LES SANCTIONS DE LA MAUVAISE FORMATION DU CONTRAT

Plan. I – La nullité du contrat A. La nature de la nullité B. Les effets de la nullité II – L’inopposabilité La sanction principale du non respect par les parties des conditions de formation du contrat est la nullité. Le contrat irrégulièrement conclu encourt la nullité (I). Dans certains cas cette sanction ne joue pas : le contrat est seulement inopposable aux tiers (II).

I. La nullité du contrat irrégulier
Anéantissement. La nullité n’est autre que l’anéantissement du contrat : il s’agit de faire en sorte que le contrat n’existe plus. Puisqu’il manque un élément nécessaire à la formation du contrat, le droit devrait considérer qu’il n’a jamais existé. Or comment anéantir quelque chose qui n’existe pas ? En réalité il faut être plus pragmatique. La mauvaise formation ne peut être sanctionnée que si elle est dénoncée. Un contrat, même irrégulier, pourrait parfaitement être exécuté jusqu’à son terme sans susciter de contentieux. La nullité n’est pas automatique. Une action en justice est nécessaire. A. Nature de la nullité Intérêt à protéger. La nature de la nullité dépend de l’intérêt protégé par la règle de droit sanctionnée. On distingue ainsi la nullité relative de la nullité absolue. Si la règle violée tend à protéger un intérêt particulier, celui du cocontractant, la nullité est dite relative. Il en va ainsi des règles concernant les vices du consentement, la lésion, l’existence de la cause. Leur but est bien de protéger les intérêts du contractant.

En principe. ainsi. Selon que la sanction recherchée est la nullité absolue ou la nullité relative. pouvoir le saisir. le délai pour agir en justice est de cinq ans. Fondement de la distinction. Le législateur estime que seules les personnes protégées par une règle peuvent agir pour voir sanctionner le manquement à ladite règle. C’est l’exception de nullité. De la sorte il n’aura pas à s’exécuter. les créanciers du vendeur sont des tiers au contrat de vente. de même que tout tiers ayant un intérêt. Elle n’est recevable. toutefois. La situation est celle d’un contractant actionné en justice par son cocontractant pour le voir condamner à exécuter le contrat. mais peuvent avoir intérêt à la nullité de la vente pour voir réintégrer le bien vendu dans le patrimoine du vendeur et. Il existe un cas où le délai pour agir en nullité est infini. Intérêt de la distinction. Le fondement repose sur une différence d’ampleur de l’attribution du droit à agir en nullité. par conséquent. l’action en nullité n’obéit pas aux mêmes règles. l’intérêt porte sur le délai pour agir (la prescription). la prescription est de trente ans. que l’on dit perpétuelle. Outre l’ampleur des personnes pouvant agir (v. c' est-à-dire la société. En matière de nullité absolue. Par exemple. Le contractant actionné en justice peut. Lorsque c’est la société qui est protégée. pour se défendre. car la règle a pour but de protéger un intérêt particulier et non l’intérêt général. l’attribution de l’action en nullité doit être plus large : les deux contractants peuvent agir. C’est notamment le cas des règles concernant la licéité de l’objet. plus haut). Cas où la nullité est absolue : illicéité et absence de l’objet. la prescription de l’action en nullité d’un acte annulable pour erreur ou pour dol ne commence à courir que du jour de sa découverte ou. . illicéité de la cause. plus exactement. sur l’importance d’une condition de formation du contrat. En matière de nullité relative. La distinction entre nullité relative et nullité absolue n’est pas fondée sur la gravité de la violation d’une règle ni. par opposition à action) qui n’est pas limitée par le temps.A l’inverse. la nullité est absolue lorsque la condition de validité méconnue protège l’intérêt général. C’est cette demande en nullité par voie d’exception (c' est-à-dire en défense. du jour où le vice pouvait être découvert. Elle court du jour de la conclusion du contrat. Ce principe comporte des exceptions. il court à compter du jour de la conclusion de l’acte. que si le contrat n’a reçu aucun début d’exécution. demander la nullité du contrat. Exception de nullité. Contestable sur l’absence d’objet. Par exemple.

L’inopposabilité est une sanction qui frappe l’irrégularité de l’acte sans l’anéantir. Dans certains cas particuliers la restitution réciproque n’est guère possible. le locataire ne peut pas restituer la contrepartie de ces loyers. Restitutions. L’inopposabilité Définition. Le contrat reste valable entre les parties qui l’ont conclu. en revanche. replace les contractants dans la situation qui aurait été la leur s’ils n’avaient jamais contracté. . l’acquéreur de parts sociales a pu les revendre. la violation d’une règle qui a pour seul objet la protection des tiers. L’inopposabilité frappe notamment la fraude et le défaut de publication d’un acte alors que la loi l’exige. tandis que l’acheteur devra rendre l’immeuble. Pour autant. la nullité de la vente d’un immeuble oblige le vendeur à restituer le prix. Les effets de la nullité Effet rétroactif. La nullité permet tout de même au vendeur d’obtenir la restitution en valeur. estimée au jour de l’acte. autant dire que la nullité n’opère que pour l’avenir. la nullité conduira à des restitutions réciproques. L’anéantissement remonte jusqu’au jour de la conclusion du contrat. l’impossibilité de la restitution résulte de la disparition de la chose. Elle sanctionne. voire une exécution complète. II. ne pouvant certes restituer la jouissance du bien. en cas de nullité d’un bail d’habitation. L’annulation fait disparaître le contrat de façon rétroactive : le droit. Situations. Si le contrat a reçu un début d’exécution. Par exemple. par cette sanction. Elles sont sanctionnées par l’inopposabilité dudit contrat aux tiers. c' est-à-dire la jouissance de l’immeuble. Mais le juge apprécie souverainement le montant de l’indemnité d’occupation : il n’est pas tenu par le contrat puisque celui-ci est nul. mais ne peut pas être opposé aux tiers. les juges décident que l’effet rétroactif opère : le bailleur restituera les loyers tandis que le locataire. Ces derniers sont en droit de faire comme si le contrat n’existait pas à leur égard. si le propriétaire pourrait restituer les loyers perçus. les règles exigeant l’accomplissement de formalités de publicité du contrat ont pour but de protéger les tiers (les informer d’un acte).B. devra une indemnité d’occupation. Ainsi. Si loyer et indemnité se compensent. en général. Dans d’autres cas. Par exemple. Par exemple.

le créancier hypothécaire prévaudra sur l’acquéreur.Exemple : la vente d’immeuble est soumise à la publicité foncière. Hypothèse où le vendeur vend son immeuble à une personne et consent au même moment une hypothèque sur cet immeuble à une autre personne. . Si l’hypothèque a été publiée. Si la vente n’a pas été publiée. La publicité foncière exige un acte authentique. elle est opposable à l’acquéreur. Le défaut de publicité est sanctionné par l’inopposabilité de la vente aux tiers. elle n’est pas opposable au créancier hypothécaire. la vente d’immeuble doit être passé devant notaire. De la sorte. Donc.

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