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CAHIERS DU CENTRE D’ÉTUDES D’HISTOIRE DE LA DÉFENSE N° 21

LA PARTICIPATION MILITAIRE FRANÇAISE À LA GUERRE DU GOLFE

ACTES DE LA TABLE RONDE DU CEHD 2 FÉVRIER 2001

Les propos tenus lors du colloque organisé en 2001 sur « la participation militaire française à la guerre du Golfe » n’engagent que leurs auteurs dans le cadre de leurs anciennes fonctions. L’état-major des Armées n’émet pas d’objections à la diffusion de ce document à caractère historique.

SOMMAIRE
PRÉSENTATION DES AUTEURS .................................................................... Maurice VAÏSSE Préface ............................................................................................................ Ambassadeur Jacques ANDRÉANI Le contexte général ...................................................................................... Ambassadeur Jacques BERNIÈRE Le contexte diplomatique de la guerre du Golfe .......................................... DÉBAT.................................................................................................................. Général Maurice SCHMITT Les forces françaises au sein de la coalition............................................ Général Michel ROCQUEJEOFFRE L’engagement des forces françaises ............................................................ Vice-amiral d’escadre Pierre BONNOT La Marine dans la guerre du Golfe .......................................................... Général François RÉGNAULT La participation aérienne française aux opérations ...................................... Général Bernard JANVIER La division Daguet et les aspects opérationnels ...................................... Étienne de DURAND La perception américaine de la participation française au conflit ........ DÉBAT.................................................................................................................. Louis GAUTIER Les conséquences de la guerre du Golfe sur la politique française de défense ............................................................................................................ François CAILLETEAU Le rôle de la guerre du Golfe dans la fin de la conscription .............. DÉBAT.................................................................................................................. INDEX DE NOMS DE PERSONNES ............................................................ TABLE DES SIGLES ...................................................................................... 9 11 15 18 30 35 41 59 78 93 99 104

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PRÉSENTATION DES AUTEURS
Jacques ANDRÉANI, ambassadeur de France aux États-Unis de 1989 à 1995. Jacques BERNIÈRE, ancien conseiller diplomatique du gouvernement, ambassadeur de France en Arabie Saoudite de 1986 à 1991. Pierre BONNOT, vice-amiral d’escadre (2S), ancien commandant des forces maritimes et de la zone maritime de l’océan Indien pendant la crise. François CAILLETEAU, inspecteur général des Finances, ancien chef du contrôle général des Armées de 1989 à 1994. Étienne de DURAND, chercheur associé à l’Institut français des relations internationales. Louis GAUTIER, conseiller-maître à la Cour des comptes, ancien conseiller pour les affaires stratégiques et de défense auprès du Premier ministre (1997-2002), ancien directeur adjoint du cabinet de Pierre Joxe, ministre de la Défense, de 1991 à 1993. Bernard JANVIER, général d’armée (2S), ancien commandant de la division Daguet. François RÉGNAULT, général de corps d’armée (CR), ancien commandant en second des forces aériennes déployées dans le Golfe, ancien adjoint Air du général Roquejeoffre. Michel ROQUEJEOFFRE, général d’armée (CR), ancien commandant des forces françaises en Arabie Saoudite pendant la guerre du Golfe (1990-1991), ancien commandant de la Force d’action rapide (FAR) de 1990 à 1993. Maurice SCHMITT, général d’armée (CR), ancien chef d’état-major des Armées de 1987 à 1991.

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PRÉFACE
par Maurice VAÏSSE
Professeur des universités à l’Institut d’études politiques de Paris, directeur du Centre d’études d’histoire de la Défense (1995-2001)

Les textes que voici réunis proviennent d’une table ronde qui a eu lieu en février 2001. Il m’avait semblé judicieux de marquer le dixième anniversaire de la guerre du Golfe par une réunion de caractère historique. Dix ans c’est bien tôt pour en faire l’histoire, mais c’est une bonne mesure pour fixer la mémoire des acteurs, car leurs souvenirs restent vifs. Il revenait au Centre d’études d’histoire de la Défense, chargé avec les Services historiques des Armées de promouvoir l’histoire militaire, d’organiser une telle réunion en la consacrant aux aspects proprement militaires du conflit et singulièrement à la participation française. C’est pourquoi nous avons sollicité des acteurs – diplomates, comme Jacques Andréani, ambassadeur à Washington, et Jacques Bernière, ambassadeur à Riyad ; militaires, comme le général Schmitt, chef d’état-major des Armées, le général Roquejeoffre, commandant des forces françaises en Arabie Saoudite, le général Janvier, commandant de la division Daguet, l’amiral Bonnot, commandant des forces maritimes dans l’océan Indien, le général Régnault, commandant en second des forces aériennes du Golfe ; et des experts, comme Louis Gautier (par ailleurs conseiller du ministre de la Défense, Pierre Joxe), François Cailleteau (chef du Contrôle général des Armées), Étienne de Durand de l’Institut français de relations internationales. À l’exception de l’amiral Lanxade qui, au dernier moment, n’avait pas pu se déplacer (mais on dispose depuis de son livre : Quand le monde a basculé, Nil éditions, 2001), la plupart des grands chefs militaires avaient répondu à notre invitation. Le public était strictement limité à d’autres personnalités qui avaient joué un rôle à ce moment-là. Pour éviter autant que possible de déborder des aspects militaires, nous avions décidé de ne pas faire appel à des personnalités du monde politique. La réunion a eu lieu à l’Institut de France grâce à l’obligeante hospitalité de son chancelier M. Pierre Messmer, ancien Premier ministre. À l’origine, cette table ronde n’était pas destinée à être publiée, à la fois par souci de discrétion et pour permettre au débat d’être aussi libre que possible. En revanche les interventions et les discussions avaient été enregistrées. Le temps a passé, les auteurs ont donné leur accord pour la publication. Voici donc les actes de cette journée que mon successeur à la direction du CEHD, JeanChristophe Romer, a l’amabilité de me demander de préfacer : exercice toujours délicat mais qui s’avère encore plus difficile après la deuxième guerre engagée contre l’Irak en 2003. Inévitablement, la double question qui se pose est de relire la guerre du Golfe à travers la grille du récent conflit : 1) La France avait-elle eu raison d’intervenir en 1991 ? 2) La France a-t-elle eu raison de s’abstenir en 2003 ? Même si cette interrogation de haute politique n’est pas sans rapport avec les aspects militaires, il convient de rester dans les limites de l’exercice prévu, en tirant quelques idées générales des différentes interventions. Il va de soi que l’on 11

pour l’ambassadeur J. mais aussi de la Grande-Bretagne : 35 000 hommes. Rwanda. la décision de François Mitterrand de ne pas faire intervenir le contingent – il en sera question plus loin –. trop léger sur le plan militaire. comme les avions Jaguar dépourvus d’un système de vision nocturne. encore plus limitée. Le général Roquejeoffre insiste : « La France a remporté une victoire. le débat reste très ouvert. On a souligné que. et en dernière analyse aux archives des Services historiques des Armées pour une appréciation plus globale et plus précise de toute cette affaire. quelque peu importante qu’elle ait été. Le général Schmitt est satisfait qu’une division française ait détruit une division irakienne. après quelques hésitations et en dosant soigneusement l’engagement de la France. Tchad. En revanche. Un constat sur lequel les uns et les autres sont d’accord. c’est l’adaptabilité des forces françaises qui ont l’habitude des engagements dans différents théâtres d’opérations. ce qui place la France très loin derrière les États-Unis : plus de 400 000 hommes. 1) La participation militaire de la France a été limitée en termes d’effectifs : 20 000 hommes estime le général Schmitt. la littérature américaine sur la guerre du Golfe donne un écho différent. les forces terrestres françaises restant sous le commandement national mais placées sous le contrôle opérationnel américain. Cela étant dit. enfin la volonté politique du président de la République d’intervenir. 3) Cette participation militaire française a-t-elle été jugée efficace et utile ? Sur ce point. cette contribution française était importante sur le plan politique. Mais la participation d’autres États européens a été. elle. 2000. Le général Schmitt met le doigt sur des carences précises : les petits programmes qui conditionnent le bon fonctionnement de l’ensemble. comme l’insuffisance du transport aérien militaire. faisant 3 000 prisonniers. et de différents États arabes. François Mitterrand et son armée. système qui a paru donner satisfaction si l’on met à part les multiples problèmes nés des procédures américaines à respecter. pour les 12 . Pacifique – . sous contrôle opérationnel américain. » Et – ajoutent-ils – les Américains ont apprécié à cette occasion le concept de la Force d’Action Rapide (FAR). Étienne de Durand fait état de la relative sévérité des jugements américains à l’égard de l’allié français. Il en est de même pour les forces aériennes. mais surtout de façon très limitée. 2) Les participants ont tous insisté sur le statut de la participation militaire française. Bernière.CAHIERS DU CEHD se reportera à l’ouvrage de Louis Gautier. avec une division Daguet de 12 000 à 13 000 hommes. Et sur le plan aérien. pour ne pas dire nulle. ce qui reste modeste. Grasset. 4) En ce qui concerne les conséquences ou les enseignements tirés de la guerre du Golfe. et d’un certain nombre de faiblesses précises. car elle provenait d’un pays qui n’était pas considéré comme un allié inconditionnel d’Israël comme l’étaient les États-Unis et qui était lié à des pays arabes. Pourquoi la France n’a-t-elle pu faire mieux ? Trois explications sont données : c’est la conséquence de l’engagement des forces françaises disponibles sur un grand nombre de théâtres – Yougoslavie. les avis ont divergé. la France a accompli 2 % des missions de combat. La Marine a joué un rôle comme instrument de la France dans sa volonté de conférer à l’Europe – par le biais de l’Union de l’Europe Occidentale (UEO) – une position forte face aux États-Unis.

cette guerre a été. et de nouvelles capacités technologiques. Dans cette perspective. c’est la question des retombées économiques de la guerre du Golfe. la suppression – ou plutôt la suspension – de la conscription n’est pas passée sans état d’âmes. nouveau président de la République. la participation a rapporté à la France de nombreux et importants contrats. le conflit a contribué à la redéfinition de la politique de défense de la France de l’après-guerre froide. 13 . Regrettant le refus opposé par le président de l’engagement des appelés dans la guerre. L’arrêt de mort a préludé à l’exécution finale. concernant la professionnalisation des armées. Quid pour les Français ? Pour les chefs militaires. la guerre n’a rien révélé qui n’ait été évident à leurs yeux avant le conflit : ils l’avaient bien dit ou bien écrit dans leurs rapports. si la guerre du Golfe n’est pas à l’origine de toutes les transformations de l’outil militaire français. Bernière. L’autre point concerne la question de la conscription qui a révélé une véritable fracture au sein des décideurs. Et ils y voient la matrice des profondes transformations de l’outil militaire français dans les années 1990. Pour les experts. la guerre contre l’Irak avait été le terrain d’expérimentation de leur nouvelle doctrine stratégique. un révélateur de ses déficiences ou de ses qualités et un formidable accélérateur de tendances qui préexistaient depuis la fin de la guerre froide. D’autres intervenants ont insisté sur la formidable promotion des matériels et équipements américains et anglais. singulièrement des décisions de Jacques Chirac. Selon J. comme le dit François Cailleteau.PRÉFACE Américains. Les marins ont peu apprécié le faible délai imparti pour reconstituer l’équipage de leurs navires en dehors des appelés. le général Schmitt insiste sur le fait que la professionnalisation ne résulte pas de la guerre du Golfe mais de la fin de la guerre froide qui a réduit les besoins en effectifs. deux points particuliers ont fait l’objet d’un débat : l’un mériterait des approfondissements et des précisions. en revanche. On s’est accordé sur le fait que la décision de ne pas engager les appelés dans la guerre du Golfe a fragilisé la conscription. en particulier la carence française au point de vue du renseignement stratégique. Mais justement. Le général Quesnot a fait campagne jusqu’au dernier moment pour le maintien de la conscription. Bref.

Le voyage de Chevardnadze en Syrie (fin 1988 ou début 1989) est l’occasion de signifier aux Syriens qu’il n’est désormais plus question d’appuyer une politique intransigeante. Là aussi. Ces sauts en avant ne cachaient pourtant pas une offensive de neutralisation de l’Europe. avant que le sort de l’Allemagne soit scellé en septembre. le statut de l’Europe. En second lieu. il convient de rappeler que l’attention des gouvernements était alors tournée vers la scène européenne. Elle s’est inscrite dans le cadre général d’un changement radical de la diplomatie soviétique. La politique américaine dans la région se trouve confortée par cette évolution. en devenant favorable à l’émigration des juifs. car les 15 . Quelles sont les conséquences de cette attitude soviétique ? Cet événement a eu un impact certain sur l’attitude syrienne au cours de la guerre du Golfe. et mi-juillet à Stavropol. Cette décision a été prise entre mai et juillet. alors que l’opinion publique américaine voulait une démocratisation plus rapide. Le conflit israéloarabe est un autre élément clé sur lequel l’URSS opère un revirement complet. Vers 19881989. Deux points principaux doivent être pris en compte. même dans le domaine des forces conventionnelles. russes ou non. comme on aurait pu s’y attendre : ce n’était pas une tentative insidieuse de « finlandisation ». Lorsque l’Irak envahit le Koweït. avatars de la guerre froide : problème cambodgien. La nouvelle ligne de conduite soviétique aboutit également au parachèvement de la réintégration de l’Égypte dans le monde arabe. Une nouvelle attitude se dessinait dans les négociations stratégiques : les Soviétiques prônaient le désarmement et acceptaient l’option zéro sur les missiles de portée intermédiaire ou « eurostratégiques ». les Soviétiques se sont prêtés à la négociation en facilitant la fin de la guerre Iran-Irak. l’influence américaine au Moyen-Orient s’était à nouveau consolidée. indépendance de la Namibie. Depuis les échecs de 1979. la guerre en Afghanistan s’achève également. l’URSS condamne les pays arabes qui refusent le processus de paix. En 1989. les événements en URSS et le sort de ses alliés étaient au centre des préoccupations. La Syrie comprenait en effet la nouvelle situation (son président était un adepte de la Realpolitik). D’abord. lors de deux réunions décisives fin mai à Washington. vers Israël. après les événements de 1989 : la question allemande.JACQUES ANDRÉANI LE CONTEXTE GÉNÉRAL par Jacques ANDRÉANI Cette communication vise à planter le décor à la date du 2 août 1990. et leur signifie qu’ils ne doivent plus compter sur son soutien. Mais ce nouvel esprit s’est surtout concrétisé dans le contexte du Moyen-Orient. désireuse d’aider Gorbatchev dans la Perestroïka. la moitié du problème allemand a déjà été traitée. L’URSS avait besoin des États-Unis et des pays occidentaux pour des raisons financières. qui était un problème pour la diplomatie américaine. et donnait des gages de coopération en aidant aux règlements d’affaires parfois anciennes. Ces revirements se firent tout entiers à l’avantage des Occidentaux. par le traité des 4 + 2 sur la réunification. l’attention s’était portée sur les étapes de la transformation de l’URSS. et l’Allemagne unifiée est en passe de rejoindre l’OTAN. présence de Cubains en Angola. L’attitude de l’URSS dans les opérations du Golfe a eu un grand rôle. amorcé dès avant la chute du mur de Berlin. la chute du Shah et le désastre américain en Iran.

mais ils sont aussi inquiets car ils ne connaissent pas la façon dont l’URSS va évoluer. En 1981. Leur accumulation de puissance au Moyen-Orient depuis plusieurs années. afin d’éviter une défaite de l’Irak. au contraire. numéro 2 du département d’État américain. Quels que soient les enjeux stratégiques et économiques pour les États-Unis. et les États-Unis ne pouvaient tolérer la mainmise d’une puissance extérieure sur la zone. dans cette première crise de l’après-guerre froide.CAHIERS DU CEHD régimes pro-américains avaient été confortés. l’état d’esprit des dirigeants des monarchies du Golfe. et ne savent pas comment les acteurs mondiaux vont réagir à la fin de la guerre froide. que les États-Unis devaient faire la démonstration de leur capacité à réagir à une crise et à organiser une riposte mondiale. mais de l’Iran pour les États-Unis (comme pour la France). En Irak. c’est-à-dire sur des préoccupations régionales de sécurité. il y a une autre idée dans l’air : celle de l’avènement d’une nouvelle situation. L’attitude américaine vis-à-vis de l’Irak fut celle d’un discret appui. George Bush a dû penser. la situation est donc dominée par un sentiment d’incertitude et d’interrogation sur le « nouveau » système international : par quoi la bipolarité va-t-elle être remplacée ? Les Américains sont heureux de leur « victoire » sur l’URSS. Au moment de la crise du Golfe. Eagleburger. Le 2 août. la guerre s’intensifia et les Américains craignirent une défaite irakienne. on a envie de faire le maximum avant l’avènement du Nouvel Ordre mondial. à Irkoutsk. James Baker parle de l’affaire à Chevardnadze : les deux 16 . d’un nouvel ordre mondial. Les événements peuvent être retracés depuis le désastre iranien. Les Américains cherchèrent à encourager cette modération : des crédits américains pour la vente de produits agricoles furent accordés. Chez les Syriens. de la première crise de l’après-guerre froide. La coopération soviétique va beaucoup jouer dans l’attitude américaine. les progrès de l’influence occidentale dans le monde arabe. La région du Golfe était considérée comme cruciale par Carter. aux positions alors modérées. ils ne furent pas mécontents de la création du Conseil de coopération du Golfe. sur l’inquiétude des pays du Golfe vis-à-vis de l’Iran. alors que le Congrès dénonçait cette politique au nom des droits de l’homme et de la politique intérieure irakienne. au bout de quelques jours ou de quelques semaines. Les Américains estiment aujourd’hui que l’Irak avait conscience de l’évolution des rapports de forces. durant laquelle survint un brusque revirement irakien : le discours se fit alors vivement anti-israélien. en s’appuyant sur le thème d’un complot entre Sionistes et Américains. Les Américains jouaient sur l’impression de malaise laissée par l’invasion de l’Afghanistan par les Soviétiques. Mais il existait un dilemme sur la question Irak/Iran : lequel de ces deux pays devait être considéré comme l’ennemi principal ? Il s’agissait de l’Irak pour Israël. Après le coup de force irakien. et que Saddam Hussein a pensé qu’il fallait agir avant que ce rapport de forces soit totalement modifié. le réalisme et l’adaptation dominent. la coopération de l’URSS étaient autant d’atouts pour les États-Unis. et avant que les Américains puissent réagir (c’est en tout cas l’explication qui est donnée par George Bush dans son ouvrage). Cette situation dura jusqu’au début de l’année 1990. Au milieu des années 1980. plaide pour une riposte très forte car il estime que les États-Unis vont être jugés à l’aune de leurs actes.

Les Américains sont habiles : ils donnent un rôle à l’ONU. et sur leur manque de confiance envers la France. et en même temps garder son indépendance vis-à-vis des États-Unis. arrêtée après accord avec les Soviétiques. Une autre préoccupation française concernait bien évidemment l’organisation du monde futur. car la guerre avait été faite ensemble. Cette idée conduit à deux attitudes. Cela explique les propos outranciers et infondés de certains dirigeants américains (James Baker. condamne les actions répréhensibles et bénit l’emploi de la force . déclara que la paix serait faite ensemble. il existait une querelle feutrée avec les États-Unis. quelque part. Or. Que dire du point de vue français ? Les remarques faites pour les ÉtatsUnis sont valables pour la France. La CE ne jouerait un rôle politique que si elle acceptait de se placer dans cet ensemble. Cette méfiance s’explique probablement par le combat permanent qui se livrait sur les institutions européennes et sur la question de l’OTAN. qui serait un ensemble euro-atlantique dans lequel l’OTAN dominerait. François Mitterrand s’engagea dans une lutte serrée sur les rôles respectifs de l’OTAN et de la CE. De plus. mais un allié autonome. Les premières réticences américaines sur l’idée d’une identité européenne de défense se firent jour. Cette coopération ne cesse pas. sous leur houlette. accueillant le ministre français des Affaires étrangères après la fin des opérations. jusqu’au choix de la date du 15 janvier comme date butoir de l’ultimatum.JACQUES ANDRÉANI hommes se mettent d’accord pour publier un communiqué commun dénonçant l’invasion. qui ne s’attendait pas à une crise au MoyenOrient. car il nourrit une certaine méfiance américaine envers la France. Il y a donc tension permanente entre ces deux éléments. pour déterminer quelles structures accueilleraient les anciens pays communistes. 17 . seule la France s’y opposait réellement. par exemple). sur les conséquences de la réunification et sur les transformations en URSS. qui « dit » le droit. Serait-ce la Communauté européenne (CE) élargie ou l’OTAN ? Deux conceptions s’affrontaient. George Bush. Les Américains avaient leur plan tout fait pour l’Europe. la France se voulant allié. en partie contradictoires. ce dernier étant cependant totalement régi par les États-Unis. le souci de la France est que l’ONU retrouve un rôle (l’URSS pense à peu près la même chose) et que la France joue également un rôle dans le processus de paix. Elle avait alors concentré son attention sur la situation en Europe. La meilleure façon pour elle de garantir que les États-Unis ne seront pas seuls à peser sur l’Europe est de faire en sorte que l’ONU existe un peu. La France voulait jouer son rôle dans cette réorganisation. Cet élément fut important. La suite des événements démentit les propos du président américain. En Europe. entre lesquelles il faut arbitrer : jouer ce rôle signifie endosser le statut de grande puissance et assumer ses responsabilités dans la riposte collective des démocraties.

le Koweït était rattaché au Milayet de Bagdad dans l’Empire ottoman. à s’en tenir strictement au contexte diplomatique. de distinguer trois périodes : celle des origines du conflit que la diplomatie ne parvient pas à empêcher . Elles permettent. La diplomatie ne parvient pas à éviter que le contentieux entre l’Irak et le Koweït n’aboutisse à l’invasion de celui-ci. la délimitation de la frontière entre l’Irak et le Koweït est mal acceptée par l’Irak. et d’en faire la synthèse ensuite. Ces sources demeurent bien évidemment incomplètes. aux yeux de Saddam Hussein. d’une importance capitale. celles d’Hubert Védrine (Les Mondes de François Mitterrand). mais non à assurer la libération du Koweït sans recours à la force . en particulier en Arabie Saoudite). du général Schwarzkopf (It doesn’t take a heroe). les télégrammes que j’ai envoyés pendant la guerre du Golfe ainsi que mes souvenirs personnels (1). A World Transformed . met aisément un terme à la zone neutre entre l’Irak et l’Arabie Saoudite (laquelle figure pourtant toujours sur les cartes…). demande l’annulation des dettes de guerre en compensation de la protection apportée pendant la guerre contre l’Iran et revendique les deux îles de Boubyan et de Warda qui bloquent l’accès (1) Il convient d’ajouter maintenant les mémoires du président Bush. Il paraît donc de bonne méthode d’écrire une série d’histoires partielles comme l’histoire militaire. Trop d’archives demeurent fermées et le resteront (dans les pays arabes. Pour apporter un éclairage sur le contexte diplomatique du conflit. datant de 1963. et celles de l’amiral Lanxade.CAHIERS DU CEHD LE CONTEXTE DIPLOMATIQUE DE LA GUERRE DU GOLFE par Jacques BERNIÈRE L’histoire de la guerre du Golfe reste à écrire. Quand le monde a basculé. par exemple…). celle de l’après-conflit qui donne lieu à un bilan mitigé des résultats. Il avait été séparé de celui-ci à partir de 1914. celles de Mme Thatcher . l’histoire diplomatique ou l’histoire des opinions et des médias qu’il ne faudra pas oublier. À cette cause lointaine. L’histoire globale de cette crise est sans doute la plus difficile à établir. celle du général Schmitt (De Diên Biên Phu à Koweït City). en 1961. l’Irak ajoute de nouvelles demandes à partir d’avril 1990 : Saddam Hussein accuse le Koweït de pomper latéralement une partie du champ pétrolifère de Rumailah qui lui appartient. Trop de négociations ont eu lieu sans toujours laisser de traces (les conversations téléphoniques Bush-MitterrandThatcher. 18 . Le contentieux territorial relatif au Koweït n’avait pas été réglé. en guise de conclusion. Bagdad s’estimait donc fondé à récuser ce qu’il jugeait être le résultat d’un « partage colonial ». lorsque les Britanniques avaient imposé leur protectorat. alors qu’un arrangement. un contentieux qui a lui-même des origines lointaines et proches. celle du conflit lui-même. au moment où débute la crise : avant la guerre de 1914. j’ai utilisé les mémoires. pendant laquelle la diplomatie parvient à maintenir la cohésion de la coalition. néanmoins. Lorsque. les Britanniques accordent au Koweït son indépendance.

On peut penser. que Saddam Hussein n’avait pas vraiment à se plaindre des offres que lui faisaient les Koweïtiens : ceux-ci proposaient de compenser les pertes relatives au champ pétrolifère de Rumailah (fourniture de 15 000 b/j). toujours encombré de carcasses de véhicules et de tanks. qu’un règlement diplomatique de la crise est possible : l’argument tiré des limites de l’Empire ottoman ne tient pas puisqu’il faudrait. dont le prince Sultan. considérée comme la quatrième du monde. Et. L’invasion d’un pays membre. sous les auspices du roi Fahd. Plusieurs faits précis confirment cette analyse : l’émir Al Jaber. comme en témoignaient les incidents qu’avait provoqués récemment Téhéran au pèlerinage de La Mecque. ordonne ainsi le retour dans leurs casernes des troupes que ses généraux avaient commencé à déployer à la frontière de l’Irak. C’est donc bien la preuve qu’il n’était prêt à négocier que pour tromper son monde et donner le change sur ses préparatifs militaires. à Djeddah. Ce comportement a bien entendu nourri l’argument que nous ont constamment présenté les Saoudiens. les négociations s’étaient bien engagées entre l’Irak et le Koweït. tout le monde pense qu’un règlement financier va intervenir comme d’habitude. contrairement aux habitudes qui suivent le rétablissement d’une paix. à ce moment. revenu quelque peu inquiet d’une visite à Bagdad. demeure impossible après la guerre Iran-Irak. ajoutant que « jamais un pays arabe n’en attaquerait un autre ». en particulier pour les États-Unis. d’accorder un bail de 99 ans sur les îles de Boubyan et Warda ainsi qu’un don de 500 millions de dollars par an en contrepartie d’une reconnaissance définitive de la frontière avec le Koweït. Le fait nouveau est que ces deux revendications sont assorties de menaces et que. Mais le conflit Iran-Irak était encore présent dans les esprits et l’on n’était pas mécontent de savoir qu’une armée puissante pourrait s’opposer à l’activisme iranien s’il se manifestait à nouveau. reconnu des Nations unies. La diplomatie avait-elle encore une autre possibilité qui eût consisté pour la communauté internationale. à la fin de juillet. refusé de faire. Quant au contentieux relatif au pétrole ou aux dettes de guerre. et que Saddam Hussein fait simplement monter les enchères pour que les compensations soient les plus élevées possibles. Nous savons maintenant par les indications que m’a fournies le prince Saoud. Or l’Irak a refusé cette offre. par un autre paraît si évidemment contraire au droit international que personne n’envisage une hypothèse si déraisonnable. Le département d’État faisait la même analyse. l’Irak n’a pas démobilisé son armée. accepter de remettre en cause toutes les frontières héritées de la colonisation. en effet. jusque-là et à juste titre. du Koweït. mais il a en plus trahi la confiance de ses interlocuteurs en engageant une fausse négociation. le 9 janvier 1991. en particulier le roi Fahd : non seulement Saddam Hussein a commis un acte inacceptable en envahissant un autre État – au surplus arabe –. devenu d’autant plus nécessaire que la navigation sur le chott El Arab. sinon. l’idée étant qu’on réglerait l’affaire avec de l’argent. comme à l’accoutumée.JACQUES BERNIÈRE de l’Irak à la mer par le nouveau port de Umm Qasr. ce que la communauté internationale a. à lancer une énergique 19 . alors que le conflit avec l’Iran est terminé. d’annuler complètement les dettes de guerre irakiennes. L’importance de l’Armada que maintenait en activité Saddam Hussein impressionnait certains dirigeants de la région.

et qu’ils n’avaient pas même l’autorisation d’en envoyer en Arabie Saoudite. Il ne pouvait être question d’une réaction militaire. en Floride et. les mémoires du général Schwarzkopf apportent un éclairage décisif en montrant dans quelles conditions et dans quelles limites de temps il s’est rendu compte de l’imminence de l’attaque irakienne sur le Koweït. au vu des photos qui lui sont montrées. pour entraîner leur armée. April Glaspie. une telle hypothèse n’est pas plausible. sauf dans l’imposition d’un embargo (résolution 661). car c’est sur l’existence supposée d’une telle possibilité que se fondent les partisans. pour le dissuader in extremis d’envahir le Koweït ? Cette question est essentielle. les Irakiens utilisaient traditionnellement le désert au sud de Basra. au petit matin du 2 à Koweït. etc. là. les États-Unis n’ont eu aucune possibilité. à aucun moment. Aucune option ne leur a été offerte du type « laisser passer » ou « réagir immédiatement ». et qu’elles se déplacent avec tout leur équipement sans. qu’une partie de celui-ci. Tel aurait été le sens des propos tenus par leur ambassadeur à Bagdad. Par conséquent. Le 31 juillet. dans l’après-midi. il reçoit de Colin Powell un message selon lequel les troupes irakiennes sont déjà entrées au Koweït. lors de ces exercices. Ce sera l’objet de la visite de Dick Cheney et du général Schwarzkopf. Comme le monde entier. Or. de leur logistique. Il indique alors que l’Irak va attaquer le Koweït mais ne prendra. les troupes dormaient dans des tentes éloignées des blindés. s’en séparer. pour prétendre qu’il y avait un complot américain consistant à laisser Saddam Hussein envahir le Koweït de manière à pouvoir ensuite détruire son armée et permettre aux États-Unis d’imposer leur loi sur toute la région. Il rentre à son quartier général à Tampa. Washington aurait même eu tendance à piéger Saddam Hussein en l’encourageant au pire. le général Schwarzkopf acquiert ainsi la certitude qu’une guerre Irak-Koweït est imminente et en fait rapport à Washington où il est appelé le 1er août. à la fin de juillet. le général Colin Powell. à Djeddah. objet de la résolution 660 des Nations unies. même parmi les diplomates. le 25 juillet. ils ont été surpris (2) et n’ont eu d’autre choix qu’une réaction purement diplomatique consistant à demander l’évacuation du Koweït. de sorte que le premier acte qu’ils devaient accomplir était d’aller demander cette autorisation au roi Fahd. à son avis. à supposer qu’elle ait pu être efficace – ce qui paraît bien improbable – n’a jamais été ouverte pour de simples raisons chronologiques : ici. mais. Selon ses indications. prouvant que (2) L’amiral Lanxade nous a appris que peu de temps auparavant il avait convoqué une réunion à l’Élysée où tous les experts présents avaient exclu l’éventualité d’une invasion irakienne du Koweït. On est alors à la fin de l’après-midi du 1er août aux États-Unis. que « son gouvernement n’avait pas d’opinion sur les conflits interarabes comme le différent frontalier entre l’Irak et le Koweït ». 20 . les photos aériennes américaines permettent de constater que les troupes irakiennes opèrent beaucoup plus au sud de Basra que d’habitude. Or. qui aurait dit à Saddam Hussein. Dick Cheney. encore nombreux. de faire la moindre déclaration préventive sur le sujet. en particulier en France.CAHIERS DU CEHD admonestation à Saddam Hussein. Le roi d’Arabie. pour exposer la situation au secrétaire à la Défense. et au chef d’état-major. le 6 août. puisque les Américains n’avaient sur place aucune troupe. chronologiquement parlant. La possibilité d’arrêter Saddam Hussein par une initiative diplomatique de dernière minute.

des plus suspectes (3). à mon avis. a contrario. La réponse d’April Glaspie doit donc s’interpréter pour ce qu’elle est : les propos de quelqu’un qui n’a pas d’instruction particulière sur un dossier qu’elle ignore. Tout autre aurait été la réponse de celle-ci si la demande avait porté sur l’acceptation ou non par les États-Unis de l’occupation irakienne du Koweït. qui lui créaient une sorte d’alibi. En agissant ainsi. d’autoriser le déploiement des forces américaines sur le territoire du royaume. sept divisions dont cinq blindées à la frontière entre le Koweït et l’Arabie Saoudite. en position offensive. et risquée pour lui. auxquelles ils étaient attachés. Contrairement à ses habitudes et à l’avis des princes. C’est d’ailleurs lui qui semble être à l’origine de la divulgation de ces propos. (3) Cette analyse est désormais confirmée par les mémoires du président Bush qui donne le contenu complet du télégramme envoyé par Mme Glaspie : dès le début de la conversation. montre bien. Il est significatif que le général Schwarzkopf ne cite pas les fameux propos d’April Glaspie dans ses mémoires. le plan d’invasion du Koweït était déjà très probablement à l’œuvre et n’avait pas besoin d’encouragement. on voit bien quel intérêt Saddam Hussein avait à divulguer les paroles supposées d’April Glaspie. La surprise que manifestent les dirigeants américains à la fin de juillet et au tout début d’août devant l’imminence de l’invasion du Koweït. sa décision est d’ailleurs immédiate (« Les Koweïtiens ont attendu avant de se décider. Or on sait que ceux-ci ont fait une offre généreuse – voir supra. En revanche. qu’il avait carte blanche au Koweït. ils auraient d’ailleurs pris le risque énorme de lui laisser le contrôle du Golfe et de ses richesses pétrolières. prend alors. contre l’avis des princes. à supposer qu’il y en ait eu un. 21 . En outre. alors que les Émirats de la région étaient leurs alliés traditionnels.JACQUES BERNIÈRE Saddam Hussein a massé. comme c’est d’ailleurs le cas dans toutes les chancelleries de l’époque qui n’ont en aucune manière à l’esprit des querelles de frontières dont on n’entend plus parler depuis près de trente ans. L’interprétation qui en a été donnée est. le respect des frontières existantes figurait parmi les clauses du maintien de la paix internationale. De plus. La mise en relief des propos d’April Glaspie a donc toutes les apparences d’une contribution à la défense de Saddam Hussein par les partisans de la thèse du complot américain. celle-ci a clairement indiqué à Saddam Hussein que les États-Unis ne soutiendraient jamais la solution d’un contentieux territorial autrement que par des moyens pacifiques. Ils sont aujourd’hui invités dans nos hôtels » dit-il). lorsqu’il la rencontre au Koweït en octobre 1989 et qu’elle attire son attention sur la menace que représente l’armée irakienne : ne pas en tenir compte reviendrait pour les États-Unis à « nier l’existence d’un cancer ». au moins chez les plus crédules de ses partisans étrangers. au cours de l’audience. qu’ils n’ont pas donné instruction à leur ambassadrice d’indiquer à Saddam Hussein. Il la félicite au contraire pour la clairvoyance qu’elle manifeste. En outre. Le président irakien a avisé son interlocuteur égyptien que « rien ne se produirait d’ici la réunion » ni après « si les Koweïtiens donnaient quelque espoir ». le 25 juillet. le président égyptien a appelé Saddam Hussein à donner son accord pour que les négociations s’engagent à Djeddah sans délai. Le président irakien ne peut donc tirer d’alibi de cette conversation. si l’on tient compte des délais d’acheminement des troupes et de préparation de leur logistique. ou même de lui laisser entendre. à la date du 25 juillet. la décision capitale. Reste le problème posé par les propos d’April Glaspie.

Sur cette toile de fond. L’Irak mérite d’être mentionné en premier : tout va dépendre de son attitude sur la question du retrait de ses troupes du Koweït qu’il refuse d’opérer pacifiquement du début à la fin du conflit. Pendant toute la durée du conflit. En effet. c’està-dire les membres permanents du Conseil de sécurité. et ceux qui se déclarent plus ou moins ouvertement en sa faveur . il est utile de faire l’analyse des positions prises par les différents protagonistes : ceux qui entourent le champ de bataille. en revanche. « un coup de poker décalé ». Il n’est pas sûr toutefois – personne ne peut le prouver. Israël et la Turquie . on l’a vu. Or. les pays qui s’y opposent ensuite. l’URSS a changé et a besoin des Occidentaux pour mener à bien ses réformes. le second objectif n’est pas acquis. car reposant.CAHIERS DU CEHD Pour conclure sur ce point. si la diplomatie a échoué dans ses tentatives pour éviter le conflit armé. laquelle consistait à s’emparer de tout le pétrole du Golfe et donc de tous les pays arabes qui le détenaient. Les pays du champ de bataille se regroupent en deux catégories : l’Irak d’abord. sous l’impulsion de Gorbatchev. C’est là. sur la seule volonté de l’Irak. auquel elle a fourni 80 % de ses armements. quoi qu’il arrive. à Helsinki. la responsabilité n’en incombe pas à un prétendu « complot américain ». ainsi que ceux qui assument des responsabilités particulières en matière de maintien de la paix. dans l’état actuel de nos connaissances – que Saddam Hussein ait fait reposer toutes ses chances de réussite sur l’attitude présumée et mal évaluée de l’Union soviétique. celui-ci présente l’immense avantage de détruire le potentiel militaire avec lequel Saddam Hussein pouvait continuer à terroriser la région. le 24 février pour l’action terrestre) et sont de brève durée. beaucoup plus cohérent. Signalons qu’un autre calcul pouvait être effectué. en s’imaginant probablement que la réaction de la communauté internationale ne sera pas unanime et qu’au moins un de ses acteurs principaux. mais aussi l’Iran. en tout cas. dit Hubert Védrine. et de Bush-Gorbatchev du 9 septembre. sans qu’il soit besoin de recourir à la force. Si le premier objectif est bien atteint sans que l’on voie apparaître les difficultés que beaucoup avaient prédites. il apparaît bien que. de sorte que le recours à la force devient nécessaire. L’erreur de calcul de Saddam Hussein est confirmée dès les rencontres Baker-Chevardnadze du 3 août. entre-temps. à Moscou. et essayer de trouver une issue pacifique au conflit en conduisant l’Irak à se retirer spontanément du Koweït. la diplomatie perd d’autant moins ses droits que les opérations militaires ne commencent que tardivement (le 17 janvier pour l’action aérienne. l’Irak refuse la négociation et veut s’emparer définitivement du Koweït. l’URSS. Aussi va-t-elle contribuer sans défaillance à l’adoption des résolutions des Nations unies au cours de la période de guerre contre l’Irak. c’est-àdire les pays arabes. mais bien au contraire à la volonté délibérée de Saddam Hussein de s’emparer du Koweït. cette fois. s’en tiendra à sa politique habituelle consistant à exercer son droit de veto au Conseil de sécurité afin de venir au secours de ses protégés arabes tels que l’Irak. en donnant le change sur sa volonté de négocier et en faisant croire à un simple exercice de son armée (c’est d’ailleurs la réponse qu’il fait au roi d’Arabie qui le consulte sur ce point). Dès le départ. du 22 . L’activité diplomatique a alors un double objet : maintenir la cohésion de la communauté internationale qui a condamné l’action de Saddam Hussein.

-L. de se poser ainsi en seul véritable dirigeant du monde arabe et en interlocuteur incontournable du reste du monde pour traiter le problème israélopalestinien. Ceci aurait permis à Saddam Hussein d’acquérir ainsi un atout de négociation à la mesure du risque encouru. comme on l’a vu. récemment créé par Bagdad. l’Irak n’offre pas davantage de solution diplomatique et ne saisit pas les occasions. en particulier de l’Arabie Saoudite. • Il faut mettre ce premier indice en relation avec d’autres : Radio Bagdad ne parle plus. sur le terrain. lesquels devraient. au sud de l’Arabie. parfois très avantageuses. « D’une main il tient la Lune et de l’autre le Soleil » nous a dit plusieurs fois le roi Fahd. l’Organisation de libération de la Palestine (OLP). ministre saoudien de la Défense. et confirmée par le roi Fahd. il s’agit pour lui d’aller plus loin que la simple conquête du Koweït. comptant bien se faire rétribuer en territoires en cas de succès. c’est-à-dire en excluant la province de Médine et de La Mecque à un moment où le roi Hussein de Jordanie se croit autorisé à s’appeler « Chérif des Lieux Saints ». l’invasion du Koweït est non seulement achevée. dépêché par le président François Mitterrand. Seules les données militaires. selon lui. J. le Yémen et le Soudan votent contre la condamnation de l’agression irakienne. aboutir à la division de la communauté internationale et l’empêcher finalement de mettre ses menaces à exécution. dès le 6 août. en particulier saoudiens. citant le Coran. que « des provinces du Nedj et du Hedjaz ». 23 . « Ce n’est pas avant la mi-septembre ». dit le général Schwarzkopf. Tout au contraire. il autorise les Américains. Pendant toute cette période. « qu’une indication claire est donnée montrant que l’Irak n’a plus l’intention d’attaquer l’Arabie Saoudite ». • Dès le 2 août. en position de faire « chanter » le monde entier à travers l’élévation du prix du baril. lors de la venue à Djeddah de M. car il aurait alors été. Tout laisse penser qu’ils sont de connivence avec Saddam Hussein. Sauf l’OLP. s’agissant de l’Arabie Saoudite. en excluant enfin la province de l’Assir. quelques jours plus tard. au centre. l’empêchent de poursuivre son agression. Pour quoi faire ? Le danger paraît si grand au roi Fahd que. qui lui sont offertes et qu’il prend pour des actes de faiblesse. dont celle-ci se souviendra. toujours revendiquée par le Yémen réunifié depuis le 22 mai. On conçoit bien. Les tentatives sont nombreuses des deux côtés. ces États sont d’ailleurs membres du Conseil de coopération arabe (CCA). la Jordanie. il n’y a donc pas d’ouverture de l’Irak à une solution diplomatique. • Rien d’étonnant donc qu’à l’ONU le Yémen s’abstienne lors du vote de la résolution 661.JACQUES BERNIÈRE Koweït à Oman. Il commet ainsi de nouvelles erreurs de calcul. mais sept divisions irakiennes dont cinq blindées sont placées en position offensive à la frontière de l’Arabie Saoudite. C’est la thèse que n’ont cessé de nous soutenir nos interlocuteurs du Golfe. comme l’avait été son arrière-grand-père. l’angoisse des pays du Golfe. Dans la suite du conflit. Différents indices tendraient à prouver que cette thèse n’est pas sans pertinence. Elle a été esquissée devant moi par le prince Sultan. dans ces conditions. Tout porte à croire que Saddam Hussein s’était trouvé une âme de conquérant. Bianco. à déployer leurs forces terrestres dont l’action prend le titre significatif de Bouclier du désert. Il y a donc dans l’air un véritable dépeçage de l’Arabie Saoudite. et qu’à la réunion de la Ligue arabe du 3 août. s’il réussissait.

le 2 novembre. Nulle part ne s’ouvre de bureau de recrutement faute de volontaires prêts à aller se battre aux côtés de Saddam Hussein. ainsi que les exportations jordaniennes de fruits et de légumes vers l’Arabie Saoudite. puisque le potentiel militaire irakien. Javier Pérez de Cuellar. junctim qui ne fonctionnera pas. de tous les otages étrangers restant n’aura pas davantage d’effet sur la communauté internationale. Du côté des Alliés. Heureusement d’ailleurs. Pendant toute cette période. et liant le problème du Koweït au conflit israélo-palestinien. ne prend-il pas au sérieux la proposition française d’une conférence internationale. alors député européen. de même que les pressions exercées sur les ambassades étrangères. ce qui laisserait à Saddam Hussein le temps de retirer son armée et de la conserver ainsi largement intacte. Près de 100 000 travailleurs yéménites sont expulsés du pays. craignaient de voir s’enflammer en faveur de Saddam Hussein. le 15 février. peu nombreuses et en partie provoquées. La libération. les propositions de dialogue ne manquent pas : le 11 novembre. La décision de 23 octobre de libérer tous les Français ne trompe pas davantage notre pays. certains ne vivant que dans l’espoir d’une récompense territoriale bien incertaine. même si quelques manifestations ont lieu. y compris françaises comme M. le 12 août. Yémen. Les pays en cause subissent cruellement les sanctions que leur imposent – c’est bien compréhensible – les pays qu’ils menacent : ainsi. destinée à assurer le règlement global des problèmes de la région. ou le voyage à Bagdad de M. Soudan mais aussi Algérie et Tunisie) ne pèsent pas lourd. Claude Cheysson. Le 18 août. Saddam Hussein a tort de rejeter le projet d’Hassan II au sommet arabe de la dernière chance. des trois soldats français égarés de l’autre côté de la frontière. Ils sont pauvres et dépourvus de moyens. en particulier la nôtre. pas plus que la libération. alors que par l’action diplomatique cette dernière aurait pu être sauvée in extremis. Celle-ci donnerait pourtant un avantage considérable à Saddam Hussein en établissant un lien entre la libération du Koweït et la réunion d’une conférence internationale destinée à régler le conflit israélo-palestien. ou encore pour faire aboutir l’ultime proposition française du 14. le 6 décembre. ce qui a pour effet d’accentuer la résolution du président Mitterrand. fort dangereux pour toute la région. Saddam Hussein lance. qui renouvelle l’opération réussie par Kurt Waldheim avec les otages autrichiens. pourra être détruit par l’action militaire. Jean-Pierre Chevènement. le 13. Roland Dumas et M. sont interrompues. Rien n’est fait non plus pour réussir la rencontre James Baker-Tarek Aziz du 9 janvier. visant par là Israël. faite par M. De même. Il en va de même pour la libération d’otages allemands par Willy Brandt. l’Irak aura donc mal joué et successivement perdu le Koweït et son armée. proposition d’ailleurs fort critiquée par les partenaires de la France car elle justifierait le maintien de l’occupation du Koweït en cas d’échec vraisemblable de la conférence. La proposition de l’Irak. l’idée d’une « solution globale » posant le problème de toutes les occupations de la région. par crainte qu’ils ne constituent 24 . où ils jouissaient d’un statut privilégié. de se retirer du Koweït après qu’un cessez-le-feu ait été signé. l’affaire des boucliers humains ne fait que révolter la communauté internationale (résolution 664).CAHIERS DU CEHD Du côté de l’Irak. Ils ne représentent en aucun cas les « masses arabes » que certaines personnalités. survient trop tard pour convaincre la communauté internationale. Les pays arabes qui soutiennent plus ou moins directement l’Irak (Jordanie. les livraisons gratuites de pétrole saoudien à la Jordanie. à travers le tapline.

traditionnellement hostile à Israël à cause du Golan. ne reprend pas la rhétorique de Bagdad et se range aux côtés de la coalition en envoyant deux divisions blindées dans le Golfe. Damas. les États du Golfe seront. ce qui aurait pu inciter Saddam Hussein à passer à l’action sans qu’il puisse être sérieusement arrêté. Mention particulière doit être faite de l’erreur de l’OLP qui se range. afin de compenser la perte de la production pétrolière irakienne désormais soumise à l’embargo. et à la destruction du potentiel irakien. L’Égypte. même si celle du 10 août. elle aussi. prévoyant une action militaire contre l’Irak. ici aussi.JACQUES BERNIÈRE une « 5e colonne ». alors que Yasser Arafat ne cesse de réclamer l’application des résolutions 242 et 338 de l’ONU. De la sorte. au rétablissement de la famille des Al Sabah. C’est enfin s’exposer aux sanctions des pays du Golfe qui ne manquent pas d’interrompre les versements financiers dont vit l’OLP. alors qu’il s’agit pour l’OLP de se libérer d’une autre. Les résolutions de la Ligue arabe sont hostiles à l’agression de Saddam Hussein. provoquant un nouveau choc pétrolier et accroissant le chômage de façon dramatique. lequel porte également sur l’envoi de deux divisions : elle récupère le siège de la Ligue arabe et obtient l’annulation de 8 milliards de dollars de dettes. fidèle d’entre les fidèles dès le départ. les plus farouches partisans de l’élimination complète des armements irakiens. Au début. au bénéfice du Caire. Hors de la Ligue arabe. puisque prendre parti. de la même manière d’ailleurs qu’au cours de la guerre Iran-Irak. tout en faisant payer fort cher son concours (au moins 1 milliard de dollars). c’est accepter une occupation territoriale. ne saisissant pas 25 . tout en recevant différentes aides nouvelles. C’est aussi accepter que des résolutions des Nations unies (la résolution 660 en particulier) ne soient pas exécutées. n’est décidée qu’à une seule voix de majorité. ils évitent au monde une crise économique majeure qui aurait probablement poussé très haut (100 $ ?) le prix du baril. offensive. À relever aussi qu’ils augmenteront très rapidement. recueille vite les bénéfices de son engagement. Le Yémen perd les ressources en devises qu’ils lui apportaient. La Tunisie perd. celle des territoires occupés par Israël. Les pays du champ de bataille manifestent une unité et une détermination étonnantes. ils se gardent bien de pousser l’idée des frappes préventives à partir de leurs territoires. De façon plus étonnante. du côté de Saddam Hussein : l’erreur de calcul paraît grande. l’attitude de l’Iran est inattendue : Téhéran fera preuve pendant toute la durée du conflit d’une parfaite neutralité. le siège de la Ligue arabe. Leur attitude sur ce dernier point suivra exactement la montée en puissance des forces de la coalition sur le territoire de l’Arabie et le passage de l’opération Bouclier du désert à celle. C’est ainsi que les frégates saoudiennes restent sagement à Djeddah et ne se risquent en aucun cas dans le Golfe. qui. se sentant tous menacés. en particulier l’Arabie Saoudite qui doublera sa production. répéteront sans défaillance leur position visant à la libération du Koweït. celle du Koweït. pour des raisons évidentes. leurs quotas pétroliers à l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP). Ces pays n’ont été d’aucune gène pour la communauté internationale. Par la suite. de Tempête du désert. Ceci est vrai des pays de la Ligue arabe et d’abord des pays du Golfe membres du CCG (Conseil de coopération du Golfe).

L’attitude d’Israël est encore plus étonnante : certes. en contrepartie. de la visite de Dick Cheney et du général Schwarzkopf au roi d’Arabie le 6 août. dès le début de septembre le général Schwarzkopf m’avait indiqué clairement qu’il ne s’engagerait qu’avec des moyens et des effectifs suffisants dans les trois armes. pour cette raison. en septembre. rendant ainsi nuls et non avenus les efforts et sacrifices exigés du peuple irakien pendant huit années (décision du 15 août . alors qu’une telle attaque eût sans doute semé le trouble chez les pays arabes et était. les États-Unis ont conscience que l’énorme potentiel militaire de celui-ci continuera de terroriser la région s’il est maintenu intact après le départ des Alliés. Une position heureuse car l’opinion arabe aurait pu se retourner. Chevènement. La situation serait alors devenue très confuse. Après. à Djeddah. visite de Tarek Aziz à Téhéran. à cette fin. Ceci est d’abord vrai des États-Unis. Toujours est-il qu’Israël n’a aucun prétexte pour intervenir avant le déclenchement des hostilités. à New York). les 11 et 12 septembre). dont la politique connaît deux temps : il s’agit en premier lieu d’arrêter. Sans doute Saddam Hussein ne pouvait-il ouvrir un deuxième front et donnait-il la priorité au Koweït. mais cette première bataille n’est véritablement gagnée qu’à la mi-septembre.-P. Les membres permanents du Conseil de sécurité ont assumé leurs responsabilités en matière de maintien de la paix et sont parvenus à conserver un front uni. ce pays aurait dû répondre selon les principes constants de sa stratégie mais ne l’a pas fait. En outre. victime des tirs de Scuds irakiens. contre lui. Téhéran ne s’engage pas aux côtés du « Grand Satan » mais les avions irakiens qui se sont réfugiés en Iran ne sont pas restitués à l’Irak.CAHIERS DU CEHD l’occasion de l’affaiblissement de l’Irak pour s’engager militairement. Les Saoudiens multiplient les gestes en faveur de l’Iran auquel ils s’étaient jusque-là fermement opposés (entretien Saoud-Velayati. au moins en partie. après l’accumulation des forces nécessaires. À relever encore que les Américains ne refusent aucune tentative pour rétablir la liberté du Koweït par des 26 . le 17 janvier. qui craint une telle possibilité. J. Aussi s’engagent-ils progressivement dans une deuxième politique consistant à prévoir. le plus vite possible. s’empresse de rendre à l’Iran les territoires qu’elle lui avait pris pendant la guerre. Elle a permis l’utilisation de ses bases et obtenu. Cette politique réussit grâce à l’envoi immédiat de la 82e division aéroportée américaine. L’attitude de la Turquie a été celle d’un pays fidèle. M. à nouveau. en faveur de Saddam Hussein. la politique d’expansion de Saddam Hussein et on ne saurait trop souligner à nouveau. Cependant. la reprise militaire du Koweït et la destruction du potentiel irakien. Les pressions américaines sur Israël pour l’empêcher d’agir ont alors été fort vives et couronnées de succès grâce à la fourniture de missiles Patriots permettant d’arrêter environ 80 % des tirs de Scuds. l’embargo (résolution 661) n’entame pas la détermination de Saddam Hussein. En revanche. l’importance. Saddam Hussein n’attaquera pas Israël avant le début des hostilités. Au contraire. très redoutée des États du Golfe. À aucun moment. en tout cas. les États-Unis ne cèdent au fantasme d’une guerre « pressebouton » ou d’une simple offensive aérienne comme en était partisan notre ministre de la Défense. La reprise des relations diplomatiques entre Riyad et Téhéran est proche dès lors que l’on parvient à un accord sur le pèlerinage à La Mecque. une aide pétrolière substantielle des pays du Golfe. membre de l’OTAN. Il faut dire que Bagdad.

comportant une ouverture sur l’établissement de la démocratie dans la région – ultime proposition de paix du 14 janvier qui semble se contenter « d’intention » de l’Irak quant à son retrait). Ce message. craignant que la guerre ne pût être évitée et maintenant constamment son engagement sur le fond.JACQUES BERNIÈRE moyens pacifiques mais qui ne seront pas entendus par Saddam Hussein. 27 . qui vit alors ses derniers instants. Jospin et Joxe) peu soucieux de protéger les monarchies du Golfe qualifiées de rétrogrades et féodales. le 17 septembre. J. y compris aux États-Unis. au départ. C’est aussi finalement la position de la France. On lui reproche aussi certaines propositions (discours de François Mitterrand. déclare publiquement que si Saddam Hussein utilise l’arme chimique. de leur côté. sans pour autant que soit affectée la reconnaissance par l’Arabie Saoudite de son pays. Mikhaïl Gorbatchev a parfois semé le trouble dans les esprits. Ce point n’est évidemment pas mentionné par le général Schwarzkopf dans ses mémoires. car venant d’un pays qui. en n’exerçant pas son droit de veto. et permet. À noter également que Dick Cheney. son ministre. Ainsi. La Grande-Bretagne se présente comme le meilleur allié des États-Unis. Mitterrand qui exclut l’arme atomique. resta sans effet sur les relations franco-saoudiennes. la possibilité de recourir à tout type d’arme de représailles. n’est-il pas écouté à Riyad. Le président F. même si. avait besoin de prouver aux opinions publiques que tout avait été fait pour régler pacifiquement le problème. de sorte que la démission de M. les États-Unis se réservent. elle a été d’une très grande importance politique pour l’opinion publique dans les pays arabes. qui a été aussi transmis par la voie diplomatique à Saddam Hussein via Moscou. L’URSS. Mitterrand. lâche Saddam Hussein. À relever d’ailleurs que si la contribution militaire française a été limitée en termes d’effectifs. est très probablement la raison qui a empêché le recours de Saddam Hussein aux armes chimiques qu’il avait déjà utilisées contre les Kurdes et les Iraniens. jugée sévèrement par les Américains qui l’attribuaient à ses sympathies pour l’Irak. Mitterrand avait dû ainsi lutter contre les réticences de certains dirigeants du parti socialiste (MM. contre toute attente. à New York. Elle envoie une division blindée sur le terrain et se prononce constamment en faveur de la fermeté (visites à Riyad de Tom King et de John Major. à cette époque. l’adoption de toutes les résolutions des Nations unies condamnant l’Irak. qu’elle serait brève et peu coûteuse en vies. le 24 septembre. à l’inverse des États-Unis. la clairvoyance qu’il avait manifestée dès le départ. C’est la raison pour laquelle le roi et les princes saoudiens ont tant insisté pour que la France soit présente sur le sol de leur pays avec des forces terrestres. sans pour autant entamer la résolution de la coalition. en se prononçant à plusieurs reprises pour une solution non militaire du conflit et un règlement interarabe. Evgeni Primakov. interrompues depuis 1939. Mais tout le monde. Les dirigeants saoudiens n’ont pas caché. Chevènement. leur admiration pour le président F. à l’inverse du président F. par exemple). laquelle aboutit. en particulier en Arabie Saoudite. n’était pas considéré comme « sioniste ». malgré les reproches qui lui sont faits concernant sa politique irakienne antérieure (mais l’Arabie Saoudite avait elle-même fourni une aide de plus de 25 milliards de dollars à l’Irak pendant la guerre contre l’Iran). au rétablissement de ses relations diplomatiques avec Moscou. avant de s’engager dans une guerre dont personne ne savait. le 29 décembre.-P.

Du côté des échecs. qui conservent leurs ressources pétrolières à l’aide desquelles ils pratiquent une politique de prix raisonnable. – le rétablissement de bonnes relations entre les pays du Golfe et l’Iran. Elle aurait ainsi perdu l’amitié d’un grand nombre de pays arabes qui entretiennent avec elle des liens privilégiés et qui ont été très sensibles à son engagement à leurs côtés (il y a un proverbe arabe qui dit la même chose que celui des Anglais : « A friend in need is a friend indeed »). il faut enregistrer : – la libération du Koweït . il faut mentionner : – le maintien de Saddam Hussein au pouvoir – l’objectif des résolutions des Nations unies n’étant pas de l’éliminer – et les révoltes intérieures de l’Irak ayant été sévèrement réprimées. tandis que les réformes progressent à leur rythme (élections au Koweït et rétablissement du Conseil consultatif en Arabie Saoudite) . mais sans davantage de succès (visite de M. Les cinq membres permanents du Conseil de sécurité assument donc bien leur responsabilité en matière de maintien de la paix. ne compromettant pas les chances de la croissance économique mondiale. Cette préoccupation était. lequel sera qualifié de « second Primakov »). – le maintien par la France de son rang dans le concert des nations. notamment la résolution 678 qui autorise le recours à la force à partir du 15 janvier. comme en témoigne la dizaine de résolutions des Nations unies. Le bilan diplomatique que l’on peut tirer dans la période qui suit immédiatement le conflit est cependant mitigé. Qin à Riyad. malgré les espoirs qu’elles contenaient (« on ne peut tuer cinq mouches avec cinq doigts » dit un proverbe chinois que m’a cité l’ambassadeur 28 . Mitterrand. – l’élimination. Elle est tentée de suivre les mêmes solutions que celles proposées par l’URSS. Sur le plan pratique. à la conférence de Madrid. elle n’aurait pas assumé ses responsabilités de membre permanent du Conseil de sécurité. du potentiel militaire irakien qui débarrasse ainsi la région de la terreur qu’il y faisait régner . de nombreux et importants contrats récompensent l’attitude française. et la consolidation de leurs rapports avec Damas et Le Caire .CAHIERS DU CEHD La Chine ne bloque pas davantage l’adoption des résolutions de l’ONU. à un moment où bien d’autres pays étaient candidats à un tel poste. pour l’essentiel. Du côté des succès. selon Hubert Védrine. Ce point est capital : si la France était restée les bras croisés devant l’agression d’un État membre des Nations unies par un autre. – la négociation qui paraît s’engager sérieusement. essentielle aux yeux du président F. Conclusion. sur la solution du problème israélo-palestien . tant il mêle succès incontestables et échecs relatifs. – la consolidation des régimes modérés du Golfe.

reprises sous le vocable de « syndrome de la guerre du Golfe ». de pouvoir réprimer toutes les révoltes qui se dresseraient contre lui). d’Oslo et de Camp David . en particulier bactériologiques. montrant bien la confiance qu’avaient alors les États-Unis dans une chute rapide de Saddam faute pour lui. avec ses conséquences désastreuses pour la population irakienne. la non-exécution jusqu’à son terme de la résolution 687 sur l’élimination complète des armes de destruction massive. pensaientils. l’apparition de maladies chez les anciens combattants. détenues par l’Irak. 29 .JACQUES BERNIÈRE – – – – américain à Riyad.5 milliards de dollars aux seuls États-Unis. lesquels ont dû maintenir une présence militaire permanente en raison des menaces persistantes de Saddam Hussein) . D’où l’opération « Provide Comfort » et la création de zones d’exclusion aérienne . de dépenses de guerre très lourdes (versement immédiat de 13. la non-solution du problème israélo-palestinien malgré les rencontres de Madrid. l’imposition aux États du Golfe. malgré la résolution « pétrole contre nourriture » . en particulier à l’Arabie Saoudite.

Il a néanmoins eu raison sur un point : il est toujours au pouvoir. à Genève. compte tenu de la situation soviétique. 4) Saddam Hussein a pensé que les Américains n’auraient pas de soutien actif des nations musulmanes. 5) L’Irak a cru que les Américains ne voudraient pas intervenir. car je suis persuadé que s’il l’avait fait vingt-quatre heures avant le 14 janvier. Je voudrais poser une question à chacun des intervenants : à Jacques Andréani : quelle était la sensibilité de l’Administration et de l’opinion publique américaines sur les menaces chimiques et nucléaires irakiennes ? Jacques ANDRÉANI. Ce sujet est toujours sensible dans l’opinion américaine. 7) L’Irak n’a rien compris aux conditions d’une guerre technologique moderne. Dans ses mémoires. chaque fois qu’un « grand » allait faire une bêtise. l’autre mettait son veto. les Américains seraient venus pour rien et se seraient couverts de ridicule. le 29 décembre. Il faut prendre en compte les « huit erreurs de Saddam Hussein » : 1) Dans les situations géopolitiques antérieures. 8) Saddam Hussein n’a pas su céder au dernier moment. et surtout qu’ils n’étaient pas capables de le faire (pas de prise en compte de la création du Central Command – CENTCOM – du commandement du général Schwarzkopf). Cela s’est senti dans l’avertissement que James Baker a adressé à Tarek Aziz. Or. Norman Schwarzkopf dit que le même message a 30 . Général Jean FLEURY (chef d’état-major de l’armée de l’Air). aucun niveau de riposte ne serait écarté. en lui laissant pratiquement entendre qu’en cas d’usage d’armes bactériologiques et chimiques. sur un terrain qui n’est pas celui de la Bosnie. ce rôle n’existe plus en 1990.CAHIERS DU CEHD DÉBAT Général Alain FORRAY (chef d’état-major de l’armée de Terre). mais il n’y avait pas d’alarme à ce moment-là. Il y a eu une intervention de Dick Cheney. 2) Saddam Hussein a remis en cause l’équilibre stratégique régional et mondial. 6) Saddam Hussein s’attendait à ce qu’Israël réagisse. Jacques BERNIÈRE. L’Irak a donc mésestimé l’état de délabrement de l’URSS. Ce dernier point est important. alors qu’il ne l’a pas fait. C’est l’agression elle-même qui a impressionné les Américains. 3) L’Irak a cru que les Américains n’auraient pas de légitimité juridique et internationale par l’ONU.

car il a facilité les interventions. des marins américains m’ont dit que si une attaque chimique avait lieu. Elle a permis l’utilisation de ses bases. Il y a eu une période difficile pendant le conflit. c’est que les résolutions de l’ONU ne prévoyaient pas de faire disparaître 31 . Si l’attaque était bactériologique. C’est très important. qui s’est comportée en fidèle membre de l’OTAN et a fait à chaque fois ce qu’on lui a demandé. spécifiant que l’utilisation de l’arme chimique impliquait. et notamment des Américains (cela a d’ailleurs été fait clairement par l’ambassadeur des États-Unis à Riyad). et a permis qu’une certaine aide soit apportée au Kurdistan d’Irak. Cette question s’adresse aux deux intervenants : immédiatement après la guerre du Golfe. la riposte serait chimique. Que savez-vous sur ce sujet ? Jacques BERNIÈRE. qui avait utilisé l’arme chimique contre les Kurdes et les Iraniens. La première chose à dire du côté des Occidentaux. car cette initiative a dû dissuader Saddam Hussein.DÉBAT été transmis à Saddam Hussein via Moscou. Sa fidélité s’est manifestée aussi dans l’opération Provide Comfort. Les propos de James Baker et de Dick Cheney. et ne préféraientils finalement pas Saddam Hussein au chaos ? Jacques BERNIÈRE. ont eu un rôle indiscutable. durant laquelle on s’est demandé quelles seraient les réactions syriennes et iraniennes face à ce qui aurait pu être une occupation du Kurdistan irakien par les Turcs. Ma seconde question s’adresse à Jacques Bernière. la riposte serait nucléaire. Chiites et autres communautés. Amiral Pierre BONNOT. Il n’y a pas eu d’inquiétude réelle quant à l’attitude de la Turquie. dont elle ne facilitait pas la tâche. l’utilisation de n’importe quel type d’armes. Général Maurice SCHMITT. On aurait pu s’attendre que la Turquie soit réservée sur le sujet. Ce point s’est révélé très positif. Mais elle a fait passer sa fidélité à l’OTAN avant ses préoccupations propres. dans la région de Djarkebir. une très importante communauté kurde. Sur place. une des hantises des pays voisins de l’Irak n’était-elle pas de voir l’Irak éclater entre Kurdes. et lorsqu’elle est venue « pleurer » qu’elle n’avait plus de pétrole. Mais ces informations m’ont été livrées « devant une tasse de thé »… Général Jean FLEURY. lorsque la Turquie a massé des forces face au Kurdistan irakien : on a alors assisté à une grande tempête diplomatique de quelques jours. on lui en a donné. transmis à Saddam Hussein par voie diplomatique. puisqu’elle-même avait. Il s’agissait de sauver la révolte kurde. durant laquelle elle a permis l’utilisation de ses bases. a évité des pertes nombreuses et des réactions de l’opinion publique. côté américain. d’en faire usage dans le Golfe.

cela signifiait que Saddam Hussein ne pourrait pas faire face simultanément à ses militaires (qui allaient lui reprocher la perte de l’armée). et je crois que cette limitation a été une arme. où il a été dit que les résolutions visaient à libérer le Koweït. d’autant que l’Iran avait laissé de forts mauvais souvenirs. Jacques ANDRÉANI. et que l’OLP ne s’en remettrait jamais. avec nos amis américains. Égypte…). aux Chiites. Mais ils ont commis deux erreurs politiques majeures dans la suite de la guerre du Golfe. La population avait. et cela permettrait de respecter les résolutions des Nations unies. Général Maurice SCHMITT. dans l’échange de conversations Bush-Mitterrand. me citant un proverbe chinois selon lequel : « On ne tue pas cinq mouches avec cinq doigts. » Dans son esprit. La chose était donc censée se passer toute seule : le régime tomberait de lui-même. sans que l’on ait eu pour objectif de supprimer l’Irak. mais ma question porte sur les pays arabes (Arabie. très grand spécialiste de la Chine. pour sa part. Il s’effondrerait donc de lui-même. Je crois que c’était une vue partagée par tous les Alliés. et j’ajouterai que l’on discutait à Washington. aux opposants. Le commandement américain ne voulait surtout pas qu’il y ait de body bags.CAHIERS DU CEHD Saddam Hussein. Les pays arabes ne préféraient-ils pas un Saddam Hussein désarmé à un Irak éclaté ? 32 . De même. quartier par quartier. Ce point était clair. aux Kurdes. et on aurait pu craindre que les populations arabes s’émeuvent et affirment que l’on cherchait en réalité à abattre le régime irakien. Voilà la représentation que je me suis faite des choses. parce qu’il aurait fallu s’emparer d’une ville maison par maison. après les accords de Camp David. bye PLO. Syrie. à l’égard de laquelle il n’y avait pas de reproches à formuler. et disparaîtrait. tout à fait le droit de vivre dans ses frontières. Les Américains pensaient que les différentes révoltes qui allaient se manifester en Irak auraient pour effet d’abattre à elles seules le régime de Saddam Hussein. mais d’obtenir la libération du Koweït. » Ils avaient échafaudé toute une théorie selon laquelle l’OLP disparaîtrait à cause de ses différents courants internes. Ils étaient sûrs que Saddam Hussein tomberait. avec des pertes importantes. Ce n’était pas la première fois que les Américains condamnaient l’OLP. etc. interprète de Richard Nixon et d’Henry Kissinger à Pékin. Sur la question du maintien de l’Irak comme entité. on serait sorti du cadre de l’ONU. et non à prendre Bagdad et à tuer Saddam Hussein. Déjà. qui partageaient ce point de vue. plusieurs déclarations américaines et françaises ont rappelé que le but de la guerre n’était pas de détruire l’Irak et sa population. mais je ne prétends pas connaître tous les échanges qui ont eu lieu. Je me souviens très bien de mon collègue américain. Je suis d’accord avec l’analyse de mon collègue. J’ai bien entendu vos réponses. Si tel avait été le cas. en six mois selon Dennis Ross. L’ONU n’était pas d’accord. Il eût été d’ailleurs tout à fait contradictoire de s’être battu pour le respect des frontières du Koweït et d’admettre qu’ensuite l’Irak pouvait faire l’objet d’un dépeçage. on ne serait pas exposé à une guerre qui aurait été probablement beaucoup moins facile que la guerre du désert. ils disaient : « Bye. d’après Hubert Védrine.

Il s’agissait en fait d’une fuite « volontaire ». Vous avez parlé de l’intention présumée de Saddam Hussein de poursuivre vers l’Arabie (il avait mené des préparatifs dans ce sens). Mais ce papier expliquait que Saddam Hussein serait écrasé. Les Saoudiens ne voulaient pas de Chiites. Pour nous. On pouvait alors penser que les Américains étaient encore une fois trahis par une nouvelle fuite. qui étions sur place. Cette décision a entraîné la venue de la 82e division aéroportée américaine. car l’Arabie Saoudite soutenait un général irakien sunnite opposant depuis longtemps : le général Négui. dangereux pour le royaume. Le changement de position des divisions irakiennes montre que Saddam Hussein a été tout de suite impressionné : le jeu devenait plus difficile. À ce moment-là. le danger était réel car l’Arabie Saoudite n’avait que des demi-brigades. On a pu voir sur les photos aériennes que Saddam Hussein avait remis ses divisions en position défensive. Les Américains ont très bien manœuvré. destinée à faire croire à 33 . d’où l’attentat de Dharan).DÉBAT Jacques BERNIÈRE. Elle était beaucoup plus inquiète en janvier. C’était une décision difficile et sans doute mal vue par certaines autorités religieuses et l’opinion saoudienne. et de la décision du roi d’autoriser le déploiement des troupes américaines en Arabie. Pourquoi ne l’a-t-il pas fait ? Jacques BERNIÈRE. car les États-Unis sont sionistes. Cette position consistait à souhaiter le maintien de l’Irak (territoire. alors que sur place. de façon plus feutrée. ce qui aurait renversé l’orthodoxie de l’Islam. et non pas de Chiites. il y avait eu auparavant la crainte que les Iraniens chiites aillent eux aussi jusqu’à envahir le royaume et prendre possession des lieux saints d’Arabie. La vraie crainte datait donc du mois d’août. » Le roi pensait la même chose. La position de Riyad consistait donc à regretter que Saddam Hussein soit encore au pouvoir. François CAILLETEAU. et à prôner le désarmement de l’Irak (la peur des armes bactériologiques a conduit l’Arabie Saoudite à accepter les Américains en permanence sur son territoire. arrivée dans les jours suivants. À plusieurs reprises. en raison de la quantité de matériels et d’hommes arrivés depuis août. Il y a une raison simple à cela : il s’agit de la visite de Dick Cheney et Norman Schwarzkopf à Djeddah. tout en conservant une certaine crainte à l’égard de Saddam Hussein et de l’avenir. le prince Saoud m’a dit : « Saddam Hussein est comme Hitler. Il y a eu une déception de l’Arabie Saoudite à l’égard du maintien au pouvoir de Saddam Hussein. population). on ne l’était plus car il y avait moins de danger. le 6 août. Mais il ne souhaitait pas pour autant la disparition de l’Irak. En Arabie Saoudite. Le général Schwarzkopf dit que la situation est devenue vraiment tranquille à la mi-septembre. L’Arabie aurait été favorable à un changement de régime des Sunnites. même s’il ne fallait pas grand-chose pour les replacer en position offensive. l’opinion occidentale ne se préoccupait guère du problème. en laissant filer dans la presse un plan qui aurait été utilisé si Saddam Hussein avait attaqué l’Arabie Saoudite.

un journaliste américain lui a posé la question : « Si Saddam Hussein pousse plus loin. ils vont payer un prix terrible ». 34 . Norman Schwarzkopf a répondu : « Si les Irakiens sont assez bêtes pour attaquer. Saddam pouvait l’entendre en regardant CNN.CAHIERS DU CEHD Saddam que les choses ne seraient pas si faciles. Il bluffait avec beaucoup d’intelligence car cette réponse. comment l’arrêterez-vous ? ». Le général Schwarzkopf ajoute dans ses mémoires qu’à un moment. alors qu’en fait il n’avait pas de quoi l’arrêter.

en 1990. en particulier dans le domaine logistique. La guerre froide pouvait être considérée comme terminée et gagnée. mais la situation en Europe a certainement masqué. où Hissène Habré et Idriss Déby s’affrontaient. Nous avions été prévenus. une brigade motorisée. La menace conventionnelle qui pesait depuis quarante ans sur l’Europe de l’Ouest avait disparu. Il faut distinguer quatre phases dans notre engagement : – la phase des hésitations. à 7 000 kilomètres en janvier 1991. puis je dégagerai quelques enseignements du conflit. Auparavant. Il n’en a pas été question jusque-là. – la phase française de Bouclier du désert. L’effort portait sur le Tchad. plusieurs bâtiments relevant d’« Alindien ». sans hésiter. ça l’est. il est nécessaire de rappeler quelques dominantes et conséquences de la situation internationale qui régnait à la fin juillet 1990. mais près de 20 000 hommes. une base de transit à Yanbu et une base logistique 35 . Il fallait disposer de réserves pour faire face à une dégradation de la situation au Tchad. La Marine maintenait. si Bouclier du désert avait perduré. cet engrangement n’avait pas encore commencé. La France allait elle-même prélever. militaires yougoslaves. en 1990. Cette dégradation eut lieu. en présence de représentants du Quai d’Orsay et en présence de l’ambassadeur de France à Belgrade. le chef d’état-major des Armées (CEMA) yougoslave. tout en prévoyant les relèves qui se seraient imposées à partir de février. aux alentours de Djibouti. en 1990. un autre problème important : celui de l’éclatement de la Yougoslavie. Toujours en juillet 1990. il avait dit : « Nous.MAURICE SCHMITT LES FORCES FRANÇAISES AU SEIN DE LA COALITION par le général Maurice SCHMITT Je traiterai essentiellement des décisions concernant l’engagement de nos forces dans le Golfe. par contre l’unité de la Yougoslavie. » Les directives gouvernementales de l’époque concernant une intervention éventuelle significative hors d’Europe peuvent être résumées en une phrase : « Pouvoir engager 7 000 hommes à 7 000 kilomètres. car nous n’aurions pu alors engager et soutenir non pas 7 000. deux escadrilles d’avions de combat. des unités et des spécialistes pour renforcer les moyens de la FAR engagés. sous le commandement de l’amiral Bonnot. stationnaient hors d’Europe des groupements tactiques composés d’unités de la FAR et de moyens aériens. » S’agissant du climat général. Les Américains et les Britanniques allaient pouvoir transférer des forces importantes du théâtre européen vers le Moyen-Orient. À chaque fois. pendant laquelle se mettent en place un quartier général. Il fallait aussi rester attentif à la situation dans le golfe Arabo-Persique. le 23 avril 1991. à l’aide d’un document que j’avais fait réaliser par l’état-major des Armées (EMA) avant de quitter mes fonctions. le communisme n’est pas notre problème. et j’avais personnellement reçu à deux reprises. entre le 2 août et le 15 septembre 1990 . mais les deux régiments conservés ne furent pas impliqués. Heureusement. on parlait surtout de la fin de la guerre et « d’engranger » les dividendes de la paix.

Simultanément. mais les moyens ainsi rapprochés pourraient ensuite aller renforcer les forces engagées dans Tempête du désert. nous envoyions. au cours d’un conseil de défense très restreint. d’attaque au sol et de transport. le contrôle de l’embargo dans les deux détroits sensibles de Tiran et d’Ormuz. et un ensemble de moyens aériens de défense aérienne. Dès le 15 octobre. Le président décida d’engager la France en Arabie Saoudite le 14 septembre. où j’accompagnais Jean-Pierre Chevènement. le 8 août. tandis que s’opérait une protection du transit par le Bab El Mandeb. Riyad. où je rencontrais les généraux saoudiens et le général Schwarzkopf. sur une direction décalée du gros des forces américaines. gréé en porte-hélicoptères et qui. comme les Américains. du 20 août au 15 septembre. – le retour en France. La guerre a débuté le 2 août 1990. Quelques jours après. si l’Irak n’abdiquait pas. qui voit grosso modo le doublement de nos forces et le déplacement des moyens terrestres vers l’ouest . gréé en porte-avions. et enfin Munich où. CRK. Entre le 14 et le 18. pratiquement dès le 3 août. Suez. et non de l’absence d’informations. en marge d’un sommet franco-allemand. C’était une mesure plus politique que militaire. Elle est la conséquence de deux sousévaluations. le président approuva le dispositif envisagé à Riyad avec le général Schwarzkopf. restait disponible.CAHIERS DU CEHD au camp du roi Khaled (CRK). la préparation d’autres forces et de leur soutien était entreprise dans les garnisons françaises. Le 29 novembre intervint la résolution 678 qui autorisait les États coopérant avec le Koweït à recourir à tous les moyens nécessaires pour faire observer les résolutions précédentes. l’amiral Bonnot a assuré. Yanbu. – la période de préparation et d’exécution de Tempête du désert. le dispositif était en place. qu’il fallait achever avant que ne débute le ramadan en Arabie Saoudite. sur leur demande. je présentai au chef de l’État encore réticent à déployer des forces sur le territoire saoudien. avec les forces aériennes de Djibouti. Le fait d’utiliser Yanbu permettait d’éviter de faire le tour de la péninsule. Il retint l’envoi du Clemenceau. tout fut décidé entre Djeddah. Le Foch. allait naviguer entre le canal de Suez et la mer d’Oman. et de débarquer à Djeddah . des renforts terrestres et aériens au Qatar et aux Émirats arabes unis (EAU). Sitôt connue la résolution 660 du Conseil de sécurité de l’ONU. Le 20 septembre également. au plus tard le 15 janvier 1991. Je proposais ainsi au gouvernement et au président de préconstituer un groupement de l’armée de Terre d’une taille suffisante pour freiner une action offensive irakienne. Le président m’ayant fait connaître confidentiellement sa décision de 36 . qui arrivera sur place le 20 septembre. Durant cette même période. et la nomination du général Roquejeoffre. Il avait été préalerté par mes soins. des éléments de la 6e division légère blindée (DLB) quittèrent Toulon et suivirent l’itinéraire qui allait devenir classique : Toulon. et les Américains ne voyaient dans le déploiement irakien à la frontière du Koweït qu’une manœuvre d’intimidation. Saddam Hussein n’envisageait pas l’ampleur et la rapidité des réactions américaines. aux côtés de l’US Navy. Le Yémen avait en effet vivement soutenu l’Irak. les options envisageables pour marquer davantage la présence française.

Celle-ci soutint la position du président par 523 voix contre 43. Simultanément. à l’aube. mais qu’il devait garder cette information pour lui. Les frappes alliées ayant neutralisé l’ensemble de la défense aérienne irakienne. la préparation aérienne en dura cinq. – détruire ensuite l’armée irakienne en l’encerclant par l’est et l’ouest. le taux d’attrition des forces irakiennes. le capitaine Mahagne fut blessé à la tête. Le 13. ainsi que le doublement des forces aériennes et terrestres confiées au général Roquejeoffre. Il me décrivit les grandes lignes de sa conception des opérations : – conduire une puissante action aérienne pour neutraliser les forces vives de l’Irak. à la destruction de l’aérodrome d’Al Jaber. Fort de ce que m’avait dit le président. je rendis compte au président. en opérant à très basse altitude. Le 17. Il revenait de Riyad et avait fait une escale de vingt-quatre heures à Paris. je me rendis à Riyad après avoir rencontré Colin Powell en tête-à-tête. dans le plus grand secret. la division Daguet entreprit son mouvement vers Rafha. à Paris. Cette action devait durer autant que nécessaire. Comme me le dit Colin Powell le 11 février à Washington. Le général Schwarzkopf indiqua que ses forces allaient doubler avant l’attaque terrestre. je lui dis que la France serait là. le président me fit porter l’ordre écrit confirmant l’engagement des forces françaises : il s’agissait d’une confirmation. en couverture face à Bagdad. mais la démarche avait un caractère symbolique. je rencontrai le général Schwarzkopf. Quelques jours auparavant. j’avais rencontré Norman Schwarzkopf. l’attaque débuta à l’heure prévue. nos avions attaquèrent ensuite en semi-piqué. avant de faire porter l’effort au centre. il m’interrogea sur notre éventuelle présence aux côtés des Américains en cas d’action offensive (ils avaient alors quelque inquiétude sur notre position). qui décida d’avancer de vingt-quatre heures une convocation extraordinaire de l’Assemblée. proposition que j’avais déjà faite à Colin Powell. Il m’indiqua que l’attaque aérienne débuterait le 17 janvier à 2 heures du matin. le 7 décembre. j’étais retourné en Arabie Saoudite. Avant le 15 janvier. et même avant. la météo ayant perturbé la planification. accompagné du général Roquejeoffre. au sud de la ville de Koweït. retenir les forces irakiennes au Koweït en préparant ostensiblement un débarquement. Le 16 au soir. et enfin les divisions du corps de bataille. et retint ma proposition d’engager les forces terrestres françaises à l’ouest du dispositif. J’en informai immédiatement le président. accompagné du général Roquejeoffre. À mon retour. en principe une quinzaine de jours . Quatre Jaguar furent touchés. 37 .MAURICE SCHMITT participer aux actions offensives éventuelles. le dispositif était en place et juste après le début de l’attaque aérienne. les voies de communication. Nos avions participèrent. ne comptabilisèrent aucune perte. et au cours d’un millier de missions. contre la garde présidentielle. À Riyad. la défense aérienne. jugé insuffisant par le Pentagone. du 12 au 14 janvier 1991. Prévue pour trois semaines au plus. nécessitait cette prolongation : il fallait prendre son temps et allonger de quinze jours la « préparation feu ». qui approuva l’ensemble. Au cours de notre entretien.

J’insiste sur le fait qu’on ne pourrait pas mettre en place aujourd’hui un dispositif santé semblable. où nous retrouvâmes le général Janvier. lors d’un conseil de défense. auxquels on nous comparait souvent. « Nous en aurons fini vers la fin de la semaine ». si cela s’était révélé nécessaire. Les derniers détails des opérations de la division Daguet furent arrêtés.CAHIERS DU CEHD Du 14 au 16 février. à 5 heures. J’insisterai aussi sur l’adaptabilité des états-majors et des unités de toute nature. 38 . Nous avions en fait trois hommes pour deux : mise en place d’un premier groupe de 7 000 à 10 000 hommes au bout de trois mois. etc. à 7 000 kilomètres du territoire national. détruite le mercredi 27 au soir. trop tard pour réagir. et que le président Bush avait fixé la date de l’attaque terrestre au 24. On a certes pu observer des défaillances. mais elles ont été très rares. Le 16. Je noterai également la bonne organisation de la manœuvre terrestre. caractéristiques du traditionnel masochisme gaulois : nous avions une armée à réformer. à l’ambassade de France à Riyad. Dans le Golfe. je me rendis à nouveau en Arabie Saoudite. Le 14. Cela me conduit à quelques mises au point. la division Daguet avait la quasi-totalité de ses matériels aptes au combat. puis les deuxièmes avec ceux qui étaient rentrés se mettre au vert. tout en ayant à ne déplorer que de très faibles pertes. Dans les mois qui suivirent cette guerre. de toutes les armées : leur compétence et leur efficacité ont été démontrées. C’était surestimer la combativité de la garde de Saddam Hussein. Il nous dit qu’il venait de s’entretenir avec Colin Powell. d’un deuxième groupe équivalent trois mois après. malgré les états d’âme de certains médias : on a détecté très tard l’implantation de la division Daguet à Rafha. Le cessezle-feu intervint le jeudi 28. Au niveau du secret d’abord. je noterai la rapidité d’exécution de la mise en place de nos forces. en y incluant la logistique : arrivée à As Salman. chacun a accompli sa tâche avec dévouement et compétence. Il avait vingt-quatre heures d’avance. où une division française avait détruit une division irakienne. sans oublier les compagnies de transport maritime et aérien. après 150 kilomètres de désert rocailleux. Aucun soldat n’est mort des suites de ses blessures. cent heures après le début de l’attaque. Trente-six heures après avoir débouché. Nous mettions trois semaines là où les Britanniques. Je mets à part les dockers CGTistes marseillais. nous avons engagé 20 000 hommes à 7 000 kilomètres et le plan de relève était prêt. Je tiens aussi à souligner l’efficacité remarquable de la chaîne santé. après avoir détruit une division irakienne. Le soir du 14. dont il fallait combler les carences. côté irakien. Nous aurions donc relevé les premiers. le général Roquejeoffre et moi rencontrâmes le général Schwarzkopf. dis-je au président le 25 au soir. la mission permanente consistait en 7 000 hommes. je me rendis à Rafha avec le général Roquejeoffre. le général Janvier atteignait tous ses objectifs à 150 kilomètres au nord. En ce qui concerne les aspects positifs. Au niveau de l’exécution ensuite. Le président était d’ailleurs décidé à faire intervenir les CRS contre eux. j’en informai Pierre Joxe. Comme je l’ai dit. mettaient le double. Le général Schwarzkopf décida alors d’avancer de douze heures le débouché du corps blindé du centre. sitôt les décisions prises. à tous les niveaux militaires et civils de la défense et d’autres ministères. faisant 3 000 prisonniers. fidèles à leur tradition de poignarder l’armée française dans le dos. En bref. je relevai certains jugements concernant nos armées.

inventoriés. et les conditions proposées aux engagés (1) Charles de GAULLE. Elles auront retardé d’au moins dix ans la modernisation de nos forces. Cette programmation aurait permis de moderniser suffisamment nos forces à l’horizon 2000. Il en venait de partout. Je ne les critique pas : je les constate. Le conflit du Kosovo l’a démontré. en tant que CEMA. Sa maîtrise de l’anglais et ses talents remarquables de « pianojazz » les occupèrent et les neutralisèrent un peu. encore que notre satellite civil SPOT et le réseau des attachés de défense aient permis des recoupements. étaient parfaitement connues. canalisés. habillement…) qui conditionnent le bon fonctionnement des armées.MAURICE SCHMITT Venons-en maintenant aux « carences ». pour que les prisonniers soient bien traités. J’en viens au dernier point que je voudrais évoquer : la composition des personnels. considèrent toujours qu’ils sont surestimés par les états-majors. dans La France et son armée (1). En 1968. rechanges. Je rends aujourd’hui hommage aux gendarmes. c’est-à-dire les investissements ne concernant pas les grands programmes. Malgré les rapports parlementaires en question. en jargon budgétaire de la défense. le « socle ». Giraud : « Ce ne sont pas les chars qu’il faut faire défiler. et de trente gendarmes officiers de police judiciaire. et que nous n’ayons pas de problème avec la CroixRouge internationale. Ce fut long car la France était alors celle du plein-emploi. auxquels nous avons dû faire face dans le Golfe. Un long paragraphe serait nécessaire pour aborder la question de l’importance des médias. montrerait que ces carences. je citerai le cas du transport aérien tactique. compétents. 233. Cependant. Le colonel de Gaulle dénonçait déjà cette pratique en 1938. La lecture de nombreux documents des années 1970 et 1980. La décision de construire Hélios s’inscrit dans la programmation votée en 1988. munitions. s’agissant des opérations hors d’Europe. à M. en particulier les interventions des chefs d’état-major devant les commissions parlementaires. comme les stratèges de Bercy. Mais ce sont tous les petits programmes du socle (optique. et pas seulement des journalistes accrédités « défense ». et les directeurs de cabinets. nous n’avions pas les moyens financiers de réaliser simultanément tout ce qui était nécessaire. Le problème est bien connu. 39 . p. Il y avait aussi des néophytes des télévisions. jamais un dispositif ennemi ne fut connu avec une telle précision. Mais je voudrais surtout insister sur ce que l’on appelle. À titre d’exemple. Paris. mais leurs munitions ». transmissions. détenus par le Service historique de l’armée de Terre (SHAT). La France et son armée. dénoncées dans les rapports établis après la guerre par les deux assemblées. Nous dépendions des Américains pour le renseignement stratégique. 1949. Les médias s’y intéressent peu. en dehors de la Légion. J’avais dit un jour. J’ai dû désigner le général Gazeau pour leur faire face. Ceci étant. le gouvernement avait déjà constaté qu’il ne pouvait engager au Tchad. et c’est un mal français que de les négliger. Appelés ou engagés ? Le débat ne date pas de la guerre du Golfe. Les prisonniers eurent leur importance : j’ai obtenu l’envoi d’un régiment pour les prendre en compte. D’où la décision de former quelques régiments professionnels. Mais nous étions dépendants : nous le savions et nous le disions. pour que l’on voie que nous en manquons. que des formations d’appelés. des réductions budgétaires drastiques ont suivi la guerre du Golfe.

comme ce fut le cas dans le passé avec la Force interarmées des Nations unies au Liban (FINUL). les décisions du président concernant la Marine. plutôt que sous une férule onusienne synonyme de confusion. En fait. À titre d’exemple. La victoire a aussi été celle d’un commandement américain compétent et efficace. ne l’aurait pas accepté. nous avons constitué les forces avec des professionnels et des appelés qui s’engageaient pour la durée de la guerre. Lors de la guerre du Golfe. mais de la fin de la guerre froide.CAHIERS DU CEHD étaient peu attractives. Au total. un commandement comparable à la structure du Central Command (CENTCOM). relayée et conditionnée par les médias. la professionnalisation du 8e régiment parachutiste d’infanterie de marine (8e RPIMa) mit cinq ans. de l’entraînement et de la cohésion des hommes. car je savais que le président refuserait l’engagement d’appelés. L’opinion publique. la victoire des Alliés dans le Golfe n’est pas due seulement à la supériorité matérielle. D’ailleurs. Tant que nous n’aurons pas. de l’instruction. qui a réduit les besoins en effectifs. L’armée irakienne était d’ailleurs bien équipée. Elle a avant tout été celle de la formation. 40 . en Europe. et plus récemment en Yougoslavie. J’en ai donné l’ordre. je préférerais voir nos forces engagées sous le contrôle opérationnel américain. dont les bâtiments sont pourtant « territoire français ». la professionnalisation ne résulte pas des constats de la guerre du Golfe. l’ont confirmé. de lenteur et de responsabilité mal précisée. avant les réactions de 1995.

41 . Le 15. J’étais présent à ces rendez-vous. où étaient basés les avions de combat français. Ma nomination a (1) Voir annexe no 1 en fin de chapitre. Cela représentait beaucoup de kilomètres en peu de temps.MICHEL ROQUEJEOFFRE L’ENGAGEMENT DES FORCES FRANÇAISES par le général Michel ROQUEJEOFFRE Le 2 février 1991. Il venait de passer trois jours avec la force Daguet et son emploi du temps avait été bien rempli par trois rendez-vous avec le général Schwarzkopf. je raccompagnais le général Schmitt vers son Mystère 50 sur l’aérodrome d’Al Asha. toutes deux sous contrôle opérationnel du XVIIIe corps. Les faits qui se sont déroulés pendant ces trois jours sont un exemple frappant des deux thèmes majeurs de l’engagement des forces françaises. Les sites de stationnement respectifs des deux groupements logistiques avant et arrière représentent. stationnées en zone d’attente au nord de Rafah. Cet événement entraîna des décisions qui s’enchaînèrent très rapidement. Cette désignation n’est pas le fruit du hasard : depuis le mois de juin. les Irakiens envahissent l’ambassade de France au Koweït. Les trois rendez-vous du CEMA en sont un exemple significatif. L’organisation et le fonctionnement du commandement. le président de la République décide l’envoi en Arabie Saoudite d’une force aéroterrestre pour participer à la défense du royaume. des différentes formes de participation de la France à la défense de l’Arabie Saoudite et à la pression militaire à exercer sur l’Irak pour qu’il quitte le Koweït. Puis il s’était rendu sur la base aérienne d’Al Asha. À ce titre. et en ma compagnie il avait inspecté la division Daguet et la zone logistique avant. sous l’égide de l’EMA. que je développerai après avoir rappelé ma mission. à la tête d’une force issue à 80 % de celle qu’il commandait en France. du commandant de la force (COMFOR) et des deux grands commandeurs. en kilomètres. à Rafah. Le 14 septembre 1990. je lui avais aussi fourni un point sur la planification offensive. Le deuxième thème sera centré sur la coopération et la planification avec les Alliés. Il était donc naturel que le commandant de la force qui allait intervenir dans le Golfe soit celui qui avait participé à la planification de l’intervention. commandant la 3e armée américaine. commandant le XVIIIe corps aéroporté. Au sein de mon état-major à Riyad. je participais avec mon état-major à l’étude. Mon PC de Riyad était aussi éloigné de celui du général Janvier. je commandais la FAR. indique l’étroitesse des liens de cette chaîne de commandement. Le 17. et le général Luck. Le premier thème traitera de l’organisation et du fonctionnement du commandement français. dès le 2 août. l’équivalent de la distance qui sépare Dunkerque de Nice. le général Yoesok. La présence sur le terrain du CEMA. que Toulouse de Paris (1). je suis désigné comme commandant des éléments français en Arabie Saoudite. le commandement de la division Daguet et le commandement des forces aériennes. commandant en chef des forces américaines.

dans le protocole que j’ai signé le 17 janvier 1991 avec le général Schwarzkopf. Cette fois. ne doit comporter aucune faille. maillon essentiel d’une opération extérieure. le général Schmitt et moi-même. Le binôme CEMA-COMFOR. » Enfin. C’était la seule façon. Cela signifiait qu’il ne devait pas y avoir d’ingérence externe. Il est dit que les forces françaises dans le Golfe étaient sous commandement américain. Ce point était précisé dans la directive personnelle que j’avais reçue du CEMA avant mon départ : « Vous conserverez le commandement opérationnel des éléments français ». et à la confiance que le CEMA m’accordait. Cette disposition fut strictement respectée dans tout ce qui fut opérationnel. tout au long du conflit. une équipe peu nombreuse mais de haut niveau précéda l’arrivée des forces. au suivi et aux comptes rendus pendant l’engagement. nous avions mis au point avec le CEMA un accord qui se révéla judicieux : je ne recevrais d’ordres que du général Schmitt. efficace et rapide. mes responsabilités furent élargies au contrôle de l’entraînement durant la phase défensive et la préparation de la phase offensive. Cette mission initiale se situait dans le cadre plus large de la mission des forces françaises. confirmée le 9 janvier par une autre directive du CEMA : « Vous restez et resterez sous mes ordres directs…. Cela aussi était nouveau dans notre armée. En outre. en avion. Le 19 septembre. malgré quelques tentatives gouvernementales ou militaires. au soutien des forces engagées. qui était dans un premier temps de défendre l’Arabie Saoudite contre une invasion irakienne. je partis de France pour Riyad. qui relevait davantage du politico-militaire que du commandement opérationnel. il était indispensable que les principaux protagonistes forment une équipe soudée par la connaissance antérieure et l’estime réciproque. C’était une première. les renforcements jugés indispensables. puis de participer à la libération du Koweït. le choix des lieux de stationnement. Je précise aussi que. Pendant mon séjour. mais sous contrôle opérationnel. ce qui est nettement différent. la logistique restera sous commandement national. et je ne rendrais compte qu’à lui-même. avec des interlocuteurs séparés par des milliers de kilomètres. car dans les interventions précédentes. C’est faux : même la division Daguet et les forces aériennes n’ont jamais été sous commandement américain. il est dit : « Les forces françaises restant sous commandement national…» J’apporte ces précisions pour mettre un terme à des affirmations péremptoires qui ont encore cours aujourd’hui. je suis resté sous commandement français. les décideurs n’arrivaient sur le théâtre qu’après la mise en place des troupes. avant mon départ. d’analyser sur place la situation et de pouvoir dans les moindres délais proposer à l’EMA les conditions générales d’emploi des forces françaises. 42 . avec un élément d’état-major interarmées (EMIA) réduit à la capacité de l’aéronef : dix personnes. Ils sont dus en grande partie à la connaissance mutuelle que nous avions tissée depuis de nombreuses années. à la préparation et à l’exécution du désengagement et du retour en France. les modalités de mise en place. C’était ma mission initiale.CAHIERS DU CEHD aussi été facilitée par les rapports étroits qui existaient entre le CEMA. Dans une affaire aussi sensible que la crise du Golfe.

où ont été utilisées pour la première fois et ensemble les stations légères et lourdes Syracuse ainsi que les stations Immarsat Terre et Air . l’état-major de l’armée de Terre (EMAT) ou l’état-major de l’armée de l’Air (EMAA) dans des bureaux à vocation intervention hors d’Europe. un centre de contrôle opérationnel interarmées réduit. Ces renforts sont venus initialement de l’état-major de la FAR. Cet état-major de Riyad a été le précurseur de l’EMIA. Cet état-major a parfaitement fonctionné (2). comme je l’ai souligné plus haut. et innovant dans l’interopérabilité des moyens de l’armée de Terre et de l’armée de l’Air. par des informations brutes non contrôlées. car il comportait une cellule Air (combat et transport) et une cellule Marine. maillées avec la « bulle » RITA (Réseau intégré de transmissions automatiques) de la division Daguet (4) . Quels étaient ses critères de réussite ? Au départ. a été renforcé progressivement pour arriver au moment de l’engagement terrestre à un effectif de 300 personnes. Un autre outil indispensable pour commander était un système de télécommunications performant. en Centrafrique. J’en prendrai trois : les liaisons d’infrastructure mixant les circuits téléphoniques saoudiens. il relevait d’une conception originale. créé à Creil en 1993-1994. Je ne vous citerai pas toutes les liaisons implantées sur le territoire. les distances évoquées plus haut. Il a été formé initialement comme un véritable commando : huit officiers (sept de l’armée de Terre.MICHEL ROQUEJEOFFRE Que me fallait-il pour remplir ces tâches ? En premier lieu. Les officiers de l’armée de l’Air étaient issus de l’état-major de la FAR et les deux aviateurs se connaissaient de longue date. entraînés en opérations extérieures depuis 1978 au Liban. (4) Cf. mais arrivant plus rapidement que les comptes (2) Cf. Cette cohésion a beaucoup joué car les personnels étaient habitués à travailler ensemble. EMIA dans lequel on note quelques cellules qui n’apparaissent pas dans un état-major traditionnel : une cellule Air subordonnée à mon adjoint Air également commandant de l’Air (COMAIR). un état-major adapté à ces missions. les fonctions hertziennes de l’armée de Terre et de l’armée de l’Air. non issus de l’EM/FAR ou des divisions de la FAR a été facilitée par la désignation de personnels ayant déjà effectué des missions extérieures ou servant à l’EMA. annexe no 3. utilisant tout le matériel possible en dotation dans les armées. annexe no 2. le 19 septembre. véritable état-major interarmées. les liaisons par satellite. Les nombreux journalistes présents renseignaient en flash leurs rédactions parisiennes. L’une des contraintes résidait dans les élongations (cf. à être souple et imaginatif. et les 6 000 kilomètres séparant l’Arabie de la France). un peloton de protection et des détachements de liaison. annexe no 4. habitués aussi à jouer en manœuvre ces scénarios d’une façon dégradée. planifiant depuis la création de la FAR (en 1984) (3) de nombreux scénarios d’intervention. Les quelque 600 transmetteurs de Daguet ont réalisé des prouesses techniques. 43 . se servant abondamment des lignes d’infrastructures saoudiennes. (5) Cf. (3) L’intégration des officiers. deux de l’armée de l’Air) et un diplomate. au Tchad. un cas particulier : les liaisons « oméga flash (5) ». L’état-major de 10 personnes ayant débarqué avec moi sur le sol saoudien. La spécificité d’engagement de la FAR obligeait à réagir vite.

en particulier le COA de l’EMA. et au-delà aux instances supérieures. représentait 13 000 hommes. ce qui était vraiment insuffisant . heureusement. L’effectif total de Daguet (avec les relèves) s’élève à environ 16 500 hommes. Dans le domaine des télécommunications. Les capacités de la force à la même date comportaient 365 lanceurs antichars. une cinquantaine de lanceurs antiaériens. Ce constat m’a amené à mettre en œuvre une chaîne identique en rapidité. Air et Terre. prévoir des groupes de protection spécifiques pour les stations isolées .) . ayant sous contrôle opérationnel aux alentours de 3 500 soldats américains. annexe no 5. posséder des stations FM travaillant en évasion de fréquence . des renseignements fiables. je me suis essentiellement consacré à mettre au point les actions au profit des Saoudiens. en pourcentage supérieur à l’effectif santé américain. mais recoupée plus tard par les circuits traditionnels. disposer de façon systématique de liaisons militaires par satellite . étaient de 14 700 hommes. toutes catégories confondues. la base aérienne d’El Asha. a permis une liaison téléphonique « Secret Défense » du COMFOR avec les abonnés du réseau de cryptophonie de haute sécurité (CHS).. Cette chaîne « oméga flash » a procuré au CEMA. le 23 février. Je ferai deux observations. parfaire l’interopérabilité entre les matériels de l’armée de l’Air et ceux de l’armée de Terre.. implantée à mon PC à Riyad. (7) Cf. La division Daguet. J’espère que ces éléments auront été pris en compte par les différents plans d’équipement. posséder des moyens d’extrémités modernes et adaptés (équipements de cryptophonie. Planification et coopération avec les Alliés. à savoir : utiliser au mieux l’infrastructure existante . puis confirmer par fax chiffré. était de plus de 1 000 personnes. tubes et missiles. Seconde observation : une station lourde Syracuse TL 10. délivrant elle aussi de l’information brute. disposer de moyens RITA adaptés à un engagement extérieur (climatisation des stations. commandant initialement les forces américaines présentes sur le théâtre et futur commandant de facto de ce théâtre. la division Daguet.) . L’artillerie française représentait 38 tubes (canons et mortiers). Les effectifs français de la force Daguet à la veille de l’intervention terrestre. tomfax chiffrant. annexes no 6 et no 7. Le personnel santé. Pour la première fois. Si. la division Daguet avait sous contrôle opérationnel près de 80 canons ou lance-roquettes multiples (MLRS) américains (7). 44 . j’ai vite pris contact avec le général Schwarzkopf. Cinq jours après mon (6) Cf. ce qui a fait faire un bon considérable dans la réception et l’envoi des comptes rendus. et c’est ainsi que plusieurs fois par jour je pouvais dialoguer directement avec le général Schmitt ou avec mes subordonnés.CAHIERS DU CEHD rendus militaires. petits autocommutateurs. Je ne parlerai que de la planification et de la coopération avec les Américains. nous avons utilisé le tomfax chiffrant. pendant l’automne 1990. en plus des 464 PEVA. cette opération a mis en valeur des enseignements majeurs.. précédant ceux des médias (6). aérotransportabilité de centres nodaux. ALINDIEN (amiral commandant la marine de l’océan Indien)..

un armement puissant sous un faible poids et une logistique de corps expéditionnaire. n’avaient jamais été en relation. de la mobilité terrestre due à un équipement uniquement en engins à roues. le général Schwarzkopf m’a confié que l’une de ses premières décisions. Évidemment. ont 45 . aussi bien de la composante terrestre que de la composante aérienne. était mal connu aux États-Unis. après la libération du Koweït : « Peu de personnes savent qu’à la fin du premier jour de l’attaque terrestre. le plus à l’ouest.MICHEL ROQUEJEOFFRE arrivée. comme je l’ai dit plus haut. Je profitais de ces premières rencontres pour lui présenter l’aptitude originale et exclusive de cette force. C’étaient elles qui avaient le plus profondément pénétré en Irak. Nous ne nous connaissions pas. avec succès. Le concept d’emploi de la FAR. aurait été de créer une force sur le type de la force d’action rapide. poste qu’il a refusé. le général Schwarzkopf accepta la mission proposée pour la division Daguet. dont le concept était centré autour de l’aéromobilité. ce qui n’était pas évident a priori. bien qu’orientés tous les deux vers des actions extérieures sur les mêmes théâtres. dans le secteur le plus à l’ouest du dispositif. Les projets des plans d’intervention. après le vote par l’ONU de la résolution 678 qui autorisait l’emploi de la force pour libérer le Koweït. à la fin des opérations offensives. Immédiatement. je les fis approuver par le général Schmitt et je pus les présenter à Schwarzkopf. » C’est à partir de ce moment que les forces américaines considérèrent les forces françaises comme un élément dont la qualité et la spécificité effaçaient largement la quantité. applicable à la composante terrestre de la force Daguet. Le général Schwarzkopf avait besoin d’une force capable d’effectuer un raid offensif rapide et de couvrir le flanc gauche de la coalition. Mi-novembre. chef d’étatmajor de l’armée de Terre (CEMAT) américain en 1992-1993 y réfléchissait et je constate qu’à partir de 2001 l’US Army se dote de brigades légères équipées de blindés à roues de moins de 20 tonnes. Le général Sullivan. m’appuyant sur les instructions reçues de Paris « être en mesure de participer à un mouvement offensif décidé par l’ONU » avec un groupe très restreint d’officiers de mon état-major. j’eus un premier entretien avec lui. Il avait tout de suite été réceptif à cet apport qualitatif des éléments français dans une éventuelle phase offensive. avec de vastes débordements et des capacités de destruction puissante et par surprise. Nos commandements. les missions qui leur avaient été confiées et ce d’une manière formidable ! » La planification officielle avec les Américains a duré du 18 décembre (présentation aux Français des scénarios de la 3e armée américaine et du XVIIIe corps américain) jusqu’à la veille de l’attaque aérienne. Il écrit dans ses mémoires : « And the French units fit the ticket exactly. je mis au point plusieurs scénarios offensifs applicables à la division Daguet et à la composante aérienne française. s’il avait été chef d’état-major de l’armée de Terre américaine. les forces françaises se trouvèrent le plus au nord. nos rapports furent marqués par une grande franchise et une volonté de coopération étroite. des transmissions spéciales et spatiales. précédant le XVIIIe corps. par le rôle essentiel que pouvait jouer notre composante terrestre dans la manœuvre d’ensemble. Très intéressé. Elles ont accompli. Il a pu ainsi déclarer dans ses mémoires. dont certains nous reprochaient la faiblesse. inspirées des enseignements de la guerre du Golfe « avec ses progressions rapides et enveloppantes ». D’ailleurs. après avoir réalisé leur percée fantastique. mettant ainsi en application ses capacités de manœuvre rapide sur terre et dans les airs.

J’insiste à nouveau sur ce point.. On note aussi le nombre important de DL/Air. Cette création. un siège me fut réservé à la table que présidait le commandant en chef américain. du côté français. Il en est sorti un plan général de la manœuvre terrestre 8 ainsi que l’organisation du commandement où l’on voit apparaître la division Daguet et les bases aériennes françaises (9). Deux points particuliers sont à souligner. de liaisons d’officiers de l’EMIA vers l’EMA et de venues nombreuses du CEMA sur le terrain. les correspondants pour la planification et la conduite des opérations étant nombreux. Ensuite. annexe no 9.CAHIERS DU CEHD fait l’objet de nombreuses réunions franco-américaines. qui appartenait à l’OTAN et venait d’Allemagne. (10) Cf. les officiers de l’EMIA connaissaient les « procédures OTAN » : la FAR avait exécuté en 1987 le premier exercice en terrain libre avec l’armée allemande. unique en son genre. sous contrôle opérationnel d’AFCENT (Forces alliées du Centre-Europe). de l’ordre de 700 kilomètres. et d’autre part. avec la possibilité pour le commandement français de retirer ses forces si le contrat n’était pas respecté. Mais en Arabie Saoudite. Comme je l’ai dit. pour une durée déterminée. Les excellentes relations personnelles que j’avais avec le général Schwarzkopf facilitèrent mon accès. Il ne pouvait en être autrement dans un espace aérien restreint. contrairement à ce qui a été écrit dans certains rapports. Au total. » Le contrôle opérationnel. vis-à-vis de la division. dans un cadre espace-temps bien défini. par la nécessité d’avoir un élément de planification basé au PC du XVIIIe corps. l’effectif était de plus de 50 officiers. annexe no 10. à la War Room américaine où. Tout d’abord. En effet. fort de 13 officiers était chargé de participer à la planification de la division Daguet et d’assurer la liaison avec le VIIe corps américain et les forces spéciales. appelé EMALIUS. et je cite le protocole signé avec le général Schwarzkopf le 17 janvier : « Les forces aériennes participent. 46 . les forces françaises ne furent jamais sous commandement américain. la division Daguet. On est loin de la « mise sous commandement ». Il fallait que notre aviation soit en parfaite symbiose et coordination avec l’aviation alliée. faveur que je partageais uniquement avec (8) Cf. et celui de mes subordonnés. ce qui a d’ailleurs provoqué quelques difficultés internes entre le général Schwarzkopf et son commandant du VIIe corps américain. (9) Cf. avec les éléments logistiques prévus pour son soutien.. plaçait des forces à disposition d’un grand commandement allié. ces officiers de l’EMIA n’auront pas à employer ces procédures. annexe no 8. sont placés sous contrôle opérationnel du XVIIIe corps américain. les Américains ne les utilisaient pas : ils utilisaient celles de CENTCOM. il a fallu armer beaucoup de détachements de liaison (10). se déplaçant sur une aussi grande distance : c’était Kecker Spatz. Plus de 2 000 avions sortant par jour ne peuvent le faire sans accident qu’avec un contrôle aérien concentré dans la même main. à partir du 17 janvier. avait été rendue nécessaire d’une part par les distances entre Riyad (COMFOR) et Rafah (XVIIIe corps). Un état-major de liaison auprès du XVIIIe corps américain. notion inventée par les Français au sein de l’OTAN. d’envois à Paris pour acceptation ou modification. mobilisant autant d’hommes.

entre autres. en même temps que le commandant de théâtre. cette expérience d’étroite collaboration ne devait pas rester sans suite. Les autres commandants des forces étaient dans la salle. sans autre témoin. À cette occasion. la mise en place de notre contingent. le 3 mars 1991. le général de La Bilière et moi-même. le Proche et le Moyen-Orient jusqu’au Pakistan inclus) risque d’être dans les prochaines années une zone où la France aura à intervenir. le général Schwarzkopf. des études en commun de scénarios d’intervention permettant de réfléchir sur les aides réciproques. Une seconde fois avant la rencontre de Safwan. se déroulent efficacement. et le général Schwarzkopf devaient être seuls face aux deux généraux irakiens. dans un conflit de même intensité que celui du Golfe ou d’une autre nature. et se soient entraînées en commun. des participants et surtout du contenu des points qui seraient proposés aux Irakiens. en Irak. La France ne sera certainement pas seule : ce sera de nouveau au sein d’une coalition où automatiquement les Américains seront présents. avant que sa chaîne de commandement ne le lui dise. quand fut prise la décision d’avancer de douze heures l’offensive des forces alliées après la percée très rapide de la division Daguet vers As Salman. Leur réalisation a permis que la planification de notre intervention en Somalie. ne m’a pas démenti. Ce fut un des points que je développai longuement dans mon rapport d’opérations : « Le théâtre imparti à Central Command (l’Afrique orientale depuis la Libye. l’affaire de Somalie. Je préconisais donc dans mon rapport : des rencontres annuelles entre commandeurs. » Depuis. se tenait la réunion entre les coalisés et les responsables militaires irakiens. et de faire part de mes suggestions lors de décisions importantes. Ce fut particulièrement le cas en deux occasions. Je préconisais enfin la participation à des exercices et manœuvres communs aussi bien sur le théâtre qu’en France ou aux États-Unis. Il a fallu pour cela trouver un subterfuge que nous avons d’ailleurs employé. aient eu des relations étroites et fréquentes. Cet accès quotidien me permit d’être renseigné en permanence. chef des forces coalisées arabes. etc. Nous avons donc participé à la planification de cette intervention. J’ai été satisfait de constater que nombre de mes propositions avaient été retenues. de façon à ce que les personnes qui seraient de nouveau amenées à combattre ensemble se connaissent déjà. les engagements prévisibles. Une première fois. Il était évident qu’après le conflit. qui devait prendre le commandement en Somalie. Il était donc souhaitable que des contacts très serrés soient établis entre les commandements américains et français. le 24 février 1991. 47 . nous avons envoyé un petit état-major à San Diego auprès du commandement des Marines. Le prince Khaled Ben Sultan. où. le général Sir Peter de La Bilière.MICHEL ROQUEJEOFFRE le commandant des forces britanniques. réunion basée uniquement sur les aspects militaires du cessezle-feu. C’est d’ailleurs moi qui ait appris au général Schwarzkopf que la division Daguet était à Rochambaud puis à Al Salman. des échanges et visites réciproques au niveau des états-majors. la mise en place d’officiers de liaison. logistiques en particulier. l’exécution des premières missions. avions décidé du lieu. Dans les jours qui précédèrent cette rencontre. de l’ordre du jour. en raison des délais extrêmement courts pour réagir. On y décida aussi que le commandant en chef américain ne prendrait en séance aucune initiative contraire ou non prévue par rapport aux textes sans nous en parler.

des délais. etc. car ce n’était pas notre mission. de l’appui aérien direct. Cela mériterait aussi d’être développé. 48 . je voudrais dire que nous n’avions pas à aller à Bagdad. comme le général Schmitt l’a dit. Je conclurais en souhaitant que.CAHIERS DU CEHD En dehors des facettes du commandement et de la planification en coopération avec les Alliés. de l’emploi justifié des réservistes. des équipements. les actions humanitaires à Al Salman et dans la ville de Koweït mériteraient aussi quelques instants. les débats autour du syndrome du Golfe n’occultent pas le fait que dans la guerre du Golfe. a remporté une victoire et participé à la libération d’un pays siégeant à l’ONU. Enfin. le soldat étant l’élément le plus important de tout conflit. où malheureusement l’état durable de cette paix reste encore très précaire. de la logistique. Les forces françaises ont ainsi contribué au respect du droit international et au rétablissement de la paix dans cette région. il serait intéressant qu’au cours d’autres tables rondes nous parlions du renseignement. Je pense que les opérations d’ouverture de l’ambassade de France au Koweït. de la chaîne santé. Pour terminer. dix ans après. mais fut une vraie guerre d’un genre nouveau. placée au sein d’une coalition. L’arme ultime et la plus sophistiquée est le combattant individuel. Cette guerre ne fut pas atypique. envahi par un autre pays siégeant à l’ONU. de la projection des forces. la France. de la médiatisation. tout ce qui a trait à l’homme devrait faire l’objet d’un débat particulier.

MICHEL ROQUEJEOFFRE ANNEXE 1 49 .

TERRE AIR 16 CHANCELL. ADJ. SIRPA DPSD 36 CONTRANS 57 TERRE CEM 43 TERRE DIRSAN 1 OPS SITUATION 47 C.O.50 ANNEXE 2 EMIA DAGUET (Au 12 février 1991) EFFECTIFS TERRE AIR MER TOTAL 265 64 3 332 CAHIERS DU CEHD COMMANDEMENT CABINET SECRET COMELEF DAGUET ADJOINT ET COMAIR ADJOINT TERRE COL. 24 OPS CONDUITE 14 LOGISTIQUE 35 COMMISSARIAT 13 EML 21 MOYENS GÉNÉRAUX 26 PROTECTION 31 .C.

MICHEL ROQUEJEOFFRE ANNEXE 3 SCHÉMA DES LIAISONS D’INFRASTRUCTURE ET DE LA COUVERTURE RITA 51 .

CAHIERS DU CEHD ANNEXE 4 SCHÉMA DES LIAISONS PAR SATELLITE 52 .

ANNEXE 5 LIAISONS DE LA CHAÎNE « INFORMATIONS IMMÉDIATES OPÉRATIONNELLES DE COMMANDEMENT » BAPTISÉE OMÉGA FLASH MICHEL ROQUEJEOFFRE 53 .

CAHIERS DU CEHD ANNEXE 6 EFFECTIFS « DAGUET » (au 23 février 1991) 54 .

MICHEL ROQUEJEOFFRE ANNEXE 7 CAPACITÉS « DAGUET » (février 1991) 60 HAC HOT 24 VAB HOT 44 AMX 30 B2 96 AMX 10 RC 12 ERC 90 99 MILAN 26 JAGUAR 4 F1 CR 14 Mi 2000 C 18 155 TR F1 20 Mortiers 120 26 MISTRAL ARTI SA 6 STINGER 5 CROTALE 55 FEUX AC FEUX AS FEUX AA ARTI SS .

56 ANNEXE 8 CAHIERS DU CEHD PLAN GÉNÉRAL DE LA MANŒUVRE TERRESTRE .

ANNEXE 9 ASOC DHARAN ARCCC RIYAD ESCC DHARAN TACC RIYAD BASES FR ORGANISATION DU COMMANDEMENT ASOC CRK CENTAF EM COMBINE CENTCOM US NAVCENT SOCCENT JFCO JFCN JFCE ARCENT MARCENT SA QTR SNG OMAN PAK SA SA KW EG SY KW MAR 18e CA 7e CA 1er MEF NIG 24 82 101 DIV DAG EAU BENG MICHEL ROQUEJEOFFRE BARH 57 .

CAHIERS DU CEHD ANNEXE 10 DÉTACHEMENTS DE LIAISON EMIA DAGUET COMELEF B.RENS DAGUET TACC RIYAD US DL ARCENT EM COMB AS/US RIYAD CENTCOM US RIYAD ZONE EST COMAIR ARCENT US RIYAD 18e CORPS US COMZONE NORD ESCC CRC MADOC DHARAN US TACP DIV COMDIV DAGUET EMALIUS ASOC DHARAN US FAC 1er RS AVION ABCCC US FAC 1er REC 7e CA US ASOC MADOC CRK SDCT FS US US FAC 2e REI OFF AS AL AHSA LÉGENDE DL FR EN PLACE DL FR À VENIR DL ALLIÉ EN PLACE 58 .