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De l’esprit géométrique et de l’art de persuader (p.348-359)


Deux opuscules rédigés au plus tard en 1657-1658.

3 objets dans l’étude de la vérité : la découvrir, la démontrer et l’examiner (la discerner d’avec le
faux).
Analyse : art de découvrir des vérités inconnues.
Art de démontrer les vérités : prouver chaque proposition en particulier et disposer toutes les
propositions dans le meilleur ordre.

1. De la méthode des démonstrations géométriques


La véritable méthode consiste à « définir tous les termes et à prouver toutes les
propositions ». On ne reconnaît en géométrie que « les définitions de nom » dont l’utilité est
d’abréger le discours. Les définitions sont libres, elles ont pour seul but de rapporter le nom à la
chose. La méthode du véritable ordre qui consiste à tout définir et à tout prouver est absolument
impossible, parce qu’elle suppose une régression à l’infini. Mais si l’ordre absolument accompli
est impossible, on ne doit pas pour autant abandonner tout ordre.
L’ordre de la géométrie est moins convaincant, mais il n’est pas pour autant moins
certain. Il ne définit pas tout et ne prouve pas tout « mais il ne suppose que des choses claires et
constantes par la lumière naturelle » « la nature le soutenant au défaut du discours », il est tout à
fait certain. Définir l’espace, le temps, le mouvement, le nombre ou l’égalité apporterait plus
d’obscurité que d’éclaircissement. « il y a des mots incapables d’être définis » ainsi par exemple,
en voulant définir l’être on le présuppose dans la définition (c’est). Ce n’est pas la nature des
choses qui est connue de tous, mais simplement le rapport entre le nom et la chose. « les
définitions ne sont faites que pour désigner les choses que l’on nomme, et non pas pour en
montrer la nature ». Lorsque l’on croit définir une chose en désignant sa nature (par exemple le
temps est la mesure du mouvement), « ce n’est plus une définition libre, c’est une proposition
qu’il faut prouver.» Si la définition du mot est libre, la définition de la chose est une proposition
sujette à contradiction, qu’il faut donc prouver.
« tout ce que la géométrie propose est parfaitement démontré, ou par la lumière naturelle,
ou par les preuves. » La nature fournit ce que la science ne donne pas. Sa vérité est d’ordre
humain.
Il est étrange que la géométrie ne puisse définir ses principaux objets. (mouvement :
mécanique ; nombre : arithmétique ; espace : géométrie). Le manque de définition est plus une
perfection qu’un défaut, parce qu’il vient d’une extrême évidence. Elle n’a pas la conviction des
démonstrations mais en a toute la certitude.
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Les deux infinités sont des propriétés communes à toutes les choses et en particulier au
mouvement, nombre, espace, temps. « Ces vérités ne peuvent se démontrer, et cependant se sont
les fondements et les principes de la géométrie. » mais la clarté naturelle de ces principes
convainc la raison plus puissamment que le discours.
Il existe pourtant des hommes qui nient infinité de la divisibilité de l’espace. Règle :
Quand quelque chose est inconcevable, il ne faut pas le nier mais suspendre son jugement et en
examiner le contraire. Pour leur faire comprendre la divisibilité à l’infini on peut faire regarder
une petite chose à travers une lunette afin de la faire voir très grosse, afin de comprendre qu’elle
est divisible. « La nature peut infiniment plus que l’art. » « deux néants d’étendue ne peuvent pas
faire une étendue » « il y a bien de la différence entre n’être pas une chose et en être un néant ».
Les deux infinis sont relatifs l’un à l’autre, la connaissance de l’un mène nécessairement à celle
de l’autre. (l’augmentation infinie des nombres enferme leur division infinie). Ceux qui voient
clairement la vérité de cette double infinité pourront « admirer la grandeur et la puissance de la
nature dans cette double infinité qui nous environne de toutes parts, et apprendre par cette
considération merveilleuse à se connaître eux-mêmes, en se regardant placés entre une infinité et
un néant. »

2. De l’art de persuader.
Deux entrées par lesquelles les opinions sont reçues dans l’âme : l’entendement et la
volonté. La plus naturelle est l’entendement car « on ne devrait jamais consentir qu’aux vérités
démontrées, mais la plus ordinaire, quoique contre la nature est celle de la volonté. » Les hommes
sont portés à croire non par la preuve mais par l’agrément. Les volontés divines ne tombent pas
sous l’art de persuader car elles sont infiniment au-dessus de la nature et « Dieu seul peut les
mettre dans l’âme, et par la manière qui lui plaît.» Les vérités divines « entrent du cœur dans
l’esprit, et non pas de l’esprit dans le cœur, pour humilier cette superbe puissance du
raisonnement, qui prétend devoir être juge des choses que la volonté choisit, et pour guérir cette
volonté infirme, qui s’est toute corrompue par ses sales attachements. » Les choses humaines, au
contraire des divines, doivent être connues pour être aimées. Pourtant, « nous ne croyons presque
que ce qui nous plait » « comme si l’agrément devait régler la créance ! » Les vérités humaines
entrent dans l’esprit par le caprice de la volonté, sans le conseil du raisonnement.
Principes de l’esprit : vérités naturelles connues de tous. Principes de la volonté : désirs
naturels et communs à tous les hommes comme celui d’être heureux. Pour persuader d’une
chose : on peut s’appuyer sur des principes accordés, on convainc dans ce cas nécessairement.
Celles qui sont intimement liées à l’objet d’une satisfaction, sont reçues avec certitude. Les
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choses liées à la fois avec les vérités reconnues et avec les désirs du cœur nous convainquent
irrésistiblement. Au contraire, « ce qui n’a de rapport ni à nos créances, ni à nos plaisirs, nous est
importun, faux et absolument étranger. »
Dans le cas où une chose est vraie mais contraire à nos plaisirs, la volonté risque de ne
pas écouter la raison. « C’est alors qu’il se fait un balancement douteux entre la vérité et la
volupté, et que la connaissance de l’une et le sentiment de l’autre font un combat dont le succès
est bien incertain. » Il faut dans ce cas connaître l’esprit et le cœur de la personne que l’on veut
persuader, savoir quels principes il accorde et quelles choses il aime. « De sorte que l’art de
persuader consiste autant en celui d’agréer qu’en celui de convaincre, tant les hommes se
gouvernent plus par caprice que par raison ! »

Ne donne que les règles de l’art de convaincre, et non de celui d’agréer, car il en est
incapable. Il existe des règles pour plaire et se faire aimer, mais il est impossible de les posséder.
Parce que « les principes du plaisir ne sont pas fermes et stables » changent entre deux hommes et
dans le même homme en fonction du temps.
L’art de persuader comporte trois parties : 1) définir clairement les termes 2) proposer des
principes ou axiomes évidents pour appuyer la démonstration 3) substituer toujours mentalement
dans la démonstration les définitions à la place des définis. En suivant cette méthode, on est sûr
de convaincre. « L’art de persuader se renferme dans ces deux règles : Définir tous les noms
qu’on impose ; prouver tout en substituant mentalement les définitions à la place des définis. »
On croit que cette méthode n’a rien de nouveau, est facile et inutile. « il faut donc faire
voir qu’il n’y a rien de si inconnu, rien de plus difficile à pratiquer, et rien de plus utile et de plus
universel. » Seuls les géomètres la connaissent. On peut dire la même chose sans la posséder de la
même manière. Pour connaître un livre il faut avoir intégré et compris ses principes et être
capable de répondre aux objections qu’on pourra lui faire. « Je sais combien il y a de différence
entre écrire un mot à l’aventure sans y faire une réflexion plus longue et plus étendue et
apercevoir dans ce mot une suite admirable de conséquences. » Ainsi, la logique a emprunté les
règles de la géométrie sans en comprendre la force. Il faut les mettre en parallèle avec la science
qui apprend la méthode pour conduire la raison. « Les meilleurs livres sont ceux que ceux qui les
lisent croient qu’ils auraient pu faire. »