Christian Ruby

BACHELRD
'Quintette
La colecton Philosopher»
est drigée pa Jean-Paul Scalabre
Éditons Quintette
5. rue d'Uzès -5002 Pais
Tél. 0142362662
Tous doits réserés
Édtions Quitete
Paris 1993
Dépôt légal octobre 1998
ISBN 2 36 850 078 1
ISSN: 11472839
INTRODUCTIOt
Un monde sans profondeur
Coment ne pas ête frappé par l'appétit de l'exstence
réveillé, à chaque lecture. par les ouvrages de Gaston
Bachelard (188--1902) ? C'est que ce dernier tient à sou­
ligner, parfois avec versatilité. son adhésion à un monde
animé et foisonnant. Dans un tel monde. en réorganisation
constante de soi, certains hommes s'acquittent parfois de
leurs tâches avec réticence, en s'enfermant sur eux-mêmes.
Ils devraient apprendre, au contraire. à cultiver leur goût
de vve paÎmi les multiples objets qui composent ce
monde, inachevé et inachevable. Ne vaut-il pas mieux, en
effet, exister en résonance avec leur puissance plutôt qu'en
s'isolant ou en cédant à la convoitise convenue d'acquisi­
tion des biens, laquelle nous entraîne à sombrer dans l'en­
nui des accumulations?
En somme, à l'encontre des états de repos tant appréciés
pa les esprits q ont perdu tout enthousiasme, Bachelard
valorise le déploiement d'un eplcurisme actif
( º Lautréamont ?. Corti, Pais 1963) . l'afation d'ue joie
générale q, sans ignorer la présence de souffances réelles,
rend cependant hommage à 1 monde dans lequel tat
d'opérations et d'activtés .. tant d'essors demeurent envisa­
geables. Néanmois, s'il célèbre le monde avec volupté
(appétit et gourmadse). ce Îest certes ni dans le but de
matenir toutes choses dans une durée monotone ou. à l'in-
h
verse. dans l'éphémère dont la fuite déchate déjà n pour
valoriser une opinon pesante qui se traduait par son enfer­
mement das le cuul de ses intérêts. Il compte plutôt tirer
proft des actes qi abolissent les mondes périmés, sauter au­
delà de ce q est seuement et nous enfamer assez pour
nous doner le goût de l'inconnu à conste et de l'icerain
à accomplr. bref le goût des discontinuités.
À l'encontre de ce qu'en dit l'opinion, ce monde-là ne
met-il pas toute sa gloire à provoquer les habitudes et à
secouer les images premières qui nous imprègnent? De ce
fait, il entre en relation directe avec l'œuve humaine à
laquelle Bachelard voue son adiration le savoir scienti­
fique qui surmonte les résistances envers les concepts et
rectifie nos démarches intellectuelles grâce à des vérités
prouvées, le courage de remettre la pensée en question.
Lorsque enfin nous sommes saisis par la culture scienti­
fique - par la pratique scientifique elle-même et par la
réfexion sur cette pratique (l'épistémologie) notre
esprit, il est vai, élargit de plus en plus son horizon, gagne
en puissance de réalisation et devent promoteur. Le savoir
en cours d'élaboration ne donne-t-il pas constamment l'ap­
pétit d'entreprendre des démarches, de découvrir de l'in­
édit et d'engager des ouvertures sur l'avenir?
Plus encore, puisqu'il est question ici d'une pédagogie de
la raison, n'hésitons pas à afirmer qu'exstent des concep­
tions du monde auqueles il est impératf de dre º non!
Des pensées novatrices pourraient-elles comencer à exister
sans de tels refus? En prenant nos distances avec la répét-
¬
tion du déjà-dt} sédusant. avec les formules qu empri­
sonent le deven dans le º naturel» les classifications défi­
ntives' les découpes factces du monde et la soussion de la
pensée au ségrégations dogmatiques,. nous arriverons, sans
aucu doute, à nous défaire des entraves imposées aux aven­
tues de l'esprit. Les têtes paresseuses, ne percevant dans les
objets que leur utté., ne croient-elles pas que tout est déjà
acquis, que le monde correspond à l'iage qu'on s'en fait et
que l'homme est donné à lu-même? Certes. elles le croient,
et en conséquence elles fabriquent leur propre maleu, s'i­
terdsant de conaître quoi que ce soit. Elles se coupent de
toute instructon possible, elles perdent le sens de la tension
º vers un avant. vers ¼ plus-avant, vers un au-dessus ^ (( la
FlÜe d'ue chandelle PU, Paris 1961. p. 111). Elles
s'afailssent dans la mesure où elles n'ont plus la patience
de se metre à l'étude des phénomènes, où elles n'entent
plus dans ces polémiques fécondes au cours desquelles s'af­
finent notre capacité à agrand le champ de notre savoir et
note vve approbation d'un devenr joyeu.
Que de fois, précisément., n'avons-nous pas substitué à
cette aspiation aux devens vitaux et au changements ue
figure du monde construite en épaisseur, soupçonant que
sous des apparences se cachent les secrets d'une véritable
profondeur, un sustantiel fond énigmatique en attente de
révélation? En vérité, le monde ne rechge pas du tout à
collaborer à sa propre conaissance:, sa seule profondeur,
c'est sa surface. Encore convent-i d'accomplir l'effort d'en
construie les phénomènes, tout en reconstruisant/réorien­
tant dalectiqement notre esprit. Certes., il faut du temps
Ï .\ C U´
pour suonter notre incapacité momentanée à saisir notre
ignorance essentelle. Tout compte fait des expériences au­
quelles nous pouvons nous livrer. ce qi est brouilé, ce ne
sont pas les choses. mais le regard que nous portons sur elles.
Note esprt relève d'abord du désordre. Note tâche décisive
consiste moins à réorganiser le monde q'à recréer cet esprit,
à déformer ses acquis afin de le revivifier. L'allégresse inves­
tie dans le savoir favorise, cela va de soi, l'ouverture sur des
potentiels nouveam.
Chacun peut-il se rende pleinement compte de cette
particularité du monde vvant et du monde de la culture les
transforations, englobant échecs. ébauches, reprises et
réussites. y sont déterminantes? Ou si, par exemple, chacu
envsage le langage come un signe certain de cet élan. En
cerant de près ce derer, on saisit fort bien, à l'encontre de
la naïveté de l'opion, q'il ne satisfait jamais la molle cer­
titude d'avoi à creuser le monde, qu'il ne représente n ne
refète les choses., qu'il ne se résout pas à n'exprimer qe des
opinions conormes. Lorsqu'on se prend à rêver des mots. la
trame du langage n'est-elle pas ramenée d'abord à des ente­
lacs de formes et de sons? Qu'on l'approche de manière acci­
dentelle ou ludique, q'on se fie à sa plastiqe grâce à l'es­
thétique des poètes, et le langage s'installe dans la ve et le
rme des mots. dans leur indscipline. En cela, i nous
encourage à élarg notre monde, à penser autrement.
Dès lors, comment ne pas comprende. par analogie, que
le savoir ne réside guère dans une représentation du monde,
mais s'exerce dans la vérificaton de ce que nous voulons en
6
dire; que l'essentiel de la culture scientifique. ce ne sont pas
les résultats acqus. mais les montages que l'on opère et
grâce auxqels on prograune de nouvelles recherches?
BreL si le langage nous apprend que l'esprit doit être sans
cesse rendu à son animaton, la culture également doit être
maitenue active et chaleureuse, imagiative. Pourquoi ne
pas afimer que la générosité du penseur se reconnaît en ce
qu'il est susceptible de se faire le rêveur de mondes envsa­
geables, en se nourrissant du goût de l'échange entre les
hommes, entre les choses .. entre les disciplines?
Peut-on mieu vanter les mérites de ce qu ouve et libère
qu'en s'attachat à la joie prise à la culture scientiique?
Dans la mesure où cete dernière tient sans cesse l'esprit en
éveiL istalle la raison das des crises permanentes, on est
sûr de demeurer, grâce à elle, en situation d'émerveillement
épistémologiqe. EL s'il exste, sans doute, d'autres raisons
pou présider au choi de sa carière d'épistémologue, il en
est une impossile à passer sous silence. Bachelard - assu­
mant u certa héritage de l'école républicaine - aie que
l'épistémologie se mue aussi en une pédagogie de la raison,
à l'insta de la contution de la science modere à la défi­
nton de valeus cultureles. D'ailleurs .. il comence sa tra­
jectoire philosophque au moment même où les sciences de
la matière rectfient leus stratégies: le jeue philosophe
d'alors ne pouvait guère ne pas chercher à éprouver la beau­
té de ces vérités prouvées. Il n'achèvera point cete carrière
sans voir s'aplifier encore les changements dans les activ­
tés scientifiques. Deux caractéristiques y sont centrales les
travaux scientifiques metent la raison classique en cnse.
"
b·!
exgent une reconversion de l'esprit; le vieu savat solitare
dsparaît au profit d'ue dvsion du tavail de la recherche,
de la consttution de laboratoires équipés, au point que la
science s e consttue en véritable cité.
À cela s'ajoute que Bachelard, décidant de statuer sur
la seule culture scientifique puisqu' elle lui suffit à dessiner
le modèle général d'ue libération, d'un exercice de la
volonté et d'un rapport Û autres, demeure aussi le
contemporain perspicace des autres révolutions intellec­
tuelles de la modernité une certaine psychanalyse, une
atenton spécifique au langage dans la poésie surréaliste.
dont il alimente sa réfexion.
Une précaution, maintenant, s'impose. Une présenta­
tion de la philosophie de Gaston Bachelard ne saurait se
retourner en une sacralisation. En matière de pensée, il
n'est guère de référence absolue, seulement des amers qui,
bien choisis, apprenent à interroger les catégories dont
nous héritons avec trop de respect. En nous rappelant à la
tâche de penser, ces amers nous extraient de notre paresse.
Tel doit être le cas, ici. En marge d'une démarche géné­
tiqe qui rechercherait les sources et les contrepoints de ses
thèmes chez Spinoza, Kant, Comte, Bergson, dans la
phénoménologie ou ailleurs, la reconstructon logique de la
pensée de Bachelard entreprise dans ces pages - à partir de
trois concepts centraux le nouvel esprit scientifique, l'obs­
tacle épistémologique, la dialectique - vise surtout à favo­
riser des questionnements .
8
P REMI
È
RE PARTIE
Le nouvel esprit scientifque
Au cœur d'un style qi atteste d'une volonté de congé­
dier les certitudes du langage et d' élever les termes philo­
sophqes à la hauteur des inovations en cours dans la cul­
ture scientifique, un parti pris saisir désormais à bras le
corps le monde culturel en acte, ne pas hésiter à battre en
brèche les réticences et les déceptions devant ce qui change.
Se mettre à l'écoute de ce qi s 'énonce désormais et appré­
cier ce qui s'accomplit (y compris, faut-il l'aj outeL dans les
médias ) contriue, en effet. à suspendre l'isolement abstrait
de celui qui croit déj à tout savoir sans avoi fait d'effort:. à
réfuter ces images premières trop répandues, pa le prisme
desquelles le monde est regardé, et du fait desquelles on
répète des propos anciens ou on perpétue sans réféchir
l' autorité de la parole des grands ancêtes. Fialement, on
se prive ainsi de la puissance de découvTir de l'inédt. Or. il
impore de soupeser,. dans le contemporain, les crises qi le
mettent en mouvement,. et d'y ressourcer notre culture. En
accordant que le monde s'affirme dans la négation. notre
rôle est mieux appréhendé. Nous devons œuvrer nous aussi.
Nulle durée, nulle permanence ... Soyons soucieux d' ap­
prende à succéder en nous ouvrant à ce qui surpasse ce
qui est seulement.
9
Cela ne s'entend évideI1 ent pas en un sens intiiste. Il
n'est queston ici qe d'engagement objectif, dans l' ordre
savant de la pensée. au sein duqel s'exercer à COI1encer, à
re-comencer plutôt, car on peut éradquer la croyance en
l'existence d' un commencement absolu du savoir,
Commencer sigfie assurément se confonter au acquis et
aux haitudes de la cuture de son époqe. par conséquent
aussi Ü1 événements et travaux q les déstabilisent. Chaque
COI1 encement prodigue à nouveau sa vigueur à la pensée,
promeut une cuture grâce à l'intelligence enteprise des évé­
nements ou des phénomènes q contredsent les vérités
reconnues. En réféchssat les ébranlements engendrés au
cœur de son époque, Bachelard se passionne d'emblée pour
les pratiques des sciences moderes et les conditions tech­
nques q les renouvellent. Il laisse provsoirement à l' écar
les anciennes interprétations phosophques des sciences . Cet
angle d' attaque lu permet d' ailleurs de constater le décalage
existant ente l' ouverture des fontières et les réorgansations
provoquées par les pratques, d'u côté. et les discous phlo­
sophiqes répétts de quelques-us au sujet de l' intangibili­
té des règles de l'esprit scientifque, de l' autre. Meux encore,
i relève que les pratiqes actuelles desttuent les fondements
tradtonnels qu'on persévère à leu associer.
1 930 tandis que dans les autres sphères sociales se
répand la crise de 1929,. dans le registre des sciences expé­
rimentales et mathématiques des événements correspondent
à de véritables avènements . Et cela depuis 1 905 au moins .
La modernité engendre des sciences déployées mois autour
de constats qu'autour de projets. Elle entre dans une par-
10
faite méfiance envers la culture de l'esprit héritée de l'état
positif pris pou le derier état des savoirs comme envers le
positivisme philosophique qui l'accompagne en sacralisant
des résultats. Que présente la modernté? En premier lieu,
le développement de pratiques inatendues. Leur leçon il
n'y a pas d'état définitif du savoir. En delème lieu, des
techques novatrices, à l'énumération desquelles il appa­
raît que les instruments scientifiques n'ont plus l'allure
d'outils impassibles: ce sont des théories matérialisées dont
on attend qu'elles provoquent des phénomènes irrecevables
sans elles. En troisième lieu, des résultats inespérés qui,
d'une certaine façon, créent des réalités nouvelles, suscep­
tibles d'être converties en sythèses promotices d'autes
recherches encore. En pratique. il s'agit d'évoquer là. succes­
sivement, les nouvelles structues chques de la matière, la
mécanque ondulatoire, la crise de la relativité ou encore la
théorie des ensembles et les géométries non -euclidiennes.
Toutefois. même si le lecteur n'a éprouvé par lui-même
aucun de ces savoirs, du moins ne doit-il pas hésiter à
déchfrer ces références comme suit les sciences moderes
définissent u nouvel esprit scientifique; des phénoméno­
techques qui provoquent les phénomènes grâce à leurs
appareils au lieu de les constater fortuitement, non sans les
muer bientôt en bases pour de nouvelles recherches. Les
sciences moderes ne refètent donc guère passivement un
monde extérieur q'elles vénéreraient; elles ne se satisfont
d'aucun acquis; elles appellent l'esprit à vérifier des objec­
tifs. Leurs objets défssent des projets, de la même manère
que leurs concepts cernent des opérations.
11
D
Face à de telles réformes incontournables du champ des
recherches. comment ne pas être captivé par la souplesse et
l a mobilité de l'esprit scientifique? L'activité scientifique
ne peut plus être décrite avec des catégories toutes prêtes
que l 'on se satisfait de lui appliquer sans tenir compte des
changements en cous. Qui peut croie encore qe la réalité
dont le discours scientifique est censé rendre raison est
donnée dans le vague d' une expérience pittoresque; ou,
inversement., que la raison est agencée une fois pour
toutes? Pourtant, à entendre la plupart des discours philo­
sophqes porat su les sciences (positvsme, néo-katsme,
psychologisme. bergsonisme), on note avec surprise la
répétition à satiété de telles convictions. Comme si rien
n'avait changé. Une philosophie ancienne règne encore, là
où les connaissances se sont rénovées, étendues en suggé­
rant - pourquoi pas? - que d' autres réalisations demeurent
encore envisageables .
Ne convient-il pas de souten que des principes d' analyse
dférents devaient stucturer la phlosophe des sciences ?
La phosophe anciene semble refuser de se mette à l'école
de la science contemporaine. La culture, à ele attachée,
résiste naïvement à la reconnaissance des généralsations de
la pratique scientifque actuelle. Elle desse le portrait d'une
connaissance objective procédant pa simple obseration et
semlant témoigner de l'exstence d' un réel qu'ele se
contenterait de montrer. Au fond, elle reproduit sans zèle
paculer les solutions phlosophiques dépassées de pro­
blèmes scientifiques périmés. les myhes immuables d'une
rason close su elle-même.
1:
On ne peut qu'être frappé par quelques - uns de ces
myhes .. en retard d'une mutation de l'intelligence scienti­
fique alquels elle tient et qui la rendent aveugle. Citons les
principau
Le primat d' un sujet pur de la connaissance, lançant
une lumière instantanée sur les choses qui l'entourent: si la
connaissance procédait ainsi. l' autorité de la pensée serait
dévolue à un sujet individueL baignant dans la vérité qu'il
produit:. un sujet impérial, déj à pourvu des catégories indis­
pensables pour comprendre le réel .
Un objet de conaissance doné d' avance. comme un
fragment de sustance dont les propriétés seraient énon­
çables en les apercevant: il serait pLsé dans toute sa teneu,
sans requérr de construction.
Un dési de connassace rendant à l'home le serce
de relier le sujet et l' objet grâce à des règles générales de rai­
sonnement. Connaître consisterait à constater des faits
( détachés de leurs conditions techniques d'examen et d'in­
vestigation) à parir d'hyÒthèses qui ressemleraient à de
simples suppositions vagues. Le s avant déploierait une
vsion adéquate des choses, en les regardant platement.
Somme toute. il bâtirait son dscours à partir d'un voir
contingent. Ses concepts seraient des êtres déterminés une
fois pour toutes .
Une loi qui vserait à é1oncer l ' essence des choses, lais­
sant de côté les détails inutiles ainsi que les variations pos­
sibles . Elle poserait l'identité rationnelle des choses en s 'in­
terdsant de penser une prospection ou un élargis sement des
recherches, en fermant la pore à des modifications théo-
13
riques essentielles qui pourraient propulser les travaux du
coment? à un pourquoi pas?
Un modèle unique d'universalité, centré sur les fonc­
tions du sujet de la connaissance. De lui découlerait une
seue norme de raison, absolue et défintive, assurant aux
OciencCs leur unité dans la Science. Que ce modèle prenne,
le plus souvent, le nom de º méthode » ., de «catégorie ou
d'« expérience le rôle à lui atribué demeure identique
favoriser l'adésion à l ' image d'une systématique de l' ordre
expérimental. Que ce modèle finisse par faire croire que les
sciences sont réductiles au seul langage,. à une langue bien
faite. et ce sont les conditions expérimentales de la connais ­
sance qi se trouvent vidées de leur force épistémologiqe!
Même brossée à grands traits, l ' évocation de ces myhes
épistémologiques sufft à souligner que les solutions phlo­
sophiques anciennes placent la phosophie en posture de
dcter ses critères au sciences . Ces solutions posent l' objet
de la conaissance avant la connaissance. Elles s'iterdsent
de travailler sur les constructions, les remises en cause qui
risqeraient de leur ôter leurs prétentions. tands qu'elles
fraient avec la réduction de la connaissance scientifique à la
connaissance comune. Car où trouve-t-on ces faits aux­
quels elles renvoient? Sans doute, la connaissance s' efec­
tue-t-ele. mais où se place ce face-à-face mécaniqe du
suj et et de l' objet?
Disons-le en d' autres termes La pensée scientifique
modere dspose-t-elle de la philosophie qu' elle mérite?
D'ue philosophe q ne se vouerait pas à la défense d' un
modèle de science périmé.. celui de la connaissance scienti­
fique classiqe : d'une philosophie moins polarisée dès lors
sur des résultats ou des affirmations défintifs que réactivée
sans cesse par des réexamens et des variatons d'une phio­
sophe qui ne se contenterait jamais de s'enfermer dans ce
que l'on connaît. pour se caractériser par la recherche: d'une
philosophie qui aurait le souci de trouler les inspirations
ancrées dans l'exaltation de substances figées afin de rendre
aux concepts leur valeur opératoire ils ne désigneraient plus
des substances qu'il faudrat pénétrer en se transportant
dans leur cœur. mais des sur-stances ou des ex-tances. les
deux derers préfixes exprimant la capacité de la conais ­
sance à s' étendre, s e pluraliser, se diversifier (< la
Philosophie du non » '. PU. Pais 1940. p. 70) d'ue philo­
sophie. en outre, qui reconnaîtrait que les sciences demeu­
rent seules productices de leurs propres normes de vérité ?
Redoutable question. à l'égard de laquelle Bachelard ne
mâche pas sa réponse Non, la pensée scientifique ne dis ­
pose pas de la phlosophie qu'elle mérite! Aucune philoso­
phie ne s 'implique dans les troubles occasionnés par les
recherches actuelles .. par les objets nouveaux qui dérogent
aux sythèses acquises. Aussi comprend-on qu'il en veuille
aux philosophes dont les thèses impriment une force de clô­
ture à l'espace vvant de la pensée.
Au fond.. trop de philosophes repetent indûment des
propos entendus ou considèrent encore que le monde dans
lequel nous pensons refète le monde dans lequel nous
vivons (< la Philosophie du non » p. 11 0) . Ils prennent des
15
haitdes de pensée pou la seue pensée envsageable. Ils se
lvent au oblgatons de la ve et de l'opion. sas vgance
et sans satisfaire les besoins de réforme permanente de la
raison. Ils croient que l'opinion peut déboucher sur le savoi.
Ils affchent une sérénté morbide de la raison et enj oignent
le savoi de se plier à ses condtions. Ils prétendent mettre de
l' orde dans les choses sans référer aux fonctions (ré- ) orga­
nisatices de l'expérimentation. Comment ne pa en vouoir
à des dscours aussi somaires ? Si de nomreu savants
finssent pa maltaiter les phlosophes, c' est bien parce que
ces derniers ne songent guère à clarifier leus raisons, à
rendre pertientes leurs catégories- tout justes bonnes, dans
la plupar des cas, à confimer des conaissances élémen­
taires et assoupies . Ils s'installent dans des idées générales -
sous le prétexe., emprunté à Aistote. q'« il n 'y a de science
qe du général ² " auxqueles manqe le sens des limtes et
des rebonds. Ils dressent des systèmes desquels sont exclues
les modifications profondes., parce qu'on prétend déduire le
nouveau du déj à conu.
É
tonons-nous q'aux yeux du
savat « seus les philosophes pensent avant d'étder ² (< la
FlÜe d'une chadelle ", p. 55) '
Quil soit possible, sur ce terrain, d' évoquer des noms
historiques n'est pas le plus important. Du moins est-ce
d'autant moins important que chaque penseur se fabrique
inévtablement une image frappante de ses ennems
théoriques. Il reste que, à l' époque, des philosophes aussi
prestigieu que Emile Meyerson, Adré Lalande, Henri
Poincaré ou Léon Brunschvcg - dont les spécialistes sont
parfois fondés à corriger le mal -traitement à eux imposés
16
par Bachelard insistent., dans les discussions philo­
sophiques touchant la science. sur les fonctions générales
d' un esprit, au demeurant formel et abstrait. Ils semblent
manquer d'entraînement pour aborder les problèmes des
sciences modernes, au sein desquels notre raison fonction­
ne autrement
.
Ils ont ainsi préjugé des forces d'un rationa­
lisme qui n'a jamais supporé d'ête dérangé. En répétant
inlassablement 1Ï discours particulièrement aveugle. ils
ont poussé à la constitution d'un rationalisme statique et
dogmatique . De là ces prétentions, en vertu des quelles un
certain tye de raison est exalté à satiété et mis en posture
de juger uniformément les pratiques scientifiques le phi­
losophe serait seul habilité à énoncer les conditions de vali­
dité de la connaissance scientifique: il existerait en la rai­
son une logique supposée éterelle, refétant la structure
immuable de l'esprit humain. À ce prix., les sciences sont
réduites au simple énoncé de formules passe-partout,
résultant d'un automatisme du rationneL de recettes
propres à informer n'impore quelle expérience « < le
Rationalisme appliqué PUF Paris 1 949. p. ;) sans dis­
cernement.
A contaro, l'idée s'impose désormais d'elle-même ces­
sons de croire en une raison constituée avant tout efort de
rationalité ( < le Rationalisme applqué p. 9); centrons la
philosophie des sciences sur l'invention rationnele: aan­
donons les principes fialement réducteurs et engageons­
nous dans la reconaissance du tavail efectif des savants et
des recherches scientifques.
b
Ce renversement de perspectve dessine une pOSitOn
inédte. Condut à disqalifier le rationalisme clos. à en rév­
ser les termes. Bachelard s'efforce de susciter un événement
philosophique décisif. Ce derier doit s'attacher à souligner.
das les sciences, leur activité et en conséqence. dans la
phlosophe, ÔÛ capacité à devenr, elle aussi .. féconde. Dans
les cristallisations des théores scientifiqes. le nouveau dis­
positif doit saisi leus dyamiques d'anation. Puisque ces
théores idusent des valeurs de recherche de plus en plus
étendues., elles invtent à solliciter en la raison sa puissance
d'application et d'extension. D'où également ue redéfii­
ton de l'objecti de la phiosophie des sciences déceler.
dans l'esprit scientifique, les indices de sa vvacité. ses fonc­
tions polémiqes. sa puissance de réforme. sa capacité à
prende des rsques, son oscilation dans les fanges de ce qui
est connu .. sa volonté de se réaménager sans cesse.
Penser à la hauteu des sciences du présent, voià la tâche!
Au point où en sont les sciences de leur tava de cutue, de
leu engagement dans des constuctons ratonasantes.. de
leu perspicacité à fae apparaître des phénomènes dans des
expérentatons. c'est à la déftion d'une raison polémque
qu'il faut s'attarder. Une rason polémique avec son propre
passé, avec ele-même et avec les sciences q'elle fore. Das
le contexte de l'époqe, comme pa al eurs das note propre
contexte. nul ne peut échapper à la nécessité de º rende à la
rason humae sa f'ncton de turbuence et d'agessivté ²
(< l'Eau et les rêves ^. Cor. Paris 1 942, p. 7).
18
De quoi s' agit-il plus précisément? De déterminer, en en
soulignant l'importance simultanément rétospective et anti­
cipante, Í rationalisme ouvert. Cette expression. en effet,
n'éclaire pas la seule situation présente. Elle veut certes qua­
lfier une philosophe différente dont la source n'est autre
que la pratiqe moderne des savants,. résumée ci-dessus par
les termes invention. rupture, phénoménotechnque, etc.
Mais il ne servait de rien de parleÏ sur ce mode le travail
scientifique si aucune philosophie ne pouvait conférer une
capacité de récurrence et de prévision à ces pouvoirs de la
Ïecherche. Dès lors., le rÜtioÏalisme ouvert fait doit à une
philosophe qe sa relation au vif des questions scientiques
maitient dans une capacité à honorer une création conti­
nuée propulsée par la raison humaine. et qui vaut au savant
cette devse sans cesse reconduite «Demai. je saurai.
De ce rationalisme ouvert, on peut esquisser les
contours à grands traits. En s'essayant à établir la dyna­
mique essentielle du nouvel esprit scientifique - expression
qui donne lieu à un titre d' ouvrage -, Bachelard approche
le rationalisme par son pouvoir d' application et d' exten­
sion, par ses activités dont la première est de savoir recom­
mencer les opérations qui le constituent. Ce rationalisme
puisé aux sources mêmes de l' œuve de savoir est la
conscience d' une science rectiiée, d' une science qui porte
la marque de l'action humaine, de l'action réféchie. indus-
trieuse, normalsante « < le Rationalisme appliqué
p. 123). Si la science prend sans cesse un nouveau départ
(< l'aurais dû y penser» J, L'est qu'elle ne pratique pas le
définitif, la vsée éterelle. l'assomption à une vérité posée
19
quelque part et dont il suffirait de désigner le lieu d'exis­
tence pour la happer.
En r occurence., pou la clarté de la discussion qui va
suivre. l' exposition de ce propos peut revêtir une aute
fore. Si l'on reprend les teres utisés ci-dessus . il
convent d'établir les éléments d'u efor efectif d'instuc­
tion de l'esprit humai. Dès lors que l'on travaile dans df­
férents domaines scientifiqes - et l'on pourrait ajouter à
cela. de nos jours., le champ des sciences sociales on
constate que la raison est touj ours sollicitée de manère df­
férentielle, que sa mise en œuve demeure ue fonction de sa
capacité à ne pas se donner pour uniforme. Coment meu
die que la raison ne défit pas une pue forme de l'unité­
identité couvrant toute situation et n'importe quele expé­
rience du monde? Il est clair, dans ce contexte, qe la raison
se caractérise comme un acte et un acte renouvelé, celui de
mettre de l'ordre dans notre esprit, à la faveur des rectifi­
cations et des réorgasations constuites au cous de la
recherche. Un rationalsme ouver, et pa conséquent joyeux,
trace les contours d' ue raison qui se rectifie sans croire dis­
paraître parce q'elle révse ses objets et ses procédures.
De cela découlent d' autres conséquences en scrutant
par ce biais les pouvoirs de la raison. on se rend compte du
fait que le sujet de la connaissance ne relève pas plus d'une
quelconqe pureté indifférente aux risques induits par sa
mise à l'épreuve dans ses réalisations. On voit même le peu
d'intérêt qu'il y a à laisser persister la figure d'un sujet pur,
absent de toute confrontation et dont les idées générales ne
20
sont que des idées fixes. Il n'est de sujet envisageable du
savoir que celui qui apprend à se déformer. se réviser. se
mettre en cause. Le suj et se trouve s ans cesse placé dans
l'horizon d' une formation. à charge pour lui de savoir se
maintenr dans le double rapport au dynamisme de l'ex­
périmentation et aux échanges avec les autres. S' il n' est
pas un sujet constitué, c'est qu' i
l
est suj et constituant de
soi au cours de la construction des phénomènes par expé­
rimentation et dans l ' acte d' échanger des raisons . Il
devient opérateur, objet lui-même d' une production au
cœur des polémiques par lesquelles des savoirs prétendus,
des convctions sont destitués au profit de connaissances
scientifiques .
Telle est la proposition bachelardienne, que la notion
de connaissance scientifiqe ne cerne j amais des
connaissances acquises, des résultats engrangés une fois
pour toutes et dont le suj et » se donnerait, en définitive.
pour le maître. La connaissance scientifique n'a d'intérêt
scientfique qe pour autant qu'elle se mue en règle destinée
à peretre de découvr du nouveau. La conaissace, les
concepts qui lui donnent ses formes, ne s' offre pas comme
un tableau de ce qui est connu, mais comme un program­
me de recherche à ouvrir désormais º La cu
l
ture scienti­
fque nous demande de vve un efort de la pensée ² (< le
Rationalisme appliqué » . p. 214).
21
DEUXIÈME PARTIE
Les obstacles é
p
istémologiques
Coment ne pas rende l'oreille attentive à la profusion
du vocabulaie de la nouveauté (nouveau, moderne,
novateur inédt, etc.) dans les ouvages de Bachelard? Et
plus précisément, au rapport ébauché. par l'usage de ce
vocabulaire, entre l'ancien mode de connaissance et le
savoir actuel réorganisé. donc nouveau»? Outre la sug­
gestion selon laquelle la pensée ne saurait renoncer à s'ap­
plquer à des objets orginau. ce vocabulaire ne se contente
manifestement jamais d'insinuer une relation de pure suc­
cession temporelle, linéaie et continue ente ces deux
connaissaces; une succession selon laquelle le nouveau
correspondrait au dernier paru par prolongement ou déduc­
tion du précédent. La connaissance neuve d'objets récem­
ment construits ne s'enchaîne jamais directement à l'an­
cienne conformément à une logique cumulative, elle rompt
avec elle, grâce à ¼ effort décisif de l'esprit pour se déga­
ger des solicitations de la somnolence. C'est pourquoi les
expressions se multplient déformer, abandonner. mutier
l'ancien, d'un côté, et rompre, conqérr, faire émerger,
favoriser la mutation du nouveau, de l'autre.
Lançons-nous donc, maintenant, dans l'analyse du pro­
cessus de connaissance scientifique. Souhaitant en saisir les
22
applcations et les implications dans la pratique même des
sciences. la perspective ne consiste justement pas à laisser se
propager la croyance commune en une unté non spécifiée
de l'acte de connaissance. º La ª connaissance ne cerne pas
ue faculté unforme et applicable à n'impore quel objet. Si
tel était le cas, l'analyse n' aurait besoin de procéder qu' au
dépouillement des critères abstaits d'un savoir homogène
du concret; elle devrait se cantonner aux condtions de pos­
siilités forelles de la saisie d'un réel unique, doné en soi,
ou à la manère dont le sujet se rappore à l'objet dont il est
astraitement séparé: voire à la recherche des fondements
philosophiques qui permetent de garantir ( de l'extérieur) la
validté permanente de cette connaissance. Or, Bachelard se
désintéresse totalement de ces orientations phlosophiques
tadtionnelles au nom des pratques scientifiques elles­
mêmes, qui procèdent d' elles-mêmes à leur validation et
leur réorganisation. Pour luL l'ensemle des manières philo­
sophiques de raisonner sur la connaissance relève de
fausses pistes . Ces manères manifestent top peu de respect
pour les pratiques, puisqu' elles tentent de les enferer dans
des carcans définitfs; surtout, elles prétendent fier, ue
bonne fois pour toutes, les critères ifailliles du vai, cri­
tères qu'il n'y aurait plus qu' à iposer imédiatement,
pensent la plupart des philosophes, ou après s' être batu
contre les préjugés., afient quelques autes . Dans tous les
cas, les phlosophes supposent linéarité et continuté entre le
sens comun et la conaissance scientfiqe.
Su le pla métaphorque dome, chez eux, la fge de la
tête bien fate q applque les caons de l'intelect éterel à
toutes choses et de la même maère. Voià q corespond, clai­
rement. à ue volonté de résister à toute réorgasaton de l' es­
prt. Ca, affirme Bachelad, mieu vaut ue tête refate qu'ue
tête bien fate. Mieu vaut ue pensée q rompt avec le savoi
étali qu'ue pensée q s'étalt su l' assuace de ce qu'ele
sait. Mieu vaut ue pensée sans cesse en danger d'ele-même
qu'une mutaton de la pensée sous prétexe de sécuté et de
pennanence.
Si donc, pour définir le processus de connaissance, nous
nous intéressons primordalement aux réorganisations de
l' esprt scientifique moderne, c'est parce que son rationalis­
me ouvert correspond à une connaissance active. Loin de
présenter seulement des concepts susceptiles de vrer en
dogmes, cette dernière intègre dans ses concepts les appli­
cations qui augmentent la vivacité de la recherche. les
erreurs et les égarements provoqués par les nœuds de ques­
tions, les réussites des opérations qui relancent les travaux
sur des pistes encore inenvsagées. Cette modalité de la
conaissance réalise de la pensée en même temps qu'elle
pense la réalisation de ses engagements expérimentaux. En
elle, les sciences se montrent sous leur j our le plus animé
les proj ets grâce auxquels déplacer les acquis, réviser les
notions, multiplier les méthodes de recherche, sans j amais
prétendre imposer une méthode unique et défintive qui ris­
querait évdemment de perdre sa fécondité. puisqu' elle ne
serait j amais restructurée.
Ces figures générales posées, comment pourrait-on
refuser de définir la connaissance scientifique par ses actes
24
D+
et ses risques infinis? Cela ne va pourtant de soi que si l'on
met à l'écart la menace que fait peser sur ce propos la
conception commune de la vérité - cette sorte de chose
posée-donnée qu'il suffirait de dériver de l'expérience sen­
sible (empirisme) ou de mettre au j our dans la faculté de
connaître (rationalisme clos). Comme nous allons l' obser­
ver maintenant, on ne peut manquer de s'attaquer à ce
myhe º chosiste ª de la vérité. En conséquence. on ne peut
refuser d'adopter une conception plus dynamique de celle­
ci. La vérité y devient processus d'erreurs rectifiées. La
vérité et l'erreur n'y sont plus ni réifiées ni placées en situa­
tion symétrique. L'erreur ne correspond plus à un accident
fortuit arrivé sur le parcours rectiligne de la connais­
sance. Elle devient un moment de la connaissance.
En mettant l'idée traditionnelle de vérité en crise,
Bachelard insiste sans doute sur l'importance de sa concep­
tion de la connaissance en termes d'actes et de dscontinui-
tés. Traduisons cela en termes de problèmes
Qu'entendre par là? L'esprit scientifique est attesté par la
capacité à poser des problèmes., à développer le sens des
prblèmes Encore ces derers se construisent-ils au
cous de polémiques avec ce qui est reçu (car ils ne se posent
pas d'eux-mêmes), et notamment avec l'opinion qi, elle,
dspose étonnamment de réponses préalables à des ques­
tions qui ne sont jamais posées. Plus précisément encore. il
n'exste certes pas de problèmes en soi. Tout problème naît
au cœur d'un nœud de difficultés conceptuelles, dont il
tente de formuler les impasses et dont il montre l'impossible
solution dans les conditions actuellement offertes.
23
b·( |¡ L' |I |)
Lorsqu'on a rendu cela explicite, on comprend que toute
connaissance répond à des questions, exige des réalisations
qui n'excluent ni tâtonnements ni échecs, mais. simultané­
ment, qu'aucune connaissance ne débute à partir de rien.
L'esprit humain ne ressemle jamais à une table rase, l' âme
huaine n' est à aucun moment ingénue. Ils abondent telle­
ment en opinions diverses sur toutes choses que la connais­
sance scientifique ne saurait s' engender sans élaborer ses
concepts contre ces configurations préalables . Autant die
que l 'acquisition des conaissances ne va pas sans maL que
l'obj ectivité résulte d'une construction patiente.
Des exemples éclaireront ce poit.
É
voquons des œuvres
dont le mérite est de conduire au seuil de la thèse de
Bachelard. en explorant le thème finalement commun de la
vision et la croyance selon laquelle la conaissance vendrait
aux hommes imédatement, dans l'instant même où la
conscience voit les choses . Si tel était le cas, écrirait-on des
romans dans lesquels se déroulent des enquêtes? Rend-on
j amais assez j ustice à º la Lettre volée d'Edgar Poe, cette
nouvele dans laquelle le problème de la lettre disparue est
résolu parce que le détective convertit son esprit. Il lui suf­
fit de comprende qe, pour cacher une lettre volée, autant
la laisser en évdence :, puisque celui qui la cherche doit pré­
supposer qu'elle est dssiulée, il est certain qu'il ne regar­
dera pas sur la table sur laquelle elle est posée! Ce n'est pas
le monde qui nous cache quelque chose, mais notre regard
qi nous empêche de l'appréhender. Thème banal, au
demeurant, puisqu' il est abondÜent illustré tant qu'on
cherche l'assassin de la victie de l'Orient-Express, on ne
26
U+!
découve personne ... . j usqu' au moment où le détective
soupçonne l'intervention de dix assassins. Conversion du
regard encore. Quant à L'Assassin ( qui) habite au 21, il ( s)
v(ven) t tranquille( s ) tant que l e commissaire suppose qu'il
est unique, alors qu'ils sont trois. En un mot, nul ne voit
rien de prime aord, sinon ce qu'il veut voir ou ce qu'on
veut lui faire voir. On a vte fait de prendre ses habitudes de
vsion pour la seule vision envisageable. Si l'on écoute cha­
cun, ne fint- on pas par croire qu'il sufft d'observer les
choses pour savoir? Savoir. ce serait donc regarder plate­
ment .. et énoncer immédatement ce que l'on voit. Mais, cela
n'est pas j uste. La figure du détective nous rappelle
constÛent combien il importe de transformer notre
regard par le moyen du concept. Les habitudes définssent­
elles autre chose qu'un tissu d'erreurs tenaces?
Quel énoncé se profile par là ? La connaissance scienti­
fique n'advient pas d' emblée, elle est empêchée par des
obstacles qui lui imposent des lenteurs, des retards et des
arrêts, par des évidences premières qu'elle prend pour des
vérités . La connaissance scientfique n'équivaut pas à une
connaissance commune améliorée. Elle rompt avec cette
connaissance première, au substat afectif, afin de s'ins­
taurer et de déployer sa tâche d' obj ectivation.
Cette noton d'obstacle opposé à la connaissance
d'obstace épistémologque, et non d'obstacle moral ou psy­
chologiqe attaché à une quelconque nature humaine
contriue à définir le vocabulaire spécifique de la thèse
bachelardenne . º Quand on cherche les condtons psycho-
'7
b
logiqes des progrès de la science, on arve bientôt à cette
convcton qe c'est en teres d'obstaces q'i faut poser le
problème de la connaissace scentfqe» (( la Formation de
l'esprit scientque ª. Vr, Paris 1938, p. 13) . Paler de la
cOassance CÎ teres d'obstacle revient à accenter la
contadcton et la sépaation ente la conassace comle
et la connassace scientfque. En avaçant cette métaphore,.
Bachelad attie l' attention sur le processus suivat ÎC
théorie étant engagée dans une voie, son parcours et la
constructon de son objet sont, à Î moment donné .. obstués
et bloqués par un obstacle q en iterdt le développement et
la réalsaton. Le terme «obstacle fait naturellement jouer
le registe lexcal du º redoutable ^ du dfcile à suron­
ter ^. de l' « entave bref le registre de l' efort requs a
que l'on se débarasse de l'obstacle, que l' on dégage la voie.
Autat de que par cete métaphore, la conaissance scienti­
fique est renvoyée à ÎC concepton dyamiqe de l'esprit
scientifque. Connaîte, ce n'est pas voir, mais concevoir, des
problèmes a de suonter des obstacles .
Cependant, tant qu' on n' a pas fait fonctionner la
notion d' obstacle à deux niveaux, la perspective demeure
incomplète. Des obstacles peuvent surgir aussi bien au
moment de la constitution de la démarche scientifique
( dans la pratique de l' éducation) que dans le cours d' une
réorganisation du savoir ( dans le développement histo­
rique de la pensée scientifique) . Quoiqu'il ne s'agisse
guère d'obstacles identiques, cela n'autorise pas à négli ­
ger la similitude de leurs fonctions soumettre l' esprit
humain à des habitudes et des abstractions qui lui ôtent
28
toute raison d' évoluer. de changer de culture et de ren­
verser r opinion.
Bachelard associe les deu tpes d'obstacle dans l'aalyse
d'un exemple, dont nous reproduisons ici l'essentiel, afin que
le lecteur apprene à sumonter lui-même les obstacles dont
sa formation procède. Dans l ' ouvrage intitulé
l
a
Ph
l
osophe du non il décrit le profil épistémologique du
concept de masse. La première approche de ce concept est de
te réalste, on concentre la masse dans des images
usuelles , des habitudes et des valeus qi font fonction de
connaissance. Tel l' enfant se laissant séduire pa le volume
d'un gâteau, la masse paraît faussement claire ( plus la taille
est imposante, meilleure est la pâtisserie) ainsi conçue. elle
devent vite Î concept-obstacle pou une connaissance
obj ective de la masse. En intoduisant l'idée de poids, par le
truchement de la balance, la masse se mue déj à en un
concept empirIque" dont la fonction demeure cependant de
maintenir une option réaliste (plus c' est loud, plus la masse
est importante) . Ce n'est qu' avec la mécanique rationelle
(Newon) qe la masse est véritablement défie comme le
quotient de la force par l'accélération. Au terme de cette pre­
mière étape, on obsere que la formation de l' esprit scienti­
fque résulte d'un mouvement de rectification opéré à patir
des obstacles réaliste et empiriste rencontés par lui, Il n'est
pas de vérité première, il n'y a que des erreurs premières . La
connaissance se fait polémique, notamment contre ses
propres obstacles. contre ses ereurs . L'actvté du suj et de la
conaissance est une actvté polémi que.
Pourtant, l ' analyse ne s' arrête pas là. Avec l ' ère de la
Relativité. le concept de masse. défini par Newon. devient
un obstacle à une réorganisation de la physique, parce qu'il
est posé indépendamment de la vitesse, come un absolu
dans le temps et dans l ' espace. La Relativté s' attaque ainsi
à refondre ce savoir et complexifie la masse pour la trans­
crire en une fonction de la vtesse. Où l ' on observe mainte­
nant que la connaissance ne déchoit pas lorsqu' elle étend
ses corps de concepts ,. les diversifie et les revivifie.
Les deux termes utilisés dans le schéma de ce prof rec­
tifcation ( de la conassance première) et refonte ( dans la
connaissance scientifqe) . méritent d' être soulignés . Le pre­
mier idiqe qe, du point de ve de la conaissance, l' opi­
nion a, en droit, touj ous tor. Elle pense d' autant mois
qu' elle tradut des besois en connaissances ( º la Foration
de l ' esprit scientifique p. 14 ) . Le second accentue l'idéal
du nouvel esprit scientifique pour lequel l'hstoire des
sciences nous fait passer de la question pourquoi ? à la
question « coment ? ? pus à la qestion " pourquoi pas ?
Dans le détail de ses ouvages. cependant, Bachelard
donne à ce concept d'obstacle, et à ses conséquences, une
exension sigifcatve. T enteprend même une vaste enquête
porant su les obstacles opposés par l' opion et les phioso­
phes figées à la connaissace obj ectve. Il ne se prive pas
d' en appeler à une psychanalyse ( une archéologie de l'âme
humaie d'inspiaton j ungiene) des obstacles épistémolo­
giqes afin de libérer la raison des impulsions imédiates.
Les synthèses afectives ainsi réperoriées ( croyances, per-
30
ceptons . habitudes de langage) composent ue sorte de bêti­
sier de la connaissance comune. associat le cocasse. le
futle, le consternant et le poétique. Mais, soyons attentifs à
ce point Bachelard ne méprise j amais l'opinon et les obs ­
tacles qu'elle desse à l' encontre de l a connaissance ( comme
le font quelques romans du XVIIIe siècle, lorsqu'ils mettent en
scène la craite provoquée pa le tonerre sous le tite du
préjugé. alors que cete craite révèle ue asence de maîtse
de la nature) ! En revanche., i rappelle constÕent que
connaître ipose de changer de culte et de renverser les
obstacles amoncelés sur son chemi pa l'esprit lui-même.
Parmi les obstacles mis en scène ( celui de la cupidité.
de l' animisme, et tant d' autres complexes aux noms
inspIres Prométhée, Empédocle, etc. ) , le mythe de l'inté­
riorité des choses et du monde est le plus courant. Une
sorte d'obstacle alchimiste. Son invention correspond à
l ' idée selon laquelle la vérité serait cachée : on ne saurait la
connaître sans l'intermédiaire d'une initiation moral e. On
saisit fort bien .. en ce point., l' intérêt ( social ) d'un tel obs­
tacle qui renvoie la science à l'ordre du miracle et au pro­
fil d'un savoir réservé. N'est-ce pas un obstacle qui. inter­
prété de manière politique, réussit assez bien à sanctifier le
domaine scientifique ?
Touj ours est· ·il que cette analyse du processus de
conaissance en termes d'obstacles aboutit à la nécessité de
penser la mutation de l'esprit, le mouvement de sa modifi­
caton, par changement de perspective sur la nature de l'ob­
j et mis en forme. Toute la question reste de savoir coment
31
b - 0 u l L \ ß 0
s' opère la rectiication présidant à l'émergence du savoir, dès
lors que l' on saisit ceci l'ignorance n'est pas un défaut de
connaissance, mas une résistace à la conaissance. Ceres.
aucune ipulsion magiqe ne rend la connaissance effectve.
Ce n'est que par la consttution d'ue expérimentation que
la connaissance comune, sensile. peut ête contedte. En
ce poit. Bachelard procède à des analyses mutieuses de
l' expérience scientifique. dstinguant au passage les termes
" expérience ? et " expérientation ^. Le premier est confié
au seul registre de la conaissance sensible l'expérience se
donne touj ours dans le pitoresque, le frivole, et ne saurat
obtenr de positivté du point de vue qui nous intéresse. Le
second formule les conditions mêmes du travail scientifique
articulées autou d'un proj et déduit des conaissances anté­
rieures, d'istuments q ne sont rien d' autre que des théo­
ries matérialsées, et de corps de concepts. Par l'expérien­
tation. la recherche scientifique suscite des mondes. produt
des phénomènes inédits. se développe dans l' orde du
concept.
Mais c' est là aussi qu'intervient une autre puissance.
dont le rôle n'est pas touj ours clair aux yeux de tous .
L' opinion, nous l'avons précisé, prétend connaître à parti
d' images, elle a des images premières . Pour être plus précis.
ce n'est pas tellement l'image q est en cause que la manère
dont l' opinion se rapporte à l' image,. en en faisant un obj et
de croyance, en la prenant pour le refet d'un réel immédia­
tement donné. Du coup, la connaissance se perd, l' image se
fige . Or, il existe une autre fonction envisageable de l' esprit,
une fonction créatrice - la fonction d'iréalisation - qi a sa
32
place auprès de l' expérimentation. Cete fonction. on en
découve la vigueur dans le travail de l'imagination. Elle est
tendue vers la stiuaton de l'esprit. L'imagination. en
efet. n' adère plus , comme l'opiion. immédatement à un
objet concret ¨ º l 'iagiaton n 'est pas la faculté de forer
des iages de la réalité : ele est la faculté de former des
iages qu dépassent la réalté, qi changent la réalté
(< l'Eau et les rêves p. 1 2) ¨. elle vient renforcer l' ana­
ton de l'esprit dans la rectification de ses démarches.
Si nous laissons de côté l' étde plus ample de l'imagina­
tion, cela nous est iposé. en vérité. par la qantité de
réfexons de Bachelard sur ce problème. Le lecteu peut s'y
reporter aisément. Les recherches ponant sur les langages
vvants de l'imagination furenL il est "Tai, grandement faci­
litées par les déploiements poétiques de la moderté. La
poétique ( Eluard" Mchau, Seghers, Bousqet, Nerval, Poe,
Lautréamont) instruisait le procès d'ue rêverie conquérante,
aée du souci de revvfier la langue usée du quotdien par
des rêveries de mots et des métaphores . En associant poé­
tiqe et imagination, Bachelard pouvait faire valoir un
domaie non dogmatique auprès de et parallèlement à la
recherche scientfiqe. En faisant doit à l'iagiaton à côté
du tavai scientifique, il devenait possible d' accentuer l' ana­
lyse de la ve de l'esprit et de proposer des modes de guéri­
son des esprits bloqés. Il est, en efet. des esthétiqes qui
ouvrent l'esprit, le poussent à des projets , lui permettent de
récuser le déj à-v. L'imagiation, en excitant l'esprit, pro­
dut un sur-réalisme ce clin d' œil au mouvement litté­
rare par leqel s' idqe que, si la conaissance sensible
prétend appréhender la réalité
fiqe construit du sur-réel
la connaissance scienti-
Cette fonction ne se restreit évidemment pas au seul
registe de la formation de l'esprit scientfiqÌe. Ele s'inves­
tit dans l'histoire des sciences, participant à l'affermssement
de ces coupures continuées qui tissent son contenu. Par ses
proj ets et ses refontes, l' esprit scientifiqe matent Ì da­
logue tendu avec son passé, réaménage sans cesse ses corps
de concepts et réfute les satisfactions top puissantes . Cela
ne signifie rien d' autre que ceci que serat 1 esprit qui ne
se sureillerait pas constÛent, qui deviendrait machal
et ne se vouerait qu' à la répétition de ce que l' on sait ou croit
déj à savoi ?
T RO I S I È M E PAR TI E
La dialectique
Amer, dans la recherche scientfique, s on goût pour la
remise en question, son indocilité foncière., ce n' est pas rien.
Surtout en face de tant d'esprits qui ne j urent que par le
permanent et le monotone. Encore convient-il maintenant
de cristalliser ce pari pris phlosophique dans un nom,. le
nom pertinent et percutant d'une épistémologie nouvelle,
adéquate au rationalisme ouvert ou au rationalisme appli­
qué des sciences moderes. Cette philosophie, proprement
bachelardiene, n' ayant d'yeux que pour les sciences en
action et les discontinuités qu' elles instaurent.. doit se don­
ner pour tâche première de réduire l' écart qui sépare habi­
tuellement philosophie et sciences. Elle ne doit songer qu' à
respecter au mieux la démarche scientifique et ses critères
interes propres. Enfin, elle doit se plier à penser des
déploiements incessants, des imprudences et des questions
vives, plutôt que des résultats . Essayons maintenant de
montrer pourquoi elle peut prendre à juste titre le nom de
dialectique de « phlosophe dialectique» ou philoso­
phie du non
Si le savant est l'homme de l'ivention,. si la recherche
dessie des proj ets qui se multiplient en se réalisant, si le
boneur se trouve au cœur d'une pensée qui se renouvelle
sans cesse, il ne sufft plus d' évoqer le terme de raison, si
par là on n'est pas cerain de désigner un efor intellectuel
35
b
contuel et ue reconstruction incontouale du savoir. En
un mot: il convent de confirmer l' assentiment doné à un
esprit en acte. qui ne se fonde qu' en travaillant sur l'incon­
nu ( < la Phlosophie du non p. 9) . Par conséqent, cela
revent à contredire systématiqement ceux qui se conten­
tent encore de dspenser des dscours. préparés à l'avance,
portant sur la connai ssance scientifique. Notament ces dis­
cous simplifiés dans lesquels cerais prétendent régenter
les sciences du dehors, en réduisant la connaissance scienti­
fique à la vsée d'un obj et réifé par un suj et déj à constté
ou à l'impression que suscite 1 obj et constitué sur 1 suj et
qui l' approcherait par ses sens . Si tel était le cas, nous
l' avons v: i faudrait présenter la vérité comme ue figure
q jalat inocemment et défnitivement de la coïcidence
du suj et et de l'obj et, de leur face-à-face ou de leur entrée en
contact spontanée. La conaissance scientfiqe serait don­
née une fois pour toutes .
Ces généraltés ne vont pas sans dénoncer implcitement
des moments caractéristques de l 'histoire de la philosophie.
C'est même en parcourant le réseau des pensées dénoncées
par Bachelard qe le nom de sa phlosophie s' éclaire. De
toute manière. il n' a j amais renoncé à s 'inscrie dans le
champ philosophiqe. Il s'y réfère même constament., si
l' on accepte de reconnaître dans de nomreux assemlages
de mots utlsés par lui Descartes, Kant et bien d' autes phi­
losophes classiques. Laissons cependant les noms des philo­
sophes de côté . . Bachelard renvoyant plus exactement à des
atitudes sclérosantes devant la connaissance scientfiqe.
Deux courants opposés dominent les attudes des philo-
36
sophes . �e premier proj ette su la fige du savant soltaie
dans son laboratoire une attitude idéalste .. sachant que. par
ce derner terme, il faut entende que le chercheur produait
les lois du monde exclusivement à parti de l 'examen de son
entendement. Ce courat compte des sous- espèces.; dont
l'une consiste à décrie l' activté scientfque come une
ituton, ue sorte de vue adéquate du réel. afichée d'un
seul coup, selon le porait d'un savant élaborant spontané­
ment des hypothèses q'il vient seulement vérifier dans son
laboratoire ; l'autre préfère croire qe l'activité savante
consiste . appliquer des catégories Ô prori ( des fores indé­
pendates de l'expérience et la condtonant) et ivariables
aux donées sensibles . Le second courant traduit la
recherche scientifique das les termes d'un réalisme des sens
ou d'un empirisme, ue attitude selon laquelle le chercheu
produirait les lois du monde en se fiant immédiatement à ce
que lu dctent les sens pour en dériver la vérité.
Ceres, ces deu attitudes et leurs sous-espèces parais­
sent à chacu naturelles, bien avat qu' elles ne se révèlent
sclérosantes . Elles sont cependant vieillies et sont d'autant
plus tenaces qu'elles ont perdu leu fondement
.
Bachelard
n'a guère de mal à monter que ces deu attudes manquent
complètement la description de la conaissance scientifqe.;
et en paiculier sa capacité à rompre perpétuellement avec
soi-même et à se renouveler totalement. Néanois, il
n'aadone pas ces deux attudes sans s'attarder à les pen­
ser, à en penser les relations et les implications, relativement
à son propre proj et de conste ue épistémologie de l'ac­
tivité scientfique. Il remarque ainsi q'elles sont moins
Ü + t
opposées que contradctoires . Elles se conj oignent dans leurs
éléments . même si elles les ordonnent de manère opposée.
De sucroît. elles existent bel et bien au sein de la pratique
scientifique. mais dans leur conj onction constante. La
démarche scientfque n'exclut ni l'idéalsme ni le réalisme.
Elle réfute seulement l' idéalisme absolu et le réalsme abso­
lu. Les jugements scientifiques associent. en efet. sans cesse
une istuction de l'esprit par le monde extérieur et une
information fournie par le travail de la raison. Mais , en
même temps,. cette conj oncton transfore les termes mis en
j eu .. pusqu' elle se démarque de cette configuration d' u
esprit solitaire rencontant un univers indiférent. En
somme, ce sont moins ces termes qu'il faut dénoncer que la
conception statique qu' ils satsfont.
Pour faie avancer le débat, Bachelard les organse en un
tableau d'opposition., une topologie philosophque grâce à
laquele il présente le clavier su lequel j ouent la plupar des
dscussions phlosophques touchant les sciences
Idéalisme
,
Conventionalisme
,
Formalisme
,
Rationalsme appliqué et Matérialsme rationel
,
Positivisme
,
Empiisme
,
Réalisme
Ce specte des phosophes de la conaissance a la vertu
de mete en perspective et de relier entre eles les dférentes
théories qu. tradtionellement, se dsputent le commentaie
de la pratiqe scientifique et sont simultanément investies
dans cete même pratque. Chacun y lt deux trajectoires,
matérialisées par des fèches inversées, ordonées et renver­
sées autour d' une ligne centale. Plus on apparient à un
groupe philosophque éloigné du pl central, moins on parle
des sciences modernes avec perence c' est le cas de l'idéa­
lisme et du réalisme, su lesquels nous ne revenons pas .
D' autre part. les doctries q occupent une place syé­
trque par rapport à la ligne centrale comptent les mêmes
éléments, mais en iversent les valeurs pa exemple le
conventionalisme" qui se contente de donner forme au réel,
inverse l'empirisme qui , lu, donne au réel la puissance d'une
forme. Enf, la ligne médiae commence à nous doner la
clef de ce qe nous cherchons le nom pertinent et percutant
d' une épistémologie nouvelle qui se veut adéquate au ratio­
nalisme ouvert ou au ratonalisme appliqué des sciences
modemes. En parlant de rationalsme appliqué et de
" matérialisme rationnel " , Bachelard insiste, nous y venons .
sur une philosophie de la réalisation, de l'activté. Ce n' est ni
un rationalisme tout court enferé dans sa célébration d'une
raison pure n un matérialisme tout cou ( à la manière de
Diderot ou du matérialisme dialectque) . mais ue philoso­
phie de la pensée scientifique dans sa discusivité, son obj ec­
tivté et sa rectification.
Lorsque Bachelard propose de lui conférer le nom de
º Phlosophie du non il s' inscrit précisément dans la
39
perspective affirmative défine ici d'une philosophie de
l' activité scientifique et dans la perspective d' un refus des
oppositions simples suj et- obj et, théorie- expérience.
L' activité scientifique ne repose pas sur une théorie pure
qui chercherait ensuite à se confirmer ou s 'ifrmer dans
un contact avec le réel empiriquement constaté. Elle se
place délibérément du côté d'un réel réalisé dans l' expéri­
mentation même. Tel étant le cas, nous sommes alors
conduits à réévaluer point par point les termes dont on
peut se serr pour énoncer les formes du processus de
connaiss ance. En pensant la science comme action et la
conaissance come progÜe d' expériences , i n'échappe
à personne que - paradoxalement ( du point de vue de
l ' opinion) - le vrai définit le mouvement de la remise en
question permanente des connaissances acquises .
Autrement dit, de nettes diférenciations s'iposent º I
nous a toujours semblé de plus en plus évdent, au cours de
nos études, qe l 'esprt scentfque contemporai ne pouvait
pas ête ms en contuté avec le siple bon sens, qe ce
nouvel esprt scentfque représentait un jeu plus risqué,
qu 'l formulait des tèses qui, de pre aord, peuvent heur­
ter le sens commun. Nous croyons, en efet, qe le progès
scientfqe manifeste toujous une rupture, de perételes
ruptures, ente connaisance comune et connaissance
scientfique. dès q'on aborde une scence évoluée, une
scence qui,. du fait même de ces ruptures, porte la marque
de la moderté » ( < le Matérialsme ratonel ª . PU, Paris
1953. p. 207) . Parant, le rationalisme appliqué ou le maté-
-0
rialsme rationel se doit d'adopter 11 vocabulae homogène
à la pratique des réformes constantes du savoir. Le terme de
" rupture » utiisé dans la citation ci- dessus oblige à déserter
les usages habituels. Il amplifie le constat des discontiuités
dans les pratiques , témoigne des dstances qu'il faut prende
avec la conaissance commue pou que la science advene,
come nous l'avons écrt Les inovatons de la conaissance
ne prennent d' ailleus tout leu sens que si l' on est capable
de déceler dans les démarches l' appétit sans cesse renouvelé
pour les problèmes délcats .
Si, pour résumer la perspectve en une formule. le thème
de la ruptue ( coupue, rupture, rectification, refonte) occu­
pe une telle place dans le raisonnement de Bachelard., c'est
qu'il arcule autour de lui les diférents regstres d'analyse
celui de la connaissance scientifique dans sa gestation et
son histoire, celui de la connais s ance commune évidente,
immédate, chatoyante et sensile, contre laquelle la science
se construit, celui de la production du réel et de l'instruc­
tion de la raison, celui, enfin, de la pluralité des sciences et
de leur spécialisation infinie dans le cadre, sur lequel nous
allons revenir, de la cité scientifique.
En insistant sur ce thème, le philosophe en vient à ren­
forcer sa conviction. Il ne s' accommode plus seulement des
mots qui circonscrivent habituellement les démarches
scientifiques, il fait l' effort de choisir avec précision les
notions qui consacrent la vivacité de l' esprit scientifique.
Pour accentuer les efets induits par s a thèse, il a recours
au terme º dialectiqe ² et à quelques mots associés , tels
-l
b
que polémique (< des polémiques fécondes ») ou malgré
(<on connaît malgré . . . »). dont la teneur active et vigou­
reuse est notable. Le philosophe. qui veut mettre au j our
les actes scientifiques. aj oute encore à leur mérite des
valeurs incluses dans ce registre lexical la dialectique. en
effet. fait touj ours signe vers le mouvement, la mobilisa­
tion. la remise en cause de ce qui résiste au changement.
Elle s' ancre dans des mises à l'épreuve au sein desquelles
la négàtion se fait active :. le proj et d' une mse en question,
d' un refus .. devient le moteur d'une nouvelle configuration.
S' agissant du savoir, la négation ne nie évidemment pas
n'importe quoi. n'importe quand et n' importe comment
(< la Philosophie du non p. 1 35) . La dialectique et la
négation correspondent à des processus d' extension véri­
table. grâce auxqels la connaissance devient productrice
d' événements nouveaux, susceptibles d' opérer des totalisa­
tions inédites et des passages au- delà des limites actuelles
de la connaissance. Certes , si dialectique il y a, elle appar­
tient en propre à Bachelard . . ne retenant rien de la dialec­
tique hégélienne ou de la dialectique marxiste, de l' attrait
pour les contradictions internes . Disons que la dialectique
construite par le philosophe couvre les phénomènes de suc­
cession dans l' ordre de la connaissance, en respectant au
passage les critères classiques de rationalité à l'intérieur
des ensembles démonstratifs . Si l' on voulait faire un détour
par l' histoire de la philosophie, il conviendrait d' aller cher­
cher du côté d' Octave Hamelin et de Stéphane Lupasco,
cités par Bachelard,. pour donner corps historique à cette
dialectique. Mais peu importe, ici . En ce qui la concerne,
précisons plutôt que, par bien des côtés . elle dessine un
monde de généralisation par une négation qui se situe.
cependant. à l' extérieur de ce qui est nié. Le terme dia­
lectique ^ retient beaucoup plus du mot dialogue » et de
la notion de polémique Le tissu de l 'histoire de la
science contemporaine est le tissu temporel de la discus­
sion. Les arguments qui s 'y croisent sont autant d'occa­
sions de discuntimzi tés ( º le Matérialisme rationnel
p. 2 1 2 ) . La dialectique s' efface d' autant moins dans la
pensée vvante qu'elle rend possible une º augmentation de
la garante de créer scientifiqement des phénomènes com­
plets, de régénérer toutes les varables dégénérées ou étouf­
fées que la science, comme la pensée naie. avait néglgés »
( º la Philosophie du non p. 1 7) .
Complément indispensable de ce réaj ustement de voca­
bulaire.. on ne peut plus traiter n'importe coment la
notion d' expérimentation. Dans les ouvages imprécis, il est
d'usage de confondre expérience et expérimentation. nous
l'avons écrit, lorsqu' on veut présenter le problème de la
conaissance. OL Bachelard ne cesse de rappeler et de
maintenir la distinction entre les deux formules. Répétons­
le la connaissance scientifique moderne se constitue par
expérimentation. Non par expérience. L' expérimentation
dffère de l' expérience en ce qu' elle se fonde sur une théo­
rie, est précédée d' un proj et et procède des instruments qui
sont .. eu-mêmes, de véritables théories matériaisées . Aors
que l'expérience définit ce geste - qui entrave la connais­
sance - par lequel nous nous livons imédatement au
choses et à l' utile, l' expérimentation est déterminée par un
corps de précautions . qui º conduisent à réféchir avant de
-3
b x t u l L \ k Þ
re
g
arder, qi réforent du moins la première VSl On, de
sorte que ce n'est jamais la première obseraton qui est la
bonne » ( < le Nouvel esprit scientifique ^ . p. 1 6)
.
Les condi­
tions expérientales sont désormais des conditions d' expé­
rimentation.
En. les célèbres questons de l'obj et de la connaissance
et de l'obj ectivité scientifique ne sont restées insolubles que
parce qu'elles ont été méconues ou mal posées . L' obj et de
la connaissance n'est pas doné et l'objectivté., au lieu d'être
considérée come ¼ fat constatable., doit être conçue
comme une tâche à accompli. Sous une autre forme, disons
que l'obj et de conaissance est le comentaie théorique du
monde produit par l' expérientation. Il en est le scrutateur.
Il ne cesse d'interroger pourquoi pas ?
Avant de nous avancer maintenant vers une conclusion,
il nous appaent encore de laisser le lecteu méditer su ue
dernère question. Le philosophe de la pensée scientifiqe
peut-il se dispenser de statuer su le rapport entre l'épisté­
mologie qu'il construit et l'histoire des sciences q, par
ailleurs, l'instt ? Certainement pas, et ce d'autant moins
qu' une épistémologie dalectique de la ruptue ne saurait se
dispenser d'une conscience de l' historicité du rationnel. Si,
de nos j ours . . ue pulsion de réforme constante traverse la
pensée scientifique, comment ne pas entrevoir la nécessité de
s' intéresser au efforts de la rationalité scientifique pour
s ' organser et se réorganser au cous de son histoire ? Si º la
scence contemporaie est de l'orde d 'ue pensée repensée
et d 'une expérience réencadée » ( < l'Actvté rationaliste de
+i
la physique contemporaine »Vrin. Paris , 1 951, p. 23 ) ., elle
tend à reprendre 1 nouveau départ qu'il convient de situer
dans une histoire. À charge pou cette derière de distinguer
en elle les moments actifs et les phases ineres., de faire valoir
les actes épistémologqes féconds et de décrire les obstacles
épistémologiques afi de leur ôter toute possibilité de retour.
Le poit de vue adopté par Bachelad contue à révser
complètement l'hstoire des sciences telle qu'elle est fré­
quemment pratiquée. Autant la conception classique de
l'histoire des sciences consiste à procéder de façon linéaire -
Puisqe l 'on fait U réct contiu des événements, on croit
faciement revve les événements dans la contnuité du
temps et l 'on done insensiblement à toute llistoire l 'unité et
la contnuté d'u lve » « < la Philosophie du non » . p. 209) ,
autant la nouvelle histoie j ugeant le passé à l ' aune du
présent, veut témoigner des saccades de la pensée scienti­
fique et des impulsions inattendues dans le cours du déve­
loppement des sciences . Autant la concepton classique s'in­
téresse à une hypothétique complexité croissante de
la science du passé vers le présent, selon l 'image d' un
arbre enacié dans le sens comun s' élevant par cumul
régulier, autant pour la º nouvelle histoire le présent illu­
mine le passé et non l' inverse, car la connaissance fonde ou
réfute par des démonstrations les succès ou les échecs obte­
nus j adis . Autant, 1'« ancienne histoire se permet des for­
mules téléologiques et aligne les données chronologique­
ment sans les j uger" autant la nouvelle hstoire des
sciences sourit devat ces modalités du destin, ces croyances
en une fin de l 'histoie, et se donne l ' obj ectif de produire des
dstnctions dans l'histoire. Elle retient plus essentiellement
des risques et des possibles . Elle insiste sur les crises du
savoir - qui contribuent à définir des occasions de travail et
1LÏ des désespoirs - et sur les moments de libération des
esprits . À cet égard, Bachelard distgue une hstoire des
sciences pérmée et une hstoie sanctionée, une histoire
j ugée (rej et du passé dépassé) et une histoire valorisée
( actualité du passé j ustifié) . une histoire des obstacles épis­
témologiques et une histoire des actes épistémologiqes .
En fin de compte, cete pensée est traversée par un seul
souci celui de forfier par tous les moyens une philosophie
du proj et ( scientique, historique, humain) , une phiosophie
dans laqelle l'homme est réféch, avec délicatesse, comme
une pussance d' œuvre, une puissance de création et de re­
créaton. L'homme y est sans cesse requis de se lancer en
avant, de dépasser ce q est seulement,. ce q revent à le
j uger. C' est donc une philosophie de l'inquiétude, si l' on veut
et si l'on entend par là, dans son sens étymologique, la réso­
lution de ne j amais rester en repos . Cete phlosophi e se
donne les moyens de penser ue mse à l'épreuve peranente
de l' homme, dans son savoi, en tout cas. C' est une philoso­
phie de l' efor prométhéen. qui contedit ce qu désespère
u Camus non, recommencer est toujours positf !
On ne sera pas en peine de retenir ses éléments fonda­
mentau.
Les choses sont telles que l'esprit scientifique nous les
montre et non telles que nous croyons les voi. Elles chan-
46
gent en changeant de niveau d' exploration, parce qu'il
n' existe pas d' être des choses_ mais des problèmes réso­
lus et des zones de conquête.
Rectifer, refonde, rompre, c' est se lérer du fgé, des
absolus et lérer les concepts a q'ils devenent opéra­
toies : les flatons contues sont pauves parce q'elles
reposent sur des identtés de notons : or .. i convent d' ap­
prende à reconnaître q'u même mot ne correspond pas
toujous à u même concept, et qu' entre les mots et les
concepts s'organisent plutôt des renversements de perspective.
Pou penser les transmissions du savoir.. il ipore de
se défaie de l' idéal du maître q impose la reproduction des
acquis ; ce q ne signifie pas que les maîtres n' aient pas
d'iportance., pusq'ils peuvent au contaie, après psycha­
nalyse, apprendre à rompre eu-mêmes avec les systèmes de
blocage qi les caractérisent souvent.
Enfin. un rationalisme ouvert doit aussi être un ratio­
nalisme régional ; il doit saisir les régions du savoir. les
sphères de rationalité, sans chercher à les réduire à lme
unité absolue et factice de la raison.) en analysat plutôt les
rapports entre ces régions ; en un mot, s'il n' est pas d' état
stable et définitif des sciences ( seul le mouvement est abso­
lu) , il n' est pas non plus d' unité de la science., et donc pas
d' épistémologie totale.

C O N C L U S I O N
La cité des savants
La phlosophe de Gaston Bachelard procède d'ue inter­
rogation étendue portant su la moderté et la nou­
veauté » des sciences nées au début du xe siècle. Ele dégage
successivement trois concepts principau le nouvel esprit
scientifique, l'obstacle épistémologique et la dalectiqe. En
découvant qe la pratqe scientifique ne s' accomode
d'aucune doctine des apparences ni ne renvoie à quelque
obj et doné, ce n' est pas seulement ue leçon de phlosophe
des sciences que Bachelard admstre, mais aussi une phlo­
sophe générale qu' il dégage. L' itérêt de son commentaire
des mouvements conceptuels, des épreuves moderes de l' es­
prit et de la capacité des sciences à défir elles-mêmes les
critères de leur pratique donne, cela va sans dire, l' occasion
de desser simultanément un portrait et de l'home et des
reconstructons qu'il sait imposer à son exstence.
De ce derer point de vue, c'est très subtiement que
Bachelard refuse de défr ce qu'est l'home, comme si la
référence à u " état » ou à un absolu risquait d' oblitérer les
acqus des nomreuses années de recherche. Au fond, défi­
nir l'homme, cela ne peut s' entendre qu' en détermnant ce
dont il est capable afin d'élargir son exstence. Susistant
-8
entre deu néants et menacé constamment par lu-même
dans la mesure où il n' imagie pas touj ours d' autre réalité
qe celle à laquelle il s ' est habitué, l'homme j ouit cependant
d'un fragile désir de savoir et d'un salutaire besoin de com­
prende. Encore doivent-ils contuellement être réveillés,
puisqu'is font, le plus souvent" l' obj et de satisfactions inné­
dates . Or, le vértable savoi s ' arache à ce q est évdent,
il est créateur, et créateur notament d'une culture vivante
et vivfiante. Il rend l'home dsponile à et dans son
monde. Il lui apprend à refser de s' anyloser. N'est-il pas,
en efet, susceptle de changer, de se multiplier en se recti­
fat ? En d' autes teres, cela revient à afer que l'home
ne peut être précisément proclamé home que grâce à sa
puissance de culture, à sa capacité à s'imposer des règles de
recherche et de renouvellement de soi . Plus globalement
encore, et en empruntat le vocabulaire ethnologique la
nature de l'home consiste à pouvoir s' extraire de la nature
par la culture, º pouvoi donner, en lui et hors de lui, la réa­
lt é à la factct é ( < le Matérialisme rationel p.
32) ,
c'est-à-dire aux règles qu'il ré-ivente constÛent et avec
lesqelles il s'ivestit dans le monde qu'il construit.
Ansi envisagée, la philosophie de Bachelard finit par
constituer une anthropologie ou une doctrine de la culture.
Voici que la culture a sa source dans le travail, dont
Bachelard rappelle q'il favorise la transformation corréla­
tive de l 'homme et des choses . Mais il faut comprendre que
cette transformation ne se dispense pas du soutien de tech­
niques . De sorte que l'homme, par son travail , inscrit
d' abord la technique dans la nature.
49
U e t
À partir de là. cet examen revient rapidement sur le ter­
rain de prédilection de Bachelard. la connaissance conçue
comme un travail et l ' épistémologie, ou le rapport du
savoir et d' un monde dont on vient de comprendre qu'il est
produit et réorganisé sans cesse par les hommes . Sur ce
plan épistémologique, le propos précédent CC taduit dans
la formule suivante exister, c' est penser. Or. penser, c' est
condamner l' opinion commune, c(quérir l' intelligibilité
en ( re- ) construisant un monde de phénomènes sur un hori­
zon de refontes ( futures ) indispensables ; c' est donc aussi
apprendre à changer., à re- devenir fécond sans attendre, y
compris après un processus d'exploration réussi. Le savoir
ne se reconnaît pas dans des acquis ou des absolus, mais
dans une œuve à re-faire. En un mot, º la pensée scienti­
fique est un lvre actif, un lve à la fois audaceux et pru­
dent. un lve à l 'essai. un lve dont on voudrait déjà don­
ner une nouvele édition, une édition amélorée. refondue,
réorgamsee ( < l'Activité rationaliste de la' physique
contemporaine ^ - p. 6 ) .
Cela afirmé, il convent tout de même de certifier que les
sciences, pour autant., n' ont pas le statut d'une lumère tout
à coup profilée au fiament de la conscience humaine.
Exste-t-il même une telle luère prête à se lver à Î
dévoilement si soudain ? Même si eles ont eu leur heure de
gloire, laissons ces veilles métaphores positivistes de côté.
Pour Bachelard, les sciences ont un statt plus modeste et
plus v. Ceres, elles constituent incontestablement des bien­
faits ; mais elles ont aussi une efficacité elles enseignent ue
tension d' étude permanente. Sutout. l'évocation de la cul-
.so
ture scientfique sufit à dessier le modèle spirituel d" u
effor constant de réaménagement totaL d'mIe libératon
inachevable, d' un exercice de la volonté. d'une maîtrise de
soi et d'un rapport aux autes infinment actifs .
Cette cultre dessie, en effet .. un dest hUlai ( º l 'Eau
et les rêves ? . p. 44) . Elle contecarre l' ennu de vve si cou­
rant chez beaucoup, en faisant désormais place à la j oie de
penser. La culture scientfique intie à la vigilance de l' esprit
devant ses propres myhes et ses iages premières , elle
contrbue à mainteni les doits de la rectfication par
laquelle l' esprit humain se reconstuit sans discontnuer et
crée de nouvelles normes expérimentales . En désavouant les
esprits figés sur eux-mêmes., elle aferit les mutations de
l'esprit humain, dans l'exercice social de la preuve.
Est-ce à de. simultanément, que Bachelard constrt
une éthique spécifique ancrée sur l'examen des dyamqes
de la connaissance scientifique ? Nous croyons pouvoi l'af­
fimer. Précisons néanois. brièvement, son contenu. Une
formule générale peut en résumer la teneur le salut de
l' homme s'opère par les sciences ! Mais cette formule risque
de rabattre la thèse de Bachelard sur un positvsme ou une
religion ( ou une morale) de la science. Si une forme de béa­
ttude devait toutefois ressorr des sciences, elle résulterait
plus exactement des valeurs de l' esprit scientifique moderne :.
ce q, on en convenda, peut encore passer pour essentiel.
à l'heure où de nombreux discous se prévalent du mot
science - come d'u brevet de respectabilité - sans en avoir
les titres ou prétendent moraliser la science.
51
b \ t
Pam de telles valeurs" retenons celles-ci
Les sciences se définssent par leus actes ; elles ne
constitent pas des discours sacrés dont les résultats doivent
être vénérés ; la pensée, elle-même., est acte ; dès lors, sciences
et pensée forgent le modèle d'ue école permanente
L'école est le modèle le pluC élevé de la ve sociae « < le
Rationasme appliqué ^ . p. 23) ;
Il n'exste pas d'inconaissable, mais de l'inconnu : pas
de mystère, mais des problèmes ; pas d'énigmes insondables
mais des recherches ifies ;
La nouveauté est par conséquent ue valeu, ue
valeu de culture fonctionant dans les sciences :
La pensée scientifique s'assue dans le récit de ses pro­
grès ( histoire sanctionée) ; quoique ce progrès ne soit n
léaire, n cumulatf : il promeut des rectifications prouvant
qe l'ignorace n'est pas u fait de nature mais u problème
d' extension des frontières du savoi;
Les sciences moderes ont 1 caractère social ; le ta­
vailleur de la preuve isolé doit avouer q'il n 'aurat pas
touvé tout seul ( < le Rationalisme appliqué ^ . p. 23) . On
ne peut donc parler de science q'en termes d' équipes de
recherche, de relations de savoi aux autes, de co-équipier.
Insistons sur ce point Il est clair qu'en entrant en polé­
miques fécondes à plusieurs on se donne les moyens de
transformer la subj ectivté, les obstacles les plus pressants .
En ce sens , chaque rectification s'accomplit sous l'œil d' au­
trui . Encore ne convient-il pas de voir se dessier là la
forme d'u consensus ou un simple accord extérieur ( on
52
peut être unis dans la même erreur) . Afin que le savoi soit
véritablement iducteur d' avenir .. il faut qu'auprès d' un « je
pense se renconte un t penses auquel s'adresser et
avec lequel échanger un accord discursif. Avoir raison
consiste à apprende à produre des raisons. Aors se réalse
une intersubj ectivté de la connaissance obj ectve, une
manière d' appeler les esprts à la convergence. Bachelad la
nomme un cogto d'oblgatons mutuelles Un derier
thème est lancé les sciences se déploient dans ue cité des
savats, constitée de travailleurs de la preuve entretenat
un doule rapport contôlé au monde expérenté et à l'ac­
cord des autres .
Ne doit-on pas réféchi en ces teres à ce que peut être
ue véritable culte scientiiqe scolaire . ue cultue q ne
corresponde pas seuement à l'enseigement de résutats
(l'enegstement du tout fait) , mais à ue atenton au pro­
cédures et aux potentels de créaton des sciences ? Et pusqe
la vérité est sociasée, son caractère hautement social mérte
d'ête enseigé lu-aussi .. afn de déployer dans l'école les élé­
ments principau de la cohésion de cette cité. Cela autorse à
monter que la cité savante, même située en marge de la cité
sociale, peut apporer quelque chose à cette derère. Dans
ceras textes de Bachelad, elle constitue même le modèle
dont les autres actvtés doivent s'inspirer, dans la mesure où
les sciences passent pou les meileues représentantes de l' es­
tétique de l'itelgence ( º la Formaton de l'esprit scienti­
fque " . p. 1 0) .
53
Où l' on voit que. chez Bachelard .. les rappors de la phi­
losophie et des sciences prenent une étrange touure. La
pensée scientifique ne sauait se passer de phosophie. mas
tout d'abord elle fabrique sa phlosophie La science crée
de la phosophie » ( < le Nouvel esprt scientiqe ? . p. 3 ) . En
cela .. toute aute phlosophe a toujours du retard par rapport
au sciences La science- ordonne la phlosophie ele­
même » « < la Phiosophe du non ª.. p. 22) . Ce q n'empêche
pas. le plus souvent, ces philosophes de vouloir iposer leur
législation aux sciences Cette extension des métodes,
cete mutplcaton des ohjets n 'atte pas J'atenton des ph­
losophes » ( < le Rationalisme applqué ? . p. 1 1 3) . Ces phlo­
sophies veulent à la fois les contrôler et leur imposer leus
valeus . En sortant de ce dileme., Bachelard nous apprend
à prendrè au sérieu la philosophe créée par les sciences.
ainsi qe la phosophie des sciences q surgit de l'hstoire
des sciences révisée par lui . Ces philosophies obligent, en
vérité. la philosophie scolaie et universitaire., en tout cas la
philosophie positivste ou la phlosophe rationaliste, à rema­
nier leurs concepts et leurs perspectves . Point ultie la
phlosophie nouvelle se remet en apprentissage auprès des
autres sphères d' activités, elle apprend à les respecter,
depus qu'elle a doné sa préférence au qestions sur les
réponses . Ele prend des leçons d' échange, en acceptant de
ne plus dominer,
É
videment. nous l'avons précisé au comencement de
cet essai, les problèmes exposés dans le cous de cet ouvrage
n'y sont pas résolus une fois pour toutes et pour des intelli­
gences gelées . D'une cerane façon, beaucoup de qestons
.54
naissent à l' heure où ce parcours s' achève. Il appartient au
lecteur de déceler. autant qe possile. les limites de la phi ­
losophie de Bachelard, lmtes dont les plus fagrantes sont
ainsi repérables le philosophe ne se départit pas d'une phi­
losophie du suj et de la vérité, et cela même s'il postule 1
suj et en devenr :, dans le thème de la cité des savants . il
s' aventure j usqu' au point où il importerait de penser le pro­
cès social de la conaissance. mais il s' arête top tôt :. le
thème de la nouveauté devrait probablement être pro­
longé. dans la voie d' un hyothétique nouveau nouvel
esprit scientifique ^ . Laissons au lecteur le soin de prolonger
encore des critiques qui se font j our deci- delà et qi méritent
d'être prises au sérieux. La biblographe indiquera quelques
pistes supplémentaires .
55
B n (
Biogl'a
p
hie et réseaux d' infuence
Gaston Bachelard. 1 884- 1 962
Il est devenu presqe trop aisé de se remémorer les dates
de la vie de Bachelard. En 1 984, implantées dans sa région
d' origne, la Bourgogne, les œuves de commande publique
de Klaus Re (à Lusigny-sur-Barse, sur le canal de
l 'Aue, une œuve célèbre l' eau - principe féminin - et
l'univers - principe de tension masculin) , de Mario Merz
( dférée) , de Eugène Van Lamsweerde ( évoqant l'air, à
Langres) et de Berard Pagès ( attachée à la terre, aux ceps
de vgne) commémorent le centenaire de sa naissance. On
oubliera d' autant mois sa présence régionale qu' une cer­
taine immortalité lui est acquise, qi est constituée de noms
de rues (Dijon) ou, ailleurs, de secteurs universitaires
( Sorbone, mais aussi Villeneuve-d'Ascq) .
Plus généralement, l a vie et la pensée de Bachelard
appellent une biographie moins chronologique que sociolo­
gique. Il est plus intéressant de signaler des passages ou des
tajectoires que d' opérer le relevé des traces mémorielles
consignées. Passage, par exemple, de la campagne (Bar'-sur­
Aube) à la ville ( Dijon) , du statut de provncial à celui de
parisien, de l'école républicaine ( m
e
République) à l'uni­
versité, etc. Autant de moments d'un déploiement, qui favo­
risent la renconte avec des expériences diférentes (l' arti­
san, le forgeron., les mœurs culinaires.) les collègues, etc. ) et
qui accompagnent, mieux encore, des rectifications de la
56
pensée constatables dans la biliographie qui suit. Autant
de moments qui donnent à sa formation autodidacte en phi -
10sophie un relief particulier, puisqu' elle ne lui impose
aucune affiliation à une école.
La carrière de Bachelad, atyique, s'articule à plusieus
pivots autour desquels les commentateurs s' accordent.
L'ancrage d' abord employé des Postes avant-guerre ( º la
Phosophe du non ? . p. 44) , i passe le concours d'igéneur
des Télégaphes, achève une licence de matématqes
( 1 91 2) , devient professeur de physique. pus en 1 920 passe
une licence de phosophe, et en 1 927 sa thèse ( dédée à Abel
Rey) . Si ente 1 929 et 1 934 ( de Bar-sur-Aube à Dij on, où i
remplace Henri Gouer qi assuait la tâche depuis Troyes,
où il était professeu) ., ses recherches cement l' ensemle des
dfculés et des obstacles philosophques (le ratonasme, le
positivsme, la psychologie) opposés à la pensée scientique,
eles font naître de multiples notons q porent encore la­
gement les taces de la culte phiosophique acquse. C' est
en 1 934 (Dij on) que s'afent les notions les plus pro­
bantes de l' épistémologie bachelardenne les notions de
nouvel esprit scientique obstacle dialectique
Puis, entre 1 940 et 1 951 ( de Dij on à Paris- Sorbone, où i
succède à Abel Rey, à la chaie d'hstoie et de phosophe
des sciences ) , le tavail suit ue nouvelle orentaton, q
associe, cette fois, épistémologie et hstoie des sciences, il est
d' aileurs nommé, à cete époque, directeu de l'Institt
d'hstoie des sciences et des techniques ( fondé en 1 932, pa
l'Université de Pas ) , avant d'enter à l'Académe des
sciences morales et poltques ( 1 955) .
Mais . parallèlement à la traj ectoire sociale et à la réali ­
sation de l' œuve exclusive de références politiques.
j usqe dans les actions de citoyen de Bachelard, malgré tout
conseiller municipal dans sa vlle -'. l'ipact intellectuel du
travail de Bachelard s'étend (les rados s 'intéressent à lui, et
nous conserons quelques enregistements ) . Nous disposons
de nombreu témoignages sur ce plan .. certains sont rap­
portés drectement ( élèves. amis. proches ) .. cerains corres­
pondent à des récits de seconde facture. D' autres se consta­
tent en mesurant l' augmentation du nombre d' ouvrages
comentant les travau de Bachelard ( avec des pointes très
nettes en 1 938. 1 956 et 1 962) . On pourrait aussi relever les
références faites à Bachelard dans les ouvrages d'autres phi­
losophes par exemple, Sartre le cite dans l'
Ê
tre et le
Néant » ( p. 639. Paris. Gallimard, coll. º Tel » ) . tandis que
Bachelard lui répond dans l'Activité rationaliste
(p. 80) .
É
voqons qelques cas fagrants de cete º infuence »
d'un esprit qui a appris qe l' on ne se forme qu' en se réfor­
mant.
Le groupe des peites Cobra ( 1 940) s'ispie de la lectre
de ses ouvages . S' élabore ainsi ue peinture de la matière où
l'imagnaton actve q pénète au plus profond de la matère
permet une aute sorte de rêverie. L'artste Pol Bury témoigne
lagement de la relaton ente ses propres recherches et la lec­
ture de l' œuve du phlosophe. Signalons.. en passant, que
Bachelard n'a j amas dédagné comenter les œuvres d'ar­
tstes dont i appréciait le tavail (Aler Flocon)
.
53
T convient de relever aussi le rôle hstoriqe positf que
l'œuvre de Bachelad Ü pu rempl auprès de nomreu pho­
sophes mastes pendat une pérode q couvre en gos les
anées 1 945- 1 953 en efet. la daectsaton deC catégories de la
rason et la liason ente phosophe des sciences et pratques
scientqes .. mses au premer plÙ pa Bachelad ces anées-là.
ont pers ue crtqe matéraste du spirtuaisme (Bergson ..
Blondel, Lavelle .. etc. ) . sous la couverre de ce tava pho­
sophqe. Pus .. des penseus orgaux se détacheront dans cette
voie, q doivent à la lecte de Bachelad des impusions qu'is
lu reconassent d'aleus.
Dans le même ordre d'idées. si Bachelard n' est pas par­
ticulièrement intéressé par la question des sciences sociales
(à peine efeurée et encore négativement dans quelques
textes ) .. il Û tout de même considéré que la sociologie., le
droit. l' histoire étaient des sciences constituées . On ne
s' étonnera pas de voir de nombreux chercheurs , dans ces
champs du savoir. tenter de mettre les notions de l' épisté­
mologie bachelardienne au service de la défense de ces
sciences . Pour un Pierre Bourdieu qui utilise abondamment
Bachelard dans l ' exposé des règles du Métier de socio­
logue ( Mouton/Bordas , Paris 1 (68) , il faut compter des
ethnologues., et des épistémologues de toutes sortes
( surtout à une époqe où chacun cherchait à faire passer
son domaine de recherche pour s cientifique) . Michel
Foucault, Jacques Lacan. Louis Athusser. chacun pour son
compte saura se servir de ces éléments pour penser. à une
époque d' ailleurs où les intellectuels ne s' occupent plus de
leurs engagements . mais de leur savoir. À l ' exception tou-
U ¬ t
tefois de la psychologie qu souffre d' une surcharge de cri­
ti ques évidentes. fort bien résumées par Georges
Canguilhem. dans ses « Etudes de philosophie et d'histoire
des sciences ( Vrin, Paris 1 970 ) .
En, LÌ ne sauat ignorer que le domaine de la crtqe
ltérae ft longemps taversé pa lusage du vocauae
bacheladien. Roland Barhes, dans les Essais critqes
(Seu Paris 1 964) , raconte coment i en est venu à utser
l' épistémologie de Bachelad, mais de nomreu autes cri­
tques , pou ne pas l'avoir avoué, sont demeurés tutaies du
même chap de pensée.
Une ulte rmqe L peronae du phosophe constt
pa Bacead a f par ipire l BD cf 1. -G. Mézèrs et
P Cst, Valérian agent spato-temporeL « Métro Châtelet
- Diecton Cassiopée ? . Dargaud, Paris 1 980.
60
B I B L I O G R A P H I E
1 - ŒC VRE S P R I N C I PA L E S DE GA S TON BA C HE L A RD
Les premiers ouvages sont centrés sur les seules questions
scientifiques et leur actualité.
« L' Intuition de l'istant » .1 932., DenoëL Paris 1 966.
« Le Nouvel esprit scientifiqe » 1 934, PU Paris 1 9"1 .
1938 est ue date centrale. un nouveau thème intervent et
donne forme à des recherches q s' enchevêtent avec les précé­
dentes ( elles-mêmes restructurées autour de la notion de tavail)
le thème de l'imagiaton ou de la psychanalyse de la conaissan­
ce comune.
La Foration de l' esprit scientfique 1 938, Vrin, Pais
1 972.
º La Psychaalyse du feu » . 1938. Gallimad. Paris 1 965.
« Lautéamont » 1 940, Cort, Paris 1 963.
« La Philosophie du non » 1 940 .. PU Paris 1 966.
Puis , commence un aandon de l a psychanalyse au profit
d' une poétique, ue nouvelle manère d'analyser les images, et ue
conjonction de l' épistémologie avec le thème d'ue histoire des
sciences , constitutif d'ue º tlogie ratonaliste « .
« L'Eau et les rêves » , 1 942, CortL PÜis 1 965.
« Le Rationalsme applqué» 1 949, PU., Paris 1 966.
61
º L 'Activté rationaliste de la physique contemporaie » . 1 9; 1 -
Vri. Pari, 1 965.
Le Matérialisme rationnel » . 1 953. PUF Paris 1 963.
L' œuve proprement épistémologique est désoras suspendue.
La Poétiqe de l'espace » . 1 957 PUY Paris 1 964.
º La FlÜ e d'ue chadelle » . 1 961 . PUY Paris 1 964.
Œuvres posthumes.
Études présentation de Georges Canguem. Vr, Paris
1 970.
L'nga
g
ement rationaliste
Canguilem. PUF Paris 1 972.
recueiL préface de Georges
2 - QUE LQUE S O U VRAGES PO RTANT S UR L' ŒUVRE
DE GA S TON BA C HE L A RD
Caguilem Georges. º Étdes d'histoire et de phosophie des
sciences » .; Vrin, Pas 1 970.
Gi Didier. Bachelard et l a culture scientifque PUF
Paris 1 993.
Hypolite Jean, Figures de la pensée philosophique IL
PU Pais 1 99 1 .
Lecou Domnique. l'Épistémologie historique de Gaston
Bachelard ª. Vr. Paris 1 970.
Nouvel Pascal ( sous l a drection de) . Actuaté et postérités
de Gaston Bachelard ª . PUF, Paris 1 997
Quillet Pierre, Bachelard » , Seghers, Paris 1 964.
62
T A B L E D ES MA TI È RE S
I NTRODUC TI Ol
Un monde sas profondeu
PREMI ÈRE PARTI E
Le nouvel esprit scientifiqe
DECXI ÈME PARTI E
Les obstacles épistémologques
TROI S I ÈME PARTI E
La dialectique
CONC L CS lON
La cité des savants
Biographie
BI BLI OGRAP HI E
.
p
.
3
. p.
. p.
. p
.
35
. p. 48
. p. 56
. P 6 1

Christian Ruby

BACHELARD

'Quintette

La collection

Philosopher»

est dirigée par Jean-Paul Scalabre

Éditions Quintette
5. rue d'Uzès -:'5002 Paris Tél. 0142362662

Tous

droits réservés

Éditions Quintette

Pari s 1993

Dépôt légal octobre 1998 ISBN 2 36 850 078 1 ISSN: 11472839

tant d'essors demeurent envisa­ geables.INTRODUCTIOt\ Un monde sans profondeur Comment ne pas être frappé par l'appétit de l'existence réveillé. en s'enfermant sur eux-mêmes. exister en résonance avec leur puissance plutôt qu'en s'isolant ou en cédant à la convoitise convenue d'acquisi­ tion des biens. l'affirmation d'une joie générale qui. en réorganisation constante de soi. Néanmoins. Paris 1963 ). à l'encontre des états de repos tant appréciés par les esprits qui ont perdu tout enthousiasme. par les ouvrages de Gaston Bachelard (188-t-1902) ? C'est que ce dernier tient à sou­ ligner.. à l'in- . certains hommes s'acquittent parfois de leurs tâches avec réticence. s'il célèbre le monde avec volupté (appétit et gourmandise). ce 11' est certes ni dans le but de maintenir toutes choses dans une durée monotone ou. Dans un tel monde. sans ignorer la présence de souffrances réelles. au contraire. Ils devraient apprendre. à cultiver leur goût de vivre parmi les multiples objets qui composent ce monde. Ne vaut-il pas mieux. inachevé et inachevable. laquelle nous entraîne à sombrer dans l'en­ nui des accumulations? En somme. à chaque lecture. parfois avec versatilité. en effet. Bachelard valorise le déploiement d'un eplcurisme actif ( << Lautréamont »'. rend cependant hommage à un monde dans lequel tant d'opérations et d'activités . son adhésion à un monde animé et foisonnant. Corti.

élargit de plus en plus son horizon. Il compte plutôt tirer profit des actes qui abolissent les mondes périmés. sauter au­ delà de ce qui est seulement et nous enfl amm er assez pour nous donner le goût de l'inconnu à construire et de l'incertain à accomplir. puisqu'il est question ici d'une pédagogie de la raison. gagne en puissance de réalisation et devient promoteur. il est vrai.par la pratique scientifique elle-même et par la réflexion sur cette pratique (l'épistémologie) notre esprit. bref le goût des discontinuités. il entre en relation directe avec l'œuvre humaine à laquelle Bachelard voue son admiration le savoir scienti­ fique qui surmonte les résistances envers les concepts et rectifie nos démarches intellectuelles grâce à des vérités prouvées. ce monde-là ne met-il pas toute sa gloire à provoquer les habitudes et à secouer les images premières qui nous imprègnent? De ce fait. le courage de remettre la pensée en question. de découvrir de l'in­ édit et d'engager des ouvertures sur l'avenir? Plus encore. Le savoir en cours d'élaboration ne donne-t-il pas constamment l'ap­ pétit d'entreprendre des démarches. n'hésitons pas à affirmer qu'existent des concep­ tions du monde auxquelles il est impératif de dire « non! Des pensées novatrices pourraient-elles commencer à exister sans de tels refus? En prenant nos distances avec la répéti-t . Lorsque enfin nous sommes saisis par la culture scienti­ fique .II verse. À l'encontre de ce qu'en dit l'opinion. dans l'éphémère dont la fuite déchante déjà ni pour valoriser une opinion pesante qui se traduirait par son enfer­ mement dans le cumul de ses intérêts.

tout en reconstruisant/réorien­ tant dialectiquement notre esprit. nous arriverons. s'in­ terdisant de connaître quoi que ce soit.. vers un plus-avant. n'avons-nous pas substitué à cette aspiration aux devenirs vitaux et aux changements une figure du monde construite en épaisseur. Que de fois. que le monde correspond à l'image qu'on s'en fait et que l'homme est donné à lui-même? Certes... à nous défaire des entraves imposées aux aven­ tures de l'esprit. il faut du temps . ne croient-elles pas que tout est déjà acquis. et en conséquence elles fabriquent leur propre malheur. Elles se coupent de toute instruction possible.tion du déjà-dit}) séduisant. elles le croient. le monde ne rechigne pas du tout à collaborer à sa propre connaissance:. vers un au-dessus » (( la Flamme d'une chandelle PUF. Paris 1961. 111). sans aucun doute. Encore convient-il d'accomplir l'effort d'en construire les phénomènes. p. c'est sa surface. Les têtes paresseuses. ne percevant dans les objets que leur utilité. où elles n'entrent plus dans ces polémiques fécondes au cours desquelles s'af­ finent notre capacité à agrandir le champ de notre savoir et notre vive approbation d'un devenir joyeux. un substantiel fond énigmatique en attente de révélation? En vérité. soupçonnant que sous des apparences se cachent les secrets d'une véritable profondeur. Elles s'affaiblissent dans la mesure où elles n'ont plus la patience de se mettre à l'étude des phénomènes. précisément.. Certes. avec les formules qui empri­ « sonnent le devenir dans le naturel» les classifications défi­ nitives' les découpes factices du monde et la soumission de la pensée aux ségrégations dogmatiques. elles perdent le sens de la tension « vers un avant.

que le savoir ne réside guère dans une représentation du monde. l'ouverture sur des potentiels nouveam:. qu'il ne se résout pas à n'exprimer que des opinions conformes. qu'il ne satisfait jamais la molle cer­ titude d'avoir à creuser le monde. Notre tâche décisive consiste moins à réorganiser le monde qu'à recréer cet esprit. Tout compte fait des expériences aux­ quelles nous pouvons nous livrer. Lorsqu'on se prend à rêver des mots. Chacun peut-il se rendre pleinement compte de cette particularité du monde vivant et du monde de la culture les transformations. qu'on se fie à sa plastique grâce à l'es­ thétique des poètes. par analogie. Dès lors. à l'encontre de la naïveté de l'opinion. comment ne pas comprendre. il nous encourage à élargir notre monde. L'allégresse inves­ tie dans le savoir favorise. ce qui est brouillé.\ C HE pour surmonter notre incapacité momentanée à saisir notre ignorance essentielle. reprises et réussites. y sont déterminantes? Oui si.B . on saisit fort bien. et le langage s'installe dans la vie et le rythme des mots. mais s'exerce dans la vérification de ce que nous voulons en 6 . à déformer ses acquis afin de le revivifier. Notre esprit relève d'abord du désordre. ébauches.. à penser autrement. ce ne sont pas les choses. la trame du langage n'est-elle pas ramenée d'abord à des entre­ lacs de formes et de sons? Qu'on l'approche de manière acci­ dentelle ou ludique. chacun envisage le langage comme un signe certain de cet élan. par exemple. cela va de soi. englobant échecs. mais le regard que nous portons sur elles. dans leur indiscipline. En cernant de près ce dernier. En cela. qu'il ne représente ni ne reflète les choses.

dire; que l'essentiel de la culture scientifique. ce ne sont pas les résultats acquis. mais les montages que l'on opère et grâce auxquels on progranune de nouvelles recherches? BreL si le langage nous apprend que l'esprit doit être sans cesse rendu à son animation, la culture également doit être maintenue active et chaleureuse, imaginative. Pourquoi ne pas affirmer que la générosité du penseur se reconnaît en ce qu'il est susceptible de se faire le rêveur de mondes envisa­ geables, en se nourrissant du goût de l'échange entre les hommes, entre les choses.. entre les disciplines? Peut-on mieux vanter les mérites de ce qui ouvre et libère qu'en s'attachant à la joie prise à la culture scientifique? Dans la mesure où cette dernière tient sans cesse l'esprit en éveiL installe la raison dans des crises permanentes, on est sûr de demeurer, grâce à elle, en situation d'émerveillement épistémologique.

EL

s'il existe, sans doute, d'autres raisons

pour présider au choix de sa carrière d'épistémologue, il en est une impossible à passer sous silence. Bachelard - assu­ mant un certain héritage de l'école républicaine - aime que l'épistémologie se mue aussi en une pédagogie de la raison, à l'instar de la contribution de la science moderne à la défi­ nition de valeurs culturelles. D'ailleurs .. il commence sa tra­ jectoire philosophique au moment même où les sciences de la matière rectifient leurs stratégies: le jeune philosophe d'alors ne pouvait guère ne pas chercher à éprouver la beau­ té de ces vérités prouvées. Il n'achèvera point cette carrière sans voir s'amplifier encore les changements dans les activi­ tés scientifiques. Deux caractéristiques y sont centrales les travaux scientifiques mettent la raison classique en cnse.
7

BAC

exigent une reconversion de l'esprit; le vieux savant solitaire disparaît au profit d'une division du travail de la recherche, de la constitution de laboratoires équipés, au point que la science s e constitue en véritable cité.

À cela s'ajoute que Bachelard, décidant de statuer sur la seule culture scientifique puisqu'elle lui suffit à dessiner le modèle général d'une libération, d'un exercice de la volonté et d'un rapport mu: autres, demeure aussi le contemporain perspicace des autres révolutions intellec­ tuelles de la modernité une certaine psychanalyse, une attention spécifique au langage dans la poésie surréaliste. dont il alimente sa réflexion.
Une précaution, maintenant, s'impose . Une présenta­ tion de la philosophie de Gaston Bachelard ne saurait se retourner en une sacralisation. En matière de p ensée, il n'est guère de référence absolue, seulement des amers qui, bien choisis, apprennent à interroger les catégories dont nous héritons avec trop de respect. En nous rappelant à la tâche de penser, ces amers nous extraient de notre paresse. Tel doit être le cas, ici. En marge d'une démarche géné­ tique qui rechercherait les sources et les contrepoints de ses thèmes chez Spinoza, Kant, Comte, Bergson, dans la phénoménologie ou ailleurs, la reconstruction logique de la p ensée de Bachelard entreprise dans ces pages à partir de trois concepts centraux le nouvel esprit scientifique, l'obs­ tacle épistémologique, la dialectique - vise surtout à favo­ riser des questionnements .
-

8

P R EM IÈR E

PART IE

Le nouvel esprit scientifique

Au cœur d'un style qui atteste d'une volonté de congé­ dier les certitudes du langage et d'élever les termes philo­ sophiques à la hauteur des innovations en cours dans la cul­ ture scientifique, un parti pris saisir désormais à bras le corps le monde culturel en acte, ne pas hésiter à battre en brèche les réticences et les déceptions devant ce qui change. Se mettre à l'écoute de ce qui s 'énonce désormais et appré­ cier ce qui s'accomplit (y compris, faut-il l'aj outeL dans les médias ) contribue, en effet. à suspendre l'isolement abstrait de celui qui croit déj à tout savoir sans avoir fait d'effort:. à réfuter ces images premières trop répandues, par le prisme desquelles le monde est regardé, et du fait desquelles on répète des propos anciens ou on perpétue sans réfléchir l'autorité de la parole des grands ancêtres. Finalement, on se prive ainsi de la puissance de découvTir de l'inédit. Or. il importe de soupeser,. dans le contemporain, les crises qui le mettent en mouvement,. et d'y ressourcer notre culture. En accordant que le monde s'affirme dans la négation. notre rôle est mieux appréhendé. Nous devons œuvrer nous aussi. Nulle durée, nulle permanence ... Soyons soucieux d'ap­ prendre à succéder en nous ouvrant à ce qui surpasse ce qui est seulement.
9

p ar conséquent aussi aux événements et travaux qui les déstabilisent. Mieux encore. l promeut une culture grâce à l'intelligence entreprise des évé­ nements ou des phénomènes qui contredisent les vérités reconnues. La modernité engendre des sciences déployées moins autour de constats qu'autour de projets . dans le registre des sciences expé­ rimentales et mathématiques des événements correspondent à de véritables avènements . Il l n'est question ici que d'engagement objectif. Cet angle d'attaque lui permet d'ailleurs de constater le décalage existant entre l'ouverture des frontières et les réorganisations provoquées par les pratiques. de l'autre. et les discours philo­ sophiques répétitifs de quelques-uns au sujet de l'intangibili­ té des règles de l'esprit scientifique. dans l'ordre savant de la pensée. Chaque COIl11lencement prodigue à nouveau sa vigueur à la pensée. Bachelard se passionne d'emblée pour les pratiques des sciences modernes et les conditions tech­ niques qui les renouvellent. car on peut éradiquer la croyance en l'existence d'un commencement absolu du savoir. 1 930 tandis que dans les autres sphères sociales se répand la crise de 1929. Il laisse provisoirement à l'écart les anciennes interprétations philosophiques des sciences .Cela ne s'entend évideIl11lent pas en un sens intimiste. à re-commencer plutôt. au sein duquel s'exercer à COIl11llencer. Elle entre dans une par10 . En réfléchissant les ébranlements engendrés au cœur de son époque. d'un côté. Et cela depuis 1 905 au moins . il relève que les pratiques actuelles destituent les fondements traditionnels qu'on persévère à leur associer... Commencer signifie assurément se confronter aux acquis et aux habitudes de la culture de son époque.

Leurs objets définissent des projets. il s'agit d'évoquer là.faite méfiance envers la culture de l'esprit héritée de l'état positif pris pour le dernier état des savoirs comme envers le positivisme philosophique qui l'accompagne en sacralisant des résultats. d'une certaine façon. des techniques novatrices. Toutefois. la crise de la relativité ou encore la théorie des ensembles et les géométries non -euclidiennes. la mécanique ondulatoire. Que présente la modernité? En premier lieu. En delLuème lieu. créent des réalités nouvelles. non sans les muer bientôt en bases pour de nouvelles recherches. Les sciences modernes ne reflètent donc guère passivement un monde extérieur qu'elles vénéreraient. suscep­ tibles d'être converties en synthèses promotrices d'autres recherches encore. elles appellent l'esprit à vérifier des objec­ tifs. elles ne se satisfont d'aucun acquis. En pratique. ce sont des théories matérialisées dont on attend qu'elles provoquent des phénomènes irrecevables sans el les . les nouvelles structures chimiques de la matière. des phénoméno­ techniques qui provoquent les phénomènes grâce à leurs appareils au lieu de les constater fortuitement. 11 . à l'énumération desquelles il appa­ raît que les instruments scientifiques n'ont plus l'allure d'outils impassibles:. le développement de pratiques inattendues. des résultats inespérés qui. même si le lecteur n'a éprouvé par lui-même aucun de ces savoirs. Leur leçon il n'y a pas d'état définitif du savoir. En troisiè me lieu. du moins ne doit-il pas hésiter à déchiffrer ces références comme suit les sciences modernes définissent un nouvel esprit scientifique. de la même manière que leurs concepts cernent des opérations. succes­ sivement.

. p sychologisme. Une philosophie ancienne règne encore. Qui peut croire encore que la réalité dont le discours scientifique est censé rendre raison est donnée dans le vague d'une expérience pittoresque. Ne convient-il pas de soutenir que des principes d'analyse différents devraient structurer la philosophie des sciences ? La philosophie ancienne semble refuser de se mettre à l'école de la science contemporaine. Comme si rien n'avait changé. La culture.pourquoi pas? . Elle dresse le portrait d'une connaissance objective procédant par simple observation et semblant témoigner de l'existence d'un réel qu'elle se contenterait de montrer. à entendre la plupart des discours philo­ sophiques portant sur les sciences (positivisme. là où les connaissances se sont rénovées. inversement. bergsonisme). Au fond. 1:2 . à elle attachée. les mythes immuables d'une raison close sur elle-même. on note avec surprise la répétition à satiété de telles convictions. résiste naïvement à la reconnaissance des généralisations de la pratique scientifique actuelle. que la raison est agencée une fois pour toutes? Pourtant. ou.que d'autres réalisations demeurent encore envisageables . néo-kantisme. étendues en suggé­ rant .B Face à de telles réformes incontournables du champ des recherches. elle reproduit sans zèle particulier les solutions philosophiques dépassées de pro­ blèmes scientifiques périmés. comment ne pas être captivé par la souplesse et l a mobilité de l'esprit scientifique? L'activité scientifique ne p eut plus être décrite avec des catégories toutes prêtes que l'on se satisfait de lui appliquer sans tenir compte des changements en cours.

déjà pourvu des catégories indis­ pensables pour comprendre le réel. en fermant la porte à des modifications théo13 . Citons les principaux Le primat d'un sujet pur de la connaissance. Elle poserait l'identité rationnelle des choses en s 'in­ terdisant de penser une prospection ou un élargis sement des recherches. Le s avant déploierait une vision adéquate des choses. en les regardant platement. Ses concepts seraient des êtres déterminés une fois pour toutes . comme un fragment de substance dont les propriétés seraient énon­ çables en les apercevant: il serait p o s é dans toute sa teneur. l'autorité de la pensée serait dévolue à un sujet individueL baignant dans la vérité qu'il produit:. un sujet impérial. en retard d'une mutation de l'intelligence scienti­ fique alu:quels elle tient et qui la rendent aveugle. Une loi qui viserait à én oncer l'essence des choses. Somme toute. il bâtirait son dis c our s à partir d'un voir contingent.. Un désir de connaissance rendant à l'homme le service de relier le sujet et l'objet grâce à des règles générales de rai­ sonnement. lançant une lumière instantanée sur les choses qui l'entourent: si la connaissance procédait ainsi.On ne peut qu'être frappé par quelques . lais­ sant de côté les détails inutiles ainsi que les variations pos­ sibles . sans requérir de construction. Un objet de connaissance donné d'avance. Connaître consisterait à constater des faits ( détachés de leurs conditions techniques d'examen et d'in­ vestig ati on) à partir d'hyp o thès es qui ressembleraient à de simples suppositions vagues.uns de ces mythes .

. absolue et définitive. assurant aux s ci en c e s leur unité dans la Science.. l'évocation de ces mythes épistémologiques suffit à souligner que les solutions philo­ sophiques anciennes placent la philosophie en posture de dicter ses critères aux sciences . le plus souvent. Elles s'interdisent de travailler sur les constructions. à une langue bien faite. centré sur les fonc­ tions du sujet de la connaissance. le nom de « méthode » . la connaissance s'effec­ tue-t-elle. Car où trouve-t-on ces faits aux­ quels elles renvoient? Sans doute. Que ce modèle finisse par faire croire que les sciences sont réductibles au seul langage.riques essentielles qui pourraient propulser les travaux du comment? à un pourquoi pas? Un modèle unique d'universalité. et ce sont les conditions expérimentales de la connais ­ sance qui se trouvent vidées de leur force épistémologique! Même brossée à grands traits. De lui découlerait une seule norme de raison. mais où se place ce face-à-face mécanique du sujet et de l'objet? Disons-le en d'autres termes La pensée scientifique moderne dispose-t-elle de la philosophie qu'elle mérite? D'une philosophie qui ne se vouerait pas à la défense d'un . de «catégorie ou d'« expérience le rôle à lui attribué demeure identique favoriser l'adhésion à l'image d'une systématique de l'ordre expérimental. Que ce modèle prenne. tandis qu'elles fraient avec la réduction de la connaissance scientifique à la connaissance commune. les remises en cause qui risqueraient de leur ôter leurs prétentions. Ces solutions posent l'objet de la connaissance avant la connaissance.

par les objets nouveaux qui dérogent aux synthèses acquises. Au fond. s e pluraliser. trop de philosophes repetent indûment des propos entendus ou considèrent encore que le monde dans lequel nous pensons reflète le monde dans lequel nous vivons (<< la Philosophie du non » p. à l'égard de laquelle Bachelard ne mâche pas sa réponse Non. celui de la connaissance scienti­ fique classique : d'une philosophie moins polarisée dès lors sur des résultats ou des affirmations définitifs que réactivée sans cesse par des réexamens et des variations d'une philo­ sophie qui ne se contenterait jamais de s'enfermer dans ce que l'on connaît. se diversifier (<< la Philosophie du non » '. Paris 1940. p.. pour se caractériser par la recherche: d'une philosophie qui aurait le souci de troubler les inspirations ancrées dans l'exaltation de substances figées afin de rendre aux concepts leur valeur opératoire ils ne désigneraient plus des substances qu'il faudrait pénétrer en se transportant dans leur cœur. Ils prennent des 15 . les deux derniers préfixes exprimant la capacité de la connais ­ sance à s 'étendre. qui reconnaîtrait que les sciences demeu­ rent seules productrices de leurs propres normes de vérité ? Redoutable question. la pensée scientifique ne dis ­ pose pas de la philosophie qu'elle mérite! Aucune philoso­ phie ne s 'implique dans les troubles occasionnés par les recherches actuelles . en outre. PUF.modèle de science périmé. 11 0) . mais des sur-stances ou des ex-tances. Aussi comprend-on qu'il en veuille aux philosophes dont les thèses impriment une force de clô­ ture à l'esp ace vivant de la pensée. 70) d'une philo­ sophie...

Ils se livrent aux obligations de la vie et de l'opinion. Ils affichent une sérénité morbide de la raison et enjoignent le savoir de se plier à ses con ditions . parce qu'on prétend déduire le nouveau du déj à connu. Comment ne pas en vouloir à des discours aussi sommaires ? Si de nombreux savants finissent par maltraiter les philosophes. qu'« il n 'y a de science que du général » . Du moins est-ce d'autant moins important que chaque penseur se fabrique inévitablement une image frappante de ses ennemis théoriques. dans la plupart des cas. tout justes bonnes. Ils croient que l'opinion peut déboucher sur le savoir.dont les spécialistes sont parfois fondés à corriger le mal-traitement à eux imposés 16 . Henri Poincaré ou Léon Brunschvicg . Il reste que.) orga­ nisatrices de l'expérimentation. à confirmer des connaissances élémen­ taires et assoupies . sur ce terrain. 55) ' Qu ' il soit possible.habitudes de pensée pour la seule pensée envisageable..auxquelles manque le sens des limites et des rebonds. André Lalande. sans vigilance et sans satisfaire les besoins de réforme permanente de la raison. p . des philosophes aussi prestigieux que Emile Meyerson. d'évoquer des noms historiques n'est pas le plu s important. emprunté à Aristote. à rendre pertinentes leurs catégories . à l'époque. c'est bien parce que ces derniers ne songent guère à clarifier leurs raisons. Ils prétendent mettre de l'ordre dans les choses sans référer aux fonctions (ré . Ils s'installent dans des idées générales sous le prétexte.. Ils dressent des systèmes desquels sont exclues les modifications profondes. Étonnons-nous qu'aux yeux du s avant « seuls les philosophes pensent avant d'étudier » (<< la Fl amme d'une chandelle ".

par Bachelard insistent. sur les fonctions générales d'un esprit. ils ont poussé à la constitution d'un rationalisme statique et dogmatique . centrons la philosophie des sciences sur l'invention rationnelle: ahan­ donnons les principes finalement réducteurs et engageons­ nous dans la reconnaissance du travail effectif des savants et des recherches scientifiques. .. reflétant la structure immuable de l'esprit humain.») sans dis­ cernement. il existerait en la rai­ son une logique supposée éternelle. dans les discussions philo­ sophiques touchant la science. les sciences sont réduites au simple énoncé de formules passe-partout. Ils ont ainsi préjugé des forces d'un rationa­ lisme qui n'a jamais supporté d'être dérangé. . p . résultant d'un automatisme du rationneL de recettes propres à informer n'importe quelle expérience « < le Rationalisme appliqué PUF Paris 1 949. l'idée s'impose désormais d'elle-même ces­ sons de croire en une raison constituée avant tout effort de rationalité (<< le Rationalisme appliqué p. 9). en vertu des quelles un certain type de raison est exalté à s atiété et mis en posture de juger uniformément les pratiques scientifiques le phi­ losophe serait seul habilité à énoncer les conditions de vali­ dité de la connaissance scientifique:.. au sein desquels notre raison fonction­ ne autrement . au demeurant formel et abstrait. Ils semblent manquer d'entraînement pour aborder les problèmes des sciences modernes. A contrario. À ce prix. De là ces prétentions. En répétant inlassablement un discours particulièrement aveugle.

Penser à la hauteur des sciences du présent. à en révi­ ser les termes.B Ce renversement de perspective dessine une pOSitIOn inédite. avec elle-même et avec les sciences qu'elle fortifie. Conduit à disqualifier le rationalisme clos. féconde. de leur engagement dans des constructions rationalisantes.. le nouveau dis­ positif doit saisir leurs dynamiques d'animation. les indices de sa vivacité. Puisque ces théories induisent des valeurs de recherche de plus en plus étendues. leur activité et en conséquence. sa puissance de réforme. dans les sciences. Dans le contexte de l'époque. 18 . Corti. nul ne peut échapper à la nécessité de « rendre à la raison humaine sa f'onction de turbulence et d'agressivité » (<< l'Eau et les rêves ». 7). Bachelard s'efforce de susciter un événement philosophique décisif. sa volonté de se réaménager sans cesse. sa capacité à prendre des risques. Une raison polémique avec son propre passé. p.. Ce dernier doit s'attacher à souligner. son oscillation dans les franges de ce qui est connu . comme par ailleurs dans notre propre contexte. sa capacité à devenir. elles invitent à solliciter en la raison sa puissance d'application et d'extension. Dans les cristallisations des théories scientifiques. voilà la tâche! Au point où en sont les sciences de leur travail de culture. elle aussi . dans l'esprit scientifique... D'où également une redéfini­ tion de l'objectif de la philosophie des sciences déceler. Paris 1 942. ses fonc­ tions polémiques. dans la philosophie. de leur perspicacité à faire apparaître des phénomènes dans des expérimentations. c'est à la définition d'une raison polémique qu'il faut s'attarder.

d' une science qui porte la mar que de l'a ction h umaine. le r ationalisme ouvert fait dr oit à une philosophie que sa relation au vif des questions sc ientifiques maintient dans une capacité à honorer une création conti­ nuée propulsée par la raison humaine. et qui vaut au savant cette devise sans cesse reconduite «Demain. de rien de parl er sur ce mode le travail scientifique si aucune philosophie ne pouvait conférer une capacité de récurrence et de prévision à c e s pouvoirs de la re cher che Dès lors.. c'e st qu'elle ne pratique pas le définitif. etc. En s'essayant à établir la dyna­ mique essentielle du nouvel espr it scientifique . Cette expression. 123). conscience d' une science rectifiée. phénoménotechnique.quoi s agit il plus précisément? De déterminer. n'éclaire pas la seule situation présente. De ce rationalisme ouvert. normalisante « < le Rationalisme appliqué p.expression qui donne lieu à un titre d ou vrage -. la visée éternelle.. l'assomption à une vérité posée 19 . Mais il ne servirait . je saurai. Bachelard approche le rationalisme p ar son pouvoir d'application et d'exten­ sion. en effet. résumée ci-dessus par De ' - les termes invention. ind ustrieuse. Elle veut certes qua­ lifier une philosophie différente dont la source n'est autre que la pratique moderne des savants. rupture. par ses activités dont la première est de savoir recom­ mencer les opérations qui le cons tituent Ce rationalisme puisé aux sources mêmes de l'œuvre de savoir est la ' . on peut esquisser les contours à grands traits. un rationalisme ouvert. en en soulignant l'importance simultanément rétro spective et anti­ cipante. Si la science prend sans cesse un nouveau départ (<< l'a urais dû y penser» J. de l'action réfléchie.

absent de toute confrontation et dont les idées générales ne 20 . Dès lors que l'on travaille dans dif­ férents domaines scientifiques . à la faveur des rectifi­ cations et des réorganisations construites au cours de la recherche. l'exposition de ce propos peut revêtir une autre forme. En r occurrence. que la raison se caractérise comme un acte et un acte renouvelé.quelque part et dont il suffirait de désigner le lieu d'exis­ tence pour la happer . Un rationalisme ouvert. on se rend compte du fait que le sujet de la connaissance ne relève p as plus d'une quelconque pureté indifférente aux risques induits par sa mise à l'épreuve dans ses réalisations. De cela découlent d'autres conséquences en scrutant par ce biais les pouvoirs de la raison. dans ce contexte. trace les contours d'une raison qui se rectifie sans croire dis­ paraître parce qu'elle révise ses objets et ses procédures.et l'on pourrait ajouter à cela. que sa mise en œuvre demeure une fonction de sa capacité à ne pas se donner pour uniforme. Comment mieux dire que la raison ne définit pas une pure forme de l'unité­ identité couvrant toute situation et n'importe quelle expé­ rience du monde? Il est clair.. celui de mettre de l'ordre dans notre esprit. On voit même le peu d'intérêt qu'il y a à laisser persister la figure d'un sujet pur. de nos jours. il convient d'établir les éléments d'un effort effectif d'instruc­ tion de l'esprit humain.. le champ des sciences sociales on constate que la raison est toujours sollicitée de manière dif­ férentielle. Si l'on reprend les termes utilisés ci-dessus . et par conséquent joyeux. pour la clarté de la discussion qui va suivre.

mais comme un program­ me de recherche à ouvrir désormais « La culture scienti­ fique nous demande de vivre un effort de la pensée » (<< le Rationalisme appliqué » . à charge p our lui de savoir se maintenir dans le double rapport au dynamisme de l'ex­ périmentation et aux échanges avec les autres. que la notion de connaissance scientifique ne cerne j amais des connaissances acquises. La connaissance. Telle est la proposition b achelardienne. S 'il n'est pas un sujet constitué. se réviser. se mettre en cause. pour le maître. objet lui-même d'une production au cœur des polémiques par lesquelles des savoirs p rétendus. 214). Le suj et se trouve s ans cesse p lacé dans l'horizon d'une formation. Il devient opérateur. des convictions sont destitués au profit de connaissances scientifiques . Il n'est de sujet envisageable du savoir que celui qui apprend à se déformer. p . c'est qu 'il est sujet constituant de soi au cours de la construction des phénomènes p ar expé­ rimentation et dans l'acte d'échanger des raisons . les concepts qui lui donnent ses formes. La connaissance scientifique n'a d'intérêt scientifique que pour autant qu'elle se mue en règle destinée à permettre de découvrir du nouveau. 21 . des résultats engrangés une fois pour toutes et dont le suj et » se donnerait. ne s'offre pas comme un tableau de ce qui est connu.sont que des idées fixes. en définitive.

faire émerger. linéaire et continue entre ces deux connaissances. donc nouveau»? Outre la sug­ gestion selon laquelle la pensée ne saurait renoncer à s'ap­ pliquer à des objets originaux. une succession selon laquelle le nouveau correspondrait au dernier paru par prolongement ou déduc­ tion du précédent. Lançons-nous donc. favoriser la mutation du nouveau. d'un côté. elle rompt à un effort décisif de l'esprit pour se déga­ déformer. moderne.) dans les ouvrages de Bachelard? Et plus précisément. dans l'analyse du pro­ cessus de connaissance scientifique. grâce à l'an­ à une logique cumulative. etc. conquérir. ce vocabulaire ne se contente manifestement jamais d'insinuer une relation de pure suc­ cession temporelle. et rompre. Souhaitant en saisir les 22 . La connaissance neuve d'objets récem­ ment construits ne s'enchaîne jamais directement cienne conformément avec elle..DEUXIÈME PARTIE Les obstacles é p istémologiques Comment ne pas rendre l'oreille attentive du vocabulaire de la nouveauté à la profusion (nouveau. maintenant. entre l'ancien mode de connaissance et le savoir actuel réorganisé. C'est pourquoi les expressions se multiplient l'ancien. abandonner. par l'usage de ce vocabulaire. de l'autre. mutiler ger des sollicitations de la somnolence. inédit. au rapport ébauché. novateur.

les critères infaillibles du vrai. surtout. puisqu'elles tentent de les enfermer dans des carcans définitifs. elle devrait se cantonner aux conditions de pos­ sibilités formelles de la saisie d'un réel unique. elles prétendent fixer. ou après s 'être battu contre les préjugés. qui procèdent d'elles-mêmes à leur validation et leur réorganisation. donné en soi. la perspective ne consiste justement pas à laisser se propager la croyance commune en une unité non spécifiée de l'acte de connaissance. la figure de la tête bien faite qui applique les canons de l'intellect éternel à . Sur le plan métaphorique domine. chez eux. « La » connaissance ne cerne p as une faculté uniforme et applicable à n'importe quel objet. Or. cri­ tères qu'il n'y aurait plus qu'à imposer immédiatement. l'analyse n'aurait b esoin de procéder qu'au dépouillement des critères abstraits d'un savoir homogène du concret. Pour luL l'ensemble des manières philo­ sophiques de raisonner sur la connaissance relève de fausses pistes .applications et les implications dans la pratique même des sciences. les philosophes supposent linéarité et continuité entre le sens commun et la connaissance scientifique. Ces manières manifestent trop peu de respect pour les pratiques. D ans tous les cas. Si tel était le cas. une bonne fois pour toutes. ou à la manière dont le sujet se rapporte à l'objet dont il est abstraitement séparé: voire à la recherche des fondements philosophiques qui permettent de garantir (de l'extérieur) la validité permanente de cette connaissance. Bachelard se désintéresse totalement de ces orientations philosophiques traditionnelles au nom des pratiques scientifiques elles­ mêmes.. affirment quelques autres . pensent la plupart des philosophes.

Mieux vaut une pensée sans cesse en danger d'elle-même qu'une mutilation de la pensée sous prétexte de sécurité et de pennanence. Ces figures générales posées. puisqu'elle ne serait j amais restructurée. les erreurs et les égarements provoqués par les nœuds de ques­ tions. sans j amais prétendre imposer une méthode unique et définitive qui ris­ querait évidemment de perdre sa fécondité. affirme Bachelard. c'est parce que son rationalis­ me ouvert correspond à une connaissance active . nous nous intéressons primordialement aux réorganisations de l'esprit scientifique moderne. à une volonté de résister à toute réorganisation de l' es­ prit. les sciences se montrent sous leur j our le plus animé les proj ets grâce auxquels déplacer les acquis. En elle.toutes choses et de la même manière. pour définir le processus de connaissance. comment pourrait-on refuser de définir la connaissance scientifique par ses actes 24 . cette dernière intègre dans ses concepts les appli­ cations qui augmentent la vivacité de la recherche. Voilà qui correspond. Loin de présenter seulement des concepts susceptibles de virer en dogmes. Car. Cette modalité de la connaissance réalise de la pensée en même temps qu'elle pense la réalisation de ses engagements expérimentaux. multiplier les méthodes de recherche. mieux vaut une tête refaite qu'une tête bien faite. Si donc. réviser les notions. Mieux vaut une pensée qui rompt avec le savoir établi qu'une pensée qui s'établit sur l'assurance de ce qu'elle sait. les réussites des opérations qui relancent les travaux sur des pistes encore inenvisagées.. clai­ rement.

cette sorte de chose posée-donnée qu'il suffirait de dériver de l'expérience sen­ sible (empirisme) ou de mettre au jour dans la faculté de connaître (rationalisme clos) . 23 . Elle devient un moment de la connaissance. En conséquence. dispose étonnamment de réponses préalables à des ques­ tions qui ne sont jamais posées. à développer le sens des problèmes Encore ces derniers se construisent-ils au cours de polémiques avec ce qui est reçu (car ils ne se posent pas d'eux-mêmes). La vérité et l'erreur n'y sont plus ni réifiées ni placées en situa­ tion symétrique.. L'erreur ne correspond plus à un accident fortuit arrivé sur le parcours rectiligne de la connais­ sance. elle. Traduisons cela en termes de problèmes Qu'entendre par là? L'esprit scientifique est attesté par la capacité à poser des problèmes. et ses risques infinis? Cela ne va pourtant de soi que si l'on met à l'écart la menace que fait peser sur ce propos la conception commune de la vérité . Tout problème naît au cœur d'un nœud de difficultés conceptuelles. Plus précisément encore. Bachelard insiste sans doute sur l'importance de sa concep­ tion de la connaissance en termes d'actes et de discontinuités. et notamment avec l'opinion qui. Comme nous allons l' obser­ ver maintenant. on ne peut manquer de s'attaquer à ce mythe « chosiste » de la vérité. on ne peut refuser d'adopter une conception plus dynamique de celle­ ci. En mettant l'idée traditionnelle de vérité en crise. il n'existe certes pas de problèmes en soi.D. La vérité y devient processus d'erreurs rectifiées. dont il tente de formuler les impasses et dont il montre l'impossible solution dans les conditions actuellement offertes.

Thème banal. dans l'instant même où la conscience voit les choses . pour cacher une lettre volée. mais. Il lui suf­ fit de comprendre que. Évoquons des œuvres dont le mérite est de conduire au seuil de la thèse de Bachelard. l'âme humaine n'est à aucun moment ingénue. L'esprit humain ne ressemble jamais à une table rase. on ne 26 . au demeurant.BAC: Il ELA Il J) Lorsqu'on a rendu cela explicite. puisque celui qui la cherche doit pré­ supposer qu'elle est dissimulée. Si tel était le cas. exige des réalisations qui n'excluent ni tâtonnements ni échecs. il est certain qu'il ne regar­ dera p as sur la table sur laquelle elle est posée! Ce n'est pas le monde qui nous cache quelque chose. mais notre regard qui nous empêche de l'appréhender. autant la laisser en évidence :. qu'aucune connaissance ne débute à partir de rien. Autant dire que l'acquisition des connaissances ne va pas sans maL que l'obj ectivité résulte d'une construction patiente. on comprend que toute connaissance répond à des questions. puisqu'il est abondamment illustré tant qu'on cherche l'assassin de la victime de l'Orient-Express. en explorant le thème finalement commun de la vision et la croyance selon laquelle la connaissance viendrait aux hommes immédiatement. simultané­ ment. Ils abondent telle­ ment en opinions diverses sur toutes choses que la connais­ sance scientifique ne saurait s'engendrer sans élaborer ses concepts contre ces configurations préalables . Des exemples éclaireront ce point. cette nouvelle dans laquelle le problème de la lettre disparue est résolu parce que le détective convertit son esprit. écrirait-on des romans dans lesquels se déroulent des enquêtes? Rend-on j amais assez j ustice à « la Lettre volée d'Edgar Poe.

'27 . Quant à L'Assassin ( qui) habite au 21. nul ne voit rien de prime abord. alors qu'ils sont trois. La connaissance scientifique n'équivaut pas à une connaissance commune améliorée. et énoncer immédiatement ce que l'on voit... au substrat affectif. Mais. La figure du détective nous rappelle constamme nt combien il importe de transformer notre regard par le moyen du concept. ne finit-on pas par croire qu'il suffit d'observer les choses pour savoir? Savoir. Conversion du regard encore. Si l'on écoute cha­ cun. sinon ce qu'il veut voir ou ce qu'on veut lui faire voir. . p ar des évidences premières qu'elle prend pour des vérités . cela n'est p as juste. elle est empêchée p ar des obstacles qui lui imposent des lenteurs.DEr découvre personne . Cette notion d'obstacle opposé à la connaissance et non d'obstacle moral ou psy­ chologique attaché à une quelconque nature humaine contribue à définir le vocabulaire spécifique de la thèse bachelardienne : « Quand on cherche les conditions psychod'obstacle épistémologique. Les habitudes définissent­ elles autre chose qu'un tissu d'erreurs tenaces? Quel énoncé se profile par là ? La connaissance scienti­ fique n'advient pas d'emblée. des retards et des arrêts. Elle rompt avec cette connaissance première.. jusqu'au moment où le détective soupçonne l'intervention de dix assassins. En un mot. ce serait donc regarder plate­ ment . On a vite fait de prendre ses habitudes de vision pour la seule vision envisageable. afin de s'ins­ taurer et de déployer sa tâche d'obj ectivation. il ( s ) vi(ven)t tranquille( s ) tant que l e commissaire suppose qu'il est unique.

En avançant cette métaphore. cela n'autorise pas à négli­ ger la similitude de leurs fonctions soumettre l'esprit humain à des habitudes et des abstractions qui lui ôtent 28 .. que l'on dégage la voie. obstrués et bloqués par un obstacle qui en interdit le développement et la réalisation. on arrive bientôt à cette conviction que c'est en termes d'obstacles qu'il faut poser le problème de la connaissance scientifique» (( la Formation de l'esprit scientifique ». 13 ). ce n'est pas voir.B logiques des progrès de la science. à un moment donné. la perspective demeure incomplète . la connaissance scienti­ fique est renvoyée à une conception dynamique de l'esprit scientifique. Bachelard attire l'attention sur le processus suivant une théorie étant engagée dans une voie. Quoiqu'il ne s'agisse guère d'obstacles identiques. Des obstacles peuvent surgir aussi bien au moment de la constitution de la démarche s cientifique ( dans la pratique de l'éducation) que dans le cours d'une réorganisation du savoir ( dans le développement histo ­ rique de la pensée scientifique) . Connaître. Cependant. mais concevoir. Le terme «obstacle fait naturellement jouer le registre lexical du « redoutable ». de l' « entrave bref le registre de l'effort requis afin que l'on se débarra sse de l'obstacle. du difficile à surmon­ ter ». Paris 1938. son parcours et la construction de son objet sont.. Parler de la cOlmaissance en termes d'obstacle revient à accentuer la contradiction et la séparation entre la connaissance comlllUne et la connaissance scientifique. p. des problèmes afin de surmonter des obstacles . Vrin. Autant dire que p ar cette métaphore. tant qu'on n'a p as fait fonctionner la notion d'obstacle à deux niveaux.

En introduisant l'idée de poids. Tel l'enfant se laissant séduire par le volume d'un gâteau. Il n'est pas de vérité première. la masse paraît faussement claire (plus la taille est imposante. afin que le lecteur apprenne à surmonter lui-même les obstacles dont la sa formation procède. des habitudes et des valeurs qui font fonction de connaissance. D ans l'ouvrage intitulé losophie du non Phi il décrit le profil épistémologique du concept de masse. Bachelard associe les deux types d'obstacle dans l'analyse d'un exemple. on observe que la formation de l'esprit scienti­ fique résulte d'un mouvement de rectification opéré à partir des obstacles réaliste et empiriste rencontrés par lui. on concentre la masse dans des images usuelles . elle devient vite un concept-obstacle pour une connaissance objective de la masse. il n'y a que des erreurs premières . L'activité du sujet de la connaissance est une activité polémique . contre ses erreurs . dont nous reproduisons ici l'essentiel. Ce n'est qu'avec la mécanique rationnelle (Newton) que la masse est véritablement définie comme le quotient de la force par l'accélération. plus la masse est importante) . meilleure est la pâtisserie) ainsi conçue. notamment contre ses propres obstacles. de chan ger de culture et de ren­ verser r opinion. la masse se mue déj à en un concept empirIque" dont la fonction demeure cependant de maintenir une option réaliste (plus c'est lourd. .toute raison d' évoluer. Au terme de cette pre­ mière étape. La connaissance se fait polémique. par le truchement de la balance. La première approche de ce concept est de type réaliste.

et à ses conséquences. du point de vue de la connaissance. comme un absolu dans le temps et dans l'espace. une extension significative. Elle pense d'autant moins qu'elle traduit des besoins en connaissances ( << la Formation de l'esprit scientifique p . per30 . Le second accentue l'idéal du nouvel esprit scientifique pour lequel l'histoire des sciences nous fait passer de la question pourquoi ? à la question « comment ? » puis à la question « pourquoi pas ? Dans le détail de ses ouvrages. Bachelard donne à ce concept d'obstacle. Les deux termes utilisés dans le schéma de ce profiL rec­ tification ( de la connaissance première) et refonte ( dans la connaissance scientifique) . parce qu'il est p osé indépendamment de la vitesse. Les synthèses affectives ainsi répertoriées (croyances. le concept de masse. Où l'on observe mainte­ nant que la connaissance ne déchoit pas lorsqu'elle étend ses corps de concepts . l'opi­ nion a. La Relativité s'attaque ainsi à refondre ce savoir et complexifie la masse pour la trans­ crire en une fonction de la vitesse. Il ne se prive pas d'en appeler à une psychanalyse (une archéologie de l'âme humaine d'inspiration jungienne) des obstacles épistémolo­ giques afin de libérer la raison des impulsions immédiates. toujours tort. méritent d'être soulignés . 14 ) .Pourtant. Avec l'ère de la Relativité . défini par Newton. les diversifie et les revivifie. l 'analyse ne s'arrête pas là. cependant. en droit.. devient un ob stacle à une réorganisation de la physique. TI entreprend même une vaste enquête portant sur les obstacles opposés par l'opinion et les philoso­ phies figées à la connaissance objective. Le pre­ mier indique que.

le mythe de l'inté­ riorité des choses et du monde est le plus courant. il rappelle constamment que connaître impose de changer de culture et de renverser les obstacles amoncelés sur son chemin par l'esprit lui-même. associant le cocasse. Son invention correspond à l'idée selon laquelle la vérité serait cachée : on ne saurait la connaître sans l'intermédiaire d'une initiation morale. inter­ prété de manière politique. habitudes de langage) composent une sorte de bêti­ sier de la connaissance commune. le futile. Mais.. alors que cette crainte révèle une absence de maîtrise de la nature ) ! En revanche.ceptions . le mouvement de sa modifi­ cation. en ce point. le consternant et le poétique. et tant d'autres aux noms inspIres Prométhée. complexes de l'animisme. N'est-ce pas un obstacle qui. ) . Parmi les obstacles mis en scène ( celui de la cupidité. On saisit fort bien . Une sorte d'obstacle alchimiste. lorsqu'ils mettent en scène la crainte provoquée par le tonnerre sous le titre du préjugé. Empédocle. par changement de perspective sur la nature de l'ob­ jet mis en forme . etc .. réussit assez bien à sanctifier le domaine scientifique ? Touj ours est··il que cette analyse du processus de connaissance en termes d'obstacles aboutit à la nécessité de penser la mutation de l'esprit. Toute la question reste de savoir comment 31 .. l'intérêt (social) d'un tel obs­ tacle qui renvoie la science à l'ordre du miracle et au pro­ fil d'un savoir réservé. soyons attentifs à ce point Bachelard ne méprise j amais l'opinion et les obs ­ tacles qu'elle dresse à l'encontre d e l a connaissance ( comme le font quelques romans du XVIIIe siècle.

Ce n'est que par l a constitution d'une expérimentation que la connaiss ance commune. L' opinion. Le second formule les conditions mêmes du travail scientifique articulées autour d'un proj et déduit des connaissances anté ­ rieures. elle a des images premières . produit des phénomènes concept..B <\ C H E L A R D s'opère la rectification présidant à l'émergence du savoir..qui a sa 32 . et de corps de concepts . Certes. en la prenant pour le reflet d'un réel immédia­ tement donné. l'image se fige . une fonction créatrice . prétend connaître à p artir d'images.la fonction d'irréalisation . ce n'est pas tellement l'image inédits . peut être contredite . le frivole. Du coup . Par l'expérimen­ tation. la connaissance se perd. dont le rôle n'est p as touj ours clair aux yeux de tous . se développe dans l'ordre du qui est en cause que la manière dont l'opinion se rapporte à l'image . d'instruments qui ne sont rien d'autre que des théo­ ries matérialisées . dès lors que l'on saisit ceci l'ignorance n'est pas un défaut de connaiss ance. nous l'avons précis é. Pour être plus précis. Mais c'est là aussi qu'intervient une autre p uiss ance. Or. En ce point. aucune impulsion magique ne rend la connaissance effective . distinguant au passage les termes expérience » et « expérimentation Le premier est confié l'expérience se au seul registre de la connaissance sensible donne touj ours dans le pittoresque. sensible. il existe une autre fonction envisageable de l'esprit. mais une résistance à la connaissance . l'expérience scientifique. en en faisant un obj et de croyance. Bachelard procède « à des analyses minutieuses de ». et ne saurait obtenir de positivité du point de vue qui nous intéresse. la recherche scientifique suscite des mondes.

L'imagination. en effet. immédiatement à un objet concret . Les recherches ponant sur les langages vivants de l'imagination furenL il est "Tai. en vérité. Lautréamont) instruisait le procès d'une rêverie conquérante. Elle est tendue vers la stimulation de l'esprit. Nerval. le poussent à des projets . grandement faci­ litées par les déploiements poétiques de la modernité.place auprès de l'expérimentation. par la quantité de réflexions de Bachelard sur ce problème. L'imagination.« l 'imagination n 'est pas la faculté de former des images de la réalité : elle est la faculté de former des images qui dépassen t la réalité. elle vient renforcer l'anima­ tion de l'esprit dans la rectification de ses démarches. il devenait possible d'accentuer l'ana­ lyse de la vie de l'esprit et de proposer des modes de guéri­ son des esprits bloqués. Bousquet. n'adhère plus . cela nous est imposé. Bachelard pouvait faire valoir un domaine non dogmatique auprès de et parallèlement à la recherche scientifique. 1 2 ) -. animée du souci de revivifier la langue usée du quotidien par des rêveries de mots et des métaphores . Le lecteur peut s'y reporter aisément. La poétique (Eluard" Michaux. pro­ duit un sur-réalisme ce clin d'œil au mouvement litté­ raire par lequel s'indique que. En faisant droit à l'imagination à côté du travail scientifique. Si nous laissons de côté l'étude plus ample de l'imagina­ tion. des esthétiques qui ouvrent l'esprit. Poe. lui permettent de récuser le déj à-vu. on en découvre la vigueur dans le travail de l'imagination. Seghers. si la connaissance sensible . en effet. En associant poé­ tique et imagination. en excitant l'esprit. qui changen t la réalité (<< l'Eau et les rêves p. Cette fonction. Il est. comme l'opinion.

Cela ne signifie rien d'autre que ceci que serait un esprit qui ne se surveillerait pas constamm ent. participant à l'affermissement de ces coupures continuées qui tissent son contenu.prétend appréhender la réalité fique construit du sur-réel la connaissance scienti- Cette fonction ne se restreint évidemment pas au seul registre de la formation de l'esprit s ci entifi que Elle s'inves­ tit dans l'histoire des sciences. . qui deviendrait machinal et ne se vouerait qu'à la répétition de ce que l'on sait ou croit déjà savoir ? . l'esprit scientifique maintient un dia­ logue tendu avec son passé. Par ses projets et ses refontes. réaménage sans cesse ses corps de concepts et réfute les satisfactions trop puissantes .

il ne suffit plus d'évoquer le terme de raison.TRO I S I È ME PA R T I E La dialectique Aimer. adéquate au rationalisme ouvert ou au rationalisme appli­ qué des sciences modernes. n' ayant d'yeux que p our les sciences en action et les discontinuités qu' elles instaurent.... si le bonheur se trouve au cœur d'une p ensée qui se renouvelle sans cesse. son indocilité foncière. elle doit se plier à penser des déploiements incessants . Surtout en face de tant d'esprits qui ne j urent que par le permanent et le monotone.. proprement bachelardienne . doit se don­ ner pour tâche première de réduire l ' écart qui sépare habi­ tuellement philosophie et sciences. si la recherche dessine des proj ets qui se multiplient en se réalisant. si par là on n'est p as certain de désigner un effort intellectuel 35 à juste titre le nom de philos o ­ de « philosophie dialectique » ou . Essayons maintenant de montrer pourquoi elle peut prendre dialectique phie d u non Si le savant est l'homme de l'invention. Encore convient-il maintenant de cristalliser ce p arti pris philosophique dans un nom. des imprudences et des questions vives . ce n' est pas rien . s on goût pour la remise en question. Enfin. le nom pertinent et p ercutant d'une épistémologie nouvelle. Cette philosophie. dans la recherche scientifique. plutôt que des résultats . Elle ne doit songer qu ' à respecter a u mieux la démarche scientifique e t s e s critères internes propre s .

Ces généralités ne vont pas sans dénoncer implicitement des moments caractéristiques de l'histoire de la philosophie. de leur face-à-face ou de leur entrée en contact spontanée . cela revient à contredire systématiquement ceux qui se conten­ tent encore de dispenser des discours.. Par conséquent. Notamment ces dis­ cours simplifiés dans lesquels certains prétendent régenter les sciences du dehors. il n'a j amais renoncé à s 'inscrire dans le champ philosophique. Kant et bien d'autres phi­ losophes classiques. La connaissance scientifique serait don­ née une fois pour toutes .B continuel et une reconstruction incontournable du savoir. Il s'y réfère même constamment. portant sur la connaissance scientifique. Deux courants opposés dominent les attitudes des philo36 . nous l'avons vu: il faudrait présenter la vérité comme une figure qui jaillirait innocemment et définitivement de la coïncidence du sujet et de l'obj et. qui ne se fonde qu'en travaillant sur l'incon­ nu ( << la Philosophie du non p . en réduisant la connaissance scienti­ fique à la visée d'un obj et réifié par un suj et déjà constitué ou à l'impression que suscite un objet constitué sur un suj et qui l'approcherait par ses sens . Laissons cependant les noms des philo­ sophes de côté. C 'est même en parcourant le réseau des pensées dénoncées par Bachelard que le nom de sa philosophie s'éclaire. En un mot: il convient de confirmer l'assentiment donné à un esprit en acte. 9 ) . préparés à l'avance. Bachelard renvoyant plus exactement à des attitudes sclérosantes devant la connaissance scientifique. si l'on accepte de reconnaître dans de nombreux assemblages de mots utilisés par lui Descartes. Si tel était le cas. De toute manière..

Ce courant compte des sous-espèces.. par ce dernier terme. bien avant qu'elles ne se révèlent sclérosantes .. relativement à son propre proj et de construire une épistémologie de l'ac­ tivité scientifique. affichée d'un seul coup . une attitude selon laquelle le chercheur produirait les lois du monde en se fiant immédiatement à ce que lui dictent les sens pour en dériver la vérité. l'autre préfère croire que l'activité savante consiste . à en penser les relations et les implications. Le second courant traduit la recherche scientifique dans les termes d'un réalisme des sens ou d'un empirisme. dont l'une consiste à décrire l'activité scientifique comme une intuition. Elles sont cependant vieillies et sont d'autant plus tenaces qu'elles ont perdu leur fondement . Certes. il faut entendre que le chercheur produirait les lois du monde exclusivement à partir de l 'examen de son entendement. Bachelard n'a guère de mal à montrer que ces deux attitudes manquent complètement la description de la connaissance scientifique. selon le portrait d'un savant élaborant spontané­ ment des hypothèses qu'il vient seulement vérifier dans son laboratoire . Il remarque ainsi qu'elles sont moins .. �e premier proj ette sur la figure du savant solitaire dans son laboratoire une attitude idéaliste. ces deux attitudes et leurs sous-espèces parais­ sent à chacun naturelles. sachant que. une sorte de vue adéquate du réel. et en particulier sa capacité à rompre perpétuellement avec soi-même et à se renouveler totalement. il n'abandonne pas ces deux attitudes sans s'attarder à les pen­ ser.à appliquer des catégories a priori ( des formes indé­ pendantes de l'expérience et la conditionnant) et invariables aux données sensibles . Néanmoins.sophes .

. en même temps. La démarche scientifique n'exclut ni l'idéalisme ni le réalisme. Bachelard les organise en un tableau d'opposition.. Conventionalisme . en effet. Formalisme . cette conjonction transforme les termes mis en jeu .. Empirisme . une topologie philosophique grâce à laquelle il présente le clavier sur lequel jouent la plupart des discussions philosophiques touchant les sciences Idéalisme . puisqu'elle se démarque de cette configuration d'un esprit solitaire rencontrant un univers indifférent. En somme. sans cesse une instruction de l'esprit par le monde extérieur et une information fournie par le travail de la raison. Elle réfute seulement l'idéalisme absolu et le réalisme abso­ lu . Réalisme . Les jugements scientifiques associent. Mais .. De surcroît.. mais dans leur conjonction constante. ce sont moins ces termes qu'il faut dénoncer que la conception statique qu'ils satisfont. Rationalisme appliqué et Matérialisme rationnel ... elles existent bel et bien au sein de la pratique scientifique. Elles se conjoignent dans leurs éléments . Pour faire avancer le débat. Positivisme ..B A C opposées que contradictoires .. même si elles les ordonnent de manière opposée.

sur lesquels nous ne revenons pas . mais en inversent les valeurs par exemple le conventionalisme" qui se contente de donner forme au réel. D 'autre part. Plus on appartient à un groupe philosophique éloigné du pli central. lui.Ce spectre des philosophies de la connaissance a la vertu de mettre en perspective et de relier entre elles les différentes théories qui. donne au réel la puissance d'une forme. inverse l'empirisme qui . moins on parle des sciences modernes avec p ertinence c'est le cas de l'idéa ­ lisme et du réalisme. En parlant de rationalisme appliqué et de « matérialisme rationnel " . se disputent le commentaire de la pratique scientifique et sont simultanément investies dans cette même pratique. traditionnellement. Ce n'est ni un rationalisme tout court enfermé dans sa célébration d'une raison pure ni un matérialisme tout court ( à la manière de Diderot ou du matérialisme dialectique) . Enfin. nous y venons . la ligne médiane commence à nous donner la clef de ce que nous cherchons le nom pertinent et percutant d'une épistémologie nouvelle qui se veut adéquate au ratio­ nalisme ouvert ou au rationalisme appliqué des sciences modemes. Lorsque Bachelard propose de lui conférer le nom de Philosophie du non il s'inscrit précisément dans la 39 « . son obj ec­ tivité et sa rectification. Chacun y lit deux trajectoires. les doctrines qui occupent une place symé­ trique par rapport à la ligne centrale comptent les mêmes éléments. ordonnées et renver­ sées autour d'une ligne centrale. mais une philoso­ phie de la pensée scientifique dans sa discursivité. Bachelard insiste. de l'activité. sur une philosophie de la réalisation. matérialisées par des flèches inversées.

une science qui.expérience. de prime abord. L'activité scientifique ne repose pas sur une théorie pure qui chercherait ensuite à se confirmer ou s 'infirmer dans un contact avec le réel empiriquement constaté. p . que ce nouvel esprit scien tifique représentait un jeu plus risqué. peuven t heur­ ter le sens comm un . Paris 1953 . en effe t. Nous croyons. au cours de nos études. nous sommes alors conduits à réévaluer point par point les termes dont on peut se servir pour énoncer les formes du processus de connaiss ance . Partant. entre connaissance comm une et connaissance scientif ique.obj et. qu 'il form ulait des thèses qui. Elle se place délibérément du côté d'un réel réalisé dans l'expéri­ mentation même ..paradoxalement ( du p oint de vue de l'opinion) . 207 ) . porte la marque de la modernité » ( << le Matérialisme rationnel » . que l 'esprit scientifique contemporain ne pouvait pas être mis en continuité a vec le simple bon sens. PUF. Tel étant le cas. du fait même de ces ruptures. théorie. En pensant la science comme action et la connaissance comme programme d'expériences .le vrai définit le mouvement de la remise en question permanente des connaissances acquises . dès qu 'on aborde une science évoluée. de perpétuelles ruptures. le rationalisme appliqué ou le maté-:10 . que le progrès scientifique manifeste toujours une rupture.perspective affirmative définie ici d'une philosophie de l'activité scientifique et dans la perspective d'un refus des oppositions simples suj et . Autrement dit. il n'échappe à personne que . de nettes différenciations s'imposent « Il nous a toujours semblé de plus en plus évident.

Si.. refonte) occu­ pe une telle place dans le raisonnement de Bachelard. enfin. celui de la connais s ance commune évidente. chatoyante et sensible. c'est qu'il articule autour de lui les différents registres d'analyse celui de la connaissance scientifique dans sa gestation et son histoire. le philosophe en vient à ren­ forcer sa conviction. de la pluralité des sciences et de leur spécialisation infinie dans le cadre. contre laquelle la science se construit. celui. Il ne s'accommode plus seulement des mots qui circonscrivent habituellement les démarches scientifiques. de la cité scientifique. il fait l'effort de choisir avec précision les notions qui consacrent la vivacité de l'esprit scientifique .rialisme rationnel se doit d'adopter un vocabulaire homogène à la pratique des réformes constantes du savoir. il a recours au terme « dialectique » et à quelques mots associés . pour résumer la perspective en une formule. En insistant sur ce thème. celui de la production du réel et de l'instruc­ tion de la raison. le thème de la rupture (coupure. Pour accentuer les effets induits par s a thèse. rupture. immédiate. Il amplifie le constat des discontinuités dans les pratiques . sur lequel nous allons revenir. tels -il . Le terme de « rupture » utilisé dans la citation ci-dessus oblige à déserter les usages habituels. rectification. témoigne des distances qu'il faut prendre avec la connaissance commune pour que la science advienne. comme nous l'avons écrit Les innovations de la connaissance ne prennent d'ailleurs tout leur sens que si l'on est capable de déceler dans les démarches l'appétit sans cesse renouvelé pour les problèmes délicats .

le proj et d'une mise en question. devient le moteur d'une nouvelle configuration.. dont la teneur active et vigou­ reuse est notable .. en respectant au passage les critères classiques de rationalité à l'intérieur des ensembles démonstratifs . n'importe quand et n'importe comment (<< la Philosophie du non p . La dialectique et la négation correspondent à des processus d'extension véri­ table. Si l'on voulait faire un détour par l'histoire de la philosophie. Elle s ' ancre dans des mises à l'épreuve au sein desquelles la négàtion se fait active :. p ar bien des côtés . cités par Bachelard. ici. elle dessine un que . il conviendrait d'aller cher­ cher du côté d'Octave Hamelin et de Stéphane Lupasco. Disons que la dialectique construite p ar le philosophe couvre les phénomènes de suc­ cession dans l'ordre de la connaissance. la remise en cause de ce qui résiste au changement. S 'agissant du savoir. susceptibles d'opérer des totalisa­ tions inédites et des passages au . Le philosophe. . si dialectique il y a. d'un refus . ne retenant rien de la dialec­ tique hégélienne ou de la dialectique marxiste. En ce qui la concerne.delà des limites actuelles de la connaissance . pour donner corps historique à cette dialectique. Certes . de l'attrait pour les contradictions internes . qui veut mettre au j our les actes scientifiques. . elle appar­ tient en propre à Bachelard. aj oute encore à leur mérite des valeurs incluses dans ce registre lexical la dialectique. en effet.. fait touj ours signe vers le mouvement. la mobilisa­ tion. 1 3 5 ) .B polémique ( << des polémiques fécondes ») ou malgré ( <<on connaît malgré »). précisons plutôt que. grâce auxquels la connaissance devient productrice d'événements nouveaux. . Mais peu importe. la négation ne nie évidemment pas n'importe quoi.

cependant.. Dans les ouvrages imprécis. nous l'avons écrit. a vait n égligés » ( ( la Philosophie du non p. comm e la pensée naive. 1 7 ) . L'expérimentation diffère de l'expérience en ce qu'elle se fonde sur une théo­ rie. eux-mêmes. 2 1 2 ) . Alors que l'expérience définit ce geste .monde de généralisation par une négation qui se situe. Complément indispensable de ce réaj ustement de voca­ bulaire. Le terme dia ­ lectique » retient beaucoup plus du mot dialogue » et de Le tiss u de l 'histoire de la la notion de polémique science con temporain e est le tissu temporel de la discus­ sion .. La dialectique s'efface d'autant moins dans la pensée vivante qu'elle rend possible une « augmenta tion de la garan tie de créer scien tif iquem en t des phén om ènes com ­ plets. de véritables théories matérialisées . Répétons­ le la connaissance scientifique moderne se constitue par expérimentation. est précédée d'un projet et procède des instruments qui sont.qui entrave la connais­ sance . on ne peut plus traiter n'importe comment la notion d'expérimentation. il est d'usage de confondre expérience et expérimentation. Les arguments qui s 'y croisen t son t a u tan t d 'occa ­ ( ( le Matérialisme rationnel sions de discun timzi tés p.par lequel nous nous livrons immédiatement aux choses et à l'utile. de régénérer to u tes l variables dégén érées ou étouf­ es fées que la scien ce. OL Bachelard ne cesse de rappeler et de maintenir la distinction entre les deux formules. lorsqu'on veut présenter le problème de la connaissance . à l'extérieur de ce qui est nié. qui « conduisent à réfléchir a van t de -13 . l'expérimentation est déterminée par un corps de précautions . Non par expérience.

. qui réformen t du moins la première VlSl On. Sous une autre forme. au lieu d'être considérée comme un fait constatable. de nos jours . de sorte que ce n 'est jamais la première observation qui est la le Nouvel esprit scientifique » . doit être conçue comme une tâche à accomplir.. par ailleurs. disons que l'obj et de connaissance est le commentaire théorique du monde produit par l'expérimentation. une pulsion de réforme constante traverse la pensée scientifique. Il en est le scrutateur. A R D regarder. Les condi­ tions expérimentales sont désormais des conditions d'expé­ rimentation. 1 6 ) .B A C H E l. il nous appartient encore de laisser le lecteur méditer sur une dernière question. L'obj et de la connaissance n'est pas donné et l'objectivité. et ce d'autant moins qu'une épistémologie dialectique de la rupture ne saurait se dispenser d'une conscience de l'historicité du rationnel. p . comment ne pas entrevoir la nécessité de s'intéresser aux efforts de la rationalité scientifique pour s 'organiser et se réorganiser au cours de son histoire ? Si « la science contemporaine est de l 'ordre d 'une pensée repensée et d 'une expérience réencadrée » ( << +i l'Activité rationaliste de . bonne » ( << Enfin.. Si. Le philosophe de la pensée scientifique peut-il se dispenser de statuer sur le rapport entre l'épisté­ mologie qu'il construit et l'histoire des sciences qui. les célèbres questions de l'objet de la connaissance et de l'objectivité scientifique ne sont restées insolubles que parce qu'elles ont été méconnues ou mal posées . Il ne cesse d'interroger pourquoi pas ? Avant de nous avancer maintenant vers une conclusion. l'instruit ? Certainement pas.

1'« ancienne histoire se permet des for­ mules téléologiques et aligne les données chronologique­ ment sans les juger" autant la nouvelle histoire des sciences sourit devant ces modalités du destin. autant la nouvelle histoire j ugeant le passé à l'aune du présent. À charge pour cette dernière de distinguer en elle les moments actifs et les phases inertes. on croit facilement revivre les événemen ts dans la continuité du temps et l 'on donne insensiblement à toute llistoire l 'unité et « < la Philosophie du non » . 1 9 5 1 . Le point de vue adopté par Bachelard contribue à réviser complètement l'histoire des sciences telle qu'elle est fré­ quemment pratiquée. p . de faire valoir les actes épistémologiques féconds et de décrire les obstacles épistémologiques afin de leur ôter toute possibilité de retour.. 209 ) . Paris . ces croyances en une fin de l'histoire. car la connaissance fonde ou réfute par des démonstrations les succès ou les échecs obte­ nus jadis . 23 ) .. elle tend à reprendre un nouveau départ qu'il convient de situer dans une histoire. Autant la conception classique s'in­ téresse à une hypothétique complexité croissante de la science du passé vers le présent.la physique contemporaine »Vrin. veut témoigner des saccades de la pensée scienti­ fique et des impulsions inattendues dans le cours du déve­ loppement des sciences . Autant. et se donne l'obj ectif de produire des la continuité d'un livre » . selon l'image d'un arbre enraciné dans le sens commun s'élevant par cumul régulier. p . Autant la conception classique de l'histoire des sciences consiste à procéder de façon linéaire Puisque l 'on fait un - récit continu des événements. autant pour la « nouvelle histoire le présent illu­ mine le passé et non l'inverse.

qui contredit ce qui désespère un Camus non. Les choses sont telles que l'esprit scientifique nous les montre et non telles que nous croyons les voir. Elle insiste sur les crises du savoir . C'est donc une philosophie de l'inquiétude. une philosophie dans laquelle l'homme est réfléchi. une puissance de création et de re­ création. Elles chan46 . historique. C'est une philoso­ phie de l'effort prométhéen.qui contribuent à définir des occasions de travail et non des désespoirs . avec délicatesse.. une histoire jugée (rejet du passé dépassé ) et une histoire valorisée ( actualité du passé j ustifié) . cette pensée est traversée par un seul souci celui de fortifier par tous les moyens une philosophie du proj et (scientifique.distinctions dans l'histoire. de dépasser ce qui est seulement. Elle retient plus essentiellement des risques et des possibles . la réso­ lution de ne j amais rester en repos . dans son sens étymologique. si l'on veut et si l'on entend par là. en tout cas.et sur les moments de libération des esprits . une histoire des obstacles épis­ témologiques et une histoire des actes épistémologiques . dans son savoir. humain) . En fin de compte. ce qui revient à le juger. L'homme y est sans cesse requis de se lancer en avant. Cette philosophie se donne les moyens de penser une mise à l'épreuve permanente de l'homme. À cet égard. recommencer est toujours positif ! On ne sera p as en peine de retenir ses éléments fonda­ mentaux. comme une puissance d'œuvre. Bachelard distingue une histoire des sciences périmée et une histoire sanctionnée.

.. rompre. s 'il n'est pas d'état stable et définitif des s ciences ( s eul le mouvement est abso­ lu ) . ce qui ne signifie pas que les maîtres n'aient pas d'importance. après psycha­ nalyse. il doit saisir les régions du savoir. 7 . des toires : les prendre toujours absolus et libérer les concepts afin qu'ils deviennent opéra­ filiations continues sont pauvres . 4. il n ' est pas non plus d'unité de la s cience. apprendre à rompre eux-mêmes avec les systèmes de blocage qui les caractérisent souvent.gent en changeant de niveau d' exploration. puisqu'ils p euvent au contraire. parce qu'elles reposent sur des identités de notions : or il convient d'ap ­ à reconnaître à un même qu'un mêm e mot n e correspond pas concept.) en analysant plutôt les rapp orts entre ces régions . il importe de se défaire de l'idéal du maître qui impose la reproduction des acquis .) un rationalisme ouvert doit aussi être un ratio­ nalisme régional . refondre. sans chercher à les réduire à lme unité absolue et factice de la raison. en un mot. et qu'entre les mots et les concepts s'organisent plutôt des renversements de perspective. Rectifier. et donc pas d'épistémologie totale . p arce qu'il n' existe pas d' être des choses _ mais des problèmes réso ­ lus e t d e s zones d e conquête. Enfin.. les sphères de rationalité .. c'est se libérer du figé. Pour p enser les transmissions du s avoir.

défi­ nir l'homme. Au fond. Subsistant -+8 . De ce dernier point de vue.C O N C L U S I O N La cité des savants La philosophie de Gaston Bachelard procède d'une inter­ rogation étendue p ortant sur la modernité et la nou­ veauté » des sciences nées au début du xxe siècle. mais aussi une philo­ sophie générale qu'il dégage. cela ne peut s'entendre qu'en déterminant ce dont il est capable afin d'élargir son existence. En découvrant que la pratique scientifique ne s'accommode d'aucune doctrine des apparences ni ne renvoie à quelque obj et donné. des épreuves modernes de l'es­ prit et de la capacité des sciences à définir elles-mêmes les critères de leur pratique donne. cela va sans dire. c'est très subtilement que Bachelard refuse de définir ce qu'est l'homme. Elle dégage successivement trois concepts principaux le nouvel esprit scientifique. ce n'est pas seulement une leçon de philosophie des sciences que Bachelard administre. comme si la référence à un « état » ou à un absolu risquait d'oblitérer les acquis des nombreuses années de recherche. l'obstacle épistémologique et la dialectique. L'intérêt de son commentaire des mouvements conceptuels. l'occasion de dresser simultanément un portrait et de l'homme et des reconstructions qu'il sait imposer à son existence.

entre deux néants et menacé constamment par lui-même dans la mesure où il n'imagine pas toujours d'autre réalité que celle à laquelle il s ' est habitué. en lui et hors de lui. par son travail. la philosophie de Bachelard finit par constituer une anthropologie ou une doctrine de la culture . Ainsi envisagée. « pouvoir donner. 49 . 32) . Or. le véritable savoir s 'arrache à ce qui est évident. la réa ­ lit é à la facticit é ( << le Matérialisme rationnel p . inscrit d'ab ord la technique dans la nature. Mais il faut comprendre que cette transformation ne se dispense pas du soutien de tech­ niques . Voici que la culture a sa source dans le travail. Il lui apprend à refuser de s'ankyloser. Encore doivent-ils continuellement être réveillés. l'homme jouit cependant d'un fragile désir de savoir et d'un salutaire besoin de com­ prendre. N'est-il pas. il est créateur. susceptible de changer. dont Bachelard rappelle qu'il favorise la transformation corréla­ tive de l'homme et des choses . à sa capacité à s'imposer des règles de recherche et de renouvellement de soi. cela revient à affirmer que l'homme ne peut être précisément proclamé homme que grâce à sa puissance de culture. et créateur notamment d'une culture vivante et vivifiante. Plus globalement encore. Il rend l'homme disponible à et dans son monde. en effet. De sorte que l'homme. et en empruntant le vocabulaire ethnologique la nature de l'homme consiste à pouvoir s'extraire de la nature par la culture. de se multiplier en se recti­ fiant ? En d'autres termes. puisqu'ils font. le plus souvent" l'objet de satisfactions innné ­ diates . c'est-à-dire aux règles qu'il ré-invente constamment et avec lesquelles il s'investit dans le monde qu'il construit.

Cela affirmé. cet examen revient rapidement sur le ter­ rain de prédilection de Bachelard. pour autant. Le savoir ne se reconnaît pas dans des acquis ou des absolus. les sciences ont un statut plus modeste et plus vif. elles constituent incontestablement des bien­ faits . u n livre dont on vou drait déjà don­ n er une nouvelle édition. la connaissance conçue comme un travail et l'épistémologie. contemporaine l'Activité rationaliste de la' physique p. c(. Surtout. mais dans une œuvre à re-faire. En un mot. à re-devenir fécond sans attendre.B A C À p artir de là. refon due. c'est penser. Certes. Pour Bachelard. y compris après un processus d'exploration réussi.. n'ont pas le statut d'une lumière tout à coup profilée au firmament de la conscience humaine.. Existe-t-il même une telle lumière prête à se livrer à un dévoilement si soudain ? Même si elles ont eu leur heure de gloire. ou le rapport du savoir et d'un monde dont on vient de comprendre qu'il est produit et réorganisé sans cesse par les hommes . il convient tout de même de certifier que les sciences.mquérir l'intelligibilité en (re. Or. un e édition améliorée. le propos précédent s e traduit dans la formule suivante exister. penser. 6). mais elles ont aussi une efficacité elles enseignent une tension d'étude permanente.s o . u n livre à l 'essai. laissons ces vieilles métaphores positivistes de côté. Sur ce plan épistémologique. un livre à la fois audacieux et pru ­ dent.) construisant un monde de phénomènes sur un hori­ zon de refontes ( futures ) indispensables . c'est donc aussi apprendre à changer. l'évocation de la cul. réorgamsee (< )} . « la pensée scienti­ f ique es t un livre actif. c'est condamner l'opinion commune.

elle affermit les mutations de l'esprit humain. elle à maintenir les droits de la rectification par laquelle l'esprit humain se reconstruit sans discontinuer et crée de nouvelles normes expérimentales . E st-ce à dire. brièvement. dans l'exercice social de la preuve .ture scientifique suffit à dessiner le modèle spirituel d " un effort constant d e réaménagement totaL d'mIe libération inachevable. peut encore passer pour essentiel. un destin hUlll ain et les rêves »" (« l 'Eau p . Précisons néanmoins . en effet. en faisant désormais place penser. 51 ..comme d'un brevet de respectabilité . elle résulterait plus exactement des valeurs de l'esprit scientifique moderne :. simultanément. Une formule générale peut en résumer la teneur le salut de l'homme s'opère p ar les sciences ! Mais cette formule risque de rabattre la thèse de Bachelard sur un positivisme ou une religion ( ou une morale) de la science. son contenu . à l'heure où de nombreux discours se prévalent du mot science .sans en avoir les titres ou prétendent moraliser la science . d'un exercice de la volonté. Si une forme de béa­ titude devait toutefois ressortir des sciences . En dés avouant les esprits figés sur eux-mêmes . Elle contrecarre l' ennui de vivre si cou ­ rant chez beaucoup . on en conviendra. La culture scientifique initie contribue à la j oie de à la vigilance de l'esprit devant ses propres mythes et ses images premières . ce qui. que Bachelard construit une éthique spécifique ancrée sur l'examen des dynamiques de la connaissance scientifique ? Nous croyons p ouvoir l'af­ firmer. d'une maîtrise de soi et d'un rapport aux autres infiniment actifs . Cette culture dessine.. 44 ) .

La nouveauté est par conséquent une valeur. Les sciences modernes ont un caractère social . les obstacles les plus pressants . p . On ne peut donc parler de science qu'en termes d'équipes de recherche. quoique ce progrès ne soit ni linéaire.. Encore ne convient-il pas de voir se dessiner là la forme d'un consensus ou un simple accord extérieur ( on 52 . le tra­ vailleur de la preuve isolé doit avouer qu 'il n 'a urait pas trouvé tout seul ( << le Rationalisme appliqué » . mais des problèmes . c: Parmi de telles valeurs" retenons celles-ci Les s ciences se définissent par leurs actes . est acte . mais de l'inconnu : pas de mystère. 23 ) . la pensée.B 11. il promeut des rectifications prouvant que l'ignorance n'est pas un fait de nature mais un problème d'extension des frontières du savoir . elles ne constituent p as des discours sacrés dont les résultats doivent être vénérés . Il n'existe pas d'inconnaissable. de co-équipier. elle-même. pas d'énigmes insondables mais des recherches infinies . de relations de savoir aux autres . Insistons sur ce point Il est clair qu'en entrant en polé­ miques fécondes à plusieurs on se donne les moyens de transformer la subj ectivité. En ce sens . chaque rectification s'accomplit sous l'œil d'au­ trui. sciences et pensée forgent le modèle d'une école permanente « < le L 'école est le m odèle le plus élevé de la vie sociale Rationamisme appliqué » . 23 ) . dès lors. ni cumulatif :. p . une valeur de culture fonctionnant dans les sciences : La pensée scientifique s'assure dans le récit de ses pro­ grès (histoire sanctionnée) .

. une culture qui ne corresponde pas seulement à l'enseignement de résultats (l'enregistrement du tout fait) . 1 0 ) . 53 . Cela autorise à montrer que la cité savante. Afin que le savoir soit véritablement inducteur d'avenir .peut être unis dans la même erreur ) .. afin de déployer dans l'école les élé­ ments principaux de la cohésion de cette cité. peut apporter quelque chose à cette dernière. dans la mesure où les sciences passent pour les meilleures représentantes de l'es­ thétique de l'intelligence ( << la Formation de l'esprit scienti­ fique }) . p. mais à une attention aux pro­ cédures et aux potentiels de création des sciences ? Et puisque la vérité est socialisée. Dans certains textes de Bachelard. son caractère hautement social mérite d'être enseigné lui-aussi . Alors se réalise une intersubj ectivité de la connaissance obj ective. elle constitue même le modèle dont les autres activités doivent s'inspirer. il faut qu'auprès d'un « je se rencontre un tu penses auquel s'adresser et pense avec lequel échanger un accord discursif. une manière d'appeler les esprits à la convergence. Bachelard la nomme un cogito d 'obligations m u tuelles Un dernier thème est lancé les sciences se déploient dans une cité des savants. même située en marge de la cité sociale.. Avoir raison consiste à apprendre à produire des raisons. Ne doit-on pas réfléchir en ces termes à ce que peut être une véritable culture scientifique scolaire . constituée de travailleurs de la preuve entretenant un double rapport contrôlé au monde expérimenté et à l'ac­ cord des autres .

En cela . Bachelard nous apprend à prendrè au sérieux la philosophie créée p ar les sciences. toute autre philosophie a toujours du retard par rapport aux sciences La science. ainsi que la philosophie des sciences qui surgit de l'histoire des sciences révisée par lui . à rema­ nier leurs concepts et leurs perspectives . . cette m ultiplication des ohjets n 'attire pas J'attention des phi­ le Rationalisme appliqué » . Évidemment. D'une certaine façon.. chez Bachelard. elle apprend à les respecter. mais tout d'abord elle fabrique sa philosophie La science crée de la philosophie » ( << le Nouvel esprit scientifique » . p. 3 ) .. nous l'avons précisé au commencement de cet essai. La pensée scientifique ne saurait se passer de philosophie. 1 1 3 ) . Ces philo­ sophies veulent à la fois les contrôler et leur imposer leurs valeurs .Où l'on voit que. depuis qu'elle a donné sa préférence aux questions sur les réponses .. les rapports de la phi­ losophie et des sciences prennent une étrange tournure. p . en acceptant de ne plus dominer. les problèmes exposés dans le cours de cet ouvrage n'y sont pas résolus une fois pour toutes et pour des intelli­ gences gelées . p. beaucoup de questions . en tout cas la philosophie positiviste ou la philosophie rationaliste. ces philosophies de vouloir imposer leur législation aux sciences Cette extension des méthodes. la philosophie scolaire et universitaire. Ces philosophies obligent. le plus souvent. Elle prend des leçons d'échange.ordonne la philosophie elle­ même » « < la Philosophie du non » . En sortant de ce dilemme. Point ultime la philosophie nouvelle se remet en apprentissage auprès des autres sphères d'activités.54 losophes » ( << .. en vérité. 22) . Ce qui n'empêche pas.

mais il s'arrête trop tôt :. dans la voie d'un hypothétique nouveau nouvel esprit scientifique » . 55 . dans le thème de la cité des savants . limites dont les plus flagrantes sont ainsi repérables le philosophe ne se départit pas d'une phi­ losophie du suj et de la vérité. les limites de la phi­ losophie de Bachelard. Laissons au lecteur le soin de prolonger encore des critiques qui se font j our deci-delà et qui méritent d'être prises au sérieux. il s'aventure jusqu'au point où il importerait de penser le pro­ cès social de la connaissance.naissent à l'heure où ce parcours s'achève. le thème de la nouveauté devrait probablement être pro­ longé. autant que possible. et cela même s'il postule un suj et en devenir :. Il appartient au lecteur de déceler. La bibliographie indiquera quelques pistes supplémentaires .

de secteurs universitaires ( Sorbonne. etc.) les collègues. sur le canal de l'Aube. aux ceps de vigne) commémorent le centenaire de sa naissance. mieux encore. qui est constituée de noms de rues (Dijon) ou.1 962 Il est devenu presque trop aisé de se remémorer les dates de la vie de Bachelard. Autant de moments d'un déploiement. de l'école républicaine (m e République) à l'uni­ versité. la Bourgogne. Passage.. ) et qui accompagnent. de Mario Merz ( différée) . 1 884: . de la campagne (Bar'-sur­ Aube) à la ville (Dijon) . de Eugène Van Lamsweerde (évoquant l'air.principe féminin .et l'univers .B A C Biogl'ap hie et réseaux d'influence Gaston Bachelard. à Langres) et de Bernard Pagès ( attachée à la terre.principe de tension masculin ) . implantées dans sa région d'origine. ailleurs. des rectifications de la 56 . Il est plus intéressant de signaler des passages ou des trajectoires que d'opérer le relevé des traces mémorielles consignées. l a vie et la pensée de Bachelard appellent une biographie moins chronologique que sociolo­ gique. par exemple. On oubliera d'autant moins sa présence régionale qu'une cer­ taine immortalité lui est acquise. En 1 98 4: . une œuvre célèbre l'eau . qui favo­ risent la rencontre avec des expériences différentes (l'arti­ san. etc. Plus généralement. le forgeron. les œuvres de commande publique de Klaus Rinke (à Lusigny-sur-Barse. mais aussi Villeneuve-d'Ascq) . les mœurs culinaires. du statut de provincial à celui de parisien.

puis en 1 920 passe une licence de philosophie. ses recherches cement l'ensemble des difficultés et des obstacles philosophiques (le rationalisme. Autant de moments qui donnent à sa formation autodidacte en phi 10sophie u n relief particulier. qui associe. à la chaire d'histoire et de philosophie des sciences ) . directeur de l'Institut d'histoire des sciences et des techniques (fondé en 1 932. atypique. la psychologie) opposés à la pensée scientifique. p. il passe le concours d'ingénieur des Télégraphes.. cette fois. épistémologie et histoire des sciences. à cette époque. puisqu'elle n e lui impose aucune affiliation à une école. achève une licence de mathématiques ( 1 9 1 2 ) . devient professeur de physique. où il était professeur) . L'ancrage d'abord employé des Postes avant-guerre ( << la Philosophie du non » . le travail subit une nouvelle orientation. entre 1 940 et 1 95 1 (de Dijon à Paris-Sorbonne. le positivisme. il est d'ailleurs nommé. où il remplace Henri Gouhier qui assumait la tâche depuis Troyes. et en 1 927 sa thèse ( dédiée à Abel Rey) . C'est en 1 934 (Dij on) que s'affirment les notions les plus pro­ bantes de l'épistémologie bachelardienne les notions de nouvel esprit scientifique obstacle dialectique Puis. par l'Université de Paris ) . La carrière de Bachelard.44) . elles font naître de multiples notions qui portent encore lar­ gement les traces de la culture philosophique acquise. . où il succède à Abel Rey.pensée constatables dans la bibliographie qui suit. avant d'entrer à l'Académie des sciences morales et politiques ( 1 955 ) . s'articule à plusieurs pivots autour desquels les commentateurs s'accordent. Si entre 1 929 et 1 934 ( de Bar-sur-Aube à Dij on.

Gallimard. certains sont rap­ portés directement ( élèves. 639. p arallèlement à la traj ectoire sociale et à la réali­ sation de l'œuvre exclusive de références politiques. Le groupe des peintres Cobra ( 1 940) s'inspire de la lecture de ses ouvrages . Signalons.. D'autres se consta­ tent en mesurant l'augmentation du nombre d'ouvrages commentant les travaux de Bachelard ( avec des pointes très nettes en 1 93 8 . « Tel » ) . S'élabore ainsi une peinture de la matière où l'imagination active qui pénètre au plus profond de la matière permet une autre sorte de rêverie.. en passant. 80) . L'artiste Pol Bury témoigne largement de la relation entre ses propres recherches et la lec­ ture de l'œuvre du philosophe. proches ) . Nous disposons de nombreux témoignages sur ce plan. Sartre le cite dans l' Être et le Néant » (p . l'impact intellectuel du travail de Bachelard s 'étend (les radios s 'intéressent à lui.Mais . 1 956 et 1 962) . malgré tout conseiller municipal dans sa ville -'. tandis que Bachelard lui répond dans l'Activité rationaliste (p . jusque dan s les actions de citoyen de Bachelard. 53 . amis. Paris. coll. que Bachelard n'a jamais dédaigné commenter les œuvres d'ar­ tistes dont il appréciait le travail (Albert Flocon) . Évoquons quelques cas flagrants de cette « influence » d'un esprit qui a appris que l'on ne se forme qu'en se réfor­ mant. On pourrait aussi relever les références faites à Bachelard dans les ouvrages d'autres phi­ losophes par exemple.. et nous conservons quelques enregistrements ) . certains corres­ pondent à des récits de seconde facture.

) . Blondel. Pour un Pierre B ourdieu qui utilise abondamment Bachelard dans l ' exposé des logue ( surtout son ethnologu e s . Foucault. Puis . des penseurs originaux se détacheront dans cette voie. tenter la sociologie. si Bachelard n' est p as p ar­ ticulièrement intéressé par la question des sciences s ociales (à p eine effleurée et encore négativement dans quelques a textes ) .. dans ces de mettre les mologie bachelardienne au s ervice de la défense de ces sciences . sous la couverture de ce travail philo­ sophique.. le constituées .. mais de leur savoir .. à une époque d'ailleurs où les intellectuels ne s ' occup ent plus de leurs engagements . À l ' exception tou- . P aris règles du 1 (68 ) . et des ( Mouton/Bordas . Dans le même ordre d'idées. qui doivent à la lecture de Bachelard des impulsions qu'ils lui reconnaissent d'ailleurs.TI convient de relever aussi le rôle historique positif que l'œuvre de Bachelard a pu remplir auprès de nombreux philo­ de la sophes marxistes pendant une période qui couvre en gros les années 1 945. la dialectisation des catégories raison et la liaison entre philosophie des sciences et pratiques scientifiques .1 953 en effet.. il Métier de socio­ faut compter des de toutes sortes épistémologues à une époque où chacun cherchait de à faire p asser Michel domaine recherche p our s cientifique ) . ont permis une critique matérialiste du spiritualisme (Bergson.. Lavelle . chacun p our son compte s aura se s ervir de ces éléments p our penser. etc . Louis Althusser. On ne notions de l' épisté­ s ' étonnera p as de voir de nombreux chercheurs .. l'histoire étaient des sciences champs du s avoir. mises au premier p lan par Bachelard ces années-là. il tout de même considéré que droit. Jacques Lacan.

Roland Barthes. -G.B A C tefois de la psychologie qui souffre d'une surcharge de cri­ ti ques évidentes. pour ne pas l'avoir avoué. par Bachelard a fini par inspirer la BD 60 . on Enfin. dans les Essais critiques (SeuiL Paris 1 964 ) . dans ses « Etudes de philosophie et d'histoire des sciences (Vrin. Paris 1 970 ) . sont demeurés tributaires du même champ de pensée.Direction Cassiopée » . ne saurait ignorer que le domaine de la critique littéraire fut longtemps traversé par l ' us age du vocabulaire bachelardien. raconte comment il en est venu à utiliser l'épistémologie de Bachelard. Paris 1 980. Dargaud. Une ultime remarque Le personnage du philosophe construit c 1. Valérian agent spatio-temporeL « Métro Châtelet . mais de nombreux autres cri­ tiques . Mézières et f P Christin. fort bien résumées par Georges Canguilhem.

1 94 0 PUF Paris 1 96 6 . CortL P aris 1 9 6 5 . Corti. PUF Paris 1 9 1 . . et une conjonction de l'épistémologie avec le thème d'une histoire des sciences . un nouveau thème intervient et donne forme à des recherches qui s 'enchevêtrent avec les précé­ dentes ( elles-mêmes restructurées autour de la notion de travail) le thème de l'imagination ou de la psychanalyse de la connaissan­ ce commune.B I B L I O G R A P H I E 1 - Œ C V R E S P R I N C I PA L E S D E G A S T O N B A C H E L A R D Les premiers ouvrages sont centrés sur les seules questions scientifiques et leur actualité .. commence un abandon d e l a psychanalyse a u profit d'une poétique.1 932. 1 942. Gallimard. Paris 1 966. "7 « L e Nouvel esprit scientifique » 1 93 8 est une date centrale. DenoëL Paris 1 966. 193 8 .. Paris 1 965. PUF. constitutif d'une « L'Eau et les rêves » . Paris 1 9 63 . Paris 1 972 . « Lautréamont » 1 94 0 . La Formation de l'esprit scientifique 1 93 8 . « La Psychanalyse du feu » . une nouvelle manière d'analyser les images. « trilogie rationaliste « . 1 934. 61 « Le Rationalisme appliqué » . « La Philosophie du non » Puis .. « L'Intuition de l'instant » . Vrin. 1 949.

Paris 1 9 6 4 . Études 1 970. Bachelard e t l a culture scientifique Figures de la pensée philosophique Hyppolite Jean. 1 963 . La Poétique de l'espace » . 1 95 7 « PUY Paris 1 964 . PUF. G il Didier. Paris 1 9 7 0 . L'œuvre proprement épistémologique est désormais suspendue. L a Fl amme d'une chandelle » . IL Lecourt Dominique. 62 . Paris 1 9 7 0 . Pari. « Études d'histoire et de philosophie des PUF sciences » .« L 'Activité rationaliste de la physique contemporaine » . PUF Paris 1 9 9 1 .. l'Épistémologie historique de Gaston Actualité et postérités Vrin. Vrin. 1 96 1 . Paris 1 99 3 . PUF Paris Vrin. 1 9 6 5 . PUF Paris 1 97 2 . Paris recueiL préface d e Georges L'Engagement rationaliste Canguilhem. Bachelard ». ».:) 1 Le Matérialisme rationnel » . 2 - Q U E L Q U E S O U V R A G E S P O R TA N T S U R L' Œ U V R E DE GASTON BACHELARD Canguilhem Georges. 1 9 . de Gaston Bachelard Quillet Pierre. Œuvres posthumes. Nouvel P ascal ( sous l a direction de ) . Paris 1 9 9 7 Bachelard » . 1 9 5 3 . Vrin. présentation d e Georges Canguilhem. PUY Paris 1 964 . Seghers .

p . 5 6 .p . 3 L e nouvel esprit scientifique DECXIÈME PARTIE . Les obstacles épistémologiques TROISIÈME PARTIE . La dialectique C O N C L C S lO N . 35 La cité des savants Biographie B IB L I O G R A P H I E .T A B LE D E S MATI ÈRE S I N T R O D U C T I O l\' Un monde sans profondeur P R E M I È R E PA RTIE .p . 48 .P 6 1 .p.p .p .

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