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Droit des Obligations : Partie Liminaire
Titre I. La notion d’obligation Chapitre 1er. Première approche L’obligation confère au créancier un droit de créance ou une créance à l’égard du débiteur. Le terme obligation désigne donc la totalité du lien de droit ou, dans un sens plus restreint, il désigne l’aspect passif du rapport juridique, ce sont donc les obligations du débiteur càd ses dettes. L’obligation (lien de droit entre créancier et débiteur) est plus restreinte que l’obligation générale (ou devoir) incombant à chacun de se conformer aux prescriptions légales et réglementaires. L’obligation est un droit de créance qui permet à son titulaire d’exiger une prestation ou une abstention de la part d’une personne déterminée ou d’un groupe de personnes déterminées (= le(s) débiteur(s)). Le droit de créance ou droit personnel s’oppose au droit réel. Les droits réels sont ceux qui portent sur des biens matériels, des choses. Ils créent un rapport direct et immédiat entre une personne et une chose sur laquelle le sujet peut exercer certains pouvoirs. Le droit personnel, lui, s’exerce par l’intermédiaire d’une personne. Il met son titulaire en contact avec le débiteur dont il peut exiger l’exécution de la prestation. Seul la loi peut créer des droits réels, la volonté des individus est impuissante à en créer de nouveaux mais elle est efficace pour transmettre ou démembrer un droit réel. Par contre, tous les types de droit de créance peuvent être imaginés sous réserve du respect des mœurs et de l’ordre public. Les droit réels ont deux attributs qui font défaut aux droits de créance : le droit de suite et le droit de préférence. On classe les droits réels en deux grandes catégories : les droits réels principaux (la propriété, l’usage, l’usufruit, l’habitation, la servitude, l’emphytéose) et les droits réels accessoires (le gage, l’hypothèque, les privilèges). On dit que le droit réel est absolu ou opposable à tous (erga omnes) alors que le droit de créance est relatif càd opposable à la seule personne du débiteur. Le droit de créance ne peut en effet être invoqué que contre le débiteur mais il n’en doit pas moins être respecté de tous. Il vaut donc mieux dire que le droit de créance est un droit à réalisation médiate càd qu’il transite par l’intermédiaire d’une personne tandis que le droit réel est un droit à réalisation immédiate càd qu’il établit entre son titulaire et la chose un contact lui permettant d’en tirer profit directement. Le droit de créance relève des droits patrimoniaux càd des droits qui sont évaluables en argent => cette évaluation se fait en référence au prix qui peut être retiré de la transmission du droit en question. => la distinction entre droits patrimoniaux et extrapatrimoniaux n’a pas un caractère absolu (exemple : le droit du nom).

2 Chapitre 2. Classification des obligations – Aperçu général Remarque : à une même obligation peuvent s’attacher plusieurs critères de classification. Section 1. Selon le pouvoir de contrainte attaché à l’obligation Entre l’obligation juridique et non juridique, il existe un autre type d’obligation : l’obligation naturelle qui est une obligation dépourvue d’action en justice mais qui comporte certains effets de droit. Elle ne confère à son créancier aucune action d’exécution forcée toutefois, en cas d’exécution volontaire par le débiteur, le paiement est juridiquement efficace et le débiteur ne peut répéter l’indu (art.1235, al. 2, Code Civil). Aussi, si le débiteur d’une obligation naturelle reconnaît celle-ci et s’engage à l’exécuter, il y a mutation de l’obligation naturelle en obligation civile et la dette devient donc susceptible d’exécution forcée. => série d’obligations naturelles dégagées par la jurisprudence cfr page 11 et 12. Section 2. Selon l’objet de l’obligation §1) Obligation de donner, de faire ou de ne pas faire (exemples page 12) Donner fait référence au transfert d’un droit réel. Faire concerne une prestation autre que donner. Ne pas faire concerne une prestation négative. Il s’agit d’une abstention. L’existence d’obligations de donner a été contestée car elles s’effacent quand le contrat porte sur le transfert de propriété d’un corps certain. En cas de vente, l’acheteur devient automatiquement propriétaire dès que les parties sont d’accord sur la chose et sur le prix (art.1583). Toutefois, l’obligation de donner subsiste dans le cas de choses de genre dont le transfert ne s’opère que par l’individualisation ou la spécification future des choses faisant l’objet du contrat. De plus, l’obligation de donner peut être l’objet d’une exécution en nature contrairement aux obligations de faire ou de ne pas faire. §2) Obligation pécuniaire et obligation en nature Une autre classification oppose les obligations pécuniaires aux obligations en nature : - l’obligation pécuniaire n’est qu’une variété de l’obligation de donner, de transférer la propriété d’une certaine somme d’argent càd d’une chose de genre. Mais la monnaie n’est pas une chose comme les autres puisqu’elle est émise par l’Etat, qu’elle doit être acceptée par le créancier en règlement de dette et qu’elle peut être soumise à dépréciation (cfr art.1895 C.C) - l’obligation en nature est celle dont l’objet n’est pas une somme d’argent comme les obligations de donner portant sur un corps certain ou une chose de genre autre que la monnaie et comme toutes les obligations de faire ou de ne pas faire. Section 3. Selon la source de l’obligation L’article 1370 du Code Civil est assez confus mais il suggère une distinction entre les conventions et les engagements qui se forment sans convention. Les conventions ou les contrats sont des accords de volonté destinés à produire des effets de droit (pour le législateur de 1804, la convention est la source normale d’obligations) tandis que les engagements formés sans convention sont ceux qui résultent de la seule autorité de la loi ou d’un fait personnel de l’homme. La doctrine contemporaine ajoute une autre distinction : celle des actes juridiques et des faits juridiques.

3 Section 4. Selon l’intensité de l’obligation Remarque : la distinction de DEMOGUE repose sur l’intensité de l’obligation assurée par le débiteur d’une obligation contractuelle. Dans certains cas, le débiteur s’engage à atteindre un résultat précis (= obligation de résultat) et dans d’autres cas, il s’engage à faire tout son possible pour y parvenir (= obligation de moyens). Cette distinction sans être absolue et invariable, a une portée pratique importante puisqu’elle conditionne l’attribution de la charge de la preuve en cas d’inexécution de l’obligation. Lorsqu’il s’agit d’une obligation de résultat qui n’est pas atteinte, la faute du débiteur est en partie présumée et ce dernier ne peut échapper à sa responsabilité qu’en prouvant que l’inexécution de l’obligation ne lui est pas imputable. Lorsqu’il s’agit d’une obligation de moyen, le débiteur n’est responsable que si le créancier insatisfait ne parvient à démontrer qu’il n’a pas agi avec toute la prudence et la diligence requises càd qu’il n’a pas agi en tant que bonus pater familias. Remarque : la question se pose surtout avec les obligations de faire qui sont soit de résultat soit de moyens; les obligations de donner ou de ne pas faire sont des obligations de résultat. Section 5. Selon la pluralité de sujets Une obligation peut avoir plusieurs sujets, soit du côté passif (= pluralité de débiteurs), soit du côté actif (= pluralité de créanciers). §1) Obligations conjointes L’obligation conjointe est celle qui se divise en autant de parts qu’il y a de créanciers ou de débiteurs, chacun n’étant créancier ou débiteur que pour sa part. L’obligation à sujets multiples est en principe conjointe mais ce terme est inapproprié car l’obligation conjointe est divisée et donc disjointe. §2) Obligations solidaires Il y a solidarité lorsque plusieurs personnes sont soit créancières, soit débitrices de la totalité d’une seule et même dette (bien que celle-ci soit parfaitement divisible entre ces créanciers ou débiteurs). La solidarité active est celle qui existe entre les créanciers. Chacun peut poursuivre l’exécution de la totalité de sa dette contre le débiteur. La solidarité passive concerne les débiteurs. Chacun de ceux-ci est tenu pour la totalité de la dette à l’égard du créancier qui peut choisir à qui il va réclamer le remboursement. Il s’agit d’une garantie pour le créancier qui évite ainsi le risque d’insolvabilité d’un des débiteurs. Il faut distinguer deux moments : celui de l’obligation à la dette qui concerne les rapports entre les débiteurs solidaires et le(s) créancier(s) et celui de la contribution à la dette qui concerne les rapports entre les codébiteurs. Remarque : la solidarité passive doit être expressément stipulée sauf si elle a lieu de plein droit (art.1202, al.1, C.C).

4 La première source de la solidarité passive est donc la convention; la volonté d’engagement solidaire doit être établie avec certitude sans qu’aucune forme spéciale soit exigée, l’autre source de la solidarité est la loi (exemples page 17). Remarque : la Cour de cassation a déduit de l’art.50 du Code Pénal un principe général de droit selon lequel les coauteurs d’une faute commune sont tenus solidairement à la réparation du dommage causé par cette faute. §3) Obligation in solidum Le mécanisme de l’obligation in solidum est presque identique à l’obligation solidaire, leur différence se trouve au niveau de leurs sources. Il y a obligation in solidum lorsque plusieurs personnes sont tenues ( en dehors de toute disposition légale ou conventionnelle) vis-à-vis d’un créancier, à l’exécution intégrale d’une obligation en raison de caractéristiques de la situation dans laquelle cette obligation est née. Sont visées les hypothèses dans lesquelles les fautes distinctes de plusieurs personnes ont conduit à produire un dommage unique. La victime du dommage peut s’adresser à l’un ou l’autre des responsables et lui réclamer la totalité de l’indemnisation (= stade de l’obligation à la dette). Entre eux s’opère ensuite une répartition de la charge du dommage causé (= stade de la contribution à la dette). Section 6. Selon les modalités affectant l’obligation Une obligation peut être pure et simple càd exigible immédiatement mais elle peut aussi être affectée par le temps dans son exigibilité ou son existence. §1) Obligation affectée d’un terme (art.1185 à 1188 C.C) Le terme est un événement futur et certain (en ce sens qu’il arrivera certainement même si l’époque de sa réalisation est inconnue) : - le terme certain est un événement dont on sait d’avance le moment auquel il surviendra. - le terme est incertain quand l’époque de sa réalisation est inconnue bien que l’on sait qu’il va certainement ce produire. Il existe deux types de termes : - le terme extinctif est un événement futur et certain qui met fin à une obligation sans effet rétroactif. A la fin du terme, l’obligation s’éteint de plein droit. - le terme suspensif est un événement futur et certain qui suspend l’exécution d’une obligation. L’obligation existe, seule son exigibilité est suspendue. §2) Obligation sous condition (art.1168 à 1184 C.C) Selon l’article 1168 du Code Civil, « l’obligation est conditionnelle lorsqu’on la fait dépendre d’un événement futur et incertain… ». De la réalisation de cet événement dépend soit la naissance de l’obligation qui existe toutefois en germe (= condition suspensive), soit de l’extinction de l’obligation (= condition résolutoire). La condition n’est qu’une modalité et elle ne peut porter que sur un élément essentiel du contrat. Par ailleurs, l’événement qui déclenche la condition ne peut dépendre de la volonté d’une partie => distinction entre différentes espèces de conditions : casuelle, potestative et mixte. De plus, la condition accomplie a un effet rétroactif du jour où l’engagement a été contracté.

5 Titre II. Les sources des obligations Chapitre 1er. La classification du Code Civil (cfr art.1101 et 1370) Les sources évoquées dans ces deux articles se réfèrent à la théorie classique qui distingue les contrats, les quasi-contrats, les délits et les quasi-délits. L’article 1370 évoque même la loi comme source d’obligations. Les contrats ou les conventions sont des accords de volontés conclus entre deux ou plusieurs personnes ayant l’intention de produire les effets juridiques prévus ou admis par le droit. La rencontre des volontés fait naître le contrat et déclenche des effets de droit qui y sont associés. La catégorie des quasi-contrats regroupe un ensemble de situations où, en dehors de toute convention, une personne reçoit un avantage d’une autre personne qui n’avait aucune obligation à l’égard de la première. Les quasi-contrats se distinguent des contrats non pas par leurs effets de droit mais par leur origine car les droits et obligations qu’ils créent ont pour source un fait volontaire ou involontaire d’une personne et non un accord de volontés. => deux hypothèses : la gestion d’affaires (art.1372 à 1375) et le paiement de l’indu (art.1376 à 1381). Les délits et les quasi-délits sont des concepts utilisés en droit de responsabilité civile extracontractuelle (art.1382 et suivants du C.C). Le délit est une faute intentionnelle tandis que le quasi-délit est une faute non intentionnelle. Toute faute, quand elle cause un dommage à autrui, engage la responsabilité extracontractuelle ou délictuelle ou encore aquilienne de son auteur. Cependant, cette classification est critiquable. En effet, le quasi-contrat présente une analogie avec le contrat alors le quasi-délit n’en présente aucune puisque le régime de réparation est le même que celui du délit. Il a donc été crée dans un souci d’asymétrie avec les quasi-contrats. Chapitre 2. Etat actuel de la question Sur le plan théorique, la tendance contemporaine distingue les actes juridiques et les faits juridiques qui recoupe la distinction faite par le Code entre obligations contractuelles et extracontractuelles (= clivage fondamental). L’acte juridique se définit comme une manifestation de volonté visant à produire des effets de droit càd à créer, modifier, transmettre ou éteindre un droit subjectif. La notion englobe les contrats et les actes juridiques unilatéraux càd ceux qui sont l’œuvre d’une seule volonté. Le fait juridique désigne tout fait quelconque de l’homme (volontaire ou non), auquel la loi rattache des effets de droit, sans que ceux-ci aient été voulu par l’intéressé. Certains faits juridiques sont de simples événements dépourvus de tout contenu volontaire et d’autres faits juridiques sont volontaires, tout en produisant des effets de droit non directement recherchés par leur auteur, ce qui les différencie des actes juridiques. Remarque : les faits purement matériels n’entraînent aucun effet de droit. Dans un arrêt du 9 mai 1980, la cour de cassation a admis qu’une personne puisse s’engager par une déclaration de volonté unilatérale (= autre source d’obligations).

6 Mais, dès le moment où il est admis qu’une volonté seule a le pouvoir de se lier, pourquoi refuser à cette même volonté le pouvoir de se délier ? Cependant, si l’on admet que la volonté unilatérale peut se lier et se délier selon le bon vouloir de l’auteur, on n’aperçoit plus la spécificité de la reconnaissance d’une telle source d’obligation. En droit belge, la volonté unilatérale est une source autonome mais subsidiaire d’obligation. Le même genre de question se pose à propos de la théorie de l’apparence ou de la confiance légitime qui attribue un effet obligatoire au comportement d’une partie qui crée dans le chef d’autrui une confiance légitime en une situation apparente (exemple: le mandat). Il n’est pas rare qu’une personne se présente comme mandataire d’une autre et passe un acte juridique en son nom et pour son compte alors qu’elle n’a pas ou plus le pouvoir de le faire. Selon une conception classique, le tiers lésé qui croyait légitimement aux pouvoirs du mandataire ne peut obtenir satisfaction que s’il parvient à démontrer que sa croyance faussée à l’existence des pouvoirs du mandataire provient d’une faute du pseudo mandant qui a laissé se développer l’apparence trompeuse. Dans son arrêt du 20 juin 1988, la Cour de cassation reconnaît une force obligatoire à l’apparence malgré l’absence d’une faute du pseudo mandant. Selon l’arrêt, « le mandant peut être engagé sur le fondement d’un mandat apparent, non seulement dans le cas où il a fautivement crée l’apparence mais également en l’absence d’une faute susceptible de lui être reprochée si la croyance du tiers à l’étendue des pouvoirs du mandataire est légitime ». Certains rattachent l’apparence au principe général de l’exécution de bonne foi et ne lui concèdent donc qu’une autonomie relative mais, à notre avis, cette formule confère à l’apparence le statut de source autonome d’obligation. Dans un autre arrêt du 20 janvier 2000, la Cour de cassation précise que l’apparence doit pouvoir être imputée au pseudo mandant pour que celui-ci puisse être tenu sur la base d’un mandant apparent. La notion d’imputabilité permet d’écarter la théorie de l’apparence dans des hypothèses où l’apparence ne découle en aucune manière du comportement du pseudo mandant. Titre III. Le droit des obligations Chapitre 1er. Une discipline parmi d’autres ? Section 1. Place dans le Code Civil (cfr page 25) Le droit des obligations est traité par les articles 1101 à 1386bis du Code Civil, il faut y ajouter l’étude de la prescription extinctive (art.2119 et suivants). Section 2. Place parmi les disciplines juridiques Le droit des obligations est une des branches fondamentales du droit patrimonial, il entretient un rapport privilégié avec la matière des contrats et celle des sûretés. La théorie générale des obligations s’applique aux différents contrats dont les principaux sont réglementés par les articles 1582 à 2010. Elle subit aussi un choc en retour de la part des contrats spéciaux qu’elle régit et qui l’oblige parfois à revoir ses concepts, ses principes et ses mécanismes.

7 Les sûretés garantissent l’exécution d’obligations à l’aide soit de droits réels, soit d’autres droits de créance ou encore à l’aide de privilèges. Le droit des obligations relève du droit privé càd que la matière concerne surtout les rapports entre particuliers (commerçants ou non). Mais, suite à une évolution jurisprudentielle inaugurée par l’arrêt « La Flandria »du 5 novembre 1920, les trois pouvoirs sont de plus en plus soumis à la norme de prudence déduite des articles 1382 et suivants. Remarque : le droit public concerne les rapports des citoyens avec les pouvoirs publics ou les rapports entre pouvoirs publics. Le droit des obligations est rattaché au droit civil mais il ne faut pas opposer trop strictement le droit civil au droit commercial au sein du droit privé. Le droit des obligations est le fondement juridique de tous les échanges économiques. Il trouve son champ d’application privilégié en matière commerciale. Section 3. Place dans la formation juridique L’importance pratique du droit des obligations apparaît comme le vecteur de transmission de biens et de services et comme régulateur des activités humaines. Le droit des obligations est aussi considéré comme une discipline fondamentale nécessaire à la formation juridique (raisons invoquées à ce sujet cfr page 27). Chapitre 2. Le droit des obligations et l’économie Le droit des obligations est un domaine d’intérêt commun aux juristes et aux économistes puisqu’il offre ses mécanismes pour le transfert des richesses. Le contrat est utile à l’entreprise tant pour se fournir en biens et services que pour écouler ceux qu’elle produit, il est aussi une technique de répartition des risques entre le créancier et le débiteur en cas d’incident d’exécution. Tout système économique repose sur une structure juridique. La mise en œuvre d’une économie décentralisée va de pair avec un laisser faire et un « laisser contracter » qui trouve à s’exprimer dans les principes de la responsabilité individuelle, de l’autonomie et de la convention loi. Les principes de base du droit des obligations (surtout ceux du droit des contrats) traduisent la philosophie d’un système économique et visent à l’efficacité de son fonctionnement par le décentralisation. Chapitre 3. L’évolution du droit des obligations L’apparente stabilité du droit des obligations s’explique par : - une longue tradition historique qui a permis l’émergence de solutions nuancées - l’ouverture de concepts de base du droit des obligations qui a permis son adaptation sans révolution - son caractère systématique qui lui permet d’assimiler le changement plutôt que de le subir comme d’autres disciplines juridiques plus réglementaires En réalité, le droit des obligations a subi d’importants changements : - les textes du Code Civil ont subi de nombreuses interprétations doctrinales et jurisprudentielles et cette liberté d’interprétation a permis des évolutions importantes mais a aussi fait craindre le risque d’un « gouvernement des juges ».

8 - de nombreux textes spéciaux ont remodelés le droit des obligations; en effet, le législateur est souvent intervenu pour modifier ou compléter les règles de certains contrats spéciaux ainsi que des textes dans le domaine de la responsabilité civile. De plus, le Code de 1804 reflétait les conceptions de l’époque, dès lors, il est normal que le changement de philosophie social et économique ait également provoqué un important changement dans les deux institutions de base du droit des obligations càd le contrat et la responsabilité civile (exemples page 30). Aussi, le droit des obligations s’étend à d’autres disciplines mais, il est travaillé de l’intérieur par le droit des contrats spéciaux ou le droit commercial sur lesquels il exerce son hégémonie. Le droit des obligations subit également les apports extérieurs s’expliquant par le souci de protection d’une catégorie particulière d’agents (exemples : les lois sur les clauses abusives et sur la responsabilité du fait des produits défectueux). Ces lois (dérivant souvent de directives européennes) introduisent des concepts et des principes appartenant à des traditions juridiques différentes et dont la transposition n’est pas toujours aisée. Ainsi, le droit communautaire devient une source de plus en plus importante de droit des obligations. Enfin, le droit constitutionnel vient parfois remettre en cause certaines dispositions ou solutions qui paraissent établies en matière de prescription, d’assurances ou de responsabilité.

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Droit des obligations : 1ère partie : Le fait juridique
Titre 1.Le fait juridique dommageable comme source d’obligation:la responsabilité délictuelle Le droit de la responsabilité civile couvre l’ensemble des règles suivant lesquelles une personne est tenue de réparer le dommage qu’elle a causé par suite de l’inexécution d’une obligation qui lui incombe. Si cette obligation est imposée par la loi, son inexécution est sanctionnée par la responsabilité délictuelle ou quasi-délictuelle. Si l’obligation provient d’un contrat entre les parties, son inexécution est sanctionnée par une responsabilité contractuelle. A l’origine, la notion de délit visait la faute volontaire ou intentionnelle alors que la notion de quasi-délit visait la faute involontaire commise par imprudence ou négligence. Toutefois, cette distinction est devenue théorique car l’action en responsabilité obéit au même régime juridique que l’auteur du dommage soit tenu ex quasi delicto ou ex delicto. Le système de responsabilité civile a trois fonctions : - une fonction indemnitaire ou réparatrice - une fonction préventive et régulatrice des relations sociales - une fonction répressive qui s’est progressivement effacée au profit (surtout) de la fonction indemnitaire de la responsabilité civile. Les textes du Code Civil qui forment la matière sont peu nombreux et c’est pourquoi, le droit de la responsabilité civile se construit, se transforme en permanence au fil des décisions judiciaires. Chapitre 1er. Enjeux et contours de la responsabilité civile Section 1. Les différents types de responsabilité §1) Les responsabilités non juridiques A/ La responsabilité morale Il s’agit de la responsabilité du sujet devant sa conscience alors que la responsabilité juridique résulte de la transgression d’une règle de droit dont l’auteur doit répondre devant les tribunaux. Ce qui nous conduit à la question du rapport entre la morale et le droit : - la morale vise la perfection intérieure et le bonheur de l’homme en tant que personne tandis que le droit, lui, règle les rapports sociaux et a donc pour visée l’équilibre et le bon ordre des relations interpersonnelles. - toutefois, ces deux ordres sont en partie liés, ce qui est logique puisque le droit a pour visée le bon ordre des relations humaines qui n’est pas sans rapport avec le respect d’exigences morales. Donc, la morale a besoin du droit pour pénétrer efficacement les mœurs et, à l’inverse, le droit a besoin de la morale sans laquelle il ne serait que désordre. - enfin, ces deux ordres ne se recouvrent pas totalement sans quoi un Etat devient totalitaire s’il prétend imposer toute l’exigence morale par le biais de l’obligation légale. En effet, toutes les prescriptions morales ne doivent pas avoir une traduction juridique sinon cela reviendrait à éliminer la liberté et de plus, la valeur morale perdrait de son sens si elle était tout le temps accompagnée d’une sanction.

10 En conclusion, l’ordre moral et l’ordre juridique poursuivent des objectifs différents; ils ne sont pas non plus totalement étrangers l’un de l’autre; mais il ne coïncident pas non plus complètement. B/ La responsabilité politique Elle varie selon les évolutions de la « culture politique », elle dépend de la conception que se font les citoyens et les élus de la fonction politique et elle est fondée sur l’honneur qui amène l’homme politique à assumer personnellement la responsabilité exclusive d’une décision, d’un acte ou d’un oubli qui s’est révélé être une erreur dommageable. Cette reconnaissance de responsabilité se traduit souvent par la démission du politicien « fautif » mais elle peut aussi être sanctionnée par un vote de méfiance au Parlement ou par un vote sanction lors des futures élections. §2) Responsabilité civile et responsabilité pénale A/ Comparaison sommaire des deux ordres de responsabilité Ces deux types de responsabilité poursuivent des objectifs différents : - la responsabilité pénale concerne la protection de l’ordre social contre les comportements qui y portent atteinte, elle a un but répressif et vise avant tout à punir les auteurs d’infractions (objectif d’ordre public) - la responsabilité civile poursuit un but indemnitaire et tend à réparer un dommage (objectif d’ordre privé). Il existe encore une série de différences entre ces deux types de responsabilité : - la notion de « délit » recouvre des réalités différentes selon la matière considérée. Le délit pénal constitue une catégorie spécifique d’infractions aux côtés des contraventions et des crimes. Le délit civil vise tout comportement à l’origine d’un dommage pour autrui et qui oblige son auteur à le réparer. - la responsabilité pénale ne peut être engagée que pour certaines fautes définies dans un texte légal. En effet, le droit pénal est régi par le principe de légalité des infractions et des peines alors que la responsabilité civile peut être engagée par toute faute (même la plus légère) et parfois même sans qu’aucune faute ne puisse être reprochée à l’auteur du fait dommageable. - l’existence d’un dommage est une condition d’existence de la responsabilité civile alors que cette condition n’est pas toujours requise pour justifier une sanction pénale. - la responsabilité pénale est en principe personnelle alors qu’on trouve de nombreux cas de responsabilité du fait d’autrui en matière civile. - la faute civile est appréciée in abstracto alors que le comportement de l’auteur d’une infraction pénale est apprécié in concreto. - en matière pénale, la peine est proportionnée à la gravité de la faute tandis qu’en matière civile, la faute la plus légère suffit à obliger son auteur à la réparation intégrale du dommage. B/ L’identité des fautes civile et pénale Le procès civil et le procès pénal entretiennent un lien étroit; en effet, un même fait peut donner lieu à des poursuites pénales et à une action en responsabilité civile. La personne lésée a la possibilité de greffer son action civile sur l’action publique en se constituant partie civile devant la juridiction répressive (exemple : lors d’une atteinte à l’intégrité physique). Dès lors on peut se demander si la circonstance que le fait dommageable soit constitutif d’infraction pénale doit ou non influencer l’issue du procès civil.

11 A cette question répond le principe d’identité des fautes civile et pénale qui repose sur l’idée que l’infraction de coups et blessures ou d’homicide dépend des mêmes éléments que la faute civile. Remarque : l’identité vaut uniquement pour la responsabilité du fait personnel. C/ Les conséquences du principe d’identité 1. le criminel tient le civil en état A cause de l’autorité absolue de la chose jugée qui s’attache à la décision pénale sur le procès civil et du principe d’identité des fautes civile et pénale, le juge doit surseoir à statuer tant que la juridiction pénale n’a pas rendu sa décision (ceci vaut uniquement dans le cas où l’action civile est portée devant la juridiction civile). 2. la prescription de l’action civile résultant d’une infraction pénale (cfr page 37) Nouvel article 26 du Titre préliminaire du Code d’instruction criminelle dû à une différence de traitement entre les victimes d’une faute civile. 3. l’autorité de la chose jugée au pénal sur le civil Ce principe restreint la liberté d’appréciation du juge civil saisi d’une action en réparation d’un dommage résultant d’une infraction pénale ayant fait l’objet de poursuites pénales. Le juge civil doit tenir pour vrai et ne peut remettre en cause ce qui a été jugé par le juge répressif. Ainsi, si le juge pénal condamne le prévenu pour coups et blessures ou homicide, il n’est plus nécessaire de démontrer une faute au civil mais si le juge acquitte le prévenu, il n’est plus possible d’établir l’existence d’une faute civile même si l’acquittement au pénal ne fait pas obstacle à une condamnation civile sur la base d’une faute distincte. §3) Responsabilité délictuelle et responsabilité contractuelle A/ Comparaison sommaire des deux ordres de responsabilité (dans responsabilité civile) La responsabilité délictuelle d’une personne est engagée lorsque, par sa faute, elle cause un dommage à un tiers, en dehors de toute relation contractuelle les unissant. La responsabilité contractuelle d’une personne est engagée lorsqu’elle cause un dommage à autrui à la suite d’une faute consistant en l’inexécution ou la mauvaise exécution du contrat liant ces deux personnes. Ces deux types de responsabilité ont des règles assez proches mais différentes : - la mise en demeure est un préalable nécessaire à la mise en œuvre des sanctions de l’inexécution des obligations contractuelles, alors que tel n’est pas le cas pour les obligations quasi-délictuelles. - l’article 2262bis prévoit un délai différent pour la prescription des actions contractuelles que celui prévu pour les actions délictuelles. - la responsabilité contractuelle fait l’objet d’aménagements conventionnels alors que de telles clauses sont plus rares en matière quasi-délictuelle. B/ Vers un rapprochement des deux ordres de responsabilité ? L’évolution jurisprudentielle a conduit à un rapprochement des deux ordres de responsabilité qui s’observe au niveau de chacune des trois conditions de la responsabilité :

12 1. au plan de la faute (cfr page 40) En matière contractuelle, la faute résulte de la violation d’une obligation découlant du contrat et non d’un devoir général de prudence qui s’impose à tous. Elle est donc appréciée en fonction des engagements pris par les parties. Toutefois, les critères d’appréciation de cette faute sont identiques à ceux de la faute quasi-délictuelle. En matière contractuelle, on distingue les obligations de moyens et les obligations de résultat selon l’intensité de l’obligation qui incombe au débiteur alors qu’en matière délictuelle, on distingue les obligations indéterminées (devoir général de prudence) et les obligations déterminées (distinction instituée par les art.1384 et suivants du Code Civil). 2. au plan du dommage Le principe de réparation intégrale du dommage vaut pour les deux ordres de responsabilité bien que ceux-ci diffèrent en ce qui concerne la détermination du dommage pris en considération. En matière contractuelle, l’article 1150 du Code Civil limite l’étendue de l’indemnisation au dommage prévisible (seul le débiteur coupable d’un dol doit réparer l’ensemble du dommage prévisible et imprévisible). En matière aquilienne, la Cour de cassation fait de la prévisibilité du dommage un élément de la faute. 3. au plan du lien causal En matière délictuelle, tous les dommages qui découlent nécessairement de la faute commise (peu importe qu’ils soient directs, indirects, médiats ou immédiats) doivent être réparés. Même en matière contractuelle, il est indifférent que le lien de causalité soit direct, indirect, médiat ou immédiat pourvu qu’il soit nécessaire. Section 2. La philosophie du système §1) Aperçu des fonctions et fondements de la responsabilité civile A/ La faute comme fondement de la responsabilité Les articles 1382 et 1383 du Code Civil subordonnent la responsabilité aquilienne du fait personnel à la preuve d’une faute. L’idée est qu’un sujet n’est tenu de réparer les dommages causés par son acte que si ils découlent de sa faute ou de son imprudence et du hasard ou de la fatalité. Il appartient donc à la victime de rapporter la preuve de la faute commise par l’auteur du dommage tout en courant le risque d’échouer dans l’administration de cette preuve. La responsabilité de la faute prouvée remplit donc une fonction de réparation mais aussi de prévention voire même de répression. La responsabilité est en partie liée à la responsabilité morale puisqu’un dommage est sujet à réparation seulement si son auteur peut se voir reprocher une faute. Enfin, la responsabilité pour faute est conçue comme un rapport de droit entre deux personnes mais cette approche est limitée lorsqu’il s’agit de faire face aux dommages collectifs qui se multiplient dans nos sociétés modernes. Cependant, des tempéraments ont été apportés à ce principe :

13 - dès 1804, les rédacteurs du Code Civil ont énoncé différentes présomptions de responsabilité afin de faciliter l’indemnisation des victimes (art.1384 à 1386). - de plus, les juges disposent d’une marge d’appréciation pour déterminer le degré de diligence due et venir ainsi en aide aux victimes. - enfin, grâce au développement des assurances, les juges sont plus enclins à retenir la responsabilité de l’auteur d’un dommage lorsqu’ils savent que ce dernier est assuré et ne devra donc pas supporter seul le poids de la réparation. B/ Le risque comme fondement de la responsabilité Les responsabilités objectives reposent non pas sur la faute mais sur la théorie du risque dont l’idée est simple : toute activité supposant un risque pour autrui oblige son auteur à réparer le préjudice lié à cette activité sans qu’il y ait lieu de démontrer une faute dans le chef de son auteur et sans que celui-ci puisse prouver son absence de faute afin d’échapper à sa responsabilité. Les responsabilités fondées sur le risque sont favorables à la victime mais elles pénalisent l’esprit d’initiative et d’entreprise. C/ La solidarité comme fondement d’un droit à la réparation Une série de lois prévoient une indemnisation forfaitaire ou fixée en équité au profit de certaines victimes qui resteraient privées de réparation pour divers motifs. Dans ces cas, la collectivité prend sur elle la réparation d’un dommage assimilé à un coup du sort ou à un mal social. Cette prise en charge collective est fondée sur le principe de solidarité. §2) L’évolution de la responsabilité délictuelle A/ L’accentuation du rôle indemnitaire de la responsabilité Classiquement, la responsabilité civile était centrée sur son l’auteur de l’acte dommageable tenu pour responsable si et seulement si, une faute dûment prouvée en relation causale avec le dommage pouvait lui être reprochée (= responsabilité subjective). Mais depuis quelques décennies, on assiste à un mouvement d’objectivation de la responsabilité qui se traduit par un effacement du sujet responsable devant la victime : la 1ère préoccupation étant désormais de faciliter la réparation des dommages causés à la victime. Autrement dit, le centre de gravité de la responsabilité se déplace du sujet (débiteur d’une responsabilité) vers la victime (créancière d’une indemnisation). => véritable transformation du droit de la responsabilité en droit de la réparation Cette évolution est la conséquence des transformations de notre mode de vie et des relations sociales depuis 1804 et elle s’explique surtout en raison des risques dans nos sociétés modernes dues à la révolution industrielle. En effet, si la fonction réparatrice de la responsabilité civile a été accentuée c’est afin de résoudre le problème de l’indemnisation des victimes de l’industrialisation et du machinisme càd des nouveaux types de dommages parfois purement accidentel et difficiles à rattacher à la défaillance coupable de l’homme. B/ L’objectivation de la responsabilité civile à grands traits (cfr page 45) Exemples de manifestations de cette tendance à l’objectivation de la responsabilité : - un assouplissement des conditions générales de la responsabilité - une extension du champ des régimes particuliers du Code Civil - l’institution (en dehors du Code Civil) de divers régimes légaux de responsabilité objective

14 Chapitre 2. Les conditions communes à tous les régimes de responsabilité civile En toute hypothèse, quel que soit le fondement de la responsabilité, le demandeur doit fournir la preuve du dommage subi et la preuve du lien de causalité entre le fait générateur et le dommage. Section 1. Le dommage §1) La notion de dommage réparable En plus du fait générateur et du lien de causalité, la victime devra prouver qu’elle a subi un dommage. Le dommage consiste en la lésion d’un droit subjectif ou d’un intérêt pourvu qu’il soit stable et légitime. Pour être réparable, il faut que le dommage soit certain et personnel. A/ La lésion d’un intérêt stable et légitime 1. la lésion d’un intérêt… La doctrine définit le dommage comme étant « la perte, totale ou partielle, d’un bien, d’un avantage ou d’un intérêt que l’on avait ou sur lequel on pouvait compter ». 2. …stable et légitime (= deux éléments que la victime doit prouver; exemples page 47) La victime doit montrer au juge qu’elle a perdu un avantage sur lequel elle pouvait compter de façon durable (notion d’intérêt stable) et elle ne peut en aucun cas invoquer un avantage illicite càd un avantage contraire à l’ordre public et aux bonnes mœurs (notion d’intérêt légitime). Remarque : cette 2ème exigence sera appréciée en fonction du contexte social puisque l’ordre public et les bonnes mœurs sont des concepts évolutifs. B/ Le caractère certain du dommage Par dommage certain, on entend celui qui est incontestable quant à son existence. En d’autres termes, un préjudice est certain lorsque la victime se serait trouvée dans une situation plus favorable si la faut n’avait pas été commise. A contrario, il y a le dommage hypothétique càd un préjudice purement éventuel quant à sa réalisation, l’existence d’une incertitude entraîne le rejet de la réparation (exemple page 48). Toutefois, le dommage peut être futur à condition qu’il se réalise avec certitude dans l’avenir. Il en va ainsi chaque fois que le dommage implique des répercussions dans le futur (exemple page 48). Enfin, la perte d’une chance peut constituer un préjudice réparable si elle est certaine et évaluable économiquement (exemple page 48). C/ Le caractère personnel du dommage Seule la personne préjudiciée, son représentant légal ou ses ayants cause universels ont la qualité pour demander la réparation du dommage. Il faut donc avoir subi un préjudice propre pour réclamer réparation (= action de classe). Remarque : l’action populaire (ou actio popularis) est une action introduite par un individu lésé qui agit pour lui mais également pour toute personne se trouvant dans la même situation. §2) Typologie des dommages réparables (cfr pages 49 à 52) Quatre catégories de dommage réparable et, un même dommage présentera toujours quatre de ces huit caractères.

15 A/ Le dommage matériel et le dommage moral Le dommage matériel est une atteinte patrimoniale qui peut résulter soit de lésions physiques soit de dégâts causés à des biens. Le dommage moral est une atteinte extrapatrimoniale càd une atteinte aux intérêts moraux. Ces deux types de dommages sont en principe réparables et peuvent même se cumuler, toutefois, l’évaluation du dommage moral n’est pas aisée c’est pourquoi les tribunaux statuent souvent en équité, ex aequo et bono et, dans certains cas, la réparation n’est pas financière mais symbolique. B/ Le dommage aux personnes et le dommage aux biens Remarque : ces deux types de dommages peuvent comporter des aspects matériels et moraux. 1. le dommage aux personnes On distingue le dommage de la victime et le dommage indirect subit par les proches. a) le dommage direct de la victime D’une part, il peut être d’ordre matériel et d’autre part, l’auteur du fait dommageable devra réparer le dommage moral de la victime (cfr page 50 et 51). b) le dommage indirect des proches de la victime D’une part, les proches de la victime peuvent endurer un dommage propre comme la perte d’un soutien financier, les frais funéraires (=dommages matériels) ou la perte de la victime directe (=dommage moral) et d’autre part, les proches peuvent demander l’indemnisation du préjudice ex haerede. Ce dommage (matériel et/ou moral) est celle subi par la victime entre le jour de l’accident et son décès mais la réparation de ce dernier sera réclamée par les héritiers au nom et pour le compte du défunt vu que la créance d’indemnisation est tombée dans la succession. 2. le dommage aux biens Le dommage aux biens touche aux biens de la victime et il peut être direct ou indirect, partiel ou total, positif ou négatif. C/ Le dommage direct et le dommage indirect Le dommage direct est celui que la personne préjudiciée éprouve elle-même. Le dommage indirect est celui que supporte une personne du fait qu’un préjudice est causé à une autre qui est la victime directe. D/ Le dommage positif et le dommage négatif Le dommage positif (ou damnum emergens) consiste en la perte pour la personne préjudiciée de ce qu’elle possède ou de ce qu’elle avait acquis. Le dommage négatif (ou lucrum cessans) est un maque à gagner, une perte d’un bénéfice escompté ou d’un accroissement quelconque. Section 2. Le lien de causalité §1) La notion de causalité Sur base de l’article 1382 et 1383 du Code Civil, la victime doit non seulement prouver la faute de l’auteur de l’acte dommageable et la réalité du dommage subi mais aussi le lien causal unissant les deux pour espérer obtenir réparation de son dommage. La preuve du lien de causalité relève de l’appréciation souveraine du juge du fond (sous le contrôle de la Cour de cassation). L’existence d’un lien de causalité est délicate à apprécier

16 tant la chaîne des relations de causes à effets peut être remontée ou redescendue presque à l’infini (causalité en amont et en aval). Les juges tranchent souvent en équité ou par sentiment comme s’il s’agissait du question de bon sens plus que de science (Demogue). Ils sont donc condamnés au pragmatisme avec pour seul guide le critère général de nécessité. De nombreuses décisions font l’économie de toute appréciation motivée du lien de causalité, les juges se contentant d’affirmer l’existence ou l’inexistence du lien causal. §2) Théories relatives à l’appréciation du lien causal (ne sont plus d’actualité) A/ Les théories de la causa proxima et de la causalité efficiente Selon la théorie de la causa proxima, seule doit être retenue la cause fautive la plus proche du dommage. Selon la théorie de la causalité efficiente, seule doit être retenue la faute qui a pesé le plus lourdement càd la faute qui a joué un rôle prépondérant dans la réalisation du dommage. B/ La théorie de la causalité adéquate Selon la théorie de la causalité adéquate, seule doit être retenue la faute qui, dans le cours ordinaire des choses, était objectivement de nature à produire le dommage. Selon une formulation subjective de cette théorie, seule doit être retenue la faute dont l’auteur savait ou devait savoir qu’elle était susceptible de provoquer le dommage tel qu’il s’est réalisé. C/ La théorie de l’équivalence des conditions Selon la théorie de l’équivalence des conditions, le lien de causalité entre le fait générateur et le dommage est établi s’il est prouvé que, sans ce fait, la dommage ne se serait pas produit tel qu’il est survenu in concreto. Remarque : cette théorie permet de prendre en compte les dommages indirects ou médiats pourvu qu’ils soient certains. D/ Etat du droit belge En Belgique, la théorie de l’équivalence des conditions est la plus utilisée car elle est plus favorable à la victime dans la mesure où elle veut multiplier le nombre de responsables et donc augmenter les chances d’obtenir la réparation intégrale du dommage. §3) La causalité multiple A/ Le cas des fautes concurrentes de tiers autres que la victime Lorsque le juge constate que plusieurs personnes ont contribué fautivement à la réalisation d’un même dommage et que le lien qui unit chacune des fautes au dommage comporte un caractère certain, le juge doit vérifier pour chaque faute si, sans celle-ci, le dommage se serait produit tel qu’il est survenu in concreto. Dans une telle situation, deux types de relations doivent être distinguées : 1. l’obligation à la dette Le droit belge prône le principe de la responsabilité in solidum des auteurs de fautes concurrentes. Chaque auteur est tenu à la réparation intégrale du dommage quelle que soit la gravité des fautes respectives ou le fondement de la responsabilité de chacun. La victime peut donc réclamer à l’un d’eux une indemnisation entière.

17 En vertu de cette responsabilité in solidum, chacun des responsables a l’obligation de réparer entièrement le dommage de la victime qui dispose d’un droit d’élection lui permettant de réclamer cette indemnisation entière à n’importe lequel des responsables. Elle pourra donc s’adresser à celui qui lui paraît le plus solvable. La victime peut aussi choisir d’assigner tous les codébiteurs de manière cumulative ou successive sans pouvoir exiger le cumul des indemnités (= précieuse protection). Remarque : ce principe de responsabilité in solidum peut s’appliquer en matière aquilienne et contractuelle. La victime a donc le droit à la réparation intégrale de son dommage mais elle ne peut pas obtenir plus que la réparation du dommage. L’indemnisation totale effectuée par un des codébiteurs libère tous les autres vis-à-vis de la victime tout comme le paiement partiel effectué par un des codébiteurs diminue ce que la victime pourra encore réclamer aux autres. Il existe également la notion de faute collective qui est appliquée lorsqu’un dommage a été causé par un individu non identifié faisant partie d’un groupe déterminé. Dans ce cas précis, la jurisprudence retient parfois la faute collective de l’ensemble des membres du groupe. Tous les membres du groupe sont donc responsables in solidum en raison de la faute qu’ils ont commise en participant à une activité dangereuse (exemple : une bagarre). 2. la contribution à la dette Il s’agit ici, d’examiner les possibilités de recours offertes au coresponsable qui a indemnisé la victime à l’égard des autres coobligés. Celui-ci pourra se retourner contre les autres responsables pour que chacun supporte la dette qui correspond à sa propre part de responsabilité dans l’accident (= recours contributoire). a) fondement du recours contributoire Le fondement de ce recours contributoire est, d’après la jurisprudence et la doctrine, la subrogation légale (art.1251, 3° C.C) càd la substitution d’une personne à une autre dans un rapport de droit en vue de permettre à la première d’exercer tout ou une partie des droits qui appartiennent à la seconde. Celui des codébiteurs qui a réparé la totalité du dommage est donc subrogé dans les droits de la victime contre les autres coobligés. Il pourra poursuivre chacun des codébiteurs pour leur propre part contributoire. Ce recours subrogatoire ne pourra avoir lieu que déduction faite de la part contributive du subrogé. Remarques : autres fondements cfr page 57 b) portée du recours contributoire Les différents responsables partageront la charge de la réparation proportionnellement à la part de responsabilité qui incombe à chacun (cette part est déterminée par le juge du fond). Le critère de répartition entre les différents coobligés in solidum est de partager les responsabilités en fonction de la gravité des fautes respectives. Toutefois, on reproche à ce critère de ne pas tenir compte de l’influence des fautes sur le dommage tel qu’il s’est produit. D’autres critères ont également été avancés par la doctrine : - une première alternative consiste à effectuer le partage des responsabilités en fonction du pouvoir causal de chacune des fautes càd en fonction de leur incidence sur la réalisation du dommage. - une autre alternative est celle du partage des responsabilités par parts viriles (càd par parts identiques) puisque chacune des fautes étaient indispensables à la réalisation du dommage,

18 elles ont donc un rôle causal identique mais cette solution est contraire à l’équité surtout lorsque les fautes commises diffèrent trop en nature ou en gravité. B/ La faute ou le fait de la victime 1. le partage des responsabilités Lorsque la victime a participé à la réalisation du dommage sans en être la cause exclusive, la jurisprudence préconise un partage de responsabilité. La victime (ou ses ayant droits) supporte une part du dommage et n’a de recours contre le responsable qu’en proportion de la part de responsabilité mise à charge de ce dernier. C’est au juge d’apprécier la gravité des fautes respectives et la part de responsabilité qui incombe à chacun. Remarque : ce principe s’applique aussi lorsque la responsabilité de la victime est engagée en raison de la faute d’une personne dont elle répondait. La rigueur de ce principe est atténuée lorsque la victime est privée de discernement même si elle a commis un acte objectivement illicite; le tiers responsable sera tenu à la réparation intégrale du dommage. Pour certains, le partage de responsabilités n’a pas lieu lorsque le tiers responsable du dommage a commis une faute intentionnelle. La faute délibérée absorberait toute la causalité. Enfin, dans le cadre de l’indemnisation des usagers faibles de la route, la victime bénéficiera d’une indemnisation complète sans qu’il soit tenu compte de sa faute, à moins qu’elle soit intentionnelle. 2. les prédispositions pathologiques de la victime La détermination du lien causal et l’appréciation du dommage peuvent se révéler délicats lorsque la victime était affectée de prédispositions pathologiques : a) la réceptivité ou vulnérabilité particulière de la victime La victime est affectée d’une fragilité particulière favorisant la survenance ou l’étendue de son dommage suite à l’accident. Dans ce cas, il incombe eu tiers responsable de réparer l’intégralité du dommage. b) le mal préexistant, aggravé par l’accident La victime était atteinte d’un mal antérieur à l’accident, mais son état s’est aggravé suite à cet accident. Dans ce cas, le tiers fautif devra réparer l’aggravation du mal préexistant puisque la victime doit être replacée dans l’état où elle se trouvait si l’accident ne s’était pas produit. c) le mal inéluctable, indépendamment de l’accident La victime était atteinte d’un mal inéluctable antérieur à l’accident. Cet état ne supprime ni la faute ni l’obligation de réparer mais le juge tiendra compte des circonstance particulières pour réduire le montant de la réparation qui portera sur l’anticipation du préjudice liée à la survenance de l’accident. C/ L’incidence de la force majeure 1. notion Le débiteur d’une obligation peut être libéré de son obligation s’il prouve l’existence d’une cause étrangère exonératoire. Il démontre ainsi l’absence de lien causal entre le fait qui lui est reproché et le dommage de la victime établissant que celui-ci a pour cause réelle un événement qui lui est étranger. Il existe trois types de causes étrangères exonératoires : la faute d’un tiers, la faute de la victime et la force majeure.

19 La force majeure est un événement imprévisible, irrésistible et indépendant de la volonté du défendeur en responsabilité (exemples : faits de la nature, faits d’une collectivité,…). 2. conditions de la force majeure a) un événement imprévisible L’événement devait être imprévu et imprévisible. Dans la cas contraire, le défendeur en responsabilité aurait été dans l’obligation de prendre toutes les mesures nécessaires pour éviter l’événement ou pour éviter ses conséquences dommageables. Un événement peut parfois être qualifié de force majeure alors même qu’il était prévisible, si cet événement est d’une nature telle qu’il était impossible à la personne de l’éviter ou d’éviter ses conséquences dommageables. b) un événement irrésistible L’événement doit être irrésistible ou insurmontable de sorte que le défendeur en responsabilité était dans l’impossibilité d’empêcher la survenance du dommage. c) un événement indépendant de la volonté du défendeur L’événement qui a été provoqué ou favorisé par une faute, une imprudence ou une négligence de défendeur ne peut être qualifié d’événement de force majeure puisqu’il n’est pas irrésistible. Chapitre 3. Les conditions propres aux différents régimes de responsabilité L’article 1384, alinéa 1, du Code Civil se présente sous la forme d’un triptyque : - le 1er volet de ce triptyque est une transition entre les dispositions qui précédent (càd les articles 1382 et 1383) et ce qui suit. Il fait référence à la responsabilité du fait personnel (= régime de droit commun : chacun doit répondre des préjudices causés par ses erreurs, ses omissions ou ses négligences pourvu qu’elles puissent être érigées en faute. - les 2 autres volets parlent des régimes particuliers de responsabilité qui sont précisés dans les articles 1384, alinéa 2 à 5, 1385 et 1386). Ils ont été créés dans le but de faciliter l’indemnisation de la victime en diminuant le fardeau de la preuve qui pèse sur elle. Ces articles font référence à des responsabilités indirectes càd que le responsable désigné doit répondre des dommages causés par des personnes ou des choses qu’il avait le devoir de surveiller, contrôler ou garder. Section 1. La responsabilité du fait personnel L’article 1382 du Code Civil précise que l’obligation de réparer concerne les dommages causés non pas par un fait quelconque de l’homme mais par son fait fautif et l’article 1383 ajoute qu’une négligence ou une imprudence peut engager la responsabilité civile. Remarque : la sobriété de ces articles montre la philosophie juridique des rédacteurs du Code Civil qui est de fonder un principe général de responsabilité civile sur un concept unitaire, susceptible d’appréhender la diversité des comportements moralement répréhensibles qui portent préjudice à autrui. §1) Notion de faute (cfr pages 65 à 69) A/ Définition de la faute A un niveau très général, la faute civile est un comportement humain anormal càd un acte ou une omission contraire à la norme juridique. La faute comporte deux éléments essentiels : - un élément objectif, la transgression d’une norme juridiquement obligatoire. - un élément subjectif baptisé imputabilité.

20 Le premier élément vise l’écart entre le comportement prescrit par la norme et le comportement adopté par l’auteur de l’acte. Cet écart émane d’un agent doté de la capacité à comprendre la portée de ses actes et à s’en abstenir si ceux-ci sont contraires à la norme juridique. => Différentes définitions de la faute : - Planiol : « la faute est un manquement à une obligation préexistante » - M. Mazeaud : « la faute est une erreur de conduite telle qu’elle n’aurait pas été commise par une personne avisée placée dans les mêmes circonstances externes que le défendeur » - MM. Dabin et Lagasse : « est constitutif de faute tout manquement, si minime soit-il, volontaire ou involontaire, par acte ou omission, à une norme de conduite préexistante. Cette norme de conduite a sa source soit dans la loi ou les règlements, soit dans une série de règles de vie sociale, de morale, de convenances ou de technique, non formulées en textes législatifs, le tout selon le critère de l’homme normal de l’époque, du milieu, de la région » - L. Cornelis : « on peut décrire la faute comme étant la méconnaissance d’une norme générale de prudence, imputable à la personne attraite en responsabilité, qui entraîne un dommage dont la survenance était prévisible » - X. Thunis : « la violation, imputable à son auteur, d’une norme de comportement juridiquement obligatoire lui imposant soit de s’abstenir ou d’agir de façon déterminée soit d’agir comme une personne normalement diligente et prudente » B/ Analyse des éléments constitutifs d’une faute Remarque : il ressort de ces définitions que (selon les auteurs) l’accent est mis tantôt sur la violation du droit objectif, tantôt sur l’imputabilité. La faute comporte trois éléments distincts : 1. la méconnaissance d’une norme de conduite a) la violation d’une obligation déterminée Lorsqu’un texte légal ou réglementaire prescrit un comportement déterminé où formule une interdiction précise, celui qui ne se conforme pas à cette norme est considéré comme fautif. Il suffit que l’auteur du dommage ait violé librement et sciemment la prescription légale ou réglementaire déterminée sans que le juge doive rechercher s’il a commis une faute quelconque. En effet, l’homme normalement prudent et diligent placé dans les mêmes circonstances aurait respecté la règle de comportement bien définie (exprimée sous la forme d’une obligation ou d’une interdiction). Cependant, pour L. Cornelis, une contravention à la loi ne suffit jamais en soi à constituer une faute, encore faut-il que les deux autres éléments de la faute soient présents. Il faut donc établir en 1er lieu que le défendeur en responsabilité disposait de la faculté de discernement et que son comportement devait être l’expression de sa volonté. En effet, il n’y a pas de faute s’il apparaît que le défendeur n’a été que l’instrument d’un événement imprévisible et invincible auquel il est resté étranger. La question se pose aussi de savoir si la prévisibilité d’un dommage est une condition nécessaire pour pouvoir conclure à l’existence d’une faute en cas de violation de la loi. Quand le législateur prend l’initiative de promulguer une loi, c’est pour encourager un comportement ou pour l’interdire lorsqu’il constate que l’absence de ce comportement pourrait causer un dommage, il faut donc conclure qu’un dommage est normalement prévisible en cas de violation de la loi.

21 b) la violation de l’obligation générale de prudence Les normes de conduite sont complétées par un principe général e prudence et de diligence s’imposant à tous. Lorsque la loi impose seulement des obligations indéterminées ou de moyens, le juge ne pourra retenir une faute génératrice de responsabilité qu’après avoir constaté la méconnaissance de l’obligation générale de prudence. Le critère général de la faute en matière aquilienne est celui du bonus ac deligens paterfamilias qui revient à comparer le comportement de l’auteur de l’acte dommageable à celui du bon père de famille normalement prudent et raisonnable. La faute consiste donc en la méconnaissance de la norme générale de prudence inscrite dans l’article 1382 du Code Civil. Cette appréciation se fait in abstracto càd que le comportement ne doit pas être jugé en fonction des capacités et des caractéristiques personnelles du défendeur. Toutefois, la comparaison de la conduite du défendeur au type abstrait du bon père de famille doit se faire en replaçant ce type abstrait dans les mêmes conditions (de lieu et de temps) que celles où se trouvait l’auteur de l’acte dommageable au moment des faits. => Le juge se demandera également ce qu’il aurait fait dans ces circonstances 2. l’imputabilité a) généralités La violation d’une norme de conduite doit avoir lieu librement et sciemment. Autrement dit, il faut que l’acte illicite puisse être imputé à son auteur càd rattaché à sa volonté libre, éclairée par la raison. Il est donc requis que l’acte critiqué ait été accompli volontairement. Il s’agit d’une question de fait laissée à l’appréciation souveraine du juge du fond. Contrairement au premier critère de la faute, le discernement est apprécié in concreto càd moyennant un examen des circonstances subjectives de chaque enfant. Cette exigence de discernement traduit l’affinité entre la faute civile et la faute morale => pour être jugé fautif, un comportement doit pouvoir être reproché à son auteur. Toutefois, la faute est parfois séparée de son élément moral et conçue objectivement dans le but de faciliter la réparation du dommage. Dans ce cas, un individu privé de discernement peut commettre un acte objectivement illicite et se trouver obligé de réparer le dommage. Le problème de l’imputabilité se pose surtout pour les enfants (mineurs), les malades mentaux et pour les personnes qui perdent le contrôle de leurs actes. b) enfants On considère qu’à partie de 7 ans, l’enfant a la capacité aquilienne càd le discernement suffisant pour que ses actes puissent lui être imputés (il s’agit là d’une présomption de fait). c) déments et anormaux En principe, les déments et les malades mentaux ne peuvent être condamné à réparer le dommage qu’ils ont causé et c’est pourquoi, le législateur a inséré dans le Code Civil l’article 1386bis fondé sur l’équité. Cet article déroge à un double titre au droit commun : 1° la condition de la faute est évacuée au profit d’une notion d’acte objectivement illicite càd un acte qui aurait été jugé fautif s’il avait été accompli par un individu doué de discernement 2° la réparation du dommage est facultative tant dans son principe que dans son montant. Le juge, qui fonde son appréciation, prendra en compte différents facteurs tels que la solvabilité de l’auteur de l’acte dommageable, l’existence d’une couverture assurance,… De plus, l’article 1386bis s’applique aussi bien en matière contractuelle qu’en matière délictuelle et, pour qu’il soit d’application, l’auteur de l’acte dommageable doit se trouver,

22 au moment des faits, dans un état de déséquilibre mental de façon à le priver du contrôle de ses actes c’est pourquoi la Cour de cassation a rejeté l’application de cet article dans le cas d’une perte passagère de conscience. Toutefois, les personnes qui perdent momentanément le contrôle de leurs actes ne sont pas responsables sur base de l’article 1382 du Code Civil à moins que cette perte de conscience soit causée par un acte fautif. Enfin, l’article 1386bis ne profite qu’au dément et seulement au dément. 3. la prévisibilité du dommage Elle constitue un élément de la faute en matière extracontractuelle (cfr 1150 C.C) Quelqu’un n’est responsable du dommage causé que s’il a pu prévoir que son imprudence pouvait créer un préjudice quelconque ou s’il a dû le prévoir. La faute comporte donc soit la prévision soit la prévisibilité du dommage. L’imprévisibilité du dommage supprime la faute et donc la responsabilité. Remarque : la prévisibilité du dommage concerne son éventualité et non sa nature ou son étendue. L’appréciation de la prévisibilité du dommage se fait in abstracto; pour apprécier celle-ci, on utilise le même critère que pour apprécier la méconnaissance d’une norme générale de prudence à savoir celui de l’homme normalement prudent et diligent placé dans les mêmes circonstances. Les prévoyances ou les précautions que l’exige sont celles que l’on peut attendre d’un homme normalement prudent et raisonnable ainsi, l’omission d’une précaution exceptionnelle ou inusitée vu les circonstances n’engage pas la responsabilité. En responsabilité extracontractuelle, tout le dommage doit être réparé (y compris le dommage imprévisible) ce qui semble inacceptable mais, on contourne cette difficulté en faisant du caractère prévisible du dommage un élément de la faute. C/ La constatation judiciaire de la faute 1. preuve de la faute La charge de la preuve de la faute repose sur la victime en responsabilité aquilienne du fait personnel (cfr art.1315 C.C et 870 C.jud). Elle peut être administrée par toutes les voies de droit puisque la faute est un fait juridique. Il appartient au juge d’apprécier la valeur des preuves rapportées par la victime ainsi que des moyens de défense invoqués par le défendeur qui peut contester les éléments de preuve fournis par la victime en faisant valoir son absence de faute ou une cause étrangère exonératoire. 2. contrôle de la Cour de cassation Elle est compétente pour contrôler : - la motivation de la décision du juge du fond - la bonne application de la notion de faute - la correcte qualification des faits Toutefois, la Cour ne connaît pas les faits en eux-mêmes. Tout au plus peut-elle vérifier si la juge du fond a pu légalement conclure à l’existence d’une faute sur la base des faits soumis à son appréciation (=> son contrôle est dit marginal).

23 §2) Les faits justificatifs A/ Notion La cause étrangère intervient au niveau du lien de causalité : elle permet à l’auteur de la faute de se soustraire à sa responsabilité (en tout ou en partie) en démontrant que le dommage n’a pas sa cause dans le comportement qui lui est reproché, mais dans un événement qui lui est étranger. La cause étrangère n’exclut pas la faute mais elle peut empêcher l’émergence d’un lien de causalité. Le fait justificatif est un événement imprévisible, irrésistible, indépendant de la volonté du défendeur en responsabilité et qui anéantit temporairement cette volonté. L’idée est que le comportement apparemment fautif n’est pas le fruit d’une décision tout à fait libre de la volonté, l’auteur de l’acte dommageable ayant plutôt été le jouet d’une circonstance externe qu’il n’aurait pu prévoir et à laquelle il n’a pu résister. Le défendeur est certes intervenu matériellement dans la réalisation du dommage mais il n’était plus maître de ses actes puisque sa volonté était contrainte à l’acte dommageable. La perte de volonté s’apprécie in concreto tandis que les conditions d’imprévisibilité s’apprécient in abstracto. Exemples de faits justificatifs : cfr Typologie B/ Typologie 1. la légitime défense Selon l’article 416 du Code pénal, « il n’y a ni crime, ni délit, lorsque l’homicide, les blessures ou les coups étaient commandés par la nécessité actuelle de la légitime défense de soi-même ou d’autrui ». A la différence du droit pénal, en droit civil, la légitime défense concerne également la défense du droit des biens. Elle s’entend d’une riposte immédiate, dommageable et proportionnée face à une agression s’exerçant sur une personne ou des biens. Le caractère proportionné s’apprécie in abstracto autrement dit si on considère qu’un homme normalement prudent et diligent confronté à cette agression aurait réagi de la même façon, on considèrera que les conditions de légitime défense sont réunies et, par conséquent, le comportement dommageable n’étant pas fautif, il ne saurait engager la responsabilité de son auteur. 2. l’état de nécessité Selon l’arrêt de la Cour de cassation du 15 mai 1930, l’état de nécessité peut être invoqué comme fait justificatif, cette jurisprudence a été confirmée dans un arrêt du 19 décembre 1980. L’état de nécessité permet d’exonérer celui qui cause un dommage en vue d’écarter un danger actuel et imminent. Encore que la bien ou la valeur sauvegardés doit être supérieur ou égal à l’intérêt sacrifié. La notion suggère que, de deux maux, on peut choisir le moindre, même si celui-ci entraîne un dommage, à condition que l’acte posé soit proportionné au bien que l’on veut préserver ou au mal que l’on prétend éviter. Dans le cas où l’état de nécessité procède de la volonté libre de l’auteur de l’acte dommageable (pourvu que le dommage causé soit proportionné à la menace), l’acte peut-être

24 justifié càd purgé de son aspect fautif, dès l’instant où il a été contraint par un événement imprévisible, irrésistible et indépendant de la volonté du défendeur. Remarque : pareille considération vaut également pour la légitime défense. 3. la contrainte Qu’elle soit physique ou morale, elle peut être une cause de justification pourvu qu’elle ait anéanti la volonté libre de l’auteur du fait dommageable. Toutefois, il faut également que le défendeur n’ait pas eu la possibilité d’adopter un comportement différent que celui qui a entraîné le dommage (= condition d’irrésistibilité). 4. l’ordre de la loi ou de l’autorité légitime L’autorisation de la loi ou l’ordre de l’autorité peut être un fait justificatif. Comme tout homme normalement prudent et diligent obéit à la loi et aux autorités légitimes, il n’a d’autres choix que de s’adapter aux ordres et injonctions qui lui sont donnés (exemple page 79). Cependant, tout ordre de la loi ou de l’autorité légitime n’est pas toujours considéré comme un fait justificatif (exemple page 79). Pour être considéré comme un fait justificatif, il faut que l’ordre émane d’une autorité compétente, qu’il ne soit pas illégal, qu’il soit exécuté sans imprudence ni abus de droit et dans les limites de la permission légale. 5. l’erreur invincible (= une des causes de justification les pus invoquées) Si l’auteur de dommage a agi sur base d’une erreur réellement invincible, il faut écarter sa responsabilité puisque, agissant dans un environnement différent de la réalité, il n’aurait pu adopter un autre comportement. §3) Aux limites de la faute : l’abus dans l’exercice des droits A/ Position du problème – une création prétorienne (cfr pages 80 à 82) Remarque : la jurisprudence reconnaît l’abus de droit en matière contractuelle et extracontractuelle Dans son arrêt du 10 septembre 1971, la Cour de cassation refuse de limiter l’abus de droit à l’hypothèse où le droit est exercé avec la seule intention de nuire. De plus, elle définit l’abus de droit comme « l’exercice d’un droit qui dépasse manifestement les limites de l’exercice normal de celui-ci par une personne prudente et diligente ». B/ définition et critères de l’abus Après avoir confirmé que l’abus de droit contractuel trouvait son fondement dans l’article 1134, alinéa 3 du Code Civil, la Cour a, dans un arrêt du 1er février 1996, énoncé qu’ « un abus de droit consiste en l’exercice de droits d’une manière qui excède manifestement les limites de l’exercice normal de ce droit par une personne normalement prudente et diligente ». L’unification des définitions étant réalisée, reste la détermination et l’interprétation des critères caractérisant l’abus (critères communs à l’abus de droit contractuel et extracontractuel) : - l’exercice d’un droit dans l’intention de nuire à autrui - l’exercice d’un droit sans intérêt ou motif légitime, de façon préjudiciable pour autrui - le choix, entre différentes façons d’exercer un droit avec la même utilité, de l’exercer de façon dommageable à autrui,…

25 Section 2. La responsabilité du fait d’autrui Remarque : l’article 1384, alinéas 2 à 5 du Code Civil constitue le siège de cette matière. Le principe de cette matière est que certaines personnes réputées plus solvables sont présumées responsables des fautes commises par d’autres personnes. Ces responsabilités sont appelées complexes ou indirectes en ce sens qu’elle sont fondées sur une double faute : celle du civilement responsable et celle de la personne dont il répond. L’obligation de réparer qui incombe au civilement responsable est la contrepartie du pouvoir de contrôle, de direction et de surveillance qu’il exerce sur les activités de la personne dont il répond. La responsabilité présumée du civilement responsable ne se substitue pas à la responsabilité personnelle de la personne dont il répond (pourvu qu’elle ait la capacité de discernement). Il est donc possible d’obtenir la condamnation in solidum de la personne civilement responsable et de l’auteur du fait dommageable. De plus, la responsabilité personnelle du civilement responsable peut toujours être recherchée sur le fondement de l’article 1382 du Code Civil. Pour que la présomption de responsabilité à charge des répondants produise ses effets, il faut que la victime prouve la faute personnelle de l’auteur de l’acte dommageable, le préjudice subi et le lien de causalité entre les deux. La faute du civilement responsable est présumée ainsi que le lien de causalité entre cette faute présumée et le dommage. Si l’auteur direct de l’acte dommageable n’a pas le discernement, aucune faute ne peut lui être imputée, par conséquent, sa responsabilité ne pourra être mise en cause par la victime, ni par le civilement responsable. Toutefois, grâce à la théorie de l’acte objectivement illicite, la présomption pourra jouer à l’égard du civilement responsable moyennant l’absence de discernement de la personne dont il doit répondre. Aussi, les différentes présomptions ne peuvent être invoquées que par les tiers victimes d’un dommage causé par la personne dont on répond (cfr page 85). Enfin, il existe également un éventuel cumul vertical ou horizontal des présomptions : - deux présomptions peuvent se conjuguer verticalement lorsque la faute de celui dont on répond est elle-même présumée par le jeu d’une autre présomption (= cumul vertical). - deux présomptions peuvent aussi être invoquées cumulativement contre plusieurs responsables (= cumul horizontal). Sous-section 1. La responsabilité des père et mère §1) Principe et fondement Remarque : depuis la loi du 6 juillet 1977, les père et mère sont égaux au regard de la présomption instituée. Ils peuvent être condamnés in solidum, à moins que l’un des conjoints n’arrive à écarter sa propre responsabilité. La responsabilité des père et mère est régie par les alinéas 2 et 5 du Code Civil et repose sur une faute présumée consistant en un manquement soit dans l’éducation soit dans la surveillance de l’enfant. Il s’agit d’une présomption réfragable (ou juris tantum) càd que chacun des parents est admis à renverser la présomption, en administrant la preuve de son

26 absence de faute. Pour rapporter cette preuve contraire, les parents doivent établir qu’ils ont bien éduqué et bien surveillé leur enfant. Le but de cette responsabilité est d’offrir à la victime des débiteurs plus solvables que ne le sont les enfants mineurs et de stimuler la vigilance des parents dans l’éducation et la surveillance de leurs enfants. On considère que la responsabilité présumée des parents est fondée sur l’autorité parentale. Cela est conforme avec l’idée d’une présomption reposant sur une faute dans la surveillance et l’éducation : les parents sont censés exercer l’autorité dont ils sont investis par la loi afin d’empêcher que leurs enfants ne causent des dommages à autrui. Toutefois, différents facteurs conjugués ont contribué au déclin de l’autorité parentale : - la multiplication des situations dans lesquelles le mineur n’est plus sous la surveillance de ses parents - la diversification des systèmes et méthodes éducatifs - l’accent mis sur l’autonomie de l’enfant dans la pédagogie moderne - l’abaissement de l’âge de la majorité Logiquement, l’abaissement de l’autorité parentale aurait dû provoquer un effacement progressif de la responsabilité parentale mais, au contraire, toute l’évolution des idées en matière de responsabilité est de faciliter l’indemnisation des victimes. Ces considérations ont amenés certains auteurs à considérer que la responsabilité des parents trouve sa justification dans le lien de filiation. §2) Conditions d’application de la présomption Remarque : il existe plusieurs conditions pour que puisse jouer la présomption de responsabilité à charge des parents. A défaut, la victime pourra toujours mettre en cause la responsabilité des parents sur base de la faute prouvée (art.1382 et 1383 C.C). A/ La minorité de l’enfant Depuis le 1er mai 1990, l’âge de la majorité a été abaissé de 21 à 18 ans. On assimile à un mineur, l’enfant majeur placé sous statut de minorité prolongée lorsque celui-ci demeure soumis à l’autorité parentale de ses parents. Par conséquent, la présomption de faute continue de peser sur eux. A contrario, dès que le mineur émancipé n’est plus sous l’autorité de ses parents, il est considéré comme majeur et, dès lors, a responsabilité des parents n’est plus présumée si l’enfant était déjà émancipé au moment du dommage. B/ La qualité de parents Ola deuxième condition est celle de l’existence d’un lien de filiation entre le mineur (auteur de l’acte dommageable) et la personne appelée à en répondre. Seuls sont visés les père et mère à l’exclusion du tuteur ou de toute autre personne qui exerce la garde de l’enfant. Aussi, la présomption pèse sur les parents légitimes et sur les parents naturels ainsi que sur les parents adoptifs (car les parents d’origine ne sont plus visés puisqu’ils ont perdu l’autorité parentale au profit des parents adoptifs).

27 C/ L’exercice de l’autorité parentale Comme la responsabilité des parents est une conséquence de l’autorité parentale, il est nécessaire (pour que la présomption joue) que les parents soient réellement en mesure d’exercer l’autorité parentale. Ainsi, en cas de déchéance de l’autorité parentale, la présomption ne peut plus jouer sur le parent déchu. Pourtant, la loi du 13 avril 1995 a modifié le régime de l’autorité parentale en ces de divorce ou de séparation des parents; ainsi, aux termes des articles 373 et 374 du Code Civil, les père et mère exercent conjointement l’autorité parentale même s’ils ne vivent pas ensemble. Toutefois, l’exercice de l’autorité parentale n’est pas toujours conjoint (cfr article 374, al.2). Par conséquent, le parent qui n’a pas la garde de l’enfant reste en principe responsable sur base de l’article 1384, alinéa 2 et ce, même s’il ne peut exercer en surveillance effective. D/ La faute de l’enfant mineur Mais, encore faut-il que l’enfant ait commis une faute. Cette exigence ne se déduit pas du libellé de l’article 1384, alinéa 2 du Code Civil. Néanmoins, la victime devrait être privée de réparation lorsque le mineur (auteur du fait dommageable) n’a pas encore la capacité aquilienne mais, la jurisprudence se contentera alors d’un acte objectivement illicite de l’enfant. Par ailleurs, la responsabilité de l’enfant peut découler d’un autre fait générateur que la faute notamment en cas de préjudice causé par une chose ou un animal dont il a la garde ou par la ruine d’un bâtiment dont il est propriétaire. Dans toutes ces hypothèses la présomption de faute des parents reste d’actualité. §3) Effets de la présomption A/ Généralités Si les conditions de présomption sont établies (par la victime), les père et mère sont réputés avoir manqué à leurs devoirs de surveillance et d’éducation de leur enfant mineur. Le demandeur ne doit pas prouver de faute ni l’existence d’un lien de causalité entre la faute présumée (dans la surveillance ou dans l’éducation) et le dommage. Toutefois, les cours et tribunaux belges admettent que les parents échappent à leur responsabilité en faisant la preuve qu’ils n’ont commis aucune faute ni dans la surveillance ni dans l’éducation. B/ Le renversement de la présomption de faute Pour échapper à leur responsabilité, les parents doivent prouver qu’ils ont bien éduqué leur enfant et qu’ils l’ont bien surveillé. Remarque : ces concepts sont difficiles à apprécier, c’est pourquoi, dans leur interprétation, les juges mettent une grande par de subjectivité ce qui provoque une jurisprudence peu cohérente. 1. la preuve de l’absence de faute de surveillance a) l’impossibilité matérielle de la surveillance Il ne suffit pas aux parents d’invoquer leur absence au moment du fait dommageable pour renverser la présomption de faute de surveillance, au contraire, dans certains cas, l’absence des parents est même constitutive de faute. Dans une série d’hypothèses, les parents font valoir (à juste titre), qu’ils étaient dans l’impossibilité de surveiller l’enfant.

28 De plus, le fait que l’enfant ait été confié à une personne de confiance peut être un indice important de l’impossibilité matérielle de surveiller l’enfant sans pour autant qu’on puisse en déduire l’absence de faute (cfr page 91). La surveillance est impossible lorsque l’enfant est engagé sous les armes, lorsqu’il a fait l’objet d’une mesure de placement ou encore lorsqu’il est à l’école. Par conséquent, la surveillance est transférée aux éducateurs et aux professeurs cependant, la faute (éventuelle) de l’enfant peut être rattachée à la présomption de faute dans l’éducation. Pourtant, on a longtemps considéré que les parents ne sont pas responsables des fautes commises par leur enfant pendant le temps où il se trouve à l’école (sous la surveillance d’un professeur) mais, en 1978, la Cour de cassation s’est prononcée contre le cumul des présomptions de responsabilité à charge des parents et des instituteurs. En effet, il est contradictoire de fonder la responsabilité des parents sur une présomption de faute dans l’éducation de l’enfant et de faire fi de la mauvaise éducation lorsque l’acte illicite et dommageable est commis à l’école mais, depuis un arrêt du 23 février 1989, la Cour de cassation admet le cumul de la responsabilité des parents et celle de l’instituteur (cfr page 92). Lorsqu’un enfant est en internat, lorsqu’il vit dans une chambre d’étudiant ou encore lorsqu’il est sous la surveillance d’un mouvement de jeunesse, les parents sauront facilement démontrer l’impossibilité matérielle de le surveiller mais ils devront encore prouver leur absence de faute dans l’éducation de l’enfant. Dans le cas d’un divorce, le fait qu’un enfant soit confié à la garde d’un des parents n’est pas la preuve que l’autre parent n’a commis aucune faute de surveillance cependant, lorsque le droit de visite est très limité et donc que la surveillance ne s’exerce que de manière lointaine, une telle preuve sera plus facile à apporter. b) l’impossibilité morale de la surveillance (cfr page 93 et 94) c) l’impossibilité d’éviter le fait dommageable Les parents peuvent aussi prouver que le comportement de l’enfant a été tellement imprévisible et soudain que même une surveillance de tous les instants n’aurait pu empêcher l’accident (cfr exemple page 94). D’un point de vue théorique, certains y voient une rupture du lien de causalité entre la faute dans la surveillance et la survenance du dommage. D’autres estiment que la preuve de l’impossibilité d’éviter le dommage permet de renverser la présomption de faute dans la surveillance. La Cour de cassation estime que le juge du fond peut considérer que la preuve contraire est administrée si le caractère imprévisible du dommage démontre l’impossibilité d’empêcher le fait à condition qu’il soit établi que les parents ont bien éduqué leur enfant. Toutefois, si elle était poussée à l’extrême, cette jurisprudence priverait l’efficacité de l’article 1384, alinéa 2 du Code Civil. En effet, les actes dommageables commis par des enfants sont généralement inattendus, soudains, involontaires et inévitables.

29 2. la preuve de l’absence de faute dans l’éducation a) une règle mal pensée L’idée de cette présomption est que l’enfant n’aurait pas causé de dommage à autrui s’il avait bénéficié d’une bonne éducation autrement dit, l’enfant bien élevé ne commet pas de faute dommageable = règle un peu trop naïve. D’autant que la plupart des dommages causés par des enfants mineurs sont sans rapport avec la qualité de l’éducation qu’ils ont reçue. Soit ces dommages sont imputables à l’insouciance ou à la frivolité du jeune âge, soit ils sont purement accidentels. b) une jurisprudence incohérente, entre rigorisme et laxisme Il existe deux courants jurisprudentiels opposés utilisés pour l’appréciation de la bonne éducation : - Le premier tend à déduire automatiquement la mauvaise éducation du caractère grave de l’acte illicite du mineur. - Le second considère que la preuve de la bonne éducation est faite dès lors que les parents établissent qu’ils ont fait de leur mieux => cfr page 95 et 96 Aussi, le fait que l’enfant a dû être placé dans une institution de protection de la jeunesse ne suffit pas pour établir le défaut d’éducation puisque même les éducateurs de ces institutions n’ont pu empêcher le mineur de commettre des infractions. En cas de séparation de fait ou de divorce des parents, le fait que l’enfant soit confié à la garde d’un des deux parents ne fait pas disparaître le devoir d’éducation de l’autre. Toutefois, certains estiment que la présomption de faute dans l’éducation est renversée si la séparation a eu lieu peu de temps après la naissance et si les visites avec l’enfant sont tellement limitées que le rôle éducatif peut être considéré comme quasi nul dans le chef du parent privé du droit de garde. §4) Appréciation critique (cfr page 97) L’autorité des parents tend à s’estomper alors que se multiplient les situations dans lesquelles des enfants sont confiés à d’autres personnes ou institutions. Dans ce contexte, un régime de responsabilité des parents fondé sur une présomption de faute dans l’éducation ou dans la surveillance semble inadapté. De plus, il fait appel à des notions qui sont différemment appréciée par les juges en fonction de leurs propres conceptions de l’éducation. Sous-section 2. La responsabilité des instituteurs et artisans §1) Principe et justification Remarque : cette responsabilité est régie par les alinéas 4 et 5 de l’article 1384 du Code Civil et constitue la contrepartie du pouvoir de contrôle et de surveillance exercé par l’instituteur ou l’artisan à l’égard des personnes auxquelles il doit fournir un enseignement. Selon cette disposition, l’instituteur ou l’artisan est présumé responsable des faits dommageables causés à un tiers par un élève ou un apprenti pendant le temps où ce dernier est sous sa surveillance. Le régime repose sur la technique de la présomption de faute et de lien causal. En effet, on présume une faute de surveillance de la part des instituteurs ou des artisans ainsi que le lien causal entre cette faute et le dommage subi par le tiers. Ils échappent à leur responsabilité en

30 prouvant qu’ils ont exercé une bonne surveillance ou qu’une surveillance correctement effectuée n’aurait pas pu empêcher le dommage. §2) Conditions d’application de la présomption A/ Les notions d’instituteur et artisan 1. l’instituteur Par instituteur, on entend non seulement les enseignants de tous les niveaux mais aussi les éducateurs et surveillants ainsi que les moniteurs,… Selon la Cour de Cassation, « la notion d’enseignement ne peut se réduire à la seule transmission (sous formes de leçons) de connaissances techniques et intellectuelles. Elle englobe aussi toute autre communication d’une instruction scientifique, artistique,… ». Le critère déterminant est le devoir de surveillance dans la mesure où il est lié à une charge d’enseignement. Par conséquent, ne sont pas responsable les surveillants qui n’assume aucun enseignement, ni le directeur d’un établissement scolaire (qui organise la surveillance). 2. l’artisan L’artisan est celui qui procure une formation professionnelle à un apprenti apprenant un métier sous sa surveillance. Remarque : le fait qu’il dispense un enseignement théorique et pratique permet de le distinguer de commettant qui n’a pas la qualité d’enseignant. B/ La faute de l’élève ou de l’apprenti commise pendant le temps où la surveillance s’exerce L’élève ou l’apprenti doit avoir commis une faute ou un acte objectivement illicite qui est la cause du dommage subi par un tiers. Il n’y a pas de condition de minorité dans le chef de l’élève ou de l’apprenti. Ainsi, l’instituteur ou l’artisan verra sa responsabilité engagée même si l’élève ou l’apprenti est majeur. Cette faute ou cet acte objectivement illicite doit avoir été commis pendant le temps où l’élève ou l’apprenti se trouvait effectivement sous la surveillance de l’instituteur ou de l’artisan. Ces derniers verront leur responsabilité engagée lorsqu’un dommage est causé par un élève en dehors des locaux de cours ou de l’école pour autant que l’élève ou l’apprenti se trouvait bien sous leur surveillance à ce moment-là. Par contre, la présomption de responsabilité ne pourra jouer lorsque l’acte illicite a été commis à l’occasion d’une interruption de cours, lors d’une fugue (à moins que la victime ne prouve qu’elle résulte de la faute de l’instituteur) ou lorsque l’élève est en vacances. C/ Un dommage causé à un tiers La présomption de responsabilité ne joue qu’en faveur du tiers victime autrement dit, l’élève ou l’apprenti qui se serait occasionné un dommage à lui-même ou celui auquel un instituteur ou un artisan aurait causé un dommage ne peut invoquer l’article 1384, alinéa 4 du Code Civil puisqu’il ne peut être considéré comme un tiers. §3) Effets A/ Une présomption réfragable L’article 1384, alinéa 2 instaure une présomption de responsabilité. Donc, dès que les conditions d’application de cette disposition sont réunies, l’instituteur ou l’artisan est présumé

31 avoir commis une faute dans la surveillance de l’élève ou de l’apprenti qui a causé le dommage. Le lien causal entre cette faute et le dommage est également présumé. Toutefois, cette présomption est réfragable; dès lors, l’instituteur ou l’artisan peut s’exonérer de sa responsabilité en apportant la preuve qu’il n’a pas commis de faute dans la surveillance exercée ou qu’une correcte surveillance n’aurait pu empêcher le dommage. B/ Administration de la preuve contraire Le devoir de surveillance s’apprécie in concreto càd en prenant en considération toutes les circonstances de fait. Différents critères sont pris en considération comme : - l’âge de l’élève ou de l’apprenti - la personnalité et les antécédents de l’élève ou de l’apprenti - le nombre d’élève ou d’apprentis à surveiller - la nature de l’établissement L’instituteur ou l’artisan peut également invoquer la soudaineté du fait dommageable pour prouver qu’il n’aurait pas pu empêcher la survenance de celui-ci. Aussi, le civilement responsable peut contester la réunion des conditions de mise en œuvre de la présomption. Enfin, l’article 18 de la loi du 3 juillet 1978 consacre une immunité en faveur de l’instituteur sous contrat de travail en vertu de laquelle il ne peut voir sa responsabilité civile engagée pour les fautes qu’il commet vis-à-vis des tiers dans l’exécution de son contrat de travail hormis des fautes intentionnelles (dol), des fautes lourdes et des fautes légères et habituelles (pg 101). C/ Autre recours Le civilement responsable qui a indemnisé la victime dispose d’un recours contre l’élève ou l’apprenti. La victime, elle, peut toujours agir contre l’élève ou l’apprenti qui lui a causé un dommage à condition qu’il ait le discernement nécessaire ou contre les parents de celui-ci (= cumul horizontal) ou encore contre le commettant de l’instituteur (= cumul vertical). Sous-section 3. La responsabilité des maîtres et commettants §1) Principe et justification Selon l’article 1384, alinéa 3 du Code Civil, les maîtres et commettants sont présumés responsables des dommages causés par la faute de leurs domestiques et préposés dans l’exercice de leurs fonctions. Il s’agit d’une présomption irréfragable puisque le commettant n’a pas la possibilité de prouver qu’il n’a pu empêcher le fait dommageable. Plusieurs justification de cette (sévère) théorie ont été apportés dont : - selon certains, le maître ou le commettant serait fautif d’avoir donné sa confiance à des hommes maladroits ou imprudents même si ce n’est pas lui qui a directement choisi son préposé. Toutefois, il semble illogique de reprocher au maître ou au commettant de ne pas avoir choisi un préposé absolument infaillible. - pour d’autres, ce régime de responsabilité est fondé sur l’autorité et la surveillance exercée par le commettant sur son préposé mais cette justification n’est pas suffisante et, c’est pourquoi d’autres estiment que l’autorité du commettant est exercée dans son propre intérêt.

32 C’est la théorie du risque profit : le commettant devrait assumer les risques liés à l’activité dont il tire profit. - enfin, certains justifient cette responsabilité par l’idée de garantie : il s’agit de donner à la victime un débiteur plus solvable que le préposé (qui serait donc cautionné par le commettant). Tenant compte de ces divers éléments, on peut conclure que le législateur à instaurer le régime de l’article 1384, alinéa 3 di Code Civil dans le but de réparer les dommages et prévenir les fautes. §2) Conditions d’application de la présomption A/ L’existence d’un lien de préposition 1. notion de subordination Pour qu’il y ait un lien de préposition entre deux personnes, il faut que la 1ère (le commettant) emploie la 2ème (le préposé) pour son compte aux fins de réaliser un travail qu’elle lui a confié. Il faut aussi que le préposé se trouve dans un état de subordination par rapport au commettant quant au travail à effectuer càd sous l’autorité, la direction et la surveillance du commettant ce qui implique que le commettant doit pouvoir donner au préposé des ordres ou des instructions concernant la façon dont le travail doit être effectué et que le préposé est tenu de s’y conformer. Remarque : la subordination est un fait juridique et donc, la preuve de son existence peut être rapportée par toutes voies de droit par la victime. La Cour de cassation vérifie si le juge du fond a pu légalement déduire l’existence de ce lien de subordination. 2. situations particulières Dès que les conditions sont réunies, il importe peu que le commettant ait été présent ou qu’il ait exercé ses prérogatives au moment où la faute à l’origine du dommage a été commise. Il suffit qu’il ait le pouvoir virtuel d’agir de la sorte mais il n’est pas indispensable qu’il en ait vraiment usé. Il n’est pas non plus nécessaire que ce pouvoir soit exercé directement par le commettant qui peut éventuellement recourir à des intermédiaires. Aussi, la subordination n’est pas incompatible avec une certaine autonomie dont le préposé jouirait dans l’exécution de son travail. Le préposé pourrait se trouver dans un rapport de subordination alors même que ses connaissances techniques seraient supérieures à celle de son commettant. Enfin, on ne tient pas compte d’éléments tels que l’existence ou l’absence de rémunération, le caractère permanent, temporaire ou occasionnel de l’activité,… Le lien de subordination peut exister sans rapport contractuel. Il suffit que le commettant puisse exercer son autorité ou sa surveillance sur les actes du préposé. En général, les employés ou ouvriers sous contrat de travail sont considérés comme des subordonnés bien que l’existence d’un lien de subordination ne se déduit pas nécessairement de l’existence d’un contrat de travail (cfr page 104). En cas de prêt de préposé, on considère que le préposé prêté devient un préposé du patron emprunteur si il y a eu déplacement d’autorité. Il ne suffit pas que le commettant originaire ait

33 chargé son préposé d’exécuter un travail chez un client, il faut qu’il ait réellement placé son préposé au service du tiers qui exercera le pouvoir d’autorité (exemple page 105). B/ La faute du préposé 1. principes Pour que la responsabilité du commettant soit engagée, il faut que le préposé ait commis une faute causant un dommage à un tiers. Il appartient à la victime de prouver (par toutes voies de droit) l’existence de cette faute et son lien causal avec le dommage. Toutefois, la responsabilité du commettant peut être engagée même si le préposé fautif n’est pas personnellement identifié. La responsabilité du commettant peut être engagée pour une faute légère, lourde voire intentionnelle. Aussi, la responsabilité du commettant peut être engagée (par le jeu d’une responsabilité en cascade) lorsque la faute du préposé est présumée (cfr page 105). 2. l’immunité du travailleur salarié Un préposé engagé dans les liens d’un contrat de travail bénéficie de l’immunité que l’article 18 de la loi du 3 juillet 1978 lui accorde. Selon cet article, en cas de dommages causés à des tiers ou à l’employeur dans l’exécution de son contrat, le travailleur ne répond que de son dol, de sa faute lourde ou légère habituelle et ce, à l’égard de son employeur et des tiers. L’exonération prévue dans cet article est personnelle au travailleur. Elle ne profite pas au commettant qui en pourrait invoquer l’immunité de son préposé pour échapper à la présomption de responsabilité qui pèse sur lui. Par conséquent, l’article 18 n’empêche pas la victime d’agir contre le commettant pour toutes les fautes que son préposé aurait commises. L’article 18 immunise le travailleur vis-à-vis des tiers mais également vis-à-vis de son employeur; ce qui empêche toute action récursoire que l’employeur voudrait exercer contre son travailleur après avoir indemnisé la victime. Remarque : une loi du 10 février 2003 relative à la responsabilité des agents des services publics accorde un régime similaire à celui de l’article 18. C/ L’accomplissement de l’acte illicite dans l’exercice de ses fonctions 1. principes Evidemment, un commettant n’est pas responsable du comportement fautif de son préposé dans le cadre de sa vie privée. Il faut donc que la faute du préposé ait été commise dans l’exercice de ses fonctions pour pouvoir engager la responsabilité du commettant. Il suffit que la faute du préposé ait été accomplie pendant la durée du service et qu’elle soit en relation avec ses fonctions (indirectement ou occasionnellement). Il appartiendra au juge de déterminer in concreto les limites des fonctions du préposé. L’acte sera considéré comme accompli pendant la durée des fonctions s’il intervient pendant les horaires de travail du préposé mais également pendant les heures supplémentaires qu’il presterait à la demande ou avec l’accord du commettant. Si le préposé commet une faute pendant une interruption de travail, le commettant sera responsable si la suspension du travail peut être considérée comme rentrant dans l’exercice normal des fonctions.

34 Le lien est évident et direct lorsque le préposé a exécuté sa mission bien que de manière imprudente ou négligente mais, le lien de connexité (entre l’acte et les fonctions) peut être ténu notamment lorsque l’acte a été commis à l’occasion des fonctions. Dans ce cas, la responsabilité du commettant pourrait être engagée alors que le préposé n’exécute pas les tâches qui lui sont dévolues mais qu’il agit dans le cadre du lien de subordination et pendant la durée de ses fonctions (exemple : abus de fonction). 2. l’abus de fonction Remarque : l’abus de fonction n’exonère pas (à lui seul) le commettant de sa responsabilité. En cas d’abus de fonction, la Cour de cassation considère que le commettant reste tenu si le préposé n’a pas agi en dehors de ses fonctions, sans autorisation et à des fins étrangères (cfr page 108 et 109). Si la victime avait connaissance de l’abus de fonction, la Cour de cassation considère que la responsabilité du commettant demeure. §3) Effets A/ Une présomption irréfragable Si les conditions sont réunies, le commettant est présumé responsable de la faute de son préposé (= véritable responsabilité objective). B/ L’administration de la preuve du contraire Le maître ou le commettant peut s’exonérer de deux façons : - soit en s’attaquant aux conditions de la responsabilité (cfr page 110) - soit en établissant une cause étrangère exonératoire La responsabilité du commettant n’efface pas celle du préposé. Les deux sont responsables in solidum de sorte que la victime peut choisir d’agir contre le commettant, contre le préposé ou contre les deux simultanément. De plus, après avoir indemnisé la victime, le commettant peut exercer un recours contre son préposé. Sous-section 4. Y a-t-il un principe général de responsabilité du fait d’autrui ? §1) Position de la question Depuis toujours, la jurisprudence (française et belge) sont d’accord pour affirmer que la responsabilité du fait d’autrui est strictement limitée aux cas envisagés dans les alinéas 2 à 4 de l’article 1384 du Code Civil. Ainsi l’alinéa 1er constitue un simple effet d’annonce sans principe général. Les autres alinéas contiennent une énumération limitative et sont d’interprétation restrictive. Dans un arrêt du 29 mars 1991, la Cour de cassation française a découvert dans l’alinéa 1er, un principe général selon lequel on est responsable des faits des personnes dont on doit répondre => cfr page 111 Dans cet arrêt, on peut remarquer que la Cour de cassation ne déduit pas formellement un principe général de responsabilité du fait d’autrui mais se contente d’admettre que l’alinéa 1er de l’article 1384 fonde la solution retenue par l’arrêt attaqué. De cette manière, elle pose implicitement une règle générale dont la portée ne peut être limitée au seul cas du même genre. Toutefois, l’arrêt n’en dit pas plus sur les conditions de la règle générale posée et sur le régime de la responsabilité du fait d’autrui.

35 Comment justifier un tel revirement de jurisprudence de la Cour de cassation française ? Pour cela, il faut dégager les motifs de ce revirement des conclusions du premier avocat général (M.D.H. DONTENWILLE) tant ses arguments ont déterminé la Cour à revenir sur sa jurisprudence (cfr pages 112 et 113). §2) Etat de la jurisprudence belge En Belgique, il y a peu, la Cour d’appel de Mons a également découvert dans le 1er alinéa de l’article 1384 du Code Civil, un principe général de responsabilité du fait d’autrui mais elle n’a pas été suivie par la Cour de cassation. A/ L’arrêt de la Cour d’appel de Mons du 27 décembre 1995 B/ La position de la Cour de cassation cfr pages 114 et 115 §3) Appréciation critique A/ Les arguments du débat L’argument de la cohérence est certainement le plus important. Comment un même texte peutil fonder un principe général de responsabilité du fait des choses alors qu’appliqué à la responsabilité du fait d’autrui, il n’aurait qu’un effet d’annonce ? On sait qu’en matière de responsabilité du fait des choses, l’énoncé d’un principe général s’explique par les nécessités sociales de la fin du 19ème siècle mais puisque des nécessités identiques se font sentir dans le domaine de la responsabilité du fait d’autrui, pourquoi ne pas dégager un même principe général ? Il s’agit en fait d’une fausse asymétrie. La création d’une règle générale de responsabilité du fait d’autrui se heurte à l’absence d’uniformité des régimes prévus aux alinéas 2 et suivants de l’article 1384 (contrairement à la responsabilité du fait des choses). En effet, les mots de l’alinéa 1er ne donne aucune indication sur le domaine de la règle puisque la norme générale est incomplète : « on est responsable du dommage causé par le fait des personnes dont on répond » mais de quelles personnes est-on responsable ? Des personnes dont on doit répondre càd les personnes dont est responsables !!! Tandis que sur base des derniers mots de ce même alinéa, on énonce une vraie règle de responsabilité : « on est responsable des choses que l’on a sous sa garde ». Ensuite, la notion de garde n’a pas la même consistance suivant qu’elle est rapportée aux choses ou aux personnes. Elle fait référence aux pouvoirs des choses alors qu’elle renvoie aux devoirs pour ce qui est des personnes. Aussi, la formulation d’une règle générale de responsabilité du fait d’autrui se heurte au caractère individualiste de la responsabilité civile or, il est constant que les dispenses au droit commun doivent être interprétées de façon restrictive. Mais l’on sait que notre droit est fortement marqué par le déclin de la responsabilité individuelle. Cependant, tous sont d’accord sur le fait qu’il n’appartient pas aux juges de créer des règles nouvelles pour pallier les lacunes de la loi ou la faire évoluer selon les mouvements de la société mais, l’importance des bouleversements sociaux peut justifier que les juges prennent prétexte des termes de la loi pour faire évoluer le droit. Sur le plan des principes et de la technique juridique, l’admission d’un principe général de responsabilité du fait d’autrui semble possible mais, force est de constater qu’une fois le principe énoncé, de nombreuses zones d’ombre subsistent (notamment) concernant la

36 désignation des personnes responsables du fait d’autrui et le nature de la présomption pesant sur les répondants. L’adoption d’un tel principe est-elle pour autant opportune ? En effet, on peut craindre que des personnes (investies d’une autorité sur d’autres) se montrant moins vigilantes puisque leur responsabilité pourra être invoquées même s’ils n’ont commis aucune faute; on peut redouter que beaucoup de personnes ne veulent plus assister les êtres fragiles par crainte de voir leur responsabilité trop facilement invoquée; on peut également rencontrer ces préoccupations par le biais des assurances de responsabilité mais il n’est pas sûr que toutes les personnes veuillent ou puissent supporter la charge financière qu’elles représentent; enfin, le droit créé par la jurisprudence n’est pas toujours très convaincant comme en témoigne les vices de la jurisprudence Blieck ou celles de la jurisprudence relative à la responsabilité du fait des choses. B/ Synthèse et perspectives Il est incontestable qu’à la révolution industrielle de la fin du 19ème siècle ont suivis (au cours du 20ème siècle) d’importants bouleversements sociaux et, dans le même temps, on assiste à une multiplication d’établissements destinés à la prise en charge des personnes fragiles, déviantes ou laissées pour compte. De toute évidence, l’énumération de l’article 1384 est hors contexte par rapport aux réalités sociales actuelles. Les hypothèses dans lesquelles une personne est appelée à exercer une autorité sur une autre personne sont nombreuses. Par conséquent, l’actualisation de l’article 1384 est vivement souhaitable. Mais avant, différents problèmes doivent être résolus : Il y a lieu de déterminer les personnes qui seraient tenues de répondre du fait d’autrui. On pense donc que le domaine de la présomption de responsabilité devrait être limité aux personnes morales qui à titre professionnel prennent en charge, organise et contrôle le mode de vie de personnes potentiellement dangereuses qui leur sont confiées. La nature professionnelle des répondants fait qu’ils ont la possibilité de prendre des dispositions adéquates afin de prévenir des dommages, de souscrire une assurance contre ce nouveau risque. C’est une responsabilité à base de risque qui pèserait sur eux, fondée sur leur pouvoir de direction et de contrôle des activités d’autres personnes (et non de profit). Ensuite, faut-il créer une responsabilité objective et directe du civilement responsable pour tous les dommages causés par les personnes sur lesquelles il exerce un pouvoir d’autorité ou une responsabilité à deux degrés (analogue à celles prévues par les alinéas 2 et suivants de l’article 1384 du Code Civil). La mise en cause de la responsabilité des parents, instituteurs ou commettant suppose la démonstration préalable d’une faute dans le chef de l’enfant ou du préposé. Dans notre hypothèse, il faut (au moins) admettre que l’acte objectivement illicite soit assimilé à la faute prouvé. Si l’adaptation de l’article 1384 s’opère moyennant une intervention du législateur, la solution la plus logique serait d’adopter une responsabilité objective et directe du répondant. Si la création prétorienne est privilégiée, sans faudra-t-il opter pour une responsabilité à deux degrés comme pour les parents, instituteurs et commettants.

37 Il faut aussi s’interroger sur la nature de la présomption : irréfragable ou susceptible d’une preuve contraire ? On peut raisonner comme avec les régimes prévus par l’article 1384 et considérer que la présomption de responsabilité du fait d’autrui est tantôt réfragable, tantôt irréfragable, suivant que la situation du répondant se rapproche de celle des pères et mères ou instituteurs ou de celle des maîtres et commettants. Ou on peut privilégier la recherche de symétrie dans l’interprétation de l’article 1384 entre la responsabilité du fait des choses et la responsabilité du fait d’autrui. Dans ce cas, on écartera la possibilité pour le répondant d’administrer la preuve contraire puisque telle est la solution qui prévaut en matière de choses viciées. Une telle option s’accorde sans doute mieux avec l’idée de responsabilité fondée sur le risque spécial créé par l’usage de méthodes nouvelles de réinsertion sociale (mais encore faut-il ne pas étendre de trop le domaine de cette responsabilité). Section 3. La responsabilité du fait des choses Sous-section 1. Le principe général de responsabilité du fait des choses §1) Principe et origine de la présomption Remarque : à l’origine, cette règle (cfr page 119) était considérée par la doctrine comme un rappel du principe contenu dans les articles 1382 et 1383 du Code Civil. La responsabilité du dommage causé par le fait des choses que l’on a sous sa garde n’est autre que la responsabilité d’une faute personnelle commise par le gardien à propos de la chose (faute qui devait être établie par le demandeur). Cette interprétation fut « battue en brèche » sous l’influence des progrès de l’industrie et de la fréquence des accidents dus à la multiplication des choses inanimés dangereuses. Il fallait donc prévoir une meilleure protection aux victimes d’accidents du travail qui s’étaient multipliés avec le développement du machinisme et de l’industrialisation. Les cours et tribunaux ont alors découvert dans la finale de l’article 1384, alinéa 1er du Code Civil le principe de responsabilité générale du fait des choses. §2) Conditions d’application A/ Une chose Les choses (simples ou complexe) prises en considération sont très diversifiées. On parle de chose complexe lorsqu’une chose simple en incorpore une autre ou en comporte une autre sur sa surface pourvu que la chose complexe apparaisse comme une chose unique. B/ Le vice de la chose 1. digression historique Il faut encore que la chose soit affectée d’un vice (condition propre au droit belge). Le système créé par la Cour de cassation s’inspire de la pensée de LAURENT qui est fondée sur une analogie entre l’article 1384, alinéa 1er du Code Civil et l’article 1386 du Code Civil : « la victime doit prouver le vice de la chose pour mettre en cause la responsabilité du gardien de celle-ci ». Dans un arrêt du 26 mai 1904, la Cour défend l’idée que le législateur a (dans l’article 1384) assimilé le fait des choses à celui des personnes. Or, dans les cas de responsabilité du fait d’autrui, la présomption de responsabilité n’existe qu’à la condition de prouver une faute de la personne dont on doit répondre. La Cour en

38 déduit donc que la responsabilité du gardien doit être subordonnée à la démonstration d’une faute de la chose càd d’un vice de la chose (cfr page 121). R-O DALCQ a montré combien étaient discutables les arguments de texte invoqués à l’appui de cette solution. Dès lors qu’ils tombent, celle-ci n’est plus justifiée d’autant qu’aujourd’hui, la théorie du risque est admise => plus logique de reconnaître que la responsabilité du gardien soit engagée en cas de dommage causé par le fait de la chose et ce, à raison du risque créé par lui en usant de la chose. Toutefois, la jurisprudence persiste à requérir de la victime qu’elle fasse preuve d’un vice de la chose. 2. notion La jurisprudence interprète largement la notion de vice afin d’étendre le domaine de la responsabilité du fait des choses. Elle exige la preuve d’un vice inhérent ou intrinsèque et a par la suite considéré que le vice extrinsèque suffisait pour engager la responsabilité du gardien (cfr remarque page 121). La jurisprudence définit le vice de la chose comme étant toute caractéristique anormale de la chose qui la rend, en certaines circonstances, susceptible de causer un préjudice. Pour évaluer si la chose présente une caractéristique anormale, le juge regarde la destination normale du bien et donc, une chose est vicieuse quand elle est affectée d’un défaut qui lui enlève ses qualités propres de sorte qu’elle ne répond plus aux exigences que l’on peut en attendre. C/ Le gardien de la chose La personne responsable (sur base de l’article 1384, alinéa 1er, in fine du Code Civil) est le gardien de la chose càd celui qui pour son propre compte, use de la chose, en jouit ou la conserve avec un pouvoir de surveillance de direction et de contrôle. Remarque : la garde est un fait juridique càd qu’elle n’implique pas l’existence d’un droit sur la chose. Il n’ait pas nécessaire que la personne ait les compétences techniques pour remédier au vice de la chose, ni qu’elle ait pu découvrir celui-ci. Le gardien ne peut donc échapper à sa responsabilité en invoquant l’ignorance invincible. Si la garde est commune à plusieurs gardiens, chacun est tenu envers la victime à la réparation intégrale du dommage. En principe, la garde est alternative mais, dans certaines circonstances, elle peut être collective ou conjointe. §3) Effets A/ Une présomption irréfragable Dès que la victime a prouvé le vice de la chose, son dommage, le lien causal entre le vice et le dommage et la qualité de gardien du défendeur, ce dernier est automatiquement responsable du dommage que la chose a causé. B/ Les moyens de défense Le défendeur ne pourra échapper à sa responsabilité qu’en s’attaquant aux conditions même de celle-ci càd en prouvant qu’il n’était pas le gardien de la chose, en contestant l’existence du vice ou en démontrant l’absence de lien de causalité entre le vice de la chose et le préjudice,…

39 Sous-section 2. Les régimes particuliers du Code Civil §1) La responsabilité du fait des animaux A/ Principe et fondement Le législateur, conscient des dommages qui pouvaient être causés par les animaux, a prévu une responsabilité particulière du fait de ceux-ci consacrée à l’article 1385 du Code Civil. Aux termes de l’article 1385 du Code Civil, le propriétaire d’un animal ou celui qui s’en sert est responsable des dommages que l’animal a causés. Il importe peu que l’animal soit sous sa garde ou qu’il se soit égaré ou échappé. Cette disposition consacre une responsabilité irréfragable de faute à charge du propriétaire ou du gardien de l’animal. Remarque : il existe quelques lois particulières concernant la responsabilité du fait des animaux (cfr page 124). B/ Conditions d’application 1. la notion de gardien La personne qui est responsable du dommage causé par un animal est celle qui, au moment de la survenance du dommage, a la garde juridique ou la pleine maîtrise de l’animal càd un pouvoir non subordonné de direction et de contrôle sans intervention du propriétaire. La maîtrise complète de l’animal suppose plus qu’une simple garde matérielle : le critère décisif est la transmission par le propriétaire d’un pouvoir égal à celui qu’il possède lui-même sur l’animal. Il convient donc de déterminer qui, au moment du fait dommageable, détenait un pouvoir de commandement à l’égard de l’animal (indices pris en considération cfr page 124). La garde est un fait juridique dont l’appréciation appartient au juge du fond. La Cour de cassation vérifie si le juge du fond a légalement pu déduire des faits dans l’existence de la garde. En pratique, les juges ont tendance à partir du présupposé que le propriétaire doit être tenu pour gardien. Par conséquent, il incomberait à celui-ci de prouver qu’au moment des faits, il avait transféré à un tiers un pouvoir égal au sien. La victime peut ainsi assigner soit le propriétaire soit celui qui a la qualité de gardien au moment des faits mais elle ne pourra obtenir leur condamnation in solidum. Remarque : la notion de garde au sens des articles 1384, alinéa 1 et 1385 est différente : cfr page 125 2. un animal susceptible d’être gardé Ce concept vise aussi bien les animaux domestiques que les animaux sauvages pour autant que ces derniers aient été apprivoisés. Le gibier en liberté est par contre exclu car au moment de la survenance du dommage, il n’avait pas de gardien. 3. un fait de l’animal Le gardien voit sa responsabilité engagée dès le moment où le dommage a été causé par le fait de l’animal dont il a la garde. Le fait de l’animal est différent du fait de l’homme qui conduit l’animal. Il n’y a pas de vice à démontrer : le caractère normal ou anormal du comportement de l’animal est sans importance sur la responsabilité du gardien.

40 Pour ce qui est du lien causal entre le fait de l’animal et le dommage subi par la victime, il n’est pas indispensable qu’il y ait un contact direct entre eux. Conformément à la théorie de l’équivalence des conditions, il est nécessaire et suffisant que le fait de l’animal ait causé le dommage (cfr page 126). Le fait de l’animal ne doit pas être la cause directe du dommage. Il est possible qu’une cause intermédiaire s’insère entre ce fait et le dommage subi. Ce qui importe, c’est que la victime prouve que, sans le fait de l’animal, le dommage ne se serait pas produit tel qu’il s’est produit in concreto (cfr page 127). Il faut un comportement actif et autonome de l’animal (exigence relevant du lien de causalité). Dès que le dommage subi par la victime eut été le même si l’obstacle avait été une chose inerte, il n’y a pas de lien de causalité entre l’animal et le dommage. 4. un dommage subi par un tiers Le propriétaire qui aurait transféré la garde de l’animal à une autre personne peut être considéré comme un tiers et se prévaloir de l’article 1385 du Code Civil s’il est victime du fait de son animal (même raisonnement pour celui qui n’a que la garde matérielle de son animal). C/ Effets Le propriétaire ou le gardien de l’animal est responsable de plein droit du dommage causé à autrui par ce dernier. Il s’agit d’une présomption irréfragable de faute établie à charge de celui-ci. La victime n’a plus qu’à établir le lien de causalité entre le fait de l’animal et le dommage. Pour se dégager, le gardien peut seulement s’attaquer aux conditions même de sa responsabilité en contestant sa qualité de gardien, le lien de causalité entre le fait de l’animal et le dommage en raison d’une cause étrangère exonératoire. Dans ce cas, le gardien peut invoquer la force majeure, le fait d’un tiers ou la faute de la victime. §2) La responsabilité du fait des bâtiments en ruine A/ Principe et fondement (cfr page 128) La disposition exprimée par l’article 1386 du Code Civil consacre une présomption irréfragable de faute à charge du propriétaire du bâtiment. B/ Les conditions d’application 1. le propriétaire C’est le propriétaire qualitate qua qui voit sa responsabilité engagée pour les dommages causés par la ruine de son bâtiment. Le gardien, locataire ou occupant ne sont pas visés par l’article 1386 du Code Civil. Le propriétaire est responsable même si le défaut d’entretien ou le vice de construction ne lui est pas imputable. 2. un bâtiment Sera considéré comme bâtiment (au sens de l’article 1386 du Code Civil) toute forme de construction immeuble, élevée par l’homme à l’aide de matériaux unis au sol de manière durable et fixée au sol. Les immeubles par destination n’étant pas attachés au sol, ils ne peuvent être considérés comme des bâtiments au sens de l’article 1386 du Code Civil. Pour ce qui est des immeubles par incorporation, la jurisprudence a tendance à les considérer comme des bâtiments.

41 3. un bâtiment en ruine Il y a ruine du bâtiment lorsque ce dernier se trouve dans un état de délabrement avancé ou de dégradations graves provoquant la chute ou l’effondrement soit de la construction entière soit de matériaux qui en sont parties intégrantes (cfr page 129). La victime doit établir le lien de causalité entre la ruine du bâtiment et le dommage subi par la victime. Il n’est pas nécessaire qu’il y ait un contact direct entre la ruine et la victime. De même, une causalité indirecte est suffisante. 4. la ruine doit résulter d’un défaut d’entretien ou d’un défaut de construction La ruine doit trouver son origine dans un défaut d’entretien ou un vice de construction (peu importe que celui-ci soit imputable au propriétaire ou à un tiers. Si la ruine est due à une autre cause, l’article 1386 ne s’applique pas. Il n’est pas évident d’apporter la preuve positive du vice de construction ou du défaut d’entretien; c’est pourquoi, la jurisprudence admet la preuve inductive du vice de construction càd que la victime doit prouver que le ruine ne peut s’expliquer que par ce vice, à l’exclusion de toute autre cause possible. C/ Effets Le propriétaire du bâtiment est responsable de plein droit du dommage causé à autrui par ce dernier. Il s’agit d’une présomption irréfragable de faute établie à charge de celui-ci. Pour se dégager, le gardien peut seulement s’attaquer aux conditions même de sa responsabilité. Il peut donc contester le lien causal entre le vice de construction ou le défaut d’entretien et la ruine ou entre la ruine et le dommage. Pour cela, il doit apporter la preuve d’une cause étrangère exonératoire à l’origine de la ruine ou du dommage et peut donc invoquer la force majeure, le fait d’un tiers ou la faute de la victime. D/ Recours du propriétaire Après avoir indemnisé la victime, le propriétaire peut se retourner contre le tiers responsable du défaut d’entretien ou du vice de construction ainsi que contre tout tiers qui aurait contribué à la survenance du dommage. Sous-section 3. Les régimes spéciaux §1) La responsabilité du fait des produits défectueux A/ Philosophie et grandes lignes du système Ce régime particulier de responsabilité a été institué par une loi du 25 février 1991 qui transpose en droit interne une directive européenne du 25 juillet 1985 concernant la responsabilité du fait des produits défectueux. La philosophie de la loi : « le producteur est responsable du dommage causé par un défaut de son produit ». Il s’agit de l’instauration d’un régime de responsabilité objective visant à enlever à la victime le fardeau de la preuve d’une faute dans le chef du producteur. Il lui suffit de démontrer l’existence du dommage subi, d’un défaut du produit et du lien de causalité entre le défaut et le dommage. La responsabilité du producteur l’oblige à réparer le dommage aux personnes ou aux biens de consommation privés, autres que le produit défectueux lui-même, dès lors qu’il est établi que le produit est défectueux, càd qu’il n’offre pas la sécurité à laquelle on peut légitimement

42 s’attendre, compte tenu d’une série de circonstances énoncées et pour autant qu’il n’arrive pas à invoquer l’une des six causes étrangères exonératoires. Trois caractéristiques majeures du régime : - le régime se situe en marge de la distinction traditionnelle entre la responsabilité contractuelle et la responsabilité délictuelle. La loi ne prend pas en compte l’existence ou l’absence de relations contractuelles entre le demandeur et le défendeur, uniformisant ainsi la situation des contractants et des tiers. Il n’est pas non plus nécessaire que la victime ait fait elle-même usage du produit défectueux. Elle peut simplement s’être trouvée à côté de la chose au moment où elle a provoqué le dommage. - il faut remarquer l’option prise par la loi de canaliser la responsabilité vers le producteur dont la notion est si large qu’il presque toujours possible de trouver un responsable tenu de répondre des dommages causés par le produit défectueux. - enfin, une nouveauté de la loi réside dans l’interdiction des clauses limitatives ou exonératoires de responsabilité. La loi du 25 février 1991 refuse toute efficacité aux clauses d’irresponsabilité, radicalisant ainsi les solutions déjà admises dans notre droit. Il ne faut pas non plus perdre de vue l’article 13 dont il résulte que « la présente loi ne port préjudice aux droits dont la victime peut se prévaloir par ailleurs au titre du droit de la responsabilité contractuelle ou extracontractuelle ». Le régime nouveau de responsabilité se superpose aux divers régimes de responsabilité déjà existants susceptibles d’être invoqués par les victimes de produits défectueux. Par conséquent, alors même que le régime de la loi est applicable, le recours de droit commun subsiste lorsqu’ils sont plus favorables à la victime. B/ Eléments clés du dispositif Pour que la loi du 25 février 1991 trouve à s’appliquer, il faut que l’on se trouve en présence d’un produit défectueux mis en circulation et à l’origine d’un dommage susceptible de réparation au titre de la loi. Encore faut-il que la victime parvienne à administrer la preuve de son dommage ainsi que celle du défaut du produit et du lien de causalité entre le défaut et le dommage. 1. notion de produit Au sens de la loi, par produit, il faut entendre tout bien meuble corporel, même incorporé à un autre bien meuble ou immeuble, ou devenu immeuble par destination. Le produit est tout bien mobilier corporel. Les matières premières et les parties composantes sont visées en dépit de leur incorporation dans un produit final. Il en est de même des meubles et matériaux qui sont incorporés à un immeuble. Remarque : le législateur précise que l’électricité est également un produit au sens de la loi. Les produits de l’agriculture, de l’élevage, de la chasse et de la pêche étaient exclus du champ d’application de cette loi à moins qu’ils n’aient subi une transformation jusqu’à loi du 20 décembre 2000 qui les inclut dans le champ de la loi conformément à la volonté du législateur européen. Les biens corporels sont exclus de la notion de produit ainsi que les biens artistiques et de l’artisanat.

43 2. notion de mise en circulation (= 4ème condition à la responsabilité du producteur) Il faut que le produit ait été mis en circulation. En l’absence d’une telle circonstance, la responsabilité du producteur ne sera pas mise en jeu. Cependant, cette condition est présumée : la victime n’a pas à en apporter la preuve mais le producteur peut échapper à sa responsabilité s’il établit que la condition n’est pas remplie (cfr page 135). Malgré l’importance de la notion, la directive européenne n’a pas jugé important de définir la notion de mise en circulation mais, selon l’article 6 de la loi du 25 février 1991, il faut entendre par mise en circulation : « le premier acte matérialisant l’intention du producteur de donner au produit l’affectation à laquelle il le destine par transfert à un tiers ou utilisation au profit de celui-ci ». Cette définition retient un double critère : - il faut que la mise en circulation ait eu lieu en vertu du libre consentement du producteur. C’est l’élément intentionnel de la notion - il importe que, devenu apte à l’usage auquel il est destiné, le produit ait quitté la sphère d’activité du producteur. Ainsi, la remise d’un produit en vue de réaliser des tests n’est pas une mise en circulation puisque le producteur n’a pas l’intention d’affecter le bien à son usage prévu. En ce qui concerne l’utilisation au profit d’un tiers, l’exposé des motifs de la loi mentionne la démonstration ou l’essai effectué par le producteur ou son préposé à la demande d’un client potentiel et l’exposition dans une foire (cfr page 136). Cette définition est également doublement relative : - relative à chacun des agents économiques pouvant être considérés comme producteur et donc mis en cause. Etant donné le grand nombre de personnes assimilées au producteur et donc susceptibles d’engager leur responsabilité sur base de la directive, un même produit peut être mis plusieurs fois en circulation. - relative au sens où un produit peut être considéré comme étant mis en circulation à l’égard d’une victime et pas d’une autres. 3. le dommage réparable La loi ne retient (en son article 11) que deux catégories de dommages réparables : - ceux causés aux personnes (y compris les dommages moraux) - ceux causés aux biens sauf les dommages causés au produit défectueux lui-même Tous les dommages causés aux personnes sont donc couverts : non seulement les dommages financiers découlant du décès ou de la survenance d’une incapacité mais aussi les dommages moraux. La réparation des dommages causés aux biens, meubles (corporels) ou immeubles est soumise à une double condition : Les dommages doivent concerner des biens « qui sont d’un type normalement destiné à l’usage ou à la consommation privés » (= critère objectif) et qui « ont été utilisés par la victime principalement pour son usage ou sa consommation privés » (=critère subjectif). La réparation des dommages causés aux biens est soumise à la déduction d’une franchise de 557,76 euros justifiée par le souci d’éviter un nombre excessif de litiges.

44 Enfin, les dommages causés au produit défectueux ne donnent droit à aucune indemnisation. De plus, un recours fondé sur le droit commun demeure possible chaque fois que l’on se situe en dehors du champ d’application de la loi. Ainsi, la réparation des dommages causés aux biens à usage professionnel reste régie par les divers droits nationaux. Il en est de même des biens à usage privé, mais utilisés par la victime pour son usage professionnel. 4. le défaut du produit L’article 5 définit le défaut comme suit : « un produit est défectueux s’il n’offre pas la sécurité à laquelle on peut légitimement s’attendre compte tenu de toutes les circonstances ». Il ressort de cette définition que la notion de défaut est liée au concept de sécurité. a) le manque de sécurité Le défaut correspond à un manque de sécurité du produit. Le critère réside dans le caractère potentiellement dommageable du produit pour l’intégrité physique des individus ou pour les biens. Le régime de la loi conduit à centrer le débat sur le produit et non sur le processus de production ni sur le comportement du fabricant. La notion de défaut exclut toute approche du comportement du producteur. En fait, l’origine de défaut importe peu. Cela signifie que la victime n’a pas à prouver l’existence d’un vice intrinsèque au produit ni à prouver la naissance du défaut à un stade particulier de la vie du produit et encore moins à prouver une faute commise dans la conception, la fabrication ou le conditionnement dudit produit. La notion de défaut se distingue du vice de la chose (au sens de l’article 1384, alinéa 1er, in fine du Code Civil). Dans le système de la loi du 25 février 1991, il s’agit de comparer le produit à une norme de sécurité. Toutefois, il n’est pas certain que les critères d’appréciation que les juges usent soient (en pratique) différent selon le dispositif légal de référence qui est de comparer le produit à son modèle afin d’y trouver une caractéristique anormale susceptible d’engendrer un dommage. Il faut également remarquer que la seule survenance du dommage ne suffit pas à établir la défectuosité du produit. En effet, la victime est tenue d’apporter la triple preuve du dommage, du défaut et du lien causal entre les deux. Aussi, il ne faut pas confondre le concept de produit défectueux avec celui de produit dangereux : la notion de défaut est plus précise que celle de danger du produit, dans la mesure où elle s’apprécie en fonction de la sécurité à laquelle on peut légitimement s’attendre compte tenu des circonstances. b) l’appréciation du défaut Selon l’article 5, pour juger de l’état défectueux d’un produit, il faut apprécier la sécurité offerte par ce produit mais il y a lieu d’observer que la seule référence à l’insécurité eût été insuffisante pour stigmatiser le défaut. En effet, en l’absence d’autres précisions, la survenance d’un préjudice causé à la personne ou aux biens aurait suffi à rendre évident le manque de sécurité du produit. La solution aurait été sévère envers les producteurs. Dans un souci d’équilibre des intérêts en présence, les auteurs de la directive ont opté pour une approche plus nuancée de la notion de défaut celle-ci doit être appréciée d’une manière objective càd en fonction de l’attente légitime du public et en tenant compte des circonstances.

45 L’éventuel défaut du produit doit être évalué par rapport au critère de la sécurité à laquelle on peut légitimement s’attendre. Le pronom « on » est utilisé pour indiquer que le défaut de sécurité est à apprécier eu égard à l’attente du public en général, et non pas en considération de l’attente subjective de la victime ou d’un consommateur déterminé. Ainsi, le terme « on » invite à une appréciation objective in abstracto du défaut ce qui a pour effet de renforcer l’effacement du caractère subjectif de la responsabilité du fait des produits et de centrer celle-ci sur l’accident de consommation. L’adverbe légitimement est également de nature à souligner le caractère objectif de l’appréciation de la sécurité puisqu’il exclut les attentes illusoires du public. Pour apprécier la défectuosité d’un produit, le juge est invité à tenir compte de toutes les circonstances et notamment de la présentation du produit, de l’usage normal du produit et du moment auquel il a été mis en circulation. Remarque : c’est en fonction de toutes ces circonstances que la sécurité doit être appréciée. La présentation du produit joue un rôle important dans l’appréciation de la sécurité à laquelle on peut légitimement s’attendre. La doctrine considère généralement que la notion de présentation du produit vise la manière dont le produit est mis en circulation et offert au public : la présentation couvre l’information sur le produit et la commercialisation du produit. Ainsi, le manque d’information sur le produit peut être prise en compte pour conclure au défaut de ce dernier. Il s’agit là d’une allusion à l’obligation de renseignement ou d’information qui accompagne généralement les contrats. L’information doit présenter différentes qualités : - elle doit être complète afin d’attirer l’attention sur tous les dangers que présente le produit - elle doit être claire explicite et non ambiguë - elle doit être « incorporé » au produit càd figurer sur le produit lui-même du moins sur son emballage ou ses emballages successifs Dans l’appréciation du défaut, le juge évaluera si l’utilisateur a bénéficié d’une information voire d’une mise en garde ou de conseils suffisants, complets et clairs en vue d’une utilisation efficace et sûre du produit. Pour cela, il tiendra compte de la nature du produit (en particulier de sa dangerosité) et de la qualité des parties. Il convient aussi d’apprécier le défaut en fonction de la publicité càd des techniques de promotion et des procédés de marketing destinés à encourager l’utilisation du produit. Ce facteur ayant une forte incidence sur l’attente légitime des utilisateurs, il est normal qu’il soit pris en compte étant donné l’obligation du juge d’apprécier le défaut par rapport à toutes les circonstances. Aussi, le conditionnement du produit est une circonstance d’appréciation du manque de sécurité et donc de défaut. Le fabricant du conditionnement engage sa responsabilité sur base de la loi en cas de dommage qui trouve son origine dans le conditionnement défectueux du produit. Lorsque le fabricant du produit et celui du conditionnement sont deux personnes différentes et que le fabricant du produit est le concepteur du conditionnement, la responsabilité solidaire des deux fabricants peut être mise en cause.

46 Parmi les circonstances à prendre en compte, il y a aussi l’usage normal ou raisonnablement prévisible. L’article 5 conduit ainsi le juge à une appréciation du comportement de la victime vis-à-vis du produit. Cette sécurité s’apprécie en excluant tout usage abusif du produit, déraisonnable dans les circonstances. De plus, l’usage abusif du produit peut être constitutif d’une faute dans le chef de la victime. Faut-il donc que la victime établisse son absence de faute ? Non, car la nécessité d’administrer une telle preuve n’a aucun sens dans un système de responsabilité objective par contre, le producteur peut établir une telle faute afin de se décharger de sa responsabilité en cas de concours entre le défaut du produit et la faute de la victime. 5. le lien de causalité (cfr page 144) En Belgique, c’est la théorie de l’équivalence des conditions qui a la faveur de la Cour de cassation. Pour rappel, selon cette théorie, le lien de causalité entre le fait générateur et dommage est établi si la victime prouve que sans le fait, le dommage ne se serait pas produit tel qu’il s’est produit in concreto. Ce système est favorable à la victime puisqu’il permet de prendre en compte les dommages indirects. C/ Parties à l’action 1. le débiteur de la réparation : le producteur Selon l’article 1 de la directive ou de la loi, le producteur est considéré comme étant à l’origine du risque et le mieux à même de prévenir les défauts et de prendre une assurance. Toutefois, dans un souci de protection de la victime, le concept de producteur est défini très largement afin que celle-ci trouve presque toujours un responsable. Il a été fait en sorte qu’elle puisse se retourner contre quelqu’un situé dans l’U.E mais sans rendre le simple fournisseur ou vendeur responsable. La directive prévoit en premier lieu la responsabilité du producteur stricto sensu. Selon l’article 3, le terme producteur désigne le fabricant d’un produit fini ou le producteur d’une matière première et toute personne qui se présente comme fabricant ou producteur en apposant sur le produit son nom, sa marque ou tout autre signe distinctif. Si le producteur du produit n’est pas établi dans l’U.E, l’importateur peut être assigné par la victime car il est considéré comme producteur au sens de la loi et est donc responsable au même titre que ce dernier. Le but est de permettre à la victime d’agit contre quelqu’un qui est situé dans l’U.E (et ce, dans tous les cas). Aussi, la responsabilité du fournisseur n’est retenue qu’à titre subsidiaire càd lorsque la victime ne peut identifier le producteur ou l’importateur du produit. Cependant, le fournisseur peut échapper définitivement au recours de la victime en lui indiquant (dans un délai raisonnable) l’origine du produit. Si l’action contre le producteur ou l’importateur échoue, la victime ne peut plus revenir vers le fournisseur qui lui a fourni les renseignements exacts pour mettre en jeu sa responsabilité sur base de la loi. Ce système est avantageux puisqu’il permet à la victime de : - toujours obtenir réparation d’un responsable (le fournisseur veillera à fournir précisément l’identité de ses propres fournisseurs) - ne pas obliger tous les maillons de la chaîne de distribution de s’assurer

47 Par conséquent, il est possible qu’un très grand nombre de personnes soient considérées par la victime comme producteurs responsables des dommages subis; dans ce cas, leur responsabilité est solidaire sans préjudice de leurs droits de recours respectifs. 2. le créancier de la réparation : la victime (+ rappel page 146) La personne ayant subi un dommage causé par un produit défectueux est considérée comme étant une victime. Pourvu que le dommage soit réparable, la qualité de victime est indifférente. Les consommateurs sont protégés par le dispositif et la loi; autrement dit, dès que l’intégrité physique d’une personne est en jeu, elle peut être considérée comme une victime au sens de la loi, qu’elle soit consommateur ou non, que le bien ait été utilisé dans la sphère professionnelle ou à titre privé ou que le dommage soit intervenu dans le cadre du travail ou ailleurs. D/ Causes d’exonération de la responsabilité Le producteur peut écarter sa responsabilité s’il parvient à établir certains faits énumérés à l’article 8 de la loi du 25 février 1991 (qui reprend l’article 7 de la directive sans le modifier). Etant limitative, cette liste empêche le producteur d’invoquer d’autres causes étrangères exonératoires que celle prévues par cet article. Ces causes d’irresponsabilité se rattachent à deux idées : - le défendeur n’est pas un producteur responsable au sens de la directive - le défaut du produit n’est pas imputable au producteur 1. le défendeur n’est pas un producteur responsable au sens de la directive a) l’absence de mise en circulation Selon l’article 8a) de la loi, le producteur n’est pas responsable s’il prouve qu’il n’a pas luimême mis le produit en circulation (cfr supra). b) l’absence de but économique Selon l’article 8c) de la loi, le producteur échappe à sa responsabilité s’il prouve que « le produit n’a pas été fabriqué pour la vente ou pour toute autre forme de distribution dans un but économique du producteur, ni fabriqué ou distribué dans le cadre de son activité professionnelle ». Les deux conditions doivent être réunies cumulativement pour que défendeur soit exonéré. 2. le défaut n’est pas imputable au producteur a) l’antériorité du défaut Selon l’article 8b) de la loi, le producteur échappe à sa responsabilité s’il prouve que « compte tenu des circonstances, il y a lieu d’estimer que le défaut ayant causé le dommage n’existait pas au moment où le produit a été mis en circulation par lui ou que ce défaut est né par après ». b) la conformité du produit à des normes établies par les pouvoirs publics Selon l’article 8d) de la loi, le producteur échappe à sa responsabilité s’il prouve « que le défaut est dû à la conformité du produit avec des règles impératives émanant des pouvoirs publics ». C’est l’absence de liberté du producteur qui est visée par cet article càd l’hypothèse où il était tenu de se conformer à certaines dispositions impératives adoptées par les pouvoirs publics. Toutefois, le fait de devoir respecter ces règles ne dispense pas le producteur de respecter également les règles générales de prudence et de diligence.

48 Pour s’exonérer, il faut donc que ce soit le respect des normes impératives qui ait entraîné le défaut du produit, de sorte que le dommage est imputable au législateur ou au pouvoir réglementaire. c) le risque de développement Selon l’article 8e) de la loi, le producteur échappe à sa responsabilité s’il prouve « que l’état des connaissances scientifiques et techniques au moment de la mise en circulation du produit par lui ne permettait pas de déceler l’existence du défaut » (cfr page 149). Remarque : cette cause d’exonération pourrait surtout s’appliquer dans certains secteurs tels que la chimie ou l’ingénierie. d) l’absence de défaut d’une partie composante ou d’une matière première Selon l’article 8f) de la loi, le producteur d’une partie composante ou d’une matière première échappe à sa responsabilité s’il prouve « que le défaut est imputable à la conception du produit dans lequel la partie composante ou la matière première a été incorporée ou aux instructions données par le producteur de ce produit » (cfr page 149 et 150). Cet article ne présente pas un grand intérêt mais a cependant un effet utile : le fabricant d’un produit fini pouvait se libérer en prouvant qu’il n’avait commis aucune faute dans l’assemblage des produits mais qu’elle incombait à un tiers. Cette possibilité d’exonération ne figure pas dans l’article 8 de la loi or, les causes d’exonérations sont énumérées de manière limitative; par conséquent, le producteur du produit fini ne peut plus s’exonérer à l’égard de la victime en invoquant un défaut d’une partie composante d’un produit (il est responsable de la sécurité globale du produit). En cas de défaut d’une partie composante, la loi retient le principe de la responsabilité solidaire du producteur du produit fini et du producteur de la partie composante (chacun d’eux sera tenu à la réparation intégrale du dommage). E/ Délais de prescription et de déchéance 1. le délai de déchéance Selon l’article 12, §1er de la loi, le droit de la victime s’éteint à l’expiration d’un délai de dix ans à compter de la date à laquelle le producteur a mis le produit en circulation à moins que durant cette période la victime n’ait engagé de procédure judiciaire fondée sur la même loi. Sous cette réserve, ce délai ne tolère ni interruption, ni suspension. Passé le délai, la victime est privée de son droit d’obtenir réparation sur le fondement de la loi du 25 février 1991. Elle peut éventuellement exercer un recours fondé sur le droit commun de la responsabilité. 2. le délai de prescription A partir du jour où la victime a eu (ou aurait dû avoir) connaissance du dommage, du défaut et de l’identité du producteur, elle dispose d’un délai de trois ans pour introduire son action sur la base de la loi du 25 février 1991 (art.12,§2,al.1er). Ce délai de prescription peut être interrompu ou suspendu conformément aux dispositions du Code Civil en la matière (art.12,§2,Al.2). §2) Le régime d’indemnisation des usagers faibles de la route A/ L’article 29bis de la loi du 21 novembre 1989 : présentation générale 1. contexte et origine de la loi L’indemnisation des victimes d’accidents de la circulation automobile est une matière où la responsabilité civile classique a montré ses limites. La preuve de la faute du conducteur est

49 difficile à rapporter par la victime. De plus, celle-ci, parfois lourdement frappée dans son intégrité physique, doit supporter la charge de son dommage dans l’attente d’une détermination des responsabilités qui peut durer des années et lui être défavorables. En France, la loi du 5 juillet 1985 dite « loi Badinter » crée, en faveur de certaines victimes d’accidents de la circulation, un régime d’indemnisation autonome, indépendant de la faute, sous réserve de la faute inexcusable de la victime. En Belgique, le législateur a introduit (par une loi du 30 mars 1994) un article 29bis dans la loi du 21 novembre 1989 relative à l’assurance obligatoire de la responsabilité en matière de véhicules automoteurs. En fait, cette loi avait pour objectif de réduire les coûts importants que les accidents de la route occasionnaient à la sécurité sociale en les transférant aux assureurs en responsabilité civile automobile. La protection des usagers faibles n’était qu’un objectif second. Cet article sera modifié par une loi du 13 avril 1995 et par une loi du 19 janvier 2001. 2. philosophie du système La loi vise à faciliter l’indemnisation de certaines victimes d’accidents de la circulation causés par un véhicule automoteur et instaure un régime d’indemnisation dissocié de la faute. Les victimes visées sont les usagers faibles càd les piétons, les passagers ou les cyclistes. Si l’article 29bis crée un régime d’indemnisation automatique et autonome, son champ d’application est restreint. Le droit commun continue à régir les actions en réparation des dommages matériels, les actions en responsabilité des conducteurs ou de leurs ayants droit contre les responsables ainsi que les actions des assureurs entre eux, contre leurs assurés ou contre les tiers responsables. B/ Conditions d’application de la loi La loi s’applique aux accidents de la circulation impliquant un ou plusieurs véhicules automoteurs. 1. un véhicule automoteur Il s’agit de « tout véhicule destiné à circuler sur le sol et qui peut être actionné par une force mécanique, sans être lié à une voie ferrée; tout ce qui est attelé au véhicule est considéré comme en faisant partie » (cfr page 153). 2. un accident de la circulation L’accident est un événement soudain et imprévu, générateur d’un dommage. Il faut qu’il s’agisse d’un accident de la circulation, et non d’un accident du travail ou de compétition. Il faut que l’accident implique un véhicule se trouvant sur la voie publique, sur un terrain ouvert au public ou sur les terrains non publics mais ouverts à certaines personnes ayant le droit de les fréquenter. Il faut aussi un fait de circulation ce qui suscite davantage de discussions. Le choc de deux voitures en mouvement ne pose pas de problèmes mais qu’en est-il du jet de pierre sur un autocar par des tiers non identifiés ? 3. la notion d’implication La loi belge ne définit pas en quoi consiste l’implication d’un véhicule. En introduisant cette notion, le législateur a tenté d’éviter les discussions relatives au comportement du conducteur et au lien de causalité entre le fait générateur et le dommage.

50 L’implication repose sur un système de rattachement plus souple que celui du lien causal. Il faut une participation du véhicule dans l’accident. La seule preuve de son intervention matérielle, à quelque titre que ce soit, ouvre à la victime un droit à l’indemnisation à charge de l’assureur du responsable. Cette condition ne suscite pas de difficultés d’interprétation quand il y a un contact matériel entre la victime et un véhicule en mouvement. Les problèmes d’interprétation sont nombreux lorsque des véhicules en stationnement sont impliqués dans l’accident. C/ Parties à l’action 1. bénéficiaires du régime légal Seules certaines victimes peuvent bénéficier de la facilité d’indemnisation offerte par le régime légal. Il s’agit des usagers faibles à savoir : les piétons, les passagers ou les cyclistes. Selon l’article 29bis de la loi, le conducteur d’un véhicule automoteur et ses ayants droit ne peuvent se prévaloir de la loi. Tel est le principe, compréhensible si l’on admet que le conducteur du véhicule est créateur du risque de circulation et que l’objectif est de protéger les usagers faibles, ce que n’est pas le conducteur. Le conducteur a un statut ambivalent : - il jouit d’une certaine immunité puisque l’assureur est débiteur (en 1er lieu) d’indemnité visà-vis de la victime - la réparation des dommages qu’il subit à cause de l’accident de circulation ne bénéficie pas du régime prévu par l’article 29bis mais elle relève des articles 1382 et suivants du Code Civil. Son statut juridique est particulier : la loi ne définit toutefois pas la notion de conducteur. Celle-ci doit s’interpréter de façon restrictive étant donné le régime défavorable auquel il est soumis. Remarque : les passagers ne sont pas des conducteurs bien que, dans sa 1ère version, la loi excluait aussi les passagers du droit à l’indemnisation automatique. 2. débiteurs de l’indemnisation L’obligation d’indemnisation incombe à l’assureur de la voiture impliquée et non au responsable de l’accident (propriétaire ou détenteur du véhicule). Cela conduit à douter que le régime instauré soit vraiment un régime de responsabilité civile. Plusieurs assureurs peuvent être solidairement assignés si plusieurs véhicules sont impliqués dans le dommage causé à la victime. Une fois la victime indemnisée, les assureurs procéderont entre eux au règlement contributoire. D/ Dommages couverts La loi ne s’applique qu’à certains types de dommages, ceux qui résultent de lésions corporelles ou du décès. Les dommages occasionnés aux prothèses fonctionnelles sont considérés comme des lésions corporelles. Les dégâts causés au véhicule et ceux causés aux choses transportées sont réglés par le droit commun. On peut hésiter sur le dommage moral subi par la victime : s’il se situe dans le prolongement de la lésion corporelle, on peut soutenir qu’il relève de l’article 29bis.

51 E/ Restrictions du droit à l’indemnisation Le droit à l’indemnisation n’existe qu’au bénéfice d’une victime faible n’ayant pas commis de faute intentionnelle. La loi instaurant un régime de responsabilité automatique, la faute de la victime n’autorise pas un partage de responsabilité ou le rejet de toute indemnisation (ce qui est possible dans un régime de responsabilité civile) => la perte du droit d’indemnisation n’est prévue que dans le cas extrême où la victime la vraiment chercher (cfr page 156). §3) Une création prétorienne : la responsabilité du fait des troubles de voisinage A/ Principes de base Nombreux sont les désagréments qui peuvent survenir dans les rapports de voisinage bien que tous ne proviennent pas forcement d’un fait fautif (exemple page 157). La notion de faute étant limité, le législateur belge à créer la théorie de troubles de voisinage qui consacre une responsabilité sans faute à charge de celui qui impose à son voisin des inconvénients excessifs. Après avoir cherché à sanctionner l’auteur des troubles anormaux de voisinage par le biais de la faute, la jurisprudence belge a consacré une certaine « liberté de nuire » au profit de ceux qui entreprennent ou développent sans faute une activité préjudiciable pour leurs voisins. Ces derniers, victimes d’un trouble excessif pourront obtenir non pas la réparation du dommage subi mais une compensation destinée à rétablir l’équilibre rompu par l’activité licite dommageable. La Cour de cassation, en quête d’un fondement susceptible de justifier l’indemnisation du voisin victime d’un trouble, écarte l’application de l’article 1382 du Code Civil. Selon elle, l’article 544 du Code Civil reconnaît à tout propriétaire le droit de jouir de sa chose et permet de sanctionner une rupture anomale d’équilibre (même non fautive) entre des propriétaires de fonds voisins jouissant de droits égaux dont l’équilibre doit être maintenu. La justification est originale car elle recourt au droit des biens pour restaurer l’équilibre entre des fonds plus qu’entre des personnes (cfr page 158). L’obligation de compenser le trouble, elle, est fondée sur la tradition et sur un principe général, énoncé notamment à l’article 11 (actuel art.16) de la Constitution qui prévoit une juste et adéquate indemnité en cas d’expropriation pour cause d’utilité publique. L’article 544 du Code Civil peut être invoqué tant à l’égard de particuliers que des pouvoirs publics. L’article 16 de la Constitution fournit un argument de plus vis-à-vis de ces derniers. Ces justifications ont servi à conforter une solution qui était audacieuse à une époque où les responsabilités sans faute n’avaient pas le succès qu’elles ont maintenant. Bien qu’elle soit considérée avec méfiance, l’équité est parfois proposée par la doctrine comme le véritable fondement du rééquilibrage imposé par la théorie des troubles de voisinage. Si l’on considère la sanction du trouble, la responsabilité créée apparaît autonome, dérogatoire aux principes de droit commun qui gouvernent la réparation des dommages. Le propriétaire qui, par un fait non fautif, rompt l’équilibre en imposant à un voisin un trouble anormal ne lui doit pas réparation intégrale du dommage. La sanction se limite à une compensation juste et adéquate destinée à rétablir l’équilibre entre les propriétés. Seul l’excès de désagréments càd ce qui dépasse les inconvénients normaux du voisinage doit être compensé.

52 Remarque : la compensation peut être pécuniaire ou en nature. Aussi, contrairement à une mesure de réparation, la compensation n’aboutit pas à faire cesser le trouble (cfr page 159). La théorie des troubles de voisinage ne fait pas obstacle à l’application d’autres régimes de responsabilité civile. Ainsi, la victime du trouble anormal peut choisir de fonder son action sur l’article 1382 ou 544 du Code Civil. Elle peut également invoquer simultanément les deux dispositions contre l’auteur du trouble ou en faire une application sélective. Les conditions d’application de ces deux dispositions diffèrent fortement : - si la victime invoque l’article 1382, elle devra prouver l’existence d’une faute, d’un dommage et d’un lien de causalité (pas toujours évident à prouver!). Si elle réunit les trois conditions, l’auteur du dommage verra sa responsabilité aquilienne engagée et sera condamné à réparer intégralement le dommage. - si la victime invoque l’article 544, elle devra seulement prouver qu’elle subit un trouble qui excède les inconvénients normaux du voisinage et que l’équilibre entre les propriétés voisines est rompu par le comportement du propriétaire voisin. Son indemnisation sera moindre puisqu’elle ne pourra prétendre qu’à une juste et adéquate compensation destinée à rétablir l’équilibre rompu. B/ L’extension de la théorie Depuis les arrêts de 1960, la théorie des troubles de voisinage a connu un franc succès qui ne devait faire que croître avec les problèmes environnementaux contemporains (cfr page 160). Tantôt urbaines, tantôt champêtres, la jurisprudence belge a au l’occasion d’appliquer la théorie des troubles de voisinages aux nuisances sonores, olfactives ou encore à une pollution de l’air ou de l’eau dommageables aux fonds voisins. La théorie des troubles de voisinage a vu s’étendre son champ d’application : Telle que conçue par les arrêts de 1960, la théorie ne s’appliquait qu’aux titulaires du droit de propriété mais, par la suite, la Cour de cassation a considéré que « la rupture de l’équilibre provoquée par un trouble excédant les inconvénients ordinaires du voisinage oblige à compensation non seulement le propriétaire de l’immeuble où le trouble naît mais également celui qui en raison d’un droit réel ou personnel accordé par le propriétaire dispose à l’égard dudit bien d’un des attributs du droit de propriété ». Par conséquent, la théorie des troubles de voisinage s’applique désormais à tout titulaire d’un droit réel ou personnel relatif à l’immeuble générateur ou victime du trouble. Cette théorie s’étend à nouveau suite à un arrêt de la Cour de cassation du 7 décembre 1992. Désormais, la compensation ne sanctionne plus uniquement le fait non fautif provoquant une rupture de l’équilibre foncier mais également toute omission ayant cette conséquence(pg 161). Même la notion de voisinage ne constitue plus une limitation de la théorie. La contiguïté des deux fonds n’est pas requise. « la notion de voisinage s’entend d’une proximité suffisante pour qu’un événement se produisant sur un fonds puisse avoir sur l’autre une répercussion directe, tel le bruit ». cela signifie que le voisinage peut s’étendre à mesure de l’extension de la nuisance (cfr page 162).

53 C/ Difficultés de la théorie (cfr page 162 et 163) - l’appréciation du caractère normal ou anormal du trouble. Cette appréciation est laissée aux juges du fond dont certains sont enclins à appliquer le critère de la préoccupation. Selon ce critère, l’appréciation de la normalité du trouble va dépendre du lieu d’installation choisi par la victime du trouble et de son taux d’exposition préalable à la pollution. - certains magistrats modulent aussi leur appréciation selon que le trouble émane de particuliers ou des pouvoirs publics. Dans ce cas, le magistrat peut vérifier si les troubles qualifiés d’excessifs dépassent les charges que tout citoyen doit supporter dans l’intérêt collectif. Il ne peut aller jusqu’à exiger la preuve d’un dommage spécial par rapport à celui subi par les autres riverains dans la même situation. C’est aussi en tenant compte des charges que tout citoyen doit supporter dans l’intérêt collectif que le juge évaluera le montant dû au demandeur à titre de compensation. Chapitre 4. La réparation du dommage Section 1. Principes gouvernant la réparation Le dommage est une notion de pur fait et il appartient au juge du fond d’apprécier souverainement l’existence et l’étendue du dommage en tenant compte de trois principes : - le principe de la réparation intégrale du dommage - le principe de la réparation du dommage in concreto - le principe du primat de la réparation en nature §1) Le principe de la réparation intégrale du dommage (ou de l’adéquation entre le dommage et sa réparation) La victime doit pouvoir être rétablie dans la situation où elle serait demeurée si la faute n’avait pas été commise. Remarque : ce principe est applicable en responsabilité contractuelle et quasi-délictuelle : - en matière contractuelle, fondement = article 1149 du Code Civil - en matière aquilienne, fondement = article 1382 du Code Civil (la réparation du dommage doit être complète puisqu’il n’y a aucune limite fixée à l’obligation de réparer) §2) Le principe de la réparation du dommage in concreto (= corollaire du 1er principe) Puisqu’il faut replacer la victime dans la situation qui serait restée sienne sans le fait dommageable, le juge ne peut se borner à une description sommaire ou approximative du préjudice subi. Il y a donc lieu de calculer l’indemnité en considération de la réalité concrète. En cas d’atteinte à l’intégrité physique, le juge doit apprécier toutes les conséquences de l’accident pour la victime (càd les conséquences professionnelles aussi bien que les conséquences personnelles et familiales) autrement dit, il doit tenir compte de toutes les caractéristiques propres de la victime, susceptibles d’avoir une incidence sur la réparation. Il existe des barèmes des indemnités qui favorisent une certaine cohérence au sein de la jurisprudence mais, il faut admettre qu’ils contredisent le principe de l’évaluation in concreto. De plus, toute comparaison avec d’autres espèces similaires ne saurait être qu’indicative. §3) Le principe du primat de la réparation en nature La responsabilité civile n’implique pas nécessairement une condamnation au paiement de dommages et intérêts. Il est admis que la victime a le droit de demander que la réparation prenne la forme d’un comportement actif ou d’une abstention.

54 Le principe est la réparation en nature alors que la réparation par l’équivalent est l’exception. La victime a le droit de réclamer la réparation en nature de son préjudice même si le responsable préfère qu’elle ait lieu par équivalent; par contre, si le défendeur offre à la victime une réparation en nature, celle-ci elle tenue de l’accepter sans pouvoir exiger l’équivalent. Hormis cette hypothèse, la victime est libre de choisir le mode de réparation qu’elle préfère, le juge demeurant libre d’ordonner la condamnation qui lui paraît être la forme de réparation la plus adéquate. Ainsi, s’il juge que le défendeur fait preuve de mauvaise foi ou d’incompétence, il peut le condamner à une réparation pécuniaire. Le principe du primat de la réparation en nature est écarté si elle n’est pas possible (décès, lésions corporelles,…) ou si elle dépasse les limites de l’exercice normal des droits de la victime (abus de droit). Section 2. Evaluation du dommage réparable L’appréciation de l’existence et de l’étendue du dommage relève du pouvoir souverain du juge qui doit adopter le mode de calcul le plus approprié en tenant compte des caractéristiques du préjudice et de la victime. S’il s’écarte de la méthode proposée par la victime, il doit motiver sa décision. Si les pièces produites par la victime ne permettent pas d’apprécier l’étendue du dommage, le juge fera une évaluation ex aequo et bono ou forfaitaire. Cette méthode a un caractère subsidiaire et le juge doit motiver sa décision d’y recourir en précisant l’impossibilité dans laquelle il est de déterminer avec certitude l’étendue du dommage ainsi que les raisons de ne pas se satisfaire des pièces présentées par les parties. Aussi, le juge ne peut statuer ultra petita car l’article 1382 du Code Civil n’étant pas d’ordre public, le juge ne peut procurer à la victime une indemnisation supérieure à celle qu’elle réclame. §1) La détermination de la date d’évaluation du dommage Le dommage n’est pas toujours une donnée figée, il peut évoluer (atténuation ou aggravation). Or, selon le principe de la réparation intégrale, il y a lieu de replacer le plus exactement possible la victime dans la situation qui était sienne avant l’accident. L’appréciation de l’étendue du dommage devrait avoir lieu le jour de la réparation effective mais, comme ce n’est pas possible, on retient la solution qui consiste à se placer à la date la plus proche de la réparation, soit au jour du jugement. Ce jour n’étant pas connu des parties lorsqu’elles remettent leurs conclusions, elles doivent l’estimer approximativement pour effectuer leurs calculs concernant l’étendue du dommage. Remarque : le droit à la réparation, lui, naît le jour de la survenance du dommage. Le splitsing càd l’évaluation du dommage au moment du jugement conduit à distinguer deux périodes de manière à évaluer distinctement le dommage passé et le dommage futur. Remarque : cette distinction n’a lieu d’être qu’en cas d’évaluation par capitalisation.

55 S’il est connu, le dommage passé peut être évalué sans capitalisation, en considération de la perte professionnelle réellement subie par la victime depuis le jour de l’accident et réévalué à la date du jugement afin de tenir compte de l’érosion monétaire. Le dommage futur est plus difficile à déterminer au moment où le juge statue. On procédera donc soit à une capitalisation, soit à l’octroi d’une rente viagère en fonction de la perte certaine de revenus futurs appréciés sur la base de la survie lucrative probable. Lors de l’évaluation du dommage au jour du jugement, faut-il tenir compte des variations survenues entre le moment de la réalisation du dommage et le moment de l’évaluation judiciaire ? On distingue : - les variations intrinsèques qui vise l’hypothèse où c’est le préjudice initial qui subit une évolution (3 types : connues, prévisibles et probables). Le juge doit prendre ne considération les variations connues càd déjà intervenues au moment de déterminer l’indemnité due sauf s’il s’agit d’éléments sans rapport avec la faute à l’origine du dommage. Il doit également tenir compte de toutes les variations prévisibles mais ne peut tenir compte de simples conjectures. Enfin, les variations du dommage sont possibles sans être certaines c’est pourquoi, la victime peut faire acter des réserves dans le jugement fixant l’indemnisation. Dans le cas où l’état de santé peut évoluer, la victime pourra demander un complément d’indemnité pour compenser l’aggravation de son état sans que l’autorité de chose jugée qui s’attache au jugement ne puisse être opposée. - les variations extrinsèques concernent les circonstances extérieures ayant une incidence sur le préjudice subi. On distingue l’érosion monétaire passée et l’érosion monétaire future. Si la victime le demande, le juge doit tenir compte de l’érosion monétaire passée (cfr page 7 et 8); par contre, il est difficile de tenir compte de l’érosion monétaire future vu son caractère incertain (mais le problème est évité si l’indemnité est allouée sous forme de rente viagère). §2) L’évaluation du dommage aux biens Le préjudice matériel est une atteinte patrimoniale résultant soit de lésions corporelles ou d’un décès, soit de dégâts causés à des biens. Lorsqu’une chose est détruite ou endommagée, la réparation consiste à reconstituer le patrimoine de la personne lésée, de manière à replacer celle-ci dans la situation patrimoniale qui était la sienne avant de subir la perte ou de consentir les dépenses occasionnées par le fait dommageable (damnum emergens). Mais ce fait dommageable vient troubler l’usage que la victime avait de la chose. Il faut donc également prendre en considération la privation de jouissance et la perte du gain résultant de l’événement dommageable (lucrum cessans). L’indemnisation doit permettre à la victime de retrouver l’usage de son bien, moyennant sa réparation ou son remplacement. Le montant de l’indemnité est donc fixé en fonction du coût de la remise en état du bien ou de son remplacement. Lorsque la chose a été détruite, le dommage consiste en la privation pour la victime de la chose elle-même (non du prix de celle-ci). Aussi, il s’agit pour le responsable de remplacer le bien endommagé par une chose semblable (= remplacement en nature). Ce remplacement étant impossible, la réparation se fait par équivalent et consiste à payer à la victime une indemnité représentant la valeur de remplacement de la chose.

56 La valeur de remplacement est définie comme étant la somme nécessaire pour acquérir une chose semblable et elle se distingue de la valeur vénale qui correspond au prix que le propriétaire aurait pu obtenir en vendant son bien avant la survenance du dommage. Toutefois, si la chose est simplement endommagée et qu’elle peut être réparée, la victime ne peut exiger du responsable la valeur d’achat d’un bien similaire. Dans ce cas, l’indemnisation consiste en une somme d’argent permettant de couvrir le coût de la remise en état cependant, la victime dispose librement de l’indemnité sans obligation à réparation. Néanmoins, si le coût total des réparations excède la valeur de remplacement du bien sinistré, son propriétaire doit se contenter de la valeur de remplacement sans pouvoir exiger le coût de la remise en état même si le bien est réparable. Mais la victime a droit au coût des réparations au-delà de la valeur de remplacement, s’il est impossible de trouver une chose semblable pour remplacer le bien endommagé. C’est à la victime d’établir l’impossibilité de remplacement. Cette disposition concerne surtout les objets rares ou uniques. §3) L’évaluation des dommages corporels Le préjudice résultant d’une atteinte à l’intégrité corporelle comporte une composante matérielle et morale => deux méthodes : - la capitalisation qui consiste à accorder en une fois à la victime un capital destiné à compenser les pertes de revenus subies jusqu’au décès probable de la victime ou jusqu’à la fin de sa survie lucrative - l’octroi d’une rente périodique indexée calculée en fonction de la survie lucrative, évaluée à l’aide de tables de mortalité et de vie moyenne Le calcul de la réparation tient compte du dommage résultant d’une incapacité fixée en fonction du degré d’invalidité : - l’invalidité est une notion médicale désignant un amoindrissement d’ordre anatomique ou fonctionnel subi par une personne indépendamment des répercussions éventuelles sur les activités lucratives - l’incapacité (temporaire ou permanente) tient compte des répercussions de l’invalidité sur le potentiel économique de la victime et sur son aptitude à exercer des activités lucratives dans le milieu économique et social qui est le sien. De plus, l’incapacité peut constituer un empêchement total ou partiel de travailler La consolidation marque le passage de l’une à l’autre et elle détermine le moment où l’état de la victime n’est plus susceptible d’évolution. Remarque : le jugement sur le dommage ne peut intervenir qu’après la consolidation même si la victime a perçu des provisions. On distingue : - l’incapacité totale permanente - l’incapacité totale temporaire - l’incapacité partielle permanente - l’incapacité partielle temporaire §4) L’évaluation des dommages moraux Le dommage moral est extra-patrimonial càd non susceptible d’évaluation pécuniaire, il est donc difficilement réparable. L’allocation d’une somme d’argent peut difficilement compenser

57 le préjudice occasionné par une indiscrétion de la presse, laver l’atteinte portée à l’honneur ou encore effacer la douleur liée à la perte d’un proche,… C’est pourquoi, le dommage moral n’est pas susceptible de compensation pécuniaire. La réparation est impuissante à effacer le préjudice quelle que soit sa nature; elle doit donc tendre à procurer à la victime une situation équivalente à celle dont elle aurait bénéficié si le préjudice ne s’était pas produit. La réparation suppose une équivalence qualitative et quantitative càd une commune mesure entre la compensation et le préjudice. Malgré toutes ces considérations, la réparation du dommage moral est désormais admise bien que le dommage moral soit rebelle à toute tentative de mesure et d’évaluation précise. On se contente donc d’une évaluation ex aequo et bono. Dans l’évaluation du dommage moral lié au préjudice résultant d’une atteinte à l’intégrité physique, il existe différents postes spécifiques : - le dommage moral général couvre toute atteinte aux intérêts extra-patrimoniaux de la victime fait l’objet d’une évaluation ex aequo et bono proportionnellement au taux et aux jours d’incapacité. - le pretium doloris désigne le préjudice lié à la souffrance physique causée par les blessures et traitements. Il s’agit d’un aspect particulier du dommage moral lié au traumatisme, sans constituer un préjudice économique. Sa réparation est évaluée selon l’importance de la douleur par l’expert médecin + classement d’intensité des douleurs sur échelle de 7 degrés. - le préjudice esthétique renvoie à la souffrance morale liée à la disgrâce physique résultant de lésions corporelles. Il peut présenter un aspect matériel lorsque l’activité professionnelle de la victime suppose un contact régulier avec le public. L’expert médical évalue objectivement le préjudice et le juge fixe l’indemnité en fonction de divers paramètres : l’âge, le sexe, la profession, la localisation des cicatrices et leur caractère plus ou moins apparent,… L’évaluation se fait sur la base d’une échelle de 1 à 7 représentant les différents degrés de gravité (cfr page 12). - le préjudice d’agrément concerne la diminution des plaisirs de la vie résultant du préjudice corporel subi. Il vise le fait que la victime ne pourra plus pratiquer son sport habituel,… - le préjudice sexuel (ou pretium voluptatis) désigne la perte de l’espoir de fonder un foyer et d’avoir une vie familiale et sexuelle normale (cfr page 12). La réparation de ce type de dommage peut être demandée par la victime mais aussi par son partenaire (dommage de répercussion). L’indemnisation tient compte de toutes les circonstances particulières de la victime : son âge, son état civil, sa situation,… Remarque : il n’est pas exclu que le dommage au bien se double d’un préjudice moral susceptible d’une réparation. En effet, la jurisprudence a admis dans certains cas de prendre en compte l’atteinte aux sentiments d’affection qui le propriétaire avait pour son bien disparu ou détérioré. Ce type de dommage est pris en considération en cas d’atteinte portée à un animal ou à une chose inanimée, unique et irremplaçable. La victime doit démontrer la valeur affective du bien perdu et le caractère certain du préjudice qu’elle déclare avoir subi. Pour ce qui est des choses inanimées, le pretium affectiones ne sera admis que pour des choses d’espèces, non fongibles, irrémédiablement perdues ou endommagées. Chapitre 5. L’imbrication des responsabilités délictuelle et contractuelle (cfr page 14)

58 Chapitre 6. Illustration des principes dans des secteurs choisis Section 1. La responsabilité médicale Sous-section 1. Causes de justification de l’acte médical Dans l’exercice de sa profession, le médecin porte constamment atteinte à l’intégrité physique de ses patients. En pratiquant son art de la manière dont le législateur l’a réglementé, le médecin bénéficie d’une « cause légale de justification l’immunisant de toute poursuite » concernant ces atteintes pour autant qu’il respecte les conditions dégagées par la jurisprudence et la doctrine càd le consentement libre et éclaire du patient, le but curatif ou thérapeutique de l’acte médical et l’absence de faute de la part du médecin. §1) Le consentement libre et éclairé du patient Aucune atteinte à l’intégrité physique du patient n’est légitime si ce dernier n’y a pas consenti. Ce consentement doit être donné librement et en connaissance de cause. §2) Le but curatif ou thérapeutique de l’acte médical Selon l’article 1er de l’arrêté royal n°78, « tout acte médical doit poursuivre un but curatif ou préventif ». L’acte médical doit ainsi être utile et nécessaire pour le patient. Cette notion de but curatif a évolué vers une notion plus large de but thérapeutique de sorte qu’aujourd’hui, tout acte qui participe au bien-être général du patient (tant physique que psychologique) répond à cette condition (cfr page 16). Encore que bien que l’acte médical présente un but thérapeutique pour le patient, le médecin doit veiller à ce que les risques encourus par le patient en raison du traitement ne soient pas excessifs par rapport au bénéfice escompté pour celui-ci. §3) L’absence de faute de la part du médecin Le médecin est personnellement responsable des erreurs qu’il commet dès lors qu’elles n’auraient pas été commises par un médecin normalement prudent et diligent placé dans les mêmes circonstances. Sous-section 2. Nature et qualification juridique des rapports entre le médecin et le patient §1) Le contrat médical Il s’agit d’un contrat consensuel, synallagmatique et intuitu personae. Il se forme par l’accord de volontés (exprès ou tacite) des intervenants. Par ce contrat, le médecin s’engage à traiter le patient avec une diligence et une prudence normales et à lui conférer des soins conformes aux données de la science alors que le patient s’engage à payer les honoraires => le patient est maître de sa personne et c’est par un contrat librement consenti qu’il confère au médecin des droits sur son corps. §2) La relation extracontractuelle entre le médecin et le patient Dans certains cas, la relation juridique entre le médecin et son patient doit être qualifiée extracontractuelle. En effet, si le patient ne peut consentir, s’il ne peut choisir librement son médecin ou s’il est force de se soumettre à un traitement, aucun contrat ne pourra être conclu. §3) Intérêts pratique de la distinction Si cette distinction présente un intérêt théorique, elle a peu d’incidence en pratique vu que les critères d’appréciation des conditions de la responsabilité contractuelle et aquilienne sont fort semblables.

59 Le patient pourra presque toujours décider de poursuivre le médecin en responsabilité aquilienne alors même qu’un contrat valablement conclu existait. En effet, la Cour de cassation considère que les conditions du concours de responsabilités sont réunies lorsque la faute contractuelle est aussi constitutive d’une infraction pénale. Or, par sa profession, le médecin porte atteinte à l’intégrité physique de ses patients; par conséquent, lorsqu’il commet une faute, celle-ci sera constitutive d’une infraction pénale. Sous-section 3. Les obligations du médecin envers son patient §1) Le principe : les obligations de moyens L’obligation est de moyens lorsque le débiteur qui la souscrit s’engage à tout mettre en œuvre pour parvenir à un objectif déterminé mais sans garantir qu’il y parviendra. Remarque : elle est de résultat lorsque le débiteur s’engage à atteindre le résultat promis. Il suffira au créancier d’une obligation de résultat de prouver que le résultat promis né pas été atteint alors que le créancier d’une obligation de moyens devra prouver une faute de son débiteur càd que celui-ci n’a pas tout mis en œuvre pour exécuter ses engagements. La jurisprudence belge qualifie les obligations du médecin envers son patient d’obligations de moyens. En effet, le médecin ne promet la guérison du patient mais seulement qu’il mettra en œuvre tous les moyens à sa disposition pour tenter d’améliorer l’état du patient. La médecine n’étant pas une science exacte, il serait impensable que le médecin s’engage à une guérison inconditionnelle du patient. §2) Quelques obligations de résultat Dans certains cas, le médecin répond d’une obligation de résultat : - il doit respecter les prescriptions légales déterminées. Il arrive qu’un texte légal ou réglementaire prescrive un comportement déterminé ou une interdiction précise à charge du médecin sans laisser à celui-ci la moindre liberté d’appréciation. Le médecin qui ne s’y conforme pas sera considéré comme fautif suivant le principe d’identité des notions de faute et d’illégalité (exemple page 18) - les parties au contrat peuvent avoir prévu que le médecin répondra de certaines obligations de résultat. Comme tout contrat, le contrat médical est gouverné par le principe de l’autonomie de la volonté et les parties sont libres d’en déterminer le contenu - aussi, la jurisprudence a qualifié d’obligations de résultat à charge du médecin certaines obligations dont l’exécution est dépourvue de caractère aléatoire (cfr page 19) - enfin, l’obligation du médecin d’informer son patient et de recueillir son consentement éclairé constitue (pour certains) une obligation de résultat §3) Une obligation particulière du médecin : l’obligation de recueillir le consentement libre et éclairé du patient La licéité d’un acte médical portant atteinte à l’intégrité physique d’une personne suppose le consentement de cette personne. Pour consentir librement, encore faut-il qu’elle ait reçu une information claire, complète et détaillée de son médecin => loi belge du 22 août 2002 relative aux droits du patient A/ Le devoir d’information 1. débiteur du devoir d’information L’obligation d’informer le patient repose sur le médecin exécutant le traitement ou l’intervention.

60 Remarque : une difficulté peut se présenter lorsque plusieurs médecins participent au traitement (cfr page 20). Dans ce cas, qui doit donner l’information au patient ? D’après la Cour de cassation française, « le devoir d’information pèse aussi bien sur le médecin prescripteur que sur celui qui réalise la prescription ». 2. contenu de l’information L’article 7, §1er de la loi du 22 août 2002 prévoit que « le patient a droit, de la part du praticien professionnel, à toutes les informations qui le concernent et peuvent lui être nécessaires pour comprendre son état de santé et son évolution probable ». L’article 8, §2 de la même loi précise que les informations fournies au patient en vue de la manifestation de son consentement à une intervention concernent « l’objectif, la nature, le degré d’urgence, la durée, la fréquence, les contre-indications, effets secondaires et risques inhérents à l’intervention et pertinents pour le patient, les soins de suivi,… ». Cette liste n’est pas limitative et le médecin pourra ajouter toute autre information qui lui paraît souhaitable compte tenu de la situation du patient. Un des éléments d’information les plus délicats à apprécier et qui suscite un grand nombre de litiges est celui des risques de l’intervention ou du traitement à communiquer au patient. Le médecin doit-il révéler tous les risques à son patient même ceux d’une extrême rareté ? La majorité de la jurisprudence belge considère que le médecin se doit de communiquer à son patient les risques normaux et prévisibles par opposition aux risques rares exceptionnels et anormaux. Selon cette théorie, « le devoir d’information du médecin doit s’entendre de manière raisonnable, en ce sens qu’il ne saurait être question d’imposer au médecin l’obligation de faire apparaître à son client toutes les conséquences défavorables possibles d’une intervention quelconque que le devoir d’information porte que les risques normalement prévisibles ». Une seconde théorie défend l’obligation du médecin de communiquer à son patient tous les risques significatifs càd ceux dont le médecin sait ou doit savoir qu’ils sont importants et pertinents, pour une personne normale placée dans les mêmes circonstances que le patient, appelée à consentir en connaissance de cause au traitement proposé. Un risque sera considéré comme significatif sur base de différents critères : la fréquence du risque, la gravité du risque, la nécessité thérapeutique de l’intervention et la situation du patient. Le médecin devra révéler à son patient un risque grave même hypothétique ou exceptionnel. 3. modalités de communication de l’information L’information doit être claire, compréhensible et adaptée au patient. Elle peut être communiquée oralement ou par écrit. Pour les interventions médicales délicates, il est de plus en plus fréquent que le patient se voie remettre une brochure d’information. Cependant, l’information doit toujours être personnalisée compte tenu de l’état du patient, de sa situation, de sa capacité à comprendre et à supporter l’information. Le moment où l’information est communiquée est aussi important car il peut influencer le processus de prise de décision du patient. L’article 8, §3 de la loi du 22 août 2002 prévoit que l’information est fournie en temps opportun. Sauf impossibilité, l’information doit être fournie à un moment où le patient dispose encore de sa capacité de discernement et lui laissant un temps de réflexion suffisant avant l’intervention projetée.

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4. exceptions au devoir d’information (prévues par loi du 22 août 2002) - le patient peut lui-même renoncer à son droit d’être informé - en raison de la santé du patient, le médecin peut choisir de lui taire certaines informations qui pourraient lui nuire => but : empêcher que des éléments d’informations n’aient un effet néfaste sur l’état de santé du patient ou éviter que l’information ne trouble le patient au point de l’empêcher de prendre une décision libre. Dans ce cas, le médecin devra consulter un autre praticien pour avoir son avis et devra révéler les informations cachées au patient à une personne de confiance. B/ Le devoir de recueillir le consentement du patient 1. caractère du consentement Le patient ayant la maîtrise de son corps, son consentement est indispensable à tout traitement ou intervention médicale. Pour être valable, son consentement doit être libre et éclairé. Un consentement libre est un consentement donné en dehors de toute pression ou contrainte. Le médecin doit se garder de toute tromperie et le patient doit se trouver dans un état normal, disposant de toutes facultés mentales. Un consentement éclairé est un consentement donné en connaissance de cause par un patient qui aura reçu au préalable toutes les informations nécessaires à la prise de décision. 2. formes de consentement L’article 8, §1er de la loi du 22 août 2002 prévoit que le consentement doit en principe être donné de manière expresse par le patient (oralement ou par écrit). Le médecin pourra se contenter d’un consentement tacite ou implicite lorsqu’il pourra raisonnablement inférer du comportement de son patient que celui-ci consent à l’acte médical. Le silence du patient ne vaut consentement que lorsqu’il est univoque et circonstancié (cfr page 23). Un consentement tacite suffit pour des actes médicaux courants et ne comportant que peu de risques afin de ne pas paralyser l’exercice normal de la médecine alors qu’un consentement exprès sera exigé pour des actes médicaux moins ordinaires et plus risqués. 3. exception à l’obligation de recueillir le consentement du patient En cas d’urgence, il n’est pas toujours possible d’informer le patient et de recueillir son consentement. Dans ce cas, la loi du 22b août 2002 prévoit que le médecin pourra se passer du consentement du patient et procéder à une intervention médicale en respectant les intérêts du patient. Autres exceptions en fonction de situations particulières : cfr page 23. Sous-section 4. Conditions de la responsabilité du médecin La matière de la responsabilité médicale ne fait pas l’objet d’une réglementation particulière en droit belge et reste donc soumise aux règles de droit commun de la responsabilité contractuelle et aquilienne.

62 Le médecin sera responsable si son patient prouve une faute, un dommage et un lien causal entre les deux. §1) La faute A/ Notion de faute et critère d’appréciation Le médecin répond de sa culpa levis in abstracto. Son comportement sera donc apprécié de manière objective et abstraite par rapport au comportement qu’aurait adopté une personne normalement prudente et diligente placée dans les mêmes circonstances. Toute erreur médicale n’est pas fautive et n’entraîne pas forcément la responsabilité du médecin qui l’a commise. Ce n’est que si ce bonus paterfamilias n’aurait pas commis la même erreur dans les mêmes circonstances que le médecin sera considéré comme fautif. Le modèle abstrait du bonus pater familias doit être adapté aux circonstances de fait. Le comportement du médecin sera comparé au comportement qui peut être attendu d’un médecin de la même spécialisation normalement prudent et diligent (= bonus medicus). En matière de responsabilité médicale, la jurisprudence est sévère dans l’appréciation de la norme de diligence. Dans un souci d’indemnisation des victimes, le comportement des médecins est de plus en plus comparé au comportement qu’aurait adopté un « super médecin ». B/ Principe d’identité des fautes civile et pénale Le procès pénal à charge du médecin et le procès civil intenté par le patient en vue d’obtenir réparation de son dommage entretiennent des liens étroits. Ce principe aura 2 conséquences : - en vertu de la règle « le criminel tient le civil en état », le juge civil devra surseoir à statuer tant que la juridiction pénale n’a pas rendu sa décision. - l’autorité absolue de la chose jugée au pénal sur le civil impose au juge civil de tenir pour vrai ce qui a été définitivement jugé par le juge répressif. Par conséquent, si le juge pénal condamne le médecin pour infraction, la victime ne devra plus démontrer une faute au civil pour être indemnisée. Par contre, si le médecin a été acquitté au pénal, il ne sera plus possible pour la victime d’établir l’existence d’une faute civile et d’obtenir réparation de celle-ci. C/ Application de la notion de faute à la relation médicale 1. le diagnostic Le médecin doit prendre toutes les précautions normales pour établir un diagnostic. Le patient doit être interrogé et examiné, des tests ou examens doivent être accomplis et, dans les cas les plus complexes, il peut être fait appel à un collègue spécialisé (cfr page 25). Toute erreur de diagnostic ne constitue pas forcément une faute. Ainsi, lorsqu’il s’agit d’un diagnostic compliqué, le médecin ayant commis une erreur ne sera pas considéré comme fautif si un médecin normalement prudent et diligent aurait pu conclure au même diagnostic erroné dans les mêmes circonstances. 2. le consentement libre et éclairé du patient L’atteinte à l’intégrité du patient ne sera légitime que si celui-ci y a consenti. Le patient doit consentir librement et de manière éclairée à toute intervention, tout traitement. Le médecin doit donc donner à son patient toutes les informations nécessaires et s’assurer du consentement de celui-ci.

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Cette obligation est la source de nombreux procès où il est reproché au médecin de ne pas avoir suffisamment informé son patient, comme l’aurait fait médecin normalement prudent et diligent. Un tel défaut d’information en lien causal avec un dommage, ouvrira la voie à la réparation pour la victime (cfr page 26). 3. le traitement Le médecin jouit de la liberté thérapeutique. Il ne pourra pas faire l’objet de « limitations réglementaires dans le choix des moyens à mettre en œuvre, soit pour l’établissement d’un diagnostic, soit pour l’institution du traitement et son exécution… ». Le médecin est donc le seul juge dans le choix du traitement qui convient à son patient. Cependant cette liberté n’est pas absolue. Le médecin se doit d’opter pour le traitement le plus efficace et comportant le moins de risques pour le patient. Commet une faute le médecin qui utilise une technique scientifiquement dépassée ou inadaptée, qui procède à un examen dangereux et inutile, qui persévère dans un traitement inefficace,… Même si le traitement est adapté, une faute peut être commise dans son exécution. Le médecin n’est en principe pas soumis qu’à une obligation de moyens et, par conséquent, l’échec d’un traitement ou d’une intervention n’induit pas forcément une faute de sa part. En cas d’incident, le patient devra prouver qu’une telle erreur n’aurait pas été commise par un médecin normalement prudent et diligent. 4. les soins postérieurs Le médecin doit procurer au patient ses soins attentifs aussi longtemps que l’état de santé de celui-ci l’exige. Ses obligations ne prennent pas donc fin après une opération ou un traitement. Le médecin doit surveiller l’état de santé du patient pour éviter des complications postérieures à son intervention. Ainsi, même si l’opération a été réalisée sans faute, le manque de suivi médical adéquat pourra constituer une faute susceptible d’engager la responsabilité du médecin (cfr page 27). §2) Le dommage et le lien causal Le dommage doit être en lien causal (apprécié au regard de la théorie de l’équivalence des conditions) avec la faute reprochée au médecin. Le dommage doit être certain; cependant, la médecine n’est pas une science exacte et le dommage n’est jamais absolument certain vu qu’on compare la situation du patient avec l’état dans lequel il aurait dû se trouver si l’acte dommageable ne s’était pas produit. Cet état est toujours hypothétique en raison de l’aléa thérapeutique. Le juge devra dons se contenter d’une certitude judiciaire pour déclarer un dommage établi selon le degré de probabilité. La jurisprudence applique également la théorie de la perte d’une chance. En effet, la perte d’une chance de survie ou de guérison est un dommage indemnisable si elle est en lien causal avec une faute du médecin. Vu que l’issue de l’intervention en l’absence de faute est incertaine, le patient pourra réclamer une indemnisation pour avoir perdu une chance d’obtenir un avantage ou d’éviter un inconvénient. Pour être indemnisable, la chance doit

64 avoir été réelle ou sérieuse et pas hypothétique. Il faut qu’une possibilité effective d’obtenir la guérison, la survie,… ait été perdue par la faute du médecin. Remarque : la théorie a été reconnue par un arrêt de la Cour de cassation du 19 janvier 1984. Elle est souvent appliquée lorsque la faute du médecin consiste en un défaut d’information. Le patient devra donc prouver que s’il avait été correctement informé sur les risques d’une intervention il aurait eu une chance de refuser cette dernière et donc d’éviter le dommage. A cet égard, le juge pourra tenir compte du caractère vital de l’intervention, de la fréquence, de la gravité du risque,… Lorsque le juge reconnaît que le patient a perdu une chance par la faute du médecin, il doit évaluer cette chance pour chiffrer la valeur de l’indemnisation. Cette évaluation est délicate et le juge se retranchera derrière une évaluation ex aequo et bono càd en équité. §3) La charge de la preuve Le demandeur en responsabilité civile doit prouver trois éléments constitutifs de la responsabilité ainsi, le patient qui entend obtenir réparation de son médecin devra prouver : la faute du médecin, le dommage subi et le lien causal unissant les deux (art. 1315 C.Civ.). Pour aider le patient dans sa recherche de la vérité, la loi du 22 août 2002 a consacré le droit du patient de consulter et d’obtenir une copie de son dossier médical. Le juge apprécie souverainement les preuves qui lui sont remises; il n’aura souvent pas de certitude absolue quant à l’existence d’une faute c’est pourquoi, il arrive qu’il accepte comme preuve de cette faute l’application de critère du cours normal des choses càd que la victime ne devra démontrer la faute du médecin mais pourra se contenter de prouver que le dommage ne serait pas survenu dans le cours normal des choses sans une faute du médecin. En Belgique et en France, le patient qui prétendait ne pas avoir été bien informé par son médecin et ne pas avoir consenti librement à l’acte médical devait prouver ce défaut d’information et de consentement. Mais, un arrêt de la Cour de cassation française du 25 février 1997 opéra un important revirement en affirmant que « le médecin est tenu d’une obligation d’information vis-à-vis de son patient et qu’il lui incombe de prouver qu’il a exécuté cette obligation ». L’argument de cette solution est celui de la meilleure aptitude à la preuve (cfr page 30). Ce revirement jurisprudentiel a eu des répercussions sur la jurisprudence belge mais, la Cour de cassation dans un arrêt du 14 décembre 2001 a choisi de privilégier la solution traditionnelle en décidant que la preuve de la faute consistant en un défaut d’information incombait au patient. Sous-section 5. La responsabilité du médecin et/ou de l’hôpital pour le fait d’autrui et pour le fait des choses §1) La responsabilité de l’hôpital pour les fautes du médecin Dans certains cas, le médecin se trouve dans un lien de subordination par rapport à l’hôpital; c’est le cas lorsque l’hôpital a la possibilité juridique ou de fait d’exercer son autorité ou sa surveillance sur les actes du médecin. Le médecin peut donc être considéré comme préposé de l’hôpital.

65 L’existence de ce lien de subordination est une question de fait examinée au cas par cas. Des éléments tels que l’absence de liberté du médecin de choisir ses patients, des horaires ou des équipes, la soumission à un règlement de travail ou la détermination de la rémunération pourront être prises en considération pour conclure à l’existence d’un lien de subordination entre l’hôpital et le médecin. Si un tel lien existe, le médecin sera considéré comme préposé de l’hôpital lequel devra donc répondre des fautes de celui-ci sur base de l’article 1384, alinéa 3 du Code Civil. §2) La responsabilité du médecin pour les fautes des ses subordonnés Le médecin devra répondre du fait d’autrui selon l’article 1384, alinéa 3 du Code Civil. En effet, il est responsable des fautes commises par ses préposés (assistants, internes,…). A nouveau, le lien de subordination sera examiné au cas par cas. §3) La responsabilité du médecin et/ou de l’hôpital pour des choses vicieuses ou des produits défectueux Selon l’article 1384, alinéa 1er du Code Civil, toute personne est responsable du dommage causé par une chose placée sous sa garde, pour autant que ce dommage résulte d’un vice de la chose. Il s’agit d’une responsabilité pour risque : la victime ne doit donc pas prouver la faute mais le vice de la chose en lien causal avec le dommage subi. Lorsqu’un accident se produit à l’hôpital, celui-ci sera désigné comme gardien de la chose vicieuse. Il arrive que le médecin soit considéré comme gardien ou la garde sera considérée commune à l’hôpital et au médecin (tous deux étant responsables envers la victime). Section 2. La responsabilité dans le domaine de l’environnement Les mécanismes de la responsabilité civile s’appliquent difficilement aux problématiques environnementales. En effet, les situations génératrices de pollution ne remplissent pas les conditions de la responsabilité civile (cfr page 32). §1) La responsabilité aquilienne A/ Conditions 1. la faute a) une norme prévoit une obligation déterminée Il est plus simple d’établir l’existence d’une faute lorsqu’une norme impose des obligations déterminées à respecter. Les normes génératrices de telles obligations dans le domaine de l’environnement sont en pleine expansion. Le champ de la responsabilité tant pénal que civile des acteurs concernés va en grandissant. De plus, la jurisprudence tend à réinterpréter certaines dispositions afin de les rendre applicables à certains ces de pollution. b) absence de norme prévoyant une obligation déterminée Dans de nombreux cas, les problèmes de pollution ne sont pas causés par un manquement à une obligation déterminée prévue par une norme particulière. Pour démontrer l’existence d’une faute, il y a donc lieu d’établir une violation de l’obligation générale de prudence (édictée par l’article 1382 du Code Civil). A cet égard, le juge dispose d’un important pouvoir d’appréciation. Toutefois, il est parfois difficile d’identifier le manquement qui est à l’origine d’une pollution déterminée. En effet, une pollution peut avoir pour source différents rejets autorisés par les autorités publiques ce qui exclut l’existence d’une faute dans le chef du pollueur. La pollution peut également remonter à une époque si lointaine que l’auteur de la faute ne peut plus être

66 identifié ou ne peut plus être inquiété car ses actes ne constituaient pas un manquement à l’époque où il les a posés. Pour échapper à sa responsabilité, l’auteur du dommage tentera d’établir le caractère non fautif de son action en évoquant un fait justificatif. Dans le domaine de l’environnement, le pollueur pourra soutenir qu’il s’est conformé à l’état de l’art càd qu’il a respecté le niveau de connaissances techniques utilisés dans un système donné => doit-on s’en tenir à la technique habituellement utilisée ou exiger le recours à la technique la plus performante, la moins polluante mais la plus onéreuse ? Les communautés européennes paraissent encourager le critère d’appréciation fondé sur un compromis entre la meilleure technique disponible pourvu qu’elle n’entraîne pas un coût excessif. Comme autre fait justificatif, le pollueur pourra également invoquer l’état de nécessité en avançant que le coût d’un procédé moins polluant provoquerait la fermeture de l’entreprise et donc la suppression d’emplois. Face à cet argument, le juge doit opérer une véritable balance d’intérêts en tenant compte de l’état de l’art, de l’argument tiré de l’intérêt économique de l’entreprise et de la région dans laquelle cette dernière s’insère. Enfin, le pollueur pourra invoquer l’erreur invincible càd l’erreur que commettrait tout homme normalement prudent et diligent placé dans les mêmes circonstances de fait. c) preuve (cfr page 34) 2. le dommage L’article 1382 requiert l’existence d’un dommage càd la perte d’un avantage ou l’atteint à un intérêt pourvu qu’il soit stable et légitime. Le dommage doit être certain et personnel. Il n’est pas facile de déterminer à quel moment une atteinte à l’environnement constitue un dommage. En effet, toute activité humaine est génératrice de pollution mais le soin de déterminer si cette pollution constitue un dommage appartient au juge. De plus, le caractère personnel du dommage pose un autre problème : il interdit aux groupements d’intenter l’action en responsabilité afin de requérir la réparation des atteintes faites à l’environnement or, la défense de l’environnement est en grande partie menée par des associations. 3. le lien causal Après avoir établi l’existence d’une faute ou d’un dommage, il faut encore prouver le lien de causalité entre les deux => nouveau problème : comment établir ce lien dans les cas d’atteinte à l’environnement ? En effet, le lien causal peut être presque impossible à déterminer lorsque le dommage a pour origine l’activité de plusieurs parties ou lorsque l’atteinte se manifeste longtemps après l’acte polluant. De plus, la jurisprudence a tendance à considérer certaines incertitudes scientifiques en faveur du prévenu. B/ La réparation Une fois, les conditions de responsabilité civile du pollueur établies, il faut encore déterminer l’étendue du dommage et le montant de la réparation due.

67 1. le problème de la réparation adéquate Le terme préjudice écologique couvre deux types de dommages : - le dommage subi par les personnes et les choses en raison de la pollution du milieu dans lequel elles vivent - le dommage causé au milieu lui-même indépendamment de ses conséquences sur les personnes et les sur les biens Le régime de responsabilité prévu par les articles 1382 et 1383 du Code Civil s’applique facilement au premier type de dommages puisque l’évaluation de ces préjudices peut se faire selon les critères utilisés par la jurisprudence. Il n’en est pas de même pour le préjudice subi par le milieu en tant que tel. Ce préjudice ne peut pas réellement s’évaluer selon des critères d’ordre patrimonial. De plus, se cela pouvait se faire, encore faudrait-il déterminer comment répartir les sommes et à quoi les affecter. 2. réparation en cas de pluralité des responsables Une pollution a souvent pour origine plusieurs responsables. Le droit national applicable déterminera si l’on se trouve dans un système de responsabilité conjointe ou in solidum. La responsabilité in solidum a souvent été critiquée car elle favorise un effet dit de la vache à lait càd que la victime choisirait de poursuivre uniquement le responsable le plus solvable même si la responsabilité de ce dernier est moins importante ainsi qu’un effet dit de shopping juridique càd que la victime qui se retrouve face à plusieurs responsables de nationalité différente attaquera celui dont le pays aura la législation la plus favorable. §2) La responsabilité du fait des choses vicieuses Cette responsabilité est régie par l’article 1384 du Code Civil. Dans certains cas, il est possible d’appliquer cette disposition à des litiges environnementaux ce qui permet d’élargir le champ de la responsabilité environnementale. A/ Conditions 1. une chose vicieuse La victime devra établir que son préjudice a pour origine un vice affectant une chose. La notion de vice se définit comme une caractéristique anormale susceptible de causer un dommage. Le vice ne peut être un élément extrinsèque sans qu’il soit pour autant nécessaire qu’il soit permanent inhérent à la chose. Cette indétermination relative dans la notion du vice induit deux possibilités : - soit on interprète largement et l’application de l’article 1384, alinéa 1er du Code Civil est élargie - soit on interprète de manière stricte auquel cas il faudra se rabattre sur l’article 1382 du Code Civil => cfr page 36 et 37 En ce qui concerne les dommages causés par les activités industrielles, la victime se trouve dans une situation défavorable. En effet, ces activités sont généralement polluantes => il ne suffit pas d’invoquer l’existence de cette pollution pour se prévaloir de l’article 1384 du Code Civil

68 2. la garde de la chose (cfr page 37) La notion de gardien pose problème en matière d’environnement : - Qu’en est-il du propriétaire (ou locataire) d’un sol antérieurement pollué ? Il est en principe le gardien même s’il ne pouvait connaître le vice Un recours est possible contre le vendeur ou la personne ayant mis le bien à disposition sur base de la garantie des vices cachés, sur une base délictuelle si la faute est précontractuelle ou si l’existence même d’un contrat est déniée. Toutefois, de tels recours sont aléatoires car l’auteur de la pollution peu avoir disparu ou être devenu insolvable. Le gardien peut donc se voir imputer la charge d’une pollution à laquelle il n’a pas contribué. - Quand y a-t-il transfert de la garde et donc transfert du régime prévu par l’article 1384 du Code Civil ? La question risque de se poser de plus en plus puisque les conventions relatives au traitement et au transport de matières polluantes se multiplient. - Le gardien est-il le producteur initial des substances polluantes ou le détenteur de celles-ci qui se les voit confier pour transport, traitement ou élimination ? En principe, le détenteur devrait être considéré comme le gardien mais le producteur des substances polluantes a un devoir d’information vis-à-vis de celui-ci. 3. un dommage subi par un tiers La victime doit établir l’existence d’un dommage certain et personnel ce qui suscité des difficultés (cfr supra). B/ Effets Dès que la victime prouve que la chose était affectée d’un vice, le gardien est responsable du dommage qu’elle a causé. Aucune cause d’exonération ne peut être invoquée dès que les conditions de la responsabilité sont établies. Le défendeur ne peut se dégager qu’en s’attaquant aux conditions mêmes de sa responsabilité en démontrant que la chose n’est pas vicieuse, que le dommage n’est pas dû à la chose vicieuse ou que la chose n’est pas sous sa garde. La responsabilité du fait des choses vicieuses est plus avantageuse à la victime que la responsabilité du fait personnel. Toutefois, le problème de la réparation adéquate reste le même : on ne répare pas le dommage subi par le milieu lui-même. §3) La théorie des troubles de voisinage Il s’agit d’une création jurisprudentielle fondée sur une interprétation nouvelle du droit de propriété. A/ Conditions 1. un trouble porté au droit de propriété La victime devra prouver qu’un trouble est apporté à son droit de propriété sans qu’il lui soit nécessaire d’établir une quelconque faute émanant de l’auteur du trouble. En matière d’environnement, la jurisprudence belge applique la théorie des troubles de voisinage aux nuisances tels que le bruit, les odeurs,… Dans de nombreux litiges, l’article 544 du Code Civil est invoqué en combinaison de l’article 1382 du Code Civil (cfr page 39).

69 2. un trouble excessif Pour qu’un trouble soit retenu, il faut qu’il excède les inconvénients normaux du voisinage et que l’équilibre devant exister entre les propriétés voisines soit rompu par le comportement du propriétaire voisin. La jurisprudence appréciera le trouble en fonction du lieu et du temps ce qui réduit la valeur de la théorie en tant qu’instrument de protection contre les agressions qui affectent l’environnement. Une certaine jurisprudence paraît encline à appliquer le critère dit de préoccupation selon lequel l’appréciation du caractère anormal du trouble varie suivant le lieu d’installation et son taux d’exposition préalable à la pollution (cfr page 39 et 40). Enfin, la définition du voisinage est susceptible d’interprétations diverses. Il est admis qu’une stricte contiguïté des fonds n’est pas requise toutefois, des discussions surviennent quand il s’agit d’appliquer la théorie à des troubles créés à grande distance (cfr page 40). B/ La compensation L’application de la théorie des troubles de voisinage n’entraîne pas la réparation du dommage mais seulement le droit à une juste compensation de celui-ci (cfr page 40). Il semble souvent impossible de faire cesser une atteinte à l’environnement autrement qu’en faisant cesser la nuisance qui en est la cause. §4) Les régimes de responsabilités spécifiques => cfr page 40 et 41 A/ Droit national Au niveau du droit national, on trouve certains régimes de responsabilité objective insérés dans diverses législations particulières. Ces régimes comportent de nombreux avantages pour la victime qui ne doit plus établir la preuve d’une faute du pollueur tenu à une obligation de résultat ainsi que des avantages pour le pollueur qui voit sa responsabilité limitée à un certain plafond d’indemnisation. B/ Droit européen Un des premiers instruments de la responsabilité environnementale fut la convention du conseil de l’Europe du 8 mars 1993 qui ne fut jamais ratifié mais qui influença d’autres travaux de la commission européenne. Parmi ceux-ci, il y a le livre vert sur la réparation des dommages causés à l’environnement (= document de réflexion) ainsi que le livre blanc sur la responsabilité environnementale (portée plus opérationnelle et vise la mise en place d’un système de responsabilité environnementale). Ces deux livres ont été concrétisés par la directive du 21 avril 2004 sur la responsabilité environnementale en vigueur depuis le 30 avril 2004 et dont l’objectif est de mettre en place un cadre de responsabilité environnementale fondée sur le principe « pollueur-payeur » afin de prévenir et de réparer les dommages environnementaux. Le dommage environnemental couvre les dommages causés aux espèces et habitats naturels protégés ainsi que les dommages affectant les eaux et les sols. Le régime instauré tient pour

70 financièrement responsable l’exploitant dont l’activité a causé un dommage environnemental ou une menace imminente d’un tel dommage. Section 3. La responsabilité des médias (cfr page 42 et 43) §1) Cadre normatif – La liberté d’expression A/ Textes internationaux et européens (cfr page 43) B/ L’article 10 de la Convention européenne des droits de l’homme (cfr page 43 et 44) La convention et les arrêts de la Cour européenne des droits de l’homme de Strasbourg (CEDH) s’imposent aux états et aux juridictions nationales et ont une influence significative sur la position des cours et tribunaux en matière de responsabilité civile des médias. De nombreuses décisions font d’ailleurs référence à cette disposition ou aux arrêts de la Cour. 1. le principe de la liberté d’expression La liberté d’expression constitue « l’un des fondements essentiels d’une société démocratique, l’une des conditions primordiales de son progrès et de l’épanouissement de chacun »et « sous réserve du paragraphe 2, elle vaut non seulement pour les informations ou idées accueillies avec faveur ou considérées comme inoffensives ou indifférentes mais aussi pour celles qui heurtent, choquent ou inquiètent. Ainsi le veulent le pluralisme, la tolérance et l’esprit d’ouverture sans lesquels il n’est pas de société démocratique ». Toute personne relevant de la juridiction d’un état partie à la Convention peut revendiquer le respect de la liberté d’expression. Les opinions et informations peuvent être exprimées de diverses manières et peuvent concerner tous les domaines de la vie sociale (cfr page 45). 2. les restrictions à la liberté d’expression Toute ingérence dans l’exercice de la liberté d’expression est considérée comme une violation de la Convention dès qu’elle ne respecte pas trois conditions (énumérées à l’article 10 §2) : a) l’ingérence doit être prévue par la loi On vise ici la loi qui émane du Parlement mais aussi les textes de rang infra-législatif, la jurisprudence et les normes internationales. La loi doit être accessible et prévisible => cfr page 45 et 46 b) l’ingérence doit poursuivre un objectif légitime Par but légitime, on entend : - soit des buts destinés à protéger l’intérêt général (sécurité nationale, sûreté publique,…) - soit des buts destinés à protéger les intérêts individuels (droits d’autrui, protection des informations confidentielles,…) c) l’ingérence doit être nécessaire dans une société démocratique (cfr page 47) D’après la jurisprudence de la Cour, « la vérification du caractère nécessaire dans une société démocratique de l’ingérence litigieuse impose à la Cour de rechercher si celle-ci correspondait à un besoin social impérieux, si elle était proportionnée au but légitime et si les motifs poursuivis par les autorités nationales pour la justifier sont pertinents et suffisants ». 3. illustration des principes dans la jurisprudence de la CEDH Selon la Cour européenne, la liberté de la presse constitue une des « composantes essentielles de la liberté d’expression ». la Cour insiste sur son rôle éminent dans une société

71 démocratique, en vertu duquel « il lui incombe de communiquer dans le respect de ses devoirs et responsabilités, des informations et des idées sur toutes les questions d’intérêt général ». La Cour reconnaît que « les méthodes permettant de faire des reportages objectifs et équilibrés peuvent varier considérablement, en fonction notamment du moyen de communication dont il s’agit; il n’appartient pas à la Cour, ni aux juridictions nationales de se substituer à la presse pour dire quelle technique de compte rendu les journalistes doivent adopter ». Pour ce qui est du contenu de l’obligation de vérification incombant aux journalistes, la Cour admet que « lorsqu’elle contribue au débat public sur des questions suscitant une préoccupation légitime, la presse doit pouvoir s’appuyer sur des rapports officiels sans avoir à entreprendre des recherches indépendantes. Sinon, la presse pourrait être moins à même de jouer son rôle de chien de garde ». Pour la Cour, l’exercice de cette liberté journalistique implique « le recours à une certaine dose d’exagération, voire de provocation ». Cette affirmation est vraie en matière politique et la Cour relève à cet égard que « l’invective politique déborde souvent sur le plan personnel : ce sont les aléas du jeu politique et du libre débat des idées, garants d’une société démocratique ». Aussi, selon la Cour, « l’homme politique s’expose inévitablement et consciemment à un contrôle attentif de ses faits et gestes tant par les journalistes que par la masse de citoyens; il doit par conséquent montrer une plus grande tolérance surtout lorsqu’il se livre lui-même à des déclarations publiques pouvant prêter à critique. L’article 10 §2 permet de protéger la réputation d’autrui càd de chacun. L’homme politique en bénéficie aussi même quand il n’agit pas dans le cadre de sa vie privée mais, dans ce cas, les impératifs de cette protection doivent être mis en balance avec les intérêts de la discussion des questions politiques, les exceptions à la liberté d’expression appelant une interprétation étroite ». Cette affirmation est également vraie à l’égard de ceux qui mènent une vie publique ou sont actifs dans le domaine public. Pour trancher les conflits entre vie privée et liberté d’expression, on peut se demander si l’information transmise au public « satisfait un intérêt légitime, si elle présente une utilité sociale et si elle n’inflige pas à la personne mise en cause une souffrance disproportionnée ». En ce prononçant dans des affaires où la presse et le pouvoir judiciaire ont des intérêts contradictoires, la Cour estime que les journalistes ont tendance à s’ériger en juge et porter atteinte à l’impartialité du pouvoir judiciaire lorsqu’ils rédigent des articles qui « préjugent d’une question litigieuse soumise à une juridiction, entraînant un manque de respect pour les voies légales ou une immixtion dans l’administration de la justice; qui sont de nature à exposer une partie au litige à un examen public et préjudiciable de sa thèse, dissuadant ainsi les plaideurs dans leur ensemble à s’adresser aux tribunaux; ou qui, en portant atteinte au secret de l’enquête, peuvent affecter la bonne marche de celle-ci ». la diffusion de telles informations risque de porter atteinte à d’autres droits garantis par la Convention et notamment le droit à un procès équitable et la présomption d’innocence de l’article 6. C/ Textes belges L’article 19 de la Constitution garantit la liberté de manifester ses opinions en toute matière sauf la répression des délits commis à l’occasion de l’usage de cette liberté.

72 L’article 25 de la Constitution rappelle que la presse est libre et édicte certaines règles pour garantir l’effectivité de cette liberté. En ce sens, la censure et le cautionnement sont interdits. Ensuite, un régime de responsabilité en cascade visant à prémunir le journaliste contre la censure de la part des auxiliaires de la presse est organisé. Enfin, le délit de presse bénéficie d’un régime répressif de faveur : pour garantir une publicité renforcée aux procès de presse, le jury d’assises est établi en cette manière sauf pour les délits inspirés par le racisme et la xénophobie et le huis clos ne peut être prononcé qu’à l’unanimité ». §2) Les devoirs et responsabilités des acteurs des médias Pour mettre en cause la responsabilité des médias ou des auteurs d’informations diffusées, les articles 1382 et 1383 du Code Civil sont généralement invoqués. La victime doit donc administrer la triple preuve de la faute, du dommage et du lien de causalité. A/ La faute Comme la réparation des dommages causés par les médias relève du droit commun de responsabilité civile, les cours et tribunaux apprécient la faute de l’auteur de l’information diffusée par référence au paradigme du bon père de famille placé dans les mêmes circonstances externes de fait. En pratique, « il appartient au juge de vérifier, dans chaque cas, s’il y a eu ou non violation des obligations qui sont celles d’un journaliste normalement prudent et avisé et de comparer, avec la conduite de ce dernier, celle de l’auteur de l’article incriminé ». La faute résulte soit de la transgression des règles professionnelles en vigueur dont l’appréciation varie en fonction du contrôle judiciaire soit d’une atteinte à un droit de la personnalité. Remarque : souvent, ces deux aspects sont combinés. Comme il s’agit de règles professionnelles, elles se situent aux deux niveaux de l’activité d’information : la recherche et la communication càd que la faute commise s’apprécie soit au moment et dans la manière de recueillir et traiter l’information soit au moment et dans la manière de la communiquer. Mais, la nature du contrôle exercé par les cours et tribunaux varie selon que la faute invoquée est relative à un fait précis ou à l’expression d’un jugement de valeur. Le plus souvent, la faute porte atteinte à un droit de la personnalité. L’article 1382 du Code Civil permet de sanctionner cette atteinte pour autant que soient établis une faute, un dommage et un lien de causalité. En pratique, la liberté de la presse est en concurrence avec une autre valeur et pour trancher le conflit, il appartient au juge d’équilibrer les intérêts en présence dans le respect des principes énoncés par la CEDH. Il faut noter que l’atteinte au droit de la personnalité peut aussi constituer le préjudice : il s’agira souvent d’un dommage de type moral. Cela étant, c’est surtout au niveau de la faute que la discussion porte, pour déterminer quelle valeur doit peser le plus lourd dans la balance des intérêts en présence. 1. les contours de la diligence due a) obligations liées à la recherche de l’information Les journalistes sont tenus d’effectuer un minimum de recherches afin de s’assurer que leurs informations sont conformes à la réalité. Dans la mesure où ils s’appuient sur des données de seconde main voire sur des rumeurs, leur devoir d’investigation se traduit par une obligation de vérification raisonnable des données recueillies.

73 Cette obligation d’investigation et de contrôle est regardée comme une obligation de moyens. Elle s’apprécie « compte tenu de la précarité de leurs moyens » (selon une formule utilisé les décisions judiciaires). Cela signifie que les juges tiennent compte des conditions de travail des journalistes et de la relative carence de moyens de la presse belge. Ces contraintes conduisent la jurisprudence à ne pas ériger en faute un manquement à l’objectivité ou au devoir de véracité à l’égard des faits dès que le journaliste mis en cause a procédé à un travail raisonnable de vérification. Le journaliste doit s’adresser à des sources fiables et vérifier celles-ci avant de rendre publiques ses affirmations, surtout si elles s’avèrent graves. Par ailleurs, en aucun cas, le journaliste ne peut faire l’écho de rumeurs non vérifiées, ni affirmer qu’elle ne fait que rapporter l’existence de bruits en tant que témoin neutre et passif. En plus de faire preuve d’une intention loyale, le journaliste est tenu de vérifier la provenance des bruits et rumeurs ainsi que leur conformité à la réalité surtout lorsqu’ils sont susceptibles de porter atteinte à l’honneur ou à la bonne réputation de la personne visée. Le journaliste n’est pas à l’abri de toute responsabilité sous prétexte qu’il n’aurait fait que reproduire des informations préalablement rapportées par d’autres médias car ces circonstances ne le dispense pas d’effectuer un travail de vérification. L’importance du devoir de vérification est fonction de divers facteurs tels que : - la gravité des propos rapportés - l’importance du préjudice que ces propos sont susceptibles de causés si ils s’avèrent faux - le contexte dans lequel s’inscrivent les révélations - l’utilité pour le public des informations transmises - les moyens d’investigation et de vérification dont dispose le journaliste b) obligations liées à la diffusion de l’information Le journaliste doit préciser la part d’incertitude que l’information comporte. Il doit agir avec bonne foi, correction et objectivité, et ne pas présenter comme certain ce qui est douteux. Lorsqu’il s’est retrouvé dans l’impossibilité de contrôler l’exactitude d’une donnée, il a le devoir de l’indiquer en formulant les réserves opportunes ou de toute autre façon permettant au public d’évaluer sa fiabilité (exemple page 53). L’obligation de prudence du journaliste se marque également sur le ton employé. Ainsi, les journalistes doivent s’abstenir de propos méchants, malveillants, injurieux,… (cfr page 53). La prudence conduit souvent des journalistes à utiliser le conditionnel ou les guillemets pour suggérer que celle-ci est sujette à caution. Ces précautions de forme, si elles peuvent s’avérer utiles, ne les dispensent pas de leurs devoirs sur le fond. 2. la nature du contrôle judiciaire Pour déterminer l’étendue de l’obligation à laquelle sont astreints les journalistes en termes de preuve, la CEDH distingue les déclarations de fait (dont la matérialité peut se prouver) et les jugements de valeur (dont l’exactitude ne se prête pas à une démonstration). La jurisprudence rappelle que les médias ont un devoir de véracité à l’égard des faits. Etant donné que la matérialité des faits peut se prouver, il est du devoir du journaliste de réaliser un travail de recherche sérieux avant de faire état de faits précis. Cela étant, le journaliste n’est

74 pas automatiquement fautif dès lors que les faits avancés sont inexacts. Son obligation d’investigation est de simples moyens. Pour apprécier sa responsabilité, les tribunaux vérifient s’il y a eu un travail raisonnable d’investigation en vue de rassembler des éléments de preuve à l’appui de ses affirmations. Ils se montrent indulgents lorsqu’il est prouvé que le journaliste a pris soin de s’adresser à des sources dignes de foi, de vérifier ses affirmations et de les présenter avec les nuances voulues. En revanche, sa responsabilité sera retenue s’il s’est borné à révéler une information fournie par un tiers ou à répandre des rumeurs sans vérifier leur conformité à la vérité. Par contre, lorsque les reproches adressés à une publication visent moins les faits rapportés que les commentaires ou les jugements de valeur exprimés par son auteur, les tribunaux se contentent d’exercer un contrôle marginal càd qu’ils sanctionnent les excès manifestes commis dans l’expression des opinions ou jugements querellés. 3. approche thématique a) atteinte à la vie privée - éléments constitutifs de la vie privée La liberté de la presse peut entrer en conflit avec la protection de la vie privée. Pour cette raison, toute divulgation es éléments relevant de la vie familiale, professionnelle,… (pg 55) est en soumise à une autorisation. A défaut, la responsabilité du journaliste peut être engagée. Les atteintes à la vie privée concerneront les membres de la famille et les informations se cristalliseront sur certains événements qui les affectent (tantôts heureux, tantôt tragiques). Toute révélation d’éléments relevant de la sphère privée devra donc présenter un intérêt indiscutable pour l’information du public. La vie et l’orientation sexuelle d’une personne concernent sa vie privée et sont donc protégées en tant que telles. Commettent une faute les médias qui rendent publique cette orientation sans le consentement de la personne concernée. Si la révélation des convictions religieuses d’une personne doit être condamnée, la mise en cause de pratiques religieuses suspectes doit être approuvée. Les journalistes veilleront toutefois à vérifier leurs sources et à utiliser un ton mesuré surtout s’ils imputent des comportements pervers, voire criminels aux personnes en cause. La jurisprudence a aussi reconnu un droit à l’anonymat. Certains juges ont ainsi considéré qu’il y avait atteinte au droit à la vie privée et familiale lorsque l’identité des membres de la famille d’une personne décédée était révélée et que cette divulgation ne présentait pas la moindre utilité. A côté de cette hypothèse, les magistrats ont aussi sanctionné les journalistes qui, sans donner expressis verbis le nom de la personne concernée permettent au public de l’identifier. - tempéraments au droit au respect de la vie privée Certaines personnes devront accepter que leur vie privée fasse l’objet de commentaires dans les médias dans la mesure où leur existence intéresse le public et constitue une information que celui-ci est en droit de connaître. On peut distinguer selon que la personne lise en cause devient sujet de l’actualité volontairement ou objet en raison de circonstances particulières.

75 Vis-à-vis des personnes sujets de l’actualité parce qu’elles exercent une fonction publique, la liberté de presse est plus large et le critère du journaliste normalement prudent et diligent s’apprécie différemment. Ainsi, la Cour d’appel de Bruxelles estime que « celui qui recherche et obtient un mandat politique sait que sa conduite sera mise sur la sellette par les médias ». mais, bien qu’elle soit plus large, la liberté de la presse n’est pas pour autant absolue : les faits rapportés doivent être établis et vérifiés et le journaliste doit se garder de tenir des propos calomnieux, injurieux,… au risque de voir sa responsabilité engagée. Des personnes privées vont aussi être placées sous les feux de l’actualité, et en devenir ainsi l’objet : « la conception actuelle plutôt extensive du droit à l’information oblige certaines catégories de personnes à être plus exposées que d’autres aux révélations concernant leur vie privée (comme les particuliers mêlés de près ou de loin à un événement public dans le champ de l’actualité et les personnes impliquées dans des affaires judiciaires) ». Ne commet pas de faute le journaliste qui publie l’identité d’une personne à qui on reproche certaines infractions dans la gestion de son patrimoine locatif privé dans la mesure où ces faits devenus publics par le fait des poursuites n’ont rien d’intimes. Tout est une question de nuance et mise en balance des droits et libertés en présence et le juge doit se référer à un critère de nécessité. Comme le rappelle le tribunal de 1ère instance de Charleroi, même si des personnes ont acquis une certaine notoriété et si « l’immunité de leur vie privée doit céder devant l’exigence de l’information, il n’en reste pas moins que les journalistes se doivent de donner au public des renseignements exacts, relativement objectifs et complets » (cfr page 58 et 59). b) justice et médias Des affaires judiciaires défraient la chronique signe de l’intérêt que le public leur témoigne. Dans ce cadre, diverses tensions pourraient surgir entre la liberté de presse et d’autres droits concurrents tels la présomption d’innocence, le droit au procès équitable ou le secret de l’instruction et de l’information. Le droit du prévenu à la vie privée et familiale peut aussi être menacé. Le Code d’instruction criminelle dispose que l’instruction et l’information sont secrètes. Cette obligation de secret pèse sut « toutes les personnes qui ont connaissance des éléments de l’information. Elle ne s’applique donc pas aux journalistes ni aux particuliers. Néanmoins, le journaliste qui diffuse des informations obtenues à la faveur d’une violation de secret peut être considéré comme fautif au sens des articles 1382 et 1383 du Code Civil. En effet, il est légitime de se demander si un journaliste normalement prudent et diligent aurait publié les informations recueillies par cette voie. Il est légitime de se demander si un journaliste normalement prudent et diligent aurait publié les informations recueillies par cette voie. Pour apprécier la responsabilité des journalistes, il faut être conscient que le public non averti a parfois tendance à considérer comme coupable une personne qui fait uniquement l’objet d’actes d’instruction. Clairement, le droit à l’information du public entre en conflit avec la présomption d’innocence. Ce conflit devra être réglé en utilisant la technique de la pondération des intérêts en présence « le juge ayant à vérifier dans les faits si chacun des principes a été respecté proportionnellement à la raison qui le sous-tend ». Dans ce cadre, on gardera à l’esprit que « tout soupçon formulé publiquement à l’égard d’une personne déterminée laissera une tache sur sa réputation même si ce soupçon se révèle non fondé ».

76 Ces considérations ne doivent cependant pas conduire les tribunaux à sanctionner systématiquement la presse au risque de porter atteinte à la liberté d’expression. Dans son travail de pondération, le juge doit gardera à l’esprit que « la règle de la présomption d’innocence doit avoir pour effet de rendre plus rigoureuses les exigences d’objectivité et d’impartialité qui s’imposent à ceux qui ont pour fonction d’informer ». Seront sanctionnée les journalistes qui tiennent des propos inexacts, voire désobligeants ou qui ne prennent pas de précautions pour garantir la présomption d’innocence de la personne en cause. Sous cette réserve, il ne peut leur être reproché de nommer des personnes mises en prévention ou de mentionner une inculpation. Le journaliste peut émettre des critiques à l’égard du pouvoir judiciaire et des magistrats. Lorsqu’il se prononce sur la justice et son fonctionnement, divers devoirs lui incombent, tenant principalement à l’obligation de fournir des renseignements exacts et à ne pas diffuser des propos calomnieux,… On constate que des journalistes ont pris l’habitude d’effectuer des enquêtes parallèles. Leurs articles sont le résultat de rumeurs, de déclarations des enquêteurs,… Si on ne peut reprocher aux journalistes la précarité de leurs moyens d’investigations, la mise en cause, méchante et sans nuance, de magistrats ou policiers sur cette base et sans réserve qui s’imposent peut s’avérer fautive. Ce droit de critique s’étend aussi à « l’œuvre juridique de la magistrature, en ce compris les jugements, tombés dans le domaine public par suite de leur lecture à l’audience et qui peuvent faire l’objet d’une appréciation et d’une discussion ». B/ La réparation du dommage Si la faute des acteurs des médias peut parfois provoquer un dommage matériel, sa réparation ne posera pas de problème particulier. Il en va autrement lorsque les victimes cherchent à obtenir la réparation d’un dommage moral résultant d’une atteinte à l’honneur ou à la réputation, d’une intrusion dans la vie privée,… La réparation sous forme pécuniaire est préférée même si elle semble a priori artificielle. On constate une certaine disparité dans les montants alloués. Parfois, les victimes réclament aussi la publication du jugement ou l’exercice d’un droit de réponse. 1. la réparation sous forme pécuniaire : l’octroi de dommages et intérêts Le dommage moral s’évaluant ex aequo et bono, le juge dispose d’un grand pouvoir discrétionnaire, les condamnations s’échelonnant du franc symbolique à 500 000 FB. Dans la plupart des cas, la publication du jugement dans un journal est ordonnée en plus de la condamnation à la somme. Afin de ne pas céder à l’arbitraire et d’objectiver un peu l’évaluation des dommages moraux, certains tribunaux se réfèrent à divers critères qui les guident : - les circonstances dans lesquelles la faute a été commise - la gravité de l’atteinte à l’honneur et à la réputation de la victime - les moyens - l’ampleur et la durée de cette atteinte et le public touché -… Pour louables qu’ils soient, ces efforts d’objectivation dans l’évaluation des dommages moraux ne sont pas décisifs. Indépendamment du fait que la pertinence des critères choisis est discutable, force est d’admettre qu’ils contribuent de façon médiocre à réduire l’inévitable part de subjectivité inhérente à l’évaluation ex aequo et bono.

77 Il est clair qu’en règle, les dommages et intérêts alloués à la victime ne peuvent représenter une peine privée. Certains tribunaux se plaisent à le rappeler (cfr page 63). La réalité n’est pas toujours conforme aux intentions affichées. Tout porte à croire que les juges ne résistent pas à la tentation de déterminer le montant de la réparation en proportion de la gravité de la faute. 2. la publication du jugement Une majorité de victimes d’articles de presse portant atteinte à leurs droits de la personnalité demande au juge la publication de la décision de condamnation dans un ou plusieurs périodiques aux frais du responsable. Il s’agit d’une réparation en nature. Ce moyen de réparation est satisfaisant en matière de diffamation puisque le public est informé de la fausseté des allégations émises de sorte que l’honneur de la victime est rétabli à ses yeux. Lorsque le préjudice résulte de la divulgation d’éléments relevant de l’intimité de la vie privée, l’efficacité et le caractère satisfaisant de la mesure sont plus aléatoires. Loin de réparer le dommage, celle-ci peut contribuer à l’amplifier en donnant une nouvelle publicité à des faits peut-être passés inaperçus ou en incitant les lecteurs à consulter l’article litigieux. Certains défendeurs ne manquent d’ailleurs pas de faire valoir cette considération. Il reste que la publication a le mérite d’indiquer que l’atteinte n’était pas du goût de la victime et a eu lieu sans son consentement. 3. le droit de réponse Le droit de réponse est cité au titre des modes de réparation en nature. Cette qualification participe de cette tendance à « tout enrôler sous la bannière de la réparation en nature ». En fait, il ne faut pas voir dans le droit de réponse une hypothèse de réparation en nature. L’exercice du droit de réponse intervient avant une action de mise en cause de la responsabilité civile de l’auteur de l’article litigieux. A ce stade, il s’agit de prévenir la survenance du dommage ou de limiter celui-ci grâce aux vertus du débat contradictoire. Si le droit de réponse était un mode de réparation en nature, il faudrait en conclure que l’action ultérieure en responsabilité civile deviendrait sans objet puisqu’il n’y aurait plus de dommage à réparer. Or il n’en est rien : la publication de la réponse n’empêche pas l’exercice d’une action de mise en cause de la responsabilité civile de l’organe de presse. En revanche, rien n’empêche le juge de prendre en compte la publication de la réponse dans le cadre de son pouvoir d’appréciation de l’étendue du dommage réparable et d’estimer qu’elle a contribué à limiter ce dernier. Il convient de préciser que l’exercice préalable d’un droit de réponse n’est pas une obligation légale et donc le fait de ne pas en faire usage ne prive pas la victime du droit de réclamer des dommages et intérêts. Le droit de réponse étant une simple faculté, il ne peut lui être reproché de ne pas avoir ainsi limité son dommage. §3) L’imputabilité de la responsabilité : la responsabilité en cascade Selon l’article 25, alinéa 2 de la Constitution, « lorsque l’auteur est connu et domicilié en Belgique, l’éditeur, l’imprimeur ou le distributeur ne peut être poursuivi » => principe de responsabilité en cascade

78 La constitution établit une imputabilité successive en manière telle que la responsabilité est toujours centrée sur une seule personne : l’auteur et, à défaut, l’éditeur, l’imprimeur et enfin le distributeur. L’idée est que ceux qui n’ont pas participé à la rédaction du texte ne devraient encourir aucune responsabilité. Il s’agit d’une garantie de la liberté de la presse dont l’objectif est d’éviter la censure interne de la presse par les éditeurs, imprimeurs et distributeurs. En effet, s’ils étaient en permanence exposé à une mise en cause de leur responsabilité au titre de complices de la publication d’un écrit litigieux, c’est normal qu’ils auraient tenté d’exercer une pression sur les auteurs, de les censurer ou de leur refuser leur concours. B/ Application en matière civile La doctrine a longtemps été divisée sur la question de savoir si le principe de responsabilité en cascade s’applique seulement en matière pénale ou vise aussi bien l’action civile que l’action publique. Dans un arrêt du 31 mai 1996, la Cour de cassation a réaffirmé que la responsabilité en cascade prévue par l’article 25, alinéa 2 de la Constitution s’appliquait non seulement en matière répressive mais également en matière civile. C/ Champ d’application du principe de la responsabilité en cascade Remarque : la responsabilité en cascade ne s’applique qu’aux délits de presse Cette notion désigne des infractions ordinaires commises par voie de presse et non la violation de règles spécifiques ressortissant au domaine de la police de la presse (cfr page 67). Il faut encore que les différents éléments constitutifs de la notion soient réunis càd : - la manifestation d’une opinion - de nature délictueuse - ayant reçu une publicité suffisante - au moyen de la presse Aussi, l’article 25, alinéa 2 de la Constitution n’empêche pas que l’éditeur, l’imprimeur et/ou le distributeur engagent leur responsabilité dans certaines circonstances. L’économie du système implique que l’éditeur, l’imprimeur et le distributeur soient restés dans les limites de leur rôle se bornant à prêter matériellement leur concours aux auteurs. Le principe de l’imputabilité personnelle recouvre tous ses droits lorsqu’ils s’immiscent dans le travail de rédaction en participant à l’élaboration du texte, en le modifiant ou en le retouchant; dans ce cas, ils ne sont plus complices mais coauteurs et, à ce titre, ils ne peuvent plus se décharger de leur responsabilité sur l’auteur de l’écrit litigieux. D/ L’incidence du lien de préposition Lorsqu’un journaliste a la qualité de préposé, sa faute est susceptible d’engager, hormis sa responsabilité personnelle, celle de l’éditeur en sa qualité de commettant. Encore faut-il se demander si le journaliste engagé dans les liens d’un contrat de travail ne bénéficie pas de l’article 18 de la loi sur le contrat de travail de sorte qu’il devrait échapper aux conséquences de sa faute légère occasionnelle. Cette thèse est répandue en jurisprudence. On ne s’étonnera pas que les juges favorables à la non-application du principe de responsabilité en cascade en matière civile y soient attachés.

79 En effet, ils y trouvent un moyen d’éluder l’enseignement de l’arrêt du 31 mai 1996. Tout se passe comme s’il s’agissait de concilier l’article 25 de la Constitution et les articles 1384 du Code Civil et 18 de la loi sur le contrat de travail ce qui les conduit à considérer que la qualité de préposé l’emporte sur celle du journaliste par l’effet de subordination dans laquelle se trouve ce dernier par rapport à l’éditeur (cfr page 69).

80 Titre II. Le fait juridique profitable comme source d’obligation : les quasi-contrats Selon l’article 1371 du Code Civil, « les quasi-contrats sont les faits purement volontaires de l’homme, dont il résulte un engagement quelconque envers un tiers, et quelque fois un engagement réciproque des deux parties ». En réalité, la catégorie des quasi-contrats regroupe un ensemble de situations où, en dehors de toute convention, une personne reçoit un avantage d’une autre personne qui n’avait aucune obligation à l’égard de la première. L’avantage procuré ou reçu est source de droits et d’obligations pour les parties. Bien que s’apparentant aux contrats, les quasi-contrats s’en distinguent par leur origine car les droits et obligations, auxquels ils donnent naissance, ont pour source un fait volontaire ou involontaire d’une personne et non un accord de volontés. => deux hypothèses : - la gestion d’affaires (art.1372 à 1375) - le paiement de l’indu (art.1376 à 1381) + l’enrichissement sans cause Chapitre 1. La gestion d’affaires Section 1. Notion – Comparaison avec le mandat Dans la gestion d’affaires, une personne (le gérant) s’occupe des affaires d’une autre personne (le géré), de sa propre initiative, sans en avoir été chargé et sans avoir été mandaté à cet effet. Si l’intervention du gérant dans les affaires du géré est altruiste, elle n’est pas gratuite; d’ordinaire, il tient à être remboursé des frais exposés. La gestion d’affaires se distingue du mandat car : - elle naît du fait unilatéral du gérant alors que le mandat naît d’un accord de volontés - elle a pour objet des actes matériels alors que le mandat implique l’accomplissement d’actes juridiques - le gérant qui contracte avec un tiers est personnellement engagé à l’égard de ce tiers. Il peut agir en son nom personnel sans révéler qu’il agit en tant que gérant des affaires d’autrui. Il pourrait aussi agir au nom et pour le compte du géré auquel cas, la gestion d’affaires se rapproche du mandat Section 2. Conditions L’enjeu est de trouver un équilibre : il s’agit à la fois de ne pas décourager l’initiative, inspirée par une intention louable et bienveillante et d’éviter des immixtions intempestives, injustifiées ou inefficaces dans les affaires d’autrui : - 1ère condition : une intervention volontaire et spontanée du gérant en l’absence de toute obligation légale ou conventionnelle - 2ème condition : l’absence d’opposition de la part du géré, sous peine, pour le gérant, d’engager sa responsabilité. Il n’est toutefois pas requis que le géré ignore la gestion - 3ème condition : l’intervention du gérant doit être désintéressée. Elle ne sera animée ni par une intention libérale ni par un but de lucre - 4ème condition : les actes du gérant doivent être urgents, nécessaires et de bonne administration

81 Section 3. Effets §1) Relation entre le gérant et le géré Le gérant est tenu d’agir en bon père de famille et de poser des actes de bonne administration. Il doit continuer et achever ce qu’il a entrepris, jusqu’à ce que le géré puisse s’en occuper et même, dans le cas échéant, au-delà du décès de celui-ci. Enfin, il doit aussi rendre compte de sa gestion càd justifier les actes qu’il a accomplis. Le géré, lui, est tenu d’indemniser le gérant des dépenses nécessaires que celui-ci a effectués dans le cadre de sa gestion. Il doit indemniser le gérant des engagements personnels souscrits par lui et remplir les engagements conclus en son nom. §2) Relations avec les tiers - 1ère hypothèse : le gérant a agi au nom et pour le compte du géré (avec représentation). Dans ce cas, le géré est engagé envers les tiers (sans besoin de ratification); le gérant n’est en principe pas tenu personnellement. - 2ème hypothèse : le gérant a agi en son nom propre (sans représentation). Dans ce cas, il est personnellement obligé envers les tiers mais il pourra se faire indemniser par le géré pourvu que les actes passés aient été de bonne administration. Chapitre 2. Le paiement de l’indu Section 1. Notion Payer l’indu, c’est s’acquitter d’une dette qui n’existe pas ou à laquelle on n’est pas tenu ou au bénéficie d’une mauvaise personne (cfr page 73). Celui qui paie alors qu’il n’y était pas tenu (le solvens) peut réclamer la restitution (répétition) à celui qui a reçu indûment (l’accipiens) et qui est obligé de rembourser. L’obligation de restitution de l’indu a sa source dans un quasi-contrat, au départ d’une situation créée unilatéralement par une personne, à savoir un paiement indu. Le paiement de l’indu est l’un des principaux cas d’application de la théorie de l’enrichissement sans cause (laquelle à une portée plus large). Section 2. Conditions Il faut un paiement indu ou sans cause. Tel est le cas du paiement qui intervient en l’absence de toute dette entre le solvens et l’accipiens. Remarque : techniquement, on n’a pas affaire à un paiement puisque tout paiement suppose une dette. Section 3. Effets §1) Obligations de l’accipiens Il est tenu de restituer ce qu’il a indûment reçu : - s’il est de bonne foi, il ne pourra subir aucun préjudice de la restitution. Il peut conserver les fruits civils et naturels. S’il a aliéné la chose reçue, il ne devra restituer que le fruit de la vente quelle que soit la valeur de l’objet. Si la chose a péri par cas fortuit, il est libéré. - s’il est de mauvaise foi, le solvens ne peut subir aucun préjudice. L’accipiens est tenu de rembourser les intérêts et autres fruits depuis le jour du paiement. S’il a aliéné la chose, il doit payer la valeur de celle-ci au jour de la répétition. Il en est de même en cas de détérioration ou de destruction.

82 §2) Obligation du solvens Le solvens est tenu de dédommager l’accipiens de toutes les dépenses nécessaires et utiles qui ont été faites pour la conservation de la chose même en cas de mauvaise foi de l’accipiens. Chapitre 3. L’enrichissement sans cause Section 1. Notion La cour de cassation a dégagé un principe général de droit selon lequel quand une personne s’enrichit injustement, sans cause, la personne qui s’est appauvrie peut réclamer une compensation à la première de manière à rétablir l’équilibre préexistant. Section 2. Conditions et effet L’action en restitution est soumise à des conditions strictes : - un appauvrissement et un enrichissement corrélatifs L’enrichissement peut être positif ou constituer une simple économie de dépense. Il doit être la conséquence nécessaire de l’appauvrissement. Toutefois, il n’est pas nécessaire qu’il y ait une stricte équivalence entre les montants de l’enrichissement et de l’appauvrissement. - l’absence de cause Il est requis que le transfert de valeurs ne repose sur aucune contrepartie, aucun motif déterminant, ni aucun autre élément qui justifie le transfert : ni contrat, ni intention libérale,… - le caractère subsidiaire de l’action de in rem verso L’action de in rem verso est subsidiaire en ce sens qu’elle s’applique uniquement en l’absence d’un autre recours prévu par la loi et en l’absence d’une cause au sens précisé avant. Section 3. Effets Si l’action est fondée, l’enrichi doit indemniser l’appauvri. Il y a lieu d’évaluer le montant de l’appauvrissement et celui de l’enrichissement, l’enrichi devant payer le montant le moins élevé. Cette appréciation se fait au moment de l’introduction de l’action in rem verso.