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Nadja d’André Breton

Breton, André (1896-1966), écrivain français, chef de file et théoricien du surréalisme.

Né à Tinchebray (Orne), étudiant en médecine à partir d’octobre 1913, André Breton se tourne très
jeune vers la poésie, qu’il admire tout d’abord à travers les œuvres de Mallarmé et de Valéry. Durant
la Première Guerre mondiale, mobilisé dans le service de santé de l’armée, il fait la rencontre, dans un
hôpital, de Jacques Vaché, dont le comportement tout à la fois étrange et révolté et plus encore la mort
mystérieuse vont exercer sur sa personnalité et sur ses goûts littéraires une influence décisive. Sans les
renier, Breton s’éloigne alors de ses premières sources d’influence pour se tourner vers la poésie
d’Apollinaire et de Rimbaud. En avance sur sa génération, il fait, par ailleurs, le constat que le
cataclysme dans lequel les valeurs d’avant-guerre ont sombré rend également caduques les certitudes
philosophiques, épistémologiques et scientifiques. Son premier recueil poétique paraît en 1919 (Mont
de piété).

C’est à cette époque et dans ce contexte que Breton, lecteur de Freud, décide d’explorer l’abîme
ouvert par les recherches psychanalytiques sur l’inconscient, véritable labyrinthe de l’irrationnel qui
s’offre désormais à l’investigation littéraire.

Avec Philippe Soupault et Louis Aragon, il fonde en 1919 la revue Littérature, puis fait la
connaissance de Tristan Tzara, jeune chef de file du mouvement Dada que Breton rejoint en 1920 pour
participer à une “ entreprise sans précédent de destruction de toutes les valeurs traditionnelles ”
(Maurice Nadeau). En 1920 est publiée la première œuvre surréaliste, les Champs magnétiques,
recueil rédigé par Breton et par Soupault selon le procédé de « l’écriture automatique » et qui explore
les potentialités des états hypnotiques. Les écrivains collaborant à Littérature et les membres de Dada
se réunissent à l’occasion de quelques manifestations iconoclastes et tapageuses ; mais en 1922,
Breton rompt avec Tzara à la suite de nombreux désaccords apparus entre les deux hommes. Si
l’anticonformisme de Dada et sa volonté de nier la solution artistique restent au cœur de la définition
du surréalisme, Breton revendique une poétique et une pensée nouvelles.

En 1923 est publié le recueil Clair de Terre, suivi l’année suivante de Pas perdus, qui réunit de
riches essais critiques. Breton établit ensuite ses positions esthétiques dans un premier Manifeste du
surréalisme (1924), qui met en lumière le rôle des mécanismes de la pensée et de l’écriture fulgurante
au sein de la poésie surréaliste. À partir de décembre 1924, le groupe se dote d’une revue, la
Révolution surréaliste. En 1928, Breton publie Nadja, récit inspiré par la rencontre d’une jeune femme
inconnue. La même année, il écrit le Surréalisme et la Peinture qui montre que l’esthétique dépasse
largement la littérature pour embrasser tous les domaines artistiques.

En 1929, dans un Second Manifeste du surréalisme plus polémique et didactique, il précise la


notion de « surréalité », sonne le ralliement du surréalisme au marxisme et condamne les
« déviations » en prononçant un certain nombre d’excommunications. Gardien de l’orthodoxie du
mouvement, Breton est, pour les autres membres du groupe, une sorte de maître à penser dont les
convictions affirmées le rendent parfois intraitable et lui valent le surnom de « Pape du surréalisme ».
La rupture avec Vitrac, Soupault, Artaud et Desnos, entre autres, survient précisément à l’occasion de
la définition des positions qu’il convient d’adopter à l’égard du marxisme et du Parti communiste
(Breton est entré au Parti en 1927). Ralentir travaux (écrit en collaboration avec Éluard et Char), qui
approfondit les théories du Second Manifeste, paraît en 1930, suivi en 1932 de Vases communicants.
Les autres œuvres poétiques de cette période (l’Union libre, 1931 ; le Revolver à cheveux blancs,
1932 ; l’Air de l’eau, 1934 ; États généraux, 1943 ; Ode à Charles Fourier, 1947) sont des recueils de
vers libres, qui disloquent la syntaxe et font la part belle à des métaphores qui se présentent « comme
ces images de l’opium que l’homme n’a plus à évoquer mais qui s’offrent à lui spontanément »
(premier Manifeste du surréalisme).
Nadja d’André Breton

En 1935, Breton quitte le Parti communiste sans rompre pour autant tout engagement politique. Il
voyage beaucoup pour le mouvement et s’investit dans la revue Minotaure. Avec Léon Trotski,
rencontré au Mexique en 1938 — un an après la publication d’une œuvre capitale, l’Amour fou —, il
rédige le manifeste Pour un art révolutionnaire indépendant.

En 1941, exilé à New York, il publie des Prolégomènes à un troisième manifeste du surréalisme
ou non, puis, trois ans plus tard, Arcane 17 (1944). Après la guerre (1946), il revient en France et,
jusqu’à sa mort, publie régulièrement des recueils poétiques (la Clé des champs, 1953), des ouvrages
théoriques (le Surréalisme, même, 1954) ou des essais critiques (l’Art magique, 1957 ; Constellations,
1959).

La definition que donne Breton du surréalisme est bien connue : « Automatisme psychique pur par
lequel on se propose d'exprimer soit verbalement, soit par écrit, soit de toute autre manière, le
fonctionnement réel de la pensée. Dictée de la pensée, en l'absence de tout contrôle exercé par la
raison, en dehors de toute préoccupation esthétique ou morale.
ENCYCL. Philos: Le surréalisme repose sur la croyance à la réalité supérieure de certaines formes
d'associations négligées jusqu'à lui, à la toute-puissance du rêve, au jeu désintéressé de la pensée.»
Cette définition concerne surtout la pratique de l'écriture automatique par laquelle Breton prétend
exprimer le jaillissement naturel de la pensée.

Car le surréalisme est aussi un mouvement culturel et artistique qui a touché tous les domaines de
la création (particulièrement la peinture) et s'est inscrit dans les joutes politiques de l'entre-deux-
guerres. Breton l'a profondément marqué de sa personne au point que lui seul en a animé l'esprit
jusqu'à sa mort (1966). Il faut savoir que les surréalistes écrivaient parfois sous l’hypnose pour faire
ressortir l’inconscient sous forme d’écriture automatique.
Nadja d’André Breton

L’œuvre
André Breton prétend écrire son livre dans un lieu retiré (le manoir d’Ango à
Varengeville-sur-mer) qu’il « détruit » métaphoriquement au moment de l’entrée en scène de
Nadja (p. 69), comme si héroïne et écrivain ne pouvaient coexister dans ce livre.

Structure de l’œuvre : de « qui suis-je ? » à « qui vive ? »…


jusqu’au « Point De Départ
premier « mouvement » (pp. 9-24)
Préambule » (l’Hôtel Des Grands Hommes)

Second « mouvement » (pp. 24-69) souvenirs et rencontres

Partie centrale Le « journal » (pp.71-127) du 4 au 12 octobre 1926


(pp. 71-172) Cinq « strophes » (pp. 127-172) dessins et œuvres d’art

Nadja s’inscrit dans le mouvement surréaliste, et Paris, ville miroir du hasard et du


théâtre, y joue une place centrale, l’action s’y déroulant en grande partie. La capitale devient
un lieu d’errance ou l’insolite est présent sous toutes ses formes telles que dans les affiches
publicitaires, statues commémoratives, stations de métro, fenêtres fermées sur leur mystère,
autant d'énigmes parmi lesquelles Nadja évolue que dans l'orchestration de ses thèmes : on y
note, bien sûr, l'intérêt pour les manifestations de l'inconscient, voire de la folie( notons ici
qu’à la fin de l’œuvre Nadja est incarcérée dans un hôpital psychiatrique), qui semble à
Breton une des manifestations les plus authentiques de l'Esprit.
Le traitement de l’espace dans Nadja s’écarte résolument d’une entreprise réaliste ou
naturaliste. Même certains lieux célèbres : la place Dauphine, à la forme triangulaire si
particulière, la statue d’Étienne Dolet ou le château de Saint-germain, par exemple, resteront
chargés de mystère. Le narrateur comme le lecteur semble déambuler dans la ville à la
manière d’un rêve mystérieux ou le réel se confond avec l’irréel. Ainsi il traverse de
nombreux lieux et places célèbres tels que le Conservatoire Renée Maubel, la Place du
Panthéon avec la statue de Rousseau, le cinéma du boulevard Bonne-Nouvelle ou l’ancienne
salle des « Folies dramatiques ». Nous pouvons ainsi découvrir l’itinéraire du personnage
principal.
Plusieurs rencontres poétiques avec les femmes telles que Blanche Derval, la jeune
femme de Nantes, la marchande des puces annonceront la rencontre avec Nadja, qui pourrait
être vu comme le double féminin du poète.

Nadja vit séparée de ses parents, qui ne savent pas ce qu’elle fait à Paris (p. 77) « Je suis
l’âme errante », elle n’a aucune habitude de vie, citons« Je demande où elle dîne… Où ?...
mais là, ou là… où je suis, voyons. C’est toujours ainsi. » (4 octobre, p. 82). Elle erre dans les
rues de Paris sans but, et son nom n'est même pas le sien. Elle explique que Nadja est le nom
Nadja d’André Breton

qu'elle s'est choisi, et qu'en russe, Nadja est le commencement du mot "espérance".
Nadja est aussi une lectrice, qui fascine le poète, de même que le lecteur de Baudelaire,
citons « … elle s’empare des livres que j’ai apportés (Les Pas perdus, Manifeste du
surréalisme) : « Les pas perdus ? Mais il n’y en a pas. » Elle feuillette l’ouvrage avec grande
curiosité. Son attention se fixe sur un poème de Jarry… » (p. 83) ; la lecture permet de révéler
déjà la surréalité de l’histoire.
Cette femme est une voyante, celle qui a ouvert le seul passage des Pas perdus qui évoque
une « rencontre frappante », celle d’un « véritable sphinx sous les traits d’une charmante
jeune femme » qui semblerait être un double de l’héroïne, « ce sphinx…, c’est à cela qu’est
allée tout de suite Nadja » (p. 89). Celle qui dit à Breton : « Je vois chez vous. Votre femme…
», etc. (p. 85). Celle qui annonce l’éclairage de la fenêtre (place Dauphine, p. 96). Celle qui
pratique la « parole automatique » (p. 87), sorte de poésie en acte, citons « Elle se sert d’une
nouvelle image pour me faire comprendre comment elle vit : c’est comme le matin quand elle
se baigne et que son corps s’éloigne tandis qu’elle fixe la surface de l’eau. « Je suis la pensée
sur le bain dans la pièce sans glace. » (p. 117)
Nadja finira ses jours en hôpital psychiatrique, une fin en totale opposition avec le nom
qu'elle s'était choisi. André Breton, tout au long du livre, se limitera dans le rôle d'observateur
vis-à-vis de Nadja, pour garder son objectivité sur cette expérience, mais aussi pour ne pas
tomber dans la folie dans laquelle l'entraînait Nadja. Cependant, il se permet tout de même de
livrer une critique de la psychiatrie suite à l'internement de la jeune femme.

Enfin, il est nécessaire de présenter et d’expliquer la présence des images dans le livre.
Dans le préambule, page 9 à 70 il ya 12 photos, dont 4 images culturelles évoquant cinéma et
théâtre. Lors de la rencontre avec Nadja, page 71 à 172, se trouve des photos, des images
culturelles : peinture et sculpture, dont 2 images retracent les arts primitifs ainsi que les
dessins de Nadja : une série centrale (page 117 à 125) initiée par « les yeux de fougère », mais
deux œuvres isolées, le premier dessin (p.123/104), et « l’âme du blé » (p.163/138). Dans
l’épilogue, page 173 à 190, il n’y a uniquement des photos, dont un portrait de Breton. On
peut remarquer, concernant la rencontre amoureuse, qu’aucune photo, dans ce livre, ne
représente un couple. Breton apparaît dans les images quand Nadja disparaît, et Nadja ne se
donne jamais à voir, mais plutôt donne à voir. La quête du poète ne semble donc pas se
cristalliser sur la figure de l’être aimé ni sur le sentiment amoureux.
Par exemple, l’héroïne fait des tentatives d’autoportrait ou elle s’appréhende elle-même («
qu’est-elle ? », p. 145

Passage choisit : p166 à 169, critique de la psychiatrie, seul instant du livre ou Breton
s’exprime réellement. Il est intéressant de voir ici, selon moi, comment le surréalisme peut se
lier à la révolte. La révolte serait ainsi propre à l’homme car venant de l’inconscient, étant la
source de la réalité ou la face cachée de l’homme.
Nadja d’André Breton