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HISTOIRE ANCIENNE

DE L'ÉGLISE

I

L.

DUCHESNE

HISTOIRE ANCIENNE

DE L'EGLISE

Tome

I.

TROISIÈME ÉDITION

MAB 2

8 Î96S

PAEIS
AxciEXTΠLibrairie E. THOB.IN et Fils

ALBERT FONTEMOING, ÉDITEUR
LIBRAIRE DES ÉCOLES FRANÇAISES d'aTHÈSES ET DE ROME

DU COLLÈGE DE FRANCE ET DE l'école NORMALE SUPÉRIEURE
4,

rue Le Goff, i

1907

Roma.

Tip. délia Pace di P. Cuggiani (06-260).

M.

GASTON BOISSIER

PREFACE

temps de la persécution de Dioclétien, alors que les églises étaient détruites, les livres saints brûlés, les chrétiens proscrits ou contraints d'apostasier, un d'entre eux travaillait
tranquillement à compiler la première histoire du christianisme. Ce n'était pas un esprit supérieur,

Au

mais

c'était

un homme

patient, labo-

rieux, consciencieux.
déjà,
il

Depuis de longues années

rassemblait des matériaux en vue du livre qu'il méditait. Il réussit à les sauver du

à les mettre en œuvre. C'est ainsi qu'Eusèbe de Césarée devint le père de
naufi^age et
l'histoire ecclésiastique.

même

ceux qui, longtemps après lui, en des jours sombres, eux aussi, reprennent son dessein, incombe avant tout le devoir de rappeler son nom et ses incomparables services. S'il n'avait pas, avec une diligence sans
fouillé les bibliothèques palestiniennes docteur Origène et l'évêque Alexandre avaient recueilli toute la littérature chrétienne des temps anciens, nos connaissances sur les trois premiers siècles de l'Eglise se réduiraient

A

égale,
le

vin

PRÉFACE

à bien peu de chose. Grâce à lui nous nous trouvons en mesure, non sans doute de ne pas regretter le naufrage de cette littérature, mais au moins de pouvoir l'apprécier sur de notables
débris.

Eusèbe, poirrtant, n'est pas notre seul témoin. Plusiem's des livres antiques dont il nous parle se sont conservés jusqu'à nous; d'autres ont passé sous les yeux de liseurs infatigables et communicatifs, comme saint Epiphane, saint

Jérôme

et Photius. L'histoire littéraire

du

chris-

tianisme en sa primitive époque est chose possible. On l'a tentée souvent. L'Allemagne possède, en ce genre, l'exposition toute neuve et bien remarquable de M. 0. Bardenhever ^ Depuis une trentaine d'années, l'actif laboratoire

de M. Adolf Harnack travaille, comme Eusèbe avant la persécution, à rassembler les documents d'une grande synthèse. Le monde scientifique est tenu au courant des préparatifs par la collection des « Textes et recherches » ^ et surtout par la publication de deux ouvrages préliminaires sui' la tradition de l'ancienne littérature chrétienne et sur sa chronologie ^.
^

Geschichte der altkirchlichen Litteratur, Herder, 1902-1903,

2 vol.
^ Texte miel Untersuchungen zur Geschichte der altchristlichen Litteratur, Leipzig, Hinrich. 3 Geschichte der altchristlichen Litterattir ; 1ère partie Die Ueberlieferung und der Bestand (1893): 2e partie: Die Chronologie (1897-1904). Je dois mentionner aussi la collection des écrivains chrétiens des trois premiers siècles, publiée sous les auspices de l'académie de Berlin plusieurs volumes ont déjà paru.
:

:

PRÉFACE

IX

Ces travaux, auprès desquels il serait aisé d'en citer d'autres, originaires de France \ d'Angleterre et d'Italie, ont grandement éclairé les vieux textes et leurs mutuels rapports. La documentation a fait vraiment de grands progrès. Vers laÇfin du XVIP siècle l'honnête et judicieux Tillemont établit ses dissertations sur la plus consciencieuse étude des sources connues de son temps. Il serait bien étonné, s'il réapparaissait, de voir tout ce qu'on a découvert
depuis.

Cependant

il

ne faut pas croire que

le pro-

grès des études ait modifié essentiellement, ou

grandement, la tradition qui s'exprime en ses doctes volumes. Les résultats partiels acquis par tant de découvertes et d'efforts tendent en somme à justifier la façon de voir des sages critiques du temps de Louis XIY. On est revenu des systèmes insensés dont Tubingue eut la primeur; d'autres, il est vrai, les ont remplacés, car le cerveau humain est toujours fécond en inventions bizarres. Mais il y a une opinion moyenne, représentée par les jugements des gens graves et sains d'esprit, qui s'impose au public de sens rassis. Je n'ai pas besoin de dire que je crois être de celle-là.
Peut-être
égale

même

me

flatté-je.

Mais je

me
de

sens une
certains

horreur pour la niaiserie

1

Surtout P. Monceaux, Histoire

littéraire

de l'Afrique chré-

tienne, 1901.

PRÉFACE

systèmes et pour celle de certaines légendes.

Je

crois

même

que,

s'il

fallait choisir, les légen-

où il y a au moins un peu de poésie et d'âme populaire, auraient encore ma préférence. Donc la tâche que j'entreprends ici, tâche modeste, d'exposition et de vulgarisation, peut se justifier par les progrès de la recherche érudite. Cependant si j'ai pris la plume, c'est que j'y ai été exhorté et presque contraint par tant de personnes, que j'ai dii, pour en obtenir le repos, leur donner satisfaction ^ Ces personnes ne me défendront pas contre les critiques, car elles ne sont pas, pour la plupart, des personnes de plume. Mais les gens experts et sensés verront bien, par exemple, pourquoi je ne me suis pas encombré de discussions et de bibliographie, pourquoi je ne me suis pas trop attardé aux toutes premières
des,

origines, pourquoi, sans négliger les théologiens
et leur activité, je
la

ne me suis pas absorbé dans contemplation de leurs querelles. Chaque chose a son temps, et sa place. On me pardonnei'a aussi une certaine tendance à limiter ma curiosité. J'admire beaucoup les personnes qui veulent tout savoir, et je rends hommage à l'ingéniosité avec laquelle elles savent prolonger, par des hj^pothèses séduisantes, les
Je dois avouer que j'ai été inspiré aussi par le désir d'arrêter la circulation d'un vieux cahier de cours, lithographie depuis liicntôt trente ans, qui me semble avoir trop vécu pour

'

ma

gloire.

PRÉFACE
|:)erspectives
rifiés.

XI

ouvertes sur téuioignages bien vé-

Pour mon usage personnel je préfère les terrains solides; j'aime mieux aller moins loin et marcher avec plus de sécurité, non plus saper e quam oportet sapere, sed sapere ad sobrietatem.
Rome, 22 novembre
1905.

Avis sur la deuxième édition

L'accueil fait à ce livre a été

si

favorable que, deux m.ois

première édition, il a fallu en prépai-er une deuxième. Elle est exactement semblable à la première. En trois endroits seulement de légers changements ont été introduits: p. 320, on a dû noter la découverte du texte grec de la Chronique d'Hippolyte; p. 460, on a tenu compte
de renseignements biographiques fournis, sur Jules Africain,

après la mise en vente de la

par un papyrus récemment publié; enfin, p. 353, note 2, d'après l'avis d'un hébraïsant exercé, on a modifié l'appréciation d'abord

émise sur une
saint Jérôme.

dififéi'ence

de traduction entre les Septante et

CHAPITEE

I.

L'empire romain, patrie du ciiristianisme.

— Le

et le monde antiqiTe. L'empire romain et ses voisins. peuple juif et la religion juive. Les provinces romaines et l'orgaMœurs, idées, religion mystères, cultes orientaux. nisation municipale. Préparation évangélique.

La Méditerranée

:

Au moment où pacifique de Rome

naquit

le

cliristianisme,

Tempire
riveil

s'étendait

sur tous les

Jp&js,

rains de la Méditerranée.

Dans l'ensemble du monde

correspondait à peu près à ce qu'est maintenant l'Eu-

rope

;

mais

il

était

plus

isolé.

Sans parler de l'Amé-

rique, encore insoupçonnée, les grandes agglomérations

liumaines de la Chine, de l'Lide, de l'Afrique intérieure,
ignoraient la Méditerranée
d'elle.

comme
le

elles étaient

ignorées
il

Avec

ces pays presque fabuleux on aurait pu,

est vrai,

communiquer par
la
:

Nil ou par les deux golfes

qui flanquent

péninsule arabi<pie et s'ouvrent sur la

mer des Indes
du monde

c'est

précisément sur ces grands chemins

que, depuis les temps les plus reculés, prospé-

rèrent les empires d'Egypte, d'Assyrie, de Chaldée et de Susiane. Mais, malgré leur situation géographique,
si fa-

vorable aux relations lointaines, ces états semblent avoir
été toujours à

peu près fermés du côté de

l'Orient. C'est

vers la Méditerranée que se portait leur expansion con-

DccHESïnc. Hist. anc. de l'Egl.

-

T.

I.

1

'2

CHAPITRE
:

I.

quérante et civilisatrice

c'est

aussi de ce côté qu'ik

finirent par se heurter à des nations plus jeunes, des-

tinées à arrêter leur développement, à fermer leur histoire et à les

remplacer dans

la

direction politique de

l'Asie occidentale.

Au

VI*

siècle

avant notre

ère, le

Xil et l'Euphrate

se trouvèrent réunis sous la

domination des Perses, race
atteignirent la

entreprenante, dont les conquêtes

mer

Egée
à

et le

Danube, en mênie temps

qu'elles s'étendaient

l'est

jusqu'à l'Indus.

Deux

cents ans plus tard, Aleet

xandre brisa cet empire passager

mit l'Orient sous
par lequel

l'autorité des Grecs. L'établissement politique
il

essaya de couronner ses magnifiques aventures n'eut,

sans doute, qu'une durée bien éphémère. Mais la con-

quête macédonienne doit être considérée surtout

comme
un
ré-

l'avènement de l'hellénisme en Orient.

En

ces pays d'an-

tique et puissante culture, Alexandre inaugura

gime destiné à une toute autre fortune que son empire
à
lui.

De bonne
et

heure,

il

est vrai. l'Iran reprit

son indé-

pendance
nant avec

vécut à part des royaumes grecs, entraîvieux vassaux du Tigre
et

lui ses

de l'Eu-

phrate. Mais ni les rois Parthes. ni leurs

successeurs

Sassanides, ne parvinrent à reprendre, en face de l'Occident, le rôle des Assourbanipal et des Darius.

Tout

développement de ce côté leur fut
ils

interdit.

Sans doute

virent tomber les

royaumes

grecs, mais les légions-

romaines s'installèrent à leur place.
désormais gardée pour de longs
l'Italie,

La

frontière était

siècles.

Maîtresse de

victorieuse à Carthage et en Grèce,

Eome

brisa

l'empire romain, patrie du C'HR1STIAXI«ME

3
elle

en 64
liérita
tière,

la

royauté des Séleucides: trente ans après

de celle des Ptolémées.

La
la

Méditerranée tout en-

depuis Antioclie jusqu'à l'Espagne, reconnaissait

son empire. César j joignit
sa frontière jusqu'au

Gaule: Auguste j)orta

Danube, Claude jusqu'à l'Ecosse.
se heurtait qu'à des po-

Au
le

nord

le

monde romain ne
Ce

pulations barbares: l'Océan formait sa frontière à l'ouest,
désert au sud.
n'est qu'à l'Orient,

du

côté

du Tigre
:

et de

rArménie,
le

qu'il confinait à

un autre empire
était-il

en-

core

contact avec les Parthes

atténué

par

l'interposition d'une ligne de petits

royaumes

tributaires,

depuis

le

Pont-Euxin jusqu'à

la

mer Rouge.
que
le

C'est dans

un de ces

petits états, la Judée,

cliristianisme apparut.
le prépara, fut

Le judaïsme,

qui

le

précéda et
la

d'abord représenté, en ce coin de

Syrie

méridionale, par la vie religieuse d'un petit peuple formé

de tribus diverses, rassemblé en un royaume, puis en
deux, qui ne durèrent pas longtemps et tombèrent sous
les

coups des Assyriens
la

et

des Clialdéens.

Au moment
ins-

de

dernière catastrophe (5901, cette vie religieuse, pro-

gressivement épurée sous l'influence de prophètes
pirés, avait

pour centre
adorait

le

sanctuaire national de Jérul'adorait

salem.
le seul

On

3'

un dieu unique, on

comme

vrai

Dieu

et Seigneur,

auprès duquel toutes les

autres prétendues divinités n'étaient qu'idoles et démons.
L'Israélite le connaissait

comme

auteur et maître du

monde:

il

se savait lié à lui

par des j)actes antiques et
lui,

spéciaux. Jalivé, le Créateur, était son dieu à
il

comme
très

était,, lui. le

peuple de Jahvé.

De

un sentiment

4

CHAPITRE

I.

haut de sa dignité, de sa race

et

de sa mission: de là
et

une confiance inébranlable en ses destinées
qui les lui avait ménagées.

en Celui

Le Temple
quand

fut détruit, la dynastie supprimée, le peu:

ple lui-même dispersé en de lointains exils

Israël espéra

même

et

son espérance ne fut pas déçue. Les

Perses ruinèrent Tempire clialdéen, prirent et pillèrent
l'odieuse Babylone, et finalement permirent

aux Juifs de

rebâtir leur sanctuaire, de se grouper autour, et

même
il

de

fortifier

Jérusalem.

De
on

l'indépendance nationale

fallut

faire

son deuil:

se consola en resserrant de

plus en plus

les liens qui unissaient les fils d'Israël à

Jahvé

et

en Jahvé. Les souverains de Suse accordaient
locale, qui fut

une large autonomie
par
les

maintenue après eux
jusqu'au

Ptolémées

et les Séleucides, la

moment où
l'in-

Antiochus Epiphane conçut
le

foUe pensée d'helléniser

peuple de Dieu.

La

défense religieuse aboutit à

surrection.
sortit

De

celle-ci,

quand

le

succès l'eut couronnée,
les

un

état

autonome, gouverné par
fils

grands prê-

tres

asmonéens,

des héros de l'indépendance.

Peu

à

peu ces prêtres

se transformèrent en rois de Judée.

Ce

régime dura près de cent ans, jusqu'à l'arrivée des Romains. Pompée, qui mit
fin

au royaume séleucide et prit en somme, cet état de

Jérusalem

(63), laissa subsister,

choses. Antoine remplaça (40) les derniers

asmonéens par

un aventurier du pays, Hérode,
rode
gile. le

celui qu'on appelle Hé-

Grand. C'est par son
il

nom que

s'ouvre l'Evanav. J.-C.) le

Quand

mourut (750 de Eome, 4

royaume assez vaste qu'on

lui avait attribué fut divisé

L EMPIRE ROMAIX. PATRIE DU CHRISTIANISME

5

en trois parts

;

celle qui
:

comprenait Jérusalem échut à

son
ère.

fils

Archélaiis
il

il

la

garda jusqu'en Tan 6 de notre
et

Alors

fut destitué

remplacé par des procu-

rateurs, dont la série,

sauf un intervalle de trois ans
la

(Hérode Agrippa, 42-14), se prolongea jusqu'à
insurrection de
6(3.

grande

Au moment

le

elle éclata, le cliristianisme était

déjà

et sa

propagande avait inauguré

ses voies. Elles ne
:

conduisirent pas d'abord vers l'Orient
le voit
il

ce n'est que

plus tard qu'on

prendre pied dans l'empire parthe.

Dès

ses débuts

regarda du côté du

monde

grec et de

l'empire romain.

L'empire romain, malgré

les

scandales dont

Eome

était le théâtre, assurait la paix, la sécurité, la liberté

même, en

ce sens qu'il favorisait volontiers la vie des

organisations municipales. Les provinces, gouvernées les

unes par des proconsuls annuels au
autres par des légats propréteurs au

nom du sénat, les nom du prince, poules

vaient être considérées
criptions

comme
Dans

des groupes de circonsmagistrats
le

communales administrées par
les

élus de la ville chef-lieu.

pays où

régime

municipal n'avait pas été introduit, l'autonomie était
organisée autrement. Les fonctionnaires, sauf ceux de
l'impôt, étaient

peu nombreux:

la justice,

sauf

— et enaux
jier-

core pas partout

les causes criminelles, restait
les

mains des magistrats municipaux. Cependant

sonnes qui jouissaient du droit de cité romaine n'étaient
justiciables

que des tribunaux de Rome. Les provinces

frontières étaient les seules qui eussent des troupes im-

6

CHAPITRE
:

I.

périales

le

maintien de

la

paix intérieure était encore

affaire locale, confiée

aux

autorités des villes. Cette orga-

nisation libérale n'entraînait pas

de désordres graves:
le

des précautions avaient été prises pour que

pouvoir

municipal ne sortit pas des classes aisées:
populaires n'avaient aucime influence sur
le

les

masses

gouverne-

ment communal.
Sous ce régime
grecque
jusque

le

monde

prospérait, la civilisation
les

et

romaine conquérait rapidement

pays où

avaient régné soit des

mœurs

différentes, soit

la barbarie.

Les campagnes conservaient Tusage des an-

ciens idiomes,

comme
le

le celte, le
:

punique.

1"

ibère,

1"

illy-

rien, le syriaque, rég\'ptien
lait

dans

les villes

on ne par-

guère que

grec ou

le latin.

Un

vaste système de
:

routes reliait entre elles les diverses parties de l'empire
la

poste impériale

y

circulait,

en

même temps
était

que les

voitures des particuliers.

La Méditerranée
et rapide.

elle-même

une voie immense, sûre
devenues

Aussi

les relations,

faciles, étaient-elles fréquentes.
il

Cependant

circulait

dans ce grand corps plus de

vie matérielle que de sève intellectuelle.

Le

siècle

d'Au-

guste était passé; l'éloquence et la poésie ne jetaient
plus aucun éclat
;

les

grammairiens avaient succédé aux

grands écrivains. La philosophie elle-même subissait une
éclipse.

Les

sectes en vues, Tépicuréisme et le stoïcisme,
;

ne se préoccupaient guère de métaph^-sique
esprits qui méditaient
taient sm- la morale.
les Thraséas, les

les rares

encore,

comme

Sénèque, médi-

A Rome, quelques nobles caractères,

Helvidius Priscus, entretinrent contre

l'empire romain, patrie du CHRISTIAXISME

7

la tyramiie des Césars et des Flaviens la protestation

de

la

conscience humaine, en

même temps

qu'une demicette géné-

revendication de

la liberté disparue.

Mais ni

reuse opposition ni la philosophie spéculative n'avaient
d'action appréciable sur le populaire de
les

Rome ou

sur

masses provinciales.

En
niques,

religion, les classes supérieures étaient généracultes,

lement sceptiques. Des anciens
il

romains ou

hellé-

ne restait gTière que
rite, la vieille

les

cérémonies

officielles.

En
peu

dehors du

religion de

Rome

avait été

de chose.

Elle

s'adressait à des

dieux abstraits,

sans forme, sans poésie, quelquefois sans nom.' L'ima-

gination grecque, au contraire, avait su revêtir de for-

mes

brillantes les abstractions
fait

du naturalisme

primitif,

en avait

des hom.mes transcendants en beauté, en

force et en intelhgence.

De

ces

séduisants

immortels

les poètes chantaient les exploits et les aventures:

mais

nulle théologie sérieuse ne fut déduite de leur panthéon.

La

philosophie,

il

est vrai, s'ingénia à

donner un

sen.s

cosmogonique aux fables
ainsi à les discréditer

religieuses:

mais on arriva'
les expliquer.

beaucoup plus qu'à

Détourné de l'Olympe

traditionnel, l'instinct religieux

se porta vers les mystères,
le m.ot

l'on prétendait
.délivrer

donner

des

énigmes étemelles,
le

l'âme captive
vie.
le

et
les

lui

assurer

bonheur dans une autre
n'attiraient

3Iais

initiations grecques
la

guère

peuple:

quelques-unes, où

morale courait trop de risques,

avaient été déjà ou prohibées ou soumises à une étroite,
surveillance.

8

'

CHAPITRE

I.

La conquête
tants,

de rOrient et de VEgypte introduisit

d'autres éléments religieux.

Des

cultes bruyants, exci-

immoraux, dont

les

cérémonies admettaient pêleet

mêle

hommes
d'Isis et

et

femmes, riches

j^auvres, libres et

esclaves, se répandirent de toute part. L'Egypte fournit

ceux

de Sérapis, la Syrie ceux d'Adonis et
la

d'Astarté, la

Perse celui de Mithra,

Plnygie ceux

de Cybèle et de Sabazius. D'innombrables associations
se fondèrent partout
velles, et leur culte

en l'honneur de ces divinités nou-

ne tarda pas à donner au sentiment
qu"il

religieux
les

un aliment

ne trouvait plus guère dans

cérémonies

officielles.

Celles-ci, d'ailleurs,

subissaient une transformation.

Les anciens sanctuaires nationaux continuèrent sans
doute à être desservis: mais une divinité nouvelle, plus
présente et plus puissante, s'installa à côté des ancieimes
et leur
fit

une redoutable concurrence. Je veux parler

du

culte de

Eome

et

d'Auguste \ Ce culte

fit

sa pre-

mière apparition, en province, sous l'empereur Auguste,
et se repandit

avec une extrême rapidité. Dans chaque

province unie assemblée de délégués des cités se réunissait

chaque année auprès d'un temple consacré à
et à l'empereur.

Rome
un

Ces délégués élisaient parmi eux
l'année
suivante,
la

prêtre,

qui, jusqu'à

exerçait le

sacerdoce de ce culte au
titre

nom

de

province, sous le

de flamen, de sacerdo^, d'ip/iepsô: (grand-prêtre).

On

Dans cette formule le nom d'Auguste né désigne pas l'empereur Octavien-Auguste en particulier, mais l'Auguste vivant, Tt-nipereur en fonctions.
'

l'empire romaix, patrie du christianisme

9

célébrait des sacrifices, et surtout des jeux publics, avec
la

plus grande solennité
la

:

puis l'assemblée se séparait,

après avoir contrôlé
charge.

gestion

du prêtre sortant de

En

dehors de ces cérémonies d'un caractère

provincial, le culte de
la

Eome

et

d'Auguste

avait,

dans

plupart des
et,

villes,

ses temples et ses prêtres

muni-

cipaux,

de plus, ses associations religieuses. Moulé

sur l'organisation municipale et provinciale, qu'il rattachait par

une sorte de
l'empire,
il

lien sacré

au gouvernement
le

su-

prême de
clair

ne tarda pas à représenter

plus

de

la

religion officielle.
si

Tous

ces cultes,

divers d'origine et de sens, vi-

vaient ensemble sans qu'aucun d'eux prétendit exclure
les autres.

On

se décidait entre
:

eux suivant

ses goûts
qu'ils jjou-

et ses

commodités

en général on admettait

vaient tous être pratiqués, suivant les circonstances.

Le

christianisme n'a pas trouvé la place vide. Il lui a fallu
extirper des

âmes qui s'ouvraient
tel

à lui,
tel

non seulement
mais encore
s'é-

l'attachement particulier à

ou

culte,

une certaine sympathie pour tous
taient

les

paganismes qui
la

peu

à

peu

croisés

ou superposés dans

dévo-

tion vulgaire.

De

ce Cjui vient d'être dit

on peut conclure que

la

propagation du christianisme a trouvé dans

la situation

de l'empire romain à la fois des facilités et des obstacles.
la

Parmi

les facilités

il

faut mettre au premier rang

paix universelle, l'uniformité de langue et d'idées, la

rapidité et la sûreté des communications.

La

philosophie,

par les coups qu'elle avait portés aux vieilles légendes

10

CHAPITRE

I.

et par son impuissance à créer

quelque chose qui les

pût remplacer, peut aussi être considérée
auxiliaire
:

comme un

utile

les

Pères de TEglise parlent du paganisme
Enfin
les religions orientales,

comme Lucien.

en domiant

un aliment quelconque au sentiment
pêché de mourir,
lui

religieux, Font
la

em-

ont permis d'attendre
facilités,

renais-

sance évangélique. Mais à côté des
stacles
!

que d'ob:

L"empire romain deviendra bientôt persécuteur
il

à plusieurs reprises
contre
le

entreprendra une^ lutte à mort

christianisme. L"esprit raisonneur de la philo-

sophie grecque s'emparera des éléments doctrinaux de

l'enseignement chrétien
diverses.

:

il

en fera

sortir cent hérésies
s'ils

Quant aux

cultes jDopulaires,
le

conservaient

d'une certaine façon

sentiment religieux, ce n'est pas

d'eux que l'on devait attendre un secours quelconque
contre ces passions égoïstes et honteuses qui forment
toujours, dans les nations

comme dans
du

les individus, le

plus

dilïicile

obstacle à l'œuvre

salut.

CHAPITRE

n.

La primitive

église à Jérusalem.

Le judaïsme dans rem^iire et en Palestine. — Les disciples de Jésus: Saul de Tarse. leur propagande, leur organisation. Premières conversions parmi les gentils favorables au judaïsme.

«Le
ritaine.

salut vient des Juifs»

disait

Jésus à

la

Sama-

Ce mot

caractérise l'aspect extérieur de la proC'est à Jérusalem qu'elle a son
c'est

]3agande évangélique.

premier point de départ;
établies

en passant par

les juiveries

un peu partout dans l'empire

qu'elle atteint les

populations païennes.

Depuis que

le

monde
le

avait été ouvert par Alexandre

et par les Romains,

judaïsme avait essaimé.
il

En

dehors
l'exil,

de

la Palestine,

son berceau,

possédait, depuis

im. centre

important à Babylone.

Celui-ci, pourtant, est

à

peu. près négligeable dans l'histoire
Il

du christianisme
la

primitif.

n'en est pas de

même

de

colome juive

d'Alexandrie, qui formait environ les deux cinquièmes

de

la

population de cette grande
le

ville.

De

là sortirent,
la

outre l'exégèse de Philon,

livre

canonique de

Sa-

gesse et plusieurs apocryphes

importants. Cependant,-

comme

l'évangélisation de l'Egypte est entourée d'mie
il

obscurité profonde,

n'y a pas non

plus à s'arrêter

sur ce poiat. Dans
villes avaient

le

reste de l'empire, les principales

une population juive plus ou moins nom--

J2

CHAPITRE n.

breuse. occupée de petit

commerce

et

protégée par des

privilèges, plusieurs fois renouvelés depuis les premiers

successeurs d'Alexandre. Les enfants d'Israël se réunissaient dans leurs

synagogues pour entendre
Livres Saints, prier en

la lecture

et l'explication des

commun
la

et

traiter les affaires spirituelles

ou temporelles de

con-

grégation locale. Leur formation religieuse comportait

d'abord une séparation aussi absolue que possible d'avec
les païens, puis la foi

au Dieu

d'Israël, les
la Loi,

espérances

messianiques et

l'observation de

mais tempérée

par

les circonstances et

dégagée du formalisme étroit

qui régnait à Jérusalem.

En

Palestine, le Temple, sanctuaire unique

du

culte

de Jalivé, conservait

un puissant

prestige.

La

hiérarchie

sacerdotale, dirigée par le parti aristocratique des Sadclucéens. maintenait avec rigueur les prescriptions rituelles.

Mais

le

luxe, la

dépravation, l'indifférence religieuse,

qu'affichaient les chefs

du sacerdoce, leur platitude en
pour
les espé-

face des autorités romaines, leur mépris

rances messianiques et la doctrine
leur avaient enlevé l'affection

de

la résurrection,

du peuple

et jetaient,

aux

yeux de quelques-uns, une certaine déconsidération sur
le

Temple lui-même.

Il

se trouvait des

gens qui,

saisis

de dégoût, fuyaient

le

sanctuaire officiel et ses desser-

vants, pour se livrer, loin
et à la pratique

du monde, au service de Dieu
groupés en

scrupuleuse de la Loi. Les Esséniens

représentent
petites

ce

mouvement.les

Ils

vivaient
la

communautés sur

bords de

mer Morte,

aux environs d'Engaddi.

LA PRIMITIVE ÉGLISE À JÉRUSALEM

13

Les prêtres saclducéens furent

les

persécuteurs de

Jésus-Christ et de ses disciples. Quant aux Esséniens,
ils

vécurent à côté du christianisme naissant,
lui,

et, s'ils se

joignirent à
risiens, si

ce ne fut que tardivement.

Les Pha-

souvent stigmatisés dans l'Evangile pour leur

hypocrisie, leur faux zèle et leurs observances bizarres,

ne formaient pas une secte particulière

:

leur

nom

ser-

vait à désigner en général les gens scrupuleux pour le
culte de la Loi, et

non seulement de
ils

la Loi,

mais de

mille pratiques dont

l'avaient surchargée,

y attribuant

autant de valeur qu'aux préceptes essentiels de la morale.

Du

reste

ils

étaient les défenseurs fidèles des espé-

rances messianiques et de la croyance à la résurrection.

Sous leur attachement excessif
des observances
et de piété.
ils

et orgueilleux

aux

détails

conservaient mi fond sérieux de foi
fit

L'Evangile

parmi eux de nombreuses

et

d'excellentes recrues.

Mais comment

et

en quelles circonstances commença,
le

dans ce monde religieux de Palestine,

mouvement qui
?

devait aboutir à la fondation de l'Eglise

Tous

les ren-

seignements s'accordent à nous indiquer,
départ,

comme

point de

un groupe de personnes qui vivaient
du nom

à Jérusalem
(30-37).
la doc-

dans

les dernières

années de l'empereur Tibère
et

Ces premiers

fidèles se réclamaient

de

trine de Jésus

de Nazareth, récemment supplicié par

ordre du procurateur Pilate, à l'instigation des autorités
juives.

Bon nombre

d'entre eux l'avaient
;

connu vivant;

tous savaient qu'il était mort crucifié tous aussi croyaient
qu'il était ressuscité,

encore qu'une partie seulement d'en-

14

CHAPITRE

II.

tre

eux eussent joui de

sa présence après sa résurrec-

tion. Ils le considéraient

comme

le

Messie promis et

attendu, l'envoyé,

le

Fils de Dieu, qui devait rétablir
la justice et
le

en ce monde

le

règne de

donner au bien
avait promis
les

une revanche éclatante sur
fonder un rovaume,
le

mal.

Il

de

royaume de Dieu, dont

mé-

chants seraient exclus et

dont l'accès était assuré à tous
à lui.

ceux qui s'attacheraient
avait retardé
celle-ci

Son

supplice,

il

est vrai,
:

l'accomplissement de la promesse
réaliser.
la

mais

ne tarderait pas à se
le

On

en avait le
la résur-

gage dans
rection

triomphe remporté sur
Celui-ci était
il

mort par

du Maître.

présentement assis à la
allait

droite de

Dieu son Père, d"où

venir manifester

sa gloire et fonder son royaume.

En

l'attendant, ses fidèles s'occupaient à
et à

répandre la
le

bonne nouvelle, l'Evangile,

former ainsi
:

personnel

des élus. Us vivaient en miion spirituelle
foi,

mie

même

une

même

attente, les tenaient serrés les

mis contre
qui, les

les autres. Leiu's chefs étaient

douze

hommes

années précédentes, avaient vécu dans l'entourage intime

de Jésus, avaient reçu de
distribuaient en son

lui les

enseignements qu'ils
en situation

nom,

et se trouvaient

d'attester ses miracles. Cette intimité avec le Maître
les avait pas, à la vérité,

ne

empêchés de l'abandonner au
pas sans résistance qu'ils

moment

critique, et ce n'est

avaient admis sa résurrection. Maintenant leur conviction était au-dessus de toute contradiction et de toute

épreuve.

On

ne tarda pas à

le constater.

LA PRIMITIVE ÉGLISE À JÉRUSALEM

15

Ce premier groupe de

fidèles

demeurait profondéet les juifs

ment imbu de
il

l'esprit juif.

Entre eux

pieux

n'y avait guère de dissidence possible. Tout ce que

croyaient, espéraient ou pratiquaient, les personnes sin-

cèrement religieuses de leur nation,
aussi, l'espéraient, le pratiquaient.

ils

le

croyaient

Comme

les autres ils

allaient

au Temple,

comme

les autres ils se

soumettaient
seul point

aux observances communes du mosaïsme.
les caractérisait
:

Un

le

Messie, pour eux, n'appartenait pas
l'avenir. Jls

aux indéterminations de
car
il

l'avaient
:

trouvé,

était

venu

et s'était fait connaître

ils

étaient sûrs

de

le

revoir bientôt.
s'il

Mais

n^j avait

rien qui sortît

du

cercle des

idées ou préoccupations juives, on ne saurait dire qu'une
telle

espérance, avec
d'êti^e,

le

groupement dont

elle

était la

raison
lui

pût agréer au sacerdoce
indifférente.

juif,

pût

même
et sur-

demeurer
le

Se réclamer de Jésus,

tout

désigner

comme

l'espoir d'Israël, c'était protester

contre l'exécution d'un personnage que les chefs de la

nation avaient jugé dangereux, coupable, digne de mort.

D'autre part,

le

mouvement
si

populaire, dont les manifesle

tations avaient

fort

alarmé

grand-prêtre, reprenait

sous une autre forme.

Au

lieu d'acclamations

bruyantes

on

se Trouvait
les

en présence d'une prédication discrète:

mais

adhérents solides paraissaient déjà plus nom:

breux qu'au temps de Jésus
jour:

ils

se multipliaient
les

chaque
Ils

une société s'organisait ]30ur

encadrer.

avaient leurs chefs, et c'étaient précisément les amis que

Jésus ayait recrutés en Galilée, dès

la

première heure.

16

CHAPITRE

II.

Dans

ces

conditions

il

était

difficile

que

les auto-

rités juives

ne fissent pas

la vie

dure aux disciples de

Jésus. C'est en effet ce qui arriva,

comme nous le voyons
'.

dans
et

les récits

du

livre des

Actes

Les apôtres, arrêtés

réprimandés, faisaient tête aux prohibitions, suppor-

taient verges et prison, sans se laisser intimider.

Les

prêtres, d'ailleurs, ne pouvaient faire tout ce qui leur
plaisait.

Le

procurateur,

apparemment, ne

se

prêtait

pas volontiers à de nouveaux supplices.

D j

eut

un

moment
phème

plus dur à passer. Etiemie, l'un des premiers

eonvertis, auxiliaire zélé<les apôtres, fut accusé de blas-

contre

le

lieu
le

saint

et

contre la
le livre

loi

de Moïse.

A

en juger par
tenir,
il

discours que

des Actes lui

fait

semble bien que ses propos aient eu quelest-il

que véhémence spéciale. Toujours
drin, enhardi peut-être

que

le

sanhé-

par

la mollesse

du procurateur,

ou profitant d'un moment de vacance de cet emploi,

prononça contre Etienne une sentence de mort
lapider selon les formes
cet événement, des traditionnelles.

et le

fit

A

la suite

de

mesures rigoureuses furent prises

contre les fidèles, et la commmiauté, effrayée, se disj^ersa

pour un temps. L'alarme, cependant, ne fut pas bien
longue, et
1'

«

Eglise

»

,

comme on commençait

à dire, ne

tarda pas à se reformer.

Son organisation intérieure ne paraît pas avoir été
bien compliquée.

On y

entrait par le baptême,

symbole

de l'adhésion à Jésus, au

nom
The.^.s.

de qui

il

était conféré,

>

Cf.

Matth. X, 16-24; /

II,

14.

LA PRIMITIVE ÉGLISE À JÉRUSALEM
et en
rale,

17

même temps
le fidèle

de

la

conversion, de

la

réforme moet

que

s'imposait.

Un

repas

commun

quo-

tidien était le signe et le lien de la vie corporative.

On
le

y

célébrait FEucliaristie,

mémorial sensible

et mysté-

rieux du Maître invisible.

Dans
si

les

premiers jours

besoin de vivre ensemble fut
jusqu'à la

intense que l'on alla

communauté des

biens.

De
se

des dévelop-

jDements administratifs: les apôtres

choisirent sept

auxiliaires qui devinrent les prototypes des diacres.

Un

peu plus tard on voit apparaître une dignité intermédiaire,

un

conseil d'anciens ipre.shyteri, prêtresi, qui as-

sistent les apôtres

dans

la direction

générale et délibè-

rent avec eux.

Bien
assez

qu'elle eût pris

rapidement un dévelopjDement
première communauté
cliré-

considérable, cette

tieime dut renoncer de bomie heure à s'incorporer l'en-

semble des juifs palestiniens. Sa propagande se heurta,

non seulement
mais aussi à

à la malveillance des autorités religieuses,

la résistance
elle

de l'opinion générale. Conse

trariée à Jérusalem,
semble-t-il,

répandit

ailleurs,

moins,
l'ac-

en vertu d'un plan préconçu que sous

tion des circonstances.

La

dispersion qui suivit

la

mort

d'Etiemie transporta au loin nombre de fidèles enthousiastes, qui

semèrent

la «

bonne nouvelle

»

par toute

la

Palestine et

même

au

delà,

en Phénicie, en Syrie, jusGalilée,

que dans

l'Ile

de Chypre.

La
à

première patrie

de l'Evangile, devait avoir conservé un noyau d'anciens
disciples
;

il

y en

avait

même

Damas, dans

le

ro^'aume

d'Arabie. C'est à ce

moment
-

et

dans ces circonstances
2

DcciiEsxE. Hist. anc. de l'Eyl.

T.

I.

18

CHAPITRE

II.

que vint à TEglise naissante l'adhésion

la

moins pré-

vue, en la personne de Saul de Tarse, ardent et savant
zélateur de la Loi, jusqu'alors persécuteur fanatique det^
disciples de Jésus. Converti par

une apparition du Seiil

gneur sur

la

route de Jérusalem à Damas,
ville,

se joignit

d'abord aux fidèles de cette dernière
à évangéliser le

puis se mit

royaume d'Arabie.

Comme

toutes les recrues de cette première heure,

Saul était un juif de race, imbu de l'esprit exclusif et

dédaigneux qui animait ses congénères
rapports avec les gens étrangers
ce petit
était

et réglait leurs-

à
le

leur nation.

Dan&

monde
le

il

allait

de

soi

que

royaume de Dieu

pour

peuple de Dieu, pour cette nation privi-

légiée
il

que Dieu avait comblée de tant de faveurs, à qui

avait fait tant de promesses.

Mais comme

le

peuple

de Dieu semblait peu disposé, dans son ensemble, à se
ranger parmi
ceux-ci
leur
les fidèles

de Jésus,

il

se produisit
les

chez

une certaine tendance à élargir
d'entre

bases de
la

communauté. Quelques-uns

ceux que

persécution avait chassés

de Jérusalem s'adressèrent

à des personnes bien disposées pour la religion juive
et la pratiquant

d'une

certaine

façon,

comme

le

mi-

nistre de la reine d'Ethiopie et le centurion Corneille.

Les Samaritains eux-mêmes furent atteints par
dication évangéhque.

la pré-

Le

livre des

Actes rapporte à ce

propos quelques épisodes choisis, bien propres à caractériser cette situation.

On

sent dans ces récits,

même
telles

tpand

cela n'est

pas dit expressément,

que de
difi&culté.

conversions n'allaient pas sans quelque

L'ad-

LA PRIMITIVE ÉGLISE À JÉRUSALEM

19

mission du centurion Corneille et de son groupe souleva chez les fidèles de Jérusalem des objections assez

vives pour que l'apôtre
écarter
divine.
;

Pierre se sentît obligé de les

il

ne

le fit

qu'en se couvrant d'une intervention

Les événements

et

développements rapportés jus-

qu'ici se placent entre les années 30 et 42; c'est à peu

près tout
la

ce

qu'on en peut

dire,

au point de vue de

chronologie, laquelle, faute de données bien sûres, dele détail, très incertaine.

meure, pour
revit
fils

En

l'année 42

on

un

roi juif
le

à Jérusalem, Hérode Agrippa,
qui, depuis

petit-

d'Hérode

Grand,

quelques amiées déjà,
et

gouvernait les tétrarchies de Philippe

d'Hérode Antila ville sainte

pas (TransJordanie et Galilée). Listallé dans

par

la

grâce de l'empereur Claude,

il

y régna trois ans.
chrétiemie.

Ce

fut

mi dnr moment pour

la

communauté

Agrippa avait tout intérêt à
tocratie sacerdotale;
il

flatter les chefs
serv^ice

de

l'aris-

se

mit au

de leurs ran-

cmies contre les

disciples de Jésus.

Plusieurs d'entre

eux en pâtirent. L'un des apôtres
fils

les plus

en vue, Jacques,
:

de Zébédée, fut décapité

:

Pierre fut arrêté aussi
il

le

même

sort lui était réservé:

n'y échappa que par

miracle.

Mais Hérode mourut peu après
procurateurs fut rétabli et
sécurité relative.

(44); le

régime des

les fidèles retrouvè-rent

mie

Une anciemie
la

tradition rapporte à ce

temps

la dis-

persion des douze

apôtres,

demeurés jusque

dans

communauté de Jérusalem. Les violences d'Hérode,

20

CHAPITRE

II.

leur dédirigées surtout contre eux, expliqueraient assez
part.

Toutefois Pierre se trouvait encore à Jérusalem
'.

quelques aimées après

'

Sur cette tradition,
Texte

v.

Harnack, Chronologie,
t.

t. I,

p. 243,

et Dobschiitz,

und

Unters.,

XI

i,

p.

51.

M. Harnack

semble attache, je crois, trop d'importance à cette tradition, qui quelque écrit apocryphe, comme le Kérygme de Pierre. dériver de

CHAPITEE
Antioche et
Juifs hellénistes.

III.

les

missions de saint Paul.
chrétien à Antioche.

— Fondation d'un groupe
:

sion de Saul et de Barnabe dans la haute Asie-Mineure.

MisSituation des

convertis dit paganisme

conflits intérieurs.

Grèce et à Ephèse.
judéo-chrétiens.

Son

retottr à Jéritsalem.

Saint Paul en Macédoine, eu Sa situation en face des

Ses lettres, sa captivité.

Dans
vue

le

milieu

clirétien

primitif,

les

éléments

les

plus traditionnels, les plus conservateurs, au point de
juif, étaient

représentés par les convertis venus du
la

judaïsme palestinien, dont
dont
l'esprit

langue était l'araméen

et

ne jDOuvait être que fermé aux influences

extérieures.

Mais

il

j

avait aussi,

même

à Jérusalem,
reli-

des juifs venus du dehors, des juifs de race et de
gion, mais

non de langue

et

de patrie. Ceux-ci étaient

originaires des colonies juives établies depuis longtemps

dans

les

pays grecs.

Ils se sentaient

de leur milieu,

si

différent de la ville sainte.
à la tradition nationale et

En

dépit de leur attachement

aux observances religieuses de

leur paj^s d'origine,

ils

avaient trop de points de contact

avec riieUénisme pour n'être pas un jdcu ouverts à des
idées différentes des leurs.
tain

Dès

les

premiers jours, un cer-

nombre

d"entre eux, résidant à Jérusalem, s'étaient

attachés aux apôtres. Lorsque la persécution eut dis-

persé pour

un temps

la

communauté

hiérosoljmite, quel-

ques-uns de ces convertis portèrent l'Évangile dans les

22
villes

CHAPITRE

III.

de

la côte

phénicienne, dans

l'île

de Chypre et
ils

jusqu'à Antioche.
ginaires de

E y
et

en
de
«

Chypre

— étaient eut Cyrénaïque — qui se hasarmême
»

ori-

dèrent à

le

prêcher aux
si

Grecs

d'Antioche, c'est-à-dire

à des personnes qui,
être

bien disposées qu'elles aient pu

à l'égard du Dieu

d'Israël, n'appartenaient

pourtant
se

pas au peuple circoncis.

Beaucoup de conversions
noyau de
l'église

produisirent, et ainsi se forma le
tioche, qui devint

d'An-

promptement comme un second centre

de développement chrétien et surtout de propagande
évangélique.

L'éghse d'Antioche fut organisée par Barnabe, fidèle
d'origine chypriote,

un des plus anciens
de
la

et des plus zélés

parmi

les disciples

première heure.

La commu-

nauté de Jérusalem, émue d'abord de cet afflux de gentils,

le

commissionna pour arranger
choix.

les choses. C'était

un heureux

Barnabe avait assez de largeur
la

d'esprit

pour comprendre
groupe.

situation

et

l'avenir

du nouveau

B

s'associa Saul, le persécuteur converti, qui,

depuis quelque temps, était retourné dans son pays de
Tarse. Grâce à eux le
très rapidement.

nombre des croyants s'augmenta
gens

C'est à Antioche que les disciples de
',

Jésus furent d'abord appelés chrétiens

c'est-à-dire

du Messie ou du
'

Christ.

En

dehors du passage des Actes (XI, 2G) où se trouve

si-

j^nalée rapparition de ce

nom, on ne

le

rencontre que deux fois

dans le N. T. [Ad., XXVI, 28; I Peir., IV, 16), et encore comme une dénomination usitée parmi les non-chrétiens. 11 ne figure l)as non plus dans les Pères apostoliques, sauf chez saint Ignace, qui était d'Antioche (Haruack, Mission, p. 295;.

ANTIOCHE ET LES MISSIONS DE SAINT PAUL

23


encore

s'organisa la première mission

lointaine. C'est
Ils se

Saul et Barnabe qui en furent chargés.

rendirent d'abord dans File de Chypre et la traversèrent
tout
entière

de Salamine à Paphos, où

le

proconsul

Sergius Paulus, frappé de leurs miracles, embrassa la
foi.

De

Us passèrent en Asie-Mineure et séjournèrent
localités

longtemps en diverses

de Pamphylie, de Pisidie

et de Lycaonie. Ils s'arrêtaient dans les villes

il

y

avait des

colonies juives, se rendaient le samedi à la
et

synagogue

y commençaient

leur prédication. Celle-ci

n'avait jamais, auprès des vrais juifs, qu'un succès limité;

mais

les prosélytes,

«les gens craignant

Dieu

»,* c'est-à-

dire les païens
Israélite,

plus ou moins ralliés au monothéisme
jdIus volontiers. Il
3^

récoutaieut

eut beaucoup

de conversions parmi eux

et

même parmi

les

païens proévincée

prement

dits,

quand

la prédication apostolique,

des synagogues, s'adressa directement à eux.

Au

bout
le

de quatre ou cinq

ans, les
les

missionnaires

reprirent

chemin d'Antioche;

villes

ils

avaient

séjourné

avaient toutes une petite

communauté

chrétienne, séparée

de
•d"«

la

communauté juive
(pre.shyteri,

et organisée sous la conduite
prêtres), installés

anciens»

par eux.

Saul, qui s'appelait maintenant Paul, et son

compa-

gnon Barnabe
glise.

furent chaleureusement accueillis f)ar l'Eet

Leurs conversions

spécialement les succès qu'ils

avaient obtenus auprès des païens ne pouvaient manquer
d'mtéresser au plus haut point. Cependant elles soulevaient avec une intensité très grande un problème qui
avait

se

poser déjà, surtout daiis la communauté

24

CHAPITRE

III.

crAntioche.

A

quelles conditions devait-on admettre ces

recrues, faites soit directement dans le paganisme, soit

parmi

les prosélytes

du judaïsme? Devait-on leur imposer

toutes les obligations religieuses qui pesaient sur les juifs

de race, et spécialement les soumettre à la circoncision?
Tel n'était pas l'avis de tout
sionnaires.
tisans
le

monde, surtout des mis-

Mais

la

solution rigoriste avait aussi des par-

nombreux

et influents.

Un

conflit s'éleva et l'on
«

se décida à le porter

devant

les

apôtres et les

anciens

»

de Jérusalem.
ville

Une

députation partit d'Antioche pour la
et

sainte:

Paul

Barnabe en

firent partie. Ils
tel

eurent
milieu,

d'abord à lutter, et cela se conçoit dans un

contre une opposition très décidée. Cependant les autorités,

surtout Pierre, Jean et Jacques,

«

frère

du Seigneur

»

se rangèrent à leur avis et le firent prévaloir.
semble-t-il, de cette idée que,

On

partit,

de

même

qu'il

peu partout des prosélytes à côté des
dits et

juifs

y avait un proprement

que

les

uns

et les autres étaient

admis aux assem-

blées des s^aiagogues, de

même

aussi les églises chréfidèles,

tiennes

pouvaient comporter deux classes de

identiques au point de vue de l'initiation au cliristiani.sme,

mais distinctes au point de vue de l'incorporation au
ju'laïsme. Cette solution fut notifiée à l'église d'Antioelie,

par une lettre que

lui

portèrent Judas Barsabba et Silas,

deux membres de
Il

celle

de Jérusalem.

semblait que tout fût arrangé.
le

On

en

était loin.

Battus sur

principal, les juifs de stricte observance

se rejetèrent

sur

le

détail.

Ils

n'avaient
les

pu empêcher
admit dans la

qu'on

prêchât

aux païens et qu'on

ANTIOCHE ET LES MISSIONS DE SAINT PAUL

25

communauté
place à part.

:

ils

clierclièrent à leur faire assigner

une

Un

des points sur lesquels sévissait question des repas.

le scru-

pule

juif,

c'était la

Manger avec des
israécir-

païens, des incirconcis, répugnait
lites

extrêmement aux

de

vieille roche.

Ceci était très grave dans la

constance, car le principal acte religieux de la

commu-

nauté chrétienne, c'était précisément un repas commun.

Du moment
De

les fidèles

du

lieu
la

ne pouvaient pas man-

ger ensemble, c'en était

fait

de

communion, de

l'unité. la

cette situation ce qui serait sorti, c'eût été,

non pas

fraternité chrétienne,

mais une société religieuse à deux
plus tard la secte des Manichéens.

étages,

comme

le fut

A Jérusalem,
le

l'on était entre juifs,
le

on n'avait pas
regard portait

sentiment de ce danger. Paul, dont

plus loin, se désolait de voir,

même

à Antioche, les cir-

concis se segréger de ceux qui ne l'étaient pas. Pierre
s'étant transporté

dans

la capitale syrienne,

il

le

décida

tout d'abord à entrer dans ses vues et à prendre part aux

mêmes

repas que les chrétiens incirconcis. Mais

le parti

juif avait l'œil sur le chef des apôtres.

On vit

arriver des
le

gens de Jérusalem, venus de
disant, qui le firent

la part

de Jacques ou

changer d'attitude. Son exemple en:

traîna

beaucoup de défections

Barnabe lui-même

se

sépara du

compagnon de

ses

travaux apostoliques. Mais

Paul ne s'abandonna pas.
chef des fidèles et
lui

Il résista

en face au grand

reprocha, en termes assez durs,

l'inconséquence de son attitude.

On

ne saurait dire quelle fut l'issue immédiate

et
les

locale de ce conflit.

Une

chose est certaine, c'est que

26

CHAPITRE

III.

idées de Paul finirent par prévaloir dans l'organisation

des sociétés ckrétieimes. Cela était inévitable. Les juifs
convertis, sauf en

Palestine,

se trouvaient déjà et se

trouvèrent de plus en plus, dans la situation de minarite.

L'expansion chrétienne, partie d'eux, s'opéra en

dehors d'eux.

A

procurer ce résultat Paul employa

le reste

de sa

carrière. Il

ne tarda pas à repartir pour

l'

Asie-Mineure,

en compagnie, non plus de Barnabe, avec lequel, en
raison du récent coniiit et pour d'autres motifs \
trouvait
il

se

un peu en

froid,

mais de

Silas,

notable chré-

tien de JéiTisalem,
voir.
liaire

gagné évidemment
il

à sa

manière de

En

passant par la L^'caonie,

s'adjoignit

un

auxi»

précieux,

Timothée, né

d'iui

père
car

«

hellène
il

et

d'ime mère juive.
plier

Il le fit circoncire,

savait se

aux circonstances

et la

ne votdait pas se créer des

difficultés inutiles.

Par

Phrygie

et la Galatie

il

attei-

gnit le port de Troas en Mysie et de là passa en Macé-

doine

;

puis

il

séjourna à Philippes, Thessalonique et
il il

autres heux,

s'embarqua pour Athènes, où
et s'établit enfin à

s'arrêta

peu de temps,

Corinthe où

demeura

dix-huit mois (53-54). C'est ce qu'on appelle sa seconde

mission.

De
et,

il

s'embarqua pour Ephèse, ne

fit

qu'j''

toucher
Il

par Césarée de Palestine, revint à Antioche.
resta pas

n'3'

longtemps

et repartit bientôt

pour
à

son troisième voyage. Traversant l'Asie-Mineure de
l'ouest,
il

l'est

arriva à

Ephèse où

il

se fixa

pour trois ans (55-57;.

1

Act.,

XY,

36-39.

AXTIOCHE ET LES MISSIONS DE SAINT PAUL

27

il

trouva deux vieux clirétiens de Rome, Aquilas et

Priscille, qui l'avaient déjà accueilli à Corintlie

au cours

de son précédent voyage. Aquilas et sa femme ne semblent pas s'être occupés de propagande.

Avant

l'arrivée

de Paul

ils

avaient pourtant eu l'occasion de conférer

avec un juif alexandrin, appelé Apollo, qui prêcliait
l'Evangile, mais

ne connaissait d'autre baptême que

celui de Jean. Il avait fait des disciples, qui, entre les

mains de Paul, formèrent

le

premier noyau de

l'église

épliésiemie. Celle-ci se développa par l'effet des prédications, à la sjaiagogue d'abord, puis ailleurs.

Non

seu-

lement Eplièse, mais beaucoup d'autres

localités

de la

province d'Asie furent alors initiées à l'Evangile. Enfin
l'apôtre se décida à revenir

une

fois

encore en Syrie,

mais non sans avoir revu ses chrétientés de Macédoine
et

d'Achaïe.

Il

liiverna

(Ô7-58) à Corintlie et, le prinla

temps suivant, repassant encore par
côte d'Asie,
la Palestine.
il

Macédoine
la

et la

fit

décidément voile pour
le

Phénicie et
'

Vers

temps de

la

Pentecôte (58j

il

arri-

vait à Jérusalem.

Paul revenait au berceau du christianisme après de
longues années employées à prêcher l'Evangile en des

pays

lointains,

où personne ne

l'avait porté

avant

lui.

Il avait

semé de fondations sérieuses

et vivaces la plus

*

Cette date a été fort discutée. M. Harnack, Chronologie,

233 et suiv., la reporte de quatre ou cinq ans eu arrière. Je ne puis accepter ses arguments, auxquels, du reste, M. Schurer, Gesch. desjiicUschen Volkes, o« éd., t. I, p. 578, a suffisamment
t.

I, p.

répondu.,

28

CHAPITRE
l'

ni.
la

grande partie de
TAeliaïe.

Asie-Mineure, de
villes

Macédoine

et

de

Les grandes

d'Ephèse, de Thessalonique,
lui,

de Corintlie, bien d'autres encore, avaient, gi'âce à
des églises remplies de
foi,

d'ardeur, de charité.

Ce que

ces résultats lui avaient coûté, on peut le supposer, et,
reste,
il

du

en

dit

quelque chose dans une de ses lettres \

où. à côté des

désagréments de voyage, faim,
il

soif, bri-

gands, naufrages,
conflits

énumère

les

conséquences de ses

avec les diverses autorités, flagellations, lapidaL'apôtre était déjà doublé d'un mar-

tions, bastonnades.
tyr.
foi

Xul

n'avait tant travaillé et tant souffert

pour

la

commune.

A

l'église

mère de Jérusalem
et,

il

apportait

l'hommage des fondations nouvelles
charité respectueuse,

en signe de leur

un large

tribut d'aumônes. Cepenl'accueil qui l'at-

dant

il

se sentait très

peu rassuré sur

tendait, et ses craintes,

comme on le

vit bientôt, n'étaient

que trop fondées.
L'esprit étroit auquel les tendances universalistes de

Paul
eu
le

s'étaient heurtées, dix ans auparavant, ^Douvait avoir

dessous à Antioche: à Jérusalem

il

en

allait

tout

autrement. Les apôtres avaient depuis longtemps quitté
la ville sainte.
lieu, d'esprits

Ce

qu'il

pouvait y avoir, en un

tel

mi-

ouverts à des conceptions un peu larges,

parait les avoir suivis, s'être transporté à Antioche ou

employé dans

les missions.

Restés entre eux.

les

vieux

conservateurs n'avaient pu que renforcer leurs tendances.
Ils

avaient pour chef Jacques,

«

frère

du Seigneur

»

,

qui

»

// Cor., XI, XII.

AXTIOCHE ET LES MISSIOXS DE SAIXT PAUL
déjà,

29

du temps des apôtres,

jouissait d"une

grande con-

sidération et gouvernait avec eux l'église locale. C'était

un homme d"une

sainteté reconnue, d'une piété profonde,
et

mais très attaché aux coutumes juives
transiger sur leur caractère obligatoire.

peu disposé à
entou-

Dans son

rage les hardiesses de Paul avaient été subies plutôt
qu'acceptées. C'est de là qu'étaient sorties les inspirations

qui divisèrent
et

momentanément
et

la chrétienté

d'Antioche

mirent Pierre

Paul aux

prises.

De

là aussi par-

tirent divers émissaires qui, suivant les traces de

Paul

en Asie-Mineure et en Grèce, entreprirent de ramener

au judaïsme
lui,
là,

strict les

païens ou prosélytes convertis par
et,

de leur imposer la circoncision,

pour en arriver

de déconsidérer personnellement l'apôtre des gentils.

Sur ces

conflits et ces crises, le livre pacifique des
la

Actes passe très rapidement. Mais à

date à laquelle

nous sommes

arrivés, six lettres

de saint Paul étaient

déjà en circulation. Elles nous renseignent avec plus de
précision.

Dans

les

deux épîtres aux Thessaloniciens,
pendant
le

écrites de Corinthe
fit

premier séjour que Paul
question de l'op-

en cette

ville,

il

n'est pas encore

position judaïsante. L'apôtre s'épanche avec des disciples

particulièrement aimés
qu'ils ont

:

il

leur rappelle les tribulations
la

eu à endurer de

part des juifs au

moment

de la première prédication de l'Evangile. Ces tribulations n'ont pas cessé. Il faut savoir les supporter avec

douceur. Paul est heureux de féliciter ses Thessaloniciens sur leur conduite et leur attitude
Ils
:

il

est fier d'eux.

sont très préoccupés du prochain retour du Seigneur:

30
l'apôtre

CHAPITRE

ITI.

répond à leurs questions

et

s'efforce

de les

calmer.

A
tres

cette correspondance idyllique font suite les épîet l'autre

aux Corinthiens. Elles témoignent l'une

d'une sorte de brouille
néophytes. Ceux-ci
lui

sui^enue entre l'apôtre et ses

ont donné, par leur conduite, plu-

sieurs sujets de plainte:

mais ce qui

le

touche davan-

tage c'est qu'il s'est
et

formé parmi eux diverses écoles
est

que son autorité

mise en question. D'autres mislui.

siomiaires ont passé

par Corinthe après

Les uns

ont fait montre d'un enseignement plus élevé que celui

de Paul, lequel avait dû s'en tenir aux éléments. D'autres se sont présentés
tion, faisant valoir

avec des lettres de recommandale

bien haut

nom

et l'autorité
n'était,

des

grands apôtres, auprès desquels Paul

à les en-

tendre, qu'un mis.sionnaire de second ordre.
cela
il

De

tout

est résulté des divisions

:

il

y

a,

dans
:

l'église

de

Corinthe. un parti d'Apollo,

un

parti de Paul

d'autres se

réclament de Pierre, d'autres enfin du Christ lui-même.

Cependant

il

n'y a rien dans ces lettres d'où l'on

puisse déduire que les rivaux de l'apôtre eussent introduit à

Cormthe des tendances judaïsantes. La façon
est parlé

dont

il

de

la circoncision et

des idolothytes

*

supposerait plutôt que Paul se sentait parfaitement à
l'aise
Il

de ce côté.
n'en était pas de

même

en

Gralatie.

Ce pays, évanet qu'il

gélisé par saint

Paul dès sa première mission

'

/

Cor.,

Vn,

17-24: YllI-X.

ANTIOCHE ET LES MISSIONS DE SAINT PAUL
avait visité
tientés

31

deux

fois depuis, contenait plusieiu's chréle

qui

avaient bien des raisons de
Il

considérer

comme

leur directeur spécial.

y

vint des prédicateurs

judaïsants:

ceux-ci

leur

apprirent que Paul était

un

apôtre sujet à caution et que leur salut ne serait assuré

que par
rent

la circoncision.

Les braves Galates

se laissè-

endoctriner et circoncire.

A

cette nouvelle

Paul

s'empressa de leur écrire une lettre enflammée, où son
indignation pour la stupidité de ses disciples se heurte,

dans un coniiit animé, à

la

tendresse paternelle

qu'il

leur a conservée. Paul n'était pas d'mi caractère endurant: les judaïsants sont fort

malmenés dans

la lettre

aux

Gralates.

Les idées

qu'il

y exprime
l'épître

assez

tumultueusement,

à cause des circonstances, se retrouvent dans les déve-

loppements calmes de
fut
écrite

aux Romains \

Celle-ci

à Corinthe, pendant l'hiver qui précéda le

retour à Jérusalem.
Gentils, juifs, tous sont pécheurs, les uns

sans la

Loi. les autres avec la Loi.

Les

juifs n'ont d'autre

avance

sur les gentils que leur situation de gardiens des paroles

de Dieu.
ciliation

Le

salut, la justification, c'est-à-dire la réconla foi. C'est le

avec Dieu, ne vient que de

régime

inauguré avec Abraham.

Le péché règne depuis Adam,
mort.

et.

par

le

péché, la
la

De même,

par Jésus-Christ, nouvel Adam,

grâce

circule et vivifie.

La

loi

de Moïse, jadis inefiîcace, plutôt

1

Bon]., I-XI.

go
faite

CHAPITRE

III.

pour

faire péclier les
et

gens que pour

les justifier,

est
loi

maintenant abrogée

remplacé par
la

la loi chrétiemie,

de liberté, qui consiste dans

simple obligation de

se

conformer à Jésus-Christ.
Cette théologie écarte en bloc tout le mosaïsme,

non

seulement son obligation, mais
ne sert à rien
se place
:

même

son

utilité.

La Loi
Paul
fait.

il

ne sert de rien d"être

juif. Ici.

brusquement en face d'une
la situation

question de

Quelle est maintenant
n'hésite pas.

d'Israël? L'apôtre

En
vifs,

dépit de ses sentiments de nationalité,
il

encore très

déclare que le rôle d'Israël est

fini.

ou plutôt interrompu.
s'est

Dieu, irrité de son incrédulité,
c'est

détourné de

lui:

désormais aux gentils que

la

Promesse

s'adresse.
l'olivier:

Israël est

comme mie branche
les restes

détachée de

à sa place est grefifée la gentilité.

Cependant un temps viendra où
de Dieu auront part à l'héritage.

du peuple

Ce manifeste, adressé aux chrétiens de

Eome

et

com-

muniqué tout

aussitôt à d'autres chrétientés, devait avoir

précédé l'apôtre à Jérusalem.
saires c'était

Aux yeux

de ses adver'.

mie déclaration d'apostasie

La

Loi, la

circoncision, la vie juive, la dignité

du peuple de Dieu,

tout cela

il

le

répudiait.

On

se figure aisément l'accueil

qui l'attendait dans la ville sainte.

En

ce

moment

le senti-

ment national

était très excité.

Rapace

et brutal, le

gou-

vernement des procurateurs
*

aliénait de plus

en plus à
la

C'est le terme que le livre des Actes
à-jcTajia-;

met dans
à-i

bouche

des judaïsants de Jérusalem:
Act.,

o-.oxrj/.i:^

MaïUi-'o):.

XXI,

21.

AXTIOCHE ET LES MISSIONS DE SATXT PAUL
l'empire l'esprit de ces populations
difficiles.

33

Le

sacer-

doce
tait

officiel,

débordé par

le

fanatisme des zélotes, sen-

son autorité

défaillir; l'émeute,

dominée avec peine,
;

grondait sans cesse autour du Temple
s'annonçait.

l'insurrection

Sans doute

les

fidèles

de Jésus, absorbés

par leur espérance à eux, ne se sentaient pas entraînés
à ces extrémités farouche,
;

mais, dans ce milieu d'exaspération
auraient-ils fait

comment

pour

se maintenir

en

patience

?

Accueilli par des amis, Paul se présenta chez Jacques
le

lendemain de son arrivée.
des
«

Il

y trouva réuni

le

con-

seil

anciens

»

,

leur raconta ses voyages apostoliques,

ses fondations, et sans doute leur remit le produit de
la quête qu'il avait faite à l'intention de l'église-mère.

Quand

il

eut

fini,

on commença par

le féliciter.

Puis son
juifs conet sur

attention fut attirée sur le grand
vertis \ sur leur attachement
la fâcheuse réputation

nombre des
la

extrême à
il

Loi

dont
il

jouissait auprès d'eux.

Pour

dissiper

ces

bruits

n'y avait qu'une chose à

faire, c'était

de prouver, par une démonstration écla-

tante, qu'il avait été
fidèle observateur

calomnié

et

quïf était toujours un

de la Loi.

Paul, qui avait pour principe de se faire tout à tous,

accepta cette solution.
avaient fait
le

Il se

joignit à quatre fidèles qui
se
fit

vœu des

nazirs,

raser la tête, se
rituelles, et

soumit en leur compagnie aux purifications

commença avec

eux, dans l'enceinte

du Temple, une

série

'

ris'aat

avptiôj;.

Duchesnt;. nist. anc. de l'Egl.

-

T.

I.

3

34

CHAPITRE

in.
ils

d'exercices spéciaux: leur durée était de sept jours:
se terminaient par uii sacrifice. L'auteur de l'épître

aux

Romains, après avoir, d'un ton
la loi

si

décidé, pris congé de

de Moïse,

la

sentait de

nouveau peser sur ses

épaules rebelles.

L'épreuve
rait

allait

se terminer, et

Dieu

sait ce qui au-

pu

arriver

quand Paul

se serait retrouvé
le

en face

de ceux qui

la lui avaient

imposée, lorsque
était

cours des

événements changea soudain. Si Paul
zélotes chrétiens,

mal vu des

on

se figure quel bien lui

pouvaient vou-

loir les zélotes juifs. Ceux-ci l'aperçurent dans le

Temple

et déchaînèrent

une émeute.
la

Il

allait

périr, lorsque le
saisit

commandant de

garnison romaine se
et,

de

lui, le

défendit contre les fanatiques,
l'expédia à Césarée,

pour plus de sûreté,
il

au procurateur Félix. Là,

fut

accusé dans les règles, mais sans résultat, par les chefs

du sacerdoce
titre

Israélite. Enfin,

comme

il

excipait de son

de citoyen romain et de son droit d'être jugé par
à

l'empereur, on l'expédia

Rome, après

l'avoir

gardé

deux ans à Césarée.
Ainsi Paul échappa aux luttes intestines pour pren-

dre la situation de défenseur de la foi commune.
Jésus,
il

Comme

était

dénoncé aux Romains par

les

Juifs ses

compatriotes.
Ceux-ci,
partialité.

du

reste,

distribuaient leur haine avec im-

Jacques

aussi,

Jacques

le

judaïsant, le chef

de

l'église judaïsante,

en sentit

les effets.

En

62, le

grand

prêtre

Hanan

le

jeune, profitant de la mort

du procu-

rateur Festus,

le fit

comparaître, avec plusieurs autres

ANTIOC'HE ET LES MISSIONS

DE SAIXT PAUL

35

chrétiens, devant le sanhédrin,

comme

violateur de la

Loi, et rendit contre eux une sentence de lapidation, qui
fut exécutée.

Profitons de cet instant d'arrêt forcé dans les po-

lémiques intérieures pour nous rendre comjjte de ce
qu'étaient, au jioint de

vue des masses

clirétieiuies, les
le

rapports entre l'ancienne tradition hébraïque et

dé-

veloppement nouveau introduit par l'Evangile.

CHAPITEE
Le chrétien dans
La tradition
religieuse d'Israël.
Christ.

IV.

l'âge apostolique.

loi de Moïse et la foi en .Jésnsdes choses. La personne du La vie chréJésus-Christ, Fils de Dieu, Sauveur. Christ: sa divinité. Astienne: renoncement au monde, groupement en confréries locales. Eucharistie, charismes. semblées religieuses imitées des synagogues.

La

L'éducation biblique.

La

fin

Organisation des églises naissantes.

Qu'il vînt à la

communauté des rangs du judaïsme
la prédication

pur ou du sein du paganisme, l'adepte de
chrétienne

y

arrivait par

un

acte de foi en Jésus-Christ.

n

croyait que Jésus était le Messie attendu d'Israël,

qu'il était

mort

et ressuscité, suivant ce qui était
les saintes écritures

mar-

qué d'avance dans
foi

des Juifs \ Sa
foi plus

au Christ

était

comme enveloppée dans une

compréhensive, dont l'objet était

la tradition religieuse

des Israélites, quelles que fussent d'ailleurs les restrictions

ou interprétations que
ou
tel

celle-ci

pût subir de

la part

de

tel

prédicateur.
qu'il

Le

plus ardent
fidèle

disciple de

saint Paul,
essentielle

pourvu

demeurât

à la pensée

de son maître, ne pouvait avoir l'idée de
christianisme
tout-à-fait

présenter
nouvelle.

comme une religion Moïse pouvait être atténué, Abraham
le

subsistait,

"

/ Cor.,

XV,

3 etc.

LE CHRÉTIEN DANS L'AGE APOSTOLIQUE
et

37

avec lui toute une série de

faits,

de persomies, de

croyances, d'institutions, qui

rattachaient l'Evangile à

riiistoire la plus anciemie, à l'origine

même du monde,
yeux du nou-

à

Dieu son

créateur.
était représenté sous les

Ce long passé

veau disciple par une nation religieuse, très vivante en
son centre palestinien et dans ses colonies du
hellénisé. Il était représenté

monde

en outre par une littérature

sacrée, dont les dernières productions étaient des livres

contemporains. Considéré

comme

le

dépôt des souvenirs
s'étend,

du

vieil Israël,

l'Ancien Testament

inclusive-

ment, jusqu'à Josèphe. C'est cet auteur qui a raconté,

pour

le

public de son temps, en fait surtout pour les

chrétiens, les catastrophes

où s'abîma

la

nation juive.

Après

lui,

les juifs

ressemblent plutôt à des chrétiens

dissidents et arriérés: avant lui c'est le contraire: les

chrétiens sont des juifs progressistes.

Quoiqu'il en soit d'ailleurs de ces rapports passagers,
il

est sûr

que

le

christianisme a ses racines dans
les

la tradition juive,

que

premières crises de son hiscelle qui sépare

toire sont

comparables à

un enfant de

sa mère,

que

l'histoire juive a toujours été considérée

par

lui

comme

la préface

de

la siemie,

comme

sa préhis-

toire,

que

les livres sacrés d'Israël sont aussi ses livres

sacrés à lui,

et

même

qu'il

fut

un temps où

il

.

n'en

comiut pas d'autres.
Ainsi l'agrégation au christianisme doit être et était réellement conçue
élargi;

comme une

incorporation à un Israël

mais au fond identique à lui-même. Sur cette iden-

38
tité,

CHAPITRE

IV.

toutefois, les opinions divergèrent
juifs

de bomie heure.

Les

du premier

siècle étaient surtout

préoccupés de

leiu' loi nationale, les chrétiens

de leur chef et fondales

teur.

Ceux des judéo-chrétiens qui doimaient, entre

deux, la prépondérance à la Loi et n'admettaient qu'à
titre

exceptioimel la prédication aux gentils, furent bien-

tôt hors de la voie

commmie

;

au IP

siècle ils étaient

classés parmi, les hérétiques.

Ceux qui admirent ime
de l'Evangile,
furent vite

participation des gentils aux bienfaits
tout en maintenant une

certame

inégalité,

entraînés plus loin: et cela, moins par Tiniluence spéciale

de saint Paid que par
situation.
Il

le

développement général

de

la

fallut

bien en venir à recomiaitre

qu'il n'y a pas de parité, dans l'essence du christia-

nisme, entre Jésus-Christ et Moïse
est Jésus et

:

que
Sinaï,

le

fondement
c'est la

non
et

le

législateur

du

que

Foi qui sauve
en

non

robsei'\'ation de la Loi. Telle est

somme

la

situation

dont témoignent

sauf pour

la Palestine
elles nous,


et

toutes les lettres de saint Patd,
les

quand

montrent

premières chrétientés dans leur
conflit.

état

normal

non dans certains jours de

Que

la

pensée persomielle de l'apôtre
qui n"est pas douteux. Mais

ait été
il

plus

loin, c'est ce

ne paraît

pas avoir été suivi dans certaines de ses théories, par

exemple sur

l'efficacité « tentatrice »

de

la Loi.

un peu en deçà de

sa pensée

:

la

Loi fut conçue

On resta comme

ime règle abrogée, mais qui n'avait pu avoir en son

temps que de bons

effets;

on

lui

recoiuiut

même une

valeur d'ombre, destmée à faire ressortir la clarté nou-

LE CHRÉTIEN DANS L'AGE APOSTOLIQUE
Telle de l'Evangile,
fait,

3i>

ou

même

de figure, de type impar-

de premier

essai.

Ce

serait bien

mal comprendre

le

christianisme des

anciens gentils que de se le représenter

comme

char-

geant tête baissée contre

la Loi, à la

façon de saint Paul

dans répître aux Galates.
crues
Cjui

La

plupart des primitives reles helléno-ckréfien.slui-

forment ce que l'on appelle

étaient des gens très frottés de judaïsme. Saint Paul

même,

il

faut le répéter, est sans doute incomplètement

représenté par certains de ses propos: on aura une im-

pression plus exacte de son attitude ordinaire en consi-

dérant ce que l'Eglise a retenu de lui qu'en s'attachant

exclusivement à ce qu'elle en a ou laissé tomber, ou
interprété dans son sens à
elle.

Ainsi la tradition juive, l'Ancien Testament, a été

adoptée dans son ensemble par
fait résultait

le christianisme.

De

ce

pour

les

nouveaux

fidèles

un avantage

très

important.
liistoire!

La

Bible leur donnait une histoirej et quelle
elle

Avec

on remontait bien au delà des
celles

tra-

ditions grecques, j'entends de

qui demeuraient

sur le terrain du raisonnable et n'enchevêtraient pas
les

hommes avec
Perses, les

les dieux.

Par delà

les

Macédoniens,

les

Juifs,

eux-mêmes, en tant qu'état, on
régions de l'archéologie

atteignait les plus anciennes

égj'ptienne et chaldéenne.
*

On

remontait \ ce qui était

Nous savons maintenant que les étapes de ce développement sont plus courtes dans la Bible qu'elles ne l'ont été en
réalité.

Mais

il

s'agit ici de l'histoire telle

que

la

percevaient les

anciens et non de celle qui s'allonge sans cesse devant nos yeux par les découvertes de l'ai-cliéologie.

40

CHAPITRE

IV.

infiniment plus important, à l'origine

même

des choses.

On

voyait

le le

monde

sortir

de

la

main

créatrice

du Dieu
on

suprême,

mal introduit par l'abus de
première propagation de

la liberté:

assistait à la

la race

humaine,

à

la

fondation de ses premiers établissements.

En

dehors de ces histoires grandioses, la Bible en

fournissait encore

beaucoup

d'autres, dont le

charme et

l'utilité se révélèrent bientôt. Il suffit de jeter d'oeil

un coup

sur les

monuments de

l'art

chrétien primitif pour

voir quelle impression féconde ressortait de récits

comme

ceux de Job, de Jonas, de Daniel, de Susamie, des trois
jeunes hébreux dans
la fournaise.

Les

livres prophéti-

ques donnaient

le

témoignage de

l'attente

du peuple

de Dieu; on y trouvait tous les traits du Messie et de
son royaume;
autres rites
ils

justifiaient l'abandon des sacrifices et

mosaïques.

H

n'est pas jusqu'aux livres

gno-

miques d'où, à côté des maximes de

commun
il

et per-

pétuel usage, on ne tirât des données importantes sur
la

Sagesse incréée. Quant au Psautier,

est à peine

besoin d'en parler; ces admirables prières ont toujours
été sur lés lèvres des chrétiens;
elles

sont le fond de

leur liturgie.
Il

va de soi qu'en acceptant, ou plutôt en consersi

vant, des livres

anciens et

si

divers, les primitives

communautés chrétiennes acceptaient ou conservaient
en

même temps
autour
les

la

façon dont on s'en servait avant
Soit à l'état de lectures publi-

elles et

d'elles.

ques, dans

assemblées religieuses, soit

comme

ali-

ment de

l'édification

ou

comme

ressource de contre-

LE CHRÉTIEN DANS l'aGE APOSTOLIQUE
verse, rEcriture-Sainte

41

comportait toujours une inter-

prétation.

De

cette interprétation les procédés pouvaient

varier d'un milieu à l'autre et aussi d'un livre à l'autre:

au fond toutes

les

exégèses s'accordaient à donner aux

textes sacrés le sens susceptible d'une application présente,

que ce sens fût ou non identique à celui qui en

avait été déduit lors de l'apparition de

chacun d'eux.
nous disent

Tous ces

livres sont divins; les choses qu'ils

sont l'enseignement

même

de Dieu. Ce principe général,
c'est le

souvent proclamé dans l'Eglise,
la religion

fond

même

de

des saintes Ecritures
telle

telle

que

la pratiquaient

les

premiers chrétiens et

que

les juifs ravaient' pra-

tiquée avant eux.

Ce

n'est pas seulement sur le passé

que

la tradition

d'Israël offrait des
elle

ressources à la pensée chrétienne:
l'avenir, vers la région des

l'orientait

aussi vers
il

espérances. Ici

ne faut pas

faire trop de différences

entre les livres de l'Ancien Testament et ceux

du Nouils

veau, entre les canoniques et les apocryphes. Tous

témoignent d'une

même

préoccupation

:

nous touchons

à la fin des choses:

Dieu va avoir

sa revanche; son
traits

Messie va paraître ou reparaître. Malgré certains

épars qui nous montrent saint Paul affranchi par instants de cette obsession,
a
il

faut bien reconnaître qu'elle

pesé

sur

l'esprit

des

premières

générations chré-

tiemies.

De

Forigine des choses ou de leur

fin, la

pensée des

fidèles était toujours

ramenée sur

le

présent de leur état

religieux. Ils étaient chrétiens

par Jésus-Christ, parce

42
«|u"un

CHAPITRE

IV.

homme

appelé Jésus, qu'ils n'avaient pas tu pour appelés à
lui.

la plupart, les avait
il

Cet

homme

était

mort,

était ressuscité: assis
allait

maintenant à

la droite

de Dieu,

il

bientôt reparaître
bataille décisive.

tout glorieux et livrer au
Qu'était-il? Quelle était Tori-

mal une

gine de ce rôle de chef religieux, de représentant efficace

de Dieu, de juge de l'humanité entière?
juif,
il

Comme

messie

avait une

histoire

en arrière:

il

avait été pré-

destiné par Dieu, pressenti, amioncé, décrit par les prophètes.

Un

de ses titres les plus élevés était celui de
il

Fils de Dieu. Mais, sur ce point essentiel,
être question
est

ne pouvait
Elle

de s'en tenir à dépassée

la tradition juive.

manifestement

par

les

affirmations

de

saint Paul, de

saint Jean, de

l'auteur de l'épître

aux

Hébreux. Et ces affirmations elles-mêmes ne sont que
l'épanouissement de la croyance commune, encore indi-

gente en formules, mais profonde et résistante. Jésus,
bien qu'il appartienne par sa réalité

d'homme

à la caté-

gorie des créatures visibles, tient aussi, par le fond de

son

être, à la divinité.

Comment,

c'est ce qui s'éclaircira

peu à peu. Mais
les

l'essentiel

de cette croyance est dans
la

âmes chrétiemies, dès

première génération. Le
depuis ses plus anciens

Nouveau Testament
livres jusqu'aux

la révèle,

plus récents.

A

la suite

du Nouveau
âge,

Testament,

les autres livres chrétiens

du premier

orthodoxes ou gnostiques, supposent tous cette croyance
fondamentale, universellement acceptée et solidement

ancrée dans

la tradition.

LE CHRÉTIEN DANS l'aGE APOSTOLIQUE

43

Et

ici

il

faut

tenir

grand compte de Téducation

juive par laquelle avait passé la pensée chrétienne.

Pour
;

des païens

il

y

avait bien des façons d'être

dieu

les

anciens dieux de l'Olympe avaient eu des parents; on
connaissait leurs généalogies
;

quelques-uns n'étaient que

des héros divinisés. Les rois macédoniens, maures, et
bien d'autres, avaient été adorés
encore.
;

les

empereurs Tétaient

Un

dieu de plus ou de moins, pour une con-

science polythéiste, ce n'était pas une affaire.
Il

en

était tout

autrement pour mie conscience formée
«

par

les idées
le

religieuses d'Israël.
d'Israël, est

Ecoute, Israël

!

ton

Dieu,

Dieu

un

».

Ce Credo des

juifs ûio-

dernes

comme

des juifs antiques exprime ce qu'il
et

j a

de plus profond

de plus apparent en

même temps

dans leur religion. Admettre que Jésus-Christ et l'EspritSaint sont Dieu, c'était admettre qu'ils participent à
l'essence

même du Dieu

unique, qu'ils lui sont respecti-

vement identiques, sans cependant être dépourvus de
certaines spécialités.
Ceci, c'est la Trinité chrétiemie,
l'état

non sans doute à

de formulation qu'elle atteindra plus tard et que
l'état

l'on
elle

opposera à des hérésies passagères, mais à
pénètre la conscience

commune

des chrétiens et
chrétiens,
est,
le

réclame l'adhésion de leur

foi.

Le commun des

au premier

siècle,

au temps

même

des apôtres, en

sur ceci, à peu près exactement au

même

point que

commun
savent,

des chrétiens d'à présent. Les théologiens en
disent,

ou du moins en
s'agit ici

notablement plus long.

Mais

il

de religion et non d'école.

44

CHAPITRE

IV.

Mais Jésus
Dieu,
il

n'est pas

seulement Messie et Fils de
\ S'il doit

est encore le

Sauveur des hommes
le

accueillir ses fidèles

dans

roj^aume des Cieux, c'est
ce n'est pas seuse sont agrégés à

qu'ils sont à lui: et s'ils sont à lui,

lement parce
TEglise,
c'est

qu'ils

croient en
qu'il
Il est

lui et

parce

les

a

rachetés d'une

sorte

d'esclavage spirituel.
sa
Il

leur

Rédempteur,

et c'est

par

mort sur

la croix qu'il a

conquis ses droits sur eux.

ne faut pas croire que cette idée, sur laquelle saint
insiste si

Paul

souvent et

si

fortement, soit un simple

produit de sa réflexion individuelle, ni
serait plus

même,

ce qui

admissible,

d'une inspiration spéciale.

Du

moment où

la société chrétienne se fut

ouverte à des

païens et à des samaritains

et ce n'est

pas à Paul
bien admet-

que ce mouvement a commencé
tre
la

il

fallut

que

l'essentiel,

dans l'œuvre du
;

salut, ce n'était

pas

Loi, mais la Foi

que

la qualité

de disciple de Moïse
si

non seulement ne
ciple de Jésus,
n'offrait
,

servait plus à rien

l'on n'était diset qu'elle

mais qu'on pouvait s'en passer

qu'un avantage secondaire. Que cette conséla foi à la

quence supportât
par
elle,
il

rédemption ou fût inspirée

est sûr qu'entre les

deux

la distance n'était
'

pas grande. D'autre part saint Paul nous atteste
se trouvant à

que,
il

Jérusalem après sa première mission,

exposa aux chefs de l'Eglise, Pierre, Jacques, Jean, et

'

C'est la définition exprimée par la célèbre formule 'Iraiù?
-uTrp, qui

.XstîTi; 0£i3 Yti;

a donné l'anagramme IX0T- et le

symbole du poisson.
2

Gai., II, 1, 2.

LE CHRÉTIEX DANS l'aGE APOSTOLIQUE
autres,
dit-il,

45
« afin,

la

doctrine qu'il enseignait aux païens,
».

de ne pas courir en vain

On

se

demande

ce qu'il

leur aurait exposé sïl ne leur avait pas parlé d'un point
si

grave et qui tenait tant de place dans ses prédica-

tions.

Comme
était

on ne

lui fit

pas d'objections,
la

il

faut adSei-

mettre que

l'efficacité

rédemptrice de

mort du

gneur

dès lors chose reçue parmi les apôtres. Enfin,
la

quand Paul discute sur

valeur de la Loi avec des
?

adversaires judaïsants, quel est son argument principal
«

Si c'est la Loi qui justifie, c'est

donc pour rien que

le

Christ est
tel

mort

»

\
si

De

quelle grâce eût-il produit

mi

raisonnement

les judaïsants, n'avaient

partagé

sa croyance à la

Rédemption?
chré-

Ainsi l'éducation des premières générations
tiemies comportait, avec une

somme

considérable d'élé-

ments empruntés à
à
fait spéciales,

la tradition juive,

des croyances tout

qui ne pouvaient manquer, en se dé-

veloppant, d'introduire une grande différence entre les

deux confessions.

Et ce qui

se constate

pour l'enseigiiement
institutions.

se révèle

tout aussi bien

dans

les

Jetons un coup

d'œil sur l'organisation et la vie des sociétés chrétiennes,

que

la prédication des apôtres constituait
le

mi peu
de saint

partout dans

monde
ici

hellénisé.

Les

lettres

Paul nous ofirent

des renseignements précieux.

L'adhésion au christianisme était mie démarche de
très

grave conséquence.

Il fallait,

sur bien des points, se

*

Gah,

II,

21.

46

CHAPITRE

IV.

séquestrer de la vie ordinaire. Les théâtres, par exemple,
et.

en général,

les

jeux publics, écoles d'immoralité, figu-

raient au premier rang des
il

pompes de Satan auxquelles

fallait

renoncer. Il en était de

même

de

la fornica-

tion.
il

H

va de

soi

que l'on rompait avec

l'idolâtrie:
le

mais

n'était

pas toujours aisé d'en éviter

contact: la

vie privée des anciens était si pénétrée de religion!

Les

mariages, les naissances, les moissons, les semailles, l'inaugiiration et l'exercice des magistratures, les fêtes de famille, tout était prétexte à sacrifices

avec libations, en-

cens, banquets.

Sur ce dernier point. Paul admettait
Il

quelques concessions.
ticipation

défendit sévèrement toute par-

aux

festins sacrés célébrés

dans l'enceinte des

temples: mais la circonstance qu'mi morceau de viande
avait fait partie d'ime victime n'était pas à ses

yeux ime

raison définitive de s'en abstenir, pourvu que personne

n'en fût scandalisé. C'était se montrer plus facile qu"on

ne
les

l'avait été,

en 51. à Jérusalem,

et

que ne Tétaient

sjmagogues à l'égard de leurs prosélytes.
Séparés du paganisme,
les

fidèles

devaient vivre

entre eux.

Chaque éghse formait une

société complète,

dont

les

membres demeuraient sans doute

obligés par

les lois, fiscales ou autres, de la cité et de l'empire, mais

devaient éviter de porter leurs diiïérends devant d'autres juridictions

que

celle

de

la

communauté. On

se

mariait entre chrétiens.

Le mariage

antérieur à la con-

version, lorsqu'un seul des conjoints passait au christia-

nisme, n'était dissous que sur la
restée païenne.

demande de
cas.
le

la partie

En

dehors de ce

divorce était

LE CHRÉTIEN DANS l'aGE APOSTOLIQUE

47

rigoureusement proscrit.
et

La

virginité absolue était louée

même recommandée, vu Timminence du

dernier jour,

mais nullement imposée. Dans
tien

la vie ordinaire, le chré-

devait se montrer soumis aux autorités, et à ses
s'il

maîtres
sistait

était esclave: l'oisiveté était flétrie;

on

in-

fortement sur l'iionnêteté, Tamabilité

dans

les

rapports, la gaîté qui
rité,

procède d'un cœur pur,

la cha-

et

particulièrement l'hospitalité.
vie religieuse ressemblait

La

beaucoup à
et

celle

des
lire

sjniagogues.

On

se

réunissait

pour prier
les

pour

la sainte Ecriture,

dans laquelle

beaux exemples des

justes étaient l'objet

d'une attention particulière. Les

éléments spécifiquement chrétiens de ce culte primitif
étaient l'Eucharistie et les charismes, effusions extraor-

dinaires de l'Esprit-Saint. L'Eucharistie se célébrait le
soir, à la

suite d'un repas frugal (agape)

que l'on pre-

ainsi la Cène du Seigneur au soir de sa passion. Quant aux manifestations de l'EspritrSaint, elle se produisaient sous des formes

nait en

commun. On reprodusait

diverses

;

tantôt c'étaient des guérisons ou autres actes

miraculeux, tantôt des visions {x~(j7,yl'Aii-\ tantôt une
illumination de l'esprit qui se traduisait en discours sur
les

mystères de

la foi

ou sur

les obligations
-t'^ri;).

de

la con-

science (AÔyo; yvwTîoj;, Vr^o-^ Topta;,

Les plus

re-

marquables étaient
phétie était le

la

prophétie et la giossolalie.
les

La

pro-

don de connaître
des

choses cachées, notam-

ment

les secrets

consciences \

Ce don,

tout-à-fait

'

/

Cor,.,

XIV,

24. 25.

48

CHAPITRE IV
être

temporaire, doit

distingué

de la qualité de pro-

personnages des temps phète que possédèrent certains Silas, Agabus ', apostoliques, comme Judas Barsabbas,
et

même

de

la

génération suivante,

comme
dont

les filles
il

de

Philippe,
tion

Ammias, Quadratus

et autres

sera ques-

plus tard.

De même
des

le

don des langues qui perle

mit aux apôtres de se faire comprendre,
Pentecôte, par
rien de
crit

jour de

la

commmi

gens de nationalités diverses, n'a avec la glossolalie que saint Paul déle glos-

dans sa première épître aux Corinthiens. Ni

solale lui-même, ni les assistants,
dit; la

ne comprennent ce
s'établir

qu'il

communication ne peut

entre eux, ou
l'in-

que par plutôt entre les assistants et l'Esprit-Saint,
de toute interprétation, on peut déjà
sons étranges que profère le
prière,

en dehors termédiaire d"un interprète inspiré. Cependant,
saisir,

dans

les

glossolale, l'accent de la

de

la louange,

de la reconnaissance.

Ces phénomènes
frapper les

surnaturels étaient bien propres à

esprits et à entretenir

l'enthousiasme des

premières chrétientés. Cependant l'abus n'était pas lom de l'usage; l'usage lui-même pouvait avoir ses inconvénients,
s'il

n'était

réglé avec sagesse.

L

église de Co-

est rinthe n'a encore que quatre ans et déjà saint Paul

ses obligé d'intervenir pour discipliner l'inspiration de
fidèles.

Même

dans

la

célébration de l'Eucharistie des

abus se produisirent de bonne heure.

On

fut obligé de

simplifier le plus possible le repas qui en était

comme

>

Act.,

XI, 27, 28;

XV,

22, 32;

XXI,

10, 11.

LE CHRÉTIEN DAXS l'aGE APOSTOLIQUE
le

49

premier acte

;

plus tard on

le

sépara de la liturgie et

enfin on le

supprima plus ou moins complètement. L'ho-

mélie ecclésiastique suppléa aux manifestations primitive

du

>.r>Yo;

crooi-/:.

Les

visions,

les

prophéties,

les

guérisons miraculeuses, n'étaient sans doute pas desti-

nées à disparaître tout à

fait:

mais,

comme

elles n'étaient
litur-

guère compatibles avec la régiilarité du service
gique, elles cessèrent bientôt de s'y produire.

Nous ne trouvons, dans
aucun détail sur
les rites

les

épîtres

apostoliques,
C|ui

de l'initiation chrétienne,

prirent pourtant d'assez
tées et significatives.

bonne heure des formes

arrê-

Paul

se reposait sur ses collabora-

pour l'accomplissement de ces cérémonies \ Quelques fidèles, non contents de se faire baptiser eux-mêmes,
teurs

cherchaient à se faire baptiser aussi pour leurs parents

ou amis défunts

^.

Parmi
rapportent

les charismes,
^

il

faut remarquer ceux qui se

aux services intérieurs des communautés.

Saint Paul parle de ceux des

membres de

l'association

qui travaillent pour
et des devoirs

elle,

qui président, qui exhortent,
ont envers eux:
il

que

les fidèles

men-

tionne le don de gouvernement, de dévouement \ Bientôt

apparaîtront les termes d'évêques, de diacres,

de

prêtres. Mais,

dans

les

commencements,

l'autorité réelle
les

ou

priiicipale

demeure tout naturellement entre
14-17.
29.

mains

'

/ Cor., / Cor.,

I,

2

XV,

3
*

/ Thess., Y, 12, 13. I Cor., Xn, 28: Y'Ë-p'ir.on;, k-nù-rUi;.

DccHESXE. Hist. anc. de l'Egl.

-

T.

L

4

^
importance que
ils

CHAPITRE

IV.

fondateurs. Ils ont une toute autre des missionnaires, des ceux d'entre les néophytes par lesquels
se font assister sur place

dans

les détails

de la vie

corporative.

Les réunions
lières,

se tenaient

dans des maisons particu-

rieur, qui,

l'étage supésurtout dans ces grandes pièces de tout temps, ont été d'usage en Orient.

de

se tasser dans un Les gens de ces pays excellent à avaient lieu le soir et se petit espace. Les assemblées

prolongeaient souvent dans la nuit.
juif, le
sei-^'ice

A

côté

du sabbat

dimancbe
divin.
s'est

fut,

de très bomie heure, consacré au

On

demandé souvent

si les

premières chrétientés

sur le modèle des pavs grecs n'ont pas été organisées a des analodes associations religieuses païennes. H y exemple. Comme les gies, dans le recrutement, par
thiases. les éranes et les
les

coUèges religieux de tout genre,
distinction les

églises

chrétiennes admettent sans

étrangers, les esclaves, les

femmes:

l'mitiation est en-

imposant: tourée d'un certain rituel, qui devint bientôt vont célèbre des repas sacrés. Mais ces analogies ne

on

pas bien

loin.

Quand même on

ferait

abstraction des

différences de croyance et de morale, et

même

des forle

mes du

culte, qui,
le

chez les païens, comporte toujours
sacrifice,
il

temple, l'idole,

resterait encore

un con-

distribution de traste radical dans la conception et la Les chefs des associations païemies sont toul'autorité.

que les jours temporaires, généralement annuels, tandis
prêtres et les diacres chrétiens sont à vie.

Les pou-

LE CHRÉTIEN DANS l'aGE APOSTOLIQUE
Toirs des premiers dérivent de la

51
les

communauté qui

a

nommés

et

dont

ils

ne sont que

les agents: les autres,

au contraire, parlent, agissent, gouvernent, au nom de Dieu et des apôtres dont ils sont les auxiliaires et
les

représentants.

n

suffit d'ailleurs

comprendre que

les

d'im médiocre sens historique pour premières églises, composées de gens

qui sortaient des synagogues, devaient tendre à se modeler sur celles-ci, et que les apôtres missionnaires, qui avaient vécu plus ou moins longtemps au milieu des

communautés

clirétiemies de

Jérusalem

et d'Aiitioclie,

portaient avec eux des habitudes, des traditions, déjà précises. On n'avait nul besoin de demander à des
insti-

tutions païennes le type d'une organisation qui existait déjà. Du reste l'horreur profonde que
l'on

éprouvait

pour

le

paganisme s'opposait à toute imitation de ce

genre.

^

près de

En somme, les chrétientés se sont constituées à peu la même façon que les synagogues juives. Comme
religieuses,

ceUes-ci. elles ont été des sociétés

fondées

et d'espérance, mais d'ime d'mie espérance qui ne connaissaient plus aucune barrière de race et de nationalité. Comme les synagogues, elles ont cherché à supprimer tout contact danfoi et

sur la

communauté de

foi

gereux avec
offert à leurs

les institutions

ou usages païens:
vie
sociale

elles

ont

membres une

à la fois très

intense

et

très

douce: un gouvernement à peu près

complet, comportant une caisse
et des services charitables.

commune, des tribunaux
au point de vue du

Même

Kr)

CHAPITRE

IV.

culte

proprement

dit,

la

ressemblance est encore très

grande.
lit

A

la

synagogue,

comme

à l'église \

on

prie,

on

la Bible,

on Texplique; à

l'église

on n'a de plus que

d'inspiration. l'Eucharistie et les exercices

Dans

ces pre-

plus loin. De même miers temps, ranalogie va encore considèrent comme frères juifs de tous les pays se

que

les

en Abraham, Isaac
locales sentent très
Christ.

et

Jacob, de

même

les chrétientés

vivement leur fraternité en Jésus-

Des deux

qui côtés on regarde vers Jérusalem,
le

est encore,

au moment où nous sommes,

cœur du

judaïsme. Mais tandis christianisme aussi bien que du Temple, centre que les yeux des juifs sont tournés vers le
espérances, de leurs souvenirs, pôle de leurs
tiens songent
les chréla croix

aux lieux où fut plantée

de leur

sa résurrection, Maître, où vivent encore les témoins de apostoliques sous la et d'où leur sont venus les chefs
le peuple de. parole desquels se forme en tous lieux

l'alliance nouvelle.

1

Remarquez que

ces

deux mots

signifient la

même

chose,

«

l'assemblée », et qu'ils ont

aussi été

employés, l'un

comme

l'autre,

pour désigner les

édifices

où cette assemblée

se réunissait.

CHAPITEE

Y.

Origines de l'église romaine.
La colonie juive de Rome. — Aquilas et Priscille. — L'épître aux Ro— Paul à Rome. — Les plus anciens fidèles de l'église romaine. — Pierre à Rome. — L'incendie de l'au 6i et la persécution de Néron.
mains.

Les princes
été

juifs de la

maison asmonéenne avaient

de bonne heure en rapport avec les Eomains.

De
(63)

sans doute les premières origines de la

communauté

juive de
lui

Rome. La

prise de Jérusalem par
et

Pompée

donna un subit
le

important accroissement \ Le

vainqueur jeta sur
tité

marché romain une énorme quan-

de prisonniers de guerre. Achetés d'abord
ils

comme

esclaves, puis affranchis,
tuer, dès le

ne tardèrent pas à constiet

temps d'Auguste,

même
le

auparavant, un

groupe considérable, localisé dans
colonie n'était pas protégée,

Traiïstévère ^ Cette

au moins directement, par
les

des privilèges,

comme ceux que

anciens rois macé-

doniens et les généraux romains avaient délivrés à tant
de juiveries de l'Orient hellénique ou hellénisé. Tibère ne viola aucun engagement lorsqu'il les chassa de Eome
'

Schûrer. Geschichfe cUr j Udischen Volkes etc., Philon, Log. ad Caiiim, 23.

3'^

éd.,

t.

III,

p. 28.
*

54

CHAPITRE
ils

V.

en 19^;

étaient alors assez

nombreux pour que

l'on

les barbares de pût en envo^-er quatre mille combattre avait été un Sardaigne. Cette mesure, dont le prétexte
fait

de conversion par trop avantageux à la commuAprès nauté juive, était due à l'inspiration de Séjan.
la

sévère. chute de ce ministre (31) on se montra moins Lorsque Philon vint à Eome plaider devant Caligula (40)
la

cause des juifs d'Alexandrie, ceux de

Eome

avaient

suivante (41), repris leur situation d'autrefois. L'année

ou peu» après, Claude leur accorda un édit de tolérance^; mais plus tard il crut devoir prendre des mesures répressives. C'est ici que,

pour

la

première
de
la

fois,

l'Evangile se
juive de

manifeste dans

l'histoire

communauté

Eome. Les Actes

des Apôtres et Suétone s'accordent

D'aà dire que les juifs furent chassés de la capitale.
près Dion Cassius, l'expulsion totale
cile

ayant paru

diffi-

à exécuter, la poHce se serait

bornée à interdire
des expulsions
juif,
:

les

réunions \

Il

y

eut

certainement

en 52, saint
sa

Patrl trouva à Corinthe

un

Aquilas, et

femme
l'édit

Priscille, qui s"y étaient transportés à la suite

de

de Claude. Aquilas
déjà

était

du Pont:

lui et sa

femme

faisaient

profession

de christianisme. Ce

détail concorde très bien avec ce

que Suétone rapporte

1

Josèphe, Ant., X^^II,
Josèphe,
Act.,
.1»/.,

3, 5:

Tacite, Anu., II, 85; Suétone,

Tiberius, 36.
«

XIX.

5,

2.
6.

^

XVIII, 2: Suétone, Claudius, 25; Dion, LX,

ORIGINES DE L'ÉGLISE ROMAINE

55

sur

le

motif de l'expulsion: ludaeos imjndsore Chresto^

assidue tumidtuantes

Eoma

expidit. Il

y

avait donc eu

des

troubles

causés par la prédication de l'Evangile,

des troubles dont l'analogue nous est souvent offert

dans

les récits

des Actes, à Jérusalem, en Asie-Mineure,

à Thessalonique, à Bérée, à Corinthe, à Eplièse. D'après les Actes, Aquilas et Priscille, lorsq'ils reçurent
saint Paul à Corinthe, étaient arrivés tout
d'Italie
;

récemment

c'est

donc en 51 ou 62

qu'il faut placer l'édit

de proscription
\Qeci, c'est,

et les troubles qui le motivèrent.

dans

l'histoire
la

de

l'église

romaine,

le

premier

fait

connu,

première date assignable. Autant

qu'il est possible d'en

juger par comparaison, cette date
prédication

doit être assez rapprochée de la première

de l'Evangile dans
tes

le

milieu romain; les récits des Ac-

nous montrent toujours, comme conséquence immé-

diate
les

du premier

apostolat, des
juives.

troubles graves dans
saint

communautés

Quand
tard,

Paul

écrivit

aux
cer-

Romains, en 58 au plus
tain

il

y

avait déjà

un

nombre d'années

que leur église

existait et qu'il

désirait la visiter.

Par quelles mains
dans cette terre où
si

la

divine semence fut-elle jetée devait fructifier d'une manière

elle

prodigieuse?

Nous

l'ignorerons toujours.

Des

calculs

1 Confusion vulgaire de -/^praro; et de xp'.tto';. La populace romaine désignait les chrétiens par le nom de Chrestiani (Xpr.dTtaquos vidgus Chresiianos appellabat. Telle est, en effet, la A^éritable leçon du célèbre texte de Tacite, An»., XV, 44 (Harnack, Die Mission, p. 297).
•'O'.j
:

.

.

.

2

'A:v3

iV.avwv

=tw-j

[Rom.,

XV,

24).

gg

CHAPITRE

V.

le suffrage de l'histoire trop peu fondés pour entraîner dès les premiers transportent à Eome l'apôtre Pierre

temps de Claude

i

-i2j,

ou

même

sous Caligula

(39).

Eien

assistèrent à la ne prouve que les juifs romains qui Pentecôte aient été convertis et surtout mission-

première

par saint Pierre naires: le centurion Corneille converti
à Césarée n'est pas nécessairement

un romain de Eome

:

diffuon ignore quelles furent, au point de vue de la conversion du christianisme, les conséquences de la

sion (Ê-î'TTc'Jcrîv)

du proconsul de Chj-pre Sergius Paulus
le

'.

Laissons donc

mystère planer sur cette première

origine et bornons-nous à constater que l'église romaine,

au temps où saint Paul

lui écrivit (58), était,

non

seu-

lement sortie de la crise à laquelle sa naissance avait donné lieu, mais constituée, nombreuse, connue, célèbre

même

par sa
ce

foi et ses
elle

œuvres.

A

moment

en imposait assez pour que l'apôtre
elle et tra-

des Gentils ne prétendît pas se substituer à
vailler à sa place à l'évangélisation
le

plus considérable, le plus tentant

du champ romain, pour son zèle. Son
il

seul désir était de s'y édifier
serait ses missions jusqu'en

en passant, quand

pous-

Espagne.-

et d'ajouter aussi

quelque chose à l'instruction déjà acquise par les fidèles romains. Les idées qu'il leur expose et qui semblent
avoir été dès lors

communiquées

à d'autres églises, la

façon dont

il

les leur présente, les exhortations pratiques

dont

il

les

accompagne, permettent de se rendre compte

1

Ad.,

xm,

12.

.

ORIGINES DE L'ÉGLISE ROMAINE

57

des éléments dont se composait la jeune communauté.

Comme

la

plupart des autres,
local.

elle était

née d'un schisme

du judaïsme

Dans

cette

séparation,

un

certain

nombre de

juifs

de race, un nombre probablement plus
(ooêo'jjj.îvoi

grand de païens à demi-convertis

tov jso^^)

avaient été entraînés et s'étaient formés en

un groupe

nouveau, où

ils

vivaient en bonne intelligence, les pre-

miers avec peu de chances de se voir renforcés par un

recrutement considérable,
l'avenir de la

les autres

ayant devant eux

propagande.
de plain pied avec celui où Paul

Un

tel terrain était

opérait depuis douze ans.
c'était celle

La

situation de Tégiise romaine,

de

l'église d'Antioclie,

abstraction faite de
:

l'incident passager

entre Paul et Pierre

c'était

celle

des églises de Galatie, de Macédoine, de Grèce, d'Asie,
tant que la contremission judaïsante n'y fut pas

venue

porter le trouble. Il est impossible de mesurer exacte-

ment, à une date déterminée, la proportion des éléments
judéo-chrétiens et pagano-chrétiens qui pouvaient se rencontrer dans le groupe romain.
que.

Une

chose est sûre, c'est

une

fois

consommé

le

divorce avec la synagogue,

l'avenir apparaissait plus favorable,
rable,

beaucoup plus favo-

au recrutement chez

les païens.

Cependant

il

n'y

avait encore eu

aucune

lutte.

Les fanatiques de Jéru:

salem ne

s'étaient

pas montrés

les

questions

qu'ils

venaient de soulever en Galatie
saient pas encore à
Qu'arriva-t-il les

et

ailleurs

ne se po-

Rome.
années suivantes
?

Paul, arrêté à

Jérusalem

et

retenu deux ans en Palestine, dut ajourner

58
ses projets

CHAPITRE

V.

de voyage en Espagne. Lorsqu'il vint en

Italie (61), sous escorte et

comme

accusé devant

le tri-

bunal impérial,
lui firent

il

trouva des chrétiens à Pouzzoles, qui

bon

accueil.

Ceux de Eome
voie Appienne.
il

se portèrent

au

devant de

lui sur la

Aussitôt installé \

se

ménagea une entrevue avec
twv
'lo-ji^zioiv

les juifs les plus considérables (to-j; ô'vtz;

-pwTou;) de E-ome

et se

mit à leur parler de l'Evangile,

comme
velles,

s'ils

ne l'eussent point déjà connu. Le résultat
:

fut ce qu'on pouvait attendre

quelques adhésions noula part des chefs
-.

xme résistance marquée de

La

captivité de Paul se prolongea
d'alors, l'épître

deux

ans.

Un

seul

de ses écrits

aux Philippiens, nous ouvre

quelques perspectives sur ce qui se passait autour de
lui.

Les gens de Jérusalem avaient enfin trouvé, eux
chemin de

aussi, le

Rome

:

l'évangile était

annoncé non

seulement par des amis de l'apôtre, mais aussi par ses
ennemis. Lui-même faisait sensation dans
le «

prétoire

»

En
à

somme, sa présence à

Pome

était plutôt
:

avantageuse
chrétiens
se

la

propagation du christianisme

les

montraient plutôt confiants qu'abattus. Ce bon résultat
atténuait pour lui le chagrin de voir s'attacher à ses pas

1

D'après ime variante ou

glose

très

ancienne

de AcL,
"

XXVIII. 16. Paul aurait été remis, avec les autres prisonniers, au commandant des Castra peregrinorum. Ce quartier se trouvait sur le Cœlius, à l'est du temple de Claude, vers l'hôpital militaire actuel. Paul obtint d'habiter en dehors du quartier,
extra castra. Cf. Sitzuugsber. de l'acad. de Berlin, 1895, p. 491-503

(Harnack
2

et

Mommsen).

Act.,

xxvm.

ORIGTXES DE l'ÉGLISE ROMAINE

59

une opposition judaïsaute que
portées pour la foi

ses chaînes elles-mêmes,

commune, ne parvenaient pas à
par être jugé.

désarmer.

Son procès

finit

Comme
Agrippa

les

procura-

teurs Félix et Festus,
le

comme

le roi

II lui-même,

tribmial impérial estima que Paul n'avait rien fait

qui méritât la mort et la prison.

Remis en

liberté,

il

en profita, sans doute, pour aller

en Espagne, où les origines chrétiennes semblent bien
se rattacher à son apostolat \ Il revit aussi

ses chréil

tientés de la

mer Egée

;

de ce dernier voyage

nous

reste des traces importantes dans les lettres dites Pastorales, à Tite et à

Timothée.

De

la primitive église

romaine plusieurs membres
tout au moins.

sont connus, par leurs

noms

Dès avant
:

de venir à Rome, Paul
fin

de son épitre

j aux Romains
:

avait

beaucoup d'amis
il

à la

salue expressément

jusqu'à vingt-quatre personnes

Aquilas et Priscille, qu'il

avait rencontrés déjà à Corinthe et en Asie,

ils

lui

avaient rendu de grands services, et qui étaient, à
le

Rome,
Marie,
:

centre d'mi petit groupe chrétien,
:

d'une église do:

mestique

Epénète,

le

plus ancien fidèle d'Asie

qui avait beaucoup travaillé à

Rome pour

la foi

An-

dronic

et

Junie, apôtres de
;

renom, venus au Christ

avant Paul lui-même
les,

Ampliatus, Urbain, Stachys, Apeltrois
;

Hérodion: Tr^^phaena, Tryphosa, Persis,
;

bonnes

ouvrières de l'Evangile

Rufus

et sa

mère Asyncritos,

^

/ C/em.,

5.

(30

CHAPITRE

V.

Phlégon, Hermès. Patrobas, Hermas, qui formaient aussi,
avec d'autres, un groupe
spécial:

Philologue,

Julie,

Xérée, sa sœur, Olympas, et les leurs: enfin deux groupes

Tun de chez Aristobule,
dernier

l'autre

de chez Narcisse. Ce

nom est sans doute celui du célèbre affranchi comme Aristobule est celui d'un petit-fils d'Hérode le Grand, qui vivait à Eome en très bons termes avec ce même empereur. L'expression dont se sert
de Claude,
saint Paul,
«

ceux d'entre

les

gens d'Aristobule,

...

de

Narcisse

»

,

donne

lieu de croire à des

groupes recrutés

dans

la clientèle

ou

la

domesticité de ces riches personPhilippiens, Paul leur

nages \ Ecrivant de
envoie entre autres

Eome aux

le salut

des fidèles de la maison

de César. Plus tard, la finale de la H* épître à Timothée

nous fournit

les

noms de quatre

autres chrétiens de

Eome, Eubule, Pudens, Linus. Claudia.
Ce Linus
doit être le

même

dont

le

nom

fig-ure

en

tête de la li^te épiscopale
et

de Eome. Les

noms de Pudens

de Priscille sont entrés dans des compositions légen-

daires sans autorité.
le

Cependant

IV*

siècle,

une

église de

il y avait à Eome, dès Pudens et une de Prisque

ou

Priscille.

Ce dernier nom

était celui

du plus ancien

cimetière de

Eome,
et

et ce cimetière conservait les

tombes

d'an Pudens

d'une Priscille.

On

a

retrouvé sur la

voie Ardéatine une crypte funéraire chrétienne, ornée

de peintures du temps des Antonins, sinon plus anciennes
encore, et portant le
'

nom

d'un Ampliatus ^

Liglitfoot, Philippians, p. 175.

2

De

Rossi, Bu/L, 1881, p. 57-74.

ORIGINES DE l'ÉGLISE ROMAINE

61
liberté,

Vers

le

temps où saint Paul recouvrait sa

saint Pierre se transporta à

venu auparavant: cela
trable.

est possible,

Rome. Peut-être y était-il mais non démoncanoniques ou autres, qui

De

son activité apostolique en ce milieu aucun

détail n'est connu.

Les

écrits,

nous sont parvenus sous son nom, ne contiennent, à ce
sujet,

aucun renseignement.
le fait

Mais
telles

même

de son séjour à
si

Rome

a porté de

conséquences et suscité de

graves controverses

qu'il

vaut la 23eine de se rendre compte de son attestation.
le

Passé
ce point
citer

milieu du second siècle nous trouvons sur
et universelle. Il suffit <le
la

une tradition précise

Denys de Corinthe pour

Grèce, Irénée pour la

Gaule, Clément et Origène pour Alexandrie, Tertullien

pour l'Afrique. Quant à Rome, Caïus y montre, vers
l'an 200, les

tombeaux des apôtres \ Dès

le

IIP

siècle

on

voit les papes argumenter de leur qualité de successeurs

de saint Pierre; nulle part ce

titre

ne leur est contesté.
éveil-

Pour toute
lée sur les

la chrétienté, aussitôt

que l'attention est

souvenirs apostoliques et sur les droits qui

s'y rattachent, l'église
c'est là qu'il est
les

de Rome est

l'église

de saintPierre

:

mort

et qu'il a laissé

son siège. Toutes
laissent cette

controverses entre l'Orient et

Rome

position intacte, et cela est bien remarquable, pour
fait si

un

gros de conséquences.

^

Denys

et Caïus

dans Eus.,

II,

25; Clément, ibicL, VI, 14;
1,

Origène,

ibid.,

III, 1; Irénée,

Haer., III,

3

(cf.

Eus., V,
Scorj).,

6, 8):

Tertullien, Praescr., 36, Adv. Marcion., IV,. 5,

15,

De

Baptismo^

4.

g2

CHAPITRE

V.

Mais on peut remonter beaucoup plus
déclin ou

liaut

que

le

même

le

milieu du II* siècle.

Dans

sa lettre
tra-

aux Eomains \ saint Ignace d'Antioche vise leurs

ditions apostoliques et nous montre ainsi qu'elles étaient

déjà connues et acceptées en Asie et en Syrie.

Après

avoir adjuré les chrétiens de
ser à son martyre,
»
»
il

Eome
«

de ne pas s'oppon'est pas

continue:

Ce

comme
» «

Pierre

et

Paul que je vous commande: eux étaient

des apôtres, moi, je ne suis qu'un

condamné
:

.

Ces

paroles ne sont pas l'équivalent de l'assertion
est

Pierre

venu

à

Eome

»

:

mais supposé

qu'il

y

soit

venu, Ignace

n'aurait pas parlé autrement: supposé qu'il n'y soit pas

venu, son raisonnement

manque de

base.
la

Du

reste,

il

ne faut pas croire que

mort de

saint

Pierre ait été cbose obscure, rapidement oubliée dans
l'Eglise.

Sans parler des traces que l'on a cru pouvoir

relever dans l'Apocah'pse et dans l'épître aux Hébreux,
le

dernier chapitre du quatrième évangile
fort
claire

^

contient

une

allusion

au supplice de l'apôtre.
ici la

Quel que

soit celui qui a

tenu

plume,

il

est sûr qu'il vivait

au temps de Trajan ou bien peu après.

A
^

Eome, naturellement,
^,

les souvenirs étaient

encore

plus clairs. Saint Clément
Ign.
Joh.,

dans son célèbre passage

ad Eom.,

4.

«Je te le dis en vérité, quand tu étais toi-même ta ceinture et tu allais où il te » plaisait mais quand tu seras devenu vieux, tu étendras les » bras, un autre te ceindra et te mènera où tu ne voudrais pas Il (Jésus) lui dit cela, signifiant de quelle mort il 'Pierre) de^

XXI,

18, 19:

»

jeune, tu mettais
;

>

vait glorifier Dieu.
3

/ Clem., 5, 6.

ORIGINES DE l'ÉGLISE ROMAINE

63

sur la persécution de Néron, réunit les apôtres Pierre
et

Paul avec

les

Danaïdes,

les

Dircés et autres victimes
ils

immolées à propos de l'incendie. Tous ensemble
représentés

sont

comme formant un

seul

groupe

(G'jrn^ooioHr,);
èv r.y.tvj

ensemble

il

ont été pour les Romains, parmi eux,

un grand exemj^le de courage.
Il n'est

pas jusqu'à saint Pierre lui-même qui ne doà

cumente son séjour
d'Asie-Mineure
voie au
'

Home. Sa

lettre

aux chrétiens
qu'il leur enêv

se

termine par un salut

nom

de l'église

de Babjdone
l'église

(r,

Ba^^uAcôv.

(7'jv;x,ls/,T/,),

c'est-à-dire

de

de Rome. Ce symbo-

lisme est fort connu, ne serait-ce que par l'Apocalypse.

Pendant
détruisit
les

l'été

de l'année 64, un incendie terrible

principaux quartiers de Rome. Peut-être
cause que
le

n'avait-il d'autre

hasard: l'opinion, d'une

voix unanime, accusa Néron de l'avoir allumé, ou tout

au moins secondé. Pour détourner

les

soupçons, l'empe-

reur rejeta la faute sur les chrétiens.
furent arrêtés, jugés

Un

grand nombre

sommairement

et exécutés.

Néron

imagina de transformer leur supplice en spectacle; dans
ses jardins
les

du Vatican

il

donna des

fêtes de nuit,

malheureux, enduits de poix, dévorés par
sur les exercices

les flam-

mes, jetaient

du cirque une lumière
détails,

sinistre. Tacite,

de qui nous tenons ces

parle

ne serait pas de son auteur, en se servant du nom de T apôtre, se serait bien gardé de le faire écrire d'un endroit où il n'aurait 2?as fait ifn séjour connu de tout le monde.
^

/ Pétri, y, 13.

Quand même

la

lettre

saint Pierre, ce serait

toujours une pièce très ancienne

;

gj^

CHAPITRE

Y.

d'une multitude énorme, multitudo ingens.
voir que personne n'attribuait l'incendie

Il laisse

bien

aux chrétiens:
enne:

cependant

ils

étaient

mal réputés
»
.

;

on

les disait «

mis du genre humain
il

on racontait leurs désordres

fallait

que Néron fût bien détesté pour qu'on
le fit.

s'avisât,

comme on

d'avoir pitié d'eux.
*

Ceci, c'est

l'appréciation

de Tacite, qui étend

ici

aux chrétiens

l'injustice et le

mépris dont

il

aime à

accabler les juifs. Eeste le

fait,

les horribles scènes du
foi

Vatican
titude

et le

témoignage rendu à leur
des deux

par une mul-

de

fidèles,

sexes, car les

femmes ne

furent

point

épargnées ^ L'apôtre Pierre parait bien
c'est

avoir été compris dans ces lugubres exécutions:

au Vatican, tout près du cirque de Néron, que se trouvait son tombeau, et la tradition sur le lieu de son supplice, si

haut qu'on peut remonter, nous conduit au

même
g-uée

endroit. C'est

donc en 64

qu'il

convient de plaallé-

cer son martyre ^

La même

raison ne peut être
à

pour

saint Paul.

Lui aussi trouva

Eome

le

terme

sanglant de sa carrière. Mais rien ne prouve qu'il ait
été

condamné

à

propos de l'incendie de Eome.

La

tra-

dition, qui oublia bientôt la
l'an 64,

multitude des martyrs de
et voulut qit'ils fussent
le

rapprocha

les

deux apôtres
la

morts non seulement
1

même

année, mais

même

jour.

Sur ce jugement, v. Boissier, Tacite, p. 146. Ce sont les Danaïdes et les Dircés de saint Clément. 3 Eusèbe le met en (37 ou 68; cependant, comme il indique en même temps la persécution de Néron, son attribution n'est pas sans' ambiguïté. La persécution de Néron, c'est-à-dire les
*

supplices décrits par Tacite,

commença

à l'été de 64.

OmaiXES DE
Quoiqu'il en
soit,

I/ÉttLISE

ROMAIXE
débris de la
et

G5

quand

les

commude

nauté romaine purent se rejoindre
la

se

réorganiser,
la

jeune église se
le

trouva consacrée par
et le

haine

Néron,

sang des martyrs

souvenir des deux

plus grands apôtres.

De

leur vivant déjà elle était en

grand renom parmi
nagea
si

les fidèles

du

Christ. Paul, qui

mé-

peu

ses Corinthiens et qui trouva tant de re-

proches à faire aux

Galates

et

aux Asiatiques, n'eut

pour

les

Eomains que des

éloges.

La

lettre

qu'il

leur

écrivit et qui prit place
laire,

en tête de son recueil épistoleurs vertus.

est

un hommage rendu à
pour

Quant à

Pierre, le fait d'avoir été ses derniers disciples
diats constitua
les

imméEomains une prérogative im-

portante.
çait
(6(3)

Au
la

lendemain des scènes du Vatican commen-

catastrophe de Jérusalem. Les chrétiens de

la ville sainte

n'échappèrent à

la crise

de leur nation

qu'en se dispersant.

On

parla
:

encore quelque temps
elle n'était

d"uue éghse de Jérusalem

mais

plus à Jé-

rusalem

:

son

nom

ne représentait qu'une série de grou-

pe^ éparpillés dans toute la Palestine, surtout à Test

du Jourdain,

isolés des autres

communautés

chrétiennes,

de plus en plus confinés dans leur parler sémitique et
leur légalisme intransigeant.

Le

christianisme perdait
l'église

son premier centre, juste au

moment où

de

Eome

se trouvait

mûre pour

la succession.

La

capitale
les

de l'empire devint bientôt
chrétiens.

la

métropole de tous

DcCHïsxE.

Ilist.

anc. de l'Egl.

-

T.

I.

CHAPITEE

Yl.

Les premières hérésies.
La
curiosité religieuse et la spéculation chez les premiers clirétiens.

Les semeurs de doctrines. Epîtres aux Epliésiens et aux Colossiens. L'hérésie dans La ckristologie de saint Paul. Judaïsme transcendant. Nicolaïtes et Cérinthiens. L'hérésie les Pastorales, dans l'Apocalypse. dans les lettres de saint Ignace.

— —

On
quelle
lique.
sait,

voit par les premières épîtres de saint Paul avec
liberté

s'exerçait

alors

la

propagande évangéoù l'Esprit
les

Les missionnaires

allaient

pous-

tantôt en des pays où l'Evangile n'avait pas encore

été prêché, tantôt

en des endroits où des communautés

chrétiennes existaient déjà.
s'était fait

De

ceci

Paul s'abstenait
le

:

il

une règle de ne point semer dans
s'il
fit

champ
ce fut

des autres: contre
s,a

un

assez long séjour à
le

Eome,

volonté. Mais tout

monde

n'avait pas le

même
torités,

scrupule.

De

là des conflits

de persomies, d'audoctrine inculquée
elle s'encadrait,.
reli-

même
j'ai

d'enseignements.

La

d'abord était naturellement très simple:

comme

essa^'é

de

le

montrer, dans l'éducation

gieuse Israélite. Mais la ferveur des premiers chrétiensétait trojD intense

pour demeurer inactive. Dans l'ordre
elle se traduisait

de la comiaissance
avidité de savoir.

par une incessante

Le

retour du Christ, sa date, ses con-

ditions et conséquences, la forme, la durée et presque

LES PREiUÈRES HÉRÉSIES
la

67

topographie de son roj-anme, tout cela excitait au

plus liaut degré la curiosité et produisait cette tension
d'esprit dont

témoignent

les lettres

aux Thessaloniciens.
lé-

Quand on

avait fini de disserter sur les obligations

gales et sur les rapports entre le vieil Israël et la jeune
Eglise, la personne
travailler les

du fondateur

faisait,

de son côté,
avait-il
le

esprits.

Dans

quelles

conditions

préexisté à son apparition en ce
classer

monde ? Comment

dans

le

personnel

céleste?

En

quels rapports

avait-il été,

se trouvait-il présentement,

avec les puis-

sances mystérieuses que la tradition biblique, dans une
certaine mesure,

mais surtout

les spéculations des école's

juives interposaient entre notre

monde

et l'Etre infini-

ment

parfait ?
et sur bien d'autres
il

Sur ces points

pouvait y avoir

lieu à des explications, qui

venaient s'ajouter, se super-

poser au fond premier de l'évangélisation. C'est ce que
saint

Paul appelle

la surédification

{z7:ovA.o^0'j.r,).

de

la-

quelle procède
Il

une connaissance supérieure

(ï-i^vonii).
;

admet ce progrès dans l'instruction religieuse

il

y

travaille

même

très efficacement.

Mais

il

ne se dissimule

pas qu'il j a plusieurs manières de développer l'ensei-

gnement premier,
on peut fort bien

et que, sous prétexte de le compléter,
le

pervertir \

C'est ce qui arriva dans ses chrétientés d'Asie:

nous

en avons

le

témoignage dans

les lettres qu'il leur écrivit

de sa captivité romaine. Je veux parler des épîtres aux

'

/ Cor.. III. 11-16.

g3

CHAPITRE
et

VI.

Ephésiens
été

aux Colossiens. La première paraît avoir
circulaire,

une sorte de

dont des exemplaires furent

présente aucun adressés à diverses communautés. Elle ne
trait local.

H n'en

est pas de

même

de l'épître aux Co-

lossiens,

dont

les destinataires sont

bien déterminés.

Un

court billet s'y trouve joint, l'épître à Philémon.

Avec

ces lettres nous

sommes

transporté à la lisière

entre le pays phrygien et les anciennes régions de Lydie
et

de Carie. Hiérapolis, Laodicée, Colosses, trois

villes

importantes, s'élevaient de ce côté, à peu de distance l'une

de

l'autre,

dans

la vallée

du Lycus. Paul

n'avait pas évan-

gélisé en personne cette partie de la province d'Asie:

cependant on
doute
il

le

reconnaissait pour maître spirituel. Sans

avait envoyé là
il

quelqu'un de ses auxiliaires.
la

Dans

sa captivité

a-eçut

visite

d'Epapliras, l'un
le ren-

des principaux chefs religieux de la région, qui

seigna sur la situation intérieure de ces communautés.

Paul
et

se décida à écrire les
les

deux

lettres

dont

j'ai

parlé

dont je vais extraire

passages propres à renseiqui travaillait les esprits

gner sur

la crise doctrinale

des chrétiens asiatiques.
Coloss. I, 15-20: «
» »

E (Jésus- Christ) est l image

de Dieu
lui
^

invisible, le

premier-né de toute création, car par

a été créé tout ce qui existe au ciel et sur la terre,

» les

choses visibles et les choses invisibles,

même

les
^,

»

Trônes, les Dominations, les Principes, les Puissances

1

'E-/

aÙTw, sémitisme.

LES PREMIÈRES HÉRÉSIES
»
» » »

69

tout a été créé par lui et pour
et tout

lui.

H

est

avant tout
corps, de

se tient

^

en

lui.

Il

est la tête

du

l'Eglise. Il est le principe et le

premier né des morts,
lui

afin

qu'en tout

il

occupe

le

premier rang; car en

» il » » »

a plu ik Dieu) de faire

habiter toute plénitude ^

(Dieu) a voulu réconcilier tous les êtres par le sang

de sa croix, par lui-même, tout ce que la terre et le
ciel

renferment

»

Coloss. II:
»

«Je veux que vous sachiez quelles anà

goisses j'éprouve

votre sujet et au sujet de ceux

»
» «

de Laodicée et de tous ceux qui ne m'ont pas vu en
personne. Je voudrais consoler vos cœurs, les fortifier

dans l'amour
la pleine

et les

doter de toutes les richesses de

» »
» »

intelligence, les
^

amener à une pénétration
c'est-à-dire

plus haute

du mystère de Dieu,

du

Christ,

en qui sont cachés tous
de
la

les trésors

de

la sagesse
qiie

et

science ^ Je vous dis ces choses afin

per-

» » » »
»

sonne ne vous détourne du vrai chemin

par

des paroles

malencontreusement persuasives; car
de corps, par

si

je suis absent

mon

esprit au

moins

je suis avec vous,

me

réjouissant de vous voir dans l'ordre et la solidité

de votre foi au Christ.
Christ, ainsi
bâtis, affermis

Comme
lui,

vous avez reçu Jésusenracinés, solidement
l'a

» »
»

demeurez en
dans

la foi telle

qu'on vous

enseignée,

abondant en eUe

d'un

cœur reconnaissant. Prenez

* n>.Tp(i)u,a.

•J-Q

CHAPITRE

\^.

»
»

ganle qu'on ne vous trompe avec de
vains

la philosophie et

de

mensonges dénm's de

la

tradition des

hommes,

» »

conformes aux

éléments du monde, non à Jésus-Chrid.

Car

c'est

en

lui qu'habite
lui

corporellement toute la pléni-

»
» » » » » » » »
»

tude de la divinité: en
tude:
il

vous jouissez de cette pléni-

est la tête
lui

de tout Principe et de toute Pnis-

sance': en
cision

vous avez été circoncis d"une circonde main d'homme: vous avez

qui n'est pas

dépouillé votre chair corporelle par cette circoncision

du

Christ: vous
;

avez été ensevelis avec

lui

dans

le

baptême

avec

lui

vous êtes ressuscites par la foi à
l'a ressuscité, lui,

la

puissance de Dieu qui
morts.

d'entre les

Tous

étiez

morts par vos péchés
:

et votre incir-

concision corporelle

il

vous a

vivifiés
Il

avec lui-même,

»
»

vous remettant tous vos péchés.
de notre condamnation:
à la croix:
il

a effacé le décret

il

Fa supprimé en l'attachant

»

a vaincu les Principes et les Puissances;

» il »

a montré hardiment leur faiblesse par son triomphe
»

sur eux
«

(lue personne ne vous critique au sujet du manger

» et

du

boire,

des

fêtes,

des néoménies^ des sabbats. Tout
:

»
»

cela c'est l'ombre de l'avenir

de cet avenir qui, devenu

présent, appartient à Jésus-Christ.

Que personne ne
^

»
»

condamne vos
des anges, ne

efforts,

ne vous abaisse

dans
visions,

le

culte

vous en impose
le

par

ses

enflés

»

que sont ces gens-là par

vain orgueil de la chair.

* WiXuj-*

VI

-oLnii-i'^'^po-'j-ir.

/.cil

Opraxiia

twv

à-j-^i/.o)-',

«

îîpa/.Ev

LES PREMIÈRES HÉRÉSIES
» Ils
^>

Tl
le

ne se tiennent

pas à

la

tête,

à laquelle tout

corps

est relié et qui

eu

tire sa vie et sa croissance selon

»
»

Dieu.

Avec

le

Christ vous êtes morts aux éléments
alors,

du monde. Pourquoi

comme

si

vous viviez dans

» le » » »

monde, venez-vous dogmatiser

ainsi:

Xe prenez pas,
ces choses dont

ne

mangez pas, ne touchez même pas à
il

l'usage souille, car
et des

est abusif.

Ce sont

des j^réceptes

enseignements humains, qui ont sans doute ime

»
»

apparence de raison clans leur système de superstition,
d'abaissement de l'esprit
et

de

se'verite'

enfers la chair,

»

mais au fond rien d'honorable, rien qui ne tende à
satisfaction de la chair
»

» la

De

ces textes

on déduit

cpie les

adversaires combattus

par saint Paul cherchaient à introduire:

V

des obser-

vances de

fêtes,

de néoménies, de sabbats: 2° des absti-

nences de certains ahments et des pratiques d'himiiliation: 3°

un

culte des anges. Peut-être était-il encore
(II,

question de la circoncision

11

i.

qui semble être visée

par

le

terme d'humiliation. Tout ceci a un aspect assez

judaïque, mais nous ne

sommes
Il

plus dans la controverse

de l'épître aux Galates.

ne

s'agit plus

de l'opposition

entre la Foi et la Loi, mais de rites spéciaux, coordomiés
à des doctrines particulières,

que l'on songe à établir
la

au dessus du fondement de

prédication apostoKque.

Derrière ces obsel'^-ances apparaît un dogmatisme spécial,

dont

le trait

prédominant

est

mie importance excesle

sive

donnée aux anges
Le.s

\ Saint

Paul n'entre pas dans

naissance des

Esséniens attribuaient une vertu particulière à la connoms des anges (Josèphe, Bell', jud.. II. 8, 7);.

72
détail:
il

CHAPITRE

VI.

expose plutôt sa doctrine qu'il n'analyse celle

de

ses adversaires.

Mais

l'insistance

avec laquelle

il

affirme que tout a été créé par et pour Jésus-Christ, qu'il

a la première place dans l'œuvre de la création et dans
celle

de

la

rédemption, montre bien que les docteurs de
le rôle

Colosses avaient cherché à diminuer

du Sauveur

dans

l'esprit des fidèles

de Phr^-gie. Nous verrons plus

tard des systèmes hérétiques opposer les anges à Dieu,
leur attribuer la création

du monde

et la responsabilité
les

du mal,
Dieu
et

tant

moral que physique.

Ici

rapports de

des anges sont tout différents. Les anges ne

sont pas les ennemis de Dieu, puisqu'on leur rend
culte et qu'on a besoin

un

d'eux pour compléter l'œuvre
le

du

salut,

laissée

inachevée par

Christ.

Cependant
distin-

ces intermédiaires entre
ctions d'aliments,

Dieu

et le

monde, ces
de
la

ces

abaissements

chair,

sont

des traits qui permettent de rattacher aux gnoses judaïsantes que nous verrons bientôt apparaître les fausses

ils

pratiquaient aussi diverses abstinences. Quoique leur instieiit

tution

un caractère

local,

il

y avait pourtant des Essé-

niens en dehors d'Engaddi, répandus dans les villes et vivant

au milieu des autres juifs, tout en maintenant leurs propres
observances.
culte des anges reparut en Asie au IV® siècle, aux environs du LycRis. Le fameux sanctuaire de saint Michel à Khonae, près de l'ancienne Colosses (Bonnet, Xorrafio de miraculo a Michaele Archangdo Chonis ijatrato; cf. Bïill. critique, 1890, p. 441) peut remonter à ce temps-là.
et précisément

Le

Le

concile de Laodicée (can. 35) signale des coteries religieusse

qui tenaient des assemblées en l'honneur des anges et les in-

voquaient par

leui's noms. En dehors des trois anges que mentionne la Bible, les juifs en connaissaient beaucoup d'autres,

Uriel, Jérémiel, etc.

LES TREMIÈRES HÉRÉSIES
doctrines

73

que saint Paul dut extirper de Féglise de

Colosses K
Telle est Vk-iy^oiGi: inculquée par l'apôtre.

Le

pro-

grès dans la foi objective est

le

progrès de la conception
les

du

Clirist.

On

peut remarquer que

expressions em-

ployées dans ces épîtres ne visent pas les rapports entre
le

Christ et son Père céleste.

Le mot de Verbe
il

n'est

pas prononcé. Paul n'en a pas besoin, car

ne se préoc-

cupe que des rapports du Christ
prétend
l'abaisser

et des créatures.
il

On

au rang des anges:

le

relève au

dessus de toute créature, et ce n'est pas seulement la

première place qu'il

lui

donne:

il

fait

de

lui la

raison

d'être, la fin, l'auteur

même

de la création.

A

cette haute conception

du Christ

se rattache la

théorie de l'Eglise \ L'Eglise

est l'ensemble des êtres

auxquels est appliquée l'œuvre du salut. Cette application
est faite

par Dieu aux

Juifs,

Barbares, Scythes, esclaves,

hommes de toute origine, hommes libres,
la raison

Grecs,
et cela

par un don gratuit.
de Jésus-Christ
vital,
:

L'Eglise ainsi recrutée tient tout

il

en est

d'être, le principe
ciel

la tête, le

chef

II est

descendu du

pour

la

constituer, en opérant

sur

la

croix l'œuvre

du

salut;

^ Ou prétend quelquefois que saint Paul a en vue ici des hérésies gnostiques, parce qu'il parle d'éons et de plérôme. Mais

c'est Paul lui-même, non ses adversaires, qui emploie ces termes, et cela en des sens différents de oenx qu'ils auront chez
les \ alentiniens.

Ce sont les Gnostiques qui ont emprunté ces mots à saint Paul, tout comme ils ont pris à saint Jean ceux
de Logos, Zoé, etc.
-

Eph., IV;

cf.

CoL, in, 11.

74

CHAriTRE
ciel,
il

VI.

remonté au

opère en
Il

elle

la

propagation

et la

perfection de son œuvre.
différents degrés

a institué dans son sein les

du ministère

ecclésiastique, les apôtres,

les prophètes, les évangélistes, les pastours, les docteurs,

en vue de l'adaptation des saints à l'œuvre commune,
à l'édifice sacré qui est
le

corps du Christ. Sous

l'effort

du

Christ, transmis par ces instriunents, nous croissons
foi,

tous dans une miême
foi et science

une

même

science

(è-t'yvoiÇ'.:),

dont l'objet est toujours

le Fils

de Dieu,

et

nous arrivons à Taccomplissement de notre vocation,

à cet âge

d'homme qui

est la possession

du Christ dans

toute sa plénitude.
Ainsi,

dans l'Eglise, toute vie doctrinale vient de
tout progrès en

Jésus-Christ,
et tend à

science procède de lai
lui et

mie connaissance plus parfaite de

de
lui.

ce plérôme, de cette plénitude divine qui habite en

Toute

la vie chrétienne

va de

lui à lui. Cette forte et

pensée

trouvera plus tard une image dans l'A
Jean.

VO) de saint

Le danger qui menace

cette croissance doctrinale, ce

sont les vains enseignements des faux docteurs, variables

comme

le

vent

et

les

hasards du jeu, procédant

de

la

malice humaine et conduisant artificieusement à

l'erreur les esprits encore

mal

assis

dans

la vraie foi

\

Paul

laisse

même

entendre que ces systèmes étrangers

à l'enseignement traditiomiel aboutissent à la justifica-

tion de la con-uption charnelle.

'

Eph., IV, 17-24.

LES PREilIERES HÉRÉSIES

75

La

suite

des événements ne justifia que

trop les

appréhensions de l'apôtre. Les documents dont nous
disposons pour apprécier ces premiers stades de l'hérésie

nous transportent,

il

est vrai, assez loin
ils

du temps
du
reste

où saint Paul écrivait aux Colossiens:
plutôt

sont
il

polémiques que descriptifs. Mais

en résulte

clairement que, longtemps

même

avant Fapparition des
le

fameuses écoles gnostiques sous

règne d'Hadrien,

des enseig-nements analogues aux leurs s'insinuaient

un

peu partout, divisant
gile,

les

fidèles, pervertijssant

TEvan-

et

tendant à

le

transformer en une sorte de justi-

fication des faiblesses

humaines.

;.

Telle est la situation qui se révèle

dans

les lettres

dites Pastorales, dont deiix, adressées à Timothée, sem-

blent viser

une situation

asiatique.

Les prêcheurs d'hédans Tépitre

résie n'y sont plus

indéterminés,

comme

aux Colossiens: leurs noms sont indiqués: Hyménée
Philète, Alexandre. Ils se posent
(v&fAo^'.^â<7xa).oi):

en docteiu's de

la loi

leurs enseignements sont des fables ju-

daïques:

ils

s'adressent aux esprits faibles, cui'ieux, tourla

mentés de

démangeaison d'apprendre, aux femmes

en particulier, les occupant de questions sottes autant

que

subtiles,
la

de mythes, de généalogies interminables.
le

Dans
et

pratique on inculque Taversion pour

mariage

pour certains aliments. Quant à

la résurrection, elle

est déjà faite, cest-à-dire qu"il n'y a

qu'une résurrection
la foi

morale.

En

dehors du danger que
ce^

court dans les
il

entretiens avec

prétendus docteurs,
les liens'

y

a là une

«ource

de querelles où s'usent

de

la charité.

76

CHAPITRE

VI.

Les Pastorales nous représentent saint Paul affligé de constater tant d'ivraie dans sa moisson apostolique.

En

d'autres

documents des hérésies
chez
les chefs
Cjui

et

de

la sollicitude

qu'elles

excitaient

de l'Eglise, ce n'est

plus seulement la tristesse

se révèle, c'est Tindi-

gnation:

ainsi,

dans

la

lettre

de

saint Jude, dans la

seconde
saint

épître

de saint Pierre, dans l'Apocalypse de

Jean. Les hérétiques sont dénoncés

comme

des

théoriciens d'immoralité, qui mettent la grâce de Dieu,
l'Evangile, au
service de la luxure:
les plus

terribles

châtiments leur sont réservés par
encore
il

la justice divine. Ici

est

question

de mj^thes subtils, habilement

combinés: d'autres détails sont réprouvés, mais avec
plus d'énergie que de clarté.
Saint Jean aussi, dans les sept lettres par lesquelles
s'ouvre l'Apocalypse, se montre fort
'

irrité.

Dans les églises

d'Asie sévit une propagande à conséquences immorales.
Elle autorise la fornication et les viandes provenant des
sacrifices païens.

L'enseignement sur lequel se greffe
il

cette

morale relâchée n'est décrit nulle part:
par mi terme énergique:
faux docteurs se
prétendent juifs
et

est caractérisé

les

profondeurs de Satan. Les

disent apôtres et ne le sont pas, se

ne sont que

la
:

s;)magogue du démon.
ce sont des Xicolaïtes.
tels

Par deux

fois

^

ils

sont désignés

Ce

n'est

sûrement pas avec de
faire

renseignements

que l'on peut se

une idée des erreurs propagées

1

II,

G,

14.

LES PREMIÈRES HÉRÉSIES

77
la tradition n'apl'hé;

en Asie au temps de l'Apocalypse. Et
porte
résie
il

ici

aucune lumière. Saint Irénée ne connaît
^

des Nicolaïtes

que par

le

texte de saint

Jean

en résume les données par les mots indiscrète rkunt.
est

Clément d'Alexandrie en
ces
laite

au

même

point.

Cependant

deux auteurs s'accordent à rattacher
au diacre Nicolas, nommé dans

la secte nico-

les Actes
^.

des apôtres ^

Ceci n'est rien moins que prouvé

Les Nicolaïtes ne sont pas
se soient rencontrés

les seuls hérétiques

qui

avec l'auteur de l'Apocalypse. Pole

lycarpe

racontait

que Jean,

disciple

du Seigneur,
cer-

étant entré dans

un

bain, à Ephèse,

y aperçut un

tain Cérinthe et qu'il sortit aussitôt
la

en disant: «Fuyons,

maison pourrait s'écrouler, puisqu'elle abrite Cérinthe,
la vérité
»

Temiemi de

\ Saint Irénée, qui nous a con-

'

Irénée,

I,

26; III, 11; Clément, Strom., II, 118; III, 25, 26.

La

description

d'Hippolyte (Pseudo-Tert., 48; Epiph., 25, 26;

Philastr., 33; cf. Photius, cod. 2.32) se rapporte à

un sj'stème

ophitique.

un des Sept: zaî Nix.îXajv wpjorXuTsv, pas d'autre détail. Clément atteste l'immoralité de la secte, mais il disculpe Nicolas, sur le compte duquel il i-aconte
^

Act.^ VI, 5; c'était

'AvTiîx^'a;

l'histoire suivante. Nicolas avait une femme dont il était extraordinairement épris. Les apôtres le lui aj^ant reproché, il l'amena dans l'assemblée et permit à qui voudrait de la prendre {^hj.'xi)
Il

vécut depuis dans son unique mariage, dont il eut un fils d'une conduite exemplaire et des filles qui passèrent leur vie dans la virginité. Sa maxime était qu'il fallait malmener la

aap/.t). Matthieu en disait autant. Ces mots avaient pour eux un sens ascétique, mais les sectaires les interprétaient dans un sens pervers.
^

chair (-apa/^p-^aôai t^

Hamack,

Chronologie, p. 536, note.

^Ii-énée, Haer., III, 3; cf.

Eusèbe, IV,

14.

78
sei-vé ce récit

CHAPITRE

TI.

de Polycarpe. donne
et

^

des détails sur la
*

doctrine

de C^rinthe

saint Hippolyte

ajoute quel-

ques

traits à

son exposé.

On

voit par ce qu'ils en di-

sent que Cérinthe était en

somme un
il

docteur
rites.

juif, at-

taché au sabbat, à la circoncision et autres
les Ebionites de Palestine,
fils

Comme
y.'jzv^-lv.)

enseignait que Jésus était
^r,

de Joseph

et

de Marie. Dieu

'j-ïz -y.

rT/.y.

est trop au-dessus

du monde pour pouvoir
donné

s'en occuper

autrement que par intermédiaire. C'est un ange qui a
créé
l'univers,

un

autre -qui

a

la

Loi: celui-ci
tellement

est le dieu des juifs.

Es

sont l'un et l'autre

au-dessous de l'Etre suprême qu'ils n'en ont aucmie
comiai.ssance.
le

Au baptême

de Jésus une vertu divine,

Christ (Irénée) ou le Saint-Esprit (Hippol3^e), procédant
lui et habita

du Dieu suprême, descendit sur

en

lui

jusqu'à sa Passion, exclusivement l

Une
destiné

^-ingtaine d'amiées après l'Apocalypse, Ignace,

évêque d'Antioche, condamné à mort

comme

chrétien et

subir à

Eome

le

supplice des bêtes féroces,

traversait rapidement la province d'Asie.

Dans

les let-

tres qu'il eut occasion d'écrire à certaines églises

de ce

pays,

il

vise à son tour la situation doctrinale et prému-

nit les fidèles contre les hérésies

que

l'on semait chez eux.

1
'"

Haer.,

I,

26.

Représenté par Pseudo-Tert., 48; Epiph., 28; Philastr., 36. Les PhUosnphumf'ua [XTL, 33 ne font que reproduire saint Irénée. 3 D'après Hippolyte, Cérinthe aurait enseigné que Jésus n'était pas encore ressuscité, mais qu'il ressusciterait avec les autres justes. Cette assertion invraisemiblable est contredite par Irénée.

LES PREMIÈRES HÉRÉSIES

79
la

Ce qui
coteries
et

le

frappe avant tout, c'est
Il

tendance aux
ses jeux^ à

aux schismes.

avait

vu de

Philadelphie, des réunions hérétiques.
«

Quelques-uns

'

ont voulu

me tromper
il

selon la chair,

»
» »

mais l'Esprit ne s'égare pas, car
d'où
il

est de Dieu. Il sait

vient,

il

va, et dévoile les choses cachées.
criai à

Je

criai

au milieu de leurs discours, je
à

haute

»
» » »
»

voix: Tenez-vous
diacres.

l'évêque,

au presbytère et aux

Certains d'entre eux supposèrent que je

parlais ainsi parce

que je connaissais leur séparation

;

mais, Celui pour qui je porte des chaînes en est té-

moin, ce n'est pas la chair, ce n'est pas l'homme qui*

»
»

me

l'avait appris. C'est l'Esprit, qui

proclame cet
:

ensei-

gnement
chair

»

Ne comme
:

faites rien sans l'évêque
le

gardez votre

temple de Dieu: aimez l'union, fuyez

» les
»

divisions,
il

soyez les imitateurs de Jésus-Christ,

comme

l'est

de son Père

»

Les promoteurs de ces réunions étaient des prédicateurs ambulants qui
s'en
allaient

de

ville

en

ville

semer leur

ivraie.

Es ne

réussissaient pas toujours. Ainsi,

sur la route de Philadelphie à

Snwrne, Ignace

s'était

rencontré avec des prédicateurs hétérodoxes qui venaient

d'Ephèse, où

ils

n'avaient eu aucun succès

'.

Il est

pro-

bable qu'Ignace connaissait ces hérétiques avant de venir

en Asie, et qu'il cherche à prémunir les églises de ce

pays contre un ennemi nouveau pour
il

elles,

mais auquel

était

lui-même accoutumé.

'

Philad.,

Vn.

^

Eph., ^LX.

gQ

CHAriTRE

VI.

La

conciliabules doctrine que l'on inculquait dans ces

est qualifiée

avant tout de judaïsme.

Il

ne

s'agit plus,

légal, mais de spébien entendu, du simple judaïsme le mosaïsme culations où se combinent trois éléments
:

rituel, l'Evangile, et

des rêveries étrangères à l'un et à
après avoir été défendus pour

l'autre.

Les

rites juifs,
et

eux-mêmes

comme moyen

de salut, servaient mainte-

des nant de recommandation, d'appareil extérieur, pour revient sousystèmes religieux assez étranges. Ignace

vent sur

le sabbat, la circoncision et autres

observances,

qu'il traite

de surannées.
et des

Il insiste

sur l'autorité

du Tesratta-

tament nouveau

Prophètes: ceux-ci sont

chés à l'Evangile et opposés indirectement

à la Loi.

La
docète
»

cliristologie des hérétiques, seule partie
soit clairement indiquée, est

du

sys-

tème qui
:

une christologie

«

Devenez

^

sourds quand
le

on vous parle en
le

dehors de Jésus-Christ,

descendant de David,

» fils »

de Marie, qui est réellement né, qui a mangé, qui

a bu, qui a été réellement persécuté sous

Ponce

Pi-

» late, »

réellement crucifié
ciel,

:

qui est réellement mort, à la

vue du

de la

terre,

des enfers, qui est réellement

»
» » » »

ressuscité par la puissance de son
fert

Père

"

S'il

a souf-

en apparence,

comme le prétendent

certains athées,

c'est-à-dire certains infidèles, qui

ne vivent, eux, qu'en
?

apparence, pourquoi donc suis-je enchaîné

Pourquoi

souhaité-je combattre les bêtes? Est-ce pour rien que

1

Troll.,

IX, X.

^

«

Remarquer

l'analogie avec le sj-mbole apostolique, dans

son deuxième article.

LES PREMIÈRES HÉRÉSIES
» je

81

vais moiu'ir?
la
;

»

Ces expressions ne s'appliquent pas
de
la

seulement à

réalité

mort

et

de la résurrection
la

du Sauveur

elles

embrassent toute
le

durée de sa vie

terrestre. Elles

ne visent pas

docétisme impropre de

Cérinthe, mais
turnil et de

un

vrai docétisme,

comme

celui de Sa-

Marcion. pour lesquels Jésus-Christ n'avait
la chair.

jamais eu que Tapparence de

L'eschatologie (doctrine des fins dernières) n'est pas

indiquée

:

mais l'insistance avec laquelle Ignace appuie

sur la résurrection réelle

du Christ

et

sur l'espérance
croire

de

la

résurrection individuelle porte à

que

les

hérétiques rejetaient aussi la foi à la résurrection de la
chair \ Cette négation privait la morale

du plus

clair

de sa sanction.
«

Le mot de

Tépitre aux Philadelphiens:
le

Gardez votre chair comme

temple de Dieu

»

donne

à entendre que les

dogmes nouveaux avaient des confai-

séquences immorales. Cependant elles ne sont que

blement indiquées. Ce n'est pas par leur inconduite,
c'est plutôt

par leur esprit de coterie que

les hérétiques

nouveaux mettent l'Eglise en danger.

La
tres.

doctrine que saint Igiiace oppose à cette prédi-

cation de contrebande est

peu développée dans
était jadis
il

ses let-

L'Ancien Testament

un

état religieux

justifié,

mais imparfait: maintenant

est aboli.

Le martyr

Cf. Polycarpe, Philijjp., YII: «Celui qui ne confesse jias que Jésus-Christ est venu dans la chair, celui-là est un ante'

christ
;

celui qui n'accepte pas le

là est

du diable

;

celui qui falsifie les paroles

témoignage de la croix, celuidu Seigneur dans

le sens de ses passions et dit qu'il n'y aura ni. résurrection ni jugement, celui-là est le preniier-ué de Satan >.

DucHEsxE. Ukt. une. de l'Egl.

-

T.

I.

6

j^2

CHAPITRE
le

VI.

ue

transforme pas en allégories

'
:

il

3-

voit la pré-

lace de TEvangile.
traits

Sa clu-istologie présente
Xotre Dieu

quelques

remarquables. Jésus-Christ est vraiment
:

homme

et
»
:>

vraiment Dieu

«

',

Jésus-Christ, a été

conçu dans

le sein

de Marie suivant la dispensation

divine, de la race de
né.
il

David

et

de l'Esprit Saint
la

:

il

est

>.

a été baptisé, afin
»
.

que par

vertu de sa pas-

»

sion Teau fût purifiée
est

Sa préexistence à rincamaaffirmée
:

tion
:>

vigoureusement

«

H
et

n'j-

a

^

qu'un

médecin, en chair et en esprit, né
et

pas né [natm.
la chair,

y.

innatus, yswr.Tb;

/.ai

y.yvm.zot),

Dieu dans

»
>

vie véritable dans la mort, issu de Marie et de Dieu,

d'abord passible
notre Seigneur

et alors

même

impassible, Jésus-Christ,
la doctrine

».

Ignace connaît

du Yerbe:

>.

n

n*v a qu'un Dieu, qui s'est manifesté par Jésus-

»
y>

Chiist. son Fils, qui est son Yerbe, proféré après le
silence ^ qui

a plu en tout

à celui qui Tenvo^^a».

Cette prolation temporelle n'empêche pas Jésus-Christ'

1

Comme Pseudo-Bamabé,

par exemple.

^

iEph..
ȣ/>/!.,
*

xvm.
vn.
i:ôi5;,
o-jy.

Magn., Vni.

— Les
àîri
il

aÛTs-; >.5-s;

ai^r; -sseaïw-*.

anciennes éditions portaient: s; hctp» Saint Ignace semblait réest vrai, de Sigé iSilence), la

Yerbe sorfuter le valentinianisme, système où l'on trouve le
tant, par intei-médiaire,

com-

contre pagne de l'Abîme étemel. Il y avait là un argument a prouvé l'authenticité de cette lettre et des autres. M. Th. Zahn lisent PP. apost., t. II, p. 36) que les mots àfôii; ci/, ne .se
corpas dans les textes les plus autorisés. Ils représentent une^ du Verbe rection faite en un temps où la 7:pî=').=-jai; temporelle orthodoxes. était abandonnée et condamnée par les théologiens plus loin. cette doctrine fut longtemps cultivée: on le verra Mais

LES PREMIÈRES HÉRÉSIES
d'être au-dessus

83

du temps, en dehors du temps, d'avoir

existé avant les siècles auprès

du Père \

Les

hérésies,
juif,

dans ces temps reculés, poussent sur

un fond

mosaïste. Les faux docteurs sont toujours
circoncision,

des docteiu's de la Loi. attachés à la

au

sabbat et autres
Loi:
il

rites.

Mais

ils

n'enseignent pas que la
les

ne faut pas

les

confondre avec

bons scribes

de Jérusalem et leurs disciples pharisiens, absorbés par
le

droit canonique

et

ses

commentaires.

Ce sont de
l'indiffé.

vrais théologiens, qui profitent

largement de

rence relative de leurs coreligionnaires à l'égard de tout ce qui n'est pas le culte de la Loi, pour se livrer à des fantaisies doctrinales. Encore ne s'en tiennent-ils

pas

là.

Un

ascétisme bien caractérisé, célibat, alimenta-

du vin, se superpose chez eux aux observances déjà bien minutieuses du mosaïsme.
Ceux d'entre eux qui ont accepté le christianisme combment avec leurs « fables judaïques » les données nouvelles introduites

tion végétariemie, abstinence

par l'Evangile

et

cherchent à

les incul-

quer aux nouveaux convertis, en
règles de vie austère.

même temps que

leurs

Ce sont en somme des gnostiques

judaïsants, qui préludent, dans les premières églises, à
1

invasion du gnosticisme philosophique.

'

'r-i?

/.aspiv,

à/.ss'-o;

(ad Polyc,

III).

-pi auôvoiv rrajà naT:-!

(Magn., YIi.

CHAPITEE

Y II.

L'épiscopat.
Nécessité de la hiémenacée par l'hérésie. Organisation des églises à Jémsalem et à Antioehe. L'épiscopat Le collège épiscopal, les diacres. an temps de saint Paul. Apparent conflit entre l'épiscopat collégial et l'éunitaire, sa tradition.

La

fraternité chrétienne

.

rarchie.

— Situation

piscopat monarchique.

^

f
La
cément
aisé

plupart des
les églises

documents allégués jusqu'ici conde
la

province d'Asie; mais
était
Il

il

est

de croire que la situation

la

même

à

peu

près partout.

EUe

était fort grave.
si

ne

s'agissait de

rien moins que de savoir
fidèle à l'Evangile.

le

christianisme resterai!

La

simple prédication des premiers;

jours allait-eUe être submergée par des flots de doctrines)

étrangères? Cette religion

si

pure,

héritée de ce qu'il
Israël, cette

j

avait de plus

recommandable en

morale
allait-il

saine, cette piété confiante et calme,

tout cela

être livré sans défense

aux colporteurs de doctrines
ils

bi-

zarres et aux charlatans immoraux'? Car

étaient

nomles
tra-

breux

et divers; ils couraient d'église

en église sous

dehors d'apôtres ou de prophètes, se réclamant de
ditions juives,

d'autorités

évangéliques,

faisant valoir

des considérations de philosophie abstruse, propres à
étourdir les âmes simples.

l'épiscopat

85

Comment

les écarter?

En

ces premiers

temps

l'Eglise

ne disposait encore ni d'un canon bien défini de ses Ecritures saintes, ni d'un
ni

symbole universellement reconnu,
ecclésiastiques

même

d'autorités

bien assises, con-

fiantes
solide.

en elles-mêmes et appuyées sur une tradition

Dans

les

assemblées clirétiennes la parole était

aussi facile à obtenir

que dans

les

synagogues;
il

si les

discours prenaient une mauvaise tournure,

était sans

doute aisé aux présidents de l'assemblée d'arrêter l'orateur.

Mais

s'il

résistait, si la

discussion s'engageait, que
soit des

répondre à des gens qui se réclamaient
aiDÔtres d'Orient, soit
et

grands

des docteurs de la Loi, soit

même

surtout

du Saint-Esprit? On a vu

quelle peine avait

saint

Paul à régler l'inspiration de ses Corinthiens. Et
la

comment empêcher

propagande en dehors des réu-

nions communes, la formation de coteries où,

même

en
l'u-

dehors de toute perversion doctrinale, se dissolvait
nion fraternelle des premiers jours?
Il

n'y avait qu'un

renforcer dans la
et

moyen de sortir de là c'était de communauté locale les organes d'unité
;

de direction. Aussi n'est

il

pas étonnant que les plus
soient aussi les plus

anciens

documents sur

l'hérésie
le

anciens

témoignages sur

progrès

de l'organisation

ecclésiastique.

Les Pastorales

insistent

beaucoup sur

le

choix
leur

des prêtres
;

ou évêques, sur leurs devoirs, sur

compétence

c'est là aussi le

thème presque unique
donc
le

des lettres de saint Ignace. C'est
tudier d'un

moment

d'é-

peu plus près

les origines

du gouvernement
'

hiérarchique dans la société chrétienne.

gg

CHAPITRE

^^I.

Nous avons vu que

la

communauté primitive de

Jé-

douze rusalem avait vécu d'abord sous la direction des présidés par saint Pierre. Un conseil d'anciens
apôtres,
ypreshyteri, prêtres) et

un

collège de sept diacres

com-

plétaient cette organisation. Plus tard,

un «frère» du

Seigneur, Jacques, apparaît auprès des apôtres, partageant leur autorité supérieure. Après leur dispersion
il

les

remplace à

lui seul et

prend

le rôle

de

clief

de

l'église locale.

A

sa

mort

(61)

on

lui

donne un succes-

seur, lui

aussi parent du Seigneur, Siméon, lequel vécut

jusqu'en

110 environ. Cette hiérarchie hiérosohTnite
exactement
les

nous

offre

mêmes

degrés qui seront plus

tard d'usage universel.

Sur

la

deuxième communauté,
renseignés.

celle d'Antioche,

nous

sommes moins

On

voit d'abord à sa tête
:

un

groupe de persomiages apostoliques ou inspirés puis l'obscurité se fait et il faut attendre le temps de Trajaii.
Alors réghse d'Antioche est gouvernée
Jérusalem. Ignace, l'évêque, est
le

comme

celle

de

pendant de Siméon
évêque non

de Jérasalem.

Quelquefois

^

il

s'intitule

d'Antioche, mais de Syrie, ce qui permet de conjecturer

qu'alors

il

n'y avait encore
celle

que d^^ux églises
de Jérusalem pour
celle

di-

stinctes

en ces contrées,

les

chrétiens judaïsants

de Palestine et

dLAiitioche

pour

les

groupes hellénistes de Syrie. L'évêque syrien

est assisté,
.

comme

celui

de Jérusalem, de prêtres

et de

diacres.

La

tradition a conservé le

nom

d'un prédéces-

'

Rom.,

II; cf. lîom.,

IX, Mayn., XIV, Trait. XIII.

L'ÉPISCOPAT

87
se reliait

seur

d'Ignace, Evode.

Par

lui la hiérarchie

au temps apostolique.

manquer de donner à ses chrétientés un commencement d'organisation ecclésiastique, et c'est bien ainsi que l'auteur des

Dans

ses

missions, saint Paul ne put

Actes présente les choses quand

il

montre

^

Tapôtre
Ce-

instituant dans chaque ville des presbi/feri

i-prêtrei^'.

pendant ces chefs locaux sont rarement mentionnés dans ses lettres. Les plus anciennes parlent plutôt d'actes
exercés que de fonctions constituées
fonctions, celles
^,

ou,

s'il

s'agit

de

de l'apostolat itinérant,

œcuménique,

sont plus clairement visées que celles du gouvernement
local.

C'est ainsi que l'épître

aux Ephésiens-'^ énumère
prophètes, les évangé-

en

même temps
les

les apôtres, les

listes,

pasteurs et les docteurs; ces termes ne sont

pas tous techniques, et les trois premiers n'ont rien à
voir

avec l'organisation locale de l'Eglise.

Il

ne faut

pas croire, du reste, que, dans ces groupes de néophytes,
les dignitaires

pussent avoir, aux 3'eux des apôtres, un

rehef bien prononcé.

Tous étaient des

convertis

de

fraîche date, à peine dégrossis

du paganisme;

les véri-

tables chefs étaient encore les ouvriers directs de l'évangélisation.

Cependant

le

personnel hiérarchique existait déjà;

on

le

désignait

même

par

les

termes qui sont demeurés

1

XIV,

23.
/.z-uoi-r:^;

*

/ Thess., Y, 12, 13: t^j;
NiJScTsÙvTa; iaà;
T5'j;
<j.vi
;

h

'jy.:-,

/.ai -Siïi-iiiJ.vii-j;

\kj.i7.-i

VI K'jpicp /.ai
^

/ Cor., XII, 28:

^yg.-p-^rffsi;, àvTiXr'|;t:.
tj'j;

IV, 11:

àTTîfîTî'Xsu;,
-/.clI

toÙ; o= TrîS'vrta;,

oi

c'jxt-tî-

^iCTà;, TC'i; os Kttiu.viix^

otoa^/'.âXî'j;.

88

CHAPITRE
l'intitulé

VII.

en usage. Dans

de sa lettre aux Philippiens,
«

écrite vers 63, saint

Paul s'adresse

aux saints du Christ
»

qui sont à Philippes, avec les évêques et les diacres

Quelques années auparavant, en
il

se

rendant

à

Jérusalem,

avait

convoqué
la

les

«prêtres» d'Ephèse
église,

et leur avait

recommandé
constitués

jeune

le

Saint-Esprit les avait

«évêques» \

Ici apparaît déjà l'indistinction
le

des prêtres et des évêques et

gouvernement
l'église

collégial

de l'Eglise.
est

Comme

celle

de Philippes,

d'Ephèse

dirigée par un groupe de personnages qui sont à

la fois prêtres et

évêques.
si

Cette situation, ou,
se

l'on veut, cette façon

de parler,

maintint fort longtemps.
^,

Dans

les épîtres

de saint

Pierre et de saint Jacques

l'église locale est dirigée

par des

«

prêtres

»

;

dans

les Pastorales,

le recrute-

ment
place,

et les devoirs des chefs d'église tiennent tant

de

on

les qualifie tantôt

de prêtres, tantôt d'évêques.
97), très

La

lettre

de saint Clément (vers

importante

ici

puisqu'elle a été écrite à propos d'une querelle sur la

hiérarchie ecclésiastique, nous représente l'église locale

comme gouvernée par
est

des évêques et des diacres.

Il

en

de

même
C'est

dans
la

la

Doctrine des Apôtres récemment

publiée.

terminologie de l'épître aux Philip-

piens. L'église de Philippes reçut, vers 115,

mie

lettre

de Pol3'carpe, évêque de Smyrne:
'

il

n'y est question

Act.,

XX. Le

discours est

évidemment de l'auteur des
;

Actes, pour les détails d'expression
tester

mais on ne saurait conque saint Paul ait recommandé sa chrétienté d'Ephèse aux prêtres ou évêques institués par lui.
2

/ Petr.,

Y, 1-5; Jacob., Y,

14.

l'épiscopat

que de prêtres

et

de diacres

'.

Hermas

^

ne parle pas

autrement pour régiise romaine de son temps: on peut
en dire autant de la //" Clementis, écrit romain ou corinthien contemporain d'Hermas.

Avec
le

ces derniers écrits nous atteignons à

peu près

milieu du II" siècle.

On

a

beaucoup discuté sur ces textes
tradition

et sur leur

désaccord apparent avec la
sente répiscopat unitaire

qui

nous repréà l'origine

même

de l'Eglise et

comme remontant comme représentant la
Il

succession

des apôtres dans l'ordre hiérarchique.
la tradition

me

semble que
le

est

moins intéressée qu'on ne

prétend
la

dans cette C[uestion, pourvu qu'on veuille bien

poser

simplement, sans esprit de chicane ou de système. Que
l'épiscopat représente
la

succession des apôtres, c'est

une idée qui correspond exactement à l'ensemble des
faits

connus. Les premières chrétientés ont d'abord été

dn-igées
elles

par

les

apôtres

de

divers
ainsi

ordres,

auxquels

devaient leur fondation,

que par d'autres

membres du persomiel évangélisateur.
sonnel était,

Comme
à

ce per-

de

sa

nature,

itinérant
à

et ubiquiste, les

fondateurs n'ont pas

tardé

confier

quelques néo-

phytes, plus particulièrement instruits et
bles, les

recommanda-

fonctions stables nécessaires à la vie cj^uotidienne

'

V, \1.

Vis., III, 5, 1; Sim., IX, 27. Il emploie aussi le terme d'évêque, mais d'une manière généi-ale, sans référence spéciale à son é;;;lise.
'

90

CHAPITRV: VU.
la

de

conununauté

:

célébration

de l'eucharistie, prédidirection des assem-

cation,

préparation au baptême,

blées, administration

du temporel.

Un

peu plus

tôt,

un

peu plus

tard,

les

missiomiaires durent abandomier à

elles-mêmes ces jeunes communautés et leur direction
revint toute
entière

aux chefs

sortis

de leur sein

>.

Qu'elles eussent

un

seul évêque à leur tête,

ou

qu'elles

en eussent plusieurs, l'épiscopat recueillait la succession
apostolique. Que, par les apôtres qui l'avaient instituée,
cette hiérarchie
et tirât ses

remontât aux origines

même

de l'Eglise

pouvoirs de ceux à qui Jésus-Christ avait

confié son œuvre, c'est ce qui n'est pas

moins

clair.
si l'épis-

Mais ou peut

aller plus loin et

montrer que,

copat miitaire représente, à certains égards,
térieur de la hiérarchie,
il

un

stade pos-

n'est pas, autant qu'il paraît,

étranger aux institutions primitives.

D'abord

celles-ci

ne sauraient être mieux représende la mère-église de Jérudès la
séparation des

tées que par l'organisation

salem,

qui

avait

été

poui-vue,

apôtres, d'mi

gouvernement

unitaire.

H

y a

aussi toute

raison de croire que ce gouvernement était traditiomiel
à Antioche, dès
le

commencement du
donne im

II''

siècle,

alors
let-

que saint Ignace
tres,

lui

tel éclat.

Dans

ses

adressées à diverses églises d'Asie, Ignace recomà Té-

mande, avec beaucoup d'instances, de s'attacher

1

II est possible,

comme

l'a

XV,

fasc. 3)

que

les

deux petites
-

pensé M. Harnack [Texte u. U., lettres // et /// Joh. nous

aient conservé trace de cette substitution et des conflits qu'elle

dut amener çà

et là.

L'ÉPISCOPAT
vêqiie,

Ç)l

chef de l'église locale, pour résister aux attaques
C'est

de

riiérésie.

précisément à cause de ce témoi-

épiscopale que ses lettres longtemps soupçonnées dans certains milieux. Mais Ignace ne parle pas de l'épiscopat miitaire comme

gnage rendu à
ont été
si

l'institution

dime

institution nouvelle

:

s'il

exhorte les fidèles d'Asie à
il

se tenir serrés autour de l'évêque,

ne leur parle pas avec
la hiérarchie.

moins d'insistance des autres degrés de

Ses recommandations se ramènent à ceci: «Serrez-vous autour de vos chefs spirituels! » La circonstance que
ces chefs sont distribués en

une hiérarchie à

trois degrés,
;.

plutôt qu'à deux, est secondaire dans son raisomiement
cette distribution est visée par lui

comme mi

état de fait, \

mcontesté et traditionnel
C'est aussi
ditionnel,
le

:

il

n'a pas à la

recommander

comme un

état de fait, incontesté et tra-

que l'épiscopat miitaire nous apparaît, vers milieu du 11*^ siècle, dans les chrétientés occidentales,
à Corinthe, à Athènes, en Crète, tout

à

Eome, à Lyon,
les

comme dans
part
il

provinces situées plus à

l'est.

Nulle

n'y a trace d'une protestation
et

contre

mi chan-

gement brusque
fait

comme

révolutionnaire,

qui aurait
col-

passer la direction des

communautés du régime

légial
vait,

au régime monarchique. Dès ce temps-là on pouen certains endroits au moins, énumérer les évêau

clair sur les « anges » des églises au commencement de l'Apocalypse, il serait peut-être permis d'affirmer que cette dénomination symbolique vise les évêques de ces églises. Et il n'y aurait pas lieu

Si l'on était plus
il

d'Asie dont

est question

de s'en étonner, car entre l'Apocalypse et les lettres d'Ignace y a à peine vingt ans. Ce sens, toutefois, n'est pas certain.

il

92

CHAPITRE VU.
le

ques par lesquels

temps présent

se reliait

aux apôtres.
en
église,

Hégésippe, qui
rec-ueillit

fit

un long voyage

d'église

en plusieurs endroits des

listes épiscopales,

ou

les établit

lui-même, d'après les souvenirs et les docu-

ments indigènes. La succession des évêques de E,ôme
nous
est

connue par saint Irénée
:

:

celle

d'Athènes par

saint Denj^s de Corintlie

la

première se rattache aux
à

apôtres Pierre

et

Paul,

l'autre

Denys

l'Aréopagite.

A Eome
si

la succession épiscopale était si

bien connue,

bien classée chronologiquement, qu'elle servait à dater

les

événements.

On

disait des hérésies qu'elles avaient
la querelle

paru sous Anicet. sous Pie, sous Hygin. Dans
à

propos de

la

Pâque, Irénée datait de

la

même

façon,

en remontant plus haut encore, jusqu'à Télesphore et
à

Xyste

I,

c'est-à-dire

jusqu'au temps de Trajan

et

de

saint Ignace \

L'impression qui se dégage de ces dates aurait un peu si l'on admetelle subsisterait pourtant moins de valeur
1

tait

avec M. Harnack {Chronologie, t. I, p. 158 et suiv.) qu'elles proviennent toutes d'une petite chronique épiscopale romaine, du temps de Marc-Aurèle, à laquelle auraient puisé saint Irénée
et divers chrouologistes

ou liérésiologues postérieui's. Mais

l'exis-

tence de ce Liber pontificaliH primitif est loin d'être établie par les arguments dont on l'appuie, et il serait bien imprudent de

raisonner en partant d'un document aussi hypothétique. Même en acceptant comme ayant réellement existé le texte que M. Harnack a cru pouvoir reconstituer, il resterait à expliquer com-

ment,

Anicet, on aurait pu,

n'y a point eu d'évêque (unitaire) à Rome avant quelques années après celui-ci, le présenter comme le successeur de toute une série d'évêques et faire accepter cela tant au public local, à qui la petite chronique était
s'il

destinée, qu'à des personnes comme Hégésippe, Irénée, Tertullien, Hippolyte, bien placées pour être renseignées.

évidemment

l'épiscopat

93

Que conclure de
taire existait déjà,
l'Asie,

tout cela, sinon que l'épiscopat uni-

dans

les

pays situés à l'occident de
écrits des livres
la

au temjDs où furent
la //"

comme

le

Pasteur d'Hermas,
tres,

démentis,

Doctrine des Apôsuite, les

l'épître

de saint Clément, et que, par

témoignages donnés par ces vieux textes à l'épiscopat
collégial

ne sont nullement exclusifs de l'épiscopat unila fin

taire?

Vers

du

II" siècle, l'auteur

du Canon de

Muratori

disait,

en parlant d'Hermas, que cet auteur

avait écrit tout

récemment, sous l'épiscopat de son frère
nosfri.s,

Pie: miperrime, temporilnis
îirhis

sedente cathefra (sic)
eins.

liomae

ecclesiae

Pio episcopo fratre

Ainsi

Hermas ne semble connaître que
et

l'épiscopat

collégial:

pourtant

il

écrit sous
le

un évêque

unitaire, qui est son

propre frère. Vers

temps de l'empereur Commode,

un docteur modaliste comparaît à diverses reprises devant l'autorité ecclésiastique de Smyrne. Hippolj^te, qui
raconte
(ot

le fait

\ emploie
Il

ici

l'expression

«

les prêtres »

-psTSuT^poi).

est

pourtant

bien sûr que

Smyrne

avait alors

un évêque.
on a sûreêtre

Du

reste l'épiscopat collégial, par lequel

ment commencé en plus d'un endroit, ne pouvait
considéré

comme une

institution

définitive:

il

dut se

transformer de très bonne heure.

On

ne gouverne avec
par un chef

une commission que quand

elle est jDrésidée

qui la tient dans sa main, qui l'inspire, la dirige et agit

pour

elle.

Il est

vraisemblable que les collèges

éjDisco-

'

Adv. Xoetum,

1.

94

CHAriTRE

\ni.

paiix de ces très anciens

temps comptaient mi peu plns^
les

à côté de leurs présidents, que

chanoines de nos

jours auprès de leur évêque. D'après certains souvenirs

mi peu confus que nous a transmis
de

la tradition, ils au-

raient conservé assez longtemps le pouvoir d"ordination.

caractéristique

actuelle

la

dignité

épiscopale.

Les

prêtres d'Alexandrie poui-^'oyaient au remplacement de
leur évêque défunt,

non seulement en
'.

élisant,

mais aussi

en consacrant son successeur

Cet état de choses re-

montait sans doute à im temps où l'Egypte n'avait
d'autre église que celle

d'Alexandrie:

il

ne serait pas

élomiant que

la

même
avaient

situation eût porté les

mêmes

conséquences à Antioche, à Rome, à Lyon, partout où
les églises locales

un

ressort

extrêmement étendu.
de comprendre pré-

Et

l'on s'explique aussi l'usage

sident et conseillers dans mie dénomination

commune.

Nous disons
qu'il
3'

le

clergé, les prêtres, de la paroisse, bien

ait

entre le curé et ses vicaires une grande dif-

férence d'autorité.
prêtres

De même on
des
les

pouvait, en parlant des

de

Rome ou
Mais
le

évêques de Corinthe, réunir

dans mie seule expression
la hiérarchie.

deux degrés supérieurs de
allait

progrès naturel des choses
l'autorité entre les

à

une concentration de
:

mains d'un
de

seul

ce changement,

si

changement

il

y

eut, était

ceux qui se font tout
lution.

seuls, insensiblement, sans révc-

Le président du

conseil épiscopal avait, à

Rome,

Voir les textes rassemblés par Dictionnaire d'archéologie chréiienne,
'

dom
t.

F. Cabrol dans son
p. 1204.

I.

Cf.

Canon"s

ITippolijti,

c.

10.

l'épiscopat

95

à Alexandrie, à Aiitioche et bien ailleurs, assez de relief au milieu de ses coUègaies pour que son souvenir se soit conservé isolément et facilement. « L'église de Dieu qui

pouvait avoir hérité collégialement de l'autorité supérieure de ses fondateurs apostoliques: cette
»

habite

Eome

autorité se concentrait dans le corps de ses prêtres-évê-

ques: l'un d'entre eux l'incarnait plus spécialement et
l'administrait.

Entre ce président
il

et l'évêque

unique des

siècles suivants

n'3- a

pas de diversité spécifique.

CHAPITRE

VIII.

Le christianisme et
Eapports avec
gréco-romain.
l'aiitorité

la légalité.

juive en Palestine.

et

- Situation
-

spéciale

du judaïsme

La religion dans l'état du christianisme. - Les

distingués d'eux par les magistrats chrétiens confondus avec les juifs, puis Procédure contre les chrétiens. Prohibition du christianisme. romains. La raison d'Etat et la propagande évangélique. Le rescrit de Trajan.

-

La première
tianisme
tion juive.

autorité temporelle avec laquelle le
est
celle
le

cliris-

eut à compter

des chefs de

la na-

A

la

mort d"Hérode

Grand

'4 av. J.-C.i ses
fils,

états avaient été partagés entre ses trois

Philippe,

Hérode Antipas
pour

et

Archélaûs.

A

Philippe étaient échus,

la plupart, les

pays situés au delà du Jourdain

jusqu'à la frontière

du royaume nabathéen: Antipas

Archélaûs avait eu le nord, Galilée, Décapole et Pérée:
le

centre et

le

sud, Samarie, Judée, Idumée. Archélaûs
(6

fut écarté de

bonne heure

après J.-C.) et remplacé
tétrar-

par mi procurateur romain. Philippe conserva sa
chie,

comme on
La

disait,

jusqu'à sa mort, arrivée en 34:
il

Antipas

lui survécut,

mais

finit

par être destitué,

lui

aussi '39).

principauté de Philippe, rattachée quella

ques années (34-37) à

province de Syrie, fut donnée
petit-fils

par CaUguIa (37) à Hérode Agrippa,

du grand

Hérode, lequel hérita en 39 de
et finit (41)

la tétrarchie d' Antipas,

par se faire attribuer

la

province du pro-

LE CimiSTIAXISME ET LA LÉrtALÎTÉ
curateur, avec Jérusalem et les pays voisins.

07

Le royaume
iDrinces sont

crHérode

le

G-rancl était reconstitué.

Ces

tous mentionnés dans les premières pages de l'histoire
chrétienne, mais
ils

n'eurent en

somme que peu de

rap-

ports avec l'Eglise naissante.
fit

Hérode Antipas,

celui qui

périr saint Jean-Baptiste, ne joue qu'un rôle secon-

daire dans la Passion.

On

ne voit pas que ni

lui

ni

son frère Philippe aient tracassé les disciples que l'Evangile

pouvait avoir dans leurs principautés respectives.
se

Agrippa lui-même ne
fut

montra

hostile

que quand

il

devenu

roi de Jérusalem.

était l'ennemi, le sa-

cerdoce
le

juif,

dont l'influence dominait absolument dans
(cr-jvir^piov),

grand conseil national ou sanhédrin

ana-

logue aux sénats des cités grecques. Cette autorité, en

quelque sorte municipale, n'avait pas de compétence en dehors de la province du procurateur. Dans les petits

royaumes

juifs et, à plus

forte raison,

dans

les

pays

soumis à d'autres princes,

comme Damas,

son influence

ne pouvait être que d'ordre moral et religieux.

Même
il

dans son ressort immédiat
le

elle

ne pouvait pas tout. Ainsi
le

procurateur avait seul, en Judée,

iu^ gladil, et

n'était

pas toujours disposé à

le

mettre au service des
fait
:

rancunes sacerdotales. C'est ce qui
capitales aient été
si

que

les sentences
lui-

peu nombreuses

après Jésus
fils

même, on ne
Zébédée
et

cite

que saint Etienne, Jacques
«

de
les

Jacques

frère

du Seigneur

»

,

pour qui

choses aient été poussées jusqu'au bout. Les prêtres se
rattrapaient sur les mesures de

moindre

sévérité, telles

que

les

verges et la prison.

DctHESNK.

Ilist.

anc. de l'Egl.

-

T.

I.

7

j)g

CHAPITRE ^^^.
Ai^rès la mort
cl'

Agrippa

I

i-i-4i,

son royaume avait

été remis sous le

régime des procurateurs. Cependant,
fils

dès Tamiée 50. son

Agrippa

II. très

en faveur auprès*

de Tempereur Claude,

obtenait,

avec la petite princile droit

pauté de

Clialcis,

dans TAnti-Liban,
et la

de surveil:

lance sur le

Temple
il

nomination du grand-prêtre

trois ans plus tard,

échangea sa principauté contre un

royaume qui

lui fut constitué

au delà du Jourdain avec
celle

lancienne tétrarchie de Philippe et une partie de

d'Antipas. Les chrétiens n'eurent pas à se plaindre de

montra plutôt bienveillant pour saint Paul pendant son procès devant le procurateur romain quand
lui.

Il se

;

saint

Jacques

«

frère

du Seigneur »

eut été lapidé par senjeune,
il

tence du gTand-prêtre
fort irrité et n'hésita
c'est

Hanan
la

le

s'en

montra
Enfin

pas à destituer

le pontife.

dans ses états que
se retira

Jérusalem

communauté chrétiemie de au moment de l'insurrection. Ce
du
christianisme,

prince bienveillant vécut jusqu'à l'an 100.

Mais

la situation

sur ce

théâtre

palestmien, est trop spéciale

pour que

l'on s'y arrête

longtemps. Portons nos yeux sur l'ensemble de l'empire
et les

voyons dans quelles conditions de sécurité extérieure

communautés chrétiemies

allaient

s'}^

trouver.

Que
que
le

'

rhomme

ait

des devoirs envers la divinité,
en-;

citoyen d'un état déterminé ait des devoirs

I

1

Mommsen,

Beligionsfrevel
t.

nach romischen Kecht, dans
(1890), p. 421, et surtout

V Ilistorische ZeitschHft,

LXIV

Kô-

onisches Strafredd (1899), p. 567 et suiv.

LE CHRISTIAXISME ET LA LÉGALITÉ

99

vers les dieux de sa patrie, c'était, dans l'antiquité, un
principe fondamental.

Un romain
à

doit

un

culte

aux dieux
de

de Rome,
suite.

un athénien

ceux d'Athènes,
il

et ainsi

D'autre part, non seulement

est libre de toute
il

obligation à l'égard des dieux des autres états, mais
lui est interdit

de leur rendre un culte.
:

La relimon

est

essentiellement nationale
filier

il

est aussi

incongru de

s'af-

à

un

culte étranger

que de prendre du service

dans une armée étrangère,

ou de consacrer à un

état

étranger une part quelconque de son activité politique.

Ce principe n'exclut pas
sur le sol de la patrie,

l'exercice d'un culte étranger

pourvu que ce

culte soit exclu-^

sivement pratiqué par les étrangers domiciliés (métèques,
incolae), qui, écartés

du

culte national de leur lieu d'habi-

tation,

Sx.

lient

privés

de religion

s'ils

ne pouvaient

exercer celle de chez eux. Mais cette contiguïté locale
n'entraîne aucune fusion des religions, aucune atténuation des barrières

qui les séparent,

aucun

affaiblisseres-

ment des devoirs des citoyens envers leurs dieux
pectifs.

La
ceux-ci.

distinction des religions,
être
cité

connexe à
la

la distinc-

tion des états, devait

entamée par
romaine,
cités

fusion de

Le

droit de

en s'étendant aux

habitants,
celle

aux citoyens, de

d'abord distinctes de

de Rome, devait avoir pour conséquence l'exten-

sion de la religion

romaine elle-même. Les cultes locaux

ne pouvaient être abolis.
la

M

la

Fortune de Préneste, ni

Diane d'Aricie, ne pouvaient être considérées

comme
parce

déchues de leur divinité et de leur droit

-au culte,

100

CHAPITRE
les citoyens

VIIT.

que

de Préneste et d'Aricie étaient devenus

des citoyens romains, obligés

comme

tels

envers Testa,

Jupiter Capitolin et autres dieux de la cité maîtresse. >

De même que

les

dieux de

des nouveaux cito^'ens,

de

Rome même

devinrent les dieux
aussi les dieux des

nouveaux citoyens devinrent les dieux de
fusion divine, devenue

Rome.

Cette
politi-

un principe de conduite

que, porta bientôt de graves conséquences. L'annexion

de
le

l'Italie

méridionale à

l'état

romain introduisit dans
des diverses
italique par
'

panthéon de

celui-ci toutes les divinités

tribus grecques, représentées sur la terre

d'anciennes et illustres colonies.
Cette adlectlo in cUcorum ordinem,
rait l'appeler

comme on
s'y prit

pourfor-

en stjde romain, n'avait pas lieu sans

malités.

Xous savons encore comment on
et

pour

Apollon

pour Asclepios.

En

bien des cas, on parait
:

avoir procédé par voie d'identification
sidéré

Ares

était con-

comme

le

même

dieu que Mars, Aphrodite

comme
faire

identique à Vénus, et ainsi de suite.

Avec

cette compilation religieuse

on pouvait

face aux nécessités créées

par les annexions en pays de l'Occident. C'était beau-

grec et par
coup. Mais
il

la colonisation
restait,

d'un côté

comme

de

l'autre,
le

des

reli-

gions nationales qui ne rentraient ni dans

polythéisme

grec, ni dans les cadres religieux de l'Italie latine.

Les chefs de l'empire ne pouvaient avoir
lever leurs dieux à ces sujets lointains
tater
qu'ils
:

l'idée d'en-

on peut consqu'ils

s'en

gardèrent avec

soin.

Tout ce

firent à cet égard, ce fut

de prohiber certains usages

LE CHRISTIANISME ET LA LÉGALITÉ
qui paraissaient contraires aux bonnes
les sacrifices

101

mœurs, comme

humains,

la castration, la circoncision.

En

ce qui regarde la religion celtique,
loin:
il

Auguste

alla

plus

l'interdit

aux citoyens romains.
dire

On ne peut pas
pire.
Isis,

cependant que ces religions

exotiques se soient jamais fondues avec celle de l'emAstarté,

Mithra, demeurèrent, tout

comme
près,

Tentâtes et Odin, à l'état toléré, et ne parvinrent jamais
à l'état
officiel.

La

religion celtique disparut à

peu

grâce aux progrès de la civilisation romaine, plus précisément grâce à l'extension du droit latin ou romain.

On peut en
mêmes

dire autant des religions ibériques, mauri-.

taniennes. illyriennes, qui se
influences.
:

trouvèrent soumises aux
orientales eurent la vie

Les religions

plus dure

non seulement
elles se

elles se

maintinrent sur leurs
le

sols respectifs:

propagèrent fort loin dans

monde

grec, en Italie et bien

au

delà.

Au commencement cette propagande fut assez mal accueillie. Un grec, et surtout un romain, quand il tenait
à ses
traditions, bésitait à
fin,

prendre part

à

ces

cultes

si mêlé que les répugnances cessèrent. Les Eomains du plus haut rang fréquentèrent les temples orientaux, non seulement en

exotiques: à la

l'empire devint

Orient,

comme

pèlerins,

mais à

Eome même,
du
Capitole.
facilitée

dans les

succursales établies au voisinage

Cette fusion pratique

était

par l'absence

d'exclusivisme de la part des religions étrangères.

Un

dévot d'Isis n'avait pas l'idée qu'il pût être mal vu de Jupiter Capitolin; au TV^ siècle les sacerdoces romains

j^QO

CHAPITRE XIU.

orientaux par les représont cranulés avec les sacerdoces
sentants des plus vieiUes familles de
être

Eome. On pouvait

membre du

collège

des pontifes et de celui des

augures sans que cela empêcliât de se faire tam-oboliser présider aux taub-uivant le rite de Mitlira ou même de
roboles.

juive et Telle n'était pas la situation de la religion

de la religion chrétienne. L'une
saient

et l'autre elles profes-

un exclusivisme

absolu,
le

sur tout autre chose que

un exclusivisme fondé sentiment patriotique, un

exclusivisme tliéorique.
n'était

Le

dieu d'IsTaël et des chrétiens

pas

le

dieu d'un peuple déterminé,

un dieu

entre

d'autres dieux. C'était le
le

Dieu unique,

le

Dieu de tout
le

monde,

le

créateur de l'univers, le législateur et

juge de l'humanité entière. Les autres dieux n'étaient que de faiix dieux, des hommes divinisés, des démons,
des idoles:
ils

ne comptaient pas.
:

En

dehors du

sien,

tout culte était une impiété

les religions des cités, des
reli-

nations, de l'empire, n'étaient que de prétendues
gions, 'des

erreurs

diaboliques

contre lesquelles tout

homme
bation

avait le droit et le devoir de protester.

Ces dieux, ces cultes divers, groupés dans luie répro-

commune du

côté juif et chrétien, trouvaient,

dans cette réprobation
lective qu'elle suscitait,

même
une

et

dans la réaction

col-

certaine raison d'unité.
il

Le

paganisme

existait

en face du monothéisme:
lui était

avait

une certaine conscience de lui-même, qui
précisément par Thostilité dont
il

donnée

était l'objet.

l

LE

CHRISTI.AJN'lSjrE

ET LA LÈUALITÉ

103

Et non seidement

il

avait

conscience de l'ennemi

commun:

il

avait encore

conscience de Tami. du pro-

tecteur comnnui, l'Etat.
plusieui's étages et

Encore que

le

Pantliéon fût à

que

la déesse syrienne,

par exemple,

ne fût pas aussi haut placée que Jupiter ou Apollon

une certaine communion régnait entre

les divers cultes.

Si tous les dieux n'étaient pas les dieux de la patrie,

aucmi d'eux n'était conçu

comme

radicalement oppotié

au groupe

central, celui

des dieux romains, renforcé

depuis l'Empire par deux personnages universellement
respectés, la déesse
niers, représentés et
les dépositaii-es

Rome

et le dieu

Auguste. Ces der'

comme

incarnés sur terre en tous
central, ofiraient

du pouvoir

aux autres

un supplément de prestige qui ne contribuait pas peu
à précitser la notion officielle

de la divinité. Qui n'était
reli-

pas de ce côté, était évidemment en dehors de la

gion nationale, en tant que l'empire en avait mie
talent des sans Dieu, des athées.

:

c'é

Tant que

les juifs

Avaient eu une existence natio-

nale, leurs colonies

en dehors du centre palestinien pou-

vaient être considérées
leur
culte

comme
culte

se rattachant à ce centre.

comme un

étranger,

licite,

et

même

obhgatoire pour les personnes de leur nationalité, en

quelque Heu qu'elles fussent établies. Les rois successeurs

d'Alexandre s'étaient montrés fort bienveillants

pour ces juiveries.

H les

avaient non seulement tolérées,
la

mais protégées, mais encouragées. Lors de

conquête

romaine, les Juifs purent exhiber aux proconsuls des
chartes de privilège où leui'

existence

était reconnue.

]^04

CHAPITRE

VIII.

OÙ diverses au point

facilités leur étaient

spécialement accordées,
|

de vue

de l'observation du sabbat, des

ser-

ments, du service militaire. Les Romains recomiurent
tout cela.

Dans

les localités

où de

tels

privilèges fai-"

saient défaut, et surtout à

Eome,

ils

partaient en prin-

cipe des idées généralement admises sur les cultes étraiW

gers et laissaient les juifs tranquilles.
arrivait, et cela se vit assez souvent,

Cependant s'i®
juifs fus-

que des
la

sent en

même temps
siècle

citoyens romains,

situation se

compliquait

et des portes s'ouvraient à l'arbitraire.

Au

premier

de notre

ère,

des juifs authentiques par-

vinrent, dans l'empire, à d'assez hautes dignités; d'autres,

bien autrement nombreux, furent, sous Tibère, enré-

gimentés dans Tannée de Sardaigne. armée malsaine,

ou expulsés

d'Italie

\ Ceux-ci étaient, ou leurs parents
esclaves,

avaient été, d'anciens
avait faits citoyens de

que l'affranchissement
autre cas pouvait se
faisait

Rome.

Un
le

poser, celui
le

des recraes que

judaïsme

dans

monde
.de

païen. Tant qu'il ne s'agissait que de l'adhésion
la

au monothéisme, de l'acceptation de

morale juive
le

et

même
de

certaines

observances,
il

comme

sabbat ou

l'abstention de la chair de porc,
difficulté, surtout,

ne .devait guère

y

avoir

bien entendu, pour

les petites
la cité

gens

et les

personnes restées en dehors de

romaine.

'

Tacite, Ann., II, 85:

cisque pellendis, factumque

Actum et de sacris Patrum consultum

Aegj'ptiis ludai-

ut quattuor

inilia

libertini generis ea superstitione infecta quis idonea aetas in iu-

sulam Savdiniam veherentur coercendis

illic latrociniis,

et si ob

gravitatem caeli interissent, vile damuum; ceteri cédèrent Italia nisi certain ante diem profanos ritus exuissent.

LE CHRISTIANISME ET LA LÉGALITÉ

105

Mais

si le

prosélytisme atteignait les classes supérieures,
:

les familles aristocratiques

si la

conversion était poussée

jusqu'à ses conséquences extrêmes, jusqu'à la circoncision ou autres rites impliquant l'incorporation complète

à la société Israélite, alors on se trouvait dans le

cas

d'une sorte d'abjuration de
apostat,

la cité

romaine

:

on

était

un

un

traître,

Aussi les prosélytes proprement dits paraissent-ils
avoir été fort rares,
circoncision
n'édictât

même

avant que, sous Hadrien, la

commençât

d'être interdite

ou que Sévère
conversion au
'

des lois fort

dures contre

la

judaïsme.

Théoriquement

la

destruction du sanctuaire de Jérula

salem aurait dû entraîner
bition

suppression ou

la prohi-

du

culte juif. Il n'en fut rien. Vespasien. en

homme

pratique, vit bien qu'il

y

avait là plus qu'une question
à l'état juif et

de nationalité, que

le
Il

judaïsme survivait
se

même au Temple.
Capitolin le tribut

borna à diriger vers Jupiter
les fils d'Israël

du didrachme que

payaient autrefois à Jahvé et à son sanctuaire. Clients mvolontaires du grand dieu romain, les juifs n'eurent pas à se plaindre de lui, ou plutôt de l'état qui se réclamait de son patronage. On leur laissa la
liberté et

même
Amsi

les privilèges
le

dont

ils

avaient joui antérieurement.

judaïsme continua d'être une religion autorisée

[rehgio
vite

licifa).

Le

christianisme, au contraire, devint très
(rel/gio iIUcifa\
et
il

ime religion proscrite

le

devint

dès que l'on se fut bien rendu compte de la différence
qiii

le

séparait

du judaïsme.

20(3

CHAPITRE nn.

gouTerneurs iry aiTiva pas tout de suite. Les pas volontiers dans romains, gens positifs, n'entraient eurent quelque peine, ne s"y les querelles de secte. Ds

On

juifs et

chrétiens d'avec les appliquant guère, à distinguer les premiers étaient si à comprendre pourquoi les

mal

^'us

retroudes autres. Les perplexités de Pilate se

vèrent chez

Paul eut

proconsul d^lchaïe GaUion, quand saint maiUe à partii' avec les juifs de Corinthe, de
le

même
il

que chez

les procurateui-s

Félix et Festus, Cjuand

gi'and-prêtre de Jérufat poursuivi devant eus par le

salem.

Dès avant

ces événements, la pohce de
les juifs se disputaient outre

Eome
mesure

ayant constaté que

avait mis à propos d'un certain Chrestus,

les parties

d'accord en expulsant tout le inonde.

Vue

telle incertitude

ne pouvait durer. Les

juifs

ne

profitât de pouvaient admettre qu'une secte abhorrée les compromît par leurs privilèges, ni surtout qu'eUe
les excès

de sa ^propagande.

Ils
le

ne purent manquer de

renseigner les autorités.

Dès

temps de Trajan

la pro-

Pline \ gouverfession du christianisme était interdite. avant d'être reneui' de Bithynie en 112. n'avait jamais, de christiavêtu de ces fonctions, assisté à des procès savait qu'on nisme (cogniUmes de chrisfianis): mais û

en

pénalités gi'aves. faisait et qu'ds aboutissaient à des

Il a
.

dû y avoir un moment où

l'autorité supérieure, eu

fait d'être chrétien ce genre de choses, a défini que le moment? un fait pmiissable. Quel est au juste ce

était

1

riin. Ep., X, 96.

LE CHRISTIAXIS5IE ET LA LÉGALITÉ Cela est bien
difficile

107

à savoir.

Avant Trajan on compte Néron
et celle

communément deux
de Domitien. Mais

persécutions, celle de
les faits

que l'on rapporte à ces per-

sécutions, les supplices des chrétiens de

Rome,

fausse-

ment chargés de l'incendie
d"un certain nombre

de Tannée

(34,

et la

mort

de personnes de rang élevé que

Domitien
des faits

fit

disparaître sous prétexte d'athéisme, sont
jparticuliers, qui s'expliqueraient aiséofficielle

un peu

ment en dehors de toute prohibition
tianisme. Ils pourraient

du

chris-

donc être

antérieui's

à la loi

prohibitive et
la

il

n'y a pas grand chose à en tirer dans

question présente.
L'épître de saint Pierre adresse

aux

fidèles la

recom-

mandation suivante
» soufÉi'e [Tzy.rjyi-iù)
»

:

«

Que personne

d'entre vous ne

comme

meurtrier ou

comme
[s'il

voleur,

ou
ne

comme
le

malfaiteur, on

comme

se

mêlant de ce qui

»

regarde pas

[yXho-:oitrdnv,o-o-.):

mais

souifre]
»

»

comme

chrétien, qu'il n'en ait point de honte

\

Les

souffrances que vise ici l'apôtre sont les châtiments que
l'on

peut encourir de la part des autorités préposées à la
etc., c'est-à-dire

répression des voleurs, des assassins,
la

de

pari des tribunaux réguliers. Il est naturel de croire

ijue ces

paroles n'ont pas été écrites avant que ces

tri-

bunaux n'aient commencé à insti'umenter expressément
contre les chrétiens. Si la date de l'épître pouvait être
établie avec précision et certitude, elle fournirait,
la

dans

question présente, une indication de grande valeur.

'

/ Petr.,

IV, 15.

IQQ

CHAPITRE

VIII.

Les autorités supérieures de Tempire eurent,

clans la

période qui nous occupe, plus d'une occasion de se rensei-

gner sur

la situation

des communautés chrétiennes par
lois

rapport au judaïsme et aux

en vigueur.

Il est difficile

que

le

procès de saint Paul, par exemple, n'ait point

at-

tiré leur attention sur

de

tels sujets.

On

peut en dire

au-'

tant de l'incendie de

Rome
« le

et

de

la

persécution soulevée^
»
.

alors contre ceux que

vulgaire appelait chrétiens

]

D'après un renseignement qui nous est parvenu,
est vrai, sous
fait

il

une forme un peu tardive
et,

\ Titus aurait
s'il

la différence des deux religions,

se décida;:
l'espoir^,

à brûler le

Temple de Jérusalem,
l'une
et
l'autre.

c'était

dans

de

les extirper
le

Domitien s'attacha ai
Il

augmenter
l'exigea,

rendement de l'impôt du didrachme.
juifs

non seulement des

inscrits

comme
et

tels,

mais de ceux qui dissimulaient leur origine,

de ceux

qui sans être juifs de race, vivaient à la juive et s'abste-

naient de se faire inscrire. Cette opération,

menée avec
re-

mie extrême

sévérité,

entraîna nécessairement des
la situation confessiomielle

cherches rigoureuses sur
juifs et des chrétiens.

des

En

dehors de ces

faits

connus,
d'autres,

on peut
^

être sûr qu'il s'en produisit

nombre

C'est

un passage de Sulpice Sévère, Chron.,

II,

30,

que

l'on croit avoir été copié dans la partie perdue des Histoires de

Tacite.

Au

conseil de guerre qui eut lieu la veille de la prise

de Jérusalem, Titus fut d'avis de détruire le Temple, quo plenius ludaeorum et Christianorum religio tolleretur ; quippe has
religiones, licef contrarias sibi,

isdem tamen ah auctoribus proauti-es dispo-

fectas: Christianos ex hidaeis extitisse; radiée sublata stirpem
facile

perituram. Josèphe prête à Titus de tout

sitions.

LE CHRISTIAXISME ET LA LÉGALITÉ
qui purent appeler
cider à prendre
lattentioii
parti.

109

du

législateur et le dé-

un

Une
vait

fois proscrite, la profession

donner

lieu à

du christianisme pouun procès engagé par un accusateur

privé devant le tribunal compétent: elle pouvait aussi être signalée à l'attention du personnel policier et

mettre

en

mouvement

les

magistrats, à

Eome

le

préfet,

en

province les gouverneurs et leurs subalternes.
l'affan-e

Comme

aux gouverneurs qu'elle aboutissait: c'est eux, en tout cas, qui apparaissent invariablement dans les récits relatifs
^

était capitale, c'est

presque toujours

aux

martyrs.

On
tien.

a cherché

souvent, à la suite

de Tertullien, à
le fait d'être

quelle catégorie criminelle se

ramenait
affaire

chré-

C'est

là,

je crois,

une

de mots.

La

termidési-

nologie juridique des

Romains ne contenait aucune

gnation correspondant à l'apostasie de la religion nationale.

L'expression crimen Jaesae

Romanae
plume de
mais

reUgionls,

qui se rencontre
caractériserait

une

fois sous la
il

Tertullien,
elle

bien ce dont

s'agit,

n'était

pas en usage.
traire,

Le crimen laeme
lois.

maiestatis, était,

au con-

bien défini par les
les

Au

temps où nous sommes
il

et

dans

conditions où le problème se posait,

n'y

avait pas loin de l'un à l'autre.
rait

Un
les

accusateur qui au-

voulu procéder dans toutes

formes aurait peut-

* Certaines villes avaient conservé la juridiction criminelle complète. Leurs magistrats auront sans cloute fait plus d'un martyr; mais, sur ce point, les renseignements font défaut.

-.^Q

CHAPITRE

VIII.

être

pu

intenter à

un chrétien une action de

lèse-majesté.

Je ne

sais si le cas s'est

jamais présenté \
dénoncés, re-

Dans

étaient la pratique, les chrétiens

cherchés, jugés, condamnés,

comme

chrétiens. L'opinion

pubUque pouvait

les

charger de toute espèce d'horreurs;

pour magie, infanticide, jamais on ne les voit condanmer
inceste,

sacrilège, lèse-majesté.

Tertullien, qui,

comme

étendu sur ces calomnies tous les apologistes, s'est fort
et

leur

absurdité, déclare

expressément qu'elles n'en-

traient
«

pour rien dans

les motifs des sentences rendues:

Yos

»

chrétien;

que l'aveu du sentences ne visent autre chose crime n'est mentiomié: le seul crime

aucun

» c'est le

nom»^ H

cite la

formule de ces sentences:

vos tablettes? Un «Enfin, qu'est-ce que vous lisez sur Pourquoi n" ajoutez-vous pas: ef Tiomlchrétien. »
tel,

-

» ckle

.'*

»

^.

Pline ignorait, dit-H,
tien

si

Ton devait poursuivre
crimes que ce

le chré-

comme
1

tel

ou pour

les

nom

supposait.

Justin dans sa seconde Apode procédure, c'est celui dont parle fut accusée de christianisme logie c 2. Une femme de Rome accusation, disant « déposa contre elle une pa° son mari. Celui-ci
qu'elle était clirétienne
»: =.aTr,p?.la-,

Le

seul fait

connu qui pourrait

se rapporter à cette foiine

7:.^«r,Tat >.>>. «utt.

y.P'.^Tt*-

accusation devant une quaesti' v>. elvat. Etait-ce vraiment une une dénonciation à la police criminelle, ou tout simplement confessum no 2 «Sententiae vestrae niMl nisi christianum nisi nommis crimen est tant; nullum criminis nomen extat, nu odii adversus nos » {Ad haec etenim est rêvera ratio totius
iiones, I, 3).
3

«Denique quid "de tabella recitatis? Illum était oblige de Cur non et liomicidam? » iApol., 2). Le juge de là la mention des tablettes. la sentence
:

chi-istianum
lir

,..•„,

LE CHRISTIANISME ET LA LÉGALITÉ

111

uomen ip.mm si fiagitiis careaf, an flagifia cohaerentia nomini Dans sa réponse Trajan ne vise pas expressément ce doute; mais il laisse voir clairement que le

nom

seul était poursuivi et c'est ce qui résulte

aussi

de tous les documents, apologies, récits de martyre, etc.

Du

reste,

cette réponse impériale contient
le

deux

traits

bien propres à montrer que
n'était

crime de christianisme

pas un crime

comme

les autres.

Le

magistrat,

dit l'empereur,

ne doit pas rechercher

les chrétiens,
la

mais

se

borner à les punir (évidemment de

peine capitale),

s'ils
,si

sont dénoncés et convaincus: Conqidrendl non siinf;
et

siinf. De plus s'ils déclarent ne plus être chrétiens et le prouvent en sacri-

defemntur

cwguanhir, jmniendi

fiant

aux dieux,

il

faut pardonner à leur repentir: ifa
se cJiristianum esse idque re ipsa

tamen ut qui negarerit
tiianifestum fecerit id est

suppUcando

diis

nostri.s-,

quamvis
impetret.
les ac-

suspectus in

pmeteritum veniam ex paenitentia
que
la

Si les chrétiens avaient été ce
cusait d'être,

calomnie

on ne voit pas pourquoi

les

crimes commis

par eux n'auraient pas été discutés et châtiés. Les juges
criminels

n'ont

pas à statuer sur

les dispositions

des

coupables au

moment de

l'audience, mais sur la réalité

des méfaits qui leur sont imputés.
dinaire est la

Tout aussi extraor-

recommandation de ne point rechercher:
S"il

compiiremU non sunt.
et

se fût agi
la

de gens coupables
été de se mettre

dangereux,

le

devoir de

pohce

eiit

à leurs trousses.

Le

rescrit de

Trajan est un document précieux de

la situation

fausse où se trouvait le

gouvernement par

112
suite

CHAPITRE

VIII.

du progrès de

la

propagande chrétienne. Ses prinl'a

cipes et ses traditions, on

vu plus
et

haut, lui faisaient
été de

un devoir de

l'arrêter.

Néron

Domitien ont
dont

mauvais empereurs:

les

violences

les chrétiens,

avec bien d'autres, ont eu à souffrir sous leurs règnes,'

engagent très nettement leur responsabilité personnelle
et se rattachent
tère. C'est

aux plus mauvais

traits

de leur carac-

avec raison que les polémistes chrétiens signa-

lent ces

monstres

comme ouvrant

le

cortège des persé-

cuteurs.

Mais

il

n'en est pas moins vrai que la répres-

sion de la propagande chrétienne, répression qui paraît

avoir

été

décidée

dans

les

conseils

impériaux de ce

temps-là, s'inspirait et des principes traditionnels et des

nécessités de l'Etat ^

Reste pourtant à savoir
de mesure

si

Ton

n'avait pas

manqué
le seul

en édictant

la

peine de mort pour

fait d'être chrétien.

De

telles lois sont aisées à porter;
s'effraie

mais comment

les

appliquer? Pline
:

du grand

nombre des personnes impliquées
de tout âge, de toute condition
villes, les
:

il

y

a des chrétiens
les

on en trouve dans

bourgs, les campagnes. Les temples sont dé-

serts, les fêtes

abandonnées,

les sacrifices négligés,

au

point que les victimes ne trouvent plus d'acheteurs. Et
ce qui est plus grave encore
tiens, c'est

que

le

nombre des

chré-

leur

imiocence.

Le gouverneur Ta

vérifiée

^

La

répression de l'iiérésie jjar l'Etat, chose
se fondait sur les

si

longtemps
prinle christia-

et si universellement admise,

mêmes

cipes que les persécutions de l'empire

romain contre

nisme naissant.

LE CHRISTIAXISME ET LA LÉGALITÉ
lui-même, par divers moyens,
la question,

113

y

compris, bien entendu,

deux diaconesses. Leurs assemblées, leurs repas de corps, sont tout ce quïl y a de plus correct: les engagements qu'ils prennent entre eux ne visent nullement des crimes à commettre, mais précisément le contraire ils jurent de ne se rendre jamais coupables de vol, de brigandage, d'adultère, de
il
:

à laquelle

a soumis

manquement à la foi jurée, et ainsi de suite. Dans ces conditions, comment un sage
n-eût-il

empereur

pas été

embarrassé?

On

ne pouvait pourtant
l'Italie et les

pas dépeupler, par la

main du bourreau,

provinces, ni sévir avec tant de rigueur contre des gens

dont les fonctionnaires eux-mêmes signalaient la vertu. De là des correctifs dans la pratique, de la réserve dans
le pardon accordé aux apostats. Apres Trajan d'autres empereurs se montrèrent au moins aussi portés que lui à modérer les conséquences de la loi. Hadrien écrivit en ce sens à divers gouverles recherclies,

neurs de provinces, en particulier au proconsul d'Asie

nous avons encore ce dernier document. L'apologiste Méliton ' pouvait, citer ces let'
:

C.

Minucius Fmidanus

tres à

Marc-Aurèle, en

même temps

que d'autres, adres-

Eus., IV, 9. Eusèba avait trouvé cette pièce, eu latin, à de la première apologie de saint Justin. Il la traduisit en grec. C'est ce texte qu'on lit maintenant dans les manuscrits de Justin. On a supposé sans fondement
1

la suite

que Enfin, au lieu de

retraduire ce
texte

document en latin, serait allé en demander le original aux manuscrits de saint Justin. Ce serait bien

étonnant de

la part d'un tel auteur. ''Eusèbe, H. E., IV, 2G.

DncHEs.vE.

lli.<it.

((ne.

de l'Egl.

-

T.

I.

o

114

CHAPITRE

VIII.

Larisse, de Thessaloiiique, 8ées par Aiitoiiin avix viUes de

d'Athènes, et à rassemblée

r/.oivôv;

d'Achale

'.

que nous les tons ces documents, pour autant non de bienconnaissons, se dégage une préoccupation,

De

veillance,

mais de mesure.

Il

ne faut pas croire

qu"il

une enviable tranen soit résulté, pour les chrétiens,
quillité.

Leurs

écrits,

sous ces bons empereurs, nous les
la

montrent vivant avec

perspective du martyre et

se"

et bien at| famiïiarisant avec eUe. Quelques faits précis

testés s"encadrent tout

naturellement dans ces lignes|
comiaisi;

Les martva-s dont, par un heureux hasard, nous
sons
le

nom ou

l'histoire,

n"ont nullement l'apparenc»,

d'être des exceptions. C'est

que

la

question ne se posai^
et

pas seulement entre
Il

le

gouvernement

les chrétienS|^

y

d'opinion avait aussi les passions locales, les éclats

les

émeutes, les pressions exercées sur l'esprit soit de

magistrats municipaux, soit

même

des gouverneurs

d
d Q

réagissait, province. C'est contre ces influences que

temps

à autre, le

bon sens de l'empereur. Mais

il

réagissait pas toujours, et,

même

dans

les cas

il

mtei

venait, ce n'était pas sans tenir
rait la légalité,

compte de ce qui demeu

de cette légalité qu'avait appuyée de

d'Etat. l'origine et qu'appuyait encore la raison

cVAsie ei Les rescrits d'Antonin le Pieux à l'assemblée romain (affaire de la Légion fulmi? de Mavc-Aurèle au sénat
1

On les imprim< nante) à propos des chrétiens, sont apocryphes. saint .Justin. La pre ordinairement à la suite des apologies de le nom ài mière en imposa à Eusèbe, qui la reproduisit .'sous
Marc-Aurèlej.
//.

E., IV, 13.

^

I

LE CHRISTIANISME ET LA LÉGALITÉ

115

laissèrent
il

empereurs du second siècle ne se pas entraîner à des mesures d'extermination, s'en faut de beaucoup qu'ils aient assuré
si

En somme,

les

aux chréprendre

tiens

un régime de

sécurité. S'ils s'abstinrent de

l'attitude résolue

des Dèce et des Dioclétien, c'est sans

doute par suite de l'indifférence dédaigneuse où les trouvaient ces conflits de sectes et de doctrines, peut-être parce qu'ils se fiaient outre mesure à la résistance des autres sectes ou de l'esprit philosophique.

Au

HP

siècle,

que ces ressources eurent manifesté leur sance et que le danger chrétien se fut montré
alors
sant,

insuffi-

i^lus pres-

on renforça l'action gouvernementale, mais par

in*

tervaUes seulement, sans esprit de suite.
tard: l'Eglise

H

était

trop

échappa

et ce fut l'empire qui fut vaincu.

CHAPITRE

IX.

La

fin

du judéo-christianisme.
-

L-insnrreetion de l'an .Tvémifrère du Seigneur. La révolte de Bar-Kocheba: .Eha Cap. de Jérusalem. ^r.tion de - L'évangile selon les Hébreux Les évéques judéo-chrétiens. Les) Les Ehion.tes. Hégésippe. les\utres chrétiens. ave!.

Mort de Jacques,
l'église,

fouTCorts

-

-

-

-

j

Elkasaïtes.

Pendant qu'à Eome, devant
débattait l'affaire de saint

le

tribunal impérial, se

PauL

Téglise jndaïsante de Jécrise des plus graves
il

rusalem traversait,

elle aussi,

une

Le procurateur Festus
lestine.

étant

venu à mourir,

fallut d.

Albinus parvînt en Pa temps pour que son successeur
d'anarchie intervalle de confusion et Hanan IL fils d grand-prêtre, à ce moment, était

De

un

Le Hanan (Anne) de
il

la Passion, et

parent de l'Ananie don

est question
il

eux

exécrait les

Comm dans Thistoire de saint Paul \ empre^ avec « Nazaréens ». Profitant
il

sèment des circonstances favorables,
chef
local,

s'attaqua à

lev,

personnag Jacques, frère du Seigneur. Ce vénéré à Jérusalem, no paraît avoir été universellement juifs eux-mêmes. seulement des chrétiens, mais des de ses longues prier, parla longtemps de ses austérités, le Juste, le rei Temple. Le populaire Tappelait

dans

le

»

Acf.,

xxm,

XXIV.

LA FIN DU JUDÉO-CHKISTIAXISME
part
les

117

du peuple (Obliam). Cela ne le défendit pas contre rancunes du haut sacerdoce. Hanan réunit le sanhéfit

Jacques et quelques autres et obtint contre eux une sentence de mort. Jacques et ses compagnons furent lapidés près du temple. On l'enterra au même endroit: cent ans plus tard on

drin,

comparaître

y

voyait encore

sa stèle funéraire \

Hanan paya son audace. Des

protestations

furent

adressées au procurateur, qui arrivait d'Alexandrie, et au roi Agrippa II, lequel destitua aussitôt le grand-prêtre.

Tannée 62. Quatre ans après, sous le procurateur Gessius Florus, successeur d'Albinus, la révoétait à
lution, qui

On

A

couvait depuis longtemps, éclata à Jérusalem. l'automne de 60, la garnison romaine
fut massacrée
et

et l'insurrection s'étendit aussitôt

à la

Judée

aux pays

voisins.

Une

tentative de Cestius Gallus, légat de Syrie,
la ville sainte,

pour reprendre

demeura infructueuse. L'an-

née suivante, Vespasien, chargé par
le

Néron de réprimer

mouvement,
la

fit

rentrer la Galilée dans l'obéissance.
(68) et les troubles

Mais

mort de l'empereur

qui la

suivirent arrêtèrent le progrès de la répression.
ce

Pendant
et subis-

temps Jérusalem
régime de

était

en proie aux factions

sait le

et tous^les chefs de l'aristocratie sacerdotale furent massacrés par l'émeute; des fanatiques et des brigands se

la terreur.

Le grand-prêtre Ananie

disputèrent la possession

du Temple

et

des forteresses;

Voir dans Eusèbe, H. E., II, 23, les récits de Josèphe et i^egesippe sur ces événements. Cf. Josèplie, .!;«/., XX,
'

9,

1.

|^-|^j^

CHAPITRE

TX.

massacre. Ce n'était partout ranarchie, riiiceiidie et le vestibule de l'enfer. plus la cité sainte, c'était le un Les chrétiens, à qui leurs chefs commimiciuèrent
quitter. Ils se avertissement céleste \ se décidèrent à la

transportèrent à Pella, en Décapole, dans
d'Ag-rippa n.

le

royaume
païenne
;

PeUa

était

ime

ville hellénique,

on

s'en arrangea cependant.

Longtemps

après, d'autres

' Jules Afrigroupes judéo-chrétiens sont signalés par transjordanéen, et cain (v. 230) à Kokhaba, dans le pays

à Nazareth en Galilée.

y en avait un Syrie l On ne peut à Bérée (Alep) dans le nord de la soit de la commudire à quel moment ils essaimèrent

Au

IV^

siècle

il

nauté de Jérusalem, soit de

celle

de Pella \

Il ne poudispersion se maintint après la guerre. rasée jusqu'au vait être question de revenir à Jérusalem, qu'elle bien qu'à peine pouvait-on s'apercevoir

La

sol,

si

avait été habitée.
le

Pendant soixante ans
[leg.

il

n'y eut là que

camp de

la

dixième légion

X

Freteiisis).

L'em-

emplacement pereur Hadrien décida de fonder sur cet entendu, avec une ville nouvelle, une viUe païenne, bien

un temple qui

l'ancien devait s'élever dans l'enceinte de d'AntioceUe sanctuaire. Cette profanation, analogue à

Eusèbe, H. E., III, 5. 2 Eusèbe, H. E., I, T, USEpiph., Haer., XXIX, 7. siècle plu^' 4 La Didascalie des Apôtres, composition du III^ sur lequel lei| avancé, semble provenir d'un milieu ou moins encor-j communautés j uives et j udéo-chrétiennes pouvaient avoir
;

quelque influence. Cf. Harnack, Chronaloyie,

t. II,

p. 495.

;

LA FIN nu JUDÉO-CHRISTIAXISME

119

chus Epipliane, souleva

les restes d'Israël.

Le chef de
Messie

rinsurrection, Simon-bar-Kocliéba, soutenu par le célèbre

rabbin Aquiba, se présenta aux juifs
toujours attendu.

comme

le

La

légion de Jérusalem fut chassée de
les juifs

«on camp
les

:

pendant quelque temps

occupèrent

ruines de leur ville sainte. Mais Jérusalem n'avait
:

plus d'importance militaire
sine, à

c'est

dans une localité voi-

Béther, que les insurgés durent être forcés.

On

y

arriva, après trois

ans (132-135) d'une guerre sanglante,

d'où la Palestine sortit ruinée et dépeuplée.

Les judéo-chrétiens ne pouvaient reconnaître BarKoehéba comme le Messie d'Israël ils refusèrent de s'as:

socier à la révolte.
les

Mal

leur en prit,

car les insurgés

poursuivirent avec l'acharnement que l'on peut sup-

poser en de telles circonstances \

La

victoire des

Eo-

mains rendit

la

paix à leurs communautés, qui conti-

jmèrent leur existence obscure. Les plans d'Hadrien furent mis à exécution.

La

colonie d'.Elia Capitolina s'éleva

sur l'emplacement de Jérusalem, avec ses édiliees profanes, son théâtre, ses sanctuaires païens.

Sur

la

colline

du Temple, Jupiter eut son Capitole
statue.

et l'empereur sa

On
la

n'oublia pas les lieux saints des chrétiens:
installé sur le Calvaire.

un temple de Yénus fut
jour de

Le

sé-

nouvelle ville fut interdit aux juifs, sous peine

de mort.

Dans

ces conditions

les

chrétiens judaïsants

ne pouvaient que s'en tenir éloignés. C'est ce qu'ils firent.

Dans

le

monde judéo-chrétien,

l'autorité paraît être restée

1

Justin, A2)oL

I,

31.

|90
très

CHAPITRE

IX.

longtemps entre
était « frère

les

mains des parents du Sauveur
»;

:

Jacques
céda

du Seigneur

Siméon, qui
et

lui suc-

comme

chef de l'église de Jérusalem

qui vécut

parent du Christ, jusqu'au temps de Trajan, était aussi j Seigneur ». Judas, fu-j fils d'un autre «frère du

Deux
le

on leur rent signalés à la police de Domitien:

fit

faire

•:

voyage de

Eome

et l'empereur les interrogea lui-même.

;.

aussi chétifs ne pouvaient* Il se convainquit que des gens cieirs n'était pas être dangereux et que le roj'aume des

de Daune m?nace pour l'empire romain. Les deux fils présidèrent vid furent renvoyés dans leur pays, où ils «

aux éghses

»

\ L'évêque Siméon ne s'en tira pas à

si

bon

martyrisé compte. Nous savons par Hégésippe qu'il fut de Pasous Trajan, Atticus étant (v. 107) gouverneur plein troisième lestine *. Au temps de Jules Africain, en
siècle,
il

y
*

avait encore des DesjJO.syni gens
<

du Seigneur),

que

les cercles judéo-chrétiens tenaient

en haute estime \

Eusèbe

nous a conservé une hste des anciens évêques

de Jérusalem qu'il dit s'être succédé jusqu'à la révolte sont des juifs sous Hadrien (132). Les deux premiers

Jacques
il

et

Siméon, avec lesquels on arrive

à l'an 107;
ans-:

resterait treize

évêques à répartir en vingt-cinq
la liste er la

c'est

beaucoup. Si Ton accepte
les

Kmite

telles

que

donne Eusèbe,

il

sera naturel d'y voir des évê-

'

2

Hégésippe, cité par Eusèbe, H. E., III, 20. Eusèbe, H. E., IH, 32. La date de l'an 107 est celle de sa
i

Chronique.
3
'

Eusèbe, IL E.,
H.
y;.,

I,

7.

'

i\,

ô.

LA FIX DU JUDÉO-CHRISTIANIS.ME
ques,

121

non seulement de

Pella, mais de quelques autres

colonies de la

communauté primitive de Jérusalem.
intéressant, sur ces vieux chrétiens,
ils

Un document plus
serait,
si

nous l'avions plus complet, l'évangile dont

se servaient. C'était,
c'est-à-dire

bien entendu, un évangile hébreu,
Il fut,

araméen.

d'assez

bonne heure, traduit

en grec. C'est alors qu'il reçut la dénomination d'évangile selon les

Hébreux,
il

/,7.0'

'E'^jzy.îo'j;.

Saint Jérôme

'

en

parle souvent:
tifie

en connut

le

texte sémitique, qu'il iden-

quelquefois avec l'original hébreu de saint Matthieu ^

Ceci sujDpose qu'il

y

avait entre le saint Matthieu ca«

nonique et l'évangile
assez marquée.

des Hébreux

»

une ressemblance
'

Les

différences, cependant, à en juger

par les fragments conservés, étaient de quelque importance. Cet évangile

ne paraît pas être moins ancien que
il

nos Synoptiques, dont

ne dépend en aucune façon:

il

aura été rédigé dans le sein de la
C'est de Pella
qu'était

communauté de Pella ^

originaire Ariston, l'auteur

da dialogue de Papiscus et de Jason, ouvrage de propagande, où l'on voyait (car
cuter avec
il

est perdu)

un

juif dis-

un judéo-chrétien

et se

rendre à ses raisons,
connaît l'existence,
l'avait pas vu.

'

Saint Epipliane iHcier.,
il

mais

en parle

XXIX, P) en comme quelqu'un qui ne

Saint Epipliane en fait autant. Depuis Papias il était question d'un Matthieu hébreu, que personne n'avait vu et qu'il était naturel d'identifier avec un texte comme celui des Nazaréens.
^

Zahn, KanonHgeschichte,
t.

t.

IT,

p.

642 et suiv.

;

Harnack,
les

Chronologie,

I,

p.

631 et suiv. Cf. Hilgenfeld, X.T. extra cano-

nsm, fasc. IV, p. 15; et le mémoire de Terie itnd Uiiters., 1868.

Handmann, dans

122

CHAPITRE
écrit

IX.

Cet

parut peu après

la révolte

de Bar-Kocliéba:

il
'.

fournit sur ce sujet quelques renseignements à

Eusèbe

Cette église de Pella,

même

en y rattachant ses co-

lonies de Palestine et de Syrie, ne saurait être consi-

dérée

comme

représentant tout
comptait,

le

judéo-christianisme,

La Diaspora
les

un peu

partout, et surtout dans

grands centres,

comme

Alexandrie, des juifs condis-

vertis au christianisme,

mais qui ne se croyaient pas

pensés de la Loi.
la

Ils profitaient,
'

pour

être chrétiens, d©.

grande tolérance doctrinale
ils

qui régnait au sein
juifs.

du

judaïsme, mais

demeuraient
ils

Avec

les

autres

chrétiens, dont certes

admettaient l'existence, leurs

rapports devaient être à peu près ceux que Pierre et

Barnabe avaient autorisés à Antioche, au grand scandale de Paul. Justin
il
^

connaît des chrétiens de ce type

;

pense
les

qu'ils seront sauvés,

pourvu

qu'ils

ne forcent

pas

fidèles

venus

d'ailleurs à suivre leur

genre de

vie. Il sait

pourtant que son sentiment n'est pas celui
et

de tout

le

monde

que certains n'acceptent pas

la

com-

munion des

judéo-chrétiens.
il

Justin ne parle que des individus:

ne nous ren-

seigne pas sur la situation des communautés, ni sur leurs

* H. E., IV. 6. Les textes sur Ariston de Pella sont réuuis dans Harnack, Altchr. Littercdur, t. I, p. 92. * On en a une idée quand on se rappelle que l'on pouvait penser comme Philon ou comme Aquiba, croire à la résurrection des morts ou à l'anéantissement définitif, attendre le Messie! ou bafouer cette espérance, pliilosopber comme l'Ecclésiaste otn comme la Sagesse de Salomon, etc.

3Dial., 47.

LA FIN DU JUDÉO-CHRISTIANISME

123

rapports avec les représentants de la grande Eglise. Hégésippe. au déclin
Il

du IP

siècle, est
»
,

un peu plus
«

précis.

nous montre
»
,

«

l'Eglise

c'est-à-dire
la tradition,

l'église

de Jé-

rusalem

d'abord fidèle à

puis travaillée

par diverses hérésies, dont un certain Tliéboutis, par
dépit de n'être pas

devenu évêque, donna

le

premier

spécimen. Selon lui ces hérésies se rattachaient aux diverses sectes juives, Esséniens, Galiléens,
tistes,

Hémérobap-

Masbothéens, Samaritains, Sadducéens, Pharisiens.

Cette énumération contient des termes assez dissemblables,

mais l'idée générale est juste et

les faits la

con-

firment.

Comme

le

judaïsme dont

elle était issue, l'église

judéo-chrétienne donnait à la pratique de la Loi une

importance hors hgiie

et

ne se défendait pas assez contre

les spéculations doctrinales.

Hégésippe
d'Eusèbe qui
sulter aussi

était
l'a

judéo-chrétien;

c'est

l'impression.

lu tout entier, et cela paraît bien ré-

de l'usage qu'il faisait de l'évangile des Hé-

breux, de son langage

semé de mots hébraïques, enfin

de sa familiarité avec l'histoire de l'église de Jérusalem.
Celle-ci est
et vénérable.

évidemment pour
Cependant
il

lui

une église orthodoxe

ne se trouvait pas dépaysé
de Corinthe et de Eome.

en des milieux
Il

comme ceux

s'enquérait des successions épiscopales et de la façon
elles

dont

conservaient la tradition primitive. Selon

lui,

tout s'y passait

comme

l'avaient enseigné

la

Loi,

les

Prophètes et

le

Seigneur.
et

Les sentiments optimistes de Justin
n'eurent

d'Hégésippe
L'opinion

pomt

d'influence

sur la

tradition.

124

CHAPITRE

IX.

défavorable aux judéo-chrétiens prit

le

dessus avec saint

Irénée et Origène

'.

Pour

ces auteurs, le judéo-christiasecte des Ebionites ou Ebio-

nisme

est

une

secte, la

néens, 'ESicovatoi. Ce terme, d' où l'on ne tarda

pas à
si-

déduire

le

nom

d'un fondateur imaginaire, Ebion,

gnifie Pauvres.

Les judéo-chrétiens de Syrie avaient
le
',

été

dès l'origine, désignés par
figure déjà
^

dans

les

Actes:

nom de Nazaréens qui ce nom dérivait évidem-1
Il est

ment de

celui

du Seigneur, Jésus de Xazareth.

possible qu'ils se soient appelés ou qu'on les ait appelés

Ehionim,

sans aucune
dit-il

intention

de
les

dénigrement.

L'Evangile ne
Plus

pas

:

«

Bienheureux

pauvres

!

»

^

tard, les controversistes de la

grande Eglise,

fiers

d3 leur christologie trascendante, rattachèrent à ce mot
l'idée

de pauvreté doctrinale et en firent un sobriquet.
a

Origène
qu'il

bien vu, ce qui a échappé à saint Irénée,

ne

s'agit

pas

ici

d'une hérésie proprement

dite,
la

C3mme
1

celles

de Cérinthe ou de Carpocrate, mais de

Irénée, Adv. haer.,

I.

26; III, 11, 15, 21: lY, 33; Y,

1.

V, 61, 65; In Matth., XYI, 12. Tertullien, Praescr., 33, Hippolyte (représenté par Fraescr., 48 etPliilast:-e. 37), \qs Philosopha mena (yH. 34 dépendent d'Irénée
Origène, Âch: Celsiim,
II, 1;
1,

— —

et n'ajoutent rien d'intéressant.
*

C'est le terme employé par saint Epipliane,
le

notamment
consacre à

dans

chapitre

(XXIX) de son Pcinarinm
à.''

qu'il

cette secte. L'appellation

Ebionéens, s'applique chez lui à un
il

système hérétique spécial dont
le

sera bientôt question. Pour

désigner les judéo-chrétiens, saint Jérôme emploie couramment

terme de Nazaréens; mais on voit que, pour Nazaréens c'est tout un. Ad., XXIY, 5.
"^

lui,

Ebionites et

*

Luc, YI, 20; Matth., Y,

3.

LA FIN DU JUDÉO-CHRISTIANISME
survivance, à l'état arriéré,

125

du judéo-christianisme des
de saint Irénée,
fidélité

premiers temps.

Dans

la description

les

Ebionéens se caractérisent par leur
vances mosaïques

aux obserils

\ circoncision et autres:

ont une

grande vénération pour Jérusalem et se tournent vers
elle

pour faire leurs prières

:

ils

professent que le

monde
des

a été créé par

Dieu lui-même, ce qui

les distingue

gnostiques de toute catégorie. Ils s'attachent surtout à
la

Loi: pour les Prophètes
^.

ils

ont des explications sub-

tiles

Voilà pour leur judaïsme. Quant à leur christia-

nisme, on remarque qu'ils ne se servent que d'un évangile, celui

de saint Matthieu

^,

qu'ils rejettent les épîtres

de saint Paul, cet apôtre étant pour eux
qu'ils

un

apostat, et

considèrent le Sauveur
il

comme

le fils

de Joseph.
:

Sur ce point, cependant,

y avait des opinions diverses

Origène atteste que la naissance miraculeuse était admise par les uns, rejetée par les autres.
Ainsi
le

confinement dans

la

Loi avait amené

les ju-

déo-chrétiens à se séparer insensiblement de la grande
Eglise.

En

dépit de certaines attitudes individuelles et

de

certaines

opinions bienveillantes,

cette
siècle.

séparation

était

déjà manifeste au déclin

du IL

Elle se traduisait
la
fin

même
un

par des polémiques. Vers

du

n*^ siècle,

certain

Symmaque, ébionéen.

^

Dans

la description des

Ihilosophumena

il

est dit que si

Jésus a reçu ce

nom

et celui de Christ de Dieu, c'est à cause

de sa fidélité à la Loi.
-

Quae auteni sunt

proplaetica, curiosius

exponere uituntur.

^

Confusion avec l'évangile des Hébreux.

126

CHAPITRE

IX.

connu pour avoir exécuté une version grecque de l'Ancien Testament, écrivit pour défendre contre les autres

chrétiens l'attitude spéciale de ses coreligionnaires ^

Ceux-ci étaient répandus un peu partout dans les

grandes juiveries. La version grecque de leur évangile
fut

connue en Egypte de
le

très

bonne heure, dès
les

le

temps
»,

de Trajan:
qu'on
lui

nom

d* «

Evangile selon

Hébreux
le
<'

donna, fat sans doute imaginé pour
le

dis-

tinguer d'un autre évangile reçu dans
gile selon les

pays,
la

1'

Evan-

Egyptiens

»

.

en usage dans

communauté

chrétienne d'Alexandrie.

Beaucoup plus
l'Arabie,
faire

loin,

dans

les

populations du sud de
déjà et ne cessa de

le

judaïsme avait
la

fait

de nombreuses recrues,
fait

prédication évangéliqiie

s'était

entendre sous sa forme judéo-chrétienne.
le

Pantène, qui visita ce pays vers
rèle,

temps de Marc-Aul'on disait avoir

y trouva

l'évangile hébreu

".

que

^ Eusèbe. H. E., W. 16. 17, par lequel nous savons qu'Origène tenait ces livres d'une dame appelée Juliana (de Césai'ée eu Cappadoce, cf. Pallade, H. Latis., 147] qui les avait reçus en héritage de Symmaque lui-même. Divers auteurs latins du IV" et du Ye siècle connaissent des Symmachiens comme for-

mant une
II.

secte judéo-chrétienne (Victorinlis rhot., In Gai., I, 19; 26: Philastrius, haer. 62; Ambrosiast., In Gai., prologue; saint Augustin, Contra Faiisfinn, XIX, 4, 17 Contra Cresconium,
;

I, 31i.

ne comptait plus qu'un très petit nombre d'adeptes. Saint Epiphane, De mens, et pond., 18-19. fait de Symmaque un samaritain converti au judaïsme, Ce renseignement est isolé. Cf. Harnack, Chron., Il, p. 164. 2 Eusèbe, qui nous rapporte le fait iH. E., V, 10 identifie,
elle
1,

Au temps

de saint Augustin

!

i

'

i

selon l'usage, cet évangile hébreu avec l'original de saint Matthieu.

LA FIX DU JUDÉO-CHRISTIAXISME
été rapporté

127

par l'apôtre Barthélémy, premier mission-

naire de ces contrées lointaines.

Cependant,

même

avec cette diaspora. Téglise judaï-

sante resta toujours
à souffrir, sous

peu nombreuse. Elle eut sans doute
et

Trajan
alors

sous Hadrien, des calamités

qui s'abattirent

sur la nation juive.
figure.

Au temps

d'Origène
écarte
^

elle faisait petite

Le grand exégète

l'idée

que

les

IMCOD

élus d'Israël, dans l'Apo-

calypse,
chiffre lai

puissent

représenter des judéo-chrétiens: ce

semble trop élevé.

Comme

Origène écrit après
s'étendre à

deux

siècles

d'Evangile, son comput doit

cinq ou six générations.

On

voit qu'il n'a pas l'idée de

grandes multitudes.
Il

y

avait encore des Xazaréens au TV' siècle. Eusèbe,
celui-ci surtout, les

saint

Epiphane, saint Jérôme,

ont

connus. C'est le plus souvent à propos de leur évangile
qu'il est

question d'eux.

Quand on

parle de leur doc-

trine,

l'appréciation n'est pas favorable l

Ça

et

on

distingue chez

eux quelques traces de

l'influence exercée

par
elle.

la

grande Eglise ou

même

de rapprochement avec

La
*

fusion s'opéra sans doute, mais par démarches
I,

In Joh.,

1.

«Quid dicam de Hebionitis qui cliristianos se «imulant? Usque hodie per totas Orientis synagogas inter Judaeos haeresis est quae dicitur Minaeorum et a Pharisaeis nuuc usque dananatur, quos vulgo Nazaraeos nuncupant, qui creduut iu Christum filinm Dei natnm de virgine Maria et eum dicuut esse qui sub
'

Pontio Pilato passus est et resurrexit. in quem et nos credimus. Sed dum volunt et Judaei esse et Christiani, nec Judaei sunt nec Christiani » Saint Jérôme, Ep. ad August. 89. Saint Epiphane les classe sans hésiter parmi les hérétiques [Haer., XXIX).
.

128

CHAriTRE

IX.

individuelles.

Aucune des communautés
telle

judéo-chrétien-

nes n'entra
orientaux.

comme
le

dans

les

cadres des patriarcats

Ainsi

finit

judéo-christianisme, obscurément

et

misérablement. L'Eglise, à mesure qu'elle
loppée dans
le

s'était déve-

monde
elle.

gréco-romain, avait laissé son ber-

ceau derrière

Elle avait

dû s'émanciper du judéo-

christianisme, tout

comme

du judaïsme lui-même.

A

son

dernier voyage' à Jérusalem, saint Paul avait eu à subir et
les brutalités des juifs et la malveillance des judaïsants;
c'est

auprès des Romains qu"il avait trouvé refuge et

protection relative. Cette situation est symbolique.

Mais ce

n'est

pas seulement au judaïsme légaliste
affaire. Il avait aussi

que saint Paul avait eu
sur son chemin

rencontré

un judaïsme

raffiné,

qui superposait aux
et

observances mosaïques des rites particuliers
tiques d'ascétisme, en

des prala

même temps

qu'il

complétait

simple foi d'Israël par de hautes spéculations religieuses

ou philosophiques. Les Esséniens, sur
lestine,

le sol

de

la

Pa-

Philon

et les

gens de son

tj'pe

dans

la Disper-

sion, représentent des

formes diverses de cette tendance

à perfectionner la tradition. Elle ne
faire sentir

manqua pas

de

se

dans

les primitives

communautés

chrétiennes.

C'est à ce judaïsme sublime que se rattachaient les doc-

teurs que saint Paul combattit dans ses lettres aux Asia-

tiques et ceux

que saint Ignace connut plus

tard.

Il|

s'exprime, en particulier, dans la doctrine de Cérinthe.j

Au

second

siècle,

il

semble que ce mouvement se

soit,

LA FIX DU JUDÉO-CHRISTIAXISME

129

un peu apaisé à tout
:

le

moins

cesse-t-il cVêtre

percepcentaine

tible

dans

le

tapage des sectes gnostiques.

Une
il

d'années après Cérinthe et saint Ignace,

est de nou-

veau question d'une propagande judéo-chrétienne de ce type \ Au temps du pape Calliste (217-222) un certain
Alcibiade,

venu d"Apamée en Syrie,
était

la

représentait à

Eome.

Il

porteur d'un livre mystérieux,

commu-

niqué, dans le
juste
l'avait

pays fabuleux des Sères, à un
-.

homme
Elkasaï
le

appelé Elkasaï, Tan 3 de Trajan ilOÛj

reçu d'un ange haut de trente lieues, appelé

Fils de Dieu: près de lui figurait

un

être

femelle, de
n'est

même

dimension,

le

Saint-Esprit ^

La

révélation

qu'une prédication de pénitence, ou plutôt de purification par le
se plongeait
c'est-à-dire le

baptême incessamment renouvelé.
dans l'eau en invoquant
Ciel, l'Eau, les
les sept

L'initié

témoins,

Esprits saints, les

Anges

de la prière, l'Huile,
outre qu'elle purifiait

le Sel, la

Terre. Cette cérémonie,
aussi

du péché, guérissait
Il

de

la

rage et autres maladies.

y

avait des formules com-

posées de mots syriaques que l'on prononçait à rebours.

»

PhUosopJi., IX. 13;

cf.

Origène (Eus., H. E., YI, 3Si

et Epi-

phane, Haer.,
*

XXX.

qu'il ait été écrit

qu'un tel livre ait existé et même au temps de Trajan. Le fond de celui-ci était une prédication de pénitence on ne voit pas pourquoi les Elka;

Il

n'est pas impossible

eux-mêmes, seraient de pénitence. En ce genre de choses la promulgation est suivie de près par l'effet. Que l'on se rappelle la prédication d'Hermas, à peu près contemporaine de
celle d'Elkasaï. Cf.
3

saïtes d"Alcibiade, s'ils l'avaient fabriqué ailes cherclier si loin un message

Le mot

Harnack, Chronologie, II, p. 167, 537. Esprit, dans les langues sémitiques, est du féminin.
-

DcciiK-SNE. Hist.'auc. de l'Egl.

T.

I.

130

CHAPITRE

IX.

Cette secte ne paraît pas avoir eu beaucoup de succès

eu deliors de son pays d'origine, où

elle

se

diversifia

sans doute, car saint Epiphane en connaît plusieurs variétés, qu'il décrit

sous les

noms

d'Osséens, d'Ebionéens,
tout
cela
était

de Sampséens.

De

son temps
l'est

confiné

dans
dain.

les

pays situés à

de la
il

Mer Morte

et

du Jour-

De

la famille d'Elkasaï
et

restait encore

deux fem-

mes, Martlious

Marthana, que leurs coreligionnaires
;

tenaient en grande vénération.

Ces sectaires observaient

les rites juifs, mais, sur la,

canon des Ecritures,

ils

avaient des idées spéciales. Les

Prophètes étaient répudiés.
ce qui a trait

De

la

Loi ou écartait tout

aux

sacrifices.

L'apôtre Paul était honni
s'ouvrait

et ses lettres rejetées.

Le Nouveau Testament

par un évangille dont saint Epipbane nous a conservé
quelques fragments. Ce texte se présentait
digé, au

comme

ré-

nom

des Douze apôtres, par saint Matthieu

Ml y
»

avait aussi des histoires sur les apôtres, contenues dans

des livres spéciaux,

comme

les

«
'.

Kérygmes de
et les
«

Pierre

d'où dérivent les Clémentines

Ascensions de

Il

assez tardive, soit l'évangile des

faut bien se garder de confondre avec cette production Hébreux dont il a été question

ci-dessus, soit surtout le très ancien recueil de Logia dont parle Papias et qui paraît être une des sources de notre évangile canonique de saint Matthieu. Le nom de cet apôtre a été particulièrement exploité par les fabricateurs d'aijoci-ypbes. Clément d'Alexandrie (Paedag., II, 1) se représente saint Matthieu comme un

végétarien de profession. Je ne sais où
circonstance était bien faite pour
*

il

a pris cela,

mais

cette,
;

le

recommander aux Elkasaïtes.

Les nouvelles études sur les Clémentines (Waitz, Die Pseuduldcmctdinen, dans les Texie luul Uni., t. XXT, fasc. 4; cf. Har-j
iiack, Chronologie, II, p.

518 et suiv. établissent ainsi qu'il
i

suit;

LA FIX DU JUDÉO-CHRISTIANISME

131

Jacques

»

,

citées

par saint Epiphane. Dans ces divers
l'ali-

écrits l'ascétisme est fortement inculqué, surtout

mentation Tégétarienne
l'Eucliaristie, le

et Tliorreur

du \m.

Même pour
l'eau.

rin était remplacé par de

La

christologie ressemblait à celle des Ebionites et de Cérintlie
:

Jésus,

fils

de Joseph et de Marie \ est élevé à de son baptême, par son union
identifié

l'état

divin au

moment

avec l'éon Christ. Celui-ci était avec
le

par

les

uns
d'au-

Saint-Esprit, par d'autres avec

Adam, par

tres enfin avec
les et

un ange

supérieur,

créé

avant toutes

autres créatures, qui se serait déjà incarné en

Adam

en divers autres personnages de l'Ancien Testament.
dit

On ne nous

pas quel était

le

rapport de ce Christ

avec l'ange appelé Fils de Dieu.
la

généalogie de ces écrits. D'abord

un

livre intitulé

Kérygmes

de Pierre, composé vers la fin du 11^ siècle ou le
:

commencement

du m® la lettre de Pierre à Jacques avec la protestation y annexée iMigne, P. G., t. II, p. 25) en formait la préface. C'était un livre judéo-clii-étien. antipaulinien, dans des idées analogues à celles d'Alcibiade. Vers le même temps un livre catholique, antignostique, racontait les conflits de saint Pierre avec Simon, considéré comme représentant général de toutes les hérésies. Ces deux livres furent combinés, assez avant dans le III^ siècle, en un roman orthodoxe où apparaît le personnage de Clément Romain (Ihpiîo;! riETfs'j) une lettre de celui-ci à saint Jacques (Ibid., p. 32) en formait la préface. De ce roman clémentin dérivent isolément les deux rédactions connues sous le nom de Eécognitions et d'Homélies de celles-ci nous avons le texte grec, des Eécognitions une version latine, œuvre de Rufin, et une version s^'riaque incomplète. Ces deux rédactions sont orthodoxes aussi, mais seulement au point de vue des anciennes controverses, car l'esprit de l'école lucianiste ou arienne s'y révèle en maint endroit. Quelques-uns cependant, tout comme chez les Ebionites,
: ;

'

admettaient la naissance miraculeuse.

J^32

CHAriTRE

IX.

Ces doctrines

et ces pratiques n'ont,
les vieilles
«

en somme, rien
»

de bien nouveau. Ce sont

fables judaïques

du temps de

saint Paul, que

Ton

essaie de rajeunir en

s'autorisant d'une révélation nouvelle et en s'aidant de

productions littéraires composées à cette

fin.

CHAPITEE
Les
Epîtres de saint Paul.
Philippe, Aristion, Jean.

X.

livres chrétiens.

niques.
saint

canoniques.

tradition orale et les évangiles Synoptiques. — Aiitres livres — Ecrits divers, Didaché, épître de Barnabe, livres attribués à Pierre. — Clément, Hermas et autres «Pères apostoliques».

— Les Evangiles. — Disciples émigrés en Asie — Tradition sur l'apôtre Jean. - Les écrits johau:

La

A

partir

du moment où
le

s'arrête le

récit

des Actes

jusque vers

milieu du deuxième siècle, les documents

de l'histoire chrétienne sont trop rares et trop difficiles
à classer,
sible

ou

même
une

à interpréter, pour qu'il soit poshistoire suivie.

d'en

tirer

Les

traits princi-

la

paux ont été indiqués plus haut: succès croissant de propagande évangélique accaparement par elle des
:

conquêtes faites ou préparées par la propagande juive

:

affermissement du caractère universaliste de la prédication nouvelle
:

séparation corrélative des groupes chré-

tiens d'avec les

communautés

Israélites:

premières ap-

paritions de ces hardiesses d'opinion qui présagent les
hérésies de l'avenir
:

résistance de la tradition, qui s'ap-

puie partout sur la hiérarchie locale, renforcée et précisée

dans ses attributions
légale.

:

dangers extérieurs venant

du défaut d'assiette

Telles sont les généralités de la situation
rivent tout naturellement des conditions

:

elles dé-

dans lesquelles

j^34

CHAPITÎÎE X.

le cliristianisme se

répandit et

s'étalDlit.

Un

autre

fait,

doit être d'ordre général et de très grande conséquence, maintenant examiné c'est l'apparition d'une littérature
:

chrétienne.

Il

a

été

déjà question

des lettres

de saint Paul,

qui sont, dans l'ensemble, les plus anciens documents les Pastoécrits du christianisme. Si Ton met à part
rales,

qui, telles

au moins que nous

les avons, sont

de

entre date un. peu postérieure, elles se placent toutes

53

et 62.

Bien

qu'elles eussent été d'abord écrites

pour

des groupes chrétiens assez éloignés les uns des autres, Clément et Poil s'en fit de bonne heure un recueil.
lycarpe paraissent l'avoir eu entre les mains.

Plus

complexe

est

l'histoire

des

Evangiles, plus
le

obscure aussi. Je vais m'efforcer de résumer

peu

que l'on en peut

savoir.

Les

disciples de la première heure,

on

l'a

vu plus
Bien
s'était

haut, n'étaient pas tous demeurés

à Jérusalem.

longtemps avant

le siège,

une certaine dispersion

produite, soit par suite de
les besoins partis, et

persécutions locales, soit

pour

de

la

propagande. Les apôtres étaient tous

avec eux beaucoup d'autres personnages im-

portants,

comme

ce Silas qui suivit saint

Paul dans

sa

seconde mission.

La

guerre de Judée dut accélérer cet

exode

et transporter

en pays lointain plus d'un témoin

des origines. Les émigrants étaient naturellement ceux

dont

les idées étaient le

plus larges, des gens qui

n'ades|

vaient pas peur de vivre loin de la Palestine, au milieu

LES LIVRES CHRÉTIENS
païens. L'Asie
était

135

en

accueillit quelques-uns.

De

ce

nombre

Philippe l'éTangéliste, l'un des Sept de Jérusalem.

A
lui.

son dernier voyage (58) saint Paul l'avait trouvé à
il

Césarée, où

était établi, et avait

reçu l'hospitalité chez
filles,

Philippe

avait

alors

quatre
se

vierges et pro-

phétesses \ Cette famille
Hiérapolis, ville fameuse,

transporta en Phrvgie, à

comme

son

nom

l'indiquerait

tout seul, par ses

sanctuaires païens.

Papias,

évêcpie
siècle,
-.

d'Hiérapolis dans la première moitié
avait

du second
du même

connu

les

prophétesses et recueilli leurs récits

Poljcrate. évêque d'Ephèse vers la fin

siècle,

rapporte que deux d'entre

elles,

demeurées vierges

et

mortes à un âge avancé, étaient enterrées à Hiérapolis
avec leur père
;

une autre reposait à Eplièse ^ On voit
pays d'Asie, avec Fapôtre du

par ce qu'il en dit que Philippe d'Hiérapolis était déjà
confondu, dans
le

même
noms

nom, l'mi des Douze. Cette confusion s'accrédita. Outre

Phihppe

et ses filles,

la

tradition

a

retenu les

d'un certain Ariston. auquel
signalé attribue la filiale
gile
«

mi manuscrit récemment
*

deutérocanonique

de l'évan-

de saint Marc, et d'im Jean appelé par antiphrase
»

l'Ancien

(-pîg^'jtsco;).

Tous deux avaient

été

«

disci-

^

Actes,

XXI,

8,

9.

«

Eusébe, H. E., III, 39.
cf.

3 Clément d'Alexandrie [Strom., III, \i, 53; Ht, 80) dit Que Vapôtre Philippe avait des

Ensèbe, H. E.,

filles et qu'il les

est possible que ceci se rapporte à Philippe l'évanauquel cas il y aurait lieu de réduire à deux les mariages dont parle Clément.
Il

maria.

géliste,

*

Marc, XVI, 9-20.

136

CHAriTRE

X.

pies

du Seigneur

»

.

Ils

vécurent très vieux,

de sorte

que Papias parvint encore, de leur vivant, à recueillir
certains de leurs discours.

Au

dessus de ces souvenirs un peu eiFacés plane
iils

rimage de l'apôtre Jean,

de Zébédée, à qui

la tradi-

tion attribue l'Apocalypse, le quatrième évangile et trois
lettres

du

recueil des Epîtres catholiques.
si

La

question

de savoir

c'est

vraiment

lui

qui est l'auteur de tous
;

ces écrits est en ce

moment
fait

fort débattue

on conteste

même

qu'il ait

jamais

séjour en Asie. Sans prétenil

dre entrer dans tous les détails de ces problèmes,

est

indispensable d'en indiquer

ici

les

données principales,
d'un prophète

L'Apocal^'pse est sûrement l'œuvre
Jean, qui s^y présente

comme
la

en possession d'mie très

grande autorité sur

les

églises d'Asie et de Plnygie.

Son

livre fut écrit

dans

petite

lie

de Patmos, où

l'auteur avait été relégué jjour la foi. Il se qualifie de

diverses façons, sans prendre jamais le titre d'apôtre.

Au

contraire, la façon dont
»
^

il

parle des

«

douze apôtres

de l'Agiieau

domierait l'impression qu'il se distingue
le

de leur groupe révéré. Cependant

plus ancien auteur
^

qui parle de l'Apocalypse, saint Justin, l'attribue
hésiter à

sans

Jean l'apôtre

:

il

en est de

même

des écrivains
ins-

jDOStérieurs, sauf
j)irées

quelques exceptions qui semblent

par des préoccupations doctrinales plutôt que
conscience d'une tradition contraire. Saint Justin

par

la

séjourna longtemps à Ephèse, vers 135, mie quarantaine
>

XXI,

'

14.

-

DiaL, 81.

LES LIVRES CHRÉTIENS

137

iFannées environ après la date

que Ton assigne com-

munément

à l'Apocalypse.
il

Si la tradition dont

est le plus ancien

représen-

tant est acceptée, le séjour de saint
tait
1

Jean en Asie ne
si

plus

doute: mais

il

resterait

encore à savoir
c'est

"Evangile peut lui être
critiques,

attribué, et

ce

que peu

(le

dans

l'état

présent

du

débat, semblent

disposés à faire.

Ce

n'est

pas seulement

le

silence

de rApocalvpse de Pa-

(jue l'on

oppose à

la tradition. C'est aussi celui

pias, qui parle

de saint Jean

comme

d'un apôtre quelqu'il ait

conque

et

ne semble nullement savoir

eu des

rapports spéciaux avec le pays d'Asie. C'est enfin celui de
saint Ignace,

encore plus

significatif, car

Ignace, non seuses lettres

lement ne dit pas un

mot de

saint
il

Jean dans

aux églises d'Asie, mais, quand

veut relever aux jenx
il

des Ephésiens leurs relations apostoliques,

mention]ie

expressément et exclusivement saint Paul. Pohxarpe, dans sa lettre aux Pliilippiens, n'est pas moins silencieux.

A

Eome,

la tradition apostolique est
elle

autrement dola

cumentée. Elle a pour
saint Clément,

la I" Pefrl et

lettre

de

deux documents du premier

siècle.

Ignace,

qui ne songe pas à alléguer l'apôtre

Jean aux chrétiens

d'Ephèse, rappelle vivement à ceux de
ports spéciaux avec Pierre et Paul.

Eome

leurs rap-

Cependant, l'Apocalypse mise à part, je ne crois pas
qu'il
et

y

ait lieu

de trop insister sur

le silence

d'Ignace

de Polycarpe.

On

peut s'étonner que leurs lettres ne

iisent rien

de l'apôtre Jean. Mais parlent-elles davantage

12Q

CHAPITRE
et

X.
V

de l'Apocalypse
regarde ou non
fut,

de son auteur
identique

Or
au

celui-ci.
fils

qu'on

le

comme

de Zébédée,
or-

en tout

cas,

une autorité religieuse de premier

dre pour les églises d'Asie.

On

s'attendrait

à

trouver
lettres,

quelque allusion à sa personne, à ses visions, à ses

dans

les exliortations

qu'Ignace adressa, peu d'années

après sa mort, aux fidèles d'Epkèse, de
tres villes asiatiques.

Smyrne

et au-

Et pourtant

il

n'en dit rien.

Mais
le séjour

il

y

a plus.

En

plein quatrième siècle, alors que

en Asie de saint Jean l'apôtre était chose univerle

sellement reçue,

biographe de saint Polycarpe trouve

moyen de
«aint

raconter l'origine des égUses de ce pays, depuis

Paul jusqu'à saint Polycarpe, et de décrire longuement l'installation du célèbre évêque de Smyrne, sans

nonuner une seule
livi-e

fois

Tapôtre Jean. Et cela dans un

dont

le

héros avait été depuis longtemps présenté

par saint Irénée et par Eusèbe connue un disciple du étonnant? fils de Zébédée. N'est-ce pas un silence bien

En

conclura-t-on qu'au

quatrième

siècle

les

gens de

Smyrne
Asie?
Il

ignoraient encore que saint Jean fût venu en

n'y a donc pas tant à fonder sur

le silence

dlgiiace

et de Polycarpe. Celui de Papias n'est

pas plus con-

cluant
>

',

car nous n'avons de lui (|u"un petit
le

nombre

de

Moine (Hamartolosi avait marqué, clans nue première rédaction de sa chronique, au règne de Nerva, que Papias, au Ile liyre de ses Logia, rapportait que l'apôtre Jean avait été mis à mort par les Juifs (cf. Marc, X, 39). Ce passage ne fut
Georges
pas maintenu par Georges dans l'édition définitive de sa chronique; V. l'édition de Boor, coll. Teubner, t. II, p. 447.

LES LIVRES CHRÉTIENS

139

phrases, et nul ne pourrait affirmer qu'il ait eu. sur l'au-

teur de l'Apocalypse, des idées différentes de celles

de

son contemporain Justin.
Eeste le silence de l'Apocalypse elle-même. Mais eston vraiment bien venu à argumenter rigoureusement des qualités que prend ou ne prend pas l'auteur d'un livre
si

extraordinaire? Ce n'est point

comme
c'est

apôtre qu'il

entend parler,

comme témoin
vivant au

de l'histoire évangélique
:

et messager de la

bonne nouvelle
ciel,

comme organe
là ses

du Christ

glorifié,

gouvernant de

fidèles et leur

rappelant son prochain retour. Qu'avait-il

besoin, peut-on dire, de

prendre une qualification sans

rapport avec

le

ministère qu'il exerçait par la publica-

tion de ses visions?
Il

semble donc qu'entre

les interprétations possibles

de ces divers silences, on en puisse trouver qui ne contredisent pas

une tradition

très

anciennement

attestée.

Dès

lors le

mieux

est encore de se tenir à celle-ci, sans

dissimuler pourtant qu'il

y en

a de plus documentées.
le

Les personnes qui en font
tes à
1

sacrifice sont condui-

considérer Jean l'Ancien, celui de Papias,
Il est

comme

auteur de l'Apocalypse.
les

assez naturel de lui attri-

buer

deux

petites épîtres de saint Jean, dont l'auteur
la qualité d'ancien, et

se désigne

uniquement par

même

d'ancien par excellence,
tout-à-fait à la

ô Trpscr^iuTôpo:,

ce qui correspond

description de Papias.
et à la

Quant à l'Evangile
Jean,

première épître de saint

écrits très étroitement apparentés, ils n'ont en eux-mêmes aucune attache asiatique. L'apôtre Jean

deux

X40

CHAPITRE

X.

n'aurait jamais mis les pieds en Asie qu'il pourrait tout
aussi bien en être l'auteur.
ici

Mais

je

ne veux pas entrer
Il

dans les questions soulevées à ce propos.
de rappeler que
la trace

me

sufre-

fira

de l'évangile a pu être

montée jusqu'aux

écrits

de Justin, de Papias, de Poly-

carpe et d'Ignace, et que Papias et Polycarpe ont connu
aussi la première des épîtres jolianniques. Aussi peut-on
dire
gile,

que tout cet ensemble
lettres,

d'écrits,

apocalj^pse, évanles

était

connu en Asie dès
siècle.

premières an-

nées du deuxième

Cependant ces anciens témoi-

gnages sont encore muets sur l'auteur.
ce point de vue, ne

La

tradition, à
et saint

commence qu'avec Tatien

Irénée. Il faut dire qu'elle est, dès lors, très nette et
très décidée.

Ce
tion.

n'est pas à dire qu'il n'y ait pas

eu d'opposidéfendu \

L'évangile de saint Jean a dû être

comme son

apocalypse, contre des objections et par des
les conflits actuels n'ont

raisonnements que

pas essen-

tiellement renouvelés.

On

discutera encore longtemps

sur son peu de ressemblance avec les autres évangiles,
sur la possibilité où se serait

trouvé un familier du

Christ de se représenter ainsi son maître,

de

lui faire

'

L'opposition des

«

Aloges

»

,

au commencement du mou-

i

vement montaniste,
le reste

est surtout à signaler. Il est singulier que

ces adversaires de la nouvelle prophétie, qui se tenaient pour

sur la même ligne que l'église orthodoxe, aient eu l'idée de contester l'authenticité des livres johanniques. L'origine de ceux-ci ne devait pas être aussi claire, en certains cercles au; moins, que celle des épîtres de saint Paul. Sur les Aloges, v. le
ch.

XY

de cet ouvrage.

LES LIVRES CHRÉTIEXS
tenir tels

141

ou

tels

discours, sur l'invraisemblance

du

dé-

veloppement philosophique que suppose, chez un pêcheur palestinien, Taccointance avec l'idée philonieime

du Logos. Mais
dire
le

Logos

est aussi
le

dans l'Apocalypse,

c'est-à-

moins alexandrin qui se puisse imaginer. Le développement devant lequel on hésite quand il s'agit de Tapôtre Jean, on est bien obligé de
le livre

dans

l'admettre
sorti

si

l'on attribue l'Apocalypse à

Jean l'Ancien,
est posil

du

même
se

milieu que

lui.

Quant à ce qui

sible

ou impossible en

fait d^iistoire

évangélique.

est

bon de

rappeler que les évangiles sjmoptiques ont

aussi leurs divergences, qui

ne sont pas toujours aisées
très difficile de tracer
Il est

à réduire. Il

nous

est,

du

reste,

a priori les règles d'im genre aussi spécial.
que,

sûr

pour

le

public de ces premiers temps, la concor-

dance des récits et l'exactitude du détail n'avaient pas

même importance que pour
le

nous.

Xous n'avons pas
celles

droit d'ajouter

nos convenances modernes à

dont

les

auteurs sacrés avaient à tenir compte \

D'autres évangiles que les canoniques ont été rédigés pour temps reculés et se sont fait accepter, au moins en certains cercles. On est fondé à s'en sei-vir quand ou veut définir ce qu'il était possible ou impossible de proposer à ce public. L'auteur de l'évangile de Pierre suppose existants nos^ quatre canoniques. Or il est invraisemblable à quel point
^

les

chrétiens de ces

il

s'est peu soucié de se mettre d'accord avec ses prédécesseurs. La légende de Judas (v. ci-dessous inconciliable avec les évangiles canoniques, n'en est pas moins admise par Papias. Je parlerai plus loin du rapport entre les Actes apocryphes de saint Paul ^t les Actes des Apôtres.
i,

142

CHAPITRE

X.

Quoi

qu'il

en

soit

de ce débat,

et

même

si

l'on con-

conclusions qui sont encore sentait à accepter certaines un fait important, c'est à établir, il subsisterait toujours émigré de Palestine, qu'un Jean, « disciple du Seigneur» longtemps en Asie, et que les égbses de ce pays
,

vécut
le

considéraient

comme une

autorité de premier ordre.
ses remontrances': on

On

acceptait sa direction,

même

qualité de témoin révérait son grand âge, ses vertus, sa

des origines. Sa vie

se
qu'il

prolongea teUement que ror
ne mourrait pas.
Il

commençait à

dire

mourut

pourtant, mais son souvenir

demeura

très vivace. Cevs
et se plai

qui l'avaient connu

s'en

faisaient

homieur

Irénée parle, d'après salent à répéter ses propos. Saint
Jean, disciplf Papias, de preshyteri qui avaient vécu avec

du Seigneur

:

il

recueille leurs dires avec

beaucoup

d(

respect. Polycarpe, que

Tévêque de Lyon

avait coimi

du nombre de ces preshyteri. L( Li tombeau de Jean, à Eplièse, était connu et respecté. un tel sou légende, bien entendu, ne tarda pas à orner
dans son enfance,
était

venir.

Dès

la fin

du n"

siècle,

l'évêque d'Eplièse Po

lycrate qualifie

Jean de

prêtre,

portant la lame d'or
juif.

c'est-à-dire qu'il voit en lui

un grand-prêtre

Clémen

Tertullien sait déjà

du viei d'Alexandrie nous a conservé la belle histoire prodigue apôtre courant à la recherche d'un enfant un qu'il fut plongé à Rome dans
chaudière d'huile bouillante
:

sa vie, ses miracles et

s

»

Il

y avait cependant des oppositions

isolées,

comme

on

1

voit par /// Joan.

LES LIVRES CHRÉTIENS

143

mort, ou plutôt sa mystérieuse dormition. furent célébrés dans un des plus anciens romans apostoliques \

Les vieux docteurs d^lsie dont Papias et Irénée nous ont conservé les propos sont les derniers
sentants de
celle-ci

repré-

la

tradition

orale.

C'est

évidemment sur

que Ton avait vécu d'abord, alors que le Nouveau Testament n'était pas encore formé, que les
évangiles,

en particulier, ou n'étaient pas

écrits,
telle

ou ne jouissaient
situation n'était
s'altè-

que d'mie notoriété limitée.
pas sans danger, car on
rent les traditions
préciser.
sait

Une

avec queUe faciHté

quand
confié

l'écriture n'est
à
la

pas venue

les

mémoire des gens est exposé à souffiir de leur imagination et aussi des entraînements de leur éloquence. On racontait autour de Papias que le Seigiieiu' avait vécu jusqu'à
la vieillesse (aetas senior)
2,

Le dépôt

que Judas, au

lieu

de se pendre,

Je n'admettrais pas facilement que ces souvenirs asiatique soit leur autorité, puissent être répartis entre jdeux Jean, l'un disciple, l'autre apôtre, qui tous les deux auraient vécu en Asie. Papias distingue bien les deux Jean, mais il ne les met pas tous les deux en rapport avec son pays. Le Jean d'Asie est un apôtre ou un simple disciple il faut
*

[ques, quelle

:

choisir.

Si l'on s'écarte

de l'opinion traditionnelle,

il

Jean

le

disciple

aura été confondu avec

le

faut admettre que £ls de Zébédée,

iomme Philippe le diacre a été confondu avec Philippe l'apôtre! L'histoire des deux tombeaux, mise en avant, comme un on-dit,
>arDenys d'Alexandrie (Eus., VII, 25), n'est pas confirmée par a tradition monumentale d'Ephèse à Ephèse on n'a jamais )arlé que d'un seul sanctuaire et d'un seul Jean. « Irénée, H, 22, 5. Cf. Patres Apost., éd. Gebhart et Har;

lack, fasc. 2,

p. 112. Ceci pourrait évangile de Jean, ^TII, .57.

bien avoir été déduit de

1^
comme
passer,
il

CHAPITRE
est dit

X.

dans l'Evangile, avait vu son corps proportions qu'il ne pouvait plus enfler dans de teUes

j

j

même

dans

les rues carrossables

:

ses
. .

yeux
.;

disj

paraissaient sous le
rait enfin,
il

gonflement des paupières

il

mou-

exhalant une teUe odeur que la localité où

résidait

qu'elle

dut être abandonnée par ses habitants et narrateur ^ sentait encore maiivais au temps du

L'Apocalypse annonçait un règne de mille ans, pour les avant la résurrection générale. Cette donnée
saints,

fut cultivée avec quelque ampleur.

Dans

le

royaume de

dix mille branches?? mille ans on devait voir des vignes de

rameaux, dont de chaque branche sortiraient dix mille grains chacun porterait dix miUe grappes, de dix miUe

chacune

;

et

de chaque grain on pourrait tirer vingt-cinq
l'ave-

métrètes de vin. Pour le blé les choses seraient à

comme des nant ^ Et ces prédictions étaient données propos tenus par le Christ en persomie. Judas, incrédule
avant d'être
traître, se

permettait

des

objections

et

demandait comment Dieu pourrait produire une
végétation.

telle

«

Ceux-là

le

sauront, répondait le Seigneur,
»

qui entreront dans le
Il était

royaume

temps que

l'on acceptât les évangiles écrit-

et

que l'on s'en
Fragment
l.

tînt à leurs récits.

Sur

la

rédaction et

la

1

recueilli

par Apollinaire (d'Hiérapolis?),

PP

App.,

c, p. 94. 2 Irénée, V, 33, 3; PP. App., l. c, p. 87. Ces propos expli pou; quent le dédain des docteurs grecs du ni« et du IY« siècle familier ave. le millenium. Au temps de Papias on était plus de telles prédictions. On en trouve dans les livres apocryphe. d'Hénocli et de Baruch, ainsi que dans le Talmud.

LES LIVRES CHRÉTIENS

145

première apparition de ces textes vénérables ainsi que sur
l'accueil qui leur fut fait d'abord,

nous ne sommes que
dehors du
fait

très imparfaitement renseignés.
néral, à savoir

En

gé-

que

les évangiles ont été

domiés à l'Eglise

par

les

apôtres ou leurs discij^les immédiats, les résultats
la critique la

auxquels parvient

plus informée, la plus

pénétrante, la plus hardie

même, ont toujours quelque

chose de vague et de conjectural, qui ne comporte qu'un

assentiment défiant et provisoire.

Dans

la

question qui

nous occupe,

le

plus ancien témoignage extrinsèque dont

on puisse

faire état est

un propos de Jean

l'Ancien,
et

rapporté par Papias \ sur les évangiles de

Marc

de

Matthieu:
» »
»

«

Marc, interprète de Pierre, écrivit avec soin,

mais sans ordre, ses souvenirs sur les discours et les
actions

du

Christ. Il n'avait pas

lui-même entendu
:

le

Seigneur, ni ne l'avait

accompagné

c'est à Pierre qu'il

» s'était »

attaché. Celui-ci racontait selon les besoins de

son enseignement, sans vouloir suivre Tordre des discours du Seigneur. Aussi

»
»

Marc ne mérite aucun
selon qu'il
se

reIl

proche pour avoir écrit
n'avait qu'un soin
:

souvenait.

»
»

ne rien omettre de ce

qu'il avait
»
.

entendu

et

ne rapporter rien que de véritable

D'après
:

la
»

même

source, à ce qu'il

semble, Papias disait
'
:

«

Mat-

thieu rédigea en hébreu les Logia (discours)

chacun

» les interprétait

comme

il

pouvait

»

.

Il

est

regretta-

ble que
disait

nous ne sachions rien de ce que Jean l'Ancien

du troisième évangile. Ses appréciations apologéIII, 39.

»

Ensèbe, H. E.,

^

Evidemment encadrés dans un
l'E<jl. -

texte narratif.

DnciLEssE. Hist.'anc. de

T.

I.

10

146

CHAPITRE

X.

tiques sur

Marc semblent supposer des

objections sou-

levées par quelqu'un contre cet évangile.

Jean

les écarte^

mais
et

il

a l'idée que
récit

Marc ne représente pas
à la plume,

la perfection^'

qu'un

non plus d'un auditeur

des apôtres, mais d'un témoin direct, un récit complet
et surtout disposé
rait avoir

dans

lui

ordre plus rigoureux, pourle

quelque avantage sur

deuxième

évangile^.

Cet idéal ne pouvait guère
tliieu,

lui être ofiPert

par saint Mat
1^
li

chez lequel l'ordre des faits est sensiblement

même

que chez saint Marc

et

dont

le texte

grec ne

apparaissait pas

comme

bien

fixé.

Luc

est exclu,

comme

n'ayant pas plus que Marc
diat.

la qualité

de disciple immé-

Eeste Jean. X'y

aurait-il

pas

ici

une recomman-

dation indirecte

du quatrième évangile ?

Ces considérations cadrent assez avec une idée qui
se fait jour

deux ou

trois générations plus tard, et d'après

laquelle le quatrième évangéliste aurait plus

ou moins

approuvé l'œuvre des

trois

autres, tout

en cherchant,

pour son compte,

à

les

compléter par une exjDOsition

conçue d'une manière différente.

En
La

remontant au delà des entretiens de Jean l'An-

cien nous entrons dans la région des conjectures.

prédication chrétienne ne se conçoit pas sans uu
les prele

exposé quelconque de la vie du fondateur. Dès
miers jours
les

apôtres ont dû raconter leur maître,

rappeler à ceux qui l'avaient connu, l'apprendre à ceux
»5^ui

ne l'avaient jamais vu.

De

cet évangile oral, néces-

sairement divers, ont dû dériver de bonne heure des
rédactions diverses, elles aussi, et incomplètes, qui, se

LES LIVRES CHRÉTIENS

147

combinant entre

elles et

se transmettant

par des inter-

médiaires plus ou moins nombreux, ont abouti aux trois
textes que

nous appelons Synoptiques,

et

à quelques

autres que TEglise n'a pas adoptés,
très anciens.

mais qui sont aussi

Ici je

veux surtout parler de révangile

des Hébreux, et de révangile des Egj^tiens.
écrit

Le

premier,

en araméen, fut adopté par Téglise judéo-clirétienne
(y.aO'

de Palestine, puis, traduit en grec
te

'E^px''o'j;),

il

répandit dans ses
ce J^ays
il

succursales,

surtout

en Egypte.

Dans
texte,

se

trouva en concurrence avec un autre
les chrétiens

employé par

non judaïsants,
Telles sont

l'évan-

gile des Egj'ptiens
les

(/.xt' Aiy-jt^tiou;).

du moins

conjectures les plus probables qui aient été jusqu'ici

produites sur l'origine et la destination de ces textes.
Il est

possible que nos évangiles s}iioptiques aient

été,

tout à l'origine, d'usage local,
et

breux

des Egyptiens. Mais les

comme ceux des Hénoms dont il se réclaE-ome ou
ils

maient étaient de nature à les recommander partout.

Luc

et

Marc peuvent avoir

été lus d'abord à
:

à Corintlie,

Matthieu quelque autre part
de leur milieu d'origine.

tous

sor-

tirent bientôt

On
Une

a ^ii qu'ils
le

ne tardèrent pas à être connus en Asie, pays où
trième évangile parait avoir été écrit.
blés, les

qua-

fois

rassem-

textes évangéliques donnèrent lieu à des con-

frontations. Ecrits avec
titude

un

souci très relatif de l'exac-

dans

le

détail et de la précision chronologique,
n'é-

inspirés

immédiatement par des préoccupations qui

taient pas toujours identiques^ ils offraient des diversités

sur lesquelles l'attention ne pouvait

manquer de

s'arrê-

148
ter.

CHAPITRE

X.

De

des tentatives pour les compléter ou les corles autres,

riger les
récits
crits

uns par

ou

même pour

fondre leurs

en une sorte d'harmonie narrative. Les manusqui nous sont parvenus et aussi les citations des

anciens auteurs gardent trace de ces combinaisons, dont

quelques-unes remontent à une très haute antiquité. D'autres,

sans être attestées de cette façon, s'imposent par leur
Ici,

vraisemblance.
précis.

cependant,

il

est

dangereux

d'être

Le mieux
reste, ce

est

de ne pas trop sonder des ténè-

bres où les yeux s'usent sans résultat bien appréciable.

Du
ment

qui importe à l'histoire du développe-

chrétien, ce n'est pas ce qu'on pourrait appeler la

préhistoire des évangiles, c'est la suite de leur influence >^

sur la vie religieuse de l'Eglise.

^
remontent un
soit
cer-

Aux mêmes temps
tain

lointains qui virent naître les évan-

giles et à la génération postérieure

nombre

d'écrits qui, se
dits, soit

réclamant

des apôtres

proprement

d'autres personnages considérables,"

parvinrent à une très haute considération. Plusieurs ont
la

forme de

lettres:

tous

sont des livres d'instructiou

ou d'exhortation
ils

religieuse. Peut-être quelques-uns ont-

eu d'abord

la

forme d'homélies, prononcées dans une

assemblée chrétienne.

On

les

lisait

après

ou avec

les

saintes Ecritures, dans les réunions de culte.

Quand on

songea à constituer une bible chrétienne, un Xouveau
Testament,
plusieurs de ces écrits

C'est ainsi que l'épître

y trouvèrent place. aux Hébreux, anonyme d'abord,
par d'autres
à

puis attribuée par les uns à Barnabe,
saint Paul,
finit

par être ajoutée, en supplément, au

LES LIVRES CHRÉTIEXS
recueil paulinien.

149

Un

autre recueil se forma, celui des

Epîtres catholiques, c'est-à-dire adressées à l'ensemble

de l'Eglise

:

il

demeura assez longtemps ouvert

admettait, suivant les lieux,

on y un plus ou moins grand
:

nombre

d'épîtres.

A
il

la

longue

le

chiffre

de sept
trois

finit

par prévaloir. Ces

sept

lettres

sont

les

épîtres

johanniques dont
de
saint

a été question plus haut, les deux

Pierre,

celle

de saint Jude,

enfin

celle

de

saint Jacques,

Mais en dehors de ces compositions dans lesquelles
l'Eglise

reconnut l'inspiration divine et qu'elle jugea

dignes de prendre place parmi ses écritures canonicpies,
d'autres productions encore

nous témoignent des senfoi.

timents de nos ancêtres clans la
sure qu'ils diminuaient de

Les apôtres,

à

meils

nombre

et surtout

quand

eurent tous disparu, prirent dans le sentiment des fidèles

mie importance de plus en plus grande.
seuls eussent Cjualité

H

semble qu'eux

pour parler à

l'Eglise.

leur

mort

ils

co^itinuèrent à instruire, à

Même après édifier. Un petit
à tout le moins,

livre très ancien,
la

du temps de Trajan

Doctrine

(A'.^s-/-/;)

des Apôtres, censé écrit par eux,

rassemble, sous une forme succincte, les prescriptions

de

la

morale générale avec des conseils

susr

l'organi-

sation des
le

communautés

et la célébration

du

culte. C'est

prototype vénérable de tous les recueils de

Consti-

tutions ou de
le

Canons apostoliques par lesquels s'ouvre
Sous
le

droit ecclésiastique d'Orient et d'Occident.

nom

de Barnabe circula longtemps une instruction d'abord

150

CHAPITRE
qui,

X.

anonyme,

dans sa partie morale, est fort apparentée

à la Doctrine.

La Doctrine

et Tépître

de Barnabe pa-

raissent bien dériver l'une et l'autre d'un texte antérieur,

dans lequel
par
la

les règles

de la morale étaient exprimées

description des
le

Deux

voies, celle

du Bien

et celle

du Mal. Mais
sivement de

Pseudo-Barnabe ne s'occupe pas exclumorale;
il

la

a une doctrine ou plutôt une

polémique, l'antijudaïsme. Elle l'entraîne à de véritables
excès. Selon lui l'Ancien

Testament n'a point été écrit

pour

Israël, lequel,

trompe par Satan, n'y a jamais rien

compris, mais uniquement pour les chrétiens. Cette thèse
extraordinaire est prouvée par l'Eoriture elle-m§me, sou-

mise

ici

à

un allégorisme des plus intempérants.
cano-

Saint Pierre, en dehors de ses deux épîtres

niques, patronnait encore d'autres écrits: la Prédication
(K-i^i'jvy-y-,/

de Pierre, rApocalyj)se de Pierre, TEvan-

gile

de Pierre.

On

n"en a conservé que des fragments.
plus
ancien.
le

Le premier de
en reste donne

ces livres est le
l'idée

Ce qui
sens

d'exhortations dans

du

christianisme moyen, en dehors de toute préoccupation

de gauche ou de droite
.

:

à peine quelques traits carac-

téristiques, propres à confirmer ce

que nous savons

d'ail-

leurs de la haute antiquité

du document. L'Apocalypse,
descente du Christ aux enles supplices

exploitant la
fers, décrit,

domiée de

la

pour l'instruction des vivants,

que l'autre monde réserve aux coupables. Qaant à l'Evangile,

évidemment postérieur aux quatre
et

textes canonii,

ques

cependant

très ancien (11(>-13() environ

il

pré-

sente des particularités hardies. L'histoire évangélique

LES LIVRES CHUÉTIEXS

151

commençait,

clans les cercles d'où

il

provient, à se vaporacontait, en sui-

riser sous l'influence

du docétisme. On

vant plus ou moins les cadres traditionnels, mais en les
remplissant de récits altérés par lïmagination ou

même

par certaines préoccupations théologiques.

Les

livres décrits jusqu'ici ont tous été considérés,
églises,

au moins en certaines
ils

comme

des livres sacrés:

furent admis aux honneurs de la lecture publique
les

dans

assemblées chrétiennes.

E

en fut de

par l'église de

même Eome

de l'épître adressée vers l'année 97
à celle de Corinthe, et qui fut ré-

digée par révêque Clément.

Une

autre pièce, une ho-

mélie et non pas une lettre, une homélie prononcée on

ne

sait où.

à

Rome, à Corinthe, ou même
dans
les

ailleurs, fut

jointe à la précédente

manuscrits, et profita
celle-ci.

du patronage que

le

nom

de Clément donnait à

On

eut ainsi

deux épitres de saint Clément. Clément
raison,

passait,

non sans

pour avoir

été

un

disciple des

apôtres,

un homme apostolique. Le prestige des apôtres

s'étendait jusqu'à lui.

Un

autre écrit romain,

le

Pasteur
lecture

d'Hermas, parvint,

lui aussi,

aux honneurs de

la

publique dans beaucoup d'églises. Celui-là se donnait clai-

rement
saint
cle,

comme

inspiré. Il n'est

pas jusqu'au roman de
le 11^ siè-

Paul (Ada PauU\ composé assez tard dans

qui n'ait été rangé çà et là parmi les livres sacrés.

D'autres écrits, tout aussi anciens, et
les

même

plus,

que

derniers

nommés, n'atteignirent point aux mêmes hon-

neurs.

Je veux parler surtout des sept lettres de saint
et

Ignace

de

celle

de saint Polycarpe, qui remontent

152

CHAPITRE

X.
^

à des personnages hautement au temps de Trajan et autant du livre perdu de Pavénérés. On peut en dire

pias d'Hiérapolis,

«

Explications des discours du Sei-

gneur

»

publicité et leur autorité, Quelles qu'aient été leur commun qu'Hs ont été écrits tous ces livres ont ceci de

pour
elle

y a reconnu procède elle-même. Ce sont des
l'Eglise, et qu'eUe

l'inspiration dont
livres ésotériques,
la foi et à en-

affermir des livres d'intérieur, propres à

Il n'est pas étonnant que^ i tretenir le sentiment chrétien. on ne se soit pas préooleur caractère étant le même, démarcations! d'abord d'établir entre eux ces

cupé tout

les divers canons du précises d'où sortirent plus tard enfin le canon actuellement reçu

Nouveau-Testament,
dans l'ensemble de

et

la chrétienté.

Le

christianisme pos-

le déclin du premier| séda de très bonne heure, dès de livres bien à lui,, qu'il siècle, un certain nombre

n'avait point hérités de la

Synagogue, où sa

tradition

ses titres principaux spéciale se trouvait exprimée, avec où se révélaient déjà le. et ses données fondamentales, doctrinal et d^ lignes essentielles de son développement ses institutions. C'est là

un

fait

de

la plus

haute impor

tance,
détail,

et,

controverses de quoiqu'il en soit de certaines
fait

un

au dessus de toute contestation.

CHAPITRE
La Gnose
Les premières hérésies
le
:

XI.

et le

Marcionisme.

L'hostilité envers

et les

spéculations juives.

Saturnil d'Antioehe. dieu d'Israël Simon le Magicien et ses congénères. Les écoles gnostiques d'Alexandrie Valentin, BaLa gnose syrienne.

:

L'exégèse gnostique. Le L'Evangile et la tradition. Démiurge et l'Ancien Testament. Confréries Propagande à Eome. Marcion. — Ses principes, son enseignostiques. Résistance du christianisme orthodoxe. gnement, ses églises. Littéra*• Polémique orthodoxe. ture hérétique.
silide,

Carpocrate.

L'essence de la gnose.

L'hérésie,
l'Evangile.

nous l'avons vu,

est

contemporaine de
famille
est à

Le champ du Père de

peine

ensemencé, que l'ivraie s'y révèle à côté du bon grain.

De

là,

chez les directeurs des communautés primitives,

une préoccupation incessante qui s'exprime dans leurs
écrits,

lettres

de

saint

Paul.

Pastorales, Apocalypse,

épîtres de saint Pierre, de saint Jude, de saint Ignace.

Autant que ces documents permettent d'apprécier
doctrines combattues,

les

on voit qu'elles

se

ramènent à

quelques points

:

La nature

et la loi,

mosaïque ou naturelle \ sont

l'œuvre d'esprits inférieurs au Dieu-Père,
et véritable;

Dieu suprême

étrange que personne n'ait eu l'idée de se nature et la morale et de les rapporter à deux principes différents. Cela tient à l'éducation biblique. Avec la Bible il n'y a pas moyen de distinguer entre le Créateur et le
^

Il

est

asssz

glisser entre la

Législateur.

154
2° C'est

CHAPITRE

XI.

en Jésus-Christ que ce Dieu suprême

s'est

manifesté

;

Le

vrai chrétien peut et doit s'affranchir des puis-

sances créatrices et législatrices pour se rapprocher du

Dieu-Père.

Ces doctrines ne doivent pas être considérées

comme
si

une simple déformation de renseignement apostolique.
Il

y

entre sûrement des éléments chrétiens

:

mais

l'on

fait abstraction

de la place assignée à Jésus-Christ et

à son

rôle, le reste se tient tout seul et s'explique aisé-

ment par révolution de

la

pensée juive sous

l'excitaIl
suffit,

tion de la curiosité philosophique des Grecs.

pour s'en rendre compte, de se rappeler
sentiels de la

les points esinfhii,

doctrine de Philon

':

Dieu, être

au dessus, non seulement de toute imperfection, mais

de

toute perfection ou
lui
il

même

de toute qualification.
lui,

En

dehors de

et ne procédant pas de

la matière,

sur laquelle

agit

par l'intermédiaire de puissances",
est la prmcipale.

multiples, dont le
et le

Verbe

Ces puissances,

Verbe lui-même, sont présentées, tantôt commeL
dis-

immanentes à Dieu, tantôt comme des hypostases
tinctes;' elles

correspondent

soit

aux idées de Platon,
encore aux
des Grecs.

soit

aux causes
la

efficaces des Stoïciens, soit
(/W.îy.ovs:)

anges de

Bible ou aux démons

Par

elles le

monde

a été organisé

avec l'élément mar
elles

tériel préexistant.

Certaines

d'entre

se trouvent

*

Exposé

clair et succiuct
II,

dans Schûrer, Geschkhte des jU-

dischoi Volkes,

p. 867.

LA GNOSE ET LE MARCIOXISME

155
et c'est

emprisonnées dans des corps humains \
cohérence entre leur nature
sensible
vouloir.

de

l'in-

divine et leur enveloppe

que naît

le conflit

moral entre

le le

devoir et le
corps exerce

Triompher des influences que

sur l'esprit, tel est le but de la vie morale.
cipal

Le

prin-

moyen

est l'ascèse;

la
le

science est utile aussi et

l'activité

bien réglée,

avec

secours

de Dieu. Ainsi
elle le

l'àme se rapproche
rejoindra:

de Dieu:

dans l'autre vie
il

même
Dieu

en ce monde,

peut

lui être

domié

de

le

posséder momentanément par l'extase.
est loin

Ainsi,

du monde

et

ne

l'atteint

que
élé-

par des intermédiaires procédant de lui;

certains

ments divins vivent dans l'humanité,
nés dans la matière, dont
C'est le fond
ils

comme emprisonIl n'3'

cherchent à se dégager.
a qu'à intro-

même du

gnosticisme.

duire la personne de Jésus et son action rédemptrice,

tendant à ramener vers Dieu les parcelles divines égarées
ici-bas:

avec cette addition on obtient exactement les

doctrines
tiens.
:lite, il

combattues par

les

plus anciens écrivains chréla
:

Cependant, pour arriver à
reste encore

gnose proprement
l'antagonisme entre

un pas à

faire

Dieu et la matière doit être transporté dans le personnel
livin

lui-même

:

le

créateur doit être présenté

comme
et,

l'en-

lemi, plus

ou moins déclaré, du Dieu suprême,
salut,

dans

œuvre du

comme
là,
il

l'adversaire de la rédemption.
fallait

Pour en arriver

rompre ouvertement Ni Philon,
si

'Vec la tradition religieuse d'Israël.

res-

*

Corps animés; Philon est triclutumista.

1^56

CHAPITRE

XI.

Loi dont pectueiix de sa religion, ni les docteurs de la
les apôtres

combattaient

les « fables judaïciues »

,

ne pou-

vaient avoir l'idée
le

de ranger parmi
et

les esprits

mauvais

Dieu d'Abraham, d'Isaac

de Jacob.

1.°

Simon

et la

gnose vulgaire.

Mais on peut concevoir un milieu où l'éducation
biblique fût assez répandue pour servir
la spéculation tliéologique, sans c^ue

de support

à

cependant on y

fût

embarrassé de scrupules à l'égard du dieu de Jérusalem.

Ce milieu
le

n'est pas idéal

:

il

a réellement existé

:

c'est

inonde des Samaritains. Aussi bien
l'Eglise,

la tradition de^

Pères de
résies,

quand

ils

exposent

l'histoire des hé

concorde-t-elle
et à

à fixer leur point

de

départ

r

Samarie
gicien,

indiquer

Simon de Gitton \

dit le

Ma n

comme

leur premier auteur. Ceci, bien entendu,

doit être accepté

avec quelque réserve. Ni Ebion,

Cérinthe ne peuvent être considérés

comme

des desceL;

dants spirituels de Simon.
C'est donc à Samarie, la vieille rivale de Jérusalem

que

la

gnose proprement dite

fait sa

première apparitid
déjà
e:|

dans

l'histoire chrétienne.

Simon dogmatisait
'

ce pays, qui était le sien,

quand Philippe
magie
et

y vint
le

porte!

l'Evangile
» »

:

« Il

exerçait la

détournait

peupl
petil;
;

de Samarie, prétendant être quelqu'un de grand
et grands, tous s'attachaient à lui,
'

disant

:

" Celui-»

Gitton était un bourg de la circonscription de Samarie
Act., Xlll.
:

^

LA GXOSE ET LE MARCIOXISME
» est la

157
""

Puisance de Dieu,

la

Grande Paissance

».

Son
celle

attitude était

comme un

décalque samaritain de

de Jésus en Galilée et en Judée. Suivant la tradition
des
J.cfev, il

se rallia
les

au christianisme prêché par Phile

lippe,

puis par

apôtres Pierre et Jean, et reçut

baptême. Emerveillé des effets de Tinspiration chez les
néophytes,
il

s'efforça d'obtenir

que

les apôtres lui con-

férassent, à prix d'argent, le

pouvoir de faire de

tels

miracles. Cette prétention fut écartée. Toutefois, à Sa-

marie, où

il

était sur
l'

son terrain,

il

lui fut

donné de
était

prévaloir contre

Esprit-Saint. Saint Justin, qui
^

du

même
le
*.

pays, rapporte

que, de son temps, presque

tous les

Samaritains honoraient Simon
dieu suprême, supérieur
lui

comme un
toutes
les

dieu.
j)ni!5-

comme
sances

à

En même temps que rKvvo'.y.), incarnée comme lui,
trine

on adorait sa Pensée

en une femme appelée

Hélène. Saint Irénée domie plus de détails sur la doc-

simonienne.

« Il

y

a, dit-il,

une Puissance suprême.

'liiblimL'isima V/rfus;

laquelle a

un correspondant féminin,
monde. Mais
étaient,

sa
les

Pensée

(svvoiz).

Sortie de son Père, la Pensée créa
tour,

anges, qui, à leur
ils

créèrent
j)ai'aîti'e

le

comme

ne voulaient pas

ce qu'ils
la

c'est-à-dire

des créatures d'Ennoia,

ils

retinrent, la
j^uis

maîtrisèrent, l'enfermèrent
la firent

dans un corps féminin,
Elle

transmigrer de
le

femme en femme.

passa
:

notamment dans

corps d'Hélène, épouse de Ménélas

enfin elle devint prostituée à Tyr.
^AjioL,
I,

La Puissance suprême

20, 56: Dlal. 120.

«e ;sv

•j-cîavd) TïxaT,; a;/,v;; x.at s^s'jaia; /.ai o'jvav.îj); x.ai O'ru.'j.id

158
s'est

CHAPITRE

XI.

manifestée aux Juifs

comme

Fils,

en Jésus

:

à Sa-

marie

comme

Père, en Simon: dans

les

autres pays,

comme Saint-Esprit ». Lïntervention de Dieu monde est expliquée, d'abord par la nécessité de
Les prophètes ont
s'en occuper.

dans

le

délivrer

Ennoia, puis par la mauvaise administration des anges.
été inspirés par

eux

:

il

n'y a pas

à

Ceux qui

croient en

Simon peuvent,

en

pratiquant la magie, triompher des esprits maîtres du

monde. Quant aux
la

actions, elles sont indifférentes; c'est
la Loi,

faveur de Dieu qui sauve:

œuvre des

anges,

n'est qu'un

instrument de ser\àtude. Irénée rapporte

encore que

Simon

et

Hélène

étaient,

dans

la

secte

l'objet d'homieurs divins, qu'on leur élevait des statue>

ils

étaient figurés en Jupiter et en Minerve.

En
que
la

ce qui regarde la christologie,

Simon

enseignait

Puissance suprême, pour n'être pas reconnue

pendant son vo3'age en ce monde, avait pris successive'

ment
la
il

les

apparences de différentes classes d'anges,
les
;

puii-i

forme humaine en Jésus. Ainsi, parmi
avait paru être

homnei-|
il

homme,
le

sans Têtre en réalité

s'étailj

domié en Judée

semblant

de

la

souffrance,

sann

souffrir véritablement.

Dans

cet exposé

il

peut se faire que certains

t^ait^j

correspondent à un
la

développement de la doctrine
la secte.

aprè>'
sti

première fondation de

Mais l'ensemble

rattache bien à ce C[ue dit Justin et à ce que nous

lisons

dans

les Actes.

Cette préoccupation de

la Bible, alorf
d'idée;

même

qu'on en méconnaît l'autorité,

ce mélange

dualistes et de rites helléniques, cette

pratique

de h

LA GXUSE ET LE JrARCIOXLSME

15<>

magie, tout cela convient bien au milieu de Samarie
terre bénie

du syncrétisme

religieux.

La

gnose, qui s'épaici

nouira plus complètement ailleurs, laisse déjà voir
ses

données caractéristiques

:

le

Dieu
la

abstrait, le

monde

œuTi-e d'êtres célestes inférieurs,

divinité

partielle-

ment déchue dans l'humanité,
dégage.

la

rédemption qui Feu
(s^^zjgies)

D

n'est

pas jusqu'aux couples

du

sys-

tème valentinien dont on ne trouve

ici,

dans

la

suprême

Puissance et la première Pensée (Simon, Hélène), une première esquisse.

comme

Un
divine.

trait

notable

c'est

que

l'initiateur

de ce mouincarnation

vement religieux

se présente

comme une

Ceci est évidemment imité de l'Evangile.
la secte

De
rétée:

de Simon,

les

anciens auteurs rappro-

chent celle d'un autre samaritain,
il

Ménandre de Cappa-

est aussi

question d'un Dosithée, peut-être anet

térieur à

Simon lui-même

au christianisme,
à

et

d'un

Cleobius \

Ménandre enseignait
mie

Antioche. Tous ces

chefs de secte paraissent
^'être

avoir fait
divine.

comme Simon

et

attribué

origine

Leurs successeurs

turent plus

modestes.
est

Un

des premiers qui nous soient signalés
fit

Sa-

umil d'Antioche, qui
^rajan^
Il

enseig-nait

le temps de un Dieu-Père, que nul ne peut

parler de lui vers

' ^

Hégésippe, dans Eusèbe,
de l'rcwHcr.,
4().

//.

E., IV, 22

:

Irénée,

/. c.

;

Pseudo-

ert.

par Justin, Dial. 35, et Hégésippe, l. c. Ce qu'on n sait est représenté par Irénée, I, 24, que copient les autres eresiologues. Dans tous ces textes il figure entre le groupe de

''Nommé

imon

et les

grands gnostiques du temps d'Hadrien.

160

CHAPITRE
ni

XI.

nommer

connaître, créateur

des anges, archanges,

puissances, etc.

Le monde

sensible est l'œuvre de sept

anges. Ils créèrent

l'homme d'après une image briUante apparut en un movenue du Dieu suprême, qui leur imparfaite. ment fugitif: mais leur œuvre fut d"abord

Lliomme

primitif rampait à terre sans pouvoir se lever
pitié,

Dieu en eut

parce qu'il y reconnaissait quelque
:

image de lui-même
qui acheva de
se
le

il

lui

envoya une étinceUe de

vie

constituer.

A

la mort, cette étinceUe

dégage

et

va rejoindre son principe divm.

Le
uns

dieu des Juifs est

un des anges

créateurs. C'est

ont parlé, quelques.^ d'après ceux-ci que les prophètes

même

créa d'après Satan, leur ennemi. Ces anges

c'est pour le vainteurs sont en révohe contre Dieu:

cre,

pour vaincre surtout
est venu.

le

dieu des Juifs, c^ue

le

Sau
^

veur
il

Le Sauvem^ émane du Dieu suprême
Outre
il

est sans naissance, incorporel.

la victoire sur

le

dieu des Juifs et ses collègues, des hommes,

a

eu en vue
qui.
et

le

salut

ou plutôt de ceux

dans

leur

étincelle

de

vie, ont

un élément divin

sont suscep-

tibles, d'être

sauvés
et

^

Le mariage

la

procréation des enfants étaient

considérés dans la secte

comme

des œuvres de Satan

La

manger des plupart des SaturnUiens s'abstenaient de
1

Ceci est nécessité par

le

système, mais

le

document

n'er

dit rien.

Iré quelque incohérence dans le résumé de saint hommes aient une étincell» née. Il semble d'abord que tous les avantage se res de vie, un élément divin on voit ensuite cet treindre à une catégorie de privilégiés
2

II

Y a

ici

;

LA GNOSE ET LE MARCIONISME

IGl

choses ayant en vie, et cette abstinence lenr valait, paraît-il,

un grand

snccès.

Ici encore, en dépit de l'tiGstilité contre le judaïsme,

nous avons

la

donnée biblique des anges. Mais
;

il

n'y a

point de syzygies célestes

le

fondateur de

la secte

ne

prétend pas à la divinité

;

enfin la morale est ascétique.

Autant de
de
celle

traits

qui distinguent la gnose de Saturnil

de Simon. Son docétisme très marqué, son Sau-

veur qui n'a de l'humanité qu'mie pure apparence, cor-

respond bien aux préoccupations que nous avons signalées chez saint Ignace,

d'Antioche

lui aussi, et,

comme

Saturnil,

contemporain de Trajan.

Ces hérésies primitives ne paraissent pas avoir eu
i

beaucoup de succès en dehors de leur cercle originaire.
Saint Justin, par qui nous savons que les Samaritains

du

temps d'Antonin

le

Pieux étaient presque tous disciples

de Simon, dit que cette secte n'avait ailleurs que très peu
d'adhérents \ Sur la foi d'une inscription mal comprise
il
*

se figurait

que Simon avait

été,

à

Rome, honoré d'une
Mais
il

statue par les autorités de l'Etat.

est

peu prode son

bable que le Magicien ait instrumenté

si

loin

pays. Tout ce qu'on raconte de son séjour à

Rome

et

du

conflit qu'il

y

aurait eu avec saint Pierre, est désorle

mais classé dans
avait

domaine de

la légende.

Ménandre

promis à ses disciples

qu'ils

ne mourraient point.

^ Un siècle après Justin, Origène (Cels. I, 57) assure qu'il ne devait plus y avoir trente Simoniens dans le monde entier. ^ Confusion célèbre du vieux dieu sabin Semo Sanciis, Deiis Fldius, avec Sbno sanctas Dsiis.

Ddchesne. Hist. anc. de VEgl.

-

T.

I.

11

IQ2

CHAPITRE

Xr.

E

y eu

avait encore quelques-uns au

temps de saint

Justin.

En

S}Tie

le

succès spécial de

Simon

est loin

de

re-

présenter toute la fortune de la gnose. C'est en ce pays

que se produisit,
tation,

soit

par développement,
pullulation

soit

par imi-

cette

extraordinaire

de sectes que
et qu'il

saint Irénée rattache étroitement

au simonisme
appelle d'un

compare à des champignons.

Il les

nom com-

mun, celui de Gnostiques, et en décrit quelques variétés \ C'est à cette catégorie

de sectes que l'on donne
(ooi:,

assez souvent la dénomination de sectes ophifiqaes

serpent

I,

qui ne semble

convenir qu'à certaines d'enavait

tre elles,

le

serpent biblique
célestes,
les

un

rôle spécial.

Les noms des éons

combinaisons étabhes

entre les fantaisies métaphysiques et l'histoire bibhque

varient plus ou moins d'un système à l'autre. Mais
a toujours au

il

y

sommet des choses un
hebdomades

être ineffable et une
etc.)

pensée suprême (Emioia, Barbelo,
les

d"où procèdent

ogdoades

et les

:

toujours aussi un éon
arrive une infortune,

(Promiicos, Sophia, etc.) à qui

il

à la suite de laquelle certaines étincelles divines tom-

bent dans

les régions

inférieures.

A

cette catastrophe

divine se rattache la production du Démiurge, appelé

souvent laldabaoth.

Le Démiurge
:

ignore absolument

le

monde

divin supérieur à lui

il

se croit le seul et véri-

table Dieu, et l'affirme volontiers dans la Bible, inspicaté1 iraf-r. I. -20-31. Xi Justin ni Hégésippe ne font une gorie spéciale de ces hérétiques: je pense qu'ils les rangent sous
1

"appellation générale de Siuioniens.

LA GXOSE ET LE JIAUCIONISME
rée par
lui.

163

Mais

les étincelles divines

doivent être déChrist, l'un

gagées du

monde

inférieur.

A cet effet l'éon

des premiers du plérôme, vient s'unir

momentanément
du
salut.

à l'homme Jésus et inaugurer en lui l'œuvre

2.°

Vateniin, Dasilide,

Caiyocrate.

Après sa première effervescence en pays syrien,
gnose de Samarie ne tarda pas à trouver
l'Eg}T^6.
le

la

chemin de

De

ses diverses sectes quelques-unes prirent

racine en ce

pays

et s'y

conservèrent au moins jusqu'au
«

quatrième
tiques
»
:

siècle.
il

Celse connaissait cette variété de

gnos-

avait

même

lu leurs

ouvrages

^

Dans son
héré-

enfance, Origène passa quelque

temps chez un docteur
les

dAntioche, appelé Paul, très en vue parmi
tiques d'Alexandrie l

C'est dans les manuscrits et les

papyrus coptes que nous commençons à retrouver des
fragments de leur littérature. Mais leur plus grande
fortune fut acquise indirectement par les gnoses beau-

coup plus célèbres auxquelles sont attachés

les

noms

des alexandrins Basilide, Valentiu et Carpocrate.
C'est au
les

temps de l'empereur Hadrien (117-138) que
de ces héré-

anciens auteurs rapportent l'apparition

résies

^ Le système de Valentin, décrit en détail et

* Origène, Conira Ceisum, V, 61, 62; VI, 24-28. *Eus., H. E., YI, 2.

^ Dans sa Chronique, Eusèbe est plus précis. Il dit, à l'année 134: Basilidcs haeresiarcha Ms temjyorihus apparuit. On ne voit pas bien à quel événement spécial se rapporte cette date.

IQ^

CHAPITRE

XI.

futé par saint Irénée, est le

mieux connu des
le plus.

trois et
j
i

c'est lui sans cloute qui se répandit

Je vais en

indiquer les lignes principales.

Au sommet
trouve
sa
l'être

des choses
le

invisibles

et

ineffables

se

,

premier,

Père, l'Abîme inengendré, avec

compagne Sigé
de produire,
lui,

(Silence).
il

Le moment venu où
lui

il

lui

plaît

féconde Sigé, qui

donne un

être
.

semblable à

l'Intellect (Noo;) \ et

en

même

temps
est

un terme femelle qui est à l'Intellect ce que Sigé à l'Abîme. Cette compagne de l'Intellect est la Vérité.

;

L'Abîme

et Sigé, l'Intellect et

la Vérité,

forment

les

quatre premiers éons, la première Tétrade.
lect et

De

llntel;

de la Vérité naissent

le

Verbe

et la Vie, de ceux-ci

l'Homme
Mais

et l'Eglise. Ainsi se

complète l'Ogdoade, réu-

'

nion des huit éons supérieurs.
la génération des

éons ne s'arrête pas

là.

Lss
j

deux derniers couples donnent naissance l'un

à

cinq,
,

l'autre à six autres paires, ce qui fait en tout trente éons,

I

quinze mâles

et

quinze femelles, répartis en trois grou-

pes, l'Ogdoade, la

Décade

et

la

Dodécade. Ces

trois

groupes constituent le Plérôme, la société parfaite des
êtres ineffables.

Jusqu'ici nous

sommes encore dans
au monde sensible,
est

les abstractions;
il

pour passer de

va

falloir

une
de

transition, et cette transition

un dérangement

1

Dans

cette affaire,

le

sexe des abstractions est de

si
;

grande importance, la traduction offre des difficultés spéciales, car il arrive souvent que les termes changent de genre en pas-j sant d'une langue à l'autre.

LA GNOSE ET LE MARCIONISME
l'harmonie des éons, un désordre, une
originel

165

sorte de péché

Au
la

dernier rang de la

Dodécade

et

du Plérôme tout
le

entier se trouve le couple

formé par
^

Volontaire et
est prise tout

Sagesse

(0îa-/;tô;

-/.«t

Ir^oiv.)

La Sagesse

à

coup du désir de connaître
jDi'ii^c-ipe

le

Père mj^stérieux, l'Abîme.

Mais ce

de toutes choses n'est intelligible que
l'Litellect.

pour son Fils premier-né.
gesse est

Le

désir de la Sa-

donc un

désir déréglé, une passion. Cette pas-

sion inassouvie est la perte de l'être qui l'a conçue.

La

Sagesse se dissout et va se dissiper dans
qu'elle rencontre le

l'infini, lors-

Terme de
le

toutes choses. Topo:, sorte

de limite disposée par

Père autour du Plérôme. Arelle-même et reprend son

rêtée par lui, elle revient à

existence iDremière.
elle a

Mais sous l'empire de cette passion
l'éon

conçu: et

comme

mâle son comj^agnon n'est
celle-ci est irrégmlière
:

pour rien dans sa conception,
fruit

le

qui en résulte est

un

être imparfait par essence.

Cet être, appelé clans la langue valentiniemie

Hacha-

nioth ou Concupiscence de la Sagesse, est rejeté hors

du Plérôme.

Pour
le

cpie

dans

celui-ci

on ne voie plus reparaître

désordre que la

Sagesse un

moment

déréglée

y

a

introduit, la seconde

paire d'éons, Litellect et Vérité,

^

-5'jia,

celle-ci

le

mot

en grec, signifie plutôt habileté que sagesse. Pour pi-opre serait plutôt tru'jpîa'j-/-/;, qui rend assez

bien l'idée de sagesse morale.

Un homme
homme,

csui; est

un homme

de ressources plutôt qu'un honnête
ristide.

Ulj'sse plutôt qu'A-

166

CHAPITRE
le

XI.

produit une seizième paire,

Christ et

le

Saint-Esprit \

ce dernier jouant, dans la syzygie,

le rôle d"être femelle.

Ces deux nouveaux éons enseignent aux autres à

res-

pecter les limites de leur nature et à ne pas chercher

à comprendre l'incompréhensible
trent de cette instruction,
se trouve raffermie et son
et

*.

Les éons se pénè-

ainsi Tunité

du Plérôme

harmonie perfectionnée. C'est

alors que, dans

un

élan de reconnaissance pour le Père
et leurs

suprême, tous'ensemble, unissant leur puissances
perfections,
le
ils

produisent

le

trente-troisième éon, Jésus,

Sauveur.

Cependant Hachamoth.
gesse, restait en dehors

la

Concupiscence de

la Sa-

du divin Plérôme.

Celui-ci lui
le

envoie successivement deux visiteurs. L'un,

Christ,

donne à

cette

espèce

de matière aristotélicienne une

sorte de forme substantielle, avec un embryon de conscience. Elle

prend

le

sentiment de son infériorité et subit
la tristesse, la crainte, le déses-

une

série

de passions,

poir, rignorance.

Le second

visiteur,

Téon Jésus, sépare

d'elles ces passions.
la

De

cette seconde opération naissent
{'jai-ay,)

substance inanimée

et

la

substance animée

('!/'j/ty.r,),

formées

la

première des passions d'Hachamoth,

la

seconde de son retour à un état plus parfait, après

l'élimination des passions.

Dans

cet état amélioré elle

*

Ici,

comme dans

le

nom Hachamoth nous
,

rencontrons

l'orientalisme. Esprit, dans les langues sémitiques, est

un mot

féminin.
^

Sage leçon, que

les

gnostiques modernes devraient bien

accepter de leurs lointains ancêtres.

LA GXOSE ET LE MARCIOXISIIE
est susceptible

1G7

de concevoir.

La

seule vue

des anges
:

qui escortent le Sauveur

suffit à la

rendre féconde

elle

enfante ainsi la troisième substance, qui est la substance
spirituelle {-vvj'j.y-ivJ, ).

Jusqu'ici,

nous ne sommes encore que dans
inférieur,

les pré-

liminaires

du monde

du Kénôme, qui s'oppose

au Plérôme.

Le monde
va

concret est encore à faire; seu-

lement les trois substances, matérielle, psychique, pneumatique, dont
l'être.
il

se comjDOser, sont déjà arrivées

à

Le Créateur va

enfin paraître. Il ne sera pas créales

teur au sens propre

du mot, puisque
lui.

éléments de son
le

œuvre existent avant
tirer
elle

Lui-même, Hachamoth. ne peut

de la substance spirituelle (pneumatique) sur laquelle
:

n'exerce aucun empire elle le tire de la substance ani(ps^^chique). Ainsi produit, le
la

mée

Créateur ou Démiurge
qu'il

doime à son tour

forme à tout ce

y

a d'êtres

animés (psychiques) ou matériels (hyliques).
des premiers, le créateur
catégories.

11 est le

père

des autres,

le

roi
il

des deux

Entre

les êtres ainsi

produits

faut distin-

guer les sept cieux, qui sont aussi sept anges, mais
sept esprits purs (TrvsuaaTa).
gle: sans le savoir
il

non

Le Démiurge opère
le

à l'aveu-

s'emploie à reproduire
il

Plérôme

dans dans

la
le

sphère inférieure où

se

meut. Hachamoth,
le

Kénôme, correspond à l'Abîme,

Démiurge à

l'Litellect

premier-né, les anges ou cieux aux autres éons.
lui, le

Ignorant tout ce qui est au dessus de
se croit seul
lui

Démiurge

auteur

et seul

maître de l'univers. C'est
«

qui a dit dans les Prophètes:
».

Je suis Dieu,

il

n'y

en a pas d'autre que moi

C'est lui qui a fait l'homme,

1G8

CHAPITRE

XI.

mais seulement l'homme matériel
«psychique).
rieurs

et

l'homme animal

Un

certain

nombre d'hommes sont supéles

aux autres: ceux-là sont

pneumatiques ou

spirituels. Ils
la

ne dérivent pas entièrement du Démiurge:

substance spirituelle enfantée par

Hachamoth
ils

s'est

infiltrée

en eux:

j^ar

cet

élément supérieur
\

consti-

tuent

l'élite

du genre humain

Voici maintenant l'économie du salut.
tégories d'hommes,

Des

trois ca-

les uns, les matériels, sont incapa-

bles de salut. Ils périront nécessairement avec la
tière

ma-

dont

ils

sont formés. Les spirituels Cpneumatiques)
ils

n'ont aucmi besoin qu'on les sauve:
nature. Entre
liles

sont élus par

les

deux, les psychiques sont suscepti-

de

salut,

mais incapables d'y parvenir sans secours

d'en haut. C'est pour eux que se fait la Rédemption.

Le

Rédempteur

est

formé de quatre éléments. Le premier,
:

sans être matériel, a l'apparence de la matière

cette ap-

parence

suffit, la

matière n'étant pas à sauver.

Le second
di-

est j)sychique. le troisième

pneumatique,

le

quatrième

vin: c'est Jésus, le dernier éon. Ainsi ces trois derniers

éléments procèdent du Démiurge, d'Hachamoth et du

Plérôme. Cependant l'éon Jésus n'est descendu dans

le

Rédempteur que

lors

de son baptême; au
il

moment de

sa

comparution devant Pilate,
'

est

remonté au Plérôme,

Il

y

a,

si

l'on peut ainsi parler, trois lieux: le Plérôme,

séjour des éons, rOgdoade, séjour d'Hachamoth-Sophia, l'Hebdouiade, séjour du Démiurge; trois chefs: l'Abîme,
le

Hachamoth,
le

Démiurge;

trois sortes d'êtres: les abstractions divines féonsi,

les

abstractions inférieures (matière,

âme,

esprit),

monde

concret.

LA GNOSE ET LE -MARCIOXLSME

169
et

emmenant avec

lui

l'élément pneumatique

laissant

souâPrir l'élément

psychique, revêtu de son apparence

matérielle.

Quand

la

puissance

créatrice
fiii.

du Démiurge sera

épuisée, l'iiumanité

prendra

Hachamotli, enfin transle

formée en un éon céleste, obtiendra une place dans

Plérôme
elle

et

deviendra l'épouse de Jésus-Sauveur. Avec

entreront les
les

hommes

spirituels (pneumatiques):
le

ils

épouseront

anges qui forment
la place

cortège du Sauveur.
et

Le Démiurge prendra
ainsi

d'Hachamoth

montera

d'un degré dans l'échelle des êtres.

E

sera suivi

par ceux des
fin:

hommes psychiques
en

qui auront atteint leur

les autres,

même temps

que

les matériels, péri-

ront dans
la

mi embrasement général, qui détruira toute

matière.

En
et

langage vulgaire, ces trois catégories d'hommes

correspondent aux Valentmiens, aux chrétiens ordinaires

aux non-chrétiens. Les premiers et

les derniers

sont

prédestinés irrévocablement, les mis à la vie éternelle,
les

autres à Tanéantissement.
;

Un

Valentinien n'a qu'à

se laisser

vivre ses actes, quels qu'ils soient, n'atteignent
:

pas la nature spirituelle de son être

l'esprit est indéd'elle.

pendant de

la

chair

et

n'est point

responsable

On

voit d'ici les

conséquences morales.
assez concihant.
Il

Valentin est

un hérétique

accorde

sans doute à ses adeptes

beaucoup de

facilités

en ce

monde
1

et

il

leur réserve, dans l'autre, les avantages de
il

apothéose. Mais
les

admet que

les

gens de

la

grande

Eglise,

chrétiens

du commun, puissent

atteindre.

j^YO

CHAPITRE
la pratique

XI.

moyennant

de

la vertu, à

une assez conforl'auteur

table féUcité.

Le Démiurge lui-même,

respon-

critiquée dans les autres sectes, sable de la création, tant
se voit

ménager une destinée
valentinieime

fort honorable.

La gnose

est,

d'un bout à Tautre, une

gnose nuptiale. Depuis

les plus abstraites origines des

ce ne sont êtres jusqu'à leurs fins dernières,

que syzygies,

en ses consémariages et générations. En ceci, comme système simoquences morales, elle rappeUe plutôt le
contraire, se ', au nien que celui de Saturnil. Basilide symbolise autrement rapproche de Saturnil en ce qu'il évolution de que par des rapports de sexe la longue concret. Ses éons, comme les anges de Sal'abstrait

au

tumU, sont

célibataires.

Mais

la complication n'est pas

moins grande que

cliez Yalentin.

Père inengendré procède Nous, de Nous Logos, et D3mamis, de Logos Plironesis, de Phronesis Sophia

Du

Vertus, Pirissanqui produisent d'autres êtres appelés premier ciel. Il n'y a pas ces, Anges. Ainsi se peuple le

moins de 365 cieux:
nier. Il est habité

celui
les

que nous voyons

est le derle

par

anges créateurs, dont

chef

la prétention d'asest le dieu des Juifs. Celui-ci éleva

du système de Basilide je m'en rapsaint Hippoly te dans son porte à saint Irénée (1,28), suivi par Epiph. Haer. 24, Philastr. 32). Les Phi(Pseudo-Tert.,
1

Dans

cette description

Syntagma

niais donnent une toute autre idée du système, est devenue suspecte. Cléd'après des documents dont l'origine intéressants, ment d'Alexandrie nous a conservé quelques traits mais seulement pour la partie morale.

losopluniienu

LA GXOSE ET LE MARCIOXLSME
servir tous les peuples à la nation qu'il favorisait.
là conflit entre lui et ses collègiies.

171

De
le

Pour
des

rétablir la paix

et délivrer

Fliomme de

la tj-rannie

démiurges,

Père suprême envoie ici-bas Nous, qui prend en Jésus une apparence d'humanité. Au moment de la Passion,
le

Eédempteur cliange de forme avec Simon

le

C3-rénéen,

lequel est crucifié à sa place. Aussi n'y

a-t-il

pas lieu

d'honorer le crucifié, ni surtout de se laisser martjTiser

pour son nom.

Le

salut consiste dans la comiaissance

du

véritable état des choses, suivant

renseignement ba-

sihdien.

L'Ancien Testament
les créateurs.

est répudié,

comme

inspiré par

La magie,

qui permet

de maîtriser ces
les Basilidiens.

êtres néfastes, était très

en homieur chez
le

Es avaient des mots mystérieux;
d'Abraxas' ou

plus connu est celui

Ahramx, dont

les lettres

additionnées suile

vant leur valeur numérique (en grec) domient
bre 365, celui des

nom-

mondes

supérieurs.
le

La morale

est tout

aussi détermkdste
foi est affaire

que dans

système de Valentin.

La

de nature, non de volonté. Les passions

ont une sorte de substantialité.
pendices
;

On

les appelait

des ap-

ce sont des natures animales attachées à l'être
se trouve ainsi

raisomiable, qui
rochtes,

pourvu

d'instincts hétéet ainsi

ceux du

loup,-

du

singe,

du Hon, du bouc,

de suite ^ Sans être atteinte en elle-même par

les fautes

où l'entraînent

ses passions, l'âme spirituelle en

subit

Rapprocher ce tème valentiuien.
'

trait des

passions d'Hacliamotli dans

le sys-

Y^2

CHAPITRE
les

XI.

iiéanmoms
et l'est

conséquences: tout péclié doit être expié,

en

effet

par

la souffrance,

en cette vie ou en
est admise.
les Basili-

une autre, car

la

métempsycliose
il

Dans

la

pratique,

semble qu'à l'origine

morale commune. diens aient accepté les règles de la et son fils Clément d'Alexandrie atteste que Basilide
'

repoussaient l'immoIsidore admettaient le mariage et mais les Basilidiens de son temps n'étaient guère
ralité
;

fidèles,

en

ceci,

aux préceptes du maître.

A

la fin

du

second

siècle, la secte avait

une réputation d'immoralité

bien établie.

Comme

celle

de Yalentin, c'était surtout une école.

.

C'est aussi le cas de la gnose carpocratienne

-.

Car-

poerate était

un

alexandrin,

comme

Yalentin
l'Ile

et Basilide,

de Céphal Sa femme, appelée Alexandrie, était de prodige, qui lénie: il en eut un fils, Epipliane, enfant

mourut à dix-sept
Epipliane

ans, auteur d'un livre

«

sur la Justice

».

devint dieu à Cépliallénie,

comme Simon
ville

à

Samarie. Les insulaires lui élevèrent dans la

de

Samé un temple

et

un musée, où Ton

célébrait en son

liomieur des sacrifices et des fêtes littéraires.

Carpocrate était \m philosophe platonicien plus ou

moins

frotte

de christianisme giiostique.
toute

Il

admettait

un dieu unique, duquel émane
1

une hiérarchie

Sfrom., III,
Iréuée,
I,

1

et suiv.

Clément 25; les autres dérivent de lui, sauf imd'Alexandrie, Sirom., III, 2, qui a conservé des fragments
2

portants du n

=

:i

oi/.a'.oo'xn.;

d'Epiphane.

LA GXOSE ET LE MARCIONISME
d'anges.

173

Le monde

sensible est leur

œuvre ^ Les âmes

humaines ont d'abord circulé dans l'entourage du DieuPère: puis, tombées dans la matière, elles doivent en
être délivrées

pour revenir
les

à leur origine. Jésus,

fils

de

Joseph, né dans

mêmes

conditions que les autres

hommes

et

engagé

comme eux
de ce

dans
qu'il
le

la

métempsychose,

a pu, par réminiscence

avait

connu dans

son existence première et avec

secours d'en haut,
et

triompher des maîtres du

monde

remonter auprès
son exemple et

du Père. Tous peuvent,
par
et

comme

lui,

à

les

mêmes moyens,

arriver à mépriser les créateurs

à leur échapper. Ils peuvent
lui.

y

réussir aussi bien et
cette libération

mieux que

Le programme de
les actes.

com-

porte le passage en tous les états de vie et l'accomplis-

sement de tous
S'il n'est
le

pas rempli dans
il

la vie présente, ce

qui est

cas général,

y

a lieu à des transmigrations succesle

sives jusqu'à ce
leurs,

que

compte y

soit.

Les

actes, d'ail-

sont indifférents de leur nature; l'opinion seule

les classe

en bons

et

en mauvais.

La

«justice

»

enseignée
la ré-

par EjDiphane est essentiellement l'égalité
partition

dans
les
la

des biens.

Ceux-ci,

y compris

femmes,
lumière

sont à tout le

monde, exactement comme

du jour.

On
Platon.

recomiait à plusieurs de ces traits, l'influence de

Le mythe du Phèdre
saint Irénée

est greffe sur l'Evangile.

'

Dans l'exposé de

il

n'est pas dit que ces anges
;

se soient

exigé et

mis en révolte contre le Dieu-Père saint Epiphane l'affirme.

mais

ce trait

semble

174

CHAPITRE

XT,

La magie
pocratiens.
caractérisées.

était

en très grand honneur chez

les

Car-

Leur

culte avait des formes helléniques bien

On

a déjà

vu comment

ils

honoraient leurs

fondateurs.

Hs avaient

aussi des

images peintes ou sculp-

tées de Jésus-Christ, soi-disant reproduites d'un portrait

exécuté par ordre de Pilate:

ils les

couronnaient de
et

fleurs^

avec
sages.

celles

de Pythagore. Platon, Aristote

autres

Saint Irénée ne veut pas croire que

ces sectaires
et

poussent leur morale à ses dernières conséquences
qu'ils aillent jusqu'à se livrer à toutes les

abominations

qu'elle

autoriserait.

Mais

il

constate la perversion de

leurs

mœurs

et le scandale qu'elle cause. Il
le

reproche aux
I

Carpocratiens de diffamer

christianisme, et leur dequi^

mande comment

ils

peuvent se réclamer de Jésus,

j

dans son Evangile, enseigne une toute autre morale.

;

Les Carpocratiens avaient réponse à cela. Ils préten|

daient que Jésus avait eu des enseignements secrets, que
les disciples n'avaient confiés qu'à des

|

personnes sûres.

|

3.°

— U enseignement
plus
loin

gnosfique.

Inutile

d'aller

dans

la

description

des

systèmes gnostiques.

On

reconnaît aisément sous leur

diversité quelques idées

communes

et

fondamentales.

Le Dieu

créateur et législateur de l'Ancien Tesle
il

tament n'est pas
hauteur
infinie,

vrai Dieu.

Au

dessus de

lui,

à

ime

y

a le Dieu-Père,

prmcipe suprême

de tous

les êtres.

LA GNOSE ET LE MARCIOXISME

175
le

Le Dieu de l'Ancien Testament ignore

vrai

Dieu, et le

monde
vrai

l'a

ignoré avec
lui,

lui

avant l'apparition

de Jésus-Christ, lequel,

procède du Dieu véritable.

Entre

le

Dieu

et la création s'interpose
:

une

série fort
série,
il

compliquée d'êtres divins d'origine dans cette se produit à un point ou à l'autre un désordre

qui en trouble l'harmonie.

Le monde

sensible,

y compris

souvent son créateur, procède de cette faute originelle.
4° Il

y

a dans l'humanité des parties susceptibles de

rédemption,

comme dérivant, d'une façon ou de l'autre, du monde céleste supérieur au Démiurge. Jésus-Christ
venu en ce monde pour
5"

est

les

en dégager.

L'incarnation ne pouvant aboutir à une sérieuse

union entre la divinité et la matière maudite, l'histoire
évangélique s'explique par une union morale et transitoire entre un éon divin et la personne concrète de Jésus, ou encore par l'évolution d'une simple apparence d'hu-

manité.
6" Il n'y a

donc eu ni passion ni résurrection

réelle

du Christ

:

l'avenir des prédestinés ne

comporte aucune

résurrection des corps.

Le divin égaré dans l'humanité,
pas solidaire de

c'est-à-dire l'âme

)rédestinée, n'est
1

la chair

qui l'opprime.
(tenl'es-

faut

s'efPorcer d'annihiler la chair

par l'ascèse

lance rigoriste)
Tit soit
iste).

ou tout au moins ne pas croire que

responsable de ses faiblesses (tendance liberti-

De
e

telles

idées ne pouvaient

évidemment
du

se réclamer

l'Ancien Testament. Celui-ci,

reste, était

répudié

176

CHAPITRE

XI.

universellement

comme

inspiré

par

le

Créateur.

La

Bible cVIsraël grande Eglise tenait ferme à la Jahvé avec le Père le moyen de concilier
Tait

et troucéleste.

pas. On Les gnostiqnes n'y parvenaient à Flora K comment l'exégèse la lettre de Ptolémée

peut voir, par
était

pratiquée dans les cercles valentiniens.

La

loi

mosaïque

y

est

ques, à

textes évangéliramenée, en partant de certains Moïse, les Anciens trois autorités différentes:

d'Israël et Dieu.

Dans

ce qui est de Dieu,

il

faut

dis-

ceux tinguer entre les bons préceptes,
ou'^de la

du Décalogue
n'est
pas

morale naturelle, que

le

Sauveur
préceptes
le

venu

abolir,

mais accomplir:

les

mauvais,
enfii.

comme

celui

du

talion,

abrogés par

Sauveur:

d'ombre, de figure, comme ceux qui n'ont qu'mie valeur Mais il est clair que cette loi di les lois cérémonieUes.
Yine, ainsi

composée de bons

et

de mauvais préceptes
parfait, pa

infiniment ne peut être attribuée à Tètre
plus,

du

reste, qu'à

l'ennemi de tout bien. Elle est don
di

Créateur. Flora, l'œuvre d'un dieu intermédiaire, du
le

troubler docteur en terminant, ne doit pas se
le

d'ei

tendre dire que

mauvais esprit et l'esprit moyen (1 souverainement parfai Créateur) proviennent de l'Etre aidant, en recevant la trad « Vous l'apprendrez, Dieu reçue p apostolique que nous aussi nous avons »
tion
» »

toutes les doctrine succession, avec l'usage de juger de

d'après l'enseignement

du Sauveur».

,

commentée r Epiph. Haer. XXXIIL 3-7: Rééditée et l'académie de Berlm, Wl Harnack dans les Sitzunysberichte de
1

p. 507-511.

LA GNOSE ET LE MAUCIOXISME
Cette attitude exégétique
est,

177
facile

en somme,

à

comprendre. Pour
tout

les

penseurs religieux du IP

siècle,

comme pour

nous, la critique de la nature et de
le droit

la loi est

une perpétuelle tentation. L'homme a

de se plaindre de la brutalité des forces naturelles, et de s'en plaindre non seulement pour
les
lui,

mais pour tous
est naturelle-

êtres vivants

;

en d'autres termes

il

ment
clarer
blie

porté, de son point de

vue
fait.

très circonscrit, à dé-

que

le

monde

est

mal

De même

la loi, éta-

pour des cas généraux, néglige et ne peut que né-

gliger mille circonstances particulières, ce qui, bien souvent, la fait paraître

absurde et injuste.
le

Au

dessus de

ce

monde

et

de ses misères,

cœur de l'homme presdans l'amour

sent une infinie bonté, qui se manifeste
et

non dans

la

simple justice. Supposez un Grec cul-

tivé

dans cet état d'esprit et mettez-le en rapport avec

la Bible. L'x4.ncien

Testament

lui offrira le

dieu terrible

qui crée sans doute, mais qui tout aussitôt punit sur la
race

humaine tout entière

la faute

de son premier couple

;

qui se repent de l'avoir laissée se propager et la détruit,

sauf une famille, avec la
cents assurément des fautes

plupart des

animaux, inno-

que

l'on reproche

aux homla pro-

mes; qui

s'allie

avec une peuplade d'aventuriers,

tège contre les autres nations, la lance en des expéditions de
tin et

conquête et de pillage, réclame sa part du bu:

préside au massacre des vaincus

qui la dote d'une
il

législation où, à côté

de prescriptions équitables,

y

en a de bizarres et d'impraticables. Les juifs éclairés,
et les chrétiens

avec eux, expliquaient ces traits fâcheux
12

T>vc}assE. Eist.anc. deVEfjl.-T.I.

J78

CHAPITRE

XI.

par d'ingénieuses allégories. Xons ne pouvons en faire en conautant: mais nous nous tirons tout de même
en considétestant Tobjectivité de ces tares divines et
rant leur apparition dans les textes sacrés

comme

l'ex-

pression

chez les
tait

du dégrossissement progressif de l'idée de Dieu liommes d'autrefois. Mais cette explication n'éla

pas à

portée des anciens. Les penseurs gnosti-

ques s'abstinrent de demander à l'allégorisme ce queii tiraient les orthodoxes. Comme ils avaient besoin de
quelqu'mi poui' endosser
et
la responsabilité le

de

la nature

de

la loi, ils

en chargèrent

Dieu

d'Israël.

L'Evan-

un gile, au contraire, où résoimait, à leur estimation,
timbre tout différent, leur parut une révélation de
la

bonté suprême

et

de

la

perfection absolue.

Cette distribution des rôles pouvait paraître ingénieuse
ficulté.
:

mais

elle

ne

faisait

au fond que reculer
et

la dif-

Le Démiurge

expliquait la Nature

la

Loi.

Mais comment l'expliquer lui-même? Marcion, on le verra, ne chercha guère à résoudre cette énigme. Les
autres n'y parvinrent qu'en intercalant entre
le

Dieu

suprême

et le

Démiurge toute mie

série

d'éons dans

lesquels la perfection aUait en s'atténuant à mesure qu'ils
s'éloignaient

du premier

être, si

bien qu'un désordre
effet

pouvait se produire et se produisait en

chez eux

:

solution arbitraire et incomplète, qui ne pouvait man-

quer de susciter

les critiques les plus vives.

On
Jésus

voit pourquoi, dans ces systèmes, l'Evangile de
était le

grand

et,

à vrai dire, le seul argument.

On

le

percevait par des textes écrits, au

nombre

des-

LA GXOSE ET LE MARCIOXISME
quels figurèrent de bonne heure nos

179

quatre évangiles

canoniques
écrites,

^,

et aussi

par des traditions spéciales, soit

soit orales.

Ces traditions prétendaient reproévangélique connue de tous,
le

duire,

non pas

l'histoire

mais des entretiens secrets,
à
la

plus souvent postérieurs
le

Résurrection, dans lesquels

Sauveur expliquait

à ses apôtres, à Marie Madeleine et autres

femmes de

son entourage, les plus profonds mystères de la gnose.

De

là les

évangiles de Thomas, de Philippe, de Judas,

les petites et

grandes Questions de Marie, l'évangile de
D'autres livres se réclamaient des
Moïse, d'Abraham, d'Adam,

la Perfection, etc.

anciens justes, d'Elie, de

d'Eve, de Seth surtout, qui, dans certains cercles, avait

un

rôle très important. Il
la

y

avait aussi, dans les sectes

comme dans

grande Eglise, des prophètes inspirés,

dont les paroles étaient recueillies et formaient une autre
catégorie de livres sacrés
et
:

ainsi les prophètes ]\Iartiades
»
.

Marsanos chez Chez

les «

Archontiques

les Basilidiens,

on s'ajopuj^ait sur la tradition d'un
de saint Pierre.

certain Glaucias, soi-disant interprète
Il

y

avait aussi

un évangile de

Basilide,

pour lequel

saint

Matthieu

et saint

Luc

avaient été mis à contriet

bution, et des prophètes,
les livres
lide,

Barkabbas

Barkoph, dont
fils

furent

commentés par
la

Isidore,

de Basi-

Le chef de

secte

avait
»

lui-même

écrit vingts

quatre livres d'«Exégétiques
lui aussi, se

sur son évangile. Valentin,

réclamait d'un disciple des apôtres, Théodas,
les

'

Les Gnostiques ne citent jamais

Actes, ni, bien en-

tendu, l'Apocalypse.

180

CHAPITRE

XI.

qui aurait eu saint Paul pour maître, et sa secte possédait

un

«

évangile de la Vérité

»

Telles étaient les autorités. L'enseignement se répandait de proche en proche et aboutissait à la formation

de petits groupes

d'initiés, qui,

en général, s'efforçaient
la vie

d'abord de combiner leurs doctrines secrètes avec
religieuse ordinaire des
ils

communautés

chrétiennes. Mais

étaient vite reconnus et formaient alors des associa-

tions autonomes,

ils

avaient toute liberté pour dévecélé-

lopper leurs systèmes, graduer leurs initiations et
brer leurs rites mystérieux.

Le

culte extérieur avait tou-

jours pour eux beaucoup d'importance. Parler aux sens,
exciter Timagination, c'était
Ils

un de

leurs grands moyens.

ne se refusaient pas l'emploi de termes exotiques,
et de

de mots hébreux répétés ou prononcés à rebours
tout l'appareil des sortilèges.
les esprits faibles

Avec

cela

ils

agissaient sur
occulte,

ou inquiets, avides de science

d'initiations, de mystères, sur la clientèle de l'orphisme
et des cultes orientaux.

Les

trois écoles

de Yalentin, de Basilide

et

de Car-

pocrate paraissent, les deux premières surtout, avoir

eu un grand succès dans leur pays d'origine. Clément
d'Alexandrie parle très souvent de Basilide
lentin
:

et

de Vadehors

il

avait

beaucoup étudié leurs

livres.

En

de l'Egypte,

la secte basilidienne

n'eut pas autant de

vogue

cj^ue

celle

de Valentin. Celui-ci se transporta de
il

bomie heure à Rome, où
'

fit

un long séjour \
rMi^
£Î;

sous

Iren. III, 4, 2: OjaX-vTtvs;

ii.vi

"jàp

Twy.r.i i-i

'ï-^Îvî-j,

f,ic;j.a(j£

ôî =-! Fhj'j x.ai TTapî'y.ar;;^ eu; 'Av'./.r.TSj.

Tertullieii iPrcieSCr. 30).

LA GNOSE ET LE MARCIOXLSME
les

181

évêques Hygin, Pie et Anicet. D'après ce qu'en dit
il

Tertullien,

y vécut d'abord parmi
sa curiosité

les fidèles,

jusqu'au

moment où
le firent

dangereuse

et

sa

propagande

exclure, d'abord provisoirement, puis définiti-

vement, de la

communauté chrétienne
un peu partout.
»

',

Cet événement n'empêcha pas la secte de Yalentin
de se répandre
lien le
«

Au

temps de Tertul-

collège

des Valentiniens était la plus en vohérétiques.

gue de toutes

les associations

La

doctrine

du maître hW maintenait, mais avec quelques bigarrures,
qui donnèrent lieu
plus
célèbres,

à

diverses

écoles.

Les maîtres
Marc,

les

Héracléon, Ptolémée,

Théodote,

nous sont connus par saint L'énée
xandrie.

et

Clément d'Ale-

semble dire que Marcion et.Valentin furent quelque temps, à Rome, orthodoxes et membres de l'Eglise, iu cathoUcae 2)rimo

dodrinam. credidisse apud ecdesiam
Eleutheri beuedicfi.

à la place de concilier ce renseignement avec celui de saint Epiphane, qui présente Valentin comme né en Egypte (il précise l'endroit), élevé à Alexandrie dans la sagesse des Grecs, puis occupé à répandre son système,
ici

Bomanensem Le nom d'Eleuthère est mis
reste, bien
difficile

siib

episcopatu

d'un autre.

Il

est,

du

rait tout-à-fait
'

en Egypte d'abord, puis à Rome, enfin en Chypre, où il se seséparé de l'Eglise (Haer. XXXI, 2, 7). Ailleurs (Adv. Valent. 4) Tertullien attribue la perversion de Valentin au dépit d'avoir échoué dans une candidature à

un confesseur lui aurait été pi-éféré. On a vu dans martyr romain Télesphore et, par suite, rattaché l'histoire à Rome. Mais Irénée, par lequel nous savons que Télesphore àvoi^oj; saapT'Jir.cs-*, ne donne pas la moindre idée qu'il ait échappé à la mort et se soit ainsi trouvé en situation
l'épiscopat:
ce confesseur le

de bénéficier de la jJi'cterogativa marfyrii.

Du reste il n'est nullement sûr que cet épisode de la vie de Valentin doive être placé à Rome plutôt qu'à Alexandrie.

182

CHAPITRE

XI.

Carpocrate, lui aussi, ou du moius son liérésie, aborda
le théâtre

romain.

Sous

le

pape Anicet

(v.

155) une

femme de
et recruta

cette secte, appelée Marcellina, vint à

Eome

beaucoup d'adhérents.

4.°

Marcion.

I
\\

Pendant que

les

charlatans

de

Sj'rie

propageaient

la gnose orientale, avec sa magie,

ses

éons aux noms
raf-

étranges et son clinquant sémitique; pendant que de
finés docteurs habillaient ces drôleries

en style philoso:

phique

et les ajustaient

au goût alexandrin

pendant

que

les

uns

et les autres n'aboutissaient qu'à
il

fonder des
trouva un

loges d'initiés, de haut ou de bas étage,

se

homme

qui entreprit de dégager de tout ce fatras quelles

ques idées simples, en rapport avec

préoccupations

du commun

des âmes, de fonder là-dessus une religion,
i

religion chrétiemie mais nouvelle, antijuive et dualiste,
et

de

lui

donner comme expression non plus une conmais une
de
église.

:

frérie secrète,

Cet homme,

c'est Marcion.
:

Matcion
sur
le

était

la ville

de Sinope, port renommé
;

Pont-Euxin. Son père était évêque

lui-même
\ vers
i

s'était enrichi

dans

la navigation. Il vint à

Eome

' D'après un récit qui doit remonter à saint Hippolyte (Pseudo-Tert. 51; Epipli., Hcœr. XLII, 1) la raison de cet exode, aurait été que Marcion, ayant séduit une jeune fille, avait été' excommunié dans son pays. Ni saint Irénée, ni Tertullien, peu

tendres cependant pour Marcion,
riette.

ne connaissent cette histo-j renseignement encore moins sûr, un prologue ano-j nyme au quatrième évangile, le fait passer par Eplièse, où il: arrive du Pont avec une recommandation des fidèles de ce'

Un

LA GNOSE ET LE MARCIOXISME
l'année 140,
:fidèles
et,

183

dans
Il fit

les

premiers temps, se mêla aux
à la

de l'Eglise.

même don

commmiauté

d"uiie
fr.).

assez grosse

somme, 200

sesterces (environ 40.000

Cette largesse était peut-être destinée à lui concilier l'opinion,

que son langage commençait à inquiéter.
les

Le
de

fait est

que

chefs de l'Eglise lui demandèrent
:

des explications sur sa foi
lettre.

il

les leur

domia sous forme
plus tard

Ce document

fut souvent invoqué

par

les

polémistes orthodoxes.
était

Marcion

un

disciple de saint Paul. L'antithèse

signalée par l'apôtre entre la
et la Justice, l'Ancien
«tait

Foi

et la Loi, la

Grâce

Testament

et la

Nouvelle Alliance,

pour

lui le

fond de

la religion.

Paul

s'était

rési-

gné, avec tristesse, à se séparer de ses frères en Israël.

Chez Marcion cette séparation
antagonisme radical.
Il

s'est

transformée en un
lui,

y

a.

suivant

incompatibilité

absolue entre la révélation de Jésus-Christ et la tradition
biblique. Il faut choisir entre

l'amour

infini, la

bonté su-

prême, dont Jésus a été

le

messager, et la dure, justice
Il

qui se réclame du dieu d'Israël.

ne faut pas.

disait-il

aux prêtres romains, verser
les outres, ni

le

vin nouveau dans les

vieil-

coudre un morceau neuf sur un vêtement

trop usé. D'antithèse en antithèse, le fond de sa jDensée se
révélait plus clairement.

Le dieu des

Juifs, de la Création

et de la Loi,
•cordes, et

ne peut être identique au Père des misériil

dès lors

doit être

conçu comme inférieur à
et
s.

lui.

pays, mais est bientôt

démasqué

repoussé par saiut Jean
Hieron.,
1. 1,

("Wordsworth.

JV.

1\ latine, sec. éd.

fasc. 4 [1895],

p. 4iJ0; cf. Philastrius, 45).

184

CHAPITRE

XI.

Ainsi Marcion arrivait au dualisme, tout

comme

les

Gnostiques, mais en partant de principes très différents.
Il

ne s'embarrassait ni de métaphysique ni de cosmoil

logie:

ne

cliercliait

pas à combler par une végétafini,

tion d'éons la distance entre l'infini et le

ni à dé-

couvrir par quelle catastrophe arrivée dans la sphère

de

l'idéal s'ex23liquait

le

désordre du

monde

sensible.

Le Rédempteur,
Dieu véritable
et

à ses yeux, est
Il
il

une apparition du

bon.

sauve les

hommes par

la réla

vélation de Celui dont

procède
il

et

par l'œuvre de

Croix.

Cependant,
il

comme
il

ne peut rien devoir au

Créateur,
l'an
1

n'a eu qu'ime

apparence d'humanité.
dans
la

En

5 de Tibère,

se rendit visible

s^Tiagogue

de Capharnaûm. Jésus n'a eu ni naissance, ni croissance,

pas
la

même

en apparence: l'apparence ne commence qu'à
le reste

prédication et se poursuit dans

de

l'histoire

évangélique,

y compris

la Passion.
seule-

Les hommes ne seront pas tous sauvés, mais

ment une partie d'entre eux. Leur devoir
dans
la

est

de vivre
le

plus stricte ascèse, tant pour le boire et
le

man-

ger que pour les rapports sexuels:
crit.

mariage

est pros-

Le baptême ne peut
s'ils

être accordé

aux gens mariés

que

se séparent.

Ces idées fondamentales de Marcion ne sont pas
toutes cohérentes.

On

ne voit pas bien comment

il

ex-

pliquait l'origine de son dieu juste, ni
fice

comment
lui tant

le sacri-

de

la

Croix pouvait avoir pour

de valeur,]
ne!

alors qu'il

ne s'opérait que sur un fantôme. Marcion
de tout expliquer, ni surtout

se croyait pas obligé

d'of-

LA GNOSE ET LE MAIICIOXISME
frir

185

un système à

la curiosité

des raisonneurs. Son

âme
il

religieuse s'arrangeait très bien

du mystère. Mais

est

plus facile de médire de la théologie

que de s'en passer.
les

Marcion eut personnellement des contacts avec
tiques et ses idées s'en ressentirent.

gnos-

La
un

tradition le
syrien,
lui.

met

en rapport, à
(Ke'o^ojv),

Eome même,
s'y

avec

Cerdon
pas

qui

trouvait

dès avant

Il

n'est

aisé de démêler,

dans

les

renseignements qui nous sont
il

venus sur ce personnage, en quelle mesure
influé sur

peut avoir

Marcion, ni à quel

moment son

école se fondit

dans la secte du grand novateur. C'est peut-être lui qui
décida Marcion à maudire
la

non seulement

la

Loi mais
volatiliser

Création elle-même

et,

conséquemment, à

l'histoire

évangélique en un docétisme absolu.

Quoiqu'il en soit, et à quelque date que se placent
ses

rapports avec

Cerdon, Marcion

finit

par se con-

vaincre que l'Eglise romaine ne le suivrait pas dans son

paulinisme extravagant.

La

rupture eut lieu

en 144 ^

On

rendit à

Marcion

la

somme

qu'il avait versée à la
foi.

caisse sociale,

mais on garda sa profession de

Une
et

communauté marcionite s'organisa aussitôt à
ne tarda pas à prospérer.

Rome

Ce

fut l'origine

d'un

vaste

mouvement,

qui,

par une propagande active,

se répandit

en très peu de temps dans la chrétienté

tout entière.

L'enseignement de Marcion ne se réclamait ni de
traditions secrètes, ni d'inspirations prophétiques. Il

ne

cherchait nullement à s'arranger

avec l'Ancien TestaI,

cf.

Date conservée dans la secte (Tert., Adv. Marc. Harnack, Chronologie, t. I, p. 306).

19;

y-QQ

CHAPITRE

XI.

ment. Sou exégèse
cun.

était littéraliste, sans allégorisnie au-

De là résultait la répudiation complète de rancienne Bible. De la nouvelle, ou plutôt de l'ensemble des écrits
apostoliques, saint Paul seul était conservé, avec le
troi-

sième évangile. Encore
lie

le recueil des lettres
et,

de saint Paul
les dix letavait-il

comprenait-il pas les Pastorales,

dans

tres admises,

comme dans

le texte

de saint Luc, y

des coupures. Les apôtres galiléens étaient censés n'avoir

que
eu

très

imparfaitement compris l'Evangile
de considérer Jésus
le

:

ils

avaient
Créa-

i

le tort

comme

l'envoj^é

du

teur.

Aussi

Seigneur

avait-il suscité saint

Paul pour:
lettres
;

rectifier leur

enseignement.

Même

dans

les

de

Paul

il

y

avait des endroits favorables au Créateur ce

ne pouvaient être que des interpolations.

A
Ce

ce

Xûuveau Testament

ainsi réduit s'ajouta bientôt'
secte.i

le livre

des Antithèses, œuvre du fondateur de la

n'était qu'un recueil d'oppositions entre l'Ancien
et l'Evangile, entre le

Tes-I

tament
Ces

Dieu bon

et le Créateur.l
églisesl

livres sacrés étaient

communs

à toutes les

marcionites,

comme

la

vénération pour Marcion

et la

pratique de sa morale rigoriste.

5.°

L'E-jlise et la Gnose.

'•

L'accueil fait à toutes ces doctrines par les commu;
liantes ckrétiennes
solidarité des

ne pouvait guère être favorable.
la réalité

La;

deux Testaments,

de

l'histoirf
étaieiH!

évangélique, l'autorité de la morale commune.

choses trop solidement ancrées dans la tradition et dam.

LA GNOSE ET LE MARCIOXLSME

187

réducation religieuse pour qu'il fût aisé de les ébranler.

Ou

ne voit pas qu'aucune église, clans son ensemble, se
séduire.

soit laissé
j

Ce

n'est pas

que

les chefs

de secte

ne s'y essayassent.

A Rome

surtout, point particulière-

j

ment important, divers

efforts furent tentés, dit-on,

par

jValentin,

Cerdon

et

Marcion, pour s'emparer de
la fin

la di"

rection de l'Eglise.

Vers

du

11^ siècle

on rencontre

encore un gnostique, Florinus, parmi les prêtres romains

en exercice
Il insiste

'.

L'attitude d'Hermas est très intéressante.
la

énergiquement sur

divinité

du Créateur.
:

C'est le
» tout,

premier commandement du Pasteur

«

Avant

crois

que Dieu

est un, qu'il a tout créé et orga-

» nisé,

tout fait passer tout
»
.

du néant à

l'être et qu'il
il

conla

» tient

Tout aussi rigoureusement
les

proclame
:

solidarité
»

de l'âme dans

œuvres de

la chair

«

Prends
pensée

bien garde de laisser entrer dans ton

cœur
et

la

»
»

que cette chair peut être

corrompue

de l'aban-

domier à quelque souillure. Si tu souilles ta chair, tu
souilles

»

en

même temps

l'Esprit-Saint. Si tu souilles
»

»

l'Esprit-Saint, tu

ne vivras pas

^

Avec

ces

deux

re-

commandations, Hermas met son
le

monde en garde
danger moral,
il

contre
le

danger théologique et contre
et le libertinisme.

le

dua-

Usme

En

d'autres endroits
tant

esquisse

des portraits d'hérétiques,
résie

des prédicateurs d'hé-

que de leurs auditeurs.

'

Irénée, dans Eusèbe, V, 15, 20. Ses opinions connues, Flo-

iuus,
*

naturellement, fut destitué.
Cette idée est développée d'une manière encore plus expres-

ive dans la //« démentis.

188
«

CHAPITRE
Voilà,
dit-il,

XI.

ceux qui sèment des doctrines

étran-

»
»
»

gères, qui détournent de la voie les serviteurs de Dieu,

surtout les pécheurs, ne les laissant pas se convertir et
leur inculquant leur enseignement insensé.
tant lieu d'espérer qu'ils
se

Hy

a pouraussi.

» » »

convertiront,

eux

Tu

vois que déjà beaucoup d'entre eux sont revenu»
tu leur as

depuis que

communiqué mes
»
.

préceptes
maîtres
foi,

»

d'autres encore se convertiront
:

Après
ils

les

les disciples
» » »
»

«

Ce sont des

fidèles

:

ont la
se

mai

sont difficiles à instruire,

audacieux,

complaisani

en eux-mêmes, cherchant à tout savoir
sant rien

et

ne

connais'
l'intelli

du

tout.

Leur audace a

fait

que

gence

s'est

obscurcie en eux.

Une

sotte

imprudence

» les » ils

envahit. Ils se targuent d'une grande pénétration
se transforment volontiers et

d'eux-mêmes en

mai-

» très
»
» »

de doctrine

:

mais

ils

n'ont pas le sens
et la

commun.

C'est

un grand

fléau

que l'audace

vaine présomp

tion

:

plusieurs lui doivent leur perte.

Il

y en a

qui, re
foi sin
l'intelli'

connaissant leur égarement, sont revenus à une
cère et se sont soumis à ceux qui ont vraiment

» » »

gence. Les autres peuvent se convertir aussi, car ce

m

sont pas de méchantes gens, mais.plutôt des imbéciles »'

Ceci a été écrit au

moment où

Valentin et autre
1;

docteurs de renom propageaient leurs doctrines dans
société chrétienne de
s'est

Rome. Hermas,

s'il

s'agit d'euxi

montré bien optimiste. Mais,
subtiles

qu'il ait

eu en va
biei!

les rêveries

de Valentin, ou, ce qui est

i

>

Sim. V, 7; IX, 22.

;

LA GXOSE ET LE MARCIOXISME

189

-ible, des giioses plus vulgaires importées de Sj'rie
?t

d'Asie,

il

faut avouer que la théologie sublime

des

G^nostiques avec ses plérômes, ses ogdoades, ses arclion:es

et tout

son persomiel d'éons célestes ne paraît pas

ui avoir fait

beaucoup d'impression,
sérieux.
lui

et qu'il n'y

voit

nême pas mi danger bien
'esprit et la

La

simplicité
ici

de
des

droiture

du cœur

semblent être

léfenses invincibles.

E

avait raison,

pour

le

commun du monde. Mais
philosophiques

omme
>ar

on

l'a

dit plus haut, les rêveries

valent pourtant leur clientèle, et la pénitence prêchée

Hermas

était

moins commode que
faut-il

la justification
le

:nostique.
les

Aussi ne

pas s'étonner que

langage

chefs ecclésiastiques trahisse, en général, jdIus d'ap-

préhension et plus d'indignation
phète. Celui-ci,

que celui du brave pro-

du

reste,

ne paraît pas avoir connu Marqu'il n'a

ion: au

moins peut-on dire
l'église

pas connu

la

grande
autre-

ropagande de
lent redoutable
t

marcionite, concurrence

que

les écoles

des aventuriers de Syrie

des docteurs alexandrins.

Saint Polycarpe et saint Justin nous domient
npressions moins optimistes.

ici

des

Le

vieil

évêque de Smyrne,
avait

ont la vie se prolongea très longtemps,
[arcion
le
Il

connu

avant que celui-ci ne

fît

le

voyage de Eome.

rencontra après sa rupture avec TEgiise et Marcion ayant demandé s'il le reconnaissait « Je reconnais,
:

it-il,

le

premier-né de Satan
.3.

»

\ Justin

ne se borna

*Iren., Haer., III,

190

CHAPITRE

XI.

parmi les hérétiques réfaté^ pas à comprendre :\Iarcion tontes les hérésies: il in dans son Sijntagma' contre
consacra nn antre Synfagma,

un

traité spécial

^ Le pre

déjà pnblié quan. mier de ces deux omT.'ages était première apologie, où il revien IV. 152) il écrivit sa
à
»

deux reprises sur l'hérésiarque

:

«

Un

certain Marcior

du Pont, qui

enseigiie encore,

au moment présent, ii!

»

Créateur. Grâce à l'appu autre dieu plus grand que le

»
»
»

des

démons

il

a persuadé à

nombre de persomies

e

en tout pays
et

(y.y-y-

'av ^(ho: à.vOpw-6.v) de blasphème

»

Bien de de renier Dieu, l'auteur de cet univers... la véritgens l'écoutent comme le seul qui possède
se

» et
» » »

moquent de nous. Pourtant
qu'ils disent.

ils

n'ont aucui:
eii

preuve de ce
portés par
le

Comme

des agneaux

loup,

ils

se laissent

stupidement dév

les rer par ces doctrines athées et par

démons».!

ton de ces propos montre combien
santé, et quel avait été,

la blessure était en

dès

ses

premiers débuts,

succès de Marcion.

Les Gnostiques ont beaucoup
donnaient

écrit.

Cela était n
<

turel, puisqu'ils se
l'élite intellectuelle
Il n'est

comme
la

les initiateurs

aux secrets d'une science supérieur
défaite de
sa
ce
pai
littératui

pas moins naturel que

religieux ait entraîné la disparition de

gnostiqn Aussi, jusqu'à ces derniers temps, les livres
n'étaient-ils

connus que par ce qu'en rapportent

les

ii

teurs orthodoxes.
'

Des
I,

indications de titres, des

citati

Justin, Apol.,

"26.

*

Iren., Haer., IV, 6.

LA GNOSE ET LE IIARCIONISME
éparses, des descriptions

191

de systèmes évidemment tirées

des œuvres des sectaires, c'est tout ce qui

nous

est

venu
si-

par cette voie \

Il

y

a cependant une exception à

gnaler: la lettre citée plus haut, de

Ptolémée à Flora,

conservée par saint Epiphane, où l'on voit

comment

l'en-

seignement gnostique se propageait en argumentant de la tradition biblique et chrétienne.
les manuscrits d'Egypte commencent à nous rendre, en des versions coptes, les livrées

Depuis quelque temps

mêmes des anciens
[verts jusqu'ici
|de

Ceux que l'on a découproviennent, non des écoles alexandrines Basilide, Valentin et Carpocrate, mais des sectes
hérétiques.
d'ori-

gine syrienne,

que saint Irénée décrit

^

sous

le

nom
les

gé-

nérique de Gnostiques. Il a

sûrement eu sous

yeux

'un de ces écrits: le chapitre qu'il consacre aux Gnosio,ues

du type Barbelo
incomplet
^.

(I,

29)

n'en est qu'un extrait

issez

' M. Harnack a eu la patience de dresser un catalogue nnutieux de tous ces renseignements bibliographiques, Dl^ eberhererung uncl der Bestand der cdtchrisUichen Literatur '

144-2:^1
^

Haer.,

I,

29 et suiv.

qui paraît avoir porté le titre d'Evangile de Marie -id Apocryphe de Jean, est contenu dans un ms. de papy's, conservé actuellement à Berlin. Il y est suivi d'un autre cpose synthétique intitulé « Sagesse de Jésus-Christ », et d'une ^toire de saint Pierre, d'inspiration gnostique, où figure pour première fois l'épisode de sa fille paralytique, guérie par lui, 'is rendue à son infirmité (Pétronille). Sur ces pièces, qui sent publiées dans le t. II du recueil de M. Cari Schmidt (v. note n.j, on peut consulter, en attendant, les Sitzungsherichte àe i-cademie de Berlin, 1896, p. 8.39.

3 C!e

livre,

192

CHAPITRE

XI.
'^.^

m' D"antres ^ moins anciens, du III" siècle plus ou

intéressantes ac•:^Jmplie^ avancé, témoignent d'évolutions ce monde dans les mêmes sectes. On sait que, dans

étrange,

deux tendances morales

se révélèrent de bonne

aux plu^ heure, l'une plutôt ascétique, l'autre favorable
dégoûtantes aberrations. Les livres retrouvés de
la

s'inspirent

première

et

combattent fort nettement

la seconde.

En
la

face de cette littérature hérétique se développe

polémique des auteurs orthodoxes. Les mis s'atta quaient à une secte en particulier: Yalentin et Marcion
celui-ci surtout,

ont donné lieu à nombre de réfutation^
le

D'autres entreprenaient de dresser
et se plaisaient à

catalogue des secte

en étaler

les bizarreries,

en leur op

Réunis par M. Cari Schmidt dans le recueil patristiqu intitulée Koptisch de rAcadémie de Berlin. Sa publication est les texte Schriften. Le second volume contiendra Gnostische reprodui énumérés dans la note précédente le premier (19051 mss., V Askeu:ianus, en parchemi ceux qui figurent dans deux en papyrus, consen [Brit. Mus. AdcL, 5114), et le Brucianus, comp Bodléienne d'Oxford. I.' Askeicianus contient une
1
;

à la

lation à laquelle

on a donné improprement le nom de M. Harnack, le plus clair de cette farrago Sophia. Selon
,

Pist
sera

mentionné. à identifier avec les « Petites questions de IMarie » Epiphane.. Cependant les « Grand. [Haer., XXM:. 8) par saint même temps questions de Marie », que saint Epiphane cite en teudan. comme provenant du même milieu, appartenaient à la
Sopliia. Dans obscène, ce qui n'est pas le cas de la Pistis on trouve d'abord un ouvrage en deux livres, Bnicianus, dans M. Scbmidt reconnaît les deux livres de Jeu, allégués d'exposition générale qui se n Sophia, puis un morceau
'

Pistis

Archoutiques, décri tache sûrement au svstème des Séthiens ou et XL. Quoiqu'il en soit d par saint Epiphane,"'jToe/-.

XXXIX
est sûr

identifications proposées,

il

que

les écrits

ces deux mss. proviennent d'un

même

contenus da groupe hérétique.

LA GNOSE ET LE AEARCIONISME
posant
le sobre,

193

universel et traditionnel enseignement

de l'Eglise authentique.

Ce thème

fut cultivé de très

bonne heure. Saint Justin avait déjà écrit contre toutes
les hérésies lorsqu'il

publia son Apologie

^
;

Hégésippe
mais

traita aussi ce sujet,

non dans un
»
.

livre spécial,

dans ses

«

Mémoires

Tout cela

est à

peu près perdu.

En

revanche nous avons l'ouvrage de saint Irénée, livre
bien qu'il soit dirigé spécialement contre la

capital, où,

secte valentinienne,
cipales hérésies
vait.

on trouve une description des prin(v.

jusqu'au temps

185) où l'auteur écri-

Après

lui vint

Hippolyte, qui dressa deux fois le

catalogue des sectes, sous

deux formes
écrit,

et à

deux mo-

ments de sa carrière. Son premier
contre toutes les hérésies
il

son

«

Syntagma
;

»

,

est

maintenant perdu
^,

mais

est possible

de

le

reconstituer
•'',

grâce à la descrips'en sont

tion qu'en

donne Photius
*.

et

aux extraits qui
Irénée,
;

conservés
tenait pas

Hippolyte,

comme
la 32*'
Il

du

reste,

ne s'en

aux systèmes gnostiques
;

sa description s'éten-

dait à d'autres hérésies
résie

et

dernière

était l'hé-

modaliste de Noët.

descendit

un peu plus bas

'

l'J'jTX-^y.a

/.aTà Tra-j'ov

'lî^vir.ij.itto'i

aloio-iri [Apol., I, 26).

*

C'est ce qu'a fait R. A. Lipsius, Die QueUeukrifik des Epi-

phanioa, AVieii, 1865.
3
*

Cod. 121.

Le catalogue d'hérésies imprimé à la suite du De Prsscriptionibus de Tertullien n'est qu'un résumé du Syntagma d'Hippolyte;
ce

petit écrit

paraît

êti-e

des environs de l'an 210.

Epiphane

(v.

377) et Philastrius (v. 385), le premier surtout,
le

ont aussi très largement exploité
pitre sur Noët, qui

forme

la fin de l'ouvrage,

Syntagma. Enfin le chanous est parvenu

isolément.

DcciŒSKE. HUt. anc. de

l'E(jl. -

T.

I.

13

194

CHAPITRE
«

XI.

dans sou second ouvrage.
résies», plus

Réfutation de toutes

les hé-

connu sous

le titre àe,

Philosophiimena.
il

Dans
phane,

la littérature

des temps postérieurs,
traité

faut faire

une place de premier rang au grand
le

de saint Epicer-

Panarion, compilation fort critiquable à

tains points de vue, mais dont les éléments ont été puisés

à des sources de grande valeur,
lyte, celui

le

SjTitagma d'Hippo'

de saint Irénée, nombre de livres hérétiques,

connus, dépouillés ou cités par l'auteur, sans parler des
observ^ations directes qu'il avait faites lui-même sur les
sectes survivantes.

^

:

Les compositions de Philastrius de

Brescia, de saint Augustin, de Théodoret, n'ont auprès

de

celle-ci

qu'une valeur secondaire.

CHAPITEE Xn.
Propagande
L'attrait
I j

et apologie

au

11^

siècle.

[

j

I

.

du christianisme, de ses croyances et de ses espérances - Le du martyre et de la fraternité chrétienne. Impoinilarité des chrâtiens. - Animosité des philosophes. Celse et son «Discours véritable. L'apologie du christianisme. - Apologies adressées aux empereurs- Quadratus, Aristide, Justin, Méliton, Apollinaire, Miltiade, Athénagore - MarcAurèle et les chrétiens. Apologies adressées au pubUe Tatien.
spectacle

-

-

:

En
cessait
j

dépit des lois

répressives, le
la

christianisme ne

pas de se répandre. Vers

:Marc-Am-èle, c'est-à-dire
puis les

nn

siècle et
le

du règne de demi environ defin

premières origines, on

trouve établi dans les
a des groupes chré-

jprovinces les plus éloignées. Il
jieiis

y

en Espagne, en Gaule, en Germanie, en Afrique, en

Egypte, jusqu'au delà de
'OBttame.

TEuphrate

et

de
les

la frontière

L'Evangile avait commencé par

commmiau-

és juives et leurs prosélytes:
i

mais

il

n'avait pas tardé

s'adresser directement

aux païens. Cette propagande,

•ivale

de celle des juifs, qu'elle absorba d'aiHeurs assez apidement, se présentait avec les avantages de la reli-

,i(m d'Israël,
icilité

augmentés encore par mie plus gi^ande

d'adaptation.

Au

polythéisme grec, romain, égyp-

:en, elle

opposait la doctrine du Dieu vmique et souve-

*na: à l'idolâtrie, le culte
vants,

en esprit; aux

sacrifices sau-

aux pompes

officielles et tapageuses,'

des

exer-

^QQ

CHAPITRE

XII.

prières, lectures, homélies, cices religieux fort simples,

repas

communs
le

:

au débordement des mœurs, que

n'ar-

rêtaient guère les religions antiques,

une morale sévère
d'association. Les
:

soutenue par

contrôle de

la

vie

communes préoccupations sur l'origine des choses et sur satisfaction dans les la destinée des hommes trouvaient
enseignements déduits de livres sacrés, antiques
et vé-

nérables, bien plus autorisés que les fictions des poètes.

La

doctrine des anges et celle des démons, celle-ci sur-

tout, permettait

de résoudre nombre de questions sur

Satan l'origine et la puissance des erreurs rehgieuses.
et

son personnel expliquaient

le

mal en général

et le^
la

maux en
Tout
tiens.

particulier, et ceci était

une défense contre

propagande concurrente du culte dualiste de Mithra.
cela les juifs l'avaient fait

|

valoir avant

les chré
El

Ceux-ci précisaient les choses en présentant

homme:| l'amour, à la reconnaissance, à l'adoration des
et saul leur fondateur Jésus, Fils de Dieu, révélateur au veur, apparu dans l'humanité, siégeant actuellement
jug^ près du Dieu-Père pour reparaître bientôt comme souverain et roi des élus. Vers lui, vers son histom'
telle

que

la présentaient les

nouveaux

livres sacrés,

veij

son apparition dans

l'avenir,

but constant de

l'espcj
cel{|

rance, tous les esprits étaient tendus.

Mieux que
par

à certains égards Jésus était présent.
charistie

Il vivait

l'El

au miheu de ses

fidèles et

en eux. Et

ceux-;

prj possédaient encore, dans les merveilles des charismes,

comrj phéties, visions, extases, guérisons miraculeuses,

un second contact avec

l'invisible divinité.

De

tout

ct^

PROPAGANDE ET APOLOGIE AU
résultait,

II"

SIÈCLE

197

dans

les

groupes chrétiens

et

dans

les individus,

une tension religieuse,
doit être

un enthousiasme, dont

l'influence

comptée au nombre des plus puissants moyens

de conversion. Les âmes subissaient l'attraction

du

divin.

Et

il

fallait
le

que

l'attraction fût bien forte, car
était,

en ces
le fait

temps-là

candidat au christianisme

par

même, candidat au martyre. Nul ne pouvait
muler qu'en se faisant chrétien
sorte hors la loi.
il

se dissi-

se mettait

en quelque

On

encourait des pénalités énormes,
l'œil

généralement la mort, pour peu que la police eût

ouvert ou que l'on eût des voisins malveillants. Mais
le

martyre lui-même était un attrait pour certaines âmes;
le

pour

grand nombre, assurément,

il

était

un argument
avec

très fort.

La

constance du confesseur,

la sérénité

laquelle

il

endurait la question et marchait au supplice,

l'assurance de son regard fixé sur les perspectives célestes,

tout cela était nouveau, frappant et contagieux

'.

Un
moins

autre attrait, plus ordinaire peut-être, mais
fort, c'était celui

non

de

la fraternité,

de

la

douce et
l'associa-

profonde charité qui unissait les
tion chrétienne.
classes sociales,

membres de

Entre eux
de races

les distinctions

de rang, de

et

de patries, ne se faisaient

guère sentir. L'effort général tendait à les détruire.

Que

pouvait faire à Jésus que l'on fût patricien ou prolétaire^

esclave ou libre, grec ou égyptien?

On

était tous

Marc-Aurèle {Pensées, XI. 3) relève cette attitude, mais sans l'approuver. Peut-être est-elle visée aussi dans un mot d'Epictète (Arrien, Diss., lY, "sai, 6), si les Galiléens dont il
'

parle en cet endroit sont

vraiment des chrétiens.

198

CHAPITRE

XII.

frères et

Ton

s'appelait

ainsi:

les

réunions prenaient

souvent

le

nom

d'agape (amour); on s'entre-aidait, sim-

plement, sans fracas ni hauteur.

De communauté

à com-

mmianté

c'était

une perpétuelle circulation de

conseils,

de renseignements, de secours matériels. Heureux
partenir à r
les
«

d'ap-

église de

Dieu

»

dans leur

localité, les fidè-

ne

l'étaient

pas moins de

se sentir

membres du grand
l'E-

peuple de Dieu, de l'Eglise dans son ensemble, de

glise catholique, et destinés à devenir bientôt les citoyens

du royaume de Dieu. Tout
tions frméraires
l'on

cela était autrement chaud,

autrement vivant que les confréries païennes, associa-

ou

religieuses, les seuls

groupements que

pût avoir
ceux-ci

l'idée

de comparer à ceux des chrétiens.
:

De

combien devaient dire Que leur reUgion
ils

est

simple et pure! Quelle confiance
et en ses promesses!
ils

ont en leur Dieu

Comme

ils

s'entre-aiment!

Comme

sont heureux entre eux! ^

Toutefois la masse des gens échappait à l'attrait

Beaucoup apercevaient à peine

le

christianisme, oal
il

même

ne l'apercevaient pas du tout, car

s'en fautj

qu'il se fût
lui la plus

implanté partout. D'autres professaient pouTj
qu'il s'agissait d'un
;

profonde horreur. Outre

culte nouveau, ou,

pour mieux

dire,

d'une façon de

vi"VTe|
d'air]

nouvelle, importée d'un pays barbare et propagée

bord par des représentants d'une race méprisée,
^

il

courait
1

Sur l'attrait du cliristiauisnie naissant, v. Hamack, Diel Mission imd Ausbreituny des Chrisienthums in deii ersteu drei\
Jahrhiindtrten, 1902, p. 72-209.

PROPAGANDE ET APOLOGIE AU
sur
le

Il«

SIÈCLE

199

christianisme, sur les assemblées chrétiennes en

particulier, des bruits aussi horribles

que fortement ac-

crédités. Les chrétiens étaient dés athées, des impies;
ils

n'avaient pas de dieu, ou plutôt

ils

adoraient un dieu
ils

à

tête d'àne.

Dans
ils

leurs réunions,

quand

se sentaient

bien entre eux,

se livraient à des

débauches infâmes

et prenaient part à des festins d'anthropophages. Ces
sottises

avaient cours partout et

il

y a

lieu

de croire

qu'elles furent

mises en circulation de très bonne heure.
croyait, les

Le populaire y
trouvaient écho
Ceux-ci,

mondains

les répétaient
et

;

elles

même

auprès des gens sérieux
d'autres
griefs.

sages.

du

reste,

avaient

Ils

reproaffaires

chaient

aux chrétiens leur désmtéressement des

publiques, leur ségrégation, leur inertie, et
apostasie,
la vie
Il

comme

leur

non seulement de

la religion

romaine, mais de

ordinaire et des

communs
les

devoirs de la société.
et

y

a de tout cela

dans
le

jugements de Tacite

de

Suétone.

Pour Tacite

christianisme est une supersti-

tion exécrable; les chrétiens sont des

gens odieux,

cri-

minels, dignes des derniers châtiments.
parle d'mie superstition pernicieuse.

Suétone

^

aussi

Quant aux rhéteurs
idée

et

aux philosophes, on n'a pas
agaçait. Ils

à

quel point le

christianisme les

y

voyaient une concurrence.
laquelle,

La

direction des âmes, pour
ils

en ce temps de sages empereurs,
ils la

croyaient

bonnement avoir vocation spéciale,

voj^aient passer

aux mains d'obscurs prédicants, sans

titres ni

prébendes,

^

Xero, 16.

200

CHAPITUE

XII.

sans lettres

même. Cette nouvelle doctrine que des

in-

connus, des gens de rien, insinuaient aux femmes, aux
enfants,

aux esprits inquiets
les

et

timorés, faisait

autre-

ment d'adeptes que
teurs officiels.

plus belles conférences des oralui épargnaient-ils

Aussi ne

pas leurs ma-

lédictions, soit de vive voix,

comme

'

le

cynique Cre-

scens auquel saint Justin eut affaire,

soit

par

écrit,

comme
tout le

Fronton,

le

précepteur de Marc-Aurèle, et

sur-

philosophe Celse. Fronton croyait aux festins
et les

de Thyeste

reprochait aux chrétiens

*.

Nous

ne

connaissons que bien imparfaitement ses autres objections. Il n'en est
«

pas de
»
:

même du
il

livre

de Celse,

intitulé

Discours véritable

peut être reconstitué presque
le
ré-

entièrement d'après les citations d'Origène, qui
futa longtemps après sa publication
^.

Dans

ce discours Celse s'attache à convertir les chré-

tiens en leur faisant honte de leur religion.
s'est-il

Au

moins

i

donné

la

peine d'étudier son sujet.
il

Il

ne reproeti

duit pas les calomnies populaires:

a lu la Bible

beaucoup de

li\'res écrits

par

les chrétiens. Il connaît;

^ Je ne crois pas, bien que cela soit admis assez généralement, que le rhéteur Aristide ait eu en vue les chi-étiens dans les objurgations par lesquelles se termine son discours irsi; nxâr'ijia Tout ce qu'il dit là se rapporte bien plutôt aux philo{or. 46 sophes plus ou moins cyniques, du type de Crescens, Pere1.

!

grinus, etc.

En un

endroit

(p. 402,

Dindorf)

il

les assimile tsT;

Î'»

riaXaiarr-y; ôuoocpfot, c'est-à-dire :f,
-

aux

juifs de Palestine.

Octavius, 9. 31.

Il

est fort possible

que Cécilien,

l'interlo-

cuteur païen du dialogue de Minucius Félix, se soit inspiré large-

ment du
3

discours de Fronton

;

mais

le détail

des festins est

le

seul

qui soit expressément cité de celui-ci.

Aube, Histoire des persécutions,

II,

p. 277.

PROPAGANDE ET APOLOGIE AU
leurs divisions et fait très sectes gnostiques
et
« la

II*

SIÈCLE

201

bien la dififërence entre les
.

grande Eglise

»

.

Le

christia-

nisme est d'adord réfuté en partant du judaïsme, dans
mie sorte de prosopopée où l'on entend un juif argu-

menter contre Jésus-Christ. Celse intervient ensuite pour
son compte et
et chrétienne,

malmène en bloc

les

deux religions juive

revendiquant pour

les idées religieuses et
cri-

philosophiques des Grecs une éclatante supériorité,
tiquant l'histoire biblique, le fait de la résurrection
Christ, affirmant

du

que

les

apôtres et leurs successeurs ont
il

encore ajouté aux
n'est
lui

absurdités primitives. Cependant
:

pas toujours aveuglément injuste

certaines choses

agréent,

notamment
Il finit

la

morale évangélique et la docpar exhorter
les chrétiens

trine

du Logos.

même

à se départir de leur isolement religieux
à se rallier à la religion

et

politique,

commune, pour

le

bien de l'Etat,

de la patrie romaine, que ces divisions affaiblissent. C'est
là,

au fond, ce qui

le

préoccupe. Celse est un

homme
tous

du monde, un esprit cultivé, mais de tendances pratiques,
les

La

philosophie l'intéresse en général,
il

comme

gens bien élevés, mais en particulier.
Il

n'est le
la

champion d'aucune

secte

défend

religion établie,

non

par une

conviction bien profonde, mais parce
il

qu'un

homme comme

faut doit avoir une religion, bien en-

tendu la religion reçue, celle de l'Etat.

Le «Discours
sion sur
tiens

véritable

»

,

publié vers la fin

du règne de

Marc-Aui'èle, ne paraît pas avoir fait

beaucoup d'impresLes écrivains chréC'est par hasard

ceux auxquels
II*"

il

était adressé.

du

siècle n'en parlent jamais.

202
qu'il

CHAPITRE

XII.

tomba, vers 246, entre

les

mains d'Origène,

lequel

n'avait jamais entendu parler ni
Celse, pourtant, n'est pas

du

livre ni de Tauteur. C'était
«

un inconnu.

un

des
prosa

amis de Lucien, qui
phète
»
.

lui

dédia son livre sur

Le faux

Lucien,

lui aussi, a parlé
Ils lui

des chrétiens, mais à

façon légère, en passant.

ont fourni plusieurs

traitt*

de

la célèbre caricature intitulée «
»
.

La mort

de Peregri-

nus

Mais on ne peut pas dire

qu'il les ait combattus.
'

Il les

a plutôt servis par ses plaisanteries sans fin contre
les religions
il

les

dieux et

de son temps. Dans son

«

Faux

prophète»,

constate, sans
lui

amertume, qu" ils nétaient
les

pas plus tendres que

pour

imposteurs religieux.

Les chrétiens, de leur
cœur
le

côté, avaient

extrêmement

à

bon renom de leur

religion.

Us ne

pouvaient!
Il est vrai

supporter que Ton calomniât leurs rémiions.

que, contre de telles calomnies, la défense n'est guère
possible.

La sottise humaine, qui les entretient, est inexpugnable. Xe voyons-nous pas de nos jours renaître à chaque instant
et se

dresser

contre les juifs la stupide

accusation du meurtre
ter.

rituel'?

Cependant

il

fallait protes-'

D "autre

part

il

devenait naturel, sous de bons eml'autorité,!

pereurs, que l'on cherchât à s'expliquer avec
à lui faire

comprendre que

les fidèles

du Christ ne

mé-î

ritaient pas d'être persécutés.
les chrétiens trouvait, sous la

Et puisque la haine contre}
plume des rhéteurs
et
de.'^j

philosophes, une expression Uttéraire, ne convenait-il

pas]

que ceux des
opportmis en

«

frères » à qui
fissent

Dieu avait départi
la

les talents!

usage pour

défense commune?!

PROPAGANDE ET APOLOGUE AU

II*

SIÈCLE

203

De
servées,

là les apologies,

dont quelques-unes se sont condes
traces plus

d'autres ont laissé

ou moins

importantes.
Il

faut

noter d'abord

celles

qui furent adressées

aux empereiu's.

On commença

dès le temps d'Hadrien

(117-138;. C'est à ce prince

que fut présentée l'apologie

de Quadi-atus. Ce personnage semble bien être iden-

un Quadratus qui vivait en Asie vers le même temps, en grand renom de missionnaire et de prophète.
tique à

Sou

écrit,

qu'on

lisait

encore au temps d'Eusèbe \ n'est

pas venu jusqu'à nous.
à le

Ce qui avait décidé Quadratus
que
«

composer,

c'est,

dit Eusèbe,

de méchantes
L'indication

gens cherchaient à tracasser les nôtres
est

».

un peu vague, mais

elle

correspond assez bien à la
province d'Asie,
le rescrit

situation
à

que révèle, poiu'

la

Fundanus. Quadratus parlait dans son apologie de

ipersonnes guéries

ou ressuscitées par

le

Sauveur, qui
*.

ivaient continué à vivre jusqu'à

son temps
'

A

l'empereur Antonin (138-161)

furent adressées

es apologies d'Aiistide et

de Justin. Le premier était

m philosophe
'

d'Athènes. Son plaidoyer n'a été retrouvé
cf.

H. E., lY, 3;

sur

le

prophète Quadratus,

III, 37, et

Y, 17.

Passage reproduit par Eusèbe, L c. :'ela ne veut pas dire jusqu'au temps d'Hadrien. Papias. qui einble avoir lu l'apologie de Quadratus [T. u. U., t. Y, p. 170),
n aura déduit l'assertion exorbitante
us,
?u,;

EL: Tsù; ^u.£Tc>3u; xpivou;.

'Aôp-.avîS

qui écrivait entre 117 et 138, a fort bien unées 80-100 environ comme
' Il

IW>. Quadrapu considérer les

appartenant à son temps.
vraisemblance en faveur des

n'est pas aisé de choisir, pour Ai-istide, entre ces dates xtrêmes; toutefois il a plus de

y

IX

premières années (138-147).

204

CHAPITRE

XII.

que dans ces derniers temps ^

Il est fort

simple. C'est
di-

une comparaison entre
vinité les Barbares,
tiens,

les idées

que

se font de la

les

Grecs,

les Juifs

et les Chré-

comparaison tout à l'avantage de ces
dire,

derniers,
et de

cela

va sans

avec un éloge de leurs

mœurs

leur charité.

On

insinue qu'ils sont calomniés, mais sans
la

détail. Il n"3^ a

législation

non plus aucune protestation contre persécutrice. L'auteur se met tout de suite

en

que lui a scène, racontant au prince Timpression qu'il en a tirées conclusions le spectacle du monde, les
faite

relativement à
lui

la

nature de Dieu, au culte qu'on
qui lui est

doit

rendre

et à

celui

rendu effectivement

dans

les diverses catégories

de l'humanité. Ces catégo«

ries rappellent

ceUes de la

Prédication de Pierre»».

Aristide,

du

reste,

n'omet pas de renvoyer l'empereur,
«

pour plus ample informé, aux

livres des chrétiens

»

Ce Justin est beaucoup mieux connu qu^lristide.

pendant nous n'avons pas tous ses
gétiques.

écrits,

même
le

apolo
l'apo

Mais nous avons

les apologies

ou plutôt

logie adressée par lui à l'empereur

Antonin

Pieux

vers l'année 152.

Comme

Aristide,

Justm

était philc

Armitage K( The apology of ArisUdes iRendel Harris et and étudies de Cambridge, t. I (1891 binson), dans les Texts le texte ei Le début a d'abord été retrouvé en arménien puis enfin l'original gn Sinaï tier dans un manuscrit syriaque du publiée depuis longtemp a été reconnu dans une composition Aiiecdot légende de Barlaam et Josaphat ^Boissonnade, la t. XCVI, p. 1108-112Migne, P. G., graeca, t. IV, p. 239-255
1
; ;

=
.

'K-;w,
*

PaaO.îv, -ss-^sia Qiyj

.

.).

Ci-dessus, p. 150.

PROPAGANDE ET APOLOGIE AU

Il«

SIÈCLE

205

sophe, c'est-à-dire qu'il vivait en citoyen

du monde, pro-

menant d'une

ville

à l'autre son manteau court et sa
'

parole indépendante. Originaire de Neapolis
tine,

en Pales-

dans

le

pays samaritain,
le retinrent

il

traversa diverses écoles.
il

Les platoniciens

quelque temps; mais
de son âme.

ne
eut

trouvait pas chez

eux

l'entier repos

Il

l'occasion d'assister à des scènes de martyre, qui

Témula va-

rent

profondément

et

l'amenèrent à réfléchir sur

leur des convictions d'où pouvait résulter
tance.

une

telle

cons-

Dans

ces dispositions d'esprit,

il

eut

un

entretien

avec un vieillard
fit

mystérieux

et

sa
il

conversion ne se

pas attendre.

Devenu

chrétien,

ne changea rien

à son extérieur de philosophe ni à son genre de vie:
ils

lui

fournissaient des facilités pour entretenir

le
il

puse

blic et lui
fit

exposer

la doctrine évangélique,

dont

tout aussitôt le propagateur et le défenseur. C'est

vers l'année

133
il

qu'il

se

fit

chrétien,
(v.

sans

doute à

Ephèse,
avec
à
et

eut peu après

135) une conférence
Il

un savant
il

juif appelé Tryphon.

vint ensuite

Rome, où

fit

un long

séjour. Il écrivit beaucoup,

non seulement contre
*

les

ennemis du dehors

^,

mais

Actuellement Xablous, près de l'emplacement de l'antique

Sichem.
*

'ElXr.ici^

Eusèbe (IV, dont l'un

18) parle de

deux
de
«

traitait entre autres de la

l'autre portait le titre spécial

Aux Grecs » Hpi; nature des démons, Réfutation » 'EXe-^x^?- Dans
écrits
«
,

,

un troisième, « Sur la monarchie de Dieu », il établissait l'unité divine en se fondant à la fois sur les Ecritures et sur les livres
des Grecs.

autre enfin posait diverses questions sur le sujet de l'âme, indiquait les solutions des philosophes et pi-omettait

Un

pour plus tard celles de l'auteur.

206

CHAPITRE

XII.

anssi contre les écoles hérétiques, alors dans leur plein

épanouissement

'.

Son apologie

est adressée à

Fempereur

-

Antonin Au-

guste, aux princes Marc-Aurèle et Lucius Verus. au sénat
et

au peuple romain
et

:

«

Pour ceux que

le

genre humain
de Prisons,

tout entier hait
petit-fils

persécute, Justin,

fils

de Bacchius, de Flavia Neapolis en Syrie Pa-

lestine.

Tun
Il

d'entre eux, présente
('4-12)

cette

adresse et

re-

quête».

proteste aussitôt

que
le

les chrétiens ce

doivent pas être persécutés pour

nom

qu'ils portent,

mais pour leurs crimes,

s'il

en commettent.
ils

H

écarte

ensuite (13-67) les calomnies dont

sont l'objet,
il

et, aprè;-

avoir montré ce qu'ils ne sont pas,

explique ce

qu'ils

sont en réalité. Ici

il

expose

la

morale des

chrétiens.^

décrit leurs assemblées et leurs mystères tant calomniés,:
le

baptême

et l'eucharistie.

Pourquoi, se demande-t-ili

à plusieurs reprises,

tant

de haine, de calomnies, de
lui,

persécutions

? C'est,

selon

la faute

aux mauvais

dé-;

mons. C'est par eux qu'il explique, non seulement
titiide hostile

l'at-

de l'opinion

et

du gouvernement,
parmi
les

mai^i

encore

la division introduite
fait

chrétiens eux-

mêmes du

des hérétiques, des Simon, des Ménandre,;
le

des Marcion. Dès avant

Christ, les

mauvais démonsj
le Verbe!

ont persécuté les anciens sages, inspirés par
^

Vn

livre contre toutes les hérésies iApol.,

I, 26t,

un

autre

conti-e Marcion (Irénée, lY, \i, 2), nous sont connus de nom. Peut-être ne formaient-ils qu'un seul et même ouvrage.

Ce titre, mal conservé, a donné lien à beaucoup de discnssions, que l'on trouvera indiquées ou résumées dans la Chronolof/ie de Harnack, p. 2711 et sniv.
*

i

PROPAGANDE ET APOLOGIE AU
de Dieu (a6yo;
tains égards,
ci,

lie

SIÈCLE

207

'7-scy.7.Tt-/,ô:),

comme

eux aussi, à cerHeraclite et surtout Socrate. Celui-

chrétiens,

condamné à mort sous inculpation d'athéisme et d'hostilité envers les
dieux officiels
'.

comme

le

Christ et les chrétiens, a été

Tout cela est dit sans beaucoup d'ordre, rudement, ians une langue incorrecte. Ainsi
^ophes
lésirer.
ait

parlaient les johilo-

Justin d'Hérode un contemporain de Ptolémée Philadelphe, vec un anachronisme de deux cents ans. H avait lu
ans rile eur

du temps. La critique aussi laisse beaucoup à A propos de la légende des Septante,

du Tibre une inscription dédicatoire en l'honlà
il

du dieu Semo Sancus: de
dont
il

déduisit que

Simon

le

fagicien,

à :ome et que l'Etat lui avait accordé des honneurs divins. A son apologie Justin annexa le
rescrit

était fort

préoccupé, avait

fait séjour

d'Hadrien

Miimcius Fmidanus ^ dont il avait peut-être eu copie ndant son séjour à Ephèse. Peu de temps après il prit la plume sous l'impression de trois condamnations
mmaires, prononcées par
irétiens.

le

préfet Urbicus contre des

C'est ce qu'on appelle sa seconde apologie K

Il est difficile qu'il n'en aura pu ignorer les écrits qui as renseignent sur ce « saint » philosophe. On voudrait savoir ^>on estime pour les anciens sages se serait étendue jusqu'à "i-là. Des Pensées de Marc-Aurèle il est clair qu'il n'a pu

'

Justin ne

nomme jamais
mais

Epictète.
il

point entendu parler,

>ir
*

connaissance.

Ci-dessus, p. 11.3.

3

^
?'

Ensèbe (IV, 18) parle de deux apologies de Justin, adresune a Antonin, l'autre à Marc-Aurèle. Il aura sans doute le supplément à l'Apologie unique pour une apologie dis-

208
Il

CHAPITRE

XII.

V

romaine, protestant interpelle directement l'opinion

injustifiables et répondant, à nouveau contre des rigueurs

à diverses objections.
parlait volon Justin ne se bornait pas à écrire; il malveil dans les «ndroits publics. En butte à la
il

tiers

lance des philosophes,

ne se gênait pas pour leur

menteurs. pondre, les traitant de goinfres et de

Un
y

cj

volontiers oontr, nique, appelé Crescens \ qui déblatérait
les

chrétiens, eut

spécialement affaire à
il

lui.

E

ev

entre eus

deux un débat public dont

fut dressé procè,

verbal. Crescens n'eut pas le

dessus. Justin,
faire lire

dans

h

grande naïveté, aurait voulu
le

aux empereu:
d'à

compte-rendu de ce débat. Mais Crescens avait

bientôt qu'il cherchaittrès armes, et Justin s'aperçut
le faire
ficile.

condamner

à mort, ce qui n'était pas bien d|

Après r Apologie, Justin

écrivit son

Dialogue

av^

Tryphon^ dans

lequel

il

reprit, en l'étendant sans doul

la discussion qu'il avait eue à

Ephèse, vingt ans

auji-

ouvrage est d'i ravant, avec son adversaire juif. Cet pour l'histoire des controverses entre chihaut intérêt
théologie chrétienni. tiens et juifV et des origines de la

tincte.

temps de Mi'tout cas ce supplément ne peut être du Rome, Urbicus, qui s'y trouve mention;, Aurèle, car le préfet de 160. est un préfet d'Antonin, antérieur à l'année

En

,

15< Sur Crescens, v. ApoL, II, 3, 11 Tatien, Oratio, p. Ro « écrit le Dialogue, peut-être hors de On ne sait où fut il 3 Pour compléter l'énumération des livres de Justm On sait que non|'= ajouter son Psaltes, mentionné par Eusèbe. d'apocryphes se réclament du philosophe martyr.
;

1

;

'

1

1

PROPAGANDE ET APOLOGIE AU

11^

SIÈCLE

209

Quelques années après, Marc-Aurèle se trouvant seul

empereur (169-177), deux apologies

lui

furent adressées

par des évêques d'Asie, Méliton de Sardes et ApoUinaire de Hiérapolis.
j I

La

persécution était alors en recru:

descence dans leur province
parait-il,

les fonctionnaires avaient,

des ordres nouveaux et rigoureux.

j

De

l'apo-

logie de
i

Méliton nous n'avons plus que des fragments

conservés par Eusèbe \ L'évêque

y développe
est

cette idée

que

le

christianisme, né sous Auguste,

contempo-

jrain de l'empire et

de

la

paix romaine; que seids les

mauvais princes, Néron et Domitien, ennemis du bien
I

public, ont été ses persécuteurs.

En somme
et

la

nouvelle

religion porte

bonheur à l'empire,

Méliton n'est pas
C'était

lom d'insinuer qu'une entente serait possible.
beaucoup d'optimisme pour
le

temps où

il

écrivait.

Mais

son idée était destinée à prospérer.

De
à

l'apologie d'Apollinaire
le

nous ne connaissons
-

rien,

moins que

passage de cet auteur où Eusèbe

trouva

mention de la Légion Fulminante, n'ait fait partie de
:et

écrit.

Une

troisième apologie, elle aussi œuvre d'un

asiate,

Miltiade, paraît être de ces temps-là ^
le

Xous avons en revanche
trième composition de
?ore^,

texte entier d'une qual'apologie

ce

genre,

d'Athénaet

adressée

aux empereurs Marc-Aurèle
était,

Comun

node (177-180). Athénagore
»

comme

Aristide,

H. E., IV, 26, § 6-11.
(V, 17
dit qu'elle était adressée -pi; tjù; x.say.wsù;

*V, 5. ' Eusèbe
i^SNTa;.
*

1

Eusèbe n'en parle

jias.

>ccHE8KE. Hist. anc. de l'Egl.

-

T.

I.

14

210

CHAPITRE
Il

XII.

philosophe athénien.

développe, en bon style et avec

plus d'ordre que Justin, le

thème ordinaire des
croit.

apologies.
rejettent

Les

chi-étiens

ne sont pas ce qu'on

Us

sans doute l'idolâtrie et le polythéisme, mais les meilleurs philosophes n'en font-ils

pas autant?

Comme

la

raison l'enseigne,

ils

proclament que Dieu

est un, et leur

croj-ance monothéiste se
trine

combine

très bien avec la doc-

du A'erbe

et

de TEsprit-Saint. Les horreurs qu'où
:

leur impute sont d'abominables calomnies

au

contraire,

leur morale est très pure, sévère même.

Comment

des

gens qui pensent amsi, qui vivent
être

ainsi,

peuvent-ils

envoyés au supplice?

C'est qu'en effet,

pour

les chrétiens, les

temps

de-

venaient très durs.

Ce

n'est pas

pour rien que

les apo-

logies se multiplient sous Marc-Aurèle.

Le sage empeIl

reur ne comprit rien au christianisme.

n'admit pas

que de

telles sectes

valussent la peine d'être étudiées
fit

ni que pour eUes on
pire.

fléchir la législation

de
se

l'emfaire

Les chrétiens essayèrent vainement de
ils

écouter du philosophe:
d'état, d'autant plus

n'eurent affaire qu'à l'homme
qu'il était plus consciencieux.

dur

Ajoutons que

les calamités

qui assombrirent ce règne

contribuaient beaucoup à déchaîner les haines populaires,

irritées

depuis longtemps par les constants

pro-:

grès du christianisme. Méliton parle de décrets noii veaux
(•/.aLvz

fVjvy.7.T7.i

qui faisaient beaucoup de victimes
aussi,

euj
la

Asie

;

en Grèce

au témoignage d'Athénagore,

persécution était devenue mtolérable. C'est en ce tempslà,

dans

les dernières

amiées de Marc-Aurèle, que

let

PROPAGANDE KT APOLOGIE AU
scènes célèbres
Scilli)

II«

SIÈCLE

211

de Lj'on et de Cartilage (martyrs de inaugurent pour nous l'histoire du christianisme

en Gaule et en Afrique.
la tranquillité reparut. Son fils Commode, Tun des plus mauvais empereurs que Eome ait connus, eut au moins le bon esprit de ne pas mal-

Après Marc-Aurèle

mener

les chrétiens.

Ce ne fut pas, pour
leurs

ceux-ci,

une raison d'interrompre

pubhcations apologétiques. L'opinion, bien plus
leur
était

que

le prince,

inclémente;

il

importait de
le

l'éclairer
Il

pour

la modifier.

Les chrétiens

sentaient.

s'en faut

que

les apologies adressées

aux empereurs

Hadrien, Antonin, Marc-Aurèle, représentent toute leur
défense.

Une

littérature entière

de traités

«

Aux

Grecs

»

IIpo; "EllTtvy.^^

nous est restée dans

les textes

ou dans
en de-

les

énumérations bibliographiques. Justin,

même

hors de ses apologies, se distingua en ce genre \ Tatien,

im de ses disciples, grand voyageur
a laissé

un

Biscour.^

aux

Grecs.

Théophile
sés à
la

il

reste trois livres

comme lui, nous De l'évêque d'Antioche de même intention, adrestraité d'xA.thénagore sur

un certain Autolycus. Le

résurrection de la chair n'est qu'un appendice de son

apologie. Méliton, Miltiade, Apollinaire, s'exercèrent aussi

à cette tâche littéraire l D'autres livres, toujours sur le

Ci-dessus, p. 205, n. 2.

titre,

Méhton, en deux

n=fc àXr.ôcia;; Apollinaire,

livres; cinq livres

-rpi;

un ouvrage de même "EUrva; (son Tr-pi sùffc^cia;
;

mentionné par Photius doit être la même chose que l'apologie) Miltiade, nsi; 'EU^va; en deux livres (Eusèbe, lY, 26, 27; V, 17)!
Tout cela est perdu.

2]^2

CHAPITRE
sujet,

XII.

même

nous sont parveims sans
ainsi

nom
à

cVauteur. ou

sous des

noms supposés:

l'épître
», «

Diognète

et

les trois livres «

Discours aux Grecs
"!•

Exhortation aux

Grecs
chie
»

»

(AÔyo; -apaivôTi/.b; t::Ô;

VAr,va:), «

De

la

Monar-

le nom \ qui circulent sous signalerons spécialement que De tout cela nous ne

de saint Justin.

répître à Diognète, joh

morceau de

style,

dont

l'élé-

gance

et le

ton pacifique n'affaiblissent nullement

la

se réchaleur persuasive, et le discours de Tatien, où d'appeler son vèlent des qualités tout opposées. Au lieu Tatien aurait pu l'in« Discours aux Grecs »

plaidoyer

,

tituler « Invective contre les

Grecs

»

.

C'est une œuvre
l'em-

de mépris
pire,

et

de colère. Tatien, né en dehors de

en pays de langue syriaque, a traversé

les école>

Mai^ helléniques et s'est frotté de culture occidentale.
ce

monde, étranger pour

lui,

ne

lui inspire ni respect

ni affection.

Bien loin de révérer

les

anciens sages

comme

quelquf Justin, et de trouver dans leurs écrits

analogie avec ceux

des prophètes, Tatien bafoue

ei

poètes bloc tout l'hellénisme, cultes et doctrines,

et phi

virulente losophes. C'est le fondateur de l'apologétique
qui,

pour convertir

les gens,
il

commence par

les injuriei

Précurseur de Tertullien,
Leurs

finit

comme

lui

par se broui]

concordent assez avec ceux de livres perdu de lui. Le *I)ide Justin; mais il est sûr qu'ils ne sont pas amené l'ai est un exposé des motifs qui ont cours aux Grecs» un certam An; teur au christianisme. Un auteur du ITIe siècle,
1

titres

est parven en fit un remaniement assez large, qui nous cf. Ha syriaque (Cureton, Spicil. syr.,lQSb); dans une version 627. nack dans les SU.zu7)ysh. de Berlin, 1896, p.

broise,

PROPAGANDE ET APOLOGIE AU
1er

II»

SIÈCLE

213

avec l'Eglise. Mais ceci ne lui arriva que plus tard.
fut
écrit

Au moment où
encore et
il

son Discours, Justin vivait
la

ne semble pas que

diversité

de leurs

idées les ait
Il est

amenés

à se séparer.

bien

difficile

de se rendre compte de

l'eifet

obtenu par toute

cette

littérature des apologistes.

On

ne voit pas qu'ils aient arrêté l'application des lois répressives. Il est possible
qu'ils

aient çà et là modifié

l'impression

des gens lettrés.

Mais

il

ne faudrait pas

exagérer leur influence.
l'Eglise

Au

fond,

ce qui a permis à

de vivre sous des lois persécutrices, de triomla

pher de rindifîerence, du dédain et de

calomnie, ce

ne sont ni les raisons ni les discours, c'est la force intérieure, révélée et
rité,

rayonnant dans
foi

la vertu,

dans

la cha-

dans l'ardente

des chrétiens de l'âge héroïque.
;

C'est cela qui
les

amenait à Jésus-Christ

c'est

par

que

apologistes

eux-mêmes avaient
fait

été pris; c'est avec

cela
et

que l'on a

adorer des Romains un juif crucifié
à faire entrer

que l'on est parvenu

en des têtes grecques

des

dogmes comme

celui de la résurrection.

CHAPITEE Xin.
L'Eglise

romaine de Néron à Commode.

Les juifs de luxe et les mœurs juives. — Conversions aristocratiques. Les chrétiens de la famille Flavia. — Clément et la lettre à l'église de La pénitence. Le Pasteur d'Hermas. Corintlie. — Ignace à Eome. Les hérétiques à Borne. La christologie d'Hermas. — Les premiers papes. L'évêque Soter. Les martyrs. Tisites de Polycarpe et d'H>gèsippe. Evolution du marcioLes écoles gnostiques au temps de Marc-Aurèle. Le martyre d' Apollonius. La légion fulminante. nisme: Apelle.

La

clirétienté de
(3-i.

Eome
la

se

reforma vite après
fidèles qui

la diire

épreuve de l'an

Ceux des

échappèrent au

massacre virent bientôt
sécuteur
(68).

chute de Néron, l'odieux per-

Deux

ans plus tard, Jérusalem, révoltée
:

contre l'empire, succombait après un long siège
ple était livré

le

Temses

aux flammes,

et

Ton voyait bientôt

dépouilles portées en triomphe dans les
derrière le char des
Titus.'

rues de Eome,
et

princes vainqueurs, Vespasien

La

catastrophe d'Israël amena- à

Eome une

énorme
pa.^

quantité de prisonniers juifs.

Ce

n'était

sûrement

de ces gens fanatisés que Ton pouvait attendre de bon; nés dispositions pour la propagande chrétienne. Mais i|

y
fin

avait tout

un judaïsme
dont
les

rallié,

et rallié dès

avant

li|

de

la guerre,

représentants, riches et

in
1:|

fluents, se tenaient

volontiers

dans l'entourage de

l'église romatxe de xérox à commode

215

maison régnante.

Il

restait des

Hérodes

:

Bérénice fut

Jongtemps en faveur auprès de Titus. Josèphe vivait dans ce monde de gens distingués il y écrivait l'iii^toire de
:

sa nation, s'efforçant de la rendre acceptable

aux vain-

queurs.

De

tout cela résultait une sorte de ra^'onnement

du judaïsme, non, bien entendu, du judaïsme politique, dont le compte définitif venait d'être réglé, mais du
judaïsme philosophique
et religieux.

En

dépit de la ré-

cente insurrection et de sa répression, dont Tare de Titus allait perpétuer le souvenir,
il

n'était

pas de mauvais

ton de montrer quelques sympathies pour les juifs bien

en cour, d'honorer leur religion et
quer un peu.

même

de

la

prati-

Comme

au lendemain de sa conquête par

Pompée,

la

Judée vaincue s'imposait encore aux conque ce ne fat pas pour longtemps.
de
la

quérants. Il est vrai

Après

la disparition

djmastie Flavienne,

et

même

dès la mort de Titus, les juifs de luxe, princes ou lettrés,

baissèrent

dans

la

faveur impériale.

Cependant

cette

vogue passagère des mœurs juives ne put man-

quer de renforcer l'assaut que depuis longtemps, dans
la

haute société romaine,
la

le

monothéisme religieux d'Ovieux
cultes.

rient donnait à

tradition des

Dès

le

temps où nous sommes

quelques

faits

connus per-

mettent de s'en rendre compte
tiemie se
faisait

— la
Il

propagande chrédans
les

sentir

avec

succès jusque

grandes famiUes aristocratiques.

ne s'agissait plus

seulement d'étrangers, de petites gens, de serviteurs ou
d employés de la
trait,

maison impériale:

le

christianisme enles

dès ces

lointaines

origines, chez

Pomponii,

2xg
cliez les Acilii,
illustre,

CHAPITRE xni.

jusque dans

la famille

des Flavii, moins

mais régnante. Déjà sous
'.

Néron une grande

dame, Pomponia Graecina
sa vie

avait attiré l'attention par

sombre

et retirée. Elle fut

accusée de superstile

tion étrangère; mais son mari A. Plautius, réclama droit de la juger, en qualité de chef de famille, et

la
Il

déclara innocente. Elle vécut jusque sous Domitien.
est bien

probable qu'elle

s'était faite clirétienne. M'. Aci-

lius Glabrio, consul

en 91, et Flavius Clemens, cousin
aussi, celui-ci

germain de Domitien, consul en 95, étaient
sûrement, l'autre très
l'église
ait été

probablement, des membres de

romaine. Le plus ancien lieu de sépulture qui
à l'usage exclusif et collectif des
le

chrétiens de

Eome,
villa

cimetière de Priscille, fut
la

installé
-.

dans une

des Acilii. sur

voie Salaria

Sur

la voie A^-

déatine. le cimetière de Domitille se développe en dee

terrains qui appartinrent à Flavie Domitille,

femme

du
de^,

consul Clemens \ Ainsi ce n'étaient pas seulement

adhésions platoniques: ces illustres recrues du

christia
la corn
:

nisme s'intéressaient aux nécessités pratiques de

munauté
Ils

et

subvenaient à ses besoins.
lui fournir aussi

ne tardèrent pas a

des martyrs'
se boni:
politi

Domitien, ce tyran sombre

et

soupçonneux, ne

pas à persécuter les philosophes et les

hommes

1

Tacite, A)ni., XIII, 32

;

inscriptions chrétiennes du

ITI'sit;

cle

mentionnant des Pompon ii Bassi et

même un Pomponw
362).
j !

Graecimis (De Rossi,
2
•3

Foma

sott.,

t.

II, p. 281,

De
C.

Rossi, Bull., 1889, 1890.
I.

L.,

t.

YI, n. 1G24G

;

cf.

948 et 8942.

l'église komaixe de xérox à commode

217

ques chez lesquels pouvait subsister quelque regret de
la liberté

des anciens temps ou quelque attaclienient à

leur propre dignité.

Censeur austère, gardien vigilant
la

des vieilles

traditions de

vie

romaine,

il

finit

par

s'apercevoir qu'elles étaient

compromises par l'envahis-

sement des

mœurs

juives et chrétiennes. Clemens et sa
«

femme Flavie Domitille

furent accusés d'athéisme, ac-

cusation qui faisait alors beaucoup de victimes parmi
les

personnes attachées aux

mœurs

juives

:

pour

les

uns
»
'.

c'était la

mort, pour d'autres la perte de leurs biens

Le considfut exécuté l'année

même

de son consulat
de Pandataria
:

(9ô):

Flavie Domitille fut exilée dans

l'île

une

autre Flavie Domitille, leur nièce, fut internée dans Tile

Pontia

*.

Cependant deux des

fils

de Clemens reçurent
Il

de Domitien la qualité d'héritiers présomptifs.
avait

leur
et

donné

les

noms de Vespasien
par
le

et

de Domitien

les faisait

élever

distingué rhéteur Quintilien,

'Dion Cassius, LXVII, 14: cf. Suétone, Domitien, 15. Eusèbe, dans sa Chronique, ad ann. Abr., 2110 (cf. H. E., III, 18), parle d'après un chronographe Bruttius, de cette autre Flavie Domitille, fille d'une sœur du consul, qui aurait été exilée dans l'île Pontia. Comme il ne mentionne pas l'exil du consul et de sa femme, on jîourrait être porté à craindre que cette Flavie Domitille ne se confonde avec l'autre. Les deux îles, pourtant, isont diltérentes, et saint Jérôme, qui avait visité Pontia, y avait vu les chambres habitées par «la plus illustre des femmes», exilée pour la foi sous Domitien. La légende des saints Nérée et Achillée suppose que cette Domitille mourut et fut enterrée à Terracine. Je crois que Tillemont [Hist. eccL, t. Il, p. 224), De Rossi [Bull., 1875, p. 72-77) et Achelis {Texte und Uni.,
^ t.

XI', p. 49)

ont raison de distinguer deux Flavies Domi-

tilles.

218
lorsqu'il fut

CHAPITRE

XIII.

lui-même assassiné (96 j. Cet événement mit
destinées

un terme aux

impériales

de

la

maison

fla-

vienne. Cependant

elle continua d'exister, et quelques-'

uns de ses membres remplirent encore des fonctions] publiques. Le christianisme se maintint dans la descen-i

dance du consul martyr. Celui-ci

était

fils

du

frère aîné
le

de Yespasien, Flavius Sabinus, qui périt en 69 dans
conflit entre les partisans de
lius.

son frère

et

ceux de
il

Yitel-

Préfet de

Eome au temps

de Xéron,

avait

être

témoin, en 64, de Tincendie de la ville et du massacre,

des chrétiens. Peut-être quelque impression lui en
elle restée.

était-;

Dans

ses dernières années

on remarquait

sa

douceur, sa modération,

son horreur des conflits

san-

glants, ce qui le faisait taxer

de lâcheté par

les gens;

ardents \

Les chrétiens de

la famille

Flavia avaient leur

sé-i

pulture sur la voie Ardéatine.

On y

accédait par une|

entrée monumentale qui a été retrouvée, ainsi qu'unej
galerie spacieuse ornée de peintures fort anciennes. Lèj

sans doute furent déposés

le

consul martyr et les

plujj

anciens

membres de

la famille.

Un

peu plus

loin on

8|

trouvé l'épitaphe

grecque d"un FI. Sabinus et de

ssj

sœur Titiana, puis un fragment d'inscription où
rait avoir été
vii:

pourj

indiquée une sépulture collective des Fla|
i

sepidcRTM //fltv'ORYM ^
1

«Mitem virum,
»

fine vitae alii

abliorrere a sanguine et caedibus;... "i segnem, multi moderatum et civium sangumi
(Tacite, Hist., III, 65, 75'.
j

j)arcum credidere
2

De

Rossi, Bull., 1865, p. 33-47: 1874, p. 17

:

1875, p. 61.

\

l'église romaine de xéron à

commode

219

Ce que nous savons de ces
vient d'auteurs profanes,
et autres

illustres

recrues nous

commentés par
\

les inscriptions

monuments des catacombes
de source
ces

Les renseigne-

ments

littéraires

chrétienne font complètetrès

ment

défaut.

En

temps

anciens, la

commuses

nauté chrétienne de

Rome

devait compter parmi
l'autorité

membres plus d'mi témoin des origines;
ces

de

compagnons ou

disciples

des apôtres primitifs

y

était

évidenmient aussi grande que Tétait, en Asie, celle

des preshyteyi C'était
protection

un appui pour

la

tradition,

une

pour

la

hiérarchie naissante.

On
les

peut con-

'jecturer aussi

que certains livres du Nouveau Testament,

comme

les

évangiles de

Marc

et

de Luc,

Actes des

Apôtres, la première épître de saint Pierre, l'épître

iHébreux, sont sortis
jla

aux du miheu romain, avant ou après
que
la collection

prise de Jérusalem, et

des lettres
^

|de saint

Paul y fut constituée. Mais sur tout cela

il

ne

subsiste

aucun témoignage

certain.

Avec
l

la lettre

de saint

Clément nous sortons de
trou-

obscurité.

Vers

la fin

du règne de Domitien, des
de
les

oies s'étaient

produits dans l'église
s'était

Corinthe.

Un

parti

de jeunes

formé contre

anciens de la

'

La passion des
siècle,

lu

V*

celle

"èque

saints Nérée et Acliillée, roman clirétien emparée du personnage de Flavie Domitille de Pontia). Elle connaît aussi le consul Clément et l'éhomonyme. Mais il n'y a rien à en tirer pour l'iiistoire
s'est

)roprement dite.
*

Sauf cependant la première épître de saint Pierre. Cf.
p. 63.

ci-

'essus,

220

CHAPITRE
:

XIII.

communauté on

avait écarté plusieurs

membres du

col-

lèo-e presb^'téral, « installés

par

les apôtres

ou après eux
le

par d'autres
de

hommes

sages

{W.6^n<j.oC)

avec

suffrage

réo-lise entière».

Ces querelles avaient

fait

du

bruii
'

au dehors

et le

bon renom des

chrétiens en souffrait

L'église de

Rome,

instruite de ce qui se passait, juget

de son devoir d'intervenir.

A

ce

moment

elle venai

d'être assaillie par des calamités soudaines et répétées

Dès

qu'elle

en eut

le loisir, elle

députa à Corinthe

troi

envoyés, Claudius Ephebus, A'alerius Bito et Fortuna
tus, qui,

depuis leur jeunesse jusqu'à l'âge avancé

qu'il
rc

avaient atteint, avaient fait l'édification de l'église

maine. Des chrétiens de

si

ancienne date avaient

sari

doute connu

les apôtres. Ils

devaient témoigner à C(

rinthe des sentiments et des désirs des

Romains. Ceux-o
au

du

reste, leur avaient confié

une

lettre écrite

nom

d

leur église ^

Nous savons qui
que

l'avait

rédigée.

C'étaj
1(1

l'évêque Clément, celui plus
autorisées

les listes

épiscopales

placent au troisième

rang

après

Iti

apôtres.

Clément, identifié par Origène

^

avec

le

personna^
l'éva;

de

même nom

qui travailla avec saint Paul à

gélisation de Philippee \ était

en tout

cas,

lui aus^

d'âge à avoir

vu

les

apôtres et conversé avec eux, comn;

'

/ Clew.,

1,

2,

44, 47.

«

«L'église de Dieu qui liabite
.

Rome

à l'église de Dieu

c

habite Corinthe
3

.

.

»

In Joh.,

I,

29. Identification
3.

peu sûre.

*

riùL, IV,

l'église ROMAIXE de XÉROX à COir.MODE
le

221

rapporte saint Irénée \

H

ne peut guère avoir appar-

tenu à la parenté du consul Flavius Clemens. Sans doute a beaucoup d'estime pour la « chose » romaine il parle de nos princes, des soldats soumis à nos généraux:
il
;

la

discipline militaire lui inspire

une grande admiration.

Mais sa familiarité avec les saintes Ecritures, de l'Ancien

Testament et

même du Nouveau

(épîtres de saint PaiLl

de saint Pierre, de saint Jacques, épître aux Hébreux!, donne plutôt l'idée d'une éducation juive. C'était peutêtre

un

affranclii

de la famille Flavia. Quoiqu'il en
l'esprit

soit,

sa lettre est
et positif

un admirable témoignage de

sage

qui animait, dès ces temps

reculés, la piété

romaine.
corde
ie

Il

y

décrit d'abord les inconvénients de la disil

(3-6),

puis

recommande Tobéissance à
la

la

volonté

Dieu

(7-12),

montre

grandeur des récompenses
et justes (13-2(3), la
Ici,

promises aux
àté de l'ordre

âmes simples
dans l'Eglise.

néces-

des exemples sont em-

pruntés à la discipline
liérarchie

des armées romaines et à la

sacerdotale

de l'Ancien Testament (37-42).
nouvelle, l'auteur

tenant ensuite à Talliance

montre

[ue le ministère ecclésiastique

vient des apôtres et de
et doit être

résus-Christ,
'béie (42-47).

que son autorité est légitime
11

engage

les

Corinthiens à se repentir,
accepter une cor-

rentrer dans l'ordre et la paix, à
ection salutaire:
st
si

la

présence de certaines personnes

un obstacle à
l'exil.

la paix, qu'elles

ne reculent pas dedoit prier

ant

Quant à

l'Eglise, elle

pour

les

^Haer., III,

3.

222

CHAriTRE

XIII.

séditieux (48-58).

l'exemple est
(59-61)

Par une transition im peu brusque, aussitôt joint au conseil. Clément formule
prière, qui n^a

une longue

qu'un rapport

loin-

Corintlie. tain avec les troubles de

On

peut

y

voir,

non

de la liturgie romaine sans doute la formule solemieUe
à la fin

du premier

siècle,

mais un spécimen de

la façon

dont
le

les chefs

des assemblées chrétiennes développaient
la prière eucharistique.

thème de

La
domiée
pire

lettre se
et

termine par un rappel de Texhortation

mi

par des salutations. D'un bout à l'autre il y resgrand sentiment de foi simple et de sage piété.
ces singularités qui étonnent parfois chez

Aucune de

les anciens auteurs.

Eien que

le

christianisme commmi.
sens.

exprimé avec

le

plus parfait

bon

On

ne remarque

aucune préoccupation à l'égard de dissidences moment de la hérétiques. L'église romaine jouit en ce

même

paix intérieure la plus complète. romaine eut Il faut croire que la mission

le

phifiv

gTand succès à Corinthe, car
mise au nombre des livres qui
Ecritures, dans les

la lettre

de Clément y avec

se lisaient,

les samte.
est
1;

assemblées du dimanche. Telle

plus tard, situation qu'elle avait, soixante-dix ans

a\

temps de l'évêque Denys

\ C'est,"

du

reste,

par mi

de

que non plus anciens manuscrits de la Bible grecque

Tavons d'abord connue \ Peu d'années après
>

qu'elle avai

Eus., Jy, 23, § 11.

2

Le ms. A, au British Muséum, du T<

siècle.

Uu

autre

ms

version syrif siècle, a été découvert depuis, ainsi qu'une du lacun il y a une grande une version latine. Dans le ms. que et

XP

A

vers la fin de la lettre.

L'ÉGLISE ROIIAIXE DE XÉRON À COMMODE
été écrite,

223
et s'en

saint PoljcariDe l'avait sous les

yeux

servait

comme

des lettres a230stoliques.

Vingt ans environ après
la lettre

par
che.

la

les troubles de Corinthe et de saint Clément, les Eomains furent édifiés présence et le martyre de saint Ignace d'Antio'

nous ne sommes renseignés que par une lettre du martyr lui-même, écrite d'Asie aux Eomains. Le sujet en est extraordinaire. Le confesseur de la foi, condamné aux bêtes et expédié de Syrie jusqu'à Eome pour subir ce supplice, a lieu de craindre que ses coreligionnaires romains ne lui fassent

Sur cet événement

manquer
plus
t>Te.

E les exhorte, avec les grandes instances, à ne pas s'opposer à son marE paraît qu'ils pouvaient le sauver, bien qu'on ne
le

but de son voyage.

voie pas trop
•>

comment ^

«

Laissez-moi être
Dieu. Je suis

la

proie des

bêtes:

par

elles j'atteindrai

le

froment

'

de Dieu: que je sois

moulu par

les dents

des bêtes

:>

pour devenir

le

pain blanc du Christ. Flattez-les plutôt,

>

pour qu'elles soient
rien de

mon

tombeau, qu'elles ne laissent

>

mon

corps; ainsi

à personne
et

....

ma sépulture ne sera à charge Je ne vous commande pas comme Pierre
étaient

Paul.

Eux

apôtres:

moi, je suis un con-

s

n\ ne manqtie pas de passions de saint Ignace. Aucune n a de valeur liistorique.
'lUst

d'el-

'a.e; a la

'
•'

bien invraisemblable qu'ils eussent pu obtenir sa rigueur ils pouvaient le faire échapper. Mais une 'e Idée ne pouvait guère entrer dans la pensée des chefs, tout monis, qm, sur le martyre et ses avantages, devaient avoir mêmes idées qu'Ignace.

I

(,.-,,

CHAPITRE

XIII.

» , »

damné. Us étaient
esclave:

libres: jusqu'à cette

heure je

suis!
de^

mais

si

je meurs, je

deviens Taffranclii

ressusciterai libre». Jésus-Christ: en lui je

Cette lettre

de la soif du l'évêque d'Antioche professait! aussi queUe considération par m église de Eome. Elle débute

touchante ne témoigne pas seulement^ voit; martyre qui dévorait Ignace: on y
si

pour

la

grande

.alut,

encore que dans long et pompeux, où, plus
il

se.,

autres lettres,
.
»

accumule
le lieu

les titres d'éloge:

« L'églis.i
l'églis-l

qui préside dans

du pays romain \...

çoit l'église
églises,
Il

à la charité)». Ignace co.| qui préside à l'agape (ou Eome comme la présidente, des autre

de

évidemment,

et

de

la fraternité chrétienne. la liberté

en obtint ce qu'il voulait,

du

martyi..
qiij

Colisée, C'est sans doute au
le

récemment construit ^

par les bêtes férocei «froment de Dieu» fut moulu seules à lui domrer la sépn Mais eUes ne furent pas voyage c fidèles avaient fait le ture. Plusieurs de ses

Eome

'

pour

assister à ses derniers

moments:

ils

recuet
.

lirent les débris

de son corps

et les transportèrent

Syrien

1

r,Tt;

-py.iHzoLi

v>

to-w

-/.a.pivj

"Pcoaaiw-...

7:pî-ta6T.u.ev7!

7:fî

2 II

fut inauguré eu 80.

dans un cimetij^ Le'tombeau de saint Ignace se trouvait (408-450) ^^ Théodose II hors la porte Daphné. Sous change ^n eghse et pla^^^^^^^^^^ Fortune ,Tu,ato.) d'Antioche fut solennellement tianspoi son vocable. Ses restes y furent
'*

^^^^

lEvagr., H. E.,

I,

16).

L EGLISE ROMAINE DE XEROX A

COMMODE

225

Les Eomains aussi eurent un évêque martyr, Télesphore, qui périt sous

Hadrien

(v.

135) dans des circons' :

tances glorieuses, dit saint

Irénée

il

ne nous en a

pas transmis le détail.

Les générations contemporaines de Clément, d'Ignace
et

de Télespliore connurent aussi le prophète

Hermas

et l'entendirent

communiquer à

l'église

les
le

visions et

instructions qu'il réunit plus tard

dans

célèbre livre

du Pasteur.

Le

livre

d'Hermas,

si

extraordinaire d'aspect, nous

a conservé

un spécimen précieux de ce qu'on pourrait

appeler la littérature prophétique, de celle, bien entendu,
qui a
El

pu émaner des prophètes du Nouveau Testament.
sous la forme où
il

fut terminé,

nous a

été conservé,

pendant que
iur la
1

le frère

de l'auteur, l'évêque Pie. siégeait
^,

chaire de

Eome

c'est-à-dire vers l'an l-iU.

Mais
plus

avait

traversé
^

des rédactions

successives.

La

mciemie
•opat

doit remonter

au temps de Trajan

et à l'épis-

de Clément.
était

Hermas
lition,

un chrétien de Rome,
rural,
=v&:;(o;

affranchi de con-

propriétaire
ï;

marié

et

père d'une famille

^

Haer., III, 3:

hj.ai-:-Jpr.nvi.

Cauon de Muratori. ' Visio IL J'adopte ici en gros les conclusions de Harnack, ^hroHoL, p. 257 et suiv. Suivant lui la prophétie d"Hermas a
'

assé par les
~

formes suivantes:

Vis. I-III:

1° Vis. II (le fond seulement); 3° Vis. I-IV; 4° Vis. V, les Mandata et les huit
;

remières similitudes

c'est le i'as^e?»' proprement dit; 5° Grouement des quatre premières visions avec le Pasteur, addition e la Sim. IX; 6" Le même groupe, complété par la Sim. X.

ccHBssE. Hist. an'c. de

l'Eijl. -

T.

I.

15

226

CHAPITRE

XIII.

qui ne lui
agricoles
et

domiait gaière de satisfaction. Ses travaux
ses

ennuis

domestiques ne rabsorbaient
l'esprit

pas au point qu'il n'eût toujours

tendu vers

les.

espérances chrétiennes et ne fût sans cesse
tant de son
salut

préoccupé;

que de

celui des autres. C'était uni

esprit simple, de culture fort limitée.
fidèles

Comme
mi

tous

le^

de son temps,

il

s"était

assimilé, à

certairJ

degré, l'Ancien Testament et plusieurs écrits du Nou.

veau. Cependant

le

seul livre auquel

il

se réfère exprès;
corn'
i

sèment c^t mi apocryphe \ Excité intérieurement à

muniquer au dehors
leur

ses

vues sur

la

réforme morale,

donna

la

forme de révélations. Dans
son

la premieri

et la plus ancienne partie de
est

livre, les Visions,

en rapport avec une femme qui personnifie
les

rEglise|

Dans
et les

deux autres

parties, les Préceptes (Mandatai
le

Paraboles (SimiliUidines),

révélateur est
le livre a

\m>\
tir;

autre

personne idéale,
définitif.
le

le

Pasteur, d'où

son
.

titre

Que

Pasteur parle ou que ce

soit l'Eglise,

que

1

pensée s'exprime directement ou qu'elle s'enveloppe
forraes sj-mboliques,

dj

une seule Les

et

même

préoccupatio

reparait sans cesse.

fidèles, et l'auteur tout le prt
qu'i]|

mier, sont loin d'être ce qu'ils devraient être, ce

ont promis d'être. Mais

il

y

a

un remède,
la

la pénitencfj

Hermas

est

chargé d'inculquer à

communauté

chnj

tienne que Dieu pardonnera à ceux qui se repentironj
Il

prêche donc la pénitence après

le

baptême, comii

'

Eldad

et

Modad,

livre perdu.

l'église romaine de Néron à commode
les

227

apôtres l'ont prêcliée avec le baptême pour eonséC'est

cratiou.
lité

mie seconde

j)énitence,
le

une seconde

faci-

accordée par Dieu avant

règlement de comptes

définitif.

Lïntérêt du livre est beaucoup moins dans cette idée fondamentale que dans
les détails

de son développement.
cas particu-

En

suivant

Hermas dans l'énumération des
la description

liers et

dans

des situations diverses où se

trouvent les pécheurs, nous pouvons nous faire une idée

de la vie intérieure de l'église romaine
moitié

'

dans

la

première

du

11^ siècle.

En
caire.

ce temps-là, au

temps de Trajan

et d'Hadrien,

la sécurité

des communautés chrétiennes était fort prédépit des rescrits

En

indulgents émanés de ces

empereurs, les fidèles se voyaient sans cesse tracassés,
conduits devant les magistrats, mis en

demeure de

re-

noncer à leur religion.
chait aussitôt
:

S'ils

y

consentaient, on les relâ-

sinon, c'était la mort.

En
déjà

présence de cette alternative, plusieurs avaient
tous
les

faibli et faiblissaient

jours.
Il

L'apostasie était
avait des degrés

un scandale assez commun.

y

dans ce crime. Quelques-uns se bornaient à l'apostasie
simple, à laquelle les

menait

le

souci de leurs intérêts
le

temporels. D'autres ajoutaient

blasphème au renie-

ment

:

ils

n'avaient pas honte de maudire publiquement

en
le

^ On peut même dire « de l'Eglise en général » car il y a somme peu de traits particuliers, et la faveur avec laquelle
,

livre fut accueilli

partout suppose qu'il correspondait à l'état

iommun

des choses.

228
leur

CHAPITRE

XIII.

Dieu

et leurs

frères

dans

la foi.

H

s'en trouvait

même

qui allaient jusqu'à trahir les autres et à les dé-

noncer.

En

revanche TEglise comptait avec orgueil de
n'étaient pas

'

nombreux martyrs. Tous

égaux en mérite,
j

Plusieurs avaient tremblé devant les supplices et hésité

I

dans leur confession, bien qu'au dernier moment

ils

eussent écouté la voix de leur conscience et versé leur

sang pour

la foi.

Hermas

distingue
le

entre

eux

et desl
défailli!

martyrs plus généreux dont

cœur n'avait pas

un

seul instant.

Tous cependant font partie de
:

l'édifice

!

mystique qui représente l'Eglise de Dieu avant eux
n'y a que les Apôtres.

il;

En
sans

dehors des martyrs proprequi avaienti
le!

ment

dits,

il

signale aussi les coirfesseurs,
la
foi,

souffert

pour

qu'on leur eût demandé

témoignage du sang.
L'ensemble de
la

communauté chrétienne menait

une!

vie suffisamment régulière.
fections et

Cependant bien des imperj

même
On

des vices appelaient correction. L'espri
de:

de coterie entraînait des querelles, des médisances,
rancunes.

s'attachait trop aux biens de ce mondej
d'affaires,

Les relations

les

obligations

de

la société

entraînaient pour beaucoup la fréquentation ordinairi

des païens, ce

cj^ui

n'allait

pas sans de graves dangers.

oubliait la fraternité évangélique,

on

se tenait à l'écar

des rémiions commmies, on craignait de se mêler au
petites gens qui, naturellement, formaient le fond de

assemblées chrétiennes.

La

foi

en

souffrait,

on

finissai
le soi
-

par n'être plus chrétien que de nom. Encore
venir du baptême
se
dissolvait-il

peu

à

peu dans

l'église romaine de Néron à

commode

229

profanes; la moindre tentation emportait ces convictions affaiblies, et l'on arrivait à les renier pour des motifs assez légers. On changeait de religion, en dehors de toute persécution, par simple attrait pour les ingénieux systèmes de philosophie auxeiuels on avait trop facilement ouvert l'oreille. des fidèles plus affermis, il se produisait des défaillances morales fort attristantes. La
chair était faible.

commerce avec

les

Même

dans

les

rangs

Cependant ces
on pouvait

faiblesses
les

momentanées

étaient réparables:
tence.

expier par la péni-

Un

l'hésitation
cet état

danger plus grave, aux yeux d'Hermas, c'est dans la foi muyjy.); H revient souvent sur de l'âme où elle semble divisée en deux, par-

tagée entre l'assentiment et la négation.

Le
proche.
rels

clergé lui-même n'était pas à l'abri de tout re-

On

dont

ils

voyait des diacres trahir les intérêts tempoavaient le soin, détourner à leur
profit l'aril

gent destiné aux veuves et aux orphelins:
aussi des prêtres injustes
leux, négligents,

se trouvait

dans

les

jugements, orgueil-

ambitieux.
est

Le livre d'Hermas

un vaste examen de conscience
trop
s'étonner d'y
affligeantes: la

de l'égHse romaine. Il ne faut pas
trouver tant de révélations
l'ouvrage veut
le

nature

de

que

le

mal y tienne plus de place que

bien,
règle.

la

que l'exception soit plus souvent signalée que Malgré cette circonstance défavorable,
il

est

usé de voir qu'aux

yeux d'Hermas

le

nombre des

chré-

lens édifiants surpassait celui
atégorie. Ainsi,

des pécheurs de toute

dans

la Similitude

VHr,

l'état

moral

^gQ

CHAPITRE XUI.

saule symbolisé par une baguette de des chrétiens est de Tange du Seigneur et qui que chacun d-eux a reçue uns la après un certain délai. Les lui est redemandée, pourrie, moitié sèche et rendent desséchée, fendillée, suite. tiers verte, et ainsi de moitié verte, aux deux conservation con-espondent aux Ces différents états de grand défaHlance morale. Or le plus degrés divers de la aussi verte qulls l'ont reçue, nombre rendent leur baguette
fidèles aux proqu'ils sont demeurés ce qui veut dire

messes de leur baptême.

De même,

si

Hermas

les insiste plus d'une fois sur

prêtres et sur d'autres faiblesses discussions entre les aussi qui sont il en connaît des chefs ecclésiastiques, vante leur charité, leur hospidignes de tout éloge: H

taUté;

il

leur assigne

ime place dans

la

compagnie

de^

de sa tour mystique. Apôtres, aux premières assises de ce tableau somme Timpression qui résulte

En

c'est

que

l'Eglise,

exclusivement
tenait uir très
niajorité.

n'était pa en ces temps très anciens, en cou composée de saints, mais qu'eUe

grand nombre,

qu'ils

y

étaient

même

e-,

Hermas ne
païens.
il

parle jamais

des

juifs,

rarement de

Son

livre est destiné exclusivement

aux

fidèles

d qui se passe en dehors n'a pas à s'occuper de ce d. son attitude à l'égard l'EgUse. On a vu plus haut

hérésies naissantes.

EUes ne

se présentent pas à

hu

sou

orgi ni surtout de sectes l'aspect de systèmes définis principal la communauté nisées, en concurrence avec

n

discoureurs qui vont ne connaît que quelques

et vie)

l'église romaine de nérox à commode
iient,

2?H-

semant des doctrines étrangères, sans cesse préocet,

cupés de savoir,

au fond, ne sachant rien du

tout.

en toutes choses, s'inquiète surtout du côté moral, leur reproche de détourner les pécheurs de la
qui,

Hermas

pénitence.

H

se

demande
Il

aussi ce que deviendront ces
:

docteurs égarés.

ne désespère pas de leur salut

quel-

ques-uns sont déjà revenus dans la

bonne voie

et se

sont

même

distingués par leurs vertus

:

d'autres reviendront,

au moins peut-on l'espérer.

La pénitence que prêche Hermas
pier les fautes

est

un moj-en

d'ex-

commises après

le le

baptême. Certaines

persomies enseigiiaient qu'après

baptême

il

n'y avait

plus de rémission possible. Tel n"est pas son avis.

On
ses

même après ipéchés, même les
peut,
cette

le

baptême, obtenir
il

le

pardon de

plus graves; mais

est

entendu que

seconde conversion doit être sérieuse, que rt)n ne

saurait passer sa vie
fautes et

en des alternatives indéfinies de

de repentir \

Hermas ne menti(jnne aucune
la pénitence, telles

des
les

formes extérieures de

que nous
ne parle

trouvons en usage peu de temps après

lui. Il

H de confession, ni d'absolution. Quant aux œuvres d"ex3iation, il les admet sans doute, mais en insistant beaucoup sur leur inutilité

au cas où elles ne seraient pas iccompagnées d'une conversion intérieure et sincère.
n'est-il pas ne réussira pas, lui sera difficile de se sauver Si parfois il semble exclure e la rémission certains pécheurs coupables d'énormes fautes, Q voit que ce sont ces pécheurs eux-mêmes qui s'écartent de
_

'MancL, lY, 3; Sim., YIII,

6.
:

Encore Hermas
Cet

res

catégorique contre les récidifs
>>

«

homme

.

1

pénitence.

232

CHAPITRE

XIII.

H

constate l'usage des jeûnes publics, observés par

toute la communauté, les stations,
fait la critique,

comme on

disait, et

non point de

l'institution elle-même, ni
la

du jeûne en général, mais de

vaine confiance que

certains mettaient en ces pratiques.

Le jeûne

doit com-

porter, d'abord et avant tout, la correction morale, l'oV

servation rigoureuse de la

loi

de Dieu, puis

la pratique
di:

de

la charité.
et

Les jours de jeûne on ne prendra que
la

pain

de l'eau: l'économie sur

dépense habituelle

sera versée

aux pauvres.

Avec

sa simplicité d'esprit et son exclusive préoccu

pation de la réforme morale,
à cultiver la

Hermas

n'était pas

homm^
le

spéculation théologique. Cependant

Pas

teur n'est pas sans soiilever quelques difficultés sur
point.

Dans
de

sa Similitude
il

Y'

il

nous ouvre une perspectivt
la

sur la façon dont
tion,

entend l'économie de

Eédemp
est sbi

la Trinité et

de l'Licarnation. L'occasion

gulière.

Le prophète veut inculquer

Futilité des œuvre:
si

de surérogation.

Un

tel sujet

ne paraît pas devoir

prêter à des développements métaphysiques. C'est ce

pendant ce qui a

lieu.

Le Pasteur propose d'abord une
possède un domaine
sépare une
:

parabole.

Un homm
1:

et

des

serviteurs

nombreux.

portion

de ce domaine et

y

plante
il

lui

vigne puis, choisissant un de ses
la

sei-^^teurs,

lui donr!
t\

mission de l'échalasser.
:

Le

serviteur fait plus que
:

tâche

non seulement

il

échalasse

il

arrache encore

1(!

l'église rojiaine de xéron à commode

233

mauvaises herbes.
s'être

Le maître en
fils

est fort satisfait.

Après
que
le

consulté avec son

et ses amis, iLdéclare

bon serviteur sera admis à partager son héritage avec son
fils.

Celui-ci,

ayant

fait

un

festin,

envoie des provisions

au bon serviteur, lequel les partage avec ses compa-

gnons de servitude et

s'attire ainsi

de nouveaux éloges.

Telle est la parabole. Voici l'explication.
est le

Le domaine

monde:
;

le

maître est Dieu, créateur de toutes
la société

choses
les

la
;

vigne est l'Eglise,
le fils

des élus de tous
^
:

temps

du maître
;

est le Saint-Esprit

le

serles

viteur est Jésus-Christ
six

les

amis et conseillers sont

anges supérieurs. Les œuvres accomplies par Jésus-

Christ sont symbolisées par les trois actions, la pose des
échalas, l'extirpation des

mauvaises herbes,
les

le

partage

des provisions.
le

Les échalas sont
la

anges inférieurs que
l'extir-

Sauveur a préposés à
des

garde de l'Eglise;
la

pation
a

mauvaises herbes est

Eédemption, qui
repré-

déraciné le péché; le partage

des provisions

sente la prédication évangélique.

Dans

cette explication

on ne voit apparaître avant
le

rincamation que deux personnes divines, Dieu et
Saint-Esprit,

dont

les relations sont figurées

par

le

raple

port de père à

fils. Il

y

a donc identification entre
le

Saint-Esprit et le

Verbe ^

Christ préexistant. Cette

'

'atine;

Fllius aufem Spiriius sanctus est, porte la vieille version ces mots choquants ont disparu du texte grec et de

'autre version.
'

•este

Hermas n'emploie jamais le terme de Verbe, pas plus du que celui de Christ. Le nom de Jésus ne fig-ure pas non
dans
le

ilus

Pasteur.

234
idée,
»

CHAPITRE

VIII.

du

reste, reparaît

mi peu plus

loin:

«

L'Esprit-Saint
l'a fait

qui préexistait, qui a créé toute créature, Dieu
habiter dans uiie chair choisie par
laquelle habitait l'Esprit-Saint, a
kii.

»
» » » » » »

Cette chair, dans

bien servi l'Esprit
lui

en toute pureté
infliger la

et

en toute sainteté, sans jamais
souillure.

momdre

Après

qu'elle se fut ainsi

bien et saintement conduite, qu'elle eut aidé l'Esprit
et travaillé

en tout avec

lui, se

montrant toujours

forte
l'Es-

et courageuse.

Dieu Ta admise à participer avec
a donc consulté son
fils

» prit-Saint ... Il
» »
y>

et ses anges

glorieux, afin que cette chair qui avait servi TEsprit

sans aucun reproche obtînt
perdît pas
le

un

lieu d'habitation et ne
Il

prix de son service.
le

y

a

une récom-

» »

pense pour toute chair qui,

Saint-Esprit habitant en
»

eUe, sera trouvée sans souillure

En somme,
de Dieu
le

la Trinité

d'Hermas paraît

se composer;
(Filsj
laj

Père, d'une seconde personne divine

de Dieu, Saint-Esprit), enfin du Sauveur, promu à
divinité en

récompense de ses mérites. Une
dans Tordre

telle

con-j

ception
le

est,

de la spéculation théologique.j
bigarres

pendant exact des

récits

que nous

avont^l

rencontrés chez les vieux traditionnistes d'Asie.

On

est

étoimé d'apprendre que des
cien et ses congénères aient
taisies
;

hommes comme Jean
pu raconter de
le

l'An

-

telles

fan-,

on ne Test pas moins d'entendre

prophète

roj

main divaguer à ce point sur
Cependant ce
ceptions
attire
qu'il

la théologie.

y a de

critiquable dans ses con

n'est

pas à

la surface

de son texte. Ce

qu:

d'abord l'attention, ce sont les thèses sur

l'utilité

l'église romaine de xéron à co.mmode

235

des bonnes œuvres et sur la pureté morale. Ces thèses
sont appuj'ées sur l'exemple, toujours bien venu,
veur.
qu'il

du Sau-

Au

troisième plan seulement se dessinent des traits
satis-

ne nous est pas aisé de raccorder d'une façon

faisante.

Les anciens ne semblent pas
fut accepté

les

avoir remarla chrétienté
reli-

qués.

Le Pasteur
siècle
:

dans toute

du n*
gieuse

comme un
dans

livre de
les
le
:

grande autorité

on

le lisait

assemblées avec les saintes

Ecritures, sans
1

cependant

mettre au
les

peu son autorité diminua
lui

même rang. Peu rigoristes, comme Ter-

iillien,

reprochèrent sa compatissance pour les pé-

heurs: les esprits cultivés se choquèrent de son style
jizarre et
>e

des étrangetés de ses visions \
lui,

Les Ariens

réclamèrent de
divine
".

à cause de sa célèbre affirmation
le

le l'unité

Mais ceci ne pouvait guère

com-

)romettre, et

nous voj'ons saint Athanase, après Clément

l'Alexandrie et Origène, continuer à le tenir en

grande

stime et l'employer

pour l'instruction morale des caté-

chumènes.
a

Comme

Clément,

Hermas

eut les honneurs de

transcription dans les manuscrits de la Bible.

On

l'a

rouvé à la fin

du célèbre codex

^Shiaïficus.

^

Saint Jérôme

[in

Habacnc,

I,

14) le

malmène

{liber

ille

pocryphiis stidtitiae cundemnandm) à propos de l'ange Tliégri, réposé par Hermas (Vis. lY, 2) aux bêtes féroces. Saint Amroise et saint Augustin n'en parlent jamais; Prosper d'Aqui-

îme objecta à Cassien, qui
utorité [Adv. Coll., 13).

le citait, que c'était un livre sans D'après saint Jérôme [De virisill., 10) il 'irait été, de son temps, à peu près ignoré des Latins. Cependant en subsiste deux anciennes versions latines. * Mand. I. Cf. Athanase, De decr. Nie, 18; Ad Afros, 5.

236

CHAPITRE

XIII.

Le Pasteur
miné

fut,

comme
«

il

a été dit plus haut, ter

et publié définitivement

au temps où l'évêque Pie
de
»

frère d'Hermas, occupait

la chaire

la ville

Pie était

le

neuvième

«

successeur

des

Eome » apôtres. De se^
de
lettre,

huit prédécesseurs, dont nous connaissons la suite pa;
saint Irénée,

Clément seul

est

connu par sa


le:

lesphore par son martyre.

De Lin

et d'Anenclet,

deux premiers sur

la liste,

on ne peut rien

dire, sino

que Lin est peut-être identique au personnage de mêm»

nom que mentionne
nus aussi sont

la

seconde

lettre à

Timothée. Licon

les successeurs

de Clément, Evariste, Aie
le

xandre, Xyste, Après Télesphore vient Hygin,

pré
ce

décesseur de Pie. Pour classer chronologiquement

épiscopats, nous n'avons d'autre ressource qu'im cata

logue dont

la

première rédaction peut remonter au temp

de l'empereur

Commode
haut.

et

du pape Eleuthère,

peut-êtr

un peu plus
chaque nom.

Des

chiiïres

y

figuraient à côté d

Leur

total

donne

12.5

ans.

En

remontant à

parti

de 189, année où mourut Eleuthère, ces 125 ans non
conduisent juste à Tamiée 64, date présumable du mai
tyre de saint Pierre. Ainsi la chronologie des premier

papes

s'établirait ainsi qu'il suit

:

Lin
Anenclet

12 ans, approximativement 65-76 12
.

»...
»
» »

Clément
Evariste

9

.

Alexandre

8 10

...... ...... ......

»

.

.

77-88
89-97

98-105

106-115

L'ÉGLISK ROMAINE

DE XÉROX À COMMODE

237

Xjste

.

.

10
11

ans,
»

approximativement 116-125
126-136

Télesphore

Hygin
Pie.
Anicet
Soter
.
.

4
.

137-140
141-155
156-166

15
11

8
15

167-174
175-189

Eleuthère

Mais ces
ient été

omme

d'années, en supposant qu'ils nous exactement transmis, doivent être considérés des chiffres ronds, obtenus en négligeant
les

chiffi-es

•agments d'année soit en plus, soit en moins. Aussi ne iut.il pas se tenir avec rigueur aux dates qui en resJrtiraient. Au seul endroit où l'on dispose

d'mie véri-

cation précise, la table ci-dessus est

en défaut. Saint en 154,
et
il

olycarpe vint à
it

Eome, au plus

tard,

reçu par le

y

pape Anicet.
soit

Quoi

qu'il

en

de cette chronologie,
est

la succession

3iscopale
ileur.
Il

de
faut

Rome

un document de la plus haute évidemment se représenter ces succes-

urs des apôtres
^

comme

assistés,

dans

le

gouvernement

leur éghse,

d'un coUège de prêtres qui dirigeait avec
présidait à ses assem-

IX la

communauté chrétienne,

ees,

s'occupait de former les ophytes et de les instruire. Des diacres, des diaco:'«ses>,

jugeait les différends,

ici

comme

aiUeurs, s'occupaient plus spéciale-

ment

de l'administration et
^'"^'

des œuvres d'assistance.
,

fl.

pI'''' l'T^^P^'"
p. o42, 3« éd.j.

diaconesse

veuve) Flavia Arcas

"^>

238

CHAriTRE
le

XIII.

Dans
jours

pas toulangage courant, révêqne n'émergeait d'assesseurs, avec beaucoup de relief de son coUège

toujours distingué de l'enni le clergé lui-même n'était sociale étant très insemble de la communauté. La vie
tense, tout ce qui se faisait

ou

se passait se rapportait

au groupe entier plutôt qu'à

ses chefs.

C"est vers la fin

du règne d'Hadrien, au temps de

pour la première: l'évêque Hygin, que l'on entend parler d'Alexandrie., d'hérésies importées à Rome. Valentin
fois

Cerdon

et

Marcion vinrent

s'y instaUer et cherchèrent,:

non seulement à répandre

leurs idées

parmi

les fidèles,:

s'emparer de k mais, suivant certains témoignages, à que, dès avant ce, direction de l'égKse. D est difficile d'Orient quel| temps, Eome n'ait point vu débarquer la Syrie e-j ques-uns de ces contrefacteurs religieux dont
l'Asie furent

en avoir

de bonne heure fécondes. Hermas parai en juger par ce qu'il en dit, leuj connu.

j

A

sa philosophie succès aurait été mince. Yalentin, avec accommodante^| subtile, son exégèse et ses tendances
se
fit

mieux écouter
séjour à

et réussit à

fonder mie école.

D

fij

un long
Pie
lui,

Rome, sous

les successeurs d'Hygiil
le

et Anicet.

Marcion, arrivé vers

même
il

temps

qnj
l'I

se maintint quelques

années en relations avec
fut, à

glise.

non sans

difficulté toutefois, car

un

m

ment, obligé de
d'un document
vait durer.

justifier
écrit.

de sa

foi

par

la

présentatic

Mais une

telle

situation ne po
lieu, et l'on vit
coi|

En

14-i la

rupture eut

mie former, en concurrence avec la gi'ande église,

l'église romaine de xérox à commode

239

mnnauté marcionite. Elle eut d'abord beaucoup de succès. Le philosophé Justin, qui vivait à Rome en ce temps et qui guerroyait de la plume et de la parole contre
les

diverses hérésies en

vogue, s'attaqua spécialement

à Marcion. Mais celui-ci se maintint.

H

était encore à

Eome, au temps d'Anicet, lorsque
le

l'on y vit arriver (154) vénérable Polycarpe, évêque de Smyrne. Son voyage

avait p.nir but

de régler avec l'église romaine quelques

points litigieux, spécialement à propos des observances
pascales, sur

lesquelles Asiates

et

Eomains

n'étaient

pas d'accord.

On

peut juger

si

la pieuse curiosité

des

fidèles fut excitée

par

la

vue de cet iUustre

vieillard,

qui avait

connu des témoins de l'Evangile

et reçu les

enseignements des apôtres de l'Asie. Anicet l'accueillit
place aux assemblées liturgiques. Polycarpe, par sa seule persomie, était

avec empressement et voulut qu'il présidât à sa

une
Aussi

très forte expression
fit-il

de

la

tradition

chrétienne.

sensation chez les

dissidents:
la

beaucoup quittèrent
église.

les sectes

pour revenir à

grande

Un

jour

il

se rencontra

avec Marcion, qu'il avait
reconnais-tu? dit l'héré-

vu autrefois en
ique.

Asie.— «Me
»

— Oui,

répondit Polycarpe, je
.

reconnais

le

pre-

mer-né de Satan

Anicet ne put accepter
:

les idées

de

?*olycarpe sur l'observance pascale
)lus à le rallier

ne réussit pas non aux usages romains. Mais ils ne se brouilil

?rent

pas pour cela, et les Asiates résidant à

Eome

ontinuèrent, en dépit de cette légère divergence, à receoir

reucharistie

)cale.

comme les membres de la commmiauté Cet état de choses durait depuis longtemps, de-

9^Q

CHAPITRE Xin.

Enfin Polycarpe se sépara puis l'épiscopat de Xyste \ lesquels, amicalement des Eomains et de leur évêque,

peu de mois après, apprirent
martyre sa longue

qu'il avait

sceUé

par

le

et méritante carrière.

De
tienne
line,

tous côtés on affluait à

Eome. L'école

carpocra-

d'Alexandrie
fit

qui

y envoya une doctoresse. Marcelbeaucoup d'adeptes. Dans l'entourage de
lors

Marcion on distinguait dès

un de
à

ses

disciples.

ApeUe, qui devait présider plus tard

une évolution

ardent à la de la doctrine marcionite. Justin, toujours autre philodéfense de la foi, se vit renforcé par un
Tatien, qui sophe, venu de la lointaine Assyrie,
l'aida

quelque temps à ferrailler contre
lestine arriva
et

les

Cpiiques.

De

Pa-

Hégésippe, voyageur curieux de
Il

doctrine^;
de^;

de traditions.

put raconter aux Eomains bien

son pays choses intéressantes sur les vieux chrétiens de

;

de son côté

il

reçut d'eux des renseignements non
église,

m\
le;j

lement sur Tétat présent de leur

mais sur

temps anciens, car
une

il

paraît bien avoir rapporté de Bom.;
à l'évêque

liste épiscopale-

\ arrêtée

Anicet

:

il

la prc

«

4i; lettre Irénée, Haer., III, 3 de grec dans Eus., I\\

.

Victor, dans Eus., V, 24.
2

i

Eus., IV, 22.

On

connaît réternelle discussion sur
le

le t«xl
êi

Z.xo.yr.-.ï-L'yày.r.s a=x?'? 'A-'i^^rtî^:

mot

otaoî>rrv

devrait avoir
:

un comprij Romei jusqu'à Anicet». C'est ainsi que Rufin a le asyf| Mais Enfin comprend souvent de travers. D'autre part
substitué à

<

o-.aTsipr.v primitif, et le

sens serait

je

fis séjoii

\K-nAi-yj est bien inexplicable. Il faudrait

qu'il arriva à

Rome

't-i

nr.Ù

ou

è-i •V-;3i..-i.

qu'Hé-ésippe eût à Or il ne le dit p:

dans
l'ait

le

qu contexte immédiat et il n'est pas aisé d'admettre l'idée de liste épiscopa dit plus haut. D'autre part,

l'église romaine de XÉROX à COMilODE

241
il

longea lui-même jusqu'à Eleuthère, sous lequel
ses souvenirs
il

publia

de voyage.
d'Anicet.

Il l'avait

connu à Rome, où

était diacre

Tel était

le

milieu chrétien de

Rome

au déclin du

règne d'Antonin.
s'être

Le

christianisme tout entier semblait

concerté pour
:

j députer
le

ses figures les plus ca;

ractéristiques
le

Polycarpe,

patriarche d'Asie
:

Marcion,

farouche sectaire du Pont
la

Yalentin,

le

grand maître
;

de

gnose alexandrine

:

la doctoresse

Marcelline

Hé-

gésippe, le judéo-chrétien de Syrie;

Justin et Tatien,

philosophes
cosme,
les

et

apologistes.

C'était
le

comme un

micro-

un résumé de tout

christianisme d'alors.

A

voir circuler librement, discuter, se quereller, ensei-

gner, prier,

on ne se douterait guère que tous ces gens

sont des proscrits.

Et pourtant

il

en est

ainsi.

Tous

vi-

vent dans la préoccupation

du martyre. Hermas
:

et

Justin en parlent à chaque instant
point
;

Marcion

est

au

même
An-

Polycarpe et Justin vont mourir pour
il

la foi.

tonin règne,

est vrai, et l'empire
:

romain n'a jamais

eu de meilleur prince

mais

le

christianisme n'a pas cessé
à

d'être interdit, et les magistrats,
leurs,
le

Rome comme

ail-

continuent d'appliquer la loi. Le beau temple que bon empereur venait d'élever, au bas de la voie Sapar

est favorisée

Sot€r, à Soter

la suite du discours. « Et à Anicet succéda Eleuthère». Ceci semble indiquer que l'auteur, a ce moment, songeait à une liste commençant aux origines, cela va de soi, et arrêtée à l'évêque Anicet. Je reconnais toutefois
il

que l'expression

ôtaoj/-;,-/ ÈTrs-.r.aâar.v

n'est pas satisfaisante

;

doit s'être

perdu quelque chose.

I>ocHE8îŒ. IliHt.'anç. de VEfjI.

-

T.

I.

16

»242

CHAPITRE
sa

XIII.

crée, à Faustine,

femme

défunte,

était

alors dans-

tout réelat de ses marbres neufs.

H

aura vu passer plus
fo-

d'mi cortège de clirétiens venant des tribunaux du

rum

et

marchant au supplice. Cependant, pour
les

le

temps

où nous sommes,

seuls

noms de martyrs romains
un
troisième

qui se soient conservés sont ceux dont parle saint Justin

dans son Apologie
dont
il

',

Ptolémée, Lucius,
le

et

n"a pas

marqué

nom, exécutés par sentence

du préfet Urbicus.
Justin lui-même était très menacé
:

Crescens.

le phi-

losophe c\Tiique

si

m.altraité

par

lui,

ne

le perdait pas

de vue. C'est peut-être pour cela qu'il quitta

Eome. H

V
et.
il

revint au

commencement du règne de Marc-Aurèle^
que Crescens paraisse y avoir
zèle.

cette fois, sans fut victime

aidé,

de son

On

l'arrêta

avec d'autres

clirétiens. dont quelques-uns étaient des néophj^tes con-

vertis par

lui.

Ils

comparurent devant

le

préfet Rus-

ticus (163-1(57), qui, ayant constaté leur qualité de chrétiens, les
fit

flageller et décapiter.
Il

Les compagnons de
mie femme
ap-

Justin étaient assez divers.
pelée Charito. et cinq

y
:

avait

hommes

un cappadocien,

Evel-

pistos, esclave impérial:
trois autres.

un certain Hiérax, d'Iconium:
-.

Charitoii.

Paeon, Libérianas

»

II,

2.
(

«

La

ijassion de saint Justin et de ses

compagnons nous

a
j

été conservée dans la collection byzantine de Métaphraste. C'est la seule pièce authentique de ce genre qui nous soit restée sur
les

|

|

martyrs de Rome. Les histoires, fort nombreuses, que nous en avons, ne sont que des romans pieux, sans aucune autorité. Ils contiennent sans doute des renseignements intéressants sur

l'église romalxe de xérox à commode

243

De toutes ces vieilles générations de Téglise romaine nous reste un souvenir monumental des plus il précieux, l'étage supérieur et primitif du cimetière de
Priscille.

Leurs épitaplies s'y lisent encore

:

elles sont brèves., les

noms seulement, accompagnés quelquefois de l'acclamation Pa.i- tecum. Çà et là quelques peintures archaïques
décorent des chambres où de petits groupes on4

pu

se

réunir en assemblées funéraires. D'autres sépultures

du

même âge
plui5

se rencontrent

au sud de
les

Rome

:

elles

furent

tard englobées

dans

nécropoles connues sous
Calliste.

les

noms de Prétextât, Domitille,

Aucune pour-

tant n'a l'étendue et la

régularité des galeries priscil-

Hennes. Celles-ci nous représentent

évidemment

le pre-

mier cimetière collectif de l'église romaine.

Vers
avait si

le

temps où

saint Justin périt

pour

la foi qu'il

la direction de l'église romaine passa des mains d'Anicet à celles de Soter. De
celui-ci

longtemps défendue,

nous ne savons qu'une chose,

c'est qu'il écrivit

jcomme son prédécesseur Clément, une lettre à l'égHse de Corinthe. L'occasion était bien différente. La lettre
es lieux

de sépultures et

l'état

ne
•e

des sanctuaires au Ye et au

siècle,

mais

c'est tout. Il est impossible,

her a leur chronologie,

en particulier, de aux noms d'empereurs et de préfets

ui'ils

ommence au temps de Constantin) ne mentionnent jamais
'artyre

introduisent à tort et à travers. Je dois aussi faire bserver que les calendriers romains les plus anciens (la série
les

-

Cela tient à ce que l'usage de célébrer Hnniversaire des martyrs, et des défunts en général, ne s'insiècle.

du H^

'oduLsit à
rès

Rome que dans

le

courant du III«

siècle.

On

le

voit
ia-

bien par les épitaphes: les plus anciennes ne

marquent

'ais le

jour de la mort.

244

CHAPITRE

XIII.

la

d'argent destiné à soude Soter accompagnait un envoi condamnés aux mio-er les pauvres et les confesseurs
nes.

Eiche

et charitable, l'église

romaine

faisait volon;

tiers part de
l'aise.

ses

ressources

aux chrétientés moins
elle se

à
j

C'était déjà

une tradition;

maintint

jus-i

qu'aux dernières persécutions,

La
la

lettre

de Soter ne

nous
la

est

pas parvenue
fit

;

nous ne

connaissons que par

réponse qu'y

Denys, évêque de Corinthe, dont
'.

Eusèbe nous a conservé quelques fragments

Autour de
propagande.
avait à

la

grande Eglise l'hérésie continuait
secte valentinienne
s'organisait.

sa:

La

Ellf

Eome deux
la

maîtres renommés, disciples

direct>,

de Yalentin, Héracléon et Ptolémée.
difia

Le premier
le

mo-:

un peu

genèse des éons. Dans

système pn,

mitif ceux-ci étaient toujours groupés par paires: Héj

racléon introduisit
plaçant au

la

monarchie dans

le

Plérôme

eii

sommet un

être unique, sans correspondani
et,

femelle, duquel procède le premier couple

par smtej
Cléj

tous les autres dérivent. C'était

un

écrivain fécond.

ment d'Alexandrie

et

Origène
était

le

citent souvent. Le

pluj
1
^,

remarquable de ses écrits

un commentaire

sur

vangile de saint Jean \ Quant à Ptolémée, c'est à
et

hi
1!

aux siens que s'attaqua saint L'énée
1

:

c'est sous

H. E.,

JW

23.

M. Harnack

croit pouvoir identifier la

letti;

de Soter avec la //« démentis. Je
opinion.
2

ne saurais

me

ranger à

so

suite Les fragments d'Héracléon sont imprimés à la de^rooke, dans les Texts and Stiidi saint Irénée. Cf. l'édition de Cambridge, t. I, fasc. 4.

(

l'église romaine de Néron à

commode
la

245

forme

qu'il lui

donna ou

lui

conserva que

gnose va-

lentinienne est le plus connue.

Un

certain Marc, depuis

longtemps combattu en Asie, parut aussi en Occident
vers le

temps de Marc-Aurèle. D'autres noms encore se

rencontrent dans saint Irénée, saint Hippolj^te et Tertullien:

Secundus, Alexandre, Colarbase, Tliéotime: on
à quelles modifications
il

ne

sait

du système

ils

ont cor-

respondu, et vraiment

importerait peu de
la doctrine

le savoir.

Ce

n'est pas

seulement sur

que

l'on se

divisait: le rituel aussi était

matière à divergences.
les
»
,

Le

baptême ordinaire était bon pour
l'inauguration des
«

«
il

psychiques
fallait

»

:

pour

pneumatiques
;

autre chose.

Les plus sensés

le

contestaient

ils

disaient que la gnose
la seule

étant chose spirituelle, c'est

par

connaissance

du mystère que devait s'effectuer la régénération de
l'initié.

D'autres avaient imaginé d'introduire solennelle

lement

récipiendaire dans une chaixibre nuptiale; ce
assez d'accord avec l'idée que l'on se faisait
la

rite était

du plérôme céleste. Mais

plupart préféraient une sorte

de décalque de l'initiation chrétienne, telle que la pratiquait la

grande Eglise.

On

baptisait donc dans l'eau,

en prononçant des formules

comme: Au nom de

Vin-

connaissahh Père de toutes choses, de la Ve'rité mère de
tout,

de Celui qui descendit en Je'sus (l'éon Christ).
^
:

On
etc.

employait aussi l'hébreu
L'initié

Au nom

d'Hachamoth^

répondait: Je suis
etc.

fortifie' et racheté';
:

j'ai racheté

mon âme,
'

Les assistants acclamaient

Paix à

tous

Saint Irénée transcrit ces formules hébraïques, et
;

même

il

es traduit

mais

il

ne faut pas trop se

fier

à ses traductions.

246

CHAPITRE
ce

XIII.

ceux sur qui

nom

repose! Il

3'

avait ensuite des onctions

d'huile parfumée. Quelquefois
et

on mêlait

le

baume

à Veau

on réunissait ainsi
le

les

deux actes du sacrement. Cette
à'apolytrose

cérémonie portait

nom

ou rédemption.

H

y en avait une autre pour les mourants ou les défunts. On leur communiquait les formules par lesquelles ils devaient triompher, dans l'autre monde, des puissances
férieures et
in-

du Démiurge,

et,

abandomiant aux unes

leurs éléments matériels, à Tautre leur

âme

vitale

(jv/;/,),

s'élever jusqu'aux régions supérieures réservées à l'âme
spirituelle (-viOy.y.) \

Marcion devait être mort à peu près vers temps que Polycarpe
et Justin.

le

même

Le
^,

«

très saint maître»,

comme
avec
le

l'appelaient ses sectateurs
Ils se le
:

demeura parmi eux
ciel
j

en grande vénération.

représentaient au

Christ et saint Paul

le
^.

Sauveur avait Paul

à
|

sa droite, Marcion à sa gauche

j

D'accord sur

la

vénération de leur fondateur,

ils
|

étaient loin de s'entendre pour
Celle-ci,

expliquer sa doctrine,

j

on

l'a

vu, comportait quelques incohérences,
j

dont

le

maître ne s'était guère préoccupé. Après
*.

lui

on
j |

«'efforça de les résoudre

Le marcionisme
entr-e le

avait eu pour
et lej

point de départ

l'opposition
la

Dieu bon

Dieu

juste.

Quand

métaphysique

s'y glissa, elle n'eut
essentiels et

pas de peine à tirer de

deux principes

'

Irénée, Haer.,

I,

21.

«
3
.*

Tertullien, Praescr., 20.

Origène, In Liic.,

2.5.
l'A.

Voir

le

curieux texte de Rhodou, dans Eus., V,

l'église komaixe de xérox à commode

247

essentiellement contraires. C'est ce qu'enseignaient, sous

Marc-Aurèle, deux notabilités
Basilicus.

marcionites, Potitus
cle

et

Hy

avait aussi l'école
le

Syneros

et

de Luca-

uus
et

',

qui,

dédoublant

dieu inférieur en un dieu juste
ainsi à reconnaître trois

un dieu mauvais, arrivaient
forme
trinitaire

principes. Cette

du marcionisme

finit

par

avoir tant de succès qu'elle éclipsa le dualisme primitif.

Au

nr

siècle et

au lY"

les

marcionites sont présentés

souvent

comme

des gens qui croient à trois dieux \
le

Mais au temps où nous sommes,

docteur

le

plus
s'ef-

en vue dans la secte était un certain Apelle, qui
força de réduire le dualisme,

avoué ou

latent, et

de re-

venir à Tunité de principe. Il avait d'abord

vécu à
^

Eome
con-

auprès du maître, puis
drie,

il

s'était

transporté

à

Alexanle

d'où

il

revint,

longtemps après. Ehodon. qui

nut personnellement, en trace

un curieux

portrait. C'était
Il
il

un
lui

vieillard vénérable,

de

mœurs

graves.

avait avec
recueillit
*.

une illuminée appelée Pliilomène, dont

les

hallucinations dans son livre des Eclaircissements
'

Celui-ci n'est jxas

mentionné par Rhodon. Y. Pseudo-Tert.,
cf.

et Tertullien,
^

De

Ii'esurr., 2;

Voir par exemple Denys de

Rome,

Epiphane, Haer., 43. clans Athanase. De decr.

Xicaen., 26.
3 Tertullien attribue ce départ à une brouille avec Marcion, propos d'une histoire de femme. Il dit aussi que Pliilomène

'i

tourna mal.
;ion

Dans ses extases elle se trouvait en communicaavec un enfant qui était tantôt le Christ, tantôt saint Paul. * *aN£pw5:i;. Il écrivit aussi un livre intitulé « Syllogismes», ù il combattait vivement Moïse et les Prophètes. Origène {in
II, 2) en a cité un fragment. D'autres sont reproduits dans De Paradiso de saint Ambroise. Cf. Terte nnd Unf., VP.

'''H.,

^

m.

248

CHAPITRE xni.
lui.

Ehodon, ayant trouvé l'occasion de discuter avec
voulut
le faire

s'expliquer sur la manière dont
celle

il

accor-

dait sa doctrine avec

de Marcion. Mais Apelle,
il

bientôt las d'une dispute où
lui dit « qu'il était inutile
» » » » »

n'avait pas l'avantage,

de

clierclier à

résoudre toutes

ces questions, qu^il valait
sa croyance, que

mieux

s'en tenir chacun à

tous ceux qui ont foi au Crucifié

seront sauvés, pourvu que leur vie soit vertueuse. Quant
à établir qu'il n'y a

qu'un seul principe,

il

y renonçait
;

volontiers, se contentant d'en être convaincu. D'ailleurs

» il »

n'y avait rien à tirer des prophètes, qui se contre»

disent et mentent à l'envi

^

L'évolution d'Apelle excitait vivement l'intérêt de

Ehodon:

« Il

reconnaît,
». Il

dit-il,

un

seul principe, exacte-;

y a pourtant des différences. Nous possédons, grâce à saint Epiphane \ une sorte d'exposé
ment comme nous du système d'Apelle, qui parait bien être sorti de sa plume « H y a un seid Dieu bon, un seul principe, une » seule puissance ineffable. Ce Dieu unique, ce principe
:

i

^

|

j

»

unique, ne s'inquiète en rien de ce qui se passe dansi

» »
» » »

notre monde.

Il fit (t'oi-nGi)

mi autre Dieu,

lequel en-

ce suite créa toutes choses, le ciel, la terre et tout

qui est dans

le

monde. Mais ce second dieu

n'était]

pas bon
lui

(y.-i'ir,

U

oùx.

ày^Oô;), et les choses faites parj
(àys'-^w; sîpyacryiva) ». Celai
àj

ne furent pas bien faites

ressemble beaucoup, au point de vue métaphysique,
l'arianisme, mais avec
Eus., V, IB.
la

préoccupation marcionite

de,

'

I

^

Ilacr.,

XLIV,

2.

I

.

r/É(îLISE
la

ROMAIXE DE XÉROX À COMMODE
attribut essentiel
et

249

bonté

comme

incommunicable

de Dieu.

Apelle mitigea
cion, Jésus- Christ

aussi le docétisme radical de Mar-

ne fut plus un fantôme:

il

eut

un

corps,

non pas

tiré

d'une mère humaine, mais emprunté
corps

directement aux quatre éléments. C'est avec ce
qu'il fut

réellement crucifié et qu'il apparut à «es dis-

ciples

après la résurrection.

En remontant
la

au

ciel

il

en

restitua les

éléments à
reste,

la

nature.

Pour
naître.
les

le

Apelle
le

continuait

tradition

du

En

éliminant

docétisme,

il

supprimait une
faire
il

plus fortes objections.
l'auteur

Quant à son système de
le
là,

•réer
•lair

du monde par
ou en venir

Dieu supérieur,

est

qu'il fallait

ou admettre franche-

nent,
els.

avec Potitus et Basilicus, deux principes coéterC'est, à l'intérieur

du marcionisme,

la

même
'.

situa-

ion qui se révéla, ntre l'arianisme
lérétique

dans l'Eglise orthodoxe, par
et
le

le conflit

consubstantialisme

Apelle est

par rapport à Marcion,
catholique.

comme Arius
était

par rap-

ort à l'Eglise

Rhodon. l'adversaire d'Apelle,

un

asiate établi

Rome depuis
t

assez longtemps.
:

Il

y

avait connu Tatien

s'était fait

is

l'avait suivi ni dans voyages ultérieurs ni dans ses excentricités doctriil

son disciple

mais

ne

'SurApelle, voir surtout ce qu'en dit
c.
>t
'p

le

— Tertullien avait écrit un livre entier Adversiis ApeUaicos
perdu. Mais v. Adv.
;

contemporaiuEhodon,
; il

carne Christi,

G,

Marc, III, 11 IV, 17: Praescr., 6, 30, :34; 8; De anima, 23, 36: v. aussi Hippoljte,

pHagvxa lEpiph., 43, Pseudo-Tert., 51, Philastr.. 47); Philophum., Yll, :38.

250
nales.

CHAPITRE

XIII.

Eusèbe eut sous

les

jeux plusieurs

écrits de

lui.!

Le

plus important, dédié à

un certain

Callistion,

était:
qu'ili

dirigé contre les Marcionites, et c'est dans celui-là

eut Toccasion de

décrire Apelle. Il écrivit aussi sur les

six jours ('K;a-;^a£sov).

C'est sous l'épiscopat de Soter que pai-^'int à Eome'

l'étonnante nouvelle qu'une armée romaine, commandéej

par l'empereur lui-même, avait été sauvée par
res

les prièétait du

d'une troupe
la

de soldats chrétiens. Telle

moins

version qui circulait chez les fidèles. Le dan

ger couru par l'armée est chose certaine.

On

sait éga-

lement que, dans leur détresse,

les

Romains

firent appe.

à toutes les influences divines sur lesquelles pouvaieiiil

agir les diverses

religions pratiquées

par

les

soldat'^i

Mais quand s'éleva au Champ de Mars

la colonne comi

mémorative des victoires de Marc-Aurèle en Germaniei
c'est
cle.

aux dieux

officiels

que l'on

fit

honneur du

mira;

On

peut voir encore, dans ces bas-reliefs
jjhiL-iiis,

célèbres!
cheî

l'image du Jupiter

laissant pleuvoir de ses

veux, de ses bras, de
salutaires qui permirent
et à la défaite.

toute sa personne, les

torrent;'

aux légions d'échapper à

la soi!

!

La colonne Antonine
lorsque, vers 175, le
thère, l'ancien

était

encore en

constructioij
j

pape Soter fut remplacé par

Eleii

diacre d'Anicet.

En
»
.

dépit des service)
la

rendus par

la «

Légion fulminante

persécution

etai

partout en recrudescence.

Nous trouverons

bientôt Elev
et leur er

thère en rapport avec les martj-rs de

Lyon

l'église romaine de Néron à

commode
alors,

251

Yoyé saint
et à

Ii"énée.

On

parlait

beaucoup

en Gaiûe

Eome, des nouveaux prophètes de Phrygie, L'église
nous verrons plus loin à quel parti
la

romaine fut sollicitée de prendre position dans cette
affaire
:

elle se

rangea.

Après
lassocié

mort de Marc-Aurèle, son
plus de trois

fils

Commode,

depuis

ans à l'empire, demeura

seul maître

du pouvoir. On

sait qu'il n'eut

guère à cœur

de se conformer
tre

aux maximes paternelles. C'est peuten paix.

pour cela

qu'il laissa les chrétiens

Du

reste

jeux-ci
l'ia,

avaient des influences dans son entourage; Mar-

sa favorite, était chrétienne.

Dans

le

milieu où elle

ivait,

sa conduite

ne pouvait guère être en harmonie

ivec lïdéal
jossible

évangélique, mais elle faisait au moins son
la

pour neutraliser par
lois

faveur impériale la

ri-

^eur des
•unuque

de proscription. Son ancien tuteur, un

appelé Hyacinthe, qui siégeait alors dans le

oUège presbytéral, l'entretenait dans ces bonnes dispoitions K

Marcia ne réussissait pas toujours. C'est sous
e

le

règne
sa-

Commode que

se place le

martyre d'Apollonius,

ant philosophe ^ vec

Encore

celui-ci paraît-il avoir été traité
'\

mie bienveillance spéciale
Philosoph., IX, 12.
£;ri

Il fut

jugé,

non par

'

Eusèbe saint Jéau rang de sénateur. figurait dans la collection d'an3n8 martyria formée par Eusèbe. Dans son histoire ecclésiastile, il en donne un résumé (V, 21). Ces derniers temps on a publié ux remaniements de cette pièce, l'un en arménien (Compteiidus de l'acad. de Berlin, 1893, p. 728), l'autre en grec (Anal. 'Uand., t. XIV, p. 286). A en juger par ces renseignements, le
TTxtocLot
fiipir.v.ï'-sv,

*

xat œiXsos-^ia

dit

;

me [Da viris ilL, 42; cf. 53, ' Le procès d'Apollonius

70) l'éleva

252
le préfet

CHAPITRE

XIII.

de Eome, mais par
1,

le

préfet

du

prétoire Pe-

remiis
s'est
fit

(

180-185

au

nom

de l'empereur lui-même. Ce qui

conservé des interrogatoires montre que Perennis

les plus

grands

efforts

pour sauver
le

l'accusé.
suc-

Quelques amiées plus tard,

pape Victor ayant

cédé (190) à Eleuthère, Marcia obtint la grâce de tous dans les-i les confesseurs qui travaillaient en condamnés

mines de Sardaigne. Mctor

lui

en avait domié

la liste;
qui'

Elle confia les lettres de grâce au prêtre Hyacinthe,
fit

le

voyage de Sardaigne

et revint

avec

les confes]

seurs libérés.
Voir le texte original n'était pas sans soulever des difficultés. de Harnack (Compte-rendus de l'acad. de Berlin commentaires

Le), de

Mommseu

[ibicl.,

1894, p. 497), de

K.

J.

Neumann

(De..

de Geffcken l'yflc/i rUm. Siaat und L'histoin Gôttingen, phil. hist. cl., 1904, p. •262i. richten de d] délateur exécuté, bien que sa dénonciation soit le point
die allgenieineKirche, t.I, p. 79),

du

invraisemblance| départ d'un procès criminel, est d'une grande n'est rapporté que parEusèbe, peut provenir d'unj Ce détail, qui confusion un accident arrivé au délateur a pu être transformj
:

en un cbâtiment

légal.

CHAPITEE XIV.
Les églises au
née.

11^

siècle.

Le christianisme en Italie et en Gaule. - Les martyrs de Lyon. - Iré-L'Evangile eu Afrique: les martyrs de Scilli. - L'église d'Athènes - Denys de Corinthe et ses lettres. - Les églises d'Asie, de Phrygie de Bithynie et de Thrace. - Martyre de Polycarpe. Les évêques d'Asie: Méliton et Apollinaire.

L'église de

Eome, dont

la vie intérieure fut si intense

dans ce premier siècle de son histoire, ne put
d'être
loin,

manquer

un centre de rayonnement

chrétien.

Connue au

dès ses premières origines, par son autorité, son enseignement, son zèle et sa charité, il est impossible
qu'elle n'ait

pas

fait

sentir,

et

de bonne heure,

son

action évangélisatrice
d'elle.

dans

les

régions plus rapprochées
détails.

Cependant nous ne savons rien des
la

Aucun

témoignage ne subsiste sur
d'un autre

fondation ou l'existence
Italie

groupe chrétien en

pendant tout

le

ir

siècle .

Les plus anciennes

Milan, Aquilée,

églises du nord, Eavenne, dont l'âge peut être mesuré avec quel-

Quand saint Paul débarqua à Pouzzoles, en 61, il y fut par un groupe de fidèles établis dans cette localité {Act., VX\III, 14). Il est bien possible que ce groupe se soit maintenu t se soit organisé en église unie à celle de Eome; cependant lous n'en savons rien.
'

^eçu

954

CHAPITRE

XIV.

que approximation,
des Sévère.

n'atteignent guère
le

que

le

temps
la

On

peut croire que dans
les

midi, dans

Campanie par exemple ou dans

environs de Eome.
:

des églises ont pu être fondées plus tôt

mais ce

n'esi

qu'une conjecture.

Du

reste,

il

faudrait encore savoii
ei

à quel degré d'organisation ces groupes de fidèles
étaient arrivés et jusqu'à quel point
ils

se distinguaien
i

de ce que l'on appelait

l'église

romaine. D'elle seule

est question dans les anciens auteurs qui ont écrit en

ced>

temps-là. ou qui, écrivant plus tard, ont eu à parler
cette période.

En

Gaule aussi

et

en Afrique,

les origines sont enve

loppées d'obscurité.

Des

conjectures,

mais des

conje(
ai

tures seulement, peuvent être faites sur l'existence,
II* siècle,

d'une
il

colonie
avait

chrétienne

à

Marseille. Son

Marc-Aurèle
Vienne.

y

une
il

église à L^-on et

une autre

;'

Un

peu plus tard

est question,

dans saint
et

Iré
le

née, d'églises établies dans les
pa3-s celtiques. Il

Germaniés

dans

y

a donc lieu d'admettre, dès ces terap
l'an

reculés,

une certaine diffusion du christianisme dans

cienne Gaule. L'église de

Lyon

était

un centre de rayon

nement, une église-mère. Elle comptait un certain nom
bre d'asiates et de phrygiens, mais l'élément indigèu'

y

était aussi représenté.

E y

avait

des
le

notabilités

loi

cales,

comme

Vettius Epagathus

et

médecin

Altj

xandre.

L'évêque Potliin, vieillard nonagénaire,

et

1|

prêtre Iréiiée présidaient à la petite communauté.

Un

grave épreuve s'abattit sur

elle

en 177. Les

chrétien?

LES ÉGLISES

Al- II-

SIÈCLE

265

encore peu nombreux, étaient très mal vus. ou Ion aiï-ectatt de croire aux calomnies

On

croyait

attachaient partout aux rénnions des fidèles On refusait de les loger: on leur fermait les bains on les excluait du marché: ils étaient hués, battus, maltraités le mille manières. Finalement les rumeurs malveillantes •urent assez de force pour que les autorités intervinssent .es magistrats municipaux et le tribun de la cohorte
s
l«i

qm

abominables

tenait

ganiison

à

Lyon

iîrent

arrêter

ombre de chrétiens

un certain

soumirent à la question, eux letu-s esclaves, dont quelques-mis étaient païens. La Inpart des chrétiens résistèrent, bien que les exécu'urs, excités par la mtdtitude, eussent poussé la qt.eson jusqu'aux extrêmes limites de la cntauté. Cepen»t II y eut des défaillances, une dizaine environ
aiS ce

et les

qui fut

particulièrement grave

c'est

clayes païens n'hésitèrent

que

les

pas à attester

la réalité

Janticides et des scènes

des

de débauche

-es tout paiitelants

de Lyonnaise étant absent, ces procédures nstruction n'aboutissaient à auctrne sentence. Déta-

Le légat

e
J
'

U.S frères

des chevalets, l,s confesseurs étaient dans d-horibles cachots, sans soins ni nourriture

"t eu prison,

demeurés libres s'eiforçaient, en bravant dauge., de leur porter secours. Plusieurs mou-

;n avaient pas

notamment l'évêque Pothin. Les aposété séparés des autres. Totrchés
les

«Aante que leur témoignaient

par

confesseurs et ré-

leur faiblesse et professèrent

de nouveau

,Ia

foi

056

CHAPITRE

XIV.

Au

retour du légat, quelques sentences furent pro'
'
:

noncées. Sanctus, le diacre de Vienne

Maturus,

uéo!

phyte d'un courage extraordinaire: mie esclave,
dine, assez frêle de corps
:

BlarJ

mi

asiate. Attale

de Pergamtj

Tune des colonnes de
aux bêtes
et

l'église lyoïmaise,

furent condamnél
et Mi]
pa'|

envoyés à rampliitliéâtre. Sanctus

ds fer rougie, turus, brûlés d'abord sur la chaise
dévorés par les animaux féroces, conquirent
la

les premieii

palme des martyrs. Ce
elle fut

jûur-là les bêtes ne voulurei

pas de Blandine;
Attale. que

reconduite

en prison,

av«'

Ton découvrit

être citoyen romain.
j

Le

légat alors jugea

bon de consulter

l'empereri

Marc-Aurèle répondit,
qu'il fallait

comme on

devait s"y attendii
Ij

renvoyer

les apostats et faire exécuter

autres.

Une

dernière audience fut tenue.
et

A

la

grai:!
trai,-

surprise

du juge

de l'assistance, les apostats se

demtformèrent en confesseurs; à peine quelques-uns
rèrent-ils

dans

le

cas d'être mis en liberté.
s

C'était le

de la

moment de Tamiée où de toutes les ci Gaule on afEuait à Lyon pour les fêtes céiébr-s

à l"autel de
et

Eome

et d'Auguste,

au confluent de

la Sat^
ti-

du Eliône. Des jeux

d" amphithéâtre
officielles.

figuraient

jours parmi les réjouissances

Le

légat

fit

^

de citoyi^ capiter ceux des chrétiens qui avaient le titre

romains,
tale,

n

en restait assez pour

les bêtes féroces,

jt-

en dépit de sa

qualité, leur fut adjugé.

D

pas^^

du médtu la première représentation, en compagnie
1

Ti-/

o:âx.5-/5v

i-t B-VrA,; Cette expression

semble

indi

Vienne. que Sanctus était le chef du groupe chrétien de

LES ÉGLISES AU

II^

SIÈCLE

257

phrygien Alexandre, arrêté à
suivirent.

la

dernière heure. D'autres
ans,

Les derniers furent un enfant de quinze

Ponticus, et l'admirable Blandine, qui, jusqu'au dernier moment, soutint de son exemple et de sa parole le courage de ses compagnons. Les restes

des martyrs furent

brûlés par les exécuteurs et les cendres jetées

au Rhône.

Quand tout

fut

fini,

on consigna
glorieux

le

récit de ces
lettre qui

événements lugubres
fat

et

dans une

adressée aux frères d'Asie
«

des

serviteurs
»

et de Phrygie au nom du Christ en résidence à Vienne et à

L^^on

\
cette

Dans

même
les

pièce, l'église de

Lyon donnait
let-

sou avis sur la question
tres écrites

du montanisme. Quelques
sur
le

par

confesseurs,

même

sujet,

y

avaient été

insérées.

Plusieurs étaient adressées aussi

aux frères d'Asie et de Phrygie; une autre, destinée à révêque de Eome, Eleuthère, lui avait été portée par
!e

>

>

prêtre L-énée. Le salut final était ainsi conçu: « Salut en Dieu, de nouveau et toujours, père Eleuthère. Nous avons prié L^énée, notre frère et compagnon ^ de vous

'

porter ces lettres, et nous vous le

recommandons comme
du
Christ. Si

'

un

homme
Le
fait

plein de zèle pour la cause

»
_

:mfication,
e leurs

que Vienne est nommée frabovd, s'il a une sine peut être qu'une politesse des Lyonnais à l'égard

confrères de Vienne.

L'événement

est essentiellement

^•ounais.

Les magistrats de la colonie lyonnaise ne pouvaient leu évidemment instrumenter à Vienne; le légat lui-même avait aucune juridiction. Sanctus, „y le diacre de Vienne, aura te arrêté à Lyon; aucun autre viennois n'est mentionné.
loM
àoc).9s-(
r.,j.w-,

xaî x.îivmvov.

UCIIE8SE. Ilist.

(lu'c.

de VE(jJ.

-

T.

I.

,-

253
»
»

CHAPITRE XIV.
le

nous pensions que

rang ajoute au mérite de

quelprê-

d'abord qu'un, nous vous l'aurions présenté

comme

» tre

de T église

»

^

éloigné IréCette commission avait momentanément comme évêque. née. Après la catastrophe, il lui incomba,

de

rallier

les

débris de la chrétienté lyonnaise. Dans

la paix qui suivit la persécution

de Marc-Aurèle,

il

dut

se

et de consacrer d'abord à ses travaux de pasteur tels travaux missionnaire. En ce pays de Gaule, de rendus plus difficiles par la diversité des langues.

étaient

Le

latine:
la

essentiellement grec ne suffisait pas à Lyon, ville part en dehors, il fallait parler celte. D'autre

gnose se propageait en Gaule
écrit,

comme
y

ailleurs. Pto-

lémée, de sa persomie ou par
rants
sa
se
:

recrutait des adhélui.

l'asiate

Marc, fort combattu chez
les

prenaiii

revanche sur

âmes simples
de

et

ferventes dom

composaient

les chrétientés

la vallée

du Ehône;
ca!|

d'autres, Irénée entreprit ces hérétiques, avec bien

en ce genre de choses ouvrage dont
il

le travail

foisonne, dans

un

granf,

nous

est

parvenu

de notables fragment'^

Réfutatioi: grecç et ime version latine au complet. Sa « ' vit le jour vers l'année 183 de la fausse science
>>

Dans

les

années suivantes nous

le

voyons mêlé
il

au:,

affaires

religieuses

de Rome, auxquelles

s'intéresfe;j

toujours beaucoup.
|

On Ce ton ne laisse pas d'être un peu singulier. africains dont la présomption mvilgré soi aux confesseurs
1

pen.-^l

eau?

tait d'ennuis à saint Cyprien.
2 'EU-;//.;
/.ai

i/aTîjTTv;

-r.-,

Ivy.oyrjy.yj

pwo3to;.

LES ÉGLISES AU

11^

SIÈCLE
les

259

En
se

Afrique aussi,

le

voile qui couvre
Il est

origines

lève

sur des scènes de martyre.
le

naturel de

croire
la

que

christianisme s'établit de bonne heure dans
et que de là il rayonna du pays. De ce rayonnement témoigne

gi-ande

ville

de

Carthage

vers rintérieur
le fait
le

que, sous le proconsul Vigellius Saturninus (180),

premier qui soit intervenu avec quelque vigueur conil

tre les chrétiens,

s'en soit trouvé
Scilli,

un

certain

nombre
fem-

dans

la

petite ville de

fort

éloignée de la méet cinq

tropole.

Douze

d'entre eux, sept

hommes
le
«

mes, comparurent à Carthage devant

procansul, le

17 juillet 180,

et,

sur leur refus de

revenir aux usages

romains

»

,

ils

furent tous condamnés à mort et exécutés.
la

Ce

n'était

pas

première
titre

fois

que

le

sang chrétien

coulait

en Afrique. Le

de premier martyr était

attribué,

au

IV
Des

siècle,

à

un Xamphamo, de Madaure

en Xumidie.
fin

écrits

de Tertullien on déduit qu'à la

du

II''

siècle les chrétiens étaient fort
il

nombreux à

Carthage et en province: mais
tails:
lui.

ne donne pas de dé-

quatre localités seulement sont mentiomiées

par
évêle

Uthina, Adrumète, Thysdrus et Lambèse.
il

Des

ques de Carthage ses contemporains

ne

dit

pas

moindre mot.

Au

delà de

l'Adriatique la prédication

chrétienne

avait touché, dès les

temps apostoliques, certains points
'

de la côte, en Dalmatie

et

en Epire

:

Nicopolis est men-

tionnée dans les épitres
'

de

saint Paul'. Epiphane, le

// 77»/.,
'/'//..

IV, 10.
1-2.

-

nr.

2(30

CHAPITRE

XIV.
l'île

fils

de riiérésiarque Basilide, était de

de Céphalo-

nie ^ Sur le continent grec, l'église de Corinthe, fondée

par saint Paul

et

dont

il

a été question à propos

de

saint Clément, conservait une situation très importante.

Hégésippe, au cours de son voyage à Rome,
tretenu à Corinthe avec l'évêque Primus.

s'était en-

Le règne d'Antonin
de ces contrées.

avait été dur pour les chrétiens

Comme

toujours et partout, l'opposition

qu'ils rencontraient venait

moins des magistrats impé-

riaux que des autorités locales.
:

Le

zèle de celles-ci avait

été modéré par Antonin Méliton, sous Marc-Aurèle, pou-

vait citer des rescrits

du précédent empereur

adressés,

soit à l'assemblée d'Acliaïe ^, soit

aux mmiicipalités d'Athè-

nes, de Larisse, de Thessalonique.

Denys, qui succéda à Primus sur
était

le

siège de Corinthe,
le consultait de

un personnage

très considéré.

On

tous les côtés et ses lettres se répandaient
dité
^.

avec

rapi-

L^n recueil en

fut formé, peut-être de son vivant;

Eusèbe

l'eut entre les

mains

et

en

fit,

pour son

histoire,

un dépouillement
Lacédémone, où
^

fort intéressant. Outre celle
^,

que

re-

çurent les Eomains
il

il

j en

avait
la

ime à
saine

l'église

de
le

recommandait

doctrine,

Ci-dessus, p. 172.
Hpi;
-ÔL-iTT.;
"F,)./.r,-/a;:

2

c'est le

/.s-./s'v

d'Acliaïe, qui s'assem-

blait à Corinthe.

sifiaient

y avait des personnes mal intentionnées qui les falpour couvrir de son patronage leurs opinions particulières. Eusèbe désigne ces lettres par l'expi-ession x,a9i>.i/.ai îrpè; -cà: fc/./.Xr.ota; £77'.'jT5).ai, qui correspond sans doute à un titre. //. E.j
3 II

IV, 23.
^Ci-dessus, p. 244.
I

LES ÉGLISES AU
soin de la paix et

II«

SIÈCLE

261

une antre à Féglise d'Athènes, qni venait de traverser nne crise'' presque
et
fatale.

de runité,

tion
et

de la foi de la vie chrétienne. Ils étaient presque retournés
le

Les Athéniens, ayant perdu dans une perséculeur évêque Publius, s'é.taient lassés

au paganisme. Heureusement,
évèque, Quadratus.
min.
les

zèle

de leur nouvel
le

avait remis dans

bon che-

Dans

cette

lettre.

Denys

parlait

aux Athéniens

de leur premier évêque.

Denys TAréopagite, converti
lors

par saint Paul.

La Crète possédait dès
celle

au moins deux

églises,

de Gortyne et celle de Knossos.

A
il

ceUe de Goradressait ses

tyne,

dont Tévêque s'appelait Philippe,

courage qu'elle avait montré, sans doute pendant quelque persécution: il recommandait en même temps de se défier des hérétiques. Gest
le

félicitations

pour

peut-être

à l'instigation
:\Iarcionites
seillait
>.

de Denys que Philippe écrivit contre les

Dans

sa lettre

aux Knossiens, Denys conle

à leur

évêque Pinytus de ne pas exagérer

devoir de la continence et de tenir
blesse

compte de

la fai-

humaine. Pinytus répondit, remerciant de Corinthe et le priant de recommencer, en

Févêque
ne
crai-

gnant pas de s'élever au dessus des éléments et de distribuer aux Cretois un aliment plus substantiel.

Denys

écrivit aussi à

de plus lointaines églises, celles de Xi-

eomédie

et

dMmastris, ainsi qu'à une dame appelée

ChiTsophora.

Eus.. IT, 25.

2g2

CHAPITRE

XIV.

Ce

recueil de lettres ne nous ouvre qu'un faible jour

du second siècle. sur les chrétientés de Grèce au déclin Pour les pays plus au nord il n'y a aucun renseigne-

ment ^

'

De l'autre côté de la mer Egée, le christianisme avait, comme en Grèce, des racines anciennes et profondes. Aufondations tour de l'église d'Ephèse, la principale des Paul, on en voit de bonne heure se former

de saint

beaucoup
ses,

d'autres. Celles d'Alexandria Troas, de Colos-

de Laodicée, d'Hiérapolis, sont mentionnées dans ses celles de Smyme, lettres. L'Apocalypse marque en plus

Pergame, Sardes, Philadelphie, Thyatires. Les

églises de

Magnésie (du Méandre) et de Tralles apparaissent dans doute exislettres de saint Ignace. Bien d'autres sans
les

taient dès le

commencement du H"

siècle qui

ne

se

ma-

nifestent que plus tard.

En

arrière

de

l'xlsie

proprement

dite,

le

plateau

phrygien comptait aussi des chrétientés nombreuses. Pays essentiellement agricole, la Phrygie était habitée
par des gens de mœurs simples et douces; leurs
cultes

subi indigènes, d'mie antiquité fabuleuse, n'avaient pas

très

profondément l'adaptation hellénique.

Ils

compor

sanctalent de grandes assemblées religieuses, près des

ramage, tuaires en renom, et des cérémonies à grand
Galles et excitantes, présidées par des prêtres exaltés,

Depuis saint Paul jusqu'au IV<= que l'on ait sur les églises de Macédoine
'

siècle, le seul

document

lycarpe à l'église de Philippes, écrite
saint Ignace, vers 115.

c'est l'épître de saint Poau temps du passage de

LES ÉGLISES AU

II«

SIÈCLE

263
étaient

Corybantes, dont les fureurs sacrées

célèbres

dans

le

monde

entier.

Dès

sa première mission, saint

Paul avait

fait

séjour
sud-

à .4ntioclie de Pisidie et à Iconium, vers
est

la limite
il

du pays phrygien.
à

Un peu

plus tard

l'avait tra-

versé

deux

reprises,

en allant

de Syrie en Macé-

doine et en Asie. Soit

nouveUes chrétientés,

soit

quïl y eût établi lui-même de que TEvangile y eût été porté

des ég-Hses les plus voisines, Iconium, Antioclie de Pisidie, Hiérapolis, le fait est qu'à la fin

du

IP" siècle le

pays était déjà presque à moitié chrétien.

En

Bithynie aussi et sur la côte de

la

mer

Xoire, le

christianisme se répandit de très

bonne heure. Le gou-

verneur Pline se plaignait à Trajan de cette contagion superstitieuse « qui envahissait non seulement
les villes,

mais les bourgs et les champs, faisait le vide
les

autour

temples et ruinait

le

père de

Marcion

était,

commerce des victimes». Le vers ce temps-là ou peu après,

^vêque à Sinope.

Sous Marc-Aurèle nous entendons parer des églises d-Amastris et de Xicomédie: Denys de :orinthe, écrivant aux fidèles de Xicomédie. les encou•ageait à résister

à la

propagande marcionite: à ceux
s'appelait

l'Amastris,

dont

Tévêque

Palmas.

il

expli-

uait certains textes

des Ecritures, enseignait la véri-

able doctrine sur le
eillait
'^

mariage et la continence, et conbienveillance envers les pécheurs repentis et hérétiques touchés de la grâce. De ce foyer bithyla

len le christianisme

rayomia vers

la

Thrace. où nous

•ouvons, vers le

même

temps, les deux églises voisines

2(54

CHAPITRE
'.

XIV.
il

de Debelte et crAiichiale

dont

est question à

propos

du montanisme,
Après saint Paul, leur premier apôtre, les chrétieus de TAsie proprement dite ne demeurèrent pas dépourvus de chefs illustres. Timothée paraît avoir eu quelque
temps
la direction

de ces églises.

Comme

on

l'a

vu

plus

haut, elles accueillirent plusieurs des témoins de l'Evangile chassés

de leur pays par

la

guerre juive ou émi-

grés pour

d'autres raisons. Ainsi leur furent apportées

les traditions

de

la

primitive église de Jérusalem. Phifilles
:

lippe le diacre et ses

s'installèrent à Hiérapolis.

au seuil de

la

Phrygie

saint

Jean paraît avoir
il

résid»:^

plus spécialement à
à

Ephèse. Sous Domitien

fut exilé

Patmos. d"où
le

il

écrivit

aux sept églises
sept

et leur corn

muniqua

livre

de ses visions. Les

lettres

d'

l'Apocalypse et les deux petites du recueil johannique

témoignent de son autorité sur
le

les églises d'Asie et nou>i
la fois terrible et dou>j

montrent sous cet aspect à
dans
la tradition.

qu'il a

Sous son

nom

parut, après

si|

mort,
la

le

C|uatrième de nos évangiles canoniques

et ausM

première des épîtres johamiiques. Ces écrits venaieii
tard, et la

un peu

forme qu'y prenait

le récit

évangf

lique ressemblait

peu

à celle à laquelle

on

était accoiî
oi|
1 1:

tumé déjà. Aussi ne passèrent-ils pas sans quelque
position. Mais
la

même

inspiration qui avait porté

glise à accepter sans bénéfice d'inventaire

TAncien

Te;
d'à

tament tout entier, y compris quelques appendices

^

Sur

le

o-olte

de Boursraz.

LES E(;LI8ES au
sez

11^

SIÈCLE

265

fraîche date, la décida a recevoir aussi
et à

l'évangile

de saint Jean
déjà reçus.
logie

lui

faire

place à côté

des textes
«

Le

renfort doctrinal qu'elle tira de la
»

théoles

johannique

lui fut

une compensation pour

difficultés

d'exégèse, alors en

somme

assez légères, aux-

quelles elle s'exposait

en l'acceptant.
le vieil

La persécution dont
bonne heure

apôtre s'était ressenti

paraît avoir épargné ses derniers moments. Mais l'Asie

eut de
à

ses martyrs.

L'Apocalypse relève
la

Pergame un Antipas, égorgé près de

demeure de

Satan, c'est-à-dire

du célèbre temple de Zeus Asclepios.

L'hérésie avait, dès le temps de saint Paul, travaillé
les

chrétientés asiatiques: nous en avons suivi la trace

et

dans l'Apocah^pse et dans les lettres de saint Ignace.

Xous avons vu aussi que chacune des églises de ce pays
était dirigée,

dès

le

temps de Trajan, par une hiérar-

chie à trois degrés,

évêque, prêtres, diacres. L'un de ces

évêques,

Pol^^carpe

de

Sm3a-ne, nous est déjà connu.
après, Papias, évêque d'Hiére-

Vers

le

même temps ou peu

rapolis, consigiia

en un livre dont on ne saurait trop

gretter la perte, des traditions et des essais d'exégèse.

Autour des chefs d'église et en grande considération
parmi
les fidèles

vécurent longtemps de vieux chrétiens

de la première heure, qui racontaient beaucoup, et aussi
les

prophètes et prophétesses

dont l'inspiration
de Philippe.

était

très respectée,

comme

les filles

Ammias

de

Philadelphie. Quadratus l'apologiste.

Le
jui

fait

que

celui-ci était

un

écrivain et

un écrivain

ne craignait pas de s'adresser

même

aux empereurs,

266

CHAPITRE
le

XIV.

montre que

don de prophétie n'excluait pas
conditions

Tacticita

Tité littéraire dans les

communes. On

bientôt, parmi les prophètes, l'érudit évêque de Sardes.

Méliton.

Polycarpe couronna par

le

martyre son long

et fmc-

tueux épiscopat. Peu de temps après son retour de Eome
lin

vent de fanatisme s'éleva dans
criait: «

la ville

de Smyrue.

On
en

A bas les

athées!

»

On

réclamait Polycarpe.
:

Celui-ci ne se montrait pas à
ville,

Snwrne

il

passait de

ville

exhortant les fidèles et prédisant son prochain

mart^n^e.

Pendant ce temps, une douzaine de

chrétiens,,

dont un certain Germanicus, étaient jugés et li\Tés aux
bêtes.

La

persécution exaltait les proscrits; on en

vit

quelques-uns, dont

un

phrygien appelé Quintus,

s'oiFrii':

d'eux-mêmes aux magistrats. Quintus avait trop présumé!
de ses forces.
Polycarpe

Au
le

dernier

moment
le fit

il

faiblit.

Cependant
l'am-j
saj

était arrêté près

de Smyrne

et

conduit à

phithéâtre, où
loge.

proconsul
«

comparaître dans
» il

Requis de

crier:

A

bas

les athées!

y

consentit.|

et proféra ces mots,

dans un sens évidemment tout
païenne
:

autre
à

que

celui de la foule
le

mais (|uand on Tinvita
:

maudire
»
» »

Christ,
le

il

répondit
il

«

Voilà quatre-vingt-six
fait

ans que je

sers:

ne m'a jamais

de mal.

C'est

mon

roi et

mon

sauveur,

comment

pourrais-je le mauj
i

dire?»

Il fut

brûlé vif.

^ Les chrétiens de Smja-ne envoyèrent à ceux de Pliilouie' lium, bien loin au fond de l'Asie Mineure, le récit du martyrt de PoWcarpe. Cette pièce est la plus ancienne de celles que l'oi appelle «Actes des martyrs». Il faudrait, suivant M. Harnacl

LES ÉGLISES AV

Il«

SIÈCLE

2<j7

Après

lui,

Méliton fut

la

grande célébrité de l'Asie

hrétiemie.
6

Il

ne nous reste que de menus fragments
le cata-

son œuvre littéraire, dont Eusèbe a dressé

igue; elle était considérable.
ues,

Outre ses

traités apologétiil

dont

il

a été question plus haut \

écrivit
la

sur

[vers sujets
e

philosophiques ou religieux, sur

nature

rhomme, sur

les sens, sur l'âme, le corps et Tintel-

gence: sur la création et la génération
diable, sur

du

Christ, sur

l'apocalypse

de Jean, sur

la foi,

sur le

aptême, sur le dimanche, sur l'Eglise, sur l'hospitalité,
u- la
Il

Pàque, sur

les

prophètes

',

probablement à propos
la préface,

montanisme naissant. Xous avons encore

Iressée à
'v-tXoyaî),

un certain Onésime, d'une
formé par
lui

sorte de llorilège

avec

les textes

de l'Ancien Tes-

>xte
>rter

nnd

Unf.. t. III, siib finem; cf. Chronologie, 1. 1, p. 362 rapau temps de Marc-Aurèle et de L. Verus (161-169) le mar1,

re des saints

ime.
t

La passion de

Carpus, Papylus et Agathonicé, exécutés à Pérces saints (Harnack, T. u. U., i. c, p. 440)
le

incomplète. A en juger par martyre d'Agathonicé serait un ritable suicide, et pourtant il inspirerait aux spectateurs cette flexion: « Tristes jugements! Ordres injustes! ». II est clair ;'Agathonicé a passé en jugement, comme les deux autres, et 'une partie du texte s'est perdue à cet endroit. Les calendriers IVe siècle donnent à.Cai^Jus la qualité d'évêque (de Pergame'?i à Papylus celle de diacre. On voit par la passion que Papylus lit citoyen de Thyatires. Interrogé s'il a des enfants, il répond 'il en a « selon Dieu » dans toutes les provinces et dans toutes villes. Je pense que ceci doit s'interpréter d'après Mafth., XII, -•JO, plutôt que d'après l'idée d'une situation spéciale dans
de bonne note, mais, je crois,
inique

manuscrit subsistant,

i

vangélisation de l'Asie.

>P. 209.
*"¥.

au

cil.

suivant.

208

CHAPITRE
lui

XIV.

*'
.

tament qui

paraissaient se rapporter au Sauveur
cet ouvrage,
il

Avant d'entreprendre
faire le

avait cru devoir

voyage de Palestine

et s'enquérir sur les lieo

du

véritable contenu de rancienne Bible.
liste

De

il

rap

porta une

qui comprend

tous les livres de l'An

cien Testament conservés en hébreu, sauf celui d'Esthfer
C'est à ces livres, exclusivement, qu'il
traits,

emprunta

ses ex

répartis en six tomes.

Un

dernier écrit de
sait


il

liton était intitulé
était question ^

«La

Clef»: on ne

de quoi

3

En

dehors de cette littérature, Méliton

laissa m.
asiatiqr.
qi

éclatante réputation de sainteté ^ L'épiscopat

comptait alors bien d'autres illustrations

:

Papirius,

avait remplacé Polycarpe à la tête de l'église de SmjTDt-

Sagaris, évêque de Laodicée, qui subit le martyre son
le

proconsul Sergius Paulus

(v.

167): Thraséas, évêqu
à Smyrnt
apologist.

d'Euménie en Phrygie, qui fut martyrisé
Apollinaire,

évêque d'Hiérapolis,

lettré

et

comme

son collègue de Sardes ^ Saint Irénée, qui éU

d'Asie et qui, dans

son enfance, avait vu
«

et entend
»

Polycarpe, se souvenait d'anciens

prêtres

dont

il n

mait à opposer les dires aux nouveautés des gnostique

L'un d'entre eux avait
1

écrit

contre

Marc, disciple
et de

(

Le cardinal Pitra dépensa beaucoup de temps

travi'
luj

dans à la recherche de cette Clef. Il crut l'avoir trouvée compilation latine de basse époque, qu'il publia avec an

so,

extrême

(Spic. Solesm.,

t.

II et III

1.
1

Lettre de Polycrate d'Ephèse, Eus., V, 2Ij.
j

3

Ci-dessus, p. 209.

LES ÉOLTSES AU
\''alentin,

Il«

SIÈCLE
il

269

une

satire

en vers iambiques, dont

nous reste

m

fragment \

On

voit,

par ces quelques

souvenirs et ces débris
le chris-

chappés à tant de naufrages, combien en Asie
iauisme était déjà vivant et agissant.
els sont,

Eome

et l'Asie,

au IV

siècle,

les

deux grands centres chrése

iens.

Eien d'important ne

passe en dehors de

là.

\.ucun

événement ne

se

produit en Asie sans retentir

out aussitôt à
ications

Eome,

et réciproquement.
le

Les commufacili-

par mer, accessibles à tout

monde,

lient les relations.

Poljcarpe, Marcion, Justin, Tatien,

Lhodon, Irénée, Attale de
ien,

Pergame, Alexandre

le

Pliry-

ces derniers

établis

tous les trois à Lyon, nous

ffrent ici
us,
int

peut y joindre celui d'Aberévêque d'Hiéropolis, au fond de la Plirygie, qui

des exemples.

On

à

Eome, où
du

il

put voir

la

majesté

impériale et
illustre
»

vre au milieu

«

peuple marqué d'un sceau

)mme

il

appelle le peuple chrétien l

Du

reste les ques-

ons qui s'élevèrent bientôt à propos de la prophétie
ontaniste,
1

de

la

Pâque

et

du modalisme, vont donner

relief

encore plus grand à ce continuel échange de

pports entre les vénérables églises d'Asie et la grande
étropole de l'Occident.
Iren., Haer., I, 15. Les fragments des iireshi/teri ont été mis dans les récentes éditions des Pères apostoliques. Sur l'épitaphe d'Abercius je reste toujours fidèle aux idées

<veloppées dans mon article i.'e/>?ïfl^>/ie d'Abercius, publié en 1895 anales Mékmges de l'Ecole française de Rome, t. XV, p. 154.

CHAPITEE XV.

Le Montanisme
La Jérusalem céleste. Montai! et ses coprophétesses. Bépiidiati' Les saints de Pépuze. Le montanisme jn de la prophétie extatique. Survivance du montanisii Tertullien et Proeulus. à Lyon et à Kome.

en Phi-veie.

Le mouvement montaniste
consulat de Gratus. Montan.

'

commença dans
',

la Mj^s
le pi'

phrygienne, en un bourg appelé Ardabau

sous

un néophyte

qui, d'apr*

certaines traditions, aurait été d'abord prêtre de Cybèl
se signala à l'attention par des extases et des transport

au milieu desquels

il

tenait des discours étranges,

A

et

moments
tait

sa personnalité paraissait l'abandonner: cen'
inspir,

plus lui qui parlait par sa bouche, mais un

teur divin.
miille,

Deux femmes. Prisque

(ou Priscille) et Max!
;

présentèrent bientôt les
lui.

joignirent à

De

tout cela
le

mêmes phénomènes et il fut mené grand bnii'
:

non seulement dans

canton perdu où se trouvait

village d'Ardabau, mais dans toute la Phrygie et
et jusqu'en Thrace.
C'était,

l'AsI
d-j

disaient

les partisans

^

Voir

la

note à la

fin

de ce chapitre.
:

elle doit être cherchée dans la i gion, encore peu explorée, qui s'étend à l'est de Balikesri, vers
^

Localité

non

identifiée

Makestos

et le

Rhvndakos.

LE

-ArOXTAXI.S.ME

271

nouveaux prophètes,

le

Paraclet qui se révélait au monde.

D'autres refusaient leur adhésion et déclaraient qu'iï l'agissait tout bonnement de possession démoniaque.

Le Paraclet annonçait avec insistance
Christ et l'apparition de la
devait descendre
les

le

retour

du

Jérusalem

céleste.

Celle-ci

du

ciel, et,

après s'être montrée dans

nuages, se poser sur la terre en un point que

Ton
la

udiquait. C'était

une plaine située

à l'autre

bout de

Phn-gie, entre les
rjTnion.
fait

deux petites

villes

de Pépuze et de

prophètes s'y transportèrent, ou ne au juste ni quand, ni à quel propos; ils furent suitrois

Les

vis

d\me

foule innombrable. Certaines localités, entière-

nent gag-nées au

mouvement,

se vidèrent

de chrétiens

'.

)ans l'attente fiévreuse
>lus

être question

du dernier jour, il ne pouvait de patrie, de famille, de commodités
la

errestres.

Les mariages furent rompus: on pratiqua

ommmiauté des biens
.a

et l'ascétisme le plus rigoureux,

tension des esprits était maintenue par les discom's es extatiques le Paraclet était en eux, on l'entendait,
:

n

se réconfortait à ses

exhortations.

'n

• L'exode montaniste n'est pas un fait isole. Hippolyte Dan., IV, 18) parle d'un fait de ce genre arrivé de son >mps. Un évèque syrien emmena au désert, à la rencontre
1

Christ,

itants.

une grande foiile de chrétiens, hommes, femmes et Les malheureux finirent par être arrêtés

, LXXV,

évêque, du Pont celui-là, avait prédit la fin monde dans l'année: ses fidèles vendirent leurs bestiaux et •andonnèrent leurs champs pour se préparer au grand jour. " III" siècle il est question en Cappadoce d'une prophétesse u mit tonte une multitude sur le chemin de Jérusalem Cunr
'
i

mds.

Un

comme

bri-

autre

10).

27-?

CHAI'ITRE XV.

Cependant
saient et la

les jours,

les

mois,

les

années, se pas-

Jérusalem céleste se

faisait toujours attendre.

De
il

l'Eglise terrestre, après le
il

premier

moment

d'entraî-

nement,

venait beaucoup de protestations. Sans doute
à
dire

n'y avait rien
:

contre l'orthodoxie des

pro-,

phètes

ils

trouvaient

même un

appui dans

les circons-:

tances de temps et de milieu. L"évangile de saint Jean.

dans

la force

de sa récente popularité, éveillait
:

la préocj

cupation du Paraclet

l'Apocalypse

offrait d'imposantes

descriptions de la Jérusalem céleste et
ans. Celui-ci,

du règne de miUf

I

peu de

chrétiens, en Asie et

même

ailleurs

récartaient de leurs perspectives sur la fin des choses:

Le
au

droit des prophètes

à

parler

au peuple chrétien
la tradition et paî

nom
On

de Dieu, était consacré par

l'usage.
I

voit par la Didaché et par le
avait

Nouveau Testamenj
la vie de|

quelle place la prophétie

tenu dans

communautés

primitives. L'évêque

de Sardes Mélito]
lui

passait pour avoir le
dratus,

don prophétique. Avant

Qua
et

Ammias.

les filles

de Philippe, en avaient

favorisés. Ils étaient restés en

grande

célébrité. L'asce
le

tisme pratiqué par les montanistes ne dépassait pas
limites admises, quoique
cercles chrétiens. Il ne
liste,

non

imjposées, dans

les autrej
dufl

s'inspirait

d'aucune idée

comme

celui des gnostiques et

des marcionite^]
preo(|

ce qu'il pouvait avoir d'extrême se justifiait par la

cupation du dernier jour.

Cependant

cette exaltation soudaine, ces exodes,
et

et

déterminations de temps

de

lieu,

introduisaient v

LE MONTANISME
trouble profond

273

dans

les

chrétientés, dont
siècle,

beaucoup,

déjà vieilles de près

ou plus d'un

avaient pris

l'habitude de vivre en ce

monde

et

de moins se préoc-

cuper de la fin des choses.

On ne

tarda pas à objecter

aux prophètes que leurs procédés étaient contraires à
tous les

usages.

Dans l'Ancien Testament

et

dans

le

Nouveau, les prophètes n'avaient point parlé en état
d'extase.

La communication
au

qu'ils

établissaient

entre

Dieu et leur auditoire n'excluait pas l'exercice de leur
personnalité. Ils parlaient

nom

de Dieu, mais c'étaient
et ses prophétesses

3ux qui parlaient.

Avec Montan

on

?ntendait directement le Paraclet, tout
ains sanctuaires

comme en
«

cer-

païens on entendait directement les
la

lieux parlant

par

bouche des pythonisses.

L'homme

istune lyre, disait la voix inspirée, et
lui le fais

moi

je suis l'archet

vibrer

Je ne suis pas un ange, ni un en»
.

'oyé, je
•ut

suis le Seigneur, le Tout-Puissant

Cela pa-

extraordinaire, excessif et blâmable.

Il

est possible

que Méliton

se soit déjà
la

occupé de

;ette affaire

dans ses livres sur

prophétie

*,

dont nous

l'avons

que

les titres. Apollinaire,
les

évêque d'Hiérapolis,

ntervint

résolument contre

nouveaux prophètes \
le

Jn autre personnage, très en
len d'Asie, Miltiade, écrivit

vue dans
traité

monde
«

chré-

un

pour
».

établir
Il

qu'un

•rophète

ne doit pas parler en extase
rs/.'TEia;
y.at

lui fut ré-

'

ÏTcfî

-psor.Tw^^,

llcoi

TTpscarTEÎa;

(Eus.,

H. E.,

V, 26).

*Eus.,

//.

E., IV, 27; Y, 16, 19.

CCHESKE. Hist. anc. de

l'E<jl. -

T.

I.

18

274

CHAPITRE XV.
faisaient

pondu par ceux des montanistes qui
plume
'.

œuvre de

Du

reste, les catlioliques

ne se bornèrent pas
So-

à écrire; ils recoururent à
tas

de bien autres mo^-ens.

évêque d'Anchiale en Thrace, essaya d'exorciser

Priscille;
et Julien

deux évêques phrygiens, Zotique de Cornant
d'Apamée,
se transportèrent à

Pépuze

et

s'at-

taquèrent à Maximille.

Mais ces tentatives échouèrent

par l'opposition des sectaires.

Le mouvement
tout la réunissaient des

se

propageait en Asie, jetant par
les esprits.

division dans

En

maint endroit

st

synodes où

les

titres

des prophète:
fini

étaient examinés et discutés. L'union ecclésiastique

par se rompre;

les adversaires

du

Paraclet exconmivi
leu:

nièrent ses sectateurs. Quelques-uns, entraînés par
zèle,
rite

ne craignirent pas de mettre en question
des' li^'res
:

l'autc!

saints

dont se réclamaient

les montej
Jear.j

nistes

ils

rejetèrent en

bloc tous les écrits de saint

rApocal3-pse

comme

l'Evangile. Telle est l'origine

dl

parti religieux que saint

Epiphane combattit plus

tari

sous

le

nom

d^Aloges^.

i

lEus.. IL E., Y,
-

17.

i

Les Aloges objectaient entre autres choses à

l'Apocalyp;!

n'exij y était question d'une église de Thyatires, laquelle pas de leur temps. Saint Epiphane \Haer., LI, 33) concède commencj fait, mais seulement pour la fin du II« siècle et le

qu'il
tait

j

ment du

tires étaient tous passés

en disant que les chrétiens de Tliyj au niontanisme, qu'ils auraient aba donné plus tard. Mais la conversion au montanisme ne sut pas pour motiver l'assertion qu'il n'y avait pas d'église à Thy
III«, et l'explique
tires. Il

pe faut admettre que cette chrétienté avait disparu
II« siècle.

dant quelque temps, au cours du

LE MOXTAXISME

275

Si Montai! n'avait pas réussi à conquérir les églises d'Asie dans leur ensemble, il était au moins
à les diviser

parvenu profondément. La Jérusalem céleste n'apsur
la

parut

point

terre:

en revanche

le

mouvement

aboutit à la

changea
rusalem.
pole

le

fondation d'une Jérusalem terrestre. nom de Pépuze, on Fappela la nouvelle
le

On
Jé-

EUe devint

lieu saint et

comme

la

métro-

du Paraclet. La nécessité de

faire vivre les

mul-

titudes qui s'y pressèrent
duisit les sectaires à

aux premiers moments cons'organiser. Auprès de Montan on

trouve de

bonne heure d'autres personnages qui furent

avec lui et après lui de grandes autorités:
biade \ Théodote, qualifié dans

un

certain Alci-

un de nos docimients

de premier administrateur

(sTr^-po-o;)

de la prophétie,

Thémison

enfin,

qui écrivit, pour la défendre et la ré-

pandre, mie sorte d'encyclique \ Celui-ci, disait-on, était

un confesseur de la
biaisaient

foi.

Les montanistes, en
:

effet,

ne

pas sur

le

martyre

ils

énuméraient volontiers

eurs mérites

en ce genre.
les

Tout cela était très discuté par

opposants.

On

ntiquait vivement Torganisation financière de la secte, es coUecteurs d'offi-andes, les messagers
salariés.

On

•rétendait

que prophètes

et

prophétesses menaient une
frais

ie agréable, élégante

même, aux
-rrv TÔiv

de leurs adeptes.
Xï-^jy.r/uv a!p;oiv fil

Eus. H. E., Y, § 3:
uit
i

xa-à MtXTtâor.v

évidemment comger

M-.7.Ttâ5rv

en

'AXx.tPtâorv).' Cf.
se b.'j.oi

¥,3,

§ 4.

la secte est

désignée pav l'expression:

rjv Mov-raviv y.al

*Eus., H. E., y, 16, § 14.
'Jbid., Y, 16, § 17; Y,

1.5.

18, § 5.

97g
«

CHAPITRE XV.

Est-ce Jugeons-les sur leurs œuvres, disait-on.

qu'un

»

toilette? Est-ce prophète se lave, se farde, soigne sa

» qu'il

élevait

On joue aux dés? Est-ce qu'il prête à intérêt? » \ qui, dides doutes sur la virginité de Priscille,

sait-on, avait, tout

connue sa compagne Maximille, abanThémison domié son mari pour s'attaclier à Montan. faux confesseur: il avait acheté sa mise en liétait

un

berté.

Un

autre confesseur, très honoré dans la secte,

un

certain Alexandre, valait

beaucoup moins

encore.

S'il avait

comparu devant

les tribunaux, ce n'était pas

comme

chrétien, mais
le

comme

brigand.

La

chose
^:

s'était

passée sous

proconsulat dVEmilius Frontinus

on pou-

d'Ephèse. vait s"en assurer dans les archives

Montan
mille

et PrisciUe

moururent

les premiers. Maxi-;

demeura

seule. L'opposition

dont

la secte

était;

l'objet la faisait
sait

beaucoup

souffrir.

Le Paraclet

gémis!

en

elle:

«On me

poursuit

comme un

loup. Je m\

Esprit et Puissance ».Ellt! suis pas loup, je suis Parole,
finit

guerres et deii par mourir, après avoir annoncé des prétendirent qu'ellj révolutions. Les gens malveillants
s'était

pendue: on racontait

la

même

chose de Montani
:,

extase, quant à Théodote, on disait que, dans une en tombanj élevé vers le ciel et qu'il s'était tué
s'était

l'Anonyme ^ d'Eij Ces commérages sont rapportés par qu'on ne saurait s' sèbe, mais il déclare expressément
fier.

Il

a bien raison.

Ce

n'est

pas avec des

historié

lEus.. H. E., Y. 18, § 11. 2 ProcoDsulat de date indétermmée,
3

comme

celui de Crratu

Sur cet auteur,

v. p. •284.

LE MOXTAXISME
tes

277

que l'on
aussi

j^eut

rendre compte

crune
celle-ci.

agitation

reli-

gieuse

considérable

que

La mort

des

prophètes ne
Maximille, la
sait

Tapaisa pas.

Treize ans après celle de
se divi-

communauté chrétienne d'Anc^-re
contre

sur la nouvelle prophétie. Il fallut, longtemps encore,
les montanistes, et cela

discuter et écrire

non

seulement en Asie-Mineure, mais à Antioche, à Alexandrie et

dans

les églises

d'Occident. L'évêque d'Antioche

Sérapion les combattit dans une lettre adressée à Caricus
et

Pontius;

il

s'y

trouvait plusieurs

signatures

d'évêques avec leurs protestations contre les novateurs \

Clément d'Alexandrie annonce, dans ses Sfroniafes
livre
le

^,

un

«sur

la

Prophétie

»,

il

se proposait de traiter

même

sujet.

Mais

c'est surtout

en Occident qu"il im-

porte de suivre l'histoire

du montanisme. Dès l'année 177, au temps des martyrs de Lyon,
Gaule
église de L^'on, qui comptait

la

nouvelle prophétie passioimait les esprits en
à

et

Rome. La jeune

parmi

ses

membres des

asiates et des phrygiens, était en situa-

tion d'être avertie

de ce qui se passait en Asie.

A Rome
comme
gran-

aussi la question se

posa de bomie heure,

et,

en bien d'autres endroits, elle causa d'abord de
des perplexités.
sujet,

Les confesseurs lyonnais écrivirent à ce
«

du fond de leur prison,

aux frères

d'xlsie et
»
.

de
let-

Phrygie et aussi à Eleuthère, évêque de
tres

Eome

Ces
les

furent insérées dans le célèbre

document sur
«

mar»

yrs de Lyon, avec un jugement des
*

frères de

Gaule

Eus., H. E., V, 19.
I,

^>Sirom., IV, 13, 93; cf.

24, 158: V, 13, 88; TII, 18, 108.

278

CHAPITRE XV.

sur l'esprit prophétique revendiqué par Montan, Alcibiacle et

Théodote. Eusèbe, qui a eu la pièce sous
:

les

yeux, la qualifie de sage et de très orthodoxe cependant

on sent à
rable au

le lire

qu'elle n'était pas absolument défavo-

mouvement phrygien. Saint
Eome, ne
du montanisme. On peut

Irénée, qui porta

ces lettres à

saurait être classé
croire

parmi
que

les ad-

versaires
tiens de
le

les chré-

Lyon

recoromandaient plutôt la tolérance et
la

maintien de

paix ecclésiastique. Nous ne pou-

vons mesurer TelFet que cette intervention put avoir sur l'esprit d'Eleuthère, ni quel temps s'écoula jusqu'au

moment où
qu'à

l'église

de

Eome

se décida. Il

semble bien

Eome

aussi on jugeait qu'il n'y avait pas

heu de

s'entre-excommunier. TertulHen raconte que la décision

ne fut pas défavorable aux prophètes et que
avait déjà

le

pape

expédié en ce sens des lettres pacifiques,

lorsqu'il arriva d'Asie

im

confesseur,

appelé Praxeas,
et réus-j
|

qui
sit

lui

apporta des renseignements nouveaux
'.

à le détourner de sa première résolution

Adr.Frox., 1: « Nam idem (Praxeas) episcopum Eomanumj agnoscentem iain prophetias Montani, Priscae, Maximillae, et, ex ea agnitione pacern ecclesiis Asiae .et Phrygiae inferenteni,j
^

falsa de ipsis prophetis et ecclesiis

eorum asseverando,

praede-j

cessorum eius auctoritates defendendo, coegit et litteras pacisre-|
vocare iam emissas et a propôsito recipiendoruui cliarismatunij Le pape n'est pas nommé. Mais il est diiHcilij concessare » d'un autre qu'Eleuthère. Cette attitude hési qu'il s'agisse
.

tante ne se concevrait pas plus tard, alors que les églises d'Asit eurent pris nettement position contre le mouvement montaniste ai Il est, d'autre part, assez naturel que la décision de Rome été prise vers le même temps que celle des chrétiens de Gaule

LE MOXTAXISME

279

Ainsi l'inspiration montaniste ne parvint pas à se
faire

accepter à

Eome.
s"y

E
soit

est

possible

que,

pendant
ré-

quelque temps, on
serve \

borné à une certaine
la

Les querelles à propos de

Pâque

étaient

peu

propres à
torité

recommander auprès de

Téglise romaine Taufinit

de Tépiscopat asiaticpie. Cependant on

par

prendre mie attitude plus décidée. Dès les premières
amiées du troisième siècle,

comme on

le

voit

par la

Passion de sainte Perpétue et par la littérature de Tertiillien,
il

fallait

choisir entre la

commmiion de

l'Eglise

et l'adhésion

aux récentes prophéties.
fut
la

Le mouvement

donc enrayé, en Occident comme

en Asie. Cependant
les

propagande continua. Une

fois

prophètes morts, les objections soulevées contre leurs

extases durent aller en s'atténuant.
avoir d'excessif et

Ce

qu'il

pouvait

y

de
les

critiquable

dans l'organisation

phiygienne et dans

assemblées dePépuze. avait moins

de rehef en dehors de l'Asie. Ce que l'on saisissait le

mieux à distance,

c'était la

grande sévérité morale des

montanistes. Leurs jeûnes, leurs règles spéciales, n'avaient

rien

que

les

ascètes

orthodoxes ne pratiquasvisions.,

sent depuis longtemps.

Quant aux
était

aux extases,

aux prophéties, on y

également arcoutumé.

En

bien des pays, les chrétiens de stricte observance, les
enthousiastes, les

gens préoccupés du dernier avènement,

^ Tertullien ne dit nullemeut que le pape avec qui Praxeas en rapport ait condamné la nouvelle prophétie il dit seulement qu'après l'avoir admise il revint sur son intention de la

tut

;

•econnaître par acte public.

9gQ

CHAPITRE XV.
|

nouvelle prophétie. Tertiillien, se sentirent attirés par la vécu longtemps dans ce qu'on pourrait apaprès avoir

i

par se rallier ouverpeler l'état d'esprit montaniste, finit Il ne à Montan, Prisque et Maximille v. 205;.

tement

(

l'Eglise cathopouvait le faire alors sans rompre avec Cette considération ne l'arrêta pas. Les montalique.

nistes d'Afrique

le

prirent

pour chef

et

s'appelèrent
et
le

,

même
après
lieu

Tertullianistes. Des écrits qu'il publia avant pas ici sa séparation d'avec l'Eglise, ce n'est

.

de parler.

On

se bornera à dire que le plus impor;

traité sur l'extase, tant de ses ouvrages montanistes, le De Extasl, divisé en sept livres, ne s'est pas conservé.

:

Dans

le

septième hvre

il

s'attachait

à

réfuter Apolde
i

lonius \

Les TertuUianistes durèrent jusqu'au temps

saint Augustin, qui

ramena

à l'Eglise catholique leurs

derniers adhérents de Carthage ^

Vers ce
à

même temps

le

montanisme

était représenté

i

Eome

par un certain Proculus ou Proclus, poiu'

qui!

Tertullien professait une grande

vénération. Saint Hip-i

'

2

Sur cet écrivain antimoutaniste, v. p. 285. Àug., Contra hciPreses, 86. C'est sans doute
usuelle
à
Cartilage,
croire

la

dénomi-

nation,

de

Tertullianistes,

qui a porté

saint Augustin à

que les Tertullianistes étaient une avon différente des montanistes et que Tertullien, après secte Cataphryges poiu d'abord montaniste, se serait séparé des
été

former une secte particulière.
(392-394),

une dame

tertullianiste, Octaviana,

Sous l'usurpateur Eugènt venue d'Afriqiu:

saints Pro réussit à installer son culte dans l'église des Aurélia (Praedestmatiis, c. 86). I ces et Martinien, sur la voie Rome, en c résulte de ce fait que les montanistes n'avaient à

à

Rome,

temps

là,

aucun

lieu de réunion.

LE MOXTAXISME
jpolyte s'occupe des montanistes,
j:oup;
il

281

mais sans insister beanet

s'en prend à leurs jeûnes

surtout à leur

oiifiance

en Montan

et

en ses j)ropliétesses.

Un
un

autre
dia-

écrivain romain,

Caïus, écrivit contre Proclus
'.

ogue dont nous avons quelques lignes
Das

Il

ne semble

que

la secte ait jeté

de bien profondes racines dans
il

e sol

romain, car après saint Hippolyte

n'en est

jdIus

question.

En Phrvgie
,'elle

elle

dura bien plus longtemps. La nou-

Jérusalem demeura en vénération.


les

se trouvait

a

communauté-mère.

A

Texode en masse

pèlerinages
Il

innuels s'étaient substitués

de bonne heure.

y

avait

me grande
)ar

fête,

Pâques ou Pentecôte, qui commençait

des jeûnes et oiirait d'abord

un appareil lugubre,

)our se terminer
)hètes et à leurs

par de grandes réjouissances.

Aux

pro-

premiers lieutenants avait succédé une

>rganisation durable.
)ar

La première

place était occupée
les

les

patriarches,
*.

au dessous desquels venaient

ùnom
a
^ue,

Ces deux degrés paraissent avoir représenté

direction générale

du

parti

:

la hiérarchie locale, éxê-

prêtres, etc., leur était

subordonnée. Les femmes

valent joué
lies
•lus

un grand

rôle à l'origine
la

du mouvement:
une situation

conservèrent toujours, dans

secte,

grande que dans l'Eglise. Celle-ci avait connu des
tout

Tophétesses,

comme

les

montanistes:

elle

avait
rap-

ncore et elle eut longtemps des diaconesses.
Eus., II, 25: III, 28; III, 31;

Au

^

cf.

YI, 20.
;

Cenonas à l'accusatif, dans saint Jérôme ^rmes Kîivwysi ou Ol/.i-ryj.-j:.

on en a déduit

les

282

CHAPITRE XV.
^

port de saint Epipliane
les

les

montanistes auraient admis
Il

femmes au presbytérat et à l'épiscopat.

raconte

aussi que, dans leurs cérémonies, on voyait souvent ap-

paraître sept vierges en vêtements blancs, tenant à

la

main des torches

allumées. Elles s'abandomiaient
les

aux

enthousiasmes de l'extase, pleuraient sur

péchés du

monde
larmes.

et

provoquaient l'assistance à fondre aussi en
son temps
la secte était

De

connue sous

divers

noms,

Priscillianistes, Quintillianistes, Tascodrugites, Ar-

totvTites.

Les deux premiers noms étaient dérivés

de

ceux de notabilités montanistes. Celui de Tascodrugite>
venait de deux mots phr^^giens dont le premier
fiait
signi-

l'index de la main, l'autre

le

nez. Certains sectai
le

res, parait-il, se

mettaient
la

le

doigt dans

nez pendant
ell(

la prière.

Quant à

dénomination d'Artotyrites,

venait de ce que, dans leurs mystères, on se servait

de

pain et de fromage. Tout
raison doit-on se défier

ceci est

peu

sûr.

A plus fortt
de
l'enfani

du

bruit,

évidemment calomnieux^
le

d'après lequel

ils

auraient pratiqué
^.

rite

saigné par des piqûres

!

Ce qui est mieux attesté c'est leur façon particuj
lière'de déterminer la date de Pâques.
conflits entre les divers

Au

milieu

de,
S'\

computs des orthodoxes,

ils

seraient décidés pour une date fixe
le
(j

du calendrier

julierj

avril

^.
I

Haer.,

XLIX.

^

Haer.,

XL VIII,

14;

XLIX,
18.

2.

3

Sozomène, H. E., VU,

LE JrOXTAXlSME

2^

Mais tous ces détails sur

les

montanistes des temps

postérieurs n'ont qu'mi intérêt relatif.
c'est l'origine

et le caractère

Ce qui importe, du mouvement primitif^

ainsi
-lue

que l'attitude de l'Eglise à son égard. Si intense' fût encore, au déclin du IL'^ siècle, la préoccupation
si

du retour du Christ,
!.'on

profond que fût
prophétique

le

respect que

avait alors

pour

l'esprit

et ses diverses

TEglise ne se laissa pas entraîner par Montan en dehors de ses voies: eUe ne voulut exclure
li

iianifestations,

le

m
es

en général, ni les espérances relatives dernier jour: mais eUe maintint sa tradition contre

prophétisme

aventures religieuses, et l'autorité de sa hiérarchie ontre les prétentions de l'inspiration privée.

Xofe

.^îir

le.^

sources de l'iihtoire
et

du montani.sme

sur sa chronologie.

II

1." Sources. C'est daus les écrits de Tertullien que l'on peut mieux se renseigner sur la doctrine des montanistes mais
:

ertullien écrivit

un demi-siècle environ après

les

premières cri-

mes; un certain développement est donc à supposer. De plus ous avons affaire, chez lui. à un montanisme importé de loin t adapté à des circonstances assez différentes de celles où il aparut d'abord. Quant aux origines en Phrygie,

nous disposons ou plutôt de fragments de deux écrits, conservés «•Eusèbe, H. E., V, 16, li. Tous deux sont antimontanistes. e premier, adressé à un certain Avircius Marcellus, qui s'identie assez naturellement avec Abercius évèque d'Hiéropolis vers fin du Ile siècle, était divisé en trois livres. Quand l'auteur •nvait, il y avait treize ans passés que Maximille était morte ms cet intervalle on n'avait eu à déplorer ni guerre ni persécuon. Ces treize ans de paix sont bien difficiles à trouver. Le leux est, je crois, de les identifier avec le règne de Commode mars 180 - 31 déc. 192; prolongé au besoin des quelques mois
i

-

deux

écrits,

;

<

2g4

CHAPITRE XV.

pendant lesquels Pertinax et Didins Julianus occupèrent l'einpirf L'autre ouvrage, œuvre d'un certain Apollonius, avait paru qua rante ans après la première apparition de Montan. En se sei-van de ces écrits on ne doit pas oublier que ce sont des livres de polé Saint Epiphane [Haer. mique et de polémique très ardente. XLYIII, 2 et suiv.) et Didyme. dans son traité sur la Trinité

mettent en oeuvre des écrits antimontanistes qui pourraient n'ètr

En fait de livres montanistes, non pas identiques à ceux-ci. ne disposons que de quelques propos du « Paraclet » conservé
,

par Tertullieu ou par les livres de polémique ci-dessus énuméré? Il semble que la secte en ait possédé un recueil officiel, constitu par un certain Astère Urbain (Eus., H. E,, Y, 16, § 17). Ce qi nous est i-esté des oracles montanistes a été réuni par M. Boi wetscli, à la fin (p. Vôl) de son livre sur le montanisme, Die G schichte des Montanismus, Erlangen, 1881. la meilleure monogr;
phie de ce
2.°

mouvement

religieux ^
{
i

Nos deux auteurs phrygiens connaissaiei Chronologie. exactement la date des commencements de Montan l' Anonyu
;

l'indique

même

avec précision

:

«

sous

le

proconsulat de Gratus

Malheureusement nous ignorons encore à quelle année corret pond ce proconsul. La Chronique d'Eusèbe marque le débii du montanisme à l'année 172, saint Epiphane [Haer., XLVilI, à l'an 19 d'Antonin le Pieux, c'est-à-dire 156-7. Il n'est p:l facile de choisir entre ces deux dates. C'est seulement en 1 que le montanisme préoccupa les esprits dans le monde chii tien d'Occident. Suivant que l'on s'en rapportera à saint E]j phane ou à Eusèbe, il faudra admettre, pour ce mouvemerj une période d'incubation plus ou moins longue. D'après qui vient d'être dit sur la date de l'Anonyme à Abercius Mf|
''

:

cellus, cet écrit serait

à peu près en

même temps

de l'année 193 et Maximille serait moi: que l'empereur Marc- Aurèle, verslSr

Les deux autres prophètes, Montan et Priscille, avaient dispa avant elle. Tout débat serait tranché si quelque inscription veiii nous révéler la date exacte du proconsulat de Gratus. Malhti reusement les découvertes épigraphiques, d'où il est sorti tant
précision sur la chronologie de proconsuls indifférents à

\

l'histoi.

s'obstinent à ne nous rien apporter sur celui-ci.
'

Cf.
t.

Tarticle Srontaiiismu.'i

du

même

auteur dans

1"

encyclopédie

f
I

Hauck,

XIII

(19051, p. 417.

CHAPITEE XVI.

La question pascale.
La Pâqiie chez
les chrétiens.

Obsei-vances diverses.

Conflit entre

usage asiatique et l'usage romain. abandon de Tusage asiatique.

— Le

pape Victor

et

saint Irénée.

Du
le

système rituel des juifs l'Eglise dériva l'usage

consacrer plus spécialement au service de

Dieu un
pour
intro-

les

sept jours de la semaine. Laissant subsister

es

judéo-chrétiens l'observance

du sabbat,

elle

luisit

de très bonne heure celle du dimanche, carac-

érisée
nuel

beaucoup moins par

la cessation

du

travail

ma-

que par des réunions de culte. Ces réunions étaient

u nombre de deux, la vigile, dans la nuit du samedi u dimanche, et la liturgie, dans
bservance
îûnes,
s'était
la

matinée.

A

cette

coordonnée
très

celle

des

stations

ou
et

fixée
'.

de

bonne

heure
et

au mercredi

u vendredi
rier
juif,
il

Quant aux
n'y
avait

fêtes

jeûnes du calen-

aucune

raison
les

de

les

main-

enir

dans l'usage chrétien.

On

laissa

tomber en

ésuétude. Toutefois

Tun de

ces jours sacrés, la fête

'

Le dimanche
7)

est

mentionné dans

les

Actes des Apôtres

^,

à propos d'un fait de l'année 57. Pasteur » d'Herœas parlent des stations.

La

«

Didaclié

»

et le

286

CHAPITRE

XI.

de Pâques ou des Azjniies, ramenait chaque année
j)ensée vers la Passion du Sauveur.

1,

On

pouvait avoi
avait
ra;
i^

cessé de sïntéresser

aux souvenirs qu'Israël

tachés et rattachait encore à cet anniversaire: on
jDOuvait oublier que
c'était

en ces jours-là que

le

Se:

gneur

était

mort pour

le salut

du monde. On

conserv;
la
cé-

donc

la fête

de Pâques, tout en éliminant, dans

lébration, les détails rituels de Tobservance juive \

Cependant,
l'origine,
il

comme on ne

s'était

pas concerté

;

niser la

y eut bientôt diverses manières de solei. Pâque chrétieime. En Asie, on observait le 1
juif,

du premier mois

ou

1-1

nisan-; à

Eome

et

n.

peu partout, on n'observait pas précisément ce
car

joui

on tenait à ce que

la fête eût lieu le

dimanche
les dimai

mais on s'en servait pour déterminer, entre
ches, celui

que l'on consacrait à
jour se

la

solennité pascale

Cette différence de

coordonna tout nature
la

lement avec mie diversité dans
prenait la fête.

façon dont on cou
1-1

Ce qui

avait eu lieu le

nisan ou
la

]

lendemain, suivant les évangélistes, c'était
Christ; ce qui avait eu
surrection.
lieu le

mort

d
r*

dimanche,
faits

c'était sa

Aucun de

ces

deux grands

ne pouva:

'L'immolation de T Agneau ne pouvait avoir

lieu

qu'a

Temple. En réalité la le te de Pâques était spéciale à Jérus lem. Cependant, même en dehors de Jérusalem, il y avait, jour là, dans les familles, un repas d'un caractère religieux. 2 II ne faut pas perdre de vue que le jour, chez les ancien allait du soir au soir et non de minuit à minuit. L'agneau pa cal était immolé dans l'après-midi du 14. Le repas du soir éta déjà compris dans la journée du 15 (fête des Azymesj.

<-

LA QUESTION PASCALE
être négligé.

287

L'observanee dominicale eut aussitôt pour

corrélative la solennité
tional ordinaire fut,

du vendredi-saint. Le jeûne

sta-

cette semaine-là, observé avec

mie

extrême rigiieur
longer jusqu'au

gardaient le
elui-ci était

était de le promatin du dimanclie. Ainsi les chrétiens deuil de leur maître tout le temps que resté au pouvoir de la mort.
:

la

tendance générale

Eu
able

Asie,

où Ton tenait
de cette

à la coïncidence

du

14,

on

Daraît être

parti

idée que Jésus est le véri-

our, le

l la

substituait donc, le soir de ce repas eucharistique au festin rituel des juifs. vérité, d'après la tradition des évangiles sjmopti-

agneau pascal.

On

lues, le

Seigneur avait été cracifié non le 14, mais le on n'y regarda pas de si près' 5 seulement et Tim:

aolation

du Calvaire

icipation, à

par une légère anson prototype symbolique, Fimmolation de

fut raccordée,

agneau pascal \

Du
14.

reste le quatrième

évangile re-

lédia bientôt à cette
'assion

discordance

en transportant la

du 15 au

Comment, après
emain du 14 ou

cela,

les Asiates

s'arrangeaient-ils
le

our fêter la Eésurrection?
le

Lui consacraient-ils

surlen-

dimanche suivant ? En faisaient-ils ^ême une commémoration spéciale? Nous n'en savons
en.

Tout ce que nous savons,
fête

c'est

que

le

jeûne qui

récédait leur
iient

de Pâques
prenait fin

le

un jeîme

car eux aussi obser14.

^''"^^""^^ '^^

frl^"" tremement
>oc.,

passimi.

l'agneau, pour désigner le Sauveur, est ancien {Acf. TUI, 32; I Petr. I, 19; Joh. L 29 36^
'

238

CHAPITRE

XVI.
si

On comprend
querelles aient

que, d'une situation
naître. C'est

peu

réglée, des

pu

ce

qui

arriva,

même

entre

Asiates.

L'église

de Laodicée fut

troublée, en
Tobser-

167, par

une

grave discussion à propos de

vance pascale. C'est à ce propos que Méliton de Sarde;; en fit au écrivit sur ce sujets Apollinaire d"Hiérapolis
:

tant.

Tous deux étaient attachés à l'observance du 14 ^

à l'observance quartodécimane.

On ne

voit
:

donc
ce qui

pai
esj

bien sur quoi portait

le

débat de Laodieée

sûr, c'est qu'Apollinaire défendait le

14 par
le

l'évangill
eu;

de saint Jean, refusant d'admettre que
fait la

Seigneur

Pàque

la veille

de sa mort l Etait-il en
était-il

désati

cord avec Méliton, et ce point
ils

celui sur lequ.;

se divisaient?

Xous n'en savons

rien.
j

Mais

le

plus grand litige était celui qui devait,

n|

jour ou l'autre, s'ouvrir entre l'usage quarto décimai
particulier

aux Asiates,

et

l'usage

dominical,

presqi

1

Eus., lY, 26.

:Méliton est formellement cité par Polycrate au nombre d'Apollinaire. Mais da ses autorités. Il n'en est pas de même de lui que nous a conservés la Chronique pascal
2

les

il

passages emploie un langage tout-à-fait quartodécinian. Hippolyte L.- Christ est la vk Clément d'Alexandrie [ibid.^ disent:
<-

j

Pâque»; Apollinaire
la

dit;

«Le
la

U est

la

vraie

Pàque

y.

On

se

nuance. 3 Texte conservé dans

Chronique pascale (Migne, P.

(

adversaires d'int t. XCII, p. 80). Apollinaire reprochait à ses doi duire une discordance entre les évangiles. Il croyait sans
essa pouvoir ramener les Synoptiques à saint Jean. Je l'ai sur aussi, après bien d'autres. Mieux vaut reconnaître que, evan^ point, nous ne sommes pas en mesure de concilier les

listes.

LA QUESTION PASCALE
universellement accepté.
rent.

289
était très

Le désaccord
et

appa-

Dès

le

temps de Trajan

d'Hadrien on en avait

conscience à

étaient dès lors en grand nombre: les très anciens papes Xyste et Télesphore les voyaient chaque année célébrer la

Eome. Les Asiates y

Pâque

le

jour que les juifs. Ils prétendaient que c'était la bonne manière. On les laissait dire, et, tout en suivant un autre usage, on ne se brouillait pas avec eux. Plus tard, cette divergence parut valoir la peine qu"on
s'ef-

même

forçât

de la réduire.

Polycarpe,
le

dans son voyage

à

Rome, ebsaj^a de convaincre

pape Anicet que l'usage
Il

luartodéciman était le seul admissible.
oas.
i

n'y parvint

le vieux maître système romain. Cependant ils se séparèent en termes pacifiques. Sous Soter, successeur

Anicet non plus ne put décider
le

adopter

ncet, les
us.
les

d'Arapports paraissent avoir été un peu plus tenC'est vers ce temps que se produisirent les
trou-

de Laodicée: la question se passionnait. Vers l'an-

66 190, Victor,

second successeur de Soter, résolut d'en

mr.

Il

crate,
rer.

exposa ses vues aux évêques d'Asie et pria Poévêque d'Ephèse, de les réunir pour en coneffet.

3ur leur ancien usage.

Mais il tinrent bon L'évêque d'Ephèse répondit en ur nom au pape Victor par une lettre singulièrement
il

Polycrate les réunit en

lergique, où

énumère toutes

les

illustrations

chré-

?nnes de l'Asie, à

commencer par

les

apôtres Philippe

Jean.
ïnt
^iits

fort ancienneconsacrée à l'Eglise, car avant lui sept de ses paavaient été évêques. Tous les saints, tous les évênut. anc. de l'EgL

Il

était

lui-même d'une famille

-nTgxK.

-

T.

I.

19

2f)0

CHAPITRE
qu'il

x^^.
le

ques

éimmère avaient observé
décidé à l'observer,

quatorzième
aussi,
«

joui-^
s^j

n
»

se déclare

lui
il

sans

. laisser

effrayer par les menaces, car

est écrit: Mieuîi

hommes». vaut obéir à Dieu qu'aux Asiates Cependant il devint manifeste cpe les

étaieii|

assemblées d'éveques se ré«j seuls de leur avis. D'autres Toutes leurs lettres sj| nirent à propos de cette affaire. le recueil, étaient fav(| nodales, dont Eusèbe dépouiUa concile de Palestine prj râbles à Tusage dominical. Au
rent

Césarée, Karciss! part les évêques Théophile de Clams de Ptolémaïs de Jérusalem. Cassius de T^t, qu'ils avaient coutuir plusieurs autres. Ils déclarèrent d'Alexandrie sur la détenn^ de s'entendre avec l'église
i.

évêques d'Osroène opj nation du jour de Paciues. Les usage ne pouvait êt:| nèrent dans le même sens. Leur qui ne nous est pas i\ différent de celui d-Antioche.
testé directement.

Ceux du Pont présidés par

leur doyej

évêque de Cori| Palmas, évêque d'Amastris, Bacchyle, de Gaule auxqueUi Irénée au nom des chrétientés
the,
il

présidait, exprimèrent les

mêmes

sentiments.
alla

,

Port de tant d'adhésions, Victor

plus

loin.
|.

des Asiates en entreprit de briser la résistance Mais les parant de la communion de TEglise.
qu-il

les
|-

letti^

envoya en ce sens ne furent pas

accueillies au

tradition. Irénée favorablement que son appel à la évêques avec lui. Tout^ tervint et beaucoup d'autres

domiant raison, pour

le fond, à Téglise

romaine,

ils

n\

aussi menue, de mirent pas que, sur une question apôtres, fussent ti nérables églises, fondées par les

LA QUESTION PASCALE
tées

291

comme

des foyers d'iiérésie et rejetées de la famille

chrétienne.

On peut
sévères.

croire que Victor revint sur
est certaine
:

ses

mesures
dans
l'en-

Mais une chose

c'est que,

semble, les églises d'Asie finirent par

adopter l'usage
concile

romain.

Au
il

quatrième

siècle, et

nommément au
c'était,

de Nicée,

ne fut plus question de cette

affaire. Il

y
en

avait alors des

Quartodécimans: mais
tout-à-fait
il

même

Asie,

une petite secte,

en dehors des églises

cathoHques ^
résistance,

A Eome

y

eut, sur le

moment, quelque

évidemment parmi

les Asiates établis.

Un ceroppo-

tain Blastus
le

organisa mie sorte de schisme. Irénée, qui

comiaissait, lui écrivit à ce sujet \

Mais

cette

sition

ne dura guère

^.

'

Yoii-,

sur ceci,

mon mémoire La
dans
la

question de ht

Pâgue

au

concile de Nicée,

Revue des questions historiques
cf.

juillet 1880.

«rhft c/JaaaTs; (Eus., Y, 15, 20);
3

Pseudo-Tert., 53.

Dans

les

plus tard, les

Philosophumena, écrits une quarantaine d'années Quartodécimans sont indiqués comme des indiot).5v = ;xîi T7;v
oôa-.-j,

vidus isolés:
:':v

-rivÈ;

Ic'.wTat

tv;-;

-|-vrocr'.v,

aa/_iu.wTcî;i

vpi-îv (^t:ii,

i8j.

CHAPITRE XVn.
Les

conflits romains.

Hippolyte.

liste.

Le pape Zéphyrin et le diacre CalLes empereurs Commode, Sévère. La christologie adoptianiste les Théodotiens. — Les Hippolyte. La théologie du Logos. —L'éAloges romains et les Montanistes: Caius. Perplexités Sal>ellius. cole modaliste Praxéas, Noët, Epigone, Cléomène, Schisme d'Hippolyte: 1er Condamnation de Sabellius. de Zéphyrin. L'œuvit; La doctrine de CalUste, son gouvernement. rhilosophifiiiemi. L'église romaine après Hip d'Hippolyte, sa mort, son souvenir.
:

:

:

littéraire

polyte.

Le pape Fabien

et le

prêtre Novatieu.
i

Depuis Xerva
par adoption et

et

Trajan

les

empereurs

se succédaienj

gouvernaient avec sagesse.
fit

La

tendressi
l'hé

paternelle de Marc-Aurèle
redite naturelle
:

revivre

le

système. de

ce fut

un grand malheur pour

l'empirf

Avec son
folle

fils

Commode, Eome

vit retieurir la tyranni

des Caligula et des Néron.

Le souverain

absorb

par l'amphitliéâtre, où la canaille applaudissait ses U
lents de gladiateur: les gens de bien avilis par la te
reur,

décimés par
le

la proscription; la

garde prétoriem
:

devenue

principal instrument de règne

tel fut le r

gime que l'empereur philosophe
en associant son
fils

se trouva avoir prépa

à l'empire. Cela
la

dura

treize ai

Le

31

décembre 192, Marcia,

femme morganatiqn
des
persomies
et

ayant remarqué son
tuer la
nuit

nom

sur la
les

liste

prochaine, prit

devants

mit fim

LES CONFLITS ROMAINS
l'orgie.

HII'POLVTE

293

On

fit

acclamer aux prétoriens un

vieil officier,

Pertinax, dont la sévérité ne tarda pas à les dégoûter
si

bien qu'ils le massacrèrent.

Deux

sénateurs alors se

présentèrent à eux,

comme

candidats à la succession.

Le plus

offrant,

Didius Julianus, fut choisi et imposé

par la garde au sénat et au peuple romain. Cette transmission du pouvoir par la garnison de Eome n'agréa

pas aux armées des frontières. Leurs généraux, Sévère. Niger
Albinus, furent par elles portés à l'empire. Sévère, qui

commandait en Pannonie, arriva
s'y installa.

le

premier à

Rome

et

Puis, après s'être d'abord entendu avec Al-

binus, chef

Gaule,
le

il

de l'armée de Bretagne et déjà acclamé en entreprit Niger, son compétiteur d'Orient, et

vainquit.

Se retournant ensuite contre Albinus.

il

s'en

débarrassa également et
pire,

demeura

seul maître de l'em-

maître sévère de fait

comme

de nom. L'ordre se

rétablit, les

frontières furent défendues, les Parthes reles

virent chez
fois

eux

armées romaines, qui poussèrent cette

jusqu'au golfe Persique.

Sévère fut dur aux chrétiens,
C'est contre ses
ses divers

comme

à tout le monde.

rigueurs que protesta Tertullien, dans

écrits

de l'année 197,

nones, Apologetku.s.

H

renforça

Âd martyres, Ad Namême la législation per-

sécutrice et,

par un édit spécial, interdit les conversions.

Mais nous reviendrons sur ce point.

^

Le pape Victor mourut sous ce règne, en 198 ou 199. fut remplacé par Zéphja'in. Avec celui-ci l'histoire de

egUse romaine entre dans une période
>bscure. C'était

un peu moins

un homme simple

et sans lettres.

A

peine

994
installé,
il

CHAPITRE
fit

XXlï.
il

venir d'Antium. où

vivait dans

mie

sorte

de

retraite,
le

dans

un personnage appelé Calliste, se 1 associa gouvernement du clergé et lui confia en partidu
cimetière.
«

culier l'administration

Le

cimetière

»

avait

voie Salaria. été jusque là dans la villa des Acilii, sur la Calliste le transporta sur la voie Appienne, près de laquelle se trouvaient déjà plusieurs sépultures familiales
fort anciennes, désignées par les

noms de
du Iir

Prétextât, de
siècle, ces sé-

Domitille et de Lucine.

A

partir

pultures de famille devinrent le noyau de nécropoles
fort étendues: les papes
raire spéciale.

y eurent une chambre

funé-

Sans que

l'on cessât d'enterrer à Priscille

le nouveau ni d'ouvrir ailleurs des sépultures nouvelles,

cimetière prit

un

relief spécial.

Le nom de

Calliste

y

fut attaché, bien que, seul de tous les papes
il

du ni'

siècle,

n'y eût point reçu la sépulture.
Calliste avait fait

beaucoup parler de

lui

sous

les

papes précédents. Hippolyte, son ennemi acharné, nous raconte qu'il fut d'abord esclave d'un certam Carpophore,
chrétien de la maison de César
confié des fonds
'
:

son maître

lui avait

pour ime banque
-.

qu'il tenait
fit

dans

le

quartier de la Piscine publique
affaires et,

Calliste

de mauvaises
i

pour échapper à
il

la colère

de Carpophore,

chercha à s'enfuir. Déjà
vit arriver son maître:

s'embarquait à Porto, lorsqu'i
ftit

il

se jeta à l'eau,

repêché, pru
i

»

cf.

De
2

Sans doute M. Aurelius Carpophorus, C. I. L., ^^: 13040| Rossi, BnlL, 1866, p. 3. le Cette piscine publique fut remplacée peu après pax

thermes de Caracalla.

LES CONFLITS ROMAINS
et

IIIPPOLYTE

295

mis an

iDetrin. Ansailli
il

par

les créanciers

de son eschrétiens,

dave, parmi lesquels

y

avait

nombre de

Carpophore
de l'argent.
juifs.

le relâcha. Calliste se faisait fort
Il

de trouver

avait en effet des

débiteurs parmi les

Il

alla les

trouver à la sjmagogue.

Un

grand

ta-

page s'ensuivit. Les juils prétendirent avoir été troublés
dans leurs cérémonies et
vant le préfet de
•t

traînèrent leur

créancier de-

Eome

Fuscianus, raccusant d^injures
les instances

dénonçant sa qualité de chrétien. Malgré
Carpophore, son esclave fut condamné,

le

comme

cliré-

ien,

aux mines de Sardaigne.

Ceci se passait sous l'épiscopat d'Eleuthère \ Quellue

temps après,

les confesseurs

de Sardaigne furent

ibères,
le

comme

il

a été dit plus haut, par l'intervention

Marcia \ Calliste ne figurait pas parmi ceux dont
avait été

a hste

communiquée à Marcia par
le

le

pape

Ictor.
lu-ci

Cependant

prêtre Hyacinthe, envoyé par cele
li-

en Sardaigne, obtint du procurateur qu'on
avec les
autres. Il

•érât

revint
il

donc à Eome; mais,

près ce qui s'était passé,
i

y

avait trop de gens qui

voyaient d'un mauvais œil. Victor l'expédia à
lui fit

Antium

t

e

une pension mensuelle. C"est de cette situation confesseur pensionné qu'il passa au conseil de Zédoute en qualité de diacre. Dans cette
il

hyrin, sans
•aite

re-

de huit à dix ans

eut peut-être
il

le loisir

de cul-

ver son esprit.

Cependant

semble être resté toujours

^^Fuscianus fut préfet depuis 185 ou 186 jusqu'au printemps
*

Ci-dessus, p. 252.

29(3

CHAPITRE

XVII.

1111

homme

d'action et de

gouvernement, plutôt qu'un!

théologien bien exercé.

Les théologiens ne manquaient pas à Eome. Le corps presbytéral en comptait un de premier ordre, Hippolyte,
disciple de saint Irénée.

;

Les querelles
le

qu'il eut plus tardi

avec ses chefs et surtout

fait

qu'il

écrivit

toujours

en grec, alors que, peu après lui, cette langue cessai faire tomber dans d'être parlée à Eome, ont concouru à
recherches de r oubli la plupart de ses œuvres. Mais les
l'érudition contemporaine les

ramènent peu à peu

au

que jour et l'on peut dès maintenant constater
gloire écrivain romain n'a guère à envier à la

le grand,
littéraire le

d'Origène, son collègue d'Alexandrie. Origène

connut

df, personnellement. Dans un voyage à Eome, au temps Zéphyrin, il assista un jour à une homélie d'Hippolytd

et celui-ci trouva

moyen
l'illustre

d'introduire dans son discourij

une mention de

alexandrin \
j

Eome, du

reste, n'avait

pas cessé d'être
et

le rendez|

vous favori des penseurs chrétiens
religieux.

des aventurier!

Es continuaient d'y
et

afduer,

comme

au temp!
l'éghsi

d'Hadrien

d'Antonin, entretenant autour de

ou

même
des

dans son sein une perpétuelle agitation. ceux conflits intéressants, précurseurs de
si

D
qii

agitèrent
vants.

gravement

le

quatrième

siècle

et

les suj

I

Les premiers chrétiens, nous l'avons assez

dit, étaierj

Es chai tous d'accord sur la divinité de Jésus-Christ.

'

Hierou..

De

viris

ill.,

61.

LE8 CONFLITS ROMAINS
tent,

HIPPOLYTE

297

dit Pline,

des

hymnes au

Christ honoré

comme

dieu, qtiad cleo.

«Mes

frères, dit l'auteur

de l'homélie

pseudoclémentine, nous devons penser de Jésus-Christ

comme de Dieu». Mais comment
théisme

était-il
le

Dieu?
strict

'

CommonoIci

ment sa divinité se conciliait-elle avec

que l'on professait d'accord avec Israël?
les

commençaient

divergences. Si l'on néglige les Gnossur la divinité du Sauveur, mais

tiques, très explicites

n

désaccord avec les autres chrétiens sur la notion de

Dieu, les idées

en circulation peuvent se ramener à deux
:

ypes principaux
'st

le

premier, Jésus est Dieu parce qu'il
:

le Fils

de Dieu incarné
l'a

l'autre,

Jésus est Dieu parce

[ue
.a

Dieu

adopté pour Fils

et élevé

au rang divin,

première explication est proposée explicitement par

aint

Paul

et saint

Jean, qui tous deux enseignent sans

mbages
lation

la préexistence
le

du

Fils de

Dieu

à son incar-

dans
le

temps. Saint Paul n'a pas employé, pour
le

ésigner

Christ préexistant,

terme de Logos. C'est

ans les écrits de saint
es écrits,
t

Jean

qu'il apparaît, et,

comme

notablement postérieurs

à

ceux de saint Paul

aux premières prédications chrétiemies, mirent quelque
à
s'accréditer,
il

mps
lents,

y

a lieu, dans les

commence-

de distinguer entre la doctrine, fondamentale et
et l'aspect particulier

ommune, du Christ préexistant
ui lui vient

du terme

spécial de Logos.

Les apologistes,

beaucoup valoir la notion u Logos; mais c'était une notion philosophique, et les

partir de saint Justin, firent

'

A=t

T'j.%;

uîîvsTv 7Tcfi'Iy,cr;Ù X?'.<7tîÎ

w: -isl

0£;-j

(

//"

Ckm.,

1).

ç>98

CHAPITRE xvn.
j

déductions que Ton en pouvait tirer étaient destinées à passer le plus souvent au dessus de la tête des simples
croyants.

Ceux-ci
tine,

— défalcation
à
et

|

faite des ébionites

de Pales-!
un,
Fils!

qui s'obstinaient

considérer Jésus

comme
de

grand propliète

ne voyaient dans son

titre

de Dieu qu"un attribut messianique
d'alambiquer
(c'était
leiu'

— ou s'abstenaient,
du
Sauveur;

croyance à

la

divinité

sûrement

le

plus grand nombre), ou se Texpli-;

quaient par mie des deux notions ci-dessus indiquées,!
l'incarnation et l'adoption.

Hermas

tient,

semble-t-il, uiv

langage adoptianiste.

H

a bien l'idée d'mie personne'
le

divine distincte de Dieu
c'est

Père d"mie certaine

façon;

pom-

lui le Fils

de Dieu ou

le Saint-Esprit. Aveci
vitj

cette

personne

divine le Sauveur est, pendant sa

mortelle,
qu'ils

en rapports permanents, mais non pas
à
ce qu'on appela plus tard

teh\
l'u;

correspondent

adnusj nion liypostatique. Son œuvre terminée, il est honneurs de l'a en récompense de ses mérites, aux

pothéose.

Pour
les

ces idées

Hermas

n'a pas soutenu thèse. Noir
livre,
;

voyons

transpai'aitre

dans un coin de son

dé propos de choses aussi propres que possible à en dans L| tourner l'attention. Mais le fait qu'mi homme
situation

d'Hermas a pu avoir en
dans

tête

une

telle expb]
foi,

cation, et cela

la plus parfaite

bonne

n'en

ef

pas moins remai'quable.
relie à d'autres

On va

voir,

du

reste, qu'il s

manifestations du

même

système.

LES COXFLIT.S ROMAINS

HIl'POLYTE

299

Sous
lirétien

le

pape Victor on

vit arriver à
'.

de Bj-zance appelé Théodote

Eome im riche On l'appellait
fort instruit.

'liéodote le

corroyeur, parce qu'il avait acquis sa for-

me dans
se

cette industrie. C'était

un homme
Jésus

mit à dogmatiser. Suivant
les autres,

lui.

était

un homme

)mme

sauf pourtant sa naissance miraculeuse.
les conditions ordinaires, manifes-

avait grandi

dans

mt ime très haute sainteté.
ords du Jourdain,
sprit,

A

son baptême, sur les

le

Christ,
lui

aiitrement dit le Saint-

était
il

descendu sur

sous la forme d'une co-

mbe
cles.

:

avait reçu ainsi le pouvoir de faire des miil

Mais

n'était

pas devenu dieu pour

cela. C'est lui

•ulement
ait

après

sa

résurrection

que cette qualité

reconnue, et encore par une partie seulement des

liéodotiens.

Yictor n'hésita pas à
liéodote

condamner de
*.

telles doctrines,

fut

excommunié

Il

persista, et

ses adhé-

nts se trouvèrent assez

nombreux pour
église.

qu'il leur vint

dée de
*

s'organiser
les

en

Un

second Théodote,

Sur

deux Théodote

gnés par divers
""tum, S; 2"
\ithe
-

et leur secte nous sommes renouvrages de saint Hippolyte: 1° Syntagma

seudo-Tert., 53; Epipli.,

LIV, LY;

Philosoj^humena,

"\1I, 35;

Philastr., 50:) cf. Contra X. 23; 3° Le Petit Labij-

j

(Eus., H. E., Y, 28)Hippoh-te raconte que Théodote avait apostasie à Byzance que ses doctrines furent produites comme excuse de sa faute,

n'avait pas, disait-il, renié
ist
ît

Dieu

:

il

n'avait renié qu'un

homme,

une historiette, et peu croyable, car enfin, même en se plaau point de vue de Théodote, il aurait renié le .Sauveur et
et son cas fût

igneur de tous les chrétiens,
ivité

demeuré d'une

extrême.

300

CHAPITRE
état,

XVII.

banquier de son

et

un

certain Asclépiodote, tou
confesseii
traite

deux

disciples

du byzantin, trouvèrent un

romain appelé Xatalis, qui consentit, moyennant
ment, à faire
secte.
le

les fonctions

d'évêque dans

la nouvel!

Celui-ci ne persévéra pas. Il avait des visions o
le

Seigneur

réprimandait sévèrement.

Comme
si

il

fa

sait la

sourde

oreille. « les saints

anges

»

lui administri^

rent de nuit une correction énergique,

bien que,

1

jour venu,

il

alla

se jeter

aux pieds du pape Zéphyrii

du
par

clergé et des fidèles,
le

demandant miséricorde. On fin:
il

prendre en

pitié:

fut

admis à
iv.

la

communioi

C'est seulement
lui

un peu plus tard

230 ?i qu'appara:

autre docteur de cette secte,

un

certain

Artémon
et joué

o
Q:

Artémas. qui semble avoir vécu longtemps
certain rôle.

Ceci
être

est

de l'histoire extérieure.

La
le

doctrine dO]

examinée de plus près. D'après

sommaire

qij

en a été donné \ on voit que
talent

les Tliéodotiens

admei
appel(|

auprès de Dieu une puissance divine
Il

Christ ou Saint-Esprit.
cations

en est de

même

dans

les expjj

d'Hermas

^.

Un

trait particulier,

que saint

HiJ

polyte relève dans la doctrine de Théodote
c'est le culte
tifié

le banquiei

de Melchisédech. Melchisédech
avec
le

était ide,

par

lui

Fils de Dieu, le Saint-Esprit. Cetj
11

idée,

suggérée par une mauvaise interprétation de

pître

aux Hébreux,
D'après
les

se

retrouve en dehors de

la seci

*

Philosophinnena.
e)

Sauf que, chez Hermas, le terme de Christ n'est pas ployé, mais seulement celui de Fils de Dieu.
^

LES CONFLITS ROMAINS

HU'POLYTE
elle
'.

301

héodotienne et bien longtemps après
ivec
'lie

Combinée

le

système du Christ devenu dieu par adoption,
aboutir à donner à celui-ci un rang infé-

devait

•ieur

à Melcliisédech.

Le

Fils de Dieu, en effet, ne peut
il

[u'être

supérieur au bon serviteur dont

a dirigé les

ctes et

décidé l'avancement. Aussi est-ce à lui que le

acrifice était offert. «

Le

Christ a été choisi pour nous

appeler de
il

nos voies diverses à cette connaissance:

a été oint et élu par Dieu parce qu'il nous a dé» 2.

tournés des idoles en nous montrant la vraie voie
''est

tout-à-fait

l'œuvre du Sauveur dans la parabole

l'Hermas.

Aussi n'est-on pas trop surpris quand on voit cette
cole se

chercher des ancêtres dans les générations pré-

édentes.

On

prétendait, dans la secte, être fidèle à l'an-

lenne tradition, conservée à

Eome

jusqu'à Victor, et
était déjà

m
;s

ne

s'était altérée

que sous Zéphyrin. Ceci

lexact,

puisque c'est précisément Victor qui condamna
D'autre part, nombre
d'écrivains an-

théodotiens.

iens,

comme

Justin, Miltiade, Tatien, Clément, Irénée,

[éhton, avaient

affirmé la divinité

du
et

Christ, le pré-

ntant
e

comme
et

étant à la fois

Dieu

homme. îs^mbre

psaumes

de cantiques composés depuis l'origine

ar les fidèles

exprimaient

la

même

croj^ance \ Cela est

Saint Epiphaue l'atteste lui-même {Hae7\, LV, 5, 7); de son mps, l'auteur des Quoestiones Veferis et Novi Testomenti, qui nvait à Eome, eu était au même point
'

(P. L.

t

XXXV
^
^

23291.

'

-Epiph.,
^

LV,

8.

«Petit Labyrinthe», dans Eus., V, 28.

302
vrai.

CHAPITRE

XVII.

Mais

les écrits allégués

ou bien témoignaient d

la simple

croyance à
la

la

divinité

du

Christ,

ou

l'expli
dl

quaient
saint

par

théorie

du Logos en

s'inspirant

Jean.

Cela n'exclut pas que
et là,

d'autres

idées

n^

fussent acceptées, çà
tance.

obscurément
si

et sans

insi>;

H

ne faut pas oublier que,
la théologie

insuffisante qu'ell

nous paraisse,

théodotiemie trouva desadb
i

rents jusqu'à la fin du IV' siècle, et que saint Augustin
à la veille

de sa conversion, croyait
représentait
le

encore, et

trèj oi

sincèrement, qu'elle

christianisme

thodoxe.

Vn

trait

particulier de cette école, ce sont ses

su

cointances avec la philosophie positive. Aristote
très honoré,

y

éta:'

Théophraste aussi, avec Euclide

et Galieii
ej

On y
traitée
tile

cultivait le syllogisme,

on en abusait même,

l'appliquant indûment à la Bible.

La

critique bibliqu'j

dans un esprit terre à

terre,

foncièrement

hoj
r|

à tout allégorisme,

aboutissait souvent à des

touches et à des mutilations des textes sacrés. Les Thé
dotiens paraissent avoir eu
ils

|

le

même canon
les

que

l'Eglis'i
Cj

n'excluaient

pas,

comme

Aloges, les écrits

saint Jean, bien qu'il fût malaisé de les concilier

aT(i

leur doctrine. Mais leurs exemplaires des Livres Sainj

ne ressemblaient guère aux textes reçus:

ils

différaieiî

même beaucoup
en désaccord
les

entre eux.

On

citait

ceux d'Aselépiadj

de Théodote, d'Hermophile, d'Apollonide, ces demie

uns avec

les autres.

1

Co)if.,

\Ii,

1!).

LES CONFLITS ROMAINS

HIPPOLYTE

303

Le
I

«

Petit Labyrinthe

»,

qui nous a conservé ces

renseignements, est le seul ouvrage où ces travaux de
critique biblique

aient laissé trace.
',

Il était

dirigé ex-

Ipressément contre Artémas

et

de graves indices por-

tent à croire qu'il fut écrit par Hippolyte, vers la fin

de sa vie.

Ce

n'était pas

pour

la

première fois que

le Il

grand docteur romain s'attaquait
leui'

aux Théodotiens.

avait déjà

consacré

des notes spéciales dans son
les PhilosopJitimena.

Synkigma d'abord, puis dans

Les Aloges aussi eurent
liant

affaire à lui.

On

a vu plus

comment

ce parti s'était formé en Asie lors de la

première

apparition

des

prophètes montanistes, alors
fraî-

^ue les écrits de saint
che date

Jean étaient encore d'assez

pour

qu'il

ne fût pas trop insensé d'en con-

rester Tautorité,

Cette opposition visait surtout l'usage

m

l'abus

que

les enthousiastes

de Phrygie faisaient du

Paraclet,
[u'elle

des visions et des prophéties.

On

ne voit pas
la

ait

eu des conséquences dans

le

domaine de

;hristologie.
!rat

Saint Irénée l'avait repoussée.
Il le
fit

Hippolyte
inti-

devoir la combattre.
«

dans un livre
,

ulé

Pour

l'évangile

de Jean

et l'apocalypse »

dont

Les fragments contre Artémas, cités par Eusèbe sans nom que Théodoret iHaeref. fob., II, 5) dit avoir appariuu à un livre intitulé « Petit Labyrinthe » paraissent bien être
'

'auteur et

,

"Hippolyte. Photius (cod. 48
aius
I

de confondant avec Contre l'hérésie d' Artémas » Du reste le titre Petit Labyrinthe » suppose un G-rand Labj'rinthe, et cette ex1

lui attribue

un

livre

«

.

reasion a servi à désigner les
voit par le texte

«

Philosophumena
5).

»

,

comme on

même

de cet ouvrage (X,

304

CHAPITRE

XVII.

une bomie partie doit être entrée dans

le

chapitre que

saint Epiphane consacre aux Aloges \ Ces adversaires

acliamés des Montanistes les avaient peut-être suivis

à

Rome,

où,

en ce moment,

les disciples

du Paraclet

fai-

saient parler d"eux. Ceux-ci avaient plusieurs chefs, qui

ne s'entendaient pas toujours, un certain Eschine
culus
lien
^.

et Pro-

ou Proclus

^,

ce dernier

très vénéré de Tertul
la

Proclus écrivit pour faire valoir

nouvelle
''

pro-

phétie. Il lui fut

répondu par un chrétien

de Rome

appelé Caius, lequel eut occasion d'invoquer contre sol
adversaire les tombeaux du Vatican et de la voie d^Ostie

qui consacraient

le

souvenir des apôtres Pierre

et Paul

Le

livre de Caius avait la

forme d'un dialogue.

D

con
l'au;

tenait

une

très vive critique de l'Apocalypse,

que

teur attribuait à Cérinthe, tout

comme

les

Aloges^. Hip'
telle asseri
certain;]

polyte ne crut pas devoir laisser passer une
tion. Il écrivit

contre Caius des Capita, dpnt
®,

fragments ont été récennnent signalés
LV.
cf.

:

^

Haer.,

!

'

Pseudo-Tert., 52, 53;
Valent.,
5.

PhiJosopJi.,

YTH,

19.

i

^Adv.
VI, 20.
*

Sur Proclus

v. Eus., II, 25;

HI,

3l|

Photius (cod. 48)

le qualifie

de prêtre; mais ceci peut

sulter de la confusion qu'il fait entre Caius et Hippoh'te.
^ Il ne semble pas que Caius ait étendu ses critiques au qu? trième évangile. Eusèbe (YI, 20). fort attentif à ses référencei

bibliques, n'aurait pas laissé passer

une

telle attitude sans

olj

servation.
III, 28; YI, 20. L'évèque nestorie donne un catalogue des écrits d'Hi] polyte, dans lequel les « Chapitres contre Gains » sont marqué comme distincts du traité « Pour l'évangile de Jean et l'apcj
«

Sur Caius,

v. Eus.,
siècle),

Ebed Jesu (XIY«

LES CONFLITS ROMAINS

HIPPOIA'TE

305

Mais déjà, dans ces premières années de l'épiscopat
de Zéphja-in, son activité se dépensait en
controverse.

une bien antre

Les Théodotiens,

rejetés
:

de l'Eglise, conle

tinuaient à faire bruit

au dehors

dans

sein

même

de la

communauté chrétienne un grand débat passionou

nait les esprits cultivés
Il

même

sans culture.

s'agissait

de s'entendre sur ce qu'était au juste

a divinité incarnée

en Jésus-Christ. Partant de

la

dond'é-

née

johannique

«

le

Verbe

s'est fait chair »,

nombre

rivains, et

surtout les apologistes, s'étaient mis à cul-

dver la théorie
rouvaient

philonienne du Logos. Outre qu'ils
faire

y

un moyen de

concorder leur propre
ils

bi avec leur
Doint

éducation philosophic|ue,

avaient là un

de contact avec les auditeurs ou lecteurs instruits
ils

levant lesquels

défendaient
la
le

le christianisme.

Celse
qu'é-

ui-même approuve
:ait-ce

doctrine

du Logos. Mais

au juste que

Logos ?

Au

fond, et quelles que

.Tissent les
sée, le

formes dans lesquelles se moulait leur penc'était

Logos, pour eux,
lui,

Dieu

s'extériorisant, agis-

sant

au dehors de

se

laissant

ou se faisant con:

laître.

Dieu

est ineffable, abstrait, inconnaissable
il

entre

ui et le

monde

faut

un intermédiaire. Cet interméle

Uaire ne peut
3ieu.

être

que divin:

Verbe procède de

A lui

doit être rapportée toute l'action extérieure

alypse» (Assemani, Bibl. Or.,

t.

III', p. 15).

M. Gwynn

a signalé

ecemment des fragments de ces « Chapitres » dans un commenaire inédit de Denys Bar Salibi sur l'Apocalypse (v. Texte umï
^nt.,
t.

^q, p. 122 et suiv.).

•cCHESNE. HiHt. aîic. de l'Egl.

-

T.

I.

20

30<3

CHAriTRE
et

XVIT.

de Dieu,

d'abord

la création,

puis les manifestations
l'in-

divines ftliéoplianies) dans l'Ancien Testament, enfin
carnation.

Quel est maintenant
accessible, et le Père,

le

rapport entre

le

Yerbe, Dieu
C'est
ici

Dieu inaccessible?

le

point délicat.

Le Yerbe
Toù
Wy.-zrj'.

est de Dieu, de l'essence du
oô'^îa;,

Père
et
il

£/-

'%',

comme
C'est

dira plus tard,

dans

le

même

sens, le sj^mbole de Nicée.
lui.

Cependant
dieu, dit

est autre

par rapport à

un autre

crûment saint Justin. Ni ce terme excessif ni les autres que l'indigence du langage théologique amènent sous
la

plume de

ces anciens

auteurs ne doivent pourtant
ce que nous enten-

être pris dans

un sens qui dépasse

dons par

la distinction

des personnes. Ce qu'il y a de

critiquable en cette théorie, c'est plutôt que la distinction personnelle n'est pas conçue

comme

éternelle,

comme

une nécessité de la vie intime de Dieu. Ces
platonisants n'avaient besoin

chrétien.^
explièj

du Yerbe que pour
Logiquement

quer

les choses contingentes.

antérieur

la Création, le

Yerbe

l'était

aussi chronologiquement!

rien de plus.

sens

Le terme grec de Logos, avec son doubUj de Eaison et de Parole, suggérait un arrangement!
Eaison divine,
:

Comme

le

Yerbe avait toujours

existf,

au sein de Dieu
certaine manière,

comme Parole il en était à un moment déterminé.
et

sorti, d'un-j

Cette idé

s'exprimait plus clairement par les termes de Yerbe ia

manent

(Aoy^^;

àvf^iâOôro:)

de Yerbe proféré (Aoyc

7:0000 p'//,ô:i,

que l'on rencontre quelquefois.

LES CONFLITS RUMAIXS

HIPPOLYTE

307

Comme

tous les

accommodements

entre la religion

et la pliHosophie, celui-ci avait ses inconvénients. Il s'inspire, essentieUement et avant tout,

d'une préoccupation

cosmologique étrangère à
tivée plutôt soit
soit

la

tradition chrétienne,- cul'

par

les platoniciens

proprement

dits,

par

les

penseurs de l'école de Philon,

soit aussi et

surtout par les giiostiques de

toute catégorie. L'unité

du principe divin,
était

la

Monarchie,

comme on

disait,

ny

sauvée que par ime sorte de distribution

(or/.ovoy.ca),

organisée,

comme

les

plérômes, pour combler la distance

entre Tlnfini et le fini. C'est la
jouait
ici,

personne du Verbe qui

à elle seule, le rôle confié ailleurs à toute ime série d-éons, d'archontes, de démiurges. Une fois atteint

le

monde

fini,

la Création,

il

n'y avait plus de

diffi-

cailtés.

Le Logos créateur
dans en
fait

se répandait

dans ses œuvres,

airtout
^eUe-ci

l'humanité, pourvoyait

aux besoins de

la bonne phiosophie des Grecs et dans les prophètes d'Israël, enfin

de sagesse, se révélait dans

ionnait en Jésus ses
i"aUait

suprêmes enseignements. La théorie

pas plus loin. C'est à la seule tradition ecclé-

iastique qu'il fallait s'adresser

pour parler de ce qui
le salut

st ie fond et l'originalité
'"ésus-Christ.

du christianisme,

par

Ces défauts et ces lacmies expliquent bousiasme que la théologie du

le

peu

d'enseu-

Logos

excita,

non

^ment dans les masses chrétiemies, mais ersonnes comme saint Irénée,
^hgieuse était
'ur;

même

chez des

chez lesqueUes

la tradition

absolument prépondérante. Dieu créaJésus, Fils de Dieu, Sauveur: tels sont les pôles

308

CHAPITRE

XVII.

entre lesquels se

meut

la

pensée du grand évêque de

Lyon. Ce n'est pas qu'il ignore les explications répandues autour de lui: mais ce n'est point elles qui dirigent ses réilexions. Irénée n'était pas un chef
d'école,

mais un chef

d'église. Il est naturel

que d'autres

paset

teurs aient été dans les
ceci
se

nous ramène à

mêmes Eome, au moment où

dispositions d'esprit,
le conflit

va

produire entre la théologie du Logos

et les résistances

de l'autorité religieuse.

Ce

conflit,

toutefois,

ne s'ouvrit pas directement.
affaire à

La

théologie

du Logos eut d'abord

une oppoheure,

sition d'école, à

une autre théologie.

De bonne
entre

en Asie,

il

se trouva des gens qui ne voulurent point

entendre parler d'un

intermédiaire
la

Dieu

et

le

monde, surtout dans l'œuvre de

rédemption,

et dé-

clarèrent qu'ils ne connaissaient qu'un Dieu, celui qui
s'était

incarné en Jésus-Christ. Les appellations de Pèrf
de^
de;!

et

de Fils ne correspondaient, suivant eux, qu'à

aspects divers, à des rôles passagers \ nullement à
réalités

divines. C'est ce que nous appelons le

moda
s

lisme.

Les théoriciens du

Logos, qui platonisaient

manifestement, reprochaient à leurs adversaires de
pirer d'Heraclite et de Zenon.

s'in^

En

réalité les modaliste

avaient surtout à cœur de défendre la divinité du Sai
veur, et cette préoccupation leur valut d'abord des synj
pathies.

Malheureusement

ils

s'y prenaient

mal

et durerj

être abandonnés.
1 Rapprocher les idées analogues que saint Justin comb dans son Dialogue avec Tryphon, c. 128.

LES CONFLITS ROMAINS

HIPPOLYTE
doctrine

309

Déjà, SOUS le pape Eleutlière, cette

avait

trouvé

le

chemin de Rome. C'est

alors,

en

effet,

qu'un

confesseur d'Asie, appelé Praxéas, s'y présenta. L'église

romaine, saisie de l'affaire de
hésitait

Montan

et

de sa propkétie,

encore à condamner et se montrait plutôt dé-

cidée à ne pas réprouver, lorsque

Praxéas apporta des
et

renseignements
se
Il

tels

que

le

vent changea

que l'on

décida contre les Phrygiens. Praxéas était modaliste.
répandit ses idées, ce
avait accompli à
le

qui faisait

dire à Tertullien

qu'il

Rome deux œuvres
le

diaboliques,

chassé
servit,

Paraclet et crucifié
effet,

Père. Ce dernier trait
ridiculiser
la

en

de très

bonne heure, à

nouvelle doctrine. Il en exprimait assez bien une

des

conséquences
dalistes furent

les

plus contraires à l'Ecriture. Les mo-

appelés Patripassiens. Les doctrines de

Praxéas se répandirent aussi à Carthage, favorisées, dit
Tertullien,

par

la

simplicité des gens. Mais elles troului sans doute. Il les

vèrent

un contradicteur,

dénonça

aux autorités de l'église et Praxéas fut obligé, non seulement de promettre qu'il s'amenderait, mais encore de
signer

mie pièce en garantie de sa correction \ Le
fit.

si-

lence se

A
dont

Smyrne, vers
le

le

même

temps, un certain

ISToët,

nom donna
',

lieu, lui aussi,

à beaucoup de plai-

santeries

comparaissait, pour

un enseignement analogue,
lui

devant

«

les jjrêtres »

de Smyrne, qui

en firent des

reproches. Il compliquait sa situation en se faisant ap•

Tertullien, Adv. Fra.r.,
iNsr.To'i

1.

signifie intelligible,

mais

àvorTs;

veut dire insensé.

310

CHAPITRE
lui,

XVII.

peler

Moïse, et son frère, Aaron, étrangeté derrière

laquelle pouvaieut se dissimuler d'excessives prétentions.
Il parvint, la
il

première

fois,

à se défendre. Mais

comme

persistait à dogmatiser et qu'un
lui, il fut

groupe de

disciples

se formait autour de
le collège presbytéral.

de nouveau
il

cité devant

Cette fois

fut plus net et déil

clara,

propos

significatif,

qu'après tout

ne

faisait

aucun

mal en enseignant une doctrine qui rehaussait

la gloire
n'est

de Jésus-Christ: «Je ne connais qu'un Dieu; ce
»

pas un autre que lui qui est né, qui a souffert, qui

» est

mort

».

Il fut

excommunié \
déjà subi deux

Ainsi les idées modalistes avaient

condamnations, à Carthage et à Smyrne, lorsque, pour
la

seconde

fois,

elles

tentèrent la fortune à

Rome. Un
et

disciple de Noët, appelé

Epigone, vint s'y établir
de laquelle
il

ouvrit une école, à la tête

fut

bientôt

remplacé par un

certain Cléomène, auquel,

un peu plus,

tard, succéda Sabellius. Il

y

avait

déjà à

Rome

unei
enj
op-|

école
église.

théodotienne, qui

s'était

même
se

transformée

Les noviveaux docteurs

montraient très

posés aux théodotiens.

On

peut croire qu'après
ils

les échecs
d'atté-!

subis en Afrique et en Asie

eurent l'esprit

nuer ce que leur langage pouvait avoir de plus cho-i massej quant. Aussi furent-ils d'abord bien vus de la
des fidèles, qui n'y entendait pas malice, et

même

de

l'éj
la

vêque Zéphyrin, peu versé dans
théologie, soucieux avant tout,
1

les raffinements de

comme
(cf.

c'était son de

Hippolyte, Contra Xoëiiim, 1

Epiph., Haer., LVII)

l'hilosoph., IX, 7.

LES CONFLITS ROMAINS
voir,

HIPPOLYTE

311

de la paix ecclésiastique.

Il laissa tranquilles les

maîtres et leur école. Ceux-ci faisaient valoir avant tout
le

terme de monarchie, qui revenait à peu près à celui

de consubstantialité, plus tard en usage, et servait à

exprimer

le

monothéisme dans toute

sa

rigueur.

On
on
;

ne parlait plus que de monarchie. Les gnostiques
l'a

vu, avaient introduit ce

régime dans leur plérôme

sous la direction d'Apelle le

marcionisme avait évolué

dans

le

même

sens.

Le

popiûaire orthodoxe entrait vole

lontiers

dans ce mouvement; on

trouvait toujours prêt

à défendre la sainte monarchie.

Il n'est

pas jusqu'aux
cette bannière

montanistes qui ne s'enrôlassent

sous

an certain nombre d'entre eux.
se rallièrent

conduits par Eschine

à la théologie modaliste. D'autres, toutefois,

Proclus en tête, observèrent

une attitude

différente.

L'ennemi commun,
léfendue à
lûHen.
luire

c'était la théologie

du Logos

',

Eome

par Hippolyte, en Afrique par Terlui

Les orthodoxes

reprochaient surtout d'intro-

deux dieux.

Il fallait,

en

effet,

une certaine éduca-

ion philosophique, et
)our

même une
le

certaine bonne volonté,
tel qu'ils le

ne pas voir dans

Logos,

préseii-

aient.

un second

dieu, distinct

du

vrai, inférieur à lui.

lais

comment
On peut

éviter ce Char\-bde sans tomlier sur le
le

*

s'étonner que des gens qui admettaient

qua-

rième évangile aient eu tant de
ui

répugnance pour un système

s'y rattachait si étroitement. Ils avaient réponse à cela: Vous êtes étranges en donnant au Fils le nom de Verbe. Jean
dit sans doute, 15.

le

mais

il

est

coutumier de l'allégorie

».

Hipp.,

'ontra Xoët.,

.^^2

CHAPITRE

XXII.

Scvlla

du patripassianismeVLe bon Zépliyrin
auquel
aller.
«

finit

par
tout

ne' plus savoir

Il

disait

volontiers,

comme Noët
» »

et

son monde:
et.

Moi, je ne connais qu'un
en deliors de
»
.

seul Dieu, Jésus-Christ,

lui,

aucun
il

autre qui soit

mort

et qui ait souffert

Mais

ajou-

tait: «

Ce

n'est pas le

Père qui

est mort, c'est le Fils».
les

C'était reproduire

les

termes à concilier,

domiées

Tincarnation et de traditionnelles de l'unité divine, de
la

distinction entre

le

Père

et

le Pils.

Zéphyrin
mais
il

était

dans son rôle en maintenant
résolvait pas les énigmes.

la tradition:

n'en

Hippolyte, qui prônait une solution, et ne

réussissait

pas à

la faire

accepter de son évêque,

allait

s^exaspé
visaii

sa colère rant de plus en plus. Derrière Zéphyrin,

Zéphyrin fut mor' son conseiller Calliste. Aussi quand n'hésit; que Calliste eut été élu pour le remplacer, il
et

plus, cria

au scandale

et se sépara de l'Eglise avec

m
fi

certain

nombre

d'adhérents. Cette grave démarche
Calliste

beaucoup de

bruit.

ne voulut pas

laisser dir

patronnait de mau qu'on se séparait de lui parce quïl
vaises doctrines:
il

condamna

Sabellius pour hérésie

:

Mais
posât

il

lU: n'admit pas pour autant qu'Hippolyte lui la trist| dans sa théologie. Le docteur demeura

maintint mêm| situation de chef d'église dissidente, et s'y successeurs de Calliste, Urbain et Pontien.

sous les

^

Sa rancune s'exhala dans
par suite d'une erreur,

le livre

que nous

appeloii,'

les riiilosopluimena.

C'est ui

LES CONFLITS nOMALXS
iréfutation
,cord

IIII'POLYTK

313

de tous les systèmes doctrinaux en désacchrétienne, celle-ci étant, bien
l'auteur.

avec l'orthodoxie

entendu,
tière

ramenée au point de vue de
répartie

La maLes

est

en neuf livres d'exposition, suivis
qui forme

l'une récapitulation
luatre

un dixième

livre.

premiers sont consacrés aux philosophies ou myliologies des Grecs et des Barbares. Puis viennent les
gnostiques et autres hérésies chrétiennes
après lesquels
il

liverses sectes

usqu'à

Noët

et Calliste,

n'y a plus que

lesElkasaïtes' et les Juifs.
j

Ce n'était pas la première qu'Hippolyte s'attaquait aux hérésies. Vingt ans au inoins auparavant il en avait dressé un catalogue, com
bis

nençant à Dosithée

^

et

aboutissant

à

Noët,

trente-

leuxième de la série. Cet ouvrage, appelé Syntagma, st perdu, mais il a passé presque entièrement dans
ompilation de saint Epiphane \ Hippolyte
es

la

y

exposait
d'après

divers

systèmes

et

les

réfutait

ensuite,

amt L'énée, en discutant leurs raisons
iB

et leur exégèse.
dif-

procédé suivi dans les Philosopliumena est tout

erent. Il consiste à assimiler

chaque théologie hérétique

un sj^stème philosophique ou païen préalablement rente ou bafoué, car l'auteur a l'invective facile. Hipporte n'avait

jamais

brillé

par sa douceur, mais du
s'était

^'<yn-

igma au Labyrinthe son caractère
'

encore aigri.

Ci-dessus, p. 129.

'Ci-dessus, p. 159.

"On
_

le

retrouve aussi dans

erésies et
'llien

le livre de Philastre contre les dans l'appendice au livre des Prescrijjfious de Ter-

iPraescr., 45-53j.

La

finale s'est conservée isolément, sous

>frae

d'homélie contre Noët.

314

CHAPITRE
Calliste surtout
faut-il
il

XVII.

De
ne
pas

ne peut parler sans fureur. Aussi
à

pas se
ses

fier

ce

quïl en

dit.

Il
:

ne
les

suffit!

d'écarter

interprétations

haineuses

fait^j

eux-mêmes,

tels qu'il les rapporte,

ne sauraient être ad

mis sans réserves ^
C'est ainsi
qu'il est
difficile

d'attribuer à

Callist» ne>

l'exposé doctrinal qu'Hippolyte nous domie

comme

présentant son enseignement.
» prit
»

« Il

n'y a qu'un seul

divin,

qui

est

appelé de

noms

divers.

Logo:-

Père, Fils.

Ce

dernier
le

s'applique à l'incarnation. A
Fils,
c'est
l'être
il

»
»

proprement

parler,

apparent
identifi-

l'homme. Divinisé par l'incarnation,
avec
le

est

» » »

Père

;

ainsi le

Père

et le Fils

sont un seu
le Pèv'

Dieu, une
a

seule persomie et
Fils, car
il

non deux. Ainsi

compati au
».

ne faut pas dire que

le Pèr'

»

a souffert

TertirlUen % lui aussi, a connu cette doctrine de

L

«compassion», mais
et son livre

il

ne l'attribue point à
peut-être

Callistt
/

contre Praxéas est

antérieur

Des réserves d'uu autre genre sont suggérées par l'étud) des documents produits par le seul livre des Fhilosoph amena propos de certaines sectes, documents qui semblent trahir uni même origine et peut-être la main d'un faussaire. Ainsi, ce qij
ï

Justin l est dit des Naassséniens, des Pérates, des Séthiens, de Sj et ce qui est ajouté à la tradition antérieure sur

gnostique,

mon,

prov| Basilide, les Docètes, semble bien devoir être mis

soirement en quarantaine. V. Salmon, dans Hermathena, I8b-| p. 389; Stâhelin, dans Texte uud Unt., t. TI^. Fil * Aclf. Praxeam, 27 « Obducti distinctione Patris et disponimus .... aliter ad suam n quam manente coniunctione
!

:

pe liilominus sententiam interpretari conantur ut aeque in una sona utrumque distinguant Patrem et Filiun., dicentes Filiu:

LES CONFLITS ROM.AJXS
l'épiscopat

HIPPOLYTE

315

de

celui-ci. Jl paraît

bien que nous avons là

ime sorte d'évolution de la doctrine modaliste. ripassianisme un peu crû des premiers

Le pa-

temps aura pam nenacé par l'attitude de Zéphyrin et de Calliste on lura jugé utile de l'amender.
;

Mais l'amendement est bien léger,
prend pas

et

Ion ne com-

comment

ompte, après avoir
ait

pu le prendre à son condamné SabeUius. Les polémistes

Calliste aurait

une tendance à dénaturer les opinions combattent et à compromettre leurs adversaires n de fâcheuses accointances doctrinales. Il est du reste
toujours
u'iïs

ossible
os, la

que

la défiance qu'inspirait la théologie

du Lo-

crainte

du dithéisme

\ la

préoccupation prépondé-

mte de
Il

combinées avec l'imperfection langage technique, aient abouti quelquefois, dans le
et sur-

l'unité divine,

împ orthodoxe, à des conceptions mal venues
ut à des expressions critiquables.

En

dépit

des assertions
sont
certaines,
c'est

passionnées
et

d'Hippoljte,

^ux choses
lage, la

par son propre témoi-

première

que Calliste condamna Sabelid est

mem

esse, id est

homiuem,

Jesum

;

«m, id est Deum, id est Christum. Et qui ntendimt Patrem et Filiimi iam incipiunt

Patrem autem

spi'

unum eumdemqne

am

dividere illos potins

uuare.
:

... 29: « Xec compassus est Pater Filio sic enim directam •sphemiam in Patrem veriti, diminui eani hoc modo sperant icedentes iam Patrem et Filinm duos esse, si Filius qniden^ •itiir, Pater vero compatitnr. Stulti et in hoc. Quid est enim
iipati

quam cum alio pati?» 'Hippolyte {Philosoph. IX, 11, se plaint d'avoir été traité ththeiste par Calliste: à-=x.aAr;..«; 6,9/;.^;.

3Xg
lins,

CHAPITRE
la

XVII.

seconde
se

c'est qu"il

ne condamna point Hippo

Ivte.

Celui-ci

segrégea lui-même. Quelque défianc

qu'elle inspirât, la théologie qu'il représentait échapp
à

une réprobation formelle. Dans

la

génération suivant
le

elle était

ouvertement professée par

prêtre

romai
dai

Novatien. Elle eut des adhérents jusque très avant
le

IV'

siècle.

Mais

ni

Xovatien ni

les représentants pli

tardifs de cette théorie n'étaient

dans

le

vrai courai
r

-traditionnel, celui qui devait aboutir à l'orthodoxie

céemie. Celle-ci n'est point

sortie

de

la

théologie

c

Logos, cultivée par

les

apologistes et

après eux p

Hippolyte

et Tertullien.

mais de

la simple et religieu

tradition des premiers temps, défendue plutôt qu'exf

quée par saint Irénée, formulée tellement quelleme par les papes Zéphyrin et Calliste, et qui va biem
rencontrer, dans la personne de leur successeur Den;.

un

interprète à la hauteur de la situation.

,

Ce

n'est pas seulement à

propos de sa doctrine

c 3

entre]: Calliste fut vilipendé par Hippolyte. L'antipape

aussi, et

avec non moins d'acrimonie, son gouvernem

qu'il ren:ecclésiastique. Calliste, à l'en croire, déclarait

tait les

péchés à tout

le

monde

;

il

accueillait avec mlir

pressement tous ceux que
sein:
il

les sectes rejetaient de

ne permettait pas de déposer les évêques
il

]

varicateurs:
laissait

admettait les bigames dans
se

le clerg

les

clercs

marier:

il

tolérait

aussi les

riages

secrets

entre des matrones et des

hommes
il

condition inférieure.

Dans

ces accusations

n'est

LES CONFLITS ROMAIXS
Mijours aisé
r

HIPI'OLYTE

317

de faire

la part entre les assertions fausses

]es

interprétations malveillantes de faits véritables \

témoignage d'Hippolyte est connue en partie par Tertullien, qui publia son livre De Puicitia pour protester contre une déclaration
le

ur le

premier point

ape, Calliste

solennelle du évidemment, relativement à l'absolution,

on de tous les pécheurs,
'une certaine

comme

le dit

Hippolyte, mais

catégorie de pécheurs. Depuis quelque

mps

il

était

admis dans l'Eglise que l'excommunica-

on des apostats, des homicides et des adultères était rpétuelle. Calliste relâcha cette sévérité en ce qui
re-

ivde les adultères et
dit

pécheurs assimilés

:

«

J'apprends,

Tertulhen, qu'un édit vient d'être promulgué: c'est

un décret péremptoire.

Le grand

pontife, c'est-à-dire
dit-il,

l'évêque des évêques, a parlé. Moi,

je remets les

péchés d'adultère et de fornication à quiconque en aura fait pénitence >>. Suit une invective des plus mordantes,
es rigoristes
s

de toutes les écoles,

les

Montanistes et

Hippolytiens, étaient fort scandalisés.

Ce

n'est pas

dire qu'ils eussent raison.
s

Du

reste,

en stipulant que
la péni-

pécheurs repentants auraient à passer par

nce, Calliste

ne leur

faisait

pas des conditions bien
Tertullien lui-même,
qu'il
fait

trayantes.
oici la

On en peut juger par

description ou plutôt la caricature
«

la

réconciliation des pénitents:
le

Tu

introduis,

dit-il,

en apostrophant

pape, tu introduis

dans

l'église

"adultère pénitent, qui vient supiDlier l'assemblée des

'St

ceci.

V.

De

Rossi, liidl., 1866, p. 23-33, 65-67.

318
» frères. »
» » »

CHAPITRE

xvir.

Le

Yoilà vêtu cVun cilice, couvert de cendrf-

dans

lin appareil

lugubre

et

propre à exciter

l'époii

vante.

H

se prosterne

au milieu de
:

l'assistance, de
il

vaut les veuves, devant les prêtres de leurs habits,
il

saisit la frang
il

baise la trace de leurs pas,

h

»
»
»

prend par
gués
le

les

genoux. Pendant ce temps-là tu
pitié

harai
]

peuple, tu excites la

publique sur

triste sort

du

suppliant.

Bon

pasteur, benoît pape,

t

»

racontes la parabole de la brebis perdue pour qu'o

» te

ramène

ta bique égarée: tu

promets que désormai

» elle

ne s'échappera plus

».

Hippolyte, heureusement pour sa réputation, écriv
autre chose que des pamphlets.

Son œuvre

exégétiqii

est considérable. Elle s'étend à toute la série des Ecr

tures samtes, depuis la Genèse jusqu'à l'Apocalypse,
lui arrive

j

rarement de commenter des livres

entier'

comme

il

Ta

fait

pour

la

prophétie de Daniel.
il

En

à-

hors de ses traités exégétiques.
techrist, sur l'origine

écrivit aussi sur
la

l'Ai:

du mal, sur
ce

substance de

l'uni

vers, sur la résurrection:
à
il

dernier livre était déd:
a

l'impératrice
s'est

Mammée. On

vu avec

quelle ardei|

attaqué aux hérétiques en général, à ceux c
il

son temps en particulier:

combattit les Marcionit(|

dans un livre spécial.
règles ecclésiastiques
:

Il

paraît bien s'être

occupé

cj

son

nom

est

réclamé par

divers';

compilations postérieures qui, à
doivent procéder de
lui.

mi degré ou

à

l'autij
au:-

La

question pascale attira

son attention.

Il

en traita
il

les généralités

dans son hv

sur la Pâque. Puis

entreprit d'affranchir les chrétie:

LES CONFLITS ROMAINS
ies

HIPPOLYTE

319

calculs juifs

ondées sur le
ait: le

en dressant lui-même des tables pascales cycle de huit ans. Ce cycle était imparet

nouveau comput fut bientôt en désaccord avec
astronomique
la

réalité

dut être négligé. Mais,

sur

moment,

découverte fut jugée merveilleuse.'

Une

tatue avait été élevée à
ecte.
ssis

Hippolyte par
'
:

les

gens de sa

Nous l'avons encore

le

docteur

y

est représenté

sur une chaire, dont les côtés

sont

occupés par

s fameuses tables.

Un

peu en

arrière a été tracé
le

un

italogue de sa littérature.
épart
Il

A

en juger par
est

point de

du

cycle, ce
Calliste
-.

monument

de l'amiée 222, ceUe

mourut

Le dernier ouvrage d'Hippolyte paraît avoir
vre des Chroniques,
1

été le

dont

il

nous reste des fragments
il

des adaptations en diverses langues, car

fut très

Hippolyte

le

continua jusqu'à la dernière année (233^

»

iintenant au
«
>s

Trouvée au X^^e siècle près de son tombeau elle est musée du Latran. La tête est moderne. Calliste était, au temps de Constantin, rangé
;

parmi

les

martyrs. Son anniversaire est marqué au 14 octobre dans table philocalienne des Depositiones martyrum, de 336, comme •ix de Pontien, Fabien, Cornélius et Xyste IL Deux de ceux-ci :.-ent exécutés (Fabien et Xyste II); les deux autres mouruut en exil. De Calliste on ne sait rien de semblable; sa mort tube sous le règne d'Alexandre Sévère, sous lequel il est peu 'bable qu'il y ait eu des martyrs. Dans ces conditions on a n-che un hen entre l'histoire de son exil en Sardaigne, telle la raconte Hippolyte, 3 et le culte qui lui fut rendu après sa i-t. Mais ceci est impossible. La mort de Calliste arriva ate-trois ans au moins après sa confession et plus de trente "après son retour d'exil. Ornons voyons, parles tables phiahennes, que Lucius, qui fut exilé, qui revint d'exil et mouaussitôt,

ne fut pas rangé parmi

les

papes martyrs. Ainsi

Q9Q

CHAPITRE
Il

XVII.

d'Alexandre Sévère.

contenait, entre

autres choses,

intéressantes \ des descriptions géograpliiques Quelques-uns de ces écrits sont antérieurs au schisme:

mais un bon nombre

et

notamment

les

travaux de com-

au temps où Hipput et de chronologie appartiennent chef de l'église ropolyte prétendait à la qualité de
légitimes, CaUiste, maine, en opposition avec les papes régla ce différend. Urbain, Pontien. La persécution

Après

les

années tranquiUes d'Alexandre Sévère,

l'avè-

mauvais nement de Maximin le Thrace ramena les étaient spécialement vistjours. Les membres du clergé

par

les rigueurs

nouveUes.

A Eome

on arrêta

les chef,

légitime, des deux partis, Pontien, Tévêque
13'te,

et

Hippo

de Sar Tantipape. Ils furent condamnés aux mines

daigne. Rapprochés dans les misères

du bagne,

les deu>

un

exil d'où

Pou revenait ne

suffisait

pas pour être

qualifié

(i.

on pourrait admettre martyr. Dans ce conflit des témoignages, l'idée que Calliste ait péri dan comme solution hypothétique, en dehors de to.', quelque bagarre entre chrétiens et païens, localisé à Rome, dès la pn procès régulier. Son souvenir était en deux endroits: dans le Tran^ mière moitié du IV« siècle, Trar Maria où le pape Jules éleva une basilique (S.
tévère,

m

teveré) iicxta

vait son tombeau.

où se trou Callisfum, et sur la voie Aurélienne, qu'on l'ait enterré la, si loi Il est étrange
(

du cimetière administré par

qui porta toujours son nom ses collègues du troisien. qui reçut les restes mortels de tous mu, lequel on expliquerait sa siècle. Le tumulte populaire par de la legeivL si l'on acceptait la tradition expliquerait aussi, pourquoi on l'aurait enteu qui place le fait au Transtévère, ou la plus voisine du heu sur la voie Aurélienne. C'était
lui,

aurait été mis à mort.

.

On a cru longtemps qu'il s'y papes. La découverte du texte grec
1

trouvait

un catalogue

a.

oblige d'abandonner
[1905], p. 156).

cet

idée (A. Bauer, Texte

».

Uni.,

t.

XXIX

LES CONFLITS ROMAINS

HIPPOLYTE

321

confesseurs finirent par se réconcilier. Hippolyte, à ses
derniers
joindre
pas.

moments, exhorta lui-même
aux autres
fidèles.

ses adhérents à se
lui

Son schisme ne

survécut

Quand

l'Eglise

eut recouvré la paix, on ramena
celui de Pontien,
le

son corps à

Rome

avec

mort aussi
jour, le

dans

l'île

malsaine. Ils furent déposés

même

13 août,

Tun au cimetière de

Calliste,

parmi

les autres

papes, l'autre
laissa ses

dans une crypte de

la voie Tiburtine.

On

amis y placer aussi sa statue \ Le culte rendu
finit

au

martyr

par atténuer

le

souvenir de son schisme.
le

Damase, qui vivait mi siècle après Hippolyte,
laissait
tait

con-

comme martyr
mais

:

il

avait aussi entendu dire qu'il
s'être

revenu à l'Eglise après

compromis dans un

;chisme:
lotion

comme
il

il

n'avait de ce schisme qu'une

très

vague,

l'identifia

avec celui de Nova-

len

La

httérature d'Hippolyte, qui

aurait

pu défendre

on souvenir, disparut bientôt de l'horizon romain.
génération suivante, le clergé

A la

de

Rome

parle et écrit

n

latin.

En

Orient, la qualité d'évêque de

Rome, qu'Hipem-

'olyte

avait prise dans les titres de ses ouvrages,

arrassa bientôt les

gens

instruits, qui

ne trouvaient pas

m
^

nom dans

les

catalogues épiscopaux. Eusèbe ne sait

Hipijolyte avait peut-être eu sa

demeure en
ses

cet endroit.

renseignements de inscription damasienne Hippoltjtus fertur (Ilim, n° 37), mais confond le martyr de la voie Tiburtine avec un autre martyr ippolyte, surnommé Nonnus, honoré le 22 août à Porto, et ubellit leur coznmune histoire avec des traits empruntés à la
tire

'

Prudence,

FeristepJi.,

XI,

gende d'Hippolyte,

fils

de Thésée.

;CHMSE. nht. anc. de l'Egl.

-

T.

I.

21

32-2

CHAPITRE
il

x^^T.

avait été évêque:
et
(v.

et ce qui

est

plus

fort, saint

Jérôme
Gélase

Eufiu en sont au

même
^,

point \

Le

pape

495) par une

singulière distraction, lui assigne

le siège

de Bostra ^ D'autres

moins au courant
le

de
d.-

l'histoire

des papes, acceptèrent

titre

d" évêque

Eome

sans s'offenser de la
ini

difficiilté qu'il soulevait. Plu^

tard enfin ^

autre martyr Hippolyte, enterré à Porto

ayant été connu par une légende spéciale, on arrange» auteur des livre> les clioses en admettant qu'Hippolyte,
avait été évêque au Port de

Eome.
conservait au moins, daih
prêtr-

A Eome
les

même, Hippolyte

usages du culte et dans Thistoire, la quaKté de

romain. C'est ainsi qu'il est qualifié par le Liher poD rapport avec cett> tificoUs. C'est avec des attributs en
situation qu'il fut représenté, vers la fin

du YI"

sièck

dans une mosaïque de
déjà circulait

la basilique Saint-Laurent. Mai
la persécution d
e.

mi étrange roman de

Dèce, dont

les épisodes

vont de Babjdoue à Eome

r-, mettent en scène des martyrs fort divers, les uns mains les autres persans, les mis authentiques les autrei

imaginaires. Hippolyte a

un

rôle

dans ces

récits.

H
t

remplit les fonctions de \acaire du préfet de
ne trouve chargé, en cette quaUté. de garder

Eome
samt

Lai

ï

Eus., YI, 20, 22: Hier.,

De

viris,

Gl

:

Rufin, H. E.,

^%

1'

41; 2 Thiel, Epp. nom. roniif., p. 545. Il semble, du reste, grec. Voir le travail deM.L. S», Gélase dépend ici d'un document

publié dans t3t sur les sources de VEranistes de Théodoret, siuv.| Bfvuc cVhiHtoire ecclésiastique de Louvain, 1905, p. 510 et
3
*

1

Apollinaire (Mai, Script. Vet., t. I, p. 173;. Déjà dans la Chronique pascale iV. 040,.

LES CONFLITS ROMAINS
rent prisonnier:
^Diiis
il

HIPPOLYTE
et

323

se convertit

meurt mart^-r

avec sa nourrice Concordia et dix-huit autres personnes. Singulière

transformation

!

\

Maximin

fut renversé en

236

et tué l'année suivante.
;

Ses édits ne purent être appliqués longtemps

l'église

romaine retrouva
racalla. x\ntéros,
exilé,

la

paix dont

elle jouissait

depuis Ca-

qui avait été élu à la place de Pontien
lui

ne

le

remplaça que peu de semaines. Fabien

succéda et siégea jusqu'à la persécution de Dèce.
signale des constructions élevées
tières

On

par

lui

dans

les cime-

de

Eome
entre

et aussi le fait qu'il répartit les régions
les

urbaines

sept diacres

-.

C'est sans doute le
offi-

commencement des régions
ciels

ecclésiastiques, cadres

du clergé

et

de l'administration religieuse, qui se

maintinrent à
intervenir

Rome

pendant de longs

siècles.

Il

eut à

au dehors dans une grosse

affaire africaine,
:

a déposition de Privât,
ui adressa

évêque de Lambèse
il

Origène

un mémoire où

se justifiait contre les ac^.

ïusations

dont sa doctrine était l'objet
cultivée à

La

science théo-

ogique continuait d'être
l'Hippolyte on
Novatien,

Eome.

A

la

place

y pouvait entendre un nouveau
il

docteur,

dont

nous reste quelques

écrits.

réviaire

is

histoire qu'Hippolyte figure encore au romain et au martyrologe. 'Catalogue libérien: Hic regiones divisil diaconihus et midfahrica s per cjpniieria fieri iussif. Sur son élection miracu'

C'est avec cette

use, V, Eus.,
^

V, 29. Sur ces deux affaires,

v. plus loin.

ch.

XIX

et

XX.

Qr)i

CHAriTRE
Ils

XVII.

sont rédigés en latin: nous
l'église

sommes

arrivés au

moment où
latin

y

est substitué

romaine change de langue, où le au grec ^ Le principal est un traité

de

la Trinité,

consacré à la réfutation des gnostiques.

sabeUiens. Le cadre est fourni des tliéodotiens et des dans ses trois principaux par l'exposition du symbole,
articles:-

«Je

crois en

Dieu

le

Père tout-puissant

... et

et au Saint-Esprit». en Jésus-Clirist son Fils unique... connaissance de TEcriL'auteur témoigne d'une profonde
serré, son exposition claire. ture; son raisonnement est précises. Venu après tant de conses conceptions assez

troversistes,

il

Aussi sa théorie a profité de leurs travaux.

le système occidental de la Trinité', tout en maintenant plus exacte et pUi^ du double état du Logos, est-elle

chez ses prédécesseurs complète que ce que Ton trouve un théologien: c'esMais Xovatien n'est pas seulement
aussi

un rhéteur consommé, qui soigne
son sujet avec art
et

et

ornemente

soi
soi

stvle, distribue

sait reposer

en lui offrant çà et là lecteur des questions de textes

d

beaux développements

oratoires.

papes continuèreu Cependant les épitaphes originales des d'Antéros, Fabien, Luciu.celles d'être rédigées en grec. On a
1

est en latin, parait et. Gains (f 296). Celle de Cornélius, ciui postérieure au III« siècle. ^^ , f le texte de >ovat.t. 5 Ce terme ne figure nulle part dans cou. été plus tard 3 Noter cependant que cette théorie a (Dialo^^ peu orthodoxe. Arnobe le jeune
,

dérée

P. L., t. LUI, P-/' d'Arnobe et de Sérapion, I, H; Migne, doctrine des Arien., copie pour donner un spécimen de la de Novatien, sans c.t principalei. phrases du dernier chapitre
l'auteur, bien entendu.

comme

fort

LES CONFLITS ROMAINS

HIPl'OLYTE

325

Comme
Peut-être

Hippolyte,

il

était prêtre

de Tëglise romaine.

exerçait-il des fonctions

semblables à celles

des catéchistes d'Alexandrie et des prêtres-docteurs d'Afrique:

ceux-ci,

outre

l'instruction

des

catéchumènes

avaient

aussi

la

direction des jeunes lecteurs \ L'élé-

vation de Xovatien à la dignité presbytérale avait souffert

quelque

difficulté.

Le

clergé ne l'aimait g-uère.

Son

talent lui avait

sans doute fait des ennemis.
qu'il n'avait

On

sut rap-

peler au

moment opportun

pas été baptisé

selon les règles ordinaires,
et

avec les

mais pendant une maladie formes sommaires usitées en pareil cas. Ce-

pendant, soit que la majorité lui fût, en somme, favorable, soit

que l'évêque Fabien

vît

un

intérêt spécial à

l'introduction d'un
lège presbytéral,
les

homme

aussi disting-ué dans son colles objections.

on passa par dessus

Dans

circonstances ordinaires, Novatien pouvait, en effet rendre de grands services: mais son talent oratoire
et son

érudition, très

admirés en certains
gloriole.

cercles, lui

donnaient

un peu de

Ce

n'était

pas ime tête

fort solide: la
les crises

persécution qui s'approchait, et surtout

ecclésiastiques dont elle fut la cause, révélè-

rent ce qui lui

manquait du côté du caractère

'

*.

*

Cyprien, ep.

XXIX.

«Lettre de Cornélius à Fabius d'Antioclie (Eus., Yï, 43).

CHAPITRE XVin.
L'Ecole chrétienne d'Alexandrie.
Origines chrétiendes Eomains. L-E-yi5te aux mains des C-recs et Cleonent et ses écrits: 1& Le didascalée d'.AJexandrie Pantène. Origène, ses débuts, son enseignement à Alexandrie. gnose chrétienne. Son activité Utl'évêque DémJtrius: Origène à Césarée. Rupture avec La synthèse doctrinale du Pert Les écrits d'Origène. téraire, sa fin.
^.=» nés.

-

-

:

-

-

-

-

-

-

Archon.

Au
le

temps où

les

Eomaiiis

la prirent,

il

y

avait plublé dans

sieurs miUiers d'années qite

TEgypte semait son
Sa longue

limon du Xil

et le

moissoimait au printemps, sous
soleil.

les

ardeurs d"im implacable

et

mono-

gouverné. Aux tone histoire est ceUe d'un peuple très les fonctionanciennes dynasties indigènes succédèrent

macédoniens, puis les naires perses, à ceux-ci les rois de romains: l'instrument politique cliangea
vice-rois

main,. jamais de forme ni d'efticacite.

Longtemps avant Alexandre,
un comptoir
Nil: mais
l'iiellénisme

la ville

de

ISIilet avait,

du à Naucratis, sur la branclie occidentale

égyptien ne commence qu"à

la

conquête

macédonienne. C'est un liellénisme à

part,|

cepenessentiellement militaire et monarcliique, lettré

dant, mais
sanctuaire.

surtout commerçant.

Alexandrie en fut

le

Fondée par
elle

le

héros lui-même, dépositaire

de son tombeau,

devint la résidence des rois issus

l'école chrétiexxe d'alexaxdrte
.e

327

son compagnon d'armes, Ptolémée,

,6

fils de Lagus. Musée d'Alexandrie, grand établissement d"étude et

"enseignement, organisé sur le modèle des associations
recques, devint bientôt le point de ralliement de tout
e qu'il

y

avait par le

monde

de philosophes, de pen-

urs,

de poètes, d'artistes et de mathématiciens.

Le

port,

brité

par

l'île

de Pharos, ouvrit au commerce universel

s trésors de l'Egj'pte, qui jusqu'alors avait été un pays 'rmé, ime sorte de Chine. De là rayonnait sur l'intéeur l'essaim des grecs négociants, aventuriers et fonconnaires. Ils s'étabhrent
la

un peu partout,

se

mêlèrent

population et finirent par donner naissance à une

itégorie

de métis égj'pto-helléniques, qui

formaient

iiance entre

l'hellénisme pur et le vieux fond égyptien,
celui-ci

ien

entendu

ne laissa pas de réagir sur
il

les

linqueurs.

De

toutes ces influences

résulta

une po-

ilation fort mêlée, active, industrieuse,
)cile

dure
la

à la peine,

en général,

à

condition

qu'on

menât

ron-

:'ment.

l'an 30 avant notre ère, Alexandrie mba aux mains d'Octave La vieille Egj^pte devint
'.

Le 1" août de

mie province romaine, ou, pour parler plus exacment, un domaine impérial, administré directement
ors
r les

gens de César, au bénéfice de sa caisse privée.

Une
l*""

fête officielle fut

instituée pour célébrer cet événele

nt; elle se continue,

dans

calendrier chrétien, par la fête

aux Macchabées et à saint Pierre ès-liens. r l'Egypte romaine, v. Lumbroso, L'Egiffo al temiw dei Greci hi Romani, Rome, 1882.

août, dédiée

328

CHAPITRE

XVIII.

Un

préfet, simple clievalier romain, le représentait sui
:

les lieux

deux ou

trois fonctionnaires,

comme

le jug>

cV Alexandrie et le

président du Musée, étaient

nommé

par l'empereur: le préfet se chargeait du reste. C'étai
lui.

en particulier, qui

officiait

dans
',

les

cérémonies

re

ligieuses à la place

du Pharaon

Partout ailleurs les Eomains avaient favorisé ou mêm.

provoqué

le

développement des mstitutions mmiicipales
ils

En

Egj'pte, où

ne trouvèrent pas une

cité organisée
lai>

avec ses élections, son conseil, ses magistrats, ils sèrent les choses en l'état. Alexandrie elle-même

étai

une foule administrée,

et

non point un corps de

citoyen^

C'est seulement sous Septime-Sévère qu'elle eut
seil

un

cou

ou sénat, mais sans magistrats:
la

il

en fut de

mêni'

de Ptolémaïs, dans

Haute-Egypte. La

seule exceptid

Hadrien fut Antinoé, organisée en cité par l'empereur

Le

reste

du pays

était réparti

en nomes,

circonscri};

tions qui remontaient

aux plus lointaines

origines. Le
1

Egyptiens proprement
société romaine.

dits furent tenus à l'écart de

Us ne pouvaient devenir

citoyens

n
c

mains sans avoir été d'abord naturalisés alexandrins,
qui n'était pas très facile.

Même

après Septime-Sévèr

ï

II

commandait aussi l'armée. En Egypte

les chefs des

1.

.sen;, gions n'étaient pas, comme ailleurs, des légats de rang un simple chevalie:j torial, que l'on n'aurait pu subordonner à comme était le préfet d'Egypte, mais des praefecfi castrorun au Auguste avait interdit le séjour en Egypte aux sénateurs et

chevaliers les plus importants.

personnages, les
pétiteurs.

On craignait, pour ces grand d'un milieu trop favorable aux con tentations

l'école chrétiexxe d'alexaxdrie
ft

329

former clans une caste inférieure, qui ne fut jamais bien réhabilitée. La langue nationale, Tégyptien ou copte se
à

Caracalla, les

Egyptiens continuèrent

l'empire

maintint dans les campagnes, les petites villes et

même
distin-

parmi

les petites

gens des grandes

cités:

on en

ùuait plusieurs dialectes.

En
'se
:

religion les légendes grecques

étaient

peu de

tout au plus avaient-elles fourni quelques motifs
soli-

.inementation aux vieux cultes nationaux, trop Inment établis sur le sol égyptien pour céder aux
,

dieux

^n-angers.
jinense
icielle

Dans Alexandrie elle-même,
du commerce

le

temple imarti-

de Sérapis dominait du haut de sa colline
toute l'agitation
grec.

Les dieux

lu Nil s'assujettissaient les vainqueurs.

Les Ptolémées

lurent se faire leurs
eligieux des

grands prêtres

et accepter l'héritage

Pharaons.

H y
-enu
tante
otale.

avait pourtant
il

une protestation. Israël

était re-

en Egypte;

formait à Alexandrie une
le

commu-

importante, qui atteignit

tiers

de la population

On ne

le traitait

pas en ennemi, tant s'en faut,

.es juifs
eil

avaient leur chef ou ethnarque, et leur conils

national:

jouissaient d'une entière liberté pour

Hirs

pratiques religieuses. Toutefois, au milieu de ce londe étranger, ils finirent par oublier leur langue et
fallut

leur traduire les Ecritures

saintes.

Le

voisi-

age du
ifluence

Musée

les attira

vers la littérature. Sous cette

naquit l'exégèse de Philon, où la vieille religion u peuple de Dieu courait quelque risque

de se

dis-

)udre

en rêveries philosophiques. C'est aussi d'Ale-

330

CHAPITRE

x\nii.

xandrie que Ton vit sortir tonte cette littérature de propagande juive et monothéiste, où de prétendues sibylles
et des poètes

apocryphes s'escriment à Tenvi contre

les

dieux, les temples et les sacrifices.

Les origines du christianisme en Egypte sont fort obscures. Il n'est jamais question de ce pays dans le

Xouveau Testament; aucun personnage alexandrin n'y assez effacé, au figure, sauf Apollos, fiui joue un rôle
temps de
saint Paul,

comme

missionnaire itinérant, non
et

dans son pays d'origine, mais eu Asie

en Grèce

'.

Dans
les

Tévaugile selon la primitive littérature chrétienne,
est le seul livre qui paraisse provenir de

Egyptiens

ce

prepays. Yalentin, Basilide, Carpocrate, sont les

miers chrétiens d"Egypte dont les
l'histoire'. C'est
le

noms

se révèlent à

d'Alexandrie ciue vint à Eome, sous
la doctoresse

pape Anicet,

Marcelline. C'est là que
c'est:

s'enfuit Apelle

après

sa

brouihe avec Marcion;

de
il

là qu'il revint

avec sa somnambule Philomène. Mais;

ne faut pas croire que ces manifestations hérétiquesj
I

»

il est possible,

mais uulleineut

établi,

apostoliques,

l'épître

aux Hébreux

et

celle

que certaines lettresl de Barnabe, paij

exemple, aient quelque rapport avec la chrétienté alexandrine.] Les fameux Thérapeutes, décrits dans le livre de la Vie con-\ n'outj templalive que l'on a attribué, à tort ou à raison, à Philou,
doni rien à voir avec le christianisme primitif. Sur ce livre, Schurer, Gesch. des j HiUschei l'énigme est encore à résoudre, v.

Yolkes, 4e éd..
2

t.

III, p. 535.

chrétien Saint Justin {AjJoL, I, 29) parle d'un jeune du préfet d'Egypte Félix: V. ci d'Alexandrie qui vivait au temps

dessous, p. 342.

l'école chrétiexxe d'alexaxdrie

331

présentent tout le cliristianisme alexandrin. Ces écoles

récisément parce qu'elles ne sont que des écoles, supjsent
îs

ime

église, « la

grande Eglise

»,

comme

dit Celse;

aberrations, précisément parce qu'elles portent des

ims d'auteurs, témoignent de l'existence de la tradion orthodoxe. Celle-ci s'appuj^ait, en Egypte comme
Heurs, sur Torganisation épiscopale. Jules Africain
sérer

put

dans sa Chroniqne, publiée en 221,

les

noms de
environ,

x évêques antérieurs à celui qui siégeait de son temps,
émétrius \ Celui-ci avait
i-ant lui le

commencé en 189
Marcus,
Celadion,

chronologiste range Anianus, Abilius, Cerdo

imus,
iius,
s

Justus,

Eumenes,

Agrip-

Julianus.
Il

noms.

cliilFres d'années étaient joints à n'y a aucun intérêt à les rapporter, car,

Des

admettant
<i

comme

bien établi

le

cadre chronologique

on n'aurait aucun événement à y Une tradition, qu"Eusèbe ^ constate au com'ncement du IV' siècle et qu'il reproduit sans l'affirs'en

déduirait,

érer

-.

T,
i

disait

que l'évangéliste Marc avait

le

premier prê-

TEvangile en Egypte et fondé des églises à Alexan-

e.
ia,

On montrait

à l'est de la ville,
le

au

lieu appelé

Bou-

un sanctuaire où reposait

corps de Tapôtre avec

IX

des évêques ses successeurs \

'

Sur

es

ceci, v. Harnack, Chronologie, t. I. p. 202. Africain se déduit des indications d'Eusèbe.

La

liste

de

*La somme de
née 61 environ.
'

ces chiffres est 128 ans: elle part donc de

n,

16.
t.

'Acta S. Pétri Alex. (Migne, P. G.,
''0,

XVm, p. 461

;

cf.

Lum-

L'Egitto al tempo dei Greci e dei liomani, p. 185).

332

CHAPITRE

XVIII.

an temps de révêque Démétrius, dont le long: épiscopat correspond à cenx des papes Victor, Zéphy

Même

rin,

Calliste,

Urbain, l'histoire
ciui

de Téglise alexandrin,
apparaît, c'est la célèbr.

demenre assez obscnre. Ce
école.

Xons avons déjà rencontré

à

Eome

beaucoup

d'é

théologie. Plusieur coles d'exégèse transcendante et de
l'Eglise, qui d'entre elles eurent des difficultés avec
t<

vit obligée

de

les

condamner. Mais ce ne fut pas

toi

jours

le

cas, et,

ne fut pas

gane d'une
l'Eglise
la

même quand il y eut brouille, l'éco]; condamnée comme école, mais comme o propagande fâcheuse. En d'autres terme

ne réprouva pas la théologie, mais seulemei

mauvaise théologie.
Si de telles institutions ont

pu vivre

à

Eome,

dai,

un milieu
drie,

plutôt positif, que devait-il en être à Alex^
la science et
(,

dans cette grande métropole de

la littérature, à

l'ombre du Musée, ce grand sanctuai,
Biblij
e|

célèbre de la sapience hellénique, à portée de la

vivait thèque, en face des antiques écoles juives, où

core
lé es

le

souvenir de Philon, et des nouveaux

didascî

gnostiques, où briUaient les BasiUde et les Carf-

crate?

Le
les

christianisme, qui

recrutait

tant

d'adept»
faip

parmi
Si
les

gens cultivés, ne pouvait manquer de
est identique

Marc l'évangéliste

saint Pierre,

au Jean Marc nommé du saint Paul^ et Actes des apôtres et dans les épîtres de se heurte à une objectji la tradition alexandriue
i^

très grave, car

lEus., ^11, 25) rappelle Hjla moindre idée d toire de ce personnage sans laisser voir

Denys d'Alexandrie

rappoi-t spécial avec la

métropole égyptienne.

l'école chrétienne d'alexanorie
pelqiie chose

333
cér-

pour eux

et

de se plier, clans une

ame mesure, à leurs habitudes d'esprit. Nous n"avons
pourtant
ontiers.

aucune raison de croire

qu'il Tait fait très votel qu'il se

Le

didascalée orthodoxe,

révèle à

lous
"air

au temps de l'empereur Commode, n'a nullement
d'avoir été fondé par

un des anciens évêques.

S'il

init
t

par devenir une institution de l'église alexandrine,
il

par s'adapter à l'instruction des catéchumènes,
bien être né d'efforts privés, tout

pa-

aît

comme

ses ana-

Dgues romains.
II

ne faut pas oublier que la population d'Alexan-

rie était,

dans son immense majorité, industrielle
et

et

ommerçante,

que

le

Musée rayomiait plutôt sur
que sur
le

l'en-

imble de l'hellénisme

milieu qui l'entourait

imiédiatement.
rie,

La masse
Le

des chrétiens,
fait

même

à

Alexan-

ne pouvait avoir, en

de spéculation, que des

esoins fort limités.
^sser

didascalée n'a jamais

pu

inté-

qu'un nombre plus ou moins restreint d'esprits

-iltivés.

Les autres semblent

lui

avoir témoigné

plus

e

défiance que d'admiration. C'était la tendance géné-

ile.

La

culture hellénique était déjà suspecte en elles'en inspirant

ême.

En

pour interpréter

la

tradition

u'étienne, les
ts

Gnostiques étaient arrivés à des résul-

lamentables \ dont les chrétiens d'Alexandrie avaient
spéciale expérience. Ceci
soit

le très

dit

pour bien

limiter l'importance réelle de cette célèbre école théogique.

'

Sur ceci

v.

"•

Strom.,

I, 1,

18, 19,' 43, 99

de Faye, Clément d'Alexandrie, p. 126 et suiv. TI, 80, 89, 93, etc.
;

334

CHAPITRE xvin.

Ses premiers docteurs sont demeurés inconnus. Le
plus ancien dont
était
le

souvenir se soit conservé, Pantène,

un

stoïcien converti, originaire de Sicile \
foi

H

alla,
il

dit-on,

prêcher la

aux

«

Indiens

»

,

cliez

lesquels

aurait trouvé

un

évangile en langue hébraïque, apporté
'.

par l'apôtre Barthélémy-

Eevenu

à Alexandrie,

il

prit la direction de l'école et

compta parmi

ses disci-

ples Clément, son futm' successeui', et Alexandre, qui

devait plus tard gouverner les églises de Cappadoce et

de Jérusalem.

H

ne

s'est

rien

conservé de
il

lui.

Bien
qu'ils

qu'Eusèbe parle de ses

écrits,
^.

ne paraît pas

aient été livrés à la publicité

B

n'en est pas de
il

même

de ceux de Clément, son

successeur, dont

nous reste assez pour nous domier
être,

une idée de ce que pouvait
nières

dans

les

vingt derdi-

années du second

siècle,

renseignement du

dascalée alexandrin.

T. Flavius Clemens,

comme son nom

l'indique, des-

cendait probablement de quelque
chrétien son homonymie.
Sur Pantène,
11
v.

affranchi

du
*.

consul
fois

B

fiit

d'abord païen
11

Une

1

Eusèbe, H. E., Y,

10,

icf.

Clément,

VI, 13, 14, 19. Strom., I, 1; 2 Eusèbe, H. E., V, 10, n'est pas bien sûr de tout
sûîïT'
:

cela.

Les mots lude, InE- 'I-ocù; ÈÀÔsN À='7=Ta', i-.da as'-js; ils pouvaient désigner tout alors assez vagues diens étaient Ct. aussi bien le Yémen actuel ou l'Abyssinie que l'Indoustan.
ajTs'--.

ci-dessus, p. 126.
3

Eus., H. E., Y, 10;
Eus., Praep.,

cf.

Clément, Strom.,

I, 1,

11 et suiv.;

Eclog., 27.
*

B,

2,

14.

l'école C'HRÉTIEXXE D'ALEXANDRIE
converti,
qu'il
il

335

s'attacha successiTement à divers maîtres,
les

énnmère, sans
' :

nommer,
d'Ionie,

clans

un passage de
la
?),

ses Stromafe.s

un grec

un autre de
(d'x4.ntioclie

Grande-

Grèce, mi troisième de Célés^i'ie
tien,

un égypdu

un assyrien
il

(Tatien?),

un

palestinien, converti

judaïsme. Enfin
près de lui
le

rencontra Pantène en Egypte et trouva

repos de son esprit.
était

Le didascalée d'Alexandrie
cherchait et qui lui convenait.
la

bien

le

milieu qu'il

Là on ne maudissait point

sagesse des

anciens Grecs: on ne la traitait

même
comme

pas de chose indifférente.

On
le

trouvait en

elle,

saint Justin l'avait fait déjà,

une sorte d'irradiation de
christianisme adorait en

même Logos Jésus-Christ. La
ce

divin que

science religieuse, entendue avec cette

largeur d'esprit,

y

était cultivée,

non seulement comme

instrument d'apologétique, mais

comme mo3^en
le

de per-

fectionnement individuel. C'était une giiose orthodoxe:
elle

ne se faisait point d'affaires avec

Créateur; elle
ni

ne s'égarait ni dans les folles rêveries

du Plérôme,

dans les virtuosités
tout

d'une

ascèse

impraticable: mais,

comme

l'autre, elle assurait à ses

adeptes une

si-

tuation privilégiée dans l'ensemble des fidèles.
tien

Un

chréélé-

gnostique avait, dans
le

sa

vie

religieuse, des

ments que

commun

des fidèles ne

possédait point.

H

ne faisait pas

son salut

comme

tout le

monde:

il

savait plus

que

les autres;

son idéal moral était plus

élevé

que

le

leur.

'

Strom.,

I,

h

11.

ggg

CHAPITRE

XVIII.

Cette doctrine supérieure se .légitimait par une
dition spéciale, tout

tra-

comme

celles de Talentin

et

de

Basilide.
» » »

«Le

Seigneur, après

sa

résurrection, avait

confié la gnose à Jacpues le Juste, à

Jean

et à Pierre.

qui l'avaient

communiquée aux autres apôtres et ceux-ci aux Soixante-dix, dont était Barnabe »'. Par Pantène
Clément.

elle atteignit

On ne

sait

à quel

moment

celui-ci
Il

remplaça son maître à
déjà connu

la direction

de l'Ecole.

était

comme

écrivain avant le temps

du pape

Victor, c'est-à-dire, en

somme, vers
-.

le

temps où Irénée
peut-être à cettf
actuel-

terminait son grand ouvrage

C'est

première période que se rapporte son Profreptique,

lement conservé, peut-être aussi

les huit livres des

Hy

potyposes^ dont nous n'avons que des fragments.

De u
eij

dernier ouvrage Eusèbe
se

•''

ne parle

qu'avec

réserve

borne à énumérer

les livres saints, authentiques ov
*

contestés, qui s'y trouvaient cités. Photius

en

donii*|

ime analyse plus franche, mais fort compromettantej
Clément enseignait
l'éternité
^:
il

de

la

matière:
à
la

il

faisai

du Fils une créature
et à plusieurs

croyait

métempsycos.

mondes

antérieurs à la création de l'homme

L'histoire

d"Adam
et

et

d'Eve

était traitée d'une

manier
Gif

honteuse

impie

(-/'-V.?"'

"^

'^'^'-

^••^^"?'-

Selon

Passage du YI1« par Eusèbe. H. E., II, 2 Eus., \, 28, §4. 3 H. E., VI, 14.
1

livre des
1.

Hypotyposes de Clément,

cit

*

Cod. 109.

5

Sur ce point,

le

témoignage de Photius
libr.

est confirmé

p

Rufin (Jérôme, Apol. adr.

lia fini, II, IT).

l'école chrétienne D'ALEXANDRIE

337

ment,

le

Verbe n'avait pris de
il

la chair

que l'apparence.

Du

reste,

admettait deux ou trois Verbes,
«

comme

le

montre

la

phrase suivante:

Le

Fils aussi est appelé

Verbe, du
n'est
le

même nom

que

le

Verbe du Père: mais ce
pas non plus

pas lui qui s'est

fait chair: ce n'est

Verbe du Père, mais une puissance de Dieu, une sorte de dérivation de son Verbe, qui, devenue intelli(voO; ysvôasvo;),

gence

habite dans

le

cœur des hommes
la

»

Ces doctrines, qui provoquaient
Photius, peuvent avoir eu

réprobation de

moins de

relief qu'il

ne leur

en donne, éparses qu'elles étaient au milieu de
taires

commen-

exégétiques.

Le

fait

est

que

les

débuts théolo-

giques de

Clément ne l'empêchèrent pas d'être agrégé

au corps presbytéral d'Alexandrie. Cette union personnelle entre l'église et l'école profita
ci.

sensiblement à

celle-

Les autres livres de Clément ne donnent pas lieu

aux

mêmes

objections que les Hypotyposes. Les prin-

cipaux sont les

Stromates

et

le

PédagogTie.
;

Dans

le

premier l'enseignement est surtout théorique
plutôt

l'autre a

pour but

la

formation morale du disciple. Les
livres
entiers,

Stromates

comprennent sept

dont

les

quatre premiers sont antérieurs à la rédaction

du Pé-

dagogue. Après avoir terminé ce dernier ouvrage. Clé-

ment se remit aux Stromates, qu'il n'eut pas
d'achever
*

le

temps

'.

Le huitième Hvre ou ce que, dej^uis Eusèbe, on aj^pelle n'est qu'un recueil d'extraits tirés des philosophes pro:anes; il devait probablement servir, avec les «Abrégés de Théoiinsi,

lote»,

et les

«Extraits des Prophètes», à la continuation de

ouvrage.

Di-CBESKE. Illit. anc. de VEcjl.

-

T.

I.

22

ç^
Clément
fond toute
était

CHAPITRE XXm.

extrêmement

éruclit.

H

possédait à

la littérature biblique et chrétienne, autlien-

tique et apocr^^plie, et

non seulement

la littérature ortho-

doxe, mais encore les productions gnostiques. Il n'est pas moins informé sur les œuvres des poètes et des

philosophes païens. Ses citations, car
ont conser^'é

il

cite

beaucoup

',

nombre de fragments de

livres perdus.

Ce

n'est pas

un

esprit synthétique. Il court souvent

d'mi sujet à l'autre et donne beaucoup à faire à qui recherche dans ses œuvres mi dessein médité et surtout

un plan
que

réalisé.

Au

début de son Pédagogue

il

semble

les trois fonctions s'ouvi'ir à ce sujet et distingaie entre
le

Verbe remplit par son organe:
il

il

convertit (npoil

-r:s::Ti/.o:i.

éduque (ïlaiâaywYÔ:. formation morale),
formation inteUectueUe). Si
est probable,

instruit {AuV.G/.aXi/.d:,

les

Stromates,

comme

cela

correspondent à

cette troisième fonction, c'est
tel

que

le

gnostique chrétien,!

que

le

sjmthèse.

concevait Clément, n'avait guère besoin de L'ouvrage est tout en digressions, en propos
est

détachés. Et cela

d'autant

plus

étonnant que

les
dis-

se écoles rivales, ceUes de Yalentin et de Basilide,

de leur tinguaient au contraire par la forme spithétique

enseignement. Origène devait combler cette lacune. La Clément ne finit pas sa carrière à Alexandrie.
persécution s'abattit sur TEg-j^te en 202
;

comme

elle

dut avoir visait spécialement les catéchumènes, elle

des|

1

II est

première possible qu'elles ne soient pas toujours de

luain et qu'il ait puisé à des florilèges.

L'ÉCOLE CHRÉTIEXXE D'alEXAXDRIE

339

conséquences lâcheuses pour Tinstitution à laquelle il présidait. Les deux premiers livres de ses Stromates, écrits en ce moment, contiennent plus d'une allusion
à
cette crise.
le

Finalement

il

fut obligé

de s'éloigner.

On

retrouve peu après à Césarée de Cappadoce, près de l'évêque Alexandre, qui avait suivi ses leçons après celles de Pantène. Là aussi la persécution sévissait cruellement Alexandre fut jeté en prison: Clément prit à sa place la direction de l'église, raiïermit les fidèles

et

provoqua

des conversions nouvelles. Ce témoignage lui est donné en 211 ou 212 par Alexandre

lui-même, dans une lettre
et

'

qu'il écrivit

à

l'église

d'Aiitioche

que Clément se

chargea de porter à destination.
les

Il était

connu des

fidè-

d'Antioche.

Dans une autre

lettre ^ écrite vers
lui

215

et adressée à

Origène, Alexandre parle de

comme

d'un mort.
livres de pédagogie théologique, Clément en avait écrit d'autres, d'ordre moins spéculatif, comme
le

Outre ses

à
la

fameux discours sur le peu près en entier, et
médisance.
Il prit

salut des riches,

que nous avons

ses homélies sur le jeûne et sur

part aux controverses qui s'élevè-

rent de son
ce sujet
3

temps à propos de

était

la Pâque. Son livre sur en rapport avec un ouvrage analogue

deMéhton; un

autre, dédié à son

ami Alexandre, semble,

»

st

1

Conservée eu partie par Eusèbe, //. E., YJ, H. Clément y objet de grands éloges: o.à KXra^v.c; .o5 ..«.«of.. ^,-.,rI
avosi; |vap='To-j
/.ai

f'pî'J,

Ss/.iy.su.

^Eus., H. E., VI, 14.' ^Eus., H. E., IV, 26: V, 13.

340

CHAPITRE
titre,
«

XVIII.

à en juger par son
les

Canon

ecclésiastique, contre

Judaïsants», se rattacher au

même

ordre d'idées,
qu'il

Les bizarreries théologiques ne sont pas ce

y

a

Clément. On peut lui de plus critiquable dans l'œuvre de sans doute comme à leurs faire à lui, comme à Origène et
qu'ils prédécesseurs, une objection fondamentale, c'est entendu, la science, la science religieuse, bien

donnent à

une valeur excessive. Le
'

fidèle

gnostique, c'est-à-dire

supérieur théologien, est, dans leur esprit, religieusement

au

fidèle tout court.

Cette conception

est,

à la vérité,

très

différente

de la distinction hérétique entre psy-

sur la nature chiques et pneumatiques, distinction fondée même des âmes. Comme ceUe-ci, cependant, eUe se ratd'après laqueUe la tache à la philosophie platonicienne, de l'homme science, au lieu d'augmenter la responsabihté
ajoute à sa moralité.

Le

didascalée d'Alexandrie avait

la

seulement plus prétention de former des chrétiens non Ceci était diffiinstruits, mais meilleurs que les autres.
cile

à concilier avec les principes généraux

de l'orga
le sentii

finit irisation ecclésiastique. L'Eglise locale

par

et

tani peu à peu s'incorpora, en en modifiant l'esprit, aurar qui en ceci que sur d'autres points, une institution

pu mettre en question

l'unité nécessaire.

On

ne

sait

au juste

si
'

Clément
son

était

né à Athène

ou à Alexandrie. Origène

nom

l'indiquerait tou

Sur égyptienne. dévive de celui d'Horus, divinité eccl' le livre VI de l'Histoire biographie d'Origène, v. surtout
1

II

-

1

l'école chrétienne D'ALEXANDRIE
seul,

341

est

un

fils

de

la

terre

égyptienne.

Ses jDarents
:

il eut pour premier maître son père Léonide. Dès sa plus tendre

étaient chrétiens et de condition honorable

enfance Tenthousiasme le
l'exalte,
la science, le

possède et

le

dévore: tout

martyre, l'ascétisme. Léonide, vicest

time d'une
tien (202-3).

dénonciation,

condamné comme

chrélui,

Son

fils,

faute de pouvoir mourir avec

l'exhorte à confesser la foi. Privé des biens paternels,

sur lesquels s'est abattue
il

une sentence de confiscation,
la famille

trouve

le

moj^en de vivre et de soutenir
il

nombreuse dont

est

devenu

le

chef à dix-sept ans.

L'école des catéchèses vient d'être dispersée par la per-

sécution mais l'exemple des martyrs convertit des païens
:

homiêtes, qui vont se grouper autour de cet enfant, cé-

par sa science autant que par sa foi. L'évêque Démétrius l'accepte comme catéchiste. Mais l'édit
de Sévère fait de nouvelles victimes dans l'école à peine reformée.

lèbre déjà

Le docteur adolescent conduit
:

ses disciples
:

^

au martyre
rête
la

d'autres se forment autour de lui
:

rien n'ar-

son zèle

il

finit

par attirer sur sa personne toute

rage des païens fanatiques.

siastiqne d'Eusèbe,

en tenant compte de
Il

la

tendance apologé-

tique de l'historien.
s'étaient trouvées

avait

pu consulter des personnes qui
;

en rapport avec Origène la bibliothèque de œuvres du maître quant à ses lettres, c'est Eusèbe lui-même qui en fit le recueil (VI, 36) elles aa ont fourni beaucoup de détails biographiques.
Césarée contenait toutes les
; ;

'11

Plutarque, frère d'Héraclas, Serenus, Héraclide, Héron, autre Serenus, une femme Héraïs, Basil ide, Potamiennè,
-

^larcella. Eus.,

\1, 4, 5.

342

CHAPITRE

XVIII.

Viennent des jours plus calmes

;

à la bravoure qu'il
l'eni-

a déployée sous le feu de la persécution succède

vrement de

l'ascèse.

Par sa vie mortifiée, Origène est

un

précurseur des Antoine et des Hilarion.
lui

H ne

tient

pas à

que

le ckristiaiiisme

orthodoxe

le

cède en ascé-

tisme aux philosophes les plus durs à leur chair, aux
gnostiques et aux moutanistes
elle.

les plus

acharnés contre

Il

va
',

même

plus loin, trop loin.

Au

temps de

saint

Justin
les

un jeune chrétien d'Alexandrie, pour démentir
qui
diffamaient
les

calomnies

mœurs

chrétieinies,
faire
la

avait demandé au préfet d"Egypte l'autorisation de
le sacrifice

de sa
il

virilité.

Origène ne demande pas

permission:

la

prend, prétendant ainsi couper court
ses fonctions de catéchiste pouvaient

aux soupçons que

soulever chez les emiemis du
Instruit de ce sacrifice

nom

chrétien.

plus généreux que raison-

nable, révêque Démétrius maintient pourtant Origène

à

la tête

de son école. Le jeune docteur devient bientôt

la gloire d'Alexandrie.

Tout en distribuant son

enseiil

gnement

à des disciples chaque jour plus nombreux,
s'instruire

ne cesse pas de

lui-même. Justin, Tatien,

Clément, étaient passés du paganisme au christianisme:
leur formation avait été d'abord philosophique, puis religieuse.

Origène suivit l'ordre inverse. Elevé dans
il

les

principes de la foi chrétiemie.

n'emprunta d"abord au
iudifië,

monde profane que
rentes, de la
'

les

éléments des sciences
surtout.

grammaire
29.

Ce

n'est

que plus tard

ApoL,

I,

2

Eus., YI, 19.

L'ÉCOLE CHRÉTIEXXE D-ALEXAXDRIE

343

le besoin de connaître les doctrines à combattre, qu-il se mit à étudier les diverses pkilosophies helléniques et les livres des hérétiques. Il suivit alors les leçons d'Ammonius Saccas,

à mesure qn-H sentit

qii-n avait

en

oompagme dun de
raclas,

ses disciples plus

âgé que

lui,

Hé'

qui Tavait précédé de cinq ans dans cette école
qu'il

doimait carrière, dans toutes les directions scientifiques, à son puissant esprit, il cherchait à vérifier la tradition, à discerner
juste
qtiel

En même temps

était

au
il

renseignement authentique de me semble, dans cette préoccttpation
le

l'Eglise.
qu'il
fit,

C"est.

vers 212,

voyage de Eome.
anciemie église
ses
»

«

désireux, disait-il,

de voir cettJ
si

très

\

De même
de
la

cet exégète
sentit

hardi

dans

interprétations

Bible

plus que

oersomie le besoin d'en fixer le texte par des recherhes critiques. H apprit Thébreu et chercha de tous côtés les versions dififérentes de ceUe des Septante, qui ser-issent à contrôler celle-ci. Ses voyages étaient d'utiles ccasions pour de telles recherches. On le trouve sans

st

5, 13. Ammonius Saccas premier maître de l'école néoplatonienne. Il n'a rien écrit. Porphyre (/. c. dit qu'élevé dans le mstianisme, il abandonna sa religion pour se faire païen. Ce •nseignement n'est pas très sûr, car, au même" endroit, Pori}Te attribue à Origèue contre toute vérité, l'évolution conau:e. Eusèbe, lui, a confondu ici le philosophe

^Poi-phyre. dans Eus., YI, 19, §

considère

comme

le

>

Ammonius
livres,

s

avec

un autre Ammonius, auteur de quelques
«

Sac-

notam-

ent d'un traité
ssi

dune hamionie
U.

sur l'accord de iloïse et de Jésus ,>, peut-être des évangiles qu'Eusèbe cite dans sa lettre

'arpianus.

*Eus., Mi,

g^4

CHAriTRE

XVIII.

cesse sur les cliemins, à

Rome, en Grèce,

à Xicopolis

Palestine, en Arad'Epire, à Nicomédie, à Antioclie, en
bie. Héraclas,

déjà associé par lui à son enseignement,

l'école. Ce n'était prenait en son absence la direction de le docteur pas toujours la curiosité seule qui mettait

clirétien le faien mouvement. Sa renommée de savant personnages soucieux de sait appeler auprès des grands

se renseigner

sur
le

le
fit

cliristianisme. C'est ainsi que

le

légat

d'Arabie

demander par exprès,

et

que,

vers 218, la princesse

Mammée,

mère du futur empe-

reur Alexandre

Sévère,

l'envoya chercher d'Antioche

avec une escorte de cavaliers.

Quelque temps avant ce voyage, lors du sac d'Alexanavait été obligé drie par les troupes de Caracalla, Origène
de s'enfuir;
il

se réfugia

en Palestine, auprès des évêques
et

Théoctiste de Césarée
lats,

Alexandre d'^lia. Ces
de montrer à leurs

préfidè-

amis de
le

la science et fiers

les

à célèbre catéchiste d'Alexandrie, le décidèrent

parler dans leurs églises,

non plus seulement aux
eux-mêmes: Démétrius
considérait

caté-

chumènes, mais aux
testa

fidèles

pro-

vivement contre ce
et

qu'il
fils

comme

une

irréo-ularité

réclama son

spirituel. Les évêques

\ palestiniens s'excusèrent en citant des précédents ans se passèrent encore. L'évêque d'Alexan-

Quhize
fier

drie,

de ses succès

et

du renom de son

école, le

Laranda, autorisé à prêcher par l'évêque de par AtPaulin, par celui d'Iconium, Celse Théodose, Néon; pas autrement ticus de Synnada. Ces personnages ne sont
'

Evelpiiis,

;

connus (Eus., YI.

liM.

l'école chrétienne
laissait
à

d' ALEXANDRIE

345

enseigner à sa gnise et ne songeait nullement

lui

interdire ces hardiesses de pensée qui, vers le

temps où nous sommes, commencèrent à se révéler dans
ses

premiers ouvrages, surtout dans
'.

le

fameux

livre des

Principe)^

Un

ami aussi riche que dévoué, Ambroise,

mettait à sa disjDosition tout

un personnel de sténogra-

phes et de copistes. Les commentaires du maître jouissaient ainsi,
publicité.

en dehors

même

de

l'école,

de

la

plus large

Cette situation fut troublée par sa rupture avec

l'é-

vêque. Origène, appelé en Achaïe pour combattre certaines hérésies,
fut

ordonné prêtre à son passage en
amis
les

Palestine, par
sarée.

ses

évêques d'^Elia et de Célui conférer

Démétrius

s'était

abstenu de
la

cette

dignité.
il

En

laissant

Origène dans

condition laïque,

le

confinait dans l'enseignenaent extérieur, celui des
lui interdisait toute

catéchumènes, et
glise. Il

prédication à

l'é-

n'en avait pas usé de

même

avec Héraclas, qui

avait été

admis dans

le

corps presbj'téral, sans avoir à

renoncer à ses études philosophiques, ni
le

même

à déposer

manteau de philosophe

^.

Peut-être l'usage d'Alexan-

drie était-il déjà contraire à l'ordination des

eunuques
le

^.

Eusèbe insinue
s'inspirait

et saint

Jérôme déclare que

prélat
est

uniquement d'une jalousie mesquine. Cela

' ^

Oi'igène, dans Eus., VI, 19.

drie eut

Cent ans après, le concile de Nicée, où l'évêqne d'Alexanune grande influence, ouvre la série de ses canons par

une disposition en ce sens.

346
possible.

CHAPITRE xvin.

Les évêques palestiniens auxquels Démétrius

défendait de laisser prêcher Origène parce qu'il n'était

pas prêtre, voulurent sans doute éliminer ce prétexte.
Ils n'avaient

pas,

au sujet des eunuques,

les

mêmes

principes que leur collègue d'Alexandrie. Ils ne firent

non plus aucune

difficulté

d'ordonner un
soit,

fidèle d'une
très

autre église \ Quoi qu'il en

Démétrius réclama

énergiquement, mais sans faire valoir d'autre objection

que

la mutilation volontaire.

Origène, après une touret

née en Ach.aïe, en Asie-Mineure

en Syrie, revint en

Egypte

et

essaya de reprendre la direction de son école.
s'y opposa.

Mais l'évêque

Deux

conciles réunis consé-

cutivement déclarèrent

qu'il cesserait d'enseigner, qu'il

quitterait Alexandrie, enfin qu'il serait déposé de la prêtrise.

Ces sentences furent communiquées aux autres
et ratifiées sans discussion

évêques

par un grand nombre

d'entre eux. Il semble qu'on les ait reçues à

Rome, comme

plus tard on reçut une sentence semblable, portée contre

Arius
'

'.

Dès

le

commeuceuient du IV*
le
:

siècle

il

est

reconnu dans
laï-

tous les conciles que nul n'a

droit d'ordonner les clercs d'une

autre

église

j^lusi

tard cette pi'ohibition fut étendue aux

ques. Origène, malgré l'importance des services qu'il rendait à
l'église d'Alexandrie, n'était
"^

encore que laïque.
ici

Eusèbe

[YI, 23j

renvoie

au

II* livre

de son apologie

d'Origène, ouvr-age perdu. Photius fcod. 118), qui en a sauvé quelques traits, semble y avoir lu qu'Eusèbe et Pamphile ne
faisaient intervenir dans la

condamnation d'Origène d'autres

évêques que ceux d'Egypte. Saint Jérôme 'Rufin, Apol., II, 20) paraît avoir eu vent d'une adhésion épiscopale plus large: Damnatur a Demetrio episcopo; excepHs Palaestinae et Arabiae et Phoenices afque Achaiae sacerdotibus in damnationem eius

l'école chrétienne d'alexaxdrte

347
et

En Palestine, au

contraire, en

Cappadoce

jusqu'en

Achaïe, la considération d'Origène était assez forte pour résister à ce coup. H trouva asile et protection auprès
des évêques
tinua sur ce
palestiniens, sïnstalla à Césarée
et

con-

nouveau terrain son enseignement d"école

ses publications et ses prédications

devant les fidèles. Sa personne seule avait été repoussée d'Alexandrie.
docti'ine

Sa

laborateur,

y demeura, interprétée par son ancien colHéraclas. Peu après le départ d'Origène,
:

Démétrius mourut

Héraclas

lui succéda. Il

semble que

son amitié poiu' Origène se fût affaiblie dans les derniers

temps, et que, devenu évèque,

il

ait

maintenu à

son égard

Tattitude de son prédécesseur \
et l'iui

Le maître

demeura eu Palestine,
prit la

de ses disciples, Denys,

direction des catéchèses. Malgré l'incontestable

râleur de ce
3lus à
les

nouveau maître, Fécole d'Alexandrie

n'était

Alexandrie. C"est à Césarée que l'on voyait affluer
disciples,

plus illustres

comme

G-régoire,

le

futur

omvitit orbis;
>ropter

ersus

Roma ipm cnnfra hune cogit sénat um; non dogmatum novUatem nec jjropfer haereshn, ut mine acleum rabidi eanes simulant, snl quia gloriam eloquentiae
non poterant,
et
illo

lus et scientiae ferre

diesnte

omnes muii
t.

mtobantur.
'

Je ne vais pas plus loin, malgré Harnack, ChronoL,
icf.

II,

Bardenhever, Gesch., t. II, p. 80. e texte de Photius, sur lequel on se fonde, dérive de quelque :^gende malveillante comme il y en eut tant sur Origène. Voir e texte dans Dôllinger, Hippolyt und Kallist, p. 264, et dans larnack, Ueberlief., p. 332 (cf. :Migne, P. G., t. CIV, p. 1229). -vant qu'il n'eût été amélioré par Dôllinger, Tillemont avait ejà débrouillé très clairement les traditions sur ce point (Hist.

25

Ueberlief., p. 332) et

-cl.,

t.

m,

p.

769 j.

Qig

CHAPITRE
et

XII.

Thaumaturge,

son frère Athéiiodore. C'est à Césarée

des plus illustres préqu'arrivaient à Origène les lettres Firmilien, évêque de Césarée en lats d'Orient, comme plus considéraCappadoce. C'est là qu'il entreprit les
bles de ses pubbHcations,
tions

notamment

ses fameuses édi-

des Hexaples et
le

des Octaples.

C'est
les

encore

qu'on venait

clierclier

pour résoudre

difficultés

argimienter contre doctrinales, réfuter les hérétiques et
les

évêques qui s'écartaient de

renseignement

tradi-

tioimel.

Sa

étaient science, sa dialectique, son éloquence,

invincibles.

A

tout cela,

du

reste, s'ajoutait
et
le

le

charme

de

la

sainteté la plus douce

prestige d'mi ascéécrits,

tisme éclatant.

Sa

gloire

était

universeUe: ses

tout l'Orient et jusqu'f ses lettres, se répandaient dans compourtant on ne le lisait guère, car on

Eome, où

mençait à désapprendre
édifiait l'Eglise

le grec.

En même

temps

qu'il

par sa vertu

et illustrait la foi par son

enseignement,
hérétiques,

il

ennemis: la défendait contre tous ses
païens,
il

jiiifs,

faisait face à tout. C'est a

cette dernière période de sa vie

qu'appartient son

fa-

meux

traité contre Celse.

Une

gloire lui manquait en-

Déjà, en 235, là core, ceUe des confesseurs de la foi. Maximin l'avait forcé de quitter la Pa-

persécution de
lestine et

de de se réfugier en Cappadoce. Deux
le

se^

amis, Ambroise et

fu prêtre Protoctète, de Césarée,

rent jetés en prison,
quelle, encore
,

n
il

reprit alors la

plume avec
père

la
;

enfant,

avait

encouragé son

mourir pour

la foi. et

«Exhortation au martyre».

soi adressa aux deux confesseurs La tempête passa: mai>

l'école chrétiexxe d'alexaxdrie
quinze ans après, la persécution de
le

349
le

Dèce

trouva
le

et

saisit

à son poste de maître chrétien.
il

On
de

mit à

la

question:

fut jeté en prison, chargé

chaînes,

soumis à la torture de l'écartement des jambes.

On

le

menaça du

feu,

on

le fit

passer par d'autres supplices.

Rien ne put vaincre sa constance. Pourtant, moins heu•eux

que son ami Alexandre, qui mourut en prison,
Il le

Origène atteignit vivant le terme de la persécution.
survécut

deux ou

trois ans,

pendant lesquels

il

eut

emps de s'associer aux mesures miséricordieuses prises
)ar les

grands évêques du temps, Corneille, Cj'prien,
dans
les
lui.

)enys, envers les fidèles qui avaient défailli
iiauvais

jours \

Son ami Ambroise mourut avant
qu'il

Jne des

dernières lettres

reçut lui vint de son
:

ncien disciple Denys, maintenant évêque d'Alexandrie
lie

traitait

du martj're

-.

Il

mourut

enfin,

couronné de

Dûtes les gloires auxquelles

un chrétien peut aspirer
beUe âme

Q ce

monde

et

pauvre jusqu'à son dernier jour. C'est

Tyr
fut

qu'il rendit à

Dieu

sa

:

son tombeau

longtemps

visité.

Je n'ai pas dit vénéré.
e l'anniversaire

En

ce temps-là

le.s

honneurs

solennellement fêté n'étaient encore déet,

îmés qu'aux martyrs,
iies.

en un certain sens, aux évêsi

Il

n'eut pas de légende:

grande

qu'elle ait été,

m

activité scientifique a dit

peu de chose au popudis-

ire.

D'ailleurs son
luttes

œuvre

doctrinale fut bientôt

itée; les

qui

s'engagèrent

autour

de sa mé-

lEus., VI, 39.

«Eus., YI, 46.

350

CHAPITRE

XVIII.

moire n'étaient pas propres à

lui

donner une

auréole.

H

trouva des défenseurs excessifs et maladroits, plus,

souvent des ennemis: peu de noms ont été plus mau-|
dits

que

le

sien.

Mais

il

est facile à l'historien de dis-

cerner les passions, les unes avouables, les autres inexeu-j
sables, qui ont excité contre lui les Démétrius, les Mé-'

thode, les Epiphane, les Jérôme, les Théophile, les Ju>
tinien.

Bien que nous n'ayons
il

pas, à

beaucoup
le

près,

toutes ses œuvres,

en reste assez pour
le

juger, poui
ses idées
et

apprécier en particulier
la

rapport

entre

doctrine reçue de son temps, et surtout pour se

coi!

vaincre de Tabsolue pureté de ses intentions.

Son œuvre
grande part

littéraire

est

immense. Pour

la

phi-

elle est

consacrée à la Bible.
le

Il faut

men

tioimer tout d'abord

célèbre

recueil

des

Hexaples

où figuraient en colonnes parallèles
lettres hébraïques et

le texte

hébreu

ei

en

lettres

grecques, les
et

versiori-

des Septante, d'Aquila, de
tion, ainsi

Symmaque

de Théod.-

que diverses traductions

partielles.

Ce

livr^

monumental
sèbe;
il

existait encore à Césarée au temps d'Eu

est

douteux

qu'il

se

soit

conservé jusqu'ai
ei

temps de saint Epiphane
fit

et

de saint Jérôme. On
comprenait
seulement

une

transcription,

qui

^
et;;

quatre versions grecques (Té traples). Origèue avait
bli aussi

mie recension des Septante où des obèles
manquaient à Thébreu,

signe

laient les passages qui

et de

emprunte astérisques encadraient certains suppléments
à la version de Théodotion,

quand l'hébreu semblait

pin

L'ÉCOLE CHRÉTIEXXE D'ALEXAxni!,E

Bjj

complet que les Septante.

A

smte, logiquement sinon chronologiquement, une masse énorme de commentaires, cliiï&.e„,s de forme (scholie, homélies, tra,tés ou .0,0., mais embrassant tous les livres de 1 Ancien et du JCouveau Testament En dehors de ces travaux bibliques, Origène laissa autres ouvrages sur des sujets
le la

ces trava..x critiques fait

pnère

partioidiers, ses traités

nart3-,.e,

es

mcpes,
te

plus célèbres, la réfutation de Celse et le traité des nspi ip,_«„. Une

son exhortation au d>x hvres de Stromates et ses deux œuvres
centaine de lettres avaient

et

de

la résurrection,

remnes par Eusèbe et formaient un important supement à cette littérature.

Deux

d'entre elles étaient

Iressees à l'empereur Philippe et à sa
îvera.

femme

Otacilia

Saint

Epiphane évalue

à six mille

volumes

la pro-

.ction littéraire

misemblable,
rairie

d'Origène. Ce chitfre énorme n'est pas
si

compte des usages de la antique et de la faible étendue des rouleaux •lumma, roj.oO sur lesquels on transcrivait. Quoiqu'il soit, mie partie seulement de cette grande

l'on tient

œuvTe

st

conservée jusqu'à nous. Les anathèmes qui s'abat™t bientôt sur eUe détournèrent les transcripteurs tout les transcripteurs grecs. Les Latins furent plus'
aents.
ncipe^;

Grâce à eux nous avons encore

le traité

des

œuvr-e fondamentale, sur laqueUe on peut julasj-nthèse théologique d'Origène. Encore ne nous

este-t-U qu'une version retouchée en plus d'un en'• Enfin, le traducteur,

nous en prévient dans

.sa

Q-o

CHAPITRE

XVIII.

préface.

Saint Jérôme

en avait

fait

une autre, plus
|

de cette version, comme du exacte; malheureusement, subsiste plus que des fragments. texte original, il ne d'une synthèse est caractéristique. DeL'idée

|

même

pas dire depuis saint Jean, puis saint Justin, pour ne dans ses souvent cherché dans la philosophie,

on avait

,

CDUceptions
tradition

et

dans

sa langue, le

moyen

d'expliquer

la

I

chrétienne.

Mais ce n'étaient

que des

ef-j

forts partiels.
les points

On

développait en langage philosophique!
faire valoir

que Ton entendait

ou défendre:'

pour
les

le

reste

on s'en tenait à

la tradition. Justin et|
et,

autres

apologistes, plus

tard Irénée, Hippolyte
point.

Tertullien, en sont ici

au

même

Leur

théologie,

comme teUe, demeure La synthèse doctrinale
où. depuis

toujours partielle, fragmentaire.!
était représentée

par

le

symbolej

Dieu tout-puissant jusqu'à

la résurrection dej
qu'U.|

trouvaient la chair, les fidèles
avaient à croire et à espérer.

en raccourci tout ce

En

dehors de cette formule

simple et populaire,
tiques, complets

il

gnos n'y avait que les systèmes

eux

aussi, depuis

l'Abîme ineffable

jus

prédestinées. Clément avai, qu-au retour à Dieu des âmes que des nécessités dt philosophé sur le christianisme sans

pensée sur des points par controverse eussent attiré sa de groupe aussi sans éprouver le besoin
ticuUers, mais
les

harmonique doctrme en un système parmi les penseurs chn C'est Origène qui. le premier

éléments de

la

tiens, eut
lisa.

l'idée

d'une spithèse théologique
le

et la re£ traité de

d'après Je vais en donner un résumé,

Principes.
j

l'école chrétienne D 'ALEXANDRIE

353
et bon.

Dieu

est essentiellement
il

simple,

immuable

En

vertu de sa bonté

se manifeste et se
il

communique,
com-

en vertu de son immutabilité

se manifeste et se

munique éternellement. Pour
sible

il est imposd'admettre des rapports directs entre l'essentieUe

cela,

comme

simplicité et la pluralité contingente.
se

Dieu doit d'abord ' mettre lui-même dans un état susceptible de teUes

relations.

De

là la

production du Verbe, personne
Stà;^

disyJj-

tincte, divinité dérivée,

non

ô

Sià; ni surtout
le

TÔO^o:.

Origène ne recule pas devant

terme

«

second

Dieu». Le Verbe, engendré de
lui est

la substance du Père, coéternel et consubstantiel. Cependant, outre qu'iï
le

procède du Père,
infériorité,
finies,

Verbe d'Origène a encore une autre
contient Tarcliétype

c'est qu'il

des choses
rentre dans

de

la pluralité.

A
il

ce point de vue

il

la la

catégorie

du

créé,

est créature, /.rf^aa,

comme

dit

Bible

'.

Ici encore,
îtion

comme

chez les apologistes, la produc-

du Verbe

est nécessitée

par

la création.

Les créa-

tures n'existeraient pas,
•aison d'être.

que
ici

le

Verbe n'aurait aucune

Mais

— et

Origène est conséquent
qu"il

a bonté essentielle
les

de Dieu exige

y

ait

toujours

créatures, de sorte

que

le

Verbe

est

nécessaire et

teniel.

'

^
î'^v

Ordre logique; la chronologie n'a rien à voir ici. Prov., VIII, 22, suivant le grec: 'O Kjîti; Utigî y.î
il

àpyj.-,

aÙTsÙ. S.

-IV,

Jérôme traduit: Domimis possedit me. Ailleurs, Gen. rencontre deux fois le même verbe (qânâ), au partiil

pe présent (qôné); la première fois (v. 19)
'eavit,

le

rend par qui

la

seconde

(v. 22)

par possessor.

îCHKsîTE. Ilist. anc. de l'Eyl.

-

T.

I.

sjg

g-_^

cHAnxRE

xvni.

Dans
logistes,

ce système, toujours

comme dans

celui des apo-

on ne voit pas

(luelle

place peut occuper une
théorie proposée n'a nul

troisième personne divine.

La

l'admet pourtant, comme besoin du Saint-Esprit. Origène orthodoxes, car il est fourni par tous ses prédécesseurs avec une telle évidence qu'il est la tradition \ et cela
impossible de biaiser.
Trinité,

Le

Saint-Esprit complète donc la

ou plutôt

la liiérarcliie des

personnes divines,

caractérisent relativement hiérarchie dont les degrés se agit (indirectement) sur aux créatures en ce que le Père les êtres raisomiables ou tous les êtres, le Yerbe sur et saints. l'Esprit-Saint sur les êtres raisonnables
esprits.

Tel est

le

monde

perdivin, constitué par les trois

dessous vient le monde des sonnes «immuables»: au changement. Ils ont été inférieurs, sujets au
esprits

créés libres,

et,

de

telle sorte

qu'une

leur libertés tout aussitôt, ont abusé de répression et ime correction est

devenue nécessaire.
sible.

A

cet effet est créé le

monde

sen-

aux Les corps sont destinés à fournir
pourvus d'un corps

esprits une

Suivant la gravité de leur sorte d'épreuve purificatrice.
faute, les esprits sont subtil (anges),
la création

(démons). Ainsi pesant (hommes) ou difforme

1

Cepedant

la tradition

ne

lui

semblait pas décider
r

si
il

VEsétait

prit-Saint était devenu ou

non

(-;.-.-:;

k^i^r^h

^i s

ou non Fils de Dieu (I, 1). commis en dehors du « Cette conception du péché originel, le de celle de l'^g -. E xnonde sensible, diffère notablement de ^ a entin. .^^1-^celle .e rapprocherait plutôt de ^;'^; attnbuable a un etie divin, Valentin, la faute primordiale est ce cj^ui n"est pas le cas ici.
'

Cf. ci-dessus, p. 266.

l'école cheétlexxe d'alexaxdrie

3ÔÔ
il

des corps est corrélative à celle des esprits
de matière incréée.

;

n'y a

pa^'

L'union des corps

et

des esprits fournit à ceux-ci ime

occasion de lutte et de mérite.
liberté

Dans

cette lutte

où leur

demeure

intacte, les

hommes

sont aidés par les

anges, contrariés par les démons. Mais le conflit pren-

dra fin
tendra

V:

le

mal

n'est pas étemel;

la

purification s'é-

même aux

démons.
de
la

Ici se place la théorie

rédemption. Le Verbe,

s'mtéressant à l'épreuve soutenue par les âmes himiaines,
leur a

envoyé des

aides, esprits d'élite, qui ont pris
il

un

corps: ce sont les Prophètes;

a
:

même
il

fait

de tout

\m peuple mi instrument de

salut

enfin, tous ces inter-

médiaires étant demeurés inefficaces,

est venu lui-même.
:

Une âme absolument pure
cette

^

a pris corps

il

s'est

uni à
sus-

âme, laquelle conserve sa

liberté, et

demeure
une

ceptible de mérite

ou de démérite.

De

crois-

sance du Christ extérieur.
tien

Le

salut,

c'est, jJonr le chré-

ordinaire, l'œuvre de la croix, le sacrifice,
la

rançon

de

dette,
Je

émancipation de

la

servitude du

démon:
Verbe

pour

chrétien gno.stiqiie, c'est

mi enseignement d'ordre
l'autre ce n'est le

supérieur.
fait

Xi pour

l'un ni

pour

chair, divinisant la nature
le

humaine par une intime

communion. Devant

chrétien
:

du commun

le

Christ
il

d'Origène écarte des obstacles
offre

au chrétien gnostique

modèle

et

lumière: mais c'est tout.

'

îtres
^

Fin relative, bien-entendu, et qui ne concerne que le.s en particnHer, car le roulement des choses est étemel. Exception au péché universel.

356

CHAPITRE

XVIII.

La

fiii

des choses n'est que relative, les choses deet le

vant toujours exister

roulement recommencer. La

vie terminée, ce qui reste à expier l'est d'une autre façon,

par un feu immatériel et purificateur. Après quoi
prit créé

l'es-

prend son

état

définitif.

Revêtu d'un corps

o-lorieux, qui n'a rien à voir avec les formes humaines,
il

est

désormais déterminé au bien.
les

La

matière abanet cela

domiée par

uns

sert ensuite

pour d'autres,

dans un éternel recommencement.
Tel est
le

système.

La méthode

suivie

pour

le cons-

truire est exposée

au début du

livre des Principes. Oriclai-

gène commence par dresser l'inventaire des points

rement admis par l'Eglise
trouve dans la prédication

:

il

sépare avec soin ce

qu'il

ofiicielle

de ce qui n'est qu'oIl

pinion particulière ou croyance vague.

s'en faut que

l'enseignement authentique

lui

donne

la clef de tous les

problèmes: c'est cependant sur lui qu'il entend fonder
sa synthèse
» il »
:

«

Voilà les éléments, les fondements dont
si

faut se servir

l'on veut, suivant le précepte
»
.

«

Eclaien-

rez-vous de la lumière de la science

former un

»
»
»

semble doctrinal
disposé.

et

comme un

corps rationnellement
et

On

aura recours à des déductions claires
:

incontestables

on empruntera

à la Sainte Ecriture ce

»
» »

qu'on Y trouve directement

et ce
:

qu'on en peut dé-

duire par voie de conséquence

puis, de tous ces enseiet

gnements on formera un seul

même

corps

»

On

ne saurait imaginer une méthode
il

plus louable.

Malheureusement

est

sous-entendu que l'Ecriture sera

traitée par l'exégèse allégorique, qui

permet de trouver

l'école chrétienne

D' ALEXANDRIE

357

n'importe quelle doctrine en n'importe quel texte: c'est la porte ouverte au sens privé, aux hardiesses de la pensée, aux spéculations de la philosophie ambiante. Ainsi Origène est arrivé à construire un

système où

le

christianisme pouvait difficilement se reconnaître, une sorte de compromis entre l'Evangile et la gnose,

une

théologie où la tradition
porée,

est

plutôt

côtoyée qu'incor-

on

les

éléments qui satisfont d'abord, si considère à part, deviennent inquiétants dès qu'on
les

même

tient

compte de leur voisinage.
la

Après

mort de son auteur,

la doctrine

d'Origène

souleva beaucoup de critiques, mais plutôt sur des points
particuliers

que pour l'ensemble: on ne

cite

personne
cette

qui se soit attaqué au système

opposition tarda-t-elle à se pas
Il

comme tel. Encore produire. Le llspî àp/wv

n'est
là.

mi des derniers ouvrages de son

auteur, loin de

Alexandrie, avant ses démêlés avec l'évêque Démétrius. Celui-ci ne s'en effaroucha pas il ne
;

l'écrivit à

doit

pas,

du

reste, avoir été très difficUe

en

fait

de doctrines,

car c'est de son

Hypotyposes. Quand
le

temps déjà que Clément avait publié ses il entra en conflit avec Origène et
il

reprocha que sa mutilation volontaire et son ordination par des évêques
lui

dénonça à l'Eglise entière,

ne

étrangers. Héraclas,

ami

et collaborateur

d'Origène au

moment où

celui-ci publiait le Utzl àp/ûv,

ne protesta

m

alors ni

quand

il

fut

devenu évêque d'Alexandrie.
lui-

Denys, qui gouverna l'église après Héraclas, était

même

disciple d'Origène: jusqu'à la fin
lui.

il

se maintint

en bons termes avec

On

sait

en quelle vénération

358
le tenaient les

CHAPITIiE XVIII.

évêqnes de Palestine, d'Ai-abie, de Phé-

nicie,

de Cappadoce, d'Achaïe.

A Eome

on accepta
l'a

les

sentences de l'évêque Démétrius, qui n'avaient, on

vu,

aucun considérant doctrinal, et Sur la fin, cependant, des rumeurs fâcheuses s'élevèrent
et parvinrent

d'abord on s'en

tint là.

au pape Fabien. Origène se crut obligé
qu'à d'autres évêques,
«

de

lui écrire, ainsi
»
.

sur son ortho-

doxie

Il se

plaignait beaucoup des gens qui falsifiaient

ses écrits et

même

de l'indiscrétion d'Ambroise \ toujours
les

empressé à publier

productions de son ami, sans

lui

domier

le

temps de

les revoir

\

Il faudrait être

bien

optimiste pour accepter cette explication les

yeux fermés.
qu" Origène
sa
ici

Cependant
est

il

demeure
la

certain,

non seidement
l'Eglise,

mort dans

communion de
étonnement

mais que

doctrine, quelque

qu'elle ait

pu

causer

ou

là,

ne

fiit

jamais, de son

vivant, l'objet d'une répro-

bation

officielle.

et Eusèbe, H. E., YI, 36. Cf. Jérôme, ep. LXXXIV, 10 saint Jérôme Ipse OriEufin, in Hier., I, 44. Voici ce que dit
1
:

ycnes in epistola quam copum paenitentiam agit cur talia scripserit
scribif

ad Fahianum Romanae
et

iirbis epis-

in Âmbrosiiim refert quod secreto édita in d'une condamSi saint Jérôme avait alors eu le moindre vent on doctrinale prononcée à Rome contre Origène vivant, nation

caums tènieritatis puUicum protiderit. —

peut être sûr quUl s'en fût avec Rufin. « V. note précédente;

fait

un argument dans

sa querelle

v.

aussi la lettre d" Origène à ses
Origenis,

amis d'Alexandi-ie, dans Rufin, De adulter. libroram Migne, F. G., t. XYII, p. (>24.

CHAPITRE XIX.
L'Eglise et l'Etat au
III^

siècle.

La persécution par édits spéciaux. — Septime-Sévère interdit les con— Le syncrétisme religieux: Jnlia Domna, Elagaluil. Alexandre Sévère. — Edit de Maximin contre le clergé. — Persécutions de Dèce, de Gallus, de Yalérien. — La propriété ecclésiastique.
xersions.

Le.s dernières

années de Marc-Aurèle sont marquées

dans l'histoire chrétienne en traits sanglants.
cution,

La

persé-

comme

tant d'autres choses, se relâcha sous

Com-

mode, non cependant en ce sens que la prohibition du
christianisme ait été abolie alors: mais, le
central s'abstenant d'insister et se
tolérant à

gouvernement

montrant

même

assez

Eome,

les autorités provinciales avaient plus

de facilité pour être, suivant leur gré et les circonstances,

ou sévères ou complaisantes.

En

Asie,

le

proconsul

Arrius

Antoninus

(18-1-5)

se

distingua par son zèle à

poursuivre les chrétiens.
tre

Un jour qu'il instrumentait conen
Il

eux, tous les fidèles de la ville se présentèrent

masse devant son tribunal.
uns et dit
•'

en

fit

exécuter quelquessi

aux autres; «Mais, malheureux,
il

vous

te-

nez tant à mourir,
ces
»
.

y

a des cordes et des précipi-

Situation

caractéristique,

où se révèle bien

le

conflit

entre la rigueur de la loi et la difficulté de l'ap-

360
pliquer.

CHAPITRE

XIX.

A

Eome, en

dépit de Taifaire d'Apollonius, on

était assez tranquille. Il

en

était

de

même

en Afrique.

TertuUien signale, en ce temps-là, des proconsuls bienveillants
'.

Ces fluctuations de

la justice

romaine

et le système

des condamnations individuelles n'étaient guère propres
à entraver

sérieusement

les

progrès du christianisme.
s'était

Le

danger politique, dont Celse
finit

préoccupé

si vi-

vement,

par exciter
efficaces.

les

empereurs à prendre des
le II* siècle la per-

mesures plus

Pendant tout

sécution n'avait eu d'autre base légale que la prohibition dont nous avons plus haut recherché l'origine.

On

va maintenant, sans révoquer

cette prohibition générale,

porter des édits nouveaux, spécifiant les catégories de
chrétiens à poursuivre, la procédure, les pénalités,
confiscations,
les
les

mesures de

police.

Leur

application

ne sera plus abandonnée au zèle des gouverneurs; ceuxci

devront se mettre en campagne et suivre de point
le

en point
impériale.
tes

plan de répression tracé par la chancellerie

De

des persécutions beaucoup plus violenmais, en

que

celles

d'autrefois,

revanche,

d'assez

courte durée: les changements

d'empereurs et même,

dans certains

cas,

l'insuccès

des mesures de rigueur des édits.

amèneront assez vite

le retrait

1

Ad Scap.,

4

:

«

dium quomodo responderent
suis satisfacere dimisit
»

Cincius Severns, qui Thysdri ipse dédit remechristiani nt dimitti possent; Ves-

pronius Candidus, qui christianum quasi tumultuosum civibus

l'église et l'état au in« siècle

361

1.°

Le temps des Sévère.

Septime-Sévère est

le

premier empereur qui
il

ait

porté

un édit de ce genre. Personnellement

était loin d'être

défavorable aux chrétiens. Sa maison en était remplie.

Son

fils

Caracalla fut élevé par luie nourrice chrétienne

*.

Cette circonstance n'empêchait pas les gouverneurs de
sévir.

L'Apologétique de Tertulien, ses deux livres

Ad
ma-

Xatione.s,

en 197, sa requête au proconsul Scapula. en

211, sont des protestations coiître les rigueurs des
gistrats

de Sévère. Ce ne sont cependant pas des dola

cuments sur
de cet

persécution spéciale à laquelle
rester attaché.

le

nom
es-

empereur doit

Ce que Sévère

saya, ce fut d'arrêter le
qu'il

prosélytisme

chrétien. L'édit

rendit à cet effet fut publié vers l'année 2(X), penle

dant son séjour en Syrie. Spartien

rapporte en

ter-

mes laconiques, mais

clairs

:

« Il

interdit, sous des peines
» ^. Il

graves, de faire des juifs et des chrétiens

y

avait

longtemps que

la circoncision

de personnes étrangères
;

à la nationalité juive était rigoureusement interdite

la

même
Elle
les

prohibition fut appliquée au baptême
jjas l'avoir été

chrétien.

ne paraît

longtemps: en tout cas
les victimes

écrivains chrétiens ne distinguent pas
la

de cet édit d'avec celles de

persécution
l'école

ordinaire.

Cependant
ï

il

est

remarquable que
4.

catéchétique

Tert.,

ad Scop.,
fieri

^

ludaeos

snb gravi jioena vefuit; idem etiam de chrisSévère, 17
(t.

tianis sanxif. Spartien,

I,

p.

137, Peter).

362
cV Alexandrie fut

CHAPITRE XIX.

désorganisée juste à ce
se vit obligé
le

moment

et

que

Clément, son
Cette école

clief,

de quitter l'Egj^pte.
plus aj)parent organe

était,

en Eg^'pte,

de

la

propagande

clirétiemie: ses

membres, maîtres
le

et

disciples,

tombaient évidemment sous

coup de

Tédit.

Origène, ayant tenté de la reconstituer, se vit poursuivi;
et,
s'il

ne périt pas lui-même, plusieurs de ses

disci-

ples,

nouvellement convertis, furent arrêtés
C'est alors

et exécutés.

On

était à l'aimée 202.

que périrent

à Car-

tilage les célèbres

martyrs Perpétue, Félicité, Saturas,

et leurs

compagnons, tous néophytes ou catéchumènes.
^

Pendant que l'empereur Sévère

instrumentait ainsi

suivant les vieux procédés romains, sa maison devenait
le tir

centre d"mi

mouvement

intellectuel d'où pouvait sorre-

pour

le

clii-istianisme

une sorte de concurrence
l'empire.
vieille

ligieuse.
allé

Avant son élévation à

Sévère

était

chercher

femme dans une
la

famille sacerdod'El-

tale

de Syrie, attachée à

desservance du temple
iille

Gabal. à Emèse. Julia
siaiius,

Domna.

du grand-prêtre Basvolonté, d'esprit
impératrice,

était

une personne de
culture.

forte

distingué et de grande
elle fut bientôt entoui'ée

Devenue

de tout ce que l'empire compce temps là les beaux-esprits

tait

de beaux-esprits.

En

n'étaient plus,
Ils

comme jadis,

portés à plaisanter les dieux.

devenaient religieux. Le mj'sticisme philosophique
le

ne se formulait pas encore dans

sj-stème néoplato-

^ Sur rétat des esprits en ce temps là, au point de vue philosophique et religieux, v. Jean Réville, La religion à Home

sous

les Sévères,

1886, p. 190 et suiv.

l'église et l'état au ni« sièlce
nicien
;

363

mais

il

avait,

un peu

partout, une

tendance à
le
il

liiérarchiser le

panthéon reçu de façon à
divine
:

concilier

avec une certaine imité

en morale,

prônait
il

volontiers l'ascèse p^'tliagoricienne.
chait sa voie. Julia

En somme,

cher-

Domna

lui aidait à la trouver.

Une

femme

d'esprit aussi pratique, qui eût volontiers gousi

verné l'Etat
la

on

l'avait laissée faire,

ne pouvait négliger

situation religieuse. Elle

y

intéressa ses académiciens.

En

dépit des édits anciens et nouveaux, les progrès

du

christianisme devenaient chaque jour

plus menaçants.

Les vieux cultes ne lui opposaient qu'une résistance en
ordre dispersé. N'était-il pas

possible

de

les

grouper

autour de quelque idée, de quelque symbole, et de leur
dernier ainsi

une sorte d"unité

?

Les dieux des divers

temples, des diverses nations,
c-onçus

ne pouvaient-ils pas être
d'un dieu suprême, au-

comme

les représentants

teur

du monde,
ils

qu'il dirige

par leur intermédiaire et

iont
3e

ne sont que des manifestations partielles?

dieu suprême, le sjmibole le plus naturel en
le

De même

emps que
partout la

plus magnifique, c'est

le

soleil,

qui verse

lumière et la chaleur. Elevée près des autels
les

Tim dieu sémitique, initiée à toutes
ihilosophies
page

mythologies ou

de

la

Grèce, entourée au Palatin d'mi aréo-

de penseurs venus des quatre coins de l'empire,
impératrice était elle-même la vivante person-

a belle

lification
(iéale

de cet esprit nouveau,
religieux.

la

grande prêtresse

du s^mcrétisme

Elle avait trop de sens
Ole

pour assumer elle-même

le

de révélateur.

Il fat

dévolu à un personnage assez

364

CHAPITRE XIX.

mystérieux, Apollonius de Tyane, que Ton savait avoir

vécu au temps des Césars

et

des Flaviens.

Il

avait laissé,

en Asie-Mineure et autre part, la réputation d'un ascète
pythagoricien,

prédicateur ambulant

et

thaumaturge,

d'autres disent sorcier.

Un

des lettrés de l'impératrice,

Philostrate, fut chargé d'écrire sa vie; Julia

Domna avait

par devers

elle

des

mémoires, peu authentiques, d'unj

certain Damis,

soi-disant

compagnon

d'Apollonius. Elle
il

I

les confia à Philostrate.

Sur ce canevas

broda

large'

ment, empruntant à droite et à gauche

et prenant, jusque

dans

les évangiles chrétiens, les traits les plus propres

i

à relever l'importance et les vertus du héros: son amour

pour

ses semblables, sa

grande

pitié des misères humai-

nes, sa profonde religion, qui s'adressait à tous les dieux

en général, mais surtout au Soleil divin.

Le
Dans

livre
les

fit

fortune,

beaucoup plus que

le

système.

milieux hostiles au christianisme on aperçut
tiré,

bientôt quel parti pouvait en être

sinon pour

le

syncrétisme païen, au moins contre la propagande
tienne.

chré-

Acceptée

comme

vraie, la légende d'Apollonius
vie, pure, pieuse,

permit d'opposer à l'Evangile une belle

dévouée, pleine de miracles et de bienfaits. Porphyre,
Hiéroclès, Julien, ne manquèrent pas de s'en prévaloir.

L'influence de Julia

Domna se maintint après la
le

mort

de Sévère

(211). tant
fils

que dura

règne de Caracalla.

Quand son
laissa
triers.

eut été assassiné (217), l'impératrice se
s'incliner

mourir plutôt que de

devant

les

meur-

Sa sœur Julia Mœsa, tout domia

aussi ambitieuse qu'elle,

intervint alors et

à la dynastie

sévérienne une

l'église et l'état au

me

SIÈCLE

365

continuation inattendue, en maintenant au pouvoir la
famille des
les,

grands prêtres d'Emèse. Elle avait deux Sohémias et Mammée, poiu'vues chacune d'un

fil-

fils

en bas-âge.
très

On

fit

croire

aux soldats de l'armée d'Orient,

attachés à Caracalla, que le

né des

fils de Sohémias était amours adultères de leur empereur et de cette

princesse. L'enfant

il

n'avait que treize ans

— était

déjà titulaire

du

pontificat d'Emèse. Macrin, substitué

d'abord à Caracalla, fut bientôt évincé et le jeune prêtre
le

devint empereur romain.

Nous

le

connaissons sous

nom de son
dont
il

dieu Elagabal, qu'il transporta à

et

fut toujours le serviteur fanatique.

Eome Comme
sjni-

sa

grand'tante

Domna,

le

nouvel empereur était

crétiste,

mais à sa façon. C'est autour de son dieu que

devait s'organiser l'Olympe. Il
à la

commença par
y retrouva

le

marier

Junon Céleste de Carthage. Baal, émigré en Oc-

ddent,

y retrouvait Astoreth.

Il

aussi son

3ulte syrien,

avec ses rites obscènes et ses frénésies
cette orgie

sacrées.

L'empereur en personne conduisait
plaisir à

eligieuse, et prenait
estait
•iens se

y compromettre
et

ce qui

de

la vieille

dignité romaine. Enfin les préto-

lassèrent

du grand-prêtre

de ses processions
le fils

ubriques. Il fut jeté
le

au Tibre et remplacé par
et

Mammée,

le

doux

vertueux Alexandre. Le dieu
et

l'Emèse, la déesse de Carthage,
livinités

beaucoup d'autres

venues de loin pour

les

noces célestes, furent
lui aussi, avait

envoyés à leurs temples. Alexandre,

une

iropension vers le syncrétisme religieux.
elle

Dans

sa cha-

domestique, sa piété, bien plus large que celle de

366

CHAPITRE

XIX.

Julia Domiia, lionorait à la fois

Abraham

et Orphée,]

Jésus-Christ et Apollonius de Tyane. Sa mère
fut eu rapport avec
sible

Mamméej
est pos-j

Origène

et

Hippolyte \

H

qu'iUexandre

ait eu, lui aussi,
Il faillit

quelque accointance.

avec ces docteurs.

élever

un temple à
nombre des
ils

Jésus-|
dieux..

Christ et l'admettre officiellement au

Ses conseillers l'arrêtèrent. En revanche chèrent pas de tolérer ouvertement l'existence des com-i
ne
l'empê-;

munautés chrétiemies, de
et

faire

l'éloge de leur moralel

leur

roccasion! de leur organisation, enfin de prendre à défense contre des revendications injustes ^

;

Ce règne tranquille dura treize ans. Alexandre
assassiné le 19

fut

jetèrent la

mars 235 par des soldats révoltés, qui pourpre sur les épaules de Maximin, soldat

grossier et fanatique.
aussitôt.

Une

réaction violente commencé»
le

Les chrétiens, favorisés par

défunt empereur,

nous apfurent l'objet d'un édit spécial, dont Eusèbe ne visait que les chefs des églises Origène

prend

qu'il

:

brûlés \ atteste que les édifices religieux furent

C'eh^t

diacre \ et Pro alors que ses amis Ambroise, qui était
toctète, prêtre de Césarée
et qu'il leur écrivit

en Palestine, furent

arrêté;^

son Exhortation au martyre. Lui
se cacher.

même
ils

fat

obhgé de

Tous

les

trois,

pourtant
ei

sui-vécurent à la persécution.
le légat

EUe

fut très vive

Cappadoce, où

ne se borna pas à poursuivi.

1

Ci-dessus, p. 318, 244.

2 3

Lampride, Alexander,
Saint Jérôme,

22, 29, 43, 45, 49, 51.

Eus., \1, 28; Origène, In Matth., 28.

*

De

rùi'.s,

5(3.

L'ÉGLISE ET h'ÉT.^T AU
les

III«

SIÈCLE

367

membres du

clergé et sévit indistinctement contre

tous les fidèles \
lyte,

A Eome

1

evêque Pontien

et

Hippo-

et

A

de évêques échappèrent aux recherches, car on ne signale aucune vacance de ces sièges au
Cappadoce.
les

chef d'une commmiauté dissidente, furent arrêtés exilés en Sardaigne, où ils ne tardèrent pas à mourir \ Antioche, à Alexandrie, à Jérusalem, à Césarée

temps

peut en dire autant de l'évêque de Carthage: aucun des prédécesseurs de saint Cyprien
n'avait été martyr.

de Maximin.

On

En somme

les édits

de Maximin pails

raissent avoir été assez

peu exécutés de son vivant:

ne reeurent aucune application après sa mort. Gordien in (23&-243, et Philippe (243-249) laissèrent en paix
les chrétiens.

Philippe était chrétien lui-même, on
-^

le disait,

du

moms

naies et

mais seulement en son particulier, car ses monce que l'on connaît de ses actes nïndiquent

au-

cune différence extérieure, au point de ^^le religieux, entre lui et les autres empereurs.

2-°

La

persécuiion de Dèce (2Ô0--251).

Proclamé empereur, en septembre 249, Dèce
presque aussitôt en présence

se vit
re-

d'une

double tâche:

oousser Tinvasion des Goths et réformer les mœurs. 3remière lui était imposée par les
•éussit pas,
il

La

événements; s'il n'y trouva au moins, en s'y essayant, une
Ci/pr.,

*

Firmilieri,
Cat.
lib.

ap.

ep.

LXXV,

10.

-

3

Denys d'Alexandrie, dans

Eus., VIT, 10.

368

CHAPITRE

XIX.
il

mort honorable. Quant
crite

à la seconde,

se l'était pres-

lui-même, sans mesurer ni ses forces ni les obsta-

cles. Il rétablit la

charge de censeur,
lui

la confia

au

sé-

nateur Valérien, et

donna commission de réformer

tous les abus, au palais, au sénat, dans les administrations, enfin partout. C'est à ces idées

de réforme géné-

rale

que

se rattache sa résolution d'extirper radicalement

la religion chrétiemie.

Dèce

vit

dans

le

christianisme
:

le

plus actif dissolvant des
qu'il

mœurs romaines

il

se figura

en viendrait à bout par des mesures de rigueur
Il était
'.

sérieusement appliquées.

bien tard pour mener

à bien une telle entreprise

L'édit de persécution, à en juger jîar son application, car

nous n"en avons plus
les

le

texte, obligeait tous

les chrétiens et toutes
l'être à faire
fice, libation,

personnes

soupçomiées de

un

acte d'adhésion au culte païen, sacri-

participation aux repas sacrés.

Dans chaque
était

ville,

dans chaque bourg même, une commission

1

Sur cette persécution

v. 1°

Cyprien, Ep., 1-56;

De

lopsis:
'

Denys d'Alexandrie,
Domitius
et

lettres à

Fabius d'Antioche (Eus., VI,

41, 42), à

Didyme

(Eus., VII, 11, 20j, à

Germanus
| j

(Eus., YI, 40).

— Parmi les pansiones marttjrum qui se réclament
avec confiance (texte grec dans Gebliardt, Acta celle de Carpus (ci-dessus, p. 266, n. 1)
;

de la persécution de Dèce. la passion dePionius est la seule qui
se puisse citer
\

martyrmn

selecfa, p. 96)

|

est peut-être, elle aussi, de ce temps. Quant à celles de saint Achatius (Autioche de Pisidie), de saint Maxime, des saints^ Piei-re, André, Paul, Dionj-sia (Lampsaquej, de saint Conon (Magydos), de saint Nestor (Sidé), des saints Tryplion et Respicius (Nicée), des saints Lucien et Marcien (Bithyniei, de saint Sa turnin (Toulouse), ce sont des textes trop postérieurs aux éve

|

j

j

uements pour

être facilement utilisables.

l'église et l'état au in« siècle

369
délivrait, à
certificats

chargée de présider à ces formalités:
ceiix

elle

qui consentaient à

s'y

soumettre, des

de sacrifice \
traints
les

Ceux qui

s'y refusaient devaient être con-

par

les fonctionnaires

de l'administration

et

par

mmiicipalités. Naturellement les évêques et le clergé, avec les autres notabilités chrétiemies, étaient recherchés tout d'abord. Les confesseurs, jetés en prison, s'y

voyaient tourmentés par

la faim, la soif et autres supphces lents, jusqu'à ce qu'ils se décidassent à l'apostasie.

De temps en temps des condamnations

capitales, des

exécutions, montraient jusqu'où l'on était résolu d'aller.

Le bûcher, supplice destructeur du corps, était assez souvent employé. On le considérait comme propre à
déconcerter
se

les

espérances de résurrection. Quiconque

dérobait par la fuite avait ses biens confisqués.

Ces

mesures, vigoureusement appliquées, parurent

d'abord avoir obtenu
tiemies eurent,
rable. «

un

plein succès.

Les masses chréune tenue déplo,

devant

la persécution,

La
;

défaillance fut universelle
«

lexandrie
»

dit Denys d'A» un grand nombre de personnages en vue se

présentèrent d'eux-mêmes: les fonctionnaires
sèrent

se lais-

»

conduire par leurs subordonnés ou par leurs

original,

Quelques-uns de ces certificats nous ont été rendus, en par les papyrus égyptiens. Trois ont été trouvés dans le voisinage d'Arsinoé le quatrième provient d'Oxyrhynque. Compte-rendus de l'Académie de Berlin, 1893, p."^1007; de 'Académie de Vienne, 1894, p. 3; Atti del II Congresso di ar;

:heol.
^Ixiis

crist., Eome, 1902, p. 398; Grenfell et Hunt, 0:r,jrhynimpyri, t. IV, Londres, 1904 Cf. Harnack, Theol. IJteraturmtung, 1894, p. 38, 162; P. Franchi, Xuovo Bull,
1.

di archeol.

•nst;

1895, p. 68, et Miscellanea di

sf.

c cuit, eccl.,

1904, p. 3.

QUCHESXE. Hist. une. de

VEgL

-

T.

I.

24

370
»

CHAriTRE

XIX.

collègues. Appelés par leurs

noms

et invités à sacri-

» fier, ils »

s'avançaient, la plupart livides et tremblants.
s'ils

comme

se fussent présentés
sacrifiés

non pas pour

sacrifier.

»
» » » » »
»

mais pour être

eux-mêmes. La

multitude assemdérision; tout
le

blée à ce spectacle les tournait en

monde voyait que
devant
le

c'étaient des lâches, aussi timides

sacrifice

que devant

la mort. Il
:

y en

eut

qui montrèrent plus
autels, protestant
tiens.

d'assurance

ils

couraient

aux
chré-

qu'ils

n'avaient

jamais été

C'est de

ceux-là

que

le

Seigneur a

dit qu'ils

»

auraient de la peine à se sauver. Quant aux petites
gens,
ils

»

se

mirent à

la suite

des autres ou s'enfuiarrêtés.

» rent.
» il
»

Un

certain
(pii

nombre furent

Parmi

ceux-ci

y en eut

persévérèrent jusqu'à se laisser mettre

aux

fers et

en prison, quelques-uns

même

pendant un

»

»
»

temps assez long: mais avant de passer devant le tribunal ils abjuraient. D'autres ne furent vaincus que
par la torture
»
.

Les choses

se passèrent à Cartilage et à

Eome

de

la

même
Il

façon qu'à Alexandrie.
al.jura avec

A

Sm^-rne l'évêque Euses fidèles.

daemon

un grand nombre de

y

des con-; eut en revanche des martyrs et surtout

fesseurs.

A

Eome,

le

pape Fabien, arrêté dès
le

les pre-|

miers jours, fut supplicié

20 janvier 250. Les
Eufin

prêtresj

Moïse

et

Maxime,

les diacres
ils

et Nicostrate, furent:

jetés en prison,

demeurèrent plus d'un an: Moïsej
de l'année.

y mourut vers
pris au

la fin

A
le

Toulouse

l'évequej
sur-|

Saturnin fut exécuté.

A
il

Smyrne,

prêtre Pionius,

moment où

célébrait, avec quelques

fidèles.^

l'église et l'état au iir siècle
l'anniversaire de saint Polycarpe, subit le supplice
feu.

371

En même temps que

lui fut

du bmlé un prêtre marun monta-

cionite,
le

appelé Métrodore. Pione, qui se rencontra sur bûclier avec un marcionite, avait trouvé

Eutjcliianus, dans sa prison. L'édit ne distinguait pas entre la grande Eglise et les dissidents. Antioclie et à Jérusalem, les évêques Babylas et Alexandre furent aussi incarcérés et moururent en prison. Origène, incarcéré aussi et à peu près écartelé, échappa sur le moment à la mort: mais il survécut peu, affaibli sans doute par les souffrances qu'il avait endurées.
niste,

A

les évêques réussirent à s'échapper. C'est ce que firent saint Cyprien à Carthage
et saint

En beaucoup

d'endroits

Grégoire à Néocésarée.

Il

en fut de même, sans

doute, à Césarée de
droits

Cappadoce et en bien d'autres enpour lesquels les renseignements font
défaut.
il

Denys d'Alexandrie, arrêté au moment où
ville,
le

quittait la

fut enlevé à son escorte par des

paysans amis, qui

transportèrent en lieu sûr.

leurs retraites, les évêques qui s'étaient cachés continuaient à diriger leurs églises ils restaient en com:

De

munication avec

les

membres du

clergé, qui, sous le feu

même de
tions

la persécution, continuaient à

remplir

les fono-

de leur ministère, et avec

les fidèles

hardis

qui

ae laissaient

pas chômer

les

œuvres de

la charité chré-

lenne.

La correspondance de
et à

saint C:>TDrien est très in-

éressante à ce point de ^me.

On peut y

voir comment,

Rome
•enait

Carthage, une communauté chrétienne parà vivre sous le régime de la terreur.

0-^.2

CHAPITRE XIX.

A Eome

la situation était si

grave quïl fut imposépis-

à Fabien. Le siège sible de donner un successeur copal resta quinze mois vacant.

Une année
seurs, entassés

se passa

dans ces angoisses. Les confesprisons, mouraient lentement.

dans

les

De temps
cliée.

à autre

quelques-uns montaient sur les bû-

chers, étaient jetés

aux bêtes ou avaient

la tète

tran-

L'Eglise enregistrait avec joie ces nobles exem-

ples.

On

enterrait les martyrs,
les
fugitifs,

on

visitait les prisonniers,
le

on secourait

on soutenait

courage des
et de

consoler gens exposés, et déjà on s'occupait de
réconcilier les apostats pénitents.

Vers
tit.

la fin

de l'année 250

la

persécution se ralen-

Au

printemps suivant

la sécurité revint.

Les

évo-

En noques reparaissaient: on reprenait les rémiions. Davembre 251, Dèce périt devant l'ennemi, près du
nube.
réunir

Le danger sembla
un

disparu.

Saint Cyprien put

concile à Cartilage et l'église de

Rome

se

domia un évêque.
Cependant
la tranquillité

dura peu. Le successeur

nouvel édit par de Dèce, Trebonianus Gallus, rendit un fois obligés à salequel les chrétiens étaient encore une
crifier.

Une

Elle peste terrible ravageait alors l'empire.

seconde persécution, paraît avoir été l'occasion de cette
sur laqueUe
lettres
il

ne reste que quelques aUusions dans

les
'.

d'Alexandrie de saint Cyprien et de saint Denys

1

YII,

1)";

lEus., Cyprien, Ep. LIX, 6; Denys, lettre à Hermammon que Cyprien écrivit son traité ad Demec'est alors

iriauum.

l'église et l'état au

me

siècle
;

373
fidè-

Le nouveau pape, Cornélius,
les se foi

fut arrêté

mais ses

portèrent en foule au tribunal, proclamant leur et se déclarant prêts à mourir pour la conserver'.
(Ci-

Cornélius fut simplement interné à Centumcellae
vitavecchia),

il

mourut quelques mois après (juin 253).

Lucius, élu à sa place, fut exilé, lui aussi, aussitôt après son ordination; mais son éloignement dura peu.

Eap-

par Gallus lui-même, soit par Emilien, son success-eur éphémère, il reprit, vers le commencement
pelé,

soit

de 254, la direction de son église, mais pour quelques semaines seulement, car il mourut le 4 mars. Emilien
avait été déjà renversé
l'Eglise et se
tiens.

par Valérien, qui rendit
très favorable

la

paix à

montra d'abord

aux chré-

On put
tion.

alors

apprécier les résultats de la persécu-

Gallus l'avait ranimée pour satisfaire les passions

populaires, soulevées par des calamités de tout genre,
peste, lamine, invasion des
c'est la

barbares. Mais à l'origine

raison d'Etat qui avait dicté à

Dèce

ses édits

sanglants.
doute,
avait

Dèce

et la raison d'Etat étaient vaincus.
la vie

Sans

pendant quelque temps,

du christianisme

paru suspendue. Des fonctionnaires optimistes du-

rent écrire alors des rapports triomphants.

Un nombre
comme

immense d'apostasies avaient
sur les registres.
tels

été obtenues et inscrites

La

plupart des chrétiens connus
certificat

étaient

munis d'un

de

sacrifice.

Quelques

Biitêtés,

soumis au régime de

la prison, finiraient à la

'

Cyprien, op.

cit.

374

CHAPITRE

XIX.

longue par se soumettre aux formalités prescrites. Mais

ou

oubliait

ime foule de gens qui avaient réussi à
les

disre-

simuler leur qualité de ckrétiens ou à dépister

cherckes de

la police.

Si tant d'évêques, de prêtres, de
se cacher et

diacres, étaient

parvenus à

même

à exercer

leur ministère aux
la police

moments
resta

les plus critiques, c'est

que

ne pouvait ou ne voulait pas tout
finie,
il

voir.

La

persécution
les qui,

un

très

grand nombre de

fidè-

n'ayant pas été

mis en demeure de

sacrifier,
l'édit,

n'étaient ni apostats ni confesseurs.

Le

succès de

complet en apparence, se trouvait être en réalité fort
restreint.

De

plus, ces

mêmes

ajDOstats qui avaient sacrifié ou
sacrifice, n'étaient

reçu des certificats de

pas pour cela

ralliés à la religion de TemjDire ni détackés du chris-

tianisme.

En

règle avec l'autorité,

ils

ne

l'étaient

pas

avec leur conscience. Bien avant que

la tranquilHté ne

fût revenue, les prêtres, les évêques, les virent arriver,

pleins de larmes et de repentir,
sollicitant leur réintégration

demandant pardon
la société

et

dans

des

fidèles.

L'empereur avait réussi
lâchetés,

à faire

commettre beaucoup de
le

mais non pas à diminuer

nombre des

chré-

tiens. Cette épreuve eut même pour effet da fortifier les courages. Les fidèles de Eome s'associèrent en masse,

sous G-aUus, à
avaient pas

la

confession de

leur

évêque:

ils

n'eu

fait

autant pour Fabien, au début de

la per-

sécution. L'opinion publique elle-même, celle des masses païennes,
tre
les
si

parfois elle réclamait des rigueurs con-

chrétiens,

tendait

cependant à

s'apaiser.

Les

l'église et l'état au ni« siècle
TÏeilles
la

375

calomnies tombaient cliaque jour, à mesure que
des fidèles rapprochait,
et permettait

multiplication
les

enchevêtrait

davantage

deux sociétés

de se mieux

connaître. Il n"^' avait que dans les

temps de calamités
le

publiques que l'on entendait encore retentir
foules:

cri

des

«Aux

lions les chrétiens!»

Les scènes de marfidèles et trou-

tyre, qui exaltaient

Tenthousiasme des

blaient la conscience des apostats, arrachaient parfois

des protestations aux païens eux-mêmes'.

En somme,
les

depuis

le

III^

siècle, les

empereurs qui laissèrent

chrétiens tranquilles paraissent avoir été d'accord avec
le

sentiment public, beaucoup plus que ceux qui

les per-

sécutèrent.

3.°

La

persécution de Vah'rkn.

Saint Denj's d'Alexandrie nous a laissé un tal)leau de
la

paix dont jouit l'Eglise dans les premières années (254la tranquillité n'avait

2oî ) du règne de Yalérien. Jamais
été plus profonde ni les chrétiens

mieux traités, pas même

sous le règne de leur coreligionnaire Philippe. Ils étaient

«n

si

grand nombre dans l'entourage immédiat de l'empe-

reur que sa maison formait

comme

«

une église de Dieu

»

Denj^s attribue
l'influence d'un

le

changement d'attitude de Yalérien à
qu'il appelle
et

de ses ministres, Macrien,

au figuré

le

chef des magiciens de l'Egypte,

qui pa-

'

«

Cruelle sentence, ordres injustes
sui^plice de saint

»,

murmurent

les

païens

à

la

vue du

Carpus et de ses compagnons.

376
raît

CHAPITRE

XIX.

en

effet

avoir été
tel

un païen

fanatique, adonné à la
chrétiens.

magie, et

comme

ennemi acharné des

L'empire ne se relevait pas de ses malheurs. Toutes
les frontières étaient assaillies; le

Rhin,

le

Danube,

li-

vraient passage aux Francs, aux
ples pillards
la

Alamans

et autres peu-

de

la

Germanie. Les Goths, voisins de
écumaient
les côtes,

mer Noire,

se faisaient pirates,

ravageaient

l'Asie

Mineure

et

se

montraient jusque
se

dans

la

mer Egée.
maîtres

A
de

l'est

de l'empire, les Perses

rendaient
mie.

l'Arménie et de la Mésopota-

H

n"est pas jusqu'aux tribus

du Sahara qui ne
de
la

se

missent en mouvement contre

les postes

Numidie.

Yalérien. honnête, mais faible, perdit la tête au point

de s'abandonner aux conseils fanatiques

et

de recomsi

mencer contre
réussi à Dèce.

les chrétiens cette

guerre qui avait

mal

Ce
ne
de

fat,

encore une

fois,

une guerre implacable

'.

B

s'agissait plus d'arrêter les
la

progrès de l'Eglise, mais
3^

détruire.

On

espéra

d'abord

arriver

par des

moyens relativement modérés, sans
Sur
la

effusion

de sang.

1

persécution de Yalérien v. 1° Denys d'Alexandrie,

(Eus. VII, 10) et à Germanus (VU, 11): dans cette dernière il reproduit le procès-verbal de sa comparution devant le préfet d'Egypte, en 257 (remarquer que la lettre à Domitien et Didyme qu'Eusèbe donne ensuite, se rapporte
lettres à

Herniammon

à la persécution de Dèce, non à celle de Valérien);
prien,

^'^

Cy-

de saint Cyprien: — 5" Passions des 4° Vie de saint Cyprien par son diacre Pontius; saints Fructueux, évèque de Tarragone, et de ses compagnons, des saints Marien et Jacques, des saints Montanus, Lucius etc.,

Ep.

LXX^^E-LXXIX

;

— 3° Passion

6° Eusèbe, YII, 12.

l'eolise et l'état au
Puis, les premières

iii«

siècle

377
inefficaces,

mesures ayant été jugées

on eut recours aux exécutions.

De

deux

édits,

dont

les

dispositions se sont assez bien conservées.

Le premier
après.

parut au mois d'août 257, le second

un an
le

Le

premier

^

ne concernait directement que
Il

haut clergé,

évêques, prêtres, diacres.
fier

leur était enjoint de sacriqu'il leur fût interdit

aux dieux de l'empire, sans

d'honorer le leur, pourvu qu'ils l'honorassent en leur
particulier,
le

en dehors de toute réunion de culte. C'était

syncrétisme religieux étendu au Dieu des chrétiens et

imposé par l'autorité publique.
gistrat devait

En

cas de refus, le
d'exil.

ma-

prononcer une sentence

Nous savons par de bons documents comment
choses se passèrent à Alexandrie
et

les

à

Carthage.

Les

deux évêques, mandés devant

le

gouverneur, subirent

un interrogatoire identique,

et,

sur leur refus de recon-

naître la religion romaine, furent internés
calités

dans des

lo-

déterminées. Cyprien comparut seul.

Denys

était

Comparution de saint Cyprien devant le proconsul d'Afrile 30 août 257. Le proconsul dit à l'évêque: Qui Bomanani religionem non colunt debere Bomanas caeremonias recognoscere Non solum de eplscopis verinn etiam de presbyteris mihi scribere dignati sunt (Valerianus et Gallie'

que Aspasius Paternus,

.

.

.

nus impp.)... rraeceperunt
hiila

cHam ne

in aliqidbus locis concilia-

fiant nec coemeieria inyrediantur. Si qiiis ifaque hoc tcnn

aaliibre

praecepfum non observaverif, capite plectetur. Dans le proDenys d'Alexandrie, le préfet d'Egypte énumère les mêmes dispositions, presque dans les mêmes termes; voir surtout ce qui se rapporte aux réunions: Oùoaaw; 51
cès-verbal relatif à saint
'j-j.I^

i;iaTai

o'j-i

âX).;'.;

Ttaî-j

r.

cs'j-^io^'j;

TTjt-Taôaî
il

r:

ai;

Ta naXsûaiva

y.5';/v;Trp'.a

ÛGii-ioLi.

De

ce dernier

document

i-ésulte

que

l'édit

était

appliqué aux diacres.

378

CHAPITRE XIX.

accompagné d'un prêtre, de trois diacres et d\m cerdoute un prêtre ou tain Marcellus, venu de Rome, sans

|

|

un

diacre romain.

En

Numidie,
et

le

légat impérial pro|
|

nonça une peine plus grave

condamna aux mines uu
;

diacres certain nombre d'évêques, de prêtres et de
fidèles figuraient
la

des

!

avec eux \ Peut-être avaient-ils enfreint

défense de tenir des assemblées.

Le second

fut
les
la

édit,

rendu Tannée suivante en

Orient,
,

guerre contre les Perses avait appelé l'empereur, adressé par lui au sénat, avec des instructions pour

I

gouverneurs des provinces. Nous en avons 1" analyse -. Outre le dans l'avant-dernière lettre de saint Cyprien
clergé,
il

visait aussi les laïques
et diacres,

de certaines conditions.
devaient être exécutés

Les évêques, prêtres
sur
le

champ;

les sénateurs et chevaliers,

dégradés

et

décapités. privés de leurs biens, puis, sïls persistaient,

Les matrones étaient soumises à
l'exil.

la

confiscation

et

à

Les

césariens, c'est-à-dire les

employés du domaine

impérial, qui formaient

un personnel immense répandu

leurs dans tout l'empire, devaient être dépouillés de exploitations biens, enchaînés et enrégim3ntés dans les

serviles (mines, fermes, etc.).

La teneur de cet édit fut apportée de Bome à saint Cyquittèrent la capitale, prien. Au moment où ses messagers
Cas confesseurs Cyprien, Ep. LXXYI-LXXIX. Sigus, à quelques disséminés par groupes dans le m-tcdlum de avaient tous Cirta, en Numidie. Les évêques lieues au S.E de assisté au concile de Carthage, en 256.
i

-

étaient

«

Ep.

LXXX.

l'église et l'état au
le

m*

siècle

379

pape 'Kyste II
le

et quatre

de ses diacres avaient été exé-

cutés dans

cimetière (6 aoûtj.

Deux

autres, Félicissime
le

€t Agapit, le suivirent de près: enfin

dernier

sur-

vivant du collège diaconal, saint Laurent, fut brûlé le

10 août.
fois

A

Cartilage,
le

Cyprien comparut une seconde

devant

proconsul, qui, sur son refus de sacrifier,

lui fit

trancher la tête.

En Espagne,

l'évêque

de Tar-

ragone Fructuosus fut brûlé vif Tannée suivante, avec
ses

deux diacres Eulogius

et Augurius.

Les deux pasla

sions des saints Jacques et

Marien pour

Xumidie,

des saints Montan, Lucius et autres pour la province
proconsulaire, nous montrent que la persécution sévissait

encore en 259 dans

les

provinces africaines.

A côté

de

membres du
de

clergé

on y trouve des martj-rs qui
et des

étaient

simples

fidèles

gens de condition
la dé-

commmie. Ceux-ci furent sans doute victimes de
fense de tenir des réunions
;

cette défense était à peine

de mort

'.

Les documents font défaut pour
tales.

les

provinces orien-

Denj's fut tiré de son exil et rapproché d'Alexan-

drie;

cependant, quoiqu'il ait eu beaucoup à souffrir,

il

ne fut pas exécuté.

A

Césarée

de Palestine le clergé
-

parvint aussi à échapper.

Eusèbe

ne peut citer que

Sur les mart^Ts de la Massa Candida, pi'ès d'Utique, v. le mémoire de M. Pio Franchi de' Cavalieri dans les Studi e Testi
'

de la bibliothèque vaticane, fasc. 9, p. 39 et suiv.
teur,
les

Du même

au-

dans le même recueil, fasc. 3, un travail important sur deux passions de Montan et de Marien. « H. E., VII. 12.

380

CHAPITRE

XIX.

trois paysans, Prisons,

Malchns

et

Alexandre, qni furent

jetés

aux bêtes en

même temps

qu'une

femme

de

la

secte marcionite.

Mais ces martyrs

s'étaient

dénoncés

eux-mêmes.

En
fit

S3'rie et

en Asie-Mineure, l'invasion des Perses
le silence

peut-être trêve à la persécution; cependant

des documents directs n'est pas une

raison

suffisante

pour
les

l'affirmer.

Valérien disparu, Macrien dut maintenir
Il

rigueurs qu'il avait inspirées.
le

n'en fut pas de
il

même

de Gallien, dont

nom

figurait,

est vrai, avec celui

de son père, en
dont
les

tête des édits contre les chrétiens, mais

sentiments

favorables

ne tardèrent pas à

se

manifester. Les poursuites cessèrent. Les évêques, rendus

à l'exercice

de leurs fonctions, s'enhardirent au point
lui

de s'adresser à Tempereur et de

réclamer

les églises
les

et les cimetières confisqués. Gallien

donna ordre de

leur rendre.

Eusèbe eut sous

les

yeux deux
:

lettres im-

périales relatives à ces restitutions
était adressée à et

de l'une d'elles, qui

Denys d'Alexandrie, Pinnas, Démétrius,
il

autres

évêques,

inséra une traduction dans

son

Histoire ecclésiastique ^

Avec

le

règne de Gallien s'ouvre une longue période

de paix religieuse.

La

persécution "directe et effective

ne reparut que dans

les dernières
il

années de Dioclétien,
est vrai, sur la fin de
les hostilités:
il

à partir de 303. Aurélien eut,

son règne, l'idée de recommencer

prit

même

des dispositions à cet

effet.

Mais

les

nouveaux

édits

iVII,

13.

l'église et l'état au
n'étaient point encore

me

SIÈCLE

381

parvenus aux provinces éloignées
',

de son quartier-général

que

la

mort du prince (276)

en arrêtait l'exécution.

4.°

La

propriété corporative des églises chrétiennes.

A

partir

du moment où

l'autorité

romaine

fit

otïi-

ciellement une distinction entre les juifs et les chrétiens,
ceux-ci se trouvèrent obligés de lui cacher
leurs

non seulement

croyances individuelles, mais encore leur existence

corporative.

Les communautés chrétiennes, n'étant pas
le

reconnues par l'Etat, tombaient sous
fort sévères,

coup des

lois,

qui interdisaient les associations non auqui consultait Trajan pour savoir com-

torisées. Pline,

ment

il

devait traiter les gens convaincus de christia-

nisme, n'avait nul besoin d'instructions pour empêcher
leurs assemblées
*.

Trajan aimait mieux exposer

les villes

aux périls de l'incendie

que de

les laisser

organiser des
associations

corps de pompiers, sous prétexte Cjue
sont toujours dangereuses.

les

Sous un

tel

régime, les églises

durent avoir recours à bien des ruses pour dissimuler
leur vie sociale

aux regards de

la

police.

Cependant,

dès les premiers temps, elles eurent des ressources en

^

Il

était alors en Thrace,

aux environs de Byzance. Ces

édits sont attestés
pars., 6.

Ou

par Eusèbe, VII, 30, et Lactance, De mortihus ne connaît aucun martyr qui se puisse rapporter
persécution.
:

à ce
*

commencement de
Il se

figura

y avoir réussi

Quod ipsuni
X,

(les

réunions)

facere desisse (adfirmahant) post

edictum meiim

qiio

seciindum

mandata tua hetaerias

esse vetuerani (Ep.

96).

382

CHAPITRE

XIX.

argent, une caisse de société.
il

Un

siècle après Ti'ajan,

cimetières. est déjà question d'immeubles, d'églises, de
le

Ces biens devaient être possédés sous
priétaire individuel
:

nom

d'un pro-

mais cette situation
la

offrait

peu de

garanties.
priétaire

Un

changement dans
ses héritiers, son

volonté de ce pro-

ou de

apostasie, son passage

à

une secte hérétique,

et la jouissance

de TEgUse

était

mise en question.
l'affectation

S"il s'agissait

d'mi lieu de sépulture,

fiuiéraire ne pouvait être

changée: mais,

par exemple, un héritier mal disposé pouvait mtroduire dans une sépulture chrétiemie des morts hérétiques ou
païens appartenant à sa famille K

H

était

donc désirable

que Ton trouvât un autre mode de posséder. On V parvint. Au commencement du lY* siècle,
églises avaient

les

non seulement des heux de

culte et de

mais ensépulture, qu'elles possédaient corporativement. la comcore d'autres biens fonds qui appartenaient à munauté entière et non pas à tel ou tel de ses membres. L"édit de
1

Milan

les vise

en termes exprès

'.

Ou

II était

impossible de les exclure par ime disposition

comme

religioxem pertinentes meam, celle que vise la formule ad membres de employée par un défunt pour désigner ceux des son tombeau. Le christianisme, sa famille qui auront place dans la protection des lois étant religio illlcita, ne pouvait invoquer
^De Rossi, Bull., 186b, p. 54,
2

92).

Chrisiiani

non eo

loco ioiifiim

ad qvae convemrc ^oMant

ius corporis eonnn, ul sed efiam alla habuisse noscuniur ad sim/idorum pertinenfia. Lactauce, etff ecclesianim, non homiumn Maximin). La basiDe mort, persec, 48: Eusèbe, X, 5 (édit de de Consà Rome, possédait, dès le temps lique Saint-Laurent, h'wpore peroccupavi^rat tantin, un fonds de terre qiiod fiscv.s

aecutionis

>

Liber i>ont if.,

t.

I,

p.

18-2,.

l'église et l'état au ni" siècle

383

verra bientôt qu'en 272
à

Tempereur Aurélien inten'int
et

Antioche entre

la

communauté catholique

un
'.

j^arti

dissident qui lui disputait la
la

maison épiscopale

Après

persécution de

"^^alérien,

Den3^s d'Alexandrie

et d'au-

tres

évêques furent invités à se présenter aux agents
fisc

du

et à se faire remettre

les

lieux

religieux

mis

sous séquestre. Ainsi, quand, en 257, on avait saisi les
églises et les cimetières, c'était bien

comme

propriétés

ecclésiastiques et

non pas seulement comme propriétés
ecclésiastique.

affectées à l'usage

Cet état de choses
encore.

peut

être

constaté

plus

anciennement

Sous

Alexandre Sévère, un débat s'étant élevé entre des cabaretiers et le corps des chrétiens de Eome, à propos de
la

possession d'un immeuble autrefois domanial, l'affaire

fut

portée devant

le

prince,

qui la trancha en faveur

des chrétiens \ Peut-être est-ce lui qui les autorisa à pos-

Lampride (c. 22) semble bien se rapporter à l'existence corporative des
Ch)-i'<ttaiios esse

séder.

Le

passifs est de

chrétiens, car leur sécurité personnelle n'avait

guère été

menacée sous

les

prédécesseurs immédiats d'Alexandre.

Les églises
par ordre de

qui,

au rapport d'Origène, furent détruites
(235i.

Maximin

appartenaient vraisembla-

'

Eus., VIT,

.30.

*

Lampride,
deheri,

Ale,r. Ser.,

40: Ci/w Chri.sfia/n

qvcmdam locum
illic

qui pvhlicH.s fuerat occiqxissei/f,
etivi

contra popinarii dlcerent sihi

rescripsif melins esse ni

qitemadmodumcumque

Deiis colatvr

quam

pnpinariin dedatur.

— L'affectation religieuse

montre bien qu'il s'agit d'un lieu de culte, appartenant à la et non d'une propriété privée, appartenant à des chrétiens quelconques.

communauté chrétienne,

384

CHAPITRE

XIX.
;

blemeiit aux

communautés chrétiennes. On ne peut guère
de ce cimetière à l'adminisle

!

clouter qu"il n"en soit ainsi

:

tration duquel Calliste fut préposé (198) par

pape

1

Zéphp'in, et des areae .sepiilturarum de Carthage qui,

!

au temps de Tertullien, étaient comiues
tenant aux chrétiens \

comme

appar-

i

Ainsi la propriété ecclésiastique existait au IIP
cle et
siècle.

siè-

I

vraisemblablement dès

le

commencement de
loi

ce

i

Sous quelle disposition de

ou sous

quelle

i

fiction légale était-elle

parvenue à s'abriter?

On

a songé*

à la législation

sur les collèges fiméraires,

législation

assez accommodante, dont l'empereur Septime Sévère
avait favorisé l'application. Il était permis aux petites

gens de se grouper en vue de se procurer une
ture convenable;
ces associations pouvaient

sépul-

:

recueillir

'

des cotisations mensuelles, posséder, tenir des réunions de caractère religieux elles étaient représentées par un
:

!

I

ador ou syndic, qualifié pour agir en leur nom. Les inscriptions attestent qu'elles pullulèrent dans tout Tempire.

!

i

Pourquoi

les

groupes chrétiens n'auraient-ils pas
j

été

admis à jouir de ces

facilités?

Pourquoi,

eux qui!
;

avaient

un

tel

soin de leurs sépultures, n'auraient-ils pas

présenté leurs commmiautés

comme
de

des collèges funéla loi?

i

raires, les plaçant ainsi à l'abri

|

Pourquoi? Pour plusieurs
lèges leur inspiraient une

raisons.

D'abord ces
profonde.

col'

répulsion

Tertul-

1

Ad
De
;

Scap., 3.

i

2

Rossi,

Eoma

soit., 1. 1. p.

101

:

t.

IL

p. vill

;

Bull. I8&i,

i

p. 57

1865, p. 90.

l'église et l'état au iif siècle
lien, les

385
^

qui nous a laissé une comparaison célèbre

entre

collèges païens et les associations chrétiennes, insiste

avec sa vigueur habituelle sur les traits qui les distinguent.

Un

évêque d'Espagne, qui

s'était risqué à faire

partie d'un collège et à faire enterrer ses enfants par
cette association, fut,

pour ce

fait,

l'objet

de sentences

ecclésiastiques-.
raires

De plus la loi sur les collèges funésupposait, comme condition essentielle, que l'on

ne contreviendrait pas au sénatus-consulte qui prohibait
les associations illicites.

Or

quelle association était plus illicite que celle des
?

chrétiens
s'agissait
difficile.

Il

eût donc fallu que la police ignorât qu'il

de l'égHse chrétienne.

Ceci surtout eût été

Les collèges funéraires étaient des associations

Une

peu nombreuses, de quelques douzaines de personnes. église de grande ville, comme celles de Eome, de
Carthage, d'Alexandrie, pouvait compter aisément,

au

milieu
Il

du

III" siècle,

de trente à quarante mille

fidèles.

eût été malaisé de déguiser en collège funéraire une
^.

multitude aussi considérable
Il

me semble

plus naturel de croire que
les

si,

depuis

la

mort de Marc-Aurèle,

communautés chrétiennes
si elles

ont joui de longs intervalles de paix,

ont réussi

ï

ApoL,

.89.

Cyprien, ep. LXVII, 6. ^ En dehors des raisons de convenance, on a cru relever quelques indices de l'usage que l'église romaine aurait fait de la législation sur les collèges funéraires ils sont extrêmement faibles et de signification très douteuse.
*
;

DucHESKE. Hist. anc. de VEgl.

-

T.

I.

23

ggg

CHAPITRE

XIX.

à posséder des immeubles apparents et considérables, recomiues, sans c'est qu'on les a tolérées ou même

aucune

fiction légale,

comme

églises,

conmie sociétéa
que rassociation.
Corptis su-

religieuses. Tertullien

crie très

liant

chrétienne
imis

est

une

association religieuse:
religionis
etc.

de conscientla
le

H

n'avait
le

du

reste

pas besoin de
les païens

dire: tout le

monde

savait.

Pour

de son temps l'idée de

clu'étien était insépar

rable de lïdée de

membre

d'une société religieuse. Les-

remuons de
les,

culte, le lien religieux qui miit tous les fidè-

sont les premières choses qui aient été aperçues et

calomniées.
rer le
c'était

Dès

lors tolérer les chrétiens, c'était tolé-

corps des

chrétiens;

persécuter les chrétiens,

persécuter l'être collectif qu'ils formaient néces-

sairement. Cet être collectif, qui ne cessait de grandir
et de se fortifier, pouvait paraître

dangereux pour

la

sécurité de l'empire

:

alors

on cherchait

à l'exterminer.

Mais

pouvait aussi paraître inoffensif. Commode, lea empereurs s^-riens, Gallien, même Yalérien, Aurélien et
il

Dioclétien, au

commencement de

leurs règnes, n'en ont
l'ex-

pas senti

le

péril.

On

pouvait enfin reculer devant

termination de tant de gens et devant la dissolution
entad'mie société que tant de rigueurs "n'avaient pu

mer. Quelques empereurs allèrent plus
lien écrivait

loin.

Quand

Gal-

aux évêques de

se faire rendre leurs égUses,

quand Aurélien

faisait évincer

Paul de Samosate de
doute bien

l'église d'Antioche, les chrétiens étaient sans

tentés de se croire autorisés,

comme

individus et

comme

corporation.

l'église et l'état au ni« siècle

387

empereurs du IH^ siècle ont tous eu regard de l'Eglise une attitude fort tranchée; à ou bien ils l'ont persécutée ouvertement, ou bien ils Font tolérée.
les

En somme,

En aucun

cas

ils

ne

l'ont ignorée.
et

Ses Heux de réunion,

ses cimetières, les

noms

domiciles de ses chefs étaient

connus des magistrats mimicipaux et de l'administration. S'il arrivait

un édit de persécution,
arrêter,

ils

savaient où

trouver l'évêque, le faisaient

mettaient saisie

sur les lieux de culte et les biens de l'église. L'édit révoqué, c'est encore à l'évêque que l'on s'adressait pour

rendre les biens confisqués.

De

fictions légales,

de

col-

documents ne domient ni témoignage ni soupçon. Tout se passe entre
le

lèges funéraires, de titres mystérieux, les

gouvernement

et le

corps des chrétiens.

Le

christia-

nisme n'avait pas cessé d'être prohibé en théorie: nul rescrit impérial ne lui avait reconnu la qualité de reUgio
licita,

ni déclaré que les

communautés chrétiemies
Les barrières légadevenait de plus en plus

étaient des associations autorisées.
les

existaient toujours.

Mais

il

impossible de les prendre au sérieux.

La vigne du

Sei-

gneur les débordait de tous
égétation.

côtés par sa prodigieuse

CHAPITRE XX.
L'Afrique chrétienne et l'église Romaine au milieu du 111® siècle — Cyprien.
Colonisation phénicienne: Populations indigènes dn nord de l'Afriqne. Origines chrétienColonisation et administration i-oniaine. Sa retraite pendant Cyprien, évêque de Carthage. Tertullien. nes. Attitude factieuse des confesseurs et des apostats. la persécution de Dèce. Le pa^je Cornélius. — Schisme de Novatien. Rapports avec Rome. Son conflit avec Le pape Etienne. Schisme de Félicissime à Carthage. Martyre de Cyprien. l'église africaine à propos du baptême des hérétiqiies.

Carthage.

— —

— —

1.°

Les provinces africaines.

L'Afrique des anciens s'étend,
île,

comme une
les lui

grande

|

entre le désert et la mer. depuis

Syrtes jusqu'à
|

l'Océan. Les premiers habitants que nous

connaiscelles

sons appartenaient à une race assez semblable à

de l'Europe. Des noms divers, Maziques, Maures, Nu-j
mides,
Gétules,
désignaient,

dans

l'antiquité, certains;
appli-i

groupes de leurs tribus: à leur ensemble nous

C[Uons maintenant les dénominations de race berbère oui

kabjde. Jamais elles ne furent rassemblées

en un

étatl

unique:

il

est

même

assez rare qu'elles aient vécu
partiels

long-j

temps en groupements

un peu

considérables^
cej

Le régime
pays

des tribus, encore en vigueur dans tout

et surtout

dans sa partie occidentale, leur convient

L'AFRIQUE CHRÉTIENNE
plus que tout autre.

389
l'enl'é-

Mais

il

les

défend mal contre

vahisseur
tranger.

:

aussi sont-ils voués à la colonisation de

Les premiers

colonisateurs

furent

les Phéniciens.

Carthage, fondée pour être la reine des mers occidentales,

devint aussi la métropole

du continent
le

africain.
littoral:

Ses comptoirs s'échelonnaient tout
l'intérieur aussi elle essaima,

long du

à

dans

la fertile vallée

du

Bagradas

et

même

plus loin, dans les régions producti-

ves qui portèrent plus tard les

noms de Byzacène

et

de Numidie. Tout ce pays était couvert de villes et de
villages

où régnaient

les

mœurs,

les institutions, la lan-

gue de Chanaan.
assimilée, le

En

arrière de cette zone colonisée et
l'influence politi-

pays berbère s'ouvrait à

que des Carthaginois et surtout à leur commerce.

Le

conflit

avec

Eome

vint mettre

un terme

à cette

expansion. Après la deuxième guerre punique, Carthage,
exclue de la mer, ne conserva plus sur le continent africain qu'un

domaine

fort limité, correspondant à

peu près

à la région de l'intérieur

l'on jDarlait phénicien.

Au

delà s'étendaient les ro^^aumes de
ritanie.

Numidie

et de

Mau-

Ceux-ci survécurent à la catastrophe définitive

(14(3 av. J.

C): Massinissa avait aidé

les

vainqueurs. Les

Romains détruisirent Carthage
son territoire
:

et gardèrent
ils

pour eux

mais tout d'abord

n'en firent rien.

La

colonisation latine ne

commença qu'un

siècle plus tard,

lorsque César (44 av. J. C.) ressuscita
de

l'antique rivale
et forma,
la

Eome, annexa

le

royaume de Numidie

de

cette nouvelle

Afrique (Africa nova) et de

province

390

CHAPITRE XX.
veius),

déjà existante (Africa

une seule

et

même

province.

Des

colonies d'émigrés latins s'établirent, tant sur rem-

placement
littoral,

de Carthage

que

dans

quelques

villes

du

ou

même
furent

de l'intérieur. Les municipalités phéorganisées à la

niciennes

façon

romaine:

les

duumvirs succédèrent aux

suffètes, les

dieux de

Rome

aux anciennes divinités cliananéennes, la langue latine à la langue punique. Puis, au delà du pays déjà colonisé par les Carthaginois, on
bère,
tines.
Il

gagna sur

la

région bercités la-

où s'élevèrent peu

à

peu de nombreuses

s'en faut pourtant que l'assimilation ait été comles

plète.

Le phénicien se maintint longtemps dans pag-nes, comme le celte en Gaule et le copte en
Il

cam-

Egj^te.

finit

par être supplanté, mais très tard,
les

et probablele latin
elle

ment pas avant
lui-même.
s'est

Arabes, qui l'abolirent avec
berbère,
eUe,
se

La langue

défendit;

même

conservée, à travers tant de changements,

jusqu'à nos jours. C'était celle des états indigènes de Numidie et de Mauritanie, qui durèrent plus longtemps

que

l'état

pimique:

c'était

ceUe des Gétules et désasle

tres populations

indépendantes qui avoisinaient

pays

romain;

c'était celle enfin

qui se maintenait, avec tou-

tes les institutions berbères, en

nombre
et

d'ilôts autono-

mes, épars à l'intérieur des provinces
par des chefs nationaux,
romains.
soit

gouvernés,

soit

par des administrateurs

Pour

tenir en respect

des populations

si

éloignées

encore des

mœurs romaines, une armée

était indispensa-

L'AFRIQUE CHRÉTIEXXE
l)le.

391

Le
de

i3roconsul.

quoique relevant du sénat, avait, par

«sception, une légion sous ses ordres.
tirent
là.

Des

conflits sor-

Pour

les faire cesser,

il

fut décidé, en

Fan 37,

province proconsulaire serait séparée de la :Jsrumidie et que celle-ci serait administrée par le légat de la
la

que

légion.

La première commençait
mer
entre

à l'ouest d'Hippone
;

(Bône) et s'étendait jusqu'à la Tripolitaine l'autre touchait la
ritoire

TAmpsaga

(Oued-el-Kebir) et

le terle

d'Hippone, puis s'étendait en éventail vers

sud,

faisant largement face

aux tribus du

désert.

Le

quartier-

général fut installé au pied de l'Aurès, d'abord à Théveste, puis à

Lambèse.
le

A

1

ouest de l'Ampsaga commençait
Il

royaume de

Mauritanie, qui dura jusqu'en 40.
€t l'on
et la

fut alors annexé,

en

fit

deux provinces,

la

Mauritanie Césarienne

Mauritanie Tingitane, qui tiraient leurs noms de
Césarée (Chercliell) et Tingi (Tanger^
ces pays la colonisation,

leurs capitales,

Dans

commencée

trop tard, ne
les prosi

réussit pas, tant s'en faut,

au

même

degré que dans

vmces de

l'est.

Les postes romains

n'allaient pas

loin

au sud; les montagnes du

littoral restèrent

aux mains

de peuplades indépendantes.
ne comptait qu'un très petit

En

Tingitane surtout on
villes,

nombre de

presque

toutes sm- la côte de l'Atlantique. L'intérieur ne devint

pas plus latin qu'il n'était devenu phénicien.

La

pro-

vmce de Bétique, en Espagne,

était sans cesse

menacée

par les pirates du Eif, sur qui les autorités romaines avaient alors aussi peu d'action que n'en ont mainte-

nant les autorités marocaines.

392

CHAPITRE XX.

Les Romains
le

faisaient
et les

une grande différence entre
provinces orientales.

pays mauritanien

Une

barser-

rière de
vait,

douanes

les séparait:

en Mauritanie on se

pour compter

les années,

non point des

fastes con-

sulaires de

Rome, mais d'une
peu

ère provinciale.

Les goudans

verneurs étaient de simples procurateurs,
les districts

comme

civilisés

des Alpes.

2.°

Origines chrétiennes.

TertuUien.

H ne s'est conservé,
même
légendaire ^

sur la fondation de l'église de Car-

thage et des autres églises africaines, aucmi souvenir,

De

quelque pays que

lui soient

venus

ses premiers apôtres, la chrétienté de

Carthage s'orienta
elle

de bonne heure sur celle de Rome. C'est avec
ses relations étaient le plus fréquentes.
sait

que

On

s'y intéres-

extrêmement â tout ce qui
d'idées,

se
fait

passait à

Rome

:

aucun mouvement

aucun
se

d'ordre

discipli-

naire, rituel, littéraire, ne

produisait à

Rome
de

sans

retentir aussitôt à Carthage.

La

littérature de Tertullien

en témoigne souvent

;

il

en est de

même

celle

de

saint Cyprien, et en général de tous les
l'église africaine, tant

documents de

que dura son

histoire.

De
le

Carthage, d'où rayonnaient toutes les importa-

tions, le christianisme se répandit assez

rapidement dans

pays colonisé.

Il est

même

possible qu'il ait fait au

Les textes rassemblés par M. Monceaux [Hisi. litt. de t. I, p. 5) ne représentent pas des légendes iiées dans le pays, mais seulement des combinaisons bj-zantines de basse époque, sans aucune racine dans la tradition locale.
l'Afrique chrétienne,

L'AFRIQUE CHRÉTIENNE
delà quelques conquêtes \

393

En

général, cependant, la pro-

pagande chrétienne ne
milation latine.

sortit

guère des cadres de
ait été

l'assi-

Encore que l'Evangile
le

prêché en

punique et en berbère,
jours,

christianisme demeura toulatine.

en ces pays, une religion

pas traduite dans les
fut

La Bible ne fut idiomes du pays, comme elle le
en gothique.

en syriaque, en copte, en arménien,
reste,

Du
On

qui écrivait en berbère ou en punique?

La
cé-

littérature,

chrétienne ou païenne, est entièrement latine.

n'a jamais

entendu dire que

la liturgie ait été
le latin

lébrée

en une autre langue que

^ S'il
et

exceptions, elles seraient en faveur
des langTies indigènes.
C'était là

du grec

y eut des non point

une

faiblesse.

On
Le

le vit

bien aux mauvais

jours des invasions arabes.

christianisme, trop étroi-

tement

lié

aux institutions

latines,

ne parvint pas à leur

survivre.

Le plus ancien souvenir chrétien d'Afrique
relatif à

n'est pas

Carthage, mais à
^.

Scilli,

ville

de

la

Numidie

oroconsulaire

C'est dans cette localité qu'avaient été

^

Tertullien,

,'hrist

Getidorum. varietates

Adv. ludaeos, I, donne comme gagnées au et Maiirorinn multi fines. Mais il

a lieu de se défier de ses exagérations.

aint

Ceci ne s'applique pas à la prédication au temps de Augustin ou prêchait encore en punique. La connaissance e cette langue était indispensable pour exercer le ministèi-e cclésiastique en certaines localités.
*
;

' La Numidie proconsulaire est cette partie de l'ancien oyaume Numide ou Africa nova qui fut annexée au ressort du

rocousul lors de la division de la province entre le proconsul et
i

légat.

Scilli

n'a pas encore été identifié.

394:

CHAPITRE XX.

arrêtés les raartyrs
niiius jugea

que

le

proconsul Tigellius Satur

à Carthage en 180.
ait,

Ce magistrat

est

le

premier qui

eu Afrique, instrumenté contre

les cliré;

tiens ^ Jl eut des continuateurs.

Le règne de

Sévère,

prince africain, ne fut pas mi temps de paix pour

les

chrétiens de son pays. Tertullien écrivit alors, à plusiem-.s
reprises,
fiit

pour

les

défendre.

Le

7

mars 203, Carthage

témoin du martyre de deux jeunes femmes de Thuet Félicité,

burbo minus. Perpétue
tout

qui périrent avec

un groupe de

leurs compatriotes, tous néojDhytes
récit

ou catéchumènes. Le

de leur captivité

et

de leur

martyre, presque entièrement écrit par Perpétue

elle-

même,

est

un

des joyaux de l'ancienne littératm-e

clu"é-

tienne. Celui qui nous la conservé,

en l'encadrant de
le

quelques réflexions, parait avoir été dans
d'esprit

même

état

que Tertullien à l'égard des visions

et des pro-

phéties. C'est peut-être lui.

Au
le

temps de Sévère
le

et

de CaracaUa. Tertullien

était

persomiage

plus en vue de l'église de Carthage.
il

Pils d'un centurion de la cohorte proconsulaire,

vécut
*,

d'abord dans
jDassa

le.

paganisme, cultiva

les lettres et le droit

quelque temps à Eome. Aj)rès sa conversion

il

se fixa à Carthage,

l'on

ne tarda pas à
l'année 197 on

l'élever
le

aux
la

fonctions presb3'térales.

Dès

trouve

^

Tei-tullien, AiJ Scap., o. raconte qiril devint aveugle.
Il n"est

-

pas absolument impossible que ce soit
27:

lui le ju-

risconsulte Tertullien dont quelques fragments sont conservés

dans
17, 4.

le

Digeste:

I. 3,

XXIX,

1.

23:

XL^III.

2,

28;

XLIX,

J.'AFRIQUE CIIRÉTIENXE

395
la

plume à

la

main, exhortant les martyi's, défendant

religion devant l'opinion païenne et contre les rigaieurs

du proconsul. Dès

ses premiers

écrits

se révèle cette

rhétorique ardente, cette verve intarissable, cette connaissance profonde de son temps, cette familiarité avec
les faits

anciens et les livres qui les rapportent,
et

cet

esprit ergoteur
littérature.
Il

agressif,

qui caractérisent toute sa

continua vingt ans, disputant contre les

païens, les magistrats, les juifs, les hérétiques,
surtout,
se

Marcion

mêlant à toutes

les querelles doctrinales,

intervenant dans tous les cas de conscience, et les décidant toujours dans le

même

esprit intransigeant. Touil

jours batailleur, toujours exaspéré,

fhiit
:

par n'avoir
s'en prit à

pas assez de ses adversaires du dehors

il

ceux qui, dans l'Eglise, ne partageaient pas sa dureté
et

son intolérance.
le
il

Dans

cet état d'esprit la projDagande

montaniste

conquit tout naturellement. Sous Tégide

du Paraclet,

put déblatérer à son aise contre

les

veufs

qui se remariaient, contre les chrétiens qui se faisaient
soldats, artistes, fonctionnaires, contre

ceux qui ne voi-

laient

pas leurs

filles

ou qui ne s'imposaient pas assez

de macérations, contre les évêques qui prétendaient réconcilier

avec

l'

Eglise les pécheurs

pénitents.

Sans

doute

il

dut payer cette liberté de langage par l'accephumiliante pour un
tel

tation, assez

homme, des
il

révé-

lations

importées de Phrygie. Mais

trouva

le

mo3'en

de s'en arranger.
inspirait

Impétueuse

et imagée, son éloquence

facilement les

femmes extatiques en qui

parlait

396
le Paraclet.

CHAPITRE XX.

Dans

sa secte

il

fut

le

maître

:

le
'.

Mouta-

nisme. en Afrique, s'appela

ie

Tertullianisme

Au

dessous de ces orages, la grande église de Car-

thage et ses succursales africaines continuaient à vivre du
christianisme

commun. Son

histoire

demeure inconnue:

ce n'est sûrement pas par Tertullien qu'on en pourrait
ressaisir le détail.

Dans

ses écrits certains

il

ne

nomme
évê-

aucun évêque. La passion de Perj^étue parle d'un
que Optatus
s'entendaient
et

d'un Aspasius, prêtre-docteur, qui ne
et

pas entre eux

ne parvenaient pas à

maintenir leurs ouailles en repos. Cet Optât est peutêtre

un évêque de Cartilage

-.

Après

lui,

nous renconconcile
afri-

trons

un Agrippinus, sous lequel un grand
le

cain décida que

baptême conféré par

les hérétiques

n'avait pas de valeur.

Ce concile

était

une nouveauté.

Au

temps de Tertullien l'habitude de tenir des réunions
s'était

d'évêques ne

pas encore introduite en Afrique ^
lui, et c'est

Elle s'y implanta

peu après

même
le

en

Afri-

que que
sistance.

l'institution des

synodes acquit

plus de con-

Un événement

qui dut avoir

un grand retentissement
*

dans toute l'Afrique chrétiemie

c'est la

condanmation
ville, quartier-

de Privatus, évêque de Lambèse. Cette
général de
'

la

légion et résidence

ordinaire

du

légat,

V. ci-dessus, p. 280.

^

admettre
^

généralement considéré comme tel mais on doit que ce soit l'évêque de Thuburbo minus. De jejun., 13. Ce livre a été écrit vers l'année 220; c'est
Il est
;

la possibilité

un

des derniers écrits de Tertullien.
*

C'y p rien,

Ep.

69.

L'AFRIQUE CHRÉTIENNE
était,

397

après Carthage, la plus importante de ces contrées. Toutefois les chrétiens ne paraissent pas y avoir été en très grand nombre. Privatus fut condamné

pour

hérésie par

un

concile de quatre-vingt-dix évêqnes.
;

Le

chiffre est intéressant

il

nous montre combien

le chris-

tianisme était déjà répandu dans les provinces africaines.

Donat, évêque de Carthage, et

le

pape Fabien

écrivi-

rent contre Privât des lettres fort sévères. Si nous les
avions,

nous saurions au juste dans quelle hérésie

s'était

fourvoyé l'évêque de Lambèse. L'intervention de Fabien et de Donat fixe entre 236 et 248 la date de cette
affaire.

Donat
les

fut remplacé, en 249, par saint Cyprien, dont

œuvres jettent, pendant une dizaine d'années, une très grande lumière sur l'église d'Afrique et sur ses relations
avec celle de

Rome.

3.°

Saint Cyprien

et la

jiersêcHtion de Dèce.

Caecilius Cyprianus

^

était,

avant sa conversion, un

homme du
et

meilleur

monde

africain.

Riche ou du moins

fort à l'aise,

très distingué d'éducation, rhéteur expert
il

maître d'éloquence, avocat recherché,

comptait de

nombreux amis dans
sait

l'éHte de la société.

Rien ne

fai-

prévoir qu'il pût un jour se joindre aux chrétiens
la

et

devenir un de leurs chefs. Pourtant, dans

gravité

'

Il

s'appelait aussi Thascius.

398

CHAPITRE XX.

de sa xie son âme s'ouvrait aux perspectives sérieuses.

La
(v.

grâce

le

toucha; un prêtre vénérable, Cécilien, l'aida
:

à faire les premiers pas

il

demanda

le

baptême,

le

reçut

246) et s'émerveilla aussitôt du grand changement

qui s'ensuivit en lui-même.
sion nous avons le
le

De

ces joies de la conver-

tableau dans son livre

Ad

Donafuni,

plus ancien de ses écrits.
C'était

une conversion complète. Cyprien renonça
qu'il distribua

au monde, à sa fortune,
tie

en grande par-

aux pauvres,

et

même aux

lettres profanes. Tertul-

lien et saint

Jérôme ont beau maudire
;

poètes, orateurs

et philosophes

ils

continuent de les

lire et

de les

citer.
litté-

Cj'prien,

une

fois chrétien, ne connut plus d'autre

rature qne l'Ecriture sainte.

E
lui

ne tarda pas à

la possé-

der à fond.

Xous avons de

deux

recueils de textes

bibliques, classés par ordre de matières,

pour

la

contro

verse avec les juifs, pour
la vie chrétienne,

la justification des règles de

pour inculquer

la résistance
'.

au paga-

nisme jusqu'à

l'effusion

du sang

Ces

extraits,

comme

tous ses écrits du reste, témoignent de sa grande familiarité

avec

les livres sacrés

de l'Ancien et du Xouveau

Testament.

Peu
bytéral
;

après sa conversion

il

fut agrégé

au corps

pres-

puis, le siège épiscopal de
il

Carthage étant de-

venu vacant,

y

fut porté par

une élection presque
firent opposition
fit

imanime. Quelques prêtres, cependant,

au néophyte,

et,

en dépit des

efforts

qu'il

plus tard

1

Tesfimouia ad Qniriuinn I-III; ad FoHîmaUnn.

l'afkiqie chrétienne

399

pour se

les concilier,

observèrent toujours à son égard

une attitude assez malveillante.

évêque que depuis un an environ, lorsque la persécution de Dèce vint s'abattre sur l'Eglise. On estima
11 n'était

autour de
l'était

lui, et il

jugea lui-même, que, connu
il

comme

il

à Cartilage,

serait

immanquablement

arrêté et

que, dans

une

crise aussi violente, la conservation de l'éIl
il

vêque importait plus que son martyre.
et

quitta la ville

trouva au dehors une retraite sûre, où

put échapper

aux recherches de la police, tout en se maintenant en

communication avec ses
bres

fidèles et surtout

avec

les

mem-

du clergé qui avaient pu demeurer parmi eux.
situation était fort grave.

La

Dans

la

longue paix
d'Afrique

qui avait
s'étaient

précédé

la persécution, les chrétiens

singulièrement affadis.

Du

haut de sa sévérité

Jitransigeante, Tertullien avait fort

malmené

les

«

ps}--

3hiques». Cyprien, qui part de principes
lifs,

moins excesIl

n'est

guère plus content de ses Africains.
la terre,

nous

es

montre attachés aux biens de

âpres au gain,

lurs,

haineux, indociles aux exhortations de leurs chefs,

•rompts à se mêler au
lixtes.

monde païen par
peine honnêtes

des mariages

Les femmes

se fardent, les prêtres sont à peine
;

eligieux, les diacres à

on voit des évê-

ues qui acceptent des places dans l'administration finanière,

et qui,
:

pour en remphr

les devoirs,

néghgent leur

linistère
s

pendant que leurs pauvres meurent de faim,
leur fortune

soignent

personnelle,
ni

fréquentent les
la

arches

publics, ne

reculent

devant

fraude ni

?vant l'usure.

400

CHAPITRE XX.

De

tels chrétiens,

dirigés par de tels prêtres, on ne
la

pouvait attendre un grand héroïsme. Devant
cution leur attitude fut lamentable.

persé-

La

plupart cédèrent

aux premières menaces, non pas
confiscation.

même

de mort, mais de
les magistrats de

Dans

les

premiers jours

Carthage

et les

préposés spéciaux furent débordés par

la foule des apostats qui réclamaient des certificats de sacrifice (libelU). Il

y eut des

défections jusque dans

le

clergé.

Cependant une bonne partie des prêtres
;

et des

diacres parvint à se soustraire aux recherches

il

en

fut

de

même
La

d'un assez grand nombre de fidèles

;

quelques

confesseurs furent jetés en prison.
retraite de l'évêque
le

ne fut pas, on

le

pense

bien,

approuvée de tout

monde.

A

Home, en
la

particulier,

où Ton n'avait pas une idée nette de
Cyprien à Carthage
pouvait courir,
il

situation de
qu'il

et

des

dangers spéciaux

yj

s'éleva des critiques assez vives. Trèsj
la

peu de temps après

mort de Fabien, on y
:

vit arriver'

un sous-diacre de Carthage, Crementius

les prêtres lui
lui:

remirent deux lettres: Tune, adressée à Cyprien,
annonçait
le

martyre de son collègue:

l'autre, écrite:

d'après les nouvelles

apportées de Carthage par Cresignatures; mais
lej

mentius, ne portait ni adresse, ni

texte indiquait assez qu'elle était destinée au clergé

dej

Carthage.

Toutes

les

deux furent remises, en même!
fort.

temps, à Cyprien.

La seconde Tétonna

Les
s'il

rédac-j

teurs parlaient au clergé de Carthage

comme

n'avait
«

plus été sous
»

le

gouvernement de son évêque
que
le saint

:

Non
s'es'i

avons appris,

disait-on,

pape Cyprien

L'AFRIQUE CHRÉTIENNE
» retiré.
»

401

On nous

dit qu'il a

bien
»
.

fait,

étant

un person-

nage en vue (persona inslgnis)

Cette raison ne semils

blait

pas suffisante aux prêtres romains, car

commen-

taient aussitôt la parabole

le

bon Pasteur qui meurt

pour ses brebis (Fabien) est comparé au mercenaire
(Cyprien) qui les abandonne à l'approche du loup.

Un

peu plus
tasie à

loin,

en parlant des chrétiens qui avaient aposattribuait la chute d'une partie d'entre

Rome, on

eux à ce qu'ils étaient des personnages en vue (quocl
essent insignes personae).

Cette circonstance donnait au
le

terme insignis persona un sens fâcheux, et
lettre n'était

ton de la

pas de nature à atténuer cette impression.

Le clergé de
éloge et sur

Kome

insistait

beaucoup sur son propre
il

le zèle avec lequel

remplissait les devoirs
Il

que

la

persécution lui imposait.

se proposait
lui
le

comme

exemple au clergé de Carthage et ne
des conseils,
paraître

ménageait pas

dont la forme, à tout
dure.
il

moins, pouvait

un peu

Cyprien devait être blessé:
aussitôt à

le fut

en

effet. Il

écrivit

Rome

(ep.

9),

accusant réception de

la lettre

par laquelle on lui avait notifié le martyre de Fabien
et félicitant
sait

l'église

romaine de

la gloire

qui

rejaillis-

sur

elle.

Quant aux instructions données au clergé
il

de Carthage,
auteurs,

fit

semblant de n'en pas connaître

les

ou plutôt de douter qu'elles eussent été

réel-

lement écrites par les prêtres de
»

Rome.

«

J'ai lu, dit-il,

une autre

lettre,
le

sans adresse ni signature. L'écriture,

» le

contenu,

papier lui-même m'ont un peu étonné.

»

Peut-être

y

a-t-on retranché

ou changé quelque chose.
26

DncHESKE. Hist. anc. de

l'E;/!. -

T.

I.

402
»

CHAPITKE XX.
la

Je vous
c'est

renvoie

telle quelle

afin

que vous voyiez

» si
»

bien celle que vous avez remise au sous-diacre
»

Crementius

Nous n'avons plus

la

réponse que
;

fit le

clergé

de

Eome
la

à la lettre de Cyprien
il

mais nous voyons qu'en

recevant

put constater que de faux rapports avaient
contre
il

été faits à
justifier.

Eome

lui.

Il sentit le

besoin de

se

A

cet effet

envoya à

Eome une

collection

de treize lettres écrites par lui aux prêtres, aux diaprés^ aux confesseurs et à diverses persomies de son église'.

Ces documents étaient propres à montrer

qu'il n'avait

nullement abandonné ses devoirs de pasteur.

En même
et

temps

il

donnait les motifs de sa retraite. Le clergé
de Eome,

les confesseurs

qui avaient continué jusque
le

de correspondre directement avec

clergé de Car-

tilage,

mieux

instruits

maintenant de

la situation, fini-

rent par approuver la conduite de Cyprien. Ils

chan-

gèrent aussi de rédacteur pour leur correspondance.

A la

plume précipitée
mière
Ce,
lettre,

et

peu correcte qui avait
celle

écrit la pre-

on substitua

de l'éloquent Novatien.

changement, qui put coûter à Cyprien quelques

sacrifices d"amour-propre, lui valut

un appui bien

pré-

cieux. Déjà, dans les dernières lettres de la collection
qu'il avait
ficultés

envoyée à Eome, on voit

se révéler les dif-

d'une situation étrange, créée à Carthage par
inattendue des confesseurs et des
apo.stats.

l'alliance

Parmi

les

premiers, beaucoup étaient des gens simples,

1

Ep.

5,

G,

7,

10-19.

L'AFRIQUE CHIÎÉTIEXXE
grossiers
I

4qo

maire.
1

Il

k

même, quelques-uns d'une moralité un peu somy en avait qui avaient confessé la foi et
vaincu

considération universeUe dont jomssa.ent les martyrs, les hom.eurs qu'on leur rendait après leur mort, la vénération extrême, la sollicitude
les

torture plutôt par fanfaronnade que par la conviction dm.e piété réfléchie. La

soms matériels, dont on entourait
fait

les

confesseurs

pour tourner des têtes peu sohdes. Ces braves gens avaient mie tendance à se croire fort au dessus des autres
chrétiens, à se

emprisonnés, tout cela était

de grandes autorités religieuses, à se poser au besom en rivaux des chefs spirituels régulièrement
institues.

dérer

comme
La

consi-

situation s'aggravait à Carthage de ce fait

fuite. Les raisons qui avaient imposé de se cacher échappaient facilement au populaire: celui-ci réservait
lui

que l'évêque était absent et en

son enthousiasme pour

aller au ciel régner avec le Christ sentiments étaient très répandus, non seulement parmi les fidèles qui n'avaient pas failli fêtante.) mais aussi et surtout

mere sentence pour

le chevalet, les verges les atrocités de la prison, et n'attendaient plus qu'mie der-

les vaillants

qui avaient subi

De

tels

parmi

les lapsl,

c'est-à-dire

ceux

qui,

a

un degré ou

à

un

autre, s'étaient
se trouvant

compromis en

ou se crovant désormais à l'abri des rigueurs, cherchaient à rentrer dans la commimion de l'Eglise. Mais cela n'allait pas
sans difficulté. L'apostasie était
pétuelle.

obéissant à l-édit. Ceux-ci,

un cas de pénitence per-

Sans doute

les

pour

quim adoucissement

coupables étaient trop nombreux des anciemies règles ne fût

^04

CHAPITRE XX.

pas considéré

comme

nécessaire

:

mais ce

n'était pas au

milieu de la persécution qu'on pouvait délibérer sur mie

mesure aussi grave, apprécier
proportionner la sévérité de
lité

la diversité

des cas

et

la

réparation à la culpabiprincipe,, à Car-

de cliacun.

Il

était

donc admis en
attendrait,

tilage et à

Eome, que Ton

pour régler

la

situation des apostats, que les évêques pussent reprendre
la direction

immédiate de leurs

églises, conférer entre

eux et domier à leurs décisions Tautorité et rmiiformité
convenables. Jusque
là les lap.si

devaient faire pénitence

et s'abstenir des saints

mystères ^

Ce
d'eux,

délai sembla trop long
d'ailleurs,

aux

intéressés.

Autour

on voyait s'agiter cinq prêtres qui

avaient déjà fait de l'opposition à Cyprien au

moment

de

son élection et depuis:

c'est

eux sans doute qui Tavaieni
les lapsi à
le

calomnié à Rome.
la

Ils se

mirent à recevoir

communion

et à célébrer

chez eux ou pour eux

saint sacrifice.

La

seule formalité qu'ils exigeassent

était

un

billet

de recommandation délivré par quelque
martyre. C'était en

coneffet

fesseur sur le point de subir le

l'usage que les recommandations

des martj-rs fussent
s

servissent prises en considération par les évêques et

abréger pour
noiiique.

les
il

pécheurs

le

temps de

la pénitence ca
in

Mais

n'était pas

dans l'ordre que cette
les

didgence fût appliquée directement par

martyrs n

1

Dans

les

premiers mois, Cyprien avait exchi

les apostat

assez naturel indigents de l'assistance ecclésiastique. C'était e de l'église romaine, plus miséricordieuse

Toutefois l'exemple
ceci, le

décida à se montrer plus large.

L'AFraQUE CHRÉTIENNE
surtout qu'on en usât avec
j I

'

405

une

libéralité sans limites.

Les confesseurs, surtout un certain Lucien, qui se disait mandataire d'un martyr appelé Paul, déjà exécuté, distribuaient sans

compter

les billets d'indulgence.
Icqjsi

Pour

la

forme
leurs

ils

renvoyaient

les

devant l'évêque: mais

les lire,

recommandations étaient impératives. On sent à que ces braves gens s'appuyaient sur l'opinion,
pas aisé de leur refuser quelque chose.
il

et qu'il n'était

Cyprien,

quand

leur écrivait, s'ingéniait à se montrer

respectueux et caressant, tout en cherchant à leur faire
accepter de bons conseils et à sauvegarder sa propre
autorité.

Mais, en dépit de sa bonne volonté, de sa condescendance, de son humilité,
toujours.
.68 il

ne pouvait

les

satisfaire

Leurs

billets

concernaient souvent des familet indéfinis.

entières, des
ille

groupes considérables

Comsuis

nunicet
îtait

eu m suis, écrivait-on à l'évêque.

Le cum
poli.

aussi large

que

le

communicet

était

peu

Cybil-

)rien fit
et

des objections.
les

On

lui

répondit

par un

confesseurs

passaient

l'éponge sur toutes
était

es apostasies

de l'Afrique. L'évêque de Carthage

hargé de l'exécution dans son église et requis de faire

aux autres évêques cette étrange décision du louveau pouvoir ecclésiastique.
)arvenir

La
II

situation se tendait. Sans doute l'évêque avait

pour

les

gens sages du clergé

et

du peuple quelques-uns
;

es confesseurs
t

désapprouvaient

la

conduite de Lucien

ses orgueilleuses distributions d'indulgences.

Mais

les

ens sages sont toujours en minorité, surtout dans les

406

CHAPITRE XX.
crise. Cj^prieii sentit le

moments de
sur Tautorité

besoin de s'appuyer
et

de

l'église

romaine

en particulier de
les prêtres

ses confesseurs, dont

quelques-uns,

comme

Moïse

et

Maxime, étaient depuis de longs mois en

prison.

On

lui écrivit

des lettres où sa conduite était hautement

approuvée.

En même

temps

il

saisissait toutes les
:

ocin-

casions de montrer son respect pour les martyrs

il

troduisait dans son clergé quelques-uns des confesseurs
les plus méritants, choisis

naturellement parmi ceux
l'affaire

qm

ne s'étaient point compromis dans
gences.

des indul-

Mais l'opposition ne désarmait pas: au
s'organisait.

contraire, elle

Les cinq prêtres

rebelles étaient toujours à

sa tâte.

On

distinguait parmi eux

un

certain Novatns.

Un

laïque riche et influent, Félicissime, appuyait énercette coterie.

giquement

Vers

la fin

de l'amiée 250, Cy-

prien ayant envoyé à Carthage mie commission d'évê-

ques

et

de prêtres pour préparer son retour
fit

et distribuer

ses aumônes, Félicissime

tout son possible pour que

leur mission échouât et pour que l'on
rité

méconnût rauto-

de l'évêque. Cyprien se défendit. Ses représentants

à Carthage prononcèrent, par son ordre, mie sentence

d'excommunication contre Félicissiine

et ses principaux

adhérents. Les prêtres rebelles s'étaient mis d'eux-mêmes

eu dehors de

la

communion de

l'évêque.

L un

d eux,

Novatus, partit pour Rome, afin d'assurer aux opposants

de Carthage

le

concours du pape que l'on ne pouvait
persécution ayant commence

manquer

d'élire bientôt, la

à s'apaiser.

L'AFRIQUE CHRÉTIEXXE

407

Après Pâques,

c'est-à-dire

au mois d'avril 251. Cvtroublée.

prien put rentrer dans son église
tructions

Deux

ins-

hqj.si et sur schisme, furent adressées par lui à son peuple en fermentation.
le
Il

pastorales \ sur la situation des

convoqua,

comme

il

l'avait

annoncé depuis longp.:,ur régler,

temps, mie assemblée des évêques africains,

avec plus d'autorité, les questions pendantes.

4-°

— A

Le schisme de Xovatien.

Pendant ce temps-là Xovatus s'occupait
réglise romaine.

à

diviser

Eome, comme

à Cartilage, les con-

fesseurs étaient
étaient

hautement considérés. Ceux surtout qui encore en prison se voyaient entourés d'homma-

ges et consultés

comme

des oracles. Novatus

commença

par se mettre en rapport avec Xovatien, qu'il séduisit facilement: puis il essaj^a de gagner les confesseurs.

E

n'y réussit pas d'abord.

Moïse resta
point en

fidèle

à

Cyprien
la

€t déclara qu'il n'entrerait

commmiion avec

coterie

des

cinq prêtres

de

Carthage. 3Iais après sa

mort, qui arriva en janvier

ou en février 251,

ses

com-

pagnons de captivité se laissèrent séduire
leur influence à celles

et joignirent

que Xovatus
il

et

Xovatien groude faire

paient autour d'eux.

Ce dont

s'agissait, c'était

ehre

mi pape qui ne reconnaîtrait pas Cyprien comme
évêque de Carthage
et qui protégerait le

légitime

com-

'

De

Lapsis,

De Ecdesiae

unit cite.

403

CHAPITRE XX.

pétiteur qu'on lui préparait.

De

principes dogmatiques
en-

ou disciplinaires on n'en avait pas encore: mais on
tendait exploiter, à

Eome comme

en Afrique,

le prestige

des confesseurs.
vait être le

Le

futur successeur de saint Pierre dele

pape des confesseurs, comme à Carthage

parti anticj'prianiste se proclamait le parti des confesseurs.

Ces calculs furent déçus. L'élection eut
mi-mars:
les
le

lieu vers la
à

ennemis de Cyprien ne parvinrent pas
choix d'un candidat étranger à leurs

empêcher
le

\iies,

prêtre Cornélius. Ils s'empressèrent de l'attaquer violui

lemment,

imputant, entre autres crimes, d'avoir reçu

un

certiiicat

de sacrifice

et

d'avoir

commmiiqué

avec

des apostats déclarés. Par les soins de Novatus une protestation motivée arriva à Carthage en même temps que
la notification

de l'ordination de Cornélius. Elle

était

rédigée au

nom

d'un prêtre de Eome, de Novatien proet les

bablement. Cyprien

évêques africains qui comlui
:

mençaient à se réunir autour de
lieu

jugèrent qu'il y avait
attendirent les pro-

de se renseigner exactement
officiels

ils

cès-verbaux

de l'élection et dépêchèrent

même

deux évêques à Rome. Pendant ces

délais \ le parti op-

1 II faut en effet distinguer deux temps dans la compétition de Novatien. D'abord on proteste contre Cornélius et son élection, mais sans en faire une autre. Saint Cyprien distingue

très bien ces

deux

^îliases et les

deux ambassades que

les schis-

matiques envoyèrent successivement à Carthage. Ep. XLV, 1: Divprme partis obsiinata et inflexihilis pervicacia non tantum
radicia et matris sinitm
(jliscente et in

adque compleriim recusarif, sed etiam peins recrudescente discordia episcopum aibi conMi-

l'afkique chrétienne
•posé à

409
lui-

Cornélius élisait un autre évêque, Novatien

même

\ et faisait diligence pour le faire reconnaître dans

toute l'Eglise.

A cette nouvelle 'et

sur des renseignements
offi-

qui lui furent envoyés de

Rome, Cyprien reconnut

ciellement Cornélius.

Ainsi

le

schisme novatien, qui devait donner lieu à

mie secte importante, ne s'est pas fait d'abord sur

une

question de doctrine, mais sur une question de personnes.

Novatien n'avait pas de principes spéciaux sur

la

pénitence. Novatus, par ses antécédents à Cartilage, devait être favorable plutôt

que contraire à
les

la

mitigation

de la discipline.
fuit... c. 3.

Pendant
talia

controverses de l'année
te et

Cmn ad me

adversum
il

conpresbyteritecinn

considentis scripta venisseid. Ici,
tre

s'agit de la première lettre con-

Cornélius, expédiée par Novatien encore prêtre. Cyprien note

(Ep.

LV,

8)

que Cornélius est devenu évêque alors que

la

place

de Fabien, c'est-à-dire de Pierre, était vacante, tandis que de

Novatien on n'en pouvait dire autant. ^ Cornélius, dans une de ses lettres à Fabius d'Antiocbe
(Eus., "VI, 43), dit

que Novatien envoj'a chercher dans un coin
là-j-p^t-'-s-»;

de l'Italie trois évêques, gens simples et sans culture
xaî à-Xs'jjTàrj'j;
)

qui lui conférèrent l'ordination après boire. L'un

d'eux denaanda pardon à Cornélius, qui l'admit à la
laïque
;

communion

les

deux autres furent aussitôt poui-vus de successeurs.
de ce geni-e, je n'ai déjà fait ici-dessus, p. 325)

Pour
et je

les détails

ne fais ici qu'un usage discret de cette lettre à Fabius, où Novatien est malmené avec cette ardeur dont les anciens usaient
volontiers dans leurs invectives. passe
la

Le rédacteur de
jDar

cette pièce dé-

évidemment toute mesure,

exemjjle lorsqu'il attribue

conversion de Novatien au diable, lorsqu'il doute de la vade son baptême, lorsqu'il tourne en ridicule sa science

lidité

théologique. Plusieurs des traits lancés conti-e l'importun compétiteur atteindraient

aisément

le

pape Fabien

(c'est lui

sans

doute qui éleva Novatien au sacei-doce) et les chefs de l'église

romaine pendant

la

persécution de Dèce.

410

CHAPITRE XX.

précédente, c'est Xovatien qui avait rédigé les lettres

du

clergé et des confesseurs romains, ces lettres, qui,
dit saint

nous
»

Cyprien

',

«

furent envoyées dans

le

monde

entier et portées à la comiaissance de toutes les églises

» et

de tous

les fidèles

»

.

Or, dans ces lettres,

deux points

étaient réglés: d'abord que les lapm de\siient être admis

à la pénitence, la
étant

durée

et

les

conditions de

celle-ci

renvoyées à l'examen

des évêques, qui décide:

raient aussitôt la paix rétablie
faillis

ensuite que

ceux des

qui seraient en danger de mort pourraient être
^.

réconciliés

Pendant

la

persécution, Novatien

avait

réussi à échapper aux recherches, mais sans faire preuve

d"un héroïsme extraordinaire
voir qu'il se ferait
fois le
le

^.

On ne

pouvait donc pré-

champion de
il

la sévérité.

Mais une
qu'on
n'a-

schisme organisé,

était inévitable

doptât dans la grande question du
et des principes opposés à

moment une

attitude

ceux de Cornélius.

Le

concile de Carthage, enfin réuni, vers le milieu
la

de mai, sous

présidence de Cyprien, décida que tous

les lap^'i sans distinction,

pourvu

qu'ils

fussent repen-

tants, seraient

admis à

la

pénitence et réconciliés au
la gravité des
:

moins au moment de

la

mort: que, selon

cas, la pénitence serait plus

ou moins longue

que

les

évêques, prêtres et autres clercs pourraient être admis à
la pénitence,

comme

les autres,

mais non pas réintégrés

dans leurs fonctions. Ces décisions furent transmises à
Ep. LV, 5. Ep. XXX, 8. 3Eus., YI, 43,
1

2

,

§ 16.

L'AFRIQUE CHRÉTIENNE

411

Home. Cornélius, comme

la

plupart

des

membres du

clergé romain, était dans les

mêmes
il

sentiments que les

évêques d'Afrique. Cependant
torité possible

voulut donner toute l'auaffaire à laquelle tant
effet,
il

au règlement d'une

de gens étaient intéressés; à cet

convoqua de

son côté à un grand concile tous les évêques d'Italie.
C'est alors que les positions se dessinèrent et
le

que

parti de Novatien devint

le

parti de la discipline ri-

goureuse. Point de réconciliation entre l'Eglise et les
déserteurs, anatlième perpétuel

aux idolâtres Tel
!

fut le

mot d'ordre de
empêcher
gageait

la nouvelle secte.

On

ne prétendait pas
:

les apostats

de faire pénitence

on

les

j

en-

même

fortement, mais en leur enlevant tout eschrétienne, fût-ce à
avait été

poir de rentrer dans la fraternité
leur dernier soupir.

Ce traitement

autrefois
:

apphqué aux adultères aussi bien qu'aux apostats mais
depuis longtemps on ne
ces derniers.
fallait s'en

le

maintenait plus que pour

Xovatien

et ses

adhérents protestèrent qu'il

tenir là et ne pas faire
l'on avait faite

aux apostats

la con-

cession
le

que

aux adultères. Ce
fois séparée

fut là tout

novatianisme primitif.

Une

de l'Eglise,

la secte

ne

manqua pas de

greffer

des particularités

nouvelles sur cette première
elle se

dissidence.

A

son début

borna à protester contre l'adoucissement d'une me-

sure disciplinaire qui, adoptée et appliquée en des

temps

où l'apostasie ne se produisait que sous forme de cas
isolés \
^

ne pouvait être maintenue en présence des détemps ordinaire:
le

Telle continua d'être la discipline, en

concile d'Elvire en

témoigne

foi-t

clairement, à la fin du IIP

siècle.^

412
faillaiices

CHAPITRE XX.

innombrables qu'avait provoquées une persé-

cution universelle et extraordinairement rigoureuse;

Cette position théorique avait de grands avantages.
C'est
elle

qui

explique

le

succès relatif du nouveau

schisme.
l'activité

La

considération

personnelle de Xovatien et
ses

prodigieuse avec laquelle

adhérents, No-

vatus en particulier, s'appliquèrent à discréditer Cornélius,

j contribuèrent

aussi beaucoup.

Le

concile de

Rome
les

se réunit.

On y

vit soixante évêques, sans

compter

prêtres et les diacres, tant ceux de

Home

que ceux qui
let-

accompagnaient ou représentaient leurs évêques. Les
tres

du

concile de Carthage furent lues devant cette asle

semblée. Elles proclamaient

principe de la réintégration

des Japsi et invitaient les évêques italiens à condam-

ner l'auteur du nouveau schisme. Ce

vœu fut

satisfait

:

No-

vatien et ses adhérents furent chassés de l'Eglise
discipline

et la

du

concile d'Afrique fut

solennellement aplettre

prouvée. Ces décisions furent consignées dans une

synodale à laquelle furent apposées

les signatures des

évêques présents avec

les

adhésions des absents.

Fort de cette double manifestation de l'épiscopat
d'Italie et d'Afrique, Cornélius se

hâta d'expédier par-

tout des exemplaires des

documents synodaux avec des

renseignements sur Xovatien et son schisme.

En Afrique

Cyprien l'ajjpuyait énergiquement

:

il

n'y eut qu'un petit

nombre
à

d'hésitations, très isolées \

Cependant on envoya

Carthage un évêque. Evariste. qui avait été l'un des

^

Voir surtout

la lettre

à Antouiauus (ep. LV).

l'afriqce chuétiexxe

413

consécrateurs de Novatien,
confesseur de

un diacre romain,

Nicostrate.

la dernière persécution, et divers autres

personnages, qui réussirent à organiser une petite église

novatienne dans la métropole de l'Afrique, avec un certain

Maxime pour évêque. Des
évêque d'Arles, accepta

succès analogues furent

sans doute obtenus sur quelques points.
cien,

En

Gaule, Mar-

la

communion de Xovales apostats. C'est la

tien et

appliqua ses principes sur

seule défection sérieuse qui soit constatée

en Occident.
loin.

En
droits
les

Orient les choses allèrent beaucoup plus

Les idées de Novatien trouvèrent accueil en divers ende r Asie-Mineure. L'évêque d'Antioche. Fabius,

patronnait ouvertement. Cependant,

comme

il

ne

sié-

gea que peu de temps et que ses collègues de Syrie,
de Cappadoce et de Cilicie, étaient d'un autre avis,
le

mouvement

fut enra3"é d'assez

bonne heure.

Il

avait

du
de

reste contre lui l'autorité, considérable à tous égards,

l'évêque d'Alexandrie, Denys. Celui-ci était dans les

mê-

mes idées que Cornélius
la

et

CyjDrien.

Dès

le

temps de

persécution,
lit

il

avait ordonné de réconcilier les lapsi
:

à leur

de mort
il

aussitôt

que

la

paix avait semblé

renaître,

avait envoyé dans toute l'Egypte une sorte

de tarif pénitentiel où les différents cas étaient distin-

gués et soumis à des pénalités graduées. Les lettres de

Novatien ne

lui firent

aucun

effet

:

il

y répondit

très fran-

chement, quoique très doucement, suivant sa coutume,
en déclarant au compétiteur de Cornélius que ce qu'il
avait de

mieux à

faire,
Il

c'était

d'abandomier son pré-

tendu épiscopat.

s'employa aussi avec beaucoup de

414
zèle

CHAPITRE XX.
à

ramener
le

les

confesseurs romains

qui s'étaient
très imla

égarés dans

schisme. C'était

une

affaire

portante. Cyprien s'y appliqua de son côté avec

même

ardeur. Ces deux grands évêques, dont la situation et
la caiTière

ont tant de traits de ressemblance, observèIls-

rent

ici.

sans se concerter, une attitude identique.

réussirent.

Les confesseurs de Eome, touchés de
:

la gràce^

se séparèrent presque tous de Novatien
l'Eglise,

ils

revinrent à

Cornélius et les siens leur firent le meilleur
réintégi'a

accueil.

On

même

dans leurs dignités

ecclésias-

tiques ceux qui en avaient été revêtus.

Ce

fait enlevait

à Novatien

le

plus clair de son prestige aux yeux des
alliés,

populations chrétiennes. Cornélius et ses deux

Denys

et C^-prien,

ne manquèrent pas de donner
à

le

plus

grand retentissement

une conversion

si

opportune.
les seules

Les lettres écrites à ce propos ne sont pas

œuvres de plume qui aient été dirigées contre Novâtien.

Nous a\^ns

encore, sous le titre

Ad

Xocatianiim, une

sorte d'homélie

il

est pris assez

vivement à

partie.

Elle paraît bien avoir été écrite à

Eome

^
:

La

petite église se maintint
fidèles
«

cependant

un
»
«

certain

nombre de

fermes dans TEvangile

demeura

groupé autour de Novâtien.
propagande, multipliait

Celui-ci, outre ses écrits de

les instructions à ses disciples.

Xous avons des spécimens de
»

cette littérature dans son

M. Harnack y voit l'œuvre de Xyste

II

(

Texie u .U.,t. XIIT,

1;

cf. t.
'

XX,

3, p.

116; ChronoL,

t.

II, p. 387).
dir

Xoi-atiouiis 2)lebi in Evangelio perstanti xaiufem, titre

De

cibis.

L'AFRIQUE CHRÉTIEXXE

415
aussi dans
le

De

cihh iudakh; très probablement
et le
'

De

spectcmdh

De

hono pudicitiae. Ces compositions et

pour lesquelles on a pu revendiquer la provenance, nous sont parvenues sous le couvert de saint Cyprien. Saint Jérôme en connaissait bien

quelques autres

même

d'au-

tres

l Les trois dont

j"ai

marqué

commim
tion, était

qu'ils ont été écrits

ont cela de en un temps de persécu-

les titres

sous Gallus ou sous A^alérien, alors que Novatien séparé de ses disciples. D'après une tradition con',

servée dans sa secte

il

aurait figuré

parmi

les

victi-

mes de

la

persécution de Valérien.

Carthage, la coterie de l'indulgence, qui, depuis de longs mois, exploitait contre Cvprien la vanité des
confesseurs et l'empressement indiscret des
bien surprise
lap.si,

A

dut être

du

pli

que

les

choses avaient pris à

Rome.

Novat. passant d'un extrême à l'autre, organisait, avec les confesseurs romains, un parti de sévérité intransi-

1

AdversuH ludaeos, De laude mcuiyrU, Quod idola

dii

non

siiif.
^

Dp Pascha, De

sabbafo,

De

circumcisione,

De

sacerdofe,

De

oratione,

De

insfantia,

De

Attcdn.

3 Socrate, H. E. lY, 28: Euloge. évêque d'Alexandrie à la du VI« siècle, a eu sous les yeux une « isassion » de Novatien, composition fabuleuse et sans valeur. Un martyr Novatien est marqué au 29 juin dans le martyrologe hiéronymien je pense que c'est le même qui figure déjà au 27, en tète d'une

lin

;

liste
le

la

d'apparence africaine. Il serait bien invraisemblable que fondateur du schisme ait été marqué dans les calendriers de grande église. Le calendrier romain qui fait partie de la com-

pilation

pseudohiéronymienne a été arrêté vers 422, peu après que les dernières églises novatiennes de Rome eussent été fermées.

^IQ

CHAPITRE XX.

par sa misérigeaute. D'autre part, le concile de 251.
corde à regard des libellatiques et autres lajJt;! moins compromis, avait enlevé aux fauteurs du schisme une

bonne partie de leurs
tant de se maintenir.

clients. Félicissime

essaya pourc'estrà-

H

se

fit

ordonner diacre,

dire trésorier, de la contre-église que

Ton

allait fonder.

On

battit toute l'Afrique pour recruter des adhérents.

surtout dans l'épiscopat, en vue d'opposer
celui de Cyprien,

un

concile à

de

le

déposer lui-même et de proclaqui était
le

mer

la discipline

commode

but ou

le pré-

texte de toute cette intrigue.

Le

succès fut médiocre.
:

On

avait amioncé vingt-cinq!
trois aposétait ce!

évêques cinq seulement se présentèrent, dont
tats et

deux hérétiques. L'un de ces derniers

même

Privât de Lambèse qui avait été déposé quelques années auparavant dans un grand concile. En même,

temps qu'eux plus de quarante évêques aiTivaient à
thage pour
le concile (le

Car-j

second

après la persécution

que Ton avait coutume de tenir en mai. Ce concile s'asj sembla le 15 mai 252. Privât chercha à s'y faire admet!
tre

pour plaider sa cause
vain.

et obtenir sa réhabilitation

i

ce fut en

Le

concile, ayant

égard

à la perséouj
c»|

en tion que le nouvel empereur GàUus déchaînait moment sur l'Eglise, accorda la commmiion aux îajysi d-j
consciencieii] toute catégorie qui jusqu'alors avaient fait sèment pénitence. Cette disposition diminuait encore lej

raisons

d'être

de l'opposition. Cependant

elle n'atte

plu gnait pas les partisans de FéHcissime, qui, depuis

d'un an. formaient schisme et n'observaient aucune

sort

l'afriqije chrétienne

4X7

de pénitence. Aussi ne laissèrent-ils pas de tenir un petit concile contre le grand. Ils y prononcèrent une sentence de déposition contre Cjprien et lui ordonnèrent

un

suc-

personne de Fortunatus, mi des cinq prêtres dissidents. Cyprien ne s'en émut guère. Il avait
la

cesseur,

dans

d'Afrique et toute la populade Carthage, sauf un petit nojau d'intrigants, auxquels on donnait volontiers, du nom de leur
tion chrétienne
chef, le

pour

lui tout l'épiscopat

sobriquet

d'Infelicis.s-iniL

Félicissime, cependant, partit

pour

Rome

avec quel-

ques-uns des siens
le

;

ils

s'eiforcèrent de faire reconnaître

nouvel évêque Fortunat.

Le pape Cornélius

les écarta

de réglise: mais,

comme

ils

faisaient tapage contre Cy-

prien et menaçaient de publier des lettres de Fortunat, pleines d'infamies contre lui, Cornélius prit peur et consentit à

recevoir ces documents. Cette concession, dont

nous ne saisissons pas bien les modalités, irrita fort l'évêque de Carthage, lequel n'était pourtant pas homme à
s irriter

sans raison.

s'élevait entre deux évêques dont l'union est pourtant restée célèbre. Au com-

C'était

un second nuage qui

mencement de son épiscopat, Cornélius avait été blessé du retard que Cyprien avait mis à proclamer son ordination et des précautions qu'il avait cru devoir prendre

pour la vérifier

'

:

Cyprien, à son tour, fut singulièrement

étonné de la timidité de son collègue et des doutes qu'il
•semblait autoriser

contre ses droits à occuper

le

siège

'

Ep.

XLY, XL VIII.
de
l'Ef/l. -

Ddciiesntî. Ilisf. anc.

T.

I.

27

418

CHAPITRE XX.
Il se j^laigiiit à
'
.

de Carthage.

Cornélius avec autant d'élo-

quence que de franchise
née 252.
allait

On

était alors à l'été de Tan-

La

persécution de Gallus, qui s'annonçait déjà^
le

changer

tour des préoccupations de Cyprien à

l'égard de l'évêque de
il

Eome. Aussitôt

qu'il le sut exilé,

s'empressa de lui écrire une lettre de félicitations*.
il

Lui-même

put, cette fois,

demeurer au milieu de

seR

qui. fidèles, en dépit du peuple fanatique de Carthage,

à chaque instant, réclamait

sa tête. L'amiée suivante,

CorneHus étant mort en
par
l'église

exil,

Lucius fut élu à
il

sa place

de Eome. Lui aussi,
tranquillité revint
félicité
:

fat exilé, mais peu

de temps.

La

Lucius rentra à Eome.
lui écrivit
la joie

Cyprien, qui l'avait

de sa confession,

encore pour s'associer, avec l'épiscopat africain, à
des fidèles de

Eome

^

Ces

lettres,

comme, du

reste, toute la

correspondance
les

de saint C3T)rien, témoignent de l'union entre
sièges de
lations et

deux
re-

Eome
«

et

de Carthage, de leurs fréquentes
particulier des Africains pour

du respect

l'égHse

de Eome,

l'égUse principale iprindimlis), d'où procède
"
.

l'unité sacerdotale »

Sous

le

pape Etiemie, successeur
il^^

de Lucius, ces rapports devinrent moins aimables;
traversèrent

même une

crise assez délicate.

1

2 3
4

Ep. Ep. Ep. Ep.

LIX.

LX.
LXI. LIX, U.

l'afrique chrétienne

419

5.°

La

querelle hapiismale.

Lucius mourut

le

5 mars 254. Etienne, qui

le

rem-

plaça, paraît avoir été, dès le principe,

peu sympathique

à révêque de Cartilage. Ils ne tardèrent pas à se trou-

ver en contlit. et cela d'abord à propos d'affaires oui ne concernaient ni Tltalie, ni l'Afrique.

Pendant

la persécution,

deux prélats espagnols, Basi-

lide et Martial,

évêques Fun d'Emerita (Mérida), l'autre

de Legio et Asturica (Léon et Astorga) avaient

demandé
pour

ou accepté un

certificat

de
ils

sacrifice.

Pour

ce fait et

diverses autres fautes

avaient été déposés de l'épis-

copat et on leur avait ordonné des successeurs, Sabinus
et Félix. Ils

ne se résignèrent pas. Basilide partit pour

Eome,

réussit à convaincre le

pape Etienne que

les ac-

cusations portées contre lui manquaient de fondement,
et se fit rétablir

dans sa dignité. Peu

satisfaits

de ce

revirement, leurs fidèles et surtout leurs successeurs prirent le parti de s'adresser au concile d'Afrique. Celui-ci
était

devenu une institution

régulière.

Xous
les

vo3-ons, par

les lettres

de saint Cyprien. que, sauf
il

temps de per-

sécution,

s'assemblait au moins une fois par an, au

Iprintemps, et quelquefois à l'automne. Ces grandes as-

semblées périodiques contribuaient beaucoup au maintien et à

l'uniformité de la discipline.
la

EUes

étaient célè-

bres

en dehors de l'Afrique, et

réputation de l'homme

llustre et

sage qui en était l'âme ajoutait encore à leur

•onsidération. C'est à l'automne de

254 que

le

concile

420

CHAPITRE XX.

fut saisi de la requête des Espagnols. Il procéda exac-

tement

comme

avait fait le pape

:

c'est-à-dire qu'il n'en-

tendit qu'une

des

parties et lui

donna gain de

cause.
l'épis-

Basilide et Martial furent déclarés indignes de

copat. Il ne nous est gaière possible, sur des enquêtes
aussi incomplètes, de décider qui avait tort ou raison \

Mais, ce qui est

clair, c'est

que

la lettre

du

concile d'Afri-

que

'

par laquelle les églises d"Emerita

et

de Legio-As-

turica reçurent communication de la sentence, contraire

à celle du pape Etienne, n'était pas faite pour plaire
celui-ci.

à

Peu

après cet événement,
lettres

Cjprien reçut coup

sur
lui

coup deux

de l'évêcpie de Lyon, Faustin, qui

dénonçait Tattitude scliismatique de Marcien, son

collè-

gue d'Arles. Marcien
tien;
il

était

en communion

avec Xovala

appliquait rigoureusement ses principes sur
hqj,si.

réconciliation des

Faustin

et

d'autres évêques de

Gaule

s'étaient adressés

en vain au pape Etienne pour
scandale.

obtenir la cessation
ils

du

En

désespoir de cause,

invoquaient

le

secours

de l'évêque

de

Carthage.
à

Etiemie paraît avoir usé d'une certaine modération

l'égard des Xovatiens; on disait qu'il ne faisait aucune
difficulté,

contrairement à la discipline établie, de con-

server leur rang aux prêtres ou diacres schismatiques

qui revenaient à l'unité ^ Cyprien lui écrivit une
i
:

lettre

tial

Les évêciues d'Espagne étaient partagés Basilide et étaient reconnus par quelques-uns d'entre eux. Ceux-ci

Mar
soûl

fort

malmenés par 2 Ep. LXVII. 3 Ep. LXXII.

le

concile africain. (Ep.

LXVII,

3i.

L'AFRIQUE CHRÉTIEXXE
fort

421
le

pressante

'.

Selon

lui le

pape avait

devoir cFinet

tervenir en Gaule, d'écrire

aux évêques de ce pays

aux

fidèles d'Arles
et

Marcien

de

lui

en sorte d'écarter donner un successeur. L'évêque de

pour

qu'ils fissent

Cartilage semble ici se constituer le
cipline

champion de
Lucius
et

la disla tra-

proclamée par Cornélius

et

de

dition de ces papes,

Le ton de sa
celui-ci.

lettre

mise en oubli par leur successeur. indique vraiment peu d'estime pour

Etienne, qu'il méritât ou non ces reproches, ne

pouvait guère être satisfait de recevoir une telle leçon. C'est sur ces entrefaites qu'éclata la querelle

à propos

du baptême des hérétiques.

A

quelles

conditions les

hérétiques

qui

abandon-

naient leurs sectes pour passer à l'Eglise catholique pouvaient-ils être admis dans celle-ci? Cette question parait s'être
n<^ siècle,

posée avec quelque insistance vers
alors

la fin

du

que

les sectes pullulaient

partout et que

certaines d'entre elles

commençaient

à décliner.

Deux

cas pouvaient se présenter. L'hérétique converti pouvait

avoir été initié au christianisme dans la grande Eglise

Dans le premier cas, son sûrement valable, mais il avait commis mie faute grave en abandonnant l'Eglise, et celle-ci était
initiation était

ou dans la secte elle-même.

en droit de lui imposer une expiation pénitentieUe analogue à celle des pécheurs ordinaires. C'est ce que l'on
faisait

partout. L'autre espèce était différente. L'Eglise

catholique pouvait-elle reconnaître

comme

valable

l'ini-

Ep. LXVIII.

422

CHAPITRE XX.

tiatiou accomplie par des sectaires, chrétiens de profession,

mais en révolte contre
fidèles,

l'autorité, séparés

de

la

com-

munauté des

attachés à des doctrines flétries?

En

admettant que les bizarreries de leurs rites et de leurs

formules en laissassent subsister l'identité essentielle avec

ceux de

l'Eglise, Teifet

ne pouvait-il pas en être pers'en ser-

verti par le sens

que leur attachaient ceux qui

vaient? Cette question, assez délicate, ne fut point l'objet

d'une entente préalable: aussi vit-on bientôt paraître des
solutions diverses. Elles peuvent se
certains endroits,

ramener à deux. En
initiation,

on rejeta absolument toute

célébrée en dehors de l'Eglise légitime.

A Rome
et ce

et en

Egypte on

introduisit

une

distinction. L'initiation chréle

tienne comprenait deux actes,

baptême
le

que nous
était pule Saintj
I

appelions la confirmation. Par
rifié

premier on

de ses péchés, par le second on recevait

Esprit.

Dans

le rituel

de ce second acte, un

relief spé-

cial était

donné à une imposition des mains, accom-

pagnée d'une invocation à l'Esprit septiforme. L'usage
de

Rome

était

de ne pas renouveler
;

le

baptême

célébré
l'E-

par

les hérétiques

mais,

comme on

considérait que

glise

seule, l'Eglise légitime, est

en situation d'invoquer

efficacement l'Esprit-Saint, l'hérétique converti se voyait

imposer

les mains,

comme pour

la pénitence,

en

réalité

pour

qu'il reçût le Saint-Esprit.

A

Carthage

la

répudiation totale s'autorisait d'ime

tradition assez

longue. Tertahien, dans son traité du
elle avait
|

baptême, l'inculque expressément. Vers 220,
été sanctionnée
-p-àv

un grand

concile des évêques d'Afri

l'afriqle chrétienne
t^ue et

423

de Xumidie, rémii par Agrippinus.

En

Asie-Miet

neure, des conciles tenus à Iconium, à

Synnada
la

en

divers autres

endroits avaient

établi

^

même

règle.

Elle était également observée à Aiitioclie et dans la Syrie

du nord

'.

La

Palestine, sur ce point,

comme
^.

sur Tob-

servance pascale, suivait Tusage alexandrin

Toutefois ces délimitations ne sauraient être considérées
était

comme
si

tout-à-fait rigoureuses,

La

centralisation

encore

peu avancée

c^ue,

même
le

en Afrique

il

y

avait des dissidences.
saisi

En

255

*

concile de Carthage

fiit

d mie consultation signée de dix-huit évêques

niunides qui avaient conçu des doutes sur la légitimité

de Tusage dominant. Peut-être ces évêques s"étaient-ils

émus de

la

divergence disciplinaire qui, sur ce point,

séparait les églises de
soit,

Eome

et d'Afrique. Quoiqu'il

en

le

concile jugea que

l'usage

africain devait

être

maintenu
aiix

comme

le

seul légitime. Il répondit en ce sen^i
les

évêques numides, en leur donnant
Cyprien, ep.
C'est ce

motifs de sa

'

LXXV.

7

(lettre

de Finiiilien); Denys d'Ale-

xandrie dans Ens., VII,
2

7.

Cjui

résulte de la Didascalie et des Constitutions

apostoliques.
*

On peut
lui

Pour

le déduire de l'attitude d'Eusèbe en cette affaire. «l'usage ancien» est que Ton ne renouvelle pas le

fait l'effet
''

baptême, mais seulement l'imposition des mains; Cyprien lui d'un novateur.

Les lettres du recueil de Cyprien qui ont rapport à cette
sont les lettres
est encore

affaire

LXIX-LXXV.
en dehors de
et
il

Toutefois la lettre

LXIX
Cy-

ad

Magnum
y

la question principale.

prien

traite le cas particulier des

Novatiens,

qu'il
le

assimile

aux autres hérétiques,
cliuical.

expose sa doctrine sur

baptême

424

CHAPITUE XX.

décision \
cpie

Peu

après, Cyprien lui-même écrivit à

un

évêdes.

mauritanien, appelé Quintus, pour répondre à
cette lettre,
le

demandes analogues ^ Déjà, dans

on voit

poindre un antagonisme spécial contre
sans que celui-ci soit

pape Etienne,

nommé. Au

concile suivant, à l'au-

tomne 255 ou au printemps 256, C5T)rien jugea opportun de couper court à toutes les objections que Ton soulevait

en Afrique

et

de transformer en explications ou-

vertes la controverse indirecte et sourde qui divisait ses
collèg-ues.

n

écrivit à

Etienne

^,

en son
avec la

nom

et

au nom
précé-

de l'assemblée,

et lui transmit,

lettre

du

dent concile, celle qu'il avait lui-même expédiée à Quintus.
Il

entendait,

non seulement

établir son droit à ob-

server l'usage ancien de son église, mais présenter cet

usage
l'église

comme

le

seul admissible,

et.

par

suite,

y

rallier

romaine elle-même.
concile de Carthage avait pris, en dehors de
la

Le

question du baptême, une décision relative aux prêtres
et

aux diacres tombés dans

le

schisme ou ordonnés dans
la condition

les sectes. Il les

condamnait à rester dans
avait-il

laïque.

Etienne

montré sur ce point une condesrien.

cendance particulière? Xous n'en savons
suite de l'affaire
il

Dans

la

n"est question

que

d\\

baptême.

Pendant que

les

délégués du concile se rendaient à

Bome, Cyprien, considté par un évêque appelé Jubaïen
sur la valeur de quelques objections venues
Ep.
d'Italie, lui

1

LXX.

2

3

Ep. LXXI. Ep. LXXII.

L'AFUiyUE CHRÉTIEXXE
ivponclit

425

par une longue exposition de sa doctrine \

Cette lettre est le

morceau théorique

le

plus important

dans toute cette controverse.

A
à tout

Eome,

où. depuis plus d"un an,
le

on

était

morigéné

propos par

concile d'Afrique, les représentants

de celui-ci furent accueillis assez froidement.
qu'ils

La

lettre

apportaient n'avait rien d'aimable.
dit,

«

Nous savons,

que certaines personnes ne veulent jamais abandonner les idées dont elles sont imbues

y

était-il

et

*ne changent pas facilement
» » » »

d'avis;

que tout en main-

tenant avec leurs collègues les liens de la paix et de la

concorde, elles persistent dans leurs propres usages.

Nous non

plus,

ni faire la loi
est libre

nous n'entendons violenter personne, aux autres. Chacun des chefs d'église

»
»

de conduire son administration

comme
»

il

l'en-

tend, sauf à

en rendre compte au Seigneur

^ Dans

cette tension

des esprits, des paroles regrettables furent

prononcées.
prophète, de

On

traita

Cyprien de faux

christ,

de faux

mauvais ouvrier. Les légats ne furent pas admis à voir le pape; on interdit même aux fidèles de
les

recevoir \

Aux

prétentions de Cyprien, Etienne ré-

Ep. LXXIII.
II

n'est pas aisé de coucilier cette permission avec la ré-

•robation absolue
^ien.

dont Cyprien poursuit l'usage contraire au

Ep.
e diacre

LXXV, 25. Firmilien répète ici ce que lui a raconté Rogatianus, lequel étant parti de Carthage aussitôt

prè.s le concile du l" septembre 256 n'a pu connaître, en fait e propos romains, que ceux qui avaient été tenus avant cette

«semblée.

^OQ

CHAinTKE XX.

Xon seulement il pondit pas une décision fort grave. usage et il ne cessa ne se laissa pas détourner de son
pas de
le

considérer

comme

le

seul

légitime, mais

il

qu'ils eussent à s'y consignifia aux évêques d'Afrique rapport avec eux. former, autrement il romprait tout

La même sommation fut adressée en Orient. La lettre d'Etiemie parvint à Cartilage dans
rant de Tété.

le cou-

En

attendant la prochaine réunion du
le
r""

concile, indiquée

pour

septembre, Cyprien
lettre^

écrivit

une à Pompeius, évêque en Tripolitaine,

il

s'en plaint amèrement. parle de la réponse d'Etiemie et proAu jour dit, quatre-vingt-sept évêques de toutes les Carthage, sous la prévinces africaines s'assemblèrent à entre de Cyprien^ On y lut la correspondance

sidence

Cyprien
les

et Jubaïen.

Le président

invita ensuite

tous

membres de

l'assemblée à émettre chacun son avis:

«Ce
»

faisant, dit-il,

séparer de la

nous n'entendons juger personne, ni commimion ceux qui pensent autrement.
se

»
» » »

Aucun de nous ne
ses collègues

pose en évêque des évêques ni

pour contraindre ne recourt à une terreur tyrannique dans la pléà l'adhésion. Tout évêcpie,
autorité, conserve le nitude de sa liberté et de son jus^ il n'est pas plus droit de penser par lui-même les autres». d'un autre que qualifié pour juger
:

»
»

ticiable
1

Ep.

LXXIV.
ce genre.

*

Le procès-verbal

ancien docuest conservé. C'est le plus
se disent

.

ment de
3

Les évêques A frira Xinnidia Maiinfauia.

réunis ex

pmrn.cm

de Lambese ce ^ui C'était sans doute l'avis de Privât de le déposer. n'avait pas empêché le concile d'Afrique
;

l'afriqte chkétiexxe

427

L'im
lèrent

apr:^s l'autre les quatre-vingt-sept

évêques formu-

im