Faut-il avoir peur de « Google books » ?

« Google books » est un service en ligne né en décembre 2004 permettant d'accéder à des livres numérisés. Ce service développé par Google dispose d’importants moyens financiers et technologiques et la crainte des éditeurs est de subir un pillage de leurs œuvres par le géant du web peu à cheval sur le respect de la propriété intellectuelle et du droit d’auteur. En 2010, la bibliothèque numérique de google livres comptait 12 millions de livres. Parmi ces livres, il faut distinguer ceux appartenant au domaine public et accessibles gratuitement et ceux sous droits pour lesquels il faut payer le droit d'accès. Ce qui pose problème, c’est que le moteur de recherche a numérisé, sans autorisation des ayants droits, des dizaines de milliers d'ouvrages français en puisant dans le fond des bibliothèques américaines avec lesquelles Google a conclu des accords de numérisation. Cette numérisation a suscité le mécontentement des éditeurs français qui en 2006 réagissent en attaquant « google books » via leur syndicat, le SNE, pour violation du droit d'auteur et contrefaçon. Les éditeurs reprochent ainsi à Google d'avoir numérisé plusieurs centaines de milliers d'ouvrages sans l'autorisation des ayants droit. Sur ce point, le tribunal de grande instance de Paris a donné raison aux éditeurs. La firme informatique a néanmoins fait appel du jugement. La France n’est pas une exception et la société de Larry Page et Sergei Brin fait l’objet de plusieurs plaintes en Europe et dans le monde pour atteinte au droit d’auteur. Dernièrement, ceux sont des photographes comme la société « American Society of Media Photographers » et des illustrateurs professionnels qui ont porté plainte contre Google auprès d’un tribunal fédéral new-yorkais. Ceux-ci reprochent à la firme de Mountain View de violer leurs droits d’auteur en numérisant sans autorisation des ouvrages illustrés de leurs œuvres. Le deuxième problème souligné par les éditeurs est que Google, en numérisant des bibliothèques entières, s’octroie les droits de reproduction des œuvres dites « orphelines », c'est-à-dire les livres n'ayant plus d'ayant droit connu. Aujourd’hui, les métiers du livre comme l’édition doivent être repensés en fonction d’un monde nouveau dominé par internet et les nouvelles technologies. Google livre symbolise parfaitement les craintes que font peser internet et le numérique sur les métiers du livre. La révolution numérique a permis à des acteurs dynamiques, innovants et puissants d’émerger et pour survivre les « vieux » acteurs de la chaine du livre vont devoir s’entendre avec ceux-ci ainsi que se moderniser. 25 000 éditeurs dans le monde ont ainsi décidé de conclure librement un accord avec Google. En France, le moteur de recherche et l'éditeur de livres, Hachette, ont signé un accord afin de numériser les œuvres en langue française épuisées dont les droits sont gérés par Hachette. Derrière « Google books », apparaissent aussi des enjeux d’ordres sociétaux et culturels dépassant le seul le cadre économique de l’industrie du livre. Pour Robert Darnton, directeur du réseau des

bibliothèques d'Harvard et spécialiste de l'histoire du livre et des Lumières, explique, dans une interview consacrée au monde le 22 mars 2010, que Google livres représente une opportunité comme un danger. Celui-ci considère que « Le moteur de recherche de Google va mettre le savoir accumulé dans les livres à la portée de tout un chacun » et ainsi permettre « la démocratisation du savoir ». Néanmoins, il existe certains risques comme la naissance d’un monopole du savoir. Ce monopole pourrait faire de Google le grand prescripteur des contenus. L’autre risque est une commercialisation à outrance des savoirs. En effet, comme l’explique Robert Darnton, rien ne garantit que malgré la gratuité que peut afficher Google, « une entreprise en situation de monopole ne décidera pas un jour d'imposer des droits d'accès ou des prix de souscription considérables. Quand une entreprise comme Google regarde une bibliothèque, elle y voit moins un temple du savoir qu'un gisement de contenus à exploiter commercialement.» Ainsi, un outils comme Google livre pousse à développer de nouvelles réflexions autour du droit d’auteur et de la propriété intellectuelle et oblige à repenser les métiers du secteur du livre. Outre ces questions, l’application développée par le 1er moteur de recherche mondial touche à des enjeux concernant la préservation du patrimoine intellectuel et des connaissances humaines. Pour Robert Darnton, la numérisation des contenus est essentielle car « nous risquons de perdre notre mémoire collective » mais encore faut-il que celle-ci soit réalisée dans une optique de préservation du savoir plutôt que dans une optique uniquement commerciale.

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