TEXTES À L’APPUI série sociologie

dominique monjardet

notes inédites sur les choses policières,
1999-2006
suivi de

le sociologue, la politique et la police
sous la direction d’antoinette chauvenet et frédéric ocqueteau préface de pierre joxe

ouvrage publié avec le soutien du centre d’études et de recherches de science administrative (CERSA) et du CNRS

ÉDITIONS LA DÉCOUVERTE
9 bis, rue abel-hovelacque PARIS XIIIe 2008

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ISBN 978-2-7071-5455-2

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Éditions La Découverte, Paris, 2008.

Préface Alma mater
par Pierre Joxe, ancien ministre de l’Intérieur

« Alma mater », pour désigner l’Université, est une expression ambiguë car l’adjectif almus signifie aussi bien nourricier, ou nourrissant – en latin classique – que vénérable chez Justinien où « Alma Urbs » désigne l’Auguste Ville, celle de Constantin… « Alma mater », l’université auguste et nourricière, c’est bien celle qui peut éduquer la jeunesse mais aussi alimenter l’action politique en réflexions et en analyses aptes à guider les décisions ou du moins à éclairer les décideurs. Disciple de Confucius ? Le 14 mai 2002, Dominique Monjardet, intellectuel proche de l’action, écrit dans son journal : « Il n’y a pas de police facile. Si la police était facile, il n’y aurait pas besoin de police… » Plutôt qu’un lettré chinois ciselant des aphorismes, Monjardet me rappelle mes maîtres à l’université. Ceux qui m’ont enseigné un peu d’histoire. Bien qu’il ait commencé à étudier la sociologie industrielle dans le sillage d’Alain Touraine aux Hautes Études, ce sont quelques expressions latines qui me viennent à l’esprit en relisant ou découvrant les écrits de Dominique Monjardet. Sans doute parce qu’à l’époque où j’étais étudiant, on nous nourrissait – voire gavait – de droit romain et de ces adages qui ont traversé les siècles. Souvent tirés de Cicéron, comme « cedant arma togae » – affirmant que la force des armes doit être soumise à la loi – ou encore « summum jus, summa injuria » – ainsi traduit par Montesquieu : « L’extrême justice est injustice », et ainsi commentée : « La justice consiste à mesurer la peine à la faute eu égard aux considérations raisonnables (qui doivent) tempérer la rigueur de la loi »… 5

notes inédites sur les choses policières, 1999-2006

« Dura lex, sed lex », affirme pourtant l’adage antagonique dans ce débat sans fin sur le droit et la force, sur le juste et l’injuste… C’est une longue tradition philosophique qui irrigue et nourrit notre droit depuis ses sources antiques jusqu’aux penseurs contemporains. Alors me vient à l’esprit, songeant toujours à Monjardet, et à son rôle d’intellectuel engagé au service de l’action, la curieuse expression « Alma mater ». Car l’action politique ne peut se passer de sciences sociales. Ce sont longtemps les sciences juridiques qui ont servi de bagage unique et suffisant aux clercs affectés au pouvoir. Puis les sciences économiques – tard venues dans le panorama des politiques – ont progressé, de Adam Smith à Keynes en passant par Marx, et prétendu éclairer l’action. On en connaît les limites… La sociologie, quant à elle, est la dernière arrivée dans le champ politique : logement, santé, formation, urbanisme, transport, presque toutes les politiques publiques ont commencé à s’inspirer de la recherche en sciences sociales dès le début du XXe siècle. Mais, parmi toutes les politiques publiques, c’est celle du « policing » qui est demeurée le plus longtemps (en France) à l’écart de la recherche, de la réflexion et de la théorisation. On se souvient qu’en février 2003, le ministre Sarkozy de passage à Toulouse s’en était pris à la « police de proximité » en mettant publiquement en cause le commissaire Jean-Pierre Havrin par une démarche insolite et même sans précédent. Le ministre de l’Intérieur avait brutalement attaqué ce remarquable serviteur de l’État de droit en déclarant sous le regard stupéfait des autres fonctionnaires de police et en présence des caméras de télévision spécialement convoquées à cette fin : « La police est là pour arrêter les délinquants, pas pour faire du social. » Quatre ans plus tard, on sait comment a évolué la politique de sécurité, bien qu’on ne sache pas encore comment elle va à nouveau évoluer dans les années qui viennent. On sait pourtant déjà que le travail irremplaçable des sociologues – tous plus ou moins élèves ou héritiers de Dominique Monjardet – sera la clé du progrès dans ce domaine. Lorsque j’avais créé l’Institut des hautes études de la sécurité intérieure (IHESI) il y a vingt ans, je m’étais évidemment inspiré des exemples étrangers, en particulier canadien et scandinaves. J’avais aussi bénéficié de l’expérience et du discernement de Jean-Marc Erbès qui a tant fait dès l’arrivée de Gaston Defferre au ministère de l’Intérieur, puis avec moi-même pour 6

bien d’autres contributions de la sociologie et de la science politique seront nécessaires pour progresser dans la définition des politiques sociales. des politiques publiques répondant aux dimensions nouvelles de la vie urbaine. Erbès qui s’en explique dans les pages suivantes. Paris. Mais c’est avec la pensée et le travail originaux de Dominique Monjardet et de ceux qui signent les pages suivantes que la réflexion sur la politique de sécurité a acquis une profondeur et même une épaisseur qu’un travail scientifique peut seul assurer. le 18 avril 2007 . le « bizness » évoqué par le sociologue Gérard Mauger. Ces études nous conduisent aux frontières de la science économique qui s’efforce d’étudier l’économie parallèle. de plus fertile.préface repenser et refonder la formation des fonctionnaires de la police nationale. Récemment. l’économie souterraine. de plus nourrissant dans notre « Alma mater ». plusieurs ouvrages ont exploré les liens entre la ségrégation urbaine et les conduites déviantes qui peuvent tourner vers la délinquance et la criminalité. Nous ne savons pas encore ni ce que les intellectuels vont produire ni ce que les politiques vont en faire. Certes. D’autres études prolongent la réflexion sur ces nouvelles classes dangereuses comme faisant écho au célèbre ouvrage de Louis Chevalier Classes laborieuses. mais nous savons déjà – et nous lui rendons hommage – qu’un homme comme Dominique Monjardet aura représenté ce qu’il y a de plus fécond. au ministère de l’Intérieur et à l’IHESI auprès de J. Je sais ce qu’il a apporté à la Police nationale.-M. classes dangereuses quand il enseignait au Collège de France.

les diverses contributions produites depuis une dizaine d’années sur l’élaboration. mais aussi à l’analyse des politiques publiques.Avant-propos Autour de l’œuvre de Dominique Monjardet par Antoinette Chauvenet et Frédéric Ocqueteau Dominique Monjardet est décédé le 24 mars 2006 à l’âge de 63 ans. il me restera deux ans d’activité au CNRS. en tant que sociologue. le CERSA (Centre d’études et de recherches de science administrative). l’univers complexe de l’institution policière en France. Dans son dernier « rapport à deux ans » au CNRS (2004). pour n’y plus jamais revenir. Il fut l’un des premiers à explorer. La maladie ne l’avait pas épargné ces dix dernières années. à l’âge de 26 ans. on peut lire ceci : « Au jour où ce rapport sera examiné – c’està-dire au printemps 2006 –. il avait repris ses recherches dès qu’il avait été en mesure de le faire. Gravement touché en 1996-1997. Il n’a jamais diminué ses activités jusqu’au dernier soir de janvier 2006 où il a brusquement quitté son laboratoire. la mise en œuvre des politiques 9 . Il était entré au CNRS comme attaché de recherche le 1er octobre 1968. en une publication unique. l’évolution. Ils ont mis en lumière la position exceptionnelle qu’il avait acquise au sein de la sociologie française. puis 2003-2004. Je compte consacrer ce temps à la rédaction d’un ouvrage de synthèse : Socialisation professionnelle des policiers. Il a été nommé directeur de recherche le 1er octobre 1986. en 2001-2002. Tous ses rapporteurs au Comité national ont souligné ses qualités et compétences. et je souhaite rassembler. Ses capacités d’analyse et de théorisation l’ont amené à fournir un apport remarquable à la sociologie des professions.

10 . On trouvera dans la troisième partie de cet ouvrage la teneur de sa bibliographie exhaustive. consacré précisément à l’évaluation d’une politique publique.notes inédites sur les choses policières. il est mis à la disposition de l’Université de Montréal au Québec. est paru dans la revue Sociologie du travail en juillet 2006. le 1er mars 1968 : « Son projet. élaboré au cours des derniers mois. Il avait également envisagé de se consacrer à la synthèse des travaux qu’il avait capitalisés depuis une dizaine d’années au Québec sur la « Police communautaire ». Il retournera pratiquement chaque année par la suite à l’UDM (au Centre international de criminologie comparée). Son œuvre est le fruit d’une carrière qui s’est développée alternativement dans quatre laboratoires du CNRS. beaucoup écrit. dirigé par Claude Durand. d’une capacité d’aborder et d’analyser des problèmes de grande portée et d’une idée claire des moyens à employer pour les étudier. Dominique Monjardet avait rassemblé des matériaux pour le compléter par un deuxième. Nous voudrions rappeler brièvement les étapes de ce parcours. Il y a noué des liens et des collaborations importantes. il rejoint le Groupe de sociologie du travail. » De 1974 à 1990. À son entrée au CNRS. Voici les termes d’Alain Touraine dans sa lettre de recommandation au directeur du CNRS. témoigne d’une maturité certaine. Dominique Monjardet fut affecté au laboratoire de Sociologie industrielle. durant ses trente-huit ans de carrière au CNRS. 1999-2006 publiques. département de recherche du ministère de l’Intérieur. soit en 1979-1980. dirigé par Alain Touraine. Au cours de cette période. il est mis à disposition du ministère de l’Intérieur au titre de conseiller technique pour la recherche de 1. […] Sa candidature me paraît de celles qui peuvent être considérées avec le plus grand intérêt et j’ai la plus grande confiance dans l’intelligence et dans l’efficacité de ce chercheur […] 1. ER 127. peut-être sous le titre : Peut-on moderniser la police ? » Un article posthume. mais également à l’IHESI (Institut des hautes études de la sécurité intérieure). et au Québec. archives CNRS. à la lumière du second passage de Nicolas Sarkozy au ministère de l’Intérieur. localisé à l’université de Paris-VII. De 1989 à 1991. Dossier administratif de Dominique Monjardet. à l’École pratique des hautes études. Dominique Monjardet a. celle de Nicolas Sarkozy au ministère de l’Intérieur entre 2002 et 2004.

celle qui a fait de lui le grand spécialiste de l’administration policière que l’on sait. et de très nombreux articles publiés notamment dans Sociologie du travail. la démarche de Dominique Monjardet apparaît particulièrement originale car il a été l’un des premiers en France à prendre la police comme objet d’étude et à la soumettre aux méthodes d’analyse des sciences sociales.avant-propos Jean-Marc Erbès. ses articles concernant les rapports entre technologie et organisation et ses analyses portant sur les couches moyennes demeurent des références fondatrices. C’est sur ce socle et sur les démarches d’analyse de la sociologie du travail et des organisations que Dominique Monjardet va s’appuyer pour mettre au point ce qu’il appelait lui-même « sa seconde période ». en valider et en valoriser les produits. à l’Université de ParisX-Nanterre. Dominique Monjardet laisse un triple héritage dans les domaines de connaissance de la police. où il restera jusqu’en 2001. Le 1er septembre 2001. Cette affectation. L’institutionnalisation de la recherche à l’IHESI. pour stimuler la demande de recherche. entamée en 1983. dirigée par Pierre Dubois. il s’est concentré sur des sujets classiques de la sociologie du travail qu’il a contribué à moderniser comme l’attestent deux ouvrages écrits en collaboration avec Georges Benguigui. car le CERSA a su créer en son sein un pôle spécialisé dans le champ de la « police et sécurité » qui était le sien. Trente ans plus tard. l’entreprise industrielle. correspondait à une opportunité exceptionnelle à ses yeux. il rejoint le CERSA (Centre d’études et de recherches de science administrative – UMR 7106 CNRSParis-II). C’est également à cette période (1er juin 1990) qu’il est affecté à l’URA « Travail et mobilité ». La carrière et l’œuvre de Dominique Monjardet se découpent en deux périodes distinctes. directeur de l’IHESI. quand bien même 11 . il a mené des recherches sur les ingénieurs-techniciens et les cadres. comme il l’a expliqué lui-même dans sa demande de rattachement. Dans ce champ. En résumé. Simultanément. il a légitimé une démarche de recherche auprès d’une institution et d’une profession rétives à l’investigation externe. dirigé par Jacques Chevallier. De son entrée au CNRS jusqu’au début des années 1980. les relations entre la technologie et l’organisation. c’est-à-dire le ministère de l’Intérieur. de la délinquance et de la sécurité : — Il a effectué un travail avec l’administration concernée. et les classes moyennes.

12 . telles notamment Déviance et Société. Il a joué un rôle de pionnier en France en enseignant régulièrement dans différentes écoles ou centres de formation de police. aux Éditions La Découverte. 1994. exceptionnelle sur le plan de la méthodologie empirique. On peut ainsi rappeler le rôle des séminaires et cours successifs sur l’institution policière qu’il a animés avec divers chercheurs. Les Cahiers de la sécurité intérieure et. 1997 et 2002). l’IHESI. conjuguées avec celles d’autres acteurs dont on trouvera les plus significatifs au sein de la « table ronde » publiée dans la deuxième partie de cet ouvrage. Il a par ailleurs réalisé une grande enquête. les élèves ont répondu à un questionnaire fermé de 110 questions concernant leurs parcours. À cette date. tout dernièrement. un ouvrage qui sera traduit en portugais en 2003. motivations et attentes. Il a continuellement su et voulu nourrir ses activités d’enseignement par des recherches personnelles. en 2004. puis en 1993. — Dominique Monjardet était un chercheur dans l’âme. Le rapport de la sixième phase a été remis au commanditaire. de l’influence des collègues et des affectations successives. en 1996. concernant le devenir d’une promotion de gardiens de la paix entrés dans les écoles de police en 1992. Une visibilité particulière a été conférée à ces travaux par des publications dans des numéros spéciaux de revues. sous le triple ressort de la formation. il a favorisé la constitution d’un milieu de chercheurs en sciences sociales sur la police. 1999-2006 aurait-elle connu de nombreux aléas politiques. Ce questionnement a été renouvelé à six reprises (deux fois en 1992. Pierre Favre et Frédéric Ocqueteau. Antoinette Chauvenet. dont René Lévy. de comprendre. animé par la passion d’analyser. Cultures & Conflits. Les sciences sociales disposent ainsi d’une cohorte de policiers de dix ans d’ancienneté dont a pu être analysée l’évolution. — Comme on le verra dans les témoignages de la deuxième partie. comme en témoigne ici Catherine Gorgeon. Sociologie de la force publique. est liée à ses initiatives. Il laisse un ouvrage fondateur marquant une étape solide dans la connaissance de l’institution policière : Ce que fait la police. d’expliquer. Sociologie du travail.notes inédites sur les choses policières. en 2003. la place prise par les sciences sociales dans les formations policières n’a cessé de croître. Il est également intervenu plus ponctuellement en Catalogne. Dans le même temps. au Brésil et au Québec.

75005 Paris. Amadeu Recassens (ex-directeur de la recherche à l’École de police de Barcelone). le CERSA. Pour des raisons éditoriales. Philippe Lamy (conseiller à la mairie de Paris sur les questions de sécurité. à la science politique et à l’histoire. François-Yves Boscher (IGPN [Inspection générale de la police nationale]). rue Thénard. La journée a été intégralement filmée par le cinéaste Bernard Kleindienst. Patrice Aubertel (chargé de projet au Plan Urbanisme Construction Architecture). Il aurait pu y faire une fois encore la preuve de son savoir-faire méthodologique et de la rigueur de son raisonnement théorique. « Travail et mobilités »). chargé de recherche au CNRS). Jean-Marc Erbès (inspecteur général de l’Administration). De nombreux témoignages de gratitude de policiers ont été lus par A. Sylvain Monjardet (étudiant). Pierre Joxe (ancien ministre). Christian Mouhanna (sociologue. Il y avait retrouvé des chercheurs travaillant sur les mêmes objets que lui et avec lesquels il avait formé une équipe (Frédéric Ocqueteau et Anne Wyvekens). Pierre Favre (professeur de science politique). Lucie Tanguy (directrice de recherche au CNRS. La première partie rassemble des notes inédites qui forment le journal du chercheur durant les sept dernières années de sa 2. Gilles Sanson (inspecteur général de l’Administration). Mais il participait également avec fidélité aux autres séminaires et entreprises du CERSA. Une table ronde animée par Jean-Marc Erbès a révélé l’influence de Dominique Monjardet auprès des acteurs du champ policier. promotion 1995). son immense culture sociologique en faisaient un merveilleux interlocuteur. nous n’avons pu retranscrire les discussions et débats pourtant riches auxquels ont donné lieu les interventions 2. Benoît Reverdin (psychologue). tant dans les directions centrales que sur le terrain. Au cours de ces débats sont intervenus : Georges Benguigui (directeur de recherche au CNRS. Dans son dernier laboratoire. chargé de recherche au CNRS). le CNRS et le CERSA ont organisé une journée de témoignages et de réflexions autour de ses apports à la sociologie. Les actes de ce colloque constituent la deuxième partie du présent ouvrage. Jean-Paul Brodeur (directeur du CICC [Centre international de criminologie comparée]). 13 . ancien auditeur de l’IHESI. Philippe Madelin (journaliste). « Travail et mobilités »). Fabien Jobard (sociologue.avant-propos On regrette amèrement que la publication synthétique envisagée par Dominique Monjardet n’ait pas pu être réalisée. son aptitude à déceler les failles dans les raisonnements présentés. 10. Le 20 octobre 2006. dont celui du commandant de police Philippe Pichon. Ses interventions caustiques. dont notamment l’élaboration d’un ouvrage collectif publié en 2005 à La Découverte : L’État à l’épreuve des sciences sociales. de ses engagements et de sa pratique scientifique. Chauvenet. Dominique Monjardet s’était acquis une place fondamentale. partenaire et collègue. Le film sur DVD est consultable au centre de documentation du CERSA.

La chronique des choses vues. 1999-2006 vie (1999-2006). un dossier papier intitulé « Notes éparses » révéla une cinquantaine de feuillets datés de 1998 à 2003. Qui sait si Dominique Monjardet. Mais ces notes contribuaient surtout à la préparation des articles. non seulement elles constituèrent pour lui un ressourcement constant. et de ne rien ajouter qui puisse en altérer le contenu (en dehors de quelques noms anonymisés qui auraient pu paraître diffamatoires) : l’appareil des notes infrapaginales que l’on a cru devoir rajouter au texte. Le ton de ces notes est souvent ironique. Quand nous avons procédé à l’inventaire de ses archives. vécues. n’était pas en train d’écrire les siens au jour le jour ? Nous avons décidé de respecter la chronologie de ses notes. Intrigués par cette découverte d’un journal inconnu. S’il n’en a jamais parlé à quiconque. était le véritable moteur ou le mobile intime de l’investissement professionnel de ce sociologue pacifiste encore trop mal connu du grand public ? Et si l’indignation face aux errements du monde policier était la condition sine qua non pour essayer de le raisonner pour qu’il fonctionne mieux. de 2002 à 2006. le temps de la retraite venu. de les confronter sans cesse à d’autres et d’enrichir la réflexion sur ses objets de prédilection. La lecture assidue des mémoires du duc de Saint-Simon et d’innombrables mémoires de policiers fut. 14 . mais. entendues et lues atteste un besoin évident d’ordonner ses propres idées. profondément attaché à cette forme ou à ce genre littéraire. Ils s’efforcent simplement d’éclairer des enjeux obscurs. chez lui.notes inédites sur les choses policières. parfois révolté. un réel plaisir et une source d’enrichissement et de réflexion constante. On lira d’abord un journal vivant qui éclaire une œuvre toujours en progression. rapports et ouvrages que Dominique Monjardet peaufinait et publiait régulièrement. dans la mesure où une fréquentation et des discussions quotidiennes de collègues. Et si la colère. nous ont permis de les identifier. non pas vertueuse mais simplement citoyenne. ainsi que les balises de son itinéraire institutionnel restent volontairement minimalistes. car elles expliquent mieux que tout les ressorts profonds de sa personnalité scientifique et de son inspiration. elles avaient peut-être aussi une destination plus précise : celle d’un matériau pour l’écriture de futurs mémoires. nous avons alors cherché et retrouvé dans son ordinateur un fichier du même nom qui y faisait suite (2003-2006). Il nous a rapidement semblé que ces notes travaillées devaient accéder au grand jour.

qui n’en avait pas le nom. Tout connaisseur des travaux de Dominique Monjardet a pu apprécier une œuvre superbement maîtrisée. Les notes de ce journal. . oui. témoigne. Ce journal sociologique montre la diversité de ses sources d’inspiration et la nature des dettes innombrables qui enrichissaient Dominique Monjardet. C’est précisément du courage et de l’obstination qu’il exigeait dont le présent journal. avec parfois les excès et les emportements de son auteur. sans peut-être se douter qu’elle n’était jamais que temporairement apaisée. qui éclairent la genèse des travaux de sa maturité intellectuelle. impatient de se nourrir quotidiennement du travail de ses pairs et des informations des autres. Une certaine violence. montrent la lourdeur du tribut payé par une sensibilité à fleur de peau. mais surtout sisyphien. Une sensibilité qu’il sut tempérer par la posture ironique du sage.avant-propos c’est-à-dire plus démocratiquement ? Et si le travail d’objectivation scientifique autour d’un « objet sale » pour le rendre un peu plus propre était la clé du combat engagé sur tous les fronts par ce sociologue atypique ? Ce combat fut titanesque. en s’efforçant de n’être paralysé ni par le doute ni par la démission. à commencer par celle qu’il exerça à l’égard de luimême pour continuer à penser ce qu’il croyait être juste. lui permettant de ne jamais renoncer.

1999-2006 par Dominique Monjardet .I Notes inédites sur les choses policières.

1983. Les italiques ont été conservés dans les passages explicitement soulignés par D. 2. L’ennemi public nº 1 fait le premier flic de France (Mesrine k Broussard) et le sous-prolétaire fait le sous-policier. la source d’inspiration : Sophie Tiévant. Le rôle essentiel des commissions d’enquête sur les dérives policières est d’en proposer la légalisation. une tentative non datée de D. La Découverte. de récapituler ses notes dans des sousrubriques thématiques. La justice se jugeant au-dessus de ces combinaisons locales en devient le bouc émissaire. La police est d’autant plus méfiante et brutale qu’elle connaît moins les lieux où elle intervient.1 Notes de l’année 1999 [Sans date] – Les théorèmes de Monjardet 1 : Théorème de Demonque 2 : sur une courte période. 19 . La police n’est pas faite contre les délinquants mais pour les honnêtes gens 3. les statistiques de la délinquance varient en proportion inverse de la popularité du ministre de l’Intérieur auprès des agents chargés du collationnement des données qui les fondent. La discrimination policière ne procède pas par violation de la loi mais par application stricte du règlement (ce qui invalide l’idée que « c’est la liberté qui opprime et la loi qui protège »). (il les accompagnait de la mention « sdm » [souligné par Dominique Monjardet]). M. Pierre Demonque fut le pseudonyme qu’il se donna lors de la publication de son premier livre écrit sur la police : Les Policiers. M. 3. note du 4 octobre 2000. c’est l’absent qui a toujours tort. Voir infra. Il semble que cette entreprise ait été abandonnée en 2003. 1. Ici. « Repères ». Dans un partenariat.

de sécurité publique ou de contrôle social de la déviance. avec la prison et quelques autres. et j’en trouve confirmation dans l’épais dictionnaire de socio que viennent d’éditer Seuil et Petit Robert : qu’il s’agisse de profession. 2215-1 : « toutes mesures relatives au maintien de la salubrité. Derrida…) qui lui aurait donné lettres de noblesse et promotion « théorique ». de pratiques ou de concept. auteur d’une thèse de droit publiée en 1974 sur La Police nationale. Par là. dont ils ignorent tout. mais « ce-qu’il-fautpenser-de-ce-que-Foucault-ou-autre-pense-de… ». un objet noble. [Sans date] – Ordre public – article L. – Objet sale : Je savais que la police n’était pas. précisément. Allusion à Jean-Jacques Gleizal. d’organisation. directeur du Forum français de la sécurité urbaine. ou article L.notes inédites sur les choses policières.) Mais c’est plus grave encore. 28 novembre 1999. l’entrée POLICE n’existe tout simplement pas (et conséquemment les chercheurs qui s’en occupent). l’objet sale par excellence. d’administration. de la sûreté et de la tranquillité publiques ». la sûreté. magistrat. le Foucault (ou le Arendt. cela nous a du même coup évité la horde de petits marquis et « vraicons » s’abattant sur le champ pour nous expliquer doctement et cuistrement non pas certes ce qu’est la police. puis de nombreux écrits juridiques sur la police. il y a certes Foucault. Dans le même ordre d’idée. mais. c’était parce que – à la différence de la prison – il ne s’était pas trouvé l’auteur prestigieux (Gleizal et Marcus 5 me pardonnent). Voir infra note du 6 décembre 2005. professeur de droit à Grenoble. (Pour la prison. de fonction sociale. 1999-2006 La mobilité (géographique) des policiers engendre l’immobilisme de la police (à partir de Damien Cassan) 4. la sécurité et la salubrité publiques… ». À toute chose malheur est bon. dont ils se soucient comme d’une guigne. c’est même. si vingt ans après (articles RFAP et LDDH [Revue française d’administration publique et Ligue de défense 4. S’ils évoquent la prison. fût-ce un peu seuls. ce ne sera jamais à la prison que s’intéresseront les petits marquis. il a été possible de penser tranquilles. 5. pour les sciences sociales. Fermez le ban. c’est uniquement comme prétexte à se jucher sur la pensée de F. et L. et à Michel Marcus. Autrement dit : mars 2000 : j’ai longtemps pensé que si la police était demeurée l’objet sale dont nul ne parle. Rawls. d’institution. 131-2 du code des communes. 20 . 2212-2 du code général des collectivités territoriales : « […] La police municipale a pour objet d’assurer le bon ordre. mais au discours de Foucault sur la prison.

la compétence des hauts fonctionnaires (préfets et policiers) est inversement proportionnelle à l’arrogance dont ils témoignent. 1991. PUN. alors même que depuis vingt ans le champ a nourri quelques recherches significatives et s’est ouvert à des travaux étrangers essentiels. Revue française d’administration publique. il est moins soucieux de voir les idées se répandre (et cela fut largement fait) que le promoteur être pinaclé… tentation qui nous éprouve tous… Il faut trouver l’antidote au syndrome du pionnier : supporter que d’autres s’installent sur le champ sans nous payer un droit d’entrée. 1999. Auteur officiel du « prérapport de la commission d’étude des réformes de la police nationale » (1982) commandité par la nouvelle équipe dirigeante en 1981 . faute de connaître ce qu’il en est ailleurs. au nouvel article « Le destin d’un rapport ». et y refait le numéro du pionnier précurseur pillé mais méconnu. – Théorème : au ministère de l’Intérieur. Allusion de D. Plus un fonctionnaire se montre arrogant. l’auteur visé en raconte les avatard dix ans plus tard dans La Police au rapport. . Nancy. 495-504. Jeudi 30 décembre 1999. il y avait notamment un rapporteur – G. 6. Sanson – qui tenait la plume…). NB : la formulation est restreinte au ministère de l’Intérieur. il n’est pas besoin d’être arrogant.notes de l’année 1999 des droits de l’homme]). ce qui d’ailleurs se comprend aisément : quand on est compétent. nº 1. M. mais rien n’indique que ce ministère soit sur ce point original. c’est bien parce que du rapport qu’il s’approprie (et dont il faudrait quand même au passage rappeler qu’il fut celui d’une commission qui ne saurait se résumer entièrement dans son président. Jean-Michel Belorgey 6 ressasse encore son amertume de l’accueil réservé à son rapport. moins on peut espérer qu’il soit compétent. p.

de façon inopinée. c’est pourtant la même posture. et on peine à trouver des exemples récents. La priorité est donc accordée au contrôle politique de l’administration et de ses personnels.2 Notes de l’année 2000 21 février 2000. c’est l’urbanité témoignée en son temps – parfois fort éloigné – à un élu local influent qui tient lieu de compétence pour diriger la police… — « Verrouillage politique ». Dans ce cas. et c’est un risque insupportable . la police est considérée comme une administration « sensible ». assurée par la promotion d’un fidèle à sa tête. 22 . En ce cas également. peu fiable. on entend rarement les fonctionnaires dénoncer leurs collègues des corps d’inspection comme des « irresponsables » . En ce cas. des incidents politiquement coûteux. et par laquelle peuvent surgir. acquise et attestée par les emplois antérieurs » : c’est le moins fréquent. il faut entendre incontrôlables. Le reproche est d’ailleurs d’autant moins fondé que la qualification et la position même du chercheur sont antinomiques avec une position de responsable dans le champ. — « Compétence dans l’emploi. on s’en prémunit en le qualifiant d’irresponsable. et cette fonction. – On reproche aux chercheurs d’être irresponsables. Un chercheur est quelqu’un qui est toujours susceptible de dire que le roi est nu. Trois modes d’accès à la DGPN [Direction générale de la Police nationale] : — « Avoir été préfet du département d’élection du ministre de l’Intérieur ou du président ». est redoublée par une politique systématique de nominations partisanes. les compétences administratives et policières sont jugées secondaires. Dans ce sens.

Au lieu de faire le ménage dans ses rangs. (Ajout le 22 janvier 2001. infecté. le chirurgien malhabile ou le banquier escroc. une anomalie. farouchement convaincus des vertus de l’exemplarité quand il s’agit des délinquants. L’idée que la sanction de la bavure doit être exemplaire leur est tout à fait étrangère. la minimiser quand ce n’est pas possible. S’ils ne questionnaient pas la bavure. 23 . et le plus souvent endossée et renforcée par le ministre. et puis c’est compréhensible. la profession. – Ce n’est pas la bavure qui pose problème et déshonore la police : aucune corporation n’est à l’abri de la faute ou de la défaillance de l’un de ses membres.) – Bavure. l’excuser quand elle est avérée. a contrario. Dénégation. il faudrait en conclure que celle-ci n’est pas un événement. et qu’on ne s’y habitue pas. systématiquement. et le policier ripoux ou brutal n’est pas plus évitable en effet que le prêtre pédophile. – Il est curieux de constater que les policiers. ne parlent jamais de ce qu’on fait de bien… » Il est vrai que les journalistes me questionnent le plus souvent à propos de bavures. terrorisé à l’idée de voir ses troupes lui échapper si d’aventure il faisait acte de contrition. voire secret-défense. et de la confiance qu’on souhaiterait.notes de l’année 2000 18 avril 2000. la police se resserre autour de ses brebis galeuses. mais ce n’est pas la seule occasion (formation. femmes dans la police. Là est la faute inexcusable. et tout le troupeau en est. l’administration réagissent d’abord. mise en cause de la victime. sélection du juge. mais le traitement qu’elle en fait. par la dénégation. un accident. C’est le plaignant qui ment. ne le sont plus du tout quand il s’agit d’eux-mêmes. 27 mai 2000. destruction ou manipulation des preuves. Ce qui déshonore la police n’est assurément pas la faute d’un policier. police de proximité…). Le corps. pouvoir lui faire. – « Les médias ne s’intéressent qu’aux bavures. pression sur la famille. et les scandalise fort (bavure de Lille : un jeune supposé voleur de voiture abattu par un policier d’une balle dans la nuque). rien ne manque à la panoplie des mesures destinées à dissimuler la faute. dissimulation. 3 mai 2000. mais une routine à ce point banale qu’elle ne mérite même plus attention… Questionner la police sur les bavures. c’est témoigner qu’on les juge anormales. Il y a deux façons opposées et symétriques de réagir à la faute professionnelle policière. intimidation des témoins. c’est ainsi témoigner des attentes qu’on adresse à la police. en effet.

La multiplication. le traître. 1999-2006 la victime qui est coupable. et que les faits sont particulièrement odieux. Mais ce cas n’est plausible que s’il est rarissime. etc. tout aussi systématiquement. ondit. et parfois en butte à la provocation. et ajoutera celle du jour à l’immense catalogue qu’il compile avec passion. 24 .notes inédites sur les choses policières. et qu’il édite périodiquement. Comment s’étonner dès lors que les exécutants d’une telle « politique » se laissent aller ?… Leurs « bavures ». rumeurs. que l’on s’empresse de sanctionner 1. Répertoire infini de coupures de journaux détaillant toutes les variantes de la pathologie policière. À l’inverse. sans croire sur parole et par principe l’un ou l’autre camp. accusations non recoupées. le redresseur des torts policiers. et au traitement de laquelle elle ne consacre que des moyens indignes. de mesurer les faits et le jugement. mouton noir ayant inexplicablement échappé à la vigilance hiérarchique. celui qui tente de peser les choses. parce que les faits sont incontestables. Lorsque la dénégation n’est pas possible. véhicule malintentionné du supposé racisme anti-flic. faits contestés. (comme le Dépôt à Paris) traite une population que l’administration dans son ensemble. ex. légendes. au concours de circonstances inouï. et le politique de la même façon. Traître aux yeux des flics. bref. Le Monde 24 janvier 2001 1) signale un problème local d’encadrement. où s’additionnent sans autre forme de procès faits avérés. désigne comme sous-humanité. puisqu’il sait et dit le travail policier souvent difficile. va y voir la énième confirmation de ses certitudes. puisqu’il n’exclut pas qu’ils soient faillibles. des bavures dans certains services (par exemple la PAF [Police aux frontières]. Ces adversaires irréductibles sont cependant en plein accord sur le seul point qui compte : dénoncer de concert le tiers. mais s’explique également au regard des missions particulières des services en question. lorsqu’il n’y a pas d’autre échappatoire. on s’efforcera de les minimiser. et par là doublement condamnable. et tout sera donc fait pour éviter d’en arriver là. et dont la compilation même a pour premier et plus sûr effet de confirmer les policiers dans leurs préjugés à l’égard de la presse. de les réduire à l’exception malheureuse. suite. à qui elle dénie des droits élémentaires. stigmatisé comme aberration isolée. La PAF-aéroport. Enfin. Allusion à une enquête de l’IGS (Inspection générale des services) sur les brutalités commises envers des étrangers gardés à vue par la PAF de Roissy en 2001.) – Bavure. Traître aux yeux du chevalier blanc.. on sacrifiera l’auteur. (Ajout 6 mai 2001. ou concentration.

tenue…) . Définition : le terme bavure est condamnable. ou qu’il choque les âmes sensibles. Or ce dont il s’agit. dans la chaîne pénale (signalement. parents… — réciprocité entre policiers de proximité et autres services spécialisés du commissariat. Excellent. — sur le rapport avec les jeunes. 4 octobre 2000. – Lu le rapport de Sophie Tiévant : Caractérisation des savoir-faire spécifiques en police de proximité et examen des moyens de leur acquisition. Toulouse. et qui montre bien toute une série de compétences qui sont éprouvées. école. justice). • prise d’initiative. éducateurs. et qu’ils ne sont légitimes à réclamer la tolérance zéro pour les autres que s’ils commencent par se l’appliquer à eux-mêmes. mise à disposition de moyens adaptés (cf. c’est bien de délinquance commune et qui doit relever de la répression commune. mais parce qu’il étiquette de façon particulière. Et plus généralement sur la triple exigence du travail en profondeur sur le local : — cohérence = non-contradiction entre les divers intervenants policiers. et entre celle-ci et les autres institutions. 76 p. suite. spécifique. en fait une catégorie « à part ». etc. et rappeler sans cesse qu’il s’agit de délinquance. (Ajout 29 mai 2001. — la nécessité d’une démarche proactive. et ne s’improvisent pas mais sont parfaitement transférables : — quant au mode de patrouille. implication des différents niveaux hiérarchiques. mairie. la prise d’initiative. septembre 2000. — continuité entre services policiers. — pour nouer et soutenir des vrais partenariats. 25 . police.notes de l’année 2000 lorsqu’on n’a pas réussi à les dissimuler. — sur le caractère essentiel de la déontologie. VTT. non pas parce qu’il serait politiquement incorrect.) – Bavure. Elle formalise les compétences à acquérir sous les rubriques : — compréhension de la police de proximité et de ses trois logiques de travail fondamentales • résolution de problème. Les policiers s’insurgent contre l’emploi d’un terme dans lequel ils perçoivent une pointe de mépris : le policier baverait… Il faut les prendre au mot. la faute policière. expriment la vérité de la politique qu’on leur confie. de crime et de délit. raisonnées.

• populations et acteurs. 70) que sur site. parler aux parents . rédaction. etc. • outils de base : expression orale. désamorcer une tension. on estime qu’il faut un an pour bien connaître le terrain… Problème de l’usure : travail jugé certes passionnant. 66) . 71) k nécessité de compensations professionnelles. — acquisition d’une posture professionnelle (entre le chasseur de prime. Elle insiste à juste titre sur le fait que ces différentes ressources sont intercorrélées et que la qualité essentielle est bien cette capacité d’appréhender complexité. causalités multiples. gestion d’un partenariat. exposition… (p. animer. accueil. Note (p. opérer les rappels à la loi. • conditions d’efficacité. — techniques professionnelles : adaptation des GTPI (gestes et techniques professionnelles d’intervention). négociation.notes inédites sur les choses policières. — savoir-faire opérationnels • de l’encadrement : motiver. interdépendances. • déontologie du respect des personnes (condition de l’efficacité). former (maître d’apprentissage). • évaluation de l’impact de l’action (fonctionnement de l’interface police/population) . usant et sans compensations internes = fuite dans les services plus tranquilles (p. « Les critères du bon îlotier ?… quelqu’un qui sait pourquoi il travaille » (p. publique. l’obsédé de la règle et l’assistant social) . — qualités personnelles. • savoir-faire complexes : analyse de problème. 75]. 73). adapter. mobilité-regroupement. 13) : un « référentiel » : identification du mécanisme social à l’œuvre dans l’environnement visé .) Un savoir-faire se construit par intégration de trois éléments (p. mais exigeant. (Au passage : pourquoi ne pas faire intervenir les bons policiers de terrain dans les écoles [p. le « principe d’efficacité » 26 . 1999-2006 • intégration dans des enjeux collectifs (coproduction d’équipe) . coordonner. renseignement. — comprendre et évaluer les situations (capacité de diagnostic) • les systèmes sociaux locaux.

et les modalités de mise en œuvre pratiques de ce principe. Parce que nous avons érigé les normes de la “société intégrée” en normes universelles. Exemple : il est plus difficile de jeter un caillou sur un flic connu. au sein de la Cité. – Dans le livre de Yazid Kherfi/Véronique Le Goaziou. mais avec elle (Tiévant. une remarque de celle-ci. D’où les très nombreuses injonctions ou exhortations à la morale et à la citoyenneté que l’on adresse aux habitants des quartiers. se montrer. c’est aussi dans l’espoir qu’ils retrouvent promptement les voies qui conduiront au rétablissement d’un certain ordre et de certaines normes. s’immerger… Au passage. que sur un flic anonyme k principe d’efficacité = connaître le maximum de gens par leur nom. responsable d’unité VP) : indicateur que la situation s’améliore ! Principe de base qui sous-tend la compréhension de la police de proximité dans son projet même : il s’agit de réintroduire le policier comme rouage élémentaire de toute société. qui s’applique fort bien aux gardiens de la paix. le journal local en parle. s’identifier. et aux exigences déontologiques qu’on leur assigne : « […] trop souvent. 2000). symétriquement. arrêter les malfrats […] est un moyen au service de l’enjeu de pacification . Et lorsque nous considérons ces lieux et la vie de leurs habitants. 5 octobre 2000. ponctuellement. […] la paix sera rétablie lorsqu’il n’y aura plus besoin d’interpeller » (p. ce n’est en soi ni un objectif ni un critère de réussite. les gens sont contents. abandonnée. p. 23). le regard porté sur les cités ou sur les quartiers l’est depuis ce qu’on pourrait appeler la “bonne société” ou la “société normale”. et le leur témoigner k mise en œuvre : circuler. p. On ne fait pas de pol-prox [police de proximité] contre la population. on a beaucoup plus de plaintes… » (capitaine. 23) : « Dans cette conception. fait irruption dans la cité. se présenter. Il s’agit de réoccuper la place vide. Syros. le quartier. le réinsérer dans la société locale comme rôle nécessaire et reconnu. aborder. arbitraire. 15 : « On a déjà regagné du terrain. les élus s’en aperçoivent. 29). on a beaucoup fait 27 .notes de l’année 2000 qui en découle (règles d’action déduites de ce mécanisme) . le groupe social. 174. et non de soumettre celle-ci à on ne sait quel ordre externe. (Repris de justesse. p. et dont on est connu. dominateur (p. et donc de rompre avec la pratique et la vision de l’« intervention » policière : œuvre d’une instance extérieure qui. Injonctions auxquelles ils peuvent difficilement souscrire dans la mesure où.

ils ne connaissent rien à l’immigration. p. De mon temps on avait affaire à des vieux flics. 180-181 et sq. 1999-2006 pour les empêcher d’accéder à ce que nous pensons être la normalité et les empêcher d’être les citoyens ou les êtres moraux. trouillards et fainéants ? Se transpose également ce qui suit.) Avec ce complément que le passeur est souvent le traître de l’un. En outre la plupart viennent de la campagne. et qu’il faudrait pouvoir lui/leur proposer autre chose. Mais pour cela il faudrait que 28 . comme ça peut être le cas. Mais quel crédit veux-tu accorder à un jeune flic. […] tu imagines un jeune flic qui a passé son enfance et son adolescence dans un village de Dordogne ou une bourgade vendéenne. racistes. parfois plus jeune que toi. Nous faisons la navette entre des mondes qui s’ignorent et tentons par nos récits et nos analyses de faire au moins en sorte que cette ignorance ne devienne pas indifférence ou. 182. mais que d’autres n’ont plus les moyens ou l’énergie pour seulement pouvoir y songer. Or ce n’est pas en temps de guerre que tu fais la paix. de l’autre. où elle s’interroge sur son rôle face à Yazid : « […] Yazid le dit. et qui se retrouve. […] ils avaient l’âge de nos pères et à ce titre on les respectait. en substitution. que certains aspirent encore à être. tu peux éventuellement conclure des trêves qui ne durent pas. quasiment du jour au lendemain. aux cultures différentes de la leur. C’est une manie aujourd’hui de croire que pour s’occuper de jeunes il faut mettre des jeunes. ou des deux… Dans le récit de Yazid sur les flics. p. rejet et réprobation… » (p. en temps de guerre. […] [mais] nous sommes aussi des passeurs d’histoire. c’est que les flics et les jeunes ne se rencontrent que quand il y a conflit. » (S’y ajoute. que le renoncement et l’ennui…) Que fait l’administration policière pour mettre ses recrues en position d’être moraux. […] Ils ne savent pas ce que c’est de vivre dans un quartier et avoir le parcours d’un jeune de quartier. 125 : « Ça fait un bout de temps que l’on dit qu’ils sont en décalage avec les jeunes. travailleurs ? Pour les détourner d’être violents. dans un quartier comme celui de La Noé ? En plus ils sont trop jeunes. à la délinquance et aux phénomènes de bande. honnêtes. nous sommes aussi des voleurs d’histoire. Cela veut dire qu’on devrait voir des flics dans les quartiers lorsque rien ne s’y passe et que tout va bien. la notation très juste que ses frasques ont aussi apporté à Yazid un immense plaisir. Une autre aberration. qui te fait un reproche ? On manque de vieux.notes inédites sur les choses policières. à la violence.

délimité. la vocation de chasseur renforce et explicite ce choix.notes de l’année 2000 les flics en aient l’autorisation et aussi un peu de courage. […] Les flics. non mesurable. par curiosité. […] » (Tout le passage pages 125-126 est bon à reprendre. management. formation. résumée si possible encore au flagrant délit. qui l’entendent très bien sur le mode « faites ce que je dis. mais ce n’est pas le cas du plus grand nombre. et non ce que je fais… ». pour être avec nous. Mon explication est plus économique. indéterminée. Pour une minorité. que les policiers se découpent dans cet univers immense et désespérant un segment saillant. Je n’ai non plus jamais vu un flic assis sur une marche d’escalier. pour passer un peu de temps avec nous. comme ça. toujours recommencée. cœur et objet exclusifs de leur tâche. etc. dont ils se débarrassent si aisément. 17 octobre 2000. – La mission policière est infinie. indéfinissable. […] Mais on est loin de tout cela aujourd’hui. la déontologie – l’appel à la vertu – est aisément invoquée comme substitut au travail d’organisation. de la réussite. En dix ans. entretiennent la terreur de zones de non-droit qui vont exploser. au « culturel ». évanescents. il faut d’abord qu’il soit respecté. dont le ressort est avant tout celui de délimiter leur tâche. Y voir un « trait culturel » assigné à l’idéologique. Mais cela ne trompe personne parmi les exécutants. ce qui suffit à la juger meilleure. tout en n’y foutant jamais les pieds. net. encadrement. puisque c’est sa fonction. ce qui relève de la rationalité la plus simple. Pour la hiérarchie et pour le Prince. Pour qu’un flic puisse faire respecter la loi.) 17 octobre 2000. On peut tout à fait être proche des gens et leur rappeler la loi. se prête parfaitement à cette réduction. Il est donc inévitable. du travail bien fait sont impalpables. les flics ont peur des jeunes et les jeunes les prennent pour des cons. comme ça. mise en cohérence de moyens et des missions. je n’ai pas vu un seul flic entrer dans le local. les critères de l’accomplissement. – On ne peut exciper d’un droit ou d’une liberté pour lutter contre les droits et libertés de tous : c’est la notion d’« abus de droit » telle que définie par la Charte des droits fondamentaux de l’Union : 29 . […] mais pour cela il faut du temps et il faut se conduire bien. mais de façon générale tous ceux qui ne vivent pas dans les quartiers. La répression de la délinquance. bien visible et aisément mesurable et qu’ils en fassent le noyau. normal. floue.

Allusion à James Q. Souvent cité infra. et une richesse qui ne demande qu’à être pillée. 19 octobre 2000. la porte blindée annonce la peur.) – Comment augmenter mon taux d’élucidation si la DC [direction centrale] s’énerve ? C’est bien simple. D’autre part. — a 6 : toute personne a droit à la liberté et à la sûreté. nº 15. Au regard de l’exercice de la police (qui n’est pas évoquée directement). — a 41 : droit à une « bonne administration » (= affaires traitées « impartialement. – La vitre cassée (BW [Broken Window 2]) annonce le défaut de surveillance. p. équitablement et dans un délai raisonnable » + droit d’être entendu.notes inédites sur les choses policières. de contrôle social. texte paru dans Atlantic Monthly. traduit en français dans Les Cahiers de la sécurité intérieure. le passant. qui sont élucidés à 100 %. 163-180. Wilson et George L. sont mentionnés : — a 4 : interdiction de la torture et des peines ou traitement inhumains ou dégradants. l’individualisme. et l’aggrave symétriquement . 1994. obligation de motiver). en flagrance. 1999-2006 Article 54 : interdiction de l’abus de droit : Aucune des dispositions de la présente Charte ne doit être interprétée comme impliquant un droit quelconque de se livrer à une activité visant à la destruction des droits ou libertés reconnus dans la présente Charte. droit d’accès. le défaut de crédibilité de la police = la peur. d’entretien. il faut d’une part presser l’activité sur les crimes constatés d’initiative. la défiance envers le voisin. — a 8 : protection des données à caractère personnel et contrôle de ce respect par une autorité indépendante. 1982 . et notamment toutes les 2. — a 48 : présomption d’innocence et droits de la défense. Kelling. Quand la ville devient puzzle de vitres cassées et de portes blindées… Un taux d’élucidation pour la police est l’inverse d’un taux d’impunité pour le délinquant : si le taux d’élucidation des cambriolages est de 10 %. minimiser l’enregistrement des crimes « inélucidables ». cela signifie que la probabilité d’impunité quand je cambriole est de 90 % : c’est pas bien loin de la certitude… (Ajout 29 janvier 2001. et le plus simple à trouver en masse est la consommation de drogues k « Sus aux shiteux !… ». 17 octobre 2000 (version policée du : « Pas de liberté pour les ennemis de la liberté… »). Le Monde. 30 .

L’Administration rassemble peu à peu ces différentes fonctions sous la seule autorité du ministère de l’Intérieur (et de la Défense). Le cas échéant. détruire. le guet qui patrouille la rue pour assurer la sécurité des espaces publics. Dans la fusion. Sur l’exemple de l’affaire Schuller-Maréchal 4. qui sont des exécutants subordonnés aux magistrats . et dissuader les malfrats . — enfin des agents du pouvoir. et refuser de l’assurer. – L’intellectuel n’a aucune qualité pour prêcher. Julliard et autres Finkielkraut 3) . C’est tout. 12 novembre 2000. les ressources policières sont mobilisées pour tendre un piège à tel adversaire du pouvoir : il s’agit de piéger. 4. emboîté le pas à la rhétorique chevènementiste des « sauvageons ». tout se passe comme si : Il y a initialement des sources très diverses de la fonction policière générale telle que nous la concevons aujourd’hui : — d’une part. beau-père du juge d’instruction Éric Halphen. dans un manifeste publié dans Le Nouvel Observateur. 31 . Allusion à la mise sur écoutes administratives de Jean-Pierre Maréchal. ou parfois au contraire 3. menacer. il dispose éventuellement de quelques connaissances qui lui permettent d’éclairer certains choix. mouches. et c’est déjà beaucoup. Une bonne pression dans les deux sens. 10 décembre 2000. prescrire ou prévoir (à la mode Touraine. – Il y a deux formes distinctes d’instrumentalisation de la police par le pouvoir politique en place : 1. Allusion à un collectif d’intellectuels ayant. conseiller général RPR des Hauts-deSeine. c’est la sécurité publique – assurée par des gardiens de la paix – qui est passée à la trappe !… 8 décembre 2000. qui protègent celui-ci d’éventuelles menées subversives. dans le cadre de l’enquête sur le financement occulte des activités politiques de Didier Schuller. espions. les fonctions judiciaires et politiques se subordonnent le guet.notes de l’année 2000 agressions par inconnu. les commissaires des cours de justice. et on doit pouvoir gagner quelques pour-cent en quelques mois. — d’autre part. Dans la formation progressive d’une police d’État en France. Le modèle le plus grossier aussi. il est invité à attester (fournir les preuves) du savoir qui lui permet de fonder cet éclairage. qui en arrivent à lui dénier même tout intérêt. de la circulation. – Au fond. compromettre. archers. et celui-ci finit peu à peu par disparaître sous la concurrence des précédents. et de la campagne présidentielle de 1995. qui finit par les fusionner dans le même corps.

le contrôle tatillon de toutes les interfaces. l’éradication de toute innovation. Le moyen d’action privilégié n’est pas – comme dans le cas précédent – le coup fourré. la basse besogne. ex-chef de cabinet de l’ancien ministre socialiste de la Coopération Christian Nucci. la droite met en œuvre le premier modèle. mais elle est dangereuse : elle exige des exécutants entièrement dévoués. et tous ceux qui sont soupçonnés de n’être pas intimement convaincus de cet état de chose sont impitoyablement écartés. en fournissant toujours en abondance la main-d’œuvre requise dans chaque cas. La méthode est sans doute efficace. illégalisme patent. Il va de soi que ces deux procédés sont cumulables. et des cloisonnements à toute épreuve. 2. organisée par un proche de Charles Pasqua à la DST (Direction de la surveillance du territoire) afin de constituer des dossiers contre des personnalités de gauche au moment de la première cohabitation en 1986.notes inédites sur les choses policières. dans le second ce sont les dévots et les fayots qui tiennent le haut du pavé. Il faut cependant ajouter que la profession policière. D’où l’intérêt du second modèle dans lequel la police n’est pas instrumentée directement dans des manœuvres inavouables . l’élimination de tout regard extérieur. sont promus les militants et les hommes de main. refuser. s’en tient plus souvent au second. Allusion aux suites de l’affaire du Carrefour du développement et à la fuite à l’étranger d’Yves Chalier. protéger (le vrai-faux passeport de Chalier 5). et d’autant plus qu’ils ont ce point commun d’être également fondés sur un mépris sans borne de la police et des policiers. si l’un ou l’autre manque et que la manœuvre devient publique. Bref. le bétonnage. 32 . neutralisés. D’ordinaire en effet. etc. mais le verrouillage. et Debré a pris sans état d’âme le relais de Pasqua. l’imposition universelle de la langue de bois. la prohibition de toute initiative. plus pudibonde. la « partisanerie » comme seul principe de sélection et de promotion. Il y a détournement direct de l’outil policier. La gauche. ne leur oppose guère de résistance. il ne s’agit seulement que de veiller avec une attention scrupuleuse à ce que rien [de ce] qui transite par la police [ne] puisse de quelque façon desservir le pouvoir en place. il s’agit de constituer la police comme rempart du pouvoir et tour d’ivoire impénétrable à quiconque. 5. Naturellement. 1999-2006 ignorer. ceci suppose qu’un seul message soit adressé à l’extérieur : au sein de la tour d’ivoire tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. Dans le premier modèle. placardisés. le scandale est énorme.

Le nouveau service se concentre sur la partie la plus noble de ce résidu 1 en créant ainsi un résidu 2. rapport IHESI. Donzelot 6 : des ADS [adjoints de sécurité 7] comme intermédiaires/intercesseurs entre la police et la population. novembre 2000. qui avouent du même coup qu’elles ont perdu le contact avec leur supposée clientèle. la procédure. La population des cités revendique une « police normale ». introduction aux institutions. personnelles. et plus généralement des emplois jeunes comme sas. BAC [Brigade anticriminalité] départementale. Les « emplois jeunes » dans la police. 105 p. CAFI/IHESI. à l’obtention de la performance : la loi. Mouhanna. 6. 33 . 83 p. et ainsi de suite : Office. – Une bonne idée (entre autres) dans A. délaissant les autres . « Une police de proximité judiciarisée : de l’îlotage au renseignement judiciaire ». Pour traiter ce résidu 2.notes de l’année 2000 Les BREC : Ce que montre très bien le rapport d’Anne Wuilleumier (« Histoire. octobre 2000. mars 1999. comme autant d’obstacles opposés à l’efficacité policière. : 1. laissant ainsi tomber une part qui devient résidu 3.). BAC locale… 17 décembre 2000. Paris. contre les grands déploiements de CRS qui inquiètent. — mais qui a des effets très étendus et complexes : interdépendance généralisée et image des ronds dans l’eau : le petit caillou n’en finit pas de développer des ondes de choc . et rien au Centre (k question de la pérennisation) . on crée donc un service ad hoc – moins prestigieux/qualifié – pour reprendre celles-ci. institués par Martine Aubry en 1998. qui doit tout à des stratégies locales. IHESI. Wyvekens/J. — mise en évidence de l’échelle de perroquet des tâches policières : tout service tend à se concentrer sur les plus « nobles » de ses tâches. 7. Allusion au rapport de recherche : « Souci du territoire et production collective de la sécurité urbaine ». le formalisme sont l’ennemi du policier et l’ami du voyou… et trois autres dimensions de ce rapport : — une jolie étude de cas du changement policier. c’est la façon dont les formes et contraintes de « procédure » sont comprises par le corps policier. particulières. fonctionnement et logiques d’action des Brigades régionales d’enquêtes et de coordination ». Trois idées fortes dans C. SRPJ [Service régional de police judiciaire]. on va créer un nouveau service qui va se concentrer sur la partie la plus noble de résidu 2. SU/SIR [Sûretés urbaines/Sécurité Investigation Recherche].

au grand jour. 19-20 : « On peut dépénaliser l’usage de drogues. faire savoir que le roi est nu (p. et que ni la hiérarchie ni la justice ne les suivront. en auront vu la face cachée. 1999-2006 stigmatisent et insécurisent. cela marche parce que le public l’ignore. Ce ne sont […] pas les 34 . il ne peut fonctionner que sur le soutien et la confiance populaires. anonyme. Bartholeyns) évalué pour Sociologie et Sociétés. et contre les opérations commando/ cow-boys/chasseurs des BAC . p. en civil. versus l’action en uniforme. de la prévention contre la répression. 3. L’opposition îlotage/BAC est certes celle de la routine et la patience contre l’action et la discontinuité. sous le regard de tous. Les ADS peuvent ouvrir des brèches mortelles dans ce très fragile édifice en trompel’œil : ils peuvent vendre la mèche.. – Dans le manuscrit « anonyme » (en fait. nous dit ce gendarme. en fait les effectifs sont squelettiques. en même temps. il va stagner sur place… Thèse centrale de Mouhanna : en judiciarisant l’îlotage. on conduit l’îlotage dans une aporie.notes inédites sur les choses policières. 72). discrète. en le centrant sur la recherche du renseignement. l’on pénalise le port des chaussettes jaunes. et sont loin d’être sûrs de leur droit. et où donc les seuls témoins sont par définition racaille non crédible. et à l’heure où les honnêtes gens sont couchés. il n’y a pas de carrière ouverte à l’îlotier. 64. au moins d’OPJ [officier de police judiciaire]. 63. Une des raisons de la défiance vis-à-vis des ADS est que ceux-ci. les cognes ont peur. les flics s’imposent à l’esbroufe . Peu importe ce qui est interdit pourvu qu’il y ait un interdit. et notamment sa faiblesse : pour une bonne part. 2. et on l’entraîne sur une voie où il n’a plus rien à échanger dans cette voie… 18 décembre 2000. C’est l’îlotage qui demande du courage… Autre opposition forte : celle de la carrière : le bon BAC va essayer de passer le concours d’officier. 67). C. ou savent qu’ils sont dans l’illégalité. et dont peuvent témoigner tous les « honnêtes » gens. cela ne pose aucun problème si. la puissance de la police est fondée sur une illusion de puissance. on le coupe de ses bases naturelles : la réponse au besoin d’écoute et de sécurisation de la population . cette très jolie métaphore des « chaussettes jaunes » in « L’instrumentalisation dans les pratiques pénales ». les îlotiers en font partie (p. de l’impalpable contre le chiffre. qui risquent de sortir de la police. Adam et F. etc. les renforts peu assurés. mais aussi celle du confort de l’action nocturne.

Ils font ainsi preuve d’une remarquable maîtrise de ces codes et de leur diversité : un élément supplémentaire de qualification (informelle) non reconnu.) (Mais combien à Paris qui compte +/– 20 000 policiers pour 2.4. contre 1. selon le statut social et économique de ceux-ci). Zahar. 10. selon lesquelles les particularismes de la capitale seraient tels que cette densité policière y serait une nécessité. mensuelle et annuelle du travail 10…) 25 décembre 2000. »] p. sans plus). p. le crime. – Roberto Kant de Lima note (in A policia da cidade de Rio de J. 1995 . Calif[ornie] : 338. 9. une note ironique de D. p. TROJANOWICZ.1 – le plus faible – et une moyenne aux É[tats-]U[nis] de 2. Rio de Janeiro. Alain BAUER et Émile PÉREZ. ou [référence inconnue « tb. par exemple qu’on compte à N[ew] Y[ork]. Community Policing : A Contemporary Perspective. 30). 11. Paris. p. mais aussi par la durée hebdomadaire. 5 policiers pour 1 000 habitants. où les durées du travail policier sont apparemment plus longues qu’en France.9 pour Los Angeles (Trojanowicz 8. la loi devenant non seulement une ressource de régulation d’un conflit (ce qui serait de l’instrumentation. Ici. Perez/ Bauer 9. L’interdit est en soi arbitraire mais son instrumentalisation lui donne un sens.notes de l’année 2000 usagers de drogue en tant que tels qui sont instrumentalisés par les gendarmes. – On ne dit jamais sur la police de New York les choses les plus élémentaires. M. 2000. 105 : État de New York : 4. qui anticipe des objections classiques parmi les chefs de la Préfecture.. mais la ressource d’un projet managérial. Anderson Publishing. La note entend relativiser cette idée reçue en établissant des comparatifs pour d’autres villes tout aussi urbanisées. PUF. Roberto Kant DE LIMA. Maine : 216. Cincinnati. la violence. 1998. » 19 décembre 2000.65 – versus Maine : 2. 233-234 : N[ew] Y[ork] : 472/100 000.5 pour 1 000 à Montréal. A Policia da Cidade do Rio de Janeiro : seus Dilemas e Paradoxos. […] La mission principielle de la répression des usages de drogue […] est échangée pour la gestion pragmatique de populations. mais la loi qui pénalise leurs comportements et qui constitue une ressource indifférente.7 policiers/1000. (On se livre à ce type de calculs par État. 17 11) que les attitudes et conduites des policiers changent du tout au tout selon les codes culturels de leurs interlocuteurs (et plus prosaïquement. Robert C.2 millions d’habitants = 9 pour 1 000 ! qu’on pondérera sans doute par les servitudes propres à une capitale d’État. et 2. L’Amérique. c’est le plus élevé – hormis le district fédéral de Columbia : 9. 8.

– Le risque constant. LM les positionne en « réseau ». Raufer et L. 24. Déployant la carte de ces cosignatures. 4. ainsi que Richard Bousquet) et des 1. Bui-Trong sont également épinglés par L. il s’est autoproclamé expert en choses sécuritaires avec un aplomb peu commun.3 Notes de l’année 2001 3 janvier 2001. multipliant les cosignatures avec des auteurs marqués à la droite extrême. et de mettre ainsi en œuvre une sociologie proprement policière. dont certains méritaient un autre emballage. Également surnommé le « Schtroumpf ». et mortel. suspicions. des personnages importants du SCHFPN [Syndicat des commissaires et des hauts fonctionnaires de la police nationale] 3 (son secrétaire général actuel. avec son cortège d’amalgames. Expert consultant en sécurité. autour de Bauer. que court tout effort d’analyse sociologique de la police est de retourner sur celle-ci les attitudes. 2. Alain Bauer 2 est un personnage assurément bardé de pseudotitres universitaires. Mucchielli. Laurent Mucchielli. Déviance et Société. p. Laurent Mucchielli (LM) 1 saute à pieds joints dans ce piège. directeur de l’entreprise AB Associates. extrapolations hasardeuses et autres dénonciations. Mucchielli. X. « L’expertise policière de la “violence urbaine”. qui – injuste retour des choses – disqualifie l’ensemble de ses propos. Dans l’article publié par Déviance et Société. 351-375. sa construction intellectuelle et ses usages dans le débat public français ». sans pour autant renoncer à faire valoir des titres socialistes. préjugés et instruments qu’on lui prête. 2000. qui réunit ainsi. 3. 36 . stigmatisé dans le texte de L. ainsi que son prédécesseur. procès d’intention.

Le nouveau discours policier. etc. Il y a amalgame et confusion quand il y adjoint par exemple Lucienne Bui-Trong. homogène. etc. une unité substantielle. qui – dans un rapport très public en 1997 – ont fait de l’échelle des violences urbaines des RG un usage intensif. et les écrits des uns et des autres deviennent. Le discours de la dénonciation fait ordinairement flèche de tout bois et ne craint pas la contradiction. on se demande de quels titres l’auteur peut se targuer pour en juger ?).notes de l’année 2001 individualités aux références singulières (Xavier Raufer). 367). ce ne saurait être que sous forme d’« aveu » (p. et s’il lui arrive d’être invitée à un colloque universitaire (comme ce fut le cas récemment. Le Guennec. c’est pour « s’afficher » (p. le « réseau » ainsi décrit devient immense. de « La » hiérarchie policière. Body-Gendrot et N. Viennent ensuite tout naturellement sous la plume des qualificatifs qui. sans autre forme de procès (c’est le cas de le dire). Puisque collaboration matérielle et affinités intellectuelles sont ainsi patentes. La Hiérarchie policière. etc. dans tout autre contexte. in fine. 370. qui se retrouve avec les auteurs qu’il vilipende pour dénoncer le dispositif et les arrière-pensées supposées des CLS [contrats locaux de sécurité] (p. 37 . et sous l’égide du GERN [Groupe européen de recherches sur les normativités]). On refabrique ainsi. Sur ce critère. d’Une Police uniforme. Bui-Trong est « tardive » (p. par mes soins. au seul motif que les travaux de la cellule RG [Renseignements généraux] qu’elle a créée sont fréquemment utilisés par les précédents. 355 et 359). LM n’y manque pas. 353) !… Quel vocabulaire est-ce là ? De l’amalgame. au passage. seraient vraisemblablement apparus à l’auteur lui-même comme proprement injurieux. lorsqu’elle explique son travail. la notion de réseau peut être légitimement adoptée. La « sincérité » de L. tout entière ramassée derrière le service du pouvoir répressif. y compris sur le plan idéologique. on saute à la généralisation stigmatisante. des positions en effet très différentes du SNOP [Syndicat national des officiers de police] qui incitera l’auteur à revenir sur toutes ses formulations antérieures qui ne connaissent que « Le » singulier : Raufer = Bauer = BuiTrong = L’expertise policière. « Le » discours de « La » police. Et ce n’est même pas l’évocation rapide. et on s’étonne par exemple de ne pas voir épinglées au même titre S. d’un coup de force parfaitement arbitraire.

confusion et à-peu-près-même-pasfaux dominent. Ils n’ont comme seule excuse que de n’être pas sociologues. dont la liste aisément consultable. sur trois exemples. C’est sous sa plume. plutôt que de parler de l’« Institut » comme d’une entité monolithique et permanente. par Peyrefitte et consorts. tous deux importants et graves. semble-t-il. là encore. 1999-2006 Il y aurait également beaucoup à dire sur ce qui est dit de l’IHESI. L’auteur souligne que « cet institut fait globalement la part belle à des thèmes sécuritaires comme l’insécurité et les violences urbaines » (p. la catégorie de « formateur à l’IHESI » n’existe tout simplement pas. 353). témoigne à l’envi que – hors les institutionnels obligés – ils proviennent de tous les horizons intellectuels et politiques (avec la nuance. précédente : l’équipe de Pasqua ne faisait pas appel aux mêmes concours que l’équipe de Joxe). Raison de plus pour que les « universitaires et chercheurs » ne « brouillent » pas eux-mêmes les 38 . Il y a questions et débats. mise en cause des statistiques et aveuglement devant les faits les plus patents. et de n’avoir pas pour métier de chercher. broutille. la violence – j’emploie à dessein ces termes dans le sens le plus vague. sur ce qui se passe dans la société française aujourd’hui sous l’angle de la sécurité. mais je ne peux m’empêcher de signaler. avant toute « construction d’objet ». mais répétée. à laquelle donnait lieu. Je réserve l’argumentation de fond pour un autre travail. la montée des délinquances – la gauche en général. Elle est plaisante s’il s’agit de reprocher à l’Institut de se consacrer à son objet social ! À ceci près que de qualifier insécurité et violences urbaines de « thèmes sécuritaires » nous renvoie à la triste période de la fin des années 1970 où – face à l’instrumentation politicienne. s’il faut le préciser) ne savaient opposer que dénégation. les sociologues en particulier (et moi comme les autres. Certains en effet ont peine à ne pas interpréter ces questions sous le prisme de leur intérêt corporatif ou politicien le plus étroitement conçu. Les sessions de l’IHESI ne voient intervenir que des « conférenciers ».notes inédites sur les choses policières. la délinquance. une critique. Enfin. importante. il n’est pas hors de propos de rappeler que la courte histoire de l’Institut n’est pas tout à fait linéaire : la prise en main par la droite en 1993 s’est accompagnée de départs et licenciements qui n’ont trompé personne – à l’intérieur – sur le changement de cap imposé. Ensuite. que. en effet.

Broussard a commis des « Mémoires » qui occupent deux tomes. raconte-t-il. de souligner que « les “PU”. complice et collègue de D. c’est la qualité de la cible qui détermine la noblesse de la tâche » (forme policière de la logique de l’honneur). 289). et près de 700 pages dans l’édition de poche (Pocket. André Schoch est assassiné en 1983 par des membres du FLNC (Front de libération nationale corse) pour avoir refusé de payer l’« impôt révolutionnaire ». 353) en menant leur combat avec les armes mêmes qu’ils imputent à l’adversaire. M. – Complément sur le rang/prestige relatif de la PU (police urbaine) dans la PN. un gros sixième de sa carrière totale. la clé. de mai 1986 à mars 1992. 345). 5. vieil ami. Il y raconte par le menu « trente-six années de “grande maison” » (II. Le commissaire Robert Broussard est nommé en Corse la même année. constituaient la plus grosse direction en termes d’effectifs : 65 000 personnes dont une forte majorité de policiers en tenue » (p. à ces six années.) 16 janvier 2001. 90-103)… Et s’il ne manque pas. Le théorème « ennemi public nº 1 k 1er flic de France » ou : « c’est Mesrine qui fait Broussard » est confirmé par ce dernier. Reprendre aussi les trois apports de la recherche BREC (difficultés du changement. comme l’on disait alors dans notre jargon. Pour autant. – Reprendre la note cahier sur la « résolution de problèmes ». gadget. 23 janvier 2001. 4. mais surtout moyen détourné de remettre en cause la demande sociale comme principe de détermination du travail policier. « j’ai passé une demi-douzaine d’années à la tête des polices urbaines. « en PJ [police judiciaire]. Pendant celles-ci. battant ainsi le record de longévité à ce poste » (II. est dans l’incise « en termes d’effectifs ». échelle de perroquet de classement des tâches/cibles) . – Théorème de Jean-Paul Brodeur 4 : « Les circonstances qui incitent la victime d’un crime à le dénoncer à la police sont celles-là mêmes qui en rendent l’élucidation improbable. 39 . comme outil managérial discutable. ici.notes de l’année 2001 « identités » (p. Directeur du CICC de Montréal. 13 janvier 2001. au passage. 280). moins qu’à l’« assassinat du coiffeur Schoch 5 » (II. il va consacrer dans ses souvenirs exactement… 13 pages (280-293). 1999). » (La plainte est d’autant plus fréquente que l’auteur est inconnu. Paris. partition procédure/terrain. moins de 2 % de son récit.

si ce n’est de réclamer que les responsabilités respectives de tel ou tel partenaire soient mieux délimitées ? Que font-ils d’autre lorsqu’ils incriminent l’abstention parentale. que de définir les aires de partenariat nécessaires ? Que font-ils d’autre encore lorsqu’ils dénoncent l’absence de contrôleurs dans les réseaux de transport. Notre État.) – Depuis que je reçois le programme des débats de Services Publics – c’est-à-dire depuis 1990 et avec environ huit ou neuf débats par an. logeurs et élus municipaux comme partenaires nécessaires de l’action policière. ce n’est rien d’autre que d’inverser le signe ou le sens de cette complainte. 3 février 2001. Laffont. soit un total d’une centaine –. petit bout – s’il en est – de la lorgnette policière… (Ajout 6 mai 2001. la police y est traitée en exactement trois pages. de ces renvois.notes inédites sur les choses policières. 1989. les carences de l’école. ce n’est pas moi qui le dis. Simplement. constamment. Mais que font d’autre les policiers quand ils désignent telle ou telle tâche comme tâche indue. le déficit de gardiens dans l’habitat collectif et l’absence d’entretien des espaces publics. Paris. dont deux consacrées à la GN [Gendarmerie nationale]. ce sont les policiers. ils le disent sous une forme négative. aucun n’a jamais été consacré à la police et à sa réforme… Sur le régalien : a) À partir de Michel Antoine. son Louis XV. de telle sorte qu’on ne saisit pas. servitude imposée. Fayard. Sur plus de 800 pages. le tout par un avocat pénaliste (Soulez-Larivière) dont la notoriété médiatique est certes grande. 1999-2006 qui signifie bien que cette suprématie en « volume » n’implique rien d’autre : c’est le plus gros de la classe… 28 janvier 2001. le livre vérité de la fonction publique. et de la façon la plus vigoureuse. ou qu’ils ne saisissent pas toujours eux-mêmes immédiatement la portée de leur revendication. ou une expression actuelle du politiquement correct. : « D’autres règles venaient encore tempérer 40 . mais les connaissances en ce domaine strictement bornées à la procédure pénale. et réciproquement ? Mettre en œuvre le partenariat. pour en faire les objets mêmes d’une coopération permanente. – Vu ce jour la nouvelle et prestigieuse bible du service public (passée à « Bouillon de culture » il y a huit jours. si ce n’est de désigner transporteurs.). de ces dénonciations. le laxisme judiciaire. le 27 janvier) : R. p. – Partenariat. Fauroux et B. c’est une contrainte et. Le partenariat n’est pas une idéologie. Spitz (dir. 2001. ou la manifestation de bons sentiments. 176 sq.

1879-1928. Hachette. et de même le Dictionnaire de Moréri 8 énumèrent les droits de battre monnaie. 6. c’est le seigneur du lieu. droit de faire la loi. 1923. D. de battre monnaie. 7. […] Dans ce royaume hérissé de communautés sociales. et tant qu’elle est auxiliaire de justice. à l’Intérieur. le Roi devait être d’abord justicier : rendre la justice était une prérogative essentielle de la souveraineté. p. 41 . facsimilé Slatkine. d’ériger des communes et des consulats. de juger les délits commis sur la voie publique et toutes les affaires civiles en première appellation et premier ressort. etc. M. L’idée de la sécurité intérieure comme obligation/prérogative régalienne est un coup de génie des lobbies de l’Intérieur. mais d’un mandat local. et leurs gardes. Genève. il ne leur doit pas sécurité et sûreté. professionnelles et territoriales. le bourgmestre. Marion. dont il faut retenir que le régalien n’est assurément pas la police. 15-17. celle du territoire et de ses frontières. 476 : « Régaliens (droits). 1718) 6 . guets. c) In M. et un argument ad hoc de l’étatisation. Dictionnaire des Institutions de la France aux XVIIe et XVIIIe siècles.notes de l’année 2001 l’exercice du pouvoir souverain : les maximes du royaume. de concéder des fiefs et des lettres de noblesse. D. […] L’obligation d’être un justicier comportait corollairement celle d’être un législateur… » Il y a là quatre pages essentielles. mais justice. M. mais la justice : c’est celle-ci qui est prérogative et devoir du Souverain. constituant pour le monarque un devoir autant qu’un droit. donc de la souveraineté. – Les droits régaliens étaient les attributs essentiels de la souveraineté : droit de paix et de guerre. la police ne tient au régalien que parce qu’elle est. etc. milice. se réfère au Grand Dictionnaire historique de Louis Moréri (1759). 1645. tome XIV : « Droits attachés à la souveraineté » (Académie. de faire des lois et statuts. l’ordre public local sont affaire des autorités locales. mais c’est pure invention historique. l’étranger. b) « Droits régaliens » : note 8. de délivrer des sauvegardes. p. le maire. 1995. de lever des impositions. Justel. p. Paris.. cite Saint-Simon dans l’édition de Boislisle. 225 de Saint-Simon/Boislisle. En outre. 8. le Souverain doit à ses sujets la sécurité extérieure. de rendre la justice. au sein de ces frontières. La sécurité. Il leur doit la protection contre les ennemis extérieurs. dans son Histoire de la maison de Turenne 7. Paris. sergents. ou d’une délégation. qui sont tout autre chose et ne procèdent pas de la justice. Par contre.

petit-fils de harki et fils 42 . qui se présentent comme mégadénonciation des Bauer. seul l’État pourrait arbitrer légitimement les conflits entre les acteurs locaux = double fonction de lien et d’arbitrage. l’État sombre et cède la place à la loi de la jungle. L’article montre que dans tous ces pays où l’État a sombré. La confusion du régalien dans la pensée politique française consiste à confondre l’instrument et la fonction. À propos de l’ensemble publié ce mois par le Monde diplo. se développent des formes locales. alors bien évidemment que la relation est inverse : la fonction se peut assurer par une infinie variété d’instruments. et aussi d’accorder des grâces ou abolitions pour crimes. où l’IHESI est à nouveau pris à partie : d’abord c’est un signe de reconnaissance. dont il n’est même pas assuré qu’ils doivent être de statut public. il faut comprendre que. Somalie.). 2003. Zaïre. etc. et par l’omission de toute allusion aux victimes. si l’IHESI est ainsi pointé du doigt. 193-237 : « La notion de compétences régaliennes dans la problématique de la répartition des compétences entre les collectivités publiques ». etc. spontanées. que le gauchisme est leur meilleur allié. 1999-2006 d’assembler des États généraux ou provinciaux . de naturaliser des étrangers.notes inédites sur les choses policières. Mais il ne s’ensuit nullement que l’État doive être le responsable direct de la force publique. Haïti. mais avec deux limites qui définissent en creux les fonctions élémentaires de l’État : seul un réseau public d’infrastructures permettrait de relier l’aménagement d’un quartier ou d’une région au reste du pays . de faire des nobles. e) [Ajout du 17 février 2004. etc. – Du gauchisme antisécuritaire. le peuple s’organise » : il n’est pas douteux que la première tâche des États. l’organisation communautaire régulant les rapports sociaux. À défaut (Colombie. est de garantir la sécurité physique des citoyens.] Voir la « Chronique administrative » de Jean-Marie Pontier in Revue de Droit public. à identifier celle-ci à celui-là. 3 février 2001. La posture de dénégation s’énonce de façon archétypique – « les responsables gouvernementaux et leurs relais médiatiques occultent les ressorts économiques et sociaux de ces évolutions » –. nº 1. p. Bousquet. loi du plus fort. » d) Sur un article du Monde du 16 février 2001 : « Quand l’État fait défaut. c’est qu’il existe… Il est tout à fait manifeste. dans ces textes. qui les fonde et les légitime. Raufer. D’où il ressort que ce jeune con qui a cassé la gueule à une petite vieille qui venait de toucher trois sous à la poste.

M. on suppose que l’amélioration des relations police/population doit avoir des effets successifs opposés. alors même que les rapports policepopulation se dégradent. 43 . Community policing Chicago style. W. Ensuite. SKOGAN et S. New York. G. que l’on résume chacune de ces dimensions à une seule variable continue. on ne sait si elle est complice ou coupable de sa mésaventure… Ce discours imbécile ouvre un boulevard à tous les démagogues. il ne fait là que rendre à la société ce que celle-ci lui a donné. Faisons le tableau des éventualités (Politique P k à t + 1 : neuf cas de figure) : La relation policepopulation est : dégradée stable améliorée France 2000 Pas d’effet Cas New York Cas Skogan Réussite totale (Chicago ?) La délinquance augmente Échec complet La délinquance est stable La délinquance diminue Il faut d’abord supposer que la mesure de chacune des dimensions est fiable. la police recueille plus de plaintes et donc la délinquance enregistrée augmente. » Et l’exemple de N[ew] Y[ork] est présenté comme succès sans mélange parce que la délinquance baisse. dont on ne retient ensuite que trois éventualités. et peut-être erronée. – Wesley Skogan 9 dit : « Résultats ambigus : meilleure perception de la police par la population. elles ne le sont pas. Ce n’est donc que par une convention très simplificatrice. Dans un premier temps. Dans un pays démocratique.notes de l’année 2001 de chômeur. le tableau repose sur l’hypothèse que ses deux dimensions sont indépendantes . aux Le Pen comme aux Raufer… 7 février 2001. de l’information accrue de la police doit résulter une 9. ce qui n’est facile pour aucune des deux : le public n’est pas homogène et monovalent à l’égard de la police. Oxford Universtiy press. les fluctuations de la délinquance peuvent être beaucoup plus complexes que la simple variation de leur somme. Quant à la petite vieille. À terme. HARTNETT. 1997. mais pas de baisse significative de la délinquance.

Chevènement. trois configurations désignant un échec manifeste (grisé foncé) . 8. provocateurs et autres canailles. et en 44 . Pour autant bien sûr que l’on juge que la police mérite réflexion. que toute police est expression d’une insupportable oppression. et à inscrire l’évaluation dans le temps. L’article évoque Kouchner qui en 1997 exposait qu’une réforme de la loi (de prohibition) de 1970 était envisageable. alors ministre de l’Intérieur. mais au politique : lui seul est légitimé à trancher ce qui doit l’emporter entre les deux critères. avait immédiatement pris position en affirmant que la loi de 1970 “a une signification sociale et permet aussi de remonter les réseaux”. policiers…) qu’il est chargé de commander ? Cf. cas pol-prox France 2000. mais la relation entre la police et la population s’améliore. Deux groupes sont d’ordinaire opposés à cette idée. est très discutable : ce n’est pas le consommateur final qui informe réellement sur le réseau. Ce qui n’est pas le cas de tout le monde. ceux qui ont jugé. p. de surcroît. la délinquance augmente. on doit poser que la relation est inverse : c’est en terrorisant la population que la police assure son efficacité. et deux cas contrastés : la délinquance baisse sensiblement mais la relation avec la population se dégrade. J. cas New York . Ils iront certes au commissariat porter plainte si leur voiture est volée. sur « la banalisation de l’usage du cannabis… ». nécessairement confiée à des nervis. D’une part. 1999-2006 amélioration de ses performances tandis que la plus grande attention à la demande doit améliorer la prévention. et ne saurait donc qu’être combattue et dénoncée. c’est un conte à usage des enfants répandu par les policiers qui craignent de perdre un de leurs plus juteux terrains d’aventures…) 17 février 2001. mais pour se plier aux contraintes des assureurs. et suit : « En réponse.notes inédites sur les choses policières. – […] [suite de la note précédente] des textes qui sont essentiels. Dans un pays totalitaire. Le Monde du même jour. ou leur vieille maman agressée.-P. manipulateurs. – Un ministre de l’Intérieur est-il nécessairement voué à devenir le porte-voix des groupes professionnels (préfets. 15 février 2001. fondateurs pour qui veut réfléchir sur la police. » (Ce qui. trois configurations désignant un succès assuré . Il y a ainsi cinq cas de figure : case centrale : aucun effet repérable . leur résidence secondaire cambriolée. Le bilan des « cas contrastés » n’appartient ni au policier ni au sociologue. une fois pour toutes.

changer l’ordre des priorités – et donc l’ampleur des investissements – entre les tâches traditionnelles. André CORVISIER. qui deviennent RG. alors que. Ce qu’elle ne fait pas. mais ancillaire. ce qu’il s’agit bien de changer. c’est-à-dire l’administration » (A. des magistrats. CRS. la chasse au délinquant. Louvois. polices secrètes et autres « troupes » du Souverain. Les autres sont plus préoccupants. Paris. — les commissaires du Châtelet. 412. la lutte contre la délinquance. le travail policier est toujours le même… ». Fayard. – La différenciation des trois polices n’est que le dépliage de leur empilage historique. on en sait bien assez sur la police quand on sait à qui il faut transmettre ses ordres . et comment. Il ne faut pas s’illusionner (ou paniquer) . sécurité publique : l’organisation de la sécurité locale . tout aussi méprisante. 412 10). restera toujours l’activité privilégiée. bras armé. Louvois. jusqu’à les réunir : — le guet bourgeois. Par ailleurs. La PN n’a fait qu’additionner progressivement. DST. mais avec assez de discrétion pour que cette efficace « récusation des ordres illégitimes » soit portée au débit de la force d’inertie propre à toute bureaucratie. Laissons-les à leurs certitudes. etc. bien sûr. c’est le contenu même de la tâche policière sous deux aspects : prendre en main des tâches jusqu’alors refusées ou délaissées (prévention. c’est le sens fonctionnel… 2 mars 2001. l’axe de référence. p. La question est de savoir si on peut. la police criminelle. Pour eux.notes de l’année 2001 se bouchant le nez. hauts fonctionnaires qui la commandent. « la police. dans l’esprit des policiers. qui devient PJ . d’une 10. Mais la question n’est pas de la dévaloriser ou de lui en substituer une autre. mais il ne faut pas gratter beaucoup pour entrevoir une autre forme de distance. au sens que l’on donnait alors [sous Louvois] à ce terme. on supposera qu’elle exécute. – Le prérequis de toute réforme est de contredire. la motivation première de la majorité des agents. car ce sont d’ordinaire ceux-là mêmes qui ont charge de police : magistrats qui la requièrent. 24 février 2001. 45 . — les mouches. et ne mettent pas en doute l’utilité policière. Ils ne partagent certes pas le jugement précédent. l’idée bien ancrée que « de toute façon. en police générale. auxiliaires de justice. qui devient DCSP [Direction centrale de la sécurité publique]. aide aux victimes…) . Corvisier. 1983. pour le reste. hommes politiques à la tête du pouvoir exécutif. justement.

où tout le commissariat s’était mobilisé pour une « filière » de hasch. Depuis plusieurs années […] cette répartition est constante. c’està-dire faire accepter par les policiers qu’il n’y a pas que cela qui compte. lui adjoindre d’autres tâches à égalité d’importance. Et le document précise ce qu’on peut pressentir : « L’escalade des problèmes familiaux qui peut mener jusqu’à la mort de la victime dure généralement un bon moment ». « cris » et autres « différends familiaux » qui sont comme l’on sait le quotidien des appels à la police et la plaie du métier policier. D’autre part. tant sur le territoire de la CUM qu’ailleurs dans la province » (p. D. et non pas simplement comme substitut. l’exemple du « trafic de drogue » à Soissons. intérêt et importance. définie comme la belle affaire par excellence. cible 2 : diminuer les appels répétitifs reliés à la violence conjugale. et si possible bien sanglant. fait allusion à un canon de la sociologie des enquêtes de victimes qui distingue deux dimensions (« victimation » est une terminologie consacrée) : l’exposition personnelle au risque de subir ou au fait d’avoir subi une atteinte d’une part. (Ajout du 7 mars 2001 [Montréal]. 46 . bien incontestable. imposer des priorités au sein des activités délinquantes. Autrement dit. et une préoccupation à l’égard des phénomènes de délinquance de l’autre. alors qu’elle était dérisoire au regard des nuisances subies et éprouvées par la population). et se traduit par les inévitables « tapages ». M.notes inédites sur les choses policières. soit gibier de police par excellence. il apparaît que « le tiers des homicides survenus en 1998 sont des drames familiaux. qui sollicite 11. 23). contrainte ou pis-aller. D’après le document « Tableau de bord de gestion » (SPCUM [Service de police de la Communauté urbaine de Montréal]. Il ne se trouve probablement pas un seul policier pour contester qu’un bon homicide. et ne pas se laisser mener par celles que telle ou telle sous-culture policière met au premier plan (cf. comment imposer que le double critère de victimation 11 et d’insécurité de la population soit pris en compte avant le critère de l’échelle de prestige policier. mai 1999). Donc qu’il ne faut pas tout lâcher pour courir sus à tout voleur de poule. et que tout le reste peut aussi avoir sens.) – Un très bel exemple de rapport entre vrai travail policier et « travail social ». au sein de l’activité délinquante. dont la population n’a rien à foutre ?… Si on arrivait déjà à imposer ces deux modes de relativisation de la hiérarchie spontanée des priorités policières. l’essentiel serait fait. 1999-2006 part.

ce n’est pas trente ans de prison pour un voleur de poules ou sa version californienne « 3 sticks and you’re out » . salubrité. le différend familial méprisé. parce qu’on a mieux à faire. SILVERMAN. que ce bel et bon homicide. chimiques. même si c’est la voiture d’un notable ou la camionnette d’un commerçant. Il faudrait le rappeler périodiquement aux policiers. et se faire à grands fracas thuriféraires des soidisant mérites de la police de NY. c’est de revenir à des tâches de longue date délaissées de maintien de l’ordre local. la première. c’est beaucoup plus prosaïque que cela : c’est le fait. Boston. hygiène. – En lisant Silverman 12 : la tolérance zéro. mais de s’arrêter. Tolérance zéro. de la faire ranger. le service à la communauté. signes et outils du meilleur professionnalisme policier. et de verbaliser. biologiques. Northeastern University press. NYPD Battles Crime. 9 mars 2001. le pseudo-« travail social » indu. a pris naissance. etc. quand on entend passer sous les fenêtres du commissariat une mob à échappement libre. a poussé ses racines. c’est arrêter de contourner la voiture en double file en regardant ailleurs. ou une voiture dont la sono hurle. Bref. – 1. humaines et techniques : scène du crime. prise d’empreintes. quand on a soi-même déserté de longue date ses responsabilités du ministère public auprès du tribunal de police. Innovative Strategies in Policing. À ceci près que la remarque précédente rétablit les chaînons manquants : c’est dans le tapage dédaigné. autopsie et autres joyeusetés de la PST [police scientifique et technique] peuvent et doivent s’y déployer en grand arroi. la faiblesse des politiques ou la complicité des socialistes avec la délinquance. examens balistiques. Il est intolérable justement de voir les supposés grands flics abreuver les médias de plaintes contre le laxisme judiciaire. La police ne sait pas rétribuer le travail préventif de ses membres. ou qu’on y « indulge » à tour de bras… Une des grandes et efficaces ressources mises en œuvre par le NYPD [Département de police de la ville de New York] a précisément été de se servir au maximum de toutes les réglementations d’ordre public communal. mais de la stopper et de la verbaliser : pas la dixième fois. 4 mars 2001 (Montréal). 47 . bruit. de ne pas se boucher les oreilles l’air excédé. le 12. Eli B. providence de la corporation et fleuron de son expertise. 1999.notes de l’année 2001 et mérite – sans discussion ni délai – le déploiement de toutes les ressources policières.

13. le logeur à qui remontent les appréciations des gardiens d’immeubles.. Allusion à la trilogie désormais consacrée des fonctions de police : police de souveraineté. Tout tableau de bord élaboré en catimini par une cellule ad hoc de l’administration centrale sera peut-être génial intellectuellement. parce qu’inspiré par ce qui intéresse cette administration centrale et non par ce qui est utile au responsable de terrain. vigoureusement. et utile. et on peut à bon droit s’étonner qu’il ne reprenne que les indicateurs les plus traditionnels de l’action policière. il reprend mes trois catégories 13. l’association à laquelle l’îlotier a donné un coup de pouce. C’est le seul critère. police criminelle. la sensibilité des capteurs et la lisibilité de l’affichage. de telle sorte que le tableau de bord final leur est directement et immédiatement utile.-P. ce sera néanmoins un bouillon total. ce qui est crucial. Le tableau de bord que monte le SPCUM n’est pas génial. ou tout autre critère interne . police de la tranquillité publique. mais aussi. et ajoute au même rang. celle de police privée. au projet de définir. 1999-2006 service du public. et donc pertinent. et pour commencer.notes inédites sur les choses policières. Brodeur le dit très justement : la police résiste victorieusement. mais il est bien foutu. et une vraie merveille d’électronique et d’analyse en temps réel. et assez fort pour que le policier en tire à la fois notoriété et prestige dans son entourage. Voir par exemple 48 . tout le rôle du « gardien de la paix ». la contribution discrète au sentiment de sécurité. 13 mars 2001. c’est le mode d’élaboration. ce n’est pas le nombre de cadrans. parce qu’il a été élaboré sous le contrôle constant de ses usagers destinataires : les quatre commandants qui dans le comité de projet ont dit que cela ils prenaient. bref. le proviseur qui constate que le flic a bien sensibilisé à tel ou tel danger. non seulement au projet de connaître. Dans cette voie. etc. On ne la saisit que par énumération. leur graduation. Mais peut-être peut-on chercher cette rétribution ailleurs. – J. la prévention ou dissuasion intelligente. Ce qui est important dans le tableau de bord. la fiabilité ou l’exhaustivité des données. par les partenaires justement ? Pourquoi les travailleurs sociaux qui ont « bénéficié » d’un bon signalement. mais aussi points supplémentaires pour sa notation ? La rémunération pourrait venir d’ailleurs que de la seule administration policière… 2. En quoi il a raison. C’est le seul critère qui vaille. et cela ils n’en voulaient pas – et ont eu le dernier mot. ne le feraient-ils pas savoir. comme quatrième.

hier les profs et les flics. la garde des enfants…). en ce moment les juges et les infirmières. fondée (on pourrait indubitablement occuper plus de personnes dans les mêmes emplois). salaires et horaires expriment d’abord ce découragement devant l’ampleur infinie d’une tâche qui ne sera jamais parfaitement accomplie. Allègre : un ministre à ce point ignorant des propriétés élémentaires du domaine d’action qui lui est attribué témoigne d’une erreur de distribution à corriger au plus tôt. demain les éducateurs de rue et les médecins). et qui de surcroît se déplacent sans cesse : dès que certains sont satisfaits. 33. comme leur ciment élémentaire. où ils sont notoirement en surnombre. On aurait tort de ce fait de prendre ces revendications dites « quantitatives » à la légère. et ne le comprendre toujours pas aujourd’hui. À ce quadruple titre. universelle (les policiers réclament des effectifs aussi bien à Paris. il se pourrait bien que cette déploration fonctionne – en outre – comme plus petit commun dénominateur au sein de chacun de ces groupes. 3… polices ? L’illusion d’une unité ». qui a le double avantage d’être toujours justifiable et surtout d’être unifiante. 2e trimestre 1998. il en naît d’autres. il va s’exprimer sous la forme d’une revendication de moyens. C’est aussi pourquoi. le noyau dur de la culture professionnelle (et donc s’entretienne aussi de cette fonction interne essentielle). et impossible à satisfaire (il y aura toujours un déficit par rapport à des besoins infinis. « 1. d’en rajouter sur leur angoisse professionnelle. à la façon dont on tente parfois de disqualifier les mouvements de professeurs en les réduisant à une sempiternelle revendication de gommes et crayons (d’horaires allégés et de salaires alourdis…). D. Gommes et crayons. MONJARDET. Ce pourquoi. 2.notes de l’année 2001 La déploration du manque de moyens dans les métiers de service est constante (elle ne cesse pas quand les moyens sont sensiblement augmentés). suffit à disqualifier C. la pire bêtise qu’on puisse commettre devant ces revendications est de disqualifier leurs porteurs. 21-26. de renchérir sur les insuffisances qu’ils sont les premiers à ressentir et dont ils sont les premiers à souffrir. si ce n’est même décemment accomplie. Panoramiques. 49 . quels que soient la plainte ou le contentieux de tel ou tel sous-groupe à l’intérieur de ces professions vis-à-vis de son employeur. qu’en province). que tous les professionnels en place ressentent (cf. p. cf. Ne pas avoir compris cela.

le plus souvent à sens unique. méconnaît tout autant ses responsabilités (c’est d’ordinaire le cas des ministres de l’Intérieur). en réponse aux infirmières : « Il y a 2. la question est la suivante : si ces rapports sont si difficiles. et non.5 milliards de dégagés. – Au séminaire « Travail dans la fonction publique » du ministère de la Recherche. et l’incontournable nécessité d’arbitrer les allocations de moyens finis entre l’ensemble des groupes professionnels… (Ce qu’a bien fait Kouchner à la TV hier. les relations tenue/civils. et un point de friction dans le fonctionnement des commissariats en France. s’il faut une attention constante pour maintenir un très mince flux d’échanges. vis-à-vis des professionnels. les enseignants ne pourront pas assurer du soutien individuel à tous les élèves .notes inédites sur les choses policières. parce qu’elles n’ont pas grandchose de commun. non. et s’il n’y a pas là. 1999-2006 Mais l’erreur peut être inverse : le ministre qui prend au pied de la lettre cette déploration. séance du 28 mars 50 . on ne mettra pas une infirmière en permanence auprès de chaque malade . il n’y aura jamais assez de places de crèche pour tous les nouveau-nés de l’année… 13 mars 2001. De même. l’une et l’autre. certes. plus simplement encore. En bref. mais en même temps de rappeler son caractère inévitablement utopique. n’est-ce pas – au-delà de toutes les raisons circonstancielles et subjectives – parce qu’il n’y a en réalité aucune raison nécessaire à ce que ces rapports soient autres que distants ? N’est-ce pas parce qu’on a affaire en l’occurrence à deux polices tout à fait disjointes. il n’y aura jamais assez de policiers pour sécuriser toutes les personnes âgées et empêcher tout cambriolage . et on ne peut pas faire plus… ») Non. au contraire. tout à la fois qu’un effort. non. – La rupture de la relation gendarmerie/ enquêtes est placée au premier rang des difficultés accompagnant la réforme de la PDQ [Police du Québec] au SPCUM. et pas nécessairement besoin l’une de l’autre ? Poser la question induit la réponse : en effet… 29 mars 2001. pour la masquer. universel et vain. et s’en fait le porteur. Le rôle du politique. et qui peuvent parfaitement prospérer. une vérité des rapports réels entre ces segments policiers. roulement/sûreté sont toujours un objet d’attention. en maintenant leurs relations au minimum ? N’est-ce pas. c’est beaucoup. La généralité de cette « difficulté » conduit à se demander si elle est réellement aussi dysfonctionnelle qu’on le suppose. est de comprendre leur plainte. gardiens/inspecteurs.

qui permettra de lui appliquer les règles de droit correspondantes) » . Le point central est qu’elles sont prescrites hiérarchiquement. largement implicite et informelle ne soit que le fait de l’impéritie hiérarchique et de l’incompétence des systèmes de formation.notes de l’année 2001 2001. arrange sans doute tout le monde au sein de la police. Il n’est pas sûr que cette appréhension purement empirique. intervention de I[sabelle] Sayn (Cercrid [Centre de recherches critiques sur le droit]. Qui n’a pas de pouvoir d’interprétation ne saurait être responsable… Généralisation : les contenus de la formation initiale des différents corps policiers ne sont pas définis à partir d’une analyse empirique des tâches qu’ils auront quotidiennement à effectuer pour accomplir leur métier (savoir faire une queue d’aronde. elle précise que l’activité d’interprétation est largement élaborée en amont. ce qui a deux conséquences : l’institution mésestime l’activité décisionnelle des agents et ne reconnaît pas leur responsabilité réelle . Le discernement est prescrit. d’autre part un travail de qualification des situations de fait (faire entrer la situation individuelle dans la catégorie juridique . sous l’injonction de discernement. de l’exécutant docile et discipliné. la compétence d’interprétation + qualification n’est pas reconnue. mais que l’activité de qualification est très largement ignorée. et non une compétence (ou qualification au sens propre du terme) qui serait susceptible d’une objectivation et d’une transmission : apprentissage contrôlé. autant les gardiens de la paix eux-mêmes que l’encadrement. en ce sens qu’ils doivent appliquer une règle de droit générale et abstraite à une situation individuelle. rien ne permet à l’usager d’avoir recours contre une décision de qualification qui le lèse. se développent sous forme de procès de sélection des tâches et du mode opératoire. Cette activité proprement juridique suppose d’une part un travail d’interprétation de la loi (ce que veut dire le texte). dans des documents ad hoc (« suivi législatif »). etc. Il est plus vraisemblable qu’elle est très délibérée : la fiction du « corps d’application ». sans référence : « L’activité des agents des CAF [caisses d’allocations familiales] est une activité de prise de décision en droit. Saint-Étienne). texte distribué. mais que ce terme signifie bien ce qui est en question : une qualité subjective dont l’agent doit faire preuve. 51 . Dans l’activité du gardien de la paix : interprétation et qualification sont constantes.

mais selon une acception hiérarchique normative de ce qu’ils sont supposés faire. – Réformer la police ou toute autre administration suppose que l’on veut/peut améliorer l’existant. judgment and initiative (dépendance à l’égard des compétences. large degree of discretion (degré élevé d’autonomie) . – Prévention de la corruption et résolution de problème. il y a peu de chances qu’elle adhère à un vrai projet de changement… 9 mai 2001. Dans l’ensemble du secteur public. jugement et initiative individuels) . on réunit toute l’unité et on débriefe collectivement les deux ou trois problèmes difficiles rencontrés par l’un ou l’autre – outil de professionnalisation. intimement persuadée de son excellence. légitimer. Quand elle s’est au contraire. monopoly of legitime 52 . comme dans le cas policier. il ne peut y avoir réforme que si cette profession fait elle-même un début d’autocritique. reliance upon individual skills. d’après Peter Villiers. agents du guichet. instituteurs. et donc que celui-ci est améliorable. Les huit traits fondamentaux de toute police. par défaut de toute instance d’imputabilité (de compte rendu). préposés. need for instant decision (nécessité de décision instantanée) . receveurs sont jusqu’alors restés dans une prudente opacité . il faudrait songer à la lever… On découvrirait ce faisant que les compétences proprement gestionnaires de ces « cadres » et supposés « dirigeants » sont fort minces… 27 avril 2001. 1999-2006 souder les métaux ou analyser un bilan). on développe avec beaucoup plus d’ardeur la recherche sur les exécutants.notes inédites sur les choses policières. inspecteurs d’académie. S’il y a. Et le faire par la démarche « réunion de synthèse » empruntée aux psy : une fois par mois. recouvrement de l’organisation et d’une profession. professeur à Bramshill (congrès IACP [International Association of Chiefs Police]) : wide avenue of responsabilities (grande étendue de responsabilités) . gardiens de la paix. une esquisse. que sur l’encadrement et a fortiori la haute fonction publique : commissaires. un projet de réforme que par un début. À un policier belge qui pose la question : « Comment empêcher qu’un policier installé sur le même terrain pendant vingt ans ne vire à une forme même bénigne de corruption ? » Réponse double : en faire un « problème » au sens de la résolution de problème – retourner cette méthode sur soi. ambiguity about core role (ambiguïté autour de la fonction première) . d’autocritique. mais aussi de contrôle. préfets. On ne peut justifier.

document interne. ce qu’elle n’est pas » (archives D. elle ne saurait être méconnue. Un des noyaux durs de celle-ci est sans doute la découverte de l’hostilité du « public ». 20 juin 2002. IDRH. « Réussir la mise en œuvre de la police de proximité » (200 séminaires de formation en septembre et octobre 2000). Ce dernier lui avoue que la DCSP aurait refusé d’introduire dans le dossier des stagiaires. Pour l’essentiel. M. la note de D.notes de l’année 2001 force (monopole de la contrainte légitime) . 53 . Voir bibliographie générale [71]. d’être utile. le ministère ne dispose pas des compétences nécessaires à la gestion du changement. 16 mai 2001. 16 mai 2001. retrospective style of management (style de management rétrospectif) . il y a sans doute des « lieux communs » qui se transmettent directement de génération à génération par les anciens et par les formateurs en école. – Le ministère de l’Intérieur fait partie de cette sorte d’organisation tout à fait incapable de tout apprentissage : cela fait plus de vingt ans maintenant que ce ministère annonce à grand fracas des réformes qui avortent systématiquement. Nombre de recrues motivent leur choix professionnel par le désir de « servir ». « La police de proximité. document interne. Frédéric Petitbon. sans avoir le moindre soupçon de l’idée de la façon de s’y prendre. Voir plus loin : « Retour d’expérience de l’intervention d’IDRH ». et nul en son sein ne semble soupçonner qu’il pourrait s’en dégager un enseignement . – Au principe des stéréotypes de la culture policière. M. Or le premier apprentissage du nouveau policier est bien que cette population qu’il se propose de servir non 14. de protéger et secourir. le 28 septembre 2000. et peut définir en effet le cadre auquel la formation doit préparer.. déjeune avec le directeur de l’IDRH. et même si cette orientation s’accompagne aussi de considérations plus prosaïques (comme la sécurité de l’emploi ou le niveau de la solde). mais il y surtout l’expérience partagée. et il faudrait qu’il s’en dote. C’est assez bien vu. C’est ce qui permet à des préfets ou des hauts fonctionnaires de se retrouver propulsés aux commandes de réformes lourdes. ils pensent qu’il s’agit de produire une série de circulaires plus fournies que de coutume… Cela produit accessoirement ce paradoxe savoureux de gens crispés sur leur supposé monopole de compétences mais qui n’hésitent pas à sous-traiter des pans majeurs de leurs propres responsabilités à des organismes conseils extérieurs (IDRH [Institut pour le développement des ressources humaines] 14). mental and physical demands of policing (exigences physiques et mentales du métier). D.). M.

Préfet. De qui se moquent-ils ? Paris. assignés à résidence. comme Balladur. 23 mai 2001. Plaisante galerie de portraits vachards. où l’on sent souvent que l’auteur pourrait forcer le trait. – Pour la police. ancien directeur de la DST. même sur une population par définition bien pire que celle qu’ils « affrontent » dans les cités. sauf à l’égard de ceux qui lui font trop ostensiblement le coup du mépris. et avec qui la tension monte jusqu’à l’émeute… La prison n’est qu’un concentré (temps/espace) de la cité. le droit est une référence. Ces jeunes revêtent l’uniforme pour « servir » et se retrouvent bombardés d’injures et de cailloux. Le maton incompétent est celui qui a la trouille et/ou joue les gros bras. le fondement même de son action (cf. comme un bloc hostile et soupçonneux vis-à-vis duquel il faut se protéger. Et la motivation avortée se retourne en perception du public. – À propos d’Yves Bonnet 15 . se retient. par le secret et la solidarité. dont les jeunes ne peuvent/savent pas/plus sortir. tout à fait inattendu.notes inédites sur les choses policières. et manque de vraie méchanceté. qui dit ce qu’on peut faire et comment on ne peut pas faire… Peut-on être les deux à la fois. mais il est en même temps un outil. 12). Au passage. Le choc est d’autant plus rude qu’il est. 1999-2006 seulement ne souhaite pas son aide. et donc de la population. le droit de manifestation s’apparente à la subversion et se règle par une bonne charge un peu virile… 17 juin 2001. 468 p. on retient surtout l’inaptitude foncière d’un vrai préfet à entrer dans le champ politique et à se faire à l’idée que le pouvoir est d’abord un marché ultraconcurrentiel et sur lequel tous les coups sont bons. pour beaucoup. et qui s’y sentent incarcérés. Flammarion. relégués. Mais de sa plaisante autoflagellation de « cocu » pas trop content. 2001. sans que l’aspect le plus normatif (droit = valeurs) ne soit miné par l’aspect instrumental (droit = outils) ? Si l’outil fonctionne mal. 15. 54 . de tout public. art. avec les flics pour matons. on notera sans trop de surprise que pour ce spécialiste supposé de l’ordre public. DUDHC [Déclaration universelle des droits de l’homme et du citoyen]. mais le plus souvent – dans ses interventions concrètes – lui manifeste une hostilité ouverte. le droit-valeurs en sort-il intact ? Maintien de l’ordre en prison : expliquer aux flics que les matons ne règnent pas par la terreur.

Les Annales de la recherche urbaine. nº 90. s’aventure en conclusion de son rapport d’activité. p. sur le terrain. Me confirme également que mon test est juste : « Y a-t-il une. des consultants extérieurs (IDRH). quand IDRH. modèle. » Aucun doute donc sur l’inspiration que les « managers » de la DGPN et de la préfectorale réunis vont chercher dans la socio des organisations la plus orthodoxe… Ce dont « chiasse sociologique » est le symptôme. la mise en place de la police de proximité.notes de l’année 2001 22 juin 2001. une seule !… 11 juillet 2001. il ne manquait pas un bouton de guêtre à la doctrine de pol-prox. des chefs de service de l’IHESI (Chalumeau. cul. une seule circonscription que l’on puisse montrer au ministre et livrer trois jours aux journalistes en leur disant : allez-y. 156-164 [85]. le jugement d’un préfet ne traîne pas : « Chiasse sociologique. cette circonscription test. de l’avis. et qu’il suffit de faire le gros dos en attendant la prochaine. En effet. à signaler quelques questions que soulève. 17 » est tout à fait juste et correspond entièrement à ce qu’il entend sur place : les gardiens de la paix ont maintenant intériorisé l’idée qu’il s’agit de la énième réforme du ministre du jour. des journalistes bien informés (Ceaux). – On ne saurait surestimer l’importance des motivations individuelles dans le travail policier. mais voilà la police de proximité grandeur nature. Molin). dont beaucoup de hauts fonctionnaires sont atteints… Hier. c’est d’un véritable autisme sociologique. 2001. témoin. – Lors des Assises nationales de la police de proximité. une révolution culturelle ». du sous-directeur des missions de la DCSP. Publié sous le pseudonyme de P. de l’aveu du chef de l’IGPN (et de participants aux évaluations : F. 55 . sauf la réponse à une question adjacente : « Et comment y va-t-on… ? » 12 juillet 2001. Ils n’ont même pas été foutus d’en faire fonctionner une. « La police de proximité. regardez. DEMONQUE. Ocqueteau). Comme pour tout travail finalement fort peu contrôlé (chercheurs ou 16. ce n’est peut-être qu’un prototype. n’existe tout simplement pas. 17. Journaliste au Monde. à la Villette du 30 février 2000. – Ainsi donc. société de consultants bien sous tous rapports et copieusement rémunérée par la DCSP pour faire son boulot à sa place. c’est cela que nous voulons mettre en œuvre partout ? » (Comme Bratton l’a fait pendant des années à New York). Pascal Ceaux 16 me confirme que mon papier sur la « révol.

Bureaucrates bornés et arrogants. « faire un crâne » signifie interpeller un maximum de gens dans la rue sous prétexte de contrôles d’identité pour dépister des étrangers en situation irrégulière . qu’un tel mécanisme ait des effets extrêmement puissants et garantisse en tous lieux à l’activité répressive le premier rang. les collègues directs. le saute-dessus. On en est très loin… et d’abord parce que cette analyse même est très loin d’être partagée par les actuels conducteurs de la réforme. d’une part (c’est même probablement la seule circonstance dans laquelle ils s’accordent spontanément). Autant d’expressions imagées en usage dans la police pour « faire du chiffre » par le biais dit des affaires d’initiative (en termes managériaux. et donc le quantum de récompense. quasi objective. On comprend ainsi. Elle s’impose comme priorité spontanée parce qu’elle est la seule activité qui bénéficie conjointement de ces deux principes de valorisation. ou manœuvriers supposés habiles. et le « flag ». le flag 18. les pairs. objectifs de l’action policière. un flagrant délit. le public (les usagers directs. Le chantier reste donc entièrement ouvert : quels substituts apporter au prestige de la 18. Si cette analyse a quelque validité. il faut armer ceux-ci d’un dispositif de reconnaissance et de valorisation comparable. mais elle est aussi externe. IRAS – infractions révélées par l’action des services) : par exemple. une conséquence est évidente : pour prétendre contrebalancer cette priorité par d’autres dimensions. La performance répressive individuelle (le crâne. ils survolent ces considérations jugées triviales de trop loin pour leur prêter quelque pertinence. le public en général. 56 . service policier. la presse). le « saute-dessus » désigne l’interpellation musclée d’une personne suspecte . magistrats) . etc. produite par le dispositif de sanctions (punitives et positives) mis en œuvre par les trois instances de référence : l’organisation hiérarchique (sous ses trois formes. quantité et qualité de la prestation sont directement fonction de la motivation.) présente à cet égard deux caractéristiques majeures : elle est saluée unanimement par ces trois instances. préfet. et d’autre part elle produit sa propre échelle. aspects. Celle-ci peut être interne (sens du devoir.notes inédites sur les choses policières. sans avoir besoin d’évoquer on ne sait quel penchant répressif inné ou construit de la gent policière. de rémunération (théorème de Demonque) : c’est la grandeur du crime qui fixe la valeur de la performance. aussi puissant. les syndicats. 1999-2006 enseignants) du fait d’une impossible mesure de l’investissement aussi bien que de la production. la profession dans son ensemble . peur de l’enfer ou conformisme). l’opinion publique.

57 . c’est-à-dire la nature et la qualité de la relation établie entre la police et… Mettre en œuvre la police de proximité 19. Outil de mesure de la délinquance utilisant notamment l’analyse cartographique réputé être à l’origine de la réduction de la criminalité à New York et importé en France par La Préfecture de police de Paris en 2001. et de la salubrité publiques ». – Ce qui est efficace. mais la menace de mise à la porte si la stat n’évolue pas dans le bon sens. de la sécurité. L. c’est parce que les flics ne foutent plus rien et. moyen d’action. Quand on en arrive à accuser Jospin (et/ou Chirac) d’être responsable des incendies de voitures à Strasbourg et des vols à la portière à Nice. c’est certes la statistique spatialisée de la délinquance.15 du code des communes : « […] les tâches relevant de la compétence du maire […] en matière de prévention et de surveillance du bon ordre.notes de l’année 2001 tâche répressive pour valoriser identiquement la sécurité publique ? L’ordre public local est redéfini par l’art. le font mal… 26 juillet 2001. Y ou tel autre maire « intelligent » ne pouvait plus mettre en cause l’État à tout propos. son efficacité résulte entièrement dans le fait qu’elle sert à mobiliser les policiers de terrain : l’outil n’est pas la statistique. finit par son contraire : la diluer à l’infini. 9 de la LOPS [loi d’orientation et de programmation pour la sécurité] (loi nº 95-73 du 21 janvier 1995) qui porte art. 131. mais celle-ci n’a évidemment aucun effet direct sur le crime . ce n’est pas que la délinquance y est pire qu’ailleurs. n’en est en charge… Si X. ce n’est pas plus tel ou tel contenu des tâches. D’une discussion ce même jour avec P. à force de concentrer la responsabilité au sommet. mode d’implantation spatiale ou division du travail. L’outil. et fait outil dans Compstat [Computerized statistics] 19. et distinctif. organigramme. pour ceux qui travaillent. – Le trait constitutif. c’est bien que. de la tranquillité. si New York est à ce point violente. définition et priorité de mission. c’est la mobilisation policière… La tolérance zéro porte d’abord sur les flics : le diagnostic de Bratton. ce n’est pas tel ou tel dispositif. on en vient en pratique à souligner que plus personne n’en est responsable. mode d’organisation. il faudrait bien qu’ils en arrivent à montrer ce qu’ils savent réellement faire… 13 juillet 2001. Ceaux : la centralisation étatique de la sécurité. de la police de proximité. c’est la proximité elle-même.

c’est croire que l’habit fait le moine. On ne saurait mieux entretenir contresens et confusion. 5. – On peut dire des policiers. d’incapables ou d’escrocs est sensiblement le même…) 18 août 2001. (À propos de la compagnie des gendarmes-Dauphins. ce qui fut ressenti comme du plus mauvais effet politique quand il s’est agi d’afficher les bons résultats de la politique du ministre en reconquête du quartier dans la ville pilote étudiée par ce sociologue. mais aussi pour n’en contenir pas bien d’autres » ([Saint-Simon. XXIII. j’en ai connu. dans tout groupe professionnel. Rappel de l’« anecdote » : une recherche commanditée par l’IHESI à ce chercheur avait été censurée au nom du fait qu’elle avait mis en évidence un effet contre-intuitif au sein de la population dans un quartier difficile.. juillet 2000. édition] B[oislisle] XXII. 5 août 2001. et. Mais ce n’est pas seulement fausse manœuvre. de ceux-là. (DCSP) et l’IHESI à propos d’une recherche sur « l’évaluation par le public de la police de proximité » (Mouhanna) 20. « Quel service pour quel public ? Une tentative d’évaluation chiffrée de l’image de la police dans la population face à la territorialisation ». 4). est tout à fait symptomatique. imposée uniformément comme le régime des horaires ou la réforme d’un article du code de la route. 58 . le pourcentage de cons. routine imbécile ou défaut de cohérence. et dont les commandants s’étaient entichés de l’idée que « ces charges donnaient l’Ordre ». CSO-IHESI. M. édition] B[oislisle]. 1999-2006 en généralisant dans les services des organigrammes estampillés police de proximité. Ce 20. qui s’est produit en juin-juillet 2001. des préfets et de tout groupe professionnel ce que Saint-Simon dit des Jésuites : « La Compagnie est trop nombreuse pour ne pas renfermer beaucoup de saints.) 20 août 2001. MOUHANNA. 7). créée en 1665 pour le Dauphin. dont les responsables mettent en œuvre avec énergie et autorité – comme ils savent si bien faire – une politique à laquelle ils ne comprennent rien. C’est surtout attester à l’ensemble des troupes que cette aussi obscure que fameuse police de proximité n’est qu’une nouvelle prescription du centre. p. : la seule loi sociologique irréfutable est que.notes inédites sur les choses policières. ibid. après que l’orage fut passé. – De Saint-Simon également : « La gendarmerie est féconde en chimères et en prétentions » ([SaintSimon. Les résultats en furent néanmoins publiés plus tard. – L’incident entre le préfet D. (Version D. Celle-ci s’était montrée plus apeurée huit mois après le déploiement de la police de proximité qu’avant le déclenchement des opérations. C. et qui n’a donc rien à voir avec les problèmes concrets et spécifiques de chaque circonscription. c’est bien la marque de la confusion intellectuelle qui règne au sommet d’une administration.

qui sont abordées de façon beaucoup moins démago quand tout le monde sait que la responsabilité est locale. dans beaucoup de cas. 59 . PUF. il n’apporte pas – c’est le moins qu’on puisse dire – de l’eau au moulin de l’étatisation. 2001. qui organise et sanctionne l’inégalité devant l’insécurité. la municipalisation des polices urbaines entraînerait immanquablement une inégalité profonde entre communes riches et pauvres. L’argument serait irréfutable si la réalité ne témoignait pas. quelle que soit la gravité des problèmes de sécurité). depuis un demi-siècle. (Au passage : quand A. en s’abstenant par exemple d’ouvrir les commissariats requis dans les nouvelles cités. ce qui existait déjà en matière de partenariat local. il pensait la police de proximité compatible avec la centralisation de la sécurité publique telle qu’elle fonctionne depuis 1941. 22.) – Il faut dire avec vigueur que les promoteurs les plus efficaces de la municipalisation des polices 21. Autrement dit. p 80. C’est au contraire l’État. Alain BAUER. l’exemple de Montréal plaide pour l’idée que c’est bien l’étatisation qui provoque la politisation (polémique et démagogie) des questions de sécurité.-M. puisque l’État est pris en flagrant délit de suivisme vis-à-vis des pratiques locales…) Inversement. – Les (supposés) dangers de la municipalisation. Ventre 21 énonce dans son « Que sais-je ? » que « le CLS n’a fait qu’officialiser. et que donc la sécurité va d’abord dépendre de ce que chacun est prêt à y consacrer directement par l’impôt… (Ajout du 8 octobre 2001. Paris. André-Michel VENTRE. Les Polices en France. exactement de l’inverse : l’État protège infiniment mieux le citadin de Neuilly ou de Vincennes que celui de Mantes ou du ValFourré. Secrétaire général du SCHFPN. au contraire. Le SCHFPN répète à l’envi que seul l’État est capable d’assurer l’égalité de tous les citoyens devant la sécurité et que. ou en se cramponnant à une égalité formelle absurde dans le calcul des effectifs de police (n policier par habitants.notes de l’année 2001 préfet entendait mettre en œuvre la police de proximité sans rien changer du mode de commandement de la DCSP sur les services locaux et sur le contrôle exclusif de ce qui s’y passe. Il ne faut pas s’étonner de voir la réforme aller dans le mur… 18 septembre 2001. animé par la bonne volonté des élus locaux et des responsables de la police 22… ».

dont on se donne si peu de moyens pour élucider les raisons.) – L’argument majeur en faveur de l’étatisation. En effet. c’est une police de la ville et qui sert les priorités de la ville. (Ajout du 16 octobre 2001. mais c’est bien la raison pratique que. et que les pouvoirs publics (É[tats-] U[nis] aussi bien qu’européens) ne font rien. entre l’évolution des pratiques addictives et le renforcement de l’arsenal répressif… on se dit qu’il est quand même surprenant de consacrer tant d’efforts et tant de moyens de tous ordres à lutter contre des comportements dont on connaît si mal les causes. parce que ces réseaux sont aussi ceux de l’argent sale. des trafics d’armes. ce n’est pas l’égalité. Idem : il faut cesser de finasser et appeler un chat un chat : une police d’État. – Déni de savoir. repérés et signalés de longue date. Dans ces conditions. pour les chefs de service locaux. ils n’ont de comptes à rendre à personne. dans cette police étatisée. – Les causes de la délinquance ? Lorsqu’on voit le débat américain sur les causes de la baisse constatée de la délinquance à New York. entre le maire dépourvu de tout droit de regard sur la police de sa ville. c’est la police de l’État et qui sert les priorités de l’État. la Police nationale ne résistera pas à la pression des maires pour que l’outil policier s’occupe – enfin – de leurs problèmes locaux. paradis fiscaux et autres opérations 60 . entre l’action autonome de la police et la démographie des jeunes Noirs américains. à multiplier les faux-semblants et à priver la réforme de police de proximité de toutes chances de réussite. de la corruption politique. ce ne sont pas les mêmes… 19 septembre 2001.notes inédites sur les choses policières. magistrat à Orléans : les deux s’accordent pour dire (en substance) que les réseaux de financement des Ben Laden et autres réseaux terroristes sont parfaitement connus. D’un débat à LCI ce jour vers 11 heures. la neutralité et autres sornettes. et la DC [Direction centrale] lointaine qui ne demande que du papier. Développer une criminologie (ou sociologie de la déviance) un tant soit peu solide ne devrait pourtant être une tâche insurmontable… 19 septembre 2001. l’impartialité. avec Thierry Jean-Pierre et Jean de Maillard. du blanchiment. ne « veulent pas le savoir ». 1999-2006 urbaines en France sont par ailleurs ces fonctionnaires acharnés à défendre le statu quo. le préfet qui ne s’intéresse qu’à l’ordre public. Une police municipale. dont ils ne sont pas par ailleurs les parangons. de la drogue. suite.

mais bien l’inverse : en ce moment. les sorties d’école ou un contrôle de vitesse. avec la formulation d’objections techniques. tous les écoliers de France sont en train de réviser la table des 7. C’est peut-être en train de changer. – Entendu hier à l’IHESI cette idée qu’il y aurait contradiction entre : le développement rapide de formes collectives de la délinquance des jeunes. je ne sais pas ce qu’ils font à Perpignan ou à Vienne. par définition désarmées et inopérantes devant ces phénomènes collectifs. suivent les mêmes circuits que l’argent de Ben Laden… 26 septembre 2001. La doctrine de la police de proximité est une tentative pour fourrer dans la tête des corps préfectoraux et policiers que l’appartenance à une administration d’État. à Vienne de l’autre… Est-ce si difficile à comprendre ? 61 . mais je sais qu’ils y font ce qui est nécessaire à Perpignan d’une part. C’est d’abord une des premières expressions du travail d’élaboration de la critique « experte » et interne de la doctrine police de proximité. encore une fois. quarante… et une police de proximité qui serait marquée par le déploiement de patrouilles individuelles ou à deux. et que nul ne veut attaquer un si gros morceau où chacun est pour une part mouillé : les commissions d’Elf. une incompréhension complète de la police de proximité. vingt. Jusqu’à présent.notes de l’année 2001 financières d’envergure qui relient économie ouverte et économie souterraine. ou apprennent la liste des affluents de la Garonne. il s’exclamait avec fierté : « En ce moment. qui interviendraient de plus en plus souvent en bandes de dix. tirant sa montre de son gousset. le corps policier a manifesté plus de scepticisme et d’attentisme à l’égard du projet police de proximité que de franche hostilité. ou de Boeing. C’est ensuite. à l’appareil d’État. ne signifie pas ipso facto que l’on fait nécessairement la même chose partout de la même façon et au même moment. C’est un apprentissage difficile pour un monde qui vit et pense encore à l’heure de Jules Ferry. si et tant que besoin est. » La police de proximité ne vise pas à permettre au ministère de l’Intérieur de s’exclamer avec fierté : en ce moment tous les flics de France font l’îlotage du centre-ville. elle dit qu’il faut faire ici et là ce qui est pertinent ici et là : de l’îlotage ici et du quadrillage lourd là. dont on rapporte que. La police de proximité ne dit nullement qu’il faut faire de l’îlotage individuel toujours et partout.

les mêmes produiraient les mêmes arguments pour contester le classement. Sans doute. durée du travail quotidien. en ont au savoir lui-même. Tout pouvoir rêve de brûler les livres… 23. et la sociologie ne dit pas que mes positions politiques personnelles sont scientifiquement fondées… Mais il ne faut pas en tirer parti pour se désarmer intellectuellement par rapport à ceux qui. etc. 47. 1993. âge de la retraite. Quand c’est le désir de connaissance qui est disqualifié. IHESI-La Documentation française. 62 . 1999-2006 Densité policière comparée : lorsqu’on rappelle que la France a des effectifs policiers totaux très conséquents. On nous a seriné que le pouvoir dorénavant serait de plus en plus fondé sur le savoir. et imposer. Monet a fait une bonne mise au point sur ces problèmes de comparaison dans son livre Polices et sociétés en Europe 23).. les responsables budgétaires mobiliseraient à leur tour tous les arguments précédents qui disqualifient la comparaison. On est ici dans un champ où l’usage du chiffre est constamment polémique. Soit. 29-42. Allusion à la proposition de l’article paru sous le titre « Le chercheur et le policier : l’expérience des recherches commanditées par le ministère de l’Intérieur ». mes déboires avec la RFSP [Revue française de science politique] 24). il se trouve toujours des policiers pour discuter la signification des chiffres en invoquant une infinité de spécificités nationales : diversité des corps policiers et de leurs fonctions. mensuel. pour réclamer les indispensables recrutements qui dès lors s’imposeraient… Inversement. je sors mon revolver ». 2. Polices et sociétés en Europe.-C. Paris. la question n’est plus de savoir si elle est ou non « orientée ». p. Revue française de science politique. sous le couvert de la neutralité du savoir. C’est l’inverse qui est vrai : le pouvoir préexiste au savoir et s’en méfie comme de la peste. la « neutralité axiologique » dans les travaux scientifiques (cf. 1997. haut et fort. hebdomadaire.notes inédites sur les choses policières. est l’équivalent énarchique du « Quand j’entends parler de culture. 24. Neutralité : il est de bons chercheurs pour réclamer. annuel. sans doute (et J. Jean-Claude MONET. et qui la placent au premier rang en Europe. La chiasse sociologique de D. mais de liquider le Taliban qui sommeille chez tout homme de pouvoir. Il est beaucoup plus vraisemblable qu’ils en tireraient argument. qui rendraient les comparaisons impertinentes et le calcul de taux d’encadrement policier inextricable. mais il est fort douteux que si les résultats de la comparaison des chiffres bruts plaçaient la France au dernier rang européen.

accusé d’homicide par négligence et d’obstruction à l’enquête. dix ans pour arriver au procès alors que les faits ne souffraient aucun doute . « une peine de principe ». la position du parquet. en juin 1991. On n’entend pas beaucoup de policiers. Libération publie une dépêche AFP sous le titre : « Un policier acquitté aux États-Unis après avoir tué un jeune Noir » : un policier américain blanc qui avait tué en avril dernier un adolescent noir non armé de 19 ans a été acquitté mercredi par un tribunal local de l’Ohio. mais bien la solidarité corporative. Le juge a estimé que le policier. avait eu « une réaction raisonnable… face à une situation très dangereuse ». ces jours-ci. la pusillanimité professionnelle. 18). Au cours de la même période. – Laxisme judiciaire ? Tolérance zéro ? Sous ces termes. ce n’est plus l’émotion populaire qui est en question. Cette affaire avait provoqué quatre jours d’émeutes raciales à Cincinnati. PS : le même jour (28 septembre 2001. et les servitudes particulières du métier policier (seules justifications de ses privilèges). c’est en amont : la lenteur de l’instruction. p. – Lu dans La Tribune du commissaire de police nº 83. Thomas est le quinzième Noir tué par la police depuis 1995. Reims. patrie des droits de l’homme. se plaindre du verdict de la cour d’assises des Yvelines. Ici.notes de l’année 2001 29 septembre 2001. et plus encore. Monsieur F. aucun Blanc n’a été abattu (AFP). La victime. la solidarité de classe… là où devait – devrait – s’exprimer l’égalité de tous devant la Loi. juin 2001)… cette intervention intéressante sur le « taux d’élucidation ». Ce qui me scandalise. chacun voit midi à sa porte. Stephen Roach. requérant. J’ai travaillé longuement à Paris sur les pickpockets ou sur les cambrioleurs. a-t-il ajouté. 2 octobre 2001. du bout des lèvres. et on 63 . Ce n’est quand même pas en France. « Timothy Thomas a mis l’officier de police Roach dans une situation telle qu’il a cru qu’il devait tirer ». c’est moins le verdict lui-même : on sait les avocats habiles à faire craindre à un jury populaire que la condamnation d’un policier ne les prive à leur tour de toute protection policière. septembre 2001 (nº de CR du 31e congrès du SCHFPN. qu’on verrait des choses pareilles. Pechenard : « J’ai une remarque à faire sur le taux d’élucidation qui me paraît être un indicateur particulièrement inintéressant. un jeune de Mantes-la-Jolie. Ce qui me scandalise dans cette issue. qui vient d’acquitter (le 28 septembre) le policier qui a tué d’une balle dans la nuque.

Bauer va répondre à F. 86). Incontestablement. mais en termes d’efficacité et de connaissance de la délinquance elle sera parfaite. par type de délit et par territoire.-M. non pas en termes de statistiques – il est clair qu’un pickpocket que vous allez arrêter quinze ou vingt fois dans une année aura commis quinze ou vingt faits par jour – où notre réponse sera médiocre. 2) : « Le taux d’élucidation n’a aucun intérêt en tant que tel. C’est pour cela que l’on parle souvent du taux d’élucidation généralement mauvais. En conséquence. Mais le même A. pour faire le calcul du même taux à Pantin ou à Meaux. c’est-à-dire qu’on ne peut pas. op.1 millions de résidents INSEE. Pechenard (Tribune. c’est le traitement de ce type-là de délinquant. Le problème. même page. il n’a aucun intérêt. Alain BAUER. On a une connaissance excellente. Elle est aussi à opposer au jugement de A. 64 . p. alors qu’en semaine. Il faut ajouter que l’inverse n’est pas vrai. André-Michel VENTRE. col. […] en tendance par contre. il donne une indication forte des difficultés que rencontrent les services de police… » Bref. ou agressions. cit. 38). ce qui donne une impression d’inefficacité de la police. on peut considérer que la police arrête tous les malfaiteurs. par habitant sur la base des 2. et je pense que ce n’est pas le cas » (p. 38. dans certains domaines où la “réitérance” est importante. il y a en moyenne 5 millions de personnes présentes chaque jour à Paris. Ventre qui énoncent dans leur « Que saisje ? » que : « L’indicateur le plus “fiabilisé” est cependant celui du taux d’élucidation qui permet. Les Polices en France. une remarque juste de Bauer sur le mode de calcul des taux de criminalité.notes inédites sur les choses policières. avec l’exemple de Paris où on va calculer un taux de viols. etc. en soustraire le nombre de résidents qui vont travailler hors de la ville. voire médiocre. La remarque est tout à fait judicieuse : le taux d’élucidation n’est pas un indicateur direct de la maîtrise de la délinquance par la police. de connaître le niveau de productivité policier par rapport à la criminalité connue 25 » (p. Bauer et A. 1999-2006 s’aperçoit qu’il est pratiquement impossible d’arrêter un type majeur qui ne soit pas déjà connu des services de police. on est toujours dans des doubles comptes… 25. comme le vol à la tire ou comme le cambriolage. ce même taux est à la fois l’indicateur le plus « fiabilisé ». et donne une indication forte… Une chatte sans doute y retrouvera ses petits… Dans le même numéro.

type IHESI ou CNRS (Roché.notes de l’année 2001 3 octobre 2001. Concrètement. mais cet intérêt est tout à fait dérisoire. il dispose de la toute petite poignée de chargés de mission de la DCSP. ou contre-productif. prescriptions. etc. les diagnostics de l’IHESI ou autres ne sont en rien meilleurs que ceux de Bauer… 4 octobre 2001. il faut certes modifier les organigrammes. pour les partenaires locaux. identifier leurs dissensions). la construction d’un rapport plus étroit avec les populations. AB associates et alii) et les bureaux honnêtes-et-compétents. lui. et donc de le recevoir de l’extérieur. et cela. la différence est. circulaires. la mobilisation des unités sur de nouveaux objectifs. Sous cet angle. directives. une information étendue sur les activités policières. un certain nombre de règlements.. etc. En termes moins polémiques. les directions centrales de la PN savent faire. – Révolution culturelle. ne sont que des mesures d’accompagnement du changement réel auquel il faut procéder. une autre coordination de l’action des différentes unités. Celle-ci peut avoir un intérêt. porte sur la détermination des priorités de l’action locale. Mais ces « réformes ». de nature essentiellement administrative. comme une lecture des autres sur eux-mêmes. CESDIP [Centre de recherches sociologiques sur le droit et les institutions pénales]…) . de faire le diagnostic eux-mêmes. et des prestations qui peuvent être occasionnellement effectuées par un fournisseur extérieur (modèle IDRH. ou de le commander à l’extérieur. le Centre est démuni de tous moyens et de toute expertise. la question de la réforme nécessaire pour mettre en œuvre une authentique police de proximité peut se poser ainsi : si l’objectif est d’instaurer la police de proximité comme (nouveau) mode d’action des services de la DCSP. – Sur les diagnostics dans les CLS : lorsqu’ils sont commandés à un prestataire extérieur. qui n’ont pas de compétence particulière au regard de la nouvelle police de proximité. qui est essentiellement opérationnel. le travail en partenariat. Lagrange. les définitions de fonctions. Et dans tout ce champ. et qui. pour impulser ce basculement des stratégies et tactiques locales. dans le meilleur des cas). c’est-à-dire de débattre et de confronter leurs analyses particulières jusqu’à atteindre un consensus minimal (et à expliciter. la différence n’est pas entre les affreux marchands de soupe du privé (ERM . s’il est payé par l’économie faite du processus essentiel de confrontation/élaboration interne. Pour illustrer cette pénurie absolue de moyens 65 .

et il ne faut pas céder d’un pouce sur le fait que le racisme actif est un délit. et les jeunes beurs plutôt plus que la moyenne des jeunes. et qui ne cédera pas aux anathèmes . que le professionnalisme policier consiste précisément à ne pas se faire piéger par les jeunes. 1999-2006 d’action. à ne pas rentrer dans leur jeu. et son droit à la colère.notes inédites sur les choses policières. et qui me sert à dire : 1. respectée PARCE QUE respectable… 26. qui doit être vigoureusement sanctionné . mais qu’il est imbécile et contre-productif de lui dénier sa colère. j’ai coutume de commenter la très belle maxime dont la Ligue des droits de l’homme avait fait une affiche : « Un raciste. Sociologue. qu’il se trompe. Une fois qu’on a accordé aux flics qu’en effet. que nul ne semble y soupçonner que ces ressources sont effectivement requises. les font plus chier que la moyenne. c’est quelqu’un qui se trompe de colère ». De fait. analyste québécois reconnu de la réforme de la police communautaire à Montréal. Et. Ce n’est pas une excuse. les directions centrales s’en passent d’autant plus aisément qu’elles en méconnaissent. Ce qui me permet de commencer par un « racisme » plus avouable que d’autres. 66 . il suffit de noter que les « évaluations » menées parallèlement par l’IGA [Inspection générale de l’Administration] et l’IGPN [Inspection générale de la Police nationale] mobilisent plus de ressources humaines que le pilotage de la réforme elle-même. La double incompétence réside dans le fait que non seulement les directions centrales ne disposent pas des ressources nécessaires. mais encore. le (supposé) « racisme antijeunes » dont feraient preuve les flics. – Extraits d’un courriel du jour à Maurice Chalom 26 : sur le racisme policier. mais c’est une propriété structurelle. reste à leur faire admettre : 1. ou dénient la nécessité… 6 octobre 2001. mais à construire et reconstruire sans cesse avec ces jeunes une relation d’autorité. 2. certes. les jeunes étaient plus chiants dans l’espace public que les vieilles dames. 2. en général. que ce n’est pas complètement inattendu : la jeunesse étant précisément le moment de l’existence où on éprouve/construit son identité par opposition. pour les flics. il n’y a pas de doute que les jeunes.

il est nuisible pour l’ensemble de la force. les contempteurs de la municipalisation. etc.).. en voie de socialisation dans un nouveau contexte culturel. au-delà des jeunes. bien plus. 10 octobre 2001. il est de plus en plus patent que j’ai fini par connaître bien mieux la police qu’eux. de surcroît. le flic raciste se trompe de colère et. etc. durcit les oppositions qu’il faudra vaincre. Jaunes. se faire sans frémir les chantres éperdus des méthodes new-yorkaises et de la « tolérance zéro ». d’inefficacité. – Mouvement d’humeur à l’égard des pimbêches de cabinet et des préfets arrogants : depuis que je travaille sur la police. etc. Que dans son for intérieur le flic pense ce qu’il veut des Blancs.notes de l’année 2001 Le raisonnement vaut. plus d’une centaine de membres de cabinets et un nombre infini de directeurs centraux. La différence majeure entre tous ces puissants et le chercheur. c’est un défi auquel on prépare mal le flic de base. catégorie sociale. corruption. fragilise l’ensemble du corps. Noirs. pour tout groupe. non seulement il salope le boulot et atteste son incompétence. J’en rajoute ordinairement sur le fait que ce n’est pas facile. etc. probablement le double de DGPN.. Reste à ne pas laisser le flic du coin tout seul pour « socialiser » la bande de jeunes voyous qui pourrissent le quartier. etc. mais que c’est bien sous cet angle qu’il faut traiter la question. Accessoirement. on s’en fout. Rouges. – Il y a un paradoxe un peu savoureux (ou une inconséquence radicale) à entendre les partisans frénétiques de l’étatisation. qu’ils soient bleus. etc. gage de tous les maux. il met en péril ses collègues. mais quand il témoigne de conduites racistes. inégalité. verts ou roses… 8 octobre 2001. la mise en 67 . c’est qu’ils ont tous passé. patronage.. et leur réussite apparente. Queyranne. un renforcement considérable des effectifs (+ 1/3) et un accroissement massif des moyens . et que je suis toujours là… ce qui permet de regarder à son tour avec amusement les haussements de col des importants du jour. mais. j’ai vu passer dix ministres de l’Intérieur (en comptant les sous-ministres et intérimaires : Pandraud. Bref. ne devaient rien au maire Giuliani. à son autorité sur la police municipale de New York et sur tous les services municipaux de New York mobilisés en renfort de la police. New York s’explique par cinq facteurs : une tendance générale à la baisse de la délinquance dans tous les É[tats-]U[nis] . mouche du coche hautainement méprisée et qu’on chasse d’un revers de main. comme si celles-ci. avec ses propres valeurs.

68 . une minorité promue. s’institue une paresse bougonne – « Pour ce qu’on nous paie et pour ce qu’on nous aime. et entre eux. qui dissimule quasi entièrement les signes de reconnaissance du service public : couleurs. (Voir plus bas [notes des 18-19 octobre 2001] sur Silverman dans le colloque de Roché.) 16 octobre 2001. Le défi de la police de proximité peut se définir comme cela : que la tenue comprenne que ce n’est pas parce qu’il n’y a pas d’appel-PS [Police-Secours] qu’il n’y a rien à faire. 144 p. et l’a finalement gagné. sérigraphie. au profit de n’importe quelle réclame… Autrement dit. ou la remise au travail des policiers sur des bases efficaces (et non plus sur le tandem rapidité de la réponse aux appels. rapport CADIS-IHESI. on va pas se défoncer ! » – qui scandalise les nouveaux venus. la RATP adresse 27. questions sur la proximité ». patrouille voie publique sans objectif). etc. dans le temps. Celle-ci a beaucoup souffert du tagage généralisé des rames de métro. en les enfilant dans une espèce de survêtement (ou chaussette…) publicitaire. tags et cohérence des figures d’autorité. itinéraires. etc. ciblage. des stratégies policières ponctuelles. Elle a mené un long et coûteux combat contre les tagueurs. J’interviens devant un parterre HLM + flics (printemps 2001 ?). « La police et la ville. juin 2002. l’espace. À la longue. 28. Comment s’intéresser à Garges quand on est de SaintMalo et qu’on veut y retourner ? 19 octobre 2001. ADS [adjoint de sécurité] notamment. la majorité rétrogradée ou virée) . la mise sous pression de la hiérarchie policière (2/3 des chefs de precincts 27 changés la première année. Mais. Et je prends comme contre-exemple celui de la RATP. insiste sur le fait que l’autorité – reconnue aux acteurs publics par les populations – est fonction de leur cohérence. – Bus. 1999-2006 synergie de tous les moyens d’action de la municipalité (= le partenariat en France) . il faut s’intéresser à la ville.notes inédites sur les choses policières. Qu’invente-t-elle quelques mois plus tard ? Elle transforme les bus dans leur entier en supports publicitaires. – David Katane 28 note surabondamment que le gardien de la paix qui n’est pas mobilisé par un appel ou (plus rarement) par une consigne précise ne sait à quoi s’occuper. et à un moindre degré des bus. il rentre au poste prendre un café et peste contre l’ennui. pour comprendre cela. Équivalent des commissariats de quartier français. une explicitation.

l’on touche au cœur de l’argument et à la légitimité de l’autorité. aux gérants temporaires de la RATP. D’abord en ce qui concerne la propriété. Circulez. et par là quelque peu scandaleuse. et pas eux ! L’argument m’a laissé coi. et me mettre à taguer les bus… 18-19 octobre 2001. sur un ton solennel. Les dirigeants de la RATP ne sont pas propriétaires des bus au sens où je suis propriétaire de mon jardin : ils sont gérants d’un service public. – Grappillé au organisé par S. c’est que cette dernière est propriétaire de ses bus. de plein droit et en toutes circonstances. Ici. vous n’avez aucun droit. Je ne suis pas assuré que la réponse revienne évidemment. les autorités de et dans la société trouvent à répondre à mes enfants et aux jeunes en général. c’est la forme organisationnelle de l’inversion hiérarchique ! Du même : s’il y a coproduction possible. et j’ai quelques biens qui me confèrent peut-être quelques droits. d’ailleurs…). malgré mes 59 ans. L’autre versant de l’argument est plus brutal : il consiste à dire aux jeunes : le droit est fonction de la propriété. pas ce que je fais ». de la même façon que je suis en mesure de planter ce que je veux dans mon jardin (à l’exception du cannabis. Je ne suis plus jeune. comme vous n’avez aucune propriété (et pas plus sur la chose publique – les bus – que sur des biens privés). nécessaire de la sécurité. acheter une bombe à peinture. je vais de ce pas. mais sans trouver immédiatement le défaut. ou : « Ce que je vous interdis. Il est double. et les outils de celui-ci leur sont momentanément confiés pour qu’ils réalisent un intérêt public. Sur quoi un participant dans la salle m’interpelle pour me rappeler. qu’il y a une différence essentielle entre mes tagueurs et la RATP. Cela ne les autorise pas à en faire ce qui leur passe par la tête. mais si c’est cela que la société. je l’ai assurément soupçonné d’être spécieux.notes de l’année 2001 tapageusement aux tagueurs le message : « Maintenant que je suis débarrassée de vos tags gratuits. tapageuse. En tout cas la question peut se débattre. quand la Préfecture de 69 . ou : « Faites ce que je dis. il faut supposer qu’il peut y avoir coproduction de l’insécurité : quand la RATP retire de ses espaces tous les agents qui en assuraient le contrôle. je me fais du fric avec des tags payants ». Roché à Paris une astucieuse remarque d’Éric Macé : que la DCSP fonctionne comme une circonscription. je me le permets… » L’incohérence est manifeste. et la discussion peut s’ouvrir de savoir si cet intérêt public est évidemment servi par l’utilisation des bus en supports de publicité.

alors ministre de la Justice. la municipalité nordaméricaine mobilise ses différents services : ils font tout cela. etc. de qui se moque-t-on ? La même question s’adresse à Messieurs de Béchillon et Troper. services municipaux. etc. + baisse continue du taux d’élucidation. travail social. 30. nommé ministre de l’Intérieur le 31 mai 1968. Cette « liberté » qu’ils revendiquaient en vain depuis des décennies avait résisté à la guerre d’Algérie.. du coup elle peut se consacrer au partnership. etc. du sentiment d’insécurité. logeurs. transporteurs. à A. L’exposé Roché met en évidence l’échec de la gestion étatique de l’insécurité par le « ciseau » : + de montée de la délinquance. il faudrait quand même que quelqu’un.notes inédites sur les choses policières. 70 . la loi « Sécurité et Liberté » est adoptée le 20 décembre 1980. Résumé du rapport Carraz-Hyest par François Dieu : plus il y a de problèmes. à Mai 68 et à R. qui dans Le Monde daté du 11 janvier 2001 notent que « la Ligue (des droits de l’homme) avance que l’efficacité des mesures envisagées n’est pas démontrée. les ministres qui le proposent. les députés qui le votent. Présentée par Alain Peyrefitte. des polices municipales. 19 octobre 2001. Marcellin 29 . c’est-à-dire à la relation entre ces institutions et la population. Peyrefitte et à sa loi « Sécurité et Liberté » 30. justice. école. ou : Ben Laden va trembler ! Nos policiers vont enfin pouvoir fouiller à leur guise le coffre de nos véhicules. il sera acquis que les uns et les autres nous prennent pour des imbéciles. et à bien d’autres… elle leur est enfin accordée et on va voir ce qu’on va voir… Au vrai. mais elle n’indique pas quelle compétence particulière elle détient pour l’affirmer ». Raymond Marcellin. nous explique en quoi le droit donné aux premiers de fouiller le coffre de nos voitures va les aider à mener la lutte contre Ben Laden et le terrorisme international ! À défaut. de hausse des classements parquet. etc. de la sécurité privée. 29. – Terrorisme international et libertés publiques . moins il y a de policiers… Sur les exemples de Chicago (Wyvekens) et de New York (Silverman) : là où les Français s’épuisent à monter des partenariats interinstitutionnels entre police. de baisse du taux d’exécution des peines. absente du partenariat à la française k le partenariat est la dimension cachée de la politique policière new-yorkaise. parmi les policiers qui le réclament. des assurances. 1999-2006 police permet aux policiers de faire leurs trajets sans uniforme.

1/2001. Revue internationale de criminologie et de police technique. M. de qui se moque-t-on. et donc de l’égalité devant le service public et 4. des priorités. à défaut d’une démonstration vraisemblablement impossible à produire. comme déterritorialisation : 1. sur la gendarmerie de la commune de sa maison de campagne. 2. ou que ceux-ci sont l’emballage usuel des manuels de pilotage des kamikazes musulmans ? Encore une fois. in « Sentiment de sécurité et pol-prox : un rendez-vous manqué ? ». et à quelles fins ? 21 octobre 2001. – Reformuler les quatre conséquences de l’étatisation. Allusion aux propos du voisinage de D. ne savent rien faire d’autre…). Suppose-t-on que Ben Laden voyage ordinairement dans le coffre d’automobiles. p. Mouhanna sur les rapports entre policiers et jeunes dans le 12e arrondissement : contrôles d’identité incessants. mais on le doit.notes de l’année 2001 C’est impudemment inverser la charge de la preuve : c’est quand même bien le moins d’attendre de ceux qui proposent un retranchement (quel qu’il soit) à des libertés anciennes de le justifier et d’en démontrer l’efficacité. 103-116 : « On peut même avancer l’idée que le sentiment d’insécurité exprime une crise dans les relations entre la police et le public » (106). est absente. et donc des comptes rendus et des responsabilités. harcèlement imbécile de flics qui. la gendarmerie de Neuilly-Saint-Front 31). nº 156. avril 1998. 22 octobre 2001. 31. C’est parce qu’on craint ou constate que « la police ne fait pas son boulot. des implantations immobilières. Or on attend toujours le début d’un commencement d’argumentation. 3. des hommes. Non seulement on peut. 21 : police urbaine au double sens du terme : police de la ville veillant au respect des règles de l’urbanité (et donc veillant scrupuleusement à les respecter ellemême. jusqu’à trois par jour par les mêmes flics sur les mêmes jeunes. et donc de l’information et des savoir-faire. C’est encore un œuf de Colomb : s’il y a sentiment d’insécurité ce n’est pas seulement parce qu’il y a menace. s’en fout (cf. – Maurice Chalom. 27 octobre 2001. de la carte policière. littéralement. c’est aussi – et surtout – parce qu’on ne se sent pas protégé devant cette menace. – Retrouvé cette juste proposition de mon article [« Une police de proximité »] dans la revue Justice. au rebours de ce que me décrit C. 71 . invisible.

7). p. De plus. Ce qui par contre est inimaginable de la part de celui-ci. le sentiment d’insécurité est moins nourri par l’existence plus ou moins attestée d’une menace réelle que par le sentiment d’absence de recours disponible . comme le démontre l’expérience de certains corps policiers municipaux du Québec qui ont rencontré des difficultés à intégrer l’approche communautaire dans leur pratique et leur gestion courante. Jusque-là. 1999-2006 ne prête aucun intérêt. le document est de forme classique et pourrait aussi bien émaner du ministère de l’Intérieur français. identifiée sous quatre principes de base : le rapprochement avec les citoyens . un large consensus existe sur le fait que la police doit assurer la paix. le ministère de la Sécurité publique du Québec a produit. Suit un énoncé assez classique des raisons et mérites de cette approche. quels que soient les résultats latéraux obtenus ou non en matière d’élucidation ou de prévention. un énoncé de « politique ministérielle » qui concluait un plan d’action lancé en mai 1999. 27-28. elle est efficace. et fonctionne de fait comme critère de l’authenticité et de la crédibilité de l’approche. Persistent cependant des points de vue très éloignés quant aux pratiques à mettre en œuvre pour y parvenir. p. une bonne déclinaison en termes de dispositions concrètes pour les corps policiers). Bien sûr.notes inédites sur les choses policières. que ce soit au Québec ou dans d’autres pays. il y a souvent un pas difficile à franchir. m’insécurise ». c’est un sentiment d’abandon… et quand la police de proximité s’adresse directement à ce sentiment d’abandon. La mission des 72 . Police de proximité et lucidité ministérielle… En décembre 2000. sous forme d’un document de 33 pages. c’est le § 5. aucune attention à ce qui m’inquiète. les inévitables résistances aux changements organisationnels qu’implique l’implantation de cette approche ont constitué un obstacle important dans plusieurs corps policiers. l’approche communautaire n’est pas sans susciter des résistances plus profondes encore. le renforcement des mesures préventives (dont il est donné. le partenariat avec d’autres institutions . Par ailleurs. la sécurité publique et le respect de la loi. en formulant vigoureusement ceci : « L’urgence d’une modernisation et d’une réorganisation des services policiers du Québec sur une base communautaire » (p. et le corrige. me menace. qui trouvent leur origine dans des désaccords sur la mission même des services policiers. l’approche de résolution de problèmes .3. 25-26. qui énonce « les obstacles à l’implantation de l’approche communautaire » : « Des principes à la pratique. Bref.

une tendance des organisations policières à simplement ajouter un volet communautaire à leurs activités habituelles. » 30 octobre 2001. l’inexistence de modèles formels de police communautaire auxquels les services policiers pourraient se référer pour faciliter l’implantation de cette approche chez eux . taux de criminalité. souvent peu ou mal présentées et expliquées lorsqu’il s’agit de les implanter.notes de l’année 2001 services policiers est-elle d’abord et avant tout réactive ? La poursuite des criminels doit-elle être la principale motivation ? Les succès et l’utilité de la police s’évaluent-ils uniquement sur la base de mesures comme les taux de criminalité ou de résolution des affaires criminelles ? Beaucoup de policiers et beaucoup d’officiers de police. la rareté des ressources humaines et financières pouvant être affectées à l’implantation pleine et entière de l’approche communautaire. etc. ce qui conduit à leur marginalisation et à celle des policiers qui y sont affectés . la quasi-inexistence d’études comparatives sur les projets de police communautaire qui ont réussi ou qui sont prometteurs. sécurité routière.) exerce déjà sur eux une énorme pression . il y a autant de salopards qu’ailleurs. les réticences des états-majors à apporter des modifications à leurs structures dans un contexte où la demande actuelle de services (appels d’urgence. qui conduit à les appliquer de façon tout aussi partielle . D’où leur résistance. et des excès. reconnaissons-le… ». ancien directeur de la DST (novembre 1982 à juillet 1985). 73 . une tendance à appliquer l’approche communautaire à certains quartiers ou secteurs. – De Yves Bonnet. ce qui en limite la portée . 9-1-1. les difficultés d’évaluer l’efficacité des services rendus par une police de type communautaire . les plus souvent évoquées sont : une compréhension souvent partielle des principes à la base de l’approche communautaire. ancien député UDF et mis en garde à vue en novembre 1997 (sous l’imputation de complicité d’escroquerie) : « […] dans la police. tous formés dans cette perspective unique. et sur ceux qui ont échoué ou rencontré des difficultés importantes . face à l’inconnu que représentent pour eux les pratiques communautaires. préfet. le pensent toujours et ont de la difficulté à imaginer leur rôle en dehors de ces pratiques. […] L’intégration effective au sein des organisations policières des principes inhérents à l’approche communautaire se heurte aussi à diverses autres difficultés […] . sans en favoriser l’intégration. de telle sorte que les services communautaires s’exercent en parallèle des autres services.

33. par hypothèse. on peut sans doute souhaiter qu’il ait raison : ce serait en effet l’explication socialement la plus positive (même si c’est peu compatible avec la nature des infractions qui augmentent le plus : vol à l’arraché des portables et escroqueries bancaires). 74 . incapables “salopards”… dans la police qu’ailleurs. et de terrorisme. 1996. augmentée au passage des amendements antiterroristes suscités dans la précipitation par l’attentat du World Trade Center (11 septembre 2001) est un excellent exemple d’inversion hiérarchique 33 : au ministre censé les commander. etc. Métaphore rapide pour « fièvre soudaine enregistrée par le thermomètre des statistiques de l’outil 4001 » (l’« état 4001 » est un outil statistique recensant les lieux. 89 : « dans le travail policier. 34. en profitent pour accentuer l’amalgame entre petite délinquance et violences urbaines. p. Mais cela ne fait que déplacer la question : comment se fait-il que le DGPN responsable de la mise en œuvre de la police de proximité et dûment averti.notes inédites sur les choses policières. les initiative cruciales émanent des exécutants ». – Quand le DGPN nous explique benoîtement qu’une part de la croissance de la délinquance enregistrée est positive parce que provoquée par la mise en œuvre de la police de proximité (meilleur accueil des plaignants. plus grande disponibilité de celleci. immigration et ennemi de l’intérieur. est votée le 15 novembre 2001. les policiers refilent tous leurs fonds de tiroir. C’est une jolie inversion du : « Il n’y a pas plus d’… alcooliques. que cette mise en œuvre allait provoquer cet effet n’en ait pas averti son ministre. Paris. Ce que fait la police. les heures et les modes opératoires des infractions commises sur le territoire). mais c’est supposer qu’en effet. 31 octobre 2001. et n’ait pas proposé à celui-ci. il y en a autant. La LSQ. confiance accrue dans la police. longtemps à l’avance. trafics de drogue. escrocs. terrorisme international. présentée par Daniel Vaillant. 1999-2006 entretien publié in Libération 8-9 avril 2000. 18. violents. jeunes en galère.). et transformer un brave homme de ministre politicien d’arrondissement et de couloirs de congrès en factotum de leurs fantasmes professionnels. » Certes. et déstabilisé par la conjonction d’une « poussée de 4001 34 ». p. 32. Voir Dominique MONJARDET. à l’étranger. et c’est bien le problème… Suite : la loi Vaillant sur la sécurité quotidienne 32. ministre de l’Intérieur. grande criminalité classique. faire passer leurs revendications éternelles et jusqu’alors toujours rebutées. La Découverte. brouiller la distinction entre sécurité intérieure et défense nationale. en interne.

c’est la pol-prox qui est en question. et le DGPN est gravement coupable d’imprévision. soit parce qu’elle n’est pas réellement mise en œuvre… Suite : Il est paradoxal que les policiers se plaignent d’être abandonnés. en première (et dernière) ligne en face de quartiers pourris. sur un autre continent. les polices urbaines ? Loi Vaillant justement dite sur « la sécurité au quotidien ». qui concerne avant tout l’État. ALMS [agents locaux de médiation sociale]. contrôleurs et agents de sécurité des transports. la sécurité extérieure : plan Vigipirate et dispositions législatives « temporaires ». gardiens d’immeubles. la sécurité publique. soit parce qu’elle est inadaptée. — 11 Septembre à New York. vigiles. Si le sentiment policier est fondé. seuls. gestion à courte vue.. c’est-à-dire le partage des responsabilités entre la police et un nombre croissant d’acteurs dans tous les services collectifs (correspondants de nuit. C’est la police de souveraineté qui est concernée. il faut en déduire que les CLS ne remplissent pas leur office… Suite : La conjoncture de cette fin octobre 2001 illustre très bien la confusion française des trois polices. sécurité privée. etc. Le colloque « Des villes sûres pour des citoyens libres » qui s’est tenu à Villepinte les 24 et 25 octobre 1997 est à l’origine de l’instauration des contrats locaux de sécurité et de la police de sécurité. et c’est l’ensemble de la politique mise en œuvre après le colloque de Villepinte de 1997 35 qui est en échec. bref il est inapte à des fonctions qui par définition exigent les qualités inverses . d’une délinquance croissante. de jeunes désocialisés. etc. d’une violence extensive. au moment même où le déploiement et la généralisation des CLS a précisément pour objet de multiplier les partenariats.). 35. 75 . ou bien il y a une vraie croissance de la délinquance. délégués du procureur. Dans l’ordre chronologique : — Montée de la petite et moyenne délinquance et du sentiment d’insécurité. attentats du World Trade Center : acte de guerre. et de la victimation. retournement de la pente du 4001. défaut d’anticipation. les relations internationales.notes de l’année 2001 les contre-mesures susceptibles de pallier les conséquences politiquement redoutables de cet effet statistique induit ? On en revient à l’alternative : ou bien c’est un effet direct de la mise en œuvre positive de la police de proximité.

Allusion à l’affaire Jean-Claude Bonnal dit « Le Chinois ». avec cet ajout osé sur l’efficacité… et la shérifisation des maires. la sécurité comme prérogative régalienne (répétée ad nauseam. – Après Jospin. jeudi 1er novembre 2001. 9. où deux policiers ont été tués » (id. 1er novembre 2001. six morts. bénéficier du soutien du corps social tout entier et ne pas faire l’objet de suspicions ou de dénigrements permanents » (Le Monde. p. p. dont deux policiers le 16. et pas seulement quand survient un drame. 24 janvier 2001. son intervention au congrès de l’AMF – Association des maires de France – le 22 janvier 2001 : « La sécurité doit rester dans notre pays la responsabilité de l’État. 14 h 15-14 h 30). 76 . C’est une règle et un fondement républicains. […] vous transférer la responsabilité de la sécurité publique serait pour vous une lourde tâche supplémentaire et. multirécidiviste. cf. surveillé par la brigade antigang de la PP [Préfecture de police]. requis en ces circonstances tragiques. et ce sont des cas purs de grande criminalité. Voilà Vaillant qui s’emploie à son tour à inventorier les lieux communs du discours sécuritaire : « [la police doit] à tout moment. en définitive. un piège… » Le Monde. ne dispensent pas de la leçon inscrite dans l’article 12 de la Déclaration des droits de l’homme. certes. La manifestation policière du mardi 23 additionne ces trois dimensions. qui pointe le risque permanent de détournement de la force publique « pour l’utilité particulière de ceux à qui elle est confiée ». c’est de bonne guerre syndicale. et c’est l’assurance de l’efficacité.notes inédites sur les choses policières. où intervient un gangster dangereux. auteur du quadruple meurtre d’Athis-Mons (Essonne) et de la prise d’otages du Plessis-Trévise (Val-deMarne) qui s’est soldée par la mort de deux policiers.). 8). comme le renouvellement public du soutien assuré du gouvernement à l’égard de la police. dont on émerge hagard les petits matins qui suivent les coups d’État 36. L’émotion légitime suscitée par « la fusillade du Val-de-Marne. Le « soutien du corps social tout entier » n’est pas un blanc-seing ou une confiance aveugle. mais c’est escamoter la question de la vigilance nécessaire à l’égard d’une profession à laquelle la société « confie » les pouvoirs et les ressources de la « force publique ». 1999-2006 — Meurtres d’Athis-Mons le 6 octobre et Le Plessis-Trévise le 16 36. mais cela accroît encore la confusion du débat public (voir notes de RFI mercredi 31 octobre 2001. Certes.

ce domaine d’action du politique qui se prête le mieux à l’inversion hiérarchique. au même titre que l’armée. et ne suscite pas nécessairement 37. agriculture…). banderoles et déclarations sur le thème : « Est-il normal de se faire tuer pour 8 000 francs par mois ? Nous exigeons une augmentation immédiate de 2 000 francs pour tous ! » Question : faut-il en conclure qu’il serait normal de se faire tuer pour 10 000 francs par mois ? Auquel cas la police. À propos de la panique qui règne en ce moment aux sommets du ministère. d’incertitude. est-ce que le policing ne requiert pas un espace de certitudes absolues. celui de Louis-Napoléon Bonaparte pour restaurer l’empire. tout employée à entourer ses compétences et ressorts internes d’un profond secret. la police est. santé. 20 novembre 2001. manifestations syndicales. Référence à la répression sanglante par le préfet Maurice Papon d’une manifestation de travailleurs algériens contre l’instauration du couvre-feu. et non des moindres. à la transformation du ministre en porte-parole de la corporation. Vaillant en offre une parfaite illustration. Un des problèmes de la gestion politique de la police. routes. déclarations. Ici. avaient subi le même sort. de la posture de recherche ellemême ? Autrement dit. est entièrement monopolisé par une corporation unique. 38. Au cours de celles-ci. Debré et Marchand.notes de l’année 2001 (2 décembre 1851 37). toujours fertile en ressources insoupçonnées. Grande émotion. défilés. les rafles (Vel’ d’Hiv’) ou les massacres (17 octobre 1961 38 ou 8 février 1962 39). c’est-à-dire à l’instrumentation du politique par la profession. 39. deux d’entre eux sont tués. 77 . à la différence des champs plus communs du politique (école. qui est au principe même de toute recherche. – Série d’agressions contre des policiers : lors de l’une d’elles. Ainsi. par exemple. de doute. se diffuse à tous les niveaux et met à nouveau toute recherche et toute publication sous le boisseau : l’activité policière est-elle compatible avec ce minimum de questionnement. Il est fâcheux que celui qui devrait en être le premier porteur en soit si mal instruit. est qu’elle est d’ordinaire confiée à de parfaits néophytes et vrais ignorants dans un domaine qui. aurait résolu le vieux problème du coût de la vie d’un homme… Idem. ou choisi la même posture. il suppose une vigilance informée. mais avant lui Chevènement. pancartes. Référence à la répression policière d’une manifestation anti-OAS ayant notamment entraîné huit morts au métro Charonne.

K. et plus encore avec la police de proximité. doublées en outre. le bloc. politicien du coin de la rue. Déviance et société. il n’y a pas de sens à tenter de maintenir dans un tel milieu une cellule de recherche crédible. Si cela est vrai. du contrôle que celle-ci exerce sur ses détachements locaux. ressenti comme un péril mortel. ne confirme pas ce soupçon. Cette conception ne serait critiquable que si elle désignait un isolat social. plus lointaines. le quartier sont par définition enchâssés dans des ensembles concentriques de plus en plus étendus. 2. s’instaure(rait) dans les quartiers un ordre public négocié.notes inédites sur les choses policières. ou selon une autre formule « juge de paix ». soit deux formes de l’instance qui. contraintes. – Notes sur l’article de Ch. 1977. dotés de systèmes normatifs de plus en plus formalisés et universels. qui serait « social » et un îlotage « judiciarisé » qui mettrait ses acteurs sous la coupe des juges… 26 novembre 2001. qui conjoint la plus extrême distance 40. 25 novembre 2001. 41. W. plus centralisées. c’est ce dispositif qui bascule parfois dans la corruption. où le seul policier dicterait une loi arbitraire. University of Chicago. de telle sorte que les assujettis à cet ordre public microlocal disposent en permanence de multiples voies et instances de recours à l’égard de l’arbitraire. 26. Et alors. quand il est effectif. dans son principe même. Sans doute. si elle se mettait en œuvre. n’en est-il pas toujours ainsi ? C’est bien ce qu’en son temps décrivait Ken Muir en désignant le policier comme « street corner politician 41 ». 78 . « Une police de proximité judiciarisée ». qui peut n’être que plus ou moins ancré sur la lettre de la Loi et la conception préfectorale de l’ordre public. si la hiérarchie policière fait son travail (ce qui est assurément une condition lourde…). Chicago. mais l’îlot. mal endémique des polices. traite les conflits et énonce et fait respecter les modalités (critères. Police : Street Corner Politicians. p. 163-182. par exemple. de policing ? Le cas brésilien. 1999-2006 la haine de tout ce qui pourrait menacer cet indispensable univers d’évidences inquestionnables. mais s’y prête-t-il plus que les autres modalités. 2002. à paraître in Déviance et Société 40. Je conteste son opposition principielle entre l’îlotage classique. – Avec l’îlotage. Mouhanna. Le questionnement. serait en ce cas pour la police. sanctions) locales de la paix publique. MUIR. C’est s’épuiser en vain. localement. moment premier de la recherche.

Physique des mœurs et du droit. p. Leimdorfer (Lettre…. XXXVIII). Davy résumait la thèse durkheimienne de façon lapidaire : « Organisez. 47). « À la bonne morale du père Émile ». François LEIMDORFER. en organisant. D. PUF. plus leurs contacts sont intimes. 6) 43 : « La morale professionnelle est l’œuvre d’un groupe… qui la protège de son autorité (LdS. qui le cas échéant peuvent être. La morale professionnelle sera ce qu’est ce groupe. 1er décembre 2001.. Leçons de sociologie [LdS]. vous moraliserez » (LdS. La Lettre du Printemps. 13) » (cité par Terrenoire p. sous condition de remplacer le terme « morale » par celui de normes collectives. p. p. p. » Ce qui s’applique en effet parfaitement aux policiers. organisez et. 4). et plus ce groupe est fortement constitué. 1969. plus ils partagent leurs idées et leurs sentiments et plus ils se forgent une opinion commune en matière de morale. plus les membres d’une profession sont étroitement et fréquemment en contact. 2001. En effet. 46). nº 8. très éloignées de la morale commune… 28 décembre 2001. – Dans Le Monde du 22 décembre 2001. 79 . « La place et la situation de l’éthique professionnelle selon Émile Durkheim ». nº 8. ces titres de deux articles qui se suivent : « José Bové condamné en appel à six mois de prison ferme pour la destruction de plants de riz transgénique » . et Terrenoire de noter que dans sa préface G. plus les règles morales qui lui sont propres sont nombreuses. 2001. La même idée s’exprime dans une autre citation proposée par F. […] la morale professionnelle sera d’autant plus développée et d’un fonctionnement d’autant plus avancé que les groupes professionnels eux-mêmes auront plus de consistance et une meilleure organisation (É. Par conséquent. La Lettre du Printemps. 43.notes de l’année 2001 entre population et police militarisée et corruption généralisée de celle-ci. – Dans le nº 8 (octobre 2001) de La Lettre du Printemps que Terrenoire consacre à l’éthique professionnelle chez Durkheim 42 : « Les organes de la morale professionnelle sont multiples. et plus elles ont d’autorité sur les consciences (LdS. pour le profane. et leur autorité est d’autant plus grande que les groupes professionnels dont ils émanent et dont ils dépendent sont cohérents. Jean-Paul TERRENOIRE. en tout cas à chacun des corps policiers. Paris. « Le policier responsable de la mort d’Abdelkader Bouziane n’est pas renvoyé devant une 42.

Pour seul commentaire. Idem. Bouziane. on rappellera que le jeune A. p. du même jour. 1999-2006 cour d’assises ». mais à l’endroit où vous embarquez. On rapprochera cette remarque de l’incident survenu le surlendemain. la problématique de la sécurité a changé : la sécurité d’un État commence non plus à ses frontières.notes inédites sur les choses policières. cette remarque d’un technicien des techniques de biométrie développées pour assurer le contrôle des passagers des aéroports : depuis le 11 Septembre. âgé de 16 ans est mort d’une balle dans la nuque en tentant de forcer un barrage de police avec sa voiture. et que le policier tireur a fait valoir avec succès – avec l’appui du parquet – la thèse de la légitime défense. avec la neutralisation in extremis d’un apprenti terroriste embarqué sur le vol Paris-Atlanta avec des explosifs plein les talons de chaussure… . 24.

les magistrats sont surtout devenus incohérents. à Toulouse (Le Mirail) : BC [Brigadier-chef] accueillant les ADS : « Je vous conseille de venir au service en civil. j’ai partagé une chambre à l’hôtel pour prendre mon grade à Goussainville . en civil. – Reprise de notes éparses sur un sujet d’« Envoyé Spécial » diffusé le 3 mars 2000 : « Dans tous les services. le mutisme de l’administration . où on nous empêche d’aller . Déjà. – Deux remarques d’actualité : — lorsqu’on ne tient pas étroitement la main aux policiers sur le maniement des armes. des zones de non-droit. beaucoup de délinquance. toujours couverts par la justice . Tout se passe comme si le corps judiciaire avait hâte de témoigner de son immaturité. peur de la bavure . ils défouraillent à tout va : tout policier victime d’un tir se solde par une demi-douzaine de tirs policiers sur des véhicules en fuite. on buvait . » Idem sur une émission d’Arte en février 2002 (vue à la CroixRouge). victime de harcèlement sexuel. j’ai écrit à l’IGS. pendant quatre ans.4 Notes de l’année 2002 6 janvier 2002. l’administration : c’est quoi ? c’est qui ? . donc le travail est intéressant . le ministre de tutelle (sic). pas eu de réponse . alors… » 81 . et les décisions de libération de criminels endurcis se multiplient aux quatre coins de la France. ils vous reconnaissent. on n’a aucune préparation psychologique. — à force de se vouloir indépendants. lorsqu’il n’est pas tenu en main par le pouvoir et la hiérarchie… 12 janvier 2002.

comme les bavures agricoles (farines animales. Rozjman 1 : « la violence comme moyen d’agir quand on se sent impuissant. nitrates dans l’eau potable). d’abord et surtout. 1999-2006 Spectacle de l’« îlotage avec Jean-Pierre » : un îlotier affublé de trois ADS : « Quand on est trois. la déviance y devrait être plus rare. on recule. on s’attendait pas à cela… » Ch. 82 . et l’expression « institution totale » est bien venue. Mais ce n’est pas diminuer le mérite de Goffman que de comprendre très vite – il suffit d’être hospitalisé quelques jours – que votre bien-être. p. sont comme ces éleveurs qui somment leur ministre de relancer le marché de la viande bovine. quatre. qui reprend dans les CSI [Cahiers de la sécurité intérieure] (numéro spécial recherche) 2 l’antienne « pas plus de voyous chez les flics qu’ailleurs. et en chiffrent le montant en primes individuelles sur le salaire. mieux prévenue et mieux sanctionnée…) 7 mars 2002. s’ensuit-il qu’il faut s’indigner de toute mise en question du comportement de tout membre de la police. l’activité policière étant plus collective et plus hiérarchisée. comme si celui-ci ne dépendait pas. 2. 1. du clergé ou du corps médical ? Et en quoi les curés violeurs ou les médecins escrocs amenuisent-ils la responsabilité du flic violent ? (On plaiderait d’ailleurs plutôt que. et donc le marché. de la confiance des consommateurs dans la qualité des viandes proposées en boucherie… Ce sont les bavures policières. vis-à-vis de dix ou quinze jeunes qui nous insultent et nous crachent dessus […]. Cahiers de la sécurité intérieure. – Le « respect ». Psychologue. et sans doute moins… ». dépourvues de toute autonomie : c’est alors revendiquer la société bureaucratique… 10 mars 2002. « Le policier et le chercheur ». qui cassent la relation de confiance. Les policiers qui revendiquent le « respect » auprès du gouvernement. – Sans doute il fallait formaliser la chose. Le problème n’est pas la violence. à la différence du clergé et de la médecine. 46. sauf à penser police et agriculture comme pupilles de l’État. 2001. Il n’y a pas de sens à en demander réparation à l’État. vu à cette émission. 19-30. De ce que mon fils n’a pas plus de « chances » (ou de risques) de se faire casser la gueule dans un commissariat que de se faire sodomiser par un curé au catéchisme. ou inoculer le sida lors d’une transfusion sanguine. – À propos de Luc Rudolph. mais l’impuissance… » 1er mars 2002. Luc RUDOLPH (contrôleur à l’IGPN). enseignant à l’université de Nancy-II.notes inédites sur les choses policières.

etc. ni entre eux ni entre chacun d’eux et le malade. 14 mars 2002. sorties d’école. 4. à caser dans un appareil source de richesses : police ou autre. délinquance. 83 . ce n’est pas de fait la corruption qui est répréhensible. du chirurgien et du directeur ne sont pas totalement indépendants. propreté. et donc laissent se perpétuer sous leur nez sans intervenir une décrédibilisation de la loi commune. confiance dépendent autant de la lingère que du chirurgien. conseiller à la mairie de Paris pour les questions de sécurité . Étant donné la date de cette note. un principe de base de la pol-prox : au rebours des flics qu’on envoie traînailler dans les rues pour « montrer du bleu… ». de l’infirmière. sur lesquelles ils ne sont pas compétents. 3. d’assumer le rôle redistributif qu’un homme politique. à grands frais. beaucoup plus de l’infirmière de nuit que du directeur. Philippe Lamy. mais « le refus de redistribuer. nul patrouilleur ne devrait sortir du commissariat sans savoir précisément ce qu’il a à faire : fiche de travail et à qui il doit en rendre compte. raté. dans des systèmes où la corruption est la règle. – Du déjeuner. – Du texte de T. avec P. marchés. parcs et jardins. contre la multiplication d’agences et agents spécialisés dans des secteurs distincts de la sécurité et de l’ordre public (ou polices administratives) : elles ont pour effet de multiplier en contact avec le public des agents en uniforme. Gordadzé sur « Police et État en Géorgie » (colloque du Ceri [Centre d’études et de recherches internationales] du 22 mars 2002 4) : une bonne notation sur le fait que. commerces. et réprimée. 19 mars 2002. un notable est censé avoir » (et ceci vaut a fortiori pour le membre de la famille que celle-ci a réussi. les textes des communications du colloque ont vraisemblablement été envoyés aux participants avant son déroulement. ce n’est plus.) – se désintéressent des autres. Caresche 3. De même. Christophe Caresche.notes de l’année 2002 sécurité. censés représenter la loi. mais qui – spécialisés sur telle ou telle catégorie de dispositifs (circulation. et qui y est considéré comme investissement – délégué de la famille pour assurer à celle-ci un accès aux revenus générés par cet emploi). de très longue date. député PS de Paris depuis 1997. la découverte de l’Amérique (la police tricotée serrée est ma version de la police comme institution totale…). Ensuite peuvent se déployer toutes les analyses proprement organisationnelles qui vont montrer que les comportements de la lingère. stationnement. Lamy et C. C’est une piste de recherche encore féconde.

dont il feint de s’indigner. du même auteur enfin (p. du même auteur. Luc Rudolph se scandalise de la « redoutable méconnaissance de la réalité des services de sécurité » dont témoigneraient les « divagations sécuritaires » propres aux périodes préélectorales. 216). On en conclura sans peine que cette ignorance. 215). quel que soit leur emploi réel. président de la mission interministérielle d’évaluation des CLS) : « Pour élaborer un CLS. et il en rajoute une couche : « La réalité hexagonale est victime de la part de nos élus d’une profonde ignorance quant aux moyens de traiter l’insécurité »… Au même moment dans les CSI. article : « Les CLS s’entrouvrent aux habitants ». il est donc normal que la durée du travail soit plus faible que dans d’autres métiers plus paisibles (même si on en fait profiter tous les flics. ces deux affirmations péremptoires qui ne s’étayent d’aucun commencement de preuve : « les services français [de police et gendarmerie] restent parmi les plus mal lotis dans le monde civilisé quant à leurs moyens ». c’està-dire toute tentative de percer cette ignorance. Il s’agit d’un document basé essentiellement sur des statistiques qui n’est pas grand public. il rédige vingt pages pour témoigner de la très profonde défiance que lui inspire toute tentative de recherche dans/sur la police. même page : « [les services de police et de gendarmerie] ne se laissent pas décourager par les embûches juridiques dressées sur leur route procédurale par la représentation nationale… » (les points de suspension sont de LR). Définition policière de la loi. 42. La vision administrative des diagnostics des CLS (source : revue Maires de France. citation de Pierre Duffé [IGA]. celle du diagnostic qui est réalisé par la police. janvier 2002. p.notes inédites sur les choses policières. au fond. la gendarmerie. Allez après ça prêcher aux gardiens de la paix le respect de la Loi… Et. Il y a donc un premier obstacle technique à une participation plus importante de la population ». p. explique Pierre Duffé… 20 mars 2002. lui convient fort bien. – Travailler toujours moins : il est vrai que le travail policier est (parfois) pénible. petit bénéfice annexe pour les ronds de 84 . il y a d’abord une phase technique. et : « policiers et gendarmes français sont parmi les moins biens traités parmi leurs pairs ». de contrebattre cette méconnaissance. mars-avril 2001. l’Éducation nationale et d’autres institutions. 1999-2006 Dans sa « chronique policiologique » de la Revue administrative (nº 320.

Les transactions douanières incluent le coût de la garde des frontières. donc de renforcer la pénibilité du travail. et ainsi de suite : toute activité requérant l’usage d’un bien public et/ou supposant une protection quelconque est taxée par une des 85 . plus stressante. à effectifs totaux identiques. 23 mars 2002. la Géorgie. tandis qu’avec la densité policière observée en Géorgie leur effectif total serait compris entre 960 000 et 1 440 000. Il est donc légitime qu’ils bénéficient d’horaires adaptés. avec 60 millions d’habitants. se contente d’environ 250 000 policiers et gendarmes. pays de 5 millions d’habitants compte entre 80 000 et 120 000 policiers. qui prélève un écot en forme de péage. Pour apprécier ce chiffre. cela finira par 500 000 policiers travaillant douze heures par semaine et vingt-cinq semaines par an. quand ils ne seront pas en grève pour protester contre le manque d’effectifs. Tout commerçant est de la même façon incité à contribuer à la « protection » qui lui est fournie. est très élevée. Selon ce qu’on inclut dans le calcul. Mais on conçoit tout aussi bien que la charge salariale que représente une telle masse soit insupportable pour un État par ailleurs fort démuni. on observera que la France. plus courts – ce qui a pour effet de réduire encore les effectifs déployés à un instant donné. ils sont du même coup en situation plus difficile. la visibilité de la police.notes de l’année 2002 cuir…). On conçoit qu’avec des effectifs pareils. Ces policiers ne sont donc que très chichement payés. dans chaque famille. et donc de légitimer la revendication d’une durée du travail « aménagée ». Mais comme la durée du travail diminue. et parfois plus dangereuse. dans les rues ou sur les places des villes géorgiennes. et ainsi de suite à l’infini. Souvent en situation de sous-effectif. Celles-ci sont constituées pour l’essentiel par l’éventail infini de tributs levés par les agents auprès de toutes les catégories d’usagers de la « sécurité ». entre quatre et six fois plus. les policiers sont moins nombreux en service à l’instant t. – La police comme industrie : de la communication sur la Géorgie (colloque Ceri du 22 mars). soient régulièrement mobilisées ressources financières et relationnelles afin de faire entrer un nouveau membre dans une des forces de police. Pour autant leur sort est considéré comme suffisamment enviable pour que. L’apparent paradoxe renvoie à une évidence immédiate : le traitement assuré par l’État ne représente qu’une très faible part des ressources policières. On ne saurait en effet circuler sur une route sans être arrêté tous les dix kilomètres par un barrage de la police routière.

nº 3. Elle est très suffisamment contenue dans la remarque de Bittner (p. et peut-être dominante en Amérique du Nord et en Grande-Bretagne. nº 3. est aisément qualifié de corruption. et mettent en œuvre la bonne vieille logique du capitalisme : socialisation des coûts d’infrastructure. 1980) d’où fut traduit en français un fragment : « De la faculté d’user de la force comme fondement du rôle de la police ». 307-23 et 325-45). c’est une théorie convaincante. 25. mais 5. cette forme explicitement et ouvertement hybride témoigne que l’opposition entre ces deux univers est moins tranchée qu’il n’y paraît. mais qui est loin de l’être pour l’Européen continental. 86 . petits. 25 mars 2002. Votre plainte est instruite par un collège d’évêques intitulé : Inspection générale de l’Église catholique (IGEC) dont tous les membres sont nommés par le pape. Pour tout Français. ou plus exactement d’agents économiques. moyens et grands entrepreneurs de sécurité fonctionnant selon une organisation cartellisée et auxquels l’État confère un statut administratif de force publique. – Votre fils se déclare victime d’un prêtre pédophile. p. – La critique d’Egon Bittner 5 ne requiert ni le luxe d’arguments de Jean-Paul Brodeur ni la conceptualisation échevelée de Fabien Jobard (in Déviance et Société. Allusion à l’ouvrage The Function of the Police in Modern Society (Oelgeschlager. Cambridge Mass. 221-235. 1999-2006 innombrables administrations policières. Figure emblématique certes. ou plus simplement à une industrie qui ne diffère de ce que nous appelons dans nos pays la « sécurité privée » que par le fait qu’elle est entre les mains d’agents publics. 314) : ce n’est pas une théorie de la police ou des polices. 1991. de la seule police urbaine en uniforme. 2001. comme le dit l’auteur. Les Cahiers de la sécurité intérieure. Gunn and Hain. qui assure ainsi des revenus conséquents aux forces de l’ordre. Ce mécanisme. la quasi-totalité des forces de police agissent selon une logique d’entrepreneurs privés sur un marché captif. mais partielle. Mais ce statut ne trompe personne : hormis quelques unités étroitement spécialisées dans la protection des institutions (et plus simplement. le cop ou le bobby. et privatisation des profits. voire des coûts de fonctionnement. C’est là une formule hybride entre les deux modalités que nous nous plaisons à opposer dans nos pays : police publique et sécurité privée.notes inédites sur les choses policières. C’est moraliser et manquer le point. En fait on a affaire. dans la protection du pouvoir exécutif). p. 24 mars 2002. à une « économie politique de la police ».

les CRS ou GM [Gendarmerie mobile] – des unités militarisées et violentes – la PJ modèle Maigret. de façon aussi présente. éléments sur les réformes du NYPD (1993-2001) ». Confirme au passage cette perception différente de l’objet empirique police entre l’Europe et l’Amérique. publications. Dans les deux cas. par le « reengineering ». – Sur New York. La Documentation française. 2003. pas de citations croisées d’un domaine à un autre). 39-79. « La police et le miracle new-yorkais. p. et une police politique (RG. il mène ces deux chantiers de façon totalement disjointe sur tous les plans : réseaux professionnels. Paris. où les corporations policières ne s’entendent que sur leur excellence. Brodeur : alors qu’il travaille avec autant d’intensité sur les « services secrets » que sur la police. sans parler du Hongrois. et le refus de tout examen critique… 14 mai 2002. Il n’est pas sûr d’ailleurs qu’il en ait jamais eu l’ambition. Allemand. comme si ces champs étaient totalement étanches (par exemple. Community policing et zero tolerance à New York et Chicago. OCQUETEAU. Mais ce premier temps obligé du changement. L’interroger sur ce point. et cela seul suffit pour ne pas lui attribuer une théorie compréhensive de la police. Bittner ne dit rien. « la » police est tout aussi bien. etc.) prompte à exécuter les mauvais coups du pouvoir en place (cabinets noirs. – De même qu’il n’y a pas de relation directe entre conditions de travail et satisfaction au travail. cellules élyséennes. etc. De ces trois autres fractions policières.-P. écoutes illégales et autres provocations). 87 . 31). la schizophrénie sociologique de J. » 15 mai 2002. il n’y a pas de relation univoque entre victimation objective et sentiment d’insécurité. DST. il y a une variable 6.notes de l’année 2002 aussi tout Belge. qui en constitue également le ressort. est impensable en France. 25 avril 2002. de procéder à un examen extrêmement critique de l’existant : « faiblesse du dispositif et inadaptation des réponses » (p. Polonais ou Russe. en finir avec les mythes. et indémêlable. dont l’équivalent est impensable en France. l’article de François Dieu 6 (résumé fidèle de Silverman) rappelle fortement que la condition du changement a été.. – Théorème du jour : « Il n’y a pas de police facile : si la police était facile. et des rapports croisés qu’elles entretiennent avec la première. republié dans le collectif dirigé par F. il n’y aurait pas besoin de police. Espagnol ou Italien.

Autrement dit.notes inédites sur les choses policières. voire les rentabilisent. stratégies diverses. densités. C’est ce qui explique que les plus victimes de vols et cambriolages. 4 juin 2002. ou qu’il n’y a pas de solution policière. de la ville. C’est le troisième terme qui produit le résultat escompté. je demande à la police de l’empêcher de cambrioler. Et donc avoir l’effet inverse de celui recherché. Cela signifie qu’il y a toujours un troisième terme. où la question n’est pas de saisir et de faire condamner l’infracteur. je vais avoir des résultats statistiquement incohérents. mais bien de le dissuader pour assurer la paix des transactions. Alors qu’une saturation policière agressive. en poussant chacun à déserter l’espace public et à se confiner chez soi va au contraire tarir les sources d’information de la police.). ne sont pas les plus insécures : leurs membres maîtrisent les procédures d’assurance. moyens juridiques. 1999-2006 intermédiaire. – La relation entre moyens de police (effectifs. etc. Si donc en mesurant la relation densité policière/niveau de la délinquance. et dans l’exemple cela signifie : ce n’est pas la densité policière en elle-même qui agit directement sur la délinquance. Mais une plus grande densité d’une police soucieuse de rassurer… permet de gagner la confiance de la population et donc de recueillir une info fiable sur les infracteurs. salubrité ? Mais on voit bien 7. – Soit le modèle de la sécurité privée. temps de réponse. attentes dans le premier. tranquillité. Ce devrait être aussi le modèle de la sécurité publique : « Je ne demande pas que mon cambrioleur soit envoyé en prison. patrouilles pédestres. etc. quels que soient les moyens engagés. sentiment d’impuissance et d’abandon (ou non) dans le second. je ne mesure pas la variable intermédiaire significative (qualité de cette présence policière). par exemple : police plus visible dans l’espace public k population plus confiante k police mieux informée. de l’agglo[mération]. alors que c’est bien la définition de l’ordre public local : sécurité. ou « nothing works » 7… (Sherman. » Qu’est-ce qui empêche de l’étendre à la taille du quartier. sans corrélation et. moyens matériels. alors que les plus démunis sont beaucoup moins souvent victimes mais beaucoup plus profondément insécures… 3 juin 2002. Ce n’est jamais dire que la police ne sert à rien. classes moyennes urbaines. ils seraient inefficaces… 88 .) et résultats en matière de baisse de la délinquance s’avère systématiquement « spurious ». Elle peut même avoir des effets contreproductifs (apeurer).

Et c’est aussi une façon de « dépolitiser ». Pour le flic. W. dans la comparaison. National Institute of Justice. 6 juin 2002. Anecdote de la femme violée par deux jeunes dans un quartier particulièrement dur et délaissé (début des années 1980) : « The police response to gangs had been to “send a car” to do “something”. Kelling (« Crime control. Exposé de la théorie : « The policy corollary is that minor problems warrant serious attention. in short. alors professeur de science politique à l’Institute for Policy Research de l’Université Northwerstern de Chicago. as one retired chief of police has […] is tantamount to saying that anyone who supports criminal investigation supports torture. la liste). Il faut aller jusqu’au bout de la comparaison sécurité publique-sécurité privée : si la première doit assurer des prestations comparables à la seconde. au sens d’en débarrasser la scène politique nationale : c’est bien assez que les élections locales se fassent sur ce thème. the police and culture wars : broken windows (BW) and cultural pluralism ». il sera toujours plus valorisant (sanctionné +) d’arrêter le délinquant que de patrouiller la ZUP [zone d’urbanisation prioritaire] ou de civiliser les jeunes « sauvageons ». – De G. il n’y a rien à gagner pour personne à le laisser monter plus haut vers l’État. l’équivalent du patron (d’entrepôt ou de supermarché) n’est pas le commissaire (ou l’officier) de police. c’est le maire. G. C’est lui qui est gérant responsable de l’espace public (la cité) et de la tranquillité publique. alors elle doit être remise aux mains du patron local : le maire. il ajoute 8. Skogan. Lecture Series. » Dans son énumération des idées explorées in BW. because we know that torture was “business as usual” among detectives for decades… » GK cite le mot « sardonique » que lui aurait glissé Skogan 8 à une réunion de l’American Society of Criminology : « When the criminological war crimes trials begin. Perspective on Crime and Justice : 1997-1998. This final issue […] was a perplexing one […] what constitute an undesirable person […] How do we ensure.notes de l’année 2002 que. that the police do not become the agents of neighborhood bigotry ? claiming […] that BK is the “seed” of brutal policing. What they were to do was unclear […] [to kick them ass ?]. you and I are going to be the first two at the docker » (sur le rôle. 89 . the source of police authority to restore and maintain order. novembre 1998). a premise that challenges reigning criminal justice practice ». Kelling arrive à : « Most important.

Each community reasserted control in its own way » (p. 1996. avec G. de Fixing Broken Windows. entre l’incarcération frénétique automatique. alors que « real policing was arresting the bad guys ». BW remplirait l’intervalle béant entre les thèses gauchistes (il faut agir sur les causes sociales du crime). Californie. Sur la police dans les années 1950-1970 : « In the name of efficiency and improved emergency response. 10. » GK rappelle que la requalification de New York avait commencé bien avant Bratton/Giuliani. Free Press. que la police 9. coauteur. de les faire connaître. Bratton. de faire savoir qu’ils seront appliqués. : « For three decades two models of crime control have been driven largely by ideology : broad social change and more certain and longer prison sentences. New York. Wilson. As “root causes” depoliced the crime problem. Bratton 10 et sa femme Coles 11 seront aussi parmi les premiers… Insiste sur : ce n’est pas parce que crime et pauvreté sont liés (de complexe façon) qu’il faut en conclure qu’on ne peut lutter contre le crime qu’en luttant contre la pauvreté… Sur la fausse perception de la police communautaire comme « soft policing ». chef de la police du New York Department of Police. A middle ground of crime prevention is currently breaking through the culture war. It was at the cost of depolicing our cities » .notes inédites sur les choses policières. Kelling. 10). Coles. 11) . Restoring Order and Reducing Crime in our Communities. 1999-2006 que Skogan en oublie : Wilson 9. the use of police as an emergency response system depoliced public spaces » (p. The new role of police and other criminal justice agencies is to back up the activities of citizens and social institutions […]. Catherine M. « I doubt that what happened in New York City or San Diego is replicable. Et infra : « That is a social disaster. J. J. » La question centrale est celle de la communication. police were withdrawn from public spaces into cars and became remote law enforcers. Quand police et autorités décident des « seuils » de comportements qui ne seront plus admis : il s’agit de les définir. Cf. Giuliani (1994-1997). « The old role of police as discussed in BW – roughing up “undesirables” – is now unacceptable to police as well as citizens. 90 . et les thèses droitières (la seule prévention qui compte est de fourrer toute la racaille en prison) : c’est précisément entre les deux. a mis en œuvre la réforme de la police sous le mandat de R. how we have turned police into an emergency response system. professeur émérite de Public Policy à Pepperdine. et l’utopie qui laisse les victimes dans leur mouise que s’intercale BW. 11. W. Q.

Le community policing : Dans l’interprétation de « BW ». réponse de GK : « Je ne sais pas. certes à la délinquance ressentie. lend your authority. paru à La Documentation française sous le même titre en 2004. littéralement pas. (Le sociologisme gauchiste sur les jeunes délinquants est d’autant plus mal venu. partie 3 12. et ils lui disent que s’ils sont là. et je leur ferais débrouiller la question. un sergent et quelques habitants. et le fédéral aura rempli son rôle : cela vaudrait aussi pour la DCSP… 7 juin 2002. chahutent et font du bruit. capables de vaincre ce sentiment d’abandon. mais aussi et surtout au sentiment d’être abandonné (par les autorités) dans son espace de vie. qu’elle le fera. j’irais chercher six flics de base. que ce sont d’abord les plus pauvres et les plus déshérités dans les quartiers les plus pourris qui réclament le plus fort de l’ordre et de la police…) Interrogé sur le rôle du gouvernement fédéral. Je pense qu’il y a une seconde raison : le sentiment d’insécurité est lié. Donzelot-A. et dont tout le monde se plaint. c’est parce qu’il y a beaucoup de flics visibles : « It is a safe place to be » (p. reprise par D et W. « La magistrature sociale. se 12. 17). Dans les « Questions et Réponses ». help support them.notes de l’année 2002 se donne les moyens de le faire. et de ne pas chercher à imposer un modèle… (tout en finançant) » (p. c’est de laisser faire les gens. Rapport pour l’IHESI. c’est l’existence d’un recours. réponse : « Ce qu’il a réussi. notamment). 91 . qu’elle le fait. 3/1. and help spread the good ideas ». En termes policiers. et qu’elle l’a fait. parce que la police aurait réimposé un ordre public local (tri entre habitués et étrangers. Ce que restaure ainsi la présence policière. Et puis un proc s’avise d’aller parler avec eux. « BW » implique une double inflexion : rapprocher la police de la population . enquêtes sur les politiques locales de sécurité ». ce qu’il faut faire pour le problème que vous soulevez. qu’on cherche comment expulser. Wyvekens. une prise en compte symbolique. – Lecture J. 19) : « Let good things happen. la satisfaction du public augmente du fait de la présence policière visible alors même que celle-ci n’a pas entraîné de baisse de la délinquance. C’est toujours comme cela que les solutions apparaissent… » Très joli exemple : jeunes qui sédimentent dans le métro. Mais je sais comment je m’y prendrais.

) : à Chicago. santé…). Ce qui explique toute la différence entre CAPS à Chicago et zero tolerance à New York. en sus du 911. informer et rendre compte. prendre au sérieux les plaintes. et s’interposer dans le face-à-face police/ habitants. acronyme pour : sondage. qui suppose intériorisée par les policiers l’idée que toute question mérite réponse… Mise en place. cela consiste d’abord dans les beat meetings mensuels à recenser les « problèmes » posés par les participants pendant la séance. basculer de stratégies policières oscillant entre le purement réactif et l’autodéterminé vers le primat accordé à la demande sociale. La règle à imposer est ainsi de « fournir une réponse à chaque question ». Création. réponse. et non ce que les gens ressentent et expriment. et à rendre compte de ce qui a été fait sur les « problèmes » signalés le mois précédent. donner suite. c’est la composition de l’électorat à Chicago : 38 % de Blancs. Ou Sare. i. L’essentiel est dans le couplage : recueillir et rendre compte = prendre au sérieux et rendre compte… La police de proximité. en conséquence. de la fonction de facilitator pour animer les beat meetings. élu local représentant la ville et capable d’en engager les services (voirie. c’est ce qui. Et. évaluation (assessment). qui élargit la saisine policière très au-delà de la délinquance : « Every citizen’s 13. analyse. et leur évolution… Le problem solving ne nécessite pas toujours un outillage extraordinaire (agents + statistiques + méthode SARA 13. ce qui n’est pas toujours facile. etc.notes inédites sur les choses policières. à la « résolution des problèmes » rencontrés/ signalés par les habitants (ou leurs représentants).e. à eux. beaucoup plus disposés à croire que ce qui est important pour la sécurité locale. 38 % de Noirs et 20 % d’Hispaniques… pas les prendre de front… Beat integrity interdit que les policiers d’un quartier soient appelés ailleurs. leur apparaît intéressant. mais cela implique un renversement complet des priorités spontanées des professionnels policiers. à l’usage. même pour un renfort ponctuel. k CAPS [Chicago Alternative Policing Strategy] à Chicago : « prendre en compte » (la demande de la population) et (lui) « rendre compte ». Et présence d’un alderman. sont commentés les chiffres des dix infractions les plus fréquentes du quartier. c’est d’abord cela. À chaque beat meeting mensuel. 92 . du 311. 1999-2006 mettre à l’écoute de celle-ci.

évaluation. sa solution requiert généralement la combinaison de trois acteurs : public. Seine-Saint-Denis. saisir le propriétaire et multiplier les rondes = de même qu’il y a trois conditions définissant le problème. police et services de la ville… Le lien police/services de la ville est essentiel (cf. et réciproquement. ce qui attache (les liens…) [note D. 14. La restauration du lien social (le modèle français. pour la police. et dont les appelants sont invités au prochain beat meeting… (p. Deux exemples : les autobus qui grillent un stop = agrandir le panneau. versus modèle américain) : non plus la perte de vigilance des habitants dans le contrôle de leur quartier (la défaillance de la communauté). et qu’il y a répétition d’au moins deux de ces dimensions (p. non pas la relation entre police et habitants. puis : identification. mais le problème de la perte d’emprise des institutions sur la population (« lien 14 social ») . M. exécution. 286 [note D. 211). 93 . 15. analyse. mais le partenariat entre institutions 15. M. l’analyse se durcit brusquement : « Le partenariat entre les institutions ne rapproche celles-ci qu’en creusant le fossé qui les sépare de la population ». sans autre justification p. 212) . le parking mal fréquenté = le rendre moins accueillant : supprimer les téléphones publics. non plus la résolution des problèmes de la sécurité locale. stratégies. Mais dans la conclusion.) 3/2. Lien doit s’entendre au double sens : ce qui relie (lien routier). + dispositif « problem solving » stricto sensu : il y a « problème » à résoudre quand on a identifié les trois sommets du triangle : auteur. et faire signaler par usagers à la compagnie des bus pour qu’elle agisse sur les chauffeurs . améliorer l’éclairage. rôle des attorneys municipaux. la création d’une Strategic inspection task force pour venir à bout des bad buildings). victime et lieu. mais la défaillance des institutions dans leur mission d’encadrement de la population . et parfois les beat meetings servent à la police pour inciter les habitants à faire pression sur les autres services publics dont elle juge la coopération avec elle (la police) insuffisante ou réticente : cela marche souvent… (Bref : le modèle américain consiste. à mobiliser la communauté.notes de l’année 2002 hotline to city services ».]. en allant en outre chacun tirer toutes les sonnettes possibles à la municipalité.].

les auteurs pointent : « Il semble bien que la cause principale tienne à un manque de savoir-faire […] » p. Sur l’exemple du Blanc-Mesnil. Elles n’incriminent pas l’abandon du quartier par les habitants mais le sentiment d’abandon où ceux-ci se trouvent. « C’est le hiatus apparu entre les institutions et la population qui fait problème » (et que le FN s’offre à combler. 94 . il faut faire intervenir l’État » (p. justice et justiciables/victimes. Gilbert BONNEMAISON. […] i. 223 (+ réticence des préfets + procs). p. […] conséquence. les CCPD [conseils communaux de prévention de la délinquance] ont ainsi joué le rôle d’une scène originelle où les acteurs se trouvaient réunis dans l’attente que le déroulement de l’histoire les fasse sortir de leur réserve et les amène à dire leur texte. les causes de la délinquance sont celles de toutes les situations de désocialisation. et par comparaison à dix autres municipalités qui n’ont pas su mettre en œuvre cette dynamique. où le diagnostic local a été l’objet d’une ample et vraie consultation/participation de la population et des groupes d’intérêt. propre à dissiper des peurs infondées » (p. solidarité. illustre nettement ce retournement dans le cas de la causalité de la délinquance (rap. 1999-2006 Le texte de référence. le compte rendu de la réunion caricaturale où le commissaire de Noisy-le-Grand a convoqué « sa » population pour lui faire la leçon sur « l’utilité de réunions comme celle-ci. Mais celui-ci était déjà écrit pour l’essentiel dans le rapport de la commission des maires » (p. La Documentation française. comme autrefois le PC ?) et qu’il s’agit de corriger dans chacune : entre élus et électeurs. rapport Bonnemaison 16. « C’est vrai que le rapport avec les habitants. Face à la délinquance : prévention. école et parents/enfants. Rapport au Premier ministre. police et population. 230). et repris plus systématiquement (p. il faut inviter les habitants à lutter contre ces désordres. 224) et par défaut de ce savoir-faire. la question est : pourquoi la délinquance se déploie ici ? Dans le rapport Bonnemaison.e. Cf. on s’oriente vers le « faire savoir ». 218). répression. 1983. entre l’Administration et ses administrés…) « Dans le processus de constitution d’un partenariat local en matière de sécurité. 222). (Toujours relation duelle. 228) (et on ajouterait 16..notes inédites sur les choses policières. 31) : « Dans le schéma américain. la délinquance s’installe dans un quartier à raison des désordres […]. etc. on ne sait pas faire » (sous-préfet p. Paris.

alors que les institutions en France cherchent à le reconstruire par leur communication. où chacun venait dire qu’il était le meilleur. renouer. Restore order and you reduce crime ». 95 . 229) de la différence majeure entre les CCPD des années 1980. 235). […] ils ne pouvaient occuper des fonctions déjà assurées par les fonctionnaires ni concurrencer les emplois privés. et « cela tombe bien. où chacun vient dire que « cela va de plus en plus mal »… C’est un progrès… Puisque l’abandon est le diagnostic universel. fin des années 1990. une affaire d’État » (idem). mais une méthode pour la trouver : réunir six flics de terrain. De cette double négation sortira l’affirmation de leur mission. dans son louable effort pour réunir « sa » population. Et le leitmotiv du « lien social » à « restaurer ». Le modèle américain serait immunologique : augmenter les défenses de la population contre le crime (c’est le credo de l’école de Chicago).notes de l’année 2002 que le commissaire a d’autant plus tout faux que. 232). Dont le dernier exemple est celui des « maisons de parents » (Bobigny) qui « montre une lente mais irrésistible orientation vers un encadrement des parents plus qu’une prise de confiance en eux. 17. il s’est exposé à se faire épingler par D-W…) – « reconstruire un collectif ». Notation (p. que les auteurs interprètent comme « rapprocher chacun de ses droits. Washington Post. devant laquelle il restera passif. 9 février 1997. etc. « Dans le premier cas. dans le second. le rapprochement sera le remède généralisé. Qui se traduit par la multiplication des « maisons ». mais le collectif aux États-Unis se refait dans l’action. G. 236). […] ils feront le lien entre les deux. vers un accueil plus individuel et psychologique que constructeur d’un mode de résolution des problèmes par un travail commun » (p. Ce qui fait bien écho à Kelling expliquant qu’il n’a pas la solution du problème qu’on lui soumet. « Fighting crime. ils occuperont le vide intercalaire » (p. les lui faire mieux connaître et apprécier afin de disposer de ce ressort pour qu’il mesure l’étendue des devoirs qui en sont la contrepartie » (p. et le « diagnostic » des CLS. versus le modèle français (durkheimien) s’employant à l’empêcher d’advenir : prophylactique (?. l’opposition est trop jolie pour être exacte). le programme emploi-jeunes […] vient juste d’être mis en place. L. la solidarité est un combat. KELLING. et discuter 17.

Refaire la ville sur place. proximité : sommation des trois termes : le lien social ? ? ?. 18. leur permettre de partir. (modèle Bart. « Le souci de la proximité ne va pas jusqu’à rendre les services comptables de leur activité devant la population » (p. La conclusion générale oppose les modèles Communauté civique-Magistrature sociale. 275). est ravi… 10 juin 2002. il va se rendre compte que c’est plus long. Cahiers de la sécurité intérieure. et donc gicler. p. le busing. et veut qu’elle réussisse. compliqué. difficile que le ministre ne le pense et ne se l’est imaginé au départ. « La compréhension des conduites délictueuses des adolescents et des jeunes adultes. – Lecture de la lecture comparée par Frédéric Ocqueteau 19 de Lagrange et Roché : la différence essentielle. S’il y croit en effet. mais le ministre. Allusion au DGPN (de qui D. Mixité. des gens envers les institutions en F[rance]. la réforme est dans les choux. 2002. […] l’influence qu’elle procure aux “habitants” importe moins que la posture de “communiants de la République” qu’elle induit chez les “participants” » (p. 282). « dynamiter l’ensemble irrécupérable ». la ZEP [zone d’éducation prioritaire]. etc. citoyenneté. S’il le lui dit (modèle Sanson 18). qui est le seul à ne pas le savoir.notes inédites sur les choses policières. qui serait notre équivalent au capital social américain ? Mais le sens de la confiance à rétablir ainsi est fort différent : des gens entre eux aux États-Unis. c’est de ne pas y croire. retard. p. Decharrière). 274). – La condition que doit remplir un haut fonctionnaire pour plaire au ministre dans la mise en œuvre de la Grande Réforme de celui-ci. il faut certifier au ministre que sa géniale réforme se déploie sans le moindre accroc. 1999-2006 « La force de la police doit servir à restaurer les conditions de fonctionnement des autres institutions ». En découle l’enjeu lié à « la différence de nature entre le contrat fictif avec le souverain [modèle européen Hobbes-Rousseau] et le contrat effectif entre les membres d’un pacte [modèle américain Mayflower-Arendt] » (p. À propos de deux lectures opposées ». 229-236. Pour plaire. 96 . il va le mécontenter. et à ses successeurs qui avaient une autre conception de la mise en œuvre de la réforme. « en France la participation ressemble tant à l’exercice d’un devoir et si peu à la construction d’un pouvoir. Monjardet fut le conseiller technique d’octobre 1998 à juin 1999). 9 juin 2002. 48. 238. Remettre les gens en mouvement. 19.

projet Inde/France. on estime que la charge de travail de la police générée par le crime a été multipliée par 5 depuis 1960. dont 90 % ont X 24 policiers (ou : 1 700 ont 25 policiers et plus) . (n. construit réellement l’objet « jeunes » alors que pour R. Police technology (Seaskate inc. » 11 juin 2002. 24 : « The most essential weapon in our armoury are not firearms. rapport de la commission présidée par D. nº 22. 1998) : 570 000 policiers dans plus de 17 000 agences policières aux É[tats-]U[nis]. où le temps moyen de rapport est tombé de 35/40 minutes à moins de 10 grâce à l’informatisation (p. La Documentation française. 1977. mars 2001) : « Doit-on accepter que les règles de recrutement et d’affectation de la Fonction publique aboutissent systématiquement à affecter les personnels nouvellement recrutés dans les sites les plus sensibles. ce n’est qu’une catégorie statistique dans le continuum de la variable de l’âge. » 12 juin 2002. « Does police matter ? An analysis of the impact of NYC’s police reforms ». in the 1960s) : « There is not a single lawless group in the whole of country whose record of crime comes anywhere near the record of that organised unit which is known as the Indian police. Charvet. Inversement. p. décembre 2001. Civic Report. les ressources n’auraient pas suivi (?). motor cars. 2 21. George L. cite ce mot savoureux d’un juge (A N Mulla of the Allahabad High Court. KELLING et William H. De Kelling et Souza. 21 : « nobody believes any longer that omnibus tactics could be used citywide ») : « Police tactics have to be developed locally and in response to specific problems and research has followed this form. 10 p. 15). but the confidence and support of the people on whose behalf we act. dans les fonctions les plus exposées sans que cela corresponde à une stratégie concertée ? Doit-on accepter que les règles relatives à la mobilité empêchent toute possibilité d’inscrire des projets 20. exemple de ce service en Floride (Pinellas County). 10 juin 2002. Policing a perplexed society. 2001 20. qui. SOUZA. – Tiré du National Institute of Justice.. teargas or rubber bullets. 21. le devoir d’avenir. » Cité par Dr Ajay K. Manhattan Institute. George Allen and Unwin. CGP. Londres. 97 .notes de l’année 2002 c’est que L. New York. – La police comme concentré de tous les maux dont souffrent nos institutions (extrait de Jeunesse. – Citation de Sir Robert Mark. p. Source introuvable. Mehra. sur la police indienne.

corrompus…) p. plus le comportement des policiers est critiqué par les résidents (absents. d’un policier en poste à Harlem. COLES. De la thèse de F. Et tout ceci s’applique si bien à la police qu’on pourrait les retourner comme conditions à réunir avant de mettre en œuvre une quelconque police de proximité… Question incidente : peut-on exciper de la croissance de l’incarcération une montée des violences alors que cette croissance est largement due aux délinquants sexuels . Fixing BW 22. Restoring Order and Reducing Crime in our Communities. Fixing Broken Windows. obnubilé par la comparaison avec l’ENA/corps préfectoral). C’est le paradoxe policier : ils ont abandonné le rôle de peace keeper centré sur le rapport avec la population pour se vouer à la mission de crime fighter.notes inédites sur les choses policières. et malgré la création du Conseil de sécurité intérieure qui devait servir à cela. 1999-2006 dans la continuité et la durée ? Doit-on accepter qu’au nom de leur statut. comme si le couplage CLS/pol-prox ne demandait pas aussi un ajustement significatif du fonctionnement local du couple police/justice. – 1. des fonctionnaires puissent considérer que leur indépendance est incompatible avec la reconnaissance qu’ils participent à un projet collectif ? Doit-on accepter que des professionnels dont la difficulté de la mission est reconnue continuent à travailler dans des organisations qui ne prévoient aucun mode de gestion collective des difficultés ? » (p. résultat : un (splendide) et en fait mortel isolement – une police qui s’isole de tout système d’alliance est pieds et poings liés dans les mains du pouvoir (ce qu’avaient compris les fondateurs de la FASP [Fédération autonome des syndicats de police] dans les années 1980. passifs. 98 . brutaux. cité par le N[ew] Y[ork] Times en 1990. sans pour autant se rapprocher des juges . et que n’a jamais compris le SCHFPN. 323). New York. 95. The Free Press. 93 : Plus le quartier est défavorisé. George L. Vindevogel (Sécurité publique et initiative privée : un partenariat pour le maintien de l’ordre à New York) : « Nobody ever got in trouble in this department for doing nothing » . p. aux étrangers en situation irrégulière . 2. d’après Kelling et Coles. aux délits liés à la drogue… qui ne sont pas directement porteurs de violences ?… 13 juin 2002. KELLING et Catherine M. Une spécialité US ? ? ? Cf. 1996. 22. D’une discussion avec Hugues Lagrange : de la même façon que la départementalisation en 1991. la réforme de la police de proximité a été définie et menée sans participation réelle de la justice.

Cf. Derrière tous les discours sur partenariat. De là. la tentation est grande de faire des amalgames aux conséquences souvent fâcheuses. The police can. et qui contraste entièrement avec la vision « régalienne » française. et que la police n’a qu’un rôle ancillaire en soutien de celle-ci. 21). les brochures. la justice est efficace si elle est non seulement rapide mais aussi locale : réinventer le juge de paix de quartier. only assist in that task » (problemoriented policing. il y a le sentiment très vif aux États-Unis. Un autre théorème inspiré aussi de N[ew] Y[ork] (Vindevogel. Les années 1960 et la réforme des polices US se fait par l’abandon d’une mission de peace keeping au profit d’un rôle de crime fighting jugé plus valorisant. Comme la police. 169) et du port constant du gilet pare-balles dans les lieux publics : les mesures destinées à sécuriser les policiers ont l’effet inverse sur le public (elles signalent que le lieu est dangereux).) de H. etc.notes de l’année 2002 p. at best. la police méconnaît ces quartiers et leurs habitants ». mais c’est bien son rôle social majeur que la police abandonne alors : ce n’est plus un service public urbain. Curtis : « Le taux de délinquance de rue est affecté autant par l’attitude de la population que par les politiques mises en œuvre par les agents du système de justice criminelle ». Goldstein : « A community must police itself. ? ? ? 99 .. 102). les réunions ouvertes. p. p. que la sécurité est affaire de la société d’abord. mais un élément du système de justice pénale. coproduction. 249. 88 : « faute d’effectuer des missions d’îlotage régulières dans les secteurs défavorisés. Et elle s’est de surcroît rapidement révélée inefficace dans ce rôle : taux d’élucidation… k Théorème Monjardet : la police est d’autant plus méfiante et brutale. 252 sq. et son intervention d’autant moins pertinente et efficace qu’elle connaît moins le site où elle intervient et ses habitants = la mobilité généralisée des personnels et l’abandon de la patrouille pédestre (îlotage) produisent l’inefficacité et la violence policière. p. les comptes rendus d’activité. Les policiers ne peuvent se plaindre en permanence d’être incompris par le public et ne rien faire pour expliquer leurs problèmes : où sont les bulletins d’info. etc. p. car « les policiers acquièrent progressivement le sentiment que ces zones sont “en guerre” et que parmi les résidents se cachent les ennemis à combattre » (p. la citation (parmi d’autres.

ou chose comme cela. – Pantouflage policier et corruption anticipée. 100 . (La rage de tout évaluer mène à croire que tout est évaluable par un « produit ». Bratton s’est opposé au community policing de Dinkins et Brown [ses prédécesseurs à New York] sur un argument qui paraît solide : les problèmes des résidents des quartiers difficiles sont trop lourds et trop complexes pour être résolus par les seuls îlotiers. il y faut une mobilisation générale des services (p. 293) que beaucoup des commandants virés par Bratton ont été remplacés par d’anciens membres des unités CPO [Community Patrol Officiers].notes inédites sur les choses policières. Une étude auprès de la police de Los Angeles « montre qu’en moyenne un équipage en patrouille motorisée n’est le témoin d’un vol avec menace ou violence qu’une fois tous les quatorze ans » (p. localement « les résidents. Et celle-ci sera menée en substituant aux traditionnelles statistiques d’activité. l’« Association professionnelle des banques ». 275). de ce point de vue. 370). une évaluation du résultat de son action. sans l’outiller précisément pour cela. W. à un salaire somptueux. le tissu associatif. avant d’avoir produit quelque résultat que ce soit…) 14 juin 2002. on note (p. comme conseiller technique du président. 294). Pour autant. mais en lui-même ce réseau est de peu d’intérêt : ses anciens subordonnés n’ont nulle raison de lui rendre service. or la mobilisation citoyenne par exemple a sens et utilité en elle-même. qui prend l’habitude de recruter le directeur central de la PJ (PP ou national) quand il prend sa retraite. c’est l’obligation de résultats revendiquée (et en conséquence une forte tension sur l’obligation de moyens). qui mesurent la « charge de travail » du département. Cf. le secteur privé et les représentants des différentes communautés religieuses et ethniques figurent tout naturellement parmi les ressources à exploiter » (p. qualité qui n’est ni reconnue ni valorisée dans le travail ordinaire de réponse aux appels (Police-Secours). en termes de décroissance de la délinquance. L’en sommer tout à coup. La révolution Bratton. c’est le déstabiliser en pure perte. Celui-ci va certes y apporter son réseau de relations internes dans la police. 1999-2006 Le policier engagé dans la police communautaire doit avant tout faire preuve d’initiative (« proactif »). mais parce que leur engagement dans CPO était aussi le signe d’une volonté proactive d’efficacité et de résolution de problèmes et. non pas ès qualité. en concert avec les gens du cru.

ce sont les raisons de ce recul. Et les flics de tous les pays se sont empressés de relayer le message. c’est l’objet d’un forum. Cela peut aussi se discuter. trop heureux de tenir un cas solide où il apparaissait que la profession policière. Ce qu’il s’agit d’expliquer. c’est le fait d’un observatoire. Mais ils savent anticiper : le poste juteux dont jouit leur ex-supérieur peut leur échoir un jour. en fermant la porte le vendredi à 16 heures jusqu’au lundi 10 heures. Broken windows et Tolérance zéro qui ont vaincu le crime. il ne reste à s’approprier que l’espace : « chez nous » = c’est à nous ici. on a un conflit entre deux catégories d’acteurs quant à l’analyse des causes de la diminution très sensible de la délinquance à New York au cours des années 1990. ou d’en faire dériver le débat sur celui de sa mesure… 24 juin 2002. Pour l’ensemble des criminologues. idem. « quand je les vois. Dans ce mécanisme. la ville a tout autant/surtout profité d’un trend général de régression de la délinquance dans tout le pays. l’intéressé sera devenu invulnérable… 21 juin 2002. lorsque sorti des cadres de la PN. inventeurs de Compstat. Giuliani. et d’autant plus sûrement qu’ils auront rendu les services demandés. Ce sont Bratton. – Mesurer l’efficacité de l’action policière : le cas New York est à double fond. il ne faut pas y venir six heures par jour. et elles sont 101 . il n’y a aucun doute possible : c’est leur action qui a produit ce résultat. et le but initial des diagnostics. En première analyse. et si New York a assurément bien joué sa partie. Kelling. Pour les responsables de la police et de la municipalité de New York. pour peu qu’elle soit soutenue (et lourdement subventionnée). était capable de gagner une croisade contre le mal. l’effort pour la mesurer est un moyen d’éviter d’en débattre. Pour une bonne part. Quand on n’a rien. La sécurité/insécurité cela peut se mesurer. j’ai la trouille… ». débattre. – Pour disputer la propriété d’un territoire à des jeunes qui y sont assignés/consignés 24 heures par jour et 365 jours par an. il n’y a pas moins de doute : la baisse de la délinquance dont les responsables newyorkais se font gloire s’est produite (un peu plus tôt/tard. la corruption est improuvable. car son salaire ne sera versé que beaucoup plus tard. Les CRS.notes de l’année 2002 et même peut-être plutôt des comptes à régler. un peu plus forte/faible) dans quasiment toutes les grandes villes américaines. dit la brave femme du « quartier sensible ». cinq jours par semaine.

à la différence des autres vivant dans la même zone.). 1999-2006 vraisemblablement très diverses. – À propos de Wilson et Kelling. la police redouble d’efforts pour élucider ces délits. où ce programme n’avait pas été mis en œuvre. Allusion au rapport « Reducing fear of crime in Houston and Newark : a summary report ». 28 juin 2002.notes inédites sur les choses policières. On peut détailler cette polémique. 2001. c’est que. Conceptualization and Research Agenda. et de façon tout à fait inattendue. etc. National Institute of Justice. Ce n’est pas une victoire des policiers sur les criminologues. p. ce n’est pas tout à fait inattendu : s’il y avait des policiers en permanence dans les étages des immeubles. 2001. Washington DC. ancien chef de la police de New York : « community policing is private policing for the poor » (« private communication » citée in Bayley-Shearing. ou de substitution entre elles. 24. mais il y a un arrière-plan de plus en plus massif au fur et à mesure que l’on détaille la dispute : il est clair qu’il y a eu mobilisation du NYPD. est trop complexe pour qu’une sociologie (criminologie) puisse en rendre compte de façon satisfaisante. Murphy. 1986. on ne sait pas. et à bosser… 26 juin 2002. En outre.). le chiffre des atteintes aux biens avait notablement baissé . « Making neighborhoods safe ». que ce ne fut pas le seul facteur. depuis des variables démographiques lourdes jusqu’à des contingences spécifiques (épuisement du marché du crack. discuté des problèmes avec chacun et laissé leur carte. Description. leur exemple d’un quartier de Houston est particulièrement éloquent : les gens sont excédés par les cambriolages et le sentiment d’insécurité est général. en suivre tous les tracés et en explorer tous les arguments. – De Patrick V. au fond. (k évaluation PateWycoff pour la Police Foundation 24). Ils trouvent que les gens dans ce quartier. retrait des délinquants professionnels par emprisonnements massifs. Ce qui revient à dire que la délinquance. il est tout aussi clair qu’il y a des aspects de l’évolution mal connus (les phénomènes de déplacement de certaines délinquances. mais le plus évident. 102 . comme phénomène social. New Structure of Policing. Pendant neuf mois. c’est une incitation aux uns et aux autres à quelque modestie. trouvaient que les désordres avaient diminué et que le quartier était devenu un endroit plus agréable à vivre. mais aussi « désigne des policiers pour aller parler aux résidents chez eux. 31 23). les 23. ils ont visité plus du tiers des logements. etc.

mais simplement. pour la police) cela ne servira rigoureusement à rien… La pol-prox. de s’occuper d’eux. dit un capitaine du LAPD [Los Angeles Police Department] cité par Wilson et Kelling. 103 . ou pour le formulaire à l’attention de l’assurance. 1er juillet 2002. à savoir : identifier et interpeller les auteurs des infractions. ce n’est pas si compliqué à fournir… Mais pour tout potage ils ont le plus souvent l’expression du scepticisme désabusé du gardien de la paix qui prend la plainte l’air accablé. mesurée par le rapport effectifs/tâches. mais aussi à l’ensemble des autorités. dresser à leur encontre les procédures nécessaires et les déférer devant la Justice… » Il est 25. 2) des renforts d’effectifs : si l’affectation de ceux-ci n’est pas précisément définie avant leur arrivée. que c’est bien pour leur être agréable. 46-52.. office HLM. « Making neighbourhoods safe ». et aucune amélioration n’est perceptible. à l’occasion de la cérémonie de sortie de la 6e promotion d’élèves officiers à l’ENSOP [École nationale supérieure des officiers de police]. 263. de prendre au sérieux leur victimisation. et leur confirme. The Atlantic Monthly. de faire quelque chose en donnant l’impression d’y croire : ils revendiquent de l’attention. est infinie : on peut accroître indéfiniment les effectifs sans percevoir un accroissement quelconque du volume total de tâches réalisées (ou plus les effectifs augmentent. Le trou noir (black hole. plus la productivité marginale baisse…). d’abord. etc. maire. mezzo voce. 26. au management par objectifs (proactif) (Wilson et Kelling. parce que pour lui (i. – Sarkozy 26 et la finalité de l’action policière. p. 27 juin 2002 : « […] la finalité de l’action policière dans un État de droit. 1989. mais l’important est bien dans cette nouvelle illustration que ce que les gens demandent à la police en particulier. c’est passer du management sous contrainte (réactif). 2 25). ils disparaissent dans le puits sans fond du travail de routine. Nicolas Sarkozy vient alors d’être nommé ministre de l’Intérieur dans le gouvernement Raffarin. ou par un déploiement permanent de CRS effrayants. 2. Théorème : l’élasticité de la ressource humaine policière.notes de l’année 2002 cambrioleurs s’en sont peut-être aperçus. ce n’est pas de faire disparaître la délinquance d’un coup de baguette magique.e. vol.

Le droit comme négation des rapports de forces… 5 juillet 2002. et on assiste à nouveau à la conversion du ministre à l’idéologie policière. Katane 28. et ne se présente pas à l’échange en situation de faiblesse… quand cette condition est réunie. 48 : le partenariat n’est pas un remède aux maux des institutions partenaires. p. elles. droit comme droit d’usage. il faut que chaque partenaire soit relativement sûr de lui. forme supérieure de l’inversion hiérarchique. droit de tirage. d’après Le Monde du 4 février 2003 27 : « La première mission de la police est d’interpeller les délinquants pour les mettre à disposition de la justice » et « les citoyens attendent de vous que vous arrêtiez les délinquants ». au nom de quoi ?) ont tendance à penser que la première mission de la police est de prévenir. 1999-2006 quand même surprenant qu’un ministre de la République se juge ainsi en position de redéfinir lui-même. et tout autant interdictions et prescriptions. il s’agit de renouer les liens entre les institutions et leurs ressortissants. 27. Idem p. il est assez naturel que les intéressés y mettent fin aussitôt que diminue la pression hiérarchique. incluant épreuve de force avec les autorités. la pédagogie n’est pas un substitut à l’action collective. les finalités des institutions… Du même. de son propre chef. avec des ressources collectives (et des capacités d’affrontement). il aura fallu neuf mois (mai-février) pour que l’inversion hiérarchique se produise avec Sarko. 36 : si la patrouille pédestre n’est que déambulation sans raison ni objectifs. Rajout postérieur. le 4 février 2003. 2002. plus longtemps sans doute que pour ses prédécesseurs. sur la comparaison entre les CDC (corpo de développement communautaire à Boston) et le DSU [développement social et urbain] (à Marseille).notes inédites sur les choses policières. cf. ou dissuader la délinquance… Le malentendu persiste…. Idem. le mode d’action privilégié du DSU est la pédagogie = prurit paternaliste… À défaut de constituer le groupe. Voir note du 16 octobre 2001. D’où d’ailleurs l’insistance sur le droit : maisons de justice et choses comme cela. – D’une notation de D. les citoyens (dont Sarko prétend exprimer les « attentes ». Donzelot/Mével. Faute de mobilisation indigène. à Toulouse. au contraire : pour que le partenariat fonctionne. et de travail sur les relations interethniques. 28. déniées. il fonctionne comme multiplicateur d’investissement. 104 . Les victimes.

74 p. Bel exemple de police de proximité ! ! ! Les « différends familiaux » sont toujours la plaie de la police… 9 juillet 2002. – S. des profs 105 . + passim : la dimension de la peur : des jeunes policiers (p. il n’y en eut aucune.e. puis à celui de Saint-Ouen. alors que. Et deux corollaires : nécessité de mettre en place des procédures et des instances pour pallier la personnalisation des rapports. difficultés et carences sur les absents (= disqualification fréquente de la justice. 22). Ce seul fait devait entraîner une intervention policière. qui les soumet à la mobilité des acteurs (= risque de bureaucratisation) . et de la possession d’un 347-Magnum. le père tue ses enfant et se suicide » : la mère alerte la police à deux reprises. — il doit se décliner verticalement : ce qui est initié à un niveau (base ou sommet) doit se répercuter aux échelons hiérarchiques correspondants des organisations partenaires . Trois propositions fortes : — le partenariat ne fonctionne que gagnant/gagnant. de menaces de mort. le 26 juin. Dix études de cas : 4 Éducation nationale. Chaque fois. — il doit être symétrique : suivi et retour systématiques des informations (pas de sens unique). quand tout le monde y trouve son compte . Toulouse. elle fait état de violences. 1 club prévention. 20. transfert des problèmes. 1 transports. 2 HLM. le père tue ses deux enfants (8 et 10 ans) et se suicide . pour les autres. 1 hypermarché. Étude pour l’IHESI. la plus souvent absente des partenariats). « enquête administrative confiée à la DDSP [Direction départementale de la sécurité publique] des Hauts-de-Seine » et plainte déposée contre l’État pour faute. en se rendant au commissariat de Gennevilliers le 31 mai. i. 55 : de ce que « l’articulation entre question sociale et question sécuritaire est difficile ». 8 juillet 2002. elle n’est que symptôme de problèmes sociaux plus graves . avril 2002. il n’est pas plus admissible de résorber l’une dans l’autre (sécuritariens) que l’autre dans l’une (néogauchistes) : l’opposition est entre ceux pour qui le problème c’est la sécurité. « Travailler avec la police de proximité : pratique du partenariat par les acteurs de la société locale ». 1 Hôtel. – Dans Libération du jour : « Trois morts malgré deux mains courantes – la police n’écoute pas la mère. or elle est indissolublement l’un et l’autre à la fois.notes de l’année 2002 Idem p. Tievant. et dans la nuit du 1er au 2 juillet. et doit être traitée simultanément sous ces deux aspects.

– J’aurais résumé. 10 juillet 2002. en zone police. il n’y a pas la moindre mention de celle-ci. 30. Sic transit… 29. 1999-2006 (p.notes inédites sur les choses policières. 519-525. des gardiens d’immeubles . et sans doute des conducteurs de bus. la délinquance. cela se mesure ou cela se discute ? ». Patrice Bergougnoux affirmait hautement qu’il était là « pour mettre en place la police de proximité » (interview dans Le Monde). bonne formule… 17 septembre 2002. À la façon dont je suis traité par la gauche. + l’intermédiation : on ne peut pas demander aux gardiens d’immeubles de s’afficher constamment avec la police : utiliser le relais d’un responsable HLM local. et pour la gloire. le 1er juillet 2002. mais aussi et surtout belle démonstration que la hausse de la délinquance n’est pas uniquement imputable au « manque de moyens » dont souffriraient endémiquement les polices : les milliards d’euros et les milliers d’emplois annoncés par le ministre de l’Intérieur ne sont pas encore arrivés dans les services. Séminaire organisé à Paris par Jérôme Ferret. 1999. au séminaire IHESI/ CERSA 30. nº 91. inséré par IDRH dans leur dossier « stagiaires » et retiré sur ordre de la DCSP… — mon introduction à la vidéo « police de proximité » de l’ENPP [École nationale de police de Paris]. des jeunes (p. En quittant ses fonctions. 29). interdite par la DFPN [Direction de la formation de la police nationale]… Les deux cas en 2000. – On apprend ce jour que « les choses commencent à changer ». 106 . a baissé de 7. « La police de proximité : ce qu’elle n’est pas ». il diffuse à tous les services le télégramme d’usage : « Au moment de quitter mes fonctions… »… Dans ses 21 lignes et 344 mots. – En prenant ses fonctions [de directeur général de la Police nationale] en 1999. Dominique MONJARDET.38 %… » Nouvelle illustration du théorème de Demonque. Revue française d’administration publique. que j’ai été deux fois explicitement censuré sous la « gauche » : — mon texte « La police de proximité. d’après Le Figaro : « En juin dernier. des parents (p. certes. – Noter pour mémoire. ce qu’elle n’est pas 29 ». les deux versions opposées du diagnostic par la formule : « L’insécurité. 8 septembre 2002. j’ai fort peu à craindre de la droite. Christian Mouhanna et Frédéric Ocqueteau sur les « politiques locales de sécurité ». effectuée à leur initiative et sur leur demande. 43). 51). en 2002-2004. 9 septembre 2002. p.

les usagers pourraient être devenus moins infractionnistes » (sic).notes de l’année 2002 17 septembre 2002. septembre 2002.5 millions en 2001 contre 20. consacré à la police. Bauer (qui « a pris une part déterminante dans l’élaboration de ce numéro ». – Dans le nº 102. le nombre d’accidents corporels n’a pas diminué »… Où s’affichent en lumineuse interaction langue de bois et déni de savoir… (« Inexplicable » !) Renseignement et théorème de Brodeur : « Le présupposé selon lequel un renseignement validé et relativement complet est suivi de l’action appropriée est dénué de fondement » (in « Les services de renseignements et les attentats de septembre 2001 ». – Dans Le Monde de ce jour. septembre 2002 de la revue Pouvoirs. selon la DLPAJ [Direction des libertés publiques et des affaires juridiques]… » . […] Le moment est venu de transformer la police d’État en une véritable police nationale » (p. le ministre de l’Intérieur « y voit le signe d’un changement de comportement chez les conducteurs : « sensibilisés à la sécurité routière et avertis qu’il n’y aurait aucune tolérance.-A. 42. qui se conclut par ces mâles paroles : « La police est trop importante pour que l’on assiste impuissant à une agonie inéluctable sous l’œil de doctes médecins faussement apitoyés. le nombre d’infractions constatées a baissé : 17. p. Ventre. Sauf que. Suit la perle : « Une évolution que le ministère de l’Intérieur juge tout à fait inexplicable “les forces de l’ordre restant tout particulièrement vigilantes dans le domaine” » et de même encore. p. on trouve un article de A. p. 4). 28). l’effondrement eût été encore plus rapide…). manuscrit. et de même : « le nombre des dépistages (alcoolémie) a diminué de 15 % entre 1999 et 2000 et de 16 % pour les seuls dépistages préventifs ». comme ajoute perfidement la journaliste : « pendant cette période. qui se conclut.4 millions en 2000. on apprend que « le nombre d’heures consacrées au contrôle de la vitesse par les forces de l’ordre a beaucoup diminué depuis 1991. par ces mâles paroles : « La police est trop importante pour que l’on assiste impuissant à une agonie inéluctable sous l’œil de doctes 107 . Puis un article de M. prévu sans que les victimes se soient retirées à temps (et d’autant plus que si elles s’étaient retirées. 4). Et sans vergogne. dans un article de Anne-Françoise Hivert titré : « Le gouvernement lance l’offensive contre l’insécurité routière ». Une baisse de 12 % qui équivaut à près de 300 000 heures. et bonne illustration par l’effondrement des marchés boursiers. 18 septembre 2002.

il produisait 2 304 heures travaillées… . » Une question s’impose : qui est le nègre.6 % et « ce calcul ne représente pas la réalité ». 113). du même jour. un policier travaillait 48 heures par semaine. la situation est différente : tandis que le niveau de victimisation augmente – plus de personnes sont victimes – leur comportement de plainte reste identique. Pendant 48 semaines. les taux de victimation des secteurs expérimentaux décrurent. les victimes ont porté plainte plus fréquemment. dans les secteurs de contrôle à une augmentation du niveau de victimation. en 1982…. dans les secteurs expérimentaux à une augmentation du taux de plainte. 1 490 heures de travail par an » (p. mon courriel au Seuil. 45 : « Dans le cas de H. la criminalité enregistrée par la police augmenta.) Noter dans le même numéro un article intéressant de Guy Fougier (qui fut préfet de police de Paris en 1983-1986) titré « L’impossible réforme de la police » (p. CSI. k PU > PJ… 11 octobre 2002. ou le pseudo. cf. de 1983 à 1984. « La police de proximité aux Pays-Bas : le cas de la ville de Haarlem ».91 % et la durée des heures produites n’a crû que de 19. 2000. l’adhésion politique servant de contrepoids à l’incompétence professionnelle. Ainsi l’augmentation de la criminalité enregistrée par la police est due.. et c’est pas fini… Résultat : entre 1950 et 2000. alors que si l’on se réfère à notre enquête. un gardien de la paix en cycle de roulement accomplissait. 1999-2006 médecins faussement apitoyés […] il est plus que temps de transformer la police d’État en une véritable et authentique police nationale. Si on pondère par la croissance de la population urbaine.notes inédites sur les choses policières. il est bien possible que le ratio heures de policiers/population de référence ait baissé entre 1950 et 2000… 1er octobre 2002. les effectifs ont augmenté de 71. il met l’accent sur l’évolution de la durée du travail : « En 1948. 1. de l’autre ? (Et qui révise les articles à Pouvoirs ? Cf. ce qui signifie qu’entre-temps les comportements de report se sont modifiés dans le sens d’une augmentation : dans ces secteurs expérimentaux. Kees Van der Vijver. – La police de proximité augmente la délinquance. p. en 1985. 1 833 heures… à la PPP [Préfecture de police de Paris]. » (Reste entière la question de savoir si ces deux 108 . Dans les secteurs de contrôle. – Hypothèse : la police est d’autant plus politisée que sa technicité est faible. 97-116) . 39.

rouge et une arme. quel que soit le policier. comme dans une série d’autres publications. c’est en pleine connaissance de cause.notes de l’année 2002 mouvements opposés ne traduisent pas un déplacement de la délinquance des secteurs expérimentaux aux autres…) Et. Elle nous voit tous comme ayant une carte bleu. – Une idée juste chez le commissaire M. si le ministère de l’Intérieur les a systématiquement ignorées. de nouveaux systèmes d’information. Ce dernier retranscrivait ses entretiens et les faisait lire au fur et à mesure à D. ont été énoncées – à partir d’expériences étrangères documentées – toutes les conditions élémentaires de mise en œuvre de la réforme en France. dans ce numéro des Cahiers. pour renforcer ces défenses 31. et nous sommes les chevaliers blancs en lutte contre le crime et la canaille. Il serait intéressant de montrer que. de nouvelles façons d’organiser le travail policier. nous méprisent et nous craignent. Elle requiert de nouvelles compétences de la part des îlotiers. M. – La double paranoïa. On en déduirait que. la police ne peut fournir de substitut à ce mode de contrôle informel. 15 novembre 2002. Donc. blanc. 14 novembre 2002. il aura des camarades de promo dans toutes les directions… » 15 novembre 2002. et de nouvelles techniques de management ». — Et. bref. 109 . D’un autre côté. contrairement à ce que nous serions en droit d’attendre. (entretien de F[rédéric] O[cqueteau] 31 du 12 novembre 2002) : « Toutes les sous-cultures se rattachent à une culture non pas endogène mais une culture qui se construit symboliquement dans le regard du reste de la population. 47 : « La police de proximité n’est pas seulement une autre façon de s’acquitter du travail de police ordinaire. bien loin de nous en témoigner reconnaissance. p. autre chose qu’une révolution culturelle. – Broken Windows se résume en une phrase : l’essence même du rôle de la police dans le maintien de l’ordre réside dans le renforcement des mécanismes d’autocontrôle de la collectivité. À moins d’engager des moyens énormes. Allusion à l’enquête de Frédéric Ocqueteau sur les commissaires de police. ceux-là mêmes que nous protégeons et servons. identique chez les policiers et les gardiens de prison : — Ils ont affaire à toute la misère et la violence du monde k le monde est misérable et violent.

239 32).. quand besoin est. de la pol-prox). et le seul secret. Il est plus réaliste de chercher à en réduire le volume. commissaire principal sud-ouest de la banlieue parisienne : « Je veux être clair là-dessus. […] quand on sait comment un chef de service va réagir. p. l’Amérique s’est déclaré la guerre à ellemême » (et ne cesse de se tirer une balle dans le pied…). 1999-2006 naturelles.notes inédites sur les choses policières. 262) : « Nombre de problèmes que la police a à connaître sont ceux que l’on n’a pas pu résoudre par d’autres moyens. la police ne peut fonctionner qu’en soutien des instances d’autorité sociales. Professeur de droit pénal. 2003. « Améliorer les politiques de sécurité. – De Peyrefitte (1977) au colloque de Villepinte (1997). » – donne en outre des exemples de mise en œuvre « dogmatique » de la pol-prox. la police doit s’adapter à elles (Reader. 32. 15 novembre 2002. Mais l’administration du ministère de l’Intérieur a réussi à transcrire cette continuité en une course chaotique de réformes ponctuelles et disjointes. 439 p. Paris : « Toute ma politique est basée sur le fait que je veux que les gens sachent qu’on s’occupe d’eux de manière tangible » (et c’est tout le secret. p. Cf. p.. University of Wisconsin Law School. le renfort de la force. J’ai mis les choses au point et je leur rappelle en permanence : un passage à tabac. cela je ne le couvrirai jamais ! Ils en assumeront seuls les conséquences. en collaboration avec Jean-Paul Brodeur : « Connaître la police. Il s’ensuit que s’attendre à ce que la police les résolve et les élimine est illusoire. Les Cahiers de la sécurité intérieure. nº 31. Ils sont les problèmes résiduels d’une société. une approche par les problèmes ». 33. Allusion à l’ouvrage de synthèse en préparation à l’époque. le dimanche 11 dernier à 16 h 30 : « En déclarant la guerre à la drogue. T. 24 novembre 2002. – De Goldstein 33 (Reader. 110 . Les Cahiers de la sécurité intérieure. commissaire PUP [police urbaine de proximité]. 20 novembre 2002. il y a une grande continuité dans le diagnostic et la préconisation (ce qui ne veut pas dire que les propositions de gauche et de droite sont identiques). 259-285. de telle sorte que la perception qui en est justement faite par les policiers est celle d’une incohérente et vaine agitation. Tout est dit : si on n’est pas dans un système totalitaire. hors série. Madison. auxquelles elle apporte. à prévenir leur répétition… » 19 novembre 2002. – Paroles de commissaires. — De M. grands textes de la recherche anglosaxonne ». – Entendu dans un documentaire de TV5. glanées dans les entretiens de F[rédéric] O[cqueteau] : — De L. F. 1998. alors les gens se méfient […].

2001. terme intrinsèquement ambigu.notes de l’année 2002 26 novembre 2002. Le principe même de la socio est de ne pas accepter l’extrapolation à partir des cas individuels. et le fondement de la police de proximité . Les Cahiers de la sécurité intérieure. cette incise : « L’ordre. p. On ne prend jamais rien au premier degré. la police ne peut fournir de substitut à ce mode de contrôle informel. sorti dans un très bon rang de l’École. » C’est l’argument de mon papier « médiation » 34. On est un peu tordus. la police doit s’adapter à elles. et non sur la gestion de la rue » (développer l’opposition des compétences : appréhender les criminels vs gestion de la rue). – À la énième lecture de « BW ». mais état éminemment reconnaissable pour les membres d’une collectivité » et dénonciation d’une formation policière « axée sur les règles légales et la manière d’appréhender les criminels. « La police de proximité. pour renforcer ces défenses naturelles. parce que le sociologue ne cesse de lui signifier qu’il ne 34. qui s’effiloche dès qu’elle tente de monter en généralité. l’expertise sociologique. 27 novembre 2002. 156-164.) 111 . tend à disqualifier l’expertise propre de celui-ci. 90. p. (Sous le pseudonyme de P. une révolution culturelle ». Demonque. D’un autre côté. du seul fait qu’elle manque au policier. nº 15. le fond de l’affaire est résumé dans : « L’essence même de la police dans le maintien de l’ordre réside dans le renforcement des mécanismes d’autocontrôle de la collectivité. en dix ans s’est fait proposer à trois reprises et de façon de plus en plus insistante (« agressive ») d’entrer dans la franc-maçonnerie… Du même : « […] le fil commun. À moins d’engager des moyens énormes. Plus spécifiquement. – Dans les entretiens de F. La prétention sociologique à comprendre/ interpréter/expliquer est immédiatement concurrentielle : ce que la socio gagne est perdu pour la police. On est payés pour penser que le mec en face de nous veut nous manipuler. 163-80. à partir des « cas » que le policier a traités. O. Les Annales de la recherche urbaine. nous raconter des bobards… » La haine de la socio peut trouver son origine ici : dans sa prétention à connaître. 1994. appliquée à ceux-là mêmes dont la fonction est de percer les secrets. il disqualifie ex principio le savoir policier. plus loin. Un policier trouve sa raison d’être dans le caché : une société entièrement transparente est entièrement dispensée de police. Un jeune et brillant commissaire. et passant par la PP. nous cacher des choses. francmaçonnerie dans la police. Le policier hait le sociologue..

27 novembre 2002. le politique et le policier. sur ce segment. « tant qu’on ne fera pas éclater le modèle centralisé colbertien. ce que démentent toutes les études de cas. alors même qu’il a quelques raisons de penser qu’au contraire. par une démarche globale à caractère préventif. « Pour une politique de prévention de la délinquance ». Boscher 35 sur la prévention : « Près de la moitié des faits constatés (4001)… se déroule dans la sphère des lieux privés (domiciles. il y a conflit essentiel pour savoir celui qui détient et produit le savoir légitime sur le social. Raffarin au ministre de l’Intérieur. Ottavi (IGA). » 35. F. C’est d’ailleurs le même conflit qui oppose le sociologue et le politique. on fera de la police politiquement et on fera de la violence une affaire politique ». alors que le sociologue s’en dispense. N. le taux d’élucidation. juste remarque à exploiter : « Depuis toujours dans la police. il y a une épreuve par le réel : l’élection/réélection. Idem : « La police change sous l’effet des crises dans les commissariats… et le reste du temps ça s’autovalide » . Dès lors.-P. entreprises). (hors Paris). c’est supposer que le quantum de la délinquance est fonction de l’intensité de sa répression. il y a eu des gens au parcours atypique et avec des connaissances diverses » (moyennant quoi l’idée même du parcours atypique pose question). il a accès à un savoir particulièrement rare et précieux (puisque caché). 1999-2006 sait rien. La citation exacte est « un peu moins de la moitié […] sur ce segment d’infractions ». et recourt à l’argument d’autorité : double raison de le haïr. 9 décembre 2002. Allusion au rapport de l’IGPN-IGN. la volonté d’engager une baisse régulière de la délinquance passe immanquablement. J. remis le 20 décembre 2002. O.-Y. à commencer par celle des prohibitions… 28 novembre 2002. commandité par le Premier ministre. et il est probable que le jeu se joue à trois : entre le politique. Bref. qui détient le vrai savoir sur le social ? Sachant en outre que. 112 . – Du texte de F. – Police et délinquance : poser que le mérite de la baisse de la délinquance revient à la police. Rouquier. le policier et le sociologue. pour deux d’entre eux.-Y. Rapport rédigé par J. Cette situation rend inopérant le mode d’action principal des forces de police et de gendarmerie que constitue l’occupation du territoire par une présence visible et dissuasive. entre le policier et le sociologue.notes inédites sur les choses policières.-L. Sarkozy. commerces. Boscher (CG) et le colonel de gendarmerie M. – Commissaire de F.

« [aujourd’hui] personne n’assure plus – ou si peu – la surveillance de l’espace public » (p. 46). 113 . 37). 1829) : « Une administration dont le rôle.notes de l’année 2002 De Philippe Robert 36 (entretien. p. « alchimie entre responsabilisation individuelle et effort collectif » (p. les trois objectifs d’une politique de sécurité : « Elle rassure les citoyens . changement de sens : à la délinquance d’appropriation s’ajoute (plus que ne se substitue) une délinquance violente. Esprit. Dans le même numéro. « Police : la proximité en trompe-l’œil ». Sociologue. sous l’effet conjugué de la professionnalisation de la police et de la disparition des métiers qui quadrillaient l’espace » (p. à l’image de la police de Peel (Londres. et par ailleurs : « une politique globale de sécurité appelle plus qu’un réarmement de l’État pénal et policier : l’insertion des mesures judiciaires et policières dans le cadre plus vaste d’un nouveau compromis social ». mais d’arpenter l’espace public pour s’assurer que personne ne se l’approprie » (p. qui n’y voient qu’un retour à l’îlotage (en grand) réitérant toutes les critiques – fondées – de celui-ci (cf. Mouhanna. décembre 2002) : « Il est à peu près impossible de faire respecter la règle par ceux qui pensent être exclus du jeu » (p. elle satisfait peut-être les victimes . 72) . 38) . 75). très simple et tout d’exécution. 45) . cette 36. le papier Mouhanna. 86-97). Piétri sous le Second Empire. Et cette définition de la police moderne créée par le préfet Ch. – De l’article de Lagrange/Pech (« Délinquance : les rendez-vous de l’État social ». illustration de deux modes de critique de la police de proximité : celui des néogauchistes qui y pointent le renforcement foucaldien des contrôles sociaux et de la discipline. est. p. « La surveillance des individus s’est effondrée en même temps que les capacités de surveillance publique. 74) k « L’action gouvernementale semble oublier le troisième terme de l’équation : elle travaille sur les souffrances [victimes] et sur les peurs [citoyens]. mais que faitelle pour les auteurs ? » (p. mais ne donne aucune raison sérieuse de penser que les ressorts de l’entrée dans la délinquance seront demain moins puissants pour les auteurs » (p. directeur de recherche au CNRS. et voilà pourquoi votre rue est déserte. non pas de courir après les délinquants. Dans le papier de C. ex-directeur du CESDIP et du GERN. 71-85). Esprit. et celui des sceptiques. et ouverte à la délinquance… 12 décembre 2002. À la fin du XXe siècle. décembre 2002.

et cette solitude ne peut qu’hypertrophier une tendance corporatiste déjà démesurée… À ce point. 97). à la petite et moyenne délinquance qui le nourrit.notes inédites sur les choses policières. CLS et pol-prox répondent à la seule question : comment une administration d’État centralisée peut-elle répondre à un sentiment d’insécurité local. la complainte des moyens… Pour Éric Macé : Villepinte. auquel ils ne croient plus. ou la population locale contre les injonctions étatiques. mais c’est encore une dernière chance… . 1999-2006 très juste notation : « Se sentant rejetés par un public qui d’ailleurs les apprécie sûrement plus qu’ils ne le croient. elle a en France réussi à s’écarter également des deux. De cette double rupture. il résulte un réflexe corporatiste… » (p. La police peut jouer l’État contre la population. Sarkozy lui en offre une nouvelle. avec le public mais aussi avec le pouvoir politique. de l’État. elle reste ainsi seule. les membres des forces de l’ordre peinent également à s’appuyer sur une légitimité venue d’en haut. il ne reste plus qu’une expression possible. alors qu’elle est accoutumée de s’en désintéresser ? C’est en ce sens qu’on a pu penser qu’il s’agissait de la dernière chance de la PN.

une fois de plus. dans 115 . d’effectifs » pour soutenir qu’il ne saurait y avoir matière à sanction.5 Notes de l’année 2003 7 janvier 2003. comme l’IGPN le révélera. qui le montre franchissant le mur d’enceinte… Le ministère. et de N. qui devait être fermée depuis des mois… ». un des responsables les plus recherchés de l’ETA est arrêté en France. et de l’y laisser. mettant en cause – entre autres – les locaux. l’ensemble des organisations syndicales policières affirment spontanément. voire « inadmissible ». une fois de trop. Toute la journée. Patatras. annonce aussitôt la suspension de cinq fonctionnaires locaux. plusieurs heures sans aucune surveillance. dans la nuit du 22 au 23. – Le dimanche 22 décembre. l’interpellé se fait la belle. manifestement furieux. Sarkozy en particulier : nouvelle victoire de la police contre le terrorisme. et avec quelle énergie. jugée « choquante ». les « problèmes de moyens. des responsables syndicaux vont se succéder aux différentes radios pour dénoncer cette mesure de suspension. le principe de l’irresponsabilité absolue de leurs affiliés. Le cas est exemplaire : en mettant en avant. Le coup de pied de l’âne sera donné par ce responsable départemental du SGP [Syndicat général de la police] qui. on n’en trouvera plus d’autre trace que l’image du système de vidéosurveillance du commissariat. révélera qu’une évasion s’était déjà produite quelques mois auparavant de la même cellule « et que rien n’a été fait pour clore cette bouche d’aération. et mis en garde à vue au commissariat de Bayonne. Ce qui n’a pas cependant dissuadé ses collègues d’y placer ce détenu « particulièrement signalé ». L’information est portée au crédit du gouvernement. Tant qu’il y a. de locaux.

Paris.notes inédites sur les choses policières. L’argument est à ce point systématique. Sur le mode : « On ne peut rien reprocher à quiconque parmi nous. moins sensibles dans d’autres. il a à peu près les moyens de travail qui lui permettraient de rendre des comptes sur le travail fait… Et quand on parle de culture professionnelle des policiers. un collègue malade et non remplacé. incontestables dans certains cas. qu’on est incité à le retourner : tout se passe comme si ces défaillances d’équipement ou d’effectif. 13 janvier 2003. un local inadapté. Et il est donc équitable de dire. On en conclura que la grande plainte policière sur l’insuffisance des moyens est non seulement structurelle. 1999-2006 un commissariat quelconque. – Conseil d’État. et de se débarrasser de la police de proximité. que l’administration ne s’expose pas aux mêmes rigueurs dans la phase de définition et dans la phase de mise en œuvre » (k faute légère ou lourde…). 116 . C’est ce qu’on voit Sarkozy faire avec application. pour le second. la raison absolutoire qui garantit une impunité générale et permanente à tout policier. et à la profession policière. en fonction de quoi les incendiaires de voitures de Strasbourg ont encore de beaux jours devant eux. la façon de servir de quiconque. comme dans toute activité de service. réflexe syndical universel et immédiat. on oublie toujours cet élément structurel par excellence : une culture (revendication) de l’irresponsabilité. – La promotion du terrorisme. puisque nous ne disposons pas de tous les moyens requis ». [La Découverte. voire absolutoire. une voiture défaillante ou un équipement obsolète. il ne saurait être question de mettre en cause. étaient pain bénit : la preuve par neuf de l’irresponsabilité de tous et de chacun. on peut être assuré que nul policier ne reconnaîtra jamais que. pour le premier. 26) : « La police est un art d’exécution. de tout ramener au régalien. somme toute. quels que soient les moyens fournis. 10 janvier 2003. serait considéré comme circonstance aggravante. elle a toutes chances de perdurer. ce qui dans toute autre. commissaire du gouvernement cité par Bruno Latour (in La Fabrique du droit. lorsque c’est possible. où les moyens sont toujours finis au regard de besoins extensibles à l’infini. et le cas échéant de la grande criminalité permet à l’État. Ou : une profession qui déploie une agilité particulière pour invoquer comme circonstance atténuante. par ailleurs. mais aussi fonctionnelle : elle fonde une revendication d’irresponsabilité et d’impunité générales et permanentes.] 2003. À ce double titre. p.

en l’occurrence. – De l’article de Vigouroux (« Contrôle de la police ». puisque « les résultats obtenus l’ont été sans crédit ni personnels supplémentaires […] à la motivation des forces de l’ordre » (p. la police est enserrée dans une double aporie. assises et autres grand-messes. 117 . une interaction que la règle n’a pas prévu et pour lequel elle ne dicte pas la conduite à suivre k déontologie obligée. 1996. une situation. « Le contrôle de la police ». atteindre tous les résultats souhaités : pénurie structurelle). celle des normes (quelles que soient la précision et la densité des règles. les (mauvais) résultats enregistrés précédemment étaient conséquence de la démotivation. la pire façon de s’y prendre était d’en annoncer à grand fracas encore une. Dalloz. 1996) 1. Christian VIGOUROUX (conseiller d’État).notes de l’année 2003 14 janvier 2003. était très exactement l’inverse : réformer sans le dire et dans la plus grande discrétion… Autant demander à un épileptique de se tenir tranquille. C’est ce que Chevènement s’est empressé de faire. in État de droit. mélanges en l’honneur de Guy Braibant. de qui se moque-t-il ? Et le DGGN [directeur général de la gendarmerie nationale] renchérit : « Notre personnel qui déploie une énergie remarquable de jour comme de nuit au service de nos concitoyens. une nouvelle. celle des moyens (il n’y aura jamais tous les moyens requis pour mettre en œuvre toutes les mesures prescrites. une de plus. multipliant les colloques. démobilisation. La méthode efficace. 2 et 12). cette juste suggestion : « […] commencer 1. – Un indicateur de l’efficacité des services ? Le taux d’élucidation des recels par rapport à celui des vols… Pour une profession sursaturée de réformes incessantes depuis vingt ans. – Quand le DGPN présente à la presse les statistiques de la délinquance (13 janvier) et conclut : « L’occasion m’est offerte de souligner à nouveau devant vous l’engagement des gendarmes et des policiers. » Tous deux soulignent que la « rupture » dont témoignent les chiffres est due. – Comme toute activité de service. réciproquement. 14 janvier 2003. 15 janvier 2003. il se présentera toujours un cas. Il faut donc en conclure que. des forces de l’ordre. Paris. Les « maudits » sociologues n’ont jamais rien dit d’autre… 14 janvier 2003. leur professionnalisme et leur totale abnégation pour relever avec succès les défis majeurs que constituent la lutte contre la délinquance et la protection des personnes et des biens ». ce qui est contradictoire dans les termes).

sociale. quartier). c’est la spatialisation de la délinquance établie par la police et qui lui dicte ses priorités d’action. Médiateur [de la République]. 1999-2006 par regrouper. comme l’illustre le bilan des GIR [groupes d’intervention régionaux] que vient de publier le ministère de l’Intérieur français. Le cas de la PP est exemplaire. Montréal. Ici la proximité s’entend comme caractérisation des espaces. pour les mettre à la disposition du public. notamment) pour voir se dessiner. proximité physique. déferrements. et elle s’exprime par la prise en compte par la police de la demande sociale locale. il s’agit d’utiliser la cartographie la plus fine possible pour analyser les phénomènes qui intéressent la police et déceler les réponses les plus efficaces : à quel coin de rue les agressions sont-elles les plus fréquentes et en conséquence. La performance policière n’est pas sous-estimée. CNIL [Commission nationale de l’informatique et des libertés]. car il représente la confusion des deux : un affichage « modèle Montréal » (l’épais volume doctrinal qui insiste sur les rapports avec la population) et une 118 . temporelle. 757). – La comparaison Paris. année après année. Cour des comptes. la performance policière en termes de GAV [gardes à vue]. Elle s’entend sur le mode : la police est proche de vous. c’est la détermination des priorités locales par la collectivité elle-même. CADA [Commission d’accès aux documents administratifs]. spatiale. la socialisation. Conseil d’État. — Modèle Montréal (ou Chicago) : la proximité est une relation à instituer et à développer sans cesse entre l’agence policière et la collectivité locale de base (îlot. 22 janvier 2003. mais l’essentiel est dans l’interaction. CNCIS [Commission nationale de contrôle des interceptions de sécurité]. comment aménager cet espace (prévention situationnelle) et cadencer les patrouilles (dispositif opérationnel) pour éliminer ce hot spot. l’image de synthèse de la police contrôlée… » (p. en toute indépendance vis-à-vis de la population. les “chapitres police” de toute une série de rapports annuels existants (débats parlementaires. dans tous les sens du terme. Cour de cassation. dont la police fait partie. saisies.notes inédites sur les choses policières. New York doit pouvoir montrer qu’il y a deux acceptions de la proximité dans les doctrines de police de proximité : — Modèle New York : la proximité est une ressource opérationnelle . Le diagnostic local de sécurité se découple de la même façon : — Modèle Compstat. — Modèle CLS. Et ce qui compte est le « résultat ».

n’ont su tirer aucun enseignement de cette recherche. La confusion est d’autant plus compréhensible qu’en effet l’ambiguïté n’a jamais été levée. qui offre à chacun une place dans la société.-Y. Ce n’est que quand F. Mucchielli. – Songer à dédier « Cohorte 3 » aux policiers répondants. – Qui voudra relancer la police de proximité devra : s’interdire de prononcer le mot. dans le même temps où elle est dénoncée par les nouveaux gauchistes comme compulsion sécuritaire visant à quadriller le social sur le modèle implicite de la Stasi. on fait quoi de ceux qui volent à l’arraché les sacs à main des vieilles dames ? 25 janvier 2003. une analyse longitudinale ». J. François-Yves Boscher. et tout cela est fort bien dit. l’ambiguïté de la police de proximité. dans le présent ouvrage. conseiller technique à la DGPN en 1998-2000 puis inspecteur général de la Police nationale. 3. ou le père de la doctrine dite de la « police de proximité ». 2. Boscher 2 est viré pour « dogmatisme » qu’il apparaît clairement que toute la droite policière s’était prudemment dissimulée dans cette ambiguïté. dans Le Monde du 21 mai 2002 (entre les deux tours des présidentielles). mais aussi aux directeurs successifs de la formation de la Police nationale qui. l’un des pères. un développement économique et social maîtrisé. » Sans doute. comprise comme dégénérescence de la police dans le social et le local par les policiers. « La culture professionnelle des policiers. p. une justice plus équitable. 119 . mais en attendant la réalisation du paradis sur terre. 24 janvier 2003. Première allusion à l’idée d’un ouvrage de synthèse sur l’étude de la cohorte « gardiens de la paix ». à l’exception de Jean-Marc Erbès (mais il n’était plus en fonction). Bordet. d’où. – D’une déclaration manifeste de J. Vogelweith. éliminer toute référence à une quelconque doctrine. produire des modes opératoires. et. L. une vie démocratique qui implique les habitants dans la construction de leur espace de vie commun doivent non seulement accompagner les préoccupations d’ordre public. 2005.notes de l’année 2003 pratique « modèle Compstat » où disparaît tout souci de nouer une relation quelconque avec le public . Les Cahiers de la sécurité intérieure. « Mieux vivre ensemble » : « […] Une école attachée à mettre réellement en œuvre l’égalité des chances et moins excluante. 29 janvier 2003. 291-304. mais même les précéder. un urbanisme mieux partagé. l’article de Catherine Gorgeon. en effet. Nul d’ailleurs ne saurait soupçonner Chevènement d’en avoir saisi les termes et l’enjeu. Voir Dominique MONJARDET et Catherine GORGEON. 56. Roman et A.

1999-2006 savoir-faire. et les imposer/contrôler manu militari. dont le premier jet sera divulgué à Nicolet. 188-208. indétermination des missions : les gardiens de la paix du roulement. qui sont sur une affaire. le ministre de droite fait spontanément l’objet d’un procès de bonnes intentions. 554). on ne demande pas de « révolution culturelle » et autre « conversion » des esprits. voir bibliographie [100]). Sur le mode : on ne « réforme pas ». Sarkozy. […] une coopération efficace doit se faire en temps réel. ne comptent 4. en continu. chez les policiers. avec indicateurs (comptes rendus) de mise en œuvre et de résultats. – En matière de syndicalisme policier. les inspecteurs de PJ. Pour un article révisé de cette communication. Exécution !… De la Revue administrative nº 329 (novembre 2002). la France est anglaise : les syndicats interviennent en permanence. qui savent ce qu’ils font et ce qu’ils ont à faire. D. p. 7 mai 2002-30 mars 2004 ». On touche là le cœur de la chose : la police aux policiers ! ! ! (Et Luc Rudolph se voit contredit vite fait par le ministère de l’Intérieur : cf. et là est immédiatement dressé le panneau « La police aux policiers » : « Il faut dire nettement que la gestion de la coopération au quotidien des forces de police doit être le fait de professionnels (policiers ou gendarmes) au niveau régional ou interrégional. sur l’organisation du travail. et on sanctionne à la hache ceux qui traînent des pieds. 2. mais du fait que celle-ci bénéficie. le bilan GIR publié le 29 janvier qui met l’accent sur le rôle de coordination du préfet et du procureur 4. dont la tâche est totalement indéterminée. et en profondeur. voir « Comment apprécier une politique policière ? Le premier ministère Sarkozy. entreprend à cette époque une nouvelle réflexion d’évaluation de la politique policière de N. n’ont de cesse d’en raccourcir la durée. et sur les questions d’ordre/sécurité d’un préjugé favorable . la focalisation sur la durée du travail est proportionnelle à l’imprécision.) 30 janvier 2003. La limite de celui-ci est quand il manifeste une volonté trop affirmée de rentrer dans la chair de l’activité policière. Sociologie du travail. en juin 2005 (disponible en ligne. modes d’emploi. une bonne illustration de la pente droitière policière : elle ne procède pas nécessairement d’une allégeance explicite à la droite. Québec. paru à titre posthume. 120 . Dans la police. et peut-être partout ailleurs. 2006. on vous prescrit de travailler comme ceci et comme cela.notes inédites sur les choses policières. M. et doit être le fait de vrais professionnels initiés à toutes les subtilités du métier » (p.

abstract). sur les appels reçus par la police à Minneapolis durant un an : 323 979 appels relatifs à 115 000 adresses et intersections. Que les policiers commencent par faire preuve de leur professionnalisme. 121 . R. all rapes [viols] at 1.notes de l’année 2003 pas leurs heures. d’où il ressort que 50 % des appels concernent 3 % des adresses et que la concentration est encore beaucoup plus forte pour les crimes : « all robberies [vols] at 2. p. On remettra les gardiens de la paix au boulot quand on saura leur définir leurs tâches… La revendication « la police aux policiers » se justifierait partiellement si on pouvait étendre à l’ensemble des missions policières le modèle du maintien de l’ordre : l’objectif est fixé par l’autorité publique.2 % of places and all auto-thefts [vols de voiture] at 2. Buerger. que si bien informés de la gente cambrioleuse à Paris. mais il aggrave leur cas : comment se fait-il. les policiers disposeraient de ressources d’efficacité comparables à celles dont ils font preuve en maintien de l’ordre . Sherman. outre que ceci impliquerait un contrôle externe beaucoup plus étroit des moyens mis en œuvre. P. avant d’exiger qu’on leur lâche la bride… Exemple théorique : la PJ-PP argumente que le taux d’élucidation. 27 (1). W. c’est pour un fait. et autres… Un professionnalisme virtuel est difficile à revendiquer… Hot spots : la notion est élaborée dans une étude de Sherman et al. février 1989. vol. cache en fait un taux de connaissance du milieu cambrioleurs-professionnels-parisiens de quasiment 100 %. « Hot spots of predatory crime : routine activities and the criminology of places ». or on a tous les jours la démonstration du contraire : quand ne pèse pas sur la police une volonté politique forte. nul n’ait décidé à la PP d’y consacrer le temps et les moyens requis pour en assécher (au moins temporairement) le bassin ? Avant de procéder de la même façon pour les vols de voitures. 27-56. accordons-leur ce savoir. de lutte contre les délinquances. Mais. Gartin et M. d’ordre public local. Criminology. et – sous le contrôle du parquet – le responsable du dispositif policier est seul juge de la manœuvre. alors. On n’a une « élucidation » comptable que de 3 % parce que quand on en chope un. elle se tourne les pouces ou s’agite au hasard.2 % of places. cela supposerait que. en matière de tranquillité publique. E. Soit. (L. très faible.7 % of places ». alors qu’il vient d’en commettre cinquante. Mais on sait qu’il a commis ces cinquante.

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31 janvier 2003. – De Howard Becker, cité par J.-M. Saussois 5 : « The explanation of police corruption is not that we can expect a few bad apples in every barrel, but rather that something about the barrel is making the apples rotten. » Je fais une sociologie du travail policier, ce qui m’amène à essayer d’analyser l’institution, l’organisation et la profession policières. Chemin faisant, je rencontre nécessairement les questions de la norme, des règles, de la loi, de la déontologie, de leurs mise en œuvre, contrôle et sanction. C’est une dimension importante du travail policier, cruciale si on veut, mais ce n’est pas la seule, et de loin. En outre, on ne traite pertinemment de cette dimension que si on l’insère dans toutes les autres… Façon de dire que travailler sur la police, ce n’est pas nécessairement et compulsivement pister toutes apparences de traces de 1984, de Big Brother et de la surveillance généralisée, de l’État policier et de l’arbitraire policier, de l’impunité et de la corruption, du racisme et de la violence, etc. Ces choses là existent, dans des proportions difficiles à déterminer exactement, et d’ailleurs très variables dans l’espace et le temps. Il est aussi absurde de le nier que d’y voir la seule et entière réalité des choses policières. Dans les deux cas, ce qui prédomine est le refus de savoir ; il est aussi condamnable chez les chercheurs que chez les policiers, et leurs juges… Quand Sarkozy rejoint S. Roché (ou vice versa) : « La première cause de la violence, c’est le sentiment d’impunité qu’ont les voyous, jeunes ou moins jeunes. » Sarkozy, en déplacement à Évry le 14 janvier 2003, cité par Le Figaro, du 31 janvier 2003. 4 février 2003. – De l’entretien de l’inspecteur général O. (in enquête F[rédéric] O[cqueteau] sur les commissaires), trois citations qui m’auraient été furieusement utiles il y a dix ans : à sa prise de premier poste, en janvier 1971, son supérieur l’accueille par : « Oublie tout ce qu’on t’a appris jusqu’à présent » ; Vigipirate, qu’il dit avoir inventé, est défini comme une « opération de marketing politique » ; sur son projet actuel (avec F.-Y. Boscher) de prévention : « la police jusqu’à présent refuse cette notion, la prévention pour elle a toujours été assimilée à l’“action sociale” ».
5. In Itinéraire d’un sociologue au travail, L’Harmattan, Paris, 2000 ; H. BECKER, Tricks of the Trade, University of Chicago Press, Chicago, 1998 (trad. fr. Les Ficelles du métier, La Découverte, Paris, 2002).

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5 février 2003. – Dans J.-G. Padioleau (Le Réformisme pervers, PUF, 2002) et pour les pompiers : « L’association réflexe du développement des moyens à la qualité des performances » (p. 154), lieu commun des revendications syndicales des policiers (enseignants, soignants, etc.) et dont la pertinence n’est jamais démontrée, bien au contraire (tonneau des danaïdes…). Si je peux recenser au moins deux cas patents de censure sous une majorité de gauche et un ministre (ex-)socialiste (l’article « Ce que la pol-prox n’est pas », interdit dans le dossier IDRH, et la cassette ENPP bloquée par la DFPN 6), à l’inverse, je peux noter deux cas de très larges emprunts quasi littéraux à la prose Monjardet par un rédacteur de la Tribune des commissaires : sur les trois polices et leur diagnostic, et sur le partenariat. Comme quoi, la relation entre police et recherche peut être opportuniste, à fronts mélangés quant aux supposées affinités idéologiques, et finalement plus productive qu’on n’a tendance, de part et d’autre, à le penser. Ou pour le dire autrement, à côté des relations formelles, toujours un peu acrimonieuses, il y a des relations d’influence croisées, plus informelles, parfois peut-être inconscientes, et qui font que d’une part, un peu de réflexivité pénètre la police, et que d’autre part, le point de vue policier est mieux pris en compte par les outsiders. Même si ce processus est long, sinueux, marqué parfois de reculs brutaux, il me semble que, sur le long terme, le bilan est plutôt positif. 7 février 2003. – À l’IHESI hier, on fêtait le nº 50 des Cahiers, et J.-P. Brodeur et moi dissertions sur la recherche sur la police et son efficacité. J’ai oublié de mentionner que la recherche « Cohorte » avait soulevé à trois reprises une vive hostilité 7 : quand le DFPN mis devant les résultats par J.-M. Erbès et moi nous rétorqua : « Vous savez bien qu’à ce genre de question, on répond n’importe quoi ! » ; quand le courtisan de service à la DFPN pondit une note se prononçant contre la poursuite de cette recherche (inutile, infondée, malveillante, etc.) ; quand le DCSP balança à J.-M. Erbès une lettre de trois pages s’indignant de ce que « je fais(ais) dire » à des policiers, et qu’il « réfut(ait) » cette entreprise de subversion… Ne
6. Voir note du 8 septembre 2002. 7. D. M. se réfère à l’année 1994 où les premiers résultats de l’étude « Cohorte » avaient été divulgués publiquement à l’IHESI.

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pas oublier de préciser ceci en annexe d’une publication « Cohorte ». Étatisme et sécurité privée : la compulsion étatique des idéologues policiers, qui se manifeste entre autres par le postulat sacré de l’identité Sécurité = État et la construction de la légende noire des polices municipales, la municipalisation comme repoussoir absolu, connaît un tempérament : les mêmes (à tout le moins nombre d’entre eux) consacrent une partie de leurs dernières années de « serviteurs de l’État » à nouer les relations avantageuses (pour parler comme Achille Talon) qui permettront de cumuler, sitôt les 55 ans révolus, leur retraite et de juteuses prébendes dans cette même sécurité privée. (Il y a ainsi sans doute des mécanismes de socialisation anticipée qui frôlent la corruption, voir à l’inverse le refus opposé par L. BuiTrong aux offres de recrutement d’ERM 8, grand recruteur de policiers en préretraite…) 10 février 2003. – Dans « policing disorder », B. E. Harcourt présente « Broken Windows » comme « a nine-page anecdotal essay that revolutionized policing 9 » (sic) et cette présentation est typique de la littérature négationniste sur l’insécurité, en ce qu’elle énonce sans sourciller une proposition insoutenable : si l’essai est réellement « anecdotal », se peut-il qu’il ait révolutionné la police (comme la prise anecdotique de la Bastille aurait révolutionné l’Ancien Régime) ? Et si la police a été réellement révolutionnée (comme l’Ancien Régime…), le levier peut-il être qualifié d’anecdote ? Du même, p. 6, l’assimilation de « the broken windows theory » et de « aggressive police arrest practices », tout l’effort de Harcourt est de montrer : 1 : que les démonstrations empiriques/statistiques de BW ne tiennent pas la route, ce qu’on lui accorde volontiers : aucun plan d’analyse ne pouvant contrôler l’ensemble des « variables » susceptibles de jouer sur le(s) taux de victimation, mais il ne s’ensuit pas que la théorie est fausse ; 2 : que d’autres cités ont eu des résultats comparables avec d’autres modèles de policing, mais là encore, rien ne lie dans BW l’analyse proposée de la « spirale du déclin » et un modèle
8. Allusion au directeur d’une célèbre société privée de conseil en sécurité. Voir note du 3 octobre 2001. 9. Bernard E. HARCOURT, Illusion of Order, the False Promise of Broken Windows Policing, Harvard University Press, 2001. Une version expurgée est parue en français : L’Illusion de l’ordre, incivilités et violences urbaines : tolérance zéro ?, Descartes et Cie, Paris, 2006.

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de policing particulier ; BW dit qu’il faut s’occuper sans tarder de changer les fenêtres cassées… C’est Kelling qui a prétendu que les stratégies du NYPD étaient la traduction littérale de BW ; c’est tout à fait discutable. Dans la même veine, on note que les plus acharnés à nier tout effet des stratégies policières sur le niveau de la délinquance à New York énumèrent sans sourciller, parmi les facteurs alternatifs censés avoir produit plus d’effet, l’augmentation massive des effectifs de cette même police. Où on peut soutenir à la fois que la police ne fait rien à l’affaire, mais que 12 000 policiers de plus sont une raison substantielle de la baisse de la délinquance. Comprenne qui pourra ! 12 février 2003. – La notion de sécurité se déploie, et se spécifie sur (au moins) deux dimensions : — celle qui se définit sous le label « sécurité intérieure » (et recoupe en France les attributions du ministère de l’Intérieur) : elle intègre comme sources d’insécurité en premier lieu les délinquances (violences urbaines, etc.), mais aussi ce qu’on appelle la « sécurité civile », c’est-à-dire les catastrophes dites « naturelles » (inondations, volcanisme, tremblements de terre, tempêtes…) et les risques (dits technologiques) liés aux activités humaines : incendies, pollutions, diffusion de produits toxiques, explosions, etc. ; — celle qui ressort de l’internationalisation des activités humaines : sécurité militaire, au sens traditionnel, mais aussi, voire surtout multinationalisation des réseaux délinquants, maffieux et trafics en tous genres, et enfin les conflits internationaux, interculturels, voire interreligieux, qui recourent au terrorisme comme forme d’expression. Les médias, dans leur fonctionnement quotidien, sérialisent inévitablement ces différentes sources d’insécurité. Le journal, télévisé ou non, va dérouler sans solution de continuité le hold-up réussi dans une agence bancaire du centre de Paris, l’attentat attribué à l’ETA à Madrid, l’explosion d’une usine de produits chimiques en Hongrie et le réveil menaçant d’un volcan dans les Caraïbes. Il arrive aussi que ces occurrences soient plus concentrées spatialement : les bombes explosent en Corse, la terre tremble à Nice et une marée noire souille les Côtes-d’Armor. Cette totalisation est de quelque façon inévitable, c’est un effet pervers de notre accès de plus en plus exhaustif à tout événement survenant sur la planète, et elle est parfois concrètement 125

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subie : on peut être à la fois inondé, évacué et voir par suite sa maison pillée. Elle est redoutable car elle engendre, avec un « sentiment d’insécurité » sans rivages, une confusion croissante des repères environnementaux et sociaux dont la permanence et la stabilité sont conditions du vivre ensemble. S’ensuivent des comportements de précaution, protection, retranchement, dont l’effet le plus certain, en vidant l’espace public et en le segmentant en une poussière d’espaces privés fortifiés, est de renforcer la vulnérabilité de chacun. À l’inverse, la première tâche et le premier devoir de ceux qui prétendent à une approche scientifique des insécurités sont de rétablir et de maintenir la spécificité (irréductibilité, incomparabilité) des différentes sources d’insécurité, de contenir chaque forme et source d’insécurité dans sa problématique propre. Ce point est essentiel ; il fournit le critère décisif qui permet de différencier l’approche scientifique des insécurités de leur exploitation intéressée. Chaque fois qu’un supposé « expert » procède à l’amalgame entre ces différentes sources d’insécurité, le diagnostic est assuré : on a affaire à un parasite, au sens précis du terme : celui qui tire sa substance, son profit, de l’exploitation d’autrui, et en l’occurrence du malheur d’autrui (et comme par hasard, le parasite prospère en symbiose avec le négationniste : celui qui dénie le malheur d’autrui). 12 février 2003. – À partir des mésaventures de la commissaire en poste à M., chez C., où des jeunes étaient payés pour incendier des voitures, il serait intéressant de mettre en parallèle incendies de voitures et périodes préélectorales. De l’incendie comme marquage insécuritaire particulièrement spectaculaire, à partir duquel il est possible de se présenter aux électeurs comme le chevalier blanc qui va restaurer la loi et l’ordre. 14 février 2003. – D’un coup de fil de Smolar 10 : évolution du nombre de dossiers ouverts par l’IGPN et l’IGS de 2000 à 2002 : IGPN : 548 k 592 (+ 8 %) ; IGS : 360 k 432 (+ 20 %), ce second chiffre étant plus préoccupant, car l’âge moyen des flics parisiens est nettement plus faible que la moyenne hors Paris. Dans les techniques de manipulation du « 4001 », faire glisser les agressions en « tentatives » : elles ne sont pas enregistrées (voir François-Yves Boscher).
10. Piotr Smolar, journaliste au Monde.

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Sheptycki (« Accountability across the policing field… »). cette perle : « Sociolegalists and others who concern themselves with accountability issues are. – Le ridicule ne tue plus : dans l’effroyable logomachie de J. – De Didier Peyrat 12 (in Nouvel Observateur du 27 février 2003). Sheptycki. Le procureur local. – De source certaine. vice-procureur de Pontoise. – La pol-prox n’est pas remise en question. fait tout pour étouffer l’affaire… Dans ce cas. 12. une étudiante de Nancy sollicite la DCSP pour quelques observations et entretiens pour un mémoire de maîtrise centré sur la police de proximité. Au passage : X. plus on a à perdre »). cette juste observation : non seulement les plus pauvres sont les plus victimes (« moins on en a. on n’est plus dans la manipulation politicienne de l’insécurité. cf. on est dans la fabrication crapuleuse d’une insécurité à des fins politiciennes. Policing and Society. « En tournant le moulin à prières d’une société future où les causes de l’insécurité auraient disparu »… 5 mars 2003. 2002. « Accountability across the policing field . recoupée. Issues on police accountability in Europe. mais les vols. Dans le même temps. fabriquent des atteintes à la dignité : des humiliations. leader local. p. towards a general cartography of accountability for postmodern policing ». qui réclament avec le plus d’ardeur « tolérance zéro ». en dit long sur la qualité de la formation civique dans cette maison… 26 février 2003. ce qui une fois de plus.). informé par PV. James W. payait de la main à la main (1 500 francs) des jeunes pour incendier des voitures à la veille des élections municipales (+ forts soupçons qu’elle n’était pas la seule. Réponse de la DCSP : refus motivé par « redéfinition des priorités d’action. 2002 11). By staking out the various sectors of the policing field we can at least judge the immensity of the task » (J. in Monica DEN BOER (éd. Bof !… 28 février 2003. concerned with the governance of governance. E. il faut baisser les yeux ». broadly speaking. Orléans). SHEPTYCKI. vérifiée. attestée sur PV policiers : la municipalité de M. est énarque. Et ce sont évidemment les politiciens comme X.. On ne saurait mieux dire… 11. remise en cause de la police de proximité ». petites agressions… « au-delà des préjudices qu’ils entraînent. On n’est pas seulement dépouillé. 12. Magistrat. 323-338. 4.notes de l’année 2003 26 février 2003. dixit le ministère après la « sortie » de Sarko à Toulouse. 127 .

je revendique seulement le droit de la chercher. par la justice qui refuse de poursuivre (parquet). j’affirme que cette quête est légitime […] 13. Du même. Paris. en quoi Napoléon excellait. que l’insécure de Marseille aujourd’hui sera rassuré… On ne peut pas objectiver le sentiment d’insécurité. Seuil. Entretiens avec Catherine Portevin. 1999-2006 5 mars 2003. voir l’introduction de J. qu’on peut raisonner une revendication salariale. 2005. c’est lui qui fixe les termes du débat public : quand Jospin se laisse enfermer par Chirac dans le débat sur la sécurité. – Ce qui fait bavure. 128 . sa justification ensuite – en chargeant la victime – jusqu’à son absolution enfin. comme son nom l’indique. contradiction dans les termes… De l’exposé de Jean-Jacques Anglade 13 (ex-maire de Vitrolles) : ce qui fait le grand militaire. ou à peu près. Sur le rappel du contexte de cet exposé. de même tous les maires qui se laissent imposer ce terrain par le FN. il est perdu. Mouhanna dans Peurs sur les villes. de déplacer l’affrontement sur un autre terrain. De la sorte. entre les deux tours. Il en est de même du grand politique. Devoirs et délices. un aperçu nouveau sur le rôle des TV dans l’arène électorale : TF1 échange à Mégret trois émissions « favorables ». 9. une vie de passeur. Ferret et C. En « échange ». Ceux qui s’en sortent sont ceux qui ont la capacité de marginaliser ce champ. la bavure n’est pas tant policière que judiciaire… 6 mars 2003. PUF. c’est l’impunité dont cette faute bénéficie. Paris. dans toutes les professions. ou que Marseille était plus dangereux il y a un siècle. classe (juge d’instruction) ou acquitte (juge du siège) systématiquement. mais avec la socio) de Tzvetan Todorov. – (Rien à voir avec la police. depuis la dénégation de l’acte lui-même par l’intéressé et ses supérieurs. celle-ci se trouve à l’identique. contre l’exclusivité de ses déclarations le soir des résultats.notes inédites sur les choses policières. p. Ce n’est pas en comparant avec le salaire du même travailleur en Tunisie. Ce n’est pas parce que Sao Paulo est infiniment plus dangereux que Marseille-Nord. vers un populisme punitif à la française ?. c’est la capacité d’imposer à l’adversaire le lieu et le temps de la bataille. ou le salaire du P-DG. sa minoration quand il n’est pas niable. – Il en est du sentiment d’insécurité comme du salaire. ce n’est pas la faute professionnelle . 2002 : « Je ne prétends pas détenir la vérité. Anglade fait pareil avec France 2… 6 mars 2003. Ce qui fait la bavure.

philosophe et théoricien de la littérature. 129 . C’est la vérité factuelle : la bataille de Stalingrad a été gagnée par les Russes. en réalité. telle interprétation. ont très peu de pouvoir. à propos de Bakhtine 14. qui n’ont aucun droit. qui est valorisée […] comme si l’essentiel de nos actions devait produire un effet ! Les trois quarts d’entre elles échappent pourtant à ce modèle. 120-2). qui réduit tout au schéma acteur-action-effet. […] le dialogue apparaît ainsi comme le lieu par excellence où s’épanouit le sens. vous faire sentir que vous êtes à leur merci leur donne le sentiment d’exister – une expérience nécessaire à tous. […] la mesure de cette vérité-là est la profondeur. De même. veulent en jouir le plus possible : souligner la distance entre eux et vous. Il est clair que. À commencer par l’école. mais nous avons perdu […] l’aptitude à vivre en harmonie avec le monde. et il est lui-même réglé par l’idéal de vérité. dont les plus faibles font les frais. seule vraie – une autre encore meilleure peut toujours surgir. sans que cette vérité puisse jamais s’y installer… » (p. mais qui. Sarkozy le répète à l’occasion de l’Assemblée générale du Conseil national de la 14. – Après bien d’autres. avec notre société. Les étrangers. 160). précisément parce qu’elle est faible . produit un tableau qui nous permet de mieux comprendre ce qu’ont été certains événements. Mikhaïl Bakhtine. avec nous-mêmes. 170). où c’est la seule capacité instrumentale. dévoile le sens caché. L’homme comme un être en dialogue. justement.notes de l’année 2003 [plusieurs sens] le premier sens est celui de la vérité d’adéquation. non l’exactitude… » (p. de ce point de vue. mais va en profondeur. non par les Allemands . petites gens trop heureux d’en trouver parfois de plus petits… « Cortés a écrasé les Aztèques. 187). Une autre notion de vérité […] vérité de dévoilement : tel discours. se retrouvent souvent réduits à ce rôle de faire-valoir » (p. 10 mars 2003. à Auschwitz. Nous avons introduit au sein même de la communication avec les hommes le modèle instrumental. la performance. et tout aussi valable pour les flics. […]. de la relation d’exactitude entre le discours et ce qu’il désigne. Si je vais voir un ami […] c’est parce que j’ai du plaisir à être avec lui… » (p. « son insistance sur notre dimension sociale irréductible. aucune interprétation ne peut être déclarée définitivement vraie. ne se contente pas de l’exactitude des faits. (Accueil des étrangers et violence bureaucratique) « Ces petites humiliations vous sont infligées par des gens qui. on a tué des Juifs dans les chambres à gaz.

dans le pire. ce n’est pas exactement de vanité qu’il s’agit. les effectifs déployés sur le terrain qui fonctionnent à l’induction et au coup par coup. et qui marchent au stéréotype et à la rafle.notes inédites sur les choses policières. induction et déduction ». D’autre part. a pour singulière propriété de nier en permanence son être même. — « L’acquisition d’instruments technologiques n’est pas dans la majorité des cas gouvernée par un principe d’adéquation mais par un principe de disponibilité . manuscrit. […] un corps de surveillants à distance scrutant le terrain au travers de modèles du risque intégrés au programme de leurs machines et qui instrumentalisent au besoin les effectifs de terrain pour effectuer des frappes d’ampleur variable » (p. leur compétition avec l’ENM [École nationale de la magistrature]. – Gilles Sanson n’a pas tort de pointer la « vanité » des commissaires. 17). Cette profession si fière d’elle-même. 16). mars 2003 : — Le « clivage de la surveillance […] d’une part. dans le meilleur des cas. 1999-2006 protection civile (discours du 25 février 2003) : « La sécurité est l’affaire de tous… ». — « Les vérifications de la validité des infos contenues dans les banques de données de la police et (plus rarement) des services de renseignements révèlent un pourcentage très élevé d’erreurs (… dans 40 % des inscriptions) » (p. – Du papier de Brodeur-Leman-Langlois. Les commissaires ont un fantasme : celui d’échapper à la détermination de « flic ». etc. […] celui qui investit dans la technologie ne se procure pas tant l’instrument adéquat que l’instrument disponible. Or tous leurs efforts dans ce sens. 16). 20 mars 2003. et d’accéder à celle de « cadre supérieur. sont régulièrement balayés par le retour du « flic ». des notables plus que des jeunes beurs. si prompte à se pousser du col. C’est du fond de ce creux entre l’adéquat et le disponible que proviennent les effets non anticipés de l’adoption d’une technologie par une profession » (p. d’essayer de se faire passer pour autre qu’elle n’est… 130 . qui expriment cette idée fixe. 13 mars 2003. la distance entre les deux variant de manière considérable. manager. « La nouvelle surveillance. ou le plus ripou des inspecteurs. des commerçants plus que des gitans. leur aspiration aussi touchante que pitoyable de se mesurer à l’ENA. où ils côtoient le plus minable gardien de la paix. des maires plus que des SDF. mais pas tous de la même façon. haut fonctionnaire de l’État ». mais si elle en a toutes les apparences.

ne cessent de répéter des commissaires quand on leur présente des résultats de recherche : l’autonomie du gardien de la paix. que tant vaut le commandant tant vaut la compagnie. le rôle décisif du commandant de CRS. la compétence dans une CRS est tout entière concentrée dans le commandement : le commandant au premier chef et sa poignée de cadres (le capitaine et trois ou quatre lieutenants). Sans doute. à nouveau. et autres exposés doctrinaux (et ni même dans vos mémoires). et la même unité qui était une bande indisciplinée peut devenir en quelques mois une formation parfaitement efficace et disciplinée sous un commandement qualifié.. sans doute. il peut y avoir ici ou là une exception. organisation complexe. grosse bureaucratie. etc. à la différence de la Sécurité publique – où qualifications. donc. expliciter. Prenons un exemple en effet fort trivial. diffuser ces choses que néanmoins tout le monde est donc supposé savoir. voire l’unique critère de promotion et d’affectation des chefs d’unité… et que la prévalence de ce critère est tout à fait explicite aux yeux de tous. mais comme je n’avais trouvé aucune trace de tout cela dans vos manuels. On pourrait ainsi les travailler et les enseigner. je me risque à suggérer que peut-être était-il utile de formaliser. etc. Quoique. mais tellement évidentes. il va de soi que cette aptitude au commandement (opérationnel) est le premier.notes de l’année 2003 21 mars 2003. Il en ressort cette observation tout à fait triviale. le filtrage de l’information. À quoi on lui rétorque qu’elles n’étaient pas « non dites ». mais qui restaient non dites. et les chercheurs ne font que nous réinventer à grands frais et grand tapage nos fils à couper le beurre. instructions. et inversement… Puisque tout le monde le sait. mais ce ne sont qu’épiphénomènes tout à fait marginaux… Où le chercheur commence à soupçonner 131 . savoir-faire et compétences sont appropriés par chacun individuellement. bien sûr. opine le chercheur décidément contrit. On entend à nouveau énoncer qu’il est inutile de claironner ce qui va sans dire… Quoique. – « On savait déjà tout cela… cela ne nous apprend rien… ». et mises en œuvre individuellement ou en toutes petites équipes –. sans doute. que cela justement allait sans dire… Quel intérêt à proférer des évidences ? Sans doute. concède avec humilité le chercheur pris en flagrant délit de trivialité. À ce moment se font entendre quelques toussotements. si banales. la manipulation de l’événement. » Sans doute. Comme tout le monde le sait. formations. tellement partagées. : « On sait cela de toute éternité.

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qu’il a peut-être fait contrition un peu vite. Et si, par hasard, sur les 61 commandants de compagnie, au regard de la capacité opérationnelle et donc de la fiabilité absolue en MO [maintien de l’ordre], si, par hasard et par extraordinaire, il s’en trouvait une poignée – voire une grosse poignée – dont ce n’était peutêtre pas la qualité la plus manifeste, et qui – éventuellement – auraient pu devoir leur promotion à quelque autre critère ? Et si, pour parler clair, à cette seule aune de l’efficacité opérationnelle, un quart ou un cinquième des compagnies, et donc des commandants posait question (au service central, tout au moins), quand il s’agit d’opération délicate ? Ne serait-ce pas que, précisément, faute d’avoir explicité clairement ce qu’était la qualification essentielle du commandement de compagnie, de l’avoir laissée dans une indétermination floue, dans un supposé consensus implicite, on avait laissé place pour tous les errements ? En d’autres termes, il est sans doute facile, et fort rassurant, de venir nous dire avec arrogance teintée de mépris, que bien sûr tout cela était connu de toute éternité, et que les chercheurs ne nous apprennent rien, il est beaucoup plus difficile de nous expliquer pourquoi, si tout cela allait sans dire, il en est fait si peu d’usage, si peu mention, si peu recours dans les processus concrets de formation, d’opération, de commandement de la police : quand la statistique de la délinquance se remet à augmenter, il est tout à fait convaincant de nous expliquer que c’est parce que précisément la police de proximité se met en place, et – contrairement à ce qu’un vain peuple pense (et vote…) – c’est le signe de ce que la police fonctionne mieux. Mais il manque dans la démonstration un détail infime : si en effet tout cela va de soi, si la montée statistique de la délinquance apparente est tous comptes faits une bonne nouvelle, pourquoi diable s’est-on obstiné à garder cet indicateur paradoxal, et tout aussi obstinément refusé à mettre en place les indicateurs alternatifs, l’observatoire indépendant de la délinquance qui auraient attesté infiniment mieux, et de façon infiniment plus crédible, la pertinence de l’argument ? Impéritie, sabotage délibéré de la politique gouvernementale, pulsion suicidaire ? Le chercheur conserve sa question. Si tout cela était aussi évident, aussi limpide aux yeux de tous, pourquoi les conséquences les plus simples en termes de gestion, formation, commandement sont-elles si peu visibles ? Pourquoi, tout 132

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au contraire, l’institution affiche-t-elle des normes qui reposent, elles, tout à fait explicitement, sur des postulats contraires ? Bref, à nous répéter hautainement que la recherche n’apprend rien à personne, nos interlocuteurs s’enferment dans un délicat dilemme : si c’est vrai, pourquoi toutes ces connaissances sontelles ainsi totalement laissées en friche ? Pourquoi faut-il des mois, des années, et quelques expériences douloureuses pour que le jeune commissaire en vienne à dire (très discrètement) : « Finalement, ce que le sociologue Monjar-quelque chose nous avait une fois raconté à Saint-Cyr sur l’autonomie du gardien de la paix et l’inversion hiérarchique et qu’on n’avait écouté que d’une oreille fort distraite (un pékin, vous pensez !), finalement, on aurait gagné pas mal de temps, et on se serait évité quelques gros pépins, si on y avait prêté plus d’attention, et si nos enseignants nous l’avaient un peu plus décortiqué… » Mais si on ne savait pas tout cela de toute éternité, si les chercheurs par mégarde nous apprenaient quelque chose, qu’en adviendrait-il de notre superbe, et de notre excellence ? On ne saurait ouvrir pareille brèche impunément ; les énarques, voire les magistrats, sans parler des journalistes, bref tous ceux qui nous veulent du mal risqueraient de s’y infiltrer. Verrouillons donc à triple tour. Ce n’est pas demain la veille que quiconque nous apprendra quoi que ce soit ! Et c’est ainsi que, nonobstant vingt ans de recherches, en France, un demi-siècle d’accumulation de connaissances si on intègre la recherche anglo-saxonne, l’enseignement dans les écoles de police est encore et toujours aussi abstrait, aussi formel, aussi déconnecté des réalités que gardiens de la paix, inspecteurs et commissaires vont concrètement affronter. Pourquoi les groupes professionnels policiers sont-ils, à la différence d’autres professions, incapables de se doter d’associations professionnelles ? Pourquoi, pour tout dire, la professionnalisation policière, est-elle encore dans l’ensemble aussi médiocre ? Quand on sait tout avant d’avoir rien appris, il n’y a en effet pas d’espace pour la compétence et le professionnalisme. 22 mars 2003. – Hélène L’Heuillet, le texte et la chose 15. La raison pour laquelle je ne comprends pas ce que raconte H. L’Heuillet est simple finalement. Sous le même mot, nous ne parlons pas de la même chose. Quand elle parle de police, elle
15. Hélène L’HEUILLET, Basse politique, haute police. Une approche historique et philosophique de la police, Fayard, Paris, 2001, 434 p.

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cite des textes, travaille des définitions, descriptions, prescriptions, des écrits, des mots. Quand je travaille sur la police, je raisonne sur des pratiques, des conduites, des actions, une organisation et une division du travail, des interactions, des compétences et savoir-faire, une idéologie professionnelle, etc. Bref, elle identifie les mots et la chose, quand toute ma qualification de sociologue me conduit à pister la chose sous les mots, en deçà des mots, et le plus souvent contre les mots. Il y a d’autant moins de raison qu’on se comprenne que la police est probablement un des domaines dans lesquels la distance entre les mots et la chose est la plus grande, au sein de l’institution ellemême d’abord, et dans ce qu’elle donne à voir à l’extérieur ensuite. Il s’agira donc de s’abstenir soigneusement de critiquer L’Heuillet, et de lui signifier ceci si d’aventure elle juge bon de me viser… Seconde raison, je pratique une discipline dont tous les critères de validité tournent autour de la preuve empirique : données d’observation vérifiables, reproductibles. L’H. fonctionne à l’argument d’autorité, citation ou affirmation, qui se suffit à lui-même. La sociologie se construit contre l’argument d’autorité. Ergo, je n’accepte pour vrai rien de ce qu’elle décide tel, et elle juge possible de dénier une observation empirique parce qu’elle contredit un discours plus titré. Sur ces bases, il n’y a pas de compromis possible. Si j’ai raison, elle raconte n’importe quoi. Si elle a raison, ce que j’avance est insignifiant. 25 mars 2003. – Un document instructif : le compte rendu, parmi d’autres, de l’audition de P. Bergougnoux/C. Decharrière 16 au Sénat, le 24 avril 2002 (in Délinquance des mineurs : la République en quête de respect, rapport de la commission d’enquête nº 340 (2001-2002) du 27 juin 2002, Sénat, tome II, annexes, 438-454). On trouve un concentré des réflexes routiniers du ministère de l’Intérieur et de la DGPN : — « Les intervenants ont demandé à être entendus à huis clos. » En vain, heureusement… — Affirmer tout et son contraire : « La délinquance des jeunes ne concerne qu’une part infime de notre jeunesse, mais cette part infime a aujourd’hui un impact considérable. »

16. Directeurs successifs de la Police nationale au temps de la réforme dite de la police de proximité.

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— Et dans le même temps, toute la compétence qu’on met pour maîtriser un phénomène qui, cependant, devient de plus en plus grave… — La routine de la désignation, pour tout problème, d’un responsable ; après quoi, on feint de croire que la question prise en charge est sous contrôle : « Ce triptyque référent départemental-brigade des mineurs-correspondant local… », « Des officiers de prévention de la violence dans le sport ont été désignés… » — « Je conclurai… en évoquant quelques actions préventives… », ou la politique gadget (CLJ [correspondant local jeunes], opérations [anti-]Été [chaud]…). — Des contradictions dans la même page : « Les efforts… ont commencé à porter leurs fruits même s’il faut être très prudent en la matière. En 2001, le nombre de mineurs délinquants a ainsi diminué de près de 2 % par rapport à 2000. » Même page : « Une légère diminution de 1,80 % en 2001, mais elle n’est pas significative. » — « Nos effectifs… nous sommes très en deçà de ceux de l’Espagne, de l’Italie, de l’Allemagne et nous nous situons au milieu du tableau des quinze pays de l’Union… une étude réalisée à mon initiative par le service de coopération de la police nationale qui a fait le tour des pays européens et qui corrobore mes propos » (le sénateur Hyest, plus loin, s’inscrit en faux…). Dans le même texte (p. 6), le sénateur Humbert explique pourquoi, découragé, il ne porte plus plainte… Même rapport, audition de Philippe Lutz, commissaire principal à Noisy-le-Grand : « La police de proximité, et surtout l’un des éléments clés de cette dernière, à savoir la gestion par objectifs de la sécurité » (et c’est la première fois que j’entends cela…) ; une fiche à l’intention des parents des primo-délinquants : devoir d’éducation, rappel du code civil, numéro de téléphone de la brigade des mineurs ; intervention dans écoles préparées par questionnaire élèves, et suivie par questionnaire d’évaluation et débriefing avec classe et profs ; travail avec les associations de parents d’élèves, jusqu’alors pas associées (en effet !). Et avec les associations de quartier : réunions de quartier tous les trois mois, casser la routine de la réunion défouloir (plainte contre la police jamais là…), les utiliser pour expliquer les choses aux parents des auteurs, qui n’ont que la version du gamin quand ils viennent le récupérer au commissariat à l’heure 135

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où l’officier traitant est parti, et où ils tombent sur le gardien de la paix de perm. qui ne connaît rien à l’affaire. « L’aspect préventif […] ne peut pas se passer d’un dispositif répressif très fort. » Bons exemples, sur sa seule circo[nscription], de l’impossibilité d’avoir le même dispositif partout : ce qui marche dans un quartier est inadapté pour l’autre. « La police a une figure d’autorité, mais dont nous constatons qu’elle n’est pas toujours respectée, contrairement à celle de quelqu’un qui vit en permanence dans le quartier… » Bonne démonstration de ce que, si on prend les réunions avec les habitants au sérieux, elles imposent à la police une continuité, un suivi de son action : « Il nous faut avoir cette sorte de transparence devant les gens » ; « la mise en place de la police de proximité n’a pas affaibli la police judiciaire parce que les renseignements exploitables parviennent de façon beaucoup plus massive » ; « fonctionnaires extrêmement jeunes. Certes c’est un inconvénient car ils ont une faible expérience, mais c’est aussi un énorme avantage car ils sont très motivés » ; « les CLS ont peu prévu la phase d’évaluation. Or si cette phase était véritablement menée à bien, un travail en lien beaucoup plus étroit pourrait être effectué ». Il faudrait comparer systématiquement la langue de bois d’un côté et l’expérience passionnante de Lutz de l’autre. Ce qui faisait défaut à la DCSP était précisément cette capacité de repérer les bons, et d’exploiter, populariser leur expérience. 26 mars 2003. – De Laurent Bonelli au colloque « surveillance » de Cultures & Conflits, le 25 mars 2003 : « Une relation de fascination répulsion entre les RG et les groupes politiques qu’ils surveillent… une rivalité mimétique », dit-il, et cela s’applique à merveille à la relation entre Bonelli et les RG (en particulier, les flics en général). Au passage : si je n’ai absolument rien appris dans un exposé de quelqu’un qui a longuement travaillé sur le champ, qui s’est astreint à une analyse des carrières des 241 commissaires RG recensés dans l’annuaire SCHFPN, etc., quelle est la valeur ajoutée de Bonelli, entre un matériel empirique de seconde main et une grille d’interprétation théorique universelle ? Une remarque de J.-P. Brodeur, à la suite des jugements (féroces) prononcés par le sénateur Church 17 sur les capacités
17. Dirige la commission d’enquête sur les services de renseignements américains après les attentats du 11 septembre 2001.

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qui seront affectés au service de sécurisation générale… » Donc on triple les patrouilles. préfet de police (devant le conseil régional d’Île-de-France le 27 mars 2003 : p. contre 564 aujourd’hui. P. On en a 900 qui en font 135 = 1 patrouille pour 6. Policing the Risk Society. c’est celui des homicides (et quelques autres sans doute : vol à main armée par exemple). Pour ce faire.-P. X (effectifs affectés aux patrouilles en tenue sur les lignes) était = 200. Alors que par le passé l’action combinée du service du métro et de la Brigade des chemins de fer aboutissait à un total de 45 patrouilles en tenue et 5 patrouilles en civil. Faut-il comprendre qu’il y a deux fois moins de 18. 5 : « Tant et si bien que globalement le nombre des patrouilles aura triplé sur les lignes. le renforcement des patrouilles sur l’ensemble des lignes du réseau. soit un total de 161 patrouilles sur 24 heures. 3 avril 2003. 1997. Ericson) 18 en sort sérieusement dévaluée (commission sénatoriale d’enquête sur le FBI et la CIA). Allusion à l’ouvrage de R.-P. 4 : renforts de 400 hommes k 1 300 au lieu de 900 = « ce dispositif permettra non seulement de tripler les patrouilles en tenue sur les lignes… ». d’où il ressort que si 400 + X = 3X. un bon exemple de l’habituelle confusion qui entoure les statistiques d’activité policière : P. 31 mars 2003. soit en effet × 3 k retour à la case départ : il y avait 564 policiers qui faisaient 45 patrouilles = 1 patrouille pour 12. 4 et 5). – Toujours d’une discussion avec J. c’est en effet qu’il se passe quelque chose de sérieux dans le champ. on apprend : « Seconde priorité. pour la tenue. Proust. Clarendon Press. soit 50 patrouilles. ERICSON et K. Que faisaient les 700 autres ? Plus loin. Oxford. Se caler sur celles-là : quand elles baissent. – Du discours de J. mais grâce à un effectif qui n’est augmenté que de 336/564 = 60 %.6. on passe de 45 à 135 patrouilles. le nouveau service permettra de déployer 135 patrouilles en tenue et 26 patrouilles en civil.5 policiers. » (Répété plus loin : « notre nouveau dispositif composé de trois fois plus de patrouilles… ») On laisse tomber les civils. 137 . il y a un noyau dur à peu près infalsifiable. c’est un total de 900 policiers en tenue.notes de l’année 2003 d’analyse (du renseignement) des policiers : l’idée que les policiers seraient des « travailleurs du savoir » (R. Brodeur : en matière de statistiques de la délinquance. HAGGERTY.

3. ces notations : — p. mais l’ensemble de la chaîne pénale : police + justice + prisons (pas de police propre avec un système pénitentiaire indigne et/ou corrompu) . on implique (sans nécessairement s’en rendre compte) que de ce fait. Noter que les conditions 2 et 3 sont pour une part contradictoires. Rapport belge du séminaire européen OISIN II (Barcelone) qui avait pour objet de comparer la mise en œuvre des réformes de polices de proximité en Belgique. ou supposée telle. 82 : il n’est pas nécessaire que les chercheurs reprennent à leur compte sans autre examen le stéréotype policier qui voudrait que « lutte contre le crime » et « gestion de l’ordre public en vue de préserver la paix publique » soient non seulement disjointes. des policiers. pas de réforme policière significative qui ne soit que pour la police. – Du rapport Carol Tange (voir biblio polprox) 19. – Du séminaire Brésil : il faut trois conditions pour qu’une réforme policière soit effective : 1. et pour tout dire exclusives… — p. mais elle ne pénètre l’organisation policière que si elle trouve suffisamment d’alliés relais dans la profession . enfin. la Cour des comptes critique « le renoncement progressif du ministère [et des académies] à faire prévaloir avec constance l’intérêt du service sur les revendications des différentes catégories d’agents » (cité par Le Monde du 3 avril 2003). mais alternatives. on ne réforme pas la police seule. France et Catalogne. On en dirait autant de bien d’autres ministères. sans doute la réforme procède du haut (politiques = institution). 7 avril 2003. 81 : en notant que dans l’aide sociale.notes inédites sur les choses policières. qui exclut cette réciprocité… — p. on n’est pas dans du travail social. « la logique du “donnant-donnant” prédomine ». et dans ce dernier cas ce n’est que réaménagement corporatif. c’est toujours in fine le rapport avec la population qui est le critère de la réforme : elle met en pratique une accountability (un compte rendu) à l’égard de la population. mais bien qui 19. 138 . – Dans son rapport 2002 sur le système éducatif. ou non. 2. 83 : où il apparaît que la question n’est pas celle de savoir qui (quel policier) fait quoi sur quel terrain. 1999-2006 policiers par patrouille ? Que les patrouilles sont deux fois moins longues ? Que les policiers travaillent deux fois plus ? Mystère… 3 avril 2003. mais cela s’adapte particulièrement bien aux policiers… 7 avril 2003.

notes de l’année 2003 détermine l’échelle des priorités dans le service de police. homicide) » (modèle de La Lettre pour le Kremlin). Les distinguer pour évaluer la mise en œuvre de chacun de ces niveaux. sans qu’il soit besoin d’aller chercher là on ne sait quelle résistance à on ne sait quelle « révol-cul »… 7 avril 2003. La police de proximité n’est pas une question de distance. 2003) 20 : « constitution de passerelles (relations. autonomiser. opérationnels. mais de partage des pouvoirs dans la définition des tâches policières. IHESI. d’une administration centralisée) et la nature et le sens de cette réforme : vers une police de proximité ? Est-ce que réformer la police est équivalent à réformer n’importe quelle administration ? Cf. Colombié et M. 2. comme il est probable. intérêts. échanges de services) jetées par les criminels vers la société civile […] relèvent aussi d’acteurs de la société non criminelle qui cherchent à utiliser le savoir-faire des malfaiteurs pour diverses opérations (mercenariat. a toujours été de plein droit dans son comité de lecture. Et si non. traduction organisationnelle et 3. en tant que directeur scientifique du conseil d’orientation de l’Institut. élaboration doctrinale. de toute évidence décroissante : 1 k 2 k 3. espionnage. le paradoxe : je vous ordonne de vous adapter. La polprox n’est pas un problème de généralisation de l’îlotage. Notes sur la réponse à un appel d’offre de l’IHESI. intimidation. prendre vos distances… Peut-on réformer la police seule. cela va de la police répressive sur le mode NYPD/tolérance zéro à la police « bonbon » repoussoir des Québécois (et de quelques 20. Schiray (AO. amitiés. 11 avril 2003. décentraliser. D. outils pratiques. 139 . La notion de police de proximité est polysémique. correspondants. – Notes de synthèse de la réunion OISIN II à Barcelone : Le projet d’évaluer la police de proximité a deux faces : évaluer un processus de réforme (son effectivité…) et ce qu’il met en œuvre (en principe) : une police de proximité. quel accompagnement est nécessaire dans ces autres champs ? Dans toute réforme il y a à la fois 1. – Du projet T. M. indépendamment de la chaîne pénale (justice. la demande sociale ? Et c’est bien à ce renversement de pouvoirs que les policiers s’opposent. Est-ce qu’on peut distinguer la démarche de réforme (en France. c’est une question de pouvoirs : qui définit les priorités de l’action policière ? Les flics ou les gens du quartier. pénitentiaire…).

du point de vue des intéressés. belle métaphore. Mai 2003. 2003. Presses universitaires de Montréal. et qu’on fait inlassablement visiter aux officiels. dans la police de proximité. est qu’elle regorge sans doute d’expériences passionnantes. le déficit de moyens est consubstantiel à une activité qui ne saturera jamais des besoins extensibles à l’infini… k Comment évaluer les moyens « réellement » requis (et leur déficit) ? 14 avril 2003. Noter par exemple que. travail social. Le plus certain. par définition inopérantes. – Pour le bouquin de J.notes inédites sur les choses policières. le situer entre « descriptif » et « discursif » (comme H. » Sauf que. est d’abord le policier qui est « au front » : là où on prend les (mauvais) coups. L’Heuillet qui prend au pied de la lettre tout discours pourvu qu’il émane d’un vieux grimoire). autrement que par des circulaires générales et interminables. justice. Jean-Paul BRODEUR. Toute réforme peut exhiber son secteur « expérimental » réussi. Avant même celles-ci. le policier dit « de base ».-P. Les Visages de la police. éducation. On sait que pour ceux-ci. – De Christine Lazerges dans Libération du 27 mai 2003 : le nombre des détentions provisoires est reparti 21. les moyens n’y sont jamais. dont on nous dit qu’il y a un combattant de première ligne pour dix hommes à l’effectif : les 300 000 signifient en réalité moins de 30 000 sur le terrain. on peut questionner le recours au délit d’outrage comme vecteur de cette criminalisation croissante des incivilités. source inconnue… 27 mai 2003. le compte n’y est jamais. celui qui serait supposé allergique au changement. – Montréal : le rapprochement police-population est désigné ici comme « bal des porcs-épics ».) L’expérience et sa généralisation. 21. (Exemple de l’armée américaine en Irak. Le coût de la réforme et le problème des « moyens ». B. 140 . Préciser le sens tout en notant que les différences s’estompent peut-être au fur et à mesure qu’il y a généralisation de la pénalisation des conduites : les lois Sarkozy/Perben : cage d’escalier et racolage passif. etc. mais qu’on n’a jamais su comment les généraliser. Quid de la résistance au changement ? Idée courte ici comme ailleurs. Ce qui justifie le plus aisément l’échec : « On n’a pas donné les moyens requis.). 1999-2006 autres). dans la police (comme dans la plupart des métiers de service. dans l’administration.

Par contre. 2 juin 2003. 2000 : « Qu’est-ce que la sécurité intérieure ? ». suite : d’un article du Canard. sont mesurables (Copenhague 1944 : les forces d’occupation allemande arrêtent tous les policiers danois et il s’ensuit une multiplication par dix des vols à main armée dans la ville). p. Du même.notes de l’année 2003 à la hausse k « Est-ce l’impact de la dramatique affaire Bonnal ? Le choc des faits-divers serait-il plus fort que le poids des textes ? Si oui. cela devrait donner à réfléchir au législateur ». en outre ! ! !). 395 : « La loi encadre la police et fixe des limites à son pouvoir. – « 4001 » mode d’emploi. Bel inconscient de la juriste-parlementaire-socialiste : deux policiers abattus. 4 : copie de la note de service 14 mars du commissaire central d’Antibes qui enjoint à « l’ensemble des procéduriers […] d’accentuer et rapidement le traitement de leurs dossiers dans les domaines où les taux d’élucidation sont faciles à réaliser (CBV [coups et blessures volontaires]… ILE [infractions à la législation sur les étrangers]… ILS [infractions à la législation sur les produits stupéfiants]…) » (quel français. mais une minorité argumente très bien que la loi au contraire dit précisément ce qui doit être fait… De même quand il identifie police communautaire et partenariat. opportune et efficace qu’elle prendra appui sur une information concrète. » Et encore p. riche et précise. 395. une judicieuse présentation du rôle de l’information dans l’action policière : « L’action sera d’autant plus adéquate. elle lui interdit certaines actions. elles. les conséquences de sa disparition. ce qui n’est pas tout à fait exact : Cusson prend le parti de la masse policière. – Maurice Cusson note justement que si l’efficacité policière est difficile à mesurer. vol. c’est la prévention qui est la fin du cycle de l’intervention policière : 22. comme « accessoire de la sécurité » (p. On comprend alors pourquoi les organisations policières investissent dans le renseignement. une belle démonstration sur la prévention : la police n’intervient pas quand la prévention a échoué. et on s’étonne de la popularité de la gauche dans la police !… 28 mai 2003. p. p. 396). 390. In Revue internationale de criminologie et de police scientifique et technique. 141 . Il en va de même de l’abstention policière (grèves – lesquelles sont parfaitement mesurées 22). mais elle ne lui dit pas ce qu’il faut faire ». c’est un « fait-divers ». nº 4. 23 avril 2003. LIII.

– La mobilité géographique des policiers n’est pas seulement une contrainte imposée. Mais le même (p. 1999-2006 quand celle-ci est (heureusement) finie.-M. […] L’intensification des patrouilles et les surveillances exercées par des policiers spécialisés dans ce type de vols ont permis de faire reculer ces infractions de 30 % » (site Internet. une disposition précieuse : ne jamais rester (longtemps) en place permet de n’être jamais responsable de l’état des lieux (et quand Sarkozy annonce en arrivant au ministère de l’Intérieur qu’il n’est là que pour deux ans. devant les résultats médiocres de sa police de proximité made in USA. – De Olivier Foll (L’Insécurité en France. » So what ? Et ceci. Or force est de constater que cela n’a pas été le cas… » (Nouvelle vérification d’un des théorèmes de Monjardet…) 5 septembre 2003. Qui dira encore que la patrouille pédestre ne sert à rien… ? 25 juin 2003. il y a fort à parier que le nombre de candidats au crime diminuera incontestablement » ! 1er décembre 2003. 142 . Ventre disant : « Il faut placer les commissariats centraux dans les zones de non-droit et mettre en place un maillage de quartier. le nouveau maire de la ville. 168-169). surtout dans ce genre de circonstances. – « Intervention » de J. Rudolph Giuliani. Flammarion. Un grand flic accuse. le jeudi 12 juin 2003 : « La lutte contre les vols à la tire. Proust. le samedi 21. s’empressait de la supprimer pour imposer avec fermeté la “tolérance zéro”. 18) avait cité A. quelles mesures prendre pour qu’elle n’ait pas lieu de se reproduire ? Une idée forte : la prévention comme conséquence de l’action policière. ou que (sic) les peines incompressibles seront rigoureusement respectées.-P. encore : « Le jour où la réclusion à perpétuité deviendra une vraie réclusion à perpétuité. notamment pour les chefs de service. c’est aussi. 16 juin 2003. PPP). PPP. Quelques années plus tard. – Dans Le Figaro du jour : limogeage du préfet de Haute-Corse à la suite d’incidents survenus lors de la visite de Sarko et Raffarin. à l’occasion de la signature du contrat de sécurité du 6e arrondissement. La délinquance baissa fortement et durablement.notes inédites sur les choses policières. Cet exemple mérite réflexion… » (p. 2002) : « Signalons que la police de proximité n’est que la copie conforme de celle mise en place en 1987 par le directeur de la police de New York. et commentaire de l’« entourage du ministre » : « l’objectif numéro 1 d’un préfet est d’assurer l’ordre public.

c’est parce que le réseau routier est mal entretenu.notes de l’année 2003 il se garantit de la même façon contre une évaluation sérieuse de son action…). Mucchielli et les siens sont à la délinquance des jeunes ce que l’Auto Journal est à la délinquance routière : ce n’est jamais le conducteur qui est en cause . Peyrat (in Le Débat. novembre-décembre 2003. s’il y a 10 000 morts sur les routes en France. 108) : L. – On peut prolonger la métaphore de D. . p. il n’est donc pas question de limiter la vitesse. 16 décembre 2003. etc.

extrait de ses consignes à ses troupes : « Le plus important n’est pas le respect du code : le P-V doit être fondé non sur l’infraction.. Ce dernier « souligne la nécessité de donner aux motards “les moyens pédagogiques de comprendre et d’expliquer la règle” » (manuscrit p. Je passe beaucoup de temps à expliquer aux 144 . – Les éditeurs ne se souviennent de nos droits que lorsqu’ils ont besoin qu’on les leur cède. mais à toute intervention de la force publique… et c’est pourtant ce qui fait le plus défaut dans les formations policières… Au passage. On essaie que la rue soit “acceptable”. 16 février 2004. A. 22 mars 2004. de faire cohabiter les gens. 5) . Par exemple. 3). c’est sans doute elle qui différencie radicalement les commissaires des autres policiers… La formation des gendarmes (et des policiers) développe normalement « les valeurs collectives de fraternité.6 Notes de l’année 2004 3 février 2004. je règle avec les patrons des peep-shows ce qui est “acceptable” ou “pas acceptable” au niveau des filles. – Sur la loi et le discernement. mais sur la gêne […].. cette dimension du travail ne doit jamais être sous-estimée. On ne saurait mieux dire que cette nécessité s’étend bien au-delà des motards et du code de la route. p. Arnaud Lacaze cite le capitaine Bartolo. – Dans un article « La tribu des motards ». note que « le métier de motard s’exerce… en groupe ». Dans la rue X. adjoint du directeur du Centre national de formation des motards de la gendarmerie à Fontainebleau. cette citation d’un commissaire à F[rédéric] O[cqueteau]. L. la question est de savoir quand est-ce que celles-ci dérivent en corporatisme et complicité. de solidarité… » (ibid.

contre + 12.6 % – 60. Las Vegas) mais c’est à NY que la baisse de la délinquance est la plus forte. 53 ans.73 174 689 536 867 2000 53 029 40 435 505 3. mais à être « commandés ». Le NYPD est.2 % de crimes contre la propriété à San Diego. En parallèle.8 % de crimes violents à Chicago.4 + 17. et – 56. 22 avril 2004. – Les policiers ne demandent pas à être « compris ».7 – 56. 2. chef PUP commissariat Paris. Special Report. d’assez loin : les suivants sont – 40. effectif total Dont policiers Policiers par 100 000 habitants Budget total (M $) Crimes violents Crimes contre la propriété 1990 39 398 31 236 427 2. 29 avril 2004. source : US Department of Justice. qui en déborde constamment. 145 . la police et le projet de connaître ». celui où les effectifs policiers rapportés à la population ont le plus augmenté (+ 18. 1. Dominique MONJARDET. – Statistiques police N[ew] Y[ork]. qui ont été fusionnées avec le NYPD en avril 1995. « Gibier de recherche.notes de l’année 2004 uns et aux autres d’essayer de se tolérer… » (CP. sur les dix villes américaines de plus de un million d’habitants.21 75 745 212 623 Les effectifs 1990 du NYDP incluent les polices des transports et du logement. Bureau of Justice Statistics. XXXVIII.4 %. Criminologie. promu au choix).4 + 18. NCJ 175703 (Internet) : Évolution en % + 34. la police est très souvent l’objet de surinterprétations (thème du complot et choses comme cela. la résistance de la police au projet de connaître 1 : pas seulement la résistance délibérée opposée par les policiers à l’investigation externe. modèle Vaillant. qui ne se laisse pas appréhender dans une définition. May 2002. 2005. 22 avril 2004.4 % NYPD Police Department.7 % pour la suivante. mais aussi et surtout une indétermination irréductible de l’objet police. et peut-être en conséquence. pour novembre 2004 à Montréal. – Pour l’article projeté pour Jean-Paul Brodeur.6 % + 29. voir aussi l’Espion).

l’extraire de l’humanité pour pouvoir continuer à se penser soi-même comme un être humain. sont façonnés en amont et en temps réel. un sujet. elle se solde en l’absence de tout contrôle… 17 mai 2004. animal [Note D. du moins pour fermer les yeux. d’où d’ailleurs le peu de goût pour ce code de déontologie qui introduit la très inquiétante notion d’ordre « illégitime ». en principe. mais parce que le commandement les couvre. ici celle de soldats qui se retrouvent mal préparés dans un environnement hostile. un objet. 1999-2006 modèle Sarkozy ou Joxe. Non pas qu’ils auraient le goût de la soumission. – Trois modalités d’influence des administrations dans l’effectuation des politiques (publiques) : des 2. […] les sévices infligés aux détenus résolvent en partie une angoisse devenue obsessionnelle. » Retourner l’ordre des conditions : la peur est première. relève d’un mécanisme dans lequel. P. jouissive cruelle. un animal. à traiter sa victime comme un non-humain. ici. ennemi. pour pouvoir conserver de soi une image d’humanité. doté de pouvoirs diaboliques. sous-homme. imprévisible. Ce qui donne la séquence = adversaire. de témoin.]. elle s’explique (et s’excuse) parce que l’autre est inhumain. meurtrier. La deuxième est le conditionnement préalable. 13 mai 2004) : « […] trois conditions favorisent la barbarie […] la première est la conviction de l’impunité : les responsables sont là. Libération. intervention au séminaire du CERSA. sinon pour encourager. par exemple sexuels. pour pouvoir se supporter. [Il y a plus :] […] la violence pour la violence. M. qui prépare les soldats à déshumaniser l’ennemi 3.notes inédites sur les choses policières. il n’y a pas. 146 . – Trois conditions de la torture (M. où va-t-on ? 14 mai 2004. par la propagande et les médias […]. leur prescrit une conduite. Wieviorka. on fait ce qu’on nous dit de faire. » L’ordre protège. une chose. hygiène du bourreau ». « Irak. » 17 mai 2004. mai 2004. Si l’obéissance à l’ordre hiérarchique ne vaut pas excuse absolutoire. dans cette perspective. un animal. Topique : « Nous. et leur économise de ce fait le coût et les risques du choix et de la décision. Le racisme. – Définition du crime par Philippe Robert : « Tout comportement dont l’auteur est menacé d’une peine par le droit 2. une troisième condition favorable au passage à la barbarie est la peur. et en même temps un surhomme. l’accomplissement d’une tâche inhumaine encourage celui à qui elle est confiée. Robert. Il faut avilir le détenu. Enfin. 3. les images qui le présentent comme un sous-homme.

la peine effectuée par les condamnés à perpette a augmenté de 21 à 29 années (en moyenne). On y verra certes l’effet de manche de l’avocat que Sarkozy n’oublie jamais d’être. PUF. 147 . Le rapport dit que ces accroissements ne sont pas le résultat de l’augmentation des crimes. p. applaudissent des deux mains ces mâles déclarations. 27 mai 2004. « Administration 5 » (lecture manuscrit du jour). puisque le crime violent a significativement baissé pendant cette période. « Gouverner l’administration : une sociologie des politiques de la réforme administrative en France (1962-1997) ». 24 mai 2004. mais aussi une illustration de la culture commune des sommets du ministère. Politiques publiques et corporatismes. L’État en action et les corporatismes 4… cité par Ph. On surprendrait 4. La loi “three-strikes” a été le levier de cette multiplication des condamnations à vie : pour beaucoup d’entre eux. – « Le nombre de condamnés à perpétuité dans les prisons US a augmenté de 83 % ces dix dernières années… près de 128 000 personnes. Sarkozy s’est attaqué frontalement aux sciences sociales. accomplissent une peine de perpétuité (selon l’étude publiée le 11 mai 2004 par The sentencing project…). Bezes. qui ne permet la libération conditionnelle qu’après 51 années de détention…). où règne en maître le déni de savoir : il n’est nul besoin de connaître l’objet de ses attentions pour s’en occuper efficacement. Entre 1991 et 1997. intermédiation (interface entre instances politiques et groupes d’intérêts et d’assujettis). mais celui des sentences incompressibles plus longues et de politiques de libération conditionnelle et de commutation de peine beaucoup plus restrictives (cf. Foll. le Tennessee par exemple. 5. il s’agit de délits non violents liés à la drogue… » (Source : TWILE. 5 septembre 2003). 4-5). soit un sur onze de tous les condamnés (“offenders”) détenus dans les prisons d’État ou fédérales. Voir à ce sujet. vol. 1987. Pierre MULLER. Jobert et Muller. thèse de l’IEP de Paris. nº 20. au motif que celle-ci s’efforcerait de « comprendre » et donc d’« excuser » une délinquance qu’il ne s’agit que de « combattre ». Les policiers. Le chiffre correspondant de 1992 était de 70 000 (cf. Philippe BEZES. mise en œuvre. Bruno JOBERT. L’État en action. dont l’anti-intellectualisme est vif. Paris. 17 mai 2004. O. – À diverses reprises dans ses discours (notamment lors de l’ouverture de la session 2002-2003 de l’IHESI). 2002.notes de l’année 2004 pouvoirs de mise en forme. et à la sociologie en particulier. 5.

1999-2006 pourtant beaucoup l’élite policière. » 13 septembre 2004. Louis Casamayor. Rapport alors en préparation : Frédéric OCQUETEAU. cette intuition prophétique citée par F[rédéric] O[cqueteau] (dans chapitre lecture commissaires) 8 : « Tout homme qui voudrait réformer la police devrait s’y prendre de l’intérieur. on ne s’étonne guère de la minceur de ses succès. mais. La Vanguardia. des ordres incertains. 14 avril 2002. 28-29. 7. p. On donne à la police des missions indécises. 148 . 61 (Le Bras séculier. Pour la petite et moyenne délinquance en revanche. 10. 1960). CERSA/INHES. le propos ministériel apparaît dans sa vérité : une sottise démagogique. Même source. Paris. p. p. des consignes contradictoires. et de le réprimer. La Machine policière. on accorde qu’il est utile de tenter d’en pénétrer les arcanes pour avoir une chance de le prévenir. « L’identité professionnelle d’un corps en mutation : les commissaires de police ». justice et police. – Montesquieu. 9. en l’espèce les grands chasseurs du Quai des Orfèvres et des offices centraux de PJ. » 7 septembre 2004. Maurice Aydalot. 2005. Allusion à un papier de commande paru dans le journal de Barcelone. magistrat (1913-1988). Dès lors. De s’y être laissé prendre un instant dissuadera sans doute les policiers de l’avouer explicitement . citation de M. Connaître l’adversaire est le prérequis de toute action pertinente. et ensuite on se lamente sur 6. gageons – pour éviter de les sous-estimer – qu’ils n’en pensent pas moins. Plus honnête. en exergue de Bertrand des Saussaies 10 : « L’analyse sans complaisance est plus honnête pour l’esprit et plus efficace pour l’institution que les affirmations d’autosatisfaction les plus éloquentes ou du moins les plus véhémentes. 17 juillet 2004.notes inédites sur les choses policières. il suffirait de cogner ? Si telle est la doctrine d’action qui prévaut dans la police. 8. Plus efficace. – De Casamayor 7. premier président de la Cour de cassation en 1972. 3. Aydalot 9. Seuil. encore une fois. p. il prend d’abord ce qu’on appelle l’esprit du corps. Lettres persanes. à la question ainsi posée. s’il est examiné avec un tout petit peu de recul professionnel. en les félicitant de s’épargner la tâche de connaître et de comprendre l’adversaire 6. Seuil. 124 : « On remarque en France que dès qu’un homme entre dans une compagnie. car il ne peut trouver aucune prise au dehors ». Paris. Plus ingrate aussi. on trouvera peu de policiers pour répondre affirmativement. 1972. – Contrôle de la police. « El adversario y el enemigo ». Quand il s’agit du grand crime. Bertrand DES SAUSSAIES (pseudonyme du préfet Didier Cultiaux).

B. méconnus. La « résistance délibérée au projet de connaître ». 21 septembre 2004. Là est la clé du contrôle que le corps tient à conserver sur la formation.notes de l’année 2004 le fait qu’elle soit incontrôlable… Il faut réviser l’ordre des choses : donner à la police des missions contrôlables. Les Visages de la police. le chercheur ne nous apprend rien » jusqu’au « mensonges éhontés et contre-information » . il se garde comme la peste d’en recueillir. non transmissibles. outil de pouvoir et de contrôle des anciens sur les nouveaux.).. qui réclame tous les attributs d’une profession (autonome) en refusant d’en constituer le socle : un corpus de savoirs (outils. cf. alors que la lutte contre l’incendie va de la surveillance 149 . initiale et permanente : il s’agit de s’assurer. valider les savoirs empiriques. etc. en ce qu’ils mettent en question les stéréotypes professionnels (par exemple sur la dangerosité et/ou la pénibilité du métier. en ce qu’ils sont l’objet d’appréciations conflictuelles de la part des agents : depuis le « on sait cela de toute éternité. garantie contre toute intrusion. et le problème est réglé (incorporer dans le dessin de la mission ses critères d’appréciation).-P. — le caractère inévitablement polémique des savoirs produits sur la police (aussi bien internes – cf. modes opératoires. au cœur du dispositif. – Déni de savoir (projet d’article pour J. Comme le corps refuse tout ce qui pourrait objectiver le travail policier. la logique policière de lutte contre les délinquances se limiterait à multiplier le nombre. et donc le caractère toujours parcellaire du savoir disponible (ce qui justifie qu’il soit dénié par les policiers. qui restent de ce fait implicites.-P. d’ailleurs). Doublement polémiques : 1. 19) a trois conséquences distinctes : — une résistance tenace à l’investigation profane. mais beaucoup plus profondément sur tout ce qui établit l’autonomie policière versus sa supposée dépendance…). que le savoir policier restera matière à transmission informelle. les mémoires – qu’externes. — l’occultation des vrais savoirs et compétences professionnelles. à la recherche externe. Le paradoxe est ici à son comble. point suivant) . 2. Brodeur). – Appliquée à la lutte contre les feux de forêt. tester. le poids et la vitesse des Canadairs. dont témoigne l’action policière (J. qu’il s’agisse de celle des préfets ou des procureurs aussi bien que celle de la presse et du public… 3 octobre 2004. savoir-faire. p.

Cette publicité ne fait que mettre en évidence le contraste entre les pays anglo-saxons. pourtant hypersensible. mais il faut qu’ils « connaissent leurs limites » (phobie de l’empiétement). ne fait apparemment l’objet d’aucune étude systématique et suivie dans les services. Jacques FAGET et alii. et celle avec les travailleurs sociaux en termes de représentations… C’est l’autre. inapte à formaliser les qualifications et 11. à la différence des élus. Un tableau intéressant des représentations croisées entre ces experts. quatre critères : ils ne connaissent pas la délinquance (i.e. manque de compétences. Hormis une étude de l’IGS (?). organisée en octobre. Origine. ce sujet. – Grande pub ce jour sur un article du Figaro : « Quand les forces de l’ordre ouvrent le feu » qui fait état de « statistiques discrètes » et autres « données confidentielles » sur l’usage des armes à feu par policiers et gendarmes. C’est un bon indicateur du niveau de « professionnalisme » de la police française… (On s’étonne moins ensuite des cris de paon que soulève dans ce métier la prétention des chercheurs à y aller voir : opaque à elle-même. était présent à la séance de restitution publique de cette recherche. 1999-2006 (éducation des promeneurs) à la veille météo (vent. ils ont la capacité de « dépolitiser » les problèmes . et de mise en lien (contacts) . ne maîtrisent pas la procédure pénale) . rapport INHES. Il est typique que la relation policiers/experts soit posée par les policiers en termes de compétences. où des données infiniment plus précises et détaillées sont disponibles pour tous. les travailleurs sociaux. D. 150 . et le « secret » qui entoure ce sujet. en passant par toutes les mesures de gestion de la forêt. – Compte rendu de la recherche Bailleau. hygrométrie…). Le cas est exemplaire en ce qu’il témoigne d’un rapport au savoir très particulier. — Des travailleurs sociaux vis-à-vis des experts : inféodés aux politiques . Francis BAILLEAU. qui définit l’arène… 7 octobre 2004. Faget et alii sur « les experts municipaux de la sécurité » 11. les policiers. 6 octobre 2004. M. place et rôle dans la production locale de sécurité ». policier ou travailleur social. mai 2004. — Des policiers vis-à-vis de ces « experts ».notes inédites sur les choses policières. incapable d’objectiver ses pratiques. « Les experts municipaux de la sécurité. comme bien d’autres en France. — Par rapport aux travailleurs sociaux : des chargés de mission sur les travailleurs sociaux : refus de traiter les situations d’urgence . repliés sur eux-mêmes (bunkérisés).

p. donna accès à ses archives : « Les organismes intermédiaires de recherche : l’IHESI ». – D’un manuscrit de F[rédéric] O[cqueteau] : « Rendre des comptes par les trois E (économie. 2004. 2004. article J. » Bref. tout va toujours très bien. contradictions. M. venu l’interroger au CERSA. inefficacité. et à qui D. Éphémère deuxième directeur de l’IHESI (1994-1995). efficience. 14.-M. Leclerc : « Aggravation des violences urbaines en 2003 » (d’après une « note confidentielle RG de février 2004 ») . Ainsi lors de la création du secrétariat général : qu’apprend-on au détour du rapport 2003 (La Documentation française.notes de l’année 2004 compétences requises par ses missions. 151 . absence de stratégie unique dans le débat interministériel. Florent Nouvel. Polices entre État et marché. Roulet 13. notamment. sous la direction de J. C’est toute la limite des triomphes statistiques de Sarkozy : dans les quartiers. la « profession » ne supporte pas l’idée qu’on aille y voir à sa place…) Dans le même ordre d’idée. faisant état de l’exaspération de(s) policiers devant les « critiques » dont ils étaient l’objet par l’IHESI et ses chercheurs… Pour la droite policière. gaspillage. Paris. et courte vue… mais tout allait pour le mieux… 21 octobre 2004. pointer dans F. l’Institut était bien le lieu où les policiers étaient mis en question… 7 octobre 2004. – Figaro du jour. suivent quelques chiffres alarmants. Ocqueteau. Nouvel 12 les extraits d’entretiens de J. Frédéric OCQUETEAU. « Insupportable et indispensable. Commaille. M. adéquation insuffisante entre les demandes prioritaires de chaque direction et les moyens humains et financiers disponibles. 13. quand il s’agit de justifier cette innovation ? « Les directions de soutien […] souffrent de plusieurs handicaps : structures redondantes d’une direction à l’autre.-M. efficacité) est devenu le vecteur et le maître mot de la marche du monde 14. » 12. Presses de Science Po. les plaintes enregistrées ont peut-être baissé. 2004. 60). sauf quand il faut justifier qu’on change tout. Référence citée dans un article de D. – Au ministère de l’Intérieur. […] cette analyse a conduit le ministre à décider la création d’un secrétariat général. Allusion à l’auteur d’un mémoire de sociologie politique. la recherche au ministère de l’Intérieur » [101]. dont celui de « 35 morts imputables aux violences urbaines en 2003 ». manque de vision prospective capable d’orienter l’adaptation du ministère aux évolutions de la société. écrit avec F. mais la situation a continué à se détériorer… 25 octobre 2004.

un dénommé Manuel Boucher s’exprime « à propos du livre de J. pour le “modèle civique” américain ». D. 152 . mais elle ne se poserait pas ! : « L’ensemble de ces forces étant motivé par un objectif commun : “mieux vivre ensemble. égaux et différents” (renvoi à A. le dixième juge d’instruction chargé du dossier prononce un nonlieu. – Article du Monde en date du 2 novembre 2004 : Mesrine a été tué le 2 novembre 1979. Anne WYVEKENS. Alternative ? « La logique de participation que nous préconisons ne peut donc être définie que par la coopération de forces institutionnelles et politiques (venues d’en haut) avec celles des organisations sociales (venues d’en bas) engagées dans un espace public dialogique conflictuel et néanmoins respectueux des particularités de chacun. et l’utopie imbécile. sa mère et sa fille portent plainte contre X. il est quand même plus courageux (ou plus cynique) que ses neuf prédécesseurs. comme le suggère la phrase précédente. C’est le 15. – Non seulement les anglophones ne lisent jamais le français et ignorent donc superbement toute publication en sciences sociales qui n’est pas traduite. « estimant que les policiers avaient agi en état de légitime défense ». où ses ouvrages font l’objet d’élogieuses recensions. la question non seulement serait réglée. Faire société. car. – On a trouvé la pierre philosophale ! Sur le site Claris. Touraine) au sein d’une communauté d’interconnaissance mais ouverte sur le monde »… 8 décembre 2004. À sa façon. Donzelot […]. il ne manque pas de noter que « ce modèle qui […] valorise la constitution de groupes de “vigilants” et la dénonciation de personnes présumées déviantes. Paris. Jacques DONZELOT. » On a ici les deux traits fondateurs du discours gauchiste négationniste sur la sécurité : la dénonciation (de la dénonciation) avec le rappel absurde à Vichy. soit un quart de siècle après les faits. 2003. Faire société 15 ». Le 14 octobre 2004. Seuil.notes inédites sur les choses policières. pour « assassinat ». 1999-2006 29 novembre 2004. qui se sont bien gardés de toucher à la patate chaude… 6 décembre 2004. ils les ignorent superbement. Catherine MÉVEL. Au regard de « l’enthousiasme de l’équipe de J. mais même lorsqu’un concours exceptionnel de circonstances leur met sous le nez des données francophones qu’il leur est impossible de prétendre méconnaître. anormales ou délinquantes […] laisse un goût amer : celui de la période non glorieuse de la “collaboration” sous le régime de Vichy ».

elle n’est jamais pertinente (par contre. et. racolage passif.. L’État signe ainsi son impuissance budgétaire. et même s’il est à la retraite depuis quinze ans et fricote dans la sécurité privée ou la politique). son impuissance à organiser. 21 décembre 2004. XVI. toujours réel. d’évoquer celui-là. comme si l’eau froide pouvait soigner la maladie. dix ans plus tard. c’est plus difficile. le 6 décembre 2004. 153 . qui mettrait sur la piste d’une discussion où il n’a pas eu le dernier mot… « Ignorance sélective »… 8 décembre 2004. mais on peut renverser l’argument qui devient : « Ce sont des vieilles histoires. 4. Déviance et Société. c’est plus du tout comme cela aujourd’hui… » Ergo. insultes racistes. 1992. à l’occasion de l’installation de son successeur à la tête de la PP : « Vous avez remis les policiers sur le terrain » (site Internet du ministère de l’Intérieur : Le ministre ? Interventions). Proust. pour dire bref.-P. s’est attiré dans le même numéro des répliques précises 16. depuis tout a changé. caravanes sur les terrains privés. 399-405. Quand on a affaire à un vieux crabe qui s’y intéresse depuis plus de vingt ans. – D’un article de Dominique Barella (président de l’Union syndicale des magistrats) : « Inceste. Vous en avez fait une institution dynamique et à la pointe de toutes les technologies… » Elle ne l’était donc pas ? 9 décembre 2004. récidive : chaque fois qu’un problème. n’y connaît rien. et se garde bien. dans un papier où il ne manque pas de référencer sept textes de sa part sur le même sujet. celle du commissaire qui n’a pas mis les pieds sur le terrain ni accompagné une patrouille depuis vingt-cinq ans reste valide quoi qu’il arrive. – Villepin à J. M. la loi tombe. 16.notes de l’année 2004 cas par exemple de Waddington. – Pour neutraliser le discours non policier sur la police. réunions agressives dans les halls d’immeuble. 1992). insultes sexistes. et il n’y a que Monjardet pour nous ressortir ces vieilleries. se pose à la société française. qui datent des années 1980. le plus simple est de plaider que l’auteur. Seule la fièvre baisse. p. « Quelques conditions d’un professionnalisme discipliné ». n’a qu’une vue très superficielle des choses. qui n’a fait que passer. que votre information soit récente ou de longue date. Où l’on apprend qu’ils l’avaient quitté… Dans la foulée : « Vous avez modernisé la PP. Allusion à la réplique de D. qui ayant participé à un débat sur la supposée « militarisation » de la police dans Déviance et Société (nº 4.

Beau. – Il en est de la haine du flic comme de l’homophobie : si vous n’êtes pas pour (la police. Chesnais 17 qu’« une mise en perspective historique dément le diagnostic d’une aggravation de l’insécurité ». Fressoz : SNCF. 2004. Allusion à Jean-Claude CHESNAIS. à nouveau. Paris. ils ont pu être virés après des accidents de train ou des grèves générales. M. – Qu’est-ce qui fait sauter un flic. docteur en histoire. Le Monde. 1981. et vingt ans après J.-C. recension dans Le Monde du 27 mars 2004. . 1999-2006 son impuissance tout court […] Annoncer toutes les semaines une loi miracle qui au mieux est inutile ou au pire n’est pas financée constitue une fuite en avant d’élus affolés par leur propre impuissance. un préfet. – Dans la page « Rebonds » de Libération du 24 décembre 2004. 21 décembre 2004. mais on en conclut quoi ? C’est exactement le même raisonnement que les flics qui relativisent les bavures policières en excipant de la pédophilie chez les instituteurs . Pépy (DG en 2004) extraite du livre : N. Dequay et M. L’argument est imparable. N. c’est que vous êtes contre. les épinards…). » Citation de G. » Cf. Robert Laffont. Histoire de la violence en Occident de 1800 à nos jours. nous offre une nouvelle version du « c’était bien pire avant ». Gilles Dal. l’homosexualité.notes inédites sur les choses policières. Sous le titre « La paranoïa d’une société obsédée par la violence ». du Cherche-Midi. Ce sont là les priorités non écrites de la SNCF. 27 décembre 2004. suite… : « Les budgets n’ont pas été tenus depuis vingt ou trente ans et les patrons de la SNCF n’ont pas sauté pour autant. ou de ma mère m’obligeant à manger des épinards au motif que les petits Chinois meurent de faim… Cela n’a jamais ni convaincu ni consolé personne… 17. 22 décembre 2004. En revanche. « Diafoirus au Parlement ». La machine infernale. p. 18 (livre également documenté sur la corruption à la SNCF). Éd. 18 décembre 2004. il nous assure.

7 Notes de l’année 2005

19 janvier 2005. – Comme le notent dans un « Rebond » de Libération du jour D. Taddei et G. Wasserman : toute démarche « descendante » est inévitablement condescendante… et le plus souvent con-descendante. 19 janvier 2005. – Sur efficacité et efficience, encadré d’un article de J. Mulkers (biblionet) : deux journalistes se promènent dans la rue et assistent à l’arrestation d’un voleur à l’étalage. Maîtrisé par un policier, il restitue les objets volés au commerçant, puis est embarqué vers le commissariat. Le lendemain les deux journalistes font paraître dans leurs journaux respectifs un article sur ce « fait-divers ». Le premier écrit un papier très louangeur sur ce policier très attentif et la rapidité de l’intervention. Le second écrit dans son papier qu’il y a un poignant contraste entre l’activité de la police sur le vol à l’étalage de biens de faible valeur et le travail d’enquête que (ne) fait (pas) la police sur les millions d’euros qui sont chaque année volés à la société par la fraude fiscale, qui aggrave l’inégalité sociale… 25 janvier 2005. – D’après Wadman (thèse, 1998, citée par Maguire-Uchida n. 4 p. 542 1), tous les grands corps de police municipaux ont trois points identiques : hierarchical rank structures ; divisions for patrol, investigation and administration ; a
1. R. C. WADMAN, « Organizing for the prevention of crime », Ph D. diss., Idaho State University, 1998. Cité par E. R. Maguire et C. D. Uchida, « Measurement and explanation in the comparative study of American police organizations », Criminal Justice, 4, 2000, p. 491-557.

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notes inédites sur les choses policières, 1999-2006

disproportionate share of their resources devoted to motorized patrol. Le premier est trivial, mais les deux autres sont notables, distinction gendarmerie/enquête, et dominance de la patrouille motorisée. 4 février 2005. – Dans Le Figaro du 27 janvier, Leclerc met les pieds dans le plat, en titrant que, si on en croit les mains courantes informatisées, les policiers travaillent 27 heures par semaine. Grand tapage dans la corporation, qui dénonce ces manipulations, le meilleur dans le genre est J. Masanet (secrétaire général de l’UNSA [Union nationale des syndicats autonomes]) qui « oppose à cette enquête les résultats en progression de la lutte contre la criminalité et les cinq policiers tués et quelque 10 000 blessés en service en 2004 » – AFP sur Internet. 24 février 2005. – De Libération du jour, un article qui pointe directement la complicité des magistrats dans des cas patents de bavures policières. Un gendarme avoue avoir menti au juge dans une affaire : leur tir (dix-sept balles) a tué un jeune, mais le juge impavide conclut que « ce mensonge avéré et reconnu n’a été d’aucune influence sur le déroulement des faits… », où le magistrat ajoute à son tour un gros mensonge, dans le but évident de ne pas se mettre les gendarmes à dos… 28 février 2005. – L’IACP [International Association of Police Chiefs] a réuni en 2003 une table ronde entre chercheurs et policiers qui a conduit à finaliser en août 2004 un ensemble de recommandations pour « improving partnerships between law enforcement leaders and university based researchers » (stocké dans biblionet). On notera pour mémoire que le SCHFPN est membre de l’IAPC et s’en vante…. Le contraste avec la vigoureuse résistance qu’opposent à la recherche les flics français s’explique, en résumant plus nettement mon papier « gibier de recherche » par : — l’étatisation, sous deux aspects : pas d’interlocuteur local qui puisse questionner la police, et par le fait que l’État français « régalien » à la puissance p n’accepte pas de se mettre en question ; — le système des entrées directes qui met des jeunes sans aucune expérience policière en position de commandement sur des professionnels compétents, ce qui les conduit 1. à se construire leur compétence sur un supposé leadership indépendant de la qualification opérationnelle, 2. à dénier les compétences 156

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proprement policières de leurs subordonnés, 3. à redouter que de niais chercheurs viennent mettre le doigt sur ce déficit de professionnalisme… À l’appui de cette interprétation, on notera que les commissaires que j’ai vu commander réellement sur le terrain avaient un passé spécifique, cf. M., ancien inspecteur (et fort soucieux de le cacher…). 4 mars 2005. – Réactivité politicienne : dans un article de La Presse (Montréal) du même jour, récit d’un événement survenu la veille : « Quatre membres de la GRC [Gendarmerie royale du Canada] ont été tués en Alberta, jeudi [3 mars 2005], au cours d’une enquête menée sur des activités de culture de marijuana. Il s’agit de la pire affaire impliquant la mort de policiers à être survenue au Canada depuis 120 ans. ([…] les quatre policiers se sont rendus dans une ferme dont le propriétaire cultivait de la marijuana, on a retrouvé leurs cadavres et celui du suspect […].) Cette affaire a provoqué des ondes de choc à travers le pays. La ministre fédérale de la Sécurité publique, Ann McLellan, a sans tarder donné une conférence de presse afin de faire savoir qu’elle allait envisager l’adoption de peines plus sévères pour les criminels faisant pousser de la marijuana… » 9 mars 2005. – De l’édito de Michel Sarrazin 2, L’Heure juste, vol. 11, nº 1, 28 janvier 2004 : « Dans l’esprit de la population, comme dans le mien, chaque policier, chaque employé du SPVM [Service de police de la Ville de Montréal] doit démontrer honnêteté, loyauté, intégrité et transparence. C’est le prix à payer pour préserver la crédibilité et la légitimité de notre organisation. » On imagine des propos semblables tenus en France devant les troupes… 10 mars 2005. – Sur l’incapacité d’un service policier de comprendre la distinction entre information et propagande, voir le communiqué du jour de la PP, qui établit que la délinquance à Paris a augmenté en février 2005 de 0,1 % par rapport à février 2004, puis dresse la liste de tous les postes qui ont baissé, et n’en mentionne aucun de ceux qui ont (nécessairement) augmenté… 14 mars 2005. – Une bonne image de Sarrazin (Intersection, 24, août 2003, p. 5) sur la réticence des policiers vis-à-vis de la police communautaire : « Comme un chasseur à qui on
2. Directeur du SPVM à cette époque.

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demanderait de devenir garde-chasse, sans l’avoir sensibilisé à la préservation de la faune. » 15 mars 2005. – D’un entretien avec GAP [un policier non identifié] à Montréal : « Les policiers utilisent leur autonomie pour ne pas prendre d’initiative » (« On ne t’a pas sonné, mêle toi de tes affaires, gare tes fesses… On n’est pas là pour changer la société… »). 21 mars 2005. – De D. Peyrat, En manque de civilité, Textuel, coll. « La Dispute », Paris, 2005 : — P. 115 : « Face à la délinquance, toutes sortes de guerriers… insistent sur la puissance. Les angéliques, eux, insistent sur le sens. […] Faire reculer l’insécurité, nécessite de lui opposer une puissance et du sens. Pour qu’il y ait une puissance, il faut qu’il y ait des agencements de sécurité, et parmi ceux-ci des dispositifs de répression : en face de la force, une contre-force qui empêche. » Noter cette idée de la police-force comme contre-force (qui empêche). — P. 166, les cinq critères de qualité d’un « bon » système pénal (efficace, respectueux, éducatif, accueillant aux victimes, lisible). 25 mars 2005. – Les Intouchables. Grandeur et décadence d’une caste : l’inspection des finances, de Ghislaine Ottenheimer, Albin Michel, 2004. — P. 41 (ENA… petit concours, etc.) : « Ce type de pratique entretient la mentalité de premier de classe. C’est totalement immature, […] le classement finit, chez certains, par tourner à l’obsession. Un jour, j’ai vu Renaud de La Genière, qui était alors gouverneur de la Banque de France, rappeler son rang de sortie ! C’était pathétique. » — P. 43 : « À l’arrivée, l’inspection forme un corps très soudé, voire clanique. Une fraternité d’hommes… qui, très jeunes, sur le terrain, ont été initiés à l’exercice du pouvoir et de l’autorité, sans subir la tutelle d’une hiérarchie. D’où cette incapacité à rendre compte, à partager. » — P. 69 : « L’inspection est un corps de conseil, pas de management. » — P. 70 : « À l’ENA, on n’emmagasine pas des connaissances, on apprend à ordonner des idées, à bâtir des théories sur papier. À modeler la réalité, pas à la maîtriser. On travaille uniquement sur l’intelligence théorique. » La défausse, à propos du pantouflage et de cas très douteux, l’auteur note : « À chaque fois que j’évoquais un dossier 158

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douteux, ils me répondaient : “Vous feriez mieux d’enquêter dans les collectivités locales.” » (p. 176). 25 mars 2005. – Villepin découvre le partenariat !…. Introduction du séminaire « 25 quartiers 3 » (site du ministère de l’Intérieur, 24 mars 2005) : « Engagement pour une méthode nouvelle : le partenariat entre tous les acteurs locaux : les représentants de l’État, les élus, les professionnels de terrain, les citoyens. » Conclusion du même : « L’expérience que nous tirons du plan pilote, dont le succès nous montre que la clé c’est le partenariat sur le terrain » ! 11 avril 2005. – Rapport Marc Le Fur (Assemblée nationale, loi de finances 2005) : « Des progrès de productivité sont possibles : selon les informations recueillies par votre rapporteur spécial, deux cents fonctionnaires actifs sont affectés en permanence aux foyers bars des CRS » (p. 21). Même source, p. 46 : en 2003, 1 265 gardiens de la paix ont pris leur retraite à l’échéance normale, et 3 074 ont pris une retraite anticipée, l’âge moyen de ces derniers était de 51 ans et 4 mois… pour une espérance de vie de 80 ans, ils auront été en retraite sensiblement aussi longtemps qu’en activité. 12 mai 2005. – À propos de l’article de J.-M. Leclerc dans le Figaro du jour : « La police sanctionnée par la justice pour son inefficacité » (des parfumeurs dont le magasin, situé à 150 mètres du commissariat de Vitry-le-François, et relié par alarme à ce commissariat, a été cambriolé treize fois en douze ans, sans que les policiers ne se déplacent…). Les policiers excipent pour justifier de ne pas faire (ceci ou cela) : du poids de l’urgence ; des charges indues ; du manque de moyens juridiques (pas d’incrimination). En conséquence, on a vu dans tous les services de police, et notamment français, depuis trente ans : de constants transferts de charges de la police vers… (objets trouvés, accidents de la route, papiers d’identité, transfert des détenus, gardes hospitalières, etc.) ; la « réingénierie des appels », qui a notablement diminué la charge des appels d’urgence ; une extension continue des pouvoirs de police et des incriminations (halls d’immeubles, graffitis, incivilités en tous genres…) sans que jamais les décharges en
3. En avril 2004 le gouvernement engage un plan national d’action pour la sécurité et la prévention de la délinquance en faveur de 25 quartiers « sensibles », dit « Plan 25 quartiers », que le ministre explique à l’INHES au cours d’un séminaire auquel assiste D. M.

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cite Paul Veyne (Le Quotidien et l’Intéressant. 26 mai 2005. Paris. p. » 27 mai 2005. 2005. ce qui engendrait une atmosphère de mensonge. elle n’est pas considérée par les policiers comme faisant partie de leur emploi légitime. inventer des coupables fictifs. – Bon inventaire des modalités de trucage statistique dans des services de police soumis à une obligation de résultats chez Gilles Favarel-Garrigues. 8 : « Pour le SPVM. empêchait de connaître la réalité criminelle. De surcroît. Sociétés contemporaines.notes inédites sur les choses policières.-G. montre aussi très bien comment le développement d’« une activité policière éminemment formelle augment[ait] du coup la marge d’autonomie des subordonnés » (p. 1999-2006 question se soient traduites par un investissement réel de la police sur le champ que ces charges leur empêchaient de labourer. comme appartenant au périmètre des responsabilités qu’ils autodéfinissent. – Yves Pourcher. Darbo-Peschanski. 14 juin 2005. entretiens avec C. nº 57. 108) 160 . p. encore très conséquente. je vous délivre de la tâche T’. 2004. Fougier). de pouvoirs) n’est jamais la raison de l’abstention policière. 78). La raison est ailleurs : la tâche en question n’est pas accomplie parce que (pour mille et une raisons). l’éthique est un instrument utile d’analyse et de prise de décisions sur lequel l’ensemble de son personnel peut appuyer son jugement afin de poser le bon geste. « La bureaucratie policière et la chute du régime soviétique ». 63-81. Une part notable du temps ainsi gagné a été tout simplement consacrée à la réduction du temps de travail des policiers (voir l’article du préfet G. 1995. pots divers…) et à l’accentuation des tâches que les policiers considèrent comme leur cœur de métier. l’autre part. F. tarot. au bon moment. est dévolue aux activités sociales traditionnelles dans le commissariat (café. p. ce n’en est que le prétexte. » Le manque de temps (de moyens. On ne peut citer aucun cas significatif où le mécanisme managérial supposé ait fonctionné : « Puisque vous n’avez pas le temps d’accomplir la tâche T. dans « Votez tous pour moi ! » Les campagnes électorales de Jacques Blanc en Languedoc-Roussillon (1986-2004). de la bonne manière et pour la bonne raison. déclarés en fuite = augmenter le chiffre de la case élucidation. Par exemple. G. Presses de Sciences Po. et pour que vous puissiez désormais la prendre en charge. avec pour conséquence : démoraliser les cadres. – Bonne définition de l’éthique dans le Rapport 2004 du SPVM. Les Belles Lettres.

il est évident que cela s’applique parfaitement aux policiers/nature de la police… Du même : l’élection est un 1 000 mètres. PJ. On se demande bien de quelles plus grandes turpitudes des polices municipalisées pourraient se targuer… 21 septembre 2005. sur la violence carcérale (p. contre un magistrat trop curieux. « La violence carcérale ». soient confiées à deux reprises à un ministre qui. puis pour monter. CRS.). 2005. PAF. rapport pour le GIP Justice. Célèbre historien militaire britannique contemporain. il ne gêne personne que toutes les polices de ces 500 villes. discontinuité complète entre les promesses au bistrot de SaintChely et la pratique à l’hôtel du département. 161 .) 11 juillet 2005. ce n’est pas les cinq ans de la durée du mandat : discontinuité absolue entre la très brève séquence électorale et le long mandat. son intervention sur France 2 le 7 juillet. Antoinette CHAUVENET et alii. il faut expliquer pourquoi. comme 4. mais un système d’action très largement grippé. Par contre. et ce n’est ni solidarité instinctive ni faiblesse congénitale. DST. qui n’a pas réussi en trois ans à élaborer son « grand projet de loi sur la prévention de la délinquance ». n’a que le mot de prévention à la bouche quand il s’agit de terrorisme… (Cf. etc. – Municipalisation ? La municipalisation de la police urbaine serait impensable puisqu’elle permettrait à un maire ripoux ou fasciste d’être infiniment plus nocif – dans une poignée de villes (sur 500). de la région. une provocation. au Palais-Bourbon… 11 juillet 2005. et de la même façon. très bon passage sur la difficulté de sanctionner les surveillants par les directions locales (désavouées ensuite par les échelons régionaux et centraux). » Ce que Pourcher applique aux hommes politiques/la politique. et de surcroît toutes les autres branches des polices françaises (RG.. + la continuité. De même qu’il paraît dans l’ordre normal des choses que toutes les polices de la ville capitale aient été confiées sans partage pendant dix ans à un Papon. les deux fois. 5. ferme les yeux ou cède. Sarkozy. va utiliser des services de police pour soustraire un criminel en fuite à la justice. à reprendre pour la police : il ne suffit pas de constater que la hiérarchie couvre. – On note que N. – Dans Antoinette C.notes de l’année 2005 reprenant John Keegan 4 : « Il est plus fructueux d’étudier les guerriers que la nature de la guerre. 259) 5.

– L’illusion policière : conviction largement répandue au sein de la profession policière selon laquelle l’action répressive. entre la relation hiérarchie/exécutants et exécutants/population. entre ceux qui privilégient une logique de territoire (pacifier le quartier) et ceux qui s’en tiennent à une logique d’acteur individuel : appréhender le délinquant ou accompagner le jeune Untel. Sarkozy les appelle à trois reprises à « faire preuve dans leurs relations avec l’usager d’un juste discernement sans lequel il ne peut y avoir adhésion durable ». et peut même conduire. et l’action répressive seule – comprise comme prérogative régalienne exclusive –. la police de proximité était essentiellement un retour aux sources. Antoine Véretout 6 apporte cette notation essentielle : le conflit passe maintenant au sein de chacun des corps. À noter que l’accent exclusif sur les statistiques d’activité policière met hors jeu les premiers. 59. 21 septembre 2005. mais bien à assurer la tranquillité publique dans les rues et sur les places… Ce que les cadres policiers d’aujourd’hui s’efforcent avec énergie. n’a pas joué ce rôle. Ceux qui devaient la mettre en place étaient trop incultes pour rappeler que les fondamentaux du métier policier ne consistent pas à « sauter le grand criminel » ou à raffiner l’expertise de la police scientifique. si on la dote des moyens suffisants.notes inédites sur les choses policières. 22 septembre 2005. (On définirait de la 6. Voir par exemple « Le travail social au prisme du regard des forces de l’ordre ». Et ce qui aurait pu les générer. On ne dira plus que l’autonomie dans le travail est une invention malveillante de sociologue. – Dans sa recherche sur « policiers et travailleurs sociaux ». soit la construction des contenus de formation. – Un des obstacles majeurs à la professionnalisation des policiers est dans l’absence radicale de lieu. Cahiers de la sécurité. p. 28 septembre 2005. et contribue donc à exacerber les déviances locales… 23 septembre 2005. à éradiquer celle-ci. temps de réflexivité collective sur l’action (versus les réunions de synthèse des travailleurs sociaux ou celles des intervenants en prison…). instance. j’espère… 29 septembre 2005. 162 . 2005. 207-233. – Retour aux sources : bien loin d’être une « révolution » (et surtout pas « culturelle »). est efficace à l’égard de la criminalité. 1999-2006 dans la police. N. – Dans son discours du 27 septembre 2005 aux policiers et gendarmes. de faire oublier à leurs subordonnés et au public. constance et quelque succès.

Wilderom et al. Renouard. une vie choisie. mars 2003. je ne sais pas. Si on le suit.) 10 octobre 2005.). un problème du collègue. 64 sq. il est fait allusion au chapitre de Keith Markus qui « explores a powerful idea : that the real role of culture is not to create change amidst stability but to create stability amidst change » (ASQ [Administration Science Quarterly]. la peine est immédiate. 2005) définit : « L’action criminelle se caractérise par le recours à la violence ou à la tromperie pour passer outre au consentement d’autrui et lui causer un préjudice injuste » (p. C. J. la compulsion policière à se centrer sur (contre) le crime serait lutte pour sanctionner violence ou tromperie . L. 36). illusion pédagogique. Hurtubise. etc. suite ». 122). A. – Outrage = incompétence (in Th. si cette action ne recourait à aucun de ces trois ressorts… Voir du même une description de la vie festive chez les délinquants. « Offre publique de sécurité et polarisation sociale de l’urbain. J. que ça parte en bagarre. Si vous avez une étude à faire.” » 19 octobre 2005. p. Dans un compte rendu de N. là. informeraient plus sur l’agent que sur le territoire où celui-ci exerce : “Il y en a. 8 novembre 2005.notes de l’année 2005 même façon une illusion sociologique : croyance en la nécessité et à l’efficacité du savoir sur le social pour agir sur celui-ci… et bien d’autres : illusion médicale. Paris. il faut que cela parte en ‘live’. Il y a un problème. le profit est immédiat. Sage. V. dans l’acte délinquant. au-delà d’une certaine fréquence. Juste… 28 octobre 2005. Oblet. – « Révol-cult. Le Cavalier Bleu. The Handbook of Organizational Culture and Climate. préjudice (injuste) – ce qui serait louable. Le Goaziou (La Violence. 110) : « Ainsi les outrages à agent. (éds). le profit différé et incertain (p. plus ses manifestations 163 . 2000. p. Montréal. p. c’est le collègue qui va pas. Ashkanasy. 5) fait référence au « syndrome ou paradoxe de Tocqueville » : plus un phénomène désagréable est réduit. mais le mec qui en a trois ou quatre par an. très similaire à celle des déviants dans la police (DST et PJ) . abus (de consentement) . l’exemple de l’agglomération bordelaise ». vous prenez les collègues un par un et vous regardez ceux qui ont des outrages. le coût incertain et différé .-M. 2004. – Le paradoxe de Tocqueville. dans le travail. Villechaise-Dupont. Cusson (in La Délinquance. Je ne sais pas si c’est de la haine ou quoi. LAPSAC-CESDIP. septembre 2005. Aubert. Kuhr. – Crime (selon Cusson) et police. Ça peut arriver.

– De Edward Conlon (Blue Blood. Or ce n’est – et très partiellement – vrai que dans des cas très précis. – Mouhanna. avait prédit que les inégalités s’atténuant de façon massive. 164 . ne font pas la différence entre patrouille policière (qui a des objectifs servis par des outils et mesurés par des comptes rendus) et la déambulation oisive. mention sociologie. 2005. réforme) qui ne produit d’effets significatifs qu’à long terme : dans le long terme. it’s that they can barely begin to explain. une hypothèse : le savoir professionnel policier est laissé en jachère en France parce que la police y fonctionne sur la fiction d’une autorité hiérarchique – qui permet de laisser croire que toute la compétence est concentrée dans la hiérarchie. On fait des contrôles d’identité sans avoir le droit. 18 avril 2004) : bien qu’ils soient investis du pouvoir de recourir à la force mortelle. Les sociétés selon lui allaient prétendre à une égalité maximale. Si on appliquait les textes. « Police et justice face au citoyen : le repli bureaucratique ». » 27 novembre 2005. 8. T. 196. thèse. » Parfait retournement : on viole le droit pour servir l’État… 6 décembre 2005. 24 novembre 2005. 2005. celles qui malgré tout demeureraient (comme les inégalités naturelles) apparaîtraient de plus en plus intolérables. université de Lille-I. thèse de doctorat de sociologie. et ceci explique aussi le « blue wall of silence » : « It’s not so much that cops don’t want to talk. 1999-2006 résiduelles sont perçues ou vécues comme insupportables. produit l’immobilisme de l’institution puisque nul n’est incité à déployer un effort (changement. 7. îlotier : « L’État a de la chance d’avoir des fonctionnaires motivés comme nous. voire absolue. Elle prescrit donc la première et obtient la seconde. – À partir de Christian Mouhanna. lorsqu’ils sont sommés de façon un peu énergique de « remettre du bleu dans la rue ». p. – À partir de la thèse de Damien Cassan 8.. – Sur la patrouille pédestre : la hiérarchie policière. les policiers sont tous ailleurs… 30 novembre 2005. les policiers sont traités (par leur administration) comme des écoliers. De retour d’Amérique. « Une comparaison internationale de l’apprentissage et de la socialisation des policiers en France et en Angleterre : le gardien de la paix et le police constable ». p. on ne ferait rien. thèse de doctorat de l’IEP. Paris.notes inédites sur les choses policières. 28 novembre 2005. revue in New York Times. Riverhead. ibid. 71 7 : la mobilité individuelle des policiers. et notamment des chefs de service. comme les exécutants. 2004.

9. 251-274. – Loi versus code interne (« cops’ code » de Elizabeth R. « Street cop’s and management cop’s : the two cultures of policing ». c’est le cas dans son rapport avec les « cités ». 417. J. Il ne peut y avoir supériorité du savoir du commissaire sur celui des gardiens de la paix puisque ces deux espaces de savoir sont entièrement disjoints. MUNCH (éd. MIT Press. 165 . Ianni et Francis A. Control in the Police Organization. absents. on est constamment dans la fiction.). Dans la mesure où elle est le seul « service public » à s’y manifester. 7 décembre 2005. elle incarne du même coup tous les autres et plus généralement le pouvoir. – La police est parfois investie de fonctions. mais aussi toute la rancœur envers tous les autres. les autres : Français de souche. – Dans la note « La sécurité du quotidien – les propositions du SCHFPN » (non datée. elle concentre contre elle non seulement le ressentiment déjà considérable suscité par ses conduites. p.. et non basée sur une supériorité de savoirs. 10. 14. l’État. détenteurs d’un emploi. in M. Comme les commissaires prospèrent sur l’hypothèse contraire. c’est à la base que les savoirfaire sont critiques. rôles et représentations dont elle se passerait bien mais dont elle ne peut pas se défaire. une distinction utile « entre la mission de sécurité que doit assurer l’État et les services qui concourent à cette mission » (souligné dans le texte). Par là. urbains. qu’elle « représente ». p. résumé par Cassan : « Le quotidien du poste de police procède de compréhensions partagées du code plutôt que de règles spécifiques » (ou droit exogène). fonctionnaires. 6 décembre 2005. le politique.notes de l’année 2005 comme celui des CRS. quand tous les autres ont déserté. Ianni 9). mais probablement fin 2004-début 2005) est faite. Mass. Le Schtroumpf 10 ajoute que « la police et la gendarmerie ne constituent qu’une partie des services et des administrations qui lui apportent leur concours ». mais la hiérarchie est incapable de le reconnaître et donc de les identifier et enseigner. p. Voir note du 3 janvier 2001. etc. volens nolens… 8 décembre 2005. Le recrutement unique dans les polices anglo-saxonnes interdit que s’y développe un mécanisme comparable. où l’inversion hiérarchique bat son plein. Cambridge. 1983. puisque ce serait reconnaître que son autorité est purement formelle. En PJ ou en service général.

mais il y a une variable intermédiaire qui va accentuer ou contenir l’effet de l’insécurité objective : c’est la présence/absence d’une « autorité ».) : l’adjoint à la sécurité est le 12e et chargé de la « solidarité-santé ». l’insécurité n’est jamais traitée en tant que telle. la majorité se déchire. incertitudes. urbanisme. mouvement des flics. Dans les deux cas. et la dissidence Petitdemange 13 met en avant l’insécurité. emploi. – Dans L’Express du 10 novembre 2005. On peut rapprocher cela du niveau national : polémique Chevènement-Guigou. Quand cette figure manque. Le contraste Rennes et Strasbourg n’est pas dans le quantum de délinquance ou dans la médiatisation des incendies de voitures à S. versus omniprésence et monopole de Sarkozy. elle est toujours abordée par un autre biais. Conclusion : il y a certes une relation entre quantum de délinquance et sentiment d’insécurité. etc. de plus. qui ralliera plus tard le MoDem. ou figure d’autorité cohérente qui prend en charge la question. indécisions. dans un cadre (école. — À Strasbourg. La différence est dans la politique des élus : — À Rennes. « Politiques locales de sécurité. dissident du PS. intervention d’Audrey Freyermuth (Strasbourg) : « La construction partisane de l’insécurité ». et entretient de bonnes relations avec le préfet – tant qu’il s’agit de Claude Guéant 12 . Préfet d’Ille-et-Vilaine de 2000 à 2002. logement. tempête un officier… « Et l’encadrement fait cruellement défaut : les gradés sont mutés en province ». se déploient à la fois le sentiment d’insécurité et le ralliement à celui qui prône la 11. article « Le nº 1 de la violence » : « Les 4 300 fonctionnaires du 93 sont principalement constitués de novices.notes inédites sur les choses policières. on a une opposition entre cohérence et présence de fortes figures tutélaires : la question est « en charge ». à Noël. 1999-2006 8 décembre 2005. Allusion à Jean-Claude Petitdemange. ou comment celle-ci devient enjeu électoral. « les deux tiers des effectifs de police du commissariat de Saint-Denis ont moins de cinq ans d’ancienneté ». la municipalité parle d’une seule voix. C’est toujours le même constat : la différence n’est pas dans le quantum de délinquance mais dans l’existence ou non d’une figure tutélaire qui assure que la question est sérieusement appréhendée. tenu au Centre de sociologie des organisations (CSO). 15 décembre 2005. émiettement. tout juste sortis de l’école de police » . silence de Jospin. – Du séminaire Mouhanna 11. 2005-2006 ». et polémiques. 13. etc. 12. 166 .

Intervention du jour à la « Cérémonie en hommage aux policiers. C’est la dissonance. Hôtel de Beauvau : « On a beaucoup parlé de cette crise. et les insultes du ministre ? N’ont pas existé peut-être ?… . et le principal repère de son action est également sa cohérence au regard d’une prise en charge tutélaire beaucoup plus ample de la tranquillité publique (d’où l’idée de la police de proximité comme outil des CLS). On passe de la délinquance au sentiment d’insécurité quand on a le sentiment que devant celle-ci on est abandonné par ceux qui devraient vous protéger. Où N. et vous l’avez bien fait. » Sauf qu’en la présentant ainsi. La crédibilité de la réponse ne loge pas dans le caractère plus ou moins répressif du message. Dès lors. Rancière in Libération du jour. gendarmes et pompiers ». il tombe dans le panneau qu’il dénonce : donner un sens à la « crise ». l’interprétation (autorisée) du ministre : « Cette crise […] est la réaction [de ceux qui alimentent les systèmes mafieux] devant la déstabilisation de ceux-ci par le travail policier. le rôle de la police est très secondaire.notes de l’année 2005 manière forte. telle que je l’entends. Quand au contraire ils réussissent à témoigner de leur vigilance. est la capacité du pouvoir de répondre de façon crédible à la demande qui lui est adressée. Sarkozy sociologue. mais nous les connaissons – ce sont toujours les mêmes –. la peur ne se déploie pas. Dans ce cadre. J. La variable intermédiaire. de constitution d’une scène d’interlocution reconnaissant l’ennemi comme faisant partie de la même communauté que vous ». des justifications [une page plus loin… :] Je vous ai donné la possibilité de faire votre travail. S. mais dans sa cohérence et sa continuité. La preuve en est puisque la déstabilisation des systèmes mafieux a provoqué une réaction de la part de ceux qui les alimentent et qui imposent leurs règles dans les quartiers » (site ministère). Certains. [À propos des émeutes de novembre 2005] « […] Ce mouvement de révolte n’a pas trouvé une forme politique. et en l’occurrence le nœud – politique – de la question. ont commencé à chercher des excuses. l’hésitation ou le silence qui permettent à la peur de se déployer. il s’expose à la même critique que celle qu’il prodigue à « toujours les mêmes » : où sont ses preuves ? Qu’est-ce qui fonde cette interprétation ? Que deviennent làdedans les deux adolescents électrocutés. oppose aux « excuses » et autres « justifications » de « certains ».

le 4 janvier 2006 à Vélizy » : « Être exemplaire. Il s’agit de l’incident du « train Nice-Lyon » du 1er janvier 2. doctorat sociologie. – Perle préfectorale. d’autant moins qu’il se sent confronté à un milieu étranger. ou les ambivalences d’une profession ». voire menaçant » – voir par la suite l’argumentaire opposé (corruption par la proximité…). Bordeaux-II. qui a fait subitement. Le Figaro 1. les grands titres des médias. 168 . Je serai intransigeant avec tous ceux qui s’affranchissent de ces règles. Proposition d’article dans la foulée de sa thèse : « Les policiers municipaux. – Proximité et polices municipales. – Discernement : de l’intervention de N.8 Notes de l’année 2006 4 janvier 2006. Allusion à l’attaque du train Corail Nice-Lyon dans la nuit du 31 décembre 2005 au 1er janvier 2006. le 4. 2. de Virginie Malochet (manuscrit article CSI. c’est respecter la déontologie policière […] je serai toujours votre premier défenseur à chaque fois que vous êtes injustement mis en cause. 2006 1) : « [L’agent] va vers les autres d’autant plus volontiers qu’il évolue dans un milieu familier. Mais être exemplaire. c’est aussi agir avec discernement. conduit l’autorité préfectorale à passer les bornes de l’insanité. Où l’absence radicale de pensée et de culture de la prévention. 4 janvier 2006. Sarkozy « lors de la cérémonie du 61e anniversaire de la création des CRS. c’est-à-dire proportionner ses méthodes et ses moyens à la situation »… (Au passage : « accroissement du nombre des gradés d’ici à 2012 pour aboutir à un taux d’encadrement de 46 % » ! ! !) 5 janvier 2006. et même de la dissuasion.

notes de l’année 2006 du 5 janvier. Une source policière donne trois causes à cette hausse constatée : la société est de plus en plus violente .. Le mot de la fin (dans tous les sens du terme) est donné par ce policier de la BAC. dans sa naïve spontanéité. SNCF) . 9 janvier 2006. le développement des moyens de protection des biens fait que le vol passe davantage par la violence . etc. on n’a pas fait grand-chose. alors même que les faits exacts sont (encore) fort mal connus. Levasseur. malheureusement. – Statistiques de la délinquance. à la population et aux jeunes… 12 janvier 2006. et rediffusé le samedi 7 janvier à 15 heures sur TV5 Monde. à la fin de la nuit du 31 décembre (qu’on annonçait chaude) et qui dit : « Cette nuit. directrice du cabinet du préfet des Alpes-Maritimes. annonce de réformes de structures policières (création d’une « nouvelle » – sic – police des chemins de fer) au prétexte d’un incident… (= la police pâte à modeler)… . article de Christophe Cornevin et Cyrille Louis. et dans le cadre familial la tendance à déposer plainte augmente. Suivi pendant quelques jours et nuits de la police de Noisiel. emballement médiatique et politique . défausse généralisée des responsables locaux (préfet. dans la mesure où ils ne sont pas autorisés à interpeller en dehors du département. « Violence du train Nice-Lyon : la grande défausse » : « […] explique Françoise Souliman. diffusé le jeudi 5 janvier 2006 à 20 h 50. politisation immédiate (Lang et Chirac tirant sur Sarkozy) . » C’est. dès que les chiffres 169 . sans succès. On n’a fait que circuler en cherchant le flagrant délit. ils n’auraient pu que regarder passivement les voyageurs se faire détrousser ! ! ! Voir la revue de presse sur cet événement : il condense tous les traits du traitement populiste de la sécurité : tentative de dissimulation (trois jours pour que la presse s’en saisisse) . après les émeutes. montée au créneau de la justice (proc et juges du siège). » En conséquence. région. En outre. bottée en touche et instrumentalisation du ministre (ordonnance de 1945 sur les mineurs. Le Figaro du jour. » Comme quoi. une illustration parfaite de tout ce dont le documentaire témoigne : l’incompétence absolue des policiers de base dans le rapport au terrain. » Il s’agit d’un reportage. séquence du magazine « Envoyé spécial » de France 2. – « Au cœur des flics. alors même que les interpellés sont majeurs)… . article sur la délinquance : « Hausse des violences. signé Ph. il n’aurait servi à rien de mettre nos policiers à bord de ce train en partance pour le Var.

1999-2006 augmentent. 16 janvier 2006. 60). mais à les dissuader en prévenant la délinquance (et par là éviter qu’il y ait des victimes). il ne s’agit pas de la comprendre. Il est bon de voir la droite s’essayer à la sociologie. préfet de la région Champagne-Ardenne c/cour d’appel de Reims. p. consiste à assurer la sécurité des personnes et des biens et la préservation de l’ordre public » (AJDA [Actualité juridique droit administratif]. le rôle de la police ne consiste pas à appréhender les délinquants. – Contrairement à ce que pense la très grande majorité des policiers. Lorsqu’elle doit se mettre en chasse pour arrêter les criminels. même si on avait cru comprendre que « la délinquance.notes inédites sur les choses policières. 18 janvier 2006. transfert (ou effet pervers) suscité par les mesures de défense . mais de la combattre ». Le tribunal des Conflits ne dit rien d’autre : 12 décembre 2005. les « responsables » de droite retrouvent spontanément les mêmes réflexes que la gauche en 2001 : plaider que le phénomène est complexe et que le même chiffre mélange des processus sociaux très différents : évolution sociale globale . au titre de leur activité de police administrative. . c’est qu’elle a failli à sa mission première. nº 3494 : « La mission des services de police. changement dans le comportement de report.

la politique et la police Textes rassemblés par Antoinette Chauvenet et Frédéric Ocqueteau .II Le sociologue.

il avait pu concilier un besoin d’agir. d’éclairer sa position professionnelle. directrice de recherche. Il travaillait à ce moment-là au laboratoire de sociologie industrielle que dirigeait Alain Touraine. Je voudrais préciser des éléments qui permettent. une position qui est inséparable de son œuvre. qu’il soit ou non sociologue. 173 . un besoin 1. D’abord parce qu’ayant suivi de près le parcours professionnel de Dominique pendant trente-neuf ans et ne serait-ce que parce qu’il nous est arrivé à plusieurs reprises de travailler ensemble. comme plusieurs de ses camarades d’alors. Sociologue. Peut-être estimerez-vous que je ne réussis pas à faire abstraction de ma subjectivité. et il est pour moi important de rendre hommage à son engagement professionnel à partir de la place que j’ai occupée à ses côtés. En outre. s’il s’agit aujourd’hui d’une journée consacrée à son apport à la sociologie. mais je ne suis pas alors dans une situation très différente de celle de tout un chacun. la nostalgie d’une époque où. Il avait quitté quelque temps auparavant la Mutuelle nationale des étudiants de France (Mnef) dont il avait été le vice-président et il allait être quelques mois plus tard recruté comme sociologue au CNRS. Il avait. selon moi.1 D’un engagement l’autre… par Antoinette Chauvenet 1 J’ai hésité un temps à intervenir et m’y suis finalement décidée pour deux raisons. disposant à la Mnef d’une grande liberté d’action. il m’a semblé important d’évoquer un aspect particulier de son parcours. EHESS. Dominique avait 24 ans lorsque je l’ai rencontré. c’est aussi une occasion de lui rendre hommage.

février 1967. des analyses et une nébuleuse d’idées pratiques destinées à l’action locale. en même temps qu’un idéal d’engagement à la fois politique et professionnel. ce n’est pas la conquête du pouvoir mais le long processus qui la précède et qui la prépare en transformant progressivement les structures de la société capitaliste dans le sens du socialisme. Lélio BASSO. » En outre. 1456-1499. il a toujours cherché à réunir ces conditions et à satisfaire ces différentes exigences. Depuis. pour cette mouvance. elle n’est pas un moyen suffisant pour accéder au socialisme. Les Temps modernes. dans la mesure où elle n’en donne pas le pouvoir. Celle-ci puisait dans ce qui se faisait dans les diverses gauches européennes et d’ailleurs. Le développement de la démocratie sur tous les plans et en tout lieu est une condition pour combattre les nouveaux modes de pénétration et de domination du capitalisme. alors que dominaient dans le milieu étudiant des idéologies souvent dogmatiques. Une des qualités qui m’avaient le plus frappée chez lui. parmi d’autres revues. d’une mouvance qui s’intitulait la gauche syndicale. 2.le sociologue. La gauche syndicale se distinguait de ces groupes ou partis sur plusieurs points. 174 . « Les perspectives de la gauche européenne ». Lélio Basso 2 écrit dans Les Temps modernes en 1967 : « La révolution socialiste. Elle refusait de se reconnaître comme une organisation et par conséquent comme l’embryon d’un parti. C’est cette liberté de pensée qui a assuré depuis la cohérence de son engagement politique et professionnel. Si la victoire électorale donne le droit de gouverner. Au niveau politique. c’était le fait qu’il pensait par lui-même. Elle ne considérait pas non plus que le socialisme est quelque chose d’extérieur au capitalisme qui surgit du dehors pour le détruire. Il savait à quelles déterminations il voulait résister et dans lesquelles il voulait s’engager. sans pour autant se réclamer d’une appartenance. diffusait en France ces différents courants. L’accès au socialisme ne peut être que le produit d’un processus interne. l’expansion de la démocratie et la bataille pour le socialisme vont de pair et sont indissociables. y compris par la bataille électorale. attachées à des organisations exclusives. la politique et la police de responsabilité. et en particulier à la gauche du PC italien. p. Les Temps modernes. Elle se manifestait aux niveaux politique et intellectuel. ni qu’il consiste en la conquête du pouvoir. il était proche.

une place de sociologue. André Gorz 3. 1345-1388. comme Alain Touraine. écrit. action et responsabilité. ne serait-ce que parce que la question policière se situe d’emblée sur le terrain du politique et de l’État. dans tous les domaines de la vie sociale que chacun doit atteler sa réflexion. et ce. il implique la reconnaissance de ce que d’aucuns nommeront la liberté politique. À ce propos. « L’engagement et le choix politique sont l’aboutissement d’une prise de conscience qui part de l’expérience fragmentaire et directe d’un changement nécessaire parce que possible ». actuelle ou non. elle s’est manifestée. puisque son premier livre sur la police était signé d’un pseudonyme. l’historicité des rapports sociaux. l’activité de militant ne se dissocie pas de l’activité professionnelle. depuis et à la place où il était et sans jamais la quitter. traductible ou non en actions pratiques. aux côtés de ceux qui s’emploient à transformer les choses. Quant à son autonomie de pensée au niveau intellectuel. seul et isolé. parmi d’autres. qu’il a pu pleinement conjuguer engagement politique et engagement professionnel. En bref. dont il disait qu’il lui avait appris ce qu’étaient la sociologie et les rapports sociaux. l’engagement pour la démocratisation de la société et pour le socialisme se situe. une sociologie critique qui se situe précisément à l’articulation de la production de connaissance et de 3. quasiment en cachette au début. dans ces domaines et à tous les niveaux. février 1967. 175 . Je pense que c’est lorsqu’il a choisi de se lancer dans la recherche sur la police. Dans cette tâche. dans le type de sociologie critique qu’il a toujours activement et constamment cherché à définir et pratiquer. les intellectuels ont un rôle important à jouer. Par ailleurs l’engagement de chacun se déploie dans les champs du possible. C’est à la révélation de cette possibilité. Les Temps modernes. André GORZ. « Réforme et révolution ». Cet ensemble de considérations laisse toute sa liberté de pensée au chercheur . d’autres. au niveau de la pratique professionnelle hic et nunc de chacun. p. je dois dire que Dominique a toujours considéré qu’il avait une dette importante à l’égard d’Alain Touraine. dans la lutte au quotidien. selon moi. par ailleurs.d’un engagement l’autre… Dans ces conditions. où qu’il se situe.

en termes socratiques ou kantiens : en premier lieu la nécessité de penser par soi-même . Qu’on en juge quand. Claude Lefort écrit en 1977 : « L’objet de connaissance se voit attribuer aujourd’hui la vertu de se suffire à soi-même. Claude LEFORT. p. et. les contraintes que sont les connaissances sociologiques. c’està-dire le fait d’être en accord avec soi-même. Ces différentes maximes. et le jugement. Dans un article intitulé « Maintenant ». en sociologie. issue de la pratique de la sociologie en tant que discipline. troisièmement. 1. ou bien les renversant. échapper ni au jugement ni à l’opinion. c’est : — d’un côté. La pensée critique dans cette optique ne signifie donc pas les facilités d’une sociologie de la dénonciation. Ce qu’il s’agit de conjuguer. c’est-à-dire penser du point de vue de la communauté. la politique et la police l’engagement politique œuvrant à une transformation de la police dans une perspective démocratique. la pensée conséquente. certains collègues sociologues 4. ce sont les maximes du sens commun nécessaires au jugement et à l’opinion. de penser en se mettant à la place de tout autre. deuxièmement. ou le principe de non-contradiction. 176 . Libre. Sont abolies les complicités louches qui se nouaient à la recherche du sens 4. il s’agissait toujours au contraire de nouer la connaissance au sens. c’est plus précisément conjuguer la connaissance. 1977. et de diffuser l’intelligibilité de son objet. des doctrines et des prêts-à-penser de tous ordres… La distinction de ces niveaux est d’autant plus importante que nous ne pouvons. au niveau logique et au niveau éthique. c’est-à-dire la part de vérité qu’elles contiennent. » Pour Dominique Monjardet. la police. du bien public . dans cet horizon démocratique. mais. Ces maximes sont. au sens kantien. le sens politique. — de l’autre. un effort pour s’affranchir des préjugés et des autorités.le sociologue. « Maintenant ». Nouer la connaissance au sens. étant nous-mêmes situés dans le monde. 3-28. Ce principe de non-contradiction est entendu à la fois au niveau de la pensée et au niveau de l’action. faisant l’amalgame de ces niveaux et d’autres encore. Dominique semblait les mettre en pratique naturellement. Et il s’agit bien de vérités contraignantes puisque la même méthode de recherche appliquée au même objet aboutit aux mêmes résultats – ceci constituant la condition de la cumulativité des connaissances sociologiques . traditionnellement.

s’inscrivait chez Dominique dans un rapport très pensé à la théorie. elle ne prétend pas détenir la vérité mais précise constamment ce qu’elle peut connaître et ce qu’elle ne peut pas connaître. et. et enracinées dans l’expérience personnelle. Et ce. 177 . sur la philosophie politique de Kant. « la plus politique des aptitudes mentales de l’homme ». Paris. portant au jour les implications des opinions non soumises à l’examen. Il revendiquait parfois ce qu’il nommait un positionnement théorique à moyenne portée. Au contraire. non seulement parce qu’il se méfiait des extrapolations. Ainsi Dominique se saisit-il souvent d’événements des plus particuliers dans la police. Cette aptitude à se saisir de ce qui est à portée de main. de façon logique avec tout ce qui précède. rend compte des arguments et des faits à partir desquels elle a forgé telle opinion. lequel se résout habituellement dans l’entier relativisme ou indifférentisme. qu’il n’y a de théorie valide qu’étayée sur des enquêtes empiriques aux résultats fiables. et donc accessible à tous. mais aussi parce qu’il ne voyait pas l’intérêt des spéculations qui ne dérangent personne.d’un engagement l’autre… considèrent que la sociologie de la police notamment est un objet sale qu’il vaut mieux ne pas étudier de trop près et qu’on est nécessairement de droite quand on travaille sur celui-ci. se référant ici à Alvin Gouldner. La critique. C’est pourquoi il a été un homme de terrain. Seuil. Hannah ARENDT. 1991. et c’est aussi pourquoi 5. « Libre examen ». il considérait. ouvrir une perspective d’action possible. d’autre part. des terrains de nature diverse et à de multiples niveaux. Arendt 5. Cette posture critique qui lie la connaissance au sens est un moyen de quitter l’alternative du dogmatisme sociologique et du dogmatisme politique d’un côté. du scepticisme de l’autre. rend raison de ce qu’elle avance. qui concernent plus des cénacles que la communauté et n’ont aucune influence sur la conviction du public. C’est aussi une position modeste dans la mesure où. c’est également la faculté qui combine le particulier et le général sans les subsumer sous des règles générales qu’on peut enseigner ou apprendre. comme l’écrit H. elle libère le jugement. d’une part. de détails des plus concrets ou triviaux pour en démonter les implications ou les contradictions afin de créer un espace de débat. Elle libère le jugement politique qui débouche sur l’action. sinon dans le nihilisme. Juger. Enfin.

à l’IEP avec Pierre Favre. son parcours professionnel témoigne. « mouillé sa chemise » plus d’une fois. puis avec Frédéric Ocqueteau. Cette position qui articule le sens politique à la production de connaissance avait pour implication un engagement dans le développement de la réflexion et de l’action dans une perspective démocratique. À ce niveau également. Il a créé aussi. Ceci à partir de sa position de sociologue et en maintenant toujours cette articulation. l’Association pour la sécurité dans la démocratie qui a pour objectif de réfléchir et d’œuvrer à ce que pourrait être. Il est intervenu régulièrement dans les différentes écoles de police ainsi que dans les formations dispensées par l’IHESI. une association. partant de la connaissance. et dans d’autres circonstances également. Il a aussi été présent auprès de journalistes . selon moi. comme au ministère de l’Intérieur. Il n’a pas hésité à battre le fer avec les différents syndicats de la police. remettre en cause et étendre la connaissance de son objet. partout où elles étaient possibles. récemment. dans un pays démocratique. Il a été présent dans de multiples instances associatives et politiques. municipales. elle n’en transgresse pas les limites. des politiques et des professionnels. Il a alors. suivi d’autres séminaires. parlementaires et gouvernementales de gauche lorsqu’elles voulaient bien s’intéresser à la police. avec d’autres. doit être une police et. par exemple par les commissions d’enquête. à l’EHESS avec moi-même. il en a formé ou initié un bon nombre aux choses policières. qu’il était à l’affût de toutes les connaissances et faits produits. au-delà. C’est ainsi qu’il a participé à la création de l’IHESI pour y développer et encourager les recherches sur la police et tenter de sensibiliser le monde policier à l’intérêt que peut revêtir pour lui la recherche. la sécurité. et je reprends ici ses propres termes. sans en abandonner l’un ou l’autre versant en cours de route. la politique et la police il connaissait à fond les recherches sociologiques existantes.le sociologue. Il a accepté d’ouvrir un espace de distanciation et de réflexion en tant que conseiller à la Direction centrale de la sécurité publique au ministère de l’Intérieur. cette position est modeste dans la mesure où. Il a créé avec René Lévy le premier séminaire européen qui a vu le jour sur les choses policières. peut être. C’est d’une fidélité à un idéal exigeant de jeune homme que. . de tout ce qui pouvait confirmer.

les cadres. En somme. — Le sujet de ces travaux.2 Dominique Monjardet. Le but de ce témoignage est d’en rappeler les traits les plus saillants. laboratoire Printemps et université de Versailles-SaintQuentin-en-Yvelines. Professeur émérite. Cette période va du premier ouvrage qu’il signe avec Georges Benguigui. Une œuvre ouverte mais avec une épine dorsale propre. et seul son ami. Être un cadre en France ?. partenaire et complice pourrait dire comment interpréter le respect de l’ordre alphabétique ou son inversion. les cadres et les ingénieurs. d’une façon ou d’une autre. à une série d’articles sur les couches et les classes moyennes qu’ils publient ensemble entre 1982 et 1984. 1. ce qui lui donne sa cohérence. par les énoncés courants de l’époque. au moins dans le vocabulaire. il faut articuler monologisme et dialogisme. 179 . les professions et l’utopie gestionnaire par Pierre Tripier 1 Pendant quinze ans les travaux de Dominique Monjardet portèrent sur les cadres et les couches moyennes et intermédiaires. cette période d’une quinzaine d’années présente trois caractéristiques : — La plupart des travaux sont signés Benguigui et Monjardet ou Monjardet et Benguigui. pour comprendre ces travaux. En effet. non sans que ces travaux soient influencés. publié chez Dunod en 1969. mais – est-ce une illusion rétrospective ? – avec beaucoup de cohérence. ce sont. — Ils sont abordés sous de multiples angles.

Un climat de crise corrélé avec l’apparition. par le moyen de ce contrat social fondé sur des règles uniques. du chômage de ces « employés de confiance ». avec Georges Benguigui bien sûr.le sociologue. Il fallait enfreindre un autre tabou pour mener à bien cette étude […]. autodidactes. 180 . à une recherche empirique sur le travail des cadres. Pendant sept ans (1970-1977). innovante à la fois dans son ambition. et qui. À l’époque. la « fin de l’âge d’or des cadres » est annoncée. distinct de celui des autodidactes (alors la moitié des cadres dans la mécanique-métallurgie). certains grands groupes prospères avaient toujours deux directeurs « sortis du rang ». ses méthodes et ses résultats. mais aussi avec Annie Jacob et le regretté Antoine Griset. notons que Être un cadre en France ? est le premier ouvrage qui met en évidence le destin des élites sorties des grandes écoles. Déjà à l’époque. apparemment naïve : Que font les cadres ? Les dissertations foisonnent sur ce qu’ils sont. sous le même mot. Il répond à quelques questions qui permettent de cerner ce groupe professionnel : combien sont-ils ? S’agit-il. d’une population homogène ? Comment entre-t-on dans la carrière de cadre ? Ont-ils le même parcours professionnel ? Que signifie ce statut qui les distingue du reste de la population salariée ? Sans entrer dans le détail de ces questions dont les réponses ont beaucoup évolué. on rencontre peu de travaux de Dominique Monjardet. C’est que ce temps est consacré. […] Le simple fait d’envisager que le travail des cadres soit le produit d’une véritable division du travail et non d’une simple diversité est déjà sacrilège […]. comme s’il était entendu que ce qu’ils mettent dans leur emploi du temps allait de soi. présentait la mobilité sociale de tous comme une possibilité ouverte. sur ce qu’ils pensent. L’ouvrage s’opposait ainsi à la mythologie de la IVe République et du début de la Ve qui laissait croire une certaine unité de destin pour tous ceux qui atteignaient le statut envié de cadre. pour la première fois de l’après-guerre. elle a dû très vite faire fi des définitions statutaires officielles pour s’étendre à l’ensemble du personnel d’encadrement. Comme le dira plus tard Jean Dubois : « L’originalité de cette recherche est d’avoir choisi de poser la question. autrement dit. la politique et la police Sociologie des cadres Être un cadre en France ? est ce que l’on appelait jadis un travail de morphologie sociale.

les renards. « Note de lecture sur la recherche sur les fonctions de l’encadrement ». est un taxon du rang de l’espèce. dans le cadre de ce texte. Chaque groupe est composé de tous ceux dont plus du quart du temps est employé à une fonction majeure de conception ou d’encadrement. etc. le loup. Il serait trop long. les loups. les professions et l’utopie gestionnaire Cela revenait à faire une autre hypothèse sacrilège : que les barrières qui séparent les cadres des non-cadres n’aient pas un fondement dans la réalité du travail 2. selon le mode d’organisation des secteurs de l’entreprise. La Documentation française. Paul BOUFFARTIGUE et Charles GADÉA. La Sociologie des cadres. pour les uns. journalier. hebdomadaire et mensuel. Par exemple Canis lupus. Taxa est le pluriel de taxon. Cette classification […] est employée aujourd’hui par tous les taxinomistes » (Ernst MAYR. 2000. « Repères ». La Découverte. Comme dans les bonnes taxinomies naturalistes. Cette ambitieuse recherche aboutit à des constats sur l’unité fonctionnelle de l’encadrement – ses rôles techniques et sociaux dans les établissements –. Jean DUBOIS. le traitement de ces données fut établi par classification arborescente montante 3. puis en combinant ces groupes en une hiérarchie de taxa d’ordre supérieur. pour les autres. qui regroupent les chiens. sont un taxon du rang de la famille. 14. 1989). reproduit dans La Sociologie des cadres de Bouffartigue et Gadéa 4. Établir une taxinomie ascendante suppose de « commencer tout en bas. Histoire de la biologie. les cadres. in Recherches économiques et sociales. La classification arborescente montante est celle que préfère Buffon contre Linné. » En effet. en assortissant en groupes les espèces qui se ressemblent. Elles y ajoutent les communications horizontales (même niveau de responsabilité) et verticales qu’elles entretiennent. Deux cent quatre-vingts personnes furent interrogées. d’entrer dans les détails techniques. Dans cette fonction. alors que. 1977. Il faudrait en retenir un tableau. Elle parvient aussi à montrer la relation entre la position structurelle que chacun occupe et la vision qu’a le cadre du reste de 2. « La fonction d’encadrement » incite également à une vision de la vie de travail du cadre en termes de carrière et d’attente de carrière. ce travail sur « ce que font les cadres » (on notera la proximité avec Ce que fait la police) va se transformer en « La fonction d’encadrement ». il faut inclure certains agents de maîtrise et certains techniciens. Paris. prédomine la technique. 4.. alors que les Canidae. 3. et donna naissance à neuf groupes de taille sensiblement égale. mais aussi sur une division du travail dans laquelle. sur la répartition en fonctions. 181 . Toutes déclinent leurs emplois du temps. Ce mot désigne un groupe d’organismes reconnu en tant qu’unité formelle à chacun des niveaux de classification. Paris.dominique monjardet. Paris. Fayard. c’est bien la politique.

mais bien d’une sociologie de chercheurs. de terrain. la politique et la police l’entreprise. on assiste chez les deux auteurs. 6. théorique. Dans les approfondissements. Dominique tirait de la comparaison qu’il s’agissait « beaucoup moins d’un traité spécialisé (Friedmann-Naville) versus un traité général (Gurvitch). à une efflorescence d’articles et de contributions à des ouvrages collectifs.. associée à l’indice indétermination/technicité. 5. Claude DURAND et alii. très riches. p. il faudrait placer l’article de Dominique Monjardet sur « Organisation. 1983. dont certains approfondissent les travaux précédents et d’autres conduisent à des réflexions sur les sciences sociales et leurs savants qui préfigurent peut-être les recherches futures sur les gardiens de prison ou sur les policiers. abstraite. Ibid. de cabinet.le sociologue. Il comparait le chapitre « Sociologie industrielle » du Traité de sociologie générale dirigé par Georges Gurvitch au contenu du Traité de sociologie du travail de Friedmann et Naville. il concluait à l’impossible unification de la sociologie du travail comme discipline mais à sa constitution réussie comme profession. L’Harmattan. technologie et marché dans l’entreprise industrielle » dans lequel il se sépare de la perspective de certains. Le premier portait comme titre : « À la recherche des fondateurs : les traités de sociologie du travail ». Dans ces schémas réducteurs. Il faut aussi signaler ses deux articles dans le recueil collectif Le Travail et sa sociologie 5. du syndicalisme. notamment son acceptation ou son refus. il propose d’introduire la situation sur le marché (dominant ou dominé) comme variable majeure. Essais critiques. Le Travail et sa sociologie. notamment celle de l’Anglaise Joan Woodward. Paris. utilisable et vendable contre une sociologie de professeur : archaïque. concrète. moderne. Approfondissements et ruptures À partir de ces résultats. Dominique Monjardet et Georges Benguigui. gratuite et invendable 6 » et. empirique. 123. perçu comme illégitime. dans un final plein de panache. ensemble ou séparément. qui faisait de l’« impératif technologique » un déterminant majeur de l’organisation. 182 .

In Classes et catégories sociales. Elle débouche sur une interrogation liée aux limites de la sociologie du travail. 141-151. et « La pensée utopique 7. Après cet aparté historique et méthodologique. XXII. ou du moins s’y essaie […]. déséquilibrer les discours des acteurs (de son objet ou de son sujet) […]. 8. Ce qui implique certaines techniques. chez Monjardet et Benguigui. 1985. il se prend à son propre piège et bascule dans un positivisme aujourd’hui rejeté par les “vraies” sciences. 9. 1982. Ce faisant. mais du point de vue d’une vérité extérieure aux rapports sociaux qui engendrent le discours dénoncé et le discours dénonçant […]. Le critère d’évaluation. tous deux signés Monjardet-Benguigui. problématiser. p. 196-198. p. Cette problématisation de tout discours (dont le discours sociologique) constitue en elle-même le travail par lequel une société […] se pense elle-même. en confondant l’instrument par lequel son discours revendique une audience et l’objet qu’il poursuit. La plus répandue est la technique scientifique (quantitative) dans la mesure où c’est en empruntant sa forme que le sociologue se revêt de la légitimité dominante. dont la sociologie de la dénonciation « qui certes déséquilibre le discours des dénoncés. méditer et enseigner ce superbe article de six pages. 183 . « Travail et culture dans l’analyse des classes moyennes 9 ». les professions et l’utopie gestionnaire Dans une conclusion que Claude Durand lui avait demandée pour le même ouvrage. ou plutôt sur la nécessité de l’utiliser dans d’autres domaines que ceux de l’activité économique. Il s’agit de trois articles : « L’utopie gestionnaire : les couches moyennes entre l’État et les rapports de classe 8 ». 605-638. Dominique Monjardet donne son avis sur la sociologie réflexive.dominique monjardet. Ibid. Paris. mais j’invite tous ceux qui sont intéressés par l’œuvre de Dominique Monjardet à lire. p. du discours savant est ainsi sa capacité à questionner. il va encore plus loin et définit ce qu’il croit être la vocation du sociologue : « L’objet du discours sociologique est de mettre en question. » Plus loin. Edires. Revue française de sociologie. Cette dimension critique immanente disqualifie le sociologue de toute prétention au savoir et de tout droit au pouvoir 7 ». les cadres. Je m’arrête là. de pertinence. dans lequel il nous expose ce qu’il pense être une sociologie intelligente. déséquilibrer le discours spontané. il convient de revenir sur les suites de la grande enquête sur les fonctions d’encadrement.

entre les dirigeants et les ouvriers. Il pose la relation des classes moyennes à la politique. et il définit l’utopie comme une idéologie sans stratégie. […] cette utopie est morale : elle est sécularisation de valeurs. Dominique Monjardet pense que ces deux termes sont en relations dialectiques. Cette utopie. « L’utopie gestionnaire ». Dans ce texte. à la fois altercation et alternative. la politique et la police et les couches moyennes : quelques hypothèses 10 » sous la plume du seul Monjardet. le rôle des classes moyennes dans la constitution et le renforcement de l’État de droit et des régimes 10. permet ainsi de se mettre à distance du stratégique. Pour être plus précis. « La pensée utopique et les couches moyennes : quelques hypothèses » se situe à un niveau élevé de généralité. amène ces couches moyennes à rapporter tous les dysfonctionnements du système social à l’incompétence de ceux qui nous gouvernent et à leur démagogie électorale. réalisé au-delà des contraintes et des contingences […] avec des temps et des moyens infiniment malléables. menées en particulier par Nonna Mayer et Gérard Grunberg. La compétence étant le fait de ceux qui. p. donc d’abstraction. L’utopie du milieu de la pyramide. 50-63. mais. Leur utopie est de « définir un projet pur. à l’aide de la méthode expérimentale à la Claude Bernard. une position moralement confortable. plus ambitieux mais aussi plus complexe. 1984. d’abord « La pensée utopique ». puis « Travail et culture ». l’utopie des couches intermédiaires est « de définir les termes de la contradiction comme une alternative ». […] À ce titre.le sociologue. Ils éclaireront. contrairement à son habitude. j’aborderai ces textes à rebours. Sociologie du Travail. à partir d’enquêtes sur ce thème. dit-il. 184 . peuvent dire comment résoudre les problèmes qui se présentent. j’espère. par exemple. Dominique Monjardet fait passer une vision un peu dichotomique : il ne souligne pas. à la fois complémentaires et opposés. elle est l’horizon de tous les groupes spécialisés dans la gestion de valeurs et tout spécialement les travailleurs sociaux de tous ordres (du prêtre au policier) qui forment le bataillon des couches moyennes salariées ». nº 1. tentative pour ordonner le monde autour de celles-ci. tout en jugeant de ses erreurs. Ces auteurs soulignaient que les couches intermédiaires. se partagent en deux groupes : ceux qui raisonnent à partir de l’unité du corps social et ceux qui partent de sa division.

examiner. in T. GOODE. GIDDENS et G. BOTTOMORE et P. les cadres. 1979. le duo Monjardet-Benguigui décrivait. il faut à la fois bénéficier de la confiance de ses supérieurs et d’une certaine autonomie. mais. et par lui à Renner 13.1972. The Future of Intellectuals and the Rise of the « New Class ». its formation and future ». 1982. Oxford University Press. pour appartenir à ce qu’il appelle la « classe de service ». GOULDNER. Cambridge University Press. in A. il y a plus de vingt ans. 13. La vocation de ces appareils est de servir d’intermédiaire entre la classe des propriétaires des moyens de production et celle de leurs employés ou de veiller à la reproduction de ces populations. mais aussi leur sensibilité à la permanence et à la matérialité.dominique monjardet. probablement plus subtile. GOLDTHORPE. comme les petits fonctionnaires ou les employés. que Monjardet et Benguigui empruntent l’idée d’une troisième classe : celle des services aux personnes. Macmillan. Le titre de l’article résume un propos qui met l’accent sur le fait que : — Les couches moyennes appartiennent à des appareils. C’est à l’aide de ces deux notions : utopie et classe de service. les professions et l’utopie gestionnaire démocratiques. maintenant. AustroMarxism. 12. Thèmes que nous allons. « On the service class. « The service class ». Cambridge. 185 . Karl RENNER. Gouldner 11. Mais une autre façon de lire ce texte est d’y voir apparaître des thèmes développés dans les derniers papiers avant l’abandon de ces couches intermédiaires pour la police. que nous pouvons maintenant aborder cet article ambitieux et crucial dans la bifurcation de Dominique Monjardet vers la sociologie de la police et du maintien de l’ordre. MACKENZIE (éds. Mais c’est à Goldthorpe 12. Implication. Max Renner revu par Goldthorpe ajoute que. les traits de ce que le « nouvel esprit du capitalisme » réclame à ses agents. pensait une répartition proche de celle-ci lorsqu’il établissait une différence entre les intellectuels de la raison pratique et ceux de l’État de bienêtre. Londres.). John H. Halbwachs avait noté l’implication dans leur travail de ceux qui ont comme fonction d’aider le monde social à se reproduire. Elles se situent au centre des rapports de classes mais 11. confiance et autonomie. Social Class and the Division of Labor. à l’époque. l’article « Travail et culture dans l’analyse des classes moyennes » part de la suggestion de Maurice Halbwachs de noter une différence substantielle entre les agents qui servent et transforment la nature et ceux qui servent et transforment les hommes. Alvin W. En effet.

la politique et la police aussi au centre des relations entre État et société civile (ne pas oublier : l’État vient alors de nationaliser une partie de l’économie. de donner à l’ordre démocratique ses moyens d’action ? Je ne trancherai pas entre les deux hypothèses. Estelle prémonitoire du néocapitalisme. où tout indique un état de basculement entre Machiavel et Marx. le départ de Dominique Monjardet vers d’autres aventures scientifiques et intellectuelles. mieux attentif au bien public. au profit d’un jeu de Monopoly entre grands groupes industriels et financiers mondiaux ? Est-elle.le sociologue. . Les couches moyennes entre l’État et les rapports de classes ». plus pertinent. ou conçues par Machiavel et Fichte à propos d’un État arbitre et régulateur des relations entre les Grands et le peuple. On est alors très loin de l’État que nous connaissons aujourd’hui). On peut se demander aujourd’hui. — Se situant au centre de ces relations. les couches intermédiaires font les élections. c’est l’autoconsidération. puisque c’est de leur vote fluctuant que dépendent les succès électoraux. ces couches moyennes font de la défense de ces structures leur combat politique et syndical. voyant dans l’affrontement entre deux classes la nécessité de « faire nation ». plus savant. et la totalité des banques. en Europe occidentale. au contraire. qui leur permet de penser qu’elles vont trouver comment résoudre les quadratures du cercle. Puisque l’utopie est un désir sans stratégie. cette illusion qui leur fait croire qu’elles sont dépositaires du vrai savoir et du bon vouloir. mais reste admiratif de cette construction qui annonce. le dernier effort plus ou moins réussi. Et leur argument est celui de l’idéologie gestionnaire. de ses réformes structurelles et de l’affaiblissement des moyens d’action de l’État national. mais de ce fait elles condamnent le centre électoral à ne pas avoir d’existence comme force politique effective. la définition de soi comme en avance sur les autres. plus intègre. quelle est la valeur de la construction sophistiquée de « L’utopie gestionnaire. Apories inventées par un Marx. comme je l’ai dit. — Comme centre de la société et agents d’appareils. surtout quand c’est du peuple que vient la légitimité de cet État. témoin d’une conjoncture singulière. quelques grands groupes.

Les organisateurs de cette rencontre ont souhaité que j’évoque avec vous les séminaires que Dominique Monjardet et moi avons organisés à partir de 1986. Et je voudrais dire que prendre la parole devant tous les amis de Dominique est pour moi un honneur dont je remercie les organisateurs. Je n’ai pas l’intention de présenter une analyse argumentée de la place qu’ont tenue ces séminaires dans le développement des recherches sur la police. directeur du GERN (Groupe européen de recherche sur les normativités). Dans un article consacré à la mise en place et aux vicissitudes de la politique de la recherche au ministère de l’Intérieur – article qui constitue en quelque sorte l’arrière-plan de mon propos –. il convient de s’arrêter sur le contexte scientifique et politique de la période. 187 .3 L’émergence des recherches en sciences sociales sur la police en France : les séminaires organisés au sein du GERN. en précisant néanmoins que je me suis fondé sur des archives bien conservées. Frédéric Ocqueteau et Dominique Monjardet ont rappelé quel était l’état de la recherche sur la police 1. Mon propos relève donc plutôt du témoignage. Je remercie Bessie Leconte pour son aide dans la mise au point de ce texte. 1986-1991 par René Lévy 1 Avant toute chose. Avant d’entreprendre l’histoire du séminaire lui-même. Directeur de recherche au CNRS. car il n’appartient pas aux acteurs d’écrire leur propre histoire. et c’est à cette aune qu’il faudra l’évaluer. mais dont j’aurais comme nous tous préféré qu’il n’eût pas lieu d’être. je voudrais féliciter ses responsables d’avoir pris l’initiative d’organiser cette journée et remercier le CNRS de la soutenir.

1974). 1984.-L. Paris. et. Dominique MONJARDET. 1985. approche socio-politique. La Découverte. éléments de sociologie du travail policier 4 » (Dominique Monjardet. mais son enquête. la recherche au ministère de l’Intérieur ». DUPARC et alii. L. LOUBET DEL BAYLE (dir. F. International Journal of the Sociology of Law. Déviance et Société. 3. 4. Sociologie du travail. p.le sociologue. « La déviance et la délinquance en milieu urbain ». 1987. Paris. Paris. LOUBET DEL BAYLE. Sociologie de la force publique. 188 . M. OCQUETEAU (dir. 229-247 . A. p. André Davidovitch avait bien eu accès au commissariat d’Orléans. D. 6. 290-296. 1996. 468-470 . en particulier l’introduction p. avec un seul centre de recherche spécialisé. Peu de chercheurs s’y intéressaient. MONJARDET. MONJARDET. Erbès à D. Éléments de sociologie du travail policier ». 5. N. Comme en témoigne l’esquisse bibliographique proposée dans le numéro spécial de Sociologie du travail en 1985. D. Presses de l’Institut d’études politiques de Toulouse. la politique et la police en France au début des années 1980 2. dont le terrain remontait aux années 1979-1981.-M. in P. menée de 1965 à 1967. 297-311 . « Police performance and fear of crime : the experience of the left in France between 1981 and 1986 ». faut-il le dire. p. CHEVALLIER. Ce que fait la police. 1988. 259-280. la police française était donc un territoire tout à fait inconnu. et il n’existait pas de demande de la part des polices elles-mêmes (Police nationale ou Gendarmerie nationale) ou de 2. et J. 15. la recherche sociologique sur la police était quasi inexistante en France.). Antoinette Chauvenet. ne furent signés qu’en 1983. sous l’égide du premier comité de recherche. à ce sujet. le Centre d’études et de recherches sur la police (CERP) de l’IEP de Toulouse. 4. LÉVY. Police et société. BEZES. 9-17. J. voir également la postface de J. MONJARDET. CHAUVENET et alii. D. L’État à l’épreuve des sciences sociales. CHAUVIÈRE. Paris. Toulouse. OCQUETEAU. Du point de vue de la recherche empirique. 1992. était uniquement documentaire (A. p. MONJARDET. Montchrestien.-L. F. largement fantasmé. pour des raisons sur lesquelles Dominique s’est longuement penché 6. Paris. de sorte qu’avant qu’apparussent. voir aussi R. fondé en 1976 par JeanLouis Loubet del Bayle 3. 8. « Police et sociologie : questions croisées ». Centre d’études sociologiques. 27. DAVIDOVITCH. Frédéric OCQUETEAU. le premier rapport de recherche sur « La police quotidienne. 4. aucun chercheur n’avait jusqu’alors séjourné durablement dans des services de police pour en observer le fonctionnement 5. « La police quotidienne. je crois pouvoir affirmer qu’à part nous cinq. « Esquisse bibliographique ». 2005. Les premiers contrats initiés par la nouvelle Direction de la formation de la police nationale. Daniel Chave et Françoise Orlic) et ma recherche de thèse sur le flagrant délit. La Police. La Découverte. 155. 1985. MONTRICHER. voir aussi J. p. p. Groupe de sociologie du travail.). à peu près simultanément en 1984. « Insupportable et indispensable.

4) et il me proposa d’y participer. 8. Déviance et Société. « Le chercheur et le policier. c’est tout naturellement que nous nous 7. D. où j’avais présenté mon travail de thèse sur les relations police-justice. Revue française de science politique. 211-225. ayant moi-même participé à la préparation de cette initiative (tout comme Frédéric Ocqueteau. 1997. avait lancé le GERN. Dominique préparait alors le numéro spécial police de Sociologie du travail (1985. qui en rédigea le rapport préliminaire 8) et soucieux d’en nourrir les activités. Même si l’expérience de recherche du CESDIP (la mienne pour la police judiciaire et celle de Renée Zauberman pour la gendarmerie un peu plus tard) montrent qu’il existait une voie d’accès judiciaire. 1986. Une rencontre et un projet Lorsque nous avons envisagé de lancer un séminaire sur la police. sous la forme d’une RCP (Recherche coordonnée sur programme) . 189 . C’est ainsi qu’a commencé notre collaboration. et c’est pourquoi j’essaierai dans mon propos de mettre en relation le développement du séminaire et l’évolution du contexte politique. il n’en reste pas moins vrai qu’il existe une forte corrélation entre l’ouverture de l’institution et la conjoncture politique – la suite des événements l’a amplement démontré. M ONJARDET . alors directeur du CESDIP. en raison du caractère centralisé et hiérarchisé des institutions policières qui leur permettait – et leur permet toujours – de contrôler la présence d’observateurs extérieurs en leur sein. p. Nous nous étions rencontrés (ainsi qu’avec Antoinette) les 6-7 mars 1985 à Vaucresson. En outre. L’expérience des recherches commanditées par le ministère de l’Intérieur ». 10. 1. C’est cette même année que Philippe Robert. l’accès au terrain était malaisé. 47. p. F. 1-19. Ocqueteau en reprend les principales conclusions dans « Nouvelles approches diachroniques et synchroniques dans le champ d’étude de la déviance et de la criminalité ». Dominique et moi nous connaissions depuis un an environ. 2. lors d’un séminaire organisé par le ministère de la Justice et consacré à « L’approvisionnement de la justice pénale ». L’histoire du séminaire de recherche sur la police est elle-même fortement marquée par cette situation comme on le verra.l’émergence des recherches en sciences sociales sur la police en france… leurs tutelles directes avant 1981 7.

car nous avions abordé les questions policières sous des angles différents – Dominique à travers la police en tenue et moi à travers la police judiciaire . elle fut suivie. de surcroît. 9. sociologie. sciences du droit) ». notre expérience de recherche était différente. d’un séminaire dont l’ambition serait de favoriser une élaboration théorique de cet objet qui tienne compte de l’apport des différentes disciplines intéressées (histoire. jusqu’en juin 1987 de sept réunions mensuelles. De sorte que nous pouvions non seulement mobiliser ces différentes approches. Une première réunion. Patricia Paperman. la politique et la police sommes tournés vers ce dispositif qui était. CESDIP. que dirigeait encore Jean-Marc Erbès. nous insistions sur le fait qu’un frémissement se produisait depuis peu dans le domaine de l’étude de la police et que le moment paraissait « donc propice à la création d’un “lieu” de confrontation intellectuelle.le sociologue. outre les deux initiateurs. les “questions de démarche et de méthode” ». consacrées chacune à une présentation suivie d’un débat. d’autre part – et cela expliquait en partie le point précédent –. du moins à l’origine. Philippe Breton. Cette première réunion se tint en très petit comité . en mesure d’apporter un début de financement. ouverture sur l’étranger et collaboration interdisciplinaire. Nous obtînmes le feu vert du GERN en avril 1986. sciences du politique. étaient présents. mais aussi faire appel à des réseaux de chercheurs qui ne se recoupaient pas. Et nous précisions que « le programme de ce séminaire s’organiserait autour de trois axes : les travaux français récents ou en cours . SEC/96-1. les apports de la littérature étrangère . Nous escomptions que la Direction de la formation de la Police nationale. 190 . Frédéric Ocqueteau. non daté. nous venions de traditions de recherche très différentes : lui de la sociologie du travail. Dans la « Note en vue de la création d’un séminaire sur la police au sein du GERN 9 » que nous avions rédigée à l’intention de la direction du GERN. réf. L’intérêt de notre association tenait à une double complémentarité : d’une part. serait en mesure de fournir un complément de financement. consacrée à l’organisation du séminaire se tint le 6 octobre 1986 . assorti d’un crédit de 10 000 francs (1 500 euros) pour les deux premières années. moi de la sociologie de la déviance et du système pénal. Nous y posions les principes directeurs de l’entreprise : ancrage dans les recherches empiriques en cours.

Grands textes de la recherche anglo-saxonne ». 279-284 . « Le travail d’Egon Bittner : une introduction à la sociologie de la force institutionnalisée ». Montréal. Lode Van Outrive et Alvaro Pires (simplement de passage). BRODEUR. 325-345. « Connaître la police. 3. BRODEUR. p. Ce texte amorce en quelque sorte un débat prolongé avec Jean-Paul Brodeur autour du sens et de la portée de la définition de la police proposée par Bittner . MONJARDET.-P. Boston. Northeastern Universty Press. dans lequel il esquissait un certain nombre de thèmes qui n’ont cessé de l’inspirer par la suite et qu’on retrouvera dans une version naturellement beaucoup plus élaborée dans son livre de 1996. et en particulier la nécessité pour toute théorie de la police de prendre en compte la triple détermination qui résulte de « la prescription hiérarchique.-P. hors série. voir E. Aspects of Police Work. La Documentation française. Paris. sobrement intitulé « Notes pour une construction sociologique de l’objet police ». [de] la demande du citoyen et de l’intérêt professionnel » (p. 1990. voir aussi J. JOBARD. Les Cahiers de la sécurité intérieure. La deuxième séance. Comme en témoignent les comptes rendus. p. 307-324 . LÉVY. notre séminaire visait à accompagner l’émergence d’une recherche sur la police encouragée par le ministère de l’Intérieur et à permettre à l’embryon de 10. et la traduction en français de l’un de ses textes dans J. 25.-P. BITTNER. notamment les articles de R. 3). pour finalement esquisser une théorisation combinant l’idée de la triple détermination avec la définition bittnerienne de la police 10. en novembre 1986. « E. la légitimité de la police anglaise ou la place du droit dans la formation des policiers belges. 191 .l’émergence des recherches en sciences sociales sur la police en france… Fritz Sack. 2003. Les Visages de la police. fut consacrée à la discussion d’un long texte de Dominique. plus ou moins réguliers autour du noyau initial. Antoinette Chauvenet. ou encore la sécurité privée en France. F. les difficultés à définir le concept de police. Philippe Robert. p. Dominique Duprez. 2003. la tonalité théorique était très présente au cours de ces premières réunions. J. qui donnèrent lieu à des débats dépassant largement les cas particuliers présentés. en particulier Jean-Claude Monet. et le débat « Autour de Bittner » dans Déviance et Société. p. Comme je l’ai indiqué. à partir de thèmes aussi divers que la lecture juridique de la notion de police administrative. pratiques et perceptions. « Comprendre l’habilitation à l’usage de la force policière ». 2001. D. Presses de l’Université de Montréal. 47-64 . Bittner et le caractère distinctif de la police : quelques remarques introductives à un débat ». Les réunions suivantes de cette première année comptèrent de six à dix participants. BRODEUR. Il montrait ensuite en quoi l’analyse empirique du travail policier invalidait un certain nombre de théories existantes. le contrôle de la police en Allemagne.

se transforma. risquaient de n’y jamais revenir. la politique et la police communauté scientifique qu’il contribuait à faire naître – et dont la plupart des membres n’avaient pas d’expérience préalable de ce domaine – de se rencontrer et de débattre de leur nouvelle expérience de recherche.le sociologue. puisque près de la moitié des participants appartenaient au CESDIP. à l’encontre du climat politique du moment. ayant été échaudés. Reformulation et déroulement du séminaire C’est dans ce contexte que nous avons été amenés à repenser. 192 . 11. ce qui risque de conduire à la stérilisation d’un domaine de recherche qui commençait seulement à sortir du sous-développement qui était le sien 11. Or l’évolution de la conjoncture politique modifia complètement la perspective du séminaire. mais en tout cas la démarche du séminaire. circulaire nº 9. GERN. en lieu de résistance où. » Nous étions en particulier préoccupés par le fait que beaucoup des chercheurs qui avaient été attirés vers ce domaine par l’ouverture du ministère de l’Intérieur s’en éloignaient de nouveau et. Voici en effet ce que nous écrivions en juillet 1987 : « La poursuite de cet effort nous paraît d’autant plus nécessaire que l’on est revenu en France à une politique de fermeture de l’institution policière à toute recherche sans finalité directement opérationnelle. Nous y étions également conduits par le succès très relatif de la formule précédente dont. au contact de chercheurs étrangers plus expérimentés. non pas les grands principes. Le retour de la droite au pouvoir au printemps 1986 et l’arrivée de Charles Pasqua au ministère de l’Intérieur interrompirent brutalement ce mouvement. Cette dimension est très présente dans le bilan que nous avions dressé de la première année de fonctionnement. comme on l’a vu. 16 juillet 1987. Séminaire sur la police. qui ne démarra réellement qu’après ces bouleversements politiques. Le GERN était bien placé pour cela. puisqu’il s’appuyait sur une communauté scientifique européenne spécialisée dans les questions pénales où les spécialistes de la police étaient assez nombreux. le démarrage avait été assez laborieux. De sorte que le séminaire. en quelque sorte. on voulait affirmer la légitimité d’une approche sociologique et scientifique des questions policières.

les parlementaires. Nous avons donc successivement abordé : l’enquête journalistique et les différentes sources documentaires et archivistiques . en quelque sorte. cela mérite d’être souligné). L’année 1987-1988 fut consacrée à la question de la professionnalisation. dont une forte proportion présentées par des étrangers (s’exprimant généralement en français. passant en revue les trois grandes composantes de la police : police urbaine et maintien de l’ordre . histoire) et les avantages ou inconvénients respectifs des recherches internes et externes sur la police. ethnologie. Belges. nous nous sommes intéressés aux « techniques et pratiques policières ». en organisant des sessions moins nombreuses. sous trois angles : la professionnalisation comme revendication des policiers et/ou objectif des pouvoirs . En 1989-1990. nous avons cherché à rendre le séminaire plus attractif. En 1988-1989. dont la production cumulée était (et reste) quantitativement bien supérieure à celle de la recherche et de laquelle cette dernière se nourrit d’ailleurs abondamment.-M. venues d’une quinzaine d’institutions et d’une demi-douzaine de pays différents – le noyau dur étant composé de Français. en cherchant à confronter la démarche des chercheurs à celle d’autres « producteurs de connaissances » sur la police. voire les groupes militants. et en renforçant sa dimension internationale.l’émergence des recherches en sciences sociales sur la police en france… Par conséquent. cette formule s’est avérée plus intéressante et elle a attiré un auditoire de vingt à vingt-cinq personnes à chaque séance. celui des démarches et des méthodes. le tarissement prévisible des travaux français. à raison de trois journées complètes par année universitaire. les approches des différentes sciences sociales (sociologie. tels que les journalistes. dans le contexte de la création de l’IHESI (que J. mais au contenu plus fourni et davantage thématisé. Britanniques et 193 . Erbès nous avait annoncée en décembre 1988) et la perspective d’un renouveau des recherches. le travail des commissions d’enquête parlementaires (présenté par des parlementaires) . selon une formule qui s’est ensuite généralisée dans les séminaires du GERN. pour compenser. les inspections. Par rapport aux débuts du séminaire. police judiciaire . et jusqu’en 1991 donc. il nous a paru urgent de revenir vers le troisième axe que nous avions initialement défini. Chaque session a donné lieu à une demi-douzaine de communications. À partir du second semestre 1987. le contrôle de la police. nous avons tenu onze réunions. la question des « savoirs » policiers . police politique et de renseignement.

par un heureux hasard. au syndicalisme policier . nous n’avons pas cherché à attirer un auditoire de praticiens. ce qui traduisait bien notre souci que le séminaire soit un instrument de transfert des connaissances entre les pays où la recherche sur la police était davantage développée et ceux où elle était encore balbutiante. il vaut mieux faire appel à des hauts responsables connus pour leur liberté de ton qu’à des praticiens de base qui tiennent en général des propos très officiels ou défensifs lorsqu’ils interviennent devant un public non policier. Jacques Genthial. Dès juillet 1989. d’Italiens. en décembre 1986 et janvier 1987) . qui jusqu’alors avait fonctionné avec des moyens dérisoires : une subvention annuelle de 5 000 francs du GERN et l’appui logistique des services communs du CESDIP. se trouva être Jean-Marc Erbès. un tiers des participants et même deux tiers des communicants étaient étrangers. aux cultures et valeurs policières. Laurent Davenas ou. l’expérience montre que lorsqu’on veut faire intervenir publiquement des professionnels de la police. JeanClaude Monet. la politique et la police Allemands. Entre-temps. dans un autre registre. notre priorité avait été d’entretenir un réseau de chercheurs susceptibles. comme Jean-Marc Erbès. suivi. le moment 194 . mais nous avons voulu permettre aux chercheurs de dialoguer avec des professionnels concernés par ces questions et un certain nombre d’entre eux y ont présenté des communications touchant à leurs expériences professionnelles. S’agissant d’un séminaire de recherches. les journalistes Edwy Plenel et Walter De Bock. André Sibille. avec la participation plus occasionnelle d’Espagnols (en général Catalans). ainsi que les parlementaires Serge Moureaux et Luciano Violante. avec le retour de la gauche aux affaires après les élections de 1988. Au cours des années précédentes.le sociologue. Dans ce domaine. en 1989. de Suédois et d’Américains… Au total. la conjoncture politique s’était de nouveau modifiée. de Néerlandais. de la création de l’IHESI et de la nomination de son premier directeur qui. nous avons préparé un projet visant à obtenir un complément de financement de l’IHESI pour la poursuite du séminaire. C’est finalement en mai 1990 qu’une convention d’un an fut signée avec cet organisme en vue de l’organisation de trois séances consacrées respectivement : au développement de la sécurité privée en Europe (complétant les deux séances que nous avions consacrées aux premiers travaux de Frédéric Ocqueteau sur la sécurité privée en France.

de Jean-Marc Erbès par Jean-Michel Roulet devait faire capoter le projet. LÉVY. 12. Monjardet 13. ce dernier n’était pas en mesure de le financer sur le moment et le dossier était resté en panne jusqu’au début de 1994. 195 . Ocqueteau et D. L’opération avait été inscrite au programme de l’Institut en décembre 1994 et aurait dû être formalisée dans les semaines suivantes. mais dans ses effets en retour sur les systèmes nationaux. et Charles Pasqua était redevenu ministre de l’Intérieur. « Contagions et résistances : les effets de la coopération européenne sur les systèmes nationaux de police. MONJARDET. D. MONJARDET. un autre séminaire de recherches sur la police avait en quelque sorte pris le relais à l’IHESI. D. R. À cette fin. C’est pourquoi – et peut-être aussi en raison d’une certaine lassitude après cinq ans de séminaire – nous avions décidé de changer de nouveau complètement de formule et de nous engager dans une entreprise de recherche comparative collective dont le séminaire aurait été le lieu d’échange entre les participants. animé par Jean-Marc Berlière. loc. 13. Projet pour le séminaire de recherches sur la police du GERN 1993-1995. Le remplacement. Il faut toutefois souligner que. cit. et sensiblement plus coûteux que le séminaire précédent. Paris. 1992. F. nous avions en quelque sorte le sentiment d’avoir achevé notre mission et la dernière phase du séminaire visait essentiellement à opérer une transition avec le programme de l’Institut. ».l’émergence des recherches en sciences sociales sur la police en france… venu. Nous nous trouvions alors dans la « deuxième cohabitation » (gouvernement Balladur). non pas pour elle-même. sous l’angle des contagions et des résistances qu’elle suscitait au sein de ces derniers. Malheureusement. que nous avions soumis à l’IHESI en mars 1992 12. Nous avions rédigé un projet très argumenté. mais avec une orientation plus franchement historienne. Cette « mise à mort du dispositif » est bien analysée dans l’article précité de F. au même moment. chaque séance faisait l’objet d’un compte rendu qui était adressé à une soixantaine de personnes avec les textes des communications. Après la création de l’IHESI. en s’appuyant en partie sur le même réseau. où Jean-Marc Erbès nous avait signalé la levée des obstacles financiers. la recherche au ministère de l’Intérieur ». OCQUETEAU. durant les années 1992-1995. de réinvestir ce champ. Il s’agissait d’étudier la coopération policière internationale sous un angle particulier. « Insupportable et indispensable.

et que je disposais de mon côté au CESDIP d’une logistique 196 . dans une annexe de son livre Ce que fait la police. Cela tient sans doute à ce que. pour autant que je puisse en juger. précisément. Au plan personnel. Dominique indique d’ailleurs. travaillé ensemble. cela a été également pour moi. À la réflexion. J’ai dit au début que Dominique et moi étions en mesure de mobiliser des réseaux différents . que le réseau bâti par le séminaire a servi ensuite de vivier aux activités internationales de l’IHESI. par intermittence. parce qu’elle a été le germe de relations de travail (et souvent d’amitié) durables avec d’autres collègues impliqués dans ce champ (et je pense en particulier à Clive Emsley et à Jean-Marc Berlière). il a été l’un des rares lieux en France – avec le CERP de Toulouse – où des chercheurs venus d’horizons divers ont pu réfléchir aux questions de police et confronter leurs idées dans la durée. ces séminaires – celui dont je viens de parler. Au cours de celle-ci. comme il avait horreur des tâches administratives. je crois précisément que l’un des résultats importants du séminaire est qu’il a permis de les fusionner. il a laissé des souvenirs vivaces. une troisième complémentarité est apparue que nous ne pouvions prévoir entre nos aptitudes respectives : Dominique était en quelque sorte la tête et moi les jambes . car nous avons peu publié ensemble. Il a aussi joué un rôle important dans la circulation de l’information relative aux nouvelles publications ou aux rencontres scientifiques touchant à la police. d’abord parce que cette coopération a scellé notre amitié. et sans doute pour Dominique. En ce qui concerne le domaine des recherches sur la police. pendant toute cette période. le séminaire a efficacement joué le rôle que les circonstances lui ont assigné et a effectivement couvert non seulement tout ce qui existait en France à l’époque. la politique et la police Quel bilan tirer de cette expérience ? J’ai le sentiment que ce séminaire a constitué une expérience forte pour ses participants. mais également une bonne partie des recherches dans les pays voisins.le sociologue. Ensuite. puis le séminaire « Questions de police » que. il me semble qu’avec soixante-dix communications présentées de 1986 à 1991. une période importante. au cours de la vingtaine d’années où nous avons. nous avons coanimé avec Jean-Marc Berlière et Clive Emsley de 1999 à 2002 – ont constitué l’essentiel de notre collaboration. chez lesquels.

15. Il en résulte que les traces écrites de cette opération sont assez ténues 14. mais. Paris. le format du séminaire et le fait qu’il s’était étiré sur une longue période rendirent la chose difficile. Dominique n’était pas un fanatique de la publication à tout prix et je pense que l’énergie nous a un peu manqué – en outre. 1991. 14454). lorsqu’ils écrivent : « Dès que la droite revient aux affaires et que les visions du monde 14. nous assistons – incrédules et sidérés – au retour de « l’ère Pasqua 16 » et à la troisième tentative de mise à mort du dispositif de recherche du ministère de l’Intérieur. nous avions prévu une publication. nº 226. tandis que son proche collaborateur. R. un peu à la manière de l’ouvrage de Robert Reiner. et l’un des chefs de file du courant « national-libéral » de l’UMP. J’ai bien retrouvé dans mes archives un plan d’ouvrage collectif assez détaillé datant de 1990 mais il n’a pas eu de suite. LÉVY. domaine dans lequel il avait l’esprit plus vif que moi. c’est à moi qu’incombait. l’organisation intellectuelle (les contacts avec les participants) et matérielle. R. Oxford. il n’y avait guère de débouché éditorial à l’époque –. Il va de soi que le champ des recherches en sciences sociales sur la police s’est infiniment développé depuis 1986 . du 29 septembre 2006. GERN. compte rendu final (cycle 1991) ». d’autant qu’un inventaire précis nous avait montré qu’au moins un tiers des textes – les plus achevés – avaient déjà été publiés dans des revues ou des ouvrages. p. aujourd’hui les recherches se comptent par dizaines. et les publications également. je voudrais m’arrêter un instant sur la situation actuelle. REINER. De son côté. Oxford University Press. par la suite. Par ailleurs. Mais d’un autre côté. rétrospectivement. Charles Pasqua a été nommé en septembre 2006 au conseil d’administration de l’INHES sur désignation par le président du Sénat (Journal officiel. avait été nommé le 29 juin précédent directeur de cet institut. Pour terminer. et à certains autres très proche. Pierre Monzani. Politics of the Police. ce fut peut-être de ne pas avoir capitalisé suffisamment ce séminaire sous la forme d’une publication collective. 16. Nous approchons du moment où il sera possible de tenter une première synthèse des connaissances. Le point faible de cette entreprise.l’émergence des recherches en sciences sociales sur la police en france… adéquate. il était entendu qu’il se chargeait principalement d’animer les discussions. 197 . Voir également la liste des publications connues en annexe. « Séminaire de recherches sur la police. 2000 (3e éd. À l’origine. vérifiant le propos de Frédéric Ocqueteau et Dominique Monjardet dans leur article de 2005. Politics of the police 15. pour l’essentiel.). qui est à beaucoup d’égards très éloignée de celle qui prévalait en 1986.

Actes. la politique et la police conservatrices reprennent le pas […] [l]es élites dirigeantes de la police de sécurité se referment à tout apport de connaissances extérieures critiques sur leur propre monde. rien ne dit que ce dispositif ne ressuscitera pas une troisième. OCQUETEAU (CESDIP-CNRS). » Certes. puisqu’il est déjà presque mort deux fois. la recherche au ministère de l’Intérieur ». nº 60. la plume acérée et l’esprit caustique de Dominique Monjardet vont douloureusement nous manquer. La Notion de police administrative (LGDJ. 20. Séance du 8 décembre 1986 : J. la référence de celle-ci est indiquée en note. D. « Expériences allemandes du contrôle de la police ». loc. « La place du droit dans la formation des policiers belges ». en attendant.le sociologue. Sans garantie d’exhaustivité. Selon la formule fameuse de Jean-Paul Brodeur. « Les recherches financées par le ministère de l’Intérieur ». Les Cahiers d’action juridique. « Une lecture de l’ouvrage de E. « Insupportable et indispensable. 17.-C. 3-19. LÉVY (CESDIP-CNRS). 245. une notion piégée ». 1987 (été). F. CHAUVENET (CEMS-CNRS). Séance du 12 janvier 1987 : F. Séance du 6 avril 1987 : A. p. mais. « Note pour une construction sociologique de l’objet “police” ». Séance du 10 novembre 1986 : D. 18. Paris. « La police. Séance du 11 mai 1987 : L.. SACK (Universität Hamburg). MONJARDET (GST-CNRS). lorsqu’une communication a donné lieu à une publication. 1984) ». « Enjeux des lois et règlements concernant la sécurité privée 20 ». 198 . Séance du 9 février 1987 : F. conjurant ainsi le danger de l’ouverture et de la transparence institutionnelle à des regards extérieurs à nouveau disqualifiés comme incompétents (plutôt qu’hostiles) 17. p. Picard. le regard lucide. « La consécration juridique et politique du secteur de la sécurité privé : autour de la loi du 12 juillet 1983 ». OCQUETEAU. MONET (CESDIP-CNRS). VAN OUTRIVE (KUL). 19. Séance du 9 mars 1987 : R. Liste des communications présentées au séminaire (1986-1991) 19 Séance du 6 octobre 1986 : Réunion d’organisation. F. à l’heure où triomphe « la résistance délibérée au projet de connaître 18 ». MONJARDET. cit. OCQUETEAU.

1991. 13. EMSLEY. « Les policiers au regard de la sociologie des professions ». Séance du 11 décembre 1987 : « La professionnalisation : revendication des policiers ou objectif des pouvoirs ? » J. 398-428. J. p. REINKE (Gesellschaft für Historische Sozialforschung). BERLIÈRE. ERBÈS (ancien directeur de la formation et de l’équipement de la Police nationale). « Représentations du métier et stratégies professionnelles (police urbaine et prévention des délinquances) ». 21. J. « Le thème de la professionnalisation chez les commissaires de police ». 199 . « Formation des personnels et techniques de communication dans le cadre de PoliceSecours 24 ». Revue d’histoire moderne et contemporaine. C. in C. « The legitimacy of the English police 21 ». XIII. Séance du 11 mars 1988 : « Y a-t-il un savoir policier ? » J. 1989. 1989. professionalization and public order (1850-1940). B. BERLIÈRE (Université de Bourgogne). New York. 23-34. Déviance et Société. EMSLEY. « La tradition “militaire” de la police comme obstacle à la professionnalisation policière (Allemagne et Prusse 1871-1933) ». « Police et communication. 4. Ph. BRETON. WEINBERGER. 1990.-M. p. B. 74-89. BERLIÈRE (Université de Bourgogne). 24. MONET (CESDIP-CNRS).-M. « La légitimité de la police anglaise : une perspective historique comparée ». Déviance et Société. 3.l’émergence des recherches en sciences sociales sur la police en france… Séance du 15 juin 1987 : C.-M. Policing Western Europe : Politics. « La professionnalisation : revendication des policiers et objectif des pouvoirs au début de la IIIe République ». 1. D. H. « Factors impeding and factors encouraging the professionalisation of the police in Britain : an historical account 23 ». WEINBERGER (University of Warwick). p. 301-326. 23. BRETON (GERSULP-CNRS). Greenwood Press. PH. Le cas des interventions de PoliceSecours. p. MONJARDET (GST-CNRS). DUPREZ (CLERSE-CNRS). 22. « Les débuts de la professionnalisation de la police en France sous la IIIe République 22 ». D. « Are the police professional ? An historical account of the British police institution ». « Les “savoirs policiers” en France au tournant du XXe siècle ». B. « La réforme de la formation dans la police française (1982-1985) : un projet de professionnalisation ? » J. EMSLEY (Open University).-C. M. WEINBERGER (éds).

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Gaston Defferre est ministre de l’Intérieur… La hiérarchie policière est inquiète des projets de la gauche. à cette époque. Replaçons-nous en 1981. L’institution policière. l’institution policière était une « boîte noire ». Mais nous ne connaissions rien du fonctionnement 1. Depuis les événements de 1968. 205 . » Nous nous posions la question des objectifs : former. Defferre me dit : « Je veux moderniser la police. car la base la remet en question. mais former pour quoi faire ? Or. la commission Peyrefitte en 1977). une boîte noire Mai 1981. faites-moi une nouvelle politique de formation. Pour moi. le sociologue rendait visible ce qui n’était pas visible dans une profession et une organisation. Le syndicalisme policier demande que l’on passe d’une police d’ordre à une police de sécurité. D’où mon appel à Dominique Monjardet dont je connaissais les recherches.4 Les années 1980 et les premières années de l’Institut des hautes études de la sécurité intérieure par Jean-Marc Erbès 1 Je ne suis pas sociologue mais ce qu’on pourrait appeler un « passeur ». Jean-Marc Erbès a été le premier directeur de l’IHESI (de 1989 à 1994). les forces de sécurité sont essentiellement orientées vers le maintien de l’ordre et pourtant l’insécurité augmente (cf. Il y avait certes la criminologie enfermée dans les facultés de droit et la science politique dont les quelques travaux à coloration marxiste traitaient la police comme outil au service de la classe dominante. En février 1982.

au-delà des règles contraignantes qui l’encadrent. la contradiction forte entre l’obligation de moyens et de résultats. par plus de qualification et une forte appropriation de la déontologie. C’était tout à fait inédit en France alors que ce type de recherches avait pris de l’avance dans les pays anglo-saxons. L’ensemble de ces analyses. éléments de sociologie du travail policier ». tous ces constats nous invitaient à développer des formations conduisant à un encadrement plus serré des métiers. l’organisation du travail informel joue dans la police un rôle déterminant. Nous disposions enfin d’une étude à caractère scientifique analysant le travail policier dans sa spécificité. Dominique les a reprises dans son livre Ce que fait la police dans le chapitre « L’organisation ou l’opacité ». L’immersion dans la base policière d’un sociologue du travail armé d’une méthodologie confirmée fut un véritable événement. de ce que fait la police dans les rapports sociaux. 206 . Monjardet a entrepris en 1982 son étude sur le travail quotidien des gardiens de la paix. Ses membres sont loin de partager une vision identique de leurs activités. pour identifier son rôle propre. Le caractère discrétionnaire de l’activité. la pression de la solidarité du groupe. Un premier éclairage nous avait certes été donné par l’étude « Interface » que nous avions commandée. C’est pour répondre à ce besoin que D. Il nous montre que plus que dans toute autre profession. l’importance donnée à l’expérience par rapport aux qualifications. Il y eut plus de huit cents heures d’observation de terrain dans les quatre commissariats choisis. Elle avait permis de définir des objectifs de formation essentiellement centrés sur la nécessaire professionnalisation et une meilleure insertion de la police dans la société.le sociologue. la politique et la police interne de l’institution policière. Il en est résulté en 1984 un premier rapport intitulé « La police quotidienne. Ce furent plus de deux cents entretiens individuels d’une moyenne de 2 h 30 qu’effectua Dominique et que mena également sa femme Antoinette. Connaître pour une action pertinente Cette recherche nous a donné une moisson d’informations et a constitué pour la construction des processus de formation une ressource importante. Ce n’était qu’un coup de projecteur utile . il convenait de mettre plus de lumière pour sortir de l’opacité et aller plus avant dans la connaissance de l’institution.

Pierre Joxe affiche une nouvelle priorité : moderniser l’équipement de la police et lancer le plan de modernisation. le code de procédure pénale. Une voix pourtant s’est élevée. Le recrutement revient à la direction du personnel et prend un tour plus bureaucratique. Ayant été un auditeur intéressé de l’IHEDN (Institut des hautes études de défense nationale). du moins pour ce qui est de l’affichage. Dominique rappelle dans son livre notre rencontre à l’École des commissaires à Saint-Cyr-au-Mont-d’Or. elle redevient « sous-direction ». et le ministre y renonce. mais le mécanisme montre simplement la force de la pression syndicale. À côté de la 207 . Pierre Joxe revient à l’Intérieur. etc. interpellant ses collègues : « Écoutez ce sociologue. et l’on ferait bien de prendre en compte ce message pour piloter l’activité policière ! » En mars 1985. où nous présentions les propositions de la recherche. il veut la création d’une structure semblable. De « direction ». Mais les syndicats montent au créneau. Dominique en fait une illustration du rejet systématique de toute réforme dès qu’elle menace l’équilibre précaire entre l’organisation et la profession et qu’elle déstabilise le système de décision interne. Le ministre avait annoncé que je serais nommé directeur du personnel et de la formation. Dans l’esprit du ministre. lui il vous dit ce qui est. L’organisation de la recherche sur le champ de la sécurité Après l’intermède Pasqua (mars 1986-mai 1988). vous dites ce qui devrait être. Certes. policier expérimenté et considéré. craignant que la « cogestion » soit entamée par mon mode de direction. Malgré le sérieux de la démarche. Nos interlocuteurs nous répondaient que l’activité policière est strictement encadrée par une abondante réglementation. et être coproduite par de nombreux partenaires. Celle-ci est créée en janvier 1989. émanant d’un sous-directeur de la police judiciaire. la sécurité doit faire l’objet d’un débat serein en vue de se fonder sur un consensus. le discours du sociologue n’a d’abord pas été bien accueilli.les années 1980 et les premières années de l’institut des hautes études… Le message renvoyé à l’institution appelait ses responsables à mieux définir les missions et à affiner les méthodes de commandement. La formation passe au second plan. Mon sort personnel n’a pas d’intérêt. le mot « discrétionnaire » pour définir le principe de sélection des activités pouvait choquer.

la politique et la police formation qui est appelée à s’appuyer sur les acquis de la recherche. Dominique a pu lancer et coordonner une centaine de recherches. C’est au cours de cette période que Dominique a également lancé son importante étude de cohorte. toute la maison lui est ouverte. Ces travaux ont porté aussi bien sur les acteurs de la sécurité. c’était. À travers les Cahiers de la sécurité intérieure ont été diffusés les grands textes de la recherche et plus particulièrement anglo-saxonne. Dans cette charge. les diverses menaces. afin de saisir la manière dont s’opère leur socialisation professionnelle.le sociologue. va pouvoir engager une action vigoureuse pour étendre les recherches sur l’ensemble du champ de la sécurité. notamment la justice. maintenant. Il avait ouvert une fenêtre avec ses premiers travaux . ont convaincu les chercheurs qu’il était possible de nouer des contacts avec cette nouvelle institution dont la position était précaire en raison de son adossement au ministère le plus régalien de la République. en qualité de conseiller technique. à travers un questionnaire adressé à plus de 1 100 gardiens de la paix. Sa crédibilité de chercheur confirmé. notamment lors d’un important colloque copiloté par Dominique Monjardet et notre ami Jean-Paul Brodeur en 1994 à la Cité universitaire internationale. j’aurais été bien démuni pour intéresser la communauté des chercheurs à travailler sur ce domaine. sa crédibilité et son honnêteté intellectuelle. il peut développer tous ses talents. accueillir de nombreuses délégations étrangères. Toujours est-il que grâce à son autorité. fût-il établissement public. Dominique Monjardet. L’avenir a montré que son indépendance était fragile quel que soit son statut. 208 . la connaissance qu’il avait du milieu. pour nous. La comparaison avec les modèles étrangers toujours riches d’enseignements a pu être approfondie. Sans lui. et pourquoi pas son label CNRS. délinquances et désordres publics. les relations tissées entre eux. Réfléchir en ces lieux. l’histoire de l’institution… Dominique nous a mis en relation avec les chercheurs étrangers qui nous avaient précédés dans ces travaux. donner des lettres de noblesse à un champ qui n’était pas encore très bien considéré.

Pasqua me chasse de l’Institut et nomme un de ses proches collaborateurs. Dans les pages qu’il consacre à la condition policière. ce n’était pas faire entrer le loup dans la bergerie.les années 1980 et les premières années de l’institut des hautes études… L’émergence de la notion de police de proximité À partir de l’ensemble de ces recherches et réflexions. par la 2. La police de proximité. mais je tempère ce propos car introduire Dominique à l’Intérieur. à construire une relation de confiance avec la population pour asseoir sa légitimité et être plus efficace. Il appelle auprès de lui Dominique Monjardet comme conseiller technique. Dominique. Monjardet comme conseiller technique à la DCSP. au cours des douze dernières années. Voir infra. En janvier 1995. l’identité policière s’éprouve dans la différence avec l’autre. Jean-Pierre Chevènement est nommé ministre de l’Intérieur. En juin 1997. 248 et s. Il avait su en effet. 209 . L’autre est pour ou contre la police ou les policiers. vous le savez. p. cette stratégie tournée en dérision lors d’un déplacement du ministre de l’Intérieur à Toulouse en 2003 ne visent nullement. et de la lecture des travaux faits par les chercheurs étrangers s’est dégagé l’intérêt qu’il y avait à engager les forces de sécurité vers ce qui s’est appelé la « police de proximité ». Acte courageux que de nommer un sociologue à proximité des hauts décideurs du ministère 2. mais à ancrer la police sur un territoire. tant dans les actions de prévention que de répression. des voyages d’étude également. Le rapport à l’autre s’établit non en termes de compréhension. Ce style de police. Il ne faut pas en effet sousestimer la difficulté qu’il y a pour un non-policier de s’exprimer devant un auditoire policier qui guette les indices permettant de dire dans quel camp se range l’intervenant. gagner le respect et l’écoute de beaucoup de policiers. d’échanges. On est policier ou on ne l’est pas. M. il affirme qu’à défaut de contenu substantiel des savoirs et des tâches. notamment au Québec. la contribution de Gilles Sanson sur le rôle de D. Dominique a d’ailleurs expliqué cette distance qu’a souvent le policier visà-vis du non-policier. mais en termes d’alliances. ce qui n’est pas chose facile étant donné la clôture et la méfiance de l’institution. Gilles Sanson est nommé directeur de la sécurité publique avec pour mission de la mettre en place. terme que la droite n’avait pas totalement écarté de son vocabulaire. J’ai dit « acte courageux ». est réactualisée. à faire du policier un travailleur social.

La profession. que tous les chercheurs ne peuvent ignorer. une remunicipalisation de la police urbaine bien encadrée ne doit pas être écartée a priori.le sociologue. Comme tous les grands livres. elle est au sommet du triangle décrit 210 . Voilà pourquoi il faut nous demander si le ressort d’un nouveau service de sécurité de proximité ne doit pas d’abord être assis sur une demande sociale véritable. pourtant mieux rétribuée que d’autres services publics également inertes. avait réussi à surmonter cette barrière et créé avec les hommes ouverts une relation de confiance. aucune dynamique d’évolution ne pourra réellement s’engager. j’ai feuilleté à nouveau le livre intitulé Ce que fait la police. la politique et la police pénétration de ses analyses. actuellement absent. quand on constate les désordres résultant de l’action policière fondée sur une politique sommaire de « résultat ». peut amener l’institution à se remettre en question et répondre à l’attente du citoyen. Dominique développait sa conception de ce que devrait être selon lui une police démocratique. Cette demande sociale s’exprime dans les pays anglo-saxons à travers notamment des structures décentralisées. Aussi. C’est pour cela que Dominique Monjardet introduit dans ce face-à-face un tiers. un livre fondateur Pour conclure. faisait la synthèse des travaux de Dominique. Dans son dernier chapitre « Police et démocratie ». que je résume ainsi : tant que l’organisation policière et l’État resteront face à face. et que les hommes politiques devraient lire avant de prétendre diriger la police. Pour préparer cette rencontre. à savoir la « demande sociale » qui. car sa culture professionnelle ne la prédispose pas à fonder sa légitimité sur la confiance que peut lui donner le citoyen. publié il y a dix ans déjà. l’honnêteté de sa démarche. qui. il demeure infiniment d’actualité. je voudrais dire ceci. Je puis dire que c’est un livre fondateur. l’empathie que l’on ressentait dans les échanges. Car que voyons-nous aujourd’hui ? La police du quotidien continue à surplomber la société . L’État républicain centralisé ne semble pas en mesure de mettre en mouvement cette institution par les seules injonctions législatives et réglementaires ou par des aménagements organisationnels. seule. Ce que fait la police. sait absorber à son profit les avantages et neutraliser l’impulsion qui lui est donnée.

» Dominique Monjardet. mais on en mesure la difficulté. Pour finir. parce que le mouvement vers celle-ci est le mouvement même de la société s’efforçant de vivre au plus près de ses principes.les années 1980 et les premières années de l’institut des hautes études… en conclusion du livre de Dominique. On la voit agir dans les banlieues avec les résultats que l’on sait. Flatter les membres de l’institution et instaurer la culture du résultat ne sont pas des ingrédients suffisants pour chasser l’insécurité. par ses travaux. Pour autant. compte tenu de ce qu’est notre organisation publique et les enjeux autour de la sécurité. je voudrais citer cette phrase par laquelle il montrait la limite de son ouvrage tout orienté par la volonté de briser l’opacité de l’institution : « Plus généralement encore. afin que Dominique soit encore plus présent parmi nous aujourd’hui. a eu le grand mérite de contribuer à atténuer cette opacité. La société est par définition contradictoire. toute police est opaque parce que nos sociétés sont divisées et qu’une société ne vit selon ses principes et ne peut instituer en principe ce qu’elle vit. comme le disait Dominique. Placer la police urbaine au cœur de la société est sans doute la voie à suivre. il est légitime d’attendre de la police la plus grande transparence possible. . Nous en avons aujourd’hui encore une illustration avec la mise sous le boisseau de la recherche à l’INHES. si l’idée d’une police transparente est une utopie de quelque façon absurde.

Mais j’étais un juriste très attiré par la science politique et je m’éloignais progressivement du droit au cours de la seconde moitié des années 1960. 212 . J’ai. comme quelques autres. évoquer en premier lieu la manière dont j’ai moi-même « découvert les questions policières » afin de dire quel rôle y a joué Dominique Monjardet. Il n’est peut-être pas inutile de souligner qu’un étudiant en droit formé dans les années 1960 n’était pas ignorant des questions de police qu’il rencontrait sous des angles divers dans plusieurs cours (droit administratif.5 Dominique Monjardet et la (re)découverte des questions policières par la science politique par Pierre Favre 1 Je souhaite. IEP de Grenoble. Comme la plupart des politistes de ma génération (je suis né en 1941). Dans un deuxième temps de cette intervention. avec jusqu’à présent un succès limité. Cette formation juridique et l’attraction des grandes pensées du temps rendaient le jeune enseignant que j’étais très attentif au marxisme dans sa version althusserienne et poulantzasienne. Professeur de science politique. procédure pénale. libertés publiques. Les appareils idéologiques d’État définis par 1. tenté de convaincre les politistes qu’il était indispensable de faire de la police un des objets centraux de notre discipline. en cette journée de souvenir et de témoignage. il me faudra donc faire un bilan en demi-teinte de l’apport de Dominique Monjardet à la science politique. criminologie). L’idée que je pouvais avoir alors du caractère central en politique de la violence (d’une classe sur l’autre) et de la domination par l’appareil d’État était donc naturelle. je suis juriste de formation.

dont j’ai parlé. si j’ai ces quelques références en tête. Quant à moi. Les premiers travaux sur la police avec lesquels je suis en contact émanent de ce segment très particulier des études juridiques. de la citoyenneté… J’introduis tout naturellement dans ce cours un chapitre sur la police. ceux qui allaient se faire connaître au titre de l’école de la « Critique du droit » et qui commencent à publier la revue Procès à laquelle je fus longtemps abonné. Ce n’est qu’une dizaine d’années plus tard. Gleizal. Il est important pour la suite de ce récit de garder présent à l’esprit que ces juristes. las de consacrer un cours de « Grands problèmes politiques contemporains » (cours à l’intitulé vague longtemps classique en quatrième année de droit) à des analyses sur les partis et la vie politique. l’étude de la police ait pu apparaître comme une nécessité aux yeux de juristes en rupture avec les doctrines juridiques dominantes. travaillent sur la police bien avant que Dominique Monjardet commence ses premières recherches sur ce terrain.-J. se révèlent peu utilisables. En 1983 ou 1984. selon la formule de J. publie en 1974 sa thèse sur la Police nationale. les AIE. je n’aborde en rien dans cette période les questions de police. du rapport à l’autorité. que j’ai connu alors que nous faisions l’un et l’autre un DEA de droit public à Lyon. Je pourrais également utiliser les premiers travaux de mon collègue Jean-Louis Loubet del Bayle sur la police. car elles s’inscrivent dans une problématique très particulière inaccessible aux étudiants et à laquelle je n’adhère guère. Je n’avais pas envie d’expliquer par exemple.dominique monjardet et la (re)découverte des questions policières… Althusser étaient si connus qu’on les désignait par un sigle aujourd’hui bien oublié. et par exemple son article de 213 . de la socialisation par la famille et par l’école. Althusser ne négligeait pas pour autant les « appareils répressifs d’État » et donc la police. On comprend que. qui allaient eux aussi bientôt rejoindre la science politique. L’école de la « Critique du droit » n’a d’ailleurs eu que peu de postérité. Claude Journès commence à publier sur la police en Grande-Bretagne. dès cette époque. que « la police est une institution critique du droit ». que j’en viens à traiter de la police dans un enseignement (je suis alors professeur de science politique à la faculté de droit de l’université de Clermont-Ferrand). Mais sur quels travaux puis-je alors m’appuyer ? Les études néomarxistes des années 1970. alors que je suis devenu enseignant titulaire. Jean-Jacques Gleizal. je décide de le réorienter vers des questions plus sociétales autour de l’État.

l’interrogation constante sur le mode de fonctionnement des institutions et la mise au jour de ce que l’on peut observer et comprendre au-delà des apparences et des règles formelles. Connaissant son enquête sur les CRS. 1983) qui est très exactement la source dont j’avais besoin pour présenter la police aux étudiants. du moins en France. me pose problème. des affinités. le petit livre de La Découverte est une source idéale : il est une mine de renseignements. j’organise une table ronde sur la manifestation de rue pour le deuxième congrès de l’Association française de science politique qui se tient à Bordeaux en octobre. Mais le fait que l’auteur fasse sienne la problématique systémique. je demande à Dominique de 214 . Pour l’enseignant que j’étais. mais je ne le connais pas. Heureusement. À un certain moment. Ma rencontre avec celui que je ne savais pas encore être Dominique Monjardet est donc liée à mes activités pédagogiques et non à mes activités de chercheur (mon temps est à cette époque complètement investi dans une recherche sur l’histoire de la science politique en France). et d’ailleurs plus souvent moi que lui car il va rapidement devenir central dans le champ des recherches policières. il y a le livre de Pierre Demonque. Ma première rencontre personnelle avec Dominique reste sous le signe de son pseudonyme Pierre Demonque. À partir de cette date. la politique et la police 1981 dans la Revue française de science politique.le sociologue. nous allons souvent faire appel l’un à l’autre. le livre s’impose immédiatement. fortement mise en cause dans les années 1975 et qui n’est alors plus guère défendue (peut-être à tort) en science politique. Claude Journès organise à Lyon en mai 1986 une journée d’études sur la police où il me demande – déjà ! – de parler des « Apports et attentes de la science politique face à la police ». Les Policiers (La Découverte. des intérêts communs. d’une grande précision empirique et d’une clarté sans défaut. « La police dans le système politique ». au cours d’une première discussion. En 1988. On y trouve déjà la « signature » de Dominique Monjardet. de la discipline. Dominique est là. et nous sympathisons vite. je fais référence très favorablement au petit livre Les Policiers et dix doigts se tendent pour me montrer l’auteur dans la salle ! Nous avons le même âge. Pour un enseignant qui souhaite montrer à ses étudiants « comment ça fonctionne » à partir d’exemples concrets. Ces précurseurs des études de police en science politique (j’y reviendrai) me paraissent en marge des courants dominants.

Dès le premier numéro des Cahiers de la sécurité intérieure d’avril-juin 1990. j’organise un séminaire mensuel de chercheurs sur les violences qui se poursuivra pendant trois ans. je le dirai. nous montons un séminaire de troisième cycle sur la police – que Dominique poursuivra un an avec Frédéric Ocqueteau – où nous étions. En 1989. S’ouvre pour moi une longue période de collaboration suivie avec l’IHESI. Il me met en contact avec Jean-Claude Monet qui exposera au congrès puis dans le livre les conclusions de l’enquête administrative sur la manifestation des sidérurgistes du 23 mars 1979 marquée par de violents incidents. Je suis par exemple membre du comité de rédaction des Cahiers de la sécurité intérieure. face à la quinzaine d’étudiants qui y participaient. avant même la création officielle de l’IHESI. Vingt ans après. qui n’allait pas de soi dans le contexte de la sociologie politique de l’époque. Cet éclairage sur le maintien de l’ordre. à Neuilly puis rue Péclet. à un moment où pratiquement tous les travaux étrangers sur la manifestation se fondent sur des sources de presse extrêmement lacunaires. Cette intervention de Dominique Monjardet nous permet. les effets en sont encore très présents. de donner une ampleur et un ancrage empirique incomparables à ce terrain de recherche. et il me demandera d’être membre de l’éphémère Conseil scientifique qu’il présidera. J’y découvre un véritable océan documentaire que je ne soupçonnais pas et je vais y travailler quelques années. Lorsque je quitte Paris pour aller enseigner à l’IEP de Grenoble. Olivier Fillieule. etc. Durant l’année universitaire 2000-2001. qui allait devenir un des spécialistes internationalement reconnus des mouvements sociaux.dominique monjardet et la (re)découverte des questions policières… traiter du maintien de l’ordre et il contribuera au volume qui suivra par un chapitre sur « La manifestation du côté du maintien de l’ordre ». je participe aux sessions de formation. Dominique veut donner de la visibilité à ces travaux et publie mon rapport sur la violence dans les manifestations. la dernière où je serai en poste à Sciences Po-Paris. 215 . Je rencontre donc souvent Dominique. très complémentaires : lui très chercheur et moi très professeur… Ce séminaire reste dans mon souvenir l’un des plus intéressants que j’ai pu conduire. aura une notable influence dans la discipline. en y associant rapidement un jeune doctorant. Dominique demande à Jean-Marc Erbès de m’introduire à la Préfecture de police de Paris pour accéder aux sources policières sur la manifestation.

Comment expliquer alors la réception somme toute limitée des travaux de Dominique Monjardet en science politique ? Certes. 2004. Il reste que le succès ne suffit pas à instaurer une tradition. Olivier PHILIPPE.le sociologue. toute la richesse et toute la fécondité de son œuvre majeure. soit le quart de la promotion. in Éric DARRAS. la politique et la police je propose un cours à option « Police. Mais les études sur la police demeurent assez étroitement circonscrites. 216 . la science politique. ordre public. François DIEU. La Science politique une et multiple. On mesure le chemin entre l’année 1983 ou 1984 où je consacre un seul chapitre d’un cours à la police et les années 2000 où un cours entier ne me suffit pas à faire le tour des questions policières. Et ces étudiants connaissent tous le nom de Monjardet puisque j’y cite constamment ses travaux. Ce cours à option a un réel succès auprès des étudiants puisque jusqu’à une cinquantaine le suivent. Ce constat en demi-teinte révèle un paradoxe qu’il faut détailler. « Un objet (longtemps) négligé de la science politique : les institutions de coercition ». insécurité ». Les recherches sur la police en science politique restent peu nombreuses . s’agissant de la place des références à la police dans la science politique française. il y a quelques années. François Dieu en a fait récemment un bilan équilibré auquel on pourra se reporter 2. dont un seul directeur de thèse (JeanLouis Loubet del Bayle. en dehors de celui de Grenoble 2. dans un long compte rendu de Ce que fait la police à la Revue française de sociologie. on en fera d’abord brièvement le bilan. le cours n’est repris par aucun enseignant. On mesure à ce bref récit combien le rôle de Dominique Monjardet dans ma propre appropriation des recherches sur la police a été central. la situation actuelle est sans commune mesure avec celle des années 1980. Il y a en premier lieu peu de thèses de science politique qui prennent pour objet la police : on en compte une quinzaine depuis les années 1990. À mon départ pour la retraite. Paris. Et pourquoi les étudiants de science politique voudraient-ils s’engager dans la préparation d’une thèse sur la police alors qu’ils n’ont pas de cours sur la police ? En science politique. Il me faut maintenant m’interroger sur ce qu’il en est à l’échelle de la discipline à laquelle j’appartiens. dont l’approche doit peu à Monjardet) a dirigé plus de la moitié. Mais je suis resté jusque-là sur un plan personnel (je le devais à Dominique). L’Harmattan. J’ai d’ailleurs tenu à dire.

sous un autre angle. 217 . Paris. par Cédric Moreau de Bellaing 4 dans sa thèse. Cédric MOREAU DE BELLAING. il semble qu’il y ait de plus en plus de mémoires consacrés aux questions de police et de sécurité. Les travaux précurseurs de Dominique dans les années 1985 ont ici amplement porté leurs fruits. seule l’université de Toulouse dispense des cours sur la police. Fabien JOBARD. considérables. Quant aux recherches. même s’il y a été toujours attentif : ceux. elles sont. On pense bien sûr à tous les travaux sur le maintien de l’ordre : il suffira de citer l’important livre. me semble-t-il. l’influence de Dominique n’est pas directe au sens où il n’y a pas emprunt de problématique : Dominique reste largement. La Découverte. Bavures policières ? La force publique et ses usages. IEP de Paris. sur les pratiques policières). thèse de doctorat. Son intérêt pour la police s’est toujours accompagné d’une vigilance pointilleuse à l’égard de tous les « dérapages » éventuels. Je garde ainsi la trace d’une intervention qu’il m’avait demandé de faire en 1998 au sujet de la composition prévue pour le conseil de déontologie policière qui le préoccupait beaucoup. effectuée par Fabien Jobard 3 et. le sociologue des professions qu’il a été durant les quinze premières années de sa carrière de chercheur. dirigé par Olivier Fillieule et Donatella della Porta. 2006. portent aussi l’empreinte de Dominique. Dans ces deux domaines. Mais le rôle de Dominique a été décisif en ce qu’il a montré le chemin (sur le maintien de l’ordre. Par contre. 2002. de Sebastian Roché sur l’insécurité (Sebastian Roché qui a publié d’importants articles dans la Revue française de science 3. fortement redevables à l’influence de Dominique Monjardet. « La police dans l’État de droit : les dispositifs de formation initiale et de contrôle interne de la Police nationale dans la France contemporaine ». L’étude des « bavures » policières. que les Presses de Sciences Po ont publié en 2006 et qui a sa source lointaine dans un colloque de l’IHESI : Police et manifestants. 4. ou plus justement des violences policières illégitimes. et en ce qu’il a aidé à leur réalisation par tous les moyens dont il pouvait disposer. Le rôle de Dominique dans une suite d’autres travaux de politistes est sans doute moindre.dominique monjardet et la (re)découverte des questions policières… que j’ai assuré cinq ans. et cette approche est peu pratiquée en science politique. ce qui est de bon augure. dans deux directions. Maintien de l’ordre et gestion des conflits. en ce qu’il a constamment fait savoir combien ces recherches lui importaient et qu’il les a donc légitimées.

d’une part en étudiant ceux qui sont en charge de cet usage (en France. La prise en considération de la police devrait en effet être au cœur des interrogations de science politique. et la police criminelle qui assure la répression du crime. La police estelle bien « un mécanisme de distribution dans la société d’une force justifiée par une situation ». Si l’on ajoute. Cette définition devrait immédiatement conduire ceux qui l’utilisent à caractériser ce « monopole de l’usage légitime de la force ». on le voit. ceux de Didier Bigo sur la coopération policière européenne. Il est ainsi d’usage constant dans la discipline de faire référence à la définition wébérienne de l’État caractérisé par le monopole de l’usage légitime de la force. pour dire vite. mais elles se cristallisent sur quelques aspects privilégiés et restent difficiles à fédérer sinon à unifier. On sait que Dominique Monjardet distinguait la police d’ordre. tout cela devrait faire de la police un enjeu majeur de la réflexion politologique. ce qui n’est après tout qu’un déplacement de la définition wébérienne ? Même si l’on ne remonte pas à la définition de Weber. une simple énumération des missions de la police montre suffisamment que la police est au cœur du politique. ceux de Benoît Dupont sur la police australienne. qui précisément « maintient l’ordre ».le sociologue. et donc éminemment politique. la police de sécurité. les policiers et les gendarmes) et d’autre part en examinant plus au fond ce qu’est cet usage de la force. la politique et la police politique et donc explicitement situé ses recherches dans la science politique). Dans ce rapport un peu distendu avec l’objet police. pour ne citer que ceux-là. ceux de François Dieu sur les politiques publiques de sécurité et sur la gendarmerie. ce que Dominique appelait la police de souveraineté (avec notamment les Renseignements généraux) et si l’on songe à l’importance du ministère de l’Intérieur dans la hiérarchie gouvernementale. Tout cela est éminemment de l’ordre du collectif et du travail public. en charge de la sécurité publique. revisitée par Fabien Jobard. la science politique est dans une situation paradoxale. les recherches de science politique sur la police sont notables. On s’attendrait par exemple que la fameuse « dispute » entre Bittner et Brodeur. Au total. sur la définition de la police soit commentée par les politistes. N’est-il pas significatif que l’un des tout derniers articles écrits par Dominique Monjardet soit de part en part un texte de science politique que l’on aurait pu souhaiter voir paraître dans la Revue française de science politique où il aurait été parfaitement à sa place (je fais 218 .

Il n’est que de dépouiller la revue de Pierre Bourdieu. travaux sur les relations internationales… Il ne reste plus guère de place pour l’objet 219 . il n’est plus utile de distinguer entre violence légitime et violence illégitime. 7 mai 2002-30 mars 2004 »). Le paradoxe est qu’à dire ainsi la domination et la violence omniprésentes dans notre société. Il ne s’agit d’ailleurs pas de dire ici que la science politique devrait multiplier les recherches sur la police : les politistes français ne sont pas très nombreux (400 chercheurs et enseignants environ) et les terrains qu’ils devraient étudier dépassent de loin leur capacité collective de travail. Actes de la recherche en sciences sociales. alors que les sources disponibles sont maintenant nombreuses et de qualité (qu’on songe par exemple aux « grands textes de la recherche anglo-saxonne » réunis par Jean-Paul Brodeur et Dominique Monjardet sous le titre Connaître la police).dominique monjardet et la (re)découverte des questions policières… référence à « Comment apprécier une politique policière ? Le premier ministère Sarkozy. entre régime démocratique et régime autoritaire. travaux historiques des tenants de la sociohistoire du politique. On évoquera brièvement pour terminer quelques-unes des raisons pour lesquelles la police n’est pas couramment prise en compte dans les analyses de science politique. Une part notable des politistes demeure proche des positions sociologiques de Pierre Bourdieu. Un grand nombre d’autres politistes sont absorbés par des terrains d’enquête spécifiques. il les considère essentiellement dans leur dimension symbolique. Il n’est donc pas nécessaire d’étudier au concret le travail policier ni d’ailleurs d’accorder de l’intérêt aux mécanismes institutionnels qui différencient les régimes. entre répression physique et répression symbolique. dont on sait que s’il attache une importance décisive aux mécanismes de domination dans la société. Les politistes se réclamant de Bourdieu n’ont donc guère d’inclination à se pencher sur les travaux de Dominique Monjardet. travaux sur les décisions publiques des spécialistes de politiques publiques. contrairement à ce qui semblerait de la nature de son objet. La science politique est en premier lieu une discipline structurée peut-être plus qu’une autre autour de problématiques souvent exclusives et qui balisent les terrains d’enquête de manière parfois rigide. pour constater que depuis 1975 et dans ses 160 numéros aucun article ne concerne la police (en dehors des articles engagés de Loïc Wacquant sur la « tolérance zéro » aux États-Unis). Mais il est plus étrange que la référence même à la police soit encore si rare.

De surcroît. qui ont tout naturellement un fort sentiment de leur antériorité dans le champ. la politique et la police police ! On comprend que ce n’est que dans la seule mouvance de l’étude des mouvements sociaux ou dans la suite de travaux sur la violence (comme ceux conduits par Philippe Braud) qu’une attention aux missions de police puisse se faire jour. ne commence à publier sur la police qu’en 1983 et ne le fait systématiquement et massivement qu’à partir de 1985. Les « précurseurs ». Une explication plus spécifique du caractère limité de l’influence de Dominique Monjardet réside dans l’histoire même de la discipline. ces précurseurs restent en marge de la science politique française. Il ne concevait pas d’étude sans terrain. La Police nationale : droit et pratique policière en France. Il suffit de souligner en regard combien la sociologie de Dominique Monjardet est chevillée aux enquêtes empiriques. Il faut garder présente à l’esprit la chronologie des études de police en science politique. sa première préoccupation a été celle de l’enquête que mèneraient les étudiants. me semble enfin souffrir d’une survalorisation de la théorie et corollairement d’une minoration du travail empirique. Dominique n’est pas ici le « père fondateur » sur le terrain policier qu’il est certainement dans la sociologie française.le sociologue. Il obtint que nos étudiants puissent suivre certains des 5. du moins jusqu’à une date récente. lui. Cet ordre d’entrée en scène a des conséquences importantes. Lorsque nous avons conçu ensemble notre séminaire de troisième cycle de l’IEP sur la police. pour des raisons diverses qu’il n’est pas possible de rapporter ici. Ce n’est cependant pas le lieu de s’en expliquer. Dominique. 1974. Leur problématique est déjà constituée et ne va pas être remise en cause. Les « pères fondateurs » des études de police en science politique française font paraître leurs premiers travaux ou créent des centres de recherche dans les années 1970 : on peut rappeler que JeanJacques Gleizal publie son livre sur la police en 1974 5 et que Jean-Louis Loubet del Bayle crée dès 1976 le Centre d’études sur la police de Toulouse. Presses universitaires de Grenoble. 220 . La science politique française. vont peu relayer les travaux de Dominique Monjardet. Jean-Jacques GLEIZAL. Il faudra attendre finalement une autre génération pour que Dominique donne un nouvel élan aux études de science politique sur la police et qu’il y ait donc re-découverte de la police par la science politique française.

Comme j’insistais – c’était en novembre 2005 –. Il conclut : « J’arrive au moment où la conscience du temps disponible commence à se faire aiguë. Dominique refuse en faisant état de sa « fureur » face à ce rapport où le matériel empirique disparaît au profit d’une « parade théorique » où l’auteur parle davantage de ses lectures des auteurs qu’il faut connaître que du rare terrain d’enquête auquel il a eu accès. ce temps disponible lui était effroyablement compté.dominique monjardet et la (re)découverte des questions policières… cours de l’École des gardiens de la paix de Vincennes et soient donc à même de connaître de l’intérieur le mode de formation des policiers. plus portés à mettre en valeur le brio théorique que la solidité des données recueillies sur le terrain. » Hélas. Un de nos derniers échanges professionnels porte précisément sur cet aspect de la pratique scientifique des politistes qui l’irritait profondément. il me dit ne plus se sentir le courage de monter une fois de plus au créneau. Je souhaitais sa présence au jury d’un doctorant qui avait rédigé antérieurement un rapport pour l’IHESI. . Ce n’est évidemment pas la pratique dominante des séminaires de recherches en science politique.

Ma chance fut de rencontrer Dominique Monjardet et René Lévy qui. pour eux les policiers sont au mieux transparents au pire des « fascistes » ou des SS. où la science politique et la sociologie sont bien représentées – parce que l’une était sa discipline et l’autre était proche de ses préoccupations –. Historien. cette solidarité se sont doublés d’une réelle curiosité. l’histoire soit totalement absente. Sans vous imposer une « ego histoire » déplacée. de ce fait. professeur à l’Université de Bourgogne. 1. donc pour le dire vite un objet très incorrect politiquement qui. Membre du CESDIP. je voudrais simplement porter témoignage et m’acquitter d’une dette que j’ai contractée à l’égard de Dominique Monjardet.6 La contribution de Dominique Monjardet à la recherche historique sur les polices par Jean-Marc Berlière 1 Historien de la police. évoquée par ceux qui viennent de s’exprimer. Les historiens qui utilisent les rapports et archives de police ne s’intéressent qu’à la « répression » et à ses victimes . notamment dans ma propre paroisse où la police est essentiellement considérée comme un instrument oppressif et répressif. n’a même pas de légitimité scientifique. au début des années 1980. pour être de « la paroisse d’à côté » ne m’en ont pas moins accueilli et encouragé dans mes recherches. mais l’histoire de la police aussi. Je ne voudrais pas que dans cette enceinte. je voudrais rappeler que lorsque « j’entre en police » (!). Il y aurait quelque injustice à cela. Ce soutien. je connais cette solitude. 222 . J’ai été d’autant plus touché et ému de sa disparition que je lui dois beaucoup.

mais curieusement – peut-être parce qu’on a le temps pour nous. mais avec l’impulsion et les encouragements de Dominique Monjardet. ce travail. pratiques du maintien de l’ordre. et avec l’aide de Catherine Gorgeon. considéré comme un modèle du genre et des actions et partenariats que la BNF souhaitait développer dans le domaine de l’histoire. correspondant aux avatars résultant des alternances démocratiques. on percevait très mal un certain nombre de questions qu’il souhaitait voir poser à la police : professionnalisation. J’en veux pour preuve ce qu’écrivait Pierre Demonque – je ne savais pas non plus que c’était Dominique Monjardet et j’ai mis très longtemps à le comprendre – dans ce livre « fondateur » pour moi – Les Policiers – qui déplorait que l’on ignore tout des débuts et des étapes de la « professionnalisation » policière. DEA et mémoires de maîtrise) ont stimulé la recherche historique sur les acteurs et les services œuvrant dans le champ embrassé par l’IHESI. ouvert à tous et sans enjeu universitaire a réuni une quarantaine de chercheurs de tous niveaux et de tous horizons pendant deux à trois ans.-M. Faute d’études historiques sur la police. Treize ans plus tard. après bien des péripéties et des aléas dont il vaut mieux rire. poids des années noires de Vichy. Ce projet. Ces récits de vie. finalisés. Erbès – un certain nombre de choses que Dominique Monjardet avait initiées ont trouvé leur terme. etc. s’est 223 . ont été également déposés à la BNF à la disposition des chercheurs. comme le disait J. Pour faire très bref. mais aussi syndicalisme. Certes.la contribution de dominique monjardet à la recherche historique… Dominique Monjardet s’est toujours montré très friand et demandeur d’une histoire dont il déplorait l’absence qui privait le sociologue d’une perception claire du poids des héritages. Un séminaire historique. je voudrais rappeler que grâce à JeanMarc Erbès. En bon sociologue. Des « prix » attribués à des travaux à dominante historique (thèses. il m’avait fait part en 1993 de l’intérêt qu’il y aurait à recueillir à une assez grande échelle des récits de vie de policiers. l’IHESI a connu dans les années qui ont suivi ces politiques de « stop and go ». n’hésitant pas à jouer le rôle d’un catalyseur. il y a eu un vrai travail historique accompli au sein de l’IHESI dont il était le conseiller avisé. relancé et encouragé par Jean-Claude Karsenty a pu enfin être mené à bout grâce à un contrat signé entre l’IHESI et le CESDIP et remis à l’INHES en 2006.

Je pense que Dominique Monjardet serait content de voir son idée matérialisée. Je tenais à le dire publiquement dans cette journée qui lui est consacrée. finalement.le sociologue. le paradoxe tient au fait que. la politique et la police achevé par deux journées d’études organisées à la BNF fin mai 2007 2. BERLIÈRE et R. Paris. à paraître. c’est en partie grâce à Dominique Monjardet. le retard accumulé. la police et la gendarmerie sont devenues des objets légitimes de recherche : les jeunes historiens ont investi sans complexe le champ policier. D’autant qu’il n’aurait pas été dépaysé ! En effet. n’aura pas été tout à fait du temps perdu. L’Historien. et son esprit toujours critique nous manque dans ce colloque. J. Plusieurs thèses vont être soutenues cette année. le sociologue et le témoin. En dépit du retard accumulé par l’histoire sur les autres sciences sociales. résultat du « stop and go » évoqué plus haut. d’autres vont suivre et. Archives orales et récits de vie : usages et problèmes. maîtrises et masters se multiplient. L’Harmattan. . Et si la police n’est plus une inconnue de la science historique française.-M. l’Institut qui a conçu le projet et l’a financé n’est pas du bal final. 2. LÉVY (dir. s’il a permis de faire l’économie de l’hypothèque foucaldienne. parce que le nouveau directeur de l’INHES s’est désintéressé de ce projet de dialogue entre sociologues et historiens autour des problèmes soulevés par le témoignage… Un épisode qui nous rajeunit et nous prouve que le pessimisme de Dominique Monjardet sur l’inconstance de l’effort de l’institution dans sa « volonté de connaître » était hélas lucide et réaliste… Mais d’autres graines semées avec son aide portent également leurs fruits. Les thèses.).

ses paradigmes. dans l’espace et dans le temps. ou d’engagements proprement politiques. communistes ou gauchistes. sans relever tous ou nécessairement de la pensée critique. en valorisant la figure de l’intellectuel. ses colloques. aux États-Unis. directeur du CADIS. et l’idée même de l’étudier paraissait incongrue – si elle ne l’avait pas été. en France. après la Seconde Guerre mondiale. Or. où l’étude rigoureuse de la police et des policiers relevait depuis longtemps déjà d’un champ relativement développé. avec ses têtes de file. Policing and Society. d’une conception très française du rôle de la recherche en sciences sociales et de l’engagement du chercheur. au Royaume-Uni. elle aurait été suspecte. participant au débat public. ses courants. contribuant à la vie de la Cité bien au-delà de son seul milieu professionnel et de ses activités d’enseignement. À quoi tenait. Il en allait différemment dans d’autres sociétés. et la définition des uns et des autres est susceptible de varier. the American Journal of Police. au Canada et dans de nombreux pays du monde dit « anglosaxon ». the Australian Police Journal. ses revues – Police Studies. alors particulièrement vigoureux. La sociologie française s’est relancée. etc. en France. du marxisme. Ainsi. dans les années 1970. 225 . les sociologues parmi les 1. la police n’intéressait guère les sociologues. Sociologue.7 Comment rendre respectable un sujet sale ? par Michel Wieviorka 1 La recherche en sciences sociales a ses sujets nobles et ses sujets sales. EHESS. la disqualification de la police comme enjeu de recherches sociologiques ? L’explication est peut-être au carrefour de logiques politiques.

Je faisais partie du comité de rédaction de la revue Sociologie du travail lorsqu’il nous proposa de préparer le numéro « Spécial police » (1985) qui. qu’il a ainsi défriché un champ important. L’intelligence de Dominique Monjardet fut d’avoir été le premier. 1983). ou bien encore de vives sympathies à l’égard des mouvements contestataires. il fallait au chercheur une singulière force morale pour échapper aux images réduisant la police à n’être qu’un instrument plus ou moins brutal au service des dominants. en particulier du fait des résistances des appareils policiers à s’ouvrir autant qu’il l’aurait voulu.le sociologue. du pouvoir de l’État et de ses appareils répressifs ou idéologiques. et courageuse. et j’avais trouvé son idée profondément neuve. sans rien perdre de ses convictions politiques. la sortie d’une époque dominée dans mon univers idéologique et politique par un gauchisme qui ne pouvait que se désintéresser d’un sujet aussi répugnant que la police et ses flics. Symétriquement. aujourd’hui. les plus susceptibles de défricher des champs nouveaux se situaient nettement à gauche. et certainement hostile aux mouvements sociaux. et à avoir perçu l’importance et la complexité du domaine pratiquement inexploré par les sciences sociales françaises que constituait alors la police. L’impact du structuralisme ne commençait qu’à s’affaiblir. et longtemps le seul. des interlocuteurs ouverts et eux aussi courageux et novateurs. et participaient à un bouillonnement intellectuel qui témoignait constamment d’une critique de l’ordre. la politique et la police plus novateurs. et Louis Althusser ou Michel Foucault constituaient des références pour beaucoup encore incontournables. mais également trouver. La création de l’Institut des hautes études de la 226 . Il avait su non seulement se mobiliser. aux yeux des responsables policiers. qu’il se jouait quelque chose de nouveau dans la vie intellectuelle de notre pays. la préparation de ce numéro fut le signe. c’est le moins qu’on puisse dire. allait véritablement rendre légitime la sociologie du travail policier au sein de notre corporation. La Découverte. aussi. côté police. Pour moi. et qu’il lui a apporté ses lettres de noblesse – même si cela ne fut pas toujours facile. à commencer par Jean-Marc Erbès. à rompre avec les pesanteurs de son temps. Personne ne doute. Dans ce climat. qui l’associaient vite au gauchisme le plus débridé. la recherche en sciences sociales n’avait pas vraiment bonne presse. de la domination. avec la publication de son petit livre Les Policiers (sous le pseudonyme de Pierre Demonque.

leurs représentations du monde. Dominique Monjardet fut pour de nombreux chercheurs et aussi d’acteurs. avec des hauts et des bas. Leur discours a de la force et. Les policiers. de policiers. Et. tout en préservant de bonnes relations avec ses contacts policiers et en devenant même une pièce du dispositif institutionnel de la police. Faute de quoi il devient un 227 . dans une collection que je dirigeais aux Éditions La Découverte. un sens aigu des personnes et des situations. qui demeure la référence obligée sur le travail policier. mieux encore. leur pratique a souvent de quoi impressionner le sociologue autorisé à les suivre. et pas seulement de l’institution policière. constituent un univers à bien des égards fascinant. à ne jamais être plus. une obstination. dès qu’on fait l’effort d’aller vers eux pour connaître leur travail. ou bien encore m’aidant pratiquement et intellectuellement à monter une intervention sociologique dans laquelle un groupe d’une dizaine de policiers allaient réfléchir au thème « police et racisme ». Ce que fait la police. Je le revois encore. qu’en position de recherche. sur le terrain. sa capacité à demeurer un esprit critique. de développement et d’institutionnalisation de la recherche sur la police. un interlocuteur incontournable. et si centrale du point de vue du pouvoir politique. Par ailleurs. tout au long des années qui s’ensuivirent. être accepté au sein d’une institution si sensible. dans lequel. Pour conserver sa liberté de pensée. son grand livre. et. et s’identifier à ceux qu’il étudiait ? La connaissance que j’ai pu avoir. n’ont pas dû être toujours très faciles pour lui. sa distance réflexive. il faut qu’il ait une personnalité particulièrement solide. intervenant dans un séminaire où des responsables du logement social et des politiques de la ville ne perdaient pas une bribe de son propos. pour pouvoir accéder à l’information. En défrichant ainsi un nouveau domaine. ou toute autre dimension de la police. le chercheur doit gagner la confiance de ses interlocuteurs policiers à différents niveaux de la hiérarchie. m’incite à dire que les choses. ici. ou d’accompagnement à la recherche. par exemple. il joua le rôle décisif. et qui a tôt fait de séduire celui ou celle qui les accompagne ou les visite. Et je fus particulièrement heureux quand je parvins à le convaincre de rédiger et de publier.comment rendre respectable un sujet sale ? sécurité intérieure fut une étape décisive de ce processus de reconnaissance. Dominique Monjardet courait de grands risques : n’allait-il pas en quelque sorte basculer du côté de son objet. notamment grâce à lui. et les policiers. responsables de politiques en tous genres. aussi. ou moins.

et en même temps diplomate. . et avec lui un des meilleurs connaisseurs de la police. tout à la fois. se mettre au service de la production de connaissances. Ce fut là encore la force et l’originalité de Dominique Monjardet que d’être. et j’ai pu alors souvent constater comment il savait être ferme. grande figure canadienne de la criminologie. en l’avalant ou en le rejetant. la politique et la police intellectuel organique de l’institution. et résister aux innombrables pressions qui explicitement ou non auraient pu le détourner de cette mission. des travaux et toute une vie intellectuelle étrangère que nous ignorions. pour leurs travaux.le sociologue. le meilleur chercheur français sur la police en même temps qu’un participant actif et reconnu à une vie intellectuelle véritablement planétaire. du moins aux débats et à la réflexion internationale – il vaudrait mieux dire : globale. C’est à une communauté de chercheurs à la fois française et internationale qu’il manque. au sein de leur propre société. outre leurs idées communes. par son apport personnel. avec la participation sinon à la recherche. et nécessaire. en même temps qu’il a contribué. a débouché sur d’importantes publications. Il a ainsi fait connaître en France. où il a longtemps exercé un rôle majeur. Son amitié complice avec Jean-Paul Brodeur. un idéologue. Les sociologues en France n’ont pas toujours suffisamment le souci de conjuguer l’ancrage légitime. à installer la sociologie française sur la police dans le concert international. Dominique Monjardet m’avait fait l’amitié de m’inviter à participer au conseil scientifique de l’IHESI.

C. C’est pour cette raison que nous lui avons demandé de resituer les objectifs et résultats des différentes enquêtes « cohorte ». Elle a été étroitement associée à chacune des interrogations et des analyses suivantes jusqu’à la dernière en 2004. Cf. l’ont réussi et sont entrés à l’école de police) à partir de motivations très diverses et avec un niveau d’information très inégal (voire pour les mieux renseignés pas forcément exact) sur la réalité des tâches et des activités qui constituent le métier de gardien de la paix. une profession.8 La « cohorte de gardiens de la paix » : quels apports pour la connaissance de la culture professionnelle des policiers ? par Catherine Gorgeon 1 Pourquoi et comment devient-on un gardien de la paix ? Naissance d’un projet scientifique L’intention initiale de cette recherche était de nous concentrer sur les modalités. voire une entreprise donnée. P. C’est-à-dire étudier le processus par lequel les membres d’une population initiale très hétérogène. Sociologie des professions. Catherine Gorgeon a été. avec Barbara Jankowski. 2. Elle a été avec Dominique Monjardet une des chevilles ouvrières de la mise en œuvre et des premières interrogations de l’étude sur la 121e promotion. responsable de l’animation de la recherche à l’IHESI de 1990 à 1995. DUBAR. À ce titre. Elle est aujourd’hui responsable de la Mission Recherche de La Poste. 229 . Elle y a été embauchée par Dominique Monjardet qui y assurait alors les fonctions de conseiller scientifique. étapes et contenu de la socialisation professionnelle 2 de certains policiers. elle a mené pendant toute cette période des travaux de recherche sur la police et les questions de sécurité. les gardiens de la paix. composée d’un ensemble de jeunes gens et de jeunes filles ayant opté pour ce choix professionnel (ils ont passé le concours. TRIPIER. 2003. Armand Colin. en viennent 1. Paris. Entendue comme l’ensemble des processus formels et informels par lequel un individu acquiert les traits culturels et sociaux propres à un corps de métier.

quels conseils. La deuxième dimension de la question est celle de la rencontre. seule l’étude sur la durée permet d’intégrer une dimension essentielle. entre hasard. celle de l’ancienneté professionnelle. comment vit-on sa scolarité ? Quelles sont les parts respectives de la vocation. des priorités qu’elle définit. On 230 . des valeurs qu’elle sert. une culture professionnelle policière ? Pour y parvenir. s’acquièrent les éléments d’une culture professionnelle commune et se constitue une image de soi et des autres (eux et nous). construite par la manière dont les uns et les autres s’approprient cette condition professionnelle et sociale : être policier. parfois la confrontation. La notion de socialisation professionnelle désigne ce parcours au long duquel s’intériorisent les normes informelles du collectif de travail. habiletés et savoir-faire. idéal juvénile. la politique et la police progressivement à adopter. du hasard. à se définir et à se reconnaître comme tels. En effet. ce que Dominique Monjardet nommait les « outils du métier ». à cerner (déconstruire puis reconstruire) une question obsédante parce qu’il l’avait beaucoup rencontrée dans la littérature anglo-saxonne : existe-t-il.le sociologue. de la raison. de la résignation ? C’est ici l’orientation professionnelle initiale qui est questionnée. Pour Dominique Monjardet. entre ces mobiles initiaux et la réalité du métier et des conditions de son exercice. des missions de l’institution policière. l’étude de ce processus nécessite le recueil de données longitudinales permettant d’observer cette structuration. de quelles informations. calcul rationnel. Devenir policier est un processus au cours duquel s’acquièrent à la fois des connaissances. dans l’institution. mais aussi les représentations du rôle de policier dans la vie sociale. quelles attentes ? Pourquoi intègre-t-on l’école de formation. Par définition. cette recherche visait. La première relève du choix de cette profession (ou de cet emploi) : comment une jeune fille ou un jeune homme décidet-elle/il de s’inscrire et de passer les épreuves d’un concours de la police nationale ? À partir de quelles motivations. plus largement. il lui fallait se donner réellement les moyens de répondre à une question en apparence simple mais très compliquée à mettre en œuvre en réalité : comment « devient-on » policier au fil du temps ? Cette question comporte deux dimensions. routine familiale. savoirs. endosser une identité professionnelle de « policiers ». et si oui quels en sont les contours.

Anderson Publishing. la socialisation professionnelle dans la police et la satisfaction au travail était quantitativement abondante 3 mais demeurait sociologiquement assez pauvre. attentes et motivations des nouvelles recrues policières 4. d’autre part. voir C. 231 . qui avaient eu le mérite d’insister sur la diversité des attitudes. avec des méthodes plus quantitatives que celles des Nord-Américains. CRANK. MONJARDET. des épreuves des affectations successives ou des défis rencontrés. Criminologie. l’état des connaissances est loin d’être nul sur la question. L’essentiel des références est anglo-saxon et pose donc la question de leur transposition. 3. 1998. 2. Dès le départ donc. du fait des acquis de l’expérience. la littérature sur les « valeurs » des policiers. 4. Dominique Monjardet retient que : 3. Cf. de dégager des axes structurants. comme nous. Revue française de sociologie. sur la diversité du milieu professionnel policier et le pluralisme des orientations qui s’y expriment. déjà anciens. comme Monjardet le déplorait lui-même. 1994. 5. Les travaux plus récents insistent au contraire. selon que l’on a connu une ou plusieurs affectations. L’état du savoir sociologique de l’époque sur l’objet Au moment où nous initions. GORGEON. ces axes structurants ont. « Socialisation professionnelle des policiers : le rôle de l’école ». P. 1996. cet ambitieux suivi d’une cohorte de gardiens de la paix.la « cohorte de gardiens de la paix »… n’est pas le même policier selon que l’on a trois. « La culture professionnelle des policiers ». de fortes chances d’évoluer au fil du temps. Understanding Police Culture. Voir notamment la synthèse tentée par J. au début des années 1990. Mais. Toutefois. 393-411. XXXIX. p. dix ou quinze années d’expérience. il existe quelques travaux français. c’est-à-dire des objets thématiques ou des questions fondamentales capables d’organiser parmi les policiers des prises de position et de les départager . Un choix relativement sélectif l’avait conduit à recenser quelque 250 références. la présentation de la littérature anglo-saxonne sur ce sujet in D. D’une incursion scrupuleuse dans les travaux anglo-saxons sur la socialisation professionnelle 5. d’une part. l’ambition de ce projet scientifique fut de suivre une cohorte de gardiens de la paix afin de vérifier deux hypothèses fortes auxquelles tenait Monjardet : il est possible. Cincinnati. Pour un panorama plus complet.

elle évolue dans le temps. devant des situations comparables.le sociologue. qui. mettent en évidence des tendances globales similaires à celles relevées par les auteurs anglo-saxons et font le constat d’un certain désenchantement. Or l’expérience courante l’a maintes fois illustré. — Ce sont ces attentes et ces normes qui constitueraient la fameuse « culture (professionnelle) policière ». Or. quant à eux. Les travaux français de l’époque. les recrues vont donc modifier la façon dont elles considèrent leur organisation et leur métier. voire à l’observation participante. faisant la part belle à l’observation. Au fur et à mesure de leur acquisition d’une connaissance du travail. selon Monjardet. Si certains auteurs évoquent à quelques reprises la notion de « sous-cultures » professionnelles. Autrement dit. — Les processus de socialisation se décomposeraient en plusieurs étapes parmi lesquelles celle de la scolarité jouerait un rôle tout à fait essentiel. Auteur que Monjardet a contribué à faire connaître en France. En outre. mais cette perception est orientée par ses « lunettes cognitives » antérieures et ne conduit pas à une uniformité de pensée. les policiers n’interviennent pas tous de la même façon. la politique et la police — Les exigences de l’emploi modèleraient une « personnalité de travail (working personnality) policière » constituée d’un type unique d’attentes comportementales et de normes professionnelles différenciant les policiers du reste du public. de compréhension. comme l’affirme Peter Manning 6. il n’est pas forcément statistiquement majoritaire. 232 . si le discours dominant est celui qui s’exprime avec plus de force. les démarches adoptées sont plutôt inductives ou ethnographiques. est de tendre à reproduire les discours dominants d’une promotion. on peut attester l’existence d’une culture professionnelle au sens où tout policier a modifié sa vision du monde initiale sous l’effet de son expérience professionnelle. de négociation entre l’influence de la culture professionnelle et les propres perceptions individuelles. influerait directement et profondément sur les comportements policiers. d’une brigade de policiers. d’une école. Sur le plan de la méthode. de même que le premier contact avec la réalité du travail. Leur principal défaut. sous l’influence des caractéristiques de la profession. de réaction. aucune hypothèse n’est avancée sur les éléments ou les dimensions structurant ces différences. de vision. d’un remodelage des attentes par rapport au métier et 6.

dans des phases ultérieures (cinq ans. au-delà. 233 . voir F. Pour une « analyse des biographies par les durées » effectuée sur l’ensemble d’une population de commissaires en activité ». dix ans. en suivant une cohorte interrogée pendant sa scolarité. mais plutôt que ceux-ci se différencient autour de dimensions communes à leur métier. la satisfaction par rapport au métier. le pluralisme des opinions. Plus intéressante est la grande enquête Interface réalisée en 1982 auprès de 70 000 policiers qui dégage trois grands axes autours desquels se positionnent et se répartissent les policiers : le rapport à la loi. au moment de sa titularisation. Ou bien on interroge des individus à différents moments de leur carrière professionnelle. on avait des interrogations rétrospectives. à sa première affectation. et ce pari n’avait jamais été vraiment tenu en sociologie : au mieux. CERSA-INHES. avec toutes les limites d’usage dans le fait de demander à des individus de réinterpréter leurs choix antérieurs. OCQUETEAU. attentes et attitudes à l’égard du métier et la distribution des uns et des autres sur les axes structurants que sont le rapport à la loi et l’ordre et le degré d’ouverture sur l’extérieur vont servir de « filtre ». L’idée étant bien de tester l’hypothèse selon laquelle ces différents temps de la socialisation professionnelle n’agissent pas uniformément sur l’ensemble des jeunes filles et jeunes gens qui ont embrassé la profession de policier. leur cheminement professionnel 7. Le temps réel est une dimension importante.). Comme on le voit à travers ce bref rappel généalogique du dispositif de l’enquête.la « cohorte de gardiens de la paix »… d’un accroissement de la méfiance à l’égard de l’environnement sociétal. leur parcours. de son apprentissage du métier sur le terrain et. mais que. « L’identité professionnelle d’un corps en mutation : les commissaires de police ». Dominique Monjardet était engagé dans une démarche classique de problématisation et d’opérationnalisation 7. l’enseignement le plus précieux de cette enquête n’est pas que des traits communs ou stéréotypes sont partagés par l’ensemble des policiers. le rapport à l’extérieur. etc. Autrement dit. en contrôlant la subjectivité des rétroprojections dans leur passé ou des investissements dans les possibles de leur futur par les tendances générales se dégageant de leur trajectoire biographique. de tamis à travers lequel vont être reçus et vécus l’ensemble des événements composant les différentes étapes de leur socialisation professionnelle. D’où le pari de Dominique d’opérationnaliser « en temps réel » cette piste. bien au contraire. 2005.

répartie dans les sept écoles qu’elles venaient d’intégrer. ont renseigné un questionnaire écrit (Q1). au printemps 1994. Lors de cette dernière étape. après six ans d’ancienneté et cinq ans de service actif (Q5) . lors de la dernière semaine de scolarité (Q3) 8 . Par suite du récent rajeunissement démographique du corps d’application. au printemps 1998. Depuis janvier 1994. en rappelant que le travail policier est d’abord un travail pour ceux qui l’accomplissent et que l’analyse des relations de travail est peut-être beaucoup plus féconde pour expliquer certains comportements que le seul registre de l’« idéologie policière ». ses membres commencent à faire figure d’« anciens ». Ensuite. Nous avons recueilli et exploité 1 167 questionnaires. 8. 234 . et enfin à l’été 2002. avant leur départ en stage dans les services actifs (Q2) . composé de 109 questions fermées. soit un peu plus de dix ans après leur entrée dans l’institution policière (Q6). la politique et la police qui s’inscrivait dans une double perspective stratégique. les recrues composant cette promotion. démarre en janvier 1992. nous leur avons adressé à cinq reprises un questionnaire similaire (adapté à chaque interrogation pour tenir compte de l’expérience vécue par les élèves puis les gardiens) : en septembre 1992. Il s’agissait d’autre part d’utiliser une boîte à outils et une discipline – la sociologie des professions – qui n’avait encore jamais pu faire ses preuves « dans ce monde-là ».le sociologue. en décembre 1992 et janvier 1993. devenue mythique. L’objectif était d’une part de désenchanter le monde policier en faisant en sorte de mieux comprendre et de faire comprendre les ressorts de son fonctionnement. la formation initiale des gardiens de la paix a été réformée et ceux-ci suivent maintenant une formation en alternance pendant laquelle ils effectuent plusieurs allers-retours entre l’école et le terrain. Contexte et description de l’enquête L’étude longitudinale de la 121e promotion de gardiens de la paix. après une année de service actif et leur titularisation (Q4) . la promotion avait largement entamé la mobilité géographique et fonctionnelle qui assure une diversité plus grande des expériences. et en rendant ses agents sensibles à la nature de leurs propres investissements identitaires dans l’institution. À cette date.

quant à elle. ils ont donc été remplis par la quasi-totalité de la promotion (hormis un nombre négligeable d’absents. dépasse vraisemblablement les 50 %.la « cohorte de gardiens de la paix »… Nous avons administré les trois premiers questionnaires en amphithéâtre dans les écoles . La population mère s’établirait ainsi à 1 110. le taux de réponses effectif. De ce fait. 1992 1 167 Q2 Sept. 1993 1 109 Q4 Mars 1994 680 Q5 Mai 1998 610 Q6 Juil. leur succession. sur leur lieu d’affectation 9. Par exemple. De ce fait. des changements de corps. pour Q6. le questionnaire ne soit pas parvenu à tous. de l’éloignement de certaines (ambassades. illisibles ou parvenus trop tard pour être intégrés dans le traitement informatique. Il reste toutefois très honorable puisqu’il se compare favorablement aux taux de réponses qu’obtient le ministère lorsqu’il procède lui-même à des enquêtes par questionnaire. Dix questionnaires ont été retournés par le service d’affectation avec des mentions telles que « fonctionnaire inconnu » ou « congé parental ». déroule le « film » de la socialisation professionnelle des gardiens de la paix. Nous avons adressé aux intéressés les trois questionnaires suivants par voie postale. malades ou démissionnaires). détachements…). des radiations survenus en cours d’année et d’inévitables erreurs et omissions. Il est toutefois vraisemblable que. 10. 235 . 1992 1 157 Q3 Janv. Les six questionnaires produisent ainsi autant de « photographies » instantanées de la promotion à ces différentes étapes . Questionnaire Date Effectifs* Q1 Janv. 2002 531 * Il s’agit du nombre de questionnaires exploités. L’administration de la PN étant à chaque fois mobilisée pour nous communiquer la liste des affectations des gardiens de la paix de la 121e promotion. À partir de Q4. défalcation faite des quelques questionnaires incomplets. la population de référence est de 1120 (nombre de noms figurant sur le listing produit par la DAPN) . c’est donc le nombre de questionnaires envoyés. le taux de réponse est impossible à calculer : on ne sait pas en effet le nombre exact des destinataires auxquels le questionnaire est effectivement parvenu. sous couvert du chef de service. Le tableau suivant résume les différentes phases de cette enquête et les effectifs concernés 10. 9. compte tenu de la dispersion des affectations. et nous leur avons demandé de nous le renvoyer dans une enveloppe prétimbrée fournie. quoique impossible à déterminer exactement. le taux de réponses chute considérablement.

185-212. de les expliciter. proportion d’anciens policiers auxiliaires. 12. Il est alors impossible d’évaluer l’effet éventuel du rehaussement statutaire dans la socialisation des promus par rapport à ceux qui sont restés « en plan ». la politique et la police Les limites de la démarche J’en citerai deux essentielles. Les principaux résultats des différentes interrogations sont présentés ici en en forçant volontairement le trait. Marc Alain. 257-282. 3. 58. une partie des effectifs de la population initiale disparaît en raison de la progression normale dans la carrière policière de certains d’entre eux : ils montent en grade après avoir passé des concours internes et changent de statut. p. Même si cette fraction de la cohorte est peu nombreuse. 31. Déviance et société. école de formation initiale. l’idée étant de faire ressortir les apports principaux de cette recherche et non d’entrer finement dans l’ensemble des données et résultats tout à fait considérables que nous avons recueillis. « L’éthique policière est-elle soluble dans l’eau des contingences de l’intervention ? Les recrues québécoises. ALAIN et M. 2005. lui. etc. aux liens entre vie privée et vie professionnelle. cumulé les deux types d’interrogations (questionnaires et entretiens qualitatifs). p. Dominique Monjardet l’a toujours regretté. trois ans après la fin de la formation initiale. sexe. nous avons vérifié que la composition de la « cohorte » des répondants était comparable à l’ensemble de la promotion (âge. BARIL. de prendre en compte d’autres dimensions apparues plus tard comme déterminantes et qui ne sont pas du tout (ou très peu) analysées dans les questionnaires de « cohorte » : on pense notamment à la différence entre hommes et femmes assez peu creusée.le sociologue. qui a répliqué ce dispositif au Québec a. de les étayer 11. Voir M. la limite est que nous ne pouvons plus la départager de la plupart de ceux qui sont restés gardiens de la paix. 2007. GRÉGOIRE. 11. La seconde limite est qu’au fur et à mesure de l’avancée dans le temps. 236 . ALAIN et C. Comment le métier de gardien de la paix est-il habité au fil du temps ? 12 À partir du quatrième questionnement. Voir aussi M. Les Cahiers de la sécurité. « Attitudes et prédispositions d’un échantillon de recrues policières québécoises à l’égard de leur rôle. de la fonction policière et des modalités de contrôle de la criminalité ». La première est celle du revers de la médaille de toute démarche strictement quantitative : il manque des entretiens qualitatifs qui nous auraient permis d’approfondir certains résultats.

a déjà une information détaillée sur le métier et arrive à l’école avec une représentation relativement précise (si ce n’est très exacte) de son futur métier. voire inexactes et témoigne des attentes les plus diverses. Sous tous ces rapports. le principe de réalité prend le pas sur l’opinion personnelle. Les indicateurs de vocation construits différencient plusieurs groupes qui ont des attentes et des motivations variées aussi bien quant à leur future occupation. Le premier. Chez les policiers auxiliaires. ou en ce qui concerne la formation qu’ils s’apprêtent à suivre. celles-ci ne sont pas identifiables. Outre qu’elle a mis en évidence ces dissemblances. à l’égard de la loi en général. mais. On note ensuite un investissement inégal dans le métier de gardien de la paix. À l’entrée à l’école : un monde peuplé d’idéalistes La photographie de la promotion au moment de son entrée à l’école en janvier 1992 confirme l’hypothèse d’une très grande variété des motivations. les formateurs et les collègues. l’« échantillon » est représentatif de la promotion. L’expérience policière acquise par filiation ou par le service national est capitale. Le niveau d’information sur le métier est inégal. Il est possible que cette décision elle-même renvoie à des propriétés plus générales. des connaissances et des attentes. cette première interrogation a révélé quatre traits saillants de la promotion dans son ensemble : — une grande proximité avec le monde policier qui se mesure par la fréquence des relations personnelles des jeunes recrues avec des policiers ou des gendarmes . 237 . Le deuxième ne dispose que d’informations lacunaires. Deux groupes s’opposent.la « cohorte de gardiens de la paix »… affectation en sortie d’école). La différence essentielle entre la population des répondants et la population source réside dans la décision même de répondre ou non au questionnaire proposé. par construction. une différence d’attitude dont on présume qu’elle se diluera au fur et à mesure des contacts des autres recrues avec les services actifs. composé d’une forte proportion de policiers auxiliaires ayant effectué leur service national dans la police et de ceux – également nombreux – qui ont un ou plusieurs policiers dans leur proche parenté.

un désenchantement certain qui porte moins sur le métier lui-même que sur l’institution policière . mais son trait le plus net. postulat d’une contradiction entre le respect de la règle et la recherche de l’efficacité. des rapports qu’elle doit entretenir avec l’autre – citoyens. Ce resserrement est à mettre directement au compte de l’homogénéisation de l’information de base dont disposent progressivement l’ensemble des recrues quant à la réalité des tâches et des missions policières. des identités moins démarquées L’année de scolarité resserre la diversité initiale observée à l’entrée à l’école. à la variété des contacts qu’il autorise et aux qualités et compétences professionnelles qui y correspondent dans les attentes ou devraient y correspondre dans leurs critiques . nous avons observé trois évolutions générales majeures : un réaménagement des attentes et des projets initiaux marqué par un plus grand réalisme . au rebours de ce qu’en dit la littérature anglo-saxonne. des métiers qui y correspondent. est sa faible extension. — la prédominance chez ces jeunes gardiens de la paix de l’image d’une police aux responsabilités et aux tâches étendues et pas seulement limitées à la lutte contre la délinquance. Au bout d’un an de formation. En même temps se mettent en place ou se consolident les éléments constitutifs d’un petit noyau de stéréotypes partagés par tous : défiance à l’égard des médias. À la fin de la scolarité : formatage scolaire et épreuve de réalisme Après une année en école de police. non-policiers – et avec la loi. une culture professionnelle policière apparaît bien. Il n’y a pas une culture professionnelle qui engloberait l’ensemble des dimensions en question dans la définition d’une police. la manifestation d’une moindre ouverture concernant la dimension relationnelle du métier et le rapport entre police et public (les recrues se rapprochant en cela de leurs aînés de l’enquête Interface de 1982). — l’importance et l’intérêt accordés à la dimension relationnelle du métier. la politique et la police — une unanimité dans l’optimisme affirmé à l’égard des possibilités de carrière et de mobilité que leur ouvrira l’administration . de ses missions. En ce sens.le sociologue. sentiment d’une perception négative par la population. 238 .

Il est provoqué par de multiples apprentissages : trivialité des tâches quotidiennes. Les Bonapartistes se montrent hostiles aux polices municipales mais favorables à la sécurité privée . ils développent une idée de la police alternative à celle du service public qui n’est ni étatisée ni décentralisée. D. indifférence voire hostilité des publics. ce sont des professionnels satisfaits. L’épreuve de réalisme se poursuit et s’accélère. une fermeture et une distance à l’égard de la loi. le tableau de la 121e promotion qui se dégage est marqué par trois évolutions. la diversité observée durant la scolarité reste manifeste et continue à s’analyser selon les deux 239 . etc. ses missions prioritaires. le désenchantement s’accentue (au regard des attentes initiales comme des contenus proposés par l’école). à l’inverse. le rapport aux autres (public. Monjardet a fait ressortir une typologie dont le clivage est avant tout idéologique. les rapports qu’elle doit entretenir avec le public. d’une ouverture sans réserve. Ce sont sans doute des déçus. Néanmoins. d’autre part. on continue de relever une très grande diversité des attitudes et des points de vue sur le rôle de la police. choisissant d’emprunter à l’histoire et à la science politique des métaphores très évocatrices : les Jacobins sont hostiles aux polices municipales et à la sécurité privée et tenants d’un monopole policier détenu par l’État . Les Libéraux sont favorables aux deux . Et cette diversité se structure autour de deux dimensions essentielles : d’une part. non-policiers). La première expérience de travail : le choc du grand saut Après une année d’expérience. Les Girondins sont partisans d’une police assignée au seul service public mais pas nécessairement étatique . limitation des moyens disponibles. les coopérations qu’elle doit développer. moins bien typés que les précédents. ils conjuguent un faible investissement professionnel. ses tâches essentielles. En croisant les positions des recrues sur ces deux dimensions. plutôt ouverts mais critiques envers leur administration. le rapport à la loi (degré de légalisme et de compréhension de la norme juridique dans la vie sociale) . scepticisme des anciens. pesanteurs bureaucratiques. etc. des critiques tous azimuts.la « cohorte de gardiens de la paix »… À l’inverse. ce sont des professionnels rigoureux (ils montrent un fort investissement dans le métier et sont favorables à la sanction de la faute du collègue). En premier lieu.

Les premiers ont dans l’ensemble les représentations les plus positives du métier. d’autre part. que chacun interprète en fonction d’attentes et de projets propres. du poids de la situation professionnelle dans la vie de chacun. les groupes intermédiaires (légalistes fermés et illégalistes ouverts) s’accommodent. du groupe professionnel) ont des effets significatifs dans la distribution des réponses. organisée cette fois selon le cadre de référence dans lequel chacun situe sa position professionnelle : les uns 240 . de l’organisation et de la profession. de la police. de sa propre situation de travail. La dimension de satisfaction/insatisfaction émergente lors de l’interrogation précédente apparaît maintenant tout à fait dominante dans l’organisation des attitudes et des opinions. et la réalité trouvée sur le terrain leur a plutôt convenu. n’ont pas été satisfaites. Enfin. Elle devient essentielle et ses différentes composantes (satisfaction à l’égard des moyens disponibles.le sociologue. sous-tendus par des conceptions également cohérentes mais profondément opposées. de la définition des missions. les attentes des seconds. d’autre part. les résultats tranchent considérablement. la politique et la police dimensions mises en relief par les interrogations précédentes (le rapport à la loi et le rapport aux autres). de l’organisation du travail. on trouve au sein de la promotion une polarisation forte entre deux conceptions très opposées de la police portées respectivement par deux sous-groupes que Dominique Monjardet baptise les « légalistes ouverts » et les « illégalistes fermés ». de satisfaction ou d’insatisfaction à l’égard des diverses réalités du métier et de l’organisation d’une part. Le deuxième trait du tableau est l’importance croissante que prend une autre dimension : l’intensité des témoignages d’adhésion ou de rejet. Une nouvelle partition. pour les mêmes raisons. Après cinq ans d’activité : trouver ses propres marques Après cinq ans d’activité. complexe. Ainsi se confirme bien que la socialisation professionnelle est une expérience singulière. Inversement. se fait jour au sein de la cohorte. Cette dimension se substitue entièrement aux clivages de départ liés aux attitudes et positions plus idéologiques à l’égard du rapport à la loi et de l’ouverture à l’autre. Entre les deux. d’une part. qui affectent de nourrir une critique radicale du métier et de l’institution.

la population de la 121e promotion se différencie en fonction de la signification donnée par chacun à son identité professionnelle : pour les uns. La motivation et la mobilisation. définie au croisement de la loi et du rapport à la société . le port de l’uniforme désigne un métier spécifique dans lequel ils s’investissent et se reconnaissent . à l’usage. À l’issue de dix années d’expérience policière : plus rien ne bouge ? On observe entre les deux questionnaires de 1998 et 2002 une très forte stabilisation des attitudes et des opinions. La dimension de satisfaction ou d’insatisfaction (quant aux moyens.la « cohorte de gardiens de la paix »… témoignent d’une définition professionnelle de leur rôle au sens où celui-ci est compris en rapport avec les missions assignées à l’institution dans son ensemble . pour d’autres. d’autre part. être policier renvoie à une mission. entre ces trois définitions emploi/métier/profession . de même que le désinvestissement et le retrait peuvent être tout autant moteurs d’insatisfaction que de satisfaction. raisonnant sur les missions d’ensemble de la fonction policière. rapport à l’autre) pour le troisième ensemble. enfin. indépendamment d’une appréhension plus globale du rôle et des missions de celle-ci. de l’idéologie. accompagné de très lourdes contraintes. à la profession) transcende ces catégories. conçu comme spécification particulière au sein de la police. Après dix années d’activité professionnelle et d’expérience du terrain. à l’organisation. pour les troisièmes. Les troisièmes enfin se définissent avant tout comme titulaires d’un emploi stable dans la fonction publique. Et l’importance donnée à 241 . selon les catégories initiales (rapport à la loi. Cette partition entre trois niveaux d’attentes ou horizons de référence est devenue centrale dans la distribution interne de la 121e promotion et se substitue à la différenciation antérieure fondée sur des valeurs. ils peuvent être définis comme « policiers ». Toutefois. D’autres ne se prononcent pas sur les missions ou le rôle de la police mais se réfèrent au métier de gardien de la paix. elle reste opératoire au sein du groupe dont les membres se définissent comme policiers. qui se révèle. Il résulte du tableau une double différenciation : d’une part. être policier se résume à l’occupation d’un emploi dans la fonction publique.

les contacts avec le public. au sens où les attitudes et opinions. Seule une interrogation ultérieure pourrait éventuellement dire s’il s’agit-là du dernier temps d’une socialisation professionnelle qui ne bougerait plus. l’enquête a indéniablement démontré cette double réalité. parce qu’elle serait définitivement figée. Le pluralisme policier est ainsi à nouveau attesté. des médias. de l’institution qui les emploie et de leurs partenaires) qui domine chez eux. Monjardet et moi-même avons conclu notre dernier rapport. C’est au demeurant cette pluralité des significations (carence pour les uns. Outre un sentiment de grande incompréhension (de la part du public. de même que les attentes initiales ont été amplement remaniées par l’expérience du terrain. ou s’il ne s’agit que d’un palier préfigurant d’autres remaniements insoupçonnés encore à venir… Conclusion Le résultat majeur de cette recherche est d’avoir pu vérifier empiriquement – c’était l’une des grandes satisfactions de Dominique – tout à la fois l’existence du pluralisme policier et son évolution au cours du temps. titre autour duquel D. Ce pari méthodologique a donc fait ses preuves . que l’on dit exercer un métier de gardien de la paix ou que l’on occupe un emploi de fonctionnaire. l’influence des anciens. les traits constitutifs de leur socialisation résident dans l’affirmation d’une spécificité irréductible du métier (ce que Dominique Monjardet a décrit par ailleurs 242 . Si l’insatisfaction à l’égard des moyens est quasi unanime. elle n’a pas le même sens selon que l’on investit son rôle identitaire dans une mission policière. handicap pour les autres. l’étape a été résumée par celle de la cristallisation du pluralisme policier.le sociologue. inconfort pour les troisièmes) qui donne à la grande plainte sur les moyens son caractère universel : elle supporte et exprime également les motivations et les orientations les plus diverses. Entre Q5 et Q6. Il existe bien un processus de socialisation professionnelle. mais n’a pas laminé les différences initiales. L’épreuve du temps a apporté plus de réalisme dans les choix effectués. la politique et la police cette dimension du travail est pondérée par les attentes dont l’individu est le dépositaire. Des positions se sont même affermies.

cette socialisation n’est en aucun cas une homogénéisation : elle n’a jamais réussi à « formater » l’ensemble de la population des gardiens de la paix dans un moule commun. Dominique s’était surtout attelé à la rédaction d’une synthèse générale pour laquelle il avait rassemblé. des policiers très différents les uns des autres dans un même statut. Et maintenant. 186-194. compilé et organisé un ensemble de 250 références bibliographiques réactualisées. il laisse une somme qui mériterait d’être rassemblée et synthétisée. . op. contrairement à ce qui a été souvent affirmé sans autre forme de procès. Ce que fait la police. On notera cependant que ce dernier point est loin d’être original : cette déploration se retrouverait à l’identique dans nombre de métiers de services. au moins pour confirmer ou infirmer l’hypothèse d’une socialisation « achevée ». 13.la « cohorte de gardiens de la paix »… comme la « condition » policière 13).. mais il espérait que le flambeau soit repris par un ou plusieurs jeunes chercheurs qu’il resterait à convaincre. il serait vraiment intéressant de poursuivre les investigations. p. au sein de chacune d’entre elles. S’il y a bien une administration policière. en même temps que la déploration du manque de moyens. cit. que faire de la cohorte ?… Dominique Monjardet n’avait pas prévu de s’engager dans une septième phase. Avec cette bibliographie et l’ensemble des rapports. Compte tenu des résultats du dernier questionnaire. Mais. Ses archives constituées aussi par l’ensemble des réponses aux différents questionnaires fournissent une base de données considérable à partir de laquelle de nombreuses et nouvelles exploitations pourraient être menées. il y a des polices et.

Erbès a confié à un polytechnicien la charge de faire des analyses de tâches. Ce fut un choc de découverte et dans la formation cela a créé une complète transformation.-M. il appelait ça l’« inversion hiérarchique ». et c’est son analyse qui a montré que c’est le gardien de la paix qui est l’agent essentiel dans l’action policière . Monjardet tout d’abord. Ce n’était pas bien sûr que les policiers étaient inintelligents. comme ailleurs. et notre premier contact s’est vraiment fait là-dessus. en tant que sous-directeur des missions. On s’est alors davantage attaché à la formation des gardiens de la paix et cela au point que J. L’influence de D. mais leur intelligence de l’institution était inexacte. il fut mobilisé à la Direction centrale de la police nationale pour théoriser la « police de proximité ». Il s’est alors enclenché un changement des perspectives : il faut s’adresser aux gardiens de la paix plutôt qu’aux commissaires et essayer de donner aux gardiens de la paix de plus en plus de connaissances. de savoirs pour qu’ils puissent intervenir dans la procédure judiciaire. il accepta de rejoindre la formation puis. 244 . l’agent du détective. auprès de Gilles Sanson. contrôleur général à l’IGPN. Ceci explique qu’il y ait maintenant des gardiens de la paix dans toutes 1. d’étudier les savoirs mobilisés par les gardiens de la paix dans leur travail.9 Table ronde : les engagements de Dominique Monjardet dans l’institution policière au temps de la réforme de la « police de proximité » François-Yves Boscher 1. ce qui a fait de la police française un modèle unique où l’on ne distingue pas. Lorsque le projet de la modernisation de la police est né. François-Yves Boscher. fut mobilisé à la DFPN en 1982 pour recruter une équipe de formateurs. À l’époque commissaire de police « sur le terrain ». ce fut d’essayer de rendre la police intelligible pour en rendre son exercice intelligent.

je suis arrivé à la direction de la formation dirigée par JeanMarc Erbès. m’a aidé à comprendre et à décrypter ce que disaient les chercheurs. J’ai peutêtre un cursus professionnel un peu atypique. a rejoint la formation à l’époque où elle se construisait à l’IHESI. Quand on n’est pas initié. commissaire divisionnaire. prémices au développement d’un pôle recherche au sein de la direction de la formation. André Sibille. fut la première remarque que je me fis à l’issue de la lecture. Il a été chef de la sécurité publique à Grenoble et a terminé sa carrière comme directeur d’une école de gardiens de la paix à Marseille. en 1982. J’ignorais le monde de la recherche. Et cela. parce que j’avais déjà exercé dans plusieurs services opérationnels. le contre-espionnage comme la police judiciaire. pour lequel j’ai éprouvé dès notre première rencontre une grande sympathie. Rapidement. et cela explique aussi que tous les policiers se soient mis en uniforme sans qu’il y ait eu pour autant militarisation de la police. le domaine de la recherche n’est pas toujours facile à comprendre. Dominique Monjardet. Il ne m’avait rien appris de nouveau sur le travail policier au quotidien. Quand. 245 .table ronde : les engagements de dominique monjardet… les directions de police. alors que venait d’être engagée l’étude sur les personnels de police. mais 2. en 1982-1983. c’est une influence directe de Dominique Monjardet d’avoir mis tout le monde en uniforme. j’ai passé quinze ans sur le terrain et quinze ans à la direction de la formation et à l’IHESI. André Sibille 2. Le monde de la police a son langage. mon objectif était de repartir trois ou quatre ans plus tard sur le terrain. car j’ai alterné le domaine de la réflexion et celui de l’opérationnalité. car l’exercice du métier de policier au contact des réalités quotidiennes de la vie et de la société me plaisait. Assez rapidement. j’en suis persuadé. Car tout le monde est en uniforme. C’est à cette période que j’ai connu Dominique Monjardet. « Voilà quelqu’un qui vient de me rendre intelligent ». qu’on n’est pas habitué. la politique et les orientations de la direction de la formation et mon contact avec le monde de la recherche ont donné un sens plus fort à mon désir de retourner sur le terrain en me permettant de réaliser que la « police au quotidien » pouvait s’exercer autrement. Dominique Monjardet fut chargé d’une recherche sur « le travail policier au quotidien » que j’ai lue avec passion. Sur trente-deux ans d’activité. celui des chercheurs a le sien. mais je n’avais pour autant aucun a priori positif ou négatif sur les chercheurs. Ma carrière s’est terminée il y a dix mois.

À l’issue de sept années. je me suis lancé. Et pourtant. Cette capacité de donner de l’intelligibilité était un de ses points forts – je ne dis pas qu’il soit le seul. En 1985. à Grenoble. j’ai observé qu’on pouvait faire évoluer les situations. il y a une très grande richesse mal ou peu utilisée au niveau des gardiens de la paix. Si les travaux de recherche doivent constituer une aide à la décision pour les décideurs de l’administration centrale. méthodes. dans un chantier visant à faire évoluer le fonctionnement d’un service de police. son épouse. pour initier des pratiques sur un domaine de l’activité policière qui allait devenir plus tard la « police de proximité ». de les compléter et de formaliser plus clairement le mécanisme de fonctionnement de l’institution. mais si le niveau central est clair sur ce qu’il veut. la politique et la police il venait de mettre en ordre mes réflexions et ma pensée sur le travail policier. Il est difficile de bouger une institution. outils…) pour changer les choses. cela peut expliquer l’impact de Dominique Monjardet auprès de policiers comme le révèlent les témoignages reçus par Antoinette. en valorisant la place et le rôle du gardien de la paix. je suis retourné sur le terrain. L’« inversion hiérarchique » que soulignait Dominique Monjardet dans sa recherche sur le travail policier au quotidien en constitua la pierre angulaire. il m’a permis de rassembler mes connaissances et mes appréciations. comme chef de sécurité générale – un service de 460 policiers. Les objectifs de la Charte de la formation et les outils qu’elle proposait servirent à la mise en œuvre du chantier. Or constatons et admettons que le terrain a peu de temps pour prendre en compte un travail de recherche dans toutes ses dimensions. À partir d’un fil conducteur. au niveau qui était le mien et certainement avec beaucoup d’utopie (mais il en faut toujours pour avancer). et si le local 246 . Je pense que c’est aussi un objectif des chercheurs que de mettre de l’ordre dans la réflexion.le sociologue. et plus globalement sur l’institution policière. À mon sens. ils doivent être entendus par le terrain dans toutes ses composantes et en premier lieu par les décideurs locaux. chargé des problèmes d’ordre public et de prévention. les comportements et les modes de fonctionnement au bénéfice du service public et de l’intérêt général. M’appuyant sur les connaissances acquises pendant mon affectation à la direction de la formation et sur les travaux de Dominique Monjardet. La direction de la formation et les recherches de Dominique Monjardet m’ont donné des moyens (démarche. Certainement aussi qu’il ne le veut pas toujours.

le service ayant repris un mode de fonctionnement classique. c’est d’avoir expliqué que le contrôle du policier ne pouvait pas seulement être extérieur. On manquerait à la mémoire si l’on ne rapportait pas une autre preuve de l’influence de Dominique Monjardet sur le changement policier. volens quelque chose de son apport. est possible. des méthodes opaques et puis une très grande autonomie dans leurs activités. elle ne sera pas appliquée. Cela fait partie de la vie. Il a ainsi été promoteur lors de l’édition du code de déontologie de beaucoup de choses. Dans la part qui revenait à la formation.table ronde : les engagements de dominique monjardet… est prêt à l’entendre. des perspectives de changement pouvaient être envisagées. Dominique Monjardet m’a permis de me faire plaisir et de faire plaisir à d’autres policiers. aucune évolution ne fut possible au niveau local. Le dernier poste que j’ai occupé pendant six ans fut celui de directeur de l’École nationale de police de Marseille. Nous savons très bien que si une instruction centrale ne plaît pas au niveau local. alors il peut y avoir de vrais changements. Si l’administration a intégré nolens. Et pourtant ! Il y avait du grain à moudre au bénéfice de l’institution policière et des citoyens. On ne peut véritablement réformer les choses que si les deux extrémités de la chaîne sont d’accord pour fonctionner dans la même direction. Dominique Monjardet et Catherine Gorgeon conduisaient une étude sur la socialisation professionnelle des policiers en suivant une cohorte de gardiens de la paix dès leur entrée à l’école. Pour autant. Cette expérience eut un impact très limité. mais essentiellement de 247 . parce qu’on n’en comprend pas le sens au regard des activités quotidiennes. Depuis 1993. mais je pense pouvoir dire qu’il fut assez important pour montrer que l’évolution d’un système. mais devait aussi venir de l’intérieur. et l’absence d’intérêt manifeste de l’échelon central pour cette étude et ses enseignements conduisirent à un immobilisme regrettable. la somme des intérêts – multiples et variés – à vouloir maintenir le système en l’état. François-Yves Boscher. Il n’y a pas eu de suite après mon départ. On a dit qu’il avait fait une petite révolution copernicienne dans la police : il avait pointé que les gardiens de la paix travaillant en équipe avaient des processus de sélection des tâches. de l’autodiscipline même des agents. même policier. à l’évidence. L’étude – qui s’est déroulée sur dix ans – met bien en relief les points d’achoppement du processus de socialisation. Néanmoins. l’essentiel concernant la démarche pédagogique.

par cette formule : « Tout fonctionnaire de police a le devoir de rendre compte à l’autorité de commandement de l’exécution des missions qu’il a reçues. comme incongrue… Ce n’était évidemment pas sa personne qui était en cause. comment se passaient ses journées. aller partout dans les services. mais tenter de se mouvoir bel et bien parmi elles en plongeant au cœur d’un service actif de police. 248 . IGA. Gilles Sanson. vous en assumez la responsabilité. Tout lui était ouvert .] Sa mission ? Nous aider. pour un sociologue. à un moment. de septembre 1998 à juin 1999. circuler partout. Gilles Sanson 3. Je voudrais donc un peu parler de sa vie quotidienne. la politique et la police l’une de ses dispositions qui. mais je percevais bien qu’il était susceptible de nous apporter beaucoup de choses. par exemple. il pouvait assister à toutes les réunions. Les conditions ? Faire ce qui lui plaisait. à tout le moins. lire tous les documents 3.-Y. ministre de l’Intérieur. » C’est vous dire que Dominique Monjardet a été ensuite « encadré » ! [rires. on peut ne plus se contenter seulement d’observer les mouches à travers le bocal. de guerre lasse. Boscher m’avaient recommandé Dominique. On imaginait au cabinet que c’était une affaire susceptible de nous amener des catastrophes et puis. avec pour mission de mettre en place la réforme de « police de proximité ». ou le cas échéant. ou comment. l’aval de ma hiérarchie (c’est-à-dire le cabinet du ministre et la direction générale de la police). où l’on avait regardé avec des yeux tout à fait réprobateurs cette requête. Comment cela a-t-il pu se faire ? J. pour la forme. J’avais donc demandé.-M. c’est raconter comment. fut nommé par Jean-Pierre Chevènement. et vous prendrez tout sur vous si ça se passe mal. Raconter l’histoire de Dominique Monjardet comme conseiller technique à la DCSP. il était absolument libre. on a fini par me dire : « Puisque vous y tenez. Erbès et F. du rôle d’observateur on passe à celui d’acteur. mais son statut (le « syndrome du renard dans le poulailler »)… J’ai attendu… Je suis revenu à la charge. voulant précisément combattre l’opacité. Elle était perçue.le sociologue. » On ne trouvera sans doute dans aucune autre profession une disposition où l’agent doit pouvoir justifier de ce qu’il n’a pas pu ou pas voulu faire !… Ce fut un autre de ses apports à ce moment-là. des raisons qui en ont rendu l’exécution impossible. s’est traduite dans l’article 18 de ce code de déontologie. Je vois encore la moue qu’on m’opposait. Nous n’avions jamais travaillé ensemble. au poste de directeur central de la sécurité publique en 1997.

susceptible d’apporter une couleur inédite à ses écrits) sur des sujets très divers : les violences urbaines. ce fut une source certaine de regret. qu’en termes de définition de doctrines d’emploi. mais en même temps. c’est-à-dire nous permette d’avoir un regard un peu « défocalisé » sur ce qui se passait dans l’institution. Quand on avait une question qui remontait. le jeu. Il a été sans doute initialement regardé comme le loup blanc par ma hiérarchie en amont. on avait des réflexions internes et lui nous aidait. sur la façon dont nous travaillions et qu’il nous dise à tout moment ce qu’il en pensait. Certes. mais il faut dire que ses qualités ont fait ensuite qu’il a été remarquablement bien reçu par l’institution qui a joué. Dominique travaillait à l’état-major parisien. Et quand il est parti. de pédagogie administrative et de négociation syndicale. mais il profitait de l’opportunité pour aller sur le terrain où il le souhaitait. les chaînes de décision sont plus longues. Il était absolument libre. 249 . Il fallait d’abord poser les fondements conceptuels de ce qui s’apparentait à une révolution de culture et mettre en œuvre ensuite le changement. quand il faut faire bouger un bloc monolithique. cela tout en maintenant nos activités opérationnelles. Voilà le quotidien. il faisait d’ailleurs régulièrement des « notes blanches » tous les trois ou quatre jours (c’est aussi un corpus qui pourrait être reconstitué. en fait je crois qu’il était pour « la société civile ». sur une série de viols de femmes par exemple. tant en matière de formation. car dans un pays centralisateur comme le nôtre et à la police non décentralisée. en même temps. me semble-t-il. devait composer avec de multiples facteurs de résistance et des effets de masse complexes à gérer. à voir le problème sous un angle différent . La mission qui m’avait été donnée. qu’il nous aide. par exemple. celle de concevoir et de mettre en œuvre une politique publique prioritaire (mais définie de façon très vague par les commanditaires politiques). ce qui demandait des efforts considérables dans de multiples directions. ouvrir toutes les armoires. de déploiement de moyens. Il participait aux réunions et il se saisissait des sujets. On voulait lui assurer une transparence totale.table ronde : les engagements de dominique monjardet… qu’il demandait. Il réalisait des missions d’appui et de conseil pour que le changement se passe bien. le cas échéant. nous pouvions nous appuyer sur les réflexions engagées dans des pays comme le Canada. et son regard fut très enrichissant pour nous. Je ne sais pas si ce qu’il écrivait était alors « pour » la police ou « sur » la police . mais. ce n’étaient en aucun cas des modèles. des bavures au sein de la police. Il faut vous dire que le travail qui nous occupait était difficile.

Par conséquent. Or c’est précisément ce que nous ne savions pas faire. Une police aussi plus proche des individus. Conceptuellement. pour illustrer ce qu’a apporté Dominique Monjardet. et on ne peut revenir aussi facilement sur des expériences et tirer des leçons de leur échec par exemple.le sociologue. des personnes vulnérables et à la façon dont on les traite… Cela renvoie cette fois à des politiques sectorielles : prises en charge spécifiques d’une catégorie particulière de population. Pour aller du plus simple au plus compliqué. il faut expliquer ce que nous entendions collectivement par pol-prox. des femmes. il fallait territorialiser au plus près les responsabilités et déconcentrer massivement pour permettre l’élaboration de solutions locales pour la délinquance là où les réponses apportées étaient trop standardisées. 2. et plus précisément par le terme de proximité qui se déclinait sur cinq plans. plus visible au coin de la rue. la politique et la police les forces d’inertie sont plus grandes. sur les trois premiers de ces plans. 3. des victimes. ses apports ont été peu décisifs : 1. Une idée simple mais dont la mise en application est difficile… Mais c’est plus sur les deux points suivants que l’apport de Dominique a été décisif : 4. car au fond nous sommes dans une institution qui fonctionne sur le principe suivant : « Je suis un professionnel. je comprends bien les besoins 250 . qui fait donc attention au sort des uns et des autres. bref à ces choses pas toujours simples à réaliser mais techniquement connues. le cadre des contraintes était beaucoup plus sévère et cela explique en partie le destin de cette tentative de réforme qui n’a pas donné tous les résultats escomptés et a été explicitement remise en cause par les pouvoirs publics. Pour relater ce que fut malgré tout cette aventure. Une pol-prox également plus proche du terrain. qui rassure. des communes . nous savions là aussi un peu comment il fallait faire. cela renvoie à une politique d’occupation de l’espace et à des redéploiements d’effectifs. avec l’octroi aux services de marges de manœuvre beaucoup plus grandes au niveau local. Le fait d’avoir une police plus proche physiquement. actions menées pour éviter des discriminations à l’encontre des minorités visibles par exemple. plus soucieuse d’y répondre effectivement en prenant en compte l’ensemble du spectre de la demande. aux besoins particuliers des jeunes. des quartiers. je dirais que. Une pol-prox plus proche des préoccupations quotidiennes des uns et des autres.

Il faut qu’il y ait une adhésion sous-jacente 251 . pour la police de sécurité publique. y compris par ceux à l’encontre de laquelle elle s’exerce. Mais. au demeurant même dans ses manifestations les moins câlines. c’est d’arrêter les voleurs. La pol-prox oppose à ce propos un projet différent. » Et l’impulsion est lancée du sommet à la base. mais quelque chose qui.table ronde : les engagements de dominique monjardet… des autres et ce qu’est l’intérêt général. Je m’aperçus qu’on n’écoutait pas les gens. C’était pour lui une idée fondamentale. doit être consenti. parce que sa légitimité a été sur place mieux ancrée. en définitive. que nos statistiques ne les intéressaient pas et que ce n’étaient pas les faits qu’il fallait traiter mais d’abord un sentiment tangible d’insécurité. Une police. J’ai été préfet dans une vie antérieure . là-dessus. Conception classique. à l’intérieur des cités par exemple. Or les gens disaient que ce racket persistait et nous. Dominique Monjardet a insisté pour faire passer cette idée en permanence. Cela impliquait un changement de paradigme. et moi je voyais qu’il n’y en avait plus au travers des statistiques produites par les services. Il fallait savoir être à l’écoute et. Je décide moi-même quelle est la priorité de mon action. Une police avec qui les gens seraient plus susceptibles d’être en affinité… Dominique Monjardet insistait sur un point : il disait que la police agit avec comme ressort la force si c’est une police d’ordre. son ressort. la police quotidienne. Or celle-ci n’est pas quelque chose qui se décrète. une question qui n’avait jamais été bien prise en charge. Il faut qu’il y ait une compréhension de l’action de la police pour qu’elle intervienne dans un environnement qui ne dégénère pas à chaque intervention. un bouleversement conceptuel considérable (d’où l’importance des diagnostics locaux de sécurité dans le cadre des CLS qui participent précisément à la formulation et à la prise en compte de cette demande…). celles qui se replient le plus sur elles-mêmes. Ou bien qu’elle se repose sur la maîtrise de l’information pour ce qui est de la police criminelle. ce n’est pas ça le ressort… Pour lui. et mon métier. c’est la base qui décide de ce qu’il faut faire et non pas forcément le directeur ou le ministre. d’une certaine façon. plus proche même de certaines des couches les plus réfractaires jusqu’ici à ses interventions. on m’avait interpellé : « Vous ne traitez pas le racket autour de cette école ». on déploie les boucliers et les matraques pour s’imposer sur le terrain. nous pensions que le problème était réglé. car la définition de la hiérarchie des priorités de la police résulte cette fois directement de la demande sociale et de son analyse . 5. c’était l’autorité.

nous. Mais je ne désespère pas qu’on reprenne à un moment ou à un autre ce chantier ! Christian Mouhanna 4. mais en même temps il était tiraillé par le fait qu’il était un chercheur critique qui devait se faire accepter. on nous laissait deux ans avec des moyens constants. des conditions pas faciles à mettre en œuvre (par exemple au niveau du recrutement). à chaque fois qu’on évoquait un de ces aspects. qu’elle ait des stratégies transparentes. la base a interprété à sa façon les réformes 4. L’apport de Dominique était. pour plusieurs raisons. J’étais dans une position plus facile en tant que chercheur extérieur à l’institution qui se posait des questions sur ce que cette réforme donnerait sur le terrain. voire étriquée de la polprox. Il aurait fallu dix ans et des moyens accrus . Dominique Monjardet était un homme d’action qui cherchait à agir sur la police. qu’elle soit insoupçonnable déontologiquement . mais. il y avait une série d’actions complexes à décliner en matière de gestion administrative. Or. qu’elle soit à l’écoute en permanence. On a réalisé des expérimentations. au quotidien. Il nous a semblé que ceci n’était pas raisonnable . durant les années 1990 et 2000. On a comparé Montréal et Paris encore récemment… Son expérience au ministère de l’Intérieur le rendait heureux. 252 . bref. c’était sur une problématique déjà liée à la réforme des pratiques de la police – à propos de l’îlotage. l’expérience s’est toutefois un peu poursuivie après notre départ et étiolée au fil du temps. sur le terrain. Or cela demande un nombre considérable de mesures : que la police soit à l’image de la population. En conclusion. d’accepter de se limiter – j’ai bien perçu cela chez lui. J’ai l’impression que Dominique Monjardet a été rattrapé par le vieux phénomène de l’effet pervers : il a participé à des réformes. Il fut également l’un des derniers animateurs de la recherche à l’INHES (ex-IHESI). en conflit avec les tenants d’une conception plus réductrice.le sociologue. la politique et la police à ce que fait cette police. de maintenir la cohérence de tout ceci. La nôtre exigeait du temps et des ressources plus importants que ceux qui nous ont été accordés. or. sur le terrain . Christian Mouhanna. ce qui impliquait de faire des compromis. a observé et évalué. de nombreuses expériences de police de proximité. qu’elle rende des comptes sur son action. lui et moi sommes à un moment finalement partis de cette expérience. sociologue au CNRS (CESDIP). quand je l’ai rencontré.

(Je l’ai constaté à de nombreuses reprises chez les adjoints de sécurité. pourrait s’effondrer. et il y a eu des effets pervers par rapport à ce qui avait été proposé. qui s’exerce dans deux directions différentes : 1. parce que les chercheurs montrent l’inverse. et préfèrent l’exercer en jouant sur la « com’ ». qu’elle transforme en « si je tiens la police. L’un des héritages de Dominique Monjardet est aussi militant. On en parlait déjà. les apparences et se débrouiller ainsi. je tiens le pouvoir sur la population ». Elle est en général très opposée à la recherche sur la police. il y a ceux qui sont contre.) J’ai eu des discussions assez vives mais cordiales avec lui. Je voudrais tordre le cou à un certain nombre d’histoires en réponse à ce que vient de dire M. vu que les choses actuellement sont sur le déclin. si elle se fait. Elle a l’impression que la croyance qui tient à l’équation « police = pouvoir ». Mais il faudrait que les chercheurs s’y mettent avec l’aide des praticiens… François-Yves Boscher. La pol-prox. dans nos dernières discussions. À Montréal. Il se trouve que Dominique Monjardet en fit partie. 2. Il faut espérer bien sûr qu’elles puissent toujours repartir comme le disait Pierre Joxe. et le problème est resté entier. sur le port des uniformes.table ronde : les engagements de dominique monjardet… proposées. en 1992. parce qu’elle en éprouve un insupportable sentiment de démythification. elle est aux mains de cinq personnes qui se renferment. à Paris. quand Paul Quilès était ministre et il en a fait l’annonce au conseil des 253 . font une vague consultation avec des syndicats après. lorsque l’on comparait Montréal et Paris. la façon de faire changer les choses. Il concerne une opposition entre ceux qui cherchent à produire le savoir et à essayer qu’il soit utile et utilisable par ceux qui l’exercent et par ceux qui en bénéficient. pondent un livre blanc. une fonction qui a pris le pas sur ce qui aurait dû rester leur fonction première. mais. j’y suis un peu sensible et je veux donc faire quelques mises au point. sur le fait que les gardiens de la paix soient devenus des OPJ. la France a un handicap beaucoup plus lourd : la technocratie policière est pesante. Mouhanna sur la « technocratie » et son influence sur la mise en œuvre de la police de proximité. Et puis. Il y a donc un combat ouvert par Dominique à continuer. après… Or une réforme pourrait se faire. elle se fera contre la technocratie. on met en place une réforme de longue haleine en écoutant les citoyens (réunions) . des médiateurs sur le terrain. Pour moi.

mais je n’y arrivais pas non plus. et c’est ainsi qu’une fois encore. le gardien de la paix s’occupe de la psychologie d’un individu à arrêter . mais en même temps. la pol-prox. C’était quelque chose d’agréable pour lui d’être « conseiller du prince ». et cette administration qui écoute ce que dit un chercheur en son sein. c’est le moins qu’on puisse dire . ce n’est donc pas un concept importé ! En 1993. et j’ai monté un service de pol-prox. et un bon apport. ce n’est pas mal dans une vie ! . en 1992. la direction de la formation de la police a été pionnière en partant de l’exemple canadien… Mais. il s’occupe d’un collectif. S’il est enquêteur. on croyait que c’était l’un ou l’autre… Or c’est grâce à des travaux de recherche que l’on a pu relancer la pol-prox en 1998. la politique et la police ministres. il était obligé de « produire » administrativement sur ces problèmes complexes. On était bloqué par cela. et s’il fait de la sécurité publique. à l’époque. Et je peux attester que d’avoir connu cela. car. j’étais reparti en province comme directeur départemental. ce fut une très grande nouveauté. sans parler des techniques de travail qui sont différentes. avec Charles Pasqua. évidemment. on maintient toujours cette priorité. il n’y croyait pas. Certes. un haut responsable du syndicat des commissaires est nommé sous-directeur pour la faire. Et jusqu’en 1995. donc de la sociologie d’un quartier. car l’ambiance était hostile… On vient vous dire après que c’est un processus plaqué aux mains d’une poignée de « technocrates » ! Cette alliance du directeur avec le chercheur devenu acteur de la réforme. c’est douloureux. quand Gilles Sanson a pris l’affaire en main. notamment sur la question de devoir trancher le problème de l’activité judiciaire de nos gardiens de la paix. avec Dominique Monjardet comme conseiller. Ce fut de sa part un effort extraordinaire de neuf mois. Mais comment fait-on ? On a dit alors : « On n’a qu’à y former les gens ».le sociologue. de 1993 à 1997. ce temps où le chercheur devient acteur du processus de changement. Et ça. mais surtout il ne savait pas comment la faire et personne ne le savait. cet « exemple » n’était pas très avancé à cette époque. J’en parle d’autant plus à l’aise que.

Il tient en une suite de thèmes reliés aux échanges entre Monjardet et moi au cours des années pendant lesquelles nous nous fréquentâmes . 3. L’ethnologue John Van Maanen (1978) a établi une typologie des chercheurs sur la police. le « voyeur » (travail clandestin et passif) . Criminologue canadien. La plupart des chercheurs sur la police sont des « fans ». je ferai suivre la présentation de ces thèmes de thèses explicitement formulées. 255 . Dominique Monjardet et moi nous entendions avant tout sur les présupposés de la recherche sur la police : 1. fondée sur le croisement de deux paires de traits.10 Que dire maintenant de la police ? par Jean-Paul Brodeur 1 La meilleure façon de célébrer la mémoire de Dominique Monjardet est de la faire résonner en prolongeant son travail. Le reste fut l’objet d’une disputatio aussi amicale qu’elle était attentive. 2. cette caractérisation ne 1. cet objet est particulièrement difficile à connaître . bien qu’ils soient nombreux et pour moi chers. Montréal. Les quatre catégories ainsi générées sont les suivantes : l’« espion » (travail clandestin et actif – l’activité étant déployée au profit d’une organisation rivale) . Ce texte ne constitue ni un faisceau de souvenirs de Dominique. il doit être abordé avec le même détachement que les autres. le « fan » (travail ouvert et passif). le « membre » (travail ouvert et actif) . ni une démonstration théorique structurée selon les règles de la méthode. soit le caractère ouvert ou clandestin de la recherche et le caractère policièrement actif ou passif du chercheur. la police est un objet légitime et porteur de la recherche . Directeur du Centre international de criminologie comparée.

256 . 10.le sociologue. est un objet qui oppose une résistance délibérée au projet de connaître 5. la domination précaire de la police et l’insécurité policière. L’Harmattan. Je présenterai en conclusion quelques remarques sur les types de recherches que l’on peut effectuer sur la police. Ces passages au sein de l’institution prise en objet d’étude sont monnaie courante dans le monde anglo-saxon et. p. XVII. État des recherches dans les pays anglosaxons. dis-je. Les Violences policières. Bavures policières ? La force publique et ses usages. Paris. 1. 1999 . F. 5. Le point de départ de ces échanges fut une affirmation que je fis dans un texte de 1984 : « L’action policière. la politique et la police devant pas s’entendre en son sens hagiographique mais dans le sens de ce que Habermas désigne comme un intérêt de connaissance. L’Harmattan. Paris. 4. les objets « sales » de la recherche. Criminologie. Odile Jacob. personne n’y trouve à redire. La position de Dominique Monjardet par rapport à cette classification fut atypique. 3. La difficulté de connaître la police Un premier sujet sur lequel Dominique Monjardet et moi échangeâmes beaucoup est celui de la difficulté de connaître la police. avec son potentiel de bavures 3. La Découverte. soit dans l’ordre : la difficulté de connaître la police. 24-25.-L. Lire Dominique Monjardet citant Pierre Demonque et vice versa fit les délices des amis qui connaissaient son penchant pour les jeux auxquels excella le grand Fernando Pessoa. 2002. sauf dans le cas d’un déportement du chercheur. « La police : mythes et réalités ». BRODEUR. La position de conseiller du prince dans son incarnation policière est plus sujette à caution et à critique quand on persiste comme en France à définir la police exclusivement par son usage de la violence. Sebastian Roché fait relativement exception à cette tendance 4. JOBARD. 2004. » Cette affirmation correspondait de près à l’expérience de Dominique Monjardet dans ses tentatives de poursuivre 2. De façon moins anecdotique. qui l’ont situé entre le « membre » et le « fan ». Bien qu’il ait la plupart du temps occupé la position traditionnelle du « fan ». S. Je développerai brièvement quatre thèmes.). Les Policiers. 2006. Réformer la police et la sécurité. Les nouvelles tendances en Europe et aux Etats-Unis. op. Police et politique. p. il a accepté des fonctions de conseiller au sein de la Police nationale. Paris. ROCHÉ (dir. DEMONQUE.-P. Paris. Une approche sociologique. cit. J. J. LOUBET DEL BAYLE. il lui est arrivé de pactiser avec la clandestinité lorsqu’il a publié des textes sous le pseudonyme de Pierre Demonque 2. Voir par exemple P.

que dire maintenant de la police ? des recherches sur la police. 7. Cette partie du corps constitue une « petite minorité » dans les effectifs du corps des commissaires (ibid. FRYDL. alors que les corps locaux de police s’ouvrent davantage à la recherche. comme je tentai de le montrer. 11). OCQUETEAU. 8. l’imputabilité de la police. Par exemple. Première règle : les composantes de l’appareil policier qui ont le plus de pouvoir sont également les plus revêches à l’étude. Paris. qu’elle oppose une résistance intentionnelle au projet de connaître. Comme l’une des principales différences entre les pays anglo-saxons et ceux d’Europe continentale tient au caractère décentralisé des polices dans ces premiers pays. une partie du corps des commissaires assumant des fonctions de police judiciaire 8. 2006. Qu’est-ce à dire ? À la différence du mystère que présentent initialement les objets des sciences naturelles. 257 . F. Cette difficulté s’est amoindrie avec le passage du temps et elle varie de façon considérable selon les pays. Ce qui distingue la police est. il s’ensuit que les travaux sur la police anglo-saxonne sont beaucoup plus développés que les 6. Que la police fût un objet difficile à connaître n’était que l’expression d’une lapalissade. Mais qui donc dirige la police ? Sociologie des commissaires. la résistance que rencontre le chercheur lorsqu’il tente de connaître son objet policier est active et délibérée. 2004. Elle est le fruit d’une position de l’institution policière qui est de maintenir le secret sur ses opérations. Washington. SKOGAN et K.. Son importance obéit à deux règles. le contrôle des foules. p. Seconde règle : les corps les plus centralisés sont les plus réticents à accueillir des chercheurs en leur sein. L’introduction du dernier livre de Frédéric Ocqueteau sur le corps des commissaires de la Police nationale française 7 témoigne de la difficulté d’effectuer des recherches au sommet de la pyramide policière. les six objets d’étude en rapport avec l’activité policière qui ont retenu le moins d’attention de 1967 à 2002 sont par ordre décroissant d’intérêt : les droits humains. The National Academic Press. Armand Colin. W. Fairness and Effectiveness in Policing : The Evidence. mais occupe une place de premier plan dans la genèse et l’entretien de son mythe. la sociologie de la police en tenue est incomparablement plus développée que celle des enquêteurs et des inspecteurs en civil. l’usage des armes à feu et la force létale et enfin l’enquête policière 6. D’après un rapport publié en 2003 sous les auspices du Conseil national de la recherche (National Research Council) des États-Unis. la discrétion policière. pour prendre un exemple.

Making Crime : A Study of Detective Work. P. la résistance de la police me semble relever d’une explication plus fondamentale. L’organisation policière comme miroir social ». Cette « thèse » n’affirme certes pas que le monde policier est un monde criminalisé et que c’est pour cette raison qu’il se dissimule. les autorités policières disposent de la possibilité de contenir la critique en faisant valoir qu’elle ne s’applique qu’à un seul corps qui n’est en rien typique de l’appareil en lui-même. 1981. Pour le dire en bref. Toronto. Si ce qu’un chercheur découvre dans un corps local de police se révèle embarrassant pour la police 9. ces deux mondes présentent une image spéculaire l’un de l’autre. « Le jeu des “Stups”. à cet égard. Peter Manning fournit une illustration littérale de cette relation spéculaire en montrant que les gangs de trafiquants de drogue et les escouades des « Stups » sont structurés de façon analogue. in J. p. Connaître la police. elle réside d’autre part dans l’érosion sensible du secret citoyen et de la vie privée des civils. Les Cahiers de la sécurité intérieure. par une cascade d’occultations. qui font figure trop souvent de « dommages collatéraux » des opérations que se livrent les uns contre les autres policiers et délinquants. On peut.le sociologue. Paris. 258 . que j’énoncerai sous la forme d’une première thèse : la résistance de la police au projet de connaître n’est que la contrepartie de la résistance de la délinquance à se dévoiler. R. Brodeur et D. La police et le crime se dissimulent l’une à l’autre et. des traits communs et des réflexes d’adaptation réciproque qui obéissent à une économie générale du mimétisme. Monjardet (dir. En France. 9. sinon identique 10. alors que la police de Montréal ou celle de tout autre corps municipal du continent nordaméricain n’est qu’une incarnation partielle du concept de police. Je remarquerai au passage que la résistance des grands corps centralisés provient de ce qu’ils ont beaucoup plus à montrer que les corps locaux. ERICSON. Elle affirme plutôt qu’il y a entre le monde policier et le monde délinquant des homologies structurales. la Police nationale coïncide en quelque sorte avec l’idée même de police sur le territoire français. la politique et la police travaux sur les polices du continent européen. Butterworths. Ce dernier effet pervers est particulièrement sensible dans le champ de la lutte antiterroriste. 10.). 356. Pour importantes que soient ces observations. ils se cachent également à nous. 2003.-P. faire état d’une tendance : elle tient en première part dans le durcissement du secret d’État et dans l’impénétrabilité croissante des milieux délinquants . V. K. MANNING.

pour ce qui est de la police. Ce que fait la police. pour nous très problématique. Qu’entendre par un objet sale de la recherche ? On dira en première approximation que ce type d’objet est non seulement peu porteur mais que de s’y frotter peut ternir la réputation d’un chercheur. 259 . MONJARDET. D. Dominique Monjardet utilisait à cet égard l’expression d’objet « sale » de la recherche. pensons à la tentative d’établissement. Pour un exemple d’objet sale d’une tout autre nature aux États-Unis.que dire maintenant de la police ? Les objets sales de la recherche Ce second thème fait dans une certaine mesure pendant au premier : si la dérobade de la police est analogue à celle de la délinquance. Cette notion d’objet sale de la recherche varie d’une tradition historique à une autre et. op. surtout s’il aborde cette recherche en renonçant à la rhétorique complaisante de la dénonciation qui caractérise plusieurs des travaux qui se publient en langue française sur la police. Dominique Monjardet qui a créé la belle expression de « condition policière » dans son ouvrage phare 11 s’était forgé une solide réputation d’impartialité. C’est plutôt la notion de « tabou » de la recherche qui correspondrait dans cette tradition aux objets sales qui suscitaient la réflexion de Dominique Monjardet. d’un lien étiologique entre délinquance et ethnicité qui fait l’objet d’un tabou en Amérique du Nord (et ailleurs). Il n’y a pas véritablement d’équivalent des objets sales dans la tradition académique anglo-saxonne. où la police est considérée comme un champ de recherche qui a sa propre légitimité. Pour Monjardet. et il en a payé le prix auprès des publicitaires de l’antipolice. la police n’était pas le seul objet sale de la recherche – les prisons et le personnel pénitentiaire représentent aussi des objets peu valorisés – et nous avons longtemps projeté de faire un ouvrage commun sur ce sujet. elle est particulièrement aiguë dans les pays qui ont fait l’objet de l’occupation nazie pendant le second conflit mondial. Herrnstein et Charles Murray ont enfreint à grands frais ce tabou en affirmant l’existence d’un lien entre la faiblesse du QI et l’activité délinquante et en aggravant cette première dérogation en prétendant démontrer 11. un thème qui a continûment retenu son attention au cours de la partie de sa carrière qu’il a consacrée à effectuer des recherches sur la police. qui n’excluait ni l’empathie ni la critique. auprès de nombreux policiers français. cit. Richard J. il n’y a qu’un pas à considérer celle-ci comme un objet peu porteur de la recherche.

l’opinion populaire. J’ai également envisagé d’utiliser les épithètes « passionnel ». le terme doxa désigne les croyances communes ou. J’ai finalement opté pour le terme de dramaturgique qui renvoie à la tradition goffmanienne. New York. Le caractère infrangible du lien entre l’objet dramaturgique et la doxa s’explique de façon plus profonde que la prétention de tout le monde à être expert en cette matière. mais qu’il était presque impossible de le relayer par un intérêt de savoir. « dramatisé » ou « affectif ». Cet ouvrage a donné lieu à un débat passionné aux États-Unis. C’est en ce dernier sens qu’il est utilisé par Platon. 15. The Bell Curve Debate. Toutefois. MURRAY. Je dois reconnaître avoir beaucoup hésité dans l’élection du qualificatif de dramaturgique pour le substituer à celui d’objet sale. R. je souhaiterais accrocher ma réflexion sur ce thème des objets sales de la recherche à une (hypo)thèse. L’objet dramaturgique se déploie en effet sur un plan symbolique qui est investi par l’affect. la politique et la police que la collectivité afro-américaine avait collectivement un QI inférieur à celui des autres collectivités composant la société américaine 12. pour ne rien dire d’un intérêt « scientifique ». The Free Press. The Bell Curve. 13. HERRNSTEIN et C. le renseignement de sécurité et le terrorisme suscitaient un intérêt passionné du public. 2003. New York. Le même constat s’applique à l’effort pour promouvoir des échanges dépassionnés sur la police. Le travail de l’affect se répercute sur ce plan 12. Russell JACOBY et Naomi GLAUBERMAN. En grec. Le fil d’Ariane que j’ai suivi en choisissant ce terme m’a été donné par l’expérience.le sociologue. les colloques scientifiques que j’ai tenté d’organiser avec d’autres sur ce sujet se sont révélés très décevants pour ce qui fut de la participation du public. The University of Chicago Press. MANNING. Il semble donc que l’objet dramaturgique soit indissociable de la doxa 15. Times Books Inc. Chicago. Thèse nº 2 : les objets sales de la recherche sont des objets dramaturgiques. Policing Contingencies. encore. 1994. K. dont se réclame Peter Manning dans ses recherches sur la police 14. J. 260 .. Deux intellectuels reconnus pour leur engagement social – Russell Jacoby et Naomi Glauberman – ont publié un ouvrage réunissant 81 articles critiques à l’égard des positions de Herrnstein et Murray 13. Intelligence and Class Structure in American Life. Par exemple. le terrorisme a mobilisé pour un temps (1960-1980) l’opinion publique canadienne. Comme dans la section précédente. 1995. 14. J’ai en effet été frappé que des objets tels que la police. Random House. P.

entre le prestige et la honte. de la voir en quelque sorte se détruire elle-même. Il est des objets – par exemple. se suicider en beauté. c’est ce dernier qui l’emporte la plupart du temps. 10-11. 261 . Il y a bien un au-delà du bien et du mal pour un chercheur intègre et persistant. qu’il transforme en une scène où se déploie une action dont le dénouement provoque une catharsis. La dramatisation qui le transforme en une représentation théâtrale est un processus médiatique qui peut être indéfiniment réitéré. la tolérance – qui sont aussi irrémédiablement propres que d’autres sont maculés. Paris. » J. Le projet de substituer une représentation scientifique à la représentation affective d’un objet dramaturgique se heurte à la puissance des médias qui diffusent massivement la seconde. L’Esprit du terrorisme. mieux. Galilée. Il est un dernier caractère de l’objet dramaturgique qui consomme sa supplantation de la volonté de savoir. l’expression d’une frustration ou d’une jubilation 16 ou même la recherche dévoyée d’un divertissement. p. l’union sacrée contre le terrorisme sont à la mesure de la jubilation prodigieuse de voir détruire cette superpuissance mondiale. Le pouvoir d’attraction exercé par un objet dramaturgique fait obstacle à une mise à distance impartiale de celui-ci sans laquelle il ne peut être authentiquement connu. L’objet dramaturgique est une catégorie qui subsume autant le négatif que le positif. plus propre à augmenter les tirages. La domination précaire de la police Je ne souhaite pas ranimer le débat nourri entre Dominique Monjardet et moi sur la définition de la police par son monopole 16. Voici un commentaire que les attentats du 11 septembre 2001 ont suscité : « Tous les discours et commentaires trahissent une gigantesque abréaction à l’événement même et à la fascination qu’il exerce. et la carrière de Dominique Monjardet le prouve. l’accueil qui est fait aux travaux portant sur des objets dramaturgiques tend à les ramener presque inexorablement sur la ligne de démarcation entre le bon et le mauvais. 2002. comme la rupture avec le quotidien. Entre l’intérêt de connaissance et le désir de catharsis. BAUDRILLARD. Le terme de catharsis est ici employé tant dans son sens étymologique de purification que pour désigner les dérives plus communes effectuées à partir de ce processus de libération. La condamnation morale. Toutefois. Il faut en dernier lieu insister sur le fait que la dramatisation des objets est une problématique qui porte plutôt sur les répercussions du savoir que sur sa possibilité même.que dire maintenant de la police ? symbolique.

j’aimerais citer un passage où Dominique Monjardet introduit pour la première fois dans son ouvrage fondateur. Or nous possédons de plus en plus d’exemples où la police est en réalité « battue » et où il faut recourir à la force militaire pour régler les rapports sociaux internes. Sûreté du Québec et Gendarmerie royale du Canada – et des bandes autochtones (mohawks ou iroquoises) puissamment armées avec des armes automatiques. Ces bandes armées s’étaient retranchées derrière des barricades et défendaient 17. on peut être rossés. Le mot « battus » est souligné dans le texte. » Ce qui m’intéresse précisément dans ce texte capital est moins la définition proposée de la police que le contexte dans lequel celle-ci est formulée. Pour ma part. Ce que fait la police. Ce que fait la police. Un officier de CRS résumait fort bien ceci : “Ce qui nous rassure. elle ne sera jamais battue. sa définition de la police par l’usage de la force : « La force [est] la ressource policière par excellence.le sociologue. la politique et la police de la force légitime. cit. en particulier cette affirmation que la police étant adossée à l’État. je pense que l’usage de la force est un élément incontournable de toute théorie de la police et que vouloir en faire l’économie revient à travestir son objet. parce que nous sommes adossés à l’État. op. p. c’est la certitude qu’on peut prendre des coups. 20. Tant Monjardet que moi avons évolué sur nos positions. D. mais on ne sera jamais battus. Je remarquerai d’abord que ce texte se rapporte à la force dont on présuppose qu’elle est un concept homogène qui n’est pas modulé par les degrés de force utilisée. Monjardet a finalement reconnu que la police fonctionnait davantage à l’autorité qu’à la force. Ceci étant dit. Je citerai à cet égard un texte produit par le porte-parole de la Sûreté du Québec..” On définira donc ici la police comme l’institution en charge de détenir et de mettre en œuvre les ressources de force décisives dans le but d’assurer au pouvoir la maîtrise (ou régulation) de l’usage de la force dans les rapports sociaux internes 17. qui a impliqué plusieurs interlocuteurs. Ce présupposé s’explique en partie par le fait que Monjardet est préoccupé par les « rapports sociaux internes » et qu’il reprend donc implicitement la dichotomie traditionnelle : la police utilise la force pour réguler les rapports sociaux internes et l’armée recourt à la violence contre l’ennemi externe. 262 . Trop a été dit là-dessus. qui fait référence à un conflit qui opposa les forces conjuguées des principales organisations policières opérant au Québec – polices municipales. MONJARDET.

Plusieurs centaines de policiers chargèrent ces barricades et furent accueillis par un feu nourri qui tua l’un d’entre eux et qui les mit en fuite (cette déroute a été enregistrée sur bande vidéo). p. GAGNON. du service de base qu’ils doivent habituellement assurer. sauf en Scandinavie. On peut toutefois multiplier les exemples où la police est battue. le dossier basculait dans le camp politique et il revenait désormais à l’armée d’intervenir dans les plus brefs délais. comme on a regrettablement tendance à le dire en France). Les policiers de La NouvelleOrléans renoncèrent alors à protéger la population. Faire respecter une ordonnance de cour faisait partie de leur mandat. des bandes armées de prédateurs se formèrent. qui livrèrent la ville au pillage. Les leçons furent tirées par le porteparole des policiers : « Tant et aussi longtemps que l’action des policiers consistait à démanteler des barricades pour répondre à une demande légitime d’un conseil municipal. La décision de se retirer après qu’un des leurs eut été abattu était très sage. Un bain de sang aurait été inévitable. Plusieurs d’entre eux firent défection et un nombre considérable rendirent leur plaque de policier à leurs supérieurs au motif qu’affronter des gangs prêts à faire feu sur la police n’entrait pas dans le mandat 18. La crise se prolongea et on dut faire appel à l’armée canadienne pour la résoudre. La ville de La NouvelleOrléans fut particulièrement touchée. Dans les jours qui suivirent l’ouragan. 263 . Médiapolis.que dire maintenant de la police ? une parcelle de terrain que ses membres considéraient comme une terre sacrée (un ancien cimetière où étaient ensevelis des ancêtres). dont deux sont particulièrement problématiques – soit la revendication de souveraineté à l’intérieur du Canada et celle de plus de 80 % du territoire canadien –. » Pour un public européocentrique peu familier. les événements que je viens de citer ne paraissent pas dépasser le palier de l’anecdote folklorique. ce qui ne fut pas fait 18. Celle de ne pas lancer un deuxième assaut l’était davantage. mais surtout de faire feu en direction des policiers. La situation ne commandait plus une intervention policière. C. À la fin d’août 2005. ils demeuraient à l’intérieur des responsabilités qui leur revenaient. Les Éditions Québec Amérique. 78. l’ouragan Katrina dévasta quelques États du sud des États-Unis et en particulier la Louisiane. des problèmes aigus liés aux revendications des communautés autochtones (« indiennes ». en ce sens qu’elle se retire en désordre et abandonne le champ à ses adversaires. Montréal. Dans la mesure où des Mohawks avaient décidé d’opposer une résistance armée. 1999.

BARNES et K. Quand le contrat de nonviolence est collectivement rompu. The New York Times. la ville de Naples fut le théâtre de batailles rangées entre diverses factions de la Camorra. TREASTER. des milices ou des mercenaires appartenant au secteur privé. Lorsque cette régression est effective. Là encore. Cette domination policière est maintenant remise en cause dans plusieurs pays (ou portions de leur territoire). Ensuite. On pourra toujours tenter de réduire la signification de ces événements en arguant que la police a fait retour sur le terrain après une période d’interruption de ses services (à la colère des victimes de sa défection). 4 septembre 2005. à La Nouvelle-Orléans). la police battit en retraite et l’on envisagea de faire intervenir l’armée (il semble que cette seule menace eut l’effet de calmer le jeu). où l’on régresse dans le chaos anomique qui a précédé la pacification militaire. « Life among the ruins ». lorsque l’équilibre général entre le consentement à subir l’autorité de la police et le défi de cette autorité se rompt au profit de ce dernier. la police ne peut opérer que sur la base d’un consentement de la population dans sa totalité et ses parties distinctes à se soumettre à son autorité. D. Elle est toutefois tombée dans l’oubli par suite de l’instauration durable de la domination policière dans le règlement des rapports sociaux internes. p. S. la police réoccupe le terrain seulement après qu’il a été pacifié par l’armée (par la Garde nationale. Plusieurs pays de l’Afrique sub-saharienne et du Moyen-Orient se sont transformés en de violents théâtres d’opérations où les forces policières ont renoncé à régler les rapports sociaux internes. Time Magazine. De nombreux articles de journaux attestent l’effondrement policier . 264 . have left force ». « Police quitting : hundreds of officers. il faut lui substituer un autre corps violent : l’armée.le sociologue. pour prendre les cas les plus extrêmes). HUMPHREYS. voir R. B. l’exercice de la police devient de plus en plus problématique. et en Irak. feeling outmatched. la politique et la police de cette dernière (cet argument est semblable à celui énoncé dans le texte cité plus haut) 19. septembre 2005. « Bush promises more troops as New Orleans quiets ». 1 et 24 . En d’autres termes. la déroute policière est dans certains pays définitive (en Haïti. où l’institution policière s’est substituée à l’armée. elle emporte la police. 30. la police est battue . En novembre 2006. en Afghanistan. Cette base d’opération autorise certes l’existence de formes diverses de dissensus. M C F ADDEN . Cette objection fait l’impasse sur deux faits. D’abord. Toutefois. p. Cette thèse se vérifie dans l’histoire. 19. au Liban. D’où la thèse nº 3 : la police ne peut opérer que dans le contexte d’une pacification antécédente. et J.

le gouffre qui sépare « taper dans le tas » et tirer dans la foule. Lors de divers séjours en France. Gendarmerie nationale.-P. elle tremble. L’insécurité policière Ce thème constitue un prolongement manifeste du précédent. Gendarmerie royale du Canada) obéissent quant à elles essentiellement à la logique policière de la parcimonie dans le recours à la violence dans le règlement interne des rapports sociaux. si la police détient effectivement des ressources de force décisives. tant sont grandes les différences entre l’armée et la police 20. Les polices militarisées (Compagnie républicaines de sécurité. L’une des objections que l’on peut faire à la définition de la police par son monopole de la force armée (que celle-ci soit légitime ou non) est qu’elle constitue une taie qui empêche l’œil de voir tout un ensemble de problèmes reliés à une théorie de la police et qui font obstacle à son développement. On ne saurait méconnaître. Au regard de l’usage de la force. Revue internationale d’éthique sociétale et gouvernementale. la police est liée par un principe de parcimonie alors que l’armée poursuit une logique de prodigalité dont la fin est de subjuguer l’ennemi. il devrait s’ensuivre que le problème de l’insécurité policière ne se pose pas ou constitue un problème de peu d’insistance. Si l’on s’appuie sur l’affirmation que la police détient et met en œuvre les ressources de force décisives pour assurer au pouvoir la maîtrise du recours à la violence dans les rapports sociaux. L’un de ces problèmes est celui de l’insécurité policière. ce qu’on appelait des BAC) dans leurs interventions. BRODEUR. « Force policière et force militaire ». Pourtant. J. Même les plus aguerris des policiers ne se risquaient dans les quartiers difficiles – par exemple. on ne voit pas pourquoi elle tremblerait dans ses interventions. p. 2 (1). 265 . Le Mirail à Toulouse – qu’avec une grande nervosité. Éthique publique. 157-166.que dire maintenant de la police ? Le titre commun de l’armée et de la police à constituer des incarnations exemplaires du pouvoir de l’État n’est pas suffisant pour conforter l’allégation d’une prépondérance de la police par interposition militaire. 2000. Il m’est arrivé d’assister au déploiement de plusieurs dizaines de policiers armés de grenades lacrymogènes pour délivrer aux parents 20. En effet. sans errer gravement. il m’est arrivé fréquemment d’accompagner des policiers de terrain (entre autres.

Une enquête est en cours et l’on ignore encore la raison de cette fusillade.le sociologue. Le 4 février 1999. croyant qu’il dégainait un pistolet. Une troisième manifestation de cette insécurité policière est la montée vertigineuse des coûts de la production de sécurité par la police. de la dédramatisation et de l’usage minimal de la force. Toutefois. un groupe tactique de policiers en civil a abattu un jeune Afro-Américain de 50 balles alors qu’il se préparait à célébrer son mariage. « 50 bullets. un ressortissant de la Guinée travaillant à New York a été abattu de nuit alors qu’il se préparait à entrer dans son appartement. Lorsqu’il a fait un mouvement pour sortir la clé de son appartement. Plus récemment. 266 . De prime abord. The New York Times. L’insécurité policière se manifeste également dans les abus explosifs de l’usage des armes à feu. Cette insécurité est d’autant plus significative qu’elle affecte des policiers entraînés pour faire des interventions de choc. and many unanswered questions ». p. Nous n’avons pu réaliser ce projet. les policiers. Dominique Monjardet et moi avions le projet de comparer le double discours qui sévit dans les écoles de police en France et au Québec. Par exemple. ont fait feu sur lui à 41 reprises. sont l’indice d’une insécurité policière extrêmement profonde. le 25 novembre 2006. A25. un grand nombre des anecdotes qu’ils utilisent pour illustrer leur enseignement et pour capter l’attention des recrues se rapportent à des incidents où un policier a été agressé. qui s’apparentent à ceux des militaires en panique qui tirent sur tout ce qui bouge. 11 décembre 2006. BAKER. les raisons de cette situation se trouvent dans les implications de notre troisième thèse : la 21. Ces comportements. Les victimes n’avaient pas de casier judiciaire 21. K. De façon plus fondamentale toutefois. one dead. Amadou Diallo. n’avait pas de casier judiciaire et n’était recherché pour aucun fait criminel. les instructeurs tiennent le discours de la sérénité. Celle des 1 300 habitants de la réserve autochtone de Kanesatake s’élève 13 000 dollars par habitant et par an. soit 65 fois plus que pour les autres habitants du Québec. la politique et la police de jeunes délinquants une simple assignation à comparaître devant un tribunal. W. blessé et même tué. RASHBAUM et A. La victime. Nous n’avons pas la place pour explorer les causes de l’insécurité policière. la protection des résidents des petites villes (1 000/1 500 habitants) du Québec revient à environ 200 dollars par habitant et par an. Des amis qui l’accompagnaient furent également grièvement blessés.

C. 1992. En guise de conclusion La recherche sur la police a connu un développement absolument spectaculaire dans le monde anglo-saxon depuis 1980. BANTON. « Police research ». Londres.que dire maintenant de la police ? police n’est pas l’instrument d’une pacification. La police n’est dès lors plus la solution au problème de l’insécurité. elle conserve toute sa signification. The New Register of Policing Research. University of Chicago Press. Sa mission est pour l’essentiel de reconduire le statu quo à partir d’une position de domination. Cathy Bird publia pour le compte de la Police Foundation un inventaire des recherches sur la police 24. Reiner note que la plus grande partie des nouvelles recherches sont orientées vers la formulation de politiques et de stratégies policières et sont en conséquence de nature plus pragmatique que théorique. Les opérations « coup de poing » qui sont effectuées dans les zones difficiles à grand renfort de publicité ne donnent plus le change. Reiner nous apprend qu’en 1979. Dix ans plus tard. 267 . HOLDAWAY (éd. REINER. mais elle fait partie de sa donne et son action produit trop fréquemment une augmentation générale de l’insécurité. M. Chicago. L’inventaire de Bird qui n’est qu’une liste sèche de projets de recherche de 207 pages énumère 184 projets de recherche différents qui se poursuivaient dans 69 instituts différents. il s’installe une situation de haute insécurité au sein des forces policières. Londres. S. MORRIS et M. L’ouvrage de Holdaway est long de 188 pages. The Policeman in the Community. Basic Books. p. 25. in N. Edward Arnold. Les habitants de ces quartiers savent qu’après ces interventions médiatisées. le chercheur Simon Holdaway publia une collection de dix essais où se retrouvaient presque tous les chercheurs britanniques de réputation qui poursuivaient des recherches sur la police 23. R. 24.). Lorsque cette position de domination est ouvertement défiée par une population ou une sous-population.). New York. Cette remarque recoupe une distinction fondatrice de la recherche sur la police qui a été initialement formulée par Michael Banton 25 et qui a été reprise récemment par Peter Manning dans 22. Même si l’illustration de cette explosion fournie par Reiner 22 date de plusieurs années. BIRD. mais la présuppose. Police Foundation. TONRY (éds. 1964. 438. 23. The British Police. la police se retirera au quotidien et qu’ils seront laissés sans protection. 1989. 1979. Modern Policing.

D. Nicolet. « The study of policing ». École nationale de police du Québec. Ce type de recherche possède incontestablement plus de prestige dans le monde académique. Par exemple. s’inscrivent dans cette troisième perspective 27. K. « Le terrorisme international et la cage d’escalier (la sécurité publique dans le débat politique en France. Les premières. à cet égard. MONJARDET. Banton a distingué entre les recherches qui sont effectuées pour la police et les recherches qui sont effectuées sur la police. préconiser le développement d’une troisième catégorie de travaux : des recherches effectuées pour la société civile. en particulier des notes de recherche publiées de manière dispersée et qu’il faudrait se hâter de réunir en un volume. la politique et la police sa recherche sur les études policières 26. 38 (2). p. 8 (1). . 31 mai-2 juin 2005 (publiée sur le site Web du Centre international de criminologie comparée) . Police Quarterly. 27. MANNING. Ces recherches sont en général largement subventionnées par les pouvoirs publics. 2000-2003) ». 26. 13-37. articulent des perspectives compréhensives et poursuivent un intérêt de connaissance recherché pour lui-même et non pour des fins instrumentales. bien qu’il soit difficile d’en assurer le financement. 2005. J’aimerais. Ce dernier reproche est au vrai assez injuste car beaucoup de ces recherches visent à promouvoir des stratégies et des tactiques policières qui impliquent un usage minimal de la force. 23-43. 2005. Criminologie. les objets apparemment « sales » de la recherche se retrouvent souvent au sein de ces travaux. portent sur des questions étroitement définies (par exemple. Un nombre significatif des travaux de Dominique Monjardet. d’orientation pragmatique. la police et le projet de connaître ». l’entraînement de la police) et visent avant tout à l’amélioration des prestations policières et à l’exercice d’un contrôle plus efficace sur la délinquance. et « Gibier de recherche. C’est ce type de recherches qui est estimé moins honorable parce qu’il est instrumentalisé par la police . L’énoncé des conditions d’une police démocratique constitue un chantier qu’il nous reste à ouvrir. Elles comporteraient une dimension critique mais elles ne répugneraient pas à leur instrumentalisation par la société. Les recherches sur la police sont de nature théorique. communication présentée au colloque international francophone « La police et les citoyens ».le sociologue. Les travaux sur les mécanismes qui accroissent la transparence de la police et qui renforcent son obligation de rendre des comptes constituent un exemple de recherche sur la police et pour la société civile. P. p.

Paris). appartenant à la génération des trentenaires (la plupart sont des thésards « postgradués » ou « ayant soutenu »). 269 . En espérant ne pas trop trahir leur pensée. institutions régaliennes et politiques de sécurité se sont positionnés à l’égard de ses travaux. ont bien voulu répondre à un petit questionnaire pour les besoins de cet acte mémoriel. et que nous dit-elle de l’avenir ? Nous avons cherché à repérer des traces en nous demandant en quoi les travaux de Monjardet étaient susceptibles de servir de guide ou de balise à ceux qui se sont engagés et s’engageront sans complexes dans les divers sillons qu’il a tracés. nous avons classé leurs témoignages en fonction de leur épistémologie de prédilection. Directeur de recherche au CNRS (CERSA.11 L’influence des travaux de Dominique Monjardet sur une nouvelle génération de chercheurs par Frédéric Ocqueteau 1 Nul ne doute plus aujourd’hui que Dominique Monjardet ait été un pionnier de la connaissance du monde policier. avec les armes de la sociologie des organisations et des professions. à quoi ceux-ci leur ont servi. 1. Une dizaine d’entre eux. Ni que ses travaux aient pu influencer de nouveaux chercheurs sur des domaines connexes. On ne peut raisonnablement évaluer cette influence qu’en montrant comment de jeunes chercheurs préoccupés par les objets policiers. Jusqu’à quel point cette influence estelle avérée dans le milieu français. quelles limites ils y ont trouvées et comment ils ont été amenés à les dépasser.

J. 2002. Aujourd’hui maître de conférences en sociologie à l’université de Toulouse. dans la mesure où l’on a désidéologisé une discipline qui n’avait jamais été habituée à intégrer le jeu des acteurs policiers dans l’interprétation des phénomènes. Ses travaux portent sur les polices municipales. ne peuvent s’expliquer que par des causes extérieures. à leurs yeux. qui met à bas l’idée d’une police unique. Fabien Jobard 3 témoigne de la fécondité théorique et empirique de la sentence inaugurale de Monjardet. vers un populisme punitif à la française ?. Chargé de recherche au CNRS (CESDIP). Les polices sont toujours partie prenante de la « configuration violente » et contribuent à dessiner ses contours. Le deuxième acquis important à ses yeux est qu’après son œuvre. Paris. de manière déréalisée. il n’est plus possible d’analyser les violences. et de plusieurs ouvrages désormais classiques sur les violences illégitimes. désormais classique. La Découverte. c’est beaucoup plus une sociologie de l’État et de l’administration qu’un livre sur la « police ». Ferret reconnaît volontiers que cette vue est encore difficile à admettre pour les acteurs chargés de combattre des violences qui. la trilogie « organisation. dit-il. qui reste pour lui un mystère. Peurs sur la ville. 270 . on a fait un grand pas en sociologie. 3. Pour J. 1999 . État des recherches dans les pays anglo-saxons. Les Violences policières. Ferret. L’Harmattan. à savoir la réponse donnée au sous-titre de son opus 2. Paris. Dès lors que l’on a compris cela. sans étudier en même temps les acteurs policiers. Jérôme Ferret 2 fait état de deux acquis très importants à ses yeux. les politiques des drogues. est un acquis majeur d’une sociologie des organisations réactualisée par Dominique Monjardet. la politique et la police Fidèles de Max Weber se réclamant d’une science politique de l’État Pour deux témoins qui disent avoir voulu approfondir la question des rapports entre force publique et violences. Ce qu’il voit dans Ce que fait la police. Cf. autrement dit qui ont réfléchi à une force publique vue à la fois comme régulatrice et productrice de violences. Cf. Bavures policières ? La force publique et ses usages. la réforme de la police de proximité. la lutte antiterroriste et les politiques de sécurité routière. les influences de Monjardet ont été différentes. l’autre l’entreprise de désidéologisation de la sociologie générale à l’égard du domaine de l’action régalienne. 2005. L’un concerne la sociologie de l’État. de même que les conclusions auxquelles ces chercheurs aboutissent. profession ». auteur d’une thèse sur « L’usage de la force par la police en France » (1998). quelles qu’elles soient. Paris. PUF.le sociologue. institution.

dit-il. Il rend enfin hommage à une « écriture serrée. Ainsi. ce « progrès social » allait se payer par une « diminution de légitimité populaire ». Ce legs fut pour lui un fardeau. Monjardet savait en montrer toutes les contradictions ironiques : en œuvrant à regrouper les roulements pour que le fonctionnaire regagne son domicile le plus vite possible sans passer plus d’une demi-heure dans le quartier dans lequel il travaillait. le bouillonnement des entretiens réalisés […]. au moment même où des syndicats défendaient l’idée de la nécessaire proximité du policier et du citoyen. Il se dit de surcroît sensible à une capacité d’objectivation toujours mise au service d’une « éthique de la responsabilité ». qui s’élève au-dessus du grondement du terrain ». la « force publique » est partout et nulle part dans Ce que fait la police. la capacité monjardienne de tisser le lien du particulier au général. une écriture. dit-il. close […]. Il rend hommage à cette attitude intellectuelle encore très rare en France et au souci (très impressionnant) de dépeindre l’édifice policier entier par la seule mise à nu d’un détail. » F. Jobard admire la rigueur dans la description de l’échelon microscopique.l’influence des travaux de dominique monjardet… majeur de 1996 : « Sociologie de la force publique » : « Il n’y a pas de sociologie de la police. C’est que. Il lui a donc fallu la retrouver au travers des lignes. cette faculté rare à décrire les rouages d’une machine que le détail enraye. dense. mais eut un mérite immense à ses yeux : l’avoir immunisé contre les tentations des « postures dénonciatrices ». le désordre des scènes observées. sur les syndicats notamment. une « anecdote sournoise et juste ». 271 . Un exemple l’a marqué. » Pour ce chercheur. pour le confort de l’agent – rentrer le plus rapidement possible à la maison –. il n’y a qu’une sociologie des usages sociaux de la force. Monjardet qui conseillait en substance ceci : « Tentez de vous débrouiller avec cela. il lui fallait quand même prendre le temps de se dévêtir de son uniforme… F. quand il s’est agi de déshabiller les fonctionnaires sur le chemin domicile-commissariat (revendication acceptée). lissant fortement l’aspérité des événements vécus. Jobard estime que le défi de son propre travail a été de devoir se contenter du maigre viatique donné par D. sans jamais pour autant tomber dans le piège de la « rhétorique réactionnaire de l’effet pervers ».

encore dominante sur le sujet durant les années 1980. En même temps qu’il effectuait cette première enquête. À noter le parallélisme de la trajectoire de C. Mouhanna. de la dernière enquête de D. il lisait les premiers articles sur le travail policier et les travaux américains conseillés par D. avec C. Chercheur au CSO (Centre de sociologie des organisations) et au CESDIP. Docteure en science politique (2005). Chalom a été le coauteur. Puis chargée d’études à l’IHESI et l’INHES. Il affirme avoir été fondamentalement influencé par le travail de Monjardet et par sa bonne connaissance des fondamentaux en « sociologie des organisations » : compréhension des policiers. « quinze ans de carrière dans la police et la gendarmerie » 5. empathie avec la base. Mouhanna et de celle de Maurice Chalom à Montréal. Auteure d’une enquête sur les changements organisationnels introduits par la création des Brigades de recherche. 4. Revue française d’administration publique. en 2000. il a synthétisé ses travaux dans une thèse soutenue en 2005 : « Police et Justice face au citoyen : le repli bureaucratique ». 5.le sociologue. elle s’est elle-même inspirée de cette attitude pour traiter de la BREC comme d’un service administratif parmi d’autres. d’enquête et de coordination (BREC). Leur première rencontre eut lieu dans l’« embryon d’IHESI » de l’époque. racontée par ce dernier dans « Descente chez les bleus : une expérience professionnelle au sein de la police montréalaise ». Ce qu’a retenu Anne Wuilleumier 6. Ce travail l’a aidée à se défaire de l’emprise du droit public et/ou de la science administrative. y cherchant une personne susceptible de s’impliquer dans l’étude d’une expérience innovante d’îlotage. avec l’attitude critique. ajoute-t-il. Cette grille de lecture lui fut très utile car. c’est une lente imprégnation du travail collectif qu’il réalisa en 1984 avec Antoinette Chauvenet. Après avoir publié de nombreux travaux sur la police. importance du travail de terrain. en voyant à ce point banalisé l’objet policier. Mouhanna fut désigné. autant d’attitudes qui ne furent jamais incompatibles. la gendarmerie et le parquet depuis une quinzaine d’années. bien au contraire. 2006. 6. Daniel Chave et Françoise Orlic (« La police quotidienne »). et. surtout envers les gestionnaires. la politique et la police Serviteurs de la sociologie politique et de la sociologie des organisations L’influence de Monjardet fut capitale pour Christian Mouhanna 4 qui rapporte cette anecdote liée à leur première rencontre : Dominique Monjardet avait passé un coup de fil au CSO en 1990. (M. Monjardet (Ericson en particulier). p. Monjardet sur la comparaison de la réforme de la police de proximité en France et à Montréal). 281-290. 272 . ce qui lui permit de gagner un séjour tous frais payés de six mois à Roubaix. 118.

2007. selon elle. Il estime que ses propres recherches sur la police soviétique. chargé de recherche au CNRS (CERI). il s’est efforcé de montrer qu’entre les modes d’organisation bureaucratique de la police soviétique des années 1960-1970 et de la police française contemporaine. « La police au quotidien ». Pour Anne Wuilleumier. À ceci près que. il s’est efforcé de montrer l’« amplification des effets de l’obligation de résultats » sur l’activité des agents. Il ignore s’il a réussi. doivent beaucoup à la nécessité de les traiter comme des organisations parmi d’autres.l’influence des travaux de dominique monjardet… Elle dit avoir été marquée par les innombrables « outils heuristiques » que D. spécialiste du crime et des polices dans le monde soviétique en transition vers la nouvelle Russie. la véritable marque de fabrique de Monjardet qui ne fut pas véritablement un théoricien de l’appareil policier. 273 . mais aussi. Éditions du CNRS. 8. il n’existait pas de différence fondamentale. dont l’enjeu principal fut également d’en banaliser l’analyse. soutenue en 2001. Benoît Dupont 8 affirme également avoir été sensible au travail de démystification de la première recherche empirique de D. Cf. ou l’approche de la réforme de police de proximité sous l’angle de l’« injonction paradoxale ». de moyens et de résultat ». il a réalisé de nombreux travaux sur les polices dans l’ex-bloc soviétique. C’est. Paris. Gilles Favarel-Garrigues 7. Professeur de criminologie et vice-président du Centre international de criminologie comparée de Montréal. tous ces outils constituent des « guides de navigation au service d’une démarche comprise dans l’observation empirique et pragmatique ». La Police des mœurs économiques de l’URSS à la Russie. Ancien chargé de recherche à l’IHESI. mais reste convaincu de ce que la spécificité du régime soviétique ne lui interdisait pas d’analyser l’une de ses institutions clés (souvent associée à son caractère « totalitaire ») à l’aide d’outils forgés dans le contexte occidental. Construction et réformes d’une police : le cas australien. Politiste. il a soutenu une thèse de doctorat distinguée par le prix du jury G. la notion de « double incompétence du ministère de l’Intérieur ». Tarde. Cf. a trouvé dans les textes de Monjardet des armes intellectuelles pour combattre la notion écran de « police totalitaire ». Paris. 2002. la « coexistence quotidienne de deux obligations contradictoires. 1788-2000. Monjardet. Grâce aux instruments proposés par Monjardet. dans le contexte soviétique. L’Harmattan. le « pluralisme policier ». Monjardet fit émerger de ses recherches : non seulement l’« inversion hiérarchique ». Il estime avoir 7. auteur d’une thèse sur « La lutte contre la criminalité économique en Russie de 1965 à 1995 ».

Monjardet. Il a fini par accepter de rédiger un premier opus sur les polices au Québec pour mieux les faire connaître en France. lors de ses nombreux séjours à Montréal. de sorte qu’on ne pouvait faire l’économie d’une imprégnation lors d’une phase d’observation préalable. l’influence de l’œuvre de Monjardet se serait plutôt fait sentir en creux. Sociologues du travail policier Les sociologues du travail policier sont beaucoup plus nombreux. Dupont dit avoir été influencé par l’idée que le travail policier était d’abord un travail pour ceux qui l’accomplissaient. par exemple. ce qui l’a conduit à tester empiriquement d’autres hypothèses sur leurs possibles liens. avec sa bénédiction plus ou moins explicite. lui a facilité l’accès aux terrains québécois et l’a encouragé à s’investir dans la compréhension des polices locales. Marc Alain 9. En adoptant une approche pragmatique et empirique auprès des travailleurs de la sécurité privée. C’est néanmoins de l’analyse des différentes trajectoires d’insertion professionnelle des policiers que sont venues ses plus grandes inspirations méthodologiques. Il estime que l’étude de sa propre cohorte de policiers québécois ne lui a permis que de compléter les premiers résultats de Dominique Monjardet et Catherine Gorgeon. pour eux. 9. Il estime d’autre part que D. Il aurait aimé effectuer une réelle comparaison de ses résultats avec les leurs. Admiratif de la connaissance intime qu’avait Monjardet de la réforme de la « police de quartier » de Montréal. 1997). directeur scientifique du CIDRAP (Centre d’intégration et de diffusion de la recherche en activité policière) de l’École nationale de police du Québec (en poste de 2000 à 2005). il a acquis la certitude que les relations entre « secteur privé » et « secteur public » ne pouvaient pas être résumées à des théories de la privatisation ou de la perte du monopole étatique. la politique et la police compris ce message que le travail policier ne devait pas être appréhendé uniquement sous l’angle théorique de l’usage de la force. Lors de sa prise de poste à l’École de police de Nicolet au Québec. ce sont les manques repérés dans l’œuvre qu’ils ont entrepris de combler.le sociologue. Par conséquent. mais. 274 . Docteur en criminologie (Montréal. a cherché à s’inspirer de l’étude sur la cohorte de gardiens de la paix sans pouvoir la répliquer terme à terme.

275 . D.l’influence des travaux de dominique monjardet… un projet dont ils avaient discuté plusieurs fois. Bien évidemment. et regrette rétrospectivement de n’avoir pu échanger davantage avec 10. utile à son objet d’étude. Paris. aurait dit Becker : ne surtout pas enregistrer les entretiens. D. 2005. Thèse : « Une comparaison internationale de l’apprentissage et de la socialisation des policiers en France et en Angleterre. 11. Elle se sent surtout redevable d’un conseil de méthode décisif donné par D. décrétée par lui non pertinente en France. Damien Cassan 10 a comparé les mécanismes de socialisation professionnelle des policiers français et britanniques. tant à Paris qu’à Nicolet ou Montréal. auteure d’une thèse sur la féminisation de la police. Éditions de la MSH. Mais les présupposés de son propre questionnaire n’étant pas les mêmes. 2007. Monjardet – les « ficelles du métier ». de l’analyse du poids de l’expérience et de l’ancienneté dans l’organisation des tâches. la valeur et la pertinence de cette notion dans les mécanismes de socialisation professionnelle. En essayant de transposer cette notion en France avec les outils intellectuels forgés par les Anglo-Saxons. de la diversité des policiers. cet objectif n’a pu être atteint. université de Lille et CLERSE-IFRESI. Cassan pense que les positions de Dominique Monjardet s’expliquent vraisemblablement par le fait qu’il n’a jamais eu l’occasion d’étudier empiriquement les ressorts de la « culture policière britannique ». ce qui ne signifie pas qu’une entreprise de comparaison systématique avec un protocole commun soit à jamais impossible. Elle estime avoir tiré tout le suc de notions telles que celle d’« inversion hiérarchique ». Ce chercheur estime avoir dû prendre ses distances avec les positions théoriques à ses yeux « trop radicales » de Dominique Monjardet. Chargée de recherche au CNRS (CESDIP). publiée sous le titre : Profession : policier. Geneviève Pruvost 11 pense avoir comblé certains manques des travaux de Monjardet en s’inscrivant dans ses traces. Cassan estime avoir eu des divergences de vues sur la notion de « culture professionnelle ». il aurait fini par la juger inopérante alors qu’elle garderait sa valeur explicative dans d’autres contextes. du rôle de la formation. dans les deux contextes. sociologue. afin de ne pas entretenir la « paranoïa policière ». Le gardien de la paix et le police constable ». elle n’a pas trouvé dans les travaux de Monjardet ce qu’elle cherchait elle-même. Il estime que son travail de comparaison lui a permis de discuter. Sexe : féminin. Celui-ci aurait congédié trop rapidement la notion de « cop culture » partout présente dans les écrits britanniques. Postdoc en sociologie.

parmi lesquelles des agents des BAC (2005). Chargé de recherche au CNRS. alors qu’il était intarissable à ce sujet. Elle exprime enfin le regret qu’il n’ait pu réaliser un bilan méthodologique sur l’entretien et l’observation en milieu policier. 276 .le sociologue. et enrichi son travail. un autre axe les opposant à propos de la perception des enjeux liés à l’existence du contrôle hiérarchique interne. Geneviève Pruvost estime que D. La « socialisation professionnelle » des différents policiers lui semble en effet très liée au contexte dans lequel ils opèrent. de complexifier l’analyse en enrichissant les présupposés de la célèbre « cohorte » par deux nouvelles dimensions structurantes : 1. n’a pas toujours réussi à appliquer son schéma général sur la socialisation professionnelle aux brigades qu’il a étudiées. Les dispositifs de formation initiale et de contrôle interne de la Police nationale dans la France contemporaine ». Il estime avoir ainsi apporté une pierre supplémentaire à son édifice. le « monde privé » des policiers. notamment les BAC. Cédric Moreau de Bellaing 13 a creusé de son côté le sillon de la notion de « socialisation professionnelle » des policiers. alors qu’à ses yeux leur condition ressortit aussi à une situation familiale (la famille d’origine et la famille créée) et amicale dont les incidences sont considérables sur leur rapport au métier et au choix de leur carrière. Monjardet sur trois phénomènes devenus selon elle fondamentaux : l’incidence de l’imaginaire policier dans le métier (les mécanismes d’identification ou de mise à distance des séries télévisées) . Postdoc en science politique. auteur d’une thèse soutenue en 2005. Or les rapports des « policiers de roulement » avec les chefs de brigade au sein des 12. il a essayé. uniquement préoccupés par leur travail. l’importance de la virilité et/ou de la hiérarchie entre féminité et masculinité. et plus largement le traitement de l’émotion dans les professions policières . On aura aisément compris comment il est resté dépendant de sa propre socialisation professionnelle de départ (la sociologie du travail fut sa discipline de formation et il y est resté attaché durant toute sa carrière). la politique et la police D. IEP. 2. Paris : « La police dans l’État de droit. auteur d’une étude sur le stress au travail de différentes professions. 14. enfin. Monjardet a eu tendance à n’appréhender les policiers que comme des professionnels au travail 12. En n’oubliant pas l’extraordinaire capacité qu’avait Monjardet de ne jamais disjoindre les niveaux micro et macro. 13. dit-il. repérable à l’école de police . un axe opposant les élèves autour d’un répertoire d’usages différenciés des lois. qui a pris connaissance des travaux de Monjardet sur la « cohorte ». Marc Loriol 14.

Pour elle. Ils l’ont aidée à mieux penser. mettait surtout au jour les enjeux que représentait la proximité pour les policiers d’État. Pour conclure sur une touche inconsolable et gaie Pour finir. scruter les obstacles est a priori la meilleure des démarches possibles pour espérer à terme les dépasser. sa sociologie permettait surtout de comprendre pourquoi la police nationale ne parvenait pas à faire entrer la « pol-prox » dans les pratiques. 2005. d’une part. notamment quand il évoquait la propension générale des agents de la base à « l’autonomisation et à la sélection par euxmêmes de leurs tâches et de leurs priorités d’action ». un petit grain de sel personnel pour attester l’insatiable curiosité de Dominique Monjardet. elle explique avoir voulu cerner la capacité des policiers municipaux de relever le défi d’un véritable service de proximité. auteure d’une thèse de sociologie : « Les policiers municipaux. Postdoc. l’enjeu institutionnel et. dans ses nombreux écrits évaluatifs de la réforme. université de Bordeaux-II. le métier local ou de proximité de la police municipale. Les ambivalences d’une profession ». en prise directe avec la collectivité locale. Aux yeux de Marc Loriol. Sa dette à l’égard de Monjardet est liée au fait qu’il lui a précisément permis d’identifier et d’analyser les obstacles policiers sur la voie du changement à l’échelon local. organisationnels et culturels sur la route des objectifs ultimes de la réforme. Cela dit. et observer du même coup en quoi les policiers d’État sont différents des policiers municipaux. « Monjardet. » S’il insistait sur ce que la police avait à gagner à éviter le jeu des partenariats. 277 . depuis le jour où il 15. publiée sous le même titre aux PUF en 2007. ses travaux furent pour lui une source importante de stimulation et de réflexion. quelle que soit leur taille) ne sont pas toujours ceux qu’aurait décrits Dominique Monjardet.l’influence des travaux de dominique monjardet… différents commissariats (et cela. en s’attachant d’abord à diagnostiquer les blocages institutionnels. Virginie Malochet 15 s’est abondamment inspirée des travaux de Monjardet sur la réforme nationale de la police de proximité. d’autre part. les liens avec les gradés et les officiers sont loin d’être aussi distendus qu’il a pu le soutenir. S’interrogeant à son tour sur les finalités de l’action policière.

jusqu’où nous nous serions laissé intoxiquer par notre adhésion aux présupposés de la réforme de la police de proximité appuyée sur les CLS. J’ai acquis la conviction que sa fascination pour le duc de SaintSimon lui servait de refuge et de méditation pour se prouver qu’il n’aurait jamais lui-même la volonté de rassembler 16. comme une révélation. 278 . un déclic. Il se montre impressionné par la « recherche action » de Sophie Tiévant (commanditée par l’IHESI) qui tente de dégager ce que seraient les « bonnes pratiques » en police de proximité. En 2001. Je me suis souvent demandé. tant sa désillusion est intense à l’égard des « Jacobins » au pouvoir. Son insatiable appétit lui permettait aussi de prendre quelque distance à l’égard de son poste de conseiller et de résister aux postures manichéennes. il prenait connaissance très régulièrement de la sortie des rapports de recherche de l’IHESI. Sièges respectifs en 1998-1999 de la DCSP et de l’IHESI. j’observe ainsi que son souci paraît moins d’exonérer leurs auteurs de leurs responsabilités que de souligner le manque d’encadrement. À l’égard de fautes professionnelles que la presse qualifiait de « bavures ». il récapitulait ses théorèmes et les enrichissait au fur et à mesure de ce qu’il observait. De ses notes se dégage comme une sorte d’humilité de l’intellectuel qui apprend au contact du pouvoir. à cette époque. à la lecture de ce rapport. parce qu’il ne s’est jamais totalement vécu en conseiller « réaliste ». Il veut se forger une autre sorte de conviction sur les usages de la police au sein d’un ministère de l’Intérieur tenu par des gens dits de gauche ayant succédé à des gens dits de droite. une pièce qui manquait à divers assemblages et qu’il cherchait aussi à Montréal. Lors de ses visites rituelles de la rue Cambacérès (8e arrondissement) à la rue Péclet (15e) 16. entendait.le sociologue. on le voit se laisser aller crescendo à un allègre jeu de massacre. alors que je dirigeais moi-même à cette époque le pôle de la recherche à l’IHESI. Je crois qu’il n’a jamais véritablement imaginé avoir eu une influence directe sur son pilotage. lisait. Il semble avoir eu. et jusqu’où il a cru lui-même en son pouvoir de conseil. et de toujours appliquer à ces fonctionnaires au travail une grille d’interprétation commune et non spécifique. la politique et la police s’est retrouvé conseiller technique à la DCSP jusqu’à sa fin… En mettant au propre les notes éparses de son journal de bord inauguré à la suite de son passage à la DCSP.

Sa défense de la thèse de Wilson et Kelling sur les « carreaux cassés » montre assez les amalgames idéologiques qu’en ont faits les uns et les autres au lieu d’en méditer suffisamment toutes les implications. Il y a surtout cette aptitude à toujours vouloir trouver des solutions à l’impuissance généralisée liée aux routines policières instituées et à la persistance des politiques dans l’erreur. L’observation permanente de la réforme de la police de quartier à Montréal sur plus de dix ans lui a permis de rapporter des explications et donné des arguments pour contourner la prétendue impossibilité de mettre en place la « pol-prox » en France. sans se faire beaucoup d’illusions sur la capacité qu’auraient les politiques et les hauts fonctionnaires de savoir s’en servir. D. Il évoque une « révolution culturelle » en marche dont personne ne saurait prédire quand ni comment elle resurgira.l’influence des travaux de dominique monjardet… l’énergie que le duc sut déployer infatigablement dans la défense de ses intérêts au sein de la noblesse de cour durant la période de transition de la Régence… Le voyant s’emporter contre l’amalgame d’un intellectuel gauchiste se prononçant sur le « prétendu » sentiment d’insécurité mobilisé par des policiers et des aventuriers pour justifier leur propre défense de la loi et de l’ordre. 279 . Il croit depuis longtemps à la pédagogie par les « fondamentaux de la sécurité » (les grands textes sur la police publiés avec JeanPaul Brodeur). je retiens surtout son aptitude à l’autocritique . il continue à chercher des arguments pour ceux qui auront à y revenir un jour. sans jamais vouloir essayer d’y pénétrer. prononcée par un préfet nommé par une équipe de gauche. Il a beau s’emporter à l’idée que d’aucuns puissent établir une histoire linéaire et homogène de l’IHESI en des termes « fonctionnalistes ». Il y opposa un besoin inlassable d’enseigner aux fonctionnaires. il semble aussi comprendre la posture critique des gens jugeant l’Institut de l’extérieur. pour mieux comprendre par eux-mêmes les dysfonctionnements de l’appareil et y porter remède. Monjardet ne se remettra pas vraiment d’avoir entendu rapporter l’expression de « chiasse sociologique ». il évoque en la matière un péché de jeunesse analogue à celui des années 1970. En dépit de sa courte mais intense expérience de conseiller du prince à la DCSP. Il pense de toute évidence que cette pédagogie ne peut pas être perdue pour tout le monde.

nuancé. Un jour que Dominique et Fabien étaient conviés à parler. l’article prévu sur Sarkozy II ne verra hélas pas le jour. sa perplexité est manifeste face au volontarisme réformiste d’un ministre qui a promis l’affichage des statistiques mensuelles du 4001. lors du dernier séjour de Monjardet au Québec. il fit état de ses premières indignations à propos des lois Sarkozy (une préfiguration de son article sur le continuum « cage d’escalier-terrorisme international »). Et rien des choses policières et sécuritaires ne fut laissé « impuni ». à Montréal. Au quotidien. il entreprend d’y scruter à la loupe ce que va faire le nouveau ministre de l’Intérieur issu de l’élection présidentielle de 2002. mais ne pas toujours reculer à en faire usage soi-même ! » . Il garde le secret espoir de prendre à son propre piège un politicien qui lui paraît faire rapidement semblant d’engager sa responsabilité sur les résultats de sa politique policière… D’où un autre article. le dernier introduisit son propos en soulignant que la sociologie de la police en France ne saurait guère consister qu’en un ajout complémentaire de notes en bas de page à la sociologie de Monjardet. comme en atteste admirablement son journal de bord. ajoute Fabien Jobard avec un plaisir non dissimulé : « On peut toujours se dire sociologue des usages sociaux de la violence. réintégrant le CNRS dans un nouveau laboratoire. Ce qui valut au disciple un coup de coude mémorable du maître pour l’avoir ainsi « chambré » en public. Après un moment de silence. Et pourtant. tel que je l’ai côtoyé journellement durant quatre ans. Jobard. bien balancé sur la période Sarkozy I et la suprême envie d’en commettre un second . Dominique Monjardet. la politique et la police Ayant été « à l’épreuve du pouvoir ». était parvenu au summum de sa maturité intellectuelle et de la maîtrise de ses engagements J’aimerais surtout achever cet hommage par le rappel de cette plaisante anecdote. aux tout débuts. Morale de l’histoire. tout était bon à prendre. chacun sur son sujet propre. en dehors de ses moments d’hospitalisation. rapportée par F.le sociologue. ce qu’aucun de ses prédécesseurs n’avait osé.

Sociologue. Il venait de traverser une épreuve redoutable à l’hôpital. qui sont souvent les plus enrichissantes. je travaillais quotidiennement à la bibliothèque dominicaine du Saulchoir et. et ce que j’ai appelé son exigence de souveraineté indique qu’il y avait là un enjeu majeur touchant à sa dignité. il me parlait d’une extraordinaire passion qui l’animait. directeur de recherche honoraire au CNRS (CEMS). mais elle prenait un sens particulier après cette première épreuve. les 1. conversations à bâtons rompus. ou aura peut-être. Je lui répondais que chacun d’entre nous a pu. J’assistais alors à la rencontre assez exceptionnelle d’une œuvre parfaitement maîtrisée. 281 . en revenant chez moi. En contrepoint immédiat. l’occasion de subir une telle humiliation. Dans les années 1995. en abjection. comme une déchéance. car il avait une conception très exigeante de la souveraineté que chacun doit exercer sur soi-même. cette expérience des limites et des faillites du corps – comme un pied de nez à cette souffrance.12 Dominique Monjardet. au-delà de la douleur physique. mais il me disait que. et il m’expliquait son refus de savoir son corps manipulé. le mémorialiste. Il la nourrissait peut-être depuis longtemps. la passion de Saint-Simon. Il n’acceptait pas ce qu’il avait considéré. c’était une offense intolérable. pour lui. exposé. d’un mémorialiste l’autre… par Daniel Vidal 1 Je voudrais évoquer quelques souvenirs de causeries que nous avions eues avec Dominique. je grimpais les sept étages pour bavarder avec lui autour d’une tasse de thé : nous appelions cela « les causeries de la Glacière » ! Dominique m’entretenait de deux points particuliers.

En tous ses portraits et ses récits. la politique et la police Mémoires de Saint-Simon. Parce qu’il y a chez lui l’expression d’une vérité déconcertante. ce qui a circulé. un travail de désenchantement. mais son équivalent contemporain. l’un et l’autre. Saint-Simon en amont. Et moi qui suis toujours mal à l’aise devant tout optimisme raisonnable. et d’un lecteur lui-même exemplaire. jusqu’à ce qu’on puisse dire que « le roi est nu ». et privilégié. Mais il me donnait aussi l’impression. Dominique en aval.le sociologue. Comment comprendre cette passion ? J’ai réactivé mes souvenirs de lecture. dans son travail. Chez Dominique. qui m’a toujours profondément impressionné. C’est sans doute dans le contexte de cette « vision désenchantée » que Dominique a accompagné ce vaste mouvement de découverte/redécouverte de l’univers baroque et désillusionné de la littérature d’Amérique latine. Louis XIV. Comme si cet espace littéraire où se mêlent illuminations magiques et leur dérision entrait en consonance avec sa perception propre des conduites humaines et son jugement à leur 282 . Saint-Simon participait de cette vision entièrement désenchantée des hommes. C’est le versant « rationnel » de cette complicité. qui consistait à pousser l’objet d’analyse jusqu’à ses derniers retranchements. dont je sais qu’il fut un lecteur passionné. de déshabiller presque sans pitié le réel de ses simulacres et de ses faux-semblants. sauf à dériver vers des régions occultes. sans faire précéder son regard d’une d’interprétation toute faite. ce qui a constitué cette complicité. cette volonté de ne pas outrepasser le champ de l’observable – de ne pas outrepenser. j’étais à mon tour fasciné par ce commerce de « noirceurs » ! Cette exigence de lucidité contre tout ce qui comporte préciosité ou approximation. lui qui « méditait à mesure qu’il regardait ». il n’y a pas de « massacre ». Cette exigence de lucidité se conjuguait à une éthique de la connaissance. il n’y a même plus la possibilité d’un pari pascalien. le « roi » était bel et bien le Roi. Pour Saint-Simon. Je crois que. Il y a là une raison majeure de complicité. c’est ce qu’on pourrait appeler une « raison pessimiste ». et je crois d’abord qu’entre SaintSimon et Dominique. une sorte de constat qu’au bout du compte. font partie de ces hommes des Lumières. Et Saint-Simon se gardait bien aussi de « surenchérir ». On disait de Saint-Simon qu’il s’était livré à un « massacre énorme et fatal ». mais aussi la cour et la société aristocratique – et c’est aussi cette critique d’un immense paysage social qui a séduit Dominique. et que c’est cette impossibilité-là qui est le point « nodal » de la « vérité ».

D’autant plus impitoyable qu’il est distancié. mis à nu par leur majesté même. des personnages. une patience dans l’écriture. qui 283 . raffinés. à la littérature d’expression portugaise et.dominique monjardet. fouillé et fouaillé jusqu’en ses plus intimes profondeurs. jetait dehors toutes les « bontés transcendantales » pour venir au plus profond et au plus près de la singularité des acteurs. expert en rois et cours. consacrée. brésilienne. une vraie œuvre de sociologie » : à travers le village de Macondo se révélait un tissu culturel et social fait de merveilleux et de folie du réel. Je me souviens. Car le « local ». C’était l’époque où Anne-Marie Métailié fondait sa maison d’édition. Ce qui. que n’aurait pas désavoués Saint-Simon. une écriture et un mode de pensée gouvernés par un souci de « mesure juste ». C’est ce métissage d’ironie et de mesure juste. a valeur. et libératoires. écriture dénudée. comme on a pu le dire de Saint-Simon. au début des années 1970. m’avait-il dit. des actions. passionnait en effet Dominique. en ses commencements. en même temps qu’ironique. Et toute une littérature venue du continent latino-américain s’offrait alors à Dominique – Antoinette Chauvenet m’a dit qu’il en fut un lecteur vigilant. d’un mémorialiste l’autre… égard. Comment en effet échapper aux pièges et saveurs de l’écriture. de cette fin d’été où nous nous sommes aperçus que nous avions connu la même ferveur à la lecture de ces fameux Cent Ans de solitude de Gabriel Garcia Marquez. par exemple de Machado De Assis. à part entière. des situations qu’il étudiait. naufragée : « Dom Casmurro ». Dominique était très attentif à cette entreprise. chez Saint-Simon. impitoyable. « L’aliéniste ». qu’il privilégiait. ses figures mythiques et ses comportements singuliers. implacables. plus précisément alors. Et. Saint-Simon pratique un décorticage dévastateur. un équilibre dans l’appréciation des événements et des hommes qui rendaient son ironie et son humour si jubilatoires. « Voilà. dévoré pendant les vacances qui s’étaient alors écoulées au rythme de cette magie et de cette somptueuse et mortelle béance d’une microsociété ouverte à quelque « modernité ». Chacun de son côté. et tant d’autres portraits et tant d’autres auteurs. comme le comté de Yoknapatawpha chez Faulkner. c’est un mode de pensée et d’écriture à la fois très ironique et déconstructeur. dévastatrice. nous l’avions lu. d’universel. où comique et tragique se tissent et métissent en une vision à la fois cynique et bouffonne d’une société ? Une société dont la mise en récit apparaissait sans doute à Dominique comme le miroir d’une réalité outragée. et pratiquait ce type d’analyse qui mettait hors jeu.

c’est-à-dire assuré. Dominique aimait à rappeler que Saint-Simon. exactement comme on l’a dit de Saint-Simon. J’ai évoqué cette raison pessimiste. . c’est précisément ce qui autorise à croire qu’un jour finira bien par se clore par un grand soir. présent à tout et à moi-même. des absents qui sont. qui était chez lui la garantie de l’exacte mesure des choses. de son attitude dans le monde. et que tout sera accompli. La désespérance. Il y avait donc chez Dominique. Dominique Monjardet. comme chez Saint-Simon. ou plutôt d’une certaine désespérance. Mais Dominique a vu chez Saint-Simon autre chose. Pour terminer ces quelques réminiscences. ici et maintenant. par cette « prière » impérative. et dans lequel il entendait ainsi demeurer encore. c’est bien sûr l’inverse : tout est toujours ouvert. cette ironie qui faisaient fi de tout optimisme « salvateur » chez Dominique. ni un dolorisme. le mémorialiste jetait un pont au plein du monde dont il s’absentait. qui permet de comprendre l’élégance de sa pensée. la politique et la police l’éloignait de toute démarche compassionnelle. dans son testament. ni une satisfaction perverse dans l’affliction. pénétré de tout ce que la joie peut imprimer de plus sensible et de plus vif […]. Mais il y a beaucoup de « tendresse ». qui lui a semblé prolonger. pour reprendre la formule d’un commentateur à propos de Saint-Simon. j’ai évoqué le refus de toute démarche compassionnelle chez Dominique – et chez Saint-Simon. quelque chose qui a à voir avec une élévation vers la désespérance. L’espérance. Parce qu’il était plus attentif. et qu’il retrouvait dans les Mémoires de SaintSimon. « au nerf de la justice » qu’à l’« arc-en-ciel de la grâce ». Pas du tout un accablement. je suais d’angoisse… » Dominique liait très précisément cette présence à tout et à soi-même et cette angoisse. ce principe de désespérance. ou faire écho à sa pente personnelle : l’un et l’autre se situent au plus près d’un certain désespoir. un acte de « rébellion ». mais la certitude que rien n’est jamais définitivement joué. Au-delà de l’image et du symbole. Et l’on sait. parce que tout simplement cela correspondait à sa propre qualité d’esprit. J’ai relevé chez Saint-Simon cette phrase : « Attentif à dévorer l’air de tous. et qui explique pourquoi il avait cette répulsion à perdre l’autonomie du gouvernement de son corps. toujours de très haute présence. il n’est pas non plus de compassion.le sociologue. qui faisait de sa pensée. avait enjoint que l’on « cramponne » son cercueil à celui de la personne aimée. Je crois que c’est ceci aussi que Dominique a saisi chez Saint-Simon. C’est ce noyau.

III Bibliographie générale de Dominique Monjardet par Dominique Monjardet .

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............... Notes de l’année 2004 ..................................... Préface.................... Avant-propos........... 8.............. Notes de l’année 2005 ..... I... Notes de l’année 2006 ......................... 5........................... par Antoinette Chauvenet et Frédéric Ocqueteau .... Notes de l’année 2002 ................ 2........... ancien ministre de l’Intérieur ................... Notes de l’année 2003 .... Notes de l’année 2001 ......................... 4...................... 5 9 19 22 36 81 115 144 155 168 297 ......... 7.............. 1999-2006 par Dominique Monjardet 1.......... 6........ 3................................................................................................. Notes de l’année 2000 ........ Autour de l’œuvre de Dominique Monjardet............. NOTES INÉDITES SUR LES CHOSES POLICIÈRES..... par Pierre Joxe............................Table Alma mater....................... Notes de l’année 1999 ....

.. 298 173 179 187 205 212 222 225 229 244 255 269 281 .... par Pierre Favre ....... par Frédéric Ocqueteau ... par René Lévy .......... d’un mémorialiste l’autre…........................ 12................................ 2................ par Antoinette Chauvenet ...... par Jean-Paul Brodeur ...... Les années 1980 et les premières années de l’Institut des hautes études de la sécurité intérieure........ 9............. 6... par Jean-Marc Erbès ................. 3..... La contribution de Dominique Monjardet à la recherche historique sur les polices...... Que dire maintenant de la police ?.......... L’émergence des recherches en sciences sociales sur la police en France : les séminaires organisés au sein du GERN........ 10........... LE SOCIOLOGUE... 1999-2006 II....................... 8........................ Dominique Monjardet..... par Daniel Vidal .notes inédites sur les choses policières......... Dominique Monjardet........... les cadres... 5. 11........... 7.............. par Jean-Marc Berlière ................ LA POLITIQUE ET LA POLICE 1........ La « cohorte de gardiens de la paix » : quels apports pour la connaissance de la culture professionnelle des policiers ?.. Table ronde : les engagements de Dominique Monjardet dans l’institution policière au temps de la réforme de la « police de proximité » ............. 4........................ 1986-1991... par Catherine Gorgeon ...................... L’influence des travaux de Dominique Monjardet sur une nouvelle génération de chercheurs...... les professions et l’utopie gestionnaire.................... Dominique Monjardet et la (re)découverte des questions policières par la science politique................................. par Michel Wieviorka ............. D’un engagement l’autre…............. Comment rendre respectable un sujet sale ?........... par Pierre Tripier ...............

.................................. Rapports de recherche ............ Articles et contributions à des ouvrages collectifs (1968-2006) .........................................table III........................ BIBLIOGRAPHIE GÉNÉRALE DE DOMINIQUE MONJARDET Ouvrages ............................................................................................................. Pour mémoire ................................................................. 287 287 287 294 295 296 ................................................... Divers .... Direction d’ouvrages ou de numéros de revues ..........

Composition et mise en pages : FACOMPO. LISIEUX Impression réalisée par l’imprimerie Bussière à Saint-Amand-Montrond (Cher) en mai 2008 Dépôt légal : mai 2008 Numéro d’impression : 000000/1 Imprimé en France .

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