La vie domestique dans les jeux et jouets

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CULTURES LUDIQUES SAHARIENNES ET NORD-AFRICAINES

Jean - Pierre Rossie
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Préface de Gilles Brougère

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Stockholm International Toy Research Centre

Aux enfants sahariens et nord-africains à mes enfants Tania, Ben, Ruben et Pia à mes petits-enfants Linde, Camille, Ilona, Thilda, Oona et Alvin

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La vie domestique dans les jeux et jouets
CULTURES LUDIQUES SAHARIENNES ET NORD-AFRICAINES

Jean - Pierre Rossie
Préface de Gilles Brougère

2008

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Photo couverture : groupe de jeu de filles et d‟un garçon dans leur maisonnette, Aït Slimane, Haut Atlas, Maroc, 1999, photo de l‟auteur

Avec 400 photos couleurs et 10 autres illustrations

ISBN 978-91-977176-1-8

© 2008 Jean-Pierre Rossie Toute reproduction, intégrale ou partielle, par quelque procédé que ce soit faite sans le consentement écrit de l'auteur ou de l'éditeur est illicite sauf pour l'usage strictement privé du copiste ou les analyses et les courtes citations dans un but d'exemple et d'illustration

SITREC KTH SEŔ10044 Stockholm Internet : http://www.sitrec.kth.se Jean-Pierre Rossie Internet : http://www.sanatoyplay.org E-mail : sanatoyplay@gmail.com

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Sommaire
Résumé Collection Cultures Ludiques Sahariennes et Nord-Africaines Préface de Gilles Brougère Introduction Description des populations Les Touaregs Les Ghrib Les Maures Les Sahraouis Les Chaamba Les Teda Les Zaghawa Les Belbala Les habitants de la Vallée de la Saoura Les Mozabites Les Kabyles Les Chaouïa Les populations des campagnes marocaines Les citadins de l'Algérie, du Maroc et de la Tunisie Remerciements Carte de l'Afrique du Nord et du Sahara Carte du Maroc 9 13 15 19 27 27 29 29 31 30 32 33 34 35 35 36 37 38 42 46 49 50

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La vie domestique dans les jeux et jouets des enfants sahariens et nord-africains 1 L'habitation dans les jeux et jouets 1.1 Résumé 1.2 Le campement nomade 1.3 La maison de poupée 1.4 La maison pour jeu de dînette et de ménage 1.5 Les autres constructions 2 Le jeu de dînette et les ustensiles-jouets 2.1 Résumé 2.2 Le jeu de dînette et les ustensiles-jouets 3 Les occupations ménagères dans les jeux et jouets 3.1 Résumé 3.2 Chercher du bois 3.3 Chercher de l'eau 3.4 Moudre le blé 3.5 Faire le pain 3.6 Fabriquer de l‟huile 3.7 Laver le linge 3.8 Le filage 3.9 Le tissage 3.10 Se faire belle 4 Les activités de subsistance dans les jeux et jouets 4.1 Résumé 4.2 La chasse et la pêche 4.3 L'élevage 4.4 Le jardinage 4.5 Le travail des champs 4.6 Le commerce 5 La musique et la danse dans les jeux et jouets 6 Les rituels et les fêtes dans les jeux et jouets

51 53 53 55 77 112 129 161 161 162 206 206 206 208 211 217 223 228 229 232 234 241 241 242 243 244 246 251 276 308

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Conclusions 1 Synthèse 2 Aspects environnementaux et économiques 3 Aspects socioculturels 3.1 Jeux, jouets, culture et société 3.2 Jeux, jouets et socialisation 3.3 Jeux, jouets et relations interpersonnelles 3.3.1 Relations entre enfants 3.3.2 Relations entre enfants et adultes 3.4 Jeux, jouets, filles et garçons 3.5 L‟évolution des jeux et jouets 4 Créativité enfantine Catalogue des jouets sahariens et nord-africains du Musée du Quai Branly liés à la vie domestique 1 Introduction 2 Le matériel de campement 2.1 Les arceaux de tente 2.2 Les piquets de la natte d'entourage 2.3 Les nattes d'entourage et de clôture 2.4 Les nattes de repos et nattes de lit 2.5 Les traverses de lit 2.6 Les tapis et coussins de tente 3 Les maisonnettes 3.1 Les maisonnettes 3.2 Les nattes pour maisonnettes 3.3 La porte de maisonnette 4 Les ustensiles

341 343 346 348 348 351 356 356 359 367 371 375

383 385 386 386 386 386 387 387 388 389 389 389 390 390

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5 Les jouets liés aux tâches ménagères 5.1 Les puits 5.2 Les récipients d'eau 5.3 Les fuseaux 6 Les jouets liés aux activités de subsistance 6.1 Les jouets liés à l'élevage 6.2 Les jouets liés au travail des champs 7 Les instruments de musique et les bruiteurs 7.1 Les flûtes 401 7.2 Les claquettes 7.3 Les tambourins 7.4 Les hochets 8 Les lances-eau Table des transcriptions Table des illustrations Bibliographie Index des auteurs Index géographique et ethnique

397 397 398 399 399 399 400 401

402 402 402 402 403 405 427 445 447

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Résumé
Ce livre décrit des jeux de faire semblant tout comme les livres précédents sur les poupées et le monde animal dans les jeux et jouets des enfants sahariens et nord-africains. Sous le titre La vie domestique dans les jeux et jouets j‟ai regroupé toute une série d‟activités ludiques qui reflètent beaucoup d‟aspects de la vie domestique et familiale. Le premier chapitre analyse le thème de l‟habitation à travers la représentation ludique de la tente et de la maison. Le deuxième chapitre propose les jeux de dînette et les ustensiles-jouets utilisés pour ces jeux. Des jeux qui ont souvent lieu dans des maisonnettes. Les jeux liés aux occupations ménagères, qui comme les jeux de dînette appartiennent en grande partie au monde ludique des filles, sont décrits dans le troisième chapitre. Ces occupations ménagères appartenant au domaine féminin sont chercher du bois, chercher de l'eau, moudre le blé, faire le pain, fabriquer de l‟huile, laver le linge, filer, tisser et se faire belle. Le chapitre suivant parle des jeux représentant les activités de subsistance. Ce sont des jeux de garçons dans la plupart des cas. Ces activités de subsistance se passent à l‟extérieur du cercle domestique et très souvent elles font partie du monde masculin. Il s‟agit de la chasse et de la pêche, de l'élevage, du jardinage, du travail des champs et du commerce. Les deux derniers chapitres analysent les jeux et jouets s‟inspirant de la musique et de la danse ou des rites et des fêtes. Cette fois les conclusions sont plus développées car j‟y ai intégré une version française de certains thèmes traités en anglais dans mon livre Toys, Play, Culture and Society. An anthropological approach with reference to North Africa and the Sahara (2005). Pour la première fois un chapitre sur la créativité enfantine a été intégré dans un volume de la collection Cultures Ludiques Sahariennes et Nord-Africaines. Comme d‟habitude on trouve par après le catalogue des jouets sahariens et nord-africains qui étaient au Musée de l‟Homme mais se trouvent dorénavant au Musée du Quai Branly.

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Les populations sahariennes dont le lecteur trouvera des jeux et jouets d‟enfants sont les Touaregs, les Ghrib, les Maures, les Sahraouis, les Chaamba, les Teda, les Zaghawa, les Belbala, les habitants de la Vallée de la Saoura et les Mozabites. Sauf les Belbala, les habitants de la Vallée de la Saoura et les Mozabites, ces populations ont été des nomades ou seminomades mais depuis plus ou moins longtemps elles se sont partiellement ou totalement sédentarisées. Les populations sédentaires dont parle ce livre sont les Kabyles et les Chaouïa de l‟Algérie, plusieurs communautés des campagnes marocaines et des habitants de quelques villes algériennes, marocaines et tunisiennes. A travers tous ces jeux et jouets liés à la vie domestique les enfants s‟approprient le monde des adultes de manière active. En même temps ils s‟intègrent progressivement dans leurs familles et leurs communautés. Parfois leur jeu met en scène des situations non existantes localement ou des rêves d‟avenir. Quelques rares exemples décrits dans ce livre démontrent que les enfants marocains parodient des pratiques adultes mais il faut souligner que les données à ce sujet font totalement défaut ou presque. Une fois de plus le monde ludique des filles est clairement séparé du monde ludique des garçons mais il arrive que cette opposition s‟estompe et que des filles ou des garçons s‟intéressent ou participent à des activités ludiques de l‟autre sexe. J‟espère qu‟il sera clair que je ne m‟intéresse pas seulement à ce qu‟on dénomme d‟habitude les jeux et jouets traditionnels mais que je porte aussi un intérêt tout particulier à l‟évolution de ces jeux et jouets. Un exemple remarquable de l‟infiltration du tout nouveau dans un jeu ancestral est donné par le jeu de construction et de poupée d‟une fille et de son frère de la région de Sidi Ifni. Bien que les maisonnettes à murs en argile et les poupées de coquillages réfèrent aux temps passés, l‟introduction dans leur jeu d‟un portable fait soi-même et lié à la technologie de pointe d‟aujourd‟hui démontre l‟interpénétration de ces deux mondes. Une interpénétration qui ne comportait aucune contradiction pour ces enfants. Il me semble d‟ailleurs que le passé, le présent et parfois le futur se mélangent aisément dans les activités ludiques.

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La créativité des enfants sahariens et nord-africains s‟exprime entre autres dans la fabrication de jouets qui la plupart du temps copient des objets réels. Pour créer leurs jouets ces enfants utilisent une grande variété de matériaux naturels ou de récupération trouvés sur place. Les jouets décrits dans ce livre peuvent être très simples comme la fleur qu‟une fille cueille pour en faire un sifflet ou très élaborés comme le violon construit par quelques garçons. Depuis longtemps mais de plus en plus certains jouets faits par des enfants ou parfois par un adulte sont remplacés par des jouets importés provenant de l‟industrie du jouet. Surtout en ville mais aussi à la campagne on trouve aujourd‟hui dans les magasins et les marchés beaucoup de jouets fabriqués en Chine. Une petite cruche en argile peinte collectionnée avant 1889 en Afrique du Nord est le jouet le plus ancien mentionné dans ce livre. Les jouets les plus récents sont des tentes en miniature photographiées par Khalija Jariaa en mars 2007. Parlant de Khalija Jariaa, je voudrais attirer l‟attention du lecteur sur le fait qu‟elle est à partir de l‟année 2006 la source majeure des informations et photos sur les enfants de l‟Anti-Atlas et ceux de la région de Tan-Tan. Ses relations familiales et amicales, sa connaissance des coutumes et des langues locales ainsi que l‟intérêt pour la culture enfantine qui s‟est progressivement développé en elle permettent entre autres une meilleure connaissance des dialogues entre les joueurs.

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Jean-Pierre Rossie est né en 1940 à Gent (Gand), Belgique. Après des études d'assistant social, puis d'africaniste à l'Université d'Etat de Gand, il obtint en 1973 le diplôme de docteur en histoire et philologie africaine à la même université. Sa thèse en néerlandais portait sur le thème “Enfance et Société. Le processus de socialisation en Afrique centrale patrilinéaire”. Suite à un séjour de recherches auprès des semi-nomades Ghrib du Sahara tunisien, il se consacra, depuis 1975, aux recherches sur les jeux et jouets sahariens et nord-africains. En 1967, il fut proclamé lauréat de la Belgische Stichting Roeping Fondation Belge de la Vocation. Entre 1968 et 1978 il travailla auprès du Nationaal Fonds voor Wetenschappelijk Onderzoek - Fonds National pour la Recherche Scientifique, Bruxelles, qui a subventionné ses recherches et publications jusqu'en 1992. Entre 1980 et 1990, il était attaché comme assistant social et anthropologue socioculturel aux services sociaux pour les immigrés, spécialement les immigrés turcs et nord-africains, de la ville de Gand. Un premier séjour de recherche dans le sud du Maroc en février 1992, depuis lors suivi de séjours annuels dans ce pays, ont permis à l'auteur de compléter, de vérifier et d'actualiser les données sur les jeux et jouets marocains. En 1993 il fut un des membres fondateurs de l'International Toy Research Association (ITRA), de 1997 à 2001 il fut un membre du Nordic Center for Research on Toys and Educational Media (NCFL), et depuis sa création en mars 2002 il fait partie du Stockholm International Toy Research Centre (SITREC). Le 29 octobre 2004 la Lennart Ivarsson Scholarship Foundation lui a attribué le BRIO Prize 2004. En juillet 2005 il est devenu chercheur associé du Musée du Jouet à Moirans-en-Montagne, France. En avril 2007 il a été nommé “Member of the Advisory Board of the UNESCO/Felissimo Social Design Network”.

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Collection : Cultures Ludiques Sahariennes et Nord-Africaines
Engagé depuis 1975 d'abord dans la recherche sur les jeux et jouets, puis dans des essais de pédagogie interculturelle basée sur le ludique et dans des organisations internationales s'intéressant au développement de l'enfant, j'ai eu l'idée de créer une collection nommée Cultures Ludiques Sahariennes et Nord-Africaines. Des cultures ludiques qui devraient, à juste titre, faire partie intégrante du patrimoine culturel de l'humanité, tout comme les chefs d'œuvres de l'art et de l'architecture. Une première tentative pour créer une collection pareille pour l'International Council for Children‟s Play fut soutenue par André Michelet, à ce moment directeur du Centre d'Etudes Roland Houdon à Saran, France, et résulta dans la publication par ce Centre de mon livre Jeux et jouets sahariens et nord-africains : poupées - jeux de poupées en 1993. Comme le Centre d'Etudes Roland Houdon a arrêté ses activités de publications peu de temps après, cette tentative s'est terminée prématurément. En 1999 le Nordic Center for Research on Toys and Educational Media a publié sur son site web la première version HTML en français et en anglais de Poupées d’enfants et jeux de poupées et de la Bibliographie commentée sur les jeux et jouets. Les versions finales de ces livres ainsi que de la version française et anglaise du volume L’animal dans les jeux et jouets furent puliées par le Stockholm International Toy Research Center en 2005. Ces livres se trouvent sur le CD inclus dans Toys, Play, Culture and Society. An anthropological approach with reference to North Africa and the Sahara (Rossie, 2005). Ce quatrième volume de la collection Cultures Ludiques Sahariennes et Nord-Africaines devrait être suivie par deux autres livres Les activités techniques dans les jeux et jouets, et Jeux d’adresse et de chance. Afin de rendre disponible l'information sur les jeux et jouets sahariens et nord-africains aussi bien à ceux lisant le français qu'à ceux lisant l'anglais, ainsi que pour stimuler l'échange d'informations et la fécondation

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réciproque des idées et des actions entre le monde anglophone et francophone, trop souvent séparés par des clivages linguistiques, les ouvrages sont publiés en français et en anglais. Pour des raisons financières les volumes de la collection Cultures Ludiques Sahariennes et Nord-Africaines et de la collection Saharan and North African Toy and Play Cultures sont publiés sur CD. Les volumes de la collection : Cultures Ludiques Sahariennes et Nord-Africaines
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Poupées d‟enfants et jeux de poupées, 2005, 344 p., 163 ill. L‟animal dans les jeux et jouets, 2005, 229 p., 107 ill. La vie domestique dans les jeux et jouets, 2008, 449 p., 410 ill. Bibliographie commentée des jeux et jouets, 2008, 64 p.

Les volumes de la collection : Saharan and North African Toy and Play Cultures
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Children‟s dolls and doll play, 2005, 328 p., 163 ill. The animal world in play, games and toys, 2005, 219 p., 107 ill. Domestic life in play, games and toys, 2008, 438 p., 410 ill. Commented bibliography on play, games and toys, 2008, 64 p.

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Préface de Gilles Brougère
Demander à un spécialiste du jouet industriel, et plus encore du jouet de masse contemporain, plus au fait de Barbie, des Pokémon ou des Power Rangers de faire la préface d‟un ouvrage consacré pour l‟essentiel aux jouets produits par les enfants peut paraître paradoxal. On peut même se demander si sous le même terme, il s‟agit vraiment de la même chose. D‟un côté le jouet semble précéder l‟activité ludique, la structurer, voire la modifier en profondeur, et pour certains critiques la détruire. Le jouet vient d‟ailleurs et s‟inscrit dans une double relation, une relation marchande entre la famille et la société, une relation de don souvent ritualisée entre l‟enfant et des adultes. On peut y voir une mise en scène de la dépendance de l‟enfant certes couvert de cadeaux mais séparé de la sphère de la production. De l‟autre côté, il s‟agit d‟objets produits dans la dynamique même du jeu, s‟inscrivant en dehors des relations marchandes, traduisant l‟autonomie des sociétés enfantines mais dans le cadre d‟une proximité voire d‟une participation des enfants aux activités du monde adulte. Bien entendu ces différences ne sont pas radicales, les enfants des sociétés pleines de jouets continuant à faire de la récupération pour nourrir leur activité ludique, les autres rencontrant des jouets bon marché venus de Chine et vendus sur les marchés ou dans la rue. De plus l‟école, facteur d‟uniformisation internationale de la vie des enfants, a pour effet de développer des logiques de ségrégation entre enfants et adultes dans le monde entier. Non seulement les modes de production et de consommation de ces jouets diffèrent, mais ce sont les images représentées qui tendent à s‟éloigner. Du côté du Sahara et de l‟Afrique du Nord, les jouets évoquent souvent avec un souci de réalisme certain mais un résultat variable selon les moyens, les matériaux et les compétences, la vie domestique des adultes. Cette dimension reste présente dans les jouets de nos enfants avec parfois un souci du détail rendu possible par l‟usage des matières plastique dont le nom même souligne cette plasticité qui facilite la représentation du monde et de ce qui l‟habite, mais comme l‟a fort bien noté Gary Cross cité par Jean-Pierre Rossie, le jouet américain mais aussi bien européen en plus

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encore japonais s‟éloigne de toute représentation réaliste pour s‟engager dans une fantaisie qui est au centre de l‟industrie contemporaine de produits de l‟enfant : cela renvoie à la relation avec le cinéma, la télévision et conduit à jouer avec une dînette évoquant par exemple l‟univers des Pokémon et non celui de la vie réelle, à la nécessité pour les fabricants de se distinguer, de vendre ce que les concurrents ne peuvent vendre et sans doute au-delà à l‟inscription du jeu dans le présent du divertissement plus que dans la relation avec un avenir devenu incertain. Il en résulte des cultures ludiques différentes même si certains éléments structurels peuvent se retrouver. Si l‟on caricaturait d‟un côté la culture ludique reste une production collective entre pairs profondément liée à la transmission d‟un patrimoine, de l‟autre elle serait le résultat de la rencontre du jouet dans une activité fortement solitaire. Bien entendu cette opposition existe, mais elle ne peut rendre compte de ce qui est. Si les jouets sont fabriqués au Sahara par les enfants, il existe des modèles transmis, des patterns de jouets déjà produits par les aînés qui s‟imposent aux enfants et déterminent en partie le jeu. Le jouet n‟est pas toujours le produit du jeu, il existe avant lui et son existence engage le jeu et avant cela sa transmission. Du côté de nos enfants, croire que tout viendrait du jouet et donc des fabricants c‟est oublier que ceux-ci sont loin de tout inventer. Les jouets sont d‟abord la transcription sous forme d‟objets de la culture ludique, et c‟est vrai des plus sophistiqués d‟entre eux, ainsi du créateur du jeu vidéo Pokémon avouant qu‟il n‟avait fait que reproduire le jeu de son enfance qui consistait à attraper des insectes, à les mettre dans des boîtes et à les échanger. La culture ludique des enfants existe et détermine en partie les jouets avant que ceux-ci ne modifient cette même culture entre autres en rendant possible une pratique solitaire, caractéristique fondamentale des sociétés occidentales comme SuttonSmith l‟a montré. Il ne s‟agit pas de nier les différences, mais d‟aller dans le sens de JeanPierre Rossie : on ne peut saisir les jouets sans les mettre en relation avec les cultures ludiques, ce qu‟il fait dans son ouvrage remarquablement illustré, inscrivant ainsi le jouet dans une pratique. C‟est vrai des pays riches dont les jouets sont de la culture ludique réifiée, transformée en objet. C‟est vrai d‟une certaine façon des enfants nord-africains étudiés, même si les deux modalités de réification sont fort différentes. La culture produit des objets, la culture ludique produit des jouets ici et ailleurs, mais

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les modalités de cette production sont différentes, montrant à la fois des convergences (il y a des espaces communs à ces différentes cultures ludiques) et des différences. Mais la division fondamentale entre cultures ludiques est sans doute celle qui renvoie au genre, ce que certains attribuent trop vite à l‟action des fabricants dans nos pays riches. Elle est peut-être profondément liée au fait que ceux-ci suivent la culture ludique des enfants, alors que certains souhaiteraient des jouets plus proches des préoccupations adultes contemporaines. En cela il y a continuité avec les observations nord-africaines. Ce que l‟on peut interroger dans nos sociétés, qui dans certains secteurs ont beaucoup changé, c‟est pourquoi dans ce domaine on trouve une telle force de la tradition. Si le jouet est une fenêtre sur la culture ludique, il est aussi un moyen d‟accéder, à travers l‟enfant, à la culture quotidienne adulte qu‟il met en scène. L‟analyse de Jean-Pierre Rossie montre les limites d‟une vision mimétique de cette relation au monde adulte, et cela est sans doute vrai de façon très générale. Dans la production des jouets (par l‟enfant comme par les adultes) et dans le jeu nous n‟avons pas une imitation du monde mais une interprétation de celui-ci. L‟idée d‟interprétation ludique du monde adulte me semble très juste et proche de la notion de reproduction interprétative que Corsaro, spécialiste américain de la sociologie de l‟enfance, utilise pour penser la socialisation de l‟enfant, tout particulièrement dans le jeu. Reste enfin la question de l‟apprentissage qu‟il faut situer au niveau informel comme le fait fort bien l‟auteur. Les enfants ne jouent pas pour apprendre, ce qu‟oublient trop souvent les pédagogues, mais ce faisant, ils se réapproprient à travers leur culture ludique des pans entiers de la culture de leur société. En effet, la culture ludique, pour une grande part, n‟a pas de contenu spécifique, mais met en jeu, transforme en jouet la culture de la société à laquelle le joueur appartient, et ce faisant l‟interprète et la réfléchit. En lisant Jean-Pierre Rossie, on apprend beaucoup, non seulement sur les cultures ludiques sahariennes et nord-africaines, mais aussi par contraste sur notre propre culture tant il est important pour mieux comprendre notre société de regarder ailleurs et d‟ailleurs. Gilles BROUGERE, Université Paris-Nord Auteur de Jouets et compagnie (Paris, Stock, 2003)

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Introduction

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Le livre que le lecteur a sous ses mains est le quatrième volume d'une série de publications sur les cultures ludiques des enfants sahariens et nordafricains. Des cultures ludiques qui, contrairement à ce qui a été fait par Charles Béart pour l'Afrique occidentale ou Fritz Klepzig pour les populations bantoues de l'Afrique subsaharienne et par Eliseo Andreu Cabrera (2004) pour les régions autour de la Méditerranée, n'ont pas été répertoriées et analysées de manière systématique jusqu'à présent. L'unique tentative dans l'aire géographique en question est à ma connaissance celle de Paul Bellin intitulée “L'enfant saharien à travers ses jeux” (1963). Je suis cependant convaincu que cette tâche est des plus urgentes vu les transformations spectaculaires dans lesquelles les sociétés de cette région se sont engagées. En réponse à des changements politiques, économiques, sociaux et culturels, cet héritage, qui à part entière a participé au façonnage de l'identité des individus et des groupes humains en question, risque fortement de se perdre. Ceci pourrait se révéler vraiment néfaste pour au moins deux raisons. D'une part, la population saharienne et nord-africaine est dans sa majorité constituée d'enfants et de jeunes. D'autre part, le domaine des jeux et jouets représente une réelle mine d'or pour le développement et la socialisation de cette jeunesse ainsi que pour une pédagogie et une didactique scolaire adaptées, particulièrement propagées par des instances internationales comme l'Unesco (voir bibliographie: Groupe Consultatif...) ou la International Federation for Parent Education (voir bibliographie), et parfois aussi par les autorités nationales. Les filles et les garçons n'observent et ne subissent pas la vie domestique et familiale uniquement d'une manière passive mais bien vite ils deviennent des participants actifs et cela aussi bien aux tâches qu'aux divertissements. Une vie domestique et familiale qui dès lors se reflète directement dans les jeux et jouets. A travers cette nouvelle étude sur les jeux et jouets sahariens et nordafricains il sera une fois de plus possible de relever deux aspects complémentaires. Ce patrimoine ludique démontre aussi bien la diversité des cultures, due à des spécificités géographiques, historiques et sociologiques, que l'universalité de la culture humaine suite à une réponse fondamentale à des problèmes de vie semblables.

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Exception faite pour les Ghrib, les Sahraouis et le Maroc, la période sur laquelle s'étend l'analyse s'étale du début du vingtième siècle jusqu'à la fin des années 1960. Plus précisément et dans le contexte de cette étude, la référence bibliographique la plus ancienne remonte à 1905 (Doutté) mais le jouet lié à la vie domestique le plus ancien de la collection du Département d'Afrique Blanche et du Proche Orient du Musée de l'Homme date de 1889. Il s‟agit d‟une petite cruche en poterie d‟origine nordafricaine non spécifiée. Les données les plus récentes proviennent de mes recherches au Maroc, en cours depuis 1992 et de mes recherches en 1975 et 1977 chez les Ghrib du Sahara tunisien. L‟information sur les Ghrib est complétée par quelques données sur l'évolution de la culture ludique de cette population qui me sont transmises par mon ami et collègue Gilbert J. M. Claus. Un livre sur les jeux et jouets des enfants sahraouis fut publié en 1999. Le présent utilisé à travers le texte se réfère donc à l'époque d'où proviennent les données et non pas nécessairement à celle d'aujourd'hui. D'une manière générale on peut dire que les jeux et les jouets décrits appartiennent à des enfants vivant dans des communautés qui, bien qu'influencés par la vie moderne et occidentalisée, se réfèrent encore à la tradition. Cette référence à la tradition se manifeste surtout dans le domaine enfantin et féminin ainsi que dans la sphère de la socialisation et de la transmission des normes et valeurs. Il sera donc rarement question d‟enfants vivant dans des centres urbanisés, industrialisés ou occidentalisés. Si on prend l'Algérie comme exemple, les données se réfèrent aux enfants peu ou pas scolarisés des communautés nomades, semi-nomades ou agricoles mais on cherchera en vain des renseignements sur les enfants scolarisés d'Alger ou des autres grandes villes algériennes. Les informations rassemblées se réfèrent à des enfants entre trois et quinze ans. Donc on ne trouvera pour ainsi dire pas de données sur les tout petits. Les raisons en sont multiples : il est difficile pour un chercheur masculin d'entrer dans le monde des femmes dans lequel le petit enfant grandit et jouer à l'extérieur est une activité des enfants déjà plus grands. En plus, les tout petits transforment souvent un objet en jouet représentatif, là où fabriquer un jouet ne se fait que vers l‟âge de trois ans. Cependant, Khalija Jariaa, une femme originaire du village Ikenwèn dans la région de Tiznit, a récolté quelques informations sur les bébés et bambins de l'AntiAtlas en 2006.

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Quatre sources de données sont à la base de ce livre :

La collection de jouets sahariens et nord-africains du Département d'Afrique Blanche et du Proche Orient du Musée de l'Homme à Paris, complétée par les renseignements contenus dans les fiches signalétiques et par une analyse personnelle des jouets. Comme cette collection a été transférée, il faut maintenant contacter l'Unité Patrimoniale Afrique du Nord et Proche-Orient du Musée du Quai Branly (www.quaibranly.fr).  La bibliographie ethnographique, linguistique et autre traitant de l'aire géographique donnée, que j'ai analysée dans une bibliographie commentée.  Mes recherches de 1975 à 1977 sur les jeux et jouets des enfants ghrib, complétées depuis lors par quelques renseignements fournis par Gilbert J. M. Claus.  Mes recherches en cours depuis février 1992 sur les jeux et jouets au Maroc, plus spécifiquement dans les zones rurales et les quartiers populaires des villes. Les données bibliographiques ne proviennent pas toujours d'investigations détaillées ou scientifiques et qu'elles sont parfois accompagnées de commentaires ethnocentriques. Néanmoins, je crois pouvoir dire que le soin qui a été mis à l'analyse et à la confrontation critique des sources est garant d'un degré élevé d'authenticité des informations. Mes recherches sont passées d‟une microanalyse des jeux et jouets des enfants ghrib vivant dans une oasis au sud de la Tunisie à une macroanalyse basée sur des informations concernant les jeux et jouets en Afrique du Nord et au Sahara. En même temps mon approche se transformait d‟une étude détaillée dans une région bien définie à la collecte d‟informations disparates de valeur inégale sur un vaste étendu et une période allant de la fin du dix-neuvième siècle à aujourd‟hui. Bien sûre j‟ai obtenu au Maroc des informations détaillées données par des enfants. Parfois ces informations sont basées sur la mémoire d‟adolescents, d‟adultes ou de personnes âgées. Toutes ces données rendent possible l‟approche comparative et diachronique utilisée pour l‟élaboration des volumes de la collection Cultures Ludiques Sahariennes et Nord-Africaines. Le but principal de cette étude est quadruple :

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Rassembler sur les enfants sahariens et nord-africains l‟information trouvée dans les sources bibliographiques et muséographiques et faire des recherches sur le terrain sur les jeux et les jouets dont plusieurs deviennent obsolète ou s‟oublient spécialement dans les zones urbaines.  Rendre ces données sur les jeux et jouets et sur les contextes socioculturels dans lesquels ils se déroulent disponibles à ceux qui s‟intéressent à la culture enfantine d‟un point de vu scientifique ou pragmatique.  Créer une documentation bibliographique, visuelle et muséographique sur les jeux et les jouets des enfants sahariens et nord-africains.  Promouvoir l‟intérêt pour la culture enfantine, en particulier la culture ludique, dans les pays nord-africains et sahariens.

Pour que toute cette documentation reste accessible aux chercheurs et praticiens elle est donnée au Musée du Jouet de Moirans-en-Montagne en France (http://www.musee-du-jouet.fr), entre autres ma collection de 641 jouets marocains (1992-2005) et 29 jouets ghrib (1975). L‟intérêt pour les jeux et jouets des enfants semble manquer en Afrique du Nord et au Sahara. Du moins, je n'ai trouvé pour ainsi dire personne travaillant dans ce domaine. Jusqu‟à présent je ne peux que mentionner trois exceptions. D‟abord j‟ai rencontré Mohamed Lihi, un enseignant au centre de formation pour professeurs d‟éducation physique à Taza qui a écrit sa dissertation sur l‟utilisation en éducation physique de quelques jeux traditionnels de Goulmima. C‟est lui qui m‟a montré la thèse inédite de Oubahammou Lahcen, professeur au centre national pour la formation d‟enseignants en éducation physique de Casablanca. Cette thèse sur des jeux traditionnels, le plus souvent des jeux d‟adresse, de sa propre population les Aït Ouirra du Moyen Atlas marocain fut défendue dans une université canadienne en 1987. En plus, mes contacts avec des étudiants du Département de Langues et Littératures Françaises de l‟université de Marrakech en 1992-1993, ont amené certains étudiants à écrire une dissertation sur les jeux et les jouets. Ces dissertations sont mentionnées dans ma bibliographie commentée (Rossie, 2005). Mes efforts pour stimuler l‟intérêt pour les jeux et jouets des enfants par des conférences tenues dans certains départements des universités de Rabat, Kénitra ou Casablanca, et à l‟Institut de Recherche sur le Maghreb Contemporain (IRMC) de Rabat entre 1993 et 1996 n‟ont pas donné de résultats

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tangibles. J‟ai donc arrêté cela une fois que je suis aller vivre à Midelt, une petite ville du Maroc central loin de ces universités. A un autre niveau je peux faire référence à l‟intérêt démontré par le ministère algérien de la jeunesse pour la culture ludique dans les années 1980. Ce ministère a organisé des interviews auprès des autorités locales afin de les préparer à l‟utilisation de jeux locaux pour promouvoir une attitude plus positive parmi les adolescents et les enfants plus âgés (voir Fates Youssef, 1987). En Tunisie mes discussions avec Abderrahman Ayoub pendant une visite de trois semaines dans le Nord de la Tunisie en 1987 l‟a stimulé à organiser un congrès à Carthage et à publier les résultats dans le livre collectif Jeu et Sports en Méditerranée. Pour autant que je sache cet effort prometteur n‟a pas survécu au congrès ni au livre. Mais je connais une organisation marocaine s‟intéressant au jeu de l‟enfant dans le contexte du préscolaire. Il s‟agit du groupe de recherche-action ATFALE, Alliance de Travail dans la Formation et l‟Action pour l‟Enfance que la Bernard van Leer Foundation a soutenu pendant plusieurs années. El Andaloussi Brigitte, un des membres d'ATFALE, a écrit une brochure sur les jeux et jouets pour la formation du personnel préscolaire (voir Cultures Ludiques Sahariennes et Nord-Africaines. Poupées d’enfants et jeux de poupées, chapitre Utiliser la culture ludique nord-africaine et saharienne). Mes recherches au Maroc entre 1992 et 2000 se réfèrent à une macro étude. Mes séjours en plusieurs endroits et mes voyages à travers le pays ont servis à vérifier et complémenter les données que j‟avais déjà collectées. La décision de m‟installer dans une région marocaine est liée au souhait de retourner au niveau d‟une micro étude. Que j‟ai choisi Sidi Ifni se rapporte à sa situation socioculturelle et historique mais aussi à la collaboration qui s‟est établie avec Boubaker Daoumani et quelques uns de ses amis et collègues. En plus, je ne pourrais nier le fait que le bon climat dans cette région et cela durant toute l‟année ait joué un rôle. Le lecteur intéressé trouvera une notice autobiographique mettant en relation mes recherches et mon parcours personnel dans un appendice de mon livre Jeux et Jouets Sahariens et Nord-Africains. Poupées d'enfants et jeux de poupées (2005: 331-336). Influencé à partir de 1998 par les travaux de Shlomo Ariel (théorie du jeu), de Artin Göncü (psychologie culturelle) et Theo van Leeuwen (sémiotique sociale), j‟ai senti de plus en plus le besoin de délaisser le niveau des macro études pour retourner à une description détaillée et une

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analyse plus approfondie des activités ludiques. En 2002 et en collaboration avec Boubaker Daoumani, j‟ai pu réaliser quatre vidéos sur le jeu de faire semblant et de construction de quelques enfants de Sidi Ifni et de la région avoisinante de Lagzira. J‟ai utilisé une première analyse de trois vidéos montrant le jeu de faire semblant avec des poupées quand Artin Göncü m‟a invité pour faire un exposé lors du symposium “Studying Children‟s Play, Development and Education in Bicultural Contexts” au College of Education, University of Illinois at Chicago, le 18 avril 2002. Puis j‟ai fait une version plus développée de cet exposé (Rossie, 2003) et commencé à écrire le protocole des vidéos. Dans ces protocoles le langage utilisé par les enfants parlant amazigh ou arabe est traduit en étroite collaboration avec Boubaker Daoumani (Rossie and Daoumani, 2003/2007). Certainement les vidéos concernant les activités ludiques et la fabrication de jouets des enfants de la région de Sidi Ifni ajoutent une dimension nouvelle aux informations déjà collectées. Finalement, je crois qu‟il est nécessaire de cadrer des microanalyses dans un contexte socioculturel plus large aussi bien que de rendre une discussion générale plus précise par une analyse d‟exemples concrets. Toutes les populations sur lesquelles j'ai pu trouver des renseignements ont été incorporées dans l'étude. Il s'agit des Touaregs, des Ghrib, des Maures, des Sahraouis, des Chaamba, des Teda, des Zaghawa, des Belbala, des habitants de la Vallée de la Saoura, des Mozabites, des Kabyles et des Chaouïa, ainsi que de quelques communautés algériennes et tunisiennes, et de plusieurs communautés marocaines. En réponse à la signification péjorative du terme Berbère, lié au mot „barbare‟, les mouvements nord-africains concernés mettent en avant le terme local Amazigh. Par cela ils réfèrent à la culture et la langue des populations sahariennes et nord-africaines qui vivaient dans ces régions avant la venue des Arabes et qui continuent à parler leur propre langue. Dans ce livre j‟utilise donc ce terme Amazigh. Par contre, je continue d‟utiliser le terme Arabo-Berbères pour les descendants de ces populations ayant perdu leur langue d‟origine et parlant l‟arabe. Dans le texte l'ordre des populations suit la séquence suivante : d'abord sont présentées les données sur les populations nomades ou semi-nomades du Sahara, suivies par les populations sédentaires du Sahara et finalement les populations sédentaires d'Afrique du Nord.

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Les termes géographiques et ethniques mentionnés dans le texte peuvent être localisés sur deux cartes, une carte de l'Afrique du Nord et du Sahara (p. 49) et une carte du Maroc (p . 50). Comme les différents volumes de la collection Cultures Ludiques Sahariennes et Nord-Africaines sont des publications séparées, il me semble indiqué afin de situer les cultures ludiques dans leur contexte géographique, économique, social et culturel de donner une brève description des populations en question. Cette description se réfère à la même période que celle d'où proviennent les informations sur les jeux et jouets. En plus, on trouvera d'un volume à l'autre des changements dans la liste des populations et des communautés dont les jeux et jouets d'enfants sont décrits.

Description des populations
Les Touaregs
Si numériquement les Touaregs ne constituent nullement la population la plus importante de la région en question, ils sont au moins la population la mieux documentée et représentée dans la collection de jouets analysée. Les Touaregs vivent sur un immense territoire saharien et sahélien entre, au nord, Ghadamès en Libye, au sud-est, Agadez au Niger, et au sud-ouest, Mopti au Mali. Leur habitat présente un relief montagneux variant entre 500 mètres et plus de 2000 mètres. Les estimations, toujours approximatives, du nombre de Touaregs varient de 250.000 à 300.000 (Camps, 1984: 8), environ 350.000 (La Vie du Sahara, 1960), et environ 700.000 (Komorowski, 1975: 101), jusqu'à moins d'un million (Bernus, 1983: 7). Dans l'exposition de 1994 sur les Touaregs au Musée de l'Afrique Centrale à Tervuren en Belgique le chiffre de 1.300.000 Touaregs est avancé, dont 750.000 au Niger, 400.000 au Mali et 60.000 en Algérie, en Libye et en Burkina Fasso. Les Touaregs Kel Ahaggar ne seraient qu'avec 20.000 vivants sur un territoire algérien presque aussi vaste que la France (Bernus, 1983: 7).

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En juillet 1999 la population du Mali a été estimée à 10.429.124 habitants dont 47 % d'enfants de moins de quinze ans et 10 % de Touaregs (E-Conflict™ World Encyclopedia). L‟Encyclopédie Universelle Larousse 2006 parle de plus de deux millions de Touaregs. Toutes ces sources s'accordent pour dire qu‟au premier tiers du vingtième siècle les Touaregs menaient une vie nomade ou semi-nomade, dans ce dernier cas devenant périodiquement des sédentaires dans les oasis. Les Touaregs furent en premier lieu des éleveurs de dromadaires mais qui, vers 1960, “vivent essentiellement de l'élevage des moutons, des chèvres et des bœufs au Sud” (La Vie du Sahara, 1960: 7). Depuis les années 1950, la vie traditionnelle des Touaregs se perd de plus en plus. Ceci d'abord à cause de l'influence de la colonisation française puis de l'intégration dans cinq états indépendants différents. Finalement l'extrême sécheresse au Sahel durant les années 1970 a eu des conséquences dramatiques pour les Touaregs sahéliens (Leupen, 1978: 58. ClaudotHawad, 1992: 222). Actuellement beaucoup de familles vivent dans des maisons avec télévision et parabole. Du point de vue ethnique et linguistique les Touaregs sont des Amazighs amazighophones, bien qu'ils “ne constituent ni une 'race' ni une 'nation'. Leur dénominateur commun se situe dans une culture, un langage, des comportements semblables... ” (Bernus, 1983: 6). Dans le cadre de l'analyse des jeux et jouets, il faut distinguer cinq groupements de Touaregs :
 Les Touaregs Kel Ahaggar : Massif de l'Ahaggar (Algérie);  Les Touaregs Kel Ajjer : Tassili N'Ajjer (Algérie), région de Ghât

(Libye);  Les Touaregs Kel Aïr : Massif de l'Aïr;  Les Touaregs Kel Iforas : Adrar des Iforas (Mali, Algérie);  Les Touaregs Kel Oullimenden : plaines sahéliennes de la Boucle du Niger (Mali).

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Les Ghrib
L'habitat des Ghrib s'étend de la limite méridionale du Chott l-Djerid, le lac de sel du sud tunisien, jusqu'à la frontière algérienne. Il s'agit d'un territoire d'environ 6000 km² dans la frange septentrionale du Grand Erg Oriental, un immense désert de sable. Le relief est assez plat, inter coupé ici et là de dunes de sable. Les Ghrib sont évalués à environ 4400 en 1975. Entre-temps cette population s'est accrue et comporte actuellement environ 7000 personnes. Ces données sur les Ghrib et celles qui suivent proviennent des publications de Gilbert Claus ou d'informations qu'il m'a transmises. Bien qu'il y ait parmi ces Ghrib arabophones des fractions qui prétendent avoir comme ancêtres des Amazighs du Sud du Maroc, il y en a d'autres qui se disent d'origine du sud de l'Arabie ou du nord du Yémen. L'économie était depuis l'entre guerre et jusqu'à récemment, basée sur le semi-nomadisme avec l'élevage de chèvres, de moutons, d'ânes et de dromadaires, pour lequel ils étaient renommés. L'agriculture d'oasis aussi jouait un rôle dans cette économie pastorale. Depuis les années 1970, la sédentarisation dans les oasis en bordure du Chott l-Djerid a pris de plus en plus d'ampleur. De nos jours, les Ghrib se sont pour ainsi dire complètement sédentarisés dans les oasis de Ghidma, Hezwa, Redjem Matoug et surtout dans l'oasis d'El Faouar qui est devenue un centre urbain important, chef-lieu d'une délégation. De cette manière ils ont perdu tout de leur ancienne renommée d'éleveur de dromadaires, bien que l'intérêt pour cet élevage reprenne quelque peu, suite à la promotion du tourisme saharien à El Faouar où un hôtel de transit fonctionne maintenant.

Les Maures
Dans le Sahara occidental vivent les Maures sur un territoire limité par l'Atlantique à l'Ouest, l'actuelle frontière avec le Maroc au nord et une frontière imaginaire allant du fleuve Sénégal par Néma à la boucle du fleuve Niger au sud. A partir de la côte le relief s'élève lentement pour atteindre les 350 m au Plateau du Dhar où se situe Oualata. Une grande partie de la Mauritanie est

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occupée par d'énormes dunes, depuis l'Atlantique en direction du nord-est en passant juste au nord de Tidjikdja. En 1960, les Maures étaient estimés à 600.000 dont 77 % de nomades (La Vie du Sahara, p. XXIV; Belgisch Comité voor UNICEF, 1996: 57). Il s'agit d'une population qui, contrairement au Touaregs fortement éparpillés sur plusieurs états, a réussi à s'organiser en état : la République Islamique de Mauritanie. En 1996 il y a 2.400.000 habitants en Mauritanie dont 52 % vit dans les villes et seulement 12 % sont encore des nomades; un tiers de la population vit dans la capitale Nouakchott et les bidonvilles avoisinants (informations de l'UNICEF). Avec 30 % les Maures ne constituent qu'une partie de la population totale. 40 % sont formés par des groupes mixtes d'origine maure ou provenant d'Afrique Noire et les autres 30 % sont des descendants d'Africains noirs. De la population mauritanienne estimée à 2.581.738 en juillet 1999, 47 % ont moins de quinze ans (E-Conflict™ World Encyclopedia). Du point de vue ethnique “on appelle Maures les Arabes mêlés aux Berbères, ainsi que les Berbères fortement arabisés du Sahara du SudOuest et du Sahara ex-espagnol” (Komorowski, 1975: 103). Mais euxmêmes se désignent comme les 'Beïdane', les 'Blancs'. Du point de vue linguistique les Maures parlent un arabe maghrébin. Ces Maures sont, certainement pendant la période à laquelle réfèrent les jeux et jouets des enfants de ce peuple, des pasteurs chameliers, des caravaniers, des commerçants et, dans la zone sahélienne, des éleveurs de bœufs. Certains d'entre eux sont plutôt sédentarisés dans des petites villes. Un de ces centres urbains est Oualata, dans les années 1970 une agglomération de 800 à 1000 habitants. C'était “un centre spirituel et une ville de commerce au carrefour du Maroc, du Mali et du Sénégal... (Son) isolement lui a valu aussi le maintien de ses traditions de spiritualité, d'enseignement traditionnel qui remontent au VIIIème siècle” (Gabus, 1967: 7), ainsi que de son organisation sociale et domestique. Comme chez les Touaregs et les Ghrib, le mode de vie des Maures est depuis une quarantaine d'années soumis à une pression croissante d'adaptation à un état et une économie qui s'inscrivent dans le contexte mondial. Actuellement, environ 60 % de la population vit de l'agriculture et de l'élevage et environ 40 % a trouvé une subsistance en ville dans le secteur moderne ou informel de l'économie (Belgisch Comité voor UNICEF, 1996: 33).

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Les Sahraouis
Les Sahraouis nomadisaient dans l'immense espace saharien qu'ils appellent 'Trab el Bidan', la 'Terre des Blancs'. Cet espace s'étend du fleuve Sénégal jusqu'à l‟Oued Drâa qui longe les versants sud du Jbel Bani et de l'Anti-Atlas en passant près de la ville d'Assa dans le sud du Maroc. Cette vaste région comprend la Mauritanie, le Sahara Occidental, une partie du Nord-Ouest du Mali et du Sud-Ouest de l'Algérie. La langue des Sahraouis est une forme locale d'arabe appelée 'hassaniya' (Pinto Cebrián, 1999: 9). Tout comme chez les Touaregs, les Ghrib et les Maures, un processus de sédentarisation s'est développé chez les Sahraouis, un processus de sédentarisation dont l'ampleur s'est accentuée à partir des années 1970. Une partie du Trab el Bidan dénommée le Sahara Occidental fut une colonie espagnole de 1904 à 1975. Actuellement et suivant la terminologie employée par le Conseil de Sécurité des Nations Unies, le gouvernement marocain est la “puissance administrante du Sahara occidental” (Rapport du Secrétaire Général sur la situation concernant le Sahara occidental, 25 octobre 2000, S/2000/ 1029, 6 pages, p. 6, § 30, (http://www.un.org/french /docs/sc/reports/2000/1029f.pdf - consulté le 11.01.2001). L'agence de presse Europe Medea mentionne comme l'unique source valable sur la population du Sahara Occidental le dernier recensement espagnol de 1974. Selon celui-ci, qui n'a pas pu prendre en compte l'ensemble des populations nomades, il y avait à ce moment 73.497 Sahraouis dans le territoire et 21.522 Européens et ressortissants d'autres pays. La population actuelle est sans doute de l'ordre de 200.000 à 300.000 personnes (http:// www.medea.be/fr/index250.htm, consulté le 11.01.2001). Sous le contrôle du Polisario, le Frente Popular para la Liberación de la Seguia el Hamra y el Rio de Oro, quelques 200.000 Sahraouis habiteraient les camps de réfugiés de la région de Tindouf dans le sud-ouest de l'Algérie (http:// www.sahara.net/people.html - consulté le 12.01.2001). L'ancien système économique entièrement basé sur le nomadisme et le commerce caravanier a été remplacé en grande partie par une économie basée sur l'industrie de la pêche et l'exploitation de gisements de phosphates et de fer (http://www.medea.be/fr/index250.htm, consulté le 11.01.2001).

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Les Chaamba
Les Chaamba, eux aussi nomades dans leur majeure partie, transhument sur tout le Sahara algérien septentrional depuis El Oued, Ouargla et le Grand Erg Oriental, en passant par El Golea et le Grand Erg Occidental jusqu'à l'Erg er Raoui et même au-delà. Cette immense région désertique aux puissants massifs de dunes est entrecoupée de plaines arides peu accidentées. Tout comme les Regeybat, les Chaamba arabophones, sont des Araboberbères dont l'origine démontre l'interpénétration des populations amazighs autochtones avec des tribus arabes venues de la Péninsule Arabe. Au début des années 1950, la population totale approchait les 20.000 (Cabot Briggs, 1958: 111). Leurs moyens de subsistance les Chaamba les trouvaient et les trouvent parfois encore dans l'élevage de dromadaires et de moutons. Ils étaient des méharistes renommés qui se sont en partie intégrés dans l'armée coloniale et celle de l'Algérie indépendante. Dans les oasis ils s'occupent aussi de jardinage et des palmeraies. Aujourd'hui ils descendent de leurs chameaux et montent dans les poids lourds qui circulent sur les pistes sahariennes (Komorowski, 1975: 107).

Les Teda
Les Teda, appelés Toubou par les Arabes et les Européens, vivent dans un endroit aussi spécifique qu'isolé. Il s'agit du massif volcanique du Tibesti au Nord-ouest du Tchad. Ce massif du Tibesti, qui a son point culminant à 3350 m et une altitude moyenne entre 1000 et 1800 m, “s'élève tel un bastion au milieu d'une mer de sable” (Lopatinsky, Les Teda du Tibesti: 9). Contrairement aux autres populations qui sont des Amazighs ou Araboberbères, les Teda forment ethniquement et linguistiquement un groupe distinct qui s'apparente aux populations noires du Soudan. Dans le massif du Tibesti les Teda étaient en 1960 estimés à 20.000 personnes (La Vie du Sahara, p. XXIV). Probablement moins encore car cette source y incorpore des groupes de cultivateurs apparentés au Teda du Tibesti. De la population totale du Tchad estimé à 7.557.436 d'habitants en

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juillet 1999, 44 % ont moins de quinze ans (E-Conflict™ World Encyclopedia). Le recensement de la population du Tchad de 1993 donne 28.501 Teda (Ethnologue: Languages of the World). Ces Teda sont restés très longtemps attachés à leur mode de vie et avaient encore en 1980 “conservés des particularismes culturels qui sont en accord avec les impératifs de leurs conditions de vie” (Brandily, 1980: 141). D'ailleurs l'influence maghrébine d'abord et française ensuite, avec une occupation effective à partir de 1930, est restée faible jusqu'en 1940. Le semi-nomadisme fut le système socio-économique rendant possible la survie des Teda. Une partie du groupe familial reste dans l'oasis, par exemple à Bardaï, et s'occupe des jardins et des palmeraies. Ce travail dans les jardins est vu comme un travail de serviteurs. Entre temps, une autre partie s'en va à la recherche des prairies pour les chèvres, moutons, ânes et dromadaires et fait en même temps le petit commerce caravanier (Lopatinsky, Les Teda du Tibesti: 10, 15, 285, 288; Le Cœur, 1950: 198; Kronenberg, 1958: 3-5). “Traditionnellement la base de la nourriture est constituée par les dattes et quelques céréales dont les unes sont cultivées et les autres sauvages” (Brandily, 1980: 141). L'importance des dattes pour les Teda se révèle jusque dans la confection des poupées par les filles.

Les Zaghawa
Une population noire, appelée Zaghawa par les Arabes mais qui s'appelle elle-même les Beri, vit à cheval sur la frontière entre le Tchad et le Soudan. Il s'agit d'un territoire accidenté dont le centre est formé par les hauts plateaux du Ennedi qui délimitent au sud le Sahara. Toujours au-dessus de 600 mètres, ce territoire s'élève jusqu'à 1450 mètres. Dans cette région inhospitalière du Tchad vivaient vers 1975 environ 30.000 Zaghawa, et Iriba, lieu de résidence du sultan des Zaghawa, était un centre de plus ou moins 3000 personnes (Tubiana, 1977: 99, 118). MarieJosé Tubiana (1964: 11-12) écrit : Les Zaghawa, qui furent depuis longtemps soumis à l'influence de l'Islam et de l'arabe, sont avant tout des pasteurs semi-nomades à court rayon de déplacement tirant leurs ressources de l'élevage, de la

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cueillette, de l'agriculture, de la chasse et aussi du commerce... Le troupeau est la principale richesse du Zaghawa. Il en tire une partie de sa nourriture, de ses vêtements et quelques-uns de ses ustensiles de ménage. En échangeant ou en vendant des bêtes il se procure le complément de mil nécessaire à son alimentation, du thé, du sucre, des tissus. La richesse d'un homme, la puissance d'un chef sont évaluées en têtes de bétail... Vaches et taureaux occupent la première place... Les Zaghawa élèvent également des chameaux comme bête de somme, des moutons et des chèvres. Les chevaux sont les montures des chefs et des notables; les ânes sont laissés aux femmes et aux forgerons.

Les Belbala
Jusqu'à présent les populations décrites sont ou du moins étaient des nomades ou semi-nomades. Par contre les Belbala sont bien que vivant dans le Sahara Nord-occidental, la première communauté sédentarisée à l'oasis de Tabelbala mais vivant en contact direct avec les Chaamba. Tabelbala, située à une hauteur de 500 mètres, est une petite palmeraie très isolée qui se trouve au pied de l'Erg er Raoui, entre cette zone de dunes et une petite chaîne montagneuse d'environ 700 mètres de hauteur. Les Belbala forment une population sédentaire d'environ 1600 personnes vers 1960, parlant une langue tout à fait particulière incomprise des autres sahariens sédentaires ou nomades. C‟est une langue d'origine négro-africaine avec des apports amazighs et arabes. Dominique Champault, dont l'ouvrage Une oasis du Sahara nordoccidental : Tabelbala est la source d'information primordiale en ce qui concerne les Belbala, écrit que les habitants de Tabelbala ont survécu grâce à une économie d'oasis avec palmeraies, jardinage et élevage de chèvres, ânes, quelques moutons et quelques dromadaires qu'entretiennent des Chaamba. En plus, et jusqu'au début du 20 e siècle, Tabelbala était un lieu de séjour et d'approvisionnement du trafic caravanier venant du Maroc. Mais l'avenir de ce trafic caravanier et celui de l'oasis de Tabelbala furent en 1969 décrits comme suit par cet auteur: “Que Tabelbala soit peutêtre né du transport chamelier, qu'il en ait vécu pendant de nombreux siècles, c'est en même temps apercevoir qu'il ne peut longuement lui survivre” (p. 447).

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Les habitants de la Vallée de la Saoura
D'autres sédentaires sahariens sont les habitants des oasis de la Vallée de la Saoura, une population sur laquelle je n'ai trouvé que très peu de données. La Saoura délimite le désert pierreux, qui s'étend vers l'ouest, des dunes de sables de l'Erg qui s'étend à l'est et au sud. Cette rivière qui prend source dans l'Atlas saharien, coule en direction nord-sud et s'enlise après quelques centaines de kilomètres dans le désert. Il transporte parfois en hiver une quantité considérable d'eau. La Vallée de la Saoura a toujours été une très importante route de communication et de commerce transsaharien. Dans le lit de la Saoura se trouvent des jardins et des palmeraies, avec environ 8000 palmiers à Beni Abbes en 1944. A ce moment là, environ 5000 personnes vivaient dans cette agglomération (Naval Intelligence Division, 1943: I 66-67, II 61). Selon Dominique Champault la situation alimentaire était plus tragique dans les petites oasis de la Vallée de la Saoura qu'à Tabelbala, bien que jusque dans les années 1950 il y ait eu des petites caravanes assez régulières dans la Vallée de la Saoura (1969: 176, 269).

Les Mozabites
Les Mozabites sont des musulmans appartenant à une secte puritaine non orthodoxe et se sont réfugiés au cours du XIe siècle dans la région saharienne de l'Oued Mzab. Là ils fondèrent cinq villes fortes, Ghardaïa étant la plus importante, et au XVIIe siècle encore deux autres villes. Le relief est celui d‟un haut plateau, situé à une altitude moyenne de 700 mètres, avec des vallées souvent larges et profondes (Naval Intelligence, 1943-1944: 69). Le nombre de ces citadins d‟oasis fut évalué vers 1950 à environ 50.000 personnes. Vers 1980 il y en avait environ 200.000 (Camps, 1984: 8). Leur langue appartient à la grande famille des parlers berbères. Zygmunt Komorowski décrit ainsi l‟économie mozabite : “Depuis des siècles ils s‟enrichissaient sur le commerce transsaharien. Aujourd‟hui, ils tiennent une grande partie du petit commerce en Algérie et leur diaspora atteint même l‟Amérique” (1975: 107).

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Bien que la population mozabite s‟est, suite à son particularisme religieux, volontairement isolée, elle a su tirer profit de l‟insertion dans un état moderne et dans une économie coloniale et post-coloniale.

Les Kabyles
Les Kabyles vivent dans une région montagneuse au Nord-Est de l‟Algérie et qui s‟étend d‟Alger à Annaba. Cet espace se divise en trois régions. La Grande Kabylie ou la Kabylie de Djurdjura culmine à une hauteur de 2.308 mètres. A l‟est de la Grande Kabylie se trouve la Petite Kabylie avec une hauteur maximale de 1008 mètres à l‟ouest de l‟oued Kebir. La troisième région est celle de Collo située à l'Est. La capitale de la Kabylie est TiziOuzou dans la Grande Kabylie. C‟est dans ces régions montagneuses que les Kabyles se sont toujours retirées suite aux invasions successives. La Kabylie est une région de peuplement de grande densité où vivaient en 1987 2.571.1957.000 personnes. En 1984, plus de 530.000 Kabyles vivaient en France (Ethnologue: Languages of the World). Une autre source publiée en 1998 estime les Kabyles à quatre millions de personnes. L‟émigration vers la France et d‟autres pays européens date de la Première Guerre mondiale (Tamisier, 1998: 143). La langue kabyle appartient au groupe des langues amazighes. Le Larousse du 20e siècle décrit en 1931 certains aspects de l‟économie de ces régions de la manière suivante : On cultive les céréales sur les terres basses, et sur les pentes les vergers et les vignes. La région, parfaitement arrosée, a de magnifiques forêts de chênes-lièges, de chênes zéens, et plus haut de cèdres. La Petite Kabylie et celle de Collo renferment des mines de plomb, de cuivre et surtout de fer (volume I-M, p. 222). Sur la côte abrupte se trouvent quand même quelques ports comme Djidjelli. En 2001 on peut lire dans Ethnologue: Languages of the World que les Kabyles sont des agriculteurs cultivant olives, figues, grenades, pèches, abricots, poires, prunes et légumes. La structure sociopolitique est marquée par une forte organisation villageoise. L‟évolution depuis la seconde moitié du siècle dernier montre

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l‟importance des “institutions politiques traditionnelles et (de) la culture moderne acquise par les Kabyles au sein des mouvements syndicaux et politiques auxquels ils ont tant donné, aussi bien dans l‟immigration en France qu‟en Algérie” (Mahe, compte rendu du livre).

Les Chaouïa
L'Aurès, le territoire des Chaouïa, est un massif montagneux impressionnant d'environ 11.000 km² situé entre les Hauts plateaux du nord-est algérien et le Sahara. Les Chaouïa, 'bergers' en arabe, sont des Amazighs parlant une langue amazighe. Ethnologue: Languages of the World mentionne 1.400.000 Chaouïa pour 1993. Vers les années 1940, ils vivaient encore largement selon les modes de vie ancestraux et restaient “des montagnards peu influencés par ce qu'ils ont vu en ville. Ils gardent une ancienne organisation tribale” (Catalogue des Collections de l'Aurès, 1943: 4). En 1938 et selon Thérèse Rivière, les Chaouïa du Nord de l'Aurès sont sédentarisés dans des vallées fertiles où la culture intensive dans des jardins et palmeraies est possible. Les Chaouïa du Sud, au contraire, sont “des semi-nomades pasteurs de chèvres et de moutons, cultivateurs de blé et d'orge qui vivent à peu près en économie fermée”. Ces semi-nomades hivernent au Sahara et estivent dans l'Aurès (p. 294). A ce moment, la densité de la population atteignit dans le nord de l'Aurès 5 à 25 habitants par km², cinq fois plus que dans le sud de l'Aurès, et la population Chaouïa se chiffrait dans les quelques dizaines de milliers. Danielle Jemma-Gouzon décrit la situation actuelle en Aurès (1989: 7) : Puis vient le temps de rompre l'isolement et, avec lui, celui de la tentation de l'ailleurs. Les temps présents. Au fond des vallées, les terres se vident. Les hommes partent. Dans les villages, seuls demeurent les vieillards, les femmes et les enfants. Les gestes s'érodent, comme les maisons de terre, en perte de sens et de symboles. Le Temps a pénétré les montagnes de l'Aurès et, avec lui, l'Histoire. La famille s'ouvre aussi mais se fragmente, satisfaite d'une économie moins précaire mais moins communautaire. Aspirations nouvelles. Modèles nouveaux.

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Les populations des campagnes marocaines
Mes recherches au Maroc en cours depuis février 1992 m'ont permis d'obtenir des données sur les jeux et jouets des enfants de certaines communautés arabo-berbères ou amazighes vivant dans des villages ou des petites villes des régions rurales du Maroc. Il s'agit de la population Aït Ouirra (Moyen Atlas), des petites villes Goulmima, Imi-n-Tanoute, Imzouren, Midelt, Ouarzazate et Taroudannt (Maroc central), Tiznit et Sidi Ifni (sud du Maroc), ainsi que des villages Zhana (Kénitra), Aït Hmed ou Yacoub (Khemisset), Aïn Taoujdate (Fès), Arhbalou-n-Serdane, Sidi Brahim et Tighboula (Moyen Atlas), Ouirgane (Marrakech), Bertèt, Ksar Assaka, She°ba, Taäkit et Zaïda (Midelt), Meski (Errachidia), Ighrem-nCherif (Goulmima), Aït Ighemour, Aït Slimane, Amellago, Ignern et Imîder (Haut Atlas), Tiffoultoute (Ouarzazate), Hmar (Taroudannt), Douar Ouaraben, Ikenwèn et Idoubahman-Imjâd (Tiznit), Ifrane a/s (Guelmim), Terloulou (Tafraoute), Lahfart et Lagzira (Sidi Ifni), Igîsel (Guelmim), Douar (Tan-Tan) et Oulad ben Sbaa (Sidi Mokhtar). Les Aït Ouirra, une population amazighophone, vivent dans la région d'El Ksiba, un centre administratif situé à 1130 m d'altitude dans le Moyen Atlas. Leur territoire s'étend sur environ 600 km². Selon le recensement de 1971 la population était de 24.019 personnes. Le mode de vie des Aït Ouirra est le semi-nomadisme et ils se déplacent entre la montagne et la plaine. L'élevage de chèvres et de moutons occupe la première place mais ils cultivent aussi le blé, l'orge et le maïs. Les données sur les Aït Ouirra et leurs jeux et jouets proviennent de la thèse de Lahcen Oubahammou (1987). Près de la côte méditerranéenne et à 17 km d'El Hoceima se trouve la petite ville rifaine et amazighophone Imzouren. Midelt est le centre d'une région où la pomme est cultivée. Elle se trouve sur la route de Meknès à Errachidia et à 1500 m de hauteur au pied du Jbel Ayachi à l'extrémité septentrionale du Haut Atlas. Cette ville amazighe, où de plus en plus de jeunes parlent l'arabe maghrébin, compte environ 25.000 habitants. La petite ville de Goulmima se trouve en bordure du Pré-Sahara marocain et du versant est du Haut Atlas, sur la route de Ouarzazate à Errachidia près de l'Oued Gheris. Ce centre urbain amazighophone avec son grand ighrem, ou ancien village fortifié, et son importante oasis n'est

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que très peu touchée par les circuits touristiques. Selon des informations locales Goulmima compte plus ou moins 25.000 habitants. La ville de Ouarzazate dans le Pré-Sahara est un centre régional de grandeur comparable à celle de Goulmima. Elle est devenue une ville de tourisme européen et de studios de cinéma. C'était une ville amazighophone où l'on parle maintenant beaucoup l'arabe maghrébin, surtout parmi les jeunes générations. Imi-n-Tanoute est une ville régionale se trouvant au pied du versant ouest du Haut Atlas, à une altitude d'environ 900 mètres, sur la route reliant Marrakech à Agadir. La ville de Taroudannt est située dans la vallée entre le Haut Atlas et l'Anti-Atlas, à une altitude d'environ 250 mètres, le long de l'Oued Sous qui se jette dans l'Atlantique à Agadir. Ces deux centres ont une population de 25.000 à 40.000 habitants. Là se mêlent arabophones et amazighophones et il arrive que dans une même famille les deux langues soient utilisées selon les besoins. Sidi Ifni est une toute petite ville côtière dans le sud du Maroc et à 160 km d'Agadir. Les gens y parlent aussi bien l‟Amazigh que l'Arabe maghrébin. Le tourisme y est d‟une certaine importance avec des touristes européens venant surtout en hiver et des touristes locaux ou des marocains vivant en Europe venant en été. Tiznit est une ville en pleine expansion sur la route reliant Agadir à Guelmim et Tan-Tan. Depuis quelques années Tiznit est mis en avant comme un endroit touristique d‟intérêt sur la route d‟aventure vers le sud du Maroc. Aïn Taoujdate, entre Meknès et Fès, bien que n‟étant un village au début des années 1990 se développe rapidement et devient un centre urbain important. Par contre, Zhana, à 10 km de Kénitra, est resté un village. Le village de Meski, près de la très touristique Source Bleue de Meski, se situe en bordure d'une assez grande oasis et est un centre rural d'une certaine importance. Il se trouve à 20 km d'Errachidia en bordure du PréSahara marocain. Aussi bien à Aïn Taoujdate, à Zhana qu'à Meski l'arabe maghrébin est parlé. A quelques kilomètres de Khemisset, sur la route de Rabat à Meknès, se trouve le petit village amazighophone Aït Hmed ou Yacoub.

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J'ai obtenu plusieurs informations sur les jeux et jouets des enfants du Moyen Atlas entre autres à Arhbalou-n-Serdane près de Boumia, à Sidi Brahim à côté d'Ifrane et à Tighboula près d'El Ksiba. Dans tous ses villages on parle l‟amazigh. Cela est aussi le cas dans le centre rural Amellago et deux villages limitrophes, Aït Slimane et Imîder, tous situés dans le Haut Atlas non loin de Goulmima, ainsi que dans le village Ouirgane, situé à 60 km de Marrakech le long de la route du Tizi n Test. A Aït Ighemour, un petit village du Haut Atlas „traditionnel‟ pour autant que l'on puisse encore utiliser cette expression, les gens parlent l‟amazigh. Ce village, d'une centaine de familles, se trouve dans la province de Ouarzazate à la fin d'une piste partant du village Anezal sur la route de Tazenakht à Amerzgane. On y arrive en grimpant cette piste de 38 km jusqu'à une hauteur de 2600 m Aït Ighemour est situé à 8 km de la montagne Jbel Siroua. L'agriculture n'y est possible que dans les jardins en bordure du petit oued où l'eau coule toute l'année. Ignern se situe à 1600 m d'altitude sur la route de Taroudannt à Tazenakht et à 15 km avant Taliouine en venant de Tazenakht. Ce village amazigh se trouve aussi au pied de la montagne Jbel Siroua mais est moins isolé qu'Aït Ighemour. Il est un des très rares villages où l'on cultive les fleurs qui donnent le safran. Taäkit est un petit village à 2 km de Midelt en direction du Jbel Ayachi. Ksar Assaka avec environ 50 familles se trouve 2 km plus loin. Zaïda se situe le long de la route à 30 km avant Midelt en venant de Meknès et vie en partie grâce au trafic routier. Bertèt se trouve à environ 40 km de Midelt près de la route de Midelt à Errachidia. Le petit village Ighrem-n-Cherif se trouve près de Goulmima. Ce sont des villages amazighophones où l'influence de la ville se fait sentir de plus en plus et dont bon nombre d'habitants ont déjà quitté leur village pour aller habiter en ville. She°ba, un village situé à 2 km avant Midelt en venant de Meknès, est cependant un îlot arabophone dans une région amazighophone. Douar Ouaraben juste en dehors de Tiznit, Ikenwèn à 29 km de Tiznit sur la route vers Tafraoute, Ifrane a/s (Atlas Saghrir ou Anti-Atlas) à environ 25 km de Bouizakarne qui se trouve sur la route de Tiznit à Guelmim, Idoubahman-Imjâd à 24 km d'Ifrane a/s en direction de Tafraoute, et Terloulou à 26 km de Tafraoute en direction de la haute montagne sont amazighophones. Cela est aussi le cas pour la population du

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village côtier Lagzira et du village de montagne Lahfart près de Sidi Ifni, ainsi que pour le village Igîsel près des sources chaudes d‟Abaynou à côté de Guelmim. Tous ces villages de l'Anti-Atlas sont vraiment petits sauf Ifrane a/s avec environ 15.000 habitants. Ifrane a/s est un important centre rural avec une école secondaire et une assez grande palmeraie et des oliviers. Les gens du village Hmar, à environ 10 km de Taroudannt, et du village Oulad ben Sbaa, près de Sidi Mokhtar sur la route d'Essaouira à Marrakech, parlent l'arabe marocain. Dans le petit village Douar près de Tan-Tan on parle l'arabe hassaniya, la langue des Sahraouis. Dans les villages la population vit surtout de l'agriculture, souvent encore suivant des méthodes séculaires, de la production des oliviers, arganiers, pommiers et autres arbres fruitiers, de l'élevage du grand ou petit bétail. Un bétail qui est souvent gardé par des filles ou des garçons. En ville l'artisanat, le commerce, le transport et le fonctionnariat créent des ressources supplémentaires renforçant ainsi une plus ou moins forte désertion des campagnes. Si en 1960 la population rurale marocaine formait encore 71 % de la population totale du Maroc, cette population rurale en fait actuellement que la moitié. La modernisation ne passe pas à côté des villes rurales et des villages marocains comme c'est certainement le cas dans toute l'Afrique du Nord et dans le Sahara. Après l'engouement pour les paraboles, le téléphone portable conquérait le monde rural, surtout les jeunes hommes et les jeunes femmes. Fin 1999 le téléphone portable devient un objet de prestige dans la petite ville de Midelt au Maroc central. En 2000 le téléphone portable s'infiltre déjà dans le petit village Ksar Assaka près de Midelt. Plusieurs magasins offrent la possibilité d'utiliser des ordinateurs et de communiquer par Internet par exemple à Midelt depuis 2000. Ceci est aussi le cas à Sidi Ifni et dans d‟autres villes rurales marocaines. Parfois j'ai mentionné une tribu ou groupe ethnique auquel appartiennent les enfants. Cependant, l'importance du groupe ethnique a beaucoup diminué dans un contexte urbain ainsi que dans les grands villages.

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Les citadins de l'Algérie, du Maroc et de la Tunisie
Des communautés non ethniques ou multiethniques vivent dans les grandes, petites et parfois très petites villes côtières ou non loin de la côte du Maroc et de l'Algérie. Dans ce livre sont aussi mentionnées quelques agglomérations urbaines à l'intérieur de ces pays et qui représentent une situation démographique analogue. Ces agglomérations sont sauf exceptions rarissimes situées dans les plaines côtières ou peu élevées de l'intérieur. En juillet 1999, la population de l'Algérie fut estimée à 31.133.486 habitants dont 37 % d'enfants de moins de quinze ans, celle du Maroc à 29.661.636 d'habitants dont 36 % d'enfants de moins de quinze ans et celle de la Tunisie à 9.513.603 d'habitants dont 31 % d'enfants de moins de quinze ans (E-Conflict™ World Encyclopedia). La population citadine vit, dans sa grande majorité et en ce qui concerne la période couverte par ce livre, de l'artisanat, du commerce, du fonctionnariat et de l'exécution d'autres services. Fès, Marrakech et Rabat, où j'ai pu recueillir des données, sont aujourd'hui des villes de plus de 500.000 habitants. Kénitra, à 40 km au nord de Rabat, est un centre régional de plus de 200.000 habitants et une ville satellite de la capitale Rabat. Ce sont des villes aux visages multiples où l'on remarque aussi bien un comportement européen, un comportement traditionnel et un comportement strictement islamique. Cela se voit plus particulièrement au niveau de la population féminine puisque dans les rues le port du voile côtoie celui de la minijupe. Les renseignements sur la vie domestique dans les jeux et jouets obtenus dans ces villes proviennent de couches sociales populaires et moyennes. La langue utilisée dans tous ces centres est une forme locale de l'arabe maghrébin. Du point de vue ethnique, ces populations sont constituées en grande partie d‟Amazighs, arabisés de longue date ou depuis peu. Gabriel Camps (1984: 9) écrit à ce sujet : En fait, dans la société musulmane nord-africaine et saharienne, il existe des maghrébins arabophones ou arabo-berbères et des maghrébins berbérophones qui conservent le nom de Berbères que les

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Arabes leur donnèrent. Parmi les Arabo-berbères, qui ne constituent pas plus une entité sociologique que les Berbères, on distingue un groupe ancien, citadin, aux origines souvent très mêlées, car il faut tenir compte dans les villes des apports antérieurs à l'Islam, des réfugiés musulmans d'Espagne (Andalous) et des nouveaux venus généralement confondus sous le nom de Turcs, bien qu'ils fussent, pour la plupart, des Balkaniques et des Grecs de l'Archipel. Avant de clore cet aperçu des différents groupes socioculturels dont les jeux et jouets liés à la vie domestique figurent plus loin, reprenons encore une fois cette distinction entre maghrébins amazighophones et maghrébins arabophones. Néfissa Zerdoumi en parle de la manière suivante dans son livre Enfants d'hier. L'éducation de l'enfant en milieu traditionnel algérien (1970, 2e édition 1982: 35-36) : Pendant des siècles, la famille algérienne musulmane, malgré une histoire mouvementée, est demeurée immuable, non pas qu'elle ait bénéficié d'une protection religieuse ou législative particulière, mais parce que, ayant adopté une structure défensive, elle se trouvait à l'écart des causes susceptibles de provoquer son évolution. Elle portait en elle des éléments statiques, absorbant ou neutralisant les influences successives et contradictoires du cadre politico-social. Ces influences ont tracé des zones culturelles relativement dissemblables. Dans les massifs montagneux (Kabylie, Aurès), les parlers et les traits coutumiers berbères se sont maintenus dans leur originalité. On y observe une certaine indépendance à l'égard de l'Islam, notamment dans le système juridique, un amour jaloux de la terre et de ses fruits, un goût prononcé pour le travail lucratif individuel, une structure sociale à tendance démocratique. En face, le pays arabe, celui des steppes aux larges dimensions ou des plaines allongées, a conservé, dans ses campagnes comme dans ses centres urbains, les caractères liés à la civilisation pastorale, plus ouverte, plus classiquement islamique mais moins attachée à la parcelle de terre qu'à la solidarité tribale ou familiale. Entre ces deux systèmes, qui hors des villes apparaissent distincts, il y a des interpénétrations nombreuses qui en font une société aux aspects variés mais au fond commun tissé du fil semblable des cellules familiales.

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Dès le livre Cultures Ludiques Sahariennes et Nord-Africaines. Poupées d’enfants et jeux de poupées j'avais l'intention d'intégrer dans l'introduction un aperçu sur l'organisation familiale et la socialisation des enfants dans les différentes populations concernées. Après quelques tentatives, je dois avouer que je n'y parviens pas. Je crois que dans l'état actuel des connaissances, pareille description, même brève, est impossible. Impossible suite à la variété du milieu physique et humain. Quelle différence n'existe-t-il pas entre un quartier populaire de Casablanca, un petit village amazigh du Haut Atlas loin de toute route goudronnée, et un campement de nomades sahariens. En plus, la période s'étend sur tout le vingtième siècle, une période marquée par d'importants changements technologiques, économiques, sociaux et politiques. Troisièmement, les données de base manquent souvent surtout en ce qui concerne l'enfance. Ainsi, même si j'avais réussi à produire pareille synthèse, celle ci aurait été faussement généralisatrice. Je me suis donc résigné à renvoyer le lecteur aux rares ouvrages décrivant la famille et l'enfance dans des endroits et des périodes différents. Des livres comme Enfants d'hier. L'éducation de l'enfant en milieu traditionnel algérien de Néfissa Zerdoumi (1970), Enfants du Maghreb entre hier et aujourd'hui de Mohamed Sijelmassi (1984), Enfances Maghrébines de Dernouny et Chaouite (1987) et Conception, naissance et petite enfance au Maghreb de l'IREMAM (1997). Un bref commentaire de ces livres se trouve dans Cultures Ludiques Sahariennes et Nord-Africaines. Bibliographie Commentée sur les Jeux et Jouets où d'autres documents récents sur l'enfance et la jeunesse marocaines sont mentionnés. Dans ce livre je propose au lecteur une analyse globale des jeux et jouets liés à la vie domestique et familiale des enfants sahariens et nord-africains. En premier lieu sont traités les jeux et jouets en rapport avec les habitations, puis avec le ménage, la dînette et les ustensiles de ménage, les différentes occupations ménagères, les activités de subsistance, la musique et la danse et finalement avec le rituel et les fêtes. Chaque section commence avec un résumé qui met en avant les caractéristiques du groupe de jeux et de jouets en question. Dans le chapitre Conclusions une synthèse est proposée ainsi qu'une discussion de certains aspects environnementaux, économiques et socioculturels. Cette fois la section sur les aspects socioculturels est plus fournie. D'abord j‟essaie de lier les jouets et les jeux des enfants sahariens

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et nord-africains à certains aspects socioculturels généraux. Puis j‟analyse leur rôle des jeux et jouets dans la socialisation des enfants ainsi que dans les relations entre enfants et entre enfants et adultes. Cette section comporte une discussion de la différentiation sexuelle dans le ludique enfantin ainsi que de l'évolution des jouets et des jeux pendant le 20 e siècle. Un dernier chapitre sur la créativité enfantine fut aussi élaboré. Le lecteur trouvera, sous forme de catalogue, une description détaillée et systématisée des jouets sahariens et nord-africains liés à la vie domestique qui se trouvaient dans les collections du Musée de l‟Homme. Ces jouets appartiennent maintenant à l'Unité Patrimoniale Afrique du Nord et Proche-Orient du Musée du Quai Branly à Paris. La transcription des mots vernaculaires et des références géographiques et ethniques est basée sur les sources que je crois être les plus sûres ou les plus largement acceptées et qui se trouvaient à ma disposition. La diversité des langages et des sources bibliographiques rend à peu près impossible une uniformisation complète. Les informations linguistiques sont données pour en garder trace mais pas comme des données tout à fait correctes. De cette manière des spécialistes de l‟amazigh et de l‟arabe pourront vérifier et corrigé la terminologie locale mentionnée. Pour la transcription de certaines lettres arabes des signes conventionnels sont utilisés. La liste de ces signes conventionnels se trouve à la table des transcriptions. Les mots arabes écrits en italique ont été transcrits de cette manière. Les mots amazighs que j'ai notés au Maroc ont souvent été transcrits en premier lieu en caractères arabes. Ces mots amazighs sont aussi écrits en italique. Les mesures sont mentionnées en centimètres : B = base, H = hauteur, LO = longueur, LA = largeur, E = épaisseur, D = diamètre, + = maximum, - = minimum. Concernant mes contacts avec les enfants, les règles de l‟éthique de la recherche scientifique proposées par le Conseil Européen de la Recherche Scientifique ont été suivies. Ainsi l‟autorisation paternelle ou maternelle a été demandée lors de la collecte de données ou des prises de photos avec des enfants. Il aurait d‟ailleurs été difficile de faire autrement car le travail de terrain se fait dans des familles ou dans l‟espace public. Une exception à cette règle existe néanmoins. Il s‟agit des observations et des photos d‟enfants faites occasionnellement d‟une certaine distance dans des rues ou espaces publics de centres urbains marocains. Dans ce cas ni les enfants ni les adultes se trouvant sur les lieux ont montré des réactions négatives.

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Remerciements
Avant de proposer au lecteur ce trésor social et culturel que sont les jeux et jouets des enfants sahariens et nord-africains s'inspirant de la vie domestique et familiale, il me reste à remercier tous ceux qui d'une manière ou d'une autre m'ont permis de mener ce livre à son terme et plus spécialement :

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Les familles ghrib, particulièrement les enfants des années 1970, ainsi que Gilbert J. M. Claus du Département de Langues et Cultures Africaines de l'Université d'Etat de Gand, pour l'accueil et le soutient qu'ils m'ont offerts dans le cadre de mes recherches sur les jeux et jouets ghrib. Plusieurs familles de Midelt et Ksar Assaka, entre autres les familles Blali, Bellamine, Kirch, Laabib et Ouhdada. La famille Boukhrit de Zaïda et Mohamed Oubouhan pour Bertèt. La fille Bouchra et ses compagnons de jeu de Sheºba. La fille Hesna Ourèra de Aït Hmed ou Yacoub et la famille Boutouil de Khemisset. Zaid Ouhdada et sa famille d‟Amellago. Le jeune berger Khalef de Tighboula. Hamid Amhal, Omar Derouich, Ali Harcherras, Hamid Lihi, Lahbib Oubbi, Mbarek et Omar Taous ainsi que d'autres membres de l'association socioculturelle Tilelli, qui m'ont pris en charge et m‟ont informé lors de plusieurs séjours à Goulmima, auxquels il faut ajouter Rachida Lihi. La famille Eloula de Daoudiyât et Kader de Douar Akioud à Marrakech; Youssef Ait Ammou, maître-assistant, et Fatima Outizal, étudiante, de la Faculté des Lettres et des Sciences Humaines de l‟Université Cadi Ayyad de Marrakech. Les garçons et les filles du village Aït Ighemour ainsi que leurs instituteurs, plus particulièrement Ihbous Noureddine, un Amazigh d'Essaouira, qui m'a invité à deux reprises à Aït Ighemour et servi d'interprète. Les garçons et les filles du village Ignern et en particulier, Hamid, Zeina et la famille Mohamed ou Ali.

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La famille Bamoussa, Khettou et Jalil d‟Imi-n-Tanoute ainsi que la famille Ait Heda de Taroudannt et la fille Latifa de Hmar. Mohamed et Zohra Hamouche de Ergoub et la famille Essaidi Ayad. Mustapha Daoumani et sa famille de Igîsel. La famille Jariaa de Ikenwèn et Tiznit La famille Daoumani de Guelmim. Sadiya, Fatiha, Latifa, Smaïl et les autres enfants de Douar Ouaraben Les enfants de Terloulou, Idoubahman-Imjâd et Ifrane a/s (quartier Souk ou Fella) ainsi que leurs familles. Les enfants de la famille Idouhna de Lagzira et Atbib de Sidi Ifni qui ont accepté que leur jeu de poupée soit filmé, ainsi que leurs parents qui ont donné leur accord. Boubaker Daoumani, Mhand Naanaa et Lahoucine Oublih de l‟Association Isni pour la Culture et l‟Art de Sidi Ifni. Ainsi que nombre d'autres informateurs et informatrices marocains qui ont contribué à rassembler les données sur les jeux et jouets marocains. Souad Laabib de Ksar Assaka pour son aide comme intermédiaire et interprète pour le tamazight et l'arabe de 1995 à 2000. Boubaker Daoumani de Sidi Ifni pour son aide comme interprète pour le tashelhit et l'arabe, ainsi que pour sa collaboration à la réalisation de vidéos sur les jeux et jouets des enfants, à partir de 2002. Khalija Jariaa qui a parlé en premier lieu de ses jeux d'enfance et ceux d'autres enfants à Ikenwèn et Tiznit et qui à partir de 2005 a collecté des informations dans ces endroits ainsi qu‟à Douar Ouaraben, Idoubahman-Imjâd, Ifrane a/s, Terloulou, Sidi Ifni et Aïn Taoujdate. Depuis 2006 elle a aussi contribué des photos. Le Nationaal Fonds voor Wetenschappelijk Onderzoek (Fonds National Belge pour la Recherche Scientifique), Bruxelles, qui a soutenu mes recherches et mes publications de 1970 à 1992. Dominique Champault et Jean Lambert, Département d'Afrique Blanche et du Proche Orient du Musée de l'Homme à Paris, et leurs collaboratrices, pour leur aide. Les photographes du Laboratoire de Photographie du même musée qui ont réalisé certaines photos des jouets liés à la vie domestique de la collection de ce musée, de même que les responsables du Service de la Photothèque.

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Marie-France Vivier et Hana Chidiac, la précédente et actuelle responsable de l'Unité Patrimoniale Afrique du Nord et Proche-Orient du Musée du Quai Branly à Paris, qui depuis 2005 ont contrôlé mes informations sur certains jouets et m'ont permis de retrouver la collection de jouets de l'ancien Musée de l'Homme. Thierry Haag, Magali Bovet et les collaboratrices du Musée du Jouet de Moirans-en-Montagne pour leur aide. Gareth Whittaker pour ses commentaires utiles et son amitié. Krister Svensson du Stockholm International Toy Research Centre pour son aide et son amitié. Mon fils Ruben Rossie pour ses conseils et son aide dans l'utilisation de l'ordinateur. Mon frère Joseph Rossie pour son support financier.

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La Vie Domestique dans les Jeux et Jouets des Enfants Sahariens et Nord-africains

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1 L'habitation dans les jeux et jouets
1.1 Résumé
Des jouets représentant des objets liés à la vie nomade, plus particulièrement la tente, ont été mentionnés pour les enfants ghrib, touaregs, maures, sahraouis et chaamba, tous vivant dans le Sahara. A côté des tentes-jouets eux-mêmes, j'ai trouvé des reproductions en format réduit des arceaux de tente, des piquets de la natte d'entourage de la tente, de la natte d'entourage et de clôture de la tente, de la natte de repos et de lit, des traverses de lit, du tapis et du coussin de tente. Ces jouets datent d'entre 1930 et 1975 et les matériaux utilisés sont des tiges de paille, des branchettes, des bandelettes d'un rameau portant le régime de dattes, du bois, des lanières de peau, des chiffons et des fils de coton et de laine. Les données sur les enfants ghrib et touaregs semblent indiquer qu'au Sahara la tente-jouet est construite surtout par les filles et cela pour leur jeu de poupée, jeu de dînette ou jeu de ménage. Cela n'exclut pas la confection d'une tente-jouet ou d'autres jouets en relation avec la tente nomade par des garçons. Ainsi les jeunes bergers chaamba utilisent ces jouets pour recréer le campement et la vie nomade. Tous ces objets en miniature servent pour des jeux s'inspirant de la vie et du campement nomade. Pour ces jeux des animaux-jouets et des poupées sont réalisés comme cela peut se voir dans les volumes Cultures Ludiques Sahariennes et Nord-Africaines. Poupées d’enfants et jeux de poupées (2005) et Cultures Ludiques Sahariennes et Nord-Africaines. L’animal dans les jeux et jouets (2005). La tente en miniature est un jouet des enfants nomades ou seminomades. Jusqu'à présent je ne peux mentionner que deux exceptions à cette constante. Il s'agit de la tente-jouet des enfants sédentaires des villages Douar Ouaraben et Ikenwèn dans l'Anti-Atlas. La maison en miniature est un jouet des enfants de populations sédentaires ou en voie de sédentarisation. Ainsi la construction de maisonnettes fut révélée chez les enfants ghrib, une population en voie de sédentarisation dans les années 1970, les enfants maures de la petite ville de Oualata, les enfants de l'oasis de Tabelbala, les enfants mozabites, les

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enfants Chaouïa, les enfants kabyles, les enfants de la région du Djebel Amour et du Djebel Ksel, les enfants de Mopti et les enfants marocains. Les premières informations sur les maisonnettes et autres petites constructions datent de 1917, les plus récentes de 2007. Les matériaux utilisés sont le sable, la terre, l'argile, les pierres et les cailloux, les boîtes de sardines et rarement les boîtes de carton. On verra que la plupart des maisonnettes évoquent les habitations d‟une manière sommaire et partielle. Je crois pouvoir reprendre ici ce que Gilles Brougère écrit dans La représentation de l’habitat dans le jouet : "Pour une action symbolique il suffit le plus souvent une évocation partielle de la maison : un toit ou une armature; imagination et activité des enfants complèteront de façon dynamique la représentation" (1989: 29). Bien que presque toutes les maisonnettes proposent un modèle simplifié d'autres sont une copie miniaturisée des maisons réelles. Ceci est le cas des maisons de poupées des enfants maures de Oualata qui sont faites par des servantes. Les enfants sahariens et nord-africains ne se limitent pas à faire des maisonnettes pour des jeux de poupée, de dînette et de ménage. Ils représentent aussi d'autres constructions comme l'enclos, le garage, le restaurant, le magasin, le tombeau de marabout et la mosquée. Comme pour la tente-jouet, les maisonnettes sont surtout l'œuvre des filles. Cependant, des informations récentes provenant de l'Anti-Atlas démontrent que des garçons font le même genre de maisonnettes que les filles. Ils les emploient pour jouer aux occupations masculines comme le travail de la pâtisserie, du restaurant, du tailleur et de la construction de routes. Après le chapitre sur le campement nomade, la vaste documentation sur les maisonnettes sera analysée dans trois sections : la maison de poupée, la maison pour jeu de dînette et de ménage, et les autres constructions. Dans le chapitre sur les activités ludiques liées au commerce d'autres maisonnettes seront présentées.

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1.2 Le campement nomade
En 1975 et avec un chiffon rectangulaire, quelques branchettes et du fil, les filles ghrib du Sahara tunisien d'environ sept ans arrivent à faire une belle tente nomade en miniature (fig. 1).

1 Devant cette petite tente elles érigent une clôture avec du sable humide en imitation de la clôture fermant l'entrée de la tente (fig. 2). Un autre enclos fait de la même manière ferme l'arrière de la tente.

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Cette bît el-°arûs ou tente de poupée (fig. 3) est utilisée pour le jeu de poupée comme décrit dans mon livre Cultures Ludiques Sahariennes et Nord-Africaines. Poupées d’enfants et jeux de poupées (2005: 92-94). 3

Elle est aussi employée pour la dînette et autres jeux de ménage. Ainsi on voit à l'avant de la figure 2 (p. 55), quatre branchettes fixées dans le sable qui marquent le début de la construction d'un métier à tisser-jouet. Des chiffons et autres menus objets représentent le peu de mobilier qu'une tente nomade comporte, des sacs de tout genre et des ustensiles divers. Pour couvrir le sol de leur tente-jouet les filles, mais parfois aussi un garçon, fabriquent une natte servant de lit et cela en imitation du tissage par les femmes de la couverture servant de lit (fig. 4, p. 57). Cette natte, appelée es-serîr ou el-h'açîr, est faite avec des branchettes de 30 à 40 cm de long ou des bandelettes d'un rameau portant le régime de dattes de la même longueur. Trois branches sont fixées dans le sable à une distance d'environ 10 cm et sur une ligne. Alors on commence à tresser des branchettes ou des bandelettes entre les trois branches fixées dans le sable (fig. 5, p. 57). Les bandelettes d'un rameau sont préférées car, en séchant, elles auront des couleurs différentes aux nuances jaunâtres et rougeâtres. 6

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Quand la natte est tressée, elle mesure de 25 à 35 cm de long. Cette natte est éventuellement fixée sur quatre petites branches fourchues servant de pied de lit (fig.6).

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Parmi le mobilier de cette tente se trouve occasionnellement un petit tapis, ez-zarbîya, confectionné par les filles (fig. 7). Deux bâtonnets de 10 à 20 cm sont fixés en forme de croix avec un bout de fil de laine (fig. 8).

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A partir de ce croisement les fils de laine sont juxtaposés en forme de carré en les enroulant à chaque fois autour des bâtonnets. Après quelques tours on change de couleur et on s'arrête à environ un centimètre des extrémités des bâtonnets. La même manière de faire des petits tapis se retrouve au Maroc. Une fille du village Ksar Assaka près de Midelt a fait en 1995 deux petits tapis avec des fils de laine rouge et noire (fig. 9).

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Le petit tapis de la figure 10 fut fait en 1997 par une fille de la région de Tazenakht avec des fils de laine blanche, jaune et noire. Ces deux endroits se trouvent au Maroc central. Dans le village Douar Ouaraben, juste en dehors de Tiznit, Khalija Jariaa a reçu cinq tapis du même genre, utilisés par les filles pour 10 embellir leur maison-nette. Tout comme chez les Ghrib, les enfants touaregs construisent des tentes en miniature pour leurs jeux de campement. Je n'ai cependant pas trouvé dans la bibliographie consultée une référence explicite à la fabrication d'une petite tente sauf dans le catalogue de l'exposition du Musée de l'Homme en mars 1993, Touaregs : 12 photographes témoignent. Une des photos montre une fille touarègue devant une tente en miniature. Néanmoins, on trouve aussi bien dans la collection du Musée du Quai Branly que dans la bibliographie plusieurs exemples d'objets en modèle réduit qui sont en rapport avec la construction d'une tente-jouet. Ce sont des jouets représentant des arceaux de tente, des piquets de la natte d'entourage de la tente, des nattes d'entourage et de clôture de la tente. Il y a aussi des traverses de lit et des nattes de repos ou de lit et des tapis. La figure 11 montre des arceaux en miniature. Deux des cinq arceaux ne sont pas peints. Un troisième est peint en rouge et en jaune en bandes alternatives. Le quatrième est décoré en alternant une partie non peinte avec une partie peinte en couleur 11 rouge, verte et jaune. Le dernier est orné d'une longue bande rouge au milieu. Le segment du demi-cercle des arceaux varie de 18 à 24 cm. Pareils arceaux servent à soutenir le vélum de la tente de petite et moyenne grandeur. Deux arceaux en bois sont disposés parallèlement à un mètre et demi l'un de l'autre et sont retenus par des piquets. Ces arceaux remplacent

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le poteau central (Foley, 1930: 12-13; de Foucauld, 1951-1952: 247, 408). Dans le livre de H. Foley la planche IV montre comment les femmes montent la tente en utilisant des arceaux. Une fille de douze ans des Touaregs Kel Ahaggar (Sahara algérien) a fait en 1938 un jouet qui figure la natte d'entourage et de clôture de la tente avec des tiges de graminées et des lanières de peau ou fils de coton. Les tiges de graminées sont liées deux à deux par des petites lanières de peau (71.1941.19.117, H = 23 cm, LO = 75 cm, catalogue p. 386) ou fils de coton (71.1941.19.118-119, H = 13 cm, LO = 47/33 cm, catalogue p. 386). La même fille a aussi confectionné un petit tapis de tente représentant la couverture sur laquelle les Touaregs s'assoient (71.1941.19.120, catalogue p. 388). Ces jouets font partis d'un ensemble d‟objets pour jeu de campement pour lequel cette fille a encore réalisé plusieurs poupées (voir Cultures Ludiques Sahariennes et Nord-Africaines. Poupées d’enfants et jeux de poupées, 2005: 85, fig. 29). François de Zeltner a recueilli avant 1931 et auprès des enfants touaregs de Tombouctou au Mali deux petits piquets de la natte d'entourage de la tente de 42 cm et 47 cm de hauteur (fig. 12, 71.1930.61.617-618).

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En 1939 chez les Touaregs Kel Oullimenden du Sahara malien Henri Lhote a obtenu d'une fillette une natte-jouet qui est l‟imitation exacte de la natte d'entourage et de clôture de la tente touarègue. Elle est en tiges de paille, liées deux à deux par des petites lanières de peau. Des lanières de peau plus larges, teintes en rouge et en noir forment des motifs décoratifs en dents de loup. Des petites franges ornent un des côtés. Cette natte mesure 17 cm sur 32 cm (fig. 13, p. 60, 71.1941.19.1313). Dans La Vie du Sahara (1960: 33) on peut lire : De la Mauritanie au Tibesti, du Sud de l'Atlas au Sénégal et au Soudan, les mêmes nattes servent de tapis de sol ou de cloisons. Faites de tiges de graminées et de lanières de cuir tissées, ou en fibres de palmier, ces nattes sont parfois ornées de motifs géométriques de couleur. Au même moment et chez les mêmes enfants, Henri Lhote a collectionné des nattes de repos et des nattes de lit en miniature qui sont une réplique des nattes utilisées dans la tente des Touaregs (fig. 14). Les tiges de paille sont liées deux à deux par des lanières ou cordelettes de peau. De nombreuses franges ornent les côtés des nattes. La natte en bas à droite de la photo (71.1941.19.1311) et celle de la figure 13 ont un décor géométrique. Une troisième natte en haut à droite de la figure 14 a les tiges de paille reliées asymétriquement avec des cordelettes en peau rouges et noires et elle est embellie avec des fils de coton bleus (71.1941.19.1310). La hauteur de ces quatre nattes varie de 8 cm à 12 cm et la longueur de 13 cm à 19 cm. 14

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En plus, la collection du Musée du Quai Branly possède des traverses de lit pour jeu d'enfant provenant aussi de la Mission Henri Lhote de 1939 auprès des Touaregs Kel Oullimenden et ayant appartenues à une fillette. Elles furent fabriquées par un artisan avec du bois de téboraq (fig. 13, p. 60, 71.1941.19.1306.1-4). Ces quatre traverses de lit, à corps cylindrique et tête tronconique d'un diamètre de 1,5 cm et de 21,5 cm de longueur, imitent les traverses de lit d'un lit touareg. Dans le livre de H. Foley se trouvent deux photos qui montrent le bâti en bois du lit-divan et le lit monté avec les nattes de lit (1930: planche IX, n° 13-14). L'Album du Musée du Bardo concernant les Touaregs Kel Ahaggar montre à la planche XXXIII (Balout, 1959) un lit comprenant : Quatre pieds finement pyrogravés supportant deux traverses munies de gros disques de bois en chaque extrémité. Ces deux traverses en supportent six autres sur lesquelles on pose pour dormir, une, deux ou plusieurs nattes spéciales appelées taousit, puis des couvertures ou un tapis. Ces lits, bien qu'encombrants à transporter, sont très appréciés chez les nomades. Ils assurent l'été une ventilation sous le dormeur et aussi sa protection contre les nombreuses petites bêtes du sol, très agressives en période de chaleur. De même que chez les Ghrib et les Touaregs, des accessoires pour tentejouet ont été mentionnés pour les Maures (Sahara mauritanien). Il s'agit de piquets de bois, d'étoffe de tente, de cordes, etc., ainsi que de coussins pour meubler la tente-jouet (Béart, 1955: 840). Un tapis et un coussin ayant servi de jouet aux enfants maures de Tidjikdja (Sahara mauritanien) se trouvent dans la collection du Musée du Quai Branly. Ces jouets furent faits par des artisanes locales. Le tapis-jouet de la figure 15 (p. 63), reproduisant le grand tapis faro en usage dans tout le Sahara maure, est un rectangle de peau d'agneau noir bordé d'une bande de cuir rouge, repliée et cousue à point d'ourlet par une fine lanière de cuir jaune. L'envers est garni de bandes de cuir rouge entrecroisées, cousues avec de fines lanières de cuir jaune formant des points variés (points, lignes, point de tige, zigzag, croisillons). Les bandes rouges, cousues à l'envers, simulent celles qui renforcent les coutures assemblant les peaux formant le véritable faro. Le tannage des peaux se

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fait avec l'écorce de l'acacia. Ce tapis mesure 44 cm sur 33,5 cm (71.1938.48.34).

15 Le coussin-jouet rectangulaire en basane, peau de mouton tannée, est une réduction des coussins en usage chez les Maures (71.1938.48.35). Les deux faces, décorées de dessins noirs, jaunes, rouges et verts, sur fond naturel dans des emplacements géométriques séparés par des bandes rouges, sont réunies par une bande de cuir mat teinte à l'indigo très foncé, de 3,4 cm de haut. Les coutures faites à point devant avec des fines lanières de cuir, sont retournées à l'intérieur. Le coussin est bourré de coton brut. Ce coussin-jouet mesure 16,5 cm sur 24,5 cm Dans son livre sur les jeux et jouets sahraouis, Fernando Pinto Cebrián montre une belle photo couleur et un dessin de deux types de tentes-jouets (1999: 103, 110). La photo et le dessin de la page 103 montrent aussi le lit, les nattes, les ustensiles et la poupée utilisés par les filles pour leur jeu de ménage. Cet auteur écrit que les filles dès qu'elles le peuvent jouent avec une petite tente appelée 'jaima lawzar'. A n‟importe quelle saison elles imitent leur mère dans sa fonction d'épouse et de maîtresse de la tente familiale. Les adultes voient ce jeu comme indispensable pour que les filles apprennent tout ce qui se rapporte à la famille traditionnelle vivant dans le désert. Cette tente en miniature est aussi bien faite et décorée que la tente réelle (1999: 105). Parfois, quand il y a dans le camp familial sahraoui plusieurs filles avec une tente-jouet, elles construisent un „frig

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sahir‟, un petit campement en imitation du campement réel. Dans ce camp en miniature les filles établissent des relations sociales calquées sur celles de leurs aînés. Près des petites tentes elles font un garde-manger avec des feuilles et de la semence. Elles construisent aussi un enclos de bétail et utilisent des petites pierres et des coquilles comme animaux. A côté elles créent un souk ou marché où elles vont acheter des marchandises et avec des branches elles font une oasis à palmier comme celle où elles habitent. Ainsi les filles organisent des fêtes et des réunions s‟inspirant de ce qu‟elles observent dans le monde des adultes (1999: 108-109). Les garçons ne participent pas à ces jeux par peur d'être stigmatisé comme fille ou femme à moins qu'ils soient très jeunes et utilisés par les filles comme 'enfants'. Cependant les garçons peuvent détruire occasionnellement et comme action malicieuse les tentes-jouets pour que les filles tiennent compte de leur présence (1999: 105). Les filles sahraouies utilisent un des deux types de tentes-jouets, montrés par Fernando Pinto Cebrián, pour jouer avec des poupées en miniature désignées sous le nom „owzar‟. Cette petite tente qui normalement est faite de chiffons et de morceaux de cuir est actuellement aussi faite avec du matériel moderne comme des morceaux de plastic provenant de sacs ou des feuilles de papier d'un journal. En plus, on ne trouve pas seulement les poupées traditionnelles, ressemblant à celles des filles maures, mais aussi des poupées importées en plastique comme les Indiens et les Cow-boys qui sont données aux jeunes garçons (1999: 109). A environ 5 km de Tan-Tan au sud du Maroc et sur l'autre rive du fleuve Oued Dra se trouve le village Douar. Ce village d'environ cent maisons est habité par des familles sahraouies. Beaucoup d'habitations comportent une tente utilisée pour y boire le thé par exemple. Khalija Jariaa a visité ce village en février 2007 et y a observé le jeu décrit ci-après. Les enfants de Douar aiment créer leur propre tente comme le font Fatimatou de treize ans et Meryem de huit ans. L'armature de cette tente est faite de quatre bâtons attachés ensemble avec un ruban à une extrémité. Un bâton est mis droit au milieu des trois autres bâtons qui sont mis en forme de trépied. Puis une vieille couverture est jetée au-dessus des bâtons (fig. 16, p. 65).

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16 Avant de faire la tente Fatimatou et Meryem fabriquent plusieurs tapis de décoration pour embellir leur tente. Ces tapis sont faits en entourant des rubans autour de deux bâtonnets en forme de croix. Souquaina de trois ans est la sœur de Meryem. Elle essaye de faire un tapis mais ne réussit pas (fig. 17, p. 66).

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Un tapis est attaché en dessous de l'endroit où les bâtons de l'armature sont attachés ensemble (fig. 18, H = 21 cm, LA = 19 cm). Les autres tapis sont attachés à un fil qui contourne l'intérieur de la tente. Le tapis le plus petit, au centre de la figure 19, mesure 7 cm sur 7 cm et le tapis le plus grand, au centre de la figure 20 (p. 67), mesure 54 cm sur 57 cm.

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20 Pendant que Fatimatou attache les tapis dans la tente, Meryem crée deux poupées (fig. 21, p. 68). La petite poupée représente une fillette d'une année appelée Souquaina et la grande poupée représente sa mère appelée Moulkhout. La poupée mère est construite uniquement de chiffons et sans armature (H = 29 cm). La tête sans visage est une boule de chiffons entourée d'une étoffe rouge serrée au cou par un ruban. La poupée fillette est faite de chiffons entourant une branchette et le survêtement est tenu en place par un ruban blanc contournant le bas de la poupée (H = 23 cm). La tête n'a pas de traits de visage. Fatimatou a fait petit sac noir fermé par un ruban blanc qui représente le charme protégeant le petit enfant contre tout malheur. Comme font les femmes elle l'a attaché en haut de la tente-jouet et l'a caché par le tapis de la figure 18 (p. 66).

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21 Quand Souquaina demande à Fatimatou qu'estce qu'elle doit faire Fatimatou répond qu'elle peut construire un enclos pour les chèvres. Souquaina prend des branches à épines et construit l'enclos. Puis elle commence à mettre des chevreaux dans l'enclos (fig. 22, p. 69). Entre temps Sidi Ahmed, un garçon de onze ans et le frère de Fatimatou, fait semblant de garder son troupeau de dromadaires, d'ânes, de chèvres et de moutons dans un pâturage imaginaire situé à quelques mètres. Comme le font les bergers il joue sur sa flûte, un morceau de tuyau noir à huit trous (fig. 23). Quand Souquaina l'appelle pour qu'il l'aide à mettre 23

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des chevreaux dans l'enclos il y va tout de suite (fig. 24, p. 69).

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Meryem qui habite la ville de Tan-Tan propose à Fatimatou de fêter l'anniversaire de leur fillette-poupée. Quand Fatimatou appelle Sidi Ahmed il répond qu'il faut attendre la tombée de la nuit et le retour du troupeau à la maison pour fêter l'anniversaire. Après une demi-heure Sidi Ahmed déclare que la nuit tombe et il ramène son troupeau. Maintenant la fête de l'anniversaire peut commencer. Fatimatou dit à Meryem qu'elle ne connaît pas comment faire un gâteau d'anniversaire acheté à la pâtisserie. Cela ne fait rien répond Meryem, on se contentera de ce qu'on a : du pain, du lait, de l'eau, du Danone. Les quatre joueurs consomment cette nourriture dans leur tente après quoi le jeu se termine. Ce jeu a duré de onze heures du matin jusqu'au moment du déjeuner à environ deux heures de l'après-midi.

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Les garçons chaamba du Sahara algérien jouaient, au début des années 1950 et selon les informations du lieutenant Denis (1952: 35-36), à créer leur propre campement et à imiter la vie nomade. Ils construisaient aussi des petites tentes faites de chiffons et de bâtonnets, et des dromadairesjouets ou autres animaux-jouets décrits dans le volume Cultures Ludiques Sahariennes et Nord-Africaines. L’animal dans les jeux et jouets (p. 5758). Hors du Sahara je n'ai pas vu des enfants construire une tente pour leur jeu ni trouvé des informations à ce sujet. Cependant Khalija Jariaa a observé le jeu de la tente aux villages Douar Ouaraben et Ikenwèn dans l'Anti-Atlas. A Douar Ouaraben en bordure de Tiznit, Smaïl, un garçon de six ans, et deux de ses sœurs, Sadiya de neuf ans et Fatiha de huit ans, jouent à la vie sous la tente en mars 2007. Ils connaissent les tentes car dans ce village on trouve des gens de la région de Tan-Tan qui gardent leurs troupeaux dans les environs. Ces gens mettent une tente à côté de leur maison. Les trois enfants font chacun leur tente et les deux filles créent aussi des poupées. Smaïl commence à construire la structure de sa tente, une tente appelée akiton en tashelhit. Avec un ruban il noue trois morceaux de roseaux puis il place par terre ces roseaux en forme de trépied (fig. 25). 25

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Pendant que les deux filles créent une poupée Smaïl commence à couvrir la structure de sa tente avec un plastique (fig. 26). 26

Sadiya a déjà fait la structure de sa première poupée, deux morceaux de roseau attachés en forme de croix avec un ruban (fig. 27, p. 72). Sur cette photo on voit la manière de couper une ouverture pour passer la robe pardessus la tête de la poupée. Pour couper le tissu Sadiya frappe le bord plié du tissu avec la pierre à côté de sa main. Une fois la robe pendue sur le roseau servant de bras deux petites pierres sont introduites sous l'étoffe pour représenter les seins.

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Sur la figure 28 Fatiha est en train d'aider Sadiya pour fixer les seins. Le fil blanc autour du cou représente selon Sadiya le tatouage des femmes âgées. 28

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Sadiya a mis sur la tête de la poupée un morceau de papier d'emballage brillant comme foulard et devant le visage un morceau de tissu comme voile (fig. 29). Maintenant elle fixe la poupée dans un tas de cailloux qui devient une montagne. Puis elle crie "Mètskèrt ?" - Qu'est-ce que vous faites ? Sadiya fait ainsi comme si la patronne de la tente se fâchait contre des enfants qui gaspillent de l'eau. Elle construit aussi une poupée-homme vêtue d'un pantalon bleu, d'une robe blanche et d'un foulard noir. Il s'agit du patron de la tente. 29

La structure de la tente de Sadiya est un trépied couvert d'un morceau de l'emballage d'un sac de ciment (fig. 30, p. 74). Par terre elle a mis un sac de plastique et qu'elle fixe avec une ficelle au trois roseaux.

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La photo montre Sadiya en train de préparer le coussin de la tente, un autre morceau de l'emballage d'un sac de ciment. Avant de mettre ce coussin à l'intérieur de sa tente elle l'alourdit avec de la terre humidifiée car elle craint que le vent emporte sa tente. En haut du trépied Sadiya a mis un morceau carré découpé d'une boîte en polystyrène. La croix brune est une imitation de la manière dont les habitants des immeubles à trois appartements de ce village urbanisé marquent leur parabole avec des croix de couleurs différentes (fig. 31).

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Le jeu consiste surtout dans la visite que quatre voisins et six voisines d'environ le même âge font à la tente de Sadiya, Fatiha et Smaïl. Lors de ces visites les visiteurs emportent du pain, des cartons découpés en pain rond ou en baguette, et du sucre, un morceau de polystyrène. Après les salutations de circonstance Sadiya ou Fatiha invitent les visiteurs au dîner. Smaïl s'excuse qu'il ne peut offrir que du thé car il est célibataire. Khalija Jariaa a aussi observé le jeu de la tente dans son village natal Ikenwèn dans la région de Tiznit en mars 2007. Plusieurs filles entre cinq et neuf ans jouent ensemble au jeu de la maman et son bébé vivant sous la tente. Ces filles créent des tentes comme elles les voient chez les nomades venant du Sahara et passent avec leurs troupeaux par Ikenwèn. La tente à droite de la figure 32 représente la tente de la mère. A gauche se trouve une petite tente pour bébé. Comme le font les nomades observés par les filles, elles ferment la tente du bébé avec un morceau de la toile pour le protéger du vent. 32

Pour leur jeu les filles font une poupée maman à armature de roseau en forme de croix nommée Fadma. De la même manière elles font aussi deux petites poupées représentant des jumeaux (ikenwèn) qu'elles nomment Smaïl et Lahoucine. Puis elles construisent un enclos avec des branches

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épineuses. Dans cet enclos se trouve la vache à taches noires et blanches d'origine européenne (tafunest nerrûm) créée avec un sac en plastique noir gonflé partiellement entouré d'un tissu blanc. Il y a aussi l'âne (ariul) fait avec des figues de barbarie et des bâtonnets comme pattes ainsi que le poulet (afullus), 33 un melon sauvage (ferzîs) dans lequel on fixe quatre bâtonnets pour les pattes et un bâtonnet pour le cou sur lequel est mis un petit melon sauvage en guise de tête. Au début des années 1980 Khalija et les filles d'Ikenwèn jouaient déjà ce jeu et construisaient des tentes semblables. Un garçon sourd-muet de Tiznit a trouvé dans le thème de la tente un moyen d'obtenir un peu d'argent. En été 2006 il a commencé à en fabriquer et les vend aux filles pour 5 dirhams (0,5 €). La sœur de ce garçon lui fait les coussins de tente (fig. 33, H = 21 cm, LO = 30 cm). Fin 2006 il continuait à en faire et en vendait une de temps en temps.

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1.3 La maison de poupée
Probablement influencé par l'évolution de leur société d'une vie nomade vers la sédentarisation dans une oasis, les fillettes et filles ghrib du Sahara tunisien jouent dans les années 1970 à faire des maisonnettes. Ces maisonnettes servent pour le jeu de poupée, la dînette ou le jeu de ménage. Cela se fait surtout après une des rares averses de pluie ou aussi près de la source naturelle car il faut utiliser parfois du sable humide. Cette dâr eththrâ, maison de sable, est construite par les filles mais des petits garçons peuvent participer (fig. 34). Il s'agit de jeux collectifs et j‟ai rarement vu une fille seule faire une maisonnette. 34

Plusieurs formes de maisonnettes en sable existent, des maisonnettes à toit plat ou en dôme et des maisonnettes à ciel ouvert. La figure 35 (p. 78) montre des fillettes de trois ou quatre ans qui s'amusent à construire des maisons de poupées. Pour cela elles érigent d'abord un petit mur de sable humide formant plus ou moins un carré ou un rectangle.

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Des branchettes, du roseau et parfois des morceaux de carton sont disposés sur les murs mais sans pour autant couvrir toute l'espace (fig. 36). 36

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Une fois la maisonnette à 37 toit plat partiel terminée, des chiffons figurant les tapis sont mis sur le sol (fig. 37). Pareilles maisons sont utilisées pour les jeux de poupées au lieu des tentes. Une description détaillée des poupées et du jeu de poupées des filles ghrib est à lire dans Cultures Ludiques Sahariennes et Nord-Africaines. Poupées d’enfants et jeux de poupées (2005: 72-73, 92-96). Des filles plus âgées supervisent les petits mais participent aussi au jeu. Parfois elles aident un petit enfant à construire une maisonnette (fig. 38). 38

Une autre maisonnette, à toit en dôme, demande un savoir-faire que ne possèdent que les grandes filles. Afin de construire cette maison il faut être capable de faire une coupole bien ronde (fig. 39, p. 80). Comme il est difficile d'utiliser l'intérieur de cette maisonnette qui n'a qu'une petite ouverture comme entrée, le jeu se limite à sa construction.

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Dans la petite ville de Oualata au Sahara mauritanien des servantes, des potières et parfois des mères faisaient en argile de très belles maisons de poupées qui sont une copie exacte des maisons de Oualata. La collection du Musée du Quai Branly possède quelques exemplaires faits par les servantes noires et collectionnés en 1936 (fig. 40).

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Selon la fiche d'objet cette maison de poupée s'appelle 'louzar' mais selon Jean Gabus on les appelle 'dar el adzmat', maison de poupée (1958: 163). La fiche d'objet donne une description précise. Ces maisons en miniature sont de forme, de grandeur et d'ornementation variées. Elles sont faites d'argile mêlée de paille fine. L'intérieur, à ciel ouvert, est divisé par des cloisons percées de portes, selon la disposition des véritables maisons au ksar ou village fortifié : deux cours intérieures, parois brunes, motifs et encadrement blancs et bleus; trois chambres, parois blanche, décor brun et bleu; deux magasins de réserves, parois blanches unies; une cuisine, parois noires unies. Dans les cours, les banquettes surmontées de rondins de terre entrecroisés et recourbés en dôme peuvent supporter une moustiquaire. La maison de poupée de la figure 40 (p. 80) mesure 7,5 cm de hauteur, 25 cm de longueur et 20 cm de largeur. Sur un des côtés elle à une chambre qui avance de 1,5 cm (71.1938.48.98). La maison de poupée de la figure 41 mesure 5,5 cm de hauteur au maximum, 29 cm de longueur et 25 cm de largeur (71.1938.48.88).

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La figure 42 montre cinq 42 petites nattes, destinées à l'ameublement de ces maisons de poupée, et réalisées par une servante noire (71.1938.48.97.1-5, H = entre 3,5 cm et 5 cm, LO = entre 5 cm et 10 cm). Ces nattes-jouets ont été faits de brins de graminées dures formant chaîne sur lesquelles sont tissés des brins de fils de coton traçant des rayures multicolores. Elles sont des réductions des vraies nattes dans lesquelles la trame est en fines lanières de peau. Jean Gabus donne des informations précises sur ces maisons de poupées et montre des croquis de quatre maisonnettes dans son livre Au Sahara. Arts et Symboles (1958: 163-164). Cet auteur étudie aussi le symbolisme des décors muraux des maisons maures de Oualata. En ce qui concerne les maisons-jouets il écrit : Un modèle très curieux qui ne se retrouve au Sahara, à notre connaissance, que dans ce centre, est la maison de poupée 'dar el adzmat', œuvre des potières, qui est faite pour les jeux des enfants de Oualata. Ces maisons sont en argile crue, peinte selon les procédés des maisons ordinaires et l'équivalent d'une bonne maquette, valable dans la plupart des détails. Dans ces demeures, les potières mettent en place le 'ghash el adzmat', c'est-à-dire le mobilier des poupées, avec des personnages semblables à ceux de la vie quotidienne. Une figurine accroupie, de couleur jaune, est la 'chrifa', femme noble, descendante des 'chorfa', ou femme maraboutique. La figurine rouge est la 'hartania', la servante, l'esclave; le bâtonnet est le 'rajel' : l'homme. Selon la taille du bâtonnet, l'homme est de plus ou moins grande importance sociale. Sur les terrasses de ces demeures, dans les cours intérieures, les enfants laissent couler entre leurs doigts un tapis de

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sable blanc très fin, dit 'trâb Mâma', le 'sable de Mâma', en souvenir de celle qui, la première, s'en servit en guise de tapis dans sa demeure... Un petit objet fréquent dans les demeures, polychrome également et en terre crue, est un brûle-parfum 'gdahb-khour' destiné - quand il fume - à éloigner les mauvais esprits; sans doute d'importation marocaine. A côté des poupées féminines et masculines de Oualata, décrites dans Cultures Ludiques Sahariennes et Nord-Africaines. Poupées d’enfants et jeux de poupées (2005: 99-100), le mobilier des poupées et le brûleparfum, les maisonnettes sont aussi garnies d'animaux-jouets en argile décorée figurant le dromadaire, le cheval, le zébu et l'autruche, décrits dans Cultures Ludiques Sahariennes et Nord-Africaines. L’animal dans les jeux et jouets (2005: 79, 95, 108-109). Un livre de 1999, Juegos Saharauis para Jugar en la Arena. Juegos y Juguetes Tradicionales del Sáhara, montre la maison de poupée de Oualata, appelée „dar owzar‟ et la maison dont elle est une copie, ainsi que la poupée tout habillée qui est utilisée dans cette maisonnette (Fernando Pinto, p. 111-113). En même temps on lit dans ce livre qu‟actuellement il y a des maisonnettes de boîtes de carton avec des fenêtres et une porte découpées de telle manière qu‟elles peuvent s‟ouvrir. En plus, les enfants font aussi un marché, une palmeraie et des animaux en miniature, tout cela créant un petit village (p. 111). Provenant des Chaouïa de l'Aurès dans le Nord-Est de l'Algérie, la collection de jouets du Musée du 43 Quai Branly possède une petite porte en bois dont le chambranle est fait de quatre morceaux de bois. Les deux montants ronds sont fixés avec des chevilles de bois traversant le linteau et le seuil. La porte est un morceau de bois rectangulaire (fig. 43, H = 9,5 cm, 71.1936.2.205). La petite porte a probablement fait partie d'une maison de poupée mais elle ne s‟ouvre pas. Je n'ai pas trouvé trace de pareil objet dans la bibliographie ni dans le fichier signalétique de la collection.

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En ce qui concerne la population au Djebel Amour et au Djebel Ksel en Algérie, Mathéa Gaudry mentionne que les filles se réunissent parfois pour construire pour leurs poupées une maison en pierre ou en terre (1961: 133). A la planche XL elle nous montre des fillettes de Chellala qui s'amusent à construire des maisons à ciel ouvert en pierre dans lesquelles les filles peuvent s'asseoir. Bien que presque toujours se ne soient que les filles qui font des maisonnettes, A. M. Goichon mentionne en 1927 que chez les Mozabites, une population sédentaire du Sahara algérien, ce sont les frères qui pour le jeu de poupées de leurs sœurs construisent en terre une petite maison imitant la maison mozabite (1927: 58). Pour une description du jeu de poupées et des poupées mozabites voir Cultures Ludiques Sahariennes et Nord-Africaines. Poupées d’enfants et jeux de poupées (2005: 110-111). Au Maroc les filles se font des maisons de poupée souvent délimitées par des pierres et ayant une ou plusieurs pièces. Ci-dessous sont mentionnées les données sur les maisons de poupée et leur ameublement. Sauf en ce qui concerne les maisons de poupée des enfants de l'Anti-Atlas trouvées à partir de 2005, les jeux de poupées et les poupées des enfants marocains ont été décrits plus en détail dans mon livre Cultures Ludiques Sahariennes et Nord-Africaines. Poupées d’enfants et jeux de poupées (2005: 117-192). Une information datant de 1917 parle de la chambre de poupée faite dans un trou d'un des murs de l'habitation. Ce trou est transformé en maison de poupée en le tapissant avec des morceaux d'étoffe et en le fermant avec une petite porte. Un petit siège est utilisé pour installer la poupée ("La poupée iblisa", p. 39). L'utilisation d'un trou dans le mur d'une maison, cette fois le mur de la cour intérieure, me fut mentionnée en 1992 par une femme amazighe d'environ cinquante ans du village de Tizal. Tizal se trouve près d'El Khemis situé à 60 km de Marrakech sur la route reliant cette ville à Ouarzazate. En 1933, mais sans dire de quelle manière la maison de poupée est faite par les filles de Fès, madame Soulé écrit qu'une cuisine et une chambre de poupée sont préparées et que la poupée y est assise sur des coussins. Un petit rideau est suspendu sur une corde dans la chambre de la poupée afin de pouvoir coucher derrière ce rideau la poupée-jeune mariée et la poupéejeune marié.

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L'information ci-dessous sur les maisons de poupées des enfants marocains provient de mes recherches et des données et photos contribuées par Khalija Jariaa en 2006. Les premiers exemples proviennent d'enfants amazighophones suivis par ceux provenant d'enfants arabophones. Une fille des Amazighs Khabliîn d'environ huit ans, Hesna Ourèra, utilise des poupées-femmes et des poupées-hommes rudimentaires. Avec une ou quelques copines, elle joue toujours à la fête de mariage. Hesna habite le petit village Aït Hmed ou Yacoub situé à 4 km de Khemisset près de la route vers Sidi Slimane. Quand j'ai rencontré Hesna la première fois en octobre 1996, elle se trouvait près de sa maison de poupée. Dans cette maison de poupée, plus ou moins elliptique de 70 cm sur 50 cm et faite de deux rangées de pierres superposées, trois poupées sont couchées par terre (fig. 44).

44 Cette maison de poupées se trouve adossée au mur de la maison paternelle. Comme cela se voit sur la photo, une photo sur laquelle Hesna ne voulait pas figurer, il y a au milieu de la maison de poupée un morceau d'étoffe comme tapis, des morceaux de verre comme verres de thé et une boîte de sardines comme plateau. Une touffe d'herbes devient un bouquet de fleurs.

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Pour leur jeu de poupée les filles de la petite ville Imi-n-Tanoute dans le Haut Atlas, sur la route de Marrakech à Agadir, utilisaient vers 1980 une maison de poupée suivant un schéma assez uniforme mais à l'intérieur duquel la grandeur et l'alignement des pièces varient (fig. 45, copie du dessin de Zohra Bamoussa, 19 ans en 1992). Cette maison de poupée comporte la cour intérieure et la chambre des invités dans laquelle des chiffons 45 et une petite boîte remplacent les coussins et la table. On y trouve aussi la chambre à coucher de la taslit ou jeune mariée, avec son lit de grande boîte à sardines et de chiffons, et la cuisine avec des ustensiles en miniature. En septembre 1999, j'ai trouvé à Aït Slimane, un village du Haut Atlas près d'Amellago, un groupe de jeu de cinq enfants entre six et sept ans, quatre filles et un garçon, jouant dans leur maison de poupées (fig. 46).

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Il s'agit bel et bien d'une maison de poupée car ces enfants possèdent aussi une 'tislit' ou poupée-jeune mariée (fig. 47) et un 'isli' ou poupéejeune marié. Quand ils jouent dans leur maisonnette avec ces poupées il s'agit toujours de fêter leur mariage ou tamgra. 47

Cette maisonnette, qui est adossée au mur d'une habitation, est délimitée par des murs faits avec deux rangées de pierres mises l'une sur l'autre. Elle mesure 2 m sur 3 m et comporte une grande pièce servant de salon. Contre le mur et du côté gauche se trouvent d'abord la cuisine et puis un débarras (fig. 48, p. 88). Deux petites pièces ont été ajoutées sur le côté gauche du salon. Des petites ouvertures représentent les ouvertures des portes, mais celle de l'entrée du salon se ferme avec un morceau de plastique jaune provenant d'un bidon à huile. Les enfants utilisent des morceaux de cartons comme tapis et toutes sortes de récipients et de bouchons en plastique deviennent des ustensiles de ménage.

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A Ksar Assaka, un petit village à 4 km de Midelt en direction du Jbel Ayachi, j'ai pu obtenir fin 1996 et début 1997 des informations précises sur le jeu de poupée des filles. Ces informations proviennent de trois sœurs Souad, Najat et Sabah Laabib - qui jouaient à la poupée entre 1975 et 1985. Selon Souad, deux maisonnettes sont utilisées pour ce jeu de poupée qui représente toujours la cérémonie de mariage. Le plan rectangulaire de ces petites maisons à ciel ouvert, une pour la poupée-jeune mariée et une autre pour la poupée-jeune marié, est délimité par des pierres (fig. 49). Ce qui distingue la maison de poupée de la poupée-jeune mariée est l'escalier à trois marches, trois rectangles de pierres faits devant la porte de la maison, et le heurtoir, une petite pierre sur une grande pierre placée devant l'escalier. Dans chaque maison de poupée six morceaux de carton remplacent les tapis. Des morceaux de verre deviennent des verres à thé et des herbes ou s'il y en a des fleurs de champs créent un bouquet de fleurs. Un morceau de carton sert de lit nuptial.

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Najat, une sœur cadette de Souad, dit que le jeu de poupée commence avec la construction ou la réparation de la maison de poupée. Cela se faisait dans le jardin de la maison paternelle de Najat, toujours au même endroit. C'est une maison de poupée rectangulaire assez grande, d'environ 1 m sur 2 m, avec une chambre dans chaque coin où quatre filles peuvent s'asseoir à l'aise. La maison et les chambres sont délimitées par une rangée de pierres. Ces pierres de la grandeur d'un poignet doivent être bien propres et un peu brillantes. Des morceaux de verre blanc et vert provenant de bouteilles cassées sont mis à certains endroits. A la chambre au coin droit supérieur un petit escalier mène à la terrasse virtuelle. L'escalier est fait de deux roseaux auxquels des morceaux d'une planche sont attachés par des rubans. Une fois que la maison de poupée est en ordre elle est nettoyée avec un peu d'eau et un jardin de fleurs est créé avec quelques herbes ou des fleurs de champs. Une fille de huit ans, Amal Boukrit, vivant dans le village Zaïda situé le long de la route de Meknès à Midelt et à 40 km de cette dernière ville, construit rarement une maison de poupée avec des pierres en septembre 1999. Avant de commencer elle nettoie d'abord l'endroit choisit (fig. 50). 50

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Qu'elle fait rarement pareille maisonnette est du au fait que sa mère, l‟épouse d‟un instituteur, ne veut pas qu'elle joue dehors dans la poussière et la 'saleté'. Probablement à cause de cet interdit, Amal a inventé une maison de poupée qui contourne les objections de sa mère. Il s'agit d'une maison de poupées faite d‟une boîte de carton (fig. 51). 51

Cette boîte mesure 26 cm sur 43 cm avec une hauteur de 25 cm Après avoir découpé le côté supérieur de la boîte, Amal a découpé dans les quatre côtés des fenêtres et une porte de telle manière qu'elles peuvent s'ouvrir et se fermer. Les faces intérieures des fenêtres et des portes sont garnies de

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rideaux. Il y a aussi quelques coussins cousus par la fille et des grands ou petits chiffons servant de tapis et de couvertures (fig. 52). 52

Leila, une fille de neuf ans et la copine et voisine d'Amal, possède la même maison de poupée et ensemble elles jouent au mariage de leur poupée. Cette poupée-jeune mariée ou °arûsa est aussi particulière que la maison de poupée. C'est une poupée en plastique importée du genre Barbie vendue dans les magasins locaux mais ne servant normalement que comme objet de décoration après que les grandes filles ou les femmes lui ont crocheté une robe andalouse (voir Cultures Ludiques Sahariennes et NordAfricaines. Poupées d’enfants et jeux de poupées, 2005: 148, fig. 94). Les deux filles, qui ont chacune une poupée pareille, lui ont cousu une robe. En regardant de près la poupée d'Amal montrée à la figure 52, on remarque la manière originale par laquelle cette fille a remplacé les bras manquant avec un morceau de roseau. En 2006 Khalija Jariaa a contribué des informations et des photos sur les jeux et jouets des enfants amazighs des villages Douar Ouaraben, Ikenwèn et Idoubahman-Imjâd dans la province de Tiznit, du centre urbain Ifrane a/s dans la province de Guelmim et du village Terloulou dans la région de Tafraoute. Douar Ouaraben est un village de plus en plus urbanisé situé juste en dehors de Tiznit près de la route menant à Sidi Ifni (fig. 53, p. 92).

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Un terrain à bâtir entre les maisons est le terrain de jeu préféré des filles habitant aux alentours. Régulièrement un groupe de filles s'y adonne à des jeux de faire semblant. Sur la photo faite fin juillet 2006 on voit à gauche et à droite ce qui reste des maisonnettes (fig. 54).

Comme cet endroit se situe en bordure d'une rue avec peu de trafic les mères demandent à quelques filles de dix ans ou plus de prendre en charge leurs petites filles et petits garçons. Surtout le samedi et le dimanche il y a des garçons plus grands qui se joignent au groupe de jeu. Parfois il y a plus de vingt enfants entre deux et treize ans. 54 Les figures 55 et 56 (p. 93-94) montrent des maisonnettes très élaborées utilisées pour des jeux de mariage, de dînette et de ménage qui se mélangent facilement. La maisonnette ci-dessus est la maison du jeune marié ou isli. Pour le jeu de mariage qui s'est déroulé le 11 août 2006 de 14 h jusque vers 19.30 h, un garçon de cinq ans sert de jeune marié. Contre le mur se trouve à gauche la cuisine et à droite avec le carton le trône du

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jeune marié. Dans la salle à manger se trouvent deux grandes briques qui feront office de table. La chambre à l'avant de la maisonnette est celle où viendra s'installer la jeune mariée. C'est aussi l'endroit où les femmes chantent et dansent pour la fête de mariage. A côté du flacon rouge et blanc qui sont les coussins est mis le trône de la jeune mariée. Ce trône est fait d'une boîte ronde sur laquelle est mise une boîte de sardines décorée d'un chiffon blanc. Le pot à couvercle jaune représente la réserve d'eau. Le carton sert de tapis aux invités. 55

La maisonnette de la figure 56 (p. 94) est la maison de la tislit ou jeune mariée jouée par une fille de 4 ans. L'entrée de la maison, à gauche en bas de la figure, est décorée avec des fleurs représentées par des herbes plantées dans des pots de yaourt. Cette maisonnette représente la maison d'une famille riche dont le père de famille travaille en France. A droite de l'entrée et du côté de la rue où est mis le haut-parleur, il y a d'abord la chambre pour les visiteurs puis le hall. Entre le hall et le salon il y a un

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jardin marqué par quelques herbes cueillies sur place. Tout le long du mur à droite se trouve le salon avec une grande table et la télévision dans le coin. En retournant vers la gauche on trouve la pièce pour faire la vaisselle, puis une grande cuisine avec des étagères contre le mur. 56

Sur les photos des deux cuisines on voit bien comment les enfants utilisent tout ce qu'ils trouvent comme objets délaissés par les adultes ou pris dans le ménage de leur mère (fig. 57-58). 57 58

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Deux boîtes de peinture, une près du trône du jeune marié et une autre à l'entrée de la maison de la jeune mariée (fig. 55-56, p. 93-94), symbolisent les haut-parleurs. Ces haut-parleurs serviront pour l'orchestre des grands garçons qui le moment venu, c'est-à-dire dans la soirée des noces imaginées, jouent sur un tambour et un tambourin, des bidons vides, et sur une guitare fabriquée avec du matériel de récupération. Trois grandes filles exécutent la danse locale pendant que les musiciens chantent les airs à la mode. Quand la musique s'arrête les enfants applaudissent et poussent des youyous. Puis le moment du dîner est venu. Une fois que tous les joueurs se croient rassasiés, il faut amener la jeune mariée à la maison de son futur mari. La jeune mariée de quatre ans a le visage voilé et sous ce voile elle fait semblant de pleurer car elle quitte sa maison et sa famille. Une fois arrivé à la maison du jeune marié sa jeune épouse est installée sur les coussins de fortune dans sa chambre à l'avant de la maisonnette. Le trône du jeune marié change alors en lit nuptial. Un garçon de treize ans qui joue le rôle du grand-père du jeune marié envoie les gens qui ont amené la jeune mariée à la fête dans la maison de la jeune mariée. Après tout cela il faut aller dormir ce que tous les enfants font semblant de faire. Après une nuit de cinq minutes ils se lèvent joyeusement. Maintenant c'est le jour pour aller regarder la jeune mariée qui reste dans la chambre préparée pour elle. Tous les membres de la famille et les invités viennent lui rendre hommage et reçoivent de ses mains des dattes, du sucre, des bonbons et du henné. Ces cadeaux sont symbolisés par des noyaux de dattes, de la sciure de bois, des pierres mis dans l'emballage de bonbons et des pétales des fleurs de l'olivier. On danse et on mange un peu et le jeu de la fête de mariage touche à sa fin. Dans le même village Douar Ouaraben Sadiya de huit ans et son frère Smaïl de six ans jouent ensemble avec une cousine de 13 ans en octobre 2006. Sur le trottoir ils préparent tout pour jouer à la fête de mariage avec d'autres enfants du voisinage. Une fête de mariage qui débutera une fois que les enfants reviennent de l'école. Dans la maison du jeune marié Sadiya a déjà mis les fauteuils autour de la table, des morceaux d'étoffe trouvés ici ou là (fig. 59, p. 96). Maintenant elle est en train de ranger les flacons de parfum. Derrière ces flacons se trouve la caméra vidéo représentée par une vieille cassette de musique.

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Le jouet pour bambins est devenu une étagère. Une fois terminé son travail Sadiya va aider son frère et sa nièce pour arranger la cuisine. Ils sortent tous les ustensiles-jouets des boîtes de carton (fig. 60). 60

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Dans ce carton se trouvent aussi cinq tapis faits par les deux filles selon la manière décrite à la page 58. Les quatre petits tapis (fig. 61, H+ = 21 cm) et le grand tapis (fig. 62, H = 45 cm) sont mis entre les fauteuils de la figure 59 (p. 96). Pour le petit tapis jaune la fille a utilisé deux morceaux de fils électriques au lieu de bâtonnets.

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Vers 17 h les enfants sont revenus de l'école et participent au jeu qu'ont préparé les trois enfants. Des filles aussi bien que des garçons se sont joints au groupe de jeu. Tous aident à organiser les derniers préparatifs. Les filles sur la figure 63 arrangent la maison de la jeune mariée pendant que les garçons sont allés au soi-disant marché acheter de la viande, des légumes et des boissons. 63

Quand tout est préparé le dîner de la fête de mariage est servit. La jeune mariée et le jeune marié sont représentés par des poupées mises sur la boîte de carton. Le lendemain après-midi quelques filles entre six et huit ans du même groupe de jeu s'adonnent à un autre jeu de poupée avec maisonnette. Cette fois-ci il s'agit de la maison d'une femme riche (fig. 64).

64 La fille au milieu de la photo est en train de préparer le café. A gauche se trouve la sœur et son enfant qui sont en visite. Tout à fait à droite il y a une fille qui joue le rôle d'une vieille femme pauvre bien connue à Tiznit.

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La poupée représentant la femme riche se trouve à gauche des cartons sur lesquels sont étales tous les objets (fig. 65). La maison de riche est équipée d'un puits, le carton à droite de la maison. La feuille de papier découpée en haut du roseau représente la poulie du puits.

65 Souq ou fella est un vieux quartier du centre rural Ifrane a/s dans l'AntiAtlas à 25 km de Bouizakarne sur la route de Tiznit à Guelmim (fig. 66). 66

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En octobre 2006 Khalija Jariaa y a trouvé deux garçons de six ans en train de construire la maison de l'isli ou le jeune marié. Ils le font à l‟endroit où l'aide maçon passe le sable au crible. Quelques grandes pierres sont déjà en place (fig. 67).

67 Par après ces deux garçons font la maison de la tislit ou la jeune mariée à une certaine distance de la maison du jeune marié (fig. 68). 68

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Ce matin là les deux garçons de première année ne doivent pas aller à l'école. Dès lors ils préparent ces maisonnettes pour le jeu de la fête de mariage qui se déroulera l'après-midi lorsque d'autres enfants du voisinage seront revenus de l'école. A ce jeu qui s'inspire d'une fête de mariage du mois précédent participeront treize filles entre trois et douze ans et six garçons entre cinq et dix ans. Les filles créeront des poupées-femmes et les garçons des poupées-hommes. Ces poupées représentent la jeune mariée et le jeune marié ainsi que des membres de leur famille et des invités. En mai 2006 cinq voisines jouent au mariage de leur poupée-jeune mariée et jeune marié dans un terrain de jeu en face de leur maison dans le village Terloulou à 26 km de Tafraoute en direction de la haute montagne de l'Anti-Atlas (fig. 69). 69

Khadija âgée de douze ans, Malika de dix ans, Latifa de huit ans et deux autres filles jouent souvent en semble. Khadija qui normalement est la meneuse de jeu a construit une maison plus ou moins luxueuse comme les maisons construites pour des gens originaires du village mais vivant en Europe. C'est la maison avec les morceaux de carrelage (fig. 70, p. 102).

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70 En haut et à gauche de la maison de riche Latifa a fait une maisonnette de gens ordinaires. Au côté opposé à l‟endroit où se trouve le morceau de plastique rouge Malika en a fait une de gens plutôt pauvres. Les deux autres filles n'ont pas de maisonnette car elles sont vraiment pauvres. Maintenant le moment est venu de faire des poupées. Khadija et Fatiha cherchent le nécessaire puis elles créent deux poupées à armature de roseau (fig. 71). 71

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A gauche de la photo suivante se trouve le jeune marié ou isli (fig. 72). En haut de la jeune mariée ou tislit a été fixée la plante leh'bak, peut être du basilic. En plus de la bonne odeur que donne cette plante son origine est selon la croyance locale liée à la Mecque ce qui lui donne un certain pouvoir pour éloigner tous les malheurs et amener le bonheur au mariage. En bas de la photo on voit une table avec des bouteilles de limonade représentées par des bouchons, des pots de Danone et le plateau de sucreries représenté par le grand couvercle jaune avec des feuilles, les biscuits, et un couvercle bleu qui est le gâteau. 72

Après que les sucreries ont été dégustées deux filles préparent le couscous. Les feuilles d'oignons servent comme légumes cuites dans une boite de sardines (fig. 73, p. 104). Le couscous imaginaire est travaillé dans une boite de sardines puis il est cuit au-dessus des légumes (fig. 74, p. 104).

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Début 2002 j‟ai fait la connaissance d‟une famille parlant Amazigh et vivant dans une maison isolée construite de manière traditionnelle. Cette maison se trouve dans la région de Lagzira près de la route asphaltée à 9 km avant Sidi Ifni en venant de Tiznit (fig. 75). 75

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Avec l‟aide de Boubaker Daoumani j‟ai pu filmer le 4 mars 2002 le jeu de construction et le jeu de poupée de Halima, une fille de six ans, et de Fadil son frère de neuf ans vivant avec leur famille à cet endroit. Le protocole avec la description détaillée de cette vidéo est disponible en anglais sur www.sanatoyplay.org (Rossie and Daoumani, 2003, Video 4). Le terrain de jeu de ces deux enfants se trouve en face de leur maison (fig. 76). 76

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La figure 77 (p. 106) montre Halima devant la maison de poupée qu‟elle a construite. Elle est en train de mettre les coquillages vides dans la position correcte avec l‟ouverture représentant la tête vers le haut. La jeune mariée, le jeune marié, les membres des familles et les visiteurs sont tous représentés par des coquillages. Cependant la jeune mariée et le jeune marié sont marqués en enveloppant le coquillage par un morceau de gaze blanche. Ces maisons de poupées faites par les deux enfants sont bien élaborées. Les murs sont le plus souvent faits avec deux couches de briques de boue. Il y a deux chambres qui sont utilisées comme chambre pour les femmes et chambre pour les hommes (fig. 78, p. 106).

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Les portes sont fermées avec des pierres et les poupées sont mises sur un tapis. La chambre nuptiale est joliment équipée (fig. 79). 40

79 Il y a même un garage dans lequel se trouve la voiture de cérémonie. Cette voiture de cérémonie, une boîte de sardines, est utilisée au début du jeu de fête de mariage lorsque la jeune mariée, le jeune marié et les membres de la famille sont conduits à travers le terrain de jeu avant d‟arriver aux maisonnettes (fig. 80).

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Des jeux de dînette et de ménage sont intégrés au jeu de poupée comme le montrent les jouets faits et utilisés par Halima et Fadil (fig. 81, p. 108).

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A droite d‟une maison de poupée se trouvent deux moulins à bras et à gauche il y a une planche à pain avec plusieurs pains et un four à pain. 81 81

Ces activités ludiques durent plusieurs jours et le soir les enfants couvrent leur matériel de jeux. Il arrive cependant que des ânes ou des chiens détruisent les maisonnettes et les jouets comme cela était le cas quelques jours après que la vidéo fut faite. Comme Halima, Fadil avait déjà une maison de poupée avant qu‟il roule avec sa voiture de cérémonie. Bien vite les deux joueurs ont construit une autre maisonnette avec de la boue et des pierres.

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A la figure 82 (p. 108) Fadil montre fièrement cette maison de poupée avec deux voitures de cérémonies dans une des deux pièces sur le côté gauche. L‟observation du jeu démontre que Fadil est plus intéressé par le jeu de construction que par le jeu de poupée. Près d‟une maison de poupée j‟ai trouvé un jouet particulier. Ce jouet montre comment ces enfants vivant dans un ménage pauvre et plutôt traditionnel introduisent dans leur jeu le dernier cri de la haute technologie disponible à Sidi Ifni depuis environ 2000. Il s‟agit du téléphone portable représenté par une vieille télécommande. Environ cent mètres de la maison de Halima et Fadil au croisement de la route asphaltée et la piste montant vers le village Lahfart se trouve une grande maison. A l‟arrière de cette maison j‟ai vu début mars 2002 un ensemble de maisonnettes fait avec des pierres. Deux murs délimitent la longue entrée de ce village en miniature qui mesure envrion 1 m sur 1,5 m (fig. 83). 83

44 On voit que les maisons s‟alignent comme dans un vieux ighrem ou village fortifié. Des chiffons de différentes couleurs couvrent le sol des chambres (fig. 84, p. 110). Quelques chambres comportent des coquillages. La présence de ces coquillages prouve que le village en miniature servait entre autres au jeu de poupée.

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4 5 Un garçon plus âgé vivant dans la grande maison m‟a dit que pareils villages en miniature sont faits par les bergères lorsqu‟elles descendent la montagne à la recherché de nourriture pour les moutons et les chèvres. Une maison de poupées se trouvant à côté du village en miniature est bien équipée avec des meubles et des ustensiles (fig. 85). 85

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Dans le quartier Daoudiyât de Marrakech les filles arabophones, entre 85 six et douze ans dans les années 1970, construisaient une maison de poupées dont les murs étaient formés non pas par des pierres mais par des boîtes de sardines assez grandes placées en trois étages contre un mur et formant ainsi les pièces d'une maison citadine. Une autre boîte posée au sol sert de lit de poupée. Une petite boîte de conserves rondes représente le plat de nourriture ou la cuve de lessive. Dans le quartier Douar Akioud de Marrakech et vers 1980 le groupe de jeu des filles s'en va aux jardins potagers à quelque distance des maisons. Là elles font avec des petits cailloux le plan d'une maison de poupée pour la taslit ou jeune mariée. Une fois que les murs sont faits, ils sont couverts de sable humide. Selon Fatima Kader, qui m'a fait le dessin 86 de la figure 86, ce genre de maisons se fait encore en 1992. A Taroudannt, une petite ville de l'Anti-Atlas, des filles arabophones construisaient pour le mariage de leur poupée-jeune mariée avec leur poupée-jeune marié une maison de poupée avec des murs en cailloux couverts de sable humide. Bien que la maison de poupée serve parfois à jouer au ménage et à la dînette d'autres maisonnettes sont spécialement faites pour ces jeux.

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1.4 La maison pour jeu de dînette et de ménage
Pour leur jeu de ménage et de dînette les filles ghrib du Sahara tunisien utilisent des maisonnettes. Ces maisons à ciel ouvert d‟environ 1 m² sont plus spacieuses que les maisons de poupées. Les fillettes de la figure 87 n'ont pas encore acquis l'expérience pour faire de belles maisonnettes. 87

Celles faites par les filles plus âgées sont bien élaborées avec des pièces annexes et un ensemble de jouets représentant les ustensiles (fig. 88). Sur cette photo on voit une partie du village ghrib et le début de l'oasis d'El Faouar en 1975. 88

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Pour faire une maisonnette les filles utilisent un faible enfoncement dans le sable ou bien elles creusent un trou peu profond. Autour de cet enfoncement elles érigent par temps pluvieux des murs de sable d'un demimètre de hauteur, mais si nécessaire les filles utilisent des pierres (fig. 89).

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Des maisonnettes d‟un autre type sont faites de la manière suivante. Les filles ghrib délimitent un espace sur un terrain plat avec des murs de sable humide d‟environ 25 cm de haut (fig. 90). 90

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Si le sable humide manque, on utilise des pierres. Comme c‟est le cas avec les maisonnettes précédentes, ces maisonnettes sont souvent bien élaborées. Elles comportent des pièces annexes et tout un ensemble d‟objets de récupération ainsi que du matériel végétal utilisés pour jouer au ménage (fig. 91-92). 91

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114

Concernant les enfants belbala du Sahara algérien, Dominique Champault nous offre une bonne description de la maison de dînette et du jeu qui s'y déroule (1969: 348-349) : Le jeu des maisons : tous les enfants de garde au pâturage, filles ou garçons, compensent leur éloignement en recréant un village à leur échelle : c'est le jeu des 'maisons', gayu n-hayu. La forme la plus classique de ce jeu comporte la disposition de petits cailloux selon le plan fantaisiste d'un village où chaque maison couvre au maximum un m² mais comporte des aménagements plus fastueux que ceux des habitations réelles. Tout le village est pourvu de sa mosquée et plusieurs puits légèrement creusés dans le sol. La dextérité des enfants intervient surtout au moment où il s'agit de meubler ces maisons. Aux garçons revient le soin d'équiper les puits, de creuser l'abreuvoir, de tresser les seaux. Les filles simuleront des récipients, feront des magasins, des fours, des pains. Les matériaux sont à leur disposition : ce sont par ordre de fréquence d'utilisation, des tessons de poterie anciens, parfois néolithiques (la poterie de Kuka Ayas, la potière actuelle, ne vaut rien, disent les enfants), des fragments de test d'œuf d'autruche, des brindilles de bois, des tiges de graminées utilisées pour des vanneries miniatures. Les rondelles obtenues sont baptisées 'pains'. Elles peuvent être perforées en leur centre : elles s'appelleront alors poulies de puits et joueront sur un axe, léger morceau de bois que l'on posera sur deux montants mortaisés en bois ou en poterie. 'Faire le pain' est la préoccupation la plus fréquente, peut-être par simple projection de souci permanent des enfants qui partent le matin ventre vide et n'ont pour passer tout un jour que quelques dattes, très exceptionnellement un petit pain aux oignions. De nombreux pains seront faits en test d'œufs d'autruche. Le fragment de coquille brut est posé à plat sur un caillou, la convexité en dessous, et les bords en sont écrasés par très petits coups avec un caillou pointu. L'enfant fait arrêt à chaque coup, avec le pouce. Le grésage des bords se fait avec un caillou plat. Lorsque les enfants vont au pâturage au pied de la dune dans une région de naba, les pains seront tout simplement des boules de sable moulé, parfaitement sphériques. Le mobilier de la maison, marmite, pots, assiettes, verres, tout matériel indispensable à la dînette, sera figuré par des tessons de bouteille ou de poterie. Les maisons et leur

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mobilier sont abandonnés par leurs propriétaires qui les retrouvent intacts plusieurs mois après. Les propriétaires consciencieux prennent d'ailleurs la précaution d'enclore leurs maisons d'un grand cercle tracé avec le pied, de la même manière que les adultes attestent leur droit de propriété sur un objet provisoirement abandonné dans le désert et qui, ainsi cerné, ne pourra être considéré comme une épave. Dans la région de Tachenghit où les pâturages de printemps exercent une attraction régulière sur les plus hardis des ksouriens, la présence de blocs de tafza détermine un jeu des maisons particulier. Deux bergers, Mohamet et Tahar ben Larbi m'en ont donné la clef : il s'agit de creuser dans le tafza des séries de cupules. Ces séries de cupules, qui semblaient au premier abord tout à fait énigmatiques, représentaient : un puits et son abreuvoir, des marmites de toutes tailles, des magasins, des fours pour le pain. La cupule était grossièrement façonnée avec un caillou pointu (à Tachengit, hachereau paléolithique) puis régularisée au moyen d'un percuteur de silex qui, par un jeu de rotation, produit dans cette roche tendre, des concavités sensiblement hémisphériques." Selon Germaine Laoust-Chantréaux (1990: 167) les fillettes kabyles des années 1930 font de belles maisonnettes : Les fillettes savent encore construire d'admirables 'ti°cucin' ou "petits nids"; ainsi appellent-elles les maisonnettes qu'elles édifient dans les cours à la belle saison. A l'exemple de leur maison familiale, d'un côté voici l'étable, de l'autre la partie réservée à l'habitation; çà et là quelques gros galets figurent les 'ikufan'; deux bûchettes, les ensouples du métier à tisser, trois petites pierres autour d'un trou : les 'iniyen'... et la fantaisie de l'enfant se donne ici libre cours sans frein. Autour de la maison s'étagent enfin les 'tibhirin' les "jardinets" où de menues branches, fraîchement plantées sont arrosées par l'eau qui coule d'un bassin de terre." Les enfants peuls, bambara et songhrai de Mopti sur le fleuve Niger font des petites maisons et mosquées en argile séchée ou cuite (Mandel et Brenier-Estrine, 1977: 10, photos: 9, 11, 13).

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Sauf une photo les données sur les maisons pour jeu de ménage et de dînette au Maroc proviennent de mes propres recherches. Cette photo de Mohamed Sijelmassi, publiée dans son livre Enfants du Maghreb entre hier et aujourd'hui (1984: 94), montre une maisonnette plus ou moins carrée, délimitée par des pierres de différentes dimensions avec deux petites ouvertures pour une porte d'entrée et une porte à l'arrière. Dans l'espace ainsi marqué un assortiment de boîtes vides ainsi que deux morceaux de tissus rectangulaires représentent l'ameublement et les ustensiles. Le lecteur trouvera d'abord les informations sur les enfants amazighs du Moyen Atlas, du Haut Atlas et de l'Anti-Atlas suivis par les informations sur les enfants arabophones. Non loin de la ville touristique d'Ifrane au Moyen Atlas, au village Sidi Brahim, des filles ont fait en mars 1994 leur maisonnette dans un endroit bien particulier. Il s'agit d'un vieux méchoui pour cuire un mouton qui se trouve près de la maison (fig. 93). 93

Sur le bord de ce four en pierres se remarquent les ustensiles-jouets pour faire semblant de préparer le manger ou de faire le thé. Ce sont des boîtes

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de conserves et de sardines, des bouchons servant de verres, des flacons, un vieux seau et d'autres objets de récupération (fig. 94). 94

En octobre 1992 j'ai observé des garçons d'Aït Ighemour, un petit village du Haut Atlas, en train de construire une maisonnette en trois dimensions avec de l'argile et des pierres. De la même manière ils font aussi une étable ou un garage (fig. 126, p. 136). Près de Goulmima et en novembre 1994, j'ai trouvé dans le village Ighrem-n-Cherif deux sœurs de 18 mois et de trois ans jouant ensemble dans leur maisonnette adossée au mur de leur maison (fig. 95). Quelques grandes pierres délimitent plus ou moins l'espace de jeu. Des boîtes de sardines, des boîtes de fer blanc, des flacons de plastique et d'autres objets de récupération forment les ustensiles de ménage. Selon des informations obtenues à ce moment dans la ville de Goulmima, les fillettes construisent une maisonnette à plusieurs pièces délimitées par des pierres.

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Dans le village Tiffoultoute près de Ouarzazate j'ai vu en novembre 1996 le même genre de maisonnette en bas du mur du vieux ksar ou quartier fortifié restauré. Dans cette maisonnette une grande boîte de Tide vide servait de table, la boîte de sardine était un tajine et des herbes sont la nourriture. Comme j'ai pu le constater en novembre 1997, les petites filles des quartiers populaires de Midelt font aussi des maisonnettes délimitées par des pierres. Chez les grandes filles ces maisonnettes sont plus élaborées. Dans le quartier Aït Mansour trois filles d'environ sept ans ont fait leur maisonnette adossée à la maison paternelle (fig. 96). Les murs qui délimitent cette petite maison sont faits de sable pierreux mais pour les murs intérieurs des pierres sont utilisées. Les maisonnettes comportent quatre pièces et un petit espace sans pierres qui est l'ouverture de la porte. Les ustensiles sont représentés par des couvercles de bocaux, des bouchons, des boîtes de fer blanc, etc. Les filles utilisent aussi une vraie théière. Elles jouent à préparer le manger, avec du sable et un peu d'eau, à faire le thé et à d'autres jeux de ménage. 96

Dans le même quartier et au même moment les filles d'environ onze ans construisent une maisonnette bien plus grande. Elles en ont construit une près de leurs maisons sur un terrain vague servant aussi bien de terrain de

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jeu que de pâturage aux moutons. Cette maisonnette comporte trois pièces dont les murs sont délimités avec des pierres. L'entrée est marquée par deux bidons avec des herbes comme fleurs, et une serviette. Les filles se trouvent dans la cuisine. Comme ustensiles de ménage figurent toutes sortes de flacons, pots et bidons en plastique. Elles utilisent aussi des plateaux à œufs en carton. Une grande pierre sur trois petites pierres est la table basse. Il est probable que le vieux bidon de peinture posé sur une grande pierre à l'arrière de la grande chambre est le four (fig. 97). 97

Les petites filles d'environ trois ans se font déjà des maisonnettes comme c'est le cas en septembre 1999 à Amellago dans le Haut Atlas (fig. 98).

120 98

Des pierres bien ordonnées délimitent l'espace de jeu où quelques objets de récupération forment les ustensiles. Une fillette de juste deux ans s'amuse déjà à préparer le manger dans un petit pot de yoghourt (fig. 99). 99

En contrebas de la piste passant par Imîder, un village près d'Amellago, trois filles et deux garçons d'environ sept ans ont construit une maisonnette pour jeu de dînette et de ménage. Elle est une des plus élaborée que j'ai vue jusqu'à aujourd‟hui. Je ne peux malheureusement pas montrer une photo de cette maisonnette à cause d'un problème technique survenu à mon appareil photo à ce moment mais j'ai fait un dessin reproduit à la figure 100.

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Cet ensemble de pièces, qui se situe entre la piste et les jardins en bordure de l‟oued, est délimité avec des murs bas érigés avec de grandes pierres. La maisonnette se divise en la grande maison taddert (environ 2 m sur 3 m), l'espace du milieu taddert tènèmèst (environ 1 m sur 2 m) avec un morceau d'arbre en guise de porte, et la maison plus petite avec une chambre à provisions el ghezîn (environ 1,5 m sur 2,5 m). Des espaces sans pierres représentent les portes. Dans la chambre de provisions, la pièce supérieure de la petite maison tout à fait à gauche du dessin, j'ai trouve dans un vieux bidon noir pour vingt litres d'eau et caché sous le couvercle toute une série d'ustensiles en miniature. Ces ustensiles furent modelés en argile par les filles et les garçons (fig. 198, p. 183). L'espace du milieu contient en bas à gauche un pot en plastique avec des os qui selon les joueurs représentent de la viande. A côté il y a une grande pierre à casser les amandes. En annexe, il y a une pièce avec un fourneau èlmsi simulé par une grande boite de conserves de tomates sur lequel une galette en argile figure le pain en train de cuire. Dans la chambre se trouvant dans le coin supérieur droit de la grande maison se trouve une petite marmite à couvercle. Dans la pièce du coin inférieur gauche une grande pierre sert de table. Khalija Jariaa a contribué beaucoup de données et de photos sur les jeux et jouets des enfants amazighs de l'Anti-Atlas. Il s'agit des enfants des villages Douar Ouaraben, Ikenwèn, Idoubahman-Imjâd, Ifrane a/s et Terloulou et du quartier Boulalem de Sidi Ifni. Sur la photo suivante faite à Idoubahman-Imjâd en août 2006 Khalija se trouve à gauche (fig. 101, p. 123). En ce qui concerne les enfants de la même région Boubaker Daoumani a collaboré à réaliser une vidéo sur le jeu de poupée et de construction de deux enfants d'une famille de Lagzira près de Sidi Ifni et sur un garçon créant des jouets dans cette ville. Il a aussi donné des informations sur les jeux et jouets des enfants du village Lahfart spécialement de ces élèves de la première et deuxième année (fig. 102, p. 123).

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Une manière particulière pour faire les murs d'une maisonnette consiste à utiliser des branchettes. C'est ce que veulent faire des enfants de Douar Ouaraben juste en dehors de Tiznit en décembre 2006. Pour cela ils sont allés jusqu'aux arbres qu'on voit en haut de la photo. Comme il y a eu des averses le jour précédent ils réussissent à y retirer des petits arbustes. A l'avant le mur de la maison pour jeu de dînette est déjà fait avec des pierres et des boîtes de carton (fig. 103).

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Imjâd est un groupe de villages d'environ 4000 habitants. La figure 104 montre le village Idoubahman, situé à 24 km d'Ifrane a/s et 72 km de Tafraoute, où Khalija Jariaa a observé et photographié des jeux en août 2006 (p. 124). Certains après105 midi deux cousines de deux ans et demi et un frère de cinq ans jouent ensemble au ménage et aux travaux de ferme. Sur la photo on voit deux maisons juxtaposées avec à droite l'étable qui sont temporairement hors usage (fig. 105). Quand ils jouent les petites filles font semblant de préparer de la nourriture et de faire le ménage. Le garçon part à la montagne avec son chat vivant et ses chèvres imaginaires. Là il joue avec un autre garçon de son âge. Quand il revient, il met ses chèvres à l'étable et les fillettes les donnent à manger des herbes sèches qu'ils ont cueillies aux alentours. Les enfants n'ont pas toujours besoin de se construire une maisonnette pour jouer au ménage ou à la dînette. Ainsi deux garçons et une fille d'environ sept ans du quartier Aït Mansour à Midelt ont transformé en août 1999 une camionnette démantelée déposée en face de leur maison (fig. 106). 106

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Sur la photo suivante un des deux garçons essaye de pendre un grand morceau de tissu devant les ouvertures (fig. 107). 107

On voit bien que cet espace serve pour le jeu de ménage, les enfants ayant équipé leur maisonnette d'objets de récupération représentant des ustensiles (fig. 108). 108

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Jusqu'à maintenant j'ai parlé de maisonnettes pour la dînette et le jeu de ménage faites par des enfants amazighs. A Marrakech des filles arabophones font des maisonnettes pour les mêmes jeux délimitées par deux couches de pierres. Celle que j'ai vue en novembre 1993 sur le bord d'une piste dans le quartier Hay Jeanette, un village en pleine urbanisation près de la Faculté des Lettres de l'Université Cadi Ayyad, est une maisonnette de 3,5 m sur 1 m faite contre le mur d'une maison (fig. 109). Elle a trois chambres de plus ou moins la même grandeur. Une fille de sept ans et une de neuf ans ont mis du papier de journal pour couvrir le sol des deux chambres sur le côté gauche. Dans l'autre chambre avec un sol bien nettoyé se trouvent deux boîtes de carton, une boîte de fer blanc et quelques autres objets de récupérations servant d'ustensiles.

109 Près de la source du village Aïn Taoujdate, entre Meknès et Fès, j'ai vu en septembre 2003 deux maisonnettes délimitées par des pierres. Une maisonnette était intacte mais l'autre était perturbée. Dans un village situé à 3 km avant Midelt en venant de Meknès des filles font aussi des maisonnettes délimitées par des pierres. Ce sont des filles Oulad Khawa, Ikhawîn en amazigh, du village She°ba, un îlot arabophone en milieu amazigh. J'ai vu à cet endroit et en 1996 qu'un petit bout de mur sert de cuisine pour une maisonnette adossée au mur de la maison paternelle (fig. 110, p. 128). Comme cela se voit sur la figure 111 (p. 128), des objets de récupération sont utilisés. Dans la casserole noire une fille a préparé la pâte de pain avec de la vraie farine. Il y a aussi la brosse pour nettoyer le sol faite de branchettes.

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1.5 Les autres constructions
Un jour en 1975, j'ai vu des garçons ghrib du Sahara tunisien construire une maison à trois dimensions, mais selon les informations recueillies à ce moment il semble que les filles en faisaient autant. Pour faire cela, les garçons ont tiré parti des caractéristiques propres du sable humide et du sable poudreux. Pour bâtir une petite maison pareille on procède de la manière suivante. Des petits murs de sable humide sont érigés en carré, le mur ayant environ 20 cm de hauteur et 8 cm d'épaisseur (fig. 112).

112 D'un côté une petite ouverture est laissée dans le mur. L'espace délimitée est remplie jusqu'à la hauteur des murs avec du sable sec et très fin (fig. 113).

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Puis le tout doit être recouvert d'une épaisse couche de sable humide tamponnée à la main de manière adéquate (fig. 114).

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En creusant le sol devant l'entrée le sable fin glisse hors de la maison. Si tout est fait de manière correcte le toit ne s‟effondra pas (fig. 115).

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Une autre petite habitation de sable est faite de la même manière mais avec un toit en dôme et deux entrées (fig. 116). Elle est appelée gurbi eththrâ car elle imite l'ancienne habitation souterraine creusée dans le terrain calcaire. On les trouve près du village ghrib de l'oasis d'El Faouar où elles sont utilisées comme étable pour les chèvres.

116 A la source naturelle d'El Faouar, les garçons ghrib de six à treize ans s'amusent en mai 1975 à faire différentes constructions avec du sable humide. Normalement cela se fait après une averse mais le sable humide à cette source convient aussi (fig. 117).

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Bien que les deux constructions de sable ci-dessous soient semblables, les garçons qui les ont construites disaient qu'il s'agit d'un enclos de bétail (fig. 118) et d'un marché (fig. 119).

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Une autre construction, réalisée par un garçon d'environ douze ans assis derrière sa création, est le tombeau de marabout ou saint local (fig. 120).

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Ce tombeau en miniature a été embellit d'une rose sauvage (fig. 121).

121 Au même endroit et au même moment un garçon de treize ans a réalisé, en faisant preuve d'un remarquable sens esthétique, la belle mosquée de sable de la figure 122. 88

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Cette mosquée comprend un minaret élégant et une cour (fig. 123). 123

La construction d'une petite mosquée en argile séchée ou cuite est signalée chez les enfants de Mopti sur le fleuve Niger (Mandel et Brenier-Estrine, 1977: 10, photos: 9, 11, 13). Comme décrit plus haut, les enfants Belbala du Sahara algérien délimitent pour leurs jeux de maisons et avec des cailloux le plan d'un village où la mosquée ne manque pas (Champault, 1969: 348). Un jeu des petits enfants marocains est l'imitation de la préparation du travail de construction. Ainsi j'ai vu fin août 1999 à Midelt cette activité ludique pendant des promenades d'observation dans un terrain vague. Cet espace sert entre autres de terrain de jeu aux enfants des quartiers populaires avoisinants d'Aït Mansour et de Taddawt. Dans une ruelle un garçonnet d'environ trois ans s'occupe à remplir une boîte de sardines avec des petites pierres et à la vider. Plus tard un autre garçon de quatre ou cinq ans s'amuse à séparer le sable des petites pierres avec une boîte de fer blanc trouée. De cette manière il imite le travail des aides-maçons qui doivent filtrer le sable en le jetant à travers une grille. Une demi-heure après ce garçon est toujours en train de faire cela mais cette fois il

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remplisse une boîte de carton. Il s'occupe aussi à mettre des petites pierres dans un petit pot en plastique et de le vider dans une grande boîte. Puis il transporte cette cargaison vers l'aire de construction quelques pas plus loin. J'ai trouvé en grand nombre de boîtes de sardines trouées servant à cette activité ludique à Midelt aussi bien qu'à Zaïda ce qui démontre la popularité de ce jeu chez les petits enfants. Au même endroit à Midelt mais en novembre 1997 j‟ai trouvé à la base d‟une maison en construction une assez grande maisonnette délimitée par des pierres et mesurant environ 3 m sur 5 m A côté deux garçons de plus ou moins six ans jouent avec un morceau d‟un tube en plastique, une pièce de fer à béton et quelques pots et bouteilles en plastique. Un garçon un peu plus âgé se joigne bien vite à eux et ensemble ils construisent un mur autour d‟un petit carré bien nettoyé. Comme pour les autres sections décrivant les maisonnettes, la plupart des données mentionnées dans ce chapitre se réfèrent aux enfants amazighs. A la fin du chapitre on trouvera les informations sur les enfants arabophones. En 1992 l'instituteur Nour-Eddine Ihbous m'a invite dans le premier village Amazigh que j'ai eu l'occasion de visiter. C'était le village Aït Ighemour dans le Haut Atlas situé à 8 km du Jbel Siroua (fig. 124). 124

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Sur les pentes entourant le village quelques garçons ont construit avec de l'argile et des pierres une étable et un garage (fig. 125).

125 Ces constructions en miniature à toit plat se distinguent par une entrée plus large pour le garage et par un enclos de pierres construit devant l'étable (fig. 126). Ces constructions élaborées sont utilisées dans de jeux de faire semblant liés aux occupations masculines.

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En novembre 1999 dans le village Amellago du Haut Atlas, Hakim, un petit garçon de trois ans, utilise un canal d'irrigation asséché pour y construire son garage. Les murs de ce garage d'environ 40 cm sur 50 cm sont délimités par des briques de terre pris dans le canal d'irrigation. Une brique plus petite sert de porte. Son camion, se trouvant à l'avant du garage, est une vieille sandale (fig. 127).

127 En décembre 2006 à Tiznit un garçon de douze ans joue avec ses copains au chauffeur de taxi. On voit à côté du mur le chauffeur de taxi poussant sa voiture. Selon ses propos il vient de sortir de sa maison de célibataire qu'il a fermée car il n'y a pas de femme pour la garder (fig. 128, p. 138).

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128 Les garçons du village Ikenwèn font aussi des maisonnettes en imitant la manière traditionnelle de construire des maisons en pisé. Cela se fait surtout quand les garçons ont l'occasion d'observer les hommes en train de construire ou de réparer une maison. En décembre 2006 lors de la réparation de la mosquée plusieurs garçons jouent à la construction de maisons en pisé. Comme moule à pisé Saïd, un garçon de huit ans, utilise deux planchettes qu'il remplit de sable argileux humidifié (fig. 129).

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Une fois le moule remplie de terre il la comprime avec un pilon, le morceau de bois qui se trouve à ses pieds sur la photo précédente (fig. 130).

130 De cette manière il construit les différents murs de la maisonnette comportant plusieurs chambres, une cuisine et un garage. Une fois le travail de construction terminé Saïd prépare lui-même son dîner car il joue le rôle d'un célibataire (fig. 131, p. 140). Sur le réchaud il a mis un tajine de légumes et de viande de chameau. A côté se trouve la marmite avec el harira, la soupe marocaine qu'on prépare surtout en période de froid ou de pluie.

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131 Pendant que le tajine cuit, Saïd retourne à son travail. Il s'occupe de la route qui mène au garage. Dans le garage il a mis son camion. Avec ce camion il amène la terre pour construire les murs (fig. 132).

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Saïd a décidé que cela ne peut durer qu'il doit lui-même faire le ménage car il a beaucoup trop de travail. Dès lors il engage une femme de ménage, la poupée qu'il a faite en un tour de main (fig. 133).

133 Il met cette poupée auprès du réchaud pour que son dîner soit prêt quand il revient à la maison la nuit. Cependant, quand il revient son dîner n'est pas encore prêt. Saïd se fâche et il dit "pourquoi il n'y a pas à manger pour moi et mes amis. Tu vas parler avec les femmes ai lieu de faire ton travail. Pourtant j'ai expliqué que je reviens à neuf heures du soir". Une fois la réprimande terminée, il fait semblant de frapper la femme de ménage (fig. 134, p. 142).

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134 Le même mois quelques garçons et filles d'environ sept ans d'Ikenwèn s'affairent à construire une série de maisonnettes avec des boîtes de carton. Ces maisonnettes représentent 135 le restaurant, l'hôtel, le cinéma, la maison de billard, le garage et la maison de la jeune mariée. Les filles jouent au mariage puis à la naissance du bébé avec des poupées qu'elles ont fait elles-mêmes. Dans le contexte de la naissance du bébé un des garçons joue le rôle du docteur. Toute la journée garçons et filles s'amusent à une série de mises scènes de la vie de leur village. Cependant, il ne s'agit pas de la réalité de leur village d'aujourd'hui mais plutôt de leurs rêves d'avenir. La maisonnette en carton de la figure 135 montre le garage.

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Le petit village de montagne Lahfart dans la région de Sidi Ifni se situe à environ 20 minutes de marche sur la piste grimpante qui commence au km 9 de la route asphaltée en partant de Sidi Ifni vers Tiznit. L‟école se trouve à gauche de la photo prise en direction de l‟océan (fig. 136). 136

Lors d‟une visite à ce village une famille m‟a invité en janvier 2002 à passer la nuit chez eux. Me promenant à Lahfart le lendemain j‟ai trouvé des élèves de l‟école primaire en train de construire des maisonnettes (fig. 137). Il s‟agit de fermes ou des maisons. Elles sont utilisées pour des jeux de faire semblant liés à la vie des hommes, à l'agriculture et à l'élevage.

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Ces maisonnettes sont délimitées avec des murs de boue, de la boue faite avec de l‟eau d‟un puits presque sec tout proche. Les garçons utilisent des petits morceaux de bois ou de carton rectangulaires pour faire des murs bien droits (fig. 138). 138

Il y a différents types de maisonnettes. Elles ont plusieurs chambres et des annexes. L‟espace autour de la maison est délimitée avec des pierres ou une clôture comme on le voit à la figure 139. Ces jeux ne sont pas limités aux activités traditionnelles. Les garçons y intègrent aussi des situations copiées de la vie urbaine avec son système de transport urbain comme les lignes régulières de car. La photo ci-dessous montre un car en

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plastique roulant sur la route bordée de pierres qui mène à la ferme (fig. 140). Cette ferme doit appartenir à un fermier riche car un poids lourd est garé devant l'entrée. 140

Le même jour j'ai trouvé deux garçons de plus ou moins neuf ans qui finissent la construction d'une grande ferme d'environ un sur deux mètres (fig. 141). Ici la technologie moderne est représentée par le même type de poids lourd en plastique servant de tracteur, bulldozer ou camion selon les nécessités. 141

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Les informations ci-dessous sur le quartier Boulalem de Sidi Ifni se réfèrent aussi à des enfants parlant amazigh. Cependant on trouve parmi eux quelques enfants en voie d'arabisation parce que leurs parents prèfèrent leur apprendre l'arabe marocain et suite à l'influence de l'école où l'arabe est la langue d'enseignement. La photo suivante montre la partie haute du quartier Boulalem (fig. 142). A droite on voit la rue Tagragra avec à l'avant l'espace vide où les enfants jouent parfois. Devant la maison où habite l'auteur se trouvent Khalija Jariaa et Boubaker Daoumani. 142

En avril 2005 une petite fille de cinq ans de ce quartier explique qu'elle est en train de préparer de la terre battue comme cela se fait pour bâtir une maison selon la technique ancienne (fig. 143, p. 147). En même temps elle raconte à quoi servent le fusil de sa voisine et son propre pistolet qu'on voit près du mur. La fille a reçu le pistolet quelques jours plutôt à l'occasion du Mouloud ou la naissance du Prophète. C'est sa mère qui l'a acheté au marché local pour 8 dirhams ou 0,8 €.

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La petite fille dit : "si la guerre de Palestine et d'Irak viennent ici, le fusil et le pistolet serviront à tirer" (fig. 144).

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Cette photo, où l'on voit la fillette et une voisine manipuler le fusil et le pistolet, fut prise quelques minutes avant la photo de la figure 143 (p. 147) et sans que les enfants s'en soient aperçus. Ces moments de jeu montrent comment les images et messages télévisés liés aux réalités du monde adulte s'infiltrent dans le jeu des fillettes. Une activité ludique qui pour le reste est basé sur un thème très ancien du jeu de construction lié aux techniques de construction traditionnelles. Par la fenêtre de mon appartement au premier étage dans le même quartier, j'ai vu fin juillet 2005 deux garçons travaillant ensemble pour faire une maisonnette. Avec une pierre Mohamed, un garçon de sept ans, casse en petits morceaux des rebuts de carreaux blanc et noir. Lahoucine, son voisin de neuf ans, utilise ces morceaux de carreau pour délimiter un rectangle d'environ un sur deux mètres. Dans la façade il laisse une ouverture pour l'entrée. Un peu plus tard il délimite des chambres dans le côté droit de la maison en faisant deux lignes obliques avec les mêmes morceaux blanc et noir (fig. 145). 75

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Sur la photo ci-dessus Lahoucine utilise un engin qu'il appelle traks, un terme désignant un tracteur ou un bulldozer. Comme ce garçon explique, il est en train de construire une route avec son bulldozer. A l'avant de son engin Lahoucine a mis une boîte de sardine vide représentant la pelle. En tirant une ficelle les pierres ou le sable rassemblés dans la pelle sont soulevés ou jetés (fig. 146). Ce bulldozer montre la combinaison de techniques traditionnelles pour faire des voitures jouets avec des jouets en plastique importés. Quand le père du garçon, un constructeur de bâtiments, a acheté ce camion pour 20 dirhams (2 €) pour l'offrir à son fils lors du Moussem de Sidi Ifni en juillet 2004 ce camion ne roulait pas bien. Vite ennuyé par ce mauvais fonctionnement le garçon a donné à son camion deux nouveaux essieux, deux clous de 10 cm, et de nouvelles roues, deux couvercles de pot de confiture à l'arrière et deux grands couvercles en plastique à l'avant.

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Pendant les vacances de nouvel an début janvier 2006 plusieurs enfants du quartier Boulalem de Sidi Ifni jouent toute la journée sur le terrain vague à la fin de la rue Tagragra. Une première période de jeu a lieu le matin. Un garçon joue au ballon et un autre se promène avec un fusil. Quelques groupes de garçons ont commencé à construire leur maison le long de la façade qui clôt un terrain à bâtir juste à côte de mon appartement (fig. 147).

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Le garçon au blouson jaune menace avec un fusil de roseau celui qui s'est introduit sur son terrain et lui dit "qu'est ce que tu fais ?". Ce dernier répond "je ne prends qu'un peu de terre pour construire ma maison". Le propriétaire du terrain lui dit alors "d'accord mais ne prend pas trop". Pour une des maisonnettes un garçon a mélangé dans un seau la terre avec de l'eau pour en faire du ciment afin de couvrir le toit avec une couche qui doit le rendre imperméable à la pluie (fig. 148).

148 Pour une autre maisonnette construite le matin on utilise surtout du matériel de récupération (fig. 149). 149

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L'après-midi le groupe de garçons s'est élargit et quelques filles se sont jointes à eux. Un groupe de garçons a délimité l'espace pour une grande maison avec une clôture faite d'une corde à laquelle ils pendent des panneaux publicitaires, des drapeaux et des morceaux de cartons (fig. 150).

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La fille vue sur la photo précédente veut s'intégrer à leur jeu mais elle n'est pas admise. Cependant quand elle propose de nettoyer la maison elle peut participer au jeu. Les garçons sont en train de discuter de la fête de bonne année qu'ils veulent organiser (fig. 151).

151 A cette fête de bonne année où on chante et joue du tambour sur un vieux bac en plastique peuvent se joindre la fille et le garçon jouant en haut de la figure 150 (p. 152). La fête se termine vite et l'endroit est laissé aux petits. Vers la soirée des groupes de jeu composés par les mêmes garçons font encore d'autres maisonnettes. La maisonnette qui se trouve contre le mur est entièrement faite de matériel que les joueurs ont récupéré dans les environs (fig. 152, p. 154). A gauche de la maison construite avec deux morceaux de cuisinière et des cartons, les garçons ont établi leur magasin de bonbons, bonbons représentés par des emballages de bonbons (fig. 153, p. 154).

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Un peu plus tard ils détruisent cette maisonnette et viennent s'installer sur le trottoir en bas de mon appartement. Là ils organisent leur orchestre de percussion en utilisant comme tambours les pièces qui ont servi pour construire la maison avec magasin (fig. 154).

154 Trois mois plus tard, en avril 2006, quelques garçons deviennent maçon et aide-maçon pour bâtir une maison. Ils font du mortier en mélangeant de la terre et de l'eau avec une pelle (fig. 155, p. 156).

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Les murs sont faits d'une ou de deux rangées de grandes pierres et ici et là on couvre le mur de mortier. Comme la pelle doit être ramenée à la maison un aide-maçon la nettoie (fig. 156). 156

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La maison est divisée en trois parties avec un salon à gauche, une chambre à coucher et une cuisine à droite. De chaque côté de l'entrée un arbre est planté, un roseau en haut duquel quelques tiges d'un balai, fait avec des feuilles de palmier, sont introduites (fig. 157). La cuisine est équipée avec des ustensiles en plastique et l'emballage d'un paquet de sel rempli de sable. La boîte d'un paquet de thé est tombée hors de la maison. La cuisine et la chambre ont été blanchit avec des restes de peinture blanche trouvée en bas de la façade d'une maison avoisinante peinte récemment. 157

Pour obtenir les objets de récupération avec lequel ils veulent garnir leur maison, les garçons ont demandé à deux filles d'aller chercher à l'endroit où les ménages déposent les ordures dans des sacs en plastique (fig. 158).

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Un dimanche de juillet 2006 Khalija Jariaa a observé et photographié trois garçons d'environ huit ans jouant ensemble dans le quartier Boulalem de Sidi Ifni. Ils ont commencé par délimiter une maisonnette avec plusieurs chambres et une cuisine (fig. 159). Une boîte de sardine qui est mis droit sert comme porte de cette maison bien élaborée. Dans la cuisine, en bas de la photo, il y a une table sur laquelle se trouve un réchaud à gaz.

159 Le cuisinier est le garçon en bas de la figure 160. Le garçon au milieu est un ami du maître de la maison, le garçon en haut de la photo. L'invité s'excuse d'être en retard parce que sa femme est enceinte et un peu souffrante. Après les salutations, le maître de la maison discute avec son ami les affaires courantes, les prix au marché de dimanche de

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Sidi Ifni, etc. Puis il questionne le cuisinier sur le dîner. Le cuisinier répond qu'il va d'abord servir le thé avec des biscuits et par après un tajine avec une salade. Le maître demande s'il y a aussi un dessert mais le cuisinier répond non. Le maître dit qu'il veut du dessert et aussi de la limonade pour son ami. Le cuisinier réplique qu'il ne sait pas si le maître de la maison est pauvre ou riche et que pour les pauvres un tajine avec une salade suffit. Si le maître est riche il aurait du le lui dire. Ainsi s'il manque de la nourriture c'est la faute du maître de la maison et non pas du cuisinier. Maintenant le maître demande au cuisinier d'aller acheter de la limonade. Le cuisinier revient et dit que le magasin est fermé. Le maître est ennuyé mais l'invité avance que cela n'est pas un problème et qu'il aura le dessert et la limonade une prochaine fois. Après cela les trois garçons boivent quelques verres de thé et mangent le tajine et la salade. L'invité dit que c'est un bon thé et un peu plus tard il demande si le tajine est cuit sur du charbon de bois ou sur le gaz. Le cuisinier répond que le tajine fut cuit sur du charbon de bois. L'invité veut partir pour voir comment va sa femme enceinte. Le maître de la maison demande son ami pour quand la naissance est prévue. Ce dernier lui répond que c'est pour la fin du mois de Ramadan. Le jeu se termine quand l'invité prend congé (fig. 161).

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Une des quatre vidéos filmées à Sidi Ifni et ses environs en 2002 montre un garçon de six ans en train de regarder son frère de dix ans. Ce frère crée des jouets comme la maisonnette, le camion, la voiture ou un système pour bouger cette voiture (fig. 162). 162

Les deux maisons en boîte de carton qu'il a fait se voient ci-dessous (fig. 163-164). Il ne fait pas ces maisonnettes ni les autres jouets pour lui-même mais pour les offrir à son frère ou à d'autres enfants pour qu'ils les utilisent dans leurs jeux de faire semblant. Le protocole détaillé de cette vidéo réalisée avec l'aide de Boubaker Daoumani est disponible en anglais sur www.sanatoyplay.org (Rossie and Daoumani, 2007, Video 2).

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2 Le jeu de dînette et les ustensiles-jouets
2.1 Résumé
Les informations sur les jeux de dînette et les ustensiles-jouets, couvrant la période du début du vingtième siècle jusque fin 2006, proviennent des enfants des Touaregs, Ghrib, Marazig, Maures, Sahraouis , Teda, Zaghawa, Belbala, Mozabites, Chaouïa, Kabyles, du Djebel Amour et Djebel Ksel, de Tlemcen, du Maroc et de la Tunisie. L'activité ludique est en premier lieu centrée sur la préparation et la dégustation d'un repas mais il s'agit aussi de servir et de boire du thé ou du café et une seule fois de fabriquer du jus de fruits. Lors des jeux de dînette la nourriture peut être représentée par du sable, de la terre glaise, des pierres blanches, des cailloux, des herbes, des morceaux de peau d'orange ou d'épis de maïs. Parfois il arrive, et cela surtout chez les filles de milieux plus ou moins aisés, que de la vraie nourriture comme du pain, des biscuits, du thé, du café, de la menthe, du sucre, de la farine, des tomates, des œufs et même de la viande soit disponible. Ici et là un feu est allumé pour cuire le repas. Les ustensiles-jouets fabriqués pour ou utilisés dans ces jeux sont d'une grande variété. Il y a surtout des réchauds portables appelés kanûn, des mortiers avec pilon, des récipients de toutes sortes, des bols, des tasses, des assiettes, des plateaux, des poêles, des couscoussiers et des tajines. Un tajine est un plateau en poterie qu‟on met sur un feu doux afin de cuire de la viande ou du poisson ensemble avec des légumes. On couvre le plateau avec un couvercle conique se terminant en pointe (fig. 225, p. 196). Bien qu'ils soient beaucoup plus rarement mentionnés, il y a aussi le tabouret, le banc, la table basse, le service de thé ou de café, la louche, l'entonnoir et même le chandelier, le brûle-parfum, la cocote minute et la pipe. Ces ustensiles d'imitation sont faits avec de la boue, de l'argile, du gypse, du bois, de l'alfa ou du carton. Les ustensiles modelés en argile sont séchés ou cuits. Lorsqu'ils sont en terre crue ils restent monochromes avec chez les filles du Djebel Amour et Djebel Ksel du début du vingtième siècle un décor en relief. Quand ces ustensiles sont en terre cuite, il arrive qu'ils aient un décor peint. En plus des ustensiles-jouets fabriqués, les enfants utilisent

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aussi des poteries usées, des boîtes de carton et de fer blanc, des bouteilles de verre ou de plastique. Bien que les filles en particulier s'adonnent à des jeux de dînette et à la fabrication d'ustensiles-jouets, il faut noter que les petits garçons jusqu'à l'âge d'environ sept ans y participent volontiers. Pour quelques populations il est mentionné que des garçons plus âgés et exceptionnellement des servantes ou des artisanes et artisans font des ustensiles en miniature. Des copies d‟ustensiles fabriquées par les industries du jouet d‟Europe ou d‟Asie sont depuis longtemps données aux filles. Aujourd‟hui des ustensiles-jouets fabriqués en Chine se vendent couramment au Maroc, entre autres un ensemble appelé „Kitchen Set‟ de quinze pièces qui coûte dix dirhams (1 €) en juin 2000.

2.2 Le jeu de dînette et les ustensiles-jouets
Dans le document "Vie des Touaregs. Enfance et Jeux" rédigé par un auteur anonyme probablement dans les années 1950 (p. 94) il est question de la fabrication de tapis et d'outres par les enfants touaregs vivant dans le Sahara. Ces jouets servent pour la dînette pendant le jeu de campement nomade. La citation du passage concerné se trouve dans mon livre Cultures Ludiques Sahariennes et Nord-Africaines. Poupées d’enfants et jeux de poupées, 2005: 57-58). La collection du Musée de l'Homme possédait depuis 1937 une écuelle et une pipe en miniature provenant d'enfants touaregs (fig. 165). Ces jouets sont faits en terre cuite non décorée. La pipe mesure 13 cm de long (71.1937.21.100) et le diamètre 165 de l'écuelle-jouet est 10,5 cm (71.1937.21.101).

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Vers 1975 les filles ghrib du Sahara tunisien jouaient dans leurs maisonnettes (fig. 87-92, p. 112-114) à la dînette ou el-khellît'a. Dans ces enceintes les filles s'adonnent de tout cœur à l'imitation des tâches ménagères. Elles vont puiser de l'eau à la source, ramasser du bois mort et si elles ont amené de la nourriture elles font la cuisine. Pour ces jeux les filles constituent tout un ensemble d'ustensiles en miniature. Beaucoup de ces jouets sont des objets de récupération comme des poteries et ustensiles délaissés, des boîtes de fer blanc, des bouteilles en verre, etc. Les filles elles-mêmes fabriquent d'autres ustensiles en miniature comme la marmite, el-burma, ou le poêle pour cuire le pain, ta°jîn (fig. 166). Cette marmite et ce poêle sont modelés par les grandes filles et parfois par une mère avec du gypse et du sable fin puis séchés au soleil. La petite marmite mesure 14 cm de diamètre et 8 cm de hauteur.

166 Avec la marmite, utilisée par les femmes pour bouillir de la viande, préparer des sauces ou des légumes, les filles à partir de l'âge de quatre ans font semblant de préparer un repas. Le poêle-jouet a un diamètre de 11 cm et la hauteur du bord est de 4 cm. Il sert à faire du pain plat khubz t-ta°jîn ce qu'imitent les filles.

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Parfois des vrais ustensiles de ménage peuvent être utilisés par les enfants et servir de jouet comme cela se voit à la figure 167 où un garçon d'environ trois ans joue avec une grande louche en bois. 167

Dans un jeu de force des adolescents transforment un petit enfant en sac en le portant sur les épaules. Ils passent un turban sous les épaules de l‟enfant, soulèvent l‟enfant et placent le nœud sur leur front (fig. 168, p. 165).

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Chez les Marazig, une population arabophone vivant non loin des Ghrib dans le Nefzaoua en Tunisie, les filles jouent aussi à la dînette, appelée khellêta ou fard'a. L'auteur qui mentionne ce jeu ne donne pas de précisions (Boris, 1958: 153, 460). La Mission Puigaudeau-Senones a collectionné entre 1936 et 1938 trois ustensiles-jouets en bois utilisés par les enfants maures de la région de Tidjikdja. Il s'agit d'une réduction du mortier à mil (catalogue p. 390, 71.1938.48.48), du pilon à mil (idem, 71.1938.48.49) et d'une écuelle qui se trouvent dans la collection du Musée du Quai Branly. Ces jouets sont aussi bien fabriqués par les jeunes bergers que par les artisans.

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Dans la même collection on trouve plusieurs séries d'ustensiles-jouets miniaturisés des enfants maures de Oualata dans le Sahara mauritanien. Ces jouets furent modelés par des servantes noires et s'utilisent avec les maisons en miniature faites par les mêmes servantes dans les années 1930 (fig. 40-41, p. 80-81). Tous ces jouets de très petite taille représentent des ustensiles ménagers. On y trouve des marmites, des écuelles, des assiettes, des couvercles arrondis ou pointus, des cuillers, des récipients d'eau, des bouteilles, des gourdes, des jarres, des gargoulettes, des jattes, des réchauds, des couscoussiers, des mortiers et des pilons, des supports, des brûle-parfums, un tabouret et un chandelier. Les quatre séries d'ustensiles-jouets provenant de la Mission Puigaudeau-Senones de 1936-1938 ont été modelées avec de l'argile crue. Les jouets avec le numéro 71.1938.48.93.1-15 sont teints en noir avec du charbon de bois pilé et rehaussés de lignes blanches. Leur diamètre maximal est 1,5 cm et la hauteur maximale 5 cm (fig. 169).

169 Les ustensiles-jouets avec le numéro 71.1938.48.94.1-22 sont recouverts d'enduit blanc, décorés de dessins bleus, bruns et parfois jaunes, le diamètre maximal étant 2,4 cm et la hauteur maximale 2,5 cm (fig. 170). 170

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L'autre série avec le numéro 171 71.1938.48.95.1-10 est peinte en brun et ocre rouge, et ornée de stries et de lisérés blancs avec un diamètre maximal et une hauteur maximale de 1,5 cm (fig. 171). Les ustensiles-jouets avec le numéro 71.1938.48.96.1-18 sont décorés d'un dessin noir, blanc, ocre et rouge sur fond jaune (fig. 172). Pour 172 plus de détails voir le catalogue (p. 391). Les autres ustensiles-jouets des enfants maures de Oualata conservés au Musée du Quai Branly ainsi que ceux décrits dans la bibliographie consultée confirment les données mentionnées ci-dessus. Dans son livre Charles Béart mentionne la théière comme le premier jouet de l'enfant maure (1955, p. 145). On y lit aussi comment les enfants en jouant s'initient à la préparation du thé : En attendant de pouvoir recueillir entre l'index et le majeur les feuilles infusées qui resteront au fond de la théière, il réclame en pleurnichant le cadeau d'un petit morceau de sucre. S'il n'obtient pas satisfaction..., il va se coucher sur le sable brûlant, il sait bien que les grands finiront par entendre raison. Plus tard, il sera chargé de nettoyer et d'astiquer plateaux et verres et on lui laissera un peu de thé, un peu de sucre, pour apprendre à préparer le breuvage consacré, mais il est encore trop petit. Il ne peut que s'emparer de la théière dès qu'elle se trouve libre pour essayer, non quelquefois sans drame, de verser l'eau de très haut dans le verre ou à côté; ventre proéminent tendu, jambes à la turque et l'air méditatif qui convient. Il offre son eau à l'entourage et toute grande personne polie poussera les petits cris de jouissance qui sont de rigueur. L'enfant peut jouer deux heures, jusqu'à ce qu'il entreprenne de frapper la précieuse théière avec un verre ou de casser une pierre avec celui-ci. Selon l'âge, pour en finir, tétée ou fessée.

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Selon Fernando Pinto Cebrián les filles sahraouies possèdent toutes sortes d‟objets miniaturisés comme les ustensiles-jouets, les coussins et les tapis. Il y a aussi des copies réduites des attributs féminins et des effets personnels. Etant de grandes imitatrices de leurs mères, les filles utilisent tout ce matériel dans leur jeu de ménage. Elles préparent du couscous avec du sable, nettoient leur tente-jouet, servent un thé imaginaire aux filles qui viennent les visiter, s‟occupent de leurs „enfants‟, chantent et dansent. Cela dure jusqu‟à ce que leurs mères les appellent parce qu‟il fait trop chaud ou parce qu‟il est temps de manger ou de dormir (1999: 105, 108). La collection analysée contient deux petits paniers en vannerie qui ont servi de jouet aux fillettes Teda du Tibesti. Ils ont été collectionnés par la Mission Le Cœur au Tchad en 1934. Celui portant le numéro 71.1935.50.169 mesure 8 cm de haut et se porte dans un étui de cuir. L'autre panier avec le numéro 71.1935.50.172 fut finement tressé par une fillette qui a couvert les bords et le fond de cuir décoré de lignes décoratives teintes en vert avec une teinture du Fezzan. Un couvercle y est attaché avec des charnières de cuir et la hauteur totale mesure 9 cm. Cette Mission Le Cœur a aussi collectionné deux petites poteries et un petit mortier en bois qui furent des jouets de fillettes. Le mortier, creusé dans le bois et avec une seule anse au pied, mesure 18 cm de haut et 13 cm de diamètre (71.1935.50.173). Les petites poteries sont une copie des brûle-parfums. Un des deux brûle-parfums consiste en un pot de 4,5 cm de diamètre reposant sur quatre pieds. Il est pourvu d'un trou de suspension et décoré de dessins géométriques gravés (71.1935.50.170). Le deuxième brûle-parfum a un pot de 2 cm de diamètre reposant sur un pied circulaire (71.1935.50.171). Oleg Lopatinsky qui a offert au Musée de l'Homme une magnifique série de quarante poupées des filles teda a aussi recueilli en 1962 d'autres jouets des enfants teda de Bardaï et du Tibesti dans le Sahara tchadien. Il s'agit de trois copies en miniature du mortier en terre argileuse séchée. Le premier mortier se trouve dans un filet de vannerie avec une corde de suspension en nervures de palmier (fig. 173, p. 169, 71.1965.3.1). Il fut fait par un petit garçon et mesure 5,5 cm de haut avec un diamètre de la coupe de 5 cm, la hauteur de la vannerie mesurant 8 cm.

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Le deuxième mortier est du même genre et mesure 5 cm de haut avec un diamètre de la coupe de 5 cm (fig. 174 à droite, 71.1965.3.2). Le troisième mortier est une copie du mortier en bois à trois pieds et il mesure 3,5 cm de haut avec un diamètre de la coupe de 3 cm (fig. 174 à gauche, 71.1965.3.5). Oleg Lopatinsky a reçu un jouet en argile représentant le banc en bois utilisé par les femmes teda (fig. 174, 71.1965.3.4). Il est de forme rectangulaire avec des deux côtés un appendice de préhension et à la base six pieds circulaires reliés entre eux. La hauteur de ce banc-jouet est 2,3 cm et sa longueur 7,7 cm.

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En 1956 un enfant zaghawa de l'école de Hiriba au Ouaddaï au Tchad a modelé avec de l'argile gris crue prise dans la mare une copie du mortier à trois anses (fig. 175 à droite, 71.1957.82.130, H = 5,4 cm, D = 6 cm) et du mortier sans anses (fig. 175 à gauche, 71.1957.82.131, H = 6,4 cm, D = 7 cm; pilon: H = 5,5 cm, D = 1,5 cm). Le même enfant a modelé un petit mortier à deux anses en argile rouge crue (71.1957.82.132, H = 6,5 cm, D = 7 cm).

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Comme mentionné dans la citation complète extraite du livre de Dominique Champault décrivant la maison de dînette, les enfants belbala du Sahara algérien font "le mobilier de la maison, marmite, pots, assiettes, verres, tout matériel indispensable à la dînette, figuré par des tessons de bouteille ou de poterie" (1969: 348-349). Cet auteur parle aussi de récipients et de vanneries en miniature faits par des filles et des seaux tressés par des garçons. Pour une description de ce jeu de dînette voir page 115-116. Même si l'information sur les ustensiles-jouets utilisés par les filles mozabites au Sahara algérien est limitée à quelques lignes elle est d'une grande utilité car elle mentionne l'influence européenne dans les années 1920. A.-M. Goichon (1927: 59) écrit : On joue à la noce de la poupée, on fait la dînette, avec de petits morceaux de rfîs, etc. Il y a de petits ménages d'importation européenne, et d'autres, plus curieux, de fabrication indigène; le plus répandu est le service à thé en alfa tressé, plateau, théière et cinq tasses. Les filles et peut-être aussi les garçons chaouïa de l'Aurès en Algérie jouent à la dînette et au ménage avec des ustensiles-jouets modelés en argile. La Mission Thérèse Rivière a collectionné en 1936 une série d'ustensiles-jouets des enfants Ouled Abderrahman de Kebech dans les montagnes du Djebel Tadjmout. Il s'agit de treize pièces en poterie dont onze sont en terre cuite et deux en terre crue. Des onze pièces en terre cuite, neuf ont un décor géométrique en laque 'llukk' fait de traits, croix, points, pastilles et cercles de couleur rouge, orange, brun et noir. Ces ustensiles mesurent entre 1,8 cm et 12 cm de haut et entre 6 cm et 13 cm de diamètre. Trois jouets sont des écuelles sur pied pour servir le couscous (fig. 176, 71.1936.2.179, H = 12 cm, D = 12 cm). Deux jouets représentent la marmite avec couscoussier (71.1936.2.180, H = 12 cm, D = 7,5 cm; 71.1936.2.269bis270bis, H = 10 cm, D = 8 cm). 176

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Deux autres jouets représentent un pot à goulot pour le beurre et un entonnoir pour remplir l'outre à eau (fig. 177, 71.1936.2.187bis, H = 4 cm, D = 6,5 cm; 71.1936.2.824, H = 6,5 cm, D = 6 cm).

177 Il y a aussi une petite louche (fig. 178, 71.1936.2.190, L = 9 cm, D = 3,5 cm).

178 D'autres jouets représentent le plat pour cuire la galette (fig. 179 en bas à droite, 71.1936.2.826, H = 1.8 cm, D 13 cm), une écuelle pouvant servir d'assiette pour un enfant (fig. 179 en haut à gauche, 71.1936.2.181, H = 3 cm, D = 10.5 cm) et une autre écuelle à oreille percée (fig. 179 en bas à gauche, 71.1936.2.691, H = 3.5 cm, D = 12 cm). Pour plus de détails voir le catalogue (p. 394). 179

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Dans la collection on trouve aussi deux ustensiles-jouets, un plat simple en terre cuite décorée (D = 11 cm) et un plat à pied (D coupe = 9 cm, D pied = 6 cm, H = 5 cm) et provenant des enfants chaouïa vivant à Aïn Kerma (71.1937.9.61-62). Dans les années 1930 "l'un des jeux préférés des fillettes (kabyles), comme partout, est encore la 'timniwelt', la "dînette", non pas que l'enfant se serve de provisions comestibles bien trop précieuses, mais elle apprend ainsi la préparation des aliments et s'initie déjà à la cuisine." (LaoustChantréaux, 1990: 167-168). Les fillettes du Djebel Amour et du Djebel Ksel, près de Aflou et El Bayadh en Algérie, se fabriquent selon Mathéa Gaudry (1961: 133) : Des petits plats (tajine) pourvus de gros reliefs et dont elles rayent le fond à l'ongle, des marmites munies d'un couvercle à gros bouton, ainsi que de petits fourneaux portatifs, objets qui sont la reproduction adroite des ustensiles fabriqués par les potières. Il nous est arrivé de trouver dans la rue un cercle de fillettes accroupies, les têtes se touchant et très absorbées. Que font-elle?... Elles ont allumé du feu dans leur petit fourneau, et dessus, ont déposé une vieille boîte de conserves de forme ronde remplie d'eau et supportant elle-même un petit keskas de leur fabrication rempli de terre en guise de couscous. Au bout d'un instant, le keskas est vidé sur une pierre plate, la terre étalée et pétrie entre les mains puis remise dans le récipient. Deux dessins, repris à la figure 180, montrent ces poteries en miniature. Cependant, le dessin du côté gauche ne 180 représente pas un tajine comme mentionné dans le livre de Mathéa Gaudry mais un petit réchaud. L'autre dessin est la petite marmite avec son couvercle à bouton. Chez les petites filles de la région de Tlemcen près de la frontière algéro-marocaine, le jeu le plus fréquent était dans les années 1960 la dînette : "on mime des repas, rarement des festins, en employant des cailloux, des herbes, du sable fin, de la terre glaise" (Zerdoumi, 1982: 227).

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Au Maroc aussi bien les enfants arabophones, amazighophones que juives jouent au jeu de dînette et fabriquent des ustensiles-jouets. Cependant les données rassemblées dans ce livre sont plus élaborées en ce qui concerne les filles amazighes. Mes données sur les milieux arabophones parlent des villes de Fès, Kénitra, Marrakech et Tanger ainsi que des villages Aïn Taoujdate entre Fès et Meknès, She°ba à côté de Midelt et Hmar près de Taroudannt. Les informations sur les milieux amazighophones se réfèrent aux régions montagneuses du Rif, du Moyen Atlas, du Haut Atlas, du Jbel Ayachi et de l‟Anti-Atlas ainsi qu'aux villes de Goulmima, Ouarzazate, Taza, Khemisset et Sidi Ifni. L'information sur les enfants juifs se réfère aux anciens Mellahs du Sud marocain. Les données vont du début des années 1900 à fin 2006. Deux auteurs ont mentionné le jeu de dînette pour les villes de Fès et de Tanger. Madame Soulé parle en 1933 du jeu de dînette intégré dans le jeu figurant le mariage des poupées. Pour cela les filles prennent avec eux le petit ménage de leur poupée : "petit kanoun (fourneau en terre), plateau, verres, théière, boîtes à thé et à sucre, etc., et même des provisions de fête : thé, sucre, menthe, semoule". Une cuisine est préparée dans laquelle une petite négresse jouant la servante s'occupe des menus ustensiles de ménage. Après l'exposition de la poupée-jeune mariée le moment de la dînette est arrivé pour laquelle la petite négresse a préparé le thé, les gâteaux et le couscous que maintenant les filles partagent avec leurs poupées (p. 157). Dans la collection étudiée se trouve depuis 1933 deux petites tables à fond circulaire en bois posé sur deux traverses et avec un bord en carton (fig. 181, 71.1933.77.50-51, H+ = 18 cm, D+ 11 cm). Le couvercle conique (H = 6,5 cm) a disparu. Lors d'une entrevue le 17 juillet 1981 avec Jeanne Jouin qui a collectionné ces tables-jouets, elle a spécifié que ces petites tables étaient utilisées par les filles de Fès pour jouer à la dînette et qu'elles y mettaient des petits biscuits ou des morceaux de pain. 181

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Pour Tanger et lors de la fête de °Arafa le livre de W. Marçais (1911: 205) mentionne qu‟au début des années 1900 les enfants supplient leurs parents de leur acheter des petits poêlons, des petites marmites et de petits ustensiles de cuisine pour faire la dînette. Le deuxième jour de la fête, ils cuisent cette dînette et avant de la manger ils disent : Dînette! Dînette! La dînette est facile à cuire, Mais attendons les Gnâwa (musiciens noirs). Les Gnâwa ne viendront pas! Et nous, nous ne mangerons pas! Ce texte d'environ cent ans démontre que dans les grandes villes marocaines de l'époque il était déjà coutume d'acheter des jouets pour les enfants, probablement des enfants de familles assez aisées et cela à certaines occasions qui cependant restaient rares. Les informations sur le jeu de dînette et les ustensiles-jouets des enfants arabophones du Maroc que j‟ai recueillies personnellement se limitent à quatre exemples. En haut d‟une petite colline à une centaine de mètres du village arabophone She°ba se trouvent en novembre 1996 plusieurs maisonnettes pour jeu de ménage des petites filles. Sur cette colline rocheuse se trouvent aussi d‟innombrables débris de poteries, de carrelages, de bouteilles ainsi que des boîtes de conserves vides et d‟autres objets jetés. En mettant à profit des dénivellements les filles se créent des maisonnettes de moins d‟un mètre carré. Dans cet espace elles rangent leurs ustensiles de ménage, leur matériel pour manger ou boire, tous récupérés parmi les débris trouvés sur place. Une maisonnette utilise ce qui reste d‟un coin de mur d‟environ 40 cm de haut et de 60 sur 50 cm. Par terre entre les deux pans du mur se trouve un morceau de carton qui sert de tapis. Une autre maisonnette est adossée à un mur en ruine. En plus des objets couramment utilisés, cette maisonnette comporte aussi des petits pots de Danone vides et des bouchons en plastique. Dans une des maisonnettes quatre filles et un garçon entre cinq et sept ans sont en train de jouer. Une des filles range sur un plateau en métal des fonds de bouteilles et d‟autres morceaux de verrerie. A côté se trouve le couvercle d‟une boîte de cirage, une vieille boîte de sardines et quelques morceaux

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de poterie ou de carrelage. Avec quelques pierres une autre fille fixe au sol une branchette d‟arbuste séchée. Les filles du village Aïn Taoujdate, situé à mi-chemin entre Meknès et Fès, utilisent pour leur jeu de dînette des ustensiles en miniature qu'elles modèlent avec du gypse. Comme me l'a spécifié une fille de quinze ans en 1993, les filles entre quatre et sept ans laissent le gypse en blanc mais les filles plus âgées, et cela jusqu‟environ treize ans, le couvrent parfois de peinture. Les ustensiles-jouets modelés le plus souvent sont le tajine, la marmite, l‟écuelle et la petite table. Lorsqu'en 1992 les filles du village Hmar près de Taroudannt jouent à l'accouchement de leur poupée elles fêtent cet évènement en chantant et en se réunissant autour d'une dînette. Les filles du quartier Daoudiyât à Marrakech des années 1970 utilisent dans leur maison de poupée des boîtes de conserves vides comme plats ou écuelles (Cultures Ludiques Sahariennes et Nord-Africaines. Poupées d'Enfants et Jeu de Poupées, 2005: 169). A Kénitra, une ville côtière à 40 km au nord de Rabat, j'ai trouvé en octobre 1994 un réchaud et un couscoussier en argile 182 cuite vernissée fabriqués par un potier pour servir de jouet (fig. 182, H totale = 26 cm, D = 16,5 cm). Les premières informations sur les ustensiles-jouets des enfants marocains amazighs datent de 1908. Ces jouets furent offerts au Musée de l'Homme et proviennent du Rif au Nord du Maroc (fig. 183-184, p. 176). Il s'agit de théières à anse transversale (71.1908.15.74-81), de tasses à thé (71.1908.15.24-32) et de gobelets à thé (71.1908.15.82-90) tous en terre cuite décorée. Ils sont ornés d'un décor brun avec des dessins noirs. Les théières ont sur le fond un dessin en forme d'étoile, de croix ou de petits traits. La théière la plus petite mesure 5,5 cm de haut et 6,4 cm de long (71.1908.15.78), la plus grande 7,3 cm et 9,4 cm (71.1908.15.75). Les tasses mesurent environ 4 cm de haut avec un diamètre maximal de 3 cm.

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Il y a aussi une autre série de service à thé du même genre (71.1959.52.911) ainsi qu'une petite table (71.1959.52.29, H = 10 cm). Pour les filles Aït Ouirra dans le Moyen Atlas Lahcen Oubahammou mentionne en 1987 qu'à travers le jeu de sable elles apprennent à préparer le couscous et à faire une pâte, appelée „ahrir‟ (p. 51). L'auteur donne des précisions intéressantes sur les jeux des filles : Les jeux féminins se réfèrent uniquement aux jeux des petites filles; ceci s'explique par le fait que la fille ouirra se marie très tôt, vers l'âge de 12-13 ans. Il faut signaler aussi que les jeux des petites filles sont très réduits en nombre par rapport aux jeux des garçons de leur âge parce que le champ d'action de ces petites filles est très limité; elles ne peuvent pas s'éloigner de la demeure parce qu'elles doivent aider leur mère dans les tâches domestiques ou s'occuper des plus jeunes.

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Les données sur les ustensiles-jouets et le jeu de dînette et de ménage des enfants amazighs marocains mentionnées ci-dessous proviennent de mes propres recherches. Dans le Haut Atlas à une altitude de 1600 m et à 15 km du centre rural de Taliouine en venant de Tazenakht se trouve le village Ignern d'environ soixante maisons. Une piste de 4 km partant de la route de Tazenakht à Taroudannt y donne accès. Dans ce village les filles aiment jouer à la dînette et pour cela elles modèlent des ustensiles en miniature avec de l'argile. C'est Zeina, une fille de douze ans, qui m'a donné en novembre 1998 toute une série d'ustensiles-jouets en argile crue séchée que l'on voit sur les figures suivantes. La figure 185 montre en haut une table (marfèh) portant une marmite à deux anses. Il y a aussi un grand plateau (azlèf) avec son couvercle et une tasse (tibriz) (fig. 186). 185 186

Les filles font aussi des marmites sans anses (tigint) avec couvercle (fig. 187). Une de ces marmites contient des pierres blanches en guise de nourriture. La figure 188 montre une marmite à deux anses avec couvercle et une louche (aranja). 187 188

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A la figure 189 on voit une louche et une petite marmite (tenjra ou gamela) et à la figure 190 un mortier (lèmgrèz) avec pilon et deux bols (tibriz). 189 190

Il y a aussi une marmite à couvercle (fig. 191), une théière (bèrrêd) (fig. 192), et quelques tasses ou bols (tibriz) (fig. 193). 191 192 193

Zeina a encore mentionné deux autres ustensiles en argile : l'assiette (tabsil) et la cocotte minute. Hamid, un frère de Zeina de treize ans, m'a certifié que les garçons modèlent parfois ces ustensiles en miniature. Ainsi lui-même il modelait une copie de la grande vase pour garder l'huile (ghibit). Qu'il y a des garçons qui modèlent des ustensiles-jouets est attesté parce que j'ai vu en octobre 1992 au village Aït Ighemour situé à 8 km de la montagne Jbel Siroua, à 2600 m d‟altitude et à la fin d‟une piste de 36 km partant du village Anezal sur la route d‟Amerzgane à Tazenakht dans la province de Ouarzazate. Là les garçons entre six et dix ans modèlent eux aussi des ustensiles en miniature avec l'argile qu'ils trouvent à flanc de montagne et les sèchent (fig. 194, p. 179).

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Pour coller des pièces l'argile est si nécessaire humidifiée avec un peu de salive. La figure 195 montre une table à trois pieds avec un tajine et son couvercle, un verre et une louche. Devant la table se trouve un plateau pour servir le couscous et une théière. Le diamètre de la table est environ 20 cm et la hauteur de la théière mesure 19 cm. Ces ustensiles-jouets ont été modelés en même temps qu'un muletier et son mulet (voir Cultures Ludiques Sahariennes et Nord-Africaines. L'animal dans les jeux et jouets, 2005: 98, fig.50).

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Sur le versant sud du Haut Atlas j'ai vu dans le vieux ighrem ou quartier fortifié de Taourirt de la ville de Ouarzazate comment une petite fille et un petit garçon nettoyaient leurs ustensiles-jouets, entre autres deux boîtes de sardines vides, au robinet public. Cela se passait en novembre 1996 mais leur travail de nettoyage fut assez vite interrompu par une femme habitant tout près. A huit kilomètres de Ouarzazate se trouve l'ighrem restauré de Tiffoultoute. En bas des murs se trouvait en novembre 1996 une maisonnette avec une grande boîte de Tide comme table, des boîtes de sardines comme plats et des herbes comme nourriture. Sur la route de Ouarzazate à Errachidia on passe la petite ville de Goulmima (fig. 196). Là les adolescents m'ont montré en septembre 1994 le jeu anhader swalut, jouer avec l'argile. 196

Pour ce jeu ils font des animaux et des ustensiles en miniatures, entre autres la tasse tiberna, le tajine à couvercle terughut et le mortier taferdut. La description de ce jeu avec l'argile se trouve dans mon livre Cultures Ludiques Sahariennes et Nord-Africaines. L’animal dans les jeux et jouets (2005: 118-119). Ces adolescents ont souligné que ce sont plus souvent les filles qui modèlent des ustensiles-jouets. Les filles utilisent ces ustensiles en argile dans une maisonnette délimitée par des pierres et dans laquelle

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elles font éventuellement du feu. Ainsi elles imitent le travail ménager comme elles voient faire leur mère. Devant une maison dans l'ighrem ou ancien quartier fortifié de la même ville j'ai observé en décembre 1996 comment trois fillettes étaient en train de modeler avec de la boue des formes ressemblant à des ustensiles. Après une averse et devant la porte de sa maison dans le quartier populaire Aït Mansour à Midelt, Sarah, une fille de cinq ans, joue en septembre 1999 avec la terre humide et une douille en plastique (fig. 197). Questionnée, elle dit qu'elle fait des gâteaux comme elle a vu faire sa mère. 197

Au pied du Jbel Ayachi dans le village Ksar Assaka à 4 km de Midelt, le jeu de dînette, appelée timesrit, se jouait vers la fin des années 1970 et le début des années 1980 dans une maisonnette délimitée par des pierres (fig. 49, p. 88). Ce sont les mêmes groupes de jeu des filles comme pour le jeu de poupée (Cultures Ludiques Sahariennes et Nord-Africaines. Poupées d’enfants et jeux de poupées, 2005: 132-145). Pour ce jeu de dînette les filles du groupe de jeu de Souad Laabib modèlent avec l'argile trouvée à côté de sa maison paternelle des ustensiles-jouets. Parmi ces ustensiles on trouvait le tajine, la marmite à deux anses avec couvercle, le réchaud et la louche. La nourriture est remplacée par des herbes. Parfois les filles

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apportent quelques tomates qu'elles mangent avec un peu de sel. De temps en temps elles réussissent à prendre des morceaux de sucre ce qui leur apporte des réprimandes lorsque leur mère le remarque. Une fois que les mets savoureux sont prêts, les filles organisent un petit festin. Selon les souvenirs de Souad, née en 1968, le jeu de dînette des filles de six à dix ans restait bien séparé du jeu de mariage des poupées pendant lequel une dînette simple était d'usage. La préparation des brochettes est aussi imitée. Pour cela une fille utilise la peau d'orange qu'elle pousse sur une brochette ou un roseau fin. Puis elle fait semblant de tenir la brochette au-dessus d'un feu imaginaire mais les morceaux de peau d'orange sont bel et bien mangés. Quand les enfants reçoivent une orange ils s'amusent à mettre des morceaux de sa peau sur une vraie broche et le tiennent au-dessus du feu mais dans ce cas les morceaux ne sont pas mangés. Lors de la saison des figues celles-ci sont mises comme un chapelet sur une tige d‟herbe dure et mangées lors du jeu de dînette. A cette époque aussi bien vers l'an 2000, les petits garçons peuvent participer à ce jeu de dînette. Ali, un garçon de dix ans en septembre 1999, m'a expliqué qu'ensemble avec les filles et quand il avait l'âge de cinq ou six ans il a modelé les ustensiles avec l'argile comme par exemple le mortier avec son pilon, le tajine avec son couvercle, le réchaud, la bouilloire, la bouteille, le verre. Une manière particulière de se procurer une délicatesse aussi imagée que rare démontre l'inventivité des enfants. Ainsi les filles du même village avaient l'habitude de s'offrir mutuellement du chocolat. Après une bonne pluie la surface de la terre se crevasse en séchant. Les petites aussi bien que les grandes filles prennent des morceaux de terre qu'elles considèrent comme des tablettes de chocolat. A mi-chemin entre Ksar Assaka et Midelt se trouve le village Taäkit. Là j‟ai vu, en mai 2000 et en bordure de ce village sur un terrain rocheux vague, plusieurs maisonnettes temporairement délaissées. Ces maisonnettes sont espacées de quelques mètres et comportent tout le matériel servant au jeu de dînette et de ménage. Ce terrain est propice à ce jeu car bien que les filles soient hors de l‟emprise directe des adultes ils restent néanmoins sous leur contrôle. En plus, les filles y trouvent tout ce dont elles ont besoin : des pierres, des boîtes de carton et de fer blanc, des bouchons, flacons, bouteilles et bidons en plastique, des morceaux de poterie et de verre, des vieilles brosses, morceaux de bois et de roseau, etc.

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Dans le Haut Atlas les filles jouent aussi à la dînette et utilisent pour cela des ustensiles-jouets comme dans la région d'Amellago. A Imîder, un petit village près d'Amellago, j'ai trouvé en octobre 1999 une des maisonnettes les plus élaborées que j'ai vue jusqu'à présent. Elle comporte une grande maison, une maison du milieu ainsi qu'une maison plus petite avec une chambre à provisions comme cela se voit sur le dessin de la figure 100 (p. 121). Cette maisonnette délimitée par des pierres sert pour des jeux de dînette et de ménage à un groupe de jeu avec trois filles et deux garçons entre six et huit ans. Dans la chambre de provisions, el ghezîn, la pièce supérieure de la petite maison tout à fait à gauche, j'ai trouvé dans un vieux bidon noir pour 20 litres d'eau et caché sous le couvercle, toute une série d'ustensiles en miniature modelés en argile par les filles et les garçons. Les ustensiles jouets que ces enfants ont bien voulu me céder se voient sur la figure 198.

198 Ils représentent de gauche à droite : une table à trois pieds (tabla, H = 4 cm, D = 9 cm) sur laquelle se trouve le plateau en alfa pour servir le pain (tiswit, H = 2 cm, L = 7,5 cm, LA = 4,5 cm) avec un pain (D = 3 cm, E = 1 cm), une autre petite table à trois pieds, un plateau en poterie dans lequel on fait du feu (elmsi, H = 2 cm, D = 9 cm) dans lequel trois pierres soutiennent une marmite avec couvercle (teruhût, H = 5 cm, D = 7,5 cm), un plateau en métal à deux anses (tumlilt, H = 1 cm, D = 4,5 cm), et une autre marmite avec une louche (technjawt, L = 5 cm, LA = 2 cm). Parmi les ustensiles on trouve aussi une copie du tajine et de son couvercle (H = 3,5 cm, D = 5,5 cm) avec des petits morceaux de l'épi de maïs grillé, et d'un grand plat (tebsîl).

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La maison du milieu, taddert tènèmèst, contient en bas à gauche un pot en plastique avec des os qui représentent selon les joueurs de la viande. A côté il y a une grande pierre à casser les amandes. Dans la chambre se trouvant dans le coin supérieur droit de la grande maison, taddert, située au côté droit se voit une petite marmite à couvercle (D = 8 cm) et dans la pièce du coin inférieur gauche une grande pierre fait figure de table. Les filles du village Douar Ouaraben près de Tiznit se font toute une série d'ustensiles-jouets pour leurs jeux de dînette et de ménage comme ceux faites en juillet 2006. Elles modèlent ces jouets avec de l'argile puis les font cuire dans un four qu'elles construisent à cette fin (fig. 199). 199

La figure ci-dessus montre la grande variété d'ustensiles et autres objets pour le jeu de ménage modelés par quatre filles de cinq à dix ans. Il s'agit d'une cafetière, d'un moulin à bras, de tajines, de plateaux, de récipients, de bols, d'un mortier à pilon, d'une cuillère, d'un panier à gâteaux et à l'avant de la photo de grands pains. Les mêmes filles créent aussi des palmiers à dattes (fig. 200, p. 185).

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Souvent on boit avec le couscous le petit lait qui au village se fait encore de temps en temps à la manière ancienne. Pour ce jeu une fille du village Terloulou a fait une copie miniaturisée de la tagshult en mai 2006 (fig. 201).

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Comme font les femmes une fille prend en main les deux fils à l‟arrière de la bouteille et ainsi elle balance en avant et en arrière ce récipient. Dans la bouteille elle a mis un peu de sable. Après avoir balancé le récipient quelque temps, la fille sort un peu de sable et y met quelques petites pierres qui représentent le premier stade de la formation du beurre. Ce processus est continué plusieurs fois et enfin le petit lait est séparé du beurre. Dans les années 1980 et encore aujourd'hui les filles du village Ikenwèn dans la région de Tiznit aiment de tout cœur jouer à la dînette. Un grand groupe de filles joue ensemble, parfois même jusqu'à trente filles. Pour leur jeu de dînette elles délimitent des maisonnettes avec des pierres et modèlent des ustensiles en argile. Khalija Jariaa a fait les exemples des ustensiles en septembre 2005. 202

La photo ci-dessus (fig. 202) montre à gauche un réchaud, facher, monté d'un tajine (réchaud : H = 4,5 cm, D = 5,5 cm; tajine : H = 4,5 cm, D = 5 cm) et à droite un petit réchaud monté d'une bouilloire, l mokraj (réchaud : H = 3 cm, D = 3,5 cm; bouilloire : H = 4,5 cm, D = 3 cm). Sur la photo cidessous (fig. 203, p. 187) on voit de gauche à droite un panier à pain, arbaèy (H = 2 cm, D = 7,5 cm), un tajine (H = 4,5 cm, D = 5 cm) et deux pains (D+ = 4 cm) sur une table, l marfa (H = 3 cm, D = 10,5 cm), un service de thé, tabla wa tèy (H totale = 4 cm, D+ = 8 cm), et un plateau avec des gâteaux, tabsil l gato (plateau : H = 2,5 cm, D = 8 cm; gâteaux: D+ = 1,5 cm).

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203 Tout un jeu de faire semblant se construit autour de la dînette, une dînette auquel des garçons sont associés. Cela se passe sur la place commune à côté de la mosquée. Les filles ne préparent pas la nourriture pour euxmêmes mais pour le fqih, un responsable religieux, et pour le berger. Ces deux personnages sont représentés par un garçon et il y a aussi les étudiants du fqih, quelques autres garçons. La fille qui est responsable pour préparer la nourriture envoie son 'fils' acheter de la viande au village voisin. Ce garçon se met en marche et après qu'il s'est éloigné un peu revient avec la viande dans un sac en plastique. Cette viande est remplacée par quelques bousiers dont on enlève les pattes pour les mettre dans le tajine modelé en argile. La cuisinière y met les épices et légumes préparés par les filles, des herbes et des plantes recueillies sur place. Des coquillages d'escargots représentent les œufs du tajine. Une fois le manger est préparé la fille responsable de la cuisine l'apporte au fqih. Elle lui dit : "Eh ! Fqih voici le déjeuner". Celui-ci fait semblant d'en manger, puis donne ce qui reste à ses étudiants. Bientôt c'est le tour à amksa, le berger. Il reçoit un dîner car il est parti toute la journée avec le troupeau. En plus du tajine il reçoit le nécessaire pour faire le thé le lendemain, des graines de terre qu'on trouve autour d'un nid de fourmis comme thé et des pierres enroulées dans du papier blanc comme morceaux de sucre.

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En septembre 2005 Khalija Jariaa m'a raconté que les meilleurs ustensiles et jouets pour jeu de ménage étaient faites avec de la pâte d'argan. Cette pâte permet de modeler finement des jouets car elle s'y prête mieux que la boue ou l'argile. Il faut sécher ces jouets hors du soleil.

204 Pour me montrer ces jouets Khalija les a refait en modèle réduit mais quand elle jouait avec pareils jouets dans les années 1980 ils étaient environ trois fois plus grand (fig. 204, H+ = 6 cm, LO+ = 13 cm, D+ = 8 cm). Le toit de la maison tridimensionnelle est démontable. Lorsque les filles jouaient avec une maisonnette de grandeur normale elles plaçaient des poupées femmes sur le toit qui soi-disant regardaient les hommes en train de danser la danse locale ahwash pendant une fête de mariage. A gauche de la photo se trouvent un petit four à pain et un four surmonté d'une bouilloire. En bas on voit un réchaud portable et un tajine et plus à droite un instrument pour peigner la laine. Plus haut se trouve un récipient pour huile d'argan puis un moulin pour broyer les noix d'argan. Ce moulin est décoré avec de la laque pour ongles mais normalement on utilisait de la peinture rouge. Au centre de la photo on voit un service de thé.

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Au village Idoubahman-Imjâd deux fillettes de deux ans et demi jouent à la dînette en août 2006 (fig. 205). Elles font un repas avec les morceaux de légumes et de pain qui sont dans le sac en plastique. La poterie utilisée par les fillettes comme tajine fut faite pour eux par leur grand-père potier. Le garçon de cinq ans qui était occupé à fabriquer une petite bicyclette avec de fil de fer mange un morceau de pain qu'il vient de recevoir. 205

Avant que je m'installe à Sidi Ifni en 2002 Boubaker Daoumani collectionnait déjà des jouets de ses élèves de l'école primaire du village de montagne Lahfart et les gardais dans une petite salle annexe. Quand je lui parlais de mon don de jouets au Musée de Jouets de Moirans-en-Montagne en France, il m'a proposé d'y intégrer les jouets qu'il avait collectionnés vers 2001. Parmi ces jouets il y a plusieurs ustensiles modelés en terre argileuse. Les enfants utilisent certains de ces jouets pour leurs jeux de préparation d'un dîner, le mortier à pilon (fig. 206, p. 190, H = 4 cm, D = 7,5 cm; pilon : L = 8,5 cm), les cruches à eau (fig. 207 p. 190, H+ = 5 cm, D+ = 4 cm), marmites et tajines (fig. 208 p. 190, H+ = 6 cm, D+ = 5 cm), les cuillères (fig. 209 p. 190, LO+ = 11 cm, LA+ = 3cm).

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209 D'autres ustensiles et du mobilier en argile s'utilisent pour la dînette à proprement parler. Parmi les jouets faits par les élèves de la première et deuxième année de l'école primaire de Lahfart vers 2001 j'ai trouvé des tables (fig. 210, p. 191, H+ = 5 cm, D+ = 11 cm), sièges (fig. 211, p. 191, H+ = 6,5 cm, LO+ = 5,5 cm, LA = 5,5 cm), tasses (fig. 212, p. 191, H+ = 3,5 cm, D+ = 3,5 cm), plateaux à gâteau (fig. 213, p. 191, H+ = 2 cm, D+ = 4,5 cm), plateaux à pain (fig. 214, p. 191, H+ = 2 cm, D+ = 6 cm) et un panier à pain (fig. 215, p. 191, H+ = 6 cm, D+ = 6,5 cm).

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Ces enfants font aussi des services de thé. Celui de la figure 216 (p. 192) contient à côté de la théière un pot à sucre, trois tasses et une cuillère (H+ = 4 cm, D+ = 3,5 cm). La théière du second set est intéressante à cause de son bec retourné (fig. 217, p. 192, H+ = 4 cm, D+ = 3 cm).

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Un style de modelage différent se voit dans un dernier set modelé par un autre élève de l'école primaire de Lahfart vers 2001. Ce set comporte une théière, une cuillère, un mortier et un abreuvoir (fig. 218, H+ = 2,5 cm, LO+ = 6 cm). Ce modelage a donné des ustensiles miniaturisés avec une surface lisse. 218

Quand les enfants de la première et deuxième année de l'école primaire de Lahfart ont été demandés de créer des jouets en mai 2005 ce sont surtout les garçons qui ont fait des jouets modelés en argile. Ces jouets sont séchés hors du soleil. Six garçons ont modelé une série d'ustensiles-jouets ainsi que le nécessaire pour faire du pain. Mohamed, Youssef et Yasin, trois garçons de six ans, et Brahim de sept ans ont fait ces jouets (fig. 219, p. 193). De gauche à droite on voit un moulin à bras, un tajine, un moulin à bras, deux bols, un four pour cuire un ou deux pains, un moulin à bras, un plateau mis sur une table à trois pieds, deux plateaux pour le pain, un moulin à bras, un petit réchaud portable, un grand four pour cuire environ trente pains et une pelle pour y mettre les pains (H+ = 8 cm, D+ = 9 cm).

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Saïd, un garçon de sept ans, a modelé la série d'ustensiles suivante : une bouilloire, une théière sur un réchaud portable, un pot à lait avec anse et bec verseur, deux tasses, trois bols, un tajine et un mortier. Il y a aussi un moulin à bras (fig. 220, H+ = 7 cm, D+ = 6 cm). 220

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Ali, un garçon de neuf ans, montre les jouets qu'il a modelés en argile (fig. 221). Les jouets qu'il a faits sont une table, deux tajines, trois bols, une théière, un grand pain et deux moulins à bras (H+ = 5 cm, D+ = 7 cm). Devant un des moulins à bras il a mis une femme (H+ = 3,5 cm, LO = 3 cm). Il y a aussi un poisson, une poule, une chèvre (H+ = 8 cm, LO+ = 9 cm) et une poupée en armature de roseau (H = 14 cm). 221

Le même garçon a encore fait un jouet en argile représentant l'ustensile en poterie utilisé pour faire du petit lait (fig. 222, H = 4 cm, LO = 6,5 cm).

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Les deux filles qui ont modelé des jouets en argile sont Aïcha de six ans et Mina qui en a sept. Aïcha a fait un tajine et huit bols pour l'huile, la confiture et le miel (fig. 223, H+ = 3,5 cm, D+ = 3,5 cm). 223

Mina a modelé une théière, deux tasses et deux bols, un tajine et une marmite à couvercle (fig. 224, p. 196, H+ = 4 cm, D+ = 3,5 cm).

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En 2004 quelques filles de la même école ont fait en argile des ustensilesjouets comme le tajine, la grande cruche d‟eau à trois pieds et la marmite à couvercle. Une d'elle a aussi modelé la table à trois pieds (fig. 225, H+ = 7 cm, D+ = 8 cm).

225

196

Au pied de l'Anti-Atlas se trouve la petite ville côtière Sidi Ifni. Dans le quartier Boulalem qui monte la pente, Zahira, une fille de sept ans, et une autre fille de cinq ans s'amusent à préparer le couscous un jour d'avril 2005 (fig. 226). Du sable fin trouvé près de leurs maisons remplace le couscous et le couscoussier est un petit pot de yaourt vide. Avant de remplir leur couscoussier elles manipulent le sable comme une mère le fait lors de la cuisson du couscous, une manipulation qui se répète trois fois. Comme le jeu a commencé assez tard Zahira décide de le continuer le lendemain.

226 Le lendemain Zahira, l'organisatrice du jeu, continue seul la dînette. Après qu'elle a mis en place les ustensiles-jouets, elle prépare el harira, la soupe marocaine. Elle explique sa décision de faire la harira en disant qu'il fait assez froid. La figure 227 (p. 198) montre Zahira portant l'assiette de soupe. Après que deux voisines sont venues participer au jeu, deux garçons du même âge sont arrivés et essaient de s'infiltrer dans le jeu.

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227

Zahira discute avec un des garçons qui viennent déranger et bien vite les deux garçons s'en vont avec leur petite bicyclette (fig. 228). 228

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En avril 2006 sur le terrain vague devant ma maison au quartier Boulalem à Sidi Ifni un garçon est en train de faire un masque et un fusil pour jouer à la guerre de Filistîn ou Palestine (fig. 229). Une fille de six ans arrive et dit : "quand ton travail est terminé, viens à mon restaurant et je te servirai la soupe el harira". Tout près la fille commence alors à filtrer du sable avec une boîte de sardine trouée (fig. 230).

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230 Une fois qu‟elle a fait suffisamment de soupe elle le verse dans des bouchons de bouteille de limonade, puis porte les bols de soupe au garçon et ses compagnons de jeu (fig. 231, p. 200). Un peu plus tard à la tombée de la nuit la fille joue de cuisiner un dîner pour les mêmes garçons.

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231 Quelques fois j'ai mentionné des garçons marocains créant des ustensilesjouets mais j'ai très peu d'information sur des garçons qui font semblant de préparer un repas. 232 C'est ce qui s'est passé dans le quartier de Boulalem à Sidi Ifni à la fin du mois d'août 2005 lorsque trois garçons ont préparé un dîner avec des herbes et du sable (fig. 232). Cependant, cette préparation de la nourriture ne fait pas partie d'un jeu de dînette. Le garçon avec le T-shirt blanc est le chef (fig. 233, p. 201) et il a dit de se reposer et de manger car il est déjà midi.

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233

Dans son livre Quelques manifestations de l’esprit populaire dans les juiveries du sud-marocain (Marrakech-Casablanca 1948-1958), Pierre Flamand donne une description détaillée du jeu de dînette en relation avec la fête juive de Pâques (p. 183-184) : Tous les enfants du monde organisent des dînettes. Pour les fillettes juives cela vient au second rang de leurs activités préférées, après la poupée. Quelques garçonnets ne dédaignent pas de s'y joindre. Ce jeu tire un grand prestige de son association aux festivités de Pâques et d'une correspondance étroite avec un usage de la société musulmane, dont les enfants se groupent à l'occasion de l'°Aïd-el-kébir (fête du mouton, commémorant le sacrifice d'Abraham) pour préparer du couscous dans de petites marmites de terre. La dînette juive de Pâques comporte une préparation lointaine; les dons en argent, exceptionnellement consentis aux enfants lors de la célébration de Pourim, se consacrent à l'achat du matériel nécessaire. Jusque vers 1945, la poterie artisanale locale pourvoyait à ce besoin, par la production de marmites, jarres, fait-tout de modèles réduits, que les cuisinettes en aluminium ou en tôle légère supplantent progressivement. Le matériel d'argile n'est plus acheté que par l'enfance rurale et par les citadins très pauvres. Encore ces derniers penchent-ils

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vers l'achat de copies du matériel moderne, réalisées par les ferblantiers indigènes à partir de vieilles boîtes de conserve. La jeunesse safiote (Safi) - juive et musulmane - se conforme toutefois à une tradition favorisée par l'industrie locale; elle conserve la vaisselle d'argile. 25 % des écoliers juifs safiots considèrent même sa préparation comme leur occupation préférée. Ils délayent puis pétrissent l'argile en poudre que les potiers leur fournissent gratuitement et acceptent même de cuire. Le dernier jour des fêtes de la Pâques, les fillettes se réunissent. Chacune a quémandé quelques victuailles. Les enfants des riches, groupés entre eux, disposent de viande et d'huile, de farine, d'œufs et de sucre; les petits pauvres mènent leur jeu avec des simulacres; la mie de pain enrobée de sucre tient lieu de pâtisserie. Le menu se discute sérieusement entre les participantes puis elles se répartissent les tâches : "j'épluche les légumes, je les lave... dans chaque marmite je mets un peu d'huile, du sel, du curcuma (safran du pauvre), de la pomme de terre... ma sœur lave la vaisselle, essuie les parquet... mon autre sœur place les assiettes". Des problèmes naissent de la variété des apports : "Simy a apporté de la viande, je vais chez maman, elle me montre comment on fait des boulettes; Rachel se charge de nettoyer la viande, moi j'allume le feu dans les minuscules fourneaux". "Enfin, nous voici toutes assises en rond, les pieds croisés"... "Mon frère dit le kidouch (la bénédiction) et nous goûtons toutes le vin béni"... Tantôt trop cuits (mlisda)... tantôt à moitié (mgezma) nos mets ont un aspect lamentable; cela ne nous empêche pas de les déclarer délicieux" (note 42 : extraits de devoirs rédigés par Janine et Jacqueline Ohayon et Mimy Oussadam de l'Ecole de l'Alliance Israélite Universelle d'Imint-Anout (Imi-n-Tanoute), Suzanne Mahemany et Fiby Aflalo de l'école de l'A.I.U.J. Bigart à Marrakech). Ces heures de plaisir enfantin cherchent à se prolonger au-delà du temps rituel. Mais les jours de congés scolaires seuls y conviennent. Encore ne peut-on le samedi, que simuler le jour de Sabbat. D'autre part, l'approvisionnement des cuisinettes se fait difficile en raison de l'épuisement des ressources familiales entraîné par la célébration de la Pâques. Aussi l'enthousiasme ne se soutient-il guère au-delà du jour faste de cette activité.

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Les adultes et plus particulièrement les mères de familles considèrent ces jeux avec une attention entièrement sympathique; leurs enfants s'y initient à leurs futurs travaux ménagers; la tradition locale s'y maintient et s'y fortifie de pratiques enfantines quelquefois charmantes (à toute dînette comportant l'usage de vaisselle neuve, les enfants invitent leurs parents); quelquefois terriblement significatives de la pauvreté générale (les invités payent). Cet auteur mentionne (p. 209) le jeu de la fabrication de jus, qui est aussi bien un jeu de filles que de garçons. Ce jeu s'appelle : Limone. - Breuvage obtenu en mettant tremper du Habsouss - végétal à saveur sucré - dans de l'eau légèrement sucrée et colorée avec de l'Ellouana - poudre existant en divers coloris, préparée spécialement pour cet usage. Ce mélange se fait au jugé, sans proportions définies; on l'agite vigoureusement puis on le met dans des récipients de fortune (vieux flacons de Coca-Cola, Pepsi-Cola... etc.). Cette préparation s'effectue traditionnellement pendant la fête de Chabouoth, dans la plupart des familles. Les gens aisés offrent à leurs enfants le matériel nécessaire pour qu'ils s'en acquittent eux-mêmes. Les enfants considèrent cette tâche comme un jeu. Les plus avisés ajoutent au plaisir de cette manipulation et à la joie de déguster leur Limone, la recherche du profit; ils vendent ou troquent une partie de leur production à leurs camarades. Il est à remarquer que le jeu de poupée, surtout lorsqu'il s'agit de fêter les noces, peut comporter une dînette. Une description de ces jeux figurant le mariage de la poupée-jeune mariée se trouve dans mon livre Cultures Ludiques Sahariennes et Nord-Africaines. Poupées d’enfants et jeux de poupées. La collection du Musée du Quai Branly possède plusieurs ustensilesjouets en argile, le plus souvent vernissé, faits par des artisans ou artisanes tunisiens qu'utilisent aussi bien les enfants musulmans que juifs. Ces jouets collectionnés en 1933 (71.1933.77.150.1-3, 71.1933.77.160) et en 1934 (71.1934.23.1-4) sont des copies du réchaud, du couscoussier, de la marmite, du plat et du bol (catalogue p. 396).

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Aimé Dupuy mentionne les mêmes ustensiles-jouets et y ajoute des gargoulettes en miniatures, tous modelés aussi bien à Nabeul qu'à Guelalla sur l‟île de Djerba (1933: 317). Lors d‟un voyage en Tunisie en 1987 j‟ai vu au Musée de Sousse cette photo montrant une fillette assise dans une chambre en milieu urbain (fig. 234). Sa poupée est visiblement faite sur place, peut être par la fille ellemême. A ce moment la photo avait l‟air d‟être faite depuis tout un temps. Une série d‟ustensiles jouets en poterie et en fer blanc sont exposés devant la fille. Tout à fait à gauche il y a aussi un sac. Cette scène fait penser au jeu de poupée à dînette des filles nord-africaines. 234

Lors du même voyage j'ai acheté dans un magasin de Nabeul un petit service à café avec une cafetière, un sucrier, un pot à lait et six tasses et sous-tasses vernissés avec un décor géométrique ou floral bleu sur fond blanc (fig. 235, p. 205, H+ = 6,5 cm, D+ = 6 cm). J'ai aussi acheté le même service à café en terre cuite non vernissée (H+ = 6 cm, D+ = 5 cm).

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Un premier exemple de pipe-jouet modelé en argile par des enfants touareg a déjà été mentionné (fig. 165, p. 162). Un second exemple provenant de la petite ville Imzouren dans le Rif oriental marocain est fait en superposant l'une dans l'autre des cupules de glands. Un dernier exemple vient du village Ikenwèn 236 dans la région de Tiznit. En juin 2006 un garçon de neuf ans l'a fait en mettant une tête de pipe trouvée sur un bout de roseau (fig. 236).

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3 Les occupations ménagères dans les jeux et jouets
3.1 Résumé
La référence la plus ancienne date de 1889 et la plus récente de 2006. Les données mentionnent l'imitation ludique des travaux ménagers par les enfants des Touaregs, Ghrib, Maures, Mozabites, du Sahara Nordoccidental, des Teda, Chaouïa, Belbala et du Maroc. Ce chapitre décrit l'interprétation des enfants des tâches féminines comme chercher du bois, chercher de l'eau, moudre le blé, faire le pain, fabriquer de l‟huile, laver le linge, filer, tisser, et aussi se faire belle. Les jouets utilisés pour ces activités ludiques sont fabriqués par les enfants eux-mêmes surtout avec de l'argile, du gypse ou de la boue. Parfois ils sont faits par des adultes ou proviennent de l'industrie du jouet. Ces jouets représentent des récipients d'eau, des puits, des fours, des planchettes à laver, des fuseaux, des métiers à tisser et du matériel pour se faire belle. Imiter les occupations ménagères appartient plutôt au jeu des filles qu'au jeu des garçons. Néanmoins, les garçons ne dédaignent pas ces jeux et ils font parfois les jouets s'y référant. Dans ce cas il s'agit surtout de construire des puits, des moulins à bras et des fours.

3.2 Chercher du bois
Cette occupation qui dans le milieu rural est une tâche presque journalière peut mener les enfants à un jeu d'imitation. Cependant je n'ai rencontré cette activité sous sa forme ludique qu'une seule fois et dans la bibliographie consultée elle n'a pas été mentionnée. Cette unique observation se produisit dans l'oasis El Faouar au Sahara tunisien où un garçon ghrib de trois ans s'efforçait en octobre 1975 de transporter un fardeau de branchettes qu'il a ramassé près de sa maison (fig. 237, p. 207).

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237 134

Lors d'une visite de recherche à Zaïda, un village amazigh le long de la route de Meknès à Midelt et à 30 km avant cette dernière ville, j'ai observé début septembre 1999 trois filles de sept à huit ans et un garçon de six ans arrachant à la pioche des arbustes utilisés pour cuire le pain (fig. 238). Cette activité très utile se déroulait dans une ambiance ludique. On peut donc parler d'un travail bien amusant mais nullement d'un jeu d'imitation. 238

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3.3 Chercher de l'eau
Contrairement à l'unique exemple de jeu imitant le ramassage de bois, il y a plusieurs jouets liés à la tâche domestique primordiale de chercher de l'eau. Il s'agit de puits, de cruches, d'un récipient à eau et d'un trépied à outre. Dans plusieurs endroits du Sahara les enfants font des imitations de puits d'eau. Dominique Champault écrit concernant le jeu de maison que les garçons belbala s'occupent à réaliser des puits en miniature (voir p. 115-116). Elle a aussi collectionné en juin 1951 un petit puits à poulie comportant "un tesson de poterie meulé en disque perforé, reposant sur une petite branche de tamarin posée horizontalement sur deux montants verticaux mortaisés. La hauteur des montants mesure 12 cm et le diamètre du disque 4 cm. Ce puits à poulie s'intègre dans le mobilier essentiel du jeu de la maison : ga negneyu" (fiche d'objet, D. Champault, 71.1952.27.44). Des puits-jouets étaient aussi utilisés dans le jeu de ménage ou de l'élevage par les enfants touaregs comme le prouve un puits à balancier en miniature recueillie par la Mission René Pottier en 1934 chez les Touaregs Kel Djanet des Touaregs Kel Ajjer de Ghât dans le Sahara libyen (71.1937.21.112, H = 80 cm). Ce jouet ressemble le petit puits teda décrit ci-dessous. Parmi les ustensiles-jouets fabriqués par les servantes noires des Maures de Oualata se trouvent des récipients à eau (p. 166). Charles Béart mentionne onze petites chansons que les fillettes maures chantent lorsqu'elles imitent la tâche de chercher de l'eau (1955: 146-148). En 1934 La Mission Le Cœur a ramené de chez les Teda du Tibesti au Sahara tchadien un petit puits à 239 balancier fabriqué par un enfant pour servir dans son jeu (fig. 239, 71.1935.50.183). Ce jouet comporte deux montants de bois, d'une hauteur de 30 cm, qui se terminent par des fourches fermées. Dans les trous une barre transversale de 27 cm de longueur est introduite. Cette barre porte une perche de 46 de long. D‟un côté de la perche la corde du seau est accrochée et de l'autre côté pend un

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balancier de pierre. Les différentes parties sont liées par des liens de palmier, de cuir et d'étoffe. Corneille Jest a donné au Musée de l'Homme un puits en miniature provenant de Tindouf dans la Vallée de la Saoura (Sahara Nord-occidental ) mais qui semble être perdu (71.1962.51.4). Heureusement la Photothèque possède une photo de Corneille Jest montrant comment en 1960 des enfants de la Vallée de la Saoura faisaient à côté d'un palmier irrigué une imitation du puits dans le sable humide (fig. 240).

240 Les enfants mozabites (Goichon, 1927: 58) font vers 1920 des puits : copiés sur le curieux puits du pays : un trou assez profond pour pouvoir y verser de l'eau; puis une haute margelle en terre. Au sommet des montants de terre, une poulie taillée au couteau dans une planchette soutient une ficelle, liée par l'une de ses extrémités à un petit delû en cuir ou en chiffons - et l'on tire de l'eau pour arroser un pied de menthe dans le jardin.

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L'ustensile-jouet le plus ancien de la 241 collection étudiée se réfère aussi à l'activité de chercher de l'eau. Il s'agit d'une petite cruche vernissée offerte en 1889 au Musée de l'Homme par le Gouvernement Général de l'Algérie. Elle est en terre cuite avec un décor rougeâtre sur fond blanc. L'origine exacte de cette cruche-jouet n'a pas été indiquée mais elle pourrait provenir de la région kabyle (fig. 241, 71.1889.120.66, H = 11 cm). Ce musée possède aussi un trépied à outre en miniature provenant des enfants Chaouïa de Tadjmout Kebech de l'Aurès en Algérie en 1936. Il est fait de trois bâtons de laurier rose de 23 cm de longueur qui sont attachés ensemble en haut par une bandelette d'étoffe rouge (71.1936.2.273). Une autre cruche-jouet en terre cuite à 242 anse et à décoration rougeâtre en forme d'arête ou motif floral provient des enfants amazighs du village Achouia, Souk Taza au nord du Maroc. Monsieur Herber l‟a donnée au Musée de l'Homme en 1933 (fig. 242, 71.1933.74.1, H = 13 cm). Un des jouets que les enfants Aït Ouirra de la région d'El Ksiba dans le Moyen Atlas reçoivent pour la fête d'°Ashûra sont des petites gargoulettes, appelée „tikallaline‟ (Oubahammou, 1987: 85). Les filles jouent aux travaux de la ferme à Ifrane a/s situé à environ 25 km de Bouizakarne qui se trouve sur la route de Tiznit à Guelmim. Pour ce jeu elles ont des vaches représentées par des rameaux de palmier séchés pour les grandes vaches et des rameaux verts pour les veaux. Les chèvres et les moutons sont des morceaux de rameau. La ferme est délimitée avec des pierres. Pour abreuver les animaux une fille fait semblant de puiser de l'eau dans le puits qui se trouve à côté de la ferme. Le modèle de puits de la figure 243 (p. 211) a été fait en août 2006 par Khadija une jeune mariée de dix-huit ans. Quand il n'y a pas de petits récipients en plastique, on utilise des boîtes en fer blanc. Le puits est remplit de sable qui fait office d'eau.

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243

3.4 Moudre le blé
Plusieurs exemples de moulins à bras en miniature provenant d'enfants ghrib du Sahara tunisien, d‟enfants teda du Sahara tchadien ou d'enfants amazighs marocains indiquent que le jeu d'imitation de moudre le blé est assez courant. C‟est surtout un jeu de fille mais occasionnellement un petit garçon le joue aussi. Dans les années 1970 les filles ghrib s'exercent en jouant à moudre le blé avec une meule appelée rh'aiya, le diminutif de rh'â le moulin à bras des femmes. La copie de ce moulin à bras des femmes se fabrique avec du gypse par les filles elles-mêmes à partir de l'âge de dix ans environ.

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Pour construire un moulin à bras en 244 miniature, une fille ou éventuellement sa mère ou une sœur plus âgée agit de la manière suivante : deux disques d'un diamètre d'environ 15 cm sont modelés avec du gypse et dans le disque qui servira de base un bâtonnet est fixé au milieu. Sur l'autre disque on introduit près du bord un bâtonnet dont la longueur dépasse la largeur d'une main et au milieu du disque on fait un trou. Les deux disques sont maintenant saupoudrés de sable fin et mis à sécher (fig. 244). Quand les disques ont durci, la fille peut se servir de son moulin à bras en passant le disque troué sur le bâton de l'autre disque. Du sable servira de grains mais occasionnellement se seront de vrais grains (fig. 245).

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Le jeu de moudre le blé chez les Teda consiste à écraser des grains de sable figurant le blé sur une pierre plate (Béart, 1955: 129). Dans le Haut Atlas au village amazigh Amellago Hakim, un petit garçon de trois ans, a fait un moulin à bras (fig. 246). Pour cela il utilise de la terre prise dans le petit canal d'irrigation. 246

Ce moulin, appelé tigrit, est fait en deux pièces, un premier disque avec un bâtonnet introduit au centre et un deuxième disque avec un trou au centre et un bâtonnet fixé dans le bord. En assemblant les deux disques Hakim peut commencer à produire sa farine imaginaire. Dans le Moyen Atlas, au village Arhbalou-n-Serdane sur la route de Khénifra à Boumia, les filles entre quatre et onze ans se modelaient dans les années 1940 un moulin à bras ou takrût. Ce jouet s‟utilise pour la dînette faisant partie du jeu de mariage avec la poupée-jeune mariée (Cultures Ludiques Sahariennes et Nord-Africaines. Poupées d’enfants et jeux de poupées, 2005, p. 127-128). Chez les Aït Ouirra de la région d'El Ksiba dans le Moyen Atlas "la petite fille à travers les jeux de sable, apprend à construire des petites meules pour écraser le blé" (Oubahammou, 1987: 51).

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Les adolescents de la petite ville amazighe Goulmima, à 40 km d'Errachidia sur la route vers Ouarzazate, ont lors de la reconstitution du jeu anhader swalut ou jouer avec l'argile, construit un moulin à bras en miniature en septembre 1994. Alors ils m'ont expliqué que ce sont surtout les filles qui le font et rarement les garçons. Pour une description de ce jeu avec l'argile voir mon livre Cultures Ludiques Sahariennes et NordAfricaines. L'Animal dans les Jeux et Jouets (2005: 118). Que les garçons font des 247 moulins à bras-jouets est attesté parce que j'ai observé au village amazigh Aït Ighemour au pied du Jbel Siroua dans le Haut Atlas en octobre 1994. En même temps que les ustensiles-jouets de la figure 195 (p. 179) un des garçons a modelé une belle copie du moulin à bras (fig. 247, H = 9 cm, D = 11 cm). Vers 2001 Boubaker Daoumani a reçu un grand nombre de jouets en argile de ces élèves de l'école primaire du village de montagne Lahfart dans la région de Sidi Ifni. Parmi ces jouets il n'y a pas moins de 22 moulins à bras (fig. 248, 249 p. 215, H+ = 8 cm, D+ = 11 cm).

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La diversité de grandeur et de design de ces moulins à bras est assez remarquable. Comme on le voit sur le moulin à bras au centre de la photo, les enfants utilisent parfois des vrais grains pour imiter de moudre le blé (fig. 249).

249 Comme mentionné dans le chapitre Le jeu de dînette et les ustensilesjouets Boubaker Daoumani a 250 collectionné auprès de ces élèves une deuxième série de jouets en mai 2005. Parmi les jouets modelés en argile il y en a un que je n'ai encore jamais vu. Il s'agit d'un moulin à bras pour moudre le blé devant lequel est mise une femme assise (fig. 250). Le fait qu'Ali, un garçon de neuf ans, ait modelé cet ensemble le rend encore plus remarquable. A ce moment d'autres élèves de la première et deuxième classe ont modelé des jouets en argile. Parmi eux il y avait six garçons et deux filles. Tous les garçons ont fait un moulin à bras mais seulement une des deux filles (fig. 219-224, p. 193196).

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Lorsque j'ai visité le village Igîsel à environ 3 km de la source d'eau chaude Abaynou près de Guelmim dans le Pré-Sahara en septembre 2005, Sarah, une fille de neuf ans, m'a montré les jouets qu'elle faisait en argile pour son jeu de dînette et de ménage (fig. 251). Parmi ces jouets se trouvent deux moulins à bras pour moudre le blé et un pour faire de l'huile argan. Le foyer sur le côté gauche est une copie exacte du foyer montré à gauche de la figure 257 (p. 220).

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3.5 Faire le pain
Dans la citation complète qu'on peut lire lors de la description du jeu des maisons (p. 115-116), Dominique Champault (1969: 348-349) écrit que les filles belbala font des fours et des pains. Les pains sont : faits en test d'œufs d'autruche. Le fragment de coquille brut est posé à plat sur un caillou, la convexité en dessous, et les bords en sont écrasés par très petits coups avec un caillou pointu. L'enfant fait arrêt à chaque coup, avec le pouce. Le grésage des bords se fait avec un caillou plat. Lorsque les enfants vont au pâturage au pied de la dune dans une région de naba, les pains seront tout simplement des boules de sable moulé, parfaitement sphériques. Parmi la série de cupules creusée dans la roche tendre pour créer une maisonnette il y a une cupule qui représente le four pour cuire le pain. Chez les Aït Ouirra vivant dans le Moyen Atlas, les fillettes construisent lors de leur jeu de sable des fours et elles font des galettes de pain (Oubahammou, 1987: 51, 127). Un groupe de jeu de trois filles et deux garçons de six ou sept ans du village amazigh Imîder dans le Haut Atlas a construit une grande maisonnette en septembre 1999 (fig. 100, p. 121). Cette maisonnette comporte entre autres une maison du milieu avec une pièce annexe où se trouve un four fait d'une grande boîte de conserves de tomates sur lequel un pain, une galette d'argile avec des petits trous, se cuit. Parmi les ustensiles-jouets modelés par ces enfants il y a aussi la planche à pain et le grand plateau pour cuire le pain, tous les deux avec un pain d'imitation (fig. 198, p. 183). Vers la fin des années 1970 et le début des années 1980, les filles du village amazigh Ksar Assaka, près de Midelt, aimaient construire un petit four à pain. Pour faire le four les filles construisent d'abord l'armature en forme de dôme avec des tiges d'herbes sèches sur laquelle de l'argile est appliquée. Le four d'environ 20 cm de haut et 30 cm de diamètre a une large ouverture et un trou en haut. A travers l'ouverture quelques morceaux de bois sont placés d'un côté dans le four et de l'autre côté sont mis les pains en argile. Après la cuisson des 'pains' les braises sont sorties du four et étalées juste devant le four pour servir à faire bouillir le thé fait de

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feuilles d'arbustes mais qui n'est pas bu. Le groupe de jeu comporte plusieurs filles mais rarement plus de six et cela se passe dans le jardin de la maison d'une des filles. Un garçon de ce village m'a raconté en 1999 qu'il participait à ce jeu lorsqu'il avait l'âge de cinq et six ans vers 1995. Il a ajouté à la description qu'il y a aussi l'imitation de la pelle en bois servant à mettre les pains dans le four. En août 1999 et dans le quartier populaire Taddawt de la petite ville de Midelt au Maroc central, quatre filles entre quatre et huit ans sont en train de faire des pains ronds avec de la boue. Elles aplatissent les disques avec leurs mains et les mettent au soleil pour les faire cuire. En novembre 1996, une fille de huit ans du village She°ba tout près de Midelt a préparé dans une casserole noire la pâte de pain avec de la vraie farine (fig. 111, p. 128). Ce pain ou éventuellement des biscuits sont cuits sur un feu. Cette fille et sa copine m‟ont dit utiliser aussi de l‟argile en guise de farine. Dans le petit village amazigh Ikenwèn, situé à 30 km de Tiznit au bord de la route vers Tafraoute, les filles d'aujourd'hui aiment imiter la fabrication du pain comme cela se faisait quand leurs mères étaient jeunes. Les grandes filles créent parfois de belles copies des petits et des grands fours avec les ustensiles nécessaires. Le grand four est utilisé pour cuire environ vingt pains à la fois (fig. 252, H = 12 cm, D = 15 cm). Devant ce four il y a la pelle en bois avec un pain et à côté se trouve une bouilloire. Pour chauffer l'eau la bouilloire est mise sur le petit four dans lequel on voit un grand pain (fig. 253, H totale = 13 cm, D = 7cm). Ce matériel de jeu était utilisé par Khalija Jariaa vers 1985. En 2005 elle a fait les exemples ci-dessous. 252

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Dans le cadre de leur jeu de construction et de poupée (p. 104-108), une fille et son frère vivant dans une maison isolée à Lagzira près de Sidi Ifni développent plusieurs thèmes. Un de ces thèmes joué par la fille Halima de six ans est de cuire du pain (fig. 254).

254 Parmi les jouets en argile que Boubaker Daoumani a reçus de ses élèves du village Lahfart dans l'Anti-Atlas en 2001 se trouvent cinq fours pour cuire le pain (fig. 255, H+ = 6 cm, D+ = 16 cm). Pour créer le dôme du four au centre de la photo l'enfant a utilisé un sac en plastique remplie de terre.

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La figure 251 (p. 216) montre une fille du village Igîsel près de Guelmim dans le Pré-Sahara. Parmi les jouets qu'elle a faites en 2005 se trouve un grand four pour cuire du pain avec une ouverture en haut (fig. 256, H = 8 cm, D = 19 cm). Dans l'ouverture se trouve un grand pain.

256 Cette fille a réalisé une belle copie du four à pain qui se trouve dans sa maison comme on le voit sur la photo suivante (fig. 257). 257

Dans la petite ville côtière Sidi Ifni, j'ai vu en novembre 1998 trois frères arabophones d'entre huit et douze ans en train de jouer dans le jardin de leur maison en bordure de la falaise surplombant la plage (fig. 258, p. 221).

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Ensemble ils ramassent le matériel nécessaire comme du bois, des pierres et de l‟argile pour construire une copie du grand four à pain (fig. 259). 259

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En bas de ce jardin ils ont érigé avec trois pierres un ferrân ou four d'environ 40 cm de longueur sur 30 cm de haut (fig. 260, p. 222).

221

260 Sur ces pierres ils ont mis un morceau de plastic noir puis un morceau de carton et enfin un épais morceau de bois sur lequel ils mettent les 'pains', des boules de terre humide (fig. 261). Un peu plus tard ces boules sont devenues des projectiles de combat. 261

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3.6 Fabriquer de l‟huile
Au petit village amazigh Ikenwèn, situé à 30 km de Tiznit le long de la route vers Tafraoute, les filles jouent à produire l'huile argan, une huile renommée pour ces qualités exceptionnelles. On peut jouer cela pendant toute l'année mais il est préférable de le faire un jour de pluie car il est alors plus facile de fabriquer les jouets nécessaires. Ce jeu existe depuis longtemps dans ce village et il est encore joué aujourd'hui. Khalija Jariaa, une femme de trente ans, a donné la description de ce jeu dans lequel les filles imitent le travail des femmes. Un groupe de filles entre six et huit ans s'y adonne en l'incorporant dans d'autres jeux de faire semblant. En même temps que le jeu de la production de cette huile, les filles jouent aussi à chercher du bois, à préparer le dîner et à garder les animaux. Khalija a fait une copie des jouets qu'elle et d'autres filles ont faits dans les années 1980 mais qui sont encore créés actuellement. En mélangeant la boue avec de la paille on évite que les jouets se brisent facilement. Le premier jouet est lié à la casse de la coquille des noix. La fille place un tisseguiz ou plateau d'environ 20 cm de diamètre sur un morceau de carton ou une natte. Elle prend plusieurs noix de l'arbre argan qu'elle dispose sur le plateau et y met aussi quelques noix dont la peau extérieure est déjà enlevée. Après avoir dépulpé les filles essaient de concasser la noix en la frappant avec une pierre selon la manière spécifique des femmes (fig. 262). 262

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Lors de la seconde étape dans la fabrication de l'huile argan il faut torréfier les amendes. Un petit inkèn ou fourneau à trois pieds et un plateau afellun sont modelés (fig. 263, D = 8,5 cm, H = 7 cm). Khalija insiste sur le fait qu'elle allumait un petit feu dans ce fourneau mais pour torréfier des amendes cela se faisait sur un feu plus grand et avec une poterie posée sur trois pierres. 263

Une fois que les amendes sont torréfiées la fille pulvérise quelques amendes puis met cela dans le moulin à bras appelé azerg (fig. 264, L = 22 cm, B = 14 cm). A la place des amendes du sable était souvent utilisé. 264

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Après le broyage la substance est placée dans le récipient tikins. Puis on le travaille pour qu'elle devienne une imitation de la pâte amelu qui donne l'huile. Les filles mélangent de l'eau avec du sable pour imiter la pâte et elles y ajoutent un peu de sel comme lorsqu'on fait du vrai amelu. Khalija raconte que pendant tout un temps elle observait de près comment une vieille femme préparait l'huile argan puis elle se mettait à l'imiter. Un jour la mère de Khalija a regardé faire sa fille de quatorze ans à son intrus. Voyant qu'elle connaissait bien comment faire amelu en jouant sa mère lui a dit que dorénavant elle pouvait aider à vraiment préparer amelu. Khalija se rappelle qu'elle a beaucoup regretté cette réaction de sa mère car elle voulait continuer à jouer avec les autres filles. Elle souligne aussi que c'est la raison pour laquelle les grandes filles font attention de jouer au ménage hors de vue de leurs mères. Elles craignent que leur mère dise “tu connais comment faire le ménage et tu dois donc m'aider aux tâches ménagères au lieu de t'amuser avec les filles”. Un autre ensemble pour préparer l'huile argan comme on le faisait à Ikenwèn se voit sur la photo suivante (fig. 265, H+ = 6 cm, D+ = 16 cm). Il a été modelé aussi par Khalija Jariaa en septembre 2005. Il y a un grand moulin avec son bec verseur typique supporté par trois pieds, un récipient avec un bec et deux poignets, une tasse à poignet pour verser de l'eau, un bol et un tabouret à trois pieds. 265

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Les filles de Douar Ouaraben près de Tiznit dont les ustensiles-jouets en argile ont déjà été décrits (p. 184), modèlent aussi le moulin pour broyer les amendes d'argan (fig. 266). Ce moulin est mis sur trois pierres. Sur la photo on voit aussi le récipient pour la pâte d'argan et le bol pour l'eau nécessaire pour travailler la pâte. A droite du moulin se trouve le tabouret utilisé par la femme. Les ustensiles sont modelés en argile puis cuits dans un four fait par les filles. Ces jouets ainsi que la poupée femme en armature de roseau ont été 266 faits pour un jeu de ménage en juillet 2006. En 2001 Boubaker Daoumani a rassemblé un important ensemble d‟ustensiles-jouets. Ces ustensiles en terre argileuse ont été faits par les enfants des deux premières années de l‟école primaire du village Lahfart dans l‟Anti-Atlas. Parmi ces jouets j‟ai trouvé trois moulins pour fabriquer l‟huile d‟argan avec un bec verseur (fig. 267, H+ = 5 cm, D+ = 7 cm).

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Sarah, la fille de la figure 251 (p. 216) vivant au village Igîsel près de Guelmim, a fait en 2005 un moulin à bras pour faire de l'huile argan et un récipient. Ce moulin a un bec verseur tout comme les autres moulins de ce type. A droite de la figure suivante on voit ce moulin ainsi que le récipient et un plateau avec quelques noix grillées. On y voit aussi deux moulins à bras pour moudre le blé, un plateau avec quelques graines, deux tajines, un réchaud portable et une bassine (fig. 268, H+ = 6 cm, D+ = 9,5 cm).

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3.7 Laver le linge
Dans une échoppe de la Médina de 269 Rabat j'ai trouvé en 1993 un des rares jouets en bois encore fabriqués par des artisans. Il s'agit de la planchette à laver pour fillette. La plus grande planchette que j'ai achetée a un rectangle surélevé en lamelles de bois (fig. 269, LO = 19 cm, LA = 6,5 cm). Ce rectangle manque à l‟autre planchette (LO = 15 cm, LA = 4,5 cm). Une deuxième référence au jeu imitant le lavage du linge se trouve dans la description des maisonnettes des filles marocaines du quartier Daoudiyât de Marrakech. Ces filles utilisent une petite boîte de conserves ronde qui représente la cuve de lessive (p. 111). Les données sur les jeux liés au lavage du linge sont très limitées. Chez les filles ghrib des années 1975 et 1977 je n‟ai pas trouvé d‟activité ludique référant à cette tâche. Le fait que des jeunes filles aident déjà à laver le linge de la famille peut en partie expliquer cette situation (fig. 270). 270

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3.8 Le filage
Chez les Ghrib du Sahara tunisien le filage de la laine était une occupation régulière des femmes dans les années 1970 (fig. 271).

271 Il n'est donc pas étonnant que les fillettes s'entraînent à partir de l'âge d'environ quatre ans à le faire avec un fuseau d'imitation (fig. 272, p. 230). La fabrication de ce fuseau-jouet se faisait à partir de l'âge de sept ou huit ans. Le nom donné au jouet est mughzel jella, le fuseau (el mughzel) à crotte de dromadaire. Il est construit avec un bâtonnet d'environ 25 cm dont on plie une extrémité. Près de cette extrémité pliée la crotte est fixée. Afin de s'exercer à filer la laine, la fille fait tourner son fuseau en roulant le bas du bâtonnet sur la cuisse et en tirant le fil de laine (fig. 273, p. 230). Chaque bout de fil ainsi filé est mis autour du fuseau en bas de la crotte. Même si la fille voit cette activité comme un jeu, les mères le voient comme un entraînement et incitent leurs filles à faire de leur mieux.

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Une observation que j‟ai faite dans un campement nomade au Sahara tunisien en mars 1975, montre que des toutes petites filles s‟intéressent déjà au filage et qu‟un père ghrib peut les stimuler à s‟exercer en jouant. Ainsi, Najiya, une fillette de deux ans, commence à jouer avec un fil, puis elle prend le fuseau ainsi que le fil qu‟elle tient entre ses bras étendus. Son père qui se trouve sous la même tente lui parle et la stimule clairement à essayer de filer la laine. Pendant la première moitié des années 1980 dans le village Ikenwèn en province de Tiznit dans l'Anti-Atlas, les filles entre sept et quatorze ans se faisaient un fuseau appelé tabrams. Pour cela elles poussaient une branchette de l'arbre argan à travers une roue modelée dans la pâte d'argan puis mettaient ce jouet à sécher hors du soleil. Pour jouer au filage de la laine elles utilisaient un peu de laine de mouton de leur maman. Khalija Jariaa a fait un exemple de ce fuseau en septembre 2005 (fig. 274, p. 231, H = 5 cm, D = 6 cm). Khalija se rappelle que la première fois qu'elle avait pris de la laine sa mère se fâchait parce qu'il y en avait peu. Par après sa mère la stimulait à s'amuser ainsi car elle y voyait un entraînement à cette tâche importante de la femme. Les fils étaient utilisés comme cheveux ou ceinture pour la poupée jeune mariée et pour enrouler les jambes de la poupée bébé.

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274 Aujourd'hui les filles s'amusent encore à ce jeu et font le même genre de fuseau jouet. Cependant elles mélangent la pâte d'argan avec de l'argile parce que de nos jours il n'y a pas assez de pâte et au lieu d'une branchette elles utilisent le bâton d'une vieille louche. Que cette activité ludique préparant les filles à un des travaux des femmes existe aussi en d'autres endroits est attestée par le fuseau-jouet en bois recueilli par Corneille Jest dans le Sahara Nord-occidental à Tinerkouch (Touat-Gourara) et donné au Musée de l'Homme en 1962 (71.1962.51.3, H = 35,5 cm). En plus, Charles Béart mentionne que Madame Le Cœur a vu chez les Teda que les petites filles se créent un fuseau-jouet en fichant un morceau de bois dans une crotte d'âne puis y placent des flocons de coton (1955: 126).

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3.9 Le tissage
Avec la laine que la fille ghrib du Sahara tunisien a filée elle-même ou avec des fils de laine reçus de sa mère, la fille s'adonne à un autre jeu utilitaire. Il s‟agit de l'imitation du tissage sur un métier horizontal, appelé el minsez, un nom que porte aussi le métier à tisser-jouet. A partir de l'âge d'environ dix ans, la fille construit un métier à tisser en miniature. Avec un pilon, par exemple, elle enfonce quatre branchettes dans le sol en prenant soin de délimiter un rectangle (fig. 275).

275 A environ un cinquième de la longueur du métier, calculé à partir des branchettes antérieures, deux branchettes fourchues sont enfoncées dans le sol et sur ces branchettes fourchues une petite branche, servant de lame, est disposée. Maintenant la fille doit fixer les fils de la chaîne autour des ensouples constituées par deux branchettes posées à ras du sol et retenues par les deux branchettes antérieures et postérieures (fig. 276, p. 233). Puis, avec une lisse de laine, la partie inférieure de chaque fil de chaîne est reliée à la branchette servant de lame. Ensuite, entre la partie inférieure et la partie supérieure des fils de chaîne et au-delà de la lame, est introduite une petite branche qui sert de baguette d'envergure.

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276 Enfin d'obtenir un tissu, la petite tisserande passe le fil de trame à travers les fils de chaîne. Pour faire alterner les fils de chaîne elle retire la baguette d'envergure. Avec les doigts elle enfonce par quatre les fils supérieurs de la chaîne et introduit dans la foule créée en deçà de la lame, la baguette d'envergure. La petite tisserande, une fois passé le fil de trame à travers les fils de chaîne, doit replacer la baguette d'envergure au-delà de la lame et ainsi de suite (fig. 277). Avant que la fille ait pu commencer à tisser, sa mère est venue vérifier la position des fils de chaîne et elle a dû ajuster certains fils. La figure 2 (p. 55) montre que ce métier à

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tisser a été construit près d'une tente en miniature donnant ainsi plus d'authenticité à cette imitation de la vie d'une femme nomade. Les filles marocaines de Terloulou près de Tafraoute dans l‟Anti-Atlas utilisent aussi un métier à tisser en miniature. Avec ce métier à tisser observé par Khalija Jariaa en mars 2006, ils essayent de faire le châle à rayures blanches et noires typique de la région et appelé tahèykt. Un autre type de métier à tisser plus simple a été mentionné pour le Sud du Maroc vers 1950 et cela aussi bien pour les enfants juifs que musulmans (Flamand, p. 150) : Il comprend une seule pièce : un tube de roseau ou de bambou ouvert à ses deux extrémités. L'une de ces extrémités est découpée, au couteau, en créneaux autour desquels des fils de laine s'entrecroisent et se tissent. La plupart des petits musulmans confectionnent de cette façon leurs bonnets ronds et les israélites des écharpes. Pour les uns comme pour les autres, ce tissage représente à la fois un plaisir gratuit et la possibilité de fabriquer soi-même quelques accessoires de toilette. C'est un travail-jeu connu dans toute l'Afrique du Nord et en Espagne méridionale.

3.10 Se faire belle
Dans le village amazigh Ksar Assaka près de Midelt, les filles jouent à se faire belle. Vers 1980, il s'agissait d'activités ludiques comme se mettre du rouge à lèvre avec le cachet rouge qui scelle l'emballage des pains de sucre. Ce même cachet rouge sert aussi à se donner des joues rouges car les chansons amazighes glorifient les belles filles aux joues comme des pommes bien rouges. Comme il faisait chique d'avoir des dents en argent ou en or, les mêmes filles se donnaient une dent en argent avec du papier d'argent. Les filles d'environ onze ans s'amusaient à se donner des seins avec des oranges ou des tomates. Dans ce village ainsi qu'ailleurs au Maroc, des adultes offrent aux petites filles un set de jouets pour faire la toilette avec un petit miroir, un peigne etc., le plus souvent fabriqué en Chine. Cela s'achète surtout pour la fête de l'°Ashûra.

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L'achat de petits miroirs, petits colliers, petites bagues, petites montres et autres objets de ce genre est déjà mentionné en 1939 pour la fête de Pourim des enfants juifs de Fès (Brunot et Malka, p. 263-264). J'ai noté la confection de bracelets avec des cupules de glands à Imzouren près d‟El Hoceima dans le Rif en 1993 (fig. 278) et avec l'herbe berwal dans la région d'Oulmès au Moyen Atlas en 1996. Avec une bandelette de métal blanc une fille de six ans du quartier Aït Mansour à Midelt s'est fait un bracelet en août 278 1999. Les filles Aït Ouirra de la région d'El Ksiba au Moyen Atlas apprennent à se tatouer avec le jus d'un fruit appelé 'tabgha', sorte de fraises sauvages (Oubahammou, 1987: 51). Le henné joue un rôle important dans la vie des femmes aussi bien pour des raisons esthétiques que prophylactiques. Au village Ikenwèn le henné est cultivé. Avec les feuilles la femme prépare elle-même la pâte de henné qui s'applique sur les mains et les pieds. Halima, une fille de cinq ans, a bien observé la manière de préparer le henné. Du sable humide remplace les feuilles de henné. Une boîte de carton et une grande galette deviennent le mortier et le pilon. D'abord Halima broie avec la galette qu'on voit à côté de la boîte de carton les feuilles de henné imaginaires. Sur la photo faite en décembre 2006 elle est en train de nettoyer le henné (fig. 279, p. 236). Elle demande à quelques filles qui participent au jeu d'aller chercher une seringue que le docteur de Tiznit utilise pour un de ses patients d'Ikenwèn lors de son passage le jeudi. Le henné nettoyé est mis dans un bol et mélangé avec de l'eau jusqu'à ce que la pâte devienne assez liquide pour la rendre applicable avec une seringue dont la pointe à été cassée. Une fois que tout est prêt Halima joue le rôle de la nqasha, la spécialiste du henné. Maintenant elle crée des dessins géométriques ou floraux sur les mains de ses copines comme on le fait en ville non pas comme on le fait traditionnellement au village où la paume de la main est enduite de la pâte de henné.

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279 En mai 2006 une fille amazighe du village de montagne Lahfart près de Sidi Ifni a fait une belle copie des sandales. Elle a utilisé des petites perles de différentes couleurs pour les embellir (fig. 280). Depuis que les cannettes de limonades se vendent dans les épiceries marocaines les enfants utilisent ces cannettes vides pour se faire des souliers qu‟ils appellent sabat sîn, soulier de chinois. En enfonçant avec force le talon dans la cannette, elle s‟aplatit et les bords se replient autour du talon. Un garçon de Midelt m‟a expliqué que les enfants imitent 280

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ainsi les souliers chinois comme ils les voient à la télévision. Dans cette ville, les filles marchent aussi avec pareils souliers chinois comme le faisait une fillette de sept ans dans le quartier Aït Mansour début 2001. Même si se sont la plupart du temps les filles qui aiment s'habiller parfois des garçons s'amusent aussi à se mettre des vêtements ou à imiter certaines modes locales. Ceci était le cas des garçons ghrib des années 1970 qui parfois se mettaient une barbe de fils de laine et une moustache de cheveux de chèvre (fig. 281). Il arrive que pareil déguisement soit mis pour jouer l'une ou l'autre situation mais sur la photo c'est le garçon à droite qui a mis une moustache et une barbe à un frère plus jeune et cela au grand rire des autres membres de la famille assis sous la tente. Le petit garçon dans le coin supérieur droit est le cadet. Il pleure parce que qu'il veut porter luimême la moustache et la barbe. 281

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Au même moment j'ai trouvé un autre exemple chez ces garçons ghrib. Ils imitaient la coutume de se laisser mettre des dents en or. Pour obtenir cet effet les garçons mettaient du papier d'argent sur les dents devenant ainsi un homme d'importance (fig. 282). 282 158

Un garçon marocain de Midelt m'a montré en 2000 les lunettes de soleil qu'il s'est fait. Ces lunettes de soleil sont fabriquées avec une armature de bois et de fil de fer. Par après des fils de laine coloriés sont enroulées autour de cette structure (fig. 283).

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En 2006 Mohamed, un petit garçon de cinq ans vivant au village Idoubahman-Imjâd dans l'Anti-Atlas, fait déjà sa propre paire de lunettes avec du fil de fer blanc (fig. 284). 284

Après quelques essais il réussit à créer une paire de lunettes qu'il peut porter (fig. 285, p. 240). Le garçonnet explique que ces lunettes doivent lui servir à se protéger les yeux. Il en aura besoin pour son jeu de berger quand il prétendra qu'il y a trop de vent dans la montagne.

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285 Selon Marie-Rose Rabaté des filles de la Vallée du Dra non loin de Ouarzazate se font des bracelets, des bagues et des garnitures de cheveux. Les garçons se font des petits chapeaux. Toutes ces parures sont faites en très jeunes folioles de palmier pour la fête de l‟°Ashûra (1970: 248, 260; photos p. 248-250). Dominique Champault mentionne que les jeunes filles se font pareilles parures avec des feuilles blanches prélevées au cœur des palmes naissantes pour la fête de l‟°Ashûra à Tabelbala (1969: 147).

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4 Les activités de subsistance dans les jeux et jouets
4.1 Résumé
Les jeux et les jouets liés aux activités de subsistance me semblent sousreprésentés dans le corpus des jeux et jouets sahariens et nord-africains. Cependant, j'ai l'impression que cela est plutôt dû à ceux qui ont décrit les jeux et jouets qu'à la réalité ludique des enfants de ces régions. Du moins c'est ce que des informations récentes sur les enfants de l'Anti-Atlas laissent entrevoir. Les données couvrent la période des années 1930 jusqu'à 2006. Ces données concernent les enfants touaregs, ghrib, maures, chaamba et belbala, ceux de la région du Hoggar-Tidikelt et du Souf, tous vivant dans le Sahara, ainsi que des enfants chaouïa, kabyles et ceux de plusieurs régions du Maroc. Les jeux et jouets liés aux activités de subsistance se réfèrent à la chasse et la pêche, à l'élevage de dromadaires, de chevaux et du grand ou petit bétail, au jardinage dans les oasis et au travail des champs. Il est aussi question du commerce saharien, de transactions au marché ou dans un magasin. Pour certains jeux décrits dans ce chapitre les enfants n'utilisent pas de jouets. Pour d'autres jeux il est question de la fabrication de lignes de pêche, d'animaux, d'objets liés à l'élevage et de balances pour magasin, mais aussi d'imiter quelques constructions délimitées par du sable ou des pierres, des constructions comme l'enclos de bétail, le restaurant ou le magasin. Enfin, il y a aussi le jardin d'oasis. Tout cela étant fait par les enfants eux-mêmes. Dans la collection du Musée du Quai Branly se trouvent quelques araires-jouets mais il n'est pas possible de dire s'ils ont été faits par des enfants ou des adultes. Contrairement aux jeux de dînette, aux ustensiles-jouets et aux jeux liés aux occupations ménagères qui font le plus souvent partie du patrimoine ludique des filles, les jeux et jouets liés aux activités de subsistance appartiennent surtout aux garçons.

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4.2 La chasse et la pêche
Les jeux et jouets liés aux activités de la chasse ne sont pas analysés ici. Ils seront décrits dans le volume sur les activités techniques dans les jeux et jouets. Cependant quelques jeux et jouets liés à la chasse et surtout au piégeage ont été mentionnés dans mon livre Cultures Ludiques Sahariennes et Nord-Africaines. L’animal dans les jeux et jouets (2005: 121). Il s'agit d'attraper des petits animaux, des scorpions, des lézards, des insectes, des oiseaux par des enfants touaregs, ghrib, belbala et marocains. Contrairement aux jeux de chasse et de piégeage je n'ai pas trouvé dans la bibliographie des références à la pêche comme jeu d'enfant. Moi-même j'ai vu une fille d‟environ onze ans en train de pêcher avec une ligne de fortune dans le port marocain d'Essaouira en juin 1994. Quelques années plus tard, en septembre 1999, un garçon de dix ans vivant à Midelt au Maroc central m'a montré l'attirail de pêche qu'il s'est fabriqué. La canne de pêche est un roseau de 107 cm de long. A 18 cm d'une extrémité un fil de fer est introduit à travers le roseau. Sur un bout de ce fil de fer un bouchon en plastique est poussé. L'autre bout du fil de fer est plié en forme de manivelle. A cette manivelle le garçon a fixé le début d'une longe corde qui est alors tournée deux fois autour du roseau pour passer à l'autre extrémité du roseau à travers une boucle créée en enroulant un fil de fer autour du roseau. Un bout de la corde, plus long que le roseau, pend librement et se termine par un petit hameçon en fil de fer. Cette canne de pêche est utilisée en période de pluie dans une petite vallée en bordure du quartier populaire Aït Mansour et appelée Elmou et où se trouvent alors des tout petits poissons. Néanmoins, il s'agit plutôt d'un simulacre de pêche que d'une vraie pêche.

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4.3 L'élevage
Comme l'on pouvait s'y attendre, la plupart des informations sur les jeux et jouets en rapport avec l'élevage de dromadaires, de chevaux et du grand ou petit bétail proviennent de populations nomades ou semi-nomades vivant dans le Sahara. Seul deux jeux de berger marocains créent l‟exception. Aussi bien chez les Touaregs que chez les Ghrib, les Maures et les Chaamba les enfants se familiarisent à travers leurs jeux avec différents aspects de la garde, de l'élevage et de l'utilisation du dromadaire comme décrit dans mon livre Cultures Ludiques Sahariennes et Nord-Africaines. L’animal dans les jeux et jouets (2005: 49). Par contre les données sur les jeux et jouets liés au cheval ne mentionnent que l'imitation de la course à cheval. La description des jeux et jouets liés au grand et au petit bétail, mentionne trois jeux de bergers (2005: 108) pour lesquels des chèvres ou des moutons sont représentés par des petites pierres ou des crottins de dromadaire (Ghrib, Sahara tunisien), des épis de maïs (Aït Ighemour, Maroc), et des coquilles d'escargots (Oulad ben Sbaa, Maroc). Les garçons ghrib, vivant dans le Sahara tunisien pendant les années 1970, s'intéressaient encore fortement à plusieurs aspects de la vie du berger. Ainsi ils utilisaient pour ce jeu des petites pierres blanches comme brebis et des crottins de dromadaire comme moutons. Le dromadaire était figuré de plusieurs manières. Parfois une grande pierre cylindrique représente le berger et une pierre cylindrique plus petite le chien de berger (voir Cultures Ludiques Sahariennes et Nord-Africaines. L’animal dans les jeux et jouets, 2005: 63, fig. 16). Ils s'amusaient aussi à exécuter la danse typique des bergers comme décrit plus loin (fig. 341, p. 281) Quand ces garçons érigent des constructions avec du sable humide une de ces constructions est l'enclos pour abriter le bétail (fig. 118, p. 132). Selon Charles Béart (1955: 145) les Maures adultes s'intéressent aux jeux des jeunes garçons dans lesquels ils imitent l'élevage des dromadaires (voir Cultures Ludiques Sahariennes et Nord-Africaines. L’animal dans les jeux et jouets (2005: 80). En plus, quelques objets utilisés dans l'élevage du bétail sont copiés par des enfants maures ou par un artisan de Tidjikdja au Sahara mauritanien et utilisés comme jouets. Ces jouets furent collectionnés par la Mission Puigaudeau-Sénones entre 1936 et 1938 et représentent le récipient pour traire les vaches et le support pour peau de bouc (catalogue p. 399-400, 71.1938.48.47, 71.1938.48.36-37).

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4.4 Le jardinage
En réponse aux changements parvenus au courant du vingtième siècle, les Ghrib du Sahara tunisien se sont mué bon gré mal gré de nomades en sédentaires. Cette sédentarisation dans des oasis a été rendue difficile par l'aversion des hommes ghrib pour le travail de la terre dans les jardins d'oasis, une tâche qui incombait aux serviteurs noirs. Bien que cette aversion existe encore plus ou moins pendant les années 1970, le changement vers une attitude positive se reflète déjà dans les jeux des garçons. Ainsi parmi les garçons qui jouaient à faire des constructions avec du sable humide près de la source naturelle d'El Faouar en mai 1975, quelques-uns ont fait une copie d'un jardin d'oasis (fig. 286). 286 160

Comme le montre cette photo le garçon d'environ onze ans a divisé son jardin en parts égales avec des petits murs de sable comme on le fait pour un vrai jardin d'oasis. Un autre garçon a mis dans son jardin des roses sauvages cueillies sur place et il est en train d'irriguer son jardin avec l'eau de la source (fig. 287, p. 245).

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Bellin écrit en 1963 que les enfants noirs du Hoggar-Tidikelt dans le Sahara algérien s'adonnent aussi à ce jeu d'imitation du jardinage bien que l'eau d'irrigation reste imaginaire (p. 77). Comme mentionné lors de la description des maisonnettes construites par les fillettes kabyles dans les années 1930, elles faisaient autour de ces maisonnettes des petits jardins "où de menues branches, fraîchement plantées sont arrosées par l'eau qui coule d'un bassin de terre." (LaoustChantréaux, 1990: 167). Dans l'oasis de Meski près d'Errachidia au Maroc et suivant les souvenirs d'un homme d'environ soixante-dix ans en 1992, des groupes de jeu de quatre ou cinq garçons de plus de quatre ans se font un petit jardin qu'ils irriguent. C'est dans ce contexte qu'ils tissaient des dromadaires, des mulets et des gazelles avec des folioles de palmier (voir Cultures Ludiques Sahariennes et Nord-Africaines. L’animal dans les jeux et jouets, 2005: 65, 105, 128, fig. 18, 57, 81). En août 1994 j'ai trouvé un petit jardin délimité par des petits murs de sable et planté d‟herbes et de fleurs de campagne. Pareilles copies de jardin sont élaborées par les jeunes garçons gardant les vaches qui pâturent près de la 'merja', sorte de marais, du village Zhana à 10 km de Kénitra (fig. 288, p. 246). Ces garçons prennent avec une bouteille en plastique à fond découpé le peu d'eau qui fait surface en bordure de la terre ferme pour

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irriguer leur jardin. La bouteille avec l‟ouverture du côté de la merja est placée horizontalement et de telle manière que l‟eau coule lentement dans la bouteille par la pente descendante créée par le goulot de la bouteille. 288

4.5 Le travail des champs
J'ai trouvé l'unique référence à des jeux d'enfants dans lequel le travail des champs est représenté dans les réserves du Département d'Afrique Blanche et du Proche Orient du Musée de l‟Homme. Là se trouvaient huit arairesjouets collectionnés en 1936-1937. Ce sont les garçons Ouled Abderrahman des Chaouïa de l'Aurès en Algérie qui jouaient avec ces araires-jouets mais le déroulement du jeu n'a pas été décrit. Ces jouets copient d'une manière plus ou moins détaillée les araires utilisés par les laboureurs (fig. 289, 71.1936.2.261, H = 3,5 cm, LO = 15,5 cm; fig. 290, 71.1936.2.257, H = 14 cm, LO = 26 cm ; fig. 291, p. 247, 71.1936.2.255, H = 36 cm, LO = 45 cm).

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291 Quelques araires-jouets sont tirés par un mulet en bois ou par deux mulets en bois. L‟exemple de la figure 292 montre deux mulets tirant l‟araire. Le bois provient du laurier-rose (71.1936.2.256, araire : H = 12,5 cm, L = 42 cm; mulets : H = 8 cm, LO = 9,5 cm).

292 Les garçons imitent la manière traditionnelle de labourer les champs comme cela se voit sur la figure suivante que j'ai prise près d'Imi-nTanoute dans le Haut Atlas en février 1992 (fig. 293, p. 248).

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En février 2007 Sidi Ahmed, un garçon de onze ans, a trouvé dans la rivière sèche tout près du village Douar, situé non loin de Tan-Tan, une longue branche dont une extrémité se termine en forme de T. Une fois qu'il a détaché de la branche verticale un long morceau, ce qui reste devient un araire (fig. 294). Avec cet araire il commence à labourer son champ de fortune en face de sa maison (fig. 295, p. 249). Minutieusement il dirige l'araire devant lequel il a attelé un mulet, sa nièce Souquaina de trois ans.

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248

Souquaina n'aime pas trop se plier aux exigences de Sidi Ahmed et dit : "normalement on laboure avec un âne pas avec une ânesse". Sidi Ahmed répond : "non, on laboure aussi bien avec une ânesse qu'avec un âne".

295 En 2001 au village Lahfart dans l‟Anti-Atlas un garçon d‟environ sept ans a fait en argile quatre araires appelés askerz comme les araires des fermiers (fig. 296, H+ = 4 cm, L = 4 cm). Le garçon tient l‟araire-jouet par le haut du côté le plus long pour pousser son araire dans la terre afin 296 d‟imiter les labours. Dans le quartier Boulalem de Sidi Ifni deux garçons d‟environ 6 ans s‟imaginent de labourer un champ en juillet 2006. Le laboureur tient en main la charrue (fig. 297, p. 250). Cette charrue est tirée par un âne représenté par l'autre garçon. Comme le montre la photo à droite, le travail de labour est arrêté pour donner à l‟âne le temps de manger (fig. 298, p. 250).

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4.6. Le commerce
Bien que le commerce caravanier ait une grande importance pour les populations sahariennes, je n'ai trouvé dans la bibliographie que deux références à des jeux qui y sont liées. En ce qui concerne les enfants maures du Sahara mauritanien Charles Béart mentionne : "Sans jouets, les enfants organisent ces mêmes caravanes, un certain nombre d'entre eux jouant le rôle de chameaux. Tous les incidents qui surviennent à une vraie caravane sont imités." (1955: 598). Le lieutenant Denis de sa part signale que les jeunes bergers chaamba du Sahara algérien jouent avec des dromadaires-jouets et organisent dans ce contexte une caravane (1952: 36). Chez les enfants ghrib du Sahara tunisien je n'ai pas observé pareil jeu de la caravane. Par contre j'ai vu en 1975 auprès des garçons de l'oasis d'El Faouar trois jeux figurant le commerçant et ses clients. Un premier jeu auquel participent déjà des petits garçons met en scène un commerçant de bétail qui cependant peut aussi vendre en même temps d'autres produits suivant sa fantaisie. Comme animaux servent d'autres garçons, des garçons qui deviennent selon leur propre volonté ou celle du commerçant des chèvres, des moutons, des dromadaires. Du sable peut servir de thé ou de sucre, des crottes deviennent des légumes. Tout comme au marché, le commerçant étale ses marchandises et les vante auprès des clients qui ne sont autre que ses compagnons de jeu. Les clients n'hésitent point à marchander les prix et payent avec de l'argent symbolisé par des morceaux de carton, de fer-blanc ou d'aluminium. Un autre jeu d'extérieur des mêmes garçons imite une de leurs tâches courantes, c'est-à-dire d'aller faire des courses dans le magasin de l'oasis. Pour cela un magasin est créé dans un petit espace, éventuellement délimité par des petits murs de sable ou des pierres. Toutes sortes d'emballage en carton et en fer-blanc ainsi que des objets de récupération servent de marchandises mais il n'y a pas de bétail (fig. 299, p. 252). Pour rendre son magasin plus conforme à celui d'El Faouar, le commerçant aménage sur un monticule de sable une balance faite d'un bâton avec à chaque extrémité une boîte de fer-blanc (fig. 300, p. 252). L'argent utilisé est du même genre que celui du jeu précédent.

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Le troisième jeu lié aux activités commerciales concerne la vente de pastèques. Dans ce jeu les enfants se couchent sur le dos l'un à côté de l'autre et sur une ligne. Ils représentent des 'pastèques'. Pendant que le marchand de pastèques et un acheteur marchent autour de la marchandise, le marchand dit à l'acheteur : °at'înî flûs yâ shîkh Donne-moi de l'argent oh cheikh.

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L'acheteur lui répond : Lin ît'îb l-bat't'îkh Attends que la pastèque soit mûre. A ce moment le marchand et l'acheteur touchent les ventres des garçons représentant les pastèques (fig. 301). 301

Si le ventre est plat on laisse la pastèque parce qu'elle n'est pas mûre. Mais si un garçon a le ventre gonflé cette pastèque est mûre et elle est vendue. L'acheteur et le marchand prennent ce garçon par les mains et les pieds et le transportent un peu plus loin. Là le garçon-pastèque est balancé de gauche à droite (fig. 302, p. 254) et les porteurs lui demandent : Ammâ khîrlek °açâbat 'ummek wa illâ kabbûs sîdek? Choisis-tu le turban de ta mère ou le bonnet de ton père? Quand la „pastèque‟ répond "le turban de ma mère" on le pose doucement par terre. Répond-il "le bonnet de mon père" alors on le laisse tomber d'en haut. Puis le marchand et l'acheteur recommencent le même rituel jusqu'à ce que toutes les pastèques soient vendues.

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Les enfants du Souf au Sahara algérien connaissent un jeu semblable dont les deux premières formules sont à peu près identiques. Cependant le dénouement du jeu est différent. Selon Bellin, les 'pastèques' sont divisées en deux camps, un camp rouge et un camp vert. Puis le marchand et l'acheteur décident quel camp sera le 'paradis' et quel camp sera peuplé de 'démons'. Les deux camps se combattent alors en se projetant des grandes brassées de sable. Bellin ajoute : "Par ailleurs, on imite l'adulte, on singe la société des grands : "Mon argent!" - "Attends... Je suis momentanément gêné...". Il y a aussi une ronde avec dialogue qui ouvre le jeu. (1963: 63, n° 8). Je n‟ai pas vu chez les garçons ghrib cette ronde avec dialogue ni cette division en deux camps et mes informateurs n‟ont pas mentionné cela. Des petits magasins sont construits par des filles Belbala et marocaines et par des garçons marocains. Il s'agit des filles belbala du Sahara algérien qui dans le cadre de leur jeu de maison font aussi des imitations de magasins (p. 116). A Kénitra j‟ai vu en mars 1994 un groupe de jeu de quatre filles de six à huit ans dont une joue le rôle de commerçante. Son magasin est un grand morceau de plastique posé par terre. Elle y a étalé comme marchandises toutes sortes de boîtes de conserves, de cartons et de pots en plastique. Une autre fille se présente comme cliente. Celle-ci tient en main son portemonnaie, un sachet de plastique servant d‟emballage pour le lait vendu par demi-litre.

254

L‟information sur les jeux et jouets liés au commerce mentionnée ciaprès provient d‟enfants amazighs marocains. Les garçons du village Ignern dans le Haut Atlas délimitent avec des pierres des petits magasins pour le jeu de poupées de leurs sœurs et où les filles viennent acheter (Cultures Ludiques Sahariennes et Nord-Africaines. Poupées d’enfants et jeux de poupées, 2005: 161). Au village Ouirgane, situé à 60 km de Marrakech le long de la route du Tizi n Test, un garçon d‟environ 6 ans s‟est créé un magasin bien équipé sur le bord d‟un petit canal d‟irrigation (fig. 303). Apparemment il était en train de jouer tout seul ce jour de juillet 2006. 303

255

En octobre 2006 Khalija Jariaa a vu des enfants jouer au commerçant à Douar Ouaraben juste en dehors de Tiznit. Dans la soirée du jour où ils jouent au ménage de la poupée riche (fig. 64, p. 98) la maisonnette devient une copie du premier supermarché de Tiznit. La caissière se trouve à gauche et la patronne à droite fait ses comptes. L'autre fille est une des clientes (fig. 304).

304 Une semaine plus tard la fille à gauche s'est fait son propre magasin. Il s'agit d'une représentation du grand magasin dans la médina de Tiznit situé à côte de la pâtisserie Bicha à Bab Aglou, une des portes de la ville. Un couple est assis des deux côtés de la commerçante (fig. 305, p. 257). Le petit garçon joue le rôle d'un soldat qui revient à la maison en congé. Pour cela il s'inspire des soldats casernés tout près de Douar Ouaraben. Une fois à la maison il demande sa femme, la petite fille, si elle a tout ce qu'il faut à la maison. Quand elle dit qu'il y a des choses qui manquent, il lui propose d'aller faire des courses en ville. Plusieurs maisons sont délimitées avec des petites pierres. Des emballages récupérés remplis de sable représentent le vrai produit. Les bouchons sont des services de thé et de café. En bas à droite de la photo se trouvent les produits pour les soins corporels. Pour le moment le couple discute le prix des jus de fruits (fig. 306, p. 257).

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Rachid, un garçon de sept ans, et sa sœur Halima de six ans jouent ensemble devant leur maison au village Ikenwèn en décembre 2006. Rachid qui est le meneur du jeu construit d'abord une petite maison à trois dimensions. Les murs sont faits avec briques et une seule ouverture est prévue au coin gauche. Pour construire le toit Rachid met d'abord des bâtonnets sur les briques puis il les couvre de boue (fig. 307). C'est la tâche de Halima de préparer et d'apporter la boue.

307 A côté de la maison et indiqué par des cartons à œufs se trouve le poulailler où on vend aussi de la viande de poule et des œufs. La poule est faite avec un petit sac en plastique rempli de papier et auquel on fixe quelques plumes (fig. 308, p. 259). La petite flaque d'eau est le puits. Là les joueurs amènent leurs chèvres, moutons et vaches représentés par des morceaux de plantes grasses qui poussent aux alentours.

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Ce jeu qui dure toute la journée comprend aussi la fabrication d'un dîner par Halima. Sur la photo suivante Halima joue le rôle de quelqu'un qui veut acheter la maison (fig. 309, p. 260). D'abord Rachid refuse. Il dit qu'un homme lui a déjà demandé d'acheter la maison. Quand Halima répond qu'elle payera toute la somme en une fois Rachid est d'accord. Il argumente sa décision de la manière suivante : "les messieurs ont toujours du crédit à payer par exemple pour le téléphone, chez le boucher et l'épicerie ainsi il n'y aura pas d'argent pour payer régulièrement le crédit de la maison".

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309 Plus tard Rachid se lance dans la réplication miniaturisée de la maison fortifiée du village avec sa tour à plusieurs étages appelée l borj n jbella. Selon les habitants la construction de cette tour remonte à environ 300 ans (fig. 310, p. 261). Les murs sont construits avec des pierres et de la boue. Pour couvrir l'espace au-dessus de l'entrée une planchette est utilisée (fig. 311, p. 261).

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Un autre jour de décembre 2006 et au même endroit ces deux enfants jouent de nouveau aux commerçants. Halima s'occupe du magasin de poules et Rachid du magasin de réparation des télévisions. La figure 312 montre Rachid qui demande combien coûte la viande de poulet et Halima s'efforce de fixer le prix qui finalement est fixé à 10 dirhams le kilo (1 €). Contre le mur deux maisons juxtaposées sont vaguement délimitées, une pour chaque commerçant. Le magasin du réparateur de télévision est indiqué par un morceau d'une vieille radio et celui des poules avec un carton pour les œufs. A l'avant un puits a été aménagé avec le fond d'une bouteille en plastique.

312 Au village Idoubahman-Imjâd dans la région de Tafraoute un garçon de cinq ans s‟amuse parfois à jouer au vendeur de marché. Son frère de treize ans lui construit pour ce jeu une balance en août 2006 (fig. 313, p. 263).

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313 Un après-midi et soir d'avril 2006 quelques enfants jouent dans le terrain vague en face de ma maison dans le quartier Boulalem de Sidi Ifni. Un garçon s'active pour fabriquer des jouets comme un fusil et un masque (fig. 229, p. 199). Après qu'il a joué au combat avec d'autres garçons, il fait semblant d'être un commerçant au marché. Pour cela il crée une balance avec deux boîtes de sardines liées par un élastique (fig. 314, p. 264). La balance peut s'utiliser une fois que le milieu de l'élastique est mis sur un morceau de bois servant de support comme cela se voit sur la photo suivante. Cette photo montre le vendeur qui regarde son client (fig. 315, p. 264). La discussion se porte sur les légumes que le client veut acheter, s'il a besoin d'un ou de deux kilos ainsi que sur le prix à payer.

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Au même endroit mais en juillet 2006 deux garçons se décident à faire un magasin de tailleur. Ils commencent par délimiter le magasin avec des pierres. Puis ils posent par terre un vieux vêtement représentant la marchandise (fig. 316). Sur la photo les garçons d'environ sept ans discutent où faire la cuisine. Une fois que le magasin et la maison sont terminés, il y a deux chambres pour le magasin et quatre pour la maison. Il y a aussi une entrée séparée pour le magasin et la maison. Le garçon avec la blouse jaune dit à l'autre garçon qu'il va coudre des vêtements pour hommes et femmes, spécialement pour femmes car elles achètent régulièrement des vêtements alors qu'un homme n'achète qu'un pantalon et une chemise par an. Le deuxième garçon est responsable pour la cuisine et la préparation de la nourriture parce que le tailleur dit qu'il a trop de travail pour s'en occuper. Les garçons continuent leur jeu pendant quelques heures jusqu'au moment où il est temps d'aller manger.

316 D'autres thèmes de jeu pour lesquels les garçons font des maisonnettes sont la pâtisserie et le restaurant. Ces activités ludiques se sont déroulées à côté de mon appartement dans le quartier Boulalem de Sidi Ifni le 6 et 11 juillet 2006 au début des vacances scolaires. Six garçons de plus ou moins dix ans jouent ensemble.

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A la figure 317 le patron de la pâtisserie en chemise claire et son aide en chemise foncée délimitent les murs de la pâtisserie. En haut de la photo on voit la maison que l'aide du pâtissier a construite pour lui-même. 317

Une fois que le grand gâteau est fait, trois garçons l'amènent à la pâtisserie. Il s'agit d'un gâteau d'anniversaire. Les télécartes qui sont mises dans le gâteau représentent des cuillères (fig. 318, p. 267). Les garçons font semblant de fêter l'anniversaire de leur copain Mohamed. Ils font de la musique avec des instruments de fortune. Une grande boîte de poudre de lait est le tambour, un tuyau rouge troué sert de flûte et un garçon joue sur une guitare qu'il s'est créée. Ils chantent aussi quelques chansons d'anniversaire. Puis il est temps de déguster le gâteau. Les copains veulent aller chercher de la limonade, des cannettes vides, mais Mohamed dit que cela n'est pas nécessaire car il y a de l'eau.

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D'autres types de gâteaux sont préparés comme par exemple les gâteaux pour une personne qui se trouvent à l'avant du plateau (fig. 319). 319

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La pâtisserie a une caisse tenue par l'aide du pâtissier. Le garçon à sa droite vient de payer le gâteau qu'il est en train de manger (fig. 320). Les différents gâteaux sont mis dans la vitrine. Le patron ne s'occupe pas directement de la pâtisserie mais vient commander un autre garçon travaillant dans la pâtisserie et de temps en temps il demande combien d'argent il y a dans la caisse. 320

Trois garçons de Boulalem se sont décidés le 11 juillet 2006 de devenir des commerçants le long de la route très fréquentée de Guelmim au Sahara. Pendant que Lahoucine, le patron du restaurant de onze ans, commence à arranger la cuisine, Mohamed de dix ans va chercher le nécessaire au milieu de l'espace vide à la fin de la rue Tagragra. Il y est allé en camion, le tricycle que son père a amené de France mais dont les roues arrière manquent. Mohamed apporte le fond d'un tajine et une vieille théière au restaurant (fig. 321, p. 269).

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321 Dans ce fond de tajine Lahoucine prépare d'abord le kefta de sardines, un mélange de sardines pilées avec tomates, carottes et épices, ici représenté par des bouchons de bouteilles de limonade. Les bâtonnets blancs de sucettes sont des carottes que le cuisinier ajoute à son plat (fig. 323, p. 270). Puis il ajoute du sel, du sable pris par terre. Pendant qu'il cuisine Lahoucine demande à Mohamed d'aller chercher avec son camion du sable et des pierres pour construire une maison. Mohamed est d'accord mais discute du prix à payer. Il propose que toute la somme soit payée soit la moitié de la somme mais avec un repas en plus. Une fois qu'ils se sont mis d'accord sur le deuxième mode de payement Mohamed va chercher une cargaison de sable. Quand le sable est 322 déversé, il vient manger son tajine auquel Lahoucine à ajouter deux grands poissons 322 grillés, des boîtes de sardines vides mis sur les morceaux de kefta (fig. 322).

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Quand le déjeuner est terminé et la vaisselle mise de côté Lahoucine construit son restaurant en miniature et le chemin qui y mène (fig. 324).

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Mohamed est allé remplir son camion de pierres dans le terrain vague. Il amène un camion tout plein pour le déverser à côté du restaurant (fig. 325).

325 Comme convenu Mohamed commence à construire la maison de Lahoucine. Miloud de huit ans est le réparateur de télévision. Il montre la table au milieu du restaurant et dit à Lahoucine qu'elle n'est pas bien arrangée de cette manière. Il faut y mettre des assiettes (fig. 326).

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Lahoucine s'exécute tout de suite et pose quatre emballages de bonbons sur la table en guise d'assiettes. Puis il continu de délimiter le chemin menant à son restaurant. Lahoucine se plaint auprès de Miloud que la télévision, une vieille pièce de radio vue à la figure 328 (p. 273), ne marche pas bien. Ce dernier amène donc la télévision pour réparation et une fois réparée il la ramène au restaurant. Là il empoche les quelques billets que Lahoucine lui ait payés, billets remplacés par d'autres emballages de bonbons (fig. 327).

327 Le jeu qui a duré environ deux heures se termine avec la préparation et la consommation d'un dernier thé (fig. 328, p. 273).

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328 Avec leurs parents Meryem de sept ans et Zouqaina de trois ans 3 ans et demi vivent à Tan-Tan une ville située en bordure septentrionale du Sahara occidental. Un soir d'août 2006 ils sont allés à la plage. Là Khalija Jariaa à photographie le jeu de sa petite nièce. Zouqaina a crée son magasin de plage. Elle explique qu'au centre se trouvent des bouteilles de limonade, d'eau minérale ainsi qu'une petite bouteille de yaourt (fig. 329). 329

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Le bouchon au milieu représente un flacon de savon liquide. Dans son magasin elle vend aussi des pots de yaourt et des gâteaux représentés par une petite boîte et une boîte de sardines remplies de sable ainsi que des télécartes. Le morceau de polystyrène blanc est son frigo. Zouqaina dit qu'elle vend aussi du charbon de bois pour grilles les poissons. Zouqaina invite sa sœur à venir acheter quelque chose. Meryem se laisse prendre au jeu et vient acheter une bouteille de limonade (fig. 330). Avant d'installer son magasin Zouqaina a fait un monticule de sable sur laquelle elle a mis la souris de pluche. Cette fois-ci sa souris de pluche représente une vrai souris dont il faut faire attention parce qu'elle vient au magasin manger le fromage et les bonbons. 330

Un peu plus tard Zouqaina décide de faire des sucettes glacées pour les vendre dans son magasin le lendemain. Quelques bouchons utilisés auparavant deviennent des sucettes. Puis elle va les mettre dans son frigo (fig. 331, p. 275).

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5 La musique et la danse dans les jeux et jouets
Pour les enfants sahariens et nord-africains chanter, danser et jouer sur des instruments de musique rudimentaires ou plus élaborés fait souvent partie d'une même activité ludique. Cependant bien rare sont les auteurs qui ont décrit les jeux musicaux, les chants et les danses des enfants. Dans ce chapitre il sera surtout question d'instruments de musique et de bruiteurs construit par les enfants pour leur amusement ou qui leurs sont offerts par des adultes. Parmi ces bruiteurs et instruments de musique on trouve des hochets, des claquettes, des instruments à percussion, à vent et à cordes. Comme la notation musicale manque, seul le texte des chansons a été donné. Ce texte se trouve où le jeu en question est décrit comme par exemple avec les chansons des jeux de poupées (voir Cultures Ludiques Sahariennes et Nord-Africaines. Poupées d’enfants et jeux de poupées, 2005). Dans le même livre référence est parfois faite à des danses accompagnant les jeux de poupées. En dehors de quelques instruments de musique des enfants Chaouïa de l'Aurès, les données de ce chapitre proviennent de mes recherches au Sahara tunisien et au Maroc. Pour le Maroc j'ai néanmoins trouvé quelques informations supplémentaires dans la bibliographie ainsi que dans la collection du Musée du Quai Branly. La référence la plus ancienne remonte à 1908 et la plus récente provient de début 2007. Les enfants ghrib du Sahara tunisien des années 1970 aimaient monter un petit orchestre pour jouer à la fête de mariage ou pour s'exercer à la danse. Comme instruments de musique ils utilisaient la flûte, la cornemuse et le tambour. Tous ces instruments sont faits par les enfants à partir de l'âge d'environ dix ans mais plus particulièrement par les garçons. Le tambour, appelé et' t'abâla, est souvent remplacé par un vieux bidon en plastique frappé avec deux bâtons, un long et un plus court. Les enfants qui ne jouent pas sur le tambour ni sur la 332 flûte, donnent le rythme en se frappant les mains ou en agitant une claquette. La claquette, appelée et' t'arbâga, est découpée dans le rameau de régime de dattes (fig. 332). Avec

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une faucille ce morceau de rameau est découpé longitudinalement en deux ou trois lamelles, d'une extrémité jusqu'aux deux tiers de la longueur. Les bords des lamelles sont amincis. Où la fente se termine, il faut frapper le rameau avec le côté obtus de la faucille afin d'assouplir le pli. En agitant cette claquette des coups de cassure se laissent entendre (fig. 333).

333 Comme le souligne Charles Béart : "Les doigts sont les premiers instruments à vent permettant de siffler ou de faire entendre des sons plus ou moins modulés" (1955: 689). Une manière de siffler que les enfants ghrib ou marocains ne manquent pas d'exploiter. En plus, j'ai vu comment les garçons ghrib des années 1970 se fabriquent des sifflets et des flûtes. La fabrication de ce sifflet ou el ghît'a demande un savoir-faire précis. Un roseau à petit diamètre est coupé à la place d'un nœud pour que le morceau de roseau soit fermé de ce côté. A une distance du nœud de la largeur de quatre doigts, le roseau est coupé à nouveau et là le petit tuyau reste ouvert. Sur la moitié supérieure du tuyau et à la largeur d'un doigt de cette extrémité ouverte, une entaille est faite dans le sens de la largeur. Dès deux côtés de cette entaille le morceau de roseau est entaillé longitudinalement jusqu'au nœud. Maintenant la petite lame découpée des 334 trois côtés peut se soulever. Alors il faut amincir un peu les bords longitudinaux de la lame. Tout cela doit se faire avec beaucoup de finesse sinon le morceau de roseau se fend (fig. 334).

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Pour siffler il faut introduire ce sifflet, avec le côté fermé en avant, presque entièrement dans la bouche. Puis en posant les dents sur le bord ouvert et en mettant les lèvres autour de ce bord, on arrive en soufflant à faire vibrer la lame et à produire un son aigu (fig. 335). 335

Pareil sifflet s'utilise seul mais plus souvent il fait partie de la flûte à vibreur. Cette flûte s'appelle el magrûna (fig. 336). Elle se compose du sifflet précité et d'un morceau de roseau d'environ 15 cm de longueur et d'un 336 diamètre intérieur juste assez grand pour que le sifflet y puisse entrer. Dans ce morceau de roseau

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ouvert des deux côtés, quatre trous sont brûlés à une distance d'environ 3,5/5/6,5/8,5 cm mesurée à partir d'une extrémité. Par le côté ouvert le sifflet est introduit dans la flûte sur une distance d'environ 2 cm. Pour pouvoir jouer un air de musique sur cette flûte à vibreur il faut vérifier que la lame du sifflet se trouve sur la même ligne que les trous de la flûte. Puis on introduit le sifflet tout entier dans la bouche jusqu'à ce que les dents et les lèvres puissent se placer sur le bord de la flûte (fig. 337). En soufflant correctement et en utilisant les trous de la flûte les jeunes ghrib exécutent leurs airs favoris. 337

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La figure 338 montre que les enfants peuvent occasionnellement s'exercer sur une flûte pour adultes par exemple lorsqu'un homme est en train de jouer ou quand le petit a pu mettre la main sur une flûte. Mes notes d‟observation liées à cette photo prise chez les Ghrib en 1975, expliquent que c‟est le frère aîné qui a appelé le petit garçon de trois ans pour lui faire essayer à jouer la flûte.

338 Un autre instrument à vent parfois utilisé par les garçons ghrib dans leur orchestre jouant des airs de fêtes de mariage est le mizwad ou la cornemuse. La cornemuse montrée à la figure 339 fut fabriquée en 1987 par un garçon de sept ans vivant dans l'oasis d'El Faouar. Au centre d'une face d'un grand flacon en plastique un petit morceau de roseau servant de tuyau porte-vent est introduit. Dans l'ouverture du flacon un morceau de 339
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roseau plus grand, dans lequel cinq trous ont été brûlés, est poussé. Le diamètre des morceaux de roseau doit être tel que chaque roseau se glisse parfaitement dans l'ouverture appropriée. Pour jouer le garçon souffle de l'air à travers le tuyau porte-vent et avec les doigts des deux mains il ferme ou ouvre les trous (fig. 340). 340

Les garçons ghrib s'exercent aussi à danser une des danses typiques exécutée à cloche-pied (fig. 341, 342 p. 282).

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342 Accompagné par leur petit orchestre jouant un air particulier deux garçons dansent l'un en face de l'autre la danse des bergers appelée jilwâlî. Les garçons Chaouïa vivant pendant les années 1930 dans le Djebel Menaâ de l'Aurès en Algérie jouaient aussi sur une flûte à vibreur appelée 'hazmamart'. Elle est du même genre que celle des garçons ghrib (fig. 336, p. 278). L'anche de cette flûte est un petit tuyau en roseau à languette entaillée. La flûte des garçons Chaouïa de Menaâ conservée au Musée du Quai Branly mesure 24 cm de long sur un diamètre de 1,2 cm et elle a cinq trous (71.1936.2.212). La Mission Thérèse Rivière qui a collectionné cette flûte en 1936 a en même temps collectionné quelques claquettes des enfants Chaouïa d'Amentane dans le Djebel Menaâ. Les cinq claquettes du Musée du Quai Branly sont faites dans un morceau de palmier d'une longueur de 20 à 30 cm et d'une largeur d'environ 1 cm Dans le morceau de palmier trois lamelles ont été découpées jusqu'au milieu (71.1936.2.207-211). Les enfants ghrib des années 1970 utilisaient le même genre de claquettes (fig. 332, p. 276). Jouer de la musique, chanter et danser peuvent s‟intégrer dans d'autres jeux. Mais l'activité ludique peut aussi se limiter à exécuter des airs accompagnés de chants et/ou de danses. Cela était le cas en novembre 1994 à Goulmima au Maroc central. Pour accompagner leurs chants cinq petits garçons assis en face de l'entrée de l'imi n ighrem ou vieux quartier

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fortifié formaient un orchestre avec des instruments à percussion faits de bidons. Un soir d'août 1999, j'ai observé dans une ruelle du quartier Aït Mansour de Midelt comment plusieurs fillettes apprennent à frapper les mains dans le bon rythme. Afin d‟y arriver, elles copient maintes fois la manière de frapper les mains d'une grande fille. Un jour plus tard dans la même ruelle, une quinzaine de filles entre trois et douze ans passent la soirée d'été vers 21 heures en frappant les mains et en chantant des chansons. Ce sont des chansons pour la fête de mariage en amazigh et en arabe. En plus, les filles poussent de temps en temps des youyous. Il y a aussi la jeune mariée d'environ huit ans portant un foulard sur la tête. Eventuellement un petit garçon d'environ quatre ans sert de jeune marié. Au même moment mais à un croisement de ce quartier, neuf filles et deux garçonnets exécutent la danse d'awira en chantant des chansons d'école. Les enfants se tiennent la main et tournent en rond. A un moment donné ils avancent vers le centre du cercle en pliant les bras jusqu'à ce que les avant-bras se touchent. Puis ils s'assoient, se lèvent et la ronde recommence. Quelques jours plus tard dans la soirée et dans la petite vallée Elmou en bordure du même quartier, six filles entre trois et dix ans tournent autour d'une fille se trouvant au centre du cercle. En tournant, elles se frappent les mains et chantent. Que les filles aiment déjà danser comme les grands à l'âge de deux ans et qu'elles y sont stimulées par les adultes est démontré par Selma, une fillette de deux ans et demi (fig. 343, p. 284). Un dimanche après-midi d'août 1999 dans la maison de sa grand-mère maternelle à Midelt, cette petite fille a commencé à danser spontanément. Tout de suite elle est stimulée de manière enthousiaste par les spectatrices et les spectateurs. Selma montre déjà quelques mouvements de danse spécifiques comme ceux faits avec la tête, les mains et les cheveux. Bien vite Selma va chercher des vêtements plus adéquats et elle revient avec quelque chose qui ressemble à la ceinture typique. Aidée par sa mère Selma parvient à la mettre convenablement et continue à danser (fig. 344, p. 284).

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Les petites filles Aït Ouirra de la région d'El Ksiba au Moyen Atlas apprennent-elles aussi à chanter, à danser et à jouer au tambourin appelé 'tellount' (Oubahammou, 1987: 51). Ici et là au Maroc j'ai vu entre les mains des enfants des instruments à percussion, des instruments à vent ainsi que des instruments à cordes. Beaucoup d'instruments de musique utilisés par les enfants sont fabriqués par eux-mêmes mais parfois ils en reçoivent de leurs parents ou d'autres adultes surtout pour la fête de l'°Ashûra. La référence la plus ancienne que j'ai trouvée sur ces instruments de musique provient d'Edmond Doutté et date de 1908. Il parle du tambourin et du hochet. Selon cet auteur les enfants de Constantine dans le Nord-Est de l'Algérie achètent pour l'°Ashûra "des tchekâtchek, jouets en fer-blanc ou en bois peint qui sont de petites boîtes pourvues d'un manche et renfermant une pierre destinée à faire du bruit quand on agite le jouet" (p. 534).

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Pour cette fête le même genre de hochet est donné aux enfants de Fès au Maroc pendant les années 1930. Jeanne Jouin a collectionné pour le Musée de l'Homme deux de ces hochets en 1933. Le fer battu utilisé pour ces hochets provient de vieilles boîtes de conserves. Un ferblantier juif a façonné un cylindre creux qu'il a pourvu d'une poignée et rempli de grenaille (71.1933.77.47-48, H = 7 cm, D = 2,8 cm). Mas Marie (19601961: 225) décrit le même hochet environ trente années plus tard : On donne à l’enfant un hochet ‘jenjel’ (Fès) ou kharkhâcha (Rabat), fabriqué par le ferblantier, composé d’un cylindre fermé en fer blanc, dans lequel on a introduit des petits cailloux, et d’un manche du même métal. Parfois le manche est terminé par une anche ‘zemmâra’ qu’on fait vibrer pour amuser l’enfant. On achète également de nos jours des hochets en celluloïd ‘kâfûr’ de fabrication européenne. Dans son livre Quelques manifestations de l'esprit populaire dans les juiveries du Sud-Marocain, décrivant les résultats de ses recherches de 1948 à 1958, Pierre Flamand écrit (p. 157) ce qui suit sur le hochet : Dans les mellah cette production présente une assez grande variété inspirée de deux types; le plus simple se confectionne avec cinq ou six rondelles de fer blanc enfilées et mobiles sur un roseau; le mouvement imprimé à l'ensemble par l'enfant les fait tintinnabuler. Un hochet de ce type s'achète à partir de cinq francs chez le ferblantier juif. L'autre type de hochet indigène enferme deux pois chiches dans un petit cylindre de fer-blanc de deux à quatre centimètres de diamètre, obturé à ses deux extrémités et soudé à une tige de même métal de huit à douze centimètres de longueur. Le ferblantier juif le fabrique comme le précédent, à partir de vieilles boîtes de conserve et il le vend de dix à vingt francs suivant sa taille. Les hochets s'offrent aux enfants surtout lors de la fête de Pourim. Cet auteur décrit encore deux autres bruiteurs, les castagnettes et les crécelles : Les castagnettes existent dans chaque mellah mais à un petit nombre d'exemplaires : dans les mellahs urbains, les magasins de jouets les

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proposent à 1.500 francs la paire; en montagne, les enfants taillent et arrondissent au couteau des cupules de bois de noyer qu'ils passent ensuite à la flamme pour obtenir une meilleure sonorité. L'usage des castagnettes dans les mellahs, se réduit aux enfants qui en tirent individuellement quelques claquements, sans jamais atteindre la virtuosité et sans employer ces instruments pour rythmer des évolutions de groupes comme le font les danseurs du pays chleuh (berbère) (p. 157)… Avec les déchets de leur fabrication de lanternes, les ferblantiers indigènes montent des mécanismes - grossièrement analogues aux crécelles offertes par les magasins de jouets européens : une lamelle flexible, fixée à l'une de ses extrémités, frotte, par l'autre extrémité, sur une roue dentée; une poignée perpendiculaire à ce dispositif permet de faire tourner la roue tout en maintenant l'ensemble. La plupart des filles et des garçons possèdent une crécelle, au moins dans les mellahs urbains. Le bruit discordant qu'ils en tirent justifie le nom de "cassetête" attribué à ce jouet en milieu israélite (p. 158). Un dernier bruiteur qui toutefois sert aussi à donner le rythme est la claquette déjà décrite ci-dessus pour les enfants ghrib (fig. 332, p. 276). J'ai vu en novembre 1994 pareille claquette à trois lames, découpée dans le rameau de régime de dattes, et appelée shbakala par les garçons et les filles amazighes de Goulmima au Maroc central. Normalement plusieurs garçons ou filles créent ensemble un rythme avec ces claquettes et parfois ils ou elles chantent en même temps. De vrais instruments à percussion se trouvent aussi entre les mains des enfants marocains. Il s'agit de petits tambourins ou de tambours. Mes informatrices de la région de Midelt au Maroc central m'ont décrit un petit tambourin, appelé kherkhasha en amazigh. Ce tambourin est donné aux fillettes et aux filles pour la fête de l'°Ashûra. Sur un cercle de bois un fragment de peau de chèvre est tendu d'un côté. Dans le cercle de bois de quelques centimètres de hauteur, des petits disques en fer-blanc sont fixés deux par deux et avec un petit clou dans les fentes faites à cette fin. J'ai acheté un exemple de ce tambourin à Marrakech en 1992. La peau est collée sur un cercle de carton ((fig. 345 à gauche, p. 287, H = 3,5 cm, D = 8,5 cm, D des disques = 3,5 cm). En plus, j'ai vu quelques jours avant l'°Ashûra de 1993 dans le village Zhana près de Kénitra quelques filles jouant sur ce type de tambourin. Selon des informations obtenues au

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village Ksar Assaka près de Midelt, il arrive que la peau manque et qu'il n'y ait que les petits disques en fer-blanc dans le cercle en bois. Dans ce village ces tambourins sont en principe uniquement utilisés par les filles. Elles l'utilisent spécialement pendant la fête de l'°Ashûra lorsqu'en chantant, elles vont quémander de maison à maison. Des fillettes de trois ou quatre ans s'amusent parfois avec ces tambourins. Un tambourin à peau tendu sur cercle de bois mais sans disques de ferblanc s'appelle tellunt en amazigh du Maroc central et bendir en arabe marocain. Cet instrument de musique qui tient un rôle important dans la musique populaire est frappé avec les mains. Deux informations provenant du petit village Ksar Assaka attestent qu'un modèle réduit est fabriqué à l'intention d'une fille. Dans le premier cas, une mère avait l'habitude dans les années 1970 d'utiliser la peau d'un mouton, tué lors 345 de la fête de l'°Aïd el kebir, pour faire un petit tellunt qu'elle donnait à ses filles. Dans le deuxième cas, un père a fabriqué pour l'°Aïd el kebir de 2000 un petit tellunt pour Selma, sa fille unique de deux ans et demi. Les filles utilisent ce tambourin pour accompagner leurs chansons et danses. Pierre Flamand note que les enfants des familles aisées participent aux réjouissances musicales des adultes "avec des tambourins de dimensions réduites, confectionnés à leur intention par les artisans indigènes. Juifs et berbères en usent de même à cet égard." (p. 150). Sur la photo ci-dessous on retrouve les mêmes petits enfants du village Idoubahman-Imjâd qui jouaient à la dînette (fig. 205, p. 189). En août 2006 Mohamed de cinq ans s'amuse à faire de la musique. Il réussit déjà assez bien à frapper le tellunt, un tambourin pour enfant que son père lui a fait (fig. 346, p. 288).

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A côté de Mohamed on voit sa petite sœur et une cousine du même âge. A tour de rôle une fillette joue à attraper l'autre. Une fois que la fille à la blouse rouge a pris sa cousine celle-ci doit devenir son âne. La première fille se réjouit d'être porter à dos d'âne mais l'autre n'aime pas du tout cela ce qui se remarque bien sur son visage. 346

Un autre type de tambourin en poterie est surtout donné aux garçons pour la fête de l'°Ashûra (fig. 345 à droite, p. 287, H = 25 cm, D = 11 cm). Selon des informations provenant du village Ksar Assaka, le modèle le plus petit peut aussi se trouver entre les mains de petites filles de deux ou trois ans car à cet âge la différentiation sexuelle ne joue pas encore. Ce tambourin s'appelle ta°rija, un nom déjà noté par Jeanne Jouin qui décrivit l'exemple qu'elle a acheté à Fès en 1933 de la manière suivante.

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Une peau est tendue sur un cylindre en poterie avec deux cordes boyaux tendues sur la face intérieure de la membrane (71.1933.77.49). Le cylindre est couvert de peinture avec des fleurons bleus sur fond rose (H = 17,5 cm, D = 6 cm). Il s'agit d'un modèle réduit donné aux enfants surtout pour la fête de l'°Ashûra. Déjà en 1915 ces tambourins sont mentionnés par F. Castells dans sa "Note sur la fête de Achoura à Rabat" (p. 342). Il écrit : Les 'agouals' sont des tambourins oblongs en poterie ordinaire. Leur forme est à peu près celle d'un cylindre s'amincissant au milieu de sa hauteur et se terminant en tronc de cône, légèrement évasé. Sur la partie évasée est appliquée une peau de chèvre sur laquelle on frappe après l'avoir légèrement chauffée pour la tendre et la rendre ainsi sonore. Les 'agouals' sont soit en poterie nue, soit peints en rouge et ornés d'un dessin en traits croisés; dans ce dernier cas, on les appelle aussi ’taârija’... Il en est des tout petits qu'on achète pour les enfants, et de très grands qui seront précieusement conservés jusqu'à l'Achoura prochaine. La dimension ordinaire est de 33 centimètres sur 12 centimètres. J‟ai acheté une série de tambourins de grandeur différente dans la ville côtière Kénitra pendant la fête de l‟°Ashûra en 1994 (fig. 347). 347

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Le plus petit tambourin avec décor brun et vert sur fond blanc a coûté deux dirhams ou 0,2 € (H = 7,5 cm, D = 4 cm). Celui à bandes rouges, bleues et noires coûtait le même prix (H = 12,5 cm, D = 8 cm). Il y a aussi un autre petit tambourin en poterie émaillée à décor brun et gris (H = 12,5 cm, D = 6,5 cm) ainsi qu'un tambourin plus grand de couleur ocre (H = 21 cm, D = 10 cm). Le tambourin le plus grand est très décoré avec un arbre, un palmier, des oiseaux et un dessin qui ressemble à une gazelle sur un rocher, peint en brun et vert sur fond jaune et avec des cercles noirs en bas et en haut (H = 24,5 cm, D = 12 cm). Les enfants prennent ces instruments avec une main et le frappent avec l'autre main. A Midelt lors de l'°Ashûra de 1999 j'ai obtenu deux autres tambourins très décorés avec de la peinture brillante et un décor géométrique dessiné en lignes blanches (H = 20,5/21,5 cm, D = 10/11,5 cm). Pendant la fête de l'°Ashûra en mars 2003 à Sidi Ifni ce même type de tambourin, appelé aussi ta°rija, était bien mis en vue chez quelques marchands ambulants. A ce moment beaucoup de filles y jouaient pour accompagner leurs chants. A Sidi Ifni pour l‟°Ashûra fin janvier 2007 des vendeurs ambulants vendent des petits tambourins (H = 10 cm) à 1 dirham ou 0,1 € et des tambourins de taille moyenne (H = 18 cm) à 5 dirhams ou 0,5 € (fig. 348). 348

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Ces tambourins sont donnés aux enfants Aït Ouirra de la région d'El Ksiba au Moyen Atlas. Là il s'appelle 'tikazdoumma' et se sont des cylindres en poterie recouverts d'une peau de chèvre tendue (Oubahammou, 1987: 85). Le t'bal est un instrument de percussion avec une peau tendue des deux côtés d'un cylindre. Ce tambour est normalement donné aux garçons pour l'°Ashûra. Celui que j‟ai acheté à Midelt en 1999 est porté au cou par un lacet bleu attaché à deux crochets (fig. 349, H = 7 cm, D = 10 cm). En haut et en bas du cylindre en carton un ruban jaune brillant est fixé par des clous. Le tambour est frappé avec deux baguettes 349 coupées dans une planche de caisse à tomates parce que ce bois est dur et ainsi il produit un son clair. Ce tambour est utilement remplacé par un vieux bidon d'huile en plastique que l'on porte au cou ou à l'épaule. Il est aussi appelé t'bal et on le frappe avec deux bâtons. Normalement il est utilisé par les garçons pour la fête de l'°Ashûra. La photo de la figure 350, prise à Goulmima au Maroc central lors de la fête du trône de 1996, montre cependant que les élèves l'utilisent aussi dans le cadre de la participation des écoles à cette fête. 350

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Les enfants aiment utiliser une grande boîte de poudre de lait comme tambour et quelques petits garçons du village Ikenwèn dans la région de Tiznit ont eu la chance d'en avoir en décembre 2006 (fig. 351). 351

Un dimanche en mai 2005 avant la tombée du soir, un groupe de six garçons entre sept et neuf ans forment un orchestre de percussion dans le quartier Boulalem de Sidi Ifni. Ils font cela pour le deuxième jour consécutif et jouent environ une heure. Ils frappent des rythmes locaux et chantent en arabe marocain. Comme instruments ils utilisent toutes sortes de bidons en plastique ou en métal et des bouteilles en plastique qu‟ils frappent avec des bâtons et des barres en métal (fig. 352).

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Ici et là on voit au Maroc des garçons qui jouent du tambour et ils s‟amusent fort bien comme le font des garçons de Sidi Ifni en août 2005. Je les ai trouvés par hasard sous un arbre au bord de la route menant au port de Sidi Ifni. Des récipients en fer blanc et en plastique servent de tambours. Devant leurs tambours ils ont mis des micros fait avec des bâtons de roseau. Surtout le garçon le plus jeune chantait et dansait à la grande joie des autres garçons (fig. 353).

353 Pour les garçons du quartier Boulalem de Sidi Ifni août 2005 semblait être un mois pour faire de la musique. Quelques jours après que j‟ai trouvé les musiciens ci-dessus, plusieurs groupes de garçons battaient leurs tambours de fortune à la tombée de la nuit. C‟est alors que j‟ai vu Zakaria, un garçon de douze ans, jouant de la batterie en présence de ses amis. Il a fait sa batterie avec trois boîtes de poudre de lait en fer blanc et leurs couvercles. Des manches de brosses sont utilisées pour construire la structure supportant les tambours et tout est fixé avec du ruban adhésif noir. Deux cymbales complètent cette batterie. Pour créer une première cymbale un

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long clou est enfoncé dans le couvercle puis dans la manche en bois mais d'abord une bobine de fil à coudre en plastique a été mise sous le couvercle. Pour faire la deuxième cymbale un autre clou est enfoncé dans un premier couvercle, puis à travers un bouchon et un deuxième couvercle, et finalement à travers le tambour inférieur. Afin de tenir ce clou en place un bouchon y est mis à l‟intérieur du tambour inférieur. Quelques grandes pierres mises à l‟intérieur du tambour inférieur tiennent la structure en équilibre. Deux morceaux de branche servent de baguettes (fig. 354, H = 44 cm, L = 36 cm). 354

Zakaria disait qu‟il a trouvé l‟idée en regardant un orchestre jouant lors d‟une fête de mariage célébrée en été. Cependant, il s‟agit de la première batterie qu‟il a réalisée.

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Dans les villes comme dans les villages les boîtes de lait en poudre en fer blanc sont idéales pour être utilisées comme tambour. Le plus souvent on frappe le dessous de la boîte avec un bâton ou avec les mains mais les tambours plus élaborés ont une peau en place du fond de la boîte (fig. 355). Les tambours montrés ci-dessous sont faits par Abderrahim, un garçon de seize ans du village Igîsel à environ 3 km des sources chaudes Abaynou près de Guelmim au Pré-Sahara. Comme membrane il a utilisé des morceaux de peau de chèvre. Une fois le fond de la boîte en fer blanc enlevé il faut serrer la peau humide sur la boîte. Quand la peau est séchée elle reste en place sans adhésif. Abderrahim a réalisé ces tambours pour les utiliser lors de l‟°Ashûra ou d‟autres fêtes.

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Un garçon de Midelt de onze ans m‟a raconté en juin 2000 qu‟il fabrique une copie d‟un instrument de percussion en métal typique des Gnawa (musiciens noirs) appelé qerbshèlla (fig. 356). Le garçon le tient avec un fil autour de son pouce et un autre mis autour du médius et de l‟index. Ce jouet musical est surtout utilisé pendant 356 l‟°Ashûra quand d‟autres garçons jouent au tambour et de la flûte. J'ai vu au Maroc plusieurs manières de faire des sifflets aussi bien avec du matériel végétal, du papier qu'un morceau de boîte en fer blanc. Les filles et les garçons de la région de Midelt au Maroc central utilisent le haut d'un roseau jeune et vert à l'endroit où la feuille est encore enroulée. Il faut tirer cette feuille enroulée, la mettre avec le côté légèrement ouvert dans la bouche et serrer doucement les lèvres. Alors on peut obtenir un son strident en soufflant. Une feuille de papier est aussi utilisée. D'une feuille de cahier d'école, par exemple, on déchire un rectangle plus ou moins 357 grand et on le plie en deux dans le sens de la longueur. Des deux côtés un bord assez large est replié. Puis il faut faire un trou au centre du pli du milieu. Un premier sifflet en papier d'environ 6 cm sur 5 cm a été fait par un garçon de neuf ans. Un garçon de onze ans a fait le deuxième exemple de 11 cm sur 5,5 cm (fig. 357). Ces sifflets ont été réalisés à Midelt en octobre 1998. Pour siffler le morceau de papier plié et troué est placé avec le trou en 358 bas entre deux doigts afin que les bords repliés reposent sur les doigts (fig. 358). En ouvrant un peu les doigts et en régularisant son souffle l'enfant arrive à produire des sifflements. Le sifflet de feuille de roseau aussi bien que celui de papier s'appelle t'azemart en amazigh local.

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359 A 30 km avant Midelt en venant de Meknès, au village Zaïda, une fille m'a montré comment on fait un sifflet avec une fleur (fig. 359). La fille a pris les pétales caliciforme et elle enlève les étamines. Puis elle a mis les pétales en bouche par la petite ouverture à la base. En appuyant avec les lèvres sur l‟ouverture et en soufflant adéquatement elle arrive à produire des sons stridents. Pierre Flamand parle des sifflets utilisés par les enfants du sud du Maroc dans les années 1950 (p. 158) : Les enfants, avec un bout de tige de roseau, les artisans indigènes avec quelques fragments du fer blanc des boîtes de conserve reproduisent les deux modèles universellement connus de sifflets : le sifflet long et le sifflet rond. Ils fabriquent également un sifflet à eau. Ce jouet a pour réservoir une tige de roseau de quelque vingt centimètres de longueur et d'un bon centimètre de diamètre, fermée à ses deux extrémités. Près de l'une de ces extrémités, s'ouvre un trou cylindrique dans lequel s'emboîte une courte tige creuse servant au remplissage du réservoir. Près de l'autre extrémité se place, symétriquement, une autre tige courte taillée en biseau. Souffler dans cette tige agite l'eau dans le corps de l'instrument, produisant des gargouillis sonores qui plaisent aux enfants. Les petits berbères n'ignorent pas ce plaisir. Le réservoir à eau de leur Seffara se constitue parfois simplement d'une grenade percée de deux trous et vidée de ses grains. En Espagne, une gargoulette remplit le même office. Comme les artisans mentionnés par Pierre Flamand, les garçons du village Ikenwèn dans la région de Tiznit font ce sifflet en fer blanc en juillet 2006 (fig. 360-361, p. 298, H+ = 2 cm, LO+ = 4 cm). Ils les découpent dans une boite de limonade. Le plus souvent la partie courbée reste ouverte mais

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parfois elle est repliée jusqu'à la lame plate. L'embouchure simple se limite à la partie plate du morceau de fer blanc. Plus souvent un morceau de fer blanc plié est mis sur la partie plate. Pour siffler il faut prendre la partie courbée entre le pouce et l'index et faire attention qu'elle reste horizontale et en ligne avec l'embouchure. Ce sifflet produit un son fort et si on met une petite perle en plastique dans la partie courbée le son ressemble à un sifflet de policier. Pareils sifflets s'utilisent pour le jeu de policiers et voleurs.

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En 1931 le Musée de l'Homme a reçu de Jeanne Jouin une flûte provenant de Rabat qui est jouée par les jeunes bergers et les enfants (71.1931.45.29, H = 24 cm). Selon les informations du fichier c'est un roseau cylindrique creux avec embouchure en biseau et ouverture en biseau près de cette embouchure. Le roseau est percé de huit trous, sept à l'avant et une à l'arrière. L'embouchure est peinte en rouge. J'ai acheté le même type de flûte de roseau avec le même nombre de trous à Marrakech en 1992 (fig. 362). A l'extrémité opposée de l'embouchure le roseau fut découpé à un nœud pour que le tube reste fermé. 362 Pareille flûte est aussi vendue aux visiteurs de la source Aïn Vittel d‟Ifrane au Moyen Atlas où elle fut donnée en août 1999 à une petite fille de moins de deux ans. Dans les mellahs du sud marocain et pendant les années 1950, une flûte semblable était utilisée. Pierre Flamand décrit cette flûte de la manière suivante (p. 158) :

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Avec un tube de roseau, d'un centimètre environ de diamètre, de vingt à trente centimètres de longueur, taillé en biseau à l'une de ses extrémités et pourvu d'un orifice d'appel d'air près de ce biseau, les petits indigènes du Sud préparent une sorte de pipeau. Cet instrument de musique rudimentaire possède des possibilités très limitées de modulation des sons. Ce jouet appartient à la tradition folklorique juive par son association aux festivités de Pourim. Les enfants en reçoivent de leurs parents et de leurs amis, pour leur permettre de s'associer bruyamment à la glorification d'Esther et de son peuple. Les magasins de jouets offrent des flûtes à six trous en matière plastique, de fabrication européenne, valant 200 à 300 francs. Il s'en vend peu. Les produits indigènes conservent la faveur des mellahs en raison de leur prix modique (10 à 20 francs). Dans les grandes agglomérations, les marchands de cages d'oiseaux assurent cette production; à la campagne et partout où les enfants disposent de bambou, ils les confectionnent eux-mêmes. En février 2007 Sidi Ahmed de onze ans vivant au village Douar près de Tan-Tan a reçu d‟un grand-père paternel sa longue flûte en roseau. Sidi Ahmed en voulait une depuis qu‟il l‟a vue dans une fête de mariage. Sur cette flûte il essaie de jouer un air de berger (fig. 363). Une flûte d'un type particulier totalement faite avec des objets en plastique récupérés me fut présentée à Midelt au Maroc central par le garçon qui l‟a fabriquée en septembre 1999. Il s‟agit d‟une copie de la flûte locale appelée el ghêta et ressemblant à un hautbois à six trous, cinq à l'avant et un à l'arrière. Pour faire l'embouchure il a mis un bouchon de bouteille d'huile au-dessus d'une extrémité du tuyau. 363

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Puis il a introduit au centre de ce bouchon et par un petit trou fait à cet effet, une paille en plastique de 6 cm de long que l'on trouve dans les petites boîtes de limonade (fig. 364). Sur l'autre extrémité un pavillon, d'un diamètre maximal de 8 cm, est 364 créé avec la partie supérieure d'une bouteille de limonade. Avec l'ouverture en avant ce pavillon est mis sur le tuyau où il est fixé avec quelques lamelles de plastique provenant de la même bouteille (fig. 365, LO = 30 cm, D du tuyau = 2 cm).

365 Sur la route de Kasba Tadla à Khénifra près du village Tighboula non loin d'El Ksiba au Moyen Atlas, j'ai rencontré Khalef, un jeune berger de treize ans. Au bord de la route il était en train de jouer sur son violon un jour de septembre 1999 (fig. 366, p. 301). Ce violon, dénommée kamanja, est confectionné par lui-même.

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La caisse de résonance est un vieux bidon de fer blanc d'environ 20 cm sur 17 cm et 6,5 cm. Elle est percée d'un bâton d'environ 65 cm de long sur un diamètre maximal de 4 cm. Ce bâton provient d'une branche de bois léger qui fut totalement écorcée sauf deux carrés d'écorce. Un carré d‟écorce se trouve à l'avant de la volute et un visage - à nez, bouche, yeux et oreilles est incisé dans l'écorce. Un autre carré d‟écorce se trouve à l'arrière en dessous des chevilles où un X fut incisé (fig. 367-368, p. 302).

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En dessous de la volute le garçon a évidé le bâton sur une longueur de 8 cm, une largeur d'environ 2 cm et une profondeur d'environ 1,5 cm. De chaque coté de ce creux il a brûlé trois trous dans lequel s'enfoncent les trois chevilles d'environ 5 cm de long faites avec le même bois. Les ouvertures latérales de la table supérieure du violon sont remplacées par des ouvertures rectangulaires découpées dans le haut et les côtes de la caisse. Ces rectangles mesurent environ 6 cm sur 7 cm. Juste en bas de ces ouïes et au centre se trouve le chevalet fait d'un morceau de bois très léger et doux provenant probablement d'un cacaotier. Le bord replié en bas du bidon et dans lequel trois trous sont percés sert de cordier. Les trois cordes en métal sont faites de spirales de cahiers d'écoles étirées. Une fois les cordes attachées aux chevilles il devient possible de leurs donner la tension voulue en tournant les chevilles. L'archet utilisé par ce berger est une branche d'olivier de 52 cm de long sous-tendue par cinq crins de fil de nylon achetés au magasin. D'un côté les fils passent par une entaille après quoi ils sont noués ensemble. De l'autre côté ils sont tenus en place avec un

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fil de laine. Au centre l'archet est décoré de trois incisions circulaires distanciées l'une de l'autre d'environ 4 cm (fig. 369). 369 369

Selon des voisins de Khalef les autres bergers de la région ne font pas de violons. Ils soulignent aussi que Khalef bien qu‟il vive déjà des années dans la région de Tighboula appartient à la population Aït Haddidou d'Imilchil au cœur du Haut Atlas. La fabrication de pareils violons semble rare mais deux de mes informateurs de la région de Midelt m'ont dit qu'ils en ont fabriqué un lorsqu'ils étaient des garçons. En plus j'ai vu en mai 2005 un violon fabriqué par Hafid, un garçon de sept ans du village de montagne Lahfart

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dans la région de Sidi Ifni (fig. 370). Hafid disait que son frère de dix ans l'a aidé à créer cet instrument de musique sur lequel il est possible de jouer des airs.

370 Comme caisse de résonance une vieille casserole à manche est utilisée (D = 18 cm, H = 9 cm). Dans l‟ouverture pour la manche une planche est fixée (L = 58 cm, B = 4 cm). Un morceau de bois de 12 cm sur 5 cm, cloué en haut de la planche, sert de volute dans lequel trois vis ont été vissés. D‟un côté les cordes sont attachées au clou fixant la planche à la casserole et de l‟autre côté aux ouvertures des vis. Hafid a reçu ces cordes en nylon d‟un

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voisin qui les a obtenues d‟un pêcheur à la ligne. Une planchette mince de 16 cm sur 10 cm est clouée en bas de la planche. Cette planchette commence juste au-dessus de la partie supérieure de la casserole et s‟arrête à environ 3 cm du bord inférieur de la casserole. A cet endroit un morceau de bois rectangulaire servant de chevalet est introduit sous les cordes. L‟archet est une branche courbée d‟environ 30 cm avec un fil de cuivre tendu entre les extrémités. Entre les mains d'un garçon de six ans vivant dans la petite ville Goulmima au Maroc central j'ai trouvé en novembre 1994 une guitare à trois cordes, les cordes étant de vieilles cordes d'instruments à cordes. La caisse de résonance d'une largeur maximale de 8 cm est faite d'une bouteille de limonade en plastique fixée sur un bâton d'environ 80 cm de longueur. En haut du bâton deux clous et une entaille servent à fixer la corde qui contourne en bas la pointe découpée dans le bâton. En février 2003 j'ai pu photographier dans une rue en haut de la colline du quartier Boulalem à Sidi Ifni un garçon de treize ans en train de jouer sur la guitare qu'il s‟est construite (fig. 371). Cette guitare est faite avec une boîte de fer blanc ronde, une latte, quelques clous et de cordes réelles. Le garçon m'a dit que son père l'a aidé à finir la guitare. 371 372 206

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Une autre guitare du même genre vient du village Igîsel près de Guelmim dans le Pré-Sahara (fig. 372, p. 305, H = 58, LO = 15). Un 371 garçon de quatorze ans l'a créée en 2005 avec un bidon de colle, une planchette, des fils nylons et des vis. Le chevalet est un morceau de manche de balais. Les trois cordes sont attachées en bas du chevalet aux clous qui fixent la planche à la caisse de résonance et en haut de la planche aux trois vis. Mohamed Sijelmassi nous montre une photo couleur d'un garçon avec sa guitare : "un bidon d'huile, des fils de fer, un bout de bois" (1984: 88). La concurrence faite aux bruiteurs et aux instruments de musique que les enfants ou les adultes fabriquent localement par ceux importés et le plus souvent en plastique ne date pas d'aujourd'hui car F. Castells mentionne déjà en 1915 des tambours et des clairons de fabrication européenne vendus pour la fête de l'°Ashûra à Rabat (p. 342). Soixante-seize ans plus tard, j'ai trouvé toute une série de ces jouets musicaux peu coûteux à Marrakech en 1992. J‟ai donné le hochet (fig. 373) et la trompette (fig. 374) aux enfants d‟une femme de Marrakech qui m‟a informé sur les poupées de son enfance. 373 374

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Au même moment j‟ai aussi acheté un sifflet (fig. 375), un accordéon et une deuxième trompette (fig. 376). Ces instruments de musique fabriqués en Asie du Sud-Est sont vendus avec d'autres jouets par les marchands ambulants et dans des petits magasins spécialement pour l'°Ashûra.

210 375 376

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6 Les rituels et les fêtes dans les jeux et jouets
Comme avec beaucoup d‟aspects de la vie familiale, les enfants sahariens et nord-africains s‟accaparent les rituels et les fêtes pour créer des activités ludiques. Mais parfois la séparation entre le jeu et le rituel s'estompe et les enfants sont intégrés directement à la vie rituelle. Alors les enfants exécutent un rite mais dans ce cas le rituel et le jeu se côtoient. Parlant des liens entre activités ludiques et jouets, d‟un côté, et des rituels et fêtes, de l‟autre côté, il faut souligner que ce chapitre parle plus de jeux dans lesquels certains rituels et quelques aspects des fêtes sont 377 interprétés par les enfants que de véritables jeux rituels. Un exemple est donné par la fillette Selma de deux ans et demi, déjà mentionnée en parlant de la danse (fig. 343, p. 284), qui avec la même spontanéité imite la prière (fig. 377). 377

Dans son livre Jeux et Jouets de l'Ouest Africain Charles Béart consacre un chapitre sur la magie et la prestidigitation dans les jeux (p. 565-569), sur les jeux rituels (p. 571-578) et sur le lien entre les jeux et les fêtes (p. 578590). Contrairement à d'autres chapitres du livre de Charles Béart, le chapitre sur la magie et la prestidigitation dans les jeux ne comporte pas d'informations sur les enfants touaregs et maures. En plus les données provenant de mes recherches sur le terrain restent limitées.

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Auprès des enfants ghrib du Sahara tunisien j‟ai trouvé quelques jeux liés à la magie ou la vie religieuse. Ainsi, quand les enfants ghrib des années 1970 avaient besoin de tracer un cercle pour un de leurs jeux ils imitaient souvent un rite de la protection des biens (fig. 378).

378 Les filles ou les garçons se mettent l'un derrière l'autre. En marchant ils tracent avec le pied un cercle dans le sable (fig. 379) et chantent : Khot'a khot'a. Illi mê ikhawutesh ommah mangûta. Pas par pas (on fait le cercle). Celui qui ne fait pas le cercle sa mère tombera malade. 379

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Lorsque le tracé du cercle est terminé, le premier joueur commence à courir à toute vitesse le long du côté intérieur du cercle. Chacun doit alors essayer d'attraper celui qui le devance pour le pincer en criant : Illi yalh'ag khûh, igerres khûh. Celui qui attrape son camarade, qu'il pince son camarade. Il arrive qu'un enfant pince trop fort ce qui risque de déclencher une bagarre. Il existe un lien direct entre cette manière de tracer un cercle et les croyances. Faire un cercle autour de son bien est un procédé qu'aussi bien l'enfant que l'adulte peut employer pour protéger son bien (fig. 378, p. 309). Une observation que j‟ai faite à El Faouar en novembre 1975 montre comment une fillette ghrib trace le cercle protecteur. Dans la matinée, Jamila, une fillette de quatre ans, et Fatna, une voisine d‟environ sept ans, regardent des hommes de leur famille en train de construire une maison. Sans motif apparent, Jamila commence à tracer un cercle avec son pied comme on le fait pour le jeu de cache-cache. En même temps elle chante la formule magique pour la protection des biens. Immédiatement Fatna la suit dans le même tracé. Les fillettes ne s‟engagent pas dans un jeu mais s‟assoient et jouent dans le sable. Dominique Champault (1969: 349) mentionne l‟utilisation de ce cercle de protection par les enfants Belbala lorsqu‟elle parle du jeu de ménage : Les maisons et leur mobilier sont abandonnés par leurs propriétaires qui les retrouvent intacts plusieurs mois après. Les propriétaires consciencieux prennent d'ailleurs la précaution d'enclore leurs maisons d'un grand cercle tracé avec le pied, de la même manière que les adultes attestent leur droit de propriété sur un objet provisoirement abandonné dans le désert et qui, ainsi cerné, ne pourra être considéré comme une épave. Sous le nom ed desh ed desh, porter de porte en porte, les enfants ghrib imitent le rituel qui est exécuté lorsqu'un enfant tarde à marcher (fig. 380, p. 311). Un petit enfant est mis dans une corbeille que deux jeunes portent d'une maison ou d'une tente à l'autre. Quand il s'agit d'un garçon les porteurs disent devant chaque entrée :

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Ed desh ed desh, yâ hebshî, inshâllah içbay îwâli yimshî. Porte de porte en porte, oh mon chéri, si Dieu le veut qu'il marche. Quand il s'agit d'une fille les porteurs disent par contre : Dê desh, Inshâllah th'at't'ab el geshgêsh, Porte de porte en porte, Si Dieu le veut, elle collectionnera du bois mort. 380

Il y a aussi la divination enfantine connue sous le nom de tetgîz edh dhir. Un garçon ou une fille jouant le rôle de teggêz, de divinateur ou divinatrice, roule un fil de laine entre ses mains. Quand le fil est bien

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tordu, l'enfant dit dans le cas où quelqu'un de l'assistance aurait demandé un renseignement sur un adulte de sa famille : Ya khuyat, yâ mlît! Yimtah îrawwah mula el bît? Oh petit fil, oh crépu! Quand reviendra le seigneur de la maison? Toute autre question peut être formulée par le divinateur ou la divinatrice selon ce que son client ou sa cliente veut savoir. Le divinateur ou la divinatrice pose alors le fil tordu par terre. Si ce fil se tourne vers l'est il est conclu que cet adulte retournera le jour même. Mais si le fil se tourne vers une autre direction la conclusion est que celui-ci ne reviendra pas de si vite. Les joueurs peuvent aussi convenir de donner aux autres directions une signification particulière par exemple concernant le moment de retour. En avril 1975 les garçons ghrib de l'oasis d'El Faouar font avec du sable humide des constructions qui réfèrent à la vie religieuse et aux croyances magiques de leur communauté. Ainsi ils ont construit une mosquée et un tombeau de marabout (fig. 120-123, p. 132-134). Les enfants de Mopti sur le fleuve Niger au Mali construisent des mosquées en argile. Jean-Jacques Mandel et Armelle Brenier-Estrine écrivent que ces jouets sont des symboles vitaux inscrits dans l'argile et registrant la mémoire collective des enfants. Les mosquées soudanaises, qui reflètent des siècles d'instruction, ne sont plus construites sauf en argile et par les enfants (1977: 10). Un jeu pratiqué par les adolescents et les adultes ghrib des années 1970 mais non pas par les enfants, renvoie aux rites de l'enterrement. Ce jeu s'appelle mayt mât, le mort est bien mort. Un adolescent s'étend raide mort sur le sol. Quatre autres adolescents doivent le soulever sous les épaules et aux pieds mais en n‟utilisant que leurs deux index. Avant de soulever le mort ils disent doucement : Mayt mât, bêsh nghasselûh? Nghasselûh bûl el bhaym! Le mort est bien mort, comment allons-nous le laver? Nous le laverons avec l'urine des ânes! Après ces paroles les quatre porteurs essayent de lever le mort le plus haut possible.

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Pareil rituel de l'enterrement peut aussi surgir spontanément de l'imagination d'enfants marocains. Ainsi j'ai vu dans une rue d'un quartier populaire de Kénitra en août 1993 comment un petit enfant devient soudainement un mort. Quatre filles ont transporté le petit par les mains et les pieds, l'ont déposé par terre et ont poussé de grands cris d'Allah. Les données que j'ai recueillies moi-même au Maroc ou qui se trouvent dans la bibliographie consultée n'offrent que peu de renseignements sur le lien entre le rituel et l'activité ludique des enfants. Néanmoins, le lecteur trouvera quelques informations dans mon livre Cultures Ludiques Sahariennes et Nord-Africaines. Poupées d’enfants et jeux de poupées (2005: 117-205). Dans ce livre il est surtout question de l'imitation de certains rites de mariage. Il s‟agit aussi de la représentation de rites en rapport avec l'accouchement et la naissance (voir p. 197-198), l'enterrement (voir p. 200-203) et la demande de pluie (voir p. 203-205) ainsi qu'avec la circoncision (voir p. 213). Certains jeux d'adresse comme le jeu de la balançoire ou le jeu de balle étaient liés aux rites pour attirer la pluie (Westermarck, 1926). Dans mon livre précité est décrit comment vers 1982 les filles du village Ksar Assaka près de Midelt imploraient la pluie en période de sécheresse avec la poupée à cuiller de bois appelée telghenja (2005: 381 203-205). Le 9 juillet 2006, Khalija Jariaa a observé comment vingt-trois filles et quatre garçons entre 3 et 13 ans ont représenté de manière ludique le même rituel pour obtenir la pluie. Cela se passait au village Douar Ouaraben qui se trouve à la périphérie de la ville de Tiznit près de la route allant vers Sidi Ifni. Fatiha, une fille de treize ans et la meneuse de jeu, a créé la poupée belghenja (fig. 381). Celle-ci est faite avec

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une armature de roseau en forme de croix entourée de quelques chiffons mais avec une robe récupérée d'une poupée amenée de France (H = 35 cm, envergure des bras = 19 cm). Le couvre-chef de la poupée est une fleur qui décorait une robe de la mère de Fatiha. Le collier que porte belghenja est faite avec des tiznin ndlah ou pépites de pastèques, un collier que font les filles pour elles-mêmes lors de la saison des pastèques. La grande boule rouge s'appelle aqa limqurn. C'est un cadeau typique donné à une fille et achetée lors du Moussem, la fête annuelle (fig. 382). 382

La première partie de la mise en scène de belghenja se fait sur le terrain de jeu de ces enfants, un espace vide entre les constructions où des maisonnettes sont délimitées avec des pierres (fig. 54, p. 92).

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Fatiha porte belghenja avec les deux mains devant sont front. Une autre fille de treize ans porte le sac pour mettre les cadeaux et une troisième du même âge frappera à la porte. Maintenant elles commencent à faire le tour des maisonnettes. Les trois filles chantent et une d'elles frappe à la porte quand le troisième couplet est entamé : Belghenja, belghenja, Addig Rabbi aman onzar, Aisu wakal tili tuga, Ad shin tfunasin, Shin ihray sun ifullusen sun tazzanin. Belghenja, belghenja, Que Dieu nous comble avec l'eau de pluie, Pour que la terre boive et fleurisse, Et pour que se nourrissent les vaches, les moutons, Pour que les poules boivent ainsi que les bébés. Les filles ajoutent en parlant : Aman onzar ar tnid itga Rabbi, Ilkhalaiq lur sawalnin, Mauri sawaln ifullusen, difunnasen, idan, tazzanin, Urd nekni limqornin. Eau de pluie que Dieu veuille l'envoyer, A ceux qui ne parlent pas, Les poules, les vaches, les chiens, les bébés, Et pas à nous qui sommes grands. Ces paroles réfèrent à la croyance populaire dans la région de Tiznit que Dieu a pitié des animaux et des bébés, ceux qui ne peuvent pas parler et ne font donc pas des commérages ou des mauvaises actions. Avec les adultes Dieu n'aurait pas pitié et si ce n'était pas pour le bien de ceux qui ne parlent pas Dieu ne donnerait pas de pluie et les adultes mourraient.

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Les enfants qui se trouvent dans chaque maisonnette offrent quelque chose à belghenja : des bonbons ou du sucre (quelques pierres enveloppées d'un morceau de plastique), du pain (une vieille semelle en caoutchouc), du thé (des feuilles de l'arbre essay qui ressemblent aux feuilles de thé), et du turufin (le blé grillé). La fille qui s'occupe du blé grillé répond lorsque belghenja frappe à la porte "je sais que c'est belghenja, attends que je prépare quelque chose à manger", puis elle fait semblant de griller le blé avant de l'offrir. Une fois que le tour des maisonnettes est terminé, les enfants sortent avec belghenja dans la rue. Ils se promènent solennellement jusqu'au magasin du coin où le vendeur leur offre des bonbons. Puis ils vont à la petite rivière asif n aït jerrar. Là chaque enfant doit jeter dans la rivière des pierres par-dessous son bras en tournant le dos à la rivière. Ces pierres représentent selon eux les souris qui menacent la récolte, les cafards qui salissent l'huile, le miel et d'autres nourritures, et les puces qui sont un signe de famine. De retour dans leur terrain de jeu belghenja est mis en honneur dans un coin. Les enfants chantent et font semblant de manger ce qui a été offert à belghenja. Lorsque le jeu se termine le soir, belghenja est mis dans la pièce qui sert de grenier et où on garde le blé et l'orge. Fatiha souligne que les enfants de Douar Ouaraben aiment beaucoup ce jeu. Ils le jouent normalement chaque lundi car dans leur jeu une semaine vaut une année. La poupée est réutilisée pour d'autres mises en scènes du rituel de belghenja mais les vêtements sont changés. En mai 2006 vers 11 heures du matin un groupe de dix filles entre quatre et treize ans et cinq garçons entre cinq et huit ans s'amusent à célébrer le rituel pour obtenir de la pluie. Cela fut observé par Khalija Jariaa au village Idoubahman-Imjâd à 24 km d'Ifrane a/s et 72 km de Tafraoute. Tout comme le font les femmes de la région avec la grande poupée belghenja, les enfants mettent en scène la quête à travers le village pour demander des cadeaux en nature ou en monnaie. Milouda, une femme de 67 ans, a la garde de la belghenja d'environ un mètre de hauteur utilisée par les femmes. Selon elle cette belghenja existe déjà une centaine d'années.

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La belghenja des 383 enfants faite par Fatima de 9 ans mesure 45 cm de haut et la louche servant d'armature a plus de trente ans (fig. 383). Le nom de la poupée vient de celui de la louche en bois appelée aghenja. Le bâton de la louche est entouré d'un morceau de mousse pour donner de l'ampleur. Un survêtement blanc à capuchon est drapé sur un sous-vêtement jaune. Un manteau à capuchon crocheté pour un bébé complète l'habit. Le haut de la louche est couvert d'un foulard noir, un morceau de sac en plastique, puis d'un foulard rouge. A l'avant du foulard rouge une fille a cousu un décor à perles et paillettes provenant d'une robe de fête. Le collier blanc, un morceau de tissus à paillettes et perles provenant de la même robe de fête, ainsi qu'un petit collier à perles blanches et noires pendent autour du cou. Deux tresses noires faites avec un morceau de sac en plastique pendent sur les épaules. Sur le côté bombé de la louche on voit les traits de visage dessinés avec du legedrân ou goudron naturel et comportant les yeux avec cils et sourcils, un nez triangulaire et une bouche ovale. Plusieurs maisonnettes délimitées par des pierres se trouvent juxtaposées sur le terrain de jeu derrière les maisons et situé sur la pente montante de la montagne. Il y a environ dix maisonnettes utilisées pour des jeux de poupées, de dînette et de ménage. Malika, la sœur de treize ans de Fatima, porte la belghenja des enfants, habillée comme une tislit ou jeune

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mariée d'antan, de maisonnette en maisonnette. Zeina, sa sœur jumelle, porte un panier tressé se terminant en deux longues anses qu'elle tient à deux mains sur son front. Les filles font semblant de frapper à chaque porte et chantent leur chanson de belghenja, une version réduite de la chanson des femmes. Cette chanson est la même que celle chantée par les filles de Douar Ouaraben (p. 315). Dans chaque maisonnette se trouve une soi-disant mère qui offre un œuf, du pain, une orange ou une pomme, du sucre ou du thé qu'elle a reçus à sa maison. Une fois que la fille de la première maisonnette a mis son cadeau dans le panier elle accompagne Malika et Zeina à la deuxième maisonnette où le même rituel ludique est exécuté après quoi cette fille se joint au cortège. Cela continu jusqu'à la dernière maisonnette où se trouvent les cinq garçons qui jouent le rôle de célibataire. Ils donnent comme cadeau des billets d'argent représentés par des emballages de bonbons. Ces garçons s'imaginent être des hommes riches et regardent avec les mains sur le dos et la tête haute les filles qui passent en cachant leur visage. Les filles vont à la maisonnette de Malika et Zeina où ils mangent les cadeaux. Quand le jeu se termine après environ une heure les vêtements de la belghenja des enfants sont enlevés. Puis la louche est remise entre les mains de Milouda, la gardienne de la grande belghenja. En ce qui concerne le lien entre les fêtes et les jeux et jouets, la fête de l'°Ashûra vient en premier lieu. Il est aussi question de l'°Aïd el kebir, la fête du sacrifice, et du Mûlûd, la commémoration de la naissance du Prophète. Au Maroc la fête de l'°Ashûra est la plus importante dans ce contexte et il est coutume de donner des sucreries et des jouets aux enfants. L'°Ashûra tombe le dixième jour du mois de muharram, le premier mois du calendrier lunaire musulman. Les festivités se prolongent pendant une période de dix jours commençant au début du mois. Dans plusieurs endroits d‟Afrique du Nord, les adultes avaient l'habitude d'effectuer des rites et de participer à des réjouissances carnavalesques et agraires. Ici et là ils le font encore comme à Goulmima au Maroc central et à Tiznit près d‟Agadir. Les données sur les poupées de l‟°Ashûra se trouvent dans mon livre Poupées d’enfants et jeux de poupées (2005: 51, 200-203). A ma connaissance, la première mention d'adultes donnant des jouets aux enfants pour la fête de l'°Ashûra à Rabat vient de F. Castells en 1915 (p. 342). Westermarck en parle aussi pour Fès en 1926. Selon Lahcen

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Oubahammou, les adultes Aït Ouirra du Moyen Atlas achètent des cadeaux pour leurs enfants à l'occasion de l'°Ashûra (1987: 85). Dans Enfances Maghrébines Mohamed Dernouny déclare "Achoura est aussi l'occasion pour l'adulte de faire des offrandes aux enfants, l'occasion donc d'une trêve entre ces derniers et ceci le temps du déroulement des festivités" (1987: 27). Mais cette coutume ne se limite pas au Maroc. Dominique Champault écrit pour les Belbala du Sahara algérien des années 1960 que "les enfants reçoivent de menus cadeaux" pour l'°Ashûra (1969: 147). Aujourd'hui au Maroc, les parents et parfois d'autres membres de la famille achètent des jouets pour les enfants ou bien ils donnent un peu d'argent. Quand j'étais au Maroc pendant l'°Ashûra de juin 1994, les marchés des quartiers populaires de Rabat, Kénitra, 384 Marrakech ou Midelt débordaient de jouets souvent en plastique. Les pistolets et les fusils à eau pour les garçons et les boîtes de beauté pour les filles étaient à la mode. La plupart de ses jouets à prix réduit sont importés de Chine, de Hong-Kong et de Taiwan. Comme décrit dans le chapitre précédent, il reste à côté des instruments de musique en plastique (fig. 384) encore des instruments de musique faits localement. Les garçons et les filles utilisent ces instruments de musique surtout pour la quémande organisée lors de l'°Ashûra. A Sidi Ifni pendant l‟°Ashûra de mars 2003, j‟ai néanmoins remarqué que les chants rythmés au petit tambour en poterie se pratiquent souvent sans quémande de sucreries ou d‟argent. Surtout les filles chantent en petits groupes, se frappent les mains et font des youyous. A cet endroit c‟était certainement l‟activité ludique la plus courante pendant toute la période de l‟°Ashûra. Au village Ksar Assaka près de Midelt au Maroc central, les filles et les garçons partaient en groupes séparés quémander des petits cadeaux en nature ou en argent. Dans les années 1970, ces groupes d'enfants ont un petit orchestre pour accompagner leurs chants de l'°Ashûra. Le groupe d'enfants essaye d'entrer discrètement dans une maison afin de surprendre les habitants par une apparition soudaine et bruyante. Un homme né en 1968 et originaire de ce village disait en mai 2000 que pendant son enfance un groupe de garçons entre 8 et 12 ans formait un petit orchestre. Cet orchestre des années 1980 comportait un joueur de violon ou de guitare et des joueurs de tambourin fait d'une peau de lapin tendue sur une boite de

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conserve et tenue en place par un fil de fer. A côté de l‟orchestre il y avait aussi un personnage masqué. Un garçon portait une barbe faite d'un morceau de peau de mouton ou de chèvre. On lui donnait un gros ventre en cachant un coussin ou une couverture sous son survêtement. Le groupe de garçons allait de maison en maison pour chanter et jouer la mascarade et obtenir du blé, du sucre etc. Puis ces denrées étaient vendues à l'épicier pour pouvoir assister à une séance de film au cinéma Rex de Midelt, fermé depuis longtemps. L‟argent pouvait aussi servir pour acheter quelque chose à manger. Des informations récentes sur l'°Ashûra soulignent que se masquer, s'habiller et danser ne se fait plus dans ce village lors de l'°Ashûra. Les enfants se limitent à la quémande de monnaie en chantant. Une autre activité ludique des enfants est directement liée à la fête de l'°Ashûra. Il s'agit de l'arrosage d'eau. Pierre Flamand le confirme pour le sud du Maroc des années 1950 en écrivant : "Les passants s'arrosent joyeusement entre eux dans la rue et même dans les maisons; les enfants s'y montrent les plus ardents, cachant leur instrument derrière leur dos pour surprendre leurs victimes". Cet instrument est le lance-eau, appelé 'seringue' par cet auteur. "Presque la moitié des enfants possèdent personnellement une seringue. Ils l'utilisent pendant la célébration de Pentecôte en milieu juif, et d'Achoura (premier jour de l'année) en milieu musulman." (recherches de 1948 à 1958, p. 151). Pierre Flamand décrit ces seringues de la manière suivante (recherches de 1948 à 1958, p. 151) : Le modèle le plus répandu mesure de 8 à 15 centimètres de longueur et de deux à trois centimètres de diamètre. Il est confectionné avec trois fragments de roseau (cylindre servant de corps de pompe, tige-piston, bouchon obturant le corps de pompe sauf le passage du piston). Les ferblantiers vendent, au prix de dix francs, des seringues de fer blanc construites à partir de morceaux de boîtes de conserve, 385 découpés, emboutis et soudés à la diable. La lance-eau en roseau se trouve dans la collection de jouets sahariens et nord-africains du Musée du Quai Branly (fig. 385, 71.1936.2.234). Il s'agit de trois jouets ayant appartenus à des enfants Chaouïa de Ménâa dans l'Aurès en Algérie. Ces jouets furent collectionnés par Thérèse Rivière en 1936 mais la fiche

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d'objet ne fait pas référence à l'°Ashûra (71.1936.2.234-236). La lance-eau est faite de deux pièces. Il y a comme corps de pompe un morceau de roseau creux et ouvert d'un côté. Ce morceau de roseau a un diamètre d'environ 2 cm et une longueur de 17,5 cm (234), 24 cm (235), et 24,5 cm (236). Un petit trou est fait dans l'extrémité fermée. La deuxième pièce servant de piston est un roseau d'environ 1 cm de diamètre. La longueur est de 32,5 cm (234), 61 cm (235), et 30,5 cm (236). Ce piston doit être entouré d'un fil de coton pour bien s'ajuster au diamètre du corps de pompe. L'eau aspirée dans le corps de pompe est projetée en avant en poussant le piston avec force. Tout à fait le même type de lance-eau, appelé tesdamèn, était utilisé par Mohamed Jariaa et les autres garçons du village Ikenwèn dans l'Anti-Atlas pour la fête de l'°Ashûra vers 1990. Aujourd'hui il est encore utilisé quand un garçon n'a pas reçu de pistolet ou 386 fusil à eau de son père ou un autre membre de sa famille. Mohamed a reproduit en 2006 l'exemple de la figure 386 (LO = 32 cm). Au lieu d'un fil un morceau de plastique fin est utilisé pour ajuster le piston. Pierre Flamand a constaté vers 1950 que cette activité régresse (p. 151) : La coutume de l'arrosage de Pentecôte entre amis, parents et voisins, entre enfants et adultes, a pratiquement disparu des mellahs urbains. Elle demeure vivace dans les mellahs de la montagne berbère mais elle s'y interprète comme un jeu de l'eau, inspiré par l'ardeur du climat à cette saison. Sa signification religieuse - fête de l'eau, date importante du rituel du paganisme berbère - n'apparaît pas aux populations juives. La pratique de l‟arrosage d'eau est aussi attestée pour les Aït Ouirra du Moyen Atlas par Lahcen Oubahammou qui note qu'on trouve parmi les jeux de l'°Ashûra, les „ilihane n'âchour‟, le jeu de „zem-zem‟ dans lequel "les gens jettent l'eau les un sur les autres" sans se préoccuper du gaspillage d'eau (1987: 87-88). En 1970 Marie-Rose Rabaté en parle en ce qui concerne les enfants de la Vallée du Dra non loin de Ouarzazate (p. 252-253). Elle fait aussi référence à la fabrication d‟une seringue par un garçon.

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Sauf Pierre Flamand, Marie-Rose Rabaté et Lahcen Oubahammou, les autres auteurs qui parlent de la fête de l'°Ashûra ne réfèrent pas à cet arrosage d'eau (Doutté, 1905, 1908; Castells, 1915; Westermarck, 1926; Servier, 1962; Jemma-Gouzon, 1976). Cependant dans la plupart de ces études la coutume de verser de l'eau sur les tombes lors de l'°Ashûra est mentionnée. Les données sur l'arrosage de l'°Ashûra que j'ai recueillies à Ksar Assaka près de Midelt se réfèrent à trois générations successives : la génération des grands-parents, celle de leurs enfants et de leurs petits-enfants. Il s'agit donc d'enfants ayant vécu vers 1950 et 1975 et de ceux qui sont des enfants vers 2000. Les enfants des années 1950 et ceux des années 1970 pouvaient se permettre beaucoup lorsqu'ils aspergeaient d'eau enfants et adultes. Deux anecdotes sont révélatrices à cet égard. Quelques filles ayant environ dix ans vers 1950 ont pendant l'°Ashûra pris une femme assez âgée. Puis elles l‟ont plongée dans un petit canal d'irrigation par leur effort conjugué. Cela n‟a pas provoqué des protestations de la part de la femme ni la réprobation d'autres adultes. Environ trente années plus tard, lors de l'°Ashûra de 1979 ou 1980, quelques filles et garçons d'environ onze ans se sont infiltrés dans la mosquée. Ils y ont pris les pots remplis d'eau devant servir pour les ablutions avant la prière et sont montés sur le toit plat de la mosquée. Là ils ont attendu que quelqu'un passe. Après quelque temps un homme est arrivé avec son mulet chargé d'un grand paquet d'herbes. Au moment où il passait devant la mosquée, les filles et les garçons ont jeté l'eau sur cet homme et son mulet. Comme l'homme a perdu le contrôle de son mulet, le grand paquet d'herbes est tombé par terre. Une fois encore il n'y a eu aucune malveillance de la part de cet adulte. Les enfants sont seulement descendus du toit pour aller aider à remettre le paquet d'herbes sur le dos du mulet. Ceux qui m'ont raconté ces deux anecdotes ont dit qu'ils ne croient pas qu'aujourd'hui pareille manière d'agir serait encore acceptée. Selon eux, elle serait probablement mal acceptée par les adultes. A Midelt, l'arrosage pratiqué par les enfants lors de l'°Ashûra d'avril 2001 est devenu surtout un arrosage par pistolet à eau ou fusil à eau de grand débit. Ces jouets sont achetés au marché ou dans un magasin local. Les pistolets ou fusils à eau se vendent aussi à Sidi Ifni lors de l‟°Ashûra de mars 2003. Cependant les garçons et les filles aussi bien du quartier Boulalem que du centre ville utilisent plus souvent des bouteilles ou des

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sacs en plastique. Une fois remplis d‟eau ils les projettent comme des bombes à eau à partir de la tombée de la nuit vers 19 h jusqu‟environ 22 h. Le 10 muharrem 1424, soit le 14 mars 2003, était la dernière soirée de cet °Ashûra. C‟était sans aucun doute le point culminant où à la nuit tombante des bandes d‟enfants, garçons et filles, se livraient à une véritable bataille d‟eau. Le lendemain tout rentrait dans l‟ordre et on n‟entendait qu‟ici et là un petit groupe d‟enfants accompagnant encore leurs chants avec un petit tambour. Au Maroc, l'industrie du jouet a trouvé dans les festivités de l'°Ashûra un créneau pour vendre des jouets. Ainsi, les dernières années le pistolet à eau et le fusil à eau de grand débit se sont ajoutés aux jouets musicaux, aux beauty sets, aux ustensiles-jouets et aux armes-jouets. En plus, l'achat d'un pistolet à eau ne semble plus se limiter à la période 387 de l'°Ashûra. Ainsi j'ai vu qu'une mère de vingt-huit ans vivant à Ksar Assaka avait acheté pour sa fillette de trois ans un pistolet à eau en plastique au marché de Midelt. Elle l‟a donné à sa petite fille à l'occasion de la fête de l'°Aïd el kebir en mars 2000 (fig. 387). °Ashûra incorpore des rites du feu comme le dit Dominique Champault pour les enfants belbala du Sahara algérien des années 1960 (1969: 147) : Dès le lendemain et jusqu'au dixième jour de moharrem : ashura, l'on rencontre un peu avant le coucher du soleil des enfants traînant dans une course rapide des fagots de fdem, ligaturés de folioles de palmier. Le fagot, tazewit, allumé par un enfant, traîné un instant, est vivement repris par un autre, puis passé aux mains successives de plusieurs garçonnets jusqu'à la combustion entière. Seuls les garçons, en principe, enflamment et traînent les fagots d'ashura mais des filles de moins de dix ans peuvent prendre également le relais. De grandes exclamations "ay, ay, ashur", poussés par les enfants, les incitent à aller de plus en plus vite. Les adultes ont connaissance des feux ainsi portés d'un bout de l'oasis à l'autre; ils invitent même les enfants à le faire et

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leur recommandent de parcourir le plus long chemin possible mais en évitant les pistes. Il s'agit pour eux d'une purification de l'ensemble de l'oasis, mais il faut éviter de laisser quelques cendres sur le parcours des pieds des hommes (cendres et braises sont réceptacles de jnun). Trois auteurs mentionnent que des rites du feu existent aussi au Maroc. F. Castells dans sa "Note sur la fête de Achoura à Rabat" publié en 1915 (p. 334) écrit : La nuit arrivée, avant de manger le keskessou, un feu de paille (chaâla) est allumé au milieu de la cour de chaque habitation. Tout autour de ce feu sont disposées des bougies allumées; les femmes et les enfants chantent autour du feu en jouant de l’agoual (tambourin de forme oblongue), et tous, surtout les enfants, sautent joyeusement à travers la fumée. Les cendres du feu sacré sont pleines de bénédiction. Elles sont recueillies et on en frotte les yeux des enfants, pour les garantir de toute maladie. Au début des années 1920 "les enfants prennent des brandons enduis de suif et allumés, s'écartent du douar et s'amusent à se les jeter les uns aux autres. Ce rite est cause de nombreux accidents." (Biarnay, 1924: 84). Cela se passait dans la vallée de l‟Oued Sebou, un des grands fleuves marocains passant au nord de Fès et de Sidi Kacem pour se jeter en mer près de Kénitra. De son côté Marie-Rose Rabaté offre des informations détaillées et quelques photos sur les jeux avec le feu des enfants de la Vallée du Dra non loin de Ouarzazate pendant l‟°Ashûra des années 1960 (1970: 241244). Je n‟ai pas trouvé d‟autres références sur les jeux marocains liées au feu dans la bibliographie consultée ni dans mes propres notes. Néanmoins, des observations faites en mars 2003 à Sidi Ifni montrent que ce lien entre l‟°Ashûra et le jeu du feu est toujours une réalité dans l‟Anti-Atlas et des informations de Khalija Jariaa sur Tiznit confirment cela (fig. 393, p. 330). Vers 20 h et lors du premier jour du nouvel an musulman correspondant au 5 mars 2003, j‟ai vu un groupe d‟environ dix enfants entre cinq et huit ans. Ce groupe comprenait presque autant de filles que de garçons qui s‟agitaient autour d‟un petit feu encerclé de pierres. Ce spectacle fut observé par une mère se trouvant sur le seuil de sa porte dans une rue du

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quartier Boulalem à Sidi Ifni. Ces enfants entretenaient le feu avec des feuilles de journal. Dans ce feu chacun allume une longue mèche de Jex, de la laine d‟acier utilisée pour nettoyer les casseroles. Une fois que le bout de la mèche est chauffé au rouge l‟enfant le sort du feu. Alors il tourne à grande vitesse la mèche allumée en rond, utilisant son bras comme une aile de moulin à vent. Si tout se passe bien d‟innombrables étincelles volent en rond comme lors d‟un feu d‟artifice. Tous ceux qui se trouvent trop près sautent de côté. Parfois un enfant prend une feuille de papier qui commence à brûler et courre avec. J‟ai vu des enfants pratiquer ce jeu du feu dans d‟autres endroits de la ville mais bien moins que dans le quartier Boulalem. Dans le quartier Colomina situé à l‟entrée de la ville Sidi Ifni, j‟ai vu l‟avant dernier jour de l‟°Ashûra un grand groupe d‟enfants, des garçons surtout, s‟amuser autour d‟un grand feu. Des enfants enflamment leur mèche de Jex puis font voler les étincelles en rond. Pour l‟°Ashûra de mars 2004 j‟espérais faire des observations supplémentaires sur les enfants de Sidi Ifni mais je ne trouvais que des enfants qui chantaient et frappaient des tambourins. Cela m‟étonnait de ne pas les voir jeter de l‟eau ou d‟allumer des mèches de Jex et j‟ai donc questionné quelques adultes. Ceux-ci m‟ont dit que les autorités locales ont défendu cela car certains gens se plaignent des nuisances que cela cause. Cependant, ces deux activités ludiques des enfants ont repris timidement lors de l‟°Ashûra de 2005. Lors de l‟°Ashûra de février 2006 cela s‟est fait plus amplement mais seulement pendant les deux premiers jours. Pendant l‟°Ashûra de fin janvier et début février 2007 les enfants du quartier Boulalem semblaient ne plus s‟adonner à ces activités ludiques sauf qu‟ici ou là on trouvait quelques enfants en train de chanter au rythme d‟un tambour. Mais leurs chansons n‟étaient pas liées à la fête de l‟°Ashûra mais provenaient du répertoire des chanteurs à la mode. Marie-Rose Rabaté décrit en 1970 l‟apparition de "l‟ogre de l‟Achoura", un adolescent masqué aidé de deux amis, dans la Vallée du Dra non loin de Ouarzazate (p. 246-249, 252, 258). Khalija Jariaa m‟a donné des détails sur l‟°Ashûra à Tiznit. Lors de la fête en février 2006 elle a pris des photos. Dans cette ville une parade appelée imashar se promène pendant une semaine. Des adolescents et des hommes de la région deviennent musiciens, chanteur ou danseur et portent souvent des masques (fig. 388, p. 326).

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A Tiznit de grands animaux, comme une girafe avec un très long cou, un chameau ou un éléphant, sont promenés dans la parade par deux ou trois jeunes. Les filles y participent en chantant et en acclament la parade. Déjà à l'âge de dix ans des garçons participent à la parade nocturne comme montre la photo suivante prise lors de l‟imashar de début février 2007 (fig. 389, p. 327). Un garçon de dix ans porte un masque blanc pour lequel il a utilisé un morceau de peau de mouton. Un garçon de onze ans porte un masque noir acheté au magasin. Un grand bidon lui sert de tambour. Le garçon de douze ans vêtu de blanc a essayé de représenter le dromadaire avec une structure de branches couverte de tissu provenant de grands sacs dans lequel on transporte les pains de sucre.

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A Tiznit d'autres garçons participent à la fête de l'°Ashûra de fin janvier et début février 2007 comme le prouve la photo suivante prise par Khalija Jariaa fin janvier 2007. Cette photo montre un groupe de copains avec le résultat d'une quête dans le voisinage (fig. 390, p. 328). Pareille quête se fait de porte en porte en chantant des chansons de circonstance et en s'accompagnant de tambours et éventuellement de flûtes. Cette fois-ci l'argent collecté a servit à acheter de la peinture pour créer des masques. Un groupe de copains participe à cette mascarade de Tiznit (fig. 391, p. 328). Les masques faits soi-même côtoient les masques achetés. Accompagné d'un joueur de tambourin et de chanteurs les personnages masqués font le tour de la ville en quête de bonbons, d'oranges, de sucre et d'argent. Le sucre est vendu au magasin du coin. Le tour de la ville se fait surtout l'après-midi mais aussi le soir et parfois même jusqu'à minuit. Lors de cette période d'°Ashûra Khalija Jariaa a compté pendant un après-midi vingt-sept groupes de garçons de ce genre parcourant Tiznit. Le masque basé sur la peinture "le cri" d'Edvard Munch fut amené de France par le père du garçon qui le porte. L'autre masque acheté sur place pour 5 dirhams (0,5 €) représente un monstre.

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Les masques fabriqués par les garçons sont les plus courants. Ils sont souvent découpés dans un carton sur lequel on colle de la laine de mouton en guise de barbe et de cheveux pour représenter des personnages âgés. Un garçon masqué porte le chapeau traditionnel de sa mère (fig. 392). 392

Après la finition de ce livre j‟ai pris connaissance que sur le site web de l‟association amazighe Asays se trouve l‟analyse d‟Abderahmane Lakhsassi appelée Réflexions sur la mascarade de Achoura. Cette analyse intéressante parle de Tiznit des années 1960 et 1970 et les informations concrètes qui y sont données se rapprochent de celles offertes ici. A Tiznit lors de la fête de l‟°Ashûra de 2006 un garçon de treize ans tourne à grande vitesse une mèche de Jex allumée pour que des étincelles volent en rond (fig. 393, p. 330). Faire des étincelles et asperger d‟eau se fait par les enfants aussi bien durant la journée que la nuit. Les adultes et mêmes des femmes et des hommes âgés le font la nuit.

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Une fille de onze ans de Rissani, mais vivant à Midelt en juin 2000, m‟a dit que les filles y jouent pendant l‟°Ashûra et uniquement à ce moment le jeu des osselets avec cinq os de mouton. Ce jeu s‟appelle lèka°ib. Le même groupe de jeu de Douar Ouaraben qui s'est amusé à faire la fête de mariage (p. 91-95) décide un peu plus tard de mettre en scène la fête de Lilt el Qadr, la commémoration de la nuit où les premiers versets du Coran ont été transmis au Prophète Mohamed. C'est l'après-midi de cette fête à la fin du Ramadan en octobre 2006 que cela se passe. Les filles vont se faire belle chez la coiffeuse jouée par la fille en robe blanche (fig. 394, p. 331). Les garçons porteront sur un trône de carton deux poupées cachées dans le carton. Ces poupées sont vêtues et maquillées comme une jeune mariée. Les deux garçons à gauche deviennent une équipe de la télévision marocaine 2M. Le cameraman avec une vieille cassette dans sa main en guise de camera est assis. Son aide porte le câble. Quand l'autre garçon demande "et moi ?", la grande fille lui répond "tu égorgeras le mouton", un rôle que le garçon accepte volontiers.

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Chaque fille prend une poupée en main à travers laquelle le travail de ménage qui lui incombe est exécuté : nettoyer la maison, préparer le dîner, laver le linge, soigner les vaches, etc. La grande fille de treize ans joue le rôle de la grand-mère qui dirige le ménage. Entre-temps les garçons vont au marché acheter quatre baguettes (des bouteilles en plastique), de la viande de mouton (une corne) et un dindon (un canard en plastique) ainsi que de légumes (des restes des légumes). 395

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Lorsque les garçons reviennent du marché le moment est venu de faire plusieurs feux pour préparer le couscous, le tajine, la soupe et le thé. Deux garçons et deux filles allument ces feux à l'extérieur tout comme le font les femmes du village ce jour là (fig. 395, p. 331). Où il y a des flammes et dans le coin supérieur à droite de la photo on peut distinguer des récipients qui sont mis sur le feu, surtout des boîtes en fer blanc. La figure 396 montre le long du mur la cuisine avec en haut la chambre à coucher ou une poupée se repose. En haut au centre de la photo se trouve le salon avec la télévision (la boite dorée). Plus bas se trouvent une armoire et des fauteuils. A droite on voit un décor crocheté servant de table. Les deux filles qui ont préparé la maisonnette deviennent maintenant des photographes comme ils voient faire Khalija Jariaa.

396 Une vieille radio leur sert d'appareil photo numérique (fig. 397, p. 333). Comme Khalija a dit que son appareil photo vient de Belgique, elles disent que leur appareil vient de France où vivent des membres de leur famille.

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Le Mûlûd est la fête de la commémoration de la naissance du Prophète. Spécialement pour cette fête les garçons des petites villes amazighes Goulmima et Tinejdad au Maroc central font des moulinets. Normalement cela ne se fait pas en dehors de cette occasion. Des garçons fabriquent parfois ces moulinets pour les vendre à environ un dirham (0,1 €). J'ai acheté un moulinet fait par un garçon de six ans à Tinejdad fin août 1994. Le modèle simple possède une aile mais j'ai aussi vu un moulinet à deux ailes parallèles tournant dans le sens opposé. Ces moulinets s'appellent harrwadi à Goulmima et ferrwadi à Midelt. On m‟a expliqué que ferr veut dire „ce qui vole‟ et est aussi utilisé en parlant d‟un vêtement qui est pris par le vent ou d‟un avion qui passe; wadi réfère à quelque chose qui tourne.

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Un informateur de Goulmima m'a dit qu'à Ouarzazate le mot ifer wadu serait utilisé, ce qui signifierait littéralement 'feuille à vent'. Une femme de cinquante-neuf ans de Ksar Assaka près de Midelt m‟a dit en juin 2000 que quand elle était jeune une petite phrase se prononçait lorsque les enfants courraient avec leur moulinet : ferrwadi jawâdô. Cela peut se traduire comme „moulinet (du) bon air‟. La même femme réfère dans le contexte du ferrwadi à une coutume liée au soleil. Elle la pratiquait au village mais ne le fait plus en ville par peur d‟être ridiculisée par des voisins. Lors du Mûlûd les femmes des années 1950 allaient encore sur le toit plat de leur maison pour attendre le lever du soleil. Le soir avant ou au plus tard avant le lever du soleil les femmes pendaient des grands foulards décorés de paillettes. Au moment où le soleil apparaît, il est acclamé par des „youyous‟. Les femmes disent que le soleil danse, impression causée par les vibrations de l‟air. Comme j'ai constaté à Midelt et ses environs les garçons fabriquent encore les mêmes moulinets. Lors du jour de Mûlûd en juin 2000, j'ai observé un garçon d'environ dix ans en train de fabriquer pareil moulinet. C‟était à Ksar Aït Mamoussa, un village juste en dehors de Midelt en direction du Jbel Ayachi. Cependant, je n'ai pas vu de ferrwadi dans le village voisin Taäkit et quelques adultes m'ont déclaré que les enfants de leur village ne l'utilisent plus. Néanmoins, un garçon de dix ans vivant au quartier Aït Mansour à Midelt mais ayant vécu au village Ksar Assaka jusqu‟à l‟âge de huit ans, m'a montré comment on fabrique ces moulinets (fig. 398). Ma description de ce genre de moulinet est basée sur plusieurs moulinets fabriqués par quelques garçons de Midelt et de Goulmima. Un fil de fer servant d'essieu traverse le haut d'un roseau d'environ 60 cm de longueur mais d'un diamètre assez variable. Pour fixer ce fil de fer l'extrémité passant à travers le roseau est courbée et réintroduite dans le roseau un peu plus bas. Par-devant du roseau le fil de fer dépasse d'environ 6 cm Pour faire l'aile du moulinet on prend la moitié d'un roseau coupé longitudinalement. Au centre de ce morceau de roseau de 10 à 20 cm de longueur un trou est fait. Aux deux extrémités un morceau de feuille de papier plus ou 398

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moins carré est attaché en le tournant une ou deux fois autour du roseau. Puis ce bout de la feuille est collé sur l'aile avec de la colle provenant de la sève de figuier, de dattes ou de farine. Actuellement on utilise du ruban adhésif ou de la colle achetée au magasin. Puis l'aile unique ou éventuellement les deux ailes sont mises sur l'essieu par le petit trou au milieu du roseau. Afin de tenir l'aile du moulinet dans une position où elle tournera à toute vitesse, un petit morceau de roseau creux est intercalé sur l'essieu avant et derrière le roseau de l'aile. Ce petit tuyau de roseau peut être remplacé par un petit rectangle de roseau troué dans son centre ou par un petit tuyau de plastique. Pour tenir tout en place le bout de l'essieu qui dépasse par-devant l'aile est replié. Un homme d'environ soixante ans a souligné qu‟il y a une trentaine d'années ou plus on utilisait une grande épine comme essieu pour le moulinet. Pour faire tourner leur moulinet, les garçons courent à toute vitesse (fig. 399).

399 Contrairement à l‟aile blanche qu‟on voit sur la photo précédente, les feuilles de papier sont normalement décorées de dessins géométriques (fig. 400-401, p. 336).

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Trouver des filles en train de jouer avec un ferrwadi n‟est pas exceptionnel bien qu'elles ne fabriquent pas ce jouet pour autant que je sache. La figure 402 montre une fillette avec son ferrwadi devant sa maison dans le quartier Aït Mansour de Midelt.

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Souad Laabib vivant alors au village Ksar Assaka près de Midelt se rappelle bien que vers 1975 son père ait fait des moulinets pour elle et ses sœurs. Au moment du Moussem ou fête pour Sidi Othman et Lalla Khadija qui se tenait lors du Mûlûd et des autres fêtes religieuses, les filles de Ksar Assaka parcourraient les deux kilomètres aller-retour du village jusqu'au tombeaux de ces deux ancêtres vénérés. Les filles criaient en courrant avec le ferrwadi : ferrwadi jawadi, moulinet (du) bon air. Un après-midi du Mûlûd de juin 2000, quelques enfants de Midelt courent avec un ferrwadi acheté chez un marchand ambulant. Un de ces marchands m'a expliqué que les moulinets qu'il vend sont faits par un homme âgé. Pendant cette période et au sûq er-rbè, le marché du mercredi de Midelt, pareils moulinets étaient vendus pour un dirham (0,1 €). En octobre 1993, j'ai photographié quatre moulinets d'un autre type dans un petit magasin de Kénitra (fig. 403). Ces moulinets sont aussi utilisés pour la fête du Mûlûd. Un garçon de douze ans de Midelt me parlait en septembre 1999 de ce moulinet 'moderne' qui est aussi fabriqué par les garçons et s'appelle ferrwadi dial nejma, le moulinet des étoiles. J'avais déjà obtenu deux de ces moulinets faits par des garçons de Goulmima en août 1994. En plus, j'ai vu vendre pareils moulinets par des marchands ambulants à Midelt en juin 2000.

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L'étoile de ce type de moulinet est faite d'une feuille de papier ou d'une couverture de cahier d'école rectangulaire. Le papier ou le carton léger est découpé en huit triangles jusqu'environ 1 cm du centre. Puis quatre des huit triangles ainsi obtenus sont repliés vers le 404 centre. Le centre de cette étoile et les quatre triangles repliés sont alors poussés sur le fil de fer qui sert d'essieu. L'étoile et l'essieu sont fixés sur un roseau d'une longueur variant de 32 à 71 cm et selon la manière utilisée pour le premier modèle (fig. 404). L'impression prévaut qu'aujourd'hui beaucoup moins d'enfants courent avec le ferrwadi qu'il y a une dizaine d'années. Comme c'est le cas pour d'autres jouets traditionnels, le ferrwadi fait soi-même ou par un parent est remplacé par un petit moulinet en plastique dont la poignée est remplie de petites boules de sucrerie. C'est d'ailleurs le premier moulinet que j'ai vu entre les mains d'un garçon d'environ sept ans lors du Mûlûd de juin 2000. Ces petits moulinets en plastique étaient aussi vendus par un marchand ambulant qui les portait en grand nombre et dans un grand panier sur sa bicyclette à Mohammedia mais cette fois-ci lors de l'°Ashûra de juin 1994. Pendant les années 1960, les garçons de la région de Tlemcen près de la frontière algéro-marocaine jouent à la mascarade lors du Mûlûd. Selon Nefissa Zerdoumi (1970: 226-227) : On déguise un camarade en utilisant pour masque une peau de mouton percée de trous à l'emplacement des yeux et de la bouche et en lui attachant un coussin sur le dos pour qu'il paraisse bossu. Le pitre est appelé : Bou Chikha. On l'accompagne dans les rues en frappant sur des tambours improvisés et en chantant. Ce jeu est presque de tradition le soir du Mûlûd.

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Le même Bou Chikha bossu mis en scène par les garçons pour la fête du Mûlûd est déjà décrite en 1905 par J. Desparmet pour la région de Blida au Nord de l'Algérie (p. 73-75). En 2006 des informations de la région de Tiznit indiquent qu‟à cet endroit cela ne se fait pas pour le Mûlûd mais bien pour la parade d‟°Ashûra. Le bossu créé avec un coussin sur le dos et un masque de peau de mouton percé de trois trous pour les yeux et la bouche y porte le nom de bu tukrîn. Une autre mascarade, mais pour l'°Aïd el kebir, m'a été racontée par Mohamed Oubouhane, né en 1964 et qui a vécu quelques années à Bertèt, un ensemble de hameaux amazighs situé à environ 50 km vers le nord-est de Midelt. Bien que basée sur une seule source d'information je mentionne ces données assez détaillées pour qu'il en reste une trace. Cet homme dit qu'il a assisté à cette fête trois fois de 1974 à 1976 avant d'aller vivre à Midelt. Cette mascarade s'appelle taserdunt niyid, la mule de la nuit. La veille de la fête de l'°Aïd el kebir, quand les gens ont égorgé les moutons et qu'ils ont fini de manger, la fête peut commencer à la tombée de la nuit. Les gens des différents hameaux se rassemblent à l'endroit habituel devant le ksar el kebir, le grand ksar. Le début de cette fête s'appelle bay hadish. On allume un feu et tout le monde y vient. Certains adolescents font des petits spectacles pour amuser l'assistance. Il est question de prendre sur le dos la selle d'un mulet et d‟imiter sa marche et son braiment. On joue aussi le derbuka ou tambourin. Après ce prélude et quand il fait bien noir le grand jeu exécuté par deux adolescents peut commencer. Un crâne bien conservé d'une mule est fixé sur un bâton et incliné comme c'est le cas pour une mule vivante. Pendant qu'un jeune porte le crâne, l'autre tient en main un long bâton d'olivier pour frapper les gens. Les deux jeunes sont enveloppés par une couverture de tente noire. On ne voit que leurs yeux et leurs pieds nus. La couverture est spécialement faite pour cette occasion et elle est gardée pour les années suivantes. Pour ne pas être reconnus par les gens, les deux jeunes ne parlent pas et n'utilisent que des gestes pour faire connaître ce qu'ils veulent. Soudain taserdunt niyid arrive au milieu des gens. Il piétine les cendres et les gens s'enfuient en criant taserdunt. Les filles et les garçons courent en toute vitesse pour que taserdunt niyid ne puisse pas les attraper, autrement le jeune avec le bâton pourra les frapper. Néanmoins, les jeunes spectateurs s'amusent à attirer l'attention de taserdunt niyid. Pour cela ils crient ou lui jettent depuis une certaine distance un morceau de bois ou

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tout autre objet. Taserdunt niyid peut aussi faire irruption dans les maisons et alors les petits enfants se cachent de peur. Taserdunt niyid se fait donner un morceau de viande, un verre de thé, une cigarette qu'on ne peut lui refuser sous menace d'être frappé. Comme l'identité des deux jeunes qui jouent taserdunt niyid doit rester secrète, ils mangent ou fument dans un endroit caché. Après environ trois heures le jeu se termine. Les deux jeunes en question vont alors cacher le crâne et la couverture. Le lendemain, les deux jeunes qui veulent à leur tour jouer taserdunt niyid doivent en discuter avec les jeunes qui l'ont fait la nuit passée pour savoir où sont cachés les attributs. Chaque nuit deux autres jeunes deviennent taserdunt niyid. De ce fait le jeu varie et d'autres maisons sont visitées. Après la dernière nuit, les noms des jeunes qui ont joué taserdunt niyid sont révélés. Selon l'informateur qui m'a raconté cette mascarade fin 1993, le jeu de taserdunt niyid n'existe plus depuis plusieurs années parce que beaucoup de gens ont déserté la campagne et parce que trois fois de suite les festivités pour l'°Aïd el kebir ont été suspendues par les autorités à cause de la sécheresse. Un informateur m‟a raconté en février 1997 que taserdunt niyid apparaissait aussi pendant la fête de l‟°Aïd el kebir au village amazigh Aït Brahim à environ 14 km d‟Ifrane dans le Moyen Atlas. Dans le chapitre précédent sur la musique et la danse dans les jeux et jouets, j'ai mentionné la fabrication à l'occasion de l'°Aïd el kebir d'un petit tambourin par une mère ou par un père pour le donner à leur fille (p. 287). A la fin de ce chapitre sur les rituels et les fêtes dans les jeux et jouets, il faut mentionner que Pierre Flamand décrit en détail quelques jeux et jouets liés à la vie religieuse juive pendant les années 1950. Il est surtout question des activités ludiques des enfants juifs des mellahs du sud marocain lors de la fête de pourim (recherches de 1948 à 1958, p. 201-204).

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Conclusions

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Dans cette section j'offre d'abord une synthèse des données sur la vie domestique dans les jeux et jouets des enfants sahariens et nord-africains. Puis suivent les conclusions en rapport avec des aspects environnementaux, économiques et surtout socioculturels, ainsi qu‟avec l'évolution des jeux et jouets enfantins dans ces sociétés. Pour la première fois dans la collection Cultures Ludiques Sahariennes et Nord-Africaines j‟ai écrit un chapitre sur la créativité enfantine dans les jeux et jouets.

1 Synthèse
L'interprétation ludique du monde adulte est fortement représentée dans les jeux et jouets des enfants sahariens et nord-africains. Il s'agit de l'imitation de la vie de ménage et des activités de subsistance mais aussi des divertissements, des rituels et des fêtes. Bien sur, il n'est nullement question d'une imitation pure et simple. Il s‟agit d'une appropriation et d'une interprétation des comportements, relations, obligations, divertissements et croyances des adultes que ces enfants connaissent plus ou moins. Leur imitation créative ne se limite donc pas à ce qui fait partie du quotidien mais s'inspire parfois de l'exceptionnel. Les jeux de dînette et les jeux liés aux occupations ménagères sont des jeux de filles auxquels des petits garçons peuvent participer. Quelques exemples des régions montagneuses du Maroc montrent qu‟il y a des endroits où les garçons aiment modeler des ustensiles-jouets et des moulins à bras. Les jeux liés aux activités de subsistance masculines font tout naturellement partie des activités ludiques des garçons, bien qu'occasionnellement des filles puissent s'y mettre. Les jeux en relation avec les habitations, la musique, la danse, les rituels et les fêtes appartiennent aussi bien aux filles qu'aux garçons. Mes données sur les jeux et jouets des enfants marocains semblent cependant indiquer que les filles s‟accaparent plus facilement le domaine ludique des garçons que les garçons celui des filles. Comme pour les jeux de poupées et les jeux se référant au monde animal, les jeux liés à la vie domestique et familiale sont avant tout des jeux collectifs et des jeux de plein air. Ces jeux rassemblent des enfants de la même famille ou du voisinage dans des groupes de jeu de filles ou de garçons, rarement des groupes de jeu mixtes.

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Les enfants récréent la vie de leurs parents, des autres membres de leur famille ou de leur communauté. Ainsi se présentent nombre de possibilités pour s'exercer aux modes de communication non-verbale et verbale, aux relations sociales, aux tâches domestiques et économiques, aux coutumes et croyances. Ces jeux sont donc un moyen très efficace pour la socialisation de l'enfant. Une socialisation qui de surplus se fait largement par ses propres efforts. Pareilles activités de jeu offrent aussi un terrain propice pour la compréhension de la réalité et de sa symbolisation. La plupart des maisonnettes reproduisent le plan d‟une maison souvent avec plusieurs chambres. Ces maisonnettes délimitées par des pierres, des murs de sable et parfois avec du matériel de récupération sont faites aussi bien par les filles que par les garçons mais normalement pour d‟autres fonctions. Les filles utilisent ces maisonnettes à ciel ouvert en premier lieu pour des jeux de poupée, de dînette et de ménage. Les garçons les utilisent pour des jeux liés aux occupations masculines. Quelques maisonnettes sont tridimensionnelles mais alors l‟espace délimitée n‟est pas investit par les enfants. L‟interprétation par les enfants des occupations ménagères et des activités de subsistance s‟inspire directement de la réalité de la vie des femmes et des hommes de leur famille. Mais parfois ces enfants rêvent d‟autres situations peu communes ou non existantes dans leur communauté. Ceci se fait par exemple quand des filles se créent un supermarché (p. 256) ou des garçons un commerce le long d‟une route importante (p. 268). Les enfants sahariens et nord-africains aiment la musique et la danse. Ceci est entre autres démontré par la construction d‟instrument de musique par les garçons. Les données disponibles semblent démontrer que les filles ne construisent que peu d‟instruments de musique. Les fêtes et les rituels offrent aux enfants des thèmes ludiques mais parfois ces enfants participent directement à ces moments particuliers. Au Maroc la fête de l'°Ashûra est un moment privilégié où les adultes donnent des friandises et des cadeaux aux enfants. Pour leurs jeux les enfants sahariens et nord-africains utilisent beaucoup de jouets et d'autres instruments de jeu, mais parfois l'activité ludique se fait sans jouets ou avec des objets utilisés par les adultes. Les jouets copient d'une manière réaliste et rarement d'une manière fantaisiste les objets utilisés par les hommes et les femmes.

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Le jouet le plus ancien, décrit dans ce livre, appartient à la collection du Musée du Quai Branly. C'est une petite cruche en argile peinte collectionnée avant 1889. Les jouets analysés dans ce livre sont le plus souvent fabriqués par les enfants. Quelques jouets sont faits par des adultes, éventuellement des artisans. Pour faire ces jouets, on utilise du matériel végétal et minéral ainsi que beaucoup d'objets de récupération. L'influence de l'industrie du jouet se fait de plus en plus sentir à cause de l‟importation massive de jouets en plastique peu chers provenant de l'Asie du Sud-Est et surtout de Chine. Cependant cette influence ne date pas d'aujourd'hui car F. Castells mentionne déjà en 1915 la vente de jouets de fabrication européenne pour la fête de l'°Ashûra à Rabat. A.-M. Goichon confirme cette influence en écrivant en 1927 que les filles mozabites utilisent des petits ménages d'importation européenne. Les données sur la vie domestique dans les jeux et jouets des enfants sahariens et nord-africains ne donnent qu'une image incomplète des activités ludiques de ces enfants. Cela est dû aux analyses limitées et parfois superficielles trouvées dans la bibliographie concernée. Pour les jouets trouvés dans la collection du Musée du Quai Branly la description des jeux dans lesquels ces jouets sont utilisés manque où elle est sommaire. En plus, mes recherches sont limitées aux enfants Ghrib de la seconde moitié des années 1970 et aux enfants de quelques communautés marocaines à partir de 1992. Même si je suis convaincu que le jeu et non pas le jouet est primordial, je ne suis pas arrivé toujours à intégrer l'étude du jouet dans l‟analyse du jeu pour lequel il est fait.

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2 Aspects environnementaux et économiques
Les jeux et les jouets des enfants sahariens et nord-africains liés à la vie domestique et familiale sont forcément sous l'influence directe de l'environnement physique et humain particulier à l'habitat et à la communauté dans lesquels ces enfants grandissent. L'influence de l'habitat et de l'organisation économique des différentes communautés est cependant plus grande pour les jeux et jouets décrits dans les chapitres L'habitation dans les jeux et jouets, et Les activités de subsistance dans les jeux et jouets. Il est tout à fait logique que les enfants vivant dans une communauté nomade transhumant dans le désert, recréent dans leurs jeux de faire semblant leurs expériences avec ce milieu et cette manière de vivre. Cela est de même pour les jouets qu'ils fabriquent dans ce contexte. La même chose peut se dire des enfants sédentaires. Par contre, les jeux et les jouets décrits dans les chapitres Le jeu de dînette et les ustensilesjouets, Les occupations ménagères dans les jeux et jouets, La musique et la danse dans les jeux et jouets ainsi que Les rituels et les fêtes dans les jeux et jouets semblent être moins directement sous cette emprise. Les matériaux d'origine minérale et végétale utilisés par les enfants pour faire les jouets décrits dans ce livre, sont directement liés au milieu physique. Mais les enfants sahariens et nord-africains ont aussi à leur disposition plusieurs objets délaissés qu'ils récupèrent en entier ou partiellement pour en faire des jouets. Bien qu'il n'y ait aucun doute que la variété et le nombre de ces objets de récupération ont augmenté au long du vingtième siècle, surtout avec l'apport des objets en plastique, leur utilisation n'est pas de date récente. Ainsi, l'utilisation de boîtes de conserves pour la confection de jouets, entre autres des hochets, 405 est déjà attestée en 1933. Une boîte de conserves encore utilisée en septembre 2005 par un garçon de treize ans du village Igîsel dans la région de Guelmim pour en faire un hochet (fig. 405, H = 12,5 cm).

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Une fois de plus, les données sur les jeux et jouets mentionnés ici n'apportent que peu d'information sur l'aspect temporel. Pourtant il y a cette fois-ci une exception à ce manque d'information. Ce sont les jeux et les jouets en relation avec certaines fêtes : °Ashûra, °Aïd el kebir et Mûlûd. Pour les enfants juifs du sud du Maroc c'était surtout la fête de Pourim qui comportait un aspect ludique. Les aspects économiques des communautés des enfants sahariens et nord-africains dont parle ce livre se retrouvent amplement dans leurs jeux et jouets liés aux occupations ménagères et aux activités de subsistance. Beaucoup de tâches féminines et masculines sont mises en scène de manière ludique respectivement par les filles ou les garçons bien que des exceptions à cette division sexuelle existent. La grande majorité des jouets décrits dans ce livre ont été faite par des enfants, quelques-uns par des parents. Tous ces jouets restent donc en dehors du circuit commercial. Quelques jouets ont été fabriqués par des artisans comme les hochets et les tambourins achetés par les enfants de Constantine dans le Nord-Est de l'Algérie au début du vingtième siècle (Doutté, 1908: 534). Il faut donc souligner que localement une petite industrie de jouets existe déjà depuis bien longtemps. Les jouets donnés de nos jours aux enfants marocains par leurs parents ou d'autres adultes, spécialement pour la fête d‟°Ashûra, démontrent l'influence grandissante de l'industrie du jouet, surtout l'industrie du jouet de l‟Asie du Sud-Est. Il s‟agit de poupées, d‟animaux jouets, de bruiteurs, d‟instruments de musique, d‟armes jouets, de voitures, etc.

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3 Aspects socioculturels
Le premier chapitre de cette section aborde quelques aspects généraux du lien entre les jeux et jouets des enfants sahariens et nord-africains et la culture et l‟organisation sociale de leurs communautés. Les chapitres suivants traitent des relations entre les jeux et jouets d‟un côté et la socialisation des enfants, les relations entre enfants et entre enfants et adultes de l‟autre côté. Après une discussion de la différentiation sexuelle dans les jeux et jouets, une dimension historique est introduite en analysant le changement dans les cultures ludiques de ces régions.

3.1 Jeux, jouets, culture et société
Ce titre souligne que les activités ludiques et les jouets reflètent la culture et la société dans lesquelles vivent les enfants mais aussi qu'une culture et un système social peuvent s'étudier à travers les jeux et les jouets des enfants. Les jeux et les jouets sont indissolublement liés au contexte culturel et social dans lequel les enfants sahariens et nord-africains grandissent. Cela saute tellement aux yeux qu‟une longue liste d‟exemples n‟est nullement nécessaire. La culture et l‟organisation sociale de la famille et de la communauté influencent entre autres l‟aspect verbal et non-verbal des jeux, les thèmes qui y sont développés, le temps et l‟espace où ils se concrétisent ainsi que la composition et l‟organisation des groupes de jeu. C‟est donc une évidence de dire que les jeux et les jouets sont tout à fait imprégnés du mode de vie familial avec ses influences internes et externes. Ce lien étroit fait qu‟on peut apprendre bien des choses sur la culture et l‟organisation sociale d‟une communauté à travers les jeux et les jouets des enfants. Si l‟on parcourt les différents chapitres de ce livre, ainsi que ceux des livres Poupées et jeux de poupées et L’animal dans les jeux et jouets, on voit que beaucoup de jeux s‟inspirent des activités adultes, mettent en scène des réalités familiales et/ou reflètent la participation des enfants à la vie réelle. Cependant il n‟est pas question de suggérer que les enfants subissent, imitent et copient passivement ce que les adultes leurs proposent

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ou que la distinction entre jeu d‟enfant et travail d‟enfant serait floue. Le conformisme ou le non-conformisme envers ces modèles du monde adulte varie d‟un jeu ou jouet à l‟autre, d‟un groupe de jeu à l‟autre et même d‟un enfant à l‟autre. Néanmoins les données montrent que les jeux et les jouets des enfants ruraux ainsi que ceux des enfants des quartiers populaires des villes sont, le plus souvent, directement liés aux réalités de la vie familiale et domestique. Dans ce contexte Gary Cross écrit que pareille situation existait en Amérique du Nord et en Europe Occidentale jusqu‟environ 1950. Surtout à partir de 1960 et suite à la popularité grandissante de Barbie et de G. I. Joe, ces nouveaux jouets ont encouragé des formes de jeux totalement détachées du monde réel de la famille et des responsabilités domestiques (1998: 26). Quelques pages plus loin cet auteur souligne que le jouet vu comme répétition des activités du père ou des tâches féminines de préparer la nourriture et de soigner les enfants met aujourd‟hui beaucoup d‟adultes dans l‟embarras (1998: 30). Cette situation dans des sociétés post-industrielles contraste clairement avec les situations décrites dans ce livre. Cependant, il reste à élucider l‟influence de l‟introduction de poupées du genre Barbie auprès des filles marocaines. Un exemple concret est offert par le jeu de poupée d‟une fille de sept ans d‟une famille populaire de la petite ville côtière Sidi Ifni au sud du Maroc. Cette fille, dont j‟ai pu filmer une séance de jeux de poupée fin janvier 2002, utilise deux poupées du genre Barbie semblable à celle de la figure 52 (p. 91). En même temps elle confectionne aussi des poupées de type traditionnel avec une armature en forme de croix vêtue de chiffons. Ces poupées de type bien différent sont néanmoins utilisées indistinctement comme des enfants, des enfants dont la fille jouant le rôle de mère prend soin (Rossie and Daoumani, 2003, Video 1). Une autre vidéo réalisée dans la même ville en février 2002 montre comment un groupe de jeu de trois filles entre sept et neuf ans utilise de vraies poupées Barbie. Les Barbies appartiennent à deux des trois filles vivant dans une famille de classe moyenne. Elles représentent des enfants dans des situations liés à la vie réelle d‟une famille marocaine de classe moyenne (Rossie and Daoumani, 2007, Video 3). Dans les deux cas ces poupées Barbie, vraies ou imitées, ne figurent en aucun cas des adolescentes ou des jeunes femmes vivant dans un monde idéalisé.

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Parlant de classe moyenne et de classe populaire à Sidi Ifni, je dois mentionner le fait que mes données sur les jeux et jouets des enfants sahariens et nord-africains ne nous informent point sur l‟influence de la stratification sociale sur le domaine ludique. Cela est surtout dû au manque de spécifications dans les documents bibliographiques et muséographiques. En ce qui concerne mes propres recherches, distinction doit être faite entre celles auprès des familles Ghrib en 1975 et 1977 et celles menées au Maroc depuis 1992. Chez les Ghrib des années 1970 la différenciation entre classes sociales était tout à fait inadéquate. Mes recherches au Maroc par contre ont très largement été axées sur des familles populaires rurales et urbaines. Ainsi il n‟est pas possible de vérifier l‟influence éventuelle de la différence de classe. Cependant la réalisation de vidéos sur le jeu de faire semblant avec poupées à Sidi Ifni et ses alentours début 2002 montre qu‟une différence existe entre les jeux et les jouets d‟enfants de familles de classe populaire ou de classe moyenne. Une exception existe au mutisme sur le rôle de la classe sociale auxquels appartiennent les joueurs. Il s‟agit du jeu de dînette intégré au jeu de poupée des filles de Fès vers 1933. Madame Soulé écrit que dans le cadre du jeu de poupée une cuisine est arrangée dans laquelle "une petite négresse jouant la servante s'occupe des menus ustensiles de ménage". C'est pour la dînette, qui arrive après l'exposition de la poupée, que "la petite négresse a préparé le thé, les gâteaux et le couscous que maintenant les filles partagent avec leurs poupées" (p. 155; voir Cultures Ludiques Sahariennes et Nord-Africaines. Poupées d’enfants et jeux de poupées, 2005: 121-122). Ce jeu démontre bien comment l‟ancienne stratification sociale marocaine imposant un rôle subalterne aux populations noires se retrouve dans ce jeu de dînette ou c‟est une „petite négresse‟ qui joue le rôle de servante. Dans différents endroits d‟Afrique du Nord et du Sahara un aspect particulier de la vie sociale et culturelle, celui des rites et des fêtes, est clairement lié aux jeux et jouets. Parfois il s‟agit de certains aspects rituels ou festifs accaparés par les enfants à des fins ludiques. D‟autres jeux et jouets sont en rapport avec certains rituels ou fêtes. Rarement il est question de vrais jeux rituels. Ce lien entre jouets et fêtes se retrouve dans d‟autres sociétés Pour la France Gilles Brougère écrit dans "Rituel social et projet éducatif dans la constitution du parc à jouet du jeune enfant" (1999: 12-13) :

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Le jouet est fortement marqué par son statut de cadeau («un jouet c’est un cadeau, donc on ne va pas l’acheter tous les jours»). Cela apparaît d’abord par sa relation aux donations rituelles que sont Noël et l’anniversaire. Noël avec près de 60% des achats en valeur domine largement, suivi de l’anniversaire autour de 20%. Il ne reste que 20% pour le reste (autres occasions ou absence d’occasion). Les données montrent que dans les familles marocaines la fête de l‟°Ashûra est la période spécifique mais pas unique pendant laquelle les adultes offrent des cadeaux de jouets et de friandises aux enfants. Une autre période pendant laquelle les enfants reçoivent des cadeaux, entre autres des jouets, est le Moussem. Il s‟agit de la fête annuelle souvent liée à la vénération d‟un saint et pendant laquelle des foires et des réjouissances populaires ont lieu. Pourtant le lien entre le Moussem et les jouets n‟est pas mentionné dans la bibliographie consultée et jusqu‟à récemment non plus dans les informations recueillies par moi-même. L‟importance du Moussem dans l‟achat par les adultes de jouets et d‟autres cadeaux pour les enfants me fut signalée par une fille de six ans et une mère d‟environ quarante ans. Cela s‟est fait lors de l‟interview menée en relation avec la vidéo faite sur le jeu de poupées à Sidi Ifni le 31 janvier 2002 (Rossie and Daoumani, 2003, Video 1). Une autre occasion à laquelle des adultes achètent parfois des jouets se présente lors d‟une visite au marché d‟un centre urbain. Par contre, l‟anniversaire passe traditionnellement et souvent encore aujourd‟hui inaperçu. Il ne sert donc pas comme occasion pour offrir des jouets, en tout cas dans les familles populaires. Lors des fêtes de l‟°Aïd el kebir, la fête du sacrifice ou l‟°Aïd el fitr, à la fin du Ramadan, les parents achètent normalement de nouveaux vêtements pour leurs enfants et les marchands de jouets ambulants que l‟on trouve lors de l‟°Ashûra ou du Moussem n‟y sont pas présent.

3.2 Jeux, jouets et socialisation
La culture ludique d‟une communauté fait partie du système de communication par lequel cette communauté échange avec les nouvelles générations sa manière de voir le monde et d‟organiser la vie. En même temps elle offre aux enfants un moyen d‟entrer en contact et d‟interpréter à

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leur façon cette vision du monde et des relations humaines. Qui plus est, le rôle essentiel dans cette communication intense n‟appartient pas aux adultes mais se trouve entre les mains des enfants eux-mêmes, surtout les enfants plus âgés et les pairs. Cela deviendra évident lorsque dans quelques pages je discuterai des relations inter- et intra-générationnelle à travers les jeux et jouets. Cette communication entre ceux qui savent et savent faire et ceux qui ne savent pas ou pas assez bien s‟étend à tous les domaines. Il est entre autres question de transmettre par des moyens non-verbaux et verbaux des connaissances, des croyances, des attitudes, des comportements, des habilités, des sensibilités, des émotions. Mais il ne s‟agit pas seulement de transmettre mais aussi de se positionner en relation à cette transmission. Dans tout cela la communication non-verbale est primordiale aussi bien du point de vue temporel, c‟est à dire depuis le début de la vie enfantine, qu‟au sens de l‟importance de ce qui est transmis. Néanmoins, le rôle du langage et de la transmission orale peut à juste titre être souligné comme le fait J.D.A. Widdowson dans son article "Rhythm, repetition and rhetoric: learning language in the school playground". Il écrit à ce sujet que la connaissance et le savoir-faire linguistique sont largement acquis dans le contexte du jeu, et font partie du processus de socialisation à l‟intérieur du groupe, comme c‟est le cas pour l‟apprentissage informel dans la petite enfance. Cet apprentissage couvre tous les aspects linguistiques contribuant aux cinq niveaux analytiques que sont la phonologie, le lexique, la grammaire, la syntaxe et la sémantique. Cet apprentissage mène aussi à une familiarité élémentaire avec l‟orthographe et même la ponctuation ainsi qu‟à certains aspects fondamentaux de la littérature, du „storytelling‟, du jeu de rôle et de l‟humour (2001: 139). Selon Brian Sutton-Smith le jeu est un acte d‟appropriation culturelle avec une potentialité socialisatrice. Marie E. Bathiche et Jeffrey L. Derevensky ont écrit un article sur une comparaison cross-culturelle des préférences enfantines envers les jeux et jouets. Dans cet article ils disent qu‟aussi bien les préférences des enfants en ce qui concerne leurs jeux et jouets que les attitudes parentales envers les comportements ludiques se développent dans le contexte d‟une société et d‟une culture. Ils y ajoutent que les valeurs familiales et les manières d‟élever les enfants qui sont culturellement diversifiées influencent vraisemblablement les jouets et les jeux des enfants (1995: 53-54).

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Beaucoup d‟auteurs ont souligné l‟utilité et l‟aspect fonctionnel des activités ludiques pour la socialisation et la formation informelle et formelle de l‟enfant. Le plus souvent cette influence du jeu et du jouet est vue comme directement liée à l‟intégration de l'enfant dans la famille et la communauté. On parle alors d‟entraînement aux tâches futures, d‟anticipation à la vie adulte, de préparation pour la vie en société, d‟une grande valeur éducative. Ce ne sont certainement pas les informations sur le lien entre la vie domestique et les jeux et jouets présentés dans ce volume qui soutiendront le contraire. En tout cas il me serait bien difficile de présenter à partir de ces données des exemples où l‟activité ludique des enfants sahariens et nord-africains ne serait pas liée à la vie réelle ou au monde des adultes. Comme le dit Mario Aguilar au sujet des enfants Waso Boorana du Kenya, les enfants décrits dans ce livre jouent toutes sortes de rôles de la vie de leur famille et de leur communauté créant ainsi une société microcosmique (1994: 34-35). Les jeux de maisonnette et de dînette ainsi que les jeux liés aux occupations ménagères, aux activités de subsistance, à la musique, aux rituels et aux fêtes illustrent cela clairement. Comme déjà souligné dans les deux premiers volumes de la collection Cultures Ludiques Sahariennes et Nord-Africaines, il s‟agit de rôles et de modèles positifs et localement valorisés auquel l‟enfant est attendu de s‟identifier. En ce qui concerne les enfants juifs du Sud-Marocain des années 1950 Pierre Flamand (p. 111-112) écrit : En tous lieux, des jeux de métiers, la poupée… etc. annoncent et préfigurent des activités de l’âge d’homme mais peu de sociétés utilisent au même point que celle-ci les goûts de l’enfance pour former les esprits à certains concepts et pour pérenniser certaines pratiques. Tous ces avantages socialisateurs et pédagogiques ne doivent faire oublier qu‟il ne s‟agit que d‟effets secondaires, de points de vue d‟adultes, bien que dans les milieux populaires des régions concernées les adultes ne semblent guère se préoccuper de telles idées. En tout cas les enfants dont j‟ai personnellement étudié les jeux et les jouets ne jouent ni pour se socialiser ni pour se former. Ils jouent pour le bien-être que cela leur procure. J‟utilise le terme bien-être pour dire qu‟il ne s‟agit pas seulement de s‟amuser mais aussi de s‟approprier l‟environnement physique et humain et de se confronter avec des matériaux et des techniques. Créer des

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jouets se fait le plus souvent avec un grand sérieux, parfois avec beaucoup d‟effort et de difficulté. Mais finalement cette création plus ou moins laborieuse est faite avec l‟intention de s‟amuser. Lors d‟un congrès du Conseil International pour le Jeu de l‟Enfant (ICCP), Dieter Spanhel a souligné le rôle du jeu pour la maîtrise d‟un avenir inconnu par l‟enfant. En adoptant ce point de vue, je pense qu‟on peut y ajouter, au moins dans le cadre de mes propres recherches au Maroc, que ce rôle s‟étend aussi à la maîtrise du présent et même du passé. Certains jeux, comme celui du mariage souvent joué dans ou avec des maisonnettes, créent un pont entre ces trois dimensions. Ce genre de jeu de faire semblant se réfère à la vie future comme jeune mariée, se base sur des connaissances et expériences actuelles et incorpore des coutumes ancestrales. Comme le démontrent deux jeux avec poupées prise en vidéo à Sidi Ifni et ses environs début 2002, le matériel et les jouets utilisés se relient à deux ou même trois de ces dimensions temporelles. Une fille de sept ans jouant avec son petit cousin de quatre ans devant la maison le 31 janvier 2002, utilise des poupées avec armature de bâtonnets liés en forme de croix. Elle les habille selon un modèle attesté depuis cent ans mais qui est certainement beaucoup plus ancien. Cette fille utilise aussi des objets, entre autres des poupées du genre Barbie fabriquées en Chine, qui sont liés au monde d‟aujourd´hui. La mère du garçon dit ne pas avoir joué avec ces poupées de l‟industrie du jouet il y a environ trente ans. Dans le cas du jeu de mariage d‟une fille de six ans et de son frère de neuf ans devant leur maison isolée à Lagzira le 4 mars 2002, les maisonnettes construites avec de la boue et des pierres copient le modèle ancestral. Mais ce type ancestral de maison fait aussi partie de leur expérience quotidienne parce que la maison où ils habitent est une maison rurale traditionnelle faite de pierres et de terre battue. Cependant un jouet représentant le téléphone portable préfigure leur vie future de jeune femme et de jeune homme ainsi que l‟évolution technologique de leur communauté dans les années à venir (Rossie and Daoumani, 2003: video 1, video 4). Plusieurs chercheurs parlent de la relation entre les jeux et jouets et la socialisation et l‟apprentissage. Cette approche analyse l‟acquisition et la transmission d‟informations et de compétences à travers l‟observation, l‟imitation, l‟interprétation, le „trial and error‟, la participation, l‟entraînement et l‟apprentissage. Ce sont des aspects que j‟ai notés en lisant les publications de ceux qui m‟ont influencé directement ces

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dernières années. Il s‟agit de Brian Sutton-Smith (1986-), Mario Aguilar (1994), Gilles Brougère (1987-), Frank and Virginia Salamone (1991), David Lancy (1996), le groupe de psychologues culturels autour de Barbara Rogoff et Artin Göncü (1993-), Shlomo Ariel (1980-), Julie Delalande (2001) et les auteurs du livre édité par Julia Bishop et Mavis Curtis (2001). La séquence de ces auteurs ne reflète que l‟ordre chronologique de ma lecture de leurs travaux. En plus, il faut que je mentionne la revue Early Childhood Matters de la Bernard van Leer Foundation. On peut aussi souligner le rôle de la motivation et de l‟initiative de l‟enfant lui-même par rapport à ceux provenant des pairs, des enfants plus âgés ou des adultes. C‟est de cette manière que j‟ai présenté mes données. Ainsi je parle par exemple de l‟implication active et de la prise en charge personnelle des enfants dans le chapitre La créativité enfantine. Le rôle des autres enfants et des adultes par contre est analysé dans le chapitre suivant sur les relations interpersonnelles. Les catégories comme l‟observation, l‟imitation et le „trial and error‟ n‟ont pas fait l‟objet d‟attention spécifique dans ma propre recherche ni dans les documents bibliographiques concernés, dès lors je ne pourrais que répéter les propositions générales données dans les deux volumes précédents. Il me suffira donc de dire que les informations contenues dans ce livre démontrent une fois de plus l‟importance de ces aspects pour le développement de l‟enfant et que les jeux et jouets décrits ici offrent de nombreux exemples s‟y rapportant. Le développement esthétique de l‟enfant par les activités ludiques est un aspect régulièrement passé sous silence. Pourtant ces activités ludiques constituent un apport réel aussi bien au niveau des codes, des normes, des expériences que des performances esthétiques propres au milieu de l‟enfant. Cela est démontré par plusieurs jeux et jouets décrits dans ce livre et non seulement dans le chapitre La musique et la danse dans les jeux et jouets ou le chapitre Les rituels et les fêtes dans les jeux et jouets. Certaines activités de jeu et de fabrication de jouets ont une influence directe sur la formation de l‟esthétique corporelle, picturale, plastique, musicale, architecturale. Parfois je voudrais parler de préparation à la création artistique comme pour la danse et l'orchestre des enfants Ghrib, de même que pour ceux de quelques filles et garçons marocains. Au Maroc, un cas remarquable est la construction d‟un violon comme celui fabriqué et joué par un berger de treize ans au Moyen Atlas (fig. 366, p. 301) ou un

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garçon de sept ans de l‟Anti-Atlas (fig. 370, p. 304). Eventuellement il s‟agit d‟une guitare faite par un garçon de treize ans vivant à Sidi Ifni (fig. 371, p. 305). Pareils instruments à cordes sont utilisés par les conteurs et chanteurs populaires marocains, surtout dans le milieu rural.

3.3 Jeux, jouets et relations interpersonnelles
Ce chapitre sur les relations interpersonnelles dans et par les activités ludiques parle d‟abord des relations entre enfants d‟environ le même âge et d‟âges différents, puis des relations entre enfants et adultes. Le jeu solitaire sera discuté dans le chapitre La créativité enfantine.

3.3.1 Les relations entre enfants
Les adultes ne sont pas seuls à agir sur leur progéniture pour en faire des êtres sociaux. Entre eux, les enfants travaillent aussi à leur socialisation et participent à se construire une place au sein de leur famille et au sein de leur groupe de pairs. Cette affirmation de Julie Delalande dans sa remarquable étude sur la cour de récréation (2001: 37) est tout à fait indiquée pour ouvrir ce chapitre. En observant des enfants ghrib au milieu des années 1970 et des enfants marocains à partir de 1992, j‟ai constaté l‟importance primordiale des pairs et des enfants plus âgés dans la transmission du contenu non-verbal et verbal des jeux, de la manière dont un jeu se déroule ainsi que des comportements s‟y référant. Le hasard de mes rencontres avec des groupes de jeu dans le Sahara tunisien et au Maroc permet de présenter quelques simples constatations qui ne sont nullement représentatives car elles ne sont pas le résultat d‟une recherche élaborée. Néanmoins, elles pourraient servir d‟indices pour formuler des hypothèses. Dans tous les exemples mentionnés ci-dessous, les groupes de jeu ont été formés spontanément et j'ai rencontré les enfants pendant le jeu. Parfois on voit sur une photo que la prise de vue a influencé le comportement des joueurs. Les figures 2 (p. 55), 34-36 (p. 77-78) et 38 (p. 79) montrent qu‟en 1975 les filles ghrib de trois à quatre ans forment des groupes assez grand

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et jouent dans le sable en construisant chacune une maisonnette. Dans ce cas il s‟agit surtout d‟une activité parallèle. La figure 38 (p. 79) laisse voir qu‟une fille plus âgée joue avec eux en les ayant plus ou moins à sa charge. Ce livre offre aussi des photos de groupes de jeu de filles ghrib d‟environ le même âge jouant à deux (fig. 3 p. 56, 87-88 p. 112). Les joueurs dans tous ces groupes de jeu appartiennent à une famille ou sont des voisins. Ce rapport étroit entre les joueurs, basé sur une relation familiale ou de voisinage, se retrouve dans mes observations faites au Maroc. Comme on peut le voir à la figure 95 (p. 118) une fillette de trois ans intègre dans son jeu de ménage sa petite sœur de dix-huit mois. Un autre exemple met en scène trois frères âgés de huit à douze ans (fig. 258, p. 221). D‟autres photos (fig. 46 p. 86, 64 p. 98, 96 p. 119, 97 p. 120, 103 p. 124, 147 p. 150, 152 p. 154) et quelques données écrites indiquent que les joueurs, toujours liés par des liens étroits de parenté ou de voisinage, ont environ le même âge. Dans le contexte de groupes de joueurs Julie Delalande (2001) met en avant le lien entre enfants ayant des affinités (p. 76), le rôle du temps et des relations prolongés pour l‟instauration d‟habitudes culturelles (p. 72), le rôle de l‟opportunité et de la disponibilité dans la création de relations (p. 86). Elle mentionne aussi l‟influence des relations extra ludiques (p. 91). Même sans analyses détaillées on peut souligner que tous ces éléments doivent être particulièrement important dans des communautés où les enfants disposent normalement d‟un grand nombre de joueurs potentiels. Ce nombre élevé de joueurs est du au grand nombre d‟enfants dans les familles ou dans le voisinage. Ainsi le nombre d‟enfants sur un espace réduit offre une multitude de joueurs du même âge et d‟âge différent. Ainsi un enfant peut trouver et choisir des compagnons de jeu et s‟intégrer dans des groupes de jeu multiples. Les rues des quartiers populaires en ville et les espaces de jeu au village sont de véritables laboratoires d‟interaction et de créativité. C‟est là que les petits enfants, une fois sortie de l‟emprise directe de leur mère, côtoient des enfants du même âge, des enfants plus âgés et des adolescents. L‟observation des interactions entre enfants dans quelques rues de Kénitra, Khemisset, Midelt et Sidi Ifni montre que les enfants plus âgés jouent un grand rôle dans la transmission des jeux et des techniques de fabrication des jouets. En ce qui concerne les relations ludiques des enfants d‟environ deux à cinq ans je peux souligner le rôle qu'incombe aux filles plus âgées et

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parfois aux garçons plus âgés. Une des tâches habituelles des filles à partir d‟environ sept ans est de s‟occuper des petits, souvent pour donner à une mère l‟occasion de faire autre chose. Afin de s‟acquitter de leur tâche les filles s‟adonnent à amuser le petit et à jouer avec l‟enfant. Si la fille a plusieurs enfants sous sa garde elle pourra organiser un groupe de jeu dans lequel les enfants jouent parallèlement ou ensemble. Il arrive aussi qu‟une fille ou qu‟un garçon fabrique un jouet pour un petit enfant. Souvent il s‟agit alors d‟une sœur ou d‟un frère. A partir de l‟âge de plus ou moins six ans les enfants se libèrent progressivement de cette tutelle des plus grandes. Ils acquièrent la possibilité d‟organiser eux-mêmes des groupes de jeu la plupart du temps avec des pairs, souvent mais certainement pas exclusivement du même sexe. Depuis lors le rôle des pairs s‟accentue et l‟entraide entre les joueurs devient un facteur important dans l‟apprentissage des jeux et la fabrication des jouets. Cela se donnait clairement à voir dans l‟activité ludique de quelques garçons à Sidi Ifni vers la fin d‟octobre 2002. Sur le trottoir d‟une rue descendante j‟ai repéré dans la soirée deux garçons d‟environ treize ans en train d‟ajuster leur planche à trois roues faites avec des billes de roulement. Une fois la planchette bien faite, ils s‟assoient dessus pour descendre la pente à toute vitesse. Le lendemain et le jour suivant quatre autres garçons du même âge se sont joints à eux. Dans ce groupe de jeu les deux initiateurs du jeu ont aidé leurs copains non seulement à fabriquer une planche mais parfois aussi à la conduire. Une bonne semaine plus tard ce groupe de joueurs a disparu de l‟endroit mais j‟ai remarqué sur le trottoir opposé deux garçons d‟environ sept ans utilisant l‟avant train de ces planches à trois roues. Courbant le dos et en tenant les deux extrémités de la planchette de direction ces petits garçons essayent d‟avancer le plus vite possible. La situation d‟apprentissage informelle se voit régulièrement là où j‟ai fait des observations, mais les exemples manquent car cela n‟a pas retenu mon attention. Cependant depuis que j‟ai lu les travaux de Barbara Rogoff et d‟Artin Göncü sur la participation active des enfants à leur environnement et au monde adulte j‟ai pris conscience de cet aspect. Un des quatre vidéos réalisées début 2002 à Sidi Ifni montre un garçon de six ans regardant son frère de dix ans en train de créer quelques jouets en carton comme une voiture, une maisonnette ou un système pour déplacer une petite voiture. Le petit frère observe attentivement et aide son frère

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aîné. De temps en temps, ce dernier tire l‟attention de son frère cadet sur la manière de construire certains éléments des jouets (Rossie and Daoumani, 2007, Video 2). Deux livres sur les cours de récréation dans des écoles occidentales discutent certains aspects ayant une importance majeure pour la composition et le fonctionnement des groupes de jeu (Delalande, 2001; Bishop and Curtis, 2001). Ces aspects réfèrent entre autres à la différence d‟âge et de sexe, du rôle des leaders et des suiveurs et des relations entre pairs. Malheureusement ces aspects ne peuvent être abordés ici car les données s‟y référant manquent totalement. Il serait pourtant très utile de disposer de ces informations pour mieux comprendre la culture enfantine et le développement des enfants en Afrique du Nord et au Sahara mais aussi pour pouvoir comparer ces données avec ceux sur les enfants d‟autres régions. En ce qui concerne l‟influence des amitiés entre élèves de la même classe ou de la même école sur la composition des groupes de jeu et le comportement des joueurs, si bien analysée par Julie Delalande (2001), toute information manque pour les régions dont parle ce livre.

3.3.2 Les relations entre enfants et adultes
Les premiers adultes établissant des relations ludiques avec un nouveau-né sont la mère, le père, une grande sœur, un grand frère ou un grand-parent. Cependant mes recherches et les informations trouvées dans la bibliographie consultée ne parlent presque pas des enfants sahariens et nord-africains de moins de deux ou trois ans. Dès lors cette période de la petite enfance pendant laquelle la mère et d‟autres membres adultes de la famille ou du voisinage jouent volontiers avec 406 un bébé ou un petit enfant ne peut être discutée. Comme expliqué dans l‟introduction il est difficile pour un chercheur masculin d‟obtenir des informations sur la relation entre les femmes et les bébés ou bambins. Pour cette raison j‟ai demandé à Khalija Jariaa de s‟informer sur les activités ludiques entre les mères et leurs bébés. De retour à Sidi Ifni en avril 2006 elle m‟a amené un hochet couramment utilisé dans son village natal Ikenwèn dans la région de Tiznit (fig. 406).

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Pareils hochets se fabriquent surtout lors de la tamgra, la moisson du blé en avril, et du èrngru argan, la récolte des noix d‟argan en mai. Quand la mère doit laisser son bébé seul pendant le travail elle lui offre ce hochet 406 pour qu‟il s‟amuse avec ou elle l‟utilise pour le calmer. Ce hochet est fait avec le récipient rond en plastique transparent qui était rempli avec l‟eau de la source Zamzam de la Grande Mosquée de la Mecque. Ces petites bouteilles sont soudées une fois remplies d‟eau. Les pèlerins en ramènent 406 pour les offrir aux ménages de leur famille et de leurs connaissances. Après avoir coupé le haut de l‟orifice chacun boit un peu de cette eau. Le Dictionnaire Encyclopédique de l‟Islam dit à ce sujet : "Cette eau est rapportée par les pèlerins aux quatre coins du monde islamique, où on la boit comme un breuvage lié à l‟obtention d‟une grâce et où elle est dispensée aux malades" (1991: 420). Pour faire le hochet quelques petites pierres sont introduites par l‟ouverture. Un roseau de dimension adéquate est introduit dans cette ouverture. Au centre des deux côtés du récipient un petit trou est fait. On passe un fil résistant d‟environ 15 cm à travers ces trous. De chaque côté on enfile une grosse perle en bois, puis deux nœuds sont faits pour que les perles restent en place. A Ikenwèn ces grandes perles sont aussi utilisées pour en mettre une ou deux dans les cheveux du bébé comme protection. R‟quia Mbarek de quatre-vingt-cinq ans, la personne la plus âgée du village en mars 2006 et appelée par respect °amtirquia ou tante R‟quia, garde ces grandes perles en bois. Selon les villageois ces perles ont dès lors un certain pouvoir de baraka, un pouvoir de bénédiction et de protection. Il y a cinquante années le hochet se fabriquait avec une peau de lapin. Les mères d‟Ikenwèn préfèrent le hochet local aux hochets fabriqué en Chine parce que ces hochets importés se cassent trop vite. Mes informations peuvent cependant affirmer que ces relations ludiques spontanées entre enfants et adultes ne s‟arrêtent pas à l‟âge de trois ans. Seulement, le plus que les enfants avancent en âge le plus qu‟elles semblent devenir rare. A côté des observations occasionnelles non décrites, ce livre comporte quelques exemples qui démontrent bien qu‟une relation ludique entre adultes et enfants de deux ans ou plus ne soit pas si exceptionnelle. Il s‟agit d‟un père ghrib investissant le jeu de sa fille de deux ans (p. 230), d‟une mère ou d‟un père marocain fabriquant un jouet musical pour leur fille (p. 287), d‟un autre père marocain créant des

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moulinets pour ses filles à l‟occasion du Mûlûd (p. 337) ou encore d‟un jeune homme Ghrib en train d‟amuser son petit frère en lui faisant jouer la flûte (fig. 338, p. 280). Une raison pour la diminution de l‟ingérence des adultes dans le jeu des enfants se trouve dans l‟éloignement progressif de l‟enfant de sa mère et de la maison. Si l‟enfant de deux ou trois ans joue souvent près de la tente ou en face de sa maison et celle des voisins et reste ainsi près des adultes. Par contre les enfants plus âgés vont jouer de plus en plus loin utilisant les espaces vagues et les rues. En tout cas ils jouent aux endroits où ils échappent plus facilement au contrôle des adultes, plus spécifiquement des adultes de leur entourage. Il faut faire ici une distinction assez nette entre garçons et filles du fait que les garçons jouissent de plus de liberté et de temps pour jouer que les filles. Les espaces de jeux des petits garçons et celles des filles sont normalement limités aux endroits que les adultes peuvent surveiller. Les espaces de jeux des garçons s‟élargissent avec l‟âge et ils peuvent beaucoup plus facilement échapper au contrôle des adultes. Bien que les adultes et les adolescents puissent perturber ou arrêter les activités ludiques des enfants, mes observations montrent que les enfants trouvent souvent le temps nécessaire pour jouer et se fabriquer des jouets. Cependant on trouve ici la même distinction entre filles et garçons. Chez les semi-nomades Ghrib des années 1970 mais aussi dans les milieux ruraux et populaires au Maroc d‟aujourd‟hui j‟ai remarqué chez les adultes une certaine indifférence envers les jeux des enfants. Un désintéressement qui semble lié au point de vue que le jeu et la fabrication de jouets est l‟affaire des enfants eux-mêmes. Dès lors, les adultes n‟ont à intervenir qu‟en cas de danger réel, de risque de dégâts et de dérangement ou lors de transgression grave des règles et des valeurs. Pareille attitude est aussi décrite par Suzanne Gaskins pour les enfants de villages indiens mayas du Yucatan au Mexique. Elle écrit à ce sujet que lorsque les enfants mayas peuvent jouer, ils jouent selon leur propre volonté sans presque aucune autre interférence adulte que de reprendre des ustensiles utilisés pour le jeu ou d‟insister sur la sécurité physique. En ce qui concerne les jeunes enfants mayas leur jeu est vraiment motivé personnellement. Il n‟est point basé sur une structuration ou motivation par des adultes ni utilisé pour attirer l‟attention des adultes (1999: 49).

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Cet auteur souligne aussi que les enfants mayas non seulement ne consacrent qu‟une petite partie de la journée au jeu mais en plus ils ne consacrent que très peu de ces moments ludiques aux jeux symboliques et de faire semblant (1999: 47). Mes observations sur les enfants ghrib et marocains soutiennent plutôt l‟hypothèse que le jeu symbolique et de faire semblant joue un rôle important dans le développement de ces enfants. C‟est un jeu de faire semblant qui le plus souvent est lié au monde adulte. Pierre Flamand (p. 213) écrit sur les relations ludiques intergénérationnelles chez les Juifs du Sud-Marocain des années 1950 : Aucun des enfants n’indique son père comme l’initiateur de ses jeux; quelques fillettes attribuent ce rôle à leur mère, beaucoup à leur aïeule, quelques-uns invoquent l’action de leur parenté du bled (de la campagne). La plupart des adultes, en bref, se désintéressent des jeux de leur progéniture; ils croient faire suffisamment en la pourvoyant de quelque monnaie au temps des fêtes. Les quelques exemples de jouets faits par un père ou une mère démontrent qu‟ils furent faits pour des occasions spécifiques comme l‟°Ashûra ou le Mûlûd. Les instituteurs de Sidi Ifni, membres de l‟Association Isni pour la Culture et l‟Art, à qui j‟ai demandé en décembre 2002 si leur père, leur mère ou un autre adulte leur a fabriqué un jouet lorsqu‟ils étaient enfant ont répondu de manière négative. Cependant ce n‟est qu‟une analyse plus poussée qui pourrait clarifier cet aspect. Néanmoins, je crois pouvoir supporter ce qu‟écrit Elisa Lwakatare à ce sujet lorsqu‟il spécifie que les adultes tanzaniens font peu de jouets pour leurs enfants (1999: 4). L‟achat d‟un jouet par un adulte pour le donner à son enfant ou un enfant de sa famille est probablement une habitude plus généralisée bien que limitée. En opposition aux situations décrites ci-dessus on penserait aisément que les adultes des pays techniquement très développés qui achètent tellement de jouets pour les enfants s‟intéressent particulièrement au jeu de l‟enfant. Pourtant, des recherches en Australie font penser le contraire. Dans son article June Factor écrit qu‟une conséquence utile du mythe de l‟insignifiance du folklore ludique enfantin, a été l‟absence relative de l‟interférence des adultes dans les jeux des enfants. Ceci leur a permis de s‟organiser eux-mêmes comme ils le veulent, libérés de l‟imposition des idées courantes des adultes de comment jouer et de jouer à quoi (2001: 33).

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Lors de son analyse des jeux de sable à l‟école maternelle, Julie Delalande souligne que dès le plus jeune âge des enfants "leurs parents mettent entre leurs mains seau, pelle, tamis et moules, leur apprenant souvent à faire des pâtés, des châteaux" (2001: 187). Pareille attitude d‟apprendre aux enfants à faire des constructions avec du sable et de s‟investir dans une pratique ludique enfantine ne m‟est apparue ni dans le désert tunisien ni sur les plages de Kénitra ou à Sidi Ifni au Maroc. En plus les informations bibliographiques ne la révèlent pas. Ce constat doit néanmoins être relativisé par ce que Boubaker Daoumani a dit. Il m‟a raconté que des mères de milieu populaire se trouvant avec des petits à la plage de Sidi Ifni les aident parfois à faire des formes ou des constructions dans le sable mais cela sans utiliser du matériel fabriqué à cet effet. Cette indifférence envers les jeux de l‟enfant mentionnée pour les adultes en général se retrouve chez les enseignants d‟école primaire et chez le personnel des établissements préscolaires. Par exemple les cours pour enfants d‟âge préscolaire ne laissent aux petits enfants marocains que très peu ou pas de temps pour jouer. Cela est aussi bien le cas pour les écoles privées qui coûtent cher que pour les établissements à classe unique qui ne demandent que peu d‟argent aux parents. Ces classes sont arrangées dans un garage ou une maison et une jeune femme ayant fait partiellement ou complètement des études secondaires est souvent l‟enseignante. En plus de l‟approche pédagogique dans lequel l‟aspect ludique n‟est certainement pas valorisé, il y a aussi le fait que les parents n‟apprécient guère les essais d‟introduire le jeu et les jouets en classe. Les quelques enseignantes de classes maternelles que j‟ai eu l‟occasion de parler m‟ont toujours dis que les parents de leurs élèves insistent très fortement sur l‟apprentissage précoce de la lecture, de l‟écriture, et de l‟apprentissage par cœur. Les auteurs du livre Guided Participation in Cultural Activity by Toddlers and Caregivers soulignent sur l‟importance de la participation des enfants dans les activités des adultes pour leur développement et leur intégration culturelle et sociale dans la famille et la communauté (Rogoff e.a., 1993). Dans ce contexte je voudrais remarquer que la plupart des enfants nord-africains et sahariens vivent dans des familles où ils ne sont pas ou peu isolés des activités adultes. En conséquence ils se réfèrent dans leurs jeux à ce qu‟ils apprennent de la vie des adultes par observation et par leur participation aux activités des adultes. Un exemple récent me fut donné fin octobre 2002 dans le quartier populaire Boulalem à Sidi Ifni. A

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cette occasion j‟ai observé comment une fillette de trois ans s‟amusait à nettoyer le trottoir devant sa maison avec une brosse de taille réduite là où sa sœur de sept ans et la mère sont en train de nettoyer ce même trottoir. Une différence avec l‟attitude courante des adultes aux Etats Unis envers les jouets liés à des situations domestiques ou à des occupations masculines est à noter. Gary Cross écrit que les jouets reproduisant les actions du père ou servant à l‟apprentissage des techniques culinaires et des soins à donner aux enfants mettent beaucoup d‟adultes dans l‟embarras (1998: 30). Dans mon livre plusieurs exemples démontrent que les adultes nord-africains et sahariens auraient vu l‟idée que pareils jouets peuvent embarrasser des parents comme inconcevable. Au contraire parmi les jouets pour enfants achetés occasionnellement on trouve aujourd‟hui régulièrement des imitations en plastique d‟objets pour faire à manger, pour nettoyer la maison et pour faire le maquillage, tous destinées aux filles. Les petites voitures et les camions sont donnés aux garçons. Il s‟agit donc de jouets liés à des occupations adultes féminines et masculines. Une autre particularité est que le don de jouets, mentionné pour les parents des pays occidentaux, n‟existe que d‟une façon très limitée chez la plupart des parents sahariens et nord-africains. En tout cas ce don de jouets n‟a rien à voir avec le nombre de jouets que les enfants possèdent par exemple en Suède (Nelson and Nilsson, 2002). Gilles Brougère écrit : "Pour comprendre le jouet il faut le situer au sein des relations sociales et affectives entre parents et enfants" (1999: 24). Sauf dans les familles riches et occidentalisées, ce qui est constaté en France ne se rencontre pas en Afrique du Nord et au Sahara entre autres parce que beaucoup de jouets sont fait par les enfants eux-mêmes. J‟ai mentionné quelques occasions où les adultes achètent des jouets pour les enfants marocains. Bien que rare, offrir des jouets n‟est pas quelque chose de nouveau surtout en milieu urbain car F. Castels mentionne déjà en 1915 et à Rabat l‟existence de vendeurs de jouets locaux et de jouets importés d‟Europe. En plus Westermarck écrit en 1926 que des artisans marocains fabriquent des jouets. Julie Delalande (2001) ainsi que les auteurs du livre édité par Julia Bishop et Mavis Curtis (2001) discutent en détail l‟influence de l‟école maternelle et primaire et plus spécifiquement de la cour de récréation sur les relations entre enfants, leurs activités ludiques et la culture enfantine. Sans vouloir diminuer le rôle de l‟environnement scolaire sur les enfants

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nord-africains de trois à douze ans, je crois pouvoir dire que le rôle de cet environnement dans le domaine des jeux et jouets est moins important par exemple au Maroc qu‟en France ou en Grande Bretagne. Cela ne serait pas du à une scolarisation moins importante au Maroc mais à une attitude d‟indifférence envers les jeux des enfants à l‟école. Comme indiqué quelques paragraphes plus hauts, le rôle de la famille restreinte et étendue ainsi que celui du voisinage sur les liens entre enfants et sur leurs activités ludiques me semble dépasser de loin le rôle de l‟école. J‟ai néanmoins essayé d‟en savoir un peu plus sur ce qui se passe à l‟école primaire dans la région de Sidi Ifni pendant la récréation. Pour cela j‟ai questionné trois instituteurs membres de l‟Association Isni pour la Culture et l‟Art. Ces instituteurs enseignent depuis environ huit ans dans trois écoles de villages différents, une située dans un village assez urbanisé à 2 km de Sidi Ifni, une autre se trouvant dans la montagne à 11 km de cette ville et la troisième dans un endroit isolé à 35 km de Sidi Ifni. Les cours qui durent quatre heures et demie par jour sont entrecoupés par une seule période de récréation de quinze minutes. Si l‟on décompte le temps d‟aller à la toilette et du rassemblement il reste une dizaine de minutes aux enfants pour se divertir. Selon les trois instituteurs les enfants se regroupent souvent en petits groupes de trois à quatre élèves. Ces groupes d‟élèves de plus ou moins le même âge sont basés sur les liens de parentés et de voisinage. Les enfants jouent entre eux et se partagent éventuellement une orange, des biscuits ou autre chose à manger qu‟un d‟eux a emporté. Les groupes mixtes où l‟on retrouve ensemble filles et garçons deviennent rares à partir de la deuxième année et sont pour ainsi dire inexistant dès la quatrième année. Les garçons s‟adonnent surtout à des jeux physiques. Les filles le font aussi, comme en décembre 2002 en sautant dans l‟élastique, mais il n‟est pas rare de les trouver en train de se parler entre eux. Au Maroc d‟autres structures dirigées par des adultes et destinées aux enfants ne semblent pas intégrer dans leurs activités le patrimoine ludique de ces enfants. D‟abord il faut dire que les mouvements de jeunesse sont peu développés en dehors des grandes villes. Le mouvement scout existe au Maroc mais comme cela semble être le cas à Rabat il est plutôt implanté dans les milieux aisés. Par contre les dâr shebâb, les maisons de jeunes se trouvent même dans des petites villes comme Midelt et Sidi Ifni mais pas dans les villages. Dans ces maisons de jeunes, des volontaires organisent parfois des ateliers pour enfants (fig. 407, p. 366). Quand j‟ai assisté à

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quelques réunions de pareils ateliers pour enfants à Kénitra en 1993, les activités ludiques étaient limitées au chant et à quelques petits jeux semblables à ceux utiliser dans les mouvements de jeunesse, par exemple tourner autour de quelques sièges dont le nombre est inférieur d‟une unité au nombre de joueurs. En questionnant les volontaires âgés entre dix-sept et vingt-cinq ans environ et qui souvent sont des enseignants, il est apparu que le patrimoine ludique local n‟est pas ou très peu utilisé.

407 En ce qui concerne l‟influence des médias et de la publicité il est clair que le niveau de vie des familles populaires et rurales reste trop bas pour que les adultes ou les enfants puissent se permettre des dépenses de luxe. Cela ne veut nullement dire qu‟il n‟y a pas d‟achat de jouets. Acheter des jouets se fait d‟habitude pendant l‟°Ashûra ou le Moussem mais le montant de ces dépenses reste limité. En plus, les jouets achetés sont souvent de moindre qualité ou des jouets d‟occasion. Néanmoins, l‟influence de la télévision peut s‟avérer décisive dans la propagation d‟une mode ludique comme cela fut le cas avec l‟engouement des enfants marocains pour tout ce qui se réfère à Pokemon. Entre autres à Midelt et à Sidi Ifni cet engouement s‟est développé très vite durant l‟année 2000 suite à la diffusion par la télévision marocaine d‟une série de dessins animés de Pokemon traduit en arabe. Une fois que la diffusion s‟est arrêtée, Pokemon fut aussi vite oublié qu‟il était venu à la mode.

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3.4 Jeux, jouets, filles et garçons
Le titre de ce livre La vie domestique dans les jeux et jouets fera probablement penser en premier lieu à des jeux et des jouets de filles. Pourtant cela n‟est que partiellement vrai. En voyant les jeux et jouets analysés il est clair que certains sont plus joués et utilisés par les filles comme c‟est le cas pour la dînette et les ustensiles jouets ou ceux liés aux travaux ménagers. Par contre les jeux et jouets liés aux occupations de subsistance sont plutôt des jeux et jouets de garçons. Cela ne surprend nullement car ils reflètent les occupations féminines et masculines dans les familles nord-africaines et sahariennes. Les jeux et jouets se référant aux habitations, à la musique et la danse ou aux rituels et fêtes font aussi bien partie des activités ludiques des garçons que celles des filles. Me référant aux informations sur la différence sexuelle dans les jeux et jouets mentionnées dans ce volume, il est possible de voir quelles activités ludiques appartiennent à l‟un ou l‟autre sexe ou bien aux deux sexes. Il faut néanmoins que j‟avertisse que ni mes observations personnelles ni ceux des autres auteurs peuvent prétendre à une représentativité quelconque. Dès lors, ces données sur les jeux et jouets sahariens et nordafricains ne permettent aucune formulation négative quant à l‟existence d‟un jeu ou jouet chez les filles ou les garçons. Il est seulement possible de mettre en avant des constatations qui n‟ont rien d‟infaillible. Beaucoup plus de recherches seront nécessaires avant de pouvoir tracer un tableau représentatif sur ce thème. Mes propres informations dans ce domaine sont largement basées sur des observations d‟activités ludiques ou de fabrication et d‟utilisation de jouets par des garçons et des filles ou par les deux sexes ainsi que sur ce que les enfants eux-mêmes ont raconté à ce sujet. Le point de vue des adultes n‟est que rarement pris en considération. En cela je rejoins Greta Pennell lorsqu‟elle écrit qu‟ériger les réponses des adultes comme la norme avec laquelle on juge les réponses des enfants, masque dans quelle mesure les enfants peuvent être les vrais experts. Vu l‟importance du jouet dans la vie quotidienne des enfants, il semble raisonnable de croire que les opinions des enfants sur qui aimerait jouer avec un jouet spécifique seront plus adéquates que les opinions des adultes (1996: 3).

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Les données sur les jeux de tente parlent d‟activités ludiques de filles et il en est de même pour la dînette. Uniquement pour les Chaouïa il a été dit que des garçons pouvaient éventuellement participer au jeu de dînette ou y jouer eux-mêmes. Pour la dînette ou le jeu de ménage les filles fabriquent bon nombre d‟ustensiles-jouets. Cependant il arrive que des garçons le fassent aussi, comme chez les Maures, les Belbala et au Maroc. Les activités ludiques décrites dans le chapitre Les occupations ménagères dans les jeux et jouets sont particulières aux filles bien que des garçons s´y adonnent occasionnellement. Ce livre donne un exemple chez les Belbala où des garçons font un puits. Au Maroc des garçons construisent dans plusieurs endroits un four pour cuire le pain. Par contre les jeux et jouets liés aux activités de subsistance comme l‟élevage, le jardinage, le travail des champs et le commerce semblent plutôt être des jeux de garçons. Certaines activités ludiques font aussi bien partie des jeux de filles que des jeux de garçons mais ils sont joués séparément par les deux sexes, comme cela se fait pour les jeux où des maisonnettes sont construites. En ce qui concerne ces maisonnettes, celles faites par des garçons et celles construites par des filles sont parfois de type différent. Il en est de même pour les jeux musicaux, la danse et certaines pratiques ludiques liées aux fêtes et aux rituels. Ainsi les instruments de percussion typiques des festivités de l‟°Ashûra sont traditionnellement différents pour les filles et les garçons. Il arrive aussi que les filles jouent un jeu qui est plutôt réservé aux garçons ou que les filles utilisent des jouets fabriqués par des garçons sans qu‟elles les fabriquent elles-mêmes comme le moulinet à vent de la fête du Mûlûd au Maroc central. Des exemples de garçons de plus de huit ans jouant des jeux de filles ou utilisant des jouets faits ou utilisés par des filles sont beaucoup plus difficile à trouver. Pour les petits enfants la différentiation sexuelle n‟est pas importante. Ainsi il est courant qu‟une fille plus âgée s‟occupe d‟un petit groupe de filles et de garçons qu‟elle entraîne à un jeu ou qui s‟amusent parallèlement. A partir de l‟âge d‟environ six ans cette différentiation sexuelle dans les jeux et jouets devient très prononcée. Cet âge est aussi avancé par les auteurs marocains de l‟article "La ségrégation des garçons et des filles à la campagne" (Belghiti e.a., 1971: 102). Vers cet âge les garçons quittent les groupes de jeux régulièrement contrôlés par des grandes filles pour organiser leur propre groupe de jeu d‟où les filles sont

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normalement exclues. Dans leurs groupes de jeu les garçons jouissent certainement de plus de liberté que les filles dans leurs groupes de jeu. Du moins si longtemps qu‟ils ne dérangent pas les adultes ou ne transgressent pas ouvertement les normes. Les garçons peuvent aussi s‟éloigner beaucoup plus loin que les filles et échappent ainsi au contrôle direct des parents et autres adultes. Les filles par contre doivent souvent rester aux alentours de la maison. Entre autres pour être disponible pour aider dans le ménage ou pour s‟occuper des petits mais aussi pour subir une surveillance plus stricte. Quand les grandes filles prennent en charge les petits enfants elles peuvent certainement trouver des occasions pour jouer. Cependant il est difficile de départager la tâche de s‟occuper des petits enfants de la possibilité de s‟amuser soi-même. Ici et là une information indique que les filles et les garçons de six ans et plus forment encore des groupes de jeu mixte. Mes exemples signalent le village Imîder dans le Haut Atlas où le groupe de jeu comporte deux garçons et trois filles (p. 121), celui d‟Aït Slimane dans la même chaîne de montagne où il s‟agit de quatre filles et un garçon (p. 86), la petite ville de Midelt au Maroc central où le groupe de jeu comprend une fille et deux garçons (p. 125) et le village Lagzira dans l‟Anti-Atlas où un frère et une sœur jouent régulièrement ensemble (p. 105). Dans tous ces cas les enfants ont environ sept ans et sont de la même famille ou des voisins proches. En 2006 Khalija Jariaa a vu dans l‟Anti-Atlas d‟autres exemples de groupes de jeu mixtes d‟enfants de six ans ou plus. Il s‟agit d‟un groupe de jeu de deux filles et un garçon (p. 95, 124) et de vingt-trois filles et quatre garçons (p. 313) du village Douar Ouaraben, d‟un groupe de jeu d‟un garçon et d‟une fille (p. 258) du village Ikenwèn, d‟un groupe de jeu de dix filles et cinq garçons (p. 316) du village Idoubahman-Imjâd, d‟un groupe de jeu de treize filles et six garçons (p. 101) du centre rural Ifrane a/s, ainsi que d‟un groupe de jeu de cinq garçons et une fille (p. 153) et d‟une fille et un garçon (p. 199) du quartier Boulalem de Sidi Ifni. Comme pour la première série d‟exemples ces enfants sont frère et sœur, cousin et cousine et/ou voisin et voisine mais parfois ils sont plus âgés. Que la différenciation sexuelle se manifeste déjà tôt dans une situation ludique est clairement démontré par la réaction d‟un petit garçon de juste quatre ans qui joue au jeu de poupée avec sa nièce de six ans. Cela se passait devant une maison de Sidi Ifni en janvier 2002. Lorsque la nièce insiste pour que le garçonnet l‟aide à faire des poupées ou à exécuter des

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tâches féminines il refuse catégoriquement de le faire en répondant à haute voix "moi, je suis un homme" (Rossie and Daoumani, 2003, Video 1). Une différence nette entre filles et garçons existe aussi au niveau du temps disponible pour jouer et cela à cause de l‟intégration plus poussée des filles dans les activités ménagères. Un exemple frappant de ce temps à jouer plus restreint et des tâches plus nombreuses des filles me fut offert lors d‟une session d‟observation d‟une heure et demie. Cette observation fut faite dans une petite vallée servant entre autres comme terrain de jeu et située entre deux quartiers populaires de Midelt au Maroc central. Un matin d‟août 1999 et pendant le temps d‟observation j‟ai vu trois groupes de jeu comprenant quelques garçons jouant ensemble pendant quinze à trente minutes. Pendant la même période d‟observation je n‟ai trouvé aucune fille qui jouait. Au contraire, j‟ai vu une fille de six ans en train de nettoyer l‟espace devant sa maison, une autre fille un peu plus âgée qui passait avec un plateau de biscuits sur la tête pour les porter au four ainsi que deux filles faisant des courses. Une cinquième fille d‟environ dix ans s‟occupait d‟un groupe de fillettes et de garçonnets. Lahcen Oubahammou décrit de la manière suivante cette différence en 1987 (p. 126-127) : Tout d’abord, la fille Ouirra (Moyen Atlas) est moins favorisée que le petit garçon Ouirra, parce que, très tôt, elle doit se consacrer aux tâches domestiques et par conséquent ne jouit pas des plaisirs de l’enfance comme le garçon. Le cas des adolescentes est pire, elles sont données en mariage à partir de l’âge de douze, treize ans et rentrent plein pied dans la vie adulte avec toutes ses responsabilités et ses exigences. Tout démontre que les adultes nord-africains et sahariens ont une vision bien différente du jeu selon le sexe des enfants plus grands. Deux informations provenant de l‟Algérie, une sur les enfants mozabites et l‟autre sur les enfants belbala, font apparaître qu‟une vraie collaboration entre filles et garçons peut exister par exemple lors de la construction de maisonnettes ou de tout un village en miniature. Dans le premier cas se sont les frères qui pendant les années 1920 faisaient des maisons de poupées pour leurs sœurs et dans le second cas les filles et les garçons belbala jouaient ensemble vers 1960 en créant leur village en miniature bien qu‟en exécutant des tâches différentes.

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Julie Delalande analyse l‟opposition que l‟on retrouve entre filles et garçons français et où se sont surtout les garçons qui dérangent le jeu des filles entre autres pour se faire remarquer (2001: 162-164). Fernando Pinto Cebriàn a observé le même comportement chez les enfants sahraouis où il arrive que les garçons détruisent les tentes en miniature des filles pour que celles-ci tiennent compte de leur présence (1999: 105). Un exemple du Maroc vient de Sidi Ifni où deux garçons viennent déranger le jeu de quelques filles pour la même raison (p. 198). On doit toujours rester prudent avec des propositions générales comme celle sur la séparation stricte entre filles et garçons plus âgés ou entre les jeux de filles et les jeux de garçons parce qu‟il y a des indications que cette séparation est surmontable. En plus, quelques-unes de mes informatrices marocaines ont souligné qu‟étant enfant elles aimaient jouer ensemble avec leurs frères, leurs cousins ou d‟autres garçons du voisinage par exemple pour jouer au football ou pour grimper dans les arbres. Cela démontre que les normes culturelles d‟une population donnée ne sont pas le seul critère déterminant les activités ludiques enfantines et que la personnalité et la volonté des joueurs doivent être prises en compte. Mais ce n‟est qu‟une étude plus avancée, basée sur des observations de situations de jeu réelles, qui permettra d‟en savoir davantage. Les résultats de quelques recherches récentes faites par des chercheurs étudiant les jeux d‟enfants dans une communauté occidentale m‟ont fait prendre conscience que l‟influence de la différence sexuelle sur les jeux et les jouets reste vraiment semblable même s‟il existe des différences importantes entre ces communautés et celles des pays sahariens et nordafricains.

3.5 L‟évolution des jeux et jouets
En étudiant jeux et jouets des enfants il faut s‟intéresser aussi bien à la continuité qu‟au changement. Cela est évident pour ce livre car l‟information fait référence à une période allant du début du 20 e siècle jusqu‟au début du 21e siècle. Comme dans d‟autres domaines, une évolution s‟est accomplit dans les pratiques ludiques des enfants nordafricains et sahariens. Cependant il reste hasardeux de faire une analyse historique à cause du manque de données et du hasard de leur production.

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Ces changements sont dus à des influences internes et externes mais il est difficile sinon impossible de définir leur rôle réciproque. Classifier une influence comme interne ou externe reste donc arbitraire. Par exemple l‟influence de l‟école marocaine et de la télévision peut être catégorisée comme une influence interne bien que l‟origine de cette école et télévision ainsi que leur développement sont liés à des réalités européennes. Cidessous je mentionne certaines influences sur les jeux et jouets des enfants sahariens et nord-africains liés à la vie domestique qui se sont manifestées pendant le 20e siècle mais surtout après la deuxième guerre mondiale. Le changement de mode de vie et d‟habitat d‟une population nomade suite à une sédentarisation se reflète directement dans les jeux et jouets de leurs enfants. Plusieurs exemples provenant des enfants ghrib du Sahara tunisien en témoignent (p. 77-79, 244-245). Cependant, les données manquent à ce sujet pour les autres populations nomades du Sahara. Un changement d‟habitat et de mode de vie comparable s‟opère lorsqu‟une famille quitte le village pour s‟installer en ville ou quand une ville agrandit son périmètre en urbanisant des villages limitrophes. Dans ces cas l‟aspect des terrains d‟exploration et de jeux ainsi que le matériel et les objets que les enfants ont à leur disposition changent d‟une manière importante. A première vue l‟école ne semble pas être un réel facteur de changement pour la culture ludique des enfants des régions en question. En tout cas je n‟ai pas remarqué une influence directe de l‟école sur les jeux et jouets des enfants ghrib ni sur celle des enfants marocains et le thème de l‟école n‟est apparu que très exceptionnellement dans leurs jeux de faire semblant. En plus, les données bibliographiques et muséographiques ne donnent pas d‟informations supplémentaires à ce sujet. Par contre l‟école influence directement le temps de jeu des enfants scolarisés. Un temps de jeu qui se concentre sur le dimanche et les périodes de vacances. Il ne fait aucun doute que les moyens de communication des dernières décades ont une influence sur la culture ludique des enfants des régions dont parle ce livre. Le jeu de quelques filles et de quelques garçons du quartier Boulalem de Sidi Ifni témoigne de l‟influence des programmes de télévision et en particulier du journal télévisé. Dans les deux cas il s‟agit de la guerre de Palestine qui s‟infiltre dans le jeu de faire semblant (p. 147, 199). Le programme de télévision avec Pokemon a eu un si grand succès qu‟il a créé chez les enfants marocains un engouement pour tout ce qui se réfère à ce personnage bien que cet engouement semble avoir été de courte

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durée (p. 366). Il y a aussi des garçons qui jouent le rôle de réparateur de télévision (p. 262, 271). L‟utilisation grandissante de la vidéo numérique marque l‟esprit des enfants et c‟est ainsi que deux garçons deviennent une équipe de la télévision marocaine 2M lors de la mise en scène d‟une fête (p. 330). La maisonnette créée par quelques filles lors du même jeu comporte une télévision et deux filles jouent au photographe avec un appareil photo numérique de fortune (p. 332). Deux exemples de maisonnettes avec télévision se voient à la figure 56 (p. 94) et 396 (p. 332). Il y a aussi la tente avec parabole (fig. 31, p. 74). Récemment le téléphone portable fait soi-même apparaît comme jouet dans le jeu des garçons et des filles (p. 109). Au Maroc et probablement dans les autres pays d‟Afrique du Nord et du Sahara les enfants et les parents d‟aujourd‟hui désirent et achètent les jouets fabriqués par l‟industrie du jouet. Il s‟agit aussi bien de jouets d‟occasion (fig. 408) que de jouets neufs. Il faut cependant souligner que cette situation fut déjà mentionnée en 1915 pour l‟industrie du jouet européen (Castells, p. 342). Au Maroc dans les marchés et les petits magasins on voit ces dernières 408 années un grand nombre de jouets fabriqués en Chine, des jouets comme j‟en ai achetés à Tan-Tan en septembre 2005 (fig. 409).

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Comme mentionné dans Poupées d’enfants et jeux de poupées ainsi que dans L’animal dans les jeux et jouets (Rossie, 2005) le rôle des membres de la famille vivant en Europe est aussi perceptible dans les jouets liés à la vie domestique que possèdent les enfants marocains dont parle ce livre. On peut même trouver des figurines fantastiques qui autrement 410 semblent manquer parmi les jouets de ces enfants. L‟exemple de la figure 410 fut amené de la France par le père d‟un enfant du village Terloulou dans l‟Anti-Atlas en 2005. L‟influence de la famille émigrée se voit aussi dans le jeu de faire semblant de quatre filles du même village. Une des maisonnettes représente la maison plus ou moins luxueuse construite par des villageois vivant en Europe (fig. 70, p. 102). Contrairement aux deux livres mentionnés ci-dessus je n‟ai pas trouvé des exemples de jeux ou de jouets qui reflètent une influence éventuelle des touristes. Une discussion plus générale du thème du changement dans l‟enfance et dans les jeux et jouets en Afrique du Nord et au Sahara se trouve dans un chapitre de mon livre Toys, Play, Culture and Society. An Anthropological Approach with Reference to North Africa and the Sahara (Rossie, 2005: 149-182).

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4 Créativité enfantine
A travers ses activités ludiques un enfant trouve des possibilités pour développer sa personnalité entre autres en explorant les possibilités, les limites et les contraintes imposées par son environnement naturel et humain. Tout comme un enfant possède une individualité qui le différencie des autres enfants, une famille et un voisinage ont certaines valeurs et attitudes spécifiques qui le rendent plus ou moins différent d‟autres groupes du même genre. Voir les groupes sociaux sahariens et nordafricains comme uniformes et indifférenciés est une erreur. Omettre de mentionner le rôle de l‟individualité et de la créativité dans les activités ludiques des enfants de ces régions est un oubli regrettable. Chaque jouet fabriqué par un enfant et chaque jeu est une manifestation personnelle, bien que situé dans un contexte écologique et socioculturel donné. Il faut donc voir cette manifestation comme une création originale basée sur l‟interaction entre la personnalité de l‟enfant et son environnement physique et humain. Néanmoins, je dois avouer qu‟étant un anthropologue socioculturel mes recherches n‟offrent que peu d‟informations sur le développement de la personnalité des enfants et sur les différences individuelles. Par contre, il m‟est facile de faire référence à la créativité enfantine dans les jeux et dans la fabrication de jouets. De ce point de vue il est clair que les filles et les garçons sahariens et nord-africains montrent beaucoup de créativité par exemple en faisant des maisonnettes, des ustensiles-jouets, des moulinets ou des jouets musicaux. Néanmoins, je crois qu‟il faut dépasser cette formulation trop simple bien qu‟exacte. Pour y arriver une entrée adéquate pourrait être de définir le terme général de création. Le Shorter Oxford Dictionary mentionne deux significations du terme „creation‟ en rapport direct avec le thème des jeux et jouets : “2. The action of making, forming, producing, or bringing into existence” et “5. An original production of human intelligence or power” (1973: 452). „Original‟ est définie ainsi “A3. Produced by or proceeding from some thing or a person directly; underived, independent” et “A4. Such as has not been done or produced before; novel or fresh in character or style” (1973: 1464).

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Mon point de vue sur le concept de créativité en relation avec les jeux et jouets fait référence au concept de produire quelque chose, par exemple un jouet, ou d‟élaborer une activité ludique. J‟y ajouterai l‟idée de faire quelque chose d‟inhabituel, d‟original et même d‟esthétique ou artistique. En introduisant ces concepts je provoque pourtant une vraie difficulté. Il faudrait dès lors opposer le point de vue des initiés, les membres de la communauté des enfants en questions, au point de vue de ceux qui n‟appartiennent pas à cette communauté, quelque chose que je ne puisse faire. D‟ailleurs du point de vue des enfants eux-mêmes pareilles classifications d‟adultes n‟ont aucun sens car ce qui les intéresse avant tout c‟est de s‟adonner au plaisir du jeu et de la fabrication d‟un jouet. Pendant une discussion lors de la 1ª Biennale del Giocco e del Giocattolo. La Creativita à Torino en Italie (1.11.1988), Gilles Brougère disait qu‟être créatif ne veut nullement dire s‟engager dans l‟irréel ou l‟imaginaire car la créativité peut bien se greffer sur la vie quotidienne de telle manière qu‟un enfant peut être créatif sans être original parce que des milliers d‟enfants ont trouvé les mêmes solutions. J‟ai trouvé un exemple frappant de ce point de vue quand un garçon de dix ans me fut présenté comme un créateur de jouets à Sidi Ifni en février 2002. Ses parents, qui m‟ont permis de le filmer, l‟ont décrit comme quelqu‟un dont le plus grand plaisir est de faire et même d‟inventer des jouets (Rossie and Daoumani, 2007, Video 2). En plus ce garçon ne joue pas avec ces jouets car il préfère les donner à son frère cadet ou un autre enfant. On voit donc que dans des communautés aisément qualifiées de collectiviste des enfants peuvent développer certaines tendances et jouer certains rôles qui les distinguent de leurs pairs et des autres enfants. Dans ce cas le garçon y trouve un certain prestige car il est désigné comme créateur de jouets par les enfants, ses parents et des adultes du voisinage. Bien que je ne puisse comparer avec d‟autres exemples je fus frappé par l‟âge précoce auquel ce garçon a développé une individualité si prononcée. Il serait certainement intéressant de rechercher si d‟autres exemples sont difficiles ou faciles à trouver. Dans un Newsletter du Bernard van Leer Foundation il est souligné que cette créativité est enracinée dans l‟activité enfantine de faire des expériences, d‟expérimenter, de réfléchir et d‟expérimenter à nouveau (1997, n° 86, p. 2). Cette expérience personnelle combinée Avec les informations transmises par des frères, des sœurs et des enfants du

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voisinage, explique pourquoi l‟idée qu‟il existe un corpus de connaissances partagé par la plupart des enfants semble être fausse (Curtis, 2001: 66). Voulant vérifier cette affirmation de Mavis Curtis j‟ai questionné quelques instituteurs au sujet d‟un jeu de stratégie que deux garçons pratiquaient dans une rue de Sidi Ifni en décembre 2002. Le premier instituteur que je questionnais m‟a dit qu‟il n‟avait jamais joué ni vu jouer dans cette ville ce jeu de trois pions sur une ligne. Mais lorsque j‟ai questionné deux autres instituteurs, des amis du premier instituteur ayant grandis dans d‟autres quartiers de Sidi Ifni, ils ont tout de suite reconnu ce jeu en affirmant qu‟ils l‟ont joué étant jeune. Cela a vraiment étonné le premier instituteur. Cette petite expérience démontre une fois de plus combien il est important de reconnaître les différences entre les enfants et entre les groupes de jeux. On pourrait définir la créativité solitaire dans le contexte ludique enfantin comme la création d‟un jouet ou la réalisation d‟une séquence de jeu par l‟enfant lui-même et cela de manière originale. Dans ce cas il me sera difficile et probablement aussi pour d‟autres chercheurs, de trouver des exemples de créativité solitaire auprès des enfants sahariens et nordafricains. Pourtant cela n'implique nullement que je n‟ai pas vu pareille créativité comme les trois exemples suivants l‟indiquent. En 1999 j‟ai vu Khalef, un berger de treize ans, assis au bord d‟une route du Moyen Atlas en train de jouer sur un violon qu‟il a fabriqué lui-même (fig. 366-369, p. 301-303). Cela est quelque chose qui selon ses parents et voisins est vraiment exceptionnel dans la région. Une autre activité ludique originale fut déployée par Amal, une fille de huit ans vivant dans un village du Maroc Central aussi en 1999. Comme la mère d‟Amal ne veut pas que sa fille joue dehors dans la 'saleté', cette fille s‟est fait une maison de poupée avec une boîte de carton (fig. 51-52, p. 90-91), ce que je n‟aie pas encore vu ailleurs. Mon troisième exemple vient de Sidi Ifni. En 2002 un garçon de dix ans s‟y amusait à fabriquer des jouets qu‟il distribuait par après (fig. 162, p. 160). Je pense que cette créativité individuelle et solitaire n‟est qu‟une des formes possibles de créativité. Après tout il se peut qu‟il ne soit pas important ou même impossible de savoir si un enfant a inventé un jouet ou jusqu‟à quel point. Voyons un autre exemple, celui de la fabrication d‟une copie d‟un instrument de musique local entièrement fait avec du matériel

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de récupération par un garçon de onze ans vivant au Maroc Central en 1999 (fig. 364-365, p. 300). Il n‟est pas impossible qu‟il s‟agisse d‟une invention personnelle de ce garçon mais il est bien plus probable qu‟il soit indirectement ou directement influencé par d‟autres exemples. Revenons au jeu solitaire. J‟ai pu observer de temps à autre un bambin ou un jeune enfant en train de jouer seul et cela aussi bien dans le Sahara tunisien qu‟au Maroc (fig. 127 p. 137, 197 p. 181, 237 p. 207, 246 p. 213). Je suis convaincu qu‟en examinant de plus près cette question de jeu solitaire il s‟avérera que cela est moins rare que j‟aie l‟habitude de croire. Cependant dans les communautés que j‟étudie jouer seul reste un événement assez rare. Cela semble normal car c‟est là que des camarades de jeu sont toujours disponibles. La même chose a été affirmée pour les enfants dans les cours de récréation des écoles françaises par Julie Delalande qui écrit : "Mes premières semaines d‟observations m‟ont appris que les enfants jouent rarement seuls" (2001: 73). Un groupe de psychologues culturels a mis en avant que le développement de l‟enfant est incrusté dans sa communauté et son environnement. Il doit donc être vu comme un processus créatif par lequel l‟enfant devient à travers sa participation dans les pratiques d‟une communauté donnée un membre responsable de cette communauté (Rogoff, 1993: 6). Liant ce point de vue au rôle important du jeu de faire semblant pour le développement de l‟enfant, Wendy L. Haight, une des psychologues culturels du groupe mentionné, écrit que des recherches futures plus vastes et longitudinales devraient permettre de prendre en considération les conséquences développementales du jeu de faire semblant auquel participent la personne prenant soin d‟un enfant et l‟enfant lui-même. Le contexte culturel est important non seulement pour comprendre le développement du jeu de faire semblant mais aussi pour comprendre le développement des autres activités culturellement valorisées pour lequel le jeu de faire semblant semble servir de signe avant-coureur. Par exemple un certain nombre de développementalistes argumentent que le jeu de faire semblant est un signe avant-coureur de la créativité pendant la petite enfance… Comme d‟autres formes plus mûres de créativité le jeu de faire semblant oblige quelqu‟un d‟imaginer "comme si", de mentalement explorer, changer, commenter, exagérer, élaborer le monde "réel" et d‟en rigoler. Comme d‟autres formes de créativité le jeu de faire semblant a lui aussi une structure particulière. Par exemple il y a des

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conventions de communication pour marquer l‟activité comme non conforme à la réalité et pour négocier des transformations. Les changements dans les manières de faire semblant de ceux qui prennent soin des petits peuvent donc avoir des implications pour le développement immédiat du jeu et pour le développement à plus long terme des activités connexes impliquant la créativité (1999: 143). Bien que ceci a été écrit en parlant du jeu de faire semblant entre adultes et petits enfants, on peut probablement l‟étendre au jeu de faire semblant entre enfants plus âgés et enfants plus jeunes. Même si j‟aime dire que les jouets n‟ont de sens que dans le cadre d‟une activité ludique, je parlerai surtout de l‟esprit inventif de l‟enfant dans la construction de jouets. Une des raisons est la plus grande facilité à détecter cette créativité dans les jouets que dans les activités ludiques. Pourtant la transformation d‟une boîte de sardines vide en une table, un lit, une grille de filtration de sable ou un instrument de percussion démontre que l‟intention du joueur est fondamentale et que le matériel utilisé comme objet ludique est secondaire. Un objet qui selon la volonté de l‟enfant peut représenter n‟importe quoi. En plus, cet objet peut être remplacé par plusieurs autres objets signifiant la même chose. Ce livre démontre à nouveau que l‟esprit inventif des enfants à utiliser tout matériel disponible est omniprésent en Afrique du Nord et au Sahara. En même temps on voit comment du matériel spécifique est choisi à des usages particuliers. Ceci est par exemple le cas quand du sable et de l‟argile sont utilisés pour faire des maisonnettes et des ustensiles-jouets ou quand une partie spécifique d'une bouteille de plastique sert pour écouler l‟eau vers un jardin en miniature et pour créer le pavillon d‟une flûte. Ce livre illustre abondamment l‟utilisation de matériel de récupération, du matériel de récupération souvent combiné avec du matériel naturel. Les enfants utilisent aussi du matériel importé produit par l‟industrie du jouet ou par d‟autres industries, par exemple lorsque des poupées importées sont adaptées aux exigences des filles, des boîtes de fer-blanc deviennent des souliers ou un vieux fourgon s‟utilise comme maisonnette. La créativité enfantine à faire des jouets se manifeste aussi bien à travers la simplicité par exemple lorsque après une averse de pluie des morceaux de boue séchés au soleil deviennent des morceaux de chocolat ou quand une fleur caliciforme devient un sifflet - qu‟à travers la complexité, une complexité que l‟on retrouve souvent dans les jouets fabriqués par les enfants.

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Bien que mes exemples de créativité enfantine se réfèrent le plus souvent aux jouets fabriqués par les enfants, il ne faudrait pas en conclure que ces enfants ne peuvent être créatifs dans leurs jeux de faire semblant ou d‟action narrative. Il ne s'agit que d'un manque d'information. Des recherches futures pourront éventuellement offrir les données nécessaires pour vérifier cela. Les protocoles détaillés des quatre vidéos sur le jeu de quelques enfants de Sidi Ifni et sa région tournés en 2002 semblent déjà offrir quelques exemples (Rossie and Daoumani, 2003/2007). On pourrait se demander pourquoi les enfants marocains des années 1990 et les enfants tunisiens des années 1970, vivant dans des communautés non industrielles et fabriquant des jouets qui reflètent plus ou moins les traditions, sont si créatifs. Être créatif est défini ici comme faire quelque chose de personnel et indépendamment de l‟interférence adulte. Me référant à la manière dont ces enfants grandissent pour devenir des membres responsables de leur famille et de leur communauté, je voudrais souligner le rôle de l‟initiative personnelle des enfants dans l‟observation et le jeu. Je propose cela comme une hypothèse basée sur mes observations et non pas comme un fait établi. Dans ce contexte je fus directement influencé par le livre de Barbara Rogoff e.a. où il est écrit : nous étudions l‟idée qu‟une spécificité culturelle essentielle impose qui sera responsable de l‟apprentissage. Ou bien les adultes s‟octroient cette responsabilité en structurant les situations d‟apprentissage ou bien se sont les enfants qui s‟approprient cette responsabilité d‟apprentissage en observant et en participant aux activités adultes avec le soutient de ceux qui s‟occupent d‟eux… Les enfants des communautés qui acceptent ou stimulent l‟observation des activités adultes peuvent se développer en grande partie par leur propre initiative, à travers l‟observation active et la participation croissante… Dès lors, une différence culturelle majeure pourrait se manifester dans l‟ampleur avec laquelle ceux qui prennent en charge les enfants adaptent leurs activités aux enfants en opposition au degré de responsabilité qui incombe aux enfants pour s‟ajuster au monde des adultes et pour arriver à le comprendre (1993: V, 9). Une analyse originale de la différence entre communautés en ce qui concerne le rôle des adultes dans le jeu de l‟enfant en opposition avec le rôle des enfants eux-mêmes se trouve dans le livre Children’s Engagement in the World. Sociocultural Perspectives édité par Artin Göncü (1999: 15-16, 46-50, 99170).

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Je peux présenter ici le rôle du constructeur de jouets de dix ans dans l‟apprentissage informel de son frère cadet à Sidi Ifni en 2002. Ce frère plus âgé n‟est pas seulement un constructeur de jouets mais en même temps il sert d‟exemple à son frère de six ans. Comme le montre la vidéo, ce frère cadet observe presque tout le temps comment son aîné s‟y prend et ne recevant que peu ou pas de directives. Le frère aîné limite son intervention à stimuler de temps en temps son „apprenti‟ à bien observer l‟une ou l‟autre façon de faire ou à être plus attentif. L‟initiative et la responsabilité d‟apprendre à faire des jouets en observant son frère plus âgé reste donc entre les mains du jeune garçon. Cela n‟est pas à voir comme un évènement unique car j‟ai observé ici et là cette pratique où dans des situations ludiques des enfants plus jeunes doivent apprendre à faire d'eux-mêmes. Ainsi ils ont un rôle actif au lieu d‟être les destinataires passifs d‟un quelconque apprentissage. Dès lors la motivation personnelle semble être un moteur important du développement et les jeux ainsi que la fabrication de jouets offrent des circonstances favorables à des actions autonomes. Les enfants de ces régions sont dans une large mesure en charge de leur propre divertissement, de faire leurs propres jouets et de transmettre la culture ludique aux enfants plus jeunes. Les adultes n'interviennent que rarement dans tout cela et ne jouent nullement le rôle important des adultes des sociétés de consommation où les industries du jouet et du divertissement dominent les jeux et les jouets des enfants. Il n'est nullement exagéré de dire que les enfants sahariens et nordafricains sont des constructeurs de jouets créatifs. Cette créativité se retrouve dans les activités ludiques enfantines basées sur l‟expression motrice, visuelle, non-verbale, verbale ou musicale et cela séparément ou combiné comme dans le jeu de faire semblant, le jeu d‟adresse, le chant et la danse. En ce qui concerne l‟expression verbale ce n‟est que dans les vidéos faites dans la région de Sidi Ifni au début de l‟année 2002 que des exemples peuvent être trouvés. Je renvoie donc le lecteur intéressé aux protocoles détaillés de ces vidéos (Rossie and Daoumani, 2003/2007). Des auteurs comme Mario L. Aguilar, David F. Lancy et Gerhard Kubik ont souligné la créativité des enfants africains dans leurs jeux. Mario L. Aguilar écrit sur les Waso Boorana du Kenya que les enfants montrent une formidable créativité parce que leur jeu n‟est pas une répétition mais une recréation continuelle. Néanmoins, ils se réfèrent toujours aux règles liées au monde des adultes (1994: 34). Dans son livre sur l‟enfance chez les

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Kpelle au Liberia, David F. Lancy note qu‟il est évident que les enfants et les adolescents sont bien inventifs dans leur jeu (1996: 178), et Gerhard Kubik conclut dans son article "Children, Child Education and Children‟s Furniture in the Cultures of sub-Saharan Africa" que ces enfants ont leur propre domaine créatif auquel les adultes n‟ont aucun accès (1997: 113). Finalement, je peux appliquer aux enfants sahariens et nord-africains ce que dit Julie Delalande sur la participation dynamique des enfants français dans leur société, une "société englobante, où les enfants sont producteurs de culture et non seulement receveurs d‟une culture induite par la société globale" (2001: 42). Je voudrais attirer l‟attention du lecteur sur le fait que mon livre précédent Cultures Ludiques Sahariennes et Nord-Africaines. L’animal dans les jeux et jouets, contient une analyse selon la méthode de la sémiotique sociale (p. 155-170). En réponse aux remarques de Théo van Leeuwen, données ci-après, je n‟ai plus refait pareille analyse qui reste trop limitée au niveau descriptif. En plus les données sur les jeux et jouets des enfants sahariens et nord-africains liés à la vie domestique n‟apportent pour ainsi dire rien de nouveau à l‟analyse déjà présentée. Quand Theo van Leeuwen écrivit la préface de L’animal dans les jeux et jouets, il formulait dans une note supplémentaire ses remarques sur mon chapitre „Analyse sémiotique sociale‟: Pour le chapitre concernant l‟analyse sémiotique il m‟est un peu difficile à formuler des remarques. Tu n‟utilise la terminologie sémiotique qu‟irrégulièrement et cela d‟une manière qui ne me pose aucun problème. Cependant il semble que tu éprouves une certaine hésitation à généraliser, et la sémiotique vise naturellement à élaborer une structure théorique pour faire des interprétations. La partie sur la représentation schématique des animaux-jouets est un essai d‟introduire quelque généralisation. Si la sémiotique n‟avait pas été mentionnée, cela resterait néanmoins un bon chapitre qui récapitule certains aspects du livre en discutant comment une signification est attribuée à des cas particuliers mais sans généraliser sur les processus de créer des significations. Peutêtre doit-il en être ainsi. Certains sont des généralisateurs, d‟autres apportent les détails et les deux approches sont importantes (e-mail de Theo van Leeuwen à l'auteur, 29.1.2002).

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Catalogue des Jouets Sahariens et Nord-Africains du Musée du Quai Branly liés à la Vie Domestique

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1 Introduction
En 2004 la collection de jouets sahariens et nord-africains de l'ancien Musée de l'Homme a été transférée au nouveau Musée du Quai Branly où elle fait partie des collections de l'Unité Patrimoniale Afrique du Nord et Proche-Orient (http://www.quaibranly.fr, hana.chidiac@quaibranly.fr). La photothè-que du Musée de l'Homme a aussi été intégrée dans le Musée du Quai Branly. Sans l'existence du fichier signalétique de la collection des jouets sahariens et nord-africains du Département d'Afrique Blanche et du Proche Orient de l'ancien Musée de l'Homme, l'étude de cette collection aurait été impossible. La majorité des renseignements mentionnés dans ce catalogue a dès lors été puisée dans ce fichier. Les jouets dont la provenance était mentionnée dans la liste des objets déposés dans les réserves de ce département mais pour lesquels une fiche signalétique n'a pas été rédigée sont décrits par l'auteur de ce livre, qui a aussi complété les renseignements du fichier si nécessaire. Les jouets décrits dans le catalogue ci-dessous sont, à l'intérieur de chaque section, classés suivant la population dont ils proviennent. En ce qui concerne le jouet, d'abord son origine est indiquée : provenance géographique, provenance ethnique, collectionneur et/ou donateur, suivie par la description du jouet et si possible la référence au constructeur du jouet. Après ces données, j'ai mentionné des renseignements sur les joueurs et sur d'éventuels dessins ou photos retrouvés dans la bibliographie. S'il existait dans le Service de la Photothèque de l'ancien Musée de l'Homme des photos de jouets liés à la vie domestique, non reproduit dans ce livre, cela est indiqué. Les mesures sont mentionnées en centimètres : B = base, H = hauteur, LO = longueur, LA = largeur, E = épaisseur, D = diamètre, + = maximum, - = minimum. En réponse au transfert des objets de l'ancien Musée de l'Homme au Musée du Quai Branly les anciens numéros d'objets ont été adaptés. Devant l'ancien numéro le chiffre 71 a été mis, suivie de la date complète de l'année d'entrée, par exemple l'ancien numéro 30.61.617 a été changé en 71.1930.61.617. Après le transfert des objets Marie-France Vivier a vérifié les références de ce catalogue en août 2005.

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2 Le matériel de campement
2.1 Les arceaux de tente
Touaregs: sans numéro d'objet (fig. 11, p. 59) Origine: Sahara. Touaregs, nomades. Description: voir p. 59.

2.2 Les piquets de la natte d'entourage
Touaregs du Niger: 71.1930.61.617-618 (fig. 12, p. 60) Origine: Tombouctou, Mali. Touaregs du Niger, nomades. Don François de Zeltner, avant 1931. Description: voir p. 60.

2.3 Les nattes d'entourage et de clôture
Touaregs Kel Ahaggar: 71.1941.19.117-119 Origine: In Amedgel, Ahaggar, Sahara, Algérie. Touaregs Kel Rela, Touaregs Kel Ahaggar, nomades. Mission Henri Lhote, 3.10.1938 Description: voir p. 60. Constructeur: une fille Kel Rela d'In Amedgel, il s'agit de la même fille de douze ans qui a confectionné plusieurs poupées.

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Référence: Jean Gabus donne dans son livre Au Sahara. Arts et Symboles une description détaillée et des croquis des différentes nattes chez les Touaregs (1958: 278-281).

Touaregs Kel Oullimenden: 71.1941.19.1313 (fig. 13, p. 60) Origine: Ménaka, Sahara, Mali. Touaregs Kel Oullimenden, nomades. Mission Henri Lhote, 13.2.1939. Description: voir p. 61.

2.4 Les nattes de repos et nattes de lit
Touaregs Kel Oullimenden: 71.1941.19.1307-1312 (fig. 14, p. 61 71.1941.19.1307/1309/1310/1311) Origine: Ménaka, Sahara, Mali. Touaregs Kel Oullimenden, nomades. Mission Henri Lhote, 13.2.1939. Description: voir p. 61. Remarque: ces nattes en miniature sont des copies des nattes. Il s'agit des nattes "taousit: natte d'afezou (tiges de paille), se plaçant horizontalement et servant de tapis pour s'asseoir ou se coucher... nattes d'afezou de toutes dimensions faites pour être étendues horizontalement sur le sol, sur des lits, ou sur des bancs." (de Foucauld, 1951-1952: 1533).

2.5 Les traverses de lit
Touaregs Kel Oullimenden: 71.1941.19.1306 (fig. 13, p. 60) Origine: Ménaka, Sahara, Mali. Touaregs Kel Oullimenden, nomades. Mission Henri Lhote, 13.2.1939.

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Description: voir p. 62. Constructeur: un artisan des Kel Teguioualt de Ménaka.

2.6 Les tapis et coussins de tente
Touaregs Kel Ahaggar: 71.1941.19.120 Origine: In Amedgel, Ahaggar, Sahara, Algérie. Touaregs Kel Rela, Touaregs Kel Ahaggar, nomades. Mission Henri Lhote, 3.10.1938. Description: voir p. 60. Remarque: ce jouet a disparu de la collection en 1968.

Maures: 71.1938.48.34-35 (fig. 15, p. 63 - 71.1938.48.34) Origine: Tidjikdja, Tagant, Mauritanie. Maures Idéïchilli, nomades. Mission Puigaudeau-Sénones, 1936-1938. Description: voir p. 62. Constructeurs: les artisanes locales. Référence: Jean Gabus montre un croquis d'un grand tapis de tente des Maures (1958: 81).

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3 Les maisonnettes
3.1 Les maisonnettes
Maures: 71.1938.48.88, 71.1938.48.98 (fig. 40-41, p. 80-81) Origine: Oualata, Hodh Oriental, Sahara, Mauritanie. Maures, nomades. Mission Puigaudeau-Sénones, 1936. Description: voir p. 80.

3.2 Les nattes pour maisonnettes
Maures: 71.1983.52.6-9, 71.1938.48.97.1-5 71.1983.52.6-9 Origine: Oualata, Hodh Oriental, Sahara, Mauritanie. Maures, nomades. Don de Georges Duchemin en 1983. Description: il s'agit de petites nattes multicolores utilisées dans les maisons de poupées de Oualata. Les mesures varient entre 6 cm et 10 cm de longueur ou 4 cm et 6,5 cm de largeur. Il y a avec cette série de nattes en miniature aussi un tout petit sac bleu en jute. 71.1938.48.97.1-5 (fig. 42, p. 82) Origine: Oualata, Hodh Oriental, Sahara, Mauritanie. Maures, nomades. Mission Puigaudeau-Sénones, 1937. Description: voir p. 82.

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3.3 La porte de maisonnette
Chaouïa: 71.1936.2.205 (fig. 43, p. 83) Origine: Kebech, Tadjmout Kerma, Aurès, Algérie. Chaouïa, sédentaires. Mission Thérèse Rivière, 1936. Description: voir p. 83. H = 9,5 cm, LA = 8,5 cm.

4 Les ustensiles
Touaregs: 71.1937.21.100, 71.1937.21.101 (fig. 165, p. 162) Origine: Sahara. Touaregs, nomades. Mission René Pottier, 1937. Description: pipe et écuelle en argile non cuite, voir p. 162.

Maures: 71.1938.48.48-49, 71.1938.48.93-96 71.1938.48.48-49 Origine: Tidjikdja, Tagant, Sahara, Mauritanie. Maures Idéïchilli, nomades. Mission Puigaudeau-Sénones, 1936-1938. Description: 71.1938.48.48: un mortier à mil en miniature (mohraz) à fond rond et pied subcônique en bois de 'adress'. De chaque côté, à la partie inférieure, deux reliefs anguleux simulent des amorces d'anses. H = 18,6 cm. D ouverture = 10,5 cm. 71.1938.48.49: jouet d'enfant reproduisant l'ustensile d'usage courant qu'est le pilon à mil 'meddegg', une pièce de bois d'adress cylindrique, renflée aux deux bouts, ornée de deux cannelures transversales. L = 46 cm.

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Constructeurs: fait par les bergers et les artisans. 71.1938.48.93.1-15, 71.1938.48.94.1-22 71.1938.48.95.1-10, 71.1938.48.96.1-18 Origine: Oualata, Sahara, Mauritanie. Maures, nomades. Mission Puigaudeau-Senones, 1936-1938. Description: 71.1938.48.93.1-15 (fig. 169, p. 166): ustensiles de ménage très réduits en terre crue teinte en noir avec du charbon pilé, rehaussé de lignes blanches. Les socles des supports de calebasses sont blancs. Il s'agit d'une bouteille (1), d'une gourde (7), de supports de calebasses (2-5, 13-14), d'un socle pour ces supports (15), d'une marmite à deux anses (9) avec son couvercle (12), et d'écuelles (6, 8, 10-11). H+ = 5 cm, D = 1,5 cm. 71.1938.48.94.1-22 (fig. 170, p. 166): ustensiles ménagers en miniature en terre crue brunie mélangée d'ocre rouge, ornée de stries et de liserés blancs. Il s'agit d'assiettes (1-2, 15), d'écuelles (7, 9-12), de canaris à anse (8, 19), de jarres (4-5), de couvercles à pommeau arrondi (16-17), ou pointus (13, 15), de cuillers (3, 21) et de brûle-parfums (6, 17, 22). H+ = 2,5 cm, D = 2,4 cm. 71.1938.48.95.1-10 (fig. 171, p. 167): ustensiles ménagers en miniature en terre crue brunie mélangée d'ocre rouge, ornée de stries et de liserés blancs. Il s'agit d'un kanûn ou réchaud (10), d'une marmite (1), d'un keskes ou marmite pour la cuisson du couscous (4), d'un mortier à deux anses (8), d'un pilon à mil (7), d'une gargoulette à anse transversale et à bec (6), et d'écuelles (2-3, 5, 9). D 1,5 cm. 71.1938.48.96.1-18 (fig. 172, p. 167): ustensiles de ménage très réduit en terre crue décorée de dessins noirs, blancs, ocres et rouges, sur fond jaune. Il s'agit d'une jatte (1), de canari ou récipients à eau (17-18), d'une marmite (17), de couvercles (15-16), de pilons à mil (4-5), d'un support de calebasse et le socle de ce support (5-6), d'un tabouret (11), et d'un chandelier (9). Constructeurs: les servantes noires des Maures Ouled Daoud, Laghlall, Chorfa, etc. pour amuser les enfants. L'argile de ces jouets provient de la montagne au sud du ksar de Oualata.

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Référence: Jean Gabus mentionne ces jouets qui sont le mobilier des poupées (1958: 163-164). Un croquis d'un brûle-parfum en miniature se trouve dans le livre de cet auteur (1958: 168) qui décrit en détail les poteries de Oualata ainsi que le porte-calebasse à trois bras en bois tendre (p. 141-151).

Teda : 71.1935.169-173, 71.1965.3.1/2/4/5 71.1935.169-173 Origine: Tibesti, Sahara, Tchad. Teda. Mission Le Cœur, 1934. Description: petits paniers en vannerie (71.1935.50.169/172), deux brûleparfums (71.1935.50.170-171), un mortier (71.1935.50.173), voir p. 168. 71.1965.3.1/2/4/5 (fig. 173-174, p. 169) Origine: Bardaï, Tibesti, Sahara, Tchad. Teda, nomades et sédentaires. Recueilli par Oleg Lopatinsky, 1962. Description: trois mortiers en miniature dont un dans un filet de vannerie et un jouet représentant le banc en bois des femmes, voir p. 168-169.

Zaghawa: 71.1957.82.130-132 (fig. 175, p. 169 - 71.1957.82.130-131) Origine: Hiriba, Dar Zaghawa, Ouaddaï, Tchad. Zaghawa. Mission des Confins du Tchad, M.J. Tubiana, novembre 1956. Description: mortier à trois anses, mortier sans anses, voir p. 169. Remarques: toutes les femmes zaghawa savent faire de la poterie crue, mais se sont les femmes des forgerons qui fabriquent la poterie cuite (Tubiana, 1973: 258; Tubiana, 1977: 7).

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Chaouïa: 71.1936.2.178-181/187-188/190/268/269bis/270bis/272/691/824/826, 71.1937.9.61-62 71.1936.2.178-181/187-188/190/268/269bis/270bis/272/691/824/826 Origine: Aïn Kerma (71.1936.2.178/179/181/190/268/ 272/691/826), Kebech (71.1936.2.180/187/188/269bis/270bis/824), Djebel Tadjmout, Aurès, Algérie. Chaouïa, Ouled Abderrahman. Mission Thérèse Rivière, 1936. Description: 71.1936.2.178 Ecuelle en terre cuite montée sur un pied se divisant en trois, oreille perforée. Décor laqué 'llukk' fait de croix à cinq branches, trois pastilles intercalaires, ligne cernant le bord, six traits équidistants sur le pied. D = 14 cm, H = 10 cm. Ce jouet représente la coupe à trépied pour servir le couscous aux invités. 71.1936.2.179 (fig. 176, p. 170) Ecuelle en terre cuite montée sur un pied cylindrique se divisant en trois, trou percé à travers le pied. Saillie en bordure. Décor laqué cruciforme et points intercalaires dans la coupe, cinq lignes rayonnantes sur le pied et la pense. D = 12 cm, H = 12 cm. Ce jouet représente la coupe à trépied pour servir le couscous aux invités. 71.1936.2.180 Marmite en terre cuite à fond plat et de forme sphérique, quatre tenons dont deux petits, au sommet de la panse. D = 7, H = 6 cm. Couscoussier en terre cuite à fond en calotte perforé de cinq trous, panse tronconique, tenons triangulaires sur le bord. D = 7,5 cm, H = 6 cm. 71.1936.2.181 (fig. 179, p. 171) Plat à fond plat en terre cuite, forme calotte, anse verticale perforée. A l'intérieur décor cruciforme et ponctué à la laque 'llukk' rouge orangé et noir. Ligne noire sur le bord. D = 10,5, H = 3 cm. Ce plat-jouet pouvait servir d'assiette pour enfant.

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71.1936.2.187bis (fig. 177, p. 171) Pot à goulot pour le beurre en terre cuite. Fond plat, forme cylindrique, goulot oblique à mi-hauteur. Laque 'llukk' brun sur le bord. Quelques lignes ou taches sur la panse. D = 6,5 cm, H = 4 cm. 71.1936.2.188 Plat à fond plat en terre cuite avec panse droite, servant à cuire la galette, D = 9 cm, H = 2 cm. 71.1936.2.190 (fig. 178, p. 171) Louche hémisphérique en terre cuite, manche à coupe circulaire se terminant par un crochet à peine esquissé, L = 9 cm, D= 3,5 cm. 71.1936.2.268 Ecuelle en terre cuite montée sur pied cylindrique légèrement évasé à la base. Pied perforé avec brin de fixation en laine. Décor au 'llukk' avec à l'intérieur de la coupe croix et pastilles intercalaires. Sur la panse et le pied quatre lignes rayonnantes et cercles et pastilles alternant. D = 11 cm, H = 11 cm. Ce jouet représente la coupe à trépied pour servir le couscous aux invités. 71.1936.2.269bis/270bis Marmite en terre non cuite avec fond plat et de forme ovoïde, quatre tenons dont deux petits au tiers supérieur de la panse. D = 8 cm, H = 6,5 cm. Couscoussier en terre non-cuite à fond plat à cinq perforations, panse tronconique avec trois tenons triangulaires sur le bord. D = 8 cm, H = 4,5 cm. 71.1936.2.272 Ecuelle en terre cuite à fond plat, panse légèrement évasée. Oreille perforée avec un chiffon de suspension. Fond orné d'un décor cruciforme à la laque 'llukk' rouge et noire et de cercles concentriques. D = 11 cm, H = 2,5 cm. 71.1936.2.691 (fig. 179, p. 171) Ecuelle à fond plat en terre cuite, panse légèrement évasée, oreille perforée, bord extérieur incisé. Dans le fond lignes rayonnantes noires et rouges faites à la laque 'llukk'. D = 12 cm, H = 3,5 cm. 71.1936.2.824 (fig. 177, p. 171) Entonnoir en terre cuite de forme tronconique avec saillie en bordure. D = 6 cm, H = 6,5 cm. Imitation de l'entonnoir servant à remplir l'outre à eau.

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71.1936.2.826 (fig. 179, p. 171) Disque au bord très légèrement relevé en terre cuite. Décor peu apparent avec croix et cercles faits à la laque 'llukk'. D = 13 cm, H = 1,8 cm. Imitation du plat servant à cuire la galette. Remarques: Mathéa Gaudry décrit en détail les poteries dont ces jouets sont une imitation, la fabrication de ces poteries par les femmes ainsi que leur imperméabilisation et décoration (1929: 141, 147, 200-217). 71.1937.9.61-62 Origine: Aïn Kerma, Djebel Tadjmout, Aurès, Algérie. Chaouïa, Ouled Abderrahman. Mission Germaine Tillion, 1937. Description: voir p. 172.

Maroc: 71.1908.15.24-32/74-90, 71.1959.52.9-11/29, 71.1933.77.50-51 71.1908.15.24-32/74-90 (fig. 183-184, p. 176) Origine: tous ces jouets furent récoltés chez les Aït Ouriaghel sauf le 15.78 et le 15.80 qui furent récoltés chez les Tsoul, Rif, Maroc. Don Gaston Buchet, avant 1908. Description: voir p. 175. 71.1959.52.9-11 Origine: 52.10-11 furent récoltés chez les Aït Ouriaghel, 52.9 fut récolté chez les Tsoul, Rif, Maroc. Don du Musée du Louvre (Don de Mm E. de Billy), 1916 (?). Description: petite bouilloire à anse et couvercle (9), petite théière à anse et couvercle (10), petits verres (11.1-4), tous en poterie, mesures semblables à celles de la série précédente.

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71.1959.52.29 Origine: Rif, Beqqouïa, Maroc. Don du Musée du Louvre (Don de Mm E. de Billy), 1916 (?). Description: petite table en terre cuite, H = 10 cm. 71.1933.77.50-51 (fig. 181, p. 173) Origine: Fès, Maroc. Recueilli par Jeanne Jouin, 1933. Description: petites tables, voir p. 173.

Tunisie: 71.1933.77.150/160, 71.1934.23.1-4 71.1933.77.150/160 Origine: Nabeul, Tunisie (150); Sejnane, Tunisie (160). Recueilli par Jeanne Jouin, novembre 1933. Description: 71.1933.77.150.1-3: ce jouet est composé de trois pièces: un réchaud à braises, le kanûn ou réchaud, à fond circulaire et bord évasé s'achevant en trois pointes, en poterie non vernissée, H = 10 cm, D = 11,5 cm; une marmite à deux anses en poterie vernissée à l'intérieur, H = 8,5 cm, D = 10 cm; un couscoussier, le keskes, à fond semé de trous et avec deux anses, en poterie vernissée vert foncé, H = 6,5 cm, D = 9 cm. 71.1933.77.160: bol à anse en terre grisâtre avec décor de lignes concentriques et de chevrons, H = 4 cm, D = 6,2 cm. 71.1934.23.1-4 Origine: Tunisie (1), Nabeul, Tunisie (2-4). Bédouins, nomades. Acheté par Marcelle Bouteiller chez un marchand de poterie à Tunis, février 1934.

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Description: ce jouet est composé de cinq pièces: le réchaud ou kanûn a un fond circulaire avec un trou et un bord évasé s'achevant en trois pointes, il est en poterie rougeâtre non vernissée avec un décor en creux d'une pointe à l'autre, H = 9 cm (1); une marmite cylindrique à deux anses, non vernissée à l'extérieur mais vernissée à l'intérieur, vernis jaunâtre, H = 7,5 cm, D = 8 cm (2.1); sur cette marmite se pose un couscoussier, une poterie circulaire à fond percé de trous et avec deux anses, vernissée en vert foncé, H = 4 cm, D = 8,5 cm (2.2); un plat à fond circulaire et bord évasé, vernissé mi-partie jaune et mi-partie verte, D = 19 cm (3); un autre plat à fond circulaire et bord évasé, vernissé en vert à l'intérieur et non vernissé à l'extérieur, D = 13 cm (4);

5 Les jouets liés aux tâches ménagères
5.1 Les puits
Touaregs: 71.1937.21.112 Origine: Ghât, Assounar, Sahara, Libye. Touaregs Kel Djanet, Touaregs Kel Ajjer, nomades. Mission René Pottier, 1934. Description: imitation du puits à balancier touareg, H = 80 cm. Ce puitsjouet est fait selon le modèle teda décrit p. 208.

Teda: 71.1935.50.183 Origine: Tibesti, Sahara, Tchad. Teda. Mission Le Cœur, 1934. Description: voir p. 208.

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Remarques: dans la collection ne subsiste que la perche avec la pierre, la traverse est brisée et le reste a disparu. Le puits à balancier se retrouve aussi bien au Fezzan, au Ahaggar, au Adrar qu'au Tibesti ainsi qu'au Soudan et en Egypte (Tubiana, 1977, p. 89).

Belbala: 71.1952.27.44 Origine: Tabelbala, Sahara, Algérie. Belbala. Collectionné par Dominique Champault, juin 1951. Description: voir p. 208.

5.2 Les récipients d'eau
Algérie: 71.1936.2.273, 71.1889.120.66 71.1936.2.273 Origine: Tadjmout Kebech, Aurès, Algérie. Chaouïa. Mission Thérèse Rivière, 1936. Description: trépied à outre en miniature, voir p. 210. 71.1889.120.66 (fig. 241, p. 210) Origine: Grande Kabylie (?), Algérie. Kabyles (?). Don du Gouvernement Général de l'Algérie, 1889. Description: ce jouet est une petite cruche en terre cuite à fond plat; à panse tendant à être sphérique avec col élevé et anse allant du bas au haut du col. Au sommet de la cruche il y a un décor rougeâtre sur fond blanc avec des traits en échelle et des triangles hachurés opposés par le sommet. Cette cruche d'une hauteur de 11 cm est vernissée.

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Maroc: 71.1933.74.1 (fig. 242, p. 210) Origine: Achouia, Souk Taza, Nord du Maroc. Don de Herber, 1933. Description: voir p. 210.

5.3 Les fuseaux
Algérie: 71.1962.51.3 Origine: Tinerkouch, Touat-Gourara, Sahara Nord-occidental. Don de Corneille Jest, 1962. Description: fuseau-jouet en bois, H = 35,5 cm, voir p. 231.

6 Les jouets liés aux activités de subsistances
6.1 Les jouets liés à l'élevage
Maures: 71.1938.48.36-37, 71.1938.48.47 71.1938.48.36-37 Origine: Tidjikdja, Tagant, Sahara, Mauritanie. Maures Idéïchilli Ghoudf, nomades. Mission Puigaudeau-Sénones, 1936-1938. Description: Il s'agit d'une réduction d'un objet d'usage courant, le support de peau de bouc ou 'arahal el-greb'. Ce jouet est fabriqué par un artisan local. De chaque côté d'une traverse sont fixés par des lanières de cuir deux bâtonnets croisés en X et deux autres formant pieds. Les deux ensembles s'écartent vers la base pour former un chevalet. Entre eux, la peau de bouc est suspendue à la traverse horizontale.

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71.1938.48.36: H = 36 cm, L = 45 cm. 71.1938.48.37: fait en bois de cacotropis, teinté en jaune. H = 18 cm, L = 28 cm. 71.1938.48.47 Origine: Tidjikdja, Tagant, Sahara, Mauritanie. Maures Idéïchilli, nomades. Mission Puigaudeau-Sénones, 1936-1938. Description: ce jouet fait par un berger et reproduisant l'ustensile courant pour traire les vaches est une coupe à fond rond, munie d'une manche en bois plein, en bois grossièrement noirci au feu. La manche est percée d'un petit trou par lequel on a enfilé une lanière de cuir rouge nouée. D = 7,5 cm.

6.2 Les jouets liés au travail des champs
Chaouïa: 71.1936.2.255-263 Origine: Aïn Kerma (256-262) ou Kebech (255 et 263), Djebel Tadjmout, Aurès, Algérie. Chaouïa, Ouled Abderrahman. Mission Thérèse Rivière, 1936. Description: l'araire le plus simple 71.1936.2.261 (fig. 289, p. 246) est fait d'une baguette écorcée avec crochet en bois de genévrier. Le timon est ajusté à la semelle par un bout de fil. Il s'agit d'un araire à un mulet comme c'est le cas pour l'araire n° 71.1936.2.262. 71.1936.2.261: H = 3,5 cm, LO = 15,5 cm. 71.1936.2.262: H = 3 cm, LO = 21 cm. L'araire 71.1936.2.255 (fig. 291, p. 247) est fait d'une semelle et d'un mancheron en une pièce de bois et d'un age oblique en bois. Le soc est en métal. Le dispositif qui permet de régler le soc a été mis en place. H = 36 cm, LO = 45 cm. L'araire 71.1936.2.256 (fig. 292, p. 247) est du même type que le précédant mais le soc n'a pas de pointe en métal. H = 19 cm, LO = 35 cm. Cet araire est tiré par deux mulets. H = 8 cm, LO = 9,5 cm. Le mulet est fait de quatre

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bâtonnets, les pattes, fixés à un morceau de bois servant de corps. L'ensemble a été fait en bois de laurier rose. H totale = 12,5 cm, LO totale = 42 cm. L'araire 71.1936.2.257 (fig. 290, p. 246) en bois d'asphodèle est une autre reconstruction de l'araire à deux mulets. Il est composé d'un soc appointé auquel est ajusté un age oblique ainsi qu'un mancheron qui cependant rappelle le type d'araire à un mulet. Entre l'age et le soc se trouvent les pièces de réglage. H = 14 cm, LO = 26 cm. Remarques: concernant l'araire chaouïa Mathéa Gaudry note qu'il est fait "d'un morceau de bois coudé, dont les deux branches constituent le soc et la manche; un timon est attaché au sommet de l'angle ainsi formé... (il) est presque toujours traîné par des mulets, quelquefois par des ânes, rarement par des chevaux, jamais par des bœufs. Il ne remue que très superficiellement la terre, en sorte que le grain semé se trouve enfoui à une très faible profondeur. L'homme guide les bêtes." (1929: 156).

7 Les instruments de musique et les bruiteurs
7.1 Les flûtes
Chaouïa: 71.1936.2.212 Origine: Djebel Menaâ, Aurès, Algérie. Chaouïa. Mission Thérèse Rivière, 1936. Description: voir p. 282.

Maroc: 71.1931.45.29 Origine: Rabat, Maroc. Don de Jeanne Jouin, 1931. Description: voir p. 298.

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7.2 Les claquettes
Chaouïa: 71.1936.2.207-211 Origine: Amentane, Djebel Menaâ, Aurès, Algérie. Chaouïa. Mission Thérèse Rivière, 1936. Description: voir p. 282.

7.3 Les tambourins
Maroc: 71.1933.77.49 Origine: Fès, Maroc. Collectionné par Jeanne Jouin, 1933. Description: voir p. 288.

7.4 Les hochets
Maroc: 71.1933.77.47-48 Origine: Fès, Maroc. Collectionné par Jeanne Jouin, 1933. Description: voir p. 285.

8 Les lances-eau
Chaouïa: 71.1936.2.234-236 (fig. 385, p. 320) Origine: Ménâa, Aurès, Algérie. Chaouïa. Mission Thérèse Rivière, 1936. Description: voir p. 320.

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Table des transcriptions
Certaines lettres arabes sont indiquées par des signes conventionnels: th j h' kh dh sh ç d' t' z' º gh q ^ = = = = = = = = = = = = = = indique une voyelle longue

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Table des illustrations
1. 2. 3. 4. 5. 6. 7. 8. 9. 10. 11. Tente-jouet, p. 55, Ghrib, Sahara tunisien, 1975, photo de l'auteur. Filles construisant l'enclos de leur tente-jouet, p. 55, Ghrib, Sahara tunisien, 1975, photo de l'auteur. Tente en miniature pour le jeu de poupée, p. 56, Ghrib, Sahara tunisien, 1975, photo de l'auteur. Début de la confection de la natte-jouet, p. 57, Ghrib, Sahara tunisien, 1975, photo de l'auteur. Natte-jouet, p. 57, Ghrib, Sahara tunisien, 1975, photo de l'auteur. Natte-jouet précédente posée sur quatre pieds, p. 57, Ghrib, Sahara tunisien, 1975, photo de l'auteur. Tapis-jouet, p. 58, Ghrib, Sahara tunisien, 1975, photo de l'auteur. Verso du tapis-jouet précédent, p. 58, Ghrib, Sahara tunisien, 1975, photo de l'auteur. Tapis-jouet, p. 58, Ksar Assaka, Maroc, 1995, photo de l'auteur. Tapis-jouet, p. 59, région de Tazenakht, Maroc, 1997, photo de l'auteur. Arceaux de tente en miniature, p. 59, Touaregs, sans date, Collection du Musée de l'Homme, sans numéro d'objet, photo de l'auteur. Selon le mail de Hana Chidiac à l‟auteur du 14.11.2006 il n'y a pas de trace de ces arceaux au Musée du Quai Branly. Piquets de la natte d'entourage de la tente en miniature, p. 60, Touaregs de Tombouctou, Collection du Musée du Quai Branly, n° 71.1930.61.617-618, photo de l'auteur. Natte d'entourage ou de clôture de la tente en miniature, p. 60, Touaregs Kel Oullimenden, Collection du Musée du Quai Branly, n° 71.1941.19.1313, à droite de la photo les traverses de lit en miniature, n° 71.1941.19.1306.1-4, photo de l'auteur. Natte de repos (1307) et nattes de lit (1309-1311) en miniature, p. 61, Touaregs Kel Oullimenden, Collection du Musée du Quai Branly, photo de l'auteur. 71.1941.19.1310 71.1941.19.1309 71.1941.19.1311 71.1941.19.1307

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14.

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15. Tapis-jouet, p. 63, Maures, 1936-1938, Collection du Musée du Quai Branly, n° 71.1948.34, photo de l'auteur. 16. Filles jouant dans leur tente en miniature, p. 65, Douar, Maroc, 2007, photo Khalija Jariaa. 17. Filles créant des tapis pour leur tente, p. 66, Douar, Maroc, 2007, photo Khalija Jariaa. 18. Tapis mis sous le sommet du trépied de la tente, p. 66, Douar, Maroc, 2007, photo de l'auteur. 19. Tapis pour décorer la tente, p. 66, Douar, Maroc, 2007, photo de l'auteur. 20. Tapis pour décorer la tente, p. 67, Douar, Maroc, 2007, photo de l'auteur. 21. Poupées pour le jeu de la tente, p. 68, Douar, Maroc, 2007, photo de l'auteur. 22. Fillette amenant un chevreau dans l'enclos en miniature, p. 69, Douar, Maroc, 2007, photo Khalija Jariaa. 23. Garçon prenant un chevreau pour le mettre dans l'enclos, p. 68, Douar, Maroc, 2007, photo Khalija Jariaa. 24. Garçon jouant sur une flûte, p. 69, Douar, Maroc, 2007, photo Khalija Jariaa. 25. Garçon construisant un trépied comme structure de tente, p. 70, Douar Ouaraben, Maroc, 2007, photo Khalija Jariaa. 26. Garçon couvrant le trépied avec un plastique, p. 71, Douar Ouaraben, Maroc, 2007, photo Khalija Jariaa. 27. Fille créant la patronne de la tente, p. 72, Douar Ouaraben, Maroc, 2007, photo Khalija Jariaa. 28. Fille créant la patronne de la tente, p. 72, Douar Ouaraben, Maroc, 2007, photo Khalija Jariaa. 29. Fille mettant la patronne de la tente dans un tas de cailloux, p. 73, Douar Ouaraben, Maroc, 2007, photo Khalija Jariaa. 30. Fille fabriquant un coussin de tente, p. 74, Douar Ouaraben, Maroc, 2007, photo Khalija Jariaa. 31. Fille ajustant sa tente à parabole, p. 74, Douar Ouaraben, Maroc, 2007, photo Khalija Jariaa. 32. Tentes pour jeu de vie nomade, p. 75, Ikenwèn, Maroc, 2007, photo de l'auteur.

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33. Garçon construisant des tentes pour vendre aux filles, p. 76, Tiznit, Maroc, 2006, photo Khalija Jariaa. 34. Fillettes construisant une maisonnette de sable à toit plat, p. 77, Ghrib, Sahara tunisien, 1975, photo de l'auteur. 35. Fillette faisant le toit plat de sa maisonnette, p. 78, Ghrib, Sahara tunisien, 1975, photo de l'auteur. 36. Fillettes faisant une maisonnette à toit partiel, p. 78, Ghrib, Sahara tunisien, 1975, photo de l'auteur. 37. Maisonnette à toit partiel pour jeu de poupée, p. 79, Ghrib, Sahara tunisien, 1975, photo de l'auteur. 38. Fille aidant un petit enfant à construire une maisonnette, p. 79, Ghrib, Sahara tunisien, 1975, photo de l'auteur. 39. Maisonnette à toit en dôme, p. 80, Ghrib, Sahara tunisien, 1975, photo de l'auteur. 40. Maison de poupée, p. 80, Maures, 1936, Collection du Musée du Quai Branly, n° 71.1938.48.98, cliché M. Delaplanche. 41. Maison de poupée, p. 81, Maures, 1936, Collection du Musée du Quai Branly, n° 71.1938.48.88, photo de l'auteur. 42. Nattes-jouets, p. 82, Maures, 1937, Collection du Musée du Quai Branly, n° 71.1938.48.97.1-5, photo de l'auteur. 43. Porte-jouet, p. 83, Chaouïa, 1936, Collection du Musée du Quai Branly, n° 71.1936.2.205, photo de l'auteur. 44. Maison de poupée avec deux poupées-femmes et une poupée-homme, p. 85, Aït Hmed ou Yacoub, Maroc, 1996, photo de l'auteur. 45. Maison de poupée, p. 86, Imi-n-Tanoute, Maroc, 1992, dessin de l'auteur. 46. Groupe de jeu dans une maison de poupée, p. 86, Aït Slimane, Maroc, 1999, photo de l'auteur. 47. Deux filles avec leur poupée-jeune mariée, p. 87, Aït Slimane, Maroc, 1999, photo de l'auteur. 48. Détail de la cuisine et du débarras de la maison de poupée de la figure précédente, p. 88, Aït Slimane, Maroc, 1999, photo de l'auteur. 49. Maisons de poupées, p. 88, Ksar Assaka, Maroc, 1996, dessin de l'auteur. 50. Commencer une maison de poupée, p. 89, Zaïda, Maroc, 1999, photo de l'auteur.

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51. Fille avec sa maison de poupée en boîte de carton, p. 90, Zaïda, Maroc, 1999, photo de l'auteur. 52. Maison de poupée de la figure précédente, p. 91, Zaïda, Maroc, 1999, photo de l'auteur. 53. Vue du village, p. 92, Douar Ouaraben, Maroc, 2006, photo Khalija Jariaa. 54. Terrain de jeux de filles, p. 92, Douar Ouaraben, Maroc, 2006, photo Khalija Jariaa. 55. Maisonnette, p. 93, Douar Ouaraben, Maroc, 2006, photo Khalija Jariaa. 56. Maisonnette, p. 94, Douar Ouaraben, Maroc, 2006, photo Khalija Jariaa. 57. Cuisine de maisonnette, p. 94, Douar Ouaraben, Maroc, 2006, photo Khalija Jariaa. 58. Cuisine de maisonnette, p. 94, Douar Ouaraben, Maroc, 2006, photo Khalija Jariaa. 59. Préparations pour fête de mariage, p. 96, Douar Ouaraben, Maroc, 2006, photo Khalija Jariaa. 60. Préparations pour fête de mariage, p. 96, Douar Ouaraben, Maroc, 2006, photo Khalija Jariaa. 61. Quatre petits tapis de maisonnette, p. 97, Douar Ouaraben, Maroc, 2006, photo de l‟auteur. 62. Grand tapis de maisonnette, p. 97, Douar Ouaraben, Maroc, 2006, photo de l‟auteur. 63. Préparations pour fête de mariage, p. 98, Douar Ouaraben, Maroc, 2006, photo Khalija Jariaa. 64. Jeu de poupée avec maison de femme riche, p. 98, Douar Ouaraben, Maroc, 2006, photo Khalija Jariaa. 65. Maison de femme riche, p. 99, Douar Ouaraben, Maroc, 2006, photo Khalija Jariaa. 66. Le quartier Souq ou Fella, p. 99, Ifrane a/s, Maroc, 2006, photo Khalija Jariaa. 67. Construction de la maison du jeune marié, p. 100, Ifrane a/s, Maroc, 2006, photo Khalija Jariaa. 68. Construction de la maison de la jeune mariée, p. 100, Ifrane a/s, Maroc, 2006, photo Khalija Jariaa. 69. Terrain de jeu, p. 101, Terloulou, Maroc, 2006, photo Khalija Jariaa.

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70. Maisonnette de famille riche, p. 102, Terloulou, Maroc, 2006, photo Khalija Jariaa. 71. Filles cherchant le nécessaire pour faire des poupées, p. 102, Terloulou, Maroc, 2006, photo Khalija Jariaa. 72. Poupée jeune marié et poupée jeune mariée avec le nécessaire pour leur mariage, p. 103, Terloulou, Maroc, 2006, photo Khalija Jariaa. 73. La cuisson des légumes, p. 104, Terloulou, Maroc, 2006, photo Khalija Jariaa. 74. La préparation du couscous, p. 104, Terloulou, Maroc, 2006, photo Khalija Jariaa. 75. Vue sur la maison des deux joueurs et les environs, p. 104, Lagzira, Maroc, 2002, photo de l'auteur. 76. L'aire de jeu de la fille et de son frère, p. 105, Lagzira, Maroc, 2002, photo de l'auteur. 77. Fille avec sa maison de poupée et ses poupées de coquillages, p. 106, Lagzira, Maroc, 2002, photo de l'auteur. 78. Maison de poupée avec une voiture dans le garage, p. 106, Lagzira, Maroc, 2002, photo de l'auteur. 79. Lit nuptial de la maison de poupée, p. 107, Lagzira, Maroc, 2002, photo de l'auteur. 80. Poupées dans la voiture de mariage, p. 107, Lagzira, Maroc, 2002, photo de l'auteur. 81. Maisonnette, four, moulin à bras et planchette avec des pains, p. 108, Lagzira, Maroc, 2002, photo de l'auteur. 82. Garçon avec sa maisonnette, p. 108, Lagzira, Maroc, 2002, photo de l'auteur. 83. Village en miniature ou groupe de maisons, p. 109, Lagzira, Maroc, 2002, photo de l'auteur. 84. Détail du village en miniature ou groupe de maisons de la figure précédente, p. 110, Lagzira, Maroc, 2002, photo de l'auteur. 85. Maison de poupée avec poupées de coquillages, p. 110, Lagzira, Maroc, 2002, photo de l'auteur. 86. Maison de poupée, p. 111, Marrakech, Maroc, 1992, dessin de l‟auteur basé sur le dessin de Fatima Kader. 87. Deux fillettes dans leur maisonnette, p. 112, Ghrib, Sahara tunisien, 1975, photo de l'auteur.

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88. Maisonnette de grandes filles, p. 112, Ghrib, Sahara tunisien, 1975, photo de l'auteur. 89. Maisonnette de grandes filles, p. 113, Ghrib, Sahara tunisien, 1975, photo de l'auteur. 90. Maisonnette, p. 113, Ghrib, Sahara tunisien, 1975, photo de l'auteur. 91. Détail de la maisonnette de la figure précédente, p. 114, Ghrib, Sahara tunisien, 1975, photo de l'auteur. 92. Pièces annexes du type de maisonnette de la figure précédente, p. 114, Ghrib, Sahara tunisien, 1975, photo de l'auteur. 93. Maisonnette d'un vieux méchoui, p. 117, Sidi Brahim, Maroc, 1994, photo de l'auteur. 94. Détail de la maisonnette d'un vieux méchoui, p. 118, Sidi Brahim, Maroc, 1994, photo de l'auteur. 95. Maisonnette, p. 118, Ighrem-n-Cherif, Maroc, 1994, photo de l'auteur. 96. Maisonnette de petites filles, p. 119, Midelt, Maroc, 1997, photo de l'auteur. 97. Maisonnette de grandes filles, p. 120, Midelt, Maroc, 1997, photo de l'auteur. 98. Maisonnette, p. 120, Amellago, Maroc, 1999, photo de l'auteur. 99. Fillette préparant le manger dans une maisonnette, p. 121, Amellago, Maroc, 1999, photo de l'auteur. 100. Maisonnette, p. 121, Imîder, Maroc, 1999, dessin de l'auteur. 101. Khalija Jariaa pendant une tournée d‟information, p. 123, Idoubahman-Imjâd, Maroc, 2006, photo Fatima. 102. Boubaker Daoumani et quelques-uns de ces élèves, p. 123, Lahfart, Maroc, 2006, photo de l'auteur. 103. Enfants amenant des branches pour faire les murs d‟une maisonnette, p. 124, Douar Ouaraben, Maroc, 2006, photo Khalija Jariaa. 104. Vue d‟un village, p. 124, Idoubahman-Imjâd, Maroc, 2006, photo Khalija Jariaa. 105. Deux maisonnettes juxtaposées, p. 125, Idoubahman-Imjâd, Maroc, 2006, photo Khalija Jariaa. 106. Camionnette démantelée servant de maisonnette, p.125, Midelt, Maroc, 1999, photo de l'auteur. 107. Garçon mettant des rideaux à la camionnette démantelée servant de maisonnette, p. 126, Midelt, Maroc, 1999, photo de l'auteur.

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108. Détail de la camionnette démantelée servant de maisonnette, p. 126, Midelt, Maroc, 1999, photo de l'auteur. 109. Maisonnette, p. 127, Marrakech, Maroc, 1993, dessin de l'auteur. 110. Cuisine pour maisonnette, p. 128, She°ba, Maroc, 1996, photo de l‟auteur. 111. Détail de la cuisine pour maisonnette, p. 128, She°ba, Maroc, 1996, photo de l‟auteur. 112. Première phase de la construction d'une maisonnette à trois dimensions, p. 129, Ghrib, Sahara tunisien, 1975, photo de l'auteur. 113. Deuxième phase de la construction d'une maisonnette à trois dimensions, p. 129, Ghrib, Sahara tunisien, 1975, photo de l'auteur. 114. Troisième phase de la construction d'une maisonnette à trois dimensions, p. 130, Ghrib, Sahara tunisien, 1975, photo de l'auteur. 115. Dernière phase de la construction d'une maisonnette à trois dimensions, p. 130, Ghrib, Sahara tunisien, 1975, photo de l'auteur. 116. Maisonnette à toit en dôme, p. 131, Ghrib, Sahara tunisien, 1975, photo de l'auteur. 117. Garçons faisant des constructions avec du sable humide, p. 131, Ghrib, Sahara tunisien, 1975, photo de l'auteur. 118. Enclos de bétail de sable humide, p. 132, Ghrib, Sahara tunisien, 1975, photo de l'auteur. 119. Marché de sable humide, p. 132, Ghrib, Sahara tunisien, 1975, photo de l'auteur. 120. Garçon et son tombeau de marabout en sable humide, p. 132, Ghrib, Sahara tunisien, 1975, photo de l'auteur. 121. Tombeau de marabout en sable humide, p. 133, Ghrib, Sahara tunisien, 1975, photo de l'auteur. 122. Garçon et sa mosquée de sable humide, p. 133, Ghrib, Sahara tunisien, 1975, photo de l'auteur. 123. Mosquée de sable humide, p. 134, Ghrib, Sahara tunisien, 1975, photo de l'auteur. 124. Le village Aït Ighemour, p. 135, Maroc, 1992, photo de l‟auteur. 125. Garçon construisant le mur de l'étable, p. 136, Aït Ighemour, Maroc, 1992, photo de l'auteur. 126. Garage et étable en miniature, p. 136, Aït Ighemour, Maroc, 1992, photo de l'auteur.

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127. Petit garçon avec son garage, p. 137, Amellago, Maroc, 1999, photo de l'auteur. 128. Maison du chauffeur de taxi, p. 138, Tiznit, Maroc, 2006, photo Khalija Jariaa. 129. Garçon construisant un mur de sa maison en pisé, p. 138, Ikenwèn, Maroc, 2006, photo Khalija Jariaa. 130. Garçon construisant un mur de sa maison en pisé, p. 139, Ikenwèn, Maroc, 2006, photo Khalija Jariaa. 131. Garçon préparant son dîner dans de sa maison en pisé, p. 140, Ikenwèn, Maroc, 2006, photo Khalija Jariaa. 132. Maison de pisé avec un camion dans le garage, p. 140, Ikenwèn, Maroc, 2006, photo Khalija Jariaa. 133. Femme de ménage du constructeur de la maison en pisé, p. 141, Ikenwèn, Maroc, 2006, photo Khalija Jariaa. 134. Le constructeur de la maison en pisé se dispute avec la femme de ménage, p. 142, Ikenwèn, Maroc, 2006, photo Khalija Jariaa. 135. Maisonnette en boîtes de carton, p. 142, Ikenwèn, Maroc, 2006, photo Khalija Jariaa. 136. Le village Lahfart, p. 143, Maroc, 2006, photo de l‟auteur. 137. Garçons construisant des maisonnettes, p. 143, Lahfart, Maroc, 2002, photo de l'auteur. 138. Garçons construisant une maisonnette, p. 144, Lahfart, Maroc, 2002, photo de l'auteur. 139. Deuxième type de maisonnette construit par des garçons, p. 144, Lahfart, Maroc, 2002, photo de l'auteur. 140. Troisième type de maisonnette construit par des garçons, p. 145, Lahfart, Maroc, 2002, photo de l'auteur. 141. Ferme en miniature construite par des garçons, p. 145, Lahfart, Maroc, 2002, photo de l'auteur. 142. La partie haute de quartier Boulalem, p. 146, Sidi Ifni, Maroc, 2007, photo de l‟auteur. 143. Fillette en train de préparer de la terre, des armes-jouets se trouvent contre le mur, p. 147, Sidi Ifni, Maroc, 2005, photo de l'auteur. 144. Fillette et une voisine brandissant des armes-jouets, p. 147, Sidi Ifni, Maroc, 2005, photo de l'auteur. 145. Après avoir fait une maisonnette le garçon construit une route avec son bulldozer, p. 148, Sidi Ifni, Maroc, 2005, photo Khalija Jariaa.

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146. Bulldozer du garçon de la figure précédente, p. 149, Sidi Ifni, Maroc, 2005, photo Khalija Jariaa. 147. Garçons en train de jouer dans leur quartier, p. 150, Sidi Ifni, Maroc, 2006, photo Khalija Jariaa. 148. Maisonnette construite par des garçons, p. 151, Sidi Ifni, Maroc, 2006, photo Khalija Jariaa. 149. Maisonnette construite par des garçons, p. 151, Sidi Ifni, Maroc, 2006, photo Khalija Jariaa. 150. Fille observant des garçons construisant leur maisonnette, p. 152, Sidi Ifni, Maroc, 2006, photo Khalija Jariaa. 151. Fille qui s‟intègre dans un groupe de jeu de garçons, p. 153, Sidi Ifni, Maroc, 2006, photo Khalija Jariaa. 152. Garçons construisant des maisonnettes, p. 154, Sidi Ifni, Maroc, 2006, photo Khalija Jariaa. 153. Détail de la maisonnette de la figure précédente, p. 154, Sidi Ifni, Maroc, 2006, photo Khalija Jariaa. 154. Orchestre de percussion des garçons ayant construit des maisonnettes, p. 155, Sidi Ifni, Maroc, 2006, photo Khalija Jariaa. 155. Garçons jouant au maçon et aide-maçon, p. 156, Sidi Ifni, Maroc, 2006, photo Boubaker Daoumani. 156. Nettoyage de la pelle servant pour la construction d‟une maisonnette, p. 156, Sidi Ifni, Maroc, 2006, photo Boubaker Daoumani. 157. Maisonnette construite par les garçons de la figure précédente, p. 157, Sidi Ifni, Maroc, 2006, photo Khalija Jariaa. 158. Filles cherchant des objets pour les garçons construisant la maisonnette de la figure précédente, p. 157, Sidi Ifni, Maroc, 2006, photo Khalija Jariaa. 159. Maisonnette de trois garçons, p. 158, Sidi Ifni, Maroc, 2006, photo Khalija Jariaa. 160. Le maître de la maison, l‟invité et le cuisinier dans la maisonnette de la figure précédente, p. 158, Sidi Ifni, Maroc, 2006, photo Khalija Jariaa. 161. L‟invité s‟en va à la fin du jeu, p. 159, Sidi Ifni, Maroc, 2006, photo Khalija Jariaa. 162. Garçon construisant des maisonnettes en boîte de carton, p. 160, Sidi Ifni, Maroc, 2002, photo de l‟auteur.

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163. Maisonnette en boîte de carton, p. 160, Sidi Ifni, Maroc, 2002, photo de l‟auteur. 164. Maisonnette en boîte de carton, p. 160, Sidi Ifni, Maroc, 2002, photo de l‟auteur. 165. Ecuelle et pipe en miniature, p. 162, Touaregs, 1937, Collection du Musée du Quai Branly, n° 71.1937.21.100-101, photo de l'auteur. 166. Marmite et casserole en miniature, p. 163, Ghrib, Sahara tunisien, 1975, photo de l'auteur. 167. Petit garçon utilisant une grande louche comme jouet, p. 164, Ghrib, Sahara tunisien, 1975, photo de l'auteur. 168. Un enfant porté comme sac, p. 165, Ghrib, Sahara tunisien, 1975, photo de l'auteur. 169. Ustensiles-jouets, p. 166, Maures, 1936-1938, Collection du Musée du Quai Branly, n° 71.1938.48.93, photo de l'auteur. 170. Ustensiles-jouets, p. 166, Maures, 1936-1938, Collection du Musée du Quai Branly, n° 71.1938.48.94, photo de l'auteur. 171. Ustensiles-jouets, p. 167, Maures, 1936-1938, Collection du Musée du Quai Branly, n° 71.1938.48.95, photo de l'auteur. 172. Ustensiles-jouets, p. 167, Maures, 1936-1938, Collection du Musée du Quai Branly, n° 71.1938.48.96, photo de l'auteur. 173. Mortier-jouet, p. 169, Teda, 1962, Collection du Musée du Quai Branly, n° 71.1965.3.1, photo de l'auteur. 174. Banc-jouet et mortiers-jouets, p. 169, Teda, 1962, Collection du Musée du Quai Branly, n° 71.1965.3.2/4/5, photo de l'auteur. 175. Mortiers-jouets, p. 169, Zaghawa, 1956, Collection du Musée du Quai Branly, à droite n° 71.1957.82.130, à gauche n° 71.1957.82.131, photo de l'auteur. 176. Plat pour couscous à trépied en miniature, p. 170, Chaouïa, 1936, Collection du Musée du Quai Branly, n° 71.1936.2.179, photo de l'auteur. 177. Pot à goulot et entonnoir en miniature, p. 171, Chaouïa, 1936, Collection du Musée du Quai Branly, n° 71.1936.2.187bis/824, photo de l'auteur. 178. Louche en miniature, p. 171, Chaouïa, 1936, Collection du Musée du Quai Branly, n° 71.1936.2.190, photo de l'auteur. 179. Plats et écuelle en miniature, p. 171, Chaouïa, 1936, Collection du Musée du Quai Branly, n° 71.1936.2.181/826/691, photo de l'auteur.

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180. Réchaud et marmite en miniature, p. 172, Djebel Amour et Djebel Ksel, Algérie, dessin de l'auteur basé sur le dessin de Mathéa Gaudry (1961: 133, fig. 13). 181. Tables-jouets, p. 173, Fès, Maroc, 1933, Collection du Musée du Quai Branly, n° 71.1933.77.50-51, photo de l'auteur. 182. Réchaud et couscoussier en miniature, p. 175, Kénitra, Maroc, 1994, photo de l'auteur. 183. Services de thé, p. 176, Rif, Maroc, 1908, Collection du Musée du Quai Branly, n° 71.1908.15, photo de l'auteur. 184. Services de thé, p. 176, Rif, Maroc, 1908, Collection du Musée du Quai Branly, n° 71.1908.15, photo de l'auteur. 185. Table avec théière, p. 177, Ignern, Maroc, 1998, photo de l'auteur. 186. Grand plateau à couvercle et tasse, p. 177, Ignern, Maroc, 1998, photo de l'auteur. 187. Marmites sans anses à couvercle, p. 177, Ignern, Maroc, 1998, photo de l'auteur. 188. Marmite à anses et louche, p. 177, Ignern, Maroc, 1998, photo de l'auteur. 189. Louche et marmite, p. 178, Ignern, Maroc, 1998, photo de l'auteur. 190. Mortier et bols, p. 178, Ignern, Maroc, 1998, photo de l'auteur. 191. Marmite à couvercle, p. 178, Ignern, Maroc, 1998, photo de l'auteur. 192. Théière, p. 178, Ignern, Maroc, 1998, photo de l'auteur. 193. Bols, p. 178, Ignern, Maroc, 1998, photo de l'auteur. 194. Garçons modelant des jouets avec l'argile trouvée à flanc de montagne, p. 179, Aït Ighemour, Maroc, 1992, photo de l'auteur. 195. Ustensiles-jouets, p. 179, Aït Ighemour, Maroc, 1992, photo de l'auteur. 196. Vue générale de Goulmima, p. 180, Maroc, 1994, photo de l‟auteur. 197. Fillette faisant des gâteaux de sable, p. 181, Midelt, Maroc, 1999, photo de l'auteur. 198. Ustensiles-jouets, p. 183, Imîder, Maroc, 1999, photo de l'auteur. 199. Ustensiles-jouets, p. 184, Douar Ouaraben, Maroc, 2005, photo de l'auteur. 200. Ustensiles-jouets et palmiers-jouets, p. 185, Douar Ouaraben, Maroc, 2005, photo de l'auteur. 201. Ustensile pour faire du petit lait en miniature, p. 185, Terloulou, Maroc, 2006, photo de l'auteur.

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202. Ustensiles-jouets, p. 186, Ikenwèn, Maroc, 2005, photo de l'auteur. 203. Ustensiles-jouets, p. 187, Ikenwèn, Maroc, 2005, photo de l'auteur. 204. Ustensiles-jouets et maisonnette en pâte d‟argan, p. 188, Ikenwèn, Maroc, 2005, photo de l'auteur. 205. Jeu de dînette de petites filles, p. 189, Idoubahman-Imjâd, Maroc, 2006, photo Khalija Jariaa. 206. Mortier avec pilon-jouet, p. 190, Lahfart, Maroc, 2002, photo de l'auteur. 207. Cruches pour l'eau en miniature, p. 190, Lahfart, Maroc, 2002, photo de l'auteur. 208. Marmites et tajines-jouets, p. 190, Lahfart, Maroc, 2002, photo de l'auteur. 209. Cuillères-jouets, p. 190, Lahfart, Maroc, 2002, photo de l'auteur. 210. Tables-jouets, p. 191, Lahfart, Maroc, 2001, photo de l'auteur. 211. Sièges-jouets, p. 191, Lahfart, Maroc, 2001, photo de l'auteur. 212. Tasses-jouets, p. 191, Lahfart, Maroc, 2001, photo de l'auteur. 213. Plateaux à gâteau-jouets, p. 191, Lahfart, Maroc, 2001, photo de l'auteur. 214. Plateaux à pain-jouets, p. 191, Lahfart, Maroc, 2001, photo de l'auteur. 215. Panier à pain-jouet, p. 191, Lahfart, Maroc, 2001, photo de l'auteur. 216. Service de thé-jouet, p. 192, Lahfart, Maroc, 2001, photo de l'auteur. 217. Service de thé-jouet, p. 192, Lahfart, Maroc, 2001, photo de l'auteur. 218. Ustensiles-jouets, p. 192, Lahfart, Maroc, 2001, photo de l'auteur. 219. Garçons avec leurs ustensiles-jouets, p. 193, Lahfart, Maroc, 2005, photo de l'auteur. 220. Saïd avec ses ustensiles-jouets, p. 193, Lahfart, Maroc, 2005, photo de l'auteur. 221. Ali avec ses ustensiles-jouets, p. 194, Lahfart, Maroc, 2005, photo de l'auteur. 222. Poterie pour faire du petit lait-jouet, p. 194, Lahfart, Maroc, 2005, photo de l'auteur. 223. Aïcha avec ses ustensiles-jouets, p. 195, Lahfart, Maroc, 2005, photo de l'auteur. 224. Mina avec ses ustensiles-jouets, p. 196, Lahfart, Maroc, 2005, photo de l'auteur. 225. Ustensiles-jouets, p. 196, Lahfart, Maroc, 2004, photo de l'auteur.

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226. Préparer du couscous pour jeu de dînette, p. 197, Sidi Ifni, Maroc, 2005, photo Khalija Jariaa. 227. Fille portant son plat de soupe pendant que deux garçons s'introduisent dans le jeu de dînette, p. 198, Sidi Ifni, Maroc, 2005, photo Khalija Jariaa. 228. Discussion avec les deux garçons qui dérangent le jeu de dînette, p. 198, Sidi Ifni, Maroc, 2006, photo Khalija Jariaa. 229. Garçon en train de faire un masque, p. 199, Sidi Ifni, Maroc, 2006, photo Khalija Jariaa. 230. Fille filtrant du sable avec une boîte de sardine trouée, p. 199, Sidi Ifni, Maroc, 2006, photo Khalija Jariaa. 231. Fille remplissant des bols de soupe, p. 200, Sidi Ifni, Maroc, 2006, photo Khalija Jariaa. 232. La préparation du dîner des constructeurs de routes, p. 200, Sidi Ifni, Maroc, 2005, photo Khalija Jariaa. 233. Les constructeurs de routes, p. 201, Sidi Ifni, Maroc, 2005, photo Khalija Jariaa. 234. Photo d‟une fille jouant à la poupée et à la dînette, p. 204, Musée de Sousse, Tunisie, 1978, photo de l‟auteur. 235. Service de café-jouet, p. 205, Nabeul, Tunisie, 1987, photo de l'auteur. 236. Pipe-jouet, p. 205, Ikenwèn, Maroc, 2006, photo de l‟auteur. 237. Petit garçon cherchant du bois, p. 207, Ghrib, Sahara tunisien, 1975, photo de l'auteur. 238. Filles cherchant du bois pour cuire le pain, p. 207, Aït Allah ou Mimoun, Maroc, 1999, photo de l'auteur. 239. Balancier de puits, p. 208, Teda, Tchad, 1934, Collection du Musée du Quai Branly, n° 71.1935.50.183, photo de l'auteur. 240. Puits en miniature fait dans le sable, p. 209, Vallée de la Saoura, 1960, Photothèque du Musée du Quai Branly, n° 71.1962.51.4, cliché Corneille Jest. 241. Cruche-jouet, p. 210, Kabylie (?), Algérie, avant 1890, Collection du Musée du Quai Branly, n° 71.1889.120.66, photo de l'auteur. 242. Cruche-jouet, p. 210, Achaoui, Maroc, 1933, Collection du Musée du Quai Branly, n° 71.1933.74.1, photo de l'auteur. 243. Puits en miniature, p. 211, Ifrane a/s, Maroc, 2006, photo de l‟auteur.

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244. Moulin à bras-jouet, p. 212, Ghrib, Sahara tunisien, 1975, dessin de Marleen Lippens. 245. Fille utilisant son moulin-jouet, p. 212, Ghrib, Sahara tunisien, 1975, photo de l'auteur. 246. Garçonnet faisant un moulin à bras-jouet, p. 213, Amellago, Maroc, 1999, photo de l'auteur. 247. Moulin à bras-jouet, p. 214, Aït Ighemour, Maroc, 1994, photo de l'auteur. 248. Moulins à bras-jouets, p. 214, Lahfart, Maroc, 2001, photo de l'auteur. 249. Moulins à bras-jouets, p. 215, Lahfart, Maroc, 2001, photo de l'auteur. 250. Femme et moulin à bras en argile, p. 215, Lahfart, Maroc, 2005, photo de l'auteur. 251. Fille utilisant son moulin-jouet, p. 216, Igîsel, Maroc, 2005, photo de l'auteur. 252. Grand four, pelle et bouilloire-jouets, p. 218, Ikenwèn, Maroc, 2005, photo de l'auteur. 253. Bouilloire mise sur un petit four, p. 218, Ikenwèn, Maroc, 2005, photo de l'auteur. 254. Fille mettant un pain dans son four en miniature, p. 219, Lagzira, Maroc, 2002, photo de l'auteur. 255. Fours-jouets, p. 219, Lahfart, Maroc, 2001, photo de l'auteur. 256. Four-jouet, p. 220, Igîsel, Maroc, 2005, photo de l'auteur. 257. Four à pain servant de modèle pour le four-jouet de la figure précédente, p. 220, Igîsel, Maroc, 2005, photo de l'auteur. 258. Garçons ramassant le nécessaire pour construire une copie du grand four à pain, p. 221, Sidi Ifni, Maroc, 1998, photo de l'auteur. 259. Garçons construisant un four pour cuire le pain en miniature, p. 221, Sidi Ifni, Maroc, 1998, photo de l'auteur. 260. Garçons finissant le four pour cuire le pain en miniature, p. 222, Sidi Ifni, Maroc, 1998, photo de l'auteur. 261. Les pains de terre mis sur le four en miniature, p. 222, Sidi Ifni, Maroc, 1998, photo de l'auteur. 262. Plateau en terre avec noix d'argan, p. 223, Ikenwèn, Maroc, 2004, photo de l'auteur.

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263. Réchaud en miniature portant un plateau de noix d'argan, p. 224, Ikenwèn, Maroc, 2004, photo de l'auteur. 264. Moulin à huile-jouet, p. 224, Ikenwèn, Maroc, 2004, photo de l'auteur. 265. Set pour faire de l‟huile d'argan en miniature, p. 225, Ikenwèn, Maroc, 2005, photo de l'auteur. 266. Moulin pour broyer les amendes d'argan et poupée, p. 226, Douar Ouaraben, Maroc, 2006, photo de l‟auteur. 267. Moulins à huile-jouets, p. 226, Lahfart, Maroc, 2001, photo de l'auteur. 268. Moulin à huile et autres ustensiles-jouets, p. 227, Igîsel, Maroc, 2005, photo de l'auteur. 269. Planche à laver-jouet, p. 228, Rabat, Maroc, 1993, photo de l'auteur. 270. Fille lavant le linge, p. 228, Ghrib, Sahara tunisien, 1975, photo de l'auteur. 271. Mère filant de la laine (Bechir est assis sur les genoux de l‟auteur), p. 229, Ghrib, Sahara tunisien, 1975, photo Gilbert J.M. Claus. 272. Fillette faisant tourner le fuseau-jouet sur sa jambe, p. 230, Ghrib, Sahara tunisien, 1975, photo de l'auteur. 273. Fillette étirant le fil de son fuseau-jouet, p. 230, Ghrib, Sahara tunisien, 1975, photo de l'auteur. 274. Fuseau-jouet, p. 231, Ikenwèn, Maroc, 2005, photo de l'auteur. 275. Fille enfonçant les poteaux d'un métier à tisser-jouet, p. 232, Ghrib, Sahara tunisien, 1975, photo de l'auteur. 276. Fille attachant les fils de son métier à tisser-jouet, p. 233, Ghrib, Sahara tunisien, 1975, photo de l'auteur. 277. Fille tissant sur son métier à tisser-jouet, p. 233, Ghrib, Sahara tunisien, 1975, photo de l'auteur. 278. Bracelet fait avec des cupules, p. 235, Imzouren, Maroc, 1993, photo de l'auteur. 279. Fille préparant de la pâte de henné, p. 236, Ikenwèn, Maroc, 2006, photo Khalija Jariaa. 280. Fille et ses sandales en miniature, p. 236, Lahfart, Maroc, 2006, photo Boubaker Daoumani. 281. Garçon avec barbe et moustache, p. 237, Ghrib, Sahara tunisien, 1975, photo de l‟auteur.

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282. Garçon avec des dents en or, p. 238, Ghrib, Sahara tunisien, 1975, photo de l‟auteur. 283. Lunettes de soleil d'un garçon, p. 238, Midelt, Maroc, 2000, photo de l‟auteur. 284. Petit garçon qui se fait une paire de lunettes, p. 239, IdoubahmanImjâd, Maroc, 2006, photo Khalija Jariaa. 285. Petit garçon portant sa paire de lunettes, p. 240, Idoubahman-Imjâd, Maroc, 2006, photo Khalija Jariaa. 286. Garçons construisant un jardin en miniature, p. 244, Ghrib, Sahara tunisien, 1975, photo de l'auteur. 287. Garçon en train d'irriguer son jardin en miniature, p. 245, Ghrib, Sahara tunisien, 1975, photo de l'auteur. 288. Jardin en miniature, p. 246, Kénitra, Maroc, 1994, photo de l‟auteur. 289. Araire-jouet, p. 246, Chaouïa, 1936, Collection du Musée du Quai Branly, n° 71.1936.2.261, photo de l'auteur. 290. Araire-jouet, p. 246, Chaouïa, 1936, Collection du Musée du Quai Branly, n° 71.1936.2.257, photo de l'auteur. 291. Araire-jouet, p. 247, Chaouïa, 1936, Collection du Musée du Quai Branly, n° 71.1936.2.255, photo de l'auteur. 292. Araire-jouet tiré par deux mulets en bois, p. 247, Chaouïa, 1936, Collection du Musée du Quai Branly, n° 71.1936.2.256, cliché D. Ponsard. 293. Fermier en train de labourer avec un araire traditionnel tiré par deux ânes, p. 248, Imi-n-Tanoute, Maroc, 1992, photo de l‟auteur. 294. Araire-jouet, p. 248, Douar, Maroc, 2007, photo de l'auteur. 295. Garçon et fillette labourant leur champ imaginaire, p. 249, Douar, Maroc, 2007, photo Khalija Jariaa. 296. Araires en argile, p. 249, Lahfart, Maroc, 2001, photo de l‟auteur. 297. Garçon jouant au laboureur, p. 250, Sidi Ifni, Maroc, 2006, photo Khalija Jariaa. 298. Garçons jouant au travail de labour, p. 250, Sidi Ifni, Maroc, 2006, photo Khalija Jariaa. 299. Le commerçant, p. 252, Ghrib, Sahara tunisien, 1975, photo de l'auteur. 300. La balance du commerçant, p. 252, Ghrib, Sahara tunisien, 1975, photo de l'auteur.

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301. Est-ce que la pastèque est mûre ?, p. 253, Ghrib, Sahara tunisien, 1975, photo de l'auteur. 302. La pastèque mûre est mise de côté, p. 254, Ghrib, Sahara tunisien, 1975, photo de l'auteur. 303. Garçon et son magasin, p. 255, Ouirgane, Maroc, 2006, photo de l'auteur. 304. Jeu de supermarché, p. 256, Douar Ouaraben, Maroc, 2006, photo Khalija Jariaa. 305. Jeu de grand magasin, p. 257, Douar Ouaraben, Maroc, 2006, photo Khalija Jariaa. 306. Jeu de grand magasin, p. 257, Douar Ouaraben, Maroc, 2006, photo Khalija Jariaa. 307. Maisonnette, magasin de volaille et jeu de commerçant, p. 258, Ikenwèn, Maroc, 2006, photo Khalija Jariaa. 308. Garçon créant des poules, p. 259, Ikenwèn, Maroc, 2006, photo Khalija Jariaa. 309. Fille proposant l‟achat de la maison, p. 260, Ikenwèn, Maroc, 2006, photo Khalija Jariaa. 310. Garçon construisant une maison avec tour en pisé, p. 261, Ikenwèn, Maroc, 2006, photo Khalija Jariaa. 311. La maison avec tour en pisé, p. 261, Ikenwèn, Maroc, 2006, photo Khalija Jariaa. 312. Frère et sœur jouant aux commerçants, p. 262, Ikenwèn, Maroc, 2006, photo Khalija Jariaa. 313. Garçon faisant une balance pour son petit frère jouant au vendeur de marché, p. 263, Idoubahman-Imjâd, Maroc, 2006, photo Khalija Jariaa. 314. Garçon créant une balance, p. 264, Sidi Ifni, Maroc, 2006, photo Khalija Jariaa. 315. Vendeur regardant son client, p. 264, Sidi Ifni, Maroc, 2006, photo Khalija Jariaa. 316. Magasin de tailleur, p. 265, Sidi Ifni, Maroc, 2006, photo Khalija Jariaa. 317. Pâtisserie, p. 266, Sidi Ifni, Maroc, 2006, photo Khalija Jariaa. 318. Garçons portant le gâteau d'anniversaire, p. 267, Sidi Ifni, Maroc, 2006, photo Khalija Jariaa.

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319. Grand et petits gâteaux, p. 267, Sidi Ifni, Maroc, 2006, photo Khalija Jariaa. 320. Achat d‟un gâteau dans la pâtisserie, p. 268, Sidi Ifni, Maroc, 2006, photo Khalija Jariaa. 321. Garçon cherchant le nécessaire pour le jeu de restaurant, p. 269, Sidi Ifni, Maroc, 2006, photo Khalija Jariaa. 322. Le repas du camionneur, p. 269, Sidi Ifni, Maroc, 2006, photo Khalija Jariaa. 323. Cuisinier préparant un plat dans le restaurant de fortune, p. 270, Sidi Ifni, Maroc, 2006, photo Khalija Jariaa. 324. Construction du restaurant en miniature, p. 270, Sidi Ifni, Maroc, 2006, photo Khalija Jariaa. 325. Le camionneur amène une cargaison de pierres, p. 271, Sidi Ifni, Maroc, 2006, photo Khalija Jariaa. 326. Restaurant en miniature et début de maisonnette, p. 271, Sidi Ifni, Maroc, 2006, photo Khalija Jariaa. 327. Le réparateur de la télévision du restaurant, p. 272, Sidi Ifni, Maroc, 2006, photo Khalija Jariaa. 328. La préparation du thé à la fin du jeu, p. 273, Sidi Ifni, Maroc, 2006, photo Khalija Jariaa. 329. Magasin de plage d‟une fillette, p. 273, Tan-Tan, Maroc, 2006, photo Khalija Jariaa. 330. Fille joue le rôle de cliente pour sa petite sœur, p. 274, Tan-Tan, Maroc, 2006, photo Khalija Jariaa. 331. Fillette faisant des sucettes glacées pour son magasin, p. 275, TanTan, Maroc, 2006, photo Khalija Jariaa. 332. Claquette, p. 276, Ghrib, Sahara tunisien, 1975, photo de l'auteur. 333. Joueur de claquette, p. 277, Ghrib, Sahara tunisien, 1975, photo de l'auteur. 334. Sifflet, p. 277, Ghrib, Sahara tunisien, 1975, photo de l'auteur. 335. Joueur de sifflet, p. 278, Ghrib, Sahara tunisien, 1975, photo de l'auteur. 336. Flûte, p. 278, Ghrib, Sahara tunisien, 1975, photo de l'auteur. 337. Joueur de flûte, p. 279, Ghrib, Sahara tunisien, 1975, photo de l'auteur. 338. Garçon de trois ans essayant de jouer de la flûte, p. 280, Ghrib, Sahara tunisien, 1975, photo de l'auteur.

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339. Cornemuse, p. 280, Ghrib, Sahara tunisien, 1987, photo Gilbert J.M. Claus. 340. Joueur de cornemuse, p. 281, Ghrib, Sahara tunisien, 1987, photo Gilbert J.M. Claus. 341. Deux garçons dansant la danse des bergers sur un air joué par l'orchestre de garçons, p. 281, Ghrib, Sahara tunisien, 1975, photo de l'auteur. 342. Garçons dansant la danse des bergers sur un air joué par l'orchestre de garçons, p. 282, Ghrib, Sahara tunisien, 1975, photo de l'auteur. 343. Fillette s‟exerçant à la danse, p. 284, Midelt, Maroc, 1999, photo de l‟auteur. 344. Fillette essayant de se mettre une ceinture de danse, p. 284, Midelt, Maroc, 1999, photo de l‟auteur. 345. Tambourin pour filles (à gauche) et pour garçons (à droite), p. 287, Marrakech, Maroc, 1992, photo de l'auteur. 346. Garçonnet frappant un tambourin, p. 288, Idoubahman-Imjâd, Maroc, 2006, photo Khalija Jariaa. 347. Tambourins d'°Ashûra, p. 289, Kénitra, Maroc, 1994, photo de l'auteur. 348. Tambourins d'°Ashûra, p. 290, Sidi Ifni, Maroc, 2007, photo de l'auteur. 349. Tambour d‟°Ashûra, p. 291, Midelt, Maroc, 1999, photo de l‟auteur. 350. Elèves jouant sur des bidons en plastique servant de tambour, p. 291, Goulmima, Maroc, 1996, photo de l'auteur. 351. Garçons avec des grands bidons servant de tambour, p. 292, Ikenwèn, Maroc, 2006, photo Khalija Jariaa. 352. Orchestre de percussion, p. 292, Sidi Ifni, Maroc, 2005, photo de l'auteur. 353. Orchestre de percussion, p. 293, Sidi Ifni, Maroc, 2005, photo de l‟auteur. 354. Garçon jouant sur la batterie créée par lui-même, p. 294, Sidi Ifni, Maroc, 2005, photo de l‟auteur. 355. Garçons jouant sur un tambour double et un tambour simple, p. 295, Igîsel, 2005, photo de l'auteur. 356. Instrument de percussion en métal des Gnâwa, p. 296, Marrakech, Maroc, 2006, photo de l‟Internet. 357. Sifflet en papier, p. 296, Midelt, Maroc, 1999, dessin de l'auteur.

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358. Sifflet en papier posé entre deux doigts, p. 296, Midelt, Maroc, 1999, photo de l'auteur. 359. Fille sifflant sur une fleur caliciforme, p. 297, Zaïda, Maroc, 1999, photo de l'auteur. 360. Sifflets en fer blanc, p. 298, Ikenwèn, Maroc, 2006, photo de l'auteur. 361. Sifflets en fer blanc, p. 298, Ikenwèn, Maroc, 2006, photo de l'auteur. 362. Flûte pour enfant, p. 298, Marrakech, Maroc, 1992, photo de l'auteur. 363. Garçon jouant sur sa longue flûte, p. 299, Douar, Maroc, 2007, photo Khalija Jariaa. 364. Embouchure du hautbois, p. 300, Midelt, Maroc, 1999, photo de l'auteur. 365. Joueur de hautbois, p. 300, Midelt, Maroc, 1999, photo de l'auteur. 366. Joueur de violon, p. 301, Tighboula, Maroc, 1999, photo de l'auteur. 367. Le bas du violon, p. 302, Tighboula, Maroc, 1999, photo de l'auteur. 368. Le haut du violon, p. 302, Tighboula, Maroc, 1999, photo de l'auteur. 369. Le violon et l'archet, p. 303, Tighboula, Maroc, 1999, photo de l'auteur. 370. Joueur de violon, p. 304, Lahfart, Maroc, 2005, photo de l'auteur. 371. Joueur de guitare, p. 305, Sidi Ifni, Maroc, 2003, photo de l'auteur. 372. Guitare, p. 305, Igîsel, Maroc, 2005, photo de l'auteur. 373. Bébé avec hochet en plastique, p. 306, Marrakech, Maroc, 1992, photo de l'auteur. 374. Garçonnet avec trompette en plastique, p. 306, Marrakech, Maroc, 1992, photo de l'auteur. 375. Sifflet en plastique, p. 307, Marrakech, Maroc, 1992, photo de l'auteur. 376. Accordéon et trompette en plastique, p. 307, Marrakech, Maroc, 1992, photo de l'auteur. 377. Fillette imitant la prière, p. 308, Midelt, Maroc, 1999, photo de l'auteur. 378. Un cercle protecteur tracé autour de biens, p. 309, Ghrib, Sahara tunisien, 1975, photo de l'auteur. 379. Faire un cercle pour jeu collectif, p. 309, Ghrib, Sahara tunisien, 1975, photo de l'auteur. 380. Imitation du rituel pour l'enfant qui tarde à marcher, p. 311, Ghrib, Sahara tunisien, 1975, photo de l'auteur.

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381. Poupée Belghenja pour le jeu de la demande de pluie, p. 313, Douar Ouaraben, Maroc, 2006, photo de l'auteur. 382. Détail de la poupée Belghenja pour le jeu de la demande de pluie, p. 314, Douar Ouaraben, Maroc, 2006, photo de l'auteur. 383. Poupée Belghenja pour le jeu de la demande de pluie, p. 317, Idoubahman-Imjâd, Maroc, 2006, photo de l'auteur. 384. Sifflet à moulinet en plastique, p. 319, Sidi Ifni, Maroc, 2004, photo de l'auteur. 385. Lance-eau, p. 320, Chaouïa, 1936, Collection du Musée du Quai Branly, n° 71.1936.2.234, photo de l'auteur. 386. Lance-eau, p. 321, Ikenwèn, Maroc, 2006, photo de l'auteur. 387. Pistolet à eau en plastique, p. 323, Midelt, Maroc, 2000, photo de l'auteur. 388. Adolescents lors de la mascarade de l'°Ashûra, p. 326, Tiznit, Maroc, 2006, photo Khalija Jariaa. 389. Garçons lors de la mascarade de l'°Ashûra, p. 327, Tiznit, Maroc, 2007, photo Khalija Jariaa. 390. Groupe de voisins avec l'argent collecté pendant une quête lors de l'°Ashûra, p. 328, Tiznit, Maroc, 2007, photo Khalija Jariaa. 391. Groupe de garçons parcourant la ville lors de la mascarade de l'°Ashûra, p. 328, Tiznit, Maroc, 2007, photo Khalija Jariaa. 392. Garçon avec masque et chapeau lors de la mascarade de l'°Ashûra, p. 329, Tiznit, Maroc, 2007, photo Khalija Jariaa. 393. Garçon faisant voler en rond des étincelles pour l'°Ashûra, p. 330, Tiznit, Maroc, 2006, photo Khalija Jariaa. 394. Filles et garçons mettant en scène la fête de Lilt el Qadr, p. 331, Douar Ouaraben, Maroc, 2006, photo Khalija Jariaa. 395. Filles et garçons mettant en scène la fête de Lilt el Qadr, p. 331, Douar Ouaraben, Maroc, 2006, photo Khalija Jariaa. 396. Maisonnette pour le jeu de la fête de Lilt el Qadr, p. 332, Douar Ouaraben, Maroc, 2006, photo Khalija Jariaa. 397. Deux filles devenant les photographes lors du jeu de la fête de Lilt el Qadr, p. 333, Douar Ouaraben, Maroc, 2006, photo Khalija Jariaa. 398. Moulinet de la fête du Mûlûd, p. 334, Midelt, Maroc, 2000, photo de l'auteur. 399. Garçon courant avec le moulinet du Mûlûd, p. 335, Midelt, Maroc, 2000, photo de l'auteur.

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400. Ailes de moulinet avec décoration de lignes rouges, p. 336, Midelt, Maroc, 2000, photo de l'auteur. 401. Ailes de moulinet avec décoration de cercles, p. 336, Midelt, Maroc, 2000, photo de l'auteur. 402. Fille avec son moulinet, p. 336, Midelt, Maroc, 2000, photo de l'auteur. 403. Moulinets de l'étoile pour la fête du Mûlûd, p. 337, Kénitra, Maroc, 1993, photo de l'auteur. 404. Moulinet de l'étoile, p. 338, Goulmima, Maroc, 1994, photo de l'auteur. 405. Hochet, p. 346, Igîsel, Maroc, 2005, photo de l‟auteur. 406. Hochet, p. 359, Ikenwèn, Maroc, 2006, photo de l'auteur. 407. Atelier pour enfants, p. 366, Kénitra, Maroc, 1993, photo de l'auteur. 408. Singe à tambour, jouet d‟occasion, p. 373, Terloulou, 2006, photo Khalija Jariaa. 409. Jouets en plastique fabriqué en Chine, p. 373, Tan-Tan, 2005, photo de l‟auteur. 410. Figure fantastique (Neptune), p. 374, Terloulou, 2006, photo Khalija Jariaa.

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audiocassette déposées à la vidéothèque du Musée du Jouet, Moiransen-Montagne, France. Disponible sur l'Internet: http://www.sitrec.kth.se Rossie, J-P. & Daoumani, B. (2007). Protocol of Video 2: The Sidi Ifni Toy Maker, Morocco, 2.2.2002. SITREC-Stockholm International Toy Research Centre, Stockholm: Royal Institute of Technology. Description détaillée des 35 minutes de construction de jouets et de jeu d‟un garçon de dix ans et son frère de six ans, précédé de trois minutes d‟interview avec le père. Autorisation paternelle donnée sur la vidéo. Vidéo déposée à la vidéothèque du Musée du Jouet, Moirans-enMontagne, France. Disponible sur l'Internet: http://www.sanatoyplay.org Rossie, J-P. & Daoumani, B. (2007). Protocol of Video 3: Doll Play in Sidi Ifni, Morocco, 10.2.2002. SITREC-Stockholm International Toy Research Centre, Stockholm: Royal Institute of Technology. Description détaillée des 39 minutes de jeu de poupée de deux filles de neuf ans et une fille de six ans avec des poupées Barbie, d'autres poupées et des objets de jeu. Les poupées représentent des enfants. L'interview de Boubaker Daoumani avec les joueurs est enregistrée sur audio-cassette. Vidéo et audiocassette déposées à la vidéothèque du Musée du Jouet, Moirans-en-Montagne, France. Disponible sur l'Internet: http://www.sanatoyplay.org Rossie, J-P. & Jariaa, Kh. (2007). Il gioco delle casette dei ragazzi marocchini di Sidi Ifni. La Ludoteca, XXVIII, 1-2, Firenze: Centro Internazionale Ludoteche, 4-7, 8 ill. Rossie, J-P., Laabib, S. & Sterner, B. (1998). Video: Homemade Dolls from Morocco. NCFL-Nordic Center for Research on Toys and Educational Media, Halmstad: University of Halmstad, 18 minutes. Vidéo déposée à la vidéothèque du Musée du Jouet, Moirans-enMontagne, France. Rossie, J-P. & Lauras L. (2001). Vidéo: Poupées de l’Atlas et du PréSahara Marocains. 19.10.2001, Sète: Musée International des Arts Modestes, 30 minutes ou 60 minutes. Vidéos déposées à la vidéothèque du Musée du Jouet, Moirans-en-Montagne, France. Servier, J. (1962). Les portes de l’année. Rites et symboles. L’Algérie dans la tradition méditerranéenne. Paris: Robert Laffont, 428, ill. Sijelmassi, M. (1984). Enfants du Maghreb entre hier et aujourd'hui. Mohammedia, Maroc: Editions Soden, 141, ill.

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Soulé (1933). Jeux de fillettes musulmanes à Fès-Djedid. Bulletin de l’Enseignement Public du Maroc, Paris, 355-363. Sutton-Smith, B. (1986). Toys as Culture. New York, London: Gardner Press Inc., XII + 292. Sutton-Smith, B. (1997). The Ambiguity of Play. Cambridge (Massachusetts)/London: Harvard University Press, XI + 276. Tamisier, J. C. e.a. (1998). Dictionnaire des Peuples. Sociétés d’Afrique, d’Amérique, d’Asie et d’Océanie. Paris: Larousse, 413. Tillion, G. (1938). Les sociétés berbères dans l'Aurès méridional, Africa, London, XI, 1, 42-54. Touaregs: 12 photographes témoignent (1993). Catalogue de l'Exposition du Musée de l'Homme, Paris: Touaregs: Association pour l'Identité du Peuple Touareg. Tubiana, M-J. (1964). Survivances préislamiques en pays Zaghawa. Paris: Institut d'Ethnologie, 229. Tubiana, M-J. & Tubiana, J. (1977) The Zaghawa from an Ecological Perspective. Foodgathering, the Pastoral System, Tradition and Development of the Zaghawa of the Sudan and the Chad. A.A. Rotterdam: Balkema, XII + 199. Vie des Touaregs. Enfance et Jeux (1987). Etudes et Documents Berbères, 2, La Boîte à Documents, Aix-en-Provence: Edisud, 91-98. La Vie du Sahara (catalogue d'exposition) (1960). Paris: Musée de l'Homme, XXV + 85, ill. Westermarck, E. (1926). Ritual and Belief in Morocco, London: MacMillan & Co, volume 1: XXX + 608, volume 2: XV + 629. Widdowson, J.D.A. (2001). Rhythm, repetition and rhetoric: learning language in the school playground. In Bishop, J. C. & Curtis, M. (ed.) (2001). Play today in the Primary School Playground. Life, learning and creativity, Buckingham, Philadelphia: Open University Press, 204, ill., 135-151. Zerdoumi, N. (1982). Enfant d'hier. L'éducation de l'enfant en milieu traditionnel algérien. Paris: Editions François Maspero, 302 (première édition, 1970).

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Index des Auteurs
Aguilar, M., 353-354, 381 Ariel, S., 25, 354 ATFALE, 25 Balout, L., 62 Béart, Ch., 21, 62, 167, 208, 213, 231, 243, 251, 277, 308 Belghiti, M., 368 Belgisch Comité voor Unicef, 30 Bellin, P., 21, 245, 254 Bernard van Leer Foundation, 25, 354, 376 Bernus, E. & S., 27-28 Biarnay, S., 324 Bishop, J. C., 354, 358, 364 Boris, G., 165 Brandily, M., 33 Brenier-Estrine, A., 116, 134, 312 Brougère, G., 15-17, 54, 350, 354, 364, 376 Brunot, L., 235 Cabot Briggs, L., 32 Cabrera E. A., 21 Camps, G., 27, 35, 42 Castells, F., 288, 306, 318, 322, 324, 345, 373 Champault, F. D., 34-35, 47, 115, 134, 170, 208, 217, 310, 319, 323, 398 Chaouite, A., 44 Claudot-Hawad, H., 28 Claus, G. J. M., 22-23, 29, 46, 419, 422 Cross, G., 15, 349, 363 Curtis, M., 354, 358, 364 Daoumani, B., 25-26, 47, 105, 112, 146, 160, 189, 214-215, 219, 226, 349, 351, 354, 358, 362, 369, 376, 380-381, 410, 413, 419 de Foucauld, Ch., 60, 387 Delalande, J., 354, 356-359, 362, 364, 370, 378, 382 Denis, 70, 251 Derevensky, J. L., 352 Dernouny, A., 44, 318 Desparmet, J., 339 Doutté, E., 22, 284, 322, 347 Dupuy, A., 203 Early Childhood Matters, 354 E-Conflict™ World Encyclopedia, 28, 30, 33, 42 El Andaloussi, B., 25 Encyclopédie Larousse, 28, 36 Ethnologue: Languages of the World, 33, 36-37 Factor, J., 362 Fates, Y., 25 Flamand, P., 201, 234, 285, 287, 297-298, 320-322, 340, 353, 361 Foley, H., 60, 62 Gabus, J., 30, 81-82, 387-388, 392 Gaskins, S., 361 Gaudry, M., 84, 172, 395, 401 Goichon, A. M., 84, 170, 209, 345 Göncü, A., 25-26, 354, 358, 380

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Haight, W., 378 Herber, J., 210, 399 International Federation for Parent Education, 21 Jariaa, Kh., 11, 22, 47, 59, 64, 70, 75, 85, 91, 100, 122, 125, 146, 158, 186, 188, 218, 223, 225, 230, 234, 256, 273, 313, 316, 324-325, 327, 332, 359, 369, 406-410, 412-413, 416-417, 419-426 Jemma-Gouzon, D., 37, 322 Jeu et Sports en Méditerranée, 25 Klepzig, F., 21 Komorowski, Z., 27, 30, 32, 35 Kronenberg, A., 33 Kubik, G., 381 Laabib, S., 47, 88, 181, 337 Lakhsassi, A., 329 Lancy, D. F., 354, 381 Laoust-Chantréaux, G., 116, 172, 245 Le Cœur, Ch., 33, 168, 208, 231, 392, 397 Leupen, A., 28 Lhote, H., 61-62, 386-388 Lopatinsky, O., 32-33, 168-169, 392 Lwakatare, E. K., 362 Mahe, A., 37 Malka, E., 235 Mandel, J-J., 116, 134, 312 Marçais, W., 174 Mas, M., 285

Nelson, A., 364 Nilsson, M., 364 Oubahammou, L., 24, 38, 176, 210, 213, 217, 235, 284, 291, 318, 321-322, 370 Pennell, G., 367 Pinto Cebrián, F., 31, 63-64, 168 Rabaté, M-R., 240, 321-322, 324325 Rivière, T., 37, 170, 282, 320, 390, 393, 398, 400-402 Rogoff, B., 354, 358, 363, 378, 380 Servier, J., 322 Sijelmassi, M., 44, 117, 306 Soulé, 84, 173, 350 Sutton-Smith, B., 16, 352, 354 Tamisier, J. C., 36 Tillion, G., 395 Tubiana, M. J., 33, 392, 398 van Leeuwen, T., 25, 382 Vie des Touaregs. Enfance et Jeu, 162 La Vie du Sahara, 27-28, 30, 32, 61 Westermarck, E., 313, 318, 322, 364 Widdowson, J. D. A., 352 Zerdoumi, N., 43-44, 172, 338

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Index géographique et ethnique
Ahaggar, 27-28, 60, 62, 386, 388, 398 Aïn Taoujdate, 38-39, 127, 173, 175 Aït Hmed ou Yacoub, 38-39, 46, 85 Aït Ighemour, 38, 40, 46, 118, 135, 178, 214, 243 Aït Ouirra, 24, 38, 176, 210, 213, 217, 235, 284, 291, 318, 321 Aït Slimane, 38, 40, 86, 369 Algérie, 22, 25-28, 32, 35-37, 42-44, 60, 70, 83-84, 115, 134, 170, 172, 210, 245-246, 251, 254, 282, 284, 319-320, 323, 339, 347, 370, 386, 388, 390, 393, 395, 398-402 Amazigh, 26, 28-29, 32, 34, 3-47, 8485, 91, 104, 117, 122, 127, 135, 146, 173, 175, 177, 207, 210-211, 213-214, 217-218, 223, 234, 236, 255, 283, 286-287, 296, 333, 339340 Amellago, 38, 40, 46, 86, 120-121, 137, 183, 213 Anti-Atlas, 22, 31, 41, 54, 84, 99, 101, 117, 173, 197, 219, 234, 241, 249, 321, 324, 355, 369, 374 Arabo-berbère, 26, 32, 38, 42 Arabophone, 29, 32, 39-40, 42-43, 85, 111, 117, 127, 135, 165, 173-174, 220 Arhbalou-n-Serdane, 38, 40, 213 Aurès, 37, 43, 83, 170, 210, 246, 276, 282, 320, 390, 393, 395, 398, 400402 Bardaï, 33, 168, 392 Belbala, 26, 34-35, 53, 115, 134, 161, 170, 206, 208, 217, 240242, 254, 310, 319, 323, 368, 370, 398 Berbère, voir Amazigh Bertèt, 38, 40, 46, 339-340 Chaamba, 26, 32, 34, 53, 70, 241, 243, 251 Chaouïa, 26, 37, 54, 83, 161, 170, 172, 206, 210, 241, 246, 276, 282, 320, 368, 390, 393, 395, 398, 400-402 Djerba, 203 Douar (Tan-Tan), 38, 41, 64, 248, 299 Douar Ouaraben, 38, 40, 47, 53, 59, 70, 91, 95, 122, 124, 184, 226, 256, 313, 316, 318, 330, 369 El Faouar, 29, 112, 131, 206, 244, 251, 280, 310, 312 El Khemis, 84 Erg er Raoui, 32, 34 Fès, 42, 84, 173, 235, 284-285, 288, 318, 350, 396, 402 Ghrib, 22-24, 29-31, 46, 53, 55, 59, 62, 77, 79, 112-113, 129-131, 161, 163-165, 206, 211, 228230, 232, 237-238, 241-244, 251, 254, 276-282, 286, 309310, 312, 345, 350, 355-356, 360-361, 372

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Goulmima, 24, 38-40, 46, 118, 173, 180, 214, 282, 286, 291, 305, 318, 333-334, 337 Haut Atlas, 38-40, 44, 86, 117-118, 120, 135, 137, 173, 177, 180, 183, 213-214, 217, 247, 255, 303, 369 Hmar, 38, 41, 47, 173, 175 Idoubahman-Imjâd, 38, 40, 47, 91, 122, 125, 189, 239, 262, 287, 316, 369 Ifrane, 40, 117, 298, 340 Ifrane a/s (Atlas Saghrir), 38, 40-41, 47, 91, 99, 122, 125, 210, 316, 369 Ighrem-n-Cherif, 38, 40, 118 Igîsel, 38, 41, 47, 216, 220, 227, 295, 306, 346 Ignern, 38, 40, 46, 177, 255 Ikenwèn, 22, 38, 40, 47, 53, 70, 75-76, 91, 122, 138, 142, 186, 205, 218, 223, 225, 230, 235, 258, 292, 297, 321, 359-360, 369 Imîder, 38, 40, 121, 183, 217, 369 Imi-n-Tanoute, 38-39, 47, 86, 202, 247 Imzouren, 38, 205, 235

Ksar Assaka, 38, 40-41, 46-47, 58, 88, 181-182, 217, 234, 286-288, 313, 319, 322, 334, 337 Lagzira, 26, 38, 41, 47, 104, 122, 219, 354, 369 Lahfart, 38, 41, 109, 122, 143, 189190, 192, 214, 219, 226, 236, 249, 303 Libye, 27-28, 208, 397

Mali, 27-28, 30-31, 60-61, 312, 386-387 Maroc, 38-42, 46-47, 54, 58-59, 64-76, 85-111, 117-128, 134160, 173-203, 205, 207, 210211, 213-228, 230-231, 234-236, 238-240, 242-243, 245, 247-250, 254-275, 282-308, 313-340, 343-347, 349-351, 353-366, 368-374, 377-381, 395-396, 399, 401-402 Marrakech, 24, 38-41, 46, 84, 86, 111, 127, 173, 175, 202, 228, 255, 286, 298, 306, 319 Maures, 26, 29-31, 53-54, 62-64, 82, 161, 165-167, 206, 208, 241, 243, 251, 308, 368, 388-391, Jbel Ayachi, 38, 40, 88, 173, 181, 334 399-400 Jbel Siroua, 40, 135, 178, 214 Mauritanie, 29-31, 61-62, 80, 166, Juifs, 173, 201-203, 234-235, 285, 243, 251, 388-391, 399-400 287, 299, 320-321, 340, 347, 353, Meski (Source Bleue de), 38, 245 361 Midelt, 25, 38, 40-41, 46, 58, 8289, 119, 125, 127, 134-135, 173, Kabyle, 26, 36, 54, 116, 161, 172, 181-182, 217-218, 234-236, 238, 210, 241, 245, 398 242, 283, 286, 290-291, 296, Kénitra, 38-39, 42, 173, 175, 245, 254, 299, 303, 313, 319-320, 322286, 289, 313, 319, 324, 337, 357, 323, 330, 333-337, 339, 357, 362, 365 365-366, 369-370 Khemisset, 38-39, 46, 85, 173, 357 Mopti, 27, 54, 116, 134, 312

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Moyen Atlas, 24, 38, 40, 117, 173, 176, 210, 213, 217, 235, 284, 291, 298, 300-303, 318, 321, 340, 355, 370, 377 Mozabite, Mzab, 26, 35-36, 53, 84, 161, 170, 206, 209, 345, 370 Niger, 27-29, 116, 134, 312, 386 Oualata, 29-30, 51, 54, 80-83, 166167, 208, 389, 391-392 Ouarzazate, 38-39, 84, 119, 173, 180, 240, 321, 324-325, 334 Ouirgane, 38, 40, 255 Oulad ben Sbaa, 38, 41, 243 Pré-Sahara, 38-39, 216, 220, 295, 306 Rabat, 24, 42, 228, 285, 288, 298, 306, 318-319, 324, 345, 364-365, 401 Sahara, 22, 26-27, 29-36, 53, 55-58, 60-70, 77-84, 112-116, 129-134, 162-168, 170, 206-209, 211-212, 229-233, 243-245, 251-254, 276286, 309-312, 319, 323, 356, 372, 378, 386-392, 397-400 Sahara Occidental, 29, 31, 209, 273 Sahara tunisien, 22, 55, 77, 112, 129, 163, 206, 211, 229-232, 243-244, 251, 276, 309, 356, 372, 378 Sahraoui, 22, 26, 31, 41, 53, 63-64, 161, 168, 371 She°ba, 38, 40, 127, 173-174, 218 Sidi Brahim, 38, 40, 117 Sidi Ifni, 25-26, 38-39, 41, 47, 109, 122, 146, 149-150, 158-160, 173, 189, 197-200, 220, 249, 263, 265272, 290, 292-293, 305, 319, 322, 324-325, 349-351, 354-355, 357-

358, 362-366, 369, 371-372, 376-377, 380-381 Taäkit, 38, 40, 182, 334 Tabelbala, 34-35, 53, 240, 398 Tanger, 173-174 Taroudannt, 38-39, 47, 111 Tchad, 32-33, 168-169, 208, 211, 392, 397 Teda, 26, 32-33, 161, 168-169, 206, 208, 211, 213, 231, 392, 397 Terloulou, 38, 40, 47, 91, 101, 122, 185, 234, 374 Tibesti, 32, 61, 168, 208, 392, 397 Tidjikdja, 30, 62, 165, 243, 286, 390, 399-400 Tiffoultoute, 38, 119, 180 Tighboula, 38, 40,46, 300-303 Tiznit, 38-39, 47, 76, 98, 137, 235, 256, 318, 324-330 Tlemcen, 161, 172, 338 Touareg, 26-28, 30-31, 53, 5962, 161-162, 205-206, 208, 241-243, 308, 386-388, 390, 397 Tunisie, 22, 25, 29, 42, 55, 77, 112, 129, 161, 163, 165, 203204, 206, 211, 229-232, 243244, 251, 276, 309, 356, 362, 372, 378, 380, 396 Vallée de la Saoura, 26, 35, 209 Vallée du Dra, 240, 321, 324325 Zaghawa, 26, 33, 161, 169, 392 Zaïda, 40, 46, 89, 135, 207, 297 Zhana, 38-39, 245, 286

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