UNIVERSITE DE LA MEDITERRANEE – AIX-MARSEILLE II Ecole de Journalisme et de Communication de Marseille 21, rue Virgile Marron - 13005 Marseille

Mémoire Master 2 Communication et Contenus Numériques

Les medias à l’assaut des réseaux sociaux sur Internet Le community manager entre en scène

Présenté par Sandra Barbier Lundi 31 mai 2010 Sous la direction de Dominique Liautard, Maître de conférences

Membres du Jury : Dominique Liautard – Benoît d’Aiguillon

Les medias à l’assaut des réseaux sociaux - Le community manager entre en scène

« Chacun se réduit désormais à un profil [Facebook] et vit dans la perspective de sa publication sur Internet. Les gens n’existent plus dans l’instant mais dans une image de l’instant. Tout évènement même le plus anodin doit faire l’objet d’une information, diffusée instantanément et viralement. »
MGMT, groupe psyché-rock, Libération.fr, article du 6 avril 2010. Propos recueillis par Alexandre Hervaud.

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Introduction __________________________________________________________ 4

I.

Réseaux sociaux sur Internet : un nouvel enjeu pour l’information __________ 5
A. B. C. D. L’émergence des réseaux sociaux sur Internet _____________________________ 5 Origine des espaces communautaires _____________________________________ 7 L’information relationnelle ou la recommandation sociale de l’information _____ 8 Journalisme participatif et citoyen : valeurs de sa fonction sociale ____________ 10

II. Le community manager : le maillon fort de la nouvelle stratégie de développement des medias en ligne____________________________________________________ 14
A. B.
1. 2. 3.

Une profession 2.0 ____________________________________________________ 14 Découverte d’une nouvelle profession à travers l’expérience de plusieurs médias 16
L’Express.fr et le Figaro.fr____________________________________________________ 16 La Provence.com ___________________________________________________________ 21 Le New York Times ________________________________________________________ 24

C. D.

Constats ____________________________________________________________ 25 Stratégie de community management au sein d’un media ___________________ 27

III. Quand la communauté inspire de nouveaux modèles éditoriaux ____________ 31
A. B. La « Google Newsroom » de Benoît Raphaël ______________________________ 32 TBD.com : une nouvelle approche du journalisme digital ___________________ 36

Conclusion __________________________________________________________ 40

Bibliographie ________________________________________________________ 42

Annexes_____________________________________________________________ 44

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Introduction
Le 5 février 2010, cinq journalistes des Radios Francophones Publiques lançaient une expérience inédite baptisée Huis Clos sur le Net.1 Leur objectif : s’interroger sur la capacité de s’informer sur Internet uniquement à travers les réseaux sociaux Facebook et Twitter. Conscients qu’une mini révolution était en marche face à l’émergence des usages autour des communautés et des réseaux sociaux, cette expérience, quoique controversée parce sans fondement scientifique pour certains, a permis de mettre en avant une tendance de comportement des lecteurs, de leur consommation de la presse en ligne, de leur participation active et interactive et de faire émerger de nouvelles sources d’information pour les journalistes au cœur de ces réseaux. Il sera intéressant de comprendre comment l’évolution des usages des internautes à travers la montée en puissance des réseaux sociaux a conduit les sites de presse en ligne à investir les communautés sociales sur Internet pour tenter d’y trouver un nouveau levier de développement. L’enjeu offert au journalisme de renforcer sa fonction sociale sur de nouveaux supports propices au débat et à la prise de parole nécessite toutefois d’être orchestré. Nous verrons comment, au cœur d’une véritable stratégie d’animation, le community manager entre en scène dans les rédactions et devient un maillon fort dans le tournant numérique qu’est obligé de prendre le journalisme aujourd’hui. Enfin, nous montrerons comment la communauté, qui est devenue le point de mire d’une presse en ligne qui cherche sans cesse à séduire de nouveaux lecteurs et produire de l’information de qualité, peut influencer la définition de nouveaux modèles d’organisation et de nouveaux medias.

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http://huisclossurlenet.radiofrance.fr/

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I. Réseaux sociaux sur Internet : un nouvel enjeu pour l’information

A. L’émergence des réseaux sociaux sur Internet
En 2009, la fréquentation en France des réseaux sociaux sur Internet a explosé. En un an, sur 34,7 millions d’internautes connectés, soit 65% des français de 11 ans et plus, le nombre d’utilisateurs de réseaux sociaux a été multiplié par trois2. La notoriété des réseaux sociaux, Facebook, Myspace, Viadeo, Copains d’avant et récemment Twitter ne cesse d’accroître3, 49% des internautes ont un profil actif sur Copains d’avant et 37% sur Facebook. Le temps passé sur les réseaux sociaux, en très nette augmentation, plus 112% par rapport à l’année précédente, consiste majoritairement à partager des contenus en ligne en temps réel.

1.

2.

Schémas 1 à 2 issus de l’étude IFOP « Observatoire des réseaux sociaux », janvier 2010.

2

Annexe 1. Etude Médiamétrie « Année Internet 2009 : propulsion dans l'ère du temps réel » publiée le 09 mars 2010 3 Etude Ifop, « Observatoire des réseaux sociaux » publiée en janvier 2010. (Schémas 1 à 4)

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3.

4.

Schémas 3 à 4 issus de l’étude IFOP « Observatoire des réseaux sociaux », janvier 2010.

Un réseau social représente une structure sociale dynamique se modélisant par des sommets et des arêtes. Les sommets désignent généralement des gens et/ou des organisations, sont reliés entre eux par des interactions sociales et constituent des communautés.4

5.

Graphe illustrant les connexions possibles au sein d’un réseau social entre les individus.

4

Définition du réseau social. Wikipédia

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B. Origine des espaces communautaires
Avant de se dématérialiser et de devenir une vraie tendance d’usage sur Internet, associée dans la perception collective aux nouvelles technologies, au web 2.0 basé sur l’interactivité entre les internautes, la collaboration en ligne, la création de lien social virtuel, de contenus basés sur l’intelligence collective et la disparition progressive des frontières sur un nouvel espace immatériel, le réseau a toujours été une caractéristique sociale des individus. De la Grèce à nos jours, il a traversé les époques en évoquant tantôt le corps-cosmos, la nature et la planète et plus récemment la société et les organisations. Mais il a toujours conservé dans sa forme sa signification étymologique : il est un filet ou un entrelacement de fils5. Les groupes de chercheurs qui travaillent autour de « l’Analyse des réseaux sociaux » depuis le milieu du XXème siècle, s’accordent à penser que John A.Barnes6, né en 1918 et membre du département d’anthropologie sociale de l’Université de Manchester, est le premier à avoir introduit la notion de « social network » dans les sciences sociales. Sa principale démonstration a été de définir, suite à l’étude d’une petite communauté de la ville de Bremnes sur une île de la côte ouest en Norvège dans les années 50, une catégorie de relations sociales informelles fondées sur la parenté, l'amitié et la classe sociale. « Les réseaux sociaux ont une valeur. [...] les réseaux sociaux peuvent représenter un actif puissant tant pour les individus que pour les communautés d'individus.»7 Hobbes en 1651 dans Le Léviathan abordait déjà la notion de capital social en déclarant « avoir des amis, c’est avoir du pouvoir ». Il sous-entendait que les conditions d’existence d’un individu dépendait des ressources dont il disposait.8

5 6

Pierre MUSSO (2003) Réseaux et Société. Ed. PUF, Collection « La Politique Eclatée », Vendôme. p.16 J.A. BARNES (1954) « Class and Committees in a norwegian Island Parish », Human Relations, 7, pp. 43-44 7 D. PUTMAN, professeur d'administration publique à la JFK School of Government de Harvard, dans son ouvrage Bowling Alone 8 Alain DEGENNE, Michel FORSE (2004) Les réseaux sociaux. Ed. Arman Colin, Lassay-les-Châteaux. p.134

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Weber a ensuite repris cette approche en analysant les inégalités sociales. Le capital social correspond, selon lui, aux chances d’accès à ce que véhicule le réseau d’un individu. Bourdieu complètera en 1980 cette idée en affirmant que le capital social peut même démultiplier le capital humain ou culturel. Toutes les catégories sociales pouvant faire appel à leurs réseaux et en solliciter des liens mêmes différents. Le réseau intervient donc comme un véritable outil de coopération qui est basé sur l’échange et la confiance. C’est exactement ce qu’il se passe en matière d’information aujourd’hui dans les usages des réseaux sociaux sur Internet.

C. L’information relationnelle ou la recommandation sociale de l’information
Hubert Guillaud, rédacteur en chef d’InternetActu.fr, invité le 31 mars dernier aux 15èmes rencontres de l’Orme, dressait alors le bilan d’une profonde mutation en matière de recherche d’information9. « La façon dont on s'informe est en train de changer, sous nos yeux. Il y a quelques années, les portails des fournisseurs d'accès donnaient accès aux sites d'information sur lesquels il fallait se rendre. Les sites d'information étaient (et sont encore, bien souvent) ceux qui avaient le plus de trafic. Puis se sont les moteurs qui nous ont dit où aller. Ce sont les mots clefs de nos requêtes qui nous mènent à l'information et non plus la structure d'un site d'information. Les moteurs sont devenus les premiers sites en terme d'audience. Et nombre de services sont passés loin devant l'information. Il y a quelques semaines, selon le panel Hitwise (cf. schéma 6.), Facebook vient de passer un cap marquant, celui de devenir le premier site américain par le nombre des visites qui lui sont faites, passant devant Google. »

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Annexe 2. Tribune Hubert Guillaud aux 15ème Rencontres de l’Orme

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6.

Etude du cabinet américain Hitwise publiée en mars 2010 qui montre que la fréquentation de Facebook
dépasse celle de Google.10

« Alors que l'audience de Google est en stagnation, celle de Facebook progresse vivement. Désormais, pour accéder à l'information, ce ne sont plus ni la presse ni Google qui sont nos pages d'accueil par défaut. C'est Facebook, ce sont les sites sociaux qui sont en train de devenir les principaux moteurs de notre navigation. On ne cherche plus l'information : on accède à celle qui vient de notre réseau social. Nos amis sont le filtre qui raffine l'information qui vient à nous. Nos "amis" sont en passe de devenir nos principaux prescripteurs d'information. Ce qui n'est pas sans conséquences. À l'heure de l'Internet social, nos relations vont avoir tendance à agir directement sur nos pratiques d'information. Les acteurs de la

10

http://techcrunch.com/2010/03/15/hitwise-says-facebook-most-popular-u-s-site/

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prescription (les autorités culturelles, politiques, sociales, médiatiques, éducatives...) sont en train de changer. La recommandation corrélative est en train d'être remplacée par une recommandation sociale, qui peut être très riche si vous êtes en relation avec une certaine intelligentsia, mais qui peut être très pauvre, culturellement parlant, si vous n'êtes pas en relation avec des "pratiquants du savoir". » Les réseaux sociaux participent à la recommandation sociale et influencent notre façon de consommer les medias en ligne.

D. Journalisme participatif et citoyen : valeurs de sa fonction sociale
La recommandation sociale sur les réseaux sociaux n’est pas la seule mutation profonde que connaît le secteur de la presse depuis de nombreuses années déjà. En crise depuis le début des années 1970, la presse écrite cherche à se renouveler sans cesse. Le tournant numérique est engagé depuis qu’Internet a permis la naissance des sites de presse en ligne et que la consommation des medias s’est considérablement modifiée. La presse d’information générale a chuté de 12% entre 1996 et 2006 selon les chiffres de l’OJD11. Les recettes publicitaires se sont peu à peu déplacées vers Internet, aggravant un peu plus son modèle économique. Si certains considèrent que la crise de la presse écrite a été fortement accentuée par Internet, perçu comme un media concurrentiel, il semble que le désintérêt des lecteurs, le manque de diversité de pensée dans la presse écrite ou encore une perte de crédibilité

11

Marc LEIBA (2007). « Quel avenir pour la presse quotidienne française ? » Mémoire de fin d’études. Ecole Supérieure de Commerce de Reims, Master in Management. http://www.memoireonline.com/12/06/296/m_quel-avenir-pour-la-presse-quotidienne-nationalefrancaise0.html

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causée par une connivence avec les grands groupes industriels expliquent mieux la cause de son déclin12. Les organes de presse ont compris, dans l’évolution des usages, accompagnée par l’arrivée des journaux gratuits en 2002, qu’il fallait désormais séduire un lectorat plus jeune, plus exigent avec des pratiques différentes. Si tous ont commencé à décliner leur version papier sur Internet, d’autres ont compris que l’intérêt principal de ce nouveau media reposait sur l’interactivité désormais possible avec son lecteur et qu’il fallait inventer de nouvelles formes de diffusion. Les notions de web social et de media social ont accéléré cette tendance. L’information, avec l’apparition des blogs, a commencé à circuler plus librement et surtout à être reprise et commentée. Le lecteur ne se suffisait plus de lire une information mais il apportait désormais son opinion et parfois même un apport d’information. C’est dans cet esprit communautaire, citoyen, participatif et démocratique que sont apparus les sites de presse dits « pure players » n’ayant qu’un support en ligne. D’abord Bakchich en 2006, Rue 89 et Le Post (lancé par Le Monde Interactif) en 2007 puis Mediapart en 2008. L’occasion était donnée à la presse de redéfinir, sur un media dont les règles du jeu s’y prêtaient parfaitement, la fonction sociale du journalisme13. « La presse permet d’abord au citoyen d'élargir son champ de conscience au "tout social" auquel son expérience personnelle quotidienne ne lui donne jamais qu'un accès très partiel. […] La presse est un lieu de concrétisation et de manifestation de cette posture abstraite, dans la mesure où elle co-construit, met en circulation et met en débat un ensemble des discours sociaux constitués et disponibles.

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Annexe 3. « L’impact de la presse gratuite sur la diffusion presse en France : évolution de la diffusion et évolution du lectorat » synthèse réalisée en TD EJCM, Alexandre Joux Décembre 2009 13 Les Cahiers du Journalisme n°2, « La responsabilité sociale du journaliste : donner du sens. » Bernard Delforce, Professeur à l’I.U.P. d’Info-Com de Roubaix (Lille III)

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Participer à la construction des discours sociaux nécessaires au fonctionnement social, rendre ainsi, visible et lisible, l’espace public, cela présuppose l’adoption d’une posture citoyenne. […] La communication sociale exige donc un minimum de différence et de débat entre les discours sociaux disponibles pour que l’échange soit nécessaire et utile, mais aussi un minimum de communauté pour que, rendu nécessaire, l’échange devienne possible. La presse, dans l’ensemble de ses titres, constitue sans doute l’un des plus forts lieux sociaux de matérialisation de cette « communauté en débat ». » C’est aussi ce que Jurgen Habermas, dans l’Avenir Communicationnel14, aborde en parlant du rôle central que doit jouer la communication dans les sociétés modernes. Il estime que la communication est d’abord au cœur de toute relation sociale. Sans langage, sans communication, pas de vie en commun. De plus, c’est par l’argumentation, le dialogue, la négociation, que la démocratie peut vraiment vivre. Certains auteurs avaient imaginé le déplacement de l’espace social sur Internet. C’est le cas de Pierre Lévy, philosophe et auteur fondamentaliste de plusieurs essais sur les bouleversements causés par Internet sur la société, qui annonçait que dans les « premières décennies du XXIème siècle, […] la majeure partie de la vie sociale emprunterait le cyberespace, principal milieu de la communication et de la vie sociale. L’Internet représente simplement le stade de regroupement de l’humanité qui succède à la ville physique. On y trouvera donc quasiment toutes les activités que l’on trouve en ville, plus quelques autres, complètement nouvelles. » Dans un entretien qu’il accorde au journal Le Temps le 22 février 200115, à l’occasion de la sortie de son livre Cyberculture16, il explique comment à l’inverse des medias traditionnels comme la presse, la radio ou la télévision qui s’adressent à un nombre important de récepteurs passifs, isolés les uns des autres ou encore du téléphone qui

14 15

La Communication, Etat des Savoirs. Ed. Sciences Humaines, Bron. 1998 Interview Le temps 16 Pierre LEVY (1997). Cyberculture. Ed. Odile Jacob.

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permet une réciprocité mais d’un seul individu à un autre individu, Internet offre une véritable innovation. Au-delà de combiner les aspects positifs de ces différents medias, il permet l’adressage fin des messages, l’interactivité et offre une dimension collective avec la possibilité de créer une communauté. C’est ce modèle qu’ont choisi de décliner les différents sites de presse sur Internet. Pouvoir diffuser de l’information à travers une communauté, animer les contenus générés par leurs lecteurs, infiltrer les réseaux sociaux pour être au plus proche de l’internaute. Ne pas attendre qu’il vienne chercher l’information à la source mais être présent sur les outils qu’il utilise pour s’assurer que l’information produite arrivera à destination. Dans un contexte où les journalistes peinent à prendre ce tournant numérique, souvent ralentis par des rédactions désertées, des outils de travail obsolètes, un manque de culture 2.0 pour s’adapter aux nouvelles technologies, il semble urgent d’entourer la profession de nouvelles compétences pour accompagner sa modernisation si, comme le dit sur son blog Jean-Christophe Féraud, responsable du service Media High-Tech des Echos, les journalistes ne veulent pas devenir des « newsosaures »17… A travers ces nouveaux enjeux, tournés sur les valeurs de base du journalisme, la presse pourrait-elle imaginer un avenir meilleur ? C’est un des espoirs que semble formuler un grand nombre de medias cette année auprès d’une nouvelle profession : le Community Manager, animateur de communauté.

17

Jean-Christophe FERAUD (21 avril 2010). « Evoluer ou disparaître comme des newsosaures », Sur mon écran radar. http://monecranradar.blogspot.com/2010/04/evoluer-ou-disparaitre-comme-des.html

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II. Le community manager : le maillon fort de la nouvelle stratégie de développement des medias en ligne

A. Une profession 2.0
Lorsque le 12 avril 2010, un journaliste de Libération annonçait en moins de 140 caractères sur le réseau social Twitter que le journal cherchait son community manager, une agitation venait de réveiller les twittos18, pour une grande partie issus du journalisme et de la communication sur le réseau en France.
7.

Capture d’écran message sur twitter

Messages directs, retweets, hasthtag : c’était l’événement du jour. Et une initiative plutôt originale et significative. Quoi de mieux que de recruter celui qui animera la communauté d’un site de presse en ligne sur le réseau social qui a connu la plus forte progression en notoriété en 2009 et qui tente de s’imposer comme un véritable media social d’information ? Encore quasiment inconnu au début de l’année 2009, en décembre 63% des internautes en avaient entendu parlé. Si seuls 5%19 déclarent avoir un profil ouvert c’est parce que Twitter au départ paraît assez compliqué. Les utilisateurs s’y sentent moins à l’aise que sur Facebook parce qu’il y a une notion forte de prise de parole en public et des codes de langage à maîtriser. Twitter reste donc en France le réseau social des professionnels de l’information et de la communication. Ce qui par définition en fait un lieu très approprié à la diffusion de l’information.
18

un twittos est une personne qui tweette sur twitter. Vocabulaire twitter : 15 mots et symboles à connaître http://www.twoutils.com/vocabulaire-twitter-mots-symboles.html 19 Etude Ifop, « Observatoire des réseaux sociaux » publiée en janvier 2010.

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Le principe est simple, exprimer en 140 caractères son activité du moment et ajouter si possible un lien vers un article de presse ou une photo. Rares sont les tweets qui ne pointent vers aucune source. Et chacun s’attelle à alimenter son réseau, c’est le principe même du web 2.0, au plus un élément fournit d’informations pertinentes, au plus sa valeur et son intérêt auprès des autres augmentent et au plus il est crédible et influent. Sur twitter, le but est de fournir une information qui intervient comme une alerte à la façon d’une dépêche, ce qui le caractérise comme un très bon outil de veille. En ce sens twitter est souvent annoncé comme un futur site géant d’information. Cette idée qu’avançait Marie Catherine Beuth, journaliste au Figaro.fr spécialisée en nouveaux medias sur son blog en mai 200920, a fait son chemin. Elle publiait un tableau récapitulant la présence des journaux sur twitter laissant apparaître un net avantage pour Le Figaro et L’Express. Ces deux journaux sont aussi ceux qui ont investi les premiers dans l’aventure du community management.

8. Tableaux comparatifs de la présence des journaux sur twitter et de leurs nombres de followers Mai 2009 Réalisé par M.C. BEUTH, journaliste au Figaro

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Marie-Catherine BEUTH (25 mai 2009). « Twitter, votre journal de demain ? », Etreintes Digitales. http://blog.lefigaro.fr/medias/2009/05/twitter-votre-journal-de-demai.html

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B. Découverte d’une nouvelle profession à travers l’expérience de plusieurs médias

1. L’Express.fr et le Figaro.fr
Si la fonction de community manager consiste à assurer une présence et une animation du profil twitter ou facebook du journal pour lequel on travaille, la fonction ne se limite pas à cette tâche. Invités de l’Atelier des Médias le 12 mars 2010, au micro de Ziad Maalouf pour une émission spéciale « Community manager, nouveau métier du journalisme ? »21, Antoine Daccord du Figaro.fr et Marie-Amélie Putallaz de l’Express.fr ont abordé les particularités d’un nouveau métier en plein essor au sein de deux medias qui ont choisi de jouer très tôt la carte de la communauté. En préambule, un journaliste, Dominique Dufour, créateur du blog

www.managerunecommunaute.com explique comment il a compris que son métier allait complètement changer le jour où il a reçu le mail d’un lecteur qui lui faisait part de son sentiment sur son article. « Pour moi ça a été la révélation. Ca a été la première fois qu’un de mes lecteurs me disait ce qu’il pensait d’un de mes articles. Et donc à partir de ce moment là, je me suis dit que mon métier allait complètement changer et je me suis sensiblement tourné vers cette interactivité, ce dialogue que l’on a avec les lecteurs. J’ai essayé de le formaliser, de travailler là dedans pour créer, développer, animer des belles communautés. De rassembler des gens sur Internet de tous âges de tous horizons et de rassembler des gens autour de passions, d’objectifs communs. » Le courrier des lecteurs de la presse écrite que les journalistes n’étaient pas vraiment habitués à considérer, est devenu sur Internet le fondement même de l’interactivité auquel un journal se doit désormais d’être attentif.
21

Podcast « Community Manager, nouveau métier du journalisme ? » n°119, Atelier des Médias, 12 mars 2010 http://atelier.rfi.fr/profiles/blogs/emission-1191-community

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Marie - Amélie Putallaz, community manager à l’Express confirme ce que présente Dominique Dufour. « Ce discours me parle beaucoup et j’aime énormément sa réflexion sur le lecteur qui tout à coup vient dire ce qu’il pense de l’article et que d’un coup le journaliste se rend compte que le lecteur a dit quelque chose et qu’il a pu comprendre ou pas l’article. Je pense qu’Internet pour ça c’est la grande richesse, finalement le journalisme sait immédiatement ce que le lecteur a retenu et compris de son article. » Marie Amélie, vous êtes community manager à l’Express.fr. C’est quoi exactement votre métier ? « La philosophie de mon métier est d’essayer de construire l’information, notre travail de journaliste, avec les internautes, avec toute la richesse apportée par les internautes sur Internet. » Et vous faites ça comment ? « Ca a plein de facettes. Ca peut être aussi bien accompagner les journalistes dans la lecture de leurs commentaires, comment est-ce qu’on rebondit sur une info donnée par un internaute, comment est-ce qu’on la vérifie, comment est-ce qu’on fait évoluer un article heure après heure avec ce que racontent les internautes ou est-ce qu’on peut faire un nouvel article avec tout ce que les internautes ont pu écrire. Ca peut être aider les journalistes à trouver des sources sur les réseaux sociaux. Pour le journaliste individuellement surtout twitter qui est à la fois une source, une construction de réseau et à la fois, une part beaucoup moindre, un moyen de diffusion. Facebook, comme source un peu moins comme diffusion pour un journaliste individuellement par contre pour un media en tant que tel, pour l’express.fr, si. » Donc vous accompagnez vos collègues et vous accueillez aussi les internautes ? « Bien sûr, mais je préfère dire que c’est chaque journaliste qui accueille ses internautes plutôt que moi qui accueille tout le monde et qui fais ma petite sauce dans mon coin. »

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Antoine Daccord, vous êtes également community Manager mais pour le Figaro.fr. Est-ce que vous faites le même métier qu’Amélie ? « Plus ou moins oui, après on a peut-être différentes façons de pouvoir le mettre en application selon nos différents medias. Mais je suis entièrement d’accord avec ce qu’Amélie vient de présenter. On fait la même chose. On est organisé un peu différemment, on est une équipe de 7 personnes pour l’animation de la communauté. Pour s’occuper et de l’accompagnement des journalistes et d’une production de information, d’enrichissement de l’information collaborative avec la communauté, également de lien social avec nos communautés sur les réseaux sociaux, sur notre propre réseau social. Et nous avons une mission sur l’évolution fonctionnelle de notre media pour pouvoir accueillir ces communautés et leur permettre d’avoir des conversations de manière plus facile et agréable autour de l’information, de nos informations et de toutes les informations. » Est-ce que votre premier boulot c’est de gérer les commentaires déjà ? Je sais que sur le figaro.fr vous en avez 15 000 par jour ? « Tout à fait. On va dire que c’est le premier contact entre les communautés et notre media. Ca a été le premier gros chantier que j’ai dû effectuer au figaro à mon arrivée il y a 15 mois. On s’est organisé pour avoir une gestion des commentaires humaine. A ce nombre là c’est assez compliqué. Nous avons deux modérateurs dédiés en interne du matin au soir qui eux-mêmes managent 4 à 6 modérateurs à l’ externe pour pouvoir lire tout ce qu’il s’écrit. Au figaro quasiment tout est lu avant d’être publié. » Vous êtes tous les deux journalistes, est-ce que c’est nécessaire d’être journaliste pour être community manager ? Marie-Amélie P. « Pour faire le travail que je fais c’est indispensable parce qu’il y a toute une question de hiérarchisation de l’information, savoir vérifier une info. Alors faut-il avoir fait une école de journalisme je ne sais pas mais il faut avoir la fibre en tout cas. »

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Antoine D. « Oui pareil. Community manager dans un media, c’est essentiel si on accompagne une production des non-journalistes. C’est surtout le travail de vérification de l’information, de la personne et de mise en valeur et de mise en situation. Est-ce que c’est l’idée que vous vous faisiez de l’idée de la profession de journaliste ? Rester derrière des ordis, commenter, modérer, faire du réseau ? Marie-Amélie P. « Moi oui parce que je suis venue au journalisme par une voie un peu particulière. J’ai eu envie de faire du journalisme parce que j’aimais la conversation sur le web. » Antoine D. « Pas forcément pas dès le début. J’ai commencé en étant reporter local sur le terrain. Mais au fond donner la parole c’est faire du journalisme. Même dans des journaux papier, même déjà il y a huit ans on se rend compte qu’on donnait la parole à des non-journalistes. Au fond on refait la même chose mais fois 10 000 beaucoup plus rapide sur le web. » A l’Atelier des medias on a aussi une communauté qu’on fait participer quand on invite des personnes comme vous. Manuel A. de Paris vous demande si la communauté que vous animez a une incidence sur la ligne éditoriale de vos medias ? « Une incidence, je ne sais pas si c’est le mot. Depuis peu sur le figaro.fr on a deux sortes de « une ». On a activé un mode de notre « une » d’actu qui s’appelle « La Une Plus » sur Internet et qui est enrichie des contributions de notre communauté. Notre communauté ce sont des non-journalistes, ce sont aussi nos journalistes qui peuvent avoir des blogs et tenir des discours un peu plus personnels. On peut donc avoir des sujets, des points de vue, qui arrivent qui viennent compléter l’information qui n’ont pas été uniquement décidés par l’unique rédaction du figaro. Après tout est re-décidé par nous, nous maîtrisons notre identité et nous choisissons ce que nous diffusons ou pas. »

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C’est à dire ? Enrichis ? Vous prenez vos articles et vous rajoutez ce que vous disent les internautes ou vous prenez des articles écrits par votre communauté ? « Les deux mon capitaine. C’est le but sur « La Une Plus », autour d’un grand sujet d’actu qui va faire débat dans notre lectorat, on va essayer d’aller trouver l’expertise d’un de nos blogueurs, le témoignage d’un de nos internautes, l’analyse d’un de nos experts. Déjà faire une ensemble multimedia. Après on peut même refaire un article à partir de ce que nous a apporté la communauté. » Plusieurs grands medias n’ont pas de community manager. On finit par se demander à quels besoins répond votre fonction, est-ce qu’elle est indispensable ? Marie-Amélie P. « Je pense que pour ce qui est d’aider les journalistes à intégrer le communautaire dans leur démarche au quotidien, elle est indispensable. C’est difficile de le faire sans quelqu’un qui soit un peu en fil rouge derrière. Et puis pour l’accompagnement sur les medias sociaux pareil. » Antoine D. « Moi je pense que c’est devenu indispensable après ça dépend de ce qu’on veut faire avec les communautés. Dans d’autres medias ce même rôle peut être partagé soit sur un rédacteur en chef vraiment sensibilisé par ce phénomène. Mais il faut avoir je pense une politique d’animation de sa communauté aujourd’hui dans son media. » Mathieu qui vit à Palo Alto, la ville de Facebook, vous demande : est-ce que votre métier ne revient pas à faire du marketing pour vos medias ? A défendre vos marques au fond. « Je vais dire non. Défendre un media, être un petit peu son ambassadeur pourquoi pas ? Ce n’est pas ce qu’on nous demande en tout cas mais moi je le fais avec plaisir parce que je suis fier de ce qu’on fait. Non on a vraiment une équipe marketing, une équipe de la communication, une équipe de community management, Chez nous comme à l’Express c’est vraiment fait par des journalistes, on ne fait vraiment pas la même chose au quotidien ».

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Mais gérer une communauté ça fait grossir l’audience, faire grossir l’audience ça fait venir de la publicité, non ? « Moi on ne m’a mis aucun objectif là-dessus. Evidemment que ça le permettra en ayant plus de monde etc, c’est un des moyens d’agréger des personnes… » Et même au Figaro c’est faire venir des abonnés payants, puisque la communauté est la porte d’entrée vers le payant au Figaro.fr… « Tout à fait, maintenant ce n’est pas ce qui est communautaire qui est payant. Nous avons privilégié nos abonnés payants sur certains outils websociaux parce qu’on les connaît mieux, parce qu’on sait qui est derrière donc on peut aller plus vite et leur faire confiance plus rapidement. Maintenant ils viennent quand même chercher du contenu pour la zone payante. » Marie-Amélie, marketing ? « Pareil, on ne m’a pas mis d’objectifs, heureusement. J’espère qu’ils n’attendent pas trop ça de moi parce que je ne suis absolument pas formée pour le faire. Maintenant si, la rédaction travaille proche du marketing et proche des équipes techniques pour que quand il y a un projet on travaille tous ensemble dans la même direction. Donc comme les autres journalistes oui je travaille avec le marketing au quotidien. »

2. La Provence.com
Avec 2,9 millions de visites par mois, l’OJD, association pour le contrôle de la diffusion des medias, a attribué en mars dernier au site Internet de La Provence la troisième place du site de presse quotidienne régionale le plus visité derrière Ouest-France et Le Parisien22. Nicolas Bocquet, webmaster du journal, explique comment, malgré l’absence du titre de community manager, il participe depuis plusieurs mois à l’animation de la communauté des « provençaunautes » qui contribue, en partie, au succès de LaProvence.com.

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http://www.laprovence.com/article/region/laprovencecom-prend-la-3e-place-du-podium

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Historique « Après une première expérience à la fin des années 1990 La Provence a relancé son site en 2007. La possibilité, dès le départ, de laisser aux inscrits la possibilité de commenter l'actualité, à travers les articles et les forums, a initié notre communauté d'utilisateurs. En 2008 nous avons voulu augmenter sa visibilité. Nous avons créé des profils pour chacun de nos « provençaunautes », comparables à ce que peut proposer Facebook, fonctionnalité qui est peu à peu utilisée par les autres titres depuis cette date. » Le community manager à LaProvence.com « Avec la multiplication des commentaires sur le site (entre 2000 et 3000 par jour), très vite nous avons ressenti le besoin d'embaucher un community manager. Aussi bien pour gérer la modération, que pour mettre en valeur le contenu généré par notre communauté (synthèse de contribution, réponses dans les articles/forums, diaporama à partir de photos de provençaunaute…) A l'heure actuelle nous fixons mal l'étendue des tâches du community manager. Notamment concernant la modération qui n'entre vraisemblablement pas dans les attributions du poste. Et aujourd'hui, d'abord pour des raisons de moyens, ce sont les journalistes de la rédaction web qui occupent ce poste à tour ce rôle. Les journalistes, bien que conscients de l'importance et des enjeux du poste, ont du mal à s'en occuper pleinement. Tout d'abord parce qu'il s'agit d'un métier à part entière et qu’ils ne maîtrisent pas forcément encore tous les codes et fonctionnement de la gestion d'une communauté online. De plus, ce n'est pas du journalisme à proprement parler et les tâches rédactionnelles sont assez frustrantes (surtout pour des journalistes venant de la culture papier où l'on vénère l'écrit). La tâche s'est sensiblement compliquée avec la montée en puissance de Facebook. Nous nous devions d'être présents sur le réseau social, mais aucune réelle stratégie n'a encore été adoptée. Pour le moment l'usage principal que nous en avons (de même pour Twitter) est de mettre en avant notre contenu. Disposant déjà d'un large éventail de

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possibilité de commenter l'actu sur notre site, nous voyons les réseaux sociaux tout d'abord comme un moyen de doper notre audience et de faire découvrir notre contenu à un public plus jeune et plus" high tech". Dans le futur nous ne comptons pas externaliser cette tâche, mais il est possible que ce ne soient plus les journalistes qui gèrent le poste. Nous sommes en tout cas bien conscient de l'importance de dédier une personne à 100% dessus. » Enjeux « Nous avons créé un module communautaire puis une page Facebook pour les raisons suivantes : - l'audience : le contenu généré par les internautes représente environ 10% de l'audience du site - être le portail régional : être le journal de sa région implique également d'être le site où l'on va parler de l'actualité de sa région - crowd sourcing : recueillir de l'information là où l'actualité se passe - donner un second souffle à l'article, donner un éclairage moins journalistique en donnant la parole aux internautes - rajeunissement de notre audience, problématique très importante pour la PQR » Les derniers changements opérés par Facebook nous font réfléchir sur l'intégration possible de ses API sur notre site. Nous ne voulons pas rater l'audience qu'il peut générer, la qualification des ses internautes (notamment en terme d'âge et de géolocalisation) et les commentaires qui sont rarement modérables compte tenu du non anonymat des profils FB. Mais nous sommes bien conscients des possibles revers de cette intégration et notamment la possibilité de voir nos internautes peu à peu se tourner vers le réseau social. »

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3. Le New York Times
De l’autre côté de l’Atlantique, les medias sont engagés depuis longtemps sur le mode communautaire. La déclaration de Peter Horrocks, patron de la BBC Global News, a donné le ton en début d’année 2010 mentionnant que les journalistes devaient apprendre à se servir des réseaux sociaux et à le faire effectivement. "Ils ne font pas leur boulot s'ils ne savent pas faire ça. Ce n'est pas facultatif"23. Les réseaux sociaux sont donc de plus en plus considérés comme des sources de recherche et de diffusion d’information à part entière. Un site Internet http://muckrack.com répertorie même la liste des journalistes online et offline présents sur twitter. A l’occasion du salon international Nonick 2010 qui se tenait les 14 et 15 mai derniers à Bilbao, organisé par la radio télévision publique basque EITB et réunissant les meilleurs experts en réseaux sociaux, Jennifer Preston, social media editor depuis 2009 au New York Times et journaliste du media depuis 15 ans, a dévoilé la stratégie en ligne du quotidien national américain. Dans une interview accordée à EITB24, Jennifer Preston affirme que son rôle consiste à « inciter les journalistes à se servir des réseaux sociaux pour produire des articles, pour diffuser, partager et promouvoir leurs papiers… ». Elle estime que « les réseaux sociaux ont donné aux journalistes une chance de dialoguer avec leur audience d'une façon qui n'a jamais existé auparavant. Les réseaux sociaux rendent l'information participative. Les médias ont fait un grand travail en créant et en éditant des contenus, mais le pas suivant est l'interaction avec les lecteurs.

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Marie-Catherine BEUTH (15 février 2010). « Réseaux sociaux, nouvelles sources pour les journalistes », Etreintes Digitales. http://blog.lefigaro.fr/medias/2010/02/les-reseaux-sociauxnouvelles.html 24 (14 mai 2010 ) « A Bilbao, le NYT dévoile sa stratégie en réseaux sociaux », EITB.com. http://www.eitb.com/infos/technologie/detail/420385/a-bilbao-new-york-times-devoile-sa-strategiereseaux-sociaux/

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Les journalistes ont découvert que les réseaux sociaux aident non seulement à partager des infos, mais aussi à découvrir des tendances. Parmi les réseaux utilisés par le New York Times figurent surtout Facebook (avec presque 600.000 fans), Twitter (avec 2,4 millons d'abonnés, followers) et Foursquare. À travers ces réseaux, les internautes partagent des contenus avec les journalistes et participent au processus rédactionnel, en envoyant des images, en alertant sur un événement, en apportant des infos des dernière minute. Le plus souvent, les internautes se trouvent sur place et jouent le rôle de témoins avec leurs téléphones portables équipés d'un appareil de photo et d'une caméra. Au New York Times, notre objectif est de faire en sorte que nos rédacteurs et journalistes pensent à interagir avec nos internautes, pensent aux réseaux sociaux de la même façon qu'ils pensent à d'autres outils, tels que les vidéos ou les photos. En bref, que dans la rédaction, on se pose à chaque fois la question quelle est la meilleure façon d'utiliser les réseaux sociaux. La social editor du New York Times rêve même à réseaux sociaux afin de produire un grand "un site fabuleux où l'on dialogue entre tous. » rassemblerait les commentaires des usagers de Facebook, de Twitter et d'autres

C. Constats
Ces témoignages de journalistes community managers de leurs medias montrent que les sites de presse en ligne, en intégrant la notion de communautés et en utilisant les réseaux sociaux ont redonné la parole à leurs lecteurs, écoutant leurs nouvelles attentes et relançant le débat sur Internet, formidable lieu d’échange grâce à l’interactivité de ses outils. Il s’agit d’un véritable enjeu pour la presse de pouvoir capter son audience, la fidéliser, la qualifier et lui fournir une information de qualité en intégrant aussi ses contributions. Les postes de community manager au sein des rédactions, viennent donc répondre à de vrais besoins apparus avec l’essor du web social qui rejoignent parfaitement les

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fondements même d’existence de la presse (cf. fonction sociale de la presse définie dans la première partie). Les missions de chacun montrent que le métier exige de nombreuses compétences à la croisée du journalisme et de la communication dans le but de savoir trouver une information, la relayer, la partager, la mettre en scène pour à nouveau la diffuser, la discuter pour ouvrir le débat mais aussi donner une crédibilité et une bonne image de son support de presse tout en étant un médiateur des nouvelles technologies auprès des journalistes les moins aguerris. Luc Legay25, spécialiste des stratégies de collaboration en réseaux, a récemment réalisé un nuage de tags pour illustrer les qualités que doit posséder un community manager.
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Qualités du Community Manager - Nuage de tags réalisé par Luc Legay sur le site www.wordle.net

Difficile de dire si le profil en vogue de l’année 2010 dans les medias, qui aurait pu être facilement associé à un journaliste « geek » accroc aux nouvelles technologies passionné de presse en ligne faisant preuve d’un esprit ouvert et critique ne se rapproche pas plus d’un fin psychologue ou d’un accompagnateur social… Sa polyvalence ne fait toutefois pas de doute.

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Auteur du blog Tentative(s) d’intelligence collective http://ru3.com/luc/interventions-et-conferences

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Elle doit lui permettre de répondre à une véritable politique de développement de son media remplissant tantôt les objectifs d’une stratégie d’animation de la communauté, tantôt d’une stratégie de communication ou encore d’une nécessaire modernisation des méthodes de travail des membres d’une rédaction.

D. Stratégie de community management au sein d’un media
Plus communément définies pour accompagner les stratégies de communication web des marques ou des entreprises sur Internet en intégrant la participation des consommateurs désormais acteurs, les stratégies de community management sont devenues incontournables. Il faut être présent sur les réseaux sociaux, animer une communauté pour exister, pour faire parler de soi sur Internet, trouver l’adhésion des consommateurs et veiller à son image de marque : la « e-reputation ». Toutefois, si l’information n’est pas un produit comme les autres, les medias, notamment la presse écrite, qui survivent pour la plupart grâce aux aides de l’Etat26- qui s’engage ainsi à garantir la liberté de la presse et à conforter les conditions de son pluralisme - tentent de redynamiser leurs ventes et de trouver de nouveaux leviers de développement. Il s’agit surtout d’acquérir de nouveaux lecteurs en ligne, de les fidéliser afin de générer une audience qualifiée, monétisable, d’offrir de nouveaux services éventuellement payants mais aussi d’affirmer une présence sur Internet qui pourra compléter les contenus éditoriaux des supports papiers. En ce sens, les logiques ne diffèrent pas d’une marque classique. La particularité de l’information est qu’elle se vend pour amener le débat. Et sur ce point, l’apport des communautés et des réseaux sociaux répond parfaitement à sa fonction.

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Direction Générale des Médias et des Industries Culturelles – Panorama des aides à la presse en ligne http://www.dgmic.culture.gouv.fr/mot.php3?id_mot=22

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Le patron du New York Times, Scott Heekin-Cannedy, affirmait même que 70% des abonnés de l'édition papier le restent bien qu'ils consultent également le site Internet, "où tout le journal est disponbile gratuitement"27. La profondeur des papiers est apparemment telle qu'une plongée dans le papier reste un plaisir entier. Si deux tiers des abonnés papiers utilisent le site, c'est "pour sa dimension sociale" : envoyer des articles par mail, commenter, voir quels sujets ont eu le plus de succès.

C’est pourquoi la stratégie de community management est particulièrement adaptée aux medias. Le community manager, qui travaille dans la même direction que les services promotion et marketing pour assurer une cohérence au media bénéficie d’un statut différent, il est la plupart du temps journaliste et dépend de la rédaction web. Toutefois, son statut au banc d’essai cherche encore sa place. Le réseau social LinkedIn lui consacre d’ailleurs un groupe de discussion28 où les community managers apportent le témoignage de leurs expériences et discutent des différentes stratégies à adopter. Pour un media nous retiendrons trois axes importants. Animation de la communauté C’est principalement le déplacement du courrier des lecteurs vers les sites de presse en ligne et la possibilité de commenter les articles à chaud qui ont amené la création de communautés de lecteurs. Le community manager sollicite les réactions, écoute et répond aux participations. Il met en scène les contenus déposés pour les mettre en valeur et parfois même compléter l’information présente dans un article. En ce sens il est parfois associé à la fonction d’un secrétaire de rédaction, qui n’existe pourtant pas sur Internet mais qui est pourtant fondamental dans le travail de tri, de vérification et de hiérarchisation de l’information créée à partir des UGC (User Generated Contents ou contenus générés par les utilisateurs).

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Marie-Catherine BEUTH (1er juillet 2009). « Presse et Internet, les choix du New York Times », Etreintes Digitales. http://blog.lefigaro.fr/medias/2009/07/presse-et-internet-les-choix-du.html 28 Groupe de discussion consacré au community management sur le réseau social LinkedIn http://www.linkedin.com/groups?home=&gid=2873212&trk=anet_ug_hm

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Si la modération des commentaires est une tâche fastidieuse, le community manager doit également alimenter la présence de son media sur les réseaux sociaux (Facebook et Twitter) pour tenter de générer de l’audience et rendre le media plus vivant.

E-réputation du media En parlant au nom de son media sur son site de presse en ligne ou à travers les réseaux sociaux, le community manager se doit de faire preuve d’un grand professionnalisme et d’un grand respect pour la communauté qu’il anime. Si ce poste est souvent attribué à de jeunes journalistes, il semblerait intéressant de pouvoir confier aussi cette mission à des représentants du media expérimentés qui sauront véhiculer les valeurs du journal à travers la communauté29. Le communauty manager doit également se démarquer en affirmant une personnalité forte, créative et innovante pour tenter, au-delà de la transmission des flux d’information de son media, d’enrichir la communauté notamment sur twitter où il effectue un gros travail de veille. Il intervient aussi pour répondre à des commentaires ou interventions qui pourraient aller à l’encontre du media. Il est donc important que la « voix » du media suive sa ligne éditoriale et soit en cohérence avec ses opinions et ses orientations.

Médiation interne De façon plus marginale mais réelle, le community manager assure aussi au sein de son media un accompagnement auprès des journalistes pour les aider à se familiariser avec les nouveaux outils de gestion de communauté et les convaincre d’intégrer eux mêmes les réseaux sociaux dans leur recherche d’information. Il est important que les journalistes soient conscients des nouvelles fonctions apportées par le réseau et soit en mesure de mettre en place des outils de veille.

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Cédric DENIAUD (8 avril 2010). « Pourquoi le community manager doit faire partie de l’entreprise ? », MediasSociaux.com. http://www.mediassociaux.com/2010/04/08/reflexions-autour-ducommunity-management-et-du-role-des-agences-pourquoi-le-community-manager-doit-faire-partie-delentreprise/

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Ces réflexes que toutes les rédactions n’ont pas encore adoptés, montrent combien le tournant numérique est complexe à aborder. Si les medias sont conscients des enjeux tous, quotidiens nationaux ou régionaux, n’ont pas encore crée la fonction de community manager, confiant la tâche au service informatique parce que c’est proche de l’Internet ou encore aux journalistes qui maîtrisent le mieux l’outil. Pourtant il semble que les nouveaux modèles de production de l’information s’engagent de plus en plus vers une mise en scène de l’information qu’a commencé de pratiquer le community manager. La communauté et l’inépuisable source d’information que constitue Internet lui-même pour les journalistes, à travers les moteurs de recherche et les réseaux sociaux, donnent des idées de réorganisation des rédactions vers ce qu’il devient courant d’appeler « le journalisme de demain » ou encore le journalisme digital.

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III. Quand la communauté inspire de nouveaux modèles éditoriaux
Les réseaux sociaux et les communautés ont clairement apporté une réflexion nouvelle autour de l’organisation, de la mise en scène ainsi que de la production de l’information. La crise de la presse initiée dans les années 70 couplée à l’émergence d’Internet depuis le début des années 2000 a fait apparaître dans l’ère de l’information de nouvelles problématiques marquant une rupture réelle pour toute une profession de journalistes. Crainte, méfiance, peurs, blocages, résistance au changement, compétences dépassées, repères bouleversés, modèles à réinventer, l’industrie de la presse a dû, à son tour, affronter une révolution technologique voire idéologique. Le web social dans l’apport de ses nouveaux outils a vu renaître dans des proportions, jusque là jamais atteintes, la prise de parole du lecteur sur l’espace public dématérialisé devenant alors véritable conso-acteur des nouveaux medias. Au point que certains se posent clairement une question explicite, devant une profession parfois mise à mal : « Demain tous journalistes ? »

Si cette interrogation inquiète beaucoup, faisant notamment référence à la généralisation des blogs, des réseaux sociaux sur lesquels il est devenu facile de s’exprimer et de diffuser de l’information en tout genre au risque de n’être parfois pas ou peu vérifiée liée à la précipitation , il semble au contraire que la presse, en plein tournant numérique, soit désormais en mesure de répondre à l’attente du lecteur soucieux de consommer de l’information de qualité. Le contexte pouvant même paraître favorable : profiter de la relance de la discussion et du débat que les medias se sont désormais convaincus d’animer en partie en s’entourant de community managers, pour se remettre en question et chercher à satisfaire les nouvelles attentes d’un lectorat plus exigent parce que submergé d’information de toute part.

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A. La « Google Newsroom » de Benoît Raphaël
Benoît Raphaël, co-fondateur du Post et ancien rédacteur en chef du Dauphiné Libéré, explore depuis de nombreux mois les mutations de la presse et le traitement de l’information sur Internet. Dans les nouveaux modèles de production de l’information il a récemment évoqué le concept de « google newsroom »30 comme possible solution aux difficultés que rencontrent les rédactions à alimenter l’information à la fois pour le print et pour le web. Il remet en question ce qui s’est fait jusqu’à présent, c’est à dire adapter sans grande distinction les articles destinés à être imprimés sur rotatives pour être lus sur Internet. Selon lui, la notion de rédaction « bi-media » n’a plus lieu d’être. Elle est dépassée car elle donne surtout le sentiment aux journalistes de devoir « bitravailler » créant ainsi frustrations et incompréhensions. Il préconise d’abandonner cette vieille conception et de se positionner là où « l’information respire », là où « tout se passe désormais », au cœur du réseau (cf. schéma 10).
10.

Schéma présentant le modèle de rédaction imaginé autour de la Google Newsroom
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Benoît RAPHAEL (12 janvier 2010). « Révolutionner la presse : la Google Newsroom », Demain tous journalistes ? http://benoit-raphael.blogspot.com/2010/01/revolutionner-la-presse-la-google.html

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Repenser la production de l’information en imaginant deux types de journalisme : Un journalisme de valeur composé des membres de la rédaction pour produire l’information. Un journalisme de mise en scène composé de secrétaires de rédaction et de communauty managers pour mettre en scène l’information. L’ensemble des ressources de la rédaction est orienté vers la production d’information digitale de façon à être très bien positionné sur le web et les applications mobiles, le tout permettant aussi de produire les contenus destinés à la version papier. Benoît Raphaël va jusqu’à imaginer que le journal papier, mieux fourni, plus riche pourra se vendre plus cher et générer ainsi plus de revenus pour le media. Le journalisme de valeur Benoît Raphaël propose d’organiser les équipes rédactionnelles en pôles thématiques autour desquelles se réunissent des journalistes, des blogueurs, une communauté, un commercial, une personne du service marketing un community manager et un secrétaire de rédaction, comme s’il s’agissait d’un media à part entière. Cela permet de produire une information à forte valeur ajoutée en étant spécialisé. Chacun a un rôle bien précis. Les reporters (journalistes + blogueurs) ramènent l’information. Ils vont sur le terrain du web ou le terrain "réel". Ils publient sur plusieurs rythmes : live tweeting, articles, vidéos, données, enquêtes de fond... Ils peuvent également animer une communauté de blogueurs/utilisateurs avec qui ils peuvent co-produire l'info. Les curators (journalistes + amateurs) couvrent l’actualité en triant, vérifiant et éditant en live tout ce qui se fait de mieux sur le web et dans les médias. Ils font du link journalism ou l'organisent, ils rendent l'info plus accessible. Les chroniqueurs (blogueurs + journalistes + experts) ouvrent des conversations et mettent en perspective.

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Le journalisme de mise en scène Il s’agit ici de pouvoir organiser l’information sur le support papier et sur les supports mobiles. Une équipe de 10 super secrétaires de rédaction, chargés de mettre en scène l'information sur le journal papier. Ils ne travaillent plus que sur 3 ou 4 pages chacun, mais ils ont un vrai travail de secrétaire de rédaction "à l'ancienne". Ils récupèrent les contenus publiés par la Google rédaction et les font vivre différemment. Ils sont chargés de rendre l'info plus lisible, plus visuelle, de faire tout ce que le web ne sait pas faire. Benoît Raphaël cite l’exemple d’un quotidien portugais "I" réalisé sur ce modèle et explique qu’ainsi organisée la rédaction peut faire appel aux pôles thématiques spécialisés pour produire des hors-séries papier.
11.

Quotidien papier I produit à partir d’une rédaction digitale

Le journalisme de mise en scène s’appuie aussi une équipe de plusieurs community managers et data journalistes, chargés de la mise en scène de l'info sur le web et mobile. Ils sont surtout chargés de l'expérience de l'utilisateur avec l'info. Ils s'occupent de la qualité de "l'engagement" (au sens américain du terme, c'est à dire l'implication de l'utilisateur avec les contenus).

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Ils travaillent aussi sur la mise en scène de l'info sous forme de bases de données ou d’outils cartographiques. Cette réorganisation, toujours selon le co-fondateur du Post.fr permet d’avoir une rédaction en réseau, puissante. Les ressources en interne ont été détectées et exploitées. La masse considérable d’information qui circule sur Google ou sur les autres moteurs de recherche doivent devenir un vrai centre d’intérêt pour les journalistes qui ensuite font leur travail de tri, de vérification et de hiérarchisation. L’ère de l’information dans laquelle nous sommes entrés avec les outils puissants de diffusion comme Internet ou les réseaux sociaux imposent se réfléchir à de nouveaux modèles. Si les journalistes sont accompagnés vers cette nouvelle approche et formés, ils comprendront tout l’intérêt de produire de l’information adaptée à internet et n’auront plus le sentiment d’être exploités ou de bâcler leurs articles pour le web.

Le rôle du community manager devient donc un puissant levier dans les réflexions du moment autour de l’organisation des rédactions. Il n’est pas seulement un animateur mais permet d’apporter une réelle valeur ajoutée au media qui choisit de lui ouvrir ses portes. Les apports de la communauté et du réseau deviennent donc de nouvelles sources. C’est dans cette idée qu’une autre initiative est très attendue dans le secteur de la presse en ligne. Steve Buttry, Directeur de gestion de communauté, nommé éditeur de l’année 2010 aux Etats Unis par « Editor & Publisher » pour avoir su adapter les besoins d’une rédaction aux nouveaux supports de diffusion, annonce la création d’un nouveau media d’information basé sur une approche innovante de la production d’information autour du journalisme digital. Son site s’appellera www.tbd.com et couvrira l’information à Washington, capitale fédérale des Etats-Unis.

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B. TBD.com : une nouvelle approche du journalisme digital
Entouré d’anciens journalistes du Washington Post et du Washington City Paper, Steve Buttry lancera durant l’été 2010, à Washington DC aux Etats-Unis, un nouveau site d’information en ligne dont toute la sphère médiatique parle. L’innovation tient en un mot : communauté. Steve Buttry, définit son media comme un site qui ne sera jamais un produit fini. « Sur Internet, sur les applications mobiles et 24h/24h sur une chaîne d’information du câble, nous serons toujours en alerte : mises à jour permanentes, évoluant et progressant, cherchant plus de détails, de réactions et les conversations de la communauté. Nous serons un site que vous visiterez pour capter l’info en temps réel. Nous serons honnêtes avec notre communauté sur l’information que nous avons, vérifiée et de source sûre et celle que nous ne maîtrisons pas. Nous vous tiendrons informés des questions que nous nous posons et vous dirons comment vous pouvez nous aidez à les résoudre. » Jeff Sonderman qui vient de quitter l’univers de la presse écrite pour rejoindre l’équipe de TBD et développer un nouveau modèle de production de l’information, explique comment il est convaincu que si des similitudes existent entre la presse papier et la presse web, des différences sont caractéristiques.31 « • Les communautés peuvent couvrir l’actualité elles-mêmes, à travers des blogs ou d’autres outils en lignes. Nous n’embaucherons pas des centaines de professionnels pour entrer dans votre communauté et décider ce que vous devez penser. Vous le ferez mieux que nous. Nous voulons juste vous aider. • Les utilisateurs sont assez intelligents pour prendre eux-mêmes leurs décisions. Vous êtes des adultes, chacun est à même de juger ce qui est acceptable ou pas.

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Jeff SONDERMAN (20 mai 2010), « Why TBD ? ». www.tbd.com http://tbd.com/2010/05/why-tbd/

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Nul besoin de censurer le monde au nom de la protection individuelle. • La transparence et les aveux sont nécessaires pour gagner la confiance des utilisateurs et construire une crédibilité. Les utilisateurs ont le droit de savoir ce que nous faisons et comment nous le faisons et de prendre part à la production de l’information. • Collaboration, pas de concurrence. Les autres journalistes de Washington DC ne sont pas des ennemis mais des partenaires potentiels pour nous aider à vous informer. • L’information est une conversation. La personnalité d’un journaliste distant, élitiste, tierce-personne sur le modèle de la presse écrite n’a pas sa place dans notre rédaction. Nous ne vous parlons pas, nous parlons avec vous. Et nous espérons que vous parlerez avec nous. Ce positionnement entend produire un meilleur journalisme. Plus pertinent, plus ouvert, plus compatissant, plus démocratique, plus amusant et plus complet. Voilà ce qu’est TBD. » Dialoguer, communiquer, échanger sont les mots clés de ce nouveau modèle. Et les offres de recrutement qui sont lancées depuis plusieurs mois sur le site accentuent cette idée de journalisme participatif. TBD recherchait au 20 mars 2010, 4 postes tous tournés sur la communauté avec des compétences journalistiques sérieuses. Un community manager senior Conduire l’implication de la communauté sur la couverture journalistique des informations « à chaud » Recruter et manager les relations entre bloggeurs Modérer les conversations de la communauté en temps réel sur les chats, forums de discussions et commentaires en ligne. Modérer les contributions générées par les utilisateurs Coacher et guider les autres community managers

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Une équipe de community managers Recruter et manager les échanges entre les blogeurs de communautés Modérer les conversations en direct sur les chats, forums de discussion et commentaires en ligne Modérer les contributions générées par les utilisateurs Une expérience en journalisme serait un plus mais n’est pas exigée. Les postulants doivent maîtriser les usages du web social. La mission pourra être effectuée le soir, le week end et les périodes de congés. Un producteur d’information sur les réseaux sociaux Animer les outils des medias sociaux comme Twitter, les pages fan facebook, les chaînes youtube et Flickrs Modérer et répondre aux citations de nos informations sur les medias sociaux Agréger les contenus des medias sociaux qui pointent sur notre site Promouvoir nos contenus et les contributions présentes sur les réseaux sociaux en utilisant twitter comme une source d’informations « à chaud » Nous recherchons un journaliste digital expérimenté qui utilise les réseaux sociaux de façon intensive à des fins personnelles et professionnelles. Un producteur d’information sur les réseaux mobiles Nous voulons quelqu’un qui nous accompagne dans nos efforts pour intégrer les communautés sur les supports mobiles. Lancer des projets de communautés sur mobile Manager et produire des contenus adaptés aux suppports mobiles Travailler en collaboration avec le producteur d’information sur les réseaux sociaux pour planifier et entreprendre une stratégie dédiée aux réseaux sociaux sur les mobiles Travailler avec les équipes techniques sur le développement des applications mobiles. Nous recherchons un journaliste digital expérimenté passionné par les supports mobiles et faisant preuve d’une grande créativité pour fédérer une large audience.

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La description détaillée de ces offres d’emploi qui constitueront en partie la rédaction de www.tbd.com montre combien avant même de penser à produire de l’information on cherche à savoir où la trouver et comment la mettre en scène à partir des contenus présents sur les communautés et les réseaux sociaux. La stratégie du futur media sera de générer du contenu à partir des besoins formulés par les utilisateurs, de s’appuyer sur un réseau de blogueurs influents en matière de production d’information locale pour couvrir au mieux la zone géographique. Différentes formes de discussions seront proposées pour contenter l’ensemble des lecteurs. Connaître les réseaux sociaux favoris des lecteurs pour y assurer une présence du media et apporter l’information sous la forme la mieux adaptée au lecteur. Investir les supports mobiles en personnalisant le type d’information que pourra recevoir le lecteur en fonction de son besoin du moment : au bureau, à la maison… Et enfin, personnaliser les flux d’information fournis à travers les newsletters tant sur le contenu que sur la fréquence de réception. Ce modèle de production de l’information qui place la communauté au cœur de sa stratégie, inverse la donne du journalisme qui se voulait prescripteur d’information et de format de pensée. Le journalisme perd sa position quelque peu élististe pour se mettre au service de son lecteur.

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Conclusion
L’émergence des réseaux sociaux sur Internet a fortement impacté les usages des internautes et leur façon de consommer l’information. La recommandation sociale, le partage de l’information grâce à la démultiplication des outils de diffusion, la possibilité de commenter, d’échanger et de donner son avis ont donné un nouveau pouvoir aux utilisateurs. Les sites de presse en ligne, pour tenter de reconquérir un lectorat en baisse sur leurs éditions papier, ont tenté de s’adapter à cette révolution et de comprendre comment la communauté tenait désormais une place toute particulière au cœur d’un réseau immense. En décidant d’animer leurs communautés de lecteurs et de les suivre sur les réseaux sociaux, les medias ont fait le choix d’être à leur écoute, d’adapter leur format et de leur offrir une place dans la production de l’information. A tel point que ces nouvelles perspectives amènent à imaginer de nouvelles formes d’organisation des rédactions pour produire des contenus adaptés aux nouveaux supports. C’est une réelle rupture que connaît le journalisme traditionnel obligé de prendre son tournant numérique et d’intégrer en son sein une nouvelle profession comme celle de community manager, qui se situe au carrefour de l’information et de la communication. La communauté semble plus que jamais vouloir rapprocher deux univers professionnels qui entretiennent depuis de nombreuses années des relations délicates. Ni amis, ni ennemis, juste méfiants les uns envers les autres, les communicants et les journalistes manient pourtant l’information quotidiennement dans leurs missions. Si communiquer vient du latin communicare qui signifie partager ou entrer en relation avec, il semble que ce soit bel et bien à travers la communauté que la presse ait choisi de le faire avec ses lecteurs. Un peu comme si la communication dans sa fonction première avait apporté un remède innovant au service de l’information en crise.

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Et avec la multiplication des smartphones et autres nouveaux supports mobiles, rien ne semble pouvoir inverser cette tendance, la presse cherchant constamment à s’adapter et à faire évoluer ses contenus. L’apport des réseaux sociaux pourrait même devenir une prochaine opportunité pour les médias. Avec sa dernière version F832 intégrant l’Open Graph, Facebook propose aux sites web d’intégrer une application permettant de recommander ses contenus avec la fonction « Like ». Par ce moyen simplissime d’ajout d’un code de programmation, Facebook entend concurrencer Google en indexant chaque contenu « Liked » sur son site et améliorer ainsi le référencement de l’information. Le site de presse CNN a déjà pris le parti d’intégrer cet outil. Aussi, les lecteurs une fois connectés sur Facebook en direct du site de presse peuvent recommander des articles à leurs amis et connaître quels articles ont suscité le plus d’intérêt au sein de leur communauté sociale. Les lecteurs pourraient ainsi devenir affiliés à leur journal et recommander à leurs amis des contenus payants parce qu’ils méritent d’être lus, comme l’explique MarieCatherine BEUTH sur son blog Etreintes Digitales. 33 Cela génèrerait de l’audience supplémentaire pour le media qui récompenserait la participation active de ses lecteurs. Toutefois, cette posture participative de la part des sites de presse en ligne, dont tout le monde semble se féliciter, pose la question de la ligne éditoriale. Donner la possibilité aux lecteurs de prendre la parole, est-ce perdre son identité ? Faire entrer le lecteur au cœur du débat et dans la production de contenus ne risque-t-il pas d’engager l’impartialité du discours médiatique ? Il semble que les medias aient déjà tranché pour tenter de donner un nouveau souffle à l’information qui n’a très certainement pas dit son dernier mot.

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http://www.facebook.com/f8 Marie-Catherine BEUTH (22 avril 2010). « Comment Facebook a maté Google et Apple », Etreintes Digitales. http://blog.lefigaro.fr/medias/2010/04/comment-facebook-a-mate-google.html

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Bibliographie
Ouvrages
J.A. BARNES (1954) Class and Committees in a norwegian Island Parish , Human Relations, 7, pp. 4344 Philippe BRETON (2000) Le culte de l’Internet, une menace pour le lien social ? Ed. La Découverte, Collection Sur le vif, Paris. La Communication, Etat des Savoirs. Ouvrage coordonné par Philippe CABIN, journaliste scientifique au magazine Sciences Humaines. Ed. Sciences Humaines, Bron. 1998 Alain DEGENNE, Michel FORSE (2004) Les réseaux sociaux. Ed. Arman Colin, Lassay-les-Châteaux. p.134 Jean GABSZEWICZ, Nathalie SONNAC (2006) L’industrie des medias. Ed. La Découverte, Collection « Repères », Paris. Pierre LEVY (1997) Cyberculture. Ed. Odile Jacob. Pierre MUSSO (2003) Réseaux et Société. Ed. PUF, Collection « La Politique Eclatée », Vendôme. p.16

Articles
Hubert GUILLAUD (11.05.2010) « Qu’attendons-nous des medias de demain ? », InternetActu.net http://www.internetactu.net/2010/05/11/quattendons-nous-des-medias-de-demain/ « Vocabulaire twitter : 15 mots et symboles à connaître ». Twoutils.com http://www.twoutils.com/vocabulaire-twitter-mots-symboles.html Marie-Catherine BEUTH (25 mai 2009). « Twitter, votre journal de demain ? », Etreintes Digitales. http://blog.lefigaro.fr/medias/2009/05/twitter-votre-journal-de-demai.html Marie-Catherine BEUTH (15 février 2010). « Réseaux sociaux, nouvelles sources pour les journalistes », Etreintes Digitales. http://blog.lefigaro.fr/medias/2010/02/les-reseaux-sociaux-nouvelles.html Marie-Catherine BEUTH (1er juillet 2009). « Presse et Internet, les choix du New York Times », Etreintes Digitales. http://blog.lefigaro.fr/medias/2009/07/presse-et-internet-les-choix-du.html Bernard DELFORCE. Les Cahiers du Journalisme n°2, « La responsabilité sociale du journaliste : donner du sens. ». Professeur à l’I.U.P. d’Info-Com de Roubaix (Lille III) Cédric DENIAUD (8 avril 2010). « Pourquoi le community manager doit faire partie de l’entreprise ? », MediasSociaux.com. http://www.mediassociaux.com/2010/04/08/reflexions-autour-du-community-management-et-du-roledes-agences-pourquoi-le-community-manager-doit-faire-partie-de-lentreprise/ Jean-Christophe FERAUD (21 avril 2010). « Evoluer ou disparaître comme des newsosaures », Sur mon écran radar. http://monecranradar.blogspot.com/2010/04/evoluer-ou-disparaitre-comme-des.html Entretien avec Pierre LEVY (22 février 2001). « Comment l’Intelligence peut surgir sur le net » www.archipress.org/press/levy.htm

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(14 mai 2010 ) « A Bilbao, le NYT dévoile sa stratégie en réseaux sociaux », EITB.com. http://www.eitb.com/infos/technologie/detail/420385/a-bilbao-new-york-times-devoile-sa-strategiereseaux-sociaux/ Benoît RAPHAEL (12 janvier 2010). « Révolutionner la presse : la Google Newsroom », Demain tous journalistes ? http://benoit-raphael.blogspot.com/2010/01/revolutionner-la-presse-la-google.html Jeff SONDERMAN (20 mai 2010), « Why TBD ? ». www.tbd.com http://tbd.com/2010/05/why-tbd/

Sites Internet et Etudes
Direction Générale des Médias et des Industries Culturelles www.dgmic.culture.gouv.fr (Mars 2010) Etude du cabinet américain Hitwise qui montre que la fréquentation de Facebook dépasse celle de Google. http://techcrunch.com/2010/03/15/hitwise-says-facebook-most-popular-u-s-site/ Marc LEIBA (2007). « Quel avenir pour la presse quotidienne française ? » Mémoire de fin d’études. Ecole Supérieure de Commerce de Reims, Master in Management. http://www.memoireonline.com/12/06/296/m_quel-avenir-pour-la-presse-quotidienne-nationalefrancaise0.html Etude Médiamétrie (09 Mars 2010) « Année Internet 2009 : propulsion dans l'ère du temps réel » http://www.mediametrie.fr/internet/communiques/annee-internet-2009-propulsion-dans-l-ere-du-tempsreel.php?id=220 Etude Ifop, (Janvier 2010) « Observatoire des réseaux sociaux » http://www.slideshare.net/azizhaddad/ifop-observatoire-rseaux-sociaux-janvier-2010 LinkedIn - Groupe de discussion consacré au community management animé par Luc LEGAY http://www.linkedin.com/groups?home=&gid=2873212&trk=anet_ug_hm Pierre MERCKLE (2003-2004) « Les Origines de l’analyse des réseaux sociaux ». CNED eco.ens-lsh.fr/sociales/reseaux_merckle_03_origines.pdf Podcast « Community Manager, nouveau métier du journalisme ? » n°119, Atelier des Médias, 12 mars 2010 http://atelier.rfi.fr/profiles/blogs/emission-1191-community Tentative(s) d’intelligence collective http://ru3.com/luc/interventions-et-conferences LeMonde.fr www.lemonde.fr Libération.fr www.liberation.fr LeFigaro.fr www.lefigaro.fr NewYorkTimes www.nytimes.com Rue89 www.rue89.com Mediapart www.mediapart.fr LaProvence.com www.laprovence.com Facebook www.facebook.com Twitter www.twitter.com L’Atelier des Medias – RFI www.atelier.rfi.fr Mediatrend www.themediatrend.com Le Webmarketeur www.webmarketeur.info NextModernity www.usages20.com Demain Tous Journalistes ? http://benoit-raphael.blogspot.com/ Journ@lismes www.journalismes.info www.entreprisecollaborative.com Les Cahiers du Journalisme www.cahiersdujournalisme.net

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Annexes
I. Etude Médiamétrie « Année Internet 2009 : propulsion dans l'ère du temps réel » publiée le 09 mars 2010 II. Tribune aux 15ème Rencontres de l’Orme, mercredi 31 mars 2010 « S'informer à l'heure du numérique : enjeux et limites » par Hubert Guillaud, rédacteur en chef de InternetActu.net III. « L’impact de la presse gratuite sur la diffusion presse en France : évolution de la diffusion et évolution du lectorat » (Déc. 2009). Synthèse réalisée en TD EJCM sous la direction d’Alexandre Joux

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Annexe I.
Etude Médiamétrie « Année Internet 2009 : propulsion dans l'ère du temps réel » publiée le 09 mars 2010

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Levallois, le 10 mars 2010

COMMUNIQUE DE PRESSE Année internet 2009 Propulsion dans l’ère du temps réel
Source : Médiamétrie - Copyright Médiamétrie – Tous droits réservés – Reproduction interdite

L’année 2009 est encore une année de croissance durable de l’internet. Ce média offre à chacun la capacité d’accéder à tout moment à plus de contenus et de services, et de les partager via les réseaux sociaux - encore en très forte croissance en 2009. L’internet mobile et les applications - qui ont explosé en 2009 - constituent un relais majeur de croissance pour l’internet dans les années à venir. Plus d’internautes, qui se connectent plus souvent et plus longtemps Le consommateur du web manifeste chaque année davantage la volonté de maîtriser ses informations, ses loisirs, le champ de ses relations : où je veux, quand je veux, avec qui je veux. Le réflexe de la quotidienneté de la connexion à internet se répand. En décembre 2009, 34,7 millions d’internautes se sont connectés, ce qui représente 65% des Français de 11 ans et plus, et une augmentation de 45,2% en 5 ans1. Le nombre d’internautes qui se connectent tous les jours est en 2009 de 19,8 millions, en augmentation de 12,5% par rapport à 2008. Les internautes passent en moyenne 1 heure 20 minutes par jour sur internet, soit près de 10 minutes de plus que l’année dernière. L’ascension de l’internet mobile Tout converge. Les équipements vont se multipliant et le nombre de mobinautes augmente de façon significative. Au troisième trimestre 2009, 16% des Français disposent d’un Smartphone parmi lesquels 73% se déclarent utilisateurs de l’internet mobile. Fin décembre 2009 on dénombre 11,4 millions de mobinautes en France2. Si la part des accès à Internet via PC reste dominante, celle des accès mobiles augmente pour représenter près de 2% des visites des sites3. L’essor de l’iPhone contribue particulièrement à la progression de l’internet mobile ; il représente plus des 2/3 du trafic des sites. Android représente 2,2% de ces visites (0,1% il y a 1 an).

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Source : Observatoire des Usages Internet, décembre 2004-2009 Source : TSM – MCI – Médiamétrie-Nielsen Source : Médiamétrie-eStat

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En termes d’applications téléchargées, le divertissement et les loisirs dominent : jeux, loisirs, réseaux sociaux et contenus4. Réseaux sociaux et contenus : le partage en temps réel Les réseaux sociaux ont poursuivi en 2009 leur très forte croissance : en un an, on dénombre 3 fois plus d’internautes inscrits sur les réseaux sociaux et on observe un surcroit de temps passé de plus 112% sur ces sites. C’est à Facebook que l’on doit le plus clair de la hausse globale. 5ème site en audience, 7ème en temps passé, il a reçu près de 21 millions de visiteurs uniques en décembre. Twitter pour sa part, connaît un progrès significatif, mais de moindre ampleur, avec 1,6 million de visiteurs uniques en décembre 2009. Les moyens de communication et d’échange ne manquent donc pas puisque la messagerie instantanée est utilisée par près de 24 millions d’internautes vivant en France chaque mois et le webmail par 28 millions. Si le net rassemble de plus en plus de personnes, pour des durées de connexion de plus en plus longues, c’est notamment pour partager toujours plus de nouveaux contenus. A ce titre, le visionnage en différé des émissions TV progresse, lui aussi, très nettement : le nombre d’adeptes de catch-up TV est passé de 5 millions à 7,5 millions (+50%) entre février et septembre 20095. Une boulimie d’infos Les Français sont de plus en plus gourmands d’informations, de loisirs, de contacts de toutes sortes. Ils témoignent à l’égard de l’internet une sorte de boulimie qui, dans tous les domaines, se traduit par l’augmentation significative de la consommation. On enregistre par exemple, en janvier 2010, près de 15,3 millions de podcasts radio téléchargés. Dans ce domaine, c’est le divertissement qui l’emporte (41%) suivi par la culture (27%) et l’information (16%)6. Les sites d’actualité sont de plus en plus fréquentés et connaissent entre 9 et 10 heures du matin un pic d’audience avec plus de 721 000 visiteurs uniques. Et plus de la moitié (51,5%) de ce temps voué à l’actualité concerne les sites de presse. Mais c’est la recherche sémantique – déclenchée par un mot ou une expression – qui continue à dominer le marché : on compte en décembre 2009 30,6 millions de chercheurs, 2,7 milliards de recherches, soit 8 recherches par chercheur.

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Source : TSM – MCI – Médiamétrie-Nielsen Source Panel Mediametrie//NetRatings, Tous lieux de connexion, Application internet incluses Médiamétrie-eStat - Etude Catch-Up Radio – Janvier 2010

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Les achats en ligne aussi Enfin, le rôle d’internet comme instrument de choix commercial et d’acquisition se renforce nettement. L’année 2009 enregistre 24,4 millions d’acheteurs en ligne, 2,1 millions de plus qu’au cours de l’exercice précédent. Les rendez-vous de la mesure d’audience La mesure d’audience évolue pour prendre en compte tous ces adeptes de l’internet et leurs nouveaux comportements. La mesure de l’internet mobile est lancée avec l’Association Française du Multimédia Mobile (AFMM), les premiers résultats sont attendus pour octobre cette année. Médiamétrie a encore renforcé la mesure du temps passé sur internet dans le cadre de son partenariat avec la société Alenty. La mesure du streaming audio, vidéo et TV se développe : plusieurs chaînes de TV ont déjà souscrit à la mesure du streaming vidéo ; quant aux stations de radio, elles se sont réunies pour lancer avec Médiamétrie la mesure marché de la Catch-up Radio (podcast et streaming). Ces mesures - dites hybrides - ont en commun de rapprocher les technologies user-centric et site-centric pour apporter aux acteurs du marché à la fois exhaustivité et précision. Médiamétrie, forte de cette expertise déjà à l’œuvre dans des outils de média-planning en France, et avec Audiweb et Nielsen en Italie, ainsi que pour la mesure de l’efficacité publicitaire, édite un livre blanc qui sera partagé avec le marché. A propos de Médiamétrie Médiamétrie est l’entreprise de mesure d’audience et d’études des médias pour les acteurs du marché des médias et de la communication. Sa vocation est d’assurer la mesure d’audience et de performance des médias audiovisuels et numériques à un niveau de qualité permettant d’en faire la référence pour l’ensemble des acteurs du marché. Créée en 1985, Médiamétrie développe ses activités en France et à l’international sur la Télévision, la Radio, l’Internet, le Cinéma, le Téléphone Mobile et le Cross-Médias. En 2009, le Groupe Médiamétrie a réalisé un chiffre d’affaires de 58 M€(e). A propos de Médiamétrie//NetRatings Médiamétrie//NetRatings est la société créée et détenue conjointement par Médiamétrie et NetRatings. Médiamétrie//NetRatings développe et commercialise la mesure d’audience de référence de l’Internet en France. A propos de Médiamétrie-eStat Médiamétrie-eStat est l’opérateur de référence en France de la mesure des contenus numériques en «site centric», fondée sur une technologie de marqueurs. www.mediametrieestat.com Pour toute information presse : Laure Osmanian Molinero - Tel: + 33 1 47 58 97 55 - E-mail: losmanian@mediametrie.fr Adélie Ménager - Tel: + 33 1 71 09 93 18 - E-mail: amenager@mediametrie.fr www.mediametrie.fr
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Annexe II.
Tribune aux 15ème Rencontres de l’Orme, mercredi 31 mars 2010 « S'informer à l'heure du numérique : enjeux et limites » par Hubert Guillaud, rédacteur en chef de InternetActu.net

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Tribune, mercredi 31 mars 2010 S'informer à l'heure du numérique : enjeux et limites par Hubert Guillaud, rédacteur en chef de InternetActu.net

S'informer aujourd'hui ? Pas si facile... Je lisais récemment que nous avons produit plus de contenu sur l'internet que l'humanité n'en a jamais produit, quantitativement parlant. Hormis quelques sources, marques, sites que nous identifions, fréquentons, où nous avons des habitudes, des repères : l'internet est un vaste espace, le plus grand que nous n'ayons jamais conçu en terme d'information et de connaissance. Nous n'avons qu'une porte d'entrée assez étroite pour le parcourir : Google. Une porte qui s'ouvre sur un vaste monde, mais dans lequel bien souvent et avant tout l'on se perd. On s'y perd parce qu'il s'ouvre sur des possibilités infinies, à l'image de cette case laissée ouverte à notre plus complète imagination. Comment trouver ou retrouver l'information que l'on cherche avec précision ? Quelle information chercher ? Que trouve-t-on, et plus encore que ne trouve-t-on pas ? Que ne trouve-t-on pas surtout ! Je vais vous faire une confidence. À moi aussi, il m'arrive de ne pas trouver, retrouver ce que j'ai lu ou vu sur l'internet. C'est pourtant mon métier. J'ai l'impression qu'internet n'a pas beaucoup de secret pour moi, car je le connais, le parcours, l'analyse sans cesse, tous les jours un peu plus. Chaque semaine, je navigue sur plusieurs milliers de sites, consulte des centaines d'information, lis des dizaines de sources... Je pense être un utilisateur plutôt avancé. Je sais en utiliser les outils, je connais les pratiques, je sais faire fonctionner les moteurs de recherche, j'identifie certainement beaucoup plus de sources, d'outils, de silos de données que beaucoup d'entre vous. C'est mon métier. Je vous disais que je lisais récemment que nous avons produit plus de contenu sur l'internet que l'humanité n'en a jamais produit, quantitativement parlant. Et en même temps, je n'ai pas été capable de retrouver cette information. Cette société de l'information et de la connaissance que nous bâtissons avec cet outil depuis un peu plus de 20 ans est encore bien imparfaite. Tant pis, nous devons faire avec ces imperfections - et nous devrons certainement faire avec ces imperfections longtemps. Tant mieux, cela veux dire qu'il y a encore beaucoup à faire pour améliorer les outils, les pratiques, les usages. Comment s'informe-t-on aujourd'hui ? Il est important de replacer l'information numérique en contexte. Pour l'instant, l'internet n'est pas encore devenu notre première source d'information, ni pour nous, ni pour les générations les plus jeunes. La

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télévision demeure le premier support avec lequel la majorité d'entre nous s'informe, devant la radio. L'information sur internet est en passe ou a passé devant la presse écrite (cela varie selon les sources, les pays, les métriques utilisées). Selon Nielsen, nous passons en moyenne et par jour 309 minutes devant la télévison, 125 à écouter la radio, 85 minutes sur l'internet et 29 à lire des imprimés. En terme de pénétration des supports d'information (et de communication, car les deux vont désormais ensemble) dans le monde, on dénombre 480 millions de quotidiens distribués chaque jour, 1,5 milliard d'utilisateurs d'internet, 1,5 milliard de télévisions, 3,9 milliards de personnes possédant une radio FM et on e compte 4 milliards d'abonnés au téléphone mobile... Chronologiquement, l'internet est le 6 média de masse e (après l'imprimé, l'enregistrement, le cinéma, la radio et la télé) : mais il y en a déjà un 7 qui se profile : le téléphone mobile. Quand on regarde les chiffres, on constate que le mouvement de l'information de masse (télé, radio) n'est pas terminé, loin s'en faut. Il est même possible que les outils numériques leur donnent une nouvelle jeunesse. En quelques années en tout cas, la bascule des pratiques est assez nette. S'informer via l'internet a pris une place prédominante dans nos pratiques. Il faut dire que l'outil a été conçu pour activer la société de la connaissance : n'a-t-il pas pour but de rendre accessible toute la connaissance du monde ? Dans une récente étude sur les pratiques médias des 8-18 ans aux États-Unis (Kaiser Family Foundation), on constate que le temps d'exposition au média est globalement important (10h45). La télévision est toujours le média dominant, mais la pratique évolue : son écoute en direct a diminué, mais elle a progressé si on compte le visionnage en différé (sur l'internet, DVd, téléphone...). La lecture sur papier diminue légèrement, mais pas la lecture de livres, plutôt la lecture de journaux et magazines : de ce côté-là, nos pratiques d'information ont basculé de manière brutale vers l'internet.

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De la valeur de l'écrit... Selon certaines études nous consommerions quelque 11,8 heures d'information par jour et par personne (contre 7,4 heures en 1980). C'est quelque 100 000 mots qui nous passeraient entre les oreilles chaque jour, dont 60 % viendraient de la télévision et de la radio. La bonne nouvelle est que 36 % de l’information que nous consommons provient de mots que nous lisons chaque jour, quel que soit le support. Et ce pourcentage est plus important qu’il ne l’était il y a 30 ans, quand l’internet n’existait pas ! Nous lisons plus qu'avant et c'est certainement la meilleure nouvelle qu'annoncent ces transformations : à l'image de notre société, qui est une société de l'écrit, l'internet est avant tout un média de l'écrit, basé sur du code, plus que du texte, mais dont la forme première est écrite. On connaît la valeur de l'écrit (par rapport aux formes audio et vidéo) : l'écrit facilite la mémorisation, permet une meilleure compréhension d'ensemble. Avec l'écrit, l'interactivité, la participation et la production sont assez simples techniquement... Autant d'atouts qui nous laissent à penser que la lecture n'est pas encore tout à fait morte. Mais le numérique est un média multimédia : nous écoutons désormais des émissions de radio en différé, via les podcasts qu'on charge sur nos mobiles et autres iPod. Nous lisons la presse traditionnelle de plus en plus sur l'internet, sans plus la payer. Nous regardons des bouts de télévision sur YouTube, nous accédons à des films via l'internet (piratage, vidéo à la demande)... Si on regarde l'information qu'on consomme sur internet en volume de données produites, la vidéo et l'image sont, techniquement, les plus volumineuses en quantité de données échangées. En quantité de données et en terme d'audience cumulée, les 10 millions d'ouvrages numérisés par Google, les milliards de pages web textuel qu'il indexe ne changeront pas grand chose à la prévalence d'autres formes médiatiques que le texte. La Génération YouTube

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1 clef : la vidéo, prochain moteur de l'information ? Dans ce monde où la recherche vidéo rattrape la recherche tout court, une question doit être à présent posée : toute information est-elle en passe de devenir vidéo ? Chaque texte que nous produisons pour le net peut-il être transformé en vidéo ? Les amoureux de l’écrit comme nous vous diront que ce n’est pas possible, que la vidéo ne concurrence pas l’écrit et ne s’y substitue pas. Néanmoins, on le voit bien déjà, le champ de la vidéo semble s’étendre toujours un peu plus. Après ce qui tenait naturellement de la vidéo (clip, pub, émissions de télé, interviews…), celle-ci arrive sur de nouveaux champs, comme le montrent par exemple ces vidéos de chercheurs qui rendent accessibles sous forme visuelle leurs résultats de recherches ou ces tutoriels en vidéo (sur un spectre grandissant de sujets) qui remplacent de plus en plus les communiqués de presse, les articles et les guides d’antan. Si le flux de la vidéo continue de progresser, pourrons-nous nous passer de transformer tout propos, tout communiqué de presse, toute information en vidéo ? Assurément pas et c’est d’ailleurs ce qui commence à se passer, comme le montre les vidéos accompagnant le lancement de tout nouveau service ou de toute nouvelle start-up du web. Autre objection courante : écouter une vidéo monopolise plus l’attention que parcourir un texte. Mais ce n'est pas parce qu'elles ne sont pas pratiques, pas fluides, pas simples à utiliser que les gens ne font pas usage de certaines technologies, au moins parce qu’il n’y a pas que des arguments rationnels à utiliser ou pas un support. Les internautes qui échangent des commentaires en vidéo sur Seesmic ne le font pas avec une volonté d’optimisation de leur commentaire, mais parce que le mode de communication leur convient. Si nous ramenions toutes nos pratiques à l’utilitaire, il n’y a pas beaucoup de Twitter, de Facebook ou même de YouTube qui y résisteraient. “Imaginez une génération entière de gamins grandissant et apprenant le monde via YouTube. Dans la e première moitié du 20 siècle, les gens grandissaient en lisant des livres et des journaux. Ensuite, il y a eu une génération qui a grandi avec la télévision. La suivante a grandi avec l’internet. Et maintenant la vidéo en ligne est en train de dessiner une nouvelle génération”, explique le Read Write Web. Demain nous consommerons d’énormes volumes d’informations via la vidéo, tout comme nous le faisons aujourd’hui du texte. Tout en étant plus maître de ce que nous allons regarder. On veut pouvoir regarder ce qu’on veut au moment où on est disponible pour le faire. Certes, comme le dit l’Institut Nielsen, les grands messes ne sont pas terminées pour autant : la vidéo en ligne n’a visiblement pas encore tué la télévision puisque si le temps passé sur la télé, l’internet et le mobile ont tout trois progressé aux États-Unis en 2008, le temps passé sur l’internet est tout de même 5 fois moindre que le temps passé devant la télé, pour la grande majorité des gens. Comme l’explique Howard Rheingold sur son vidéo blog, “dans les prochaines années, les présentations et les discussions vidéos vont envahir les cours, des jardins d’enfants aux grandes écoles. La vidéo vernaculaire est déjà en train de changer la culture populaire. Demain, elle transformera nos façons d’enseigner et d’apprendre.” Assurément, à bien y penser, il y a là une transformation culturelle forte que l’invention du cinéma et de la télévision n’avaient fait que préfigurer. Si YouTube est l’après Google, nous allons pouvoir remiser nos claviers. Mais nous risquons d’y perdre quelque chose. Cette impression de devenir toujours plus consommateur qu’acteur des contenus que l’on visionne, non pas parce que nous serions moins capables de produire des vidéos que des textes à l’avenir (nous nous adapterons d'autant que les outils sont facilement accessibles et utilisables), mais parce que le visionnage semble toujours plus passif qu’un temps de lecture. Alors que notre regard est maître de ce qu’on lit sur une page, nous ne sommes pas encore maîtres de la linéarité de la vidéo. Mais c'est certainement là des choses que la technologie va pouvoir améliorer avec de meilleurs outils d'indexation, de visionnage, etc.

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L'information sociale e 2 clef : vers l'information relationnelle La façon dont on s'informe est en train de changer, sous nos yeux. Il y a quelques années, les portails des

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fournisseurs d'accès donnaient accès aux sites d'information sur lesquels il fallait se rendre. Les sites d'information étaient (et sont encore, bien souvent) ceux qui avaient le plus de trafic. Puis se sont les moteurs qui nous ont dit où aller. Ce sont les mots clefs de nos requêtes qui nous mènent à l'information et non plus la structure d'un site d'information. Les moteurs sont devenus les premiers sites en terme d'audience. Et nombre de services sont passés loin devant l'information. Il y a quelques semaines, selon le panel Hitwise, Facebook vient de passer un cap marquant, celui de devenir le premier site américain par le nombre des visites qui lui sont faites, passant devant Google. Alors que l'audience de Google est en stagnation, celle de Facebook progresse vivement. Désormais, pour accéder à l'information, ce ne sont plus ni la presse ni Google qui sont nos pages d'accueil par défaut. C'est Facebook, ce sont les sites sociaux qui sont en train de devenir les principaux moteurs de notre navigation. On ne cherche plus l'information : on accède à celle qui vient de notre réseau social. Nos amis sont le filtre qui rafine l'information qui vient à nous. Nos "amis" sont en passe de devenir nos principaux prescripteurs d'information. Ce qui n'est pas sans conséquences. À l'heure de l'internet social, nos relations vont avoir tendance à agir directement sur nos pratiques d'information. Les acteurs de la prescription (les autorités culturelles, politiques, sociales, médiatiques, éducatives...) sont en train de changer. La recommandation corrélative est en train d'être remplacée par une recommandation sociale, qui peut être très riche si vous êtes en relation avec une certaine intelligentsia, mais qui peut être très pauvre, culturellement parlant, si vous n'êtes pas en relation avec des "pratiquants du savoir". Etre "ami" de TF1 ou de ses présentateurs n'est pas la même chose qu'être "ami" de Le Monde. Cauet a 100 000 fans, Le Monde 50 000 ! Si on regarde la consommation d'information en terme de pratiques culturelles, se dessine encore une autre vision de la place de l'internet dans la société de l'information et de la connaissance. Quand on compare nos pratiques sur les nouveaux écrans par rapport aux pratiques sur les écrans traditionnels, comme l'a fait Olivier Donnat dans son excellente enquête sur les pratiques culturelles des Français à l'ère numérique, on se rend compte du rôle des facteurs comme l'âge, l'éducation et la catégorie socio-professionnelle à laquelle on appartient. Ce dernier dessine d'ailleurs 5 types de rapports à la culture et aux médias (peu d'intérêt pour la culture et les médias, la télévision média hégémonique, l'imprimé média central, la culture d'écrans et ceux qui cumulent les modes d'accès), qui varient selon l'âge, le sexe et la catégorie socio-professionnelle. La diversité, la variété des pratiques culturelles et informationnelles caractérise les niveaux sociaux les plus élevés, comme cela a toujours été le cas. Cela signifie que les milieux sociaux les plus favorisés cumulent les pratiques les plus diverses : eux, lisent des livres, regardent la télévision, jouent sur leurs consoles, surfent sur l'internet et y ont les pratiques les plus riches, les plus qualitatives. À l'inverse, chez les plus jeunes, dans les milieux sociaux les moins favorisés la culture d'écran est vivace, mais les pratiques sont plus stéréotypées, moins diverses. L'internet, pour l'instant, ne renverse pas cette tendance. Dit autrement et un peu caricaturalement, si on ne lit pas de presse papier, on ne se mettra pas à lire la presse au format électronique. Si on ne lit pas de livres papier, on ne se mettra pas demain à lire des livres au format électronique, même sur des terminaux mobiles high-tech séduisants. La pratique prédomine l'usage. La démultiplication des formats sous lesquels je peux lire de l'information ne favorise que les pratiques qu'on a déjà. Si j'ai l'habitude de lire de la presse, j'aurai tendance à la consommer quelque soit sa forme. Si j'ai tendance à ne consommer que des formes vidéo, j'aurai certainement tendance à les consommer quelque soit le support. Pour l'instant nous disent les sociologues - et c'est important à entendre - la diversité de mes pratiques culturelles sur écran dépend de la diversité de mes pratiques culturelles traditionnelles. En ce sens là, il n'y a pas de révolution numérique ! Nos pratiques sont marquées par notre niveau culturel et notre appartenance générationnelle. Dans ce nouvel écosystème de l'information qui se profile, celui de l'information sociale, il y a un risque assez fort sur le nivellement des pratiques culturelles... Le même que celui que remarque déjà la sociologue

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Dominique Pasquier, spécialiste de la culture, des médias et des sociabilités juvéniles dans son ouvrage, Cultures lycéennes. "Les technologies relationnelles renforcent l’agrégation des jeunes du même âge, cassant le rapport intergénérationnel", estime-t-elle. "Le capital relationnel change de nature. La comptabilisation de la relation devient une valeur importante qui permet de signaler la reconnaissance dont on jouit, qui atteste de sa puissance à agir. Reste que l’affichage du volume suppose de mobiliser du capital relationnel, or l’on sait que le réseau d’un individu est surtout lié à son origine sociale : plus on est haut dans l’échelle sociale, plus les réseaux sociaux sont étendus (quantitativement, qualitativement et géographiquement). Il y a donc une pénalité automatique pour ceux qui ne mobilisent pas plus loin que leurs connaissances directes. Enfin, l’affichage du volume favorise le modèle masculin de la sociabilité, au risque de renforcer le conformisme." Dit autrement, si nos amis lisent Closer ou Entrevue, il y a de grandes chances que je sois amené à lire Closer et Entrevue. Si aucun ne lit LeMonde ou InternetActu, il y a peu de chance que ces titres arrivent jusqu'à moi. Auparavant, il y avait une petite chance de tomber dessus : des autorités pouvaient y faire référence... via les résultats du moteur de recherche que j'utilisais, la sérendipité (le heureux hasard) pouvait m'y conduire. Mais demain, en n'utilisant plus que les résultats en provenance de mon réseau d'amis, ces autres titres risquent de me devenir tout simplement invisibles... Il est difficile de savoir si le numérique renforce le filtre culturel ou l'élargit. De tout temps, le niveau culturel et social a joué : les gens qui lisent l'Humanité ne sont pas ceux qui lisent le Figaro. Demain, il ne sera peute être pas exclusif ou unique (alors qu'il l'était certainement dans les campagnes du début du 20 siècle). Ce qui est sûr, c'est que les effets de filtrage culturel, de personnalisation de l'information ne vont pas cesser demain.

Que savons-nous vraiment faire ? e 3 clef : la pauvreté de nos pratiques Non seulement les gens risquent de chercher de moins en moins d'information, mais en plus force est de reconnaître qu'ils n'ont jamais bien su la trouver. Même les plus jeunes, ces na(t)ifs du numérique, qui consomment l'information uniquement sur écran, sont loin d'être parfaitement à l'aise avec l'accès ou la recherche d'information sur l'internet. Leurs pratiques informatives sont pauvres. Quand on regarde comment ils utilisent Google, on se rend compte qu'ils ne savent pas lire un résultat, pas évaluer une source à laquelle ils accèdent, ils ont peu de recul critique sur l'information qu'ils consomment. Même si l'internet leur est plus naturel que d'autres générations, si leurs pratiques sont plus diversifiées, on constate qu'elles ne sont pas très avancées... S'ils se disent autonomes, performants pour chercher de l'information, on constate - comme le signale l'étude de Brigitte Simonot sur l'usage des moteurs de recherche des étudiants par exemple - qu'ils sont en fait dépendants de leurs pratiques limitées (Google et c'est tout), et que celles-ci sont très conformes à défaut d'être complètes. Bien souvent, ils ne savent pas tout ce qu'on peut faire avec ces outils : non seulement ils savent mal chercher, mais ils connaissent mal le potentiel de ces outils. Prenons un exemple très parlant. Il y a quelques mois, Jean-Michel Salaün, professeur en info-doc au Québec, a donné à un groupe d'étudiants suisses un texte à lire sur son blog avant le cours. Via les statistiques de fréquentation de son blog, il a été capable de montrer que 28 personnes provenant de Suisse se sont connectés sur son site, générant 41 visites... Ce petit exemple montre, ce qu'aucun des étudiants n'aurait pensé, qu'un professeur est désormais potentiellement capable de savoir d'où viennent ses lecteurs ou si ses élèves ont accompli le travail demandé... Nos lectures sont de moins en moins anonymes (pour autant qu'elles l'aient été : acheter un journal a toujours été un signe d'appartenance social, Figaro/Humanité). Chez les plus jeunes, constate André Gunthert, spécialiste d'histoire de la photo : "L’idée d’acheter des choses pour les garder les surprend. Ils ont du mal à comprendre l’utilité de l’archive (qui forme pourtant le

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cœur de l'accès à l'information) : ils vivent sur l’idée de l’abondance des contenus, de la disponibilité permanente et perpétuelle des images, orientée vers le futur et non pas vers le passé. Il y a des serveurs qui, magiquement, maintiennent disponible un contenu désirable… Le contenu de demain sera toujours plus désirable que le contenu de la veille, et si tu ne trouves pas ce que tu cherches, tu as toujours à ta disposition un contenu de remplacement. Sur Youtube, il y a toujours une réponse. La sérendipité est comme une pertinence seconde, qui vient se substituer à la réponse exacte." 6 Notre littératie, c'est-à-dire notre alphabétisme numérique, que ce soit celui des plus jeunes comme le nôtre, est souvent bien pauvre. Nous savons mal lire ce que l'internet nous renvoie... Nous l'avons vu, de plus en plus, dans nos pratiques la sérendipité domine, c'est-à-dire le hasard. Elle a même certainement tendance à s'accroître à mesure que l'accès à l'information augmente - et il ne cesse d'augmenter. Savoir construire ses filtres d'accès à l'information devient capital : sélectionner des sources, des personnes, des thématiques, des flux oriente la façon dont nous accédons à l'information. Mais qui sait le faire ? Est-ce si simple ?

Des outils incapables de nous aider e 4 clef : la pauvreté des outillages Combien de dizaines de milliers d'articles parlent de l'iPad d'Apple qui vient de sortir ? Même si je ne me concentre que sur les sites et blogs d'autorité (comprenez ceux vers lesquels d'autres sites et blogs ont créé le plus de liens), il me reste certainement encore quelques milliers de billets à lire. Et je ne parle pas des centaines de commentaires qui accompagnent ces articles, dont un petit nombre présente certainement un intérêt. Les outils d’agrégation, les moteurs de recherche, les répertoires de liens “sociaux” et autres outils du web d’aujourd’hui sont censés savoir faire émerger un sens de cette accumulation. Ils sont encore loin du compte. Au mieux, ils classent : voilà tous les billets qui parlent de l’iPad ; voilà les billets repérés par quelqu’un ; voici les plus cités, les mieux notés (par qui ?). Mais plus ils classent, plus ce qui émerge est une information moyenne, banale : la carte des photos de Londres et de Barcelone sur Flickr se concentre sur les lieux touristiques, quelle surprise ! On pourrait dire la même chose de beaucoup d’outils de recommandation : si vous recherchez les Beatles, le plus souvent ils vous conseilleront les Rolling Stones, John Lennon ou Paul McCartney : j’y serais arrivé tout seul ! Vous avez acheté Fahrenheit 9/11 de Michael Moore, les internautes ont également acheté Bowling For Columbine et L’Amérique de Michael Moore : surpris ? Les outils du web 2.0 nous ont fait rentrer dans l’ère de l’agrégation, mais c’est une expérience dont on perçoit assez vite les limites. Ils favorisent la somme des regards plutôt que leur pertinence. Bien sûr, savoir qu’on partage un intérêt avec une foule de gens est une information, mais une information sur quoi ?… Une information de qualité se trouve souvent sous la plume d'une personne de qualité, ou d'une autorité qualifiée, c'est ce qui explique le succès de certains blogueurs comme Tristan Nitot ou Frédéric Cavazza et celui des sites d'information institués (LeMonde, Rue89...). C'est rassurant, cela montre que l'homme est encore au centre du dispositif. Mais c'est également rageant, parce qu’on a l’impression que les outils ne nous aident pas là où l’on voudrait qu’ils le fassent. Les actions que l’on réalise sur le web, les photos que l’on collecte, les vidéos que l’on visionne et que l’on critique, les signets que l’on met de côté… Toutes ces traces, si nous savions mieux les comparer (et pas seulement les agréger) à celles des autres, si nous comprenions mieux comment leur dissémination fait sens, peut-être nous permettraient-elles d’y voir plus clair ? Les représentations cartographiques de l’information et les outils de visualisation prennent de l’importance à

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mesure que notre désir de comprendre un monde de plus en plus complexe s’accroît. Celles-ci sont parfois très éclairantes, car elles permettent de faire ressortir les à-côtés, au moins parce que les points de concentration en deviennent souvent illisibles. Quand on regarde une carte peuplée de photos, les points chauds en deviennent tellement denses que ce sont les points latéraux, déportés, qui finissent par ressortir, qui s’imposent parce qu’ils demeurent exploitables. Sous l’afflux, ingérable, d'information, notre regard se décale, cherche ce qui n’est pas central, voit ce qui est disséminé plutôt que ce qui est rassemblé. 7 La représentation cartographique permet de mettre en avant d’autres points, d’autres nœuds, d’autres centres, qu’une analyse de fond ne fait pas ressortir. C’est pour moi toute la limite des outils que nous utilisons aujourd’hui, tout “web 2.0″ qu’ils s’affirment, qui favorisent la somme ou la moyenne des regards plutôt que leur pertinence… Comment faire sens ? Comment aider le regard à se déporter, quand la plupart de nos outils favorisent le sens commun ? Comment favoriser, mettre en valeur, mieux analyser la dissémination plutôt que la concentration ? La qualité ou la pertinence, plutôt que la quantité ? Trop d’outils mettent en avant le plus lié, le plus vu, le plus écouté, le plus lu. Qui est souvent aussi le plus apprécié, car on vote pour ce qu’on voit, lit, écoute, connaît et reconnaît. Le succès va au succès, fort bien, mais a-t-on besoin d’une telle débauche d’innovation pour un résultat si pauvre ? Où sont les outils qui nous aideront à prendre les chemins de traverse ? Qui nous guideront d'un article moyen, non pas vers d'autres articles similaires, mais vers des articles de qualité ? De qualité par rapport à mes exigences ! L'information est assurément un processus personnel. Les TIC par leur nature même génèrent de l'infobésité, du multitâche, de la malinfo, de la redondance... autant de fléaux qu'il nous faut combattre. Nos outillages peinent à évoluer, alors que la production de l'information s'est démultipliée. Ils peinent à tirer profit des connaissances en cognition, en psychologie sociale, en analyse des réseaux pour en combattre les effets... Ils proposent peu de méthodes douces pour nous inspirer la bonne décision, comme diraient Richard Thaler et Cass Sunstein, les thuriféraires de l'économie comportementale. Twitter, qui se présente comme l'évolution ultime de l'information, cumule les défauts cognitifs : limite de caractères, faiblesse des capacités de recherche, qui favorise la répétition de l'information... Où sont passées les promesses de l'algorithmique et de la sémantique ? La révolution numérique est ambivalente : elle construit à la fois de nouvelles libertés et de nouvelles dépendances. Nous sommes à l'ère des robots journalistes, comme les décrivait Yves Eudes récemment sur le site du Monde.fr en nous emmenant dans le laboratoire d'information intelligente de l'université du Northwestern près de Chicago, où il a pu observer des robots capables d'écrire des compte rendus de sport depuis des données qu'il amasse en temps réel sur le web. Il n'y a plus besoin d'hommes pour écrire de l'information : les logiciels savent écouter nos propos, les retranscrire, les copier-coller, les démultiplier... internet est rempli d'information de piètre qualité et celle-ci fait plus d'audience que l'information de qualité. La valeur ajoutée de l’information n’est pas nécessairement ce que recherchent les gens comme les moteurs. L'information mécanique, mécanisable, la mal-info (info-people, communication pure...), digérée par les moteurs de recherche et nos relations sociales est ce qui marche, ce qui se vend... L'information mécanisée, automatisée risque surtout de continuer à se démultiplier. Les phénomènes agrégatifs ou de recommandation qu’on constate sur l’internet ne font pas que valoriser la qualité comme on voudrait le croire, ils génèrent aussi et avant tout des recommandations moyennes, pointent souvent vers des informations faciles, médiocres, plutôt qu’elles ne trouvent les chemins de traverse, les pépites. La qualité n’est pas acquise. Au contraire, et la massification du web qui a commencé avec l'explosion du nombre d'utilisateurs, l'arrivée d'utilisateurs qui ont un faible alphabétisme numérique risquent surtout de renforcer ces phénomènes agrégatifs, là où nous avons plutôt besoin de dissémination. Reste que, force est de constater qu'en consommant plus de 11h d'information par jour, nous sommes devenus des informavores, des organismes qui consommons de l'information pour vivre, comme l'explique Frank Schirrmacher, éditeur du premier quotidien national allemand, le Frankfurter Allgemeine Zeitung. À l’âge de l’explosion de l’information que faut-il retenir ? Que faut-il oublier ? Pendant des siècles, explique

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Frank Shirrmacher, ce qui était important pour nous était décidé par notre cerveau : désormais, il sera décidé ailleurs, par nos objets, par le réseau, par le nuage d’informations dont nous dépendons. “Ce n’est pas un hasard si nous connaissons une crise de tous les systèmes qui sont liés soit à la pensée soit à la connaissance” : édition, journaux, médias, télévision, mais également université comme tout le système scolaire. Ce n’est pas une crise de croissance, mais bien une crise de sens : “La question est de savoir ce qu’il faut enseigner, ce qu’il faut apprendre et comment. Même les universités et les écoles sont tout à coup confrontées à la question de savoir comment enseigner.” 8 L'éclatement de la société de l'information e 5 clef : la personnalisation Demain, notre recherche d'information va être transformée par les algorithmes prédictifs. Google et Facebook sauront avant nous si l'information que nous nous apprêtons à consulter va nous intéresser, parce qu’ils savent comment les gens en parlent, qu’ils calculent et analysent non seulement les comportements de la société, mais aussi les nôtres permettant de situer nos comportements dans l’univers social. En recueillant de plus en plus de données comportementales et en y appliquant des algorithmes prédictifs de plus ne plus sophistiqués, notre perception de nous-même va se modifier. Notre accès à l'information va devenir complètement personnalisé : nos données de profil, nos déplacements, nos relations, nos gènes, toute l'information qu'on publie sur soi... va avoir une influence directe sur l'information à laquelle on accède. Tous les paramètres qui nous composent vont pouvoir être pris en compte par les machines. Alors que certains psychologues – comme John Bargh – clament que rien n’est plus important que le libre arbitre, nous sommes confrontés à un avenir où tout va être prévisible par les autres, via le nuage informatique et la façon dont nous sommes liés via l’internet. Reste à savoir si nous sommes prêts à accepter de constater combien notre fonctionnement personnel est dépendant de notre environnement social. En enregistrant toujours plus nos données, en nous permettant de nous documenter plus avant, ces systèmes renforcent certes notre individualisme, mais ils nous rendent aussi plus perméables aux autres, plus conscients de nos influences. Peut-être que cela permettra à certains de mieux y réagir… Mais est-ce que ce sera le cas de tous ? Serons-nous tous égaux face au constat de nos influences ? Demain, nous ne regarderons peut-être pas tous le même web. Un site d'information sera différent selon l'instant sur lequel on y passe. Nul ne voit la page d'accueil d'Amazon de la même manière. Des algorithmes testeurs de titres qui observent les comportements des internautes et adaptent la titraille d'un site d'information à mesure du succès qu'ils rencontrent existent déjà. Nos comportements seront tous compartimentés, comme le propose VisualDNA, qui en un clic sur une image permet à n'importe quel site d'adapter son information à son lectorat. Demain, à la manière dont Gmail tronque les contenus que vous avez déjà lu, votre historique servira à tronquer, à modifier les pages sur lesquelles vous vous rendez... On ne sait pas si l'internet de demain sera encore un espace commun, s'il y aura une société de l'information et de la connaissance qu'on puisse partager.

Sera-t-il plus facile d'accéder à l'information demain ? e 6 clef : de la complexité plutôt que de la rationalisation La révolution TIC nous promet sans cesse plus de simplicité, plus de facilité... Pourtant, ce n'est pas ce qu'elle a fait jusqu'à présent. Au contraire. L'information n'est pas plus simple à gérer aujourd'hui qu'avant... On nous vend depuis longtemps une société de l'information et de la connaissance comme un instrument de rationalisation et nous en faisons un instrument de complexification... C'est le résultat mécanique de la

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combinatoire presque infinie que produit la connexion potentielle de tout avec tout... Mais cela résulte aussi de la manière dont, dans la réalité, nous nous approprions ces outils : alors qu'on les décrit comme des outils de la connaissance et de la raison, nous nous en servons pour échanger des photos de vacances et des blagues de potaches. La société de la connaissance est celle d'un désordre et d'une complexité croissants. L’internet est le siège d’une immense conversation, cacophonique, bourdonnante, désordonnée, sans fin et sans but – autre que celui de nourrir le lien, de construire nos identités, de faire fonctionner nos vies avec celles des autres... Demain, les objets, les espaces vont s'ajouter à la production d'information... Ils vont venir encore un peu plus enrichir la combinatoire, faire monter l'intensité sonore, multiplier les occasions de pannes, de ruptures, d'incompatibilités, et produire, par leur simple effet de masse, de nouveaux effets agrégés, de nouvelles moyennes, ... de nouvelles autoroutes, plus que des chemins de traverse. Ils vont ajouter au désordre. Ce désordre a un côté réjouissant : il est profondément humain. Il est aussi un réel facteur d'innovation, qui potentiellement peut être mise dans les mains de chacun, qui émerge de toute part : professionnels comme amateurs...

Vers une écologie informationnelle ? Bien sûr, nous avons besoin d'une écologie informationnelle. Nous avons besoin que nos outils évoluent à l'aune de nos pratiques. Aucun des outils que nous utilisons depuis 10 ans (le web, le mail, la messagerie instantanée, la bureautique...) n'a connu de révolution dans sa conception. Aucun d’entre eux n’a même sérieusement cherché à répondre aux difficultés que ses usages engendraient, à l’instar du mail. Au contraire, le plus souvent : c’est à nos pratiques qu’on demande de s’adapter. Nous tentons de temps à autre de développer des stratégies d’évitement ou de défense, mais globalement, nous subissons autant – voire davantage – les outils que nous en tirons parti. Aujourd’hui par exemple nous croulons sous les mails sans parvenir vraiment à les trier, à sélectionner les plus importants, à répondre avant qu’on n’oublie… Depuis le début, on range, on classe nos mails. C’est la seule interaction que nous proposent nos outils. Mais où est, par exemple, l’interface qui nous permettra de gérer vraiment nos alertes ? Aujourd’hui, comme hier, si nous attribuons une priorité ou une couleur à des messages, cela n’aura aucune conséquence, ni dans la façon dont ils nous parviennent, ni dans la façon dont ils sont archivés : aucun logiciel de gestion de mail ne nous rappelle le mail que nous avons étiqueté comme important il y a 4 jours et qui a disparu au fin fond de nos boîtes de réception ! Nous accumulons des listes de mails importants et inutiles sans que cela n’ait d’incidence sur l’outil ou sur l’interface. Les mails de nos correspondants arrivent tous dans la même continuité, alors que nos logiciels savent très bien ceux que nous ouvrons et ceux que nous n’ouvrons jamais… À regarder le fonctionnement de nos pratiques, on constate qu’aucun outil n’est venu en modifier profondément la teneur. Aujourd’hui, nous souffrons tous d'infobésité. Non seulement les outils ne nous ont pas aidé à réduire cette souffrance, mais ils l’accroissent en rajoutant des agrégateurs ou des interfaces sociales aux logiciels de gestion de courrier et aux navigateurs… sans qu’ils soient interconnectés entre eux, démultipliant la redondance de l’information plutôt que la réduire. Et que dire quand le rythme s’accélère encore avec les agrégateurs de flux d’actualité de son réseau social comme Twitter ou Friend Feed ? Comment ne pas être dépassé quand on suit quelque 20 000 personnes sur Twitter et que l’on reçoit un twitt par seconde ? “Le lifestreaming qui devait simplifier les choses en concentrant toutes les infos en un seul endroit n’a fait qu’exacerber le problème”. Entraînés dans l’innovation constante, nous semblons oublier de rendre plus aisément exploitables les innovations passées, y compris les plus utilisées. Bien sûr, de nouveaux outils font leur apparition, ajoutent des couches supplémentaires d’utilisation, permettent des traitements inédits. Mais ils s’ajoutent à la

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surcharge informationnelle, ils croissent au-delà des capacités cognitives d’un internaute moyen, c’est-à-dire d’une personne qui ne passe pas toute la journée en ligne. Certes, nous circulons mieux dans l’information, mais on oublie souvent de nous permettre de mieux la gérer et de mieux la comprendre. Si la fracture de l’accès aux nouvelles technologies tend à se réduire, ne sommes-nous pas en train d’en construire une autre, celle des savoirs, des compétences et du temps disponible en ligne ? Celle de l’attention. Une fracture cognitive entre ceux capables d’utiliser les outils et de naviguer dans la surinformation et ceux qui n’en auront ni le temps, ni les moyens, ni les capacités ? Entre 10 ceux qui connaissent les outils, qui savent chercher et trouver, et ceux qui ne sont capables que de consulter... Entre ceux qui ne connaissent que les outils de pure récréation et ceux qui maîtrisent le Code... Jean-Noël Lafargue le dit très bien : "Les outils cessent d’être des vecteurs d’émancipation lorsqu’on n’en a aucune maîtrise." Dans le flot d’innovation continue et permanent du web, chaque nouveauté paraît une révolution. Et c’est vrai, il y en a parfois. Des petites subtilités qui changent tout, des petites applications qui nous permettent de franchir un cap, de passer un seuil, d’anodines astuces qui enchantent nos pratiques. Mais le petit monde de l’internet peut-il continuer longtemps à égrener les innovations, à rajouter chaque année sa sélection d’outils “indispensables”, son lot de nouveaux services, décalques les uns des autres, sans se poser de questions ? Il est étrange tout de même qu’à l’heure des interfaces de programmation ouvertes, des services en platesformes, personne ne cherche à proposer des innovations qui puissent rendre le simple e-mail plus aisément utilisable au quotidien, qui puisse éliminer les redondances d’informations entre les outils qu’on utilise ! Il est temps d’entrer dans le cœur du débat de l’écologie informationnelle, en distinguant mieux ce qui relève d’une culture nouvelle, d’un bouleversement social qui doit interroger chacun dans ses pratiques et ce qui relève d’un saut qualitatif en matière d’interface, de design et de conception logicielle. Une écologie informationnelle n’est pas une utilisation durable de nos outils numériques – qui est aussi un problème important, mais ce n’est pas le même, mais une utilisation durable de “notre temps de cerveau disponible”. Car si l’information et notre attention sont une matière première, au même titre que le charbon ou le pétrole, il faut reconnaître la valeur de l’activité qui en résulte et les effets néfastes des abus, des excès, des saturations nés des systèmes et des pratiques, notamment numériques. Dans cette infopollution où nous nous noyons, cette infobésité où nous surnageons, dans ce temps de "l’enfer de l’information ordinaire", comme le clame l’excellent livre éponyme de Christian Morel, “les facteurs humains, sociaux et économiques conduisant à la mauvaise qualité de l’information ordinaire ne sont pas prêts de disparaître”. Ce n’est pas pour autant qu’il ne faut pas s’y atteler. Il est temps de se préparer à répondre à cette crise écologique là, aussi. Mais pour cela il nous faut surtout nous préparer à décoder les codes qui nous sous-tendent et qui sous-tendent la société de la connaissance et le fonctionnement des industries culturelles qui la façonnent. Merci.

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Les medias à l’assaut des réseaux sociaux - Le community manager entre en scène

Annexe III.
« L’impact de la presse gratuite sur la diffusion presse en France : évolution de la diffusion et évolution du lectorat » (Déc. 2009). Synthèse réalisée en TD EJCM sous la direction d’Alexandre Joux

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L’impact de la presse gratuite sur la diffusion presse en France : évolution de la diffusion et évolution du lectorat Stockholm, 1995 : le premier quotidien gratuit, Metro, fait son apparition dans le réseau de transport urbain. Lancé par le groupe suédois Kinnevik, Metro connaît une rapide expansion et apparaît dans de nombreuses villes européennes puis sur d’autres continents à la fin des années 1990 et au début de la décennie suivante. La France n’échappe pas à la tendance. Alors que la presse quotidienne nationale connaît de graves difficultés, Metro est lancé à Paris, Marseille et Lyon. Suivent alors l’émergence de concurrents tel que 20 minutes du norvégien Schibsted, plus récemment, Direct Soir, lancé par le groupe Bolloré et Havas, ou encore des hebdomadaires gratuits spécialisés comme Sport. A chaque fois, le concept est simple et plutôt efficace : distribué dans les transports urbains ou d’autres lieux publics très fréquentés, le journal se veut facile à lire, apolitique, asexuel et clairement rubriqué. Ni prise de position ni sensationnalisme, le quotidien gratuit cherche à offrir une information factuelle sur l‘actualité locale, nationale et internationale. La méthode porte ses fruits. Malgré quelques échecs, Metro est aujourd’hui décliné dans 56 éditions publiées dans 18 pays. Il est présent dans dix villes françaises, faisant face dans huit d’entre elles à son concurrent 20 minutes et parfois à une des neuf éditions de Direct Soir. Les quotidiens gratuits ont d’emblée cherché à toucher un lectorat différent, plus jeune et plus urbain, de leurs concurrents payants. Pourtant ils ont été perçus par la presse française comme une nouvelle menace dans un contexte déjà très difficile avec une diminution constante des ventes et un rétrécissement du marché publicitaire. D’ailleurs, tandis que la presse gratuite s’est imposée, les titres payants ont continué de chuter. Ces deux tendances sont-elles corrélées ? L’augmentation de la diffusion de la presse gratuite s’estelle opérée au détriment de celle de la presse payante ? Chacune de ces deux évolutions a en réalité ses propres causes liées au lectorat, bien distinct, visé. (I). Toutefois, la presse quotidienne nationale et régionale semble chercher à se repositionner pour séduire le lectorat conquis par les quotidiens gratuits, vers une concurrence possible entre les deux types de presse ? (II). I . Les raisons de la baisse de la PQR-PQN et de la hausse de la presse gratuite A) Pourquoi la diffusion et le lectorat de la presse gratuite augmentent? « 20 minutes, quotidien le plus lu en France ». Le 10 septembre 2007, le quotidien gratuit révélait dans ses colonnes ce chiffre issu d'une étude de la presse d'information quotidienne de TNS-Sofres. Avec 2,423 millions de lecteurs de 15 ans et plus, 20 Minutes détrônait ainsi le quotidien sportif L'équipe. Pour tenter de comprendre ce succès, il faut remarquer que l'augmentation de la diffusion de la presse gratuite est directement liée à la stratégie de déploiement adoptée par 20 Minutes et les autres titres de la presse quotidienne gratuite (Metro et les quotidiens « Ville Plus »). En effet, puisqu'ils s'intéressent à une cible souvent délaissée par les titres payants, c'est-à-dire les actifs urbains de 25 à 35 ans, les quotidiens gratuits misent sur de nouveaux usages et de nouveaux modèles d'accès. Nouveaux usages puisqu'ils cherchent à donner une information concise que l'on peut lire en faisant autre chose (souvent dans les transports urbains). Nouveaux modèles d'accès puisqu'ils vont à la rencontre de leur cible, soit avec des employés chargés de la distribution de la main à la main, soit avec des présentoirs facilement identifiables, souvent à proximité des transports urbains (métro, tram-way, gare) et des établissements du secondaire (universités, grandes écoles). Pour toucher sa cible et augmenter son lectorat, le quotidien gratuit joue donc sur une variable: être présent partout où se trouve son lectorat potentiel, et donc augmenter sa diffusion. Ainsi, quand une variation de la diffusion répond à une variation du lectorat pour un titre de la presse payante, c'est la logique inverse qui prime quand on étudie l'évolution de la diffusion de la presse gratuite. En d'autres termes, l'offre de quotidien payant suit la demande, alors que dans le cas de la presse gratuite, l'offre précède la demande. Cette augmentation de la diffusion par étape se retrouve dans le déploiement national progressif. Reprenons l'exemple de 20 Minutes. Lancé dans un premier temps à Paris, en mars 2002, le quotidien ouvre successivement des locales à Marseille, Lille, Lyon, Bordeaux, Toulouse, Nantes et Strasbourg en 2004 et 2005, augmentant ainsi sa diffusion. En septembre 2009, 20 Minutes diffusait 713 837 exemplaires en France, Direct Ville Plus 749 828 exemplaires et Metro 645 149 exemplaires. Des chiffres plutôt stables depuis 2005, à une période où le lectorat et la diffusion de la presse quotidienne payant sont en net recul.

B) Pourquoi la diffusion de la presse payante baisse D'abord, un constat : au fil des ans, la presse nationale perd des lecteurs. De 1997 à 2003, l'audience des quotidiens nationaux a baissé de 12 %, soit une perte de 800 000 lecteurs, d'après les chiffres de l'étude « EuroPQN », étude d’audience des quotidiens nationaux. Depuis 2004, la presse payante n’a cessé de chuter poursuivant ainsi un cycle de baisse progressif.

L’Association pour le contrôle de la diffusion des médias (OJD) vient de publier ses chiffres sur l’année glissante 2008-2009 : la presse quotidienne d’information est en baisse de 2,75%. En comparant le premier semestre 2009 au premier semestre 2008, la presse payante a subi une perte de diffusion avoisinant 4%. Si nous les étudions séparément, la presse quotidienne nationale (PQN) accuse une perte de 3,68% tandis que la presse écrite régionale (PQR) tire mieux son épingle du jeu avec une baisse de 2,44%. Comment les quotidiens payants ont-ils pu se couper progressivement de leurs lecteurs ? La presse payante, et particulièrement la PQR, souffre d’un vieillissement et d’un non-renouvellement de son lectorat. La corrélation à l’âge est nette selon une étude réalisée en décembre 2008 dans le cadre des « Etats Généraux de la Presse Ecrite ». Les plus jeunes sont en proportion trois fois plus consommateurs de presse gratuite et deux fois moins consommateurs de presse payante que les plus âgés : 38% des - de 35 ans lisent régulièrement des journaux quotidiens payants contre 62% des 50-65 ans. Le lectorat de la PQR s’avère particulièrement âgé et compte seulement 22,6% de lecteurs de 15-34 ans contre 42% de lecteurs de 35-49 ans et 35,4% des plus de 60 ans. Outre qu’ils lisent moins la presse quotidienne payante, les lecteurs les plus jeunes sont également les moins réguliers. Les quotidiens nationaux, quant à eux, seraient victimes de leur positionnement politique et de leur prix de vente. Jugée trop élitiste, la PQN s’accroche à un traitement de l’information politique et perd la proximité avec ses lecteurs. Elle délaisse la proximité géographique à la presse quotidienne régionale et la proximité des centres d’intérêts à la presse spécialisée (financière, sportive etc.). Par ailleurs, la PQN reste chère pour les jeunes actifs et le succès de l’opération « Monjournaloffert.fr » lancée après les « états généraux de la presse écrite » le prouve bien. Pour inciter les jeunes à lire ou relire la presse écrite, le ministère de la culture a offert à 200000 jeunes de 18 à 24 ans un abonnement d’un an à un journal hebdomadaire de leur choix. Le quota a rapidement été épuisé. A l’exception des Echos, de France-Soir et d’Aujourd’hui en France, tous les quotidiens nationaux sont en baisse. Le quotidien Le Monde n’en finit pas de perdre des lecteurs avec une baisse d’audience de 4,9% entre 2007 et 2009. La conquête d’un public jeune constitue, pour l’ensemble de la presse quotidienne, un enjeu majeur.

Il n’y a pas de lien clairement établi entre la diffusion de la presse gratuite et celle de la presse payante, l’arrivée de la presse gratuite ayant ciblé sous un nouveau format un lectorat jusque là non consommateur de presse écrite. Ceci a par contre eu un véritable impact sur les stratégies que la presse payante a alors décidé de mettre en place pour tenter d’une part de renouveler son lectorat à la fois vieillissant et désintéressé et de séduire d’autre part la nouvelle cible désormais dégagée par la presse gratuite : le lectorat des jeunes.

II) Les stratégies de positionnement pour séduire le jeune lectorat A) Quand la presse quotidienne nationale (PQN) s’inspire des modèles de la presse gratuite

Face à la chute de sa diffusion, la presse payante, inquiète mais réactive, essaie de rester concurrente grâce à des techniques de fidélisation ou de stratégies de positionnement. Dans un contexte difficile et alors que le chiffres d'affaires des ventes presse des NMPP (Nouvelles Messagerie de la Presse Parisienne) a reculé de 10% sur les 5 premiers mois de 2009, les NMPP ont lancé deux initiatives à la rentrée de cette même année. Le groupe, principale société chargée de la distribution de la presse en France, a testé une carte prépayée pour acheter des quotidiens chez les marchands de journaux. Spécifique à un titre et rechargeable, chaque carte offre des tarifs préférentiels, par exemple 10 numéros de Libération pour 10 euros ou 20 numéros du Figaro pour 20 euros. La carte a été lancée en septembre 2009 à Marseille, avant un déploiement national en 2010 dans 15.000 points de vente. Ces cartes prépayées représentent incontestablement une des solutions pour changer les modèles d’accès au lectorat selon les usages des lecteurs. La vente, étant au numéro pour des achats occasionnels. De plus, les NMPP ont inauguré le site internet madeinpresse.fr, qui consiste à présenter l'ensemble des titres en cours de vente et permet ainsi au lecteur d'être alerté chaque fois qu'un magazine publiera des articles sur un thème qui l'intéresse. Le lecteur peut alors feuilleter les magazines, savoir chez quel marchand de journaux les trouver près de chez lui et même les réserver et les prépayer. En outre, afin de rester suffisamment concurrent, chaque journal choisit une stratégie marketing qui lui est propre. Le Figaro désire rajeunir son image en changeant de ligne éditoriale. Selon Etienne Mougeotte ce journal représente :"Une très grande marque mais qui a besoin de se moderniser et de se vivifier. Le Figaro

doit rester un journal haut de gamme. Mais cela ne doit en rien l'empêcher de changer et de se moderniser ». Après 20 ans passés à TF1, Etienne Mougeotte a pris les rennes du Groupe Figaro. S’inspirant du modèle de la presse gratuite, il tente de casser l’image quelque peu désuète du quotidien national à travers de multiples stratégies. Le Figaro vient de se doter en dernière page d'une rubrique confidentielle : faits divers, politique, économie et… people ! Tout sera ainsi livré aux lecteurs « avec une exigence haut de gamme jamais démentie. Mais paradoxalement, Le Figaro n'oublie jamais sa cible principale : des entrepreneurs, des décideurs. Le journal est libéral et ne doit pas avoir peur de l'affirmer dans ses colonnes. Il défend l'entreprise clairement. Vendre, certes, défendre ses positions aussi ! » précise E. Mougeotte. Autre technique de fidélisation, celle de Libération. L'idée fut originale et audacieuse. Le vendredi 11 avril 2008, le quotidien Libération a été diffusé gratuitement à 500 000 exemplaires dans tous les kiosques de Paris, six mois après le lancement réussi de sa nouvelle formule, qui s'est traduit par une augmentation des ventes de 3,7%. Une opération de communication d'envergure destinée à faire découvrir le journal dirigé par Laurent Joffrin à ceux qui ne le lisent plus ou qui ne l'auraient jamais ouvert. Dès le 7 avril 2008, des coupons d'échange étaient à découper dans le journal. Et le 9 avril, 450 000 coupons ont été dispensés par les NMPP à tous les kiosques distribuant habituellement Libé. Et sur présentation de l'un de ces coupons, un exemplaire de l'édition de Libération du 11 avril a été remis gratuitement. Ces coupons d’échanges mettaient l’accent sur la qualité du quotidien en dénonçant implicitement la qualité de l’information des gratuits par rapport à celle de la presse quotidienne nationale payante.

B) Etre un media de niche et savoir utiliser les NTIC S’il s’avère que le désintérêt des lecteurs plus que l’arrivée de la presse gratuite a plongé la presse écrite dans une crise structurelle, la révolution du modèle Internet a de son côté considérablement modifié les comportements des consommateurs de journaux. La diffusion de l’information gratuite en ligne disponible à tout instant a fortement aggravé la situation et contraint les groupes de presse à redéfinir leurs modèles économiques en ayant une nouvelle approche du 1 lectorat comme consommateur média . La majorité des titres disposent de leurs sites Internet et utilisent les nouvelles technologies pour diffuser leurs contenus parfois même à la demande. Tous ont su prendre le tournant du web 2.0 en intégrant que la richesse de l’interactivité entre lecteurs et journalistes était déterminante pour renouer un contact direct. Un article en ligne peut ainsi être commenté, recommandé via les réseaux communautaires Facebook ou Twitter ou même recevoir une note. Le lecteur passe alors d’un rôle passif, isolé derrière une version papier, à un rôle de prescripteur actif connecté en continu. Le courrier des lecteurs s’est ainsi facilement transposé et enrichi sur ce nouveau support. Et ce modèle fonctionne. En France, les internautes sont attachés à rechercher l’information à la source . Si les anglo-saxons et d’autres pays européens recherchent l’information à partir de mots-clés liés à un thème, en France les mots les plus couramment saisis dans la rubrique « actualité » des moteurs de recherche cette année sont « le 3 monde, figaro, TF1, le parisien… » . Une fois l’internaute attiré, reste donc à le fidéliser et à le convaincre de payer pour une information qu’il jugera la plus pertinente possible. Car l’enjeu majeur pour se différencier reste la production de contenus de qualité. Or, la qualité a un coût et le « tout gratuit » est un leurre. La stratégie des groupes de presse est donc de ne rendre visible qu’une partie de leurs contenus en ligne, l’intégralité n’étant disponible que sur abonnement associé à des services personnalisés comme les archives en ligne pour LeMonde.fr ou le feuilletage virtuel pour Libération. Certains, comme le Figaro, proposent le téléchargement payant au numéro ou à l’article avec des offres modulables en fonction de l’usage requis. En parallèle, conscients que les lecteurs souhaitaient voir apparaître un nouveau type de journalisme plus investigateur, plus affranchi, d’autres ont pris le parti de lancer des rédactions uniquement en ligne : les « pure players ». Souvent présentés comme une alternative aux coûts exorbitants du fonctionnement d’une rédaction traditionnelle, les « pure player » se sont très vite positionnés sur un journalisme participatif et démocratique. 4 C’est ainsi que sont apparus Mediapart, Rue 89 ou encore Bakchich , des rédactions souvent constituées
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Intervention d’Axel Ganz, Fondateur et ancien Président de Prisma Presse, France 24, 20 novembre 2009, Forum d’Avignon http://www.france24.com/fr/20091120-invite-de-l-economie-forum-d-avignon-axel-ganz-fondateur-prisma-presse-president-agcommunicationBilan Zeitgeist 2009 publié par Google le 1er décembre 2009 http://www.google.com/intl/fr/press/zeitgeist2009/regional.html#france 3 er « Google news : le monde cherche l’info, la France veut la source », 1 décembre 2009, Blog Etreintes Digitales http://blog.lefigaro.fr/medias/2009/12/google-news-le-monde-cherche-l.html?xtor=RSS-29 4 www.rue89.com www.bakchich.info www.mediapart.fr
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d’anciens journalistes de la presse écrite classique (Libération, Le Monde pour Mediapart ou encore Le Grigri International..). Leurs lignes éditoriales jouent avant tout la carte de l’investigation et du décryptage de l’information. Elles y associent toutes la participation active de leurs lecteurs, Rue 89 ayant même défendu une 5 modération a posteriori des commentaires afin de respecter l’expression de chacun . Quant à Mediapart, si les articles en consultation payante sur son site internet sont tous rédigés par des journalistes, il valorise le 6 principe du « user generated content » en intégrant au sein de son Club des contributeurs dont les interventions sont diffusées gratuitement. 7 Aux Etats-Unis, le groupe Star News a créé MyReporter.com où l’internaute vote pour qu’un sujet soit traité dans la journée par une équipe de journalistes locaux. Chacun y va donc de son originalité pour capter de nouvelles cibles et inventer de nouveaux modèles qui se veulent toujours plus proches des préoccupations du lecteur. Aujourd’hui ce modèle pourrait basculer à nouveau vers le support papier, comme le laisserait penser le cas de Bakchich qui a lancé en septembre dernier son journal payant «Bakchich hebdo». Boostée par la révolution internet, la presse écrite se réinvente. D’autres projets en ligne pourraient bien réconcilier les annonceurs et la presse écrite en séduisant un lectorat plus large et plus jeune. « Google Fast Flip », présenté en septembre dernier à titre expérimental, permettrait aux internautes de feuilleter les journaux en ligne moyennant paiement du support à l’article. Toutefois, les attentes les plus fortes semblent se placer du côté des smartphones qui multiplient leur offre de services en ligne. Grâce aux applications développées en particulier pour l’Iphone d’Apple, l’utilisateur peut désormais consulter des articles en les achetant au clic et être débité automatiquement sur sa carte bancaire. Les recettes ne sont pas encore significatives mais dès qu’il sera possible de mesurer l’audience sur les mobiles, la publicité devrait envahir ce nouveau marché et permettre aux éditeurs de presse de 8 dégager d’importants bénéfices .

CONCLUSION Initialement, la cible visée par les quotidiens gratuits venus de l’étranger n’est pas la même que celle de la presse nationale payante. Néanmoins, les quotidiens payants connaissent aujourd’hui des difficultés structurelles qui les contraignent à se moderniser pour récupérer le lectorat conquis par les gratuits. Surtout, le véritable concurrent de la presse gratuite est un autre média gratuit et jeune : Internet. Les deux fournissent rapidement des informations factuelles qui couvrent les grands titres de l’actualité. Entre ces deux médias très appréciés des jeunes urbains, quelle sera la place de la presse payante ? Le salut pourrait peut-être bien venir du journalisme à la française, qui privilégie les tribunes et les prises de position, par opposition aux articles plus factuels et pragmatiques des journaux anglo-saxons. Si l’information a un coût, les idées n’ont pas de prix : elles sont la plus-value de la presse payante qui pourrait ainsi continuer à jouer son rôle traditionnel de quatrième pouvoir.

Cyril de Grace, « Pure players, la battle. Chronic’art interroge trois acteurs du journalisme de demain », Observatoire des Medias, 9 juin 2009 http://www.observatoiredesmedias.com/2009/06/09/pure-players-la-battle-chronicart-interroge-trois-acteurs-du-journalisme-de-demain/ ensemble des contenus générés par les utilisateurs d’un service internet et par extension d’un media en ligne participatif 7 www.myreporter.com http://starnewsgroup.com/ 8 Xavier Ternisien, « Les éditeurs de presse parient de plus en plus sur les smartphones pour rajeunir leur lectorat », LeMonde.fr, 8 décembre 2009 paru dans l’édition papier du 9 décembre 2009 http://www.lemonde.fr/actualite-medias/article/2009/12/08/les-editeurs-de-presse-parient-de-plus-en-plus-sur-les-smartphones-pour-rajeunir-leurlectorat_1277648_3236.html#ens_id=1244166
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Sources : Association pour le contrôle de la diffusion des médias (OJD), http://www.ojd.com/engine/, newsletter et chiffres « EPIQ » 2009 Etude de la Presse d’Information Quotidienne : http://www.audipresse.fr/node.php?id=905&elementid=1680 « Euro PQN » Etude d’audience des quotidiens nationaux : http://www.tarifmedia.com/static/services/infos/europqn.cfm Les états généraux de la presse écrite 2009 / Enquête quantitative MRC&C réalisée pour les Etats généraux auprès de 15 000 lecteurs de presse magazine et quotidienne : http://www.etatsgenerauxdelapresseecrite.fr/home/index.php Opération « Mon Journal Offert » par le Ministère de la culture : www.monjournaloffert.fr HIRTZMANN Ludovic et MARTIN François, Le défi des quotidiens gratuits : Montréal, Paris, Multimondes, 2004 EVENO Patrick, La presse quotidienne nationale : fin de partie ou renouveau ?, Vuibert, 2008 Intervention d’Axel Ganz, Fondateur et ancien Président de Prisma Presse, France 24, 20 novembre 2009, Forum d’Avignon http://www.france24.com/fr/20091120-invite-de-l-economie-forum-d-avignon-axel-ganz-fondateur-prismapresse-president-agcommunicationhttp://www.google.com/intl/fr/press/zeitgeist2009/regional.html#france « Google news : le monde cherche l’info, la France veut la source », 1 décembre 2009, Blog Etreintes Digitales http://blog.lefigaro.fr/medias/2009/12/google-news-le-monde-cherche-l.html?xtor=RSS-29 Rue 89 www.rue89.com Bakchich www.bakchich.info Mediapart www.mediapart.fr Décret n° 2009-1340 du 29 octobre 2009 de la Loi Hadopi du 12 juin 2009 définissant le statut d’éditeur de presse en ligne http://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do;jsessionid=244FAEE9A133EFFCAC66319501C63758.tpdjo17v_ 1?cidTexte=LEGITEXT000021215723&dateTexte=20091102 DE GRACE Cyril, « Pure players, la battle. Chronic’art interroge trois acteurs du journalisme de demain », Observatoire des Medias, 9 juin 2009 http://www.observatoiredesmedias.com/2009/06/09/pure-players-labattle-chronicart-interroge-trois-acteurs-du-journalisme-de-demain/ Esemble des contenus générés par les utilisateurs d’un service internet et par extension d’un media en ligne participatif www.myreporter.com http://starnewsgroup.com/ TERNISIEN Xavier, « Les éditeurs de presse parient de plus en plus sur les smartphones pour rajeunir leur lectorat », LeMonde.fr, 8 décembre 2009 paru dans l’édition papier du 9 décembre 2009 http://www.lemonde.fr/actualite-medias/article/2009/12/08/les-editeurs-de-presse-parient-de-plus-en-plussur-les-smartphones-pour-rajeunir-leur-lectorat_1277648_3236.html#ens_id=1244166 Réalisé par Carole HOAREAU - Sandra BARBIER - Sophie AMSILI - Linda MOUFFEK - Mounia BACHTARZI - Shuning CUI Décembre 2010 – EJCM – TD Alexandre Joux – Master 2 CCN-C
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Les medias à l’assaut des réseaux sociaux - Le community manager entre en scène

Si la notion de réseaux sociaux n’est pas nouvelle, intéressant les sociologues et impactant les systèmes d’organisation depuis plusieurs décennies, l’essor des espaces communautaires sur Internet est en passe de devenir un phénomène de société. Les usages évoluent. La recommandation sociale de l’information à travers les réseaux sociaux associée à la participation interactive des lecteurs grâce aux nouveaux outils de communication ont poussé les sites de presse en ligne à investir ces nouveaux espaces de débat et de discussion. Un nouvel enjeu donné à la presse pour tenter de trouver une alternative à la crise qu’elle traverse et relancer sa fonction sociale sur un support adapté. Au cœur de cette nouvelle stratégie de développement, un acteur entre en scène : le community manager. Un nouveau métier pour une nouvelle mise en scène de l’information. Il s’agit de se placer au cœur de l’information, là où elle circule, pour la relayer, intégrer les commentaires des utilisateurs mais aussi animer les espaces de communautés dédiés au partage de l’information. Acquérir de nouveaux lecteurs, les fidéliser, leur fournir une information de qualité tout en étant à leur écoute place le community manager au carrefour de l’information et de la communication. Est-ce un danger pour la presse ou au contraire les perspectives d’une réflexion de réorganisation des rédactions autour de journalistes intégrant de nouveaux outils pour produire une information plus pertinente et lui donner un souffle nouveau ?

Information – Journalisme Participatif – Presse en ligne – Internet – Réseaux sociaux Communautés – Interactivité – Contenus générés par les utilisateurs – Community Manager Medias – Débat – Nouveaux usages…

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