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BOUM ET L'ARC-EN-CIEL par Enid BLYTON

« Ah ! J'aimerais bien être riche! » s'écrie Boum, le petit tambour. Il suffit pour cela d'aller chercher le trésor caché au pied de l'arc-en-ciel. Mais c'est plus facile à dire qu'à faire. Pourtant, Boum se met gaillardement en route, suivi de son chien Snif. Boum badaboum boum boum! Bonne chance, Boum!

Ce livre porte le label MINIROSE, c'est-à-dire qu'il intéresse les enfants dès qu'ils savent lire, et qu'il peut aussi bien leur être lu à haute voix.

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Série Boum
(8 volumes)

Boum au bord de la mer Boum dans la ville enchantée Boum et l'arc en ciel Boum et le clown Boum et le petit ours Boum le petit tambour Boum et les trois Boum, sa grosse caisse et son petit chien

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TABLE
BOUM au Village-des-Pommiers Bonny et Benny Vers l'arc-en-ciel Lente montée et brève glissade Où est la cruche pleine de pièces d'or? Quelle découverte ! Salut, commandant cachalot 7 21 37 53 69 82 100

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CHAPITRE PREMIER Boum au Village-dès-pommiers

Boum ! Quel plaisir d'entendre ta grosse caisse au détour du chemin. Et voilà ton inséparable Snif qui trotte sur tes talons !
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BONJOUR,

«Boum, boum, badaboum boum boum ! » chante la grosse caisse. « Ouah, ouah, ouah, ouah ! » aboie Snif en se tortillant de joie aux pieds de son petit maître. « Ah ah ! voilà Boum le petit tambour ! lança gaiement M. Crémeux le laitier. Hé, Boum ! arrête-toi un instant et joue-moi un petit morceau. Tiens» bois un peu de lait, — Oh! merci, monsieur Crémeux», dit Boum en avalant le lait mousseux à la bouteille» .

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Il s'arrêta avant d'avoir tout fini et versa les dernières gouttes dans là gueule de Snif. Quel régal! Boum avait l'estomac plein et il joua un petit air pour remercier le crémier. Puis il reprit sa route, jouant toujours. Il marchait au

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pas, impeccable dans son uniforme rouge. « Mais c'est Boum le petit tambour !» dit le père Lesoulier en le voyant approcher. Le vieux vagabond était assis au bord de la route,

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il avait posé ses grosses chaussures trouées à côté de lui et il délassait ses pieds épuisés. « Ah ! petit Boum ! joue donc une marche militaire, ça redonnera peutêtre du courage à mes vieux pieds fourbus. » Boum s'appliqua et chanta sa petite chanson en déniant : Boum badaboum bada J'arrive, me voilà Par les prés ou les bois C'est moi, c'est moi! Boum badaboum bada. Le vieux vagabond attacha ses

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chaussures par les lacets et les mit autour de son cou. Il se leva et emboîta le pas à Boum. Le petit tambour partit sur le chemin. « Tu es un brave petit gars », dit le père Lesoulier en s'arrêtant près d'un poteau indicateur. Il fouilla dans sa poche. « Tiens, prends ça... C'est tout ce que je peux te donner. » Et il donna à Boum un grand mouchoir rouge avec des étoiles blanches. « Oh non ! Je ne peux pas accepter votre beau mouchoir, dit

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Boum. Ça m'a fait plaisir de jouer pour vous. » Le vagabond avait l'air très triste que Boum ne veuille pas de son mouchoir. Le petit tambour tendit la main et le prit. « D'accord, je le prends et je le garde précieusement », dit-il en essayant de le faire entrer dans sa poche. Mais il était si grand qu'un bon morceau resta au dehors. « Merci, père Lesoulier ! — Je reste auprès de ce poteau indicateur en attendant une voiture. Elle me fera faire un bout

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de chemin, dit le vagabond. Alors disons-nous au revoir... Et sois toujours aussi gentil! - Au revoir », dit Boum. Et il prit la route avec son chien. Le poteau indiquait la direction du Village-des-pommiers. Boum trouva que c'était un joli nom. « Je pense qu'il y a beaucoup de pommiers, là-bas, dit-il à Snif. Mais nous n'aurons pas de pommes, parce que c'est le printemps et elles ne mûrissent qu'à l'automne. Peut-être pourronsnous manger un morceau. J'ai faim! Pas toi?

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— Ouah ! » dit Snif très, très fort parce qu'il avait très, très faim. Et il remua la queue si vite que son maître pouvait à peine la voir. Boum s'arrêta de jouer une minute. Avait-il assez d'argent pour acheter à manger ? Oui ! Quelques

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pièces tintaient tout au fond de sa poche. Cela voulait dire un chausson aux pommes pour lui et un os pour Snif. Boum badaboum bada Les amis quel festin! Un os pour mon bon chien
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Et un chausson pour moi! Boum badaboum bada. Le village était ravissait, il était entouré de gros et de petits pommiers tous en fleur. «Oh! Comme ça sent bon! dit Boum en inspirant très fort. Et
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regarde, Snif, il y a juste une pâtisserie «a lias de cette petite rue. Viens, nous allons dépenser tous nos sous ! » Ils se retrouvèrent bien vite assis sur un petit banc de bois devant la pâtisserie de Mme Miette. Snif grignotait un os énorme et Boum un délicieux chausson aux pommes. « Il y a des miettes, Snif, tu pourras lécher dans... » Mais Boum ne put finir sa phrase. Il fut interrompu par des cris et des appels. Snif dressa un peu les oreilles

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et se mit à grogner. M. Miette, le pâtissier, sortit du magasin avec sa petite femme dodue. « Mon Dieu ! J'ai bien peur que la famille Lhumble n'ait été jetée dehors, dit le pâtissier. — Les pauvres, ils n'ont plus d'argent pour payer leur loyer, dit sa femme. Mme Lhumble a été malade et M. Lhumble s'est cassé k jambe. Il ne peut plus travailler. Comment voulez-vous nourrir six enfants et payer le loyer quand vous n'avez pas d'argent du tout ? — Les pauvres, dit Boum en se relevant, son gâteau à-demi mangé.

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Quelqu'un pleure. Regardez, À l'angle de la rue, ces deux enfants, un garçon et une fille.. — Ce sont les jumeaux. — Ouah ! » dit Snif, et il courut vers les deux enfants en larmes. Il les lécha affectueusement et posa son os à leurs pieds. «Ouah! Ouah! Prenez mon os ! Ouah!»

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CHAPITRE II Bonny et Benny
MADAME MIETTE

appela

les

deux

enfants. « Venez ici les jumeaux! Que s'est-il passé?'» Les d'eux enfants approchèrent, pleurant toujours.
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« Ils se ressemblent comme deux gouttes d'eau, pensa Boum, les mêmes cheveux noirs et les mêmes yeux bleus. » « On nous a mis à la porte de chez nous, dit le petit garçon. Alors nous avons pensé, ma sœur Bonny et moi, que nous devrions essayer de gagner un peu d'argent. Mais nous ne savons pas que faire. — Ce sont Bonny et Benny, les jumeaux, expliqua Mme Miette à Boum. Ne bougez pas, je vais vous donner un chausson aux pommes à chacun. Tambour, dis à ton chien de manger son os sans

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regret. Il est gentil mais il ne sait pas qu'il est trop dur pour les dents des enfants !... Voilà pour vous, les jumeaux, un chausson chacun. Asseyez-vous et arrêtez de pleurer. » Bonny et Benny s'assirent et dévorèrent leurs chaussons. Ils regardèrent Boum, étonnés. Il leur paraissait splendide. « Es-tu très riche, Tambour ? dit enfin Bonny. Tu as de si beaux habits ! Tu vis dans un château ? — Oh non! je vis nulle part, dit Boum. Je flâne tout autour du monde, d'aventure en aventure.

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Pour ce qui est d'être riche, regardez dans mes poches. Vous pouvez prendre tout l'argent que vous y trouverez ! » Bonny plongea aussitôt la main dans la poche gauche, et Benny dans la droite. « Il n'y a qu'un grand mouchoir rouge dans cette poche, dit Bonny, désappointée.

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— Un petit crayon, un canif et un carnet dans celle-ci, dit Benny. Petit Tambour, tu es aussi pauvre que nous. Comment gagnes-tu ta vie, alors?

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— La plupart du temps, avec mon tambour, dit Boum. Les gens aiment m'entendre jouer, et ils me donnent quelques sous de temps en temps. Je n'ai pas de château, mais j'ai un très bon ami qui vit dans une maison faite avec un vieux bateau et je peux toujours aller

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vivre avec lui lorsque je n'ai plus d'argent. C'est un vieux marin, le commandant Cachalot. — Tu as de la chance, répondit Bonny, en se serrant du grand mouchoir rouge pour sécher ses larmes. Si seulement nous avions des tambours nous aussi, nous pourrions jouer comme toi et gagner assez d'argent pour .payer le propriétaire — Nous ne pouvons même pas payer nos chaussons aux pommes, dit Benny. -Oh si! vous pouvez, dit

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Mme Miette. Vous n'avez qu'à aller faire ma vaisselle — ,ce sera bien suffisant. Et pendant ce temps j'irai voir M. Grincheux, votre propriétaire, pour essayer de lui parler. Je lui demanderai de vous laisser encore la maison pendant une ou deux semaines; jusqu'à ce que la jambe de votre père aille mieux. — Il ne voudra jamais, nous l'avons supplié et supplié, dit Bonny. Maman dit que son cœur est de pierre. Nous allons faire votre vaisselle, maintenant, madame Miette. Vous êtes gentille!

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Au revoir, Petit Tambour, nous aimerions beaucoup aller avec toi et ton petit toutou, il a été gentil de vouloir sons donner son os !» Bs firent une caresse à Suif et entrèrent dans la cuisine. Boum entendit immédiatement le bruit de l'eau dans l'évier et le cliquetis des assiettes. Les jumeaux étaient de vaillants travailleurs! Mme Miette mit un châle coloré sur sa tête, et parût dans la rue. «Ha! Ha ! Je ne Tondrais pas être le vieux Grincheux! Dit

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M. Miette en secouant la tête. Et pourtant Mme Miette ne tirera rien de lui; le vieux méchant! Que va-til arriver à cette pauvre famille? — J'aimerais être riche, riche, riche! dit Boum en se levant et en remettant les bretelles de son

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tambour, J'achèterais la maison et je la leur donnerais ! Le chausson aux pommes était délicieux, monsieur Miette. Au revoir et merci. Allez, viens, Snif.» Et ils par tirent côte à côte dans la grand-rue. Boum jouait doucement une petite chanson monotone. Il avait le cœur triste. Au bout de la rue il tourna à gauche, et oh ! surprise, il aperçut le reste de la pauvre famille. Le père et la mère des jumeaux étaient assis sur une petite place avec leurs meubles éparpillés autour d'eux. Boum ne put supporter un tel

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spectacle. Il vit un petit chemin et décida de le prendre. Il s'y engagea avec son tambour, Snif sur ses talons, très triste lui aussi. « Et en plus de ça, quelle malchance ! Il commence à pleuvoir ! dit Boum à son chien, en regardant le ciel. Pense un peu à cette pauvre famille, assise dehors sous la pluie battante, avec ses meubles qui s'abîment de plus en plus ! — Ouah ! » dit Snif, tristement, et il mit sa queue entre ses jambes. Oui, il pleuvait des cordes main-

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« Quelle malchance !Il commence à pleuvoir ! »

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tenant, les gouttes de pluie en tombant sur le tambour jouaient un petit air : Tiketi pan Les pauvres gens Assis dehors Jetés dehors Tiketi pan Et leurs enfants? Tiketi pan. « Tu entends ce que la pluie joue sur mon tambour ? dit Boum. Je voudrais qu'elle s'arrête, ça me rend encore plus triste. Snif, dis-

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moi où nous pourrions trouver de l'argent ! » Snif ne savait pas, et il s'assit dans une flaque pour y penser un peu. « Ce n'est pas bien, dit Boum, tu n'es pas sage. Si tu dois faire des choses comme ça, Snif, tu devras toujours porter une serviette éponge avec toi. Viens là, laissemoi te sécher avec le mouchoir du vieux vagabond. Et mets-toi à l'abri maintenant, il pleut à torrents... Heureusement, ce n'est qu'une giboulée, regarde là-bas, le ciel bleu revient déjà. »

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Snif se mit sous un gros pommier à côté de Boum, qui commença à le frotter avec le grand mouchoir. Puis brusquement ils entendirent des cris et regardèrent : « Hé hé ! Petit tambour, attendsnous ! Nous venons avec toi ! Attends-nous ! »

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CHAPITRE III Vers l'Arc-en-Ciel

MAIS ce sont Bonny et Benny, les jumeaux!» s'écria Boum, surpris. Snif courut au-devant d'eux en jappant.
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« Boum ! Nous ne savions pas quoi faire, nous avons décidé de venir avec toi. Nous voulons gagner un peu d'argent, dit Benny essoufflé. S'il te plaît, laisse-nous venir avec toi. — Bien sûr ! Le problème c'est que je ne sais pas comment vous allez pouvoir gagner le moindre sou, dit Bonny en étendant le mouchoir sur un buisson pour qu'il sèche. Vous n'avez même pas de tambour! — Nous savons danser, dit Bonny. Regarde-moi. Je danse bien, hein ! »

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Et elle se mit à sautiller sur place. « Non, dit Boum, pas vraiment. Tu te tortilles comme Snif, et ça ne lui a jamais rapporté le moindre centime. — Je sais chanter, moi », dit Benny. Et il commença à... chanter!

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Boum se boucha les oreilles et Snif partit comme une flèche se cacher sous un buisson. «Arrête! Arrête! dit Boum. Tu fais un boucan affreux. La seule chance de gagner de l'argent avec une voix pareille, c'est de te faire payer pour te taire ! — Oh! dit Benny, je ne voudrais

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pas être payé pour me taire. Je veux gagner de l'argent en faisant quelque chose. — S'il te plaît, s'il te plaît, laisse nous venir avec toi, demanda Bonny en prenant la main de Boum dans sa petite paume tiède. Tu as l'air si intelligent ! Tu n'as pas une idée pour nous aider? Un tambour comme toi! — Je ne suis pas très intelligent, tu sais. Lorsque je vivais dans un grand fort avec d'autres soldats, je n'ai jamais pu apprendre à tirer droit. J'ai même cassé le sommet d'une tour du fort d'un coup de canon. »

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Les jumeaux éclatèrent de rire Et pendant qu'ils riaient, la pluie s'arrêta et le soleil pointa derrière un gros nuage blanc. «Oh! Regarde! dit Bonny en montrant le ciel. Un Arc-en-ciel !

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Le plus gros et le plus beau que j'aie jamais vu !» Ils regardèrent tous l'Arc-en-ciel brillant. Il s'étirait entre les nuages en un grand demi-cercle qui brillait de ses sept couleurs différentes. « Regarde., il y a du rouge, de l'orange, du jaune, du vert, du bleu, de l'indigo et du violet, dit Benny. D'où vient-il cet Arc-en-ciel?» Boum se rappela brusquement quelque chose que sa tante Aglaé lui avait dit. El regarda l'Arc-enciel, excité. « Écoutez-moi, dit-il. Savezvous ce que m'a dit ma vieille

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tante Aglaé?... Elle m'a raconté qu'il y a très longtemps quelqu'un avait caché une cruche pleine de pièces d'or à une des extrémités de l’Arc-en-ciel. Les pièces seront à celui qui les trouvera. Alors, pourquoi n'essayerions-nous pas d'aller les chercher ? L'Arc-en-ciel

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n'a pas l'air d'être si loin que ça.» Les jumeaux le regardèrent. « Personne n'a encore trouvé le trésor? demanda Benny. — Non, dit Boum. Personne ne l'a trouvé. Regarde? on peut

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voir les deux extrémités de l'Arc. Il y en a une sur cette petite montagne pointue et l'autre sûr cette grosse colline arrondie. L'or est sûrement d'un côté ou de l'autre. — Alors, allons le chercher! s'écria Bonny enchantée. II va falloir acheter des pelles pour creuser…

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Mais nous n'avons pas un sou: — Allons d'abord jusqu'à l'Arc avant de nous tracasser pour les pelles, dit Benny en s'engageant à grands pas sur le chemin. Venez, l'Arc va disparaître si nous ne nous, dépêchons pas. Viens, Bonny! » ... Ils allèrent tous vers l’Arc-enciel. Il brillait toujours dans le lointain et il était si beau que même Snif ne pouvait pas le quitter des yeux. Sur le chemin: un virage et puis un autre —- contourner une flaque — franchir un ruisseau — traverser un champ de blé —

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descendre une petite montagne — en escalader une grande—et toujours cet Arc dans le ciel posé sur ses collines. Reste, reste» Arc-en-ciel, ne l'en va pas avant que Boum et les jumeaux ne t'atteignent. Sois patient
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Attends Snif aussi... Regarde-le galoper vers toi dans les flaques! Es s'approchèrent peu à peu de l'Arc-en-ciel. Plus ils s'approchaient, plus il leur semblait énorme. L'éclat des couleurs leur faisait plisser les yeux. « Nous y sommes presque, dit Boum. Regarde, tu peux voir son extrémité luire là où elle touche le sommet de la colline. Allons-y, escaladons! Il tapa sur son tambour et se mit à chanter à tue-tête ;

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Grimpons grimpons grimpons Di di boum di di boum di bon Grimpons sur la colline Di di boum di di boum di bin Et qu'allons-nous trouver? Un trésor bien caché! Boum di di boum di bé. Grimpons grimpons grimpons Boum di di boum di bon. « Quelle jolie chanson, dit Benny tout essoufflé. Je voudrais savoir chanter comme toi... Nous y sommes presque !» Ils y étaient. L'Arc brillait de toutes ses

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belles couleurs. Ils avaient de la peine à voir où il faussait exactement tant ils étaient éblouis. Au sommet de la colline, les couleurs de l'Arc tombaient sur le sol comme les gouttes d'eau d'une cascade colorée. «Regarde, il y a une petite cabane en bois là-bas, dit Boum brusquement. Tu crois que quelqu'un peut vivre dans quelque chose d'aussi petit? — Non, ne te tracasse pas pour ça. Il faut trouver l'or... Mais nous n'avons pas de pelle! On ne peut

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tout de même pas creuser avec nos mains! » Ils allaient s'agenouiller lorsqu'une grosse voix arriva jusqu'à eux : « Qu'est-ce que vous faites sur la colline de l'Arc? Vous voulez un ticket pour aller de l'autre côté ? Hein ! Qu'est-ce que vous faites ?»

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CHAPITRE IV Lente montée et brève glissade

BOUM leva les yeux aussitôt. Qui criait de la sorte ? Ah ! il y avait une minuscule fenêtre dans la petite cabane de bois et un visage en sortait. Les jumeaux
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étaient si affolés qu'ils filèrent en courant jusqu'au bas de la colline. « Nous sommes venus pour chercher l'or ! cria Boum, courageux. Nous savons qu'il a été enterré au pied de l'Arc-en-ciel. — Vous vous êtes trompés de pied, s'écria le visage de la fenêtre. Si vous voulez grimper sur l'Arc pour aller de l'autre côté, vous pouvez prendre des tickets ici. — Cette petite cabane est donc une caisse! dit Boum surpris. Combien coûtent les tickets? — Trois francs chacun, dit le visage de la fenêtre.

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— Nous n'avons pas un sou, répondit Boum tristement. — Laisse-moi essayer ta grosse caisse et je te laisserai monter pour rien, proposa le visage. — D'accord, dit Boum. Sors et je te ferai voir comment il faut faire, mais donne-moi les tickets d'abord. — Bon, .rappelle tes amis », dit le visage avant de disparaître. Boum rappela les jumeaux. Ils revinrent. Un drôle de petit bonhomme sortit de la cabane. Il portait une cape faite de lambeaux

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d'Arc-en-ciel qui brillaient encore. Il sortit trois tickets. «Tiens, et maintenant, laissemoi jouer sur ton tambour. » Il le mit sur ses épaules, prit la mailloche et commença à jouer. Boum ! Boum ! Boum ! Hou là

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Là ! II tapait si fort que l’Arc-enciel tremblait des pieds au sommet. « Sois prudent ! Tu vas casser l’Arc en mille morceaux. » Le marchand de tickets tapa plus doucement en faisant fièrement les cent pas. « Ça suffit, tu as tapé pour trois tickets, dit Boum après un moment. Rends-moi ma grosse caisse. » Le petit bonhomme rendit la grosse caisse avec un soupir. « Vous devez escalader la première moitié de l’Arc, dit-il, et

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vous laisser glisser sur l'autre, comme sur un toboggan. Je peux vous donner trois petits tapis, si vous voulez, pour glisser sans user le fond de vos pantalons, — Non, nous nous passerons de tapis, merci », dit Boum. Il avait peur que le petit homme reprenne la grosse caisse et brise l’arc-en-ciel pour de bon, « Nous descendrons doucement poursuivit-il. — Rien à faire ! s'écria le petit homme. Ça ne servira à rien, tout le monde descend à cent à l'heure ! Pas moyen de ralentir ! Ça ne fait

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rien, vous trouverez un magasin à l'autre bout qui vend des vêtements neufs. Vous en aurez certainement besoin, » Boum, les jumeaux et Snif s'approchèrent de l'extrémité de l'Arc. Comment faire pour escalader cela? C'était glissant et très très pentu!
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« Vous voulez de là colle pour Arc ? demanda le petit homme. Si tu me laisses jouer un peu sur... — Non, dit Boum sèchement* Donne-nous de la colle et je dirai à mon chien dé te lécher trois fois pour te porter bonheur. — C'est très gentil», dit l'homme ravi.
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Snif se précipita et le lécha trois fois. « Voilà la colle, dit le petit homme en donnant une boîte à Boum. Vous vous en mettez un peu sur les mains et un peu sous les pieds et comme ça vous ne glisserez pas. Mettez-en aussi sous les pattes du chien sinon il repartira en arrière lui aussi, il reviendra vers moi ! Ah ! Ah ! Ça serait bien !» Boum ouvrit la boîte et découvrit une sorte d0 cirage brillant. Il s'en mit sur les mains et sous les semelles. Ë en mit aussi un

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petit peu sous chaque patte Snif. Puis il donna la boîte aux jumeaux. « Voilà. Ça vous empêchera de reculer… — Attention, Snif! Sois prudent, parce que si tu roules sur le dos tu vas te mettre à glisser

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vers le bas à cent à l'heure ! » L'ascension était maintenant beaucoup plus facile, mais c'était tout de même bien étrange de grimper sur une route aussi brillante. Ils avaient l'impression de monter droit dans le ciel Boum jeta un petit coup d*o3ïl vers le sol. Ils étaient déjà si haut qu'il eut un peu mal au cœur. Snif n'aimait pas ça du tout. Effrayé, il restait tout contre son maître. « N'aie pas peur, Snif, dit Boum, je t'attraperai par la queue si tu glisses ! »

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Ils arrivèrent enfin au sommet. Quelle vue! La descente paraissait terriblement pentue! « Heureusement que nous pouvons nous laisser glisser, maintenant, dit Boum, j'en ai assez de grimper! Mais la descente est si raide que j'ai bien peur d'y laisser
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mon fond de culotte! Le marchand de tickets avait raison. Comment faire? — Et ton grand mouchoir rouge?... Celui du vagabond, dit Bonny. Asseyonsnous tous dessus et je prendrai Snif sur les genoux. — Bonne idée ! » dit Boum enchanté. Il sortit le mouchoir et le posa sur l'Arc. « Si tu quittes ta grosse caisse, nous pouvons tenir tous les trois, dit Benny. Laisse-la donc rouler toute seule, on la retrouvera en bas.

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- D'accord », dit Boum, Il quitta la grosse caisse et la laissa descendre. Elle prit immédiatement de la vitesse, Whoooooooooh ! Ils s'assirent sur le grand mouchoir rouge. Snif sauta sur les

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genoux de Boum... Et en route pour l'aventure! Ils filèrent comme le vent sur le grand Arc-en-ciel brillant. Whoooooooooosh ! Boum se mit à chanter à tuetête:
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Sur le grand toboggan, Rapide et élégant, Je glisse avec Bonny, Snif chien, et Benny. C'est la course au trésor Bientôt nous aurons l’or Glissons, glissons, glissons, Mais faisons attention Quand nous atterrirons!

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CHAPITRE V Où es la cruche pleine de pièces d'or?

QUELLE belle partie de toboggan! Le vent sifflait dans leurs cheveux. Les moustaches et les oreilles de Snif partaient en arrière. Boum garda tout le temps

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une main sur sa casquette de peur qu'elle ne s'envole. Et d'un seul coup Badaboum ! Ils atterrirent à l'autre bout de l'Arc. Ils firent quatre ou cinq pirouettes dans l'herbe, à moitié contents, à moitié effrayés. Snif, lui, fit vingt-deux cabrioles, il avait tellement mal au cœur qu'il se mita dessiner des huit en marchant. Ils éclatèrent tous de rire. Boum ramassa le grand mouchoir et regarda. « Regardez, dit-il en le montrant aux autres, nous avons eu de

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la chance d'avoir le mouchoir... Il est plein de trous maintenant! Nous aurions abîmé tous nos habits!... Bon, que faisons-nous? » Ils regardèrent autour d'eux. .A quelques pas il y avait une petite boutique rigolote avec une dame qui tricotait devant la porte.

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«Elle tricote une écharpe en fil d'Arc en Ciel, dit Bonny étonnée. C'est joli ! Et regardez celles qui sont terminées dans la vitrine. J'aimerais bien avoir de l'argent pour en offrir une à maman! - Qu'est-ce qu'il y a d’autre dans cette boutique? Demanda

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Boum en s'approchant. Qu'est-ce gué c'est, là?... — Des pelles ! s'écria Benny. Quelle drôle d'idée de vendre dés pelles et des écharpes ici, dans ce coin désert. — Pas aussi drôle que ça, dit Bonny. Je pense qu'il y a des tas de gens qui viennent au pied de l'Arc pour chercher le trésor et qui achètent une écharpe en souvenir... — Bien sur ! dit Boum. J'avais oublié le trésor!... Il se passe tellement de choses. Suif» tu es encore un peu secoué, assieds-toi

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et repose-toi un moment pendant que nous allons chercher des pelles.» Suif s'assit, pendant que les autres approchaient de la vieille dame. « Alors, mes petits chéris ? ditelle. Ne me dites pas que vous voulez aller à la recherche de ce stupide trésor? — Eh bien... si, dit Boum. Mais pourquoi dites-vous stupide ? — Parce que, mon petit tambour, il y a un million de personnes qui m'ont emprunté mes pelles pour creuser et creuser et

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retourner chaque centimètre carré de terrain... Et jamais personne n'a trouvé la moindre piécette d'or ! dit la vieille dame. Ne perdez pas votre temps à creuser! — Oh ï. Mais nous avons besoin d'argent. Je veux aider mes deux amis, les jumeaux, dit Boum

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désappointé. Combien prenezvous pour la location de vos pelles? — Un franc par pelle, dit la vieille dame. Mais vous, vous pouvez les prendre gratuitement et je vous donne même en prime un beignet à chacun si vous portez ce panier de linge et que vous étendez celui-ci sur le fil là-bas. » Quelques secondes plus tard, le linge flottait au vent. Boum, Bonny et Benny étaient assis dans l'herbe et mangeaient des gros beignets trempés dans le sucre. Snif avala le sien tout rond.

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« Oh ! Quel dommage d'avaler un beignet aussi bon d'un seul coup! dit Bonny. Tu n'as même pas senti le goût, Snif ! - Je me demande bien où a pu passer ma grosse caisse, dit Boum brusquement. S'il vous plaît, madame, n'avez-vous pas vu passer une grosse caisse? -J'ai vu quelque chose descendre le long de l'Arc et disparaître comme une flèche, dit la vieille dame en donnant une pelle à chacun. Mais je ne peux pas dire si c'était une grosse caisse, c'est passé si vite que je ne me suis

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rendu compte de rien. Dieu sait où elle est partie Elle doit être à plusieurs kilomètres à l'heure qu'il est. — Oh! Quel malheur! » dit Boum. Il regarda, inquiet, autour de lui.

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« Je pensais qu'elle allait s'arrêter ici. Il faut que j'aille la chercher. — Cherchons d'abord le trésor, dit Benny en se levant. Je propose que nous commencions juste au pied de l'Arc, là. » Ils commencèrent à creuser. Le sol était mou et ils firent bien vite dès dizaines de petits trous partout. A un moment, Boum poussa un cri : sa pelle avait heurté quelque chose de dur... Mais ce n'était qu'un caillou ! Ils étaient très très déçus...

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Ils eurent vite trop chaud... Et ils furent vite fatigués! Boum jeta sa pelle sur le sol. «Je ne veux plus creuser. Je ne crois plus à cette histoire de trésor, c'est une fable ! Je vais aller chercher la grosse caisse. Elle vaut plus que tous les trésors de là terre. — Nous allons avec toi», dit Benny. » Ils rendirent les pelles à la vieille dame qui tricotait toujours son écharpe d'Arc-en-ciel. « Nous en avons assez, dit Boum, nous allons chercher ma

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grosse caisse. Dans quelle direction est-elle partie? — Tout droit vers le bois, làbas, dit la vieille dame. J'espère que vous allez la retrouver. Au revoir, et revenez me voir de temps en temps! » Ils partirent tous quatre, déçus et fatigués. Ils marchaient doucement en regardant partout, autour d'eux. Où pouvait-elle bien être?

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CHAPITRE VI Quelle découverte !

BOUM chanta une petite chanson pour essayer de remonter le moral: Mon tambour adoré Jusqu'où as-tu roulé?

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Pourquoi es-tu parti? Toi mon tambour joli? Mais c'était plus une chanson triste qu'une vraie chanson pour remonter le moral. Snif laissa retomber sa queue et pleura tristement. «Ne chante plus cette chanson, demanda Bonny. Elle me donne envie de pleurer... Regarde, voilà le petit bois... La grosse caisse est .peut-être dans un buisson ? » Es regardèrent partout, mais rien à faire, ils ne virent pas la grosse caisse.

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Ils finirent par s'asseoir, affamés et fatigués. Boum sortit ses mailloches et joua un petit air sur un tronc d'arbre creux. Rat ta ta ta ta ta ta Ra ta ta Rata. « Peut-être que ma bonne vieille grosse caisse entendra et qu'elle saura que nous la cherchons», dit-il. A ce moment — quelle SURPRISE! — ils entendirent un bruit qui répondait à l'appel de Boum. Un bruit pas trop éloigné. Snif sauta de joie et d'excitation. Boum di di boum di di boum baboum!

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« Ma grosse caisse ! C'est ELLE ! Je k reconnais ! C'est ELLE ! cria Boum en bondissant sur ses pieds. Elle m'a répondu! Vous avez entendu? » Il tapa à nouveau sur l'arbre creux et s'arrêta pour attendre une réponse... Et la réponse vint :

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Boum di di boum di di boum Babouin! « Venez, elle n'est pas loin d'ici, cria Boum. Snif, cherche, allez, cherche! Vite !» Quelle impatience ! Bonny et Benny se précipitaient dans les buissons, regardant partout, et

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Boum courait dans tous les sens derrière Snif. Où était passée cette bonne vieille grosse caisse? «Et qui tape dessus? se demanda Boum brusquement. J'espère qu'il voudra bien me la rendre! » Et lia la trouvèrent enfin. Elle était de l'autre côté d'un petit ruisseau, intacte... Et qui tapait dessus à votre avis? Regardez bien... Oui, un petit lapin blanc qui danse directement sur la peau de tambour en Élisant une jolie musique! Dès qu'il vit Boum, il sauta et

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s'engouffra dans un terrier de peur d'être grondé. « Reviens, petit lapin, reviens ! Tu m'as aidé à retrouver k grosse caisse ! Je ne te veux pas de mal, reviens ! » cria Boum. Le lapin revint avec une bonne

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douzaine d'amis, timides et curieux ! Boum enfila les bretelles de sa grosse caisse et commença à jouer. Quel plaisir! Soudain, Bonny poussa un grand cri. Elle montrait du doigt le terrier. « Boum ! Benny ! Regardez,

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qu'est-ce que c'est? Regardez, là, vers le terrier. » Ils regardèrent tous le trou. Quelque chose brillait, coincé au bord de l'ouverture. « Oh ! oh ! oh ! oh ! Je pense que c'est une pièce d'or ! » dit Boum. Il s'agenouilla pour voir de plus près. Il gratta autour de la pièce brillante, et elle tomba avec un joli son cristallin. Oui, pas de doute, c'était bien une pièce d'or! « Boum ! Boum ! Crois-tu que la cruche de pièces d'or est cachée au fond du terrier ? s'écria Benny.

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C'est peut-être un lapin qui a remonté cette pièce en creusant. Allez, vite, cherchons ! Mais nous n'avons plus de pelle, dit Boum. Et nous ne retrouverons jamais notre chemin pour retourner vers la vieille dame. Je vais creuser avec mes mailloches. » Rien à faire. Le sol était dur et les mailloches faillirent se casser. Snif se précipita et commença à creuser avec ses pattes avant... Et les lapins s'y mirent eux aussi ! Les jumeaux et Boum s'abritèrent à cause de la terre projetée dans tous les sens.

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Le trou se creusa, et se creusa. Cette cruche était enterrée bien profond! On ne voyait déjà plus les lapins... On ne voyait déjà plus Snif. Snif aboya et ressortit comme un diable. Il tenait dans sa gueule

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un petit objet brillant. Il le posa aux pieds de Boum. « Une autre pièce d'or encore plus grosse ! cria Boum. Nous avons trouvé le trésor, plus de doute ! Ecartez-vous un peu, les lapins, je vais voir au fond du trou.» Les lapins s'écartèrent et Boum se coucha à plat ventre pour regarder au fond. « C'est très profond ! dit-il. Je crois que je peux atteindre le fond si tu me tiens par les pieds, Benny.» Benny lui prit les pieds, et

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Boum se laissa glisser dans le trou, tête première et bras tendus. Oui! H y avait quelque chose au fond — quelque chose plein de pièces d'or sonnantes et trébuchantes ! Quelle découverte ! « Oh ! Je ne peux pas sortir la cruche, dit Boum essoufflé. Je crois qu'elle est cassée. Je vais sortir les pièces par poignées et vous les faire passer. Tiens bien mes pieds, Benny ! » II y eut vite un joli tas de pièces dorées sur l'herbe verte. Snif s'assit à côté pour monter la garde.

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« Vous en voulez un peu, les lapins ? » demanda Boum lorsqu'il ressortit enfin du trou. Mais les lapins n'en voulaient pas. « Ils ne vont jamais faire les courses, dit Bonny. Ils n'en ont

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pas besoin. Nous allons leur faire une bise à chacun et repartir. Rentrons, vite, vite, vite à la maison. Allons donner un peu d'or à mes parents avant la fin du jour. Je ne veux pas qu'ils passent la nuit dehors! » Ils embrassèrent chaleureusement les lapins et repartirent dans la forêt. Boum avait mis toutes les pièces d'or en sécurité à l'intérieur de sa grosse caisse. Lorsqu'il jouait un morceau, elle faisait un drôle de bruit. Ce n'était plus : « Boum Boum Boum » mais « Boum Click Boum » !

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« II ne nous reste plus qu'à retrouver notre chemin, dit Boum, Dieu sait quelle est la bonne route! Allons-y ! » Et ils se mirent en marche derrière Boum qui chantait : Boum bada boum bada Coucou nous revoilà ! Et nous avons trouvé Le trésor bien caché Boum bada boum badé Jamais mon gros tambour N'a pesé aussi lourd. Aidez-moi les jumeaux ! Je vais me casser l'dos! Boum bada boum bada

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Ils se mirent en marche derrière Boum qui chantait.

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Cela fit rire tout le monde... même Snif. Mais, maintenant, quel est le bon chemin? Ne te perds pas, Boum, s'il te plaît, ne te perds pas!

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CHAPITRE VII Salut, commandant Cachalot ! BOUM, Bonny, Benny et Snif marchèrent, marchèrent et marchèrent. Ils traversèrent la forêt pendant des kilomètres et des kilomètres. Lorsqu'enfin ils en
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sortirent ils se trouvèrent sur la berge d'une large rivière. « Regardez ça, dit Boum désespéré, une sale, humide, froide et profonde rivière! Rien à faire pour la traverser. Sur l'autre rive on dirait qu'il y a une petite ville où nous pourrions manger et peutêtre prendre le car pour rentrer au Village-des-pommiers... Mais comment traverser ? » Ils s'assirent sur la rive, fatigués et tristes. Un moment plus tard ils virent arriver une barque. Le rameur était un petit vieux qui portait

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une longue barbe blanche. Il ressemblait à un lutin. Boum l’appela. « Combien voulez-vous pour nous transporter sur l'autre rive? — Une pièce d'or... et tu n'en as pas, Petit Tambour! cria le lutin.

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— J'en ai ! » dit Boum en glissant la main dans sa grosse caisse. Le lutin était diablement surpris. Il rama tranquillement jusqu'à la rive et prit la pièce d'or. « Montez à bord, dit-il. Je vais vous faire traverser. » Ils montèrent tous, mais à

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mi-chemin le lutin s'arrêta de ramer. « Je t'ai vu prendre cette pièce dans ta grosse caisse! dit-il. Et j'entends au cliquetis que tu en as beaucoup d'autres* Vous avez trouvé le trésor, hein? Ah! Ah! Il va falloir le partager avec moi ou je vous jette tous à l'eau! » Quelle surprise! Que va faire Boum, maintenant? Il crie : « A l'aide ! A l'aide ! Venez nous aider ! A l'aide !» Mais la rivière est déserte et le vieux lutin s'esclaffe.

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«Allez, donne-moi l'or! dit-il en tapant sur la grosse caisse. Boum Click Boum ! — Non! crie Boum. Attaque, Snif ! » Aussitôt, le petit chien courageux se jeta sur l'arrogant vieux lutin ! « Plouf! » Le lutin poussa Snif dans la rivière. Snif nagea tout autour du bateau en essayant d'aboyer avec la gueule pleine d'eau. Fuis au moment précis où Boum mettait la main dans sa grosse caisse pour donner l'or,

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une énorme voix résonna pardessus les eaux. «Ohé! du bateau !l Que se passe-t-il?» Ils s se retournèrent tous pour voir d'où venait la voix. Un petit voilier leur fonçait droit dessus. Qui était à son bord?... Devinez?...

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Le commandant Cachalot! « Commandant Cachalot ! hurla Boum étonné et ravi. A l'aide, commandant ! Prenez-nous à bord. Le voilier arriva tout près d'eux et obligea le petit bateau à accoster

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Le commandant Cachalot se pencha et saisit le lutin, effrayé, par l'oreille. Il le secoua comme un prunier. « Encore en train de jouer des tours, père La Flemme, dit-il. Je vais te donner une leçon. A toi de passer par-dessus bord! » Il y eut un «plouf» et l'horrible vieux lutin partit à la nage aussi vite que lui permettaient ses petits bras. Snif essaya de le rattraper pour lui mordre les doigts de pied mais n'y arriva pas. « Oh ! Commandant, comme ça

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fait plaisir de vous voir, dit Boum en montant sur le voilier. Comment se fait-il que vous soyez arrivé pile au bon moment ? — Eh bien je fias souvent un petit tour pendant les beaux jours de printemps, dit le commandant

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avec sa voix énorme. Cette rivière est une de mes préférées. Mais que faites-vous ici ? J'aimerais bien savoir !...Allons, monte donc Suif à bord! Il est tout essoufflé. » Ils se retrouvèrent bientôt tous sur le petit bateau. Boum raconta leurs aventurés. Le commandant fit une drôle de tête lorsqu'il apprit qu'ils avaient trouvé le trésor. « J'ai mis l'or dans ma grosse caisse, dit Boum fièrement. C'est pour ça qu'elle pèse si lourd. Chacune de ces petites pièces est destinée à payer le loyer de la maison

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de Bonny et Benny. On les a jetés dehors, vous savez. — Eh bien, mon p'tit gars, on dirait que tu t'es retrouvé mêlé à de nouvelles aventures, dit le commandant Cachalot. C'est une chance que je sois arrivé au bon moment. Ce voyou de père La Flemme vous aurait volé tout votre or. Et en plus, il vous aurait jetés par-dessus bord... Il y pensera à deux fois la prochaine fois qu'il voudra jouer un mauvais tour... » Le petit voilier descendit doucement la rivière, ses voiles

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chantant dans le vent. Boum se sentait très heureux, il avait aidé ses amis qui pourraient retrouver leur maison, et il avait son plus cher compagnon, le commandant Cachalot, à ses côtés. « Nous accosterons à la jetée des Pommiers, dit le commandant.
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C'est à deux pas du village et nous irons tous rejoindre la famille des jumeaux. Quelle bonne surprise ! — Et on organisera un grand souper, dit Boum. Noué achèterons tous les gâteaux de M. et Mme Miette et nous les inviterons eux aussi. — Nous pourrons remettre nos meubles dans la petite maison. Et nous donnerons à notre maman tout un tas de pièces d'or pour aller Étire ses courses, dit Bonny les yeux brillants... Et nous pourrons payer le meilleur docteur du monde pour qu'il

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soigne la jambe de notre papa. — Et puis après, Boum et moi, avec Snif bien sûr, nous rentrerons dans ma maison en forme de bateau, dit le commandant. Nous partirons à la nuit pour naviguer sous les étoiles en laissant votre famille à son bonheur. » C'est ainsi que Boum, Snif et le commandant rentrent chez eux sous les étoiles, avec la grosse caisse de Boum posée sur le pont du voilier. Le souper a été merveilleux:. Tous les meubles sont rentrés dans la maison, le loyer est payé et le garde-manger déborde de

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provisions. Bonny et Benny ont embrassé tendrement Boum lorsqu'il est parti. « Reviens vite nous voir, cher Boum, ont-ils dit. Quelle merveilleuse journée nous avons passé ensemble !

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Te souviens-tu comme c'était merveilleux de glisser sur l’Arcen-ciel ?» Gentil Boum. Il dort à poings fermés et k lune brille au-dessus du joli petit voilier qui glisse doucement dans la brise. Qui joue de la grosse caisse et chante une chanson avec sa grosse voix de basée? €*est le grand commandant Cachalot que Snif accompagne de petits aboiements discrets. Et tirelire... lai C'est le gros commandant Qui chante doucement Pour ne pas réveiller Boum, qui dort à ses pieds.
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Glissant sous les étoiles, La brise dans la voile, Nous serons arrivés Avant le jour levé.
Quelle jolie chanson, commandant! Il faudra la chanter à Boum lorsqu'il se réveillera. Bonne nuit, petit Boum, dors bien. Bonne nuit, Snif. N'aboie pas trop fort, Boum dort ! Bonne nuit!

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Enid Blyton

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