Gustave Flaubert, « Un c

voir également : étude de La Légende de St Julien l¶Hospitalier étude d¶Hérodias

ur simple », in Trois contes

Les Trois Contes est la dernière uvre publiée par Gustave Flaubert (1821-1880). Il commença la rédaction d¶Un C ur simple en 1875 et se rendit sur les lieux où se déroulerait son conte : ce sont ceux où il a passé ses vacances d¶enfant : Pont-Lévêque et Trouville, dont il donnera une peinture si exacte qu¶on a pu parfaitement reconstituer la topographie de son histoire et y reconnaître des personnages qui ont réellement existé. RÉSUMÉ DU TEXTE

L¶action se situe en Normandie, au XIXe siècle, environ à l¶époque contemporaine de l¶auteur. C¶est une « vie de saint », comme les deux autres contes.

Félicité, une jeune paysanne que son fiancé a trahie, se place comme servante chez une bourgeoise de Pont-Lévêque, Madame Aubain, chez qui elle passera toute sa vie. C¶est elle qui fait tout dans la maison. Elle s¶occupe même des deux enfants, Paul et Virginie. Levée dès l¶aube, elle s¶affaire la journée durant et s¶endort le soir au coin de l¶âtre. Son dévouement ne connaît pas de bornes : il s¶étend à son neveu Victor, qu¶elle a retrouvé par hasard. Victor s¶engage comme matelot à bord d¶un navire qui part faire le tour du monde. Un jour la nouvelle de sa mort parvient à Félicité. À peine estelle remise de ce deuil que la petite Virginie meurt. La désolation s¶abat sur la famille Aubain : Paul a quitté sa mère pour Paris où il poursuit ses études, et les deux femmes vieillissent seules dans la maison devenue trop grande. Félicité devient sourde ; fort opportunément, un perroquet, donné en cadeau à Madame Aubain, fait son entrée dans la maison, et Félicité reporte sur lui toute son affection. Mais Loulou meurt à son tour et, sur les conseils de sa maîtresse, la vieille servante le fait empailler. À la mort de Madame Aubain, Félicité reste seule dans la maison qui tombe en ruines, avec son perroquet pour toute compagnie. Une gravure l¶amène à identifier progressivement son perroquet empaillé au Saint-Esprit, et Félicité s¶éteint doucement, entourée de voisines, tandis que se déroule au dehors la procession de la Fête-Dieu, et que Loulou trône, selon son dernier souhait, sur le reposoir dressé devant la maison. Cette activité est fondamentale : l¶élaboration d¶un résumé correct est le fondement indispensable aux recherches ultérieures sur la structure du récit. Il s¶agit d¶une part d¶appréhender les éléments essentiels du récit, et d¶autre part de recomposer ces éléments pour en constituer une nouvelle version, plus concise, et les ordonner, sans dialogue, selon l¶ordre chronologique des événements. Flaubert résumait ainsi Un C ur simple (Lettre à Mme des Genettes, 19 juin 1876. Correspondance, Gallimard, Pléiade) : « Elle aime successivement un homme, les enfants de sa maîtresse, un neveu, un vieillard qu¶elle soigne, puis son perroquet ; quand le perroquet est mort, elle le fait empailler et, en mourant à son tour, elle confond le perroquet avec le SaintEsprit. »

lorsque Flaubert. il produit ce que Roland Barthes appelle un « effet de réel » : ces détails sont apparemment inutiles. la maison Grandet. ou plus récemment les récits de bandes dessinées. décrivant la salle où se tient la patronne de Félicité. Cependant. sous un baromètre. On comprend mieux cette caractéristique si on compare Un C ur simple à Hérodias. Le récit obéit à la loi de l¶enchaînement causal : un événement en provoque un autre. dont les qualités sont énumérées explicitement dans le récit. ainsi le début de Colomba de Prosper Mérimée. dans la mesure où il raconte l¶histoire comme achevée. Ce texte est très pauvre en séquences narratives. Le texte considère chaque action comme une voie qui ouvre l¶accès à la compréhension des personnages principaux de l¶intrigue. observons que le conte demande un resserrement de l¶action. un tas pyramidal de boîtes et de cartons ». Autre remarque préliminaire. par exemple. L¶analyse interne des caractères en est le plus souvent absente. Le professeur pourra fructueusement présenter à la classe quelques débuts de récits qui seront comparés à celui de Flaubert. l¶action est au contraire soumise à la description psychologique des personnages. et dont tous les événements sont accumulés en un seul jour. Dans la suite du récit. La première catégorie de récit privilégie l¶intrigue : toute une tradition littéraire de l¶Odyssée au Décaméron en passant par les Mille et Une Nuits. et la suite du récit ne sera que leur reprise et leur développement. nous pouvons opposer essentiellement deux grands types de récit. » Les informations sont données là une fois pour toutes. c¶est-à-dire un enchaînement logique de l¶intrigue. Comme La Légende de saint Julien l¶Hospitalier. le premier paragraphe du chapitre I n¶est qu¶une suite d¶informations. les faits engendrent une séquence. une très longue amorce de récit. et une caractérisation plus hâtive des personnages. provisoirement. à la manière de Balzac. L¶enchaînement des actions obéit à d¶autres lois que l¶enchaînement causal. C¶est une sorte d¶anticipation. note que : « un vieux piano supportait. ‡ Premier épisode du récit L¶AMOUR DE FÉLICITÉ POUR THÉODORE Il faut. La trame d¶Un C ur simple est essentiellement temporelle. bric-à-brac étrange. Dans la seconde catégorie de récit. Le travail pourra se poursuivre par la confrontation de la description de la maison de Madame Aubain avec une description balzacienne des Scènes de la vie de province. On constatera ici que toute la maison de Madame Aubain est décrite. essentiellement avant de commencer à repérer les étapes du récit : par rapport au roman. récit fondé sur l¶enchaînement causal des faits. mettre à part le chapitre I. que Un C ur simple appartient à la seconde catégorie de récits. Les personnages n¶apparaissent que tardivement dans ce décor. du sol à la chambre de Félicité au deuxième étage. La plupart des événements sont isolés sans autre lien que d¶être accomplis par le même personnage. présente des personnages soumis à l¶action. la trace de leur présence est visible au milieu des objets inanimés : la maison de Madame Aubain « avait intérieurement des différences de niveaux qui faisaient trébucher ». personne ne joue du piano. La description de Flaubert présente un immeuble vide. Il n¶y a pas de description d¶états psychologiques. De ce fait ce type de récit fait une part très grande au traitement de la durée. ou de se passer dans la même unité de temps.STRUCTURE DU RÉCIT Remarques préliminaires Dans tout récit. et ce qui importe avant tout est la description des caractères. On constate. Ce type de récit trouve ses cas limites chez Tchekhov ou Henry James. Cependant. les bourgeoises de Pont-Lévêque envièrent à Madame Aubain sa servante Félicité. Mais toutes les informations données sont incomplètes : la description reste en suspens jusqu¶à la fin. qui s¶enchaînent généralement selon un ordre causal. Il détruit dès les premières lignes tout intérêt fondé sur l¶attente : « Pendant un demi-siècle. notre texte est fort pauvre en séquences. dès l¶établissement du résumé. On fera enfin remarquer à la classe que. quand on décrira la chambre de Félicité. ni d¶intrigue indépendamment de personnages. les différents constituants sont étroitement liés : il n¶y a pas de personnage hors d¶une intrigue. plutôt que suggérées d¶après leurs actions. personne n¶ouvre les boîtes ou ne consulte le . bien que de nombreux stades intermédiaires soient possibles. Comme il est très fréquent dans les romans classiques.

Cette notation est donc insignifiante dans le récit flaubertien. Quant au personnage de Félicité. est d¶aimer. La conversation amoureuse préliminaire n¶est pas rapportée directement. Prenons pour guide le court résumé de Flaubert lui-même : la seule action de Félicité. La séquence des amours de Félicité et de Théodore ne dure donc qu¶un ou deux mois. qui au lieu de prendre un jeune homme« » Félicité n¶entendit pas le reste. et se rendit à Pont-Lévêque ». La seconde rencontre a lieu « un autre soir » du même été. 40) Structure et contenu L¶épisode des amours de Félicité et de Théodore. Le premier épisode de ses affections successives débute au chapitre Il. Les événements tiennent en très peu de semaines : Théodore doit lui apporter des informations « dimanche prochain ». passant au milieu de Toucques. Ceci est une contrainte de l¶espace raccourci du conte ou de la nouvelle. . Elle prend place tout entière dans une ferme des environs de Colleville. Deux scènes résument le roman d¶amour de Félicité : la première rencontre avec Théodore à la fête de Colleville. « La semaine suivante ». et de toute éternité. Mme Lehoussais.baromètre. Bornes spatio-temporelles de l¶épisode On fera repérer aux élèves la précision des bornes temporelles : Félicité a dix-huit ans. que l¶on pourra rapprocher du bal à la Vaubyessard et de l¶éblouissement d¶Emma Bovary . tout au long du récit. la famille Aubain est conduite par le fermier Liébart qui. très original quant à la forme. Dans la suite du récit. et l¶on pourrait constater. C¶est ce soir-là que Félicité apprend le mariage de Théodore. Ce chapitre I nous donne un portrait de la servante dans son cadre familier et son labeur quotidien. ayant reçu ses comptes. Théodore en obtient des rendez-vous. Ici. 29). les traits de caractères essentiels (la bonté) sont attribués au personnage avant même que ne débute l¶action. Il y a là toute la différence entre la notion classique de vraisemblable et le réalisme moderne. La rencontre de Théodore a lieu un soir du mois d¶août. puis la deuxième rencontre avec Théodore et le premier baiser. le texte doit être plus resserré. l¶absence de tout détail inutile ou d¶atmosphère de ce type dans un récit de Mérimée. au contraire. on n¶y fera plus qu¶une seule et brève allusion : se rendant aux bains de mer à Trouville pour la santé de Virginie. » (p. comme Flaubert pouvait se le permettre dans un long roman comme Madame Bovary. Le premier épisode proprement dit débute au récit des amours de Félicité et de Théodore. portrait non daté : la servante sans âge « semble une femme en bois. fonctionnant d¶une manière automatique » (p. mêle en quelques pages toutes les techniques narratives de Flaubert. elle enferma tout son petit bagage dans un mouchoir. La séquence se termine à la fin du même mois : « au bout du mois. dit avec un haussement d¶épaules : « En voilà une.

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