1901-1935 : La LÉGION ÉTRaNGÈRE aU MaROC1

au Maroc, les xviiie et xixe siècles sont marqués par des désordres de plus en plus graves aussi bien dans le domaine intérieur que sur le plan international. L’Espagne et la France sont amenées à protéger leurs navires de commerce circulant en vue des côtes marocaines contre les attaques des pirates de Salé. À partir de 1830, la France doit interdire l’accès de la frontière algéromarocaine aux pillards marocains et aux partisans d’abd el-Kader réfugiés au Maroc oriental. Les exactions de ces deux groupes sont sanctionnées en août 1844 par le bombardement de Tanger et de Mogador par l’escadre du prince de Joinville, pendant que le général Bugeaud inflige une sévère défaite à l’armée marocaine sur l’oued Isly. Le problème de la sécurité de la frontière algéro-marocaine n’en est pas, pour autant, résolu. L’insécurité persiste jusqu’au xxe siècle, même après la signature par la France et le Maroc de la convention de Lalla-Maghnia portant sur ce que l’on a appelé par la suite la « zone des confins algéro-marocains ». La convention ne définit pas avec précision les territoires relevant de chacune des deux nations. Entériné par les nations européennes directement concernées par la sécurité de la navigation dans le détroit de Gibraltar et en Méditerranée occidentale, cet accord est contesté par l’allemagne. Réputée se désintéresser des problèmes du Maroc après les déclarations du chancelier Bismarck, celle-ci n’a pas été consultée. L’empereur Guillaume II, ne s’estimant pas lié par ces accords, multiplie les incidents diplomatiques dirigés contre la France. Le plus grave est la visite qu’il fait à Tanger en 1905 où il prononce, le 31 mars, un discours par lequel il se proclame seul défenseur désintéressé du Maroc et signifie à la France, l’Espagne et l’angleterre qu’il entend prendre
1. ndlr L’auteur de cet article, Pierre Soulié, a rédigé son analyse à partir d’une source originale : a. Bernard, Le Maroc, Paris, éd. alcan, 412 p. ; de ses recherches personnelles faites dans les fonds du shd ; P. Soulié, Le Général Paul-Frédéric Rollet, Paris, éd. Italiques, 735 p. ; Revue historique des armées, no spécial Maroc, 1981 ; J.-P. Mahuaud, L’Épopée marocaine de la Légion étrangère, 1903-1934, Paris, L’Harmattan, 2005, 284 p. ; P. Cart-Tanneur, La Vieille Garde, Paris, bip, 1979, 288 p. ; Le Troisième Étranger, Paris, efm, 1979, 191 p. ; Le Quatrième Étranger, Paris, bip, 1979, 183 p.
Guerres mondiales et conflits contemporains, n° 237/2010

aucune réticence à l’employer. allemagne comprise. elle n’a reçu qu’exceptionnellement une mission qui lui était propre. 1901-1907 — LES DÉBUTS DE L’INTERVENTION DE La LÉGION aU MaROC Durant la période comprise entre 1901 et 1907. dans la zone des confins. les deux régiments étrangers furent appelés à fournir aux colonnes soit un bataillon soit une ou plusieurs compagnies qui constituaient le « noyau dur » des colonnes. Le maghzen ne met aucune bonne volonté à se plier aux conclusions de la conférence. la France hésite à adopter vis-à-vis du Maroc une attitude ferme et à utiliser le droit de suite que lui a accordé le sultan en 1901.8 Pierre Soulié part aux discussions que ces États auront entre eux à propos du Maroc. Simultanément. ce que ces derniers interprètent comme une marque de faiblesse. ensemble d’un maniement souple sur le terrain. Composées d’éléments prélevés sur les corps des diverses armes. à algésiras. le Kaiser envoie à Fès un plénipotentiaire pour recommander au sultan de refuser le programme d’assainissement des finances proposé par la France en lui démontrant l’incompatibilité de celui-ci avec les conventions existantes. avant 1907. Ils chargent la France d’assister le maghzen dans la définition et la mise en œuvre du plan de réformes conforme aux recommandations de la conférence. d’artillerie. alors que le 2e re fournit renforts et relèves aux détachements de Légion d’Indochine et de Madagascar. Il cherchait une méthode et des moyens pour riposter instantanément aux exactions des pillards. Du 15 janvier au 7 avril 1906 se tient. le 1er régiment étranger (re) qui détache des éléments auprès des colonnes opérant à la frontière marocaine. Sa contribution est assez difficile à cerner car. Le sultan repousse donc les mesures préconisées et invite les nations concernées. du génie…. de 1901 à la fin de la pacification en 1935. à une conférence pour définir un programme acceptable de réformes à introduire dans son pays. au début du xxe siècle. une réunion qui aboutit à la signature de l’acte dit « d’algésiras » par lequel les cosignataires garantissent la paix et la prospérité du Maroc moyennant une refonte de son administration. de cavalerie. l’état-major mettait au point le concept de « colonnes autosuffisantes ». algéro marocains. Les opérations lancées le long de la frontière algéro-marocaine ne sont jamais poussées jusqu’à infliger une défaite sévère aux Marocains. c’est. . La création des compagnies montées de la Légion répondait au moins en partie à ce besoin. ces formations polyvalentes groupaient des unités d’infanterie. Quoi qu’il en soit. il pousse au rassemblement de harka (bandes armées) devant contrecarrer les mesures de sécurité prises par la France. De plus. Il encourage une campagne de xénophobie antifrançaise et. Dans le cadre de cette stratégie. Le commandement n’éprouvait. pourtant. la Légion a participé à des opérations de protection de la frontière. le plus souvent.

et rentre à Sidi-bel-abbès. s’en servir. le défilé passe à mille mètres des premières habitations. le lieutenant Selchauhansen. d’une section d’artillerie. dissuader les Marocains d’aller piller en territoire algérien. mortellement blessés. En plus du capitaine Vauchez et de son adjoint. Chaque année. aux sons de la nouba des tirailleurs accompagnée par les clairons et les fifres de la Légion. l’équivalent de ce qu’est le combat de Camerone pour l’ensemble de la Légion. Pris à partie par plusieurs centaines de guerriers Doui Mena et Ouled Djerid. La colonne doit montrer sa force sans. elle est rassemblée à Zoubia et se met en route le 25 mars 1900 pour atteindre Igli le 5 avril. La colonne quitte la zone le 9 novembre 1900 sans y laisser une formation de la Légion. Pour éviter tout incident avec les autochtones. en arrivant. Elle doit. Le colonel Lyautey commandant de la subdivision d’Aïn-Sefra Le gouverneur général de l’algérie. Composée d’un bataillon de la Légion renforcé de la compagnie montée du II/1er re. toutes les formations du 2e re se recueillent en mémoire des héros d’El-Moungar qui ont respecté jusqu’au sacrifice suprême la parole donnée de servir avec « honneur et fidélité ». fanions déployés. partage . La mission paraît être de préparer à Igli l’installation d’un bataillon de la Légion qui y tiendra garnison pendant deux ans. son seul résultat est d’obliger le Maroc à abandonner un projet de mainmise sur la palmeraie d’Igli. d’un demi-peloton de spahis et d’un demi-peloton de chasseurs d’afrique. défile devant l’agglomération. il combat de 9 heures 45 à 18 heures. En fait. Le combat d’El-Moungar est. la colonne. commandée par le colonel Bertrand. Pour impressionner la population. Charles Jonnart. par sa présence. qui vient de remplacer dans cette fonction le gouverneur général Laferriere. Certains indices donnent. les pertes s’élèvent à trente-quatre tués et quarante blessés. pour le 2e re.1901-1935 : La Légion étrangère au Maroc 9 La colonne d’Igli Une des premières opérations de ce type fut « la colonne d’Igli ». l’opinion publique jugeant inefficaces les opérations sur la frontière algéro-marocaine et insuffisants les ordres donnés par les divers gouvernements parisiens pour interdire le territoire algérien aux pillards marocains. La nouvelle de ce combat provoqua en métropole une émotion considérable. officier danois servant à titre étranger. d’un bataillon du 2e régiment de tirailleurs algériens. toutefois. à penser que le but visé est plus politique que militaire. sauf cas de nécessité absolue. Combat d’El-Moungar Le 2 septembre 1903. le 2e peloton de la 22e compagnie/2e re escortant un convoi de ravitaillement des postes des oasis présahariennes débouche vers 9 heures du matin dans la plaine d’El-Moungar.

les opérations militaires ne devraient donner prétexte au déclenchement d’un incident diplomatique par l’une des nations hostiles à l’implantation de la France au Maroc. Cette nouvelle installation provoque. Le plan d’action qu’il met au point ne tient compte que de très loin des instructions de « prudence » reçues du ministre de la Guerre. Le ministre se laisse persuader que le colonel Lyautey est l’homme de la situation. le colonel qui vient d’être promu général de brigade rejoint aïn-Sefra. ces opérations commencent. D’ailleurs. il répond que ses troupes ne sont pas à Béchar mais seulement à Colomb. lieu-dit inconnu de Paris mais existant réellement à proximité de Béchar sous le nom de Tagda. et des travaux de piste reliant la position à aïn-Sefra sont entamés. qu’en aucun cas. capable. patronyme d’un officier français tué dans le secteur. Il suggère de confier ce commandement au colonel Lyautey qui. Cette implantation provoque une vive émotion dans les milieux gouvernementaux de Paris qui réclament des explications au général. En 1904. Le nom de Colomb. Il réclame au ministre de la Guerre la nomination au commandement de la subdivision d’aïn-Sefra d’un officier énergique ayant l’expérience des opérations de pacification. comme l’arrivée à Colomb (Béchar). en outre. qu’il approuve totalement la stratégie du général. les troupes transiteront par des secteurs dépendant du Maroc et que. et souligne que le nouveau . qu’en cas de nécessité. il fait réaliser l’embryon d’un réseau de pistes facilitant la surveillance du territoire et le cheminement des convois de ravitaillement. de créer une administration adaptée aux besoins de populations peu évoluées. et arrivent en bordure du plateau dominant la palmeraie de Béchar. un autre poste est implanté à Berguent. elles pourront s’installer « temporairement » sur des territoires plus marocains qu’algériens. Simultanément. Les 2e et 3e compagnies montées du 1er re intégrées dans la colonne du chef de bataillon Pierron quittent aïn-Sefra en direction de l’ouest/sud-ouest. par la suite. Dès le mois de novembre 1903. ce dernier souhaite obtenir un commandement plus actif que celui du 17e régiment de hussards en garnison à alençon où il se morfond. Bou-aïech et Talzaza . La suggestion du gouverneur Jonnart est adoptée sur-le-champ et. Les missions fixées par le général précisent. le général fait construire des postes à Forthassa-Gharbia. Le général Lyautey répond sèchement en menaçant de démissionner. Se sachant couvert par le gouverneur Jonnart. en effet. associé à celui de Béchar pour devenir jusqu’à nos jours ColombBéchar. une forte émotion au sein du gouvernement et une nouvelle demande d’explications. Ce dernier lui a stipulé. en territoire marocain. à la limite nord des hauts plateaux. Un poste est construit. sera.10 Pierre Soulié l’inquiétude de la nation. Le gouverneur général Jonnart fait savoir. Des reconnaissances sont poussées vers la vallée du Guir et à la périphérie de la hamada (plateau désertique délimité d’ouest en est par les vallées des ouadi Ziz et Guir). sous l’autorité du général Gallieni. a obtenu de brillants résultats aussi bien à Madagascar qu’en haute région du Tonkin. dans des cas extrêmes. en septembre 1903. de son côté.

mais cette amélioration n’est le fait que des fractions vivant près de la frontière. La situation devenant intolérable. une preuve de faiblesse qui les incitera à s’opposer à l’occupation de leur territoire. alors officier à la suite dans cette compagnie. métropole du Maroc oriental. se multiplient . « dans la foulée » Cheraâ. Il réussit à faire revenir sur sa décision le gouvernement qui finit par autoriser l’isolement du massif. dans le nord-est du Maroc et dans les palmeraies du sud. après l’assassinat à Marrakech du docteur Mauchamp. d’occuper. au début de 1907. La Légion étrangère participe à ce premier mouvement par des éléments du V/1er re associés à des unités de tirailleurs algériens et de zouaves. aux yeux des Marocains. des reconnaissances sont effectuées dans le nord-est du Maroc. alors occupés à terminer la réalisation de diverses pistes constituant . La construction du nouveau poste terminée. autour de la vallée de la Moulouya sur les zones de parcours des tribus Beni Snassen. dorénavant coupées des ressources procurées par le pillage. à une cinquantaine de kilomètres à l’ouest d’Oujda. cherchent à trouver d’autres sources d’approvisionnement.1901-1935 : La Légion étrangère au Maroc 11 poste permettra de surveiller en permanence le débouché du col de Jerada. ressortissant français. des harka préparent des expéditions en territoire algérien. le général Lyautey à entreprendre une action militaire au Maroc oriental. la situation continue à se détériorer : aucun effort n’est fait pour assainir les finances du pays . les attentats contre les étrangers. celui-ci est occupé par la 3e compagnie montée/1er re renforcée d’un peloton de spahis. La majorité des légionnaires stationnés dans l’ouest du département d’Oran. et au sud sur la hamada du Guir. mais elles ont ordre de ne pas pénétrer de plus de dix kilomètres à l’ouest de la ville. Les tribus plus éloignées de la frontière. L’ensemble de ces mesures entraînent une diminution du pillage des ressources algériennes. et plus spécialement contre les Français. au sud et autour de ColombBéchar. au mois de mars. Il fait valoir à Paris que la demi-mesure autorisée par le gouvernement est. une piste reliant Mecheria en algérie à Berguent sera réalisée sous la direction du lieutenant Rollet. En 1905. À l’intérieur de l’empire chérifien. pour enfermer les Beni Snassen dans leur massif montagneux. Les informateurs de la subdivision d’aïn-Sefra et de la division d’Oran signalent qu’autour d’Oujda. point de passage obligé des rezzou lancés par les tribus marocaines nomadisant près de la vallée de la Moulouya. les attaques d’établissements européens sont de plus en plus fréquentes. Le gouverneur général Jonnart préconise. 1907-1919 — La LÉGION ET LES DÉBUTS DE La PaCIFICaTION Les opérations en territoire chérifien débutent en 1907 dans la zone accessible depuis l’algérie. des éléments de la division d’Oran occupent Oujda. au contraire. En 1907. le gouvernement se décide à autoriser.

et assiégeaient les consulats étrangers. Le débarquement de Casablanca alors que le général Lyautey réussissait en 1907-1908 ses premières opérations au Maroc oriental. Trois colonnes comptant chacune une des compagnies montées du 1er re marchent vers la palmeraie de Bou-Denib où se trouve la harka de Moulayes-Sebaï. laissant leurs mulets dans la vallée de l’Isly. traverse l’oued Isly et va stationner. Les légionnaires n’atteignent leur objectif qu’après élargissement de la brèche par l’artillerie. devant ain-Sfa sans riposter aux tirs sporadiques venus du douar. Les tirs de soutien de l’artillerie tombant cinquante mètres derrière le front des unités. basée à Berguent. puis elle se retire sur le bord de l’oued. Le 13 décembre. mais elle est repoussée avec des pertes importantes. pendant trois heures. 17e et 19e compagnies du 1er re. Le commandement peut alors. Le 15 décembre. la 3e compagnie montée/1er re atteint dans la palmeraie le ksar cœur de la résistance. Elles avancent jusqu’à deux cents mètres des premières maisons. Le 30 août 1908. les cinq compagnies de la Légion repartent en tête de la colonne en direction d’ain-Sfa. la situation des Européens installés aux alentours de Casablanca et dans la ville continuait à se dégrader.000 Beni Snassen. après dix-huit heures d’assauts inefficaces. Le 30 juillet 1907. ses tentes et ses vivres. L’importance stratégique de Bou-Denib est telle que les compagnies montées reçoivent l’ordre d’y construire. adversaire acharné de la France et du sultan. déplacer la majeure partie des unités présentes dans l’amalat d’Oujda vers le sud pour s’opposer à la marche des harka venant du Tafilalet et de la vallée du Guir. est attaqué par une harka de 20 000 hommes qui.12 Pierre Soulié l’ébauche d’un réseau de communications routières avec le Maroc. embryon du port de commerce actuel. geste de pacification dans la ligne politique qu’appliquera le général Lyautey sur l’ensemble du territoire marocain. abandonne la partie en laissant 173 corps sur le terrain. l’arme au pied. Le 14 avril 1908. La construction d’une jetée. la harka s’enfuit vers l’ouest dans les contreforts du Grand atlas. un poste pouvant abriter 1 500 hommes et 550 animaux ainsi qu’une redoute abritant des mitrailleuses et comportant des plateformes pour canons de 75 mm et de 80 mm de montagne. La 3e compagnie montée/1er re. la colonne progresse vers l’ouest. le commandement fait replier celles-ci. en deux mois. abandonnant ses morts. tenu par deux compagnies montées du 1er re. dès le début de 1908. ils assassinaient neuf Européens dont cinq Français. . se heurtait à l’hostilité des Marocains qui attaquaient le chantier et en détruisaient le matériel. la plupart de ses blessés. Le résultat de cette mesure est la soumission sans combat en quelques semaines de 30. 4e. ne peut participer aux opérations. peut être envoyée le 1er décembre 1907 à Oujda où elle rejoint dans la colonne du colonel Félineau les 1re. cet ouvrage. Une section de la compagnie tente de pénétrer dans le fort en empruntant une brèche ouverte par un obus.

menant son bataillon à l’assaut de la crête de Sidi-Moumen située à moins de dix kilomètres à l’est de la ville. les tribus de la Chaouia en assurant la couverture lointaine de la ville par la construction de camps ou de postes à Boucheron. avec Casablanca comme base arrière. Son successeur. il progresse vers le sud et s’empare de Settat après un dur combat mené par des éléments du 1er rm/2e re. en défendant la face nord du camp numéro 1 où il bivouaque. indépendamment l’un de l’autre. l’omniprésence sur le terrain des compagnies montées de la Légion et l’action du service de santé auprès de la population aboutissent à la soumission de la très grande majorité des tribus Chaouia. un corps de débarquement de 2 000 hommes aux ordres du général Drude releva les marins. — reconnaître la côte atlantique au sud-ouest de Casablanca jusqu’à l’embouchure de l’Oum-er-Rebia . tombe à son tour. fait occuper Mediouna. Ils repoussent. chargée d’assurer la sécurité du territoire et de défendre la légitimité du sultan. le légionnaire Motz . Le 2 septembre 1907. le corps de débarquement reçoit le renfort du VI/2e re suivi. le général Drude. doit repousser les assauts quasi quotidiens lancés par les Chaouia. bien que plus étendue que celle des marins. il y crée une garnison. contrevenant aux prescriptions du ministre. la France. Sa mission. mit à terre. par le I/2e re. le commandant Provost. le bataillon déplore son premier mort. agglomération distante de dix-huit kilomètres au sud de Casablanca puis. au lieu d’évacuer la place et de revenir à Casablanca. Ce détachement perdit son chef et eut cinq hommes blessés en entrant en ville. le 5 août. Ce bataillon. ces deux formations groupées administrativement forment le 1er régiment de marche/2e re (1er rm/2e re) commandé par le colonel Boutegourd. un détachement de fusiliers marins pour protéger les consulats. Ben-ahmed et Ben-Slimane . bien qu’encore peu discernables. le 3 septembre. Le 8 août. les attaques désordonnées mais violentes des tribus contre le chantier de la jetée et la ville. L’activité incessante des troupes. Installés au camp « Sud Ville ». est limitée par Paris à l’agglomération de Casablanca et à sa banlieue immédiate . deux jours plus tard. il est évident que respecter les ordres reçus de Paris et abandonner immédiatement le terrain occupé pendant les sorties aboutit à une situation absurde : Casablanca n’est qu’une position d’où il est de plus en plus difficile de déboucher. La Légion participe à cette opération par le VI/1er re débarqué le 7 août. le général d’amade. Pour sortir de cette situation. adopte la même attitude : après avoir occupé Berrechid. le 1er janvier 1908.1901-1935 : La Légion étrangère au Maroc 13 Conformément aux accords d’algésiras. — étendre progressivement les territoires soumis jusqu’au piémont du Moyen atlas en refoulant les irréductibles dans la montagne. Dès les premiers combats. se précisent : — soumettre. Le 7 août. Les étapes de la pacification du Maroc. il ne peut s’emparer de positions stratégiques autour de la ville. . commandé par le chef de bataillon Provost.

La mission de la 2e compagnie/1er rm/2e re. Le succès des actions entreprises permet au gouvernement de ramener en algérie. et sert de refuge aux déserteurs avant leur embarquement sur un navire allemand. le groupe est arrêté par une patrouille de légionnaires qui.14 Pierre Soulié Une fois la sécurité assurée à l’intérieur du périmètre délimité par les postes périphériques. la compagnie arqui (4e compagnie/2e re). À Settat. elles attendent le passage de la colonne pour vendre aux militaires œufs et poulets. l’ambassadeur d’allemagne à Paris annonce au ministre des affaires étrangères que son gouvernement va envoyer à agadir . limite sud de la zone. travaux d’irrigation… À partir du mois d’août 1908. Le consulat d’allemagne de Casablanca. avant d’arriver au point d’embarquement. constitue un régiment de marche chargé d’aménager. En dépit de sa composition à but opérationnel. reconnaissant les déserteurs. un demi-escadron de spahis. à consolider la position de Settat. visent. le 1er août le VI/1er re. groupé avec le 4e régiment de zouaves. première manifestation de la politique de séduction des autochtones du général Lyautey. infirmeries. une demi-batterie de 75. du 5 juin au 11 juillet 1910. au Maroc occidental. puis le 29 octobre le IV/2e re. de construire un réseau de routes et de pistes et d’assainir les secteurs insalubres. Hostilité de l’Allemagne Cette politique irrite l’allemagne qui souhaite établir des relations commerciales avec le Maroc indépendamment de la France avec laquelle les rapports sont toujours aussi tendus. la colonne n’effectue que des reconnaissances et des tournées de police autour de Guisser. lignes télégraphiques. À Casablanca seul reste le I/2e re qui. les troupes commenceront à réaliser des infrastructures devant permettre l’évolution du Maroc vers la modernité : réseau routier. et surtout pour bénéficier des soins donnés par le médecin et ses infirmiers. transformé en officine de désertion. Elle comprend la compagnie Rollet. des camps militaires. Le 1er juillet 1911. au sud de Casablanca. une compagnie du 4e régiment de tirailleurs. Elle participe ensuite à la colonne du Cba aubert de l’infanterie coloniale qui doit barrer la route de Fès à une harka rassemblée au sud d’agadir. Un soir de septembre 1908. Les populations ne lui manifestent aucune hostilité . une colonne d’« observation » est rassemblée à Guisser à trente kilomètres au sud/sud-est de Settat sous les ordres du Cba Forey. les conduit au pc de la place et refuse de les remettre au consul. quémander du sucre et de la farine. le chancelier du consulat escorte des déserteurs jusqu’au bateau battant pavillon allemand qui doit les rapatrier. à l’intérieur de la zone contrôlée. consiste à protéger les convois de ravitaillement des unités combattantes. la 2e compagnie/1er rm/2e re du capitaine Rollet protège les travaux d’installation du bac de Mechra-ben-abbou sur l’Oum-er-Rebia. la section de mitrailleuses du 2e re et une section d’ambulances. qui marche sur Fès pour déposer le sultan. dans la région de Tiznit. Le 5 août. les opérations. facilite le retour en allemagne de ses nationaux « déçus de la Légion ».

un bataillon du 3e tirailleurs. Enfin. comprend un bataillon du 4e zouaves. se révoltent. la 3e compagnie montée/1er rm/2e re du capitaine Rollet et un convoi de ravitaillement. Le sultan demande à la France d’intervenir en venant au secours de sa capitale. dans la nuit. Longeant la rive gauche de l’oued Sebou. Vers le sud. elle escorte des convois de ravitaillement empruntant la piste de Kenitra à Fès. Ce projet est accueilli très favorablement par certaines fractions . la colonne Gouraud est harcelée. Elle se heurte. Partie de Kenitra le 11 mai 1911. une fois la région de Fès pacifiée. être retirées des opérations en cours pour marcher sur Fès. L’une d’elles. elle reconnaît les premières pentes du Moyen atlas en repérant les itinéraires praticables pour les colonnes qui soumettront. La traversée du massif du Zegota ne rencontre pas de résistance et le 21 mai. La révolte de Fès Les mehalla chérifiennes. Priorité est donnée au projet d’une route reliant directement Casablanca et Rabat à Meknès et Fès en évitant le détour par Kenitra et la traversée du Gharb. De nouvelles discussions entre l’allemagne et la France sont nécessaires afin de régler entre les deux États les intérêts de chacun. À partir du 25 mai. à une époque encore indéterminée. Il ajoute que. elle construit un poste à la N’Zala des Beni ahmer. la compagnie montée va installer son bivouac en face du palais du sultan à Fès-Jdid (Fès ville nouvelle). Ce groupement est scindé en trois colonnes. à des fractions des Beni M’Tir qui lui causent quelques pertes. Quatre mois de tractations furent nécessaires pour régler tous les points litigieux et obtenir l’abandon par l’allemagne de ses revendications moyennant des compensations territoriales en afrique équatoriale. aux ordres du colonel Gouraud. Elles entraînent avec elles les tribus berbères de la périphérie de Fès et assiègent la ville. les Marocains ne s’opposant pas au passage de la colonne. après avoir traversé la plaine du Zais. n’ayant plus été payées depuis des mois. en direction d’El-Bhalil et de Sefrou. La compagnie Rollet. à Lalla-Ito. Pour contrôler la piste entre le col du Zegota et le massif des Beni ahmer. compte tenu de l’insécurité en terre chérifienne. le plus souvent en avant-garde. les Berbères du Moyen atlas. par des Zemmour que repousse la compagnie Rollet.1901-1935 : La Légion étrangère au Maroc 15 un navire de guerre pour défendre les intérêts allemands menacés dans cette zone par des Marocains révoltés. Chargé de dégager Fès. Le commandement. l’allemagne considère que l’acte d’algésiras est caduc. le général Moinier rassemble à Kenitra un groupement formé d’unités pouvant. sans risque majeur. la convention francoallemande du 4 novembre reconnaissait à la France le droit de conclure un traité de protectorat avec le Maroc. le 28 mars 1911. dans la montagne. n’a plus l’occasion de combattre. elle traverse ensuite des merja (marécages asséchés) couvertes d’herbes sèches d’une densité telle que la marche des hommes et des mulets en est ralentie. détermine les projets majeurs de mise en valeur des territoires que contrôlent ses unités.

par décret du 28 avril. nettoyage du secteur de Sefrou et occupation de la ville le 12 janvier 1912. la compagnie montée/1er rm/2e re reçoit une série de missions très diverses : chantier d’amélioration de la piste Meknès-Fès au pont de l’oued Ouislam. rejette les révoltés en direction du nord dans le Rif et au sud dans le Moyen atlas. en l’espace de deux mois. conformément à l’accord franco-allemand du 4 novembre 1911. résident général de France au Maroc Le 30 mars 1912. en opérations sans interruption depuis le mois de mai. la santé publique… Cet accord est très contesté par le maghzen et par l’armée. les tabors chérifiens (éléments de l’armée du sultan) en garnison à Fès se mutinent. Il ne s’inscrit pas dans une stratégie d’ensemble. elle détruit les passerelles qu’ils ont lancées sur le Sebou. impossible à définir en raison du manque d’effectifs. et les premières reconnaissances sont lancées à partir de Fès et de Meknès jusqu’à Tiflet. le gouvernement français. l’action est orientée au nord de Fès sur la rive gauche . Le protectorat et le général Lyautey. et le légionnaire Kollsen. Le 17 avril 1912. décédé le 13 septembre à l’hôpital de Fès. arrivé à Fès le 23 mai. escorte d’une reconnaissance évaluant la possibilité d’approvisionner Fès par voie fluviale empruntant le cours du Sebou. destruction de la casbah du caïd Raho. d’occuper le terrain conquis. provoque une épidémie de fièvre typhoïde dont les seules victimes sont le lieutenant allote de La Faye. le Résident lance. résident général de France au Maroc. Le gouvernement français auquel le traité de protectorat a confié la responsabilité de l’ordre public doit ramener le calme au Maroc. la police. En juillet. Ils massacrent leurs officiers et soulèvent la population de la médina contre les Européens qui doivent se réfugier à l’intérieur d’un périmètre de défense. aussi impressionnant qu’il soit. les finances du pays. À la fin de 1911 et dans les premiers mois de 1912. La révolte gagne la montagne d’où descendent 20 000 guerriers qui assiègent la ville. opération contre les Beni M’Tir et les aït Youssi sur les premières pentes du Moyen atlas. La chaleur qui s’ajoute à la fatigue des légionnaires. signe avec le sultan un traité de protectorat par lequel la France prend en charge les relations du Maroc avec les nations étrangères. L’ensemble de ces opérations. Une piste est aménagée de Tiflet à Meknès avec le concours de la compagnie montée Rollet. Il fait appel au général Lyautey qu’il nomme. opération de police dans la vallée de l’oued El-Kell. dans la majorité des cas. ne répond qu’à des besoins tactiques instantanés. à cinquante kilomètres à l’est de Rabat. mort trois jours plus tard. avec le peu de troupes dont il dispose. car les unités engagées dans une opération de pacification n’étaient pas en mesure. l’armée.16 Pierre Soulié des Zemmour. La compagnie montée Rollet commence par chasser les maraudeurs des jardins situés en contrebas du secteur oriental de la ville . Les insurgés défendent leurs positions avec un tel acharnement que la compagnie doit donner l’assaut à un mamelon d’où partent des feux nourris et ajustés. une série de petites opérations qui.

elle progresse en direction de l’est et combat. La compagnie montée du capitaine Rollet. alger et Rabat/Casablanca. la construction de la piste reliant Fès à Petitjean et Kenitra par le col du Zegota. Le 12 mai. un caporal et un légionnaire sont tués et quatre légionnaires blessés. la compagnie s’installe avec des unités de tirailleurs nord-africains et sénégalais au camp de Dar-Mahrès où sera installée la portion centrale du 3e rei en 1924. et reconnaître le secteur d’Immouzer du Kandar. Détachée à l’avantgarde en soutien de la cavalerie. au cours de ces deux engagements. dans le Moyen atlas. les travaux sont interrompus à plusieurs reprises pour procéder à des opérations de pacification au nord. le 6 juillet. les résultats doivent être consolidés par la mise en œuvre d’un programme de présence sur le terrain en évitant de recourir à la force. Le 17 mai. sa jonction à Meknassa-Tatania (à l’ouest de Taza) avec un élément du groupement du général Baumgarten venant d’Oujda. La perspective d’un conflit armé avec l’allemagne oblige à réaliser rapidement la jonction à l’est et à l’ouest du Maroc. en novembre 1912. et le lendemain à Moulay-bou-Chta. le groupement du général Gouraud rejoint Taza où le général Lyautey. les colonnes venant d’Oujda arrivent à Guercif après avoir maîtrisé l’opposition des fractions occidentales des Beni Snassen. quitte Fès. depuis la frontière algérienne jusqu’aux premiers contreforts de l’atlas. puis va cantonner au camp de l’oued amelil et fait. au djebel Tfazza contre les guerriers Rhiata. et à relier par voie terrestre la Tunisie et l’algérie à la côte atlantique du Maroc par suppression de la solution de continuité entre Fès et Taza. Entre le 6 novembre 1912 et le 14 avril 1914. elle participe à l’attaque contre les guerriers d’El-Hadj-ami et contre les Tsoul. le 27 avril 1914. Revenue à Fès.1901-1935 : La Légion étrangère au Maroc 17 de l’Ouerrha pour créer un glacis de protection lointaine de la ville . à l’est et au sud de Fès. Les travaux d’aménagement du camp qui lui sont assignés doivent être interrompus pour combattre une fraction des Beni M’Tir retranchée au Djebel-Kandar. et du nord au sud. constate officiellement la continuité territoriale existant dorénavant entre Tunis. elle participe à la reconnaissance du terrain jusqu’à la crête dominant la vallée de l’Ouerrha. avant de passer en revue les deux groupements. Les jours suivants. Liaison entre le Maroc occidental et oriental au Maroc oriental. toujours à l’avant-garde. le 10 mai. intégrée dans le groupement du général Gouraud. la faiblesse des effectifs ne le permettant pas. Les objectifs fixés par le général Lyautey une fois atteints et l’insurrection domptée. depuis la côte de la Méditerranée . les légionnaires livrent un combat à Souk-el-Tnine. le protectorat français du Maroc couvre : — d’est en ouest. date de l’ouverture de la piste à la circulation. le 16 mai à 15 heures. La compagnie Rollet commence. À la fin mai 1914.

par les hamadas du Dra et du Guir. Soulignant l’hétérogénéité ethnique de chacune de ces zones. Le Maroc oriental est relié au Maroc occidental par le couloir de Taza qui culmine au col de Touahar. Le programme du général Lyautey Dans un rapport adressé au ministre de la Guerre. il en déduit son programme de pacification : dans un premier temps. Taza et Guercif. auxquels s’ajoutent deux compagnies montées du 1er re et la compagnie montée du Maroc. entre la côte atlantique et le Moyen atlas. En ce qui concerne la Légion. seuls sont envoyés en algérie les légionnaires qui ne sont pas citoyens allemands ou autrichiens. étaient les 1er. enfin. le Haut atlas et l’anti-atlas . limité au nord par la ligne Meknès.18 Pierre Soulié jusqu’au parallèle de Colomb-Béchar. Fès. est limité à l’est/sud-est par les hauts plateaux des confins algéro-marocains et au sud/sud ouest par une ligne reliant Meknès à Ksar-es-Souk (aujourd’hui Er-Rachidia). il est bordé à l’ouest par les plaines des Beni amir et des Beni Moussa et la plaine de Marrakech . 1es 3e et 6e bataillons du 2e re formant le 1er rm/2e re. la pacification du sac méridional fera l’objet d’une troisième phase. à l’est. Les formations de la Légion restées au Maroc. la compagnie montée/1er rm/2e re. Passant en revue les zones encore dissidentes. En compensation de ces prélèvements. La Légion au Maroc pendant la Première Guerre mondiale La déclaration de guerre d’août 1914 oblige le gouvernement à transférer en métropole la quasi-totalité des troupes du Maroc. et du nord au sud. puis réduire. Toutes ces unités n’ont qu’un effectif réduit. dans une deuxième période. Le sac septentrional. le Résident trace les grandes lignes du plan de pacification du protectorat qu’il se propose de réaliser. — à l’ouest. principalement les chaînes du Moyen et du Haut atlas. un vaste territoire agricole coupé de collines de faible altitude. La déclaration de guerre de l’allemagne à la France puis la campagne contre abd el-Krim dans le Rif retarderont jusqu’en 1926 la réalisation de ce programme. après les prélèvements ordonnés par Paris. de la chaîne du Rif au piémont du Haut atlas. la métropole envoya quelques bataillons de territoriaux qui devaient démontrer aux Marocains que la France restait présente au Maghreb. isoler l’un de l’autre les deux sacs. Le sac méridional comprend la partie sud/ sud-ouest du Moyen atlas. le sac septentrional occupé correspondant en gros à la tache de Taza qui menace le couloir de liaison entre algérie et Maroc . . il compare celles-ci à une besace. 2e et 6e bataillons du 1er re formant le 1er rm/1er re. le gouvernement se refusant à faire combattre ceux-ci contre leurs patries respectives. une zone de cultures puis de hauts plateaux sur lesquels ne pousse que de l’alfa .

dans le secteur du Tadla et en bled Zaian. Les Tsoul. La libération des classes appelées pendant les hostilités et le retour en métropole des territoriaux envoyés au Maroc en 1914 provoquèrent une crise des effectifs européens et de l’encadrement des troupes indigènes. cette crise. ellemême. harcèle convois et colonnes . alliée aux Beni Ouriaghel. le 16 janvier. et la colonne de secours ne peut qu’ensevelir les morts en subissant. le I/1er rm/1er re entame dans le Tadla des opérations contre les Zaian. Informé des problèmes que posait. au printemps. aucune grande opération n’a lieu en 1918. à la limite du Moyen atlas. Le général Lyautey. la compagnie montée du Maroc nettoie la région de Si-ahmedZerouk et y construit un poste . risquait d’être dissous à brève échéance. caïd des Zaian. une présence militaire en bordure des zones dissidentes. tombe dans une embuscade. L’année 1915 est tout aussi agitée : le VI/1er rm/2e re participe. En 1916. Le 6 septembre. la 1re compagnie montée/2e re est accrochée sur l’Innaouen. la perte de la totalité du pays. en dépit des ordres reçus. la région de Bou-Denib s’agite et doit être reprise en main. alors que commence la séparation des deux sacs de la besace imaginée par le résident général. à une opération contre M’Rirt et la vallée du Guigou . régiment de marche et non régiment organique de l’armée française. L’érosion des effectifs du Maroc aggravée par les envois de renforts en métropole interdit la poursuite de la pacification. Les faits lui donnèrent raison. convaincu qu’un tel recul entraînerait. toujours travaillés par la propagande allemande. le 1er mai. les effectifs très réduits restés sur le sol marocain avaient réussi à conserver l’intégralité du protectorat français sur le Maroc. le Résident obtint du ministre le transfert de cette unité au Maroc afin de pallier. dès le 2 janvier. à brève échéance. Le 13 novembre. Mais ils ne se sont rendus maîtres que d’un étroit couloir que les convois ne parviennent à emprunter qu’en organisant de véritables opérations de guerre. la tribu des Branes. au commandement la présence en algérie du régiment de marche de la Légion (rmle) qui. le contrôle permanent du secteur ne peut être exercé qu’en construisant le poste de Bou-Ladjeraf . Les dissidents. attaquent le couloir de Taza le 9 août 1914. Le 17 juin 1917. maintint. En 1917. les reconnaissances du versant occidental du Moyen atlas se multiplient dans la région d’Ifrane. il faut trois engagements violents pour en venir à bout. le ministère prescrivait de rassembler les forces restantes à proximité de la côte atlantique et d’abandonner l’intérieur du pays. Le 11 novembre 1918. des pertes. ne fût-ce que partiellement. alors.1901-1935 : La Légion étrangère au Maroc 19 Par ailleurs. le groupe mobile de Meknès se relie à celui de Bou-Denib. armés et soutenus financièrement par l’allemagne. capitale de Moha ou Hamou. . ce qui donne lieu à plusieurs engagements mettant en jeu le VI/1er rm/2e re et la 1re compagnie montée/rm/1er re. dans la vallée de l’oued M’çoun. Elle est entièrement détruite. refusèrent de croire à la défaite de l’allemagne et continuèrent leur combat. une reconnaissance dans le Moyen atlas dirigée par le colonel Laverdure contre Kenifra.

le rmle arrive à Oujda. Il rejoint Taza d’où. — la création du 4e rei par groupement des bataillons formant corps des 1er et 2e re stationnés au Maroc avec implantation à Marrakech. La reprise de la pacification Jusqu’en 1919. L’arrivée du rmle représente. il est impossible de procéder par chocs frontaux contre un adversaire très mobile qui a une connaissance approfondie du terrain. un faible apport numérique pour les formations européennes. forteresses naturelles où sont organisés des embuscades contre les patrouilles et les convois militaires et des raids contre les tribus ayant fait leur soumission. le ministère de la Guerre autorise : — l’affectation aux formations du Maroc de plus de la moitié des engagés volontaires au titre de la Légion . Ils doivent comprendre qu’au Maroc. il devient 3e régiment étranger d’infanterie (rei) et est affecté à Fès . Ces compagnies sont ensuite dirigées sur Meknès où doit stationner le régiment. elle vise les tribus berbères peuplant des zones montagneuses. deux de ses compagnies pourchassent jusqu’aux abords du Rif des bandes armées qui refusent le combat et se réfugient au Maroc espagnol. . Il faut apprendre à manœuvrer en tirant parti de la configuration du terrain et faire preuve de souplesse dans la manœuvre. 1920-1935 Pierre Soulié Le 27 octobre 1919. pendant trois semaines. le général Lyautey charge le lieutenant-colonel Rollet d’étudier une réorganisation de la Légion au Maroc. L’année 1920 est consacrée à la mise en place des régiments et à l’instruction des unités. en valeur absolue. Les recrues doivent être initiées aux particularités du combat au Maroc et être convaincues que la guerre n’y a rien de commun avec ce qu’ils ont pu connaître entre 1914 et 1918 contre les alliés. la pacification n’avait concerné que le « Maroc utile » et les abords des Moyen et Haut atlas. Sachant que seule la Légion parviendra à lui apporter les effectifs qui lui sont nécessaires. La création de ces régiments à effectif complet est rendue possible grâce à l’afflux de volontaires russes fuyant le régime des Soviets et de germanophones auxquels leurs pays ne peuvent fournir un emploi. sousofficiers et militaires du rang est inférieur à l’effectif normal d’un bataillon. Il permet d’augmenter de 85 % l’effectif de 1 200 légionnaires que comptent les quatre bataillons formant corps du 1er et du 2e re et les trois compagnies montées présentes au Maroc. — la transformation du rmle en régiment organique des troupes du Maroc . À partir de 1920.20 La LÉGION DaNS La PaCIFICaTION. après des discussions serrées. — le transfert d’algérie au Maroc du 2e re qui devient 2e rei en garnison à Meknès . son effectif de 994 officiers.

l’un (III/2e rei) dans la composition du groupe mobile du général Decherf avec lequel il remonte le cours de la Moulouya et occupe les postes du secteur d’El-Menzel. l’objectif prioritaire est la réduction de la tache de Taza. Commandé par le chef de bataillon Nicolas. puis combat au Tizi-adni. le 3e rei. premier régiment prêt à prendre part aux opérations. Un détachement du 4e rei défait les dissidents sur l’oued Oughziat. Le III/3e rei intégré dans le groupe mobile de Fès participe aux opérations de Kesmat-el-Khamis et de Kassiona avant de rejoindre. forteresse des aït Tseghouchen. les objectifs fixés par le Résident sont atteints : les Zaian ont fait leur soumission. Les II et III/3e rei rejoignent le III/2e rei dans le groupement du général Decherf pour réduire le massif du Tichoukt. d’avril à octobre. Il garde un bataillon en réserve à Fès. pertes énormes par rapport à l’effectif des deux compagnies mises en ligne. Le 2e rei. le II/3e rei à Bekrit en limite nord du bled Zaian. d’une part à en finir avec la dissidence au Tadla et en bled Zaian qui menace encore les zones de cultures au pied du Moyen atlas. mettant la liaison Meknès-Midelt à l’abri des incursions d’insoumis. L’opiniâtreté du III/3e rei dans cette malheureuse affaire fait l’objet d’une citation à l’ordre des troupes du Maroc. La corvée d’eau ne peut être faite que sous la protection d’un élément d’escorte . puis de construire un poste au djebel ayhoum. Pendant la belle saison. le III/3e rei doit combattre dans des conditions défavorables entraînant la perte de 17 tués. commence par repousser. de modifier l’opération pour tenir compte des difficultés du terrain et remettre en ordre les unités. Cette suggestion n’ayant pas été retenue. le bataillon fait les frais d’une erreur initiale du commandement qui refuse de tenir compte des suggestions du chef de bataillon. Le II/2e rei assure l’escorte de convois avant de rejoindre le groupe du général aubert qui. en juillet. les objectifs consistent. Celui-ci estimait nécessaire. après son transfert d’algérie au Maroc. et le poste de Bekrit qui contrôle la zone à l’ouest de la piste azrou/Midelt a été dégagé. entre Fès et Taza. En 1922. À la fin de l’année. les Légionnaires combattent. parvient à rejeter une partie des dissidents vers le cœur du Moyen atlas. et le IV/4e rei occupe en avril Gheuder.1901-1935 : La Légion étrangère au Maroc 21 Pendant cette période. avant d’attaquer Skoura. marchant du nord au sud contre les Marmoucha. En 1921. Le I/3e rei conquiert le marabout de Si-ahmedel-Monedden et construit un poste sur le lieu du combat. vivant sous la menace constante d’un coup de main des dissidents. d’autre part à créer ensuite une liaison entre Meknès et Fès d’un côté et Midelt de l’autre en passant par le col du Zad. a pour mission de compléter un réseau de postes orienté au nord face à la chaîne du Rif et au sud face au Moyen atlas. les Beni Ouarain vers le sud afin de mettre le cordon ombilical entre Maroc occidental et Maroc oriental hors de portée des Berbères du Moyen atlas. Le III/3e rei enlève la position de la Kelaa des Beni alaham. Deux bataillons du 2e rei entrent. s’y établissent et construisent les postes dans lesquels ils mènent pendant l’automne et l’hiver une existence monotone. pour protéger la piste et le chemin de fer à voie étroite de Fès à Taza. Ils pénètrent en zone dissidente. 18 disparus et 64 blessés.

les postes de l’oued Hamdine et de Bab-Hoceine. afin de pouvoir barrer la route de Fès aux Rifains. avec le II/2e rei. les dissidents guettant en permanence l’occasion de s’emparer de l’arme et des munitions d’un isolé. Le II/1er rei du Cba Deslandes. à couvrir le repli des postes devenus indéfendables. À la nuit tombée. au dégagement du poste de Taounate. le danger rifain se précisant. En 1923. Il participe. vers le massif du Bibane où les deux formations dégagent. Plus d’une centaine de volontaires se présente pour faire partie de l’élément d’assaut dont l’effectif ne doit être que de 60 hommes. revient en territoire chérifien au mois d’avril .22 Pierre Soulié prêt à riposter en cas d’embuscade. Il faut. bien armé et abondamment pourvu de munitions. la situation se détériore. Le retour vers le bataillon est dramatique : encerclé par un adversaire très nombreux. arrivé également en 1924. Il retourne en algérie en janvier 1924 après avoir participé à l’encerclement du massif du Tichoukt. Les succès d’abd el-Krim contre l’armée espagnole incitent les tribus frontalières à se rebeller et à attaquer convois. trois bataillons du 1er rei. à diverses époques et à titre temporaire. En 1924. le VI/1er rei est envoyé vers le poste de Mediouna qui doit être évacué. le groupe parvient à arriver au poste. patrouilles et postes de la zone française. en juillet 1925. Pendant plus de deux ans. Il est rejoint en chemin par la plupart des volontaires dont la participation avait été refusée. le maréchal Lyautey réclame des effectifs supplémentaires à Paris qui répond à ces demandes en n’autorisant le transfert au Maroc que d’un nombre très insuffisant de bataillons de tirailleurs algériens et sénégalais auxquels s’ajoutent. Pour maîtriser la situation. les unités des deux régiments s’épuisent à arrêter le déferlement des Rifains. escortes qui sont de véritables opérations de guerre nécessitant l’intervention d’un et parfois plusieurs groupes mobiles. communiquer par estafettes ferait tomber le messager dans un traquenard. La faiblesse des effectifs dont dispose le maréchal ne permet pas de protéger la frontière du nord simultanément avec la poursuite au même rythme que la pacification. Les 2e et 3e rei sont envoyés dans le nord pour interdire aux rebelles l’approche des deux villes impériales. Le VI/1er rei. maintenant commandé par le chef de bataillon Cazaban. L’évacuation du poste ne pourra se faire qu’en montant une action de corps franc. arrêter les opérations dans la tache de Taza. à escorter les convois de ravitaillement des postes. En combattant. escorte les convois de ravitaillement et les renforts destinés aux postes. il est affecté au groupe mobile du général Freydenberg. L’ennemi a isolé le poste par un réseau de tranchées occupées en permanence. Les liaisons entre postes voisins ne se font que par moyens optiques . le corps franc se dirige vers le poste. le corps franc est anéanti. Il est dirigé. au nord de la tache de Taza. la couverture de la frontière entre le protectorat espagnol et le protectorat français demande toujours plus de troupes. le 3 mai. quatre officiers et 60 sous-officiers et militaires du . Le 10 juin 1925. Le VI/1er rei du chef de bataillon Kratzert est envoyé au début du second trimestre 1923 au Maroc pour opérer contre les Marmoucha.

des avions d’observation et de bombardement. L’année 1925 est une année de grands bouleversements. Leur sacrifice fait l’objet d’une citation du bataillon à l’ordre des troupes du Maroc. le 28 mai. et dans son commandement en chef des troupes du Maroc. Entre Midelt et Ksar-es-Souk existait une piste praticable uniquement par des fantassins et des convois d’animaux : passant par Rich. Elle permettra d’accéder à la vallée du Draa au sud et. mais uniquement pour la durée de la campagne contre abd el-Krim. Ce dernier obtient de Paris tous les renforts en hommes et en matériel qui avaient été refusés au maréchal Lyautey. au colonel Corap. le commandement doit réorganiser ses formations et déterminer l’ordre des priorités à donner aux secteurs restant à pacifier. délivre les postes de Bab-Moroudj. Immédiatement après la fin des combats dans le Rif. profitant de la présence de troupes en bordure de ce qui reste de la tache de Taza. elle avait une longueur de trois cents kilomètres. il faut disposer de pistes capables de supporter la circulation de camions équipés de roues à bandages pleins. une fois acclimatés. il commence par combattre les Branes. venant de Sidi-bel-abbès. Les I et III/3e rei groupés en un régiment de marche de la 2e division d’infanterie du général Billotte sont dans le secteur d’aïn-aïcha et participent à l’offensive générale qui amène abd elKrim à se rendre. Le VII/1er rei arrive à Taza le 20 juillet 1925. abondance de moyens qui fait dire à certains qu’on veut écraser les Rifains avec un marteau pilon d’une puissance hors de proportion avec l’objectif. Deux pistes principales sont mises en chantier : la première relie Meknès et Fès à Ksar-es-Souk et au Tafilalet en passant par Midelt et la vallée du Ziz . Sous les ordres du chef de bataillon Merlet. puis s’empare du piton d’ashora avant de se tourner contre les Tsoul. de l’artillerie lourde. par le maréchal Pétain. À la fin de 1926. Il est remplacé dans ses fonctions de résident général de France au Maroc par Lucien Saint. Débarquent à Casablanca ou passent la frontière à Oujda des divisions métropolitaines. le commandement termine la réduction du territoire insoumis par l’opération du Tizi-anzi. des chars Renault FT.1901-1935 : La Légion étrangère au Maroc 23 rang sont massacrés par l’adversaire. rejoignent le front du Rif et passent à l’offensive au mois de mai 1926. Gourrama et BouDenib. la seconde va de Marrakech à Ouarzazate en passant par le col du Tizi N’Tichka. alors qu’en suivant . Pour accéder aux confins algéro-marocains depuis Fès et Meknès au nord et Marrakech au sud et immobiliser les rebelles. de rejoindre Ksar-es-Souk. Fin de la pacification après le rapatriement en métropole des divisions prêtées aux troupes du Maroc. fonctionnaire de l’État. vers le nord. en remontant la vallée du Dades. la zone de la dissidence ne compte plus que le second sac de la besace imaginée par le maréchal Lyautey. Ces renforts. Le maréchal Lyautey doit quitter définitivement le Maroc.

la réalisation d’une infrastructure routière qui a été l’un des facteurs essentiels du développement économique du Maroc. la totalité du protectorat français du Maroc était pacifié. 3e et 4e rei. Elle permet. La piste qui relie Marrakech à Ouarzazate donne accès à la vallée du Draa en direction du sud. À la fin de 1934. celle-ci passe par le col du Tizi N’Tichka à 2 270 mètres d’altitude. de Fès dont faisaient partie divers éléments du 3e rei et de Bou-Denib. en remontant la vallée du Dades. chars Renault type FT 17. aussitôt les combats terminés. par ramener le calme dans les secteurs de Bou-Denib et du Tafilalet en utilisant des moyens beaucoup plus lourds que ceux dont avaient disposé les unités avant 1925 : artillerie de calibre 155. Les dernières opérations eurent pour théâtre la vallée de l’assif-Melloul et le plateau des Lacs dans le Haut atlas. La route de Midelt à Ksar-es-Souk fut étudiée par la direction du génie de Meknès . Ses unités ont été l’épine dorsale des colonnes et des groupes mobiles chargés de soumettre les dissidents. avec des moyens réduits. Moins connue que la « route du Ziz ». Les groupes mobiles de Meknès avec le 2e rei. commencèrent. la distance n’est que de cent cinquante kilomètres. le djebel Sagho. En conclusion.24 Pierre Soulié le cours de l’oued Ziz. les légionnaires ont entrepris. il est possible d’affirmer que la part prise par la Légion dans les opérations de pacification du Maroc entre 1903 et 1934 est primordiale. La pénétration dans les territoires de l’extrême sud aux confins de la colonie espagnole du Rio de Oro ne donna pas lieu à des opérations militaires méritant d’être signalées. Ces pistes ayant été terminées. ce tunnel est toujours appelé « tunnel du Légionnaire »). Chargé de recherches au centre de documentation de la Légion étrangère Pierre Soulié . de rejoindre Ksar-es-Souk à partir du sud. auxquels participèrent des éléments des 2e. il fut percé entre le 24 juillet 1927 et le mois de mai 1928 par la compagnie de sapeurs pionniers du 3e rei (sur les cartes éditées par l’Institut géographique du Maroc. En 1933. aviation de bombardement… Il leur fallut ensuite réprimer une nouvelle rébellion des aït Haddidou et des aït Yahia dans la région de Gourrama et assiéger le ksar des aït Yacoub. entre 1927 et 1929. fut pris d’assaut par les compagnies montées des trois régiments étrangers d’infanterie du Maroc après un blocus de quarante-deux jours. Cette piste fut réalisée par le 4e rei. la réduction de la dissidence fut réactivée. mais il faut percer un tunnel dans la cluse du Foum-Zabel. Quant au tunnel. aidé par des unités de tirailleurs qui fournirent la main-d’œuvre « pelles et pioches ». sa réalisation fut l’œuvre d’unités des 2e et 3e rei. dernier bastion de la dissidence.