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Romain Gallaud

NOUVEAUTÉS

Raoul Follereau, la contre enquête
Dans l’opinion publique, la Fondation Raoul Follereau est encore souvent auréolée de considération et même de prestige. Or, le livre de Romain Gallaud, Fondation Raoul Follereau, la contre-enquête, sur la base d’une enquête très fouillée et de données circonstanciées, lance un message de prudence et de vigilance. Le monde des organismes caritatifs est devenu, parfois pour le meilleur, mais souvent pour le pire, un monde de « charity business » dans lequel la générosité publique est sollicitée selon des règles de marketing proches de celles usitées pour vendre des lessives ou des parfums. Un tournant aussi inéluctable que décisif. C est dans ce contexte qu’il faut analyser la réécriture historique de la gure même de Raoul Follereau. Il est en e et clairement établi aujourd’hui que le véritable Raoul Follereau est très éloigné de l’image soigneusement marketée que ses héritiers cherchent à lui attribuer à coups de millions d’euros de frais de communication, allant même jusqu’à initier des démarches en vue d obtenir sa canonisation par l’Église catholique : car celui qui prétendait n’avoir vécu que pour la cause des lépreux fut en réalité, au moins de 1927 à 1945, le dirigeant hyperactif d’une ligue d’extrême droite au service des conceptions portées par, entre autres tristes gures de l’époque, Mussolini, Maurras, Coston ou le régime de Vichy. Au-delà de ces impostures, le décryptage des comptes annuels et de l’organigramme juridique du groupe Follereau est très révélateur : entre opacité nancière suspecte et népotisme avéré, une famille, dont le père, André Récipon, revendique des convictions d extrême-droite dans le droit l de celles de Raoul Follereau, a créé une situation de très grave scandale moral. Pour di érentes raisons, ceux qui devraient s’insurger se taisent. Mais les faits crient !

200 pages - 15 euros

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Fondation Raoul Follereau
La contre enquête
Romain Gallaud

ISBN/EAN : 978-2-35472 © Éditions Golias BP 3045 - 69605 Villeurbanne Cedex Dépôt légal : janvier 2012 www.golias.fr redaction@golias.fr

La contre - enquête

« Cet amour même de sa patrie et de sa race, source puissante de multiples vertus et d'actes d'héroïsme lorsqu'il est réglé par la loi chrétienne, n'en devient pas moins un germe d'injustice et d'iniquités nombreuses si, transgressant les règles de la justice et du droit, il dégénère en amour immodéré de la nation. » Pie XI, Lettre encyclique Ubi Acarno Di Consilio, 23 décembre 1922

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La contre - enquête

Sommaire
Prolégomènes
Notre livre chez GOLIAS Éditions ? Note d’intention de l’auteur Bâtir sa maison sur le roc

Pages
7 9 13

Les faces cachées de Raoul Follereau
Quelques mots sur la biographie d’Étienne Thévenin Contexte historique de Raoul Follereau Le maurrassien La perte de l’innocence Le réactionnaire national catholique Au service de l’Internationale fasciste L’antisémite L’ami d’Henry Coston Antisémite ? Synthèse et discussion Le marchand du temple Le propagandiste au service du régime de Vichy Adzopé, le prétexte caritatif au service d’un projet politique Adzopé et le maréchal Pétain Le faussaire de sa propre Histoire André Récipon, l’héritier de Raoul Follereau Lettre ouverte à l’Église de France Réponse d'Etienne Thévenin

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16 18 22 36 43 58 68 78 87 90 101 120 130 133 148 165 172

Les faces cachées de la Fondation Raoul Follereau 175
Une fondation verrouillée de l’intérieur Les drôles de comptes de la FRF Des millions d’euros au cœur d’une nébuleuse Dossier spécial Action française 175 190 201 210

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La contre - enquête

Prolégomènes

Notre livre chez GOLIAS Éditions ?
Après plus de vingt mois d’enquête via des articles sur notre blog ou sur divers sites internet, après la di usion gratuite de notre livre PDF sur internet, nous avons décidé de franchir un nouveau cap en optant pour une di usion papier, et donc payante, de cet ouvrage. Ce fut Christian Terras , des éditions Golias, qui nous le proposa le premier. Pour nous qui sommes plutôt habitués à lire La Croix, France Catholique, Famille Chrétienne, Il est vivant voire même parfois, par souci d’éclectisme, Le Salon Beige … la surprise fut de taille. Fallait-il pour autant décliner la proposition ? Après avoir échangé avec Christian Terras, nous avons décidé de privilégier ce qui nous rapproche plutôt que ce qui nous éloigne. Nous avons surtout constaté qu'il n’attend de nous ni allégeance, ni ralliement à la ligne éditoriale de Golias. Alors, puisque lui et nous partageons la même aspiration à la vérité, dans le respect des particularités de chacun, nous sommes heureux et ers de travailler ensemble pour le bien commun.

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La contre - enquête

Note d'intention de l'auteur
Les travaux de recherche que nous avons menés constituent une contre-enquête dans le sens où notre objectif est d’aller à l’encontre de ce que nous estimons être des actes délibérés de désinformation. Ainsi, ce n’est pas le fait que Raoul Follereau ait été mussolinien, maurrassien, antisémite et pétainiste qui a provoqué ce livre mais plutôt le fait que certains, Fondation Raoul Follereau en tête, cherchent à faire passer Raoul Follereau pour ce qu’il ne fut pas. En e et, nous ferons ci-après la démonstration que Raoul Follereau a pro té de sa notoriété pour asséner sa vérité au détriment de la vérité, se rendant ainsi coupable, de son vivant, d’être le faussaire de sa propre Histoire. En revanche, nous ne mettons pas en cause la bonne foi d’un Jean Toulat, auteur de Raoul Follereau ou le baiser aux lépreux1 ou d’une Françoise Brunnschweiler, auteur de Raoul Follereau – Messager d’espoir et de vie2, par exemple. Nous pensons néanmoins qu’ils ont été volontairement laissés, sinon induits en erreur, à propos du passé e ectif de Raoul Follereau.3 Par la suite, la Fondation Raoul Follereau s’est approprié et a poursuivi cette stratégie a n de faire croire en un homme dont toute la vie « fut un seul acte d’amour 4 ». Parmi la profusion de documents écrits, visuels ou sonores qui relayent ces contre-vérités, les enfants sont particulièrement
1. Éd. Flammarion Salvator, 1978. 2. Édité par l’association suisse Raoul Follereau, 1978. 3. Étienne Thévenin écrit dans sa biographie de Raoul Follereau : « Au soir de sa vie, il n’évoquait guère ces premiers engagements [de l’entre deux guerres], même en présence de ses amis les plus proches. «Tout cela n’a pas d’importance, disait-il souvent à Françoise Brunnschweiler qui rédigeait sa biographie. Et puis vous ne faites pas une thèse. Ce qui compte ce sont les pauvres …» (Étienne Thévenin, Raoul Follereau, Hier et aujourd’hui, Fayard, 1992, page 139) 4. La mention « Le Livre d’Amour de Raoul Follereau / 1920 – 1970 cinquante années d’une vie qui fut un seul acte d’amour » ou des versions similaires gurent sur les multiples rééditions du Livre d’Amour, ouvrage distribué massivement par la Fondation Raoul Follereau. http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb37020965t/PUBLIC ou http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb40245024v/PUBLIC

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Fondation Raoul Follereau ciblés : qu'il s'agisse de bandes-dessinées, de petits jeux divers (7 familles), ou de propagande écrite ( yers, prospectus) ou orale (conférences, intervention dans les écoles notamment de l'enseignement catholique sous couvert de catéchèse), tous les moyens semblent bons pour faire croire en « l'homme qui a consacré sa vie aux lépreux ». Par exemple, un dépliant destiné aux jeunes bénévoles mentionne : « Raoul Follereau (1903-1977) est un humaniste engagé du XXe siècle qui a consacré sa vie à lutter contre l'exclusion sous toutes ses formes. » Autre exemple, une bande dessinée, nancée et distribuée gratuitement par la Fondation Raoul Follereau, met en images la vie soi-disant complète de Raoul Follereau. Bien entendu, il est inutile d'y chercher la moindre référence au passé fascisant de Raoul Follereau ou à ses référents politiques que furent Mussolini, Maurras ou Pétain. Même d'un point de vue institutionnel, la désinformation est présente : l'article premier des statuts de la Fondation Raoul Follereau mentionne : « La Fondation Raoul Follereau a pour objet de poursuivre l'œuvre à laquelle Raoul Follereau a consacré toute sa vie «contre la lèpre et toutes les lèpres. » Une nouvelle étape fut franchie lorsque, début 2009, une association loi 1901 intitulée Mouvement pour la glori cation de Raoul et Madeleine Follereau fut créée par la Fondation Raoul Follereau5. Cette association, logée et subventionnée par la Fondation Raoul Follereau au titre de ses « missions sociales6 », a pour objet de : - « promouvoir et donner en exemple la vie, l’œuvre et la pensée de Raoul et Madeleine Follereau » - dans l’objectif de « favoriser la mise en œuvre de ces actions dans les œuvres caritatives de bienfaisance et d’assistance dont
5. Cette nouvelle association loi 1901 vient rejoindre la nébuleuse de structures juridiques, tantôt lucratives, tantôt non-lucratives, qui gravitent déjà, ou ont gravité, avec plus ou moins d’opacité, autour de la famille Récipon : GIE Dantzig, GIE SCENE, GIE LSR, SCI Dantzig Immobilier, SCI SALS Immo, SCI Beth-Mariam, association des Amis de la Fondation Raoul Follereau, ACLE, AIDP, Fondation Raoul Follereau, Fondation pour le Logement Social, Société d’Encouragement Au Bien, société anonyme Sacirs, Sarl Follereau Logistique, etc. Cf. infra la section Des millions d’euros au cœur d’une nébuleuse. 6. Cf. infra la section Les drôles de comptes de la Fondation Raoul Follereau.

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La contre - enquête ils ont suscité la création » - et, pour cela, entreprendre « les démarches nécessaires à l’ouverture d’une enquête en vue d’une procédure en canonisation de Raoul et Madeleine Follereau7 ». Déjà en 1997, le président d’honneur de la Fondation Raoul Follereau, André Récipon, a rmait lors du XXe anniversaire de la disparition de Raoul Follereau son désir de voir être préparée « l’introduction de la cause de sa béati cation »8. Rappelons que les « actes de béati cation et de canonisation ont pour but de proposer en exemple au peuple chrétien le témoignage d’un des membres défunts de l’Église et d’autoriser ou de prescrire un culte public en son honneur. Ce culte public se traduit par l’attribution d’un jour de fête au calendrier avec honneur plus ou moins solennel rendu au saint ou au bienheureux pendant l’o ce et la messe du jour de sa fête. Il se traduit aussi par la possibilité d’exposer des images et des reliques dans les églises9 ». Dans ces conditions, puisque la Fondation Raoul Follereau entend ouvrir « une enquête en vue d’une procédure de canonisation de Raoul et Madeleine Follereau », elle ne devrait pas nous tenir rigueur de notre souhait de jouer, dans la mesure de nos humbles moyens, le rôle de l’avocat du diable10. Aussi avons-nous décidé, à notre tour, de contribuer, à une meilleure connaissance de certains aspects de « la vie, l’œuvre et la pensée de Raoul Follereau » que ce satellite de la Fondation Raoul Follereau entend « promouvoir et donner en exemple ». Initialement historique, notre démarche s’est éto ée par la suite, car nous avons découvert d’importantes anomalies relatives au fonctionnement actuel et/ou récent de la Fondation Raoul Follereau, anomalies que nous révélons également dans ce livre.
7. Déclaration de création du Mouvement pour la glori cation de Raoul et Madeleine Follereau du 3 juin 2009, parue le 27 juin 2009 au Journal O ciel des Associations. http://www.journal-o ciel.gouv.fr/association/index.php?ACTION=Rechercher&HI_ PAGE=1&HI_COMPTEUR=0&original_method=get&WHAT=&JTH_ID=&JAN_BD_ CP=&JRE_ID=&JAN_LIEU_DECL=&JTY_ID=&JTY_WALDEC=W751200322&JTY_ SIREN=&JPA_D_D=&JPA_D_F=&rechercher.x=19&rechercher. 8. André Récipon, 6 décembre 1997, in Raoul Follereau (1903-1977) – Une voix qui résonne encore, éditions Fondation Raoul Follereau, 1998, page 14. 9. http://www.eglise.catholique.fr/foi-et-vie-chretienne/la-vie-spirituelle/saintete-etsaints/beati cation-et-canonisation-.html. 10. En droit canon, l’avocat du diable était le surnom du clerc (nommé en réalité promoteur de la foi) chargé de présenter les objections s’opposant à la canonisation d’un catholique. Depuis 1983, ce rôle est désormais dévolu au Promoteur de Justice.

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Fondation Raoul Follereau Cependant, avant d’entrer dans le vif du sujet, nous souhaitons nous adresser tout particulièrement aux amis, sympathisants, salariés et donateurs de la Fondation Raoul Follereau.

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La contre - enquête

Bâtir sa maison sur le roc
Nous savons que Raoul Follereau, malgré tout ce que nous pourrons écrire dans les prochaines pages, a sensibilisé des cœurs et des esprits à certains drames de l’humanité. Nous savons qu’à l’appel de Raoul Follereau, des bonnes volontés se sont levées par milliers à travers le monde avec l’objectif sincère d’aimer leur prochain. Nous n’entendons pas contester les aspects positifs de l’œuvre réalisée, jour après jour, par les bénévoles et les salariés de bonne foi de la Fondation Raoul Follereau. Nous n’entendons pas critiquer ces hommes et ces femmes qui, en France, en Afrique ou ailleurs, consacrent leur énergie à rendre notre monde meilleur. À toutes celles et à tous ceux qui se dévouent, de bonne foi, à la di usion d’une authentique fraternité humaine, nous exprimons tout notre respect et notre entière considération. À toutes celles et à tous ceux qui s’attachent à répandre la charité chrétienne partout où ils se trouvent, nous les assurons de notre soutien et de nos prières. Pour autant, nous estimons qu’aucun mérite, aucune gloire, ne permet de justi er ce que notre contre-enquête entend révéler. Une maison, pour durer, doit être bâtie sur le roc. Or, il apparaît que, selon nous, certains épisodes qui ont jalonnés les cinquante années que Raoul Follereau prétend avoir dédiées « au service des lépreux11 » présentent des facettes particulièrement discutables. Tant que « la vie, l’œuvre et la pensée » de Raoul Follereau ne seront pas, une bonne fois pour toutes, expurgées de ces scories, nul ne pourra parler en son nom, de façon crédible, d’Amour et de Charité, a fortiori s’il s’agit de le canoniser.
11. « Cinquante années au service des lépreux : cinquante souvenirs » est le titre du livre testament écrit par Raoul Follereau à la n de sa vie et publié chez Flammarion après sa mort en 1977. http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb345995215/PUBLIC.

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Fondation Raoul Follereau Cela concerne en premier lieu les dirigeants de la Fondation Raoul Follereau, qu’ils le soient devenus du fait de leurs mérites, de leurs connivences idéologiques ou de leur seule naissance12. Nous savons que nos propos risquent de susciter des chamboulements douloureux dans le cœur de ceux qui ont cru dans le message de Charité proclamé par Raoul Follereau. Certains refuseront de regarder la vérité en face et rejetteront nos arguments sans même les avoir lus. Ceux-là auront vite fait de trouver un prétexte quelconque derrière lequel mettre à l’abri leurs certitudes. À ceux là, nous dirons que « personne n’aime à être un messager de malheur » et que c’est bien l’auteur du crime qui blesse l’âme et non le messager qui en di use la nouvelle13. Certains, dans un sens diamétralement opposé, estimeront avoir été trompés voire trahis. Ils en retireront un fort ressentiment qui pourra aller jusqu’à tout rejeter d’un bloc. À ceux là, nous dirons qu’ils sont victimes avant d’être coupables et que c’est la Charité qui doit faire taire le vice, et non l’inverse. En n, les derniers, que nous espérons être les plus nombreux, regarderont avec lucidité les travers que nous dénonçons, mais resteront acquis à l’idée que l’aventure suscitée par Raoul Follereau peut demeurer globalement positive à condition, toutefois, d’accomplir en conscience un travail d’analyse – une sorte de droit d’inventaire – qui leur permettra de reconstruire cette grande œuvre de Charité sur des fondations renouvelées, assainies et donc, renforcées. Raoul Follereau a beaucoup parlé ; il a beaucoup agit ; il a beaucoup écrit. Sa vie est le miroir des épreuves de son temps avec ses aspérités et ses dilemmes cornéliens. Raoul Follereau n’en reste pas moins un homme qui restera dans les mémoires. Certains de ses actes, écrits ou idées sont remarquables. Le nier serait malhonnête. Tout comme il serait malhonnête de nier le fait que certains de ses actes, écrits ou idées sont abominables.
12. En 1992, André Récipon place son ls Michel à la tête de l’Association Française Raoul-Follereau (future Fondation Raoul Follereau) car il considère que lui et ses descendants ont reçu pour héritage de poursuivre l’œuvre de Raoul Follereau (cf. infra la section Une fondation verrouillée de l’intérieur). 13. Cf. les échanges entre Créon et Le Gardien dans Antigone de Sophocle.

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La contre - enquête Notre vœu le plus cher serait que la Fondation Raoul Follereau se dote d’hommes et de femmes capables de mettre un terme dé nitif aux errements idéologiques du passé et d’embrasser leurs missions caritatives dans la lumière, la vérité et la transparence. Ses dirigeants actuels sont-ils de ceux-là ? Qui sait ? À Dieu, rien d’impossible.

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Fondation Raoul Follereau

Les faces cachées de Raoul Follereau

Quelques mots sur la biographie d’Étienne Thévenin
Nous ne pouvons pas entamer cette partie historique de notre contre-enquête sans parler de la biographie écrite par Étienne Thévenin, Raoul Follereau, Hier et aujourd’hui14. Elle a constitué la base de départ de nos travaux. Pour autant, notre opinion à son égard est très partagée. D’un côté, nous reconnaissons à Étienne Thévenin le mérite d’avoir été le premier historien à tenter d’aborder la vie de Raoul Follereau de façon scienti que. Nous devons dire et souligner qu’il l’a fait avec des compétences qui sont incontestables. Il aborde donc un certain nombre d’éléments qui caractérisent « la vie, l’œuvre et la pensée » de Raoul Follereau. Certes. D’un autre côté, son traitement des informations collectées suscite d’importantes réserves de notre part. Certaines informations, pourtant disponibles, semblent avoir été écartées. Nous regrettons notamment la multiplication de suppositions particulièrement atteuses mais qui, hélas, ne sont assorties d’aucun commencement de preuve et ne sont le fruit que d'une conviction personnelle de l'auteur15. Peut-être qu’un jour, certaines de ces intuitions seront validées, mais, en attendant, leur récurrence altère en profondeur la qualité de son travail et jette un soupçon de partialité voire de courtisanerie sur sa biographie.
14. Éditions Fayard, 1992. 15. Raoul Follereau agent secret, Raoul Follereau conseiller du prince, Raoul Follereau résistant, Raoul Follereau détenteur de secrets d’État mais-qu’il-n’a-jamais-pu-dévoiler, Raoul Follereau sauveur de juifs, Raoul Follereau inspirateur de tel ou tel grand nom du XXe siècle, Raoul Follereau ceci, Raoul Follereau cela : Étienne Thévenin multiplie les conditionnels atteurs, les « peut-être » élogieux, les « sans doute » et autres « probablement » toujours favorables à son sujet …

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La contre - enquête Nous ne sommes d'ailleurs pas les seuls à ressentir un malaise à la lecture de son ouvrage : « Quel dommage qu’É.Thévenin se soit laissé aussi complètement prendre aux pièges de l’hagiographie la plus naïve ! Il n’y a, dans son livre, d’autres visions que celle de Follereau lui-même. (…) Il n’est de bien que français et catholique (…) on ne peut lire sans un certain malaise le palmarès des vivants, qui retient certes des critères humanitaires, mais aussi, de toute évidence, les critères idéologiques qui sont ceux de Raoul Follereau16. » Nous regrettons également une pratique, excessive à nos yeux, du name-dropping. Par« name-dropping », nous désignons la démarche qui consiste à tenter de faire rejaillir sur Raoul Follereau la notoriété de quelqu’un de favorablement reconnu (Abbé Pierre, Mère Térésa, etc.) à l’aide de liens, comparaisons ou analogies à la pertinence discutable. Pour l’ensemble de ces raisons, nous nous référerons souvent au contenu brut de cette biographie (dates, événements, extraits, citations, etc) mais, en ce qui concerne l’analyse et l’interprétation, nous tiendrons nos propres raisonnements. Nous signalons en n à nos lecteurs avoir échangé à plusieurs reprises par mail avec Étienne Thévenin. Par courtoisie, nous lui avons proposé de réagir à nos recherches historiques au sein même de ce livre. Vous trouverez sa réponse à la n de la première partie.

16. Pierre Guillaume. Thévenin Étienne, Raoul Follereau, hier et aujourd’hui, Vingtième Siècle. Revue d’histoire, 1993, vol. 37, n° 1, pp. 182-183. http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/xxs_0294-1759_1993_ num_37_1_2663_t1_0182_0000_2

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Fondation Raoul Follereau

Contexte historique de Raoul Follereau
Nous l’avons déjà dit : notre contre enquête ne prétend pas être une leçon d’Histoire. Elle ne prétend pas non plus traiter « la vie, la pensée et l’œuvre » de Raoul Follereau de façon exhaustive. Nous entendons proposer des focus précis sur certains passages de la vie de Raoul Follereau qui n’apparaissent pas – ou apparaissent de façon tronquée ou déformée, selon nous – dans les autres versions de son histoire proposée par d’autres, dont la Fondation Raoul Follereau17. Néanmoins, pour aborder les aspects que nous entendons révéler, nous devons replacer le parcours humain et politique de Raoul Follereau dans le contexte de son époque. *** Raoul Follereau est né en 1903 dans une France secouée par divers soubresauts. Au moins six traumatismes permettent de mieux comprendre les événements de cette époque de façon générale, et les choix de Raoul Follereau, en particulier. Tout d’abord, la forme républicaine du gouvernement était, en France et au début du XXe siècle, une conception politique nouvelle dans sa concrétisation : les Ie et IIe République ne fonctionnèrent que peu de temps et, qui plus est, lors de périodes particulièrement troublées (1792, 1848). En outre, cette forme de gouvernement était quasiment unique en Europe. Même en France, l’Assemblée Nationale de 1871 comptait une très confortable majorité de députés opposés à la République : les deux tiers de la représentation nationale étaient de sensibilité tantôt légitimiste, tantôt orléaniste, tantôt, dans une
17. Cf. les dossiers de presse di usés chaque année à l’occasion des journées mondiales des lépreux, les documents papier di usés massivement, les vidéos o cielles disponible sur Youtube, la mini-biographie « o cielle », les interviews, etc. http://www.youtube.com/watch?v=sG8nOdE1W-U http://www.scribd.com/doc/49951216/FRF-Follereau-Petite-Bio

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Fondation Raoul Follereau

Le maurrassien
L’attachement de Raoul Follereau à la pensée de Charles Maurras en particulier, et à celle développée dans le cadre du quotidien L’Action française en général, ne fait aucun doute. Nous abordons dès maintenant cette dimension de « la vie, l’œuvre et la pensée » de Raoul Follereau car nous estimons qu’elle constitue une grille de lecture générale et indispensable, selon nous, pour appréhender Raoul Follereau avec pertinence. « Raoul Follereau fait siennes la plupart des indignations nationalistes et antirépublicaines de L’Action française. Il est profondément imprégné de l’œuvre, de la méthode et des concepts de Maurras. Il lit L’Action française dont il apprécie le ton polémique, les analyses politiques, et les pages littéraires et artistiques, lesquelles sont rédigées avec le plus grand soin. » « Maurras est indéniablement le « Maître à penser » du jeune Raoul Follereau » 19 Raoul Follereau « s’inscrit dans la mouvance de L’Action française. Il fait siens la plupart de ses concepts20 ». Étienne Thévenin va même jusqu’à parler, concernant Charles Maurras, d’un « père spirituel » pour Raoul Follereau21. Compte tenu de la proximité idéologique qui existe entre Raoul Follereau et Charles Maurras, il nous semble essentiel de présenter ici certaines caractéristiques du maurrassisme 22. ***
19. Étienne Thévenin, op. cit. page 30 20. Étienne Thévenin, op. cit. page 52 21. Étienne Thévenin, op. cit. page 223 22. Cf. Marie Lan Nguyen, Historique de L’Action française http://www.scribd.com/ doc/22779519/Historique-de-l-Action-francaise-Marie-Lan-Nguyen Cf. également une analyse critique de l’œuvre de Charles Maurras par Alain de Benoist http://www.alaindebenoist.com/pdf/entretien_charles_maurras.pdf

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Fondation Raoul Follereau

La perte de l’innocence
En septembre 1920, Raoul Follereau quitte Nevers où il est né dixsept ans plus tôt. Il s’inscrit alors en facultés de droit et de philosophie de Paris. À cette époque, L’Action française règne en maître sur le quartier latin. Néanmoins, Raoul Follereau ne semble pas avoir été immédiatement sous son emprise. En e et, nous disposons du texte d’une conférence que Raoul Follereau anima à Paris, le 10 juin 1923 62 : elle s’intitule Dieu est Amour 63. Nous y découvrons un Raoul Follereau encore intact, et dont la candide innocence le rend presque touchant : sa description des révolutionnaires de 1792 portant l’« Amour-Foi » et « l’écho de la Parole de Dieu » aux quatre coins de l’Europe pour sauver le Monde relève d’une lecture bien naïve de l’Histoire de France et, à ce titre, aurait pu faire défaillir Maurras le contre-révolutionnaire s’il avait été dans la salle : « Le Moyen-Âge, la noble Chevalerie, la Renaissance naissent, vivent, meurent, laissant leur œuvre féconde. Puis le souvenir des siècles s’e ace. L’orgueil renait qui paralyse les meilleurs élans. On croit trop à l’esprit, le cœur ne bat plus guère. L’injustice remonte sur le trône et cyniquement triomphe. Alors c’est Louis XIV et ses guerres folles, c’est Louis XV et sa faiblesse. Les sceptiques, ces faux croyants, sont les maîtres de l’heure. On ne croit plus. Sans l’amour, que va devenir la terre ? La vieille Europe est toute branlante et menace ruine. On le sent ; la n est proche. Alors ? Alors, un peuple se lève ; un peuple, le plus beau, le plus grand: Nous ! Et nos pères se lancent à la conquête de l’amour perdu. À l’autel de la Patrie, ils cueillent leur Idéal, et leur enthousiasme allume le monde. Et que crient-ils ? « Fraternité ! » « Fraternité ! » crie la Révolution française,
62. Selon l’histoire o cielle de Raoul Follereau, celle di usée par la Fondation Raoul Follereau, cette conférence aurait été tenue par Raoul Follereau, dès l’âge de 15 ans à Nevers. Nous n’avons trouvé aucun document objectif de l’époque qui le prouve. Or, compte tenu de la propension de Raoul Follereau et de ses héritiers à réécrire sa vie, nous ne pouvons pas valider une telle allégation sans preuve irréfutable. En revanche, nous avons bien trouvé une trace certi ant la date de 1923 : voir Le Pionnier, juin 1923 http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k56010245/f9 63. Raoul Follereau, Dieu est Amour, Œuvres Complètes de Raoul Follereau – Les Conférences, éditions Fondation Raoul Follereau, 1992, page 7

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La contre - enquête

Le réactionnaire national-catholique
Nous connaissons les idées politiques de Raoul Follereau grâce aux nombreuses conférences qu’il anima dans le cadre de sa Ligue d’Union latine. Deux d’entre elles ont été publiées par la Fondation Raoul Follereau en 2002 : - « Faudra-t-il arracher les cordes de la lyre » ? Cette conférence se tint à de très nombreuses reprises en France et à l’étranger. Le texte dont nous disposons daterait du 6 mars 1930. - « Le sourire de la France » Cette conférence se tint pour la première fois le 2 octobre 1930. Raoul Follereau souhaitait se rendre en Amérique du Sud ; il a organisé cette conférence dans le but de collecter les fonds nécessaires au nancement de son voyage 89 (et oui … déjà !). Nous rajoutons à ces deux sources documentaires une troisième : La trahison de l’intelligence. Il ne s’agit pas d’une conférence, mais d’un livre, publié en 1936 90. Il est possible que le Raoul Follereau de 1936 soit plus radical encore que le Raoul Follereau de 1930. Néanmoins, ces trois sources restent très cohérentes les unes par rapport aux autres : si le propos est plus acerbe en 1936, il est nettement présent dès 1930. Raoul Follereau diagnostique une crise d’idéal de la société française :
89. C’est André Récipon en personne qui l’écrit : « Raoul Follereau eut l’idée de cette conférence avant son départ a n de recueillir les premiers fonds pour payer son voyage et pro ter du patronage pour se faire connaître et faire connaître la Jeune Académie, la Ligue d’Union latine et ses idées. Il montre ainsi qu’il avait un sens profond de ce que l’on nomme aujourd’hui la communication et qu’à l’époque on nommait faire sa réclame » André Récipon, Œuvres complètes de Raoul Follereau – Les Conférences, éditions Fondation Raoul Follereau, 1992, page 56 90. Raoul Follereau lui-même reconnut l’échec éditorial de ce livre : André Récipon écrivit en 2002 « Lorsque ce livre paraît en 1936, il reçoit un accueil mitigé. Dix ans plus tard, je le découvrirai dans la bibliothèque de mon beau-père, il me passionnera, et quand je lui en parlerai, Raoul Follereau me répondra que j’avais été un de ses rares lecteurs. » André Récipon, Les Livres A, op. cit. page 71

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Fondation Raoul Follereau « Un peuple (…) triste d’un ennui qui paraissait incurable. (…) la jeunesse ne rit plus (…) la jeunesse est pensive, agitée, inquiète. (…) il manque quelque chose à ces jeunes gens. (…) Ce quelque chose, c’est l’Idéal 91. » Il analyse cette crise d’idéal comme la conséquence de la laïcisation de la France et de la perte du sens de Dieu et de la Patrie : « L’homme n’aura pas, n’aura jamais de bonheur, s’il ne le cherche au dessus de lui. (…) c’est d’en haut que vient la lumière et la paix et la joie 92. » « Dieu est une nécessité philosophique qu’on ne saurait honnêtement écarter 93.» « La Société, en se privant volontairement du secours de Dieu, est incapable, sauf par la force, de maîtriser l’individu 94. » « La science et l’humanité sont devenues des dieux nouveaux (…) des dieux civils (…) des dieux tristes, on a cru pouvoir faire un bonheur laïque 95. » « Au nom delà science, du progrès, de l’humanité, on a arraché de nos cœurs l’idée de Dieu ; on est en train de nous anesthésier l’amour de la Patrie 96. » « L’ordre de Lénine, ce Moïse rouge, était clair (…) : détruire les deux forces qui, dans chaque individu, o rent la plus grande résistance, (…) la FOI et le PATRIOTISME 97. » 98 « Le bolchevisme s’est attaché à ruiner dans l’esprit de chacun la notion naturelle, sainte et sacrée du patriotisme. Ainsi sont nés ce paci sme, ces objections de conscience, toutes ces idéologies pitoyables et meurtrières qui trouvèrent trop fréquemment des oreilles et des cœurs complaisants99. »
91. Raoul Follereau, Le sourire de la France, op. cit. page 63 92. Raoul Follereau, Faudra-t-il arracher les cordes de la lyre, op. cit. page 40 93. Raoul Follereau, La trahison de l’intelligence, Œuvres complètes de Raoul Follereau – Les Livres A, édition Fondation Raoul Follereau, 1992, page 106 94. Raoul Follereau, La trahison de l’intelligence, op. cit. page 101 95. Raoul Follereau, Faudra-t-il arracher les cordes de la lyre, op. cit. page 39 96. Raoul Follereau, Faudra-t-il arracher les cordes de la lyre, op. cit. page 38 97. En majuscules dans le texte 98. Raoul Follereau, La trahison de l’intelligence, op. cit. page 151 99. Raoul Follereau, La trahison de l’intelligence, op. cit. page 152

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La contre - enquête Raoul Follereau déplore qu’une crise de conscience morale découle naturellement de cette crise d’idéal : « Crise d’apathie morale, de jouissance matérielle », « l’envie de vivre et de jouir immédiatement 100. » « On est arrivé à un égoïsme cruel, à un cynisme inconscient, à des plaisirs sans joie. Nulle part on n’a trouvé le bonheur. Parce que le bonheur est partir avec les grandes idées mortes101. » « Nous nous dressons contre toutes les anarchies mentales, contre toutes les dissolutions de mœurs aussi, notre position sera violente contre la pornographie102. » La pornographie 103 « est, avant tout sombre, bête et stupide, bête et bestiale et malpropre au sens physique du mot. Elle nous fait horreur et plus encore, elle nous dégoûte parce qu’elle est la plus avilissante anarchie » 104. « Ceux qui, dans des buts de lucre, font un commerce éhonté de basse pornographie, attant pour atteindre au gros tirages les appétits les plus vifs, sèment ainsi dans les jeunes âmes les poisons abominables et font en n à notre pays un tort immense et parfois irréparable. La position que j’occupe parmi les jeunes poètes, mes collaborateurs et mes amis, m’a permis de dénombrer les tragédies domestiques et les drames spirituels causés par cette absinthe de voyou 105. » « Il paraît qu’on ne peut légalement rien contre ces commerçants qui s’enrichissent aux dépens de la santé morale de la Patrie106. » « Notre œuvre de clarté (…) sera en même temps une œuvre d’hygiène, de salubrité morale 107. »
100. Raoul Follereau, Le sourire de la France, op. cit. page 63. 101. Raoul Follereau, Faudra-t-il arracher les cordes de la lyre, op. cit. page 39. 102. Raoul Follereau, Le sourire de la France, op. cit. page 72. 103. Dans la bouche de Raoul Follereau, le mot pornographie n’a pas le même sens que de nos jours. À l’époque, Raoul Follereau désignait par ce terme les œuvres artistiques ou littéraires contraire aux bonnes mœurs de l’époque. Par exemple, Raoul Follereau avait été ulcéré par un livre de Victor Margueritte, La Garçonne, qui avait été un important succès de librairie malgré des thématiques jugées licencieuses pour les critères de l’époque. 104. Raoul Follereau, Le sourire de la France, op. cit. page 73. 105. Raoul Follereau, émission radiophonique du 20 novembre 1932, in Étienne Thévenin, op. cit. page 57. 106. Raoul Follereau, Le sourire de la France, op. cit. page 83. 107. Raoul Follereau, Le sourire de la France, op. cit. page 73.

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Fondation Raoul Follereau Ces crises d’idéal et, subséquemment, morales « entravent le développement et l’essor de la pensée humaine » 108 : « Crise d’idéal, crise de conscience morale ont douloureusement étreint les cerveaux 109. » Face à cette situation, Raoul Follereau préconise sa solution : la latinité. « C’est (…) un remède philosophique qui est nécessaire (…). Nous croyons trouver ce remède (…) dans un réveil de l’esprit latin 110. » « Il y a donc possibilité certaine, en face de l’anarchie qui monte et de la dissolution des énergies et des mœurs, de recréer cet esprit latin111. » « Il est d’évidence que la latinité (…) est la suprême formule de la civilisation ; que rien, sans elle ne fut constructif, qu’elle fut la mère naturelle ou d’adoption des plus grands génies et que les plus grands chefs d’œuvres naquirent à son ombre112. » « Qu’on le veuille ou non, aucune autre forme d’esprit, si séduisante soit-elle d’abord, n’a tellement bâti pour l’avenir. La plupart des thèses (et des exemples récents sont là qui nous éclairent) furent destructrices, ce qui est facile, mais ne surent point refaire la maison du bonheur113. » « Nous voulons défendre cette culture et cette civilisation à laquelle la France doit sa grandeur et sa magni cence, (…) le plus pur et le plus beau ambeau qui ait jamais brillé sur le monde114. » Pour Raoul Follereau, le retour de cet esprit latin permettra de rendre à la France sa suprématie vis-à-vis des autres nations. « La France (…) trouvera en cette action latine l’occasion d’être, une fois de plus, à la tête des peuples115. » « Faire revivre l’esprit latin, (…) c’est redonner à la France un titre nouveau à la royauté spirituelle du monde 116. » Pour Raoul Follereau, la latinité, c’est avant tout l’ordre, la clarté et la discipline : « On peut, à notre sens, la dé nir [la latinité] d’un seul
108. Raoul Follereau, Le sourire de la France, op. cit. page 68 109. Raoul Follereau, Le sourire de la France, op. cit. page 85 110. Raoul Follereau, Le sourire de la France, op. cit. page 68 111. Raoul Follereau, Le sourire de la France, op. cit. page 70 112. Raoul Follereau, Le sourire de la France, op. cit. page 68 113. Raoul Follereau, Le sourire de la France, op. cit. page 68 114. Raoul Follereau, Le sourire de la France, op. cit. page 78 115. Raoul Follereau, Le sourire de la France, op. cit. page 83 116. Raoul Follereau, Le sourire de la France, op. cit. page 84

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La contre - enquête mot : ordre. L’ordre est sa marque dominante, son caractère essentiel. Il est la raison d’être de sa pérennité. (…) il est aussi ce qui manque le plus au monde de l’après-guerre117. » « L’Ordre, c’est la clarté et la discipline 118. » Les produits de la latinité sont « hiérarchie, ordre, clarté et vertus morales : désintéressement, dévouement119 ». Face à la latinité, il ne peut y avoir que l’anarchie. Entre les deux, aucun compromis n’est possible : « Il faut le dire, le répéter et le redire encore : (…) tout, au monde de la pensée, va à ces deux pôles d’attraction et se résorbe en n en ces deux éléments naturels : l’ordre et l’anarchie120. » «Les bien-pensants sont devenus des rien-pensants. Au lieu d’être charitables, ils sont devenus modérés, libéraux, comme si la vérité supportait un marchandage, un compromis ou une atténuation. Sous prétexte de concilier, ils ont déserté, ils ont renié121. » La conséquence de la tiédeur des modérés et des bien-pensants, c’est l’anarchie et donc, le bolchevisme : « La plus récente création politique née de ces erreurs et de ces malheurs, c’est le bolchevisme122 (…) » « Ce qu’il importe donc, c’est de donner au monde un certain nombre de principes d’ordre, de clarté et de justice qui puissent être communs (…). Sinon, on va à l’anarchie. Et l’anarchie porte aujourd’hui un nom social : le bolchevisme 123. » « Les heures qui passent aggravent et précisent le tragique dilemme où se débat le monde : Ordre ou anarchie, civilisation ou barbarie, chrétienté ou bolchevisme. Il n’est plus possible de tergiverser, d’échafauder des compromis médiocres et lâches, il faut choisir, il faut décider 124. » Raoul Follereau anticipe la future devise du régime de Vichy, Travail – Famille – Patrie (Idéal, sous la plume de Follereau) :
117. Raoul Follereau, Le sourire de la France, op. cit. page 70 ; Raoul Follereau, La trahison de l’intelligence, op. cit. page 146. 118. Raoul Follereau, La trahison de l’intelligence, op. cit. page 147. 119. Raoul Follereau, La trahison de l’intelligence, op. cit. page 123. 120. Raoul Follereau, Le sourire de la France, op. cit. page 74 ; Raoul Follereau, La trahison de l’intelligence, op. cit. page 151. 121. Raoul Follereau, La trahison de l’intelligence, op. cit. page 94. 122. Raoul Follereau, La trahison de l’intelligence, op. cit. page 94. 123. Raoul Follereau, La trahison de l’intelligence, op. cit. page 150. 124. Raoul Follereau, La trahison de l’intelligence, op. cit. page 151.

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Fondation Raoul Follereau « Pro aris et focis : pour la famille, temple et gardienne des nations, pour le travail et toutes ses saines joies (…), pour ce que donnent, plus fort que tous les forts du monde, la Foi et l’Idéal, (…) nous vous appelons au travail125. » Raoul Follereau dénonce les acquis de la Révolution Française de 1789 qui, selon lui, mènent droit au désordre et, donc, au communisme, cette « nouvelle géhenne 126 » : « On saisit immédiatement que notre position dé nitive, en ces trois termes, ORDRE, CLARTE, DISCIPLINE 127, est essentiellement antirévolutionnaire128.» « Il faut battre en brèche les théories généreuses au premier abord et cruelles quant au fond, qui forment la base même de rêves trop faciles. Les hommes ne naissent pas égaux ; ils ne le deviennent, ni ne le demeurent129. » « La Liberté a supprimé les libertés. L’Égalité a engendré la médiocrité. La Fraternité, depuis cent cinquante ans qu’on la proclame sur les mairies de France, a vu passer quatre révolutions, une bonne douzaine de guerre, d’innombrables émeutes et grèves de toutes sortes130. » « On ne peut que sourire en songeant que c’est au nom de la liberté que fut élevée cette nouvelle géhenne [le communisme]. Et que la fameuse Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen a servi de fondation à cette prison modèle131. » « Il faut le dire. Si le bolchevisme a pu parfois provoquer ses ravages, c’est qu’il a trouvé devant lui des âmes en état de moindre résistance, des âmes anémiées, énervées par un siècle de sot positivisme et de matérialisme stérile et décevant. Le bolchevisme n’est que la hyène qui achève l’agonisant pour se repaître du cadavre. Les assassins de l’homme sont de plus ancienne lignée132 . »
125. Raoul Follereau, Le sourire de la France, op. cit. page 75 ; Raoul Follereau, La trahison de l’intelligence, op. cit. page 151. 126. Terme biblique désignant un lieu de tortures et d’abominations, l’Enfer. 127. En majuscules dans le texte original. 128. Raoul Follereau, Le sourire de la France, op. cit. page 72. 129. Raoul Follereau, Le sourire de la France, op. cit. page 71 ; Raoul Follereau, La trahison de l’intelligence, op. cit. page 147. 130. Raoul Follereau, La trahison de l’intelligence, op. cit. page 92. 131. Raoul Follereau, La trahison de l’intelligence, op. cit. page 96. 132. Raoul Follereau, La trahison de l’intelligence, op. cit. page 103.

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La contre - enquête « (…) jamais peut-être, de plus grands dangers n’ont menacé l’âme profonde des peuples. Trompés, endormis (…), les esprits ont insensiblement dévié de la route logique et naturelle de l’Ordre. (…) Des germes sournois, au masque de généreuses idéologies, s’y sont in ltrés et fermentent gravement. Faire revivre l’esprit latin, c’est dissiper ces miasmes et ces malaises. (…) 133 » Raoul Follereau s’oppose à la démocratie ; il considère qu’une nation doit être menée par une élite et que les poètes appartiennent à cette élite : « La nécessité d’une élite est pour une nation une question capitale. Le pays doit penser par elle, et vouloir par elle. (…) Le cerveau d’un peuple est nécessaire, mais il ne doit pas tenir le corps tout entier. Une planète de penseurs mourrait de faim 134. » « Le poète a à remplir un rôle éminent et grave, il est, en quelque sorte, et plus que tous les hommes d’action, un conducteur, un chef, un guide d’âme135. » « L’individualisme sentimental d’un Jean-Jacques Rousseau n’est pas seulement une lourde utopie, mais un danger public136. » Raoul Follereau croit en la « France réelle » de Charles Maurras ; il dénonce les ennemis de l’intérieur, ces agents de l’Anti-France que sont les étrangers, les juifs, les protestants, les communistes, les francs-maçons, etc. : « J’ai cité Freud, j’eus pu en citer d’autres. Je n’ai rien contre cet étranger, sinon qu’il est étranger, et dangereux comme tel 137. » « Les caractéristiques du Barbare ainsi dé nies sont celles de la philosophie germanique toute entière. Le Germanisme (…) est né d’une révolte. Il est né de l’insurrection d’un individu contre le pouvoir établi ; son père est Luther et son premier acte fut la destruction de la Bulle du pape romain. (…) L’esprit germain, né d’une révolte, ne peut vivre que de la révolte et de la violence138. »
133. Raoul Follereau, Le sourire de la France, op. cit. page 84. 134. Raoul Follereau, Le sourire de la France, op. cit. page 71 ; Raoul Follereau, La trahison de l’intelligence, op. cit. page 106. 135. Raoul Follereau, Faudra-t-il arracher les cordes de la lyre, op. cit. page 37. 136. Raoul Follereau, La trahison de l’intelligence, op. cit. page 123. 137. Raoul Follereau, Le sourire de la France, op. cit. page 70. 138. Raoul Follereau, La trahison de l’intelligence, op. cit. page 116.

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Fondation Raoul Follereau « (…) admettre Luther, c’est attendre Lénine139. » « Lénine, ce Moïse140 rouge141. » Raoul Follereau conçoit l’Art comme un outil de propagande au service d’une idéologie politique : « On sait le pouvoir inouï de di usion de ce nouveau mode d’art [le cinéma], et combien il saura être utile à une juste cause142. » « Cette œuvre d’union latine et de propagande française, nous la poursuivrons, nous la poursuivrons par tous les moyens143. » « Nous croyons aussi que c’est par l’Art qu’on donnera le premier sens esthétique et moral à la foule144. » « Il nous [aux poètes] appartient de redonner au monde ce goût de l’idéal 145. » Pour Raoul Follereau, seules comptent « non pas les pas redoublés médiocres ou les valses faciles d’un répertoire sans art comme sans âme, mais les œuvres ayant une portée artistique et un sens moral (…)146 » L’Art, dans une acceptation conservatrice et réactionnaire, est le moyen de régénérer le public : en matière artistique, « notre intention première est de ne point rompre avec la tradition. Nous ne sommes pas révolutionnaires et nous n’aimons pas ce mot147. » Raoul Follereau s’insurge contre les « excès cubistes, dadaïstes ou autres qui seront la risée de nos petits-enfants. « Originaux, personnels, audacieux », dit-on autour de nous. « Ignorants, ignorants, ignorants » répond déjà l’écho. Ces gens-là peignent sans savoir, sculptent sans savoir, écrivent sans savoir, composent sans savoir. Leur prétendue audace masque leur impuissance. (…) Que (les) parodies ridicules (de ces
139. Raoul Follereau, Le sourire de la France, op. cit. page 74. 140. Nous reviendrons ultérieurement dans ce livre sur l’antisémitisme de Raoul Follereau : cf. infra la section L’antisémite. 141. Raoul Follereau, La trahison de l’intelligence, op. cit. page 152. 142. Raoul Follereau, Le sourire de la France, op. cit. page 77 ; Raoul Follereau, Faudra-t-il arracher les cordes de la lyre, op. cit. page 45. 143. Raoul Follereau, Faudra-t-il arracher les cordes de la lyre, op. cit. page 49. 144. Raoul Follereau, Le sourire de la France, op. cit. page 73. 145. Raoul Follereau, Faudra-t-il arracher les cordes de la lyre, op. cit. page 43. 146. Raoul Follereau, Le sourire de la France, op. cit. page 73. 147. Raoul Follereau, Le sourire de la France, op. cit. page 72 ; Raoul Follereau, Faudra-t-il arracher les cordes de la lyre, op. cit. page 34.

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La contre - enquête cerveaux malades ou facétieux) aient pu – un instant – soutenir l’attention des hommes, causera un fou rire inextinguible à la postérité »148. « Le snobisme qui a poussé, ces dernières années surtout, tant de natures généreusement douées à produire des œuvres absconses pour le sadique plaisir de faire du neuf à tout prix et pour épater le populo est un des produits les plus répugnants de la bêtise humaine149. » « Plus de charabia, plus de jargon dit artistique. Plus de théorèmes absurdes de pensées, tels sous le signe de Freud ou de quelque autre esprit, brillant sans doute, mais très nuisible, et qui donnent lieu à des digressions de trois heures d’épouvantable ennui, qu’on appelle le théâtre moderne150. » Raoul Follereau condamne avec véhémence ce qu’il considère être les excès du romantisme : « Nous n’avaliserons pas ce mouvement dans son entier [le romantisme], à cause de ses excès, justement, parce que parfois le règne du cœur a tourné au règne du vermouth cassis, parce que nous n’avons pas d’estime spéciale ni d’admiration spontanée pour les lles publiques, et que nous voulons toujours raison garder (…). De même que nous ne voyons pas l’utilité première d’élever des statues aux alcooliques ou aux noceurs, nous ne tirons aucune gloire d’être poitrinaire, et fuirons, comme il convient, cette horrible dignité151. » Ouvrons au passage une courte parenthèse pour noter que ces derniers extraits n’empêchent pas Étienne Thévenin d’écrire : « Tout au long de sa vie d’écrivain et de conférencier, Raoul Follereau se refusera à condamner les individus, ce sont les comportements démoniaques qu’il dénoncera » ou « À aucun moment, il [Raoul Follereau] ne recourt à l’insulte »152. Relevons, au passage, la quali cation de « démoniaque » donnée par Étienne Thévenin. Pour un catholique, cet adjectif n’est pas qu’un e et de style : il désigne l’œuvre du Mal, de Lucifer et de Satan. Le point mérite un court développement car cet adjectif de
148. Raoul Follereau, Le sourire de la France, op. cit. page 67. 149. Raoul Follereau, émission de radio du 20 novembre 1932, in Étienne Thévenin, op. cit. page 56. 150. Raoul Follereau, Le sourire de la France, op. cit. page 70. 151. Raoul Follereau, Faudra-t-il arracher les cordes de la lyre, op. cit. page 35. 152. Étienne Thévenin, op. cit. page 130.

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Fondation Raoul Follereau « démoniaque » est riche de sens et illustre bien les convictions de certains nationaux-catholiques traditionnalistes voire intégristes : comme ces gens sont intimement convaincus que la France, lle aînée de l'Église, est la volonté du Dieu Tout Puissant, toute force contraire ne peut être, inéluctablement, que démoniaque, puisqu'opposée au projet de Dieu pour la France. De ce fait, tout comme Pie XI fut voué aux gémonies après qu'il eut condamné l'Action française en 1926, tout ce qui est l'Anti-France ne peut être qu'Anti-Dieu et donc, démoniaque. Chacun appréciera. Au travers de ces quelques extraits, il est possible de constater les points de convergence idéologique entre Raoul Follereau et Charles Maurras. Nous y retrouvons la même horreur des principes des Lumières portés, entre autre, par la Révolution française et la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789, la même fascination pour la civilisation gréco-romaine porteuse d’un fantasmatique « esprit latin », la même paranoïa haineuse des « agents de l’Anti-France » soupçonnés de comploter contre la vraie France, le même rejet des idées libérales et/ou modernes, la même obsession pour l’ordre, la hiérarchie ou la discipline, toutes trois érigées en vertus cardinales héritées de la latinité dont la France serait l'auguste héritière, etc. Raoul Follereau ressemble également à Charles Maurras par le manichéisme et la radicalité de ses convictions politiques. Tout semble fonctionner chez lui par blocs de granit idéologiques qui ne laissent aucun espace disponible pour une opinion consensuelle ou pondérée : il multiplie les propos tranchés, absolus et dé nitifs et ne semble pas imaginer que les idées qu’il combat puissent véhiculer le moindre aspect positif 153. À l’inverse, les conceptions politiques que Raoul Follereau promeut sont magni ées et ne semblent sou rir d’aucun défaut. ***

153. Son rejet typiquement maurrassien de l’esprit germain et des penseurs anglosaxons en est l’exemple le plus agrant. D’ailleurs, dans La trahison de l’intelligence, Raoul Follereau se montre incapable de reconnaître un seul mérite aux piliers de la culture allemande ou anglo-saxonne : les grands auteurs étrangers ne sont favorablement cités par Raoul Follereau que lorsqu'ils vantent la langue française ou la culture latine.

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La contre - enquête La dimension catholique de sa doctrine suscite également bien des questions. Ainsi, le mimétisme idéologique de Raoul Follereau visà-vis de Charles Maurras doit être approfondi au regard, notamment, de la condamnation ponti cale de 1926. Ce point mérite toute notre attention car il semble capital pour l’aboutissement favorable des procédures de reconnaissance de sainteté de Raoul Follereau. C’est pourquoi nous publions sur notre site internet (http://follereau-entre-ombre-et-lumiere.over-blog. com/) di érents documents relatifs à la condamnation ponti cale de l’Action Française de 1926 : nous y trouvons de nombreux points de convergence entre les reproches faits à la doctrine maurassienne et ceux qui pourraient être faits à la doctrine de Raoul Follereau. Comment, en e et, ne pas considérer son militantisme catholique « ultra » comme un outil au service d’un projet politique lorsqu’il écrit « Dieu est une nécessité philosophique qu’on ne saurait honnêtement écarter »154. Ce choix des mots « Dieu est une nécessité philosophique » – tout à fait volontaire de la part d’un homme de lettres comme Raoul Follereau – est pour le moins intriguant : réduire Dieu à une nécessité philosophique est une démarche profondément utilitariste du fait religieux et contraire à la foi chrétienne ; cela pose la question de la sincérité de la foi catholique de Raoul Follereau. Dans le même ordre d’idées, l’a rmation « La Société, en se privant volontairement du secours de Dieu, est incapable, sauf par la force, de maîtriser l’individu 155 » présente le même travers puisqu'elle conduit à considérer Dieu à proportion de l’utilité sociologique attendue de lui. En n, le vœu « Que notre orgueil unique soit de servir en tout, partout, avec raison, avec ivresse, les destins glorieux et doux de la Patrie, et la cause sacrée des Hommes 156 » contribue également à s’interroger sur la sacralisation excessive des vertus patriotiques dans la doctrine de Raoul Follereau car il présente le risque de conduire à un amour immodéré de la Patrie déjà dénoncé par le Pape Pie XI dès 1922. De façon générale, nous nous posons la question : dans quelle mesure Raoul Follereau ne considère-t-il pas le catholicisme comme nécessaire pour assurer l’Ordre, qui, selon lui, est la caractéristique de la civilisation latine ?
154. Raoul Follereau, La trahison de l’intelligence, op. cit. page 106. 155. Raoul Follereau, La trahison de l’intelligence, op. cit. page 101. 156. Raoul Follereau, Faudra-t-il arracher les cordes de la lyre, op. cit. page 54.

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Fondation Raoul Follereau Or, comme nous l’avons déjà vu, le Vatican a, notamment, reproché à Charles Maurras de ne considérer la religion catholique que de façon utilitaire, une sorte de ciment social, servant à souder une nation autour d’un idéal commun. Raoul Follereau dit-il autre chose ? Nous ne le croyons pas. Nous pensons au contraire que Raoul Follereau s’inscrit dans une idéologie de type national-catholique dans la mesure où il entretient en permanence une étroite confusion entre Foi patriotique et Foi chrétienne, confusion dans laquelle la seconde n’a vocation qu’à servir la première. « Le patriotisme est une vertu religieuse, c’est même une vertu commune à toutes les religions. Les textes sacrés sont sur ce point incontestables, indiscutables. […] Prétendre à une opposition entre la doctrine évangélique et les devoirs qu’on doit à la Patrie est dénaturer totalement, par égoïsme personnel, le sens élevé de la doctrine chrétienne157. » Selon le national-catholicisme français, le baptême de Clovis aurait fait de la France la lle aînée de l’Église. Héritière de Saint Louis et de Jeanne d’Arc, la France aurait été forgée par mille ans de dynastie capétienne et serait, à ce titre, chargée d’une mission divine et catholique spéci que : « Gesta Dei per Francos 158 » ! En janvier 1933, Raoul Follereau écrit : « Il faut que cette année soit FRANÇAISE, puisque notre pays demeure le facteur essentiel de l’équilibre du monde. (…) Un jour, demain peut-être, il faudra choisir : la LATINITE ou l’ANARCHIE. Le reste est palliatif ou poison. Et, dans les jours prochains où se jouera non seulement l’avenir de notre civilisation, mais l’avenir de LA civilisation, nous devons être capables de continuer notre mission : Gesta Dei per Francos159. » Quelques années plus tard, en 1943, Raoul Follereau écrit : « La France est un pays prédestiné. Un pays missionnaire (…) Écoutez saint Rémi baptisant Clovis : « Le royaume de France est prédestiné par Dieu
157. Raoul Follereau, Éloge et vertus du patriotisme, in L’Œuvre latine, avril 1936, n°101. 158. “Gesta dei per francos“ était le titre donné aux chroniques de la première croisade écrites par l’abbé Guilbert de Nogent. Cette phrase est souvent reprise dans les milieux ultracléricaux pour exprimer le rôle particulier qui serait dévolu à la France, lle aînée de l’Église. Elle gure régulièrement dans les publications éditées par Raoul Follereau, notamment son fascicule "Ce que le monde doit à la France", largement di usé pendant la seconde guerre mondiale. 159. Raoul Follereau, L’Œuvre latine, janvier 1933, in Les Appels, op. cit. page 225.

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La contre - enquête à la défense de l’Église de Jésus-Christ. Victorieux et prospère tant qu’il restera dèle à sa foi, rudement châtié toutes les fois qu’il sera in dèle à sa vocation. Il durera jusqu’à la n des temps 160 ». Étienne Thévenin con rme : « Pour lui [Raoul Follereau], la France est investie d’une mission dans le monde, une mission qui lui a été con ée par Dieu. Le sort de la France et celui du monde sont indissociablement liés. L’intérêt de la France est identi é à celui du monde et à celui de Dieu161. » Dans cette con guration idéologique, l’Édit de Nantes, la philosophie des Lumières, la révolution de 1789, les lois de laïcisation de 1905, etc. sont considérés comme des accidents de parcours causés car des puissances occultes et les sociétés secrètes qui dénaturent la « vraie » France, celle que Charles Maurras quali e de « pays réel ». C’est pour cette raison que, pour Charles Maurras et Raoul Follereau, tout ce qui éloigne la France de sa vocation mystique doit être banni : il s’agit des fameux agents de l’Anti-France. Par Anti-France, il faut comprendre toutes celles et tous ceux qui complotent contre cette France catholique, lle aînée de l’Église et empêchent cette dernière de se consacrer à sa « vraie » mission, sa mission divine. Les Protocoles des Sages de Sion, dont nous parlerons plus tard dans ce livre, est une des variantes – une des plus connues, en tout cas – de ce supposé complot contre la civilisation française et chrétienne. Dans ce cadre, la création, en 1927, de la Ligue de l’Union latine chargée de « défendre la civilisation chrétienne contre tous les paganismes et toutes les barbaries » et d’« unir et fédérer les élites latines pour la défense et la gloire de leur civilisation » prend une signi cation toute di érente que la simple vocation culturelle que la Fondation Raoul Follereau lui reconnaît aujourd’hui : derrière des mots apparemment positifs, se cache en réalité un homme qui est en croisade morale et politique, dans une guerre implicite qui ne porte pas son nom et dans laquelle la civilisation latine est attaquée subrepticement par des forces occultes et des sociétés secrètes. Ses armes sont doubles. D’un côté, Raoul Follereau dénonce explicitement les ennemis de la « vraie » France (essentiellement la franc-maçonnerie et le communisme, mais aussi, de façon plus subtile,
160. Raoul Follereau, Paroles de France, février 1943, in Étienne Thévenin, op. cit. page 156. 161. Étienne Thévenin, op. cit. page 159.

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Fondation Raoul Follereau les juifs ou les catholiques modérés). De l’autre, Raoul Follereau honore et promeut autant qu’il peut les missionnaires catholiques français qui incarnent à ses yeux le « vrai visage de la France 162 ». Mais il les promeut en tant que représentants nationaux d'une France catholique et non en tant que catholiques. Pour preuve, si Raoul Follereau vantent régulièrement les ordres religieux catholiques français, jamais, sur la période qui nous intéresse 1927-1943, il ne cite d'œuvres catholiques étrangères. Deux anecdotes permettent d'illustrer cette a rmation : par exemple, quelques années plus tard, dans ses récits de voyages autour du monde, Raoul Follereau racontera son ravissement d’entendre des petits africains chanter des chants profanes en français. Nous sommes certains qu’il n’aurait pas exprimé le même ravissement si ces petits africains avaient chanté la gloire de Dieu mais dans leur propre langue : pour Raoul Follereau, les religieux missionnaires français ont davantage pour mérite de faire aimer la France chrétienne que de faire aimer Dieu. Autre exemple, lorsque Raoul Follereau participe en 1956 à une conférence retranscrite dans un livre intitulé Patrie française et principes chrétiens, il entame son intervention de la façon suivante : « Un petit bled perdu dans un coin de l’Afrique. Tellement perdu que j’en ai oublié le nom. Nous nous étions arrêtés, histoire de refroidir un peu le moteur. Nous étions juste devant le presbytère. (…) Allons dire bonjour au curé ! Le curé est ici un prêtre indigène. Nous frappons. Nous entrons. Très occupé, il ne nous a pas entendu venir. Il est penché sur des documents, brochures, photos qu’il contemple avec une évidente joie. Nous avons maintenant l’impression d’être indiscrets et ne savons plus quelle contenance prendre. Je tousse un peu… Il se retourne, surpris puis souriant. En se retournant, il fait tomber quelques photos. Je me précipite pour les ramasser : Lourdes, Lourdes encore, puis Lisieux, puis Notre-Dame de Paris. Et puis Lourdes à nouveau. Je lève les yeux, ému. — Je regardais la France, me dit-il simplement 163. »
162. Expression fréquemment utilisée par Raoul Follereau qu’il convient de relier au concept du « pays réel » cher à Charles Maurras. 163. Association universelle des amis de Jeanne d’Arc, Patrie Française et principes chrétiens, Nouvelles éditions latines, 1956. http://books.google.fr/books?id=TSZ5nv92YOYC&lpg=PA97&dq=follereau&pg=PA97

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La contre - enquête Cette anecdote n’a rien d’anodin. Bien au contraire, elle est extrêmement révélatrice : dans la narration de Raoul Follereau, ce n’est pas la Sainte Vierge ou Dieu ou le Saint Sacrement que le prêtre vénère mais la France. Nous disposons là d’une illustration de ce détournement systématique auquel se livre Raoul Follereau : Lisieux, Notre Dame de Paris ou Lourdes, autrement dit, les hauts lieux de la religion catholique en France, sont les moyens de glori er la France.
164

Raoul Follereau a très probablement la Foi. Mais il s’agit d’une Foi patriotique dans laquelle la religion catholique est instrumentalisée au service de sa vision de la France.

#v=onepage&q=follereau&f=false Nous pouvons di cilement ne pas relever quelques éléments d’information sur cet ouvrage édité en 1956 qui mériterait probablement une section entière de notre livre. Ici encore, à l’instar de nombreux documents révélés dans nos pages, la proximité de Raoul Follereau avec certaines personnalités de la droite dite nationale est incontestable. L’association universelle des amis de Jeanne d’Arc fut fondée en 1953 par Pierre Virion, un journaliste de sensibilité catholique traditionaliste proche des milieux nationalistes et par le général Weygand qui fut entre 1940 et 1942 le bras droit du Maréchal Pétain. Alors qu’il était Délégué général en Algérie française n 1940, le général Weygand n’hésita pas, avec le soutien du recteur d’Alger Georges Hardy, à aller plus loin que la loi sur le statut des Juifs en excluant, sans aucune base légale, donc, les enfants juifs des écoles et des lycées d’Algérie. En 1951, le général Weygand soutient la création de l’ADMP (association pour défendre la mémoire du Maréchal Pétain) qui entend obtenir la révision du procès de 1945. Le livre Patrie Française et principes chrétiens, quant à lui, est édité par les Nouvelles Éditions Latines, société d’édition proche des milieux d’extrême-droite dont le fondateur, Fernand Sorlot fut un proche de L’Action Française entre les deux guerres. Son comportement sous l’Occupation lui vaudra d’ailleurs d’être condamné à vingt ans d’indignité nationale et à la con scation de ses biens. Parmi les autres co-auteurs de ce livre, outre Raoul Follereau, nous retrouvons le général Weygand, ainsi que Georges Hardy, déjà cités ci-dessus pour leur rôle en 1940 en Algérie contre les enfants juifs, mais aussi Léon Bérard, ambassadeur du régime de Vichy au Vatican ou encore Marcel Clément, éditeur ultramontain du journal catholique L’Homme nouveau, très marqué à droite. En avril 2011, l’Association universelle des amis de Jeanne était représentée au 4ème Congrès nationaliste aux côtés de divers auteurs ou mouvements d’extrême-droite, dont Rivarol, Civitas, Renouveau français, l’ADMP déjà citée ci-dessus, le GUD, Présent, le Parti de la France, etc. 164. Est-elle seulement véridique ou n’est-elle qu’un stratagème de conférencier pour mieux attirer l’attention de son auditoire ? Nul ne le saura jamais. Cependant, comme nous le verrons plus tard dans ce livre (cf. infra la section Le Faussaire de sa propre histoire) Raoul Follereau ne s’embarrassait pas de la vérité : conformément au mot d’ordre typiquement maurrassien « Par tous moyens ! », il usait de tous ses talents d’auteur-orateur-comédien pour faire passer ses idées.

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Au service de l’Internationale fasciste
Cette pensée politique amène Raoul Follereau à devenir le héraut d’une cléricale-latinité à la française. D’ailleurs, Henry Coston, célèbre hitlérophile et antisémite professionnel dont nous parlerons plus longuement ci-après, parlera de son « ami » Follereau 165 comme du « champion, en France, de la latinité 166 ». Cependant, l’action de Raoul Follereau ne va pas se limiter au territoire national. Grâce à ses réseaux (notamment l’Alliance française), Raoul Follereau va multiplier les déplacements, en Europe et en Amérique du Sud, pour l’essentiel (citons l’Égypte ou le Liban, également). Ce sera l’occasion pour lui d’exprimer sa sympathie, son soutien et parfois son aide à la plupart des leaders fascisants des années trente. Le premier d’entre eux fut certainement son mentor en politique, l’inventeur du fascisme, le Duce italien Benito Mussolini : « L’Action française voyait [dans l’Italie fasciste de Benito Mussolini] toutes les idées qu’elle défendait mises en place par le régime dès les années vingt : lutte contre le communisme, le parlementarisme, le syndicalisme, l’individualisme avec, en plus, la bénédiction du pape et l’assentiment du roi 167. » Ouvrons ici une parenthèse pour souligner le fait que parler de bénédiction du pape du régime fasciste italien ici est bien évidemment une interprétation très personnelle de l'histoire de la papauté. Étienne Thévenin fait probablement allusion aux accords du Latran du 11 février 1929 mais les relations entre Mussolini et le Vatican se tendront très rapidement et les points de con it avec l'autorité ponti cale furent nombreux.
165. Cf. infra la section L’ami d’Henry Coston. 166. Henry Coston, Dictionnaire de la vie politique française, 2000, page 465 http://www.scribd.com/doc/34079407/Dictionnaire-de-la-politique-francaise-ed2000-Henry-Coston 167. David Mataix, L’Europe des Révolutions Nationales, 1940-1942 : l’impossible union latine, édition L’Harmattan, 2006, page 294 h t t p : / / b o o k s . g o o g l e . f r / b o o k s ? i d = f 0 j s A r O N s c o C & l p g = PA 4 3 & o t s = l y s D-iyYXt&dq=»Comité d’Action pour l’Universalité de Rome»&pg=PA2 v=onepage&q=maurras&f=false

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L’antisémite
Sur ce point, nous devons mentionner l’avis d’Étienne Thévenin : « On peut remarquer qu’à aucun moment, dans ses écrits, Raoul Follereau ne verse dans l’antisémitisme. Ses sentiments chrétiens le préservent de tels égarements 209. » Par la suite, il réitère plusieurs fois la même a rmation 210. Tout d’abord, nous apprécions à sa juste valeur la précision « dans ses écrits » qui laisse supposer bien des choses quand on sait que Raoul Follereau fut surtout un conférencier. Concernant les écrits, justement, dont nous disposons, et en supposant que les œuvres complètes de Raoul Follereau publiées par la Fondation Raoul Follereau en 2002 soient e ectivement complètes 211 nous avons malgré tout identi é les preuves d’un réel antisémitisme chez Raoul Follereau. Encore faut-il savoir parfois lire entre les lignes, autrement dit, débusquer les insinuations et les clins d’œil qui, sans être forcément explicites, sont parfaitement compréhensibles par ceux auxquels ils s’adressent. Par exemple, dans son livre La trahison de l’intelligence, publié en 1936, Raoul Follereau écrit : « L’ordre de Lénine, ce Moïse rouge, était clair
212

. (…) »

L’association des noms Lénine et Moïse, qui plus est quali é de la couleur rouge, est une allusion claire à la théorie du complot judéobolchevique selon laquelle la révolution russe de 1917 aurait été manigancée par les israélites dans le but d’accéder au commandement du monde. Cette association de Lénine avec Moïse n’est pas nouvelle. Elle a notamment été employée par le nazi allemand Dietrich Eckart, compagnon d’infortune d’Adolf Hitler lors de son putsch raté de Munich en 1923 et auteur d’un livre dont le titre laisse peu de doutes sur son contenu : Le bolchevisme de Moïse à Lénine.
209. Étienne Thévenin, op. cit. pages 133. 210. Étienne Thévenin, op. cit. pages 152, 153 et 154. 211. Nous avons déjà vu ci-dessus qu’il n’en est rien : cf. supra la section Au service de l’Internationale fasciste. 212. Raoul Follereau, La trahison de l’intelligence, op. cit. page 151.

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L’ami d’Henry Coston
Avec Henry Coston, nous changeons de catégorie pour passer à la catégorie « antisémite poids lourd ». Henry Coston, un « des théoriciens les plus connus de ne dispose pas des mêmes capacités l’antisémitisme 247 », intellectuelles de Maurras et il va le prouver dans le journal La Libre Parole qu’il relance en 1930. Il su t de jeter un simple coup d’œil sur les premières de couverture pour s’en convaincre 248. « La Libre Parole, le célèbre journal fondé par Édouard Drumont en 1892, avait disparu en 1924 ; il fut ressuscité une première fois en 19281929, sans grand succès, puis une seconde fois en 1930 par Henry Coston qui réussit à maintenir cette feuille en vie jusqu’à la veille de la guerre ; Coston rassembla autour de lui de nombreuses signatures connues dans le monde de l’antisémitisme, notamment celles de Jacques Ploncard, Jean Drault, Henri-Robert Petit, Albert Monniot, Mathieu Degeilh, Louis Tournayre, Jacques Ditte (…) 249. » Un peu plus tard, en 1938, La Libre Parole sera quali ée de « feuille néo-hitlérienne » par le quotidien L’Aube 250. À partir de 1936, La Libre Parole est éditée par le Centre de Documentation et de Propagande fondé par Henri-Robert Petit et spécialisé dans les publications d’une violence antisémite extrême. « Le centre de documentation et de propagande créé au début de 1936 par Henri-Robert Petit, imprima de nombreux documents dans lesquels les Juifs étaient attaqués sous les formes les plus diverses (…) dans la seule année 1936 un total de 1.800.000 tracts, 425.000
247. Ralph Schor, L’antisémitisme en France dans l’entre-deux-guerres : prélude à Vichy, Éditions Complexe page 35 http://books.google.fr/books?id=PbvpzzZgprgC&printsec=frontcover v=onepage&q&f=false 248. Cf. le site (apparemment) antisémite Wawa Conspi http://www.the-savoisien.com/wawa-conspi/viewtopic.php?pid=294 249. Ralph Schor, op. cit. page 33 http://books.google.fr/books?id=PbvpzzZgprgC&printsec=frontcover v=onepage&q&f=false 250. L’Aube 25 mai 1938 in Ralph Schor, Dossier Philosémites chrétiens – Présentation, Archives Juives 1/2007 (Vol. 40), p. 4-13, http:/www.cairn.info/revue-archives-juives-2007-1-page-4.htm

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La contre - enquête

Antisémite ? Synthèse et discussion
En synthèse de ces dernières sections, nous ne pouvons que ressentir un profond malaise. : cet homme que la Fondation Raoul Follereau entend faire canoniser, cette homme dont Étienne Thévenin a rme que les sentiments chrétiens préservent de tels égarements, cet homme qui, par la suite, prétendra avoir consacré toute sa vie pour les lépreux, cet homme fut, en réalité, un acteur et un complice de l'hystérie antisémite des années les plus sombres de l'histoire de France Ses écrits, sa contribution aux activités de La Libre Parole dont nous venons d’exposer quelques extraits explicites, la participation en qualité de conférencier à au moins une réunion du Centre de Documentation et de Propagande d’Henri-Robert Petit, le lien amical avec Henry Coston, les tournées de conférences en Algérie avec les groupuscules Unions latines, Amitiés latines et autres RNAS, ses propos explicitement antisémites tenus à Tiaret 281 sur le complot judéo-bolchevique, sa citoyenneté d’honneur de la ville de Sidi-BelAbbès, réputée être un « petit Berlin », dont le maire, a lié au PPF, et une majeure partie du conseil municipal sont des membres actifs de la Ligue d’Union latine, tous ces éléments réunis forgent notre intime conviction selon laquelle Raoul Follereau a, avec tout le talent dont il disposait, contribué à un antisémitisme particulièrement radical. Qui plus est, et ce point mérite d'être souligné, Raoul Follereau n’a jamais ni rejeté ni condamné, même longtemps après la guerre, ces idéologies nauséabondes. Au contraire, comme nous l’avons déjà vu, il a préféré faire graver deux vers de Charles Maurras sur sa tombe. 282 Nous souhaitons apporter deux précisions à notre propos. En premier lieu, Étienne Thévenin indique que Madame Rougier 283 lui aurait con é que Raoul Follereau aurait aidé quelques juifs
281. et probablement pas qu’à Tiaret … 282. Cf. supra la section Le maurrassien 283. Nous devons préciser que Madame Rougier est l’épouse de Louis Rougier, universitaire français, fervent soutien du maréchal Pétain et du régime de Vichy. Il sera notamment membre directeur de l’Association pour Défendre la Mémoire du Maréchal Pétain dès 1951.

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Le marchand du temple
Nous abordons maintenant une facette des relations entre Raoul Follereau et Charles de Foucauld. Nous allons exposer dans quelles circonstances Raoul Follereau a été quali é de « marchand du temple » et d' « a airiste » par Louis Massignon. Fin 1936, Raoul Follereau franchit une nouvelle étape essentielle : il découvre à ce moment-là Charles de Foucauld lors d’un pèlerinage sur les traces du frère universel et y retrouve tous les fondamentaux politiques et religieux qui lui paraissent essentiels. Raoul Follereau décide alors d’utiliser le nom et l’image de Charles de Foucauld pour promouvoir ses idées. Procédons tout d’abord à quelques rapides rappels sur sa vie. Charles de Foucauld est un missionnaire catholique français assassiné en 1916 au n fond du désert algérien. Sa vie se caractérise notamment par une conversion personnelle radicale, passant d’une vie de luxe et de débauche à une vie quasi érémitique au milieu du peuple touareg. Mais Charles de Foucauld est également un ancien o cier de l’armée française qui a gardé de forts liens avec ses anciens frères d’armes. C’est aussi un patriote fervent qui a pu écrire ou tenir des propos ambigus287. C’est à cause de cette dualité de visage que les catholiques se sont divisés, dès l’entre-deux-guerres, quant à l’interprétation de l’œuvre de Charles de Foucauld. Certains membres du clergé catholique français ont cru pouvoir reconnaître en Charles de Foucauld un représentant modèle de la France conquérante, nationaliste et colonialiste. Raoul Follereau va s’engou rer dans cette brèche. Il est en e et convaincu de retrouver en Charles de Foucauld les fondamentaux nationaux-catholiques
287. Jean-Marie Müller, Lettre ouverte aux amis de Charles de Foucauld http://www.non-violence-mp.org/muller/lettreouverte.htm

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La contre - enquête

Le propagandiste au service du régime de Vichy

Avec l’avènement du maréchal Pétain, le 10 juillet 1940, les sympathisants de L’Action française vont se scinder en plusieurs tendances. Certains, minoritaires, considèrent que le salut de la France ne peut plus passer que par de Gaulle : ils entrent alors, souvent très tôt, dans la dissidence gaulliste306. Les autres font primer leur sens de l’obéissance et privilégie la solution Pétain. Cependant, au sein de ceux-là, plusieurs sous tendances se dessinent : certains rejoindront la Résistance un peu plus tard soit par déception vis-à-vis de Pétain, soit par opportunisme, certains autres, à l’inverse, basculeront dans l’ultra collaborationnisme. Entre ces deux courants, un troisième courant incarné par Charles Maurras en personne s’en tient à une règle stricte : la France, toute la France, rien que la France, toute autre solution étant à proscrire car elle vient de l’étranger (alliés dans un cas, allemands dans l’autre). Charles Maurras, nous l’avons vu précédemment 307, ne veut ni des Allemands, ni des alliés et encore moins des gaullistes. Charles Maurras croit dans le redressement moral de la France (de « sa » France) sous les e ets conjugués de la Révolution nationale et d’une stricte collaboration, dans l’esprit de l’armistice, avec l’Allemagne victorieuse. Raoul Follereau s’inscrit dans cette logique également. « Maurras préconise le repli sur la seule France a n de la renouveler et la soustraire à toute in uence extérieure. (…) Comme Maurras, Follereau considère de Gaulle comme un dissident et le drame de Mers el-Kébir le rend plus anglophobe que jamais 308. »
306. Ce qui aurait fait dire au général de Gaulle : « À Londres, je n’ai trouvé que la synagogue et la Cagoule », faisant allusion aux juifs et aux dissidents de l’Action française du CSAR qui l’avaient rejoint dès l’été 1940. 307. Cf. supra la section Le Maurrassien. 308. Étienne Thévenin, op. cit. page 154.

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Fondation Raoul Follereau Raoul Follereau voue pour le maréchal Pétain une admiration qui n’est pas nouvelle : en 1937, déjà, Raoul Follereau vantait dans son numéro de mai de L’Œuvre latine son « prestige », son « autorité » et sa « gloire universelle ». À propos des cérémonies de couronnement du roi Georges VI « un homme seul eut pu représenter tout le pays [la France], il avait le prestige nécessaire, une autorité, une gloire universelle. Seul le maréchal Pétain eut été digne de symboliser la France au cours d’une telle cérémonie » 309. En juin 1940, « l’arrivée au pouvoir du maréchal Pétain bouleverse les perspectives de la vie nationale et Raoul Follereau fonde sur lui de très grands espoirs »310. « Tous les combats du Raoul Follereau des années trente semblaient perdus en juin 1940, mais l’arrivée au pouvoir du maréchal Pétain bouleverse tout 311. » Pour Raoul Follereau, le maréchal Pétain « est l’homme providentiel qui gomme la période 1789-1940, (…) le sauveur envoyé à la France aux yeux que ceux qui depuis des années rêvaient de héros et de personnages exemplaires et fustigeaient la IIIe République » 312. Le 10 juillet 1940, date à laquelle les parlementaires français réunis à Vichy accordent les pleins pouvoirs à Philippe Pétain, Raoul Follereau s’y trouve également. Est-ce étonnant ? Depuis le 1er juillet, Vichy est « subitement investie par les plus hautes autorités de la République, anquées de hauts fonctionnaires, bientôt suivis par une nuée de journalistes, de quémandeurs, d’ambitieux et d’aventuriers ». 313 Cela a-t-il porté ses fruits ? Étienne Thévenin a rme que le maréchal Pétain lui aurait fait des propositions de postes, dont un important, mais que Raoul Follereau les aurait déclinées, souhaitant œuvrer autrement en faveur de la « renaissance morale de la France »314.
309. Étienne Thévenin, op. cit. page 152. 310. Étienne Thévenin, op. cit. page 150. 311. Étienne Thévenin, op. cit. page 151. 312. Étienne Thévenin, op. cit. page 151. 313. Christian Brosio, La IIIème République sombre à Vichy, Valeurs Actuelles, 8 juillet 2010 http://www.valeursactuelles.com/histoire/actualités/iiie-république-sombre-àvichy20100708.html 314. Étienne Thévenin, op. cit. page 152.

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La contre - enquête Qu’en est-il exactement ? Di cile de le savoir faute d’avoir accès aux sources de l’époque. Néanmoins, une source démontre que Raoul Follereau ne s’est pas autant tenu à l’écart des arcanes du pouvoir que Thévenin veut bien le dire. Une vidéo de l’époque, sans son, montre Raoul Follereau à Vichy, durant l’été 1940, avec des diplomates sud-américains. La description écrite des images est en anglais : « 811 H (04:31:38): Vichy, (with Leblay camera) Meeting of the diplomatic envoys of the Latin states of South America in Vichy, as they watch the developments of the political situation. There was a strong feeling that the Latin states in South America and Europe might play an important part when peace conditions were discussed. LS, interior, meeting, from left to right : Brazilian Minister Gonzales-Videla ; Mexican Minister Luis Rodriguez ; Brazilian Ambassador L.M. de Souza-Dantas, who presided over the meeting ; Argentine Ambassador Miguel Angel Carcano; Uruguay Minister Cesar Guttierez. Same listening to Raoul Follereau, President of the League of Latin Union, who exposed the French point of view. 04:32:44 LS, ministers and ambassadors walking down the street, arriving at the meeting at a villa on Blvd. des ÉtatsUnis. The men entering and exiting the villa. Scene repeats with Raoul Follereau arriving and entering the building with the other men 315. » Raoul Follereau semble donc avoir joué un rôle, pro tant probablement de ses contacts avec les ambassadeurs sud-américains pour « présenter le point de vue français » sur les conditions de la paix. Nous n’en savons malheureusement pas davantage, il nous est donc di cile d’être a rmatif dans un sens ou dans un autre. Quoiqu’il en soit, la question de la participation o cielle de Raoul Follereau au régime de Vichy ne nous paraît pas aussi dé nitivement close. Ce dont nous sommes certains, en revanche, c’est que, sitôt démobilisé, après l’armistice, Raoul Follereau continue d’exercer, dès 1940, le métier qui est le sien : conférencier. « Il multiplie les conférences dans les communes de toute taille. (…) Raoul Follereau parle de la France, de ses héros, de la reconstruction à mener. Il développe les thèmes moraux de la Révolution nationale 316. »
315. United States Holocaust Memorial Museum, www.ushmmm.org http://resources.ushmm.org/film/display/main.php?search=simple&dquer y=Tape+Number%3A+2385&cache_file=uia_fzZEqs&total_recs=6&page_ len=25&page=1&rec=6& le_num=3465 316. Étienne Thévenin, op. cit. page 155.

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Fondation Raoul Follereau Les extraits de Paroles de France que nous avons reproduits ci-après permette de saisir la fréquence des conférences que Raoul Follereau anime pour di user ses convictions sur sa « véritable France ». Cette fastidieuse liste des villes et villages honorés du passage de Raoul Follereau pendant la période 1940-1944 nous permet néanmoins de démentir un des mythes que Raoul Follereau s’est créé : il aurait été, dès juillet 1940, «traqué» par la Gestapo. Ainsi, Étienne Thévenin écrit qu’en juillet 1940 « Raoul Follereau apprend (…) que les Allemands ont posé les scellés à la porte de son domicile et qu’ils le recherchent »317. Pour accréditer cette thèse, les di érents biographes de Raoul Follereau soulignent la tonalité germanophobe d’un article qu’aurait écrit Raoul Follereau en d’avril 1939 dans lequel Hitler était quali é d’Antéchrist. Étienne Thévenin excelle dans l’art de la dramatisation : en 1942, « Raoul Follereau se sent menacé des Allemands, et pas seulement à cause de ses textes d’avant guerre. Il lui faut trouver un refuge encore plus sûr que les précédents. Il est désormais hébergé, avec son épouse, par les sœurs de Notre-Dame-des-Apôtres à Vénissieux »318. Étienne Thévenin va même jusqu’à avancer ce motif pour justi er le soi-disant peu de documents disponibles sur les années 1920 et 1930 de Raoul Follereau : « La documentation pour la période de l’entre-deux-guerres est limitée et fragmentaire, Raoul Follereau ayant dû se protéger des Allemands 319. » Il faudra nous expliquer comment un homme qui doit se cacher car il se sent menacé peut, en même temps, parcourir villes et villages de la France libre pour y prononcer des conférences publiques qui font l’objet d’annonces et de publicités diverses plusieurs semaines auparavant. Si nous comptons les seules conférences annoncées publiquement dans Paroles de France, Raoul Follereau anime, toujours en zone libre ou en Afrique du Nord, a minima : au moins douze conférences en métropole entre juillet et n novembre 1940 ;

317. Étienne Thévenin, op. cit. page 150. 318. Étienne Thévenin, op. cit. page 164. 319. Étienne Thévenin, op. cit. page 597.

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La contre - enquête au moins neuf conférences en métropole pendant la première quinzaine de décembre 1940 ; plus de quatre-vingt-dix conférences en Afrique du Nord entre le 15 décembre et le mois d’avril 1941 (il y retourne en 1942 pour de très nombreuses conférences, mais nous ne disposons pas du chi re précis) ; au moins vingt conférences en Rhône-Alpes pour le seul mois de mai 1942 ; au moins quinze conférences en Rhône-Alpes au mois de juin 1942 ; au moins dix-neuf conférences dans le sud de la France, en octobre 1942 ; autant, en novembre 1942, dans toute la France du sud-est ; au moins onze conférences en février 1943 entre la région centre et les Pyrénées ; en juin 1943, Paroles de France célèbre la trentième conférence au pro t des lépreux d’Adzopé depuis la première d’Annecy du 15 avril 1943.

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Soit plus de 225 conférences dans des villes de toutes tailles. Il est à noter que l’invasion de la zone libre, en novembre 1942, ne change rien dans ses habitudes de conférencier. Qui peut croire qu’un homme soi-disant traqué puisse parcourir aussi librement la France libre pour y tenir des conférences publiques annoncées à grand renfort de presse ? Il y a là un paradoxe insoluble qui nous amène à penser que la thèse de l’homme « traqué » est particulièrement fantaisiste ; mais il est bien évidemment plus opportun, lorsqu’on veut valoriser quelqu’un, de monter en épingle un article hitlerophobe à grands renforts de sous-entendus (« pas seulement à cause de ses textes d’avant guerre »), que de s’étendre sur la propagande cléricale-fasciste, puis vichyste, à laquelle se livre, depuis 1927, Raoul Follereau. Revenons à ses conférences, Ce que le monde doit à la France, notamment. Grâce à elles, Raoul Follereau entreprend de rehausser l’image de la France dans les yeux et dans le cœur de ses contemporains. Telle est, en tout cas, la vision o cielle portée, notamment, par André Récipon. Mais, est-ce réellement la nalité poursuivie par Raoul Follereau ? *** p. 105

Fondation Raoul Follereau Pour bien comprendre quelle fut la démarche de Raoul Follereau, nous devons la recontextualiser et revenir aux fondamentaux du régime de Vichy. C’est ainsi que nous comprendrons mieux le sens profond de ses initiatives. Pour le maréchal Pétain, ce n’est pas la guerre qui a causé l’e ondrement de la France. La guerre n’est que le symptôme d’un mal qui est bien plus profond. Il l’a rme sans détours dans ses discours radiodi usés dès le 25 juin 1940 : « Notre défaite est venue de nos relâchements. L’esprit de jouissance détruit ce que l’esprit de sacri ce a édi é. C’est à un redressement intellectuel et moral que, d’abord, je vous convie. » « Le désastre n’est (...) que le re et, sur le plan militaire, des faiblesses et des tares de l’ancien régime politique. » Des propos du même ordre sont repris dans le discours programme du 11 octobre 1940. Dans l’idéologie vichyste, la débâcle de 1940 est la conséquence directe d’un siècle et demi de délitements moraux et spirituels causés par la Révolution française de 1789. Raoul Follereau ne pense pas à autre chose, lorsqu’il écrit, en 1943 : « Le royaume de France est prédestiné par Dieu à la défense de l’Église de Jésus-Christ. Victorieux et prospère tant qu’il restera dèle à sa foi, rudement châtié toutes les fois qu’il sera in dèle à sa vocation 320. » Sous la plume de Raoul Follereau, la débâcle de 1940 est le châtiment de Dieu qui vient sanctionner la France car elle s’est montrée, depuis trop longtemps, in dèle à sa vocation divine. D’ailleurs, Raoul Follereau poursuit la citation précédente par la phrase suivante : « Les gouvernements de la IIIe République n’avaient point voulu s’en souvenir. Le châtiment s’est abattu, implacable. » Pour Raoul Follereau, le maréchal Pétain est celui qui permet à la France de se retrouver et de se reconstruire : c’est le redressement moral et intellectuel auquel le maréchal invite les Français à contribuer. Lorsque Raoul Follereau se rend de villes en villes, de villages en village pour prononcer Ce que le monde doit à la France, c’est à ce redressement moral et intellectuel porté par le maréchal Pétain et à sa devise o cielle « Travail, Famille, Patrie » à laquelle il
320. Raoul Follereau, Paroles de France, février 1943, in Étienne Thévenin, op. cit. page 156.

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La contre - enquête rajoute « Dieu » que Raoul Follereau entend participer de toutes ses forces. En introduction de son fascicule Ce que le monde doit à la France, une citation patriotique du maréchal Pétain gure en bonne place : « Nous savons que la Patrie demeure intacte, tant que subsiste l’amour de ses enfants pour elle. Cet amour n’a jamais eu plus de ferveur; la terre de France n’est pas moins riche de promesses que de gloire. » Sur le reste de la doctrine vichyste, Raoul Follereau n’a pas beaucoup à se forcer : nous avons déjà mis en avant les convergences existantes entre le régime de Vichy et la doctrine que Raoul Follereau développait dès 1930 dans ses conférences Le sourire de la France et Faudra-t-il arracher les cordes de la lyre 321 ? Ouvrons ici une parenthèse pour signaler qu’en 1997, André Récipon écrit, à propos de la Révolution nationale du régime de Vichy : « Après la défaite de 1870, la France avait retrouvé ce sursaut d’énergie qui avait fait sa grandeur avant la Révolution. Cela n’a duré que cinq ans, le temps que nous hésitions entre la république et la monarchie. Après la défaite de 1940, nous avons connu un même sursaut dans les mois qui ont suivi l’armistice. Ce fut ce que l’on appelle avec dérision aujourd’hui la Révolution Nationale 322 . » Ainsi, pendant toute la seconde guerre, Raoul Follereau va se faire le promoteur du maréchal Pétain et d’une France nouvelle dans une Europe nouvelle. Tout au long de la guerre, Raoul Follereau « reste dèle à la personne du maréchal »323. Son journal Paroles de France nous le démontre explicitement. Le journal Paroles de France est édité à Lyon de 1940 à 1944. Il prend la relève de L’œuvre latine, journal créé par Raoul Follereau en 1927, lors de la création de la Ligue d’Union latine, dont il porte le nom en sous-titre. Il mentionne en couverture le but poursuivi par le journal : « Défendre la civilisation chrétienne contre tous les paganismes et toutes les barbaries ; Faire rayonner le vrai visage de la France », ainsi qu’une citation extraite du discours-programme du Maréchal Pétain du 11 octobre 1940 : « Il maintiendra les héritages de sa culture grecque
321. Cf. supra la section Le national-catholique. 322. André Récipon, Lettre ouverte à Hombeline, op. cit. p.132. 323. Étienne Thévenin, op. cit. page 175.

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Fondation Raoul Follereau et latine et leur rayonnement dans le monde. » Il est à noter que cette référence à l’héritage gréco-latin de la France disparaît mi-1943 de la couverture de Paroles de France. En voici quelques extraits : « La France a subi une écrasante défaite militaire. Nous le reconnaissons. Ses conséquences peuvent être lourdes et douloureuses. Nous le savons. Mais la France vit. Son honneur est sauf, son avenir est intact. Le monde entier devra le reconnaître. La guerre a fait s’écrouler la vieille caricature politicienne de la France. Et de ce tas d’immondices pitoyables, une nouvelle France va surgir, la France de tous les temps, la France de l’histoire de France324. » Raoul Follereau considère que c’est Dieu qui a voulu le châtiment de la défaite de 1940 et qu’il soutient la renaissance de la véritable France rendue possible par le Régime Vichy, malgré cette mystérieuse « besogne obscure ». « Prière au Christ qui aime les Francs 325. (…) Vous nous avez envoyé de grandes épreuves; La Patrie sou re et saigne et pleure à Vos genoux. Seigneur, nous avons mérité les maux qui nous accablent. Si nous implorons Votre Miséricorde, ce n’est point pour nous, pour nos personnes chétives, ou nos biens illusoires, mais pour la France en qui vous avez mis les signes de Votre Immortalité. La France que vous avez voulue renait sous Votre Providence ; daignez en accueillir les promesses et les eurs. Et Donnez-nous le courage quotidien pour la besogne obscure qu’elle demandera. Faites que nous soyons grands pour être dignes d’elle, et pour, à travers sa vie et sa gloire, Vous mieux comprendre Vous mieux AIMER. » 326
324. Paroles de France, n°139, décembre 1940. 325. Référence à un décret de Clovis indiquant « Vive le Christ qui aime les Francs ». 326. Paroles de France, n°139, décembre 1940.

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La contre - enquête Pour Raoul Follereau, la seconde guerre mondiale actuellement en cours a probablement été souhaitée par Dieu a n que les peuples expient ensemble leurs crimes et que le monde soit nettoyé des « gestes du Malin ». « Courage, la France ! Ainsi, chaque jour, la guerre s’étend. La brute sanglante va visiter de nouveaux foyers, accumuler de nouvelles ruines, déchirer de nouveaux bonheurs. Et dans la mêlée furieuse, les ls de Virgile combattent les enfants de Platon !... La civilisation est-elle en péril ? La grande nuit des barbaries menacet-elle le monde ? Ou bien Dieu voulut-il que tous les peuples expient ensemble des crimes consommés en commun contre sa puissance et sa charité ? Peut être faut-il, pour qu’un « ordre nouveau » se créée vraiment dans le monde que le fer, le feu et le sang aient détruit toutes les utopies sinistres, tous les rêves noirs, tous les gestes du Malin (…) Dans les privations, dans la douleur, notre Patrie fait une retraite salutaire. Elle retrouve son histoire, (…) elle reconnaît sa voie et sa destinée. (…) La France doit redevenir ce qu’elle fut dans l’histoire : la plus haute expression politique de la civilisation chrétienne. (…) Baptisant Clovis, après Tolbiac, Saint Rémy t, dit-on, cette déclaration, prophétique : « Le royaume de France est prédestiné par Dieu à la défense de l’Église Romaine qui est la seule véritable Église du Christ. Victorieux et prospère tant qu’il sera dèle à la Foi Romaine, châtié toutes les fois qu’il sera in dèle à sa vocation. » Les Gouvernements de la IIIe République n’avaient point voulu s’en souvenir. Le châtiment s’est abattu, implacable327. » Courrier d’un lecteur de La Paz : « D’ici nous avons suivi le cœur oppressé d’une douloureuse angoisse toutes les phases du drame sanglant d’où notre chère patrie est sortie meurtrie et humiliée mais toujours vaillante. Et malgré tant de deuils, de larmes, de misère, un immense espoir a germé au fond de nos âmes : notre belle France puri ée, libérée de ceux qui l’entraînaient vers l’abîme, reprendra son vrai visage en redevant la « Terre du dévouement, de l’honneur et de la foi » (…)

327. Paroles de France, n°140, mai 1941.

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Fondation Raoul Follereau Et maintenant, laissez moi, cher Monsieur Follereau, vous féliciter bien sincèrement de la large part que vous avez prise à la résurrection morale de la France (…) Je suis sure que la résurrection matérielle suivra de près la première : si Dieu nous châtie c’est qu’il nous aime et aujourd’hui plus que jamais, je crois que nous devons reprendre le cri de nos aïeux : Vive le Christ qui aime les Francs ! 328 » « Montrez aux français ce qu’ils doivent faire Dans le désordre des esprits, dans l’incohérence et parfois l’absurdité des esprits dont les consciences se chloroforment, demandons la Lumière à Celui qui dispense la Vérité et la Vie. Et redisons cette belle prière dite de Saint Louis et que le grand roi dut bien souvent adresser au ciel. « Dieu tout puissant et Éternel qui avez constitué le Royaume des Francs pour être l’instrument de vos divines volontés sur la terre, le glaive et le bouclier de notre Mère la Sainte Église, nous vous prions de montrer aux Français ce qu’ils doivent faire pour réaliser votre Règne en ce monde a n que l’ayant en vue, ils se dévouent à l’accomplir à force de Charité, de courage et de persévérance ! Nous vous en supplions par Jésus Christ notre seigneur ; Ainsi soit il. » Quel les Français aient en n la claire vision de leur unique devoir 329 ! » Lors du déclenchement des hostilités germano-soviétiques, le 22 juin 1941, Raoul Follereau s’enthousiasme pour cette nouvelle croisade et regrette que la France n’en ait pas été l’initiatrice : « La bête rouge à l’agonie La lutte contre Moscou est engagée. Par l’Allemagne. Il n’a point dépendu de nous que ce fut par la France. Nos amis se souviennent de la motion que Raoul Follereau avait, en 1936, - il y a 5 ans ! - déposée à Genève, puis à Bruxelles au congrès de l’entente contre la IIIème internationale bolcheviste : l’Union des Patries, une entente entre tous les patriotes du monde pour sauver la civilisation. C’est à la France qu’il eut appartenu de conduire cette nouvelle croisade contre l’ennemi commun de tous les hommes et de toutes les patries.
328. Paroles de France, n°140, mai 1941. 329. Paroles de France, n °158 février 1943.

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La contre - enquête Georges OLTRAMARE en Suisse et Paul HOORNAERT en Belgique avaient fait à cette proposition un chaleureux écho. Hélas en France, la France avait comme grand homme M. Léon Blum ! … Quoiqu’il en soit, le Bolchevisme est en n condamné à mort. C’est un grand bienfait pour le monde, une lourde hypothèque levée quant à l’avenir et un grand espoir pour l’esprit de la future paix 330. » Les propos mettant en valeur le régime de Vichy et le Maréchal Pétain sont fréquents. Il s’agit soit d’articles rédigés par Follereau, soit de courriers de lecteurs, d’extraits de discours ou d’autres articles de presse etc. « À nos amis de l’Afrique du Nord (…) je veux que vous sachiez quelle joie fut la mienne de voir que vous avez si magni quement compris la « Nouvelle France » celle qui, dans le malheur, retrouve si vite et si bien ses vertus, ses forces et ses gloires (…) Crions d’un seul cœur ardent : Vive Pétain, Vive la France 331. » « Aux prières de la France pour la santé du restaurateur de la Patrie (Pétain), se joignent celles de ceux qui, à l’étranger, sachant combien sa présence est indispensable au redressement du pays, unissent leurs supplications pour que le Maréchal Pétain puisse encore longtemps encore poursuivre l’œuvre qu’il accomplit avec une sérénité et une élévation de pensée qui font l’admiration du monde ! Le monde entier crie, Vive la France 332 ! » « En Algérie, nos amis à l’honneur Le gouvernement général de l’Algérie a récemment mis « de l’ordre national » dans les conseils municipaux de ses trois départements. Et ainsi nombre de nos ligueurs qui, lors des heures troubles de 1936, avaient montré leur courage et qui ont témoigné de leur esprit d’union patriotique sont aujourd’hui à des postes de responsabilités, donc d’honneur 333. » « Tu es mon frère Parlez nous du Maréchal. C’est le cri, la prière de chacun. L’avezvous vu il y a longtemps ? Comment est il ?
330. Paroles de France, n°142 Juillet aout 1941 331. Paroles de France, n°140, mai 1941. 332. Paroles de France, n°141 Juin 1941. 333. Paroles de France, n°141 Juillet-Août 1941.

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Fondation Raoul Follereau Comment va –t-il ? (…) Et tant de questions simples et charmantes qui témoignent de la vénération de la piété nationale dont il est entouré. Ah s’il pouvait voir un instant tous ces gens, sentir cette dévotion et cet amour, quel réconfort et quelle joie ce serait pour lui ! À Meknes où nous voici de retour, j’interroge des enfants à l’École des Frères des Écoles chrétiennes. Aimez vous bien le Maréchal ? - Un seul cri joyeux : Oui ! - Pourquoi l’aimes tu dis je au premier ? - Parce qu’il est le chef de l’État Et toi ? - Parce qu’il a sauvé la France Et toi demandai-je à un tout petit ? Et le bambin de répondre : PARCE QU’IL NOUS AIME 334. » « Au service de la France Immortelle Le magni que voyage de notre président en Afrique du nord Continuant sa triomphale randonnée, notre président, après avoir parcouru le Maroc et l’Algérie se trouve actuellement à Tunis. Au cours de plus de 50 conférences, plus de cent mille personnes, de Marrakaech à Tunis ont communié, grâce à lui, dans une foi et une espérance nationale qui doivent être inscrites plus profondément que jamais au cœur de tous les Français. Les autorités civiles, militaires et religieuses se sont partout associées en personne à ces manifestations qui eurent un énorme retentissement. Avant que notre président quitte le Maroc et sur proposition de la Légion Française des Combattants, la ville de Meknes lui a décerné le titre de citoyen d’honneur (15 mars 1942) (…) C’est la chance unique de notre pays d’avoir trouvé pour le sauver de tous les désastres le Maréchal Pétain (…). Aussi faut-il, pour sauver, maintenir et accroître cette primauté spirituelle de la France dans le monde suivre le Maréchal avec amour, avec enthousiasme et non comme certains qui disent peut-être « Oui, le Maréchal, … mais … » Il faut que cet acte de foi dans le Maréchal et dans la délité que nous lui promettons soit une délité à tous égards inconditionnelle. (…) Ajoutons que cette manifestation, présidée par M. Poussier, contrôleur civil en chef de la région et par LM Fayolle-Lussac, président
334. Paroles de France, n°149 mars 1942.

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La contre - enquête de l’union régionale de la Légion Française des Combattants avait été organisée avec beaucoup de bonheur par la Légion 335.» Citation de M Rubens Ferreiro de Mello, ministre du Brésil en Suisse : « Depuis l’armistice, j’ai pu constater le relèvement de la France qui s’a rme chaque jour davantage, grâce aux directives de son grand chef, le Maréchal Pétain dont la personnalité remarquable quittera un jour l’histoire pour entrer dans la légende. Ces directives ont permis au peuple français de manifester avec énergie et persévérance sa volonté de surmonter sa défaite. J’admire le courage dont font preuve actuellement les Français, tous con ants dans les destinées de leur patrie. Le redressement de la France viendra plus vite qu’on ne l’attend et celle-ci reprendra facilement son rôle de patrie intellectuelle du monde qu’elle n’a d’ailleurs cessé d’être 336. » Citation de Monsieur Bérard, ambassadeur de Vichy au Vatican (datée juillet 1942) : « Tandis que l’œuvre du Maréchal se poursuit dans les circonstances et au milieu des di cultés inouïes que nous avons, le devoir le plus pressant de tous les Français se résume en ce commandement banal et nécessaire, précepte de morale individuelle autant que consigne civique : l’union. C’est par l’unité que la France se relève de ses chutes les plus profondes. (…) Nous nous garderons d’augmenter notre malheur par de vaines disputes sur les moyens de le réparer. (…) Il n’est pas de défaite militaire dont on ne relève promptement un peuple comme le notre si seulement il reste dèle à ses souvenirs et près à faire usage de ses dons et de ses ressources. Le Maréchal nous a demandé de partager sa « grande espérance ». Nous n’enverrons pas notre espérance en exil. Elle rester unie à la sienne sur le sol qu’il a sauvé 337. » Les gaullistes, contestataires et critiques de toutes sorte ne sont guère appréciés : « Le premier devoir du bon Français est de maintenir l’unité nationale, base de tous les espoirs français. Ceux qui osent actuellement critiquer, ou même se plaindre, se font, consciemment ou non, les agents de l’étranger 338. »
335. Paroles de France, n° 150 avril 1942. 336. Paroles de France, n°154 octobre 1942. 337. Paroles de France, n°155 Novembre 1942. 338. Paroles de France, n° 144 octobre 1941.

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Fondation Raoul Follereau « Attribuer les pires desseins aux dirigeants de la France, souligner à tout bout de champ l’emprise allemande sur la France, railler d’honorables Français qui se débattent dans de terribles problèmes, c’est non seulement manquer de courtoisie envers les hommes qui ont combattu et sont tombés à nos côtés, c’est encore pratiquer une politique de suicide 339. » « Les hommes qui dirigeront la France de demain ne sont pas forcément à Londres, ce qui devrait rendre la Grande Bretagne un peu circonspecte dans sa politique à l’égard de la France 340. » « Il faut éviter de considérer les gaullistes comme représentant le gouvernement futur de la France : ce serait une faute essentielle qui risquerait de vicier profondément les relations franco-anglaises dans l’avenir 341. » Et aussi … évocations de collecte généreuse autour de la charité avec comme conclusions : « Et cela vaut mieux que de s’abrutir sur les radios étrangères 342. » L’antisémitisme latent de Raoul Follereau est toujours présent, de façon imagée, comme d’habitude. « La paix chrétienne n’a pas de place pour la accapareurs de richesse économique, pour les trust a ameurs du peuple, pour les nations banquiers 343. » A propos de la mort du Maréchal Lyautey, Raoul Follereau écrit : « C’est un grand français, simple et bon, de la vieille race de chez nous (…) 344.» Jamais avare d’un geste de mépris pour les anglo-saxons, Raoul ironise sur la civilisation américaine : « La France est depuis 800 ans en Syrie, depuis 300 ans aux Antilles, depuis 300 ans à Dakar. En ces temps là, il n’y avait en AMERIQUE que des Peaux Rouges … Que Monsieur Roosevelt s’en souvienne 345 ! »
339. Paroles de France, n°144 octobre 1941. 340. Paroles de France, n°149 mars 1942. 341. Paroles de France, n°149 mars 1942. 342. Paroles de France, n°161 juin juillet 1943. 343. Paroles de France, n°147 janvier 1942. 344. Paroles de France, n°140, mai 1941. 345. Paroles de France, n°141 Juin 1941.

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La contre - enquête Raoul Follereau reste très soucieux de ses rentrées nancières. Les numéros de Paroles de France contiennent fréquemment plusieurs propositions commerciales aussi diverses que rocambolesques : les appels aux dons pour les Fondations Charles de Foucauld sont systématiques, il propose divers fascicules ou icônes de prière, des bons de souscription à son journal, etc. Il ne manque jamais de rappeler aux retardataires de régler leurs dettes ; jamais à court d’idées pour lever des fonds, Raoul Follereau va même jusqu’à proposer l’abonnement à vie au journal Paroles de France pour qui acceptera de verser d’un coup dix fois le coût de l’abonnement annuel. Et tout cette activité de business caritatif se fait sur une seul compte bancaire : le sien. « La situation actuelle semblant devoir se prolonger, a n de ne pas encombrer d’avantage le compte de notre ami Mauger et pour éviter les erreurs qui ne manquent pas de se produire, nous avons décidé de nous faire ouvrir un compte de chèque qui nous soit personnel. C’est Follereau 666-02 Lyon 346. C’est à ce compte que nos amis devront dorénavant verser leur cotisation ainsi que le montant des carnets des Fondations Charles de Foucauld 347. » À plusieurs reprises, il rend d’émouvants hommages à la générosité française dans le cadre du Secours National organisé par le régime. Fin 1942, il rédige un article élogieux sur la toute récente Fondation française pour l’étude des problèmes humains fondée par Alexis Carrel avec le soutien et les encouragements du Maréchal. Une fois n’est pas coutume, Raoul Follereau tresse des lauriers à un britannique, Sisley Huddleston. Mais qu’on ne se méprenne pas sur le sens de cet article : ce Britannique-là mérite l’hommage de Follereau car il a traversé la Manche pour rejoindre le régime de Vichy et se mettre au service du maréchal. Celui qui quitte la France pour rejoindre Londres ne peut être qu’un traître à sa Patrie, en revanche, celui qui quitte Londres pour rejoindre Vichy ne peut être qu’un homme sensé. À partir de début 1943, Raoul Follereau opère un discret virage. Son soutien au maréchal reste entier, mais ses articles sont nettement
346. Les catholiques sensibles à la symbolique des chi res ne manqueront pas de repérer le numéro du compte personnel de Raoul Follereau sur lequel il « centralise » les ux nanciers … 666 est le chi re de la Bête dans l’Apocalypse de Saint Jean. 347. Paroles de France, n°142 Juillet aout 1941.

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Fondation Raoul Follereau moins politiques. Il vient de créer L’Heure des Pauvres et y consacre de nombreux articles. Au l des numéros, il ressasse souvent les mêmes propos et les mêmes idées mais abandonne de plus en plus la dimension politique et s’expose moins : ses articles traitent de sujets plus consensuels et moins clivants : lui qui se réjouissait d’aller bouter le bolchevisme hors de Russie et qui voyait dans le feu de la guerre une phase de puri cation dont la France ressortirait plus grande et plus belle, devient partisan de la paix et de la charité. Il s’insurge encore par ci par là des dégâts causés par les bombardements alliés, ironise sur cette guerre due au couloir de Dantzig et il continue à appeler à l’unité des catholiques autour du maréchal Pétain, mais les mots se font plus prudents. *** Revenons sur un article qui a tout particulièrement retenu notre attention. Mi-1941, lors de l’attaque britannique sur la Syrie, Raoul Follereau moque ces « hurluberlus », ces Français de Londres « égarés, menés par des banquiers sinistres ». « Aux banquiers et aux égarés, le pays des croisades dit non Le monde entier ne cache point aujourd’hui son émerveillement devant la résistance française en Proche Orient, ni devant la courageuse délité des populations soumises à son mandat et qui reçurent pendant un mois les messagers de mort pour les punir d’aimer la France. (…) C’est au fond un grand service que M. Churchill et ses hurluberlus viennent de nous rendre. Ils prouvent au monde que le soldat français est un grand soldat. (…) Ah ! Vous pouvez bien aujourd’hui, pauvres égarés, menés par des banquiers sinistres, tuer vos frères sur ce sol à jamais dédié à la France. (…) Après un mois de lutte, un contre cinq, contre dix, contre vingt, le Général Dentz a du demander une suspension d’armes. Il ne su t plus, hélas, d’être héroïque pour vaincre. Mais tant de sacri ces, et tant de courage, tant de délité et d’amitié n’auront pas été vains. Ils auront témoigné que nulle part, malgré les déluges de feu et les tonnes d’acier, la France de l’esprit, la France de l’histoire, ne peut être vaincue. (…) p. 116

La contre - enquête Courage « la France du monde entier », la France de tous les hommes. Demain, l’aurore va venir 348 ! » Pour comprendre le sens de cet article, rappelons le contexte de mi-1941 : Après la première guerre mondiale, la Syrie et le Liban avaient été con és à la France par un mandat de la Société des Nations. La Palestine, elle, avait été con ée aux Britanniques qui contrôlaient aussi l’Irak. Début 1941, les Allemands ont échoué dans leur tentative d’envahir l’Angleterre. Hitler est encore en paix avec les Soviétiques qui l’approvisionnent en pétrole du Caucase. Or, Hitler entend attaquer prochainement l’Union Soviétique (opération Barbarossa). Il va donc chercher à se procurer des ressources pétrolières ailleurs qu’auprès des Soviétiques et vise les zones du Moyen-Orient. À cette n, il provoque et soutient une révolte d’irakiens dans le but de se garantir l’accès au pétrole de la région et y attaque les forces militaires britanniques. Il doit être ici noté que malgré la soi-disante neutralité du régime de Vichy depuis l’armistice, l’Amiral Darlan met les bases aériennes françaises de la Syrie voisine à la disposition des armées allemandes et livre du matériel de guerre français aux allemands et à leurs alliés rebelles irakiens, sans aucune contrepartie, illustrant ainsi la facette militaire de la politique active de collaboration du régime de Vichy (accords dits Darlan après la rencontre de ce dernier avec Hitler à Berchtesgaden, puis Protocoles de Paris). Après avoir maté la révolte irakienne, les Britanniques, assistés par une poignée de Français Libres dirigés par le général Legentilhomme, attaquent les positions françaises de Vichy en Syrie et au Liban dirigées par le commandant Dentz (opération Exporter). Les forces en présence sont équilibrées : environ 35.000 hommes de chaque côté (et non un contre vingt comme l’a rme Follereau avec emphase) Les combats seront plus intenses que prévu. En e et, les instructions du Maréchal Pétain étaient claires : convaincu de la prochaine victoire allemande, enfermé dans sa logique de collaboration « à l’ordre nouveau » et dans son anglophobie, le maréchal Pétain entend bien s’opposer aux anglais et défendre chaque parcelle de l’Empire coûte que coûte.
348. Paroles de France, n°142 Juillet aout 1941.

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Fondation Raoul Follereau Après un mois de combat et plusieurs milliers de morts, les alliés obtiennent la reddition du général Dentz. La campagne de Syrie fut le premier accrochage sérieux qui opposa les Français entre eux. Il sera abondamment exploité par la propagande de Vichy, à l’instar de l’attaque de Mers el Kebir ou de celle sur Dakar. En remerciement pour ce « fait d’armes », le général Dentz se verra remettre la plaque de Grand Croix de la Légion d’Honneur par l’Amiral Darlan. Après la libération, le général Dentz est inculpé le 4 avril 1945 d’intelligence avec l’ennemi et est condamné à mort par la Haute cour de justice le 20 avril 1945. Le général de Gaulle le gracie et sa peine se trouve commuée en détention à vie. Son état de santé s’étant rapidement détérioré, il meurt en prison le 13 décembre 1945. Nous retrouvons dans cet article de Raoul Follereau un exemple de ses œuvres de propagande en faveur de la Révolution Nationale, du régime de Vichy et de la collaboration avec l’Allemagne nazie, y compris sur un plan militaire. Pour Raoul Follereau, ce sont les conditions nécessaires à la renaissance de la vraie France, c’est à dire une France nouvelle dans une Europe nouvelle. Déjà, en décembre 1940, Raoul Follereau écrivait dans le n° 139 de Paroles de France les propos suivants : « La guerre a fait s’écrouler la vieille caricature politicienne de la France. Et de ce tas d’immondices pitoyables, une nouvelle France va surgir, la France de tous les temps, la France de l’histoire de France. » Nous retrouvons également l’expression de son anglophobie ainsi qu’une nouvelle preuve de son antisémitisme : employée à deux reprises, la terminologie de « banquiers » ou de « banquiers sinistres » désigne bien évidemment les juifs que Raoul Follereau quali ait déjà, en 1936, de « nanciers internationaux qui sont de partout et de nulle part et dont le porte-monnaie remplace le cœur ». Ces propos doivent naturellement être rapprochés des a ches de propagande vichyste sur lesquelles les gaullistes de Londres se font le bras armé de ploutocrates anglo-saxons au pro l churchillien et de cupides banquiers ou industriels de l’armement au pro l clairement caricaturé juif. p. 118

La contre - enquête *** En 1945, Raoul Follereau est « atterré et bouleversé par la condamnation à mort du maréchal Pétain, il éprouve un sentiment de profonde injustice et ne comprend pas le général de Gaulle. (…) Raoul Follereau assiste donc impuissant à la déroute de ses idées (…) il s’écarte alors de l’engagement politique. Blessé par ces événements, il garde désormais le silence et veille à ne plus prendre de positions politiques publiques 349. » Soixante ans plus tard, André Récipon indique : « Toute sa vie, Raoul Follereau restera dèle au maréchal 350. » Même si Raoul Follereau a pu échapper aux traques de la Libération, nous allons démontrer qu’il n’a pas changé : ses initiatives caritatives au pro t du village des lépreux d’Adzopé démontrent qu’il poursuit toujours un objectif politique derrière une façade caritative et généreuse.

349. Étienne Thévenin, op. cit. page 183. 350. André Récipon, Lettre ouverte à Maurice Druon, Le Maréchal n°202, 2001 http://www.admp.org/revuespdf/202/lettreouvertemauricedruon.pdf.

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Adzopé, le prétexte caritatif d’une stratégie politique
Resituons-nous le 15 avril 1943. Raoul Follereau aura 40 ans dans quelques semaines. Pour la première fois de sa vie, celui qui prétendra plus tard avoir consacré toute sa vie à la défense des lépreux 351 anime une conférence à Annecy dans le but de collecter des fonds pour le nancement d’un projet de village à Adzopé, en Côte d’Ivoire. Selon l’histoire o cielle de Raoul Follereau - celle promue par la Fondation homonyme et ses hagiographes autorisés - cette conférence d’avril 1943 marque les débuts concrets de sa vocation d’Apôtre des Lépreux qui aurait débutée dès 1936 lors d'une rencontre imprévue avec les lépreux. Pourtant, une analyse plus approfondie du contexte nous amène à relativiser le propos : si, e ectivement, le projet d’Adzopé présentait une dimension généreuse et caritative incontestable, il présentait aussi une dimension politique extrêmement forte, à ce point qu’il est possible de se demander si ce qui intéresse réellement Raoul Follereau, c’est le sort des lépreux, ou bien la contrepartie politique qu’il attend en retour de l’aide qu’il leur apporte. Cette confusion où des moyens d’ordre caritatifs, culturels ou religieux sont mis au service d’une nalité politique, essentiellement ultranationaliste, n’est pas nouvelle. Elle est même constante, dans la vie de Raoul Follereau. Nous avons eu l'occasion de l'exposer dans les pages qui précèdent. Au tout début des années 1930, Raoul Follereau fait connaissance avec les ordres religieux français qui exercent leur apostolat à l’étranger. Il s’enthousiasme alors pour ces représentants du « vrai visage de la France » qui servent si bien son combat en faveur de la latinité. Pour Raoul Follereau, les missionnaires catholiques français, tout comme les colons et les militaires, sont les héros de la «vraie» France car ils portent à la fois le drapeau tricolore et la croix en « terre barbare ». Raoul Follereau connaît l’ordre des Sœurs Missionnaires de Notre-Dame des Apôtres depuis la n des années trente. En 1942, après avoir vécu quelques temps à Lamastre, en Ardèche, dans le
351. Cf. supra la section Le faussaire de sa propre histoire

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La contre - enquête de la générosité française, des missionnaires français, de leur Croix française, et surtout, de leur drapeau français. *** La charité de Raoul Follereau n'est pas pure parce qu'elle n'est pas gratuite. La Charité de Raoul Follereau est viciée de l’intérieur car elle a pour objectif, ou pour conséquence, de rendre débiteur le béné ciaire. Sans doute que Raoul Follereau aurait eu intérêt à méditer davantage cette phrase tirée de la Bonne Nouvelle selon saint Matthieu : « Quand donc tu fais l’aumône, ne fais pas sonner de la trompette devant toi, comme le font les hypocrites dans les synagogues et dans les rues a n d’être glori és par les hommes ; en vérité, je vous le dis, ceux-là ont reçu leur récompense. Pour toi, quand tu fais l’aumône, que ta main gauche ne sache pas ce que fait ta main droite a n que ton aumône soit dans le secret ; et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra. » (Matthieu, VI, 2-4).

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Adzopé et le maréchal Pétain
Nous achevons nos propos concernant Adzopé sur une ré exion qui reste inachevée mais que nous livrons en l’état à nos lecteurs. Si certains d’entre eux disposent d’informations utiles sur ce sujet, elles seront bien entendu les bienvenues. Nous pensons en e et que le projet d’Adzopé promu par Raoul Follereau honore la mémoire du maréchal Pétain et nous allons expliquer pourquoi. En pages 18 et 19 du livret, une carte du village d’Adzopé est reproduite. Vous pouvez trouver une version haute dé nition de ce plan sur internet.358 Le village est organisé de façon très géométrique. Au centre, la statue de Notre-Dame des Apôtres trône au milieu d’une place à partir de laquelle partent huit boulevards. Chacun de ces huit boulevards est bordé de chaque côté par deux rues. À l’extrémité d’un des huit boulevards, légèrement à l’extérieur du village, cinq bâtiments sont prévus : - une église ; - la maison des Sœurs ; - une école nommée Michel Rameaud (du nom de l’ami de Raoul Follereau, cofondateur avec lui de La Ligue d’Union latine chez lequel Raoul Follereau a vécu durant la première partie de la seconde guerre mondiale) ; - une léproserie / dispensaire au nom de Raoul Follereau ; - une maternité dont le nom est illisible. Les 16 rues qui longent les 8 boulevards portent des noms de saints de l’Église catholique : - dix des douze apôtres : Simon-Pierre, André, Jacques, Jean, Matthieu, Barthélémy, Thomas, Simon, Philippe, Thaddée (un seul Jacques alors qu’ils sont deux et ni Judas, naturellement, ni Matthias nommé pour le remplacer) ; - sainte Marie ; - saint François-Xavier ;
358. http://www.scribd.com/doc/52883415/Plan-Adzope

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La contre - enquête

Le faussaire de sa propre Histoire
Faussaire : nom (latin falsarius) - Personne qui commet une atteinte à la con ance publique en réalisant un faux ; contrefacteur. - Littéraire. Personne qui altère la vérité : un faussaire littéraire 359. Nous allons maintenant exposer comment Raoul Follereau s’est doté, du milieu des années 1950, d’un passé aussi vertueux que factice, faisant croire qu’il a consacré sa vie, toute sa vie, prioritairement à toute autre occupation, à la défense des lépreux. Nous allons donc démontrer, preuves à l’appui, que l’épisode de la rencontre, dans le désert du Sahara, entre Raoul et Madeleine Follereau et des lépreux relève d’une légende savamment orchestrée par Raoul Follereau en personne, légende qu’il narrera à chaque fois qu’il le pourra. Encore aujourd’hui, la Fondation Raoul Follereau n’hésite pas à di user massivement ce mythe de l’homme qui a consacré sa vie, toute sa vie pour les lépreux. Dans les précédentes sections de ce livre, nous avons exposé certains moments de la vie de Raoul Follereau entre son arrivée à Paris en 1920 et le 15 avril 1943, date de sa première initiative connue en faveur des lépreux. Nous brossons, à grands traits, les principales étapes des quarante premières années de sa vie. *** Rappelons tout d’abord que Raoul Follereau est né en 1903. Poète, auteur et comédien, Raoul Follereau arrive à Paris, et fonde en 1920 la Jeune Académie, association de poètes et d’auteurs, comme lui.
359. Dictionnaire Larousse en ligne http://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/faussaire

p. 133

Fondation Raoul Follereau En 1925, il entre au journal L'Intransigeant et découvre l’Italie fasciste de Benito Mussolini. Il tombe immédiatement sous le charme. En 1927, il fonde la Ligue d’Union latine qui, sous couvert d’activités culturelles et littéraires (concerts, publication d’auteurs, conférences) va, pendant 15 ans, être au service d’un combat politico-chrétien. Il promeut activement une certaine perception de l’art et de la culture au service d’une vision nationale-catholique de la France et, plus généralement, de la civilisation latine (entre autres, Faudra-t-il arracher les cordes de la lyre ou Le sourire de la France). En 1930, il se rend en Amérique du Sud pour un cycle de conférences de sa Ligue et pour une étude qui aurait été demandée par gouvernement français. Il y découvre l’in uence des écoles religieuses chrétiennes françaises à l'étranger et s’enthousiasme pour le pilote Jean Mermoz, véritable héros français. À son retour, début 1931, il initie L’œuvre du livre français à l’étran-ger, œuvre quali ée de « propagande à la fois nationale et catholique 360 » qui consiste à collecter des fonds et des livres « soigneusement choisis d’un point de vue national et moral 361 » ou « dignes de la France et soigneusement sélectionnés quant à leur valeur ou leur moralité 362 » a n de constituer des bibliothèques françaises gratuites à l’étranger et y faire mieux connaître et mieux aimer le véritable visage de la France 363. Dans les années qui suivent, il poursuit ses activités à consonances cléricales, culturelles et politiques, notamment à l’étranger. Sa Ligue d’Union latine publie des livres, organise des concerts, des représentations de théâtres, décerne moults prix et médailles en France et à l’étranger. Il soutient ardemment le régime fasciste italien et milite en faveur d’un rapprochement entre la France et l’Italie, notamment aux côtés de leaders antisémite tel Philippe Henriot. Il se reconnaît dans le
360. Revue des lectures, 1931, page 663 http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5741852k.image.hl.r=follereau.f701 361. La revue diplomatique, octobre 1931 http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5741852k.image.hl.r=follereau.f701 362. France – Afrique, juin 1931 http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k57296070.image.hl.r=follereau.f32 363. Cette œuvre du livre français à l’étranger constitue, pour Raoul Follereau, son premier appel de grande ampleur à la générosité du public.

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La contre - enquête régime autoritaire portugais de Salazar et dans l’austrofascisme de Dolfuss. Il voyage partout où il sent de l’intérêt pour sa conception de la latinité. Au milieu des années 1930, sa vie prend une tournure plus radicale, encore. L’agression italienne en Éthiopie de 1935 l’amène à prendre vivement position en faveur du Duce. Depuis au moins 1933, il est apprécié des pires éléments de l’antisémitisme aryen, Henry Coston en tête. Début 1936, il co-anime une conférence organisée par un groupement d’éditions violemment antisémites qui publie La Libre Parole, le Centre de Documentation et de Propagande d’Henri-Robert Petit. Peu après, la victoire du Front Populaire aux élections législatives radicalise la vie politique dans les départements français d’Algérie. Raoul Follereau s’y rend à l’été 1936 ainsi que n 1936. Il s’implique auprès des mouvements radicaux et antisémites Unions latines, RNAS et Amitiés Latines. Il y prononce de nombreuses conférences sur la latinité et sa perception de la France, conférences au cours desquelles il dénonce le complot judéo-bolchevique mondial et vit la guerre civile espagnole comme une véritable croisade contre le Mal. En septembre 1936, il participe et intervient comme conférencier à une réunion organisée à Bruxelles par la branche belge des CAUR, l’Internationale fasciste Il y propose l'Union des Patries contre le bolchevisme. Fin 1936, il participe à un pèlerinage sur les pas du père de Foucauld. Il le découvre à ce moment-là. Bouleversé par cette expérience, il revient en métropole début 1937 et fonde les Fondations Charles de Foucauld qui ont pour objectif de soutenir et promouvoir la présence française en Afrique par l’intermédiaire des missionnaires catholiques français. Il collecte des fonds dans le but, notamment, de nancer la construction de l’Église française du Sahara à El-Goléa, ville où se trouve le tombeau du frère universel. Néanmoins, il sera, plus tard, confronté au désaveu o ciel de certains héritiers spirituels du Père de Foucauld (Massignon, Père Voillaume) à cause de la dimension politique et colonialiste de ses agissements. p. 135

Fondation Raoul Follereau En septembre 1939, Raoul Follereau revient d’urgence en France d’Amérique du sud où il se trouvait pour un cycle de conférences. En juillet 1940, il salue l’arrivée au pouvoir du maréchal Pétain. De 1940 à 1943, il multiplie les conférences en zone libre sur la grandeur de la France où il soutient le redressement intellectuel et les principes moraux de la Révolution Nationale du régime de Vichy. Durant la Seconde Guerre mondiale, il vit d’abord chez ses amis, les Rameaud, à Saint-Étienne, puis en Ardèche, à Lamastre en Ardèche 364, à Bourg-en-Bresse et nit par être logé à Vénissieux, près de Lyon, par les Sœurs Notre-Dame des Apôtres chez qui il se fait employer comme jardinier. En n, le 15 avril 1943, pour la première fois de sa vie, Raoul Follereau réalise un acte public en faveur des lépreux. Il s’agit d’une conférence organisée à Annecy, au pro t d’un projet de léproserie porté par la révérende des Sœurs de Notre-Dame des Apôtres, Mère Eugénia 365. *** Une fois ce bref résumé e ectué, nous allons maintenant e ectuer un bond de quinze ans en avant pour nous transporter à Tokyo, le 18 novembre 1958 366. Raoul Follereau participe alors au VIIe Congrès International de la Lèpre. Jusqu’ici, rien que de très ordinaire : Raoul Follereau est un conférencier hors pair, c’est un métier qu’il maitrise largement. Depuis la n de la guerre et plus particulièrement depuis le début des années 1950 (période où sont découverts les premiers traitements aux sulfones permettant de soigner les lépreux), il enchaîne les réunions publiques et les initiatives en faveur des lépreux, avec beaucoup de succès.
364. Est-ce une coïncidence si Lamastre se trouve dans le ef électoral de Xavier Vallat, célèbre parlementaire antisémite, premier Commissaire Général aux A aires Juives du régime de Vichy ? Xavier Vallat et Raoul Follereau se connaissent nécessairement puisque, outre leurs convictions nationales-catholiques communes, ils étaient ensemble à Bruxelles le 4 septembre 1936, lors de la conférence organisée par les CAUR (cf. supra la section Au service de l’Internationale fasciste). 365. Nous relevons également que ce projet était déjà, avant la conférence d’Annecy du 15 avril 1943, approuvé et soutenu par le régime de Vichy (Étienne Thévenin, op. cit. page 168) 366. Date validée page 385 du tome Livres B des Œuvres complètes de Raoul Follereau, op. cit.

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Fondation Raoul Follereau

André Récipon, l’héritier de Raoul Follereau
Plus haut dans ce livre, nous avons abordé la doctrine développée à partir de la n des années 1920 par Raoul Follereau : une doctrine nationaliste, cléricale et colonialiste fortement marquée par le maurrassisme. Dans la continuité de la Ligue d’Union latine en 1927, puis des Fondations Charles de Foucauld en 1937, Raoul Follereau crée l’Ordre de la Charité en 1946. À partir du sortir de la seconde guerre mondiale, la notoriété mondiale de Raoul Follereau s’accroît très rapidement et de façon très importante. Pendant les années 1960, Raoul Follereau s’inquiète de se trouver un successeur dèle à ses idées a n de poursuivre ce qu’il estime être son œuvre. Son épouse et lui-même n’ayant pas eu d’enfants directs Raoul Follereau choisit alors André Récipon. André Récipon est le gendre d’un ami très cher de Raoul Follereau, nommé Michel Rameaud. Ce dernier l’accompagne dans ses œuvres culturelles depuis le début des années 1920, lors de la création de La Jeune Académie, et dans ses combats politico-religieux de La Ligue d’Union latine 393. C’est également chez les Rameaud que Raoul Follereau trouva, quelques temps, le gîte et le couvert durant la seconde guerre. À compter de 1968, André Récipon se voit donc désigné héritier spirituel en charge de la continuation de l’œuvre et des messages de Raoul Follereau. Pendant vingt-cinq ans, et plus particulièrement après la disparition de Raoul Follereau, en 1977, André Récipon va diriger la destinée de ce qui deviendra, aujourd’hui, la Fondation Raoul Follereau, transformant avec une certaine réussite la modeste activité caritative artisanale de Raoul Follereau en vaste entreprise familiale de charity business.

393. Cf. supra la section Le national-catholique

p. 148

La contre - enquête Au cours de ces dernières années, André Récipon a publié trois ouvrages dans lesquels il décline ses opinions personnelles et historiques. Il a jugé opportun de les rendre publiques et en revendique ouvertement le caractère polémique. Elles démontrent largement la continuité des idées politiques entre Raoul Follereau et André Récipon, celui qu’il a choisi pour être son ls spirituel, le continuateur de sa vie, de son œuvre, et de sa pensée. Le 24 janvier 2002, à l’occasion du scandale de l’IGAS éclaboussant la Fondation Raoul Follereau, Gérard Desmedt écrit dans La Vie : « À partir de 1993-1994, relève l’association suisse [l’association suisse Raoul-Follereau], plusieurs membres de l’Union internationale des associations Raoul-Follereau ont constaté « que, pas à pas, une famille présidant à l’association française Raoul-Follereau [la famille Récipon], accaparant un pouvoir absolu, a détourné l’esprit de la pensée du fondateur pour se tourner vers des idéologies de la droite ultra et vers une branche intégriste et fondamentaliste de l’Église. » Cette évolution, ajoutent les Suisses, « est une véritable trahison » 394 ». Trahison par rapport à quoi ? À ce que fut réellement Raoul Follereau ? Ou à ce que Raoul Follereau t croire qu’il était ? L’intégralité des passages reproduits ci-dessous sont extraits de trois livres d’André Récipon, tous édités chez Pierre Téqui Éditeur : Lettre ouverte à Hombeline (1998), Combat pour la Charité (2000), Lettre ouverte à Mathilde (2005)395. *** Nous nous contenterons de les regrouper par thématique comme nous avions déjà fait pour Raoul Follereau. Les traditions sont immortelles.
394. Gérard Desmedt, L’association suisse enfonce le clou, La Vie n°2943, 24 janvier 2002 http://www.lavie.fr/archives/2002/01/24/raoul-follereau-l-associationsuisse-enfonce-le-clou,3909503.php 395. Hombeline et Mathilde sont les lles de Michel Récipon, ls unique d’André Récipon. Nous regrettons de devoir citer leurs noms, mais c’est à elles qu’André Récipon a choisi de s’adresser, publiquement, en publiant ses deux lettres ouvertes.

p. 149

Fondation Raoul Follereau « Les traditions familiales ne sont pas des vieilles reliques qu’il faut dépoussiérer quand on les sort. (…) Elles sont de tous les temps, elles ne vieillissent pas et elles n’ont donc pas besoin d’être rajeunies 396. » « Une des traditions à laquelle je tiens beaucoup, et que je considère comme prioritaire, est notre foi en Dieu (…) : Dieu, premier servi 397! » « Parce qu’elle est l’aînée, (…) c’est à elle qu’incombe le devoir de maintenir les traditions familiales 398. » Vision de la place des femmes dans la société. Contre le chômage, « voici deux exemples de mesures simples à prendre : (…) si on dit aux millions de femmes mariées qui travaillent : « si vous abandonnez votre emploi pour rester chez vous et élever vos enfants, vous percevrez la moitié du SMIG hors impôt », nous allons avoir au moins 500.000 emplois qui vont se libérer. (…) Mais personne ne va vouloir tenter ces paris (…) parce qu’ils traînent des relents de l’Ancien Régime, ont été déclarés une fois pour toutes politiquement incorrects. C’est un dogme, donc, on ne le discute pas, même si vous démontrez que ce dogme est faux. Car tout homme de gauche, qu’il soit socialiste ou communiste, préférera nier l’évidence et la réalité si celles-ci remettent en cause le dogme 399. » « En libérant la femme des tâches ménagères (…) [les laïcs et le socialistes] ont laissé les enfants orphelins, livrés à leurs instincts, sans une mère pour les protéger. (…) la délinquance juvénile est due au travail des femmes qui ont, volontairement ou sous la contrainte, déserté leurs foyers 400. » « Je rappelle que dans l’ordre naturel des choses voulu par Dieu, la femme a reçu une mission spéciale : la procréation des enfants. Refuser cette réalité, c’est comme si on refusait que la terre tourne autour du soleil 401! »

396. André Récipon, Lettre ouverte à Mathilde, éditions Pierre Téqui, 2005, p.8 397. André Récipon, Lettre ouverte à Mathilde, op. cit. p.10 398. André Récipon, Lettre ouverte à Mathilde, op. cit. p.7 399. André Récipon, Lettre ouverte à Hombeline, éditions Pierre Téqui, 1998, p.77 400. André Récipon, Lettre ouverte à Hombeline, op. cit. p.150 401. André Récipon, Lettre ouverte à Hombeline, op. cit. p.150

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La contre - enquête Mœurs / Concubinage / Sexualité / SIDA « Ceux qui refusent (…) de passer devant Monsieur le Maire et M. le Curé se comportent en fait exactement comme des bêtes, pour qui l’institution du mariage n’existe pas 402. » « Le marché des contraceptifs, encouragé par le vagabondage sexuel et la prostitution qui séparent les couples » est à combattre 403. « La révolution de 1968, celle qui a libéré les mœurs, est considérée comme la grande conquête de ce siècle. Avant elle, nous étions enchaînés à la même femme, nous ne pouvions pas copuler à tout va, nous ne pouvions pas assouvir nos fantasmes (à voile et à vapeur), nous ne pouvions pas avorter… c’est du moins ainsi, c’est-à-dire comme une victoire importante sur l’obscurantisme et sur l’esclavage, qu’est présentée cette libération des mœurs. (…) Cette libération des mœurs que nous avons appelée liberté (…) n’est qu’une vulgaire libération de tous les mauvais instincts de l’homme 404 .» « À partir du moment où le but de l’union de l’homme et de la femme n’est plus la procréation des enfants dans le don réciproque de leurs corps, et à partir du moment où cette union n’est plus que la recherche du plaisir physique en évitant d’avoir des enfants, alors c’est toute une civilisation qui s’écroule. (…) Nous avons baptisé du nom de liberté le déchaînement de nos plus bas instincts. Pie XII (…) a dit « Dieu pardonne toujours, l’homme quelquefois, la nature jamais ». Alors nous avons eu le syndrome immuno-dé cient acquis [le SIDA] 405. » Le SIDA serait « la lèpre des temps modernes. Ce qui est vrai dans la mesure où, tout comme pour la lèpre pendant des siècles, il n’y a pas de traitement, et dans la mesure où le sidéen est un exclu comme l’était le lépreux. Ce qui est faux dans la mesure où, si le lépreux n’est en rien responsable de la maladie qui le frappe, ce n’est pas le cas de la plupart des sidéens 406. » Monarchie / République / Démocratie / Révolution française « Je suis monarchiste (…) je crois qu’une monarchie est préférable à une démocratie 407. »
402. André Récipon, Lettre ouverte à Mathilde, op. cit. p.9 403. André Récipon, Lettre ouverte à Hombeline, op. cit. p.86 404. André Récipon, Lettre ouverte à Hombeline, op. cit. p.86 405. André Récipon, Lettre ouverte à Hombeline, op. cit. p.87 406. André Récipon, Combat pour la Charité, éditions Pierre Téqui, 2000, p.240 407. André Récipon, Lettre ouverte à Mathilde, op. cit. p.35

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Fondation Raoul Follereau « La délité à Dieu est un article de foi qui ne se discute pas. La délité au ROI qui en a été inséparable pendant quinze siècles se discute aujourd’hui. Pas pour moi 408. » « La Révolution française fut un grand malheur pour mon pays 409. » « La Révolution dite française a été un grand malheur pour la France, d’abord, pour le monde, ensuite, en raison de l’exemple funeste qu’elle a donné. (…) Les orthodoxes (…) viennent de béati er [leur Tsar] ainsi que sa famille massacrée pendant la Révolution. Quand l’épiscopat français aura-t-il le même courage pour le Roi Louis XVI, pour la Reine MarieAntoinette et pour Madame Elisabeth de France 410 ? » « C’est le contenu de la Révolution française qu’il faut avoir le courage de remettre en cause dans tous ses aspects, si l’on veut arrêter cette course vers le néant. (…) C’est bien la Révolution française qui a détruit les droits de Dieu, pour leur substituer les droits de l’homme sans Dieu 411. » « Le Roi qui tient son pouvoir de Dieu, comme le patron qui tient son pouvoir de lui-même, sont par dé nition les hommes que la révolution a voulu faire disparaître 412. » « Je pense au plus profond de moi-même que la primauté de la majorité sur la minorité ne peut fonder un État dit de droit, et que cette primauté est une forme de dictature 413. » Primauté de Dieu & loi naturelle / National-catholicisme « Le progrès [qu’on nous propose aujourd’hui] est en fait un changement, et un changement radical, un virage à 180°. On abandonne en fait le chemin tracé de la loi naturelle qui nous vient de Dieu, pour prendre le chemin tracé par l’homme 414. » « Une loi qui vient de Dieu, parce qu’elle vient de Dieu, ne peut être qu’une loi d’amour. Une loi des hommes, si elle viole l’ordre naturel des choses, est donc fondamentalement mauvaise, et nul n’est tenu en conscience de la respecter 415. »
408. André Récipon, Lettre ouverte à Hombeline, op. cit. p.140 409. André Récipon, Lettre ouverte à Hombeline, op. cit. p.16 410. André Récipon, Lettre ouverte à Mathilde, op. cit. p.75 411. André Récipon, Lettre ouverte à Hombeline, op. cit. p.129 412. André Récipon, Lettre ouverte à Hombeline, op. cit. p.49 413. André Récipon, Lettre ouverte à Hombeline, op. cit. p.85 414. André Récipon, Lettre ouverte à Mathilde, op. cit. p.9 415. André Récipon, Lettre ouverte à Mathilde, op. cit. p.10

p. 152

La contre - enquête « Je crois en e et qu’il y a au dessus des hommes une loi naturelle qui prime la loi civile parce qu’elle est conforme à la nature des hommes et parce qu’elle vient de Dieu qui nous a créés 416. » « Raoul Follereau répétait souvent : « Le christianisme, c’est la révolution par la charité. » Une révolution, c’est un demi-tour à 180°. A rmer notre foi, c’est faire à l’envers le demi-tour que nous a contraints d’accomplir la révolution de 1789. C’est à dire que chaque jour de notre vie familiale et professionnelle, nous devrons nous poser la question : l’acte que je me prépare à accomplir est-il conforme à la volonté de Dieu ? Car c’est là le vrai choix. Ou bien nos actes sont guidés par le souci de ne pas s’écarter des idées révolutionnaires, on dit aujourd’hui du politiquement correct, ou bien nos actes sont guidés par la loi naturelle, c’est à dire la loi conforme à notre nature créée par Dieu. A rmer notre foi, c’est proclamer qu’au-dessus de la loi des hommes, il y a la loi naturelle 417. » « France, douce France, mon beau pays, toi la lle aînée de l’Église baptisée à Reims et consacrée à la Très Sainte Vierge, qu’es-tu devenue 418? » « Il y a bien eu baptême de la France et pas seulement baptême de Clovis 419. » Pour son malheur, « l’homme s’a ranchit de la protection divine pour s’en remettre à sa seule inspiration 420. » « Une société qui n’est plus chrétienne, n’est plus solidaire
422 421

Opposition à Vatican II , opposition au socialisme, au modernisme et aux idées nouvelles 423. « Il est grand temps que les évêques se réveillent et abandonnent tous les courants d’air du temps 424. » « La caractéristique propre de cette n du deuxième millénaire, c’est que, dans la religion catholique comme dans le gouvernement de la France, un renversement complet des valeurs s’est opéré. Avec
416. André Récipon, Lettre ouverte à Hombeline, op. cit. p.21 417. André Récipon, Lettre ouverte à Hombeline, op. cit. p.130 418. André Récipon, Lettre ouverte à Mathilde, op. cit. p.15 419. André Récipon, Lettre ouverte à Mathilde, op. cit. p.38 420. André Récipon, Lettre ouverte à Mathilde, op. cit. p.9 421. André Récipon, Lettre ouverte à Hombeline, op. cit. p.75 422. André Récipon, Lettre ouverte à Hombeline, op. cit. p.29 423. André Récipon, Lettre ouverte à Hombeline, op. cit. p.39 424. André Récipon, Lettre ouverte à Hombeline, op. cit. p.49

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Fondation Raoul Follereau notre consentement, en tout cas sans que nous protestions beaucoup, on nous a fabriqué une nouvelle religion démocratique. Je ne suis pas certain que cette nouvelle religion soit catholique et que cette nouvelle république soit française ! Je suis même certain du contraire 425. Pour la religion, j’ai con ance à cause du « non prevalebunt » (les forces de l’enfer ne prévaudront point contre vous) qui la protège. Pour la France, j’ai peur 426. » « La justice n’appartient pas aux hommes. La justice n’appartient qu’à Dieu 427. » « Dieu et la France 428. » « Voici plus d’un siècle que le laïcisme règne sur la France qui est de moins en moins chrétienne. À la place de l’ordre naturel des choses qu’enseigne le christianisme, une nouvelle religion de l’homme enseigne le bonheur universel. On commence par expliquer en quoi consiste ce bonheur universel : c’est d’abord le droit au rêve ! Ce qui se traduit dans la vie pratique par le droit à l’erreur, le droit à la fainéantise, le droit au logement, etc. 429 ! » « Ces mauvais prophètes sont en réalité des révolutionnaires professionnels dont le but est de casser notre société chrétienne pour installer à sa place une société sans Dieu (…). Mais une société sans Dieu est une société sans amour (…) qui devient vite un univers concentrationnaire 430. » Immigration / Racisme / Xénophobie « Une nationalité se façonne lentement. Plusieurs facteurs interviennent dans ce façonnage : la terre elle-même y contribue ; le climat joue un rôle important ; les croyances religieuses l’imprègnent 431. » « (…) tout notre pays, comme d’ailleurs l’ensemble des pays qui composent l’occident chrétien (…) est d’une certaine manière envahi par les pauvres du Sud et de l’Est 432. »
425. Nous retrouvons ici la même façon que Raoul Follereau de refuser la qualité de « français » à ce qui ne correspond pas à leur notion de la France. 426. André Récipon, Lettre ouverte à Hombeline, op. cit. p.57 427. André Récipon, Combat pour la Charité, op. cit. p.249 428. André Récipon, Lettre ouverte à Mathilde, op. cit. p.33 (titre de la première partie) 429. André Récipon, Lettre ouverte à Hombeline, op. cit. p.146 430. André Récipon, Lettre ouverte à Hombeline, op. cit. p.147 431. André Récipon, Lettre ouverte à Mathilde, op. cit. p.42 432. André Récipon, Lettre ouverte à Mathilde, op. cit. p.40

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La contre - enquête « Personne n’a jamais contesté, à qui que ce soit, le droit d’inviter chez lui qui il veut, quelle que soit sa religion ou la couleur de sa peau. Mais à condition que ce soit celui qui invite qui paie les frais de cette invitation. Et c’est là que repose toute l’ambiguïté de l’accueil des immigrés. Car ce ne sont pas ceux qui invitent qui paient les frais de toute nature, inhérents au séjour de l’immigré, mais la communauté toute entière. C’est vraiment ce que j’appelle faire la charité avec l’argent des autres 433. » « Les di cultés [inhérentes à l’immigration[ ne naissent pas pour des raisons de race ou de religion, elles naissent à cause d’un mode de vie : la polygamie, qui est interdite dans notre pays 434. » « Entre les deux guerres, beaucoup de Polonais et d’Italiens se sont parfaitement intégrés. Dans les années qui ont suivi la guerre 39/45, s’il en a été de même avec les Espagnols et les Portugais, c’est parce qu’il n’y avait aucun problème de race ou de religion et qu’ils sont monogames 435. » « Nous savions donc très bien (…) que les Africains, musulmans ou animistes, ont plusieurs femmes et que la notion de famille est chez eux très large. Sur le plan de la Sécurité sociale, alors que le cotisant monogame a, en moyenne, 4-5 personnes à charge, le cotisant polygame en a facilement de 10 à 20 ! Alors le dé cit de la Sécurité sociale s’est mis à ler, et ce sont les Français monogames, à commencer par les salariés, qui doivent régler la note. Comme, en plus, le chômage touche beaucoup les polygames, le dé cit devient exponentiel, incontrôlable et impossible à résorber 436 . » « Ces familles [immigrées] ont été directement transplantées des gourbis de leurs douars ou des cases de la brousse dans un appartement ! On imagine les dégâts, involontaires, mais néanmoins considérables qui ont été causés et qui ont été mis à la charge commune de tous les locataires. Ainsi non seulement les familles monogames ont de plus en plus de di cultés pour avoir un logement HLM, mais quand elles en ont un, elles doivent payer pour les casseurs 437 ! » « Une fois ses femmes arrivées avec leur progéniture, le polygame (…) a considéré qu’il serait bête de continuer à travailler puisque ses femmes touchaient maintenant les allocations familiales (qu’il encaisse
433. André Récipon, Lettre ouverte à Hombeline, op. cit. p.62 434. André Récipon, Lettre ouverte à Hombeline, op. cit. p.62 435. André Récipon, Lettre ouverte à Hombeline, op. cit. p.126 436. André Récipon, Lettre ouverte à Hombeline, op. cit. p.63 437. André Récipon, Lettre ouverte à Hombeline, op. cit. p.62

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Fondation Raoul Follereau lui-même et garde pour lui) pour tous ses enfants et qu’il continuerait à les toucher en étant au chômage 438 . » « À cause de cela, on ne peut augmenter les allocations familiales, car il n’y aura bientôt plus que les monogames pour cotiser. Les familles françaises de plus de trois enfants vivent dans des conditions di ciles avec des allocations familiales dérisoires. Parce que d’autres Français ont « invité » des étrangers qui se prétendent maintenant chez eux chez nous, les familles françaises de souche sont dans la misère. (…) C’est cela qu’il faut changer parce que c’est cela qui provoque le racisme 439. » « Le RMI sera supprimé aux immigrés chômeurs en n de droit et remplacé par un pécule qui leur sera versé à leur retour au pays, retour payé par nous. Alors, croyez-moi, il n’y aura plus besoin d’a réter des charters. Les immigrés indésirables repartiront comme ils sont venus 440. » « Mais si l’on a pas le courage de prendre ces mesures, alors le rasle-bol des Français de souche va monter en puissance (…) il y aura une guerre civile (…) la nuit de la dictature s’abattra sur la France 441. » « Humainement, je n’aperçois malheureusement aucun indice d’un changement qui puisse contredire mon très sombre pronostic. Le déclin de mon pays, amorcé en 1789 avec la Révolution, se poursuit inexorablement et cela me fait mal 442. » « Nous subissons une occupation de notre sol par des étrangers qui veulent nous imposer leurs coutumes et leur mode de vie, et qui nous menacent physiquement. (…) les Français de souche sont en état de légitime défense et ont le droit naturel de se protéger quand l’État, non seulement se dérobe à son devoir, mais favorise cette occupation 443. » Loi Gayssot / Haine des socialo-communistes / Complot judéobolchevique / Révisionnisme / Antisémitisme « En fait de tolérance, la République issue de la Révolution française est une montagne d’intolérance 444. »

438. André Récipon, Lettre ouverte à Hombeline, op. cit. p.64 439. André Récipon, Lettre ouverte à Hombeline, op. cit. p.64 440. André Récipon, Lettre ouverte à Hombeline, op. cit. p.65 441. André Récipon, Lettre ouverte à Hombeline, op. cit. p.65 442. André Récipon, Lettre ouverte à Hombeline, op. cit. p.66 443. André Récipon, Lettre ouverte à Hombeline, op. cit. p.136 444. André Récipon, Lettre ouverte à Hombeline, op. cit. p.22

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La contre - enquête « À l’heure où j’écris ce livre, nous sommes entrés dans un régime totalitaire sous couvert de la démocratie. Il est interdit de remettre en cause l’histoire o cielle. Même quand elle est fausse. Ce sont exactement les méthodes qu’ont employé Hitler ou Staline (…) ils ont condamné aux camps de redressement ceux qui refusaient leur histoire. Aujourd’hui, les camps en moins, mais pas la prison, nous sommes dans la même situation. Sous le prétexte de lutter contre le racisme, la classe politique a inventé le crime de révisionnisme. Même si tu apportes des preuves irréfutables qui te permettent d’a rmer que l’histoire o cielle se trompe, tu commets un crime. (…) Nous vivons dans un État dictatorial, totalitaire, intolérant et qui a l’a ront de se proclamer démocratique. D’ailleurs, c’est une des caractéristiques des socialistes. Hitler se proclamait le patron du parti national SOCIALISTE allemand du travail, comme Staline était le patron des Républiques SOCIALISTES soviétiques ! (…) la classe politique française, en instituant le système de pensée unique, place les Français sous un régime policier et inquisiteur (…). Que les partis de gauche agissent ainsi, cela est conforme à leur nature, mais que des partis qui se disent de droite, aient la même attitude, est pour le moins surprenant. (…) il n’existe plus de vrais partis de droite en France 445. » « Depuis cinquante ans, on a enseigné aux petits Français des mensonges 446. » « tant qu’on continuera à traiter comme des criminels ceux qui s’insurgent contre les mensonges o ciels et qui s’obstinent à vouloir connaître la vérité, on ne résoudra rien. Pire, on ne fera qu’envenimer la fracture de la France qui a commencé avec ce que l’on nomme à tort la « Libération » 447. » « Ceux qui ont écrit l’histoire o cielle de la deuxième guerre mondiale savent que cette histoire est fausse. Comme ils craignent que tout leur système s’écroule si le peuple apprend la vérité, ils ont interdit, par une loi, la recherche de la vérité autre que la vérité o cielle. Heureusement, cette loi ne concerne que les historiens français, et les étrangers sont en principe libres. Je dis bien, en principe. Car il y a une telle pression du lobby [en italique dans le texte], maître de l’information dans le monde, que cette liberté est illusoire 448. »

445. André Récipon, Lettre ouverte à Mathilde, op. cit. p.13 446. André Récipon, Lettre ouverte à Hombeline, op. cit. p.55 447. André Récipon, Lettre ouverte à Mathilde, op. cit. p.139 448. André Récipon, Lettre ouverte à Hombeline, op. cit. p.46

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Fondation Raoul Follereau « Il m’apparaît de mon devoir d’informer mes petits-enfants que l’histoire qu’on leur enseigne est falsi ée (…). Et aussi pour réagir contre la dictature du lobby qui a écrit une histoire où certains tentent d’accréditer la thèse qu’ils ont été les seules victimes de la barbarie nazie et dans laquelle d’autres, dont la barbarie dépasse la barbarie nazie, veulent à tout prix cacher qu’ils ont été longtemps les alliés du nazisme 449 [allusion primo, aux juifs, secundo, aux communistes]. » « Il y a dans cette loi Gayssot, une espèce de collusion entre une religion et un parti politique, dans le seul but de discréditer (en attendant le goulag), tous ceux qui contestent l’histoire de la guerre 39-45, écrite par cette religion et ce parti 450. » « Parce qu’ils ont été a reusement massacrés par Hitler, les Juifs se considèrent d’une certaine manière comme les seules victimes du nazisme. (…) Personne ne conteste non plus la persécution des communistes par les nazis (…). On dirait donc qu’il y a une sorte de collusion pour que, surtout, on ne parle pas des Chrétiens qui, eux, ont été persécutés par Hitler pendant douze ans, mais aussi, et pendant bien plus longtemps, soixante-douze ans par Staline et ses élèves des pays frères 451. » « Depuis un demi-siècle, l’Église catholique doit faire face à un autre adversaire : le Judaïsme. Pour l’amadouer, l’Église a pourtant supprimé le terme de per dis contenu dans les prières de la Semaine Sainte. Elle est même allée jusqu’à abandonner l’accusation de la Cruci xion du Christ. Cela n’a servi à rien. Le pardon est vraiment une vertu fondamentale qui la distingue de beaucoup de religions 452. » En 1940, « Les Français dans leur très grande majorité approuvent la politique du maréchal, même quand son gouvernement élimine les Juifs et les francs-maçons de la fonction publique. En e et, l’opinion publique traumatisée par la défaite réclame le châtiment des coupables 453. » « Vers la n des années 1920, lorsque le mark s’est e ondré, les Juifs qui détenaient une grande partie du commerce et de la banque à Berlin, ont beaucoup moins sou ert que la plupart des autres Allemands 454. »
449. André Récipon, Lettre ouverte à Hombeline, op. cit. p.61 450. André Récipon, Lettre ouverte à Hombeline, op. cit. p.138 451. André Récipon, Lettre ouverte à Mathilde, op. cit. p.14 452. André Récipon, Lettre ouverte à Mathilde, op. cit. p.48 453. André Récipon, Lettre ouverte à Mathilde, op. cit. p.117 454. André Récipon, Lettre ouverte à Mathilde, op. cit. p.107

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La contre - enquête Maréchal Pétain / Pierre Laval / Régime de Vichy En 1940, Raoul Follereau « sait que le maréchal Pétain n’a pas d’autre choix que de demander l’armistice et qu’il va faire le sacri ce de sa gloire pour protéger les Français. La condamnation du maréchal en 1945 sera pour lui une plaie jamais cicatrisée 455. » « Jamais je n’admettrai le sort qui a été réservé au maréchal Pétain, au président Laval et à ceux qui leur ont obéi, car pendant quatre longues années ils ont du résister, eux aussi, aux Allemands avec le revolver sur la tempe 456. » Par le procès du maréchal Pétain : « On a élevé la désobéissance à l’état de vertu et on a désigné comme criminels ceux qui avaient obéi. Non seulement on a inversé l’échelle des valeurs, mais on a détruit le sens du devoir dans le cœur des hommes. Et cela pour de nombreuses années 457. » Cinquante ou soixante années plus tard « il fallait absolument retrouver rapidement les derniers « criminels » qui restaient en vie, pour refaire leur procès, et cette fois les condamner dé nitivement. C’est ainsi que Paul Touvier (…) fut de nouveau arrêté, rejugé (…) et malgré son âge et son état de santé, condamné et emprisonné à vie à la Santé où il mourut 458. » Le procès du « Préfet Papon (…) a présenté les caractéristiques d’un procès révolutionnaire 459 . » « Après la défaite de 1870, la France avait retrouvé ce sursaut d’énergie qui avait fait sa grandeur avant la Révolution. Cela n’a duré que cinq ans, le temps que nous hésitions entre la république et la monarchie. Après la défaite de 1940, nous avons connu un même sursaut dans les mois qui ont suivi l’armistice. Ce fut ce que l’on appelle avec dérision aujourd’hui la Révolution Nationale 460. » « Le maréchal Pétain et le général de Gaulle ont fait chacun, en son âme et conscience, ce qu’ils jugeaient le meilleur pour la France et les Français. Que dans l’exercice de leur pouvoir, des erreurs aient été commises, c’est vrai. Mais que celui qui est sans défaut leur jette la première pierre :
455. André Récipon, Lettre ouverte à Hombeline, op. cit. p.57 456. André Récipon, Lettre ouverte à Hombeline, op. cit. p.55 457. André Récipon, Lettre ouverte à Mathilde, op. cit. p.144 458. André Récipon, Lettre ouverte à Mathilde, op. cit. p.147 459. André Récipon, Lettre ouverte à Hombeline, op. cit. p.79 460. André Récipon, Lettre ouverte à Hombeline, op. cit. p.132

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Fondation Raoul Follereau pas les hommes et les partis politiques qui sont les responsables du désastre ; pas les communistes qui ont commencé par déserter et trahir la France, pas les Juifs qui ont toléré une sélection pour les arrestations (voir la déclaration d’un témoin, grand résistant au procès Papon), pas ceux qui n’ont pas connu cette période et à qui on a enseigné jusqu’à ce jour une histoire falsi ée 461, etc. » « Je pense de toutes mes forces que le général de Gaulle, le maréchal Pétain et le Président Laval ont joué chacun à leur place le rôle que leur assignaient les circonstances. J’étais persuadé que le jour de la victoire les masques tomberaient et que la vérité apparaîtrait en toute clarté. C’est lorsque je vis de Gaulle signer un accord avec Staline et faire rentrer les communistes qui pour moi étaient des traîtres, que j’assistai à l’arrestation du maréchal et à l’assassinat de Pierre Laval, que je compris que nous avions été trompés 462. » « Ce n’est pas le gouvernement de Vichy qui a déporté les Juifs, ce sont les Allemands qui, par la défaite de mai-juin 1940, sont les maîtres absolus de la France 463. » « Ceux qui ont changé de camp en 1942 [sont] des opportunistes 464. » « Pour être un patriote, il faut se comporter comme un vrai Français et n’obéir qu’à des Français. (…) En 1941, sur ordre du communisme international, les communistes français se mettent à attaquer l’armée allemande alors que le gouvernement français a signé un armistice. (…) ils ne peuvent en aucun cas être considérés comme des patriotes français puisqu’ils se sont toujours battus contre la France 465. » Anglophobie « Le jour sinistre de juillet 1940 où Churchill ordonne l’attaque contre la otte française, il se montre sous son vrai jour : froid et rancunier, prêt à tout pour gagner. (…) Sans aucun état d’âme, il décide de frapper son allié dèle et de détruire sa otte 466. » « Deux ans plus tard, [Churchill] ordonnera le bombardement des villes allemandes sous des tempêtes de feu. (…) Le massacre des
461. André Récipon, Lettre ouverte à Hombeline, op. cit. p.134 462. André Récipon, Lettre ouverte à Mathilde, op. cit. p.134 463. André Récipon, Lettre ouverte à Mathilde, op. cit. p.118 464. André Récipon, Lettre ouverte à Mathilde, op. cit. p.139 465. André Récipon, Lettre ouverte à Mathilde, op. cit. p.134 466. André Récipon, Lettre ouverte à Mathilde, op. cit. p.122

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La contre - enquête populations civiles pendant une guerre reste un crime, pas seulement un crime de guerre, mais un vrai crime contre l’humanité 467. » « C’est pendant cette année 1942 que la RAF soutenue par l’aviation américaine qui débarque chaque jour en Angleterre va commencer à bombarder l’Allemagne sans pitié et sur une échelle jamais atteinte 468. » « En décembre 1941, sans avertissement, les Japonais attaquent la otte américaine à Pearl-Harbour. (…) Roosevelt va donc pouvoir réaliser son rêve : aider les communistes à qui il livrera dans la seule année 1943, près de 250.000 véhicules, chars, camions et voitures 469 ! » La Fondation Raoul Follereau : un organisme familial de type monarchique : « Notre vie familiale et privée est étroitement liée à la vie de la Fondation Raoul Follereau (…) j’ai mis en place une structure dont ton père [Michel Récipon] a maintenant la responsabilité. (…) Contrairement à ce que certains avancent (…) ce n’est pas une famille qui s’est emparée d’un héritage, c’est une famille qui s’est chargée d’une tradition, celle de poursuivre l’œuvre de Raoul Follereau. C’est l’honneur de ton père [Michel Récipon] de la maintenir aujourd’hui, et ce sera, demain, le tien et celui de tes frères et sœurs 470. » « Le 23 mai 1992, lors de l’assemblée générale, j’ai fait la déclaration suivante : (…) « je suis ici pour transmettre le ambeau tel que je l’ai reçu de Raoul Follereau. À mon tour, je déclare solennellement devant vous que je con e à mon ls Michel la charge de l’œuvre que j’ai reçue de Raoul Follereau et que je lui demande de poursuivre 471.» » Divers / Inclassables « Alors que mes actions [humanitaires] sont politiquement correctes, mes déclarations seraient selon les critères du jour, manifestement politiquement incorrectes 472. » Notre famille « est vraisemblablement issue d’une famille gauloise et d’une famille romaine venue en Gaule au moment de la conquête. Elle est d’origine Gallo-Romaine 473 [en gras dans le texte original] » (sic !)
467. André Récipon, Lettre ouverte à Mathilde, op. cit. p.122 468. André Récipon, Lettre ouverte à Mathilde, op. cit. p.129 469. André Récipon, Lettre ouverte à Mathilde, op. cit. p.127 470. André Récipon, Lettre ouverte à Mathilde, op. cit. p.31 471. André Récipon, Combat pour la Charité, op. cit. p.21 472. André Récipon, Lettre ouverte à Hombeline, op. cit. p.61 473. André Récipon, Lettre ouverte à Mathilde, op. cit. p.18

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Fondation Raoul Follereau « La « conscience universelle » a exigé qu’en Afrique du Sud, le pouvoir soit remis à un révolutionnaire 474 [allusion à Nelson Mandela et à la n de l’apartheid]. » « Pour les démocrates, la priorité des priorités comme disent certains d’eux, c’est de juger le général Pinochet. Tout le monde a oublié ou veut oublier qu’il a été porté à la tête de son pays par le peuple tout entier exaspéré par les crimes et les exactions du communiste Allende, et que, pendant son gouvernement, il n’a fait que poursuivre ceux qui avaient persécuté son peuple 475. » « Les Français s’interrogent en se demandant s’il existe encore des partis de droite en France en dehors du Front National mis au ban du pays ? Sur ce point, ma réponse est franchement : non 476. » « Plus on tardera à faire au Front National la place qui lui revient par les su rages, plus son succès s’a rmera au fur et à mesure des consultations, jusqu’au jour où il aura la majorité, et plus on donnera raison à ses extrémistes 477. » « Je me laisse aller à la tristesse ambiante en citant de mémoire une phrase de Robert Brasillach 478, extraite de son roman Comme le temps passe 479 (…) [voir aussi la défense de Robert Brasillach 480] » « Aujourd’hui, il n’y a plus de bagnards en Guyane. Le bagne a été fermé voici un demi-siècle. (…) s’il y eut, e ectivement, quelques graves erreur, la plus grande partie des bagnards étaient des individus qui avaient commis des crimes a reux. Avant de plaindre les bagnards, il faudrait parler de leurs victimes et rappeler que le bagne avait un côté dissuasif qui reste la meilleure des préventions contre les crimes. (…) C’est pourquoi je regrette la fermeture du bagne de Cayenne 481 . »

474. André Récipon, Lettre ouverte à Hombeline, op. cit. p.124 475. André Récipon, Lettre ouverte à Mathilde, op. cit. p.141 476. André Récipon, Lettre ouverte à Mathilde, op. cit. p.14 477. André Récipon, Lettre ouverte à Hombeline, op. cit. p.136 478. Robert Brasillach partisan de la victoire du IIIème Reich et rédacteur en chef du journal farouchement antisémite et collaborationniste Je suis partout fut condamné à mort pour intelligence avec l’ennemi et exécuté le 6 février 1945. Outre André Récipon, Jean-Marie Le Pen se plait, lui aussi, à citer Robert Brasillach : cf. le lien qui suit à 1’26 http://www.dailymotion.com/video/x7s7z1_vyux-de-nœl-de-jean-marie-le-pen_ news 479. André Récipon, Combat pour la Charité, op. cit. p.124 480. André Récipon, Lettre ouverte à Mathilde, op. cit. p.144 481. André Récipon, Combat pour la Charité, op. cit. p.187

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La contre - enquête Signalons également qu’en 2001, André Récipon publie une lettre ouverte dans la revue Le maréchal qui est l’organe de presse de l’Association pour Défendre la Mémoire du Maréchal Pétain (ADMP) 482. Cette lettre ouverte est une réaction à la lecture du livre de Maurice Druon, La France aux ordres d’un cadavre 483. Nous y retrouvons son antibolchevisme primaire et son antigaullisme. « Le communisme n’aurait jamais pu corrompre à ce point la France et ses institutions, s’il n’y avait eu, parmi les Français, tant de complices conscients ou inconscients qui ont voulu faire un bout de chemin avec lui. Vous dénoncez les démocrates chrétiens et les socialistes, mais vous oubliez le principal, celui par qui le malheur est arrivé (…) de Gaulle. » « Je suis devenu gaulliste dès le mois de juin 1940 et je le resterai jusqu’à l’été 1945 lorsque de Gaulle t arrêter et juger le maréchal. Je n’étais pas au cœur des secrets, mais j’avais la certitude que le maréchal n’avait pas trahi. » Nous y retrouvons également les thèmes fondateurs du Régime de Vichy, telle l’imputation de la responsabilité de la défaite de 1940 au Front Populaire484 et aux communistes qui n’est pas sans rappeler l’Anti-France. « La politique du Front Populaire et la trahison des communistes avaient entraîné une telle défaite de nos armées (…) » Ainsi que sa haine du « démocrate Roosevelt » car allié aux communistes. « L’aveuglement démocrate de Roosevelt changea la donne. Songez que dans la seule année 1943, il fournit à Staline 240.000 véhicules
482. Cette association loi 1901, dont le logo est une déclinaison de la francisque, le symbole personnel du maréchal Pétain sous le régime de Vichy, s’est donné pour « mission fondamentale [de défendre] la mémoire de Philippe Pétain, c’est-à-dire PROMOUVOIR, à défaut d’obtenir la REVISION DE SON PROCES, reconnue comme légale, mais cependant maintes fois rejetée par les gouvernements successifs, toute action tendant à sa réhabilitation dans l’esprit des Français (…), POURSUIVRE les actions visant à la TRANSLATION de la dépouille du maréchal à Douaumont. » http://www.admp.org 483. André Récipon, À propos de La France aux ordres d’un cadavre – Lettre ouverte à Maurice Druon, Le Maréchal, n°202 (ou 201) , 2001 http://www.admp.org/ revuespdf/202/lettreouvertemauricedruon.pdf 484. D’où fut issu le procès de Riom qui tourna en mascarade judiciaire.

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Fondation Raoul Follereau de toute nature : chars, auto-canons, half-tracks, camions, voitures, locomotives, wagons, etc… ! » Il dénonce les abus de l’épuration au moment de la Libération « Pendant que nous risquions nos vies en Alsace, les communistes [comprendre les Résistants] restaient en France pour se battre contre les Français [comprendre, les vrais Français, i.e. ceux qui avaient obéi à Pétain et à Laval]. Ils en ont arrêté, torturé et tué plus de 100.000. (…) » « [de Gaulle] n’avait qu’à nous faire revenir en France. Les milices communistes n’auraient pas fait le poids devant nous (…) Notre présence aurait sauvé du déshonneur les Français qui n’avaient pas commis d’autre crime que celui d’être anti-communiste [comprendre vichyste]. » Il réitère la théorie de l’épée (de Gaulle) et du bouclier (Pétain). « La réconciliation des Français passait obligatoirement par la reconnaissance du rôle qu’avait joué le maréchal, ce que de Gaulle refusa. Il a fait condamner ceux qui pendant quatre ans avaient dû subir les diktats de l’occupant, ceux qui avaient fait de leur corps et de leur personnalité un rempart pour protéger les Français et les deux millions de prisonniers. » Il prend même la défense de Pierre Laval « Même Laval n’a jamais trahi. Il a négocié, lutté, ergoté comme l’avocat qu’il était et comme le paysan madré qu’il restait. Il ne cédait que pour éviter un plus grand mal et il est mort assassiné par des balles françaises. Son procès est une monstruosité judiciaire qui entache l’honneur de la France. » Puis, suivent divers propos sur la mainmise sur la France des communistes qui osent se prétendre français, pour aboutir à la demande de translation de la dépouille du maréchal au fort de Douaumont. Pour nir, il en appelle à Raoul Follereau. « J’ai bien hésité avant d’écrire cette lettre. Mais pour moi que Raoul Follereau considérait comme son ls et qui suis son héritier spirituel, il me semble que je lui donne par cette lettre une nouvelle preuve de mon attachement. (…) Toute sa vie il restera dèle au maréchal et considérera sa condamnation comme une tache à l’honneur de la France. »

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La contre - enquête

Lettre ouverte à l’Église de France
Début septembre 2011, nous avons adressé la lettre suivante aux cardinaux, archevêques et évêques de l’Église de France. Quelques jours auparavant, le 29 août 2011, nous avions adressé copie de cette lettre ouverte à la Fondation Raoul Follereau. À la date d’édition de la présente version, nous n’avons obtenue aucune réponse. « De : Romain Gallaud À : Fondation Raoul Follereau (divers adresses mail) Objet : À l’attention de Monsieur Récipon - Dossier Béati cation Raoul et Madeleine Follereau Date : 29 août 2011 Monsieur le Président, Depuis plus d’un an, nous enquêtons sur votre organisation et votre fondateur. Au mois de janvier dernier, nous avons édité sur internet un livre récapitulant nos conclusions. Sans réaction - o cielle - de votre part. À ce jour, nous n’avons reçu de votre part ni protestation, ni contre-argumentation, ni mise en demeure, ni même menace de procès en di amation. Nous nous permettons d’y voir que notre livre et notre blog ne comportent rien de répréhensible. Néanmoins, nul n’est à l’abri. Par conséquent, si une erreur matérielle devait s’y être glissée à notre insu, nous sommes à votre entière disposition pour y remédier. De même, dans un souci d’équité, nous aurons plaisir à vous accorder un droit de réponse. Dans cette attente, nous vous prions de trouver ci-joint, à titre d’information, la lettre ouverte que nous adresserons prochainement aux cardinaux, archevêques et évêques de France. Et comme ce sujet nous concerne tous, dirigeants, donateurs, salariés ou simples bénévoles, nous mettons en copie de ce mail les di érentes adresses trouvées sur votre site internet. p. 165

Fondation Raoul Follereau Vous souhaitant bonne réception des présentes, nous prions de croire, Monsieur le Président, en l’expression de notre entière détermination. LETTRE OUVERTE AUX CARDINAUX, ARCHEVÊQUES ET ÉVÊQUES DE FRANCE Éminences, Messeigneurs, Si nous nous permettons de vous écrire cette lettre, c’est a n d’attirer votre attention et votre vigilance sur un dossier qui revêt, pour les catholiques romains que nous sommes et pour l’Église en général, la plus haute importance. Sans doute connaissez-vous Raoul Follereau. Sans doute avez-vous entendu parler de ses nombreuses actions en faveur des lépreux. Sans doute avez-vous appris l’existence d’une association intitulée Mouvement pour la glori cation de Raoul et Madeleine Follereau créée dans le but de « promouvoir et donner en exemple la vie, l' œuvre et la pensée de Raoul et Madeleine Follereau » et, à cet e et, d'entreprendre « les démarches nécessaires à l'ouverture d'une enquête en vue d'une procédure en canonisation de Raoul et Madeleine Follereau ». Vous n'êtes pas sans savoir ce qu'une telle procédure impliquerait pour l'Église et pour les dèles si elle devait aboutir favorablement. C'est pourquoi, convaincus d'obéir à notre devoir de catholique et à notre conscience, habités par le souci de préserver la crédibilité de notre Église et de contribuer à sa défense contre toutes les agressions, d'où qu'elles proviennent, y compris de ses propres rangs, nous portons devant vous nos réserves les plus vives quant à la légitimité d'une béati cation ou d'une canonisation de Raoul et Madeleine Follereau. Il est certain et nous en convenons aisément que Raoul Follereau a marqué la période de 1950 jusqu'à sa mort, en 1977, par ses initiatives en faveur des lépreux. Cependant, entre reconnaître à Raoul Follereau certains mérites précisément énoncés et délimités dans le temps et considérer son couple comme vertueux aux yeux de l'Église catholique, il existe un fossé qui nous semble dépasser très largement les limites de ce qui peut être accepté. Car la recherche p. 166

La contre - enquête de la reconnaissance des vertus du couple Follereau n'échappera pas à l'examen attentif et impartial de la vie, de la pensée et de l'œuvre Raoul Follereau. Pour Raoul Follereau, l'Église est au service de la Patrie, héritière de l'esprit latin Pour bien saisir la pensée, la doctrine et l'œuvre de Raoul Follereau, il convient de remonter au milieu des années 1920 lorsqu'il fonde La Ligue d'Union latine, et son journal, L'œuvre latine. Cette doctrine et pensée, conceptualisée dans deux conférences qu'il réitérera à de très nombreuses reprises, Faudra-t-il arracher les cordes de la lyre ?, Le sourire de la France et dans un livre La Trahison de l'Intelligence, doctrine jamais reniée par la suite, s'inspire très largement des conceptions politiques développées sous l'égide de l'école de L'Action française de Charles Maurras, le « nationalisme intégral ». Or, vous n'êtes pas sans savoir que cette doctrine qui vise à se servir d'une « Église vidée de l'Évangile » (la formule est de Mgr Ricard, Évêque de Nice, La Croix, 23 septembre 1927) fut condamnée par le Vatican dès 1914 puis, plus formellement, en 1926 par un décret du Saint-Siège. Ouvrons une parenthèse pour rappeler que Raoul Follereau refusa de se soumettre aux interdictions ponti cales de l'époque, ce qui signi e, nous semble-t-il, qu'il encourait de ce fait l'excommunication latae sententiae. Par conséquent, béati er Raoul Follereau ne reviendrait-il pas à désavouer Pie XI ainsi que la plupart de vos prédécesseurs de l'époque qui, obéissant au Saint-Siège, ont relayé et expliqué aux dèles catholiques la décision du successeur de Saint Pierre ? Rappelons également que la doctrine de L'Action française de Charles Maurras est toujours o ciellement condamnée car si Charles Maurras et ses comparses obtinrent en 1939 la levée de leur excommunication, ce ne fut qu'en contrepartie de la reconnaissance formelle de leurs fautes, de leur entière soumission et de leur engagement solennel de ne plus réitérer leurs erreurs passées. Or, les similitudes sont nombreuses entre la doctrine maurrassienne condamnée par Rome et celle développée par Raoul Follereau. Ainsi, Raoul Follereau procédait-il abondamment, dans ses écrits et ses conférences, à l'apologie de l’institution ecclésiale française et des religieux catholiques français. Néanmoins, derrière ces éloquents et amboyants discours, la nalité véritablement poursuivie par Raoul Follereau était la promotion d'une organisation sociale et p. 167

Fondation Raoul Follereau politique de la Patrie, organisation fondée sur une interprétation toute maurrassienne de la culture gréco-latine dont les principales caractéristiques étaient, selon Raoul Follereau, « l’ordre, la discipline et la clarté ». Ainsi, lorsque Raoul Follereau partit en croisade, au début des années trente, contre les lois de laïcité et de séparation avec ses conférences « Les lois antireligieuses de 1904 trahissent la France », c'était avant tout pour défendre une vision de l'État dans laquelle le catholicisme, en tant que religion d'État, joue un rôle de ciment social, garant d'une cohésion nationale. Ainsi, chez Raoul Follereau, Dieu n'est pas une vérité surnaturelle mais un outil mis au service d'une idéologie politique. Cette position doctrinale est le fruit direct du positivisme maurrassien. Ainsi, a rmait-il, par exemple, que « Dieu est une nécessité philosophique » sans le secours duquel « la société est incapable de maitriser l'individu » : en soutenant l'Église de France et la religion catholique, Raoul Follereau ne professe pas sa Foi personnelle, il recherche un régulateur des masses populaires. Autrement dit, dans sa doctrine, Raoul Follereau instrumentalise la Foi catholique et l'Église de France à des ns partisanes. Ses initiatives apparemment altruistes consistent en réalité à monétiser la pratique de la Charité chrétienne par les dèles catholiques et à la détourner au pro t d'un idéal nationaliste hypertrophié marqué par son ethnocentrisme, ce qui fera dire en 1945 à Louis Massignon, le célèbre islamologue, que Raoul Follereau est un « marchand du temple » de la mémoire de Charles de Foucauld. Dans ce cadre, Raoul Follereau mena un véritable « combat politicochrétien » (dixit André Récipon) d'une grande violence intellectuelle dans lequel se multiplient les anathèmes à l’égard de tout ce qui ne correspond pas à sa dé nition du « pays réel » et de sa perception de ce que devrait être « la vraie France » : si les bolcheviques et les francsmaçons constituaient la cible principale de ses attaques, les étrangers, les protestants, les socialistes, les libéraux, les catholiques modérés ou ralliés à la République n'étaient guère épargnés : « admettre Luther, c'est attendre Lénine » ou « Les bien-pensants sont devenus des rienpensants. Au lieu d'être charitables, ils sont devenus modérés, libéraux, comme si la vérité supportait un marchandage, un compromis ou une atténuation. Sous prétexte de concilier, ils ont déserté, ils ont renié. » ou encore, à propos de Freud, « il est étranger et dangereux en tant que tel ».

p. 168

La contre - enquête Et c'est seulement pour mémoire que nous ne faisons que mentionner le mépris de Raoul Follereau pour les autres formes d'expression artistique ou culturelle que la sienne : il rejette catégoriquement tout ce qu'il estime être étranger au « génie français » et donc dangereux pour la suprématie de « l'esprit latin ». Cette doctrine de Raoul Follereau, que nous n'hésitons pas à quali er d’extrême droite nationale-catholique, l'amena à consacrer toute la période 1926 - 1939 à la promotion d’un projet nationaliste aux forts relents fascistoïdes. Et c'est donc en toute logique que Raoul Follereau soutint ou adhéra à la plupart des mouvements dits nationaux d'Europe et d'Amérique du sud de l'époque : activisme intensif au pro t du régime fasciste italien et du franquisme espagnol, convergences avec le salazarisme portugais et l'austrofascisme de l'autrichien Dolfuss, participation au Comitati d'Azione per l'Universalita di Roma dite Internationale fasciste et bien d'autres encore. Signalons en outre que Raoul Follereau n’échappa pas à l’hystérie antisémite qui caractérisa une importante partie de l’extrême droite française de l’entre-deux-guerres. Ainsi avons-nous démontré que Raoul Follereau écrivit et tint des propos antisémites qui s'inscrivaient dans le droit l du complot judéo-bolchevique de l'époque : « Lénine, ce Moïse rouge », « ces oiseaux de proie venus s'abattre sur la France, (...) ces nanciers internationaux qui sont de partout et de nulle part et dont le porte-monnaie remplace le cœur et qui forment la Société Le Komintern », « [les juifs] race toute puissante », « Le bolchevisme n'est que la hyène qui achève l'agonisant pour se repaître du cadavre. Les assassins de l'Homme sont de plus ancienne lignée. » En outre, il côtoya sans scrupules ni gêne les pires références de l’antisémitisme radical : article élogieux sur Henri Béraud, conférences organisées par ou avec le soutien des mouvements dits nationaux au cours desquelles il partage la tribune avec Philippe Henriot, Roger de Saivres, Henry Coston, Henri-Robert Petit, Jacques Ditte, Louis Darquier de Pellepoix, ou les milieux antisémites et fascisants des départements d’Algérie, et bien d'autres. En n, et nous nous arrêterons là, nous rappelons que Raoul Follereau fut et demeura un fervent pétainiste, sillonnant la France pour y tenir des conférences de soutien à la politique de « redressement national » du Maréchal entre 1940 et 1944 (notamment Ce que le

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Fondation Raoul Follereau monde doit à la France) et faire la promotion des « principes moraux de la Révolution Nationale » du régime de Vichy. À partir de 1945, Raoul Follereau assiste à la déroute de ses idées politiques. Il prendra soin, dorénavant, de ne plus en faire part publiquement et ne se montrera plus que sous son jour le plus favorable, quitte à travestir son passé en se faisant passer pour l'homme qui a consacré toute sa vie pour les lépreux (cf. son livre 1927 1977, Cinquante années au service des lépreux, cinquante souvenirs) alors que sa première action e ective pour les lépreux ne remonte qu'au 15 avril 1943 et qu'il n'embrasse réellement cette cause qu'au début des années 1950. En 1977, tel un ultime clin d'œil donnant le sens réel de ce que fut sa vie, c'est une citation de Charles Maurras que Raoul Follereau t graver sur sa tombe. Telle est, entre autres caractéristiques nauséabondes, une facette des vérités sur « la vie, l'œuvre et la pensée » de Raoul Follereau que certains voudront dissimuler ou réinterpréter à leur façon. Le 30 août 1997, les évêques de France faisaient courageusement acte de repentance et confessaient les fautes de l’Église sous le régime de Vichy. Il serait paradoxal, et pour le moins déconcertant, que, quelques années plus tard, les mêmes princes de l'Église laissassent prospérer une démarche de canonisation d’un homme qui fut le promoteur hyperactif du Maréchal Pétain, du régime de Vichy et de leurs sous-jacents idéologiques maurrassiens et fascisants. Un risque d'instrumentalisation de l'Église. Notre exposé serait incomplet si nous omettions de dire que le successeur choisi par Raoul Follereau, André Récipon, actuel président d’honneur du Conseil de Surveillance de la Fondation Raoul Follereau dont dépend l'association dont nous parlons, professa, il y a une dizaine d’années, des convictions marquées par l’antisémitisme, la xénophobie, la tentation du révisionnisme ou la hantise du complot judéo-bolchevique, sans compter quelques marques d’allégeance ou de courtoisie au pétainisme et à la Révolution Nationale. Il est malheureusement à noter que Michel Récipon, son ls, président du Directoire de cette même Fondation Raoul Follereau, n’a jamais pris de distance avec ces propos. Nous vous invitons à la plus grande prudence et à ré échir sereinement pour débusquer quelle pourrait être, pour des disciples de Charles Maurras selon lequel l'adage « Politique d'abord ! » rimait p. 170

La contre - enquête avec « Par tous les moyens ! », la ou plutôt les signi cations exactes d'un dossier de béati cation pour une vie conjugale supposée exemplaire du couple Follereau. Il serait incomplet également de ne pas souligner que le libellé même des statuts de l'association Mouvement pour la glori cation de Raoul et Madeleine n'est pas sans rappeler le mercantilisme que nous reprochons à Raoul Follereau puisque la démarche de canonisation est explicitement présentée comme le moyen de promouvoir « les œuvres dont il a suscité la création », autrement dit la Fondation Raoul Follereau qu'André Récipon revendique comme un héritage familial. Dans ce contexte, il nous revient en tête les paroles du cardinal Andrieu qui, parlant de Charles Maurras et de l'Action française, écrivait en 1926 : « Catholiques par calcul et non par conviction, les dirigeants de l'Action française se servent de l'Église, ou du moins ils espèrent s'en servir. » Cardinaux, archevêques, évêques, éclairez vos dèles ! Pour l'ensemble de ces raisons, et toutes celles, non exposées dans cette présente lettre mais que nous exposons dans notre contreenquête disponible sur internet, il est grand temps, nous semble-t-il, d'amener la lumière sur une entreprise de glori cation qui se prétend catholique, notamment auprès de certains bénévoles et donateurs, mais qui prétend, en réalité, promouvoir un homme dont toute une partie de la vie, de la pensée et de la doctrine fut consacrée à des idéaux plus que contestables. C’est pourquoi nous vous implorons humblement d'apporter une réponse claire à nos réserves et à nos interrogations : si nos arguments devaient être publiquement désavoués par l'Église, qu'ils le soient formellement et nous nous inclinerons. Dans le cas contraire, énoncez-le tout aussi clairement a n que cesse ce qu'il conviendrait alors d'appeler une imposture. Dans cette espérance, et vous souhaitant bonne réception des présentes, nous vous remercions pour votre attention et vous prions d’agréer, Éminences, Messeigneurs, l’expression de nos sentiments liaux les plus respectueux. Romain Gallaud » À ce jour, nous n'avons reçu aucune réponse. p. 171

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Réponse d’Étienne Thévenin
Lorsque nous avons commencé notre contre-enquête, début 2010, nous avons très tôt cherché à entrer en contact avec Étienne Thévenin, l’auteur, en 1992, de la seule biographie o cielle de Raoul Follereau. Son livre nous avait laissé profondément indécis et nous brûlions de lui poser un certain nombre de questions. Après de nombreux échanges par mail, étalés sur plusieurs mois, nous n’avons guère trouvé de points de convergence, à l'exception de ce que nous avons cité dans les pages précédentes. Néanmoins, comme nous lui sommes reconnaissants d’avoir accepté de croiser le fer avec nous, nous lui avons proposé un espace d’expression libre, en réaction à nos travaux. C’est donc avec son autorisation expresse et sans aucune modi cation de notre part que nous reproduisons ci-après le message qu’il a bien voulu nous communiquer. Cela étant dit, cela ne signi e absolument pas que nous agréons ses propos, y compris lorsqu'il a rme, ci-après, que nous sommes d'accord. « Romain Gallaud m’a communiqué le texte de son livre et m’a o ert d’y réagir. Je l’en remercie. Je ne connais pas Romain Gallaud mais il m’a écrit à plusieurs reprises a n de m’interroger sur la vie de Raoul Follereau. Nous avons ainsi pu confronter nos points de vue. J’ai travaillé de 1985 à 1991 à une thèse consacrée à Raoul Follereau, qui a débouché sur la publication en 1992 du livre évoqué par Romain Gallaud. Depuis, près de vingt ans sont passés, de nouveaux documents sont disponibles et il est utile, comme pour tout sujet d’histoire, de revisiter la question. Je tiens tout de suite à signaler qu’en ce qui me concerne, j’ai béné cié d’un excellent accueil et d’une totale liberté de travail de la part de la fondation Follereau. Les archives m’ont été ouvertes, j’ai pu longuement m’entretenir avec les responsables. Je n’ai fait l’objet d’aucun contrôle, d’aucune censure. Je connais des collègues qui n’ont pas béné cié d’une telle liberté de travail dans les institutions qu’ils avaient choisies d’étudier. J’ai pu également mesurer l’ampleur du travail accompli alors par la fondation, à travers notamment les réunions des commissions médicales, les rapports des représentants sur le terrain et le suivi des actions engagées. La lèpre est l’une des rares maladies qui p. 172

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La contre - enquête

Les faces cachées de la Fondation Raoul Follereau

Une fondation verrouillée de l’intérieur Nous allons maintenant nous pencher sur la nature juridique de la Fondation Raoul Follereau. À l’origine de cet article, nous sommes partis des propos d’André Récipon en personne, propos que nous avions déjà cités dans la section précédente consacrée à sa pensée politique : « le 23 mai 1992, lors de l’assemblée générale, j’ai fait la déclaration suivante : (…) « je suis ici pour transmettre le ambeau tel que je l’ai reçu de Raoul Follereau. À mon tour, je déclare solennellement devant vous que je con e à mon ls Michel la charge de l’œuvre que j’ai reçue de Raoul Follereau et que je lui demande de poursuivre 485.» » Dans une lettre ouverte à sa petite- lle Mathilde, André Récipon écrivait, en 2005 : « Notre vie familiale et privée est étroitement liée à la vie de la Fondation Raoul Follereau (…) j’ai mis en place une structure dont ton père [Michel Récipon] a maintenant la responsabilité. (…) Contrairement à ce que certains avancent (…) ce n’est pas une famille qui s’est emparée d’un héritage, c’est une famille qui s’est chargée d’une tradition, celle de poursuivre l’œuvre de Raoul Follereau. C’est l’honneur de ton père [Michel Récipon] de la maintenir aujourd’hui, et ce sera, demain, le tien et celui de tes frères et sœurs 486. » Dans la mesure où la Fondation Raoul Follereau est une fondation reconnue d’utilité publique béné ciant d’avantages scaux particulièrement signi catifs 487, nous étions étonnés qu’il puisse être juridiquement possible d’y instaurer ainsi un processus
485. André Récipon, Combat pour la Charité, Pierre Téqui Éditeur, 2000, page 21 486. André Récipon, Lettre ouverte à Mathilde, op. cit. page 31 487. Grâce à son statut la Fondation Raoul Follereau permet à ses donateurs de béné cier d’avantages scaux extrêmement avantageux : réduction d’impôt sur les sociétés à hauteur de 60%, réduction d’impôt sur le revenu ou d’impôt sur la fortune – ISF – à hauteur de 75%, exonération des droits de succession et d’enregistrement sur les donations, legs, et autres assurance-vie, etc.

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Fondation Raoul Follereau de dévolution successorale, comme si la présidence d’une fondation reconnue d’utilité publique pouvait se transmettre de père en ls sans limitation de durée. Nous n’avons pas été déçus par nos recherches : nous allons démontrer comment le fonctionnement juridique de la Fondation Raoul Follereau a été verrouillé par un petit nombre d’individus. *** Entamons notre propos par quelques considérations générales sur les fondations reconnues d’utilité publique 488. Une fondation est l’acte par lequel une ou plusieurs personnes décident de se déposséder d’un bien qui leur appartient au pro t d’une entité juridique spéci que dont la mission sera de poursuivre une œuvre d’intérêt général. Ce qui di érencie une fondation d’une association classique loi 1901, c’est que l’État apporte sa pierre à l’édi ce sous la forme d’une reconnaissance d’utilité publique. Une fondation reconnue d’utilité publique est donc une entité juridique particulière qui réunit trois caractéristiques : - un acte privé des fondateurs, ce qui suppose un appauvrissement de leur part, via une dotation ; - une œuvre d’intérêt général qui sera nancée soit par les revenus générés par le placement de cette dotation, soit par la consommation progressive de cette dotation ; - une reconnaissance par l’État français, ce qui génère des avantages exorbitants de droit commun, notamment des réductions d’impôts pour les donateurs, la possibilité de recevoir des dons et des legs en franchise de droits de succession, etc.

488. Quatre sources documentaires nous ont permis de rédiger cette section : le Mémento Pratique Associations (Francis Lefebvre, 2010 – 2011), le Dalloz Action Associations (2000), Fondations par Éric Baron et Xavier Delsol (Juris Associations, 2004), le Dictionnaire Permanent Associations (Lamy), le rapport annuel 2009 de la Fondation Raoul Follereau (http://www.scribd.com/doc/49949341/FRF-comptes-2009) ainsi que le rapport du commissaire aux comptes 2009 (http://www.scribd.com/doc/49949304/ FRF-comptes-2009-CAC)

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Fondation Raoul Follereau

Les drôles de comptes de la FRF
En qualité de fondation reconnue d’utilité publique, la Fondation Raoul Follereau est tenue de publier ses comptes. Depuis plusieurs années, déjà, ces comptes, y compris le rapport annuel des commissaires aux comptes, sont disponibles sur internet. La consultation de ces comptes nous a permis d’identi er ce que nous considérons être une grave anomalie dans l’information nancière communiquée aux donateurs. Pour cela il nous faut exposer quelques propos généraux sur le sujet 514. A n d’améliorer la transparence des organismes faisant appel à la générosité du public et l’information des donateurs, il a été décidé de renforcer les obligations de transparence nancière des organismes faisant appel à la générosité du public. Parmi ces obligations gure le Compte d’Emploi des Ressources (CER). Ce compte permet à la fois de détailler la nature des revenus de l’organisme, mais aussi et surtout de présenter la nature de ses dépenses. C’est essentiellement le poste des dépenses, quali és “emplois“ qui va nous intéresser dans cette section. Cette ventilation par nature des dépenses (emplois) permet d’informer les donateurs sur la quote-part de leur générosité qui béné cie, in ne, à la cause qu’ils ont voulu soutenir. Il faut souligner combien ce CER est essentiel car il permet d’apprécier la performance opérationnelle des organisations caritatives : plus les missions sociales représentent une part
514. Avis n°2008-08 du 3 avril 2008 relatif à l’élaboration du compte d’emploi annuel des ressources des associations et fondations faisant appel à la générosité publique, modi ant le règlement n°99-01 du Comité de la réglementation comptable. http://www.mine .gouv.fr/directions_services/CNCompta/avis/2008/avis0808.pdf Règlement n°2008-12 du 7 mai 2008 a érent à l’établissement du compte d’emploi annuel des ressources des associations et fondations modi ant le règlement n°99-01 du Comité de la réglementation comptable. http://www.mine .gouv.fr/directions_services/CNCompta/rcrc/rcrc2008/08-12.pdf

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Des millions d’euros au cœur d’une nébuleuse
Les comptes annuels de la Fondation Raoul Follereau révèlent d’autres surprises 523. Nous y apprenons par exemple que le groupe Fondation Raoul Follereau disposait, au 31.12.2010, d’un patrimoine net de plus de 20,4 millions d’euros. Notons au passage que le rapport nancier 2010 de la Fondation Raoul Follereau consacre un encart entier à la question des réserves (page VI), encart totalement nouveau par rapport aux années précédentes. Dans la mesure où notre premier article sur le sujet remonte au 10 septembre 2010, nous y voyons comme une forme de réponse. « Il n’existe pas de dé nition ou de normes du niveau optimal du montant des réserves ou fonds propres. Ce niveau dépend des spéci cités des activités des organisations. L’étude d’un certain nombre de structures montre qu’il peut aller de quelques mois à plus de vingt-quatre mois de budget selon les cas. Pour la Fondation Raoul Follereau, le montant des réserves (constituées sur les autres fonds privés et sur les autres produits) est périodiquement examiné par le Conseil de surveillance et se situe dans une fourchette d’un an et demi à deux ans de budget. » Ce que la Fondation Raoul Follereau s'abstient de préciser, c'est que ces 20,4 millions d'euros ne tiennent pas compte des plus-values latentes sur ses éléments d'actifs. Mais pour savoir cela, il faut être sensibilisé à la matière comptable, ce que ne seront pas la plupart des donateurs, à supposer qu'ils lisent le rapport nancier. Or, le groupe Follereau possède d'importants actifs immobiliers pour une valeur d'acquisition initiale supérieure à 8 millions, dont son siège social de plusieurs centaines de mètres carrés dans un quartier coté du XVème arrondissement de Paris524. Il s'agit d'un ensemble immobilier récent, une partie date de 1987, faisant au moins neuf étages, détenu par le groupe Follereau depuis de nombreuses années : il est plus que probable que sa valeur réelle de marché soit supérieure à sa
523. Cf. Rapport annuel du commissaire aux comptes sur le groupe Fondation Raoul Follereau au 31.12.2009 http://www.journal-o ciel.gouv.fr/publications/assoccpt/pdf/2009/3112/784719510 _31122009.pdf 524. Très facilement visible avec Google Maps.

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A n de rendre notre contre-enquête plus interactive, nous avons donné la priorité, aux sources disponibles sur internet. Lorsqu'elles ne l'étaient pas, nous avons tenté de les rendre disponible, notamment sur des sites de lecture gratuite en ligne tel www.scribd.com, fr.calameo.com ou www.slideshare.net. Les archives concernant Raoul Follereau sont parfois rares (la di usion de ses écrits d'entre-deux-guerres était con dentielle en métropole) ou non disponibles (soit du fait de leur mauvais état du fait de la volonté de leur détenteur) : n'hésitez pas à nous faire parvenir tout élément, même minime, relatif à « la vie, la doctrine et l'œuvre » de Raoul Follereau. La bibliographie détaillée et mise à jour est disponible sur notre blog : http://follereau-entre-ombre-et-lumiere.over-blog.com/ En n, vous pouvez nous contacter par mail à romain.gallaud@hotmail.fr.

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Dossier spécial Action française
Compte tenu des convergences entre la doctrine de Charles Maurras et celle de Raoul Follereau, nous estimons utile de reproduire les principaux textes de références concernant la condamnation pontificale de 1926. Nos commentaires sont entre crochets. Dans la mesure du possible la typographie (italique, gras, majuscules) est celle du texte original. L’Action Française, 5 juin 1936, édito de Charles Maurras 568 Réponse de S. É. le cardinal-archevêque de Bordeaux à une question posée par un groupe de jeunes catholiques au sujet de l’Action française, La Croix 27 août 1926, par Mgr Andrieu, Cardinal de Bordeaux 569 L’allocution consistoriale du 20 décembre 1926 sur la France 570 Décret du Saint-Office condamnant certaines œuvres de Charles Maurras et le journal L’Action française, daté 29 janvier 1914 et 29 décembre 1926. 571 Mgr Germain, Évêque de Toulouse, Une page de doctrine catholique, La Croix, La Croix 10 février 1927 572 Déclaration des cardinaux, archevêques et évêques de France sur la condamnation de Charles Maurras et de L’Action Française, publiée dans le journal La Croix du 09/03/1927 573 Une lettre de Mgr l’Évêque de Nice à son clergé, La Croix 23 septembre 1927 574 Déclaration présentée à Pie XII présentée par le Conseil de Direction du journal L’Action Française, 19 juin 1939, édito de Charles Maurras 575

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http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k7663552 http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k2625600 570 http://maurras.net/pdf/af/allocution-consistoriale-20-decembre.pdf 571 http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k762919z 572 http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k411744c 573 http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k4117676 574 http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k411934n 575 http://www.clerus.org/clerus/dati/2001-01/22-6/AF.html
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L’Action Française, 5 juin 1936, édito de Charles Maurras [Le texte que nous reproduisons ci-dessous illustre fort bien l’incroyable hystérie antisémite qui accompagna la victoire du Front Populaire aux élections législatives de 1936 suivie de l’accession de Léon Blum à la présidence du Conseil. Nous y retrouvons, dans un mélange paranoïaque où l’intelligence du raisonnement semble dépassée par un ultranationaliste aussi irrationnel que fou-furieux, les innombrables facettes qu’a pu revêtir l’antisémitisme du début du XXème siècle : le Juif y est décrit tout à la fois comme le capitaliste et libéral sous influence anglo-saxonne, sorte de ploutocrate apatride et cosmopolite, acteur de la finance internationale, anonyme et vagabonde, parasite économique qui profite et exploite les vrais Français mais également comme l’incarnation du bolcheviste obéissant à ses coreligionnaires supposés de Moscou ou enfin comme un individu par nature inassimilable du fait de sa caricature de peuple errant aux relents suspects de germanophilie. Il convient également de relever combien la législation antisémite de Vichy s’inscrira, quatre années plus tard, dans le droit fil de ce texte (remise en cause des naturalisations, exclusion ou quotas de juifs de certains pans entiers de l’activité économique qu’elle relève du secteur privé ou public, etc.). Comme nous l’avons démontré dans les pages de ce livre, c’est à cette frénésie que Raoul Follereau adhéra et même contribua au moyen de ses conférences,. Il nous semble en outre important de dire et de répéter que jamais, même longtemps après 1945, Raoul Follereau n’entamera de travail d’analyse critique de ses convictions politiques. Bien au contraire.]
I. La question nationale est posée Le cabinet juif est fait. On peut dire : - Il n’y a plus de débat sur la question sociale entre Français. Les Français sont virtuellement tous d’accord, Blancs [royalistes ?], Bleus [républicains ?], Rouges [bolcheviques ?] contre les Jaunes de Sion [les juifs]. Le cabinet Blum pose la question nationale. C’est le débat entre nationaux et antinationaux. La bande juive a réussi, c’est vrai, à capter une fraction de la classe ouvrière. Depuis un demi-siècle environ, la bande juive s’est offerte aux syndicats, fédérations, confédérations, comme une avocate commode, docile, toujours alerte et bien en cour chez les bourgeois gros capitalistes. Le prolétariat français s’est abandonné innocemment à cette pente. Mais bien des travailleurs sérieux commencent à voir ou à

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entrevoir à quelle ruine commune ces enfants du Juif Marx, ces théoriciens de la Lutte de classes, précipitent l’avoir, la fortune, le bien commun des Français, qu’ils soient prolétaires ou propriétaires. Ces travailleurs se doutent de l’épouvantable liquidation imminente où ces politiciens, doublés de spéculateurs, les uns et les autres pillards, veulent faire rouler notre économie. Ils sont de plus en plus nombreux à ouvrir les yeux, à dresser l’oreille et à prendre garde que la lutte des classes est une folie, qu’il n’y a de raisonnable que l’union des classes : ce que les Italiens ont nommé, dans leur langage pittoresque, Faisceau et Faisceau bien serré [référence à la doctrine fasciste de Mussolini]. En attendant que cette conversion de la classe ouvrière se fasse, et elle se fera, en attendant que cette évolution s’achève, et elle est commencée, les patriotes clairvoyants doivent porter une attention énergique sur la véritable situation. Ils ont à garder le sol national. Ils ont à disputer le sol de la France à une horde qui l’a submergée d’en bas et qui n’est arrivée, à coups de mensonges électoraux, que par l’or de Moscou, de Londres et de Berlin. Résistance et contre-attaque, devenues nécessaires, ne seront efficaces que si on ose les conduire contre les Juifs.

C’est pourquoi, avant d’aborder la question, la hideuse question du cabinet Blum, nous devons déclarer que l’avènement de ce misérable Chameau ou de cette absurde Chamelle [Léon Blum] cède beaucoup en importance au projet de motion que, hier, 4 juin, au moment où Blum passait la porte de l’Élysée, le nationaliste Darquier de Pellepoix a eu le courage et le bon sens de porter à la tribune du Conseil Général de la Seine.

II. Un acte : la motion antisémite et antimétèque du conseiller Darquier de Pellepoix Voici le texte, in extenso, de ce document de salut public : « PROJET
DE DÉLIBÉRATION CONTRE LA TYRANNIE JUIVE ET L’INVASION ÉTRANGÈRE.

M. Darquier de Pellepoix prend la parole et, d’une voix puissante, dépose le projet suivant :

Le Conseil, Considérant qu’il est temps de mettre un terme à la liquidation de la France ; Considérant qu’un tel redressement ne peut être réalisé que par des hommes dont le destin personnel se confond avec le destin de la nation et non par des hommes dont l’origine est un empêchement à ressentir l’intérêt français au même

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titre que les Français de naissance et de formation ; Considérant que l’acquisition de la nationalité française n’a été soumise, jusqu’à ce jour, à aucune garantie réelle et a été accordée automatiquement, comme s’il s’agissait d’un droit à tous ceux que rejetaient d’autres familles nationales ; Considérant qu’il est particulièrement intolérable que des misérables politiciens se soient ainsi acquis une clientèle électorale d’étrangers importés en grande série et hâtivement transformés en citoyens français par une administration complice ; Considérant que la France, sous l’hypocrite prétexte de maintenir une tradition de bon accueil, est ainsi devenue le dépotoir du monde et que, chaque jour davantage, des mélanges livrés aux pires hasards viennent abâtardir notre peuple, dont l’unité s’est faite au cours des siècles, de l’harmonieuse union des provinces appartenant au même rameau, successivement incorporées à la nation française ; Considérant qu’il y a lieu d’être particulièrement en garde contre les Juifs, nation errante chez qui se recrutent les courtiers internationaux de l’anarchie politique, du parasitisme commercial et de la puissance financière vagabonde, et dont l’esprit, à la fois destructeur et

profiteur, tend inéluctablement à la désintégration des nations ; Considérant que l’influence nocive des Juifs sur la moralité générale du pays et l’administration de la justice a été démontrée surabondamment par tous les scandales récents ; Considérant que l’éducation nationale, la politique religieuse, l’intégrité de notre Empire colonial, la solidité même de la famille française, ont été et sont encore fortement influencées par l’intervention des Juifs (parlementaires, écrivains, hauts fonctionnaires, etc…) dans le but d’obtenir l’abêtissement et l’asservissement des Français ; Considérant que l’influence de la juiverie et de la franc-maçonnerie a récemment adultéré la politique étrangère de la France dans des conditions telles qu’elle a compromis le commerce extérieur du pays, détruit une amitié scellée sur les champs de bataille et risqué de provoquer une guerre mondiale, contrairement à la volonté clairement exprimée, tant par les élites que par la masse de la nation [allusion à la question des sanctions contre l’Italie fasciste de Mussolini après l’invasion par ce dernier de l’Empire d’Éthiopie du Négus] ; Considérant qu’une part considérable du patrimoine français est, à l’heure actuelle, entre les mains des Juifs, - qu’ils s’efforcent de mater,
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d’une part, les paysans par l’intermédiaire des marchands de biens, des négociants en grains, des trusts de meunerie, d’autre part, les ouvriers par la pression des organisations marxistes, sans négliger les bourgeois maintenus en obédience par la Franc-Maçonnerie – que, par ailleurs, les instruments d’action sur les masses (agences télégraphiques, presse, livre, cinéma, radio) sont presque entièrement dominées par l’esprit juif et s’efforcent de paralyser des réactions françaises ; Considérant que le parti socialiste se réclame de la II Internationale entièrement dominée par les Juifs et le parti communiste de la III Internationale, émanation d’une puissance étrangère enjuivée, et en reçoivent leurs directives, ainsi que l’argent utilisé pour leur propagande ;
e e

LIBERTÉS LIBERTÉ LIBERTÉ

:
DE

LIBERTÉ LA

DE

PAROLE, LIBERTÉ DE

PRESSE,

D’ASSOCIATION, LIBERTÉ DE RÉUNION, DE VOTE, LIBERTÉ POSSÉDER, LIBERTÉ DU COMMERCE, LIBERTÉ DU TRAVAIL, LIBERTÉ DE LA PERSONNE (INTERDICTION DE QUITTER LE TERRITOIRE SOUS PEINE DE MORT),

etc. ; Considérant que LES CITOYENS FRANÇAIS N’ÉTANT PAS DES MOUJIKS, il y a lieu de craindre qu’une telle immixtion d’éléments étrangers n’aboutisse à des violences généralisées et qu’il est dans l’intérêt général de les prévenir dans la mesure du possible ; Considérant, enfin, qu’il n’y a pas lieu, pour les représentants du peuple au conseil général de la Seine de se soucier des « tabous » imposés par des oligarchies, quelques puissantes qu’elles puissent être, mais seulement de l’intérêt général du pays et de sa capitale ; Sur la proposition de M. Darquier de Pellepoix, Affirme sa volonté d’obtenir des pouvoirs publics : 1° L’annulation pure et simple de toutes les naturalisations effectuées depuis l’armistice du 11 novembre 1918, suivies d’une révision sévère, qui refusera LA NOBLE QUALITÉ DE FRANÇAIS à tous les étrangers qui n’auront pas rendu des services signalés à la patrie française [quelques jours après la création du

Considérant qu’il n’est pire déchéance pour un peuple libre que d’accepter que l’argent étranger puisse travailler impunément et presque au grand jour à son propre asservissement ; Considérant que rien ne démontre mieux la passivité obtenue par ces méthodes que le fait incroyable qu’une campagne électorale « pour les libertés » et « contre le fascisme » a pu être écoutée, alors qu’elle était faite par ceux qui se réclament d’un régime dictatorial étranger, LE COMMUNISME SOVIÉTIQUE, QUI A SUPPRIMÉ CHEZ LUI TOUTES LES

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follereau-entre-ombre-et-lumiere.over-blog.com régime de Vichy, en juillet 1940, une législation destinée à reconsidérer les naturalisations postérieures à 1927 sera adoptée par le Marchal Pétain] ; Ces écureuils tronqués [dans la propagande antisémite, les Juifs sont fréquemment appelés par des noms d’animaux divers, généralement peu flatteurs] ont décidément un peu trop pratiqué leur devise du quo non ascendemus, où ne grimperons-nous pas ? Ils devront en rabattre. (…) V. Bienvenue de Berlin… Ce n’est pas sans une joie non dissimulée (ni dissimulable) que nos plus dangereux ennemis (les Allemands) accueillent la marée sans nom appelée ministère Blum. (…) Le parti Blum fut en effet le parti allemand d’après-guerre, le parti des abdications de la victoire, du « boulet de la victoire ». (…) Il y a longtemps que le clairvoyant Jacques Bainville avait fait observer comment, même sous Hitler, même en pleine terreur antijuive, un Léon Blum gardait son faible pour l’Allemagne, restait allemand de tête et de cœur.

2° La promulgation d’un statut particulier réglementant pour les Juifs le droit de vote, l’éligibilité et l’accession aux fonctions publiques [cela sera fait via le statut des Juifs d’octobre 1940 renforcé en juin 1941] ».
Après le document, l’atmosphère de la séance : voici

Cette lecture est hachée d’exclamations de fureur des élus socialistes et communistes, suivies de rires sur les bancs nationaux (…). Monsieur Raphaël Schneid, congestionné jusqu’à l’éclatement, proteste en bredouillant, au nom de ses coreligionnaires. À bout d’argu-ments, il s’écrire : « M. Darquier de Pellepoix n’a ni cervelle, ni cœur, ni … » « En tout cas » interrompt Darquier, « j’ai conservé quelque chose que vous, vous n’avez plus ! » [allusion à la circoncision]. Un éclat de rire général oblige M. Schneid à quitter la tribune. (…) Il n’est pas besoin de dire de combien de façons un acte pareil répond aux nécessités du moment. Il n’y a rien de plus urgent.

Terre du désir, ô vague patrie,
chantait autrefois Paul Guigou ! N’oublions jamais que l’Allemagne est le pays où l’hébreu et l’allemand se sont mêlés dans le yedich. Charles MAURRAS

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L’Aquitaine, Semaine religieuse du diocèse de Bordeaux, 27 août 1926, par Monseigneur Andrieu, Cardinal-Archevêque de Bordeaux
Réponse de S. É. le cardinal-archevêque de Bordeaux à une question posée par un groupe de jeunes catholiques au sujet de l’Action française. L’Église, interprète des volontés divines, permet à ses fils d’avoir des préférences au sujet de la forme du gouvernement. Il su t, pour s’en convaincre, de lire ce passage de l’Encyclique de Léon XIII, sur le ralliement : « Dans cet ordre d’idées, les catholiques, comme tout citoyen, ont pleine liberté de préférer une forme de gouvernement à l’autre, précisément en vertu de ce qu’aucune de ces formes ne s’oppose, par elle-même, aux données de la saine raison et aux maximes de la doctrine chrétienne. ». Vous pourriez encore suivre l’enseignement donné par les dirigeants de l’Action française, si, sans abandonner leurs préférences pour telle forme de pouvoir, ils se renfermaient dans le travail de la politique qui n’est pas indépendante de la loi morale, étudiant, avec leurs élèves, le moyen de faire voter de bonnes lois et d’obtenir le redressement de celles qui sont mauvaises et qui attentent, comme les lois de laïcité, aux droits imprescriptibles de Dieu, de Jésus-Christ, de l’Église, des Congrégations religieuses, de la famille et des âmes. Le Pape Léon XIII reconnaît la légitimité d’un pareil enseignement dans cet autre passage de la même

Mes chers amis, Vous me demandez si l’on peut suivre, en toute sûreté de conscience, l’enseignement donné, dans leur Institut et dans leurs diverses publications, par les dirigeants de l’Action française. La question est délicate, mais je n’essaierai pas de l’éluder, car je dois la vérité à tous, à plus forte raison aux jeunes, puisqu’ils portent en eux l’avenir. Je dois la vérité à tous, et je la dirai avec toute la franchise nécessaire, au risque de causer quelque surprise à des hommes dont j’admire le talent, mais dont les doctrines m’épouvantent. Si les dirigeants de l’Action française ne s’occupaient que de politique pure, s’ils se contentaient de rechercher la forme de pouvoir la mieux adaptée au tempérament de leur pays, je vous dirais tout de suite : vous êtes libres de suivre l’enseignement que donnent, de vive voix ou par écrit, les maîtres de l’Action française.

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follereau-entre-ombre-et-lumiere.over-blog.com Encyclique : « Et voilà précisément le terrain sur lequel, – tout dissentiment politique mis à part – les gens de bien doivent s’unir pour combattre, par tous les moyens légaux et honnêtes, les abus progressifs de la législation. Le respect que l’on doit aux pouvoirs constitués ne saurait l’interdire. Il ne suppose ni le respect, ni beaucoup moins l’obéissance sans limite à toute mesure législative quelconque édictée par ces mêmes pouvoirs. ». Mais les dirigeants de l’Action française ne s’occupent pas seulement de la politique qui discute sur la forme du pouvoir et de la politique qui en règle l’exercice. Ils étudient, devant leurs élèves, bien d’autres problèmes qui relèvent directement du magistère ecclésiastique et dont les membres de l’Église enseignée – seraient-ils prêtres, princes ou dirigeants de l’Action française, – ne peuvent traiter, si l’Église enseignante, représentée par le Pape et les Évêques, ne les y autorise par une délégation délivrée à la suite d’un examen constatant leur capacité et leur orthodoxie. Les dirigeants de l’Action française n’ont pas jugé à propos de solliciter cette licence d’enseignement que l’Autorité ecclésiastique leur aurait d’ailleurs refusée, à cause des multiples et graves erreurs qu’ils ont commises en exposant leur système religieux, moral et social.

Les dirigeants de l’Action française se sont occupés de Dieu. Quelle idée en ont-ils ?
Ils le regardent comme inexistant ou inconnaissable, et ils se déclarent, de ce chef, athées ou agnostiques. L’oracle des dirigeants de l’Action française publia, dans sa jeunesse, un ouvrage intitulé : Le Chemin du paradis qu’il a fait rééditer en 1920, après quelques suppressions et corrections de pure forme. Or, Le Chemin du paradis est un recueil de contes licencieux dont l’athéisme rivalise avec celui de nos contemporains les plus réfractaires à l’idée religieuse. Les dirigeants de l’Action française se sont occupés du Verbe de Dieu incarné dans le sein d’une Vierge. Quelle idée en ont-ils ? On peut s’en rendre compte en parcourant un autre ouvrage du même chef de l’Action française : Anthinéa, dont le premier titre fut Promenades païennes. Dans l’édition de 1923, l’auteur a supprimé, pour raison de convenance, quatre pages blasphématoires sur le Nazaréen et la Nuit du christianisme, mais il n’y a aucune rétractation, et bien d’autres impiétés ont été maintenues. Les dirigeants de l’Action française se sont occupés de l’Église. Quelle idée en ont-ils ?

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Ils repoussent tous les dogmes qu’elle enseigne. Elle enseigne l’existence de Dieu et ils la nient, car ils sont athées. Elle enseigne la divinité de Jésus-Christ, et ils la nient, car ils sont anti-chrétiens. Elle enseigne qu’elle a été fondée elle-même par le Christ, Dieu et Homme, et ils nient son institution divine, car ils sont anti-catholiques, malgré les éloges parfois très éloquents qu’ils décernent à l’Église, dans un but qui n’est peut-être pas tout à fait désintéressé. Selon le mot d’un célèbre théologien placé naguère sur les autels, l’Église est une « monarchie tempérée d’aristocratie », et cette organisation dans l’ordre religieux peut attirer des partisans à l’organisation de même nature que les dirigeants de l’Action française cherchent à établir dans l’ordre politique. Catholiques par calcul et non par conviction, les dirigeants de l’Action française se servent de l’Église, ou du moins ils espèrent s’en servir, mais ils ne la servent pas, puisqu’ils repoussent l’enseignement divin, qu’elle a mission de propager. Quand on renie Dieu, son Christ et son Église, il est difficile, pour ne pas dire impossible, de construire une morale, la morale vraie, la morale traditionnelle, la morale à base religieuse, la morale du devoir, expression d’une volonté divine.

Aussi, les dirigeants de l’Action française, en particulier leur chef, celui qu’ils appellent le Maître, ont dû se réfugier dans l’amoralisme. Ils ont fait table rase de la distinction du bien et du mal, et ils ont remplacé la recherche de la vertu par l’esthétisme, ou le culte de la beauté, et par l’épicurisme, ou l’amour du plaisir. Le chef de l’Action française réprouve tout système qui, comme le christianisme, fait de l’e ort à la vertu la règle des actes volontaires, la base des institutions sociales et le principe du progrès social de l’humanité. Faut-il s’étonner qu’il se montre si prodigue de mépris et de sarcasmes contre ce qu’il appelle les doctrines « vertuistes » ? D’après les dirigeants de l’Action française, la société est a ranchie comme l’individu de toutes les prescriptions de la loi morale et ils essaient de justifier cette indépendance à l’aide de deux sophismes : la stabilité du type de l’homme et l’immutabilité foncière de la société régie comme l’homme par des lois physiques qui excluent la moralité, puisqu’elles empêchent l’exercice de la liberté. C’était dans l’édition de 1919. Les dirigeants de l’Action française invoquent à l’appui de leur thèse cet autre argument fantaisiste : l’humanité est divisée en deux classes ou plutôt deux règnes : l’homme

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follereau-entre-ombre-et-lumiere.over-blog.com non lettré, que le maître de cette école appelle l’imbécile dégénéré, et l’élite des hommes instruits. Or l’humanité doit se conserver telle que la nature l’organise. Elle est donc finalement condamnée à n’avoir d’autre règle de conduite que l’immobilisme. Et pour combler le vide causé par l’absence complète de la loi morale, les dirigeants de l’Action française nous présentent une organisation sociale toute païenne où l’État, formé par quelques privilégiés, est tout, et le reste du monde rien. Aussi osent-ils nous proposer de rétablir l’esclavage ! Et qu’on ne leur parle pas d’une revendication quelconque de l’individu à l’encontre du pouvoir. La raison d’État sera supérieure à toute considération de justice et de moralité ; car, dit le chef de l’Action française, la « morale naturelle prêche la seule vertu qui est la force », et selon le mot d’un autre maître de la même école, « toute force est bonne, en tant qu’elle est belle et qu’elle triomphe ». Du reste, les prétendues lois physiques dont la société relève exclusivement fonctionnent avec une exactitude sidérale. C’est ce qui fait dire au chef de l’Action française : « Défense à Dieu d’entrer dans nos observatoires ». Les sociologues qui prononcent cet ostracisme si outrageant pour la majesté divine prétendent faire respecter ce qu’ils appellent l’équilibre du monde. Mais ils oublient cette grave leçon du psalmiste royal tant de fois confirmée par l’histoire : « Si le Seigneur ne garde pas la cité, c’est en vain que ceux qui la gardent exercent autour d’elle une surveillance attentive. ». Athéisme, agnosticisme, antichristianisme, anti-catholicisme, amoralisme de l’individu et de la société, nécessité, pour maintenir l’ordre, en dépit de ces négations subversives, de restaurer le paganisme avec toutes ses injustices et toutes ses violences, voilà, mes chers amis, ce que les dirigeants de l’Action française enseignent à leurs disciples et que vous devez éviter d’entendre. Je vous le demande avec une sollicitude pleine de tendresse, car c’est un cœur d’évêque et de père qui vous parle ; je vous le demande au nom de ce que vous avez de plus cher, au nom de votre foi, de votre vertu et de vos espérances immortelles. Bordeaux, le 25 août 1926, en la fête de saint Louis, roi de France, qui l’appelait le sergent du Christ, et qui remplit toujours si bien les devoirs inhérents à ce glorieux titre. + Paulin, cardinal Andrieu, archevêque de Bordeaux.

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L’allocution consistoriale du 20 décembre 1926 sur la France
Des terres éloignées du Mexique, passons par la pensée à la proche France, pour déclarer de nouveau notre sentiment sur le grave débat qui, Nous le savons, inquiète beaucoup d’esprits, concernant le parti politique ou l’école qu’on nomme l’Action française, et aussi les œuvres et le journal qui en dépendent. De nouveau, disons-Nous, puisque déjà, plus d’une fois, Nous avons dit, et sans ambages, ce que Nous en pensions. Nous vous en parlons pour deux raisons. D’une part, Votre solennelle assemblée, Vénérables Frères, sur laquelle l’univers catholique a les yeux, Nous fournit une occasion importante et illustre, d’autant plus que les paroles que Nous allons prononcer peuvent avoir leur opportunité et leur utilité hors de France. D’autre part, il nous faut répondre aux vœux et à l’attente de ceux qui, dans des lettres où respire une sincère piété avec l’amour du vrai et du juste, nous ont demandé de les libérer de l’hésitation. En tout cela, s’il ne Nous a pas été possible de rester sans amertume et chagrin, le Dieu très miséricordieux Nous a accordé de non médiocres consolations, et, pour obéir à un devoir et comme à une douce nécessité, Nous nous sommes hâtés de Lui en exprimer Notre reconnaissance par cet endroit des Psaumes : « À proportion de la multitude de mes douleurs, vos consolations répandues dans mon cœur ont réjoui mon âme. ». De ce que, par l’intervention de Notre autorité, nous avons accompli un acte très attendu et moins opportun encore que nécessaire, des laïques excellents, des membres de l’un et l’autre clergé, de vénérables évêques et pasteurs des âmes, Nous en ont rendu grâce ; qu’ils reçoivent donc le particulier témoignage de Notre bienveillance, eux, et en même temps tous ceux qui, manifestant leur foi par leurs actes, ont, avec obéissance et affection, ou bien reçu nos paroles comme du Vicaire de Jésus-Christ, ou bien les ont répandues, dans un cercle étroit ou vaste, soit de vive voix, soit par écrit, ou bien les ont interprétées sincèrement et fidèlement et, chaque fois qu’il a fallu, les ont défendues avec courage. Quant à ceux qui insistent pour que Nous parlions avec plus de clarté et de précision sur la question soulevée, Nous voulons qu’ils se remettent dans l’esprit que, en matière de conduite, on ne saurait toujours établir une règle absolue et nette, valable pour tous les cas. En outre, Nos écrits et Nos paroles antérieures (et, en France, pays que ces discours et écrits concernent, per-

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follereau-entre-ombre-et-lumiere.over-blog.com sonne ne les ignore plus) contiennent, ou formels ou faciles à induire, les préceptes et principes suffisants pour régler le jugement et la conduite. Nous ajoutons, s’il est quelques personnes à l’esprit desquelles il faille porter une lumière encore plus vive, qu’il n’est pas permis aux catholiques, en aucune manière, d’adhérer aux entreprises et en quelque sorte à l’école qui mettent les intérêts des partis au-dessus de la religion et font servir celle-ci à ceux-là ; qu’il ne leur est pas permis de s’exposer ou d’exposer autrui, les jeunes gens surtout, à des inffluences ou doctrines dangereuses tant pour la foi et la morale que pour la formation catholique de la jeunesse. Ainsi (pour n’omettre nulle des questions ou demandes qui Nous ont été adressées), il n’est pas permis aux catholiques de soutenir, d’encourager et de lire des journaux publiés par des hommes dont les écrits, s’écartant de notre dogme et de notre morale, ne peuvent pas échapper à la désapprobation, et qui même, souvent, dans des articles, comptes rendus, annonces, proposent à leurs lecteurs, surtout adolescents ou jeunes gens, des choses où ils trouveraient plus d’une cause de détriment spirituel. Toutes ces choses, Nous les avons répétées, non sans douleur, pour ne pas manquer à tant de fils qui ont mis leur confiance en Nous comme dans le Père et le Pasteur universel, et pour ne pas sembler oublier que Nous avons été proposé par Dieu comme « devant rendre compte des âmes ». Nul ne peut ne pas le voir, l’apôtre Paul Nous approuve quand il allègue un motif grave de cette sorte pour avertir les chrétiens d’obéir et de se soumettre à leurs chefs, afin que ceux-ci puissent rendre compte à Dieu « avec joie et non avec gémissement », ce qui, d’ailleurs, ne conviendrait pas aux fidèles euxmêmes. D’ailleurs, il ne convient pas que nos très chers fils français restent plus longtemps divisés et sans concorde entre eux à cause de la politique, cela dans leur propre intérêt, dans l’intérêt de la Cité, dans l’intérêt de l’Église. Mais, au contraire, il sera extrêmement profitable, à tous et à tout, qu’ils soient tous étroitement unis dans les choses qui regardent la religion, c’est-àdire dans la défense des droits divins de l’Église, du mariage chrétien, de la famille, des écoles pour l’enfance et la jeunesse, bref de toutes les libertés sacrées qui sont les fondements de la Cité ; qu’ainsi d’accord, par des manifestations publiques chaque jour plus nombreuses et plus importantes, par la propagande de la vraie doctrine en religion et en morale, par l’apostolat de la charité, ils diffusent la véritable notion de ces diverses libertés que Nous avons rappelées, et en éveillent dans la 249

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foule un désir de plus en plus vif, en sorte qu’un jour les citoyens, dans la pleine conscience de leur droit, les réclament et les reconquièrent. L’événement salutaire de cette union des volontés, Nous le désirons très vivement et, chaque jour, par de nombreuses et instantes prières, Nous le demandons à l’Auteur de tous biens.

[Ici une phrase peu lisible qui doit signifier : Que chacun garde
d’ailleurs la légitime et honnête liberté de préférer tel le forme politique qui ne contredit pas l’ordre divin des choses. ] Ces exhortations à l’accord et à l’entente pour l’action en faveur des choses les plus saintes ne diffèrent pas, en substance, des conseils donnés par Notre prédécesseur Léon XIII, d’immortelle mémoire, [membre de phrase illisible], comme n’en différaient pas les instructions de Pie X, de sainte mémoire : c’est de quoi se rendra parfaitement compte quiconque comparera les actes et textes de l’un et l’autre de Nos devanciers, sans opinion préconçue, comme Nous l’avons fait Nousmême, et se rappellera qu’il n’est ni nécessaire, ni possible de tout répéter à tout le monde toujours. Il est superflu d’ajouter, mais Nous l’ajoutons cependant, « d’abondance de cœur », comme on a coutume de dire, que Nous n’avons été ni ne sommes poussés à parler ni par des 250

préjugés ou par zèle de parti, ni par des considérations humaines, ni par une ignorance ou une insuffisante estime des services qu’ont rendus à l’Église, et plus encore à la Cité, soit tel ou tel particulier, soit tel groupe ou telle école, mais seulement et uniquement par la charge religieuse que Nous avons assumée, par la conscience du devoir qui Nous lie et qui est de sauvegarder l’honneur du Roi divin, le salut des âmes, le bien de la religion et la prospérité de la France catholique elle-même. Pour toutes ces causes, et aussi pour qu’il n’y ait pas lieu à des doutes ou à de fausses interprétations, telles qu’il s’en est produit de divers côtés, en particulier tout récemment dans le journal mentionné, non sans manque de respect ou excès d’audace, Nous comptons, avec une confiance absolue, que nos vénérables frères de France, cardinaux, archevêques et évêques, selon leur charge pastorale, rapporteront Notre pensée et Notre volonté paternelle, chacun à son troupeau, ou plutôt les lui exposeront et expliqueront avec fidélité et autorité. Ces paroles, vénérables frères, auxquelles votre présence ajoute un caractère solennel et que l’approche de la Nativité du Roi pacifique rend plus saintes, puissent-elles établir entre les catholiques de France une concorde entière et active, sous les auspices de laquelle il soit possible de combattre efficacement pour ces

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follereau-entre-ombre-et-lumiere.over-blog.com suprêmes causes du règne de Dieu où les autres s’appuient comme à leur fondement, à leur couronne et à leur sanction : du règne de Dieu, disons-nous, par la recherche duquel, selon les promesses certaines du Christ lui-même, on s’acquiert et en quelque sorte on s’empare à l’avance de tout le reste : « Cherchez d’abord le royaume de Dieu, et toutes ces choses vous seront données par surcroît.

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Décret du Saint-Office condamnant certaines œuvres de Charles Maurras et le journal L’Action française, daté 29 janvier 1914 et 29 décembre 1926.
Comme plusieurs ont demandé qu’il fût fait une enquête diligente sur la pensée et l’intention de ce Siège Apostolique et surtout sur celles de Pie X d’heureuse mémoire, touchant les œuvres et écrits de Charles Maurras et le périodique intitulé L’Action française, S. S. le Pape Pie XI m’a ordonné à moi, soussigné, assesseur du Saint-Office, de rechercher avec soin les actes et les dossiers de la Sacrée Congrégation de l’Index — qui, comme tous le savent, a été jointe et incorporée au Saint-Office — et de lui en faire un rapport. Cette enquête achevée, voici ce qui a été constaté : 1. Dans la Congrégation préparatoire tenue le jeudi 15 janvier 1914 : « Tous les Consulteurs furent unanimement d’avis que les quatre œuvres de Charles Maurras : Le Chemin de Paradis, Anthinéa, Les Amants de Venise et Trois idées politiques, étaient vraiment mauvaises et donc méritaient d’être prohibées ; à ces œuvres, ils déclarèrent qu’il fallait ajouter l’œuvre intitulée L’Avenir de l’Intelligence. « Plusieurs Consulteurs voulurent qu’on y ajoutât aussi les livres intitulés La Politique religieuse et Si le coup de force est possible. » 252

2. Dans la Congrégation générale tenue le lundi 26 janvier 1914 : « L’Éminentissime cardinal préfet a déclaré qu’il avait traité de cette affaire avec le Souverain Pontife, et que le Saint-Père, en raison du nombre de pétitions à lui adressées de vive voix et par écrit, même par des personnages considérables, avait vraiment hésité un moment, mais enfin avait décidé que la Sacrée Congrégation traitât de cette affaire en pleine liberté, se réservant le droit de publier lui-même le Décret. « Les Éminentissimes Pères, entrant donc au cœur de la question, déclarèrent que, sans aucun doute possible, les livres désignés par les Consulteurs étaient vraiment très mauvais et méritaient censure, d’autant plus qu’il est bien difficile d’écarter les jeunes gens de ces livres, dont l’auteur leur est recommandé comme un maître et comme le chef de ceux dont on doit attendre le salut de la patrie. Les Éminentissimes Pères décidèrent unanimement de proscrire, au nom de la Sacrée Congrégation, les livres énumérés, mais de laisser la publication du Décret à la sagesse du Souverain Pontife. Pour ce qui concerne le périodique L’Action française, revue bimen-

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follereau-entre-ombre-et-lumiere.over-blog.com suelle, les Éminentissimes Pères estimèrent qu’il fallait en décider comme des œuvres de Charles Maurras. » 3. Le 29 janvier 1914 : « Le Secrétaire, reçu en audience par le Saint-Père, a rendu compte de tout ce qui s’est fait dans la dernière Congrégation. Le Souverain Pontife se met aussitôt à parler de L’Action française et des œuvres de M. Maurras, disant que, de nombreux côtés, il a reçu des requêtes lui demandant de ne pas laisser interdire ces œuvres par la Sacrée Congrégation, affirmant que ces œuvres sont cependant prohibées et doivent être considérées comme telles dès maintenant ; selon la teneur de la proscription faite par la Sacrée Congrégation, le Souverain Pontife se réservant toutefois le droit d’indiquer le moment où le décret devra être publié, s’il se présente une nouvelle occasion de le faire, le décret qui prohibe ce périodique et ces livres sera promulgué à la date d’aujourd’hui. » 4. Le 14 avril 1915 : « Le Souverain Pontife (Benoît XV, d’heureuse mémoire), a interrogé le Secrétaire au sujet des livres de Charles Maurras et du périodique L’Action française. Le Secrétaire a rapporté en détail à Sa Sainteté tout ce que la Sacrée Congrégation avait fait à ce sujet, et comment Son prédécesseur, Pie X, de sainte mémoire, avait ratifié et approuvé la proscription prononcée par les Éminentissimes Pères, mais avait différé à un autre moment plus propice la publication du décret. Cela entendu, Sa Sainteté déclara que ce moment n’était pas encore venu, car, la guerre durant encore, les passions politiques empêcheraient de porter un jugement équitable sur cet acte du Saint-Siège. » Toutes ces choses ayant été rapportées avec soin à Notre Très SaintPère par moi, soussigné, assesseur du Saint-Office, Sa Sainteté a jugé qu’il était devenu opportun de publier et de promulguer ce décret du pape Pie X et a décidé d’en effectuer la promulgation, avec la date prescrite par son prédécesseur, d’heureuse mémoire, Pie X. De plus, en raison des articles écrits et publiés, ces jours derniers surtout, par le journal du même nom, L’Action française, et, nommément par Charles Maurras et par Léon Daudet, articles que tout homme sensé est obligé de reconnaître écrits contre le Siège apostolique et le Pontife romain lui-même, Sa Sainteté a confirmé la condamnation portée par son prédécesseur et l’a étendue au susdit quotidien, L’Action française tel qu’il est publié aujourd’hui, de telle sorte que ce journal doit être tenu comme prohibé et condamné, et doit être inscrit à l’Index des livres prohibés, sans préjudice, à l’avenir, d’enquêtes et de condamnations pour les ouvrages de l’un et de 253

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l’autre écrivains. Donné à Rome, au palais du Saint-

Office, le 29 décembre 1926. Par ordre du Saint-Père, Canali, assesseur

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Mgr Germain, Évêque de Toulouse, Une page de doctrine catholique, La Croix, 10 février 1927
Mgr Germain, archevêque de Toulouse a publié à la mi-janvier, une importante lettre-circulaire dont il nous parait être de notre devoir de reproduire ici de larges extraits, parce qu'elle répond à ce besoin de précision doctrinale, au sujet de la condamnation de L’Action Française, qui nous est souvent exprimé. Le vénérable prélat rappelle d'abord que S. S. Pie XI a demandé à l'épiscopat français de ne pas seulement rapporter sa pensée et sa paternelle volonté, mais d'en donner aussi « l'explication et l'interprétation ». « Au milieu des inquiétudes, dit-il, qui agitent et troublent certaines consciences, ces explications se proposent d'apporter la paix, en apportant, par l'exposé des doctrines condamnées, le bienfait de la lumière; au-dessus des polémiques qui, parfois avec un excès d'audace, ont cherché non seulement à obscurcir les notions de la vérité, mais encore à énerver parmi nous le sentiment de la discipline et du respect, elles diront leur devoir, pénible mais salutaire, aux âmes loyales qui veulent avant tout être fidèles à Jésus-Christ, à l'Église et à son chef suprême. » Puis le prélat expose les doctrines condamnées : « Qu'on e sache bien, rappelle-t-il, il n'y a point de vérité complète, religieuse, morale, sociale, en dehors de Jésus- Christ. Unus magisler vester Christus.- Mais Rome est le Siège vivant et permanent de la lumière, de la grâce et de l'autorité du Christ, et, bien' avant les immortelles définitions du Concile du Vatican sur la primauté souveraine de Pierre, de Maistre pouvait, avec raison, prononcer ces belles paroles qui doivent, aujourd'hui plus que jamais, trouver un écho dans toute conscience catholique « Ô sainte Église de Rome, tant que la parole me sera conservée, je l'emploierai pour te célébrer. Je te salue, mère immortelle de la Science et de là Sainteté. ». Entrant alors dans le détail, Mgr Germain rappelle quels documents pontificaux ont frappé l'Action Française et il poursuit ainsi : « Ces divers documents pontificaux ont montré dans l’enseignement que donnent certains dirigeants de l’Action Française un corps de doctrine incompatible avec l’enseignement de l'Église, un nouveau système religieux, moral, social, contraire à la foi et à la morale chrétiennes. L'erreur fondamentale est ainsi formulée dans la Lettre pontificale du 5 septembre En substance, il y a dans ces manifestations des traces d'une renaissance du paganisme à laquelle se rattache le naturalisme que ces auteurs ont 255

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puisé (inconsciemment, croyonsnous), comme tant de leurs contemporains, dans l'enseignement public de cette école moderne et laïque, empoisonneuse de la jeunesse, qu'eux-mêmes combattent souvent si ardemment. Le naturalisme est la forme et le nom moderne du vieux paganisme. Il a la prétention dogmatique et pratique de tout réduire à la raison et à la nature. Dans ce système, qui prétend faire des facultés de l'homme la mesure des choses, la nature devient une sorte d'enceinte fortifiée et de camp retranché où la créature s'enferma comme dans son domaine propre et tout à fait inaliénable. On se suffit, et possédant en soi son principe, sa fin, sa loi, on est son maître et on devient à peu près son Dieu. Et non seulement on détruit, comme disait Pie IX dans son allocution consistoriale du 9 juin 1860 « la cohésion nécessaire qui, par la volonté de Dieu, unit l'ordre naturel et l'ordre surnaturel », mais on nie tout ordre surnaturel et on veut ignorer absolument son existence. Cette doctrine impie et absurde veut que la société civile s'établisse et progresse comme si l'ordre surnaturel n'existait pas. Il n'est que trop facile de trouver à la direction doctrinale de l'Action Française des traces de ce naturalisme. Le chef incontesté de cette école ne dissimule point son incroyance, une incroyance qui tient à un système 256

philosophique. Il considère Dieu comme inconnaissable Vis-à-vis de la personne adorable du Christ, il eut jadis de cruels blasphèmes ; il méconnaît toujours absolument sa divinité, son Incarnation, sa Rédemption, et il rejette sinon la possibilité, du moins la réalité 'du commerce de l'homme avec son Dieu. Quant à l'Église, il nie son origine divine ; il tente de la montrer en opposition avec l'Évangile ; s'il voit en elle un principe d'ordre, une armature sociale, bien équilibrée, il lui accorde une valeur d'utilité positive plutôt qu'une valeur de vérité éternelle ; s'il reconnaît la « haute somme des bienfaits millénaires de l'ordre et des progrès romains », pour lui, l'œuvre divine du Christ n'est plus qu'une institution de sagesse humaine. Et la négation de ces vérités, qui sont le fondement de notre foi, entraîne en morale les plus radicales conséquences. Sans un Dieu rémunérateur, sans le Christ Rédempteur, sans l'Église dépositaire de vérité révélée et dispensatrice de grâce divine, que peut devenir la morale dans son triple domaine, individuel, politique, social ? Elle fera de la raison son unique règle, des lois naturelles les lois de la politique, des lois physiques les lois du progrès social. La Cité dont on dressera le plan ne sera point celle dont Jésus-Christ est le souverain ; on s'acheminera logiquement non vers un ordre

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follereau-entre-ombre-et-lumiere.over-blog.com social chrétien, mais vers la civilisation ou la décadence païenne. Quand les nations rejettent le joug légitime et glorieux de celui à qui le Père céleste a donné toutes les nations en apanage, elles deviennent la proie de toutes les ambitions, de toutes les cupidités, de tous les caprices de leurs maîtres d’un jour, et passant sans cesse de la rébellion à la servitude, de la licence à la tyrannie, elles ne tardent pas à perdre avec l’honneur chrétien et la liberté chrétienne tout honneur et toute liberté. Ces idées naturalistes ne sont point présentées par la direction doctrinale de l'Action Française d'une manière systématique, et ce fait ainsi d'ailleurs que le prestige du talent et l'éclat de mérités partielles peut expliquer que certains catholiques, partisans de cette école, n'en aient point d'abord aperçu le danger. Il appartenait à celui qui est le Docteur de l'Église universelle, de signaler ces erreurs, à celui qui doit confirmer ses frères dans la foi, de nous mettre en garde contre les doctrines qui, en étant la négation du surnaturel, sont la négation du christianisme. Le christianisme, dans son essence, est tout surnaturel, ou plutôt, c'est le surnaturel même en substance et en acte. Dieu surnaturellement révélé et connu, Dieu surnaturellement aimé et c'est tout le dogme et toute la morale du christianisme. » Après ce résumé doctrinal très précis, Mgr l'archevêque de Toulouse ajoute «!Pour résumer en quelques points les directions pontificales, nous devons dire qu'il n'est pas permis aux catholiques : 1° d'adhérer à une école qui professe la maxime « Politique d'abord », et fait servir la religion aux intérêts d'un parti politique. 2" On doit se soustraire et soustraire les autres, les jeunes gens surtout, à toute influence dangereuse pour la foi et la morale et nuisible à la formation des âmes. 3° Il n'est pas permis à un catholique de soutenir, de propager, de lire L’Action Française telle qu'elle est aujourd'hui dirigée et rédigée. 4° Les catholiques restent libres de préférer tout idéal politique, toute forme légitime de gouvernement. 5° Pour la défense de l'Église et des libertés religieuses, ils doivent s'unir en dehors de toute considération politique.

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Déclaration des cardinaux, archevêques et évêques de France sur la condamnation de Charles Maurras et de L’Action Française, publiée dans le journal La Croix du 9 mars 1927
UNE DÉCLARATION DES CARDINAUX,
ARCHEVÊQUESET ÉVÊQUES DE

FRANCE AU SUJET DES RÉCENTES
DÉCISIONS DU

SAINT-SIÈGE

Une crise douloureuse s’est ouverte chez les catholiques de France à l’occasion de l’Action française. Après des avertissements paternels et solennels, qui étaient un appel à une réforme salutaire, le Saint Père, gardien de la doctrine et de la morale catholiques, a porté une condamnation explicite : certains livres de M. Charles Maurras, déjà réprouvés par Pie X, et le journal L’Action française, ont été mis à l’Index. Défense formelle est donc faite, et sous peine de faute grave, de les éditer, de les lire, de les conserver, de les vendre, de les traduire, de les communiquer (Can. 1398) [Comme nous l’avons vu ci-

Mais la passion politique s’est ingéniée, dès les premiers jours de l’intervention du Saint-Père, à dénaturer les faits et les intentions ; l’autorité du Pape en cette matière a été discutée et pratiquement reniée. Un retentissant article, intitulé : « Non possumus, nous ne pouvons pas obéir », fut jeté aux quatre coins de la France comme un cri de révolte ; et, depuis lors, l’opinion publique, trompée chaque jour par des exposés fantaisistes, s’inquiète et s’égare, au grand détriment des consciences et de l’esprit chrétien. Aussi, nous, évêques de France, croyons-nous de notre devoir de pasteurs et de Français d’intervenir aujourd’hui par une déclaration collective et solennelle, pour faire écho à la voix du Souverain Pontife, défendre sa pensée contre des interprétations calomnieuses, rétablir la vérité outragée et témoigner enfin, par une solennelle attestation, que l’épiscopat français reste fidèle à sa mission patriotique, même et surtout quand il lutte avec le Pape pour la sauvegarde des principes qui sont à la base de la civilisation chrétienne. C’est avec un sentiment de profonde tristesse que nous voyons aujourd’hui, en France, des catholi-

dessus576, Raoul Follereau violera cette interdiction].

Chacun des évêques de France a publié ces actes du magistère pontifical ; en même temps, il traçait aux fidèles de son diocèse la seule ligne de conduite à suivre en la circonstance : soumission et obéissance.

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Cf. supra la section Le Maurrassien

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follereau-entre-ombre-et-lumiere.over-blog.com ques qui se disent sincères blâmer et rejeter les actes les plus légitimes du Souverain Pontife. L’intérêt politique - comme l’intérêt tout court - aveugle souvent les esprits les plus lucides ; mais la saine théologie dissipe facilement, d’un clair rayon, les nuages amoncelés pour voiler la vérité. L’école d’Action française a été condamnée, le journal L’Action française est mis à l’Index ; pourquoi ? Parce que cette école reconnaît pour principaux maîtres et chefs des hommes qui, par leurs écrits, se sont mis en contradiction avec la foi et la morale catholiques ; parce que cette école a pour base des erreurs fondamentales desquelles résulte ce que le Saint Père appelle un « système religieux, moral et social » inconciliable avec le dogme et la morale. Le journal a été mis à l’Index parce qu’il est comme le porte-voix de l’école susdite et encore à cause de ses articles irrespectueux, de ses calomnies et de ses injures contre le Saint-Siège, contre le Vatican et contre le Pape lui-même. Qui ne voit que des maîtres professant de telles doctrines n’ont aucun titre à diriger les catholiques ? Ils ne sauraient leur apprendre à penser comme il convient sur Dieu, sur Jésus-Christ, sur l’Église et le Pape, sur le sens de la vie, sur la morale, ses fondements, ses règles, ses sanctions, sur l’organisation de la famille, de la société, de l’État, sur les rapports de l’État et de l’Église. Nous sommes bien persuadés que beaucoup d’adhérents de l’Action française, en donnant leur nom à ce groupement, n’ont point entendu pour cela embrasser les doctrines philosophiques, religieuses, morales ou sociales de ses dirigeants. On ne peut néanmoins contester que le contact fréquent de tels maîtres et la lecture habituelle de leurs écrits ne soient un danger, surtout pour les jeunes. L’attitude de certains adhérents catholiques et les arguments mis par eux en avant pour la justifier prouvent assez clairement qu’ils se sont eux-mêmes laissé pénétrer par les faux principes qui inspirent la politique de cette école, ses méthodes et ses procédés. Et comment pourrait-il en être autrement ? Le journal L’Action française les propage constamment, plus ou moins dilués dans les considérations ou les invectives de ses dirigeants. Ceux-ci professent un « nationalisme intégral » qui n’est, au fond, qu’une conception païenne de la cité et de l’État, où l’Église n’a de place que comme soutien de l’ordre, et non comme organisme divin et indépendant, chargé de diriger les âmes vers leur fin surnaturelle.

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Ils laissent aussi dans l’ombre tout un côté de la morale catholique qui en est l’aspect le plus bienfaisant : douceur, charité, modération, bienveillance, apostolat des humbles : autant de vertus dont ils ne parlent guère. Les jeunes gens instruits à leur école rêvent d’une autre méthode d’action, et la maxime « Politique d’abord », qui demeure, en dépit de toutes les explications données, inacceptable pour les catholiques, tourne vers d’autres buts leur activité. Et cette activité même, qui devrait être sagement dirigée, les maîtres de l’Action française l’exercent à réaliser « par tous les moyens » une oeuvre politique. Par tous les moyens ! Formule que la morale réprouve, ainsi exprimée sans aucune restriction, et que la conscience chrétienne ne saurait admettre. Que dire aussi des polémiques violentes dont l’Action française s’est fait une spécialité ? Souvent contraires à l’esprit évangélique, elles ne font pas la lumière dans les esprits, mais excitent trop facilement les pires passions — la haine et le mépris. Enfin, il s’est révélé chez les disciples de cette école une absence complète de toute juste idée sur l’autorité du Pape et sa compétence ; un manque absolu de tout esprit de soumission et de respect ; une attitude prononcée d’opposition et 260

de révolte : « Ce sont ces choses, dit le Saint-Père, qui ont mis le comble à la mesure, et Nous ont amené à proscrire le journal L’Action française, comme Pie X avait proscrit la revue bimensuelle du même nom. ». Voilà quelques-uns des plus graves reproches adressés à bon droit à l’Action française. Ils ne sont pas d’ordre politique, mais d’ordre doctrinal et moral. Les partisans de l’Action française observent qu’il y a bien d’autres journaux qui sont dirigés et rédigés par des incroyants, dont les doctrines sont répréhensibles au point de vue de l’enseignement catholique, et qui cependant ne sont pas l’objet d’une prohibition nominale. Nous n’en disconvenons pas ; mais ces journaux n’ont pas organisé de groupement politique, ils n’enrôlent pas leurs lecteurs dans des Ligues, ils ne les réunissent pas autour des chaires d’un Institut d’enseignement, ils ne prétendent pas faire l’éducation politique et sociale de la jeunesse. Or, c’est ce que fait l’Action française, c’est ce qui la rend particulièrement dangereuse, et c’est une des raisons qui ont motivé les mesures spéciales dont elle est l’objet. L’Action française est monarchiste ; c’est son droit. Le Pape ne songe nullement à en entraver l’exercice. Mais il ne veut pas que, sous prétexte de restaurer la royauté en France, on inculque aux catholiques

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follereau-entre-ombre-et-lumiere.over-blog.com français des doctrines erronées et des principes d’action réprouvés par la morale chrétienne. Non, le Pape ne condamne pas des opinions politiques légitimes, mais des idées fausses et des procédés répréhensibles, et il les condamne là où ils sont : dans des écrits qualifiés pessima, « très mauvais », du temps de Pie X; dans un journal qui en est imprégné comme d’un poison subtil, dont on a peine à se défendre ; dans une école qui, malgré les sentiments personnels de quelques-uns de ses membres, s’en inspire et les répand. Il était grand temps que Pie XI intervînt pour assainir une atmosphère païenne qui contaminait insensiblement les âmes et corrompait jusqu’aux traditions les plus sacrées de la vieille monarchie française. L’intervention pontificale en cette matière est parfaitement légitime ; il est évident que le pouvoir du Pape ne cesse pas de s’étendre à tout ce qui regarde la foi et la morale, alors même que l’on y mêle des questions politiques. Le Pape est ici sur son terrain ; il agit comme pasteur d’âmes, il a le droit de parler, de commander, et les fidèles lui doivent entière soumission. Nulle autre attitude n’est acceptable de la part des catholiques. Ceux qui prétendent que le Pape est sorti de Son rôle font preuve d’ignorance ou ajoutent foi, par intérêt politique, à de complaisantes consultations de théologiens anonymes. Ne craignons pas de l’affirmer : protester contre la condamnation portée par le Pape ou refuser de s’y soumettre, c’est s’insurger ouvertement contre l’exercice légitime de la Souveraine autorité du Pontife romain. D’autres s’en vont répétant que le Pape a été trompé ; que des adversaires passionnés de l’Action française ont ourdi contre elle, au Vatican, depuis longtemps déjà, un complot désormais percé à jour ; que Pie XI s’est laissé circonvenir par des intrigues hostiles à la France ; que son acte est, au premier chef, un acte politique tendant à dissocier les forces catholiques françaises. Nous rougissons d’avoir à dénoncer ici des accusations aussi invraisemblables qu’injurieuses, répétées chaque jour par des hommes qui protestent néanmoins de leur respect pour l’autorité spirituelle du Pape et acceptées, hélas ! par une opinion publique trop docile — ou trop intéressée. Traiter ainsi le Pape et ses représentants légitimes ; laisser planer de tels soupçons sur les actes pontificaux ; échafauder sans preuves de tels romans, est-ce possible ? De la part d’incrédules, peut-être ; mais des hommes qui se déclarent catholiques, qui se vantent de professer et au besoin de défendre leur foi ; 261

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qui prétendent même guider la jeunesse catholique française, devraient respecter davantage et la vérité et leur honneur. Les vrais fidèles ont du Saint-Siège une autre opinion ; le sentiment chrétien les garantit contre ces coupables fantaisies. Une autre considération nous oblige aussi à parler aujourd’hui. Nous taire serait servir une dangereuse erreur qui, lancée d’abord par l’Action française et colportée par les ennemis de l’Église, tendrait à laisser croire que tout ce qu’on fait contre l’Action française, on le fait contre la France. La conséquence s’ensuit logiquement : hostiles à la France ceux qui, du dehors, critiquent et condamnent l’Action française ; mauvais Français les catholiques qui, au dedans, désertent ses fanions et souscrivent aux condamnations portées contre elle … Pouvons-nous donc permettre que, par intérêt politique, un groupement quelconque accapare à son profit le patriotisme et le dénie aux évêques français et aux catholiques de France, fidèles à l’obéissance qui est due au Pape ? Non ; il n’y a pas de conflit entre la soumission à l’Église et le devoir patriotique. Dire, comme on a osé le faire, que, dans le cas présent, la soumission au Pape serait « un parricide » envers la France est une erreur et une injure ; c’est aussi une coupable manoeuvre. 262

Nous, évêques de France, conscients de nos obligations pastorales, groupés autour du Souverain Pontife, notre Père et notre Chef, filialement dévoués à la Sainte Église, sincèrement attachés — et jusque par les fibres les plus intimes de nos âmes — à la France, notre bien-aimée patrie, nous protestons de toutes nos forces contre une accusation qui tend à créer une opposition pratique entre l’obéissance au Pape et le vrai patriotisme. Nous le savons : un conflit douloureux existe, à l’heure actuelle, en beaucoup d’âmes françaises. Nous en sommes profondément émus. Bien coupables sont ceux qui, au lieu de « se connaître et de se vaincre », ont mis tout en oeuvre pour faire naître ce conflit et l’exaspérer. L’épreuve n’aura qu’un temps. Déjà, — et ce nous est une consolation dans l’angoisse et l’amertume de nos coeurs, — beaucoup de catholiques ont compris leur devoir : ils sont plus nombreux qu’on ne le laisse soupçonner. Daigne le SaintPère voir en leur docilité les prémices d’une soumission tant désirée par les vrais fils de France, qui sont en même temps les enfants dévoués de la Sainte Église ! Et ceux-là mêmes qui, jusqu’ici, ont résisté à des appels réitérés, eux aussi, espérons-le — ceux du moins, qui se prétendent bons catholiques, — finiront par entendre, avec le cri

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follereau-entre-ombre-et-lumiere.over-blog.com maternel de l’Église, la voix de leur conscience. Ils comprendront que leur double attitude envers le Pape est théoriquement et pratiquement intenable ; qu’elle manque à tout le moins de logique ; qu’elle fait le jeu des adversaires de la France, et que leur propre intérêt, comme leur honneur, est de concilier leur foi religieuse et leur foi politique. Rien ne s’y oppose dans les documents pontificaux, rien dans la doctrine de l’Église, rien dans les circonstances présentes. Qu’ils en soient bien persuadés, le Pape n’a en vue que le bien des âmes ; son intervention actuelle n’a pas d’autre but. Élevé au-dessus des contingences politiques, il dégage sa pensée et son action de toute considération purement humaine, pour s’inspirer uniquement du devoir sacré qui lui incombe : garder fidèlement le dépôt des vérités chrétiennes et arracher les âmes au danger de funestes erreurs. Nous avons publiquement notre conscience. libéré qu’elles ont créées parmi les fidèles, nous devions, par un acte collectif, affirmer, dans l’intérêt des âmes et du pays, l’accord intime de nos sentiments, de nos protestations, de nos vœux et notre filiale obéissance au Souverain Pontife. Cet intime accord est fait de notre foi et de notre patriotisme, de notre respect pour la vérité et pour la charité ; de notre commune volonté de travailler, aujourd’hui comme hier — comme toujours — à la gloire de l’Église et au salut de la France. Pour nous, cette double intention n’en est qu’une, car l’histoire nous prouve qu’on ne saurait dissocier, sans nuire à l’une ou à l’autre, l’Église romaine et la patrie française.

[Suivent les signatures des cardinaux, d’archevêques et d’évêques de France au nombre de 116]

Évêques catholiques et citoyens français, souffrant des résistances opposées au Pape et des divisions

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Une lettre de Mgr l’Évêque de Nice à son clergé, La Croix 23 septembre 1927
Messieurs et chers coopérateurs, Depuis un an, une pénible affaire trouble et divise certains milieux catholiques et affaiblit d’autant la résistance au progrès de l’incrédulité et du dévergondage des mœurs. Certes, les difficultés qui en résultent n’arrêtent pas l’élan d’apostolat religieux et social qui est notre meilleure espérance, mais l’Église regrette que tous ses enfants ne consentent pas à collaborer activement à cette tâche essentielle et que quelques uns, entraînés hors de son obédience par un incompréhensible aveuglement se donnent à une tâche dont elle condamne et les principes et l’allure, et les résultats. Aussi, un an après la condamnation de l’AF, croyons nous utile de vous inviter à jeter un regard sur les mois écoulés et à considérer l’œuvre de déviation accomplie sous son influence. Cette revue aura pour effet, tout d’abord, de permettre de juger l’arbre à ses fruits et de fortifier nos sentiments de reconnaissance envers le Pape glorieusement régnant qui a libéré l’action catholique d’une emprise tyrannique et décevante, ensuite d’opérer en vous un renouveau de lumière et de zèle pour ramener avec fermeté et charité au vrai Pasteur les âmes de bonne foi qui restent encore insensibles à ses avertissements, à ses 264 appels et à ses ordres. Le désir de travailler à la réorganisation de la société et à la revendication des droits de l’Eglise avait attiré à l’École qu’est l’AF des hommes qui, par leur dévouement, paraissaient avoir leur place marquée dans l’élite des défenseurs de la double cause religieuse et sociale mise en péril par la persécution et les errements contemporains. Fascinés et suggestionnés par leur verbe, ils n’avaient pas voulu s’apercevoir que les chefs autour desquels ils se groupaient, remarquables, disait-on par le talent, certainement par l’audace, étaient dans l’ordre de la foi et de la morale chrétiennes insuffisamment qualifiés et même contre indiqués pour le conduire et que les fins, les principes, les méthodes proposés par de tels maîtres, le contact prolongé avec eux et une coopération de tous les jours à une action commune risquaient de produire chez les disciples une déviation de mentalité inattendue. À une heure qui parut ne plus pouvoir être reculée, Son Éminence le Cardinal archevêque de Bordeaux le leur dit et le Souverain Pontife le leur confirma, avec sa haute autorité et sa paternelle bonté : l’avertissement et la condamnation qui suivit qui le suivit furent taxés

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follereau-entre-ombre-et-lumiere.over-blog.com d’illégitime, d’intolérable intrusion dans un domaine extra-pontifical et l’insoumission regardée comme l’affirmation nécessaire de l’indépendance française en matière de politique nationale et internationale. Et cependant, S.S. Pie XI affirma et ne cessa d’affirmer que son intervention n’avait été imposée à sa conscience que par le sentiment de ses responsabilités et des motifs d’ordre religieux. À nous, son auguste parole suffit mais elle ne suffit pas aux néo-catholiques qui ne croient pas devoir placer le respect de la hiérarchie dans leur programme de vie publique. Aussi nous paraît-il utile de reprendre et de résumer ces motifs. Que nul ne se méprenne sur notre intention, nous ne voulons pas aviver la blessure saignante au cœur de beaucoup, nous voulons simplement rappeler que l’apaisement ne peut pas venir d’un silence équivalent à un désaveu, que le souverain Pontife doit être obéi, et surtout mettre à votre disposition les réponses qui vous permettront de dissiper les erreurs et les suspicions en cours. une école dont le créateur, docteur et chef, M. Charles Maurras, prétend reconstituer la cité – c’est à dire l’organisme qui établit et conserve l’ordre social – sur des données contraires aux principes de l’ordre chrétien : de ces données, il n’a jamais fait un exposé systématique ; elles se trouvent dispersées au travers de ses différents ouvrages, exprimées non pas en thèses définies, mais en un langage imagé et poétique qu’éclairent parfois des phrases fulgurantes ; logiquement reliées les unes aux autres, elles forment un véritable « système religieux, moral et social » nettement anti-chrétien. Parce que sous l’équivoque d’« École politique » dans laquelle les adhérents peuvent ne voir qu’un parti destiné au rétablissement de la monarchie, le chef vise, en réalité, à former à son esprit et à ses méthodes des disciples groupés en Ligues et par eux à diffuser, à défendre et à réaliser une conception politique beaucoup plus large, dont la trame et les détails découlent de sa conception naturaliste – matérialiste – de l’homme, de la société, de la religion, de la cité. Parce que les données antichrétiennes, bases de ses plans de reconstruction, il les a présentées à un public d’élite sous la forme voilée et attirante de mythes poétiques, en des livres que l’on disait « réservés », que cependant, l’École et son journal recommandait et qui ont 265

Et quels donc sont les motifs qui ont inspiré et dicté cette condamnation ?
Le Saint-Père est intervenu au nom de son autorité pontificale. Parce que l’Action Française est

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ont connu après la guerre un vrai succès d’édition. L’auteur, il est vrai, a supprimé par prudence, dans ses rééditions successives, certains passages particulièrement blessants pour des chrétiens, mais il ne les a jamais rétractés, en a souligné la valeur par des indications suggestives, et les a rétablis dans une édition destinée aux bibliophiles. Parce que le docteur de l’École, pour passionner les esprits et fortifier l’action des partisans, reprend ces mêmes données dans un journal de vulgarisation, les insinue, dans des articles quotidiens, à l’occasion de réflexions critiques et philosophiques sur les événements de la politique et les distille dans des milieux de jeunes gens et de jeunes filles, qui, attirés par les conclusions de politique monarchistes ou patriotique, sont désarmés pour repousser l’esprit philosophique qui baigne ces conclusions. Parce que cette méthode de propagande est celle-là même qui, maniée par les encyclopédistes, a fait au XVIIIème siècle tant de ravage dans l’élite catholique de la France, et sous couleur de réforme de la Société et de l’État, a répandu l’incrédulité et le mépris pour la Révélation chrétienne et l’Évangile dans les classes sociales, qui continuaient à professer de bouche, le respect de la religion traditionnelle pendant qu’elles la repoussaient 266

d’esprit et de cœur. Parce que le recrutement des disciples, des partisans, des lecteurs et des sympathisants se fait pour une large part dans les milieux catholiques et même ecclésiastiques, auxquels le Pape a le droit et le devoir de dire à quelles fins les mène leur chef incroyant et athée, après les avoir imprégnés de sa mentalité et suggestionnés par ses sophismes. Parce qu’en accréditant l’affirmation sans cesse répétée que, seul, il est capable d’assurer la vie, l’action, la prospérité de l’Église de France, le parti formé autour de l’École en arrive à identifier à sa cause la cause même de l’Église, à rendre les destinées de l’Église de France solidaires de ses propres destinées, à faire regarder comme catholiques incomplets les catholiques attachés à d’autres partis et, en discréditant, au point de vue religieux, d’autres groupes très légitimement constitués, à dénaturer et à infirmer pratiquement l’enseignement traditionnel sur l’indifférence de l’Église à l’égard des formes de gouvernement. Parce que dans le plan de la cité maurassienne, l’Église, si elle peut encore donner des règles à la vie individuelle, se voit interdire toute autorité sur l’ordre social, que l’on prétend régi par des lois immuables, recueillies et précisées par une sorte de « physiques des mœurs ». Ainsi, l’Église rêvée par l’Action Françai-

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follereau-entre-ombre-et-lumiere.over-blog.com se serait une Église vidée de l’Évangile et, si ses désirs se réalisaient, Maurras aurait réussi la « déchristianisation du christianisme » (note : Mercure de France, 1 avril 1927. À la suite d’A. Comte et au travers de toute son œuvre, particulièrement dans des pages envenimées sur la prédication de l’Évangile et l’avènement du christianisme, la déchristianisation de l’Église apparaît bien comme une des préoccupations maîtresses de Maurras).
er

Parce que si les chefs de cette cité se proposent de faire appel à l’Église, dont ils vantent les bienfaits, c’est pour lui demander non seulement de servir les intérêts du parti, mais encore de ratifier et d’appuyer un nouveau « modernisme politique, doctrinaire et pratique » aboutissant à une renaissance des institutions païennes. Parce que, par les illusions qu’elle entretient et les erreurs qu’elle sème, la primauté donnée à l’action politique – même dans le seul ordre d’exécution – pour assurer la vie sociale et la défense de l’Église, détourne de la vraie conception de l’ordre et de l’apostolat chrétiens, en ce qu’elle subordonne la réforme des mœurs à la réforme politique. Parce que le nationalisme aigu, caractéristique de l’École, qui ne paraît viser qu’à exalter le patriotisme, en réalité, par ses prétentions au monopole de la clairvoyance, par

la critique acerbe de tout manifeste de paix, par son opposition systématique, non seulement à l’« imprudence française » mais à tout effort d’organisation pacifique des rapports internationaux, abouti au culte aveugle de la nation, à la négation d’une justice internationale, d’une morale des cités supérieures aux raisons d’État, prépare les esprits à donner, pour règles des rapports entre nations, l’égoïsme farouche, facteur de guerres, en lieu et place de la justice et de la charités chrétiennes, facteurs de paix. Parce que c’est en penseur que M. Maurras dirigeait l’École de l’A.F. et c’est autour d’un docteur, ayant un plan de réorganisation sociales, dessiné en fonction d’une pensée antichrétienne, que nos catholiques et spécialement notre jeunesse, en quête de directives monarchistes et patriotiques allaient apprendre à penser et à agir. C’est cette pensée, les manifestations et les réalisations de cette pensée que Pie XI a frappées justement.

Pourquoi la condamnation vientelle si tard ?
Certes, il ne nous appartient pas de le dire. Toutefois, nous ne voulons pas taire les faits et remarques qui suivent : d’une part, le Saint-Office la demande sous Pie X ; notre vénéré prédécesseur fit des instances pressantes après du Saint-Siège pour l’obtenir ; nous-mêmes, nous basant sur une sainte théologie, 267

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pendant près de vingt ans, n’avons cessé de mettre en garde contre les doctrines de l’A.F. la jeunesse, les séminaristes et les prêtres commis à nos soins. D’autre part, les condamnations le mieux justifiées relèvent pour leur publication d’un jugement d’opportunité. Or, l’A.F., voilant son travail de déchristianisation sous les éloges enthousiastes décernés à l’Église, la condamnation publique n’a paru opportune que lorsque les ravages de son esprit foncier apparurent indiscutables. En parlant, S.S. Pie XI a été juge de doctrine et d’opportunité. Aussi, pour se soustraire à la condamnation, qu’on ne parle pas d’intrusion du Souverain Pontife sur un terrain qui n’est pas le sien, qu’on ne parle même pas de « matières mixtes », comme si toute l’affaire de l’A.F. était située sur le terrain politique. Certes, même sur ce terrain, l’autorité pontificale jouit d’un privilège incontesté, celui de donner aux catholiques des conseils et parfois des ordres quant leur attitude les entraîne à des fautes graves, à des péchés ou à des imprudences compromettantes pour la religion, que le Pape se doit de signaler et de réprouver. Mais il faut reconnaître que, dans l’espèce, c’est sur son propre terrain que le Souverain Pontife est intervenu, celui de la doctrine, de la morale, des intérêts de l’Église, qui est bien le domaine où s’exerce de plein droit et directement la souveraineté 268

pontificale. Donc, les royalistes peuvent obéir sans scrupule, leur liberté de préférence et de juste propagande reste entière ; les hommes politiques n’ont pas à protester, leur domaine reste inviolé ; les patriotes peuvent continuer à réclamer fortement les mesures nécessaires à la défense du pays, le blâme ne les atteint pas ; les Français n’ont pas à craindre pour la dignité et le prestige de la France, Rome ne songe ni à les blesser ni à les amoindrir. Les partisans de l’Intelligence peuvent eux-mêmes se rassurer : chaque fois que Rome a pris le parti de la doctrine contre les systèmes qui prétendaient la mettre en harmonie avec les besoins du siècle, les victimes gémissantes ont parlé de divorce entre l’Église et l’Intelligence. Le néo-naturalisme, qui osa se parer des beautés de l’Église ira peu à peu dans l’oubli rejoindre ses prédécesseurs tandis que l’Église et son Intelligence continueront non seulement à voisiner sur la même route, mais, aux heures critiques, à se prêter un mutuel appui. Certes, en cette affaire, Pie XI n’a pas parlé ex cathedra, mais il a exercé son magistère ordinaire de Docteur universel ; lui obéir n’est donc pas simple question de discipline, mais c’est dans la lumière de la foi, dans l’hommage de l’intelligence, qu’il convient de répondre à ses enseignements.

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follereau-entre-ombre-et-lumiere.over-blog.com C’est ainsi, Messieurs, que vous avez répondu, et l’affirmation de vos sentiments fut une joie pour le Pontife et une fierté pour nous ; c’est ainsi que vous amènerez vos fidèles à répondre au vigilant Gardien de la foi. Beaucoup s’étaient flattés de pouvoir demander à l’École des formules de politique pure, sa clarté de décision et son audace d’action, en restant indemnes de ses erreurs. Les faits qui ont suivi la condamnation « en révélant les pensées latentes de bien des cœurs », ont abondamment démontré que, sous couvert des formules, des décisions et de l’action s’était glissé l’esprit philosophique du maître, et que cet esprit avait opéré chez les disciples, à leur insu, une déviation intérieure, un changement de mentalité, une véritable et navrante conversion. Et ces faits confirment nos sentiments sur la légitimé et l’opportunité du geste pontifical. adversaires du modernisme, loisyste et ils se font les tenants résolus du modernisme maurrassien. admirateurs et défenseurs des articles du Syllabus et ils refusent d’accepter le contrôle du Pape sur leurs doctrines et les actes qui s’en inspirent. dénonciateurs du libéralisme politique et social et ils accréditent un « libéralisme bien pire, le libéralisme religieux ». critiques sévères des compromis provisoires qui s’imposent parfois aux troupes catholiques et ils acceptent pour docteurs de la reconstitution intellectuelle et morale du pays des antichrétiens et des athées. Remparts de la famille et des traditions de délicate moralité et ils font un succès à l’auteur de pages licencieuses et de peintures hardies. Amoureux de logique et de raison et ils se laissent prendre à des sophismes qu'ils répètent à satiété comme des axiomes indiscutables. Passionnés jusqu'au sacrifice pour l'ordre et la discipline et ils vont semant dans l'Église des principes d'anarchie. Respectueux de la religion et ils colportent contre le Saint-Siège et l'épiscopat des insinuations 269

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En effet, qu’étaient et que sont maintenant les partisans qui n’ont pas consentie à abandonner l’A.F. ?
Ils se disaient et s’affirmaient : fidèle à l’intégrité de la doctrine catholique et ils osent s’élever contre les affirmations doctrinales du dépositaire de la foi. champions du respect envers l’Autorité spirituelle et ils refusent obstinément l’obéissance au centre même de la hiérarchie.

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injurieuses et des calomnies révoltantes. Soutiens du clergé et des oeuvres et ils n’y prennent plus d’intérêt quand leurs vues et leur parti n’en tirent plus avantage. Loyaux devant leur conscience et ils courent à la recherche de pseudo-théologiens pour apaiser leurs remords, colorer leur révolte et justifier, par une casuistique de complaisance, leur prétention à participer aux sacrements, que l'Église dénie aux rebelles. Adversaires déclarés de l'anticléricalisme maçonnique et ils suscitent un anticléricalisme nouveau, plus dangereux parce que contaminant les membres mêmes de l'Église.

maîtres habiles dans le maniement du sophisme et l’art de la suggestion. À cette grâce d’illumination, le cœur ne fermerait pas l'accès de l'intelligence, si elle consentait à considérer, sans préjugés ni passion, et les motifs multiples, graves, décisifs, d'ordre spirituel, qui ont ému Pie XI, et à quels errements de parole et d'action les poussent les erreurs de pensée et de sentiment reçues de l'École et vécues avec l'École. Vous convierez à cette méditation salutaire les opposants qui viendraient à vous, avides de vérité, et, vos convictions passant en eux. ils se retourneront vers Pierre, comme à une heure décisive Pierre se retourna vers Jésus, disant : à qui irions-nous ? Vous seul avez les paroles de vie éternelle. Pour conclure et sanctionner notre lettre nous entendons 1* Que vous vous inspiriez dans votre vie personnelle et l'exercice du saint ministère, soit en public, soit dans la direction des consciences, des documents pontificaux déjà publiés et dont les prescriptions restent en vigueur ; 2" Que soient regardés comme condamnés les livres, le journal, les Ligues, déjà condamnés et. en plus, le livre nouvellement paru l'Action Française et le Vatican ; 3° Que pendant tout le mois d'octo-

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Oui, ces catholiques, qui brûlaient de se distinguer au premier rang de l'élite et qui souvent le méritaient quelques-uns du moins par un dévouement sincère à l'Église, l'A. F. en intoxiquant leur intelligence et en faisant en eux des semailles de schisme, les a peu à peu décatholicisés. Une douleur poignante étreint notre coeur d'évêque en faisant cette douloureuse constatation et avec instance nous demandons à Dieu l'effusion d'une abondante lumière qui montre aux âmes de bonne foi à quelles extrémités les mènent des 270

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follereau-entre-ombre-et-lumiere.over-blog.com bre, mois de la prière pour l'Église, vous ajoutiez aux oraisons ordinaires de la messe l'oraison Pro Ecclésia, conformément aux rubriques. Veuillez, Messieurs et chers coopérateurs, croire à ma paternelle affection en Notre-Seigneur. + Louis-Marie Évêque de Nice En la fête de l'Exaltation de la Sainte-Croix.

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Déclaration présentée à Pie XII présentée par le Conseil de Direction du journal L’Action Française, 19 juin 1939, édito de Charles Maurras [Il est fréquent de lire que la condamnation de L’Action française de 1926 a été annulée par Pie XII par sa décision du 10 juillet 1939. Une analyse rigoureuse des textes s’oppose à cette interprétation des faits : la condamnation de 1926 n’a été levée que parce que les fautifs ont pleinement reconnu leurs fautes, fait leur soumission et se sont engagés à ne plus tomber dans leurs erreurs passées. Cela signifie bien que, sur le fond, la condamnation du nationalisme intégral reste toujours en vigueur. D’ailleurs, les numéros antérieurs de L’Action française ainsi que les œuvres littéraires licencieuses de Maurras restent prohibés. Ainsi, nous partageons ce que Jacques Prévotat écrit : « Le Décret, daté du 29 décembre 1926, qui ajoute au catalogue de l’Index le quotidien l’Action Française, il demeure valide jusqu’au 10 juillet 1939, jour de la promulgation et de l’entrée en vigueur du décret de Pie XII qui retire ce journal du catalogue de l’Index et en autorise la lecture, en raison de la soumission de ses dirigeants. Les numéros antérieurs à cette date demeurent, eux, inscrits. Annulation d’une condamnation ? Réhabilitation ? En réalité, le décret de la congrégation du Saint-Office du 10 juillet 1939 prend acte d’une rétractation et d’une soumission qui rendent sans objet le maintien de la condamnation du journal l’Action Française ainsi que les sanctions qui frappaient ses lecteurs. »
Les catholiques et l’Action Française. Histoire d’une condamnation 1899-1939, Jacques Prévotat, Fayard, 2001, page 522]

Très Saint Père, Nous soussignés, membres du Comité-directeur du journal L’Action Française unis dans les sentiments de la plus profonde vénération pour Votre Sainteté. Mettons à Ses Pieds, au début de Son Pontificat, marqué déjà des signes universellement reconnus de la Justice et de la Paix, la sincère et loyale déclaration de nos intentions et des assurances par lesquelles nous voulons renouveler 272

l’expression des sentiments que nous avons déjà soumis au très regretté et vénéré Pontife Pie XI, de sainte mémoire, dans notre lettre du 20 novembre 1938, pour obtenir le retrait de la mise à l’Index, prononcée par la Suprême Sacrée Congrégation du Saint-Office contre le journal L’Action Française. 1) Pour ce qui concerne le passé, nous exprimons la plus sincère tristesse de ce qui, dans les polémiques et controverses antérieures et

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follereau-entre-ombre-et-lumiere.over-blog.com postérieures au Décret de condamnation du Saint-Office, le 29 Décembre 1926, a paru et a été de notre part irrespectueux, injurieux et même injuste envers la Personne du Pape, envers le Saint-Siège et la Hiérarchie Ecclésiastique, et contraire au respect que tous doivent avoir pour toute Autorité dans l’Église. 2) Pour tout ce qui regarde en particulier la Doctrine, tous ceux d’entre nous qui sont Catholiques, en réprouvant tout ce qu’ils ont pu écrire d’erroné, rejettent complètement tout principe et toute théorie qui soient contraires aux enseignements de l’Église Catholique, enseignements pour lesquels nous professons unanimement le plus profond respect. 3) Nous déclarons et assurons en outre que nous voulons être très attentifs à rédiger le journal, de telle manière que, ni les collaborateurs, ni les lecteurs n’y trouvent rien qui, directement ou indirectement, trouble leur conscience et qui s’oppose à l’adhésion due aux enseignements et aux directives d’ordre religieux et moral de l’Église. Nous affirmons formellement notre volonté unanime de développer notre activité de journalistes, même dans le domaine social et politique, de façon à ne jamais manquer, pour ce qui est des Catholiques, à la soumission et, pour nous tous, au respect dû aux directives de l’Autorité Ecclésiastique dans les problèmes qui, en ce domaine social et politique, intéressent l’Église par leurs rapports avec sa fin surnaturelle. Depuis longtemps, Très Saint Père, les violences, attaques et toute autre attitude du journal qui ont motivé la condamnation de 1926, ont cessé et sont désavouées. C’est pourquoi nous osons demander au Père qui tient les Clefs de la Miséricorde et de la Justice, de daigner considérer, en terminant l’examen déjà commencé par Sa Sainteté Pie XI, si, selon Son jugement souverain, les justes motifs de prohibition ayant, ce nous semble, cessé d’exister, celle-ci ne pourrait légitimement tomber à son tour. Et nous mettons aux Pieds de Votre Sainteté, avec l’hommage de notre profonde vénération, celui de notre dévouement inaltérable, en sollicitant de tout cœur les Bénédictions du Père commun sur chacune de nos personnes et, par delà, sur toute notre France, fille aînée de l’Église, à laquelle nous avons dévoué notre vie. Paris, le 19 Juin 1939. Léon Daudet, Co-directeur de L’Action Française; Ch. Maurras, Co-directeur de L’Action Française. Maurice Pujo, Rédacteur en chef de L’Action Française. 273

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Paul Robain. Jacques Delebecque. F. de Lassus. Robert de Boisfleury, Administrateur délégué de L’Action Française.

Général de Partouneaux, Président du Conseil d’Administration. M. de Roux, avocat, leur défenseur et conseilleur. »

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A LA UNE
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Golias Hebdo n°203 - semaine du 22 au 28 septembre 2011

EDITORIAL
« Charity Business »
Dans l'opinion publique, la Fondation Raoul Follereau est encore souvent auréolée de considération et même de prestige. Le livre à venir de Romain Gallaud, Fondation Raoul Follereau, la contre-enquête, (aux éditions Golias), sur la base d'une enquête très fouillée et de données circonstanciées, lance un message de prudence et de vigilance. « Le monde des organismes caritatifs est devenu, parfois pour le meilleur, mais souvent pour le pire, un monde de « charity business » dans lequel la générosité publique est sollicitée selon des règles de marketing proches de celles usitées pour vendre des lessives ou des parfums. » Un tournant aussi inéluctable que décisif. Hélas ce sont les pauvres qui risquent d'en faire les frais. C'est pourquoi, il faut non seulement renforcer les contrôles et l'attention mais résister contre une dérive de fond. Romain Gallaud craint aussi une instrumentalisation de la mémoire de Raoul Follereau, dont la béati cation est envisagée et espérée comme un blanc-seing par certains pour faire avaler d'étranges pilules... En amont, il faut revoir l'évaluation historique de la gure même de Follereau.Il est en e et clairement établi aujourd'hui que Raoul Follereau n’a strictement rien fait pour les lépreux avant 1943. A cette époque, il s'est consacré à une cause bien moins héroïque. Il fut le dirigeant d’une ligue d’extrême droite qui visait à promouvoir des conceptions politiques directement inspirées par le « nationalisme intégral ». Dans une ligne proche de celle de l'Action Fraçaise condamnée par Pie XI, Raoul Follereau côtoyant des gens comme Xavier Vallat ou Louis Darquier de Pellepoix. Sans commentaires. Au-delà des ces impostures, la lecture des exercices budgétaires de la Fondation est à cet égard très instructive. Sur fond du caractère occulte de certaines activités. Une famille, les Recipon, d'idéologie d'extrême-droite, a créé une situation de très grave scandale moral. Pour di érentes raisons, ceux qui devraient s'insurger se taisent. Mais les faits crient ! Golias

Fondation Raoul Follereau :

la face cachée d'une œuvre...
La Fondation Raoul Follereau tient le week-end prochain son Congrès Annuel à Paray-le-Monial. A cette occasion, Monsieur Yvon Pinson, le président d'une association satellite de la Fondation intitulée Mouvement pour la glori cation de Raoul et Madeleine Follereau, indiquera aux congressistes les dernières informations relatives au dossier de béati cation de Raoul et Madeleine Follereau dont il a la charge. C'est dans ce contexte qu'un auteur qui désire pour l'instant garder l'anonymat, écrivant sous le pseudo de Romain Gallaud, multiplie les initiatives a n de dénoncer ce qu'il estime être une supercherie à la fois historique, politique et spirituelle. Le 5 septembre dernier, il écrivait une lettre ouverte aux évêques de France et publia - sur internet - une enquête intitulée Fondation Raoul Follereau, la contre-enquête, qui sortira prochainement aux éditions Golias sous sa forme dé nitive. Golias Hebdo s'est longuement entretenu avec Romain Gallaud qui se revendique ouvertement catholique et dèle à l'Eglise de Rome.
Golias Hebdo : Par votre lettre ouverte aux évêques de France, et par votre livre Fondation Raoul Follereau, la contre-enquête, quel message avez-vous voulu transmettre au grand public ? Romain Gallaud : Un message de prudence et de vigilance. Un certain nombre de catholiques sont attirés, de toute bonne foi, par les beaux discours dès lors qu’ils comportent les notions de générosité, de solidarité ou de partage. Soyons des catholiques attentifs aux choses telles qu’elles sont réellement et ne nous contentons pas de ce que certains essayent de nous faire croire ! Le monde des organismes caritatifs est devenu, parfois pour le meilleur, mais souvent pour le pire, un monde de charity business dans lequel la générosité publique est sollicitée selon des règles de marketing proches de celles usitées pour vendre des lessives ou des parfums. Le don serait devenu un acte de consommation courante ? Il su t de voir la composition du conseil de surveillance de la Fondation Raoul Follereau pour s’apercevoir qu’il ressemble à s’y méprendre à un conseil d’administration d’une société à but lucratif : sur les neuf membres qui ne sont pas nommés par l’État, au moins quatre sont banquiers, gestionnaires de fortune ou directeur d’entreprise. Ni l’Église, ni les lépreux, ni les salariés ne sont représentés. Les bénévoles, quant à eux, sont représentés via une association sous contrôle dont nous parlerons plus tard. Plus signi catif encore, le conseil de surveillance compte deux membres dits quali és dont les compétences personnelles sont censées être en rapport, en principe, avec l'activité poursuivie par la Fondation. À la Fondation Raoul Follereau, l’un des deux fut pendant longtemps un dirigeant d’une agence de communication et de publicité qui réside dans l’immeuble qui jouxte le siège de la Fondation, l’autre est dans la nance. Tout un symbole. Dans votre lettre ouverte, vous parlez d’un risque d’instrumentalisation de l’Église... Exactement. En 2009, la Fondation Raoul Follereau a créé une association intitulée Mouvement pour la glori cation de Raoul et Madeleine Follereau dont le but est de promouvoir « la vie, la pensée et l’œuvre » de Raoul Follereau, y compris en entreprenant les démarches en vue de leur béati cation et, le cas échéant, de leur canonisation. En tant que catholique romain, dèle au pape et à ses évêques, c’est la crédibilité de l’Église que j’estime être en danger. Quels sont les reproches que vous faites à Raoul Follereau ? Ma lettre ouverte est adressée aux princes de l’Église, donc elle n’aborde que l’aspect canonique du dossier Follereau. Mais, en réalité, ma contre-enquête dénonce trois séries

Golias Hebdo n°203 - semaine du 22 au 28 septembre 2011

A LA UNE
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d’impostures : une imposture historique, une imposture juridique et une imposture comptable. Dans ces trois catégories, je démontre que la direction de la Fondation Raoul Follereau se moque de la loi française, de ses donateurs et de ses bénévoles, et même, d’une certaine façon, de ceux de ses salariés qui sont de bonne foi. Concernant la partie historique de votre démonstration... L’imposture historique est le péché originel de la Fondation Raoul Follereau, puisque c’est Raoul Follereau lui-même qui l’a orchestrée. Je démontre dans mon livre que Raoul Follereau (1903-1977) fut, de son vivant, le faussaire de sa propre Histoire. Concrètement, vous ? que lui reprochez-

pour les lépreux avant 1943, ce qui ne l’empêche aucunement d’asséner autant qu’elle peut, surtout à destination des enfants, la légende dorée de l’homme qui consacra sa vie aux lépreux. Savons-nous ce qu’a fait Raoul Follereau entre 1925 et 1943 ? Bien sûr que si. Étienne Thévenin fut le premier historien à tirer une première photographie légèrement moins allégorique de l’histoire de Raoul Follereau. Mais il ne tira pas les conséquences de ses propres constatations et resta dans une démarche particulièrement hagiographique, voire courtisane. Ainsi, entre 1925 et 1937, Raoul Follereau fut le dirigeant d’une ligue d’extrême droite qui, sous l’objectif o ciel de lutter contre tous les paganismes et toutes les barbaries, visait à promouvoir des conceptions politiques directement inspirées par le nationalisme intégral, la doctrine contre-révolutionnaire, antisémite et xéno-

naissante du Petit Frère universel pour promouvoir une France nationale, colonialiste et conquérante. Louis Massignon, dira de Raoul Follereau en 1945 qu’il est un « marchand du temple » de la mémoire de Charles de Foucauld, tandis que le Père Voillaume, con rmera en 1988, la réputation fascisante de l’organisation de Raoul Follereau. Déjà un premier phénomène d’instrumentalisation d’une gure de l’Église ? Tout à fait. Chez Raoul Follereau, les vertus chrétiennes sont encensées mais elles sont, en réalité, pour qui s’y penche plus nement, dévoyées au service d’un projet politique. Et quel fut le comportement de Raoul Follereau pendant la Seconde Guerre mondiale ? Dans la continuité de ses idéaux nationaux, Raoul Follereau campa sur une ligne toute

À partir du milieu des années cinquante, devant la notoriété mondiale dont il va soudainement béné cier grâce à ses initiatives en faveur des lépreux, Raoul Follereau va raconter des centaines de fois, par oral, par écrit, à la télévision ou la radio, qu’il a embrassé la cause des lépreux dès 1925 et qu’il n’a jamais fait autre chose que de leur consacrer sa vie. Il va ainsi béné cier de surnoms tels l’Apôtre des Lépreux ou le Vagabond de la Charité. Depuis, de multiples relais d’opinion ont di usé plus ou moins explicitement cette supercherie soit par complaisance, soit par ignorance, soit par crainte de provoquer un scandale dont les lépreux auraient été, in ne, les victimes. Personne n’a contredit cette version des faits ? Deux organisations ont démenti ce mythe. Tout d’abord l’Ordre de Malte publie chaque année dans son dossier de presse consacré à la Journée Mondiale des lépreux un petit entre let, rédigé en termes fort diplomatiques, qui rappelle que la première rencontre de Raoul Follereau avec les lépreux s’est passée en 1938, sous l’égide de la branche française de l’Ordre. Et la deuxième organisation ? C’est là que cela devient cocasse, car c’est la Fondation Raoul Follereau elle-même qui se vit contrainte de contredire son fondateur et de reconnaître que cette date de 1925 est fantaisiste. Dorénavant, elle s’est repliée sur 1936 sur la base d’une vague convergence d’indices, tout en admettant implicitement que Raoul Follereau n’a strictement rien fait

(...) la haine de l’étranger anglo-saxon et du bolchevisme russe amène Raoul Follereau à considérer que le salut de la France ne peut se trouver que dans une France nouvelle, débarrassée de ses éléments qui la dénaturent de l’intérieur.

phobe enseignée par Charles Maurras et par son école, l’Action française. Dans cette lutte contre les « loges, le ghetto et le bolchevisme », Raoul Follereau côtoie et fréquente la ne eur de l’extrême droite française et européenne : Xavier Vallat, Henry Coston, Philippe Henriot, Louis Darquier de Pellepoix, l’Internationale fasciste, etc. Sans compter ses harrangues teintées d’antisémitisme. À partir de 1937, il fonde les Fondations Charles de Foucauld et exploite abondamment l’image et la notoriété

maurassienne : la haine de l’étranger anglosaxon et du bolchevisme russe amène Raoul Follereau à considérer que le salut de la France ne peut se trouver que dans une France nouvelle, débarrassée de ses éléments qui la dénaturent de l’intérieur : il appelle donc à l'unité des catholiques autour du Maréchal Pétain. Étienne Thévenin écrit pudiquement que Raoul Follereau se t le promoteur des « principes moraux de la Révolution Nationale » (sic).
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Golias Hebdo n°203 - semaine du 22 au 28 septembre 2011

Quel regard Raoul Follereau porta-t-il, après 1945, sur ses activités entre 1925 et 1945 ? Étienne Thévenin nous indique que Raoul Follereau garda intactes, toute sa vie, ses convictions politiques mais qu’il prit soin de ne plus en faire état publiquement. D’ailleurs, il continue à fréquenter les milieux pétainistes tel le Général Weygand ou l’Association Universelle des Amis de Jeanne d’Arc en 1956. Mais c’est sur la tombe de Raoul Follereau que nous trouvons la meilleure preuve de sa délité persistante à ses idéaux fascisants. Que croyez-vous qu’il y t graver ? Un extrait d’un évangile ? Une citation d’un docteur de l’Église voire même de Charles de Foucauld ? Non. C’est une citation de Charles Maurras, le père excommunié par Rome du nationalisme intégral que Raoul Follereau t graver sur sa tombe. Un clin d’œil politique ? Bien sûr. Une façon de dire « je n’ai plus rien dit, mais je n’en pensais pas moins ». Il su t de lire dans son intégralité le poème dont les vers sont extraits, pour se convaincre

que Raoul Follereau délivre ici son testament politique, ce qui n’est pas d’ailleurs, sans poser problème pour son éventuelle canonisation. Le Vatican avait pourtant condamné, en 1926, la doctrine professée par l’Action française de Charles Maurras ? Certes, mais Raoul Follereau t partie des insoumis et refusa d’obéir au pape Pie XI. Si l’Église veut e ectivement béati er Raoul Follereau, il faudra qu’elle se prête à un sacré numéro d’équilibriste pour ne pas piétiner Pie XI. C’est aussi cela, le piège qui est aujourd’hui tendu à l’Église de France. De façon indirecte, le Mouvement pour la glorication de Raoul et Madeleine Follereau réveille les fantômes de Charles Maurras et de sa condamnation de 1926. D’ailleurs, André Récipon ne fait pas mystère de ses convictions catholiques réactionnaires : « A rmer notre foi, c’est faire à l’envers le demi-tour que nous a contraint d’accomplir la révolution de 1789. » Dans votre livre, vous exposez les convictions politiques et religieuses d’André Récipon ? Oui et il faut bien reconnaître que les points de convergence avec Raoul Follereau sont agrants. Nous déplorons qu’André Récipon, actuel président d’honneur de la Fondation Raoul Follereau, puisse tenir des propos antisémites, xénophobes, pétainistes et même lavalistes sans être inquiété par quiconque. Son ls, Michel Récipon, actuel président du Directoire de la Fondation Raoul Follereau, a toujours refusé de condamner les propos extrémistes de son père. Ce n’est pas pour rien que la plupart des autres associations Raoul-Follereau ont rompu, dès le début des années 1990, tout contact avec la Fondation Raoul Follereau : « Une famille présidant à l’association française Raoul-Follereau [la famille Récipon], accaparant un pouvoir absolu, a détourné l’esprit de la pensée du fondateur pour se tourner vers des idéologies de la droite ultra

et vers une branche intégriste et fondamentaliste de l’Église. » Qui est André Récipon ? Votre question me permet de passer à la deuxième imposture : l’imposture juridique organisée par André Récipon, l’héritier choisi par Raoul Follereau pour poursuivre son œuvre. Je démontre, dans mon livre comment André Récipon a organisé la Fondation Raoul Follereau comme un ef familial, propriété exclusive et héréditaire de la famille Récipon. D’ailleurs, je peux rappeler ici ses convictions monarchistes : pour lui, « la primauté de la majorité sur la minorité (...) est une forme de dictature ». Ce qui augure bien du respect qu’André Récipon accorde au principe de l’expression démocratique. En quoi cela constitue-t-il une imposture juridique ? Il y a imposture juridique dans le sens où la reconnaissance d’utilité publique est, en droit français, conditionnée à l’indépendance de la Fondation par rapport à ses fondateurs. Concernant la Fondation Raoul Follereau, cette indépendance est arti cielle. Dans notre livre nous expliquons comment l’Association des Amis de la Fondation Raoul Follereau et la Fondation Raoul Follereau sont toutes deux verrouillées par un petit nombre de membres fondateurs qui se cooptent les uns les autres. C’est donc la reconnaissance d’utilité publique, et donc tous les avantages scaux qui en découlent, qui est en cause. Que fait l’État face à cette situation ? Lors d’un scandale précédent, en 2002, l’Inspection générale des a aires sociales avait révélé l’extrême concentration des pouvoirs autour d’André et de Michel Récipon, son ls, actuel président du Directoire de la Fondation Raoul Follereau. Et je ne parle pas de l’étrange récurrence de noms constatée dans le groupe Follereau où des entités non lucratives partagent leurs frais généraux avec des entités lucratives, les dirigeants des premières se trouvant être actionnaires des secondes… Tout cela est éminemment suspect. Disons sobrement que si les Récipon avaient voulu jouer la carte de l’irréprochabilité et de la totale transparence nancière, ils auraient organisé leur montage juridique di éremment. Nous retrouvons d’ailleurs cette même opacité dans la présentation des comptes annuels de la Fondation Raoul Follereau.

Mais c’est sur la tombe de Raoul Follereau que nous trouvons la meilleure preuve de sa délité persistante à ses idéaux fascisants. Que croyez-vous qu’il y t graver ? Un extrait d’un évangile ? (...) Non. C’est une citation de Charles Maurras, le père excommunié par Rome du nationalisme intégral que Raoul Follereau t graver sur sa tombe.

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Après l’imposture historique puis juridique, c’est l’imposture comptable ? Exactement. Tout cela se tient. Ce ne sont que des déclinaisons di érentes d’une même et unique mentalité. La Fondation Raoul Follereau prétend, chaque année, consacrer aux alentours de 70 % des dons qu’elle a reçus à ce que l’on appelle les missions sociales, c'est-à-dire, à la nalité caritative, nette de frais parasites et de charges diverses, poursuivie par l’organisme. Ce n’est pas le cas ? La Fondation Raoul Follereau prétendra que si et avancera le fait que ce chi re a été validé par ses commissaires aux comptes et par le bureau Véritas. En ce qui me concerne, je ne partage pas ce point de vue. Lorsqu’on examine attentivement les rapports annuels des exercices 2005 à 2008, il est possible de s’apercevoir que la Fondation Raoul Follereau quali e de missions sociales toute une série de dépenses qui, de notre point de vue, n’en sont pas. Par exemple, le nancement du Congrès annuel de la Fondation Raoul Follereau est considéré comme une dépense de mission sociale et non comme une dépense de fonctionnement. De même, les dépenses inhérentes à la revue Lèpres sont quali ées de missions sociales alors que Michel Récipon, en personne, explique que le journal Lèpres sert à collecter des fonds. Vous parlez des exercies 2005 à 2008. Et après ? Concernant les exercices 2009 et 2010, c’est pire : alors que, jusqu’alors, la Fondation Raoul Follereau poursuivait quatre missions sociales (aide aux lépreux et programmes de santé, aide au développement, aide aux enfants en détresse, aide à la réinsertion par l’emploi en milieu rural en France), le Fondation en a rajouté une cinquième intitulée Di usion du message de Raoul Follereau. Où est le problème ? Le problème est double. Tout d’abord, il existe l’épaisseur d’une feuille de papier bible entre le fait de di user le message de Raoul Follereau et le fait de promouvoir les actions de la Fondation et donc, de collecter des fonds pour les nancer. Or, cela fait partie des obligations comptables de la Fondation Raoul Follereau de distinguer les frais de collecte de fonds des frais em-

ployés pour les missions sociales. Grâce à cette argutie syntaxique, la Fondation Raoul Follereau a érigé l’autopromotion au rang de mission sociale. Vous disiez que le problème était double... Oui, le deuxième aspect de cette mission sociale intitulée « Di usion du message de Raoul Follereau », c’est son caractère occulte. Sur les supports de la Fondation Raoul Follereau, vous trouverez de façon circonstanciée la présentation des quatre missions sociales historiques que la Fondation Raoul Follereau se propose d’assurer. En revanche, comme par hasard, la cinquième mission sociale intitulée « Di usion du message de Raoul Follereau » ne gure sur aucun support communiqué au grand public ; il faut lire les petites lignes du rapport annuel pour la découvrir. Et elle n’est pas anodine : pour 2009, elle pèse 1,7 million d’euros, soit 17 % du total du poste des missions sociales. Le donateur potentiel qui s’en tient à la documentation de base de la Fondation Raoul Follereau (qui osera a rmer que les donateurs lisent les rapports annuels avant de donner ?) est donc volontairement maintenu dans l’ignorance de l’utilisation réelle et e ective de son argent. Maintenant que votre message est passé, quelle est la nalité de votre action ? Golias se veut être l’empêcheur de croire en rond. Je ne partage pas vos prises de position, loin de là, mais j’apprécie la formule. Je crois intimement à la nécessité de contre-pouvoirs sans quoi l’exercice du pouvoir tourne rapidement à l’oppression. Face à la famille Récipon, il n’existe pas de contre-pouvoirs. Par crainte des mesures de rétorsion, de représailles ou du scandale, nombreux sont ceux qui savent, mais qui se taisent. Face à la Fondation Raoul Follereau et à ses 20 millions d’euros de réserve, outre les plus-values latentes sur son patrimoine immobilier, je ne peux pas grand-chose sinon jouer le rôle du poil à gratter. En espérant que l’Église et l’État niront par m’entendre et intervenir. Je le souhaite ardemment car je préfère encore être entendu et désavoué plutôt que de subir un silence assourdissant qui pourrait facilement être interprété comme complice des faits que je dénonce. Propos recueillis par Christian Terras

Un livre enquête*
Romain Gallaud

Raoul Follereau nquête
La contre-e

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