AMOUR ET AMITIE – I

(Père François Potez) Je t’aime… C’est un super-pote… Lui et elle, ils sont « ensemble » depuis plus d’un an… C’est avec elle que je suis sorti deux ou trois fois… Elle, c’est ma meilleure amie… Lui ? Il se la joue un peu mytho !… Comment se repérer dans ce dédale d’expressions vagues qui ne disent plus grand chose ? Comment décoder un vocabulaire totalement piégé, employé à tort ou à travers ? Comment aider, guider ou se guider soi-même ? Comment faire la différence entre une amitié pure, stable, saine, gage du vrai bonheur, et ces relations amicales ou amoureuses qui empoisonnent souvent la vie, après avoir grisé un temps ? L’Amitié est-elle seulement possible ? Les médias, les rallyes ou l’Eglise ont des positions et des discours si souvent contradictoires dans ces domaines !… Pourquoi faut-il que la souffrance se mêle toujours de ces questions-là ?… Voici quelques pistes pour démêler tout cela et y voir un peu plus clair (1) I – Débroussaillage. *Une distinction essentielle d’abord : - l’amitié est toujours réciproque, sinon ce n’est pas une amitié. Et c’est une relation personnelle, de personne à personne. Elle se découvre progressivement. - L’amour, lui, n’est pas toujours réciproque. C’est un « mouvement vers », un élan. Il peut devenir, quand il est plus parfait, un choix, une décision, un engagement. *Mais il faut détailler davantage : 1 – Les degrés dans l’amour, en général Le verbe aimer a plusieurs sens : il est évident que je n’aime pas mon chien comme j’aime le bon vin, et que l’amour de Dieu n’a pas grand chose à voir avec l’amour de soi… Il y a donc plusieurs degrés dans l’amour : l’amour instinctif. J’aime dormir, j’aime manger ; c’est instinctif. Facile… l’amour affectif. Ici, c’est beaucoup plus complexe. Entrent en ligne de compte le sensible, l’imaginaire, la mémoire, la passion et toute la psychologie en général. J’aime un bon verre de bière, dans un bon fauteuil, devant un beau coucher de soleil sur une mère bien bleue. J’aime Mozart… ou les Beatles. J’aime Fabiolon : c’est mon petit chien à moi… Je t’aime un peu, beaucoup, passionnément, à la folie… l’amour spirituel. Là, ce n’est pas facile, parce que c’est presque trop simple. Je l’aime. Point. Qui ? Un ami, une amie, Dieu. C’est réfléchi, c’est libre, c’est grand, c’est clair. Mon intelligence et mon cœur (ma volonté), ma conscience sont tout entiers impliqués dans cet amour. C’est moi qui aime, avec tout ce que je suis, toute ma personnalité : « Je » aime. A ce degré, et à celui-là seulement, l’amour peut-être qualifié véritablement d’amour humain.

-

2 – Points communes dans l’amour en général Bien entendu, si c’est toujours le même verbe « aimer » que j’emploie, c’est qu’il y a des points communs : • l’attirance d’abord, qui est toujours le point de départ de tout : le gros plat de nouilles qui m’attire, quand j’ai faim ; Fabiolon aussi, qui sait susciter les caresses ; Patrick, Sophie ou…aussi – je n’insiste pas ! Et Dieu aussi après tout, mais là, c’est différent ; c’est surnaturel et ça ne se sent pas. Trois questions pour voir plus clair : - De quelle manière suis-je attiré(e) ? - Qu’est-ce qui est attiré en moi ? - Qu’est-ce qui m’attire dans telle chose, ou chez untel, chez unetelle ? • la réponse : Toute attirance demande une réponse positive ou négative, et ceci à chaque degré : - manger, dormir ? « J’en ai besoin ». Ou au contraire, « pas maintenant, ce n’est pas le moment ». - au plan affectif : « J’ai envie, je craque ». Ou au contraire, « je goûte avec mesure, me retiens ». - au plan spirituel : « Je veux, je choisis ». Ou « non, je ne veux pas. » La conséquence : enfin, ou le fruit qui caractérise l’amour, à tous les degrés : la conséquence d’un amour instinctif (disons aussi besoin naturel) bien mesuré, c’est la santé. Le fruit de l’amour sensible, c’est le plaisir (qui n’est pas toujours mauvais !). Et le fruit d’un amour spirituel bien vécu c’est la paix et la joie. Disons même carrément, le bonheur. 3 – Les quatre grandes étapes de l’amour A ces différents degrés d’amour, à ces différentes espèces d’amour, correspondent en général dans le temps, quatre grandes étapes. Ces étapes marqueront et qualifieront la maturité en même temps que la perfection de l’amour. • l’amour de soi S’aimer soi-même est élémentaire mais ce n’est en vérité par si fréquent. C’est l’enfant qui se situe lui-même au centre du monde, à la fois réel et imaginaire (c’est tout un pour lui). Il n’a pas pris encore la mesure de l’altérité, de ce qui n’est pas lui. Mais il a besoin de repères et de références fortes et stables, à commencer par ses parents et sa famille. • l’amour de l’autre pour soi C’est la recherche en quelque sorte d’une compensation affective : tout amour commence par un certain manque, c’est vrai. Certains désirs, en particuliers des désirs sensibles, apparaissent à l’âge de l’adolescence et sont nouveaux. Il faudra les assumer, sans se laisser engloutir. Ca non plus, ça n’est pas simple et on aura besoin de l’aide bienveillante et réconfortante des aînés.

• l’amour de l’autre pour lui-même On se met à chercher vraiment le bonheur de l’autre, aux dépens même éventuellement de son propre bonheur (en apparence tout au moins). Là seulement commence l’amour véritablement humain. C’est Jésus qui en donne le secret : « Tout ce que voudriez que l’on fasse pour vous, faites-le aux autres ». Et c’est Lui encore qui nous en donne la force. Car « sans moi, vous ne pouvez rien faire » dit-Il. • Avec celui /celle qu’on aime, l’amour des autres C’est l’ouverture aux enfants, à la société. Faute de parvenir à cette étape ultime, on pourra bien vivre un très bel amour, il sera encore un peu individualiste : c’est la mort de la famille et de la société. - Ces amis qui s’aiment beaucoup mais qui ne s’ouvrent pas au groupe ou à la communauté : ils sont toujours à part… - Ces époux qui ne veulent pas d’enfants, ou pas trop, ou pas pour le moment : il manque une dimension essentielle à leur amour. L’amour véritable commencer avec l’ouverture et l’accueil d’un troisième. - Ces chrétiens qui se réclament de l’amour du Christ mais qui ne veulent pas entendre parler de l’Eglise. II – L’Amitié. Là aussi, il faut faire le tri… car il y a amitié et amitié ! 1 – Les amitiés qui ne durent pas toujours. Pour ne pas dire qu’elles sont éphémères… ce ne sont pas à proprement parler des amitiés, mais c’est souvent un début. • celles qui sont fondées sur l’utile : Ce sont les relations, les camarades, les copains, les amitiés estudiantines. Il ne faudrait pas pour autant mépriser ces relations-là ! Elles sont en général très nécessaires pour grandir, pour s’aider et s’entraider, pour se « faire les dents » du raisonnement ou pour affiner ses convictions personnelles. Et même aussi après tout pour se payer un peu de bon temps. Le Bon Dieu ne le défend pas, et même Il s’en réjouit si on pense à ne pas L’exclure de tout ça. Ce qui serait mauvais, c’est la complicité, dans son sens négatif, qui consiste à s’entraîner mutuellement dans une affaire ou une situation louche. C’est malheureusement extrêmement fréquent, jusque dans la politique de haute volée… « les méchants n’ont pas d’amis, ils n’ont que des complices », dit Salluste. • celles qui sont fondées sur l’agréable : Ces amitiés-là non plus ne sont pas toutes mauvaises, heureusement ! Quoi de plus agréable que de retrouver un(e) ami(e) simple et gentil(e) pour un camp ou pour une ballade en montagne ? Quoi de plus agréable, pour un garçon qui a un peu de tact, que d’inviter une jeune fille délicate et habillée avec goût pour danser une belle grande valse ? Ils sont un peu malhabiles au début… et après ? Ce qui serait mauvais, et même dangereux, c’est que cette amitié dévie peu à peu pour devenir une « petite amitié » : quoi de plus ridicule qu’un « petit ami » ou une « petite amie » ? Et puis d’abord pourquoi « petit » ?! J’ai en horreur ce qui est « petit » : l’amitié, c’est fait pour devenir une grande chose ! Ne réduisons pas, ne galvaudons pas l’amour en dérapant dans le flirt et toutes ces sortes de relations plus ou moins gélatineuses.

Parmi toutes ces amitiés, avec le temps et la patience (voir le prochain article, en septembre), certaines passeront à la catégorie suivante : 2 – Les amitiés stables, qui durent toujours. Ce sont celles qui sont fondées sur le bien véritable, c’est à dire le bien humain ; le Bon. Ce pour quoi l’être humain est fait. • les amitiés d’hommes Fortes, viriles, qui construisent une vie. Celles dont on dit dans les proverbes : « un frère aidé par son frère est une place forte, et des amis sont comme les verrous d’un donjon » (Pr 18 19). Et encore : « Un ami fidèle est un puissant soutien, qui l’a trouvé a trouvé un trésor ». (Si 6 14). • les amitiés féminines Pures et étincelantes comme le cristal. Celles des confidences et des sourires (sans exclure le rire !). A l’image de Marie et Elizabeth. • les amitiés entre parents et enfants parvenus à la vraie maturité. Les plus profondes peut-être : quoi de plus grand qu’une paternité ou une maternité qui s’achève en amitié ? Qu’un fils devenu le meilleur ami de son père ou de sa mère ? • les amitiés entre jeunes hommes et jeunes filles libres et responsables Amitiés pures, claires, transparentes, joyeuses, qui feront envie aux plus jeunes et les aideront dans leurs propres difficultés. • les amitiés entre époux, dans l’amour conjugal, achèvement de l’amour humain. Quoi de plus beau, quoi de plus enthousiasmant pour les enfants que d’admirer leurs parents qui sont les plus grands amis de la terre, pleins d’attentions, de délicatesse, de tendresse ? 3 – Attention ! Il faut noter que ces amitiés-là (celles qui durent toujours) nécessitent une pleine liberté, une pleine responsabilité, un choix qui est un véritable engegement. Elles nécessitent un équilibre personnel et une volonté fermement déterminée. Car l’amitié, même la plus belle, n’exclut pas le « gros temps » ! C’est pourquoi ces amitiés sont rares, et réservées à l’âge de la pleine maturité. Et qui pourrait dire qu’il peut faire un choix libre et définitif avant 22 ou 23 ans, dans le contexte de la société actuelle ? 4 – L’amitié divine. Il faudrait parler aussi, bien entendu, de l’amitié divine : Dieu est Père, mais aussi Ami (cf Jn 15.15) et même Epoux ! C’est avec Dieu que l’on peut connaître la forme d’amitié la plus achevée. Et ceci éternellement… Mais il faudrait faire là-dessus un chapitre spécial. Citons simplement le Siracide : « qui craint le Seigneur se fait de vrais amis, car tel on est, tel est l’ami qu’on a » (Si 6 17)

III – Conclusion (partielle…) Rien de plus beau que l’amitié. C’est vrai ! Nous sommes faits vraiment pour cela. Mais évidemment (nous n’avons fait que l’effleurer), la véritable amitié, le véritable amour, nécessitent une fameuse bataille ! Car depuis le péché originel, l’esprit n’a plus prise directe sur la sensibilité et sur l’affectif : nous sommes tous des enfants d’Adam et Eve. Et c’est tout le but de l’éducation que d’apprendre à devenir vraiment libre, capable d’aimer. Dans un prochain article, nous regarderons plus en détail les signes qui révèlent une véritable amitié, et les principaux pièges et écueils à éviter. Pour cette fois, écoutons simplement encore le Saint Père s’adresser à nous : « Jeunes de France, je voudrais que nous fassions tous ensemble une ascension, une véritable cordée en direction des sommets à la fois difficiles et tonifiantes de la vocation de l’homme, de l’homme chrétien. » (Parc des Princes 1980) Une devinette enfin. • Quels sont les deux points communs entre mon lit et Dieu ? - dans les deux je me repose. - je les aime tous les deux. • Quelle est la différence essentielle entre mon lit et Dieu ? - mon lit, je n’ai aucun mal à y entrer et un mal fou à en sortir. Surtout quand je suis fatigué. - Dieu, je n’ai malheureusement aucun mal à en sortir, mais un mal fou à y entrer. Surtout quand je suis fatigué… De l’amour le moins parfait à l’amour le plus parfait… Plus l’amour est parfait, plus il est exigeant et plus il me coûte. Si l’amour est un trésor, attends-toi à payer le prix fort !

Sur le long chemin qui mène à l’amour, beaucoup s’arrêtent, séduits par les mirages de l’amour : Si tu es ému jusqu’aux larmes » en face d’une souffrance, si tu sens ton cœur battre très fort devant telle ou telle personne, ce n’est pas de l’amour, c’est de la sensibilité. Si tu t’es « laissé prendre » par sa force paisible ou par son charme, si, séduit, tu t’abandonnes, ce n’est pas de l’amour, c’est une démission. Si, bouleversé, tu t’extasies devant sa beauté et la contemples pour en jouir, si tu trouves son esprit remarquable et recherches le plaisir de sa conversation, ce n’est pas de l’amour, c’est de l’admiration. Si de toutes tes forces tu veux obtenir un regard, une caresse, un baiser, ce n’est pas de l’amour, c’est un désir violent né de ta sensualité. Aimer, ce n’est pas être ému par un autre, avoir de l’affection sensible pour un autre, s’abandonner à un autre, admirer un autre, désirer un autre, vouloir posséder un autre.

Aimer, essentiellement, c’est se donner à un autre et aux autres.

Discours de Paul VI, le 26 juillet 1978 : « L’amitié crée une harmonie de sentiments et de goûts qui fait abstraction de l’amour des sens, pour, au contraire, porter à un degré très élevé, et même jusqu’à l’héroïsme, le don de l’ami à l’ami. Nous pensons que les rencontres de vacances, aussi occasionnelles et provisoires qu’elles soient, donnent aux âmes nobles et vertueuses la possibilité de connaître cette relation humaine et chrétienne qui s’appelle l’amitié, laquelle suppose et développe la générosité, le désintéressement, la sympathie, la solidarité, et spécialement la possibilité de sacrifice réciproque. L’amitié sera facile, pure, forte, si elle est soutenue et entretenue par cette sublime communion d’amour qu’une âme humaine doit avoir avec Jésus Christ. »

AMOUR ET AMITIE – II
(Père François Potez) « L’amour commencer quand l’amitié s’arrête… » « Dans l’amitié, on est plus sincère que dans l’amour… » « Avec un petit ami, on sait que c’est pas pour toujours… » « Mais mon père, puisque je vous dis que je l’aime !… » Ces réflexions recueillies sur le vif prouvent, une fois de plus, que nous circulons aujourd’hui dans un vaste champ de mines. Et rares sont ceux qui en connaissent le plan. L’été à été fertile ; des amitiés se sont nouées. Que deviendront-elles ? Jusqu’où nous mènerontelles ? Deviendront-elles lumières et repères pour construire notre vie, ou est-ce qu’au contraire elles seront peu à peu autant de pièges et de mines supplémentaires sur la route ? (1) I – Je crois bien que je l’aime…

… Mais comment savoir si je l’aime ?… La question est mal posée : bien-sûr que je l’aime ! Au moins à un certain degré. Sinon la question ne se poserait pas ! Il faudrait se demander plutôt : Comment, à quel niveau est-ce que je l’aime ? Comment, à quel niveau estce que je veux l’aimer ? Ou, encore mieux, est-ce que nous nous aimons d’une véritable amitié ? Car c’est l’amitié qui est la clef. Et des amitiés, il en existe de plusieurs sortes (2). • Ici surgit une difficulté très classique : Au cœur d’une « simple amitié », au dedans d’une relation de cordiale sympathie, naît parfois une sorte de sentiment – qui peut être violent ! – qui pousse l’un vers l’autre. C’est l’amour-passion, qui n’est pas forcément réciproque et qui peut être très difficile à canaliser et à contenir, même quand on le vit pas pour la première fois. Mais c’est là le point crucial : tout en sentant bien qu’il y a plus qu’une relation de camaraderie ou de sympathie fondée sur des goûts, des intérêts ou des opinions communs, on sent aussi – pour peu qu’on reste un minimum lucide – que cette passion risque bien de nous submerger si on la laisse faire. • Que devient l’amitié là-dedans ?

A quel degré d’amour nous situons-nous ? Nous contenterons-nous d’un amour commandé par l’instinct ou par le plaisir, ou désirons-nous, même au prix de grandes batailles, découvrir un amour – une amitié – vraiment humaine et humanisante ? En posant ces quelques jalons pour vérifier la qualité d’une amitié puis pour en souligner les difficultés principales, gardons à l’esprit ces vérités très simples : * si l’amour est un trésor, il faut s’attendre à le payer cher ! * le plaisir (éphémère) se paie après ; la joie (durable) se paie avant. * pas de joie sans victoire ; pas de victoire sans combat. L’amour n’a donc rien à voir avec les mous ou les tièdes !… II – Les qualités et les signes d’une véritable amitié qui grandit. Posons simplement quatre questions : 1) Notre amitié nous rend-elle meilleurs ou est-ce qu’au contraire nous devenons agressifs, irritables, susceptibles ?.. Amitié attirante ou amitié exclusive ? Car, si l’amitié est bonne, elle rend aimable ! Elle rend plus disponible, plus attentif, plus miséricordieux pour les autres : on recherchera alors la compagnie de ces amis-là et on aura envie de s’asseoir près d’ex pour se réchauffer. Une amitié, au contraire, qui ferme le cœur, qui refroidit et qui fait fuir tout le monde… pas génial ! 2) Notre amitié est-elle claire et transparente, ou trouble et étouffante ? Amitiélampadaire ou amitié-éteignoir ? Puis-je présenter mon ami(e) simplement et sans faire de chichi à mes parents, à mes autres amis, à mon père spirituel ? Pourquoi voit-on si souvent des gens se planquer dans les coins ? Ils ont donc quelque chose à cacher ? Qu’on ne me dise pas que c’est par respect ou par discrétion ! Une règle d’or ici : « N’entre pas ou ne reste jamais dans ce qui te trouble… » 3) Notre amitié est-elle libre et confiante, ou inquiète et fébrile ? … Amitié-liberté ou amitié-pot-de-colle ?

C’est curieux comme il y a des amitiés qui rendent libres, qui donnent un cœur léger : on n’a pas besoin de savoir tout le temps si l’autre a passé cinq minutes avec untel plutôt qu’avec unetelle, s’il est en train de se moucher ou d’écrire à sa grand-mère… Ca sent la santé et l’équilibre ! On n’est pas propriétaire de l’autre !… Et puis d’autres amitiés qui sont « chichiteuses » : on n’accepte plus rien avant de savoir si elle ou il sera là aussi, si ça lui fera plaisir ou non : on n’a plus qu’un agenda pour deux…On est content si elle est contente et pas content si elle n’est pas contente… et comme c’est la même chose dans l’autre sens, on est bien avancée !… En même temps, d’ailleurs, on aimerait qu’elle soit comme ci plutôt que comme ça ou qu’il soit comme ça plutôt que comme ci…Ah ! Soyons libres ! C’est le moment de larguer les amarres et de pousser au large pour aller loin, plus haute, plus profond ! Soyons des oiseaux de grand vol pour voir plus grand ! L’amitié véritable est une piste d’envol. La fausse amitié est un plaquage au sol… 4) Notre amitié est-elle joyeuse et délicate ou triste et coincée ?… Amitié qui enthousiasme ou amitié qui rêve ? C’est simple : il faut parfois se regarder dans la glace. Est-ce que je deviens plus souriant, plus délicat, plus silencieux ? Plus enthousiaste aussi et plus décidé à aller loin, en prenant mon courage à deux mains et en me donnant la peine nécessaire ? Ou bien est-ce que tout, en dehors de nous deux, devient fade et triste ? « Il n’y a qu’elle – que lui- qui me comprenne ! Ma vie n’est plus rien sans toi-a-a-a-ah !… » III- Les pièges cachés d’une amitié qui grandit. Résumons maintenant en trois maître-mots les pièges et les difficultés qui peuvent se présenter : 1) Pas trop tôt ! Ceci s’adresse surtout à ceux qui entrent dans la découverte des grandes amitiés. A 16 ou 17 ans, et même en général à 20 ou 22, on n’est pas encore prêt pour se poser la question d’un engagement définitif. Il faut d’abord avoir fixé et équilibré sa vie, savoir profondément ce que l’on veut, s’être même cassé les dents une fois ou deux (…ou plus !) sur telle ou telle difficulté. Patience ! Un temps viendra où, parmi tous les amis, toutes les rencontres, un ou une se dégagera peu à peu. Et pour avoir longtemps et patiemment défriché et cultivé les terrains sauvages de l’affectivité, des sentiments et des passions, on y verra plus clair pour envisager l’avenir. Ce ne sera pas forcément plus facile ! Mais on sera devenu plus prudent, plus circonspect, plus expérimenté. On aura appris aussi à demander conseil. Pour le moment, faisons grandir les amitiés ; mais on ne parle pas encore de mariage ou même de fiançailles à 17 ou 20 ans. C’est faux ! Avançons, mais pas trop vite, et pas trop près… « Le temps ne respecte pas ce qu’on fait sans lui. » Je ne sais plus qui a dit ça, mais la formule est belle et vraie ! 2) Pas trop vite ! Ah ! Les belles déclarations du style : « tu sais, tu es mon meilleur ami ». Ou bien : « tu sais, je ne voulais pas te le dire, mais je te le dis quand même : c’est la première fois que je rencontre une fille qui…ou une fille que… ». Ce n’est pas par là qu’il faut commencer !

Chaque confidence intempestive ou superflue est un lien dont il sera difficile ensuite de se dépêtrer. Une sensibilité surchauffée (voir plus loin) pousse parfois trop vite à ce genre d’aveu ou de confidence : on ne peut plus respirer qu’on a déjà besoin de dire à l’autre comment on a respiré… Mais on n’a pas à se dire tout ! Ce n’est pas nécessairement une preuve d’amitié que de pratiquer l’ouverture de conscience ! (qui, d’ailleurs, est réservée aux prêtres… et encore, avec prudence). Inconsciemment, on cherche souvent à posséder l’autre par une confidence ou un secret : c’est souvent un moyen très subtil et d’autant plus dangereux qu’il est inconscient la plupart du temps. Au contraire, on gagne des forces à garder un secret, tandis qu’on s’affaiblit à le livrer trop vite. Un secret trop vite dévoilé crée de nouveaux désirs, tisse des liens plus complexes, et entretient parfois artificiellement une relation amoureuse qui aurait pu ne rester qu’une lumière passagère et même, parfois, bienfaisante. Tandis qu’un secret bien gardé préserve de bien des difficultés quand le désir s’éteint – souvent aussi vite qu’il est apparu ! -. Quand je sens une passion qui me pousse, je m’empresse de ne surtout rien dire et de ne rien laisser paraître, sinon à ceux qui peuvent me conseiller et me guider vraiment. Il y a des confidences chuchotées… Le soir au clair de lune, en montagne ou à la plage… ou même à la croix de Marthe, car les confidences mystiques ne valent pas forcément mieux que les autres… Les confidences écrites… Attention au courrier nocturne, cigarette au bec et walkman branché sur on sait bien quoi… Et enfin les confidences téléphonées, qui évoluent la plupart du temps en commérages sans fin…. Au grand désespoir des parents qui râlent mais qui paient quand même trop souvent la facture ! 3) Pas trop près ! Une bouilloire qu’on laisse trop près du feu finit par siffler. Et quand ça bout à gros bouillons, on ne voit plus rien de ce qu’il y a dedans. A se coller le nez au carreau, on ne voit plus rien de ce qu’il y a derrière… Quand on ne respecte plus les distances, on se marche sur les pieds et c’est l’angoisse… Dans l’amitié, il y a une certaine reconnaissance du cœur, de l’âme, de l’esprit, du corps. Mais le corps n’est que la 4° dimension ! Si on commence par ça, c’est l’appétit immédiat qui commande, mais il n’a aucun sens par lui-même, déconnecté du reste ! La tentation est grande, au début, de se laisser aller… Surtout évidemment, si, à la moindre occasion, on se retrouve tous les deux tous seuls ! ( et on a toujours de très bonnes occasions…) « Et puis d’abord, qu’est-ce qu’il y a de mal à ça, c’est naturel, non ? ». Peut-être, mais vous oubliez que la nature a été abîmée par le péché, qui a déconnecté la sensibilité et l’affectivité de la volonté, qui d’ailleurs elle-même affaiblie ! « Que les gestes de votre corps ne soient jamais que le reflet de votre cœur. Vous valez ce que vaut votre cœur ! Soyez les champions de la maîtrise chrétienne du corps », nous rappelle sans cesse Jean-Paul II. Lui, l’ami des jeunes. Mais « l’ami exigeant » ! Au lieu de jouer trop souvent au jeu de la séduction (qui me dira que le jeun n’est pas tentant parfois – garçon ou fille - ?), et sans pour autant se fuir mutuellement, bien entendu, on peut manifester tel ou tel geste d’amitié ou d’affection avec beaucoup de discrétion et de délicatesse. Le signal, c’est le trouble (voir aussi plus haut). A condition de faire la différence entre le trouble qui naît de l’émotion – qui n’est pas mauvais mais qu’il faut chercher à apprivoiser et à contenir-, et le trouble qui vient d’une situation vaseuse – qu’il faut apprendre à écouter et à fuir avant que la conscience ne soit totalement étouffée-.

Un jour seulement, quand l’engagement du cœur sera total, béni et sacralisé par Dieu et publiquement reconnu, la plus grande intimité des corps sera possible, jusqu’à l’union. Parce qu’alors intimité du cœur et intimité des corps, union des cœurs et union des corps ne font plus qu’un : c’est l’union des personnes dans l’amour conjugal. Ici se situe sans doute une des plus grandes batailles. Surtout quand tout l’environnement et même des personnes que l’on croyait de confiance nous laissent faire, quand elles ne nous encouragent pas ! On devient même idiot et imbécile si on n’a pas fait « certaines expériences » !… Alors, puisque nous avons tous un esprit de contradiction très développé, c’est le moment de nous en servir… dans le bon sens. Réveillons notre fierté personnelle, tout en restant humble car, sans la miséricorde et la grâce de Dieu, nous ne pouvons vraiment rien ! Et si, un jour, notre cœur venait à nous condamner pour telle ou telle faiblesse, rappelons-nous que Dieu est plus grand que notre cœur (cf. 1 Jn 3,20) Mon dernier commandant de bateau avait accroché au-dessus de son bureau le très joli dicton que voici : « mieux vaut la fermer passer pour un c…, que de l’ouvrir et montrer qu’on en est un ». Eh bien, pourquoi ne pas le transporter dans notre domaine : « mieux vaut rester clair et pur pour passer pour un(e) imbécile (on peut choisir un autre mot…), que de faire « comme tout le monde » et montrer qu’on n’est qu’un faible et un mouton de Panurge. » IV – Conclusion. Deux remarques pour conclure. 1) Toute amitié, même très belle et très grande, ne conduit pas forcément à un amour conjugal ! Nous l’avons déjà dit, mais cela me paraît nécessaire d’insister (3). Redisons pour le moment notre conviction que de belles et vraies amitiés peuvent naître entre garçons et filles, sous réserve d’une grande prudence et de beaucoup de forces et de courage – et avec la grâce de Dieu, nous le dirons sans cesse ! -. Et que ces amitiés pourront demeurer autant de lumières et de repères pour la vie adulte future pour peu qu’on les ait fait grandir en respectant délais et distances… 2) Comme pour une course en montage, il faut un bon guide ! Et un guide d’autant meilleur que la course est difficile et périlleuse ! Il faut bien choisir ! Suivrons-nous les guides mous et laxistes ? Ils abondent, ils nous mentent et ils nous exploitent. Voulons-nous des guides exigeants et vraiment sûrs ? Commençons par nous procurer les discours de Jean-Paul II à Denver. Il y a de quoi méditer. La charité est longanime. La charité est serviable. Elle n’est pas envieuse. La charité ne fanfaronne pas, ne se gonfle pas. Elle ne fait rien d’inconvenant, ne cherche pas son intérêt, ne s’irrite pas, ne tient pas

compte du mal. Elle ne se réjouit pas de l’injustice, mais elle met sa joie dans la vérité. Elle excuse tout, croit tout, espère tout, supporte tout. La charité ne passe jamais. 1 Co 13, 4-8

DE L’AMITIE AU MARIAGE Le temps de la maturité
(Père François Potez) Je t’aime. J’ai envie de t’épouser ! … Je t’aime, veux-tu être mon épouse ? Entre les deux, le temps de la maturité. Pour passer de l’envie au désir. Pour passer du « j’ai envie, je brûle, quand ? quand ?… » au « tout bien réfléchi, tout bien pesé, oui, veux-tu ? ». Pour passer de la force, violente parfois, qui « pousse vers », qui cherche à donner et à prendre à la fois, à la force attractive, silencieuse, gratuite, patiente, délicate, qui ne cherche à attirer que pour mieux donner. Entre les deux, le temps de la maturité… Mais quand donc serons-nous mûrs ? C’est tellement difficile de répondre « en général », tant il est vrai que chaque situation est absolument particulière : autant on peut parfois risquer un conseil à quelqu’un que l’on connaît bien et qui le demande vraiment, autant il est vraiment impossible – et ce serait absurde – de fixer une règle générale ou de chercher à construire un « mode d’emploi » qu’il suffirait de suivre pour réussir : ce qui est bon pour untel pourrait être désastreux pour tel autre, et réciproquement. D’autre part, chaque situation évolue dans le temps et on ne peut prévoir toutes les circonstances. On peut se risquer cependant à planter un certain nombre de repères, à ouvrir quelques axes, à définir quelques principes dont il serait vraiment présomptueux de s’affranchir sans raison impérieuse. Sans doute même est-ce un devoir et une tâche urgente : bien des drames pourraient être évités avec un peu plus de prudence et de patience. Alors, tout bien pesé, réfléchi et mûri, voici ces quelques pistes en forme de questions pour aider au discernement. Etant entendu que la maturité n’est pas un but en soi, c’est une étape, comme un nouveau point de départ. Le seul but véritablement ultime, c’est l’amour, la béatitude de l’amour. Si être mur, c’est être capable. 1) Suis-je capable de savoir ce que je veux ?

Capable de stabilité sur ma route ? Nous l’avons dit, être mûr ce n’est pas être arrivé ; c’est être sur la route mais stabilisé, sans remise en cause incessante. C’est mieux que l’équilibre ; la vie n’est pas statique mais dynamique, tendue vers l’avant. Il ne s’agit pas de tenir en équilibre, mais d’avancer en gardant le cap. D’ailleurs c’est beaucoup plus difficile de tenir en équilibre sur un fil, à l’arrêt, que d’avancer en gardant l’équilibre. • Equilibre affectif : les « humeurs » sont stables autant qu’elles peuvent l’être. Dépassés les petits coups de cafard ou les fatigues, les petites ou grandes émotions qui ébranlent tout l’édifice et qui remettent tout en question. L’affectivité, la sensibilité ne conduisent plus la vie, la raison et la volonté ont appris à s’en servir pour mesurer, éprouver, corriger. Equilibre intellectuel : il s’agit ici d’avoir une profession, un métier ; et d’y avoir déjà acquis une certaine expérience. Ou tout au moins d’être stabilisé dans des études qui sont en bonne voie d’achèvement.. On peut bien être « Bac + 7 » sans être mûr pour autant, dans ce domaine en tout cas. Hélas ! Equilibre moral : cela suppose un minimum de stabilité dans l’exercice des vertus essentielles : prudence, justice, tempérance, force, honnêteté, dévouement, courage… pour ne parler que des principales. C’est une question de bon sens. Mais précisément, ce n’est pas le bon sens qui étouffera notre génération ! Equilibre spirituel : il ne s’agit pas d’être des « petits saints » mais de se trouver là aussi stabilisé dans la voie montante. Avec, comme toujours, cette règle d’or : peu, bien, jusqu’au bout. Qu’il n’y ait pas ou plus ces successions de « crises mystiques » et de « crises de foi », mais une montée constante, plus ou moins pentue (mais qui peut juger ?)

2) Suis-je capable de grande amitié ? Suis-je capable de fuir tout ce qui est petit, qui colle plus ou moins ou qui me retient ? Suis-je libre et prêt à voler haut, vraiment haut ? Serai-je de ceux qui provoquent une immense joie en même temps qu’une grande surprise à l’annonce de leurs fiançailles ? On savait que Jules était un très bon ami de Julie, que Julie rougissait légèrement quand elle parlait de Jules. Mais jamais on n’a pu dire que Julie était la petit amie de Jules ou, en ce moment, Jules était « avec » Julie. On ne peut pas avoir de grand projet avec un petit ami ! Tant que la marmite est sur le feu et que ça bout à gros bouillons, on ne peut rien voir. Une chose est de « fréquenter gentiment », une autre est de se laisser emporter sans le savoir et sans le vouloir dans une situation piégée : on vit comme des fiancés, alors qu’on ne l’est pas et qu’on n’a ni les moyens (pas seulement matériels) ni la volonté de l’être. Voici l’impasse, hélas tellement fréquente : Avancer, je ne peux pas en ce moment, ce serait de la folie. Reculer, je ne peux plus, je ne l’imagine même pas. Rester comme ça, c’est impossible. Il ne reste alors qu’une solution, il faut se séparer, reprendre de la distance et de la hauteur, (« duc in altum »), et ceci pendant un temps significatif. La réaction de l’un et de l’autre sera un véritable test : on fera pour de bon la différence entre le « non ! Je te veux, j’ai besoin de toi » et le « va ! Je ne veux rien que ton bonheur, sois libre ». Il faut bien laisser à l’autre le temps de grandir, sans le pousser, sans le contraindre affectivement. 3) Suis-je capable de secret ?

Suis-je capable de porter un secret, une confidence, sans en parler à tout bout de champ et à tout le monde. Surtout s’il s’agit d’amour et de sentiment ! La connaissance mutuelle s’acquiert davantage par l’observation silencieuse et par la réserve que par la parole. Il faut bien se parler, oui, bien sûr. Plus tard, quand on sera fiancés, il faudra même établir sérieusement un projet familial, à propos de nous deux, de nos enfants, de nos relations avec les autres. Il faudra beaucoup parler de notre ancrage sur les mêmes valeurs fondamentales, tester notre accord profond sur les grands axes de la vie, mais, pour le moment, il faut surtout se taire et ne pas mettre la charrue devant les bœufs. La passion est si mauvaise conseillère : on a tellement envie de trouver l’autre comme soi : on a envie de se marier, de se fiancer parce qu’on est pareil, qu’on a les mêmes goûts, on ressent pareil !… On se complète si bien ! On est toujours du même avis ! Il faut prendre le temps d’assumer le fait qu’on est fondamentalement différents ! Encore une question de temps ! Apprendre à se taire pour mûrir dans le secret et dans le silence : si je mets une résistance devant les lèvres, le secret ne peut que creuser le cœur, le pétrir, le former. Pourvu qu’on puisse quand même en parler à quelqu’un d’autre (voir plus loin). Mais si, au contraire, je laisse s’échapper une confidence avant l’heure, elle file toute seule et attire le cœur au dehors, qui se vide du coup de toute substance. C’est comme les pampres géants, grandes pousses pleines de feuilles mais sans fruits ; il faut tailler la vigne inlassablement pour qu’elle se noue et donne du bon fruit. Marie parlait si peu. Elle gardait tout soigneusement dans son cœur et Joseph ne posait pas de question ! 4) Suis-je capable de demander et de recevoir un conseil ? Suis-je suffisamment lucide sur moi-même ? Capable de parler de tout cela calmement, sans cachotterie ni exagération à mon père spirituel ou à tel(le) ami(e) très proche, lui-même, elle-même assez mûr(e) pour m’aider ? Ou à mes parents, quand c’est possible ? Trop souvent, le prêtre n’est appelé que pour singer un acte de mariage tout préparé par les deux seuls intéressés sans qu’on en ait jamais parlé auparavant ! Et on ne peut plus changer la date – pensez donc : la salle, le traiteur… C’était impossible à un autre moment ! Le seul fait d’en parler à quelqu’un qui peut écouter et recevoir, clarifie et ordonne les idées. J’entends « le bruit » qu’elles font et les émotions qu’elles suscitent au fur et à mesure que j’en parle. De cette façon, je sens mieux si je suis sûr de moi et si c’est le moment, ou si je suis troublé, tendu et fébrile. Quand je pourrai, au terme d’une longue série d’entretiens, dire au père qui m’a aidé et accompagné tout ce temps : « Oui. J’ai longuement réfléchi. J’ai prié. J’ai demandé conseil. Je sais maintenant et, je compte lui demander très bientôt : « Veux-tu ? » ». Quelle merveille alors et quelle paix ! Suis-je capable de demander conseil… et aussi de recevoir un conseil ? On connaît de ces gens qui demandent trente-six conseils et n’en suivent aucun, parce qu’ils ne les entendent pas, même s’ils les écoutent parfois. 5) Suis-je enfin capable de confiance ? Capable de donner ma confiance à quelqu’un ? Mais surtout de faire confiance ? En réalité, est-ce que je fais confiance à la Providence ? Est-ce que je crois, est-ce que je suis sûr que la Providence conduit toute chose et pour mon bien ? « Faire tout comme si tout dépendant de nous, sachant que tout est dans la main de Dieu ». On entend parfois qu’il vaut mieux se méfier et ne pas attendre trop. « Des fois » qu’un autre ou qu’une autre nous le ou la « pique » ! Ah, ça ! Croyez-vous, oui ou non, que la Providence conduit tout ? Si c’est elle, si

c’est lui que la Providence a choisi(e) pour moi, que puis-je donc craindre ?! Ce sera elle, ce sera lui, mais laissez donc faire la Providence, en priant le Saint-Esprit d’éclairer la route et sans papillonner. Être mûr, aller droit sa route. Paisiblement, calmement, fièrement. En suivant l’Etoile, l’Etoile du matin ! « Mon âme est en moi égale et silencieuse, comme un petit enfant tout contre sa mère » (psaume 130) Après la mort de Jésus, Marie reste égale et paisible, sûre de sa foi, forte dans son espérance. Marie-Madeleine, quant à elle, n’y tenant plus, court au tombeau dès qu’elle le peut. Elle prend Jésus pour le jardinier. Et s’entend dire : « Non. Ne me touche pas ! Mais va trouver mes frères et dis-leur : Je monte vers mon Père et votre Père ». (Jn 20.17)