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Aux enfants sahariens et nord-africains à mes enfants Tania, Ben, Ruben et Pia à mes petits-enfants Linde

, Camille, Ilona, Thilda, Oona et Alvin

Photo couverture : Jeu de poupée des filles ghrib, Sahara tunisien, 1975, photo de l'auteur. Couverture : Johnny Friberg

Avec 163 photos et autres illustrations

ISBN 91-974811-9-X Publié sur le CD inclus dans Rossie, J-P. (2005). Toys, play, culture and society. An anthropological approach with reference to North Africa and the Sahara.

© 2005 Jean-Pierre Rossie Toute reproduction, intégrale ou partielle, par quelque procédé que ce soit faite sans le consentement écrit de l'auteur ou de l'éditeur est illicite sauf pour l'usage strictement privé du copiste ou les analyses et les courtes citations dans un but d'exemple et d'illustration

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Contenu du CD
Les 144 photos couleurs et autres illustrations originales du livre Toys, play, culture and society. An anthropological approach with reference to North Africa and the Sahara

Les volumes de la collection : Cultures Ludiques Sahariennes et Nord-Africaines
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Poupées d‟enfants et jeux de poupées, 2005, 344 p., 163 ill. L‟animal dans les jeux et jouets, 2005, 229 p., 107 ill. Bibliographie commentée des jeux et jouets, 2005, 61 p.

Les volumes de la collection : Saharan and North African Toy and Play Cultures
  

Children‟s dolls and doll play, 2005, 328 p., 163 ill. The animal world in play, games and toys, 2005, 219 p., 107 ill. Commented bibliography on play, games and toys, 2005, 61 p.

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Jean-Pierre Rossie est né en 1940 à Gent (Gand), Belgique. Après des études d'assistant social, puis d'africaniste à l'Université d'Etat de Gand, il obtint en 1973 le diplôme de docteur en histoire et philologie africaine à la même université. Sa thèse en néerlandais portait sur le thème “Enfance et Société. Le processus de socialisation en Afrique centrale patrilinéaire”. Suite à un séjour de recherches auprès des semi-nomades Ghrib du Sahara tunisien, il se consacra, depuis 1975, aux recherches sur les jeux et jouets sahariens et nord-africains. En 1967, il fut proclamé lauréat de la Belgische Stichting Roeping Fondation Belge de la Vocation. Entre 1968 et 1978 il travailla auprès du Nationaal Fonds voor Wetenschappelijk Onderzoek - Fonds National pour la Recherche Scientifique, Bruxelles, qui a subventionné ses recherches et publications jusqu'en 1992. Entre 1980 et 1990, il était attaché comme assistant social et anthropologue socioculturel aux services sociaux pour les immigrés, spécialement les immigrés turcs et nord-africains, de la ville de Gand. Un premier séjour de recherche dans le sud du Maroc en février 1992, depuis lors suivi de séjours annuels dans ce pays, ont permis à l'auteur de compléter, de vérifier et d'actualiser les données sur les jeux et jouets marocains. En 1993 il fut un des membres fondateurs de l'International Toy Research Association (ITRA), de 1997 à 2001 il fut un membre du Nordic Center for Research on Toys and Educational Media (NCFL), et depuis sa création en mars 2002 il fait partie du Stockholm International Toy Research Centre (SITREC). Le 29 octobre 2004 la Lennart Ivarsson Scholarship Foundation lui a attribué le BRIO Prize 2004.

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Sommaire
Résumé La collection : Cultures Ludiques Sahariennes et Nord-Africaines Préface de Dominique Champault Introduction Description des populations Les Touaregs Les Ghrib Les Maures Les Sahraouis Les Regeybat Les Chaamba Les Teda Les Belbala Les Habitants de la Vallée de la Saoura Les Mozabites Les Kabyles Les Chaouia Les Populations des campagnes marocaines Les Citadins de l'Algérie, du Maroc et de la Tunisie Remerciements Carte de l'Afrique du Nord et du Sahara Carte du Maroc 9 13 15 17 23 23 24 25 26 27 28 29 30 30 31 32 33 34 36 41 45 47

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Poupées d‟enfants et jeux de poupées sahariens et nord-africains 1 Les poupées-hommes 1.1 Résumé 1.2 Les poupées-méharistes 1.3 Les poupées-cavaliers 1.4 Les poupées-bergers 1.5 Les poupées-muletier 1.6 Les poupées-guerriers et poupées-notables 1.7 Les poupées-jeunes mariés 2 Les poupées femmes 2.1 Résumé 2.2 Les poupées-femmes touarègues 2.3 Les poupées-femmes ghrib 2.4 Les poupées-femmes maures 2.5 Les poupées-femmes sahraouies 2.6 Les poupées-femmes regeybat 2.7 Les poupées-femmes teda 2.8 Les poupées-femmes belbala 2.9 Les poupées-femmes de la Vallée de la Saoura 2.10 Les poupées-femmes mozabites 2.11 Les poupées-femmes kabyles 2.12 Les poupées femmes chaouia 2.13 Les poupées-femmes du Nord-ouest algérien 2.14 Les poupées femmes marocaines 2.15 Les poupées-femmes tunisiennes 3 Les poupées-enfants 3.1 Résumé 3.2 Les poupées-enfants touarègues 3.3 Les poupées-enfants maures 3.4 Les poupées-enfants kabyles 3.5 Les poupées-enfants chaouia 3.6 Les poupées-enfants marocaines

49 51 51 53 60 63 64 66 72 79 79 82 92 96 102 102 103 107 109 110 112 112 116 117 205 209 209 209 211 211 211 212

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Conclusions 1 Synthèse 2 Aspects environnementaux et économiques 3 Aspects socioculturels Utiliser la culture ludique nord-africaine et saharienne 1 Actions pédagogiques et culturelles dans les pays en voie de développement 2 Éducation interculturelle et mondiale dans un contexte occidental Catalogue des poupées sahariennes et nord-africaines du Musée de l‟Homme 1 Introduction 2 Les poupées-hommes 2.1 Les poupées-méharistes 2.2 Les poupées-cavaliers 2.3 Les poupées-guerriers et poupées-notables 2.4 Les poupées jeunes-mariés 3 Les poupées-femmes 3.1 Les poupées-femmes touarègues 3.2 Les poupées-femmes maures 3.3 Les poupées-femmes regeybat 3.4 Les poupées-femmes teda 3.5 Les poupées-femmes belbala 3.6 Les poupées-femmes de la Vallée de la Saoura 3.7 Les poupées-femmes mozabites 3.8 Les poupées-femmes chaouia 3.9 Les poupées-femmes marocaines 3.10 Les poupées-femmes tunisiennes

215 217 223 225 233

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261 263 264 264 267 269 274 275 275 278 280 280 282 283 284 284 286 287

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4 Les poupées-enfants 4.1 Les poupées-enfants touarègues 4.2 Les poupées-enfants maures 4.3 Les poupées-enfants chaouia Table des transcriptions Table des illustrations Bibliographie Vidéos : poupées et jeux de poupées marocains Annexe 1 : modèle de description des jeux et jouets Annexe 2 : données autobiographiques Index auteurs Index géographique et ethnique

288 288 289 290 291 293 303 321 327 331 337 341

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Résumé
Dans ce livre je propose au lecteur une analyse des poupées et jeux de poupées des enfants sahariens et nord-africains. En premier lieu sont traitées les poupées-hommes, puis les poupées-femmes et les poupéesenfants. Chacune de ces trois parties commence par un résumé mettant en lumière les caractéristiques du groupe de poupées. Dans les Conclusions on trouve une synthèse et une discussion de certains aspects environnementaux, économiques, sociaux et culturels en relation avec les poupées et jeux de poupées. La section suivante propose des idées et des actions pratiques pour rendre utile cette culture ludique enfantine. Le catalogue offre une description systématique des poupées de la collection du Musée de l'Homme est donnée. Une première annexe offre un modèle de description des jeux et jouets. Dans une deuxième annexe le lecteur intéressé trouvera des données autobiographiques. En Afrique du Nord et au Sahara l‟on trouve aussi bien des poupéeshommes que des poupées-femmes et des poupées-enfants. Cependant les poupées-femmes sont de loin les plus nombreuses. Exception faite pour le Maroc, je n‟ai noté l‟existence de poupées-hommes que chez les enfants de populations vivant au Sahara. Ces poupées-hommes et ces poupées-femmes sont d‟âge adulte, souvent l‟âge d‟un jeune marié ou d‟une jeune mariée. Les poupées-enfants représentent des filles et des garçons d‟un certain âge déjà. Les poupées-enfants et les poupées-bébés restent rares. Le plus souvent les enfants sahariens et nord-africains confectionnent eux-mêmes leurs poupées, mais parfois ce sont des femmes adultes de la famille ou des artisanes et artisans qui les fabriquent. Sauf quelques exceptions les poupées sont de fabrication locale. Comme un peu partout dans le monde, ce sont avant tout les filles qui jouent avec des poupées, beaucoup plus rarement les garçons et dans ce cas il s‟agit presque toujours de poupées-hommes. Bien que trop rarement révélé dans les informations bibliographiques, les poupées décrites ici n‟ont de sens que dans le contexte des jeux d‟enfants. Le plus souvent il s‟agit de jeux collectifs rassemblant des enfants, la plupart du temps des filles, de la même famille et/ou du voisinage. Pour ces jeux de poupées collectifs les enfants utilisent bon

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nombre d‟autres jouets ou instruments de jeu. En plus, ils accompagnent leur jeu de chansons, danses, comptines, contes et autres jeux de langage. Selon toutes les données à ma disposition, les poupées sont utilisées dans des jeux où les enfants s‟adonnent à interpréter la vie des adultes. Dans le domaine du monde masculin, les enfants font de leur poupée un méhariste, cavalier, muletier, berger, guerrier ou notable. Dans le domaine du monde féminin il s‟agit le plus souvent de jouer au ménage, de représenter des réunions importantes et des fêtes, surtout des mariages, de figurer une grossesse, un accouchement et même un enterrement. Sauf dans la représentation des fêtes de noces où le monde féminin et masculin se trouvent mêlés, la distinction entre les activités féminines et masculines reste très ferme dans les jeux de poupées. Pour la fabrication des poupées une grande variété de matériaux d‟origine naturelle ou de récupération est utilisée. Dans la très grande majorité des cas, ces matériaux sont d‟origine locale ou domestique : du matériel d'origine minérale, animale et végétale, du textile, du plastique et du métal. L‟apport de matériaux étrangers au milieu naturel ou domestique est négligeable. En ce qui concerne la forme et l‟élaboration des poupées, les enfants de chaque population mentionnée semblent s‟être tenus à un ou parfois quelques modèles clairement définis. Comme les enfants jouent avec le même type de poupées, leur similitude facilite l‟élaboration et la communication de significations communes, ce qui est encore renforcé quand les enfants fabriquent leurs poupées. Les poupées et jeux de poupées peuvent donc être vus comme un moyen effectif de communication aidant au maintien du système socioculturel. Si cependant l‟on prend en vue toute l‟aire géographique en question une intéressante variété se laisse entrevoir, aussi bien sur le plan des matériaux utilisés, que de la forme, de la grandeur, du visage, de la coiffure et de l‟élaboration vestimentaire. Sauf exception assez rare, les poupées restent des représentations figuratives et réalistes du moins au niveau de l‟aperçu global et de l‟aspect vestimentaire. Abstraction faite de la classe aisée, le modèle de la femme idéale est une femme bien nourrie, même corpulente, décemment vêtue comme le démontrent les poupées-femmes de ces régions.

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Chez beaucoup de populations nord-africaines et sahariennes, les traits de visage ne sont pas indiqués sur les poupées locales ou bien ils le sont de manière fantaisiste. Je n‟ai trouvé des poupées à visage que parmi les poupées-femmes belbala, mozabites, marocaines et tunisiennes, ainsi qu‟auprès des filles ghrib où il est question d‟une évolution récente influencée par l‟école, une évolution qui se confirme aussi pour certaines communautés marocaines. Les informations que j‟ai pu obtenir depuis la première édition de ce livre en 1993, confirment l‟utilisation de la poupée locale ou traditionnelle, faite par les filles et très rarement des garçons, pour les jeux de poupées dans les villages du centre et du sud du Maroc. En même temps se trouve confirmés leur disparition et leur remplacement par la poupée en plastique importée de Chine ou ailleurs, dans les villes et les petits centres urbanisés, de temps en temps même dans un village. Plusieurs informations démontrent que la poupée en plastique s‟est infiltrée lentement et que pendant tout un temps les deux types de poupées ont coexisté ou coexistent encore. Dans ce contexte l‟influence des milieux aisés sur les citadins et ruraux des classes moyennes et populaires peut être soulignée.

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La collection : Cultures Ludiques Sahariennes et Nord-Africaines
Engagé depuis 1975 d'abord dans la recherche sur les jeux et jouets, puis dans des essais de pédagogie interculturelle basée sur le ludique et dans des organisations internationales s'intéressant au développement de l'enfant, j'ai eu l'idée de créer une collection que je voudrais dénommer Cultures Ludiques Sahariennes et Nord-Africaines. Des cultures ludiques qui devraient, à juste titre, faire partie intégrante du patrimoine culturel de l'humanité, tout comme les chefs d'œuvres de l'art et de l'architecture. Une première tentative pour créer une collection pareille pour l'International Council for Children‟s Play fut soutenue par André Michelet, à ce moment directeur du Centre d'Etudes Roland Houdon à Saran, France, et résulta dans la publication par ce Centre de mon livre Jeux et jouets sahariens et nord-africains : poupées - jeux de poupées en 1993. Comme le Centre d'Etudes Roland Houdon a arrêté ses activités de publications peu de temps après, cette tentative s'est terminée prématurément. En 1999 le Nordic Center for Research on Toys and Educational Media a publié sur son site web la première version HTML en français et en anglais de Poupées d'enfants et jeux de poupées, et de la Bibliographie commentée des jeux et jouets. Une version HTML remaniée de ces livres ainsi que la première version HTML en français et en anglais de L'animal dans les jeux et jouets furent publiées par le Stockholm International Toy Research Centre sur son site web en 2003. La rédaction du quatrième volume La vie domestique dans les jeux et jouets est bien avancée. Deux autres volumes analysant les Jeux d'adresse et Les techniques traditionnelles et modernes dans les jeux et jouets sont prévus. Une périodicité fixe n'est pas planifiée pour cette collection, mais afin de rendre disponible l'information sur les jeux et jouets sahariens et nord-africains aussi bien à ceux lisant le français qu'à ceux lisant l'anglais, ainsi que pour stimuler l'échange d'informations et la

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fécondation réciproque des idées et des actions entre le monde anglophone et francophone, trop souvent séparés par des clivages linguistiques, les ouvrages sont publiés en français et en anglais. Pour des raisons financières les livres disponibles de la collection : Cultures Ludiques Sahariennes et Nord-Africaines et de la collection : Saharan and North African Toy and Play Cultures sont publiés sur le CD inclus dans Rossie, J-P. (2005). Toys, play, culture and society. An anthropological approach with reference to North Africa and the Sahara.

Les volumes de la collection : Cultures Ludiques Sahariennes et Nord-Africaines
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Poupées d‟enfants et jeux de poupées, 2005, 344 p., 163 ill. L‟animal dans les jeux et jouets, 2005, 229 p., 107 ill. Bibliographie commentée des jeux et jouets, 2005, 61 p.

Les volumes de la collection : Saharan and North African Toy and Play Cultures
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Children‟s dolls and doll play, 2005, 328 p., 163 ill. The animal world in play, games and toys, 2005, 219 p., 107 ill. Commented bibliography on play, games and toys, 2005, 61 p.

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Préface de Dominique Champault
Les jeux des enfants du Nord de l'Afrique n'ont jusqu'ici jamais fait l'objet d'une étude globale. Il faut donc d'emblée remercier Jean-Pierre Rossie de s'être attelé à une tâche minutieuse : retrouver les données éparses dans des monographies plus ou moins anciennes, les confronter d'une part à ses enquêtes personnelles puis à une importante série muséographique pour nous livrer enfin un travail exhaustif qui vient combler un vide. En s'adonnant à l'étude des poupées, il ne craint pas de s'attaquer à un jeu des plus éphémères dans ce secteur géographique. Les fillettes du monde arabo-berbère jouent peu à la poupée, sans doute parce que le loisir leur en est, plus qu'à d'autres, mesuré : dès l'âge le plus tendre, elles doivent relayer leur mère dans les tâches domestiques et la charge de leurs cadets est bien souvent écrasante. Néanmoins, en gardant les troupeaux, surveillant la cuisine ou les bébés, elles ont toujours façonné des poupées avec lesquelles elles se comportent comme toutes les petites filles du monde ; pour cela elles utilisent les matériaux qui leur tombent sous la main : bâtonnets, os, chiffons, poils de chèvre. L'os de mouton transformé de manière comparable à l'époque romaine par une enfant syrienne, aujourd'hui par une fillette vivant dans un oasis, témoigne du même génie inventif, palliant la pauvreté des moyens. Une mère attentive, une servante disponible dans les milieux les moins défavorisés, peuvent confectionner les mêmes poupées, avec les mêmes éléments : l'assemblage en est seulement mieux agencé et plus solide. Un point commun : toutes les poupées-femmes sont désignées comme 'nouvelles mariées' par des vocables affectés selon les régions à la mariée pendant une séquence du premier au septième jour de mariage. On ne représente jamais un poupon au sexe plus ou moins défini, mais toujours une femme au moment où, investie par la force sacrée de la baraka, au plus fort de sa féminité, elle est potentiellement la plus féconde. Mais il n'est pas anodin de créer une image à la ressemblance, même lointaine, de l'humain. Sans reprendre les exégèses vouées aux interdictions plus ou moins formelles édictées par le judaïsme puis l'islam, il faut bien noter que les adultes et particulièrement les hommes, observent une

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méfiance ambiguë envers les images. Une force opératoire est toujours reconnue aux poupées ; l'une des plus évidente est celle d'amorcer la pluie (sans doute par analogie avec d'anciennes poupées de rogations). C'est pourquoi, dans certaines régions, les parents interdisent à leurs enfants de manipuler des poupées aux moments où l'eau nuirait aux cultures : récolte des grains, maturité des dattes, etc. Il semble fondé de considérer qu'à l'origine, au Proche Orient comme en Afrique du Nord, les premières figurines à ressemblance humaine ont été liées aux rites agraires, comme si la femme féconde pouvait communiquer sa vertu à la nature entière. En Egypte ancienne les fillettes attendaient de leur poupée une promesse de fécondité alors que les adultes jetaient au Nil des poupées pour amorcer sa crue, rite auquel on sacrifiait encore il y a quelques lustres avec des poupées en sucrerie. Récemment encore, dans certaines zones rurales du Maghreb, la dernière gerbe moissonnée, désignée comme 'l'épouse du champ', pouvait être affublée d'oripeaux féminins avant d'être dépiquée à part. Ses grains, mêlés aux semences préservées, leur communiquaient un exceptionnel pouvoir de germination. Les rites s'estompent avec les techniques nouvelles. Ne reste dans l'esprit populaire qu'une vague suspicion à l'égard des poupées 'fétiches' dont certaines ont pu être utilisées pour l'envoûtement, l'identification du mal ou du sortilège. Les poupées à l'occidentale, trop naturalistes, jugées, il y a quelques décennies encore, comme innovation blâmable sont aujourd'hui partout répandues. Enfin, il convient ici de souligner combien l'étude de Jean-Pierre Rossie illustre la complémentarité qui peut et doit s'instaurer entre les chercheurs et les musées : les collections ne dorment pas à tout jamais dans leurs réserves ; bien documentées, elles sont prêtes à s'animer sous un regard attentif, à témoigner de temps plus ou moins lointain, de cultures originales qui ne sombrent pas dans la monotonie de l'Occident : “... il dépend de celui qui passe, que je sois tombe ou trésor...”. Dominique Champault, Département d'Afrique Blanche et du Proche Orient, Musée de l'Homme, Paris.

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Introduction

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Le livre que le lecteur a sous ses mains est le deuxième volume d'une série de publications sur les cultures ludiques des enfants sahariens et nord-africains. Des cultures ludiques qui, contrairement à ce qui a été fait par Charles Béart (1955) pour l'Afrique occidentale, Fritz Klepzig (1972) pour les populations bantoues de l'Afrique subsaharienne et Eliseo Andreu Cabrera (2004) pour la région méditerranéenne, n'ont pas été répertoriées et analysées systématiquement jusqu'à présent. L'unique tentative dans l'aire géographique en question est à ma connaissance celle de Paul Bellin dans “L'enfant saharien à travers ses jeux” (1963). Je suis cependant convaincu que cette tâche est des plus urgentes vu les transformations spectaculaires dans lesquelles les sociétés de cette région se sont engagées. Suite à des changements politiques, économiques, sociaux et culturels, cet héritage, qui a participé à part entière au façonnage de l'identité des individus et des groupes humains en question, risque fortement de se perdre. Ceci pourrait se révéler vraiment néfaste parce que, d'une part, la population saharienne et nordafricaine est dans sa majorité constituée d'enfants et de jeunes et que, d'autre part, le domaine des jeux et jouets représente une réelle mine d'or pour le développement et la socialisation de cette jeunesse ainsi que pour une pédagogie et une didactique scolaire adaptées, particulièrement propagées par des instances internationales comme l'Unesco (voir bibliographie : Groupe Consultatif...) ou la International Federation for Parent Education (voir bibliographie), et parfois aussi par les autorités nationales. A travers l'aperçu des poupées et des jeux de poupées sahariens et nord-africains il sera, je l'espère, possible de relever aussi bien la diversité des cultures, basée sur les spécificités géographiques, historiques et sociologiques, que l'universalité de la culture humaine suite à une réponse fondamentale à des problèmes de vie semblables. Dans ce livre il n'est question que des poupées utilisées dans les jeux d'enfants. Les poupées rituelles d'ordre curatif ou prophylactique, de menace ou d'envoûtement, pour obtenir de la pluie ou promouvoir la fertilité et la fécondité n'ont pas été mentionnées. Pour une première approche de ces thèmes je renvoie le lecteur intéressé à une première analyse publiée par J. Herber en 1918 dans “Poupées marocaines”, à l'article de Dominique Champault “Du rituel agraire au jeu” dans le catalogue de l'exposition sur les poupées, tenue en 1983 au Musée de

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l'Homme, “Poupée-Jouet. Poupée-Reflet”, au livre de Jean Servier “Les portes de l'année” édité en 1962 ainsi qu'au livre plus ancien de Edwarsd Westermarck plublié en 1926 (volume 1 : 79, 330-335, 340-343, 596). De même, ni les poupées-souvenirs ni les poupées en costume national ou folklorique, ne sont retenues. Exception faite pour les Ghrib et pour le Maroc, la période sur laquelle s'étend l'analyse s'étale du début de ce siècle jusqu'à la fin des années 1960. Plus précisément et dans le contexte de cette étude, la référence bibliographique la plus ancienne remonte à 1905 et la poupée la plus ancienne de la collection du Département d'Afrique Blanche et du Proche Orient du Musée de l'Homme fut collectionnée en 1934. Les données les plus récentes proviennent, d'une part, de mes recherches en 1975 et 1977 chez les Ghrib du Sahara tunisien, qui vivaient à ce moment leurs dernières années de semi-nomadisme, complétées, jusqu'à ce jour, par des informations sur l'évolution de la culture ludique de cette population qui me sont transmises par mon ami et collègue Gilbert J.M. Claus, et d'autre part de mes recherches au Maroc, en cours depuis 1992, qui apportent de nouvelles données sur la seconde moitié du XXe siècle et le tout début du XXIe siècle. Il existe aussi un livre sur les jeux et jouets chez les Sahraouis publié en 1999. Le présent utilisé à travers le texte se réfère donc toujours à l'époque d'où proviennent les données et non pas nécessairement à celle d'aujourd'hui. D'une manière générale on peut dire que les jeux et les jouets décrits appartiennent ou appartenaient à des enfants vivant dans des communautés qui, bien qu'influencés par la vie moderne et occidentalisée, se référaient encore à la tradition ancestrale surtout dans le domaine enfantin et féminin, ainsi que dans la sphère de la socialisation et de la transmission intergénérationnelle des normes et valeurs. Cela veut donc dire, si l'on fait abstraction des données recueillies dans des grandes villes marocaines, qu'il ne sera pas question des enfants vivant dans des centres urbanisés, industrialisés et/ou occidentalisés. Si on prend l'Algérie comme exemple, les données se réfèrent aux enfants peu ou pas scolarisés des communautés nomades, semi-nomades ou agricoles mais on cherchera en vain, sauf exception rarissime, des renseignements sur les enfants scolarisés d'Alger ou des autres grandes villes algériennes. Exception faite des villes marocaines, ce volume décrit donc les poupées et jeux de poupées des enfants et des

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communautés faisant parties de sociétés plus ou moins traditionnelles mais en voie de modernisation. De plus, les informations rassemblées se réfèrent à des enfants entre trois et treize ans, pour les garçons peut-être jusqu'à un âge un peu plus avancé. Donc on cherchera en vain des données sur les tout petits. Les raisons en sont multiples : il est difficile pour un chercheur masculin d'entrer dans le monde intérieur et domestique des femmes dans lequel le petit enfant grandit, jouer à l'extérieur est une activité des enfants déjà plus grands, les petits qui ont besoin d'un jouet transforment souvent un objet dans un jouet représentatif là où fabriquer soi-même un jouet ne se fait qu'à un âge plus avancé. Dans le cas du jeu de poupée le développement propre à l'enfant joue aussi un rôle. Comme le dit Gilles Brougère (1993: 181) : Il ne peut y avoir de réel jeu à la poupée avant la troisième année et celui-ci reste encore très limité. En conséquence les premiers jeux sont des jeux moteurs (manipulations, promenades) ou des 'jeux' de relation affective, du type de l'objet transitionnel. Quatre sources de données sont à la base de ce livre :

La collection de jouets sahariens et nord-africains conservée dans le Département d'Afrique Blanche et du Proche Orient du Musée de l'Homme à Paris, complétée par les renseignements contenus dans les fiches signalétiques et par une analyse personnelle des jouets. Comme cette collection est en voie d'être transférée à un musée qui ouvrira en 2006 il faut contacter le nouveau Musée du Quai Branly à Paris (http://www.quaibranly.fr).  La bibliographie ethnographique, linguistique et autre traitant de l'aire géographique donnée, que j'ai analysée dans une bibliographie commentée.  Mes recherches de 1975 à 1977 sur les jeux et jouets des enfants ghrib, complétées depuis lors par quelques renseignements fournis par Gilbert J.M. Claus.  Mes recherches en cours depuis février 1992 sur les jeux et jouets au Maroc, plus spécifiquement dans les zones rurales et les quartiers populaires des villes.

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Bien que les données bibliographiques ne proviennent pas toujours d'investigations détaillées ou scientifiques et qu'elles sont parfois accompagnées de commentaires ethnocentriques, je crois pouvoir dire que le soin qui a été mis à l'analyse et à la confrontation critique des sources est garant d'un degré élevé d'authenticité des informations. Toutes les populations sur lesquelles j'ai pu trouver des renseignements ont été incorporées dans l'étude. Il s'agit de différents groupes Touaregs, des Ghrib, des Chaamba, des Maures, des Sahraouis, des Regeybat, des Teda, des Belbala et des Chaouia, des habitants de la Vallée de la Saoura et de ceux du Mzab, des Kabyles ainsi que de certaines communautés algériennes, marocaines et tunisiennes. Jusqu'à présent j'ai utilisé le vocable Berbère pour désigner la culture et la langue des populations nord-africaines et sahariennes qui vivaient dans ces régions avant la venue des Arabes, y vivent encore et continuent à parler leurs propres langues. Suite à la signification péjorative de ce vocable, lié au mot barbare, les associations culturelles concernées mettent en avant le vocable local Amazigh, un terme que j'utiliserai dorénavant dans mes publications scientifiques. Néanmoins, je continue à utiliser le vocable Arabo-Berbère pour les descendants de ces populations ayant perdus leur langue d'origine et parlant arabe. Dans le texte l'ordre de ces populations suit la séquence suivante : d'abord sont présentées les données sur les populations nomades ou semi-nomades du Sahara, suivies par les populations sédentaires du Sahara et finalement les populations sédentaires de l'Afrique du Nord. Les termes géographiques et ethniques mentionnés dans le texte peuvent être localisés sur deux cartes, une carte de l'Afrique du Nord et du Sahara et une carte du Maroc. Afin de situer les cultures ludiques dans leur contexte géographique, économique, social et culturel il m'a semblé nécessaire d'essayer de donner une description, bien sur très limitée, des populations en question. Cette description se réfère à la même période que celle d'où proviennent les informations sur les jeux et jouets.

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Description des populations
Les Touaregs
Si numériquement les Touaregs ne constituent nullement la population la plus importante de la région en question, ils sont au moins la population la mieux documentée et représentée dans la collection analysée. Les Touaregs vivent sur un immense territoire saharien et sahélien entre, au nord, Ghadames en Libye, au sud-est, Agadez au Niger, et au sud-ouest, Mopti au Mali. Leur habitat présente un relief montagneux variant entre 500 mètres et plus de 2000 mètres. Les estimations, toujours approximatives, du nombre de Touaregs varient de 250.000 à 300.000 (Camps, 1984: 8), environ 350.000 (La Vie du Sahara, 1960), et environ 700.000 (Komorowski, 1975: 101), jusqu'à moins d'un million (Bernus, 1983: 7). Dans l'exposition de 1994 sur les Touaregs au Musée de l'Afrique Centrale à Tervuren en Belgique le chiffre de 1.300.000 Touaregs est avancé, dont 750.000 au Niger, 400.000 au Mali et 60.000 en Algérie, en Libye et en Burkina Fasso. Les Touaregs Kel Ahaggar ne seraient que 20.000, vivant sur un territoire algérien presque aussi vaste que la France (Bernus, 1983: 7). En juillet 1999 la population du Mali a été estimée à 10.429.124 habitants, dont 47 % d'enfants de moins de quinze ans et 10 % de Touaregs (E-Conflict™ World Encyclopedia). Toutes ces sources s'accordent pour dire que jusque pendant le premier tiers du vingtième siècle les Touaregs menaient une vie nomade ou semi-nomade, dans ce dernier cas se transformant momentanément en sédentaires dans les oasis. Les Touaregs furent avant tout des éleveurs de dromadaires mais qui, vers 1960, “vivent essentiellement de l'élevage des moutons, des chèvres et des bœufs au Sud” (La Vie du Sahara, 1960: 7). Depuis les années 1950, la vie traditionnelle des Touaregs se perd de plus en plus. Ceci d'abord à cause de l'influence de la colonisation française, puis de l'intégration dans cinq états indépendants différents et finalement suite à l'extrême sécheresse au Sahel durant les années 1970 qui a eu des conséquences dramatiques pour les Touaregs sahéliens (Leupen, 1978:

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58. Claudot-Hawad, 1992: 222). Actuellement beaucoup de familles vivent dans des maisons avec télévision et parabole. Du point de vue ethnique et linguistique les Touaregs sont des Amazighs amazighophones, bien qu'ils “ne constituent ni une 'race' ni une 'nation'. Leur dénominateur commun se situe dans une culture, un langage, des comportements semblables... ” (Bernus, 1983: 6). Dans le cadre de l'analyse des jeux et jouets, il faut distinguer cinq groupements de Touaregs :
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Touaregs Kel Ahaggar : Massif de l'Ahaggar (Algérie); Touaregs Kel Ajjer : Tassili N'Ajjer (Algérie), région de Ghât Libye); Touaregs Kel Aïr : Massif de l'Aïr; Touaregs Kel Iforas : Adrar des Iforas (Mali, Algérie); Touaregs Ioullemeden : plaines sahéliennes de la Boucle du Niger (Mali).

Les Ghrib
L'habitat des Ghrib s'étend de la limite méridionale du Chott l-Djerid, le lac de sel du sud-tunisien, jusqu'à la frontière algérienne. Il s'agit d'un territoire d'environ 6000 km² dans la frange septentrionale du Grand Erg Oriental, un immense désert de sable. Le relief est assez plat, entrecoupé ici et là de dunes de sable. Les Ghrib sont évalués à environ 4400 en 1975. Entre-temps, cette population s'est accrue et comporte actuellement environ 7000 personnes. Ces données sur les Ghrib et celles qui suivent proviennent des publications de Gilbert Claus ou d'informations qu'il m'a transmises. Bien qu'il y ait parmi ces Ghrib arabophones des fractions qui prétendent avoir comme ancêtres des Amazighs du Sud du Maroc, il y en a d'autres qui se disent originaires du sud de l'Arabie ou du nord du Yémen. L'économie était depuis l'entre guerre et jusqu'à récemment, basée sur le semi-nomadisme avec d'un côté l'élevage de dromadaires, pour lequel ils étaient réellement renommés, de chèvres, de moutons et d'ânes, et d'autre côté l'agriculture d'oasis.

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Depuis les années 1970, la sédentarisation dans les oasis en bordure du Chott l-Djerid a pris de plus en plus d'ampleur. De nos jours, les Ghrib se sont pour ainsi dire complètement sédentarisés dans les oasis de Ghidma, Hezwa, Redjem Matoug et surtout dans l'oasis d'El Faouar qui est devenue un centre urbain important, chef-lieu d'une délégation. De cette manière ils ont perdu tout de leur ancienne renommée d'éleveur de dromadaires, bien que l'intérêt pour cet élevage reprenne quelque peu, suite à la promotion du tourisme saharien à El Faour où un hôtel de transit fonctionne maintenant.

Les Maures
Dans le Sahara occidental vivent les Maures sur un territoire limité par l'Atlantique à l'Ouest, l'actuelle frontière avec le Maroc au nord et une frontière imaginaire allant du fleuve Sénégal par Néma à la boucle du fleuve Niger au sud. A partir de la côte le relief s'élève lentement pour atteindre les 350 m au Plateau du Dhar où se situe Oualata. Une grande partie de la Mauritanie est occupée par d'énormes dunes, depuis l'Atlantique en direction du nord-est en passant juste au nord de Tidjikdja. En 1960, les Maures étaient estimés à 600.000 dont 77 % de nomades (La Vie du Sahara, p. XXIV; Belgisch Comité voor UNICEF, 1996: 57). Il s'agit d'une population qui, contrairement au Touaregs fortement éparpillés sur plusieurs états, a réussi à s'organiser en état : la République Islamique de Mauritanie. En 1996 il y a 2.400.000 habitants en Mauritanie dont 52 % vit dans les villes et seulement 12 % sont encore des nomades ; un tiers de la population vit dans la capitale Nouakchott et les bidonvilles avoisinants (informations de l'UNICEF). Avec 30 % les Maures ne constituent qu'une partie de la population totale. 40 % sont formés par des groupes mixtes d'origine maure ou provenant d'Afrique Noire et les autres 30 % sont des descendants d'Africains noirs. De la population mauritanienne estimée à 2.581.738 en juillet 1999, 47 % ont moins de quinze ans (E-Conflict™ World Encyclopedia). Du point de vue ethnique, “on appelle Maures les Arabes mêlés aux Berbères, ainsi que les Berbères fortement arabisés du Sahara du SudOuest et du Sahara ex-espagnol” (Komorowski, 1975: 103). Mais eux-

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mêmes se désignent comme les 'Beïdane', les 'Blancs'. Du point de vue linguistique les Maures parlent un arabe maghrébin. Ces Maures sont, certainement pendant la période à laquelle réfèrent les jeux et jouets des enfants de ce peuple, des pasteurs chameliers, des caravaniers, des commerçants et, dans la zone sahélienne, des éleveurs de bœufs. Certains d'entre eux sont plutôt sédentarisés dans des petites villes. Un de ces centres urbains est Oualata, dans les années 1970 une agglomération de 800 à 1000 habitants. C'était “un centre spirituel et une ville de commerce au carrefour du Maroc, du Mali et du Sénégal... (Son) isolement lui a valu aussi le maintien de ses traditions de spiritualité, d'enseignement traditionnel qui remontent au VIIIème siècle” (Gabus, 1976: 7), ainsi que de son organisation sociale et domestique. Comme chez les Touaregs et les Ghrib, le mode de vie des Maures est depuis une quarantaine d'années soumis à une pression croissante d'adaptation à un état et une économie qui s'inscrivent dans le contexte mondial. Actuellement, environ 60 % de la population vit de l'agriculture et de l'élevage, et environ 40 % a trouvé une subsistance en ville dans le secteur moderne ou informelle de l'économie (Belgisch Comité voor UNICEF, 1996: 33).

Les Sahraouis
Les Sahraouis nomadisaient dans l'immense espace saharien qu'ils appellent 'Trab el Bidan', la 'Terre des Blancs'. Cet espace s'étend du fleuve Sénégal jusqu'au Oued Drâa qui longe les versants sud du Jbel Bani et de l'Anti Atlas en passant près de la ville d'Assa dans le sud du Maroc. Cette vaste région comprend la Mauritanie, le Sahara Occidental, une partie du Nord-Ouest du Mali et du Sud-Ouest de l'Algérie. La langue des Sahraouis est une forme locale d'arabe appelée 'hassaniya' (Pinto Cebrián, 1999: 9). Tout comme chez les Touaregs, les Ghrib et les Maures, un processus de sédentarisation s'est développé chez les Sahraouis, dont l'ampleur s'accentua à partir des années 1970. Une partie du Trab el Bidan dénommée le Sahara Occidental fut une colonie espagnole de 1904 à 1975. Actuellement et suivant la terminologie employée par le Conseil de Sécurité des Nations Unies, le

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gouvernement marocain est la “puissance administrante du Sahara occidental” (Rapport du Secrétaire Général sur la situation concernant le Sahara occidental, 25 octobre 2000, S/2000/ 1029, 6 pages, p. 6, § 30, http://www.un.org/french/docs/sc/reports/2000/1029f.pdf, consulté le 11.01.2001). L'agence de presse Europe Medea mentionne comme l'unique source valable sur la population du Sahara Occidental le dernier recensement espagnol de 1974. Selon celui-ci, qui n'a pas pu prendre en compte l'ensemble des populations nomades, il y avait à ce moment 73.497 Sahraouis dans le territoire et 21.522 Européens et ressortissants d'autres pays. La population actuelle est sans doute de l'ordre de 200.000 à 300.000 personnes (http://www.medea.be/fr/index250.htm, consulté le 11.01.2001). Sous le contrôle du Polisario, le Frente Popular para la Liberación de la Seguia el Hamra y el Rio de Oro, quelques 200.000 Sahraouis habiteraient les camps de réfugiés de la région de Tindouf dans le sud-ouest de l'Algérie (http://www.sahara.net/people.html, consulté le 12.01.2001). L'ancien système économique entièrement basé sur le nomadisme et le commerce caravanier a été remplacé en grande partie par une économie basée sur l'industrie de la pêche et l'exploitation de gisements de phosphates et de fer (http://www.medea.be/fr/index250.htm, consulté le 11.01.2001).

Les Regeybat
Les Regeybat, ou Regueibat, se déplacent sur un vaste territoire, dans le Sahara Nord-occidental de l'Atlantique à l'Erg Iguidi et d'Assa à la région de Tiris, niant les frontières entre l'Algérie, le Maroc, la Mauritanie, et le Sahara ex-espagnol. Il s'agit d'une région peu élevée et peu accidentée, et très faiblement peuplée. Ainsi le Sahara Occidental, que les Regeybat dominaient jusqu'au début du vingtième siècle, ne comptait que 60.000 habitants vers 1970 (Grand Atlas du Continent Africain, 1973: 105). En juillet 1999 la population du Sahara Occidental était estimée à 239.333 habitants (E-Conflict™ World Encyclopedia).

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Les Regeybat sont des Arabo-Berbères qui “sont les plus proches, linguistiquement et culturellement, des tribus arabes bédouines” (Camps, 1984: 9), parlant l'arabe tout comme les Maures. Ces nomades sont des éleveurs de dromadaires, de chèvres et, où cela est possible, de moutons. En plus, et jusqu'à une époque assez récente, ils s'occupaient du commerce transsaharien, qui a depuis lors perdu presque toute signification économique. La décolonisation au début des 1970 du Sahara Espagnol et les revendications des pays limitrophes ont créé un mouvement indépendantiste, le Front Polisario. Il a été dit que les Regeybat jouent un rôle de fer de lance dans les activités militaire. Cependant, peu semble être connu sur la situation actuelle des Regeybat.

Les Chaamba
Les Chaamba, eux aussi nomades dans leur majeure partie, transhument sur tout le Sahara algérien septentrional depuis El Oued, Ouargla et le Grand Erg Oriental, en passant par El Golea et le Grand Erg Occidental jusqu'à l'Erg er Raoui et même au-delà. Cette immense région désertique, aux puissants massifs de dunes, est entrecoupée de plaines arides peu accidentées. Tout comme les Regeybat, les Chaamba arabophones sont des Araboberbères dont l'origine démontre l'interpénétration des populations amazighs autochtones avec des tribus arabes venues de la Péninsule Arabe. Au début des années 1950, la population totale approchait les 20.000 (Cabot Briggs, 1958: 111). Les Chaamba trouvaient leurs moyens de subsistance, et les trouvent parfois encore, dans l'élevage de dromadaires et de moutons. Ils étaient des méharistes renommés, qui se sont en partie intégrés dans l'armée coloniale et celle de l'Algérie indépendante. Dans les oasis, ils s'occupent aussi de jardinage et des palmeraies. Aujourd'hui, ils descendent de leurs chameaux et montent dans les poids-lourds qui circulent sur les pistes sahariennes (Komorowski, 1975: 107).

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Les Teda
Les Teda, appelés Toubou par les Arabes et les Européens, vivent dans un endroit aussi spécifique qu'isolé. Il s'agit du massif volcanique du Tibesti au Nord-ouest du Tchad. Ce massif du Tibesti, qui a son point culminant à 3350 mètres et une altitude moyenne entre 1000 et 1800 mètres, “s'élève tel un bastion au milieu d'une mer de sable” (Lopatinsky, Les Teda du Tibesti: 9). Contrairement aux autres populations qui sont des Amazighs ou Arabo-berbères, les Teda forment ethniquement et linguistiquement un groupe distinct qui s'apparente aux populations noires du Soudan. Dans le massif du Tibesti les Teda étaient en 1960 estimés à 20.000 personnes (La Vie du Sahara, p. XXIV), et probablement moins encore car cette source incorpore des groupes de cultivateurs apparentés au Teda du Tibesti. De la population totale du Tchad estimé à 7.557.436 d'habitants en juillet 1999, 44 % ont moins de quinze ans (E-Conflict™ World Encyclopedia). Le recensement de la population du Chad de 1993 donne 28.501 Teda (Ethnologue: Languages of the World). Ces Teda sont restés très longtemps attachés à leur mode de vie et avaient encore en 1980 “conservés des particularismes culturels qui sont en accord avec les impératifs de leurs conditions de vie” (Bradily, 1980: 141). D'ailleurs l'influence maghrébine d'abord et française ensuite, avec une occupation effective à partir de 1930 seulement, est restée faible jusqu'en 1940. Le semi-nomadisme fut le système socio-économique rendant possible la survie des Teda. Une partie du groupe familial reste dans l'oasis, par exemple à Bardaï, et s'occupe des jardins - vu comme un travail de serviteurs - et des palmeraies, tandis que l'autre partie s'en va à la recherche des prairies pour les chèvres, moutons, ânes et dromadaires et fait en même temps le petit commerce caravanier (Lopatinsky, Les Teda du Tibesti: 10, 15, 285, 288; Le Cœur, 1950: 198; Kronenberg, 1958: 35). “Traditionnellement la base de la nourriture est constituée par les dattes et quelques céréales, dont les unes sont cultivées, et les autres sauvages” (Bradily, 1980: 141). L'importance des dattes pour les Teda se révèle jusque dans la confection des poupées par les filles.

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Les Belbala
Jusqu'à présent les populations décrites sont, ou du moins étaient, des nomades ou semi-nomades. Par contre, les Belbala sont bien que vivant dans le Sahara Nord-occidental, la première communauté sédentarisée à l'oasis de Tabelbala, mais vivant en contact direct avec les Chaamba. Tabelbala, située à une hauteur de 500 mètres, est une petite palmeraie très isolée qui se trouve au pied de l'Erg er Raoui, entre cette zone de dunes, et une petite chaîne montagneuse d'environ 700 mètres de hauteur. Les Belbala forment une population sédentaire d'environ 1600 personnes vers 1960, parlant une langue tout à fait particulière, incomprise des autres sahariens sédentaires ou nomades. Une langue d'origine négro-africaine avec des apports amazighs et arabes. Dominique Champault, dont l'ouvrage Une oasis du Sahara nordoccidental : Tabelbala est la source d'information primordiale en ce qui concerne les Belbala, écrit que les habitants de Tabelbala ont survécu grâce à une économie d'oasis avec palmeraies, jardinage et élevage de chèvres, ânes, quelques moutons et quelques dromadaires qu'entretiennent des Chaamba. De plus, et jusqu'au début du vingtième siècle, Tabelbala était un lieu de séjour et d'approvisionnement du trafic caravanier venant du Maroc. Mais l'avenir de ce trafic caravanier et celui de l'oasis de Tabelbala furent en 1969 décrits comme suit par cet auteur : “Que Tabelbala soit peut-être né du transport chamelier, qu'il en ait vécu pendant de nombreux siècles, c'est en même temps apercevoir qu'il ne peut longuement lui survivre” (p. 447).

Les habitants de la Vallée de la Saoura
D'autres sédentaires sahariens sont les habitants des oasis de la Vallée de la Saoura, une population sur laquelle je n'ai trouvé que très peu de données. La Saoura délimite le désert pierreux qui s'étend vers l'ouest, des dunes de sables de l'Erg qui s'étendent à l'est et au sud. Cette rivière qui prend source dans l'Atlas saharien, coule en direction nord-sud et s'enlise

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après quelques centaines de kilomètres dans le désert. Elle transporte parfois en hiver une quantité considérable d'eau. La Vallée de la Saoura a toujours été une très importante route de communication et de commerce trans-saharien. Dans le lit de l'Oued Saoura se trouvent des jardins et des palmeraies, avec environ 8000 palmiers à Beni Abbes en 1944. A ce moment là, environ 5000 personnes vivaient dans cette agglomération (Naval Intelligence Division, 1943: I 66-67, II 61). Selon Dominique Champault la situation alimentaire était plus tragique dans les petites oasis de la Vallée de la Saoura qu'à Tabelbala, bien que, jusque dans les années 1950, il y ait eu des petites caravanes assez régulières dans la Vallée de la Saoura (1969: 176, 269).

Les Mozabites
Les Mozabites, des musulmans appartenant à une secte puritaine non orthodoxe, se sont réfugiés au cours du XIe siècle dans la région saharienne de l'Oued Mzab. Là ils fondèrent cinq villes fortes, Ghardaïa étant la plus importante, et au XVIIe siècle encore deux autres villes. Le relief est celui d‟un haut plateau, situé à une altitude moyenne de 700 mètres, avec des vallées souvent larges et profondes (Naval Intelligence, 1943-1944: 69). Le nombre de ces citadins d‟oasis fut évalué vers 1950 à environ 50.000 personnes. Actuellement il y en aurait environ 200.000 (Camps, 1984: 8). Leur langue appartient à la grande famille des parlers berbères. Zygmunt Komorowski décrit ainsi l‟économie mozabite : “Depuis des siècles ils s‟enrichissaient sur le commerce transsaharien. Aujourd‟hui, ils tiennent une grande partie du petit commerce en Algérie et leur diaspora atteint même l‟Amérique” (1975: 107). Bien que la population mozabite s‟est, suite à son particularisme religieux, volontairement isolée, elle a su tirer profit de l‟insertion dans un état moderne et dans une économie coloniale et post-coloniale.

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Les Kabyles
Les Kabyles vivent dans une région montagneuse au Nord-Est de l‟Algérie et qui s‟étend d‟Alger à Annaba. Cet espace se divise en trois régions. La Grande Kabylie ou la Kabylie de Djurdjura culmine à une hauteur de 2.308 mètres. A l‟est de la Grande Kabylie se trouve la Petite Kabylie avec une hauteur maximale de 1008 mètres à l‟ouest de l‟oued Kebir. La troisième région est celle de Collo située à l'Est. La capitale de la Kabylie est Tizi-Ouzou dans la Grande Kabylie. C‟est dans ces régions montagneuses que les Kabyles se sont depuis toujours retirées suite aux invasions successives. La Kabylie est une région de peuplement de grande densité où vivaient en 1987 2.537.000 personnes. En 1984, plus de 530.000 Kabyles vivaient en France (Ethnologue: Languages of the World). Selon une autre source publiée en 1998 les Kabyles sont estimés à quatre millions de personnes et l‟émigration vers la France et d‟autres pays européens date déjà de la Première Guerre mondiale (Tamisier, p. 143). La langue kabyle appartient à la grande famille des langues amazighs. Le Larousse du 20e siècle décrit en 1931 certains aspects de l‟économie de ces régions de la manière suivante : On cultive les céréales sur les terres basses, et sur les pentes les vergers et les vignes. La région, parfaitement arrosée, a de magnifiques forêts de chênes-lièges, de chênes zéens, et plus haut de cèdres. La Petite Kabylie et celle de Collo renferment des mines de plomb, de cuivre et surtout de fer (volume I-M, p. 222). Sur la côte abrupte se trouvent quand-même quelques ports comme Djidjelli. En 2001 on peut lire dans Ethnologue: Languages of the World que les Kabyles sont largement des agriculteurs cultivant olives, figues, grenades, pèches, abricots, poires, prunes et légumes. La structure socio-politique est marquée par une forte organisation villageoise. L‟évolution depuis la seconde moitié du siècle dernier nous montre l‟importance des “institutions politiques traditionnelles et (de) la culture moderne acquise par les Kabyles au sein des mouvements syndicaux et politiques auxquels ils ont tant donné, aussi bien dans l‟immigration en France qu‟en Algérie (Mahe, compte rendu du livre).

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Les Chaouia
L'Aurès, le territoire des Chaouia, est un massif montagneux impressionnant d'environ 11.000 km2 situé entre les Hauts-plateaux du nord-est algérien et le Sahara. Les Chaouia, 'bergers' en arabe, sont des Amazighs parlant une langue amazighe. Ethnologue: Languages of the World mentionne 1.400.000 Chaouia pour 1993. Vers les années 1940, ils vivaient encore largement selon les modes de vie ancestraux et restaient “des montagnards peu influencés par ce qu'ils ont vu en ville. Ils gardent une ancienne organisation tribale” (Catalogue des Collections de l'Aurès, 1943: 4). En 1938 et selon Thérèse Rivière, les Chaouia du Nord de l'Aurès sont sédentarisés dans des vallées fertiles où la culture intensive dans des jardins et palmeraies est possible. Les Chaouia du Sud, au contraire, sont “des semi-nomades pasteurs de chèvres et de moutons, cultivateurs de blé et d'orge qui vivent à peu près en économie fermée”. Ces seminomades hivernent au Sahara et estivent dans l'Aurès (p. 294, voir aussi Ballais, 1989). A ce moment, la densité de la population atteignit dans le nord de l'Aurès 5 à 25 habitants par km², cinq fois plus que dans le sud de l'Aurès, et la population Chaouia tout entière devait se chiffrer dans les quelques dizaines de milliers. La situation actuelle en Aurès est décrite par Danielle Jemma-Gouzon (1989: 7-8) : Puis vient le temps de rompre l'isolement et, avec lui, celui de la tentation de l'ailleurs. Les temps présents. Au fond des vallées, les terres se vident. Les hommes partent. Dans les villages, seuls demeurent les vieillards, les femmes et les enfants. Les gestes s'érodent, comme les maisons de terre, en perte de sens et de symboles. Le Temps a pénétré les montagnes de l'Aurès et, avec lui, l'Histoire. La famille s'ouvre aussi mais se fragmente, satisfaite d'une économie moins précaire mais moins communautaire. Aspirations nouvelles. Modèles nouveaux.

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Les populations des campagnes marocaines
Mes recherches au Maroc en cours depuis février 1992 m'ont permis d'obtenir de nouvelles données sur les poupées et les jeux de poupées de certaines communautés arabo-berbères ou amazighs vivant dans des villages ou petites villes des régions rurales du Maroc. Il s'agit en ce qui concerne les information recueillies en 1992, d'une part, de familles de la région de Hmar et de ceux du groupement Oulad Yahya, dans la région de Taroudannt, parlant l'arabe maghrébin, et d'autre part, de familles berbérophones du village Tizal dans la région d'El Khemis, ainsi que du centre urbain rural d'Imi-n-Tanoute. La petite ville de Taroudannt est située dans la vallée entre le Haut Atlas et l'Anti-Atlas, à une altitude peu élevée d'environ 250 mètres, le long de l'Oued Sous qui se jette dans l'Atlantique à Agadir. L'autre petite ville, Imi-n-Tanoute, se trouve au pied du versant ouest du Haut Atlas, à une altitude d'environ 900 mètres, sur la route reliant Marrakech à Agadir. Ces deux centres urbains ont une population de 25 à 40.000 habitants. Là se mêlent berbérophones et arabophones et il arrive que dans une même famille les deux langues soient utilisées selon les besoins. Depuis septembre 1992, j'ai recueilli des informations sur les régions rurales suivantes :

Le village Ignern situé à 1600 m d'altitude sur la route de Taroudannt à Tazenakht près de Taliouine et le village Aït Ighemour situé à 2600 m d'altitude près de la route de Tazenakht à Amerzgane, deux petits villages amazighs au pied de la montagne Jbel Siroua.  La petite ville de Goulmima sur la route de Ouarzazate à Errachidia et deux petits villages limitrophes, Magaman et Ighrem-n-Cherif, tous amazighophones et situés près de l'Oued Gheris sur le versant est du Haut Atlas.  Le village amazigh Ksar Hasni Biad près de Merzouga et au pied des dunes de sables de l'Erg Chebbi.

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La petite ville de Midelt située à 1500 m d'altitudes au pied de la montagne Jbel Ayachi sur la route d'Errachidia à Meknès ainsi que cinq petits villages limitrophes : Ksar Assaka, Tabenatout, Tataouine et Aït Sidi Amar avec une population amazighophone ainsi que She°ba avec une population arabophone. Le village amazigh Zaïda à 40 km avant Midelt en venant du Moyen Atlas. Deux populations amazighes du Moyen Atlas : les habitants du village d'Arhbalou-n-Serdane près de Boumia et les Aït Ouirra de la région d'El Ksiba située à environ 1100 m d'altitude près de la ville de Kasba Tadla. Les trois villages amazighes Aït Hmed ou Yacoub près de Khemisset, Tiddas et Oulmès sur la route de Khemisset à Khenifra. La petite ville côtière de Sidi Ifni et les villages amazighs Ergoub, Imou Ergen, Lahfart et Tafraoute dans l'Anti-Atlas. Le village arabophone Aïn Toujdate sur la route d'El Hajeb à Fès. Le village arabophone Oulad ben Sbaa près de Sidi Mokhtar sur la route d'Essaouira à Marrakech.

Comme mentionné pour Taroudannt et Imi-n-Tanoute, des amazighophones et arabophones se trouvent aussi mêlés à Khemisset, Midelt, Goulmima et Sidi Ifni. Dans les villages la population est plus homogène. On y vit de l'agriculture, souvent encore suivant les méthodes séculaires, de la production des oliviers, arganiers, pommiers et autres arbres fruitiers, de l'élevage du grand ou petit bétail, bétail d'ailleurs souvent gardé par les filles ou les garçons. Dans les petites villes l'artisanat, le commerce, le transport, le fonctionnariat créent des ressources supplémentaires provoquant ainsi une plus ou moins forte désertion des campagnes. Il arrive que j'aie mentionné le groupe ethnique auquel appartiennent les enfants, cependant l'importance du groupe ethnique est devenue beaucoup moins évidente qu'avant.

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Les citadins de l'Algérie, du Maroc et de la Tunisie
Des communautés non-ethniques ou multiethniques vivent dans les grandes, petites et parfois très petites villes côtières ou non loin de la côte du Maroc et de l'Algérie. Dans le cadre de l'analyse présentée dans ce livre, se trouvent aussi mentionnées quelques agglomérations urbaines à l'intérieur de ces pays et qui représentent une situation démographique analogue. Ces agglomérations sont, sauf exceptions rarissimes, situées dans les plaines côtières ou peu élevées de l'intérieur. En juillet 1999, la population de l'Algérie fut estimée à 31.133.486 d'habitants dont 37 % d'enfants de moins de quinze ans, celle du Maroc à 29.661.636 d'habitants dont 36 % d'enfants de moins de quinze ans et celle de la Tunisie à 9.513.603 d'habitants dont 31 % d'enfants de moins de quinze ans (E-Conflict™ World Encyclopedia). La population citadine vit, dans sa grande majorité et en ce qui concerne la période couverte par ce livre, de l'artisanat, du commerce, du fonctionnariat et de l'exécution d'autres services. Fès, Marrakech et Rabat sont aujourd'hui des villes de plus de 500.000 habitants. Kénitra, à 40 km au nord de Rabat, est un centre régional avec plus de 200.000 habitants et une ville satellite de la capitale. Ce sont des villes aux visages multiples où l'on remarque aussi bien un comportement très européen, un comportement vraiment traditionnel et un comportement strictement islamique. Cela se voit plus particulièrement au niveau de la population féminine : comme dans les rues, le port du voile côtoie celui de la minijupe. Les renseignements sur les poupées et le jeu de poupée obtenus dans ces villes proviennent de couches sociales moyennes, populaires et réellement pauvres comme dans le quartier de Douar Akioud où toute infrastructure, sauf l'eau courante, manque en 1992 mais où on regarde pourtant la télévision alimentée par des batteries. La langue utilisée dans tous ces centres est une forme locale de l'arabe maghrébin. Du point de vue ethnique, ces populations sont constituées en majeure partie d'Amazighs arabisés de longue date ou depuis peu. Gabriel Camps (1984: 9) écrit à ce sujet :

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En fait, dans la société musulmane nord-africaine et saharienne, il existe des maghrébins arabophones ou arabo-berbères et des maghrébins berbérophones qui conservent le nom de Berbères que les Arabes leur donnèrent. Parmi les Arabo-berbères, qui ne constituent pas plus une entité sociologique que les Berbères, on distingue un groupe ancien, citadin, aux origines souvent très mêlées, car il faut tenir compte dans les villes des apports antérieurs à l'Islam, des réfugiés musulmans d'Espagne (Andalous) et des nouveaux venus généralement confondus sous le nom de Turcs, bien qu'ils fussent, pour la plupart, des Balkaniques et des Grecs de l'Archipel. Avant de clore cet aperçu des différentes populations dont les poupées et jeux de poupées figurent plus loin, reprenons encore cette distinction entre maghrébins amazighophones et maghrébins arabophones et examinons ce qu'en dit Nefissa Zerdoumi dans son livre remarquable Enfants d'hier. L'éducation de l'enfant en milieu traditionnel algérien (1970, 2e édition 1982: 35-36) Pendant des siècles, la famille algérienne musulmane, malgré une histoire mouvementée, est demeurée immuable, non pas qu'elle ait bénéficié d'une protection religieuse ou législative particulière, mais parce que, ayant adopté une structure défensive, elle se trouvait à l'écart des causes susceptibles de provoquer son évolution. Elle portait en elle des éléments statiques, absorbant ou neutralisant les influences successives et contradictoires du cadre politico-social. Ces influences ont tracé des zones culturelles relativement dissemblables. Dans les massifs montagneux (Kabylie, Aurès), les parlers et les traits coutumiers berbères se sont maintenus dans leur originalité. On y observe une certaine indépendance à l'égard de l'Islam, notamment dans le système juridique, un amour jaloux de la terre et de ses fruits, un goût prononcé pour le travail lucratif individuel, une structure sociale à tendance démocratique. En face, le pays arabe, celui des steppes aux larges dimensions ou des plaines allongées, a conservé, dans ses campagnes comme dans ses centres urbains, les caractères liés à la civilisation pastorale, plus ouverte, plus classiquement islamique mais moins attachée à la parcelle de terre qu'à la solidarité tribale ou familiale. Entre ces deux systèmes, qui hors des villes

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apparaissent distincts, il y a des interpénétrations nombreuses qui en font une société aux aspects variés mais au fond commun tissé du fil semblable des cellules familiales. Dans ce livre je propose au lecteur une analyse globale des poupées et jeux de poupées des enfants sahariens et nord-africains. En premier lieu sont traitées les poupées-hommes, puis les poupées-femmes et les poupées-enfants. Ces deux dernières catégories se trouvent groupées suivant la population dont elles proviennent. Par contre, j'ai groupé les poupées-hommes selon ce qu'elles représentent, ceci pour rendre l'analyse plus intelligible. Une description selon la provenance aurait causé un éparpillement des données. Chacune de ces trois parties est devancée par un résumé mettant en lumière les caractéristiques de ce groupe de poupées. Dans la section Conclusions une synthèse est proposée ainsi qu'une discussion de certains aspects environnementaux, économiques, sociaux et culturels. La section suivante propose des idées et des actions pratiques pour rendre utile cette culture ludique enfantine. Le Catalogue des Poupées Sahariennes et Nord-Africaines du Musée de l'Homme donne une description détaillée et systématisée des poupées provenant de la collection du Musée de l'Homme et utilisée pour l'analyse. Ce catalogue est suivi d'une description des cinq vidéos sur les poupées et jeux de poupées marocains réalisés en rapport avec mes recherches. Une première annexe offre un modèle de description des jeux et jouets. Dans ce livre se trouve aussi le résumé des cinq vidéos sur les poupées et le jeu de poupées d'enfants marocains réalisés dans le cadre de mes recherches. Le premier annexe propose un modèle de description des jeux et jouets. La transcription des mots vernaculaires et des références géographiques et ethniques est basée sur les sources que je crois être les plus sûres ou les plus largement acceptées et qui se trouvaient à ma disposition. La diversité des langages et des sources bibliographiques rend à peu près impossible une uniformisation complète. Pour la transcription de certaines lettres arabes des signes conventionnels sont utilisés. La liste de ces signes conventionnels se trouve à la table des transcriptions. Les mots arabes écrits en italique ont été transcrits de

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cette manière. Les mots amazighs que j'ai notés au Maroc ont souvent été transcrit en premier lieu en caractères arabes car les amazighophones utilisent souvent des caractères arabes pour transcrire leur langue. Ces mots amazighs sont aussi écrits en italique. Les mesures sont mentionnées en centimètres : B = base, H = hauteur, LO = longueur, LA = largeur, E = épaisseur, D = diamètre, + = maximum, - = minimum. Ce livre démontre clairement l'importance des poupées et jeux de poupées des enfants sahariens et nord-africains réfutant ainsi le point de vue négatif d'un ancien administrateur d'un commune mixte écrivant en 1921 dans un article sur les jeux et jouets des enfants algériens que “les poupées de nos fillettes et les jouets ordinaires de nos petits garçons sont très rares et n'existent pour ainsi dire pas, en pays arabe…” (Robert, p. 155). En tout cas, Paul Bellin a déjà prouvé le contraire dans sa remarquable étude sur l'enfant saharien vu à travers ses jeux. En 1963 il écrivit (p. 48) : Eu égard à l'indigence que nous venons de rappeler, on pourrait donc s'attendre à trouver une jeunesse désœuvrée et languissante. Or, il n'en est rien : la jeunesse saharienne joue. Elle joue autant, et peutêtre plus, qu'aucune autre, avec spontanéité, avec entrain, avec ce sérieux qui est le propre des activités puériles. Il faut donc admettre qu'en dépit des conditions de vie précaires l'enfance saharienne est une enfance saine. Avant de décrire les poupées et jeux de poupées des enfants sahariens et nord-africains il faut quand même attirer l'attention sur quelques limites ou problèmes auxquels l'analyse des données s'est heurtée. Il y a d'abord le problème des sources bibliographiques et muséographiques. Les auteurs et les collectionneurs n'ont pas toujours procédé avec le même esprit scientifique. Parfois il y a manque de précision sur le plan ethnique ou géographique lorsque les informations sont attribuées à telle population ou à telle région. Une autre restriction fort regrettable est que trop souvent les jouets sont décrits comme des objets et non pas comme des instruments de jeu. Ainsi l'activité ludique n'est pas analysée avec le même soin que l'est le jouet lui-même. Enfin il y a ici et là imprécision

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terminologique quant aux termes et expressions utilisés pour les jouets et les jeux dans lesquels ils sont employés. En tenant compte de ces limites, ce que j'ai voulu faire en assemblant de manière systématique et critique toutes les données à ma disposition, c'est d'élaborer une analyse de base qui pourra stimuler et servir de fondement, d'une part, à des recherches sur le terrain afin de relever la spécificité d'un jeu ou jouet local et, d'autre part, à mettre cette culture ludique saharienne et nord-africaine en relation avec les jeux et jouets d'autres aires socioculturelles ainsi que dans une perspective mondiale. Car si certains aspects des jouets et certains comportements dans les jeux sont certainement particuliers à une aire socioculturelle, voire à une communauté, une famille ou même un enfant, d'autres rôles et comportements semblent bel et bien universels. Dans “Three myths about children‟s folklore” June Factor lie à juste titre ses recherches à son expérience personnelle (2001: 24-26). June Factor commence sa description autobiographique en évoquant en anglais des paroles de Paul Valéry que j‟ai traduit en français. Paul Valérie écrivit dans un de ses essais : je m‟excuse de me révéler ainsi à vous, mais à mon avis il est plus utile de parler de sa propre expérience que de prétendre à une connaissance tout à fait impersonnelle, une observation sans observateur ; en réalité il n‟existe pas de théorie qui ne soit un fragment, soigneusement préparé, d‟une autobiographie. Etant convaincu que mes travaux sur les jeux et jouets des enfants sahariens et nord-africains sont influencés par ma vie personnelle, je pense qu‟il peut être utile à celui qui s‟y intéresse de disposer de certaines informations lui permettant d‟établir des liens. J'ai donc mis des données autobiographiques dans un second annexe. Concernant mes contacts avec les enfants, les règles de l‟éthique de la recherche scientifique proposée par le Conseil Européen de la Recherche Scientifique ont été suivies. Ainsi l‟autorisation paternelle ou maternelle a été demandée lors de la collecte de données ou des prises de photos avec des enfants. Il aurait d‟ailleurs été difficile de faire autrement car le

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travail de terrain se faisait dans les familles ou dans l‟espace public. Une exception à cette règle existe néanmoins. Il s‟agit des observations et des photos d‟enfants faites occasionnellement d‟une certaine distance dans des rues ou autres espaces publics des centres urbains marocains mais dans ce cas des adultes se trouvaient non loin et je n'ai pas rencontré de réactions négatives en photographiant ces enfants.

Remerciements
Avant de proposer au lecteur ce trésor que sont les poupées et jeux de poupées sahariens et nord-africains, il me reste à remercier tous ceux qui d'une manière ou d'une autre m'ont permis de mener ce livre à son terme et plus spécialement :

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Les familles ghrib, particulièrement les enfants des années soixantedix, ainsi que Gilbert J.M. Claus du Département de Langues et Cultures Africaines de l'Université d'Etat de Gand, pour l'accueil et le soutient qu'ils m'ont offerts dans le cadre de mes recherches sur les jeux et jouets ghrib. Roquia El Mouloua et sa mère Fatima Bent Abdeslem, d'origine de Marrakech mais vivant à Gand, pour leur amitié et leur aide dans ma mise en rapport avec leur famille de Marrakech. La famille Skouri de Kbour Chou, Eloula de Daoudiyât et Kader de Douar Akioud à Marrakech ; le professeur Boughali, doyen, Youssef Ait Ammou, maître-assistant, et Fatima Outizal, étudiante, de la Faculté des Lettres et des Sciences Humaines de l'Université Cadi Ayyad de Marrakech ; la famille Bamoussa, Khettou et Jalil d'Imi-nTanoute ; la famille Ait Heda de Taroudannt et la fille Latifa de Hmar, ainsi que nombre d'autres informatrices et informateurs sudmarocains, qui tous ont rendu en février 1992 mon premier séjour dans leur région d'une utilité réelle. Souad Ouazzani d'Aïn Toujdate. Mohamed Boutouil et sa famille de Khemisset, Malika et Thuriya Bannour de Tiddas, Hesna Ourèra de Aït Hmed ou Yacoub.

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Ali Hacherras, président, et d'autres membres de l'Association Tilelli de Goulmima, les familles Hacherras, Lihi et Taous de Goulmima, Omar Taous et ses élèves de Magaman, Hesna Midouan de Ighrem-nCherif. Aïcha Aït Mamou, Souad, Latifa, Najat, Sabah et Kamel Laabib et quelques autres de Ksar Assaka, Mohamed Hammioui et ses élèves de Tataouine, des enfants de Tabenatout, Taäkit et Midelt, Bouchra et ses compagnons de jeu de She°ba, ainsi que Sfia Gharîb de Midelt. L'instituteur Ali Boukrit, sa femme, leur fille Amal et sa copine Leila de Zeïda. Les filles de Ksar Hasni Biad. Nour-Eddine Ikhbous d'Essaouira et ses élèves d'Aït Ighemour. Ennèya, sa mère et les enfants d'Ignern. Bari Saïd et ses élèves d'Imou Ergen et de Lahfart, Boubaker Daoumani et ses élèves de Lahfart, des enfants de Lagzira et de Sidi Ifni qui, avec d'autres encore, ont contribué à l'étude des poupées et jeux de poupées marocains depuis octobre 1992. Souad Laabib de Ksar Assaka pour son aide comme intermédiaire et interprète pour le tamazight et l'arabe de 1995 à 2000. Boubaker Daoumani de Sidi Ifni pour son aide comme intermédiaire, interprète pour le tashelhit et l'arabe ainsi que pour sa collaboration à la réalisation de vidéos sur les jeux et jouets des enfants, à partir de 2002. Les enfants et leurs parents de Sidi Ifni et Lagzira qui ont accepté que leur jeu de poupée soit filmé. Le Nationaal Fonds voor Wetenschappelijk Onderzoek (Fonds National Belge pour la Recherche Scientifique), Bruxelles, qui a soutenu mes recherches et mes publications de 1970 à 1992. Dominique Champault, ancienne responsable, et Jean Lambert, responsable du Département d'Afrique Blanche et du Proche Orient du Musée de l'Homme à Paris, et leurs collaborateurs, pour leur bienveillance et leur aide. Les photographes du Laboratoire de Photographie du même musée qui ont réalisé toutes les photos des poupées de la collection de ce musée, de même que les responsables du Service de la Photothèque. Marie-Antoinette Fropo pour la correction du texte de 1993.

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André Michelet, ancien président du Conseil International pour le Jeu de l'Enfant et de l'Association Française pour l'Education par le Jeu, pour avoir rendu possible une première édition de ce livre en 1993.  Ruben Rossie pour ses conseils et son aide dans l'utilisation de l'ordinateur.  Krister Svensson, Eva Petersson, Anders Nelson et Mattias Nilsson de l‟ancien Nordic Center for Research on Toys and Educational Media (NCFL), et Krister Svensson, Anders Nelson, Mattias Nilsson et Johnny Friberg du Stockholm International Toy Research Centre (SITREC) pour leur amitié et leur aide.

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Poupées d'Enfants et Jeux de Poupées Sahariens et Nord-Africains

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1 Les poupées-hommes
1.1 Résumé
La collection de poupées sahariennes et nord-africaines du Musée de l'Homme ne comporte que des poupées-hommes de populations sahariennes. Cette situation n'est pas due aux collectionneurs, car les différents auteurs consultés ne mentionnent pas de poupées-hommes en dehors du Sahara. Toutefois une exception doit être faite pour le Maroc. Ainsi un article paru en 1917 dans la revue France-Maroc parle d'une poupée-homme marocaine représentant le marié. Laoust certifie en 1921 l'existence de cette poupée-jeune marié auprès des Amazighs du Haut et de l'Anti-Atlas au Maroc, et la met en relation avec des rituels pour la fête de l'°ashûra au début de l'année musulmane. Il s'agit donc plutôt d'une poupée rituelle que d'une poupée pour jeu d'enfant. Un auteur marocain Mohammad Ibn Azzuz Hakim, mentionne lui aussi, en 1959, que les filles de Ghomara (Gumara el Haila), dans le nord du Maroc, confectionnent à côté de leurs poupées-femmes des poupées qui sont habillées en homme. Il en sera question lors de la description des poupées-femmes marocaines. Néanmoins la rareté, ou selon Jeanne Jouin l'inexistence, de la poupée-homme chez les filles marocaines fut soulignée par cette dame qui, sur base de ses observations au Maroc entre 1930 et 1940, m'a certifié lors d'un entretien au Musée de l'Homme le 30 juillet 1980 qu'elle n'avait jamais vu de poupées-hommes au Maroc et spécialement à Rabat et ses environs. En plus elle m'expliquait qu'elle pensait que cela était du au fait que la femme était trop séparée de l'homme et du monde masculin. Les informations obtenues lors de mes recherches au Maroc, démontrent cependant que cette assertion doit être relativisée car dans certaines régions une poupée-jeune marié est assez fréquemment utilisée par les filles pour leur jeu de poupée représentant le mariage. Mais il reste vrai que la poupée-jeune marié est beaucoup moins élaborée que la poupée-jeune mariée. En plus on trouve bien que rarement des garçons marocains jouant avec une poupée-homme qu'ils ont confectionnée eux-mêmes.

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Les poupées-hommes de la collection étudiée proviennent surtout d'enfants touaregs, aussi bien des garçons que des filles. Les autres furent faites par des enfants ou servantes maures, un enfant de la Vallée de la Saoura, et des fillettes chaamba. Dans la bibliographie mention est faite de poupées-hommes chez les garçons et filles touaregs, les enfants regeybat, les garçons teda, les enfants de la ville de Mopti, les fillettes belbala, les filles amazighes du Haut et de l'Anti-Atlas et les filles de la région de Ghomara. Auprès des garçons et filles ghrib ainsi que dans certaines communautés marocaines on trouve aussi des poupéeshommes. La poupée-homme la plus ancienne de la collection date de 1934 et fut achetée à un jeune garçon touareg Kel Djanet (Touaregs Kel Ajjer), mais dans la collection du Département d'Afrique Noire du Musée de l'Homme, se trouvent deux poupées-cavaliers (ou poupées-méharistes) récoltés en 1904 près de Rhergo sur le fleuve Niger. Dans la bibliographie mention est faite en 1907 de poupées-hommes auprès des enfants touaregs Kel Iforas. Selon toutes les informations que j'ai pu trouver, ce ne sont que les garçons touaregs, ghrib et teda, ainsi que ceux du village amazigh Aït Ighemour, qui confectionnent et jouent avec les poupées-hommes. Des poupées-hommes sont confectionnées par les filles chez les Touaregs, les Ghrib, les Maures, les Regeybat, les Chaamba, les Teda, les Belbala et dans certaines communautés marocaines. A l'exception des poupéeshommes faites par les servantes noires des Maures de Oualata, les poupées-hommes sont fabriquées par les enfants eux-mêmes. Toutes ces poupées-hommes se rangent dans différentes catégories : méharistes, cavaliers, muletiers, bergers, guerriers, notables et jeunes mariés. Les poupées-hommes sont utilisées pour des jeux figurant des scènes de la vie adulte. Des poupées-jeunes mariés existent chez les Touaregs, les Ghrib, les Chaamba et probablement les Belbala, ainsi que dans des communautés marocaines. L'armature des poupées-hommes des enfants touaregs, ghrib, maures, chaamba, belbala et d'Aït Ighemour est souvent en matière végétale et en forme de croix, couverte d'étoffes. Les enfants touaregs jouent aussi avec des méharistes et des cavaliers en argile, tout comme les enfants maures, les enfants teda et les enfants noirs de Mopti. Les garçons d'Aït

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Ighemour modèlent en argile un muletier et sa mule mais ils utilisent aussi des courgettes et des morceaux de pomme de terre non pelée. Bien que les poupées-hommes soient le plus souvent en matière végétale et étoffes ou en terre crue ou cuite, il y a aussi des poupéeshommes en pierre plate (Touaregs, Regeybat) ou en pierre cylindrique (Ghrib), faites d'une touffe de cheveux de chèvre (Ghrib) ou de fils électriques plastifiés (Vallée de la Saoura). La forme des poupées-hommes varie de très schématique, comme pour ceux taillés dans la pierre ou celles en touffe de poils de chèvre, à une représentation détaillée des attributs typiques des hommes sahariens, comme c'est le cas pour les méharistes, guerriers ou notables touaregs en matière végétale et étoffes. La poupée-homme la plus petite mesure 5 cm. C'est un cheval avec son cavalier, modelée d'une pièce. La poupée-homme la plus grande est une poupée-homme d'environ 100 cm faite par un garçon du village Aït Ighemour au Maroc. Du point de vue des vêtements et parures les poupées-hommes sont ou bien peu colorées sinon monochromes ou bien très colorées comme dans le cas de certaines poupées-hommes touarègues et des méharistes et cavaliers miniaturisés en terre cuite des enfants maures de Oualata. Si on laisse de coté les trois poupées-hommes faites par des garçons d'Aït Ighemour, aucune de ces poupées-hommes n'a de visage et si elles sont habillées, elles portent des vêtements d'hommes adultes.

1.2 Les poupées-méharistes
Les poupées-méharistes étaient sans aucun doute un des jouets préférés des garçons sahariens. Il se peut néanmoins que les changements économiques et sociaux survenus dans les dix ou vingt dernières années, et spécialement la sédentarisation des nomades et semi-nomades sahariens, portent les enfants de ces régions à délaisser les dromadaires jouets et leurs poupées-méharistes en faveur des jouets imitant les moyens de transport modernes, comme les voitures et les camions. Cette évolution fut déjà discernable au moment de mes recherches chez les enfants ghrib entre 1975 et 1977.

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Des poupées-méharistes ont été révélées chez différents groupes touaregs, chez les Ghrib, les Maures, les Regeybat, les Teda et les habitants de la Vallée de la Saoura. J'ai vu en 1975 auprès d'un jeune garçon ghrib du Sahara tunisien un méhariste réduit à sa forme la plus simple. Ce méhariste, assis sur une selle en brindilles portée par un dromadaire jouet en mandibule de chèvre, n'est qu'une touffe de poils de 2 chèvre (fig. 2). Selon Charles de Foucauld il existe d'autres méharistes de forme rudimentaire taillés dans la pierre par des enfants touaregs Kel Ahaggar du Sahara algérien. Bien que le capitaine Archier (1953: 39) déclare que chez les Touaregs Kel Ahaggar le mot 'tifersîtîn (sing. téfersitt)' est le nom, donné uniquement aux dromadaires en pierre taillée, Charles de Foucauld écrit dans son Dictionnaire Touareg-Français (1951-1952: 358) que ce mot désigne un animal ou un personnage en pierre taillée servant de jouet. Charles de Foucauld est, à ma connaissance, le seul auteur qui ait déclaré que “les enfants du Ahaggar taillent grossièrement des pierres plates en forme de chameau, de cheval, d'homme, de femme etc.” Ce sont surtout les jeunes garçons, spécialement les bergers qui taillent ces méharistes et leurs dromadaires dans la pierre. En ce qui concerne les Regeybat du Sahara algérien Denis note que les enfants jouent avec des poupées-méharistes en pierre (1952: 32-33). En plus, un informateur de la Vallée de la Saoura, aussi dans le Sahara algérien, interprétait deux pièces de la collection, rassemblée par Denis, comme représentant des méharistes et mettait l'un d'eux sur un dromadaire de pierre. Dans le livre Cultures Ludiques Sahariennes et Nord-Africaines. L'Animal dans les Jeux et Jouets le lecteur intéressé trouvera de plus amples informations sur les jouets en pierre taillée (p. 54-59, 108, 179). Chez les Touaregs Kel Ahaggar du Sahara algérien et les Touaregs Kel Ajjer du Sahara algérien et libyen, les garçons et les filles font des dromadaires, souvent sellés et montés d'un méhariste, avec une

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mandibule de chèvre ou de mouton. La figure 3 nous montre un magnifique exemplaire de 27 cm de haut avec un méhariste de 16 cm de haut (catalogue 2.1, 41.19.113, p. 264). Un autre exemplaire est à voir à la planche 28 de “La Vie du Sahara”.

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Selon une information dans le fichier de la collection, on trouve les mêmes dromadaires de mandibule sellés et montés à El Oued dans le Sahara algérien près de la frontière tunisienne, et comme déjà mentionné plus haut, les garçons ghrib jouent eux aussi avec des dromadaires de mandibule sellés et montés. L'armature de ces méharistes touaregs sur dromadaire de mandibule est faite en bois de tamarix, en tiges de mrokba ou en roseau. Les vêtements de dessus des poupées-méharistes touarègues à armature végétale sont en étoffe de couleur uniforme, avec une préférence pour le blanc et le bleu indigo. Le baudrier et la ceinture sont faits de fils de coton mercerisés multicolores. Certains méharistes portent une culotte longue blanche. Le cou et la tête sont parfois enveloppés de fils de laine multicolores. Avec ces dromadaires de mandibule et leurs méharistes, les enfants touaregs s'amusent à figurer des carrousels de dromadaires ou d'autres scènes de la vie nomade. Les enfants touaregs Kel Aïr (Sahara du Niger) font des méharistes avec un corps en fibres ou feuilles de palmier torsadées. Les dromadaires portant ces méharistes ont comme tronc un coussin de chiffons dans lequel se trouvent fixées quatre brindilles de bois pour les pattes. Le cou et la tête sont en fibres ou feuilles de palmier torsadées. Le méhariste de ce genre de 15,5 cm de haut, montrée à la figure 4, porte une coiffure noire avec des floches de laine rouge et verte maintenues par une épingle double (H totale = 48 cm; dromadaire : H = 35 cm, LO = 20 cm; catalogue 2.1, 74.107.6, p. 264). 4

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Dans le document “Vie des Touaregs. Enfance et Jeux”, rédigé par un auteur anonyme probablement dans les années cinquante, une excellente description est donnée des dromadaires jouets en armature végétale ainsi que du jeu dans lequel ils sont utilisés. Pour la confection de ces jouets aussi bien que dans le jeu lui-même, garçons et filles collaborent. Vu l'importance de ce témoignage je le copie en entier. Le personnage principal, autour duquel tous les autres gravitent, est le chameau, objet de convoitise de tous les jeunes nomades, l'équivalent de l'automobile pour nos petits enfants de France. Son armature en bois souple, de l'acacia ou 'mœrua crassifolia' de préférence, est montée par les garçons, puis habillée de vieux chiffons par les petites filles qui recouvrent ensuite le tout d'un beau morceau de tissu blanc pour en faire une monture de chef. Parfois, lorsque la couture de ce petit chef-d'œuvre s'avère trop délicate pour ces jeunes doigts inexpérimentés, on va demander l'aide d'une femme de la famille qui ne dédaigne pas d'aider à la confection du jouet. Tous les détails de l'animal sont scrupuleusement respectés : la tête est bien dessinée à l'aide de petits morceaux de bois minuscules, taillés et retaillés par l'artiste de la bande : yeux, oreilles, bouche, rien n'y manque, et la forme de la bosse est souvent très réussie ; par contre, le chameau, vu de profil, n'a que deux pattes que l'on pique dans le sable pour le faire tenir debout. C'est encore un garçon qui, dans un morceau de bois tendre, tamaris de préférence, sculpte la selle, exacte réplique de la 'rahla tamzak', décorée au feu à l'aide de pointes d'aiguilles, puis fixée sur l'animal par une petite sangle, dont le travail, pompom compris, est semblable à celui du harnachement normal. Puis toute la petite troupe s'affaire à tailler dans des débris de peau : la bride, les dabias, l'areg et jusqu'à la cravache et au tapis de selle qui complètent l'équipement. La monture terminée, il faut faire le méhariste : un squelette de bois, les filles posent les gandouras de luxe tandis que les garçons montent les deux 'chechs' et les cordons de noblesse et que l'artiste de la bande découpe dans une boîte de conserve la 'takouba' de fer blanc sans laquelle un homme appartenant à la noblesse ne saurait se déplacer. Puis, petit à petit, autour de cette figure principale, se monte le reste de la famille : la mère, enveloppée dans ses larges vêtements et dont les pieds de bois

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sont curieusement piqués dans une grosse boule d'argile qui, posée sur le sol permet de lui imprimer un curieux balancement censé représenter la marche ; les enfants, de toutes tailles, puis les serviteurs noirs. Aux personnages viennent s'ajouter animaux et objets familiers du campement : chameaux de bât, chèvres, chiens, ânes, tapis, marmites, outres et jusqu'à la tente taillée dans un morceau de peau. Les santons terminés, tous les enfants jouent 'à la tribu'. Pendant que les garçons, avec le chef de famille monté sur son méhari blanc, les chameaux de bât chargés de sacs de sable, s'en vont au long des pistes tracées sur le sol, tournent autour des montagnes de cailloux et abreuvent leur convoi à des points d'eau imaginaires, parcourant ainsi des milliers de kilomètres sur une curieuse carte en relief où les proportions sont loin d'être respectées, les petites filles, restées au campement, montent la tente, envoient les nègres d'étoffe garder les chèvres d'argile, simulent une cuisine longue et savoureuse et finissent par faire un repas succulent avec trois dattes. Lorsque les garçons, après un long périple de cent mètres, reviennent au camp, tout ce petit monde simule les fêtes joyeuses qui accueillent les caravanes de retour du Soudan. Les enfants sahariens des Touaregs, Maures et Teda modèlent des dromadaires en terre crue ou cuite qui sont montés par un méhariste fait de la même façon. Un des dromadaires en argile séchée au soleil, collectionnés auprès des enfants touaregs Kel Ajjer du Sahara algérien, est monté par un méhariste lui aussi modelé en argiIe et séché au soleil (fig. 5, H totale = 14,5 cm; dromadaire : H = 9 cm, LO 5 = 9,5 cm; catalogue 2.1, 37.21.104.1/2, p. 264). Les bras de ce méhariste de 7,2 cm de haut

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forment une croix avec le tronc et la tête qui n'est qu'une pointe. Deux jambes courtes permettent de tenir le méhariste en selle. Deux autres Touaregs en terre crue du même genre et d'environ 10 cm de haut étaient destinés à être posés sur un dromadaire ou un cheval (voir 1.3 Les poupées-cavaliers, p. 60). Ils furent eux aussi modelés en argile, puis séchés au soleil, par un garçon hartani de onze ans, vivant auprès des Touaregs Kel Ahaggar à Tamanrasset (Sahara algérien). Les enfants des Touaregs Ioullemeden de la région sahélienne de Tahoua au Niger, font eux aussi des méharistes en argiles qu'ils mettent en selle sur des dromadaires en argile “souvent agrémentés de morceaux de chiffons de couleur et de brins d'herbes représentant les impédimenta (les bagages encombrants) ou le harnachement” (Nicolas, 1950: 186). Les enfants maures du Sahara Nord-occidental (frontière algéromarocaine) jouent avec des dromadaires à quatre pattes sellés et montés d'un méhariste. Le tout est fabriqué en terre cuite rougeâtre. Ce méhariste est du même type que la poupée-cavalier des enfants maures décrite plus loin et montrée à la figure 8 (p. 62). Les enfants teda du Tibesti au Sahara tchadien, modèlent eux-mêmes des dromadaires dans l'argile. Peter Fuchs (1961: 47) déclare que ces figurines sont les jouets favoris des garçons teda, qu'ils mettent en selle des méharistes en argile et s'engagent avec ces jouets dans des razzias réciproques. Dominique Champault a recueilli en 1956 auprès des enfants de la Vallée de la Saoura dans le Sahara Nord-occidental en Algérie, un dromadaire monté d'un méhariste de 6,5 cm de haut et avec une envergure des bras de 11 cm, tous les deux en fils électriques plastifiés, jaunes pour le dromadaire et rouge pour le méhariste (fig. 6, p. 60, H totale = 15,5 cm; dromadaire : H = 11 cm; LO = 6,5 cm; catalogue 2.2, 62.60.29/30, p. 267). Le méhariste est tenu en selle par une lisière en fil électrique plastifié rouge qui le relie à la tête du dromadaire. Cet exemple démontre que si les matériaux s'adaptent aux temps modernes, la représentation du dromadaire et du méhariste subsiste dans les jeux des enfants sahariens, ce qui est confirmé par les dromadaires jouets et les poupées-méharistes que j'ai trouvés auprès des enfants ghrib en 1975 et 1977.

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1.3 Les poupées-cavaliers
Chez les Touaregs et les Maures du Sahara Nord-occidental les chevaux jouets portent une selle souvent montée d'un cavalier. Le cheval, la selle et le cavalier ont été modelés dans l'argile et forment trois pièces séparées contrairement aux chevaux sellés et montés des enfants maures de Oualata qui sont modelés d'une pièce. Trois chevaux sellés et montés d'un cavalier touareg ont été modélés en argile, puis séchés au soleil. Deux de ces chevaux ont pu aussi bien représenter des dromadaires (catalogue 2.2, 41.19.152-154, p. 267). Ces jouets qui s'appellent 'aknar' furent faits par trois garçons hartani, les serviteurs noirs des Touaregs Kel Ahaggar, entre huit et douze ans. Malheureusement ces objets manquent au Musée de l'Homme. La hauteur d'un des chevaux était 8 cm comme l'indique la fiche signalétique de cet objet.

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Un des cavaliers représente, selon son créateur, le fils de l'amenokal ou 'roi' de l'Ahaggar. Il s'agit de jouets de garçons. Monter à cheval était uniquement réservé aux hommes et bien que certaines femmes de l'Ahaggar montent à méhari, aucune ne montait à cheval (de Foucauld, 1951-1952: 1034). En 1904 Desplagnes a récolté des figurines en terre cuite trouvée en surface près de Rhergo sur la boucle du Niger au Mali, dans une plaine sahélienne où nomadisaient les Touaregs Ioullemeden 7 (fig. 7). Selon Lebeuf et Pâques (1970: 53) il s'agit de : Deux représentations de cavaliers, en position assise ; les jambes sont allongées, le tronc, légèrement rejeté en arrière, est muni de deux tenons latéraux constituant les bras, la tête est modelée à partir d'un appendice vertical, aplati, portant sur un des deux spécimens un cimier descendant sur la nuque ; deux points latéraux figurent les yeux ; des traces de peintures brune et blanche sont encore visibles ; la plus petite des deux figurines porte autour du cou un collier, simple fil de coton vert ; hauteur : 57 mm et 86 mm. Comme on trouve dans la collection Desplagnes un dromadaire et des selles de dromadaires en terre cuite, ces poupées-hommes pourraient aussi bien servir comme poupées-méharistes. Les enfants maures du Sahara Nord-occidental jouent eux aussi avec des chevaux sellés et montés, faites en terre cuite. Le jouet qu'on voit à la figure 8 (p. 62) consiste en quatre pièces, le cheval (H = 16 cm, LO = 17,5 cm), la selle (LO = 6 cm), le cavalier (H = 12 cm) et son chapeau (H = 3,5 cm), en terre cuite rougeâtre (H totale = 26 cm). Le tout à été passé à l'ocre rouge à l'exception cependant du cheval (catalogue 2.2, 38.141.83, p. 267).

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Le cou de ce cheval à quatre pattes est incurvé en avant et les oreilles sont modelées sur une petite tête. La queue est bien mise en relief. La selle est du type à pommeau en latte arrondie. Le cavalier se tient en selle par les deux jambes écartées. Il a les bras étendus et porte un chapeau. Comme chez toutes les autres poupéeshommes, sauf ceux du village marocain Aït Ighemour, il n'y a pas d'indication de visage.

Les enfants noirs de Mopti, sur le Niger au Mali, modèlent en argile des cavaliers et des chevaux qui ne ressemblent point aux cavaliers trouvés près de Rhergo, mais au contraire très bien à ceux des enfants maures du Sahara Nord-occidental. Ces figurines peuvent être en terre crue, séchée au soleil, ou en terre cuite. J.J. Mandel et A. Brenier-Estrine nous montrent dans leur article “Clay Toys of Mopti” deux chevaux sellés et montés (1977: 11-12). Des petits chevaux en terre crue, servant de jouets aux enfants maures de Oualata (Sahara mauritanien), sont faits par les servantes noires (catalogue 2.2, 38.48.81-83, p. 267). Le cheval, la selle et éventuellement le cavalier ont été modélés d'une pièce. Ces jouets déjà remarquables par leur coloration ont en plus les deux pattes antérieures réunies en un seul tronc. Une de ces poupées-cavaliers de la collection porte le casque colonial. Le cavalier indigène maure de Oualata de la figure 9 (p. 62) monte sur un cheval sellé. Le cou du cheval est incurvé en avant et la tête forme un très faible relief. Les deux pattes antérieures sont réunies en un seul tronc. La queue est faite d'un brin de coton. Le jouet fut recouvert d'un enduit blanc. Les sabots et la selle sont peints en ocre.

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La sangle est en ocre ornée de dessins jaunes et noirs. Le cavalier est peint en jaune. Des lignes ocres et bleues dessinent le harnachement. En avant du poitrail une protubérance semicylindrique est ornée d'une croix composée, ocre et noire (H = 7 cm, LO = 6,7 cm, LA 3,3 cm; catalogue 2.2, 9 38.48.82, p. 267). Le jouet le plus petit de cette série de cavaliers mesure 5 cm de haut sur 4 cm de longueur, le plus grand mesure 8,3 cm sur 9,5 cm. La manière dont les enfants utilisent tous ces chevaux jouets et poupées-cavaliers dans leurs jeux n'a pas été révélée, mais il est clair qu'ils les utilisent surtout pour interpréter la vie des adultes ou les comportements des animaux eux-mêmes, tous comme ils le font avec leurs dromadaires jouets et poupées-méharistes.

1.4 Les poupées-bergers
Contrairement à ce qu'on pourrait penser, vu qu'il s'agit de populations vivant dans une situation économique et sociale où le petit et/ou le gros bétail jouent un rôle important, très peu de données existent sur d'éventuelles poupées-bergers en Afrique du Nord et au Sahara. Denis écrit que les enfants regeybat (Sahara algérien) figurent “le berger noir en fichant en terre des pierres en forme d'Y que l'on trouverait beaucoup en Mauritanie, et dont la fourche formerait les bras de l'homme” (1952: 32-33). Personnellement j'ai constaté que les garçons ghrib du Sahara tunisien jouent pour leur jeu de troupeau avec une pierre cylindrique d'environ 10 cm de haut qui devient le berger, une pierre cylindrique plus petite

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comme chien de berger et des crottes de chèvres pour les animaux (voir Cultures Ludiques Sahariennes et Nord-Africaines. L'Animal dans les Jeux et Jouets, fig. 16, p. 62).

1.5 Les poupées-muletiers
Même si le mulet joue un rôle important dans toute la région et que des jeunes s'occupent du mulet je n'ai jamais trouvé référence à une poupéemuletier jusqu'au jour où deux garçons me l'ont montré au petit village amazigh Aït Ighemour (province de Ouarzazate, sud-marocain) en octobre 1992. A Aït Ighemour dans le Haut Atlas les garçons entre six et environ dix ans vont chercher de l'argile à flanc de montagne (fig. 10). Avec cet argile ils modèlent bon nombre de jouets, entre autre un muletier à casquette qui serre entre ses grosses jambes un mulet non sellé (fig. 11, H = 11 cm). Dans la tête allongée du mulet, avec ses deux oreilles bien prononcées, le garçon a mis des yeux. Si nécessaire on mouille un peu l'argile avec de la salive pour que la tête, les oreilles, les bras, les jambes ou les pattes s'adhèrent bien au corps du muletier ou du mulet. Ces muletiers et mulets sont séchés au soleil. Avec ces jouets assez frustes, les garçons miment des scènes de l'élevage ou du transport. 10 11

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Un autre type de muletier avec son mulet fut fait en octobre 1992 par un garçon du même village et cela avec des branchettes et des courgettes (fig. 12, muletier : H = 32 cm, mulet : H = 21 cm, LO = 20 cm). Pour le muletier le garçon a mis aux deux extrémités d'une branchette une petite courgette, l'une figurant la tête et l'autre le bassin. Les deux branchettes qui ont été introduites dans le bassin et représentent les jambes, se terminent par deux morceaux de pomme de terre servants de pieds. Dans la courgette servant de tête des petits morceaux de pomme de terre, avec la pelure tournée vers l'extérieur, font office de bouche et des yeux. Pour le mulet une grosse courgette sert de tronc dans lequel cinq branchettes sont enfoncées, quatre pour les pattes et une pour le cou. Une courgette plus petite forme la tête et est enfoncée sur la branchette servant de cou.

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1.6 Les poupées-guerriers et poupées-notables
Dans la collection du Musée de l'Homme l'on trouve des poupées symbolisant des guerriers touaregs ou des Touaregs en grande tenue qui proviennent des Touaregs Kel Ahaggar et Kel Ajjer (Sahara algérien), des Touaregs Kel Aïr (Sahara du Niger) et des Touaregs Kel Iforas (Sahara malien) (catalogue 2.3, p. 269). L'exemple le plus ancien date d'avant 1935 mais Maurice Cortier constate déjà leur existence auprès des Touaregs Kel Iforas en 1907 (1908: 310). Selon cet auteur les poupées-hommes sont un des principaux jouets des garçons Kel Iforas. Néanmoins les deux exemplaires de la collection, qui représentent des Touaregs Kel Iforas en grande tenue, ont été faits par une fille. Aussi bien les filles que les garçons touaregs Kel Ahaggar confectionnent et jouent avec des poupées-hommes avec lesquelles ils figurent des scènes de vie, des 'ahâl' ou réunions galantes, des carrousels de dromadaires etc. Bellin (1963: 100) affirme en ce qui concerne les jeunes nobles Kel Ahaggar : Dans le cas des jeunes garçons touaregs, ce qui les intéresse, c'est moins de jouer avec les poupées que de les confectionner. Nous avons affaire à une création, et - nous n'hésiterons pas à le dire - à une création artistique... Le jeune Targui se fabrique des spectacles avec une meule tournante ou avec une brindille incandescente ; il taille, modèle des statuettes, hommes et chameaux. Dans le goût du spectacle, dans la création artistique, le rêve a une bonne place. Foley (1930: 47), pour les Touaregs Kel Ahaggar, et Cortier (1908: 310), pour les Touaregs Kel Iforas, notent que les poupées-hommes construites par les garçons sont mariées selon le cérémonial d'usage aux poupéesfemmes construites par les filles. Une intéressante photo d'Henri Lhote (fig. 13, p. 67) nous montre une jeune fille touarègue Kel Ahaggar jouant dans le sable avec des poupéeshommes habillées en guerriers. Sur cette photo on voit aussi un dromadaire sellé portant des sacs de selle (1944: 113, planche VIII).

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Les figures 14 et 15 (p. 67) laissent voir une poupée de 20 cm et de 33 cm de hauteur qui représente un Touareg Kel Ahaggar (catalogue 2.3, 41.19.104-105, p. 270). Ces poupées-guerriers ou poupées-notables sont à rapprocher de la poupée-méhariste assise sur un dromadaire fait d'une mandibule de chèvre ou de mouton (fig. 3, p.55). L'armature en forme de croix de la grande majorité des poupéeshommes de la collection est en matière végétale : tiges de graminées, morceaux de bois, roseaux, fibres de palmier torsadées ou feuilles de palmier tressées. Deux poupées-hommes ont une armature faite d'un os. Comme on peut le constater à la figure 16, différentes formes d'armatures ont été utilisées pour la construction de ces guerriers ou notables en miniature. Le premier type d'armature est fait d'un morceau de bois ou d'os auquel est ligaturé en croix un petit morceau de bois pour figurer les bras. Le second type d'armature est un roseau dont les deux tiers ont été découpés pour représenter les jambes. Un bâtonnet est introduit horizontalement dans le roseau pour figurer les bras. Le troisième type d'armature se compose verticalement de deux, trois ou cinq tiges de graminées. Deux ou trois tiges y sont ligaturées en croix pour former les bras. La tige verticale du milieu ne va qu'à la hauteur de la taille, les deux ou quatre tiges extérieures se prolongent pour former les jambes. Les tiges sont reliées avec des fils de coton. Le quatrième type d'armature est fait de trois ou quatre tiges de graminées, dont celle(s) du milieu ne va (vont) qu'à la taille, sur lesquelles une tige à été ligaturée en croix pour figurer les bras. La tige servant de bras est fendue au milieu et glissée au-dessus des tiges verticales. Les tiges sont reliées avec des fils de coton. Le dernier type d'armature est en feuilles de palmier tressées ou en fibres de palmier torsadées, éventuellement raffermi par un fil de fer. La hauteur minimale des poupées-guerriers et poupées-notables touarègues est 7,5 cm, la hauteur maximale 40 cm.

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A côté des poupées-guerriers à armature d'origine végétale, les textes font référence à des figurines de sexe masculin en terre cuite, habillées et armées, chez les garçons touaregs Kel Iforas du Sahara malien (Cortier, 1908: 310) . Les vêtements et les ornements des poupées-hommes imitent, parfois très modestement mais le plus souvent très complètement, le costume et les ornements des guerriers touaregs ou des Touaregs en grande tenue. Ce costume se compose d'un pantalon blanc ou bleu indigo, serré à la ceinture et rétréci à la cheville, et d'une ou de deux longues blouses, même trois pour les gens riches. Au milieu de la couture de la blouse un trou laisse le passage à la tête. Selon les coutumes touarègues la longue blouse inférieure est blanche et celle du dessus bleue. Une description détaillée des vêtements d'homme touareg est à lire dans Cortier, 1908: 317; Foley, 1930: 23-26; de Foucauld, 1951-1952: 73-74, 98, 439, 995; Gabus, 1958: 282-289. Pour des photos et croquis d'homme touareg voir Foley, 1930: pl. XVI-XVIII et Gabus, 1958: 282. Dans la collection du Musée de l'Homme, les poupées touarègues de sexe masculin portent assez souvent une culotte blanche (fig. 17, H= 17 cm), une fois une culotte beige, bleue indigo ou multicolore.

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Leur costume se compose d'un, de deux ou de trois longues blouses, parfois il y en a quatre ou même cinq. Normalement la blouse inférieure est blanche et celle du dessus bleu indigo comme on peut le voir sur la figure 18 (p. 69), l'armature de la figure 17 (p. 69) mais habillée (catalogue 2.3, X.66.1.42, p. 269). Mais il arrive que les tissus aient une autre couleur. Une poupée-homme porte un manteau beige avec capuchon. Les enfants ont utilisé, comme tissu, des cotonnades, de la soie mercerisée et de la gaze blanche. A la manière des Touaregs nobles qui portent des cordons de noblesse, la plupart des poupées-hommes sont ornée de fils de laine ou de coton se croisant sur la poitrine en guise de baudrier. Ces fils de laine ou de coton sont de couleur blanche, rouge, bleue, verte, jaune. Lorsque les poupées portent une ceinture, elle se constitue des mêmes fils de laine ou de coton (fig. 3, p. 55). Le baudrier et la ceinture sont rarement en gaze (fig. 19, H = 23 cm; catalogue 2.3, 34.52.43, p. 269). Une poupée-homme, d'un enfant touareg Kel Iforas, porte une culotte en tissu multicolore, une blouse bleu indigo, un baudrier et une ceinture de fils de laine verte, rouge et blanche fig. 20).

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Le cou est brodé de coton blanc, indigo, rouge, jaune et vert. Un petit écheveau de coton indigo imite la chevelure (fig. 20, p. 70, H = 17 cm; catalogue 2.3, 38.16.43, p. 269). Cette manière de broder le cou de fils multicolores se retrouve chez plusieurs poupées-hommes. D'autres poupées ont le cou et la tête enveloppés de tissu monochrome. Certains Touaregs en miniature portent un turban, d'autres ont la tête entourée de fils de coton ou de laine de couleur variée comme le montrent les figures 3 (p. 55), 14 et 15 (p. 67). Par la manière typique dont les enfants entourent de fils la tête des poupées-hommes, ils imitent la coiffure typique des hommes touaregs avec les cheveux tressés et ramenés en arrière. Pour cette coiffure voir Lhote, 1944: 289, pl. XIV. Deux poupées-hommes touarègues Kel Ahaggar ont la tête entourée de papier d'argent avec l'imitation de la coiffure au-dessus (catalogue 2.3, 41.19.106/107, p. 269) Il est à remarquer qu'aucune de ces poupées-hommes porte des traits de visage, ce qui s'accorde avec la règle générale pour les poupéeshommes sahariennes et nord-africaines. Quelques Touaregs d'imitation portent l'épée. L'importance de la takouba - cette épée touarègue - dans l'esprit du garçon, qui a fabriqué la poupée de la figure 14 (p. 67), se manifeste par sa taille. Pour une description de la takouba voir Champault, 1980. Il existe aussi des poupées-hommes qui figurent les guerriers maures. Dans le catalogue “Poupées-jouets. Poupées-reflets” (1983: 74) sont mentionnées deux poupées-hommes, de 7 cm de hauteur, offertes par G. Duchemin à la collection de poupées du Musée de l'Homme. Il s'agit de tiges de graminées revêtues par les enfants maures de Oualata, dans le Sahara mauritanien, de la tunique et du turban des guerriers maures. Jean Gabus parle lui aussi d'une poupée-homme lorsqu'il mentionne la maison jouet de Oualata. Cet homme est fait d'un bâtonnet enveloppé d'étoffe et “selon la taille du bâtonnet, l'homme est de plus ou moins grande importance sociale” (1958: 163).

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Vu que les deux poupées-hommes de Oualata offerte par G. Duchemin au Musée de l'Homme n'ont pas été retrouvées, un dessin sur échelle réduite des deux croquis figurant dans le livre de Gabus est reproduit à la figure 21 (1958: 163, croquis: 134).

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1.7 Les poupées-jeunes mariés
En parlant des poupées-guerriers, j'ai noté que selon certains auteurs, les enfants des Touaregs Kel Ahaggar et Kel Iforas marient, suivant le cérémonial d'usage, les poupées-hommes faites par les garçons avec les poupées-femmes construites par les filles. En plus Francis Nicolas (1950: 186) parle de poupées-hommes en argile qui représentent et se nomment “ashlu, le marié”, ceci chez les enfants des Touaregs Ioullemeden (Touaregs Kel Dinnik, Sahara/Sahel du Niger). Parfois, bien que cela soit assez exceptionnel dans la seconde moitié des années soixante-dix, les filles Ghrib du Sahara tunisien confectionnent à partir de l'âge d'environ sept ans, un jeune marié d'une hauteur d'à peu près 15 centimètres avec une armature de deux bâtonnets reliés en forme de croix (fig. 22, p. 73).

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Cette poupée-jeune marié sans traits de visage est habillée par les filles de chiffons blancs et coloriés servant de sous-vêtements et de vêtements d'homme. Sur la tête elles lui mettent un petit bonnet fait d'étoffe rouge, faisant figure de kabbûs, et éventuellement un morceau d'étoffe blanche ou kaki comme turban. A la ceinture elles attachent souvent un bâtonnet pointu représentant l'épée, cet objet distinctif que porte le nouveau marié ghrib pendant les noces. Les fillettes des nomades chaamba (Sahara Nord-occidental) confectionnent, elles aussi, une poupée-homme figurant le jeune marié (fig. 23, p. 74) et tout comme le jeune marié lui-même, cette poupée s'appelle asri (catalogue, 2.4, p. 274). Sur une 'âme' d'os un bâtonnet est ligaturé en croix pour figurer les bras. Comme vêtements, faits de chiffons blancs, le jeune marié porte une longue blouse, un turban et un manteau d'homme. La ceinture et le baudrier sont en fils de laine rouges et verts. Le visage n'est pas indiqué. Dominique Champault mentionne concernant les poupées des fillettes belbala (Sahara algérien) que de “très rares poupées sont masculines et portent burnous (manteau d'homme), turban et, au côté, un petit sabre de bois” (1969: 345). Selon une communication personnelle que m'a

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transmise Dominique Champault en novembre 1991, ces poupéeshommes belbala sont faites d'un os simple et non en forme de croix. Il n'est probablement pas trop hasardeux de mettre ces poupéeshommes belbala en rapport avec les poupées-jeunes mariés des filles ghrib et chaamba. En ce qui concerne la période de l'année pendant laquelle les filles belbala jouent avec leurs poupées, Dominique Champault écrit que comme dans la croyance populaire belbala la manipulation des poupées appelle la pluie, on ne joue en principe à la poupée qu'en automne au moment où la pluie est désirée (1969: 140).

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Au Maroc, où les filles arabophones et amazighophones jouent volontiers au mariage, certaines filles et femmes disent qu'une poupéejeune marié est confectionnée, mais il est aussi bien souligné par d'autres qu'une pareille poupée-homme n'est pas utilisée.

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Dans les années soixante-dix et selon la famille Skouri, une famille d'enseignantes, les filles du milieu populaire du quartier Kbour Chou à Marrakech utilisaient une poupée homme, le °arîs ou fiancé, confectionnée avec deux morceaux de roseau assemblés en forme de croix et vêtus à la manière des hommes. La confection de cette poupéejeune marié se trouve confirmée par une femme née à Marrakech il y a environ soixante ans. Cette femme affirme qu'elle-même et les filles de sa génération, c'est-à-dire dans les années quarante, faisaient un fiancé en roseau pour qu'il se marie avec leur poupée-jeune mariée. Ce jeune marié était vêtu du erza, le turban, du jellaba et du selhâm, le manteau. En contraste avec ces données, des jeunes femmes de Douar Akioud, un quartier périphérique très pauvre de Marrakech, m'ont dit avec insistance qu'elles-mêmes et leurs amies n'utilisaient pas de poupéehomme pour le jeu du mariage. Le mari de leur poupée-jeune mariée n'existait que dans leur imagination. Vers la même période, le début des années quatre-vingt, et dans le milieu amazigh de la petite ville d'Imi-nTanoute c'est la même situation qui se présente. Le jeu du mariage de la poupée-jeune mariée, se joue sans poupée-homme servant de fiancé. Mais dans la campagne aux alentours de Taroudannt, une autre petite ville du sud du Maroc, les filles arabo-berbères semblent bel et bien jouer au mariage de leur poupée-jeune mariée avec son fiancé, le °arîs, figuré par une poupée habillée en homme. Cette affirmation se réfère aux filles des Oulad Yahya dans les années 1940 et aux filles d'aujourd'hui de la région rurale Hmar à environ dix kilomètres de Taroudannt. La poupée-jeune marié est dans cette région rurale vêtue d'un pantalon long et d'un jellaba blanc à capuchon cintré avec une ceinture. Les filles arabophones de Aïn Toujdate entre Fès et Meknès se créaient aussi une poupée-jeune marié vers 1987. Une fille amazighe d'environ huit ans, habitant le petit village Aït Hmed ou Yacoub à 4 km de Khemisset près de la route vers Sidi Slimane, fait elle aussi en octobre 1996 une poupée-jeune marié ou isli pour jouer au mariage avec une ou plusieurs de ses copines. Entre 1975 et 1985 des filles amazighes du village Ksar Assaka près de Midelt utilisaient une poupée-jeune marié ou isli pour leur jeu de poupée représentant les cérémonies de mariage tout comme les filles amazighes du village Magaman près de Goulmima le font en 1996. Une des poupées faites par les filles de ce village représente le jeune marié. Ce

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n'est qu'une poupée vite faite avec une petite armature en forme de croix de deux bâtonnets vêtue d'un chiffon transparent (fig. 101 en bas côté droit, p. 153). Une description détaillée de ces jeux de mariage de la poupée-jeune marié avec la poupée-jeune mariée au Maroc se trouve dans les pages sur les poupées-femmes marocaines. Une dernière poupée-homme (fig. 24), qui me semble tout à fait particulière, m'a été présentée en octobre 1992 par un garçon scolarisé de dix ans du petit village amazigh Aït Ighemour situé à 8 km de la montagne Jbel Siroua dans le Haut Atlas. Ce village se trouve à 2600 m d'altitude et à la fin d'une piste de 36 km partant du village Anezal sur la route d'Amerzgane à Tazenakht dans la province de Ouarzazate. 24

Les données sur cette poupée-homme, ainsi que toutes les autres informations sur les enfants de ce village furent recueillies avec l'aide d'un instituteur amazigh d'Essaouira, Ihbous Nour-Eddine né en 1967, qui à ce moment là enseignait depuis deux ans dans l'école du village.

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La poupée-homme en question n'est pas seulement remarquable pour sa hauteur d'environ un mètre et sa tête en courgette mais aussi pour les activités ludiques dans laquelle elle est utilisée. Selon le garçon qui a confectionné cette poupée-homme, elle est utilisée par les garçons pour représenter les jeunes hommes qui la nuit assistent avec les jeunes femmes à la danse ahwash, la danse traditionnelle de la région de Ouarzazate. Ils célébreraient aussi le mariage de cette poupée-homme, qui d'ailleurs s'appelle isli ou jeune marié, avec une grande poupéefemme qui porte le nom de tislit ou jeune mariée. Je mentionne ces informations avec une certaine réserve car il faudrait encore les confirmer et les compléter auprès d'autres garçons et filles de ce village. L'armature de cette poupée-homme consiste en une branche d'environ un mètre de long auquel est ligaturé en forme de croix un roseau d'environ 40 cm de long. Une grande courgette takhsaït est enfoncée en haut de la branche verticale. Dans cette courgette le garçon a fait des incisions pour les sourcils, et des creux pour les yeux, le nez et la bouche. Les incisions pour les sourcils et le creux pour la bouche sont noircis avec le khol, un produit de beauté. Dans le creux des yeux se trouve un morceau de pomme de terre avec la pelure rouge tournée vers l'extérieur et dans celui du nez un morceau du fruit de l'arbre iqurran de couleur jaune. Une rondelle de plastique rouge, utilisée à l'école pour apprendre à compter, poussée dans la bouche sert de langue. Cette poupée est vêtue d'un sous-vêtement rouge et un survêtement blanc à capuchon qui normalement est porté par un garçon. Sur la tête et autour du cou un foulard a été mis. Ainsi vêtue cette poupée-homme met en scène un jeune marié ou un jeune homme qui va à la danse 'ahwash'. Cette poupée est fabriquée pendant la période de la récolte des courgettes et des pommes de terre, c'est-à-dire en automne. L'existence à Guelmim de pareilles poupées-hommes à tête en courgette faites par des garçons a été confirmée par un informateur originaire de cette ville pour le début des années 1970. A Guelmim, qui alors n'était qu'un village, cette poupée-homme servait cependant d'épouvantail dans les champs.

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2 Les poupées-femmes
2.1 Résumé
Les poupées-femmes sont beaucoup plus répandues en Afrique du Nord et au Sahara que les poupées-hommes. Elles sont très importantes dans la vie des enfants, surtout des filles, aussi bien chez les populations nomades que sédentaires. En provenance de populations nomades, la collection du Musée de l'Homme possède des poupées-femmes recueillies auprès des Touaregs, des Maures et des Regeybat, et moi-même j'en ai trouvé chez les Ghrib. En ce qui concerne les populations sédentaires vivant au Sahara ou en Afrique du Nord, la collection du Musée de l'Homme montre des poupées-femmes provenant des Belbala, de la Vallée de la Saoura, des Teda, des Chaouia, du Mzab, du Maroc et de la Tunisie. La bibliographie confirme l'existence de poupées-femmes chez toutes ces populations mais n'en mentionne pas chez d'autres populations exception faite pour les Sahraouis, les Amazighs Beni Snous de la région de Tlemcen et des habitants de cette ville algérienne (voir 2.13 Les poupées-femmes du nord-ouest algérien, p. 116). Mes recherches dans le centre et le sud du Maroc, de 1992 à aujourd'hui, ont apporté des informations sur les poupées-femmes faites par des filles arabophones et amazighophones et exceptionnellement aussi par quelques garçons amazighophones. La poupée-femme la plus ancienne de la collection est de 1934 et appartenait à une fille touarègue Kel Ajjer. Les mentions les plus anciennes dans la bibliographie consultée datent de 1905 pour les Amazighs marocains, de 1906 pour les Amazighs chaouia et de 1908 pour les Touaregs. Les poupées-femmes sont le plus souvent confectionnées par les filles elles-mêmes, parfois par une mère, une sœur aînée, une servante ou une cordonnière. Les garçons ne jouent avec ou ne confectionnent des poupées-femmes que chez les Touaregs et chez les Chaouia, deux populations amazighes. Des informations que j'ai obtenues en 1993 au Maroc démontrent cependant que là aussi il peut y avoir des endroits où des garçons font une poupée-femme.

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La plupart de ces poupées représentent des jeunes mariées. Parfois il s'agit de femmes mariées, de mères, de jeunes filles et exceptionnellement d'une vieille femme ou d'une divorcée. Ces poupéesfemmes servent à des jeux qui représentent la vie des adultes. Il est question de jouer au ménage, de représenter des fêtes et autres réunions importantes, de figurer une grossesse, un accouchement, un enterrement ou des noces, où parfois un jeune garçon sert de marié à la place d'une poupée-jeune marié. Dans la confection des poupées-femmes bon nombre de matériaux sont utilisé. Pour l'armature il s'agit de pierres plates, d'os, d'argile crue ou cuite, de sable, de matières végétales comme les bâtons, le roseau, les fibres ou feuilles, la paille, la pâte de gomme et les dattes, l'épi de maïs, les chiffons, le cuir et même les crottes de chèvre, de mouton, d'âne ou de dromadaire. Pour les autres attributs l'on utilise les mêmes matières végétales, des étoffes, des fils de laine ou de coton, du cuir, des cheveux naturels, des poils de chèvre ou de mouton, des perles, des cauris, des coquillages, du métal blanc, du cuivre, du papier argent, des pièces de monnaies, de la peinture, du khol, de l'encre et du stylo. Il reste encore à mentionner dans la collection du Musée de l'Homme des petites poupées en vannerie servant de jouets aux enfants de la Vallée de la Saoura et de la région de Ouargla mais dont nulle trace n'a été retrouvée, bien qu'elles soient mentionnées dans le catalogue de l'exposition “La Vie du Sahara” (1960: 74). La forme de base des poupées-femmes sahariennes et nord-africaines se limite à trois types comme on peut le voir à la figure 25. D'abord il y a la poupée en position debout avec une armature verticale faite d'un os ou d'un ou plusieurs bâtonnets, avec ou sans bâtonnet horizontal pour figurer les bras et parfois avec deux jambes séparées.

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Ce type de poupée se retrouve aussi bien chez les populations nomades que sédentaires. Du même type est la poupée-cuillère qui bien qu'elle soit d'ordre rituel sert aussi comme poupée d'enfants (voir 2.15 Les poupées-femmes tunisiennes (p. 205) ainsi que Rossie and Daoumani, 2003, Video 1). Ensuite il existe la poupée assise, trouvée uniquement chez les populations nomades, qui est faite de la même manière mais l'armature verticale est fixée dans un support représentant les fesses. L'on trouve aussi des poupées montrant la même forme mais modelée en argile. Finalement il y a un autre type de poupée en position debout, faite d'étoffe bourrée de paille ou de chiffons, et qui n'est signalé qu'auprès de populations sédentaires, le plus souvent citadines. Dans ce cas, la tête, le corps, les bras et/ou les jambes sont des pièces séparées. La poupée en plastique, parfois utilisée comme armature au Maroc, reproduit la même forme. Chez les Mozabites la tête de poupée, importée, est en papier cartonné. Toutefois, Sigrid Paul (1970: 118, 208: fig. 96) nous montre une poupée algérienne d'un tout autre type que ceux décrits plus haut. Cette poupée très stylisée est découpée dans un morceau de bois, sauf les deux jambes en forme de bâton qui y sont ajoutées. Malheureusement l'auteur ne donne aucune précision ethnique ou géographique, mais il apparente cette poupée aux poupées-femmes de l'Afrique du Nord-Est. La poupée-femme la plus petite, dont j'ai trouvé trace, mesure 2 cm (Maures de Oualata), la plus grande 58,5 cm (Mozabites). Les vêtements et parures des poupées-femmes sahariennes et nordafricaines imitent ceux des femmes adultes. Les cheveux revêtent souvent une grande importance et parfois des cheveux naturels ont été utilisés. Bien que la forme des poupées-femmes reste assez simple, certains détails peuvent être mis en relief, comme par exemple pour les seins, les fesses et la tête. Le plus souvent il s'agit d'une représentation réaliste d'une femme, mais ici et là une approche fantaisiste se remarque. Contrairement à presque toutes les poupées-hommes, certaines poupées-femmes ont des traits de visage et des tatouages faciaux. Les poupées-femmes des enfants touaregs, ghrib, maures, regeybat, teda, chaouia et de la Vallée de la Saoura n'ont pas de traits de visage. Chez les Maures, les Regeybat et surtout les Teda de petites perles sont posées

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de manière géométrique ou fantaisiste sur le visage. Chez les poupéesfemmes belbala et Mozabites et chez certaines poupées marocaines et tunisiennes, les yeux, les sourcils, le nez, la bouche et/ou le tatouage facial sont indiqués. Chez les Ghrib, où normalement les traits de visage n'étaient pas indiqués, des frères dessinaient en 1975-1977 un visage sur la poupée-mariée de leurs sœurs. Je me demande si cette rupture avec la tradition, sous l'influence de l'école, est aussi l'explication pour l'existence de poupées-femmes à visage dessiné signalées par Jean Gabus en 1958 auprès des Maures de Boutilimit dans le sud-ouest de la Mauritanie. Les poupées-femmes sont certainement plus colorées que les poupéeshommes. Les poupées-femmes monochromes sont rares. La plupart de ces poupées-femmes sont assez colorées et certaines sont très colorées à cause de leurs vêtements et parures multicolores.

2.2 Les poupées-femmes touarègues
Des poupées-femmes d'enfants touaregs Kel Ahaggar (Sahara algérien), Kel Ajjer (Sahara libyen), Kel Aïr (Sahara du Niger) et Kel Iforas (Sahara malien) figurent dans la collection du Musée de l'Homme. Selon Nicolas (1950: 186) des poupées en argile qui représentent la fiancée ou la jeune mariée se retrouvent aussi chez les Touaregs Ioullemeden (Sahara du Niger). La poupée-femme touarègue la plus ancienne de la collection date de 1934. Cependant Cortier mentionne déjà en 1908 que les petites filles touarègues Kel Iforas confectionnent des figurines qu'elles habillent en femme ou en enfant (p. 310). Non seulement les filles touarègues mais aussi les garçons font des poupées-femmes. Ceci n'est pas révélé uniquement dans le fichier de la collection et dans la bibliographie mais prouvé par le fait qu'Henri Lhote a collectionné une poupée-femme fabriquée par un garçon Kel Ahaggar et que cet auteur décrit une pierre plate peinte vers 1960, suivant l'exemple des peintres européens relevant des peintures rupestres au Tassili n'Ajjer, par un garçon touareg de manière à représenter une femme assise et en tenue de cérémonie.

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Balout écrit qu'à côté des enfants, les femmes et les servantes confectionnent-elles aussi des poupées (1959: pl. LXVI1). Toutes ces poupées-femmes des enfants touaregs sont caractérisées par une position assise. Dès lors elles sont dénuées de jambes comme le note déjà Cortier en 1908 (p. 310). “La femme étant de tradition toujours sous la tente, la poupée est toujours assise ; elle n'est jamais représentée debout, alors que l'homme est toujours représenté debout et près de son chameau” (Balout, 1959: pl. LXVII). Les fesses des poupées sont très développées car ceci est une marque de beauté et d'aisance (fig. 26, catalogue 3.1, 36.44.73, p. 275). Ainsi la poupée est un moyen d'inculquer dans l'esprit de l'enfant touareg, l'idéal de la beauté féminine. Un idéal qui était provoqué chez les filles Kel Iforas riches en les faisant suivre vers l'âge de 12 ou 15 ans un régime basé sur une nourriture et un repos abondants (Cortier, 1908: 310). A part la mention de Charles de Foucauld que les enfants touaregs Kel Ahaggar taillent grossièrement des pierres plates en forme de femme pour leur servir de jouet (1951-1952: 350) et exception faite des poupées-femmes en argile des enfants touaregs Kel Ajjer et Ioullemeden, l'armature des poupées féminines se fait suivant un modèle assez uniforme chez les différents groupes touaregs (fig. 27).

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Selon les données bibliographiques et celles tirées de l'étude des poupées, le corps est formé d'une base proéminente dans laquelle se trouve fixée une épine, une tige sèche, un morceau de bois, un os de mouton, de chèvre ou de gazelle. La base massive se constitue d'un petit sac de sable ou d'un chiffon bourré de paille, de chiffons, de crottes de dromadaire ou d'âne. Cette base peut aussi être faite d'une à cinq boules d'argile entourée de tissu ou de gaze. La base la plus élaborée est fabriquée de cinq boules d'argile, deux pour les fesses, deux pour les seins et une pour la taille. Une ou deux branchettes forment les bras mais parfois les bras manquent (fig. 28).

28 La hauteur minimale de ces poupées-femmes touarègues est 6,5 cm, la hauteur maximale 16,5 cm. Les vêtements des poupées imitent ceux des femmes touarègues comme décrits par Henri Lhote (1944: 268-269). Les femmes touarègues ne portent pas de pantalons, mais elles ont un jupon de toile blanche enroulé autour des reins. Celles de l'Ahaggar portent dessus une grande blouse en toile blanche, semblable, pour la forme, à celle des hommes, mais fermée sur les côtés. Les femmes aisées en portent une deuxième par-dessus, en toile indigotée... Elles ne se voilent pas la figure comme les hommes et portent une petite mantille faite d'un ou deux toukourdi avec lesquelles elles s'entourent la tête et la figure dont elles dissimulent les traits devant l'étranger. Pour une description détaillée des vêtements et des bijoux touaregs voir Foley (1930: 23-29) et de Foucauld (1951-1952: 867 et 995). Cet auteur

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décrit aussi la coiffure féminine (p. 1241-1242). Une belle photo d'une femme touarègue est à voir dans La Vie du Sahara (1960: pl. 5). Une ou plusieurs pièces de tissu, de préférence de couleur blanche ou bleue indigo enveloppent l'armature des poupées. Ainsi une poupée porte quatre blouses longues en tissu blanc, indigo, blanc, indigo (catalogue 3.1, 41.19.128, p. 275). Quelques poupées portent une mantille (fig. 29, H = 13,7 cm; catalogue 3.1, 41.19.123, p. 275) mais la tête des autres est découverte (fig. 30, H = 15 cm; 29 catalogue 3.1, 41.19.122, p. 275). Les cheveux de la poupée de la figure 30 sont en fils bleus tressés. Les cheveux des autres poupées sont faits de fils de coton ou de laine ou avec des rubans. Il arrive que la fillette ait utilisé un peu de ses cheveux. Certaines poupées ont le cou entouré de fils verts, bleus, rouges, blancs ou jaunes, comme pour la poupée de la figure 30. Comme dans le cas des poupées-hommes des enfants touaregs, leurs poupées-femmes n'ont jamais de traits de 30 visage. Quelques poupées portent comme bijoux un collier de perles et une chaînette. D'ailleurs Charles de Foucauld y fait mention dans son Dictionnaire Touareg-Français au mot “loullou ... petit bijou, mot enfantin, les très petits enfants qui commencent à parler appellent loullou

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toutes les petites choses précieuses à leurs yeux, les petits colliers qu'on leur met ou qu'ils mettent à leurs poupées” (1951-1952: 1067). Une poupée touarègue Kel Ajjer, datant de 1934 et provenant de Ghât en Libye, porte comme boucles d'oreilles deux médailles avec sur une face le Sacrécœur et sur la face opposée la Sainte Vierge (fig. 31, H = 10 cm; catalogue 3.1, 37.21.29, p. 277). Concernant l'utilisation de ces médailles il est à remarquer qu'il n'y avait pas de Pères Blancs dans 31 cette région. La description de Maurice Cortier des poupées-femmes des filles touarègues Kel Iforas ressemble tout à fait à celle des poupées décrites ci-dessus. Cet auteur écrit en 1908 (p. 310) : On prend un os, propre et blanc, gros comme un crayon et long d'une dizaine de centimètres. Un morceau de bois croisé à mi-longueur représente les bras. Une sorte de sac bourré de chiffons figure le corps dénué de jambes. La partie de l'os servant de tête est entourée d'anneaux de fils de diverses couleurs entre lesquels apparaît la surface blanche. Les vêtements consistent généralement en un ikerchei ou un tameng'out (voile) placé sur la tête et une gandourah (blouse longue) couvrant le corps. Dans Au cœur du Hoggar mystérieux. Les Touaregs tels que je les ai vus, E. Steinilber-Oberlin décrit en 1934 quelques jeux des enfants touaregs entre autres le jeu de poupée. Cet auteur écrit à ce sujet (p. 83-84) : Ils excellent à confectionner avec des bouts de bois, des os de chèvres et des chiffons, des petits pantins qu'on appelle isounar. Les filles

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fabriquent des isounar-femmes et les garçons des isounar-hommes. Des lambeaux de cotonnade ont vite fait de simuler la takemmist masculin ou l'ekerhei féminin. La figure de la poupée est toujours fort négligée et ne se compose guère que d'un tampon d'étoffe. Comment s'en étonner? Les hommes étant toujours voilés, leur représentation s'en trouve simplifié, et un morceau d'étoffe fixé sur la tête du pantin et tombant jusqu'à son extrémité suffira à caractériser le sexe féminin. Réduits à ses lignes essentielles, le jouet n'en est que plus curieux… Il est courant qu'un gamin et une fillette s'amusent à faire convoler en justes noces leurs isounar respectifs. Désormais, légitimement unis, le pantin-homme et le pantin-femme ne se quittent plus, dorment ensemble sous des abris minuscules symbolisant la tente et se querellent continuellement, ce qui prouve bien qu'ils sont mariés. Une poupée collectionnée en 1938 auprès d'une fille touarègue Kel Iforas mais dont ne subsiste qu'un croquis dans le fichier, est faite d'un petit morceau de tissu bleu enroulé autour d'une crotte de dromadaire, figurant le corps et surtout les seins d'une femme. Une épine de talha piquée dans la crotte supporte deux mèches de coton bleu qui imitent les cheveux (fig. 32). Ekhya Ag-Sidiyene, un 32 chercheur touareg Kel Iforas né en 1952 dans un campement à environ 100 km du centre urbain de Kidal au Sahara malien et correspondant du Muséum d'Histoire Naturelle de Paris pour cette région, que j'ai rencontré au Département d'Afrique Blanche du Musée de l'Homme le 7 juillet 1981, m'a donné des renseignements supplémentaires sur cette forme typique de poupées-femmes. Les poupées 'tanet n-meshlân', c'est-à-dire femme-jouet, ont un corps de crotte d'âne enveloppé d'une pièce de tissu. Cette crotte représente les fesses obèses de la femme aisée. Deux épines, entourées de fils de coton mercerisé multicolore, sont fixées dans la crotte. Cette poupée porte des

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vêtements d'étoffe indigo, le voile ne couvrant pas le visage. Anciennement on utilisait aussi des peaux et des feuilles larges comme vêtements pour cette poupée. Les cheveux sont des mèches de coton fixées comme ont le voit sur le croquis de la figure 32 (p. 87). Parfois une ou plusieurs perles ornent le dessus de la tête. Les poupées bien élaborées ont des dessins stylisés qui représentent la poitrine. Ces dessins sont faits avec des fils de coton multicolores qui contournent des épines fixées dans la crotte. Ekhya Ag-Sidiyene dessinait l'exemple montré à la figure 33. Selon lui, les traits géométriques sur le croquis de la poupée de la figure 32 (p. 87) auraient eux-aussi été faits pour représenter les seins. Le modèle simple, avec une épine plantée dans une crotte mais sans vêtements ni dessin géométrique pour représenter les seins, est une fillette. Sur la photo d'une poupée-femme touarègue de la collection montrée à la figure 34, et qui fut faite par une fillette Kel Iforas, l'on voit aussi un dessin géométrique marquant la poitrine (H = 13,5 cm). 33 34

Des poupées-femmes en argile se retrouvent auprès des enfants touaregs Kel Ajjer et Kel Ioullemeden. Chez les Touaregs Kel Dinnik des Touaregs Kel Ioullemeden (région sahélienne de Tahoua, Niger) les enfants font aussi des poupées-femmes en argile appelée “tashlut, la fiancée, mariée” (Nicolas, 1950: 186) .

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René Pottier a recueilli, lors de sa mission chez les Touaregs Kel Ajjer en 1934, une poupée-mère de couleur grisâtre (fig. 35, H = 13 cm, D base = 6,5 cm) et son enfant de couleur brunâtre (H = 7 cm, D base = 3,5 cm) en terre cuite (catalogue 3.1, 37.21.102.1/2, , p. 277). La forme typique de ces poupées est basée sur un corps massif sans jambes et deux protubérances coniques figurant les bras, correspondent ainsi à la forme des autres poupées-femmes touarègues. Le cou et la tête s'allongent à partir du corps sur environ un tiers de la hauteur de la poupée. Sur la tête des poupées, surtout la poupée-mère, il me semble que ce sont des tresses de 35 cheveux qui sont modelées, bien que la surélévation allongée au milieu de la face fasse penser à un nez. Ces poupées-femmes touarègues, pour lesquelles ont été avancées les noms de 'aknar' chez les Touaregs Kel Ahaggar, 'taknart' chez les Touaregs Kel Ajjer et Kel Aïr ou 'tamet n-meshlân' chez les Touaregs Kel Iforas, sont mariées aux poupées-hommes (Cortier, 1908: 310; Foley, 1930: 47). Mais il se peut que, comme dans la région de Tombouctou où nomadisent les Touaregs Ioullemeden Kel Tademekkat, les poupées-femmes “font l'objet d'une cérémonie de mariage de la poupée à un jeune garçon” (Gabus, 1967: 112). Les poupées-femmes forment avec les poupées-hommes et les animaux-jouets des enfants touaregs, tous plantés dans le sable, les personnages d'un petit théâtre où les enfants s'initient à la vie des adultes. Une poupée-femme peut aussi être mise sur un dromadaire-jouet (Balout, 1959: pl. LXXI; Paul, 1970: 110, 207 - fig. 95).

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Ces poupées-femmes représentent éventuellement des femmes assises à l'ahâl auquel les garçons et les filles peuvent participer à partir de l'âge de seize ans environ. Henri Lhote (1944: 238) décrit l'ahâl de la manière suivante (voir aussi Claudot-Hawad, 1986) : Le mot ahal signifie réunion, conversation, entretien... Ces réunions musicales et littéraires ont un caractère plus ou moins particulier, suivant qu'elles sont mêlées d'asri ou non. L'asri, littéralement courir à bride relâchée, signifie la pratique de certaines mœurs très libres, et vivre en état d'asri, c'est être dans des conditions permettant de pratiquer la liberté de mœurs. Peuvent être en état d'asri, les jeunes gens et jeunes filles pubères, les veufs et les divorcés des deux sexes Comme déjà mentionné, Henri Lhote nous décrit une poupée-femme peinte vers 1960 par un garçon touareg sur une pierre (fig. 36). Ce garçon, comme d'autres, s'inspirait des techniques des peintres européens qu'il voyait relever des peintures rupestres ornant les parois des abris sous roche du Tassili N'Ajjer.

36 L'exemple de cette poupée, dont la description donnée par cet auteur (Lhote, 1975: 407-408) se trouve ci-dessous in extenso, démontre parfaitement la continuité et la transmission intergénérationnelle des formes et des valeurs à travers les jeux et les jouets.

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Un jour, notre guide Djébrine m'apporta trois pierres peintes et me les offrit en m'expliquant que cela avait été fait par des enfants de son campement, sans pouvoir, toutefois, me préciser lesquels, car ces objets avaient été abandonnés dans un abri, comme la plupart des jouets. L'une de ces pierres était un galet en grès, de forme approximativement triangulaire, de 4,5 cm de haut, 4,3 cm. à la base et d'une épaisseur de 8 à 10 mm environ. Les surfaces étaient bien planes, les côtés avaient été régularisés et polis, sauf celui formant la base, dont les angles avaient été arrondis. Avec un peu d'imagination, le profil suggérait une femme assise, les jambes repliées sous elle, à la manière des femmes touarègues installées sous leur tente ou lors des fameuses réunions musicales et poétiques, connues sous le nom d'ahal. C'est dans cette même position que sont fabriquées les poupées figurant des femmes, l'assise réalisée à l'aide de deux crottes de chameau, recouvertes d'un petit morceau de chiffon, évoquant ainsi les rondeurs glutérales de la Targuia. Et, en effet, le jeune artiste, brimé par la modestie de la surface à sa disposition, avait situé la tête au sommet du triangle, qu'il avait matérialisée par deux points représentant les yeux, surmontés de deux traits obliques, figurant les sourcils, un troisième point pour le nez, un ovale pour la bouche, le tout tracé avec de la gouache noire récupérée d'un de nos tubes pratiquement vide. La tranche du triangle partant du sommet du crâne avait également été peinte en noir pour simuler les cheveux. La coiffure des femmes touarègues du Hoggar et du Tassili comportant deux nattes latérales, une de chaque côté, celles-ci avaient été figurées par deux larges traits noirs, marqués de points à l'ocre rouge dans l'évidement interne, afin d'indiquer les chaînettes d'argent à l'extrémité desquelles sont suspendus de petits pendentifs de chevelure, ordinairement triangulaires, mais qui sont aussi semiovalaires dans le modèle porté par les femmes de Rhat, assez souvent adopté par celles du Tassili. Ici, ils sont grossièrement arrondis et peints à l'ocre rouge. L'enfant-artiste a voulu représenter une femme en tenue de fête, et c'est pourquoi il l'a pourvue de lourds anneaux d'oreille en argent, qui ne passent pas dans le lobe, mais sont maintenus en place par une lanière de peau placée sur le sommet de la tête, qui les maintient à bonne hauteur : ils ont été tracés par un arc de cercle noir, doublé d'un point au centre à l'ocre rouge et d'une

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série de petits points noirs. Sur la poitrine, enfin, un pendentif triangulaire, comme en portent toutes les femmes touarègues du Hoggar et du Tassili, est peint en noir, avec doublure du trait à l'ocre rouge et d'une série de points noirs, comme pour les anneaux d'oreille. Un petit trait noir, en zigzag, encadré par trois points placés en triangle, à l'ocre rouge, représente, sans doute, une amulette ou une pendeloque de peau. Sur l'autre face du galet, pour que l'image soit complète, un gros trait en noir figure la grosse natte qui tombe dans le dos, à l'extrémité de laquelle est peint, à l'ocre rouge, un pendentif de chevelure. L'ensemble s'il ne reflète pas un grand art, n'en est pas moins très suggestif : cette figuration de femme, en tenue de cérémonie, accroupie comme pour recevoir l'hommage des jeunes gens, témoigne de la préoccupation des garçons, dont certains - et nous en avons connu - sont déjà capables de faire des vers, soit pour vanter certaines femmes, soit pour se moquer de celles qui ne leur accordent pas encore assez de considération et les traitent en gamins.

2.3 Les poupées-femmes ghrib
Les filles ghrib du Sahara tunisien jouent à partir de l'âge d'environ trois ans avec une poupée-femme faite par leur mère, une sœur aînée ou une tante. Cette poupée s'appelle et représente el °arûs ou la jeune mariée. Cependant, une fille de huit ans m'a montré une petite poupée qui, selon elle, figure une vieille femme. A partir de l'âge de six ans les filles commencent à confectionner elles-mêmes leurs poupées, ce qui demeure une activité individuelle, mais pour jouer aux poupées plusieurs filles se rassemblent normalement. Elles jouent avec ces poupées aussi bien dehors qu'à l'intérieur et les utilisent le plus souvent dans le cadre des jeux de ménage. Pour ces jeux les filles emploient, en plus des poupées, encore d'autres jouets de leur fabrication propre comme une tente en miniature (fig. 1, photo couverture), un métier à tisser miniaturisé, des modèles réduits d'ustensiles de cuisine, du moulin à bras, des nattes, etc. (voir Cultures Ludiques Sahariennes et Nord-Africains. La Vie Domestique dans les

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Jeux et Jouets). Quand les filles ont une poupée-jeune mariée et une poupée-jeune marié, elles peuvent fêter leur mariage. Pour construire une poupée les fillettes utilisent un morceau de bâton d'un diamètre d'à peu près deux centimètres et un bâtonnet, des chiffons et des fils de couleurs variés, du poil de chèvre, des fils de fer, des épingles, des morceaux de fer-blanc et d'aluminium... Pour faire l'armature de la poupée, la partie supérieure du bâton est fendue et une moitié en est découpée à la hauteur d'environ deux doigts. Ainsi le haut du bâton obtient une face aplatie et une fois entourée d'étoffe blanche, il servira de tête de poupée. En dessous de cette tête, mais avant qu'elle ne soit enveloppée d'étoffe blanche, la fille fixe en croix le bâtonnet au bâton avec un petit ruban, cela pour donner des 'épaules' à sa poupée. Les épaules et le corps de la poupée sont entourés de morceaux d'étoffes de couleurs différentes représentant les sous-vêtements et les vêtements d'une femme mariée. Sur les figures 37 et 38 on voit une belle poupée et la fille qui l'a confectionnée. 37 38

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Les cheveux de la poupée-jeune mariée sont faits de poils de chèvre et sont tressés comme le font les femmes mariées, c'est-à-dire avec deux longues tresses devant les oreilles. Un ou plusieurs chiffons en guise de fichu coiffent la poupée. Enfin elle est ornée de bijoux en imitation des bijoux qu'une femme reçoit de son futur époux. Ces bijoux d'imitation sont confectionnés par la fille avec des fils de fer, des morceaux de ferblanc ou d'aluminium, des boutons et autres objets de ce genre (fig. 39). Comme beaucoup de poupées-femmes touarègues, la poupée-femme ghrib a souvent le cou entouré de fils multicolores (fig. 40 p. 94, 42 p. 95). La hauteur de ces poupées varie entre 15 cm et 25 cm, la poupéehomme étant normalement plus petite que la poupée-femme.

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Traditionnellement les poupées n'avaient pas de visage dessiné (fig. 37 p. 93, 39, 40 côté droit). Mais dans la seconde moitié des années 1960 il arrivait parfois que l'un ou l'autre frère en âge d'école primaire employât un crayon ou un stylo pour donner des yeux, des sourcils, un nez et/ou une bouche à la poupée de sa sœur (fig. 41-42, p. 95).

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Sur une poupée de la figure 40 (p. 94) se voit comment une fille a essayé maladroitement à donner un visage à sa poupée comme ont 41 fait les garçons (fig. 41, 42). Vers 1990 une innovation dans 41 la confection des poupées s'est présentée. Pour cela les filles se sont appropriées un des rebuts de la société de consommation, une société de consommation qui a réussi à s'approprier la communauté Ghrib. Il s'agit de l'utilisation d'un flacon de produit de lessive ou autre liquide comme tête de poupée en introduisant le bâton vertical de l'armature de la poupée dans le col du flacon. La fille a dessiné un visage élaboré sur le flacon (fig. 43). 42 43

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Gilbert J.M. Claus, qui a pris cette photo en août 1991, m'a fait savoir que les filles Ghrib font actuellement aussi une tête de poupée découpée dans un morceau de carton, ou une poupée d'étoffe bourrée. Les filles ghrib peuvent fabriquer leurs poupées en tout temps contrairement aux filles des sédentaires de Tabelbala au Sahara algérien, qui ne peuvent faire des poupées que durant le printemps et l'automne, parce que cela provoquerait de la pluie pendant les autres saisons (Champault, 1969: 345). Chez les Ghrib le rapport entre la confection des poupées et la tombée de la pluie n'est pas fait. Bellin (1963: 99, jeu n° 70) a observé chez les Kel Rela ou nobles des Touaregs Kel Ahaggar (Sahara algérien) que non seulement les filles mais aussi les garçons confectionnent des poupées-femmes. Bien que les Ghrib furent en contact régulier avec les Touaregs, mes informatrices et informateurs m'ont affirmé que les garçons ghrib ne confectionnent pas de poupées-femmes ni ne jouent avec elles.

2.4 Les poupées-femmes maures
Chez les Maures de Tidjikdja au Sahara mauritanien les filles et les femmes font deux sortes de poupées féminines. Un premier modèle rappelle les poupées-femmes touarègues avec le corps fait d'un os de pattes de mouton ou d'un bâtonnet fixé dans un coussin de chiffons. Une poupée de la collection du Musée de l'Homme (fig. 44, H = 15 cm; catalogue 3.2, 69.70.7.5, p. 278) dont la chevelure abondante en fils de coton noir coiffe l'os qui est

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entouré de fils de coton disposé en bande rouge, jaune, rouge, jaune, rouge, contraste avec les quatre autres poupées de la même série dont deux ont une tête (fig. 45, H = 14,5 cm; catalogue 3.2, 69.70.7.1, p. 278) et les deux autres une coiffure (fig. 46, H = 16 cm; catalogue 3.2, 69.70.7.4, p. 278) modelée en pâte de gomme et de charbon pulvérisé. Si une tête de poupée est modelée, elle a une forme particulière. Dans ce cas le visage est indiqué de manière fantaisiste avec des petites perles. Les autres poupées n'ont pas de visage.

45 Ces poupées, excepté celle de la figure 44 (p. 96), ont de longues tresses de coton ou de laine auxquelles des perles de couleurs variées se trouvent enfilées. Elles portent normalement un survêtement indigo, mais chez la poupée de la figure 44 il est en gaze blanche. La poupée de la figure 45 porte en plus un voile blanc. La belle poupée de la figure 46 concrétise parfaitement la description de la coiffure et de la parure des femmes maures. Dans La Vie du Sahara (1960: 38) il est du que le vêtement féminin :

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Est un voile de cotonnade indigo, habilement enroulé et drapé autour du corps et sur la tête mais laissant habituellement le visage découvert... Le voile couvre une coiffure de nattes et de torsades savantes, ornée de perles, de coquillages, de menus bijoux et de talismans enfermés dans de petits sachets de cuir. De ces cinq poupées trois représentent des femmes et deux des fillettes, probablement les numéros 69.70.7.1 (fig. 45, p. 97) et 69.70.7.2, vu que la coiffure et les bijoux des femmes (fig. 46, p. 97) leurs manquent. On peut s'imaginer comment les filles maures jouent avec ces poupées assises en regardant la figure 47 qui montre deux de ces poupées assises sur une selle à baldaquin pour dromadaire. Ces poupées s'appellent 'amtsal' (La Vie du Sahara, 1960: 72).

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Fernando Pinto Cebrián écrit en 1999 que les filles créent aussi bien des poupées-femmes que des poupées-hommes appelées respectivement 'mint owzar' ou 'ould owzar'. Ils ont une forme schématique car, comme le dit cet auteur, il est inacceptable pour l'Islam de représenter la figure humaine. Cette forme schématique est alors rendue plus ou moins réaliste en y joignant quelques objets. La poupée montrée sur la photo couleur reproduite dans le livre a une structure faite d'un axe vertical qui représente le torse de la poupée toujours figurée en position assise. Cet axe consiste en un os de chèvre vêtue de chiffons noirs et blancs représentant les vêtements de femme. La tête de la poupée est embellie avec des bijoux comme cela se fait pour une jeune mariée ou 'aaris' (p. 113, photo n° 25). Le second modèle montré à la figure 48 (H = 3,5/4 cm; catalogue 3.2, 38.48.50/51, p. 279) et 49 (H = 4/4 cm; catalogue 3.2, 983.52.1/2, p. 279) et que l'on trouve chez les enfants maures de Tidjikdja et chez ceux de Oualata, représente une femme ou une jeune fille assise très miniaturisée. Ces poupées, éventuellement habillées, sont en argile crue peinte.

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Selon Jean Gabus celle peinte en jaune est une femme noble ou une femme maraboutique et celle peinte en rouge est la servante (1958: 163). Charles Béart y ajoute qu'auprès des poupées-femmes de ce type se trouvent “des enfants blancs (les Beïdanes) et ocrés (les Serviteurs)”. En plus, il remarque que ces poupées “qui ressemblent si peu à des femmes sont sexuées nettement” (1955: 96). Le dessin de la figure 50, qui reproduit celui figurant dans l'étude de Charles Béart, nous montre la base de ce type de poupées. La vérification des bases de ce genre de poupées, conservées au Musée de l'Homme, démontre que cette pratique d'indiquer les parties génitales n'est pas générale car ces poupées ne sont pas sexuées. A Oualata les filles jouent avec ces poupées miniaturisées dans la maison de poupée, faite par des potières de cette ville, dont on voit un magnifique exemple à la figure 51 (H = 9,5 cm, LO = 26 cm, LA = 22 cm). Jean Gabus propose plusieurs autres exemples (1958: 163-167) ainsi que la description des maisons réelles de Oualata et l'explication des motifs décoratifs qui les ornent (1958: 118-133; voir aussi Centre de Recherches et d'Etudes sur les Sociétés Méditerranéennes, 1979: 143, fig. 12).

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En dehors de la région de Oualata, par exemple à Kaédi et Nouakchott, une tente de poupée avec tous les détails est utilisée (Béart, 1955: 97) comme c'est le cas chez les filles ghrib. Un troisième modèle de poupée maure, appelée 'atme' et confectionnée à Boutilimit dans le sud-ouest de la Mauritanie, est mentionné par Jean Gabus (1958: 136, dessin n° 103a) . Cette poupée se différencie des poupées décrites ci-dessus par sa tête en étoffe bourrée et son visage dessiné avec bouche triangulaire, nez, yeux et sourcils. Ses cheveux sont de longues mèches tressées avec ici et là des perles enfilées. Comme je n'ai pas retrouvé une pareille poupée, le dessin dans le livre de Jean Gabus est reproduit à la 52 figure 52. Comme la poupée-femme touarègue, la poupée-femme maure est représentée comme une femme noble engraissée. Jean Gabus écrit à ce sujet “La fillette engraissée, prenant de l'ampleur, et devenant matrone au type stéatopyge, est un symbole courant dans le Sahara, d'inspiration amazighe sans doute, autant que d'inspiration nègre (captifs, éléments résiduels de l'ancienne population noire)” (1958: 119). Enfin il faut mentionner que Charles Béart parle de poupées de cuir maures. Ces poupées sont confectionnées par les enfants eux-mêmes ou par leurs mères mais le plus souvent par les cordonnières (1955: 95). En Mauritanie l'on trouve, selon cet auteur, aussi “la poupée d'étoffe montée sur boîte à conserves recouverte d'étoffe, commune au Sénégal, et des poupées de cire” (1955: 97, 836). Je n'ai cependant pas trouvé trace de pareilles poupées qui seraient utilisées par les enfants maures.

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Avec leurs poupées, maisons ou tentes de poupées et des ustensiles de ménage miniaturisés, dont une description détaillée sera donnée dans Cultures Ludiques Sahariennes et Nord-Africains. La Vie Domestique dans les Jeux et Jouets, les filles jouent à la vie des femmes adultes.

2.5 Les poupées-femmes sahraouies
Fernando Pinto Cebrián montre dans son livre les poupées en position assise que les filles sahraouies utilisent pour leurs jeux de poupées et leurs jeux de ménage (1999: 103, 113). Ces poupées portent le nom 'owzar'. Pour ces jeux les filles utilisent aussi des tentes, des lits, des nattes et des ustensiles en miniature (voir Cultures Ludiques Sahariennes et Nord-Africaines. La Vie Domestique dans les Jeux et Jouets). Cet auteur écrit que les filles dès qu'elles en sont capables jouent durant toute l'année à imiter leur mère dans sa fonction d'épouse et de maîtresse de la tente familiale. Les adultes trouvent ces jeux nécessaires pour que les filles apprennent tout ce qui est en rapport avec la famille traditionnelle vivant dans le désert. Les filles organisent aussi des fêtes et des réunions comme elles les observent dans la réalité. A côté des poupées traditionnelles qui ressemblent à celles des filles maures, on trouve aussi des poupées en plastique importées comme les Indiens et les Cow-boys qui sont donnés aux petits garçons (1999: 105, 109).

2.6 Les poupées-femmes regeybat
Chez les Regeybat qui nomadisent dans le Sahara Nord-occidental (Algérie), existent des poupées, portant le nom de 'rendja', qui imitent la femme. La poupée de la collection, une poupée en position assise, fut construite par une fillette (H = 16 cm). Il s'agit d'une âme d'os posée d'équerre sur un coussinet de chiffons bleus, créant ainsi une poupée assise. Une cotonnade blanche représente le voile et une cotonnade bleue représente la robe. Un ornement de coquillages et de perles se trouve à la place de la tête. Cette poupée n'a pas été retrouvée dans la collection, mais elle ressemble aux autres poupées sahariennes en position assise.

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2.7 Les poupées-femmes teda
Oleg Lopatinsky a recueilli en 1963 et a analysé une merveilleuse collection d'une quarantaine de poupées provenant des Teda du Tibesti au Sahara tchadien. Que cette forme de poupée-femme ne soit pas de date récente est attestée par la poupée à tête surmodelée en gomme recueillie par G. Moberg avant 1935 et celle à tête en datte recueillie par la mission Le Cœur en 1934.

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Ces poupées à deux jambes, dont la hauteur varie entre 17 et 38 cm, sont construites par des filles de dix à seize ans et, selon Fuchs (1961: 46), parfois aussi par une mère ou une sœur plus âgée. Quelques poupées de la collection représentent des femmes de brousse en costume quotidien ou parées pour la danse. Il y a aussi une femme de brousse aisée, avec cheveux tressés, cauris et croix d'Agadez (fig. 53, H = 27 cm; cataloge 3.4, 65.3.14, p. 281) et une vieille femme de brousse (fig. 54, H = 26 cm;

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catalogue 3.4, 65.3.15, p. 281). Les autres poupées sont des citadines pauvres, sans cauris ni croix d'Agadez (fig. 55, H = 22,5 cm; catalogue 3.4, 65.3.46, p. 281), ou riches en costume de fête (fig. 56, H = 26 cm; catalogue 3.4, 65.3.29, p. 281). Parfois elles représentent des citadines en costume quotidien (fig. 57, p. 105, H = 33 cm; catalogue 3.4, 65.3.31, p. 281) et en costume d'intérieur. La poupée de la figure 58 (p. 105) est une citadine parée pour la fête (H = 24 cm; catalogue 3.4, 65.3.32, p. 281).

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Dans cette diversité de types de poupées-femmes, l'imagination inventive des filles teda est à signaler. Ces poupées sont (en 1963) assez rares en brousse, ainsi que dans les centres comme Aozou, Bardaï, Wour, Zouar et Yebbi Bou. Elles sont devenues plus communes surtout à Bardaï où les Européens en achètent beaucoup.

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Le corps et les membres sont faits en branchettes d'acacia, deux pour le corps et une posée en croix pour les bras, attachées entre elles avec un fil végétal obtenu à partir de feuilles de palmier. Une fois les membres liés les uns aux autres on passe par-dessus la sève d'acacia, appelée 'gourmay'. Les fesses sont modelées en gourmay recouverte de chiffons. Les seins sont formés de dattes coupées en deux, dénoyautées, chauffées puis modelées sur la branche faisant office de poitrine, fixées parfois avec du fil ou de la ficelle. Pour la tête on utilise une datte, évidée au préalable, mise sur la branche faisant corps et cou. La base de la date est ensuite enduite de gourmay pour mieux la faire adhérer au cou.

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Les dattes utilisées à cet effet sont toujours fraîches. Le dessin de la figure 59 présente cette armature de poupée. Les traits du visage sont faits avec des petites perles multicolores incrustées à chaud, représentants yeux, bouche, nez, le tout disposé d'une façon très fantaisiste. Parfois la face à un aspect vernissé dû à une application de graisse 59 avant et après le modelage à chaud. Les cheveux sont en poils de chèvre ou laine de mouton ou en charpie de tissu noir, tressés au préalable en forme de petites nattes, caractérisant la coiffure teda, puis introduits dans des petits trous faits avec une épine ou pointe de couteau, fixés ensuite avec du gourmay. Plusieurs poupées ont des cauris dans les cheveux. Les bijoux sont représentés par des petites perles ou des minuscules morceaux de métal. Assez souvent l'anneau nasal est représenté (fig. 57, p. 105). Parfois les poupées portent des colliers de perles (fig. 53, p. 103). Les bracelets, les chevilliers et les croix d'Agadez sont fidèlement reproduits et fixés sur ces poupées, éventuellement à l'aide d'épines. Les vêtements sont variés suivant les tissus que les fillettes ont pu se procurer. La mode et le drapé teda sont fidèlement respectés. Toutes les poupées ont la culotte par pudeur. Aucune fillette n'a accepté de mettre une culotte sur la poupée lors d'une présence masculine. Une description détaillée des vêtements et de la parure des femmes teda se trouve dans le mémoire de Oleg Lopatinsky Vêtements, parure, parfums et coiffure chez les Teda. Des photos de femmes teda sont à voir dans Kronenberg Die Teda von Tibesti (photos 15 et 19) et dans les Carnets de Route de Charles Le Cœur (1969, pl. VII-2, XV et XVI ). Dans La Vie du Sahara (1960: 72) le nom de 'davi-jidi' est donné à ces poupées et, en ce qui concerne le jeu de poupée des filles teda, Peter Fuchs note que les filles font des selles de femme en miniature pour leurs poupées (1961: 47).

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2.8 Les poupées-femmes belbala
Des poupées-femmes qui portent le nom de 'tamames', un mot qui désigne la jeune mariée avant la consommation du mariage, sont fabriquées par les fillettes belbala vivant à l'oasis de Tabelbala au Sahara Nord-occidental en Algérie (fig. 60, 61 p. 108, H = 23 cm; catalogue 3.5, 54.74.7, p. 282). Sur une âme d'os de mouton ou de chèvre, éventuellement un morceau de roseau, un bâtonnet est ligaturé en croix au tiers de la hauteur pour figurer les bras. Une des cinq poupées de la collection du Musée de l'Homme a cependant des bras et des jambes d'argile. Des chiffons enveloppent ces armatures pour donner du corps à la poupée.

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Ces poupées se tiennent debout, comme celle des filles ghrib et teda, mais contrairement aux poupéesfemmes touarègues, maures et regeybat qui sont en position assise. Le visage et le tatouage facial de trois poupées de la collection sont peints sur l'os. Les poupées portent un 'izar', une longue bande rectangulaire de cotonnade drapée de couleur bleue. Ces poupées sont coiffées par un voile ou un 'mendil'. Les cheveux des poupées sont en poils de chèvre tressés en deux longues nattes (fig. 61). Les poupées ne portent pas toujours des bijoux 61 aussi élaborés que ceux que l'on voit sur la poupée de la figure 60 (p. 107). Parfois ce ne sont que des colliers d'herbes (Champault, 1969: 345; pour une description des vêtements, bijoux, peintures faciales et tatouages voir p. 178-181, 189-192 et 195-202). Une cinquième poupée fut modelée par une fillette en kaolin cru. Cette poupée, avec des bras et des jambes légèrement atrophiés, a le visage orné de quelques points bruns et elle est enveloppée de chiffons (H = 28,5 cm, catalogue 3.5, 54.74.51, p. 282). Mais cette poupée en argile ne représente pas le modèle courant car il est spécifié sur sa fiche signalétique que “ce type de poupée, aberrant, est jugé par les parents et amis, ridicule et inconvenant”. Selon Dominique Champault, qui a collectionné les cinq poupées, “on ne joue pas à la poupée à n'importe quel moment de l'année : seulement en automne et au printemps, du moins dans les familles traditionalistes”. Et cet auteur déclare à ce sujet “j'ai vu des pères entrer en colère parce que les filles confectionnaient ou embellissaient une poupée, en plein été. Les poupées font pleuvoir, disent-ils, et la pluie d'été nuit à la conservation des dattes plus encore qu'à leur maturation” (1969: 345). Chez les Belbala ce ne sont que les filles qui jouent à la poupée et jusqu'à l'âge de six ou sept ans environ. A partir de cet âge elles auront

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plutôt à s'occuper d'un petit frère ou d'une petite sœur et le jeu de poupée les y aura préparées car bien que “chaque fillette joue à la poupée selon son tempérament propre, il s'agit toujours d'être la mère, de promener son enfant dans le dos, de l'allaiter, de le faire danser sur ses genoux” (Champault, 1969: 345). Bien que le jeu de poupée représentant les cérémonies de mariage ne soit pas explicitement mentionné par Dominique Champault, le nom de 'tamames' ou jeune mariée que portent ces poupées les mettent en rapport avec beaucoup de poupées sahariennes et nord-africaines nommées-elles aussi jeunes-mariées et avec lesquelles les filles jouent au mariage.

2.9 Les poupées-femmes de la Vallée de la Saoura
Une poupée-femme a été collectionnée chez les sédentaires d'El Ouata dans la vallée de la Saoura au Sahara Nord-occidental en Algérie (fig. 62, B = 32,5 cm; catalogue 3.6, 62.51.1, p. 283). Cette poupée a une armature composée d'un roseau vertical et d'un roseau horizontal figurant les bras. La partie inférieure du roseau vertical est enrobée de tissu pour donner de l'ampleur à la poupée. Comme vêtements cette poupée-femme porte une robe rouge à dessins et audessus une robe rouge cintrée par une ceinture verte. Les cheveux sont deux longues tresses de cheveux noirs naturel. Comme souvent les traits de visage ne sont pas indiqués. 62 109

La description de cette poupée sur la fiche signalétique mentionne que la tête était enveloppée de papier d'argent, d'un turban noir et d'un voile multicolore. Cependant ces attributs n'ont pas été retrouvés et manquent donc sur la photo.

2.10 Les poupées-femmes mozabites
Chez les filles mozabites du Sahara algérien se retrouvent trois genres de poupées-femmes, celles à tête en papier cartonné, d'autres construites de chiffons sur armature de bâtonnets ligaturés en forme de croix et celles faites d'un os. Une poupée à tête en papier cartonné, tête importée du Nord de l'Algérie par un père mozabite, mais habillée à Ghardaïa au Mzab est à voir à la figure 63 (H = 58,5 cm; catalogue 3.7, 34.49.37, p. 284). Depuis longtemps les pères, presque tous des commerçants dans le Nord de l'Algérie, apportent ce type de têtes de poupées pour leurs filles. D'ailleurs, A.M. Goichon note déjà en 1927 qu'au Mzab “les poupées sont quelquefois européennes” (p. 59).

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La poupée de la collection, achetée en 1934 pour l'Exposition du Sahara à Paris, porte le costume et les bijoux des femmes de Ghardaïa. C'est une mère qui l'a habillée ainsi pour l'offrir à sa fille. Selon la fiche signalétique les filles mozabites adorent les poupées. Elles portent le nom de 'teslet' ou jeune mariée en langue mozabite. Sur le visage de cette poupée sont peints le maquillage et les tatouages des femmes mozabites. Les pièces de monnaie qui forment le collier portent la date de 1870 écrite en caractères arabes. Sur le front, pend une petite main de Fatima en métal. Cette main de Fatima, la fille du prophète Mahomet, retourne le mauvais sort vers la personne qui le jette. Sur la poupée on remarque des boucles d'oreilles et une longue chaîne avec des fibules. Elle porte aussi des anneaux de chevilles et des souliers de cuir. Les filles qui sont moins favorisées se font faire par leurs mères ou font elles-mêmes des poupées de chiffons avec les cheveux en poils de chèvre. A.M. Goichon donne dans son livre de 1927 La vie féminine au Mzab quelques informations sur les poupées (p. 58-59). Les petites filles du Mzab jouent à la noce avec des poupées qu'elles fabriquent avec une armature de deux baguettes en croix et qu'elles vêtent d'un chiffon, le plus souvent en mariée. “La tête est un petit chiffon blanc, choisi très propre, sur lequel l'enfant dessine un visage au charbon et fixe des cheveux en poil de chèvre”. Selon cet auteur, un autre type de poupée était fait quand les chiffons manquaient. “Les chiffons sont rares et enviés ; quand on n'en a pas, on se dédommage en faisant une poupée incassable : les yeux, le nez, la bouche, sont dessinés sur un bel os raclé et lavé”. Pour le jeu de poupée de leurs sœurs, il arrive que des frères fassent une maisonnette mozabite. Contrairement à ce qui se passait chez des populations amazighes, les poupées ne jouaient “jamais de rôle religieux au Mzab, elles sont du domaine exclusivement privé, sans être jamais employées dans les fêtes populaires” (Goichon, 1927: 58-59).

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2.11 Les poupées-femmes kabyles
Jusqu'à présent je n'ai trouvé qu'une seule information sur les poupées chez les Kabyles, celle fournie par Germaine Laoust-Chantréaux qui en parle par rapport à ses recherches dans la région de Aït Hichem entre 1937 et 1939. Elle mentionne la poupée représentant la jeune mariée et une autre poupée représentant un bébé. Cette poupée-bébé est décrite dans la section sur les poupées-enfants. La poupée-femme est décrite de la manière suivante (1990: 167) : La représentation anthropomorphique de la tislit gagne encore en précision. Cette poupée est formée de deux bâtons disposés en croix et recouverts d'étoffe : c'est la “mariée” avec laquelle les enfants jouent de longues heures puis qu'ils perdent ou brisent sans regrets.

2.12 Les poupées-femmes chaouia
Dans la région montagneuse de l'Aurès en Algérie les enfants amazighs chaouia possèdent des poupées-femmes. Non seulement les filles mais aussi les garçons confectionnent ces poupées. Les poupées de la collection du Musée de l'Homme datent toutes de 1936 et 1937 mais Huughe les mentionne sous le nom 'taslit' en 1906 (p. 519). Selon Tillion (1938: 54) les poupées-femmes chaouia s'appellent 'haslit' ce qui signifie fiancée, mariée. Le même mot désigne en plus “la petite héroïne de la fête des labours et la cuiller à pot qu'on habille en femme et qu'on promène solennellement pour faire pleuvoir”. L'armature des poupées, d'une hauteur de 7 à 28 cm, est faite d'un bâtonnet ou d'un os unique, ou bien de deux bâtonnets ou d'un os et d'un bâtonnet ligaturés en croix (fig. 64). Les bras de certaines poupées sont faits d'un bâtonnet brisé au milieu (fig. 6465, H = 18 cm; catalogue 3.8, 36.2.279, p. 285). 64

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Les vêtements sont ceux des femmes locales. Les poupées portent souvent une ou plusieurs robes rougeâtres mais parfois la robe est blanche, noire, verte ou orange. Beaucoup de poupées ont une cordelière et une ceinture en fils de coton 65 ou de laine pour cintrer les robes. Au-dessus elles portent souvent une mante blanche ou noire. La robe rouge est, selon Mathéa Gaudry, typique pour le sud des vallées ceci suite à l'influence saharienne. Cet auteur ajoute que la mante blanche est principalement un manteau d'hiver et la mante noire un manteau d'été (1929: 34-35). Certaines poupées portent un turban et/ou un foulard et leurs cheveux sont parfois naturels. Quelques poupées sont ornées d'un collier ou d'une chaînette (fig. 66, p. 114, H = 17,5 cm; catalogue 3.8, 36.2.314, p. 285). Une photo de femmes en tout apparat d'un village chaouia se trouve dans le Catalogue des Collections de l'Aurès (1943: 1). Les vêtements de la poupée peuvent indiquer la situation particulière dans laquelle le personnage se trouve. Ainsi une poupée fut désignée comme une divorcée. Il est à remarquer que les poupées-femmes chaouia portent parfois un bébé ou un petit enfant dans le dos (fig. 67, p. 115, H = 21 cm; catalogue 3.8, 37.9.33, p. 285). Selon toutes les informations à ma disposition, il est clair que ceci est une vraie exception chez les poupées sahariennes et nord68 africaines. L'armature de la poupée-bébé est faite d'un morceau de roseau (fig. 68, H = 6 cm).

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Pour les filles comme pour les garçons ces poupées représentent des personnages féminins auxquels ils donnent des noms propres : “chaque poupée a un nom, parfois un nom arbitraire, qui a plu à l'enfant, mais, plus souvent, le nom d'une fille qu'il connaît et admire”. Lorsqu'il est question d'un nom réel, les enfants tiennent compte de la filiation. Ainsi un garçon de six ans était furieux parce qu'un garçon de quatre ans appartenant à une autre fraction avait donné à sa poupée le nom d'une fille de la fraction du premier garçon : “Il peut bien prendre des noms de sa fraction, disait-il, il a bien assez de filles chez lui” (Tillion, 1938: 54).

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2.13 Les poupées-femmes du Nord-ouest algérien
Auprès d'un groupe amazigh, les Beni Snous de la région du village du Kef en Algérie près de la frontière algéro-marocaine et pas loin de Tlemcen, Edmond Destaign (p. 64) a noté en 1905 une autre manière de faire une poupée-femme lors de la fête de l'ennayer, la fête du nouvel an amazigh. Parfois les filles vont : Quand le soleil est chaud, jusqu'à la grotte des Ath Moumen (grotte creusée dans les dolomies près du village du Kef). Au moyen d'une tige de férule, les petites filles font une poupée qu'elles revêtent comme une mariée et jouent, en chantant, jusqu'au coucher du soleil. Nefissa Zerdoumi (1982: 228) nous parle, sur la base de ses recherches au début des années 1960, des poupées des filles de Tlemcen au Nordouest de l'Algérie, sa ville natale : Dans les campagnes comme dans les faubourgs, les seules poupées que l'on voit occasionnellement sont bien modestes et de surcroît on les appelle blisa (féminin de blis qui veut dire Satan). Elles sont fabriquées tant bien que mal, en cachette, par leurs mères d'adoption; deux roseaux assemblés en croix et recouverts de chiffons forment le corps et les membres ; sur la tête, façonnée approximativement, sont dessinés, à l'encre généralement, les yeux, le nez et la bouche ; de vrais cheveux sont parfois ajoutés sous un morceau d'étoffe ajusté en forme de foulard. Dans la fiction qui s'instaure, la poupée est, comme pour la fillette européenne, le poupon que l'on dorlote, mais c'est aussi parfois l'objet de jeux plus osés : on marie la poupée, on la délivre d'un enfant en imitant les gestes de la qâbla (sage-femme). A l'âge où l'on emmaillote les poupées, succède rapidement l'âge où l'on emmaillote de vrais bébés et cette transition mérite d'être soulignée car elle est sans doute la charnière de la condition sociale féminine.

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2.14 Les poupées-femmes marocaines
Les renseignements recueillis sur les poupées-femmes marocaines se réfèrent à des poupées des filles des villes de Fès, Moulay Idriss, Rabat, Settat, Khouribga, Marrakech et Imi-n-Tanoute, à celles des région de Ghomara, du Zerhoun, de Khemisset, de Midelt, de Goulmima, de Merzouga, de Ouarzazate, de Taroudannt et de Sidi Ifni, de certains villages du Moyen Atlas, du Haut Atlas et de l'Anti-Atlas, et des fillettes juives des anciens mellahs sud-marocains. La poupée la plus ancienne dans la collection du Musée de l'Homme fut faite par une fillette de Fès et provient d'un don de 1931 (fig. 69). Ce musée possède trois autres poupées-femmes marocaines ayant la même armature avec un os vertical. La hauteur de ces poupées varie entre 21 et 28 cm. En 1915 la Mission scientifique du Maroc mentionne déjà une poupée-femme de Settat faite d'un os entouré de chiffons. 69 70

Trois types d'armatures peuvent se distinguer en ce qui concerne les poupées marocaines. Le type d'armature le plus commun est fait d'un os, d'un roseau, d'une branchette, d'un morceau de bois ou même d'une

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plante fibreuse auquel, le plus souvent, a été ligaturé, en forme de croix, un morceau de roseau ou de bois afin de figurer les épaules et les bras, comme c'est le cas pour la poupée de la figure 69 (p. 117, H = 28 cm, catalogue 3.9, 31.45.59, p. 286). Le second type d'armature, jusqu'à présent seulement trouvé dans la collection du Musée de l'Homme, a comme tronc un carré de tissu bourré de chiffons auquel sont cousus une tête et quatre membres eux aussi en tissu bourré de chiffons (fig. 70, p. 117, H = 29 cm, catalogue 3.9, 34.123.1, p. 287). Les yeux, le nez, la bouche et les tatouages sont cousus. Le troisième type d'armature est modelé en argile (fig. 149, p. 189). Les poupées-femmes marocaines décrites dans la bibliographie, celles de la collection du Musée de l'Homme et quelques-unes des poupées sur lesquelles j'ai pu me renseigner sur place ont des traits de visage élaborés. Ces traits sont dessinés au noir de fumée, avec du goudron, de l'encre, un stylo, un crayon couleur, un fer rouge ou un couteau. Les poupées marocaines du Musée de l'Homme ont les traits de visage cousus. Moi-même j'ai trouvé une poupée-femme avec des yeux cousus. Il s'agit de la poupée-femme refaite par une fille de seize ans du village Aïn Toujdate en 1993 (fig. 72, p. 124). Une manière particulière de donner une armature et un visage à une poupée est mentionnée par J. Herber en 1918 (p. 66). Une poupée de Sidi Kacem avait les traits représentés au moyen d'entailles faite dans le roseau ; un ovale limitait le menton ; des petits traits, un peu de couleur, du noir, du rouge achevaient le visage. La croisée inférieure, qui est exceptionnelle, maintenait des chiffons et formait l'évasement des hanches. Je n'ai jusqu'à présent pas encore revu cette manière de créer le visage et l'évasement des hanches. Vu la particularité de cette armature de poupée, j'ai repris en dessin à la figure 71 la photo qui figure dans l'article de J. Herber (p. 67).

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71 Dans la région du Zerhoun près de Moulay Idriss (Herber, 1918: 66) et à Fès (Soulé, 1933: 355) il arrivait qu'un grain d'orge soit glissé sous le chiffon pour donner du relief au nez. Les cheveux des poupées sont en soie effilée, en fils de coton ou de laine, en chanvre, en feuilles de roseau, en barbe de maïs, en morceau de datte entouré d'un chiffon, mais les filles utilisent aussi leurs propres cheveux. Les poupées portent le costume des citadines ou paysannes adultes mais il est plus ou moins luxueux selon les moyens à la disposition des filles. Une mantille et des bijoux complètent éventuellement ce costume de poupée. Voici comment J. Herber (1918: 66-68) décrit la parure des poupées marocaines : La poupée a généralement des cheveux naturels qui sont maintenus par le foulard de tête, ou le bandeau. Elle est vêtue d'une série de chiffons de toutes couleurs qui représentent sans doute la superposition des caftans polychromes que porte la femme arabe ; ils sont percés d'un trou à leur centre, destiné au passage de la tête et retombent, en avant, en arrière, à la manière d'une chasuble très large, dont les bords sont ensuite repliés vers le dos, à l'alignement des épaules. Une ceinture, des fichus, terminent cet habillement - ou cet accoutrement - que parent quelquefois des sequins et des perles.

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Différents noms ont été avancés pour désigner la poupée marocaine. Doutté (1905: 328) a mentionné pour la langue amazighe 'tislit' et Westermarck (1926: 269) 'taslit'. Selon Doutté (1905: 328), Herber (1918: 68) et Soulé (1933: 355) le mot arabe 'arousa' est aussi utilisé. Destaign (1920: LVI) mentionne dans son livre sur les Amazighs du Moyen Atlas ces trois noms pour les poupées. Tous ces mots désignent la fiancée ou jeune mariée. Madame Soulé note en plus le nom 'çouira' et un article de la revue France-Maroc (1917: 39) s'intitule “la poupée iblisa”. Destaign (1905: 64) et Zerdoumi (1982: 228) parlent des poupées 'blisa' des filles de Tlemcen près de la frontière marocaine en Algérie. Un nom, plus récent est donné par Flamand qui a poursuivi ses recherches au Maroc de 1948 à 1958. Il parle de “mounica, terme issu de l'espagnol muñeca et désignant la poupée dans tous les milieux marocains” (p. 182). Ce nom semble cependant être moins récent car J. Herber le note déjà en 1918 pour Tanger, Larache et le mellah de Rabat et ajoute qu'il s'agit d'une influence des commerçants espagnols (p. 81). Mes informations, recueillies depuis 1992, mettent en avant le mot arabe °arûsa et les mots amazighs taslit, tèslit ou tislit tous signifiant la jeune mariée, pour désigner la poupée-femme traditionnelle. Le terme 'mounica' fait plutôt référence à la poupée en plastique, habillée par la fille elle-même, ou encore à la poupée importée d'Europe. Comme dans certains milieux, par exemple à Marrakech, la poupée en armature de roseau est tombée dans l'oubli, le terme de mounica s'utilise pour toute sorte de poupée. Actuellement on entend aussi les mots 'poupiya' et 'poupouya' dérivés de poupée. Là aussi il n'y a rien de neuf car comme le dit J. Herber en 1918 “le nom de poupéia pénètre le Maroc avec les poupées françaises” (p. 81). Les jeux de poupées se cristallisent autour de différents thèmes : le mariage, la grossesse et l'accouchement, la relation mère-enfant, la vie de ménage et l'enterrement. Les deux premiers thèmes, le mariage et l'accouchement, sont déjà mentionnés en 1918 par J. Herber (p. 68). Les jeux de ménages pour lesquels des poupées sont utilisées seront décrits dans Cultures Ludiques Sahariennes et Nord-Africaines. La Vie Domestique dans les Jeux et Jouets. Parmi les publications de la bibliographie, la description la plus détaillée des cérémonies de mariage que les filles offrent à leurs poupées est due à madame Soulé, date de 1933 et parle de la ville de Fès (p. 355-

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357 et 360-361). Si possible, plusieurs filles apportent leur poupée et la plus belle sera la mariée. En même temps les filles ont pris avec eux le petit ménage de leur poupée : Petit kanoun (fourneau en terre), plateau, verres, théière, boîtes à thé et à sucre, etc., et même des provisions de fête : thé, sucre, menthe, semoule". Une fois qu'une cuisine et une chambre de poupées sont préparées la mariée est assise sur des coussins avec autour d'elle les autres poupées qui lui servent de garde d'honneur. Deux grandes filles dirigent le jeu comme des maîtresses des cérémonies. Une troisième fille s'occupe de la toilette de la mariée et une jeune négresse est la servante et s'occupe des menus ustensiles de ménage. Les autres filles se mettent autour des poupées et représentent les parentes et les amies de la mariée. Pendant que la toilette de la mariée est faite derrière un rideau tendu sur une corde, les maîtresses des cérémonies chantent : “Ohé ! Madame la fiancée ! Sors pour qu'on te voie! Si tu es vraiment belle ou seulement soupçonnée de l'étre ! Ô Roses qui êtes dans le panier, appelez votre frère ! ” Une partie des parentes et amies reprend la phrase chantée pendant que les autres filles poussent des you-you d'impatience. Une fois la toilette terminée on expose la mariée sur les coussins. Alors les maîtresses des cérémonies entonnent en battant des mains le chant en l'honneur de la mariée et les fillettes répètent ce chant phrase par phrase : “Que le salut soit sur l'Envoyé de Dieu! Il n'y a point de gloire autre que celle de notre Seigneur Mohammed! Dieu est avec la très grande intercession! Il n'y a point de gloire autre que celle de notre Seigneur Mohammed! Voici la beauté pure! (sans fards). Voici la beauté de Fès! (Moulay Idriss). La voici! Puisse Dieu te bénir, ô Madame! Fasse que Sa protection soit sur toi, ô Madame! Que la bénédiction divine soit sur toi, ô Madame! Voici du miel sur la pointe de l'aiguille, le voici! Que la bénédiction de Dieu soi sur toi, ô Madame! Que sa sauvegarde soit sur toi, ô bannière des fiancés!

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La voici! La fiancée qui tourne pareille à un bol de soupe (bis). C'est, par Dieu! avec les réals (pièce d'argent) qu'on l'a emportée (allusion au douaire nuptial). Qu'elle soit la bienvenue, la belle fiancée, de même celles qui l'accompagnent! Il l'a emportée, il l'a enlevée, le seigneur des hommes! Fasse Dieu que sa fortune lui soit durable! Il l'a emportée! Il l'a emportée! Il l'a emportée! Grâce à sa fortune! ” Après l'exposition de la mariée vient le moment de la dînette pour laquelle la petite négresse a préparé le thé, les gâteaux et le couscous que maintenant les filles partagent avec leurs poupées. A la fin de la fête la mariée est replacée dans sa chambre derrière le rideau où le marié peut venir auprès d'elle. A ce moment les fillettes chantent : “Qu'elle soit bienheureuse, Madame, bienheureuse chez elle! Nous louons Dieu pour ce moment, ô Madame! C'est notre Seigneur seul qui dispense toute chose! Nous adressons nos louanges à Dieu en ce moment! Ohé Madame! Emmène-moi avec toi, emmène-moi, ne me laisse point (car) les propos de femmes m'ont fatiguée. Ohé Madame! Il est blessé par la pomme! Ohé Madame! Soigne-le avec une catin! Ohé Madame! El Glaoui ! El Glaoui! Ohé Madame! Soigne-le avec les allusions! Ohé Madame! Il est blessé et le sang coule! Ohé Madame! Soigne-le, ô commissaire! Ohé Madame! Il est blessé à la porte de la maison! Ohé Madame! Soigne-le, ô commandant! Ohé Madame! Il est blessé par l'orange! Ohé Madame! Soigne-le, ô Bitina (vedette de cinéma)! Ohé Madame! Il est blessé par le citron! Ohé Madame! Soigne-le, ô Mimouna! Ohé Madame! Il est blessé par le poignard! Ohé Madame! Soigne-le, ô jeune fille! Ohé Madame! Seigneur Abdelqader Jilali tu nous assisteras! ”

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L'article “La poupée Iblisa” dans la revue France-Maroc de 1917 (p. 39) parle aussi du jeu marocain dans lequel les filles représentent les cérémonies de mariage. La chambre de la poupée est ici un trou dans le mur tapissé de morceaux d'étoffe et fermé par une portière. On prépare à la poupée un petit siège où on l'installe. Puis on amène une seconde poupée. C'est le mari de la première. Les fillettes lui crient : "sois le bienvenu, nous t'avons trouvé une épouse qui te plaira et te donnera satisfaction". On assoit le mari à côté de l'épouse, au milieu d'un joli tapage de youyous et d'applaudissements. L'apparition d'une poupée-homme auprès des filles marocaines est aussi attestée par l'auteur marocain Mohammad Ibn Azzuz Hakim et ceci chez les filles de la région de Ghomara, plus précisément Gumara el Haila selon le livre de cet auteur (1959: 32). Selon l'Encyclopédie Berbère le pays ghomâra actuel correspond à la région occidentale du Rif central. Il fut habité par un ensemble de neuf tribus (1998: 3110-3111). Mohammad Ibn Azzuz Hakim mentionne que la poupée-homme est souvent remplacée par un petit garçon. Il donne encore quelques informations non rencontrées chez d'autres auteurs. Selon lui, la poupée est parfois remplacée par un chaton nouveau-né, qu'on enveloppe d'une loque, et pour leur jeu de poupée les filles se rendent visite l'une l'autre avec leur poupée et tiennent des conversations comme si c'était les poupées elles-mêmes qui parlent, ou bien, elles chantent pour leurs poupées pour qu'elles ne pleurent pas. Cet auteur parle de l'imitation de la fête de mariage mais en plus de celle de la circoncision et même du baptême, bien que ce dernier terme, donnée sans aucune explication, reste trop vague pour expliciter une réalité musulmane. Peut-être est-il question de la cérémonie de l'imposition du nom le quarantième jour après la naissance, comme me l'ont suggéré des gens de Marrakech. Un autre jeu de poupée représentant la circoncision est mentionné à la fin du chapitre sur les poupées-enfants marocaines (p. 213). Excepté quelques informations sur les poupées et jeux de poupées des filles Aït Ouirra, de Marrakech, de quelques autres villes et des anciens mellahs juifs du sud-marocain provenant de la bibliographie, les données sur les poupées et jeux de poupées marocains proviennent de mes recherches au Maroc depuis 1992. Ces informations ont été présentés

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suivant un ordre géographique en commençant par les données sur les enfants des régions d'El Hajeb et de Khemisset dans le Nord du Maroc. Puis viennent les données concernant les enfants du Moyen Atlas, des régions de Midelt, Goulmima et Merzouga, ainsi que celles provenant des enfants de la région du Jbel Siroua dans le Haut Atlas, des régions de Marrakech, d'Imi-n-Tanoute et de Taroudannt, de la région de Sidi Ifni dans l'Anti-Atlas et de la ville de Sidi Ifni. Finalement, les données en rapport avec les anciens mellahs juifs du sud-marocain sont mentionnées. Souad Ouazzani, une fille de seize ans vivant à Aïn Toujdate un village entre El Hajeb et Fès, a reproduit en août 1993 la poupée-jeune mariée ou °arûsa comme elle le faisait à l'âge d'environ dix ans, c'est-àdire vers 1983. Elle et les autres filles jouaient avec cette °arûsa à la fête de mariage, éventuellement avec une poupée-jeune marié ou °arîs. La poupéejeune mariée de la figure 72 (H = 23 cm, L = 12,5 cm) fut faite par Souad de la manière suivante. A un morceau d'une planche une branchette est attachée en forme de croix avec un ruban. Cette structure est enveloppée de trois couches d'étoffes différentes. En serrant ces étoffes par un ruban qui passe derrière le 72 cou et par-devant en dessous des bras, les seins de la poupée sont mis en relief. Un caftan rouge à dessins noirs couvre le tout. Un foulard coiffe la tête et un izâr, grand foulard ou drap, brun est drapé de la tête aux pieds et retenu à la taille par un large ruban multicolore. La tête de la poupée est confectionnée

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avec une étoffe blanchâtre, ressemblant à de la gaze, bourrée de petits chiffons, le tout étant fermé par derrière en le cousant avec du fil de coton. Sur cette tête figure un visage aux grands yeux, cousus avec du fil de coton noir, des sourcils, un nez et une bouche ovale dessinés au stylo. Un jour, lors de l'°Ashûra, Souad et sa sœur ont pu acheter de leur grand frère un petit cadeau. Souad à choisi une poupée-femme et sa sœur une poupée-homme, toutes les deux en plastique. Ensemble elles ont joué au mariage de leur couple de poupées en couvrant leurs poupées couchées avec un morceau d'étoffe et en dansant et chantant autour d'elles. Pour son jeu de poupée, une fille des Amazighs Khabliîn d'environ huit ans, Hesna Ourèra, utilise des poupées-femmes et des poupéeshommes rudimentaires. Avec une ou quelques copines, elle joue toujours à la fête de mariage. Hesna habite le petit village Aït Hmed ou Yacoub situé à 4 km de Khemisset près de la route vers Sidi Slimane. Quand j'ai rencontré Hesna la première fois en octobre 1996, elle se trouvait près de sa maison de poupée. Dans cette maison de poupée, plus ou moins elliptique de 70 cm sur 50 cm et faite de deux rangées de pierres superposées, trois poupées sont couchées par terre (fig. 73).

73 Cette maison de poupées se trouve adossée au mur de la maison paternelle. Comme cela se voit sur la photo, une photo sur laquelle Hesna ne voulait pas figurer, il y a au milieu de la maison de poupée un morceau d'étoffe comme tapis, des morceaux de verre comme verres de

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thé et une boîte de sardines comme plateau. Une touffe d'herbes est devenue un bouquet de fleurs. Les poupées elles-mêmes représentent, selon Hesna, deux tislit ou jeunes mariées, et un isli ou jeune marié (fig. 74, voir aussi Rossie e.a, 1998, vidéo, p. 321). Les poupées de cette fille sont faites d'un morceau de roseau coupé en deux qu'elle entoure complètement d'une cotonnade. Ce vêtement est fixé en mettant l'extrémité de l'étoffe dans le tour d'étoffe précédent ou bien avec une petite ceinture faite de la même étoffe. Ces poupées n'ont ni bras, ni visage, ni cheveux, ni bijoux. La distinction que Hesna fait entre la poupée-femme et la poupée-homme est surtout basée sur la pose d'un petit caillou en haut du roseau de la poupée-homme, caillou qui est presque invisible car entouré par l'étoffe. Des trois poupées que Hesna m'a données, la plus grande de 17 cm et la plus petite de 13 cm sont des poupées74 femmes. La poupée-homme avec caillou mesure 16 cm. Ces poupées de Hesna démontrent que même si à la ville moyenne de Khemisset, chef-lieu de la province de Khemisset, et selon toutes les informations recueillies sur place les filles ne jouent aujourd'hui qu'avec des poupées en plastique, la poupée locale fabriquée par les filles ellesmêmes peut encore survivre dans des villages en bordure de la ville. La même situation se présente à Midelt, une petite ville au pied du Jbel Ayachi, à Taroudannt, une petite ville dans la vallée entre le Haut Atlas et l'Anti-Atlas, et à Sidi Ifni, une autre petite ville à la côte atlantique au sud d'Agadir. A Tiddas, un village amazigh à 45 km de Khemisset sur la route reliant cette ville à Khenifra, deux sœurs Malika et Thuriya Bannour, respectivement dix-sept et vingt-deux ans en octobre 1996, m'ont raconté

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qu'elles confectionnaient des poupées-jeunes mariées et des poupéesjeunes mariés quand elles étaient des petites filles. Ces poupées 'tislit' et 'isli' avaient une armature de roseau en forme de croix, le morceau de roseau servant de bras étant fixé avec une bandelette d'étoffe. L'armature était vêtue de chiffons à la manière des femmes ou celle des hommes. Un visage, avec bouche, nez, yeux et sourcils, était dessiné au stylo. Elles jouaient avec d'autres filles à la fête de mariage en chantant les chansons de circonstance. Malika et Thuriya attestent cependant que ces poupées locales encore fabriquées par les filles elles-mêmes vers 1990 n'existent plus dans leur village situé en bord de route. Elle y est remplacée par une poupée en plastique, avec cheveux et vêtements, achetée dans les petits magasins ou lors du marché. Au pied du Moyen Atlas, sur la route de Khenifra à Khemisset, se trouve Oulmès, bien connue pour sa source dont l'eau est commercialisée sous ce nom. En 1996, des informations concordantes de Fatima Boutouil de cinquante-sept ans, de deux femmes de sa famille d'environ soixante-dix ans et de deux garçons d'environ dix ans rencontrés lors d'une visite à cette source, tous nés dans la région, attestent l'utilisation d'une plante fibreuse à longues feuilles minces appelée bèrwèl comme armature de poupée. Cette plante, qui pousse en période de pluie, était aussi utilisée pour se faire un bracelet ou un collier et même pour y verser, après l'avoir gonflée, du lait de chèvre qui mis dans la chaleur donne du beurre. Pour faire une poupée une plante est coupée à ras du sol et retournée pour que les feuilles pendent en bas. En haut se montre alors une tige blanchâtre dans laquelle une branchette est introduite horizontalement pour donner des bras à la poupée-femme (fig. 75). Selon les deux garçons, les filles pendent des chiffons par- 75 dessus les bras de la poupée pour la vêtir. Dans les années 1940 et selon Sfia Gharîb, une femme née en 1938 dans le village amazigh Arhbalou-n-Serdane sur la route de Khénifra à

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Boumia mais vivant à Midelt, elle-même et les filles entre quatre et onze ans se fabriquaient une poupée-jeune mariée ou tislit, pour jouer ensemble avec un groupe d'environ quatre filles, des cousines ou voisines, ou parfois même seule à la cérémonie de mariage, presque toujours la cérémonie de mariage. Pour cela elles utilisaient une petite maison de poupée bordée de pierres. Dans le cadre de la cérémonie de mariage elles jouaient aussi à la dînette pour la préparation de laquelle un petit moulin à bras ou takkerût est utilisé. Ce jeu de poupée pouvait se pratiquer durant toute l'année et rien n'empêchait les filles de jouer avec leurs poupées à la maison. Sfia Gharîb a refait en janvier 1997 deux poupées presque identiques et dont on voit une à la figure 76. Toujours sur un os de patte de mouton, la moitié d'un morceau de roseau est ligaturé en forme de croix avec une bandelette. Quatre ou cinq rectangles de tissu, au milieu desquelles une fissure est faite pour pouvoir le passer pardessus la tête, servent de sous-vêtements et survêtements. La couleur des étoffes est blanche ou rose, une fois elle est noire. Le survêtement ou tfina est dans les deux cas une cotonnade blanche transparente tout comme la large cape ou ternest que portent ces poupées. Une ceinture de tissu rose tient les vêtements en place. La tête porte ou bien un foulard noir ou bien un foulard rose, tenu en place par une bandelette blanche. Des traits de visage n'étaient pas 76 dessinés sur le haut de

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l'os qui reste visible. Ces deux poupées mesurent 29 cm de hauteur et l'envergure des bras est 9 cm. Un professeur d'éducation physique marocain, Lahcen Oubahammou, a obtenu en juin 1987 le grade de maître ès-sciences en sciences de l'activité physique à l'Université Laval au Canada avec sa thèse L'ethnographie des jeux traditionnels chez les Aït Ouirra du Maroc : description et classification. Dans cette thèse, peut-être unique dans son genre en ce qui concerne le Maroc, l'auteur décrit cinquante-trois jeux avec plusieurs variantes. Ces jeux sont le plus souvent des jeux d'adresse et des jeux sportifs. Cependant, il donne aussi quelques informations sur le jeu de poupée des filles Aït Ouirra. Les Aït Ouirra sont une population amazighe de 14.019 personnes selon le recensement de 1971, vivant au Moyen Atlas dans la région montagneuse et boisée d'El-Ksiba à environ 1100 m d'altitude et à 27 km de la ville de Kasba-Tadla. Le jeu de la jeune mariée, 'ilihane n'tislit', est décrit par Lahcen Oubahammou de la manière suivante : Les fillettes Aït Ouirra... prennent un morceau de roseau (aghanim) sur lequel elles fixent un autre morceau en forme de croix pour représenter les bras. 'Tislit' peut être aussi le tibia de mouton appelé 'taâjijt'. Le visage est dessiné avec le noir de fumée (ayffouss) et la poupée est habillée de vieux linge. Les fillettes la promènent en répétant le chant dit à l'occasion d'un mariage. Un groupe de fillettes accompagne 'la fiancée' vers la demeure de son fiancé et, chemin faisant, elles répètent le refrain suivant : “Doumt a thi hak zourkh a rabbi” qui veut dire “allez-y que Dieu soit votre guide”. Un autre groupe de fillettes accueille la fiancée. Lorsque le cortège s'approche du groupe qui accueille, il répète le refrain suivant : “Yim takhen a brid A ikhamen makkourrine A youchen ghedd tamlatt A yifigher noubrid A lamoun mech immouth”. “Ouvrez-nous le chemin Ô grandes familles Ô chacal ou gazelle

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Ô serpent du chemin Surtout s'il est mort”. Le groupe qui accueille répond : “Nssayakhount ahrir A ikhamen mekkourrine”. “Nous vous présentons ahrir Ô grandes familles”. Traversant le Moyen Atlas et en se dirigeant vers Errachidia on arrive à la petite ville de Midelt située à une altitude de 1500 m au pied du Jbel Ayachi. Comme dans d'autres villes la poupée traditionnelle faite par les filles elles-mêmes semble y avoir disparue mais à 3 km avant Midelt en venant de Meknès des filles la font encore. Ce sont des filles Oulad Khawa, Ikhawîn en amazigh, du village She°ba, un îlot arabophone en milieu amazigh. Bouchra, une fille d'environ huit ans et allant à l'école, a montré en novembre 1996 comment elle procède pour faire une poupéejeune mariée ou °arûsa (fig. 77, H = 15 cm, envergure des bras = 6,5 cm). Pour cela elle relie en forme de croix deux morceaux de bois avec un lacet. Puis elle met un morceau rectangulaire d'une vieille nappe en plastique sur cette armature. Audessus de cette longue robe un survêtement ou 'caftan' d'étoffe transparente à motifs brillants est mis, une ceinture de la même étoffe serrant la taille. Afin de pouvoir passer la tête de la poupée à travers les vêtements une fissure est faite en leur centre avec les dents ou si nécessaire en frappant avec une pierre l'endroit voulu. Comme 77 foulard une bandelette de tissu noir

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enveloppe la tête en ne laissant rien apparaître du visage où il n'y a d'ailleurs pas de traits de visage. Ce foulard a été ajouté par une autre fille à qui Bouchra a demandé de le faire. Comme d'autres filles expliquent, ce foulard manque parfois surtout lorsque la fille en question n'arrive pas à le faire elle-même. Avec une poupée-jeune mariée plusieurs filles jouent ensemble aux cérémonies de mariage après quoi la poupée est jetée pour en faire une nouvelle le moment voulu. Il n'y a pas de période particulière de l'année pour jouer à la poupée. Les filles disent qu'une fois elles jouent à la poupée, une autre fois à la marelle, au jeu de ménage et ainsi de suite selon leur bon plaisir. Dans ce village il y a parfois des filles qui ont reçue une poupée en plastique achetée dans un petit magasin ou au marché. Pareille poupée se casse assez vite mais elle continue néanmoins à servir même sans bras ni jambes. Le vêtement d'origine peut être remplacé par un vêtement de poupée locale comme cela se voit à la figure 78. 78

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A Ksar Assaka, un petit village à 4 km de Midelt en direction du Jbel Ayachi, j'ai pu obtenir fin 1996 et début 1997 des informations précises sur le jeu de poupée des filles. Ces informations proviennent de trois sœurs - Souad, Najat et Sabah Laabib - qui jouaient à la poupée entre 1975 et 1985 ainsi que de leur mère Aïcha Aït Mamou qui en faisait autant environ vingt-cinq années plus tôt. Cette famille appartient au groupement amazigh des Aït Merghad. Actuellement cette poupée serait devenue très rare dans ce village si elle n'y est pas tout à fait disparue, la poupée locale étant remplacée par la poupée en plastique importée. Souad Laabib, née à Ksar Assaka en 1968, m'a décrit en détail le jeu de poupée de son enfance. Elle s'y adonnait entre ses six et douze ans dans un groupe de jeu très stable composé d'elle-même, de deux cousines et de deux copines du voisinage. L'endroit lui aussi était fixe, situé sur le côté ensoleillé de la maison paternelle de Souad et où il n'y avait pas de maison ni de champs. Le jeu de poupée se pratiquait à n'importe quel moment de l'année, les filles alternant le jeu de la poupée avec la marelle, les osselets, le cache-cache et même le football avec les garçons. Le jeu de poupée, dans lequel à chaque fois il est question de la tamgra, c'est-à-dire la fête de mariage, se jouait plus ou moins une fois par semaine. Le moment propice de la journée est l'après-midi pendant la sieste des parents. Le groupe de jeu se divise en deux. Souad et deux filles seront les parentes de la poupée-jeune mariée et Zhor, une copine du voisinage et une autre fille seront les parentes de la poupée-jeune marié. Chaque fille se choisit un vieux prénom comme Beha, Etto, Yemna, etc.

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La première chose à faire est de contrôler l'état de la maison de poupée de la jeune mariée et celle du jeune marié, de les réparer si nécessaire et de les nettoyer avec un peu d'eau et une brosse. Les deux maisons de poupées sont rectangulaires et d'environ la même grandeur, les murs étant délimités par des pierres (fig. 79, p. 132). La maisonnette à gauche du dessin s'appelle taddert n tislit, la maison de la jeune mariée. Ce qui distingue la maison de poupée de la tislit est l'escalier à trois marches, trois rectangles de pierres faits devant la porte de la maison, et le heurtoir, une petite pierre sur une grande pierre placée devant l'escalier. Dans chaque maison de poupée six morceaux de carton remplacent les tapis, des morceaux de verre deviennent des verres à thé et des herbes ou s'il y en a des fleurs de champs créent un bouquet de fleurs. Pendant que les autres filles nettoient les maisons de poupées, Souad fabrique une tislit et Zhor un isli, cette poupée-jeune marié étant du même genre que celle de la figure 83 côté gauche (p. 137). Une fois que tout cela est bien en ordre, Zhor, la mère du jeune marié, et sa compagne s'amènent devant la maison de la tislit, elles frappent à la porte et sont invitées d'entrer avec toutes les formules de politesse nécessaires. Le thé est servi et après l'échange de quelques nouvelles, le vrai but de la visite se révèle. Les femmes en visite proposent le mariage de leur fils avec la fille de la maison, tout en louant les vertus de l'une et de l'autre. Une discussion suivant les règles s'engage, l'accord de principe est conclu et une nouvelle rencontre est fixée. Les femmes en visite s'en vont mais reviennent bien vite. Pendant leur absence le montant de la dot pour la fiancée et sa famille est fixé. Quand les femmes reviennent une nouvelle discussion s'engage et une fois que les deux familles tombent d'accord la date du mariage est choisie. A ce moment, le jeu qui a déjà duré environ deux heures est interrompu pour le continuer l'après-midi suivant ou même plus tard. La deuxième partie du jeu de poupée commence avec l'inspection des lieux et des poupées qui sont restées sur place parce que Souad et ces compagnes de jeu n'amenaient pas ces poupées à la maison. Souad dit dans ce contexte qu'elle n'a jamais pris une poupée à la maison mais elle ne peut pas en donner la raison, seulement cela ne se faisait pas. Une fois les réparations exécutées, la mère du jeune marié revient avec sa compagne chez la jeune mariée avec les cadeaux de circonstance, des vêtements, des souliers, de la farine, du sucre qui ne sont autres que des

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chiffons, des vieux souliers, une grande pierre, un bidon vide. Alors tout le monde chante et danse comme pour un vrai mariage en rythmant cela avec un vrai petit bendir ou tambour à main. Quand les chants et la danse s'arrêtent, les filles vont chercher le jeune marié et là les chants et la danse reprennent. Alors la mère de l'isli prend sa poupée dans ses bras et en cortège on regagne la maison où la tislit attend. La poupée-jeune marié est placée à côté de la poupée-jeune mariée et chaque fille se met autour de ce couple. A ce moment est mimée la cérémonie de la pose du henné, remplacé par du sable mouillé, sur les mains et les pieds du couple en chantant les chansons de circonstance. Un vrai dîner composé de pain et de tomates est alors dégusté. Après le dîner le couple est amené à la maison paternelle de l'isli. Quand la tislit quitte sa maison, les filles chantent une chanson d'adieu triste mais quand on arrive à la maison de l'isli la chanson est joyeuse. Dans cette maison la mariée et le mari sont couchés l'un à côté de l'autre sur un lit de carton. La nuit de noces bien courte se termine par le retour des parentes qui viennent vérifier la preuve de la virginité de la tislit, une serviette blanche sur laquelle un peu de safran rouge a fait des taches de sang. Le jeu de poupée arrive à son terme avec le chant qui honore la virginité de la poupée-jeune mariée. Le jeune couple est laissé dans la maison de poupée et tout est abandonné jusqu'au prochain jeu de poupée. Souad a refait cette poupée-jeune mariée qui était confectionnée selon un modèle immuable (fig. 80). L'armature est faite d'un roseau à l'arrière duquel un morceau de la moitié d'un roseau est ligaturé en forme de croix avec une bandelette. Au-dessus des bras pendent en avant et en arrière deux vêtements 80 faits de longs rectangles de tissu

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avec au centre une petite fissure pour faire passer la tête de la poupée. Cette fissure est faite en frappant l'étoffe placée sur une pierre plate avec une autre pierre ou parfois avec un couteau. Le premier vêtement, qui représente le tshamir est un morceau de tissu multicolore aux motifs floraux. Pour le survêtement, le tfina, une étoffe à motifs brillant est obligatoirement utilisée. Ces chiffons précieux étaient apportés de chez un tailleur par la mère de Souad lorsqu'elle allait au marché du dimanche à Midelt. La poupée montrée à la figure 80 (p. 134) porte comme survêtement un morceau de tissu à fond noir transparent sur lequel sont appliquées des feuilles et des fleurs rouges bordés d'un contour doré. Une ceinture du même tissu sert la taille. Le morceau de roseau audessus des bras est entièrement enveloppé avec un foulard ou tèh'nebusht bleu avec au-dessus un autre foulard fait du tissu brillant utilisé pour le survêtement. Ainsi rien n'apparaît de la tête de la poupée. Cette poupée mesure 29 cm de haut avec une envergure des bras de 14 cm. La sœur de Souad, Najat Laabib, née en 1971 à Midelt, vivait aussi à Ksar Assaka où elle a joué à la poupée jusqu'à l'âge de douze ou treize ans. Le groupe de jeu comportait en plus de Najat, une sœur cadette, Sabah, et deux cousines habitant une maison voisine. Comme dans le cas de Souad, c'est toujours et uniquement la fête de mariage, la tamgra, qui était mise en scène. Selon Najat, elles aimaient beaucoup ce jeu de poupée, c'était à chaque fois quelque chose de spécial. Elles le jouaient souvent au début des années 1980 sauf s'il faisait trop froid. Le jeu commence en construisant ou en réparant la maison de poupée dans le jardin de la maison paternelle de Najat, toujours au même endroit. C'est une maison de poupée rectangulaire assez grande, d'environ 1 m sur 2 m, avec une chambre dans chaque coin où les quatre filles peuvent s'asseoir à l'aise. La maison et les chambres sont délimitées par une rangée de pierres bien propres et un peu brillantes de la grandeur d'un poignet et complétées à certains endroits avec des morceaux de verre blanc et vert provenant de bouteilles cassées. A la chambre du coin supérieur droit un petit escalier, fait de deux roseaux auxquels des morceaux d'une planche sont attachés par des rubans, mène à la terrasse virtuelle. Une fois que la maison de poupée est en ordre elle est nettoyée avec un peu d'eau et avec quelques herbes ou fleurs de champs un jardin de fleurs est créé.

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Maintenant chaque fille commence à confectionner sa tislit ou jeune mariée. Elles rivalisent pour faire une belle tislit et si une poupée est jugée ne pas assez belle elle est aussitôt refaite. Un isli ou jeune marié est aussi fabriqué par chaque fille. Ainsi ce sont quatre couples pour qui la fête de mariage est faite en dansant et en chantant comme s'il s'agissait d'un vrai mariage. Deux filles s'accompagnent avec le tellunt, un tambour à main ou bendir, les deux autres avec le tèbja, une flûte à corne de mouton. Deux scènes sont mimées durant cette fête de mariage. La première scène est celle de faire monter la poupée tislit sur une poupéemouton et dans la deuxième scène l'isli, portant un bâton tenu par la fille qui manipule la poupée et signe distinctif de l'autorité du mari, accueille sa tislit chez lui. Il y a aussi un dîner avec des tomates et du pain. La poupée-mouton représente le mouton que la famille du jeune marié apporte chez la jeune mariée et que cette dernière monte pour qu'elle ait une bonne vie. Pour figurer cela, la poupée-tislit est couchée sur le dos de la poupée-mouton et ainsi elles font une petite promenade (fig. 81). Cette poupée-mouton est faite avec un vieux bidon d'huile autour duquel un morceau de peau de mouton usé est cousu. Les pattes sont quatre pilles usées et deux cornes de mouton sont fixées au bon endroit. 81

Ce jeu de poupée qui dure plusieurs heures peut être interrompu pour se continuer plus tard. Dans ce cas Najat apportait ses poupées à la maison sans que sa mère ne s'y soit opposée. Une fois la fête de mariage de leurs

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poupées terminée, les filles s'amusent à tout casser, même les poupées, en jetant des pierres et cela avec beaucoup d'hilarité. Quand j'ai demandé à Najat en septembre 1996 si elle voulait recréer le plus fidèlement possible la poupée-jeune mariée de son enfance elle m'a offert lors d'une nouvelle visite trois poupées-jeunes mariées. La première tislit (fig. 82) a une armature de deux roseaux ligaturés en forme de croix avec un ruban d'étoffe. Au centre d'un morceau de tissu bleu une ouverture est faite pour pouvoir draper le survêtement ou tfina sur les bras et le corps de la poupée. Ce vêtement unique est cintré par un ruban jaune. La jeune mariée a des cheveux, avec deux longues tresses devant les bras, faits de fils de laine brune tirés d'un vieux tapis. Le foulard est un chiffon rouge tenu en place par un ruban blanc. Deux grandes boucles d'oreilles avec chacune trois perles passent à travers le foulard. Cette poupée-jeune mariée sans traits de visage a 28 cm de hauteur et une envergure de bras de 21 cm. 82 83

La deuxième tislit (fig. 83 côté droit) a la même armature que la précédente, mais les bras sont faits avec un morceau de la moitié d'un

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roseau. Cette poupée est vêtue d'un vêtement unique, un long morceau de tissu rose à motifs brillants rectangulaire, serré à la taille par un ruban du même tissu. Autour de la tête est noué un foulard lui aussi du même tissu. Sous ce foulard sont fixés les cheveux qui pendent en deux tresses devant les bras. Comme pour la poupée précédente les cheveux sont faits avec des fils de laine brune tirés d'un vieux tapis. Cette poupée mesure 27 de haut et 13,5 cm pour l'envergure des bras. Elle non plus n'a pas de traits de visage. Pour la troisième tislit (fig. 84) le même type d'armature est utilisé sauf que cette fois le morceau de la moitié d'un roseau traverse le roseau vertical et est fixé par une bandelette. Le survêtement unique est un morceau rectangulaire de coton qui a en son centre une fissure pour laisser passer la tête de la poupée. Ce vêtement blanc à motifs bleu est serré à la taille par une ceinture de fils de laine noire et rouge. Un morceau de tissu blanc est utilisé pour couvrir la tête. Contrairement à toutes les autres poupées faites par Najat et ses sœurs, cette poupée a un visage dessiné au stylo noir pour les yeux et sourcils et au stylo rouge pour la bouche et le maquillage sur les joues. Les cheveux qui pendent sur le dos en une longue et large tresse sont faits avec des fils de laine beige tirés d'un vieux tapis. Un foulard enveloppe la tête et est fixé à la hauteur du cou par un ruban, tous 84 deux du même tissu que la robe. Cette poupée mesure 22,5 cm de haut et l'envergure des bras 10 cm. L'isli, la poupée-jeune marié que Najat a refait à ma demande un peu plus tard, est bien plus simple (fig. 83 côté gauche, p. 137). L'armature en forme de croix, avec un morceau de la moitié d'un roseau introduit dans la fissure faite en haut du roseau vertical et fixé par un ruban pour

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former les bras, n'est vêtue que d'un jellaba et d'un turban faits avec un tissu mauve. Cette poupée mesure 19,5 cm de haut et 8,5 cm pour l'envergure des bras. La plus jeune des sœurs Laabib, Sabah, est née à Midelt en 1973. A Ksar Assaka, elle jouait ensemble avec sa sœur Najat au mariage des poupées. Sabah à refait fin 1996 des poupées de son enfance lorsqu'elle avait environ dix ans, c'est-à-dire vers 1983. Elle a créé trois modèles différents dont deux en armature de roseau et un autre à épis de maïs. La poupée à épis de maïs, de 19 cm de haut avec une envergure des bras de 11,5 cm, est confectionnée de la manière suivante (fig. 85). A cinq centimètres du haut de l'épis de maïs est introduit la moitié d'un morceau de roseau servant de bras. Les cheveux longs roux-brun noués avec un fil rouge-noir ne sont autres que la barbe de l'épi. Le vêtement unique consiste en un morceau de tissu molletonné provenant d'un vêtement de bébé usé de couleur verte à l'extérieur et blanche à l'intérieur. Une petite fissure faite dans le tissu permet de faire passer les cheveux et la tête de la poupée. Une partie blanche du tissu enveloppe les bras. Un petit ruban d'étoffe bleue sert la taille. Le haut 85 de l'épi de maïs qui forme la tête ne porte pas de traits de visage. A l'arrière la robe est tenue en place avec la tige qui transperce le tissu. L'utilisation d'un épi de maïs pour confectionner une poupée est aussi attestée pour le village de Tizal près d'El Khemis.

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Pour sa seconde poupée Sabah a utilisé deux moitiés d'un morceau de roseau qu'elle a ligaturés en forme de croix avec un ruban (fig. 86, côté gauche). Les cheveux blonds abondants de cette poupée de 23 cm de haut avec une envergure des bras de 18,5 cm sont faits avec du chanvre. Ces cheveux longs entourent complètement le haut du roseau vertical ne laissant rien apparaître du visage de la poupée. Les cheveux qui pendent par-devant les bras sont tressés vers le bas. Comme tout vêtement elle porte un morceau d'étoffe rouge à points noirs découpé dans une vieille jellaba. Au milieu de ce morceau de tissu rectangulaire un petit trou permet de le draper au-dessus des bras et du corps, la taille étant accentuée par une large ceinture mauve et noire. Le bas de la robe est par-devant retenu en place par l'extrémité du roseau.

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La plus grande des trois poupées utilise comme armature un roseau en entier dans lequel Sabah a introduit à 6 cm du haut un demi-roseau (fig. 86 côté droit, p. 140). Elle mesure 35 cm de haut et l'envergure des bras 18 cm. Cette poupée porte drapée au-dessus des bras un joli vêtement transparent blanchâtre à motifs carrés de fils dorés. Un ruban du même tissu sert la taille. Un coquillage attaché avec une épingle de sécurité est l'unique bijou de cette tislit. Le plus remarquable à cette poupée sont ses cheveux verts tressés faits avec des feuilles de roseaux. Sur les côtés de la tête ces tresses forment deux grandes boucles qui sont tenues en place en haut du roseau par un grand foulard multicolore qui enveloppe toute la tête ne laissant pas apparaître le visage. Cette coiffure imite l'ancienne coiffure typique de la région, appelée ikherbèn, que portait encore la grandmère de Sabah mais que sa mère ne portait déjà plus. Aussi bien Souad que Najat et Sabah Laabib affirment qu'un prénom n'est pas donné à la tislit ni à l'isli. Ce fait de ne pas donner de prénom à la poupée fut confirmé en septembre 1999 par deux filles de huit et neuf ans vivant dans le village Zaïda sur la route de Meknès à Midelt et à 30 km avant cette dernière ville (voir le chapitre "Toys, Play, Signs, Meanings and Communication" (p. 79) dans Rossie, Toys, Play, Culture and Society). Aïcha Aït Mamou, née à Ksar Assaka en 1941 où elle a passé sa jeunesse et la mère des trois sœurs susmentionnées, jouait avec pareilles poupées de roseau vers 1950. Elle a spontanément refait la tislit de son enfance en octobre 1998 (fig. 87). 87 141

L'armature de cette poupée consiste d'un roseau entier auquel la moitié d'un roseau est ligaturé en forme de croix (H = 29 cm, envergure des bras = 11 cm). Comme sous-vêtements elle porte trois chiffons et comme survêtement un morceau d'étoffe multicolore à motif végétal et avec des lignes dorées verticales parallèles. Au centre de ces pièces d'étoffe un trou fut fait pour pouvoir les passer au-dessus de la tête. Le foulard est un large chiffon dont les deux bouts sont fixés au survêtement avec une épingle. Un chiffon noir représentant les cheveux entoure le haut du roseau vertical où il est tenu en place par un ruban. Ce ruban et le foulard sont de la même étoffe que le survêtement. Des yeux et des sourcils noirs, un nez et une bouche rouge et des joues rouges forment les traits de visage. Un miroir caché dans une boîte de fer blanc singularise la poupée. Jusqu'au début des années 1990 un pareil miroir attaché à un foulard rouge cachait le visage de la fiancée pendant la fête de mariage. Bien que ces miroirs se trouvent encore au marché local en octobre 1998 on m'a certifié que cette partie du vêtement nuptial ne se voyait plus. Aïcha Aït Mamou a expliqué qu'une croyance spécifique faisant référence à la grossesse était liée à ce miroir. Cette croyance stipule que la jeune mariée ne deviendrait pas enceinte si longtemps que la boîte n'est pas ouverte mais qu'elle n'a qu'à se regarder dans le miroir si elle voulait avoir un bébé. Aïcha Merghad, une femme d'environ soixante ans en 1998 né dans le village Aït Sidi Amar de la région El Ayachi productrice de pommes située à environ 20 km avant Midelt en venant du Moyen Atlas, a elle aussi refait sa poupée d'enfance. L'armature de la tislit ou jeune mariée qu'elle a faite en octobre 1998 consiste d'un morceau de roseau et un bâtonnet liés en forme de croix. Les traits de visage ressemblent celle de la poupée précédente. Les seins de cette poupée sont obtenus en mettant deux petites pierres sous les vêtements qui consistent d'un sousvêtement, un survêtement, une ceinture et un foulard provenant du même tissu blanc à points multicolores (fig. 88, p. 143, H = 25 cm, envergure des bras = 14 cm). Déjà en novembre 1997 Aïcha Merghad avait refait deux exemples des poupées avec lesquelles elle jouait vers la fin des années 1940 mais cette fois-ci l'armature verticale est un os.

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L'armature de la première poupée est un os de 11 cm de long auquel est attaché avec un ruban un demi roseau en forme de croix (fig. 89 côté droit, p. 144, H = 33 cm, envergure des bras = 12 cm). Le visage étant caché par un voile l'os n'est pas visible. Cette armature est vêtue d'un sous-vêtement vert à points blancs, un tshamir ou longue blouse bleue à lignes blanches et d'un tfina ou survêtement blanc à points bleus, rouges et bruns. Trois pièces du même tissu créent la ceinture, le grand foulard et le ruban tenant le foulard en place sur la tête de la poupée. Comme j'ai pu le constater en novembre 1997, la jeune mariée porte un grand foulard de ce genre quand elle est conduite à la maison de son mari. La deuxième poupée, qui ressemble de près la première, a le haut de l'os

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entouré d'un foulard rouge qui tient en place de long cheveux. Elle porte aussi un petit collier à perles blanches et un grand foulard jaune avec des dessins géométriques gris et bruns couvrant totalement la poupée (fig. 89 côté gauche, H = 23 cm, envergure des bras = 8,5 cm).

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Kemal Laabib, né à Ksar Assaka en 1971 et le dernier-né de Aïcha Aït Mamou, m'a dit qu'il jouait avec des filles au mariage, mais avec une petite fille comme jeune mariée et un petit garçon comme jeune marié. Cela se passait entre ses quatre à six ans. Une fois l'âge de six ans passé jouer ensemble avec les filles ne se faisait plus. Il se rappelle aussi d'avoir fabriqué la poupée de roseau, mais cela restait certainement une exception. Mhamed Bellamine, un homme né à Ksar Assaka en 1968 m'a raconté en mai 2000 que lorsqu'il était enfant les filles et les garçons entre six et dix ans jouaient ensemble au mariage à Ksar Assaka. Une belle fille était

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choisie comme jeune mariée et son maquillage se faisait avec du khol et du rouge à lèvre. Un garçon était choisi à tour de rôle pour jouer le jeune marié. Avec des pierres le plan d'une maisonnette était réalisé et du matériel de récupération comme des boîtes de sardines ou de vieilles batteries de radio représentaient les ustensiles de ménage. Alors les filles font des youyous pendant que la jeune mariée et le jeune marié sont amenés à la maison ou la cérémonie du henné est exécutée en utilisant de la boue. Puis les enfants leur donnent la bise d'adieu et leur souhaitent bonne chance. Ce jeu de mariage comporte aussi une dînette pour laquelle les enfants recevaient parfois un peu d'huile et des légumes de l'un ou l'autre adulte. Mhamed soulignait que ces légumes étaient préparés mais pas mangés. La même chose se passait lorsque du thé était préparé. A Tataouine, situé sur la piste en direction du Jbel Ayachi à 11 km de Midelt, et avec l'aide de Mohamed Hammioui, un instituteur local, j'ai reçu en septembre 1999 huit poupées, quatre faites par des filles (fig. 90) et quatre faites par une mère (fig. 91, p. 146). Avec pareille tislit ou poupée-jeune mariée et parfois aussi avec un isli ou poupée-jeune marié les filles jouent normalement au mariage dans des maisonnettes délimitées par des pierres. 90

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Avec pareille tislit ou poupée-jeune mariée et parfois aussi avec un isli ou poupée-jeune marié les filles jouent normalement au mariage dans des maisonnettes délimitées par des pierres. L'armature de ces poupées se fait avec un roseau ou un os auquel un bâtonnet est attaché en forme de croix. Certaines poupées ont des traits de visage éventuellement incrusté dans le roseau au fer rouge. Les cheveux d'une de ces poupées n'est autre que la barbe de l'épis de mais pour les autres un peu de cheveux de fille furent utilisé. Une petite poupée est la copie de la poupée telghenja utilisée pour implorer la pluie. Dans le village Tabenatout à 4 km de Midelt sur la route vers Tataouine j'ai vu comment les filles donnaient de très long cheveux à leur tislit ou poupée-jeune mariée en novembre 1997. Afin de créer ces cheveux très estimés et quatre fois la longueur de la poupée elle-même les filles cherchent la partie supérieure d'un jeune roseau avec des longues feuilles vertes. Avec ses ongles Imane Bâalil, la fille de treize ans que l'on voit sur la photo, divise deux ou trois feuilles en fines bandelettes (fig. 92, H = 16 cm, longueur des cheveux = 49 cm). Ces bandelettes de feuille de roseau sont attachées en haut du roseau vertical de l'armature de la poupée avec une autre bandelette de feuille ou avec du fil. A environ 5 cm du haut de ce roseau une branchette et percée horizontalement pour former les bras. Puis un ou plusieurs chiffons sont

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mis au-dessus des bras et cintré au niveau de la taille par un ruban servant de ceinture. Les traits de visage sont parfois dessinés sur le roseau avec un feutre et les cheveux peuvent être tressés. Une fille de huit ans vivant dans le village Zaïda situé le long de la route de Meknès à Midelt et à 40 km de cette dernière ville, utilise en septembre 1999 comme maison de poupée une maisonnette que je n‟ai pas encore vue ailleurs au Maroc ou trouvée dans la bibliographie concernée et qui me semble être une vraie nouveauté dans les campagnes marocaines. Probablement à cause de l‟interdit de jouer dehors dans la 'saleté', cette fille a inventé une maison de poupée qui contourne les objections de sa mère dont le mari est un instituteur. Il s'agit d'une maison de poupées faite dans une boîte de carton. Cette fille a découpé dans les quatre côtés de la boîte des fenêtres et une porte de telle manière qu'elles peuvent s'ouvrir et se fermer (fig. 93). Les faces intérieures des fenêtres et des portes sont garnies de rideaux et il y a aussi quelques coussins cousus par la fille et des grands ou petits chiffons servant de tapis et de couvertures. 93

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Cette fille et une autre fille, qui est sa voisine et possède la même maison de poupée, jouent souvent à la fête de mariage avec pareille maison de poupée et un poupée-jeune mariée (fig. 94, H = 21 cm). La poupéejeune mariée est aussi particulière que la maison de poupée. C'est une poupée importée en plastique du genre Barbie vendue dans les magasins locaux mais ne servant normalement que comme objet de décoration après que les grandes filles ou les femmes lui ont crocheté une robe andalouse (fig. 95). Avec quelques chiffons ces filles confectionnent les vêtements de leur poupée en plastique. Au centre d'un chiffon un trou est fait pour pouvoir le mettre sur les épaules de la poupée après que sa tête a été enlevée. Les côtés du vêtement sont alors cousus. Selon ces deux filles un prénom n'est pas donnée à la poupée-jeune mariée. Il peut aussi y avoir un jeune-marié représenté par une poupée Papa Noël comme celle tenue en main par une fille de deux ans du village Ignern et que sa mère a achetée au marché de Taliouine pour 5 dirham (0,5 Euro).

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Quand j'ai photographié cette fillette en novembre 96 1998 on m'a raconté que le nom local de cette poupée en plastique est afkir ou vieil homme (fig. 96). Les cérémonies de mariage le plus souvent représentées sont le jour de l'arrivée des vêtements et des autres cadeaux à la maison de la jeune mariée et le jour où la jeune mariée quitte sa maison pour être conduite à la maison de son époux. Pendant leur jeu de poupée ces filles chantent et dansent comme lors d'un vrai mariage et un dîner virtuel est dégusté bien qu'il arrive que des noix soient mangées. En jouant avec des poupées en plastique importées les techniques traditionnelles de fabrication d'une poupée peuvent rester utile. Regardant de près la poupée de la figure 94 (p. 148) j'ai remarqué la manière originelle utilisée par la fille qui a remplacé les bras manquant de sa poupée en plastique par un morceau de roseau selon la manière utilisé pour faire les bras des poupées traditionnelles. A Aït Slimane, un petit village près d'Amellago dans le Haut Atlas et à environ 50 km au nord de Goulmima, j'ai trouvé en septembre 1999 un groupe de cinq enfants de six ou sept ans en train de jouer dans leur maison de poupée (fig. 97, p. 150). Deux filles ont accepté de se laisser photographier avec leur tislit ou poupée-jeune mariée (fig. 98, p. 150). Les enfants disaient qu'ils jouent toujours à la tamgra ou fête de mariage pour laquelle un isli, la poupée-jeune marié, est aussi utillisé.

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Là où à Goulmima, une petite ville amazighe des Aït Merghad sur la route de Ouarzazate à Errachidia et à 58 km de cette dernière ville, la poupée en plastique, la 'poupiya', semble avoir remplacée la poupée locale à armature de roseau, la tislit, cela n'était pas le cas en 1980 ou même en 1985. L'évolution fut graduelle comme dans la famille Lihi où Aïcha jouait avec une tislit et Rachida, sa sœur cadette, avec une tislit fabriquée par elle-même et avec une 'poupiya' que sa mère lui ait donnée.

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A Magaman, un village tout proche de Goulmima sur la route vers Tadirhoust, des fillettes amazighes de la deuxième année de l'école primaire confectionnent encore des poupées. Sur la figure 99 on voit ces filles de sept ans avec leur poupée à la main. J'ai obtenu ces poupées et les informations ci-dessous grâce à l'aide de l'instituteur de cette classe, mon ami le poète Omar Taous de Goulmima, en novembre 1996.

99 Des huit poupées sept représentent une tislit ou jeune mariée et une représente un isli ou jeune marié (fig. 100-101, p. 152-153, voir aussi Rossie e.a., 1998, vidéo, p. 321). L'armature en forme de croix est pareille pour toutes les poupées. Quatre poupées ont une armature en roseau, deux en branchettes, une en morceaux de bois, les bras étant attachés aux corps par une bandelette de coton ou de plastique. Pour la huitième poupée un morceau de tuyau en plastique rouge à été utilisé qui est traversé par une branchette pour faire les bras. Aucune de ces poupées ne porte de traits de visage. Elles sont assez rudimentairement vêtues avec un ou maximum deux vêtements, des chiffons rectangulaires au centre duquel un petit trou fut fait pour pouvoir passer la tête. Le survêtement est blanc, blanc à motifs géométriques verts, rouge à lignes noires, transparent noir, et multicolore.

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100 La poupée avec corps en tuyau en plastique porte un survêtement transparent avec motif floral doré et vert cintré à la taille avec une ceinture de la même étoffe. Cette poupée porte un collier de perles vertes en plastique. Les autres poupées ne portent aucun bijoux et ont, sauf une, les vêtements cintrés à la taille par une bandelette de tissu. La poupée qui fait exception quant au survêtement porte une longue bande d'étoffe blanchâtre à motifs verts, plusieurs fois enroulée autour du corps en dessous des bras. Bien qu'aucune poupée ne porte un foulard, les filles disent que parfois elles en mettent un sur leur poupée. La poupée-jeune marié ou isli est très sommairement habillée avec un chiffon transparent mais normalement il devrait encore porter un survêtement. La hauteur maximale des poupées est 18 cm et la hauteur minimale 13 cm.

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Bien que ces poupées aient été apportées à la demande de leur instituteur, les filles déclarent unanimement qu'elles jouent avec ces poupées locales à la maison. Suite à ma question si elles ont aussi des poupées en plastique, la réponse des filles est qu'elles préféreraient des poupées en plastique si elles pouvaient en avoir. Mais quand un garçon

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réagit en disant que la poupée locale est préférable parce qu'elle ne coûte rien plusieurs filles changent d'avis. Ce revirement d'avis reflète probablement la différence entre la réalité et les rêves de ces filles villageoises. Avec leurs poupées les filles jouent aux cérémonies de mariage. Pour jouer à cela une fille déclare qu'elle fait la tislit et sa sœur l'isli. Une fois que la poupée-jeune mariée et la poupée-jeune marié sont couchées sur deux pierres plates les chants de circonstance commencent. Parfois les filles jouent avec leurs poupées à la danse ahîdûs, la danse amazighe typique, en utilisant un petit seau pour rythmer leurs chants et leur danse. Toute la classe s'accorde pour dire que les garçons ne font pas de poupées et les filles ajoutent que parfois une fille fait une poupée pour sa petite sœur pour jouer ensemble en chantant. Dans le petit village Ighrem-nCherif, à proximité de Goulmima et de l'autre côté de l'Oued Gheris, des filles confectionnent aussi une poupée-jeune mariée du même genre. Hesna Midouan, une fille amazighe non-scolarisée de six ans, à fait en novembre 1994 la poupée 'tislit' de la figure 102. Cette poupée de 21,5 cm de hauteur avec une envergure des bras de 6,5 cm porte sur une armature de roseau en forme de croix un unique vêtement long de cotonnade à fleurs multicolores cintré par une bandelette du même tissu. En haut du roseau un foulard de la même étoffe coiffe la tête sans traits de visage. Bien au sud de Midelt, près de Merzouga en bordure des dunes de sable de l'Erg Chebbi, les filles amazighes du petit village de Ksar Hasni Biad offrent aux touristes des poupées-femmes traditionnelles. 102

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Ainsi une dizaine de filles m'ont proposé début février 1997 leurs poupées. J'en ai acheté trois qui représentaient une certaine diversité à dix dirhams (1 Euro) par poupée. Les trois poupées ont une armature d'un roseau vertical assez gros auquel a été ligaturé par-devant la moitié d'un roseau pour former les bras. La première poupée faite par une fille d'environ cinq ans n'a que des traits de visage très effacés avec yeux, sourcils, nez, bouche et tatouages (fig. 103). La bouche est un trait droit. Les bras et le corps sont enveloppés de trois morceaux d'étoffes donnant de l'ampleur à la poupée. Au-dessus elle porte deux pièces de tissu rectangulaires, une de couleur rose et l'autre bleue. Une bandelette jaune croisée devant les bras ainsi qu'une ceinture de fils de laine orange serrent les vêtements. Un grand foulard rouge tenu en place par un ruban rouge enveloppe le haut de la tête. Un petit collier de perles plastiques blanches décore la poupée. Aux deux extrémités de ce collier un ruban est noué et permet de porter la poupée. Cette poupée mesure 23 cm de hauteur avec une envergure des bras de 9,5 cm.

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La deuxième poupée, achetée à une fille de sept ans, a des traits de visage plus clairs mais en même temps sur un côté des traits effacés comme si le roseau avait reçu un nouveau visage (fig. 104, p. 155). Audessus des yeux et sourcils se trouve un tatouage en V retourné et les joues portent deux points. La bouche en croissant est prolongée par une ligne médiane avec trois points de chaque côté. Sur la tête se trouve un large foulard rouge fixé par un ruban vert-gris. En dessous des bras un morceau du même tissu que le ruban entoure plusieurs fois le roseau pour donner du ventre à la poupée. Comme survêtement une cotonnade blanche rectangulaire a été passée, par un trou au centre de l'étoffe, pardessus la tête. Un ruban vert-gris croisé sur la poitrine et deux fils verts aux poignets tiennent les vêtements en place. Juste en dessous des bras des paillettes sont cousues en forme d'ovale sur le vêtement blanc. Ce vêtement blanc à l'intérieur mais déjà assez sale à l'extérieur ainsi que les deux visages soutiennent l'information, donnée par un marchand de tapis du même village, que les filles jouent avec leurs poupées avant de les vendre à des touristes lorsque l'occasion se présente. La hauteur de cette poupée est 22 cm et 9 cm pour l'envergure des bras. La dernière poupée d'un aspect plus neuf est en même temps la plus typique des trois poupées (fig. 105, p. 157). Elle appartenait à une fille d'environ sept ans. Le visage se compose des yeux avec sourcils et deux points pour le nez en noir, d'un trait droit pour la bouche et deux rondes sur les joues en rouge. Sur le front se trouve un tatouage de quatre points noirs en forme de losange. Tous ces traits sont faits avec une sorte de goudron noir ou du vernis à ongles rouge. La coiffure, appelée ikherbèn, consiste en deux grandes nattes faites d'un morceau de datte enveloppé d'étoffe noire, le tout collé sur le côté du roseau. Un fil de laine rouge et verte tient en place un grand foulard vert foncé. Un morceau de tissu contourne plusieurs fois le roseau en dessous des bras de telle manière qu'un ventre bien grand se profile (fig. 106, p. 157). Au-dessus, d'abord un grand carré de tissu jaune plié en deux et puis un autre morceau d'étoffe orange rectangulaire. Afin de pouvoir passer ces vêtements pardessus la tête de la poupée, une fissure est faite à l'endroit voulu. Deux petites boules de tissus ont été glissées sous les vêtements pour figurer les seins. Le tout est alors profilé par un ruban vert passé en croix pardevant et en dessous des bras. C'est aussi la plus grande des trois poupées avec ses 25 cm de hauteur, l'envergure des bras étant 11 cm.

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105 En 2001 Luc Lauras a acheté une quarantaine de poupées de jeunes femmes nomades vivant dans leurs tentes récemment plantées près de la piste à Merzouga (fig. 107). L‟achat de ces poupées faites pour les touristes mais ressemblant les poupées faites par les filles de Ksar Hasni Biad cadrait dans l‟exposition du Musée International des Arts Modestes à Sète sur la côte méditerranéenne (novembre 2001 – février 2002). Lorsque Luc Lauras m‟a invité à participer à l'exposition Modesties Exotiques, j‟y ai exposé ma collection de

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poupées des enfants amazighs de l‟Atlas et du Pré-Sahara marocains (Rossie et Lauras, 2002, Vidéo). Comme le catalogue de cette exposition ne fut pas imprimé j‟ai utilisé l‟article en question pour le numéro sur les peuples amazighs de la revue interculturelle Passerelles (Rossie, 2002). Dans le petit village amazigh d'Aït Ighemour, situé à 8 km du Jbel Siroua à 2600 m d'altitude et à la fin d'une piste de 36 km partant du village d'Anezal sur la route d'Amerzgane à Tazenakht dans la province de Ouarzazate, j'ai pu obtenir en octobre 1992 une série de dix poupées faites par des filles entre six et douze ans, ceci grâce à l'aide de NourEddine Ihbous un instituteur amazigh d'Essaouira qui y enseignait depuis deux ans (fig. 108, 109 p. 159). 108

Pareilles poupées, qui sont déjà confectionnées par des filles de trois ans, servent à jouer aux cérémonies de mariage, surtout celles qui devancent l'entrée de la jeune mariée dans la maison de son époux. Pour cela les filles sont assises derrière la tislit et chantent la chanson appropriée en battant les mains. L'armature de toutes ces poupées consiste en un roseau vertical auquel on a fixé horizontalement une branchette avec une bandelette de tissu.

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Cette armature porte trois à quatre vêtements que les filles mettent pardessus la tête de la poupée à travers une petite fissure au centre de l'étoffe. Ces vêtements sont tenus en place par une ceinture d'étoffe. Le tshamir ou survêtement est le plus 109 souvent un morceau de tissu à dessins brillants. Une poupée porte au-dessus du vêtement brillant encore un autre de couleur blanche mais par contre elle n'a pas de foulard noir, signe distinctif des femmes mariées et que portent les autres poupées. Cette poupée représente une jeune fille. La plupart des poupées porte aussi le khèrraif, un baudrier que la femme met sur ses vêtements pour pouvoir attacher les manches retroussées quand elle travaille mais qui est aussi porté en d'autres circonstances. Les baudriers des poupées sont faits avec des fils de coton mais une poupée porte un baudrier en fil doré brillant ce qui démontre qu'il s'agit d'un khèrraif de jour de fête lorsque les femmes portent un baudrier brillant. De sept des dix poupées l'on voit le roseau au niveau du visage mais les traits de visage ne sont jamais dessinés. Un turban rouge, bleu ou blanc coiffe la tête sans cheveux. Les poupées ne portent pas de bijoux et selon les filles en question cela est toujours ainsi. La hauteur des poupées varie entre 9,5 cm et 16 cm et l'envergure des bras entre 5,5 cm et 7 cm. Dans ce même village où j'ai trouvé la poupée-homme à tête en courgette faite par un garçon de dix ans (fig. 24, p. 76), un autre garçon d'environ le même âge a fabriqué une poupée-femme d'environ 50 cm de haut avec une grande pomme de terre comme tête et dont je n'ai malheureusement pas pu faire une photo. Dans cette tête les yeux, le nez et la bouche ont été incisés. Pour l'armature le garçon a introduit une barre de fer, représentant les bras, dans le bâton vertical. Sur la tête se trouve un mouchoir retenu en place par une bandelette ainsi qu'un foulard rouge. Le survêtement rouge est cintré par une ceinture de la même couleur et le khèrraif est fait avec des fils verts.

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Ignern est un village amazigh d'environ soixante maisons situé à une altitude de 1600 m et à 15 km du centre rural de Taliouine en venant de Tazenakht. Une piste de 4 km partant de la route de Tazenakht à Taroudannt y donne accès. Les filles de ce village confectionnent encore en novembre 1996 des poupées tèslit ou jeune mariée. Pareille poupéejeune mariée faite par une jeune fille d'environ dix ans a une armature composée d'un roseau vertical traversé horizontalement par une branchette (fig. 110, voir aussi Rossie e.a., 1998, vidéo, p. 321). A travers une fissure trois vêtements ont été drapés sur cette armature : un morceau de tricot à rayures variant du brun au beige, puis une pièce de coton à rayures bleues et blanches et au-dessus un morceau de tricot rouge qui ne vient qu'à la taille. Enfin un morceau de tissu blanc transparent est replié sur la ceinture faite d'un fil de plastique rouge. Cette poupée porte de jolis cheveux roux, faits avec la barbe d'un épis de maïs, et tenus en place par un ruban de la même étoffe que le vêtement de coton. Le morceau de roseau qui apparaît sous le ruban ne porte pas de traits de visage. Cette poupée mesure 20 cm de haut avec une envergure des bras de 12 cm.

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Ennèya, une mère de trente-cinq ans, m'a fait cette poupée qui consiste en un roseau dans lequel une branchette est introduite pour former les bras (fig. 111, p. 160, voir aussi Rossie e.a., 1998, vidéo, p. 321). Le visage de la poupée - avec yeux, nez et bouche - est dessiné avec une extraction d'herbes nommée èktran, une sorte de goudron utilisée pour la préparation des peaux de moutons. Trois couches de vêtements, dont deux de couleur blanchâtre et la troisième à fond rouge, sont mises audessus de la tête à travers une fissure faite au centre de l'étoffe. Une bandelette bleue à motifs blancs sert la taille. Le zîf, un grand foulard, est tenu en place par un amelul, une bandelette d'étoffe rouge, et une couverture blanchâtre enveloppe la poupée. Cette poupée mesure 16 cm de haut et l'envergure des bras est 9,5 cm. Selon Ennèya les garçons ne 112 font pas de poupée-jeune mariée et ne participent pas directement dans le jeu de poupée des filles. Ce qui arrive c'est que les filles vont acheter dans les petits magasins que les garçons se construisent avec des pierres tout se dont elles ont besoin pour leur jeu de poupée en payant avec des cailloux. A Ignern des poupées en plastique côtoient maintenant les poupées traditionnelles. Selon une fille de huit ans, quelques filles viennent avec leur poupée de plastique à la maison d'une d'elles pour coudre à la main un pantalon et une longue blouse pour cette poupée. La poupée de ce genre, montrée à la figure 112, mesure 43 cm de haut et appartient à une fille de neuf ans.

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Dans une autre région amazighe, au village de Tizal près d'El Khemis situé à 60 km de Marrakech sur la route reliant cette ville à Ouarzazate, les filles jouaient encore au début des années 1980 avec des poupées à armature de roseau qu'elles habillaient en jeune mariée avec des vêtements de dessus brillants. Il arrivait que la taslit soit faite avec un épi de maïs à travers duquel la fille piquait un bâtonnet pour former les bras. La barbe de maïs, oui ou non tressée, était utilisée comme cheveux pour la poupée. Comme bijou la poupée portait un collier de perles. Un trou dans le mur de la cour intérieure de la maison faisait office de maison de poupée. Selon des informations, provenant d'une femme amazighe de Tizal d'environ 50 ans, la poupée de roseau de sa jeunesse mesurait entre 10 et 15 cm et l'armature était faite en forme de croix. Vers 1950, son jeu de poupée imitait la cérémonie du henné, en préparation du mariage, ainsi que le mariage lui-même. Au moment de jouer à la cérémonie du henné, les filles se réunissent autour de la poupée. Une des filles joue le rôle de la mère de la fiancée et une autre prête sa voix à la poupée. Quand la mère applique le henné sur les mains de sa fille, toutes les deux 'pleurent' pendant que les autres filles chantent en amazigh : Au nom d'Allah, le Miséricordieux, le Compatissant, Dieu nous nous soumettons à Vous, Soyez avec nous, Dieu sera avec toi ma fille, et avec nous. Plus tard on fête le mariage de la taslit et les filles chantent alors : La taslit est comme la fleur d'amande de la région d'Ihîhî, quand la fleur s'ouvre, elle attire les abeilles. Le dr. Guichard parlant en 1921 des jouets de Marrakech dans la revue France-Maroc (p. 162-163), décrit et montre une 'chapelle' et un 'trône' en miniature servant pour le jeu de poupée. Assise dans une petite chapelle ou 'ammaria' en bois découpés, la mariée reçoit le soir de ses noces l'hommage des invités et de son fiancé. Celui-là a sa propre chaise 'chilia' où il s'assied “pour y être en butte aux plaisanteries et aux niches des invités qui lui plaquent à tour de rôle avec un peu de salive des pièces de monnaie sur la figure”.

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Les deux dessins des figures 113 et 114 copient la chapelle jouet et la chaise jouet comme ils figurent sur la photo publiée par Guichard. La petite chapelle, aussi bien que le siège, sont peints de couleurs vives et ornés d'arabesques multicolores. Ce sont les ouvriers en bois qui fabriquent ces deux jouets. Les parents les achètent pour leurs petites filles surtout lors des fêtes de l'°ashûra, le dixième jour de l'année musulmane, et de l'aïd es-seghrir, la fête qui termine le jeun du mois de ramadan. Aujourd'hui pareils attributs sont encore utilisés pour un vrai mariage, mais toutes mes informatrices m'ont dit ne jamais avoir joué avec cette chapelle et ce trône en miniature, et, selon elles, ceux-là ont du être des jouets d'enfants de familles riches.

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Au début des années 1940, les jeunes filles de cette ville se fabriquaient des poupées avec une armature de deux roseaux assemblés en forme de croix. Pour modeler une tête et un visage, elles utilisaient parfois le levain. Les traits de visage y étaient appliqués avec des produits de maquillage locaux. Cette °arûsa se mariait avec son °arîs, la poupéejeune marié, selon le cérémonial de l'époque. Madame Skouri, directrice de l'école Kbour Chou Filles (Essmara) à Marrakech, m'a offert l'°arûsa de la figure 115 (p. 164). Cette poupéejeune mariée fut faite en 1961 ou 1962 par une fille de cette école, née en 1954. Il s'agit d'une poupée de 24 cm de hauteur avec une armature faite d'un roseau vertical entier, auquel a été fixé, en forme de croix, la moitié

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d'un morceau de roseau de 10 cm environ. Pour donner du corps à la poupée, le croisement des roseaux et une partie en dessous de ce croisement ont été enveloppés avec des chiffons. Un morceau de tissu rectangulaire de couleur verte, qui pend à l'arrière de l'armature et se montre un petit peu au col, est caché par un caftan blanc, au-dessus duquel une tunique a été mise, une tunique ouverte des deux côtés et faite d'un chiffon de tissu très brillant de couleur argenté. Tous ces tissus sont tenus en place par une ceinture faite avec une petite bande de tissu. Une large mantille transparente, à grands 115 motifs floraux jaunes et fixée à l'aide d'une épingle, sert de vêtement de dessus. Cette poupée n'a pas de visage, mais madame Skouri certifie que d'autres poupées en avaient un. Bien que des jeunes femmes du quartier de Daoudiyât et de Douar Akioud croient que la poupée traditionnelle ne se fait plus, Youssef Aït Ammou de l'Université de Marrakech, affirme que l'on peut encore, ici et là, voir dans certains quartiers populaires de Marrakech des jeunes filles qui jouent en 1992 avec une poupée-femme en roseau. Néanmoins, l'évolution de la poupée traditionnelle, en armature de roseau faite par la fille elle-même, vers la poupée importée, le plus souvent en plastique (fig. 117, p. 166) qu'on pouvait début 1992 acheter au souk pour environ trois dirhams (0,3 Euro), semble avoir commencée il y a plusieurs dizaines d'années, probablement après la deuxième guerre mondiale, tout au moins dans les grandes villes. Cette évolution pourrait

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même déjà être commencée vers 1900 car j'ai trouvé dans l'article de F. Castells “Note sur la fête de Achoura à Rabat”, publié en 1915 (p. 342) le témoignage suivant : Quelques boutiques assiégées par les enfants vendent des jouets d'importation européenne : fusils, pelotes, poupées, tambours, clairons, etc. Les objets les plus brillants sont ceux qui ont le plus de succès. A côté de ces boutiques se tient, accroupi devant sa marchandise, un vieux représentant de la tradition qui offre, sans beaucoup de succès, d'humbles petits jouets de fabrication indigène. En milieu plus ou moins aisé de Marrakech, par exemple dans la famille de madame Skouri, la poupée traditionnelle n'était plus utilisée vers 1950 ni par elle-même ni par ses nièces ou copines. En plus, ses propres filles jouaient, au début des années 1970, avec des grandes poupées-enfants importées, auxquelles elles mettaient des vêtements de bambins ou bien des vêtements qu'elles, ou leur mère, confectionnaient (fig. 116). Les bijoux que portait la poupée étaient ceux que possédait la fille. Selon les besoins du jeu, cette poupée, portant le nom de Sofia ou Yasmina, était vêtue en bébé, en petite fille ou en jeune femme. 116

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Dans les milieux populaires de Marrakech la poupée en armature de roseau a du survivre plus longtemps, et n'aurait pas encore totalement disparue. Dans le quartier pauvre de Douar Akioud la plupart des filles jouaient encore avec cette poupée traditionnelle vers 1980. Pourtant, Fatima Kader, une jeune femme de vingt et un ans du même quartier, jouait alors déjà avec une poupée en plastique, qu'elle habillait et maquillait de tout cœur. Fatima à bien voulu refaire une copie, aussi exacte que possible, de cette poupée avec laquelle elle jouait quand elle avait environ neuf ans. Avant de décrire cette poupée, il faut tirer l'attention sur le fait qu'il s'agit d'une jeune femme qui avait dès son jeune âge une disposition et une habilité marquées pour la décoration et le maquillage. Cela est d'ailleurs prouvé par le fait qu'elle s'est développée d'une petite fille créant des poupées remarquables à une jeune femme excellent dans l'art d'appliquer des figures complexes avec le henné sur les mains et les pieds. La poupée en plastique produite en masse à Hong Kong ou ailleurs (fig. 117) s'est transformée sous mes yeux en une véritable jeune mariée de Marrakech (fig. 118, p. 167). Pour arriver à ce résultat, Fatima a d'abord donné à cette poupée en plastique des seins en introduisant deux petites boules d'étoffe sous le vêtement qu'elle porte déjà. Puis du même morceau de vieille robe, dont seront faits la robe et le long voile, un slip est cousu. Dans un morceau rectangulaire de cette étoffe blanche plus ou moins transparente, un trou est fait pour la tête et deux autres petits trous pour les bras. Une fois la robe mise en place, les côtés sont 117 cousus. Vient alors le moment de la pose de la chevelure à base de laine de couleur naturelle foncée. Ces longs cheveux sont fixés sur la tête avec de la colle, d'un tube de colle acheté au magasin du coin, puis tressés en deux nattes au bout desquelles Fatima a mis un élastique avec ornement en plastique, un élastique très utilisé pour les cheveux des petites filles. Avec la même laine et la même colle la poupée reçoit des sourcils et des mèches de cheveux sur le front.

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Pour accentuer la bouche et les joues de la poupée une laque rouge est utilisée, tout comme de l'eye-liner noir est utilisé pour marquer le contour des yeux, les sourcils et les mèches sur le front. Cet eye-liner est aussi employé pour appliquer les figures géométriques sur le menton et au-dessus du nez et la tache de beauté sur la joue gauche. Les ongles des mains et des pieds ont été laqués en rouge. Juste au-dessus des mèches de cheveux se trouve le kherîr, une décoration en fils de coton mercerisé rouge. Cette décoration, qui est aussi portée par les jeunes mariées, se caractérise par un losange avec au milieu du losange une tige verticale en fils de couleur dorée. Des deux côtés de ce losange pend un long bout de fils tressés, fait des mêmes fils de coton mercerisé formant le losange, et avec lequel le losange est noué 118 autour de la tête. La coiffe-voile, du même morceau de tissu que la robe, est tenue en place avec un autre kherîr de couleur mauve. Deux ceintures de fils de coton mercerisé tressés, une de couleur rouge et une de couleur verte et blanche, contournent la taille. Le collier et les deux bracelets de la poupée ont été faits à partir d'un collier d'enfant aux grosses perles vertes et petites perles jaunes à traits verts. Comme dernier bijou Fatima a introduit dans la tête de la poupée deux boucles d'oreilles, boucles d'oreilles pour petite fille faites d'une pièce de métal jaune à laquelle sont attachés trois petits pendentifs à perles vertes et oranges.

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Les deux kherîr, les boucles d'oreilles, le collier d'enfant, les deux élastiques à ornements, la laque et l'eye-liner utilisés pour embellir la poupée, ont été achetés à la médina de Marrakech par Fatima et une amie en vue de la confection de la poupée. Mais quand Fatima était petite, elle utilisait pour cela ces propres bijoux ou ceux qu'elle arrivait à emprunter à sa grand-mère, mère ou autre parente, ainsi que leurs produits de maquillage. Pour jouer au mariage de la poupée-jeune mariée - mais sans qu'il y ait une poupée-jeune marié ou un petit garçon qui la remplace - les filles de Douar Akioud, de la génération de Fatima, se rassemblent en petits groupes de quatre à six filles, entre cinq et dix ans, et s'en vont aux jardins potagers à poupée quelque distance des maisons. Là une maison de poupée est construite avec des petits murs de cailloux couverts de sable humide et la poupée est mise dans un des coins de cette 119 maison (fig.119, copie du dessin fait par Fatima). Actuellement ce genre de maison de poupée se bâtit encore. Une fois que tout est mis en place, les filles chantent et dansent comme il se fait pour un mariage. Quand le mariage de l'°arûsa est terminé, les filles se donnent la bise et retournent chez elles. Une photo d'une maisonnette plus ou moins carrée, délimitée par des pierres de différentes dimensions avec deux petites ouvertures pour une porte d'entrée et une porte à l'arrière et dans l'espace ainsi marqué un assortiment de boîtes vides et deux morceaux de tissus rectangulaires représentant l'ameublement et les ustensiles, se trouve dans le livre Enfants du Maghreb entre hier et aujourd'hui de Mohamed Sijelmassi (1984: 94). Dans le quartier Daoudiyât de Marrakech et selon les informations limitées recueillies sur place, les filles, qui avaient entre 6 et 12 ans dans les années 1970, jouaient-elles aussi au mariage. Cependant c'était des enfants qui jouaient le rôle de la fiancée et du fiancé, non pas des

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poupées. Le même genre de poupées en plastique que celui de Douar Akioud, vêtues et maquillées par les filles, servait de bébé ou de petit enfant que l'on porte dans le dos, qu'on nourrit ou qu'on dorlote. Pour cette poupée une maison de poupée d'un autre type était construite. Trois rangées de boîtes de sardines assez grandes, sont placées en trois étages contre un mur formant ainsi les pièces d'une maison citadine. Une autre boîte posée au sol sert de lit de poupée. Une petite boîte de conserve ronde représente le plat de nourriture ou la cuve de lessive. Une étudiante du Département de Français de l'Université Cadi Ayyad de Marrakech déclare en novembre 1993 qu'elle jouait au mariage à Ouarzazate ville vers 1980 et cela aussi bien avec des poupées de roseau confectionnées par elle-même, comme le faisaient les filles plus âgées, qu'avec des poupées d'origine européenne tout habillée. Cependant, la poupée de roseau ne se trouve plus en début 1990 dans la ville mais seulement encore dans les villages. Ces poupées servent aussi au jeu de maman et bébé, la fille étant la maman. Dans la petite ville d'Imi-n-Tanoute sur la route reliant Marrakech à Agadir, les filles amazighes habillaient, vers 1992 encore, l'armature de roseau pour leur servir de taslit. Là-bas, l'armature d'une poupée-jeune mariée était faite de la manière suivante : un morceau de roseau d'environ 15 cm est coupé en deux dans le sens de la longueur et sur une des deux moitiés on ligature l'autre moitié, réduite à environ 8 cm, en prenant soin que la partie concave du roseau vertical se présente de face. En entourant le croisement et une partie en dessous avec des chiffons, de l'ampleur est donnée à son corps. Des crottes de lapin sont souvent introduites sous le tissu pour former les seins. Les cheveux, de la laine de mouton, éventuellement teinte au henné, se fixent avec du chewing-gum ou un petit ruban. Plusieurs morceaux rectangulaires de tissu, au milieu duquel un trou est fait pour faire passer la tête de la poupée et non cousue sur les côtés, se superposent sur son corps. Ils représentent deux sous-vêtements ainsi que la traditionnelle longue et large jupe amazighe. Les vêtements de dessous sont de couleur uniforme et elles sont tenues en place avec une cordelière d'élastique se croisant sur la poitrine, tout comme le font encore les femmes amazighes d'un certain âge déjà. Les vêtements de dessus doivent se faire avec des chiffons brillants à motifs surimprimés de couleur dorée ou argentée. Une bande de tissu imite la grande cape de laine que les femmes se mettent par-dessus les épaules.

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Finalement, une ceinture de tissu sert la taille et un foulard est noué autour de la tête. Un petit collier de perles et éventuellement une broche sont mis à la poupée en guise de bijoux. En ce qui concerne le visage de la poupée, les informations recueillies sur place sont plus ou moins ambiguës. En fin de compte, il semble que chaque fille décide elle-même si elle fait un visage à sa poupée ou non. Quand un visage, avec sourcils, yeux, nez et bouche, est indiqué cela se fait, dans la seconde moitié des années 1970, avec un stylo. Une mère de famille d'Imi-n-Tanoute, qui jouait à la poupée vers 1950, affirme que dans son temps le visage fut dessiné avec du charbon de bois. Mélika Bamoussa de Imi-n-Tanoute, une jeune mère de 21 ans en 1992, épouse de Smaïl Khettou et parlant l'amazigh avec son mari, à bien voulu refaire la taslit de son enfance (fig. 120). 120 121

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Cette poupée-jeune mariée se conforme de tout point de vue à la description ci-dessus, sauf qu'elle mesure 25 cm de haut avec une envergure des bras de 12,5 cm. Les cheveux sont en laine blanche tressée en une très longe natte, tenus en place avec du chewing-gum (fig. 121, p. 170). Les robes de dessous sont de couleur kaki et blanche, celles du dessus en tissu transparent avec surimpression de motifs floraux et géométriques ou le blanc, le noir, le mauve et le vert s'alternent mais où les contours sont marqués de lignes de couleur dorée. Comme cape de laine figure un chiffon rouge transparent drapé sur les épaules et fixé à l'avant par une épingle de sécurité à laquelle pend une grande perle blanche. La taille est cintrée par une bande de tissu blanche avec audessus une ceinture en torsade, faite de trois fils de fer plastifiés autour desquels des ficelles dorées, utilisées pour faire des emballages cadeaux, sont enveloppés. Une broche, une grande fleur à pétales dorées, est fixée sur la poitrine et un mouchoir de tête rouge/mauve achève la parure de cette taslit au visage dessiné au stylo. En rapport avec les chiffons utilisés pour faire les vêtements de la poupée, il est à remarquer qu'on les récupérait dans les poubelles des tailleurs, ce qui est devenu impossible maintenant car ces chiffons sont utilisés pour faire des tapis. Dans cette recherche de chiffons chez les tailleurs, chiffons brillants surtout, les petits frères étaient parfois mis à contribution, comme se rappelle très bien Smaïl Khettou. Les filles ne donnent pas de prénom à leur taslit car cela la rabaisserait au rang des jeunes filles, elle qui représente la jeune mariée. Mélika, et les filles de sa génération, jouaient entre autres au mariage de leur poupée-jeune mariée, mais sans qu'une poupée-jeune marié soit faite. Ce jeu de poupée était surtout populaire en été, la période des mariages après les récoltes. Avec des pierres les murs d'une maison de poupée sont construits sur un schéma assez uniforme mais à l'intérieur duquel la grandeur et l'alignement des pièces varient (fig. 122, 122122 copie du dessin de Zohra

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Bamoussa, 19 ans en 1992). Cette maison de poupée comporte la cour intérieure, la chambre des invités, dans laquelle des chiffons et une petite boîte remplacent les coussins et la table, la chambre à coucher de la taslit, avec son lit de grande boîte à sardines et de chiffons, et la cuisine, avec ustensiles de cuisine d'imitation. Le jeu de poupée se pratiquait parfois dans la cour de la maison ou mieux encore sur la terrasse aménagée sur le toit de la maison. Cependant la maison n'était pas le meilleur lieu pour ce genre de jeux car les parents n'y étaient pas toujours favorables en argumentant qu'une petite fille ne doit pas tellement s'occuper des choses en rapport avec la sexualité et les relations hommes-femmes. Pour contrecarrer ces objections, Mélika et ses cousines allaient jouer à la poupée chez leur grand-mère lorsque leurs mères se retrouvaient dans la maison d'une d'elles. Avant de retourner à la maison, ces filles cachaient tout leur matériel pour jouer à la poupée. En 1992 et dans ce même milieu d'Imi-n-Tanoute, où les petites filles confectionnaient encore la taslit traditionnelle il y a dix ans, et où leurs frères ou maris sont entre-temps devenus professeur de lycée ou travaillent à un niveau semblable, Mélika et Smaïl me montraient avec une certaine fierté les nounours et les poupées à la Française de leur toute petite fille, reçus en cadeau de l'un ou l'autre membre de la famille vivant en France. En milieu arabo-berbère et vers 1945, des fillettes Oulad Yahya des environs de Taroudannt avaient l'habitude de se fabriquer une °arûsa, ainsi qu'un °arîs habillé en homme, avec deux morceaux de roseaux entiers assemblés en forme de croix. L'os de mouton n'aurait pas été utilisé. La hauteur de ces poupées fut de 50 cm environ et l'envergure des bras d'à peu près 40 cm. De la laine s'utilisait pour les cheveux de la poupée-jeune mariée, mais la barbe de maïs pouvait aussi bien faire l'affaire. Son visage, avec sourcils, yeux, nez et bouche, se dessinait sur le roseau avec du charbon de bois. Au moins un collier embellissait cette poupée. Ainsi elle ressemblait avec perfection à une vraie fiancée le jour de son mariage. Le jeu de poupée préféré fut celui du mariage de la °arûsa avec son °arîs, et pour ce jeune ménage une maison de poupée, aux murs en cailloux couverts de sable humide, était érigée.

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Si certains parents Oulad Yahya acceptaient que leurs petites filles rentraient à la maison avec leur poupée, d'autres le refusaient, parce que selon eux les filles doivent s'occuper de choses plus sérieuses. Vers 1992, les filles Oulad Yahya de Taroudannt ne jouent (presque) plus avec la poupée en roseau. Elles reçoivent une poupée en plastique, du genre Barbie, pour laquelle la fille ellemême, ou sa mère, confectionne des vêtements. Ou bien, comme c'est le cas fin 1996, on achète une petite poupée made in China tout habillée pour dix dirhams (1 Euro) (fig. 123). Selon le propriétaire du petit magasin de jouet dans la médina de Taroudannt, les filles aiment aussi beaucoup la petite poupée-bébé avec son 123 biberon. Contrairement à ce remplacement de la poupée en roseau par une poupée en plastique, les filles arabophones d'aujourd'hui du centre rural de Hmar, à environ 15 km de Taroudannt, jouent toujours avec la poupée traditionnelle. Selon Latifa, la fille d'environ onze ans qui m'a transmis ces informations dans la maison d'Abdellatif Aït Hedda en février 1992, on utilise pour la partie verticale de l'armature de cette poupée une tige creuse robuste de la plante bûsûsû que l'on laisse d'abord sécher. La fille choisit une tige avec une bifurcation, bifurcation qui servira de jambes. Pour les bras un morceau de roseau, coupé en deux, est ligaturé en forme de croix sur la tige (fig. 124). Ensuite 124 on enveloppe l'armature de chiffons pour donner de l'ampleur au corps de la poupée. Les cheveux sont faits ou bien avec ceux de la fille ellemême ou bien avec de la laine et on les fixe dans le creux de la tige à

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l'aide d'une épine. Ces cheveux doivent être très bien peignés et, selon sa propre volonté, la fille les tresses ou les laisse pendre. Avec un objet pointu on fait deux petits trous dans la tige sèche pour marquer les yeux, et une autre ouverture pour le nez et la bouche. Les yeux, le nez et la bouche sont par après marqués avec du charbon de bois. La fille fait en plus des vêtements de femme, pour sa poupée-jeune mariée, ou d'homme, pour sa poupée-jeune marié, ceci avec des chiffons de vêtements usés. Comme bijou la °arûsa reçoit un collier de coquillages d'escargots de grandeur et de couleur variées. Les filles jouent surtout pour fêter le mariage de leurs poupées. Pour cela elles bâtissent, elles aussi, une maison de poupée délimitée par des pierres. Dans un coin de cette maisonnette on place, sur le sol légèrement relevé, la poupée-jeune mariée. Les filles de Hmar jouent à la poupée lorsqu'elles ont l'âge de garder les moutons, c'est-à-dire à partir de cinq ans jusqu'à dix ou douze ans, et ceci à n'importe quel moment de l'année. Le soir, les bergères rentrent à la maison avec leur poupée dans le dos. Cependant elles n'amènent pas la poupée dans le foyer. Elle est cachée dans les environs et ressortit quand les bergères retournent avec les moutons aux pâturages. Les jeux de poupées se terminent en tout cas lorsque la fille doit aider dans le ménage. A ce moment elle donne sa °arûsa unique, qu'elle a entourée de beaucoup de sollicitude et de tendresse, à une sœur ou une cousine plus jeune. Latifa affirme que les poupées en plastique, du genre Barbie et vêtue en Andalouse ou autrement par les femmes, ne servent dans son village que comme poupée de décoration (fig. 95, p. 148). Lors d‟une troisième visite chez Abdellatif Aït Hedda en novembre 1998 il m‟a donné deux poupées créées par des filles et apportées par la mère de Latifa du village Hmar. La première poupée est faite avec un morceau de la plante bûsûsû. Une enflure de la tige sert de tête, une tête sans cheveux, ni traits de visage ou foulard (fig. 125, p. 175, H = 17 cm, envergure des bras = 11 cm). Cette poupée est habillée de quatre chiffons entourés autour de la tige en dessous des bras et servant de sousvêtements. Le sous-vêtement supérieur est un morceau de gaze blanche. Le survêtement est un morceau de tissu avec des motifs de couleur rouge, verte et argentée serré autour de la taille par une ceinture du même tissu.

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125 La deuxième poupée est remarquable car elle propose une des très rares poupées figurant une mère portant un bébé dans le dos. L‟armature est faite d‟un morceau de roseau auquel un bâtonnet est ligaturé en forme de croix (fig. 126, p. 176, H = 21 cm, envergure des bras = 8 cm). La poupée-mère est vêtue d‟un sous-vêtement et d‟un survêtement en gaze mauve décorée de fleurs dorées. La poupée-bébé est tenue en place par un chiffon. Du cheveu de cheval a été utilisé pour les cheveux de la mère et du bébé. Ces cheveux sont fixés en poussant une extrémité de la chevelure, enroulée d‟un chiffon, dans le creux du roseau. Un chiffon noir à motifs géométriques blancs sert de foulard. La fille a donné des seins à la mère en poussant deux petites boules de tissu sous les vêtements. Cette poupée-mère a comme traits de visage un petite trou colorié en rouge pour la bouche et des yeux indiqués par deux petits trous coloriés en noir. Les sourcils sont indiqués par deux lignes obliques noires mais le nez manque.

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L‟armature, les cheveux et les yeux de la poupée-bébé sont identique à ceux de la poupée-mère mais le nez et la bouche ne sont pas indiqués (fig. 126, H = 9,5 cm, envergure des bras = 5,5 cm). Des chiffons blancs ont été utilisés pour le sous-vêtement et le survêtement du bébé. Cette poupée-mère à bébé est complétée par un petit sac fait d‟un morceau de tissu et contenant quelques chiffons figurant les vêtements et les produits de soin du bébé.

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Les exemples suivants de poupées et jeux de poupées liés à la mise en scène des cérémonies de mariage viennent de quelques villages de l‟Anti-Atlas dans la région de Sidi Ifni et de cette ville côtière du sudmarocain elle-même. Avec l‟aide de Said Bari, un instituteur de l‟école primaire d‟Imou Ergen située à environ 10 km de Sidi Ifni, j‟ai reçu en novembre 1998 une série de onze poupées, neuf poupées créées par des filles de dix à quatorze ans et deux poupées créées par un garçon de douze ans et un garçon de treize ans (fig. 127). De ces onze poupées dix représentent la tislit ou la jeune mariée et une l‟isli ou le jeune marié. Les garçons aussi bien que les filles jouent avec ces poupées à mettre en scène la tamgra ou la fête de mariage dans des maisonnettes délimitées par des pierres. Les enfants ont spécifié que les garçons jouent aux poupées quand ils gardent les animaux dans la montagne et séparément des filles. 127

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La poupée la plus petite représentant le jeune marié est moins élaborée que les poupées-jeunes mariées car elle n‟a ni cheveux ni traits de visage (fig. 128, H = 6,5 cm, envergure des bras = 2,5 cm). Elle ne porte qu‟un seul sous-vêtement découpé dans une feuille de cahier d‟exercice et un survêtement pour lequel l‟emballage orange transparent d‟un bonbon a été utilisé. Ce survêtement est cintré par une bandelette d‟un sac de plastique noir. L‟armature se compose de la moitié d‟un roseau auquel un bâtonnet est attaché en forme de croix, le côté bombé du roseau servant pour le 128 devant de la poupée. Un morceau de roseau sert comme armature verticale des dix poupéesjeunes mariées (fig. 129-138, p. 178-180). Dans neuf cas un bâtonnet a été poussé à travers le roseau pour former les bras. Sauf une poupée, elles ont des traits de visage avec yeux, sourcils, bouche et éventuellement un nez dessinés sur le roseau avec un stylo noir, bleu ou rouge. Deux poupées présentent une bouche souriante, les sept autres ayant une ligne droite comme bouche. 129 130 131

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Les traits de visage de trois poupées sont peu visibles. Les cheveux de huit poupées-jeunes mariées sont des cheveux de chèvre. Les cheveux d‟une fille servent pour la chevelure d‟une poupée mais des fils de coton ou de laine peuvent aussi s‟utiliser. Une extrémité des cheveux est poussée dans le creux du roseau et la chevelure est tenue en place par un ruban. Les sous-vêtements consistent le plus souvent de deux chiffons.

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Une poupée porte trois sous-vêtements, une autre un sous-vêtement et une troisième n‟a pas de sous135 vêtement. Au centre des chiffons une déchirure est faite pour passer la tête. Le survêtement de huit poupées est un morceau de tissu à motifs. Ils sont cintrés à la taille avec une bandelette de tissu mais une fois il s‟agit de fils de coton. Une fille a choisit comme survêtement de sa poupée un morceau de plastique rouge transparent découpé d‟un sac de plastique (fig. 135). Cela est aussi la poupée pour laquelle la fille a utilisé comme chevelure un peu de ses propres cheveux.

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Les vêtements des poupées sont complétés par un grand foulard, une fois même deux foulards, mais il arrive aussi qu‟une partie du survêtement soit utilisée comme foulard. La hauteur de ces poupées varie entre 7,5 cm et 20 cm et l‟envergure des bras entre 2,3 cm et 5 cm. La poupée la plus grande n‟a pas de traits de visage ni de cheveux mais une bandelette de tissu sert de foulard, un foulard qui entoure le haut du roseau où il est tenu en place par un morceau de ruban adhésif (fig. 136, H = 20 cm, envergure des bras = 4,5 cm). Un grand chiffon contournant plusieurs fois le roseau forme le sous-vêtement tandis que le survêtement est drapé sur les bras et le corps de la poupée et est cintré par une bandelette de tissu. Le morceau de roseau servant de bras ne traverse pas le roseau mais une fente fut faite dans le haut du roseau vertical pour pouvoir mettre les bras à leur place. 136 137 138

Une des deux poupées les plus petites se singularise par les deux sousvêtements pour lesquels la fille a utilisé des emballages de bonbon (fig. 137, H = 7,5 cm, envergure des bras = 2,3 cm). Son survêtement est un morceau de gaze verte cintré par un petit ruban, le même genre de gaze étant utilisé pour le foulard. La deuxième poupée la plus petite n‟a qu‟un vêtement, un morceau de tissu à fond blanc qui est cintré à la taille par une bandelette rouge (fig. 129, p. 178, H = 7,5 cm, envergure des bras = 3 cm). Les cheveux noirs de ces deux poupées proviennent de cheveux de chèvre et elles ont des traits de visage sans indication du nez.

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A Ergoub, situé à 9 km de Sidi Ifni à la fin du goudron et avant Imou Ergen, la jeune mariée Aïcha qui venait d‟épouser Mohamed ou Hamouche expliquait en novembre 1998 que là les filles ne font plus de poupées traditionnelles depuis environ dix ans mais utilisent des poupées en plastique. Elle ajoutait qu‟aujourd‟hui les filles d‟Ergoub voient la poupée faite par une fille elle-même comme de la „saleté‟. Il arrive qu‟une poupée soit si représentative du milieu d‟où elle provient qu‟il est possible de définir ce lieu à première vue. Cela est le cas d‟une poupée créée par une fille de l‟école primaire de Imou Ergen en novembre 1998, une fille venant de la région de Tafraoute dans l‟Anti-Atlas. L‟armature de cette poupée se limite à un roseau vertical (fig. 139). Le haut de ce roseau est entouré d‟un chiffon blanc fixé avec un fil de coton. Sur ce support blanc des yeux ronds, des sourcils et un nez sont dessinés en noir tandis que la bouche est rouge. Une pièce de tissu bleu foncé est drapée sur la tête et le corps de la poupée. Au niveau du menton les deux côtés de ce vêtement sont cousus ensemble avec du fil blanc. Un deuxième morceau du même tissu enveloppe la partie inférieure de la poupée. Il est cintré par un fil au-dessus duquel la partie supérieure de ce tissu est repliée vers l‟avant. 139 140

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Comme j‟ai pu le constater en visitant la petite ville de Tafraoute à la fin de la même année, les vêtements de cette poupée ressemblent à ceux portés par les femmes de cet endroit. En février 2002 une des filles du village Lahfart qui ont créé la série suivante de poupées a aussi fait une poupée qui ressemble aux femmes de Tafraoute (fig. 140, p. 181, H = 18 cm). L‟armature de cette poupée est un cône utilisé pour y enrouler du fil de coton mercerisé et elle n‟a pas de bras. Les traits de visages ressemblent ceux de la poupée précédente mais le nez est un V rouge. Elle est habillée d‟un morceau de tissu noir drapé autour du cône et cachant la bouche. Un très grand foulard noir du même tissu couvre la tête et tout le corps. A l‟avant de la poupée ce foulard est cousu ensemble en un point. Lorsque je me suis installé dans la petite ville côtière Sidi Ifni au Sud du Maroc début 2002, l‟instituteur et co-fondateur de l‟Association Isni pour la Culture et l‟Art, Boubaker Daoumani, m‟a contacté après avoir vu mon livre sur les poupées et jeux de poupées des enfants sahariens et nord-africains de 1993 que je venais d‟offrir à son collègue Said Bari. Boubaker Daoumani enseigne dans la première et la deuxième classe de l‟école primaire de Lahfart, un petit village caché dans les pentes côtières de l‟Anti-Atlas. Pour arriver à ce village on doit monter une piste pendant une vingtaine de minutes, une piste qui débute de la route de Tiznit à Sidi Ifni et à environ 9 km avant cette dernière ville. En février 2002 et avec l‟aide de ses 141 collègues cet instituteur a

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collectionné plusieurs poupées et quelques animaux-jouets créés par les élèves. Plusieurs filles d‟environ dix ans ont créé douze tislit ou jeunes mariées. Une de ces filles a fait trois poupées qui se ressemblent (fig. 141, p. 182, H = ± 25 cm, envergure des bras = ± 8 cm). L‟armature est un morceau de roseau transpercé par un bâtonnet de roseau. La fille a légèrement incrusté les trait de visage puis les a dessinés au stylo noir. Les longs cheveux sont de la laine tressée et ils pendent le long du dos où ils se fixent dans la ceinture. Pour fixer la chevelure en haut du roseau la fille a poussé une extrémité dans une petite fissure. Le sous-vêtement est un chiffon dont les côtés restent ouverts. La fille a donné à ses trois poupées un survêtement et un foulard provenant du même tissu jaune avec des motifs floraux brillants en vert, rose et blanc. A l‟arrière de la poupée les bords du survêtement son cousus ensemble. Le grand foulard couvre la tête et les épaules, il se croise par-devant et se fixe dans la ceinture pour laquelle un élastique est utilisé. Une petite poupée avec le même type d‟armature montre sur le roseau des traits de visage effacé (fig. 142 côté droit, H = 12 cm, envergure des bras = 5,5 cm). Elle porte deux vêtements multicolores mis au-dessus de la tête par une déchirure et drapés au-dessus des bras. Sous les bras un fil blanc cintre ces vêtements. Un morceau de gaze blanche sert de grand foulard qui couvre la tête et tout le corps. Il est cintré par un fil mauve.

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Sous les bras un fil blanc cintre ces vêtements. Un morceau de gaze blanche sert de grand foulard qui couvre la tête et tout le corps. Il est cintré par un fil mauve. Pour les sous-vêtements de cette poupée et la poupée suivante les filles ont utilisé du tissu à motifs brillants, un genre de tissu normalement utilisé pour les survêtements. Les cheveux de la fille ont servi pour donner une chevelure à la poupée. Une extrémité des cheveux est entourée d‟un chiffon puis poussée dans le creux en haut du roseau où elle est tenue en place en y enfonçant un caillou de mesure adéquate. Sauf les trois poupées faites par la même fille, les poupéesjeunes mariées des filles de Lahfart portent un survêtement sans motifs brillants. L‟autre petite poupée à sous-vêtement brillant est particulière pour deux raisons encore (fig. 142 côté gauche, p. 183, H = 10,5 cm, envergure des bras = 4 cm). La partie verticale de l‟armature n‟est pas un roseau mais un tube en carton autour duquel des fils de coton mercerisés étaient enroulés. Pour donner des bras à la poupée un bâtonnet de roseau fut percé à travers le tube. En haut du tube la fille a enlevé la couche supérieure du carton, puis elle a blanchit cet endroit avec du vernis à ongles et dessiné avec un stylo bleu des yeux ovales à pupille, des sourcils, un nez et une bouche souriante. Une extrémité des cheveux est enfoncée dans le creux du roseau et la chevelure est tenue en place avec un ruban rougeâtre. Deux robes multicolores enveloppent le tube en carton et elles sont fixées en dessous des bras par un ruban. La robe supérieure a des motifs brillants. Un grand foulard rose couvre la tête et les bras de cette poupée, un foulard tenue en place par le survêtement vert à motifs floraux noirs. Ce survêtement est mis au-dessus de la tête par une déchirure et les bords du tissu ont été cousus ensemble sous les bras. De six poupées-jeunes mariées les filles ont découpé la partie inférieure du roseau vertical de telle manière à donner des jambes à leur poupée, une manière de donner des jambes à une poupée que je n‟ai que très rarement vue jusqu‟à présent.

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Chez cinq poupées les jambes se cachent sous leurs vêtements mais elles restent visible chez une poupée (fig. 143, H = 20 cm, envergure des bras = 5 cm). Les yeux et les sourcils sont des traits droits dessinés avec un stylo bleu. Une ligne rouge droite figure la bouche. Un chiffon multicolore sert de sous-vêtement. Le survêtement, avec une déchirure centrale pour passer la tête, se drape au-dessus des bras et les bords sont cousus ensemble comme cela a été fait pour quelques autres poupées. Un foulard du même tissu que celui du survêtement couvre les cheveux qui sont des bandelettes de plastique noir. Cette chevelure est fixée dans le creux du roseau avec une petite pierre. Un grand foulard en gaze blanche couvre la tête et tout le corps et il est cousu en un point par-devant de la 143 poupée. Pour les cheveux de deux poupées la fille a utilisé un peu de ses propres cheveux, une chevelure fixée dans le creux du roseau avec une petite pierre (fig. 144, p. 187, H = 16/19 cm, envergure des bras = 5/6 cm). Leurs traits de visage sont les mêmes mais une poupée a aussi un nez rouge. Deux chiffons multicolores entourent ces poupées et représentent les sous-vêtements. La poupée au nez rouge porte encore un sous-vêtement découpé dans un sac de plastique transparent vert. Une grande robe en gaze blanche tenue en place par un élastique sur lequel elle est repliée par-devant figure le survêtement.

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Les deux poupées portent un petit foulard qui tient la chevelure en place ainsi qu‟un large foulard qui entoure la poupée totalement. La poupée la plus petite porte aussi une ceinture de fils de coton blanc. Deux autres poupées de la série de poupées aux jambes découpées montrent les mêmes traits de visage dessinés avec un stylo bleu et rouge. Ces deux poupées n‟ont pas de long cheveux mais des lignes courtes dessiné sur le front avec un stylo bleu indiquent la chevelure (fig. 145, p. 187, H = 12 cm, envergure des bras = 6 cm). Comme d‟habitude deux sous-vêtements, un survêtement et un large foulard cintré par un ruban forment les habits. La dernière poupée de cette série manque aussi la chevelure mais les traits de visage sont différents avec des yeux ronds à pupille, des sourcils, un nez rond et une grande bouche souriante tous dessinés au stylo bleu (fig. 146, H = 12 cm, envergure des bras = 7,5 cm). Cette poupée porte trois sous-vêtements multicolores, un survêtement à motifs végétaux ainsi qu‟un grand foulard à étoiles et points qui couvre 146 la tête, les bras et tout le corps. La plus petite des douze poupées-jeunes mariées de Lahfart présente une création assez particulière (fig. 147, H = 10,5 cm, envergure des bras = 4 cm). Son armature est faite d‟un court morceau de roseau transpercé par un bâtonnet pour former les bras. Les traits de visage sont peu visibles, deux lignes droites faites avec un stylo bleu pour les yeux et une ligne droite rouge pour la bouche. Dans un morceau d‟emballage aluminium d‟un biscuit un trou est fait pour passer la tête de la poupée et ce survêtement 147 pend au-dessus des bras. Une extrémité de la

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chevelure est poussée dans le creux du roseau et un ruban noir tient cette chevelure en place sur le front. Un élastique décoré de petites perles bleues et blanches, comme l‟élastique que l‟on met dans les cheveux des fillettes, orne le front. Trois tresses de cheveux pendent le long du corps, deux à l‟avant et une à l‟arrière de la poupée. Un autre élastique à perles forme la ceinture qui cintre à la taille le survêtement et les tresses. 144

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Une poupée créée par Mina, une élève de treize ans de la classe de Said Bari qui enseignait dans l‟école primaire de Lahfart en février 2002, a une armature que je n‟avais pas encore vue. Cette armature a été découpée dans un morceau d‟Isomo protégeant un appareil électronique ou ménager (fig. 148, H = 17 cm, envergure des bras 10,5 cm). Le corps, avec la tête, les bras et les jambes, de cette tislit ou jeune mariée est découpé dans une pièce d‟Isomo. Les yeux, les sourcils, le nez et les cheveux sont dessinés avec un stylo bleu mais la bouche avec un stylo rouge. Avec le stylo bleu la fille a encore dessiné des orteils ainsi que trois points sur le front et les joues pour représenter les taches coloriées traditionnelles. A travers une déchirure centrale le vêtement est passé par148 dessus de la tête. D‟un côté les bords du vêtement sont cousus ensemble tandis qu‟un ruban bleu le cintre sous les bras. Un ruban d‟environ 3 cm de largeur provenant du même tissu bleu contourne la poupée en dessous de la ceinture, le bord supérieur de ce ruban étant cousu au vêtement. Un grand foulard en gaze blanche couvre la tête et les bras de la poupée. Une des deux poupées-mères portant un bébé dans le dos que j‟ai trouvées jusqu‟à présent fut modelée en argile par une fille de quatorze ans. Boubaker Daoumani a collectionné cette poupée-mère et la poupéebébé dans le village Lahfart en janvier 2002 (fig. 149, p. 189, H = 12,5 cm, envergure des bras = 10 cm; le bébé H = 6 cm, envergure des bras = 3 cm). A travers le corps massif en argile, avec une grande tête sans cou, des jambes courtes et des petits pieds, la fille a percé un bâtonnet pour créer des épaules et des bras.

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Les traits de visage légèrement incrustés dans l‟argile montrent deux lignes droites pour les sourcils et une ligne droite pour la bouche ainsi que des petits trous pour les yeux et le nez. Des lignes fines suggèrent les cheveux et la chevelure se termine dans un chignon. Le bébé porté dans le dos est une copie miniaturisée de la poupée-mère la seule différence étant qu‟il n‟y a pas de lignes pour indiquer les cheveux. La poupée-mère est vêtue d‟un vêtement multicolore dont les bords sont cousus ensemble d‟un côté. Ce vêtement pend sur les bras et descend jusqu‟au chevilles. Un large foulard provenant 149 du même tissu tient en place la poupée-bébé et est noué à l‟avant de la poupée-mère. Dès élèves de Said Bari ont fait les deux poupées suivantes qui doivent cependant être vues non pas comme des poupées à jouer mais comme des poupées de décor. Néanmoins je tiens à les décrire car une d‟elles offre un exemple vraiment rare de poupées-femmes créées par un garçon et qu‟elles témoignent de la créativité enfantine.

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La poupée-jeune mariée faite par Lahoucein Idouhna, un garçon de douze ans, a comme armature un roseau vertical percé par un long morceau de fil de fer formant les épaules et les bras courbés vers le bas (fig. 150, H = 24 cm). La partie supérieure du roseau est enveloppée de coton blanc sur lequel de grands yeux à pupille sont dessinés avec un stylo noir ainsi qu‟un nez, une bouche et des joues dessinés avec un stylo rouge. La tête sans cheveux et les épaules sont couvertes d‟un large voile transparent comme pour une mariée européenne. La poupée porte une robe blanche inspirée par les robes des jeunes-mariées européennes, une robe qui fait éventuellement partie des robes portées par une jeunemariée marocaine lors des cérémonies de mariage. Le garçon qui a créé cette poupée disait que sa mère l‟a aidé à mettre le voile. 150 151

L‟autre poupée, réalisée par un garçon de dix-sept ans qui a commencé l‟école primaire tardivement, représente un homme (fig. 151, H = 22 cm). La tête et le cou furent découpés dans un morceau d‟Isomo. Le cou s‟incruste dans le creux d‟un roseau de 3,5 cm de diamètre.

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En bas du roseau deux morceaux de roseau d‟un centimètre de diamètre sont enfoncés dans le creux pour former les jambes. Les pieds sont deux morceaux d‟un demi-roseau collés aux jambes. Pour faire les bras le garçon a percé un fil de fer à travers le roseau vertical puis les deux extrémités ont été pliées vers le bas. Le cou, les bras et le corps sont enveloppés de rubans et une large cape pend sur les épaules, une cape cousue en un point à la hauteur de la gorge. Les cheveux sont faits avec un morceau de peau de mouton collé sur la tête. Les traits de visage avec yeux ronds à pupille, sourcils, nez triangulaire, oreilles et bouche souriante sont dessinés au stylo bleu. Peu après avoir reçu les deux poupées avec une armature complète ou partielle en Isomo, l‟utilisation de morceaux d‟Isomo fut confirmée lorsque j‟ai vu un jeune garçon assis devant la porte de sa maison dans un quartier populaire de Sidi Ifni. Il était en train de gratter avec un morceau de fer aplati, une pièce d‟Isomo pour lui donner la forme voulue. La vidéo filmée dans la région de Sidi Ifni le 4 mars 2002, montre le jeu de construction de maisonnette et le jeu de poupée de Halima, une fille de six ans, et de Fadil, son frère de neuf ans (fig. 152).

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Ces enfants vivent dans une maison isolée construite de manière traditionnelle dans la région de Lagzira près de la route goudronnée à 10 km avant Sidi Ifni en venant de Tiznit. Le genre de poupées utilisé par ces enfants parlant amazigh est unique pour autant que j‟aie pu le vérifier au Maroc bien que les sources bibliographiques y fassent référence une ou deux fois. La jeune-mariée aussi bien que le jeune-marié, les membres de la famille et les visiteurs sont représentés par des coquillages d‟escargot. Quand il s‟agit de la jeune mariée ou du jeune marié le coquillage est enveloppé dans un morceau de gaze blanche. Le jeu de mariage commence par promener en voiture la mariée, le marié et quelques membres de la famille en utilisant une boîte de 153 sardines (fig. 153). Après une bien longue promenade à travers le terrain de jeu en face de la maison, la procession arrive au village avec ses maisonnettes. Dès que Halima arrive avec sa voiture de mariage près d‟une des maisonnettes elle commence a mettre les poupées dans la position correcte avec l‟ouverture du coquillage représentant la tête en haut (fig. 154, p. 193)). Quand Fadil termine la promenade en voiture, les deux joueurs commencent à construire chacun une nouvelle maisonnette avec de la boue et des pierres. Un détail montre comment Halima et Fadil, qui vivent dans une famille pauvre plutôt traditionnelle, intègrent dans leur jeu le dernier produit de la haute technologie seulement disponible à Sidi Ifni depuis environ l‟an 2000, c‟est-à-dire le téléphone portable figuré par un morceau d‟une vieille télécommande. Le protocole avec la description détaillée de cette vidéo est disponible sur le site Internet de SITREC (Rossie and Daoumani, 2003, Video 4).

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Lors de ma première visite à Sidi Ifni, une ville d‟environ 25.000 habitants sur la côte atlantique au sud d‟Agadir, en novembre 1998 Malika, une femme de vingt-trois ans et membre de la famille qui dirige l‟hôtel restaurant Suerte Loca, m‟a raconté qu‟on pouvait trouver à Sidi Ifni la poupée faite par la fille elle-même jusqu‟au début des années 1980 mais que de nos jours les filles jouent avec des poupées en plastique importées. Cette utilisation de poupées en plastique importées se confirmait alors par l‟observation d‟une fille de six ans qui jouait avec une poupée en plastique bon marché devant sa maison. Bien que la poupée en plastique avait remplacé la poupée traditionnelle les autres objets utilisés par la fille pour son jeu se trouvaient localement. Ainsi la fille avait mis sa poupée dans une maison de poupée, les carreaux en haut du petit escalier menant à la porte d‟entrée, et comme ustensiles elle

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employait une petite table en bois et quelques bouchons de bidons à huile remplis d‟eau servant de verres de thé. Comme d‟autres informations recueillies à Sidi Ifni confirmaient que la poupée faite par les filles avait disparu de cette ville, j‟étais vraiment surpris en filmant la première vidéo réalisée en collaboration avec Boubaker Daoumani le 31 janvier 2002, de voir qu‟on pouvait encore y trouver la poupée traditionnelle. Je suis entré en contact avec une famille arabophone de classe populaire par le biais d'adolescentes se trouvant devant la porte de leur maison située en face de la barandilla, l'escalier en bordure de la plage. Puis après avoir obtenu l‟accord des parents il a été possible de filmer Fatiha et Yasin, une fille de six ans et son cousin de quatre ans qui jouent souvent ensemble. L‟unique indication donnée à Fatiha le jour avant le tournage est qu‟on aimerait filmer son jeu de poupée. Lors de la prise de vue la première chose que Fatiha a fait est de créer une poupée avec une louche en bois comme armature verticale, une louche reliant d‟une certaine manière cette poupée à la poupée faite pour implorer la pluie. A cette louche la fille a attaché en forme de croix un bâtonnet pour faire les épaules et les bras. Après avoir dessiné les traits de visage sur le côté creux de la louche, Fatiha a mis un vêtement à sa poupée en le serrant à la taille avec une ceinture. Plus tard elle a encore fabriqué plusieurs autres poupées du même genre mais avec un bâtonnet comme armature verticale. Parfois Yasin commençait à faire une poupée mais cela plutôt sous la pression de sa nièce. En tout cas, il ne semblait pas avoir envie de faire des poupées car il ne finissait jamais l‟armature en forme de croix. Pendant tout le jeu le comportement de ce garçon d‟à peine quatre ans exprimait son refus de faire du travail de femme et cela non seulement quand il s‟agissait de créer une poupée mais aussi lorsqu‟il était question de préparer un repas. Yasin a clairement exprimé son refus en criant à Fatiha qui l‟ordonnait de préparer à manger : “Vas-y toi-même, je suis un homme et pas une femme! Moi, je suis un homme non pas une femme! ”. Exaspéré par ce refus Fatiha a décidé à préparer le repas elle-même. Après environ huit minutes de fabrication de poupées le jeu commence vraiment avec la préparation du petit déjeuner des enfants, enfants représentés aussi bien par les poupées faites par Fatiha que par deux poupées du genre Barbie que la fille a placées contre le mur de la maison et restant disponible tout le temps. La mise en scène de cette

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préparation du petit déjeuner est suivie par le réveil des enfants, le petit déjeuner et la conduite des enfants à l‟école. Bien que référence est faite pendant le jeu à l‟école et la classe, la mise en scène d‟une situation liée à cet environnement n‟est pas réalisée. Yasin collabore à cette séquence du jeu de poupée en délimitant un espace rectangulaire représentant l‟école avec quatre bâtonnets, bâtonnets qu‟il aurait du utiliser pour faire des poupées. A la fin du jeu de poupée les enfants doivent être ramenés de l‟école mais Fatiha change d‟idée et propose d‟apporter le repas à l‟école. Une description détaillée de cette vidéo se trouve dans le protocole disponible sur le site Internet de SITREC (Rossie and Daoumani, 2003, Video 1). Un autre exemple de jeu de poupée, filmé sur le toit plat servant de terrasse du Suerte Loca à Sidi Ifni le 10 février 2002, montre deux filles d‟une famille de classe moyenne dont les grands-parents maternels sont les propriétaires de cet hôtel restaurant. Le troisième joueur est Malika, une fille de neuf ans d‟une famille de classe populaire vivant tout près. Une année auparavant Malika avait demandé aux deux sœurs si elle pouvait jouer avec elles et de cette manière elle était devenue leur amie. Malika parle l‟arabe marocain lorsqu‟elle joue avec Jalila âgée de neuf ans et sa sœur Awatif âgée de sept ans mais à la maison elle parle la langue amazighe locale. Ces filles jouent avec de véritables poupées Barbie dont une porte une petite robe hawaïenne et danse sur de la musique algérienne raï ou de la musique arabe moderne. Elles utilisent aussi une poupée-bébé et plusieurs peluches anthropomorphes et zoomorphes ainsi que des figurines miniaturisées, tous des jouets appartenant aux deux sœurs. Le jeu de poupée qui dure trente-neuf minutes met en scène plusieurs thèmes le plus souvent liés à la relation mère-enfants, un rôle maternel joué par Malika. Jalila et Awatif jouent à aider la mère ou s‟engagent dans des rôles complémentaires comme téléphoner avec des portables-jouets, faire des courses ou conduire les enfants à l‟école, des rôles que Malika joue aussi. Un moment donné les deux sœurs prétendent faire un voyage au Maroc et à l‟étranger mais il arrive aussi qu‟elles jouent seul un instant. En plus des poupées les joueurs disposent encore de téléphones-jouets, de produits de beautéjouets, de boucles d‟oreilles pour enfants, d‟une boîte à musique, de faux billets Euro, de différents types de sacs, d‟une valise et de matériel de l‟hôtel comme des tabourets et des bancs, des sièges et des tables en

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plastique. Tous ces objets démontrent clairement le niveau de vie et la situation multiculturelle dans lesquels Awatif et Jalila grandissent, une situation à laquelle Malika, jouant le rôle plus traditionnel de la mère, s‟adapte facilement. Le protocole détaillé de la vidéo sera disponible sur le site Internet de SITREC (Rossie and Daoumani, à paraître, Video 3). Un exemple de jeu avec la poupée Little Miss fabriquée en Chine (fig. 123, p. 173) m‟a été raconté en septembre 2003. Une jeune mère amazighe, Fatima Moutawakil vivant à Tiznit dans la province d‟Agadir depuis ses trois ans, jouait à la poupée de ses sept à ses douze ans. Elle faisait partie d‟un groupe de jeu comportant encore deux voisines un peu plus âgées et son frère cadet. Au début des années 1980, Fatima confectionnait des vêtements pour sa poupée, l‟unique de ce genre dans le groupe de jeu. Cette poupée était vêtue comme une femme adulte et un des jeux favoris consistait à mettre du maquillage à la poupée avec du safran artificiel et un chewing-gum rouge qui après être mouillé avec de la salive servait comme du rouge à lèvres. Les mêmes filles et trois garçons dont deux cousins aimaient à jouer au mariage, au ménage ou à papa et maman. Dans ces cas ils jouaient sans utiliser des poupées. Les différents personnages comme la tislit ou jeune mariée, l‟isli ou le jeune marié, la mère et le père des deux familles et parfois une servante ou un domestique étaient joués par les joueurs. Des petits coussins figuraient des enfants. Ce jeu se passait dans la maison d‟un des joueurs mais seulement en l‟absence des parents. Des ustensiles et d‟autres objets trouvés dans la maison servent comme matériel de jeu et les chambres comme terrain de jeu. Quand ils jouaient au ménage un d‟entre eux devait aller faire les courses. En parlant des gens comme le font les adultes dans pareilles circonstances les joueurs parlaient toujours de personnes imaginaires. Les autres thèmes ludiques sont la visite au docteur ou au marché. Parfois le jeu était plus fantastique comme jouer à tarzent, les monstres des contes locaux. Eventuellement une plage était créée en laissant couler de l‟eau sur les carreaux pour que les joueurs puissent glisser. Selon Fatima la richesse des thèmes de jeux était souvent due aux garçons un peu plus âgés qui inventaient quelque chose de nouveau. Naturellement il fallait remettre tout en ordre avant que la mère revienne sinon les joueurs seraient battus, ce qui est arrivé.

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Dans le jeu de poupée des filles juives du sud-marocain, la poupée représentant le marié est remplacée par un jeune garçon qui s'assoit auprès de la poupée figurant la mariée. Flamand (recherches de 1948 à 1958, p. 183) décrit ce jeu de la mariée de la manière suivante : Ce jeu consiste à revêtir la poupée des accessoires traditionnels et à lui faire prendre les attitudes de la mariée juive. Les enfants cherchent à reproduire l'apparat et les gestes rituels des fêtes nuptiales : elles invitent leurs compagnes en grand nombre ; la poupée revêtue d'une robe blanche, un voile en tulle encadrant son visage, se place au milieu de la salle à manger, dans un fauteuil entouré de fleurs blanches ; le marié - quelque garçonnet amené par une sœur ou une amie - s'assoit auprès d'elle ; chaque invité, à son arrivée, embrasse les mariés et félicite leurs parents supposés ; ceux-ci font passer du vin, des liqueurs et des plats de friandises aussi réels que le permettent les ressources familiales et les apports des invités. Ces festivités ont lieu généralement les samedis après-midi.

Un second thème pour le jeu de poupée est la grossesse et l'accouchement dont deux auteurs nous parlent et que des données récentes confirment. L'article “la poupée Iblisa” de 1917 (p. 39), mentionné plus haut, décrit ce simulacre de l'accouchement. Mais bientôt on annonce que la maman va accoucher. En un tour de main une fillette confectionne une poupée semblable à la première, mais plus petite. La sage-femme (une autre fillette) arrive bientôt et vient s'accroupir devant la poupée-maman pendant que tout le chœur des petites filles dit : “O Sidi Bou Serrhine (marabout enterré aux environs de Sefrou), ô l'oiseau aux pattes teintes de henné, délivre vite cette femme du mal d'enfant. Ne la laisse pas dans les douleurs”. A ce moment l'apprenti sage-femme passe la main sous les vêtements et en tire la petite poupée en annonçant : “Elle a enfanté”. Danses, youyous, battements de mains reprennent de plus belle. Tout ce petit monde crie : “Louange à Dieu et au grand dispensateur qui est notre maître”.

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Maurice Cortier décrit déjà en 1908 ce jeu marocain de l'accouchement (p. 310). Une fois de plus, une fillette joue le rôle de sage-femme pendant que ses compagnes chantent en chœur : “Ô père des petits, oiseau aux pattes de henné, fais que l'enfant naisse de suite ; épargne les douleurs à la mère, etc.” Des renseignements que j'ai obtenus au Maroc réfèrent eux aussi au simulacre de l'enfantement par la poupée-femme, mais premièrement je décris la représentation de la grossesse. Latifa, une jeune fille d'environ 11 ans en 1992 du centre rural de Hmar près de Taroudannt, a le mieux explicité la relation entre les différents jeux de poupées qui, au début des années 1990, existe chez les filles de sa région. Après le jeu de mariage de la °arûsa et du °arîs, décrit plus haut, et une fois que le jeune couple vit ensemble un certain temps déjà, la °arûsa voit se modeler un gros ventre. Elle est enceinte! Avec tout que cela comporte de coutumes et de gestes protecteurs. Plus tard la poupée-femme accouchera d'une fille ou d'un garçon, une copie de taille réduite de la poupée-femme ou de la poupée-homme. Le moment venu du jeu de la naissance, on invite toutes les poupées pour fêter cet heureux événement, en chantant et en se réjouissant autour d'une dînette. Dans les années 1940, la même série de jeux de poupées se jouait par les filles des Oulad Yahya des régions rurales aux environs de Taroudannt. Ce triple jeu de poupée se retrouve aussi dans le milieu amazigh d'Imi-n-Tanoute, du moins vers 1980. Le gros ventre de la taslit enceinte s'obtenait en mettant un petit coussin de chiffons sous ses vêtements. La poupée-bébé est une fois de plus construite suivant le modèle de la poupée adulte, seulement sa taille est plus réduite et ses vêtements sont plus simples. Suivant la volonté des filles, la poupéemère donnera la vie à une poupée-garçon, iwis, ou une poupée-fille, illis. Selon Sfia Ghârib, une femme amazighe née en 1938 à Arhbalou-nSerdane au Moyen Atlas, la poupée-jeune mariée décrite plus haut (fig. 76, p. 128) pouvait aussi jouer son rôle dans l'enfantement d'un bébé figuré par une toute petite poupée du même genre.

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La collection du Musée de l'Homme possède un berceau-jouet de Sfax collectionné vers 1933 (33.70.10), un berceau-jouet déjà mentionné par Castells en 1915. Jusqu'à ce que j'aie filmé en collaboration avec Boubaker Daoumani les vidéos sur le jeu de poupée dans la région de Sidi Ifni début 2002, je n'avais reçu que trois informations sur des jeux de poupée dans lesquels les filles utilisent des poupées représentant des petits ou des jeunes enfants. Ces informations se réfèrent aux filles de Ouarzazate, les filles des Oulad ben Sbaa ainsi que les filles juives des anciens mellahs du sud-marocain. Comme mentionné à la fin des données sur les poupées-femmes de Marrakech la relation entra la fille ayant le rôle de mère et son bébé, représenté par une petite poupée, fut jouée à Ouarzazate vers 1980. Au village Ouled ben Sbaa, près de Sidi Mokhtar sur la route d'Essaouira à Marrakech, les filles arabophones de six à douze ans utilisent leurs poupées surtout comme des bébés. Ce jeu se pratique seule ou avec une ou plusieurs filles de la famille ou du voisinage dans la cour de la maison. Selon Abdelhalek Naseh, dont proviennent ces informations, c'est un jeu très courant qui se pratique toute l'année. Cette poupée qui s'appelle néanmoins °arûsa ou jeune mariée, a une armature de roseau ou de bâtonnets en forme de croix vêtue avec des chiffons. “Bien que la forme de base reste assez simple, certains détails sont mis en relief comme les seins, les fesses, la tête” (1993: 30-31). Flamand (recherches de 1948 à 1958, p. 183) parlant des fillettes juives du sud-marocain écrit : Deux enfants placent une poupée entre eux ou bien dans un véhicule à sa taille : landau, poussette ou simple boîte de carton tirée par une ficelle. Dans cet équipage, ils simulent diverses occupations de parents : préparer le repas de leur "enfant", s'entretenir de son avenir, emmener l'enfant à l'école, faire des visites ou bien recevoir en sa compagnie... etc.

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Dès lors je pensais qu‟utiliser des poupées pour jouer des rôles de mère ou d‟enfant était exceptionnel au Maroc. J‟étais donc étonné de voir que les deux premiers groupes de jeu jouant à la poupée et filmés à Sidi Ifni ont librement choisit de s‟engager partiellement ou complètement dans un jeu figurant des relations entre mère et enfants et entre enfants et l‟école. Dans le premier cas les poupées représentant des enfants sont des poupées faites par une fille de six ans d‟une famille populaire ou bien des poupées en plastique du genre Barbie qui lui appartiennent. Dans le deuxième cas il s‟agit de vraies poupées Barbie et de peluches appartenant à deux sœurs d‟une famille de classe moyenne (Rossie and Daoumani, 2003, Video 1, Video 3). La description de ces poupées se trouve p. 194-196. L'enterrement de la poupée est un quatrième thème des jeux de poupées des filles marocaines. La première mention de ce jeu dans la bibliographie consultée date de 1915. Le dixième jour de l'année musulmane, c'est-à-dire lors de la fête de l'°ashûra, les enfants de Settat et d'ailleurs “font des simulacres d'enterrement en creusant une fosse pour enterrer avec le cérémonial habituel une poupée faite d'un os entouré de chiffons” (Mission Scientifique du Maroc, p. 302). Une jeune femme, Naïma Tadili, de la ville de Khouribga, que j'ai rencontrée au Centre d'Etudes des Problèmes du Monde Musulman Contemporain à Bruxelles en 1981, m'a parlé spontanément de ces enterrements de poupées. Ses souvenirs, et ceux de sa belle-mère en visite en Belgique, ont donné les renseignements ci-dessous. Un os de patte de mouton égorgé à l'aïd el-kebir, c'est à dire le dixième jour du mois dhu el-hijjah (le dernier mois du calendrier musulman et le mois du pèlerinage), est utilisé par des filles de la région de Khouribga, près de Settat et non loin de Casablanca, pour confectionner une poupée qui s'appelle °ashûra. Un bâtonnet est ligaturé en croix à cet os pour figurer les bras et l'armature est alors habillée en femme. Sur la tête de la poupée les filles mettent du henné. Le visage n'est pas indiqué. Pendant tout un mois lunaire ces poupées sont au centre des activités ludiques des fillettes. Avec leur poupée elles se promènent dans le voisinage et font la quête de dons chez la famille et les voisins. Ceux-ci leur donnent un peu d'argent ou des denrées. Vient alors le jour de l'°ashûra, le dixième jour du premier mois de l'année

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musulmane. En Afrique du Nord en général et dans la région en question en particulier, la fête de l'°ashûra donne lieu à des rites et usages qui sont en rapport avec la naissance de la nouvelle année et la mort de l'année passée. Une description récente de la fête de l'°ashûra dans la ville de Marrakech a été publiée en 1976 par Jemma-Gouzon. Lors de l'°ashûra on commémore aussi les morts. En plus cette fête est une journée où l'on gâte les enfants qui reçoivent des bonbons et des jouets. Dans ce contexte les filles vivent la mort et l'enterrement de leur poupée. Comme il est dit dans la citation ci-dessus datant de 1915 et comme il était encore d'usage dans plusieurs familles de Khouribga pendant la seconde moitié des années 1960, la poupée meurt à l'°ashûra et est enterrée par la fille elle-même. Les filles de la même famille et leurs amies enterrent ensemble leurs poupées et font les rites d'enterrement pour la poupée qui à été pour eux durant tout un mois un être bien-aimé qu'elles perdent en ce jour de l'°ashûra. Le septième jour après l'enterrement les filles reviennent au cimetière de leurs poupées pour y accomplir les devoirs envers les morts comme on le fait pour les humains. Selon mon informatrice, Naïma Tadili, ce jeu traditionnel n'était pas toléré par tous les parents. Ainsi elle n'a pas participé personnellement à ce jeu mais elle l'a vu faire par ses amies et voisines. Dans certaines familles ce jeu serait encore pratiqué début 1980, surtout à la campagne mais de moins en moins en ville. Une autre femme marocaine Rhimo Bijat Laraïchi, née en 1942 à Larache mais vivant à Gand en Belgique, m'a affirmé en juillet 1982 qu'elle a vu ce jeu d'enterrement de la poupée à Settat, sur la route de Casablanca à Marrakech, mais que cette coutume n'existe pas à Tanger, Tetouan ou Larache. Dans son “Noms et cérémonies des feux de joie chez les Berbères du Haut et de l'Anti-Atlas”, Laoust parle lui aussi et en 1921 de l'enterrement par des fillettes de la poupée nommée 'ashur' ou 'isli nashur', c'est-à-dire le fiancé de l'ashur, encore appelé “mon Frère Achour” ou “mon Oncle Achour” (p. 31), ce qui ne laisse aucun doute au sujet du sexe de cette poupée. Il est donc question ici d'une poupéehomme provenant d'une région non-saharienne. D'autres exemples de poupée-hommes marocaines que j'ai pu trouver depuis 1992 sont décrits chez les poupées-hommes. Selon cet auteur cette poupée masculine est à Tanannt, près des Cascades d'Ouzoud dans la région de Marrakech, un roseau recouvert de blouses et d'un burnous, mais un os peut aussi bien

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être utilisé. Laoust (1921: 30-31) nous raconte ce jeu rituel de la manière suivante : Quelques jours avant l'apparition de la lune de l'Achoura, les fillettes la promènent sur le sentier qui mène au marché des Aït Majjen et au mausolée de Sidi Sâïd. Elles la posent debout au pied du gros térébinthe dont l'ombre protège le tombeau de l'agourram, et arrêtent au passage tous ceux que le hasard du chemin mène dans ces parages. en disant : “donnez-nous l'obole d'Achour, aqarid n-'asur !” Quand naît la lune de moharrem, elles recueillent des dattes, des noix, des raisins secs dont toutes les familles font grande provision à l'Achoura. Puis, le soir de la fête, elles vont avec leur poupée de maison en maison, demander les menus cadeaux : œufs et morceaux de viande qu'il est d'usage de leur remettre. Après le souper, elles se réunissent sous un figuier et groupées autour de la poupée étendue à terre, elles simulent une grande douleur : elles dénouent leurs tresses, s'égratignent le visage, pleurent bruyamment et chantent de ces lamentations funèbres qu'on entend dans les familles qu'un deuil vient de frapper. Cette nuit-là, en effet, est celle de la mort d'Achour, du personnage énigmatique que personnifie la poupée. Ce rite accompli, les fillettes se séparent pour se retrouver au même lieu aux premières lueurs de l'aurore : c'est à cette heure précise que meurt Achour et que l'on procède à ses funérailles. Dans la petite tombe où on le dépose, on jette des dattes et des œufs. Puis les petites filles s'étant retirées, les garçons arrivent à leur tour ; ils se précipitent sur la tombe, s'emparent des dattes et des œufs, déterrent la poupée, la dépouillent de ses vêtements et la jettent nue sur le sol pour qu'elle appelle la pluie ... Peut-être croient-ils que la pluie vivifiante et fécondante préside à la résurrection de l'esprit affaibli ou mourant de la végétation que personnifie sans doute ce mannequin. En février 1992, ces données, datant de 1921, ont été confirmées, pour la seconde moitié des années 1970, par une jeune femme amazighe de 24 ans qui a vécu toute sa jeunesse dans la région de Beni Mellal dans le Moyen Atlas. Elle y a ajouté que les jeunes filles considèrent que la fête de °ashûra est leur propre fête et quand elles font le tour des maisons elles chantent à chaque fois :

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Maintenant c'est °ashûr, nous sommes libres! C'est à l'aïd el-mouloud (la fête de la naissance du Prophète) que les hommes gouvernent! J'ai trouvé confirmation de l'enterrement au cimetière d'une petite poupée, la 'fiancée d'°ashûr', par les fillettes amazighes des Aït Ouirra de la région d'El Ksiba, près de Kasba-Tadla au Moyen Atlas. Ce jeu rituel marque la fin de la fête de l'°ashûra (Oubahammou, 1987: 88). Dans Enfances Maghrébines M. Dernouny parle aussi de l'enterrement d'une poupée, une poupée-homme nommée 'Sidi Achour'. Cette poupée est faite avec soin à partir d'un os par des jeunes filles un mois à l'avance pour être prêtes le jour de l'°ashûra'(1987: 26-27). Dans un article publié en 1971 il est dit que le soir avant l'°ashûra des filles villageoises font des poupées qu'elles appellent 'Achour' et qu'elles les enterrent dans de vieilles tombes, poupées que les garçons recherchent le lendemain pour les détruires (Belghiti, p. 102). Il est clair que ce jeu de poupée simulant l'enterrement est lié aux rituels en relation avec l'agriculture tout comme le jeu de poupée pour demander la pluie. Bien que les poupées rituelles aient été éliminées de l'analyse, il faut néanmoins souligner que la distinction entre poupée rituelle et poupée pour jeu d'enfant s'estompe parfois comme c'est le cas pour le jeu de poupée simulant l'enterrement ou pour la poupée en cuiller de bois utilisée pour faire tomber la pluie dont ont trouve un exemple marocain ci-dessous et un exemple tunisien chez les poupées-femmes tunisiennes. Souad Laabib du village amazigh de Ksar Assaka près de Midelt se rappelle que jusqu'à l'âge de quatorze ans, c'est-à-dire vers 1982, elles et les autres filles du village ont fait en période de sécheresse la poupée à cuiller de bois, appelée telghenja, habillée comme une femme plus ou moins âgée et nullement comme une jeune mariée. Pour cela un bâtonnet est ligaturé en croix au cuiller de bois d'environ 50 cm de haut pour donner des bras à la poupée. Des chiffons sont mis sur cette armature en guise de vêtements après qu'une ouverture a été faite dans leur centre pour pouvoir passer la tête. Cette tête est alors entourée de morceaux de tissu, servant de foulards, de telle manière que le bois n'apparaît pas. Une ceinture sert la taille de la telghenja qui ainsi a toujours la forme d'une

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femme maigre au point que quand on veut dire d'une femme qu'elle est vraiment maigre on dit qu'elle est comme une telghenja. Une fois que telghenja est prête et dans l'après-midi, un groupe d'environ dix filles de plus ou moins le même âge va avec elle en procession, en chantant et en s'accompagnant sur un bendir ou tambour à main, au 'er-rûd' ou tombeau couvert de Sidi Bounouar au cimetière du village. Arrivé au tombeau les filles chantent : Sîdî Bûnwâr jînâ, er-Rabbî t°afû °alînâ. Sidi Bounouar on vient, que Dieu nous guérit. Alors les filles enlèvent les souliers et entrent l'une après l'autre en emportant telghenja dans le tombeau couvert. Elles donnent une bise sur le cadre de la porte et contournent trois fois le tombeau sur lequel des bises sont aussi données. Tout le groupe reste autour du tombeau pendant qu'une tah'rért ou soupe est préparée avec de l'eau froide et de la farine. Les filles sortent du tombeau, une d'elles monte sur le toit et verse cette soupe dans l'écoulement pour qu'elle coule le long du mur. Pendant la procession et durant tous ces rituels des filles tiennent, à tour de rôle, telghenja droit au-dessus de leur tête mais une fois que la dînette commence, elle est couchée par terre. Pour cette dînette à côté du tombeau couvert, les filles ont apporté du pain, des tomates, des morceaux de sucre et du thé préparé à la maison. Après la dînette les filles chantent à nouveau. Cependant, les chants sont maintenant des chants chantés pendant des sessions de possession par les esprits et la danse des cheveux qui y est liée est exécutée. Après cela la procession se remet en marche en chantant et avec telghenja bien en vue pour faire un tour entre les maisons du village, mais sans que l'on fasse la quête ou que l'on entre dans les maisons. Pendant que telghenja est promenée dans le village, les filles chantent : A telghenja asî ûrâwûnnem sîginnâ, gher er-Rabbi enzâr atkertûga. Oh telghenja lève tes mains vers le ciel, pris Dieu pour que la pluie fasse pousser l'herbe.

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Ou bien elles chantent : A telghenja marja wunna wurdifighen, isi°mâ ghed isîmût. Oh telghenja marja ceux qui ne sont pas sortie de la maison pour te voir, ils sont aveugles ou morts. Quand les filles sont fatiguées de se promener avec telghenja elles vont s'asseoir, se parlent de la pluie qui doit venir ainsi que d'autres choses et rigolent entre eux. Après quelque temps telghenja est déshabillée, ces vêtements sont jetés et le cuiller à bois est repris à la maison par la fille qui l'a empruntée à sa mère. Une fois c'est la mère de Souad, ayant trouvé un grand vieux cuiller à bois dans la maison, qui a fait la telghenja que Souad et ses copines ont utilisée pour ce jeu rituel.

2.15 Les poupées-femmes tunisiennes
La collection du Musée de l'Homme possède deux poupées-femmes tunisiennes provenant de deux villes et fabriquées avant 1931. 155

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Ces poupées d'une hauteur d'environ 30 cm ont le corps, la tête et les membres faits de pièces de tissu bourrées de paille et de chiffons. Leur visage, à bouche, nez, sourcils et yeux, est dessiné et brodé. Afin de donner un peu de relief au nez un grain est à cet endroit glissé sous l'étoffe, comme cela est fait pour certaines poupées marocaines. Une poupée est en costume de femme arabe (fig. 155, p. 205, H = 36 cm; catalogue 3.10, 30.54.891, p. 287) et l'autre en costume de juive (fig. 156, H = 33 cm; catalogue 3.10, 30.54.888, p. 287). Elles portent plusieurs robes. La poupée en costume arabe porte de nombreux bijoux.

156 Sigrid Paul décrit et montre dans son livre Afrikanische Puppen une poupée tunisienne de 28 cm de hauteur, collectionnée par Moberg en 1950 (1970: 118, 208 - Abb. 97). Contrairement aux poupées-femmes tunisiennes du Musée de l'Homme, cette poupée a une tête rectangulaire en bois revêtue de tissu blanc. Néanmoins, les traits de visage de cette

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poupée - avec sa bouche brodée avec du fil rouge et ses sourcils, ses yeux et son nez dessinés - se rapprochent des traits de visage des deux poupées tunisiennes du Musée de l'Homme. Aimé Dupuy nous parle en 1933 (p. 309) des poupées tunisiennes : Bien entendu, la poupée figure au nombre des jouets féminins ; toutefois, remarque un élève mouderrès d'Agareb (caïdat de Sfax), "la femme arabe, dans les villages, se tient encore à l'écart du luxe. Elle n'achète pas la poupée de sa fille chez un marchand de jouets, elle la fabrique elle-même ... Elle (la fille) continue ce jeu qui montre son attachement à la vie intérieure, jusqu'à l'âge de huit ou dix ans. Aimé Dupuy (1933: 309) décrit aussi le jeu de poupée et bien en ces termes : La fille considère sa poupée comme une compagne vivante. Elle l'aime passionnément, lui prépare des mets qui ne sont qu'un peu de terre et d'herbe hachée, la prend en promenade, la fait souvent coucher avec elle et fait tout son possible pour qu'elle soit mieux parée et plus jolie que celle de ses voisines. En Tunisie la poupée en cuiller de bois, mais habillée en mariée, utilisée pour des rites de pluie au début de l'année est mentionnée par Jean Servier (1962 294). D'ailleurs cette poupée-cuiller, dont une photo figure dans le livre de Servier (photo 12), ressemble, dans sa forme générale mais plus spécialement encore dans ses traits de visage, aux deux poupées tunisiennes montrées à la figure 155 et 156 (p. 205-206). Dans son Mots et choses berbères, E. Laoust présente en 1920 (p. 225-226) la poupée-cuiller des enfants tunisiens de la manière suivante : Umm Tangi ou Tango, la “mère Tangui” est, à Tunis, la petite poupée que les enfants promènent, en temps de sécheresse, en l'accompagnant de leurs chants : “Votre mère Tango ô femmes, Demande à Dieu, la Pluie! Votre mère Tango, avec son collier, Implore Dieu, qu'il ne la repousse pas!... ”

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Dans l'île de Djerba, on donne le nom de Tongo à la petite cuiller que l'on distribue aux enfants en guise de jouet à l'occasion des grandes fêtes religieuses et plus particulièrement à l'approche du Ramadan. Cette cuiller a reçu des marchands une décoration vraiment curieuse. La partie bombée de l'instrument figure, en effet, la tête d'une jeune fille dont les traits : yeux, nez et bouche ont été tracés à la peinture noire ; des cheveux à la “chien”, également peints, ornent le front à la manière des fiancées. A Tunis, où s'observe une coutume identique, l'ornementation de la cuiller se fait dans chaque famille ; elle n'est plus, comme à Djerba, l'œuvre du revendeur. Les enfants mangent en se servant de cette cuiller pendant toute la durée du Carême, puis les petites filles s'en amusent comme d'une poupée. L'usage s'observe dans les familles d'un certain rang et non, comme on le supposerait, dans les classes populaires. Ce qui est tout à fait curieux, c'est que cette cuiller spéciale ne porte point le nom habituel de mgerfa, qui est arabe, mais celui de gonjaia qui est berbère. Ainsi donc, dans des régions les plus anciennement islamisées du Maghreb, le nom à peine modifié de la grande divinité africaine Tlghenja, est resté appliqué à son image symbolique : la cuiller devenue petite poupée d'enfant, poupée néanmoins différentes des autres par son caractère rituel puisqu'on ne s'en amuse qu'à l'occasion des grandes solennités musulmanes. Dans la région de Sousse, une poupée était aussi portée de porte en porte par les enfants pour appeler la pluie. Cette poupée n'était pas faite d'un cuiller mais de deux planches clouées en forme de croix, recouvertes d'étoffes coloriées. A chaque maison on versait de l'eau sur la poupée (Dupuy, 1933: 316). Pour un aperçu des données sur la personnalisation de la pluie au Maghreb voir le commentaire de Gabriel Camps dans l'Encyclopédie Berbère au mot “anzar” (1989: 795-797).

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3 Les poupées-enfants
3.1 Résumé
Les poupées-enfants semblent être bien rares au Sahara et en l'Afrique du Nord et elles ne diffèrent que peu des poupées-adultes. Dans la collection du Musée de l'Homme j'ai trouvé trace de poupées-enfants chez les Touaregs Kel Ahaggar et Kel Ajjer. Une référence bibliographique et une information personnelle attestent l'existence de poupées-enfants chez les Touaregs Kel Iforas. Auprès des Maures de Tidjikdja, ont été recueillies deux poupées-fillettes. A l'exception d'une poupée habillée en costume d'enfant nègre, recueillie quelque part en Algérie et offerte au Musée de l'Homme par le Gouvernement Général de l'Algérie en 1889 mais qui a malheureusement disparu (fichier signalétique: 89.79.127), la collection ne comporte - provenant en dehors du Sahara - que des poupées-enfants que portent, dans le dos, certaines poupées-femmes chaouia. Cependant la revue France-Maroc de 1917 mentionne l'existence d'une poupée-bébé marocaine lors de la description du jeu de l'accouchement de la poupée-maman. La pratique de ce jeu a déjà été confirmée pour le sud du Maroc lors de ma première mission de recherche dans cette région en février 1992. Depuis lors, l'utilisation de poupées-bébés dans les jeux des filles marocaines du village Arhbalou-nSerdane au Moyen Atlas m'a été signalée. A Taroudannt, et probablement ailleurs, une poupée-bébé avec son biberon, fabriquée en Chine, est devenue vraiment populaire parmi les filles.

3.2 Les poupées-enfants touarègues
Trois poupées recueillies chez les Touaregs Kel Ahaggar (Sahara algérien) représentent des enfants. Deux figurent des garçons (catalogue 4.1, 41.19.133/157, p. 289) et une est une fillette assise de 5,5 cm de hauteur (catalogue 4.1, 41.19.129, p. 289). Cette poupée-fille est du même genre que la poupée-femme touarègue Kel Ahaggar décrite au chapitre 2.2 (p. 85). Elle fut construite par un garçon.

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Un jeune garçon touareg Kel Ahaggar en tenue de cérémonie est figuré par une poupée qui ne diffère des poupées-guerriers et poupées-notables touaregs que par une taille plus petite de 11 cm (fig. 157, voir catalogue 4.1, 41.19.157, p. 289). L'armature est en tiges de graminées et formée de deux bâtonnets verticaux auxquels sont ligaturés en croix deux autres bâtonnets. Cette poupée est vêtue d'un sous-vêtement kaki et d'un survêtement noir. Elle porte le baudrier et la ceinture faits de fils de coton jaune, rouge et vert. La tête est entourée de tissu noir avec, au-dessus, 157 des fils de coton de la même couleur jaune, rouge et verte ainsi que de couleur blanche. Maurice Cortier parle en 1908 (p. 310) de figurines représentant des petits enfants et confectionnées par les fillettes touarègues Kel Iforas (Sahara malien). Selon Ekhya Ag-Sidiyene qui m'a renseigné sur les poupées-femmes touarègues Kel Iforas, il existe des poupées-fillettes faites d'une crotte d'âne dans laquelle une épine est fixée. Cette poupéefillette ne porte ni habits ni dessins géométriques représentant les seins comme cela se voit sur les poupées-femmes (fig. 32 p. 87, 34 p. 88). Auprès des Touaregs Kel Ajjer (Sahara libyen) furent recueillis en 1934 une poupée-mère et son enfant en terre cuite. On peut voir la poupée-mère à la figure 35 (p. 89). La poupée-enfant à corps massif sans jambes ressemble tout à fait à la poupée-mère. Elle mesure 7 cm de hauteur et le diamètre de la base est 3,5 cm.

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3.3 Les poupées-enfants maures
Deux poupées provenant des Maures de Tidjikdja au Sahara mauritanien représentent des fillettes (catalogue 4.2, 9.70.7.1/2, p. 289). Elles furent confectionnées par des filles selon le modèle des poupées-femmes de cette région. Charles Béart mentionne lui aussi des poupées-enfants peint en ocre comme les poupées-servantes (voir 2.4 Les poupées-femmes maures, p. 96).

3.4 Les poupées-enfants kabyles
Un des deux types de poupées mentionnés par Germaine LaoustChantréaux représente le bébé. Cet auteur écrit : Il est facile aux fillettes de reconstituer, à leur mesure, l'univers où elles vivent ; ainsi à l'aide de quelques menues brindilles elles font de petits berceaux, recouverts de quelques morceaux d'étoffe. Là, à l'abri du voile, dort la tigsett, la poupée des petites filles d'Aït Hichem : ce n'est rien moins, ainsi que son nom l'indique (petit os) qu'un os de gigot, soigneusement revêtu de chiffons ; la partie renflée forme la tête où des traits de suie dessinent la figure que l'on farde tandis qu'un minuscule foulard masque la nudité du crâne. Ainsi enveloppée, la tigsett satisfait les plus difficiles.

3.5 Les poupées-enfants chaouia
Comme on peut le voir à la figure 67 (p. 115) certaines poupées-femmes chaouia portent un petit enfant dans le dos (voir 2.12 Les poupéesfemmes chaouia, p. 112).

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3.6 Les poupées-enfants marocaines
Comme déjà mentionné dans la synthèse, une information bibliographique de 1917 décrit l'accouchement de la poupée-femme et bien en ces termes : “en un tour de main une fillette confectionne une poupée semblable à la première (la poupée-femme) mais plus petite” (“La poupée Iblisa”, p. 39). C'est l'unique référence à des poupéesenfants marocaines que j'ai trouvée dans la bibliographie. Mais les informations que j'ai pu recueillir au Maroc confirment la pratique de ce jeu aussi bien chez des filles amazighophones qu'arabophones. Dans la campagne de Taroudannt, des filles Oulad Yahya dans les années 1940, et celles d'aujourd'hui du centre rural de Hmar jouent à la grossesse de leur °arûsa et à la naissance de son bébé, une poupéefemme ou une poupée-homme en miniature selon la volonté des filles. Chez les filles amazighes d'Imi-n-Tanoute on jouait, dans les années 1970, également à la taslit enceinte et à la naissance de la poupée-bébé, une copie en miniature de la poupée-mère, tout comme cela se faisait chez les filles amazighes d'Arhbalou-n-Serdane vers 1950. Jusqu'à présent j'ai obtenu deux poupées-mères portant un bébé dans le dos, une faite avec une armature de bâtonnets en forme de croix par une fille du village Hmar près de Taroudannt en 1997 (fig. 126, p. 176) et une autre modelée en argile par une fille du village Lahfart près de Sidi Ifni en 2002 (fig. 149, p. 189). Ces poupées-bébés à traits de visage ont été décrites ensemble avec leur poupée-mère (voir 2.14 Les poupéesfemmes marocaines, p. 117). En milieu populaire arabophone de Marrakech, dans le quartier de Daoudiyât, une petite poupée en plastique servait, vers 1975, de petit enfant ou de bébé que les filles portaient dans le dos, qu'elles nourrissaient ou dorlotaient. Pareille poupée-bébé avec biberon, en plastique, est vers 1996 un des jouets favoris des filles de Taroudannt. Il faut aussi mentionner qu'une des poupées qui me furent données par les filles amazighes du village Aït Ighemour est à interpréter comme une fillette. Pour une analyse du jeu de la poupée enceinte et de celle qui enfante, ainsi que du jeu avec la poupée-petit enfant, je renvoie le lecteur au chapitre 2.14 sur les poupées-femmes marocaines (p. 197-199).

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A la fin de cette analyse des poupées sahariennes et nord-africaines et bien que basée sur une source unique, il faut que je mentionne le jeu de poupée dans lequel des filles amazighes du village de Tizal, près d'El Khemis, jouent à la circoncision. Cette information me fut transmise par Fatima Outizal, née à Tizal, qui la tient d'une femme de cinquante-cinq ans et qui a vécu toute sa jeunesse à Tizal. Cette femme raconte que dans les années 1950 un des jeux de poupées était celui de la cérémonie de circoncision. Une petite poupée d'environ 7 cm de hauteur, faite de deux roseaux assemblés en forme de croix, est fabriquée par les filles. Ce sera le garçon à circoncire. Au moment de la circoncision une fille, jouant le rôle de la mère du garçon, se tient debout un bâton à la main. Elle se regarde dans un miroir pendant que les filles chantent en amazigh : Où est-ce que le garçon pleure ? C'est à la circoncision qu'il pleure ! L'on peut trouver confirmation de l'existence au Maroc de ce jeu de poupée représentant la circoncision en se référant à la très brève mention de ce jeu dans le livre de Mohammad Ibn Azzuz Hakim (1959: 32, voir 2.14 Les poupées-femmes marocaines, p. 123).

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Conclusions

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Dans cette section je présente d'abord une synthèse de l'analyse des poupées et jeux de poupées sahariens et nord-africains, suivie par des conclusions basées sur cette analyse et se rapportant à des aspects environnementaux, spatio-temporels, économiques, sociaux et culturels, ainsi qu'à l'évolution des sociétés.

1 Synthèse
En Afrique du Nord et au Sahara, on trouve aussi bien des poupéeshommes que des poupées-femmes et des poupées-enfants. Cependant les poupées-femmes sont de loin les plus nombreuses. Exception faite pour le Maroc, je n'ai noté l'existence de poupées-hommes que chez les enfants de populations vivant au Sahara. Ces poupées-hommes et ces poupées-femmes sont d'âge adulte, souvent l'âge d'un jeune-marié ou d'une jeune-mariée. Les poupées-enfants représentent des filles et des garçons d'un certain âge déjà. Les poupées-enfants et les poupées-bébés semblent être rares, ceci contrairement à la situation en Europe occidentale et méditerranéenne où, jusqu'à une époque récente et depuis le début du vingtième siècle, les enfants jouaient surtout avec des poupées-enfants et des poupées-bébés. Le plus souvent les enfants sahariens et nord-africains confectionnent eux-mêmes leurs poupées, mais parfois ce sont des femmes adultes de la famille ou des artisanes et artisans qui les fabriquent. Ainsi, toutes les poupées sont de fabrication locale, bien que la tête d'un type de poupée mozabite soit d'origine européenne, qu'au Maroc une poupée importée en plastique peut servir d'armature de poupée et que selon F. Castells (1915: 342) et Sigrid Paul (1970: 113) des poupées européennes furent déjà acceptées dans la culture nord-africaine vers 1914. Comme un peu partout dans le monde, ce sont avant tout les filles qui jouent avec des poupées, beaucoup plus rarement les garçons et dans ce cas il s'agit presque toujours de poupées-hommes. Bien que trop rarement révélé dans les informations bibliographiques, les poupées décrites ici n'ont de sens que dans le contexte des jeux d'enfants. Le plus souvent il s'agit de jeux collectifs rassemblant des enfants, la plupart du temps des filles, de la même famille et/ou du

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voisinage. Pour ces jeux de poupées collectifs les enfants utilisent bon nombre d'autres jouets ou instruments de jeu. En plus, ils accompagnent leur jeu de chansons, danses, comptines, contes et autres jeux de langage. Selon toutes les données à ma disposition, les poupées sont utilisées dans des jeux où les enfants s'adonnent à l'interprétation de la vie des adultes. Dans le domaine du monde masculin, les enfants font de leur poupée un méhariste, cavalier, muletier, berger, guerrier ou notable. Dans le domaine du monde féminin il s'agit le plus souvent de jouer au ménage, de représenter des fêtes - surtout des mariages - et autres réunions importantes, de figurer une grossesse, un accouchement et même un enterrement. Sauf dans la représentation des fêtes de noces où le monde féminin et masculin se trouvent mêlés, la distinction entre les activités féminines et masculines reste très ferme dans les jeux de poupées. Pour la fabrication des poupées une grande variété de matériaux d'origine naturelle ou de récupération est utilisée. Dans la très grande majorité des cas, ces matériaux sont d'origine locale ou domestique : du matériel minéral comme des pierres ou de l'argile ; du matériel animal comme de la bouse sèche, des os, des cheveux, du cuir et de la laine ; du matériel végétal comme des feuilles, du roseau, des branchettes, des dattes, des épis de maïs ; du matériel textile comme des chiffons et des fils ; du matériel métallique comme des fils de fer et de la tôle ; du matériel plastique comme des flacons, des fils et des bijoux. L'apport de matériaux étrangers au milieu naturel ou domestique est négligeable, les seuls cas remarquables étant la tête en papier cartonné des poupées mozabites, l'utilisation de fils électriques plastifiés par les enfants de la vallée de la Saoura, la tête en flacon des récentes poupées des filles ghrib et la poupée en plastique importée au Maroc et certainement aussi dans les autres pays de la région. En ce qui concerne la forme et l'élaboration des poupées des enfants sahariens et nord-africains, les enfants de chaque population mentionnée semblent s'être tenus à un ou parfois quelques modèles clairement définis. Comme dans chaque communauté les enfants jouent avec le même type de poupées, leur similitude facilite l'élaboration et la communication de significations communes. Ceci se trouve renforcé par le fait que les enfants fabriquent eux-mêmes leurs poupées. Dès lors, les

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poupées et jeux de poupées peuvent être vus comme un moyen effectif de communication aidant au maintien du système socioculturel. Mais cela ne signifie nullement que la créativité individuelle est absente. Si cependant l'on prend en vue toute l'aire géographique en question une intéressante variété se laisse entrevoir, aussi bien sur le plan des matériaux utilisés, que de la forme, de la grandeur, du visage, de la coiffure et de l'élaboration vestimentaire. Sauf exception assez rare, les poupées restent des représentations figuratives et réalistes du moins au niveau de l'aperçu global et de l'aspect vestimentaire. Abstraction faite de la classe aisée, le modèle de la femme idéale est une femme bien nourrie, même corpulente, décemment vêtue comme le démontrent les poupées-femmes de ces régions. Chez beaucoup de populations nord-africaines et sahariennes, les traits de visage ne sont pas indiqués sur les poupées locales ou bien ils le sont de manière fantaisiste. Je n'ai trouvé des poupées à visage que parmi les poupées-femmes belbala, mozabites, marocaines et tunisiennes, ainsi qu'auprès des filles ghrib où il est question d'une évolution récente influencée par l'école, une évolution qui se confirme aussi pour certaines communautés marocaines. Cependant plusieurs poupées que j'ai vues chez des enfants marocains depuis 1998 ont des traits de visage et il arrive qu'une poupée refaite par une mère a des traits de visage et que celle faite par sa fille n'en a pas. L'idée que des poupées sans traits de visage sont plus anciennes, originelles ou authentiques que celles avec des traits de visage semble fausse pour le moment. Les informations que j'ai pu obtenir depuis la première édition de ce livre en 1993, confirment l'utilisation de la poupée locale ou traditionnelle, faite par les filles et très rarement des garçons, pour les jeux de poupées dans les villages du centre et du sud du Maroc. En même temps se trouve confirmés leur disparition et leur remplacement par la poupée en plastique importée de Chine ou ailleurs, dans les villes et les petits centres urbanisés, de temps en temps même dans un village. Plusieurs informations démontrent que la poupée en plastique s'est infiltrée lentement et que pendant tout un temps les deux types de poupées ont coexisté ou coexistent encore. Dans ce contexte l'influence des milieux aisés sur les citadins et ruraux des classes moyennes et populaires peut être soulignée. Que dans ces milieux aisés, suite à la stimulation par les médias audio-visuels, l'on est branché sur ce qui est à

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la mode en Europe est souligné dans un numéro spécial, “le Marché du Jouet”, de la revue marocaine Enjeux (1993: 35-36) : Une contagion qui s'apparente à un véritable 'transfert culturel' dont le meilleur exemple est sans doute la célèbre poupée Barbie. De nos jours une 'petite marocaine de bonne famille' se doit d'avoir la panoplie complète : la maison Barbie avec son mobilier, la garde robe Barbie, la Ferrari de Barbie, son fiancé... De quoi bâtir un univers conforme aux stéréotypes culturels occidentaux. Même phénomène chez les garçons, mais les modes sont différents. En ce moment les robots genre Terminator ont une côte d'enfer! Le premier “salon de l'enfant” qui s'est tenu du 16 au 26 décembre 1993 s'adressait aussi aux parents et enfants des milieux favorisés citadins. L'intrusion de la poupée Barbie dans les activités ludiques des filles de la classe aisée indique un changement fondamental dans les attitudes traditionnelles envers le modèle de femme idéale en Afrique du Nord, un modèle idéal décrit plus haut comme une jeune femme corpulente décemment vêtue. Une femme du type Barbie est dans la réalité décrite au Maroc comme un 'squelette vivant'. Une femme dont l'aspect physique est attribué à l'une des conditions misérables suivantes : la pauvreté, la maladie ou les problèmes, sinon à une interaction entre ces facteurs. Dès lors, il n'est pas surprenant que certaines femmes marocaines prennent des pilules pour grossir tout comme d'autres femmes en Occident le font pour maigrir. Pourtant, une poupée svelte avec une robe andalouse flamenco, localement crochetée, s'infiltre dans les maisons marocaines (fig. 95, p. 148). Mais suivant plusieurs informatrices ces poupées ne servent nullement comme jouets d'enfants. Elles sont des objets de décoration que l'on retrouve surtout sur les postes de télévision. Néanmoins, il est possible que dans un avenir plus ou moins proche le modèle Barbie dépasse le modèle traditionnel de poupée comme cela se fait dans la classe aisée. Un exemple de la progression de poupées en plastique du genre Barbie au Maroc durant ces dernières années se remarque dans le jeu de poupée de deux filles du village Zaïda au Maroc Central (fig. 94, p. 148) et d'une fille de Sidi Ifni dans le sud-marocain (Rossie and Daoumani, 2003, Video 1). Des informations obtenues lors de la foire du

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moussem annuel de Sidi Ifni en juillet 2003 démontrent que ce genre de poupées en plastique se vend bien même si les vendeurs de jouets disent que la poupée Little Miss, importée de Chine et avec des formes plus arrondies, est la plus populaire parmi les filles de cette ville (fig. 123, p. 173). Il faut, avant de conclure cette synthèse générale, tout de même attirer l'attention sur le fait que la portée de cette analyse des poupées et jeux de poupées sahariens et nord-africains se trouve limitée par les sources d'informations qui ont été utilisées. Ainsi les poupées et jeux de poupées mentionnés n'excluent nullement l'existence d'autres types de poupées et d'autres jeux de poupées au Sahara et en Afrique du Nord. Je ne peux donc qu'espérer que d'autres compléteront, et si nécessaire corrigeront, les données rassemblées dans ce livre. Ce complément ou cette correction est d'autant plus nécessaire que les données bibliographiques ne soient pas toujours basées sur des analyses approfondies et que mes recherches sur le terrain se limitent quand même à un nombre restreint d'enfants.

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2 Aspects environnementaux et économiques
Au Sahara et en Afrique du Nord et dans les limites de cette analyse, la poupée est un objet confectionné auquel chacun - enfant, adulte et société - donne le statut de jouet. Il ne s'agit nullement d'un quelconque objet pris dans l'environnement qui, par hasard et par l'imagination et la volonté de l'enfant, serait devenu une poupée. Dans l'aire géographique en question, il existe une relation très étroite entre l'environnement physique et les poupées. Ceci est du en premier lieu à l'utilisation de matériaux locaux d'origine minérale et végétale, ainsi que de matériaux utilisés dans les ménages. Je n'ai trouvé que deux exceptions, l'emploi d'une tête de poupée de fabrication européenne pour un type de poupée-femme mozabite et celle de la poupée en plastique servant d'armature à habiller ou à utiliser comme poupée finie dans certaines communautés marocaines. Les poupées et les objets comme la tente, la maison et les ustensiles qui entrent dans les jeux de poupées, reflètent directement la réalité. Ils sont “une simulation des objets du monde réel” comme le dit Brian Sutton-Smith des objets-jeu du 19e siècle en Europe (1987: 20). En ce qui concerne l'aspect spatial des jeux de poupées, il est évident que, dans la plupart des cas, ces jeux de poupées se déroulent à l'extérieur et non pas dans une chambre d'enfant qui d'ailleurs n'existait pas dans les habitations des communautés dont parle ce livre. Sur l'aspect temporel peu d'informations ont été révélées. La seule mention faite à ce sujet se réfère à la société belbala où le jeu de poupée n'était autorisé ou du moins n'était stimulé que pendant l'automne et le printemps au moment où la pluie est désirée. Jean Servier, qui a bien étudié la relation entre les jeux d'enfants et le symbolisme de l'année agraire en Algérie, parle du jeu de la toupie, de la balançoire, du saut-demouton et du combat de pierres, mais ne mentionne pas le jeu de poupée (1962: 277-280). En ce qui concerne les Ghrib, on m'a certifié qu'il n'existait pas un temps de l'année où le jeu de la poupée était déconseillé ou au contraire stimulé. La même réponse me fut donnée chaque fois que j'ai reçu une réaction à ce sujet d'un marocain ou d'une marocaine.

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Pour ce qu'il en est de l'aspect économique l'on peut affirmer que la poupée n'est jamais un objet du circuit commercial. Bien au contraire, c'est une poupée faite par les enfants eux-mêmes, éventuellement par quelqu'un de sa famille et plus rare encore par l'artisane ou l'artisan locaux. Cependant, des filles du village marocain Ksar Hasni Biad près des dunes de sable de Merzouga vendent pour quelques dirhams les poupées qu'elles ont faites aux touristes de passage. Mais cela est bien le seul exemple d'une commercialisation débutante que je connais. Dans ce contexte je peux mentionner des sites Internet qui vendent des poupées africaines probablement faites par des adultes (sites consultés le 7 septembre 2004: http://www.over2u.com/shop/african_dolls.html ou http://www.africaguide.com/shop/dolls.htm). Les vêtements et les parures des poupées sont faits de matériaux de récupération, vieux chiffons, vieilles perles, fils de fer, morceaux d'aluminium... Comme l'armature des poupées reste simple, la technologie utilisée demeure rudimentaire. En plus, le modèle de la poupée reste stable dans chaque population, même s'il y a parfois plus d'un genre de poupée. La poupée en plastique, au contraire, fait partie du marché du jouet. Cette poupée est, pour autant que je sois bien informée, toujours importée, pour la poupée moins chère de Chine ou d'un pays du sud-est de l'Asie et pour la poupée de luxe d'Europe. Il y a pourtant une petite production de jouets en plastique bon marché au Maroc mais “les jouets fabriqués au Maroc ne marchent pas. Trop bas de gamme pour une clientèle d'employés et de fonctionnaires” (“le Marché du Jouet”, 1993: 34, 38).

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3 Aspects socioculturels
Dans les milieux plus ou moins traditionnels dont il est question dans ce livre, les poupées et jeux de poupées reflètent la réalité sociale et culturelle de la communauté dans laquelle grandit l'enfant. Laissant de côté de rares exceptions et pour autant que j'aie pu le vérifier, les poupées et les jeux de poupées se réfèrent uniquement à la vie adulte. Les poupées des filles comme celles des garçons ne sont pas des objets isolés mais servent le plus souvent pour des jeux d'interprétation de la vie féminine et masculine. La poupée-femme est une jeune mariée, une épouse, une mère, même une fois une divorcée ou une femme âgée. La poupée-homme est un jeune marié, un berger, un muletier, un cavalier, un dromedariste, un guerrier, un notable. Dans la collection du Musée de l'Homme ne se trouve qu'une poupée touarègue représentant un garçon. Dans son jeu de poupée l'enfant anticipe très souvent la vie qu'il mènera comme adulte, du moins dans la communauté traditionnelle où le mode de vie ne changeait que peu d'une génération à l'autre ; une stabilité qui n'existe d'ailleurs plus nulle part en Afrique du Nord et au Sahara depuis deux ou trois décennies. Cependant, on peut se demander si aujourd'hui les jeux de poupées proposent encore une figuration de la réalité familiale selon les valeurs et les rôles dictés par la collectivité et si elles ne deviennent pas un moyen de se libérer des contraintes sociales comme en Occident où le jeu de “poupée n'est pas l'imitation du comportement des adultes mais un moyen d'échapper à leur emprise”, comme le dit Michel Manson (1984: 54). Néanmoins, l'on peut aisément affirmer que dans les régions et pour la période couverte par ce livre, la poupée et le jeu de poupée sont un miroir du monde adulte, plus spécifiquement d'une vie d'adulte idéalisée. Sauf très rares exceptions, les poupées et les jeux de poupées représentent des personnages et des activités qui socialement sont valorisés. Quand on analyse ces poupées et jeux de poupées, il devient clair qu'aussi bien les poupées-hommes que les poupées-femmes symbolisent presque exclusivement des statuts idéalisés d'hommes et de femmes, un homme ou une femme dans une situation localement enviable. Référence est constamment faite à un modèle positif et valorisé auquel l'enfant peut s'identifier.

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Cela contraste avec la poupée occidentale à partir du début du vingtième siècle, une poupée que Gilles Brougère (1985: 134-135) décrit de la manière suivante : Le païdomorphisme strict ne peut rendre compte de tout ce qui se fait, se vend sous l'appellation poupée aujourd'hui. Au-delà des formes purement enfantines, il s'agit d'un monde pour et par l'enfant, qui n'existe qu'en fonction des représentations et désirs prêtés à l'enfant. C'est la trace de l'interprétation que font les adultes de l'imaginaire et des aspirations des enfants... La poupée est alors le miroir d'une enfance idéale, idéalisée, mais destiné à l'enfant, et cela selon plusieurs voies possibles qu'il s'agisse de la figuration directe de l'enfant, de celle des aspirations qu'on lui prête, du repli dans un monde imaginaire sécurisant parce que purement enfantin ou considéré tel (Kiki, les personnages de Walt Disney). Une autre distinction importante est celle entre une approche collective et plus ou moins uniformisée du jeu de poupée et une approche individuelle et singulière. En général on a tendance à souligner l'aspect collectif et uniforme des jeux de poupées dans les communautés enfantines sahariennes et nord-africaines, un point de vue que je partageais volontiers. Mais le plus que j'arrive à observer et à m'informer sur les jeux de poupées au Maroc, le plus que je me rends compte qu'il est bien possible que sous l'uniformité apparente des modèles de poupées et des thèmes des jeux de poupées propre à chaque communauté, région, sous-ethnie ou ethnie se cachent des variantes individuelles propres à chaque enfant ou petit groupe de jeu. Un exemple frappant est présenté par l'analyse des poupées et jeux de poupées des trois sœurs Laabib de Ksar Assaka qui ont joué avec leur propre petit groupe de jeu et avec quelques années de différence entre 1975 et 1985 autour de la même maison paternelle. Je parle de cet aspect singulier et individuel dans les jeux et jouets d'enfants marocains dans le chapitre "Toys, Play and Creativity" (p. 93) de mon livre Toys, Play, Culture and Society. En ce qui concerne la relation adulte-enfant à travers le don d'une poupée, si général dans d'autres sociétés plus tournées vers les biens de consommation, ce don semblait être très rare dans les sociétés dont j'ai parlé, les enfants faisant eux-mêmes leur poupée dans bon nombre de

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cas. Si ce n'est pas l'enfant lui-même qui la fait, c'est une sœur ou un frère, une cousine ou un cousin qui la fait. Et même si la poupée est faite par une mère, une tante, une servante ou toute autre personne, cette poupée ne semble pas s'insérer, sauf très rares exceptions, dans un système de récompenses ou de gages d'affection. Ce n'est qu'exceptionnellement que la poupée sert d'objet cadeau. Cette situation contraste clairement avec celle des sociétés occidentales décrites par Brian Sutton-Smith (1992: 7) : Les jouets sont donnés comme un gage des relations familiales. Le parent dit 'je te donne ce cadeau pour te lier à moi, maintenant vas jouer seul'. Afin de remplir cette impression de solitude, certains jouets sont de jouets doux, animaux et poupées que l'enfant traitera comme des compagnons imaginaires. J'ai pu démontrer dans un article “Children's play, generations and gender with special reference to the Ghrib” (1993) que les relations ludiques entre générations d'adultes et d'enfants ne sont pas exceptionnelles chez les Ghrib du Sahara tunisien et il en est probablement de même dans d'autres régions sahariennes et nordafricaines (voir le chapitre "Toys, Play and Generations" dans mon livre Toys, Play, Culture and Society, p. 117). Cependant dans les jeux de poupées cette relation ludique entre adulte et enfant semble être bien rare mais elle est certainement plus courante entre enfants de générations successives. Dès lors, les jeux de poupées jouent un rôle important dans les relations enfants-enfants. Il s'agit pour ainsi dire toujours de jeux collectifs où des petites et des jeunes filles jouent ensemble. Ces enfants appartiennent à la même famille étendue ou sont des voisins. A l'écart du contrôle direct des adultes, ils se livrent à leur interprétation de la vie de ménage, des occupations féminines ou masculines, des festivités. Gilles Brougère (1996: 7) souligne pour la France l'importance majeure du groupe de jeu pour le déroulement du jeu dans une analyse des jeux avec les Power Rangers issus d'une série de télévision :

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C'est bien dans une relation complexe avec les autres que le jeu se construit dans le cadre d'une référence qui fonctionne comme une règle, ce qui s'impose pour que le jeu existe et soit partagé. Mais pour cela il faut organiser le fonctionnement collectif ce qui suppose encore résoudre des problèmes pour adapter la situation matérielle et sociale à l'objectif ludique. Ce constat me semble s'appliquer tout à fait aux groupes de jeu jouant à la poupée dans des communautés où l'individualisme est moins développé. Dans cet ordre d'idées on pourrait avancer que la créativité se manifeste non seulement dans le contenu du jeu mais aussi dans l'organisation du jeu. Les poupées sahariennes et nord-africaines ne sont pas destinées à des tout petits. Ce ne sont point des poupées qui puissent servir de support affectif pour un bébé ou un bambin. D'ailleurs, ils n'en avaient pas tellement besoin puisqu'ils vivaient en symbiose avec leur mère, et si elle ne pouvait pas s'en occuper momentanément il y avait toujours une sœur ou cousine aînée, une grand-mère ou une tante pour le faire. Je viens d'écrire qu'il s'agit de l'interprétation du monde adulte par les enfants à travers leurs jeux de poupées et non pas une imitation pure et simple. A ce sujet Jürgen Jensen souligne dans son article sur les jeux et jouets d'imitation dans l'île Buvuma en Ouganda que les jeux d'imitation ne servent pas en premier lieu à l'apprentissage d'habilités, de techniques, de comportements et de rôles car les enfants ont dans ces milieux la possibilité et même le devoir de les pratiquer dans la vie de tous les jours en s'intégrant progressivement aux tâches de leur mère, de leur père et des autres membres de leur famille (1971: 208-209). Il n'y a aucun doute que les jeux de poupées dont il a été question dans l'analyse, jouent un rôle important dans le développement de la personnalité de la fille, et parfois du garçon, ainsi que dans l'apprentissage du milieu naturel, social et culturel. Ceci est d'autant plus vrai que dans le milieu rural, d'où proviennent la majorité des poupées décrites, l'éducation scolaire de type moderne n'était pas une réalité journalière surtout pour les filles. A travers les jeux de poupées, dans lesquels se trouvent parfois mélangés des petits enfants et des enfants plus âgés, bons nombres d'informations sur l'environnement physique et social, de

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comportements, de savoir-faire, de connaissances, de symboles, de significations, d'idées, de valeurs et de normes esthétiques, sociaux et moraux sont transmis de génération en génération et intériorisés de manière ludique par les enfants. Ceci nous amène à considérer certains aspects culturels en relation avec les jeux. “Culture comme matière de jeu et culture comme élément qui conditionne les choix ludiques et la direction du développement de l'expérience” (Ferrarotti, 1987: 31). Les poupées mettent l'enfant en rapport avec un fonds culturel, avec des significations plastiques, propres à la communauté dans laquelle il grandit. Comme les poupées sont intimement liées aux réalités socioculturelles dans lesquelles elles fonctionnent, elles participent directement au système de communication visuelle de chaque communauté et par lequel, à travers des signes conventionnels, un échange s'élabore entre l'enfant et son environnement. Cependant, il ne s'agit pas d'un rapport passif avec cette culture, mais d'une appropriation active. “La valeur ludique renforce l'efficacité symbolique du jouet. C'est ce qui fait la spécificité du jouet par rapport à d'autres supports culturels: la relation active qu'y greffe l'enfant” (Brougère, 1987: 56). Dans le cas des jeux de poupées sahariens et nord-africains l'imprégnation culturelle doit être d'autant plus forte que les enfants confectionnent normalement eux-mêmes leurs poupées. Le jeu de poupée n'est pas limité à la communication visuelle à travers les poupées car d'autres formes de communication non-verbales, par les gestes et la danse, y trouvent leur place. La communication verbale à travers les dialogues et les chansons ne manquent nullement puisque les jeux de poupées comportent un support linguistique comme le démontrent clairement les jeux de poupées décrits dans le chapitre sur les poupées-femmes marocaines (p. 117), un support linguistique d'une très grande importance dans des cultures orales. Bien que les jeux de poupées offrent bon nombre d'aspects positifs pour une socialisation efficace des enfants, l'attitude envers les poupées n'est pas toujours bienveillante dans les régions en question. Plus d'une fois il existe une attitude ambivalente envers les poupées auprès des adultes, du moins autrefois. Cette attitude ambivalente semble basée sur la relation qui est faite entre la poupée d'enfant, d'une part, et la poupée rituelle ou magique, d'autre part.

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Comme l'on peut s'en rendre compte dans la description du jeu de poupée marocain où un enterrement est imité par les filles ou du jeu rituel pour provoquer la pluie, la distinction entre jeu d'enfant et jeu rituel est très floue. Dans le catalogue de la mémorable exposition sur les poupées, tenue au Musée de l'Homme en 1983-1984, Dominique Champault a consacré un article à ce thème avec le titre révélateur “du rituel agraire au jeu” (1983: 79-81). Le lecteur intéressé trouvera un aperçu des données sur les poupées rituelles nord-africaines dans Sigrid Paul, Afrikanische Puppen (1970: 110-118), ou bien il peut se référer directement aux sources elles-mêmes dont les plus importantes sont : Doutté (1905: 328-329), Herber (1918: 70-72), Hardy et Brunot (1925: 48) et Flamand (p. 182-183). Voir aussi le chapitre "Toys, Play, Rituals and Festivities" dans mon livre Toys, Play, Culture and Society (p. 139). Que cette méfiance envers les poupées n'ait pas totalement disparu à la fin des années soixante nous explique Nefissa Zerdoumi (1982: 225) en parlant de la région de Tlemcen en Algérie : L'Islam, en prohibant formellement les représentations portant ombre, c'est-à-dire les statues, a créé une méfiance dans l'esprit de certaines familles à l'égard de la présence de poupées au foyer. Lorsqu'elles sont tolérées, celles-ci sont souvent suspectes car les djnoun (c'est-àdire les esprits) viennent volontiers les habiter ; il est alors imprudent de les laisser près d'un bébé pendant son sommeil, la nuit surtout. Cette méfiance existait aussi dans le sud du Maroc et pour les mêmes raisons. Selon Fatima Outizal, on disait encore dans son enfance que si la taslit ou la °arûsa reste la nuit avec l'enfant ses cheveux ne poussent pas. Et elle précise que si cette croyance s'affaiblit à chaque nouvelle génération, elle était encore toute vivante dans la génération de ses grands-mères. Selon Juliette Grange, tout jeu et toute coutume enfantine obéissent “à une loi de rétention..., possédant une inertie face au changement et conservant des coutumes séculaires” (1979: 234). Cela semble vrai pour les poupées et jeux de poupées sahariens et nord-africains, du moins jusqu'à un certain point, car il n'en reste pas moins vrai que l'évolution technologique, économique et socioculturelle de ces sociétés ont

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influencé ce patrimoine ludique. Un bel exemple nous donne Jean Gabus qui écrit, déjà en 1967 (p. 118) : Les bouleversements que subit la société mauritanienne, pourtant atténués (mais jusqu'à quand ?) à Oualata, s'inscrivent dans ces objets destinés aux jeux d'enfants. Dans un avenir plus proche qu'on l'imagine, les maisons de poupées de Oualata deviendront 'souvenirs destinés aux touristes'. Il y a deux ans, elles étaient déjà l'un des fleurons de l'artisanat national faisant l'objet d'une exposition à Nouakchott. Il ne s'agissait déjà plus des petites maisons traditionnelles comportant deux ou trois pièces. Les dimensions avaient été doublées. Par ailleurs, on constate à Oualata qu'elles sont peut-être plus 'clinquantes' que par le passé, mais souvent plus fragiles. Aussi, dans la perspective d'un transport (si l'on veut proposer aux touristes un objet, encore faut-il qu'ils puissent l'emporter) sont apparues des maisons de poupées en métal... Elles sont laides, les enfants ne les utilisent pas, leur destination et leur fonction ont radicalement changé. Cette influence de la modernité dans le domaine du ludique n'est pas d'aujourd'hui en Afrique du Nord et au Sahara. Mention est déjà faite de poupées européennes dans les villes marocaines par Herber en 1918 (p. 80) et Dupuy écrit en 1933 qu'en Tunisie des jouets allemands sont vendus pour la fête de l'°ashûra. Beaucoup plus récemment, c'est-à-dire en 1975, l'influence de l'école sur les garçons ghrib leur faisait dessiner des visages sur les poupées de leurs sœurs qui par tradition n'en mettaient pas. Et que dire de l'innovation toute récente de la tête de poupée faite d'un flacon, produit de la société de consommation, innovation utilisée en juillet 1991 par une jeune fille ghrib pour confectionner sa poupée, par ailleurs du genre traditionnel (fig. 43, p. 95). Dans ce contexte, il est à remarquer que l'univers ludique des filles reste bien plus longtemps dans la sphère de la tradition que celui des garçons qui s'inspire volontiers des innovations technologiques et des changements socioculturels. Un exemple en est donné par mes propres observations au Maroc et ceux de mon ami et collègue Gilbert J.M. Claus chez les Ghrib du Sahara tunisien. Dans ces deux cas on peut

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affirmer que le football règne en maître auprès des garçons là où les filles restent attachées à leurs jeux de poupées. Mais on peut se demander quelle sera l'influence à court et à moyen terme sur les filles de la télévision qui a conquis les communautés les plus isolées, comme c'est le cas chez les Ghrib et dans presque tous les villages marocains, et pénètre directement dans l'intimité familiale, le domaine féminin par excellence dans ces régions. Comme j'ai pu le remarquer à Imi-nTanoute et d'autres endroits du Maroc, une autre influence, aussi directe et pénétrante, s'exerce à travers les poupées, nounours et autres jouets sophistiqués qu'offrent aux enfants les membres émigrés de la famille de retour au pays ou qui sont ramenés par ceux restés au pays suite à une visite auprès de leur famille immigrée en Europe. Pour une analyse du thème signes, significations et communication ainsi que de l'influence de l'évolution des communautés nord-africaines et sahariennes en ce qui concerne les poupées d'enfants et les jeux de poupées voir les chapitres en question dans mon livre Toys, Play, Culture and Society (p. 43, 149).

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Utiliser la Culture Ludique Nord-Africaine et Saharienne

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Il ne faut pas, et j‟en suis tout à fait convaincu, que cette recherche sur le patrimoine ludique enfantin du passé et du présent ne reste qu‟une œuvre académique ou folklorique, si méritoire qu'elle soit. Bien au contraire, cette recherche devrait aboutir à des résultats tout à fait concrets. Je pense ici au domaine du bien-être de l'enfant et de l‟éducation formelle et informelle, de l‟adaptation de l‟école aux conditions locales, des relations parents-enfants et parents-enseignants, au développement communautaire et à la promotion de l‟entente interculturelle. Dans mon livre Games and Toys: Anthropological Research on their Practical Contribution to Child Development. Aids to Programming Unicef Assistance to Education, publié en 1984 par le „Unit for Co-opération with Unicef and the World Food Programme‟ de l‟UNESCO, j‟ai eu l‟occasion de parler de l‟utilisation du patrimoine ludique local pour une meilleure connaissance de l‟enfant et de sa société (p. 19-24), pour lier l‟éducation scolaire avec la vie réelle et l‟environnement des enfants, pour stimuler l‟intérêt et la participation des parents, pour l‟élaboration de matériaux pédagogiques ancrés dans la culture locale, pour la formation du personnel para-professionnel et professionnel des crèches, jardins d‟enfants et écoles primaires ainsi que pour les activités des mouvements de jeunesse (p. 24-32). Mes idées sur l‟utilisation éventuelle de la culture ludique des enfants sahariens et nord-africaines pour des actions pédagogiques et culturelles se limitent au niveau théorique et des souhaits car l‟élaboration de pareilles actions appartient aux professionnels et autres acteurs culturels de ces régions. Dans ce contexte on peut mentionner la création d‟associations culturelles amazighes dans les villes marocaines avec une importante population amazighophone. Ainsi, lorsque j‟étais invité par l‟Association de l‟Université d‟Eté Agadir à faire une communication lors de la septième session annuelle du 25 qu 27 juillet 2003 consacrée à “la culture amazighe et les problèmes de développement” une attitude nouvelle concernant la culture ludique des enfants pouvait se remarquer. Comme thème de mon intervention j‟ai choisit “la culture ludique des enfants amazighs marocains et les questions de développement” pour mettre en avant les possibilités d‟utiliser les activités de jeux et de création de jouets des enfants amazighs eux-mêmes dans le préscolaire et l‟école primaire, dans la formation des professionnels pour ces écoles et des volontaires pour les maisons de jeunes et les colonies de vacances,

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pour des actions socioculturelles, pour des programmes concernant la langue amazighe, pour le développement d‟une littérature enfantine basée sur les réalités locales, etc. Comme je fus contacté après cette communication par plusieurs personnes voulant en savoir plus ou même tester certaines possibilités dans la pratique, j‟ai l‟impression qu‟un intérêt grandissant se manifeste pour la culture ludique locale et son utilisation pédagogique et culturelle. Les années à venir démontreront si cela fut plus qu‟un enthousiasme passager. La proposition pour utiliser mes données dans le cadre de l‟éducation interculturelle ou l‟éducation pour la paix dans un contexte occidental au contraire est basée sur des expériences personnelles. Ici les paroles de Claude Lévi-Strauss sont plus que pertinentes : la découverte des autres est la découverte d‟une relation, nullement la découverte d‟une barrière (citation non-littéraire).

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1 Actions pédagogiques et culturelles dans les pays en voie de développement
Comme il est prouvé qu‟il existe “un lien étroit entre la qualité de la stimulation au foyer au cours des premières années et les résultats scolaires en primaire” (Groupe Consultatif, 1991: 10-11), il y a tout intérêt à porter une attention particulière aux jeux et jouets dans ces foyers et à l‟attitude des adultes envers eux. Dans cette même publication Préparer les enfants à l‟école et adapter l‟école aux enfants on peut lire encore : “il convient d‟endosser la responsabilité que les écoles s‟adaptent aux besoins des enfants et non plus demander aux enfants de s‟adapter au système”. Halpern et Meyers (Groupe Consultatif, 1991: 22) concluent ainsi : Un programme intégré jeune enfant-enseignement primaire permettrait d‟établir un lien entre les intérêts de la famille et ceux de la communauté et de renforcer le système scolaire formel ; il serait possible, par exemple, d‟intégrer les valeurs et les contenus de la culture locale au programma d‟enseignement, en premier lieu au niveau pré-primaire puis au niveau primaire. Un des contenus de la culture locale qui se prête à merveille pour s‟intégrer au programma de l‟enseignement formel est celui des jeux et jouets. De ce point de vue, il serait donc tout à fait dommage que les responsables de la formation et de l‟éducation en Afrique du Nord et au Sahara négligent l‟héritage ludique de leurs sociétés pour se laisser immerger par la culture ludique de la société de consommation et des médias occidentaux, les jeux standardisés des écoles européennes ou américaines, ou encore les jouets en plastique fabriqués massivement assez souvent de mauvais goût et parfois même dangereux. Dans son livre sur l'enfance Kpelle au Liberia David F. Lancy discute le problème d'utiliser dans l'éducation la culture locale et les jeux (1996: 197-198). Quand on repasse en vue toutes ces poupées pour lesquelles les enfants ont utilisé des matériaux naturels et de récupération on ne peut que s‟étonner de l'utilisation créative de ces matériaux, une utilisation qui renferme un vrai apprentissage. Dans une notice Bernadette Luwaile

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Mwamba, du Salvation Army Pre-school à Lusaka en Zambie, souligne aussi cet aspect. Elle écrit que pendant des générations les enfants ont joué avec le sable, l‟eau, la boue, l‟argile, les pierres, les bâtons, les tiges, les balles de blé, les noix, les fruits, les feuilles et les fleurs. Mais aujourd‟hui, les jouets achetés dans les magasins prédominent. Cependant, il est plus important que jamais que nos enfants valorisent les ressources de la terre. Si nous pouvons promouvoir leur sensibilité dès le plus jeune âge, leur avenir deviendra plus sûre. Pour occuper, amuser et éduquer de jeunes enfants il n‟est pas nécessaire d‟acheter des jouets coûteux, une considération importante en ces temps difficiles. Des grandes quantités de matériaux pour jouer sont facilement disponibles si l‟on a un peu d'imagination, beaucoup de patience et l‟empressement à laisser les enfants jouer de manière salissante (Bernard van Leer Foundation, 1996: 21). On pourrait aussi penser à promouvoir une interaction fertile entre les jeux traditionnels et les jeux pédagogiques modernes d'origine occidentale pour développer une pédagogie ludique adaptée. Un exemple de cette interaction se trouve dans l'étude de Chantal Lombard, Les jouets des enfants baoulé. Essais sur la créativité enfantine dans une société rurale africaine. Cette recherche s'inscrivait dans un programme de développement de l‟éducation mis sur pied par le gouvernement de la Côte d'Ivoire et fut basée sur une redéfinition des valeurs éducatives. A ce sujet, Chantal Lombard (1978: 209) écrit : Nos réflexions, sans pouvoir prétendre suffire à proposer une pédagogie adaptée à la Côte d'Ivoire, insisteront sur deux points : 1. Pour que la créativité traditionnelle puisse être intégrée à l‟école, comme un ferment du développement des enfants, il s‟agit d‟ouvrir l‟école afin que celle-ci soit le lieu de rencontre entre la culture traditionnelle et le savoir scientifique moderne, et non le lieu de la rupture, comme elle l‟est encore actuellement. 2. Pour que la créativité traditionnelle acquière une dimension nouvelle et féconde la pensée moderne, il s‟agit que l‟école fasse accéder les enfants à un autre niveau de maîtrise de l‟environnement matériel, qu‟elle réconcilie la technologie et l‟imagination créatrice.

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Pour autant que je sache, c‟est en Algérie et au Maroc que semble se dessiner une tentative d‟intégration de la culture ludique locale dans l‟enseignement, bien qu‟à un niveau et dans un réseau d‟enseignement différents. En Algérie il s‟agit de l‟intégration de certains jeux traditionnels dans le domaine de l‟éducation physique. Youssef Fates (1987:18), qui a préparé une thèse de doctorat d‟état à l‟Université Paris 1 sur le thème du sport en Algérie, décrit ainsi cette tentative : La Direction des Etudes, de la Recherche et de la Coordination du Ministère de la Jeunesse et des Sports d'Algérie, a organisé une enquête nationale par questionnaire, dans les quarante-huit „wilayates‟ (départements) du pays afin de recueillir des informations sur les caractéristiques historiques des jeux (les moments, les occasions de leur pratique, les infrastructures nécessaires, le matériel, les règles) et sur leurs pratiquants (l'âge, le sexe, le nombre). Outre le fait que l'enquête visait “la production d‟un document fiable et en rapport avec la réalité concrète du secteur géographique”, l'enquête du Ministère de la Jeunesse et des Sports recherchait la mise en place d'un projet d'animation de quartiers, basée sur l'utilisation des jeux et des sports traditionnels. “En outre, placés entre la modernité et la tradition, les jeux traditionnels, organisés sur des bases pédagogiques et éducatives enrichissantes, devront constituer un moyen de mobilisation des masses populaires en général, et des jeunes, en particulier”. Malheureusement, jusqu'à ce jour les résultats de cette enquête n'ont pas encore été dépouillés. On peut donc supposer que cette tentative d‟intégration des jeux dans l‟éducation physique et dans l‟animation des quartiers en Algérie n‟a pas dépassé le stade des bonnes intentions. Au Maroc, une autre tentative structurée de valorisation du patrimoine ludique pourrait se réaliser à travers la collaboration de deux projets soutenus financièrement et professionnellement par la Bernard van Leer Foundation, une fondation internationale qui concentre ses efforts sur le développement d'initiatives non-onéreuses et basées sur la participation des communautés locales, dirigées vers le bien-être de la petite enfance et vers l'éducation des enfants socialement et culturellement

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désavantagés de 0 à 8 ans. Il s'agit, d'un côté, de l'organisation Alliance de Travail dans la Formation et de l'Action pour l'Enfance, ATFALE ou 'enfant' en arabe, basée à l'Université Mohammed V à Rabat. L'autre projet, du Ministère de l'Education, concerne les 36.117 kouttab ou institutions coraniques préscolaires avec environ 800.000 enfants de deux à six ans en 1994-95 (Bouzoubaâ, 1998: 5). Ces deux projets collaborent pour former les instituteurs des kouttab, non formés pour s'occuper de cette classe d'âge et pour qui n'existait aucune formation au travail. Dans cette formation l‟attention est portée sur bon nombre de thèmes comme celui du langage, de la santé, de l'arithmétique, des méthodes et de l'organisation scolaire, mais aussi sur le thème ludique. Pour cela Brigitte El Andaloussi a rédigé une brochure a été rédigée sur le jeu dans le préscolaire, une première version fut publiée par ATFALE en 1990 et réédité en 1992 (ATFALE, 1992) ainsi qu'une version remaniée publiée par Gaëtan Morin éditeur – Maghreb en 1997 (El Andaloussi, 1997). Dans la première version de cette brochure se trouvait une référence directe aux jeux traditionnels marocains. Sous la rubrique Les jeux traditionnels il était dit (ATFALE, 1992: 10) : Il est important que l'éducatrice connaisse les jeux traditionnels de la région dans laquelle elle travaille, et qu'elle en favorise l'expression dans son institution car ils présentent un intérêt réel à différents niveaux. Plus les enfants seront scolarisés et moins les jeux traditionnellement appris dans la famille, dans la rue ou dans les champs par les enfants, auront tendance a être retransmis malgré leur richesse indéniable pour le développement du jeune enfant. En effet, ils véhiculent la mémoire de son pays, ils favorisent sa créativité et son initiative et ils permettent d'entretenir des liens entre les enfants de classes d'âge différentes. Bien que je regrette que ce paragraphe important et l'unique référence aux jeux traditionnels ne se trouve plus dans la version de 1997 – même si les autres conseils donnés dans le petit chapitre "Jeux traditionnels" de la version 1992 se retrouvent dans le nouveau chapitre "Quelques conseils pratiques" (El Andaloussi, 1997: 10) – je dois mentionner que l'intérêt de l'éducatrice au préscolaire pour la culture ludique enfantine locale est maintenant stimulé en relation avec les comptines (El

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Andaloussi, 1997: 9). Parlant de ce que l'éducatrice peut faire pour développer la pratique des comptines et des chansons Brigitte El Andaloussi écrit qu'elle doit chercher ce qu'il existe dans l'héritage culturel. Dans ce contexte l'éducatrice doit créer une collection, l'enrichir par l'échange avec des collègues et en demandant aux mères les petites chansons qu'elles chantent à leurs enfants (1997: 9). Un entretien, en février 1992 au Centre de Rééducation du Save the Children Fund à Marrakech, avec Amina Drissi, qui a participé à un séminaire d'information de ce projet préscolaire, semble indiquer que l'héritage ludique marocain s'y trouve intégré. Une indication plus précise m'est apparue lors de ma visite au Centre de Ressources pour le Préscolaire à Kénitra. Ce centre, qui en novembre 1993 se trouvait à l'école primaire Shuhada de cette ville, présentait dans un local comment une classe du préscolaire pouvait être organisée afin de mieux s'adapter à la pédagogie moderne. Dans le coin des poupées ne se trouvaient pas seulement des poupées en plastique importées mais aussi des poupées en armature de roseau habillées à la manière locale et confectionnées par des participantes à la formation du groupe ATFALE (fig. 158).

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Dans le cadre des innovations pédagogiques l'élaboration de coins d'activités dans les kouttab, pour lesquels les enfants, les enseignants et les parents apportent du matériel recyclable, est d‟une grande importance. Le coin du „magasin de nourriture‟, de la „santé‟ et des „poupées‟ sont les coins d‟activités les plus populaires et les plus trouvés. Ainsi, un but majeur des rencontres au Centre de Ressources est de stimuler la création par les enseignants et enseignantes de jeux et jouets bon marché (Bouzoubaâ, 1998: 10, 12). Bien que la référence directe à l'utilisation de la culture ludique des enfants marocains ne se trouve plus dans la brochure de 1997 sur le jeu au préscolaire il est à espérer que l'utilisation de ce patrimoine ludique local est toujours stimulée lors des formations. Il ne fait donc aucun doute que la culture ludique locale des enfants devrait jouer un rôle important dans le préscolaire. Un rôle d‟autant plus important que la participation des parents à la vie de l'école fait partie intégrante des projets. Ces parents qui sont les dépositaires des traditions ludiques locales peuvent entre autre être intéressés à cette participation par le biais de la confection et l‟entretien des jouets, comme cela s‟est réalisé dans d'autres pays en voie de développement (Bernard van Leer Foundation, 1991: 14). Le guide d'activité pour le préscolaire de 1997, mentionné ci-dessus, répond à cette préoccupation. Parlant de promouvoir la fabrication de jouets traditionnels il est proposé de mettre à profit la coopération des parents pour qu'ils transmettent ces jouets à leurs enfants car l'industrie du jouet a détrôné toutes les techniques traditionnelles de productions de jouets. Dès lors le préscolaire doit utiliser le savoir-faire des mères pour créer des poupées et celui des pères pour créer des véhicules avec du matériel naturel et de récupération. Référence est aussi faite au coût minimal des jouets créés sur place. Etant parfaitement d‟accord avec ce point de vue je voudrais quand même souligner que cette domination des jouets fabriqués par l'industrie doit être plus ou moins relativisée et cela non seulement dans les villages et les centres ruraux mais aussi dans les quartiers populaires des grandes villes marocaines. Premièrement, beaucoup d'enfants marocains vivent encore dans des régions rurales où la création de jouets par des enfants même d‟age préscolaire reste une activité courante et où faire des poupées et des animaux-jouets traditionnels se fait parfois encore dans le premier village à côté des centres ruraux. Deuxièmement,

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mes recherches dans des petites villes comme Goulmima, Khemisset, Midelt et Sidi Ifni montrent que même si certains modèles de jouets fabriqués sur place et surtout les poupées traditionnelles semblent avoir disparues, d'autres jouets et surtout des véhicules sont encore fabriqués par les enfants. Concernant la poupée créée par les filles j'ai constaté un jour qu'une fille de six ans vivant dans la ville rurale Sidi Ifni utilisait spontanément l'armature traditionnelle faite d'un morceau de roseau et d'un bâtonnet liés en forme de croix, une armature qu'elle habillait de chiffons (Rossie and Daoumani, 2003, Video 1). Néanmoins, une procédure courante est de remplacer l'armature traditionnelle par une poupée en plastique peu chère que les filles habillent de morceaux d‟étoffe. Troisièmement, même dans les quartiers populaires des grandes villes comme Agadir, Kénitra et Marrakech j‟ai trouvé des enfants, plus souvent des garçons que des filles, qui fabriquaient certains jouets personnellement. Ayant constaté l'adresse des enfants qui créent leurs propres jouets il serait très utile que l'éducatrice au préscolaire cherche à savoir ce que les enfants savent et peuvent faire. Ainsi une règle pédagogique importante pourrait s'appliquer, c'est-à-dire de démarrer l'enseignement par l'expérience personnelle de l'enfant dans son propre milieu. A côté des parents on peut aussi utiliser l'expérience et l'intérêt pour la fabrication de jouets des enfants plus âgés. Une éducatrice du préscolaire pourrait éventuellement trouver de l'aide pour créer des jouets en joignant à ces efforts des enfants plus âgés, eux qui sont les vrais experts. En lisant quelques observations sur les kouttab faites par les membres du groupe ATFALE on peut se rendre compte du chemin qui reste à parcourir pour que ces institutions préscolaires puissent prendre profit de la créativité que les enfants marocains déploient dans leurs activités ludiques. En ce qui concerne le jeu et les jouets dans les kouttab, il est dit qu'à l'étroit sur des bancs derrière des pupitres les enfants ne peuvent bouger ni satisfaire leur besoin de jouer. En plus, il n'y a pas de terrain de jeu (Bouzoubaâ, 1998: 6). L'introduction d'une pédagogie qui tient compte de l'enfant lui-même et de sa créativité ludique est rendue plus difficile encore par l'attitude des parents qui n'aiment pas payer pour voir jouer leurs enfants dans un kouttab (Bouzoubaâ, 1998: 12).

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Regardant à nouveau le guide d'activité sur le jeu au préscolaire et en particulier les exemples des jeux joués à l'intérieur ou à l'extérieur, les jeux de langage et les jeux d'équipe décrits dans les fiches techniques (El Andaloussi, 1997: 53-78) il me semble que ces exemples peuvent bien servir à trouver parmi les jeux des enfants amazighophones et arabophones d'aujourd'hui des jeux qui s'accordent avec les objectifs pédagogiques mentionnés pour les jeux proposés dans ce guide. Les jeux qui y figurent ne semblent pas se référer aux expériences ludiques de la plupart des enfants marocains et croire que beaucoup de ceux qui travaillent au préscolaire pourront d'eux-mêmes utiliser les jeux locaux des enfants de leurs classes est plutôt illusoire. Dès lors, faire un guide supplémentaire offrant des exemples pris dans le patrimoine ludique marocain serait d'une réelle utilité pour les éducatrices et éducateurs du préscolaire et des premières années du primaire, ainsi que pour les volontaires des colonies de vacances et des maisons de jeunes. Bien que plus difficile à faire, on pourrait aussi essayer de trouver parmi les jeux du patrimoine ludique marocain ou inspirés par ceux-ci des activités et des thèmes pour développer des jeux pédagogiques comme ceux présentés par Brigitte Elle Andaloussi (1997: 13-51). La même remarque peut se faire en rapport à un autre guide d'activité pour le préscolaire, celui sur l'activité ludique du jeune enfant. Alain Léonetti qui a écrit ce guide intéressant souligne dans le contexte d'une éducation physique centrée sur les besoins de l'enfant que pour être capable de réaliser cela il est nécessaire de favoriser l'activité ludique spontanée de l'enfant (1997: 3). Cependant les exemples proposés reflètent plutôt des expériences d'enfants européens. Ces exemples ont certainement leur utilité mais en y ajoutant des exemples provenant du patrimoine ludique marocain l'intégration du jeu spontané de l'enfant au préscolaire marocain serait favorisée, une intégration vue par Alain Léonetti comme indispensable. Selon Harinder Kohli, directeur de la Banque Mondiale pour le Maghreb, les besoins les plus pressants dans le domaine social se “trouvent chez les populations rurales et tout particulièrement les enfants et les femmes”. (l‟Economiste, 1993: 30). Je crois que toute politique sociale envers les enfants et leurs mères ne peut aboutir que si l'on tient compte de la réalité socioculturelle dans laquelle ils vivent. Tenir compte des expériences ludiques des enfants ruraux et leur utilisation sociale et pédagogique peut y contribuer modestement mais efficacement. Au

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niveau scolaire cela pourrait aider l'école à la campagne d'être moins un lieu de déracinement, comme des auteurs marocains, dont El Mostafa Haddiya (1988), l'ont décrite, pour devenir un lien entre la communauté rurale et son développement. Dans l'étude Child Survival and Development in Africa, Ibinabo Agiobu-Kemmer se demande s'il n‟est pas possible d'incorporer des traditions et des expériences culturellement valables dans le curriculum à côté des sujets conventionnels et ceci à tous les niveaux de l'école. Cet auteur écrit que les mères du projet Ntataise en Afrique du Sud ont peutêtre trouvé le préscolaire moins difficile à comprendre parce qu'elles ont vu des collaborateurs ou collaboratrices du projet aider leurs enfants à construire des petites maisons, des voitures et des animaux familiers, ou même à faire des poteries d'argile. Beaucoup de compétences pratiques peuvent être apprises aux enfants dans le contexte du jeu. Des objets et matériaux naturels comme le sable, l'argile, l'eau, les branches, la paille, les grains, les bouchons, les boîtes vides sont facilement à trouver dans la plupart des communautés. Les enfants ont besoin de jouer avec des jouets et des objets qu'ils peuvent facilement détruire et refaire pendant leur jeu. Quand nous donnons des jouets onéreux à des centres préscolaires communautaires pour encourager la stimulation cognitive des enfants, les mères et ceux travaillant pour le projet ont peur de laisser les enfants jouer avec ces jouets parce qu'elles ne les veulent pas voir se détériorer. Les enfants profitent beaucoup de fabriquer eux-mêmes leurs jouets en utilisant des cartons, des boîtes, pneus et autres matériaux. Nombreux sont ceux qui ont été impressionnés par les camions, voitures et avions que font des enfants africains, spécialement dans les zones rurales, sans conseil ou presque d'un adulte (1992: 7-8). Dans un autre continent et pays, en Inde par exemple, un projet subventionné par la Fondation Aga Khan enseigne à des monitrices comment utiliser des matériaux peu cher mais aux possibilités créatives pour stimuler le besoin naturel de découverte chez l'enfant (Bernard van Leer Foundation, 1993: 3). Le travail d'analyse des jouets traditionnels de l'Inde et les efforts d'adaptation de ces jouets dans le cadre thérapeutique pour des enfants handicapés livrés par Sudarshan Khanna du National Institute of Design à Paldi Ahmedabad ont suscité mon admiration et montrent clairement une voie de plus pour l'utilisation des jouets et des jeux locaux. Dans

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deux livres, Dynamic Folk Toys (1983) and Joy of Making Indian Toys (1993), Sudarshan Khanna présente beaucoup de jouets faits par des enfants ou d'autres confectionneurs de jouets. Comme dans le cas des jouets sahariens et nord-africains, certains jouets de l'Inde sont particuliers à leur région d'origine et d'autres sont des variantes de types de jouets universels. Etant professeur à la Faculty of Industrial Design, ce chercheur souligne l'importance des aspects technologiques et des principes scientifiques qui sont à l'œuvre dans l'élaboration de ces jouets. Un autre chercheur de l'Inde, Arvind Gupta, a écrit plusieurs brochures remarquables sur l'utilisation de jouets locaux décrivant la manière de les fabriquer et comment ils peuvent promouvoir des expériences novatrices pour enseigner les sciences et les mathématiques. Sur la situation actuelle et future de ces jouets traditionnels de l'Inde, Sudarshan Khanna écrit : les revenus de la plupart des fabricants de jouets locaux sont très bas. Leurs clients viennent de communautés pauvres pour lesquels ils doivent maintenir un prix minimal. Le rendement économique faible est une des raisons pour l'abandon massif dans la profession. L'autre raison est l'intrusion des jouets en plastique produit en masse. Malgré le faible rendement et l'absence de n'importe quel support institutionnel, la fabrication locale de jouets populaires est toujours vivante mais vacillante. Actuellement, il n'y a pour ainsi dire plus de développement de „design‟ mais beaucoup de créateurs de jouets sont conscients de l'importance de la créativité et de l'innovation dans leur métier. Les jouets populaires dynamiques sont d'une telle importance qu'il est attristant de constater que la société les a négligés. Mais récemment, une certaine prise de conscience s'est manifestée chez des pédagogues et des experts en développement de l'enfant lorsqu'ils soulignent le fait que les jouets produits dans les usines ne puissent remplacer les jouets faits par les artisans et qui expriment nos racines culturelles. Notre société devra accepter que les créateurs de jouets aient un rôle beaucoup plus large que celui de fabricants d'objets pour jouer. Maintenant il est plus que temps que l'artisan soit reconnu comme un professionnel. Beaucoup doit être fait pour réparer le dommage qui a été causé aux jouets fabriqués par des artisans locaux. Il y a quelques années, le Commissaire pour le Développement de l'Artisanat, en collaboration avec l'Institut National du Design, a formulé des propositions pour revitaliser le secteur. Il est nécessaire de construire des

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musées de jouets, des centres de formation et des liens de commercialisation aussi bien au niveau des états que de la nation. Il est essentiel de créer des voies et des moyens par lesquels des créateurs de jouets talentueux, des pédagogues innovateurs et des designers dévoués travaillent en équipe pour sauver cet héritage (1987: 13-14). Depuis lors Sudarshan Khanna a créé dans le cadre du National Institute of Design un centre de recherche sur les jouets et pour le développement de l'artisanat local dans ce domaine. Sudarshan Khanna a participé dans les UNESCO-Workshops organisés par l'association sans but lucratif Fördern durch Spielmittel Spielzeug für behinderte Kinder, en traduction 'Stimulation par les jouets - Jouets pour des enfants handicapés' (website consulté le 13.10.2004: http://www.spielmittel.de). Le but de ce projet est de développer des jouets pour la rééducation des enfants. De la lettre d'invitation pour le quatrième Unesco Symposium, Workshop and Exhibition en automne 1996, je traduis ce qui suit concernant l'origine et le but de ce projet : il y a tellement d'enfants handicapés sur la planète que nous avons le sentiment qu'il est nécessaire de créer une structure par lesquelles les conditions de vie de ces enfants peuvent être améliorées continuellement et plus efficacement. Il est particulièrement important que les handicaps soient détectés très tôt et pris en considération. De cette manière, le développement mental et physique des enfants peuvent être encouragés dès le début et leur intégration peut être soutenue. Les jouets et outils pédagogiques jouent un rôle important dans la petite enfance. Il n'est besoin que de jouets bons et adéquats, qui stimulent le jeu et en même temps satisfont aux plus hautes exigences fonctionnelles et structurelles liées à cette tâche. En prenant ces idées comme point de départ, le projet 'Toys for Children's Rehabilitation' fut proposé en 1989 comme contribution à la Décennie Mondiale du Développement Culturel et reconnu comme une 'Activité de la Décennie Mondiale' par l'UNESCO (numéro de registration 079). Dans le cadre de ce projet, trois ateliers ont déjà eu lieu. Les participants à ces ateliers ont développé plusieurs designs de jouets et créé des prototypes. Ces dessins et modèles furent exposés à plusieurs occasions en Allemagne et à l'étranger. Les résultats de ces ateliers ont été publiés en 1992 et 1995 dans un manuel à deux volumes, Toy Workshop - Toys you can make yourself for handicapped and non-handicapped children. Le quatrième atelier continuera cette

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expérience interdisciplinaire. De nouvelles idées et des prototypes nouveaux de jouets et d‟outils pédagogiques seront développés. Cet atelier mettra aussi ses résultats à la disposition des parents d'enfants handicapés et des enseignants et membres du staff des institutions où travaillent des handicapés. Après qu'ils sont soigneusement testés, ces designs de jouets seront publiés dans un ou plusieurs manuels avec les instructions pour leur construction. Aussi, il sera fait très attention à ce que les designs peuvent se transformer en jouets sans que cela nécessite l'utilisation d'un nombre excessif de matériaux ou de techniques compliquées. Nous voudrions que cet atelier offre une aide pratique et théorique, mais aussi une aide morale pour soutenir les spécialistes des pays qui n'ont que peu de ressources disponibles pour le développement de jouets. Ce projet démontre la possibilité de développer des manières nouvelles et intéressantes pour mettre à profit certains jouets traditionnels et faits par les enfants ou les adultes eux-mêmes. J'espère qu'un jour quelques jouets sahariens et nord-africains pourraient servir à créer des jouets, culturellement et socialement adaptés, pouvant être utilisés pour la rééducation d'enfants handicapés mais aussi pour le développement des autres enfants. Finalement, je ne puis omettre de mentionner une initiative du monde scientifique tunisien. Lors d'une visite en Tunisie en mai 1987, j'ai eu des entretiens avec des responsables du Musée des Arts et Traditions Populaires à Tunis et du Musée du Bardo à Carthage, ceci après avoir constaté que dans ces musées et celui de Sousse on ne voyait pour ainsi dire rien qui référait à l'enfance tunisienne et au patrimoine ludique du pays. A cette occasion un intérêt grandissant pour ces thèmes s'est révélé résultant dans la création d'un 'Groupe de Recherches Approfondies sur les Jeux et Jouets Tunisiens des Origines à nos Jours'. Bien que je n'aie plus eu de nouvelles de ce groupe de recherches depuis l'organisation d'un congrès à Carthage en 1989 et la publication des résultats de ce congrès (Jeu et Sports en Méditerranée, 1991), il est à espérer qu'il pourra réaliser ses ambitions. Dans un document nommé “La Révolution de l'Education” publié par l'UNICEF en 1999, il est dit qu'une approche globale de l'apprentissage pour la vie “doit permettre aux élèves d'exprimer leurs idées, leurs pensées et leurs opinions, favoriser les moments joyeux et les occasions

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de jeu, mettre les enfants à l'aise avec eux-mêmes et avec les autres. Enfin, il doit les traiter avec respect” (p. 22). Cet apprentissage pour la vie est décrit comme suite (p. 19) : Toute une série d'approches novatrices de l'enseignement et de l'apprentissage visent à faire de la vie en classe une expérience plus enrichissante et utile... Il faudra reformuler les politiques et les processus éducatifs si l'on veut insuffler un amour de l'apprentissage qui dure toute la vie et permettre à l'individu de compléter, voire de remplacer, les compétences acquises dans l'enfance au fur et à mesure que surgissent des besoins nouveaux. Comment pourrait-on formuler un meilleur plaidoyer pour la mise à profit de la créativité des enfants qui s'exprime si bien en créant des jouets et en jouant ou même en inventant des jeux. Bien de compétences essentielles acquises pendant l'enfance sont apprises et exercées dans des activités ludiques qui impliquent les pairs, des enfants plus âgés et parfois même des adultes. Si les adultes veulent rendre l'expérience de la vie en classe plus enrichissante et utile, la prise en considération des expériences de jeu et de création de jouets n'est-elle pas une des meilleures possibilités d'y parvenir? Du moins si ces adultes ne contrôlent pas trop les activités ludiques spontanées des enfants ou ne les transforment pas dans des vrais exercices didactiques. Dans le site de l'UNICEF Teachers Talking about Learning (www.unicef.org/teachers, consulté en décembre 2004) on lit dans la section 'Learning games from around the world' basée sur le Vietnamese Multigrade Teacher's Handbook, que les enfants adorent jouer. S'ils en ont l'occasion ils créent des règles pour de nouveaux jeux, utilisant des ballons, des bouchons et tout ce qu'ils trouvent comme matières premières. Des jeux impliquant le jeu de rôle, la résolution de problèmes simulés ou l'utilisation de compétences et connaissances spécifiques. Les jeux peuvent être structurés pour qu'ils mènent à un apprentissage actif. Un apprentissage qui développera la communication, l'analyse, la prise de décision et autres aptitudes cognitives (www.unicef.org/teachers, voir la section 'Explore Ideas', puis la section 'Games from around the World'). Dans une section suivante 'Journal activity: Games for learning'

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les enseignants sont stimulés à créer des situations pédagogiques basées sur les jeux des enfants. Trois exemples provenant de l'Afrique subsaharienne démontrent qu'il est possible d'utiliser les jeux et jouets pour un développement mieux adapté aux besoins des enfants et aux contextes dans lesquels ils grandissent. Le premier exemple concerne un programme utilisant les jeux et la création de jouets afin de sensibiliser les enfants pour leurs droits et leurs devoirs au Zimbabwe (“We are also human beings…”, 2001). Elisa K. Lwakatare du Tanzanian Ministry of Education and Culture a présenté le deuxième exemple lors du Second International Toy Research Conference organisé par le Nordic Center for Research on Toys and Educational Media en juin 1999. Ce coordinateur de l'éducation préscolaire parlait entre autre de la nécessité de fabriquer sur place des jouets pédagogiques. Cette nécessité fut aussi soulignée par Arvind Kumar Gupta en ce qui concerne l'Inde. Dans son texte de conférence Elisa K. Lwakatare écrit : les jouets jouent un rôle important dans le processus de socialisation. Dès lors, l'utilisation de jouets importés encourage le développement de normes culturelles et de valeurs étrangères à la Tanzanie. Bien que certains jouets soient appropriés et peuvent être adoptés par la culture tanzanienne, ils restent peu accessibles à cause du pouvoir d'achat limité de beaucoup de familles tanzaniennes. La politique d'éducation et de formation en Tanzanie comme définit par la réforme pédagogique actuelle stipule l'accès équitable à une éducation et formation de qualité. Cela signifie un accès équitable aux jouets comme matériel pédagogique. En d'autres mots, il faut faire que l'utilisation de jouets devient un aspect intégré du processus communicatif en éducation. Cela ne peut se produire qu'en stimulant le design et la fabrication sur place de jouets, de préférence réalisée avec du matériel local. Le besoin en matériel pédagogique pour l'éducation est énorme à cause de la promotion de l'éducation préscolaire dans cette réforme. Le nombre d'écoles préscolaires dans le pays croit rapidement. En 1993 il n'y avait que 247 établissements préscolaires mais en 1999 il y en avait déjà 3667. L'augmentation de la demande exige une augmentation semblable des approvisionnements en matériel de jeu du moins si ce niveau d'éducation doit être adéquatement soutenu. Cette fourniture de matériel pédagogique (jouets) doit se baser sur une

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recherche approfondie afin de trouver les designs les plus adéquats et une utilisation économique des matériaux (1999: 7-8). Même si cette politique tanzanienne pour créer sur place des jouets pédagogiques adaptés aux conditions socioculturelles et matérielles locales n'est qu'à ces débuts, cela s'avère être déjà d'une grande importance car le problème est ainsi posé et des moyens pour le résoudre sont développés. Le troisième et jusqu'à présent le meilleur exemple que je connais de l'utilisation de la culture ludique locale se trouve dans Early Childhood Matters (Bouma, 2000). Ce programme d'éducation de la petite enfance est initié, contrôlé et dirigé par les parents Samburu du Samburu District au Nord du Kenya suite à des changements sociaux liés à leur mode de vie semi-pastoral. Traditionnellement les enfants étaient gardés par les grands-mères quand les parents étaient absents. Ces grands-mères s'occupaient des enfants mais en même temps elles jouaient avec eux et les enseignaient des poèmes, des contes et des chansons. Ce système s'appelle lmwate, lmwate signifiant la clôture. Bien que ce système a bien fonctionné pour des générations innombrables il était tombé en désuétude jusqu‟au moment où les parents se sont rendus compte qu'il fallait faire quelque chose pour leurs petits enfants qui restaient seulement sous la garde d'une sœur ou d'un frère un peu plus âgés ou étaient laissés tout seul. Après discussion dans la communauté et avec les grands-mères qui se rappelaient bien le lmwate, il fut décidé de créer un lmwate moderne. Les parents construisirent une clôture avec une grande maison pour les petits pouvant servir de lieu de repos et de refuge. Se basant sur les conseils des personnes âgés des jouets furent fabriqués, des chansons, des contes, des proverbes et des poèmes collectionnés et des appareils de jeu construits. Les jouets comprennent des poupées et des ballons en bois et en cuir, des animaux en argile ou en rotin, des lances-pierres, des hochets, des catapultes. Les appareils de jeu sont des structures à grimper, des plate-formes surélevés, des maisonnettes, des balançoires, des bascules, des cerceaux, des tunnels à ramper, etc. Cette facilité est ouverte chaque matin et ne peut fonctionner sans la participation des parents. Toutes les mères y travaillent à tour de rôle (p. 32-34). Bien vite ce lmwate moderne fut soutenu par le Samburu Early Childhood Development Project, un projet commun du Kenya Institute of Education et le Christian Children's Fund. A côté de la

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formation concernant les activités de développement pour la petite enfance, ce projet a donné aussi une formation concernant la santé, la nutrition et l'hygiène. Il a en plus aidé le lmwate comité à obtenir des médicaments de base et de la bouillie de flocons d'avoine pour le déjeuner des enfants, de la bouillie de flocons d‟avoine enrichie pour ceux souffrant de malnutrition. Une fois que tout cela fonctionnait, le projet s'est retiré. Son action se limite maintenant à être disponible quand le lmwate comité le demande bien que ce comité tient le projet au courant de tout ce qui se passe dans le lmwate (p. 34). Il n'y a aucun doute que des jouets pédagogiques sont nécessaires en Afrique du Nord et au Sahara et quand je vois la multitude de jouets créés par les enfants marocains encore aujourd'hui il ne devrait pas être tellement difficile de trouver des modèles pour des jouets pédagogiques adaptés qui sont bon marché à fabriquer et utile pour le préscolaire et l'école primaire. Le développement remarquable de classes préscolaires par exemple au Maroc rendra cela inévitable dès que la pratique scolaire prendra en compte la valeur des jeux et jouets et cela simplement parce que l'achat de jouets pédagogiques occidentaux est au-dessus des moyens de la plupart des écoles des régions en question. N'importe quel programme qui tient à promouvoir le bien être, le développement ou l'éducation des enfants pourrait améliorer son efficacité en utilisant des stratégies qui mettent les adultes à l'écoute des enfants visés et stimulent la participation de ces enfants à l'élaboration du programme. Dans un numéro de Early Childhood Matters, publié en février 1999 par la Bernard van Leer Foundation, cette fondation souligne que suivant leur âge, leur milieu culturel et leurs opportunités de développement, les enfants ont prouvé être des partenaires valables et plein de ressources (n° 91, p. 4). Dans un article publié dans le même numéro, David Tolfree et Martin Woodhead plaident avec conviction pour que les praticiens, les chercheurs et les décideurs dans le domaine du développement de la petite enfance se mettent à l'écoute des enfants (n° 91, p. 19). La prise en compte des jeux des enfants et de leur création de jouets me semble offrir une excellente manière pour se mettre à l'écoute des enfants.

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L'importance de la recherche sur les jeux et jouets des enfants est clairement mis en avant dans le document Child Culture - Play Culture de Flemming Mouritsen du Danish Odense University. Cet auteur souligne la nécessité de remplacer la perspective adulte par la perspective enfantine lorsqu'il écrit que la pédagogie, aussi bien au niveau théorique que pratique, s'est basée sur ce que les enfants doivent devenir avant que l'on s'intéresse à connaître les enfants et leur vécu. Je suis convaincu que pareille perspective enfantine peut être facilitée par l'observation et l'analyse des jeux et jouets des enfants avec le moins de présuppositions adultes possible. Finalement et en ce qui concerne les chercheurs et les instituts de recherche s'intéressant au Tiers-Monde, je voudrais attirer leur attention sur l'enfant et sa culture dans le monde rural et les quartiers populaires des grandes villes car j'ai l'impression que peu de moyens sont investis dans ce domaine. Pourtant si la situation des enfants doit s'améliorer en ces lieux et si la désertion des campagnes doit être réduite, une meilleure connaissance de l'enfant, de son milieu de vie et de sa culture ainsi que des changements qui les affectent sera indispensable.

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2 Éducation interculturelle et mondiale dans un contexte occidental
L'utilité de la culture ludique saharienne et nord-africaine ne se limite pas à l'Afrique du Nord et au Sahara ni au Tiers Monde car il est bien possible de l'intégrer dans ce qu‟on appelle l'éducation interculturelle ou l'éducation pour la paix afin de l'utiliser dans les pays d'Europe occidentale où des immigrés provenant de ces régions se sont installés en grand nombre depuis des décennies. Comme volontaire du Comité de Gand pour l'UNICEF en Belgique, j'ai élaboré un petit projet que j'aimerais appeler „monde-enjeu : l'éducation interculturelle par le jeu‟. Dans le cadre de ce projet j'ai d'abord travaillé en 1989 avec des enfants d'environ cinq ans allant au jardin d'enfants. Je leur ai montré une courte série de diapositives basée sur les jeux d'imitation des filles et garçons ghrib du Sahara tunisien. Dans cette série de diapositives les petits voient et la réalité et l'interprétation de cette réalité dans l'activité ludique. Les thèmes sont la vie dans le désert, l‟oasis, les animaux, le ménage, le filage, le tissage et la modernisation de la vie nomade. 159

Après que les enfants ont vu et commenté les diapositives, je leur ai demandé de chercher des avantages de la vie dans le désert et des désavantages de la vie chez eux ainsi que des inconvénients de la vie

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dans le désert et des plaisirs de la vie chez eux. Par exemple, il a été question du beau temps, de l'espace libre, de la disponibilité des frères et sœurs, cousins et cousines comme camarades de jeu dans le désert versus le temps pluvieux, le danger de jouer dehors, la solitude de plusieurs enfants en Belgique ou encore de la rareté de l'eau, de la nourriture, des jouets ou produits de luxe dans le désert versus l'abondance de ces choses en Belgique. Après la récréation les filles et garçons se sont divisés en plusieurs petits groupes. Chaque groupe doit fabriquer quelque chose pour construire un village d'oasis, comme on peut le voir à la figure 159 (p. 255). Quelques-uns uns des enfants ont fait des maisons comme ils en ont vu, d'autres fabriquent des palmiers, un puits d'eau, un dromadaire, etc. Les matériaux à leur disposition sont du matériel de récupération, des cures pipes vertes, des tubes en carton de rouleaux de papier essuietout, de la plasticine et des 160 éléments de boîtes de construction. Comme j'ai introduit au début la relation entre la transhumance des nomades du Sahara et celle des nomades modernes des cirques et des foires, des enfants ont construit une roulotte en pièces lego (fig. 160). Une autre tâche était de rechercher d'entre des animaux en plastique ceux qui peuvent vivre dans le désert et les oasis. Enfin, les enfants ont appris à chanter une petite chanson sur une mélodie simple et répétitive assez connue mais avec des paroles adaptées. Puis, ils ont contourné leur village d'oasis en imitant la marche des dromadaires (fig. 161, p. 257). Depuis cette expérience, j'ai utilisé la même approche ludique de l'interculturel de la première à la sixième classe de l'école primaire, chaque fois pendant une heure. Dans ces classes j'ai utilisé une vidéo de vingt minutes sur la manière dont vivent et jouent les enfants du Kenya en Afrique de l'Est, une vidéo réalisé pour le Comité Néerlandais pour l'UNICEF. Ainsi les enfants gantois sont confrontés avec une situation matérielle et familiale bien différente mais ils voient aussi que les enfants du Kenya sont très créatifs dans la construction de leurs jouets.

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161 Ceci a amené des écoliers gantois à exprimer très spontanément leur admiration pour cette créativité et ce savoir-faire des enfants africains. Après la vidéo, je reprends le même genre de comparaison entre ce que les enfants trouvent agréables ou désagréables dans leur propre vie et dans celle des enfants africains. Comme je donne ce programme interculturel dans le cours de religion ou de morale laïque, l'instituteur ou l'institutrice continue souvent ce travail de réflexion dans une leçon ultérieure et/ou offre aux enfants la possibilité de fabriquer des jouets avec du matériel de récupération qu‟ils amènent de la maison. Ainsi un mini-projet pédagogique est élaboré ce qui par la suite peut donner lieu à une exposition des jouets, dessins et textes faits par les enfants. Il arrivait aussi qu'on me demande de participer à un projet pédagogique en rapport avec des thèmes spécifiques comme l'eau, les déchets et le recyclage, la protection de l‟environnement ou la créativité enfantine. Dans ces cas je sélectionnais une série de diapositives sur les jeux et jouets des enfants marocains et du Sahara tunisien pour illustrer certains aspects liés à ces thèmes. Une autre expérience, que j'ai vécue au mois d'avril 1992, m'a mis en contact avec deux groupes d'enfants complètement ou partiellement sourds. L'activité durait une demi-journée. Comme les possibilités d'expression verbale sont assez limitées, j'ai mis l'accent sur le visuel

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avec d'abord la vidéo en question et puis une série de cinquante diapositives sur les jeux et la vie des enfants ghrib. Puis les élèves de l'école primaire spécialisée ont construit des jouets, des instruments de musique etc. tout comme ils l'ont vu sur la vidéo et les diapositives. Ce premier essai a clairement démontré l'utilité d'une pareille approche. Mais pour être plus efficace il me semble tout à fait nécessaire d'introduire dans le processus pédagogique au moins une heure d'introduction pour pouvoir transmettre à ces enfants sourds les informations verbales qui rendent plus compréhensible l'apport visuel. Lors d'une journée UNICEF organisée par le Comité de Gand pour l'UNICEF le 10 mai 1998, il s'est démontré que les enfants se laissent volontiers stimuler par des exemples de jouets fabriqués par des enfants marocains pour créer eux-mêmes des jouets avec du matériel de récupération (fig. 162, 163 p. 259).

162 Ce qui me semble très utile et stimulant dans ces approches ludiques d'une pédagogie interculturelle, c‟est, à côte de la stimulation de la créativité et de l'effort personnel des enfants gantois, l'apport d'une image plus positive des enfants africains, une image qui jusque là était unilatéralement négative et basée sur des images d'enfants malades,

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mourant de faim, misérables, images qu'on voit régulièrement à la télévision comme si cela était l'unique vécu des enfants africains.

163 Les résultats de ces actions m'ont convaincu qu'une possibilité, certes limitée mais créative parce que ludique, peut être trouvée dans l'utilisation des jeux et jouets à des fins interculturelles. Ainsi on pourra préparer des jeunes enfants à devenir des adolescents et des adultes avec moins de préjudices envers les minorités ou majorités sociales, culturelles et ethniques vivant chez eux d'une part, et envers les gens et les sociétés des pays étrangers d'autre part. Ce sentiment se trouve partagé par Lazarine Bergeret de la Fédération Internationale pour l'Education des Parents. Dans son article “Des poupées à la ludothèque?” (1985: 164, 166) elle écrit : La curiosité des ludothécaires, part des jeux et s'étend à toutes les cultures, à toutes les latitudes, à toutes les périodes, à toutes les civilisations mais l'enrichissement de leur information les conduit peu à peu à rechercher quelque message commun de l'humanité dont le jeu pourrait bien être une langue véhiculaire... Peut-être alors des poupées pourraient-elles être sinon prêtées du moins exposées à la ludothèque, comme à l'école d'ailleurs, afin qu'elles participent à cette

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recherche possible d'un message commun à l'humanité? Souvent ces jours derniers, les enseignants que j'avais pu informer ou décider à venir profiter des ateliers organisés ici-même (en 1983 au Musée de l'Homme dans le cadre de l'exposition „Poupée-jouet. Poupée-reflet‟), me téléphonaient leur constatation non seulement d'un enrichissement des improvisations enfantines mais d'une meilleure entente entre enfants d'ethnies différentes. Ce n'était pas les choix anticipatifs des parents qui déterminaient le style des poupées mais un premier pas vers l'empathie possible par la seule connaissance des poupées des autres... Je ne saurais affirmer ou nier qu'il faille des poupées en ludothèque. A chaque équipe de ludothécaires de réfléchir ses choix mais je sais que l'enfant écrit sa propre histoire par la succession changeante de ses choix. Peut-être cette histoire serait-elle moins violente si, dès l'enfance étaient connues et reconnues les poupées d'autrui. Lazarine Bergeret et moi-même nous nous trouvons en bonne compagnie dans ce domaine, puisque le Groupe de travail pour la rencontre des cultures de la Division de l'Enseignement Scolaire du Conseil de la Coopération Culturelle, un organe du Conseil de l'Europe, inclut dans son étude Pistes pour activités pédagogiques interculturelles les jeux dans les thèmes à traiter (1989: 9-10). Il faudrait donc lier une approche interculturelle du ludique, dans laquelle s'inscrit ce livre, à une approche ludique de l'interculturel. Ceci est tout à fait indispensable car l'individu d'aujourd'hui, et certainement celui de demain, ne pourra que difficilement survivre dans un environnement local et mondial de plus en plus multiculturel et interdépendant, s'il n'a pu développer une personnalité qui puisse comprendre et l'universalité et la spécificité des conditions de vie de son propre groupe et des autres sociétés partout dans le monde. De cette manière, les jeunes et les adultes pourront, je l'espère, fonctionner d'une manière plus adéquate dans les sociétés multiculturelles qui se sont créées récemment dans les grandes villes d‟aujourd‟hui.

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Catalogue des Poupées Sahariennes et Nord-Africaines du Musée de l'Homme

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1 Introduction
Sans l'existence du fichier signalétique de la collection des poupées sahariennes et nord-africaines du Département d'Afrique Blanche et du Proche Orient du Musée de l'Homme, l'étude de cette collection aurait été impossible. La grande majorité des renseignements mentionnés dans ce catalogue a dès lors été puisée dans ce fichier. Les jouets dont la provenance est mentionnée dans la liste des objets déposés au Département d'Afrique Blanche et du Proche Orient mais pour lesquels une fiche signalétique n'a pas été rédigée sont décrits par l'auteur de ce livre, qui a aussi complété les renseignements du fichier si nécessaire. Les jouets décrits dans ce catalogue sont, à l'intérieur de chaque section, classés suivant la population dont ils proviennent. En ce qui concerne la poupée elle-même, d'abord son origine est indiquée - provenance géographique, provenance ethnique plus spécifique, collectionneur et/ou donateur - suivie par la description et si possible le constructeur du jouet. Après ces données ont été mentionnés des renseignements sur les joueurs et sur d'éventuels dessins ou photos retrouvés dans la bibliographie. S'il existe dans le Service de la Photothèque du Musée de l'Homme des photos de poupées, non reproduites dans ce livre, cela est indiqué. Les mesures sont mentionnées en centimètres : B = base, H = hauteur, LO = longueur, LA = largeur, E = épaisseur, D = diamètre, + = maximum, - = minimum. Les deux premiers chiffres du numéro d'objet indiquent l'année de l'entrée de ce jouet dans la collection du Département d'Afrique Blanche et du Proche Orient du Musée de l'Homme.

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2 Les poupées-hommes
2.1 Les poupées-méharistes
Touareg Kel Ahaggar : 41.19.110/112/113/115/137 (fig. 3 - 41.19.113, p. 55) Origine : Idèles, Ahaggar, Sahara, Algérie. Touareg Kel Rela (110-115), nomades. Mission Henri Lhote, 28 septembre 1938 et les jours suivants. Description : 41.19.110 : dromadaire de mandibule de chèvre, méhariste en armature de roseau, tissu bleu indigo comme vêtement, baudrier en fils de coton blancs ; la selle est figurée par des tiges de mrokba entourées de coton mercerisé, et une étoffe bariolée, ficelée, représente la couverture que les Touaregs accrochent généralement sur la croupe du dromadaire. H = 27. 41.19.112 et 113 : dromadaire de mandibule de chèvre, selle en tiges de mrokba couvertes de coton mercerisé ; des morceaux de peau brodée figurent les sacs de selle. Méhariste en armature de tiges de mrokba, tissu blanc et bleu indigo comme vêtements, baudrier et ceinture en fils de coton mercerisé multicolores ; ces fils entourent aussi le cou et la tête. H = 28 et 29. 41.19.115 : dromadaire de mandibule de chèvre, selle en tiges entourées de fils rouges, bleus et blancs. Méhariste en armature de bois de tamarix, tissu bleu indigo comme vêtement, baudrier en fils de coton blancs, verts et rouges ; la tête est enveloppée des mêmes fils figurant la coiffure des hommes. Le cou est entouré de fils blancs, verts et jaunes. H = 27. 41.19.137 : dromadaire de mandibule de mouton, la selle - entourée d'étoffe bleue indigo et le méhariste ont une armature en tiges. Le méhariste, aux jambes entourées d'étoffe bleue indigo, porte comme vêtements cinq gandouras de couleur kaki, multicolore, blanche, indigo et rouge. La tête est entourée de fils de laine bleus et jaunes et fils de coton blancs et rouges. H = 28.

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Constructeurs : garçons et filles, ces jouets ont été faits par un garçon de 12 ans (112-113), un autre garçon (137) et une fille de 12 ans (110/115).

Touareg Kel Ajjer : 37.21.28 Origine : Ghât, Sahara, Libye. Touareg Kel Djanet, nomades. Acheté par René Pottier le 14 décembre 1934 à un jeune garçon d'environ dix ans. Description : le dromadaire est une mandibule de mouton ; pour le méhariste ont été utilisées quatre brindilles, deux pour le corps et deux, ligaturées en forme de croix, pour les bras. Ces brindilles sont enveloppées de chiffons faisant figure de vêtements. H = 27,5. Ce jouet n'a pas été retrouvé dans la collection du Musée de l'Homme, mais une photo figure dans le fichier signalétique, ainsi que dans La Vie du Sahara. Figures dans la bibliographie : la planche 28 du catalogue "La vie du Sahara" montre ce méhariste-jouet touareg et sa monture faite d'une mandibule de chèvre. La planche 4 de ce livre présente une belle photo d'un dromadaire sellé des Touaregs, dont ces jouets donnent une représentation fidèle.

Touareg Kel Air : 69.108.1, 74.107.6/7 (fig. 4 - 74.107.6, p. 56) 69.108.1 Origine : Alarsès, région d'Agadez, Sahara, Niger. Touareg Kel Air, nomades. Reçu par M. J. Decellas du constructeur du jouet en 1960. Description : l'armature du dromadaire et du méhariste est en feuilles de latanier torsadées, enroulées autour d'un fil de fer. Cette structure est enveloppée de tissu. La selle à pommeau en forme de croix est du type dit d'Agadez. Le tapis de selle a été découpé dans un galon. Les sacs de selle en cotonnade à rayures jaunes et blanches sont ornés de floches en

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tissu et de lanières de cuir auxquelles sont attachées des perles jaunes. Des fils de laine rouges ornent le cou du dromadaire et sa queue est en lanières de cotonnade. Le méhariste est vêtu du costume habituel, vêtements de dessous blancs et vêtements de dessus en couleur bleue indigo, la taille serrée par une courroie fermée par une boucle de fer. Le voile de tête est fixé à l'aide d'une épine. Les vêtements du méhariste ont été réalisés avec les tissus utilisés pour les vêtements d'hommes. H totale = 46, LO = 34. Méhariste : H = 24. 74.107.6/7 Origine : Talat, Air, Sahara, Niger. Touareg Kel Owey et Touareg Kel Timili, nomades. Recueilli par A. Bourgeot en mars 1974. Description : 74.107.6 (fig. 4, p. 56) : le dromadaire est fait de quatre brindilles de bois pour les pattes, fixées dans un coussin de chiffons servant de tronc. Le cou et la tête sont en fibres de palmier torsadées. La selle en bois pyrogravé fut ornée de floches en cuir et en laine rouge. Le méhariste a un corps en fibres de palmier torsadées recouvert d'un vêtement en étoffe blanche. Il a une coiffure noire avec floches de laine rouge et verte maintenues par une épingle double. Dromadaire : H = 35 ; LO = 20. Méhariste : H = 15,5. H totale = 48. 74.107.7 : le dromadaire a le tronc en chiffons, les pattes en brindilles de bois, la tête et le cou en fibres de palmier torsadées. Sauf les pattes, le dromadaire est enveloppé d'un tissu noir. On a découpé la selle dans un morceau de fer blanc et des deux côtés pendent un sac de selle en cuir et de longues floches de laine rouge. Le méhariste en corps de fibres de palmier torsadées porte un vêtement de dessus noir. H totale = 32, LO = 17.

Touareg Kel Ajjer : 37.21.104.1/2 (fig. 5, p. 58) Origine : Djanet, Tassili n'Ajjer, Sahara, Algérie. Touareg Kel Ajjer, nomades. Mission René Pottier, 1934-1935.

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Description : voir 1.2 Les poupées-méharistes, p. 53.

Maures : 38.141.82 Origine : Sahara nord-occidental, frontière algéro-marocaine. Maures, nomades. Recueilli par le commandement militaire des confins algéro-marocains, 1936. Description : le dromadaire à quatre pattes, la selle et le méhariste sont en terre cuite rougeâtre. La selle est ornée d'un décor incisé en lignes et pointes. Dromadaire : H = 13 ; LO = 16,2. Méhariste : H = 11,5. Selle : H = 5,2 ; LO = 7 ; LA = 4,7. H totale = 23.

Vallée de la Saoura : 62.60.29/30 (fig. 6, p. 60) Origine : Vallée de la Saoura, Sahara nord-occidental, Algérie. Nomades et sédentaires. Recueilli par Dominique Champault, 1955. Description : voir 1.2 Les poupées-méharistes, p. 53.

2.2 Les poupées-cavaliers
Touareg Kel Ahaggar : 41.19.152-154 Origine : Tamanrasset, Ahaggar, Sahara, Algérie. Touareg Kel Ahaggar, nomades. Mission Henri Lhote, 10.10.1938. Description et constructeur : voir 1.3 Les poupées-cavaliers, p. 60.

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Maures : 38.141.83/84, 38.48.81-83 (fig. 8 - 38.141.83, fig. 9 - 38.48.82) Origine : 38.141.83/84 : Sahara nord-occidental, frontière algéro-marocaine. Maures, nomades. Recueilli par le commandement militaire des confins algéro-marocains en 1938. 38.48.81-83 : Oualata, Hodh oriental, Sahara, Mauritanie. Maures, sédentaires. Recueilli par la Mission Puigaudeau-Sénones. Description : 38.141.83 (fig. 8, p. 62) : voir 1.3 Les poupées-cavaliers, p. 60. 38.141.84 : même genre de cheval sellé et monté que le numéro précédant mais avec un cavalier sans chapeau. Cheval : H = 12,4. Cavalier : H = 16,5. Selle : H = 5. H totale = 20. 38.48.81 : figurine en terre crue représentant grossièrement un cheval harnaché et son cavalier indigène. Le cou est incurvé en avant et la tête forme un relief à peine sensible. Les pattes antérieures sont réunies en un seul tronc. La queue est en ficelles. L'avant-train était peint en blanc. L'arrière-train est peint en ocre rouge, ainsi que la selle et le sabot antérieur. Le poitrail porte une protubérance demi-cylindrique décorée d'un ornement cruciforme ocre. La sangle est ornée de lignes noires, jaunes et ocres. Sur le côté droit du cou, des lignes noires dessinent la crinière. Les brides sont marquées par des lignes ocres. Le cavalier est peint en jaune. H = 6,5. LO = 7. LA = 3,6. 38.48.82 (fig. 9, p. 63) : voir 1.3 Les poupées-cavaliers, p. 60. 36.48.83 : figurine en terre crue représentant grossièrement un cheval et un cavalier portant la casque colonial (le cavalier manque). Les deux pattes antérieures sont réunies en un seul tronc. Une plume représente la queue du cheval. L'objet est recouvert d'un enduit blanc orné de lignes et de points bleus, ocres et jaunes. Le sabot antérieur est de couleur ocre, l'un des postérieurs de couleur jaune et l'autre de couleur bleue. Sur le poitrail une protubérance est ornée de lignes coloriées. Une petite gourde peinte en bleu indigo complète ce jouet. Un fil de coton bleu de 4 cm permet de le pendre à l'épaule du cavalier. H = 5. LO = 4. LA = 2. La gourde : H = 1,8 ; LO = 1,5.

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Constructeurs des nos. 38.48.81-83 : les servantes noires des Maures de Oualata.

2.3 Les poupées-guerriers et poupées-notables
Touareg : X.66.1.42 et 44-55 (fig. 17 et 18 - X.66.1.42, p. 69) Origine : Touareg sans spécification plus précise, nomades. Description : X.66.1.47/48 et 54 : ces Touaregs ont une armature en roseau dont les deux tiers ont été découpés pour représenter les jambes. Un bâtonnet est introduit horizontalement dans le roseau pour figurer les bras. Le Touareg n°. 47 est vêtu d'une longue blouse bleue, une blouse blanche bariolée et une blouse indigo au-dessus. Le baudrier et la ceinture sont en fils jaunes, verts et rouges. La tête et le cou sont ornés de fils verts et blancs. H = 15. Le Touareg n°. 48 est habillé de trois blouses, indigokaki-indigo. Son baudrier et sa ceinture sont en fils de coton vert et blanc. Le cou est entouré de fils blancs et verts et la tête est entourée des mêmes fils ainsi que de fils jaunes. H = 14. Le Touareg n°. 54 porte deux blouses bleues et un turban en gaze blanche. Ces trois poupées-hommes ne portent pas de culotte. X.65.1.44/46/49/53/55 : l'armature consiste en un morceau de bois (44/46/53) ou d'os (49/55) auquel est ligaturé en croix un petit morceau de bois pour figurer les bras. Le dessous de l'armature des nos. 46, 53 et 55 est entouré de tissu ou de gaze, mais aucune de ces cinq poupées porte une culotte. Les blouses que portent ces Touaregs sont une blouse blanche et indigo (44), une blouse blanche, rouge bariolée et indigo (45), une blouse en gaze blanche et en indigo (49/55), une blouse en gaze blanche (53). Deux poupées portent leurs blouses non cintrées (53/55), les trois autres sont ornées du baudrier et de la ceinture en fils de coton vert (44/49) ou jaune, vert, rouge et blanc (46). Parfois le cou est entouré de fils rouges (46) ou verts et bleus (53). La tête du n°. 46 est coiffée de fils blancs, jaunes et rouges. Un turban blanc coiffe les n°. 44 et 49.

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La hauteur de ces poupées est successivement 16, 13, 9, 14,5 et 7,5 cm. X.66.1.52 : avec quatre branchettes, reliées deux par deux, une croix est confectionnée, servant d'armature pour un Touareg vêtu d'une blouse indigo. Il ne porte ni ceinture, ni baudrier, ni culotte. Le cou et la tête sont entourés de tissu blanc et indigo. H = 15. X.66.1.42/51 : l'armature se compose verticalement de cinq tiges de graminées dont la tige du milieu ne va qua la taille. Ces tiges sont reliées entre elles, deux par deux, avec du fil de coton. Deux tiges de graminées y ont été ligaturées en croix. Ces Touaregs portent une culotte longue en tissu blanc et deux blouses, une blanche et une indigo. Le n°. 42 porte ses blouses non cintrées, mais le n°. 51 a une ceinture en fils de laine vert et rouge. Le cou de ces poupées-hommes est entouré de fils de blanc, rouge et vert (42) ou blanc (51). H = 17 et 15,5. X.66.1.50 : le type d'armature est le même que pour les Touaregs précédents, sauf que les bras sont formés par trois tiges. Les vêtements se composent d'une culotte blanche et de deux blouses non cintrées, une blanche et une indigo. H = 18,5. X.66.1.45 : ce Touareg a une armature en feuilles de palmier tressées, les bras et les jambes sont représentés. Les vêtements se composent d'une culotte longue, en tissu indigo, et de deux blouses, une en kaki et une en indigo. Le baudrier et le turban sont en tissu indigo. H = 16. Constructeurs et joueurs : les enfants touaregs.

Touareg Kel Ahaggar : 41.19.103-106/125/125 ; 41.19.130/132/133 (fig. 14 - 41.19.104, fig. 15 - 41.19.105, p. 67) 41.19.103-108/125/126 Origine : In Amedgel, Ahaggar, Sahara, Algérie. Touareg Kel Rela, Touareg Kel Ahaggar, nomades. Mission Henri Lhote, 28.9.1938 (103-108) et 3.10.1938 (125/126). Description : l'armature des n°. 105, 107 et 108 consiste en deux tiges verticales auxquelles ont été ligaturées en croix deux autres tiges

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figurants les bras. L'armature des n°. 103, 104, 106, 125 et 126 comporte verticalement trois tiges dont celle du milieu ne va qu'à la hauteur de la taille, les deux tiges extérieures se prolongeant pour former les jambes. Deux tiges y sont ligaturées en croix. Les vêtements du n°. 104 sont formés de deux blouses longues, une blanche et une violacée à bandes blanches et noires. La ceinture et le baudrier sont en fils blancs et violets. Le cou est enveloppé de tissu noir. La tête est enveloppée de tissu vert entouré de fils blancs et rougeâtres. Ce Touareg porte une épée en forme de croix, faite de deux bouts de roseau et entourée d'étoffe rougeâtre. Les jambes du n°. 105 sont entourées de tissu indigo. Ce Touareg porte deux gandoura ou blouses longues, une verte et une rouge à rayures audessus. La tête et le cou sont entourés de fils blancs, jaunes, verts, bleus et rouges. La ceinture et le baudrier sont faits de fils aux mêmes couleurs. Une tige verticale entourée de fils jaunes et rouges, à laquelle se trouve ligaturée une petite tige entourée de fils verts, est l'épée. Le n°. 106 porte trois gandoura, en tissu multicolore, blanc et indigo. La ceinture et le baudrier sont en fils blancs, rouges et violets. La tête est enveloppée de papier d'argent et de fils bleus, jaunes et rouges. Les jambes du n°. 107 sont entourées de tissu. Le baudrier et la ceinture sont en fils blancs, verts et rouges. La tête est, comme chez la poupée précédente, enveloppée de papier d'argent. La tête et le cou sont entourés de fils blancs et rouges. Le n°. 108 porte une culotte blanche et cinq gandouras, en tissu rouge, blanc, indigo, blanc, indigo. La ceinture et le baudrier sont en fils jaunes, verts, oranges, rouges et bleus. Le cou et la tête sont enveloppés de tissu indigo et de fils jaunes pour le cou, fils jaunes et blancs pour la tête. Les jambes du n°. 125 sont enveloppées de tissu kaki. Il porte une gandoura blanche et une indigo au-dessus. Le baudrier et la ceinture sont en fils blancs et rouges. Le cou et la tête sont enveloppés de tissu indigo et la tête est, en plus, entourée de fils blancs et rouges. Les jambes du n°. 126 sont aussi entourées de tissu kaki. Ce Touareg porte quatre gandoura, en tissu indigo, blanc, blanc et indigo. La ceinture et le baudrier sont en fils blancs et rouges. La tête et le cou sont enveloppés de tissu indigo et entourés de fils blancs et rouges. H- = 18,5 (126). H+ = 40 (125).

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Constructeurs et joueurs : les n°. 103-106 et 125/126 furent confectionnés par un garçon, un jeune akli du campement de Bilbil ag Aganguéroubou des Kel Rela, le n°. 106 fut fait par une fille Kel Rela d'environ treize ans. Avec ces poupées-hommes jouent aussi bien les filles que les garçons Kel Rela. Figures dans la bibliographie : dans l'Album du Musée du Bardo sur les Touaregs Kel Ahaggar l'on peut voir une très belle photo d'une poupéehomme, du même genre que ceux décrits ci-dessus (Balout, Bovis et Gast, 1959: planche LXVI). Lhote nous montre une jeune fille Kel Ahaggar jouant dans le sable avec des poupées-hommes (1944: 113, planche VIII) (fig. 13, p. 67). Photothèque du Musée de l'Homme : photo du n°. 41.19.107. 41.19.130/132/133 Origine : Tamanrasset, Ahaggar, Sahara, Algérie. Touareg Kel Ahaggar, nomades. Mission Henri Lhote, 5.10.1938. Description : l'armature des n°. 132 et 133 est faite d'un morceau de roseau dont la partie inférieure a été découpée afin de représenter deux jambes. Une tige traversant le roseau figure les bras. L'armature du n°. 130 comporte verticalement trois tiges dont celle du milieu ne va qu'à la hauteur de la taille. Deux tiges y sont ligaturées en croix. Ces poupées-hommes sont vêtues comme des guerriers touaregs en grande tenue, avec deux longues blouses, une blanche ou jaunâtre et une indigo au-dessus. Le n°. 130 porte en plus une culotte longue. Le n°. 133 n'a qu'une ceinture en fils bleus, mais les deux autres portent un baudrier et une ceinture, en fils de laine bleue, verte, rouge et jaune (130) ou en fils blancs (132). La tête et le cou sont enveloppés de tissu indigo. En plus la tête du n°. 130 est entourée de fils blancs. H- = 10,3 (133). H+ = 20 (130). Constructeur et joueurs : ces trois poupées-hommes ont été faites par un garçon touareg de Tamanrasset. Tous les enfants de Tamanrasset jouent avec ce genre de poupées.

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Touareg Kel Ajjer : 34.52.43 (fig. 19, p. 70) Origine : Djanet, Sahara, Algérie. Touareg Kel Ajjer, nomades. Recueilli par le capitaine Duprez avant 1935. Description : ce Touareg, en tenue de guerrier, a une armature en fibres de palmier torsadées entourée d'étoffe bleue. Il porte quatre gandouras ou blouses longues, une blanche, bleue, noire et bleue ; une ceinture et un baudrier en gaze. H = 23. Constructeur et joueurs : le fils du cheikh de Djanet a réalisé cette poupée mais les enfants touaregs Kel Ajjer jouent tous avec des poupéeshommes du même genre.

Touareg Kel Air : 36.44.82/83 Origine : Agadez, Aïr, Sahara, Niger. Touareg Kel Aïr, nomades. Recueilli par Henri Lhote, don de 1936. Description : l'armature est en feuilles ou fibres torsadées, avec bras et jambes. Le n°. 82 n'est qu'une armature (H = 12,5) mais la poupée n°. 83 (H = 22) porte des vêtements d'homme touareg avec une longue culotte beige, deux blouses longues, beige et indigo, une ceinture en fils de coton bleu et un manteau beige avec capuchon. Constructeur et joueurs : avec pareille poupée-homme, fabriquée par un enfant d'Agadez, jouent tous les enfants touaregs Kel Aïr.

Touareg Kel Iforas : 38.16.43/44 (fig. 20 - 38.16.43, p. 70) Origine : Kidal, Adrar des Iforas, Sahara, Mali. Touareg Kel Iforas, nomades. Recueilli par O. Schultz, juillet 1938. Description : la description du n°. 38.16.43 se trouve au chapitre 1.6 Les poupées-guerriers et les poupées-notables (p. 71). L'armature du n°.

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38.16.44 est faite de trois tiges de graminées, dont celle du milieu ne va qu'à la taille, sur lesquelles une tige de graminée a été ligaturée en croix pour figurer les bras. La tige servant de bras est fendue au milieu et glissée au-dessus des tiges verticales. Le cou et la tête sont brodés de coton blanc, vert, rouge et indigo. Un petit écheveau de coton indigo imite la chevelure. Ce Touareg en miniature porte une longue blouse blanche et un baudrier d'écheveaux de coton blanc, rouge et indigo. H = 15. Constructeur : une fille des Touaregs Kel Iforas de Kidal.

2.4 Les poupées-jeunes mariés
54.74.10 (fig. 23, p. 74) Origine : les Chaamba nomadisant à l'Ouest de l'Erg er-Raoui, Sahara nord-occidental, Algérie. Nomades. Mission Dominique Champault, 1954. Description : voir 1.7 Les poupées-jeunes mariés, p. 72. Constructeur : une fillette chaamba.

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3 Les poupées-femmes
3.1 Les poupées-femmes touarègues
Touareg Kel Ahaggar : 41.19.122/123/129/1964/1965/1967, 41.19.128/164-166 (fig. 29 41.19.123, fig. 30 - 41.19.122, p. 85) 41.19.122/123/129/1964/1965/1967 Origine : In Amedgel, Ahaggar, Sahara, Algérie. Touareg Kel Rela, Touareg Kel Ahaggar, nomades. Mission Henri Lhote, 3.10.1938. Description : dans un chiffon bourré de paille (122/123/1967) au d'une (129) ou de deux (1964/1965) crottes de dromadaire ou boules de terre, un morceau d'os de mouton (122/123/129/1965/1967) ou de bois (1964) est fixé pour servir d'âme à la poupée. Une tige (122/129/1965) ou deux tiges (123/1964) ou bien un morceau d'os (1967) y sont ligaturés en croix afin de figurer les bras. Les jambes ne sont pas indiquées comme il s'agit de femmes assises. La partie supérieure du morceau de bois ou d'os de mouton est enroulée de fils de coton mercerisé mais le visage n'est pas indiqué. 41.19.122 : cou entouré de fils jaunes, verts et rouges ; cheveux tressés en fils bleus ; vêtement indigo. H = 15. 41.19.123 : cou et tête entourés de fils verts et rouges ; cheveux en bandelettes d'étoffe indigo ; grandes blouses kaki-blanche-multicolore. H = 13,7. 41.19.129/1964 : cou entouré de fils verts, jaunes et rouges ; cheveux en fils indigo ; vêtement indigo. H = 6,5 et 10,7. 41.19.1965 : cou entouré de fils rouges et bleus ; cheveux en fils bleus ; un vêtement beige et un vêtement rouge au-dessus. H = 12,2. 41.19.1967 : cou enroulé de fils rouges, jaunes, verts et blancs ; tête entourée de tissu indigo ; cheveux en fils bleus tressés avec un morceau de tissu rouge fixé à l'extrémité ; pas de vêtements. H = 11,2.

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Ces poupées portent souvent une mantille mais parfois la tête est découverte comme chez les n°. 122 et 1967. Constructeurs et joueurs : ces poupées ont été faites par les filles Kel Rela d'In Amedgel, les n°. 122 et 123 par une fille de douze ans. Les filles et les garçons Kel Rela jouent avec ces poupées-femmes. 41.19.128/164-166 Origine : Tamanrasset, Ahaggar, Sahara, Algérie. Touareg Kel Ahaggar, nomades. Mission Henri Lhote, 5.10.1938 (128) et 11.10.1938 (164-166) Description : dans une boule d'argile recouverte d'étoffe ou dans une pelote de chiffons, un os est fixé auquel sont ligaturées en croix deux branchettes servant de bras. 41.19.128 : cette poupée porte quatre blouses longues en tissu blanc, indigo, blanc, indigo et des fils de laine imitent les cheveux. H = 11,5. 41.19.164 : ce jouet représente une femme dans le costume d'In Salah. Elle porte un collier en perles et chaînette. H = 15,3. 41.19.165 : cette poupée porte le costume des femmes d'In Salah, ainsi que leurs bijoux figurés par une chaînette et des perles. Des mèches de laine figurent les cheveux. 41.19.166 : ce jouet représente une femme en costume arabe. Elle a des cheveux véritables appartenant à la fillette qui a confectionné la poupée. H = 10. Les poupées 41.19.164-166 n'ont pas été retrouvées. Constructeurs et joueurs : le n° 128 fut fabriqué par un garçon, le n°. 165 par une fille hartania de dix ans, les n°. 164 et 166 par deux autres filles. Garçons et filles jouent avec ces poupées. Figures dans la bibliographie : Foley montre deux poupées-femmes touarègues Kel Ahaggar (1930: 46, fig. 44) et Gabus en montre une autre (1958: 135). Une photo de cinq poupées-femmes du méme genre est reproduite dans l'Album du Musée du Bardo concernant les Kel Ahaggar (Balout, 1959: planche LXVII). Le même type de poupée est à voir dans

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"Afrikanische Puppen" de Sigrid Paul (1970: Abb. 94).

Touareg Kel Ajjer : 37.21.29 (fig. 31, p. 86), 37.21.102.1/2 (fig. 35, p. 89) Origine : Ghât, Sahara, Libye (37.21.29) ; Djanet, Sahara, Algérie (37.21.102.1/2). Touareg Kel Djanet, Touareg Kel Ajjer, nomades. Mission René Pottier, 16.12.1934 (37.21.29). Description : 37.21.29 : l'armature de la poupée est constituée par une baguette de bois enfoncée dans une crotte d'âne enveloppée d'un morceau de tissu. Le vêtement de dessus enveloppant la poupée est de couleur blanche. Les cheveux sont des écheveaux de coton mercerisé rouge et brun. Les boucles d'oreilles sont des médailles avec d'une face le Sacré-Cœur et à la face opposée la Vierge. H = 10. 37.21.102.1/2 : voir 2.2 Les poupées-femmes touarègues, p. 89.

Touareg Kel Aïr : 36.44.72-77 (fig. 26 - 36.44.73, p. 83) Origine : Agadez, Aïr, Sahara, Niger. Touareg Kel Aïr, nomades. Recueilli par Henri Lhote, avant 1937. Description : dans le corps de la poupée un morceau d'os (77) ou un bâtonnet (72-75) est enfoncé pour servir de cou et de tête. Eventuellement un (75) ou deux (72) bâtonnets sont ligaturés en croix pour figurer les bras. 36.44.72 : corps fait de deux boules de terre pour les fesses, une boule de terre pour la taille et deux boules d'étoffe pour les seins ; cheveux en bandelettes de tissu indigo tressées ; vêtement indigo. H = 12,5. 36.44.73 : corps fait de cinq boules de terre, deux pour les fesses, une pour la taille et deux pour les seins ; cheveux en ruban indigo noués par une lanière de cuir ; vêtement indigo. H = 16,5. 36.44.74 : corps fait de quatre crottes et de chiffons ; cheveux en écheveaux de fils de coton indigo ; vêtement indigo. On a utilisé des

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épines pour fixer le vêtement. H = 8,3. 36.44.75 : corps fait de quatre boules de terre et de chiffons ; cheveux en écheveaux de fils de coton indigo ; vêtement indigo. H = 12. 36.44.76 : corps fait de quatre boules de terre pour les fesses et de deux crottes pour les seins ; cheveux en écheveaux de fils de coton indigo ; vêtement indigo. H = 11. 36.44.77 : corps fait de deux boules de terre pour les fesses ; vêtement indigo. H = 11,6.

Touareg Kel Iforas : 38.16.45 (fig. 32, p. 87) Origine : Kidal, Adrar des Iforas, Sahara, Mali. Touareg Kel Iforas, nomades. Recueilli par 0. Schultz, juillet 1938. Description : 2.2 Les poupées-femmes touarègues, p. 89. Constructeur : une fille Kel Iforas de Kidal, probablement la fille qui a confectionné les poupées-guerriers ou poupées-notables n°. 38.16.43/44.

3.2 Les poupées-femmes maures
38.180.77 (fig. 47, p. 98) Deux poupées-femmes maures en armature d'os se trouvent sous le baldaquin de la selle portant le même numéro (voir 2.4 Les poupéesfemmes maures, p. 98). 69.70.7.1-5 (fig. 44 - 69.70.7.5, fig. 45 - 69.70.7.1, fig. 46 - 69.70.7.4, p. 96-97). Origine : Tidjikdja, Tagant, Sahara, Mauritanie. Maures, nomades et sédentaires. Mission Prohusa, 0. du Puigaudeau, janvier-mars 1960.

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Description : voir 2.4 Les poupées-femmes maures, p. 96-97, H = 14,5 (1), 19,5 (2), 22 (3), 16 (4), 15 (5). Constructeurs : pareilles poupées-femmes sont faites par les filles et les femmes de Tidjikdja. Figure dans la bibliographie : une photo de la poupée 69.70.7.4 se trouve dans "Poupée-jouet. Poupée-reflet", 1983: 96. 38.48.50/51 (fig. 48, p. 99) Origine : Tidjikdja, Tagant, Sahara, Mauritanie. Maures, nomades et sédentaires. Mission Puigaudeau-Sénones, 1936-1938. Description : ces petites poupées en terre crue reproduisent une jeune fille (50) ou une femme (51) bien grosse en position assise. Des petites perles ornent le dessus de la tête du n°. 51. La chevelure des poupées est en nattes noires. Le corps de la poupée n°. 50 est peinte en ocre et celui du n°. 51 en couleur bleuâtre. Des dessins géométriques ornent les poupées. 50 : H = 3,5 ; B = 2. 51 : H = 4 ; B = 2,3. Figure dans la bibliographie : un croquis de pareille poupée nous montre Gabus, 1956: 134. 983.52.1-3 (fig. 49 - 983.52.1/2, p. 99) Origine : Oualata, Sahara, Mauritanie. Maures, nomades et sédentaires. Don de G. Duchemin. Constructeurs : les servantes. Description : ces trois poupées en argile représentent des femmes maures assises. 983.52.1 : corps de couleur grise, sans marques ni traits, enrobé de gaze blanche. Dans la coiffure à multiples nattes noires en cire sont incrustées trois petites perles jaunes et une rouge. La poupée porte un collier en

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petites perles jaunes, rouges et noires. H = 4. B = 2,4. 983.52.2 : corps de couleur brune avec au milieu du devant trois rayures horizontales parallèles et un petit trou (le nombril ?). Coiffure à nattes noires dans laquelle furent incrustées à quelques endroits des petites perles bleues, jaunes, rouges et noires. La poupée est vêtue de gaze noire. H = 4. B = 2,5. 983.52.3 : corps blanc avec au milieu du devant deux rayures horizontales parallèles et un petit trou (le nombril ?) et trois rayures obliques parallèles se dirigeants des côtés vers le milieu de la base. H = 2. B = 1,4.

3.3 Les poupées-femmes regeybat
54.74.9 Origine : Regeybat nomadisant à l'ouest de Tabelbala, Sahara nordoccidental, Algérie. Nomades. Dominique Champault, 1954. Description : voir 2.6 Les poupées-femmes regeybat, p. 102.

3.4 Les poupées-femmes teda
54.51.75 Origine : Tibesti, Sahara, Tchad. Teda, nomades et sédentaires. Recueilli par G. Moberg, avant 1935. Description : à une branchette fourchue, dont les deux éléments figurent les jambes, un bâtonnet est ligaturé en croix pour former les bras. La tête est surmodelée en gomme avec, comme visage, des petites perles rouges incrustées. La coiffure est faite de deux enfilades de petites perles

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rouges. Comme vêtements la poupée porte des chiffons de cotonnade bleue, usagés et souillés, ceinturés d'une ficelle. H = 25. 35.50.174/175 Origine : Tibesti, Sahara, Tchad. Teda, nomades et sédentaires. Mission Le Cœur, 1934. La fiche signalétique du Musée de l'Homme indique que la poupée n°. 175 fut recueillie chez les Touaregs. Probablement s'agit-il d'une erreur car pareilles poupées ne nous sont connues que chez les Teda et parce que la Mission Le Cœur avait pour but des recherches chez les Teda. En plus la poupée n°. 174, recueillie en même temps que le n°. 175, est attribuée au Teda dans le catalogue "Poupée-jouet. Poupée-reflet" (1983: 92). Finalement je n'ai retrouvé trace de poupées à tête en datte dans la bibliographie concernant les Touaregs. Description : 35.50.175 : l'âme de la poupée est un bâton fourchu auquel est ligaturé en croix un bâtonnet. Des tresses ornent la tête en datte. H = 22.5. 35.50.174 : armature comme la poupée précédente mais sans tête en datte. Cette poupée porte deux cauris autour du cou. H = 27. 65.3.9-49 (fig. 53 - 65.3.14, fig. 54 - 65.3.15, fig. 55 - 65.3.46, fig. 56 65.3.29, fig. 57 - 65.3.31, fig. 58 - 65.3.32, p. 103-105) Origine : Bardaï, Tibesti, Sahara, Tchad. Teda, nomades et sédentaires. Recueilli par Oleg Lopatinsky, 1963. Description : voir 2.7 Les poupées-femmes teda, p. 103-106. Ces poupées représentent : des femmes de brousse en costume quotidien (10/27/28/40/47), une femme de brousse aisée (14), des femmes de brousse parées pour la danse (9/11/25/34/44), une vieille femme de brousse (15), des citadines pauvres (12/45), des citadines en costume quotidien (23/26/31/33/35), des citadines en costume de citadine (1719/21/22/24/30/36), des citadines en costume d'intérieur (43/48), des citadines riches (20/37/41/45), des citadines parées pour la fête (42/49),

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des riches citadines en costume de fête (16/29/32/38) et une femme parée pour la fête (39). Constructeurs et joueurs : les filles teda de dix à seize ans. Photothèque du Musée de l'Homme : photo des poupées 65.3.21/22/24/43.

3.5 Les poupées-femmes belbala
54.74.7/8/11 (fig. 60 et 61 - 54.74.7, p. 107-108) Origine : Tabelbala, Sahara nord-occidental, Algérie. Belbala, sédentaires. Recueilli par Dominique Champault en 1954. Données spatio-temporelles : voir 2.8 Les poupées-femmes belbala, p. 107. Description : voir 2.8 Les poupées-femmes belbala, p. 107. La face de la poupée n°. 7 est peinte en kohl délayé à l'huile. Avec cette peinture la fillette a indiqué les yeux, les sourcils, la bouche et le tatouage de danse dit 'sérafin'. La face de la poupée n°. 8 est aussi peinte en khol délayé à l'huile mais le tatouage est fait au safran. Les traits du visage de la poupée n°. 11 sont esquissés à l'encre. Un voile rouge, maintenu par un bandeau de fils de laine, et un grand voile blanc coiffent la poupée n°. 8. Les poupées n°. 7 et 11 portent un mendil de tête rouge. Comme bijoux elles portent un collier de perles de Briare (8) ou une chaînette terminée par un penditif et deux penditifs dans les cheveux (7). La poupée n°. 11 ne porte pas de bijoux. H = 23 (7), 22 (8), 21 (11). Constructeurs et joueurs : les fillettes belbala.

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52.27.35 Origine : Tabelbala, Sahara nord-occidental, Algérie. Belbala, sédentaires. Collectionné par Dominique Champault en mars 1951. Données spatio-temporelles : poupées faites au printemps et en automne. Description : cette poupée, représentant la jeune mariée et appelée 'tamames' est construite à partir d'un tibia de chèvre emmailloté de chiffons rouges figurant l'izar. La tête, qui est figurée par la partie distale de l'os, fut recouverte de cheveux de femme disposés en deux tresses latérales et une tresse arrière, tout comme une coiffure simplifiée de femmes mariées. Les bras sont faits de chiffons mais la poupée n'a ni mains ni pieds. H = 18. Constructeurs et joueurs : les fillettes belbala. 54.74.51 Origine : Tabelbala, Sahara nord-occidental, Algérie. Belbala, sédentaires. Mission Dominique Champault, 1954. Description : voir 2.8 Les poupées-femmes belbala, p. 107.

3.6 Les poupées-femmes de la Vallée de la Saoura
62.51.1 (fig. 62, p. 109) Origine : El Ouata, Vallée de la Saoura, Sahara nord-occidental, Algérie. Sédentaires. Don de Corneille Jest, avant 1963. Description : voir 2.9 Les poupées-femmes de la Vallée de la Saoura, p. 109.

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3.7 Les poupées-femmes mozabites
34.49.37 (fig. 63, p. 110) Origine : Ghardaïa, Mzab, Algérie. Mozabites, sédentaires. Achat du lt. d'Armagnac pour l'exposition du Sahara, 1934. Description : le corps est en chiffons bourrés de son et la tête est en papier cartonné. Les cheveux naturels sont faits en tresses et en chignon. Sur le visage on a peint les tatouages typiques. Les vêtements se composent d'un sous-vêtement jaune et d'un survêtement rougeâtre cintré par une ceinture rouge. La poupée ne porte pas le voile en laine que les femmes mozabites utilisent pour se voiler dans la rue. Aux pieds elle porte deux petits souliers de cuir bordés d'un gallon vert et embellis d'un pompon. Beaucoup de bijoux ornent la poupée. A ses pieds elle a un chevillier en métal et à ses bras un bracelet avec fermeture de bâtonnet. Deux fibules de type traditionnel ferment la robe de dessus. Celles-ci sont reliées par une chaînette. La poupée porte aussi des boucles d'oreilles à croissant de lune et une broche à perle rouge dans les cheveux. Sur le front pend une petite main de Fatima en métal. Enfin, elle est ornée d'un collier en pièces de monnaie portant la date de 1870 en caractères arabes. H = 58,5. Constructeur et joueurs : voir 2.10 Les poupées-femmes mozabites, p. 110.

3.8 Les poupées-femmes chaouia
36.2.182-184/189/274-321/322bis-329 (fig. 65 - 36.2.279, p. 113, fig. 66 - 36.2.314, p. 114) Origine : Djebel Tadjmout, Aurès, Algérie. Ouled Abderrahman, Chaouia, sédentaires. Mission Thérèse Rivière, 1936.

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Description : voir 2.12 Les poupées-femmes chaouia, p. 112-114. 36.2.183 : le corps est un bâtonnet unique entouré de tissu. Les vêtements comportent une robe rouge maintenue par une cordelière croisée, une mante blanche attachée avec une épine et une mante noire par-dessus, un turban rose et un foulard rouge. H = 19. 36.2.184 : un bâtonnet unique représente le corps. La poupée porte deux robes rouges, deux mantes superposées, une blanche et une noire, attachées avec une épine, un turban noir et un foulard orange. H = 17. 36.2.279 : l'âme de la poupée est un morceau de roseau fendu, auquel est ligaturé un bâtonnet brisé en son milieu. Les vêtements sont une robe verte, une mante blanche et un turban vert. Cette poupée porte une poupée-enfant dans le dos. Cet enfant est fait d'un morceau de roseau fendu, avec le haut et le bas découpés en pointe, entouré de tissu noir et avec une ceinture rouge. H = 17,5. H de l'enfant = 6. La poupée n°. 277 porte aussi un petit dans le dos. 36.2.283 : corps fait d'un os. Des mèches de cheveux encadrent la figure. Cette poupée porte deux robes en cotonnade, une mante blanche, un turban blanc bien fait et un foulard orange. H = 21. 36.2.314 : sur une âme d'os un bâtonnet est ligaturé en croix. La poupée porte une robe de cotonnade grenat imprimée et une mante blanche audessus, ainsi qu'un foulard jaune et un turban noir. Elle est ornée d'un collier de perles rouges et de piécettes dorées. H = 18. La poupée n° 318 porte une chaînette terminée par un bouton rouge. Constructeurs et joueurs : les filles et garçons chaouia. 37.9.8bis/17-52 (fig. 67 - 37.9.33, p. 115, fig. 68 - armature bébé, p. 113) Origine : Aurès, Algérie. Chaouia, sédentaires. Mission Germaine Tillion, 1935-1937. Description : voir 2.12 Les poupées-femmes chaouia, p. 114-115. L'armature des poupées consiste en un bâtonnet ou un os unique (8bis/18-51) ou en un os auquel est ligaturé en croix un bâtonnet (17/52). Certaines poupées portent un petit dans le dos (23/30/32/33/37). La poupée n°. 35 avec son manteau noir est une divorcée. H- = 7 (45). H+ = 28 (17).

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Constructeurs et joueurs : les fillettes chaouia. Figure dans la bibliographie : Gaudry (1961: pl. XXXIX) nous montre une petite fille chaouia du Djebel Amour en Algérie qui tient tendrement une poupée de chiffons dans ses bras.

3.9 Les poupées-femmes marocaines
31.45.59 (fig. 69, p. 117) Origine : Fès, Maroc. Sédentaires. Don de Jeanne Jouin, avant 1932. Description : sur un morceau de roseau entier, servant d'âme, est ligaturé un morceau de roseau fendu pour servir de bras. A la hauteur de la tête, un morceau de tissu blanc entoure le roseau. Sur ce fond blanc a été dessiné un visage sans nez mais avec une bouche et des yeux noirs et avec le tatouage typique en noir sur le front et le menton. Les cheveux sont en soie noire effilée. Le vêtement figure celui de la citadine marocaine. La poupée porte une chemise blanche, un caftan orange et un caftan jaune à manches, une tunique transparente blanche, une ceinture blanche à rayures bleues et jaunes, une cordelière, pour retrousser les manches, en fils de coton bleus et noirs et un foulard blanc à dessins roses. Elle porte un collier de perles jaunes et grises et avec une grosse perle blanche au milieu. La plaque frontale est représentée par un bouton avec une étoile et un croissant de lune. H = 28. Constructeur et joueurs : cette poupée fut faite par une fillette de Fès. Toutes les fillettes de Fès jouaient avec ces poupées. 42.28.1 Origine : Moulay Idris, Zerhoun, Maroc. Uled Nceir (Ouled Nacer), sédentaires. Recueilli par J. Herber, avant 1943.

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Description : le corps de la poupée est constitué par deux bâtonnets de roseau disposés en croix ; un morceau de tissu blanc, enveloppant le sommet de la croix, forme le visage. Les yeux et la bouche sont dessinés à l'encre rouge, le tatouage est en encre noire. La poupée est vêtue d'une chemise blanche, d'un caftan rougeâtre, d'un autre caftan bleu à rayures blanches et d'un survêtement transparant serré à la taille par une ceinture verte. Sur la tête un chiffon blanc représente le mouchoir de soie porté par les femmes. Cette mariée porte un collier et des pendeloques en verroterie. H = 21. 34.123.1/2 (fig. 70 - 34.123.1, p. 117) Origine : Rabat, Maroc. Sédentaires. Don de J. Herber, avant 1935. Description : les corps, têtes et membres de ces poupées sont faits de chiffons bourrés. 34.123.1 : les yeux carrés, le nez, la bouche et les tatouages ont été cousus en fil noir. Sur les côtés de la tête chauve pendent quelques fils noirs en guise de cheveux. Comme vêtements la poupée porte une culotte en écru, un sous-vêtement violet et un survêtement blanc transparent avec broderie. H = 29. 34.123.2 : les yeux, le nez et la bouche sont noirs, les tatouages rouges. Les cheveux sont des écheveaux de coton noir. H = 18,5.

3.10 Les poupées-femmes tunisiennes
30.54.888/891 (fig. 155 - 30.54.891, p. 205, fig. 156 - 30.54.888, p. 206) Origine : une ville tunisienne (888) et la ville de Hammamet (891), Tunisie. Sédentaires. Collection Delaporte, dépôt du Musée de St. Germain et du Musée de la Marine, avant 1931. Description : le corps, la tête et les membres furent confectionnés de pièces de tissu bourrées de paille et de chiffons.

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30.54.888 : les pupilles des yeux, les sourcils et la bouche sont indiqués. Le nez est mis un peu en relief en posant une graine au bon endroit comme cela pouvait être le cas pour une poupée marocaine de Fès. Cette poupée est en costume juive. Elle porte une robe longue bicolore, verte et rouge, avec au-dessus une robe rouge brodée à manches en dentelle. Un grand voile rouge coiffe la tête et des souliers en tissu bleu ornent les pieds. H = 36. 30.54.891 : le nez, lui aussi en relief, et la bouche de cette poupée sont brodés mais les yeux et les sourcils ont été dessinés. Les cheveux, en tissu noir tressé, sont cousus sur la tête. La poupée porte une robe blanche avec, à l'ouverture. six galons de couleur rouge-ocre-rougerouge-ocre-rouge. Les manches de cette robe sont multicolores. Audessus de cette robe, elle en porte une autre, sans manches, de couleur bleue et avec un galon rose des deux côtés de l'ouverture. Les bijoux comportent deux boucles d'oreilles à perles, un collier de perles et un autre de perles et de piécettes de cuivre jaune, deux fibules liées par une chaînette à perles et un anneau en métal jaune au bras droit. H = 33.

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4 Les poupées-enfants
4.1 Les poupées-enfants touarègues
Touareg Kel Ahaggar : 41.19.129/133/157 (fig. 157 - 41.19.157, p. 210) 41.19.129 Voir catalogue 3.1 Les poupées-femmes touarègues, p. 275. 41.19.133 Voir catalogue 2.3 Les poupées-guerriers et les poupées-notables, p. 272. 41.19.157 Origine : Tamanrasset, Ahaggar, Sahara, Algérie. Touareg Kel Ahaggar, nomades. Mission Henri Lhote, 5.10.1938. Description : voir 3.2 Les poupées-enfants touarègues, p. 209.

Touareg Kel Ajjer : 37.21.102.2 Voir 2.2 Les poupées-femmes touarègues, p. 89 et catalogue 3.1 Les poupées-femmes touarègues, p. 277.

4.2 Les poupées-enfants maures
69.70.7.1/2 (fig. 45 - 69.70.7.1, p. 97) Voir 2.4 Les poupées-femmes maures, p. 96 et catalogue 3.2 Les poupées-femmes maures, p. 278.

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4.3 Les poupées-enfants chaouia
37.9.23/30/32/33/37 (fig. 67- 37.9.33, p. 115, fig. 68 - armature du bébé, p. 113) Voir 2.12 Les poupées-enfants chaouia, p. 115 et catalogue 3.8 Les poupées-femmes chaouia, p. 284.

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Table des transcriptions
Certaines lettres arabes sont indiquées par des signes conventionnels : th j h' kh dh sh ç d' t' z' º gh q ^ = = = = = = = = = = = = = = indique une voyelle longue

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Table des illustrations
Tous les clichés des poupées de la collection du Département d‟Afrique Blanche et du Proche Orient du Musée de l‟Homme ont été réalisés par M. Delaplanche, D. Destable, Ch. Lemzaouda ou D. Ponsard du Laboratoire de Photographie du Musée de l‟Homme. 1. Jeu de poupée, 1975, photo couverture, Ghrib, photo de l'auteur. 2. Dromadaire-jouet et poupée-méhariste, 1975, p. 54, Ghrib, photo de l'auteur. 3. Dromadaire-jouet et poupée-méhariste, p. 55, Touaregs, Collection du Musée de l'Homme n° 41.19.113, cliché D. Ponsard. 4. Dromadaire-jouet et poupée-méhariste, p. 56, Touaregs, Collection du Musée de l'Homme n° 74.107.6, cliché M. Delapanche. 5. Dromadaire-jouet et poupée-méhariste, p. 58, Touaregs, Collection du Musée de l'Homme n° 37.21.104.1/2, cliché M. Delaplanche. 6. Dromadaire-jouet et poupée-méhariste, p. 60, Vallée de la Saoura, Collection du Musée de l'Homme n° 62.60.29/30, cliché M. Delaplanche. 7. Poupée-cavalier, p. 61, Touaregs, reproduction du dessin dans le livre de Lebeuf et Pâques, 1970: 53. 8. Cheval-jouet et poupée-cavalier, p. 62, Maures, Collection du Musée de l'Homme n° 38.141.83, cliché M. Delaplanche. 9. Cheval-jouet et poupée-cavalier, p. 63, Maures, Collection du Musée de l'Homme n° 38.48.82, cliché M. Delaplanche. 10. Garçons cherchant de l'argile à flanc de montagne, 1992, p. 64, Aït Ighemour photo de l'auteur. 11. Poupée-muletier et son mulet, 1992, p. 64, Aït Ighemour, photo de l'auteur. 12. Poupée-muletier et son mulet, 1992, p. 65, Aït Ighemour, photo de l'auteur. 13. Fille touarègue jouant avec des poupées-hommes, p. 67, photo Henri Lhote, 1944: 113, planche VIII. 14. Poupée-homme à épée, p. 67, Touaregs, Collection du Musée de l'Homme n° 41.19.104, cliché M. Delaplanche.

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15. Poupée-homme, p. 67, Touaregs, Collection du Musée de l'Homme n° 41.19.105, cliché D. Destable. 16. Les différents types d'armatures des poupées-guerriers et poupéesnotables touaregs, p. 68, dessin de l'auteur. 17. Armature de poupée-homme, p. 69, Touaregs, Collection du Musée de l'Homme n° X.66.1.42, cliché M. Delaplanche. 18. La même poupée-homme que la précédente mais habillée, p. 69, cliché M. Delaplanche. 19. Poupée-homme, p. 70, Touaregs, Collection du Musée de l'Homme n° 34.52.43, cliché D. Destable. 20. Poupée-homme, p. 70, Touaregs, Collection du Musée de l'Homme n° 38.16.43, cliché D. Destable. 21. Poupées-hommes, p. 72, Maures, dessin sur échelle réduite de deux croquis figurant dans le livre de Jean Gabus, 1958: 134. 22. Poupées-hommes, 1977, p. 73, Ghrib, photo de l'auteur. 23. Poupée-homme, p. 74, Chaamba, Collection du Musée de l'Homme n° 54.74.10, cliché D. Destable. 24. Poupée-homme, 1992, p. 76, Aït Ighemour, photo de l'auteur. 25. Types de base des armatures des poupées-femmes, p. 80, dessin de l'auteur. 26. Poupée-femme, p. 83, Touaregs, Collection du Musée de l'Homme n° 36.44.73, cliché D. Destable. 27. Armature de poupée-femme, p. 83, Touaregs, Collection du Musée de l'Homme n° X.73.90.14, cliché D. Destable. 28. Les différents types d'armatures des poupées-femmes touarègues, p. 84, dessin de l'auteur. 29. Poupée-femme, p. 85, Touaregs, Collection du Musée de l'Homme n° 49.19.123, cliché D. Destable. 30. Poupée-femme, p. 85, Touaregs, Collection du Musée de l'Homme n° 49.19.122, cliché D. Destable. 31. Poupée-femme, p. 86, Touaregs, Collection du Musée de l'Homme n° 37.21.29, cliché M. Delaplanche. 32. Poupée-femme, p. 87, Touaregs, Collection du Musée de l'Homme, dessin de l'auteur. 33. Figuration géométrique de la poitrine d'une poupée-femme touarègue, p. 88, dessin de l'auteur.

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34. Poupée-femme, p. 88, Touaregs, Collection du Musée de l'Homme n° 38.16.45, cliché photo M. Delaplanche. 35. Poupée-mère, p. 89, Touaregs, Collection du Musée de l'Homme n° 37.21.102.1, cliché D. Destable. 36. Poupée-femme, p. 90, Touaregs, reproduction du dessin dans Henri Lhote, 1975: 408, fig. 1. 37-38. Fille Ghrib avec sa poupée-femme et la poupée elle-même, 1975, p. 93, photos de l'auteur. 39. Détail des bijoux d'une poupée-femme, 1975, p. 93, Ghrib, photo de l'auteur. 40. Deux filles ghrib tenant leurs poupées, 1975, p. 94, photo de l'auteur. 41-42. Deux poupées-femmes avec traits de visage faits par des garçons, 1975, p. 95, Ghrib, photos de l'auteur. 43. Poupée-femme à tête de flacon, 1991, p. 95, Ghrib, photo de Gilbert J.M. Claus. 44. Poupée-femme, p. 96, Maures, Collection du Musée de l'Homme n° 69.70.7.5, cliché D. Destable. 45. Poupée-femme, p. 97, Maures, Collection du Musée de l'Homme n° 69.70.7.1, cliché D. Destable. 46. Poupée-femme, p. 97, Maures, Collection du Musée de l'Homme n° 69.70.7.4, cliché M. Lemzaouda. 47. Poupées-femmes sur selle à baldaquin, p. 98, Maures, Collection du Musée de l'Homme n° 38.180.77, cliché M. Delaplanche. 48. Poupées-femmes, p. 99, Maures, Collection du Musée de l'Homme n° 38.48.50/51, cliché M. Delaplanche. 49. Poupées-femmes, p. 99, Maures, Collection du Musée de l'Homme n° 983.52.1/2, cliché M. Delaplanche. 50. Base de poupée-femme, p. 99, Maures, dessin de l'auteur basé sur celui de Béart, 1955: 96. 51. Maison de poupée, p. 100, Maures, Collection du Musée de l'Homme n° 38.48.98, cliché M. Delaplanche. 52. Poupée-femme, p. 101, Maures, reproduction du dessin dans le livre de Jean Gabus, 1958: 119. 53. Poupée-femme, p. 103, Teda, Collection du Musée de l'Homme n° 65.3.14, cliché M. Delaplanche. 54. Poupée-femme, p. 103, Teda, Collection du Musée de l'Homme n° 65.3.15, cliché D. Destable.

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55. Poupée-femme, p. 104 Teda, Collection du Musée de l'Homme n° 65.3.46, cliché, D. Destable. 56. Poupée-femme, p. 104, Teda, Collection du Musée de l'Homme n° 65.3.29, cliché M. Delaplanche. 57. Poupée-femme, p. 105, Teda, Collection du Musée de l'Homme n° 65.3.31, cliché M. Delaplanche. 58. Poupée-femme, p. 105, Teda, Collection du Musée de l'Homme n° 65.3.32, cliché M. Delaplanche. 59. Armature de poupée-femme teda, p. 106, dessin de l'auteur. 60. Poupée-femme, p. 107, Belbala, Collection du Musée de l'Homme n° 54.74.7, cliché Ch. Lemzaouda. 61. Vue de dos de la poupée-femme précédente, p. 108, cliché D. Destable. 62. Poupée-femme, p. 109, Vallée de la Saoura, Collection du Musée de l'Homme n° 62.51.1, cliché M. Delaplanche. 63. Poupée-femme, p. 110, Mozabites, Collection du Musée de l'Homme n° 34.49.37, cliché M. Delaplanche. 64. Types d'armatures des poupées-femmes chaouia, p. 112, dessin de l'auteur. 65. Poupée-femme, p. 113, Chaouia, Collection du Musée de l'Homme n° 36.2.279, cliché D. Destable. 66. Poupée-femme, p. 114, Chaouia, Collection du Musée de l'Homme n° 36.2.314, cliché D. Destable. 67. Poupée-femme portant un bébé ou un petit enfant dans le dos, p. 115, Chaouia, Collection du Musée de l'Homme n° 37.9.33, cliché D. Destable. 68. Armature de la poupée-bébé ou petit enfant chaouia précédente, p. 113, dessin de l'auteur. 69. Poupée-femme, p. 117, Maroc, Collection du Musée de l'Homme n° 31.45.59, cliché D. Ponsard. 70. Poupée-femme, p. 117, Maroc, Collection du Musée de l'Homme n° 34.123.1, cliché M. Delaplanche. 71. Armature de poupée-femme, p. 119, Maroc, dessin de l'auteur basé sur J. Herber, 1918: 67. 72. Poupée-femme, 1993, p. 124, Aïn Toujdate, Maroc, photo de l'auteur.

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73. Maison de poupée avec deux poupées-femmes et une poupéehomme, 1996, p. 125, Aït Hmed ou Yacoub, Maroc, photo de l'auteur. 74. Poupée-femme et poupée-homme, 1996, p. 126, Aït Hmed ou Yacoub, Maroc, photo de l'auteur. 75. Armature de poupée-femme, 1997, p. 127, Oulmès, Maroc, photo de l'auteur. 76. Poupée-femme, 1997, p. 128, Arhbalou-n-Serdane, Maroc, photo de l'auteur. 77. Poupée-femme, 1996, p. 130, She°ba, Maroc, photo de l'auteur. 78. Poupée-femme en plastique, 1996, p. 131, She°ba, Maroc, photo de l'auteur. 79. Maisons de poupées, p. 132, Ksar Assaka, Maroc, dessin de l'auteur. 80. Poupée-femme, 1997, p. 134, Ksar Assaka, Maroc, photo de l'auteur. 81. Poupée-femme couchée sur une poupée-mouton, 1997, p. 136, Ksar Assaka, Maroc, photo de l'auteur. 82. Poupée-femme, 1997, p. 137, Ksar Assaka, Maroc, photo de l'auteur. 83. Poupée-femme et poupée-homme, 1997, p. 137, Ksar Assaka, Maroc, photo de l'auteur. 84. Poupée-femme, 1997, p. 138, Ksar Assaka, Maroc, photo de l'auteur. 85. Poupée-femme, 1997, p. 139, Ksar Assaka, Maroc, photo de l'auteur. 86. Poupées-femmes, 1997, p. 140, Ksar Assaka, Maroc, photo de l'auteur. 87. Poupée-femme, 1998, p. 141, Ksar Assaka, Maroc, photo de l'auteur 88. Poupée-femme à armature de roseau, 1998, p. 143, Aït Sidi Amar, Maroc, photo Johan De Gussem. 89. Poupées-femmes à armature d'os, 1999, p. 144, Aït Sidi Amar, Maroc, photo Johan De Gussem. 90. Filles avec leurs poupées-femmes, 1999, p. 145, Tataouine, Maroc, photo de l'auteur. 91. Fille avec deux poupées-femmes, 1999, p. 146, Tataouine, Maroc, photo de l'auteur. 92. Poupée-femme avec cheveux faits de feuilles de roseau, 1997, p. 146, Tabenatout, Maroc, photo de l'auteur. 93. Fille avec sa maisonnette de boîte de carton et sa poupée, 1999, p. 147, Zaïda, Maroc, photo de l'auteur.

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94. Poupée en plastique genre Barbie avec un morceau de roseau servant de bras, 1999, p. 148, Zaïda, Maroc, photo de l'auteur. 95. Poupée avec une robe andalouse flamenco localement crochetée, 1992, p. 148, Marrakech, Maroc, photo de l'auteur. 96. Une fille de deux ans avec le Vieil Homme, 1998, p. 149, Ignern, Maroc, photo de l'auteur. 97. Des enfants dans leur maison de poupée, 1999, p. 150, Aït Slimane, Maroc, photo de l'auteur. 98. Filles tenant leur poupée-femme, 1999, p. 150, Aït Slimane, Maroc, photo de l'auteur. 99. Filles tenant leur poupée, 1996, p. 151, Magaman, Maroc, photo de l'auteur. 100. Poupées-femmes, 1996, p. 152, Magaman, Maroc, photo de l'auteur. 101. Trois poupées-femmes et une poupée-homme, 1996, p. 153, Magaman, Maroc, photo de l'auteur. 102. Poupée-femme, 1994, p. 154, Ighrem-n-Cherif, Maroc, photo de l'auteur. 103. Poupée-femme, 1997, p. 155, Ksar Hasni Biad, Maroc, photo de l'auteur. 104. Poupée-femme, 1997, p. 155, Ksar Hasni Biad, Maroc, photo de l'auteur. 105-106. Poupée-femme, 1997, p. 157, Ksar Hasni Biad, Maroc, photo de l'auteur. 107. Poupée-femme, 1999, p. 157, Merzouga, Maroc, photo de Luc Lauras. 108. Poupées-femmes, 1992, p. 158, Aït Ighemour, Maroc, photo de l'auteur. 109. Poupées-femmes, 1992, p. 159, Aït Ighemour, Maroc, photo de l'auteur. 110. Poupée-femme, 1996, p. 160, Ignern, Maroc, photo de l'auteur. 111. Poupée-femme, 1996, p. 160, Ignern, Maroc, photo de l'auteur. 112. Poupée-femme en plastique avec robe faite par la fille, 1996, p. 161, Ignern, Maroc, photo de l'auteur. 113. Chapelle-jouet, p. 163, Maroc, dessin de l'auteur basé sur une photo de Guichard, 1921: 163.

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114. Chaise-jouet, p. 163, Maroc, dessin de l'auteur basé sur une photo de Guichard, 1921: 163. 115. Poupée-femme, 1961, p. 164, Marrakech, Maroc, photo de l'auteur. 116. Poupée importée utilisée à Marrakech dans les années 1970, 1992, p. 165, photo de l'auteur. 117. Poupée en plastique, utilisée comme armature pour une poupéejeune mariée, 1992, p. 166, Marrakech, Maroc, photo de l'auteur. 118. Poupée en plastique transformée en poupée-jeune mariée, 1992, p. 167, Marrakech, Maroc, photo de l'auteur. 119. Maison de poupée, p. 168, Marrakech, Maroc, dessin de l'auteur basé sur le croquis de Fatima Kader. 120-121. Poupée-femme, vue de devant et de dos, 1992, p. 170, Imi-nTanoute, Maroc, photo de l'auteur. 122. Maison de poupée, p. 171, Imi-n-Tanoute, Maroc, dessin de l'auteur. 123. Poupée en plastique 'Little Miss', 1996, p. 173, Taroudannt, Maroc, photo de l'auteur. 124. Armature de poupée-femme, p. 173, Hmar, Maroc, dessin de l'auteur. 125. Poupée-femme avec la partie plus épaisse de la plante bûsûsû utilisée comme tête, 1998, p. 175, Hmar, Maroc, photo de l'auteur. 126. Poupée-mère portant un bébé dans le dos, 1998, p. 176, Hmar, Maroc, photo de l'auteur. 127. Dix poupées-femmes et une poupée-homme, 1998, p. 177, Imou Ergen, Maroc, photo de l'auteur. 128. Poupée-homme avec un emballage de bonbon comme vêtement, 1998, p. 178, Imou Ergen, Maroc, photo de l'auteur. 129. Poupée-femme à visage souriant, 1998, p. 178, Imou Ergen, Maroc, photo de l'auteur. 130. Poupée-femme avec vêtement bleu à motif floral, 1998, p. 178, Imou Ergen, Maroc, photo de l'auteur. 131. Poupée-femme avec vêtement blanc à motif floral vert, 1998, p. 178, Imou Ergen, Maroc, photo de l'auteur. 132. Poupée-femme avec vêtement rouge et ceinture de fils blanc, 1998, p. 179, Imou Ergen, Maroc, photo de l'auteur. 133. Poupée-femme avec vêtement, foulard et ceinture rouge, 1998, p. 179, Imou Ergen, Maroc, photo de l'auteur.

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134. Poupée-femme avec vêtement rouge et blouse blanche, 1998, p. 179, Imou Ergen, Maroc, photo de l'auteur. 135. Poupée-femme avec vêtement de plastique rouge transparent, 1998, p. 179, Imou Ergen, Maroc, photo de l'auteur. 136. Poupée-femme avec vêtement à motif floral et foulard de la même étoffe tenu en place par un morceau de scotch, 1998, p. 180, Imou Ergen, Maroc, photo de l'auteur. 137. Poupée-femme avec un emballage de bonbon comme vêtement et un grand foulard de gaze, 1998, p. 180, Imou Ergen, Maroc, photo de l'auteur. 138. Poupée-femme avec vêtement rouge cintré par une ceinture de fils blanc et foulard de la même étoffe, 1998, p. 180, Imou Ergen, Maroc, photo de l'auteur. 139. Poupée-femme, région de Tafraoute, 1998, p. 181, Imou Ergen, Maroc, photo de l'auteur. 140. Poupée-femme, 2002, p. 181, région de Tafraoute, Lahfart, Maroc, photo de l'auteur. 141. Poupée-femme, 2002, p. 182, Lahfart, Maroc, photo de l'auteur. 142. Poupées-femmes, 2002, p. 183, Lahfart, Maroc, photo de l'auteur. 143. Poupée-femme montrant des jambes découpées, 2002, p. 185, Lahfart, Maroc, photo de l'auteur. 144. Poupées-femmes, 2002, p. 187, Lahfart, Maroc, photo de l'auteur. 145. Poupées-femmes, 2002, p. 187, Lahfart, Maroc, photo de l'auteur. 146. Poupée-femme, 2002, p. 186, Lahfart, Maroc, photo de l'auteur. 147. Poupée-femme vêtue d'une robe faite avec l'emballage aluminium d'un petit gâteau, 2002, p. 186, Lahfart, Maroc, photo de l'auteur. 148. Poupée-femme avec armature en Isomo, 2002, p. 188, Lahfart, Maroc, photo de l'auteur. 149. Poupée-mère portant un bébé dans le dos, 2002, p. 189, Lahfart, Maroc, photo de l'auteur. 150. Poupée-femme en robe de mariage blanche, 2002, p. 190, Lahfart, Maroc, photo de l'auteur. 151. Poupée-homme avec tête en Isomo, 2002, p. 190, Lahfart, Maroc, photo de l'auteur.

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152. Coquillages d'escargots représentant la jeune mariée, le jeune marié, leur famille et les visiteurs dans une maisonnette avec voiture de mariage dans le garage, 2002, p. 191, Lagzira, Maroc, photo de l'auteur. 153. Les coquillages d'escargots menés en voiture faite d'une boîte de sardines, 2002, p. 192, Lagzira, Maroc, photo de l'auteur. 154. Fille avec sa maison de poupée, 2002, p. 193, Lagzira, Maroc, photo de l'auteur. 155. Poupée-femme, p. 205, Tunisie, Collection du Musée de l'Homme n° 30.54.891, cliché D. Destable. 156. Poupée-femme, p. 206, Tunisie, Collection du Musée de l'Homme n° 30.54.888, cliché M. Delaplanche. 157. Poupée-enfant, p. 210, Touaregs, Collection du Musée de l'Homme n° 41.19.157, cliché D. Destable. 158. Coin de poupée dans un Centre de Ressources pour le Préscolaire, 1993, p. 241, Kénitra, Maroc, photo de l'auteur. 159. Village d'oasis fait par des enfants d'une classe préscolaire, 1989, p. 255, Gand, Belgique, photo de l'auteur. 160. Caravane de nomade fait par un enfant d'une classe préscolaire, 1989, p. 256, Gand, Belgique, photo de l'auteur. 161. Les enfants d'une classe préscolaire marchent autour de leur village d'oasis, 1989, p. 257, Gand, Belgique, photo de l'auteur. 162-163. Exemple de jouets fabriqués par des enfants marocains stimulant des enfants flamands à créer eux-mêmes des jouets, 1998, p. 258-259, Journée UNICEF organisée par le Comité de Gand pour l'UNICEF, Eeklo, Belgique, photo de l'auteur.

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Rossie, J-P. & Daoumani, B. (2003). Protocol of Video 1: Doll Play and Construction Play in Sidi Ifni, Morocco, 31.1.2002. Stockholm International Toy Research Centre, Stockholm: Royal Institute of Technology, 12. - Detailed description of 19 minutes doll play by a 6year-old girl and a 4-year-old boy with dolls made by the girl and bought dolls, and also of the 26 minutes interview with the players and the boy‟s mother. Video placed in the video library of SITREC. This publication is available on the Internet: http://www.sitrec.kth.se Rossie, J-P. & Daoumani, B. (2003). Protocol of Video 4: Doll Play and Construction Play in Lagzira (Sidi Ifni), Morocco, 4.3.2002. Stockholm International Toy Research Centre, Stockholm: Royal Institute of Technology, 6. - Detailed description of 43 minutes doll play and construction of dollhouses by a 6-year-old girl and her 9year-old brother with dolls represented by shells, and also of the interview with the father recorded on audiocassette. Video and audiocassette placed in the video library of SITREC. This publication is available on the Internet: http://www.sitrec.kth.se Rossie, J-P. & Daoumani, B. (2005). Protocol of Video 3: Doll Play in Sidi Ifni, Morocco, 10.2.2002. Stockholm International Toy Research Centre, Stockholm: Royal Institute of Technology. - Detailed description of 39 minutes doll play by two girls of 9 years and one girl of 6 years with Barbie and other dolls, and also of the interview with the players recorded on audiocassette. Video and audiocassette placed in the video library of SITREC. This publication is available on the Internet: http://www.sitrec.kth.se Rossie, J-P. & Daoumani, B. (2005). Protocol of Video 2: The Sidi Ifni Toy Maker, Morocco, 2.2.2002. Stockholm International Toy Research Centre, Stockholm: Royal Institute of Technology. - Detailed description of 35 minutes toy construction and toy play by a 10-yearold boy and his 6-year-old brother; preceded by three minutes interview with the father. Video placed in the video library of SITREC. Publication available on the Internet: http://www.sitrec.kth.se Rossie, J-P., Laabib, S. & Sterner, B. (1998). Video: Homemade Dolls from Morocco. Halmstad: Nordic Center for Research on Toys and Educational Media, University of Halmstad, 18 minutes. Video placed in the video library of SITREC.

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Rossie, J-P. & Lauras, L. (2001). Vidéo: Poupées de l‟Atlas et du PréSahara marocains, Sète: Musée International des Arts Modestes, Sète, 30 minutes or 60 minutes. Video placed in the video library of SITREC. Servier, J. (1962). Les portes de l‟année. Rites et symboles. L‟Algérie dans la tradition méditerranéenne. Paris: Robert Laffont, 428, ill. Sijelmassi, M. (1984). Enfants du Maghreb entre hier et aujourd'hui. Mohammedia, Maroc: Editions Soden, 141, ill. Soulé (1933). Jeux de fillettes musulmanes à Fès-Djedid. Bulletin de l‟Enseignement Public du Maroc, Paris, 355-363. Steinilber-Oberlin, E. (1934). Au cœur du Hoggar mystérieux. Les Touareg tel que je les ai vus. Paris: Editions Pierre Roger, 267, ill. Sutton-Smith, B. (1986). Toys as Culture. New York, London: Gardner Press Inc., XII + 292. Sutton-Smith, B. (1987). Jouets et culture. In International Council for Children‟s Play. 16ème Colloque. Témoignages parus dans l‟Education par le Jeu et l‟Environnement, Saran: Centre d‟Etudes Roland Houdon, 105, 19-28. Sutton-Smith, B. (1992). Les rhétoriques du jeu au XXe siècle. Est-ce que le jeu prépare l‟avenir? L‟Éducation par le Jeu et l‟Environnement, Revue de l‟Association Française pour l‟Éducation par le Jeu, 46, 9-13 & 47, 3-10, Saran: Centre d‟Etudes Roland Houdon. Sutton-Smith, B. (1997). The Ambiguity of Play. Cambridge (Massachusetts)/London: Harvard University Press, XI + 276. Tillion, G. (1938). Les sociétés berbères dans l'Aurès méridional, Africa, London, XI, 1, 42-54. Tolfree, D. & Woodhead, M. (1999). Tapping a key resource. Early Childhood Matters. The Bulletin of the Bernard van Leer Foundation, The Hague: Bernard van Leer Foundation, 91, 19-23. Unicef (s.d.). Teachers Talking about Learning. New York, Website: http://www.unicef.org/teachers, consulted in April 1999. Unicef (1999). The State of the World's Children 1999. Education. New York, 131. Unicef (2001). l'Enfance au Maroc. Analyse et statistique. Rabat: Unicef, 120.

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Vidéos : Poupées et jeux de poupées marocaines
Video: homemade dolls from Morocco
Rossie, Jean-Pierre, Laabib, Souad & Sterner, Björn (1998). Video: Homemade Dolls from Morocco. Filmé par Björn Sterner, Halmstad: Nordic Center for Research on Toys and Educational Media, University of Halmstad, 18 minutes. - Vidéo disponible dans la vidéothèque de SITREC. Pour une description des poupées et jeux de poupées voir le chapitre 2.14 Poupées-femmes marocaines (p. 117). Dans la première partie de la vidéo, Souad Laabib montre comment différentes poupées ont été faites avec des matériaux naturels et de récupération. Ces poupées sont : 1. Poupée-jeune mariée (1'-5'30"), confection en janvier 1997 de la poupée faite dans les années 1940 par Sfia Gharîb, née dans le village d'Arhbalou-n-Serdane sur la route de Khenifra à Boumia, Moyen Atlas (fig. 76, p. 128). 2. Poupée-jeune mariée (5'30"-7'30"), confection en 1996 de la poupée faite au début des années 1980 par Sabah Laabib, née à Midelt en 1973 mais vivant la plupart du temps de son enfance à Ksar Assaka Jbel Ayachi, Haut Atlas (fig. 85, p. 139). 3. Poupée-jeune marié (7'30"-10'), confection en 1996 de la poupée très simple faite au début des années 1980 par Najat Laabib, née à Midelt en 1971 mais vivant la plupart du temps de son enfance à Ksar Assaka, Jbel Ayachi, Haut Atlas (fig. 83 à gauche, p. 137). 4. Poupée-jeune mariée (11'30"-12'), confection en 1996 de la poupée faite au début des années 1980 par Sabah Laabib, née à Midelt en 1973 mais vivant la plupart du temps de son enfance à Ksar Assaka, Jbel Ayachi, Haut Atlas (fig. 86 à droite, p. 140).

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Dans la deuxième partie de cette vidéo Jean-Pierre Rossie montre quelques poupées et donne des informations supplémentaires : 5. Poupée-jeune mariée (12'-12'15"), confection en 1996 de la poupée faite au début des années 1980 par Sabah Laabib, née à Midelt en 1973 mais vivant la plupart du temps de son enfance à Ksar Assaka, Jbel Ayachi, Haut Atlas (fig. 86 à gauche, p. 140). 6. Poupée-jeune mariée (12'15"-12'55"), confection en 1996 de la poupée faite vers la fin des années 1970 par Souad Laabib, née à Ksar Assaka en 1968 et ayant vécu la plupart du temps de son enfance dans ce village, Jbel Ayachi, Haut Atlas (fig.80, p. 134). 7. Poupée-jeune mariée (12'55"-13'25"), confection en 1996 de la poupée faite au début des années 1980 par Najat Laabib, née à Midelt en 1971 mais vivant la plupart du temps de son enfance à Ksar Assaka, Jbel Ayachi, Haut Atlas (fig. 84, p. 138). 8. Poupée-jeune mariée (13'28"-13'50"), confection en 1996 de la poupée faite dans les années 1970 par Ennèya, une mère de trente-cinq ans vivant dans le petit village de Ignern près du centre rural de Taliouine, Jbel Siroua, Haut Atlas (fig. 111, p. 160). 9. Poupée-jeune mariée (13'50"-14'40"), faite en novembre 1996 par une fille d'environ dix ans vivant à Ignern près de Taliouine, Jbel Siroua, Haut Atlas (fig. 110, p. 160). 10. Sept poupées-jeunes mariées et une poupée-jeune marié (14'40"16'40") faites en novembre 1996 par des filles de la deuxième année de l'école primaire du village Magaman près de Goulmima (fig. 101102, p. 153-154). 11. Poupée-jeune mariée et poupée-jeune marié (16'40"-18') faites en octobre 1996 par Hesna Ourèra, une fille d'environ huit ans du petit village Aït Hmed ou Yacoub près de Khemisset (fig. 73-74, p. 125126).

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Vidéo : Poupées de l'Atlas et du Pré-Sahara marocains
Rossie, Jean-Pierre & Lauras, Luc (2001). Vidéo : Poupées de l'Atlas et du Pré-Sahara Marocains. Filmé par Luc Lauras, 19.10.2001, Musée International des Arts Modestes, Sète, 60 minutes, version décrite ciaprès. Il existe aussi une version de 30 minutes utilisée pendant l'exposition dans ce musée (novembre 2001 - février 2002) - Vidéos disponibles dans la vidéothèque de SITREC. Pour une description des poupées et jeux de poupées voir le chapitre 2.14 Poupées-femmes marocaines (p. 117). La vidéo avec commentaire de Jean-Pierre Rossie débute par un aperçu de toutes les poupées, suivi par : 1. Les armatures des poupées (1'30''-3'40). 2. Sept poupées-jeunes mariées et une poupée-jeune marié (3'40''-6') : poupées créées par des filles d'environ sept ans du village Magaman (Goulmima), Pré-Sahara, en 1996 (fig. 99-101, p. 151-153), et le modèle d'une maison de poupée. 3. Une poupée-jeune mariée (6'-7') : faite en 1994 par une fillette six ans du village Ighrem-n-Cherif (Goulmima), Pré-Sahara (fig. 102, p. 154). 4. Dix poupées-jeunes mariées (7'-11') : confectionnées par des filles de six à douze ans du village Aît Ighemour, Jbel Siroua, Haut Atlas, et des ustensiles-jouets fabriqués par des garçons de ce village, 1992 (fig. 108-109, p. 158-159). 5. Quatre poupées-jeunes mariées (11'-14'50'') : trois poupées-jeunes mariées faites par des jeunes filles et un faite par une mère d'environ quarante ans du village Ignern, Jbel Siroua, Haut Atlas, ainsi qu'une série d'ustensiles-jouets faite par les mêmes filles, 1996 (fig. 110-111, p. 160). 6. Sept poupées-jeunes mariées, une poupée-jeune marié et une poupéemouton (14'50''-24'30'') : refaite en 1997 par trois sœurs entre vingt et vingt-six ans ainsi que par leur mère de cinquante-cinq ans du village

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Ksar Assaka (Midelt), Jbel Ayachi, Haut Atlas (fig. 80-86, p. 134140), et le modèle d'une maison de poupée (fig. 79, p. 132). 7. Poupée-jeune mariée (24'30''-26') : refaite par une jeune mère d'environ vingt ans, Imi-n-Tanoute, Haut Atlas, en 1992 (fig. 122, p. 171). 8. Poupée-jeune mariée (26'-27'50'') : poupée créée par une fille d'environ neuf ans de la région de Tafraoute, Anti-Atlas, en 1998 (fig. 131, p. 178). 9. Dix poupées-jeunes mariées et une poupée-jeune marié (27'50''-31') : huit poupées-jeunes mariées et une poupée-jeune marié faites en 1998 par des filles de dix à quatorze ans ainsi qu'une poupée-jeune mariée faite par un garçon de douze ans, tous des élèves de l'école d'Imou Ergen près d'Ergoub (Sidi Ifni), Anti-Atlas (fig. 127-138, p. 177-180). 10. Trois poupées-jeunes mariées (31'-37'40'') :faites par des filles du village Ksar Hasni Biad (Merzouga), Pré-Sahara, en 1997 (fig. 103106, p. 155-157). 11. Trois poupées-jeunes mariées et une poupée mère portant un bébé dans son dos (37'40''-42'40'') : créées par des filles du village Hmar (Taroudannt), Anti Atlas, en 1998 (fig. 124-126, p. 173-176). 12. Osselets d'os (42'40''-43'35'') : utilisés pour des jeux d'adresse mais souvent remplacés par des pierres. 13. Deux poupées-jeunes mariées (43'35''-47'30'') : une poupée traditionnelle confectionnée en 1961 par une élève et une poupée en plastique importée utilisée comme armature pour une poupée-jeune mariée refaite par une jeune femme en 1992, Marrakech (fig. 115117, p. 164-166), et un modèle de maisonnette (fig. 119, p. 168). 14. Planchette à laver servant de jouet, Rabat, 1993 (47'30-48'10''). 15. Deux poupées importées (48'10''-52') : une avec un survêtement cousu par une fille du village Ignern, Jbel Siroua, Haut Atlas, en 1996 (fig.112, p. 161) et la poupée Little Miss achetée dans un petit magasin de Taroudannt en 1996 (fig. 123, p. 173). 16. Maison de poupée d'une boîte de carton et poupée jeune mariée en plastique avec les bras réparés de manière traditionnelle (52'-55') : créées par une fille de neuf ans du village Zaïda (Midelt) en 1999 (fig. 93-94, p. 147-148).

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Video: doll and construction play in Sidi Ifni
Rossie, Jean-Pierre & Daoumani, Boubaker (2002). Video 1: Doll Play and Construction Play in Sidi Ifni, Morocco, 31.1.2002. Filmé par JeanPierre Rossie, Stockholm International Toy Research Centre, Stockholm: Royal Institute of Technology - Vidéo disponible dans la vidéothèque de SITREC. Description détaillée des 19 minutes de jeu de poupée d'une fille de sept ans et d'un garçon de quatre ans avec des poupées faites par la fille ou achetées, ainsi que des 26 minutes d'interview par Boubaker Daoumani avec les joueurs et la mère du garçon. Les poupées représentent des enfants. Autorisation paternelle donnée sur la vidéo. Le protocole détaillé de cette vidéo est disponible sur l'Internet : http://www.sitrec.kth.se Pour une description des poupées et jeux de poupées voir le chapitre 2.14 Poupées-femmes marocaines (p. 194-195).

Video: doll play in Sidi Ifni
Rossie, Jean-Pierre & Daoumani, Boubaker (2002). Video 3: Doll Play in Sidi Ifni, Morocco, 10.2.2002. Filmé par Jean-Pierre Rossie, Stockholm International Toy Research Centre, Stockholm: Royal Institute of Technology. Vidéo, audiocassette et autorisation paternelle écrite déposées à la vidéothèque de SITREC. Description détaillée des 39 minutes de jeu de poupée de deux filles de neuf ans et une fille de six ans avec des poupées Barbie, d'autres poupées et des objets de jeu. Les poupées représentent des enfants. L'interview de Boubaker Daoumani avec les joueurs est enregistrée sur audiocassette. Vidéo et audiocassette déposées à la vidéothèque de SITREC.

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Le protocole détaillé de cette vidéo deviendra disponible sur l'Internet : http://www.sitrec.kth.se Pour une description des poupées et jeux de poupées voir le chapitre 2.14 Poupées-femmes marocaines (p. 195-196).

Video: doll and construction play in Lagzira
Rossie, Jean-Pierre & Daoumani, Boubaker (2002). Video 4: Doll Play and Construction Play in Lagzira (Sidi Ifni), Morocco, 4.3.2002. Filmé par Jean-Pierre Rossie, Stockholm International Toy Research Centre, Stockholm: Royal Institute of Technology. Vidéo et audiocassette disponibles dans la vidéothèque de SITREC. Description détaillée des 43 minutes de jeu de poupée et de construction de maison de poupées d'une fille de six ans et de son frère de neuf ans avec des poupées représentées par des coquillages. Les poupées représentent une jeune-mariée ou un jeune marié quand ils sont entourés d'un chiffon de gaze blanc, sinon elles représentent la famille et les invités. L'interview de Boubaker Daoumani avec les joueurs et le père, comprenant l'autorisation paternelle, est enregistré sur audiocassette. Le protocole détaillé de cette vidéo est disponible sur l'Internet : http://www.sitrec.kth.se Pour une description des poupées et jeux de poupées voir le chapitre 2.14 Poupées-femmes marocaines (p. 191-193).

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Annexe 1 : Schéma de description des jeux et jouets
Ce schéma pour une description détaillée des jeux et jouets a été élaboré pour faciliter la recherche, non pas comme une analyse exhaustive de tous leurs aspects. Des remarques et suggestions éventuelles sont les bienvenues. 1 Nom du jeu (1) 1.1 Nom en langue locale dans l'écriture originale 1.2 Transcription 1.3 Traduction 2 Origine du jeu (2) 2.1 Local, étranger 2.2 Ancien, récent 2.3 Forme récente d'un jeu ancien 3 Joueur(s) 3.1 3.2 3.3 3.4 3.5 3.6 Nombre de joueurs Sexe (3) Age (4) Education formelle reçue Facteur(s) de cooptation (5) Structure du groupe de jeu (5)

4 Données spatio-temporelles 4.1 Lieu(x) (à l'intérieur, à l'extérieur; à la campagne, en ville; le relief; en forêt, en bordure d'une rivière, dans la rue, au terrain de jeu) 4.2 Moments de la journée et/ou de l'année 4.3 Durée de l'activité (6) 4.4 Fréquence (jeu exceptionnel, rare, courant, très populaire)

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5 Idiomes (7) 5.1 Jeux sans contexte narratif 5.2 Jeux avec contexte narratif (expression corporelle, musicale, verbale; e.a. gestes spécifiques, terminologie, littérature orale, chansons) 6 Matériel et jouet(s) utilisés (8) 6.1 6.2 6.3 6.4 6.5 6.6 Nom des objets (matériel, outil, jouet) (1) Origine (9) Description du matériel et des outils employés (10) Description et fabrication éventuelle du/des jouet/s (10) Constructeur(s) (11) Utilisateur(s) du/des jouet/s (11)

7 Description de l'activité ludique (12) 7.1 7.2 7.3 7.4 7.5 7.6 Début de l'activité ludique Règles Enjeu Cours du jeu Récompense(s) et/ou pénalité(s) Réaction du/des joueur/s et/ou spectateur/s

8 Remarques (13) 9 Données audio-visuelles Dessin, photo, dia, film, vidéo, son

Remarques 1 Comme la transcription en caractères latins n'est qu'approximative de la prononciation locale, il est recommandable d'enregistrer les noms et autres données linguistiques liés à l'activité ludique. A côté d'une traduction littérale une traduction libre peut être donnée. Cette traduction libre est basée sur le jeu lui-même ou sur sa ressemblance à un jeu (européen).

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2 Il ne s'agit pas de trouver l'origine de l'activité ludique (et du jouet) en question, une origine qui souvent se perd dans des temps très lointains mais de savoir si oui on non il s'agit d'une pratique ancienne (grands-parents ou antérieur) ou récente, locale ou importée. 3 Jeu (jouet) de filles ou de garçons veut seulement dire que le jeu (jouet) est considéré par la plupart des enfants ou adultes comme spécifique à l'un ou l'autre sexe mais cela n'exclut pas qu'un enfant de l'autre sexe se l'approprie occasionnellement. D'autres jeux (jouets) appartiennent aux deux sexes. 4 Les indications concernant l'âge des joueurs ne sont qu'approximatives. 5 Les facteurs déterminant la cooptation de joueurs et la structure du groupe de jeu sont en Afrique du Nord et le Sahara basés sur la structure résidentielle et familiale. Dès lors, se sont souvent les enfants de la même famille paternelle ou des voisins qui jouent ensemble, surtout en milieu rural. Dans les villages urbanisés, les petites et grandes villes l'importance du lien familial diminue et l'importance du voisinage, des amitiés et des relations créées à l'école augmente. L'âge et le sexe comme facteurs de cooptation et de structure du groupe de jeu devient plus important vers six ans. Pour analyser la structure du groupe on peut tenir compte de certains aspects comme un groupe de jeu avec ou sans leader(s) et suiveur(s), la manière de prendre les décisions (concertation entre les membres, imposition par un meneur de jeu), comment un joueur est inclus ou exclus. 6 La durée d'un jeu est difficile à établir car il y a parfois des versions simplifiées et plus élaborées du même jeu. Cette information ne donne qu'une idée relative de la durée moyenne d'un jeu car la durée du même jeu joué à des moments différents ou par des enfants différents est assez variable. 7 Terminologie, expressions, devinette, proverbes, contes, chansons utilisés dans le jeu. Si possible les enregistrer car ces données peuvent aussi être utiles à d'autres chercheurs. 8 Les objets et les jouets font partie de l'activité ludique dans laquelle ils sont utilisés et ce ne sont donc pas des objets distincts. Même si la recherche se concentre sur les jouets et le processus de fabrication de

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jouets une (brève) description du jeu en question ne devrait pas manquer. 9 En ce qui concerne l'origine d'un jouet une différence peut être faite entre l'origine du jouet lui-même (créé sur place, fabriqué par une industrie nationale, importé) et l'origine locale ou étrangère du modèle qui a inspiré la fabrication du jouet. 10 La description, l'utilisation et le rôle des objets et des jouets utilisés dans un jeu sont normalement mentionnés dans la description de l'activité ludique. 11 Quand un enfant ou un adulte (hors du circuit commercial) fabrique un jouet on mentionnera le sexe, l'âge et la situation sociale du constructeur, et éventuellement la relation qui existe entre le constructeur et l'utilisateur. 12 Signaler si la version complète d'un jeu est décrite ou une version simple. Par exemple il arrive que le même jeu soit joué par des enfants plus jeunes et des enfants plus âgés mais suivant des versions différentes. 13 Ici on peut mentionner le rapport éventuel entre le jeu/jouet et l'environnement physique, économique, social, culturel dans lequel vivent les joueurs (e.a. le lien avec le lieu de résidence, le mode de subsistance, les activités économiques, l'organisation familiale, les coutumes, les rites, les fêtes). Jean-Pierre Rossie jprossie@hotmail.com

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Annexe 2 : Données autobiographiques
Né le 16 août 1940 dans la ville historique de Gand en Flandre, Belgique, j‟ai été élevé avec quatre frères plus âgés dans une famille de classe moyenne. Il est possible que mon intérêt pour les enfants et les jeunes, déjà présent pendant mes études d‟assistant social, soit en rapport avec le mouvement scout auquel j‟ai participé d‟abord comme enfant et adolescent et puis comme chef scout. Un autre centre d‟intérêt déjà décelable vers mes quinze ans fut l‟Afrique, plus précisément l‟Afrique Noire. Ainsi je voyais ces études commencées en 1958 comme une préparation à un engagement dans les services sociaux de ce que l‟on appelait à ce moment le Congo Belge. L‟indépendance de la République Démocratique du Congo en 1961, l‟année où j‟ai obtenu mon diplôme, à mis tout de suite fin à ce projet. Comme je voulais de toute manière partir en Afrique, j‟écrivis à l‟ambassade de plusieurs pays africains et à quelques instances internationales. Une des rares réponses fut celle de l‟UNESCO stipulant cependant qu‟un diplôme universitaire était indispensable. C‟est cette lettre qui m‟a poussée à commencer des études à la section d‟ethnologie du département d‟études africaines de l‟Université d‟Etat de Gand en 1963, l‟année même où le premier de mes quatre enfants est né. Bien que le professeur supervisant ma dissertation de fin d‟études m‟a averti d‟un manque d‟informations ethnographiques sur l‟enfance, j‟étais convaincu du contraire et j‟écrivis en 1986 un mémoire sur l‟enfance traditionnelle en République Démocratique du Congo. Néanmoins, ces études culturelles n‟offraient-elles aussi que peu de possibilités d‟aller en Afrique et ainsi je me suis décidé à essayer d‟entrer dans la recherche scientifique. J‟ai eu la chance d‟être accepté par le Fonds National Belge pour la Recherche Scientifique sur base d‟un projet de recherche sur l‟Islamisation des Royaumes Wolof au Sénégal. Cependant des problèmes financiers ont mis prématurément fin en 1969 à mon séjour dans ce pays. De retour à Gand, j‟ai travaillé comme éducateur de jeunes en situation problématique pendant deux ans. Pendant cette période j‟ai commencé à penser continuer mes recherches précédentes sur l‟enfance

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africaine. Accepté de nouveau comme chercheur par le Fonds National Belge pour la Recherche Scientifique j‟ai terminé en 1973 la rédaction de ma thèse de doctorat en néerlandais sur "L‟enfant et la Société. Le processus de socialisation en Afrique Centrale patrilinéaire". Comme cette thèse fut basée sur une utilisation extensive de documents, je ressentais fortement le besoin de faire des recherches sur le terrain. Pour des raisons d‟ordre familial, financier et politique des recherches en Afrique Centrale ne me semblaient pas réalisables, dès lors j‟ai demandé à mon ami et collègue Gilbert JM Claus qui préparait sa thèse de doctorat sur les semi-nomades Ghrib du Sahara tunisien si je pouvais le rejoindre. Ayant obtenu son consentement j‟ai proposé à la même fondation une recherche sur la socialisation de l‟enfant ghrib. Ma première période de recherche sur le terrain de trois mois a débuté en mars 1975 et fut suivie par deux autres périodes de trois mois en automne de la même année et au printemps 1977. C‟est lors de mon premier séjour chez les Ghrib que j‟ai pris conscience de l‟importance du jeu d‟enfant et du groupe de jeu non seulement pour obtenir des informations mais aussi pour faciliter d‟être accepté par les enfants et leurs familles. Dès cet instant je me suis concentré sur cet aspect de la culture des enfants ghrib en élaborant une description détaillée de leurs activités ludiques et de leurs jouets en les illustrant par beaucoup de diapositives et un peu de tournage de film. Après ces huit années comme chercheur (1970-1978) il me fallait orienter ma vie professionnelle. En 1980 j‟ai eu la chance de trouver un nouveau terrain d‟activités qui me convenait en créant en collaboration avec un collègue turque le premier service municipal de la Ville de Gand pour les immigrés turcs et nord-africains. En réponse à ce changement professionnel le corpus de jeux et jouets des enfants ghrib risquait de rester inutilisé. C‟est alors que j‟ai commencé à rechercher des données sur les jeux et jouets d‟enfants dans la bibliographie sur l‟Afrique du Nord et le Sahara. Cette analyse bibliographique m‟a permis de rédiger une bibliographie commentée. Visitant le Musée de l‟Homme à Paris en 1982 mon attention fut attirée par quelques jouets d‟enfants touaregs et nord-africains exposés dans les vitrines. Sachant que dans des musées anciens les réserves renferment beaucoup plus d‟objets que ce qui est exposé, j‟ai contacté le département concerné et trouvé dans les réserves une importante collection de jouets d‟Afrique du Nord et du Sahara

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s‟étendant sur une période débutant à la fin du dix-neuvième siècle et allant jusqu‟environ 1960. Avec la permission de Dominique Champault, responsable du Département d‟Afrique Blanche et du Proche Orient, j‟ai analyse en détail cette collection pendant mes périodes de vacances. Au milieu des années 1970 un changement important dans mes attaches scientifiques s‟est progressivement mis en place. Au début de mes recherches sur l‟enfance africaine j‟étais lié au domaine des études africaines et orientales parlant en quelques rares occasions de l‟enfance en Afrique centrale puis des activités ludiques des enfants ghrib. Me sentant isolé en raison de mon sujet d‟étude je recherchais d‟autres contacts. Mon premier essai à surmonter cette isolation était ma participation au congrès mondial de l‟0MEP, l‟Organisation Mondiale de l‟Education Préscolaire, à Copenhague en 1975 où j‟ai présenté un exposé sur "Children in Exceptional Situation in Africa" (Rossie, 1982). Dans la même année j‟ai donné deux conférences à la Faculté de Psychologie et des Sciences de l‟Education de l‟Université de Genève, une sur le même sujet et l‟autre sur la socialisation de l‟enfant en Afrique centrale. Puis, je suis allé chez Irenäus Eibl-Eibesfeldt de l‟Arbeitsstelle fur Humanethologie du Max Planck Institut fur Verhaltenswissenschaft à Percha bei Starnberg près de Munich. Ce professeur m‟a initié à filmer selon la méthode d‟éthologie humaine ce qui a produit en 1977 un film inédit d‟environ une heure sur les relations entre enfants et entre enfants et adultes chez les Ghrib du Sahara tunisien (film déposé à la vidéothèque de SITREC). La rencontre avec André Michelet en 1987, à ce moment président de l‟International Council for Children‟s Play (ICCP), m‟a introduit dans le monde des jeux et jouets. C‟est au sein de cette association que j‟ai réellement commencé à discuter de mes résultats de recherches et qu‟il m‟a été possible de publier en français mon premier livre sur les poupées et jeux de poupées des enfants sahariens et nord-africains. C‟est aussi dans le cadre de cette association que j‟ai rencontré Brian Sutton-Smith qui en 1993 m‟a proposé de devenir un membre fondateur de l‟International Toy Research Association (ITRA). Lorsque j‟ai rencontré Krister Svensson en 1996 à l‟occasion du premier International Toy Research Conference à Halmstad en Suède, j‟ai trouvé enfin un havre scientifique d‟abord dans le Nordic Center for Research on Toys and Educational Media (NCFL) de l‟Université de Halmstad et depuis 2002

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dans le Stockholm International Toy Research Centre (SITREC) du Royal Institute of Technology à Stockholm. Ce n‟est qu‟avec le soutien de ces deux centres que j‟ai pu rendre disponible mes données sur l‟héritage ludique des enfants sahariens et nord-africains. Il n‟y a aucun doute que ce changement de références scientifiques et de contacts avec des associations et des chercheurs du domaine des études africaines et de l‟ethnologie au domaine des études sur l‟enfant et le jeu se reflète clairement dans mes travaux. Cela a en plus stimulé mes tentatives à lies héritages ludiques des enfants sahariens et nord-africains aux approches théoriques et pragmatiques de chercheurs occidentaux et nonoccidentaux s‟intéressant aux jeux et jouets. Par exemple j‟ai prêté attention à plus d‟un aspect que j‟ai éventuellement développé par après dans mes publications suite à ma participation à des congrès thématiques. En 1990 j‟ai quitté le service social pour les immigrés avec l‟intention de consacrer mon temps plus directement à la rédaction d‟une série de livres sur les héritages ludiques des enfants sahariens et nord-africains et de recommencer des recherches sur le terrain. Cherchant un nouveau terrain de recherches je choisis le Maroc entre autres parce que je pouvais à travers mes relations amicales avec une famille marocaine vivant à Gand entrer en contact avec une parente de cette famille qui était directrice d‟école primaire à Marrakech. Utilisant l‟argent restant d‟une deuxième bourse de recherches du Fond National Belge pour la Recherche Scientifique je fis un séjour de recherches de trois semaines à Marrakech en février 1992. Les informations obtenues et les contacts créés aussi bien avec des familles de Marrakech et d‟Imi-n-Tanoute qu‟avec la Faculté de Lettres et Sciences Humaines de l‟Université Cadi Ayyad de Marrakech semblaient prometteurs. Dès lors j‟ai décidé de faire des recherches au Maroc pendant des périodes de plus ou moins deux mois deux ou trois fois par ans. Sauf pendant l‟année 2001 c‟est ce qui fut fait. A mon retour à Marrakech en octobre 1992 on m‟a proposé un rôle de figurant dans un film qui allait se tourner dans les hautes dunes près de Kénitra. Saisissant cette occasion pour me rapprocher de Rabat, je me suis installé après cette expérience dans la Medina de Kénitra pour environ trois ans. Puis, je suis allé à Khemisset et par après à Midelt. Retournant après une année d‟absence au Maroc en début 2002, je suis allé pour trois mois à Sidi Ifni, une petite ville côtière au

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sud d‟Agadir, où j‟avais noué quelques contacts superficiels avec des instituteurs. Visitant un de ces instituteurs dans son école de montagne, je fus contacté par un instituteur du premier degré, Boubaker Daoumani, qui m‟exprimait son intérêt pour mes recherches et proposait d‟y collaborer. De retour à Sidi Ifni pour une nouvelle période de trois mois à partir d‟octobre de la même année, je me suis installé dans un quartier populaire situé en flanc de la colline faisant face à l‟Océan Atlantique. Avançant en âge à toute allure je vois approcher trop vite la fin de mes activités de recherches et de publication des résultats, une fin que j‟espère néanmoins encore assez lointaine. Poussé par ce sentiment et en commentant le livre de Shlomo Ariel (2003) ou en étudiant le livre de Julie Delalande (2001) et les articles dans le volume édité par Julia Bishop et Mavis Curtis (2001), tous analysants différents aspects linguistiques, culturels et sociaux des activités ludiques enfantines, je regrette parfois devoir constater le peu qu‟offrent mes travaux en comparaison à tout ce qu‟il est à faire. Néanmoins, je me sens conforté par l‟idée que tout vient en son temps et qu‟un jour l‟héritage ludique passé et contemporain des enfants sahariens et nord-africains sera reconnu d‟importance majeure par les instances scientifiques, culturelles et éducatives de leurs pays. Si j‟aurais pu y contribuer d‟une manière ou d‟une autre je me sentirais comblé. Entre-temps je me sens soutenu par l‟intérêt dont témoignent certains collègues. Pourtant j‟espère qu‟en plus des savants du domaine des jeux et jouets intègreront dans leurs analyses et leurs élaborations théoriques l‟information disponible sur les jeux et jouets des enfants sahariens et nord-africains. Comme je suis quand même resté un peu assistant social et étant depuis longtemps un volontaire du Comité de Gand pour l‟UNICEF, j‟ai voulu trouver des moyens pour rendre mes données, mes photos et ma collection de jouets provenant de mes recherches sur les enfants sahariens et nord-africains utile au niveau de l‟action sociale et pédagogique. Cela m‟a conduit à essayer d‟élaborer ce que j‟aime appeler une approche ludique de l‟interculturel. Cette préoccupation m‟a aussi stimulée à monter deux expositions temporaires, une dans le cadre des écoles communales de Gand (décembre 1982) et une autre dans le Musée International des Arts Modestes à Sète (novembre 2001 – janvier 2002), ainsi qu‟une exposition permanente de ma collection de jouets des enfants ghrib au Musée du Jouet à Mechelen en Belgique (1983- ).

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Pendant la session 2003 de l'Université d'Eté Agadir sur le thème de l'amazighité et les questions de développement on m'a invité à donner une conférence sur la culture ludique de l'enfant amazigh marocain et les questions de développement. Les quelques contactes établies lors de cette session semblent créer des nouvelles occasions pour une recherche action au Maroc mais il est certainement beaucoup trop tôt pour savoir si quelque chose se concrétisera.

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Index Auteurs
Agiobu-Kemmer, I. S., 245 Archier, L., 54 Ariel, S., 335 ATFALE, 240-243 Ballais, J. L., 33 Balout, L., 83, 89, 272, 276 Béart, Ch., 19, 100-101, 211, 295 Belghiti, M., 203 Belgisch Comité voor Unicef, 25-26 Bellin, P., 19, 39, 66, 96 Bergeret, L., 259-260 Bernard van Leer Foundation, 238-239, 242, 245, 252 Bishop, J. C., 335 Bouma, J., 251 Bouzoubaâ, K., 240, 242-243 Brenier-Estrine, A., 62 Brougère, G., 21, 226-227, 229 Brunot, L., 230 Cabot Briggs, L., 28 Cabrera E. A., 19 Camps, G., 23, 28, 31, 36, 208 Castells, F., 165, 199, 217 Catalogue des collections de l'Aurès, 33, 113 Centre de Recherches et d'Etudes sur les Sociétés Méditerranéennes, 100 Champault, F. D., 15, 19, 30-31, 42, 59, 71, 73-74, 96, 108109, 230, 267, 274, 280, 282-283, 333 Claudot-Hawad, H., 24, 90 Claus, G. J. M., 20-21, 24, 41, 96, 231, 295, 332 Cortier, M., 66, 69, 82-83, 86, 89, 198, 210 Curtis, M., 335 Daoumani, B., 42, 81, 182, 188, 192, 194-196, 199-200, 220, 243, 325-326, 335 de Foucauld, Ch., 54, 61, 69, 83-85 Delalande, J., 335 Denis, 54, 63 Dernouny, A., 203 Destaign, E., 116, 120 Doutté, E., 120, 230 Dupuy, A., 207-208, 231 Early Childhood Matters, 251252 E-Conflict™ World Encyclopedia, 25, 27, 29, 36 Eibl-Eibesfeldt, I., 333 El Andaloussi, B., 240-241, 243 El Mostafa, H., 244 Ethnologue: Languages of the World, 29, 32-33

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Encyclopédie Berbère, 123, 208 Factor, J., 40 Fates, Y., 239 Ferrarotti, W., 229 Flamand, P., 120, 197, 199, 230 Foley, H., 66, 69, 84, 89, 276 Fuchs, P., 59, 103, 106 Gabus, J., 26, 69, 71-72, 82, 89, 100-101, 231, 276, 279, 294295 Gaudry, M., 113, 286 Goichon, A. M., 110-111 Grand Atlas du Continent Africain, 27 Grange, J., 230 Guichard, 162-163, 298-299 Gupta, A., 246, 250 Hardy, G., 230 Herber, J., 19, 118-120, 230231, 286-287, 296 Huughe, G., 112 Ibn Azzuz Hakim, M., 51, 123, 213 International Federation for Parent Education, 19 Jemma-Gouzon, D., 33, 201 Jensen, J., 228 Jeu et Sports en Méditerranée, 248

Khanna, S., 245-247 Klepzig, F., 19 Komorowski, Z., 23, 25, 28, 31 Kronenberg, A., 29, 106 Laabib, S., 42, 132, 135, 141, 203, 226, 321-322 Lancy, D. F., 237 Laoust, E., 51, 201, 307, Laoust-Chantréaux, G., 112, 211 Lauras, L., 107, 158, 298 Lebeuf, A. M. D., 61, 293 Le Cœur, Ch., 29, 103, 106, 281 Léonetti, A., 244 Leupen, A., 23 Lhote, H., 66, 71, 82, 84, 90, 264, 270, 272-273, 275-277, 289, 293, 295 Lombard, Ch., 238 Lopatinsky, O., 29, 103, 106, 181 Luwaile Mwamba, B., 238 Lwakatare, E. K., 250 Mahe, A., 32 Mandel, J-J., 62 Manson, M., 225 Mission Scientifique du Maroc, 117, 200 Mouritsen, F., 253 Naseh, A., 199 Nicolas, F., 59, 72, 82, 88

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Oubahammou, L., 129, 203 Paul, S., 81, 206, 217, 277 Pâques, V., 61, 293 Pinto Cebrián, F., 26, 99, 102 Poupée-Jouet. Poupée-Reflet, 20, 260, 281 Robert, A., 39 Servier, J., 20, 207, 223 Sijelmassi, M., 168 Soulé, 119-120 Steinilber-Oberlin, E., 86 Sterner, B., 321 Sutton-Smith, B., 223, 227, 333

Tillion, G., 112, 114, 285 Tolfree, D., 252 UNICEF, 25-26, 235, 248-249, 255-256, 258, 301, 335 La Vie du Sahara, 23, 25, 29, 55, 80, 85, 97-98, 106, 265 Westermarck, E., 20, 120 Woodhead, M., 252 Zerdoumi, N., 37, 116, 120, 230

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Index Géographique et Ethnique
Adrar des Iforas, 24, 273, 278 Agadez, 23, 103-104, 106, 265, 273, 277 Agadir, 34, 126, 169, 193, 196, 235, 243, 335-336 Ahaggar, 23-24, 54, 59, 61, 6668, 71, 72, 82-84, 89, 96, 209-210, 264, 267, 270-272, 275-276, 289 Aïn Toujdate, 35, 75, 118, 124, 296 Aïr, 24, 56, 66, 82, 89, 273, 277 Aït Hmed ou Yacoub, 35, 41, 75,125, 297, 322 Aït Ighemour, 34, 41, 52-53, 62, 64, 76, 158, 212, 293-294, 298 Aït Merghad, 132, 150 Aït Ouirra, 35, 123, 129, 203 Aït Slimane, 149, 298 Alarsès, 265 Algérie, 20, 22-24, 26-28, 31-33, 36-38, 54, 56, 58-59, 63, 69, 73, 79, 81-82, 96, 102, 109112, 116, 120, 195, 209, 223, 230, 239, 264, 266-267, 270, 272-277, 280, 282-286, 289 Amazigh, 15, 22, 24-25, 28-38, 42, 51, 64, 74-76, 79, 101, 111-112, 116, 120, 125-127, 129-130, 132, 150-151, 154, 158, 160, 162, 169-170, 192, 195-196, 198, 202-203, 212213, 235-236, 244, 336 Anti-Atlas, 34-34, 51-52, 117, 124, 126, 177, 181-189, 201, 324 Arabe, 15, 22, 24-26, 28-30, 3338, 42, 111, 119-120, 163, 195, 206-208, 240, 276, 284, 291 Arabo-Berbère, 22, 28-29, 34, 36, 75, 132 Assa, 26-27 Aurès, 33, 37, 112-113, 284-285 Bardaï, 29, 104, 281 Belbala, 10, 22, 30-31, 52, 7374, 79, 82, 96, 107, 219, 223, 280, 282-283, 296 Beni Snous, 79, 116 Berbère, voir Amazigh Boutilimit, 82, 101 Casablanca, 200-201 Chaamba, 22, 28, 30, 52, 73-74, 274, 294 Chaouia, 22, 33, 79, 81, 112113, 209, 211, 284-286, 290, 296 Chott l-Djerid, 24-25 Djanet, 52, 265-266, 273, 277 Djerba, 208 El Faouar, 25 El Khemis, 34, 139, 162, 213 El Ksiba, 35, 203 El Ouata, 109, 283 Erg er Raoui, 28, 30 Erg Iguidi, 27 Ergoub, 35, 181, 324 Errachidia, 34-35, 130, 150 Essaouira, 41, 76, 158, 199

341

Fès, 35-36, 117, 119-121, 124, 286, 288 Gand, 41, 201, 255, 258, 301, 331-332, 334-335 Ghadames, 23 Ghardaïa, 31, 110-111, 284 Ghât, 24, 86, 265, 277 Ghomara, 51-52, 117, 123 Ghrib, 4, 10, 20-22, 24-26, 41, 52-54, 56, 59, 63, 72-74, 79, 81-82, 92, 94-96, 101, 108, 218-219, 223, 227, 231-232, 255, 258, 293-295, 316, 332333, 335 Guelmim, 77 Goulmima, 34-35, 41, 75, 117, 124, 149-151, 154, 243, 322323 Haut Atlas, 34, 64, 76, 117, 124, 126, 149, 321-324 Hmar, 34, 41, 75, 173-174, 198, 212, 299, 324 Ighrem-n-Cherif, 34, 42, 154, 298, 323 Ignern, 34, 42, 148, 160-161, 298, 322-324 Imi-n-Tanoute, 34-35, 41, 75, 117, 124, 169-170, 198, 212, 232, 299, 324, 334 Imou Ergen, 35, 42, 177, 181, 299-300, 324 In Amedgel, 270, 275-276 Jbel Ayachi, 35, 126, 130, 132, 145, 321-322, 324 Jbel Siroua, 34, 76, 124, 158, 322-324

Juifs du Sud du Maroc, 117, 123124, 197, 199 Kénitra, 241, 243, 301, 334 Khemisset, 35, 41, 75, 111, 124127, 2243, 322, 334 Khouribga, 36, 117, 200 Kidal, 87, 273-274, 278 Ksar Assaka, 35, 42, 75, 132, 135, 139, 141, 144, 203, 226, 297, 321-322, 324 Ksar Hasni Biad, 34, 42, 154, 224, 298, 324 Lagzira, 42, 192, 301, 317, 326 Lahfart, 35, 42, 182-184, 186188, 212, 300 Libye, 23-24, 54, 82, 86, 210, 265, 277 Magaman, 34, 42, 75, 151, 289, 322 Mali, 23-24, 61-62, 66, 69, 82, 87, 210, 273, 278 Maroc, 4, 9, 11, 20-27, 30, 34, 36, 38, 41-42, 51-53, 59, 7476, 79, 81-82, 116-206, 209, 212-213, 217-220, 223, 226, 229-232, 235, 239-245, 252, 257-258, 267-268, 286-288, 296-301, 321-336, 334, 336 Marrakech, 34-36, 41, 75, 117, 120, 123-124, 162-166, 168169, 199, 201, 212, 241, 243, 298-299, 334 Maures, 22, 25-26, 52-54, 58-62, 71, 79, 81-82, , 96-100, 101102, 108, 209, 211, 267-269, 278-279, 289, 293-295

342

Mauritanie, 25-27, 62-63, 71, 82, 96, 101, 211, 231, 268, 278 Merzouga, 34, 117, 124, 154, 157, 224, 298, Midelt, 35, 41, 75, 117, 124, 126, 128, 130, 132-147, 154, 203, 243, 321-322, 324, 334 Mopti, 23, 52, 62 Moulay Idriss, 117, 119, 121 Moyen Atlas, 35, 117, 120, 124, 127, 129-130, 142, 198, 202203, 209, 321 Mozabites, Mzab, 11, 22, 31, 79, 81-82, 110-111, 217-219, 223, 284, 296 Niger, 23-25, 52, 56, 56, 59, 6162, 66, 72, 82, 88, 265-266, 273, 277 Nouakchott, 25, 101, 231 Oualata, 25-26, 52-53, , 60, 62, 71-72, 81, 99-101, 231, 268269, 279 Ouargla, 28, 80 Ouarzazate, 34, 64, 76-77, 117, 150, 158, 162, 169, 199 Oulad ben Sbaa, 35, 199 Oulad Yahya, 34, 75, 172-173, 198, 212 Oulmès, 35, 127, 297 Pré-Sahara marocain, 158, 323 Rabat, 36, 51, 117, 120, 165, 240, 287, 324, 334 Regeybat, 22, 27-28, 52-54, 63, 79, 81, 102, 108, 280 Rhergo, 52, 61-62

Sahara Nord-occidental, 27, 30, 59-62, 73, 102, 107, 109, 267268, 274, 280, 282-283 Sahara Occidental, 25-27 Sahraoui, 20, 22, 26-27, 79, 102 Saoura (Vallée de la), 22, 30-31, 52-54, 59, 79-81, 109, 218, 267, 283, 293, 296 Sénégal, 25-26, 101, 331 Settat, 117, 200-201 She°ba, 35, 42, 130, 297 Sidi Ifni, 35, 42, 117, 124-126, 177, 181-182, 191-195, 199200, 212, 220-221, 243, 325326, 334-335 Tabenatout, 35, 42, 146, 297 Tafraoute, 35, 181-182, 200, 324 Tagant, 278-279 Tahoua, 59, 88 Taliouine, 34, 148, 160, 322 Talat (Aïr), 266 Tamanrasset, 56, 287, 292, 296, 309 Tanger, 120, 201 Taroudannt, 34-35, 41, 75, 117, 124, 126, 160, 172-173, 198, 209, 212, 299, 324 Tassili n'Ajjer, 24, 82, 90, 266 Tataouine, 35, 42, 145-146, 297 Tazenakht, 34, 76, 158-160 Tchad, 29, 59, 103, 280 Teda, 22, 29, 52-54, 58-59, 79, 81, 103-106, 108, 280-282, 295-296 Tibesti, 29, 59, 103, 106, 280281 Tidjikdja, 25, 96, 99, 209-211, 278-279 Tombouctou, 89

343

Tiris (région de), 27 Tizal, 34, 139, 162, 213 Tlemcen, 79, 116, 120, 2 Touareg, 22-26, 52-56, 61, 6668, 72, 79, 81-90, 96, 209210, 264-267, 269-278, 281, 289, 293-295, 301, 332

Tunisie, 4, 10, 20, 22, 24-25, 36, 54, 56, 63, 72-79, 81-82, 92, 203, 205-207, 219, 227, 231, 248, 255, 257, 287, 301, 332333 Zaïda, 35, 141, 147, 220, 297298, 324

344