H A R P I A

La R e v u e Des O r n i t h o l o g u e s A m a t e u r s De G u y a n e

Groupe d'Etude et de Protection des Oiseaux en Guyane

DOSSIER

Spécial initiation à l'ornithologie

Sommaire

:

Le Kikivi et ses cousins A travers la Guyane des oiseaux : le littoral de Kourou à Sinnamary La synthèse des observations : avril - juin 1993 L'actualité ornithologique internationale Vie du Groupe

N°3/4

3 & 4 è m e trimestres 1993

S o m m a i r e

EDITO

p. 2.

DOSSIER : Spécial Initiation à l'Ornithologie - Observer et reconnaître les oiseaux

p. 4.

ETUDE ET CONNAISSANCE DE L'AVIFAUNE Aide à l'Identification Le Tyran kikivi et ses cousins C'est un jardin extraordinaire A travers la Guyane des oiseaux L'intérêt ornithologique du littoral entre kourou et sinnamary la synthèse des observations Erratum à la synthèse du 1er trimestre 1993 Période Avril à Juin 1993 p. 40. p. 41. p. 19. p. 24.

p. 27.

LE MONDE A TIRE D'AILE L'actualité ornithologique internationale p. 47.

D'UNE BRANCHE A L'AUTRE Portrait Le lézard des sables p. 49. p. 50.

VIE DU GROUPE le coin des zélés Bon Pied, b o n oeil ! Histoire de plume p. 53. p. 59. p. 62.

LES ORNITHOLOGIQUES

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Index des illustrations

- Alexis dans "La passion des oiseaux', pages 4, 5, 6, 9, 10, 11, 12, 14, 16. - N. Arlott dans "L'Encyclopédie mondiale des oiseaux", pages 18. - B. Bellaton, pages 1', 2,49, 50. - M. Bouyer dans "La Guyane française', page couverture fin. - N. Eterradossi dans "Carnet de notes d'Eugène Ruber", pages 59, 60. - Franquin dans "Mars le Noir", pages 62. - R. Gillmor dans "L'Encyclopédie mondiale des oiseaux", pages 18, 34. - B. Goguillon pages intercalaire 3/4, 5, 7, 8, 19, 20, intercalaire 26/27, 36, 37, 38, 47, 48, 52, 54,59,61,62. - B. Goguillon d'après illustrations tirées du journal "La Hulotte" & Morris dans "Lucky Luke", pages 3, 21. - P. Hayman dans "L'Encyclopédie mondiale des oiseaux", pages 25, 48. - P. Hayman dans "Shorebirds", page 7. - Laly dans "La Guyane française", page 24. - D. Ovenden dans "L'Encyclopédie mondiale des oiseaux", pages couverture, 3, 40. - R. T. Peterson dans "Guide des oiseaux de l'Amérique du Nord", page 8. - H. D. Pratt dans "Guide d'identification des oiseaux de l'Amérique du Nord", pages couverture, 3, 32, 33, 39, 40, 41, 43. - D. Quinn dans "L'Encyclopédie mondiale des oiseaux", page 24. - S. Roux dans "Le Livre rouge des oiseaux menacés des régions françaises d'outre mer", page 48. - D. Thelwell dans "L'Encyclopédie mondiale des oiseaux", page 18. - G. Tudor dans "Bird's of Venezuela", pages couverture,7, 8, 18, 21, 22, 34, 35, 42, 43, 44, 45, 46.

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EDITO

La Journée Régionale de l'Oiseau 1993 fut un succès et a contribué au développement du GEPOG. Mais pour mener à bien son organisation, beaucoup de travail nous a été demandé, ne permettant pas d'assurer en temps voulu la rédaction du n° 3 d'Harpia. Aussi, plutôt que de le faire paraître avec retard, et afin d'apporter à la revue les quelques petits changements dont nous allons vous expliquer les motivations, cette édition regroupe sous le même volume les numéros 3 & 4. En effet, alors que parait cette nouvelle édition d'Harpia, le GEPOG vient de dépasser les 70 membres en 10 mois d'existence. D'un groupe de quelques passionnés au départ, l'association rassemble aujourd'hui aussi bien le simple promeneur désireux de mieux découvrir les oiseaux qu'il rencontre au gré de ses promenades, que le spécialiste de l'identification des limicoles ou bien encore le cocheur fou (prêt à tout mais pas méchant comme Christophe Cadiran). Face à cet engouement pour le monde des oiseaux, les activités et la revue du Gepog doivent donc permettre à chacun d'y trouver un intérêt. Harpia se devait donc de s'adresser aux nouveaux venus et aux plus débutants d'entre nous. Elle joue, en effet, aujourd'hui son rôle de diffusion des observations et informations ornithologiques récoltées en Guyane et dans le monde. La technicité des articles publiés et des données recueillies nous vaut la reconnaissance des ornithologues français et étrangers. Cela n'est cependant pas toujours adapté aux nouveaux (de plus en plus nombreux) qui nous rejoignent ; notre revue n'ayant pas assez un rôle d'initiation. Aussi, cette édition consacre un dossier spécial à l'initiation à l'ornithologie et aux techniques d'observations. Quelques informations et conseils aux ornithologues débutants nécessaires pour aborder l'ornithologie de terrain et ainsi progresser dans leur nouvelle passion. Des rappels jamais inutiles, même pour les plus initiés d'entre nous ! Des sujets plus proches de nos possibilités d'observation y sont également abordés : le Kikiwi, les oiseaux des jardins... Ce nouvel envol d'Harpia avec la volonté d'adapter la revue pour en faire un outil de diffusion et de découverte, pour la rendre également accessible au public le plus large possible. Que tout lecteur (qui ne sera pas forcément ornithologue et membre du GEPOG), puisse ainsi aller à la rencontre du monde passionnant des oiseaux. Bien des choses sont encore à créer dans cette revue, notamment une rubrique destinée aux plus jeunes. N'hésitez pas à nous faire parvenir vos idées, et à prendre la plume (vos articles seront les bienvenus) afin d'en enrichir encore le contenu. C'est à travers la diversité des rubriques et des sujets qui y sont traités, mais aussi des styles utilisés (vulgarisation, humour, poésie, données scientifiques, chiffres et graphiques...) que chacun trouvera un intérêt dans sa lecture. Pour que la revue faite par nous et avant tout pour nous, reflète véritablement l'association, la richesse des membres qu'elle rassemble. En ce début d'année, nous espérons que cette nouvelle orientation de la revue répondra à vos attentes ornithologiques. Nous vous en souhaitons une agréable lecture. A tous, bonne année ! Pleine d'observations remarquables et d'émotions avec les Oiseaux. Le Bureau.

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QUEL EST LE

VRAI KIKIVI ?

Réponse page 22

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SPECIAL INITIATION A L'ORNITHOLOGIE

Observer et Reconnaître les Oiseaux

Par Alain LE D E F RF
Président du GEPOG Conseiller scientifique de la LPO & représentant du Birdlife International

Au commencement, il y a eu l'oiseau, puis vint l'homme. Ce dernier vit l'oiseau et, comme il avait faim, il le mangea. C'est ainsi que débuta la longue histoire qui allait unir l'homme à l'oiseau pour le meilleur et pour le pire. Dès la préhistoire, l'oiseau a constitué une préocupation majeure pour l'homme qui l'a chassé, a récolté ses oeufs, et s'est attaché lorsque faire se pouvait à le domestiquer. Puis vint le temps de la fascination où l'oiseau occupait une place de choix dans l'art et la mythologie. Allant parfois jusqu'à l'élever au rang de demi Dieu, l'Homme fût séduit par son ramage, son plumage souvent merveilleux et surtout pour cette faculté jalousée qu'il a de voler, de se déplacer si haut, si vite et si loin. Ce n'est qu'au 18ème siècle qu'apparurent les sciences de la nature dont leurs dignes représentants profitaient des nombreuses expéditions de l'époque vers les possessions lointaines pour en dresser les inventaires faunistiques et floristiques. On s'intéressait alors peu au mode de vie des oiseaux et les collections de spécimens naturalisés et d'oeufs connurent une vague inouie au 19ème siècle avant d'être reliquées dans les musées. Ne portons pas de jugements hâtifs sur des hommes tels que Audubon, Alexander Wilson et bien d'autres naturalistes anonymes (grands chasseurs devant l'éternel), on ne peut juger ses hommes qu'en fonction de leur temps. Avec la découverte de nouveaux instruments optiques, l'homme se mit à étudier la biologie des oiseaux avec plus de rigueur, dans un cadre plus global, prenant ainsi conscience de la fragilité de son environnement qui est aussi incidemment celui des oiseaux. Dans les années 70, des sciences de la nature naquit un mouvement au concept politique et social que l'on connait aujourd'hui et avec lui ce désir pour certain de connaître leur environnement. Si quelque uns devinrent ornithologues professionels, d'autres, ayant choisis des chemins différents, consacrèrent à leurs amis ailés, week-end, vacances et loisirs. Ainsi est née l'ornithologie amateur, qui compte aujourd'hui des milliers d'adeptes à travers le monde. De petits groupes formels au départ, au travers de relations faites d'amitiés, de connivences, d'expériences vécues, devait naître des associations régionales puis nationales et enfin internationales, dont la rigueur et les compétences leur valu d'être reconues et écoutées par les organismes gouvernementaux. Elles accédèrent ainsi aux programmes de recherches, aux suivis des populations, tout cela coordoné par des professionels. D'études approfondies auxquelles se livrent quelques ornithologues amateurs, à la simple donnée d'observation, chacun d'entre nous apporte sa pierre à l'édifice des connaissances de notre environnement et ainsi participe de façon active à sa protection. Forts de quelques années d'expérience (et aidés par une excellente bibliographie !), nous avons voulu vous donner quelques informations pour mieux appréhender l'ornithologie en Guyane et ainsi mieux apprécier les plaisirs qu'elle procure. Voici donc quelques réponses à des questions telles que : Où et quand observer les Limicoles en Guyane ? : Le Coq de roche est il protégé ? ; Qui faut il contacter si on trouve un oiseau blessé ? ; Quel guide de terrain dois-je utiliser ? Nous demeurons à votre disposition pour tous renseignements complémentaires. Ornithologiquement vôtre.
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COMMENT OBSERVER UN OISEAU, OU BIEN OBSERVER POUR PROGRESSER

Combien de fois avons nous été confrontés au problème suivant : je découvre une espèce que je ne connais pas, je l'observe bien (couleur des plumes, forme du bec, longueur des pattes, etc), et devant mon guide, je découvre horrifié qu'il fallait aussi regarder la longueur des ailes !. Voilà présentés quelques éléments de base pour une bonne observation et une bonne détermination.
LA TOPOGRAPHIE

La connaissance précise des différentes parties d'un oiseau est un élément indispensable pour progresser dans le domaine de l'identification. Les guides se réfèrent souvent à une terminologie précise et il est important pour l'ornithologue de savoir s'y référer au premier coup d'oeil. Entrainez vous sur des oiseaux que vous connaissez bien et découvrez progressivement ce qu'est un manteau, une rémige, une sous caudale.
LA COLORATION ET LES CARACTERISTIQUES VISUELLES

Nous avons la chance de pratiquer l'ornithologie dans un pays où les couleurs des oiseaux sont parmis les plus brillantes du monde avien. Si le rôle de ces colorations n'est certes pas de satisfaire nos aspirations esthétiques, sachons utiliser leur diversité pour identifier les espèces. Chaque plumage (mais aussi coloration du bec et des pattes) comporte de bons indices pour l'identification de l'oiseau. Ce sont ces "traits de terrain" que l'observateur doit chercher à voir : le contraste entre le dos et la tête, les raies des flancs, les couleurs dominantes, etc. Ils peuvent être très voyant comme la couleur du Coq de roche ou plus subtils comme les différentes couleurs de gorges du Tyran diadème et du Tyran kikivi. De même, les parties déplumées (bec et pattes) doivent être correctement observées pour livrer leurs couleurs : les pattes jaunes du Bécasseau minuscule sont un bon indice pour le distinguer d'un Bécasseau semipalmé (attention à la vase qui assombrie parfois les pattes des Limicoles) ; ou encore des pieds jaunes trahissent une Aigrette neigeuse. Des couleurs alaires dévoilées uniquement en vol peuvent également nous éviter toutes confusions : le Pluvier argenté dévoile en vol des aisselles noires très marquées et inexistantes chez son cousin le Pluvier dominicain. -5-

LA TOPOGRAPHIE D'UN PASSEREAU

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Si certains oiseaux se reconnaissent à leurs seules couleurs, au sein de certaines familles l'identification demeure difficile. On doit alors faire appel aux "caractéristiques visuelles" de chacun d'eux : - Taches ou abscence de taches sur la poitrine.

- Motif de queue (bon critère d'identification pour certains rapaces ; ex : Buse à queue courte et Buse à queue blanche).

- Marque sur le croupion (bien utile pour les Limicoles ; ex : Bécasseau de Bonaparte et Bécasseau de Baird).

- Sourcil et cercle orbital (ex : Viréo).

- Barres alaires: les ailes présentent elles ou non des barres ? (leur présence ou leur abscence est importante pour identifier les petits Tyrans).

LA TAILLE

La taille des oiseaux est très variable, depuis l'oiseau mouche dont le poids n'exéde pas quelques grammes jusqu'à l'Aigle harpie qui pèse plusieurs kilogrammes. Si ces deux espèces ne peuvent être confondues, l'estimation de la taille devient une véritable clés de détermination pour de nombreuses autres espèces. -7-

QUELQUES QUESTIONS A SE POSER POUR BIEN IDENTIFIER

Quelle est sa silhouette ?

Elancée comme un Coulicou ?

Trapue comme une Sturnelle ?

Comment est son bec ?

Effilé comme celui d'une Paruline ?

Gros et court comme celui d'un Sporophile ?

Quelle est la forme de sa queue ?

Fourchue comme chez l'Hirondelle rustique ?

Arrondie comme celle de l'Ani ?

Quelle est la forme de ses ailes ?

Arrondie comme celle de la Buse ?

Pointue comme celles du Faucon ?

Comment vole t-il ?

En ondulant comme un Pic ?

Sur place comme une Sterne ? Vite et droit comme un Pigeon ?

Quel est son comportement ?

Hoche t-il la queue comme le Chevalier grivelé ? Courre t-il le long du rivage comme le Bécasseau sanderling ? Sonde t-il la vase comme le Courlis ?

Quel est son habitat ?

Les Palmiers bâches comme le Tyran des palmiers ?

La canopée de la forêt comme le Tyran à gorge blanche ?

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Rappelions que les tailles données dans les guides d'identification correspondent à la distance mesurée de la pointe du bec au haut de la queue, valeur qu'un oeil humain même exercé ne peut estimer avec précision. Il est donc préférable pour l'observateur d'estimer une "taille relative" en procédant de la manière suivante : Il faut prendre l'habitude de comparer la taille d'un oiseau inconnu à celle d'une espèce qui nous est familière, le Troglodyte (Rossignol), le Tangara bleu (Bleuet), le Tyran kikivi, l'Anis des savonnes (zozo diable)... De façon à pouvoir dire : "plus petit qu'un Kikivi, plus gros qu'un Tangara bleu" (l'oiseau considéré mesure alors entre 17 et 20 cm). Procéder ainsi pour chaque grand groupe, Limicoles, Rapaces, Passereaux, etc. C'est ainsi que dans des bandes mixtes de Limicoles, vous découvrirez malgrès leur ressemblance le Grand et le Petit Chevalier à pattes jaunes ; ou encore cette méthode vous permettra t'elle de faire la distinction entre un Faucon à poitrine orangée et un Faucon des chauve souris. Alors ayez le compas dans l'oeil!!! D'autres détails peuvent également être pris en considération pour affiner votre détermination : la silhouette, la forme des ailes, du bec, de la queue, le comportement de l'oiseau, son vol, son habitat... (voir illustrations ci-contre). Et si malgrès tout cela vous n'avez toujours pas identifié l'oiseau, sachez utiliser votre oreille pour le déterminer par sa voix. LA VOIX

Outre le fait que le chant ou le cri sert à attirer un partenaire ou revendiquer un territoire ("a que c'est vrai !"), il permet également d'attirer votre attention (à condition de respecter certaines régies telles que pratiquer une progression lente et silencieuse (difficile à assimiler pour certains) entrecoupée de stations prolongées). Des espèces secrètes ou nocturnes telles que Buses, Râles ou Hiboux sont le plus souvent entendues avant d'être vues. La voix permet également une identification instantannée de certaines espèces et si quelques ornithologues font 90% de leurs identifications à l'oreille (ça existe !), le néophyte devra son apprentissage des chants et des cris à des enregistrements (disponibles en cassettes et CD). Tout en sachant que rien ne remplace vraiment l'association son et image, et des observations répétées d'oiseaux en train de chanter ou de crier laissent des traces plus persistantes dans les mémoires (ce n'est pas le Kikiwi qui me contredira !).D'où les irremplaçables sorties de terrain accompagnées par un guide expérimenté et organisées par la LPO et le GEPOG ! En dernier lieu, précisons que la voix peut devenir la seule et unique clé de détermination pour des espèces morphologiquement très proches ; citons par exemple le Limnodrome à long bec et son homologue à bec court, que seul le cris à l'envol permet de dissocier. -9-

Si après avoir épuisé toutes les clés de détermination que je viens de vous énumérer, vous n'avez toujours pas identifié l'espèce que vous observez, alors reportez vous au chapitre "Mention d'espèces rares" ou mettez vous à l'aquariophilie ! Rassurez vous, peut être n'avez vous pas tout simplement su éviter les quelques pièges que vous réservent les oiseaux lorsqu'on s'aventure à les observer.

LES PIEGES

En effet, l'ornithologie pourrait vous sembler maintenant bien facile (n'est ce pas ?) si la nature n'avait pas prévue quelques pièges dont aucun ornithologue n'est à l'abri. Ces pièges liés à l'identification sont fatales aux débutants et menacent les plus aguerris d'entre nous. Ils concernent essentiellement le plumage et ses couleurs. Il faut savoir que le plumage d'un oiseau est particulier à la saison, au sexe et à l'âge. Les guides d'identification illustrent habituellement bien les différences de coloration quant elles existent entre mâles et femelles ainsi que les plumages de parades. Mais (et oui il y a un mais) un oiseau en mue, c'est à dire en plumage de transition, peut confondre même un observateur expert ; exemple : Les jeunes Manakins mâles arborent parfois un plumage déroutant (vous faisant croire que vous êtes l'inventeur d'une nouvelle espèce) ; la jeune Aigrette bleue de deuxième année peut ressembler à un vrai damier ; la détermination de Rapaces et de Limicoles en mue peut devenir un véritable casse-tête ! L'appréciation des couleurs est parfois subjective et doit tenir compte de paramétres tels que les conditions d'éclairages, l'état du plumage, etc. Un colibri à contre-jour ne vous livrera aucun secret ; les pattes d'un Chevalier à pattes jaunes pourront vous paraître oranges au soleil couchant. Apprenez à utiliser l'environnement dans lequel vous observez afin de minimiser les sourdes d'erreurs. Et rappeliez vous ceci : une bonne détermination résulte de l'observation d'un ensemble de caractères concordants et ne doit pas s'arrêter à quelques critères soulignés par le guide. - Vous avez observé en avril un Pluvier dominicain ? Ne s'agissait-il pas plutôt d'un Pluvier argenté ? Il faut garder en mémoire que le Pluvier dominicain n'est présent en Guyane qu'en septembre-octobre. - J'ai vu un Tyran kikiwi sur la piste de Saint-Elie ! Attention à la confusion avec le Tyran sociable qui est, à l'opposé de son cousin des villes, de moeurs forestières (que Christophe ne s'inquiète pas pour sa coche du Kikiwi place des Palmistes, il a sans doute bien identifié ce jour là I).

Pour identifier correctement et rapidement les oiseaux, il faut savoir quel(s) trait(s) de terrain caractérise quelle espèce. Rares sont les oiseaux qui demeurent sur place assez longtemps pour vous laisser le temps de consulter votre guide. Il est donc nécessaire de bien l'observer, d'en faire une description la plus précise possible afin de posséder tous les éléments qui permettront de le déterminer en toute objectivité. N'ayez pas honte de ne pas pouvoir nommer tous les oiseaux que vous voyez et n'hésitez pas à prendre contact auprès d'observateurs plus expérimentés. - 10-

MENTIONS D'OISEAUX RARES

Le nombre d'ornithologues amateurs étant en net progression en Guyane (en juger par le nombre sans cesse croissant d'adhérents au GEPOG !), il se pourrait que l'un d'entre vous soit un jour ou l'autre confronté à une espèce rare ou encore une espèce jamais observée en Guyane. Cette donnée, outre la fierté que peut en retirer l'observateur, peut être d'un intérêt scientifique capital et doit être aussitôt mentionnée et confirmée si cela est possible.

Voici comment valider vos observations : En premier lieu, il convient de prendre des notes détaillées à son sujet. La photo est de plus en plus utilisée pour étayer de telles observations. De plus, la régie veut qu'au moins deux observateurs aient vu l'oiseau pour valider la donnée.

En tout état de cause, qu'il y ait doute ou certitude sur une espèce, contactez le GEPOG qui dépêchera un observateur pour parfaire la détermination. Enfin, une fiche type d'homologation pour un certain nombre d'espèces rares ou d'identification délicate est en cours d'élaboration. Elle permettra à chacun d'entre nous d'avoir une grille de référence pour les données nécessaires à l'identification et facilitera ainsi la validation des observations.

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MATERIEL DE TERRAIN

LE CHOIX DU MATERIEL OPTIQUE L'observateur expert laisse parfois son guide d'observation à la maison mais il ne peut jamais sortir sans ses jumelles, une pièce d'équipement essentiel pour tout ornithologue. LES JUMELLES Accessoire indispensable, la paire de jumelle prend peu de p l a c e , est légère et s'oublie vite autour du c o u . En balades ou en randonnées, elle p e r m e t des observations rapides ou fugaces. Le choix: Avant tout, essayez si possible plusieurs modèles avant d'acheter : 7X40, 8X30, 8X40, 10X40. En terme d'observation d'oiseaux, et de bas prix, la meilleure jumelle pour le d é b u t a n t est la 8X40. Le premier chiffre indique le grossissement (8 fois). Les grossissements supérieures à 10 sont inutilisables pour des oiseaux en mouvement. Le deuxième chiffre qui figure sur les jumelles correspond au diamètre de l'objectif. Il conditionne la luminosité d'une jumelle. En résumé, le b o n choix se situe dans les gammes 8X40, 10X40 sans négliger le critère du poids. Le maniement efficace des jumelles vient avec la pratique et pensez que la qualité de l'image et le confort d'utilisation rendent plus agréables e n c o r e vos observations. LE TELESCOPE C'est avec les jumelles, un outil que tout ornithologue se doit de posséder. Il vous sera indispensable pour observer les oiseaux de rivage ou de marais lorsque le grossissement des jumelles devient insuffisant. Avec des grossissements allant de 15 à 60 fois ; le télescope est tout à fait a d a p t é à l'observation d'espèces ayant des distances de fuite importantes tels q u e les Limicoles, Rapaces, Canards ne permettant pas une approche suffisante. Le choix du télescope se fait sur les mêmes critères que pour les jumelles ; Ouverture et grossissement avec possibilité d'opter pour un occulaire à grossissement variable (zoom) de 15 à 60 fois, a v e c également le choix de l'angle d'implantation (visée droite ou coudée) sur lequel peut s'adapter un appareil photo. L'usage d'un trépied est indispensable pour une bonne stabilité, ce dernier ne doit être ni trop lourd (encombrant) ni trop léger (peu stable). En résumé, le télescope idéal a un objectif de 60 m m , une visée de 45°, un occullaire 20X, voir un zoom de 15 à 40 fois. Conseil pratique:

Le pire ennemi de tout matériel optique est sans nul doute l'humidité qui favorise le développement de champignons sur les lentilles intérieures. Le climat de la Guyane étant particulièrement humide, il convient (si vous tenez à conserver votre matériel quelques années) après c h a q u e utilisation de stocker votre matériel dans un récipient hermétique (touque par exemple) contenant du "silica gel", et cela afin de vous éviter les dépenses très onéreuses qu'occasionnent un nettoyage des lentilles. - 12-

COMMENT REGLER DES JUMELLES ?

1° régler l'écartement des deux lunettes par rapport à votre distance interpupillaire. Dans la bonne position, l'image devient unique. Repérez alors, sur l'axe central, la graduation correspondante (pour les futures utilisations).

2° Avec la main, occulter l'objectif de la lunette portant la bague de correction dioptrique (en position centrale). Faire la "mise au point" de l'autre lunette sur un objet précis, en tournant la molette centrale.

3° Occulter alors l'autre objectif (ou fermer cet oeil) et régler la netteté de la première lunette en tournant uniquement la bague de correction dioptrique. Repérez la graduation qui vous est propre.

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LE CARNET D'OBSERVATION

Encore un instrument indispensable de l'ornithologue de terrain. C'est là Qu'il consigne ses observations et d'éventuels croquis ou descriptions. On peut également y faire figurer des notes de terrain tel que l'endroit de l'observation, le comportement de l'oiseau, son sexe, les effectifs, la présence d'un nid, de jeunes, etc. Gardez en mémoire que ces quelques notes seront pour vous (ou pour autrui) des références qui pourront quelques années plus tard vous être utiles. Retranscription des notes pour archivage personnel: Cette opération est bien entendue facultative. Cependant je recommande aux débutants le système d'archivage suivant : Il s'agit d'avoir un classeur (ou un ordinateur) dans lequel une feuille est consacrée à chaque espèce observée. Divisez cette feuille en 3 colonnes : lieu ; date ; observations diverses (pour les nids, jeunes, parades) ; qu'il vous suffit de remplir au grés de vos observations. Outre la fierté, ces listes vous procureront beaucoup de plaisir en permettant de vous remémorer toutes vos observations de Kikiwi, ou votre première coche de l'Ibis Rouge.
LES GUIDES D'IDENTIFICATION

Un ouvrage d'identification est bien entendu le compagnon indispensable à l'ornithologue, qu'il soit débutant ou confirmé. Le temps investi à étudier votre (vos) guide(s) à la maison, vous sera très utile lorsque vous partirez à la recherche d'oiseaux sur le terrain. Il n'existe pas (pas encore) de guide de terrain particulier aux oiseaux de Guyane. La seule référence que nous ayons est le "Birds of Venezuela", couvrant 98 % des espèces de notre département : elles y sont bien illustrées et les textes (en anglais) sont de bonne qualité. C'est sans nul doute le plus complet des guides actuellement sur le marché (disponible sur commande au Pou d'Agouti, 11 rue Victor Hugo 97320 Saint-Laurent-du-Maroni). Son prix : 350F. Pour les Limicoles et certains Passereaux hivernants nord-américains, "Oiseaux d'Amérique du Nord" du National Géographie Society, fournit d'exellentes illustrations en couleur et un texte en français (Editions Marcel Broquet C.P 310. La Prairie. QUE J5R9Z9 Canada). Outre les guides de terrain, il existe d'autres ouvrages qui leur sont complémentaires parmi lesquels figure en première place "Oiseaux de Guyane" Toutes les espèces connues de Guyane y sont présentées en détail (biologie, reproduction, répartition géographique). Cet ouvrage est disponible également au Pou d'agouti. Son prix : 280F. C'est un ouvrage que tout ornithologue amateur pratiquant en Guyane se doit d'acquérir en complément du "Birds of Venezuela". Il vous permettra entre autre de cocher sur votre guide de terrain ("B.O.V") les espèces figurant en Guyane, ce qui facilitera vos recherches lors d'une détermination d'espèces. Il existe également un petit guide sonore d'une 40aine d'espèces d'oiseaux de Guyane, disponible en K7 et édité par la SEPANGUY (Av. Pasteur à Cayenne) au prix de 60f. De même, il vous sera possible de retrouver les chants de nombreuses autres espèces à travers les 2 compacts disques illustrant les ambiances sonores de la forêt guyanaise. - 14-

OU OBSERVER LES OISEAUX EN GUYANE

Le choix du site d'observation revêt un caractère principal quant on veut observer telle espèce ou découvrir l'avifaune d'un milieu particulier. Où aller observer l'Ibis rouge et l'Hoazin ? Quel est le meilleur endroit pour observer les limicoles ? etc. Sont donc représentées ici quelques localités remarquables de Guyane. LES HATTES Grande plage de sable favorable au Gravelot d'Azara et au Bécasseau sanderling. Point de passage des Ibis rouges et de nombreux oiseaux de mer (Pontes des tortues de Mai à Septembre). LES MARAIS ET RIZIERES DE MANA Hérons, Aigrettes, haut lieu de passage des limicoles rares et moins rares de Septembre à Novembre. Busard de buffon et Canards. L' ANSE DE SINNAMARY Avifaune de forêt brousailleuse du littoral. Le long de la piste vous découvrirez Jacamars, Perruches, Anis des palétuviers, Cathartes à têtes rouges. TROU POISSON Oiseaux de marais ; Courlan, Milan des marais, Jacana. Point de départ pour les excursions sur la crique Yiyi. LES SAVANES DE SINNAMARY Oiseaux de savanes sèches tels que la Buse des savanes, le Troupiale, la Sturnelle militaire, mais aussi des Limicoles en migration tels que le Maubèche des champs, le Pluvier dominicain (et le Courlis esquimau ???) LE SITE D'ETUDES FORESTIER DE PARACOU Avifaune forestière (dans un milieu non chassé) ; Vautour Pape, Faucon forestier. Perroquets, Manakins, etc. A découvrir en compagnie du maître des lieux, Pascal Petronelli. Possibilité d'hébergement, se renseigner au CIRAD Kourou. LA VASIERE DE KOUROU Située à l'embouchure du fleuve Kourou ; Laridés, Hérons, Aigrettes, Sternes, Faucon Pèlerin, Balbuzard Pêcheur en hivernage et de nombreux limicoles à déterminer. LA ROUTE DE GUATEMALA Entre Kourou et Tonate, départemental longeant la forêt de mangroves. Buse des crabes, Buse pêcheuse, Faucon Rieur, nombreux rapaces en tout genre.

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Cartographie des principaux lieux d'observations ornithologiques en Guyane

1 Les Hottes 2 Les marais et rizières de Mana 3 L'anse de Sinnamary 4 Trou Poisson 5 Les savanes de Sinnamary 6 Le site d'études forestier de Paracou 7 La vasière de Kourou 8 La route de Guatemala 9 Le Vieux Port de Cayenne 10 Les sentiers du Rorota et de la Mirande 11 Les marais de Kaw 12 Les communes de St-Georges. Maripassoula et Saül 13 L'île du Grand Connétable

LE VIEUX PORT DE CAYENNE Avifaune du littoral et lieux de rencontre du lundi soir pour tous les ornithologues branchés de Cayenne. LES SENTIERS DU ROROTA & DE LA MIRANDE Passereaux de végétation secondaire, Grèbe dominicain sur le lac du Rorota. LES MARAIS DE KAW Marais d'eau douce où abondent les Hérons, Jacanas, Canards musqués, Hoazins, Anhingas dans un site exeptionnel. LES COMMUNES DE ST-GEORGES, MARIPASSOULA & SAUL Communes de l'intérieur. Point de départ pour les excursions en forêt et sur le fleuve. Aras, grands Aigles. L'ILE DU GRAND CONNETABLE Principal site de nidification des oiseaux de mer de Guyane. Accès difficile et débarquement interdit.

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DE L'OBSERVATION A LA PROTECTION

Le plaisir que procure l'observation ou l'étude des oiseaux dans la nature, ne doit pas faire oublier à l'ornithologue amateur les régies auxquelles il ne doit pas déroger. Cette activité ne doit en aucun cas déranger ou porter atteinte aux oiseaux et à leurs habitats (faites attention particulièrement à ne pas faire de stations trop prolongées à proximité de nids). Par sa pratique du terrain et ses connaissances, l'ornithologue est souvent le témoin privilégié de l'état de santé de notre environnement. En constatant la raréfaction d'une espèce, l'atteinte portée à un milieu, le braconnage, la vente d'espèces protégées, plus qu'un droit, il a le devoir moral de dénoncer de telles pratiques, prenant ainsi une part active à la protection des espèces et de leur habitat. Voici présentée la législation en vigueur en matière de protection des espèces dans notre département. Diffusez là et attachez vous à la faire respecter. Toutes infractions à cette législation peut être dénoncée auprès des services de Gendarmerie ainsi qu'auprès de la Direction des Services de l'Environnement, Tel : 37/89/80. Soulignons l'ouverture prochaine du centre de soins pour oiseaux tenu par nos bons amis du "Pou d'agouti" lequel pourra bientôt accueillir des oiseaux saisis ou blessés. Tel : 34/24/16 ou 34/20/97.

ESPECES MENACEES EN GUYANE

Extrait du "Livre Rouge des oiseaux menacés des régions françaises d'outre Mer", J.M. Thiollay. LES CAUSES La chasse est de loin la principale raison de déclin avifaune Guyanaise. Pour certains oiseaux, elle prend aujourd'hui des proportions inquiétantes ; citons par exemple les massacres de Toucans de juin à août lors de leur migration vers la zone côtière, le braconnage de l'Ibis rouge, l'approvisionnement des restaurants en espèces protégées. L'exploitation anarchique de la forêt et plus encore son défrichement pour la mise en culture ont également un impact considérable sur l'avifaune. LES MOYENS DE CONSERVATION DE L'AVIFAUNE -1 L'application de la législation en vigueur en matière de chasse et de commercialisation des espèces. -2 La création de réserves en Guyane.

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LES ESPECES MENACEES Sont citées des espèces conues dont le statut demeure précaire. - Canard Musqué d'Amérique (Cairina moschata) Habitat : Marais côtiers. Menace : Chasse intensive malgré son interdiction. Conservation : Mise en réserve des marais de Kaw. - Ibis Rouge (Eudocimus ruber) Habitat : Jeunes mangroves et vasières du littoral. Menace : Braconnage intensif non réprimé, provoquant depuis quelques années une diminution importante de la population nicheuse. Artisanat non réprimé. Conservation : Application de la législation en vigueur, - Hoazin huppé (Opisthocomus hoazin) Habitat : Oiseau follivore primitif inféodé aux bords de rivières. Menace : Population de la plaine côtière menacée par la chasse. Conservation : Application de la législation et établissement de la réserve de Kaw. - Aras macao et chloroptère (A. chloroptera) Habitat : Autrefois abondant sur toute l'étendue de la zone forestière. Menace : Chasse et déforestation. Conservation : Etablissement d'une réserve dans l'intérieur. - Coq de roche (Rupicola rupicola) Habitat : Secteurs de forêt où se trouvent des grottes. Menace : Colonies accessibles pillées par les trafiquants (cette espèce subit une forte mortalité en captivité et il faut donc capturer un grand nombre d'individus pour rentabiliser le trafic). Conservation : Application de la législation, contrôle plus sévère des parcs animaliers. macao &

Ce dossier a été réalisé par Alain LE DREFF, représentant scientifique du Birdlife International en Guyane et d'après les références bibliographiques suivantes : - La passion des oiseaux de P.J.Dubois & More Duquet - Oiseaux d'Amérique du Nord du National Géographie Society - Guide des oiseaux de l'Amérique du Nord de R. T. Peterson.

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A I D E

A

L'

I D E N T I F I C A T I O N

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KIKIVI

et cousins

ses

B. Goguillon

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A

L'IDENTIFICATION

Le Tyran kikivi, Pitangus sulphuratus, et ses cousins

Puisque cette édition spéciale d'Harpia consacre un dossier à l'initiation, cette rubrique se devait d'aborder un oiseau que tout le monde connait, le kikivi. Venant chanter sous nos fenêtres en ville comme en commune, chacun d'entre nous le rencontre ainsi quotidiennement. Il est le véritable et bien agréable réveil-matin guyanais par son cri auquel il doit son nom. Le kikivi construit de gros nids en forme de boules d'herbes sèches, souvent installés sur de grands arbres ou même dans les pylônes électriques et les lampadaires. Il est très éclectiques dans son alimentation, incluant aussi bien des insectes, des fruits, des lézards et des grenouilles, que des crabes et des petits poissons. C'est en fait un véritable omnivore opportuniste. Le Tyran kikivi, de son nom scientifique Pitangus sulphuratus, fait partie de l'ordre des Passereaux et de la famille des Tyrannidés. Celle-ci compte en Guyane 92 espèces. Parmi elles, un grand nombre présente des plumages et des tailles semblables, ce qui rend leur identification souvent difficile. Il suffit d'ouvrir son "Bird's of Venezuela" aux planches 29 et 30 pour s'en apercevoir. Mais il est vrai qu'après avoir lu le dossier d'Harpia, l'identification n'a plus de secret pour vous ; et que vous savez désormais en déjouer les pièges... Que l'observation de l'habitat, du comportement, sont quelques astuces que vous utilisez maintenant couramment pour assurer votre identification. Et puis me direz-vous, notre oiseau auquel on s'intéresse ici se reconnait facilement ; alors qu'il cherche à passer inaperçu avec son bandeau sur les yeux. Et bien, il n'est pas évident que tout les kikivis que vous avez rencontrés étaient réellement des kikivis. A s'y méprendre à première vue, plusieurs de ses cousins présentent des caractères communs : bandeau noir et blanc, ailes et dos bruns, ventre jaune. Voilà donc maintenant que le kikivi n'est pas toujours un kikivi ! L'ornithologie peut vous paraître bien déconcertante. Alors, voici quelques indices vous permettant de devenir le spécialiste des "kikivis".

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LE P O L I C I E R DU DIMANCHE

S
O I R

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Tyran kikivl

Pitangus sulphuratus

Identification: d'une taille de 22 c m , Il porte un masque fascial rayé caractéristique et commun aux autres Tyrans évoqués ici. Celui-ci est noir et blanc surmonté d'une t â c h e jaune sur le haut du crâne. La poitrine et le ventre sont également d'un jaune brillant. La gorge est blanche. Le dessus est d ' u n brun roussâtre a v e c le bas du dos et le croupion d'un roux plus marqué. De même les ailes sont nettement rousses. Les plumes centrales de la q u e u e sont brun foncé bordées de roux, les extérieures étant elles essentiellement d'un roux brillant. Son bec est long et relativemenr étroit Son cri est un "ki-ki-vi" articulé, émis de manière t a n t ô t mélodieuse, t a n t ô t plus criarde, en accentuant la dernière syllabe. Habitat, distribution: Il fréquente et s'adapte à une grande variété de milieux ouverts et partiellement boisés, le plus souvent dégradés et fortement anthropisés. Répandu sur l'ensemble des paysages urbanisés, ruraux et cultivés de Guyane, il est ainsi très commun à proximité des habitations dans les bourgs et en ville, dans les secteurs de cultures, de pâturages et de défrichements. Moins fréquent dans les savanes naturelles, les jeunes mangroves de front de mer, Il devient très rare dans les clairières naturelles incluses au sein du massif forestier. Tyran pitangua Megarynchus pitangua

Identification: de la même taille que le Tyran kikivi, il s'en distingue essentiellement par son bec très fort. Le crâne et les côtés de la tête sont brun noirâtre et non noir comme précédemment. Le b a n d e a u b l a n c prolongeant le sourcil est interrompu derrière la nuque. La crête varie du jaune au orange. Le dos est brun olive ; les ailes et la queue brun foncé (les rémiges internes et les rectrices sont étroitement bordées de roux). Sa voix est caractérisée par un gazouillis discordant, puissant et soutenu. Habitat, distribution: il habite les broussailles des formations secondaires d'origine anthropique, les lisières forestières, les défrichements, les bordures de pistes forestières et les grandes ouvertures au sein de la forêt. S'il est régulier sur l'ensemble du territoire, il semble c e p e n d a n t o c c u p e r essentiellement l'intérieur (fréquent dans les abattis et bordures de villages) et reste peu commun dans les milieux rudéraux du littoral. Il a également été observé occasionellement sur des savanes roches dans l'intérieur, et en savane sur la côte. Tyran licteur Pitangus lictor

Identification: c'est le "kikivi" en miniature (18 cm). Outre la taille, il s'en différencie par le dessus brun olive et le b e c proportionnellement plus long et plus étroit. Son cri est constitué par un sifflement faible et mélancolique de 2 à 3 notes, a c c e n t u é sur la première. Habitat, distribution: il est strictement inféodé aux formations végétales ripicoles basses de la plaine littorale où il est bien répandu. Il pénètre dans l'intérieur par les fleuves et les petites rivières.

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Tyran de Cayenne

Myiozetetes cayanensls

Identification: c'est également un "kiklvl" miniature car de longueur Identique à celle du Tyran licteur. C e p e n d a n t , sa crête est orangée. Le dessus est brun teinté d'olive, et contraste avec le masque fascial noir. Les longs sourcils blancs ne se joignent pas derrière la nuque. Les ailes et la queue sont brunes ; du roux colore partiellement l'Intérieur des rémiges et borde les primaires Internes. Le bec est court ce qui le différencie nettement des Tyrans licteur et kikivi. Son cri correspond à une trille aiguë et puissante. Habitat, distribution; Il o c c u p e les paysages semiouverts parsemés d'herbages et de broussailles, les lisières et les Jeunes recrûs, les secteurs agricoles, urbanisés et en général dégradés. Il est ainsi très r é p a n d u dans les milieux ouverts anthropisés et dégradés du littoral, ainsi que sur les points de peuplements humains répartis dans la forêt intérieure. Tyran sociable Myiozetetes similis

Identification: ressemble à l'espèce précédente, le bec est court également, mais le crâne et les côtés de la tête sont gris foncé. La crête est rouge, le sourcil blanc jaunâtre. Le dos est olive terne en contraste avec le masque fascial. La queue et les ailes brunes ; les couvertures et les rémiges internes sont bordées de blanc grisâtre. Son cri est un sifflement peu mélodieux, fort et aigu. Habitat, distribution: par rapport à l'espèce précédente, il est plus inféodé à la grande forêt primaire, où il se tient sur les cimes, les lisières d'ouvertures (chablis, rives). Il semble bien répandu sur l'ensemble du massif forestier de l'intérieur, ainsi que localement autour de secteurs très arborés de la plaine côtière où il est alors sympatrique avec le Tyran de Cayenne.

Tyran diadème

Conoplas

albovittata

Identification: c'est un petit "kikivi" (16,5 cm) qui ressemble aux Myiozetetes mais avec un bec plus large et un peu plus long. Le crâne et les côtés de la tête sont brun noir. La c r ê t e est jaune entièrement cerclée par un large bandeau blanc. Le dos est brun foncé avec les plumes nettement bordées d'olive. La queue et les ailes sont brunes. Les couvertures et les rémiges internes étroitement bordées de blanc. Tout comme les autres Tyrans, le ventre et la poitrine sont jaune brillant ainsi que la gorge (et non blanche chez les autres). son cri est un "dee-di-dl-dee" typique. Ses émissions vocales portent bien au dessus de la voûte et sont le meilleur moyen de déceler sa présence. Habitat, distribution: c'est un habitant exclusif de la forêt primaire de l'Intérieur. Il y est souvent difficile à déceler, car il se tient généralement en couple à la cime des arbres, parfois plus bas sur les bordures des grands chablis. Il est uniformément réparti et commun sur l'ensemble du bloc forestier

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C'EST UN JARDIN EXTRAORDINAIRE

Rêve d'un citadin qui avait des oiseaux plein la tête

La lune éclaire encore les brumes matinales marquant au loin les courbes des collines boisées. Déjà, quelques timides chants d'oiseaux annocent le réveil de la nature. Les cris rauques des paracouas s'étouffent dans l'atmosphère humide. Les plumes encore ébouriffées, c'est le kikivi qui entrouve véritablement ma fenêtre sur le verger. Là, la vie s'agite soudain très vite dans le premier rayon du soleil. Le feuillage s'illumine et se sèche de sa rosée. Les insectes s'animent autour des fruits brillants qui se chauffent doucement. Les bandes de tangaras s'égaillent en éclaboussant de leurs plumes multicolores le paysage. Les becs-d'argent et les bleuets jouent les acrobates pour le fruit inaccessible. Je marche à travers le jardin, à travers les parfums qui s'embrassent dans les alizés. Le bourdonnement d'un éclair bleu métallique donne la parole aux fleurs ; le colibri salut le matin. Devant moi, les vols bruyants des petites perruches, vertes comme des mangues, couvrent les tambourinages du pic. Je m'avance alors dans l'épais manteau formé par les feuilles des balisiers pour l'entr'apercevoir courrir plus haut, le long d'un tronc mort. La matinée s'avance doucement elle aussi, et le vent berce les picolettes dans les graminées. Poursuivant ma ballade, le long du ruisseau, le petit héron vert glisse silencieusement à travers la végétation luxuriante. Dans le pré, quelques rouges gorges s'empressent de déjeuner avant que le soleil au plus haut ne calme le jardin...

Le balancement de mon hamac prend le rythme des sifflements du rossignol, qui est bien le seul à ne pas faire la sieste. Puis le ciel se teinte magiquement d'or et d'argent. Un souffle chaud monte soudainement, faisant onduler et chanter les feuillages. Tout s'assombrit enfin après un dernier appel mélancolique, pour redonner au jardin toute sa sensualité... -24-

Le chant de la pluie de l'après-midi fait place aux notes plaintives et solitaires du géocoucou qui célèbre le retour du soleil. Une multitude de gazouillis joyeux les effacent ensuite sous le dernier nuage dessiné dans le ciel. Dans ce paysage sonore, quelques clapautis m'intriguent : des merles s'ébrouent autour d'une flaque ; les sucriers bleus se désaltèrent eux de l'eau prisonnière du feuillage. Regagnant la maison, j'arrive près du hangar où les hirondelles construisent leurs nids par des va-et-vient incessants. Le passage d'un rapace sème soudain la panique au milieu de la colonie. Tout ce monde ailé se retrouve alors associé dans un même ballet aérien. Puis déjà, les derniers mouvements ailés marquent la fin de cette journée. Solitaire, le tyran mélancolique virvolte pour chasser les libellules en plein vol, puis regagne fidèlement son perchoir. L'élaène dressant sa huppe, me prie le bonsoir. Sous une lumière orangée et sereine, le dernier repas, la dernière toilette du plumage avant le coucher, blotti à l'abri des feuillages épais... Je regarde l'obscurité envelopper le jardin pour ne laisser apparaître que les inquiétantes silhouettes des arbres. Et j'attend d'entendre l'étrange chant de la chouette à lunette qui en fait la Maîtresse de la nuit. Instant magique sous un ciel ébloui des lumières de la villes. Je referme enfin ma fenêtre sur ce monde merveilleux et jamais vraiment endormi.

Observer le kikivi attrapper et dévorer goulûment un petit lézard. Deviner l'emplacement du nid en suivant discrètement du regard le batara rayé, dit "junga", se faufiler à travers la végétation. Admirer le chant du troglodyte. Rêver devant le vol d'un colibri. Epier le jacarini se baignant dans une flaque. S'émouvoir face au spectacle de la becquée, du premier envol des oisillons... Tout cela, chez soi, en commune, au coeur de la ville ou dans ses environs ! Tous ces oiseaux, ces chants et ces couleurs, nous sont encore offert, habitant de l'Ile de Cayenne, par ses bois, ses marais et forêts marécageuses, ses prairies et ses jardins... Non loin du Grand Matoury, un petit lotissement au milieu de tous ces coins de verdure. Dans ce jardin extraordinaire dont je vous ai fait partager une promenade à travers son monde d'oiseau, j'y ai rencontré plus de 50 espèces, du héron au colibri, du rapace au merle, des perruches aux parulines. Et il m'en reste encore beaucoup à découvrir ! Au moment où le grand débat national pour l'aménagement du territoire est lancé, à l'heure où la Guyane est à un tournant de son histoire face à la croissance démographique de la population de l'Ile de Cayenne, il est important de s'orienter vers un développement urbain cohérent, équilibré, préservant la qualité du cadre de vie des habitants. Il est donc essentiel de conserver des coupures vertes dans le tissu urbain, de protéger les forêts de nos collines bien malmenées, les mangroves et les marais... Mais aussi, de prendre conscience de l'importance de tout ces petits coins de nature et de paradis ; de chaque jardin et verger ; du petit bois et du ruisseau au milieu de la ville de demain. Pour garder la magie et la poésie qu'apporte les oiseaux dans notre vie au quotidien. B.G.

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LISTE DES OISEAUX OBSERVES AU LOTISSEMENT SAMUEL A MATOURY

Butorides striatus Coragyps atratus Buteo brachyurus Falco rufigularis Ortalis motmot Colomba cayennensis Columbina passerina Columbina minuta Columbina talpacoti Leptofila rufaxilla Forpus passerinus Amazona amazonica Tapera naevia Crotophaga ani Pulsatrix perspicillata Chaetura brachyura Chaetura spinicauda Reinarda squamafa Anthracothorax nigricollis Chlorostilbon mellisugus Hylocharis sapphirina Galbula galbula Capito niger Picumnus exilis Colaptes punctigula Dryocopus lineatus Certhiaxis cinnamomea Thamnophilus doliatus Manacus manacus Elaenia flavogaster Elaenia cristata Todirostrum cinereum Myiarchus tyrannulus Pitangus sulphuratus Myiozetetes cayanensis Legatus leucophaius Tyrannus melancholicus Tyrannus dominicensis Tachycineta albiventer Progne chalybea Thryothorus leucotis Troglodytes aedon Turdus leucomelas Turdus nudigenis Vireo olivaceus Dendroica petechia Geothlypis aequinoctialis Caclcus cela Quiscalus lugubris Icterus cayanensis Icterus nigrogularis Sturnella militaris Dacnis cayana Cyanerpes cyaneus Tangara mexicana Thraupis episcopus Thraupis palmarum Ramphocelus carbo Sporophila americana Sporophila minuta Sporophila castaneiventris Volatinia jacarina -26-

Héron strié I Urubu noir Buse à queue courte Faucon des chauves-souris Ortalide paracoua Pigeon rousset Colombe à queue noire Colombe pygmée Colombe rousse Colombe à front gris Toui été Amazone aourou Géocoucou tacheté Ani à bec lisse Chouette à lunettes Martinet polioure Martinet spinicaude Martinet Claudia Mango à cravatte noire Emeraude orvert Saphir à gorge rousse Jacamar vert Cabézon tacheté Picumne de Buffon Pic de Cayenne Pic ouentou Synallaxe aquatique Batara rayé Manakin casse-noisette Elaène à ventre jaune Elaène huppée Todirostre familier Tyran de Wied Tyran kikivi Tyran de Cayenne Tyran pirate Tyran mélancolique Tyran gris Hirondelle à ailes blanches Hirondelle chalybée Troglodyte à face pâle Troglodyte familier Merle leucomèle Merle à lunettes Viréo aux yeux rouges Sylvette jaune Paruline masquée Cacique à croupion jaune Quiscale merle Oriole à épaulettes Oriole jaune Sturnelle flamboyante Dacnis bleu Guit-guit saï Calliste diable-enrhumé Tangara évêque Tangara des palmes Tangara à bec d'argent Sporophile bec-rond Sporophile des marais Sporophile à ventre châtain Jacarini noir

A

Travers

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Guyane

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Oiseaux

L'intérêt ornithologique du littoral entre Kourou et Sinnamary

Des zones humides d'importance internationale pour les oiseaux d'eau

Par Bertrand Goguillon

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L'INTERET ORNITHOLOGIQUE DU LITTORAL ENTRE KOUROU ET SINNAMARY

Des zones humides d'importance internationale pour les oiseaux d'eau

Le littoral situé entre les estuaires des fleuves Kourou et Sinnamary correspond à l'un des secteurs côtiers les plus beaux de toute la Guyane. Il se compose d'une grande diversité de milieux, dominée par des marais herbacés en arrière d'une mangrove côtière et d'une importante vasière d'où émergent quelques ilôts rocheux. Il est ponctué par un réseau de petites criques et de chenaux de marées. Ce secteur du littoral guyanais étant soumis à l'envasement, sa morphologie et sa physionomie varient en fonction des phénomènes d'accrétion et d'érosion liés au déplacement du banc de vase d'est en ouest. Facilement accessible par endroit, il attire un certain nombre de touristes et d'ornithologues par les richesses qu'il offre aux visiteurs. En effet, il constitue une zone d'importance internationale pour les oiseaux d'eau, notamment pour les Limicoles migrateurs du continent nord-américain qui s'alimentent sur les vasières et dans les lagunes, pour les oiseaux marins qui nichent sur les ilôts rocheux et pour les grands échassiers comme les Aigrettes et les Ibis rouges qui se reproduisent dans les mangroves. D'une valeur biologique exceptionnelle, ce site est classé à l'inventaire du patrimoine naturel de la région en Zone Naturelle d'Intérêt Ecologique Faunistique et Floristique (Z.N.I.E.F.F.) de type 2, comprenant localement des ZNIEFF de type 1 : Battures de Malmanoury, Embouchure de la Karouabo. DESCRIPTION DES DIFFERENTS MILIEUX ET DE LEURS FORMATIONS VEGETALES Les ilôts rocheux Les ilôts rocheux dénommés "Battures de Malmanoury" sont constitués de deux groupes principaux de rochers, l'un situé à l'extrémité de la route de l'anse, l'autre entre les embouchures des criques Malmanoury et Karouabo. Situés au coeur de la zone de balancement des marées, ils émergent (4 à 5 m) à marée basse au milieu d'une immense vasière fluide. Sur ces ilôts où les espaces rocheux sont

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prépondérants, les rares dépressions sont remplies de sables coquillers et colonisées par des graminées et des cypéracées. On y rencontre parfois également des massifs de Cactus cierges, Cereus hexagonus.

La mangrove côtière
La mangrove est une forêt inondée par l'océan à chaque marée haute, presque exclusivement composée de palétuviers. Sa présence est étroitement liée au déplacement des bancs de vase d'est en ouest le long du rivage, entrainés par le courant équatorial, lui même engendré par les alizés. Ce milieu instable, asphyxiant et plus ou moins salé, est très contraignant ; de fait, peu adapté à la vie végétale. Aussi sa composition floristique est-elle extrêmement pauvre, de l'ordre d'une vingtaine d'espèces dont deux seulement sont ligneuses (les palétuviers). L'originalité de la flore en jeune mangrove est nulle, les espèces constitutives étant des plantes à vaste répartition géographique en raison de leurs moyens de dispersion très efficaces par les courants marins. Au niveau de l'anse de Sinnamary et des battures de Malmanoury, la côte est en progression, les dépots vaseux salés récents sont colonisés et fixés, tout d'abord par les Palétuviers gris, Laguncularia racemosa. Ils sont précédés et accompagnés d'espèces herbacées comme Spartina brasiliensis (formant sur la vase des taches orbiculaires qui s'accroissent rapidement jusqu'à devenir confluentes) & Crenea maritima ; puis par l'implantation des Palétuviers blancs, Avicennia germinans. Ces derniers forment des ensembles pratiquement monospécifiques. La colonisation du banc de vase étant rapide et totale, tous les arbres d'un même ensemble sont du même âge et de la même taille avec un sous-bois généralement inexistant. Ainsi la mangrove revêt un aspect de peuplement homogène. En retrait de ce front pionnier et dans les secteurs qui ne sont pas soumis à des phénomènes érosifs durant plusieurs décennies, cette formation tend à évoluer vers une forêt à voûte claire. Il y domine de très grands Palétuviers blancs qui se sont développer au dessus d'un sous-bois enrichi en plantes herbacées comme le "Moucou-moucou", Montrichardia arborescens. en palmiers associés à d'autres arbres de la forêt marécageuse dont elle préfigure l'installation. La mangrove d'estuaire et la forêt marécageuse Le long des criques, à mesure que l'on s'éloigne de l'océan, les Palétuviers blancs disparaissent peu à peu, et des espèces d'eau douce apparaissent. Le boisement est alors dominé par les Palétuviers rouges, Rhizophora racemosa, reconnaissables à leurs longues racines échasses en arceaux. On note également l'apparition de fourrés épineux de Machaerium lunatum. Bien que pauvre, sa flore est cependant plus riche que celle de la mangrove côtière : de l'ordre d'une cinquantaine d'espèces. Le milieu est en effet plus stable et moins contraignant. Des espèces caractéristiques de la forêt marécageuse se mêlent ainsi déjà aux palétuviers. Plus en amont, en s'éloignant encore un peu plus de l'influence de la marée, la richesse floristique s'accroît progressivement et l'on passe avec une lente progression de la mangrove d'estuaire à la forêt marécageuse ripicole. Celle-ci se développe sur des sols

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hydromorphes temporairement et partiellement exondés (saison sèche). Selon la nature et l'âge des sédiments, le degré d'hydromorphie, de nombreuses variantes existent. Plusieurs espèces leurs sont communes et caractéristiques : le "Palmier pinot", Euterpe oleracea, le "Yayamadou-marécage", Virola surinamensis. le "Manil", Symphonia globulifera, le "Cacaorivière", Bombax aquaticus et le "Moutouchi-marécage", Pterocarpus officinalis aux larges contreforts ondulés et ramifiés. On y rencontre également le "Palmier bâche", Mauritia flexuosa, ainsi que Caryocar microcarpum et Carapa guianensis. En sous-bois on trouve des pipéracées, de petits palmiers des genres Bactris et Geonoma. des rapatéacées et de nombreuses plantes épiphytes tels les Phylodendron qui couvrent parfois les arbres pour former de véritables manchons. Les massifs de "Moucou-moucou" abondent également dans ces formations ripicoles. Les marais à végétation herbacée En retrait de la vasière et de la mangrove, s'étendent des marais côtiers à végétation herbacée prédominante, ponctués par la présence de petits étangs. Ils sont parfois en relation avec l'océan par des chenaux de marées. Il existe ainsi une série de marais allant des eaux saumâtres aux eaux douces et dont la physionomie est variable selon la saison. Bien qu'ils soient en permanence inondés, la végétation est particulièrement luxuriante durant et juste après les pluies. Leur composition floristique varie également selon la nature du sol. De toutes les formations végétales des zones humides en Guyane, les marais possèdent la flore la plus riche avec 200 à 250 espèces de plantes vasculaires. Les différents groupements végétaux peuvent être schématiquement classés ainsi : Marais à Eleocharis mutata Ce sont les lagunes ou les savanes à palétuviers morts. Ils correspondent au premier groupement que l'on rencontre juste derrière la mangrove (sur des argiles marines consolidées et salées entre 10 et 50 cm de profondeur), précédant l'installation des marais en eau douce. Les sols se différencient de ceux de la mangrove qui y préexistait par un début d'accumulation de matière organique en surface, l'augmentation de l'acidité et de la dessalure provoquée par l'apport d'eau douce en saison des pluies ; les modifications du régime hydrique et de la salinité constituent des facteurs entrainant progressivement la mort des palétuviers. La végétation qui s'y installe, encore pauvre en nombre d'espèces, est dominée par Eleocharis mutata. Elle marque la physionomie du milieu par ses étendues uniformes vertfoncé, souvent parsemées de touffes de quelques autres cypéracées, Acnida cuspidata. Cyperus articulatus. de fourrés épineux de Machaerium lunatum. d'îlots de Montrichardia arborescens. de fourrés de "Pruniers zicaques", Chrysobalanus icaco. de "Palmiers pinots", et dans les zones d'eau libre des Nénuphars, Nymphaea sp pi. Marais à Typha angustifolia & Cyperus articulatus La transition entre les marais d'eau saumâtre ou salée à Eleocharis mutata et les marais d'eau douce à cypéracées sur pégasse est constituée par un groupement végétal dense atteignant 2 à 2,5 m de haut. Sa physionomie est marquée par les grands roseaux, Typha angustifolia, qui dominent les autres herbacées : Cyperus articulatus. Acnida cuspidata. Ludwigia leptocarpa. Mikania micrantha, Leersia hexandra. ainsi que de grandes touffes de fougère, Acrostichum aureum.

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Marais d'eau douce à cyperacées et fougères sur pégasse Plus à l'Intérieur, les argiles marines consolidées sont grises à gris-bleu, complètement dessalées en surface et salées seulement à plus de 1 m de profondeur. Une couche de matière organique appelée "pégasse" (tourbe acide), d'épaisseur variable les recouvre. Leur flore est beaucoup plus riche que celles des précédents. En fonction de l'épaisseur de la couche de tourbe et du pH de l'eau, ces marais présentent plusieurs variantes. Ils ont comme caractéristiques communes l'existence d'un tapis herbacé dense flottant avec la pégasse sur une hauteur d'eau variable selon les sites et les saisons. Les végétaux qui composent ce substrat sont essentiellement des fougères, Blechnum serrulatum. Dryopteris gongylodes, Pytyrogramma calomelanos & Thelypteris interrupta, qui acidifient le milieu et sont les principales productrices de tourbe. Elles sont associées à de nombreuses autres espèces herbacées : Leersia hexondra, Cyperus arficulatus, Eleocharis interstincta, Rhynchospora sp. pi.. Sacciolepissfriata. Très souvent le "Moucou-moucou" abonde soit uniformément, soit par taches. On peut distinguer plusieurs variantes de ce type de marais, allant de la savane à cyperacées au marécage à "Pruniers zicaques". La première est caractéristique des zones où la couche de pégasse atteint une épaisseur considérable (de 1 à 3 m). Rhynchospora corymbosa est associé au tapis herbacé à fougères, interrompu ponctuellement par des mares d'eau libres à plantes aquatiques (nénuphars, jacinthes et lentilles d'eau) dont la plus commune est Nymphaea rudgeana. La seconde est caractéristique d'une couche de tourbe de 50 à 100 cm d'épaisseur. La végétation flottante y est également dense et riche en cyperacées avec comme autres espèces que celles citées précédemment : Lagenocarpus guianensis, Rhynchospora gigantea, R. cyperoides, R. triflora. On y rencontre de nombreux fourrés de "Pruniers zicaques" associés aux "Palmiers bâches". Ces marais forment de véritables prairies flottantes appelées "pri-pris tremblants" ou "savanes tremblantes". INTERET AVIFAUNISTIQUE L'étendue et la diversité des biotopes rencontrés confèrent au site une grande richesse avifaunistique, tout particulièrement en oiseaux d'eau. Des espèces très rares et de passages, y ont été notées, comme le Flamant rose, Phoenicopterus ruber, et le Pélican brun, Pelecanus occidentalis. Il s'inscrit, en fait, dans le contexte des platières vaseuses, associées aux mangroves, du nord de l'Amérique du Sud. Celles-ci représentent pour des millions de Limicoles néarctiques, le premier lieu d'arrêt après un vol, la plupart du temps sans escale, au dessus de la mer des Caraïbes et du secteur ouest de l'Atlantique. Plusieurs espèces de ces oiseaux restent dans le nord du continent sud-américain durant tout l'hiver boréal. D'autres y sont uniquement de passage, hivernant plus au sud, aussi loin qu'en Terre de Feu. D'autres enfin, y sont représentés toute l'année par un certain nombre d'estivants en juin et juillet. Ces vasières abritent également des espèces limitées aux régions néotropicales comme l'Echasse à cou noir, Himantopus melanurus, le Pluvier de Wilson, Charadrius wilsonia. et le pluvier d'Azara, Charadrius collaris.

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La Guyane accueille ainsi plusieurs milliers de Limicoles (représentant plus de 30 espèces), et notamment plus de 20 % des effectifs de Bécasseaux nord-américains hivernants ou migrateurs sur les côtes de l'Amérique du Sud. La vasière de Sinnamary constitue l'un des principaux sites d'accueil de ces oiseaux, avec un minimum de 600 000 individus pendant les périodes de migrations (REYNAUD, décembre 1991). En fait, la vasière qui découvre à marée basse, héberge toute une faune d'annélidés et piège une grande quantité de larves de crustacés et de poissons. Les Limicoles retirent de cet estran vaseux l'énergie nécessaire à la mue et à l'accumulation prémigratrice de dépôts lipidiques. On peut ainsi distinguer les Limicoles selon leur stratégie de capture et de recherche de proies : - les chasseurs tactiles, souvent à long bec : Bécasseaux roux, Limnodromus griseus, et B. à échasses, Calidris himantopus ; - les chasseurs visuels à bec plus fort et plus court : les Gravelots semipalmé et d'Azara, Charodrius semipalmatus & C. collaris, le Pluvier argenté, Pluvialis squatarola, et le Tournepierre à collier, Arenaria interpres ; - le Courlis, Numenus phaeopus, qui exploite les trous de crabes ; - et ceux qui selon le milieu qu'ils exploitent, sont chasseurs visuels (sur les platières vaseuses à marée descendante) ou chasseurs tactiles (dans les boues molles sous la ligne de marée) : espèces à longues pattes et à long bec tels que les Grands et Petits Chevaliers, Tringa melanoleuco & T. flavipes, le Chevalier grivelé, Actitis macularia, la Symphémie semipalmée, Catoptrophorus semipalmatus, la Barge hudsonienne, Limosa haemastica, l'Echasse à cou noir et certains petits Bécasseaux, Calidris sp pi. Cela amène les Limicoles à exploiter différemment le rivage : il y a étagement des espèces selon la ligne de marée, de plus, les exigences écologiques propres à chaque espèce et les variations dans l'abondance des proies affectent l'espacement et le degré d'agressivité des oiseaux : les tactiles sont gréraires en bandes denses, souvent associés à d'autres espèces, les visuels sont plus solitaires ou en groupes monospécifiques et sont souvent territoriaux.

De nombreuses autres espèces exploitent également les ressources alimentaires de la vasière, en particulier les Ardeidés littoraux : Héron cocoi, Ardea cocoi. Héron garde-boeuf, Bubulcus ibis. Aigrette neigeuse, Egretta thula. Aigrette bleue, E. caerulea. Aigrette tricolore, E. tricolor ; et les Laridés comme le spectaculaire Bec-en-ciseaux noir, Rynchops niger, et la Sterne hansel, Gelochelidon nilotica, présente sur les côtes avec des effectifs très importants sur le plan international, faisant de la Guyane une région essentielle pour la survie des populations nichant aux Etats-Unis. Egalement migratrices, de petites populations de Sterne

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pierregarin, Sterna hirundo, font haltes sur les zones de vases consolidées. Les flaques à marées basses qui emprisonnent de nombreux petits poissons sont exploitées par la Petite Sterne, Sterna antillarum. et la Sterne argentée, S. superciliaris. La Mouette atricille, Larus atricilla, la Sterne royale, Sterna maxima. et la Sterne de Cayenne, Sterna eurygnatha. trouvent, elles, un site pour leur reproduction, à l'est de l'anse, sur les battures de Malmanoury. Les îlots rocheux dénommés "battures de Malmanoury" constituent en effet le 2ème site de nidification des oiseaux de mer du département après l'île du Grand-Connétable. La Guyane présente une situation tout à fait privilégiée pour le nord de l'Amérique du Sud, dans la mesure où l'on y trouve les seules colonies nicheuses d'oiseaux de mer sur plus de 3000 km de côtes entre Trinidad et le nord-est brésilien. Les battures sont ainsi le site de ponte pour ces trois espèces de laridés particulièrement vulnérables. La Mouette atricille atteint en Guyane sa limite de répartition la plus méridionale, très isolée des autres populations de la région Caraïbe. Ses effectifs aux battures sont de 150 à 200 couples (sur les 1500 que comptent le département, soit 20 % des effectifs caraïbes) et se reproduisent essentiellement d'avril à août.

Les Sternes sont souvent associées et forment des colonies denses et animées d'avril à septembre. Elles pondent sur les zones plates, sableuses ou herbacées des ilôts rocheux. La Sterne royale y a des effectifs variant considérablement d'une année à l'autre, de 90 à 600 couples, représentant ainsi parfois la colonie la plus importante du département. La Sterne de Cayenne est une espèce très menacée dont l'aire de répartition est restreinte au sud de la mer des Caraïbes et à quelques stations sur la façade atlantique du continent sudaméricain. La Guyane accueille une part importante des effectifs reproducteurs (2000 couples soit 20 % de la population mondiale) et les battures peuvent compter de 250 à 800 couples selon la saison. L'ensemble de ces petits ilôts rocheux accueillent également les Tournepierres à collier lors de leurs haltes migratoires, et assurent de manière plus générale les reposoirs des laridés et limicoles à marée haute. Ce littoral constitue également un havre d'hivernage pour deux espèces de Rapace, le Balbuzard pêcheur, Pandion haliaetus, et le rare Faucon pèlerin, Falco peregrinus, eux aussi migrateurs nord-américains.

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Dans la zone de balancement des marées, la jeune mangrove constitue un écosystème très productif sur le plan biologique. D'intéressants réseaux trophiques offrent aux oiseaux une provende constituée de crustacées décapodes et de poissons amphibies. De nombreux oiseaux fréquentant les bancs de vase se retrouvent ainsi dans la mangrove côtière, ces deux biotopes formant en fait une unité fonctionelle pratiquement indissociable. C'est le cas des échassiers sédentaires piscivores ou consommateurs d'invertébrés, les Aigrettes ou Hérons littoraux, qui s'alimentent dans les eaux peu profondes et nichent en colonie dans les jeunes palétuviers. La jeune mangrove est également un site privilégié de reproduction pour l'Ibis rouge, Eudocimus ruber, qui nichent effectivement à l'embouchure de la crique Karouabo. Ce site représente d'ailleurs la dernière colonie nicheuse pour cette espèce (1500 couples) en Guyane. L'avifaune de la mangrove côtière inclue des espèces d'oiseaux qui lui sont inféodées comme encore certaines espèces de Hérons : le Bihoreau violacée, Nyctanassa violacea. et le Savacou huppé, Cochlearius cochlearius ; mais également le Râle gris, Rallus longirostris, le Râle à cou roux, Aramides axillaris, la Buse des crabes, Buteogallus aequinoctialis, le Coulicou manioc, Coccyzus minor, le Tyranneau givré, Inezia subflava, le Moucherolle cendré, Contopus cinereus, le Moucherolle pie, Fluvicola pica, le Troglodyte familier. Troglodytes aedon, le Quiscale merle, Quiscalus lugubris, et le Conirostre bicolore, Conirostrum bicolor. La diversification structurale et floristique de la mangrove d'estuaire et de la forêt marécageuse ripicole permet l'apparition de nectarivores, comme les Colibris tel l'Ariane vert-doré, Amazilia leucogaster, et de frugivores partiels, tel le Cacique à croupion jaune, Cacicus cela, ou total comme le Toucan ariel, Ramphastos vitellinus. et le Toucan de Cuvier, R. tucanus.

Les arbres morts sont favorables aux Pics et Picumnes, tels le Picumne d'Orbigny, Picumnus cirratus, le Pic jaune, Celeus flavus. le Pic ouentou, Dryocopus lineatus, et le Pic de Malherbe, Campephilus melanoleucos.

Plusieurs insectivores sont caractéristiques de la mangrove à Rhyzophora et des forêts marécageuses, comme le Grimpar talapiot, Xiphorynchus picus. le Batara demi-deuil, Thamnophilus nigrocinereus, le Grisin de Cayenne, Formicivora grisea, le Tyranneau des palétuviers, Sublegatus arenarum. le Tyran de Wied, Myarchus tyrannulus, le Tyran audacieux, Myiodynastes maculatus, La Bécarde noire, Pachyramphus polychopterus. Le Macagua rieur, Herpetotheres cachinnans. est lui aussi inféodé à ce type de formation forestière. A noter encore que dans la végétation ripicole vit en bandes parfois nombreuses l'Ani des palétuviers, Crotophaga major, et se rencontre également une espèce de Héron, l'Onoré rayé, Tigrisoma lineatum ainsi que l'Ibis vert, Mesembrinibis cayennensis. -34-

Les marais subcôtiers sont des écosystèmes fragiles, aux équilibres précaires, et de la plus haute importance sur le plan biologique. L'avifaune des marais est relativement riche et inclue certaines espèces d'oiseau d'eau propres à ce type de milieu : la Grande Aigrette, Egretta alba, le Petit Butor, Ixobrychus exilis. le Héron strié, Butorides striatus, le Tantale d'Amérique, Mycteria americana, le Dendrocygne à ventre noir, Dendrocygna automnalis, la Sarcelle à ailes bleues, Anas discor, le Jacana noir, Jacana jacana, la Talève violacée. Porphyrio martinica, le Râle grêle, Laterallus exilis. On y rencontre également la Buse pêcheuse, Busarellus nigricollis, ainsi qu'une avifaune hautement spécifique de petits passereaux dont l'habitat préférentiel est le marais herbacé parsemé de massifs arbustifs tels la Synallaxe aquatique, Certhiaxis cinnamomea, le Moucherolle à tête blanche, Arundinicola leucocephala. le Troglodyte à miroirs, Donacobius atricapillus, le Carouge icterocephale, Agelaius icterocephalus, le Sporophile des marais, Sporophila minuta... A marée haute, les oiseaux des vasières trouvent également refuge dans les marais. UN PATRIMOINE BIOLOGIQUE EXCEPTIONNEL A PRESERVER... ...ET A METTRE EN VALEUR La description écologique du littoral entre Kourou et Sinnamary montre la valeur biologique exceptionnelle du secteur. C'est essentiellement parce que le site représente une zone d'importance internationale pour les oiseaux d'eaux, que les projets de protection prennent toute leur justification. La conservation des biotopes reste cependant la première démarche à faire en matière de protection des espèces. Les milieux humides constituent des écosystèmes dont la fragilité et les richesses sont aujourd'hui reconnues sur le plan international (Convention de RAMSAR). La diversité et la qualité des biotopes de ce secteur du littoral guyanais justifie à elles seules une mise en protection. La prise en compte des marais s'avère importante. Tout d'abord par la richesse spécifique que revêt ce milieu et qui a été soulignée précédemment Ensuite, par le fait que la protection des espèces sur un site donné n'a de sens que si l'on protège l'ensemble des milieux qu'elle fréquente. Or, de nombreux oiseaux des vasières et des mangroves sont amenés à utiliser les marais sub-côtiers. Il existe ainsi une forme de continuité écologique entre ces différents écosystèmes. Les battures constituent un site de nidification d'oiseaux de mer tout à fait exceptionnel pour le nord-est de l'Amérique du Sud, et le second en importance dans le département par ses effectifs et sa diversité spécifique. Les espèces d'oiseaux qui y nichent, ont un statut sur le

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plan mondial justifiant leur protection, et y présentent des effectifs importants à l'état des populations respectives pour la région Caraïbe. Elles forment de ce fait un peuplement de très haute valeur scientifique. Par ailleurs, ces oiseaux sont tous des migrateurs au sein de la région des Guyanes ; les sternes voyagent même jusque sur les côtes méridionales du Brésil. La Guyane joue donc un rôle primordial dans la conservation de ce patrimoine international, les battures de Malmanoury constituant l'un des maillons essentiels pour cette conservation. C'est particulièrement le cas pour la Sterne de Cayenne, extremmement menacée et dont l'aire de répartition notamment est très restreinte : le site joue un rôle au niveau mondial pour sa survie en accueillant 20 % de la population reproductrice. Cependant des menaces précises pèsent sur l'avenir de ces colonies d'oiseaux de mer. ces dernières sont en effet régulièrement dérangées et pillées par des pêcheurs qui débarquent sur les rochers et ramassent les oeufs en grande quantité. On assiste également, de manière plus occasionnelle toutefois, à des destruction directes d'oiseaux par des chasseurs. Certaines années les dérangements sont tels que les colonies sont abandonnées en cours de reproduction, et d'une manière générale, les effectifs des colonies varient fortement d'une saison à l'autre en fonction de l'intensité des perturbations humaines. Face à la gravité de ces dérangements régulièrement perpétrés, il est urgent de mettre en place une protection assurant la tranquillité des oiseaux au moins durant leur période de reproduction (mars à septembre) ; en interdisant sur le site la circulation des personnes. Les exemples sont malheureusement nombreux de par le monde où des populations entières d'oiseaux de mer nicheuses ont disparu définitivement suite à de telles perturbations.

Ce secteur littoral accueille la dernière colonie nicheuse d'Ibis rouge en Guyane. Ce facteur justifie à lui seul la nécessité d'une protection. En effet, l'aire de répartition de l'espèce qui s'étendait jadis sur la façade atlantique de l'Amérique centrale jusqu'au sud du Brésil, est aujourd'hui quasiment restreinte à la côte allant du nord-est de la Colombie jusqu'à l'embouchure de l'Amazone. Cette disparition de l'ibis est exclusivement liée aux dérangements et destructions d'origine humaines. Depuis 1970, la situation de cet oiseau en Guyane est devenue critique : l'espèce étant actuellement 15 fois moins nombreuse que par le passé. La population nicheuse relictuelle est donc localisée à la jeune mangrove bordant le territoire du CNES, et évaluée en 1993 à 1500 couples. De plus, celle-ci ne se reproduit pas chaque année et subit encore des destructions importantes malgré la protection dont l'oiseau bénéficie théoriquement. Dans ce contexte, la place et le rôle de la Guyane pour la protection et la survie de cette espèce, patrimoine biologique international menacé d'extinction au niveau mondial, est tout à fait fondamental. La responsabilité des gestionnaires du dernier site de reproduction de l'oiseau dans le département est donc très grande. De la protection absolue de cette colonie dépend en grande partie l'avenir de l'Ibis rouge en Guyane.

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De plus, cet oiseau représente un élément important dans le cadre d'une politique d'écotourisme et d'image de marque.

La Guyane accueille un grand nombre de Limicoles migrateurs nord-américains en halte lors de leurs passages ou pour leur hivernage (20 % de la population mondiale du Bécasseaux semipalmé par exemple). Les vasières et mangroves du département jouent ainsi un rôle fondamental dans la biologie de ces oiseaux, et la survie de ces derniers dépend de leur existence et de la qualité de l'accueil qu'ils pourront y recevoir. Le site de Kourou-Sinnamary constitue l'un de ces secteurs les plus importants du littoral guyanais pour ces oiseaux, et joue donc un rôle primordial dans la conservation de ce patrimoine naturel international. Il est alors impératif d'assurer pour ces oiseaux la tranquillité dont ils ont besoin sur ce site d'accueil.

Une grande partie de l'avifaune, qui fait l'essentiel de l'intérêt biologique du site, est' protégée par l'arrêté ministériel du 1986 : Laridés, Ardeidés et Ibis. Cependant la chasse de certaines espèces gibiers (Limicoles), tout comme la simple circulation des personnes, peut causer des dérangements (mouvements, bruits) non négligeables pour ces espèces, et pouvant avoir des répercussions sur leur reproduction. De plus, il est illusoire de penser contrôler sur le terrain les intentions réelles du chasseur. Il reste encore aujourd'hui difficile de faire appliquer la réglementation relative aux espèces protégées. Or pour certaines d'entre elles, comme nous venons de le voir pour l'Ibis rouge, la situation appelle d'urgence une protection efficace. Il s'avère donc indispensable d'avoir un statut de protection adapté, base légale et pratique pour maîtriser le braconnage des espèces, seul moyen efficace pour contrôler l'accès au site. Un statut de protection est un label favorable au développement de l'écotourisme. C'est la garantie de la qualité du produit proposé à la clientelle ; c'est l'engagement de développer sur le site uniquement des activités compatibles avec la conservation du patrimoine naturel ; c'est péréniser les actions entreprises pour la mise en valeur touristique, pédagogique, voire scientifique du site. La protection effective des espèces d'oiseaux sur le site, tels les Laridés, les Ardeidés, les Ibis, et les Limicoles également, par un statut et une réglementation bien adaptée se justifie parce que ce sont eux qui constitueront la valeur du produit offert dans le cadre d'un tourisme ornithologique. Enfin, de la diversité des milieux visés par la protection, dépend en partie la richesse faunistique du site susceptible d'être rencontrée par le public.

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Afin d'en conserver les richesses biologiques exceptionnelles, divers projets de protection de ce littoral ont déjà été établis.: les battures de Malmanoury ont fait l'objet d'un premier projet d'arrêté de biotope (TOSTAIN, 1988), révisé par la suite (REYNAUD, 1991) compte tenu de révolution des milieux et le souci de prendre en compte l'existence de la colonie d'Ibis rouges. Aujourd'hui, un dossier réactualisé est en cours de négociation. Il concerne le littoral de la Pointe Charlotte à l'Anse de Sinnamary jusqu'à la limite du territoire du CNES, qui serait ainsi classé en réserve naturelle volontaire. Ce dernier projet vise à protéger une grande diversité de milieux (des vasières aux savanes sèches et massifs forestiers) ce qui se justifie tant sur le plan écologique (évolution géomorphologique, continuité et imbrication des écosystèmes, utilisation différentielle des milieux par la faune) que pour une mise en valeur pédagogique et touristique du site. Il préserve également des dérangements humains les espèces animales qui y vivent, en assurant la tranquilité totale aux oiseaux de mer, ardéidés et ibis durant leur cycle de reproduction, mais également aux limicoles. et autres migrateurs en halte ou hivernant. Il tient compte des contraintes liées aux activités du centre spatial, et prévoit par des aménagements et une ouverture au public, la valorisation pédagogique et touristique de certains secteurs. A terme, cette protection et cette mise en valeur pourrait s'étendre à la totalité de la zone le long de la route de l'anse si la commune de Sinnamary s'associait à cette démarche...

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Principales références bibliographiques

Les formations végétales de la bande côtière de Guyane française dans "Le littoral guyanais, fragilité de l'environnement". J.J. de Granville ; Nature Guyanaise, 1986. Limicoles nord-américains en Guyane française, origine, distribution, mouvements saisonniers et abondance dans "Le littoral guyanais, fragilité de l'environnement". H. Ouellet & R. McNeil ; Nature Guyanaise, 1986. Conservation des vasières, lagunes et mangroves dans "Le littoral guyanais, fragilité de l'environnement". H. Ouellet & R. McNeil ; Nature Guyanaise, 1986. Protection des zones humides néotropicales dans "Le littoral guyanais, fragilité de l'environnement". J.L. Dujardin ; Nature Guyanaise, 1986. Dossier de demande d'arrêté de protection du biotope pour les battures de Malmanoury. O. Tostain ; ORSTOM Cayenne, 1988. Protection des vasières et battures de Malmanoury. P.A. Reynaud ; ORSTOM Cayenne, 1991. Le littoral de Kourou à Sinnamary, présentation écologique - projets d'arrêté de conservation des biotopes et de réserve naturelle volontaire. B. Goguillon ; DRAE, 1993. Oiseaux de Guyane. O. Tostain, J.L Dujardin, Ch. Erard & J.M. Thiollay ; S.E.O. 1992.

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Erratum à la synthèse du 1er trimestre 1993

La mention en page 27 concernait la Sturnelle des prés, Sturnella magna, et non la Sturnelle militaire, Leistes militaris. Elle correspondait bien cependant à la première donnée de reproduction en Guyane pour cette espèce qui niche au sol et sans doute communément dans les savanes et prairies littorales. La nidification de Leistes militaris n'en demeure pas moins également inconnue dans notre département (et ce, malgré son statut d'espèce commune dans les milieux favorables).

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SYNTHESE DES OBSERVATIONS Période : Avril - Mai - Juin 1993

R é d a c t e u r : Bertrand GOGUILLON

Liste des observateurs : B. BELLATON (B.B.) Ch.CADIRANjC.C.) P.DELUERE(RD.) A; HERGIBO (A.H.) A LE DREFF (ALD.) P. PETRONELLI (P.P.) 0. TOSTAIN (O.T.)

Les données mentionant le GEPOG se réfèrent aux observations de groupe réalisées au cours des sorties organisées par l'association.

Ordre des TINAMIFORMES Famille des TINAMIDAE Tinamus major Grand tinamou

1 femelle couvant 4 oeufs à Paracou. le 20/04/1993 (PP.).

Ordre des PROCELLARIIFORMES Famille des PROCELLARIIDAE Puffinus gravis Puffin majeur

1 oiseau par 5°24'N et 52°01 'W. le 23/06/1993 (O. T.).

Famille des HYDROBATIIDAE Oceanites oceanicus Océanite de Wilson w

10 individus au total le 22/06,18 le 23/06 et 1 le 24/06/1993 au large des côtes de la Guyane (O. T.). Oceanodroma 1 au large de Kourou le 15/05/1993 (B. B.). Océanlte sp.

Famille des THRESKIORNITHIDAE Mesembrinibis cayennensis Ibis vert

1 Individu entendu à Moteur/, le 11/04/1993 (B. B.).

Famille des CATHART1DAE Cathartes burrovianus Urubu à tête Jaune

Observé piste de "Risque-tout", le 01/05/1993 (GEPOG). -41 -

Sarcoramphus papa

Vautour pape

1 individu Piste "Risque-tout-, le 01/05/1993 (GEPOG).

Famille des PHOENICOPTERIDAE

Phoenicopterus ruber

Flamant rose

4 oiseaux Pointe Isère, le 24/04/1993 (B. B. & C. C ) .

Ordre des FALCONIFORMES Famille des ACCIPITRIDAE Harpagus bidentatus Milan bidenté

Offrande de proie (cigale) observée à Paracou le 30/05/1993 (P. P.).

Famille des FALCONIDAE Falco peregrinus Faucon pèlerin

1 femelle à l'embouchure du Kourou capture une Aigrette bleue, le 09/04/1993 (A. L.D.). Falco rufigularis Faucon des chauves-souris

1 couple parade du 17/05 au 30/05/1993 puis nîche probablement dans la zone industrielle de Pariacabo à Kourou (A- L.D.).

Ordre des GALLIFORMES Famille des CRACIDAE Crax alector Grand Hocco

Observé piste "Risque-tout', le 01/05/1993 (GEPOG).

Ordre des CHARADRIIFORMES Famille des JACANIDAE Jacana jacana Jacana nolr

3 oiseaux à Kaw notés en mai (C. C ) . C o m m e à son habitude, Christophe CADIRAN, notre animateur ornithologue professionnel, nous offre encore ce trimestre une de ses observations remarquables (dont il a le secret) a v e c lesquelles il ne manque jamais d'enrichir ta synthèse.

Famille des SCOLOPACIDAE Bartramia longicauda Maubèche des champs

8 oiseaux dans la savane Combi. le 06/04/1993 (P. P.). -42-

Arenaria Interpres

Tourneplerre à collier

1 Individu sur la vasière de Kourou le 21/04/1993, bagué en mars 1992 au môme endroit (A. LD.). Calidrls pusilla Bécasseau semipalmé

Sur la vasière de Kourou (données de A. L.D.) : - l e 21/04/1993: - 2 Individus bagués entre septembre et novembre 1991 au même endroit ; - 3 Individus bagués entre mars et avril 1992 au même endroit ; - l e 05/05/1993: -1 individu bagué entre septembre et novembre 1991 au même endroit ; -1 Individu bagué en Baie de Fundy au canada en 1988. Calidrls minutilla Bécasseau minuscule

1 individu sur la vasière de Kourou le 05/05/1993, bagué en février 1992 au même endroit (A. LD.).

Famille des RECURVIROSTRIDAE Himantopus melanurus Echasse à queue noire

1 individu le 09/05 et 10 le 04/06 à l'anse Nadau à Cayenne (B. B.).

Famille des STERCORARIIDAE Stercorarius pomarinus Labbe pomarin

1 individu en vol à l'embouchure du Sinnamary, le 11/06/1993 (A. L.D.).

Ordre des COLUMBIFORMES Famille.des COLUMBIDAE Columbina minuta Colombe pygmée

Observée sur la piste "Risque-tout", le 02/05/1993 (GEPOG).

Ordre des STRIGIFORMES Famille des TYTONIDAE

Tyto alba 1 individu à Matoury le 11/04/1993 (B. B.).

Chouette

effraie

Famille des STRIGIDAE

Bubo

virginianus

Grand-Duc

d'Amérique

1 Individu tué par chasse à Kourou, le 19/05/1993 (A. LD.). Asio clamator Hibou strié

1 individu mort sur la route de Mana. le 03/04/1993 (A. H.).

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Ordre des APODIFORMES Famille des TROCHILIDAE Chrysolampis mosquitus . Colibri rubls-topaze

1 oiseau observé sur le sentier du Rorota (Mahury), le 29/05/1993 (B. B.). Cette espèce fréqente normalement les savanes arbustives. Hylocharis sapphirina Saphir à gorge rousse

1 individu observé sur le sentier de la Mirande (Grand Matoury). le 03/04/1993 (B. B.).

Ordre des TROGONIFORMES Famille des TROGONIDAE Trogon violaceus Trogon violacé

Observé sur la piste "Risque-tout" le 02/05/1993 (GEPOG).

Ordre des CORACIIFORMES Famille des MOMOTIDAE Momotus momota Motmot houtouc

Observé le long de la nouvelle RN à Kourou. le 17/05/1993 (A. L.D.).

Ordre des PICIFORMES Famille des GALBUUDAE Galbula d e a Jacamar à longue queue

Nourrlssage observé à Paracou le 30/04/1993. La loge est faite dans une termitière arboricole à environ 25 m de hauteur (P. P.).

Famille des CAPITONIDAE Capito niqer Cabézon tacheté

1 couple nicheur dans un trou près de ta ferme Vidal, le 16/04/1993 (A. H.). 3 jeunes volants à l'entrée du sentier de Vidal, le 16/04/1993 (B. B.). Famille des RAMPHAS71DAE Pteroqlossus viridis Araçari vert

Observé sur la piste "Risque-tout", le 01/05/1993 (GEPOG). 1 couple observé à Paracou, le 02/05/1993 (P. D. ).

Famille des PICIDAE Melanerpes cruentatus Pic à chevron d'or

Observé sur la piste "Risque-tout", le 01/05/1993 (GEPOG). -44-

Celeus

flavus

Pic jaune

Observé le long de la route de Guatemala, le 11/05/1993 (A. L.D.). Dryocopus lineatus Pic ouentou

1 couple mange des fruits de comou en compagnie de Cabezons tachetés, sur le mont grand Matoury, le 11/04/1993 (B. B.). Campephllus rubrlcollls Plc à cou rouge

Creusement d'une loge dans un arbre vivant (Parkia nitida). à Paracou le 16/04/1993 (P. P.).

Ordre des PASSERIFORMES Famille des DENDROCOLAPT1DAE Deconychura Observé sur longicauda la piste " Grimpar à longue queue Risque-tour, le 01 /05/1993 (GEPOG). \& 1

Il s'agit d'une espèce de forêt primaire peu commune sur l'ensemble du massif forestier de l'intérieur. Glyphorynchus spirurus Grimpar bec-en-coin

2 Jeunes au nid observés à Paracou, le 11 /04/1993 (P. P.).

Famille des THAMNOPHILIDAE Myrmotherula axillaris Myrmidon à flancs blancs

1 femelle alimentant un juvénile avec un papillon (mâle à proximité), le long de la nouvelle RN1, le 17/05/1993 (A. L.D.). Herpsilochmus stictocephalus Grlsin de Todd

1 mâle subadulte (calotte brune) le long de la nouvelle RN1, le 17/05/1993 (A. L.D.). Microrhopias quixensis Grisin étoilé

Un couple observé le long de la nouvelle RN1, le 01 /04/1993 (A. L.D.). Cette espèce est caractéristique des ouvertures lianescentes et broussailleuses en forêt primaire. Percnostola leucostigma AlapI ponctué

1 Individu nourissant un Juvénile route de Guatemala, le 11/05/1993 (A. L.D.).

Famille des COTINGIDAE Cotinga cotinga Cotinga de Daubenton

1 femelle observée Piste de Combi, le 17/04/1993 (P. D.). Observé piste "Risque-tout', le 01/05/1993 (GEPOG).

Famille des TYRANNIDAE ELANINAE Tolmomyias poliocephalus Platyrhynque poliocéphale

Observé bâtissant un nid piste "Rique-tout", le 02/05/1993 (GEPOG).

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FLUVICOLINAE Terenotrlccus erythrurus Moucherolle rouge-queue

1 oiseau observé sur le Grand Matoury, le 03/04/1993 (B. B.). Cette espèce très discrète du sous-bols de la forêt primaire Intacte est répandue en petit nombre sur l'ensemble du massif de l'intérieur. TYRANNINAE Megarynchus pitangua Tyran pitangua Observé piste de Combi, le 17/04/1993 (P. D.). Cette espèce régulière sur l'ensemble de la Guyane dans les biotopes favorables ( ). semble cependant o c c u p e r essentiellement l'Intérieur, restant peu commune dans les milieux rudéraux du littoral. Tyrannus savana Tyran des savanes

853 individus au dortoir de Kourou (Place Newton), le 15/04/1993 (A. L.D.). Tvrannus dominicensls Tyran gris

Les derniers hivernants sont observés au moins jusqu'au 06/04/1993 à Kourou (O. T.).

Famille des HIRUNDINIDAE Progne chalybea Hirondelle chalybée

Nicheuse dans un lampadaire à Kourou, le 12/06/1993 (A. L.D.).

Famille des ICTERIDAE

Quiscalus

lugubris

Quiscale merle

Nourrisage de jeunes volants à Cayenne, le 25/04/1993 (P. P.). Icterus cayanensis Oriole à épaulettes

2 individus près du Lycée Vidal, le 10/04/1993 (B. B.). Observé près de l'IFREMER, le 12/05/1993 (A. H.).

Famille des EMBERIZIDAE

Euphonia minuta

Organiste

cul-blanc

2 Individus sur le sentier de la ferme Vidal, le 10/04/1993 (B. B.). Ramphocelus c a r b o Tangara à bec d'argent

Jeunes volants observés à Paracou le 01 /05/1993 (P. P.).

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LE MONDE A TIRE-D'AILE
L'Actualité Ornithologique Internationale
BASSE MANA

5ème Conférence Mondiale de la CONVENTION DE RAMSAR : la reconnaissance de la richesse du patrimoine naturel guyanals

A d o p t é e à Ramsar en Iran en 1971, c e t t e c o n v e n t i o n vise à assurer la conservation des principales zones humides du monde. A ce Jour, plus de 600 sites d'importance internationale n o t a m m e n t c o m m e habitats pour les oiseaux d ' e a u , o n t é t é désignés, couvrant près de 40 millions d'hectares. Suite au séminaire Ramsar sur les zones humides de la région Caraïbe qui s'est tenu à Slnnamary en avril dernier (lire Harpia n°2 p.31), la 5ème C o n f é r e n c e mondiale d e l a Convention d e RAMSAR s'est déroulée du 9 au 16 juin réunissant les 77 pays ayant ratifié c e t t e convention, 26 délégations de pays venus en observateurs, et 273 associations ou O.N.G. 900 personnes se sont ainsi retrouvées à Kushiro au Japon. Cette ville se situe au coeur de marais désignés site Ramsar (inscrit sur la liste des zones humides d ' i m p o r t a n c e internationale) où niche et hiverne la Grue du Japon. Ce fut l'occasion de travaux, d ' é c h a n g e s , d e réunions techniques e t d ' e n g a g e m e n t s d e l a p a r t des parties c o n t r a c t a n t e s pour assurer une meilleure conservation de leurs zones humides. 66 n o u v e a u x sites devraient d o n c être inscrit prochainement. Les intentions de la France d'en Inscrire 6 supplémentaires au 8 déjà existants, se sont concrétisées début décembre. Parmis eux, les 3 premiers sites pour les DOM : le Grand Culde-Sac Marin en Guadeloupe, Kaw et la Basse Mana en Guyane.
Les sites Ramsar de Guyane

Yiyi au conservatoire du Littoral

KAW

I an après son classement en réserve naturelle, la richesse du C o n n é t a b l e est r e c o n n u e une nouvelle fois par son intégration au site Ramsar de la région de Kaw.

Durant la première semaine de d é c e m b r e , le Conseil des Rivages d'Amérique s'est réuni à Sinnamary. Au cours de cette réunion, plusieurs projets d ' a c q u i s i t i o n c o n c e r n a n t les 3 départements en présence (Martinique, G u a d e l o u p e et Guyane) o n t é t é soumis à l'approbation. Tous les projets concernant les Antilles ont reçu un avis favorable. Ce ne fut malheureusement pas le cas pour la Guyane dont l'image à l'extérieur dans le domaine de la conservation de ta nature n'a pas été revalorisée pour l'occasion (une fois de plus I). En effet, les _ intentions d'acquisitions de site (la M o n t a g n e d ' A r g e n t et les 4 îlets de Rémire) o n t é t é ajournées du fait qu'elles n'ont pas obtenu l'aval des municipalités concernées. Seule consolation, l ' a c c o r d de la c o m m u n e de Slnnamary pour l'acquisition par le Conservatoire du Littoral de la partie aval de la Yiyi (17000 ha au nord de la RN1 ). Ceci représentera tout de même une a v a n c é e , une fois q u e le Préfet aura entériné la décision. L'objectif de cette acquisition est de protéger le site tout en l'aménageant de façon à en faire profiter le public. A terme, un statut de réserve naturelle d e v r a i t d o n c a c c o m p a g n é t o u t naturellement c e t t e acquisition. Hélas, a u c u n accord n'a pu être trouvé pour la zone amont de la Yiyi ; son avenir restant voué au projet agroIndustriel soutenu par le maire de Sinnamary. Il s'agit pourtant du secteur le plus intéressant n o t a m m e n t d ' u n point de vue écotouristique, terme si cher à Mr. Castor (pardon, il s'agissait d ' é c o d é v e l o p p e m e n t I). A croire qu'il n'a pas écouté ou compris les discours tenus au cours de tous ces congrès qui se sont déroulés dans sa commune, à commencer par les siens I De ce site, nous aurons l'occasion d'en reparler a v e c les résultats de l'étude m e n é e par le GEPOG pour le Conservatoire et les propositions d ' a m é n a g e m e n t et de gestion que nous avons formulées.

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LE MONDE A TIRE-D'AILE
L'Actualité Ornithologique Internationale

PETREL DE BARRAU Pas de nouvelles... Mauvaises nouvelles !

Cet oiseau fait partie de la famille des Rhynochetidés dont les affinités et l'origine sont encore mal établies. Les connaissances sur sa biologie se sont considérablement améliorées a v e c l'étude de l'oiseau et son élevage en captivité au Parc forestier de Nouméa (permettant é g a l e m e n t des réintroductions afin de renforcer les populations de certaines régions). Le C a g o u . quasiment incapable de voler, se nourrit au soi en avançant d ' u n pas curieux, le corps bien droit, et plongeant son grand b e c dans la ferre d ' o ù il extrait larves d'insectes, mollusques et vers. Son régime alimentaire est en effet très varié, composé d'invertébrés mais aussi de végétaux (coeurs de fougères). Les deux sexes portent une huppe touffue et dansent l'un autour de l'autre au cours de la p a r a d e nuptiale, ailes déployées pour exhiber les barres noires, rousses et blanches qui tranchent su le p l u m a g e gris ardoise. Il niche au sol. de septembre à d é c e m b r e . L e n i d c o m p o s é d e feuilles sèches e t d e branchettes accueille un unique oeuf c r è m e ou jaunâtre, tacheté de brun roux et de gris, et incubé 35 jours par les deux adultes. Le jeune quitte le nid assez rapidement après l'éclosion pour suivre les parents ; il sera indépendant vers l'âge de 14 semaines.

Dans le dernier numéro d'Harpia, nous vous avions évoqué le massacre d e c e t t e espèce e n d é m i q u e e t protégée d e l'Ile de la Réunion. En r é a c t i o n à ce b r a c o n n a g e intense, les associations de protection de la nature locales (SREPEN). nationales (LPO, WWF. SNPN) et internationales (IUCN, Birdlife) se sont mobilisées. Leurs actions ont permis d'aboutir à l'arrestation en flagrant délit de 2 des 11 braconniers recensés. Depuis septembre, le Pétrel de Barrau est revenu sur ses sites de nidification, mais il existe aucune garantie sur l'avenir de l'espèce. A u c u n dossier n ' a progressé depuis l'arrestation des 2 braconniers : on est sans nouvelle des 2 plaintes déposées par la SREPEN et la LPO depuis 7 mois ; les 9 autres braconniers n'ont toujours pas été inquiétés ; aucune action de protection ni de surveillance n'a é t é e n g a g é e sur place, ni même envisagée. De plus, il n'est pas possible actuellement d'évaluer le préjudice subi par la population de pétrels, et faute de financement, a u c u n d é n o m b r e m e n t n'est prévu c e t t e année encore. Le Pétrel de Barrau risque de rester une espèce rare très longtemps, p e u t être même trop longtemps.

Les Cagous de Nouvelle Calédonle en danger !
La France par ses territoires et départements d'outre-mer, p o s s è d e u n e a v i f a u n e e x t r ê m e m e n t diversifiée e t spectaculaire. Elle a, de plus, sous son entière responsabilité, la conservation de nombreuses espèces endémiques, c o m m e nous venons de l'évoquer. En Nouvelle Calédonie. c'est le cas du C a g o u . Rhynochetos jubatus.

Les cadavres de 20 de ces oiseaux ont été découverts entre avril et a o û t dernier par G a v i n HUNT. Ce chercheur n é o zélandais prépare une thèse sur c e t t e espèce ; il étudie sa population e n b a g u a n t e t e n é q u i p a n t des oiseaux d e microémetteurs. Il s'est ainsi aperçu que certains signaux émis ne se déplaçaient plus. Les responsables : des chiens sauvages vivant localement en forêt. Face à eux, les Cagous qui ne volent pas. se retrouvent sans défense. Devant c e t t e destruction importante c o m p t e tenu de la faiblesse des effectifs de l'espèce, un cri d'alarme a été lancé par la Société Calédonienne d'Ornithologie. Car. d'autres espèces domestiques introduites menacent aussi directement cette population : les chats et les rats qui s'attaquent aux oeufs et aux poussins ainsi que les cochons qui modifient également l'habitat en retournant le sol. Le C a g o u est d e v e n u l'emblème de la Nouvelle Calédonie et ses habitants sont acquis à sa conservation. Un effort de sensibilisation est d'ailleurs entrepris auprès des scolaires. Mais pour sauver ces oiseaux, il est nécessaire de contrôler les chiens errants ; de senslbllser les chasseurs sur les conséquences (dérangements) des passages des chiens lors des battues dans les territoires des Cagous. Il faut également intensifier l o c a l e m e n t la limitation des espèces domestiques introduites. Il est Indispensable de créer de nouveaux Parcs qui eux seuls, permettent de garantir une réelle protection. Les études de terrain sur la biologie de l'oiseau doivent encore se renforcer en recherchant notamment les facteurs agissant sur la démographie de l'espèce.

C e t oiseau e n d é m i q u e (et de ce fait protégé) lié aux forêts humides de ce T.O.M., a une p o p u l a t i o n estimée à 650 Individus. Aujourd'hui 160 Cagous vivent dans le Parc de la Rivière Bleue q u i leur offre une protection efficace. Le site concilie conservation et tourisme vert en accueillant sans dérangements pour les espèces animales qui y vivent, près de 38000 visiteurs c h a q u e année.

-48Rédacteur : B. Goguillon .

PORTRAIT

DAVID MASSEMIN. HERPETHOLOGUE Passion : les animaux sans plumes qui pondent des oeufs

Ornithologue, d'accord ; il y a dans ce nom tout le mystère d'un mot savant, ce qui en fait son charme. Mais herpéthologue ; quel nom barbare ! Non ? C'est pourtant sous ce pseudonyme que David MASSEMIN est venu en Guyane. Participant en tant que bénévole à la campagne "Kawana 93" sur les tortues marines menée par le WWF, David Massemin a contribué de manière importante à compléter l'inventaire de l'herpétofaune de la Basse Mana (contribution à l'inventaire ZNIEFF et au dossier de réserve naturelle du site). Cet étudiant à l'école d'ingénieur agricole de Toulouse n'en était cependant pas à sa première expérience en matière d'étude et de protection des reptiles et amphibiens. En effet, sa passion pour ces animaux lui est venue très tôt, en Afrique où il est né (continent dont la richesse de l'herpétofaune ne peut, il est vrai, que susciter des vocations). En 1986, il est bénévole au Village des Tortues de Gonfaron dans le Var. Il s'agit d'un centre de protection pour la Tortue d'Hermann, qui est en quelque sorte l'équivalent de l'écloserie des Hottes pour la Tortue Luth. David Massemin fait également des recherches sur les reptiles de la région toulousaine, réalise l'inventaire de l'herpétofaune de la région Midi-Pyrénée, et participe aux campagnes de sensibilisation au problème de la Tortue de Floride. Lors de ses séjours sous d'autres latitudes, il s'est intéressé aux serpents et aux Tortues vertes de Nouvelle Calédonie, et s'est investi au Maroc dans la lutte contre le trafic de la Tortue Grecque. L'été prochain, c'est à Madagascar qu'il se rendra pour observer la Tortue Yniphora dont la population extrêmement restreinte en fait une des espèces de chélonien les plus rares au monde. Ce passionné ne s'arrête donc jamais, quelque soit l'endroit ; à tout moment il a les yeux à l'affût du moindre indice révélant la présence d'un serpent, d'un lézard ou d'une grenouille. Certains membres du GEPOG ont eu l'occasion de le remarquer au cours de sorties communes, où il ne voyait pas toujours le vol des Ibis rouges lui passer au dessus de la tête ; tandis que les ornithos, le nez en l'air, n'avaient pas remarqué le reptile à leurs pieds ! On la même surpris, fouillant dans de vieux pneus de voitures à la recherche (espérée mais non avouée) d'une nouvelle espèce de batracien inféodée à ce type de milieu (Pneumus déjanta ?). Mais notre herpéthologue n'en admire pas moins les oiseaux et s'y intéresse de manière intelligente puisque membre du GEPOG ! Après tout, il y a quand même un point commun fondamental entre les reptiles et les oiseaux. Il pardonne donc à la buse de s'offrir de temps à autre un serpent au déjeuner, comme nous excusons ce dernier de piller les nids.

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LE LEZARD DES SABLES

Ou comment vivre sans mâles

Le lézard des sables (Cnemidophorus lemniscatus) est un reptile très courant en Guyane et pourtant unique en son genre. De la famille de Téiidés, ce petit animal fréquente les endroits dégagés et ensoleillés à substrat sableux. Vous l'avez déjà sûrement rencontré lors de vos promenades sur la plage, dans des sablières ou le long d'une piste : Qui n'a jamais entendu le bruit caractéristique de ce petit lézard s'enfonçant dans les herbes ? Qui n'a jamais aperçu le temps d'un éclair le petit Cnemidophorus courir sur le sable surchauffé d'une fin d'après midi? Ce petit lézard peut être fier de son pattern : Les juvéniles et les femelles sont rayées de jaune dans le sens de la longueur, sur un fond de couleur brun. Frappés d'un rayon de soleil, ces reptiles se parent aussitôt de séduisants reflets dorés. La taille de ces individus est relativement modeste : elle varie entre 2 et 6-7 cm.

Les particularités comportementales de ce lézard ne sont pas dénuées d'intérêts. Vivant en grandes colonies sur substrat sableux, ce reptile est un "pionnier" qui colonise immédiatement tout biotope lui convenant (les rizières de Mana par exemple). Je me suis même souvent demandé comment des Cnemidophorus que j'avais observés sur un petit îlot sableux en pleine forêt primaire étaient arrivés là... Aux premiers rayons de soleil, les individus sortent et se mettent typiquement en position d'insolation : ils s'étendent quelques minutes au soleil pour réchauffer leur sang. Effectivement, comme c'est le cas chez tous les animaux à sang froid, après les nuits fraîches, le lézard se voit contraint de réchauffer sa température interne avant tout autre activité. Par la suite, le lézard commencera à chasser. Sa nourriture est essentiellement composée de petits insectes ou mollusques. Je l'ai déjà observé se régaler de charognes. Il semble donc avoir un régime Carnivore, voir détritivore (je ne l'ai jamais observé manger de végétaux). Son comportement d'alimentation est la chasse directe. L'exploration de son territoire lui permet de rencontrer ses proies, qu'il va parfois chercher jusque dans les hautes herbes ou les buissons. Aux heures les plus chaudes, ce lézard ralenti d'activité et s'abrite dans des terriers creusés dans le sable. Vu ses membres grêles, il ne peut comme par exemple l'Ameiva creuser des terriers en substrat solide, d'où sa dépendance à rencontre des zones sableuses. En fin de journée, il repart gaillardement en quête de nourriture, se déplaçant sur un sable surchauffé par le soleil. Il opte alors pour une marche dénuée de grâce mais très efficace, ne se servant alternativement que de deux pattes à la fois, ce qui diminue les contacts avec le substrat chaud. Pour éviter la déshydratation, il reste toujours en mouvement, et en journée, vous ne le verrez jamais à l'arrêt. Dans certaines conditions (poursuivi par un chien), je l'ai déjà observé traverser l'élément liquide d'une nage toutefois maladroite. Ces principaux prédateurs sont les chiens et chats. Certains oiseaux ou serpents également doivent régulièrement inscrire le Cnemidophorus à leur menu. Mais la grande particularité de ce petit lézard est la quasi absence d'individus mâles. Seules quelques populations isolées au Surinam et pour la Guyane concentrées dans une zone côtière allant de l'embouchure du Maroni jusqu'au rizières de Mana, présentent des individus mâles. La plupart des populations, notamment dans tout le reste de la bande littorale de la Guyane, sont composées uniquement de femelles ! On était habitué à la parthénogenèse chez les pucerons, mais c'est chose surprenante chez les lézards, et spécifique au genre Cnemidophorus.

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Voila, c'est étrange, mais c'est comme ça. Les femelles ont opté pour une simple mitose et ont délaissé la complexe méiose. Ainsi, une femelle peut rapidement établir une nouvelle colonie. Mais cet îlot de mâles est problématique. Les questions se multiplient... Tout d'abord me direz vous, comment reconnaître les mâles ? C'est chose simple tant leur beauté vous laisse muet d'admiration. Plus grands que les femelles, leur gorge est colorée d'un bleu pastel fantastique, leur jaune est particulièrement attrayant, et leur démarche tranquille et sure vous impose au respect. Je n'ai jamais pu observer d'accouplement de Cnemidophorus, je ne peux donc affirmer que les mâles servent à la reproduction. A ce moment là, l'évolution pousserait à l'abandon du sexe mâle, mais sous quelle contrainte ? Cela ne peut concourir qu'a un appauvrissement génétique de la population... Une autre hypothèse consiste à dire que les mâle permettent un brassage génétique, mais à ce moment là comment font les populations isolées ou éloignées de la région d'Awala-Yalimapo ? Et si au contraire l'évolution poussait à l'apparition du sexe mâle ? On peut alors se demander par quelle nécessité telle zone à été le berceau de cette évolution plutôt qu'une autre. Y a fil des facteurs spécifiques à la région Mana-St Laurent ? D'autres question se posent, d'où proviennent les mâles ? D'une reproduction classique ou d'une reproduction par parthénogenèse ? Est ce qu'une femelle parthénogénétique peut sous certaines conditions donner naissances à des mâles ? A ce moment là pourquoi cela n'a t'il lieu que dans une région précise ? Les questions sont nombreuses et je suis bien incapable de fournir la moindre réponse. Je vous laisse donc un peu rêveur ; n'hésitez pas à me faire part de toutes vos observations, elles peuvent être très intéressantes... Dans l'attente d'explications rationnelles, laissons ce petit lézard vivre avec ce grand secret, et contentons nous de l'admirer...

Herpétologiquement votre, David MASSEMIN.

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Le Coin des Zélés

Lettre adressée p a r le W.W.F. ou Préfet de la G u y a n e

Objet : vente de produits d'espèces animales protégées.

Monsieur le Préfet, Les congressistes du colloque Ramsar Caraïbes d'avril 1993 s'étaient étonnés auprès du représentant du gouvernement français présent (F. Lerat) que des produits (carapaces, plumes, peaux) d'espèces animales protégées par la législation française soient vendus au vu et au su de tout le m o n d e dans les boutiques de sinnamary. Ils s'étalent étonnés également que dans ces boutiques certains objets de maroquinerie en peaux de reptiles soient affichés c o m m e provenant du Brésil, au mépris de la réglementation CITES ratifiée par la France et la CEE. Deux mois plus tard, les mêmes objets sont toujours en vente, que ce soit à Sinnamary ou ailleurs en Guyane I Parallèlement à cela, se pose le problème de vente d'un artisanat amérindien fabriqué spécialement à c e t effet (et non pour un usage traditionnel au sein du village où il est fabriqué), v e n d u sous couvert associatif et comprenant parfois des parties d'espèces protégées. Ce problème n'est pas nouveau puisque nous en avions déjà discuté, M. L. Sanite et moi voici environ 2 ans ; nous avions estimé alors que cet artisanat avait un caractère culturel qu'il convenait de sauvegarder tout en essayant de le rendre compatible avec la protection des espèces animales sensibles. Il me semble que pour sortir de la situation illégale actuelle il pourrait être mené par la DIREN et la DRAC une étude précise sur ce sujet permettant de juger quelles espèces sont concernées et pour quel usage. Suite à cette enquête, peut-être pourrait-il être envisagé une dérogation pour telle ou telle association, telle ou telle communauté qui permettrait le transport, la vente et l'achat d'objets c o m p o r t a n t dans leur décoration des produits (dents, plumes,...) issus d'espèces protégées dont les individus auraient été tués Initialement dans un but alimentaire traditionnel. Ces objets pourraient être accompagnés à la vente d'un certificat d'authenticité indiquant le nom amérindien de l'objet, son usage, la provenance, le numéro de dérogation, que l'espèce animale concernée est protégée par la loi. J'ai pleinement conscience que cette d é m a r c h e nous entraine dans une jurisprudence délicate qui n'est pas sans rappeler des cas similaires en Métropole avec la chasse à la tourterelle ou la fabrication artisanale de lunettes en écaille. Nous sommes en Guyane et la spécificité amérindienne n'est pas vraiment comparable à telle particularité métropolitaine. Il nous faut trouver rapidement des solutions sous peine de voir s'installer un commerce bafouant les arrêtés ministériels de 1986. On ne peut "mettre dans le même sac la vente d'objets traditionnels Wayana (association Caway par exemple) et la vente de fleurs en plumes d'Ibis rouges ou perroquets à Iracoubo selon une technique mise au point par les soeurs de la Congrégation de Clugny (ce qui n'a que peu à voir a v e c un savoir-faire traditionnel amérindien) I Je regrette que ce sujet ait été ces derniers jours présenté à la presse sous forme de polémique à mon encontre. L'association artisanale d'Iracoubo Bellevue contre qui j'ai porté plainte l'an dernier est toujours en Infraction a v e c la loi et Je vous d e m a n d e d'intervenir pour que cette situation cesse au plus vite. Les derniers comptages d'Ibis rouges (par voie aérienne et dans les dortoirs) montrent une baisse catastrophique des effectifs et il est grand temps que l'arrêté ministériel de 1986 listant c e t t e espèce c o m m e intégralement protégée soit appliqué. Le massacre des derniers Ibis rouges de Guyane ne résoudra pas les problèmes de c h ô m a g e des Amérindiens créolisés d'Iracoubo. Et qu'on veuille bien me définir ce qu'est un Amérindien chômeur I En espérant que vous voudrez bien saisir vos services et les directions concernées de ce problème, recevez. Monsieur le Préfet, l'expression des mes respectueuses salutations. Yalimapo, le 15 juillet 1993 Jacques FRETEY Chargé de mission du WWF

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Comme peuvent l'illustrer les documents extraits de notre revue de presse, de nombreuses actions ont été menées pour appliquer la réglementation concernant les oiseaux protégés ; mais il reste encore beaucoup à faire... Par exemple, à l'occasion de la fête de St-Laurent au mois d'août qui réunissait des délégations venues des 4 coins de la planète, une information du public relative aux espèces protégée a été réalisée, et une attention particulière a été portée sur les marchés de la ville ainsi qu'à Cayenne. Aussi, sous l'impulsion des actions d'associations de protection de la nature (WWF, Pou d'Agouti, GEPOG), les interventions des agents de l'Etat ont entrainé la saisie de nombreuses espèces qui étaient illégalement mises en vente (Aras, Amazones et Perruches). Les oiseaux ont alors été placés au centre de soins du Pou d'Agouti, dont nous vous annoncions la création dans le dernier n° d'Harpia (et dont l'existence se justifie de jour en jour), pour ensuite être relâché une fois aptes à regagner leur liberté. Sur Cayenne, un grand nombre d'oiseaux protégés sont régulièrement mis en vente sur le marché, et les interventions des agents de l'Etat pourraient à terme contribuer à réduire le trafic. Cependant, il faudrait avoir la possibilité d'accueillir les oiseaux ainsi saisis. Dernièrement le GEPOG a relâché 2 Touis paras provenant d'une de ces saisies, après qu'elles aient été soignées durant 6 mois par des bénévoles. Mais dans la situation actuelle, de telles acions ne pourront être que limitées. Alors, à quand un centre de soin pour l'Ile de Cayenne ? Cela s'avérera d'autant plus important qu'à mesure où l'on multipliera les interventions pour faire enfin respecter la législation (et tant que celles-ci n'auront pas encore eu d'effet sur le trafic), les oiseaux saisis susceptibles de nécessiter l'accueil d'un tel centre de soins seront malheureusement, dans un premier temps, de plus en plus nombreux. En attendant, celui de St-Laurent a besoin d'aide. 1 oiseau coûte parfois plusieurs milliers de francs par an au gestionnaire d'un tel centre, qui répétons-le, ne peut s'autofinancer C'est le prix à payer pour aimer les oiseaux et leur offrir cet instant d'émotion où on leur redonne la liberté. Votre aide est donc la bienvenue ! (Tel : 34.20.97.).

Oui, il reste beaucoup à faire. Tandis que le zoo de Macouria arrive au terme de son agrément (qui sera peut être, et même sans doute renouvelle), quels contrôles (pourtant obligatoires) ont réellement été faits ? Et la législation qui ne prévoit dans ces textes la détention, permet au propriétaire de ce zoo de se venter à travers la presse locale de détenir des Coqs de roche ! Il serait judicieux de modifier les textes, à moins que la jurisprudence ne nous vient en aide avant... Le statut du Hocco et de l'Agami ne pourra pas toujours continuer à ignorer leur situation réelle. Le commerce d'objets amérindiens à partir d'espèces protégées devra bien un jour être revu, tandis qu'un écotourisme souhaitable pourrait se développer dans le Grand Sud. Mais de tout cela, nous aurons l'occasion d'en reparler-dans nos prochains numéros.

Alors, de la part des oiseaux, encore merci à tous ceux qui ont consacré de leur temps (il faut parfois 2 heures pour que la police intervienne et que la plainte soit enregistrée) et de leur énergie, pour combatre les infractions. Pour chaque oiseau privé de sa liberté, pour que cesse ce trafic mettant en danger certaines espèces, nous confinons ensemble à agir, et chaque jour un peu plus nombreux grâce aux actions de sensibilisation et d'information du public. La mise en place d'un service juridique interassociatif va nous permettre d'être à l'avenir encore plus efficace. Persévérance et espoir ! Suivez le guide. En collaboration avec le Pou d'Agouti, le GEPOG a guidé les jeunes adolescents du centre Villiot venus découvrir les oiseaux de la Guyane (lire p.50 - Harpia n° 2). C'est tout particulièrement au C.D.N.G. que nous avons pu leur faire découvrir l'extrême richesse de l'avifaune forestière ; et sur le littoral entre Mana et AwalaYalimapo, les ballets aériens des milliers de migrateurs étaient au rendez-vous ainsi que le spectacle, le soir, du coucher des Ibis rouges qu'ils ont pu admirer de tout près. Rentrés en métropole, ces jeunes gardent le souvenir d'un patrimoine naturel fantastique et ont bien l'intention de la faire partager à d'autres. -54-

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Journée Régionale de l'Oiseau 1993 Le soleil capricieux des derniers jours était au rendez-vous... Les oiseaux et le public aussi. Alors, cette journée ne pouvait être qu'un succès. Plus de 80 personnes à Kourou et 150 à Cayenne sont venues aux points fixes pour observer les oiseaux du littoral. Toute une journée de jeux pour les enfants : en matinée, la chasse aux trésors sur le sentier du Rorota a connu un vif succès ; les stands de jeux tenus par la gente féminine et zélée de l'association (grands enfants elles mêmes à les voir jouer à leurs propres jeux), ont rassemblé près de 300 personnes dont beaucoup de jeunes guyanais amoureux de la nature et protecteurs en herbe. N'oublions pas également le concours "à chacun sa silhouette", avec plus de 600 participants ! Enfin, la nuit venue, la Place des Palmistes se transforma en un lieu magique : avec un très beau conte en créole et une musique qui fit chanter et s'envoler des oiseaux géants et multicolores. Objectifs atteints : - D'une part, faire découvrir le monde des oiseaux et sensibiliser la population à leur protection ; dans une ambiance de fête, dans un esprit de rencontre. Personnellement, je garde le souvenir des messages en créole de protection des espèces animales sur fond de zouk couvrant la place, instant quelque-peu irréel qui vous laisse tous les espoirs imaginables. - D'autre part, créer un événement médiatique de portée régionale se perpétuant et se développant chaque année. Face au succès de la première édition, nous sommes sûrs de nous retrouver l'année prochaine ! Remerciements à tous les participants des diverses associations de protection de la nature, ainsi qu'à Mr. Joseph Mondésir, AOM,TV Mag, la DRAE, l'Armée et la Mairie de Cayenne.

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LE

G E P O G

A

T R A V E R S

LA

P R E S S E

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B o n

P i e d ,

Bon

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Le compte-rendu des sorties Rapporteur des aventures ornithologiques B. Goguillon

Aztèque, à Pied et en canoë... Un week-end (10/11 juillet) canoë-cayack pour traverser les rizières par leurs interminables canaux, et rejoindre Aztèque par une longue marche le long du rivage sauvage. Les cayackistes, Dominique, Denis et Daniel avançaient sans peine, tandis qu'Olivier et moi même étions à la traine avec le canoë chargé du matériel pour une expédition ornithologique d'une semaine. Profitant de cette sortie, en effet, nous avions décidé de rester sur place afin de compléter l'inventaire ornithologique du site en compagnie de l'équipe des 'Robinsons' du WWF échoués au camp Aztèque. Le passage de l'écluse des rizières fut remarquable. Je me souviendrai longtemps de mon courage et de ma technique (assis bien au sec au fond du canoë et agrippé à la pagaïe) ayant permis d'éviter à notre embarquation de chavirer, tandis qu'Olivier en profitait pour se baigner à contre-courant, accroché au bateau. Que d'aventures pour observer les oiseaux de ce littoral. Et ils furent nombreux notamment dans les lagunes (Echasses, Gravelot de Wilson, Sternes, Canards...). Mais cela n'était encore rien, car nos cayackistes repartis, une semaine riche en observations remarquables pour Olivier et moi même nous attendait (à lire dans le prochain Harpia...!). De belles observations aux portes de Cayenne Peu de monde pour cette sortie grand public du 18 juillet le long de la crique Fouillée. En revanche, les 4 ornithologues participants ont eu l'occasion de réaliser quelques belles observations comme le Tityre gris ou le Macagua rieur. C'est vrai, avouons le, en petit groupe on découvre mieux, mais on sensibilise moins de personnes ; alors... La rançon du succès Ce fut le faible nombre d'oiseaux observés lors de la sortie du 22 août sur le sentier de la Mirande. Le succès : le nombre de participants à cette animation grand public, 27 personnes. En quelque sorte, la sortie contraire à la précédente. Toutefois, nos promeneurs eurent l'occasion d'admirer les Manakins et d'entendre le Micrastur mirandollei (avec un nom comme celui-là, il ne pouvait être que présent sur ce sentier I). Observer les oiseaux n'est pas toujours facile, d'autant plus en groupe relativement important. L'ornithologie en forêt, pas vraiment une histoire de solitaire, mais tout de même. Les assos à l'anse L'anse de Sinnamary n'est plus ce qu'elle était. Et oui, la mangrove s'est installée. Terminés les Bécasseaux dans nos foulées, les Ibis à portée... de jumelles. Malgré tout, les observations sympathiques n'ont pas manqué (Grand Duc, Grande Aigrette, Ibis, Sarcelle à ailes bleues). Le public et surtout les membres des associations de protection de la nature ont également répondu présents pour ce week-end spécial des 25 et 26 août (une 40aine de personnes). Une rencontre autour des oiseaux dont l'objectif était de créer de nouveaux liens inter-associatifs, d'initier des actions communes (Journée de l'Oiseau notamment). Ce fut également l'occasion de fêter comme il se doit la venue du tout dernier ornithologue de Guyane, futur membre du GEPOG et prétendant dans une 20aine d'années à la succession de son père à la tête de l'association.

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Un coin de paradis

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Découvert lors de notre ballade sur l'Iracompapy les 9 et 10 octobre. Cette crique à la végétation luxuriante, aux paysages magnifiques, nous a offert une profusion d'oiseaux multicolores qui semblaient n'avoir jamais vu l'homme. Tout comme les singes et les loutres peu farouches et curieux de voir nos embarcations. A moins que ce ne fut le bruit de Christophe et de Laure (toujours à la traine) qui les éveilla. En effet, quand nos deux compères ne fonçaient pas tout droit dans les moucous-moucous, ils piquaient une tête à chaque occasion d'arrêter le canoë près d'un tronc qui leur servait alors de plongeoir. Nos observations resteront dans les mémoires et les regards de chacun d'entre nous, car ce ne fut pas des apparitions fugaces, mais de véritables moments de vie, des comportements rarements observés (parades nuptiales collectives) qui se sont déroulés sous nos yeux. De plus, la crique a gardé encore de son mystère puisque nous n'avons pas atteint l'océan. Alors, bientôt une prochaine expédition... Quand aux rizières de Mana, ce fut le spectacle de milliers de limicoles, au coeur des mouvements migratoires ; et l'occasion de s'initier à l'identification des plus difficiles d'entrés eux.

Pour les 13 personnes qui ont participé au week-end des 11 et 12 décembre. Parties à la recherche d'une grotte mystérieuse, elles suivirent en toute confiance le guide Christian, grand baroudeur des forêts une fois qu'il a retrouvé l'entrée du layon ! Les Coqs de roche ne se sont pas montrés mais un nid fut découvert et récompensa leurs efforts matinaux. La ballade du fil de l'eau, dans les marais, les entraina à la rencontre des hérons, poules d'eau et passereaux, ainsi qu'au détour d'un îlot de végétation flottante, du Lézard caïman. On retiendra encore la bonne humeur du groupe dans ce petit bourg perdu au milieu des marais ; et son organisation qui va jusqu'à prévoir d'oublier l'huile pour le moteur de la coque afin d'être obligé de faire 1/2 tour et de pique-niquer tranquillement à l'ombre des voitures... Pour celles qui avaient résisté à la piste et ont permis ainsi de ramener tout l'équipage à bon (vieux) port (de Cayenne). Dans l'Ile de Cayenne. ballade au milieu des oiseaux Un de ces petits coins de verdure, une de ces promenades qu'il est encore possible de faire aux portes de la cité (pour combien de temps encore ?), qui vous permet de rencontrer le Petit Héron vert, le Moucherolle à tête blanche, le Sporophile des marais, les tangaras, le Tamatia pie... Une initiation riche en espèce pour les débutants. Des observations intéressantes, peu communes parfois, pour les plus initiés. Une ballade dominicale, matinale, et bien agréable pour la 12aine de participants ; à faire ou à refaire, seul, en famille, en groupe, avec le GEPOC.Ie long de la crique Fouillée. Une destination qui devient habituelle pour nos animations grand public.

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Programme des sorties Janvier - Février - Mars 1994

Samedi 8 et dimanche 9 janvier Paracou Avifaune forestière Contact: Laure Guillemin 31.03.61 Samedi 15 janvier (après-midi) Savane Bassini Elaène à crête de feu. Engoulevent minime Contact: Alain Le Dreff 32.30.57 Dimanche 16 janvier (matinée) Sortie grand-public Savanes et prairies de Matoury Contact: Bertrand Goguillon 35.16.99 Samedi 22 et dimanche 23 janvier Piste FRG Avifaune forestière Contact: Bruno Bellaton 30.11.66 Samedi 29 janvier Montagne des Singes Avifaune forestière Contact: Alain Le Dreff 32.30.57 Dimanche 6 mars Piste de Nancibo Avifaune forestière Contact: Marie-Claude Megessier 31.98.51 Samedi 12 mars (après-midi) Sortie grand-public Vasière de Kourou les Limicoles en migration prénuptiale Contact Alain Le Dreff 32.30.57 Samedi 19 et dimanche 20 mars Piste de St-Elie Avifaune des savanes et des forêts Contact: Cathy Ridel 31.06.85 Dimanche 27 mars Crique Macouria Oiseaux des mangroves et vasières Contact: Marie-Line Louisor 38.24.48

Dimanche 6 février (matinée) Sortie grand-public Sentier du Rorota sur le Mahury Grèbe minime, oiseaux de forêts Contact: Christian Moulin 31.39.69 Samedi 12 et dimanche 13 février C.D.N.G. à St-Laurent Avifaune forestière Contact: Christian Moulin 31.39.69 Samedi 19 et dimanche 20 février Crique Irakompapi Avifaune des milieux humides Contact: Denis Lelay 35.62.65 Dimanche 27 février Piste de Kaw Avifaune forestière Contact: Bertrand Goguillon 35.16.99 Samedi 2, dimanche 3 et lundi 4 avril Marais Coswine Avifaune aquatique Contact: Christian Moulin 31.39.69 & Bertrand Goguillon 35.16.99

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H i s t o i r e

d e

P l u m e s

A lire dans l'Oiseau Mag n° 32, 3e trimestre 1993, un article de notre vénéré Président consacré à la réserve naturelle du Grand Connétable.

Disponible au GEPOG (pour consultation) AVIS AUX LECTEURS

Un récapitulatif de tous les problèmes d'ordre écologiques rencontrés en Guyane vient d'être écrit. Ce document comprend trois parties : * une présentation générale de la Guyane (climat, végétation, population, économie...) ; * un exposé de tous les problèmes connus du département, à savoir : - l'absence de réglementation de la chasse ; - la consommation des espèces protégées ; - l'absence de réserves forestières ; - l'exploitation du bois et ses conséquences ; - les problèmes causés par l'agriculture ; - les différentes pollutions (déchets, hydrocarbure, mercure...) ; - le barrage de Petit Saut ; -etc. * un recueil de documents, tels : - la liste des animaux protégés en Guyane ; - les arrêtés préfectoraux (chasse professionnelle, zone de Petit saut) ; - le protocole de Rio. Les personnes intéressées par ce "petit mémoire" doivent s'adresser au secrétariat du GEPOG. N'hésitez pas ! A. T. -62-

Voilà un an que l'Ile du Grand Connétable est devenu la première réserve naturelle de la Guyane...

"... On dirait que celui qui ordonne à tous les êtres de croître et de multiplier n'a pas donné d'autre destination à ce rocher ; qu'il est sorti des eaux, comme autrefois Délos, pour servir de refuge aux amoureux sans gîte et aux mères en détresse. Chaque pierre abrite une alcôve, chaque touffe d'herbe cache un berceau. Tous ces oiseaux qui planent sur les vagues et qui parfois reposent leur aile aux vergues des navires, les goélands, les fous, les frégates, les paille-en-queue, se sont rendus là des quatre points cardinaux, pour brûler leur encens annuel à la Vénus maritime. " Frédéric BOUYER, Capitaine de Frégate.
La Guyane Française - Notes et souvenirs d'un voyage exécuté en 1862-1863.

Cette revue est réalisée avec l'aimable participation de la Délégation Régionale à l'Architecture et à l'Environnement de Guyane

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