PÉRIPHÉRIE Z.3.2.

1

TAXINOMIE X.1.1

positive possible du monde occidental. Ainsi, s’il n’y a plus de centre, il n’y aura bientôt plus de périphéries ; car, à peine ont-elles émergé, que leurs tendances à se connecter entre elles signifient déjà leur désir de ne pas rester excentrées. Ce voyage, Jean-Michel Pancin l’a entrepris, cinq siècles après Christophe Colomb, dans une fig. C.27 redécouverte de ce qui pourrait être un nouveau monde… A Wendover, située en Utah, à la frontière du Nevada, il fait 40° degrés le jour et –10° la nuit. Plus d’une centaine d’essais nucléaires y ont été réalisés depuis qu’Enolay Gay a décollé de la base aérienne locale pour lancer la première attaque nucléaire. La région n’est pas avare en paradoxes, comme cette prolifération de débauche d’argent dans les casinos de Wendover et de spiritualité anachronique. Ainsi des milliers de Mormons viennent régulièrement y dépenser leurs économies dans les machines à sous. Ces machines qui d’ailleurs ne font plus le bruit sonnant et trébuchant des coins d’antan, mais avalent passivement les unités d’une carte de crédit enfoncée dans leur ventre pour la journée entière. Tristes tropiques que cette aliénation au rien, par procuration d’une machine à rêves qui engloutit, au milieu du désert américain, des heures de travail et les vies qui les ont effectuées. « La valeur économique d’une chose correspond à un temps de travail », nous dit Michel Foucault dans son admirable analyse des richesses (Les mots et les choses). Or le temps de production dans le travail a inégalement évolué au regard de la quantité et de la qualité générées. On produit mieux et beaucoup plus aujourd’hui pour un temps de travail égal. Et pour un salaire à peu près toujours équivalent, en « pouvoir d’achat » j’entends, on produit beaucoup plus de richesses. Pour qui ? Et surtout, pourquoi ? Il semble donc que la valeur d’une chose ait considérablement évolué, mais pas celle du travail fourni par l’homme. La machine à sous s’est considérablement perfectionnée dans sa rentabilité, mais pas la condition humaine, qui, au contraire toujours plus aliénée à des valeurs d’existence factices, se console par le biais de la consommation. Je consomme donc je suis. C’est peut-être l’inverse que les périphéries ont entrepris de vivre.

Neuchâtel et Yverdon : une Silicon Valley au siècle des Lumières Manuela Canabal et Enrico Natale

5.

En Suisse, comme dans une grande partie de l’Europe, fig. 5.1 une certaine élite connaît au xviiie siècle un vérifig. C.28 table engouement pour les sciences. Dans les maisons fig. C.29 des familles notables, les cabinets de curiosités se fig. C.30 multiplient tandis que les premiers dictionnaires à fig. C.31 vocation universelle apparaissent dans les bibliofig. C.32 thèques. La région de Neuchâtel, hôte de l’édition fig. C.33 2009 du festival Eternal Tour, participe alors activefig. C.34 ment à cet essor. Des sociétés typographiques naisfig. C.35 sent à Neuchâtel et à Yverdon et se lancent dans fig. C.36 l’édition des premières encyclopédies. Des notables fig. C.37 comme Charles-Daniel de Meuron (1738-1806) fig. C.38 rassemblent de vastes collections d’histoire naturelle fig. C.39 qu’ils lèguent ensuite à leur commune, rendant posfig. C.40 sible la naissance des premiers musées. De savants fig. C.41 amateurs locaux se livrent avec passion à la botafig. C.42 nique, à la zoologie, à la minéralogie, à l’oryctologie et correspondent avec l’élite intellectuelle suisse. Le xviiie siècle est célébré comme le seuil des sciences naturelles modernes. C’est à l’époque que s’établissent les protocoles nécessaires à la constitution d’un savoir formellement scientifique, qu’apparaissent les premiers catalogues systématiques de phénomènes animés et inanimés, que se cristallisent dans le langage les questions liées à la nomenclature. Les rives du lac de Neuchâtel sont alors à cet égard une sorte de Silicon Valley. La mise en forme d’un savoir collaboratif et à tendance systématique qui émerge à l’époque nous renvoie aux questions très actuelles de progrès des sciences et de ses limites. Pour explorer ce contexte, nous prendrons quelques exemples allant de la pratique de la botanique et des façons d’herboriser au xviiie siècle en Suisse à l’histoire de l’Encyclopédie d’Yverdon dont le maître d’œuvre, le dottore Bartolomeo de Felice (1723-1789), a été reçu bourgeois de Neuchâtel, en passant par la question de la taxinomie et son impact dans le partage du savoir.

quarante-trois

Plus généralement. L’étude systématique du monde végétal fait déjà l’objet d’une émulation à l’échelle européenne. chirurgien passionné de sciences. rares ou encore inconnues. souvent contre rémunération. plantes marines et insectes »9. maîtres du domaine de La Ferrière dans le Vallon de Saint-Imier.1. sont logés à l’auberge et guidés dans leurs expéditions botaniques sur les cimes du Jura. Albrecht von Haller jouit déjà d’une solide renommée dans les sciences.1 TAXINOMIE X. où il a fondé le Jardin botanique. qui se traduit par une intense circulation d’échantillons. crustacés. Les conditions matérielles en premier lieu : les plantes sont faciles à transporter et. la pratique des herbiers dans la région est à replacer dans le cadre plus large des cabinets d’histoire naturelle. de livres et de références bibliographiques parmi les pionniers des sciences naturelles. Ce dernier récolte et conditionne des spécimens de plantes qu’il envoie par caisses entières. De son cabinet. du Musée d’ethnographie et du Musée d’art et d’histoire de Neuchâtel. marquer les rapports et les différences pour observer l’organisation végétale de manière à suivre la marche et le jeu des machines vivantes. dans une moindre mesure de minéraux et d’objets manufacturés – occupent une place privilégiée dans les cabinets d’histoire naturelle. L’expédition a pour objectif de collecter des spécimens de plantes. Plusieurs facteurs contribuent à ce succès. médailles antiques et modernes. à ses correspondants. venus prêter main forte à Albrecht von Haller (1708-1777)4 à l’occasion du premier recensement systématique de la flore de Suisse. Abraham et Daniel Gagnebin. A trente et un ans. l’autre la physique. la mécanique et l’électricité. qui possédait un cabinet d’histoire naturelle si riche et varié qu’il attirait des visiteurs de toute l’Europe . il enseigne à l’Université de Göttingen. outre leur activité de médecins. reléguant les cabinets de curiosités à de vains étalages. coquillages. se conservent très longtemps. les fossiles et le climat . laissant les marques de cette expédition botanique dans les annales5. Jean-Antoine d’Ivernois (1703-1765)2 et Frédéric Salomon Scholl (1708-1771)3. dont les pièces sont à l’origine du Muséum d’histoire naturelle. pétrifications. formant un corpus a priori homogène. poissons marins et passé 180 oiseaux embaumés. LES PLANTES : UN OBJET DE COLLECTION ? Dans le courant du xviiie siècle. automates. La végétation pseudo-alpine de la région suscite par sa rareté l’intérêt des savants et constitue par conséquent le « fonds de commerce » botanique de Gagnebin.1. la botanique. ONTOLOGIE DE L ’ HERBIER Le Creux-du-Van revêt un intérêt exceptionnel pour les amateurs de sciences naturelles. pourvu qu’elles soient bien conditionnées. encore étroitement liée à la médecine. pour enrichir l’herbier de référence qui doit servir de fondement à l’ouvrage. se prêtent bien à cette « passion classificatoire »8 propre au siècle des Lumières. étudient avec passion. Leur cabinet d’histoire naturelle attire des amateurs qui. vont se poursuivre après la rencontre. Cette hétérogénéité est caractéristique des cabinets de l’époque. l’un les plantes.TAXINOMIE X. Après avoir ouvert le premier théâtre anatomique de Berne. vestige vivant d’une précédente ère glaciaire – en font une destination privilégiée des naturalistes depuis le xviiie siècle. revêt un intérêt évident pour la recherche de nouveaux remèdes et commence à être pratiquée dans les universités au xviiie siècle7. offerte en 1795 à la commune bourgeoise de Neuchâtel. et un esprit systématique occupé à « comparer les divers caractères. Malgré la spécialisation en cours dans la seconde moitié du siècle. D’autre part. Ils fourniront nombre de renseignements consignés dans les ouvrages de von Haller tout en contribuant au dynamisme des sciences naturelles dans la région6. les collections de nos savants réunis au Creux-du-Van ne sont pas uniquement composées de plantes. vivifiées par le patronage du savant bernois. Les trois autres forment un petit comité de médecins passionnés de botanique dont les investigations s’étendent au Jura neuchâtelois et à une partie du Jura bernois. C’est dans ce cadre que nous trouvons réunis par une belle matinée de juin 1739 Abraham Gagnebin (1707-1800)1. A l’époque. Abraham Gagnebin écrit dans sa correspondance qu’il « contient des minéraux. les collections spécialisées – de plantes séchées.1 I . Deux collections privées illustrent ce contexte : celle d’Abraham Gagnebin. et chercher quelquefois avec succès leurs lois générales »10. les pierres. Les caractéristiques géologiques et écologiques du lieu – un cirque rocheux à 1200 mètres d’altitude dans lequel subsiste une végétation alpine. La collection des Gagnebin devait quarante-quatre . partagés entre un esprit de collection à la recherche de nouveautés et de pièces rares. les plantes. Leurs recherches. contre quelques pièces. et celle du général Charles-Daniel de Meuron.

loin de son environnement habituel. L’afflux d’objets venus d’autres continents va affiner les techniques de description et de classement. ainsi qu’une vaste gamme d’objets manufacturés « ethnographiques » comme des médailles. Gagnebin s’est borné à ramasser une collection de plantes et de minéraux dont il a rempli sa maison jusqu’au grenier. originaire de Saint-Sulpice et fils d’un capitaine de milice du Val-de-Travers. opérant peu à peu une distinction entre le global et le régional qui participe à la construction d’une identité territoriale. d’Inde. qui vont peu à peu constituer les bases d’un savoir à ambition « universelle ».1 TAXINOMIE X. de Sibérie ou des Seychelles13. de Ceylan. de la Compagnie hollandaise des Indes et de la Couronne britannique. commence par ces mots : « Habent Itinera quaevis !"#$%&'%()*. même parmi les botanistes occupés principalement de flore locale. INSIDE OUT Ces collectes d’objets liées à la conquête commerciale et militaire de territoires extra-européens ne sont pas des effets marginaux de la pratique des herbiers.1. On trouve dans la collection de Meuron des plantes. je me regardais presque comme un autre Colomb. des statues. loppée aux xvie et xviie siècles à la faveur des grandes explorations et de l’essor d’un commerce transocéanique15. »16 Les savants adapteront ensuite les méthodes d’enquête et de classement à leur environnement local. Les activités financières. Successivement au service du roi de France. Les provenances des objets sont tout aussi hétéroclites puisqu’ils viennent d’Afrique. La culture matérielle relie déjà au xviiie siècle la principauté de Neuchâtel aux empires des puissances européennes. des animaux empaillés. quae in quotidiano nostro sunt conspectu. et négligent celles qui sont sous nos yeux dans notre quotidien. et s’est allé loger avec son gendre dans une maison voisine.TAXINOMIE X.]19 L’origine des sciences naturelles doit aussi se lire comme un mouvement centripète qui se développe à l’extérieur avant d’être adopté comme technologie du savoir par le centre20. et je me disais avec complaisance : sans doute je suis le premier mortel qui ait pénétré jusqu’ici. la plupart d’entre nous admirent et adorent les choses étrangères. des objets de culte. du Canada. des têtes de morts coiffées en différents costumes et d’autres objets plus propres à amuser les enfants ou à épouvanter les femmes enceintes qu’à instruire les curieux. negligamus. avec l’intérêt à reconnaître les plantes décrites par les auteurs antiques. Le récit de voyage dans les régions alpines de Suisse du Zurichois Johann Jakob Scheuchzer17 (1672-1733). militaires et scientifiques dans lesquelles s’illustrent certaines familles neuchâteloises en sont les principaux canaux de circulation14. de Chine. elle s’est ensuite largement déve- EXPÉDITION SCIENTIFIQUE OU « PIQUE-NIQUE » ? Malgré la rigueur « scientifique » avec laquelle certains naturalistes s’adonnent à leur passion. quae ad Indos & Garamantas fiunt : sumus plerique ita comparati. des pierres précieuses et des fossiles. celui du vivant végétal : « Je me comparais à ces grands voyageurs qui découvrent une île déserte.1 se présenter aux visiteurs sous la forme d’un foisonnant bric-à-brac. (…) On est étonné de voir un amas informe de curiosités étrangères aux règnes minéral et végétal. il accumule lors de ses expéditions militaires une collection de plusieurs milliers d’objets qu’il lèguera ensuite à la Ville de Neuchâtel. & ea. comme en témoigne le journal de Jean-Rodolphe Sinner (1730-1787) : « M. est avant tout un officier du service étranger. Jean-Jacques Rousseau (1712-1778) témoigne de ce sentiment lié à la découverte d’un monde nouveau. » [Nous possédons surtout des histoires naturelles qui portent sur les Indes et l’Afrique : ainsi. mais au contraire l’une de ses origines. On apprécie de se retrouver en plaisante compagnie. dont le principe d’organisation tout personnel pouvait au premier abord sembler peu propice à l’étude de la nature. »11 Charles-Daniel de Meuron12 (1738-1806). qui sert d’auberge ou d’hospice aux voyageurs. des animaux empaillés. des coquillages. des lunettes. dans des lieux quarante-cinq . prémices d’une identité nationale à venir. qui passe pour l’une des premières histoires naturelles liées à un territoire et un modèle pour ce genre de littérature en Europe18.1. L’engouement dont les sciences naturelles font l’objet est tributaire de l’expansion européenne. ea inprimis. la botanique est un passe-temps très prisé de la bonne société. ut peregrina & admiremur & veneremur. Si la pratique de l’histoire naturelle trouve son origine à la Renaissance.

c’est-à-dire que la plante soit en fleur et. c’est-à-dire lui attribuer une place dans un système de représentation du monde végétal. Prenez Linaeus et Sauvages. Elle me rappelle et mon jeune âge et mes innocents plaisirs.1. répétées pour chaque échantillon. que l’herbier devient un outil de connaissance. sérénité. elle m’en fait jouir derechef. L’échantillon doit être choisi de sorte qu’il contienne toutes les parties constitutives du genre et de l’espèce. Une génération plus tard. la consignation des signes (plantes) en un lieu (l’herbier) tend à coordonner un seul corpus dans lequel tous les éléments articulent l’unité d’une configuration idéale25. qui passera lui-même deux semaines comme hôte chez Gagnebin en juin 1765. Elle me fait oublier les persécutions des hommes. les bois.TAXINOMIE X. qu’elle porte des fruits car « une plante n’est pas plus sûrement reconnaissable à son feuillage qu’un homme à son habit ». il faut commencer par la voir sur pied. écrit dans les semaines qui précèdent à son ami DuPeyrou : « [Je] pars. briquet. leur haine. mais aussi rêverie. pour bien reconnaître une plante. (…) Je vous recommande de ne pas oublier parmi nos provisions. la paix surtout et le repos qu’on trouve au milieu de tout cela sont retracés par elle incessamment à ma mémoire. et quelque jeu pour s’amuser à plusieurs. Ce n’est qu’au terme de ces opérations. en prenant soin de le changer régulièrement pour éviter que l’humidité ne fasse pourrir le végétal. on fixe la plante sur la planche d’herbier avec de la gomme arabique ou en pratiquant des entailles dans le papier. COMMENT FAIRE UN HERBIER ? Constituer un bon herbier requiert une série d’opérations techniques et d’analyses systématiques. leurs outrages (…). mon cher hôte. On aime l’excitation liée à la recherche du spécimen rare qui viendra enrichir son herbier. on goûte l’oisiveté et le vagabondage de ces expéditions botaniques. Selon les indications fournies par Rousseau dans ses Lettres élémentaires sur la botanique23. puis à la comparer aux différentes espèces connues. en somme en lieu de pique-nique. Comme l’écrit Jacques Derrida. café. Cela contribue à transformer l’environnement naturel en espace propice à l’oisiveté. ou plutôt la somme des noms avec lesquels elle a été décrite par d’autres naturalistes24. est omniprésente. si l’on est arrêté dans une maison par le mauvais temps.1. Enfin.dans un système de classement. et tout l’attirail pour faire quand on veut du café dans les bois. Commence alors la phase de l’identification et du classement. Dans les Rêveries d’un promeneur solitaire. introspection et réflexion philosophique sont autant de valeurs dont la nature devient le théâtre privilégié.1 pittoresques et sauvages. où elles sont alors intensivement cultivées pour être ensuite importées en Europe. quelque livre amusant. en un mot de l’archive. L ’ HERBIER COMME ARCHIVE Dans la pratique des herbiers. Ces deux matières premières proviennent en effet des colonies. L’étape suivante consiste à lui attribuer un nom. On dessèche la plante en la pressant entre des feuilles de papier. paix. la nature commence à être investie par l’élite d’une série de valeurs culturelles et sociales. si possible. l’essor du tourisme alpin viendra confirmer cette tendance. »22 Au travers de la pratique de la botanique comme passe-temps. Les prés. de la preuve. L’herbier est une technologie du savoir qui fonctionne comme une archive de la nature. Enfin. la solitude. il faut la classer parmi les autres plantes de l’herbier. et me rend heureux bien souvent encore (…). Il faut ensuite la préparer à être conservée. Une fois séchée. émerveillement. Elément révélateur de cet état d’esprit. voilà ce qui semble être la priorité des quarante-six . l’importance du spécimen de référence. les eaux. leur mépris. le même détaille plus avant les plaisirs de la botanique : « C’est la chaîne des idées accessoires qui m’attache à la botanique. Une série d’opérations systématiques permet de produire un type de connaissance. innocence. Beauté.et un nom . La première étape consiste à décrire minutieusement ses caractéristiques. sucre. il est rare de trouver dans les herbiers de l’époque la mention du lieu ou de la date de récolte de la plante. Rousseau.1 TAXINOMIE X. pour La Ferrière où je vous attendrai avec le plus grand empressement mais sans m’impatienter. »21 La présence du café et du sucre dans l’équipement du botaniste est à relever. Elle me transporte dans des habitations paisibles au milieu de gens simples et bons (…). Posséder la plante et lui attribuer une place . et participent à un processus croissant d’« exotisation » de la nature. caffetière.

le rhinocéros une espèce d’éléphant. de commencement. découle une pléthore de nouvelles espèces à classer et à nommer. dit-il. »27 OU L ’ ART DE CLASSER LA NATURE LA TAXINOMIE Au xviiie siècle. & c’est ainsi qu’on mérite le nom d’inventeur : l’autre de rapprocher les découvertes & de les ordonner entre elles. de commandement. et ce qui a le plus contribué à renverser les unes de ces méthodes par les autres. . de dire qu’un âne L ’ ESSOR DES PROCESSUS DE CLASSIFICATION 26 « Je distingue deux moyens de cultiver les sciences : l’un d’augmenter la masse des connoissances par des découvertes .1 TAXINOMIE X. et tout cela parce qu’il y a quelques petits rapports entre le nombre des mamelles et des dents des animaux. Buffon oppose les « lois de la nature »30. le cochon-d’Inde une espèce de lièvre. au Suédois Carl von Linné (1707-1778). on peut affirmer que l’herbier possède les deux principes constitutifs de toute archive. TAXINOMIE ET ENCYCLOPÉDISME : Buffon (1707-1788) – et plus connu sous ce seul nom –. Buffon reproche également à Linné des rapprochements fantaisistes parmi les espèces qui sèment la confusion : « Ensuite. »29 A ces taxinomies artificielles. (…) Ne seroit-il pas plus simple. L’archive-herbier. Ainsi les lourds herbiers et la taxinomie. et ont subi le sort commun à tous les systèmes fondés sur des principes arbitraires . La taxinomie est en effet la science des lois et des principes de la classification des organismes vivants. on trouve que le loup-cervier n’est qu’une espèce de chat. Les militaires contribuent également à ce développement par les spécimens qu’ils rapportent de leurs expéditions dans des contrées parfois très éloignées de chez eux28. leur classification.1. que tel animal a des caractères communs avec tel autre ? Cette division des êtres. Elle enregistre en divers procédés des signes de la nature et produit un savoir humainement constitué. Et Buffon prend un malin plaisir à le souligner : « Cette prétention qu’ont les botanistes d’établir des systèmes généraux.1. et plus vrai. comte de quarante-sept . et un principe nomologique. l’âne une espèce de cheval. c’est la liberté que les botanistes se sont donnée de choisir arbitrairement une seule partie dans les plantes pour en faire le caractère spécifique. Ce besoin accru de classer et de systématiser va de fait stimuler la réflexion de certains et aboutir à des querelles. les autres sur leur position.1 botanistes d’alors. Les opérations de préparation auxquelles est soumise la plante. afin que plus d’hommes soient éclairés. parfaits et méthodiques. déterminent la structure de l’herbier et. Comment peut-on envisager. « de réduire la nature à de petits systèmes qui lui sont étrangers. qui groupent les êtres vivants et procèdent à des expériences. le rat d’eau une espèce de castor. partant. comme toute archive. à la lumière de son siècle (…). entre le moment où on la coupe et celui où on lui donne un nom. etc. un principe ontologique. instruments fondamentaux qui ont permis l’essor des sciences naturelles modernes. le renard et le loup une espèce de chien. en examinant les dernières divisions des animaux en espèces particulières. II . De cette profusion de savants. plus naturel. La plus fameuse demeure celle qui a opposé le Français Georges-Louis Leclerc. En suivant Derrida. les sciences naturelles connaissent un développement conséquent dû notamment à l’engouement qui pousse l’élite à s’y adonner de façon plus ou moins éclairée. est indissociable d’une forme d’arbitraire : ce sont les critères retenus par chaque savant qui détermineront la place d’un individu dans le tableau qui s’établit ainsi. d’autres enfin sur le nombre des étamines. est donc peu fondée : aussi leurs travaux n’ont pu aboutir qu’à nous donner des méthodes défectueuses. lesquelles ont été successivement détruites les unes par les autres. Mais sur quel(s) critère(s) se baser pour définir que telle plante est proche de telle autre. & que chacun participe. continuent de renfermer aujourd’hui encore les potentialités mêmes de notre savoir. et de ses ouvrages immenses en former arbitrairement autant d’assemblages détachés »31 ? Outre la rigidité de la méthode. selon sa portée. d’autres sur le nombre de leurs pétales. la civette une espèce de blaireau. du savoir qu’il produit. d’autres sur la forme des fleurs. ou quelque ressemblance légère dans la forme de leurs cornes.TAXINOMIE X. L’herbier peut donc se lire comme une archive qui contient en même temps qu’il détermine l’identité du vivant végétal au sein de notre culture. est à la fois institutrice et conservatrice. Les uns ont établi la méthode sur la figure des feuilles.

L ’ ENCYCLOPÉDISME liste de la physique de Newton. D’Alembert l’écrit dans le Discours préliminaire publié en tête de l’Encyclopédie lorsqu’il souligne qu’un tel ouvrage « doit exposer autant qu’il est possible.42 Charles Bonnet (1720-1793). où il gagne la considération des savants. Les encyclopédies s’insèrent bien entendu dans ce mouvement puisqu’elles poursuivent un but identique36. En réalité.1. avec lequel il correspondait. Ainsi. secrétaire perpétuel de l’Académie de Berlin. Elle est toutefois bien plus qu’une simple réimpression et contient nombre d’articles inédits rédigés par des spécialistes dans chaque domaine. par le chien. qui est fissipède. et qui a coutume de le suivre en effet. liée notamment à l’essor des sciences. Il la libère et s’enfuit avec elle. qui est solipède. Il abjure le catholicisme l’année suivante pour se convertir à la religion réformée et est reçu bourgeois à Thielle (Neuchâtel) en 176039. l’a utilisé dans ses collections35. sans savoir pourquoi. l’ordre et l’enchaînement des connaissances humaines »37. Cette division a trouvé des échos jusqu’en Suisse puisque les deux factions comptaient des partisans dans le pays. Il se verra confier les presses d’Yverdon où il éditera son encyclopédie. en moins de dix ans. etc. Albrecht von Haller s’opposait au système linnéen alors qu’Abraham Gagnebin. Connue sous le nom d’Encyclopédie d’Yverdon. il semblerait que de Felice ait violemment critiqué Bonnet. a par contre refusé son concours à l’ouvrage de Felice43.1. la question de la taxinomie est complexe et elle a opposé les savants pendant longtemps34. La correspondance que celui-ci entretient avec von Haller en fait état à plusieurs reprises : « Avés vous jetté un coup d’Oeil sur l’Extrait que Mr Félici vient de donner de mon Analyse de l’Ame dans son Journal Latin qui s’imprime a Berne ? quarante-huit . une encyclopédie complète capable de concurrencer celle de Diderot et D’Alembert. on la doit au très entreprenant et truculent dottore Fortunato Bartolomeo de Felice qui éditera seul. qui n’a pas apprécié ces remarques. éditée avec Diderot. ou Dictionnaire universel raisonné des connoissances humaines41 compte des savants renommés parmi ses contributeurs. l’une des figures de proue de l’école naturaliste genevoise. ce qui était une pratique courante à cette époque. ce n’est certainement pas pour des raisons religieuses que Bonnet a renoncé à collaborer à l’Encyclopédie d’Yverdon. non seulement dans un traité d’histoire naturelle. mais même dans un tableau et partout ailleurs les objets dans l’ordre et la position où ils se trouvent ordinairement. tout en continuant toute sa vie à regarder vers l’Italie le cœur brisé40. et qui n’a peut-être d’autre rapport avec le cheval que d’être solipède ? »33 On le voit. de Johann Heinrich Samuel Formey (1711-1797). mais sa destinée va prendre une tournure radicale lorsqu’il tombe amoureux de la comtesse Panzutti. femme cloîtrée dans un couvent par son époux38. il part pour la Suisse en 1757 sous le pseudonyme de Matteo Ughi et s’installe dans un premier temps à Berne. l’Encyclopédie. que par un zèbre qui nous est peu connu. Traqué par la famille et les autorités. L’Encyclopédie.TAXINOMIE X. Ainsi.1 TAXINOMIE X. L’encyclopédie est en effet un ouvrage collectif. Pourquoi ce refus ? Au vu de ce qui précède. est bien sûr la plus célèbre. avant d’être rattrapé et contraint de rentrer. où il est un brillant savant spécia- Comment mener à bien une entreprise vouée à réunir tout le savoir accumulé par l’être humain au fil du temps ? Une partie du contenu de l’Encyclopédie d’Yverdon provient de reprises de celle de Paris. que de vouloir. qualificatif qui leur vient de leur ambitieuse vocation : répertorier l’ensemble des connaissances humaines. Son parcours commence à Naples. a également induit le développement d’un système de classement du savoir. pourtant réputée protestante en opposition à l’encyclopédie des philosophes parisiens. et un chat un chat. et un chat un loup-cervier ? »32 Lui-même adopte une autre logique : « Ne vaut-il pas mieux ranger. à l’instar des Suisses Leonhard Euler (1707-1783) ou Albrecht von Haller. qu’un âne soit un cheval. de l’astronome et académicien français Joseph-Jérôme de Lalande (1732-1807). que de les forcer à se trouver ensemble en vertu d’une supposition ? Ne vaut-il pas mieux faire suivre le cheval.1 est un âne. LA SCIENCE : ENTRE QUERELLES ET COLLABORATIONS OU L ’ ART DE CLASSER LA CONNAISSANCE La multiplication des connaissances. C’est ainsi que les Lumières ont vu fleurir des dictionnaires dits « universels ». bien que l’une d’entre elles ait vu le jour dans la région jurassienne.

. Il est vrai qu’entre-temps le dottore l’a publiquement annoncé comme contributeur de son encyclopédie alors que Bonnet avait décliné son offre46. »47 Cela ne l’empêche pas de constater un certain nombre d’irrégularités – qu’on qualifierait de nos jours de plagiat – et de les signaler à von Haller : « Par éxemple. de leur attribuer une place dans un système général et de les archiver de sorte à en assurer la permanence. les savants préférant à son avis « puiser dans les Sources »49. Le savoir s’émancipe et se fonde en autorité téléologique pressée de faire oublier ses origines profanes. pour composer dans ce goût. Lorsque paraissent les premiers volumes de l’ouvrage. selon l’expression de Foucault. l’un du monde végétal.1 Qu’avés vous pensé des ironnies et des sarcasmes qu’il y a semés contre moi. Bonnet convient qu’il s’agit d’une bonne encyclopédie. dérive bien souvent vers la basse polémique. L’herbier est à la fois une sorte de dictionnaire personnel et la carte d’une région donnée. caractéristique de l’époque. carte puisqu’il reflète la flore d’une certaine zone géographique. qui a été l’un des premiers à explorer dans son domaine les possibilités offertes par Internet55. je vous en conjure. il écrit encore à von Haller que « l’infatigable Félice a bien plus de Zèle que de talens & de lumières »45. Dans le domaine de la taxinomie comme dans celui des encyclopédies. Ce rapport passionnel et conflictuel à l’égard du savoir. (…) Je rends avec plaisir aux Encyclopédistes d’Yverdun la justice qu’ils méritent : ils ont puisé dans de meilleures Sources que leurs Dévanciers. signé D. je n’aurais pas manqué de brûler Voltaire depuis longtemps et d’enfermer dans une maison de foux Rousseau. qui est l’exemple le plus emblématique des promesses des nouvelles technologies d’organisation et de partage du savoir. digitale cette fois-ci. le Genevois est pourtant agréablement surpris : « Je viens de lire 25 Articles de divers Genres de l’Encyclopédie d’Yverdun. Une attitude engagée donc.F.1. c’est à dire de Félice. Dictionnaire car il permet d’identifier et connaître chaque plante . Si je juge par ces Articles de la façon du Travail. je sais bien que j’achèterai l’édition d’Yverdon et non l’autre. D’où l’essor de la taxinomie et des dictionnaires universalistes qui permettent d’ancrer dans le langage les savoirs nouvellement constitués. quarante-neuf . En 1770.1. et que si j’etois appellé a lui être utile. Aujourd’hui. »48 Malgré ces critiques. J’ai fait de la même manière les Articles Accroissement & Accouplement . est Muschenbroeck tout pur ? c’est donc Muschenbroeck qui a fait l’Article. c’est une autre encyclopédie. huit ans après s’être exprimé de la sorte. car ils sont transcrits pareillement de mes Ecrits. vous portoit a lui en dire un mot. je lisois avant hier l’Article Adhérence : […] dévineriés-vous que cet article. »52 CONCLUSION L’âge de la Critique53. il éprouveroit surement que je sçais oublier les Injures. qui demeure dans un cloaque du pays de Vaud »50 – change d’avis après la parution du premier volume : « Pour moi.TAXINOMIE X. il avait déjà arrêté son opinion sur les intellectuels de son siècle : « Tout tolérant que je suis. Et c’est d’ailleurs un historien de l’Encyclopédie. le tout à disposition d’une élite cultivée. l’Enumeratio methodica stirpium Helvetiae indigenarum de von Haller informe sur la flore suisse et ses propriétés tout comme elle matérialise un territoire au travers de sa diversité florale. qui n’ai jamais mérité de personne un pareil traitement ( ?) Si l’indignation que vous en aurés conçu. qui se reflète dans les nouvelles techniques d’organisation du savoir et plus généralement dans le rapport à l’archive. Ainsi. »44 Malgré ses affirmations. il falloit du temps et de la peine . c’est-à-dire l’ambition assumée d’élaborer des nouveaux outils de pensée et d’action pour substituer les tenants traditionnels de la vérité. et l’on vouloit gagner sur le premier et diminuer l’autre le plus qu’il se pouvoit. Mais . Robert Darnton. veuillés. Il me semble que l’Encyclopédiste auroit pu faire au moins les fraix de la concentration. je la préfèrerai à celle de Paris.1 TAXINOMIE X. l’assurer que je lui pardonne de bon cœur ses railleries ameres. dans un premier temps méprisant à l’égard de Bartolomeo de Felice – « un polisson plus imposteur encore qu’apos- tat. et ils ont été bien plus sages. »51 Quant au dottore. Bonnet a la rancune tenace. l’autre de l’ensemble des connoissances humaines. en donnant dans son propre style le Précis bien fait de l’Auteur ou des Auteurs qu’il consultoit. s’explique notamment par « l’attitude de modernité »54 des acteurs du débat. Herbiers et encyclopédies portent en eux la promesse fondatrice de posséder le savoir. à réserver à un public d’amateurs. Voltaire également. rares sont les coups qui ont été retenus.

DHS. « Abraham Gagnebin de La Ferrière d’après sa correspondance ». Bulletin de la société neuchâteloise des sciences naturelles.). Abraham Gagnebin de La Ferrière. dans Cent ans d’ethnographie sur la colline de Saint-Nicolas 19042004. et Markus. 474. Promenade VII ».hls-dhs-dss. La Suisse et l’esclavage des Noirs. p. il s’entoure d’un réseau de collaborateurs qui quadrillent minutieusement le territoire suisse et lui envoient les spécimens qu’ils récoltent. Le mûrier et l’épée : le cabinet de CharlesDaniel de Meuron et l’origine du Musée d’ethnographie à Neuchâtel. Urs. 2000. p. c’est parce que l’Europe entre alors dans un nouveau rapport esthétique à la nature qui devient une finalité en soi. et SIERRO. 38. ETEMAD. op. pp. Neuchâtel.ch/. vol. p. Albrecht von Haller est l’un des instigateurs de ce mouvement . Bouda.J..1 TAXINOMIE X. 15 LONG. 313-323. 5 THURMANN. dans Dictionnaire historique de la Suisse (DHS). 1996. et SCHAUFELBUEHL. dans Collection complète des œuvres de J. 10 ROUSSEAU. 39-55. Neuchâtel. 2005. 2005.). un rapport à la nature teinté de misanthropie. Gavin. militaire (1738-1806) ». 3 BOURQUIN. « Charles-Daniel de Meuron. Pamela O. JACQUAT. aujourd’hui perdu. Pour réaliser son ouvrage. Hauterive. 9 Lettre du 15 décembre 1741 dans DE BEER. lors de son séjour à l’Université de Göttingen comme professeur d’anatomie et de chirurgie. Janick Marina (éd. dans Dictionnaire historique de la Suisse (DHS). 16. url : http://www. Neuchâtel. 2008. 12 Sur Charles-Daniel de Meuron. Werner. 6 Ibid. MARTIWEISSENBACH. Jean-Rodolphe. il est l’un des grands savants de son époque. aiment se promener à la campagne ou à la montagne et admirer les splendeurs de la Création laissent souvent transparaître. 11 SINNER.1 Mais. il est au centre d’un réseau de correspondants allant de Cadix à Moscou. 71. Biel : Stadtgeschichtliches Lexikon.hls-dhs-dss. Genève. de plus en plus nombreux. 2 Originaire de Môtiers. 1999. Karin. (note 12). le Bernois est également poète et contribue à la construction de l’image romantique des montagnes suisses. 1781. version du 4 décembre 2008. version du 19 juin 2007. 1957. 22. version du 20 octobre 2008. BOSCHUNG. Chirurgien et écrivain. voir KAEHR. créera au sein de celle-ci un jardin et une chaire de botanique. si la botanique suscite alors au xviiie siècle un tel engouement. Biel.1.TAXINOMIE X. parue en 1768. url : http://www. Marcel S. dont les domaines de compétence dépassent la botanique. Vol.. Rousseau. 4 Albrecht von Haller est l’auteur de Enumeratio methodica stirpium Helvetiae indigenarum – parue en 1742 – et de Historia stirpium indigenarum Helvetiae inchoata en trois volumes. « Albert von Haller ». p. Roland 2000. Roland. Bernard (éd. Jules. p. dans Biographies neuchâteloises. 38. « Abraham Gagnebin ». Il entretiendra dès sa rencontre avec Albrecht von Haller en ce jour de 1739 une abondante correspondance scientifique. y compris en dehors des cercles savants. et GAGNEBIN.. 8 KAEHR. Roland. cit. Notes 1 Abraham Gagnebin est l’auteur d’un catalogue des plantes de l’évêché de Bâle. « Rêveries d’un promeneur solitaire. 13 KAEHR. Porrentruy. Berkeley. cinquante . tome 10. 1782. Historical Studies in the Natural Sciences. « Le passé recomposé : du Cabinet de curiosité à l’annexe du Musée de peinture ». « Plants and Animal in History : The Study of Nature in Renaissance and Early Modern Europe ». 80. le Dr D’Ivernois est l’auteur d’un catalogue des plantes du Jura neuchâtelois repris par von Haller dans son ouvrage sur la flore de Suisse. et idem. Il sera en outre le premier maître en botanique de Jean-Jacques Rousseau lors de son séjour à Môtiers. 1851. Membre de plusieurs grandes Académies européennes.ch/. Lausanne. tome 1.1. Et l’exaltation de ceux qui. Voyage historique et littéraire dans la Suisse occidentale. Thomas. Jean-Jacques. pp. Valérie. 14 DAVID. outre un savant réputé. Neuchâtel. 7 Von Haller. à l’instar de Rousseau.

.l. ibid. la pratique consistait à énumérer les références bibliographiques des différents auteurs ayant précédemment décrit l’espèce. 1995. tome 3. 2007. Osiris. cit. comte de.php. p. dans op. Ravenne. cit. 73. (note 39). 22 ROUSSEAU. dans CANDAUX. 45 Lettre de Bonnet à von Haller du 18 décembre 1770. dans Dictionnaire historique de la Suisse (DHS). 31 Ibid. Leiden. 103-129.. p. qui ne souhaite pas non plus se laisser forcer la main mais finira pourtant par accepter de collaborer à l’Encyclopédie d’Yverdon. (note 10). 28 Rousseau le souligne dans l’introduction à son dictionnaire de botanique : « Cependant les voyages de long cours enrichissoient incessamment la botanique de nouveaux trésors . 49 Ibid. 34 Pour plus de précisions sur la controverse entre Buffon et Linné. 15. 54 Ibid. Paris. vol. p. 32 Ibid. 107. cinquante et un . Louis Jurine : chirurgien et naturaliste (1751-1819).. 39 PROUST. 33 Ibid. 444. et tandis que les anciens noms accabloient déjà la mémoire. dans CANDAUX.). Rousseau. 43 BANDELIER. Baltimore. 1055. « The Letters of Fortunato Bartolomeo De Felice to Pietro Verri ». 2005. Christian.. « Linné et Buffon : deux visions différentes de la nature et de l’histoire naturelle ». 52 DONATO. p. 10-11. citée dans PROUST. ChêneBourg. 445. F. dans op. 635. 23 ROUSSEAU. 808 . Promenade VII ». Michel. Serge. voir BARSANTI. dans HOQUET. 41 Il s’agit du véritable titre de l’Encyclopédie d’Yverdon : Encyclopédie. p. cit.. Yverdon. p. 445. (note 39). des arts et des métiers. 258259 : lettre de Bonnet à von Haller du 20 février 1762.TAXINOMIE X. 40 Pour une biographie du dottore de Felice. 1054-1055. dans MLN.1. 1054.. « La “nuova storiografia digitale” negli Stati Uniti (1999-2004) ». 1852-1853. Jacques. 13-29. 25 DERRIDA. 11 juin 1765. 99. p. Introduction ». Inventing the Indigenous : Local Knowledge and Natural History in Early Modern Europe. (note 36). sive Itinera per Haelvetiae Alpinas regiones. vol. tome 5. « Du Dictionnaire de Furetière au Grand vocabulaire français de Panckoucke : la joute confessionnelle des dictionnaires et des encyclopédies ». 41. 516. cit. ibid. 60. 811. 2000. Yverdon. Le mot !"#$%&'%()* signifie littéralement « celui qui se ballade dans les montagnes ».). 1723-1789 et son Encyclopédie : Yverdon 1770-1780 (d’après des documents inédits). article « Encyclopédie ». 481. pp. Albrecht von. 1983.. Paris. Edo (1751-1781) ». p. « Science et religion chez quelques correspondants genevois de l’Académie de Berlin ».. p. Paris. Johns Hopkins University Press. Marcel S. Giulio. 1745-1775 : le choix protestant de Fortunato Bartolomeo de Felice ». pp. J. (note 9). 1835. cit. pp. 50 Lettre de Voltaire à D’Alembert du 4 juin 1769. Paris. 20 « Colonial expansion enlarged universal knowledge. p. 58 vol. Jean-Jacques. Berne. p. p. p. 30 Ibid. Marc J. 1723. « Sur la route des encyclopédies : Paris. 2005. p. de Felice. ou Dictionnaire raisonné des sciences. 93 : Lettre du 18 juin 1767. « Abraham Gagnebin ». 2004 (transcription d’une conférence de 1978). ibid. 12-13 [reprise de l’édition effectuée en 1894 par F. Alix. « Religion et Lumières en Italie. 63. 42 PROUST. 911. Qu’est-ce que les Lumières ?. dans Lettres élémentaires sur la botanique à Mme De Lessert. dans CANDAUX. Buffon / Linné : éternels rivaux de la biologie ?. Charles. 2007.. (note 36). s. p.hls-dhs-dss. (note 10). 24 Avant l’adoption de la nomenclature linnéenne.1 TAXINOMIE X. 26 Sur le tournant linguistique comme catalyseur des systèmes de classification du langage et du savoir. Œuvres complètes [édition revue par RICHARD. et HOQUET. 55 NOIRET. « Rêveries d’un promeneur solitaire. 27 DIDEROT. 19 Traduction par Enrico Natale et Vicky Paradisgarten. 32. ibid.). Clorinda. mis en ordre par M. « Figures du tournant linguistique chez Joseph-Marie de Gérando » dans SIGRIST. 1992. « Lettre VIII ». Achille]. pp. Jacques..1 16 ROUSSEAU. p. 18 COOPER. pp. version du 6 mars 2009. Jean.ch/ textes/f/F17643. Les fondements de la botanique : Linné et la classification des plantes. 47 Lettre de Bonnet à von Haller du 13 novembre 1772. p. Paris. !"#$%&'%()*+helveticus. op. Thierry (dir. Chicago. op. dans Memoria e Ricerca Online. tome 5. lettre de von Haller à Bonnet non datée. Leeuwarden. Thierry. 29 BUFFON. p.. « Nature and Empire : Science and the Colonial Enterprise. 11 avril 1773.. L’Encyclopédie d’Yverdon et sa résonnance européenne : contextes – contenus – continuités.41. p. 2005. et HALLER. (éd. ».. 35 JACQUAT. The Correspondance between Albrecht von Haller and Charles Bonnet [texte établi et annoté par Otto Sonntag]. voir MACCABEZ. Jean-Jacques. 37 D’ALEMBERT. [1751-1765]. 422. 38 DONATO. dans Œuvres complètes de J. p. p. 1999. 48 Ibid. 1770-1780. 17 SCHEUCHZER. op. Paris. MACLEOD.. Eugène. op. Science became a key aspect of a global intelligence system. op. André. dans DE BEER et GAGNEBIN (éd. Paris. (éd. Promenade VII ». 45. « Rêveries d’un promeneur solitaire. Paris. Mal d’Archive. pp. 444. Paris. (note 36). 14.. dans ROUSSEAU. d. Œuvres complètes. p. cit. 1984. Genève. De Felice use du même procédé avec von Haller. which served best the interests of those best placed to receive its data ». 1839. Jean-Jacques. cit. cit. op. Cambridge. Roy. ibid. 21 Lettre de Rousseau à DuPeyrou. Paris. p. René et al. Picavet pour le compte des éditions Armand Colin]. Jean-Jacques. Discours préliminaire de l’Encyclopédie. de Félice. in-4°. il en falloit inventer de nouveaux sans cesse pour les plantes nouvelles qu’on découvroit. 36 Voir à cet égard LECA-TSIOMIS. dans Encyclopédie. Clorinda. Johann Jakob. 1903. ou Dictionnaire universel raisonné des connoissances humaines. Jean-Daniel et al. 55.B. 477. p.1. voir RATCLIIFF. Stuttgart. s. Denis. p. dans CANDAUX. Marie. 53 FOUCAULT. 44 BONNET. Georges Louis Leclerc. et SESTER. 46 Lettre de Bonnet à von Haller du 24 mars 1769. 51 Lettre de Voltaire à Cramer de décembre 1770. url : http://www.).

Sign up to vote on this title
UsefulNot useful