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« Madame de Staël et ses sœurs »

Stéphanie Genand (Université de Rouen) Synthèse des notes
Cours n° 1 Le XVIIIème siècle concentre à la fois un regard nouveau et fait surgir de nouvelles difficultés, de nouvelles impasses dans le regard porté sur la femme. Rupture épistémologique => le système de connaissances, le paradigme pour parler du féminin change. Dans le système classique la représentation de la femme est marqué par deux caractéristiques : 1) l’idéal, le sublime 2) le caractère inaccessible Système hérité, fondé par le christianisme. 2 illustrations littéraires: 1) figure de la Dame dans les romans médiévaux. Série d’étapes qui permettent d’accéder à une femme inaccessible 2) figure de l’héroïne classique, sublimée, désincarnée. Le mythe féminin est brutalement remis en question au XVIIIème siècle, par la féminité Qu’est-ce qu’une femme? Comment ça marche Question due au nouveau regard qu’on porte sur elle - lié au développement des sciences. P. Hoffman (cf. citation), résumé de ce virage épistémologique évoqué ci-dessus.
1) Le XVIIIe siècle assiste à une découverte de la féminité que l’on peut considérer comme une mutation décisive dans l’histoire de la civilisation. Au XVIIe siècle, […] un code théologique, légal et moral a défini une fois pour toutes les rôles et fonctions attribués à l’être féminin, sous le regard du Seigneur Dieu, et de l’homme, son seigneur terrestre. La femme classique ne peut guère choisir qu’entre la consécration à Dieu et la consécration à l’homme. […] Le siècle des Lumières dédie à la femme un nouveau regard. […]. Cette mutation du regard accompagne un renouvellement de l’intelligence ; le dix-huitième siècle est le siècle de l’avènement des sciences humaines. Dans le cadre de cette révolution épistémologique, la femme idéale en sa stylisation mystique cède la place à une femme naturelle dont la nature est étudiée selon les approches convergentes de la recherche positive. [HOFFMANN (Paul), La Femme dans la pensée des Lumières (1977), réed. Slatkine Reprints, 1995, p. 12].

=> Passage de la « femme idéale » à la « femme naturelle » XVIIIème => mettre le corps au centre de la représentation féminine Epoque de grande confiance dans la raison et en particulier dans la raison critique. => Pensée fondée sur l’expérience, les faits => pensée critique

Cette volonté de savoir, cette foi en la raison, s’incarne dans une entreprise comme l’Encyclopédie (env. 1750-1765) qui est sous-titré « Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers ». But : étentre la raison à tout. Corps = nouvel objet d’attention pour les encyclopédistes. Au début du XVIIIème, les autopsies sont encore interdites par l’Eglise (à cause de la croyance en la résurrection des corps) I. UNE ENIGME MEDICALE Double énigme : 1) de la circulation du sang 2) de la génération (comment fonctionne la procréation) Pas de médecine à proprement parler au début du XVIIIème siècle. On désigne les médecins du terme de charlatan, qui n’a pas encore le sens actuel. « Charlatan » => terme générique venant de l’italien. Nom d’un village où l’on était médecin de père en fils. Cependant, changement à cette période : Fondation des Ecoles de chirurgie et d’anatomie. Les autopsies se généralisent. 1750 => perspectives beaucoup plus rationnelles dans la connaissance du corps. Mais grand paradoxe de l’Encyclopédie : question en forme d’aveu d’ignorance de Jaucourt : l’article Femme de l’Encyclopédie.
3) Il en est de l’âme des femmes comme de leur beauté ; il semble qu’elles ne fassent apercevoir que pour laisser imaginer. Il en est des caractères en général, comme des couleurs ; il y en a des primitives, il y en a des changeantes ; il y a des nuances à l’infini, pour passer de l’une à l’autre. Les femmes n’ont guère que des caractères mixtes, intermédiaires ou variables ; soit que l’éducation altère plus leur naturel que le nôtre ; soit que la délicatesse de leur organisation fasse de leur âme une glace qui reçoit tous les objets, les rend vivement, et n’en conserve aucun. Qui peut définir les femmes ? Tout à la vérité parle en elle, mais un langage équivoque. […] Il y a trois choses, disait un bel esprit, que j’ai toujours beaucoup aimées sans jamais y rien comprendre, la peinture, la musique et les femmes. [Article « Femme », signé par le Chevalier de Jaucourt, Encyclopédie ou Dictionnaire raisonnée des sciences et des arts, 1750-1765].

Beaucoup d’écrivains avouent leur ignorance des femmes => cf. Monologue de Lélio dans La surprise de l’amour (cf. citation)
4) Femmes, vous nous ravissez notre raison, notre liberté, notre repos, vous nous ravissez à nous-mêmes, et vous nous laissez vivre : ne voilà-t-il pas des hommes en bel état après ? Des pauvres fous, des hommes troublés, ivres de douleur ou de joie, toujours en convulsions, esclaves et à qui appartiennent ces esclaves ? À des femmes ! Et qu’est-ce que c’est qu’une femme ? Pour la définir, il faudrait la connaître : nous pouvons aujourd’hui en commencer la définition, mais je soutiens qu’on n’en verra le bout qu’à la fin du monde. [MARIVAUX, La Surprise de l’amour (1722), Lélio à Arlequin, I1.]

Jacques le fataliste => malgré ses succès féminin nombreux, reste le mystère féminin (cf. citation)
Marguerite : Comment ! à ton âge tu ne saurais ce que c’est qu’une femme ? Jacques : Pardonnez-moi, dame Marguerite. Marguerite : Et qu’est-ce que c’est qu’une femme ? Jacques : Une femme ? Marguerite : Oui, une femme. [DIDEROT, Jacques le fataliste (1760), réed. L. Versini, « Bouquins », R. Laffont, t. II, p. 865.]

Corps féminin => se dérobe dans sa fonction sexuelle, corps aux organes génitaux cachés => énigme médicale L’ Ancien Régime fonctionne sur la prérogative masculine. Au XVIIIème siècle volonté de recherche ET peur de découvrir. On n’est pas prêt à envisager l’égalité biologique. Si on définit la femme par son corps, si sa fonction naturelle est d’avoir des enfants, qu’est-ce qu’on fait de celles qui n’en ont pas? Problème des religieuses - nombreuses - et des célibataires (presque inexistantes). 2 questions pour résumer cette introduction : 1) Qu’est-ce que la femme? Un mystère médical A) Entre science et fantasme : un mystère médical au XVIIIème siècle? Ce qui est caché entretient le fantasme ou la peur => à la recherche de la féminité? On en trouve une première réflexion chez Aristote (Traité sur la génération des animaux) => Le corps féminin serait incomplet, une sorte de brouillon inachevé du corps masculin. Louis Barles, Nouvelles découvertes sur les organes des femmes (1674) De Lignac, De l’homme et de la femme considérés physiquement dans le mariage (1772) => Ces ouvrages de médecins et de moralistes sortent souvent de la préoccupation scientifique et tombe dans une représentation fantasmatique. Au XVIIIème, on ne conçoit pas que l’enfant puisse être fait des deux parents. Il arrive « tout fait », soit de l’homme, soit de la femme. D’où l’aspect politique de la question.
5) L’accouplement est absolument nécessaire pour que la génération ait lieu. Celui de l’homme et de la femme produit un individu qui sera l’un ou l’autre ; mais, qu’est-ce qui le produit particulièrement cet individu ? Était-il dans la liqueur que le mâle a dardée pendant la copulation ? Cette liqueur a-t-elle trouvé dans la matrice un œuf prêt à être fécondé ? La femme en partageant les transports de l’homme a-t-elle mêlé à l’humeur séminale de celui-ci un fluide capable de produire un être organisé comme elle ? Ces questions doivent rester insolubles tant que les plus grands physiciens ne s’accorderont pas sur l’essence absolue de la liqueur séminale.

Le problème des connaissances ne se limite pas à l’autopsie : l’ouverture du corps ne suffit

pas, car il n’y a pas de mots, alors, pour décrire le corps féminin. Les ouvrages de l’époque décrivent le corps féminin avec des mots désignant le corps des hommes (Les ovaires sont baptisés « les testicules de la femme ». Lexique qui fait écran à la réalité biologique) Trouver un vocabulaire pour désigner la « matrice ». « Mais ici les ténèbres remplacent la lumière ». Matrice => paysage fantastique. Lignac, pourtant médecin sérieux part dans le fantasme dans sa description de la matrice (cf. citation)
6) Ce n’est que lorsqu’on est parvenu à la matrice, que commence le mystère de la génération ; jusqu’alors tout est fourni aux sens, mais ici les ténèbres remplacent la lumière ; et l’homme, en marchant dans cette obscurité, essaie différents systèmes, qu’il s’efforce d’étayer par des observations, que chacun tourne favorablement, et adapte à l’hypothèse qu’il propose. [De Lignac, De l’homme et de la femme, considérés physiquement dans l’état du mariage, 1772, t. 2, p. 207]

B) La théorie hystérique La maladie de la « fureur utérine » régie les femmes : conceptions développée au XVIIIème siècle (cf. citation 8)
8) C’est une maladie qui est une espèce de délire attribué par cette dénomination aux seules personnes du sexe, qu’un appétit vénérien démesuré porte violemment à se satisfaire, à chercher sans pudeur les moyens de parvenir à ce but ; à tenir les propos les plus obscènes, à faire les choses les plus indécentes pour exciter les hommes qui les approchent à éteindre l’ardeur dont elles sont dévorées ; à ne parler, à n’être occupées que des idées relatives à cet objet ; à n’agir que pour se procurer le soulagement dont le besoin les presse, jusqu’à vouloir forcer ceux qui se refusent aux désirs qu’elles témoignent. [Article « Fureur utérine », Encyclopédie.]

Besoin impérieux de l’utérus. A peine identifié, il devient l’argument d’un discrédit des femmes, les orientant vers la folie. L’utérus, dans l’idée du XVIIIème siècle, développe des « vapeurs » qui montent au cerveau plus ou moins (plus = folie, moins = par exemple, poésie ‘inspirée’ féminine Le XVIIIème invente le terme de l’ « hystérie » (du grec ysteros > utérus). Il faudra 150 ans pour qu’on intègre le terme à un emploi masculin. Femmes en proies au délire utérin => peuvent dire l’avenir. Les « vapeurs » sont des bouffées de chaleur qui rongent toutes les femmes. Julie (La nouvelle Héloïse) meurt dans 20 centimètres d’eau. Comment peut-elle se noyer? Elle meurt non de noyade, mais de ses vapeurs. Diderot => Les religieuses, dont la matrice reste intacte, deviennent folles, des dangers sociaux. Elles en meurent finalement (suicide, folie) Diderot, un des seuls à avoir un regard empathique, mais son regard, si bienveillant soit-il n’empêche pas que pour lui comme pour les autres, la femme reste sous l’emprise de son hystérie (1772), cf. citation.

Emportement de Diderot contre les couvents => La Religieuse. Ce qu’il reproche au couvent n’est pas d’ordre religieux mais physiologique. Les femmes enfermées ainsi, en proie à leur fureur utérine deviennent des dangers pour elles-mêmes et pour la société. C) L’impossible raison Contrairement à la volonté de Diderot, la théorie de l’hystérie va devenir un argument d’exclusion des femmes => la femme devient « objectivement » incapable de raison nécessaire à l’écriture de livres (sauf la poésie inspirée ou les romans lacrymaux dits « romans sensibles » dans la terminologie des Lumières) Lectures publique de Rousseau de la Nouvelle Héloïse => très grandes assemblées de femmes (dans les salons où il lit) qui ressortent en larmes. 2NDE moitié du XVIIIème siècle > de nombreux ouvrages argumentent et justifient cet inaptitude des femmes à la raison. Thomas, Essai sur le caractère, les mœurs et l’esprit des femmes, 1772 => tableau historique qui retrace l’histoire des femmes et qui « montre » qu’elles n’ont jamais exercés de fonctions politiques. Définition de Thomas (cf. citation) => Femmes condamnées à l’irrégularité, à la fragmentation à cause de leur utérus. D’où impossibilité de diriger. (cf. citations 11 et 12)
11) C’est le caractère surtout qui gouverne, c’est la vigueur de l’âme qui donne du ressort à l’esprit, qui affermit et étend les idées politiques. […] Leur imagination rapide, et qui fait quelquefois marcher le sentiment au-devant de la pensée, ne les rend-elle pas dans le choix des hommes, plus susceptibles, ou de prévention ou d’erreur ? [Thomas, Essai sur le caractère, p. 122-123] 12) D’ailleurs dans un état de société où il y a un mouvement rapide, et une succession éternelle d’ouvrages et d’idées, les femmes occupées à suivre ce tableau qui change et fuit sans cesse autour d’elles, doivent plus connaître dans chaque genre l’idée du moment, que celle de tous les temps, et celle qui domine, que celle qu’on doit se former. Elles doivent donc savoir plus la langue des arts que leurs principes, et avoir plus d’idées de détail, que de systèmes de connaissances. [Thomas, Essai sur le caractère, p. 199.]

On est passé d’une femme idéale à une femme naturelle => mais par cette « nature » on l’emprisonne ou on l’exclut. II. DE LA MERE A LA CITOYENNE : LE DEFI PEDAGOGIQUE DES LUMIERE Avec ce « déterminisme biologique », quelle place pour la femme dans la cité? Place

secondaire depuis le Moyen-âge. Mais éducation nécessaire car à l’état naturel elle représente avec sa « bête sauvage » intérieure, un danger pour la cité. A) Une éducation marginale Une très faible proportion des femmes reçoit alors une véritable éducation. Vision très ambitieuse de l’éducation aux Lumières : => former de vrais citoyens => précepteurs particuliers pour els femmes de familles très riches, aux parents éclairés (les hommes vont au collège). Pour le reste des femmes, connaissance beaucoup plus restreintes : la religion - « catéchisme des femmes »; et les travaux d’aiguilles - couture, etc… Dans le meilleur des cas, on ajoute la musique ( femme très privilégiée joue de la harpe) Cécile, des Liaisons dangereuses représente bien cet état de naïveté et d’éducation marginale : « Je m’amuse bien, je fais des pompons et des bonnets » Ed. marginale aussi parce que reléguée aux espaces non sociaux. L’histoire de la femme en Occident (citation 13, sur l’état d’inculture des femmes au XVIIIème siècle) :
13) Entre le XVIe et le XVIIIe siècle, le savoir concédé au deuxième sexe ne connaît pas d’extension qualitative, seulement une extension quantitative due à la multiplication des écoles de filles. Au sortir des Temps Modernes, les rangs de la population féminine scolarisée ont grossi, mais les écolières en savent toujours aussi peu. Quelque école que l’on fréquente, on ne risque guère d’en sortir savante. Le couvent comme la petite école n’offrent qu’une expérience limitée du savoir, par le temps qui lui est consacré comme par le maigre menu des connaissances proposé. Seules les éducations familiales bien conduites sont susceptibles de produire des femmes à la culture comparable à celle que le collège dispense aux garçons. Le bagage de la « commune des mortelles » ne s’embarrasse pas de curiosités académiques, il est bourré de pieuses vérités et de travaux d’aiguille. [Martine SONNET, « Une fille à éduquer », in Georges DUBY et Michelle PERROT (dir.), Histoire des femmes en Occident, t. III (XVIe-XVIIIe siècle), 1991, réed. Perrin, 2002, p. 157.]

Au XVIIIème siècle premières réflexions sur la pédagogie féminine. Il y a même des précurseurs (rares) qui fin XVIIème militent en faveur d’une égalité des connaissances hommes/femmes, notamment Poulain de la Barre avec De l’égalité des sexes (1673).
15) Si les femmes avaient étudié dans les universités, avec les hommes, ou dans celles qu’on aurait établies pour elles en particulier, elle pourrait entrer dans les degrés et prendre le titre de Docteur et de Maître en théologie, et en Médecine, en l’un et l’autre droit : et leur génie qui les dispose si avantageusement à apprendre, les disposerait aussi à enseigner avec succès. [Poullain de la Barre, De l’égalité des deux sexes, 1673, p. 162163.]

Abondance de traité pédagogique dans la deuxième moitié du XVIIIème siècle. Dans les années 1760, cela devient même le sujet à la monde dans les salons (l’éducation des filles). La mère de Mme de Staël, Mme Necker tient un salon en Suisse et réfléchit à la meilleure

façon d’éduquer sa fille (Germaine apprendra la physique, diverses langues…) 51 ouvrages pédagogiques paraissent dans ses années, 1 seul va écraser la concurrence et faire plus de mal que les 50 autres à la manière d’éduquer les femmes : Emile ou De l’éducation de Rousseau qui s’impose comme la référence absolue. Programme très précis. Sur les 30 livres de Emile (1762), 1 seul sur 30 se consacre à l’éducation féminine (pour le personnage de Sophie) => rôle uniquement maternel et surtout secondaire (citations 16 et 17)
16) Toute l’éducation des femmes doit être relative aux hommes. Leur plaire, leur être utile, se faire aimer et honorer d’eux, les élever jeunes, les soigner grands, les conseiller, les consoler, leur rendre la vie agréable et douce : voilà les devoirs des femmes dans tous les temps, et ce qu’on doit leur apprendre dès leur enfance. [ROUSSEAU, Emile ou de l’éducation, Paris, GF, 1966, p. 465]. 17) La recherche des vérités abstraites et spéculatives, des principes, des axiomes dans les sciences, de tout ce qui tend à généraliser les idées n’est point du ressort des femmes : leurs études doivent se rapporter toutes à la pratique ; c’est à elles de faire l’application des principes que l’homme a trouvés, et c’est à elles de faire les observations qui mènent l’homme à l’établissement des principes. [ROUSSEAU, Emile, Pléiade, t. IV, p. 736]

Sophie, puisqu’elle va avoir à charge les enfants, ne doit pas être totalement ignorante - mais un minimum de savoir, juste le strict minimum nécessaire pour élever des futurs citoyens. Rousseau compare la femme qui sort de sa sphère et tient un salon dialogue avec les philosophes pour son plaisir à une courtisane. C) Réflexions et impasses L’éducation féminine devient un enjeu si important qu’elle devient le sujet d’un concours académique : « Quels seraient les moyens de perfectionner [sic] l’éducation des filles? » (1783) Parmi les écrivains, qui y participent Laclos (il a publié Les liaisons dangereuses, en 1782) écrit : « Il n’y a aucun moyen de changer l’éducation des femmes » sauf à changer complètement le système. Révolution 1790-92 => Les femmes ont des droits civiques. Mais on leur enlève bientôt, notamment car on leur reproche de trop aimer le sang pendant la Terreur. Une seule voix s’élève en 1800 pour dénoncer l’échec de l’utopie révolutionnaire (l’homme et la femme égaux en droits), c’est Mme de Staël (De la littérature, citation 19)
19) Si l’on voulait que le principal mobile de la république française fût l’émulation des lumières et de la philosophie, il serait très raisonnable d’encourager les femmes à cultiver leur esprit, afin que les hommes pussent s’entretenir avec elles des idées qui captiveraient leur intérêt. Néanmoins, depuis la Révolution, les hommes ont pensé qu’il était politiquement et moralement utile de réduire les femmes à la plus absurde médiocrité. […] Le mal des lumières ne se peut corriger qu’en acquérant plus de lumières encore. [Germaine DE STAËL, De la littérature considérée dans ses rapports avec les institutions sociales, (1800), réed. Garnier-Flammarion, 1991, IIe partie, chap. IV, p. 335-336.]

Cours n°2

Révolution et rupture : le parcours « excentrique » de Germaine de Staël
L’Œuvre de Mme de Staël est très mal connue 1ère explication : La moitié de son œuvre entre 1780 et 1799, l’autre moitié jusqu’en 1817 (d’où déchirement des universitaires français « dix-huitièmistes » et « dix-neuvièmistes » pour se l’approprier) 2ème explication : Œuvre composite, hétérogène (au contraire de Chateaubriand)Seulement deux romans sur dix textes. Delphine (1802) roman épistolaire, et Corinne ou l’Italie. Deux-tiers des œuvres sont plutôt des traités des textes théoriques. Deux domaines : 1) La littérature ou l’esthétique (elle va, toute sa vie durant, redéfinir les genres littéraires) => La plupart des écrivains pensent que l’ont ne pourra plus écrire de romans comme avant à cause de la Révolution. De la littérature (1800) est son plus célèbre texte théorique - scandale immédiat (comme tous ses livres à leur parution). 2) Des réflexions politiques : première femme à écrire sur et penser les évènements de la Révolution. >> Tout le XIXème siècle passe son temps à tenter d’étouffer le XVIIIème siècle, à faire comme s’il n’avait jamais existé (Et même parfois le début du XXème : Manuel Lagarde et Michard > extrêmement peu de textes pour le XVIIIème…) Mme de Staël fait partie des théoriciens du futur politique français. Ces textes sont un laboratoire du régime politique dans cette période de transition (1800-1810) Des circonstances actuelles (1798) et Considération sur la Révolution française (1798). Elle écrit dans des genres où la femme n’est pas censé écrire. Mme de Staël est le témoin privilégié de deux des épisodes les plus douloureux de l’histoire de France : la Révolution et l’Empire. Elle a 23 ans en 1789 et est la fille du ministre des finances de Luis XVI, Jacques Necker). Elle suit son père dans tous ses déplacements. Il vote pour des réformes financières qui favorisent le peuple et diminuent les revenus de l’aristocratie (hausse des impôts sur le revenu). Les aristocrates font de fréquentes demandes de démission de Necker (il démissionnera deux fois). En 1788, Louis XVI chasse Necker et c’est, entre autres évènements, cette exclusion qui va déclencher la convocation des Etats Généraux (cf. citation 1) > Germaine de Staël est à Paris en juin 1789.
1) Je n’oublierai jamais le moment où l’on vit passer les douze cents députés de la France, se rendant en procession à l’église pour entendre la messe, la veille de l’ouverture des états généraux. C’était un spectacle bien imposant et bien nouveau pour des Français ; tout ce qu’il y avait d’habitants dans la ville de Versailles, ou de

curieux arrivés de Paris, se rassemblait pour le contempler. [Staël, Considérations sur la révolution française, 1818, réed. Jacques Godechot, Taillandier, 1983, p. 139.]

Journées d’octobre : Mme de Staël est à Versailles au moment où le peuple arrive au château de Versailles. Sa description de l’arrivée du peuple à Versailles est un témoignage de première valeur :
2) Un long corridor conduisait du contrôle général où nous demeurions, jusqu’au château : en approchant nous entendîmes des coups de fusil dans les cours ; et comme nous traversions la galerie, nous vîmes sur le plancher des traces récentes de sang. […] La reine, en sortant du balcon, s’approcha de ma mère, et lui dit : « Ils vont nous forcer, le roi et moi, à nous rendre à Paris, avec les têtes de nos gardes du corps portées devant nous au bout de leurs piques. » Sa prédiction faillit s’accomplir. Ainsi la reine et le roi furent amenés dans leur capitale. Nous revînmes à Paris par une autre route, qui nous éloignait de cet affreux spectacle : c’était à travers le bois de Boulogne que nous passâmes, et le temps était d’une rare beauté, l’air agitait à peine les arbres, et le soleil avait assez d’éclat pour ne laisser rien de sombre dans la campagne. [Staël, Considérations sur la révolution française, op. cit., p. 212-213.]

Staël est le seul auteur qui raconte la Révolution en direct. Elle échappe à la mort de peu (cf. citation 3)
3) Je sortis de ma voiture au milieu d’une multitude armée, et je m’avançai sous une voûte de piques. Comme je montais l’escalier, également hérissé de lances, un homme dirigea contre moi celle qu’il tenait dans sa main. Mon gendarme m’en garantit avec son sabre ; si j’étais tombée dans cet instant, c’en était fait de ma vie : car il est de la nature du peuple de respecter ce qui est encore debout ; mais, quand la victime est déjà frappée, il l’achève. [Staël, Considérations sur la révolution française, op.cit., p. 285.]

Implication dans la Révolution française double : à la fois un souvenir et une source de réflexion théorique. Empire. Dès le coup d’état du 18 brumaire (en 1799), Staël sent immédiatement que Bonaparte va devenir un tyran.
4) Je devinai plus vite que d’autres, et je m’en vante, le caractère et les desseins tyranniques de Bonaparte. Les véritables amis de la liberté sont éclairées à cet égard par un instinct qui ne les trompe pas. […] Je fus donc la première femme que Bonaparte exila. [Staël, Considérations sur la Révolution française, p. 386]

Elle organise un salon qui réunit les hommes politiques (opposants) les plus importants de l’époque. Elle réunit chez elle les principaux libéraux, partisan de la liberté. Parmi eux, Benjamin Constant, connu en littérature pour Adolphe (1805) mais plus penseur libéral qu’auteur de fiction. Napoléon décide d’abord de lui interdire le séjour à Paris. Mais ça ne suffit pas. Elle refait son salon en Suisse, près de Genève - à Coppet, toute petite ville, sur le lac. Naissance du « groupe de Coppet ». De l’Allemagne (1810), traité qui se propose de faire découvrir la culture allemande. On ne connait pas du tout la littérature germanique à l’époque (on connaissait alors seulement la

littérature anglaise, qui était déjà devenue très populaire). Napoléon ne supporte pas cette ouverture sur l’autre. Elle fait écrire un double de son manuscrit sentant les persécution et la censure proche. A juste titre : Napoléon fait envoyer la police qui se saisit de tous les exemplaires et fait brûler le manuscrits. « Votre ouvrage n’est point français », mot du préfet de Police dans une lettre. Staël avait caché la copie du manuscrit dans ses vêtements au moment de l‘interpellation. Passant, par l’Allemagne elle fuit jusqu’en Angleterre ou elle publiera De l’Allemagne à partir de la copie du manuscrit. Elle revient à son château en Suisse, et cherche à fuir durant les guerres, mais l’Allemagne est occupée par l’armée napoléonienne. D’où détour par la Russie et la Scandinavie. Dix ans d’exil (1803-1813). Delphine en 1802 est interdit. De 1802 à 1810, tous ses ouvrages produisent des scandales. Mme de Staël a une vision de l’écrivain engagé pour la liberté. Au XVIIIème siècle, on n’utilise pas encore le mot littérature, mais belles lettres. Le mot littérature prendra la place de l’expression classique au début du XIXème siècle sous l’impulsion de l’ouvrage de Mme de Staël. Quand le pouvoir est trop fort, comme sous Louis XIV, repli des écrivains sur la valeur esthétique.

I. LA LITTERATURE DES TEMPS MODERNES Staël tout à fait consciente d’inaugurer des temps nouveaux. Elle veut « donner à la littérature du XIXème siècle une direction qui lui sera propre ». Une seule œuvre trouve grâce à ses yeux dans les romans du siècle précédent, La nouvelle Héloïse de Rousseau. Elle condamne les écrivains libertins (Laclos et Crébillon fils sont les pires à ses yeux). A) Première innovation : l’idée de perfectibilité C’est son idée cruciale, idée-phare Le progrès de l’esprit humain sensible dans la littérature (cf. citation 9).
9) En parcourant les révolutions du monde et la succession des siècles, il est une idée première dont je détourne jamais mon attention : c’est la perfectibilité de l’espèce humaine. Je ne pense pas que ce grand œuvre de la nature morale ait jamais été abandonné : dans les périodes lumineuses, comme dans les siècles de ténèbres, la marche graduelle de l’esprit humain n’a point été interrompue. [Staël, De la littérature, « Plan de l’ouvrage », p. 87]

Avoir confiance dans le progrès de l’esprit humain est une idée polémique juste après la Terreur. Lecture optimiste de l’histoire. Confiance dans l’humanité. La France du XVIIème siècle vue généralement comme la référence absolue. Pas du tout le cas pour Staël.

Querelle des anciens et des modernes réactivée par Mme de Staël - querelle de la perfectibilité. Vues polémiques à l’époque. Napoléon nostalgique d’un rayonnement politique, comme celui de Luis XIV. Il « apprécie » en ce sens la littérature du siècle de Luis XIV (Racine). Ouvrir une route nouvelle à l’esprit humain (cf. citation 11)
11) Non, aujourd’hui même encore, le raisonnement ne saurait approcher de ce temps incommensurable. Juger ces événements, de quelques noms qu’on les désigne, c’est les faire entrer dans l’ordre des idée existantes, des idées pour lesquelles il y avait déjà des expressions. Á cette affreuse image, tous les mouvements de l’âme se renouvellent ; on frissonne ; on s’enflamme, on veut combattre, on souhaite de mourir ; mais la pensée ne peut se saisir encore d’aucun de ces souvenirs ; les sensations qu’ils font naître absorbent toute autre faculté. C’est donc en écartant cette époque monstrueuse, c’est à l’aide des autres événements principaux de la Révolution de France et de l’histoire de tous les peuples, que j’essaierai de réunir des observations impartiales sur les gouvernements. [Staël, De l’influence des passions, (1796), réed. Florence Lotterie et Laurence Vanoflen, in Œuvres complètes, série I, tome 1, Champion, 2008, p. 134. ]

B) L’invitation au voyage La littérature moderne ne se conçoit pas sans modèle étranger pour elle. Elle a voyagé pendant 15 ans (même si ce fut beaucoup malgré elle). Pour elle, il faut aller se nourrir à l’étranger. Le coup de force de Mme de Staël est de renverser la proposition qui voulait que l’Europe copie la France : c’est la France qui doit se tourner vers l’influence étrangère pour s’enrichir. Pour elle, la révélation dans la littérature allemande s’avère Les Souffrances du Jeune Werther. Elle va présenter Goethe à la France (« La littérature du nord »). Pour elle, la littérature allemande excelle dans la représentation de la souffrance. Elle vante également la littérature « du Midi » (Espagne, Italie) pour sa représentation des passions. Staël s’explique ces différences par la syntaxe des langues (cf. citation 12)
12) Je ne dissimule point que je vais exposer, en littérature comme en philosophie, des opinions étrangères à celles qui règnent en France ; mais soit qu’elle paraisse juste ou non, soit qu’on les adopte ou qu’on les combatte, elles donnent toujours à penser. Car nous n’en sommes pas, j’imagine, à vouloir élever autour de la France littéraire la grande muraille de la Chine, pour empêcher les idées du dehors d’y pénétrer. […] La stérilité dont notre littérature est menacée ferait croire que l’esprit français lui-même a besoin maintenant d’être renouvelé par une sève plus vigoureuse. [Staël, De l’Allemagne, GF, t. I, p. 47.]

Elan cosmopolite, transnational de la littérature rêvée par Mme de Staël, imprègne tous ses ouvrages => Mais elle ne défend pas seulement la littérature de ces pays. Ce sont aussi des payes protégés du despotisme qui caractérise la France de Bonaparte (cf. citation 14)
14) Un bon instinct de despotisme faisait sentir aux agents de la police littéraire, que l’originalité dans la manière d’écrire peut conduire à l’indépendance du caractère, et qu’il faut bien se garder de laisser introduire à

Paris les livres des Anglais et des Allemands, si l’on ne veut pas que les écrivains français, tout en respectant les règles du goût, suivent les progrès de l’esprit humain dans les pays où les troubles civils n’en ont pas ralenti la marche. [Staël, Considérations sur la révolution française, p. 419]

C) La mélancolie La littérature staëlienne est une littérature du combat (« enfin, relevons nous sous le poids de l’existence » écrit-elle). Mais puisque cette littérature a connu la terreur, elle est percutée par la violence de l’Histoire. Faille entre la philosophie optimiste d’une part, et la confiance et l’horreur des souvenir d’autre part. La littérature moderne sera pour elle mélancolique. La Révolution a donné d’autres besoins plus graves. On ne pourra plus écrire des romans aussi frivoles qu’avant. Qu’est-ce que l’âme humaine? (Si elle est capable de se retourner si vite vers l’horreur) Le roman moderne l’explorera à travers la mélancolie (cf. citations 16 et 17). Elle assigne au roman d’explorer les passions (rôle du théâtre jusqu’alors).
16) Les événements ne doivent être dans les romans que l’occasion de développer les passions du cœur humain. […] Les romans que l’on ne cessera jamais d’admirer, Clarisse, Clémentine, Tom Jones, La Nouvelle Héloïse, Werther, etc ., ont pour but de retracer une foule de sentiments, dont se compose au fond de l’âme le bonheur ou le malheur de l’existence. [Staël, préface de Delphine, p. 50.] 17) Observer le cœur humain, c’est montrer à chaque pas l’influence de la morale sur la destinée ; il n’y a qu’un secret dans la vie, c’est le bien ou le mal qu’on fait ; il se cache, ce secret, sous mille formes trompeuses. […] C’est ainsi que l’histoire de l’homme doit être représentée dans les romans ; c’est ainsi que les fictions doivent nous expliquer, par nos vertus et nos sentiments, les mystères de notre sort. [Préface de Delphine, p. 51]

Citation 18 => contour de cette littérature moderne - à propos de la littérature anglaise, de l’ « imagination du Nord ». Objectif de résoudre « l’énigme de nous-mêmes ».
18) Les poètes anglais […] ont conservé l’imagination du Nord, celle qui se plaît sur le bord de la mer, au bruit des vents, dans les bruyères sauvages ; celle enfin qui porte vers l’avenir, vers un autre monde, l’âme fatiguée de sa destinée. L’imagination des hommes du Nord s’élance au-delà de cette terre dont ils habitent les confins ; elle s’élance à travers les nuages qui bordent leur horizon, et semblent représenter l’obscur passage de la vie à l’éternité. [Staël, De la littérature, chap. XI, p. 205.]

II. UNE ŒUVRE AFFRANCHIE A) Rousseau, le premier défi Non seulement elle écrit des textes théoriques mais aussi elle les écrit avant les romans. (citation 19 > lorsqu’elle se met au roman)

19) Je vais faire un roman cet été. Après avoir prouvé que j’avais l’esprit sérieux, il faut s’il se peut tâcher de le faire oublier, et populariser sa réputation auprès des femmes. Après, nous verrons si l’on peut risquer le théâtre. [Staël, Correspondance générale, t. IV, Slatkine, p. 268.]

Dès sa première œuvre, en 1788, Lettre sur le caractère et les ouvrages de J-J Rousseau, elle choque - Elle ne se place pas sur un terrain rationnel, mais subjectif, venant donner son opinion en temps qu’auteure, alors qu’elle est parfaitement inconnue (citation 22).
22) Il n’existe point encore d’éloge de Rousseau : j’ai senti le besoin de voir mon admiration exprimée. J’aurais souhaité sans doute qu’un autre eût peint ce que j’éprouve; mais j’ai goûté quelque plaisir en me retraçant à moi-même le souvenir et l’impression de mon enthousiasme. [Staël, Lettres sur Rousseau, “Préface à la première édition”.]

Par ailleurs, le ton du livre est élogieux, mais le chapitre V de l’Emile est critiqué. Critique de l’œuvre de Rousseau - elle commence à 22 ans en littérature, pour le dixième anniversaire de la mort de Rousseau, en pleine période de sacralisation de l‘écrivain. Transfert de la dépouille de J-J Rousseau au panthéon. (citations 24 et 25)
24) Rousseau voulait élever la femme comme l’homme, d’après la nature, et en suivant les différences qu’elle a mises entre eux ; mais je ne sais pas s’il faut tant la seconder, en confirmant pour ainsi dire les femmes dans leur faiblesse. Je vois la nécessité de leur inspirer des vertus que les hommes n’ont pas, bien plus que celle de les encourager dans leur infériorité sous d’autres rapports; elles contribueraient peut-être autant au bonheur de leur époux, si elles se bornaient à leur destinée par choix plutôt que par incapacité, et si elles se soumettaient à l’objet de leur tendresse par amour plutôt que par besoin d’appui. [Staël, Lettres sur Rousseau, “Lettre III”, d’Emile.] 25) La carrière de Mme de Staël fournit l’un des exemples les plus éclatants des combats que les femmes écrivains eurent à mener contre une société qui ne leur reconnaissait pas d’aptitude au maniement des idées et ne leur concédait guère le droit d’écrire. Or elle abordait les domaines traditionnellement réservées aux hommes et ajoutait aux œuvres de fiction des travaux politiques et philosophiques. [Simone BALAYE, “Madame de Staël ou comment être femme et écrivain”, in Ecrire, lutter, vivre, Droz, 1994, p. 13.]

Ouvrage tiré d’abord à 20 exemplaires (cercle d’amis), Staël hésitant alors à le publier vraiment. Mais tout le monde en parlant, une (re)publication a lieu à 200 exemplaires. B) Une femme face à l’opinion Les journaux vont reprocher à Staël de se mêler de domaines qui ne sont pas fait pour elle. Cf. la revue du Mercure de France (citation 26)
26) La littérature, quand elle est cultivée par des femmes, devrait toujours prendre un caractère aimable et doux comme elles. Il semble que leur succès dans les arts, ainsi que leur bonheur dans la vie domestique, dépendent de leur respect pour certaines convenances. On veut, et c’est un hommage de plus qu’on rend à leur sexe, on veut en retrouver tout le charme dans leurs écrits, comme dans leurs traits et dans leurs discours. [Article de Fontanes paru dans Mercure de France en 1800, à l’occasion de parution de DLL.]

Cependant, elle ne regrette pas et est prête à se battre (citations 27 et 28)

27) Examinez l’ordre social […] et vous verrez bientôt qu’il est tout entier armé contre une femme qui veut s’élever à la hauteur de la réputation des hommes. Dès qu’une femme est signalée comme une personne distinguée, le public en général est prévenu contre elle. […] Un homme supérieur déjà les effarouche : mais une femme supérieure, s’éloignant encore plus du chemin frayé, doit étonner, et par conséquent importuner davantage. Néanmoins un homme distingué ayant presque toujours une carrière importante à parcourir, ses talents peuvent devenir utiles aux intérêts de ceux mêmes qui attachent le moins de prix aux charmes de la pensée. […] Mais une femme spirituelle n’est appelée à leur offrir que de qui les intéresse le moins, des idées nouvelles ou des sentiments élevés : sa célébrité n’est qu’un bruit fatigant pour eux. [Staël, De la littérature, “Des femmes qui cultivent les lettres”, p. 338-339.] 28) Si l’on voulait que le principal mobile de la république française fût l’émulation des lumières et de la philosophie, il serait très raisonnable d’encourager les femmes à cultiver leur esprit, afin que les hommes pussent s’entretenir avec elles des idées qui captiveraient leur intérêt. Néanmoins, depuis la révolution, les hommes ont pensé qu’il était politiquement et moralement utile de réduire les femmes à la plus absurde médiocrité. [Staël, De la littérature, “Des femmes qui cultivent les lettres”, p. 335.]

L’activité politique, impossible aux femmes, Staël met toute son énergie dans la littérature (bataille pour la liberté)