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La vie domestique dans

les jeux et jouets


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CULTURES LUDIQUES
SAHARIENNES ET
NORD-AFRICAINES

Jean - Pierre Rossie


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Préface de Gilles Brougère

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Stockholm International Toy Research Centre
Aux enfants sahariens et nord-africains
à mes enfants Tania, Ben, Ruben et Pia
à mes petits-enfants Linde, Camille, Ilona, Thilda, Oona et Alvin

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La vie domestique dans
les jeux et jouets

CULTURES LUDIQUES
SAHARIENNES ET NORD-AFRICAINES

Jean - Pierre Rossie


Préface de Gilles Brougère

2008

3
Photo couverture :

groupe de jeu de filles et d‟un garçon dans leur maisonnette,


Aït Slimane, Haut Atlas, Maroc, 1999, photo de l‟auteur

Avec 400 photos couleurs et 10 autres illustrations

ISBN 978-91-977176-1-8

© 2008 Jean-Pierre Rossie


Toute reproduction, intégrale ou partielle, par quelque procédé que ce soit
faite sans le consentement écrit de l'auteur ou de l'éditeur est illicite sauf
pour l'usage strictement privé du copiste ou les analyses et les courtes
citations dans un but d'exemple et d'illustration

SITREC
KTH
SEŔ10044 Stockholm
Internet : http://www.sitrec.kth.se

Jean-Pierre Rossie
Internet : http://www.sanatoyplay.org
E-mail : sanatoyplay@gmail.com

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Sommaire

Résumé 9

Collection Cultures Ludiques Sahariennes et Nord-Africaines 13

Préface de Gilles Brougère 15

Introduction 19

Description des populations 27

Les Touaregs 27
Les Ghrib 29
Les Maures 29
Les Sahraouis 31
Les Chaamba 30
Les Teda 32
Les Zaghawa 33
Les Belbala 34
Les habitants de la Vallée de la Saoura 35
Les Mozabites 35
Les Kabyles 36
Les Chaouïa 37
Les populations des campagnes marocaines 38
Les citadins de l'Algérie, du Maroc et de la Tunisie 42

Remerciements 46

Carte de l'Afrique du Nord et du Sahara 49


Carte du Maroc 50

5
La vie domestique dans les jeux et jouets
des enfants sahariens et nord-africains 51

1 L'habitation dans les jeux et jouets 53


1.1 Résumé 53
1.2 Le campement nomade 55
1.3 La maison de poupée 77
1.4 La maison pour jeu de dînette et de ménage 112
1.5 Les autres constructions 129

2 Le jeu de dînette et les ustensiles-jouets 161


2.1 Résumé 161
2.2 Le jeu de dînette et les ustensiles-jouets 162

3 Les occupations ménagères dans les jeux et jouets 206


3.1 Résumé 206
3.2 Chercher du bois 206
3.3 Chercher de l'eau 208
3.4 Moudre le blé 211
3.5 Faire le pain 217
3.6 Fabriquer de l‟huile 223
3.7 Laver le linge 228
3.8 Le filage 229
3.9 Le tissage 232
3.10 Se faire belle 234

4 Les activités de subsistance dans les jeux et jouets 241


4.1 Résumé 241
4.2 La chasse et la pêche 242
4.3 L'élevage 243
4.4 Le jardinage 244
4.5 Le travail des champs 246
4.6 Le commerce 251

5 La musique et la danse dans les jeux et jouets 276

6 Les rituels et les fêtes dans les jeux et jouets 308

6
Conclusions 341

1 Synthèse 343

2 Aspects environnementaux et économiques 346

3 Aspects socioculturels 348


3.1 Jeux, jouets, culture et société 348
3.2 Jeux, jouets et socialisation 351
3.3 Jeux, jouets et relations interpersonnelles 356
3.3.1 Relations entre enfants 356
3.3.2 Relations entre enfants et adultes 359
3.4 Jeux, jouets, filles et garçons 367
3.5 L‟évolution des jeux et jouets 371

4 Créativité enfantine 375

Catalogue des jouets sahariens et nord-africains


du Musée du Quai Branly liés à la vie domestique 383

1 Introduction 385

2 Le matériel de campement 386


2.1 Les arceaux de tente 386
2.2 Les piquets de la natte d'entourage 386
2.3 Les nattes d'entourage et de clôture 386
2.4 Les nattes de repos et nattes de lit 387
2.5 Les traverses de lit 387
2.6 Les tapis et coussins de tente 388

3 Les maisonnettes 389


3.1 Les maisonnettes 389
3.2 Les nattes pour maisonnettes 389
3.3 La porte de maisonnette 390

4 Les ustensiles 390

7
5 Les jouets liés aux tâches ménagères 397
5.1 Les puits 397
5.2 Les récipients d'eau 398
5.3 Les fuseaux 399

6 Les jouets liés aux activités de subsistance 399


6.1 Les jouets liés à l'élevage 399
6.2 Les jouets liés au travail des champs 400

7 Les instruments de musique et les bruiteurs 401


7.1 Les flûtes
401
7.2 Les claquettes 402
7.3 Les tambourins 402
7.4 Les hochets 402

8 Les lances-eau 402

Table des transcriptions 403

Table des illustrations 405

Bibliographie 427

Index des auteurs 445

Index géographique et ethnique 447

8
Résumé

Ce livre décrit des jeux de faire semblant tout comme les livres précédents
sur les poupées et le monde animal dans les jeux et jouets des enfants
sahariens et nord-africains. Sous le titre La vie domestique dans les jeux et
jouets j‟ai regroupé toute une série d‟activités ludiques qui reflètent
beaucoup d‟aspects de la vie domestique et familiale.
Le premier chapitre analyse le thème de l‟habitation à travers la
représentation ludique de la tente et de la maison. Le deuxième chapitre
propose les jeux de dînette et les ustensiles-jouets utilisés pour ces jeux.
Des jeux qui ont souvent lieu dans des maisonnettes. Les jeux liés aux
occupations ménagères, qui comme les jeux de dînette appartiennent en
grande partie au monde ludique des filles, sont décrits dans le troisième
chapitre. Ces occupations ménagères appartenant au domaine féminin sont
chercher du bois, chercher de l'eau, moudre le blé, faire le pain, fabriquer
de l‟huile, laver le linge, filer, tisser et se faire belle. Le chapitre suivant
parle des jeux représentant les activités de subsistance. Ce sont des jeux de
garçons dans la plupart des cas. Ces activités de subsistance se passent à
l‟extérieur du cercle domestique et très souvent elles font partie du monde
masculin. Il s‟agit de la chasse et de la pêche, de l'élevage, du jardinage, du
travail des champs et du commerce. Les deux derniers chapitres analysent
les jeux et jouets s‟inspirant de la musique et de la danse ou des rites et des
fêtes.
Cette fois les conclusions sont plus développées car j‟y ai intégré une
version française de certains thèmes traités en anglais dans mon livre Toys,
Play, Culture and Society. An anthropological approach with reference to
North Africa and the Sahara (2005). Pour la première fois un chapitre sur
la créativité enfantine a été intégré dans un volume de la collection
Cultures Ludiques Sahariennes et Nord-Africaines. Comme d‟habitude on
trouve par après le catalogue des jouets sahariens et nord-africains qui
étaient au Musée de l‟Homme mais se trouvent dorénavant au Musée du
Quai Branly.

9
Les populations sahariennes dont le lecteur trouvera des jeux et jouets
d‟enfants sont les Touaregs, les Ghrib, les Maures, les Sahraouis, les
Chaamba, les Teda, les Zaghawa, les Belbala, les habitants de la Vallée de
la Saoura et les Mozabites. Sauf les Belbala, les habitants de la Vallée de la
Saoura et les Mozabites, ces populations ont été des nomades ou semi-
nomades mais depuis plus ou moins longtemps elles se sont partiellement
ou totalement sédentarisées. Les populations sédentaires dont parle ce livre
sont les Kabyles et les Chaouïa de l‟Algérie, plusieurs communautés des
campagnes marocaines et des habitants de quelques villes algériennes,
marocaines et tunisiennes.
A travers tous ces jeux et jouets liés à la vie domestique les enfants
s‟approprient le monde des adultes de manière active. En même temps ils
s‟intègrent progressivement dans leurs familles et leurs communautés.
Parfois leur jeu met en scène des situations non existantes localement ou
des rêves d‟avenir. Quelques rares exemples décrits dans ce livre
démontrent que les enfants marocains parodient des pratiques adultes mais
il faut souligner que les données à ce sujet font totalement défaut ou
presque.
Une fois de plus le monde ludique des filles est clairement séparé du
monde ludique des garçons mais il arrive que cette opposition s‟estompe et
que des filles ou des garçons s‟intéressent ou participent à des activités
ludiques de l‟autre sexe.
J‟espère qu‟il sera clair que je ne m‟intéresse pas seulement à ce qu‟on
dénomme d‟habitude les jeux et jouets traditionnels mais que je porte aussi
un intérêt tout particulier à l‟évolution de ces jeux et jouets. Un exemple
remarquable de l‟infiltration du tout nouveau dans un jeu ancestral est
donné par le jeu de construction et de poupée d‟une fille et de son frère de
la région de Sidi Ifni. Bien que les maisonnettes à murs en argile et les
poupées de coquillages réfèrent aux temps passés, l‟introduction dans leur
jeu d‟un portable fait soi-même et lié à la technologie de pointe
d‟aujourd‟hui démontre l‟interpénétration de ces deux mondes. Une
interpénétration qui ne comportait aucune contradiction pour ces enfants. Il
me semble d‟ailleurs que le passé, le présent et parfois le futur se
mélangent aisément dans les activités ludiques.

10
La créativité des enfants sahariens et nord-africains s‟exprime entre
autres dans la fabrication de jouets qui la plupart du temps copient des
objets réels. Pour créer leurs jouets ces enfants utilisent une grande variété
de matériaux naturels ou de récupération trouvés sur place. Les jouets
décrits dans ce livre peuvent être très simples comme la fleur qu‟une fille
cueille pour en faire un sifflet ou très élaborés comme le violon construit
par quelques garçons.
Depuis longtemps mais de plus en plus certains jouets faits par des
enfants ou parfois par un adulte sont remplacés par des jouets importés
provenant de l‟industrie du jouet. Surtout en ville mais aussi à la campagne
on trouve aujourd‟hui dans les magasins et les marchés beaucoup de jouets
fabriqués en Chine.
Une petite cruche en argile peinte collectionnée avant 1889 en Afrique
du Nord est le jouet le plus ancien mentionné dans ce livre. Les jouets les
plus récents sont des tentes en miniature photographiées par Khalija Jariaa
en mars 2007. Parlant de Khalija Jariaa, je voudrais attirer l‟attention du
lecteur sur le fait qu‟elle est à partir de l‟année 2006 la source majeure des
informations et photos sur les enfants de l‟Anti-Atlas et ceux de la région
de Tan-Tan. Ses relations familiales et amicales, sa connaissance des
coutumes et des langues locales ainsi que l‟intérêt pour la culture enfantine
qui s‟est progressivement développé en elle permettent entre autres une
meilleure connaissance des dialogues entre les joueurs.

11
Jean-Pierre Rossie est né en 1940 à Gent (Gand), Belgique. Après des
études d'assistant social, puis d'africaniste à l'Université d'Etat de Gand, il
obtint en 1973 le diplôme de docteur en histoire et philologie africaine à la
même université. Sa thèse en néerlandais portait sur le thème “Enfance et
Société. Le processus de socialisation en Afrique centrale patrilinéaire”.
Suite à un séjour de recherches auprès des semi-nomades Ghrib du
Sahara tunisien, il se consacra, depuis 1975, aux recherches sur les jeux et
jouets sahariens et nord-africains.
En 1967, il fut proclamé lauréat de la Belgische Stichting Roeping -
Fondation Belge de la Vocation. Entre 1968 et 1978 il travailla auprès du
Nationaal Fonds voor Wetenschappelijk Onderzoek - Fonds National pour
la Recherche Scientifique, Bruxelles, qui a subventionné ses recherches et
publications jusqu'en 1992.
Entre 1980 et 1990, il était attaché comme assistant social et
anthropologue socioculturel aux services sociaux pour les immigrés,
spécialement les immigrés turcs et nord-africains, de la ville de Gand.
Un premier séjour de recherche dans le sud du Maroc en février 1992,
depuis lors suivi de séjours annuels dans ce pays, ont permis à l'auteur de
compléter, de vérifier et d'actualiser les données sur les jeux et jouets
marocains.
En 1993 il fut un des membres fondateurs de l'International Toy
Research Association (ITRA), de 1997 à 2001 il fut un membre du Nordic
Center for Research on Toys and Educational Media (NCFL), et depuis sa
création en mars 2002 il fait partie du Stockholm International Toy
Research Centre (SITREC).
Le 29 octobre 2004 la Lennart Ivarsson Scholarship Foundation lui a
attribué le BRIO Prize 2004.
En juillet 2005 il est devenu chercheur associé du Musée du Jouet à
Moirans-en-Montagne, France.
En avril 2007 il a été nommé “Member of the Advisory Board of the
UNESCO/Felissimo Social Design Network”.

12
Collection :
Cultures Ludiques
Sahariennes et Nord-Africaines

Engagé depuis 1975 d'abord dans la recherche sur les jeux et jouets, puis
dans des essais de pédagogie interculturelle basée sur le ludique et dans
des organisations internationales s'intéressant au développement de
l'enfant, j'ai eu l'idée de créer une collection nommée Cultures Ludiques
Sahariennes et Nord-Africaines. Des cultures ludiques qui devraient, à
juste titre, faire partie intégrante du patrimoine culturel de l'humanité, tout
comme les chefs d'œuvres de l'art et de l'architecture.
Une première tentative pour créer une collection pareille pour
l'International Council for Children‟s Play fut soutenue par André
Michelet, à ce moment directeur du Centre d'Etudes Roland Houdon à
Saran, France, et résulta dans la publication par ce Centre de mon livre
Jeux et jouets sahariens et nord-africains : poupées - jeux de poupées en
1993. Comme le Centre d'Etudes Roland Houdon a arrêté ses activités de
publications peu de temps après, cette tentative s'est terminée
prématurément.
En 1999 le Nordic Center for Research on Toys and Educational Media
a publié sur son site web la première version HTML en français et en
anglais de Poupées d’enfants et jeux de poupées et de la Bibliographie
commentée sur les jeux et jouets. Les versions finales de ces livres ainsi
que de la version française et anglaise du volume L’animal dans les jeux et
jouets furent puliées par le Stockholm International Toy Research Center
en 2005. Ces livres se trouvent sur le CD inclus dans Toys, Play, Culture
and Society. An anthropological approach with reference to North Africa
and the Sahara (Rossie, 2005).
Ce quatrième volume de la collection Cultures Ludiques Sahariennes et
Nord-Africaines devrait être suivie par deux autres livres Les activités
techniques dans les jeux et jouets, et Jeux d’adresse et de chance.
Afin de rendre disponible l'information sur les jeux et jouets sahariens et
nord-africains aussi bien à ceux lisant le français qu'à ceux lisant l'anglais,
ainsi que pour stimuler l'échange d'informations et la fécondation

13
réciproque des idées et des actions entre le monde anglophone et
francophone, trop souvent séparés par des clivages linguistiques, les
ouvrages sont publiés en français et en anglais.
Pour des raisons financières les volumes de la collection Cultures
Ludiques Sahariennes et Nord-Africaines et de la collection Saharan and
North African Toy and Play Cultures sont publiés sur CD.

Les volumes de la collection :

Cultures Ludiques Sahariennes et Nord-Africaines

 Poupées d‟enfants et jeux de poupées, 2005, 344 p., 163 ill.

 L‟animal dans les jeux et jouets, 2005, 229 p., 107 ill.

 La vie domestique dans les jeux et jouets, 2008, 449 p., 410 ill.

 Bibliographie commentée des jeux et jouets, 2008, 64 p.

Les volumes de la collection :

Saharan and North African Toy and Play Cultures

 Children‟s dolls and doll play, 2005, 328 p., 163 ill.

 The animal world in play, games and toys, 2005, 219 p., 107 ill.

 Domestic life in play, games and toys, 2008, 438 p., 410 ill.

 Commented bibliography on play, games and toys, 2008, 64 p.

14
Préface de Gilles Brougère

Demander à un spécialiste du jouet industriel, et plus encore du jouet de


masse contemporain, plus au fait de Barbie, des Pokémon ou des Power
Rangers de faire la préface d‟un ouvrage consacré pour l‟essentiel aux
jouets produits par les enfants peut paraître paradoxal. On peut même se
demander si sous le même terme, il s‟agit vraiment de la même chose.
D‟un côté le jouet semble précéder l‟activité ludique, la structurer, voire
la modifier en profondeur, et pour certains critiques la détruire. Le jouet
vient d‟ailleurs et s‟inscrit dans une double relation, une relation
marchande entre la famille et la société, une relation de don souvent
ritualisée entre l‟enfant et des adultes. On peut y voir une mise en scène de
la dépendance de l‟enfant certes couvert de cadeaux mais séparé de la
sphère de la production.
De l‟autre côté, il s‟agit d‟objets produits dans la dynamique même du
jeu, s‟inscrivant en dehors des relations marchandes, traduisant
l‟autonomie des sociétés enfantines mais dans le cadre d‟une proximité
voire d‟une participation des enfants aux activités du monde adulte.
Bien entendu ces différences ne sont pas radicales, les enfants des
sociétés pleines de jouets continuant à faire de la récupération pour nourrir
leur activité ludique, les autres rencontrant des jouets bon marché venus de
Chine et vendus sur les marchés ou dans la rue. De plus l‟école, facteur
d‟uniformisation internationale de la vie des enfants, a pour effet de
développer des logiques de ségrégation entre enfants et adultes dans le
monde entier.
Non seulement les modes de production et de consommation de ces
jouets diffèrent, mais ce sont les images représentées qui tendent à
s‟éloigner. Du côté du Sahara et de l‟Afrique du Nord, les jouets évoquent
souvent avec un souci de réalisme certain mais un résultat variable selon
les moyens, les matériaux et les compétences, la vie domestique des
adultes. Cette dimension reste présente dans les jouets de nos enfants avec
parfois un souci du détail rendu possible par l‟usage des matières plastique
dont le nom même souligne cette plasticité qui facilite la représentation du
monde et de ce qui l‟habite, mais comme l‟a fort bien noté Gary Cross cité
par Jean-Pierre Rossie, le jouet américain mais aussi bien européen en plus

15
encore japonais s‟éloigne de toute représentation réaliste pour s‟engager
dans une fantaisie qui est au centre de l‟industrie contemporaine de
produits de l‟enfant : cela renvoie à la relation avec le cinéma, la télévision
et conduit à jouer avec une dînette évoquant par exemple l‟univers des
Pokémon et non celui de la vie réelle, à la nécessité pour les fabricants de
se distinguer, de vendre ce que les concurrents ne peuvent vendre et sans
doute au-delà à l‟inscription du jeu dans le présent du divertissement plus
que dans la relation avec un avenir devenu incertain.
Il en résulte des cultures ludiques différentes même si certains éléments
structurels peuvent se retrouver. Si l‟on caricaturait d‟un côté la culture
ludique reste une production collective entre pairs profondément liée à la
transmission d‟un patrimoine, de l‟autre elle serait le résultat de la
rencontre du jouet dans une activité fortement solitaire.
Bien entendu cette opposition existe, mais elle ne peut rendre compte de
ce qui est. Si les jouets sont fabriqués au Sahara par les enfants, il existe
des modèles transmis, des patterns de jouets déjà produits par les aînés qui
s‟imposent aux enfants et déterminent en partie le jeu. Le jouet n‟est pas
toujours le produit du jeu, il existe avant lui et son existence engage le jeu
et avant cela sa transmission. Du côté de nos enfants, croire que tout
viendrait du jouet et donc des fabricants c‟est oublier que ceux-ci sont loin
de tout inventer. Les jouets sont d‟abord la transcription sous forme
d‟objets de la culture ludique, et c‟est vrai des plus sophistiqués d‟entre
eux, ainsi du créateur du jeu vidéo Pokémon avouant qu‟il n‟avait fait que
reproduire le jeu de son enfance qui consistait à attraper des insectes, à les
mettre dans des boîtes et à les échanger. La culture ludique des enfants
existe et détermine en partie les jouets avant que ceux-ci ne modifient cette
même culture entre autres en rendant possible une pratique solitaire,
caractéristique fondamentale des sociétés occidentales comme Sutton-
Smith l‟a montré.
Il ne s‟agit pas de nier les différences, mais d‟aller dans le sens de Jean-
Pierre Rossie : on ne peut saisir les jouets sans les mettre en relation avec
les cultures ludiques, ce qu‟il fait dans son ouvrage remarquablement
illustré, inscrivant ainsi le jouet dans une pratique. C‟est vrai des pays
riches dont les jouets sont de la culture ludique réifiée, transformée en
objet. C‟est vrai d‟une certaine façon des enfants nord-africains étudiés,
même si les deux modalités de réification sont fort différentes. La culture
produit des objets, la culture ludique produit des jouets ici et ailleurs, mais

16
les modalités de cette production sont différentes, montrant à la fois des
convergences (il y a des espaces communs à ces différentes cultures
ludiques) et des différences. Mais la division fondamentale entre cultures
ludiques est sans doute celle qui renvoie au genre, ce que certains
attribuent trop vite à l‟action des fabricants dans nos pays riches. Elle est
peut-être profondément liée au fait que ceux-ci suivent la culture ludique
des enfants, alors que certains souhaiteraient des jouets plus proches des
préoccupations adultes contemporaines. En cela il y a continuité avec les
observations nord-africaines. Ce que l‟on peut interroger dans nos sociétés,
qui dans certains secteurs ont beaucoup changé, c‟est pourquoi dans ce
domaine on trouve une telle force de la tradition.
Si le jouet est une fenêtre sur la culture ludique, il est aussi un moyen
d‟accéder, à travers l‟enfant, à la culture quotidienne adulte qu‟il met en
scène. L‟analyse de Jean-Pierre Rossie montre les limites d‟une vision
mimétique de cette relation au monde adulte, et cela est sans doute vrai de
façon très générale. Dans la production des jouets (par l‟enfant comme par
les adultes) et dans le jeu nous n‟avons pas une imitation du monde mais
une interprétation de celui-ci. L‟idée d‟interprétation ludique du monde
adulte me semble très juste et proche de la notion de reproduction
interprétative que Corsaro, spécialiste américain de la sociologie de
l‟enfance, utilise pour penser la socialisation de l‟enfant, tout
particulièrement dans le jeu.
Reste enfin la question de l‟apprentissage qu‟il faut situer au niveau
informel comme le fait fort bien l‟auteur. Les enfants ne jouent pas pour
apprendre, ce qu‟oublient trop souvent les pédagogues, mais ce faisant, ils
se réapproprient à travers leur culture ludique des pans entiers de la culture
de leur société. En effet, la culture ludique, pour une grande part, n‟a pas
de contenu spécifique, mais met en jeu, transforme en jouet la culture de la
société à laquelle le joueur appartient, et ce faisant l‟interprète et la
réfléchit.
En lisant Jean-Pierre Rossie, on apprend beaucoup, non seulement sur
les cultures ludiques sahariennes et nord-africaines, mais aussi par
contraste sur notre propre culture tant il est important pour mieux
comprendre notre société de regarder ailleurs et d‟ailleurs.

Gilles BROUGERE, Université Paris-Nord


Auteur de Jouets et compagnie (Paris, Stock, 2003)

17
18
Introduction

19
20
Le livre que le lecteur a sous ses mains est le quatrième volume d'une série
de publications sur les cultures ludiques des enfants sahariens et nord-
africains. Des cultures ludiques qui, contrairement à ce qui a été fait par
Charles Béart pour l'Afrique occidentale ou Fritz Klepzig pour les
populations bantoues de l'Afrique subsaharienne et par Eliseo Andreu
Cabrera (2004) pour les régions autour de la Méditerranée, n'ont pas été
répertoriées et analysées de manière systématique jusqu'à présent. L'unique
tentative dans l'aire géographique en question est à ma connaissance celle
de Paul Bellin intitulée “L'enfant saharien à travers ses jeux” (1963).
Je suis cependant convaincu que cette tâche est des plus urgentes vu les
transformations spectaculaires dans lesquelles les sociétés de cette région
se sont engagées. En réponse à des changements politiques, économiques,
sociaux et culturels, cet héritage, qui à part entière a participé au façonnage
de l'identité des individus et des groupes humains en question, risque
fortement de se perdre. Ceci pourrait se révéler vraiment néfaste pour au
moins deux raisons. D'une part, la population saharienne et nord-africaine
est dans sa majorité constituée d'enfants et de jeunes. D'autre part, le
domaine des jeux et jouets représente une réelle mine d'or pour le
développement et la socialisation de cette jeunesse ainsi que pour une
pédagogie et une didactique scolaire adaptées, particulièrement propagées
par des instances internationales comme l'Unesco (voir bibliographie:
Groupe Consultatif...) ou la International Federation for Parent Education
(voir bibliographie), et parfois aussi par les autorités nationales.
Les filles et les garçons n'observent et ne subissent pas la vie
domestique et familiale uniquement d'une manière passive mais bien vite
ils deviennent des participants actifs et cela aussi bien aux tâches qu'aux
divertissements. Une vie domestique et familiale qui dès lors se reflète
directement dans les jeux et jouets.
A travers cette nouvelle étude sur les jeux et jouets sahariens et nord-
africains il sera une fois de plus possible de relever deux aspects
complémentaires. Ce patrimoine ludique démontre aussi bien la diversité
des cultures, due à des spécificités géographiques, historiques et
sociologiques, que l'universalité de la culture humaine suite à une réponse
fondamentale à des problèmes de vie semblables.

21
Exception faite pour les Ghrib, les Sahraouis et le Maroc, la période sur
laquelle s'étend l'analyse s'étale du début du vingtième siècle jusqu'à la fin
des années 1960. Plus précisément et dans le contexte de cette étude, la
référence bibliographique la plus ancienne remonte à 1905 (Doutté) mais
le jouet lié à la vie domestique le plus ancien de la collection du
Département d'Afrique Blanche et du Proche Orient du Musée de l'Homme
date de 1889. Il s‟agit d‟une petite cruche en poterie d‟origine nord-
africaine non spécifiée. Les données les plus récentes proviennent de mes
recherches au Maroc, en cours depuis 1992 et de mes recherches en 1975
et 1977 chez les Ghrib du Sahara tunisien. L‟information sur les Ghrib est
complétée par quelques données sur l'évolution de la culture ludique de
cette population qui me sont transmises par mon ami et collègue Gilbert J.
M. Claus. Un livre sur les jeux et jouets des enfants sahraouis fut publié en
1999.
Le présent utilisé à travers le texte se réfère donc à l'époque d'où
proviennent les données et non pas nécessairement à celle d'aujourd'hui.
D'une manière générale on peut dire que les jeux et les jouets décrits
appartiennent à des enfants vivant dans des communautés qui, bien
qu'influencés par la vie moderne et occidentalisée, se réfèrent encore à la
tradition. Cette référence à la tradition se manifeste surtout dans le
domaine enfantin et féminin ainsi que dans la sphère de la socialisation et
de la transmission des normes et valeurs. Il sera donc rarement question
d‟enfants vivant dans des centres urbanisés, industrialisés ou
occidentalisés. Si on prend l'Algérie comme exemple, les données se
réfèrent aux enfants peu ou pas scolarisés des communautés nomades,
semi-nomades ou agricoles mais on cherchera en vain des renseignements
sur les enfants scolarisés d'Alger ou des autres grandes villes algériennes.
Les informations rassemblées se réfèrent à des enfants entre trois et
quinze ans. Donc on ne trouvera pour ainsi dire pas de données sur les tout
petits. Les raisons en sont multiples : il est difficile pour un chercheur
masculin d'entrer dans le monde des femmes dans lequel le petit enfant
grandit et jouer à l'extérieur est une activité des enfants déjà plus grands.
En plus, les tout petits transforment souvent un objet en jouet représentatif,
là où fabriquer un jouet ne se fait que vers l‟âge de trois ans. Cependant,
Khalija Jariaa, une femme originaire du village Ikenwèn dans la région de
Tiznit, a récolté quelques informations sur les bébés et bambins de l'Anti-
Atlas en 2006.

22
Quatre sources de données sont à la base de ce livre :

 La collection de jouets sahariens et nord-africains du Département


d'Afrique Blanche et du Proche Orient du Musée de l'Homme à Paris,
complétée par les renseignements contenus dans les fiches signalétiques
et par une analyse personnelle des jouets. Comme cette collection a été
transférée, il faut maintenant contacter l'Unité Patrimoniale Afrique du
Nord et Proche-Orient du Musée du Quai Branly (www.quaibranly.fr).
 La bibliographie ethnographique, linguistique et autre traitant de l'aire
géographique donnée, que j'ai analysée dans une bibliographie
commentée.
 Mes recherches de 1975 à 1977 sur les jeux et jouets des enfants ghrib,
complétées depuis lors par quelques renseignements fournis par Gilbert
J. M. Claus.
 Mes recherches en cours depuis février 1992 sur les jeux et jouets au
Maroc, plus spécifiquement dans les zones rurales et les quartiers
populaires des villes.

Les données bibliographiques ne proviennent pas toujours d'investigations


détaillées ou scientifiques et qu'elles sont parfois accompagnées de
commentaires ethnocentriques. Néanmoins, je crois pouvoir dire que le
soin qui a été mis à l'analyse et à la confrontation critique des sources est
garant d'un degré élevé d'authenticité des informations.
Mes recherches sont passées d‟une microanalyse des jeux et jouets des
enfants ghrib vivant dans une oasis au sud de la Tunisie à une macro-
analyse basée sur des informations concernant les jeux et jouets en Afrique
du Nord et au Sahara. En même temps mon approche se transformait d‟une
étude détaillée dans une région bien définie à la collecte d‟informations
disparates de valeur inégale sur un vaste étendu et une période allant de la
fin du dix-neuvième siècle à aujourd‟hui. Bien sûre j‟ai obtenu au Maroc
des informations détaillées données par des enfants. Parfois ces
informations sont basées sur la mémoire d‟adolescents, d‟adultes ou de
personnes âgées. Toutes ces données rendent possible l‟approche
comparative et diachronique utilisée pour l‟élaboration des volumes de la
collection Cultures Ludiques Sahariennes et Nord-Africaines. Le but
principal de cette étude est quadruple :

23
 Rassembler sur les enfants sahariens et nord-africains l‟information
trouvée dans les sources bibliographiques et muséographiques et faire
des recherches sur le terrain sur les jeux et les jouets dont plusieurs
deviennent obsolète ou s‟oublient spécialement dans les zones urbaines.
 Rendre ces données sur les jeux et jouets et sur les contextes
socioculturels dans lesquels ils se déroulent disponibles à ceux qui
s‟intéressent à la culture enfantine d‟un point de vu scientifique ou
pragmatique.
 Créer une documentation bibliographique, visuelle et muséographique
sur les jeux et les jouets des enfants sahariens et nord-africains.
 Promouvoir l‟intérêt pour la culture enfantine, en particulier la culture
ludique, dans les pays nord-africains et sahariens.

Pour que toute cette documentation reste accessible aux chercheurs et


praticiens elle est donnée au Musée du Jouet de Moirans-en-Montagne en
France (http://www.musee-du-jouet.fr), entre autres ma collection de 641
jouets marocains (1992-2005) et 29 jouets ghrib (1975).
L‟intérêt pour les jeux et jouets des enfants semble manquer en Afrique
du Nord et au Sahara. Du moins, je n'ai trouvé pour ainsi dire personne
travaillant dans ce domaine. Jusqu‟à présent je ne peux que mentionner
trois exceptions. D‟abord j‟ai rencontré Mohamed Lihi, un enseignant au
centre de formation pour professeurs d‟éducation physique à Taza qui a
écrit sa dissertation sur l‟utilisation en éducation physique de quelques
jeux traditionnels de Goulmima. C‟est lui qui m‟a montré la thèse inédite
de Oubahammou Lahcen, professeur au centre national pour la formation
d‟enseignants en éducation physique de Casablanca. Cette thèse sur des
jeux traditionnels, le plus souvent des jeux d‟adresse, de sa propre
population les Aït Ouirra du Moyen Atlas marocain fut défendue dans une
université canadienne en 1987. En plus, mes contacts avec des étudiants du
Département de Langues et Littératures Françaises de l‟université de
Marrakech en 1992-1993, ont amené certains étudiants à écrire une
dissertation sur les jeux et les jouets. Ces dissertations sont mentionnées
dans ma bibliographie commentée (Rossie, 2005). Mes efforts pour
stimuler l‟intérêt pour les jeux et jouets des enfants par des conférences
tenues dans certains départements des universités de Rabat, Kénitra ou
Casablanca, et à l‟Institut de Recherche sur le Maghreb Contemporain
(IRMC) de Rabat entre 1993 et 1996 n‟ont pas donné de résultats

24
tangibles. J‟ai donc arrêté cela une fois que je suis aller vivre à Midelt, une
petite ville du Maroc central loin de ces universités. A un autre niveau je
peux faire référence à l‟intérêt démontré par le ministère algérien de la
jeunesse pour la culture ludique dans les années 1980. Ce ministère a
organisé des interviews auprès des autorités locales afin de les préparer à
l‟utilisation de jeux locaux pour promouvoir une attitude plus positive
parmi les adolescents et les enfants plus âgés (voir Fates Youssef, 1987).
En Tunisie mes discussions avec Abderrahman Ayoub pendant une visite
de trois semaines dans le Nord de la Tunisie en 1987 l‟a stimulé à
organiser un congrès à Carthage et à publier les résultats dans le livre
collectif Jeu et Sports en Méditerranée. Pour autant que je sache cet effort
prometteur n‟a pas survécu au congrès ni au livre. Mais je connais une
organisation marocaine s‟intéressant au jeu de l‟enfant dans le contexte du
préscolaire. Il s‟agit du groupe de recherche-action ATFALE, Alliance de
Travail dans la Formation et l‟Action pour l‟Enfance que la Bernard van
Leer Foundation a soutenu pendant plusieurs années. El Andaloussi
Brigitte, un des membres d'ATFALE, a écrit une brochure sur les jeux et
jouets pour la formation du personnel préscolaire (voir Cultures Ludiques
Sahariennes et Nord-Africaines. Poupées d’enfants et jeux de poupées,
chapitre Utiliser la culture ludique nord-africaine et saharienne).
Mes recherches au Maroc entre 1992 et 2000 se réfèrent à une macro
étude. Mes séjours en plusieurs endroits et mes voyages à travers le pays
ont servis à vérifier et complémenter les données que j‟avais déjà
collectées. La décision de m‟installer dans une région marocaine est liée au
souhait de retourner au niveau d‟une micro étude. Que j‟ai choisi Sidi Ifni
se rapporte à sa situation socioculturelle et historique mais aussi à la
collaboration qui s‟est établie avec Boubaker Daoumani et quelques uns de
ses amis et collègues. En plus, je ne pourrais nier le fait que le bon climat
dans cette région et cela durant toute l‟année ait joué un rôle. Le lecteur
intéressé trouvera une notice autobiographique mettant en relation mes
recherches et mon parcours personnel dans un appendice de mon livre Jeux
et Jouets Sahariens et Nord-Africains. Poupées d'enfants et jeux de
poupées (2005: 331-336).
Influencé à partir de 1998 par les travaux de Shlomo Ariel (théorie du
jeu), de Artin Göncü (psychologie culturelle) et Theo van Leeuwen
(sémiotique sociale), j‟ai senti de plus en plus le besoin de délaisser le
niveau des macro études pour retourner à une description détaillée et une

25
analyse plus approfondie des activités ludiques. En 2002 et en
collaboration avec Boubaker Daoumani, j‟ai pu réaliser quatre vidéos sur
le jeu de faire semblant et de construction de quelques enfants de Sidi Ifni
et de la région avoisinante de Lagzira. J‟ai utilisé une première analyse de
trois vidéos montrant le jeu de faire semblant avec des poupées quand
Artin Göncü m‟a invité pour faire un exposé lors du symposium “Studying
Children‟s Play, Development and Education in Bicultural Contexts” au
College of Education, University of Illinois at Chicago, le 18 avril 2002.
Puis j‟ai fait une version plus développée de cet exposé (Rossie, 2003) et
commencé à écrire le protocole des vidéos. Dans ces protocoles le langage
utilisé par les enfants parlant amazigh ou arabe est traduit en étroite
collaboration avec Boubaker Daoumani (Rossie and Daoumani,
2003/2007). Certainement les vidéos concernant les activités ludiques et la
fabrication de jouets des enfants de la région de Sidi Ifni ajoutent une
dimension nouvelle aux informations déjà collectées. Finalement, je crois
qu‟il est nécessaire de cadrer des microanalyses dans un contexte
socioculturel plus large aussi bien que de rendre une discussion générale
plus précise par une analyse d‟exemples concrets.
Toutes les populations sur lesquelles j'ai pu trouver des renseignements
ont été incorporées dans l'étude. Il s'agit des Touaregs, des Ghrib, des
Maures, des Sahraouis, des Chaamba, des Teda, des Zaghawa, des Belbala,
des habitants de la Vallée de la Saoura, des Mozabites, des Kabyles et des
Chaouïa, ainsi que de quelques communautés algériennes et tunisiennes, et
de plusieurs communautés marocaines.
En réponse à la signification péjorative du terme Berbère, lié au mot
„barbare‟, les mouvements nord-africains concernés mettent en avant le
terme local Amazigh. Par cela ils réfèrent à la culture et la langue des
populations sahariennes et nord-africaines qui vivaient dans ces régions
avant la venue des Arabes et qui continuent à parler leur propre langue.
Dans ce livre j‟utilise donc ce terme Amazigh. Par contre, je continue
d‟utiliser le terme Arabo-Berbères pour les descendants de ces populations
ayant perdu leur langue d‟origine et parlant l‟arabe.
Dans le texte l'ordre des populations suit la séquence suivante : d'abord
sont présentées les données sur les populations nomades ou semi-nomades
du Sahara, suivies par les populations sédentaires du Sahara et finalement
les populations sédentaires d'Afrique du Nord.

26
Les termes géographiques et ethniques mentionnés dans le texte peuvent
être localisés sur deux cartes, une carte de l'Afrique du Nord et du Sahara
(p. 49) et une carte du Maroc (p . 50).
Comme les différents volumes de la collection Cultures Ludiques
Sahariennes et Nord-Africaines sont des publications séparées, il me
semble indiqué afin de situer les cultures ludiques dans leur contexte
géographique, économique, social et culturel de donner une brève
description des populations en question. Cette description se réfère à la
même période que celle d'où proviennent les informations sur les jeux et
jouets. En plus, on trouvera d'un volume à l'autre des changements dans la
liste des populations et des communautés dont les jeux et jouets d'enfants
sont décrits.

Description des populations

Les Touaregs

Si numériquement les Touaregs ne constituent nullement la population la


plus importante de la région en question, ils sont au moins la population la
mieux documentée et représentée dans la collection de jouets analysée.
Les Touaregs vivent sur un immense territoire saharien et sahélien entre,
au nord, Ghadamès en Libye, au sud-est, Agadez au Niger, et au sud-ouest,
Mopti au Mali. Leur habitat présente un relief montagneux variant entre
500 mètres et plus de 2000 mètres.
Les estimations, toujours approximatives, du nombre de Touaregs
varient de 250.000 à 300.000 (Camps, 1984: 8), environ 350.000 (La Vie
du Sahara, 1960), et environ 700.000 (Komorowski, 1975: 101), jusqu'à
moins d'un million (Bernus, 1983: 7). Dans l'exposition de 1994 sur les
Touaregs au Musée de l'Afrique Centrale à Tervuren en Belgique le chiffre
de 1.300.000 Touaregs est avancé, dont 750.000 au Niger, 400.000 au Mali
et 60.000 en Algérie, en Libye et en Burkina Fasso. Les Touaregs Kel
Ahaggar ne seraient qu'avec 20.000 vivants sur un territoire algérien
presque aussi vaste que la France (Bernus, 1983: 7).

27
En juillet 1999 la population du Mali a été estimée à 10.429.124
habitants dont 47 % d'enfants de moins de quinze ans et 10 % de Touaregs
(E-Conflict™ World Encyclopedia). L‟Encyclopédie Universelle Larousse
2006 parle de plus de deux millions de Touaregs.
Toutes ces sources s'accordent pour dire qu‟au premier tiers du
vingtième siècle les Touaregs menaient une vie nomade ou semi-nomade,
dans ce dernier cas devenant périodiquement des sédentaires dans les
oasis.
Les Touaregs furent en premier lieu des éleveurs de dromadaires mais
qui, vers 1960, “vivent essentiellement de l'élevage des moutons, des
chèvres et des bœufs au Sud” (La Vie du Sahara, 1960: 7). Depuis les
années 1950, la vie traditionnelle des Touaregs se perd de plus en plus.
Ceci d'abord à cause de l'influence de la colonisation française puis de
l'intégration dans cinq états indépendants différents. Finalement l'extrême
sécheresse au Sahel durant les années 1970 a eu des conséquences
dramatiques pour les Touaregs sahéliens (Leupen, 1978: 58. Claudot-
Hawad, 1992: 222). Actuellement beaucoup de familles vivent dans des
maisons avec télévision et parabole.
Du point de vue ethnique et linguistique les Touaregs sont des
Amazighs amazighophones, bien qu'ils “ne constituent ni une 'race' ni une
'nation'. Leur dénominateur commun se situe dans une culture, un langage,
des comportements semblables... ” (Bernus, 1983: 6).
Dans le cadre de l'analyse des jeux et jouets, il faut distinguer cinq
groupements de Touaregs :

 Les Touaregs Kel Ahaggar : Massif de l'Ahaggar (Algérie);


 Les Touaregs Kel Ajjer : Tassili N'Ajjer (Algérie), région de Ghât
(Libye);
 Les Touaregs Kel Aïr : Massif de l'Aïr;
 Les Touaregs Kel Iforas : Adrar des Iforas (Mali, Algérie);
 Les Touaregs Kel Oullimenden : plaines sahéliennes de la Boucle du
Niger (Mali).

28
Les Ghrib

L'habitat des Ghrib s'étend de la limite méridionale du Chott l-Djerid, le


lac de sel du sud tunisien, jusqu'à la frontière algérienne. Il s'agit d'un
territoire d'environ 6000 km² dans la frange septentrionale du Grand Erg
Oriental, un immense désert de sable. Le relief est assez plat, inter coupé
ici et là de dunes de sable.
Les Ghrib sont évalués à environ 4400 en 1975. Entre-temps cette
population s'est accrue et comporte actuellement environ 7000 personnes.
Ces données sur les Ghrib et celles qui suivent proviennent des
publications de Gilbert Claus ou d'informations qu'il m'a transmises.
Bien qu'il y ait parmi ces Ghrib arabophones des fractions qui
prétendent avoir comme ancêtres des Amazighs du Sud du Maroc, il y en a
d'autres qui se disent d'origine du sud de l'Arabie ou du nord du Yémen.
L'économie était depuis l'entre guerre et jusqu'à récemment, basée sur le
semi-nomadisme avec l'élevage de chèvres, de moutons, d'ânes et de
dromadaires, pour lequel ils étaient renommés. L'agriculture d'oasis aussi
jouait un rôle dans cette économie pastorale.
Depuis les années 1970, la sédentarisation dans les oasis en bordure du
Chott l-Djerid a pris de plus en plus d'ampleur. De nos jours, les Ghrib se
sont pour ainsi dire complètement sédentarisés dans les oasis de Ghidma,
Hezwa, Redjem Matoug et surtout dans l'oasis d'El Faouar qui est devenue
un centre urbain important, chef-lieu d'une délégation. De cette manière ils
ont perdu tout de leur ancienne renommée d'éleveur de dromadaires, bien
que l'intérêt pour cet élevage reprenne quelque peu, suite à la promotion du
tourisme saharien à El Faouar où un hôtel de transit fonctionne maintenant.

Les Maures

Dans le Sahara occidental vivent les Maures sur un territoire limité par
l'Atlantique à l'Ouest, l'actuelle frontière avec le Maroc au nord et une
frontière imaginaire allant du fleuve Sénégal par Néma à la boucle du
fleuve Niger au sud.
A partir de la côte le relief s'élève lentement pour atteindre les 350 m au
Plateau du Dhar où se situe Oualata. Une grande partie de la Mauritanie est

29
occupée par d'énormes dunes, depuis l'Atlantique en direction du nord-est
en passant juste au nord de Tidjikdja.
En 1960, les Maures étaient estimés à 600.000 dont 77 % de nomades
(La Vie du Sahara, p. XXIV; Belgisch Comité voor UNICEF, 1996: 57). Il
s'agit d'une population qui, contrairement au Touaregs fortement éparpillés
sur plusieurs états, a réussi à s'organiser en état : la République Islamique
de Mauritanie. En 1996 il y a 2.400.000 habitants en Mauritanie dont 52 %
vit dans les villes et seulement 12 % sont encore des nomades; un tiers de
la population vit dans la capitale Nouakchott et les bidonvilles avoisinants
(informations de l'UNICEF). Avec 30 % les Maures ne constituent qu'une
partie de la population totale. 40 % sont formés par des groupes mixtes
d'origine maure ou provenant d'Afrique Noire et les autres 30 % sont des
descendants d'Africains noirs. De la population mauritanienne estimée à
2.581.738 en juillet 1999, 47 % ont moins de quinze ans (E-Conflict™
World Encyclopedia).
Du point de vue ethnique “on appelle Maures les Arabes mêlés aux
Berbères, ainsi que les Berbères fortement arabisés du Sahara du Sud-
Ouest et du Sahara ex-espagnol” (Komorowski, 1975: 103). Mais eux-
mêmes se désignent comme les 'Beïdane', les 'Blancs'. Du point de vue
linguistique les Maures parlent un arabe maghrébin.
Ces Maures sont, certainement pendant la période à laquelle réfèrent les
jeux et jouets des enfants de ce peuple, des pasteurs chameliers, des
caravaniers, des commerçants et, dans la zone sahélienne, des éleveurs de
bœufs. Certains d'entre eux sont plutôt sédentarisés dans des petites villes.
Un de ces centres urbains est Oualata, dans les années 1970 une
agglomération de 800 à 1000 habitants. C'était “un centre spirituel et une
ville de commerce au carrefour du Maroc, du Mali et du Sénégal... (Son)
isolement lui a valu aussi le maintien de ses traditions de spiritualité,
d'enseignement traditionnel qui remontent au VIIIème siècle” (Gabus,
1967: 7), ainsi que de son organisation sociale et domestique.
Comme chez les Touaregs et les Ghrib, le mode de vie des Maures est
depuis une quarantaine d'années soumis à une pression croissante
d'adaptation à un état et une économie qui s'inscrivent dans le contexte
mondial. Actuellement, environ 60 % de la population vit de l'agriculture
et de l'élevage et environ 40 % a trouvé une subsistance en ville dans le
secteur moderne ou informel de l'économie (Belgisch Comité voor
UNICEF, 1996: 33).

30
Les Sahraouis

Les Sahraouis nomadisaient dans l'immense espace saharien qu'ils


appellent 'Trab el Bidan', la 'Terre des Blancs'. Cet espace s'étend du fleuve
Sénégal jusqu'à l‟Oued Drâa qui longe les versants sud du Jbel Bani et de
l'Anti-Atlas en passant près de la ville d'Assa dans le sud du Maroc. Cette
vaste région comprend la Mauritanie, le Sahara Occidental, une partie du
Nord-Ouest du Mali et du Sud-Ouest de l'Algérie. La langue des Sahraouis
est une forme locale d'arabe appelée 'hassaniya' (Pinto Cebrián, 1999: 9).
Tout comme chez les Touaregs, les Ghrib et les Maures, un processus de
sédentarisation s'est développé chez les Sahraouis, un processus de
sédentarisation dont l'ampleur s'est accentuée à partir des années 1970.
Une partie du Trab el Bidan dénommée le Sahara Occidental fut une
colonie espagnole de 1904 à 1975. Actuellement et suivant la terminologie
employée par le Conseil de Sécurité des Nations Unies, le gouvernement
marocain est la “puissance administrante du Sahara occidental” (Rapport
du Secrétaire Général sur la situation concernant le Sahara occidental, 25
octobre 2000, S/2000/ 1029, 6 pages, p. 6, § 30, (http://www.un.org/french
/docs/sc/reports/2000/1029f.pdf - consulté le 11.01.2001). L'agence de
presse Europe Medea mentionne comme l'unique source valable sur la
population du Sahara Occidental le dernier recensement espagnol de 1974.
Selon celui-ci, qui n'a pas pu prendre en compte l'ensemble des
populations nomades, il y avait à ce moment 73.497 Sahraouis dans le
territoire et 21.522 Européens et ressortissants d'autres pays. La population
actuelle est sans doute de l'ordre de 200.000 à 300.000 personnes (http://
www.medea.be/fr/index250.htm, consulté le 11.01.2001). Sous le contrôle
du Polisario, le Frente Popular para la Liberación de la Seguia el Hamra y
el Rio de Oro, quelques 200.000 Sahraouis habiteraient les camps de
réfugiés de la région de Tindouf dans le sud-ouest de l'Algérie (http://
www.sahara.net/people.html - consulté le 12.01.2001).
L'ancien système économique entièrement basé sur le nomadisme et le
commerce caravanier a été remplacé en grande partie par une économie
basée sur l'industrie de la pêche et l'exploitation de gisements de
phosphates et de fer (http://www.medea.be/fr/index250.htm, consulté le
11.01.2001).

31
Les Chaamba

Les Chaamba, eux aussi nomades dans leur majeure partie, transhument
sur tout le Sahara algérien septentrional depuis El Oued, Ouargla et le
Grand Erg Oriental, en passant par El Golea et le Grand Erg Occidental
jusqu'à l'Erg er Raoui et même au-delà. Cette immense région désertique
aux puissants massifs de dunes est entrecoupée de plaines arides peu
accidentées.
Tout comme les Regeybat, les Chaamba arabophones, sont des Arabo-
berbères dont l'origine démontre l'interpénétration des populations
amazighs autochtones avec des tribus arabes venues de la Péninsule Arabe.
Au début des années 1950, la population totale approchait les 20.000
(Cabot Briggs, 1958: 111).
Leurs moyens de subsistance les Chaamba les trouvaient et les trouvent
parfois encore dans l'élevage de dromadaires et de moutons. Ils étaient des
méharistes renommés qui se sont en partie intégrés dans l'armée coloniale
et celle de l'Algérie indépendante. Dans les oasis ils s'occupent aussi de
jardinage et des palmeraies.
Aujourd'hui ils descendent de leurs chameaux et montent dans les poids
lourds qui circulent sur les pistes sahariennes (Komorowski, 1975: 107).

Les Teda

Les Teda, appelés Toubou par les Arabes et les Européens, vivent dans un
endroit aussi spécifique qu'isolé. Il s'agit du massif volcanique du Tibesti
au Nord-ouest du Tchad. Ce massif du Tibesti, qui a son point culminant à
3350 m et une altitude moyenne entre 1000 et 1800 m, “s'élève tel un
bastion au milieu d'une mer de sable” (Lopatinsky, Les Teda du Tibesti: 9).
Contrairement aux autres populations qui sont des Amazighs ou Arabo-
berbères, les Teda forment ethniquement et linguistiquement un groupe
distinct qui s'apparente aux populations noires du Soudan.
Dans le massif du Tibesti les Teda étaient en 1960 estimés à 20.000
personnes (La Vie du Sahara, p. XXIV). Probablement moins encore car
cette source y incorpore des groupes de cultivateurs apparentés au Teda du
Tibesti. De la population totale du Tchad estimé à 7.557.436 d'habitants en

32
juillet 1999, 44 % ont moins de quinze ans (E-Conflict™ World
Encyclopedia). Le recensement de la population du Tchad de 1993 donne
28.501 Teda (Ethnologue: Languages of the World).
Ces Teda sont restés très longtemps attachés à leur mode de vie et
avaient encore en 1980 “conservés des particularismes culturels qui sont en
accord avec les impératifs de leurs conditions de vie” (Brandily, 1980:
141). D'ailleurs l'influence maghrébine d'abord et française ensuite, avec
une occupation effective à partir de 1930, est restée faible jusqu'en 1940.
Le semi-nomadisme fut le système socio-économique rendant possible
la survie des Teda. Une partie du groupe familial reste dans l'oasis, par
exemple à Bardaï, et s'occupe des jardins et des palmeraies. Ce travail dans
les jardins est vu comme un travail de serviteurs. Entre temps, une autre
partie s'en va à la recherche des prairies pour les chèvres, moutons, ânes et
dromadaires et fait en même temps le petit commerce caravanier
(Lopatinsky, Les Teda du Tibesti: 10, 15, 285, 288; Le Cœur, 1950: 198;
Kronenberg, 1958: 3-5).
“Traditionnellement la base de la nourriture est constituée par les dattes
et quelques céréales dont les unes sont cultivées et les autres sauvages”
(Brandily, 1980: 141). L'importance des dattes pour les Teda se révèle
jusque dans la confection des poupées par les filles.

Les Zaghawa

Une population noire, appelée Zaghawa par les Arabes mais qui s'appelle
elle-même les Beri, vit à cheval sur la frontière entre le Tchad et le Soudan.
Il s'agit d'un territoire accidenté dont le centre est formé par les hauts
plateaux du Ennedi qui délimitent au sud le Sahara. Toujours au-dessus de
600 mètres, ce territoire s'élève jusqu'à 1450 mètres.
Dans cette région inhospitalière du Tchad vivaient vers 1975 environ
30.000 Zaghawa, et Iriba, lieu de résidence du sultan des Zaghawa, était un
centre de plus ou moins 3000 personnes (Tubiana, 1977: 99, 118). Marie-
José Tubiana (1964: 11-12) écrit :

Les Zaghawa, qui furent depuis longtemps soumis à l'influence de


l'Islam et de l'arabe, sont avant tout des pasteurs semi-nomades à court
rayon de déplacement tirant leurs ressources de l'élevage, de la

33
cueillette, de l'agriculture, de la chasse et aussi du commerce... Le
troupeau est la principale richesse du Zaghawa. Il en tire une partie de
sa nourriture, de ses vêtements et quelques-uns de ses ustensiles de
ménage. En échangeant ou en vendant des bêtes il se procure le
complément de mil nécessaire à son alimentation, du thé, du sucre, des
tissus. La richesse d'un homme, la puissance d'un chef sont évaluées en
têtes de bétail... Vaches et taureaux occupent la première place... Les
Zaghawa élèvent également des chameaux comme bête de somme, des
moutons et des chèvres. Les chevaux sont les montures des chefs et des
notables; les ânes sont laissés aux femmes et aux forgerons.

Les Belbala

Jusqu'à présent les populations décrites sont ou du moins étaient des


nomades ou semi-nomades. Par contre les Belbala sont bien que vivant
dans le Sahara Nord-occidental, la première communauté sédentarisée à
l'oasis de Tabelbala mais vivant en contact direct avec les Chaamba.
Tabelbala, située à une hauteur de 500 mètres, est une petite palmeraie
très isolée qui se trouve au pied de l'Erg er Raoui, entre cette zone de
dunes et une petite chaîne montagneuse d'environ 700 mètres de hauteur.
Les Belbala forment une population sédentaire d'environ 1600
personnes vers 1960, parlant une langue tout à fait particulière incomprise
des autres sahariens sédentaires ou nomades. C‟est une langue d'origine
négro-africaine avec des apports amazighs et arabes.
Dominique Champault, dont l'ouvrage Une oasis du Sahara nord-
occidental : Tabelbala est la source d'information primordiale en ce qui
concerne les Belbala, écrit que les habitants de Tabelbala ont survécu grâce
à une économie d'oasis avec palmeraies, jardinage et élevage de chèvres,
ânes, quelques moutons et quelques dromadaires qu'entretiennent des
Chaamba. En plus, et jusqu'au début du 20 e siècle, Tabelbala était un lieu
de séjour et d'approvisionnement du trafic caravanier venant du Maroc.
Mais l'avenir de ce trafic caravanier et celui de l'oasis de Tabelbala
furent en 1969 décrits comme suit par cet auteur: “Que Tabelbala soit peut-
être né du transport chamelier, qu'il en ait vécu pendant de nombreux
siècles, c'est en même temps apercevoir qu'il ne peut longuement lui
survivre” (p. 447).

34
Les habitants de la Vallée de la Saoura

D'autres sédentaires sahariens sont les habitants des oasis de la Vallée de la


Saoura, une population sur laquelle je n'ai trouvé que très peu de données.
La Saoura délimite le désert pierreux, qui s'étend vers l'ouest, des dunes
de sables de l'Erg qui s'étend à l'est et au sud. Cette rivière qui prend
source dans l'Atlas saharien, coule en direction nord-sud et s'enlise après
quelques centaines de kilomètres dans le désert. Il transporte parfois en
hiver une quantité considérable d'eau.
La Vallée de la Saoura a toujours été une très importante route de
communication et de commerce transsaharien. Dans le lit de la Saoura se
trouvent des jardins et des palmeraies, avec environ 8000 palmiers à Beni
Abbes en 1944. A ce moment là, environ 5000 personnes vivaient dans
cette agglomération (Naval Intelligence Division, 1943: I 66-67, II 61).
Selon Dominique Champault la situation alimentaire était plus tragique
dans les petites oasis de la Vallée de la Saoura qu'à Tabelbala, bien que
jusque dans les années 1950 il y ait eu des petites caravanes assez
régulières dans la Vallée de la Saoura (1969: 176, 269).

Les Mozabites

Les Mozabites sont des musulmans appartenant à une secte puritaine non
orthodoxe et se sont réfugiés au cours du XIe siècle dans la région
saharienne de l'Oued Mzab. Là ils fondèrent cinq villes fortes, Ghardaïa
étant la plus importante, et au XVIIe siècle encore deux autres villes. Le
relief est celui d‟un haut plateau, situé à une altitude moyenne de 700
mètres, avec des vallées souvent larges et profondes (Naval Intelligence,
1943-1944: 69).
Le nombre de ces citadins d‟oasis fut évalué vers 1950 à environ 50.000
personnes. Vers 1980 il y en avait environ 200.000 (Camps, 1984: 8). Leur
langue appartient à la grande famille des parlers berbères.
Zygmunt Komorowski décrit ainsi l‟économie mozabite : “Depuis des
siècles ils s‟enrichissaient sur le commerce transsaharien. Aujourd‟hui, ils
tiennent une grande partie du petit commerce en Algérie et leur diaspora
atteint même l‟Amérique” (1975: 107).

35
Bien que la population mozabite s‟est, suite à son particularisme
religieux, volontairement isolée, elle a su tirer profit de l‟insertion dans un
état moderne et dans une économie coloniale et post-coloniale.

Les Kabyles

Les Kabyles vivent dans une région montagneuse au Nord-Est de l‟Algérie


et qui s‟étend d‟Alger à Annaba. Cet espace se divise en trois régions. La
Grande Kabylie ou la Kabylie de Djurdjura culmine à une hauteur de 2.308
mètres. A l‟est de la Grande Kabylie se trouve la Petite Kabylie avec une
hauteur maximale de 1008 mètres à l‟ouest de l‟oued Kebir. La troisième
région est celle de Collo située à l'Est. La capitale de la Kabylie est Tizi-
Ouzou dans la Grande Kabylie. C‟est dans ces régions montagneuses que
les Kabyles se sont toujours retirées suite aux invasions successives.
La Kabylie est une région de peuplement de grande densité où vivaient
en 1987 2.571.1957.000 personnes. En 1984, plus de 530.000 Kabyles
vivaient en France (Ethnologue: Languages of the World). Une autre
source publiée en 1998 estime les Kabyles à quatre millions de personnes.
L‟émigration vers la France et d‟autres pays européens date de la Première
Guerre mondiale (Tamisier, 1998: 143). La langue kabyle appartient au
groupe des langues amazighes.
Le Larousse du 20e siècle décrit en 1931 certains aspects de l‟économie
de ces régions de la manière suivante :

On cultive les céréales sur les terres basses, et sur les pentes les vergers
et les vignes. La région, parfaitement arrosée, a de magnifiques forêts
de chênes-lièges, de chênes zéens, et plus haut de cèdres. La Petite
Kabylie et celle de Collo renferment des mines de plomb, de cuivre et
surtout de fer (volume I-M, p. 222).

Sur la côte abrupte se trouvent quand même quelques ports comme


Djidjelli. En 2001 on peut lire dans Ethnologue: Languages of the World
que les Kabyles sont des agriculteurs cultivant olives, figues, grenades,
pèches, abricots, poires, prunes et légumes.
La structure sociopolitique est marquée par une forte organisation
villageoise. L‟évolution depuis la seconde moitié du siècle dernier montre

36
l‟importance des “institutions politiques traditionnelles et (de) la culture
moderne acquise par les Kabyles au sein des mouvements syndicaux et
politiques auxquels ils ont tant donné, aussi bien dans l‟immigration en
France qu‟en Algérie” (Mahe, compte rendu du livre).

Les Chaouïa

L'Aurès, le territoire des Chaouïa, est un massif montagneux


impressionnant d'environ 11.000 km² situé entre les Hauts plateaux du
nord-est algérien et le Sahara. Les Chaouïa, 'bergers' en arabe, sont des
Amazighs parlant une langue amazighe. Ethnologue: Languages of the
World mentionne 1.400.000 Chaouïa pour 1993.
Vers les années 1940, ils vivaient encore largement selon les modes de
vie ancestraux et restaient “des montagnards peu influencés par ce qu'ils
ont vu en ville. Ils gardent une ancienne organisation tribale” (Catalogue
des Collections de l'Aurès, 1943: 4).
En 1938 et selon Thérèse Rivière, les Chaouïa du Nord de l'Aurès sont
sédentarisés dans des vallées fertiles où la culture intensive dans des
jardins et palmeraies est possible. Les Chaouïa du Sud, au contraire, sont
“des semi-nomades pasteurs de chèvres et de moutons, cultivateurs de blé
et d'orge qui vivent à peu près en économie fermée”. Ces semi-nomades
hivernent au Sahara et estivent dans l'Aurès (p. 294).
A ce moment, la densité de la population atteignit dans le nord de
l'Aurès 5 à 25 habitants par km², cinq fois plus que dans le sud de l'Aurès,
et la population Chaouïa se chiffrait dans les quelques dizaines de milliers.
Danielle Jemma-Gouzon décrit la situation actuelle en Aurès (1989: 7) :

Puis vient le temps de rompre l'isolement et, avec lui, celui de la


tentation de l'ailleurs. Les temps présents. Au fond des vallées, les terres
se vident. Les hommes partent. Dans les villages, seuls demeurent les
vieillards, les femmes et les enfants. Les gestes s'érodent, comme les
maisons de terre, en perte de sens et de symboles. Le Temps a pénétré
les montagnes de l'Aurès et, avec lui, l'Histoire. La famille s'ouvre aussi
mais se fragmente, satisfaite d'une économie moins précaire mais moins
communautaire. Aspirations nouvelles. Modèles nouveaux.

37
Les populations des campagnes marocaines

Mes recherches au Maroc en cours depuis février 1992 m'ont permis


d'obtenir des données sur les jeux et jouets des enfants de certaines
communautés arabo-berbères ou amazighes vivant dans des villages ou des
petites villes des régions rurales du Maroc. Il s'agit de la population Aït
Ouirra (Moyen Atlas), des petites villes Goulmima, Imi-n-Tanoute,
Imzouren, Midelt, Ouarzazate et Taroudannt (Maroc central), Tiznit et Sidi
Ifni (sud du Maroc), ainsi que des villages Zhana (Kénitra), Aït Hmed ou
Yacoub (Khemisset), Aïn Taoujdate (Fès), Arhbalou-n-Serdane, Sidi
Brahim et Tighboula (Moyen Atlas), Ouirgane (Marrakech), Bertèt, Ksar
Assaka, She°ba, Taäkit et Zaïda (Midelt), Meski (Errachidia), Ighrem-n-
Cherif (Goulmima), Aït Ighemour, Aït Slimane, Amellago, Ignern et
Imîder (Haut Atlas), Tiffoultoute (Ouarzazate), Hmar (Taroudannt), Douar
Ouaraben, Ikenwèn et Idoubahman-Imjâd (Tiznit), Ifrane a/s (Guelmim),
Terloulou (Tafraoute), Lahfart et Lagzira (Sidi Ifni), Igîsel (Guelmim),
Douar (Tan-Tan) et Oulad ben Sbaa (Sidi Mokhtar).
Les Aït Ouirra, une population amazighophone, vivent dans la région
d'El Ksiba, un centre administratif situé à 1130 m d'altitude dans le Moyen
Atlas. Leur territoire s'étend sur environ 600 km². Selon le recensement de
1971 la population était de 24.019 personnes. Le mode de vie des Aït
Ouirra est le semi-nomadisme et ils se déplacent entre la montagne et la
plaine. L'élevage de chèvres et de moutons occupe la première place mais
ils cultivent aussi le blé, l'orge et le maïs. Les données sur les Aït Ouirra et
leurs jeux et jouets proviennent de la thèse de Lahcen Oubahammou
(1987).
Près de la côte méditerranéenne et à 17 km d'El Hoceima se trouve la
petite ville rifaine et amazighophone Imzouren.
Midelt est le centre d'une région où la pomme est cultivée. Elle se trouve
sur la route de Meknès à Errachidia et à 1500 m de hauteur au pied du Jbel
Ayachi à l'extrémité septentrionale du Haut Atlas. Cette ville amazighe, où
de plus en plus de jeunes parlent l'arabe maghrébin, compte environ
25.000 habitants.
La petite ville de Goulmima se trouve en bordure du Pré-Sahara
marocain et du versant est du Haut Atlas, sur la route de Ouarzazate à
Errachidia près de l'Oued Gheris. Ce centre urbain amazighophone avec
son grand ighrem, ou ancien village fortifié, et son importante oasis n'est

38
que très peu touchée par les circuits touristiques. Selon des informations
locales Goulmima compte plus ou moins 25.000 habitants.
La ville de Ouarzazate dans le Pré-Sahara est un centre régional de
grandeur comparable à celle de Goulmima. Elle est devenue une ville de
tourisme européen et de studios de cinéma. C'était une ville
amazighophone où l'on parle maintenant beaucoup l'arabe maghrébin,
surtout parmi les jeunes générations.
Imi-n-Tanoute est une ville régionale se trouvant au pied du versant
ouest du Haut Atlas, à une altitude d'environ 900 mètres, sur la route
reliant Marrakech à Agadir. La ville de Taroudannt est située dans la vallée
entre le Haut Atlas et l'Anti-Atlas, à une altitude d'environ 250 mètres, le
long de l'Oued Sous qui se jette dans l'Atlantique à Agadir. Ces deux
centres ont une population de 25.000 à 40.000 habitants. Là se mêlent
arabophones et amazighophones et il arrive que dans une même famille les
deux langues soient utilisées selon les besoins.
Sidi Ifni est une toute petite ville côtière dans le sud du Maroc et à 160
km d'Agadir. Les gens y parlent aussi bien l‟Amazigh que l'Arabe
maghrébin. Le tourisme y est d‟une certaine importance avec des touristes
européens venant surtout en hiver et des touristes locaux ou des marocains
vivant en Europe venant en été.
Tiznit est une ville en pleine expansion sur la route reliant Agadir à
Guelmim et Tan-Tan. Depuis quelques années Tiznit est mis en avant
comme un endroit touristique d‟intérêt sur la route d‟aventure vers le sud
du Maroc.
Aïn Taoujdate, entre Meknès et Fès, bien que n‟étant un village au début
des années 1990 se développe rapidement et devient un centre urbain
important. Par contre, Zhana, à 10 km de Kénitra, est resté un village.
Le village de Meski, près de la très touristique Source Bleue de Meski,
se situe en bordure d'une assez grande oasis et est un centre rural d'une
certaine importance. Il se trouve à 20 km d'Errachidia en bordure du Pré-
Sahara marocain. Aussi bien à Aïn Taoujdate, à Zhana qu'à Meski l'arabe
maghrébin est parlé.
A quelques kilomètres de Khemisset, sur la route de Rabat à Meknès, se
trouve le petit village amazighophone Aït Hmed ou Yacoub.

39
J'ai obtenu plusieurs informations sur les jeux et jouets des enfants du
Moyen Atlas entre autres à Arhbalou-n-Serdane près de Boumia, à Sidi
Brahim à côté d'Ifrane et à Tighboula près d'El Ksiba. Dans tous ses
villages on parle l‟amazigh.
Cela est aussi le cas dans le centre rural Amellago et deux villages
limitrophes, Aït Slimane et Imîder, tous situés dans le Haut Atlas non loin
de Goulmima, ainsi que dans le village Ouirgane, situé à 60 km de
Marrakech le long de la route du Tizi n Test.
A Aït Ighemour, un petit village du Haut Atlas „traditionnel‟ pour autant
que l'on puisse encore utiliser cette expression, les gens parlent l‟amazigh.
Ce village, d'une centaine de familles, se trouve dans la province de
Ouarzazate à la fin d'une piste partant du village Anezal sur la route de
Tazenakht à Amerzgane. On y arrive en grimpant cette piste de 38 km
jusqu'à une hauteur de 2600 m Aït Ighemour est situé à 8 km de la
montagne Jbel Siroua. L'agriculture n'y est possible que dans les jardins en
bordure du petit oued où l'eau coule toute l'année.
Ignern se situe à 1600 m d'altitude sur la route de Taroudannt à
Tazenakht et à 15 km avant Taliouine en venant de Tazenakht. Ce village
amazigh se trouve aussi au pied de la montagne Jbel Siroua mais est moins
isolé qu'Aït Ighemour. Il est un des très rares villages où l'on cultive les
fleurs qui donnent le safran.
Taäkit est un petit village à 2 km de Midelt en direction du Jbel Ayachi.
Ksar Assaka avec environ 50 familles se trouve 2 km plus loin. Zaïda se
situe le long de la route à 30 km avant Midelt en venant de Meknès et vie
en partie grâce au trafic routier. Bertèt se trouve à environ 40 km de Midelt
près de la route de Midelt à Errachidia. Le petit village Ighrem-n-Cherif se
trouve près de Goulmima. Ce sont des villages amazighophones où
l'influence de la ville se fait sentir de plus en plus et dont bon nombre
d'habitants ont déjà quitté leur village pour aller habiter en ville. She°ba,
un village situé à 2 km avant Midelt en venant de Meknès, est cependant
un îlot arabophone dans une région amazighophone.
Douar Ouaraben juste en dehors de Tiznit, Ikenwèn à 29 km de Tiznit
sur la route vers Tafraoute, Ifrane a/s (Atlas Saghrir ou Anti-Atlas) à
environ 25 km de Bouizakarne qui se trouve sur la route de Tiznit à
Guelmim, Idoubahman-Imjâd à 24 km d'Ifrane a/s en direction de
Tafraoute, et Terloulou à 26 km de Tafraoute en direction de la haute
montagne sont amazighophones. Cela est aussi le cas pour la population du

40
village côtier Lagzira et du village de montagne Lahfart près de Sidi Ifni,
ainsi que pour le village Igîsel près des sources chaudes d‟Abaynou à côté
de Guelmim. Tous ces villages de l'Anti-Atlas sont vraiment petits sauf
Ifrane a/s avec environ 15.000 habitants. Ifrane a/s est un important centre
rural avec une école secondaire et une assez grande palmeraie et des
oliviers.
Les gens du village Hmar, à environ 10 km de Taroudannt, et du village
Oulad ben Sbaa, près de Sidi Mokhtar sur la route d'Essaouira à
Marrakech, parlent l'arabe marocain. Dans le petit village Douar près de
Tan-Tan on parle l'arabe hassaniya, la langue des Sahraouis.
Dans les villages la population vit surtout de l'agriculture, souvent
encore suivant des méthodes séculaires, de la production des oliviers,
arganiers, pommiers et autres arbres fruitiers, de l'élevage du grand ou petit
bétail. Un bétail qui est souvent gardé par des filles ou des garçons. En
ville l'artisanat, le commerce, le transport et le fonctionnariat créent des
ressources supplémentaires renforçant ainsi une plus ou moins forte
désertion des campagnes. Si en 1960 la population rurale marocaine
formait encore 71 % de la population totale du Maroc, cette population
rurale en fait actuellement que la moitié.
La modernisation ne passe pas à côté des villes rurales et des villages
marocains comme c'est certainement le cas dans toute l'Afrique du Nord et
dans le Sahara. Après l'engouement pour les paraboles, le téléphone
portable conquérait le monde rural, surtout les jeunes hommes et les jeunes
femmes. Fin 1999 le téléphone portable devient un objet de prestige dans
la petite ville de Midelt au Maroc central. En 2000 le téléphone portable
s'infiltre déjà dans le petit village Ksar Assaka près de Midelt. Plusieurs
magasins offrent la possibilité d'utiliser des ordinateurs et de communiquer
par Internet par exemple à Midelt depuis 2000. Ceci est aussi le cas à Sidi
Ifni et dans d‟autres villes rurales marocaines.
Parfois j'ai mentionné une tribu ou groupe ethnique auquel
appartiennent les enfants. Cependant, l'importance du groupe ethnique a
beaucoup diminué dans un contexte urbain ainsi que dans les grands
villages.

41
Les citadins de l'Algérie, du Maroc et de la Tunisie

Des communautés non ethniques ou multiethniques vivent dans les


grandes, petites et parfois très petites villes côtières ou non loin de la côte
du Maroc et de l'Algérie. Dans ce livre sont aussi mentionnées quelques
agglomérations urbaines à l'intérieur de ces pays et qui représentent une
situation démographique analogue. Ces agglomérations sont sauf
exceptions rarissimes situées dans les plaines côtières ou peu élevées de
l'intérieur.
En juillet 1999, la population de l'Algérie fut estimée à 31.133.486
habitants dont 37 % d'enfants de moins de quinze ans, celle du Maroc à
29.661.636 d'habitants dont 36 % d'enfants de moins de quinze ans et celle
de la Tunisie à 9.513.603 d'habitants dont 31 % d'enfants de moins de
quinze ans (E-Conflict™ World Encyclopedia).
La population citadine vit, dans sa grande majorité et en ce qui concerne
la période couverte par ce livre, de l'artisanat, du commerce, du
fonctionnariat et de l'exécution d'autres services.
Fès, Marrakech et Rabat, où j'ai pu recueillir des données, sont
aujourd'hui des villes de plus de 500.000 habitants. Kénitra, à 40 km au
nord de Rabat, est un centre régional de plus de 200.000 habitants et une
ville satellite de la capitale Rabat.
Ce sont des villes aux visages multiples où l'on remarque aussi bien un
comportement européen, un comportement traditionnel et un
comportement strictement islamique. Cela se voit plus particulièrement au
niveau de la population féminine puisque dans les rues le port du voile
côtoie celui de la minijupe.
Les renseignements sur la vie domestique dans les jeux et jouets obtenus
dans ces villes proviennent de couches sociales populaires et moyennes.
La langue utilisée dans tous ces centres est une forme locale de l'arabe
maghrébin. Du point de vue ethnique, ces populations sont constituées en
grande partie d‟Amazighs, arabisés de longue date ou depuis peu.

Gabriel Camps (1984: 9) écrit à ce sujet :

En fait, dans la société musulmane nord-africaine et saharienne, il


existe des maghrébins arabophones ou arabo-berbères et des
maghrébins berbérophones qui conservent le nom de Berbères que les

42
Arabes leur donnèrent. Parmi les Arabo-berbères, qui ne constituent
pas plus une entité sociologique que les Berbères, on distingue un
groupe ancien, citadin, aux origines souvent très mêlées, car il faut tenir
compte dans les villes des apports antérieurs à l'Islam, des réfugiés
musulmans d'Espagne (Andalous) et des nouveaux venus généralement
confondus sous le nom de Turcs, bien qu'ils fussent, pour la plupart, des
Balkaniques et des Grecs de l'Archipel.

Avant de clore cet aperçu des différents groupes socioculturels dont les
jeux et jouets liés à la vie domestique figurent plus loin, reprenons encore
une fois cette distinction entre maghrébins amazighophones et maghrébins
arabophones. Néfissa Zerdoumi en parle de la manière suivante dans son
livre Enfants d'hier. L'éducation de l'enfant en milieu traditionnel algérien
(1970, 2e édition 1982: 35-36) :

Pendant des siècles, la famille algérienne musulmane, malgré une


histoire mouvementée, est demeurée immuable, non pas qu'elle ait
bénéficié d'une protection religieuse ou législative particulière, mais
parce que, ayant adopté une structure défensive, elle se trouvait à
l'écart des causes susceptibles de provoquer son évolution. Elle portait
en elle des éléments statiques, absorbant ou neutralisant les influences
successives et contradictoires du cadre politico-social. Ces influences
ont tracé des zones culturelles relativement dissemblables. Dans les
massifs montagneux (Kabylie, Aurès), les parlers et les traits coutumiers
berbères se sont maintenus dans leur originalité. On y observe une
certaine indépendance à l'égard de l'Islam, notamment dans le système
juridique, un amour jaloux de la terre et de ses fruits, un goût prononcé
pour le travail lucratif individuel, une structure sociale à tendance
démocratique. En face, le pays arabe, celui des steppes aux larges
dimensions ou des plaines allongées, a conservé, dans ses campagnes
comme dans ses centres urbains, les caractères liés à la civilisation
pastorale, plus ouverte, plus classiquement islamique mais moins
attachée à la parcelle de terre qu'à la solidarité tribale ou familiale.
Entre ces deux systèmes, qui hors des villes apparaissent distincts, il y a
des interpénétrations nombreuses qui en font une société aux aspects
variés mais au fond commun tissé du fil semblable des cellules
familiales.

43
Dès le livre Cultures Ludiques Sahariennes et Nord-Africaines. Poupées
d’enfants et jeux de poupées j'avais l'intention d'intégrer dans l'introduction
un aperçu sur l'organisation familiale et la socialisation des enfants dans
les différentes populations concernées. Après quelques tentatives, je dois
avouer que je n'y parviens pas. Je crois que dans l'état actuel des
connaissances, pareille description, même brève, est impossible.
Impossible suite à la variété du milieu physique et humain. Quelle
différence n'existe-t-il pas entre un quartier populaire de Casablanca, un
petit village amazigh du Haut Atlas loin de toute route goudronnée, et un
campement de nomades sahariens. En plus, la période s'étend sur tout le
vingtième siècle, une période marquée par d'importants changements
technologiques, économiques, sociaux et politiques. Troisièmement, les
données de base manquent souvent surtout en ce qui concerne l'enfance.
Ainsi, même si j'avais réussi à produire pareille synthèse, celle ci aurait été
faussement généralisatrice. Je me suis donc résigné à renvoyer le lecteur
aux rares ouvrages décrivant la famille et l'enfance dans des endroits et des
périodes différents. Des livres comme Enfants d'hier. L'éducation de
l'enfant en milieu traditionnel algérien de Néfissa Zerdoumi (1970),
Enfants du Maghreb entre hier et aujourd'hui de Mohamed Sijelmassi
(1984), Enfances Maghrébines de Dernouny et Chaouite (1987) et
Conception, naissance et petite enfance au Maghreb de l'IREMAM
(1997). Un bref commentaire de ces livres se trouve dans Cultures
Ludiques Sahariennes et Nord-Africaines. Bibliographie Commentée sur
les Jeux et Jouets où d'autres documents récents sur l'enfance et la jeunesse
marocaines sont mentionnés.
Dans ce livre je propose au lecteur une analyse globale des jeux et jouets
liés à la vie domestique et familiale des enfants sahariens et nord-africains.
En premier lieu sont traités les jeux et jouets en rapport avec les
habitations, puis avec le ménage, la dînette et les ustensiles de ménage, les
différentes occupations ménagères, les activités de subsistance, la musique
et la danse et finalement avec le rituel et les fêtes. Chaque section
commence avec un résumé qui met en avant les caractéristiques du groupe
de jeux et de jouets en question.
Dans le chapitre Conclusions une synthèse est proposée ainsi qu'une
discussion de certains aspects environnementaux, économiques et
socioculturels. Cette fois la section sur les aspects socioculturels est plus
fournie. D'abord j‟essaie de lier les jouets et les jeux des enfants sahariens

44
et nord-africains à certains aspects socioculturels généraux. Puis j‟analyse
leur rôle des jeux et jouets dans la socialisation des enfants ainsi que dans
les relations entre enfants et entre enfants et adultes. Cette section
comporte une discussion de la différentiation sexuelle dans le ludique
enfantin ainsi que de l'évolution des jouets et des jeux pendant le 20 e
siècle. Un dernier chapitre sur la créativité enfantine fut aussi élaboré.
Le lecteur trouvera, sous forme de catalogue, une description détaillée et
systématisée des jouets sahariens et nord-africains liés à la vie domestique
qui se trouvaient dans les collections du Musée de l‟Homme. Ces jouets
appartiennent maintenant à l'Unité Patrimoniale Afrique du Nord et
Proche-Orient du Musée du Quai Branly à Paris.
La transcription des mots vernaculaires et des références géographiques
et ethniques est basée sur les sources que je crois être les plus sûres ou les
plus largement acceptées et qui se trouvaient à ma disposition. La diversité
des langages et des sources bibliographiques rend à peu près impossible
une uniformisation complète. Les informations linguistiques sont données
pour en garder trace mais pas comme des données tout à fait correctes. De
cette manière des spécialistes de l‟amazigh et de l‟arabe pourront vérifier
et corrigé la terminologie locale mentionnée. Pour la transcription de
certaines lettres arabes des signes conventionnels sont utilisés. La liste de
ces signes conventionnels se trouve à la table des transcriptions. Les mots
arabes écrits en italique ont été transcrits de cette manière. Les mots
amazighs que j'ai notés au Maroc ont souvent été transcrits en premier lieu
en caractères arabes. Ces mots amazighs sont aussi écrits en italique.
Les mesures sont mentionnées en centimètres : B = base, H = hauteur,
LO = longueur, LA = largeur, E = épaisseur, D = diamètre, + = maximum,
- = minimum.
Concernant mes contacts avec les enfants, les règles de l‟éthique de la
recherche scientifique proposées par le Conseil Européen de la Recherche
Scientifique ont été suivies. Ainsi l‟autorisation paternelle ou maternelle a
été demandée lors de la collecte de données ou des prises de photos avec
des enfants. Il aurait d‟ailleurs été difficile de faire autrement car le travail
de terrain se fait dans des familles ou dans l‟espace public. Une exception
à cette règle existe néanmoins. Il s‟agit des observations et des photos
d‟enfants faites occasionnellement d‟une certaine distance dans des rues ou
espaces publics de centres urbains marocains. Dans ce cas ni les enfants ni
les adultes se trouvant sur les lieux ont montré des réactions négatives.

45
Remerciements
Avant de proposer au lecteur ce trésor social et culturel que sont les jeux et
jouets des enfants sahariens et nord-africains s'inspirant de la vie
domestique et familiale, il me reste à remercier tous ceux qui d'une manière
ou d'une autre m'ont permis de mener ce livre à son terme et plus
spécialement :

 Les familles ghrib, particulièrement les enfants des années 1970, ainsi
que Gilbert J. M. Claus du Département de Langues et Cultures
Africaines de l'Université d'Etat de Gand, pour l'accueil et le soutient
qu'ils m'ont offerts dans le cadre de mes recherches sur les jeux et jouets
ghrib.
 Plusieurs familles de Midelt et Ksar Assaka, entre autres les familles
Blali, Bellamine, Kirch, Laabib et Ouhdada.
 La famille Boukhrit de Zaïda et Mohamed Oubouhan pour Bertèt.
 La fille Bouchra et ses compagnons de jeu de Sheºba.
 La fille Hesna Ourèra de Aït Hmed ou Yacoub et la famille Boutouil de
Khemisset.
 Zaid Ouhdada et sa famille d‟Amellago.
 Le jeune berger Khalef de Tighboula.
 Hamid Amhal, Omar Derouich, Ali Harcherras, Hamid Lihi, Lahbib
Oubbi, Mbarek et Omar Taous ainsi que d'autres membres de
l'association socioculturelle Tilelli, qui m'ont pris en charge et m‟ont
informé lors de plusieurs séjours à Goulmima, auxquels il faut ajouter
Rachida Lihi.
 La famille Eloula de Daoudiyât et Kader de Douar Akioud à
Marrakech; Youssef Ait Ammou, maître-assistant, et Fatima Outizal,
étudiante, de la Faculté des Lettres et des Sciences Humaines de
l‟Université Cadi Ayyad de Marrakech.
 Les garçons et les filles du village Aït Ighemour ainsi que leurs
instituteurs, plus particulièrement Ihbous Noureddine, un Amazigh
d'Essaouira, qui m'a invité à deux reprises à Aït Ighemour et servi
d'interprète.
 Les garçons et les filles du village Ignern et en particulier, Hamid,
Zeina et la famille Mohamed ou Ali.

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 La famille Bamoussa, Khettou et Jalil d‟Imi-n-Tanoute ainsi que la
famille Ait Heda de Taroudannt et la fille Latifa de Hmar.
 Mohamed et Zohra Hamouche de Ergoub et la famille Essaidi Ayad.
 Mustapha Daoumani et sa famille de Igîsel.
 La famille Jariaa de Ikenwèn et Tiznit
 La famille Daoumani de Guelmim.
 Sadiya, Fatiha, Latifa, Smaïl et les autres enfants de Douar Ouaraben
 Les enfants de Terloulou, Idoubahman-Imjâd et Ifrane a/s (quartier
Souk ou Fella) ainsi que leurs familles.
 Les enfants de la famille Idouhna de Lagzira et Atbib de Sidi Ifni qui
ont accepté que leur jeu de poupée soit filmé, ainsi que leurs parents qui
ont donné leur accord.
 Boubaker Daoumani, Mhand Naanaa et Lahoucine Oublih de
l‟Association Isni pour la Culture et l‟Art de Sidi Ifni.
 Ainsi que nombre d'autres informateurs et informatrices marocains qui
ont contribué à rassembler les données sur les jeux et jouets marocains.
 Souad Laabib de Ksar Assaka pour son aide comme intermédiaire et
interprète pour le tamazight et l'arabe de 1995 à 2000.
 Boubaker Daoumani de Sidi Ifni pour son aide comme interprète pour
le tashelhit et l'arabe, ainsi que pour sa collaboration à la réalisation de
vidéos sur les jeux et jouets des enfants, à partir de 2002.
 Khalija Jariaa qui a parlé en premier lieu de ses jeux d'enfance et ceux
d'autres enfants à Ikenwèn et Tiznit et qui à partir de 2005 a collecté des
informations dans ces endroits ainsi qu‟à Douar Ouaraben,
Idoubahman-Imjâd, Ifrane a/s, Terloulou, Sidi Ifni et Aïn Taoujdate.
Depuis 2006 elle a aussi contribué des photos.
 Le Nationaal Fonds voor Wetenschappelijk Onderzoek (Fonds National
Belge pour la Recherche Scientifique), Bruxelles, qui a soutenu mes
recherches et mes publications de 1970 à 1992.
 Dominique Champault et Jean Lambert, Département d'Afrique
Blanche et du Proche Orient du Musée de l'Homme à Paris, et leurs
collaboratrices, pour leur aide.
 Les photographes du Laboratoire de Photographie du même musée qui
ont réalisé certaines photos des jouets liés à la vie domestique de la
collection de ce musée, de même que les responsables du Service de la
Photothèque.

47
 Marie-France Vivier et Hana Chidiac, la précédente et actuelle
responsable de l'Unité Patrimoniale Afrique du Nord et Proche-Orient
du Musée du Quai Branly à Paris, qui depuis 2005 ont contrôlé mes
informations sur certains jouets et m'ont permis de retrouver la
collection de jouets de l'ancien Musée de l'Homme.
 Thierry Haag, Magali Bovet et les collaboratrices du Musée du Jouet de
Moirans-en-Montagne pour leur aide.
 Gareth Whittaker pour ses commentaires utiles et son amitié.
 Krister Svensson du Stockholm International Toy Research Centre pour
son aide et son amitié.
 Mon fils Ruben Rossie pour ses conseils et son aide dans l'utilisation de
l'ordinateur.
 Mon frère Joseph Rossie pour son support financier.

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La Vie Domestique
dans les Jeux et Jouets des
Enfants Sahariens et Nord-africains

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1 L'habitation dans les jeux et jouets
1.1 Résumé

Des jouets représentant des objets liés à la vie nomade, plus


particulièrement la tente, ont été mentionnés pour les enfants ghrib,
touaregs, maures, sahraouis et chaamba, tous vivant dans le Sahara.
A côté des tentes-jouets eux-mêmes, j'ai trouvé des reproductions en
format réduit des arceaux de tente, des piquets de la natte d'entourage de la
tente, de la natte d'entourage et de clôture de la tente, de la natte de repos
et de lit, des traverses de lit, du tapis et du coussin de tente.
Ces jouets datent d'entre 1930 et 1975 et les matériaux utilisés sont des
tiges de paille, des branchettes, des bandelettes d'un rameau portant le
régime de dattes, du bois, des lanières de peau, des chiffons et des fils de
coton et de laine.
Les données sur les enfants ghrib et touaregs semblent indiquer qu'au
Sahara la tente-jouet est construite surtout par les filles et cela pour leur jeu
de poupée, jeu de dînette ou jeu de ménage. Cela n'exclut pas la confection
d'une tente-jouet ou d'autres jouets en relation avec la tente nomade par des
garçons. Ainsi les jeunes bergers chaamba utilisent ces jouets pour recréer
le campement et la vie nomade.
Tous ces objets en miniature servent pour des jeux s'inspirant de la vie et
du campement nomade. Pour ces jeux des animaux-jouets et des poupées
sont réalisés comme cela peut se voir dans les volumes Cultures Ludiques
Sahariennes et Nord-Africaines. Poupées d’enfants et jeux de poupées
(2005) et Cultures Ludiques Sahariennes et Nord-Africaines. L’animal
dans les jeux et jouets (2005).
La tente en miniature est un jouet des enfants nomades ou semi-
nomades. Jusqu'à présent je ne peux mentionner que deux exceptions à
cette constante. Il s'agit de la tente-jouet des enfants sédentaires des
villages Douar Ouaraben et Ikenwèn dans l'Anti-Atlas.
La maison en miniature est un jouet des enfants de populations
sédentaires ou en voie de sédentarisation. Ainsi la construction de
maisonnettes fut révélée chez les enfants ghrib, une population en voie de
sédentarisation dans les années 1970, les enfants maures de la petite ville
de Oualata, les enfants de l'oasis de Tabelbala, les enfants mozabites, les

53
enfants Chaouïa, les enfants kabyles, les enfants de la région du Djebel
Amour et du Djebel Ksel, les enfants de Mopti et les enfants marocains.
Les premières informations sur les maisonnettes et autres petites
constructions datent de 1917, les plus récentes de 2007. Les matériaux
utilisés sont le sable, la terre, l'argile, les pierres et les cailloux, les boîtes
de sardines et rarement les boîtes de carton.
On verra que la plupart des maisonnettes évoquent les habitations d‟une
manière sommaire et partielle. Je crois pouvoir reprendre ici ce que Gilles
Brougère écrit dans La représentation de l’habitat dans le jouet : "Pour
une action symbolique il suffit le plus souvent une évocation partielle de la
maison : un toit ou une armature; imagination et activité des enfants
complèteront de façon dynamique la représentation" (1989: 29).
Bien que presque toutes les maisonnettes proposent un modèle simplifié
d'autres sont une copie miniaturisée des maisons réelles. Ceci est le cas des
maisons de poupées des enfants maures de Oualata qui sont faites par des
servantes.
Les enfants sahariens et nord-africains ne se limitent pas à faire des
maisonnettes pour des jeux de poupée, de dînette et de ménage. Ils
représentent aussi d'autres constructions comme l'enclos, le garage, le
restaurant, le magasin, le tombeau de marabout et la mosquée.
Comme pour la tente-jouet, les maisonnettes sont surtout l'œuvre des
filles. Cependant, des informations récentes provenant de l'Anti-Atlas
démontrent que des garçons font le même genre de maisonnettes que les
filles. Ils les emploient pour jouer aux occupations masculines comme le
travail de la pâtisserie, du restaurant, du tailleur et de la construction de
routes.
Après le chapitre sur le campement nomade, la vaste documentation sur
les maisonnettes sera analysée dans trois sections : la maison de poupée, la
maison pour jeu de dînette et de ménage, et les autres constructions. Dans
le chapitre sur les activités ludiques liées au commerce d'autres
maisonnettes seront présentées.

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1.2 Le campement nomade

En 1975 et avec un chiffon rectangulaire, quelques branchettes et du fil, les


filles ghrib du Sahara tunisien d'environ sept ans arrivent à faire une belle
tente nomade en miniature (fig. 1).

Devant cette petite tente elles érigent une clôture avec du sable humide en
imitation de la clôture fermant l'entrée de la tente (fig. 2). Un autre enclos
fait de la même manière ferme l'arrière de la tente.

55
Cette bît el-°arûs ou tente de poupée (fig. 3) est utilisée pour le jeu de
poupée comme décrit dans mon livre Cultures Ludiques Sahariennes et
Nord-Africaines. Poupées d’enfants et jeux de poupées (2005: 92-94).

Elle est aussi employée pour la dînette et autres jeux de ménage. Ainsi on
voit à l'avant de la figure 2 (p. 55), quatre branchettes fixées dans le sable
qui marquent le début de la construction d'un métier à tisser-jouet.
Des chiffons et autres menus objets représentent le peu de mobilier
qu'une tente nomade comporte, des sacs de tout genre et des ustensiles
divers. Pour couvrir le sol de leur tente-jouet les filles, mais parfois aussi
un garçon, fabriquent une natte servant de lit et cela en imitation du tissage
par les femmes de la couverture servant de lit (fig. 4, p. 57). Cette natte,
appelée es-serîr ou el-h'açîr, est faite avec des branchettes de 30 à 40 cm
de long ou des bandelettes d'un rameau portant le régime de dattes de la
même longueur. Trois branches sont fixées dans le sable à une distance
d'environ 10 cm et sur une ligne. Alors on commence à tresser des
branchettes ou des bandelettes entre les trois branches fixées dans le sable
(fig. 5, p. 57). Les bandelettes d'un rameau sont préférées car, en séchant,
elles auront des couleurs différentes aux nuances jaunâtres et rougeâtres.
6

56
4 5

Quand la natte est tressée, elle mesure de 25 à 35 cm de long. Cette natte


est éventuellement fixée sur quatre petites branches fourchues servant de
pied de lit (fig.6).

57
Parmi le mobilier de cette tente se trouve occasionnellement un petit
tapis, ez-zarbîya, confectionné par les filles (fig. 7). Deux bâtonnets de 10
à 20 cm sont fixés en forme de croix avec un bout de fil de laine (fig. 8).

7 8

A partir de ce croisement les fils de laine sont juxtaposés en forme de carré


en les enroulant à chaque fois autour des bâtonnets. Après quelques tours
on change de couleur et on s'arrête à environ un centimètre des extrémités
des bâtonnets.
La même manière de faire des petits tapis se retrouve au Maroc. Une
fille du village Ksar Assaka près de Midelt a fait en 1995 deux petits tapis
avec des fils de laine rouge et noire (fig. 9).

58
Le petit tapis de la figure 10
fut fait en 1997 par une fille de
la région de Tazenakht avec
des fils de laine blanche, jaune
et noire. Ces deux endroits se
trouvent au Maroc central.
Dans le village Douar
Ouaraben, juste en dehors de
Tiznit, Khalija Jariaa a reçu
cinq tapis du même genre,
utilisés par les filles pour
10
embellir leur maison-nette.
Tout comme chez les Ghrib, les enfants touaregs construisent des tentes
en miniature pour leurs jeux de campement. Je n'ai cependant pas trouvé
dans la bibliographie consultée une référence explicite à la fabrication
d'une petite tente sauf dans le catalogue de l'exposition du Musée de
l'Homme en mars 1993, Touaregs : 12 photographes témoignent. Une des
photos montre une fille touarègue devant une tente en miniature.
Néanmoins, on trouve aussi bien dans la collection du Musée du Quai
Branly que dans la bibliographie plusieurs exemples d'objets en modèle
réduit qui sont en rapport avec la construction d'une tente-jouet. Ce sont
des jouets représentant des arceaux de tente, des piquets de la natte
d'entourage de la tente, des nattes d'entourage et de clôture de la tente. Il y
a aussi des traverses de lit et des nattes de repos ou de lit et des tapis.
La figure 11 montre des arceaux en miniature. Deux des cinq arceaux ne
sont pas peints. Un troisième est peint en rouge et en jaune en bandes
alternatives. Le quatrième est décoré en alternant une partie non peinte
avec une partie peinte en couleur
rouge, verte et jaune. Le dernier 11
est orné d'une longue bande
rouge au milieu. Le segment du
demi-cercle des arceaux varie de
18 à 24 cm. Pareils arceaux
servent à soutenir le vélum de la
tente de petite et moyenne
grandeur. Deux arceaux en bois sont disposés parallèlement à un mètre et
demi l'un de l'autre et sont retenus par des piquets. Ces arceaux remplacent

59
le poteau central (Foley, 1930: 12-13; de Foucauld, 1951-1952: 247, 408).
Dans le livre de H. Foley la planche IV montre comment les femmes
montent la tente en utilisant des arceaux.
Une fille de douze ans des Touaregs Kel Ahaggar (Sahara algérien) a
fait en 1938 un jouet qui figure la natte d'entourage et de clôture de la tente
avec des tiges de graminées et des lanières de peau ou fils de coton. Les
tiges de graminées sont liées deux à deux par des petites lanières de peau
(71.1941.19.117, H = 23 cm, LO = 75 cm, catalogue p. 386) ou fils de
coton (71.1941.19.118-119, H = 13 cm, LO = 47/33 cm, catalogue p. 386).
La même fille a aussi confectionné un petit tapis de tente représentant la
couverture sur laquelle les Touaregs s'assoient (71.1941.19.120, catalogue
p. 388). Ces jouets font partis d'un ensemble d‟objets pour jeu de
campement pour lequel cette fille a encore réalisé plusieurs poupées (voir
Cultures Ludiques Sahariennes et Nord-Africaines. Poupées d’enfants et
jeux de poupées, 2005: 85, fig. 29).
François de Zeltner a recueilli avant 1931 et auprès des enfants touaregs
de Tombouctou au Mali deux petits piquets de la natte d'entourage de la
tente de 42 cm et 47 cm de hauteur (fig. 12, 71.1930.61.617-618).

12 13

60
En 1939 chez les Touaregs Kel Oullimenden du Sahara malien Henri
Lhote a obtenu d'une fillette une natte-jouet qui est l‟imitation exacte de la
natte d'entourage et de clôture de la tente touarègue. Elle est en tiges de
paille, liées deux à deux par des petites lanières de peau. Des lanières de
peau plus larges, teintes en rouge et en noir forment des motifs décoratifs
en dents de loup. Des petites franges ornent un des côtés. Cette natte
mesure 17 cm sur 32 cm (fig. 13, p. 60, 71.1941.19.1313). Dans La Vie du
Sahara (1960: 33) on peut lire :

De la Mauritanie au Tibesti, du Sud de l'Atlas au Sénégal et au Soudan,


les mêmes nattes servent de tapis de sol ou de cloisons. Faites de tiges
de graminées et de lanières de cuir tissées, ou en fibres de palmier, ces
nattes sont parfois ornées de motifs géométriques de couleur.

Au même moment et chez les mêmes enfants, Henri Lhote a collectionné


des nattes de repos et des nattes de lit en miniature qui sont une réplique
des nattes utilisées dans la tente des Touaregs (fig. 14). Les tiges de paille
sont liées deux à deux par des lanières ou cordelettes de peau. De
nombreuses franges ornent les côtés des nattes. La natte en bas à droite de
la photo (71.1941.19.1311) et celle de la figure 13 ont un décor
géométrique. Une troisième natte en haut à droite de la figure 14 a les tiges
de paille reliées asymétriquement avec des cordelettes en peau rouges et
noires et elle est embellie avec des fils de coton bleus (71.1941.19.1310).
La hauteur de ces quatre nattes varie de 8 cm à 12 cm et la longueur de 13
cm à 19 cm.

14

61
En plus, la collection du Musée du Quai Branly possède des traverses de
lit pour jeu d'enfant provenant aussi de la Mission Henri Lhote de 1939
auprès des Touaregs Kel Oullimenden et ayant appartenues à une fillette.
Elles furent fabriquées par un artisan avec du bois de téboraq (fig. 13, p.
60, 71.1941.19.1306.1-4). Ces quatre traverses de lit, à corps cylindrique et
tête tronconique d'un diamètre de 1,5 cm et de 21,5 cm de longueur,
imitent les traverses de lit d'un lit touareg. Dans le livre de H. Foley se
trouvent deux photos qui montrent le bâti en bois du lit-divan et le lit
monté avec les nattes de lit (1930: planche IX, n° 13-14). L'Album du
Musée du Bardo concernant les Touaregs Kel Ahaggar montre à la planche
XXXIII (Balout, 1959) un lit comprenant :

Quatre pieds finement pyrogravés supportant deux traverses munies de


gros disques de bois en chaque extrémité. Ces deux traverses en
supportent six autres sur lesquelles on pose pour dormir, une, deux ou
plusieurs nattes spéciales appelées taousit, puis des couvertures ou un
tapis. Ces lits, bien qu'encombrants à transporter, sont très appréciés
chez les nomades. Ils assurent l'été une ventilation sous le dormeur et
aussi sa protection contre les nombreuses petites bêtes du sol, très
agressives en période de chaleur.

De même que chez les Ghrib et les Touaregs, des accessoires pour tente-
jouet ont été mentionnés pour les Maures (Sahara mauritanien). Il s'agit de
piquets de bois, d'étoffe de tente, de cordes, etc., ainsi que de coussins pour
meubler la tente-jouet (Béart, 1955: 840).
Un tapis et un coussin ayant servi de jouet aux enfants maures de
Tidjikdja (Sahara mauritanien) se trouvent dans la collection du Musée du
Quai Branly. Ces jouets furent faits par des artisanes locales.
Le tapis-jouet de la figure 15 (p. 63), reproduisant le grand tapis faro en
usage dans tout le Sahara maure, est un rectangle de peau d'agneau noir
bordé d'une bande de cuir rouge, repliée et cousue à point d'ourlet par une
fine lanière de cuir jaune. L'envers est garni de bandes de cuir rouge
entrecroisées, cousues avec de fines lanières de cuir jaune formant des
points variés (points, lignes, point de tige, zigzag, croisillons). Les bandes
rouges, cousues à l'envers, simulent celles qui renforcent les coutures
assemblant les peaux formant le véritable faro. Le tannage des peaux se

62
fait avec l'écorce de l'acacia. Ce tapis mesure 44 cm sur 33,5 cm
(71.1938.48.34).

15

Le coussin-jouet rectangulaire en basane, peau de mouton tannée, est une


réduction des coussins en usage chez les Maures (71.1938.48.35). Les
deux faces, décorées de dessins noirs, jaunes, rouges et verts, sur fond
naturel dans des emplacements géométriques séparés par des bandes
rouges, sont réunies par une bande de cuir mat teinte à l'indigo très foncé,
de 3,4 cm de haut. Les coutures faites à point devant avec des fines
lanières de cuir, sont retournées à l'intérieur. Le coussin est bourré de
coton brut. Ce coussin-jouet mesure 16,5 cm sur 24,5 cm
Dans son livre sur les jeux et jouets sahraouis, Fernando Pinto Cebrián
montre une belle photo couleur et un dessin de deux types de tentes-jouets
(1999: 103, 110). La photo et le dessin de la page 103 montrent aussi le lit,
les nattes, les ustensiles et la poupée utilisés par les filles pour leur jeu de
ménage. Cet auteur écrit que les filles dès qu'elles le peuvent jouent avec
une petite tente appelée 'jaima lawzar'. A n‟importe quelle saison elles
imitent leur mère dans sa fonction d'épouse et de maîtresse de la tente
familiale. Les adultes voient ce jeu comme indispensable pour que les
filles apprennent tout ce qui se rapporte à la famille traditionnelle vivant
dans le désert. Cette tente en miniature est aussi bien faite et décorée que la
tente réelle (1999: 105). Parfois, quand il y a dans le camp familial
sahraoui plusieurs filles avec une tente-jouet, elles construisent un „frig

63
sahir‟, un petit campement en imitation du campement réel. Dans ce camp
en miniature les filles établissent des relations sociales calquées sur celles
de leurs aînés. Près des petites tentes elles font un garde-manger avec des
feuilles et de la semence. Elles construisent aussi un enclos de bétail et
utilisent des petites pierres et des coquilles comme animaux. A côté elles
créent un souk ou marché où elles vont acheter des marchandises et avec
des branches elles font une oasis à palmier comme celle où elles habitent.
Ainsi les filles organisent des fêtes et des réunions s‟inspirant de ce
qu‟elles observent dans le monde des adultes (1999: 108-109).
Les garçons ne participent pas à ces jeux par peur d'être stigmatisé
comme fille ou femme à moins qu'ils soient très jeunes et utilisés par les
filles comme 'enfants'. Cependant les garçons peuvent détruire
occasionnellement et comme action malicieuse les tentes-jouets pour que
les filles tiennent compte de leur présence (1999: 105).
Les filles sahraouies utilisent un des deux types de tentes-jouets,
montrés par Fernando Pinto Cebrián, pour jouer avec des poupées en
miniature désignées sous le nom „owzar‟. Cette petite tente qui
normalement est faite de chiffons et de morceaux de cuir est actuellement
aussi faite avec du matériel moderne comme des morceaux de plastic
provenant de sacs ou des feuilles de papier d'un journal. En plus, on ne
trouve pas seulement les poupées traditionnelles, ressemblant à celles des
filles maures, mais aussi des poupées importées en plastique comme les
Indiens et les Cow-boys qui sont données aux jeunes garçons (1999: 109).
A environ 5 km de Tan-Tan au sud du Maroc et sur l'autre rive du fleuve
Oued Dra se trouve le village Douar. Ce village d'environ cent maisons est
habité par des familles sahraouies. Beaucoup d'habitations comportent une
tente utilisée pour y boire le thé par exemple. Khalija Jariaa a visité ce
village en février 2007 et y a observé le jeu décrit ci-après. Les enfants de
Douar aiment créer leur propre tente comme le font Fatimatou de treize ans
et Meryem de huit ans. L'armature de cette tente est faite de quatre bâtons
attachés ensemble avec un ruban à une extrémité. Un bâton est mis droit au
milieu des trois autres bâtons qui sont mis en forme de trépied. Puis une
vieille couverture est jetée au-dessus des bâtons (fig. 16, p. 65).

64
16

Avant de faire la tente Fatimatou et Meryem fabriquent plusieurs tapis de


décoration pour embellir leur tente. Ces tapis sont faits en entourant des
rubans autour de deux bâtonnets en forme de croix. Souquaina de trois ans
est la sœur de Meryem. Elle essaye de faire un tapis mais ne réussit pas
(fig. 17, p. 66).

65
17

Un tapis est attaché en dessous de l'endroit où les bâtons de l'armature sont


attachés ensemble (fig. 18, H = 21 cm, LA = 19 cm). Les autres tapis sont
attachés à un fil qui contourne l'intérieur de la tente. Le tapis le plus petit,
au centre de la figure 19, mesure 7 cm sur 7 cm et le tapis le plus grand, au
centre de la figure 20 (p. 67), mesure 54 cm sur 57 cm.

18 19

66
20

Pendant que Fatimatou attache les tapis dans la tente, Meryem crée deux
poupées (fig. 21, p. 68). La petite poupée représente une fillette d'une
année appelée Souquaina et la grande poupée représente sa mère appelée
Moulkhout. La poupée mère est construite uniquement de chiffons et sans
armature (H = 29 cm). La tête sans visage est une boule de chiffons
entourée d'une étoffe rouge serrée au cou par un ruban. La poupée fillette
est faite de chiffons entourant une branchette et le survêtement est tenu en
place par un ruban blanc contournant le bas de la poupée (H = 23 cm). La
tête n'a pas de traits de visage. Fatimatou a fait petit sac noir fermé par un
ruban blanc qui représente le charme protégeant le petit enfant contre tout
malheur. Comme font les femmes elle l'a attaché en haut de la tente-jouet
et l'a caché par le tapis de la figure 18 (p. 66).

67
21

Quand Souquaina demande à Fatimatou qu'est-


23
ce qu'elle doit faire Fatimatou répond qu'elle
peut construire un enclos pour les chèvres.
Souquaina prend des branches à épines et
construit l'enclos. Puis elle commence à mettre
des chevreaux dans l'enclos (fig. 22, p. 69).
Entre temps Sidi Ahmed, un garçon de onze
ans et le frère de Fatimatou, fait semblant de
garder son troupeau de dromadaires, d'ânes, de
chèvres et de moutons dans un pâturage
imaginaire situé à quelques mètres. Comme le
font les bergers il joue sur sa flûte, un morceau
de tuyau noir à huit trous (fig. 23). Quand
Souquaina l'appelle pour qu'il l'aide à mettre

68
des chevreaux dans l'enclos il y va tout de suite (fig. 24, p. 69).

22 24

Meryem qui habite la ville de Tan-Tan propose à Fatimatou de fêter


l'anniversaire de leur fillette-poupée. Quand Fatimatou appelle Sidi Ahmed
il répond qu'il faut attendre la tombée de la nuit et le retour du troupeau à
la maison pour fêter l'anniversaire. Après une demi-heure Sidi Ahmed
déclare que la nuit tombe et il ramène son troupeau.
Maintenant la fête de l'anniversaire peut commencer. Fatimatou dit à
Meryem qu'elle ne connaît pas comment faire un gâteau d'anniversaire
acheté à la pâtisserie. Cela ne fait rien répond Meryem, on se contentera de
ce qu'on a : du pain, du lait, de l'eau, du Danone. Les quatre joueurs
consomment cette nourriture dans leur tente après quoi le jeu se termine.
Ce jeu a duré de onze heures du matin jusqu'au moment du déjeuner à
environ deux heures de l'après-midi.

69
Les garçons chaamba du Sahara algérien jouaient, au début des années
1950 et selon les informations du lieutenant Denis (1952: 35-36), à créer
leur propre campement et à imiter la vie nomade. Ils construisaient aussi
des petites tentes faites de chiffons et de bâtonnets, et des dromadaires-
jouets ou autres animaux-jouets décrits dans le volume Cultures Ludiques
Sahariennes et Nord-Africaines. L’animal dans les jeux et jouets (p. 57-
58).
Hors du Sahara je n'ai pas vu des enfants construire une tente pour leur
jeu ni trouvé des informations à ce sujet. Cependant Khalija Jariaa a
observé le jeu de la tente aux villages Douar Ouaraben et Ikenwèn dans
l'Anti-Atlas.
A Douar Ouaraben en bordure de Tiznit, Smaïl, un garçon de six ans, et
deux de ses sœurs, Sadiya de neuf ans et Fatiha de huit ans, jouent à la vie
sous la tente en mars 2007. Ils connaissent les tentes car dans ce village on
trouve des gens de la région de Tan-Tan qui gardent leurs troupeaux dans
les environs. Ces gens mettent une tente à côté de leur maison.
Les trois enfants font chacun leur tente et les deux filles créent aussi des
poupées. Smaïl commence à construire la structure de sa tente, une tente
appelée akiton en tashelhit. Avec un ruban il noue trois morceaux de
roseaux puis il place par terre ces roseaux en forme de trépied (fig. 25).

25

70
Pendant que les deux filles créent une poupée Smaïl commence à
couvrir la structure de sa tente avec un plastique (fig. 26).

26

Sadiya a déjà fait la structure de sa première poupée, deux morceaux de


roseau attachés en forme de croix avec un ruban (fig. 27, p. 72). Sur cette
photo on voit la manière de couper une ouverture pour passer la robe par-
dessus la tête de la poupée. Pour couper le tissu Sadiya frappe le bord plié
du tissu avec la pierre à côté de sa main. Une fois la robe pendue sur le
roseau servant de bras deux petites pierres sont introduites sous l'étoffe
pour représenter les seins.

71
27

Sur la figure 28 Fatiha est en train d'aider Sadiya pour fixer les seins. Le fil
blanc autour du cou représente selon Sadiya le tatouage des femmes âgées.

28

72
Sadiya a mis sur la tête de la poupée un morceau de papier d'emballage
brillant comme foulard et devant le visage un morceau de tissu comme
voile (fig. 29). Maintenant elle fixe la poupée dans un tas de cailloux qui
devient une montagne. Puis elle crie "Mètskèrt ?" - Qu'est-ce que vous
faites ? Sadiya fait ainsi comme si la patronne de la tente se fâchait contre
des enfants qui gaspillent de l'eau. Elle construit aussi une poupée-homme
vêtue d'un pantalon bleu, d'une robe blanche et d'un foulard noir. Il s'agit
du patron de la tente.

29

La structure de la tente de Sadiya est un trépied couvert d'un morceau de


l'emballage d'un sac de ciment (fig. 30, p. 74). Par terre elle a mis un sac de
plastique et qu'elle fixe avec une ficelle au trois roseaux.

73
La photo montre Sadiya en train
de préparer le coussin de la tente,
un autre morceau de l'emballage
d'un sac de ciment. Avant de
mettre ce coussin à l'intérieur de
sa tente elle l'alourdit avec de la
terre humidifiée car elle craint
que le vent emporte sa tente. En
haut du trépied Sadiya a mis un
morceau carré découpé d'une
boîte en polystyrène. La croix
brune est une imitation de la
manière dont les habitants des
immeubles à trois appartements
de ce village urbanisé marquent
leur parabole avec des croix de
30
couleurs différentes (fig. 31).

31
74
Le jeu consiste surtout dans la visite que quatre voisins et six voisines
d'environ le même âge font à la tente de Sadiya, Fatiha et Smaïl. Lors de
ces visites les visiteurs emportent du pain, des cartons découpés en pain
rond ou en baguette, et du sucre, un morceau de polystyrène. Après les
salutations de circonstance Sadiya ou Fatiha invitent les visiteurs au dîner.
Smaïl s'excuse qu'il ne peut offrir que du thé car il est célibataire.
Khalija Jariaa a aussi observé le jeu de la tente dans son village natal
Ikenwèn dans la région de Tiznit en mars 2007. Plusieurs filles entre cinq
et neuf ans jouent ensemble au jeu de la maman et son bébé vivant sous la
tente. Ces filles créent des tentes comme elles les voient chez les nomades
venant du Sahara et passent avec leurs troupeaux par Ikenwèn. La tente à
droite de la figure 32 représente la tente de la mère. A gauche se trouve
une petite tente pour bébé. Comme le font les nomades observés par les
filles, elles ferment la tente du bébé avec un morceau de la toile pour le
protéger du vent.

32

Pour leur jeu les filles font une poupée maman à armature de roseau en
forme de croix nommée Fadma. De la même manière elles font aussi deux
petites poupées représentant des jumeaux (ikenwèn) qu'elles nomment
Smaïl et Lahoucine. Puis elles construisent un enclos avec des branches

75
épineuses. Dans cet enclos se trouve la vache à taches noires et blanches
d'origine européenne (tafunest nerrûm) créée avec un sac en plastique noir
gonflé partiellement entouré d'un tissu blanc. Il y a aussi l'âne (ariul) fait
avec des figues de barbarie et des bâtonnets
comme pattes ainsi que le poulet (afullus), 33
un melon sauvage (ferzîs) dans lequel on
fixe quatre bâtonnets pour les pattes et un
bâtonnet pour le cou sur lequel est mis un
petit melon sauvage en guise de tête. Au
début des années 1980 Khalija et les filles
d'Ikenwèn jouaient déjà ce jeu et
construisaient des tentes semblables.
Un garçon sourd-muet de Tiznit a trouvé
dans le thème de la tente un moyen d'obtenir
un peu d'argent. En été 2006 il a commencé
à en fabriquer et les vend aux filles pour 5
dirhams (0,5 €). La sœur de ce garçon lui
fait les coussins de tente (fig. 33, H = 21 cm,
LO = 30 cm). Fin 2006 il continuait à en
faire et en vendait une de temps en temps.

76
1.3 La maison de poupée

Probablement influencé par l'évolution de leur société d'une vie nomade


vers la sédentarisation dans une oasis, les fillettes et filles ghrib du Sahara
tunisien jouent dans les années 1970 à faire des maisonnettes. Ces
maisonnettes servent pour le jeu de poupée, la dînette ou le jeu de ménage.
Cela se fait surtout après une des rares averses de pluie ou aussi près de la
source naturelle car il faut utiliser parfois du sable humide. Cette dâr eth-
thrâ, maison de sable, est construite par les filles mais des petits garçons
peuvent participer (fig. 34). Il s'agit de jeux collectifs et j‟ai rarement vu
une fille seule faire une maisonnette.

34

Plusieurs formes de maisonnettes en sable existent, des maisonnettes à toit


plat ou en dôme et des maisonnettes à ciel ouvert.
La figure 35 (p. 78) montre des fillettes de trois ou quatre ans qui
s'amusent à construire des maisons de poupées. Pour cela elles érigent
d'abord un petit mur de sable humide formant plus ou moins un carré ou un
rectangle.

77
35

Des branchettes, du roseau et parfois des morceaux de carton sont disposés


sur les murs mais sans pour autant couvrir toute l'espace (fig. 36).

36

78
Une fois la maisonnette à
37
toit plat partiel terminée,
des chiffons figurant les
tapis sont mis sur le sol
(fig. 37). Pareilles maisons
sont utilisées pour les jeux
de poupées au lieu des
tentes. Une description
détaillée des poupées et du
jeu de poupées des filles
ghrib est à lire dans
Cultures Ludiques Sahariennes et Nord-Africaines. Poupées d’enfants et
jeux de poupées (2005: 72-73, 92-96).
Des filles plus âgées supervisent les petits mais participent aussi au jeu.
Parfois elles aident un petit enfant à construire une maisonnette (fig. 38).

38

Une autre maisonnette, à toit en dôme, demande un savoir-faire que ne


possèdent que les grandes filles. Afin de construire cette maison il faut être
capable de faire une coupole bien ronde (fig. 39, p. 80). Comme il est
difficile d'utiliser l'intérieur de cette maisonnette qui n'a qu'une petite
ouverture comme entrée, le jeu se limite à sa construction.

79
39

Dans la petite ville de Oualata au Sahara mauritanien des servantes, des


potières et parfois des mères faisaient en argile de très belles maisons de
poupées qui sont une copie exacte des maisons de Oualata. La collection
du Musée du Quai Branly possède quelques exemplaires faits par les
servantes noires et collectionnés en 1936 (fig. 40).

40

80
Selon la fiche d'objet cette maison de poupée s'appelle 'louzar' mais selon
Jean Gabus on les appelle 'dar el adzmat', maison de poupée (1958: 163).
La fiche d'objet donne une description précise. Ces maisons en miniature
sont de forme, de grandeur et d'ornementation variées. Elles sont faites
d'argile mêlée de paille fine. L'intérieur, à ciel ouvert, est divisé par des
cloisons percées de portes, selon la disposition des véritables maisons au
ksar ou village fortifié : deux cours intérieures, parois brunes, motifs et
encadrement blancs et bleus; trois chambres, parois blanche, décor brun et
bleu; deux magasins de réserves, parois blanches unies; une cuisine, parois
noires unies. Dans les cours, les banquettes surmontées de rondins de terre
entrecroisés et recourbés en dôme peuvent supporter une moustiquaire.
La maison de poupée de la figure 40 (p. 80) mesure 7,5 cm de hauteur,
25 cm de longueur et 20 cm de largeur. Sur un des côtés elle à une
chambre qui avance de 1,5 cm (71.1938.48.98). La maison de poupée de la
figure 41 mesure 5,5 cm de hauteur au maximum, 29 cm de longueur et 25
cm de largeur (71.1938.48.88).

41

81
La figure 42 montre cinq
42
petites nattes, destinées à
l'ameublement de ces
maisons de poupée, et
réalisées par une servante
noire (71.1938.48.97.1-5,
H = entre 3,5 cm et 5 cm,
LO = entre 5 cm et 10 cm).
Ces nattes-jouets ont été
faits de brins de graminées
dures formant chaîne sur
lesquelles sont tissés des
brins de fils de coton
traçant des rayures
multicolores. Elles sont
des réductions des vraies nattes dans lesquelles la trame est en fines
lanières de peau.
Jean Gabus donne des informations précises sur ces maisons de poupées
et montre des croquis de quatre maisonnettes dans son livre Au Sahara.
Arts et Symboles (1958: 163-164). Cet auteur étudie aussi le symbolisme
des décors muraux des maisons maures de Oualata. En ce qui concerne les
maisons-jouets il écrit :

Un modèle très curieux qui ne se retrouve au Sahara, à notre


connaissance, que dans ce centre, est la maison de poupée 'dar el
adzmat', œuvre des potières, qui est faite pour les jeux des enfants de
Oualata. Ces maisons sont en argile crue, peinte selon les procédés des
maisons ordinaires et l'équivalent d'une bonne maquette, valable dans
la plupart des détails. Dans ces demeures, les potières mettent en place
le 'ghash el adzmat', c'est-à-dire le mobilier des poupées, avec des
personnages semblables à ceux de la vie quotidienne.
Une figurine accroupie, de couleur jaune, est la 'chrifa', femme noble,
descendante des 'chorfa', ou femme maraboutique. La figurine rouge est
la 'hartania', la servante, l'esclave; le bâtonnet est le 'rajel' : l'homme.
Selon la taille du bâtonnet, l'homme est de plus ou moins grande
importance sociale. Sur les terrasses de ces demeures, dans les cours
intérieures, les enfants laissent couler entre leurs doigts un tapis de

82
sable blanc très fin, dit 'trâb Mâma', le 'sable de Mâma', en souvenir de
celle qui, la première, s'en servit en guise de tapis dans sa demeure...
Un petit objet fréquent dans les demeures, polychrome également et en
terre crue, est un brûle-parfum 'gdahb-khour' destiné - quand il fume - à
éloigner les mauvais esprits; sans doute d'importation marocaine.

A côté des poupées féminines et masculines de Oualata, décrites dans


Cultures Ludiques Sahariennes et Nord-Africaines. Poupées d’enfants et
jeux de poupées (2005: 99-100), le mobilier des poupées et le brûle-
parfum, les maisonnettes sont aussi garnies d'animaux-jouets en argile
décorée figurant le dromadaire, le cheval, le zébu et l'autruche, décrits dans
Cultures Ludiques Sahariennes et Nord-Africaines. L’animal dans les jeux
et jouets (2005: 79, 95, 108-109).
Un livre de 1999, Juegos Saharauis para Jugar en la Arena. Juegos y
Juguetes Tradicionales del Sáhara, montre la maison de poupée de
Oualata, appelée „dar owzar‟ et la maison dont elle est une copie, ainsi que
la poupée tout habillée qui est utilisée dans cette maisonnette (Fernando
Pinto, p. 111-113). En même temps on lit dans ce livre qu‟actuellement il y
a des maisonnettes de boîtes de carton avec des fenêtres et une porte
découpées de telle manière qu‟elles peuvent s‟ouvrir. En plus, les enfants
font aussi un marché, une palmeraie et des animaux en miniature, tout cela
créant un petit village (p. 111).
Provenant des Chaouïa de l'Aurès dans le Nord-Est de l'Algérie, la
collection de jouets du Musée du
Quai Branly possède une petite porte 43
en bois dont le chambranle est fait de
quatre morceaux de bois. Les deux
montants ronds sont fixés avec des
chevilles de bois traversant le linteau
et le seuil. La porte est un morceau de
bois rectangulaire (fig. 43, H = 9,5
cm, 71.1936.2.205). La petite porte a
probablement fait partie d'une maison
de poupée mais elle ne s‟ouvre pas. Je
n'ai pas trouvé trace de pareil objet
dans la bibliographie ni dans le
fichier signalétique de la collection.

83
En ce qui concerne la population au Djebel Amour et au Djebel Ksel en
Algérie, Mathéa Gaudry mentionne que les filles se réunissent parfois pour
construire pour leurs poupées une maison en pierre ou en terre (1961: 133).
A la planche XL elle nous montre des fillettes de Chellala qui s'amusent à
construire des maisons à ciel ouvert en pierre dans lesquelles les filles
peuvent s'asseoir.
Bien que presque toujours se ne soient que les filles qui font des
maisonnettes, A. M. Goichon mentionne en 1927 que chez les Mozabites,
une population sédentaire du Sahara algérien, ce sont les frères qui pour le
jeu de poupées de leurs sœurs construisent en terre une petite maison
imitant la maison mozabite (1927: 58). Pour une description du jeu de
poupées et des poupées mozabites voir Cultures Ludiques Sahariennes et
Nord-Africaines. Poupées d’enfants et jeux de poupées (2005: 110-111).
Au Maroc les filles se font des maisons de poupée souvent délimitées
par des pierres et ayant une ou plusieurs pièces. Ci-dessous sont
mentionnées les données sur les maisons de poupée et leur ameublement.
Sauf en ce qui concerne les maisons de poupée des enfants de l'Anti-Atlas
trouvées à partir de 2005, les jeux de poupées et les poupées des enfants
marocains ont été décrits plus en détail dans mon livre Cultures Ludiques
Sahariennes et Nord-Africaines. Poupées d’enfants et jeux de poupées
(2005: 117-192).
Une information datant de 1917 parle de la chambre de poupée faite
dans un trou d'un des murs de l'habitation. Ce trou est transformé en
maison de poupée en le tapissant avec des morceaux d'étoffe et en le
fermant avec une petite porte. Un petit siège est utilisé pour installer la
poupée ("La poupée iblisa", p. 39). L'utilisation d'un trou dans le mur d'une
maison, cette fois le mur de la cour intérieure, me fut mentionnée en 1992
par une femme amazighe d'environ cinquante ans du village de Tizal. Tizal
se trouve près d'El Khemis situé à 60 km de Marrakech sur la route reliant
cette ville à Ouarzazate.
En 1933, mais sans dire de quelle manière la maison de poupée est faite
par les filles de Fès, madame Soulé écrit qu'une cuisine et une chambre de
poupée sont préparées et que la poupée y est assise sur des coussins. Un
petit rideau est suspendu sur une corde dans la chambre de la poupée afin
de pouvoir coucher derrière ce rideau la poupée-jeune mariée et la poupée-
jeune marié.

84
L'information ci-dessous sur les maisons de poupées des enfants
marocains provient de mes recherches et des données et photos contribuées
par Khalija Jariaa en 2006. Les premiers exemples proviennent d'enfants
amazighophones suivis par ceux provenant d'enfants arabophones.
Une fille des Amazighs Khabliîn d'environ huit ans, Hesna Ourèra,
utilise des poupées-femmes et des poupées-hommes rudimentaires. Avec
une ou quelques copines, elle joue toujours à la fête de mariage. Hesna
habite le petit village Aït Hmed ou Yacoub situé à 4 km de Khemisset près
de la route vers Sidi Slimane. Quand j'ai rencontré Hesna la première fois
en octobre 1996, elle se trouvait près de sa maison de poupée. Dans cette
maison de poupée, plus ou moins elliptique de 70 cm sur 50 cm et faite de
deux rangées de pierres superposées, trois poupées sont couchées par terre
(fig. 44).

44

Cette maison de poupées se trouve adossée au mur de la maison paternelle.


Comme cela se voit sur la photo, une photo sur laquelle Hesna ne voulait
pas figurer, il y a au milieu de la maison de poupée un morceau d'étoffe
comme tapis, des morceaux de verre comme verres de thé et une boîte de
sardines comme plateau. Une touffe d'herbes devient un bouquet de fleurs.

85
Pour leur jeu de poupée les filles de la petite ville Imi-n-Tanoute dans le
Haut Atlas, sur la route de Marrakech à Agadir, utilisaient vers 1980 une
maison de poupée suivant un
schéma assez uniforme mais à
l'intérieur duquel la grandeur et
l'alignement des pièces varient
(fig. 45, copie du dessin de Zohra
Bamoussa, 19 ans en 1992). Cette
maison de poupée comporte la
cour intérieure et la chambre des
invités dans laquelle des chiffons
et une petite boîte remplacent les 45
coussins et la table. On y trouve
aussi la chambre à coucher de la taslit ou jeune mariée, avec son lit de
grande boîte à sardines et de chiffons, et la cuisine avec des ustensiles en
miniature.
En septembre 1999, j'ai trouvé à Aït Slimane, un village du Haut Atlas
près d'Amellago, un groupe de jeu de cinq enfants entre six et sept ans,
quatre filles et un garçon, jouant dans leur maison de poupées (fig. 46).

46

86
Il s'agit bel et bien d'une maison de poupée car ces enfants possèdent
aussi une 'tislit' ou poupée-jeune mariée (fig. 47) et un 'isli' ou poupée-
jeune marié. Quand ils jouent dans leur maisonnette avec ces poupées il
s'agit toujours de fêter leur mariage ou tamgra.

47

Cette maisonnette, qui est adossée au mur d'une habitation, est délimitée
par des murs faits avec deux rangées de pierres mises l'une sur l'autre. Elle
mesure 2 m sur 3 m et comporte une grande pièce servant de salon. Contre
le mur et du côté gauche se trouvent d'abord la cuisine et puis un débarras
(fig. 48, p. 88). Deux petites pièces ont été ajoutées sur le côté gauche du
salon. Des petites ouvertures représentent les ouvertures des portes, mais
celle de l'entrée du salon se ferme avec un morceau de plastique jaune
provenant d'un bidon à huile. Les enfants utilisent des morceaux de cartons
comme tapis et toutes sortes de récipients et de bouchons en plastique
deviennent des ustensiles de ménage.

87
48

A Ksar Assaka, un petit village à 4 km de Midelt en direction du Jbel


Ayachi, j'ai pu obtenir fin 1996 et début 1997 des informations précises sur
le jeu de poupée des filles. Ces informations proviennent de trois sœurs -
Souad, Najat et Sabah Laabib - qui jouaient à la poupée entre 1975 et
1985. Selon Souad, deux maisonnettes sont utilisées pour ce jeu de poupée
qui représente toujours la cérémonie de mariage. Le plan rectangulaire de
ces petites maisons à ciel ouvert, une pour la poupée-jeune mariée et une
autre pour la poupée-jeune marié, est délimité par des pierres (fig. 49). Ce
qui distingue la maison de poupée de la poupée-jeune mariée est l'escalier
à trois marches, trois rectangles de pierres faits devant la porte de la
maison, et le heurtoir, une petite pierre sur une grande pierre placée devant
l'escalier. Dans chaque maison de poupée six morceaux de carton
remplacent les tapis. Des morceaux de verre deviennent des verres à thé et
des herbes ou s'il y en a des fleurs de champs créent un bouquet de fleurs.
Un morceau de carton sert de lit nuptial.

49
88
Najat, une sœur cadette de Souad, dit que le jeu de poupée commence
avec la construction ou la réparation de la maison de poupée. Cela se
faisait dans le jardin de la maison paternelle de Najat, toujours au même
endroit. C'est une maison de poupée rectangulaire assez grande, d'environ
1 m sur 2 m, avec une chambre dans chaque coin où quatre filles peuvent
s'asseoir à l'aise. La maison et les chambres sont délimitées par une rangée
de pierres. Ces pierres de la grandeur d'un poignet doivent être bien
propres et un peu brillantes. Des morceaux de verre blanc et vert provenant
de bouteilles cassées sont mis à certains endroits. A la chambre au coin
droit supérieur un petit escalier mène à la terrasse virtuelle. L'escalier est
fait de deux roseaux auxquels des morceaux d'une planche sont attachés
par des rubans. Une fois que la maison de poupée est en ordre elle est
nettoyée avec un peu d'eau et un jardin de fleurs est créé avec quelques
herbes ou des fleurs de champs.
Une fille de huit ans, Amal Boukrit, vivant dans le village Zaïda situé le
long de la route de Meknès à Midelt et à 40 km de cette dernière ville,
construit rarement une maison de poupée avec des pierres en septembre
1999. Avant de commencer elle nettoie d'abord l'endroit choisit (fig. 50).

50

89
Qu'elle fait rarement pareille maisonnette est du au fait que sa mère,
l‟épouse d‟un instituteur, ne veut pas qu'elle joue dehors dans la poussière
et la 'saleté'. Probablement à cause de cet interdit, Amal a inventé une
maison de poupée qui contourne les objections de sa mère. Il s'agit d'une
maison de poupées faite d‟une boîte de carton (fig. 51).

51

Cette boîte mesure 26 cm sur 43 cm avec une hauteur de 25 cm Après


avoir découpé le côté supérieur de la boîte, Amal a découpé dans les quatre
côtés des fenêtres et une porte de telle manière qu'elles peuvent s'ouvrir et
se fermer. Les faces intérieures des fenêtres et des portes sont garnies de

90
rideaux. Il y a aussi quelques coussins cousus par la fille et des grands ou
petits chiffons servant de tapis et de couvertures (fig. 52).

52

Leila, une fille de neuf ans et la copine et voisine d'Amal, possède la même
maison de poupée et ensemble elles jouent au mariage de leur poupée.
Cette poupée-jeune mariée ou °arûsa est aussi particulière que la maison
de poupée. C'est une poupée en plastique importée du genre Barbie vendue
dans les magasins locaux mais ne servant normalement que comme objet
de décoration après que les grandes filles ou les femmes lui ont crocheté
une robe andalouse (voir Cultures Ludiques Sahariennes et Nord-
Africaines. Poupées d’enfants et jeux de poupées, 2005: 148, fig. 94). Les
deux filles, qui ont chacune une poupée pareille, lui ont cousu une robe. En
regardant de près la poupée d'Amal montrée à la figure 52, on remarque la
manière originale par laquelle cette fille a remplacé les bras manquant avec
un morceau de roseau.
En 2006 Khalija Jariaa a contribué des informations et des photos sur les
jeux et jouets des enfants amazighs des villages Douar Ouaraben, Ikenwèn
et Idoubahman-Imjâd dans la province de Tiznit, du centre urbain Ifrane
a/s dans la province de Guelmim et du village Terloulou dans la région de
Tafraoute.
Douar Ouaraben est un village de plus en plus urbanisé situé juste en
dehors de Tiznit près de la route menant à Sidi Ifni (fig. 53, p. 92).

91
53

Un terrain à bâtir entre les maisons est le terrain de jeu préféré des filles
habitant aux alentours. Régulièrement un groupe de filles s'y adonne à des
jeux de faire semblant. Sur la photo faite fin juillet 2006 on voit à gauche
et à droite ce qui reste des maisonnettes (fig. 54).

Comme cet endroit se situe en bordure d'une rue avec peu de trafic les
mères demandent à quelques filles de dix ans ou plus de prendre en charge

leurs petites filles et petits garçons. Surtout le samedi et le dimanche il y a


des garçons plus grands qui se joignent au groupe de jeu. Parfois il y a plus
de vingt enfants entre deux et treize ans.
54

Les figures 55 et 56 (p. 93-94) montrent des maisonnettes très élaborées


utilisées pour des jeux de mariage, de dînette et de ménage qui se
mélangent facilement. La maisonnette ci-dessus est la maison du jeune
marié ou isli. Pour le jeu de mariage qui s'est déroulé le 11 août 2006 de 14
h jusque vers 19.30 h, un garçon de cinq ans sert de jeune marié. Contre le
mur se trouve à gauche la cuisine et à droite avec le carton le trône du

92
jeune marié. Dans la salle à manger se trouvent deux grandes briques qui
feront office de table. La chambre à l'avant de la maisonnette est celle où
viendra s'installer la jeune mariée. C'est aussi l'endroit où les femmes
chantent et dansent pour la fête de mariage. A côté du flacon rouge et blanc
qui sont les coussins est mis le trône de la jeune mariée. Ce trône est fait
d'une boîte ronde sur laquelle est mise une boîte de sardines décorée d'un
chiffon blanc. Le pot à couvercle jaune représente la réserve d'eau. Le
carton sert de tapis aux invités.

55

La maisonnette de la figure 56 (p. 94) est la maison de la tislit ou jeune


mariée jouée par une fille de 4 ans. L'entrée de la maison, à gauche en bas
de la figure, est décorée avec des fleurs représentées par des herbes
plantées dans des pots de yaourt. Cette maisonnette représente la maison
d'une famille riche dont le père de famille travaille en France. A droite de
l'entrée et du côté de la rue où est mis le haut-parleur, il y a d'abord la
chambre pour les visiteurs puis le hall. Entre le hall et le salon il y a un

93
jardin marqué par quelques herbes cueillies sur place. Tout le long du mur
à droite se trouve le salon avec une grande table et la télévision dans le
coin. En retournant vers la gauche on trouve la pièce pour faire la vaisselle,
puis une grande cuisine avec des étagères contre le mur.

56

Sur les photos des deux cuisines on voit bien comment les enfants utilisent
tout ce qu'ils trouvent comme objets délaissés par les adultes ou pris dans
le ménage de leur mère (fig. 57-58).

57 58

94
Deux boîtes de peinture, une près du trône du jeune marié et une autre à
l'entrée de la maison de la jeune mariée (fig. 55-56, p. 93-94), symbolisent
les haut-parleurs. Ces haut-parleurs serviront pour l'orchestre des grands
garçons qui le moment venu, c'est-à-dire dans la soirée des noces
imaginées, jouent sur un tambour et un tambourin, des bidons vides, et sur
une guitare fabriquée avec du matériel de récupération. Trois grandes filles
exécutent la danse locale pendant que les musiciens chantent les airs à la
mode. Quand la musique s'arrête les enfants applaudissent et poussent des
youyous. Puis le moment du dîner est venu. Une fois que tous les joueurs
se croient rassasiés, il faut amener la jeune mariée à la maison de son futur
mari. La jeune mariée de quatre ans a le visage voilé et sous ce voile elle
fait semblant de pleurer car elle quitte sa maison et sa famille. Une fois
arrivé à la maison du jeune marié sa jeune épouse est installée sur les
coussins de fortune dans sa chambre à l'avant de la maisonnette. Le trône
du jeune marié change alors en lit nuptial. Un garçon de treize ans qui joue
le rôle du grand-père du jeune marié envoie les gens qui ont amené la
jeune mariée à la fête dans la maison de la jeune mariée.
Après tout cela il faut aller dormir ce que tous les enfants font semblant
de faire. Après une nuit de cinq minutes ils se lèvent joyeusement.
Maintenant c'est le jour pour aller regarder la jeune mariée qui reste dans la
chambre préparée pour elle. Tous les membres de la famille et les invités
viennent lui rendre hommage et reçoivent de ses mains des dattes, du
sucre, des bonbons et du henné. Ces cadeaux sont symbolisés par des
noyaux de dattes, de la sciure de bois, des pierres mis dans l'emballage de
bonbons et des pétales des fleurs de l'olivier. On danse et on mange un peu
et le jeu de la fête de mariage touche à sa fin.
Dans le même village Douar Ouaraben Sadiya de huit ans et son frère
Smaïl de six ans jouent ensemble avec une cousine de 13 ans en octobre
2006. Sur le trottoir ils préparent tout pour jouer à la fête de mariage avec
d'autres enfants du voisinage. Une fête de mariage qui débutera une fois
que les enfants reviennent de l'école. Dans la maison du jeune marié
Sadiya a déjà mis les fauteuils autour de la table, des morceaux d'étoffe
trouvés ici ou là (fig. 59, p. 96). Maintenant elle est en train de ranger les
flacons de parfum. Derrière ces flacons se trouve la caméra vidéo
représentée par une vieille cassette de musique.

95
59

Le jouet pour bambins est devenu une étagère. Une fois terminé son travail
Sadiya va aider son frère et sa nièce pour arranger la cuisine. Ils sortent
tous les ustensiles-jouets des boîtes de carton (fig. 60).

60

96
Dans ce carton se trouvent aussi cinq tapis faits par les deux filles selon
la manière décrite à la page 58. Les quatre petits tapis (fig. 61, H+ = 21
cm) et le grand tapis (fig. 62, H = 45 cm) sont mis entre les fauteuils de la
figure 59 (p. 96). Pour le petit tapis jaune la fille a utilisé deux morceaux
de fils électriques au lieu de bâtonnets.

61

62

97
Vers 17 h les enfants sont revenus de l'école et participent au jeu qu'ont
préparé les trois enfants. Des filles aussi bien que des garçons se sont
joints au groupe de jeu. Tous aident à organiser les derniers préparatifs.
Les filles sur la figure 63 arrangent la maison de la jeune mariée pendant
que les garçons sont allés au soi-disant marché acheter de la viande, des
légumes et des boissons.

63

Quand tout est préparé le dîner de la fête de mariage est servit. La jeune
mariée et le jeune marié sont représentés par des poupées mises sur la boîte
de carton. Le lendemain après-midi quelques filles entre six et huit ans du
même groupe de jeu s'adonnent à un autre jeu de poupée avec maisonnette.
Cette fois-ci il s'agit de la maison d'une femme riche (fig. 64).

64

La fille au milieu de la photo est en train de préparer le café. A gauche se


trouve la sœur et son enfant qui sont en visite. Tout à fait à droite il y a une
fille qui joue le rôle d'une vieille femme pauvre bien connue à Tiznit.

98
La poupée représentant la femme riche se trouve à gauche des cartons
sur lesquels sont étales tous les objets (fig. 65). La maison de riche est
équipée d'un puits, le carton à droite de la maison. La feuille de papier
découpée en haut du roseau représente la poulie du puits.

65

Souq ou fella est un vieux quartier du centre rural Ifrane a/s dans l'Anti-
Atlas à 25 km de Bouizakarne sur la route de Tiznit à Guelmim (fig. 66).

66

99
En octobre 2006 Khalija Jariaa y a trouvé deux garçons de six ans en
train de construire la maison de l'isli ou le jeune marié. Ils le font à
l‟endroit où l'aide maçon passe le sable au crible. Quelques grandes pierres
sont déjà en place (fig. 67).

67

Par après ces deux garçons font la maison de la tislit ou la jeune mariée à
une certaine distance de la maison du jeune marié (fig. 68).

68

100
Ce matin là les deux garçons de première année ne doivent pas aller à
l'école. Dès lors ils préparent ces maisonnettes pour le jeu de la fête de
mariage qui se déroulera l'après-midi lorsque d'autres enfants du voisinage
seront revenus de l'école. A ce jeu qui s'inspire d'une fête de mariage du
mois précédent participeront treize filles entre trois et douze ans et six
garçons entre cinq et dix ans. Les filles créeront des poupées-femmes et les
garçons des poupées-hommes. Ces poupées représentent la jeune mariée et
le jeune marié ainsi que des membres de leur famille et des invités.
En mai 2006 cinq voisines jouent au mariage de leur poupée-jeune
mariée et jeune marié dans un terrain de jeu en face de leur maison dans le
village Terloulou à 26 km de Tafraoute en direction de la haute montagne
de l'Anti-Atlas (fig. 69).

69

Khadija âgée de douze ans, Malika de dix ans, Latifa de huit ans et deux
autres filles jouent souvent en semble. Khadija qui normalement est la
meneuse de jeu a construit une maison plus ou moins luxueuse comme les
maisons construites pour des gens originaires du village mais vivant en
Europe. C'est la maison avec les morceaux de carrelage (fig. 70, p. 102).

101
70

En haut et à gauche de la
maison de riche Latifa a fait
une maisonnette de gens
ordinaires. Au côté opposé à
l‟endroit où se trouve le
morceau de plastique rouge
Malika en a fait une de gens
plutôt pauvres. Les deux
autres filles n'ont pas de
maisonnette car elles sont
vraiment pauvres. Maintenant
le moment est venu de faire
des poupées. Khadija et
Fatiha cherchent le nécessaire
puis elles créent deux
poupées à armature de roseau
(fig. 71).
71

102
A gauche de la photo suivante se trouve le jeune marié ou isli (fig. 72).
En haut de la jeune mariée ou tislit a été fixée la plante leh'bak, peut être
du basilic. En plus de la bonne odeur que donne cette plante son origine est
selon la croyance locale liée à la Mecque ce qui lui donne un certain
pouvoir pour éloigner tous les malheurs et amener le bonheur au mariage.
En bas de la photo on voit une table avec des bouteilles de limonade
représentées par des bouchons, des pots de Danone et le plateau de
sucreries représenté par le grand couvercle jaune avec des feuilles, les
biscuits, et un couvercle bleu qui est le gâteau.

72

Après que les sucreries ont été dégustées deux filles préparent le couscous.
Les feuilles d'oignons servent comme légumes cuites dans une boite de
sardines (fig. 73, p. 104). Le couscous imaginaire est travaillé dans une
boite de sardines puis il est cuit au-dessus des légumes (fig. 74, p. 104).

103
73 74

Début 2002 j‟ai fait la connaissance d‟une famille parlant Amazigh et


vivant dans une maison isolée construite de manière traditionnelle. Cette
maison se trouve dans la région de Lagzira près de la route asphaltée à 9
km avant Sidi Ifni en venant de Tiznit (fig. 75).

75

104
Avec l‟aide de Boubaker Daoumani j‟ai pu filmer le 4 mars 2002 le jeu de
construction et le jeu de poupée de Halima, une fille de six ans, et de Fadil
son frère de neuf ans vivant avec leur famille à cet endroit. Le protocole
avec la description détaillée de cette vidéo est disponible en anglais sur
www.sanatoyplay.org (Rossie and Daoumani, 2003, Video 4). Le terrain
de jeu de ces deux enfants se trouve en face de leur maison (fig. 76).

76

37

La figure 77 (p. 106) montre Halima devant la maison de poupée qu‟elle a


construite. Elle est en train de mettre les coquillages vides dans la position
correcte avec l‟ouverture représentant la tête vers le haut.
La jeune mariée, le jeune marié, les membres des familles et les visiteurs
sont tous représentés par des coquillages. Cependant la jeune mariée et le
jeune marié sont marqués en enveloppant le coquillage par un morceau de
gaze blanche. Ces maisons de poupées faites par les deux enfants sont bien
élaborées. Les murs sont le plus souvent faits avec deux couches de
briques de boue. Il y a deux chambres qui sont utilisées comme chambre
pour les femmes et chambre pour les hommes (fig. 78, p. 106).

105
77

78

106
Les portes sont fermées avec des pierres et les poupées sont mises sur un
tapis. La chambre nuptiale est joliment équipée (fig. 79).

40

79

Il y a même un garage dans lequel se trouve la voiture de cérémonie. Cette


voiture de cérémonie, une boîte de sardines, est utilisée au début du jeu de
fête de mariage lorsque la jeune mariée, le jeune marié et les membres de la
famille sont conduits à travers le terrain de jeu avant d‟arriver aux
maisonnettes (fig. 80).

41
80

Des jeux de dînette et de ménage sont intégrés au jeu de poupée comme le


montrent les jouets faits et utilisés par Halima et Fadil (fig. 81, p. 108).

107
A droite d‟une maison de poupée se trouvent deux moulins à bras et à
gauche il y a une planche à pain avec plusieurs pains et un four à pain. 81

81

Ces activités ludiques


durent plusieurs jours et
82
le soir les enfants
couvrent leur matériel de
jeux. Il arrive cependant
que des ânes ou des
chiens détruisent les
maisonnettes et les jouets
comme cela était le cas
quelques jours après que
la vidéo fut faite. Comme
Halima, Fadil avait déjà
une maison de poupée
avant qu‟il roule avec sa
voiture de cérémonie.
Bien vite les deux
joueurs ont construit une
autre maisonnette avec
de la boue et des pierres.

108
A la figure 82 (p. 108) Fadil montre fièrement cette maison de poupée
avec deux voitures de cérémonies dans une des deux pièces sur le côté
gauche. L‟observation du jeu démontre que Fadil est plus intéressé par le
jeu de construction que par le jeu de poupée.
Près d‟une maison de poupée j‟ai trouvé un jouet particulier. Ce jouet
montre comment ces enfants vivant dans un ménage pauvre et plutôt
traditionnel introduisent dans leur jeu le dernier cri de la haute technologie
disponible à Sidi Ifni depuis environ 2000. Il s‟agit du téléphone portable
représenté par une vieille télécommande.
Environ cent mètres de la maison de Halima et Fadil au croisement de la
route asphaltée et la piste montant vers le village Lahfart se trouve une
grande maison. A l‟arrière de cette maison j‟ai vu début mars 2002 un
ensemble de maisonnettes fait avec des pierres. Deux murs délimitent la
longue entrée de ce village en miniature qui mesure envrion 1 m sur 1,5 m
(fig. 83).

83

44

On voit que les maisons s‟alignent comme dans un vieux ighrem ou village
fortifié. Des chiffons de différentes couleurs couvrent le sol des chambres
(fig. 84, p. 110). Quelques chambres comportent des coquillages. La
présence de ces coquillages prouve que le village en miniature servait entre
autres au jeu de poupée.

109
84
45

4
5

Un garçon plus âgé vivant dans la grande maison m‟a dit que pareils
villages en miniature sont faits par les bergères lorsqu‟elles descendent la
montagne à la recherché de nourriture pour les moutons et les chèvres. Une
maison de poupées se trouvant à côté du village en miniature est bien
équipée avec des meubles et des ustensiles (fig. 85).

85

110
Dans le quartier Daoudiyât de Marrakech les filles arabophones, entre
85 douze ans dans les années 1970, construisaient une maison de
six et
poupées dont les murs étaient formés non pas par des pierres mais par des
boîtes de sardines assez grandes placées en trois étages contre un mur et
formant ainsi les pièces d'une maison citadine. Une autre boîte posée au sol
sert de lit de poupée. Une petite boîte de conserves rondes représente le
plat de nourriture ou la cuve de lessive.
Dans le quartier Douar Akioud de
Marrakech et vers 1980 le groupe de
jeu des filles s'en va aux jardins
potagers à quelque distance des
maisons. Là elles font avec des petits
cailloux le plan d'une maison de
poupée pour la taslit ou jeune mariée.
Une fois que les murs sont faits, ils
sont couverts de sable humide. Selon
Fatima Kader, qui m'a fait le dessin
86
de la figure 86, ce genre de maisons
se fait encore en 1992.
A Taroudannt, une petite ville de l'Anti-Atlas, des filles arabophones
construisaient pour le mariage de leur poupée-jeune mariée avec leur
poupée-jeune marié une maison de poupée avec des murs en cailloux
couverts de sable humide.
Bien que la maison de poupée serve parfois à jouer au ménage et à la
dînette d'autres maisonnettes sont spécialement faites pour ces jeux.

111
1.4 La maison pour jeu de dînette et de ménage

Pour leur jeu de ménage et de dînette les filles ghrib du Sahara tunisien
utilisent des maisonnettes. Ces maisons à ciel ouvert d‟environ 1 m² sont
plus spacieuses que les maisons de poupées. Les fillettes de la figure 87
n'ont pas encore acquis l'expérience pour faire de belles maisonnettes.

87

Celles faites par les filles plus âgées sont bien élaborées avec des pièces
annexes et un ensemble de jouets représentant les ustensiles (fig. 88). Sur
cette photo on voit une partie du village ghrib et le début de l'oasis d'El
Faouar en 1975.

88

112
Pour faire une maisonnette les filles utilisent un faible enfoncement dans le
sable ou bien elles creusent un trou peu profond. Autour de cet
enfoncement elles érigent par temps pluvieux des murs de sable d'un demi-
mètre de hauteur, mais si nécessaire les filles utilisent des pierres (fig. 89).

89

Des maisonnettes d‟un autre type sont faites de la manière suivante. Les
filles ghrib délimitent un espace sur un terrain plat avec des murs de sable
humide d‟environ 25 cm de haut (fig. 90).

90

113
Si le sable humide manque, on utilise des pierres. Comme c‟est le cas avec
les maisonnettes précédentes, ces maisonnettes sont souvent bien
élaborées. Elles comportent des pièces annexes et tout un ensemble
d‟objets de récupération ainsi que du matériel végétal utilisés pour jouer au
ménage (fig. 91-92).

91

92

114
Concernant les enfants belbala du Sahara algérien, Dominique
Champault nous offre une bonne description de la maison de dînette et du
jeu qui s'y déroule (1969: 348-349) :

Le jeu des maisons : tous les enfants de garde au pâturage, filles ou


garçons, compensent leur éloignement en recréant un village à leur
échelle : c'est le jeu des 'maisons', gayu n-hayu. La forme la plus
classique de ce jeu comporte la disposition de petits cailloux selon le
plan fantaisiste d'un village où chaque maison couvre au maximum un
m² mais comporte des aménagements plus fastueux que ceux des
habitations réelles. Tout le village est pourvu de sa mosquée et
plusieurs puits légèrement creusés dans le sol. La dextérité des enfants
intervient surtout au moment où il s'agit de meubler ces maisons. Aux
garçons revient le soin d'équiper les puits, de creuser l'abreuvoir, de
tresser les seaux. Les filles simuleront des récipients, feront des
magasins, des fours, des pains. Les matériaux sont à leur disposition :
ce sont par ordre de fréquence d'utilisation, des tessons de poterie
anciens, parfois néolithiques (la poterie de Kuka Ayas, la potière
actuelle, ne vaut rien, disent les enfants), des fragments de test d'œuf
d'autruche, des brindilles de bois, des tiges de graminées utilisées pour
des vanneries miniatures. Les rondelles obtenues sont baptisées 'pains'.
Elles peuvent être perforées en leur centre : elles s'appelleront alors
poulies de puits et joueront sur un axe, léger morceau de bois que l'on
posera sur deux montants mortaisés en bois ou en poterie. 'Faire le
pain' est la préoccupation la plus fréquente, peut-être par simple
projection de souci permanent des enfants qui partent le matin ventre
vide et n'ont pour passer tout un jour que quelques dattes, très
exceptionnellement un petit pain aux oignions. De nombreux pains
seront faits en test d'œufs d'autruche. Le fragment de coquille brut est
posé à plat sur un caillou, la convexité en dessous, et les bords en sont
écrasés par très petits coups avec un caillou pointu. L'enfant fait arrêt à
chaque coup, avec le pouce. Le grésage des bords se fait avec un caillou
plat. Lorsque les enfants vont au pâturage au pied de la dune dans une
région de naba, les pains seront tout simplement des boules de sable
moulé, parfaitement sphériques. Le mobilier de la maison, marmite,
pots, assiettes, verres, tout matériel indispensable à la dînette, sera
figuré par des tessons de bouteille ou de poterie. Les maisons et leur

115
mobilier sont abandonnés par leurs propriétaires qui les retrouvent
intacts plusieurs mois après. Les propriétaires consciencieux prennent
d'ailleurs la précaution d'enclore leurs maisons d'un grand cercle tracé
avec le pied, de la même manière que les adultes attestent leur droit de
propriété sur un objet provisoirement abandonné dans le désert et qui,
ainsi cerné, ne pourra être considéré comme une épave. Dans la région
de Tachenghit où les pâturages de printemps exercent une attraction
régulière sur les plus hardis des ksouriens, la présence de blocs de tafza
détermine un jeu des maisons particulier. Deux bergers, Mohamet et
Tahar ben Larbi m'en ont donné la clef : il s'agit de creuser dans le
tafza des séries de cupules. Ces séries de cupules, qui semblaient au
premier abord tout à fait énigmatiques, représentaient : un puits et son
abreuvoir, des marmites de toutes tailles, des magasins, des fours pour
le pain. La cupule était grossièrement façonnée avec un caillou pointu
(à Tachengit, hachereau paléolithique) puis régularisée au moyen d'un
percuteur de silex qui, par un jeu de rotation, produit dans cette roche
tendre, des concavités sensiblement hémisphériques."

Selon Germaine Laoust-Chantréaux (1990: 167) les fillettes kabyles des


années 1930 font de belles maisonnettes :

Les fillettes savent encore construire d'admirables 'ti°cucin' ou "petits


nids"; ainsi appellent-elles les maisonnettes qu'elles édifient dans les
cours à la belle saison. A l'exemple de leur maison familiale, d'un côté
voici l'étable, de l'autre la partie réservée à l'habitation; çà et là
quelques gros galets figurent les 'ikufan'; deux bûchettes, les ensouples
du métier à tisser, trois petites pierres autour d'un trou : les 'iniyen'... et
la fantaisie de l'enfant se donne ici libre cours sans frein. Autour de la
maison s'étagent enfin les 'tibhirin' les "jardinets" où de menues
branches, fraîchement plantées sont arrosées par l'eau qui coule d'un
bassin de terre."

Les enfants peuls, bambara et songhrai de Mopti sur le fleuve Niger font
des petites maisons et mosquées en argile séchée ou cuite (Mandel et
Brenier-Estrine, 1977: 10, photos: 9, 11, 13).

116
Sauf une photo les données sur les maisons pour jeu de ménage et de
dînette au Maroc proviennent de mes propres recherches. Cette photo de
Mohamed Sijelmassi, publiée dans son livre Enfants du Maghreb entre
hier et aujourd'hui (1984: 94), montre une maisonnette plus ou moins
carrée, délimitée par des pierres de différentes dimensions avec deux
petites ouvertures pour une porte d'entrée et une porte à l'arrière. Dans
l'espace ainsi marqué un assortiment de boîtes vides ainsi que deux
morceaux de tissus rectangulaires représentent l'ameublement et les
ustensiles.
Le lecteur trouvera d'abord les informations sur les enfants amazighs du
Moyen Atlas, du Haut Atlas et de l'Anti-Atlas suivis par les informations
sur les enfants arabophones.
Non loin de la ville touristique d'Ifrane au Moyen Atlas, au village Sidi
Brahim, des filles ont fait en mars 1994 leur maisonnette dans un endroit
bien particulier. Il s'agit d'un vieux méchoui pour cuire un mouton qui se
trouve près de la maison (fig. 93).

93

Sur le bord de ce four en pierres se remarquent les ustensiles-jouets pour


faire semblant de préparer le manger ou de faire le thé. Ce sont des boîtes

117
de conserves et de sardines, des bouchons servant de verres, des flacons,
un vieux seau et d'autres objets de récupération (fig. 94).

94

En octobre 1992 j'ai observé des garçons d'Aït Ighemour, un petit village
du Haut Atlas, en train de construire une maisonnette en trois dimensions
avec de l'argile et des pierres. De la même manière ils font aussi une étable
ou un garage (fig. 126, p. 136).
Près de Goulmima et en novembre 1994, j'ai trouvé dans le village
Ighrem-n-Cherif deux sœurs de 18 mois et de trois ans jouant ensemble
dans leur maisonnette adossée au mur de leur maison (fig. 95). Quelques
grandes pierres délimitent plus ou moins l'espace de jeu. Des boîtes de
sardines, des boîtes de fer blanc, des flacons de plastique et d'autres objets
de récupération forment les ustensiles de ménage. Selon des informations
obtenues à ce moment dans la ville de Goulmima, les fillettes construisent
une maisonnette à plusieurs pièces délimitées par des pierres.

95

118
Dans le village Tiffoultoute près de Ouarzazate j'ai vu en novembre 1996
le même genre de maisonnette en bas du mur du vieux ksar ou quartier
fortifié restauré. Dans cette maisonnette une grande boîte de Tide vide
servait de table, la boîte de sardine était un tajine et des herbes sont la
nourriture.
Comme j'ai pu le constater en novembre 1997, les petites filles des
quartiers populaires de Midelt font aussi des maisonnettes délimitées par
des pierres. Chez les grandes filles ces maisonnettes sont plus élaborées.
Dans le quartier Aït Mansour trois filles d'environ sept ans ont fait leur
maisonnette adossée à la maison paternelle (fig. 96). Les murs qui
délimitent cette petite maison sont faits de sable pierreux mais pour les
murs intérieurs des pierres sont utilisées. Les maisonnettes comportent
quatre pièces et un petit espace sans pierres qui est l'ouverture de la porte.
Les ustensiles sont représentés par des couvercles de bocaux, des
bouchons, des boîtes de fer blanc, etc. Les filles utilisent aussi une vraie
théière. Elles jouent à préparer le manger, avec du sable et un peu d'eau, à
faire le thé et à d'autres jeux de ménage.

96

Dans le même quartier et au même moment les filles d'environ onze ans
construisent une maisonnette bien plus grande. Elles en ont construit une
près de leurs maisons sur un terrain vague servant aussi bien de terrain de

119
jeu que de pâturage aux moutons. Cette maisonnette comporte trois pièces
dont les murs sont délimités avec des pierres. L'entrée est marquée par
deux bidons avec des herbes comme fleurs, et une serviette. Les filles se
trouvent dans la cuisine. Comme ustensiles de ménage figurent toutes
sortes de flacons, pots et bidons en plastique. Elles utilisent aussi des
plateaux à œufs en carton. Une grande pierre sur trois petites pierres est la
table basse. Il est probable que le vieux bidon de peinture posé sur une
grande pierre à l'arrière de la grande chambre est le four (fig. 97).

97

Les petites filles d'environ trois ans se font déjà des maisonnettes comme
c'est le cas en septembre 1999 à Amellago dans le Haut Atlas (fig. 98).

120
98
Des pierres bien ordonnées délimitent l'espace de jeu où quelques objets
de récupération forment les ustensiles. Une fillette de juste deux ans
s'amuse déjà à préparer le manger dans un petit pot de yoghourt (fig. 99).

99

En contrebas de la piste passant par Imîder, un village près d'Amellago,


trois filles et deux garçons d'environ sept ans ont construit une maisonnette
pour jeu de dînette et de ménage. Elle est une des plus élaborée que j'ai vue
jusqu'à aujourd‟hui. Je ne peux malheureusement pas montrer une photo de
cette maisonnette à cause d'un problème technique survenu à mon appareil
photo à ce moment mais j'ai fait un dessin reproduit à la figure 100.

100
121
Cet ensemble de pièces, qui se situe entre la piste et les jardins en
bordure de l‟oued, est délimité avec des murs bas érigés avec de grandes
pierres. La maisonnette se divise en la grande maison taddert (environ 2 m
sur 3 m), l'espace du milieu taddert tènèmèst (environ 1 m sur 2 m) avec un
morceau d'arbre en guise de porte, et la maison plus petite avec une
chambre à provisions el ghezîn (environ 1,5 m sur 2,5 m). Des espaces sans
pierres représentent les portes. Dans la chambre de provisions, la pièce
supérieure de la petite maison tout à fait à gauche du dessin, j'ai trouve
dans un vieux bidon noir pour vingt litres d'eau et caché sous le couvercle
toute une série d'ustensiles en miniature. Ces ustensiles furent modelés en
argile par les filles et les garçons (fig. 198, p. 183). L'espace du milieu
contient en bas à gauche un pot en plastique avec des os qui selon les
joueurs représentent de la viande. A côté il y a une grande pierre à casser
les amandes. En annexe, il y a une pièce avec un fourneau èlmsi simulé par
une grande boite de conserves de tomates sur lequel une galette en argile
figure le pain en train de cuire. Dans la chambre se trouvant dans le coin
supérieur droit de la grande maison se trouve une petite marmite à
couvercle. Dans la pièce du coin inférieur gauche une grande pierre sert de
table.
Khalija Jariaa a contribué beaucoup de données et de photos sur les jeux
et jouets des enfants amazighs de l'Anti-Atlas. Il s'agit des enfants des
villages Douar Ouaraben, Ikenwèn, Idoubahman-Imjâd, Ifrane a/s et
Terloulou et du quartier Boulalem de Sidi Ifni. Sur la photo suivante faite à
Idoubahman-Imjâd en août 2006 Khalija se trouve à gauche (fig. 101, p.
123).
En ce qui concerne les enfants de la même région Boubaker Daoumani a
collaboré à réaliser une vidéo sur le jeu de poupée et de construction de
deux enfants d'une famille de Lagzira près de Sidi Ifni et sur un garçon
créant des jouets dans cette ville. Il a aussi donné des informations sur les
jeux et jouets des enfants du village Lahfart spécialement de ces élèves de
la première et deuxième année (fig. 102, p. 123).

122
101

102

123
Une manière particulière pour faire les murs d'une maisonnette consiste
à utiliser des branchettes. C'est ce que veulent faire des enfants de Douar
Ouaraben juste en dehors de Tiznit en décembre 2006. Pour cela ils sont
allés jusqu'aux arbres qu'on voit en haut de la photo. Comme il y a eu des
averses le jour précédent ils réussissent à y retirer des petits arbustes. A
l'avant le mur de la maison pour jeu de dînette est déjà fait avec des pierres
et des boîtes de carton (fig. 103).

103

104

124
Imjâd est un groupe de villages d'environ 4000 habitants. La figure 104
montre le village Idoubahman, situé à 24 km d'Ifrane a/s et 72 km de
Tafraoute, où Khalija Jariaa a observé et photographié des jeux en août
2006 (p. 124).
Certains après-
105
midi deux cousines
de deux ans et demi
et un frère de cinq
ans jouent ensemble
au ménage et aux
travaux de ferme.
Sur la photo on voit
deux maisons
juxtaposées avec à
droite l'étable qui
sont temporairement
hors usage (fig. 105).
Quand ils jouent les petites filles font semblant de préparer de la
nourriture et de faire le ménage. Le garçon part à la montagne avec son
chat vivant et ses chèvres imaginaires. Là il joue avec un autre garçon de
son âge. Quand il revient, il met ses chèvres à l'étable et les fillettes les
donnent à manger des herbes sèches qu'ils ont cueillies aux alentours.
Les enfants n'ont pas toujours besoin de se construire une maisonnette
pour jouer au ménage ou à la dînette. Ainsi deux garçons et une fille
d'environ sept ans du quartier Aït Mansour à Midelt ont transformé en août
1999 une camionnette démantelée déposée en face de leur maison (fig.
106).

106

125
Sur la photo suivante un des deux garçons essaye de pendre un grand
morceau de tissu devant les ouvertures (fig. 107).

107

On voit bien que cet espace serve pour le jeu de ménage, les enfants ayant
équipé leur maisonnette d'objets de récupération représentant des
ustensiles (fig. 108).

108

126
Jusqu'à maintenant j'ai parlé de maisonnettes pour la dînette et le jeu de
ménage faites par des enfants amazighs. A Marrakech des filles
arabophones font des maisonnettes pour les mêmes jeux délimitées par
deux couches de pierres. Celle que j'ai vue en novembre 1993 sur le bord
d'une piste dans le quartier Hay Jeanette, un village en pleine urbanisation
près de la Faculté des Lettres de l'Université Cadi Ayyad, est une
maisonnette de 3,5 m sur 1 m faite contre le mur d'une maison (fig. 109).
Elle a trois chambres de plus ou moins la même grandeur. Une fille de sept
ans et une de neuf ans ont mis du papier de journal pour couvrir le sol des
deux chambres sur le côté gauche. Dans l'autre chambre avec un sol bien
nettoyé se trouvent deux boîtes de carton, une boîte de fer blanc et
quelques autres objets de récupérations servant d'ustensiles.

109

Près de la source du village Aïn Taoujdate, entre Meknès et Fès, j'ai vu en


septembre 2003 deux maisonnettes délimitées par des pierres. Une
maisonnette était intacte mais l'autre était perturbée.
Dans un village situé à 3 km avant Midelt en venant de Meknès des
filles font aussi des maisonnettes délimitées par des pierres. Ce sont des
filles Oulad Khawa, Ikhawîn en amazigh, du village She°ba, un îlot
arabophone en milieu amazigh. J'ai vu à cet endroit et en 1996 qu'un petit
bout de mur sert de cuisine pour une maisonnette adossée au mur de la
maison paternelle (fig. 110, p. 128). Comme cela se voit sur la figure 111
(p. 128), des objets de récupération sont utilisés. Dans la casserole noire
une fille a préparé la pâte de pain avec de la vraie farine. Il y a aussi la
brosse pour nettoyer le sol faite de branchettes.

127
110

111

128
1.5 Les autres constructions

Un jour en 1975, j'ai vu des garçons ghrib du Sahara tunisien construire


une maison à trois dimensions, mais selon les informations recueillies à ce
moment il semble que les filles en faisaient autant. Pour faire cela, les
garçons ont tiré parti des caractéristiques propres du sable humide et du
sable poudreux. Pour bâtir une petite maison pareille on procède de la
manière suivante. Des petits murs de sable humide sont érigés en carré, le
mur ayant environ 20 cm de hauteur et 8 cm d'épaisseur (fig. 112).

112

D'un côté une petite ouverture est laissée dans le mur. L'espace délimitée
est remplie jusqu'à la hauteur des murs avec du sable sec et très fin (fig.
113).

113
129
Puis le tout doit être recouvert d'une épaisse couche de sable humide
tamponnée à la main de manière adéquate (fig. 114).

114

En creusant le sol devant l'entrée le sable fin glisse hors de la maison. Si


tout est fait de manière correcte le toit ne s‟effondra pas (fig. 115).

115

130
Une autre petite habitation de sable est faite de la même manière mais
avec un toit en dôme et deux entrées (fig. 116). Elle est appelée gurbi eth-
thrâ car elle imite l'ancienne habitation souterraine creusée dans le terrain
calcaire. On les trouve près du village ghrib de l'oasis d'El Faouar où elles
sont utilisées comme étable pour les chèvres.

116

A la source naturelle d'El Faouar, les garçons ghrib de six à treize ans
s'amusent en mai 1975 à faire différentes constructions avec du sable
humide. Normalement cela se fait après une averse mais le sable humide à
cette source convient aussi (fig. 117).

117

131
Bien que les deux constructions de sable ci-dessous soient semblables,
les garçons qui les ont construites disaient qu'il s'agit d'un enclos de bétail
(fig. 118) et d'un marché (fig. 119).

118 119

Une autre construction, réalisée par un garçon d'environ douze ans assis
derrière sa création, est le tombeau de marabout ou saint local (fig. 120).

120

132
Ce tombeau en miniature a été embellit d'une rose sauvage (fig. 121).

121

Au même endroit et au même moment un garçon de treize ans a réalisé, en


faisant preuve d'un remarquable sens esthétique, la belle mosquée de sable
de la figure 122.

88

122

133
Cette mosquée comprend un minaret élégant et une cour (fig. 123).

123

La construction d'une petite mosquée en argile séchée ou cuite est signalée


chez les enfants de Mopti sur le fleuve Niger (Mandel et Brenier-Estrine,
1977: 10, photos: 9, 11, 13).
Comme décrit plus haut, les enfants Belbala du Sahara algérien
délimitent pour leurs jeux de maisons et avec des cailloux le plan d'un
village où la mosquée ne manque pas (Champault, 1969: 348).
Un jeu des petits enfants marocains est l'imitation de la préparation du
travail de construction. Ainsi j'ai vu fin août 1999 à Midelt cette activité
ludique pendant des promenades d'observation dans un terrain vague. Cet
espace sert entre autres de terrain de jeu aux enfants des quartiers
populaires avoisinants d'Aït Mansour et de Taddawt. Dans une ruelle un
garçonnet d'environ trois ans s'occupe à remplir une boîte de sardines avec
des petites pierres et à la vider. Plus tard un autre garçon de quatre ou cinq
ans s'amuse à séparer le sable des petites pierres avec une boîte de fer
blanc trouée. De cette manière il imite le travail des aides-maçons qui
doivent filtrer le sable en le jetant à travers une grille. Une demi-heure
après ce garçon est toujours en train de faire cela mais cette fois il

134
remplisse une boîte de carton. Il s'occupe aussi à mettre des petites pierres
dans un petit pot en plastique et de le vider dans une grande boîte. Puis il
transporte cette cargaison vers l'aire de construction quelques pas plus loin.
J'ai trouvé en grand nombre de boîtes de sardines trouées servant à cette
activité ludique à Midelt aussi bien qu'à Zaïda ce qui démontre la
popularité de ce jeu chez les petits enfants.
Au même endroit à Midelt mais en novembre 1997 j‟ai trouvé à la base
d‟une maison en construction une assez grande maisonnette délimitée par
des pierres et mesurant environ 3 m sur 5 m A côté deux garçons de plus
ou moins six ans jouent avec un morceau d‟un tube en plastique, une pièce
de fer à béton et quelques pots et bouteilles en plastique. Un garçon un peu
plus âgé se joigne bien vite à eux et ensemble ils construisent un mur
autour d‟un petit carré bien nettoyé.
Comme pour les autres sections décrivant les maisonnettes, la plupart
des données mentionnées dans ce chapitre se réfèrent aux enfants
amazighs. A la fin du chapitre on trouvera les informations sur les enfants
arabophones.
En 1992 l'instituteur Nour-Eddine Ihbous m'a invite dans le premier
village Amazigh que j'ai eu l'occasion de visiter. C'était le village Aït
Ighemour dans le Haut Atlas situé à 8 km du Jbel Siroua (fig. 124).

124

135
Sur les pentes entourant le village quelques garçons ont construit avec
de l'argile et des pierres une étable et un garage (fig. 125).

125

Ces constructions en miniature à toit plat se distinguent par une entrée plus
large pour le garage et par un enclos de pierres construit devant l'étable
(fig. 126). Ces constructions élaborées sont utilisées dans de jeux de faire
semblant liés aux occupations masculines.

126

136
En novembre 1999 dans le village Amellago du Haut Atlas, Hakim, un
petit garçon de trois ans, utilise un canal d'irrigation asséché pour y
construire son garage. Les murs de ce garage d'environ 40 cm sur 50 cm
sont délimités par des briques de terre pris dans le canal d'irrigation. Une
brique plus petite sert de porte. Son camion, se trouvant à l'avant du
garage, est une vieille sandale (fig. 127).

127

En décembre 2006 à Tiznit un garçon de douze ans joue avec ses copains
au chauffeur de taxi. On voit à côté du mur le chauffeur de taxi poussant sa
voiture. Selon ses propos il vient de sortir de sa maison de célibataire qu'il
a fermée car il n'y a pas de femme pour la garder (fig. 128, p. 138).

137
128

Les garçons du village Ikenwèn font aussi des maisonnettes en imitant la


manière traditionnelle de construire des maisons en pisé. Cela se fait
surtout quand les garçons ont l'occasion d'observer les hommes en train de
construire ou de réparer une maison. En décembre 2006 lors de la
réparation de la mosquée plusieurs garçons jouent à la construction de
maisons en pisé. Comme moule à pisé Saïd, un garçon de huit ans, utilise
deux planchettes qu'il remplit de sable argileux humidifié (fig. 129).

129

138
Une fois le moule remplie de terre il la comprime avec un pilon, le
morceau de bois qui se trouve à ses pieds sur la photo précédente (fig.
130).

130

De cette manière il construit les différents murs de la maisonnette


comportant plusieurs chambres, une cuisine et un garage. Une fois le
travail de construction terminé Saïd prépare lui-même son dîner car il joue
le rôle d'un célibataire (fig. 131, p. 140). Sur le réchaud il a mis un tajine
de légumes et de viande de chameau. A côté se trouve la marmite avec el
harira, la soupe marocaine qu'on prépare surtout en période de froid ou de
pluie.

139
131

Pendant que le tajine cuit, Saïd retourne à son travail. Il s'occupe de la


route qui mène au garage. Dans le garage il a mis son camion. Avec ce
camion il amène la terre pour construire les murs (fig. 132).

132

140
Saïd a décidé que cela ne peut durer qu'il doit lui-même faire le ménage
car il a beaucoup trop de travail. Dès lors il engage une femme de ménage,
la poupée qu'il a faite en un tour de main (fig. 133).

133

Il met cette poupée auprès du réchaud pour que son dîner soit prêt quand il
revient à la maison la nuit. Cependant, quand il revient son dîner n'est pas
encore prêt. Saïd se fâche et il dit "pourquoi il n'y a pas à manger pour moi
et mes amis. Tu vas parler avec les femmes ai lieu de faire ton travail.
Pourtant j'ai expliqué que je reviens à neuf heures du soir". Une fois la
réprimande terminée, il fait semblant de frapper la femme de ménage (fig.
134, p. 142).

141
134

Le même mois quelques garçons et filles d'environ sept ans d'Ikenwèn


s'affairent à construire une série de maisonnettes avec des boîtes de carton.
Ces maisonnettes représentent
le restaurant, l'hôtel, le cinéma, 135
la maison de billard, le garage
et la maison de la jeune mariée.
Les filles jouent au mariage
puis à la naissance du bébé
avec des poupées qu'elles ont
fait elles-mêmes. Dans le
contexte de la naissance du
bébé un des garçons joue le
rôle du docteur. Toute la
journée garçons et filles
s'amusent à une série de mises
scènes de la vie de leur village.
Cependant, il ne s'agit pas de la réalité de leur village d'aujourd'hui mais
plutôt de leurs rêves d'avenir. La maisonnette en carton de la figure 135
montre le garage.

142
Le petit village de montagne Lahfart dans la région de Sidi Ifni se situe à
environ 20 minutes de marche sur la piste grimpante qui commence au km
9 de la route asphaltée en partant de Sidi Ifni vers Tiznit. L‟école se trouve
à gauche de la photo prise en direction de l‟océan (fig. 136).

136

Lors d‟une visite à ce village une famille m‟a invité en janvier 2002 à
passer la nuit chez eux. Me promenant à Lahfart le lendemain j‟ai trouvé
des élèves de l‟école primaire en train de construire des maisonnettes (fig.
137). Il s‟agit de fermes ou des maisons. Elles sont utilisées pour des jeux
de faire semblant liés à la vie des hommes, à l'agriculture et à l'élevage.

137

143
Ces maisonnettes sont délimitées avec des murs de boue, de la boue faite
avec de l‟eau d‟un puits presque sec tout proche. Les garçons utilisent des
petits morceaux de bois ou de carton rectangulaires pour faire des murs
bien droits (fig. 138).

138

Il y a différents types de
139
maisonnettes. Elles ont
plusieurs chambres et
des annexes. L‟espace
autour de la maison est
délimitée avec des
pierres ou une clôture
comme on le voit à la
figure 139. Ces jeux ne
sont pas limités aux
activités traditionnelles.
Les garçons y intègrent
aussi des situations
copiées de la vie urbaine
avec son système de
transport urbain comme
les lignes régulières de
car. La photo ci-dessous
montre un car en

144
plastique roulant sur la route bordée de pierres qui mène à la ferme (fig.
140). Cette ferme doit appartenir à un fermier riche car un poids lourd est
garé devant l'entrée.

140

Le même jour j'ai trouvé deux garçons de plus ou moins neuf ans qui
finissent la construction d'une grande ferme d'environ un sur deux mètres
(fig. 141). Ici la technologie moderne est représentée par le même type de
poids lourd en plastique servant de tracteur, bulldozer ou camion selon les
nécessités.

141

145
Les informations ci-dessous sur le quartier Boulalem de Sidi Ifni se
réfèrent aussi à des enfants parlant amazigh. Cependant on trouve parmi
eux quelques enfants en voie d'arabisation parce que leurs parents
prèfèrent leur apprendre l'arabe marocain et suite à l'influence de l'école où
l'arabe est la langue d'enseignement.
La photo suivante montre la partie haute du quartier Boulalem (fig.
142). A droite on voit la rue Tagragra avec à l'avant l'espace vide où les
enfants jouent parfois. Devant la maison où habite l'auteur se trouvent
Khalija Jariaa et Boubaker Daoumani.

142

En avril 2005 une petite fille de cinq ans de ce quartier explique qu'elle est
en train de préparer de la terre battue comme cela se fait pour bâtir une
maison selon la technique ancienne (fig. 143, p. 147). En même temps elle
raconte à quoi servent le fusil de sa voisine et son propre pistolet qu'on
voit près du mur. La fille a reçu le pistolet quelques jours plutôt à
l'occasion du Mouloud ou la naissance du Prophète. C'est sa mère qui l'a
acheté au marché local pour 8 dirhams ou 0,8 €.

146
143

La petite fille dit : "si la guerre de Palestine et d'Irak viennent ici, le fusil et
le pistolet serviront à tirer" (fig. 144).

144

147
Cette photo, où l'on voit la fillette et une voisine manipuler le fusil et le
pistolet, fut prise quelques minutes avant la photo de la figure 143 (p. 147)
et sans que les enfants s'en soient aperçus. Ces moments de jeu montrent
comment les images et messages télévisés liés aux réalités du monde
adulte s'infiltrent dans le jeu des fillettes. Une activité ludique qui pour le
reste est basé sur un thème très ancien du jeu de construction lié aux
techniques de construction traditionnelles.
Par la fenêtre de mon appartement au premier étage dans le même
quartier, j'ai vu fin juillet 2005 deux garçons travaillant ensemble pour
faire une maisonnette. Avec une pierre Mohamed, un garçon de sept ans,
casse en petits morceaux des rebuts de carreaux blanc et noir. Lahoucine,
son voisin de neuf ans, utilise ces morceaux de carreau pour délimiter un
rectangle d'environ un sur deux mètres. Dans la façade il laisse une
ouverture pour l'entrée. Un peu plus tard il délimite des chambres dans le
côté droit de la maison en faisant deux lignes obliques avec les mêmes
morceaux blanc et noir (fig. 145).

75

145

148
Sur la photo ci-dessus Lahoucine utilise un engin qu'il appelle traks, un
terme désignant un tracteur ou un bulldozer. Comme ce garçon explique, il
est en train de construire une route avec son bulldozer. A l'avant de son
engin Lahoucine a mis une boîte de sardine vide représentant la pelle. En
tirant une ficelle les pierres ou le sable rassemblés dans la pelle sont
soulevés ou jetés (fig. 146).
Ce bulldozer montre la combinaison de techniques traditionnelles pour
faire des voitures jouets avec des jouets en plastique importés. Quand le
père du garçon, un constructeur de bâtiments, a acheté ce camion pour 20
dirhams (2 €) pour l'offrir à son fils lors du Moussem de Sidi Ifni en juillet
2004 ce camion ne roulait pas bien. Vite ennuyé par ce mauvais
fonctionnement le garçon a donné à son camion deux nouveaux essieux,
deux clous de 10 cm, et de nouvelles roues, deux couvercles de pot de
confiture à l'arrière et deux grands couvercles en plastique à l'avant.

146

149
Pendant les vacances de nouvel an début janvier 2006 plusieurs enfants
du quartier Boulalem de Sidi Ifni jouent toute la journée sur le terrain
vague à la fin de la rue Tagragra. Une première période de jeu a lieu le
matin. Un garçon joue au ballon et un autre se promène avec un fusil.
Quelques groupes de garçons ont commencé à construire leur maison le
long de la façade qui clôt un terrain à bâtir juste à côte de mon appartement
(fig. 147).

147

150
Le garçon au blouson jaune menace avec un fusil de roseau celui qui
s'est introduit sur son terrain et lui dit "qu'est ce que tu fais ?". Ce dernier
répond "je ne prends qu'un peu de terre pour construire ma maison". Le
propriétaire du terrain lui dit alors "d'accord mais ne prend pas trop".
Pour une des maisonnettes un garçon a mélangé dans un seau la terre
avec de l'eau pour en faire du ciment afin de couvrir le toit avec une
couche qui doit le rendre imperméable à la pluie (fig. 148).

148

Pour une autre maisonnette construite le matin on utilise surtout du


matériel de récupération (fig. 149).

149

151
L'après-midi le groupe de garçons s'est élargit et quelques filles se sont
jointes à eux. Un groupe de garçons a délimité l'espace pour une grande
maison avec une clôture faite d'une corde à laquelle ils pendent des
panneaux publicitaires, des drapeaux et des morceaux de cartons (fig. 150).

150

152
La fille vue sur la photo précédente veut s'intégrer à leur jeu mais elle
n'est pas admise. Cependant quand elle propose de nettoyer la maison elle
peut participer au jeu. Les garçons sont en train de discuter de la fête de
bonne année qu'ils veulent organiser (fig. 151).

151

A cette fête de bonne année où on chante et joue du tambour sur un vieux


bac en plastique peuvent se joindre la fille et le garçon jouant en haut de la
figure 150 (p. 152). La fête se termine vite et l'endroit est laissé aux petits.
Vers la soirée des groupes de jeu composés par les mêmes garçons font
encore d'autres maisonnettes. La maisonnette qui se trouve contre le mur
est entièrement faite de matériel que les joueurs ont récupéré dans les
environs (fig. 152, p. 154). A gauche de la maison construite avec deux
morceaux de cuisinière et des cartons, les garçons ont établi leur magasin
de bonbons, bonbons représentés par des emballages de bonbons (fig. 153,
p. 154).

153
152

153

154
Un peu plus tard ils détruisent cette maisonnette et viennent s'installer
sur le trottoir en bas de mon appartement. Là ils organisent leur orchestre
de percussion en utilisant comme tambours les pièces qui ont servi pour
construire la maison avec magasin (fig. 154).

154

Trois mois plus tard, en avril 2006, quelques garçons deviennent maçon et
aide-maçon pour bâtir une maison. Ils font du mortier en mélangeant de la
terre et de l'eau avec une pelle (fig. 155, p. 156).

155
155

Les murs sont faits d'une ou de deux rangées de grandes pierres et ici et là
on couvre le mur de mortier. Comme la pelle doit être ramenée à la maison
un aide-maçon la nettoie (fig. 156).

156

156
La maison est divisée en trois parties avec un salon à gauche, une
chambre à coucher et une cuisine à droite. De chaque côté de l'entrée un
arbre est planté, un roseau en haut duquel quelques tiges d'un balai, fait
avec des feuilles de palmier, sont introduites (fig. 157). La cuisine est
équipée avec des ustensiles en plastique et l'emballage d'un paquet de sel
rempli de sable. La boîte d'un paquet de thé est tombée hors de la maison.
La cuisine et la chambre ont été blanchit avec des restes de peinture
blanche trouvée en bas de la façade d'une maison avoisinante peinte
récemment.

157

Pour obtenir les objets de récupération avec lequel ils veulent garnir leur
maison, les garçons ont demandé à deux filles d'aller chercher à l'endroit
où les ménages déposent les ordures dans des sacs en plastique (fig. 158).

158
157
Un dimanche de juillet 2006 Khalija Jariaa a observé et photographié
trois garçons d'environ huit ans jouant ensemble dans le quartier Boulalem
de Sidi Ifni. Ils ont commencé par délimiter une maisonnette avec plusieurs
chambres et une cuisine (fig. 159). Une boîte de sardine qui est mis droit
sert comme porte de cette maison bien élaborée. Dans la cuisine, en bas de
la photo, il y a une table sur laquelle se trouve un réchaud à gaz.

159

Le cuisinier est le
garçon en bas de la
figure 160. Le garçon
au milieu est un ami du
maître de la maison, le
garçon en haut de la
photo. L'invité s'excuse
d'être en retard parce
que sa femme est
enceinte et un peu
souffrante. Après les
salutations, le maître de
la maison discute avec
son ami les affaires
courantes, les prix au
marché de dimanche de
160

158
Sidi Ifni, etc. Puis il questionne le cuisinier sur le dîner. Le cuisinier
répond qu'il va d'abord servir le thé avec des biscuits et par après un tajine
avec une salade. Le maître demande s'il y a aussi un dessert mais le
cuisinier répond non. Le maître dit qu'il veut du dessert et aussi de la
limonade pour son ami. Le cuisinier réplique qu'il ne sait pas si le maître
de la maison est pauvre ou riche et que pour les pauvres un tajine avec une
salade suffit. Si le maître est riche il aurait du le lui dire. Ainsi s'il manque
de la nourriture c'est la faute du maître de la maison et non pas du
cuisinier. Maintenant le maître demande au cuisinier d'aller acheter de la
limonade. Le cuisinier revient et dit que le magasin est fermé. Le maître est
ennuyé mais l'invité avance que cela n'est pas un problème et qu'il aura le
dessert et la limonade une prochaine fois. Après cela les trois garçons
boivent quelques verres de thé et mangent le tajine et la salade. L'invité dit
que c'est un bon thé et un peu plus tard il demande si le tajine est cuit sur
du charbon de bois ou sur le gaz. Le cuisinier répond que le tajine fut cuit
sur du charbon de bois. L'invité veut partir pour voir comment va sa femme
enceinte. Le maître de la maison demande son ami pour quand la naissance
est prévue. Ce dernier lui répond que c'est pour la fin du mois de Ramadan.
Le jeu se termine quand l'invité prend congé (fig. 161).

161

159
Une des quatre vidéos filmées à Sidi Ifni et ses environs en 2002 montre
un garçon de six ans en train de regarder son frère de dix ans. Ce frère crée
des jouets comme la maisonnette, le camion, la voiture ou un système pour
bouger cette voiture (fig. 162).

162

Les deux maisons en boîte de carton qu'il a fait se voient ci-dessous (fig.
163-164). Il ne fait pas ces maisonnettes ni les autres jouets pour lui-même
mais pour les offrir à son frère ou à d'autres enfants pour qu'ils les utilisent
dans leurs jeux de faire semblant. Le protocole détaillé de cette vidéo
réalisée avec l'aide de Boubaker Daoumani est disponible en anglais sur
www.sanatoyplay.org (Rossie and Daoumani, 2007, Video 2).

163 164

160
2 Le jeu de dînette et les ustensiles-jouets
2.1 Résumé

Les informations sur les jeux de dînette et les ustensiles-jouets, couvrant la


période du début du vingtième siècle jusque fin 2006, proviennent des
enfants des Touaregs, Ghrib, Marazig, Maures, Sahraouis , Teda, Zaghawa,
Belbala, Mozabites, Chaouïa, Kabyles, du Djebel Amour et Djebel Ksel, de
Tlemcen, du Maroc et de la Tunisie.
L'activité ludique est en premier lieu centrée sur la préparation et la
dégustation d'un repas mais il s'agit aussi de servir et de boire du thé ou du
café et une seule fois de fabriquer du jus de fruits. Lors des jeux de dînette
la nourriture peut être représentée par du sable, de la terre glaise, des
pierres blanches, des cailloux, des herbes, des morceaux de peau d'orange
ou d'épis de maïs. Parfois il arrive, et cela surtout chez les filles de milieux
plus ou moins aisés, que de la vraie nourriture comme du pain, des
biscuits, du thé, du café, de la menthe, du sucre, de la farine, des tomates,
des œufs et même de la viande soit disponible. Ici et là un feu est allumé
pour cuire le repas.
Les ustensiles-jouets fabriqués pour ou utilisés dans ces jeux sont d'une
grande variété. Il y a surtout des réchauds portables appelés kanûn, des
mortiers avec pilon, des récipients de toutes sortes, des bols, des tasses, des
assiettes, des plateaux, des poêles, des couscoussiers et des tajines. Un
tajine est un plateau en poterie qu‟on met sur un feu doux afin de cuire de
la viande ou du poisson ensemble avec des légumes. On couvre le plateau
avec un couvercle conique se terminant en pointe (fig. 225, p. 196). Bien
qu'ils soient beaucoup plus rarement mentionnés, il y a aussi le tabouret, le
banc, la table basse, le service de thé ou de café, la louche, l'entonnoir et
même le chandelier, le brûle-parfum, la cocote minute et la pipe. Ces
ustensiles d'imitation sont faits avec de la boue, de l'argile, du gypse, du
bois, de l'alfa ou du carton. Les ustensiles modelés en argile sont séchés ou
cuits.
Lorsqu'ils sont en terre crue ils restent monochromes avec chez les filles
du Djebel Amour et Djebel Ksel du début du vingtième siècle un décor en
relief. Quand ces ustensiles sont en terre cuite, il arrive qu'ils aient un
décor peint. En plus des ustensiles-jouets fabriqués, les enfants utilisent

161
aussi des poteries usées, des boîtes de carton et de fer blanc, des bouteilles
de verre ou de plastique.
Bien que les filles en particulier s'adonnent à des jeux de dînette et à la
fabrication d'ustensiles-jouets, il faut noter que les petits garçons jusqu'à
l'âge d'environ sept ans y participent volontiers. Pour quelques populations
il est mentionné que des garçons plus âgés et exceptionnellement des
servantes ou des artisanes et artisans font des ustensiles en miniature. Des
copies d‟ustensiles fabriquées par les industries du jouet d‟Europe ou
d‟Asie sont depuis longtemps données aux filles. Aujourd‟hui des
ustensiles-jouets fabriqués en Chine se vendent couramment au Maroc,
entre autres un ensemble appelé „Kitchen Set‟ de quinze pièces qui coûte
dix dirhams (1 €) en juin 2000.

2.2 Le jeu de dînette et les ustensiles-jouets

Dans le document "Vie des Touaregs. Enfance et Jeux" rédigé par un


auteur anonyme probablement dans les années 1950 (p. 94) il est question
de la fabrication de tapis et d'outres par les enfants touaregs vivant dans le
Sahara. Ces jouets servent pour la dînette pendant le jeu de campement
nomade. La citation du passage concerné se trouve dans mon livre
Cultures Ludiques Sahariennes et Nord-Africaines. Poupées d’enfants et
jeux de poupées, 2005: 57-58).
La collection du Musée de l'Homme possédait depuis 1937 une écuelle
et une pipe en miniature
provenant d'enfants touaregs
(fig. 165). Ces jouets sont faits
en terre cuite non décorée. La
pipe mesure 13 cm de long
(71.1937.21.100) et le diamètre 165
de l'écuelle-jouet est 10,5 cm
(71.1937.21.101).

162
Vers 1975 les filles ghrib du Sahara tunisien jouaient dans leurs
maisonnettes (fig. 87-92, p. 112-114) à la dînette ou el-khellît'a. Dans ces
enceintes les filles s'adonnent de tout cœur à l'imitation des tâches
ménagères. Elles vont puiser de l'eau à la source, ramasser du bois mort et
si elles ont amené de la nourriture elles font la cuisine.
Pour ces jeux les filles constituent tout un ensemble d'ustensiles en
miniature. Beaucoup de ces jouets sont des objets de récupération comme
des poteries et ustensiles délaissés, des boîtes de fer blanc, des bouteilles
en verre, etc. Les filles elles-mêmes fabriquent d'autres ustensiles en
miniature comme la marmite, el-burma, ou le poêle pour cuire le pain,
ta°jîn (fig. 166). Cette marmite et ce poêle sont modelés par les grandes
filles et parfois par une mère avec du gypse et du sable fin puis séchés au
soleil. La petite marmite mesure 14 cm de diamètre et 8 cm de hauteur.

166

Avec la marmite, utilisée par les femmes pour bouillir de la viande,


préparer des sauces ou des légumes, les filles à partir de l'âge de quatre ans
font semblant de préparer un repas. Le poêle-jouet a un diamètre de 11 cm
et la hauteur du bord est de 4 cm. Il sert à faire du pain plat khubz t-ta°jîn
ce qu'imitent les filles.

163
Parfois des vrais ustensiles de ménage peuvent être utilisés par les
enfants et servir de jouet comme cela se voit à la figure 167 où un garçon
d'environ trois ans joue avec une grande louche en bois.

167

Dans un jeu de force des adolescents transforment un petit enfant en sac en


le portant sur les épaules. Ils passent un turban sous les épaules de l‟enfant,
soulèvent l‟enfant et placent le nœud sur leur front (fig. 168, p. 165).

164
168

Chez les Marazig, une population arabophone vivant non loin des Ghrib
dans le Nefzaoua en Tunisie, les filles jouent aussi à la dînette, appelée
khellêta ou fard'a. L'auteur qui mentionne ce jeu ne donne pas de
précisions (Boris, 1958: 153, 460).
La Mission Puigaudeau-Senones a collectionné entre 1936 et 1938 trois
ustensiles-jouets en bois utilisés par les enfants maures de la région de
Tidjikdja. Il s'agit d'une réduction du mortier à mil (catalogue p. 390,
71.1938.48.48), du pilon à mil (idem, 71.1938.48.49) et d'une écuelle qui
se trouvent dans la collection du Musée du Quai Branly. Ces jouets sont
aussi bien fabriqués par les jeunes bergers que par les artisans.

165
Dans la même collection on trouve plusieurs séries d'ustensiles-jouets
miniaturisés des enfants maures de Oualata dans le Sahara mauritanien.
Ces jouets furent modelés par des servantes noires et s'utilisent avec les
maisons en miniature faites par les mêmes servantes dans les années 1930
(fig. 40-41, p. 80-81). Tous ces jouets de très petite taille représentent des
ustensiles ménagers. On y trouve des marmites, des écuelles, des assiettes,
des couvercles arrondis ou pointus, des cuillers, des récipients d'eau, des
bouteilles, des gourdes, des jarres, des gargoulettes, des jattes, des
réchauds, des couscoussiers, des mortiers et des pilons, des supports, des
brûle-parfums, un tabouret et un chandelier.
Les quatre séries d'ustensiles-jouets provenant de la Mission
Puigaudeau-Senones de 1936-1938 ont été modelées avec de l'argile crue.
Les jouets avec le numéro 71.1938.48.93.1-15 sont teints en noir avec du
charbon de bois pilé et rehaussés de lignes blanches. Leur diamètre
maximal est 1,5 cm et la hauteur maximale 5 cm (fig. 169).

169

Les ustensiles-jouets avec le numéro 71.1938.48.94.1-22 sont recouverts


d'enduit blanc, décorés de dessins bleus, bruns et parfois jaunes, le
diamètre maximal étant 2,4 cm et la hauteur maximale 2,5 cm (fig. 170).

170

166
L'autre série avec le numéro
171
71.1938.48.95.1-10 est peinte en
brun et ocre rouge, et ornée de
stries et de lisérés blancs avec un
diamètre maximal et une hauteur
maximale de 1,5 cm (fig. 171). Les ustensiles-jouets avec le numéro
71.1938.48.96.1-18 sont décorés d'un dessin noir, blanc, ocre et rouge sur
fond jaune (fig. 172). Pour
172
plus de détails voir le
catalogue (p. 391). Les autres
ustensiles-jouets des enfants
maures de Oualata conservés
au Musée du Quai Branly ainsi
que ceux décrits dans la
bibliographie consultée confirment les données mentionnées ci-dessus.
Dans son livre Charles Béart mentionne la théière comme le premier
jouet de l'enfant maure (1955, p. 145). On y lit aussi comment les enfants
en jouant s'initient à la préparation du thé :

En attendant de pouvoir recueillir entre l'index et le majeur les feuilles


infusées qui resteront au fond de la théière, il réclame en pleurnichant
le cadeau d'un petit morceau de sucre. S'il n'obtient pas satisfaction..., il
va se coucher sur le sable brûlant, il sait bien que les grands finiront
par entendre raison. Plus tard, il sera chargé de nettoyer et d'astiquer
plateaux et verres et on lui laissera un peu de thé, un peu de sucre, pour
apprendre à préparer le breuvage consacré, mais il est encore trop
petit. Il ne peut que s'emparer de la théière dès qu'elle se trouve libre
pour essayer, non quelquefois sans drame, de verser l'eau de très haut
dans le verre ou à côté; ventre proéminent tendu, jambes à la turque et
l'air méditatif qui convient. Il offre son eau à l'entourage et toute grande
personne polie poussera les petits cris de jouissance qui sont de
rigueur. L'enfant peut jouer deux heures, jusqu'à ce qu'il entreprenne de
frapper la précieuse théière avec un verre ou de casser une pierre avec
celui-ci. Selon l'âge, pour en finir, tétée ou fessée.

167
Selon Fernando Pinto Cebrián les filles sahraouies possèdent toutes
sortes d‟objets miniaturisés comme les ustensiles-jouets, les coussins et les
tapis. Il y a aussi des copies réduites des attributs féminins et des effets
personnels. Etant de grandes imitatrices de leurs mères, les filles utilisent
tout ce matériel dans leur jeu de ménage. Elles préparent du couscous avec
du sable, nettoient leur tente-jouet, servent un thé imaginaire aux filles qui
viennent les visiter, s‟occupent de leurs „enfants‟, chantent et dansent. Cela
dure jusqu‟à ce que leurs mères les appellent parce qu‟il fait trop chaud ou
parce qu‟il est temps de manger ou de dormir (1999: 105, 108).
La collection analysée contient deux petits paniers en vannerie qui ont
servi de jouet aux fillettes Teda du Tibesti. Ils ont été collectionnés par la
Mission Le Cœur au Tchad en 1934. Celui portant le numéro
71.1935.50.169 mesure 8 cm de haut et se porte dans un étui de cuir.
L'autre panier avec le numéro 71.1935.50.172 fut finement tressé par une
fillette qui a couvert les bords et le fond de cuir décoré de lignes
décoratives teintes en vert avec une teinture du Fezzan. Un couvercle y est
attaché avec des charnières de cuir et la hauteur totale mesure 9 cm.
Cette Mission Le Cœur a aussi collectionné deux petites poteries et un
petit mortier en bois qui furent des jouets de fillettes. Le mortier, creusé
dans le bois et avec une seule anse au pied, mesure 18 cm de haut et 13 cm
de diamètre (71.1935.50.173). Les petites poteries sont une copie des
brûle-parfums. Un des deux brûle-parfums consiste en un pot de 4,5 cm de
diamètre reposant sur quatre pieds. Il est pourvu d'un trou de suspension et
décoré de dessins géométriques gravés (71.1935.50.170). Le deuxième
brûle-parfum a un pot de 2 cm de diamètre reposant sur un pied circulaire
(71.1935.50.171).
Oleg Lopatinsky qui a offert au Musée de l'Homme une magnifique
série de quarante poupées des filles teda a aussi recueilli en 1962 d'autres
jouets des enfants teda de Bardaï et du Tibesti dans le Sahara tchadien. Il
s'agit de trois copies en miniature du mortier en terre argileuse séchée. Le
premier mortier se trouve dans un filet de vannerie avec une corde de
suspension en nervures de palmier (fig. 173, p. 169, 71.1965.3.1). Il fut fait
par un petit garçon et mesure 5,5 cm de haut avec un diamètre de la coupe
de 5 cm, la hauteur de la vannerie mesurant 8 cm.

168
Le deuxième mortier est du même genre et mesure 5 cm de haut avec un
diamètre de la coupe de 5 cm (fig. 174 à droite, 71.1965.3.2). Le troisième
mortier est une copie du mortier en bois à trois pieds et il mesure 3,5 cm de
haut avec un diamètre de la coupe de 3 cm (fig. 174 à gauche,
71.1965.3.5). Oleg Lopatinsky a reçu un jouet en argile représentant le
banc en bois utilisé par les femmes teda (fig. 174, 71.1965.3.4). Il est de
forme rectangulaire avec des deux côtés un appendice de préhension et à la
base six pieds circulaires reliés entre eux. La hauteur de ce banc-jouet est
2,3 cm et sa longueur 7,7 cm.

173 174

En 1956 un enfant zaghawa de l'école de Hiriba au Ouaddaï au Tchad a


modelé avec de l'argile gris crue prise dans la mare une copie du mortier à
trois anses (fig. 175 à droite, 71.1957.82.130, H = 5,4 cm, D = 6 cm) et du
mortier sans anses (fig. 175 à gauche, 71.1957.82.131, H = 6,4 cm, D = 7
cm; pilon: H = 5,5 cm, D = 1,5 cm). Le même enfant a modelé un petit
mortier à deux anses en argile rouge crue (71.1957.82.132, H = 6,5 cm, D
= 7 cm).

175

169
Comme mentionné dans la citation complète extraite du livre de
Dominique Champault décrivant la maison de dînette, les enfants belbala
du Sahara algérien font "le mobilier de la maison, marmite, pots, assiettes,
verres, tout matériel indispensable à la dînette, figuré par des tessons de
bouteille ou de poterie" (1969: 348-349). Cet auteur parle aussi de
récipients et de vanneries en miniature faits par des filles et des seaux
tressés par des garçons. Pour une description de ce jeu de dînette voir page
115-116.
Même si l'information sur les ustensiles-jouets utilisés par les filles
mozabites au Sahara algérien est limitée à quelques lignes elle est d'une
grande utilité car elle mentionne l'influence européenne dans les années
1920. A.-M. Goichon (1927: 59) écrit :

On joue à la noce de la poupée, on fait la dînette, avec de petits


morceaux de rfîs, etc. Il y a de petits ménages d'importation européenne,
et d'autres, plus curieux, de fabrication indigène; le plus répandu est le
service à thé en alfa tressé, plateau, théière et cinq tasses.

Les filles et peut-être aussi les garçons chaouïa de l'Aurès en Algérie


jouent à la dînette et au ménage avec des ustensiles-jouets modelés en
argile. La Mission Thérèse Rivière a collectionné en 1936 une série
d'ustensiles-jouets des enfants Ouled Abderrahman de Kebech dans les
montagnes du Djebel Tadjmout. Il s'agit de treize pièces en poterie dont
onze sont en terre cuite et deux en terre crue. Des onze pièces en terre
cuite, neuf ont un décor géométrique en laque 'llukk' fait de traits, croix,
points, pastilles et cercles de couleur rouge, orange, brun et noir. Ces
ustensiles mesurent entre 1,8 cm et 12 cm de haut et entre 6 cm et 13 cm de
diamètre.
Trois jouets sont des écuelles sur pied
pour servir le couscous (fig. 176,
71.1936.2.179, H = 12 cm, D = 12 cm).
Deux jouets représentent la marmite
avec couscoussier (71.1936.2.180, H =
12 cm, D = 7,5 cm; 71.1936.2.269bis-
270bis, H = 10 cm, D = 8 cm).

176

170
Deux autres jouets représentent un pot à goulot pour le beurre et un
entonnoir pour remplir l'outre à eau (fig. 177, 71.1936.2.187bis, H = 4 cm,
D = 6,5 cm; 71.1936.2.824, H = 6,5 cm, D = 6 cm).

177

Il y a aussi une petite louche (fig. 178, 71.1936.2.190, L = 9 cm, D = 3,5


cm).

178

D'autres jouets représentent le plat pour cuire la galette (fig. 179 en bas à
droite, 71.1936.2.826, H = 1.8 cm, D 13 cm), une écuelle pouvant servir
d'assiette pour un enfant (fig. 179 en haut à gauche, 71.1936.2.181, H = 3
cm, D = 10.5 cm) et une autre écuelle à oreille percée (fig. 179 en bas à
gauche, 71.1936.2.691, H = 3.5 cm, D = 12 cm). Pour plus de détails voir
le catalogue (p. 394).

179

171
Dans la collection on trouve aussi deux ustensiles-jouets, un plat simple
en terre cuite décorée (D = 11 cm) et un plat à pied (D coupe = 9 cm, D
pied = 6 cm, H = 5 cm) et provenant des enfants chaouïa vivant à Aïn
Kerma (71.1937.9.61-62).
Dans les années 1930 "l'un des jeux préférés des fillettes (kabyles),
comme partout, est encore la 'timniwelt', la "dînette", non pas que l'enfant
se serve de provisions comestibles bien trop précieuses, mais elle apprend
ainsi la préparation des aliments et s'initie déjà à la cuisine." (Laoust-
Chantréaux, 1990: 167-168).
Les fillettes du Djebel Amour et du Djebel Ksel, près de Aflou et El
Bayadh en Algérie, se fabriquent selon Mathéa Gaudry (1961: 133) :

Des petits plats (tajine) pourvus de gros reliefs et dont elles rayent le
fond à l'ongle, des marmites munies d'un couvercle à gros bouton, ainsi
que de petits fourneaux portatifs, objets qui sont la reproduction adroite
des ustensiles fabriqués par les potières. Il nous est arrivé de trouver
dans la rue un cercle de fillettes accroupies, les têtes se touchant et très
absorbées. Que font-elle?... Elles ont allumé du feu dans leur petit
fourneau, et dessus, ont déposé une vieille boîte de conserves de forme
ronde remplie d'eau et supportant elle-même un petit keskas de leur
fabrication rempli de terre en guise de couscous. Au bout d'un instant,
le keskas est vidé sur une pierre plate, la terre étalée et pétrie entre les
mains puis remise dans le récipient.

Deux dessins, repris à la figure 180, montrent ces poteries en miniature.


Cependant, le dessin du côté gauche ne
représente pas un tajine comme 180
mentionné dans le livre de Mathéa
Gaudry mais un petit réchaud. L'autre
dessin est la petite marmite avec son
couvercle à bouton.
Chez les petites filles de la région de Tlemcen près de la frontière
algéro-marocaine, le jeu le plus fréquent était dans les années 1960 la
dînette : "on mime des repas, rarement des festins, en employant des
cailloux, des herbes, du sable fin, de la terre glaise" (Zerdoumi, 1982:
227).

172
Au Maroc aussi bien les enfants arabophones, amazighophones que
juives jouent au jeu de dînette et fabriquent des ustensiles-jouets.
Cependant les données rassemblées dans ce livre sont plus élaborées en ce
qui concerne les filles amazighes. Mes données sur les milieux
arabophones parlent des villes de Fès, Kénitra, Marrakech et Tanger ainsi
que des villages Aïn Taoujdate entre Fès et Meknès, She°ba à côté de
Midelt et Hmar près de Taroudannt. Les informations sur les milieux
amazighophones se réfèrent aux régions montagneuses du Rif, du Moyen
Atlas, du Haut Atlas, du Jbel Ayachi et de l‟Anti-Atlas ainsi qu'aux villes
de Goulmima, Ouarzazate, Taza, Khemisset et Sidi Ifni. L'information sur
les enfants juifs se réfère aux anciens Mellahs du Sud marocain. Les
données vont du début des années 1900 à fin 2006.
Deux auteurs ont mentionné le jeu de dînette pour les villes de Fès et de
Tanger. Madame Soulé parle en 1933 du jeu de dînette intégré dans le jeu
figurant le mariage des poupées. Pour cela les filles prennent avec eux le
petit ménage de leur poupée : "petit kanoun (fourneau en terre), plateau,
verres, théière, boîtes à thé et à sucre, etc., et même des provisions de fête :
thé, sucre, menthe, semoule". Une cuisine est préparée dans laquelle une
petite négresse jouant la servante s'occupe des menus ustensiles de
ménage. Après l'exposition de la poupée-jeune mariée le moment de la
dînette est arrivé pour laquelle la petite négresse a préparé le thé, les
gâteaux et le couscous que maintenant les filles partagent avec leurs
poupées (p. 157).
Dans la collection étudiée se trouve depuis 1933 deux petites tables à
fond circulaire en bois posé sur deux traverses et avec un bord en carton
(fig. 181, 71.1933.77.50-51, H+ = 18 cm, D+ 11 cm). Le couvercle
conique (H = 6,5 cm) a disparu. Lors d'une entrevue le 17 juillet 1981 avec
Jeanne Jouin qui a collectionné ces tables-jouets, elle a spécifié que ces
petites tables étaient utilisées par les filles de Fès pour jouer à la dînette et
qu'elles y mettaient des petits biscuits ou des morceaux de pain.

181

173
Pour Tanger et lors de la fête de °Arafa le livre de W. Marçais (1911:
205) mentionne qu‟au début des années 1900 les enfants supplient leurs
parents de leur acheter des petits poêlons, des petites marmites et de petits
ustensiles de cuisine pour faire la dînette. Le deuxième jour de la fête, ils
cuisent cette dînette et avant de la manger ils disent :

Dînette! Dînette!
La dînette est facile à cuire,
Mais attendons les Gnâwa (musiciens noirs).
Les Gnâwa ne viendront pas!
Et nous, nous ne mangerons pas!

Ce texte d'environ cent ans démontre que dans les grandes villes
marocaines de l'époque il était déjà coutume d'acheter des jouets pour les
enfants, probablement des enfants de familles assez aisées et cela à
certaines occasions qui cependant restaient rares.
Les informations sur le jeu de dînette et les ustensiles-jouets des enfants
arabophones du Maroc que j‟ai recueillies personnellement se limitent à
quatre exemples. En haut d‟une petite colline à une centaine de mètres du
village arabophone She°ba se trouvent en novembre 1996 plusieurs
maisonnettes pour jeu de ménage des petites filles. Sur cette colline
rocheuse se trouvent aussi d‟innombrables débris de poteries, de
carrelages, de bouteilles ainsi que des boîtes de conserves vides et d‟autres
objets jetés. En mettant à profit des dénivellements les filles se créent des
maisonnettes de moins d‟un mètre carré. Dans cet espace elles rangent
leurs ustensiles de ménage, leur matériel pour manger ou boire, tous
récupérés parmi les débris trouvés sur place. Une maisonnette utilise ce qui
reste d‟un coin de mur d‟environ 40 cm de haut et de 60 sur 50 cm. Par
terre entre les deux pans du mur se trouve un morceau de carton qui sert de
tapis. Une autre maisonnette est adossée à un mur en ruine. En plus des
objets couramment utilisés, cette maisonnette comporte aussi des petits
pots de Danone vides et des bouchons en plastique. Dans une des
maisonnettes quatre filles et un garçon entre cinq et sept ans sont en train
de jouer. Une des filles range sur un plateau en métal des fonds de
bouteilles et d‟autres morceaux de verrerie. A côté se trouve le couvercle
d‟une boîte de cirage, une vieille boîte de sardines et quelques morceaux

174
de poterie ou de carrelage. Avec quelques pierres une autre fille fixe au sol
une branchette d‟arbuste séchée.
Les filles du village Aïn Taoujdate, situé à mi-chemin entre Meknès et
Fès, utilisent pour leur jeu de dînette des ustensiles en miniature qu'elles
modèlent avec du gypse. Comme me l'a spécifié une fille de quinze ans en
1993, les filles entre quatre et sept ans laissent le gypse en blanc mais les
filles plus âgées, et cela jusqu‟environ treize ans, le couvrent parfois de
peinture. Les ustensiles-jouets modelés le plus souvent sont le tajine, la
marmite, l‟écuelle et la petite table.
Lorsqu'en 1992 les filles du village Hmar près de Taroudannt jouent à
l'accouchement de leur poupée elles fêtent
cet évènement en chantant et en se
réunissant autour d'une dînette. Les filles
du quartier Daoudiyât à Marrakech des
années 1970 utilisent dans leur maison de
poupée des boîtes de conserves vides
comme plats ou écuelles (Cultures
Ludiques Sahariennes et Nord-Africaines.
Poupées d'Enfants et Jeu de Poupées,
2005: 169).
A Kénitra, une ville côtière à 40 km au
nord de Rabat, j'ai trouvé en octobre 1994
un réchaud et un couscoussier en argile
182
cuite vernissée fabriqués par un potier
pour servir de jouet (fig. 182, H totale = 26 cm, D = 16,5 cm).
Les premières informations sur les ustensiles-jouets des enfants
marocains amazighs datent de 1908. Ces jouets furent offerts au Musée de
l'Homme et proviennent du Rif au Nord du Maroc (fig. 183-184, p. 176). Il
s'agit de théières à anse transversale (71.1908.15.74-81), de tasses à thé
(71.1908.15.24-32) et de gobelets à thé (71.1908.15.82-90) tous en terre
cuite décorée. Ils sont ornés d'un décor brun avec des dessins noirs. Les
théières ont sur le fond un dessin en forme d'étoile, de croix ou de petits
traits. La théière la plus petite mesure 5,5 cm de haut et 6,4 cm de long
(71.1908.15.78), la plus grande 7,3 cm et 9,4 cm (71.1908.15.75). Les
tasses mesurent environ 4 cm de haut avec un diamètre maximal de 3 cm.

175
183

184

Il y a aussi une autre série de service à thé du même genre (71.1959.52.9-


11) ainsi qu'une petite table (71.1959.52.29, H = 10 cm).
Pour les filles Aït Ouirra dans le Moyen Atlas Lahcen Oubahammou
mentionne en 1987 qu'à travers le jeu de sable elles apprennent à préparer
le couscous et à faire une pâte, appelée „ahrir‟ (p. 51). L'auteur donne des
précisions intéressantes sur les jeux des filles :

Les jeux féminins se réfèrent uniquement aux jeux des petites filles; ceci
s'explique par le fait que la fille ouirra se marie très tôt, vers l'âge de
12-13 ans. Il faut signaler aussi que les jeux des petites filles sont très
réduits en nombre par rapport aux jeux des garçons de leur âge parce
que le champ d'action de ces petites filles est très limité; elles ne
peuvent pas s'éloigner de la demeure parce qu'elles doivent aider leur
mère dans les tâches domestiques ou s'occuper des plus jeunes.

176
Les données sur les ustensiles-jouets et le jeu de dînette et de ménage
des enfants amazighs marocains mentionnées ci-dessous proviennent de
mes propres recherches.
Dans le Haut Atlas à une altitude de 1600 m et à 15 km du centre rural
de Taliouine en venant de Tazenakht se trouve le village Ignern d'environ
soixante maisons. Une piste de 4 km partant de la route de Tazenakht à
Taroudannt y donne accès. Dans ce village les filles aiment jouer à la
dînette et pour cela elles modèlent des ustensiles en miniature avec de
l'argile. C'est Zeina, une fille de douze ans, qui m'a donné en novembre
1998 toute une série d'ustensiles-jouets en argile crue séchée que l'on voit
sur les figures suivantes. La figure 185 montre en haut une table (marfèh)
portant une marmite à deux anses. Il y a aussi un grand plateau (azlèf) avec
son couvercle et une tasse (tibriz) (fig. 186).

185 186

Les filles font aussi des marmites sans anses (tigint) avec couvercle (fig.
187). Une de ces marmites contient des pierres blanches en guise de
nourriture. La figure 188 montre une marmite à deux anses avec couvercle
et une louche (aranja).

187

188

177
A la figure 189 on voit une louche et une petite marmite (tenjra ou
gamela) et à la figure 190 un mortier (lèmgrèz) avec pilon et deux bols
(tibriz).

189 190

Il y a aussi une marmite à couvercle (fig. 191), une théière (bèrrêd) (fig.
192), et quelques tasses ou bols (tibriz) (fig. 193).

191
193
192

Zeina a encore mentionné deux autres ustensiles en argile : l'assiette


(tabsil) et la cocotte minute.
Hamid, un frère de Zeina de treize ans, m'a certifié que les garçons
modèlent parfois ces ustensiles en miniature. Ainsi lui-même il modelait
une copie de la grande vase pour garder l'huile (ghibit).
Qu'il y a des garçons qui modèlent des ustensiles-jouets est attesté parce
que j'ai vu en octobre 1992 au village Aït Ighemour situé à 8 km de la
montagne Jbel Siroua, à 2600 m d‟altitude et à la fin d‟une piste de 36 km
partant du village Anezal sur la route d‟Amerzgane à Tazenakht dans la
province de Ouarzazate. Là les garçons entre six et dix ans modèlent eux
aussi des ustensiles en miniature avec l'argile qu'ils trouvent à flanc de
montagne et les sèchent (fig. 194, p. 179).

178
194

118

Pour coller des pièces l'argile est si nécessaire humidifiée avec un peu de
salive. La figure 195 montre une table à trois pieds avec un tajine et son
couvercle, un verre et une louche. Devant la table se trouve un plateau
pour servir le couscous et une théière. Le diamètre de la table est environ
20 cm et la hauteur de la théière mesure 19 cm. Ces ustensiles-jouets ont
été modelés en même temps qu'un muletier et son mulet (voir Cultures
Ludiques Sahariennes et Nord-Africaines. L'animal dans les jeux et jouets,
2005: 98, fig.50).

195

179
Sur le versant sud du Haut Atlas j'ai vu dans le vieux ighrem ou quartier
fortifié de Taourirt de la ville de Ouarzazate comment une petite fille et un
petit garçon nettoyaient leurs ustensiles-jouets, entre autres deux boîtes de
sardines vides, au robinet public. Cela se passait en novembre 1996 mais
leur travail de nettoyage fut assez vite interrompu par une femme habitant
tout près.
A huit kilomètres de Ouarzazate se trouve l'ighrem restauré de
Tiffoultoute. En bas des murs se trouvait en novembre 1996 une
maisonnette avec une grande boîte de Tide comme table, des boîtes de
sardines comme plats et des herbes comme nourriture.
Sur la route de Ouarzazate à Errachidia on passe la petite ville de
Goulmima (fig. 196). Là les adolescents m'ont montré en septembre 1994
le jeu anhader swalut, jouer avec l'argile.

196

Pour ce jeu ils font des animaux et des ustensiles en miniatures, entre
autres la tasse tiberna, le tajine à couvercle terughut et le mortier taferdut.
La description de ce jeu avec l'argile se trouve dans mon livre Cultures
Ludiques Sahariennes et Nord-Africaines. L’animal dans les jeux et jouets
(2005: 118-119). Ces adolescents ont souligné que ce sont plus souvent les
filles qui modèlent des ustensiles-jouets. Les filles utilisent ces ustensiles
en argile dans une maisonnette délimitée par des pierres et dans laquelle

180
elles font éventuellement du feu. Ainsi elles imitent le travail ménager
comme elles voient faire leur mère.
Devant une maison dans l'ighrem ou ancien quartier fortifié de la même
ville j'ai observé en décembre 1996 comment trois fillettes étaient en train
de modeler avec de la boue des formes ressemblant à des ustensiles.
Après une averse et devant la porte de sa maison dans le quartier
populaire Aït Mansour à Midelt, Sarah, une fille de cinq ans, joue en
septembre 1999 avec la terre humide et une douille en plastique (fig. 197).
Questionnée, elle dit qu'elle fait des gâteaux comme elle a vu faire sa mère.

197

Au pied du Jbel Ayachi dans le village Ksar Assaka à 4 km de Midelt, le


jeu de dînette, appelée timesrit, se jouait vers la fin des années 1970 et le
début des années 1980 dans une maisonnette délimitée par des pierres (fig.
49, p. 88). Ce sont les mêmes groupes de jeu des filles comme pour le jeu
de poupée (Cultures Ludiques Sahariennes et Nord-Africaines. Poupées
d’enfants et jeux de poupées, 2005: 132-145). Pour ce jeu de dînette les
filles du groupe de jeu de Souad Laabib modèlent avec l'argile trouvée à
côté de sa maison paternelle des ustensiles-jouets. Parmi ces ustensiles on
trouvait le tajine, la marmite à deux anses avec couvercle, le réchaud et la
louche. La nourriture est remplacée par des herbes. Parfois les filles

181
apportent quelques tomates qu'elles mangent avec un peu de sel. De temps
en temps elles réussissent à prendre des morceaux de sucre ce qui leur
apporte des réprimandes lorsque leur mère le remarque. Une fois que les
mets savoureux sont prêts, les filles organisent un petit festin. Selon les
souvenirs de Souad, née en 1968, le jeu de dînette des filles de six à dix
ans restait bien séparé du jeu de mariage des poupées pendant lequel une
dînette simple était d'usage. La préparation des brochettes est aussi imitée.
Pour cela une fille utilise la peau d'orange qu'elle pousse sur une brochette
ou un roseau fin. Puis elle fait semblant de tenir la brochette au-dessus d'un
feu imaginaire mais les morceaux de peau d'orange sont bel et bien
mangés. Quand les enfants reçoivent une orange ils s'amusent à mettre des
morceaux de sa peau sur une vraie broche et le tiennent au-dessus du feu
mais dans ce cas les morceaux ne sont pas mangés. Lors de la saison des
figues celles-ci sont mises comme un chapelet sur une tige d‟herbe dure et
mangées lors du jeu de dînette.
A cette époque aussi bien vers l'an 2000, les petits garçons peuvent
participer à ce jeu de dînette. Ali, un garçon de dix ans en septembre 1999,
m'a expliqué qu'ensemble avec les filles et quand il avait l'âge de cinq ou
six ans il a modelé les ustensiles avec l'argile comme par exemple le
mortier avec son pilon, le tajine avec son couvercle, le réchaud, la
bouilloire, la bouteille, le verre.
Une manière particulière de se procurer une délicatesse aussi imagée
que rare démontre l'inventivité des enfants. Ainsi les filles du même village
avaient l'habitude de s'offrir mutuellement du chocolat. Après une bonne
pluie la surface de la terre se crevasse en séchant. Les petites aussi bien
que les grandes filles prennent des morceaux de terre qu'elles considèrent
comme des tablettes de chocolat.
A mi-chemin entre Ksar Assaka et Midelt se trouve le village Taäkit. Là
j‟ai vu, en mai 2000 et en bordure de ce village sur un terrain rocheux
vague, plusieurs maisonnettes temporairement délaissées. Ces
maisonnettes sont espacées de quelques mètres et comportent tout le
matériel servant au jeu de dînette et de ménage. Ce terrain est propice à ce
jeu car bien que les filles soient hors de l‟emprise directe des adultes ils
restent néanmoins sous leur contrôle. En plus, les filles y trouvent tout ce
dont elles ont besoin : des pierres, des boîtes de carton et de fer blanc, des
bouchons, flacons, bouteilles et bidons en plastique, des morceaux de
poterie et de verre, des vieilles brosses, morceaux de bois et de roseau, etc.

182
Dans le Haut Atlas les filles jouent aussi à la dînette et utilisent pour
cela des ustensiles-jouets comme dans la région d'Amellago. A Imîder, un
petit village près d'Amellago, j'ai trouvé en octobre 1999 une des
maisonnettes les plus élaborées que j'ai vue jusqu'à présent. Elle comporte
une grande maison, une maison du milieu ainsi qu'une maison plus petite
avec une chambre à provisions comme cela se voit sur le dessin de la
figure 100 (p. 121). Cette maisonnette délimitée par des pierres sert pour
des jeux de dînette et de ménage à un groupe de jeu avec trois filles et deux
garçons entre six et huit ans. Dans la chambre de provisions, el ghezîn, la
pièce supérieure de la petite maison tout à fait à gauche, j'ai trouvé dans un
vieux bidon noir pour 20 litres d'eau et caché sous le couvercle, toute une
série d'ustensiles en miniature modelés en argile par les filles et les
garçons. Les ustensiles jouets que ces enfants ont bien voulu me céder se
voient sur la figure 198.

198

Ils représentent de gauche à droite : une table à trois pieds (tabla, H = 4


cm, D = 9 cm) sur laquelle se trouve le plateau en alfa pour servir le pain
(tiswit, H = 2 cm, L = 7,5 cm, LA = 4,5 cm) avec un pain (D = 3 cm, E = 1
cm), une autre petite table à trois pieds, un plateau en poterie dans lequel
on fait du feu (elmsi, H = 2 cm, D = 9 cm) dans lequel trois pierres
soutiennent une marmite avec couvercle (teruhût, H = 5 cm, D = 7,5 cm),
un plateau en métal à deux anses (tumlilt, H = 1 cm, D = 4,5 cm), et une
autre marmite avec une louche (technjawt, L = 5 cm, LA = 2 cm). Parmi
les ustensiles on trouve aussi une copie du tajine et de son couvercle (H =
3,5 cm, D = 5,5 cm) avec des petits morceaux de l'épi de maïs grillé, et
d'un grand plat (tebsîl).

183
La maison du milieu, taddert tènèmèst, contient en bas à gauche un pot
en plastique avec des os qui représentent selon les joueurs de la viande. A
côté il y a une grande pierre à casser les amandes. Dans la chambre se
trouvant dans le coin supérieur droit de la grande maison, taddert, située
au côté droit se voit une petite marmite à couvercle (D = 8 cm) et dans la
pièce du coin inférieur gauche une grande pierre fait figure de table.
Les filles du village Douar Ouaraben près de Tiznit se font toute une
série d'ustensiles-jouets pour leurs jeux de dînette et de ménage comme
ceux faites en juillet 2006. Elles modèlent ces jouets avec de l'argile puis
les font cuire dans un four qu'elles construisent à cette fin (fig. 199).

199

La figure ci-dessus montre la grande variété d'ustensiles et autres objets


pour le jeu de ménage modelés par quatre filles de cinq à dix ans. Il s'agit
d'une cafetière, d'un moulin à bras, de tajines, de plateaux, de récipients, de
bols, d'un mortier à pilon, d'une cuillère, d'un panier à gâteaux et à l'avant
de la photo de grands pains. Les mêmes filles créent aussi des palmiers à
dattes (fig. 200, p. 185).

184
200

Souvent on boit avec le couscous le petit lait qui au village se fait encore
de temps en temps à la manière ancienne. Pour ce jeu une fille du village
Terloulou a fait une copie miniaturisée de la tagshult en mai 2006 (fig.
201).

201

185
Comme font les femmes une fille prend en main les deux fils à l‟arrière
de la bouteille et ainsi elle balance en avant et en arrière ce récipient. Dans
la bouteille elle a mis un peu de sable. Après avoir balancé le récipient
quelque temps, la fille sort un peu de sable et y met quelques petites pierres
qui représentent le premier stade de la formation du beurre. Ce processus
est continué plusieurs fois et enfin le petit lait est séparé du beurre.
Dans les années 1980 et encore aujourd'hui les filles du village Ikenwèn
dans la région de Tiznit aiment de tout cœur jouer à la dînette. Un grand
groupe de filles joue ensemble, parfois même jusqu'à trente filles. Pour leur
jeu de dînette elles délimitent des maisonnettes avec des pierres et
modèlent des ustensiles en argile. Khalija Jariaa a fait les exemples des
ustensiles en septembre 2005.

202

La photo ci-dessus (fig. 202) montre à gauche un réchaud, facher, monté


d'un tajine (réchaud : H = 4,5 cm, D = 5,5 cm; tajine : H = 4,5 cm, D = 5
cm) et à droite un petit réchaud monté d'une bouilloire, l mokraj (réchaud :
H = 3 cm, D = 3,5 cm; bouilloire : H = 4,5 cm, D = 3 cm). Sur la photo ci-
dessous (fig. 203, p. 187) on voit de gauche à droite un panier à pain,
arbaèy (H = 2 cm, D = 7,5 cm), un tajine (H = 4,5 cm, D = 5 cm) et deux
pains (D+ = 4 cm) sur une table, l marfa (H = 3 cm, D = 10,5 cm), un
service de thé, tabla wa tèy (H totale = 4 cm, D+ = 8 cm), et un plateau
avec des gâteaux, tabsil l gato (plateau : H = 2,5 cm, D = 8 cm; gâteaux:
D+ = 1,5 cm).

186
203

Tout un jeu de faire semblant se construit autour de la dînette, une dînette


auquel des garçons sont associés. Cela se passe sur la place commune à
côté de la mosquée. Les filles ne préparent pas la nourriture pour eux-
mêmes mais pour le fqih, un responsable religieux, et pour le berger. Ces
deux personnages sont représentés par un garçon et il y a aussi les
étudiants du fqih, quelques autres garçons.
La fille qui est responsable pour préparer la nourriture envoie son 'fils'
acheter de la viande au village voisin. Ce garçon se met en marche et après
qu'il s'est éloigné un peu revient avec la viande dans un sac en plastique.
Cette viande est remplacée par quelques bousiers dont on enlève les pattes
pour les mettre dans le tajine modelé en argile. La cuisinière y met les
épices et légumes préparés par les filles, des herbes et des plantes
recueillies sur place. Des coquillages d'escargots représentent les œufs du
tajine.
Une fois le manger est préparé la fille responsable de la cuisine l'apporte
au fqih. Elle lui dit : "Eh ! Fqih voici le déjeuner". Celui-ci fait semblant
d'en manger, puis donne ce qui reste à ses étudiants. Bientôt c'est le tour à
amksa, le berger. Il reçoit un dîner car il est parti toute la journée avec le
troupeau. En plus du tajine il reçoit le nécessaire pour faire le thé le
lendemain, des graines de terre qu'on trouve autour d'un nid de fourmis
comme thé et des pierres enroulées dans du papier blanc comme morceaux
de sucre.

187
En septembre 2005 Khalija Jariaa m'a raconté que les meilleurs
ustensiles et jouets pour jeu de ménage étaient faites avec de la pâte
d'argan. Cette pâte permet de modeler finement des jouets car elle s'y prête
mieux que la boue ou l'argile. Il faut sécher ces jouets hors du soleil.

204

Pour me montrer ces jouets Khalija les a refait en modèle réduit mais
quand elle jouait avec pareils jouets dans les années 1980 ils étaient
environ trois fois plus grand (fig. 204, H+ = 6 cm, LO+ = 13 cm, D+ = 8
cm). Le toit de la maison tridimensionnelle est démontable. Lorsque les
filles jouaient avec une maisonnette de grandeur normale elles plaçaient
des poupées femmes sur le toit qui soi-disant regardaient les hommes en
train de danser la danse locale ahwash pendant une fête de mariage. A
gauche de la photo se trouvent un petit four à pain et un four surmonté
d'une bouilloire. En bas on voit un réchaud portable et un tajine et plus à
droite un instrument pour peigner la laine. Plus haut se trouve un récipient
pour huile d'argan puis un moulin pour broyer les noix d'argan. Ce moulin
est décoré avec de la laque pour ongles mais normalement on utilisait de la
peinture rouge. Au centre de la photo on voit un service de thé.

188
Au village Idoubahman-Imjâd deux fillettes de deux ans et demi jouent à
la dînette en août 2006 (fig. 205). Elles font un repas avec les morceaux de
légumes et de pain qui sont dans le sac en plastique. La poterie utilisée par
les fillettes comme tajine fut faite pour eux par leur grand-père potier. Le
garçon de cinq ans qui était occupé à fabriquer une petite bicyclette avec
de fil de fer mange un morceau de pain qu'il vient de recevoir.

205

Avant que je m'installe à Sidi Ifni en 2002 Boubaker Daoumani


collectionnait déjà des jouets de ses élèves de l'école primaire du village de
montagne Lahfart et les gardais dans une petite salle annexe. Quand je lui
parlais de mon don de jouets au Musée de Jouets de Moirans-en-Montagne
en France, il m'a proposé d'y intégrer les jouets qu'il avait collectionnés
vers 2001. Parmi ces jouets il y a plusieurs ustensiles modelés en terre
argileuse. Les enfants utilisent certains de ces jouets pour leurs jeux de
préparation d'un dîner, le mortier à pilon (fig. 206, p. 190, H = 4 cm, D =
7,5 cm; pilon : L = 8,5 cm), les cruches à eau (fig. 207 p. 190, H+ = 5 cm,
D+ = 4 cm), marmites et tajines (fig. 208 p. 190, H+ = 6 cm, D+ = 5 cm),
les cuillères (fig. 209 p. 190, LO+ = 11 cm, LA+ = 3cm).

189
207
206

208

209

D'autres ustensiles et du mobilier en argile s'utilisent pour la dînette à


proprement parler. Parmi les jouets faits par les élèves de la première et
deuxième année de l'école primaire de Lahfart vers 2001 j'ai trouvé des
tables (fig. 210, p. 191, H+ = 5 cm, D+ = 11 cm), sièges (fig. 211, p. 191,
H+ = 6,5 cm, LO+ = 5,5 cm, LA = 5,5 cm), tasses (fig. 212, p. 191, H+ =
3,5 cm, D+ = 3,5 cm), plateaux à gâteau (fig. 213, p. 191, H+ = 2 cm, D+ =
4,5 cm), plateaux à pain (fig. 214, p. 191, H+ = 2 cm, D+ = 6 cm) et un
panier à pain (fig. 215, p. 191, H+ = 6 cm, D+ = 6,5 cm).

190
210

212

211

213

214 215

Ces enfants font aussi des services de thé. Celui de la figure 216 (p. 192)
contient à côté de la théière un pot à sucre, trois tasses et une cuillère (H+
= 4 cm, D+ = 3,5 cm). La théière du second set est intéressante à cause de
son bec retourné (fig. 217, p. 192, H+ = 4 cm, D+ = 3 cm).

191
216

217

Un style de modelage différent se voit dans un dernier set modelé par un


autre élève de l'école primaire de Lahfart vers 2001. Ce set comporte une
théière, une cuillère, un mortier et un abreuvoir (fig. 218, H+ = 2,5 cm,
LO+ = 6 cm). Ce modelage a donné des ustensiles miniaturisés avec une
surface lisse.
218

Quand les enfants de la première et deuxième année de l'école primaire de


Lahfart ont été demandés de créer des jouets en mai 2005 ce sont surtout
les garçons qui ont fait des jouets modelés en argile. Ces jouets sont séchés
hors du soleil. Six garçons ont modelé une série d'ustensiles-jouets ainsi
que le nécessaire pour faire du pain. Mohamed, Youssef et Yasin, trois
garçons de six ans, et Brahim de sept ans ont fait ces jouets (fig. 219, p.
193). De gauche à droite on voit un moulin à bras, un tajine, un moulin à
bras, deux bols, un four pour cuire un ou deux pains, un moulin à bras, un
plateau mis sur une table à trois pieds, deux plateaux pour le pain, un
moulin à bras, un petit réchaud portable, un grand four pour cuire environ
trente pains et une pelle pour y mettre les pains (H+ = 8 cm, D+ = 9 cm).

192
219

Saïd, un garçon de sept ans, a modelé la série d'ustensiles suivante : une


bouilloire, une théière sur un réchaud portable, un pot à lait avec anse et
bec verseur, deux tasses, trois bols, un tajine et un mortier. Il y a aussi un
moulin à bras (fig. 220, H+ = 7 cm, D+ = 6 cm).

220

193
Ali, un garçon de neuf ans, montre les jouets qu'il a modelés en argile
(fig. 221). Les jouets qu'il a faits sont une table, deux tajines, trois bols,
une théière, un grand pain et deux moulins à bras (H+ = 5 cm, D+ = 7 cm).
Devant un des moulins à bras il a mis une femme (H+ = 3,5 cm, LO = 3
cm). Il y a aussi un poisson, une poule, une chèvre (H+ = 8 cm, LO+ = 9
cm) et une poupée en armature de roseau (H = 14 cm).

221

Le même garçon a encore 222


fait un jouet en argile
représentant l'ustensile en
poterie utilisé pour faire
du petit lait (fig. 222, H =
4 cm, LO = 6,5 cm).

194
Les deux filles qui ont modelé des jouets en argile sont Aïcha de six ans et
Mina qui en a sept. Aïcha a fait un tajine et huit bols pour l'huile, la
confiture et le miel (fig. 223, H+ = 3,5 cm, D+ = 3,5 cm).

223

Mina a modelé une théière, deux tasses et deux bols, un tajine et une
marmite à couvercle (fig. 224, p. 196, H+ = 4 cm, D+ = 3,5 cm).

195
224

En 2004 quelques filles de la même école ont fait en argile des ustensiles-
jouets comme le tajine, la grande cruche d‟eau à trois pieds et la marmite à
couvercle. Une d'elle a aussi modelé la table à trois pieds (fig. 225, H+ = 7
cm, D+ = 8 cm).

225

196
Au pied de l'Anti-Atlas se trouve la petite ville côtière Sidi Ifni. Dans le
quartier Boulalem qui monte la pente, Zahira, une fille de sept ans, et une
autre fille de cinq ans s'amusent à préparer le couscous un jour d'avril 2005
(fig. 226). Du sable fin trouvé près de leurs maisons remplace le couscous
et le couscoussier est un petit pot de yaourt vide. Avant de remplir leur
couscoussier elles manipulent le sable comme une mère le fait lors de la
cuisson du couscous, une manipulation qui se répète trois fois. Comme le
jeu a commencé assez tard Zahira décide de le continuer le lendemain.

226

Le lendemain Zahira, l'organisatrice du jeu, continue seul la dînette. Après


qu'elle a mis en place les ustensiles-jouets, elle prépare el harira, la soupe
marocaine. Elle explique sa décision de faire la harira en disant qu'il fait
assez froid. La figure 227 (p. 198) montre Zahira portant l'assiette de
soupe. Après que deux voisines sont venues participer au jeu, deux garçons
du même âge sont arrivés et essaient de s'infiltrer dans le jeu.

197
227

Zahira discute avec un des garçons qui viennent déranger et bien vite les
deux garçons s'en vont avec leur petite bicyclette (fig. 228).

228

198
En avril 2006 sur le terrain vague devant
229
ma maison au quartier Boulalem à Sidi Ifni un
garçon est en train de faire un masque et un
fusil pour jouer à la guerre de Filistîn ou
Palestine (fig. 229). Une fille de six ans arrive
et dit : "quand ton travail est terminé, viens à
mon restaurant et je te servirai la soupe el
harira". Tout près la fille commence alors à
filtrer du sable avec une boîte de sardine
trouée (fig. 230).

230

Une fois qu‟elle a fait suffisamment de soupe elle le verse dans des
bouchons de bouteille de limonade, puis porte les bols de soupe au garçon
et ses compagnons de jeu (fig. 231, p. 200). Un peu plus tard à la tombée
de la nuit la fille joue de cuisiner un dîner pour les mêmes garçons.

199
231

Quelques fois j'ai mentionné des garçons marocains créant des ustensiles-
jouets mais j'ai très peu d'information sur des garçons qui font semblant de
préparer un repas.
C'est ce qui s'est 232
passé dans le quartier
de Boulalem à Sidi
Ifni à la fin du mois
d'août 2005 lorsque
trois garçons ont
préparé un dîner avec
des herbes et du sable
(fig. 232). Cependant,
cette préparation de
la nourriture ne fait
pas partie d'un jeu de
dînette. Le garçon
avec le T-shirt blanc
est le chef (fig. 233,
p. 201) et il a dit de
se reposer et de
manger car il est déjà
midi.

200
233

Dans son livre Quelques manifestations de l’esprit populaire dans les


juiveries du sud-marocain (Marrakech-Casablanca 1948-1958), Pierre
Flamand donne une description détaillée du jeu de dînette en relation avec
la fête juive de Pâques (p. 183-184) :

Tous les enfants du monde organisent des dînettes. Pour les fillettes
juives cela vient au second rang de leurs activités préférées, après la
poupée. Quelques garçonnets ne dédaignent pas de s'y joindre. Ce jeu
tire un grand prestige de son association aux festivités de Pâques et
d'une correspondance étroite avec un usage de la société musulmane,
dont les enfants se groupent à l'occasion de l'°Aïd-el-kébir (fête du
mouton, commémorant le sacrifice d'Abraham) pour préparer du
couscous dans de petites marmites de terre.
La dînette juive de Pâques comporte une préparation lointaine; les dons
en argent, exceptionnellement consentis aux enfants lors de la
célébration de Pourim, se consacrent à l'achat du matériel nécessaire.
Jusque vers 1945, la poterie artisanale locale pourvoyait à ce besoin,
par la production de marmites, jarres, fait-tout de modèles réduits, que
les cuisinettes en aluminium ou en tôle légère supplantent
progressivement. Le matériel d'argile n'est plus acheté que par l'enfance
rurale et par les citadins très pauvres. Encore ces derniers penchent-ils

201
vers l'achat de copies du matériel moderne, réalisées par les
ferblantiers indigènes à partir de vieilles boîtes de conserve.
La jeunesse safiote (Safi) - juive et musulmane - se conforme toutefois à
une tradition favorisée par l'industrie locale; elle conserve la vaisselle
d'argile. 25 % des écoliers juifs safiots considèrent même sa
préparation comme leur occupation préférée. Ils délayent puis
pétrissent l'argile en poudre que les potiers leur fournissent
gratuitement et acceptent même de cuire.
Le dernier jour des fêtes de la Pâques, les fillettes se réunissent.
Chacune a quémandé quelques victuailles. Les enfants des riches,
groupés entre eux, disposent de viande et d'huile, de farine, d'œufs et de
sucre; les petits pauvres mènent leur jeu avec des simulacres; la mie de
pain enrobée de sucre tient lieu de pâtisserie.
Le menu se discute sérieusement entre les participantes puis elles se
répartissent les tâches : "j'épluche les légumes, je les lave... dans
chaque marmite je mets un peu d'huile, du sel, du curcuma (safran du
pauvre), de la pomme de terre... ma sœur lave la vaisselle, essuie les
parquet... mon autre sœur place les assiettes". Des problèmes naissent
de la variété des apports : "Simy a apporté de la viande, je vais chez
maman, elle me montre comment on fait des boulettes; Rachel se charge
de nettoyer la viande, moi j'allume le feu dans les minuscules
fourneaux". "Enfin, nous voici toutes assises en rond, les pieds
croisés"... "Mon frère dit le kidouch (la bénédiction) et nous goûtons
toutes le vin béni"... Tantôt trop cuits (mlisda)... tantôt à moitié
(mgezma) nos mets ont un aspect lamentable; cela ne nous empêche pas
de les déclarer délicieux" (note 42 : extraits de devoirs rédigés par
Janine et Jacqueline Ohayon et Mimy Oussadam de l'Ecole de l'Alliance
Israélite Universelle d'Imint-Anout (Imi-n-Tanoute), Suzanne
Mahemany et Fiby Aflalo de l'école de l'A.I.U.J. Bigart à Marrakech).
Ces heures de plaisir enfantin cherchent à se prolonger au-delà du
temps rituel. Mais les jours de congés scolaires seuls y conviennent.
Encore ne peut-on le samedi, que simuler le jour de Sabbat. D'autre
part, l'approvisionnement des cuisinettes se fait difficile en raison de
l'épuisement des ressources familiales entraîné par la célébration de la
Pâques. Aussi l'enthousiasme ne se soutient-il guère au-delà du jour
faste de cette activité.

202
Les adultes et plus particulièrement les mères de familles considèrent
ces jeux avec une attention entièrement sympathique; leurs enfants s'y
initient à leurs futurs travaux ménagers; la tradition locale s'y maintient
et s'y fortifie de pratiques enfantines quelquefois charmantes (à toute
dînette comportant l'usage de vaisselle neuve, les enfants invitent leurs
parents); quelquefois terriblement significatives de la pauvreté générale
(les invités payent).

Cet auteur mentionne (p. 209) le jeu de la fabrication de jus, qui est aussi
bien un jeu de filles que de garçons. Ce jeu s'appelle :

Limone. - Breuvage obtenu en mettant tremper du Habsouss - végétal à


saveur sucré - dans de l'eau légèrement sucrée et colorée avec de
l'Ellouana - poudre existant en divers coloris, préparée spécialement
pour cet usage. Ce mélange se fait au jugé, sans proportions définies;
on l'agite vigoureusement puis on le met dans des récipients de fortune
(vieux flacons de Coca-Cola, Pepsi-Cola... etc.). Cette préparation
s'effectue traditionnellement pendant la fête de Chabouoth, dans la
plupart des familles. Les gens aisés offrent à leurs enfants le matériel
nécessaire pour qu'ils s'en acquittent eux-mêmes. Les enfants
considèrent cette tâche comme un jeu. Les plus avisés ajoutent au
plaisir de cette manipulation et à la joie de déguster leur Limone, la
recherche du profit; ils vendent ou troquent une partie de leur
production à leurs camarades.

Il est à remarquer que le jeu de poupée, surtout lorsqu'il s'agit de fêter les
noces, peut comporter une dînette. Une description de ces jeux figurant le
mariage de la poupée-jeune mariée se trouve dans mon livre Cultures
Ludiques Sahariennes et Nord-Africaines. Poupées d’enfants et jeux de
poupées.
La collection du Musée du Quai Branly possède plusieurs ustensiles-
jouets en argile, le plus souvent vernissé, faits par des artisans ou artisanes
tunisiens qu'utilisent aussi bien les enfants musulmans que juifs. Ces jouets
collectionnés en 1933 (71.1933.77.150.1-3, 71.1933.77.160) et en 1934
(71.1934.23.1-4) sont des copies du réchaud, du couscoussier, de la
marmite, du plat et du bol (catalogue p. 396).

203
Aimé Dupuy mentionne les mêmes ustensiles-jouets et y ajoute des
gargoulettes en miniatures, tous modelés aussi bien à Nabeul qu'à Guelalla
sur l‟île de Djerba (1933: 317).
Lors d‟un voyage en Tunisie en 1987 j‟ai vu au Musée de Sousse cette
photo montrant une fillette assise dans une chambre en milieu urbain (fig.
234). Sa poupée est visiblement faite sur place, peut être par la fille elle-
même. A ce moment la photo avait l‟air d‟être faite depuis tout un temps.
Une série d‟ustensiles jouets en poterie et en fer blanc sont exposés devant
la fille. Tout à fait à gauche il y a aussi un sac. Cette scène fait penser au
jeu de poupée à dînette des filles nord-africaines.

234

Lors du même voyage j'ai acheté dans un magasin de Nabeul un petit


service à café avec une cafetière, un sucrier, un pot à lait et six tasses et
sous-tasses vernissés avec un décor géométrique ou floral bleu sur fond
blanc (fig. 235, p. 205, H+ = 6,5 cm, D+ = 6 cm). J'ai aussi acheté le même
service à café en terre cuite non vernissée (H+ = 6 cm, D+ = 5 cm).

204
235

Un premier exemple de pipe-jouet modelé en argile par des enfants touareg


a déjà été mentionné (fig. 165, p. 162). Un second exemple provenant de la
petite ville Imzouren dans le Rif oriental marocain est fait en superposant
l'une dans l'autre des
cupules de glands. Un
dernier exemple vient
du village Ikenwèn 236
dans la région de
Tiznit. En juin 2006 un garçon de neuf ans l'a fait en mettant une tête de
pipe trouvée sur un bout de roseau (fig. 236).

205
3 Les occupations ménagères dans les jeux et jouets
3.1 Résumé

La référence la plus ancienne date de 1889 et la plus récente de 2006. Les


données mentionnent l'imitation ludique des travaux ménagers par les
enfants des Touaregs, Ghrib, Maures, Mozabites, du Sahara Nord-
occidental, des Teda, Chaouïa, Belbala et du Maroc.
Ce chapitre décrit l'interprétation des enfants des tâches féminines
comme chercher du bois, chercher de l'eau, moudre le blé, faire le pain,
fabriquer de l‟huile, laver le linge, filer, tisser, et aussi se faire belle.
Les jouets utilisés pour ces activités ludiques sont fabriqués par les
enfants eux-mêmes surtout avec de l'argile, du gypse ou de la boue. Parfois
ils sont faits par des adultes ou proviennent de l'industrie du jouet. Ces
jouets représentent des récipients d'eau, des puits, des fours, des
planchettes à laver, des fuseaux, des métiers à tisser et du matériel pour se
faire belle.
Imiter les occupations ménagères appartient plutôt au jeu des filles qu'au
jeu des garçons. Néanmoins, les garçons ne dédaignent pas ces jeux et ils
font parfois les jouets s'y référant. Dans ce cas il s'agit surtout de construire
des puits, des moulins à bras et des fours.

3.2 Chercher du bois

Cette occupation qui dans le milieu rural est une tâche presque journalière
peut mener les enfants à un jeu d'imitation. Cependant je n'ai rencontré
cette activité sous sa forme ludique qu'une seule fois et dans la
bibliographie consultée elle n'a pas été mentionnée. Cette unique
observation se produisit dans l'oasis El Faouar au Sahara tunisien où un
garçon ghrib de trois ans s'efforçait en octobre 1975 de transporter un
fardeau de branchettes qu'il a ramassé près de sa maison (fig. 237, p. 207).

206
237
134

Lors d'une visite de recherche à Zaïda, un village amazigh le long de la


route de Meknès à Midelt et à 30 km avant cette dernière ville, j'ai observé
début septembre 1999 trois filles de sept à huit ans et un garçon de six ans
arrachant à la pioche des arbustes utilisés pour cuire le pain (fig. 238).
Cette activité très utile se déroulait dans une ambiance ludique. On peut
donc parler d'un travail bien amusant mais nullement d'un jeu d'imitation.

238

207
3.3 Chercher de l'eau

Contrairement à l'unique exemple de jeu imitant le ramassage de bois, il y


a plusieurs jouets liés à la tâche domestique primordiale de chercher de
l'eau. Il s'agit de puits, de cruches, d'un récipient à eau et d'un trépied à
outre.
Dans plusieurs endroits du Sahara les enfants font des imitations de
puits d'eau. Dominique Champault écrit concernant le jeu de maison que
les garçons belbala s'occupent à réaliser des puits en miniature (voir p.
115-116). Elle a aussi collectionné en juin 1951 un petit puits à poulie
comportant "un tesson de poterie meulé en disque perforé, reposant sur une
petite branche de tamarin posée horizontalement sur deux montants
verticaux mortaisés. La hauteur des montants mesure 12 cm et le diamètre
du disque 4 cm. Ce puits à poulie s'intègre dans le mobilier essentiel du jeu
de la maison : ga negneyu" (fiche d'objet, D. Champault, 71.1952.27.44).
Des puits-jouets étaient aussi utilisés dans le jeu de ménage ou de
l'élevage par les enfants touaregs comme le prouve un puits à balancier en
miniature recueillie par la Mission René Pottier en 1934 chez les Touaregs
Kel Djanet des Touaregs Kel Ajjer de Ghât dans le Sahara libyen
(71.1937.21.112, H = 80 cm). Ce jouet ressemble le petit puits teda décrit
ci-dessous.
Parmi les ustensiles-jouets fabriqués par les servantes noires des Maures
de Oualata se trouvent des récipients à eau (p. 166). Charles Béart
mentionne onze petites chansons que les fillettes maures chantent
lorsqu'elles imitent la tâche de chercher de l'eau (1955: 146-148).
En 1934 La Mission Le Cœur a ramené de chez les Teda du Tibesti au
Sahara tchadien un petit puits à
balancier fabriqué par un enfant pour 239
servir dans son jeu (fig. 239,
71.1935.50.183). Ce jouet comporte
deux montants de bois, d'une hauteur
de 30 cm, qui se terminent par des
fourches fermées. Dans les trous une
barre transversale de 27 cm de
longueur est introduite. Cette barre
porte une perche de 46 de long. D‟un
côté de la perche la corde du seau est accrochée et de l'autre côté pend un

208
balancier de pierre. Les différentes parties sont liées par des liens de
palmier, de cuir et d'étoffe.
Corneille Jest a donné au Musée de l'Homme un puits en miniature
provenant de Tindouf dans la Vallée de la Saoura (Sahara Nord-occidental
) mais qui semble être perdu (71.1962.51.4). Heureusement la Photothèque
possède une photo de Corneille Jest montrant comment en 1960 des
enfants de la Vallée de la Saoura faisaient à côté d'un palmier irrigué une
imitation du puits dans le sable humide (fig. 240).

240

Les enfants mozabites (Goichon, 1927: 58) font vers 1920 des puits :

copiés sur le curieux puits du pays : un trou assez profond pour pouvoir
y verser de l'eau; puis une haute margelle en terre. Au sommet des
montants de terre, une poulie taillée au couteau dans une planchette
soutient une ficelle, liée par l'une de ses extrémités à un petit delû en
cuir ou en chiffons - et l'on tire de l'eau pour arroser un pied de menthe
dans le jardin.

209
L'ustensile-jouet le plus ancien de la
241
collection étudiée se réfère aussi à l'activité
de chercher de l'eau. Il s'agit d'une petite
cruche vernissée offerte en 1889 au Musée de
l'Homme par le Gouvernement Général de
l'Algérie. Elle est en terre cuite avec un décor
rougeâtre sur fond blanc. L'origine exacte de
cette cruche-jouet n'a pas été indiquée mais
elle pourrait provenir de la région kabyle
(fig. 241, 71.1889.120.66, H = 11 cm).
Ce musée possède aussi un trépied à outre
en miniature provenant des enfants Chaouïa
de Tadjmout Kebech de l'Aurès en Algérie en 1936. Il est fait de trois
bâtons de laurier rose de 23 cm de longueur qui sont attachés ensemble en
haut par une bandelette d'étoffe rouge (71.1936.2.273).
Une autre cruche-jouet en terre cuite à
242
anse et à décoration rougeâtre en forme
d'arête ou motif floral provient des enfants
amazighs du village Achouia, Souk Taza au
nord du Maroc. Monsieur Herber l‟a
donnée au Musée de l'Homme en 1933 (fig.
242, 71.1933.74.1, H = 13 cm).
Un des jouets que les enfants Aït Ouirra
de la région d'El Ksiba dans le Moyen
Atlas reçoivent pour la fête d'°Ashûra sont
des petites gargoulettes, appelée
„tikallaline‟ (Oubahammou, 1987: 85).
Les filles jouent aux travaux de la ferme à Ifrane a/s situé à environ 25
km de Bouizakarne qui se trouve sur la route de Tiznit à Guelmim. Pour ce
jeu elles ont des vaches représentées par des rameaux de palmier séchés
pour les grandes vaches et des rameaux verts pour les veaux. Les chèvres
et les moutons sont des morceaux de rameau. La ferme est délimitée avec
des pierres. Pour abreuver les animaux une fille fait semblant de puiser de
l'eau dans le puits qui se trouve à côté de la ferme. Le modèle de puits de la
figure 243 (p. 211) a été fait en août 2006 par Khadija une jeune mariée de
dix-huit ans. Quand il n'y a pas de petits récipients en plastique, on utilise
des boîtes en fer blanc. Le puits est remplit de sable qui fait office d'eau.

210
243

3.4 Moudre le blé

Plusieurs exemples de moulins à bras en miniature provenant d'enfants


ghrib du Sahara tunisien, d‟enfants teda du Sahara tchadien ou d'enfants
amazighs marocains indiquent que le jeu d'imitation de moudre le blé est
assez courant. C‟est surtout un jeu de fille mais occasionnellement un petit
garçon le joue aussi.
Dans les années 1970 les filles ghrib s'exercent en jouant à moudre le
blé avec une meule appelée rh'aiya, le diminutif de rh'â le moulin à bras
des femmes. La copie de ce moulin à bras des femmes se fabrique avec du
gypse par les filles elles-mêmes à partir de l'âge de dix ans environ.

211
Pour construire un moulin à bras en
244
miniature, une fille ou éventuellement sa
mère ou une sœur plus âgée agit de la manière
suivante : deux disques d'un diamètre
d'environ 15 cm sont modelés avec du gypse
et dans le disque qui servira de base un
bâtonnet est fixé au milieu. Sur l'autre disque
on introduit près du bord un bâtonnet dont la
longueur dépasse la largeur d'une main et au
milieu du disque on fait un trou. Les deux disques sont maintenant
saupoudrés de sable fin et mis à sécher (fig. 244). Quand les disques ont
durci, la fille peut se servir de son moulin à bras en passant le disque troué
sur le bâton de l'autre disque. Du sable servira de grains mais
occasionnellement se seront de vrais grains (fig. 245).

245

212
Le jeu de moudre le blé chez les Teda consiste à écraser des grains de
sable figurant le blé sur une pierre plate (Béart, 1955: 129).
Dans le Haut Atlas au village amazigh Amellago Hakim, un petit garçon
de trois ans, a fait un moulin à bras (fig. 246). Pour cela il utilise de la terre
prise dans le petit canal d'irrigation.

246

Ce moulin, appelé tigrit, est fait en deux pièces, un premier disque avec un
bâtonnet introduit au centre et un deuxième disque avec un trou au centre
et un bâtonnet fixé dans le bord. En assemblant les deux disques Hakim
peut commencer à produire sa farine imaginaire.
Dans le Moyen Atlas, au village Arhbalou-n-Serdane sur la route de
Khénifra à Boumia, les filles entre quatre et onze ans se modelaient dans
les années 1940 un moulin à bras ou takrût. Ce jouet s‟utilise pour la
dînette faisant partie du jeu de mariage avec la poupée-jeune mariée
(Cultures Ludiques Sahariennes et Nord-Africaines. Poupées d’enfants et
jeux de poupées, 2005, p. 127-128).
Chez les Aït Ouirra de la région d'El Ksiba dans le Moyen Atlas "la
petite fille à travers les jeux de sable, apprend à construire des petites
meules pour écraser le blé" (Oubahammou, 1987: 51).

213
Les adolescents de la petite ville amazighe Goulmima, à 40 km
d'Errachidia sur la route vers Ouarzazate, ont lors de la reconstitution du
jeu anhader swalut ou jouer avec l'argile, construit un moulin à bras en
miniature en septembre 1994. Alors ils m'ont expliqué que ce sont surtout
les filles qui le font et rarement les garçons. Pour une description de ce jeu
avec l'argile voir mon livre Cultures Ludiques Sahariennes et Nord-
Africaines. L'Animal dans les Jeux et Jouets (2005: 118).
Que les garçons font des
moulins à bras-jouets est 247
attesté parce que j'ai
observé au village amazigh
Aït Ighemour au pied du
Jbel Siroua dans le Haut
Atlas en octobre 1994. En
même temps que les
ustensiles-jouets de la
figure 195 (p. 179) un des
garçons a modelé une belle
copie du moulin à bras (fig. 247, H = 9 cm, D = 11 cm).
Vers 2001 Boubaker Daoumani a reçu un grand nombre de jouets en
argile de ces élèves de l'école primaire du village de montagne Lahfart
dans la région de Sidi Ifni. Parmi ces jouets il n'y a pas moins de 22
moulins à bras (fig. 248, 249 p. 215, H+ = 8 cm, D+ = 11 cm).

248

214
La diversité de grandeur et de design de ces moulins à bras est assez
remarquable. Comme on le voit sur le moulin à bras au centre de la photo,
les enfants utilisent parfois des vrais grains pour imiter de moudre le blé
(fig. 249).

249

Comme mentionné dans le chapitre Le jeu de dînette et les ustensiles-


jouets Boubaker Daoumani a
collectionné auprès de ces élèves une 250
deuxième série de jouets en mai 2005.
Parmi les jouets modelés en argile il y
en a un que je n'ai encore jamais vu. Il
s'agit d'un moulin à bras pour moudre
le blé devant lequel est mise une
femme assise (fig. 250). Le fait qu'Ali,
un garçon de neuf ans, ait modelé cet
ensemble le rend encore plus
remarquable. A ce moment d'autres
élèves de la première et deuxième
classe ont modelé des jouets en argile.
Parmi eux il y avait six garçons et deux
filles. Tous les garçons ont fait un
moulin à bras mais seulement une des deux filles (fig. 219-224, p. 193-
196).

215
Lorsque j'ai visité le village Igîsel à environ 3 km de la source d'eau
chaude Abaynou près de Guelmim dans le Pré-Sahara en septembre 2005,
Sarah, une fille de neuf ans, m'a montré les jouets qu'elle faisait en argile
pour son jeu de dînette et de ménage (fig. 251). Parmi ces jouets se
trouvent deux moulins à bras pour moudre le blé et un pour faire de l'huile
argan. Le foyer sur le côté gauche est une copie exacte du foyer montré à
gauche de la figure 257 (p. 220).

251

216
3.5 Faire le pain

Dans la citation complète qu'on peut lire lors de la description du jeu des
maisons (p. 115-116), Dominique Champault (1969: 348-349) écrit que les
filles belbala font des fours et des pains. Les pains sont :

faits en test d'œufs d'autruche. Le fragment de coquille brut est posé à


plat sur un caillou, la convexité en dessous, et les bords en sont écrasés
par très petits coups avec un caillou pointu. L'enfant fait arrêt à chaque
coup, avec le pouce. Le grésage des bords se fait avec un caillou plat.
Lorsque les enfants vont au pâturage au pied de la dune dans une
région de naba, les pains seront tout simplement des boules de sable
moulé, parfaitement sphériques.

Parmi la série de cupules creusée dans la roche tendre pour créer une
maisonnette il y a une cupule qui représente le four pour cuire le pain.
Chez les Aït Ouirra vivant dans le Moyen Atlas, les fillettes construisent
lors de leur jeu de sable des fours et elles font des galettes de pain
(Oubahammou, 1987: 51, 127).
Un groupe de jeu de trois filles et deux garçons de six ou sept ans du
village amazigh Imîder dans le Haut Atlas a construit une grande
maisonnette en septembre 1999 (fig. 100, p. 121). Cette maisonnette
comporte entre autres une maison du milieu avec une pièce annexe où se
trouve un four fait d'une grande boîte de conserves de tomates sur lequel
un pain, une galette d'argile avec des petits trous, se cuit. Parmi les
ustensiles-jouets modelés par ces enfants il y a aussi la planche à pain et le
grand plateau pour cuire le pain, tous les deux avec un pain d'imitation
(fig. 198, p. 183).
Vers la fin des années 1970 et le début des années 1980, les filles du
village amazigh Ksar Assaka, près de Midelt, aimaient construire un petit
four à pain. Pour faire le four les filles construisent d'abord l'armature en
forme de dôme avec des tiges d'herbes sèches sur laquelle de l'argile est
appliquée. Le four d'environ 20 cm de haut et 30 cm de diamètre a une
large ouverture et un trou en haut. A travers l'ouverture quelques morceaux
de bois sont placés d'un côté dans le four et de l'autre côté sont mis les
pains en argile. Après la cuisson des 'pains' les braises sont sorties du four
et étalées juste devant le four pour servir à faire bouillir le thé fait de

217
feuilles d'arbustes mais qui n'est pas bu. Le groupe de jeu comporte
plusieurs filles mais rarement plus de six et cela se passe dans le jardin de
la maison d'une des filles. Un garçon de ce village m'a raconté en 1999
qu'il participait à ce jeu lorsqu'il avait l'âge de cinq et six ans vers 1995. Il
a ajouté à la description qu'il y a aussi l'imitation de la pelle en bois servant
à mettre les pains dans le four.
En août 1999 et dans le quartier populaire Taddawt de la petite ville de
Midelt au Maroc central, quatre filles entre quatre et huit ans sont en train
de faire des pains ronds avec de la boue. Elles aplatissent les disques avec
leurs mains et les mettent au soleil pour les faire cuire. En novembre 1996,
une fille de huit ans du village She°ba tout près de Midelt a préparé dans
une casserole noire la pâte de pain avec de la vraie farine (fig. 111, p.
128). Ce pain ou éventuellement des biscuits sont cuits sur un feu. Cette
fille et sa copine m‟ont dit utiliser aussi de l‟argile en guise de farine.
Dans le petit village amazigh Ikenwèn, situé à 30 km de Tiznit au bord
de la route vers Tafraoute, les filles d'aujourd'hui aiment imiter la
fabrication du pain comme cela se faisait quand leurs mères étaient jeunes.
Les grandes filles créent parfois de belles copies des petits et des grands
fours avec les ustensiles nécessaires. Le grand four est utilisé pour cuire
environ vingt pains à la fois (fig. 252, H = 12 cm, D = 15 cm). Devant ce
four il y a la pelle en bois avec un pain et à côté se trouve une bouilloire.
Pour chauffer l'eau la bouilloire est mise sur le petit four dans lequel on
voit un grand pain (fig. 253, H totale = 13 cm, D = 7cm). Ce matériel de
jeu était utilisé par Khalija Jariaa vers 1985. En 2005 elle a fait les
exemples ci-dessous.

252

253

218
Dans le cadre de leur jeu de construction et de poupée (p. 104-108), une
fille et son frère vivant dans une maison isolée à Lagzira près de Sidi Ifni
développent plusieurs thèmes. Un de ces thèmes joué par la fille Halima de
six ans est de cuire du pain (fig. 254).

254

Parmi les jouets en argile que Boubaker Daoumani a reçus de ses élèves du
village Lahfart dans l'Anti-Atlas en 2001 se trouvent cinq fours pour cuire
le pain (fig. 255, H+ = 6 cm, D+ = 16 cm). Pour créer le dôme du four au
centre de la photo l'enfant a utilisé un sac en plastique remplie de terre.

255

219
La figure 251 (p. 216) montre une fille du village Igîsel près de Guelmim
dans le Pré-Sahara. Parmi les jouets qu'elle a faites en 2005 se trouve un
grand four pour cuire du pain avec une ouverture en haut (fig. 256, H = 8
cm, D = 19 cm). Dans l'ouverture se trouve un grand pain.

256

Cette fille a réalisé une belle copie du four à pain qui se trouve dans sa
maison comme on le voit sur la photo suivante (fig. 257).

257

Dans la petite ville côtière Sidi Ifni, j'ai vu en novembre 1998 trois frères
arabophones d'entre huit et douze ans en train de jouer dans le jardin de
leur maison en bordure de la falaise surplombant la plage (fig. 258, p. 221).

220
258

Ensemble ils ramassent le matériel nécessaire comme du bois, des pierres


et de l‟argile pour construire une copie du grand four à pain (fig. 259).

259

144

En bas de ce jardin ils ont érigé avec trois pierres un ferrân ou four
d'environ 40 cm de longueur sur 30 cm de haut (fig. 260, p. 222).

221
260

Sur ces pierres ils ont mis un morceau de plastic noir puis un morceau de
carton et enfin un épais morceau de bois sur lequel ils mettent les 'pains',
des boules de terre humide (fig. 261). Un peu plus tard ces boules sont
devenues des projectiles de combat.

261

222
3.6 Fabriquer de l‟huile

Au petit village amazigh Ikenwèn, situé à 30 km de Tiznit le long de la


route vers Tafraoute, les filles jouent à produire l'huile argan, une huile
renommée pour ces qualités exceptionnelles. On peut jouer cela pendant
toute l'année mais il est préférable de le faire un jour de pluie car il est
alors plus facile de fabriquer les jouets nécessaires. Ce jeu existe depuis
longtemps dans ce village et il est encore joué aujourd'hui.
Khalija Jariaa, une femme de trente ans, a donné la description de ce jeu
dans lequel les filles imitent le travail des femmes. Un groupe de filles
entre six et huit ans s'y adonne en l'incorporant dans d'autres jeux de faire
semblant. En même temps que le jeu de la production de cette huile, les
filles jouent aussi à chercher du bois, à préparer le dîner et à garder les
animaux.
Khalija a fait une copie des jouets qu'elle et d'autres filles ont faits dans
les années 1980 mais qui sont encore créés actuellement. En mélangeant la
boue avec de la paille on évite que les jouets se brisent facilement. Le
premier jouet est lié à la casse de la coquille des noix. La fille place un
tisseguiz ou plateau d'environ 20 cm de diamètre sur un morceau de carton
ou une natte. Elle prend plusieurs noix de l'arbre argan qu'elle dispose sur
le plateau et y met aussi quelques noix dont la peau extérieure est déjà
enlevée. Après avoir dépulpé les filles essaient de concasser la noix en la
frappant avec une pierre selon la manière spécifique des femmes (fig. 262).

262

223
Lors de la seconde étape dans la fabrication de l'huile argan il faut
torréfier les amendes. Un petit inkèn ou fourneau à trois pieds et un plateau
afellun sont modelés (fig. 263, D = 8,5 cm, H = 7 cm). Khalija insiste sur
le fait qu'elle allumait un petit feu dans ce fourneau mais pour torréfier des
amendes cela se faisait sur un feu plus grand et avec une poterie posée sur
trois pierres.
263

Une fois que les amendes sont torréfiées la fille pulvérise quelques
amendes puis met cela dans le moulin à bras appelé azerg (fig. 264, L = 22
cm, B = 14 cm). A la place des amendes du sable était souvent utilisé.

264

224
Après le broyage la substance est placée dans le récipient tikins. Puis on
le travaille pour qu'elle devienne une imitation de la pâte amelu qui donne
l'huile. Les filles mélangent de l'eau avec du sable pour imiter la pâte et
elles y ajoutent un peu de sel comme lorsqu'on fait du vrai amelu. Khalija
raconte que pendant tout un temps elle observait de près comment une
vieille femme préparait l'huile argan puis elle se mettait à l'imiter. Un jour
la mère de Khalija a regardé faire sa fille de quatorze ans à son intrus.
Voyant qu'elle connaissait bien comment faire amelu en jouant sa mère lui
a dit que dorénavant elle pouvait aider à vraiment préparer amelu. Khalija
se rappelle qu'elle a beaucoup regretté cette réaction de sa mère car elle
voulait continuer à jouer avec les autres filles. Elle souligne aussi que c'est
la raison pour laquelle les grandes filles font attention de jouer au ménage
hors de vue de leurs mères. Elles craignent que leur mère dise “tu connais
comment faire le ménage et tu dois donc m'aider aux tâches ménagères au
lieu de t'amuser avec les filles”.
Un autre ensemble pour préparer l'huile argan comme on le faisait à
Ikenwèn se voit sur la photo suivante (fig. 265, H+ = 6 cm, D+ = 16 cm). Il
a été modelé aussi par Khalija Jariaa en septembre 2005. Il y a un grand
moulin avec son bec verseur typique supporté par trois pieds, un récipient
avec un bec et deux poignets, une tasse à poignet pour verser de l'eau, un
bol et un tabouret à trois pieds.

265

225
Les filles de Douar
Ouaraben près de Tiznit
dont les ustensiles-jouets
en argile ont déjà été
décrits (p. 184), modèlent
aussi le moulin pour broyer
les amendes d'argan (fig.
266). Ce moulin est mis sur
trois pierres. Sur la photo
on voit aussi le récipient
pour la pâte d'argan et le
bol pour l'eau nécessaire
pour travailler la pâte. A
droite du moulin se trouve
le tabouret utilisé par la
femme. Les ustensiles sont
modelés en argile puis
cuits dans un four fait par
les filles. Ces jouets ainsi
que la poupée femme en
armature de roseau ont été
266
faits pour un jeu de ménage
en juillet 2006.
En 2001 Boubaker Daoumani a rassemblé un important ensemble
d‟ustensiles-jouets. Ces ustensiles en terre argileuse ont été faits par les
enfants des deux premières années de l‟école primaire du village Lahfart
dans l‟Anti-Atlas. Parmi ces jouets j‟ai trouvé trois moulins pour fabriquer
l‟huile d‟argan avec un bec verseur (fig. 267, H+ = 5 cm, D+ = 7 cm).

267

226
Sarah, la fille de la figure 251 (p. 216) vivant au village Igîsel près de
Guelmim, a fait en 2005 un moulin à bras pour faire de l'huile argan et un
récipient. Ce moulin a un bec verseur tout comme les autres moulins de ce
type. A droite de la figure suivante on voit ce moulin ainsi que le récipient
et un plateau avec quelques noix grillées. On y voit aussi deux moulins à
bras pour moudre le blé, un plateau avec quelques graines, deux tajines, un
réchaud portable et une bassine (fig. 268, H+ = 6 cm, D+ = 9,5 cm).

268

227
3.7 Laver le linge

Dans une échoppe de la Médina de 269


Rabat j'ai trouvé en 1993 un des rares
jouets en bois encore fabriqués par des
artisans. Il s'agit de la planchette à
laver pour fillette. La plus grande
planchette que j'ai achetée a un
rectangle surélevé en lamelles de bois
(fig. 269, LO = 19 cm, LA = 6,5 cm).
Ce rectangle manque à l‟autre
planchette (LO = 15 cm, LA = 4,5 cm).
Une deuxième référence au jeu imitant le lavage du linge se trouve dans
la description des maisonnettes des filles marocaines du quartier Daoudiyât
de Marrakech. Ces filles utilisent une petite boîte de conserves ronde qui
représente la cuve de lessive (p. 111).
Les données sur les jeux liés au lavage du linge sont très limitées. Chez
les filles ghrib des années 1975 et 1977 je n‟ai pas trouvé d‟activité
ludique référant à cette tâche. Le fait que des jeunes filles aident déjà à
laver le linge de la famille peut en partie expliquer cette situation (fig.
270).

270

228
3.8 Le filage

Chez les Ghrib du Sahara tunisien le filage de la laine était une occupation
régulière des femmes dans les années 1970 (fig. 271).

271

Il n'est donc pas étonnant que les fillettes s'entraînent à partir de l'âge
d'environ quatre ans à le faire avec un fuseau d'imitation (fig. 272, p. 230).
La fabrication de ce fuseau-jouet se faisait à partir de l'âge de sept ou huit
ans. Le nom donné au jouet est mughzel jella, le fuseau (el mughzel) à
crotte de dromadaire. Il est construit avec un bâtonnet d'environ 25 cm
dont on plie une extrémité. Près de cette extrémité pliée la crotte est fixée.
Afin de s'exercer à filer la laine, la fille fait tourner son fuseau en roulant le
bas du bâtonnet sur la cuisse et en tirant le fil de laine (fig. 273, p. 230).
Chaque bout de fil ainsi filé est mis autour du fuseau en bas de la crotte.
Même si la fille voit cette activité comme un jeu, les mères le voient
comme un entraînement et incitent leurs filles à faire de leur mieux.

229
272 273

Une observation que j‟ai faite dans un campement nomade au Sahara


tunisien en mars 1975, montre que des toutes petites filles s‟intéressent
déjà au filage et qu‟un père ghrib peut les stimuler à s‟exercer en jouant.
Ainsi, Najiya, une fillette de deux ans, commence à jouer avec un fil, puis
elle prend le fuseau ainsi que le fil qu‟elle tient entre ses bras étendus. Son
père qui se trouve sous la même tente lui parle et la stimule clairement à
essayer de filer la laine.
Pendant la première moitié des années 1980 dans le village Ikenwèn en
province de Tiznit dans l'Anti-Atlas, les filles entre sept et quatorze ans se
faisaient un fuseau appelé tabrams. Pour cela elles poussaient une
branchette de l'arbre argan à travers une roue modelée dans la pâte d'argan
puis mettaient ce jouet à sécher hors du soleil. Pour jouer au filage de la
laine elles utilisaient un peu de laine de mouton de leur maman. Khalija
Jariaa a fait un exemple de ce fuseau en septembre 2005 (fig. 274, p. 231,
H = 5 cm, D = 6 cm). Khalija se rappelle que la première fois qu'elle avait
pris de la laine sa mère se fâchait parce qu'il y en avait peu. Par après sa
mère la stimulait à s'amuser ainsi car elle y voyait un entraînement à cette
tâche importante de la femme. Les fils étaient utilisés comme cheveux ou
ceinture pour la poupée jeune mariée et pour enrouler les jambes de la
poupée bébé.

230
274

Aujourd'hui les filles s'amusent encore à ce jeu et font le même genre de


fuseau jouet. Cependant elles mélangent la pâte d'argan avec de l'argile
parce que de nos jours il n'y a pas assez de pâte et au lieu d'une branchette
elles utilisent le bâton d'une vieille louche.
Que cette activité ludique préparant les filles à un des travaux des
femmes existe aussi en d'autres endroits est attestée par le fuseau-jouet en
bois recueilli par Corneille Jest dans le Sahara Nord-occidental à
Tinerkouch (Touat-Gourara) et donné au Musée de l'Homme en 1962
(71.1962.51.3, H = 35,5 cm). En plus, Charles Béart mentionne que
Madame Le Cœur a vu chez les Teda que les petites filles se créent un
fuseau-jouet en fichant un morceau de bois dans une crotte d'âne puis y
placent des flocons de coton (1955: 126).

231
3.9 Le tissage

Avec la laine que la fille ghrib du Sahara tunisien a filée elle-même ou


avec des fils de laine reçus de sa mère, la fille s'adonne à un autre jeu
utilitaire. Il s‟agit de l'imitation du tissage sur un métier horizontal, appelé
el minsez, un nom que porte aussi le métier à tisser-jouet. A partir de l'âge
d'environ dix ans, la fille construit un métier à tisser en miniature. Avec un
pilon, par exemple, elle enfonce quatre branchettes dans le sol en prenant
soin de délimiter un rectangle (fig. 275).

275

A environ un cinquième de la longueur du métier, calculé à partir des


branchettes antérieures, deux branchettes fourchues sont enfoncées dans le
sol et sur ces branchettes fourchues une petite branche, servant de lame, est
disposée. Maintenant la fille doit fixer les fils de la chaîne autour des
ensouples constituées par deux branchettes posées à ras du sol et retenues
par les deux branchettes antérieures et postérieures (fig. 276, p. 233).
Puis, avec une lisse de laine, la partie inférieure de chaque fil de chaîne
est reliée à la branchette servant de lame. Ensuite, entre la partie inférieure
et la partie supérieure des fils de chaîne et au-delà de la lame, est introduite
une petite branche qui sert de baguette d'envergure.

232
276

Enfin d'obtenir un tissu, la petite


tisserande passe le fil de trame à 277
travers les fils de chaîne. Pour
faire alterner les fils de chaîne elle
retire la baguette d'envergure.
Avec les doigts elle enfonce par
quatre les fils supérieurs de la
chaîne et introduit dans la foule
créée en deçà de la lame, la
baguette d'envergure. La petite
tisserande, une fois passé le fil de
trame à travers les fils de chaîne,
doit replacer la baguette
d'envergure au-delà de la lame et
ainsi de suite (fig. 277). Avant
que la fille ait pu commencer à
tisser, sa mère est venue vérifier la
position des fils de chaîne et elle a
dû ajuster certains fils. La figure 2
(p. 55) montre que ce métier à

233
tisser a été construit près d'une tente en miniature donnant ainsi plus
d'authenticité à cette imitation de la vie d'une femme nomade.
Les filles marocaines de Terloulou près de Tafraoute dans l‟Anti-Atlas
utilisent aussi un métier à tisser en miniature. Avec ce métier à tisser
observé par Khalija Jariaa en mars 2006, ils essayent de faire le châle à
rayures blanches et noires typique de la région et appelé tahèykt.
Un autre type de métier à tisser plus simple a été mentionné pour le Sud
du Maroc vers 1950 et cela aussi bien pour les enfants juifs que musulmans
(Flamand, p. 150) :

Il comprend une seule pièce : un tube de roseau ou de bambou ouvert à


ses deux extrémités. L'une de ces extrémités est découpée, au couteau,
en créneaux autour desquels des fils de laine s'entrecroisent et se
tissent. La plupart des petits musulmans confectionnent de cette façon
leurs bonnets ronds et les israélites des écharpes. Pour les uns comme
pour les autres, ce tissage représente à la fois un plaisir gratuit et la
possibilité de fabriquer soi-même quelques accessoires de toilette. C'est
un travail-jeu connu dans toute l'Afrique du Nord et en Espagne
méridionale.

3.10 Se faire belle

Dans le village amazigh Ksar Assaka près de Midelt, les filles jouent à se
faire belle. Vers 1980, il s'agissait d'activités ludiques comme se mettre du
rouge à lèvre avec le cachet rouge qui scelle l'emballage des pains de
sucre. Ce même cachet rouge sert aussi à se donner des joues rouges car les
chansons amazighes glorifient les belles filles aux joues comme des
pommes bien rouges. Comme il faisait chique d'avoir des dents en argent
ou en or, les mêmes filles se donnaient une dent en argent avec du papier
d'argent. Les filles d'environ onze ans s'amusaient à se donner des seins
avec des oranges ou des tomates.
Dans ce village ainsi qu'ailleurs au Maroc, des adultes offrent aux
petites filles un set de jouets pour faire la toilette avec un petit miroir, un
peigne etc., le plus souvent fabriqué en Chine. Cela s'achète surtout pour la
fête de l'°Ashûra.

234
L'achat de petits miroirs, petits colliers, petites bagues, petites montres
et autres objets de ce genre est déjà mentionné en 1939 pour la fête de
Pourim des enfants juifs de Fès (Brunot et Malka, p. 263-264).
J'ai noté la confection de bracelets avec des
cupules de glands à Imzouren près d‟El
Hoceima dans le Rif en 1993 (fig. 278) et avec
l'herbe berwal dans la région d'Oulmès au
Moyen Atlas en 1996. Avec une bandelette de
métal blanc une fille de six ans du quartier Aït
Mansour à Midelt s'est fait un bracelet en août
278
1999.
Les filles Aït Ouirra de la région d'El Ksiba au Moyen Atlas apprennent
à se tatouer avec le jus d'un fruit appelé 'tabgha', sorte de fraises sauvages
(Oubahammou, 1987: 51).
Le henné joue un rôle important dans la vie des femmes aussi bien pour
des raisons esthétiques que prophylactiques. Au village Ikenwèn le henné
est cultivé. Avec les feuilles la femme prépare elle-même la pâte de henné
qui s'applique sur les mains et les pieds. Halima, une fille de cinq ans, a
bien observé la manière de préparer le henné. Du sable humide remplace
les feuilles de henné. Une boîte de carton et une grande galette deviennent
le mortier et le pilon. D'abord Halima broie avec la galette qu'on voit à côté
de la boîte de carton les feuilles de henné imaginaires. Sur la photo faite en
décembre 2006 elle est en train de nettoyer le henné (fig. 279, p. 236). Elle
demande à quelques filles qui participent au jeu d'aller chercher une
seringue que le docteur de Tiznit utilise pour un de ses patients d'Ikenwèn
lors de son passage le jeudi. Le henné nettoyé est mis dans un bol et
mélangé avec de l'eau jusqu'à ce que la pâte devienne assez liquide pour la
rendre applicable avec une seringue dont la pointe à été cassée. Une fois
que tout est prêt Halima joue le rôle de la nqasha, la spécialiste du henné.
Maintenant elle crée des dessins géométriques ou floraux sur les mains de
ses copines comme on le fait en ville non pas comme on le fait
traditionnellement au village où la paume de la main est enduite de la pâte
de henné.

235
279

En mai 2006 une fille amazighe du


280
village de montagne Lahfart près
de Sidi Ifni a fait une belle copie
des sandales. Elle a utilisé des
petites perles de différentes
couleurs pour les embellir (fig.
280).
Depuis que les cannettes de
limonades se vendent dans les
épiceries marocaines les enfants
utilisent ces cannettes vides pour
se faire des souliers qu‟ils
appellent sabat sîn, soulier de
chinois. En enfonçant avec force le
talon dans la cannette, elle s‟aplatit
et les bords se replient autour du
talon. Un garçon de Midelt m‟a
expliqué que les enfants imitent

236
ainsi les souliers chinois comme ils les voient à la télévision. Dans cette
ville, les filles marchent aussi avec pareils souliers chinois comme le
faisait une fillette de sept ans dans le quartier Aït Mansour début 2001.
Même si se sont la plupart du temps les filles qui aiment s'habiller
parfois des garçons s'amusent aussi à se mettre des vêtements ou à imiter
certaines modes locales.
Ceci était le cas des garçons ghrib des années 1970 qui parfois se
mettaient une barbe de fils de laine et une moustache de cheveux de chèvre
(fig. 281). Il arrive que pareil déguisement soit mis pour jouer l'une ou
l'autre situation mais sur la photo c'est le garçon à droite qui a mis une
moustache et une barbe à un frère plus jeune et cela au grand rire des
autres membres de la famille assis sous la tente. Le petit garçon dans le
coin supérieur droit est le cadet. Il pleure parce que qu'il veut porter lui-
même la moustache et la barbe.

281

237
Au même moment j'ai trouvé un autre exemple chez ces garçons ghrib.
Ils imitaient la coutume de se laisser mettre des dents en or. Pour obtenir
cet effet les garçons mettaient du papier d'argent sur les dents devenant
ainsi un homme d'importance (fig. 282).

282
158

Un garçon marocain de
283
Midelt m'a montré en
2000 les lunettes de
soleil qu'il s'est fait. Ces
lunettes de soleil sont
fabriquées avec une
armature de bois et de fil
de fer. Par après des fils
de laine coloriés sont
enroulées autour de cette
structure (fig. 283).

238
En 2006 Mohamed, un petit garçon de cinq ans vivant au village
Idoubahman-Imjâd dans l'Anti-Atlas, fait déjà sa propre paire de lunettes
avec du fil de fer blanc (fig. 284).

284

Après quelques essais il réussit à créer une paire de lunettes qu'il peut
porter (fig. 285, p. 240). Le garçonnet explique que ces lunettes doivent lui
servir à se protéger les yeux. Il en aura besoin pour son jeu de berger
quand il prétendra qu'il y a trop de vent dans la montagne.

239
285

Selon Marie-Rose Rabaté des filles de la Vallée du Dra non loin de


Ouarzazate se font des bracelets, des bagues et des garnitures de cheveux.
Les garçons se font des petits chapeaux. Toutes ces parures sont faites en
très jeunes folioles de palmier pour la fête de l‟°Ashûra (1970: 248, 260;
photos p. 248-250). Dominique Champault mentionne que les jeunes filles
se font pareilles parures avec des feuilles blanches prélevées au cœur des
palmes naissantes pour la fête de l‟°Ashûra à Tabelbala (1969: 147).

240
4 Les activités de subsistance dans les jeux et jouets
4.1 Résumé

Les jeux et les jouets liés aux activités de subsistance me semblent sous-
représentés dans le corpus des jeux et jouets sahariens et nord-africains.
Cependant, j'ai l'impression que cela est plutôt dû à ceux qui ont décrit les
jeux et jouets qu'à la réalité ludique des enfants de ces régions. Du moins
c'est ce que des informations récentes sur les enfants de l'Anti-Atlas
laissent entrevoir. Les données couvrent la période des années 1930
jusqu'à 2006. Ces données concernent les enfants touaregs, ghrib, maures,
chaamba et belbala, ceux de la région du Hoggar-Tidikelt et du Souf, tous
vivant dans le Sahara, ainsi que des enfants chaouïa, kabyles et ceux de
plusieurs régions du Maroc.
Les jeux et jouets liés aux activités de subsistance se réfèrent à la chasse
et la pêche, à l'élevage de dromadaires, de chevaux et du grand ou petit
bétail, au jardinage dans les oasis et au travail des champs. Il est aussi
question du commerce saharien, de transactions au marché ou dans un
magasin.
Pour certains jeux décrits dans ce chapitre les enfants n'utilisent pas de
jouets. Pour d'autres jeux il est question de la fabrication de lignes de
pêche, d'animaux, d'objets liés à l'élevage et de balances pour magasin,
mais aussi d'imiter quelques constructions délimitées par du sable ou des
pierres, des constructions comme l'enclos de bétail, le restaurant ou le
magasin. Enfin, il y a aussi le jardin d'oasis. Tout cela étant fait par les
enfants eux-mêmes. Dans la collection du Musée du Quai Branly se
trouvent quelques araires-jouets mais il n'est pas possible de dire s'ils ont
été faits par des enfants ou des adultes.
Contrairement aux jeux de dînette, aux ustensiles-jouets et aux jeux liés
aux occupations ménagères qui font le plus souvent partie du patrimoine
ludique des filles, les jeux et jouets liés aux activités de subsistance
appartiennent surtout aux garçons.

241
4.2 La chasse et la pêche

Les jeux et jouets liés aux activités de la chasse ne sont pas analysés ici. Ils
seront décrits dans le volume sur les activités techniques dans les jeux et
jouets. Cependant quelques jeux et jouets liés à la chasse et surtout au
piégeage ont été mentionnés dans mon livre Cultures Ludiques
Sahariennes et Nord-Africaines. L’animal dans les jeux et jouets (2005:
121). Il s'agit d'attraper des petits animaux, des scorpions, des lézards, des
insectes, des oiseaux par des enfants touaregs, ghrib, belbala et marocains.
Contrairement aux jeux de chasse et de piégeage je n'ai pas trouvé dans
la bibliographie des références à la pêche comme jeu d'enfant. Moi-même
j'ai vu une fille d‟environ onze ans en train de pêcher avec une ligne de
fortune dans le port marocain d'Essaouira en juin 1994. Quelques années
plus tard, en septembre 1999, un garçon de dix ans vivant à Midelt au
Maroc central m'a montré l'attirail de pêche qu'il s'est fabriqué. La canne
de pêche est un roseau de 107 cm de long. A 18 cm d'une extrémité un fil
de fer est introduit à travers le roseau. Sur un bout de ce fil de fer un
bouchon en plastique est poussé. L'autre bout du fil de fer est plié en forme
de manivelle. A cette manivelle le garçon a fixé le début d'une longe corde
qui est alors tournée deux fois autour du roseau pour passer à l'autre
extrémité du roseau à travers une boucle créée en enroulant un fil de fer
autour du roseau. Un bout de la corde, plus long que le roseau, pend
librement et se termine par un petit hameçon en fil de fer. Cette canne de
pêche est utilisée en période de pluie dans une petite vallée en bordure du
quartier populaire Aït Mansour et appelée Elmou et où se trouvent alors
des tout petits poissons. Néanmoins, il s'agit plutôt d'un simulacre de pêche
que d'une vraie pêche.

242
4.3 L'élevage

Comme l'on pouvait s'y attendre, la plupart des informations sur les jeux et
jouets en rapport avec l'élevage de dromadaires, de chevaux et du grand ou
petit bétail proviennent de populations nomades ou semi-nomades vivant
dans le Sahara. Seul deux jeux de berger marocains créent l‟exception.
Aussi bien chez les Touaregs que chez les Ghrib, les Maures et les
Chaamba les enfants se familiarisent à travers leurs jeux avec différents
aspects de la garde, de l'élevage et de l'utilisation du dromadaire comme
décrit dans mon livre Cultures Ludiques Sahariennes et Nord-Africaines.
L’animal dans les jeux et jouets (2005: 49). Par contre les données sur les
jeux et jouets liés au cheval ne mentionnent que l'imitation de la course à
cheval. La description des jeux et jouets liés au grand et au petit bétail,
mentionne trois jeux de bergers (2005: 108) pour lesquels des chèvres ou
des moutons sont représentés par des petites pierres ou des crottins de
dromadaire (Ghrib, Sahara tunisien), des épis de maïs (Aït Ighemour,
Maroc), et des coquilles d'escargots (Oulad ben Sbaa, Maroc).
Les garçons ghrib, vivant dans le Sahara tunisien pendant les années
1970, s'intéressaient encore fortement à plusieurs aspects de la vie du
berger. Ainsi ils utilisaient pour ce jeu des petites pierres blanches comme
brebis et des crottins de dromadaire comme moutons. Le dromadaire était
figuré de plusieurs manières. Parfois une grande pierre cylindrique
représente le berger et une pierre cylindrique plus petite le chien de berger
(voir Cultures Ludiques Sahariennes et Nord-Africaines. L’animal dans
les jeux et jouets, 2005: 63, fig. 16). Ils s'amusaient aussi à exécuter la
danse typique des bergers comme décrit plus loin (fig. 341, p. 281) Quand
ces garçons érigent des constructions avec du sable humide une de ces
constructions est l'enclos pour abriter le bétail (fig. 118, p. 132).
Selon Charles Béart (1955: 145) les Maures adultes s'intéressent aux
jeux des jeunes garçons dans lesquels ils imitent l'élevage des dromadaires
(voir Cultures Ludiques Sahariennes et Nord-Africaines. L’animal dans
les jeux et jouets (2005: 80). En plus, quelques objets utilisés dans
l'élevage du bétail sont copiés par des enfants maures ou par un artisan de
Tidjikdja au Sahara mauritanien et utilisés comme jouets. Ces jouets furent
collectionnés par la Mission Puigaudeau-Sénones entre 1936 et 1938 et
représentent le récipient pour traire les vaches et le support pour peau de
bouc (catalogue p. 399-400, 71.1938.48.47, 71.1938.48.36-37).

243
4.4 Le jardinage

En réponse aux changements parvenus au courant du vingtième siècle, les


Ghrib du Sahara tunisien se sont mué bon gré mal gré de nomades en
sédentaires. Cette sédentarisation dans des oasis a été rendue difficile par
l'aversion des hommes ghrib pour le travail de la terre dans les jardins
d'oasis, une tâche qui incombait aux serviteurs noirs. Bien que cette
aversion existe encore plus ou moins pendant les années 1970, le
changement vers une attitude positive se reflète déjà dans les jeux des
garçons. Ainsi parmi les garçons qui jouaient à faire des constructions avec
du sable humide près de la source naturelle d'El Faouar en mai 1975,
quelques-uns ont fait une copie d'un jardin d'oasis (fig. 286).

286
160

Comme le montre cette photo le garçon d'environ onze ans a divisé son
jardin en parts égales avec des petits murs de sable comme on le fait pour
un vrai jardin d'oasis. Un autre garçon a mis dans son jardin des roses
sauvages cueillies sur place et il est en train d'irriguer son jardin avec l'eau
de la source (fig. 287, p. 245).

244
287

161

Bellin écrit en 1963 que les enfants noirs du Hoggar-Tidikelt dans le


Sahara algérien s'adonnent aussi à ce jeu d'imitation du jardinage bien que
l'eau d'irrigation reste imaginaire (p. 77).
Comme mentionné lors de la description des maisonnettes construites
par les fillettes kabyles dans les années 1930, elles faisaient autour de ces
maisonnettes des petits jardins "où de menues branches, fraîchement
plantées sont arrosées par l'eau qui coule d'un bassin de terre." (Laoust-
Chantréaux, 1990: 167).
Dans l'oasis de Meski près d'Errachidia au Maroc et suivant les
souvenirs d'un homme d'environ soixante-dix ans en 1992, des groupes de
jeu de quatre ou cinq garçons de plus de quatre ans se font un petit jardin
qu'ils irriguent. C'est dans ce contexte qu'ils tissaient des dromadaires, des
mulets et des gazelles avec des folioles de palmier (voir Cultures Ludiques
Sahariennes et Nord-Africaines. L’animal dans les jeux et jouets, 2005:
65, 105, 128, fig. 18, 57, 81).
En août 1994 j'ai trouvé un petit jardin délimité par des petits murs de
sable et planté d‟herbes et de fleurs de campagne. Pareilles copies de jardin
sont élaborées par les jeunes garçons gardant les vaches qui pâturent près
de la 'merja', sorte de marais, du village Zhana à 10 km de Kénitra (fig.
288, p. 246). Ces garçons prennent avec une bouteille en plastique à fond
découpé le peu d'eau qui fait surface en bordure de la terre ferme pour

245
irriguer leur jardin. La bouteille avec l‟ouverture du côté de la merja est
placée horizontalement et de telle manière que l‟eau coule lentement dans
la bouteille par la pente descendante créée par le goulot de la bouteille.

288

4.5 Le travail des champs

J'ai trouvé l'unique référence à des jeux d'enfants dans lequel le travail des
champs est représenté dans les réserves du Département d'Afrique Blanche
et du Proche Orient du Musée de l‟Homme. Là se trouvaient huit araires-
jouets collectionnés en 1936-1937. Ce sont les garçons Ouled
Abderrahman des Chaouïa de l'Aurès en Algérie qui jouaient avec ces
araires-jouets mais le déroulement du jeu n'a pas été décrit. Ces jouets
copient d'une manière plus ou moins détaillée les araires utilisés par les
laboureurs (fig. 289, 71.1936.2.261, H = 3,5 cm, LO = 15,5 cm; fig. 290,
71.1936.2.257, H = 14 cm, LO = 26 cm ; fig. 291, p. 247, 71.1936.2.255, H
= 36 cm, LO = 45 cm).

289 290

246
291

Quelques araires-jouets sont tirés par un mulet en bois ou par deux mulets
en bois. L‟exemple de la figure 292 montre deux mulets tirant l‟araire. Le
bois provient du laurier-rose (71.1936.2.256, araire : H = 12,5 cm, L = 42
cm; mulets : H = 8 cm, LO = 9,5 cm).

292

Les garçons imitent la manière traditionnelle de labourer les champs


comme cela se voit sur la figure suivante que j'ai prise près d'Imi-n-
Tanoute dans le Haut Atlas en février 1992 (fig. 293, p. 248).

247
293

En février 2007 Sidi Ahmed, un


garçon de onze ans, a trouvé dans 294
la rivière sèche tout près du village
Douar, situé non loin de Tan-Tan,
une longue branche dont une
extrémité se termine en forme de
T. Une fois qu'il a détaché de la
branche verticale un long
morceau, ce qui reste devient un
araire (fig. 294). Avec cet araire il
commence à labourer son champ
de fortune en face de sa maison
(fig. 295, p. 249). Minutieusement
il dirige l'araire devant lequel il a
attelé un mulet, sa nièce Souquaina de trois ans.

248
Souquaina n'aime pas trop se plier aux exigences de Sidi Ahmed et dit :
"normalement on laboure avec un âne pas avec une ânesse". Sidi Ahmed
répond : "non, on laboure aussi bien avec une ânesse qu'avec un âne".

295

En 2001 au village Lahfart dans


l‟Anti-Atlas un garçon d‟environ sept
ans a fait en argile quatre araires
appelés askerz comme les araires des
fermiers (fig. 296, H+ = 4 cm, L = 4
cm). Le garçon tient l‟araire-jouet par
le haut du côté le plus long pour
pousser son araire dans la terre afin
296
d‟imiter les labours.
Dans le quartier Boulalem de Sidi Ifni deux garçons d‟environ 6 ans
s‟imaginent de labourer un champ en juillet 2006. Le laboureur tient en
main la charrue (fig. 297, p. 250). Cette charrue est tirée par un âne
représenté par l'autre garçon. Comme le montre la photo à droite, le travail
de labour est arrêté pour donner à l‟âne le temps de manger (fig. 298, p.
250).

249
297 298

250
4.6. Le commerce

Bien que le commerce caravanier ait une grande importance pour les
populations sahariennes, je n'ai trouvé dans la bibliographie que deux
références à des jeux qui y sont liées. En ce qui concerne les enfants
maures du Sahara mauritanien Charles Béart mentionne : "Sans jouets, les
enfants organisent ces mêmes caravanes, un certain nombre d'entre eux
jouant le rôle de chameaux. Tous les incidents qui surviennent à une vraie
caravane sont imités." (1955: 598). Le lieutenant Denis de sa part signale
que les jeunes bergers chaamba du Sahara algérien jouent avec des
dromadaires-jouets et organisent dans ce contexte une caravane (1952: 36).
Chez les enfants ghrib du Sahara tunisien je n'ai pas observé pareil jeu
de la caravane. Par contre j'ai vu en 1975 auprès des garçons de l'oasis d'El
Faouar trois jeux figurant le commerçant et ses clients. Un premier jeu
auquel participent déjà des petits garçons met en scène un commerçant de
bétail qui cependant peut aussi vendre en même temps d'autres produits
suivant sa fantaisie. Comme animaux servent d'autres garçons, des garçons
qui deviennent selon leur propre volonté ou celle du commerçant des
chèvres, des moutons, des dromadaires. Du sable peut servir de thé ou de
sucre, des crottes deviennent des légumes. Tout comme au marché, le
commerçant étale ses marchandises et les vante auprès des clients qui ne
sont autre que ses compagnons de jeu. Les clients n'hésitent point à
marchander les prix et payent avec de l'argent symbolisé par des morceaux
de carton, de fer-blanc ou d'aluminium.
Un autre jeu d'extérieur des mêmes garçons imite une de leurs tâches
courantes, c'est-à-dire d'aller faire des courses dans le magasin de l'oasis.
Pour cela un magasin est créé dans un petit espace, éventuellement
délimité par des petits murs de sable ou des pierres. Toutes sortes
d'emballage en carton et en fer-blanc ainsi que des objets de récupération
servent de marchandises mais il n'y a pas de bétail (fig. 299, p. 252). Pour
rendre son magasin plus conforme à celui d'El Faouar, le commerçant
aménage sur un monticule de sable une balance faite d'un bâton avec à
chaque extrémité une boîte de fer-blanc (fig. 300, p. 252). L'argent utilisé
est du même genre que celui du jeu précédent.

251
299

300

Le troisième jeu lié aux activités commerciales concerne la vente de


pastèques. Dans ce jeu les enfants se couchent sur le dos l'un à côté de
l'autre et sur une ligne. Ils représentent des 'pastèques'. Pendant que le
marchand de pastèques et un acheteur marchent autour de la marchandise,
le marchand dit à l'acheteur :

°at'înî flûs yâ shîkh


Donne-moi de l'argent oh cheikh.

252
L'acheteur lui répond :

Lin ît'îb l-bat't'îkh


Attends que la pastèque soit mûre.

A ce moment le marchand et l'acheteur touchent les ventres des garçons


représentant les pastèques (fig. 301).

301

Si le ventre est plat on laisse la pastèque parce qu'elle n'est pas mûre. Mais
si un garçon a le ventre gonflé cette pastèque est mûre et elle est vendue.
L'acheteur et le marchand prennent ce garçon par les mains et les pieds et
le transportent un peu plus loin. Là le garçon-pastèque est balancé de
gauche à droite (fig. 302, p. 254) et les porteurs lui demandent :

Ammâ khîrlek °açâbat 'ummek wa illâ kabbûs sîdek?


Choisis-tu le turban de ta mère ou le bonnet de ton père?

Quand la „pastèque‟ répond "le turban de ma mère" on le pose doucement


par terre. Répond-il "le bonnet de mon père" alors on le laisse tomber d'en
haut. Puis le marchand et l'acheteur recommencent le même rituel jusqu'à
ce que toutes les pastèques soient vendues.

253
302

Les enfants du Souf au Sahara algérien connaissent un jeu semblable dont


les deux premières formules sont à peu près identiques. Cependant le
dénouement du jeu est différent. Selon Bellin, les 'pastèques' sont divisées
en deux camps, un camp rouge et un camp vert. Puis le marchand et
l'acheteur décident quel camp sera le 'paradis' et quel camp sera peuplé de
'démons'. Les deux camps se combattent alors en se projetant des grandes
brassées de sable. Bellin ajoute : "Par ailleurs, on imite l'adulte, on singe la
société des grands : "Mon argent!" - "Attends... Je suis momentanément
gêné...". Il y a aussi une ronde avec dialogue qui ouvre le jeu. (1963: 63, n°
8). Je n‟ai pas vu chez les garçons ghrib cette ronde avec dialogue ni cette
division en deux camps et mes informateurs n‟ont pas mentionné cela.
Des petits magasins sont construits par des filles Belbala et marocaines
et par des garçons marocains. Il s'agit des filles belbala du Sahara algérien
qui dans le cadre de leur jeu de maison font aussi des imitations de
magasins (p. 116).
A Kénitra j‟ai vu en mars 1994 un groupe de jeu de quatre filles de six à
huit ans dont une joue le rôle de commerçante. Son magasin est un grand
morceau de plastique posé par terre. Elle y a étalé comme marchandises
toutes sortes de boîtes de conserves, de cartons et de pots en plastique. Une
autre fille se présente comme cliente. Celle-ci tient en main son porte-
monnaie, un sachet de plastique servant d‟emballage pour le lait vendu par
demi-litre.

254
L‟information sur les jeux et jouets liés au commerce mentionnée ci-
après provient d‟enfants amazighs marocains. Les garçons du village
Ignern dans le Haut Atlas délimitent avec des pierres des petits magasins
pour le jeu de poupées de leurs sœurs et où les filles viennent acheter
(Cultures Ludiques Sahariennes et Nord-Africaines. Poupées d’enfants et
jeux de poupées, 2005: 161).
Au village Ouirgane, situé à 60 km de Marrakech le long de la route du
Tizi n Test, un garçon d‟environ 6 ans s‟est créé un magasin bien équipé
sur le bord d‟un petit canal d‟irrigation (fig. 303). Apparemment il était en
train de jouer tout seul ce jour de juillet 2006.

303

255
En octobre 2006 Khalija Jariaa a vu des enfants jouer au commerçant à
Douar Ouaraben juste en dehors de Tiznit. Dans la soirée du jour où ils
jouent au ménage de la poupée riche (fig. 64, p. 98) la maisonnette devient
une copie du premier supermarché de Tiznit. La caissière se trouve à
gauche et la patronne à droite fait ses comptes. L'autre fille est une des
clientes (fig. 304).

304

Une semaine plus tard la fille à gauche s'est fait son propre magasin. Il
s'agit d'une représentation du grand magasin dans la médina de Tiznit situé
à côte de la pâtisserie Bicha à Bab Aglou, une des portes de la ville. Un
couple est assis des deux côtés de la commerçante (fig. 305, p. 257). Le
petit garçon joue le rôle d'un soldat qui revient à la maison en congé. Pour
cela il s'inspire des soldats casernés tout près de Douar Ouaraben. Une fois
à la maison il demande sa femme, la petite fille, si elle a tout ce qu'il faut à
la maison. Quand elle dit qu'il y a des choses qui manquent, il lui propose
d'aller faire des courses en ville.
Plusieurs maisons sont délimitées avec des petites pierres. Des
emballages récupérés remplis de sable représentent le vrai produit. Les
bouchons sont des services de thé et de café. En bas à droite de la photo se
trouvent les produits pour les soins corporels. Pour le moment le couple
discute le prix des jus de fruits (fig. 306, p. 257).

256
305

306

257
Rachid, un garçon de sept ans, et sa sœur Halima de six ans jouent
ensemble devant leur maison au village Ikenwèn en décembre 2006.
Rachid qui est le meneur du jeu construit d'abord une petite maison à trois
dimensions. Les murs sont faits avec briques et une seule ouverture est
prévue au coin gauche. Pour construire le toit Rachid met d'abord des
bâtonnets sur les briques puis il les couvre de boue (fig. 307). C'est la tâche
de Halima de préparer et d'apporter la boue.

307

A côté de la maison et indiqué par des cartons à œufs se trouve le


poulailler où on vend aussi de la viande de poule et des œufs. La poule est
faite avec un petit sac en plastique rempli de papier et auquel on fixe
quelques plumes (fig. 308, p. 259). La petite flaque d'eau est le puits. Là
les joueurs amènent leurs chèvres, moutons et vaches représentés par des
morceaux de plantes grasses qui poussent aux alentours.

258
308

Ce jeu qui dure toute la journée comprend aussi la fabrication d'un dîner
par Halima. Sur la photo suivante Halima joue le rôle de quelqu'un qui
veut acheter la maison (fig. 309, p. 260). D'abord Rachid refuse. Il dit
qu'un homme lui a déjà demandé d'acheter la maison. Quand Halima
répond qu'elle payera toute la somme en une fois Rachid est d'accord. Il
argumente sa décision de la manière suivante : "les messieurs ont toujours
du crédit à payer par exemple pour le téléphone, chez le boucher et
l'épicerie ainsi il n'y aura pas d'argent pour payer régulièrement le crédit de
la maison".

259
309

Plus tard Rachid se lance dans la réplication miniaturisée de la maison


fortifiée du village avec sa tour à plusieurs étages appelée l borj n jbella.
Selon les habitants la construction de cette tour remonte à environ 300 ans
(fig. 310, p. 261). Les murs sont construits avec des pierres et de la boue.
Pour couvrir l'espace au-dessus de l'entrée une planchette est utilisée (fig.
311, p. 261).

260
310

311

261
Un autre jour de décembre 2006 et au même endroit ces deux enfants
jouent de nouveau aux commerçants. Halima s'occupe du magasin de
poules et Rachid du magasin de réparation des télévisions. La figure 312
montre Rachid qui demande combien coûte la viande de poulet et Halima
s'efforce de fixer le prix qui finalement est fixé à 10 dirhams le kilo (1 €).
Contre le mur deux maisons juxtaposées sont vaguement délimitées, une
pour chaque commerçant. Le magasin du réparateur de télévision est
indiqué par un morceau d'une vieille radio et celui des poules avec un
carton pour les œufs. A l'avant un puits a été aménagé avec le fond d'une
bouteille en plastique.

312

Au village Idoubahman-Imjâd dans la région de Tafraoute un garçon de


cinq ans s‟amuse parfois à jouer au vendeur de marché. Son frère de treize
ans lui construit pour ce jeu une balance en août 2006 (fig. 313, p. 263).

262
313

Un après-midi et soir d'avril 2006 quelques enfants jouent dans le terrain


vague en face de ma maison dans le quartier Boulalem de Sidi Ifni. Un
garçon s'active pour fabriquer des jouets comme un fusil et un masque (fig.
229, p. 199). Après qu'il a joué au combat avec d'autres garçons, il fait
semblant d'être un commerçant au marché. Pour cela il crée une balance
avec deux boîtes de sardines liées par un élastique (fig. 314, p. 264).
La balance peut s'utiliser une fois que le milieu de l'élastique est mis sur
un morceau de bois servant de support comme cela se voit sur la photo
suivante. Cette photo montre le vendeur qui regarde son client (fig. 315, p.
264). La discussion se porte sur les légumes que le client veut acheter, s'il
a besoin d'un ou de deux kilos ainsi que sur le prix à payer.

263
314

315

264
Au même endroit mais en juillet 2006 deux garçons se décident à faire un
magasin de tailleur. Ils commencent par délimiter le magasin avec des
pierres. Puis ils posent par terre un vieux vêtement représentant la
marchandise (fig. 316). Sur la photo les garçons d'environ sept ans
discutent où faire la cuisine. Une fois que le magasin et la maison sont
terminés, il y a deux chambres pour le magasin et quatre pour la maison. Il
y a aussi une entrée séparée pour le magasin et la maison. Le garçon avec
la blouse jaune dit à l'autre garçon qu'il va coudre des vêtements pour
hommes et femmes, spécialement pour femmes car elles achètent
régulièrement des vêtements alors qu'un homme n'achète qu'un pantalon et
une chemise par an. Le deuxième garçon est responsable pour la cuisine et
la préparation de la nourriture parce que le tailleur dit qu'il a trop de travail
pour s'en occuper. Les garçons continuent leur jeu pendant quelques heures
jusqu'au moment où il est temps d'aller manger.

316

D'autres thèmes de jeu pour lesquels les garçons font des maisonnettes sont
la pâtisserie et le restaurant. Ces activités ludiques se sont déroulées à côté
de mon appartement dans le quartier Boulalem de Sidi Ifni le 6 et 11 juillet
2006 au début des vacances scolaires. Six garçons de plus ou moins dix
ans jouent ensemble.

265
A la figure 317 le patron de la pâtisserie en chemise claire et son aide en
chemise foncée délimitent les murs de la pâtisserie. En haut de la photo on
voit la maison que l'aide du pâtissier a construite pour lui-même.

317

Une fois que le grand gâteau est fait, trois garçons l'amènent à la pâtisserie.
Il s'agit d'un gâteau d'anniversaire. Les télécartes qui sont mises dans le
gâteau représentent des cuillères (fig. 318, p. 267). Les garçons font
semblant de fêter l'anniversaire de leur copain Mohamed. Ils font de la
musique avec des instruments de fortune. Une grande boîte de poudre de
lait est le tambour, un tuyau rouge troué sert de flûte et un garçon joue sur
une guitare qu'il s'est créée. Ils chantent aussi quelques chansons
d'anniversaire. Puis il est temps de déguster le gâteau. Les copains veulent
aller chercher de la limonade, des cannettes vides, mais Mohamed dit que
cela n'est pas nécessaire car il y a de l'eau.

266
318

D'autres types de gâteaux sont préparés comme par exemple les gâteaux
pour une personne qui se trouvent à l'avant du plateau (fig. 319).

319

267
La pâtisserie a une caisse tenue par l'aide du pâtissier. Le garçon à sa
droite vient de payer le gâteau qu'il est en train de manger (fig. 320). Les
différents gâteaux sont mis dans la vitrine. Le patron ne s'occupe pas
directement de la pâtisserie mais vient commander un autre garçon
travaillant dans la pâtisserie et de temps en temps il demande combien
d'argent il y a dans la caisse.

320

Trois garçons de Boulalem se sont décidés le 11 juillet 2006 de devenir des


commerçants le long de la route très fréquentée de Guelmim au Sahara.
Pendant que Lahoucine, le patron du restaurant de onze ans, commence à
arranger la cuisine, Mohamed de dix ans va chercher le nécessaire au
milieu de l'espace vide à la fin de la rue Tagragra. Il y est allé en camion, le
tricycle que son père a amené de France mais dont les roues arrière
manquent. Mohamed apporte le fond d'un tajine et une vieille théière au
restaurant (fig. 321, p. 269).

268
321

Dans ce fond de tajine Lahoucine prépare d'abord le kefta de sardines, un


mélange de sardines pilées avec tomates, carottes et épices, ici représenté
par des bouchons de bouteilles de limonade. Les bâtonnets blancs de
sucettes sont des carottes que le cuisinier ajoute à son plat (fig. 323, p.
270). Puis il ajoute du sel, du sable pris par terre.
Pendant qu'il cuisine Lahoucine demande à Mohamed d'aller chercher
avec son camion du sable et des pierres
pour construire une maison. Mohamed est
d'accord mais discute du prix à payer. Il
propose que toute la somme soit payée
soit la moitié de la somme mais avec un
repas en plus. Une fois qu'ils se sont mis
d'accord sur le deuxième mode de
payement Mohamed va chercher une
cargaison de sable. Quand le sable est
déversé, il vient manger son tajine auquel 322
Lahoucine à ajouter deux grands poissons
322
grillés, des boîtes de sardines vides mis
sur les morceaux de kefta (fig. 322).

269
323

Quand le déjeuner est terminé et la vaisselle mise de côté Lahoucine


construit son restaurant en miniature et le chemin qui y mène (fig. 324).

323

324

270
Mohamed est allé remplir son camion de pierres dans le terrain vague. Il
amène un camion tout plein pour le déverser à côté du restaurant (fig. 325).

325

Comme convenu Mohamed commence à construire la maison de


Lahoucine. Miloud de huit ans est le réparateur de télévision. Il montre la
table au milieu du restaurant et dit à Lahoucine qu'elle n'est pas bien
arrangée de cette manière. Il faut y mettre des assiettes (fig. 326).

326

271
Lahoucine s'exécute tout de suite et pose quatre emballages de bonbons
sur la table en guise d'assiettes. Puis il continu de délimiter le chemin
menant à son restaurant. Lahoucine se plaint auprès de Miloud que la
télévision, une vieille pièce de radio vue à la figure 328 (p. 273), ne
marche pas bien. Ce dernier amène donc la télévision pour réparation et
une fois réparée il la ramène au restaurant. Là il empoche les quelques
billets que Lahoucine lui ait payés, billets remplacés par d'autres
emballages de bonbons (fig. 327).

327

Le jeu qui a duré environ deux heures se termine avec la préparation et la


consommation d'un dernier thé (fig. 328, p. 273).

272
328

Avec leurs parents Meryem de sept ans et Zouqaina de trois ans 3 ans et
demi vivent à Tan-Tan une ville située en bordure septentrionale du Sahara
occidental. Un soir d'août 2006 ils sont allés à la plage. Là Khalija Jariaa à
photographie le jeu de sa petite nièce. Zouqaina a crée son magasin de
plage. Elle explique qu'au centre se trouvent des bouteilles de limonade,
d'eau minérale ainsi qu'une petite bouteille de yaourt (fig. 329).

329

273
Le bouchon au milieu représente un flacon de savon liquide. Dans son
magasin elle vend aussi des pots de yaourt et des gâteaux représentés par
une petite boîte et une boîte de sardines remplies de sable ainsi que des
télécartes. Le morceau de polystyrène blanc est son frigo. Zouqaina dit
qu'elle vend aussi du charbon de bois pour grilles les poissons.
Zouqaina invite sa sœur à venir acheter quelque chose. Meryem se laisse
prendre au jeu et vient acheter une bouteille de limonade (fig. 330). Avant
d'installer son magasin Zouqaina a fait un monticule de sable sur laquelle
elle a mis la souris de pluche. Cette fois-ci sa souris de pluche représente
une vrai souris dont il faut faire attention parce qu'elle vient au magasin
manger le fromage et les bonbons.

330

Un peu plus tard Zouqaina décide de faire des sucettes glacées pour les
vendre dans son magasin le lendemain. Quelques bouchons utilisés
auparavant deviennent des sucettes. Puis elle va les mettre dans son frigo
(fig. 331, p. 275).

274
331

275
5 La musique et la danse dans les jeux et jouets
Pour les enfants sahariens et nord-africains chanter, danser et jouer sur des
instruments de musique rudimentaires ou plus élaborés fait souvent partie
d'une même activité ludique. Cependant bien rare sont les auteurs qui ont
décrit les jeux musicaux, les chants et les danses des enfants. Dans ce
chapitre il sera surtout question d'instruments de musique et de bruiteurs
construit par les enfants pour leur amusement ou qui leurs sont offerts par
des adultes. Parmi ces bruiteurs et instruments de musique on trouve des
hochets, des claquettes, des instruments à percussion, à vent et à cordes.
Comme la notation musicale manque, seul le texte des chansons a été
donné. Ce texte se trouve où le jeu en question est décrit comme par
exemple avec les chansons des jeux de poupées (voir Cultures Ludiques
Sahariennes et Nord-Africaines. Poupées d’enfants et jeux de poupées,
2005). Dans le même livre référence est parfois faite à des danses
accompagnant les jeux de poupées.
En dehors de quelques instruments de musique des enfants Chaouïa de
l'Aurès, les données de ce chapitre proviennent de mes recherches au
Sahara tunisien et au Maroc. Pour le Maroc j'ai néanmoins trouvé quelques
informations supplémentaires dans la bibliographie ainsi que dans la
collection du Musée du Quai Branly. La référence la plus ancienne
remonte à 1908 et la plus récente provient de début 2007.
Les enfants ghrib du Sahara tunisien des années 1970 aimaient monter
un petit orchestre pour jouer à la fête de mariage ou pour s'exercer à la
danse. Comme instruments de musique ils utilisaient la flûte, la cornemuse
et le tambour. Tous ces instruments sont faits par les enfants à partir de
l'âge d'environ dix ans mais plus particulièrement par les garçons. Le
tambour, appelé et' t'abâla,
est souvent remplacé par un
vieux bidon en plastique
frappé avec deux bâtons, un
long et un plus court. Les
enfants qui ne jouent pas
sur le tambour ni sur la 332
flûte, donnent le rythme en
se frappant les mains ou en agitant une claquette. La claquette, appelée et'
t'arbâga, est découpée dans le rameau de régime de dattes (fig. 332). Avec

276
une faucille ce morceau de rameau est découpé longitudinalement en deux
ou trois lamelles, d'une extrémité jusqu'aux deux tiers de la longueur. Les
bords des lamelles sont amincis. Où la fente se termine, il faut frapper le
rameau avec le côté obtus de la faucille afin d'assouplir le pli. En agitant
cette claquette des coups de cassure se laissent entendre (fig. 333).

333

Comme le souligne Charles Béart : "Les doigts sont les premiers


instruments à vent permettant de siffler ou de faire entendre des sons plus
ou moins modulés" (1955: 689). Une manière de siffler que les enfants
ghrib ou marocains ne manquent pas d'exploiter. En plus, j'ai vu comment
les garçons ghrib des années 1970 se fabriquent des sifflets et des flûtes.
La fabrication de ce sifflet ou el ghît'a demande un savoir-faire précis. Un
roseau à petit diamètre est coupé à la place d'un nœud pour que le morceau
de roseau soit fermé de ce côté. A une distance du nœud de la largeur de
quatre doigts, le roseau est coupé à nouveau et là le petit tuyau reste
ouvert. Sur la moitié supérieure du tuyau et à la largeur d'un doigt de cette
extrémité ouverte, une entaille est faite dans le sens de la largeur. Dès deux
côtés de cette entaille le morceau de roseau est entaillé longitudinalement
jusqu'au nœud. Maintenant la
petite lame découpée des 334
trois côtés peut se soulever.
Alors il faut amincir un peu
les bords longitudinaux de la
lame. Tout cela doit se faire
avec beaucoup de finesse sinon le morceau de roseau se fend (fig. 334).

277
Pour siffler il faut introduire ce sifflet, avec le côté fermé en avant, presque
entièrement dans la bouche. Puis en posant les dents sur le bord ouvert et
en mettant les lèvres autour de ce bord, on arrive en soufflant à faire vibrer
la lame et à produire un son aigu (fig. 335).

335

Pareil sifflet s'utilise seul mais plus souvent il fait partie de la flûte à
vibreur. Cette flûte
s'appelle el magrûna
(fig. 336). Elle se
compose du sifflet
précité et d'un morceau
de roseau d'environ 15
cm de longueur et d'un
336
diamètre intérieur juste
assez grand pour que le sifflet y puisse entrer. Dans ce morceau de roseau

278
ouvert des deux côtés, quatre trous sont brûlés à une distance d'environ
3,5/5/6,5/8,5 cm mesurée à partir d'une extrémité. Par le côté ouvert le
sifflet est introduit dans la flûte sur une distance d'environ 2 cm. Pour
pouvoir jouer un air de musique sur cette flûte à vibreur il faut vérifier que
la lame du sifflet se trouve sur la même ligne que les trous de la flûte. Puis
on introduit le sifflet tout entier dans la bouche jusqu'à ce que les dents et
les lèvres puissent se placer sur le bord de la flûte (fig. 337). En soufflant
correctement et en utilisant les trous de la flûte les jeunes ghrib exécutent
leurs airs favoris.

337

279
La figure 338 montre que les enfants peuvent occasionnellement
s'exercer sur une flûte pour adultes par exemple lorsqu'un homme est en
train de jouer ou quand le petit a pu mettre la main sur une flûte. Mes notes
d‟observation liées à cette photo prise chez les Ghrib en 1975, expliquent
que c‟est le frère aîné qui a appelé le petit garçon de trois ans pour lui faire
essayer à jouer la flûte.

338

Un autre instrument à vent parfois


utilisé par les garçons ghrib dans leur
orchestre jouant des airs de fêtes de
mariage est le mizwad ou la
cornemuse. La cornemuse montrée à
la figure 339 fut fabriquée en 1987
par un garçon de sept ans vivant dans
l'oasis d'El Faouar. Au centre d'une
face d'un grand flacon en plastique un
petit morceau de roseau servant de
tuyau porte-vent est introduit. Dans
l'ouverture du flacon un morceau de
339

280
roseau plus grand, dans lequel cinq trous ont été brûlés, est poussé. Le
diamètre des morceaux de roseau doit être tel que chaque roseau se glisse
parfaitement dans l'ouverture appropriée. Pour jouer le garçon souffle de
l'air à travers le tuyau porte-vent et avec les doigts des deux mains il ferme
ou ouvre les trous (fig. 340).

340

Les garçons ghrib s'exercent aussi à danser une des danses typiques
exécutée à cloche-pied (fig. 341, 342 p. 282).

341

281
342

Accompagné par leur petit orchestre jouant un air particulier deux garçons
dansent l'un en face de l'autre la danse des bergers appelée jilwâlî.
Les garçons Chaouïa vivant pendant les années 1930 dans le Djebel
Menaâ de l'Aurès en Algérie jouaient aussi sur une flûte à vibreur appelée
'hazmamart'. Elle est du même genre que celle des garçons ghrib (fig. 336,
p. 278). L'anche de cette flûte est un petit tuyau en roseau à languette
entaillée. La flûte des garçons Chaouïa de Menaâ conservée au Musée du
Quai Branly mesure 24 cm de long sur un diamètre de 1,2 cm et elle a cinq
trous (71.1936.2.212).
La Mission Thérèse Rivière qui a collectionné cette flûte en 1936 a en
même temps collectionné quelques claquettes des enfants Chaouïa
d'Amentane dans le Djebel Menaâ. Les cinq claquettes du Musée du Quai
Branly sont faites dans un morceau de palmier d'une longueur de 20 à 30
cm et d'une largeur d'environ 1 cm Dans le morceau de palmier trois
lamelles ont été découpées jusqu'au milieu (71.1936.2.207-211). Les
enfants ghrib des années 1970 utilisaient le même genre de claquettes (fig.
332, p. 276).
Jouer de la musique, chanter et danser peuvent s‟intégrer dans d'autres
jeux. Mais l'activité ludique peut aussi se limiter à exécuter des airs
accompagnés de chants et/ou de danses. Cela était le cas en novembre
1994 à Goulmima au Maroc central. Pour accompagner leurs chants cinq
petits garçons assis en face de l'entrée de l'imi n ighrem ou vieux quartier

282
fortifié formaient un orchestre avec des instruments à percussion faits de
bidons.
Un soir d'août 1999, j'ai observé dans une ruelle du quartier Aït Mansour
de Midelt comment plusieurs fillettes apprennent à frapper les mains dans
le bon rythme. Afin d‟y arriver, elles copient maintes fois la manière de
frapper les mains d'une grande fille. Un jour plus tard dans la même ruelle,
une quinzaine de filles entre trois et douze ans passent la soirée d'été vers
21 heures en frappant les mains et en chantant des chansons. Ce sont des
chansons pour la fête de mariage en amazigh et en arabe. En plus, les filles
poussent de temps en temps des youyous. Il y a aussi la jeune mariée
d'environ huit ans portant un foulard sur la tête. Eventuellement un petit
garçon d'environ quatre ans sert de jeune marié. Au même moment mais à
un croisement de ce quartier, neuf filles et deux garçonnets exécutent la
danse d'awira en chantant des chansons d'école. Les enfants se tiennent la
main et tournent en rond. A un moment donné ils avancent vers le centre
du cercle en pliant les bras jusqu'à ce que les avant-bras se touchent. Puis
ils s'assoient, se lèvent et la ronde recommence. Quelques jours plus tard
dans la soirée et dans la petite vallée Elmou en bordure du même quartier,
six filles entre trois et dix ans tournent autour d'une fille se trouvant au
centre du cercle. En tournant, elles se frappent les mains et chantent.
Que les filles aiment déjà danser comme les grands à l'âge de deux ans et
qu'elles y sont stimulées par les adultes est démontré par Selma, une fillette
de deux ans et demi (fig. 343, p. 284). Un dimanche après-midi d'août
1999 dans la maison de sa grand-mère maternelle à Midelt, cette petite fille
a commencé à danser spontanément. Tout de suite elle est stimulée de
manière enthousiaste par les spectatrices et les spectateurs. Selma montre
déjà quelques mouvements de danse spécifiques comme ceux faits avec la
tête, les mains et les cheveux. Bien vite Selma va chercher des vêtements
plus adéquats et elle revient avec quelque chose qui ressemble à la ceinture
typique. Aidée par sa mère Selma parvient à la mettre convenablement et
continue à danser (fig. 344, p. 284).

283
343 344

Les petites filles Aït Ouirra de la région d'El Ksiba au Moyen Atlas
apprennent-elles aussi à chanter, à danser et à jouer au tambourin appelé
'tellount' (Oubahammou, 1987: 51).
Ici et là au Maroc j'ai vu entre les mains des enfants des instruments à
percussion, des instruments à vent ainsi que des instruments à cordes.
Beaucoup d'instruments de musique utilisés par les enfants sont fabriqués
par eux-mêmes mais parfois ils en reçoivent de leurs parents ou d'autres
adultes surtout pour la fête de l'°Ashûra.
La référence la plus ancienne que j'ai trouvée sur ces instruments de
musique provient d'Edmond Doutté et date de 1908. Il parle du tambourin
et du hochet. Selon cet auteur les enfants de Constantine dans le Nord-Est
de l'Algérie achètent pour l'°Ashûra "des tchekâtchek, jouets en fer-blanc
ou en bois peint qui sont de petites boîtes pourvues d'un manche et
renfermant une pierre destinée à faire du bruit quand on agite le jouet" (p.
534).

284
Pour cette fête le même genre de hochet est donné aux enfants de Fès au
Maroc pendant les années 1930. Jeanne Jouin a collectionné pour le Musée
de l'Homme deux de ces hochets en 1933. Le fer battu utilisé pour ces
hochets provient de vieilles boîtes de conserves. Un ferblantier juif a
façonné un cylindre creux qu'il a pourvu d'une poignée et rempli de
grenaille (71.1933.77.47-48, H = 7 cm, D = 2,8 cm). Mas Marie (1960-
1961: 225) décrit le même hochet environ trente années plus tard :

On donne à l’enfant un hochet ‘jenjel’ (Fès) ou kharkhâcha (Rabat),


fabriqué par le ferblantier, composé d’un cylindre fermé en fer blanc,
dans lequel on a introduit des petits cailloux, et d’un manche du même
métal. Parfois le manche est terminé par une anche ‘zemmâra’ qu’on
fait vibrer pour amuser l’enfant. On achète également de nos jours des
hochets en celluloïd ‘kâfûr’ de fabrication européenne.

Dans son livre Quelques manifestations de l'esprit populaire dans les


juiveries du Sud-Marocain, décrivant les résultats de ses recherches de
1948 à 1958, Pierre Flamand écrit (p. 157) ce qui suit sur le hochet :

Dans les mellah cette production présente une assez grande variété
inspirée de deux types; le plus simple se confectionne avec cinq ou six
rondelles de fer blanc enfilées et mobiles sur un roseau; le mouvement
imprimé à l'ensemble par l'enfant les fait tintinnabuler. Un hochet de ce
type s'achète à partir de cinq francs chez le ferblantier juif. L'autre type
de hochet indigène enferme deux pois chiches dans un petit cylindre de
fer-blanc de deux à quatre centimètres de diamètre, obturé à ses deux
extrémités et soudé à une tige de même métal de huit à douze
centimètres de longueur. Le ferblantier juif le fabrique comme le
précédent, à partir de vieilles boîtes de conserve et il le vend de dix à
vingt francs suivant sa taille. Les hochets s'offrent aux enfants surtout
lors de la fête de Pourim.

Cet auteur décrit encore deux autres bruiteurs, les castagnettes et les
crécelles :

Les castagnettes existent dans chaque mellah mais à un petit nombre


d'exemplaires : dans les mellahs urbains, les magasins de jouets les

285
proposent à 1.500 francs la paire; en montagne, les enfants taillent et
arrondissent au couteau des cupules de bois de noyer qu'ils passent
ensuite à la flamme pour obtenir une meilleure sonorité. L'usage des
castagnettes dans les mellahs, se réduit aux enfants qui en tirent
individuellement quelques claquements, sans jamais atteindre la
virtuosité et sans employer ces instruments pour rythmer des évolutions
de groupes comme le font les danseurs du pays chleuh (berbère) (p.
157)… Avec les déchets de leur fabrication de lanternes, les ferblantiers
indigènes montent des mécanismes - grossièrement analogues aux
crécelles offertes par les magasins de jouets européens : une lamelle
flexible, fixée à l'une de ses extrémités, frotte, par l'autre extrémité, sur
une roue dentée; une poignée perpendiculaire à ce dispositif permet de
faire tourner la roue tout en maintenant l'ensemble. La plupart des filles
et des garçons possèdent une crécelle, au moins dans les mellahs
urbains. Le bruit discordant qu'ils en tirent justifie le nom de "casse-
tête" attribué à ce jouet en milieu israélite (p. 158).

Un dernier bruiteur qui toutefois sert aussi à donner le rythme est la


claquette déjà décrite ci-dessus pour les enfants ghrib (fig. 332, p. 276).
J'ai vu en novembre 1994 pareille claquette à trois lames, découpée dans le
rameau de régime de dattes, et appelée shbakala par les garçons et les filles
amazighes de Goulmima au Maroc central. Normalement plusieurs garçons
ou filles créent ensemble un rythme avec ces claquettes et parfois ils ou
elles chantent en même temps.
De vrais instruments à percussion se trouvent aussi entre les mains des
enfants marocains. Il s'agit de petits tambourins ou de tambours. Mes
informatrices de la région de Midelt au Maroc central m'ont décrit un petit
tambourin, appelé kherkhasha en amazigh. Ce tambourin est donné aux
fillettes et aux filles pour la fête de l'°Ashûra. Sur un cercle de bois un
fragment de peau de chèvre est tendu d'un côté. Dans le cercle de bois de
quelques centimètres de hauteur, des petits disques en fer-blanc sont fixés
deux par deux et avec un petit clou dans les fentes faites à cette fin. J'ai
acheté un exemple de ce tambourin à Marrakech en 1992. La peau est
collée sur un cercle de carton ((fig. 345 à gauche, p. 287, H = 3,5 cm, D =
8,5 cm, D des disques = 3,5 cm). En plus, j'ai vu quelques jours avant
l'°Ashûra de 1993 dans le village Zhana près de Kénitra quelques filles
jouant sur ce type de tambourin. Selon des informations obtenues au

286
village Ksar Assaka près de Midelt, il arrive que la peau manque et qu'il
n'y ait que les petits disques en fer-blanc dans le cercle en bois. Dans ce
village ces tambourins sont en principe uniquement utilisés par les filles.
Elles l'utilisent spécialement pendant la fête de l'°Ashûra lorsqu'en
chantant, elles vont quémander de maison à maison. Des fillettes de trois
ou quatre ans s'amusent parfois avec ces tambourins.
Un tambourin à peau tendu sur cercle de bois mais sans disques de fer-
blanc s'appelle tellunt en amazigh du Maroc central et bendir en arabe
marocain. Cet instrument
de musique qui tient un rôle
important dans la musique
populaire est frappé avec
les mains. Deux
informations provenant du
petit village Ksar Assaka
attestent qu'un modèle
réduit est fabriqué à
l'intention d'une fille. Dans
le premier cas, une mère
avait l'habitude dans les
années 1970 d'utiliser la
peau d'un mouton, tué lors
de la fête de l'°Aïd el kebir, 345
pour faire un petit tellunt
qu'elle donnait à ses filles. Dans le deuxième cas, un père a fabriqué pour
l'°Aïd el kebir de 2000 un petit tellunt pour Selma, sa fille unique de deux
ans et demi. Les filles utilisent ce tambourin pour accompagner leurs
chansons et danses. Pierre Flamand note que les enfants des familles aisées
participent aux réjouissances musicales des adultes "avec des tambourins
de dimensions réduites, confectionnés à leur intention par les artisans
indigènes. Juifs et berbères en usent de même à cet égard." (p. 150).
Sur la photo ci-dessous on retrouve les mêmes petits enfants du village
Idoubahman-Imjâd qui jouaient à la dînette (fig. 205, p. 189). En août 2006
Mohamed de cinq ans s'amuse à faire de la musique. Il réussit déjà assez
bien à frapper le tellunt, un tambourin pour enfant que son père lui a fait
(fig. 346, p. 288).

287
A côté de Mohamed on voit sa petite sœur et une cousine du même âge.
A tour de rôle une fillette joue à attraper l'autre. Une fois que la fille à la
blouse rouge a pris sa cousine celle-ci doit devenir son âne. La première
fille se réjouit d'être porter à dos d'âne mais l'autre n'aime pas du tout cela
ce qui se remarque bien sur son visage.

346

Un autre type de tambourin en poterie est surtout donné aux garçons pour
la fête de l'°Ashûra (fig. 345 à droite, p. 287, H = 25 cm, D = 11 cm). Selon
des informations provenant du village Ksar Assaka, le modèle le plus petit
peut aussi se trouver entre les mains de petites filles de deux ou trois ans
car à cet âge la différentiation sexuelle ne joue pas encore.
Ce tambourin s'appelle ta°rija, un nom déjà noté par Jeanne Jouin qui
décrivit l'exemple qu'elle a acheté à Fès en 1933 de la manière suivante.

288
Une peau est tendue sur un cylindre en poterie avec deux cordes boyaux
tendues sur la face intérieure de la membrane (71.1933.77.49). Le cylindre
est couvert de peinture avec des fleurons bleus sur fond rose (H = 17,5 cm,
D = 6 cm). Il s'agit d'un modèle réduit donné aux enfants surtout pour la
fête de l'°Ashûra. Déjà en 1915 ces tambourins sont mentionnés par F.
Castells dans sa "Note sur la fête de Achoura à Rabat" (p. 342). Il écrit :

Les 'agouals' sont des tambourins oblongs en poterie ordinaire. Leur


forme est à peu près celle d'un cylindre s'amincissant au milieu de sa
hauteur et se terminant en tronc de cône, légèrement évasé. Sur la
partie évasée est appliquée une peau de chèvre sur laquelle on frappe
après l'avoir légèrement chauffée pour la tendre et la rendre ainsi
sonore. Les 'agouals' sont soit en poterie nue, soit peints en rouge et
ornés d'un dessin en traits croisés; dans ce dernier cas, on les appelle
aussi ’taârija’... Il en est des tout petits qu'on achète pour les enfants, et
de très grands qui seront précieusement conservés jusqu'à l'Achoura
prochaine. La dimension ordinaire est de 33 centimètres sur 12
centimètres.

J‟ai acheté une série de tambourins de grandeur différente dans la ville


côtière Kénitra pendant la fête de l‟°Ashûra en 1994 (fig. 347).

347

289
Le plus petit tambourin avec décor brun et vert sur fond blanc a coûté
deux dirhams ou 0,2 € (H = 7,5 cm, D = 4 cm). Celui à bandes rouges,
bleues et noires coûtait le même prix (H = 12,5 cm, D = 8 cm). Il y a aussi
un autre petit tambourin en poterie émaillée à décor brun et gris (H = 12,5
cm, D = 6,5 cm) ainsi qu'un tambourin plus grand de couleur ocre (H = 21
cm, D = 10 cm). Le tambourin le plus grand est très décoré avec un arbre,
un palmier, des oiseaux et un dessin qui ressemble à une gazelle sur un
rocher, peint en brun et vert sur fond jaune et avec des cercles noirs en bas
et en haut (H = 24,5 cm, D = 12 cm). Les enfants prennent ces instruments
avec une main et le frappent avec l'autre main.
A Midelt lors de l'°Ashûra de 1999 j'ai obtenu deux autres tambourins
très décorés avec de la peinture brillante et un décor géométrique dessiné
en lignes blanches (H = 20,5/21,5 cm, D = 10/11,5 cm). Pendant la fête de
l'°Ashûra en mars 2003 à Sidi Ifni ce même type de tambourin, appelé
aussi ta°rija, était bien mis en vue chez quelques marchands ambulants. A
ce moment beaucoup de filles y jouaient pour accompagner leurs chants. A
Sidi Ifni pour l‟°Ashûra fin janvier 2007 des vendeurs ambulants vendent
des petits tambourins (H = 10 cm) à 1 dirham ou 0,1 € et des tambourins de
taille moyenne (H = 18 cm) à 5 dirhams ou 0,5 € (fig. 348).

348

290
Ces tambourins sont donnés aux enfants Aït Ouirra de la région d'El
Ksiba au Moyen Atlas. Là il s'appelle 'tikazdoumma' et se sont des
cylindres en poterie recouverts d'une peau de chèvre tendue
(Oubahammou, 1987: 85).
Le t'bal est un instrument de percussion avec une peau tendue des deux
côtés d'un cylindre. Ce tambour est normalement donné aux garçons pour
l'°Ashûra. Celui que j‟ai acheté
à Midelt en 1999 est porté au
cou par un lacet bleu attaché à
deux crochets (fig. 349, H = 7
cm, D = 10 cm). En haut et en
bas du cylindre en carton un
ruban jaune brillant est fixé par
des clous. Le tambour est
frappé avec deux baguettes
349
coupées dans une planche de
caisse à tomates parce que ce bois est dur et ainsi il produit un son clair.
Ce tambour est utilement remplacé par un vieux bidon d'huile en
plastique que l'on porte au cou ou à l'épaule. Il est aussi appelé t'bal et on
le frappe avec deux bâtons. Normalement il est utilisé par les garçons pour
la fête de l'°Ashûra. La photo de la figure 350, prise à Goulmima au Maroc
central lors de la fête du trône de 1996, montre cependant que les élèves
l'utilisent aussi dans le cadre de la participation des écoles à cette fête.

350

291
Les enfants aiment utiliser une grande boîte de poudre de lait comme
tambour et quelques petits garçons du village Ikenwèn dans la région de
Tiznit ont eu la chance d'en avoir en décembre 2006 (fig. 351).

351

Un dimanche en mai 2005 avant la tombée du soir, un groupe de six


garçons entre sept et neuf ans forment un orchestre de percussion dans le
quartier Boulalem de Sidi Ifni. Ils font cela pour le deuxième jour
consécutif et jouent environ une heure. Ils frappent des rythmes locaux et
chantent en arabe marocain. Comme instruments ils utilisent toutes sortes
de bidons en plastique ou en métal et des bouteilles en plastique qu‟ils
frappent avec des bâtons et des barres en métal (fig. 352).

352

292
Ici et là on voit au Maroc des garçons qui jouent du tambour et ils
s‟amusent fort bien comme le font des garçons de Sidi Ifni en août 2005. Je
les ai trouvés par hasard sous un arbre au bord de la route menant au port
de Sidi Ifni. Des récipients en fer blanc et en plastique servent de
tambours. Devant leurs tambours ils ont mis des micros fait avec des
bâtons de roseau. Surtout le garçon le plus jeune chantait et dansait à la
grande joie des autres garçons (fig. 353).

353

Pour les garçons du quartier Boulalem de Sidi Ifni août 2005 semblait être
un mois pour faire de la musique. Quelques jours après que j‟ai trouvé les
musiciens ci-dessus, plusieurs groupes de garçons battaient leurs tambours
de fortune à la tombée de la nuit. C‟est alors que j‟ai vu Zakaria, un garçon
de douze ans, jouant de la batterie en présence de ses amis. Il a fait sa
batterie avec trois boîtes de poudre de lait en fer blanc et leurs couvercles.
Des manches de brosses sont utilisées pour construire la structure
supportant les tambours et tout est fixé avec du ruban adhésif noir. Deux
cymbales complètent cette batterie. Pour créer une première cymbale un

293
long clou est enfoncé dans le couvercle puis dans la manche en bois mais
d'abord une bobine de fil à coudre en plastique a été mise sous le
couvercle. Pour faire la deuxième cymbale un autre clou est enfoncé dans
un premier couvercle, puis à travers un bouchon et un deuxième couvercle,
et finalement à travers le tambour inférieur. Afin de tenir ce clou en place
un bouchon y est mis à l‟intérieur du tambour inférieur. Quelques grandes
pierres mises à l‟intérieur du tambour inférieur tiennent la structure en
équilibre. Deux morceaux de branche servent de baguettes (fig. 354, H =
44 cm, L = 36 cm).

354

Zakaria disait qu‟il a trouvé l‟idée en regardant un orchestre jouant lors


d‟une fête de mariage célébrée en été. Cependant, il s‟agit de la première
batterie qu‟il a réalisée.

294
Dans les villes comme dans les villages les boîtes de lait en poudre en
fer blanc sont idéales pour être utilisées comme tambour. Le plus souvent
on frappe le dessous de la boîte avec un bâton ou avec les mains mais les
tambours plus élaborés ont une peau en place du fond de la boîte (fig. 355).
Les tambours montrés ci-dessous sont faits par Abderrahim, un garçon de
seize ans du village Igîsel à environ 3 km des sources chaudes Abaynou
près de Guelmim au Pré-Sahara. Comme membrane il a utilisé des
morceaux de peau de chèvre. Une fois le fond de la boîte en fer blanc
enlevé il faut serrer la peau humide sur la boîte. Quand la peau est séchée
elle reste en place sans adhésif. Abderrahim a réalisé ces tambours pour les
utiliser lors de l‟°Ashûra ou d‟autres fêtes.

355

295
Un garçon de Midelt de onze ans m‟a
raconté en juin 2000 qu‟il fabrique une
copie d‟un instrument de percussion en
métal typique des Gnawa (musiciens noirs)
appelé qerbshèlla (fig. 356). Le garçon le
tient avec un fil autour de son pouce et un
autre mis autour du médius et de l‟index.
Ce jouet musical est surtout utilisé pendant
l‟°Ashûra quand d‟autres garçons jouent au 356
tambour et de la flûte.
J'ai vu au Maroc plusieurs manières de faire des sifflets aussi bien avec
du matériel végétal, du papier qu'un morceau de boîte en fer blanc. Les
filles et les garçons de la région de Midelt au Maroc central utilisent le
haut d'un roseau jeune et vert à l'endroit où la feuille est encore enroulée. Il
faut tirer cette feuille enroulée, la mettre avec le côté légèrement ouvert
dans la bouche et serrer doucement les lèvres. Alors on peut obtenir un son
strident en soufflant. Une feuille de papier est aussi utilisée. D'une feuille
de cahier d'école, par exemple, on
déchire un rectangle plus ou moins
grand et on le plie en deux dans le 357
sens de la longueur. Des deux côtés
un bord assez large est replié. Puis il
faut faire un trou au centre du pli du
milieu. Un premier sifflet en papier
d'environ 6 cm sur 5 cm a été fait par un garçon de neuf ans. Un garçon de
onze ans a fait le deuxième exemple de 11 cm sur 5,5 cm (fig. 357). Ces
sifflets ont été réalisés à Midelt en octobre 1998.
Pour siffler le morceau de papier
plié et troué est placé avec le trou en 358
bas entre deux doigts afin que les
bords repliés reposent sur les doigts
(fig. 358). En ouvrant un peu les
doigts et en régularisant son souffle
l'enfant arrive à produire des
sifflements. Le sifflet de feuille de
roseau aussi bien que celui de papier
s'appelle t'azemart en amazigh local.

296
359
A 30 km avant Midelt en venant
de Meknès, au village Zaïda, une
fille m'a montré comment on fait un
sifflet avec une fleur (fig. 359). La
fille a pris les pétales caliciforme et
elle enlève les étamines. Puis elle a
mis les pétales en bouche par la
petite ouverture à la base. En
appuyant avec les lèvres sur
l‟ouverture et en soufflant
adéquatement elle arrive à produire
des sons stridents.
Pierre Flamand parle des sifflets
utilisés par les enfants du sud du
Maroc dans les années 1950 (p.
158) :

Les enfants, avec un bout de tige de roseau, les artisans indigènes avec
quelques fragments du fer blanc des boîtes de conserve reproduisent les
deux modèles universellement connus de sifflets : le sifflet long et le
sifflet rond. Ils fabriquent également un sifflet à eau. Ce jouet a pour
réservoir une tige de roseau de quelque vingt centimètres de longueur et
d'un bon centimètre de diamètre, fermée à ses deux extrémités. Près de
l'une de ces extrémités, s'ouvre un trou cylindrique dans lequel
s'emboîte une courte tige creuse servant au remplissage du réservoir.
Près de l'autre extrémité se place, symétriquement, une autre tige courte
taillée en biseau. Souffler dans cette tige agite l'eau dans le corps de
l'instrument, produisant des gargouillis sonores qui plaisent aux
enfants. Les petits berbères n'ignorent pas ce plaisir. Le réservoir à eau
de leur Seffara se constitue parfois simplement d'une grenade percée de
deux trous et vidée de ses grains. En Espagne, une gargoulette remplit
le même office.

Comme les artisans mentionnés par Pierre Flamand, les garçons du village
Ikenwèn dans la région de Tiznit font ce sifflet en fer blanc en juillet 2006
(fig. 360-361, p. 298, H+ = 2 cm, LO+ = 4 cm). Ils les découpent dans une
boite de limonade. Le plus souvent la partie courbée reste ouverte mais

297
parfois elle est repliée jusqu'à la lame plate. L'embouchure simple se limite
à la partie plate du morceau de fer blanc. Plus souvent un morceau de fer
blanc plié est mis sur la partie plate. Pour siffler il faut prendre la partie
courbée entre le pouce et l'index et faire attention qu'elle reste horizontale
et en ligne avec l'embouchure. Ce sifflet produit un son fort et si on met
une petite perle en plastique dans la partie courbée le son ressemble à un
sifflet de policier. Pareils sifflets s'utilisent pour le jeu de policiers et
voleurs.

360 361

En 1931 le Musée de l'Homme a reçu de Jeanne Jouin une flûte provenant


de Rabat qui est jouée par les jeunes bergers et les enfants (71.1931.45.29,
H = 24 cm). Selon les informations du fichier c'est un roseau cylindrique
creux avec embouchure en biseau et ouverture en biseau près de cette
embouchure. Le roseau est percé de huit trous, sept à l'avant et une à
l'arrière. L'embouchure est peinte en rouge.
J'ai acheté le même type de
flûte de roseau avec le même
nombre de trous à Marrakech en
1992 (fig. 362). A l'extrémité
opposée de l'embouchure le
roseau fut découpé à un nœud
pour que le tube reste fermé.
362
Pareille flûte est aussi vendue aux
visiteurs de la source Aïn Vittel d‟Ifrane au Moyen Atlas où elle fut
donnée en août 1999 à une petite fille de moins de deux ans.
Dans les mellahs du sud marocain et pendant les années 1950, une flûte
semblable était utilisée. Pierre Flamand décrit cette flûte de la manière
suivante (p. 158) :

298
Avec un tube de roseau, d'un centimètre environ de diamètre, de vingt à
trente centimètres de longueur, taillé en biseau à l'une de ses extrémités
et pourvu d'un orifice d'appel d'air près de ce biseau, les petits
indigènes du Sud préparent une sorte de pipeau. Cet instrument de
musique rudimentaire possède des possibilités très limitées de
modulation des sons. Ce jouet appartient à la tradition folklorique juive
par son association aux festivités de Pourim. Les enfants en reçoivent de
leurs parents et de leurs amis, pour leur permettre de s'associer
bruyamment à la glorification d'Esther et de son peuple. Les magasins
de jouets offrent des flûtes à six trous en matière plastique, de
fabrication européenne, valant 200 à 300 francs. Il s'en vend peu. Les
produits indigènes conservent la faveur des mellahs en raison de leur
prix modique (10 à 20 francs). Dans les grandes agglomérations, les
marchands de cages d'oiseaux assurent cette production; à la campagne
et partout où les enfants disposent de bambou, ils les confectionnent
eux-mêmes.
363
En février 2007 Sidi Ahmed de onze
ans vivant au village Douar près de
Tan-Tan a reçu d‟un grand-père
paternel sa longue flûte en roseau.
Sidi Ahmed en voulait une depuis
qu‟il l‟a vue dans une fête de
mariage. Sur cette flûte il essaie de
jouer un air de berger (fig. 363).
Une flûte d'un type particulier
totalement faite avec des objets en
plastique récupérés me fut présentée
à Midelt au Maroc central par le
garçon qui l‟a fabriquée en
septembre 1999. Il s‟agit d‟une
copie de la flûte locale appelée el
ghêta et ressemblant à un hautbois à
six trous, cinq à l'avant et un à
l'arrière. Pour faire l'embouchure il a
mis un bouchon de bouteille d'huile
au-dessus d'une extrémité du tuyau.

299
Puis il a introduit au centre de ce
bouchon et par un petit trou fait à
cet effet, une paille en plastique de 6
cm de long que l'on trouve dans les
petites boîtes de limonade (fig. 364).
Sur l'autre extrémité un pavillon,
d'un diamètre maximal de 8 cm, est
364
créé avec la partie supérieure d'une
bouteille de limonade. Avec l'ouverture en avant ce pavillon est mis sur le
tuyau où il est fixé avec quelques lamelles de plastique provenant de la
même bouteille (fig. 365, LO = 30 cm, D du tuyau = 2 cm).

365

Sur la route de Kasba Tadla à Khénifra près du village Tighboula non loin
d'El Ksiba au Moyen Atlas, j'ai rencontré Khalef, un jeune berger de treize
ans. Au bord de la route il était en train de jouer sur son violon un jour de
septembre 1999 (fig. 366, p. 301). Ce violon, dénommée kamanja, est
confectionné par lui-même.

300
366

La caisse de résonance est un vieux bidon de fer blanc d'environ 20 cm sur


17 cm et 6,5 cm. Elle est percée d'un bâton d'environ 65 cm de long sur un
diamètre maximal de 4 cm. Ce bâton provient d'une branche de bois léger
qui fut totalement écorcée sauf deux carrés d'écorce. Un carré d‟écorce se
trouve à l'avant de la volute et un visage - à nez, bouche, yeux et oreilles -
est incisé dans l'écorce. Un autre carré d‟écorce se trouve à l'arrière en
dessous des chevilles où un X fut incisé (fig. 367-368, p. 302).

301
367 368

En dessous de la volute le garçon a évidé le bâton sur une longueur de 8


cm, une largeur d'environ 2 cm et une profondeur d'environ 1,5 cm. De
chaque coté de ce creux il a brûlé trois trous dans lequel s'enfoncent les
trois chevilles d'environ 5 cm de long faites avec le même bois. Les
ouvertures latérales de la table supérieure du violon sont remplacées par
des ouvertures rectangulaires découpées dans le haut et les côtes de la
caisse. Ces rectangles mesurent environ 6 cm sur 7 cm. Juste en bas de ces
ouïes et au centre se trouve le chevalet fait d'un morceau de bois très léger
et doux provenant probablement d'un cacaotier. Le bord replié en bas du
bidon et dans lequel trois trous sont percés sert de cordier. Les trois cordes
en métal sont faites de spirales de cahiers d'écoles étirées. Une fois les
cordes attachées aux chevilles il devient possible de leurs donner la tension
voulue en tournant les chevilles. L'archet utilisé par ce berger est une
branche d'olivier de 52 cm de long sous-tendue par cinq crins de fil de
nylon achetés au magasin. D'un côté les fils passent par une entaille après
quoi ils sont noués ensemble. De l'autre côté ils sont tenus en place avec un

302
fil de laine. Au centre l'archet est décoré de trois incisions circulaires
distanciées l'une de l'autre d'environ 4 cm (fig. 369).
369
369

Selon des voisins de Khalef les autres bergers de la région ne font pas de
violons. Ils soulignent aussi que Khalef bien qu‟il vive déjà des années
dans la région de Tighboula appartient à la population Aït Haddidou
d'Imilchil au cœur du Haut Atlas.
La fabrication de pareils violons semble rare mais deux de mes
informateurs de la région de Midelt m'ont dit qu'ils en ont fabriqué un
lorsqu'ils étaient des garçons. En plus j'ai vu en mai 2005 un violon
fabriqué par Hafid, un garçon de sept ans du village de montagne Lahfart

303
dans la région de Sidi Ifni (fig. 370). Hafid disait que son frère de dix ans
l'a aidé à créer cet instrument de musique sur lequel il est possible de jouer
des airs.

370

Comme caisse de résonance une vieille casserole à manche est utilisée (D


= 18 cm, H = 9 cm). Dans l‟ouverture pour la manche une planche est fixée
(L = 58 cm, B = 4 cm). Un morceau de bois de 12 cm sur 5 cm, cloué en
haut de la planche, sert de volute dans lequel trois vis ont été vissés. D‟un
côté les cordes sont attachées au clou fixant la planche à la casserole et de
l‟autre côté aux ouvertures des vis. Hafid a reçu ces cordes en nylon d‟un

304
voisin qui les a obtenues d‟un pêcheur à la ligne. Une planchette mince de
16 cm sur 10 cm est clouée en bas de la planche. Cette planchette
commence juste au-dessus de la partie supérieure de la casserole et s‟arrête
à environ 3 cm du bord inférieur de la casserole. A cet endroit un morceau
de bois rectangulaire servant de chevalet est introduit sous les cordes.
L‟archet est une branche courbée d‟environ 30 cm avec un fil de cuivre
tendu entre les extrémités.
Entre les mains d'un garçon de six ans vivant dans la petite ville
Goulmima au Maroc central j'ai trouvé en novembre 1994 une guitare à
trois cordes, les cordes étant de vieilles cordes d'instruments à cordes. La
caisse de résonance d'une largeur maximale de 8 cm est faite d'une
bouteille de limonade en plastique fixée sur un bâton d'environ 80 cm de
longueur. En haut du bâton deux clous et une entaille servent à fixer la
corde qui contourne en bas la pointe découpée dans le bâton.
En février 2003 j'ai pu photographier dans une rue en haut de la colline
du quartier Boulalem à Sidi Ifni un garçon de treize ans en train de jouer
sur la guitare qu'il s‟est construite (fig. 371). Cette guitare est faite avec
une boîte de fer blanc ronde, une latte, quelques clous et de cordes réelles.
Le garçon m'a dit que son père l'a aidé à finir la guitare.

371 372

206

305
Une autre guitare du même genre vient du village Igîsel près de
Guelmim dans le Pré-Sahara (fig. 372, p. 305, H = 58, LO = 15). Un
371
garçon de quatorze ans l'a créée en 2005 avec un bidon de colle, une
planchette, des fils nylons et des vis. Le chevalet est un morceau de
manche de balais. Les trois cordes sont attachées en bas du chevalet aux
clous qui fixent la planche à la caisse de résonance et en haut de la planche
aux trois vis.
Mohamed Sijelmassi nous montre une photo couleur d'un garçon avec sa
guitare : "un bidon d'huile, des fils de fer, un bout de bois" (1984: 88).
La concurrence faite aux bruiteurs et aux instruments de musique que les
enfants ou les adultes fabriquent localement par ceux importés et le plus
souvent en plastique ne date pas d'aujourd'hui car F. Castells mentionne
déjà en 1915 des tambours et des clairons de fabrication européenne
vendus pour la fête de l'°Ashûra à Rabat (p. 342). Soixante-seize ans plus
tard, j'ai trouvé toute une série de ces jouets musicaux peu coûteux à
Marrakech en 1992. J‟ai donné le hochet (fig. 373) et la trompette (fig.
374) aux enfants d‟une femme de Marrakech qui m‟a informé sur les
poupées de son enfance.

373 374

306
Au même moment j‟ai aussi acheté un sifflet (fig. 375), un accordéon et
une deuxième trompette (fig. 376). Ces instruments de musique fabriqués
en Asie du Sud-Est sont vendus avec d'autres jouets par les marchands
ambulants et dans des petits magasins spécialement pour l'°Ashûra.

210

375 376

307
6 Les rituels et les fêtes dans les jeux et jouets
Comme avec beaucoup d‟aspects de la vie familiale, les enfants sahariens
et nord-africains s‟accaparent les rituels et les fêtes pour créer des activités
ludiques. Mais parfois la séparation entre le jeu et le rituel s'estompe et les
enfants sont intégrés directement à la vie rituelle. Alors les enfants
exécutent un rite mais dans ce cas le rituel et le jeu se côtoient.
Parlant des liens entre activités ludiques et jouets, d‟un côté, et des
rituels et fêtes, de l‟autre côté, il faut souligner que ce chapitre parle plus
de jeux dans lesquels certains rituels et quelques aspects des fêtes sont
377
interprétés par les enfants que de véritables jeux rituels. Un exemple est
donné par la fillette Selma de deux ans et demi, déjà mentionnée en parlant
de la danse (fig. 343, p. 284), qui avec la même spontanéité imite la prière
(fig. 377).
377

Dans son livre Jeux et Jouets de l'Ouest Africain Charles Béart consacre un
chapitre sur la magie et la prestidigitation dans les jeux (p. 565-569), sur
les jeux rituels (p. 571-578) et sur le lien entre les jeux et les fêtes (p. 578-
590). Contrairement à d'autres chapitres du livre de Charles Béart, le
chapitre sur la magie et la prestidigitation dans les jeux ne comporte pas
d'informations sur les enfants touaregs et maures. En plus les données
provenant de mes recherches sur le terrain restent limitées.

308
Auprès des enfants ghrib du Sahara tunisien j‟ai trouvé quelques jeux
liés à la magie ou la vie religieuse. Ainsi, quand les enfants ghrib des
années 1970 avaient besoin de tracer un cercle pour un de leurs jeux ils
imitaient souvent un rite de la protection des biens (fig. 378).

378

Les filles ou les garçons se mettent l'un derrière l'autre. En marchant ils
tracent avec le pied un cercle dans le sable (fig. 379) et chantent :

Khot'a khot'a.
Illi mê ikhawutesh ommah mangûta.
Pas par pas (on fait le cercle).
Celui qui ne fait pas le cercle sa mère tombera malade.

379

309
Lorsque le tracé du cercle est terminé, le premier joueur commence à
courir à toute vitesse le long du côté intérieur du cercle. Chacun doit alors
essayer d'attraper celui qui le devance pour le pincer en criant :

Illi yalh'ag khûh, igerres khûh.


Celui qui attrape son camarade, qu'il pince son camarade.

Il arrive qu'un enfant pince trop fort ce qui risque de déclencher une
bagarre. Il existe un lien direct entre cette manière de tracer un cercle et les
croyances. Faire un cercle autour de son bien est un procédé qu'aussi bien
l'enfant que l'adulte peut employer pour protéger son bien (fig. 378, p.
309). Une observation que j‟ai faite à El Faouar en novembre 1975 montre
comment une fillette ghrib trace le cercle protecteur. Dans la matinée,
Jamila, une fillette de quatre ans, et Fatna, une voisine d‟environ sept ans,
regardent des hommes de leur famille en train de construire une maison.
Sans motif apparent, Jamila commence à tracer un cercle avec son pied
comme on le fait pour le jeu de cache-cache. En même temps elle chante la
formule magique pour la protection des biens. Immédiatement Fatna la suit
dans le même tracé. Les fillettes ne s‟engagent pas dans un jeu mais
s‟assoient et jouent dans le sable.
Dominique Champault (1969: 349) mentionne l‟utilisation de ce cercle
de protection par les enfants Belbala lorsqu‟elle parle du jeu de ménage :

Les maisons et leur mobilier sont abandonnés par leurs propriétaires


qui les retrouvent intacts plusieurs mois après. Les propriétaires
consciencieux prennent d'ailleurs la précaution d'enclore leurs maisons
d'un grand cercle tracé avec le pied, de la même manière que les adultes
attestent leur droit de propriété sur un objet provisoirement abandonné
dans le désert et qui, ainsi cerné, ne pourra être considéré comme une
épave.

Sous le nom ed desh ed desh, porter de porte en porte, les enfants ghrib
imitent le rituel qui est exécuté lorsqu'un enfant tarde à marcher (fig. 380,
p. 311). Un petit enfant est mis dans une corbeille que deux jeunes portent
d'une maison ou d'une tente à l'autre. Quand il s'agit d'un garçon les
porteurs disent devant chaque entrée :

310
Ed desh ed desh, yâ hebshî, inshâllah içbay îwâli yimshî.
Porte de porte en porte, oh mon chéri, si Dieu le veut qu'il marche.

Quand il s'agit d'une fille les porteurs disent par contre :

Dê desh,
Inshâllah th'at't'ab el geshgêsh,
Porte de porte en porte,
Si Dieu le veut, elle collectionnera du bois mort.

380

Il y a aussi la divination enfantine connue sous le nom de tetgîz edh dhir.


Un garçon ou une fille jouant le rôle de teggêz, de divinateur ou
divinatrice, roule un fil de laine entre ses mains. Quand le fil est bien

311
tordu, l'enfant dit dans le cas où quelqu'un de l'assistance aurait demandé
un renseignement sur un adulte de sa famille :

Ya khuyat, yâ mlît! Yimtah îrawwah mula el bît?


Oh petit fil, oh crépu! Quand reviendra le seigneur de la maison?

Toute autre question peut être formulée par le divinateur ou la divinatrice


selon ce que son client ou sa cliente veut savoir. Le divinateur ou la
divinatrice pose alors le fil tordu par terre. Si ce fil se tourne vers l'est il est
conclu que cet adulte retournera le jour même. Mais si le fil se tourne vers
une autre direction la conclusion est que celui-ci ne reviendra pas de si
vite. Les joueurs peuvent aussi convenir de donner aux autres directions
une signification particulière par exemple concernant le moment de retour.
En avril 1975 les garçons ghrib de l'oasis d'El Faouar font avec du sable
humide des constructions qui réfèrent à la vie religieuse et aux croyances
magiques de leur communauté. Ainsi ils ont construit une mosquée et un
tombeau de marabout (fig. 120-123, p. 132-134).
Les enfants de Mopti sur le fleuve Niger au Mali construisent des
mosquées en argile. Jean-Jacques Mandel et Armelle Brenier-Estrine
écrivent que ces jouets sont des symboles vitaux inscrits dans l'argile et
registrant la mémoire collective des enfants. Les mosquées soudanaises,
qui reflètent des siècles d'instruction, ne sont plus construites sauf en argile
et par les enfants (1977: 10).
Un jeu pratiqué par les adolescents et les adultes ghrib des années 1970
mais non pas par les enfants, renvoie aux rites de l'enterrement. Ce jeu
s'appelle mayt mât, le mort est bien mort. Un adolescent s'étend raide mort
sur le sol. Quatre autres adolescents doivent le soulever sous les épaules et
aux pieds mais en n‟utilisant que leurs deux index. Avant de soulever le
mort ils disent doucement :

Mayt mât, bêsh nghasselûh?


Nghasselûh bûl el bhaym!
Le mort est bien mort, comment allons-nous le laver?
Nous le laverons avec l'urine des ânes!

Après ces paroles les quatre porteurs essayent de lever le mort le plus haut
possible.

312
Pareil rituel de l'enterrement peut aussi surgir spontanément de
l'imagination d'enfants marocains. Ainsi j'ai vu dans une rue d'un quartier
populaire de Kénitra en août 1993 comment un petit enfant devient
soudainement un mort. Quatre filles ont transporté le petit par les mains et
les pieds, l'ont déposé par terre et ont poussé de grands cris d'Allah.
Les données que j'ai recueillies moi-même au Maroc ou qui se trouvent
dans la bibliographie consultée n'offrent que peu de renseignements sur le
lien entre le rituel et l'activité ludique des enfants. Néanmoins, le lecteur
trouvera quelques informations dans mon livre Cultures Ludiques
Sahariennes et Nord-Africaines. Poupées d’enfants et jeux de poupées
(2005: 117-205). Dans ce livre il est surtout question de l'imitation de
certains rites de mariage. Il s‟agit aussi de la représentation de rites en
rapport avec l'accouchement et la naissance (voir p. 197-198),
l'enterrement (voir p. 200-203) et la demande de pluie (voir p. 203-205)
ainsi qu'avec la circoncision (voir p. 213). Certains jeux d'adresse comme
le jeu de la balançoire ou le jeu de balle étaient liés aux rites pour attirer la
pluie (Westermarck, 1926).
Dans mon livre précité est décrit comment vers 1982 les filles du village
Ksar Assaka près de Midelt imploraient la pluie en période de sécheresse
avec la poupée à cuiller de
bois appelée telghenja (2005: 381
203-205). Le 9 juillet 2006,
Khalija Jariaa a observé
comment vingt-trois filles et
quatre garçons entre 3 et 13
ans ont représenté de manière
ludique le même rituel pour
obtenir la pluie. Cela se
passait au village Douar
Ouaraben qui se trouve à la
périphérie de la ville de Tiznit
près de la route allant vers
Sidi Ifni.
Fatiha, une fille de treize
ans et la meneuse de jeu, a
créé la poupée belghenja (fig.
381). Celle-ci est faite avec

313
une armature de roseau en forme de croix entourée de quelques chiffons
mais avec une robe récupérée d'une poupée amenée de France (H = 35 cm,
envergure des bras = 19 cm). Le couvre-chef de la poupée est une fleur qui
décorait une robe de la mère de Fatiha. Le collier que porte belghenja est
faite avec des tiznin ndlah ou pépites de pastèques, un collier que font les
filles pour elles-mêmes lors de la saison des pastèques. La grande boule
rouge s'appelle aqa limqurn. C'est un cadeau typique donné à une fille et
achetée lors du Moussem, la fête annuelle (fig. 382).

382

La première partie de la mise en scène de belghenja se fait sur le terrain de


jeu de ces enfants, un espace vide entre les constructions où des
maisonnettes sont délimitées avec des pierres (fig. 54, p. 92).

314
Fatiha porte belghenja avec les deux mains devant sont front. Une autre
fille de treize ans porte le sac pour mettre les cadeaux et une troisième du
même âge frappera à la porte. Maintenant elles commencent à faire le tour
des maisonnettes. Les trois filles chantent et une d'elles frappe à la porte
quand le troisième couplet est entamé :

Belghenja, belghenja,
Addig Rabbi aman onzar,
Aisu wakal tili tuga,
Ad shin tfunasin,
Shin ihray sun ifullusen sun tazzanin.
Belghenja, belghenja,
Que Dieu nous comble avec l'eau de pluie,
Pour que la terre boive et fleurisse,
Et pour que se nourrissent les vaches, les moutons,
Pour que les poules boivent ainsi que les bébés.

Les filles ajoutent en parlant :

Aman onzar ar tnid itga Rabbi,


Ilkhalaiq lur sawalnin,
Mauri sawaln ifullusen, difunnasen, idan, tazzanin,
Urd nekni limqornin.
Eau de pluie que Dieu veuille l'envoyer,
A ceux qui ne parlent pas,
Les poules, les vaches, les chiens, les bébés,
Et pas à nous qui sommes grands.

Ces paroles réfèrent à la croyance populaire dans la région de Tiznit que


Dieu a pitié des animaux et des bébés, ceux qui ne peuvent pas parler et ne
font donc pas des commérages ou des mauvaises actions. Avec les adultes
Dieu n'aurait pas pitié et si ce n'était pas pour le bien de ceux qui ne parlent
pas Dieu ne donnerait pas de pluie et les adultes mourraient.

315
Les enfants qui se trouvent dans chaque maisonnette offrent quelque
chose à belghenja : des bonbons ou du sucre (quelques pierres enveloppées
d'un morceau de plastique), du pain (une vieille semelle en caoutchouc), du
thé (des feuilles de l'arbre essay qui ressemblent aux feuilles de thé), et du
turufin (le blé grillé). La fille qui s'occupe du blé grillé répond lorsque
belghenja frappe à la porte "je sais que c'est belghenja, attends que je
prépare quelque chose à manger", puis elle fait semblant de griller le blé
avant de l'offrir.
Une fois que le tour des maisonnettes est terminé, les enfants sortent
avec belghenja dans la rue. Ils se promènent solennellement jusqu'au
magasin du coin où le vendeur leur offre des bonbons. Puis ils vont à la
petite rivière asif n aït jerrar. Là chaque enfant doit jeter dans la rivière
des pierres par-dessous son bras en tournant le dos à la rivière. Ces pierres
représentent selon eux les souris qui menacent la récolte, les cafards qui
salissent l'huile, le miel et d'autres nourritures, et les puces qui sont un
signe de famine.
De retour dans leur terrain de jeu belghenja est mis en honneur dans un
coin. Les enfants chantent et font semblant de manger ce qui a été offert à
belghenja. Lorsque le jeu se termine le soir, belghenja est mis dans la pièce
qui sert de grenier et où on garde le blé et l'orge. Fatiha souligne que les
enfants de Douar Ouaraben aiment beaucoup ce jeu. Ils le jouent
normalement chaque lundi car dans leur jeu une semaine vaut une année.
La poupée est réutilisée pour d'autres mises en scènes du rituel de
belghenja mais les vêtements sont changés.
En mai 2006 vers 11 heures du matin un groupe de dix filles entre quatre
et treize ans et cinq garçons entre cinq et huit ans s'amusent à célébrer le
rituel pour obtenir de la pluie. Cela fut observé par Khalija Jariaa au
village Idoubahman-Imjâd à 24 km d'Ifrane a/s et 72 km de Tafraoute. Tout
comme le font les femmes de la région avec la grande poupée belghenja,
les enfants mettent en scène la quête à travers le village pour demander des
cadeaux en nature ou en monnaie. Milouda, une femme de 67 ans, a la
garde de la belghenja d'environ un mètre de hauteur utilisée par les
femmes. Selon elle cette belghenja existe déjà une centaine d'années.

316
La belghenja des
383
enfants faite par Fatima de
9 ans mesure 45 cm de
haut et la louche servant
d'armature a plus de trente
ans (fig. 383). Le nom de
la poupée vient de celui de
la louche en bois appelée
aghenja. Le bâton de la
louche est entouré d'un
morceau de mousse pour
donner de l'ampleur. Un
survêtement blanc à
capuchon est drapé sur un
sous-vêtement jaune. Un
manteau à capuchon
crocheté pour un bébé
complète l'habit. Le haut
de la louche est couvert
d'un foulard noir, un
morceau de sac en
plastique, puis d'un
foulard rouge. A l'avant du
foulard rouge une fille a
cousu un décor à perles et
paillettes provenant d'une robe de fête. Le collier blanc, un morceau de
tissus à paillettes et perles provenant de la même robe de fête, ainsi qu'un
petit collier à perles blanches et noires pendent autour du cou. Deux tresses
noires faites avec un morceau de sac en plastique pendent sur les épaules.
Sur le côté bombé de la louche on voit les traits de visage dessinés avec du
legedrân ou goudron naturel et comportant les yeux avec cils et sourcils,
un nez triangulaire et une bouche ovale.
Plusieurs maisonnettes délimitées par des pierres se trouvent
juxtaposées sur le terrain de jeu derrière les maisons et situé sur la pente
montante de la montagne. Il y a environ dix maisonnettes utilisées pour des
jeux de poupées, de dînette et de ménage. Malika, la sœur de treize ans de
Fatima, porte la belghenja des enfants, habillée comme une tislit ou jeune

317
mariée d'antan, de maisonnette en maisonnette. Zeina, sa sœur jumelle,
porte un panier tressé se terminant en deux longues anses qu'elle tient à
deux mains sur son front. Les filles font semblant de frapper à chaque
porte et chantent leur chanson de belghenja, une version réduite de la
chanson des femmes. Cette chanson est la même que celle chantée par les
filles de Douar Ouaraben (p. 315).
Dans chaque maisonnette se trouve une soi-disant mère qui offre un
œuf, du pain, une orange ou une pomme, du sucre ou du thé qu'elle a reçus
à sa maison. Une fois que la fille de la première maisonnette a mis son
cadeau dans le panier elle accompagne Malika et Zeina à la deuxième
maisonnette où le même rituel ludique est exécuté après quoi cette fille se
joint au cortège. Cela continu jusqu'à la dernière maisonnette où se
trouvent les cinq garçons qui jouent le rôle de célibataire. Ils donnent
comme cadeau des billets d'argent représentés par des emballages de
bonbons. Ces garçons s'imaginent être des hommes riches et regardent
avec les mains sur le dos et la tête haute les filles qui passent en cachant
leur visage. Les filles vont à la maisonnette de Malika et Zeina où ils
mangent les cadeaux. Quand le jeu se termine après environ une heure les
vêtements de la belghenja des enfants sont enlevés. Puis la louche est
remise entre les mains de Milouda, la gardienne de la grande belghenja.
En ce qui concerne le lien entre les fêtes et les jeux et jouets, la fête de
l'°Ashûra vient en premier lieu. Il est aussi question de l'°Aïd el kebir, la
fête du sacrifice, et du Mûlûd, la commémoration de la naissance du
Prophète.
Au Maroc la fête de l'°Ashûra est la plus importante dans ce contexte et
il est coutume de donner des sucreries et des jouets aux enfants. L'°Ashûra
tombe le dixième jour du mois de muharram, le premier mois du calendrier
lunaire musulman. Les festivités se prolongent pendant une période de dix
jours commençant au début du mois. Dans plusieurs endroits d‟Afrique du
Nord, les adultes avaient l'habitude d'effectuer des rites et de participer à
des réjouissances carnavalesques et agraires. Ici et là ils le font encore
comme à Goulmima au Maroc central et à Tiznit près d‟Agadir. Les
données sur les poupées de l‟°Ashûra se trouvent dans mon livre Poupées
d’enfants et jeux de poupées (2005: 51, 200-203).
A ma connaissance, la première mention d'adultes donnant des jouets
aux enfants pour la fête de l'°Ashûra à Rabat vient de F. Castells en 1915
(p. 342). Westermarck en parle aussi pour Fès en 1926. Selon Lahcen

318
Oubahammou, les adultes Aït Ouirra du Moyen Atlas achètent des cadeaux
pour leurs enfants à l'occasion de l'°Ashûra (1987: 85). Dans Enfances
Maghrébines Mohamed Dernouny déclare "Achoura est aussi l'occasion
pour l'adulte de faire des offrandes aux enfants, l'occasion donc d'une trêve
entre ces derniers et ceci le temps du déroulement des festivités" (1987:
27). Mais cette coutume ne se limite pas au Maroc. Dominique Champault
écrit pour les Belbala du Sahara algérien des années 1960 que "les enfants
reçoivent de menus cadeaux" pour l'°Ashûra (1969: 147).
Aujourd'hui au Maroc, les parents et parfois d'autres membres de la
famille achètent des jouets pour les enfants ou bien ils donnent un peu
d'argent. Quand j'étais au Maroc pendant l'°Ashûra de juin 1994, les
marchés des quartiers populaires de Rabat, Kénitra,
384
Marrakech ou Midelt débordaient de jouets souvent
en plastique. Les pistolets et les fusils à eau pour les
garçons et les boîtes de beauté pour les filles étaient à
la mode. La plupart de ses jouets à prix réduit sont
importés de Chine, de Hong-Kong et de Taiwan.
Comme décrit dans le chapitre précédent, il reste à
côté des instruments de musique en plastique (fig.
384) encore des instruments de musique faits
localement. Les garçons et les filles utilisent ces instruments de musique
surtout pour la quémande organisée lors de l'°Ashûra. A Sidi Ifni pendant
l‟°Ashûra de mars 2003, j‟ai néanmoins remarqué que les chants rythmés
au petit tambour en poterie se pratiquent souvent sans quémande de
sucreries ou d‟argent. Surtout les filles chantent en petits groupes, se
frappent les mains et font des youyous. A cet endroit c‟était certainement
l‟activité ludique la plus courante pendant toute la période de l‟°Ashûra.
Au village Ksar Assaka près de Midelt au Maroc central, les filles et les
garçons partaient en groupes séparés quémander des petits cadeaux en
nature ou en argent. Dans les années 1970, ces groupes d'enfants ont un
petit orchestre pour accompagner leurs chants de l'°Ashûra. Le groupe
d'enfants essaye d'entrer discrètement dans une maison afin de surprendre
les habitants par une apparition soudaine et bruyante. Un homme né en
1968 et originaire de ce village disait en mai 2000 que pendant son enfance
un groupe de garçons entre 8 et 12 ans formait un petit orchestre. Cet
orchestre des années 1980 comportait un joueur de violon ou de guitare et
des joueurs de tambourin fait d'une peau de lapin tendue sur une boite de

319
conserve et tenue en place par un fil de fer. A côté de l‟orchestre il y avait
aussi un personnage masqué. Un garçon portait une barbe faite d'un
morceau de peau de mouton ou de chèvre. On lui donnait un gros ventre en
cachant un coussin ou une couverture sous son survêtement. Le groupe de
garçons allait de maison en maison pour chanter et jouer la mascarade et
obtenir du blé, du sucre etc. Puis ces denrées étaient vendues à l'épicier
pour pouvoir assister à une séance de film au cinéma Rex de Midelt, fermé
depuis longtemps. L‟argent pouvait aussi servir pour acheter quelque chose
à manger. Des informations récentes sur l'°Ashûra soulignent que se
masquer, s'habiller et danser ne se fait plus dans ce village lors de
l'°Ashûra. Les enfants se limitent à la quémande de monnaie en chantant.
Une autre activité ludique des enfants est directement liée à la fête de
l'°Ashûra. Il s'agit de l'arrosage d'eau. Pierre Flamand le confirme pour le
sud du Maroc des années 1950 en écrivant : "Les passants s'arrosent
joyeusement entre eux dans la rue et même dans les maisons; les enfants
s'y montrent les plus ardents, cachant leur instrument derrière leur dos pour
surprendre leurs victimes". Cet instrument est le lance-eau, appelé
'seringue' par cet auteur. "Presque la moitié des enfants possèdent
personnellement une seringue. Ils l'utilisent pendant la célébration de
Pentecôte en milieu juif, et d'Achoura (premier jour de l'année) en milieu
musulman." (recherches de 1948 à 1958, p. 151).
Pierre Flamand décrit ces seringues de la manière suivante (recherches
de 1948 à 1958, p. 151) :

Le modèle le plus répandu mesure de 8 à 15 centimètres de longueur et


de deux à trois centimètres de diamètre. Il est confectionné avec trois
fragments de roseau (cylindre servant de corps de pompe, tige-piston,
bouchon obturant le corps de pompe sauf le passage du piston). Les
ferblantiers vendent, au prix de dix francs, des seringues de fer blanc
construites à partir de morceaux de boîtes de conserve,
385
découpés, emboutis et soudés à la diable.

La lance-eau en roseau se trouve dans la collection de jouets


sahariens et nord-africains du Musée du Quai Branly (fig. 385,
71.1936.2.234). Il s'agit de trois jouets ayant appartenus à des
enfants Chaouïa de Ménâa dans l'Aurès en Algérie. Ces jouets
furent collectionnés par Thérèse Rivière en 1936 mais la fiche

320
d'objet ne fait pas référence à l'°Ashûra (71.1936.2.234-236). La lance-eau
est faite de deux pièces. Il y a comme corps de pompe un morceau de
roseau creux et ouvert d'un côté. Ce morceau de roseau a un diamètre
d'environ 2 cm et une longueur de 17,5 cm (234), 24 cm (235), et 24,5 cm
(236). Un petit trou est fait dans l'extrémité fermée. La deuxième pièce
servant de piston est un roseau d'environ 1 cm de diamètre. La longueur est
de 32,5 cm (234), 61 cm (235), et 30,5 cm (236). Ce piston doit être
entouré d'un fil de coton pour bien s'ajuster au diamètre du corps de
pompe. L'eau aspirée dans le corps de pompe est projetée en avant en
poussant le piston avec force.
Tout à fait le même type de lance-eau, appelé tesdamèn, était utilisé par
Mohamed Jariaa et les autres garçons du village Ikenwèn dans l'Anti-Atlas
pour la fête de l'°Ashûra vers 1990. Aujourd'hui il est encore utilisé quand
un garçon n'a pas reçu de pistolet ou
386
fusil à eau de son père ou un autre
membre de sa famille. Mohamed a
reproduit en 2006 l'exemple de la
figure 386 (LO = 32 cm). Au lieu d'un
fil un morceau de plastique fin est
utilisé pour ajuster le piston.
Pierre Flamand a constaté vers 1950 que cette activité régresse (p. 151) :

La coutume de l'arrosage de Pentecôte entre amis, parents et voisins,


entre enfants et adultes, a pratiquement disparu des mellahs urbains.
Elle demeure vivace dans les mellahs de la montagne berbère mais elle
s'y interprète comme un jeu de l'eau, inspiré par l'ardeur du climat à
cette saison. Sa signification religieuse - fête de l'eau, date importante
du rituel du paganisme berbère - n'apparaît pas aux populations juives.

La pratique de l‟arrosage d'eau est aussi attestée pour les Aït Ouirra du
Moyen Atlas par Lahcen Oubahammou qui note qu'on trouve parmi les
jeux de l'°Ashûra, les „ilihane n'âchour‟, le jeu de „zem-zem‟ dans lequel
"les gens jettent l'eau les un sur les autres" sans se préoccuper du
gaspillage d'eau (1987: 87-88). En 1970 Marie-Rose Rabaté en parle en ce
qui concerne les enfants de la Vallée du Dra non loin de Ouarzazate (p.
252-253). Elle fait aussi référence à la fabrication d‟une seringue par un
garçon.

321
Sauf Pierre Flamand, Marie-Rose Rabaté et Lahcen Oubahammou, les
autres auteurs qui parlent de la fête de l'°Ashûra ne réfèrent pas à cet
arrosage d'eau (Doutté, 1905, 1908; Castells, 1915; Westermarck, 1926;
Servier, 1962; Jemma-Gouzon, 1976). Cependant dans la plupart de ces
études la coutume de verser de l'eau sur les tombes lors de l'°Ashûra est
mentionnée.
Les données sur l'arrosage de l'°Ashûra que j'ai recueillies à Ksar Assaka
près de Midelt se réfèrent à trois générations successives : la génération
des grands-parents, celle de leurs enfants et de leurs petits-enfants. Il s'agit
donc d'enfants ayant vécu vers 1950 et 1975 et de ceux qui sont des
enfants vers 2000. Les enfants des années 1950 et ceux des années 1970
pouvaient se permettre beaucoup lorsqu'ils aspergeaient d'eau enfants et
adultes. Deux anecdotes sont révélatrices à cet égard. Quelques filles ayant
environ dix ans vers 1950 ont pendant l'°Ashûra pris une femme assez
âgée. Puis elles l‟ont plongée dans un petit canal d'irrigation par leur effort
conjugué. Cela n‟a pas provoqué des protestations de la part de la femme
ni la réprobation d'autres adultes. Environ trente années plus tard, lors de
l'°Ashûra de 1979 ou 1980, quelques filles et garçons d'environ onze ans se
sont infiltrés dans la mosquée. Ils y ont pris les pots remplis d'eau devant
servir pour les ablutions avant la prière et sont montés sur le toit plat de la
mosquée. Là ils ont attendu que quelqu'un passe. Après quelque temps un
homme est arrivé avec son mulet chargé d'un grand paquet d'herbes. Au
moment où il passait devant la mosquée, les filles et les garçons ont jeté
l'eau sur cet homme et son mulet. Comme l'homme a perdu le contrôle de
son mulet, le grand paquet d'herbes est tombé par terre. Une fois encore il
n'y a eu aucune malveillance de la part de cet adulte. Les enfants sont
seulement descendus du toit pour aller aider à remettre le paquet d'herbes
sur le dos du mulet. Ceux qui m'ont raconté ces deux anecdotes ont dit
qu'ils ne croient pas qu'aujourd'hui pareille manière d'agir serait encore
acceptée. Selon eux, elle serait probablement mal acceptée par les adultes.
A Midelt, l'arrosage pratiqué par les enfants lors de l'°Ashûra d'avril 2001
est devenu surtout un arrosage par pistolet à eau ou fusil à eau de grand
débit. Ces jouets sont achetés au marché ou dans un magasin local.
Les pistolets ou fusils à eau se vendent aussi à Sidi Ifni lors de l‟°Ashûra
de mars 2003. Cependant les garçons et les filles aussi bien du quartier
Boulalem que du centre ville utilisent plus souvent des bouteilles ou des

322
sacs en plastique. Une fois remplis d‟eau ils les projettent comme des
bombes à eau à partir de la tombée de la nuit vers 19 h jusqu‟environ 22 h.
Le 10 muharrem 1424, soit le 14 mars 2003, était la dernière soirée de
cet °Ashûra. C‟était sans aucun doute le point culminant où à la nuit
tombante des bandes d‟enfants, garçons et filles, se livraient à une
véritable bataille d‟eau. Le lendemain tout rentrait dans l‟ordre et on
n‟entendait qu‟ici et là un petit groupe d‟enfants accompagnant encore
leurs chants avec un petit tambour.
Au Maroc, l'industrie du jouet a trouvé dans les festivités de l'°Ashûra
un créneau pour vendre des jouets. Ainsi, les dernières années le pistolet à
eau et le fusil à eau de grand débit se sont ajoutés aux jouets musicaux, aux
beauty sets, aux
ustensiles-jouets et
aux armes-jouets.
En plus, l'achat d'un
pistolet à eau ne
semble plus se
limiter à la période
387
de l'°Ashûra. Ainsi
j'ai vu qu'une mère de vingt-huit ans vivant à Ksar Assaka avait acheté
pour sa fillette de trois ans un pistolet à eau en plastique au marché de
Midelt. Elle l‟a donné à sa petite fille à l'occasion de la fête de l'°Aïd el
kebir en mars 2000 (fig. 387).
°Ashûra incorpore des rites du feu comme le dit Dominique Champault
pour les enfants belbala du Sahara algérien des années 1960 (1969: 147) :

Dès le lendemain et jusqu'au dixième jour de moharrem : ashura, l'on


rencontre un peu avant le coucher du soleil des enfants traînant dans
une course rapide des fagots de fdem, ligaturés de folioles de palmier.
Le fagot, tazewit, allumé par un enfant, traîné un instant, est vivement
repris par un autre, puis passé aux mains successives de plusieurs
garçonnets jusqu'à la combustion entière. Seuls les garçons, en
principe, enflamment et traînent les fagots d'ashura mais des filles de
moins de dix ans peuvent prendre également le relais. De grandes
exclamations "ay, ay, ashur", poussés par les enfants, les incitent à aller
de plus en plus vite. Les adultes ont connaissance des feux ainsi portés
d'un bout de l'oasis à l'autre; ils invitent même les enfants à le faire et

323
leur recommandent de parcourir le plus long chemin possible mais en
évitant les pistes. Il s'agit pour eux d'une purification de l'ensemble de
l'oasis, mais il faut éviter de laisser quelques cendres sur le parcours
des pieds des hommes (cendres et braises sont réceptacles de jnun).

Trois auteurs mentionnent que des rites du feu existent aussi au Maroc. F.
Castells dans sa "Note sur la fête de Achoura à Rabat" publié en 1915 (p.
334) écrit :

La nuit arrivée, avant de manger le keskessou, un feu de paille (chaâla)


est allumé au milieu de la cour de chaque habitation. Tout autour de ce
feu sont disposées des bougies allumées; les femmes et les enfants
chantent autour du feu en jouant de l’agoual (tambourin de forme
oblongue), et tous, surtout les enfants, sautent joyeusement à travers la
fumée. Les cendres du feu sacré sont pleines de bénédiction. Elles sont
recueillies et on en frotte les yeux des enfants, pour les garantir de toute
maladie.

Au début des années 1920 "les enfants prennent des brandons enduis de
suif et allumés, s'écartent du douar et s'amusent à se les jeter les uns aux
autres. Ce rite est cause de nombreux accidents." (Biarnay, 1924: 84). Cela
se passait dans la vallée de l‟Oued Sebou, un des grands fleuves marocains
passant au nord de Fès et de Sidi Kacem pour se jeter en mer près de
Kénitra. De son côté Marie-Rose Rabaté offre des informations détaillées
et quelques photos sur les jeux avec le feu des enfants de la Vallée du Dra
non loin de Ouarzazate pendant l‟°Ashûra des années 1960 (1970: 241-
244).
Je n‟ai pas trouvé d‟autres références sur les jeux marocains liées au feu
dans la bibliographie consultée ni dans mes propres notes. Néanmoins, des
observations faites en mars 2003 à Sidi Ifni montrent que ce lien entre
l‟°Ashûra et le jeu du feu est toujours une réalité dans l‟Anti-Atlas et des
informations de Khalija Jariaa sur Tiznit confirment cela (fig. 393, p. 330).
Vers 20 h et lors du premier jour du nouvel an musulman correspondant
au 5 mars 2003, j‟ai vu un groupe d‟environ dix enfants entre cinq et huit
ans. Ce groupe comprenait presque autant de filles que de garçons qui
s‟agitaient autour d‟un petit feu encerclé de pierres. Ce spectacle fut
observé par une mère se trouvant sur le seuil de sa porte dans une rue du

324
quartier Boulalem à Sidi Ifni. Ces enfants entretenaient le feu avec des
feuilles de journal.
Dans ce feu chacun allume une longue mèche de Jex, de la laine d‟acier
utilisée pour nettoyer les casseroles. Une fois que le bout de la mèche est
chauffé au rouge l‟enfant le sort du feu. Alors il tourne à grande vitesse la
mèche allumée en rond, utilisant son bras comme une aile de moulin à
vent. Si tout se passe bien d‟innombrables étincelles volent en rond comme
lors d‟un feu d‟artifice. Tous ceux qui se trouvent trop près sautent de côté.
Parfois un enfant prend une feuille de papier qui commence à brûler et
courre avec. J‟ai vu des enfants pratiquer ce jeu du feu dans d‟autres
endroits de la ville mais bien moins que dans le quartier Boulalem.
Dans le quartier Colomina situé à l‟entrée de la ville Sidi Ifni, j‟ai vu
l‟avant dernier jour de l‟°Ashûra un grand groupe d‟enfants, des garçons
surtout, s‟amuser autour d‟un grand feu. Des enfants enflamment leur
mèche de Jex puis font voler les étincelles en rond.
Pour l‟°Ashûra de mars 2004 j‟espérais faire des observations
supplémentaires sur les enfants de Sidi Ifni mais je ne trouvais que des
enfants qui chantaient et frappaient des tambourins. Cela m‟étonnait de ne
pas les voir jeter de l‟eau ou d‟allumer des mèches de Jex et j‟ai donc
questionné quelques adultes. Ceux-ci m‟ont dit que les autorités locales ont
défendu cela car certains gens se plaignent des nuisances que cela cause.
Cependant, ces deux activités ludiques des enfants ont repris timidement
lors de l‟°Ashûra de 2005. Lors de l‟°Ashûra de février 2006 cela s‟est fait
plus amplement mais seulement pendant les deux premiers jours.
Pendant l‟°Ashûra de fin janvier et début février 2007 les enfants du
quartier Boulalem semblaient ne plus s‟adonner à ces activités ludiques
sauf qu‟ici ou là on trouvait quelques enfants en train de chanter au rythme
d‟un tambour. Mais leurs chansons n‟étaient pas liées à la fête de l‟°Ashûra
mais provenaient du répertoire des chanteurs à la mode.
Marie-Rose Rabaté décrit en 1970 l‟apparition de "l‟ogre de l‟Achoura",
un adolescent masqué aidé de deux amis, dans la Vallée du Dra non loin de
Ouarzazate (p. 246-249, 252, 258).
Khalija Jariaa m‟a donné des détails sur l‟°Ashûra à Tiznit. Lors de la
fête en février 2006 elle a pris des photos. Dans cette ville une parade
appelée imashar se promène pendant une semaine. Des adolescents et des
hommes de la région deviennent musiciens, chanteur ou danseur et portent
souvent des masques (fig. 388, p. 326).

325
388

A Tiznit de grands animaux, comme une girafe avec un très long cou, un
chameau ou un éléphant, sont promenés dans la parade par deux ou trois
jeunes. Les filles y participent en chantant et en acclament la parade.
Déjà à l'âge de dix ans des garçons participent à la parade nocturne
comme montre la photo suivante prise lors de l‟imashar de début février
2007 (fig. 389, p. 327). Un garçon de dix ans porte un masque blanc pour
lequel il a utilisé un morceau de peau de mouton. Un garçon de onze ans
porte un masque noir acheté au magasin. Un grand bidon lui sert de
tambour. Le garçon de douze ans vêtu de blanc a essayé de représenter le
dromadaire avec une structure de branches couverte de tissu provenant de
grands sacs dans lequel on transporte les pains de sucre.

326
389

A Tiznit d'autres garçons participent à la fête de l'°Ashûra de fin janvier et


début février 2007 comme le prouve la photo suivante prise par Khalija
Jariaa fin janvier 2007. Cette photo montre un groupe de copains avec le
résultat d'une quête dans le voisinage (fig. 390, p. 328). Pareille quête se
fait de porte en porte en chantant des chansons de circonstance et en
s'accompagnant de tambours et éventuellement de flûtes. Cette fois-ci
l'argent collecté a servit à acheter de la peinture pour créer des masques.
Un groupe de copains participe à cette mascarade de Tiznit (fig. 391, p.
328). Les masques faits soi-même côtoient les masques achetés.
Accompagné d'un joueur de tambourin et de chanteurs les personnages
masqués font le tour de la ville en quête de bonbons, d'oranges, de sucre et
d'argent. Le sucre est vendu au magasin du coin. Le tour de la ville se fait
surtout l'après-midi mais aussi le soir et parfois même jusqu'à minuit. Lors
de cette période d'°Ashûra Khalija Jariaa a compté pendant un après-midi
vingt-sept groupes de garçons de ce genre parcourant Tiznit. Le masque
basé sur la peinture "le cri" d'Edvard Munch fut amené de France par le
père du garçon qui le porte. L'autre masque acheté sur place pour 5
dirhams (0,5 €) représente un monstre.

327
390

391

328
Les masques fabriqués par les garçons sont les plus courants. Ils sont
souvent découpés dans un carton sur lequel on colle de la laine de mouton
en guise de barbe et de cheveux pour représenter des personnages âgés. Un
garçon masqué porte le chapeau traditionnel de sa mère (fig. 392).

392

Après la finition de ce livre j‟ai pris connaissance que sur le site web de
l‟association amazighe Asays se trouve l‟analyse d‟Abderahmane
Lakhsassi appelée Réflexions sur la mascarade de Achoura. Cette analyse
intéressante parle de Tiznit des années 1960 et 1970 et les informations
concrètes qui y sont données se rapprochent de celles offertes ici.
A Tiznit lors de la fête de l‟°Ashûra de 2006 un garçon de treize ans
tourne à grande vitesse une mèche de Jex allumée pour que des étincelles
volent en rond (fig. 393, p. 330). Faire des étincelles et asperger d‟eau se
fait par les enfants aussi bien durant la journée que la nuit. Les adultes et
mêmes des femmes et des hommes âgés le font la nuit.

329
393

Une fille de onze ans de Rissani, mais vivant à Midelt en juin 2000, m‟a dit
que les filles y jouent pendant l‟°Ashûra et uniquement à ce moment le jeu
des osselets avec cinq os de mouton. Ce jeu s‟appelle lèka°ib.
Le même groupe de jeu de Douar Ouaraben qui s'est amusé à faire la
fête de mariage (p. 91-95) décide un peu plus tard de mettre en scène la
fête de Lilt el Qadr, la commémoration de la nuit où les premiers versets du
Coran ont été transmis au Prophète Mohamed. C'est l'après-midi de cette
fête à la fin du Ramadan en octobre 2006 que cela se passe. Les filles vont
se faire belle chez la coiffeuse jouée par la fille en robe blanche (fig. 394,
p. 331). Les garçons porteront sur un trône de carton deux poupées cachées
dans le carton. Ces poupées sont vêtues et maquillées comme une jeune
mariée. Les deux garçons à gauche deviennent une équipe de la télévision
marocaine 2M. Le cameraman avec une vieille cassette dans sa main en
guise de camera est assis. Son aide porte le câble. Quand l'autre garçon
demande "et moi ?", la grande fille lui répond "tu égorgeras le mouton", un
rôle que le garçon accepte volontiers.

330
394

Chaque fille prend une poupée en main à travers laquelle le travail de


ménage qui lui incombe est exécuté : nettoyer la maison, préparer le dîner,
laver le linge, soigner les vaches, etc. La grande fille de treize ans joue le
rôle de la grand-mère qui dirige le ménage. Entre-temps les garçons vont
au marché acheter quatre baguettes (des bouteilles en plastique), de la
viande de mouton (une corne) et un dindon (un canard en plastique) ainsi
que de légumes (des restes des légumes).

395

331
Lorsque les garçons reviennent du marché le moment est venu de faire
plusieurs feux pour préparer le couscous, le tajine, la soupe et le thé. Deux
garçons et deux filles allument ces feux à l'extérieur tout comme le font les
femmes du village ce jour là (fig. 395, p. 331). Où il y a des flammes et
dans le coin supérieur à droite de la photo on peut distinguer des récipients
qui sont mis sur le feu, surtout des boîtes en fer blanc.
La figure 396 montre le long du mur la cuisine avec en haut la chambre
à coucher ou une poupée se repose. En haut au centre de la photo se trouve
le salon avec la télévision (la boite dorée). Plus bas se trouvent une armoire
et des fauteuils. A droite on voit un décor crocheté servant de table. Les
deux filles qui ont préparé la maisonnette deviennent maintenant des
photographes comme ils voient faire Khalija Jariaa.

396

Une vieille radio leur sert d'appareil photo numérique (fig. 397, p. 333).
Comme Khalija a dit que son appareil photo vient de Belgique, elles disent
que leur appareil vient de France où vivent des membres de leur famille.

332
397

Le Mûlûd est la fête de la commémoration de la naissance du Prophète.


Spécialement pour cette fête les garçons des petites villes amazighes
Goulmima et Tinejdad au Maroc central font des moulinets. Normalement
cela ne se fait pas en dehors de cette occasion. Des garçons fabriquent
parfois ces moulinets pour les vendre à environ un dirham (0,1 €). J'ai
acheté un moulinet fait par un garçon de six ans à Tinejdad fin août 1994.
Le modèle simple possède une aile mais j'ai aussi vu un moulinet à deux
ailes parallèles tournant dans le sens opposé. Ces moulinets s'appellent
harrwadi à Goulmima et ferrwadi à Midelt. On m‟a expliqué que ferr veut
dire „ce qui vole‟ et est aussi utilisé en parlant d‟un vêtement qui est pris
par le vent ou d‟un avion qui passe; wadi réfère à quelque chose qui
tourne.

333
Un informateur de Goulmima m'a dit qu'à Ouarzazate le mot ifer wadu
serait utilisé, ce qui signifierait littéralement 'feuille à vent'.
Une femme de cinquante-neuf ans de Ksar Assaka près de Midelt m‟a
dit en juin 2000 que quand elle était jeune une petite phrase se prononçait
lorsque les enfants courraient avec leur moulinet : ferrwadi jawâdô. Cela
peut se traduire comme „moulinet (du) bon air‟. La même femme réfère
dans le contexte du ferrwadi à une coutume liée au soleil. Elle la pratiquait
au village mais ne le fait plus en ville par peur d‟être ridiculisée par des
voisins. Lors du Mûlûd les femmes des années 1950 allaient encore sur le
toit plat de leur maison pour attendre le lever du soleil. Le soir avant ou au
plus tard avant le lever du soleil les femmes pendaient des grands foulards
décorés de paillettes. Au moment où le soleil apparaît, il est acclamé par
des „youyous‟. Les femmes disent que le soleil danse, impression causée
par les vibrations de l‟air.
Comme j'ai constaté à Midelt et ses environs les garçons fabriquent
encore les mêmes moulinets. Lors du jour de Mûlûd en juin 2000, j'ai
observé un garçon d'environ dix ans en train de fabriquer pareil moulinet.
C‟était à Ksar Aït Mamoussa, un village juste en dehors de Midelt en
direction du Jbel Ayachi. Cependant, je n'ai pas vu de ferrwadi dans le
village voisin Taäkit et quelques adultes m'ont déclaré que les enfants de
leur village ne l'utilisent plus. Néanmoins, un garçon de dix ans vivant au
quartier Aït Mansour à Midelt mais ayant vécu au village Ksar Assaka
jusqu‟à l‟âge de huit ans, m'a montré comment on fabrique ces moulinets
(fig. 398).
Ma description de ce genre de moulinet est basée
sur plusieurs moulinets fabriqués par quelques
garçons de Midelt et de Goulmima. Un fil de fer
servant d'essieu traverse le haut d'un roseau d'environ
60 cm de longueur mais d'un diamètre assez variable.
Pour fixer ce fil de fer l'extrémité passant à travers le
roseau est courbée et réintroduite dans le roseau un
peu plus bas. Par-devant du roseau le fil de fer
dépasse d'environ 6 cm Pour faire l'aile du moulinet
on prend la moitié d'un roseau coupé
longitudinalement. Au centre de ce morceau de roseau
de 10 à 20 cm de longueur un trou est fait. Aux deux
extrémités un morceau de feuille de papier plus ou
398

334
moins carré est attaché en le tournant une ou deux fois autour du roseau.
Puis ce bout de la feuille est collé sur l'aile avec de la colle provenant de la
sève de figuier, de dattes ou de farine. Actuellement on utilise du ruban
adhésif ou de la colle achetée au magasin. Puis l'aile unique ou
éventuellement les deux ailes sont mises sur l'essieu par le petit trou au
milieu du roseau. Afin de tenir l'aile du moulinet dans une position où elle
tournera à toute vitesse, un petit morceau de roseau creux est intercalé sur
l'essieu avant et derrière le roseau de l'aile. Ce petit tuyau de roseau peut
être remplacé par un petit rectangle de roseau troué dans son centre ou par
un petit tuyau de plastique. Pour tenir tout en place le bout de l'essieu qui
dépasse par-devant l'aile est replié. Un homme d'environ soixante ans a
souligné qu‟il y a une trentaine d'années ou plus on utilisait une grande
épine comme essieu pour le moulinet. Pour faire tourner leur moulinet, les
garçons courent à toute vitesse (fig. 399).

399

Contrairement à l‟aile blanche qu‟on voit sur la photo précédente, les


feuilles de papier sont normalement décorées de dessins géométriques (fig.
400-401, p. 336).

335
400 401

Trouver des filles en train de jouer avec un ferrwadi n‟est pas exceptionnel
bien qu'elles ne fabriquent pas ce jouet pour autant que je sache. La figure
402 montre une fillette avec son ferrwadi devant sa maison dans le quartier
Aït Mansour de Midelt.

402
336
Souad Laabib vivant alors au village Ksar Assaka près de Midelt se
rappelle bien que vers 1975 son père ait fait des moulinets pour elle et ses
sœurs. Au moment du Moussem ou fête pour Sidi Othman et Lalla Khadija
qui se tenait lors du Mûlûd et des autres fêtes religieuses, les filles de Ksar
Assaka parcourraient les deux kilomètres aller-retour du village jusqu'au
tombeaux de ces deux ancêtres vénérés. Les filles criaient en courrant avec
le ferrwadi : ferrwadi jawadi, moulinet (du) bon air.
Un après-midi du Mûlûd de juin 2000, quelques enfants de Midelt
courent avec un ferrwadi acheté chez un marchand ambulant. Un de ces
marchands m'a expliqué que les moulinets qu'il vend sont faits par un
homme âgé. Pendant cette période et au sûq er-rbè, le marché du mercredi
de Midelt, pareils moulinets étaient vendus pour un dirham (0,1 €).
En octobre 1993, j'ai photographié quatre moulinets d'un autre type dans
un petit magasin de Kénitra (fig. 403). Ces moulinets sont aussi utilisés
pour la fête du Mûlûd. Un garçon de douze ans de Midelt me parlait en
septembre 1999 de ce moulinet 'moderne' qui est aussi fabriqué par les
garçons et s'appelle ferrwadi dial nejma, le moulinet des étoiles. J'avais
déjà obtenu deux de ces moulinets faits par des garçons de Goulmima en
août 1994. En plus, j'ai vu vendre pareils moulinets par des marchands
ambulants à Midelt en juin 2000.

403

337
L'étoile de ce type de
moulinet est faite d'une feuille
de papier ou d'une couverture de
cahier d'école rectangulaire. Le
papier ou le carton léger est
découpé en huit triangles
jusqu'environ 1 cm du centre.
Puis quatre des huit triangles
ainsi obtenus sont repliés vers le
centre. Le centre de cette étoile 404
et les quatre triangles repliés
sont alors poussés sur le fil de fer qui sert d'essieu. L'étoile et l'essieu sont
fixés sur un roseau d'une longueur variant de 32 à 71 cm et selon la
manière utilisée pour le premier modèle (fig. 404).
L'impression prévaut qu'aujourd'hui beaucoup moins d'enfants courent
avec le ferrwadi qu'il y a une dizaine d'années. Comme c'est le cas pour
d'autres jouets traditionnels, le ferrwadi fait soi-même ou par un parent est
remplacé par un petit moulinet en plastique dont la poignée est remplie de
petites boules de sucrerie. C'est d'ailleurs le premier moulinet que j'ai vu
entre les mains d'un garçon d'environ sept ans lors du Mûlûd de juin 2000.
Ces petits moulinets en plastique étaient aussi vendus par un marchand
ambulant qui les portait en grand nombre et dans un grand panier sur sa
bicyclette à Mohammedia mais cette fois-ci lors de l'°Ashûra de juin 1994.
Pendant les années 1960, les garçons de la région de Tlemcen près de la
frontière algéro-marocaine jouent à la mascarade lors du Mûlûd. Selon
Nefissa Zerdoumi (1970: 226-227) :

On déguise un camarade en utilisant pour masque une peau de mouton


percée de trous à l'emplacement des yeux et de la bouche et en lui
attachant un coussin sur le dos pour qu'il paraisse bossu. Le pitre est
appelé : Bou Chikha. On l'accompagne dans les rues en frappant sur
des tambours improvisés et en chantant. Ce jeu est presque de tradition
le soir du Mûlûd.

338
Le même Bou Chikha bossu mis en scène par les garçons pour la fête du
Mûlûd est déjà décrite en 1905 par J. Desparmet pour la région de Blida au
Nord de l'Algérie (p. 73-75). En 2006 des informations de la région de
Tiznit indiquent qu‟à cet endroit cela ne se fait pas pour le Mûlûd mais
bien pour la parade d‟°Ashûra. Le bossu créé avec un coussin sur le dos et
un masque de peau de mouton percé de trois trous pour les yeux et la
bouche y porte le nom de bu tukrîn.
Une autre mascarade, mais pour l'°Aïd el kebir, m'a été racontée par
Mohamed Oubouhane, né en 1964 et qui a vécu quelques années à Bertèt,
un ensemble de hameaux amazighs situé à environ 50 km vers le nord-est
de Midelt. Bien que basée sur une seule source d'information je mentionne
ces données assez détaillées pour qu'il en reste une trace. Cet homme dit
qu'il a assisté à cette fête trois fois de 1974 à 1976 avant d'aller vivre à
Midelt. Cette mascarade s'appelle taserdunt niyid, la mule de la nuit. La
veille de la fête de l'°Aïd el kebir, quand les gens ont égorgé les moutons et
qu'ils ont fini de manger, la fête peut commencer à la tombée de la nuit.
Les gens des différents hameaux se rassemblent à l'endroit habituel devant
le ksar el kebir, le grand ksar. Le début de cette fête s'appelle bay hadish.
On allume un feu et tout le monde y vient. Certains adolescents font des
petits spectacles pour amuser l'assistance. Il est question de prendre sur le
dos la selle d'un mulet et d‟imiter sa marche et son braiment. On joue aussi
le derbuka ou tambourin. Après ce prélude et quand il fait bien noir le
grand jeu exécuté par deux adolescents peut commencer. Un crâne bien
conservé d'une mule est fixé sur un bâton et incliné comme c'est le cas
pour une mule vivante. Pendant qu'un jeune porte le crâne, l'autre tient en
main un long bâton d'olivier pour frapper les gens. Les deux jeunes sont
enveloppés par une couverture de tente noire. On ne voit que leurs yeux et
leurs pieds nus. La couverture est spécialement faite pour cette occasion et
elle est gardée pour les années suivantes. Pour ne pas être reconnus par les
gens, les deux jeunes ne parlent pas et n'utilisent que des gestes pour faire
connaître ce qu'ils veulent.
Soudain taserdunt niyid arrive au milieu des gens. Il piétine les cendres
et les gens s'enfuient en criant taserdunt. Les filles et les garçons courent
en toute vitesse pour que taserdunt niyid ne puisse pas les attraper,
autrement le jeune avec le bâton pourra les frapper. Néanmoins, les jeunes
spectateurs s'amusent à attirer l'attention de taserdunt niyid. Pour cela ils
crient ou lui jettent depuis une certaine distance un morceau de bois ou

339
tout autre objet. Taserdunt niyid peut aussi faire irruption dans les maisons
et alors les petits enfants se cachent de peur. Taserdunt niyid se fait donner
un morceau de viande, un verre de thé, une cigarette qu'on ne peut lui
refuser sous menace d'être frappé. Comme l'identité des deux jeunes qui
jouent taserdunt niyid doit rester secrète, ils mangent ou fument dans un
endroit caché. Après environ trois heures le jeu se termine. Les deux
jeunes en question vont alors cacher le crâne et la couverture. Le
lendemain, les deux jeunes qui veulent à leur tour jouer taserdunt niyid
doivent en discuter avec les jeunes qui l'ont fait la nuit passée pour savoir
où sont cachés les attributs. Chaque nuit deux autres jeunes deviennent
taserdunt niyid. De ce fait le jeu varie et d'autres maisons sont visitées.
Après la dernière nuit, les noms des jeunes qui ont joué taserdunt niyid
sont révélés. Selon l'informateur qui m'a raconté cette mascarade fin 1993,
le jeu de taserdunt niyid n'existe plus depuis plusieurs années parce que
beaucoup de gens ont déserté la campagne et parce que trois fois de suite
les festivités pour l'°Aïd el kebir ont été suspendues par les autorités à
cause de la sécheresse.
Un informateur m‟a raconté en février 1997 que taserdunt niyid
apparaissait aussi pendant la fête de l‟°Aïd el kebir au village amazigh Aït
Brahim à environ 14 km d‟Ifrane dans le Moyen Atlas.
Dans le chapitre précédent sur la musique et la danse dans les jeux et
jouets, j'ai mentionné la fabrication à l'occasion de l'°Aïd el kebir d'un petit
tambourin par une mère ou par un père pour le donner à leur fille (p. 287).
A la fin de ce chapitre sur les rituels et les fêtes dans les jeux et jouets, il
faut mentionner que Pierre Flamand décrit en détail quelques jeux et jouets
liés à la vie religieuse juive pendant les années 1950. Il est surtout question
des activités ludiques des enfants juifs des mellahs du sud marocain lors de
la fête de pourim (recherches de 1948 à 1958, p. 201-204).

340
Conclusions

341
342
Dans cette section j'offre d'abord une synthèse des données sur la vie
domestique dans les jeux et jouets des enfants sahariens et nord-africains.
Puis suivent les conclusions en rapport avec des aspects
environnementaux, économiques et surtout socioculturels, ainsi qu‟avec
l'évolution des jeux et jouets enfantins dans ces sociétés. Pour la première
fois dans la collection Cultures Ludiques Sahariennes et Nord-Africaines
j‟ai écrit un chapitre sur la créativité enfantine dans les jeux et jouets.

1 Synthèse
L'interprétation ludique du monde adulte est fortement représentée dans les
jeux et jouets des enfants sahariens et nord-africains. Il s'agit de l'imitation
de la vie de ménage et des activités de subsistance mais aussi des
divertissements, des rituels et des fêtes. Bien sur, il n'est nullement
question d'une imitation pure et simple. Il s‟agit d'une appropriation et
d'une interprétation des comportements, relations, obligations,
divertissements et croyances des adultes que ces enfants connaissent plus
ou moins. Leur imitation créative ne se limite donc pas à ce qui fait partie
du quotidien mais s'inspire parfois de l'exceptionnel.
Les jeux de dînette et les jeux liés aux occupations ménagères sont des
jeux de filles auxquels des petits garçons peuvent participer. Quelques
exemples des régions montagneuses du Maroc montrent qu‟il y a des
endroits où les garçons aiment modeler des ustensiles-jouets et des moulins
à bras. Les jeux liés aux activités de subsistance masculines font tout
naturellement partie des activités ludiques des garçons, bien
qu'occasionnellement des filles puissent s'y mettre. Les jeux en relation
avec les habitations, la musique, la danse, les rituels et les fêtes
appartiennent aussi bien aux filles qu'aux garçons. Mes données sur les
jeux et jouets des enfants marocains semblent cependant indiquer que les
filles s‟accaparent plus facilement le domaine ludique des garçons que les
garçons celui des filles.
Comme pour les jeux de poupées et les jeux se référant au monde
animal, les jeux liés à la vie domestique et familiale sont avant tout des
jeux collectifs et des jeux de plein air. Ces jeux rassemblent des enfants de
la même famille ou du voisinage dans des groupes de jeu de filles ou de
garçons, rarement des groupes de jeu mixtes.

343
Les enfants récréent la vie de leurs parents, des autres membres de leur
famille ou de leur communauté. Ainsi se présentent nombre de possibilités
pour s'exercer aux modes de communication non-verbale et verbale, aux
relations sociales, aux tâches domestiques et économiques, aux coutumes
et croyances. Ces jeux sont donc un moyen très efficace pour la
socialisation de l'enfant. Une socialisation qui de surplus se fait largement
par ses propres efforts. Pareilles activités de jeu offrent aussi un terrain
propice pour la compréhension de la réalité et de sa symbolisation.
La plupart des maisonnettes reproduisent le plan d‟une maison souvent
avec plusieurs chambres. Ces maisonnettes délimitées par des pierres, des
murs de sable et parfois avec du matériel de récupération sont faites aussi
bien par les filles que par les garçons mais normalement pour d‟autres
fonctions. Les filles utilisent ces maisonnettes à ciel ouvert en premier lieu
pour des jeux de poupée, de dînette et de ménage. Les garçons les utilisent
pour des jeux liés aux occupations masculines. Quelques maisonnettes sont
tridimensionnelles mais alors l‟espace délimitée n‟est pas investit par les
enfants.
L‟interprétation par les enfants des occupations ménagères et des
activités de subsistance s‟inspire directement de la réalité de la vie des
femmes et des hommes de leur famille. Mais parfois ces enfants rêvent
d‟autres situations peu communes ou non existantes dans leur
communauté. Ceci se fait par exemple quand des filles se créent un
supermarché (p. 256) ou des garçons un commerce le long d‟une route
importante (p. 268).
Les enfants sahariens et nord-africains aiment la musique et la danse.
Ceci est entre autres démontré par la construction d‟instrument de musique
par les garçons. Les données disponibles semblent démontrer que les filles
ne construisent que peu d‟instruments de musique.
Les fêtes et les rituels offrent aux enfants des thèmes ludiques mais
parfois ces enfants participent directement à ces moments particuliers. Au
Maroc la fête de l'°Ashûra est un moment privilégié où les adultes donnent
des friandises et des cadeaux aux enfants.
Pour leurs jeux les enfants sahariens et nord-africains utilisent beaucoup
de jouets et d'autres instruments de jeu, mais parfois l'activité ludique se
fait sans jouets ou avec des objets utilisés par les adultes. Les jouets
copient d'une manière réaliste et rarement d'une manière fantaisiste les
objets utilisés par les hommes et les femmes.

344
Le jouet le plus ancien, décrit dans ce livre, appartient à la collection du
Musée du Quai Branly. C'est une petite cruche en argile peinte
collectionnée avant 1889. Les jouets analysés dans ce livre sont le plus
souvent fabriqués par les enfants. Quelques jouets sont faits par des
adultes, éventuellement des artisans. Pour faire ces jouets, on utilise du
matériel végétal et minéral ainsi que beaucoup d'objets de récupération.
L'influence de l'industrie du jouet se fait de plus en plus sentir à cause de
l‟importation massive de jouets en plastique peu chers provenant de l'Asie
du Sud-Est et surtout de Chine. Cependant cette influence ne date pas
d'aujourd'hui car F. Castells mentionne déjà en 1915 la vente de jouets de
fabrication européenne pour la fête de l'°Ashûra à Rabat. A.-M. Goichon
confirme cette influence en écrivant en 1927 que les filles mozabites
utilisent des petits ménages d'importation européenne.
Les données sur la vie domestique dans les jeux et jouets des enfants
sahariens et nord-africains ne donnent qu'une image incomplète des
activités ludiques de ces enfants. Cela est dû aux analyses limitées et
parfois superficielles trouvées dans la bibliographie concernée. Pour les
jouets trouvés dans la collection du Musée du Quai Branly la description
des jeux dans lesquels ces jouets sont utilisés manque où elle est sommaire.
En plus, mes recherches sont limitées aux enfants Ghrib de la seconde
moitié des années 1970 et aux enfants de quelques communautés
marocaines à partir de 1992. Même si je suis convaincu que le jeu et non
pas le jouet est primordial, je ne suis pas arrivé toujours à intégrer l'étude
du jouet dans l‟analyse du jeu pour lequel il est fait.

345
2 Aspects environnementaux et économiques
Les jeux et les jouets des enfants sahariens et nord-africains liés à la vie
domestique et familiale sont forcément sous l'influence directe de
l'environnement physique et humain particulier à l'habitat et à la
communauté dans lesquels ces enfants grandissent. L'influence de l'habitat
et de l'organisation économique des différentes communautés est
cependant plus grande pour les jeux et jouets décrits dans les chapitres
L'habitation dans les jeux et jouets, et Les activités de subsistance dans les
jeux et jouets. Il est tout à fait logique que les enfants vivant dans une
communauté nomade transhumant dans le désert, recréent dans leurs jeux
de faire semblant leurs expériences avec ce milieu et cette manière de
vivre. Cela est de même pour les jouets qu'ils fabriquent dans ce contexte.
La même chose peut se dire des enfants sédentaires. Par contre, les jeux et
les jouets décrits dans les chapitres Le jeu de dînette et les ustensiles-
jouets, Les occupations ménagères dans les jeux et jouets, La musique et la
danse dans les jeux et jouets ainsi que Les rituels et les fêtes dans les jeux
et jouets semblent être moins directement sous cette emprise.
Les matériaux d'origine minérale et végétale
utilisés par les enfants pour faire les jouets
décrits dans ce livre, sont directement liés au
milieu physique. Mais les enfants sahariens et
nord-africains ont aussi à leur disposition
plusieurs objets délaissés qu'ils récupèrent en
entier ou partiellement pour en faire des jouets.
Bien qu'il n'y ait aucun doute que la variété et le
nombre de ces objets de récupération ont
augmenté au long du vingtième siècle, surtout
avec l'apport des objets en plastique, leur
utilisation n'est pas de date récente. Ainsi,
l'utilisation de boîtes de conserves pour la
confection de jouets, entre autres des hochets,
405
est déjà attestée en 1933. Une boîte de conserves
encore utilisée en septembre 2005 par un garçon de treize ans du village
Igîsel dans la région de Guelmim pour en faire un hochet (fig. 405, H =
12,5 cm).

346
Une fois de plus, les données sur les jeux et jouets mentionnés ici
n'apportent que peu d'information sur l'aspect temporel. Pourtant il y a
cette fois-ci une exception à ce manque d'information. Ce sont les jeux et
les jouets en relation avec certaines fêtes : °Ashûra, °Aïd el kebir et Mûlûd.
Pour les enfants juifs du sud du Maroc c'était surtout la fête de Pourim qui
comportait un aspect ludique.
Les aspects économiques des communautés des enfants sahariens et
nord-africains dont parle ce livre se retrouvent amplement dans leurs jeux
et jouets liés aux occupations ménagères et aux activités de subsistance.
Beaucoup de tâches féminines et masculines sont mises en scène de
manière ludique respectivement par les filles ou les garçons bien que des
exceptions à cette division sexuelle existent.
La grande majorité des jouets décrits dans ce livre ont été faite par des
enfants, quelques-uns par des parents. Tous ces jouets restent donc en
dehors du circuit commercial. Quelques jouets ont été fabriqués par des
artisans comme les hochets et les tambourins achetés par les enfants de
Constantine dans le Nord-Est de l'Algérie au début du vingtième siècle
(Doutté, 1908: 534). Il faut donc souligner que localement une petite
industrie de jouets existe déjà depuis bien longtemps. Les jouets donnés de
nos jours aux enfants marocains par leurs parents ou d'autres adultes,
spécialement pour la fête d‟°Ashûra, démontrent l'influence grandissante
de l'industrie du jouet, surtout l'industrie du jouet de l‟Asie du Sud-Est. Il
s‟agit de poupées, d‟animaux jouets, de bruiteurs, d‟instruments de
musique, d‟armes jouets, de voitures, etc.

347
3 Aspects socioculturels
Le premier chapitre de cette section aborde quelques aspects généraux du
lien entre les jeux et jouets des enfants sahariens et nord-africains et la
culture et l‟organisation sociale de leurs communautés. Les chapitres
suivants traitent des relations entre les jeux et jouets d‟un côté et la
socialisation des enfants, les relations entre enfants et entre enfants et
adultes de l‟autre côté. Après une discussion de la différentiation sexuelle
dans les jeux et jouets, une dimension historique est introduite en analysant
le changement dans les cultures ludiques de ces régions.

3.1 Jeux, jouets, culture et société

Ce titre souligne que les activités ludiques et les jouets reflètent la culture
et la société dans lesquelles vivent les enfants mais aussi qu'une culture et
un système social peuvent s'étudier à travers les jeux et les jouets des
enfants.
Les jeux et les jouets sont indissolublement liés au contexte culturel et
social dans lequel les enfants sahariens et nord-africains grandissent. Cela
saute tellement aux yeux qu‟une longue liste d‟exemples n‟est nullement
nécessaire. La culture et l‟organisation sociale de la famille et de la
communauté influencent entre autres l‟aspect verbal et non-verbal des
jeux, les thèmes qui y sont développés, le temps et l‟espace où ils se
concrétisent ainsi que la composition et l‟organisation des groupes de jeu.
C‟est donc une évidence de dire que les jeux et les jouets sont tout à fait
imprégnés du mode de vie familial avec ses influences internes et externes.
Ce lien étroit fait qu‟on peut apprendre bien des choses sur la culture et
l‟organisation sociale d‟une communauté à travers les jeux et les jouets des
enfants.
Si l‟on parcourt les différents chapitres de ce livre, ainsi que ceux des
livres Poupées et jeux de poupées et L’animal dans les jeux et jouets, on
voit que beaucoup de jeux s‟inspirent des activités adultes, mettent en
scène des réalités familiales et/ou reflètent la participation des enfants à la
vie réelle. Cependant il n‟est pas question de suggérer que les enfants
subissent, imitent et copient passivement ce que les adultes leurs proposent

348
ou que la distinction entre jeu d‟enfant et travail d‟enfant serait floue. Le
conformisme ou le non-conformisme envers ces modèles du monde adulte
varie d‟un jeu ou jouet à l‟autre, d‟un groupe de jeu à l‟autre et même d‟un
enfant à l‟autre. Néanmoins les données montrent que les jeux et les jouets
des enfants ruraux ainsi que ceux des enfants des quartiers populaires des
villes sont, le plus souvent, directement liés aux réalités de la vie familiale
et domestique. Dans ce contexte Gary Cross écrit que pareille situation
existait en Amérique du Nord et en Europe Occidentale jusqu‟environ
1950. Surtout à partir de 1960 et suite à la popularité grandissante de
Barbie et de G. I. Joe, ces nouveaux jouets ont encouragé des formes de
jeux totalement détachées du monde réel de la famille et des
responsabilités domestiques (1998: 26). Quelques pages plus loin cet
auteur souligne que le jouet vu comme répétition des activités du père ou
des tâches féminines de préparer la nourriture et de soigner les enfants met
aujourd‟hui beaucoup d‟adultes dans l‟embarras (1998: 30). Cette situation
dans des sociétés post-industrielles contraste clairement avec les situations
décrites dans ce livre. Cependant, il reste à élucider l‟influence de
l‟introduction de poupées du genre Barbie auprès des filles marocaines. Un
exemple concret est offert par le jeu de poupée d‟une fille de sept ans
d‟une famille populaire de la petite ville côtière Sidi Ifni au sud du Maroc.
Cette fille, dont j‟ai pu filmer une séance de jeux de poupée fin janvier
2002, utilise deux poupées du genre Barbie semblable à celle de la figure
52 (p. 91). En même temps elle confectionne aussi des poupées de type
traditionnel avec une armature en forme de croix vêtue de chiffons. Ces
poupées de type bien différent sont néanmoins utilisées indistinctement
comme des enfants, des enfants dont la fille jouant le rôle de mère prend
soin (Rossie and Daoumani, 2003, Video 1). Une autre vidéo réalisée dans
la même ville en février 2002 montre comment un groupe de jeu de trois
filles entre sept et neuf ans utilise de vraies poupées Barbie. Les Barbies
appartiennent à deux des trois filles vivant dans une famille de classe
moyenne. Elles représentent des enfants dans des situations liés à la vie
réelle d‟une famille marocaine de classe moyenne (Rossie and Daoumani,
2007, Video 3). Dans les deux cas ces poupées Barbie, vraies ou imitées,
ne figurent en aucun cas des adolescentes ou des jeunes femmes vivant
dans un monde idéalisé.

349
Parlant de classe moyenne et de classe populaire à Sidi Ifni, je dois
mentionner le fait que mes données sur les jeux et jouets des enfants
sahariens et nord-africains ne nous informent point sur l‟influence de la
stratification sociale sur le domaine ludique. Cela est surtout dû au manque
de spécifications dans les documents bibliographiques et
muséographiques. En ce qui concerne mes propres recherches, distinction
doit être faite entre celles auprès des familles Ghrib en 1975 et 1977 et
celles menées au Maroc depuis 1992. Chez les Ghrib des années 1970 la
différenciation entre classes sociales était tout à fait inadéquate. Mes
recherches au Maroc par contre ont très largement été axées sur des
familles populaires rurales et urbaines. Ainsi il n‟est pas possible de
vérifier l‟influence éventuelle de la différence de classe. Cependant la
réalisation de vidéos sur le jeu de faire semblant avec poupées à Sidi Ifni et
ses alentours début 2002 montre qu‟une différence existe entre les jeux et
les jouets d‟enfants de familles de classe populaire ou de classe moyenne.
Une exception existe au mutisme sur le rôle de la classe sociale auxquels
appartiennent les joueurs. Il s‟agit du jeu de dînette intégré au jeu de
poupée des filles de Fès vers 1933. Madame Soulé écrit que dans le cadre
du jeu de poupée une cuisine est arrangée dans laquelle "une petite
négresse jouant la servante s'occupe des menus ustensiles de ménage".
C'est pour la dînette, qui arrive après l'exposition de la poupée, que "la
petite négresse a préparé le thé, les gâteaux et le couscous que maintenant
les filles partagent avec leurs poupées" (p. 155; voir Cultures Ludiques
Sahariennes et Nord-Africaines. Poupées d’enfants et jeux de poupées,
2005: 121-122). Ce jeu démontre bien comment l‟ancienne stratification
sociale marocaine imposant un rôle subalterne aux populations noires se
retrouve dans ce jeu de dînette ou c‟est une „petite négresse‟ qui joue le
rôle de servante.
Dans différents endroits d‟Afrique du Nord et du Sahara un aspect
particulier de la vie sociale et culturelle, celui des rites et des fêtes, est
clairement lié aux jeux et jouets. Parfois il s‟agit de certains aspects rituels
ou festifs accaparés par les enfants à des fins ludiques. D‟autres jeux et
jouets sont en rapport avec certains rituels ou fêtes. Rarement il est
question de vrais jeux rituels. Ce lien entre jouets et fêtes se retrouve dans
d‟autres sociétés Pour la France Gilles Brougère écrit dans "Rituel social et
projet éducatif dans la constitution du parc à jouet du jeune enfant" (1999:
12-13) :

350
Le jouet est fortement marqué par son statut de cadeau («un jouet c’est
un cadeau, donc on ne va pas l’acheter tous les jours»). Cela apparaît
d’abord par sa relation aux donations rituelles que sont Noël et
l’anniversaire. Noël avec près de 60% des achats en valeur domine
largement, suivi de l’anniversaire autour de 20%. Il ne reste que 20%
pour le reste (autres occasions ou absence d’occasion).

Les données montrent que dans les familles marocaines la fête de


l‟°Ashûra est la période spécifique mais pas unique pendant laquelle les
adultes offrent des cadeaux de jouets et de friandises aux enfants. Une
autre période pendant laquelle les enfants reçoivent des cadeaux, entre
autres des jouets, est le Moussem. Il s‟agit de la fête annuelle souvent liée
à la vénération d‟un saint et pendant laquelle des foires et des
réjouissances populaires ont lieu. Pourtant le lien entre le Moussem et les
jouets n‟est pas mentionné dans la bibliographie consultée et jusqu‟à
récemment non plus dans les informations recueillies par moi-même.
L‟importance du Moussem dans l‟achat par les adultes de jouets et d‟autres
cadeaux pour les enfants me fut signalée par une fille de six ans et une
mère d‟environ quarante ans. Cela s‟est fait lors de l‟interview menée en
relation avec la vidéo faite sur le jeu de poupées à Sidi Ifni le 31 janvier
2002 (Rossie and Daoumani, 2003, Video 1). Une autre occasion à laquelle
des adultes achètent parfois des jouets se présente lors d‟une visite au
marché d‟un centre urbain. Par contre, l‟anniversaire passe
traditionnellement et souvent encore aujourd‟hui inaperçu. Il ne sert donc
pas comme occasion pour offrir des jouets, en tout cas dans les familles
populaires. Lors des fêtes de l‟°Aïd el kebir, la fête du sacrifice ou l‟°Aïd
el fitr, à la fin du Ramadan, les parents achètent normalement de nouveaux
vêtements pour leurs enfants et les marchands de jouets ambulants que l‟on
trouve lors de l‟°Ashûra ou du Moussem n‟y sont pas présent.

3.2 Jeux, jouets et socialisation

La culture ludique d‟une communauté fait partie du système de


communication par lequel cette communauté échange avec les nouvelles
générations sa manière de voir le monde et d‟organiser la vie. En même
temps elle offre aux enfants un moyen d‟entrer en contact et d‟interpréter à

351
leur façon cette vision du monde et des relations humaines. Qui plus est, le
rôle essentiel dans cette communication intense n‟appartient pas aux
adultes mais se trouve entre les mains des enfants eux-mêmes, surtout les
enfants plus âgés et les pairs. Cela deviendra évident lorsque dans
quelques pages je discuterai des relations inter- et intra-générationnelle à
travers les jeux et jouets.
Cette communication entre ceux qui savent et savent faire et ceux qui ne
savent pas ou pas assez bien s‟étend à tous les domaines. Il est entre autres
question de transmettre par des moyens non-verbaux et verbaux des
connaissances, des croyances, des attitudes, des comportements, des
habilités, des sensibilités, des émotions. Mais il ne s‟agit pas seulement de
transmettre mais aussi de se positionner en relation à cette transmission.
Dans tout cela la communication non-verbale est primordiale aussi bien du
point de vue temporel, c‟est à dire depuis le début de la vie enfantine,
qu‟au sens de l‟importance de ce qui est transmis. Néanmoins, le rôle du
langage et de la transmission orale peut à juste titre être souligné comme le
fait J.D.A. Widdowson dans son article "Rhythm, repetition and rhetoric:
learning language in the school playground". Il écrit à ce sujet que la
connaissance et le savoir-faire linguistique sont largement acquis dans le
contexte du jeu, et font partie du processus de socialisation à l‟intérieur du
groupe, comme c‟est le cas pour l‟apprentissage informel dans la petite
enfance. Cet apprentissage couvre tous les aspects linguistiques
contribuant aux cinq niveaux analytiques que sont la phonologie, le
lexique, la grammaire, la syntaxe et la sémantique. Cet apprentissage mène
aussi à une familiarité élémentaire avec l‟orthographe et même la
ponctuation ainsi qu‟à certains aspects fondamentaux de la littérature, du
„storytelling‟, du jeu de rôle et de l‟humour (2001: 139).
Selon Brian Sutton-Smith le jeu est un acte d‟appropriation culturelle
avec une potentialité socialisatrice. Marie E. Bathiche et Jeffrey L.
Derevensky ont écrit un article sur une comparaison cross-culturelle des
préférences enfantines envers les jeux et jouets. Dans cet article ils disent
qu‟aussi bien les préférences des enfants en ce qui concerne leurs jeux et
jouets que les attitudes parentales envers les comportements ludiques se
développent dans le contexte d‟une société et d‟une culture. Ils y ajoutent
que les valeurs familiales et les manières d‟élever les enfants qui sont
culturellement diversifiées influencent vraisemblablement les jouets et les
jeux des enfants (1995: 53-54).

352
Beaucoup d‟auteurs ont souligné l‟utilité et l‟aspect fonctionnel des
activités ludiques pour la socialisation et la formation informelle et
formelle de l‟enfant. Le plus souvent cette influence du jeu et du jouet est
vue comme directement liée à l‟intégration de l'enfant dans la famille et la
communauté. On parle alors d‟entraînement aux tâches futures,
d‟anticipation à la vie adulte, de préparation pour la vie en société, d‟une
grande valeur éducative. Ce ne sont certainement pas les informations sur
le lien entre la vie domestique et les jeux et jouets présentés dans ce
volume qui soutiendront le contraire. En tout cas il me serait bien difficile
de présenter à partir de ces données des exemples où l‟activité ludique des
enfants sahariens et nord-africains ne serait pas liée à la vie réelle ou au
monde des adultes. Comme le dit Mario Aguilar au sujet des enfants Waso
Boorana du Kenya, les enfants décrits dans ce livre jouent toutes sortes de
rôles de la vie de leur famille et de leur communauté créant ainsi une
société microcosmique (1994: 34-35). Les jeux de maisonnette et de
dînette ainsi que les jeux liés aux occupations ménagères, aux activités de
subsistance, à la musique, aux rituels et aux fêtes illustrent cela clairement.
Comme déjà souligné dans les deux premiers volumes de la collection
Cultures Ludiques Sahariennes et Nord-Africaines, il s‟agit de rôles et de
modèles positifs et localement valorisés auquel l‟enfant est attendu de
s‟identifier. En ce qui concerne les enfants juifs du Sud-Marocain des
années 1950 Pierre Flamand (p. 111-112) écrit :

En tous lieux, des jeux de métiers, la poupée… etc. annoncent et


préfigurent des activités de l’âge d’homme mais peu de sociétés utilisent
au même point que celle-ci les goûts de l’enfance pour former les esprits
à certains concepts et pour pérenniser certaines pratiques.

Tous ces avantages socialisateurs et pédagogiques ne doivent faire oublier


qu‟il ne s‟agit que d‟effets secondaires, de points de vue d‟adultes, bien
que dans les milieux populaires des régions concernées les adultes ne
semblent guère se préoccuper de telles idées. En tout cas les enfants dont
j‟ai personnellement étudié les jeux et les jouets ne jouent ni pour se
socialiser ni pour se former. Ils jouent pour le bien-être que cela leur
procure. J‟utilise le terme bien-être pour dire qu‟il ne s‟agit pas seulement
de s‟amuser mais aussi de s‟approprier l‟environnement physique et
humain et de se confronter avec des matériaux et des techniques. Créer des

353
jouets se fait le plus souvent avec un grand sérieux, parfois avec beaucoup
d‟effort et de difficulté. Mais finalement cette création plus ou moins
laborieuse est faite avec l‟intention de s‟amuser.
Lors d‟un congrès du Conseil International pour le Jeu de l‟Enfant
(ICCP), Dieter Spanhel a souligné le rôle du jeu pour la maîtrise d‟un
avenir inconnu par l‟enfant. En adoptant ce point de vue, je pense qu‟on
peut y ajouter, au moins dans le cadre de mes propres recherches au Maroc,
que ce rôle s‟étend aussi à la maîtrise du présent et même du passé.
Certains jeux, comme celui du mariage souvent joué dans ou avec des
maisonnettes, créent un pont entre ces trois dimensions. Ce genre de jeu de
faire semblant se réfère à la vie future comme jeune mariée, se base sur des
connaissances et expériences actuelles et incorpore des coutumes
ancestrales. Comme le démontrent deux jeux avec poupées prise en vidéo à
Sidi Ifni et ses environs début 2002, le matériel et les jouets utilisés se
relient à deux ou même trois de ces dimensions temporelles. Une fille de
sept ans jouant avec son petit cousin de quatre ans devant la maison le 31
janvier 2002, utilise des poupées avec armature de bâtonnets liés en forme
de croix. Elle les habille selon un modèle attesté depuis cent ans mais qui
est certainement beaucoup plus ancien. Cette fille utilise aussi des objets,
entre autres des poupées du genre Barbie fabriquées en Chine, qui sont liés
au monde d‟aujourd´hui. La mère du garçon dit ne pas avoir joué avec ces
poupées de l‟industrie du jouet il y a environ trente ans. Dans le cas du jeu
de mariage d‟une fille de six ans et de son frère de neuf ans devant leur
maison isolée à Lagzira le 4 mars 2002, les maisonnettes construites avec
de la boue et des pierres copient le modèle ancestral. Mais ce type
ancestral de maison fait aussi partie de leur expérience quotidienne parce
que la maison où ils habitent est une maison rurale traditionnelle faite de
pierres et de terre battue. Cependant un jouet représentant le téléphone
portable préfigure leur vie future de jeune femme et de jeune homme ainsi
que l‟évolution technologique de leur communauté dans les années à venir
(Rossie and Daoumani, 2003: video 1, video 4).
Plusieurs chercheurs parlent de la relation entre les jeux et jouets et la
socialisation et l‟apprentissage. Cette approche analyse l‟acquisition et la
transmission d‟informations et de compétences à travers l‟observation,
l‟imitation, l‟interprétation, le „trial and error‟, la participation,
l‟entraînement et l‟apprentissage. Ce sont des aspects que j‟ai notés en
lisant les publications de ceux qui m‟ont influencé directement ces

354
dernières années. Il s‟agit de Brian Sutton-Smith (1986-), Mario Aguilar
(1994), Gilles Brougère (1987-), Frank and Virginia Salamone (1991),
David Lancy (1996), le groupe de psychologues culturels autour de
Barbara Rogoff et Artin Göncü (1993-), Shlomo Ariel (1980-), Julie
Delalande (2001) et les auteurs du livre édité par Julia Bishop et Mavis
Curtis (2001). La séquence de ces auteurs ne reflète que l‟ordre
chronologique de ma lecture de leurs travaux. En plus, il faut que je
mentionne la revue Early Childhood Matters de la Bernard van Leer
Foundation.
On peut aussi souligner le rôle de la motivation et de l‟initiative de
l‟enfant lui-même par rapport à ceux provenant des pairs, des enfants plus
âgés ou des adultes. C‟est de cette manière que j‟ai présenté mes données.
Ainsi je parle par exemple de l‟implication active et de la prise en charge
personnelle des enfants dans le chapitre La créativité enfantine. Le rôle des
autres enfants et des adultes par contre est analysé dans le chapitre suivant
sur les relations interpersonnelles. Les catégories comme l‟observation,
l‟imitation et le „trial and error‟ n‟ont pas fait l‟objet d‟attention spécifique
dans ma propre recherche ni dans les documents bibliographiques
concernés, dès lors je ne pourrais que répéter les propositions générales
données dans les deux volumes précédents. Il me suffira donc de dire que
les informations contenues dans ce livre démontrent une fois de plus
l‟importance de ces aspects pour le développement de l‟enfant et que les
jeux et jouets décrits ici offrent de nombreux exemples s‟y rapportant.
Le développement esthétique de l‟enfant par les activités ludiques est un
aspect régulièrement passé sous silence. Pourtant ces activités ludiques
constituent un apport réel aussi bien au niveau des codes, des normes, des
expériences que des performances esthétiques propres au milieu de
l‟enfant. Cela est démontré par plusieurs jeux et jouets décrits dans ce livre
et non seulement dans le chapitre La musique et la danse dans les jeux et
jouets ou le chapitre Les rituels et les fêtes dans les jeux et jouets.
Certaines activités de jeu et de fabrication de jouets ont une influence
directe sur la formation de l‟esthétique corporelle, picturale, plastique,
musicale, architecturale. Parfois je voudrais parler de préparation à la
création artistique comme pour la danse et l'orchestre des enfants Ghrib, de
même que pour ceux de quelques filles et garçons marocains. Au Maroc,
un cas remarquable est la construction d‟un violon comme celui fabriqué et
joué par un berger de treize ans au Moyen Atlas (fig. 366, p. 301) ou un

355
garçon de sept ans de l‟Anti-Atlas (fig. 370, p. 304). Eventuellement il
s‟agit d‟une guitare faite par un garçon de treize ans vivant à Sidi Ifni (fig.
371, p. 305). Pareils instruments à cordes sont utilisés par les conteurs et
chanteurs populaires marocains, surtout dans le milieu rural.

3.3 Jeux, jouets et relations interpersonnelles

Ce chapitre sur les relations interpersonnelles dans et par les activités


ludiques parle d‟abord des relations entre enfants d‟environ le même âge et
d‟âges différents, puis des relations entre enfants et adultes. Le jeu solitaire
sera discuté dans le chapitre La créativité enfantine.

3.3.1 Les relations entre enfants

Les adultes ne sont pas seuls à agir sur leur progéniture pour en faire
des êtres sociaux. Entre eux, les enfants travaillent aussi à leur
socialisation et participent à se construire une place au sein de leur
famille et au sein de leur groupe de pairs.

Cette affirmation de Julie Delalande dans sa remarquable étude sur la cour


de récréation (2001: 37) est tout à fait indiquée pour ouvrir ce chapitre.
En observant des enfants ghrib au milieu des années 1970 et des enfants
marocains à partir de 1992, j‟ai constaté l‟importance primordiale des pairs
et des enfants plus âgés dans la transmission du contenu non-verbal et
verbal des jeux, de la manière dont un jeu se déroule ainsi que des
comportements s‟y référant. Le hasard de mes rencontres avec des groupes
de jeu dans le Sahara tunisien et au Maroc permet de présenter quelques
simples constatations qui ne sont nullement représentatives car elles ne
sont pas le résultat d‟une recherche élaborée. Néanmoins, elles pourraient
servir d‟indices pour formuler des hypothèses.
Dans tous les exemples mentionnés ci-dessous, les groupes de jeu ont
été formés spontanément et j'ai rencontré les enfants pendant le jeu. Parfois
on voit sur une photo que la prise de vue a influencé le comportement des
joueurs. Les figures 2 (p. 55), 34-36 (p. 77-78) et 38 (p. 79) montrent qu‟en
1975 les filles ghrib de trois à quatre ans forment des groupes assez grand

356
et jouent dans le sable en construisant chacune une maisonnette. Dans ce
cas il s‟agit surtout d‟une activité parallèle. La figure 38 (p. 79) laisse voir
qu‟une fille plus âgée joue avec eux en les ayant plus ou moins à sa charge.
Ce livre offre aussi des photos de groupes de jeu de filles ghrib d‟environ
le même âge jouant à deux (fig. 3 p. 56, 87-88 p. 112). Les joueurs dans
tous ces groupes de jeu appartiennent à une famille ou sont des voisins. Ce
rapport étroit entre les joueurs, basé sur une relation familiale ou de
voisinage, se retrouve dans mes observations faites au Maroc. Comme on
peut le voir à la figure 95 (p. 118) une fillette de trois ans intègre dans son
jeu de ménage sa petite sœur de dix-huit mois. Un autre exemple met en
scène trois frères âgés de huit à douze ans (fig. 258, p. 221). D‟autres
photos (fig. 46 p. 86, 64 p. 98, 96 p. 119, 97 p. 120, 103 p. 124, 147 p.
150, 152 p. 154) et quelques données écrites indiquent que les joueurs,
toujours liés par des liens étroits de parenté ou de voisinage, ont environ le
même âge.
Dans le contexte de groupes de joueurs Julie Delalande (2001) met en
avant le lien entre enfants ayant des affinités (p. 76), le rôle du temps et des
relations prolongés pour l‟instauration d‟habitudes culturelles (p. 72), le
rôle de l‟opportunité et de la disponibilité dans la création de relations (p.
86). Elle mentionne aussi l‟influence des relations extra ludiques (p. 91).
Même sans analyses détaillées on peut souligner que tous ces éléments
doivent être particulièrement important dans des communautés où les
enfants disposent normalement d‟un grand nombre de joueurs potentiels.
Ce nombre élevé de joueurs est du au grand nombre d‟enfants dans les
familles ou dans le voisinage. Ainsi le nombre d‟enfants sur un espace
réduit offre une multitude de joueurs du même âge et d‟âge différent. Ainsi
un enfant peut trouver et choisir des compagnons de jeu et s‟intégrer dans
des groupes de jeu multiples. Les rues des quartiers populaires en ville et
les espaces de jeu au village sont de véritables laboratoires d‟interaction et
de créativité. C‟est là que les petits enfants, une fois sortie de l‟emprise
directe de leur mère, côtoient des enfants du même âge, des enfants plus
âgés et des adolescents. L‟observation des interactions entre enfants dans
quelques rues de Kénitra, Khemisset, Midelt et Sidi Ifni montre que les
enfants plus âgés jouent un grand rôle dans la transmission des jeux et des
techniques de fabrication des jouets.
En ce qui concerne les relations ludiques des enfants d‟environ deux à
cinq ans je peux souligner le rôle qu'incombe aux filles plus âgées et

357
parfois aux garçons plus âgés. Une des tâches habituelles des filles à partir
d‟environ sept ans est de s‟occuper des petits, souvent pour donner à une
mère l‟occasion de faire autre chose. Afin de s‟acquitter de leur tâche les
filles s‟adonnent à amuser le petit et à jouer avec l‟enfant. Si la fille a
plusieurs enfants sous sa garde elle pourra organiser un groupe de jeu dans
lequel les enfants jouent parallèlement ou ensemble. Il arrive aussi qu‟une
fille ou qu‟un garçon fabrique un jouet pour un petit enfant. Souvent il
s‟agit alors d‟une sœur ou d‟un frère.
A partir de l‟âge de plus ou moins six ans les enfants se libèrent
progressivement de cette tutelle des plus grandes. Ils acquièrent la
possibilité d‟organiser eux-mêmes des groupes de jeu la plupart du temps
avec des pairs, souvent mais certainement pas exclusivement du même
sexe. Depuis lors le rôle des pairs s‟accentue et l‟entraide entre les joueurs
devient un facteur important dans l‟apprentissage des jeux et la fabrication
des jouets. Cela se donnait clairement à voir dans l‟activité ludique de
quelques garçons à Sidi Ifni vers la fin d‟octobre 2002. Sur le trottoir d‟une
rue descendante j‟ai repéré dans la soirée deux garçons d‟environ treize ans
en train d‟ajuster leur planche à trois roues faites avec des billes de
roulement. Une fois la planchette bien faite, ils s‟assoient dessus pour
descendre la pente à toute vitesse. Le lendemain et le jour suivant quatre
autres garçons du même âge se sont joints à eux. Dans ce groupe de jeu les
deux initiateurs du jeu ont aidé leurs copains non seulement à fabriquer
une planche mais parfois aussi à la conduire. Une bonne semaine plus tard
ce groupe de joueurs a disparu de l‟endroit mais j‟ai remarqué sur le
trottoir opposé deux garçons d‟environ sept ans utilisant l‟avant train de
ces planches à trois roues. Courbant le dos et en tenant les deux extrémités
de la planchette de direction ces petits garçons essayent d‟avancer le plus
vite possible.
La situation d‟apprentissage informelle se voit régulièrement là où j‟ai
fait des observations, mais les exemples manquent car cela n‟a pas retenu
mon attention. Cependant depuis que j‟ai lu les travaux de Barbara Rogoff
et d‟Artin Göncü sur la participation active des enfants à leur
environnement et au monde adulte j‟ai pris conscience de cet aspect. Un
des quatre vidéos réalisées début 2002 à Sidi Ifni montre un garçon de six
ans regardant son frère de dix ans en train de créer quelques jouets en
carton comme une voiture, une maisonnette ou un système pour déplacer
une petite voiture. Le petit frère observe attentivement et aide son frère

358
aîné. De temps en temps, ce dernier tire l‟attention de son frère cadet sur la
manière de construire certains éléments des jouets (Rossie and Daoumani,
2007, Video 2).
Deux livres sur les cours de récréation dans des écoles occidentales
discutent certains aspects ayant une importance majeure pour la
composition et le fonctionnement des groupes de jeu (Delalande, 2001;
Bishop and Curtis, 2001). Ces aspects réfèrent entre autres à la différence
d‟âge et de sexe, du rôle des leaders et des suiveurs et des relations entre
pairs. Malheureusement ces aspects ne peuvent être abordés ici car les
données s‟y référant manquent totalement. Il serait pourtant très utile de
disposer de ces informations pour mieux comprendre la culture enfantine
et le développement des enfants en Afrique du Nord et au Sahara mais
aussi pour pouvoir comparer ces données avec ceux sur les enfants
d‟autres régions.
En ce qui concerne l‟influence des amitiés entre élèves de la même
classe ou de la même école sur la composition des groupes de jeu et le
comportement des joueurs, si bien analysée par Julie Delalande (2001),
toute information manque pour les régions dont parle ce livre.

3.3.2 Les relations entre enfants et adultes

Les premiers adultes établissant des relations ludiques avec


un nouveau-né sont la mère, le père, une grande sœur, un
grand frère ou un grand-parent. Cependant mes recherches et
les informations trouvées dans la bibliographie consultée ne
parlent presque pas des enfants sahariens et nord-africains de
moins de deux ou trois ans. Dès lors cette période de la
petite enfance pendant laquelle la mère et d‟autres membres
adultes de la famille ou du voisinage jouent volontiers avec 406
un bébé ou un petit enfant ne peut être discutée.
Comme expliqué dans l‟introduction il est difficile pour un chercheur
masculin d‟obtenir des informations sur la relation entre les femmes et les
bébés ou bambins. Pour cette raison j‟ai demandé à Khalija Jariaa de
s‟informer sur les activités ludiques entre les mères et leurs bébés. De
retour à Sidi Ifni en avril 2006 elle m‟a amené un hochet couramment
utilisé dans son village natal Ikenwèn dans la région de Tiznit (fig. 406).

359
Pareils hochets se fabriquent surtout lors de la tamgra, la moisson du blé
en avril, et du èrngru argan, la récolte des noix d‟argan en mai. Quand la
mère doit laisser son bébé seul pendant le travail elle lui offre ce hochet
406 pour qu‟il s‟amuse avec ou elle l‟utilise pour le calmer. Ce hochet est fait
avec le récipient rond en plastique transparent qui était rempli avec l‟eau
de la source Zamzam de la Grande Mosquée de la Mecque. Ces petites
bouteilles sont soudées une fois remplies d‟eau. Les pèlerins en ramènent
406
pour les offrir aux ménages de leur famille et de leurs connaissances.
Après avoir coupé le haut de l‟orifice chacun boit un peu de cette eau. Le
Dictionnaire Encyclopédique de l‟Islam dit à ce sujet : "Cette eau est
rapportée par les pèlerins aux quatre coins du monde islamique, où on la
boit comme un breuvage lié à l‟obtention d‟une grâce et où elle est
dispensée aux malades" (1991: 420).
Pour faire le hochet quelques petites pierres sont introduites par
l‟ouverture. Un roseau de dimension adéquate est introduit dans cette
ouverture. Au centre des deux côtés du récipient un petit trou est fait. On
passe un fil résistant d‟environ 15 cm à travers ces trous. De chaque côté
on enfile une grosse perle en bois, puis deux nœuds sont faits pour que les
perles restent en place. A Ikenwèn ces grandes perles sont aussi utilisées
pour en mettre une ou deux dans les cheveux du bébé comme
protection. R‟quia Mbarek de quatre-vingt-cinq ans, la personne la plus
âgée du village en mars 2006 et appelée par respect °amtirquia ou tante
R‟quia, garde ces grandes perles en bois. Selon les villageois ces perles ont
dès lors un certain pouvoir de baraka, un pouvoir de bénédiction et de
protection.
Il y a cinquante années le hochet se fabriquait avec une peau de lapin.
Les mères d‟Ikenwèn préfèrent le hochet local aux hochets fabriqué en
Chine parce que ces hochets importés se cassent trop vite.
Mes informations peuvent cependant affirmer que ces relations ludiques
spontanées entre enfants et adultes ne s‟arrêtent pas à l‟âge de trois ans.
Seulement, le plus que les enfants avancent en âge le plus qu‟elles
semblent devenir rare. A côté des observations occasionnelles non décrites,
ce livre comporte quelques exemples qui démontrent bien qu‟une relation
ludique entre adultes et enfants de deux ans ou plus ne soit pas si
exceptionnelle. Il s‟agit d‟un père ghrib investissant le jeu de sa fille de
deux ans (p. 230), d‟une mère ou d‟un père marocain fabriquant un jouet
musical pour leur fille (p. 287), d‟un autre père marocain créant des

360
moulinets pour ses filles à l‟occasion du Mûlûd (p. 337) ou encore d‟un
jeune homme Ghrib en train d‟amuser son petit frère en lui faisant jouer la
flûte (fig. 338, p. 280).
Une raison pour la diminution de l‟ingérence des adultes dans le jeu des
enfants se trouve dans l‟éloignement progressif de l‟enfant de sa mère et de
la maison. Si l‟enfant de deux ou trois ans joue souvent près de la tente ou
en face de sa maison et celle des voisins et reste ainsi près des adultes. Par
contre les enfants plus âgés vont jouer de plus en plus loin utilisant les
espaces vagues et les rues. En tout cas ils jouent aux endroits où ils
échappent plus facilement au contrôle des adultes, plus spécifiquement des
adultes de leur entourage. Il faut faire ici une distinction assez nette entre
garçons et filles du fait que les garçons jouissent de plus de liberté et de
temps pour jouer que les filles. Les espaces de jeux des petits garçons et
celles des filles sont normalement limités aux endroits que les adultes
peuvent surveiller. Les espaces de jeux des garçons s‟élargissent avec l‟âge
et ils peuvent beaucoup plus facilement échapper au contrôle des adultes.
Bien que les adultes et les adolescents puissent perturber ou arrêter les
activités ludiques des enfants, mes observations montrent que les enfants
trouvent souvent le temps nécessaire pour jouer et se fabriquer des jouets.
Cependant on trouve ici la même distinction entre filles et garçons.
Chez les semi-nomades Ghrib des années 1970 mais aussi dans les
milieux ruraux et populaires au Maroc d‟aujourd‟hui j‟ai remarqué chez les
adultes une certaine indifférence envers les jeux des enfants. Un
désintéressement qui semble lié au point de vue que le jeu et la fabrication
de jouets est l‟affaire des enfants eux-mêmes. Dès lors, les adultes n‟ont à
intervenir qu‟en cas de danger réel, de risque de dégâts et de dérangement
ou lors de transgression grave des règles et des valeurs. Pareille attitude est
aussi décrite par Suzanne Gaskins pour les enfants de villages indiens
mayas du Yucatan au Mexique. Elle écrit à ce sujet que lorsque les enfants
mayas peuvent jouer, ils jouent selon leur propre volonté sans presque
aucune autre interférence adulte que de reprendre des ustensiles utilisés
pour le jeu ou d‟insister sur la sécurité physique. En ce qui concerne les
jeunes enfants mayas leur jeu est vraiment motivé personnellement. Il n‟est
point basé sur une structuration ou motivation par des adultes ni utilisé
pour attirer l‟attention des adultes (1999: 49).

361
Cet auteur souligne aussi que les enfants mayas non seulement ne
consacrent qu‟une petite partie de la journée au jeu mais en plus ils ne
consacrent que très peu de ces moments ludiques aux jeux symboliques et
de faire semblant (1999: 47). Mes observations sur les enfants ghrib et
marocains soutiennent plutôt l‟hypothèse que le jeu symbolique et de faire
semblant joue un rôle important dans le développement de ces enfants.
C‟est un jeu de faire semblant qui le plus souvent est lié au monde adulte.
Pierre Flamand (p. 213) écrit sur les relations ludiques inter-
générationnelles chez les Juifs du Sud-Marocain des années 1950 :

Aucun des enfants n’indique son père comme l’initiateur de ses jeux;
quelques fillettes attribuent ce rôle à leur mère, beaucoup à leur aïeule,
quelques-uns invoquent l’action de leur parenté du bled (de la
campagne). La plupart des adultes, en bref, se désintéressent des jeux
de leur progéniture; ils croient faire suffisamment en la pourvoyant de
quelque monnaie au temps des fêtes.

Les quelques exemples de jouets faits par un père ou une mère démontrent
qu‟ils furent faits pour des occasions spécifiques comme l‟°Ashûra ou le
Mûlûd. Les instituteurs de Sidi Ifni, membres de l‟Association Isni pour la
Culture et l‟Art, à qui j‟ai demandé en décembre 2002 si leur père, leur
mère ou un autre adulte leur a fabriqué un jouet lorsqu‟ils étaient enfant
ont répondu de manière négative. Cependant ce n‟est qu‟une analyse plus
poussée qui pourrait clarifier cet aspect. Néanmoins, je crois pouvoir
supporter ce qu‟écrit Elisa Lwakatare à ce sujet lorsqu‟il spécifie que les
adultes tanzaniens font peu de jouets pour leurs enfants (1999: 4). L‟achat
d‟un jouet par un adulte pour le donner à son enfant ou un enfant de sa
famille est probablement une habitude plus généralisée bien que limitée.
En opposition aux situations décrites ci-dessus on penserait aisément
que les adultes des pays techniquement très développés qui achètent
tellement de jouets pour les enfants s‟intéressent particulièrement au jeu de
l‟enfant. Pourtant, des recherches en Australie font penser le contraire.
Dans son article June Factor écrit qu‟une conséquence utile du mythe de
l‟insignifiance du folklore ludique enfantin, a été l‟absence relative de
l‟interférence des adultes dans les jeux des enfants. Ceci leur a permis de
s‟organiser eux-mêmes comme ils le veulent, libérés de l‟imposition des
idées courantes des adultes de comment jouer et de jouer à quoi (2001: 33).

362
Lors de son analyse des jeux de sable à l‟école maternelle, Julie
Delalande souligne que dès le plus jeune âge des enfants "leurs parents
mettent entre leurs mains seau, pelle, tamis et moules, leur apprenant
souvent à faire des pâtés, des châteaux" (2001: 187). Pareille attitude
d‟apprendre aux enfants à faire des constructions avec du sable et de
s‟investir dans une pratique ludique enfantine ne m‟est apparue ni dans le
désert tunisien ni sur les plages de Kénitra ou à Sidi Ifni au Maroc. En plus
les informations bibliographiques ne la révèlent pas. Ce constat doit
néanmoins être relativisé par ce que Boubaker Daoumani a dit. Il m‟a
raconté que des mères de milieu populaire se trouvant avec des petits à la
plage de Sidi Ifni les aident parfois à faire des formes ou des constructions
dans le sable mais cela sans utiliser du matériel fabriqué à cet effet.
Cette indifférence envers les jeux de l‟enfant mentionnée pour les
adultes en général se retrouve chez les enseignants d‟école primaire et chez
le personnel des établissements préscolaires. Par exemple les cours pour
enfants d‟âge préscolaire ne laissent aux petits enfants marocains que très
peu ou pas de temps pour jouer. Cela est aussi bien le cas pour les écoles
privées qui coûtent cher que pour les établissements à classe unique qui ne
demandent que peu d‟argent aux parents. Ces classes sont arrangées dans
un garage ou une maison et une jeune femme ayant fait partiellement ou
complètement des études secondaires est souvent l‟enseignante. En plus de
l‟approche pédagogique dans lequel l‟aspect ludique n‟est certainement
pas valorisé, il y a aussi le fait que les parents n‟apprécient guère les essais
d‟introduire le jeu et les jouets en classe. Les quelques enseignantes de
classes maternelles que j‟ai eu l‟occasion de parler m‟ont toujours dis que
les parents de leurs élèves insistent très fortement sur l‟apprentissage
précoce de la lecture, de l‟écriture, et de l‟apprentissage par cœur.
Les auteurs du livre Guided Participation in Cultural Activity by
Toddlers and Caregivers soulignent sur l‟importance de la participation
des enfants dans les activités des adultes pour leur développement et leur
intégration culturelle et sociale dans la famille et la communauté (Rogoff
e.a., 1993). Dans ce contexte je voudrais remarquer que la plupart des
enfants nord-africains et sahariens vivent dans des familles où ils ne sont
pas ou peu isolés des activités adultes. En conséquence ils se réfèrent dans
leurs jeux à ce qu‟ils apprennent de la vie des adultes par observation et
par leur participation aux activités des adultes. Un exemple récent me fut
donné fin octobre 2002 dans le quartier populaire Boulalem à Sidi Ifni. A

363
cette occasion j‟ai observé comment une fillette de trois ans s‟amusait à
nettoyer le trottoir devant sa maison avec une brosse de taille réduite là où
sa sœur de sept ans et la mère sont en train de nettoyer ce même trottoir.
Une différence avec l‟attitude courante des adultes aux Etats Unis
envers les jouets liés à des situations domestiques ou à des occupations
masculines est à noter. Gary Cross écrit que les jouets reproduisant les
actions du père ou servant à l‟apprentissage des techniques culinaires et
des soins à donner aux enfants mettent beaucoup d‟adultes dans l‟embarras
(1998: 30). Dans mon livre plusieurs exemples démontrent que les adultes
nord-africains et sahariens auraient vu l‟idée que pareils jouets peuvent
embarrasser des parents comme inconcevable. Au contraire parmi les
jouets pour enfants achetés occasionnellement on trouve aujourd‟hui
régulièrement des imitations en plastique d‟objets pour faire à manger,
pour nettoyer la maison et pour faire le maquillage, tous destinées aux
filles. Les petites voitures et les camions sont donnés aux garçons. Il s‟agit
donc de jouets liés à des occupations adultes féminines et masculines.
Une autre particularité est que le don de jouets, mentionné pour les
parents des pays occidentaux, n‟existe que d‟une façon très limitée chez la
plupart des parents sahariens et nord-africains. En tout cas ce don de jouets
n‟a rien à voir avec le nombre de jouets que les enfants possèdent par
exemple en Suède (Nelson and Nilsson, 2002). Gilles Brougère écrit :
"Pour comprendre le jouet il faut le situer au sein des relations sociales et
affectives entre parents et enfants" (1999: 24). Sauf dans les familles riches
et occidentalisées, ce qui est constaté en France ne se rencontre pas en
Afrique du Nord et au Sahara entre autres parce que beaucoup de jouets
sont fait par les enfants eux-mêmes.
J‟ai mentionné quelques occasions où les adultes achètent des jouets
pour les enfants marocains. Bien que rare, offrir des jouets n‟est pas
quelque chose de nouveau surtout en milieu urbain car F. Castels
mentionne déjà en 1915 et à Rabat l‟existence de vendeurs de jouets
locaux et de jouets importés d‟Europe. En plus Westermarck écrit en 1926
que des artisans marocains fabriquent des jouets.
Julie Delalande (2001) ainsi que les auteurs du livre édité par Julia
Bishop et Mavis Curtis (2001) discutent en détail l‟influence de l‟école
maternelle et primaire et plus spécifiquement de la cour de récréation sur
les relations entre enfants, leurs activités ludiques et la culture enfantine.
Sans vouloir diminuer le rôle de l‟environnement scolaire sur les enfants

364
nord-africains de trois à douze ans, je crois pouvoir dire que le rôle de cet
environnement dans le domaine des jeux et jouets est moins important par
exemple au Maroc qu‟en France ou en Grande Bretagne. Cela ne serait pas
du à une scolarisation moins importante au Maroc mais à une attitude
d‟indifférence envers les jeux des enfants à l‟école. Comme indiqué
quelques paragraphes plus hauts, le rôle de la famille restreinte et étendue
ainsi que celui du voisinage sur les liens entre enfants et sur leurs activités
ludiques me semble dépasser de loin le rôle de l‟école. J‟ai néanmoins
essayé d‟en savoir un peu plus sur ce qui se passe à l‟école primaire dans la
région de Sidi Ifni pendant la récréation. Pour cela j‟ai questionné trois
instituteurs membres de l‟Association Isni pour la Culture et l‟Art. Ces
instituteurs enseignent depuis environ huit ans dans trois écoles de villages
différents, une située dans un village assez urbanisé à 2 km de Sidi Ifni,
une autre se trouvant dans la montagne à 11 km de cette ville et la
troisième dans un endroit isolé à 35 km de Sidi Ifni. Les cours qui durent
quatre heures et demie par jour sont entrecoupés par une seule période de
récréation de quinze minutes. Si l‟on décompte le temps d‟aller à la toilette
et du rassemblement il reste une dizaine de minutes aux enfants pour se
divertir. Selon les trois instituteurs les enfants se regroupent souvent en
petits groupes de trois à quatre élèves. Ces groupes d‟élèves de plus ou
moins le même âge sont basés sur les liens de parentés et de voisinage. Les
enfants jouent entre eux et se partagent éventuellement une orange, des
biscuits ou autre chose à manger qu‟un d‟eux a emporté. Les groupes
mixtes où l‟on retrouve ensemble filles et garçons deviennent rares à partir
de la deuxième année et sont pour ainsi dire inexistant dès la quatrième
année. Les garçons s‟adonnent surtout à des jeux physiques. Les filles le
font aussi, comme en décembre 2002 en sautant dans l‟élastique, mais il
n‟est pas rare de les trouver en train de se parler entre eux.
Au Maroc d‟autres structures dirigées par des adultes et destinées aux
enfants ne semblent pas intégrer dans leurs activités le patrimoine ludique
de ces enfants. D‟abord il faut dire que les mouvements de jeunesse sont
peu développés en dehors des grandes villes. Le mouvement scout existe
au Maroc mais comme cela semble être le cas à Rabat il est plutôt implanté
dans les milieux aisés. Par contre les dâr shebâb, les maisons de jeunes se
trouvent même dans des petites villes comme Midelt et Sidi Ifni mais pas
dans les villages. Dans ces maisons de jeunes, des volontaires organisent
parfois des ateliers pour enfants (fig. 407, p. 366). Quand j‟ai assisté à

365
quelques réunions de pareils ateliers pour enfants à Kénitra en 1993, les
activités ludiques étaient limitées au chant et à quelques petits jeux
semblables à ceux utiliser dans les mouvements de jeunesse, par exemple
tourner autour de quelques sièges dont le nombre est inférieur d‟une unité
au nombre de joueurs. En questionnant les volontaires âgés entre dix-sept
et vingt-cinq ans environ et qui souvent sont des enseignants, il est apparu
que le patrimoine ludique local n‟est pas ou très peu utilisé.

407

En ce qui concerne l‟influence des médias et de la publicité il est clair que


le niveau de vie des familles populaires et rurales reste trop bas pour que
les adultes ou les enfants puissent se permettre des dépenses de luxe. Cela
ne veut nullement dire qu‟il n‟y a pas d‟achat de jouets. Acheter des jouets
se fait d‟habitude pendant l‟°Ashûra ou le Moussem mais le montant de ces
dépenses reste limité. En plus, les jouets achetés sont souvent de moindre
qualité ou des jouets d‟occasion. Néanmoins, l‟influence de la télévision
peut s‟avérer décisive dans la propagation d‟une mode ludique comme cela
fut le cas avec l‟engouement des enfants marocains pour tout ce qui se
réfère à Pokemon. Entre autres à Midelt et à Sidi Ifni cet engouement s‟est
développé très vite durant l‟année 2000 suite à la diffusion par la télévision
marocaine d‟une série de dessins animés de Pokemon traduit en arabe. Une
fois que la diffusion s‟est arrêtée, Pokemon fut aussi vite oublié qu‟il était
venu à la mode.

366
3.4 Jeux, jouets, filles et garçons

Le titre de ce livre La vie domestique dans les jeux et jouets fera


probablement penser en premier lieu à des jeux et des jouets de filles.
Pourtant cela n‟est que partiellement vrai. En voyant les jeux et jouets
analysés il est clair que certains sont plus joués et utilisés par les filles
comme c‟est le cas pour la dînette et les ustensiles jouets ou ceux liés aux
travaux ménagers. Par contre les jeux et jouets liés aux occupations de
subsistance sont plutôt des jeux et jouets de garçons. Cela ne surprend
nullement car ils reflètent les occupations féminines et masculines dans les
familles nord-africaines et sahariennes. Les jeux et jouets se référant aux
habitations, à la musique et la danse ou aux rituels et fêtes font aussi bien
partie des activités ludiques des garçons que celles des filles.
Me référant aux informations sur la différence sexuelle dans les jeux et
jouets mentionnées dans ce volume, il est possible de voir quelles activités
ludiques appartiennent à l‟un ou l‟autre sexe ou bien aux deux sexes. Il
faut néanmoins que j‟avertisse que ni mes observations personnelles ni
ceux des autres auteurs peuvent prétendre à une représentativité
quelconque. Dès lors, ces données sur les jeux et jouets sahariens et nord-
africains ne permettent aucune formulation négative quant à l‟existence
d‟un jeu ou jouet chez les filles ou les garçons. Il est seulement possible de
mettre en avant des constatations qui n‟ont rien d‟infaillible. Beaucoup
plus de recherches seront nécessaires avant de pouvoir tracer un tableau
représentatif sur ce thème. Mes propres informations dans ce domaine sont
largement basées sur des observations d‟activités ludiques ou de
fabrication et d‟utilisation de jouets par des garçons et des filles ou par les
deux sexes ainsi que sur ce que les enfants eux-mêmes ont raconté à ce
sujet. Le point de vue des adultes n‟est que rarement pris en considération.
En cela je rejoins Greta Pennell lorsqu‟elle écrit qu‟ériger les réponses des
adultes comme la norme avec laquelle on juge les réponses des enfants,
masque dans quelle mesure les enfants peuvent être les vrais experts. Vu
l‟importance du jouet dans la vie quotidienne des enfants, il semble
raisonnable de croire que les opinions des enfants sur qui aimerait jouer
avec un jouet spécifique seront plus adéquates que les opinions des adultes
(1996: 3).

367
Les données sur les jeux de tente parlent d‟activités ludiques de filles et
il en est de même pour la dînette. Uniquement pour les Chaouïa il a été dit
que des garçons pouvaient éventuellement participer au jeu de dînette ou y
jouer eux-mêmes. Pour la dînette ou le jeu de ménage les filles fabriquent
bon nombre d‟ustensiles-jouets. Cependant il arrive que des garçons le
fassent aussi, comme chez les Maures, les Belbala et au Maroc. Les
activités ludiques décrites dans le chapitre Les occupations ménagères
dans les jeux et jouets sont particulières aux filles bien que des garçons s´y
adonnent occasionnellement. Ce livre donne un exemple chez les Belbala
où des garçons font un puits. Au Maroc des garçons construisent dans
plusieurs endroits un four pour cuire le pain.
Par contre les jeux et jouets liés aux activités de subsistance comme
l‟élevage, le jardinage, le travail des champs et le commerce semblent
plutôt être des jeux de garçons. Certaines activités ludiques font aussi bien
partie des jeux de filles que des jeux de garçons mais ils sont joués
séparément par les deux sexes, comme cela se fait pour les jeux où des
maisonnettes sont construites. En ce qui concerne ces maisonnettes, celles
faites par des garçons et celles construites par des filles sont parfois de
type différent. Il en est de même pour les jeux musicaux, la danse et
certaines pratiques ludiques liées aux fêtes et aux rituels. Ainsi les
instruments de percussion typiques des festivités de l‟°Ashûra sont
traditionnellement différents pour les filles et les garçons. Il arrive aussi
que les filles jouent un jeu qui est plutôt réservé aux garçons ou que les
filles utilisent des jouets fabriqués par des garçons sans qu‟elles les
fabriquent elles-mêmes comme le moulinet à vent de la fête du Mûlûd au
Maroc central. Des exemples de garçons de plus de huit ans jouant des
jeux de filles ou utilisant des jouets faits ou utilisés par des filles sont
beaucoup plus difficile à trouver.
Pour les petits enfants la différentiation sexuelle n‟est pas importante.
Ainsi il est courant qu‟une fille plus âgée s‟occupe d‟un petit groupe de
filles et de garçons qu‟elle entraîne à un jeu ou qui s‟amusent
parallèlement. A partir de l‟âge d‟environ six ans cette différentiation
sexuelle dans les jeux et jouets devient très prononcée. Cet âge est aussi
avancé par les auteurs marocains de l‟article "La ségrégation des garçons
et des filles à la campagne" (Belghiti e.a., 1971: 102). Vers cet âge les
garçons quittent les groupes de jeux régulièrement contrôlés par des
grandes filles pour organiser leur propre groupe de jeu d‟où les filles sont

368
normalement exclues. Dans leurs groupes de jeu les garçons jouissent
certainement de plus de liberté que les filles dans leurs groupes de jeu. Du
moins si longtemps qu‟ils ne dérangent pas les adultes ou ne transgressent
pas ouvertement les normes. Les garçons peuvent aussi s‟éloigner
beaucoup plus loin que les filles et échappent ainsi au contrôle direct des
parents et autres adultes. Les filles par contre doivent souvent rester aux
alentours de la maison. Entre autres pour être disponible pour aider dans le
ménage ou pour s‟occuper des petits mais aussi pour subir une surveillance
plus stricte. Quand les grandes filles prennent en charge les petits enfants
elles peuvent certainement trouver des occasions pour jouer. Cependant il
est difficile de départager la tâche de s‟occuper des petits enfants de la
possibilité de s‟amuser soi-même.
Ici et là une information indique que les filles et les garçons de six ans et
plus forment encore des groupes de jeu mixte. Mes exemples signalent le
village Imîder dans le Haut Atlas où le groupe de jeu comporte deux
garçons et trois filles (p. 121), celui d‟Aït Slimane dans la même chaîne de
montagne où il s‟agit de quatre filles et un garçon (p. 86), la petite ville de
Midelt au Maroc central où le groupe de jeu comprend une fille et deux
garçons (p. 125) et le village Lagzira dans l‟Anti-Atlas où un frère et une
sœur jouent régulièrement ensemble (p. 105). Dans tous ces cas les enfants
ont environ sept ans et sont de la même famille ou des voisins proches. En
2006 Khalija Jariaa a vu dans l‟Anti-Atlas d‟autres exemples de groupes de
jeu mixtes d‟enfants de six ans ou plus. Il s‟agit d‟un groupe de jeu de
deux filles et un garçon (p. 95, 124) et de vingt-trois filles et quatre
garçons (p. 313) du village Douar Ouaraben, d‟un groupe de jeu d‟un
garçon et d‟une fille (p. 258) du village Ikenwèn, d‟un groupe de jeu de dix
filles et cinq garçons (p. 316) du village Idoubahman-Imjâd, d‟un groupe
de jeu de treize filles et six garçons (p. 101) du centre rural Ifrane a/s,
ainsi que d‟un groupe de jeu de cinq garçons et une fille (p. 153) et d‟une
fille et un garçon (p. 199) du quartier Boulalem de Sidi Ifni. Comme pour
la première série d‟exemples ces enfants sont frère et sœur, cousin et
cousine et/ou voisin et voisine mais parfois ils sont plus âgés.
Que la différenciation sexuelle se manifeste déjà tôt dans une situation
ludique est clairement démontré par la réaction d‟un petit garçon de juste
quatre ans qui joue au jeu de poupée avec sa nièce de six ans. Cela se
passait devant une maison de Sidi Ifni en janvier 2002. Lorsque la nièce
insiste pour que le garçonnet l‟aide à faire des poupées ou à exécuter des

369
tâches féminines il refuse catégoriquement de le faire en répondant à haute
voix "moi, je suis un homme" (Rossie and Daoumani, 2003, Video 1).
Une différence nette entre filles et garçons existe aussi au niveau du
temps disponible pour jouer et cela à cause de l‟intégration plus poussée
des filles dans les activités ménagères. Un exemple frappant de ce temps à
jouer plus restreint et des tâches plus nombreuses des filles me fut offert
lors d‟une session d‟observation d‟une heure et demie. Cette observation
fut faite dans une petite vallée servant entre autres comme terrain de jeu et
située entre deux quartiers populaires de Midelt au Maroc central. Un
matin d‟août 1999 et pendant le temps d‟observation j‟ai vu trois groupes
de jeu comprenant quelques garçons jouant ensemble pendant quinze à
trente minutes. Pendant la même période d‟observation je n‟ai trouvé
aucune fille qui jouait. Au contraire, j‟ai vu une fille de six ans en train de
nettoyer l‟espace devant sa maison, une autre fille un peu plus âgée qui
passait avec un plateau de biscuits sur la tête pour les porter au four ainsi
que deux filles faisant des courses. Une cinquième fille d‟environ dix ans
s‟occupait d‟un groupe de fillettes et de garçonnets. Lahcen Oubahammou
décrit de la manière suivante cette différence en 1987 (p. 126-127) :

Tout d’abord, la fille Ouirra (Moyen Atlas) est moins favorisée que le
petit garçon Ouirra, parce que, très tôt, elle doit se consacrer aux
tâches domestiques et par conséquent ne jouit pas des plaisirs de
l’enfance comme le garçon. Le cas des adolescentes est pire, elles sont
données en mariage à partir de l’âge de douze, treize ans et rentrent
plein pied dans la vie adulte avec toutes ses responsabilités et ses
exigences.

Tout démontre que les adultes nord-africains et sahariens ont une vision
bien différente du jeu selon le sexe des enfants plus grands.
Deux informations provenant de l‟Algérie, une sur les enfants mozabites
et l‟autre sur les enfants belbala, font apparaître qu‟une vraie collaboration
entre filles et garçons peut exister par exemple lors de la construction de
maisonnettes ou de tout un village en miniature. Dans le premier cas se
sont les frères qui pendant les années 1920 faisaient des maisons de
poupées pour leurs sœurs et dans le second cas les filles et les garçons
belbala jouaient ensemble vers 1960 en créant leur village en miniature
bien qu‟en exécutant des tâches différentes.

370
Julie Delalande analyse l‟opposition que l‟on retrouve entre filles et
garçons français et où se sont surtout les garçons qui dérangent le jeu des
filles entre autres pour se faire remarquer (2001: 162-164). Fernando Pinto
Cebriàn a observé le même comportement chez les enfants sahraouis où il
arrive que les garçons détruisent les tentes en miniature des filles pour que
celles-ci tiennent compte de leur présence (1999: 105). Un exemple du
Maroc vient de Sidi Ifni où deux garçons viennent déranger le jeu de
quelques filles pour la même raison (p. 198).
On doit toujours rester prudent avec des propositions générales comme
celle sur la séparation stricte entre filles et garçons plus âgés ou entre les
jeux de filles et les jeux de garçons parce qu‟il y a des indications que cette
séparation est surmontable. En plus, quelques-unes de mes informatrices
marocaines ont souligné qu‟étant enfant elles aimaient jouer ensemble avec
leurs frères, leurs cousins ou d‟autres garçons du voisinage par exemple
pour jouer au football ou pour grimper dans les arbres. Cela démontre que
les normes culturelles d‟une population donnée ne sont pas le seul critère
déterminant les activités ludiques enfantines et que la personnalité et la
volonté des joueurs doivent être prises en compte. Mais ce n‟est qu‟une
étude plus avancée, basée sur des observations de situations de jeu réelles,
qui permettra d‟en savoir davantage.
Les résultats de quelques recherches récentes faites par des chercheurs
étudiant les jeux d‟enfants dans une communauté occidentale m‟ont fait
prendre conscience que l‟influence de la différence sexuelle sur les jeux et
les jouets reste vraiment semblable même s‟il existe des différences
importantes entre ces communautés et celles des pays sahariens et nord-
africains.

3.5 L‟évolution des jeux et jouets

En étudiant jeux et jouets des enfants il faut s‟intéresser aussi bien à la


continuité qu‟au changement. Cela est évident pour ce livre car
l‟information fait référence à une période allant du début du 20 e siècle
jusqu‟au début du 21e siècle. Comme dans d‟autres domaines, une
évolution s‟est accomplit dans les pratiques ludiques des enfants nord-
africains et sahariens. Cependant il reste hasardeux de faire une analyse
historique à cause du manque de données et du hasard de leur production.

371
Ces changements sont dus à des influences internes et externes mais il
est difficile sinon impossible de définir leur rôle réciproque. Classifier une
influence comme interne ou externe reste donc arbitraire. Par exemple
l‟influence de l‟école marocaine et de la télévision peut être catégorisée
comme une influence interne bien que l‟origine de cette école et télévision
ainsi que leur développement sont liés à des réalités européennes. Ci-
dessous je mentionne certaines influences sur les jeux et jouets des enfants
sahariens et nord-africains liés à la vie domestique qui se sont manifestées
pendant le 20e siècle mais surtout après la deuxième guerre mondiale.
Le changement de mode de vie et d‟habitat d‟une population nomade
suite à une sédentarisation se reflète directement dans les jeux et jouets de
leurs enfants. Plusieurs exemples provenant des enfants ghrib du Sahara
tunisien en témoignent (p. 77-79, 244-245). Cependant, les données
manquent à ce sujet pour les autres populations nomades du Sahara. Un
changement d‟habitat et de mode de vie comparable s‟opère lorsqu‟une
famille quitte le village pour s‟installer en ville ou quand une ville agrandit
son périmètre en urbanisant des villages limitrophes. Dans ces cas l‟aspect
des terrains d‟exploration et de jeux ainsi que le matériel et les objets que
les enfants ont à leur disposition changent d‟une manière importante.
A première vue l‟école ne semble pas être un réel facteur de changement
pour la culture ludique des enfants des régions en question. En tout cas je
n‟ai pas remarqué une influence directe de l‟école sur les jeux et jouets des
enfants ghrib ni sur celle des enfants marocains et le thème de l‟école n‟est
apparu que très exceptionnellement dans leurs jeux de faire semblant. En
plus, les données bibliographiques et muséographiques ne donnent pas
d‟informations supplémentaires à ce sujet. Par contre l‟école influence
directement le temps de jeu des enfants scolarisés. Un temps de jeu qui se
concentre sur le dimanche et les périodes de vacances.
Il ne fait aucun doute que les moyens de communication des dernières
décades ont une influence sur la culture ludique des enfants des régions
dont parle ce livre. Le jeu de quelques filles et de quelques garçons du
quartier Boulalem de Sidi Ifni témoigne de l‟influence des programmes de
télévision et en particulier du journal télévisé. Dans les deux cas il s‟agit
de la guerre de Palestine qui s‟infiltre dans le jeu de faire semblant (p. 147,
199). Le programme de télévision avec Pokemon a eu un si grand succès
qu‟il a créé chez les enfants marocains un engouement pour tout ce qui se
réfère à ce personnage bien que cet engouement semble avoir été de courte

372
durée (p. 366). Il y a aussi des garçons qui jouent le rôle de réparateur de
télévision (p. 262, 271). L‟utilisation grandissante de la vidéo numérique
marque l‟esprit des enfants et c‟est ainsi que deux garçons deviennent une
équipe de la télévision marocaine 2M lors de la mise en scène d‟une fête
(p. 330). La maisonnette créée par quelques filles lors du même jeu
comporte une télévision et deux filles jouent au photographe avec un
appareil photo numérique de fortune (p. 332). Deux exemples de
maisonnettes avec télévision se voient à la figure 56 (p. 94) et 396 (p. 332).
Il y a aussi la tente avec parabole (fig. 31, p. 74). Récemment le téléphone
portable fait soi-même apparaît comme jouet dans le jeu des garçons et des
filles (p. 109).
Au Maroc et probablement dans
les autres pays d‟Afrique du Nord et
du Sahara les enfants et les parents
d‟aujourd‟hui désirent et achètent les
jouets fabriqués par l‟industrie du
jouet. Il s‟agit aussi bien de jouets
d‟occasion (fig. 408) que de jouets
neufs. Il faut cependant souligner
que cette situation fut déjà
mentionnée en 1915 pour l‟industrie
du jouet européen (Castells, p. 342).
Au Maroc dans les marchés et les
petits magasins on voit ces dernières
années un grand nombre de jouets 408
fabriqués en Chine, des jouets
comme j‟en ai achetés à Tan-Tan en septembre 2005 (fig. 409).

409

373
Comme mentionné dans
Poupées d’enfants et jeux de
poupées ainsi que dans L’animal
dans les jeux et jouets (Rossie,
2005) le rôle des membres de la
famille vivant en Europe est
aussi perceptible dans les jouets
liés à la vie domestique que
possèdent les enfants marocains
dont parle ce livre. On peut
même trouver des figurines
fantastiques qui autrement
semblent manquer parmi les 410
jouets de ces enfants. L‟exemple
de la figure 410 fut amené de la France par le père d‟un enfant du village
Terloulou dans l‟Anti-Atlas en 2005. L‟influence de la famille émigrée se
voit aussi dans le jeu de faire semblant de quatre filles du même village.
Une des maisonnettes représente la maison plus ou moins luxueuse
construite par des villageois vivant en Europe (fig. 70, p. 102).
Contrairement aux deux livres mentionnés ci-dessus je n‟ai pas trouvé
des exemples de jeux ou de jouets qui reflètent une influence éventuelle
des touristes.
Une discussion plus générale du thème du changement dans l‟enfance et
dans les jeux et jouets en Afrique du Nord et au Sahara se trouve dans un
chapitre de mon livre Toys, Play, Culture and Society. An Anthropological
Approach with Reference to North Africa and the Sahara (Rossie, 2005:
149-182).

374
4 Créativité enfantine
A travers ses activités ludiques un enfant trouve des possibilités pour
développer sa personnalité entre autres en explorant les possibilités, les
limites et les contraintes imposées par son environnement naturel et
humain. Tout comme un enfant possède une individualité qui le différencie
des autres enfants, une famille et un voisinage ont certaines valeurs et
attitudes spécifiques qui le rendent plus ou moins différent d‟autres
groupes du même genre. Voir les groupes sociaux sahariens et nord-
africains comme uniformes et indifférenciés est une erreur. Omettre de
mentionner le rôle de l‟individualité et de la créativité dans les activités
ludiques des enfants de ces régions est un oubli regrettable.
Chaque jouet fabriqué par un enfant et chaque jeu est une manifestation
personnelle, bien que situé dans un contexte écologique et socioculturel
donné. Il faut donc voir cette manifestation comme une création originale
basée sur l‟interaction entre la personnalité de l‟enfant et son
environnement physique et humain. Néanmoins, je dois avouer qu‟étant un
anthropologue socioculturel mes recherches n‟offrent que peu
d‟informations sur le développement de la personnalité des enfants et sur
les différences individuelles.
Par contre, il m‟est facile de faire référence à la créativité enfantine dans
les jeux et dans la fabrication de jouets. De ce point de vue il est clair que
les filles et les garçons sahariens et nord-africains montrent beaucoup de
créativité par exemple en faisant des maisonnettes, des ustensiles-jouets,
des moulinets ou des jouets musicaux. Néanmoins, je crois qu‟il faut
dépasser cette formulation trop simple bien qu‟exacte. Pour y arriver une
entrée adéquate pourrait être de définir le terme général de création. Le
Shorter Oxford Dictionary mentionne deux significations du terme
„creation‟ en rapport direct avec le thème des jeux et jouets : “2. The action
of making, forming, producing, or bringing into existence” et “5. An
original production of human intelligence or power” (1973: 452).
„Original‟ est définie ainsi “A3. Produced by or proceeding from some
thing or a person directly; underived, independent” et “A4. Such as has not
been done or produced before; novel or fresh in character or style” (1973:
1464).

375
Mon point de vue sur le concept de créativité en relation avec les jeux et
jouets fait référence au concept de produire quelque chose, par exemple un
jouet, ou d‟élaborer une activité ludique. J‟y ajouterai l‟idée de faire
quelque chose d‟inhabituel, d‟original et même d‟esthétique ou artistique.
En introduisant ces concepts je provoque pourtant une vraie difficulté. Il
faudrait dès lors opposer le point de vue des initiés, les membres de la
communauté des enfants en questions, au point de vue de ceux qui
n‟appartiennent pas à cette communauté, quelque chose que je ne puisse
faire. D‟ailleurs du point de vue des enfants eux-mêmes pareilles
classifications d‟adultes n‟ont aucun sens car ce qui les intéresse avant tout
c‟est de s‟adonner au plaisir du jeu et de la fabrication d‟un jouet.
Pendant une discussion lors de la 1ª Biennale del Giocco e del
Giocattolo. La Creativita à Torino en Italie (1.11.1988), Gilles Brougère
disait qu‟être créatif ne veut nullement dire s‟engager dans l‟irréel ou
l‟imaginaire car la créativité peut bien se greffer sur la vie quotidienne de
telle manière qu‟un enfant peut être créatif sans être original parce que des
milliers d‟enfants ont trouvé les mêmes solutions. J‟ai trouvé un exemple
frappant de ce point de vue quand un garçon de dix ans me fut
présenté comme un créateur de jouets à Sidi Ifni en février 2002. Ses
parents, qui m‟ont permis de le filmer, l‟ont décrit comme quelqu‟un dont
le plus grand plaisir est de faire et même d‟inventer des jouets (Rossie and
Daoumani, 2007, Video 2). En plus ce garçon ne joue pas avec ces jouets
car il préfère les donner à son frère cadet ou un autre enfant. On voit donc
que dans des communautés aisément qualifiées de collectiviste des enfants
peuvent développer certaines tendances et jouer certains rôles qui les
distinguent de leurs pairs et des autres enfants. Dans ce cas le garçon y
trouve un certain prestige car il est désigné comme créateur de jouets par
les enfants, ses parents et des adultes du voisinage. Bien que je ne puisse
comparer avec d‟autres exemples je fus frappé par l‟âge précoce auquel ce
garçon a développé une individualité si prononcée. Il serait certainement
intéressant de rechercher si d‟autres exemples sont difficiles ou faciles à
trouver.
Dans un Newsletter du Bernard van Leer Foundation il est souligné que
cette créativité est enracinée dans l‟activité enfantine de faire des
expériences, d‟expérimenter, de réfléchir et d‟expérimenter à nouveau
(1997, n° 86, p. 2). Cette expérience personnelle combinée Avec les
informations transmises par des frères, des sœurs et des enfants du

376
voisinage, explique pourquoi l‟idée qu‟il existe un corpus de
connaissances partagé par la plupart des enfants semble être fausse (Curtis,
2001: 66).
Voulant vérifier cette affirmation de Mavis Curtis j‟ai questionné
quelques instituteurs au sujet d‟un jeu de stratégie que deux garçons
pratiquaient dans une rue de Sidi Ifni en décembre 2002. Le premier
instituteur que je questionnais m‟a dit qu‟il n‟avait jamais joué ni vu jouer
dans cette ville ce jeu de trois pions sur une ligne. Mais lorsque j‟ai
questionné deux autres instituteurs, des amis du premier instituteur ayant
grandis dans d‟autres quartiers de Sidi Ifni, ils ont tout de suite reconnu ce
jeu en affirmant qu‟ils l‟ont joué étant jeune. Cela a vraiment étonné le
premier instituteur. Cette petite expérience démontre une fois de plus
combien il est important de reconnaître les différences entre les enfants et
entre les groupes de jeux.
On pourrait définir la créativité solitaire dans le contexte ludique
enfantin comme la création d‟un jouet ou la réalisation d‟une séquence de
jeu par l‟enfant lui-même et cela de manière originale. Dans ce cas il me
sera difficile et probablement aussi pour d‟autres chercheurs, de trouver
des exemples de créativité solitaire auprès des enfants sahariens et nord-
africains. Pourtant cela n'implique nullement que je n‟ai pas vu pareille
créativité comme les trois exemples suivants l‟indiquent. En 1999 j‟ai vu
Khalef, un berger de treize ans, assis au bord d‟une route du Moyen Atlas
en train de jouer sur un violon qu‟il a fabriqué lui-même (fig. 366-369, p.
301-303). Cela est quelque chose qui selon ses parents et voisins est
vraiment exceptionnel dans la région. Une autre activité ludique originale
fut déployée par Amal, une fille de huit ans vivant dans un village du
Maroc Central aussi en 1999. Comme la mère d‟Amal ne veut pas que sa
fille joue dehors dans la 'saleté', cette fille s‟est fait une maison de poupée
avec une boîte de carton (fig. 51-52, p. 90-91), ce que je n‟aie pas encore
vu ailleurs. Mon troisième exemple vient de Sidi Ifni. En 2002 un garçon
de dix ans s‟y amusait à fabriquer des jouets qu‟il distribuait par après (fig.
162, p. 160).
Je pense que cette créativité individuelle et solitaire n‟est qu‟une des
formes possibles de créativité. Après tout il se peut qu‟il ne soit pas
important ou même impossible de savoir si un enfant a inventé un jouet ou
jusqu‟à quel point. Voyons un autre exemple, celui de la fabrication d‟une
copie d‟un instrument de musique local entièrement fait avec du matériel

377
de récupération par un garçon de onze ans vivant au Maroc Central en
1999 (fig. 364-365, p. 300). Il n‟est pas impossible qu‟il s‟agisse d‟une
invention personnelle de ce garçon mais il est bien plus probable qu‟il soit
indirectement ou directement influencé par d‟autres exemples.
Revenons au jeu solitaire. J‟ai pu observer de temps à autre un bambin
ou un jeune enfant en train de jouer seul et cela aussi bien dans le Sahara
tunisien qu‟au Maroc (fig. 127 p. 137, 197 p. 181, 237 p. 207, 246 p. 213).
Je suis convaincu qu‟en examinant de plus près cette question de jeu
solitaire il s‟avérera que cela est moins rare que j‟aie l‟habitude de croire.
Cependant dans les communautés que j‟étudie jouer seul reste un
événement assez rare. Cela semble normal car c‟est là que des camarades
de jeu sont toujours disponibles. La même chose a été affirmée pour les
enfants dans les cours de récréation des écoles françaises par Julie
Delalande qui écrit : "Mes premières semaines d‟observations m‟ont appris
que les enfants jouent rarement seuls" (2001: 73).
Un groupe de psychologues culturels a mis en avant que le
développement de l‟enfant est incrusté dans sa communauté et son
environnement. Il doit donc être vu comme un processus créatif par lequel
l‟enfant devient à travers sa participation dans les pratiques d‟une
communauté donnée un membre responsable de cette communauté
(Rogoff, 1993: 6). Liant ce point de vue au rôle important du jeu de faire
semblant pour le développement de l‟enfant, Wendy L. Haight, une des
psychologues culturels du groupe mentionné, écrit que des recherches
futures plus vastes et longitudinales devraient permettre de prendre en
considération les conséquences développementales du jeu de faire
semblant auquel participent la personne prenant soin d‟un enfant et
l‟enfant lui-même. Le contexte culturel est important non seulement pour
comprendre le développement du jeu de faire semblant mais aussi pour
comprendre le développement des autres activités culturellement valorisées
pour lequel le jeu de faire semblant semble servir de signe avant-coureur.
Par exemple un certain nombre de développementalistes argumentent que
le jeu de faire semblant est un signe avant-coureur de la créativité pendant
la petite enfance… Comme d‟autres formes plus mûres de créativité le jeu
de faire semblant oblige quelqu‟un d‟imaginer "comme si", de
mentalement explorer, changer, commenter, exagérer, élaborer le monde
"réel" et d‟en rigoler. Comme d‟autres formes de créativité le jeu de faire
semblant a lui aussi une structure particulière. Par exemple il y a des

378
conventions de communication pour marquer l‟activité comme non
conforme à la réalité et pour négocier des transformations. Les
changements dans les manières de faire semblant de ceux qui prennent soin
des petits peuvent donc avoir des implications pour le développement
immédiat du jeu et pour le développement à plus long terme des activités
connexes impliquant la créativité (1999: 143). Bien que ceci a été écrit en
parlant du jeu de faire semblant entre adultes et petits enfants, on peut
probablement l‟étendre au jeu de faire semblant entre enfants plus âgés et
enfants plus jeunes.
Même si j‟aime dire que les jouets n‟ont de sens que dans le cadre d‟une
activité ludique, je parlerai surtout de l‟esprit inventif de l‟enfant dans la
construction de jouets. Une des raisons est la plus grande facilité à détecter
cette créativité dans les jouets que dans les activités ludiques. Pourtant la
transformation d‟une boîte de sardines vide en une table, un lit, une grille
de filtration de sable ou un instrument de percussion démontre que
l‟intention du joueur est fondamentale et que le matériel utilisé comme
objet ludique est secondaire. Un objet qui selon la volonté de l‟enfant peut
représenter n‟importe quoi. En plus, cet objet peut être remplacé par
plusieurs autres objets signifiant la même chose.
Ce livre démontre à nouveau que l‟esprit inventif des enfants à utiliser
tout matériel disponible est omniprésent en Afrique du Nord et au Sahara.
En même temps on voit comment du matériel spécifique est choisi à des
usages particuliers. Ceci est par exemple le cas quand du sable et de
l‟argile sont utilisés pour faire des maisonnettes et des ustensiles-jouets ou
quand une partie spécifique d'une bouteille de plastique sert pour écouler
l‟eau vers un jardin en miniature et pour créer le pavillon d‟une flûte. Ce
livre illustre abondamment l‟utilisation de matériel de récupération, du
matériel de récupération souvent combiné avec du matériel naturel. Les
enfants utilisent aussi du matériel importé produit par l‟industrie du jouet
ou par d‟autres industries, par exemple lorsque des poupées importées sont
adaptées aux exigences des filles, des boîtes de fer-blanc deviennent des
souliers ou un vieux fourgon s‟utilise comme maisonnette. La créativité
enfantine à faire des jouets se manifeste aussi bien à travers la simplicité -
par exemple lorsque après une averse de pluie des morceaux de boue
séchés au soleil deviennent des morceaux de chocolat ou quand une fleur
caliciforme devient un sifflet - qu‟à travers la complexité, une complexité
que l‟on retrouve souvent dans les jouets fabriqués par les enfants.

379
Bien que mes exemples de créativité enfantine se réfèrent le plus
souvent aux jouets fabriqués par les enfants, il ne faudrait pas en conclure
que ces enfants ne peuvent être créatifs dans leurs jeux de faire semblant
ou d‟action narrative. Il ne s'agit que d'un manque d'information. Des
recherches futures pourront éventuellement offrir les données nécessaires
pour vérifier cela. Les protocoles détaillés des quatre vidéos sur le jeu de
quelques enfants de Sidi Ifni et sa région tournés en 2002 semblent déjà
offrir quelques exemples (Rossie and Daoumani, 2003/2007).
On pourrait se demander pourquoi les enfants marocains des années
1990 et les enfants tunisiens des années 1970, vivant dans des
communautés non industrielles et fabriquant des jouets qui reflètent plus
ou moins les traditions, sont si créatifs. Être créatif est défini ici comme
faire quelque chose de personnel et indépendamment de l‟interférence
adulte. Me référant à la manière dont ces enfants grandissent pour devenir
des membres responsables de leur famille et de leur communauté, je
voudrais souligner le rôle de l‟initiative personnelle des enfants dans
l‟observation et le jeu. Je propose cela comme une hypothèse basée sur
mes observations et non pas comme un fait établi. Dans ce contexte je fus
directement influencé par le livre de Barbara Rogoff e.a. où il est écrit :
nous étudions l‟idée qu‟une spécificité culturelle essentielle impose qui
sera responsable de l‟apprentissage. Ou bien les adultes s‟octroient cette
responsabilité en structurant les situations d‟apprentissage ou bien se sont
les enfants qui s‟approprient cette responsabilité d‟apprentissage en
observant et en participant aux activités adultes avec le soutient de ceux
qui s‟occupent d‟eux… Les enfants des communautés qui acceptent ou
stimulent l‟observation des activités adultes peuvent se développer en
grande partie par leur propre initiative, à travers l‟observation active et la
participation croissante… Dès lors, une différence culturelle majeure
pourrait se manifester dans l‟ampleur avec laquelle ceux qui prennent en
charge les enfants adaptent leurs activités aux enfants en opposition au
degré de responsabilité qui incombe aux enfants pour s‟ajuster au monde
des adultes et pour arriver à le comprendre (1993: V, 9). Une analyse
originale de la différence entre communautés en ce qui concerne le rôle
des adultes dans le jeu de l‟enfant en opposition avec le rôle des enfants
eux-mêmes se trouve dans le livre Children’s Engagement in the World.
Sociocultural Perspectives édité par Artin Göncü (1999: 15-16, 46-50, 99-
170).

380
Je peux présenter ici le rôle du constructeur de jouets de dix ans dans
l‟apprentissage informel de son frère cadet à Sidi Ifni en 2002. Ce frère
plus âgé n‟est pas seulement un constructeur de jouets mais en même
temps il sert d‟exemple à son frère de six ans. Comme le montre la vidéo,
ce frère cadet observe presque tout le temps comment son aîné s‟y prend et
ne recevant que peu ou pas de directives. Le frère aîné limite son
intervention à stimuler de temps en temps son „apprenti‟ à bien observer
l‟une ou l‟autre façon de faire ou à être plus attentif. L‟initiative et la
responsabilité d‟apprendre à faire des jouets en observant son frère plus
âgé reste donc entre les mains du jeune garçon. Cela n‟est pas à voir
comme un évènement unique car j‟ai observé ici et là cette pratique où
dans des situations ludiques des enfants plus jeunes doivent apprendre à
faire d'eux-mêmes. Ainsi ils ont un rôle actif au lieu d‟être les destinataires
passifs d‟un quelconque apprentissage. Dès lors la motivation personnelle
semble être un moteur important du développement et les jeux ainsi que la
fabrication de jouets offrent des circonstances favorables à des actions
autonomes. Les enfants de ces régions sont dans une large mesure en
charge de leur propre divertissement, de faire leurs propres jouets et de
transmettre la culture ludique aux enfants plus jeunes. Les adultes
n'interviennent que rarement dans tout cela et ne jouent nullement le rôle
important des adultes des sociétés de consommation où les industries du
jouet et du divertissement dominent les jeux et les jouets des enfants.
Il n'est nullement exagéré de dire que les enfants sahariens et nord-
africains sont des constructeurs de jouets créatifs. Cette créativité se
retrouve dans les activités ludiques enfantines basées sur l‟expression
motrice, visuelle, non-verbale, verbale ou musicale et cela séparément ou
combiné comme dans le jeu de faire semblant, le jeu d‟adresse, le chant et
la danse. En ce qui concerne l‟expression verbale ce n‟est que dans les
vidéos faites dans la région de Sidi Ifni au début de l‟année 2002 que des
exemples peuvent être trouvés. Je renvoie donc le lecteur intéressé aux
protocoles détaillés de ces vidéos (Rossie and Daoumani, 2003/2007).
Des auteurs comme Mario L. Aguilar, David F. Lancy et Gerhard Kubik
ont souligné la créativité des enfants africains dans leurs jeux. Mario L.
Aguilar écrit sur les Waso Boorana du Kenya que les enfants montrent une
formidable créativité parce que leur jeu n‟est pas une répétition mais une
recréation continuelle. Néanmoins, ils se réfèrent toujours aux règles liées
au monde des adultes (1994: 34). Dans son livre sur l‟enfance chez les

381
Kpelle au Liberia, David F. Lancy note qu‟il est évident que les enfants et
les adolescents sont bien inventifs dans leur jeu (1996: 178), et Gerhard
Kubik conclut dans son article "Children, Child Education and Children‟s
Furniture in the Cultures of sub-Saharan Africa" que ces enfants ont leur
propre domaine créatif auquel les adultes n‟ont aucun accès (1997: 113).
Finalement, je peux appliquer aux enfants sahariens et nord-africains ce
que dit Julie Delalande sur la participation dynamique des enfants français
dans leur société, une "société englobante, où les enfants sont producteurs
de culture et non seulement receveurs d‟une culture induite par la société
globale" (2001: 42).
Je voudrais attirer l‟attention du lecteur sur le fait que mon livre
précédent Cultures Ludiques Sahariennes et Nord-Africaines. L’animal
dans les jeux et jouets, contient une analyse selon la méthode de la
sémiotique sociale (p. 155-170). En réponse aux remarques de Théo van
Leeuwen, données ci-après, je n‟ai plus refait pareille analyse qui reste trop
limitée au niveau descriptif. En plus les données sur les jeux et jouets des
enfants sahariens et nord-africains liés à la vie domestique n‟apportent
pour ainsi dire rien de nouveau à l‟analyse déjà présentée. Quand Theo van
Leeuwen écrivit la préface de L’animal dans les jeux et jouets, il formulait
dans une note supplémentaire ses remarques sur mon chapitre „Analyse
sémiotique sociale‟: Pour le chapitre concernant l‟analyse sémiotique il
m‟est un peu difficile à formuler des remarques. Tu n‟utilise la
terminologie sémiotique qu‟irrégulièrement et cela d‟une manière qui ne
me pose aucun problème. Cependant il semble que tu éprouves une
certaine hésitation à généraliser, et la sémiotique vise naturellement à
élaborer une structure théorique pour faire des interprétations. La partie sur
la représentation schématique des animaux-jouets est un essai d‟introduire
quelque généralisation. Si la sémiotique n‟avait pas été mentionnée, cela
resterait néanmoins un bon chapitre qui récapitule certains aspects du livre
en discutant comment une signification est attribuée à des cas particuliers
mais sans généraliser sur les processus de créer des significations. Peut-
être doit-il en être ainsi. Certains sont des généralisateurs, d‟autres
apportent les détails et les deux approches sont importantes (e-mail de
Theo van Leeuwen à l'auteur, 29.1.2002).

382
Catalogue des Jouets
Sahariens et Nord-Africains
du Musée du Quai Branly
liés à la Vie Domestique

383
384
1 Introduction
En 2004 la collection de jouets sahariens et nord-africains de l'ancien
Musée de l'Homme a été transférée au nouveau Musée du Quai Branly où
elle fait partie des collections de l'Unité Patrimoniale Afrique du Nord et
Proche-Orient (http://www.quaibranly.fr, hana.chidiac@quaibranly.fr). La
photothè-que du Musée de l'Homme a aussi été intégrée dans le Musée du
Quai Branly.
Sans l'existence du fichier signalétique de la collection des jouets
sahariens et nord-africains du Département d'Afrique Blanche et du Proche
Orient de l'ancien Musée de l'Homme, l'étude de cette collection aurait été
impossible. La majorité des renseignements mentionnés dans ce catalogue
a dès lors été puisée dans ce fichier.
Les jouets dont la provenance était mentionnée dans la liste des objets
déposés dans les réserves de ce département mais pour lesquels une fiche
signalétique n'a pas été rédigée sont décrits par l'auteur de ce livre, qui a
aussi complété les renseignements du fichier si nécessaire.
Les jouets décrits dans le catalogue ci-dessous sont, à l'intérieur de
chaque section, classés suivant la population dont ils proviennent.
En ce qui concerne le jouet, d'abord son origine est indiquée :
provenance géographique, provenance ethnique, collectionneur et/ou
donateur, suivie par la description du jouet et si possible la référence au
constructeur du jouet.
Après ces données, j'ai mentionné des renseignements sur les joueurs et
sur d'éventuels dessins ou photos retrouvés dans la bibliographie. S'il
existait dans le Service de la Photothèque de l'ancien Musée de l'Homme
des photos de jouets liés à la vie domestique, non reproduit dans ce livre,
cela est indiqué.
Les mesures sont mentionnées en centimètres : B = base, H = hauteur,
LO = longueur, LA = largeur, E = épaisseur, D = diamètre, + = maximum,
- = minimum.
En réponse au transfert des objets de l'ancien Musée de l'Homme au
Musée du Quai Branly les anciens numéros d'objets ont été adaptés.
Devant l'ancien numéro le chiffre 71 a été mis, suivie de la date
complète de l'année d'entrée, par exemple l'ancien numéro 30.61.617 a été
changé en 71.1930.61.617. Après le transfert des objets Marie-France
Vivier a vérifié les références de ce catalogue en août 2005.

385
2 Le matériel de campement
2.1 Les arceaux de tente

Touaregs: sans numéro d'objet (fig. 11, p. 59)

Origine: Sahara. Touaregs, nomades.

Description: voir p. 59.

2.2 Les piquets de la natte d'entourage

Touaregs du Niger: 71.1930.61.617-618 (fig. 12, p. 60)

Origine: Tombouctou, Mali. Touaregs du Niger, nomades.


Don François de Zeltner, avant 1931.

Description: voir p. 60.

2.3 Les nattes d'entourage et de clôture

Touaregs Kel Ahaggar: 71.1941.19.117-119

Origine: In Amedgel, Ahaggar, Sahara, Algérie. Touaregs Kel Rela,


Touaregs Kel Ahaggar, nomades.
Mission Henri Lhote, 3.10.1938

Description: voir p. 60.

Constructeur: une fille Kel Rela d'In Amedgel, il s'agit de la même fille de
douze ans qui a confectionné plusieurs poupées.

386
Référence: Jean Gabus donne dans son livre Au Sahara. Arts et Symboles
une description détaillée et des croquis des différentes nattes chez les
Touaregs (1958: 278-281).

Touaregs Kel Oullimenden: 71.1941.19.1313 (fig. 13, p. 60)

Origine: Ménaka, Sahara, Mali. Touaregs Kel Oullimenden, nomades.


Mission Henri Lhote, 13.2.1939.

Description: voir p. 61.

2.4 Les nattes de repos et nattes de lit

Touaregs Kel Oullimenden: 71.1941.19.1307-1312 (fig. 14, p. 61 -


71.1941.19.1307/1309/1310/1311)

Origine: Ménaka, Sahara, Mali. Touaregs Kel Oullimenden, nomades.


Mission Henri Lhote, 13.2.1939.

Description: voir p. 61.

Remarque: ces nattes en miniature sont des copies des nattes. Il s'agit des
nattes "taousit: natte d'afezou (tiges de paille), se plaçant horizontalement
et servant de tapis pour s'asseoir ou se coucher... nattes d'afezou de toutes
dimensions faites pour être étendues horizontalement sur le sol, sur des
lits, ou sur des bancs." (de Foucauld, 1951-1952: 1533).

2.5 Les traverses de lit

Touaregs Kel Oullimenden: 71.1941.19.1306 (fig. 13, p. 60)

Origine: Ménaka, Sahara, Mali. Touaregs Kel Oullimenden, nomades.


Mission Henri Lhote, 13.2.1939.

387
Description: voir p. 62.

Constructeur: un artisan des Kel Teguioualt de Ménaka.

2.6 Les tapis et coussins de tente

Touaregs Kel Ahaggar: 71.1941.19.120

Origine: In Amedgel, Ahaggar, Sahara, Algérie. Touaregs Kel Rela,


Touaregs Kel Ahaggar, nomades.
Mission Henri Lhote, 3.10.1938.

Description: voir p. 60.

Remarque: ce jouet a disparu de la collection en 1968.

Maures: 71.1938.48.34-35 (fig. 15, p. 63 - 71.1938.48.34)

Origine: Tidjikdja, Tagant, Mauritanie. Maures Idéïchilli, nomades.


Mission Puigaudeau-Sénones, 1936-1938.

Description: voir p. 62.

Constructeurs: les artisanes locales.

Référence: Jean Gabus montre un croquis d'un grand tapis de tente des
Maures (1958: 81).

388
3 Les maisonnettes
3.1 Les maisonnettes

Maures: 71.1938.48.88, 71.1938.48.98 (fig. 40-41, p. 80-81)

Origine: Oualata, Hodh Oriental, Sahara, Mauritanie. Maures, nomades.


Mission Puigaudeau-Sénones, 1936.

Description: voir p. 80.

3.2 Les nattes pour maisonnettes

Maures: 71.1983.52.6-9, 71.1938.48.97.1-5

71.1983.52.6-9

Origine: Oualata, Hodh Oriental, Sahara, Mauritanie. Maures, nomades.


Don de Georges Duchemin en 1983.

Description: il s'agit de petites nattes multicolores utilisées dans les


maisons de poupées de Oualata. Les mesures varient entre 6 cm et 10 cm
de longueur ou 4 cm et 6,5 cm de largeur. Il y a avec cette série de nattes
en miniature aussi un tout petit sac bleu en jute.

71.1938.48.97.1-5 (fig. 42, p. 82)

Origine: Oualata, Hodh Oriental, Sahara, Mauritanie. Maures, nomades.


Mission Puigaudeau-Sénones, 1937.

Description: voir p. 82.

389
3.3 La porte de maisonnette

Chaouïa: 71.1936.2.205 (fig. 43, p. 83)

Origine: Kebech, Tadjmout Kerma, Aurès, Algérie. Chaouïa, sédentaires.


Mission Thérèse Rivière, 1936.

Description: voir p. 83. H = 9,5 cm, LA = 8,5 cm.

4 Les ustensiles
Touaregs: 71.1937.21.100, 71.1937.21.101 (fig. 165, p. 162)

Origine: Sahara. Touaregs, nomades.


Mission René Pottier, 1937.

Description: pipe et écuelle en argile non cuite, voir p. 162.

Maures: 71.1938.48.48-49, 71.1938.48.93-96

71.1938.48.48-49

Origine: Tidjikdja, Tagant, Sahara, Mauritanie. Maures Idéïchilli,


nomades.
Mission Puigaudeau-Sénones, 1936-1938.

Description:
71.1938.48.48: un mortier à mil en miniature (mohraz) à fond rond et pied
subcônique en bois de 'adress'. De chaque côté, à la partie inférieure, deux
reliefs anguleux simulent des amorces d'anses. H = 18,6 cm. D ouverture =
10,5 cm.
71.1938.48.49: jouet d'enfant reproduisant l'ustensile d'usage courant
qu'est le pilon à mil 'meddegg', une pièce de bois d'adress cylindrique,
renflée aux deux bouts, ornée de deux cannelures transversales. L = 46 cm.

390
Constructeurs: fait par les bergers et les artisans.

71.1938.48.93.1-15, 71.1938.48.94.1-22
71.1938.48.95.1-10, 71.1938.48.96.1-18

Origine: Oualata, Sahara, Mauritanie. Maures, nomades.


Mission Puigaudeau-Senones, 1936-1938.

Description:
71.1938.48.93.1-15 (fig. 169, p. 166): ustensiles de ménage très réduits en
terre crue teinte en noir avec du charbon pilé, rehaussé de lignes blanches.
Les socles des supports de calebasses sont blancs. Il s'agit d'une bouteille
(1), d'une gourde (7), de supports de calebasses (2-5, 13-14), d'un socle
pour ces supports (15), d'une marmite à deux anses (9) avec son couvercle
(12), et d'écuelles (6, 8, 10-11). H+ = 5 cm, D = 1,5 cm.
71.1938.48.94.1-22 (fig. 170, p. 166): ustensiles ménagers en miniature en
terre crue brunie mélangée d'ocre rouge, ornée de stries et de liserés blancs.
Il s'agit d'assiettes (1-2, 15), d'écuelles (7, 9-12), de canaris à anse (8, 19),
de jarres (4-5), de couvercles à pommeau arrondi (16-17), ou pointus (13,
15), de cuillers (3, 21) et de brûle-parfums (6, 17, 22). H+ = 2,5 cm, D =
2,4 cm.
71.1938.48.95.1-10 (fig. 171, p. 167): ustensiles ménagers en miniature en
terre crue brunie mélangée d'ocre rouge, ornée de stries et de liserés blancs.
Il s'agit d'un kanûn ou réchaud (10), d'une marmite (1), d'un keskes ou
marmite pour la cuisson du couscous (4), d'un mortier à deux anses (8),
d'un pilon à mil (7), d'une gargoulette à anse transversale et à bec (6), et
d'écuelles (2-3, 5, 9). D 1,5 cm.
71.1938.48.96.1-18 (fig. 172, p. 167): ustensiles de ménage très réduit en
terre crue décorée de dessins noirs, blancs, ocres et rouges, sur fond jaune.
Il s'agit d'une jatte (1), de canari ou récipients à eau (17-18), d'une marmite
(17), de couvercles (15-16), de pilons à mil (4-5), d'un support de
calebasse et le socle de ce support (5-6), d'un tabouret (11), et d'un
chandelier (9).

Constructeurs: les servantes noires des Maures Ouled Daoud, Laghlall,


Chorfa, etc. pour amuser les enfants. L'argile de ces jouets provient de la
montagne au sud du ksar de Oualata.

391
Référence: Jean Gabus mentionne ces jouets qui sont le mobilier des
poupées (1958: 163-164). Un croquis d'un brûle-parfum en miniature se
trouve dans le livre de cet auteur (1958: 168) qui décrit en détail les
poteries de Oualata ainsi que le porte-calebasse à trois bras en bois tendre
(p. 141-151).

Teda : 71.1935.169-173, 71.1965.3.1/2/4/5

71.1935.169-173

Origine: Tibesti, Sahara, Tchad. Teda.


Mission Le Cœur, 1934.

Description: petits paniers en vannerie (71.1935.50.169/172), deux brûle-


parfums (71.1935.50.170-171), un mortier (71.1935.50.173), voir p. 168.

71.1965.3.1/2/4/5 (fig. 173-174, p. 169)

Origine: Bardaï, Tibesti, Sahara, Tchad. Teda, nomades et sédentaires.


Recueilli par Oleg Lopatinsky, 1962.

Description: trois mortiers en miniature dont un dans un filet de vannerie et


un jouet représentant le banc en bois des femmes, voir p. 168-169.

Zaghawa: 71.1957.82.130-132 (fig. 175, p. 169 - 71.1957.82.130-131)

Origine: Hiriba, Dar Zaghawa, Ouaddaï, Tchad. Zaghawa.


Mission des Confins du Tchad, M.J. Tubiana, novembre 1956.

Description: mortier à trois anses, mortier sans anses, voir p. 169.

Remarques: toutes les femmes zaghawa savent faire de la poterie crue,


mais se sont les femmes des forgerons qui fabriquent la poterie cuite
(Tubiana, 1973: 258; Tubiana, 1977: 7).

392
Chaouïa:
71.1936.2.178-181/187-188/190/268/269bis/270bis/272/691/824/826,
71.1937.9.61-62

71.1936.2.178-181/187-188/190/268/269bis/270bis/272/691/824/826

Origine: Aïn Kerma (71.1936.2.178/179/181/190/268/ 272/691/826),


Kebech (71.1936.2.180/187/188/269bis/270bis/824), Djebel Tadjmout,
Aurès, Algérie. Chaouïa, Ouled Abderrahman.
Mission Thérèse Rivière, 1936.

Description:
71.1936.2.178
Ecuelle en terre cuite montée sur un pied se divisant en trois, oreille
perforée. Décor laqué 'llukk' fait de croix à cinq branches, trois pastilles
intercalaires, ligne cernant le bord, six traits équidistants sur le pied. D =
14 cm, H = 10 cm. Ce jouet représente la coupe à trépied pour servir le
couscous aux invités.
71.1936.2.179 (fig. 176, p. 170)
Ecuelle en terre cuite montée sur un pied cylindrique se divisant en trois,
trou percé à travers le pied. Saillie en bordure. Décor laqué cruciforme et
points intercalaires dans la coupe, cinq lignes rayonnantes sur le pied et la
pense. D = 12 cm, H = 12 cm. Ce jouet représente la coupe à trépied pour
servir le couscous aux invités.
71.1936.2.180
Marmite en terre cuite à fond plat et de forme sphérique, quatre tenons
dont deux petits, au sommet de la panse. D = 7, H = 6 cm. Couscoussier en
terre cuite à fond en calotte perforé de cinq trous, panse tronconique,
tenons triangulaires sur le bord. D = 7,5 cm, H = 6 cm.
71.1936.2.181 (fig. 179, p. 171)
Plat à fond plat en terre cuite, forme calotte, anse verticale perforée. A
l'intérieur décor cruciforme et ponctué à la laque 'llukk' rouge orangé et
noir. Ligne noire sur le bord. D = 10,5, H = 3 cm. Ce plat-jouet pouvait
servir d'assiette pour enfant.

393
71.1936.2.187bis (fig. 177, p. 171)
Pot à goulot pour le beurre en terre cuite. Fond plat, forme cylindrique,
goulot oblique à mi-hauteur. Laque 'llukk' brun sur le bord. Quelques
lignes ou taches sur la panse. D = 6,5 cm, H = 4 cm.
71.1936.2.188
Plat à fond plat en terre cuite avec panse droite, servant à cuire la galette, D
= 9 cm, H = 2 cm.
71.1936.2.190 (fig. 178, p. 171)
Louche hémisphérique en terre cuite, manche à coupe circulaire se
terminant par un crochet à peine esquissé, L = 9 cm, D= 3,5 cm.
71.1936.2.268
Ecuelle en terre cuite montée sur pied cylindrique légèrement évasé à la
base. Pied perforé avec brin de fixation en laine. Décor au 'llukk' avec à
l'intérieur de la coupe croix et pastilles intercalaires. Sur la panse et le pied
quatre lignes rayonnantes et cercles et pastilles alternant. D = 11 cm, H =
11 cm. Ce jouet représente la coupe à trépied pour servir le couscous aux
invités.
71.1936.2.269bis/270bis
Marmite en terre non cuite avec fond plat et de forme ovoïde, quatre
tenons dont deux petits au tiers supérieur de la panse. D = 8 cm, H = 6,5
cm. Couscoussier en terre non-cuite à fond plat à cinq perforations, panse
tronconique avec trois tenons triangulaires sur le bord. D = 8 cm, H = 4,5
cm.
71.1936.2.272
Ecuelle en terre cuite à fond plat, panse légèrement évasée. Oreille
perforée avec un chiffon de suspension. Fond orné d'un décor cruciforme à
la laque 'llukk' rouge et noire et de cercles concentriques. D = 11 cm, H =
2,5 cm.
71.1936.2.691 (fig. 179, p. 171)
Ecuelle à fond plat en terre cuite, panse légèrement évasée, oreille
perforée, bord extérieur incisé. Dans le fond lignes rayonnantes noires et
rouges faites à la laque 'llukk'. D = 12 cm, H = 3,5 cm.
71.1936.2.824 (fig. 177, p. 171)
Entonnoir en terre cuite de forme tronconique avec saillie en bordure. D =
6 cm, H = 6,5 cm. Imitation de l'entonnoir servant à remplir l'outre à eau.

394
71.1936.2.826 (fig. 179, p. 171)
Disque au bord très légèrement relevé en terre cuite. Décor peu apparent
avec croix et cercles faits à la laque 'llukk'. D = 13 cm, H = 1,8 cm.
Imitation du plat servant à cuire la galette.
Remarques: Mathéa Gaudry décrit en détail les poteries dont ces jouets
sont une imitation, la fabrication de ces poteries par les femmes ainsi que
leur imperméabilisation et décoration (1929: 141, 147, 200-217).

71.1937.9.61-62

Origine: Aïn Kerma, Djebel Tadjmout, Aurès, Algérie. Chaouïa, Ouled


Abderrahman.
Mission Germaine Tillion, 1937.

Description: voir p. 172.

Maroc: 71.1908.15.24-32/74-90, 71.1959.52.9-11/29, 71.1933.77.50-51

71.1908.15.24-32/74-90 (fig. 183-184, p. 176)

Origine: tous ces jouets furent récoltés chez les Aït Ouriaghel sauf le 15.78
et le 15.80 qui furent récoltés chez les Tsoul, Rif, Maroc.
Don Gaston Buchet, avant 1908.

Description: voir p. 175.

71.1959.52.9-11

Origine: 52.10-11 furent récoltés chez les Aït Ouriaghel, 52.9 fut récolté
chez les Tsoul, Rif, Maroc.
Don du Musée du Louvre (Don de Mm E. de Billy), 1916 (?).

Description: petite bouilloire à anse et couvercle (9), petite théière à anse


et couvercle (10), petits verres (11.1-4), tous en poterie, mesures
semblables à celles de la série précédente.

395
71.1959.52.29

Origine: Rif, Beqqouïa, Maroc.


Don du Musée du Louvre (Don de Mm E. de Billy), 1916 (?).

Description: petite table en terre cuite, H = 10 cm.

71.1933.77.50-51 (fig. 181, p. 173)

Origine: Fès, Maroc.


Recueilli par Jeanne Jouin, 1933.

Description: petites tables, voir p. 173.

Tunisie: 71.1933.77.150/160, 71.1934.23.1-4

71.1933.77.150/160

Origine: Nabeul, Tunisie (150); Sejnane, Tunisie (160).


Recueilli par Jeanne Jouin, novembre 1933.

Description:
71.1933.77.150.1-3: ce jouet est composé de trois pièces: un réchaud à
braises, le kanûn ou réchaud, à fond circulaire et bord évasé s'achevant en
trois pointes, en poterie non vernissée, H = 10 cm, D = 11,5 cm; une
marmite à deux anses en poterie vernissée à l'intérieur, H = 8,5 cm, D = 10
cm; un couscoussier, le keskes, à fond semé de trous et avec deux anses, en
poterie vernissée vert foncé, H = 6,5 cm, D = 9 cm.
71.1933.77.160: bol à anse en terre grisâtre avec décor de lignes
concentriques et de chevrons, H = 4 cm, D = 6,2 cm.

71.1934.23.1-4

Origine: Tunisie (1), Nabeul, Tunisie (2-4). Bédouins, nomades.


Acheté par Marcelle Bouteiller chez un marchand de poterie à Tunis,
février 1934.

396
Description: ce jouet est composé de cinq pièces: le réchaud ou kanûn a un
fond circulaire avec un trou et un bord évasé s'achevant en trois pointes, il
est en poterie rougeâtre non vernissée avec un décor en creux d'une pointe
à l'autre, H = 9 cm (1); une marmite cylindrique à deux anses, non
vernissée à l'extérieur mais vernissée à l'intérieur, vernis jaunâtre, H = 7,5
cm, D = 8 cm (2.1); sur cette marmite se pose un couscoussier, une poterie
circulaire à fond percé de trous et avec deux anses, vernissée en vert foncé,
H = 4 cm, D = 8,5 cm (2.2); un plat à fond circulaire et bord évasé,
vernissé mi-partie jaune et mi-partie verte, D = 19 cm (3); un autre plat à
fond circulaire et bord évasé, vernissé en vert à l'intérieur et non vernissé à
l'extérieur, D = 13 cm (4);

5 Les jouets liés aux tâches ménagères


5.1 Les puits

Touaregs: 71.1937.21.112

Origine: Ghât, Assounar, Sahara, Libye. Touaregs Kel Djanet, Touaregs


Kel Ajjer, nomades.
Mission René Pottier, 1934.

Description: imitation du puits à balancier touareg, H = 80 cm. Ce puits-


jouet est fait selon le modèle teda décrit p. 208.

Teda: 71.1935.50.183

Origine: Tibesti, Sahara, Tchad. Teda.


Mission Le Cœur, 1934.

Description: voir p. 208.

397
Remarques: dans la collection ne subsiste que la perche avec la pierre, la
traverse est brisée et le reste a disparu. Le puits à balancier se retrouve
aussi bien au Fezzan, au Ahaggar, au Adrar qu'au Tibesti ainsi qu'au
Soudan et en Egypte (Tubiana, 1977, p. 89).

Belbala: 71.1952.27.44

Origine: Tabelbala, Sahara, Algérie. Belbala.


Collectionné par Dominique Champault, juin 1951.

Description: voir p. 208.

5.2 Les récipients d'eau

Algérie: 71.1936.2.273, 71.1889.120.66

71.1936.2.273

Origine: Tadjmout Kebech, Aurès, Algérie. Chaouïa.


Mission Thérèse Rivière, 1936.

Description: trépied à outre en miniature, voir p. 210.

71.1889.120.66 (fig. 241, p. 210)

Origine: Grande Kabylie (?), Algérie. Kabyles (?).


Don du Gouvernement Général de l'Algérie, 1889.

Description: ce jouet est une petite cruche en terre cuite à fond plat; à
panse tendant à être sphérique avec col élevé et anse allant du bas au haut
du col. Au sommet de la cruche il y a un décor rougeâtre sur fond blanc
avec des traits en échelle et des triangles hachurés opposés par le sommet.
Cette cruche d'une hauteur de 11 cm est vernissée.

398
Maroc: 71.1933.74.1 (fig. 242, p. 210)

Origine: Achouia, Souk Taza, Nord du Maroc.


Don de Herber, 1933.

Description: voir p. 210.

5.3 Les fuseaux

Algérie: 71.1962.51.3

Origine: Tinerkouch, Touat-Gourara, Sahara Nord-occidental.


Don de Corneille Jest, 1962.

Description: fuseau-jouet en bois, H = 35,5 cm, voir p. 231.

6 Les jouets liés aux activités de subsistances


6.1 Les jouets liés à l'élevage

Maures: 71.1938.48.36-37, 71.1938.48.47

71.1938.48.36-37

Origine: Tidjikdja, Tagant, Sahara, Mauritanie. Maures Idéïchilli Ghoudf,


nomades.
Mission Puigaudeau-Sénones, 1936-1938.

Description: Il s'agit d'une réduction d'un objet d'usage courant, le support


de peau de bouc ou 'arahal el-greb'. Ce jouet est fabriqué par un artisan
local. De chaque côté d'une traverse sont fixés par des lanières de cuir deux
bâtonnets croisés en X et deux autres formant pieds. Les deux ensembles
s'écartent vers la base pour former un chevalet. Entre eux, la peau de bouc
est suspendue à la traverse horizontale.

399
71.1938.48.36: H = 36 cm, L = 45 cm.
71.1938.48.37: fait en bois de cacotropis, teinté en jaune. H = 18 cm, L =
28 cm.

71.1938.48.47

Origine: Tidjikdja, Tagant, Sahara, Mauritanie. Maures Idéïchilli,


nomades.
Mission Puigaudeau-Sénones, 1936-1938.

Description: ce jouet fait par un berger et reproduisant l'ustensile courant


pour traire les vaches est une coupe à fond rond, munie d'une manche en
bois plein, en bois grossièrement noirci au feu. La manche est percée d'un
petit trou par lequel on a enfilé une lanière de cuir rouge nouée. D = 7,5
cm.

6.2 Les jouets liés au travail des champs

Chaouïa: 71.1936.2.255-263

Origine: Aïn Kerma (256-262) ou Kebech (255 et 263), Djebel Tadjmout,


Aurès, Algérie. Chaouïa, Ouled Abderrahman.
Mission Thérèse Rivière, 1936.

Description: l'araire le plus simple 71.1936.2.261 (fig. 289, p. 246) est fait
d'une baguette écorcée avec crochet en bois de genévrier. Le timon est
ajusté à la semelle par un bout de fil. Il s'agit d'un araire à un mulet comme
c'est le cas pour l'araire n° 71.1936.2.262. 71.1936.2.261: H = 3,5 cm, LO
= 15,5 cm. 71.1936.2.262: H = 3 cm, LO = 21 cm.
L'araire 71.1936.2.255 (fig. 291, p. 247) est fait d'une semelle et d'un
mancheron en une pièce de bois et d'un age oblique en bois. Le soc est en
métal. Le dispositif qui permet de régler le soc a été mis en place. H = 36
cm, LO = 45 cm.
L'araire 71.1936.2.256 (fig. 292, p. 247) est du même type que le précédant
mais le soc n'a pas de pointe en métal. H = 19 cm, LO = 35 cm. Cet araire
est tiré par deux mulets. H = 8 cm, LO = 9,5 cm. Le mulet est fait de quatre

400
bâtonnets, les pattes, fixés à un morceau de bois servant de corps.
L'ensemble a été fait en bois de laurier rose. H totale = 12,5 cm, LO totale
= 42 cm.
L'araire 71.1936.2.257 (fig. 290, p. 246) en bois d'asphodèle est une autre
reconstruction de l'araire à deux mulets. Il est composé d'un soc appointé
auquel est ajusté un age oblique ainsi qu'un mancheron qui cependant
rappelle le type d'araire à un mulet. Entre l'age et le soc se trouvent les
pièces de réglage. H = 14 cm, LO = 26 cm.

Remarques: concernant l'araire chaouïa Mathéa Gaudry note qu'il est fait
"d'un morceau de bois coudé, dont les deux branches constituent le soc et
la manche; un timon est attaché au sommet de l'angle ainsi formé... (il) est
presque toujours traîné par des mulets, quelquefois par des ânes, rarement
par des chevaux, jamais par des bœufs. Il ne remue que très
superficiellement la terre, en sorte que le grain semé se trouve enfoui à une
très faible profondeur. L'homme guide les bêtes." (1929: 156).

7 Les instruments de musique et les bruiteurs


7.1 Les flûtes

Chaouïa: 71.1936.2.212

Origine: Djebel Menaâ, Aurès, Algérie. Chaouïa.


Mission Thérèse Rivière, 1936.

Description: voir p. 282.

Maroc: 71.1931.45.29

Origine: Rabat, Maroc.


Don de Jeanne Jouin, 1931.

Description: voir p. 298.

401
7.2 Les claquettes

Chaouïa: 71.1936.2.207-211

Origine: Amentane, Djebel Menaâ, Aurès, Algérie. Chaouïa.


Mission Thérèse Rivière, 1936.

Description: voir p. 282.

7.3 Les tambourins

Maroc: 71.1933.77.49

Origine: Fès, Maroc.


Collectionné par Jeanne Jouin, 1933.

Description: voir p. 288.

7.4 Les hochets

Maroc: 71.1933.77.47-48

Origine: Fès, Maroc.


Collectionné par Jeanne Jouin, 1933.

Description: voir p. 285.

8 Les lances-eau
Chaouïa: 71.1936.2.234-236 (fig. 385, p. 320)

Origine: Ménâa, Aurès, Algérie. Chaouïa. Mission Thérèse Rivière, 1936.


Description: voir p. 320.

402
Table des transcriptions

Certaines lettres arabes sont indiquées par des signes conventionnels:

th =

j =

h' =

kh =

dh =

sh =

ç =

d' =

t' =

z' =

º =

gh =

q =

^ = indique une voyelle longue

403
404
Table des illustrations

1. Tente-jouet, p. 55, Ghrib, Sahara tunisien, 1975, photo de l'auteur.


2. Filles construisant l'enclos de leur tente-jouet, p. 55, Ghrib, Sahara
tunisien, 1975, photo de l'auteur.
3. Tente en miniature pour le jeu de poupée, p. 56, Ghrib, Sahara
tunisien, 1975, photo de l'auteur.
4. Début de la confection de la natte-jouet, p. 57, Ghrib, Sahara
tunisien, 1975, photo de l'auteur.
5. Natte-jouet, p. 57, Ghrib, Sahara tunisien, 1975, photo de l'auteur.
6. Natte-jouet précédente posée sur quatre pieds, p. 57, Ghrib, Sahara
tunisien, 1975, photo de l'auteur.
7. Tapis-jouet, p. 58, Ghrib, Sahara tunisien, 1975, photo de l'auteur.
8. Verso du tapis-jouet précédent, p. 58, Ghrib, Sahara tunisien, 1975,
photo de l'auteur.
9. Tapis-jouet, p. 58, Ksar Assaka, Maroc, 1995, photo de l'auteur.
10. Tapis-jouet, p. 59, région de Tazenakht, Maroc, 1997, photo de
l'auteur.
11. Arceaux de tente en miniature, p. 59, Touaregs, sans date, Collection
du Musée de l'Homme, sans numéro d'objet, photo de l'auteur. Selon
le mail de Hana Chidiac à l‟auteur du 14.11.2006 il n'y a pas de trace
de ces arceaux au Musée du Quai Branly.
12. Piquets de la natte d'entourage de la tente en miniature, p. 60,
Touaregs de Tombouctou, Collection du Musée du Quai Branly, n°
71.1930.61.617-618, photo de l'auteur.
13. Natte d'entourage ou de clôture de la tente en miniature, p. 60,
Touaregs Kel Oullimenden, Collection du Musée du Quai Branly, n°
71.1941.19.1313, à droite de la photo les traverses de lit en miniature,
n° 71.1941.19.1306.1-4, photo de l'auteur.
14. Natte de repos (1307) et nattes de lit (1309-1311) en miniature, p. 61,
Touaregs Kel Oullimenden, Collection du Musée du Quai Branly,
photo de l'auteur.
71.1941.19.1310 71.1941.19.1309
71.1941.19.1311 71.1941.19.1307

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15. Tapis-jouet, p. 63, Maures, 1936-1938, Collection du Musée du Quai
Branly, n° 71.1948.34, photo de l'auteur.
16. Filles jouant dans leur tente en miniature, p. 65, Douar, Maroc, 2007,
photo Khalija Jariaa.
17. Filles créant des tapis pour leur tente, p. 66, Douar, Maroc, 2007,
photo Khalija Jariaa.
18. Tapis mis sous le sommet du trépied de la tente, p. 66, Douar, Maroc,
2007, photo de l'auteur.
19. Tapis pour décorer la tente, p. 66, Douar, Maroc, 2007, photo de
l'auteur.
20. Tapis pour décorer la tente, p. 67, Douar, Maroc, 2007, photo de
l'auteur.
21. Poupées pour le jeu de la tente, p. 68, Douar, Maroc, 2007, photo de
l'auteur.
22. Fillette amenant un chevreau dans l'enclos en miniature, p. 69, Douar,
Maroc, 2007, photo Khalija Jariaa.
23. Garçon prenant un chevreau pour le mettre dans l'enclos, p. 68,
Douar, Maroc, 2007, photo Khalija Jariaa.
24. Garçon jouant sur une flûte, p. 69, Douar, Maroc, 2007, photo
Khalija Jariaa.
25. Garçon construisant un trépied comme structure de tente, p. 70,
Douar Ouaraben, Maroc, 2007, photo Khalija Jariaa.
26. Garçon couvrant le trépied avec un plastique, p. 71, Douar Ouaraben,
Maroc, 2007, photo Khalija Jariaa.
27. Fille créant la patronne de la tente, p. 72, Douar Ouaraben, Maroc,
2007, photo Khalija Jariaa.
28. Fille créant la patronne de la tente, p. 72, Douar Ouaraben, Maroc,
2007, photo Khalija Jariaa.
29. Fille mettant la patronne de la tente dans un tas de cailloux, p. 73,
Douar Ouaraben, Maroc, 2007, photo Khalija Jariaa.
30. Fille fabriquant un coussin de tente, p. 74, Douar Ouaraben, Maroc,
2007, photo Khalija Jariaa.
31. Fille ajustant sa tente à parabole, p. 74, Douar Ouaraben, Maroc,
2007, photo Khalija Jariaa.
32. Tentes pour jeu de vie nomade, p. 75, Ikenwèn, Maroc, 2007, photo
de l'auteur.

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33. Garçon construisant des tentes pour vendre aux filles, p. 76, Tiznit,
Maroc, 2006, photo Khalija Jariaa.
34. Fillettes construisant une maisonnette de sable à toit plat, p. 77,
Ghrib, Sahara tunisien, 1975, photo de l'auteur.
35. Fillette faisant le toit plat de sa maisonnette, p. 78, Ghrib, Sahara
tunisien, 1975, photo de l'auteur.
36. Fillettes faisant une maisonnette à toit partiel, p. 78, Ghrib, Sahara
tunisien, 1975, photo de l'auteur.
37. Maisonnette à toit partiel pour jeu de poupée, p. 79, Ghrib, Sahara
tunisien, 1975, photo de l'auteur.
38. Fille aidant un petit enfant à construire une maisonnette, p. 79, Ghrib,
Sahara tunisien, 1975, photo de l'auteur.
39. Maisonnette à toit en dôme, p. 80, Ghrib, Sahara tunisien, 1975,
photo de l'auteur.
40. Maison de poupée, p. 80, Maures, 1936, Collection du Musée du
Quai Branly, n° 71.1938.48.98, cliché M. Delaplanche.
41. Maison de poupée, p. 81, Maures, 1936, Collection du Musée du
Quai Branly, n° 71.1938.48.88, photo de l'auteur.
42. Nattes-jouets, p. 82, Maures, 1937, Collection du Musée du Quai
Branly, n° 71.1938.48.97.1-5, photo de l'auteur.
43. Porte-jouet, p. 83, Chaouïa, 1936, Collection du Musée du Quai
Branly, n° 71.1936.2.205, photo de l'auteur.
44. Maison de poupée avec deux poupées-femmes et une poupée-homme,
p. 85, Aït Hmed ou Yacoub, Maroc, 1996, photo de l'auteur.
45. Maison de poupée, p. 86, Imi-n-Tanoute, Maroc, 1992, dessin de
l'auteur.
46. Groupe de jeu dans une maison de poupée, p. 86, Aït Slimane,
Maroc, 1999, photo de l'auteur.
47. Deux filles avec leur poupée-jeune mariée, p. 87, Aït Slimane,
Maroc, 1999, photo de l'auteur.
48. Détail de la cuisine et du débarras de la maison de poupée de la
figure précédente, p. 88, Aït Slimane, Maroc, 1999, photo de l'auteur.
49. Maisons de poupées, p. 88, Ksar Assaka, Maroc, 1996, dessin de
l'auteur.
50. Commencer une maison de poupée, p. 89, Zaïda, Maroc, 1999, photo
de l'auteur.

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51. Fille avec sa maison de poupée en boîte de carton, p. 90, Zaïda,
Maroc, 1999, photo de l'auteur.
52. Maison de poupée de la figure précédente, p. 91, Zaïda, Maroc, 1999,
photo de l'auteur.
53. Vue du village, p. 92, Douar Ouaraben, Maroc, 2006, photo Khalija
Jariaa.
54. Terrain de jeux de filles, p. 92, Douar Ouaraben, Maroc, 2006, photo
Khalija Jariaa.
55. Maisonnette, p. 93, Douar Ouaraben, Maroc, 2006, photo Khalija
Jariaa.
56. Maisonnette, p. 94, Douar Ouaraben, Maroc, 2006, photo Khalija
Jariaa.
57. Cuisine de maisonnette, p. 94, Douar Ouaraben, Maroc, 2006, photo
Khalija Jariaa.
58. Cuisine de maisonnette, p. 94, Douar Ouaraben, Maroc, 2006, photo
Khalija Jariaa.
59. Préparations pour fête de mariage, p. 96, Douar Ouaraben, Maroc,
2006, photo Khalija Jariaa.
60. Préparations pour fête de mariage, p. 96, Douar Ouaraben, Maroc,
2006, photo Khalija Jariaa.
61. Quatre petits tapis de maisonnette, p. 97, Douar Ouaraben, Maroc,
2006, photo de l‟auteur.
62. Grand tapis de maisonnette, p. 97, Douar Ouaraben, Maroc, 2006,
photo de l‟auteur.
63. Préparations pour fête de mariage, p. 98, Douar Ouaraben, Maroc,
2006, photo Khalija Jariaa.
64. Jeu de poupée avec maison de femme riche, p. 98, Douar Ouaraben,
Maroc, 2006, photo Khalija Jariaa.
65. Maison de femme riche, p. 99, Douar Ouaraben, Maroc, 2006, photo
Khalija Jariaa.
66. Le quartier Souq ou Fella, p. 99, Ifrane a/s, Maroc, 2006, photo
Khalija Jariaa.
67. Construction de la maison du jeune marié, p. 100, Ifrane a/s, Maroc,
2006, photo Khalija Jariaa.
68. Construction de la maison de la jeune mariée, p. 100, Ifrane a/s,
Maroc, 2006, photo Khalija Jariaa.
69. Terrain de jeu, p. 101, Terloulou, Maroc, 2006, photo Khalija Jariaa.

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70. Maisonnette de famille riche, p. 102, Terloulou, Maroc, 2006, photo
Khalija Jariaa.
71. Filles cherchant le nécessaire pour faire des poupées, p. 102,
Terloulou, Maroc, 2006, photo Khalija Jariaa.
72. Poupée jeune marié et poupée jeune mariée avec le nécessaire pour
leur mariage, p. 103, Terloulou, Maroc, 2006, photo Khalija Jariaa.
73. La cuisson des légumes, p. 104, Terloulou, Maroc, 2006, photo
Khalija Jariaa.
74. La préparation du couscous, p. 104, Terloulou, Maroc, 2006, photo
Khalija Jariaa.
75. Vue sur la maison des deux joueurs et les environs, p. 104, Lagzira,
Maroc, 2002, photo de l'auteur.
76. L'aire de jeu de la fille et de son frère, p. 105, Lagzira, Maroc, 2002,
photo de l'auteur.
77. Fille avec sa maison de poupée et ses poupées de coquillages, p. 106,
Lagzira, Maroc, 2002, photo de l'auteur.
78. Maison de poupée avec une voiture dans le garage, p. 106, Lagzira,
Maroc, 2002, photo de l'auteur.
79. Lit nuptial de la maison de poupée, p. 107, Lagzira, Maroc, 2002,
photo de l'auteur.
80. Poupées dans la voiture de mariage, p. 107, Lagzira, Maroc, 2002,
photo de l'auteur.
81. Maisonnette, four, moulin à bras et planchette avec des pains, p. 108,
Lagzira, Maroc, 2002, photo de l'auteur.
82. Garçon avec sa maisonnette, p. 108, Lagzira, Maroc, 2002, photo de
l'auteur.
83. Village en miniature ou groupe de maisons, p. 109, Lagzira, Maroc,
2002, photo de l'auteur.
84. Détail du village en miniature ou groupe de maisons de la figure
précédente, p. 110, Lagzira, Maroc, 2002, photo de l'auteur.
85. Maison de poupée avec poupées de coquillages, p. 110, Lagzira,
Maroc, 2002, photo de l'auteur.
86. Maison de poupée, p. 111, Marrakech, Maroc, 1992, dessin de
l‟auteur basé sur le dessin de Fatima Kader.
87. Deux fillettes dans leur maisonnette, p. 112, Ghrib, Sahara tunisien,
1975, photo de l'auteur.

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88. Maisonnette de grandes filles, p. 112, Ghrib, Sahara tunisien, 1975,
photo de l'auteur.
89. Maisonnette de grandes filles, p. 113, Ghrib, Sahara tunisien, 1975,
photo de l'auteur.
90. Maisonnette, p. 113, Ghrib, Sahara tunisien, 1975, photo de l'auteur.
91. Détail de la maisonnette de la figure précédente, p. 114, Ghrib,
Sahara tunisien, 1975, photo de l'auteur.
92. Pièces annexes du type de maisonnette de la figure précédente, p.
114, Ghrib, Sahara tunisien, 1975, photo de l'auteur.
93. Maisonnette d'un vieux méchoui, p. 117, Sidi Brahim, Maroc, 1994,
photo de l'auteur.
94. Détail de la maisonnette d'un vieux méchoui, p. 118, Sidi Brahim,
Maroc, 1994, photo de l'auteur.
95. Maisonnette, p. 118, Ighrem-n-Cherif, Maroc, 1994, photo de
l'auteur.
96. Maisonnette de petites filles, p. 119, Midelt, Maroc, 1997, photo de
l'auteur.
97. Maisonnette de grandes filles, p. 120, Midelt, Maroc, 1997, photo de
l'auteur.
98. Maisonnette, p. 120, Amellago, Maroc, 1999, photo de l'auteur.
99. Fillette préparant le manger dans une maisonnette, p. 121, Amellago,
Maroc, 1999, photo de l'auteur.
100. Maisonnette, p. 121, Imîder, Maroc, 1999, dessin de l'auteur.
101. Khalija Jariaa pendant une tournée d‟information, p. 123,
Idoubahman-Imjâd, Maroc, 2006, photo Fatima.
102. Boubaker Daoumani et quelques-uns de ces élèves, p. 123, Lahfart,
Maroc, 2006, photo de l'auteur.
103. Enfants amenant des branches pour faire les murs d‟une maisonnette,
p. 124, Douar Ouaraben, Maroc, 2006, photo Khalija Jariaa.
104. Vue d‟un village, p. 124, Idoubahman-Imjâd, Maroc, 2006, photo
Khalija Jariaa.
105. Deux maisonnettes juxtaposées, p. 125, Idoubahman-Imjâd, Maroc,
2006, photo Khalija Jariaa.
106. Camionnette démantelée servant de maisonnette, p.125, Midelt,
Maroc, 1999, photo de l'auteur.
107. Garçon mettant des rideaux à la camionnette démantelée servant de
maisonnette, p. 126, Midelt, Maroc, 1999, photo de l'auteur.

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108. Détail de la camionnette démantelée servant de maisonnette, p. 126,
Midelt, Maroc, 1999, photo de l'auteur.
109. Maisonnette, p. 127, Marrakech, Maroc, 1993, dessin de l'auteur.
110. Cuisine pour maisonnette, p. 128, She°ba, Maroc, 1996, photo de
l‟auteur.
111. Détail de la cuisine pour maisonnette, p. 128, She°ba, Maroc, 1996,
photo de l‟auteur.
112. Première phase de la construction d'une maisonnette à trois
dimensions, p. 129, Ghrib, Sahara tunisien, 1975, photo de l'auteur.
113. Deuxième phase de la construction d'une maisonnette à trois
dimensions, p. 129, Ghrib, Sahara tunisien, 1975, photo de l'auteur.
114. Troisième phase de la construction d'une maisonnette à trois
dimensions, p. 130, Ghrib, Sahara tunisien, 1975, photo de l'auteur.
115. Dernière phase de la construction d'une maisonnette à trois
dimensions, p. 130, Ghrib, Sahara tunisien, 1975, photo de l'auteur.
116. Maisonnette à toit en dôme, p. 131, Ghrib, Sahara tunisien, 1975,
photo de l'auteur.
117. Garçons faisant des constructions avec du sable humide, p. 131,
Ghrib, Sahara tunisien, 1975, photo de l'auteur.
118. Enclos de bétail de sable humide, p. 132, Ghrib, Sahara tunisien,
1975, photo de l'auteur.
119. Marché de sable humide, p. 132, Ghrib, Sahara tunisien, 1975, photo
de l'auteur.
120. Garçon et son tombeau de marabout en sable humide, p. 132, Ghrib,
Sahara tunisien, 1975, photo de l'auteur.
121. Tombeau de marabout en sable humide, p. 133, Ghrib, Sahara
tunisien, 1975, photo de l'auteur.
122. Garçon et sa mosquée de sable humide, p. 133, Ghrib, Sahara
tunisien, 1975, photo de l'auteur.
123. Mosquée de sable humide, p. 134, Ghrib, Sahara tunisien, 1975,
photo de l'auteur.
124. Le village Aït Ighemour, p. 135, Maroc, 1992, photo de l‟auteur.
125. Garçon construisant le mur de l'étable, p. 136, Aït Ighemour, Maroc,
1992, photo de l'auteur.
126. Garage et étable en miniature, p. 136, Aït Ighemour, Maroc, 1992,
photo de l'auteur.

411
127. Petit garçon avec son garage, p. 137, Amellago, Maroc, 1999, photo
de l'auteur.
128. Maison du chauffeur de taxi, p. 138, Tiznit, Maroc, 2006, photo
Khalija Jariaa.
129. Garçon construisant un mur de sa maison en pisé, p. 138, Ikenwèn,
Maroc, 2006, photo Khalija Jariaa.
130. Garçon construisant un mur de sa maison en pisé, p. 139, Ikenwèn,
Maroc, 2006, photo Khalija Jariaa.
131. Garçon préparant son dîner dans de sa maison en pisé, p. 140,
Ikenwèn, Maroc, 2006, photo Khalija Jariaa.
132. Maison de pisé avec un camion dans le garage, p. 140, Ikenwèn,
Maroc, 2006, photo Khalija Jariaa.
133. Femme de ménage du constructeur de la maison en pisé, p. 141,
Ikenwèn, Maroc, 2006, photo Khalija Jariaa.
134. Le constructeur de la maison en pisé se dispute avec la femme de
ménage, p. 142, Ikenwèn, Maroc, 2006, photo Khalija Jariaa.
135. Maisonnette en boîtes de carton, p. 142, Ikenwèn, Maroc, 2006,
photo Khalija Jariaa.
136. Le village Lahfart, p. 143, Maroc, 2006, photo de l‟auteur.
137. Garçons construisant des maisonnettes, p. 143, Lahfart, Maroc, 2002,
photo de l'auteur.
138. Garçons construisant une maisonnette, p. 144, Lahfart, Maroc, 2002,
photo de l'auteur.
139. Deuxième type de maisonnette construit par des garçons, p. 144,
Lahfart, Maroc, 2002, photo de l'auteur.
140. Troisième type de maisonnette construit par des garçons, p. 145,
Lahfart, Maroc, 2002, photo de l'auteur.
141. Ferme en miniature construite par des garçons, p. 145, Lahfart,
Maroc, 2002, photo de l'auteur.
142. La partie haute de quartier Boulalem, p. 146, Sidi Ifni, Maroc, 2007,
photo de l‟auteur.
143. Fillette en train de préparer de la terre, des armes-jouets se trouvent
contre le mur, p. 147, Sidi Ifni, Maroc, 2005, photo de l'auteur.
144. Fillette et une voisine brandissant des armes-jouets, p. 147, Sidi Ifni,
Maroc, 2005, photo de l'auteur.
145. Après avoir fait une maisonnette le garçon construit une route avec
son bulldozer, p. 148, Sidi Ifni, Maroc, 2005, photo Khalija Jariaa.

412
146. Bulldozer du garçon de la figure précédente, p. 149, Sidi Ifni, Maroc,
2005, photo Khalija Jariaa.
147. Garçons en train de jouer dans leur quartier, p. 150, Sidi Ifni, Maroc,
2006, photo Khalija Jariaa.
148. Maisonnette construite par des garçons, p. 151, Sidi Ifni, Maroc,
2006, photo Khalija Jariaa.
149. Maisonnette construite par des garçons, p. 151, Sidi Ifni, Maroc,
2006, photo Khalija Jariaa.
150. Fille observant des garçons construisant leur maisonnette, p. 152,
Sidi Ifni, Maroc, 2006, photo Khalija Jariaa.
151. Fille qui s‟intègre dans un groupe de jeu de garçons, p. 153, Sidi Ifni,
Maroc, 2006, photo Khalija Jariaa.
152. Garçons construisant des maisonnettes, p. 154, Sidi Ifni, Maroc,
2006, photo Khalija Jariaa.
153. Détail de la maisonnette de la figure précédente, p. 154, Sidi Ifni,
Maroc, 2006, photo Khalija Jariaa.
154. Orchestre de percussion des garçons ayant construit des
maisonnettes, p. 155, Sidi Ifni, Maroc, 2006, photo Khalija Jariaa.
155. Garçons jouant au maçon et aide-maçon, p. 156, Sidi Ifni, Maroc,
2006, photo Boubaker Daoumani.
156. Nettoyage de la pelle servant pour la construction d‟une maisonnette,
p. 156, Sidi Ifni, Maroc, 2006, photo Boubaker Daoumani.
157. Maisonnette construite par les garçons de la figure précédente, p.
157, Sidi Ifni, Maroc, 2006, photo Khalija Jariaa.
158. Filles cherchant des objets pour les garçons construisant la
maisonnette de la figure précédente, p. 157, Sidi Ifni, Maroc, 2006,
photo Khalija Jariaa.
159. Maisonnette de trois garçons, p. 158, Sidi Ifni, Maroc, 2006, photo
Khalija Jariaa.
160. Le maître de la maison, l‟invité et le cuisinier dans la maisonnette de
la figure précédente, p. 158, Sidi Ifni, Maroc, 2006, photo Khalija
Jariaa.
161. L‟invité s‟en va à la fin du jeu, p. 159, Sidi Ifni, Maroc, 2006, photo
Khalija Jariaa.
162. Garçon construisant des maisonnettes en boîte de carton, p. 160, Sidi
Ifni, Maroc, 2002, photo de l‟auteur.

413
163. Maisonnette en boîte de carton, p. 160, Sidi Ifni, Maroc, 2002, photo
de l‟auteur.
164. Maisonnette en boîte de carton, p. 160, Sidi Ifni, Maroc, 2002, photo
de l‟auteur.
165. Ecuelle et pipe en miniature, p. 162, Touaregs, 1937, Collection du
Musée du Quai Branly, n° 71.1937.21.100-101, photo de l'auteur.
166. Marmite et casserole en miniature, p. 163, Ghrib, Sahara tunisien,
1975, photo de l'auteur.
167. Petit garçon utilisant une grande louche comme jouet, p. 164, Ghrib,
Sahara tunisien, 1975, photo de l'auteur.
168. Un enfant porté comme sac, p. 165, Ghrib, Sahara tunisien, 1975,
photo de l'auteur.
169. Ustensiles-jouets, p. 166, Maures, 1936-1938, Collection du Musée
du Quai Branly, n° 71.1938.48.93, photo de l'auteur.
170. Ustensiles-jouets, p. 166, Maures, 1936-1938, Collection du Musée
du Quai Branly, n° 71.1938.48.94, photo de l'auteur.
171. Ustensiles-jouets, p. 167, Maures, 1936-1938, Collection du Musée
du Quai Branly, n° 71.1938.48.95, photo de l'auteur.
172. Ustensiles-jouets, p. 167, Maures, 1936-1938, Collection du Musée
du Quai Branly, n° 71.1938.48.96, photo de l'auteur.
173. Mortier-jouet, p. 169, Teda, 1962, Collection du Musée du Quai
Branly, n° 71.1965.3.1, photo de l'auteur.
174. Banc-jouet et mortiers-jouets, p. 169, Teda, 1962, Collection du
Musée du Quai Branly, n° 71.1965.3.2/4/5, photo de l'auteur.
175. Mortiers-jouets, p. 169, Zaghawa, 1956, Collection du Musée du
Quai Branly, à droite n° 71.1957.82.130, à gauche n°
71.1957.82.131, photo de l'auteur.
176. Plat pour couscous à trépied en miniature, p. 170, Chaouïa, 1936,
Collection du Musée du Quai Branly, n° 71.1936.2.179, photo de
l'auteur.
177. Pot à goulot et entonnoir en miniature, p. 171, Chaouïa, 1936,
Collection du Musée du Quai Branly, n° 71.1936.2.187bis/824, photo
de l'auteur.
178. Louche en miniature, p. 171, Chaouïa, 1936, Collection du Musée du
Quai Branly, n° 71.1936.2.190, photo de l'auteur.
179. Plats et écuelle en miniature, p. 171, Chaouïa, 1936, Collection du
Musée du Quai Branly, n° 71.1936.2.181/826/691, photo de l'auteur.

414
180. Réchaud et marmite en miniature, p. 172, Djebel Amour et Djebel
Ksel, Algérie, dessin de l'auteur basé sur le dessin de Mathéa Gaudry
(1961: 133, fig. 13).
181. Tables-jouets, p. 173, Fès, Maroc, 1933, Collection du Musée du
Quai Branly, n° 71.1933.77.50-51, photo de l'auteur.
182. Réchaud et couscoussier en miniature, p. 175, Kénitra, Maroc, 1994,
photo de l'auteur.
183. Services de thé, p. 176, Rif, Maroc, 1908, Collection du Musée du
Quai Branly, n° 71.1908.15, photo de l'auteur.
184. Services de thé, p. 176, Rif, Maroc, 1908, Collection du Musée du
Quai Branly, n° 71.1908.15, photo de l'auteur.
185. Table avec théière, p. 177, Ignern, Maroc, 1998, photo de l'auteur.
186. Grand plateau à couvercle et tasse, p. 177, Ignern, Maroc, 1998,
photo de l'auteur.
187. Marmites sans anses à couvercle, p. 177, Ignern, Maroc, 1998, photo
de l'auteur.
188. Marmite à anses et louche, p. 177, Ignern, Maroc, 1998, photo de
l'auteur.
189. Louche et marmite, p. 178, Ignern, Maroc, 1998, photo de l'auteur.
190. Mortier et bols, p. 178, Ignern, Maroc, 1998, photo de l'auteur.
191. Marmite à couvercle, p. 178, Ignern, Maroc, 1998, photo de l'auteur.
192. Théière, p. 178, Ignern, Maroc, 1998, photo de l'auteur.
193. Bols, p. 178, Ignern, Maroc, 1998, photo de l'auteur.
194. Garçons modelant des jouets avec l'argile trouvée à flanc de
montagne, p. 179, Aït Ighemour, Maroc, 1992, photo de l'auteur.
195. Ustensiles-jouets, p. 179, Aït Ighemour, Maroc, 1992, photo de
l'auteur.
196. Vue générale de Goulmima, p. 180, Maroc, 1994, photo de l‟auteur.
197. Fillette faisant des gâteaux de sable, p. 181, Midelt, Maroc, 1999,
photo de l'auteur.
198. Ustensiles-jouets, p. 183, Imîder, Maroc, 1999, photo de l'auteur.
199. Ustensiles-jouets, p. 184, Douar Ouaraben, Maroc, 2005, photo de
l'auteur.
200. Ustensiles-jouets et palmiers-jouets, p. 185, Douar Ouaraben, Maroc,
2005, photo de l'auteur.
201. Ustensile pour faire du petit lait en miniature, p. 185, Terloulou,
Maroc, 2006, photo de l'auteur.

415
202. Ustensiles-jouets, p. 186, Ikenwèn, Maroc, 2005, photo de l'auteur.
203. Ustensiles-jouets, p. 187, Ikenwèn, Maroc, 2005, photo de l'auteur.
204. Ustensiles-jouets et maisonnette en pâte d‟argan, p. 188, Ikenwèn,
Maroc, 2005, photo de l'auteur.
205. Jeu de dînette de petites filles, p. 189, Idoubahman-Imjâd, Maroc,
2006, photo Khalija Jariaa.
206. Mortier avec pilon-jouet, p. 190, Lahfart, Maroc, 2002, photo de
l'auteur.
207. Cruches pour l'eau en miniature, p. 190, Lahfart, Maroc, 2002, photo
de l'auteur.
208. Marmites et tajines-jouets, p. 190, Lahfart, Maroc, 2002, photo de
l'auteur.
209. Cuillères-jouets, p. 190, Lahfart, Maroc, 2002, photo de l'auteur.
210. Tables-jouets, p. 191, Lahfart, Maroc, 2001, photo de l'auteur.
211. Sièges-jouets, p. 191, Lahfart, Maroc, 2001, photo de l'auteur.
212. Tasses-jouets, p. 191, Lahfart, Maroc, 2001, photo de l'auteur.
213. Plateaux à gâteau-jouets, p. 191, Lahfart, Maroc, 2001, photo de
l'auteur.
214. Plateaux à pain-jouets, p. 191, Lahfart, Maroc, 2001, photo de
l'auteur.
215. Panier à pain-jouet, p. 191, Lahfart, Maroc, 2001, photo de l'auteur.
216. Service de thé-jouet, p. 192, Lahfart, Maroc, 2001, photo de l'auteur.
217. Service de thé-jouet, p. 192, Lahfart, Maroc, 2001, photo de l'auteur.
218. Ustensiles-jouets, p. 192, Lahfart, Maroc, 2001, photo de l'auteur.
219. Garçons avec leurs ustensiles-jouets, p. 193, Lahfart, Maroc, 2005,
photo de l'auteur.
220. Saïd avec ses ustensiles-jouets, p. 193, Lahfart, Maroc, 2005, photo
de l'auteur.
221. Ali avec ses ustensiles-jouets, p. 194, Lahfart, Maroc, 2005, photo de
l'auteur.
222. Poterie pour faire du petit lait-jouet, p. 194, Lahfart, Maroc, 2005,
photo de l'auteur.
223. Aïcha avec ses ustensiles-jouets, p. 195, Lahfart, Maroc, 2005, photo
de l'auteur.
224. Mina avec ses ustensiles-jouets, p. 196, Lahfart, Maroc, 2005, photo
de l'auteur.
225. Ustensiles-jouets, p. 196, Lahfart, Maroc, 2004, photo de l'auteur.

416
226. Préparer du couscous pour jeu de dînette, p. 197, Sidi Ifni, Maroc,
2005, photo Khalija Jariaa.
227. Fille portant son plat de soupe pendant que deux garçons
s'introduisent dans le jeu de dînette, p. 198, Sidi Ifni, Maroc, 2005,
photo Khalija Jariaa.
228. Discussion avec les deux garçons qui dérangent le jeu de dînette, p.
198, Sidi Ifni, Maroc, 2006, photo Khalija Jariaa.
229. Garçon en train de faire un masque, p. 199, Sidi Ifni, Maroc, 2006,
photo Khalija Jariaa.
230. Fille filtrant du sable avec une boîte de sardine trouée, p. 199, Sidi
Ifni, Maroc, 2006, photo Khalija Jariaa.
231. Fille remplissant des bols de soupe, p. 200, Sidi Ifni, Maroc, 2006,
photo Khalija Jariaa.
232. La préparation du dîner des constructeurs de routes, p. 200, Sidi Ifni,
Maroc, 2005, photo Khalija Jariaa.
233. Les constructeurs de routes, p. 201, Sidi Ifni, Maroc, 2005, photo
Khalija Jariaa.
234. Photo d‟une fille jouant à la poupée et à la dînette, p. 204, Musée de
Sousse, Tunisie, 1978, photo de l‟auteur.
235. Service de café-jouet, p. 205, Nabeul, Tunisie, 1987, photo de
l'auteur.
236. Pipe-jouet, p. 205, Ikenwèn, Maroc, 2006, photo de l‟auteur.
237. Petit garçon cherchant du bois, p. 207, Ghrib, Sahara tunisien, 1975,
photo de l'auteur.
238. Filles cherchant du bois pour cuire le pain, p. 207, Aït Allah ou
Mimoun, Maroc, 1999, photo de l'auteur.
239. Balancier de puits, p. 208, Teda, Tchad, 1934, Collection du Musée
du Quai Branly, n° 71.1935.50.183, photo de l'auteur.
240. Puits en miniature fait dans le sable, p. 209, Vallée de la Saoura,
1960, Photothèque du Musée du Quai Branly, n° 71.1962.51.4, cliché
Corneille Jest.
241. Cruche-jouet, p. 210, Kabylie (?), Algérie, avant 1890, Collection du
Musée du Quai Branly, n° 71.1889.120.66, photo de l'auteur.
242. Cruche-jouet, p. 210, Achaoui, Maroc, 1933, Collection du Musée du
Quai Branly, n° 71.1933.74.1, photo de l'auteur.
243. Puits en miniature, p. 211, Ifrane a/s, Maroc, 2006, photo de l‟auteur.

417
244. Moulin à bras-jouet, p. 212, Ghrib, Sahara tunisien, 1975, dessin de
Marleen Lippens.
245. Fille utilisant son moulin-jouet, p. 212, Ghrib, Sahara tunisien, 1975,
photo de l'auteur.
246. Garçonnet faisant un moulin à bras-jouet, p. 213, Amellago, Maroc,
1999, photo de l'auteur.
247. Moulin à bras-jouet, p. 214, Aït Ighemour, Maroc, 1994, photo de
l'auteur.
248. Moulins à bras-jouets, p. 214, Lahfart, Maroc, 2001, photo de
l'auteur.
249. Moulins à bras-jouets, p. 215, Lahfart, Maroc, 2001, photo de
l'auteur.
250. Femme et moulin à bras en argile, p. 215, Lahfart, Maroc, 2005,
photo de l'auteur.
251. Fille utilisant son moulin-jouet, p. 216, Igîsel, Maroc, 2005, photo de
l'auteur.
252. Grand four, pelle et bouilloire-jouets, p. 218, Ikenwèn, Maroc, 2005,
photo de l'auteur.
253. Bouilloire mise sur un petit four, p. 218, Ikenwèn, Maroc, 2005,
photo de l'auteur.
254. Fille mettant un pain dans son four en miniature, p. 219, Lagzira,
Maroc, 2002, photo de l'auteur.
255. Fours-jouets, p. 219, Lahfart, Maroc, 2001, photo de l'auteur.
256. Four-jouet, p. 220, Igîsel, Maroc, 2005, photo de l'auteur.
257. Four à pain servant de modèle pour le four-jouet de la figure
précédente, p. 220, Igîsel, Maroc, 2005, photo de l'auteur.
258. Garçons ramassant le nécessaire pour construire une copie du grand
four à pain, p. 221, Sidi Ifni, Maroc, 1998, photo de l'auteur.
259. Garçons construisant un four pour cuire le pain en miniature, p. 221,
Sidi Ifni, Maroc, 1998, photo de l'auteur.
260. Garçons finissant le four pour cuire le pain en miniature, p. 222, Sidi
Ifni, Maroc, 1998, photo de l'auteur.
261. Les pains de terre mis sur le four en miniature, p. 222, Sidi Ifni,
Maroc, 1998, photo de l'auteur.
262. Plateau en terre avec noix d'argan, p. 223, Ikenwèn, Maroc, 2004,
photo de l'auteur.

418
263. Réchaud en miniature portant un plateau de noix d'argan, p. 224,
Ikenwèn, Maroc, 2004, photo de l'auteur.
264. Moulin à huile-jouet, p. 224, Ikenwèn, Maroc, 2004, photo de
l'auteur.
265. Set pour faire de l‟huile d'argan en miniature, p. 225, Ikenwèn,
Maroc, 2005, photo de l'auteur.
266. Moulin pour broyer les amendes d'argan et poupée, p. 226, Douar
Ouaraben, Maroc, 2006, photo de l‟auteur.
267. Moulins à huile-jouets, p. 226, Lahfart, Maroc, 2001, photo de
l'auteur.
268. Moulin à huile et autres ustensiles-jouets, p. 227, Igîsel, Maroc,
2005, photo de l'auteur.
269. Planche à laver-jouet, p. 228, Rabat, Maroc, 1993, photo de l'auteur.
270. Fille lavant le linge, p. 228, Ghrib, Sahara tunisien, 1975, photo de
l'auteur.
271. Mère filant de la laine (Bechir est assis sur les genoux de l‟auteur), p.
229, Ghrib, Sahara tunisien, 1975, photo Gilbert J.M. Claus.
272. Fillette faisant tourner le fuseau-jouet sur sa jambe, p. 230, Ghrib,
Sahara tunisien, 1975, photo de l'auteur.
273. Fillette étirant le fil de son fuseau-jouet, p. 230, Ghrib, Sahara
tunisien, 1975, photo de l'auteur.
274. Fuseau-jouet, p. 231, Ikenwèn, Maroc, 2005, photo de l'auteur.
275. Fille enfonçant les poteaux d'un métier à tisser-jouet, p. 232, Ghrib,
Sahara tunisien, 1975, photo de l'auteur.
276. Fille attachant les fils de son métier à tisser-jouet, p. 233, Ghrib,
Sahara tunisien, 1975, photo de l'auteur.
277. Fille tissant sur son métier à tisser-jouet, p. 233, Ghrib, Sahara
tunisien, 1975, photo de l'auteur.
278. Bracelet fait avec des cupules, p. 235, Imzouren, Maroc, 1993, photo
de l'auteur.
279. Fille préparant de la pâte de henné, p. 236, Ikenwèn, Maroc, 2006,
photo Khalija Jariaa.
280. Fille et ses sandales en miniature, p. 236, Lahfart, Maroc, 2006,
photo Boubaker Daoumani.
281. Garçon avec barbe et moustache, p. 237, Ghrib, Sahara tunisien,
1975, photo de l‟auteur.

419
282. Garçon avec des dents en or, p. 238, Ghrib, Sahara tunisien, 1975,
photo de l‟auteur.
283. Lunettes de soleil d'un garçon, p. 238, Midelt, Maroc, 2000, photo de
l‟auteur.
284. Petit garçon qui se fait une paire de lunettes, p. 239, Idoubahman-
Imjâd, Maroc, 2006, photo Khalija Jariaa.
285. Petit garçon portant sa paire de lunettes, p. 240, Idoubahman-Imjâd,
Maroc, 2006, photo Khalija Jariaa.
286. Garçons construisant un jardin en miniature, p. 244, Ghrib, Sahara
tunisien, 1975, photo de l'auteur.
287. Garçon en train d'irriguer son jardin en miniature, p. 245, Ghrib,
Sahara tunisien, 1975, photo de l'auteur.
288. Jardin en miniature, p. 246, Kénitra, Maroc, 1994, photo de l‟auteur.
289. Araire-jouet, p. 246, Chaouïa, 1936, Collection du Musée du Quai
Branly, n° 71.1936.2.261, photo de l'auteur.
290. Araire-jouet, p. 246, Chaouïa, 1936, Collection du Musée du Quai
Branly, n° 71.1936.2.257, photo de l'auteur.
291. Araire-jouet, p. 247, Chaouïa, 1936, Collection du Musée du Quai
Branly, n° 71.1936.2.255, photo de l'auteur.
292. Araire-jouet tiré par deux mulets en bois, p. 247, Chaouïa, 1936,
Collection du Musée du Quai Branly, n° 71.1936.2.256, cliché D.
Ponsard.
293. Fermier en train de labourer avec un araire traditionnel tiré par deux
ânes, p. 248, Imi-n-Tanoute, Maroc, 1992, photo de l‟auteur.
294. Araire-jouet, p. 248, Douar, Maroc, 2007, photo de l'auteur.
295. Garçon et fillette labourant leur champ imaginaire, p. 249, Douar,
Maroc, 2007, photo Khalija Jariaa.
296. Araires en argile, p. 249, Lahfart, Maroc, 2001, photo de l‟auteur.
297. Garçon jouant au laboureur, p. 250, Sidi Ifni, Maroc, 2006, photo
Khalija Jariaa.
298. Garçons jouant au travail de labour, p. 250, Sidi Ifni, Maroc, 2006,
photo Khalija Jariaa.
299. Le commerçant, p. 252, Ghrib, Sahara tunisien, 1975, photo de
l'auteur.
300. La balance du commerçant, p. 252, Ghrib, Sahara tunisien, 1975,
photo de l'auteur.

420
301. Est-ce que la pastèque est mûre ?, p. 253, Ghrib, Sahara tunisien,
1975, photo de l'auteur.
302. La pastèque mûre est mise de côté, p. 254, Ghrib, Sahara tunisien,
1975, photo de l'auteur.
303. Garçon et son magasin, p. 255, Ouirgane, Maroc, 2006, photo de
l'auteur.
304. Jeu de supermarché, p. 256, Douar Ouaraben, Maroc, 2006, photo
Khalija Jariaa.
305. Jeu de grand magasin, p. 257, Douar Ouaraben, Maroc, 2006, photo
Khalija Jariaa.
306. Jeu de grand magasin, p. 257, Douar Ouaraben, Maroc, 2006, photo
Khalija Jariaa.
307. Maisonnette, magasin de volaille et jeu de commerçant, p. 258,
Ikenwèn, Maroc, 2006, photo Khalija Jariaa.
308. Garçon créant des poules, p. 259, Ikenwèn, Maroc, 2006, photo
Khalija Jariaa.
309. Fille proposant l‟achat de la maison, p. 260, Ikenwèn, Maroc, 2006,
photo Khalija Jariaa.
310. Garçon construisant une maison avec tour en pisé, p. 261, Ikenwèn,
Maroc, 2006, photo Khalija Jariaa.
311. La maison avec tour en pisé, p. 261, Ikenwèn, Maroc, 2006, photo
Khalija Jariaa.
312. Frère et sœur jouant aux commerçants, p. 262, Ikenwèn, Maroc,
2006, photo Khalija Jariaa.
313. Garçon faisant une balance pour son petit frère jouant au vendeur de
marché, p. 263, Idoubahman-Imjâd, Maroc, 2006, photo Khalija
Jariaa.
314. Garçon créant une balance, p. 264, Sidi Ifni, Maroc, 2006, photo
Khalija Jariaa.
315. Vendeur regardant son client, p. 264, Sidi Ifni, Maroc, 2006, photo
Khalija Jariaa.
316. Magasin de tailleur, p. 265, Sidi Ifni, Maroc, 2006, photo Khalija
Jariaa.
317. Pâtisserie, p. 266, Sidi Ifni, Maroc, 2006, photo Khalija Jariaa.
318. Garçons portant le gâteau d'anniversaire, p. 267, Sidi Ifni, Maroc,
2006, photo Khalija Jariaa.

421
319. Grand et petits gâteaux, p. 267, Sidi Ifni, Maroc, 2006, photo Khalija
Jariaa.
320. Achat d‟un gâteau dans la pâtisserie, p. 268, Sidi Ifni, Maroc, 2006,
photo Khalija Jariaa.
321. Garçon cherchant le nécessaire pour le jeu de restaurant, p. 269, Sidi
Ifni, Maroc, 2006, photo Khalija Jariaa.
322. Le repas du camionneur, p. 269, Sidi Ifni, Maroc, 2006, photo
Khalija Jariaa.
323. Cuisinier préparant un plat dans le restaurant de fortune, p. 270, Sidi
Ifni, Maroc, 2006, photo Khalija Jariaa.
324. Construction du restaurant en miniature, p. 270, Sidi Ifni, Maroc,
2006, photo Khalija Jariaa.
325. Le camionneur amène une cargaison de pierres, p. 271, Sidi Ifni,
Maroc, 2006, photo Khalija Jariaa.
326. Restaurant en miniature et début de maisonnette, p. 271, Sidi Ifni,
Maroc, 2006, photo Khalija Jariaa.
327. Le réparateur de la télévision du restaurant, p. 272, Sidi Ifni, Maroc,
2006, photo Khalija Jariaa.
328. La préparation du thé à la fin du jeu, p. 273, Sidi Ifni, Maroc, 2006,
photo Khalija Jariaa.
329. Magasin de plage d‟une fillette, p. 273, Tan-Tan, Maroc, 2006, photo
Khalija Jariaa.
330. Fille joue le rôle de cliente pour sa petite sœur, p. 274, Tan-Tan,
Maroc, 2006, photo Khalija Jariaa.
331. Fillette faisant des sucettes glacées pour son magasin, p. 275, Tan-
Tan, Maroc, 2006, photo Khalija Jariaa.
332. Claquette, p. 276, Ghrib, Sahara tunisien, 1975, photo de l'auteur.
333. Joueur de claquette, p. 277, Ghrib, Sahara tunisien, 1975, photo de
l'auteur.
334. Sifflet, p. 277, Ghrib, Sahara tunisien, 1975, photo de l'auteur.
335. Joueur de sifflet, p. 278, Ghrib, Sahara tunisien, 1975, photo de
l'auteur.
336. Flûte, p. 278, Ghrib, Sahara tunisien, 1975, photo de l'auteur.
337. Joueur de flûte, p. 279, Ghrib, Sahara tunisien, 1975, photo de
l'auteur.
338. Garçon de trois ans essayant de jouer de la flûte, p. 280, Ghrib,
Sahara tunisien, 1975, photo de l'auteur.

422
339. Cornemuse, p. 280, Ghrib, Sahara tunisien, 1987, photo Gilbert J.M.
Claus.
340. Joueur de cornemuse, p. 281, Ghrib, Sahara tunisien, 1987, photo
Gilbert J.M. Claus.
341. Deux garçons dansant la danse des bergers sur un air joué par
l'orchestre de garçons, p. 281, Ghrib, Sahara tunisien, 1975, photo de
l'auteur.
342. Garçons dansant la danse des bergers sur un air joué par l'orchestre
de garçons, p. 282, Ghrib, Sahara tunisien, 1975, photo de l'auteur.
343. Fillette s‟exerçant à la danse, p. 284, Midelt, Maroc, 1999, photo de
l‟auteur.
344. Fillette essayant de se mettre une ceinture de danse, p. 284, Midelt,
Maroc, 1999, photo de l‟auteur.
345. Tambourin pour filles (à gauche) et pour garçons (à droite), p. 287,
Marrakech, Maroc, 1992, photo de l'auteur.
346. Garçonnet frappant un tambourin, p. 288, Idoubahman-Imjâd, Maroc,
2006, photo Khalija Jariaa.
347. Tambourins d'°Ashûra, p. 289, Kénitra, Maroc, 1994, photo de
l'auteur.
348. Tambourins d'°Ashûra, p. 290, Sidi Ifni, Maroc, 2007, photo de
l'auteur.
349. Tambour d‟°Ashûra, p. 291, Midelt, Maroc, 1999, photo de l‟auteur.
350. Elèves jouant sur des bidons en plastique servant de tambour, p. 291,
Goulmima, Maroc, 1996, photo de l'auteur.
351. Garçons avec des grands bidons servant de tambour, p. 292, Ikenwèn,
Maroc, 2006, photo Khalija Jariaa.
352. Orchestre de percussion, p. 292, Sidi Ifni, Maroc, 2005, photo de
l'auteur.
353. Orchestre de percussion, p. 293, Sidi Ifni, Maroc, 2005, photo de
l‟auteur.
354. Garçon jouant sur la batterie créée par lui-même, p. 294, Sidi Ifni,
Maroc, 2005, photo de l‟auteur.
355. Garçons jouant sur un tambour double et un tambour simple, p. 295,
Igîsel, 2005, photo de l'auteur.
356. Instrument de percussion en métal des Gnâwa, p. 296, Marrakech,
Maroc, 2006, photo de l‟Internet.
357. Sifflet en papier, p. 296, Midelt, Maroc, 1999, dessin de l'auteur.

423
358. Sifflet en papier posé entre deux doigts, p. 296, Midelt, Maroc, 1999,
photo de l'auteur.
359. Fille sifflant sur une fleur caliciforme, p. 297, Zaïda, Maroc, 1999,
photo de l'auteur.
360. Sifflets en fer blanc, p. 298, Ikenwèn, Maroc, 2006, photo de l'auteur.
361. Sifflets en fer blanc, p. 298, Ikenwèn, Maroc, 2006, photo de l'auteur.
362. Flûte pour enfant, p. 298, Marrakech, Maroc, 1992, photo de l'auteur.
363. Garçon jouant sur sa longue flûte, p. 299, Douar, Maroc, 2007, photo
Khalija Jariaa.
364. Embouchure du hautbois, p. 300, Midelt, Maroc, 1999, photo de
l'auteur.
365. Joueur de hautbois, p. 300, Midelt, Maroc, 1999, photo de l'auteur.
366. Joueur de violon, p. 301, Tighboula, Maroc, 1999, photo de l'auteur.
367. Le bas du violon, p. 302, Tighboula, Maroc, 1999, photo de l'auteur.
368. Le haut du violon, p. 302, Tighboula, Maroc, 1999, photo de l'auteur.
369. Le violon et l'archet, p. 303, Tighboula, Maroc, 1999, photo de
l'auteur.
370. Joueur de violon, p. 304, Lahfart, Maroc, 2005, photo de l'auteur.
371. Joueur de guitare, p. 305, Sidi Ifni, Maroc, 2003, photo de l'auteur.
372. Guitare, p. 305, Igîsel, Maroc, 2005, photo de l'auteur.
373. Bébé avec hochet en plastique, p. 306, Marrakech, Maroc, 1992,
photo de l'auteur.
374. Garçonnet avec trompette en plastique, p. 306, Marrakech, Maroc,
1992, photo de l'auteur.
375. Sifflet en plastique, p. 307, Marrakech, Maroc, 1992, photo de
l'auteur.
376. Accordéon et trompette en plastique, p. 307, Marrakech, Maroc,
1992, photo de l'auteur.
377. Fillette imitant la prière, p. 308, Midelt, Maroc, 1999, photo de
l'auteur.
378. Un cercle protecteur tracé autour de biens, p. 309, Ghrib, Sahara
tunisien, 1975, photo de l'auteur.
379. Faire un cercle pour jeu collectif, p. 309, Ghrib, Sahara tunisien,
1975, photo de l'auteur.
380. Imitation du rituel pour l'enfant qui tarde à marcher, p. 311, Ghrib,
Sahara tunisien, 1975, photo de l'auteur.

424
381. Poupée Belghenja pour le jeu de la demande de pluie, p. 313, Douar
Ouaraben, Maroc, 2006, photo de l'auteur.
382. Détail de la poupée Belghenja pour le jeu de la demande de pluie, p.
314, Douar Ouaraben, Maroc, 2006, photo de l'auteur.
383. Poupée Belghenja pour le jeu de la demande de pluie, p. 317,
Idoubahman-Imjâd, Maroc, 2006, photo de l'auteur.
384. Sifflet à moulinet en plastique, p. 319, Sidi Ifni, Maroc, 2004, photo
de l'auteur.
385. Lance-eau, p. 320, Chaouïa, 1936, Collection du Musée du Quai
Branly, n° 71.1936.2.234, photo de l'auteur.
386. Lance-eau, p. 321, Ikenwèn, Maroc, 2006, photo de l'auteur.
387. Pistolet à eau en plastique, p. 323, Midelt, Maroc, 2000, photo de
l'auteur.
388. Adolescents lors de la mascarade de l'°Ashûra, p. 326, Tiznit, Maroc,
2006, photo Khalija Jariaa.
389. Garçons lors de la mascarade de l'°Ashûra, p. 327, Tiznit, Maroc,
2007, photo Khalija Jariaa.
390. Groupe de voisins avec l'argent collecté pendant une quête lors de
l'°Ashûra, p. 328, Tiznit, Maroc, 2007, photo Khalija Jariaa.
391. Groupe de garçons parcourant la ville lors de la mascarade de
l'°Ashûra, p. 328, Tiznit, Maroc, 2007, photo Khalija Jariaa.
392. Garçon avec masque et chapeau lors de la mascarade de l'°Ashûra, p.
329, Tiznit, Maroc, 2007, photo Khalija Jariaa.
393. Garçon faisant voler en rond des étincelles pour l'°Ashûra, p. 330,
Tiznit, Maroc, 2006, photo Khalija Jariaa.
394. Filles et garçons mettant en scène la fête de Lilt el Qadr, p. 331,
Douar Ouaraben, Maroc, 2006, photo Khalija Jariaa.
395. Filles et garçons mettant en scène la fête de Lilt el Qadr, p. 331,
Douar Ouaraben, Maroc, 2006, photo Khalija Jariaa.
396. Maisonnette pour le jeu de la fête de Lilt el Qadr, p. 332, Douar
Ouaraben, Maroc, 2006, photo Khalija Jariaa.
397. Deux filles devenant les photographes lors du jeu de la fête de Lilt el
Qadr, p. 333, Douar Ouaraben, Maroc, 2006, photo Khalija Jariaa.
398. Moulinet de la fête du Mûlûd, p. 334, Midelt, Maroc, 2000, photo de
l'auteur.
399. Garçon courant avec le moulinet du Mûlûd, p. 335, Midelt, Maroc,
2000, photo de l'auteur.

425
400. Ailes de moulinet avec décoration de lignes rouges, p. 336, Midelt,
Maroc, 2000, photo de l'auteur.
401. Ailes de moulinet avec décoration de cercles, p. 336, Midelt, Maroc,
2000, photo de l'auteur.
402. Fille avec son moulinet, p. 336, Midelt, Maroc, 2000, photo de
l'auteur.
403. Moulinets de l'étoile pour la fête du Mûlûd, p. 337, Kénitra, Maroc,
1993, photo de l'auteur.
404. Moulinet de l'étoile, p. 338, Goulmima, Maroc, 1994, photo de
l'auteur.
405. Hochet, p. 346, Igîsel, Maroc, 2005, photo de l‟auteur.
406. Hochet, p. 359, Ikenwèn, Maroc, 2006, photo de l'auteur.
407. Atelier pour enfants, p. 366, Kénitra, Maroc, 1993, photo de l'auteur.
408. Singe à tambour, jouet d‟occasion, p. 373, Terloulou, 2006, photo
Khalija Jariaa.
409. Jouets en plastique fabriqué en Chine, p. 373, Tan-Tan, 2005, photo
de l‟auteur.
410. Figure fantastique (Neptune), p. 374, Terloulou, 2006, photo Khalija
Jariaa.

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Rossie, J-P. (2005). Toys, Play, Culture and Society. An anthropological
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Brian Sutton-Smith, Stockholm International Toy Research Centre,
Stockholm: Royal Institute of Technology, 256, 144 ill. CD included
with 3 volumes of the collection: Saharan and North African Toy and
Play Cultures and of the collection: Cultures Ludiques Sahariennes et
Nord-Africaines published in 2005 and mentioned hereafter.

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Poupées d'enfants et jeux de poupées. Préface de Dominique Champault,
Stockholm International Toy Research Centre, Stockholm: Royal
Institute of Technology, 344, 163 ill. Publié sur le CD inclus dans
Rossie, J-P. (2005). Toys, Play, Culture and Society
Rossie, J-P. (2005). Saharan and North African Toy and Play Cultures.
Children's dolls and doll play. Foreword by Dominique Champault,
Stockholm International Toy Research Centre, Stockholm: Royal
Institute of Technology, 328, 163 ill. Published on the CD included in
Rossie, J-P. (2005). Toys, Play, Culture and Society.
Rossie, J-P. (2005). Cultures Ludiques Sahariennes et Nord-Africaines.
L'animal dans les jeux et jouets. Préface de Theo van Leeuwen,
Stockholm International Toy Research Centre, Stockholm: Royal
Institute of Technology, 229, 107 ill. Publié sur le CD inclus dans
Rossie, J-P. (2005). Toys, Play, Culture and Society.
Rossie, J-P. (2005). Saharan and North African Toy and Play Cultures. The
animal world in play, games and toys. Foreword by Theo van Leeuwen,
Stockholm International Toy Research Centre, Stockholm: Royal
Institute of Technology, 219, 107 ill. Published on the CD included in
Rossie, J-P. (2005). Toys, Play, Culture and Society.
Rossie, J-P. (2005). Child's play: Dorothy Howard and the folklore of
Australian children. A book review and personal comment. Disponible
sur l‟Internet: http://www.sanatoyplay.org
Rossie, J-P. (2005). Utiliser la culture ludique nord-africaine et saharienne:
Actions pédagogiques et culturelles dans les pays en voie de
développement. Éducation interculturelle et mondiale dans un contexte
occidental. In Rossie, J-P. (2005). Cultures Ludiques Sahariennes et
Nord-Africaines. Poupées d'enfants et jeux de poupées. p. 235-260.
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Pedagogical and cultural action in developing countries. Intercultural
and peace education in a Western context. In Rossie, J-P. (2005). Toys,
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to North Africa and the Sahara. p. 187-210. Available on the Internet:
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bambini marocchini. La Ludoteca, XXVII, 1-2, Firenze: Centro
Internazionale Ludoteche, 4-6, 4 ill.
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Ludoteca, XXVII, 4-5, Firenze: Centro Internazionale Ludoteche, 42-45,
13 ill.
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et des Atlas marocains. Présentation PowerPoint, 77 dias. Disponible sur
l'Internet: http://www.sanatoyplay.org
Rossie, J-P. (2006). Desert Children: games and toys from the Tunisian
Sahara and the Moroccan Atlas Mountains. PowerPoint presentation, 77
slides. Available on the Internet: http://www.sanatoyplay.org
Rossie, J-P. (2006). Une introduction aux jeux et jouets des enfants
marocains. Document rédigé pour le Toys for Tomorrow Forum,
Ahmedabad, 13 ill. Disponible sur l‟Internet:
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Rossie, J-P. (2006). An introduction to Moroccan children’s toys and
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Ludoteca, XXVIII, 3, Firenze: Centro Internazionale Ludoteche, 20-22,
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Research Centre, Stockholm: Royal Institute of Technology, 438 p., 410
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Rossie, J-P. (2008). Cultures Ludiques Sahariennes et Nord-Africaines.
Bibliographie commentée sur les jeux et jouets. Stockholm International
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Publié sur le CD avec Rossie, J-P. (2008). Cultures Ludiques
Sahariennes et Nord-Africaines. La vie domestique dans les jeux et
jouets. Voir http://www.sanatoyplay.org
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International Toy Research Centre, Stockholm: Royal Institute of
Technology, 64. Published on the CD with Rossie, J-P. (2008). Saharan
and North African Toy and Play Cultures. Domestic life in play, games
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Construction Play in Sidi Ifni, Morocco, 31.1.2002. SITREC-Stockholm
International Toy Research Centre, Stockholm: Royal Institute of
Technology, 12. - Description détaillée des 19 minutes de jeu de poupée
d‟une fille de sept ans et d‟un garçon de quatre ans avec des poupées
faites par la fille ou achetées, ainsi que des 26 minutes d‟interview avec
les joueurs et la mère du garçon. Les poupées représentent des enfants.
Autorisation paternelle donnée sur la vidéo. Vidéo déposée à la
vidéothèque du Musée du Jouet, Moirans-en-Montagne, France.
Disponible sur l'Internet: http://www.sitrec.kth.se
Rossie, J-P. & Daoumani, B. (2003). Protocol of Video 4: Doll Play and
Construction Play in Lagzira (Sidi Ifni), Morocco, 4.3.2002. SITREC-
Stockholm International Toy Research Centre, Stockholm: Royal
Institute of Technology, 6. - Description détaillée des 43 minutes de jeu
de poupée et de construction de maison de poupées d‟une fille de six ans
et de son frère de neuf ans avec des poupées représentées par des
coquillages. Les poupées représentent une jeune-mariée ou un jeune
marié quand elles sont entourées d'un chiffon de gaze blanc, sinon elles
représentent la famille et les invités. L‟interview de Boubaker Daoumani
avec les joueurs et le père est enregistré sur audio-cassette. Vidéo et

441
audiocassette déposées à la vidéothèque du Musée du Jouet, Moirans-
en-Montagne, France. Disponible sur l'Internet: http://www.sitrec.kth.se
Rossie, J-P. & Daoumani, B. (2007). Protocol of Video 2: The Sidi Ifni Toy
Maker, Morocco, 2.2.2002. SITREC-Stockholm International Toy
Research Centre, Stockholm: Royal Institute of Technology. -
Description détaillée des 35 minutes de construction de jouets et de jeu
d‟un garçon de dix ans et son frère de six ans, précédé de trois minutes
d‟interview avec le père. Autorisation paternelle donnée sur la vidéo.
Vidéo déposée à la vidéothèque du Musée du Jouet, Moirans-en-
Montagne, France. Disponible sur l'Internet: http://www.sanatoyplay.org
Rossie, J-P. & Daoumani, B. (2007). Protocol of Video 3: Doll Play in Sidi
Ifni, Morocco, 10.2.2002. SITREC-Stockholm International Toy
Research Centre, Stockholm: Royal Institute of Technology. -
Description détaillée des 39 minutes de jeu de poupée de deux filles de
neuf ans et une fille de six ans avec des poupées Barbie, d'autres
poupées et des objets de jeu. Les poupées représentent des enfants.
L'interview de Boubaker Daoumani avec les joueurs est enregistrée sur
audio-cassette. Vidéo et audiocassette déposées à la vidéothèque du
Musée du Jouet, Moirans-en-Montagne, France. Disponible sur
l'Internet: http://www.sanatoyplay.org
Rossie, J-P. & Jariaa, Kh. (2007). Il gioco delle casette dei ragazzi
marocchini di Sidi Ifni. La Ludoteca, XXVIII, 1-2, Firenze: Centro
Internazionale Ludoteche, 4-7, 8 ill.
Rossie, J-P., Laabib, S. & Sterner, B. (1998). Video: Homemade Dolls
from Morocco. NCFL-Nordic Center for Research on Toys and
Educational Media, Halmstad: University of Halmstad, 18 minutes.
Vidéo déposée à la vidéothèque du Musée du Jouet, Moirans-en-
Montagne, France.
Rossie, J-P. & Lauras L. (2001). Vidéo: Poupées de l’Atlas et du Pré-
Sahara Marocains. 19.10.2001, Sète: Musée International des Arts
Modestes, 30 minutes ou 60 minutes. Vidéos déposées à la vidéothèque
du Musée du Jouet, Moirans-en-Montagne, France.
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443
444
Index des Auteurs

Aguilar, M., 353-354, 381 Daoumani, B., 25-26, 47, 105,


Ariel, S., 25, 354 112, 146, 160, 189, 214-215,
ATFALE, 25 219, 226, 349, 351, 354, 358,
362, 369, 376, 380-381, 410,
Balout, L., 62 413, 419
Béart, Ch., 21, 62, 167, 208, 213, de Foucauld, Ch., 60, 387
231, 243, 251, 277, 308 Delalande, J., 354, 356-359, 362,
Belghiti, M., 368 364, 370, 378, 382
Belgisch Comité voor Unicef, 30 Denis, 70, 251
Bellin, P., 21, 245, 254 Derevensky, J. L., 352
Bernard van Leer Foundation, 25, Dernouny, A., 44, 318
354, 376 Desparmet, J., 339
Bernus, E. & S., 27-28 Doutté, E., 22, 284, 322, 347
Biarnay, S., 324 Dupuy, A., 203
Bishop, J. C., 354, 358, 364
Boris, G., 165 Early Childhood Matters, 354
Brandily, M., 33 E-Conflict™ World
Brenier-Estrine, A., 116, 134, 312 Encyclopedia, 28, 30, 33, 42
Brougère, G., 15-17, 54, 350, 354, El Andaloussi, B., 25
364, 376 Encyclopédie Larousse, 28, 36
Brunot, L., 235 Ethnologue: Languages of the
World, 33, 36-37
Cabot Briggs, L., 32
Cabrera E. A., 21 Factor, J., 362
Camps, G., 27, 35, 42 Fates, Y., 25
Castells, F., 288, 306, 318, 322, Flamand, P., 201, 234, 285, 287,
324, 345, 373 297-298, 320-322, 340, 353,
Champault, F. D., 34-35, 47, 115, 361
134, 170, 208, 217, 310, 319, Foley, H., 60, 62
323, 398
Chaouite, A., 44 Gabus, J., 30, 81-82, 387-388,
Claudot-Hawad, H., 28 392
Claus, G. J. M., 22-23, 29, 46, Gaskins, S., 361
419, 422 Gaudry, M., 84, 172, 395, 401
Cross, G., 15, 349, 363 Goichon, A. M., 84, 170, 209, 345
Curtis, M., 354, 358, 364 Göncü, A., 25-26, 354, 358, 380

445
Haight, W., 378 Nelson, A., 364
Herber, J., 210, 399 Nilsson, M., 364

International Federation for Oubahammou, L., 24, 38, 176,


Parent Education, 21 210, 213, 217, 235, 284, 291,
318, 321-322, 370
Jariaa, Kh., 11, 22, 47, 59, 64, 70,
75, 85, 91, 100, 122, 125, 146, Pennell, G., 367
158, 186, 188, 218, 223, 225, Pinto Cebrián, F., 31, 63-64, 168
230, 234, 256, 273, 313, 316,
324-325, 327, 332, 359, 369, Rabaté, M-R., 240, 321-322, 324-
406-410, 412-413, 416-417, 325
419-426 Rivière, T., 37, 170, 282, 320,
Jemma-Gouzon, D., 37, 322 390, 393, 398, 400-402
Jeu et Sports en Méditerranée, 25 Rogoff, B., 354, 358, 363, 378,
380
Klepzig, F., 21
Komorowski, Z., 27, 30, 32, 35 Servier, J., 322
Kronenberg, A., 33 Sijelmassi, M., 44, 117, 306
Kubik, G., 381 Soulé, 84, 173, 350
Sutton-Smith, B., 16, 352, 354
Laabib, S., 47, 88, 181, 337
Lakhsassi, A., 329 Tamisier, J. C., 36
Lancy, D. F., 354, 381 Tillion, G., 395
Laoust-Chantréaux, G., 116, 172, Tubiana, M. J., 33, 392, 398
245
Le Cœur, Ch., 33, 168, 208, 231, van Leeuwen, T., 25, 382
392, 397 Vie des Touaregs. Enfance et Jeu,
Leupen, A., 28 162
Lhote, H., 61-62, 386-388 La Vie du Sahara, 27-28, 30, 32,
Lopatinsky, O., 32-33, 168-169, 61
392
Lwakatare, E. K., 362 Westermarck, E., 313, 318, 322,
364
Mahe, A., 37 Widdowson, J. D. A., 352
Malka, E., 235
Mandel, J-J., 116, 134, 312 Zerdoumi, N., 43-44, 172, 338
Marçais, W., 174
Mas, M., 285

446
Index géographique et ethnique

Ahaggar, 27-28, 60, 62, 386, 388, 398 Belbala, 26, 34-35, 53, 115, 134,
Aïn Taoujdate, 38-39, 127, 173, 175 161, 170, 206, 208, 217, 240-
Aït Hmed ou Yacoub, 38-39, 46, 85 242, 254, 310, 319, 323, 368,
Aït Ighemour, 38, 40, 46, 118, 135, 370, 398
178, 214, 243 Berbère, voir Amazigh
Aït Ouirra, 24, 38, 176, 210, 213, 217, Bertèt, 38, 40, 46, 339-340
235, 284, 291, 318, 321
Aït Slimane, 38, 40, 86, 369 Chaamba, 26, 32, 34, 53, 70, 241,
Algérie, 22, 25-28, 32, 35-37, 42-44, 243, 251
60, 70, 83-84, 115, 134, 170, 172, Chaouïa, 26, 37, 54, 83, 161, 170,
210, 245-246, 251, 254, 282, 284, 172, 206, 210, 241, 246, 276,
319-320, 323, 339, 347, 370, 386, 282, 320, 368, 390, 393, 395,
388, 390, 393, 395, 398-402 398, 400-402
Amazigh, 26, 28-29, 32, 34, 3-47, 84-
85, 91, 104, 117, 122, 127, 135, Djerba, 203
146, 173, 175, 177, 207, 210-211, Douar (Tan-Tan), 38, 41, 64, 248,
213-214, 217-218, 223, 234, 236, 299
255, 283, 286-287, 296, 333, 339- Douar Ouaraben, 38, 40, 47, 53,
340 59, 70, 91, 95, 122, 124, 184,
Amellago, 38, 40, 46, 86, 120-121, 226, 256, 313, 316, 318, 330,
137, 183, 213 369
Anti-Atlas, 22, 31, 41, 54, 84, 99, 101,
117, 173, 197, 219, 234, 241, 249, El Faouar, 29, 112, 131, 206, 244,
321, 324, 355, 369, 374 251, 280, 310, 312
Arabo-berbère, 26, 32, 38, 42 El Khemis, 84
Arabophone, 29, 32, 39-40, 42-43, 85, Erg er Raoui, 32, 34
111, 117, 127, 135, 165, 173-174,
220 Fès, 42, 84, 173, 235, 284-285,
Arhbalou-n-Serdane, 38, 40, 213 288, 318, 350, 396, 402
Aurès, 37, 43, 83, 170, 210, 246, 276,
282, 320, 390, 393, 395, 398, 400- Ghrib, 22-24, 29-31, 46, 53, 55, 59,
402 62, 77, 79, 112-113, 129-131,
161, 163-165, 206, 211, 228-
Bardaï, 33, 168, 392 230, 232, 237-238, 241-244,
251, 254, 276-282, 286, 309-
310, 312, 345, 350, 355-356,
360-361, 372

447
Goulmima, 24, 38-40, 46, 118, 173, Ksar Assaka, 38, 40-41, 46-47, 58,
180, 214, 282, 286, 291, 305, 318, 88, 181-182, 217, 234, 286-288,
333-334, 337 313, 319, 322, 334, 337

Haut Atlas, 38-40, 44, 86, 117-118, Lagzira, 26, 38, 41, 47, 104, 122,
120, 135, 137, 173, 177, 180, 183, 219, 354, 369
213-214, 217, 247, 255, 303, 369 Lahfart, 38, 41, 109, 122, 143, 189-
Hmar, 38, 41, 47, 173, 175 190, 192, 214, 219, 226, 236,
249, 303
Idoubahman-Imjâd, 38, 40, 47, 91, Libye, 27-28, 208, 397
122, 125, 189, 239, 262, 287, 316,
369 Mali, 27-28, 30-31, 60-61, 312,
Ifrane, 40, 117, 298, 340 386-387
Ifrane a/s (Atlas Saghrir), 38, 40-41, Maroc, 38-42, 46-47, 54, 58-59,
47, 91, 99, 122, 125, 210, 316, 369 64-76, 85-111, 117-128, 134-
Ighrem-n-Cherif, 38, 40, 118 160, 173-203, 205, 207, 210-
Igîsel, 38, 41, 47, 216, 220, 227, 295, 211, 213-228, 230-231, 234-236,
306, 346 238-240, 242-243, 245, 247-250,
Ignern, 38, 40, 46, 177, 255 254-275, 282-308, 313-340,
Ikenwèn, 22, 38, 40, 47, 53, 70, 75-76, 343-347, 349-351, 353-366,
91, 122, 138, 142, 186, 205, 218, 368-374, 377-381, 395-396, 399,
223, 225, 230, 235, 258, 292, 297, 401-402
321, 359-360, 369 Marrakech, 24, 38-41, 46, 84, 86,
Imîder, 38, 40, 121, 183, 217, 369 111, 127, 173, 175, 202, 228,
Imi-n-Tanoute, 38-39, 47, 86, 202, 255, 286, 298, 306, 319
247 Maures, 26, 29-31, 53-54, 62-64,
Imzouren, 38, 205, 235 82, 161, 165-167, 206, 208, 241,
243, 251, 308, 368, 388-391,
Jbel Ayachi, 38, 40, 88, 173, 181, 334 399-400
Jbel Siroua, 40, 135, 178, 214 Mauritanie, 29-31, 61-62, 80, 166,
Juifs, 173, 201-203, 234-235, 285, 243, 251, 388-391, 399-400
287, 299, 320-321, 340, 347, 353, Meski (Source Bleue de), 38, 245
361 Midelt, 25, 38, 40-41, 46, 58, 82-
89, 119, 125, 127, 134-135, 173,
Kabyle, 26, 36, 54, 116, 161, 172, 181-182, 217-218, 234-236, 238,
210, 241, 245, 398 242, 283, 286, 290-291, 296,
Kénitra, 38-39, 42, 173, 175, 245, 254, 299, 303, 313, 319-320, 322-
286, 289, 313, 319, 324, 337, 357, 323, 330, 333-337, 339, 357,
362, 365 365-366, 369-370
Khemisset, 38-39, 46, 85, 173, 357 Mopti, 27, 54, 116, 134, 312

448
Moyen Atlas, 24, 38, 40, 117, 173, 358, 362-366, 369, 371-372,
176, 210, 213, 217, 235, 284, 291, 376-377, 380-381
298, 300-303, 318, 321, 340, 355,
370, 377 Taäkit, 38, 40, 182, 334
Mozabite, Mzab, 26, 35-36, 53, 84, Tabelbala, 34-35, 53, 240, 398
161, 170, 206, 209, 345, 370 Tanger, 173-174
Taroudannt, 38-39, 47, 111
Niger, 27-29, 116, 134, 312, 386 Tchad, 32-33, 168-169, 208,
211, 392, 397
Oualata, 29-30, 51, 54, 80-83, 166- Teda, 26, 32-33, 161, 168-169,
167, 208, 389, 391-392 206, 208, 211, 213, 231, 392,
Ouarzazate, 38-39, 84, 119, 173, 180, 397
240, 321, 324-325, 334 Terloulou, 38, 40, 47, 91, 101,
Ouirgane, 38, 40, 255 122, 185, 234, 374
Oulad ben Sbaa, 38, 41, 243 Tibesti, 32, 61, 168, 208, 392,
397
Pré-Sahara, 38-39, 216, 220, 295, 306 Tidjikdja, 30, 62, 165, 243, 286,
390, 399-400
Rabat, 24, 42, 228, 285, 288, 298, 306, Tiffoultoute, 38, 119, 180
318-319, 324, 345, 364-365, 401 Tighboula, 38, 40,46, 300-303
Tiznit, 38-39, 47, 76, 98, 137,
Sahara, 22, 26-27, 29-36, 53, 55-58, 235, 256, 318, 324-330
60-70, 77-84, 112-116, 129-134, Tlemcen, 161, 172, 338
162-168, 170, 206-209, 211-212, Touareg, 26-28, 30-31, 53, 59-
229-233, 243-245, 251-254, 276- 62, 161-162, 205-206, 208,
286, 309-312, 319, 323, 356, 372, 241-243, 308, 386-388, 390,
378, 386-392, 397-400 397
Sahara Occidental, 29, 31, 209, 273 Tunisie, 22, 25, 29, 42, 55, 77,
Sahara tunisien, 22, 55, 77, 112, 129, 112, 129, 161, 163, 165, 203-
163, 206, 211, 229-232, 243-244, 204, 206, 211, 229-232, 243-
251, 276, 309, 356, 372, 378 244, 251, 276, 309, 356, 362,
Sahraoui, 22, 26, 31, 41, 53, 63-64, 372, 378, 380, 396
161, 168, 371
She°ba, 38, 40, 127, 173-174, 218 Vallée de la Saoura, 26, 35, 209
Sidi Brahim, 38, 40, 117 Vallée du Dra, 240, 321, 324-
Sidi Ifni, 25-26, 38-39, 41, 47, 109, 325
122, 146, 149-150, 158-160, 173,
189, 197-200, 220, 249, 263, 265- Zaghawa, 26, 33, 161, 169, 392
272, 290, 292-293, 305, 319, 322, Zaïda, 40, 46, 89, 135, 207, 297
324-325, 349-351, 354-355, 357- Zhana, 38-39, 245, 286

449