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Eric Vatin

TERRE EN DANGER

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Loi n° 49-956 du 16 juillet 1949
sur les publications destinées à la jeunesse

EDITIONS DU FUTUR ©
ISBN : 978-2-36148-006-6

Illustration Eric Vatin

« Toute reproduction intégrale ou partielle fait de quelque procédé que ce soit sans le consentement
de l’auteur est illicite et constitue une contrefaçon sanctionnée par la loi. »
Depuis la rentrée scolaire, les enfants d’EPIK ne
s’imaginaient pas devenir le centre d’un conflit galacti-
que. Cléonisse et Céleste avaient pris peur en voyant de
curieux policiers Américains débarquer chez eux, ils ne
pensaient pas qu’ils en deviendraient leurs meilleurs
amis.
Une amie enlevée, des guerriers venus du ciel, une ba-
taille autour d’eux, des hommes qui se battent avec des
armes inconnues, fait que vraiment, tout devient excep-
tionnel, comme les pouvoirs qu’ils découvrent en eux.
La suite sera-t-elle plus exceptionnelle ?
C’est la question que se pose Cléonisse en ouvrant les
yeux. Elle se rappelle que la veille elle était allé avec sa
mère et ses amis à Disneyland pour fêter une victoire ex-
ceptionnelle.

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L’EVEIL DES ELFES
Cléonisse se réveille la première, il est en-
core tôt mais elle n’est plus fatigué bien qu’elle se soit
couché très tard. Elle ne se rappelle plus s’être couché, le
dernier souvenir de la nuit est lorsqu’elle est monté dans
l’avion pour revenir chez elle. Un mauvais sentiment la
pénètre et elle se précipite à la fenêtre. C’est à ce moment
qu’elle voit sa mère monter dans une voiture et partir.
Mais elle repense à la victoire sur ceux qui étaient venus
les prendre, alors elle ne s’en fait pas et elle se dit que
bientôt les autres enfants reviendront. Elle s’habille et
rejoint sa tante et Doora qui sont dans le salon.
⎯ Elles sont parties ! pourquoi maman n’est-elle pas
venue me dire au revoir, pourquoi elle n’est pas restée
avec nous ?
⎯ Cléonisse, ta maman ne voulait pas que tu sois triste
lorsqu’elle t’aurait annoncé son départ, elle avait les lar-
mes aux yeux et si elle était venue, elle n’aurait pas eu le
courage de repartir. Là-haut, il y a du monde qui l’attend
et ton papa est toujours prisonnier. Elle doit le retrouver
et je pense que lorsque tu la reverras, elle sera avec lui.
Tu dois t’en réjouir parce qu’elle fait ça pour nous tous.
As-tu toujours ton sifflet magique ?
⎯ Oui, bien sûr, je le garde précieusement caché.
⎯ Alors, si tu as besoin d’elle, tu peux toujours
l’appeler. Mais, je pense que tu ne t’ennuieras pas, tu ne
penseras pas trop à elle, on a plein de chose à faire.
⎯ Ta maman m’a demandé de veiller sur toi et Cé-
leste. Tu sais, nous sommes sœurs, je la remplacerai
comme il faut.
⎯ Personne ne peut remplacer maman, personne.
La petite fille se met en boulle sur le canapé et pleure.

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Doora s’approche d’elle et arrive à la consoler. Cléonisse
se rendort dans ses bras et elle la remonte dans sa cham-
bre pour la recoucher. Les enfants sont tous fatigués
d’avoir veillé une partie de la nuit et le jour de l’an passe
au ralenti pour tous. Le lendemain, les enfants sont en
formes et Cléonisse semble s’apaiser après le départ de sa
maman ; son frère est si occupé avec les autres qu’il ne
semble pas s’en soucier. Tous veulent aider à remettre en
ordre leur école après l’attaque. Cléonisse se soucie des
enfants qu’ils ont récupérés car ils sont pris dans une
sorte de grand sommeil, rien ne semble les réveiller. Que
faire d’eux lorsqu’ils se lèveront, dans l’école, les adultes
ne seront jamais assez nombreux pour s’en occuper. Oh !
! bien sûr, ce sont tous des adolescents et ils n’ont pas à
être considérés comme des enfants, mais sur Terre, ils
n’ont aucune identité, cette planète est étrangère pour
eux. Doora se propose de rester en permanence avec eux
pour veiller que les premiers qui s’éveilleront ne soient
pas pris de panique. Elle se demande comment des en-
fants comme eux ont pu devenir des soldats, facile à diri-
ger comme des esclaves.
Ça fait deux jours que sa mère est repartie et Cléonisse se
sent comme elle, prête à sauver le monde. Elle sait qu’au-
dessus de leurs chambres, dans les autres dortoirs, se
trouvent une cinquantaine de grands enfants qui dorment
et cela l’intrigue. Elle est avec son amie, Jia et comme les
autres s’occupent à faire des dessins sur les grandes plan-
ches de bois qui remplacent les vitres cassées, elle a déci-
dé d’aller voir ce qui se passe dans ces chambres mysté-
rieuses. Elles se rappellent comment tous ces garçons et
ces filles étaient arrivés, tous habillés en tenue kaki, et
armés jusqu’aux dents. Elles se disent que s’ils se réveil-
lent avec encore l’idée de les attaquer, mieux vaut être sur
ses gardes, en tout cas, il faut aller voir ce qui se passe
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pour être les premières à réagir. Comme Doora est avec
eux pour les surveiller, afin de ne pas se faire remarquer,
il faut devenir invisible. Cachée dans la chambre de Jia,
elle veut lui apprendre à se transformer :
⎯ Tu peux devenir invisible, je sais comment faire, je
vais t’apprendre.
⎯ Mais, c’est pas bien de faire ça, si jamais la maî-
tresse s’en aperçoit, elle va nous gronder.
⎯ Oh ! ma tante n’est pas méchante et puis c’est pour
surveiller ceux qui sont venus pour nous prendre.
⎯ Mais, il y a Doora qui est là pour ça.
⎯ Peut-être, mais si on est invisible, on pourra voir des
choses qu’elle ne voit pas et puis, elle ne nous verra pas.
⎯ Tu as certainement raison, montre-moi comment on
devient invisible.
⎯ C’est Oda qui nous a tout appris. Elle a découvert
que les couleurs n’ont pas toujours existé et c’est nous qui
les avons mises sur nous. Il suffit de s’imaginer transpa-
rente pour le devenir et surtout de le savoir au fond de
soi.
⎯ Si j’y crois, c’est bon ?
⎯ Tout à fait, c’est l’esprit qui détermine les lois de la
matière, pas le contraire, regarde.
À ce moment, Cléonisse devient progressivement trans-
parente, même les vêtements suivent. Jia est surprise et
un peu affolée. Mais, la petite réapparaît aussitôt, ce qui
la rassure.
⎯ T’as vu, c’est facile.
⎯ Je croyais que les vêtements ne pouvaient pas dispa-
raître ?
⎯ C’est faux, ce que tu appliques à ton corps, tu le
peux aussi à ce qui est sur toi, la première fois qu’Oda l’a
fait, elle ne le savait pas.

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⎯ Alors, je vais faire comme toi, regarde, je sens en
moi que les couleurs ne sont qu’un décor que je peux en-
lever.
La petite Jia devient progressivement grise, puis verte et
enfin elle disparaît totalement avec ses vêtements ;
comme Cléonisse, elle est devenue invisible. Elle crie de
joie :
⎯ C’est génial, j’y arrive, je suis invisible.
⎯ Chut, fais moins de bruit, Doora pourrait nous en-
tendre. Reste comme ça, j’en fais autant et, on y va.
Sur la pointe des pieds, les deux enfants montent à
l’étage pour entrer en cachette dans une des chambres.
Avec surprise, elles voient deux grands dormir de façon
étrange, car ils sont en boule dans leur lit et ressemblent
à des chats. Ils sont sous leurs draps et elles ne les voient
pas. Alors Cléonisse s’approche pour soulever délicate-
ment la couverture et manque de hurler, car le spectacle
est trop surprenant. L’être qu’elle voit est entrain de
muer. Il perd sa peau totalement et à la façon d’un
phasme la vieille enveloppe est comme craquelée et der-
rière se trouve une chair toute neuve. C’est horrible, il y
a une matière gluante entre les deux peaux et la petite se
demande comment sera ce qui en sortira. Mais elle com-
prend pourquoi ils ne se sont pas réveillés, cette muta-
tion prend toute leur énergie. Elle relâche d’un coup la
couverture et se retourne vers Jia pour qu’elle ne regarde
pas.
⎯ Qu’est-ce tu as vu, pourquoi t’es comme ça ?
⎯ Il se passe quelque chose ici, allez, viens, on revien-
dra avec mon frère demain.
Cléonisse n’est pas très sûre d’elle et préfère partir. Son
frère est un garçon, ce genre de chose, c’est plus sa partie
pense-t-elle. Jia ne dit rien et la suit. Elles retournent dans
la chambre et se retransforment pour rejoindre les autres
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enfants. Voyant son frère faire des dessins sur les pan-
neaux, elle le prend à part.
⎯ Dis, Céleste, viens avec nous, j’ai quelque chose
d’important à te dire.
⎯ Oh ! tu vois bien que je n’ai pas fini ma peinture.
⎯ Mais, c’est très grave, j’ai besoin de toi.
⎯ Alors, dis le là, je verrai.
⎯ Si tu ne m’écoutes pas, j’irai voir Moacyr.
Le jeune garçon est vexé et il ne lui en faut pas plus pour
qu’il laisse tomber ses pinceaux et rejoindre sa sœur.
⎯ Allons ensemble dans notre chambre, tu sauras.
Dans la chambre de Cléonisse, avec Jia, elle explique à
son frère ce qu’elle a vu au dessus. Elle lui demande de
retourner avec elle pour voir ce que c’est car elle a un peu
peur. Céleste est fière de montrer son courage à sa sœur et
il accepte. Il est convenu qu’ils profiteront de l’absence
de Doora pour aller voir. Ils savent que chaque matin, elle
s’occupe de Dicam et Magann avant de retourner garder
les dormeurs. Pour eux trois, c’est demain qu’ils pourront
mettre leur plan à exécution. Cléonisse essaie de ne pas
croiser sa tante car elle sait trop bien lire les pensées.
Pour que Noèse n’ait pas de doute, elle préfère jouer et
penser à autre chose, ce qui à l’air de fonctionner. Ils vont
tous se coucher jusqu’au matin.
Cléonisse est réveillée la première et discrètement, elle
réveille les autres. Comme ils sont tous dans le grand pa-
villon avec sa tante, il faut rester silencieux, Doora ne
devrait pas tarder. Il faut se faire invisible avant de sortir
pour ne pas se faire remarquer. Céleste ne sait pas se ren-
dre invisible, c’est là le problème, ce sera dur pour lui.
⎯ Donne-moi une main, tu manques de force en toi, je
vais t’aider, dit Jia.
Céleste ne comprend pas trop ce qu’elle veut et par curio-

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sité lui tend une main qu’elle attrape. Aussitôt, le garçon
sent en lui un courant électrique si fort qu’il a
l’impression de recevoir une décharge qui redresse son
dos et lui monte jusqu’au bout des cheveux. D’un coup, il
se détend et se sent léger, si léger que les paroles de Jia
lui donnent une impression de paix.
⎯ Laisse aller ton esprit, ferme les yeux. Tu es si fort
maintenant que toutes tes idées coulent sur toi, elles sont
si légères que tu es devenu invisible.
Céleste est un garçon toujours actif et sa pensée n’est ja-
mais en repos. Jia l’a clairement vu et lui a insufflé la
force qui lui manquait. Alors le don d’invisibilité s’est
ouvert à lui par le pouvoir que Jia lui a transmis. Tous les
trois sont invisibles et partent vers le grand dortoir. Ils
croisent Doora qui rejoint ses enfants adoptifs sans les
remarquer. Céleste est fier d’être devenu invisible.
Ils sont seuls avec les dormeurs dans le bâtiment et ils
montent vers les étages où ils sont regroupés. Cléonisse
emmène son frère et son amie jusqu’à la chambre où elle
avait vu les mutants. Elle trouve curieux qu’ils ne soient
plus en boule et montre à son frère le premier garçon
qu’elle avait observé. Céleste n’a pas peur et il regarde ce
qu’il y a sous la couverture. Il est un peu surpris mais pas
effrayé. Le garçon s’est séparé de son ancienne carapace,
il a la peau lisse, le visage détendu et les cheveux clairs.
C’est bizarre, ses oreilles semblent finir en pointe mais il
ne ressemble pas un diable, bien au contraire, il inspire un
air de confiance et de douceur, sur son visage,on peut re-
marquer un léger sourire.
⎯ Mais, Cléonisse, pourquoi as-tu peur d’un tel gar-
çon, on croirait un être magique, il me fait penser à un
personnage de légende, je ne me rappelle plus du nom, tu
dois t’en souvenir, tu sais, ce sont des êtres qui apparais-
sent parfois pour aider les hommes et même le Père Noël
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en a avec lui ?
⎯ Eu, tu veux dire des elfes ?
⎯ Oui, c’est ça, il me fait penser à un elfe.
⎯ Un elfe ! mais tu t’imagines, s’ils sont tous comme
ça ? Ce sera l’école la plus magique du monde. Cinquante
elfes avec nous, on va s’amuser.
⎯ C’est fou, Cléonisse, il faut aller voir les autres.
⎯ Moi, je reste avec lui, je sens qu’il a besoin de moi.
⎯ Si tu veux, Jia mais s’il y a un problème, appelle-
nous. Regardons comment est celui qui est dans l’autre
lit.
Cette fois, Cléonisse hésite moins à soulever le drap. En
effet ce n’est plus comme hier, le garçon est comme
l’autre et même, encore plus beau. Elle est rassurée, le
laisse en paix et part avec son frère pour voir dans les au-
tres chambres. Ils soulèvent les draps de chaque lit et dé-
couvrent toujours des garçons et des filles avec un visage
un peu semblable avec leurs oreilles pointues. Tous ceux
qu’ils voient sont encore endormis mais si beaux que leur
cœur en est joyeux. Visiter les vingt-cinq chambres prend
plus de temps qu’ils ne l’imaginent et, après avoir trouvé
la dernière à l’étage au dessus, ils retournent retrouver
Jia. Ils poussent la porte mais la surprise et la confusion
sont devant eux.
⎯ Je ne vais pas vous manger vous deux, mais as-
seyez-vous un instant, on va parler.
Jia est un peu confuse car elle pense que tout est de sa
faute. Elle n’est plus invisible et a quelques larmes aux
yeux. Doora reprend :
⎯ Vous vous imaginez que devenir comme vous le fai-
tes vous évite d’être vu, c’est une erreur. Je vous ai vu
lorsque nous nous sommes croisés. Mes yeux n’ont pas
remarqué la couleur de votre peau, mais je vois les infra-

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rouges, vous savez, ce sont les rayons que donne la cha-
leur. Ceux-là, en vous croisant, je les ai sentis. Mais je
devais rejoindre Magann et Dicam. Lorsque je suis reve-
nue aux dortoirs, j’ai entendu Jia parler aux garçons de
cette chambre et j’y suis entrée. Elle pensait pouvoir par-
tir sans être vue mais je la voyais et lui ai demandé de
reprendre sa couleur. Elle m’a expliqué ce qu’elle avait
découvert avec vous et elle m’a montré. Je l’ai félicitée
pour ça, et j’ai décidé de vous attendre pour en discuter
avec vous.
Tous les trois regardent Doora qui semble vouloir leur
dire quelque chose :
⎯ Que vous imaginiez-vous ? Je savais que vous étiez
ici. Mais je ne pensais pas vous retrouver dans les cham-
bres des nouveaux. Je n’ai pas l’intention de vous gron-
der, au contraire, car vous avez découvert des choses que
je n’imaginais pas. Jia m’a montré la transformation des
deux garçons, c’est incroyable. Êtes-vous allés voir les
autres ?
⎯ Oui, nous en revenons juste et ils sont tous sembla-
bles. Nous pensons qu’ils se sont transformés en elfes, vu
leurs oreilles.
Doora ne connaît pas trop ce type de personnage, pour
elle ce sont des histoires d’enfants et elle réfléchit.
⎯ Des elfes, qu’est-ce que c’est ?
⎯ Ce sont des êtres magiques qui accompagnent les
hommes dans leurs difficultés, ils sont là pour qu’ils évi-
tent de faire des catastrophes et ils les aident à trouver
leur voie vers la vérité. Les elfes sont les amis du cœur.
Ils aident tous ceux dont le cœur est juste mais perdus.
C’est pour cela qu’ils sont avec le Père Noël pour aider et
qu’au moment où il distribue les cadeaux, une lumière
touche le cœur de tous. Ils sont si magiques qu’on ne les
voit pas souvent et que seuls ceux qui ont leurs yeux
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d’enfant peuvent les voir. Je suis certaine qu’ils sont en
pleine mutation pour le devenir.
⎯ Peut-être dis-tu vrai, Cléonisse, mais nous ne le sau-
rons que lorsqu’ils se réveilleront en espérant que ce ne
soit pas l’inverse.
⎯ Mais des êtres avec des visages aussi doux ne peu-
vent pas être mauvais, je les ai tous vus.
⎯ Pour ma part, je suis resté un long moment avec ces
deux garçons et je suis du même avis que Céleste. En plus
je ressens qu’ils ont besoin de notre aide pour se réveiller.
Lorsque vous êtes entrée, Doora, je m’apprêtais à lui
donner de l’influx terrestre, c’est ce qu’il leur manque
pour s’éveiller car en quittant leur planète, ils ont été
coupés de la source qui leur donne leurs pouvoirs. Ils ont
besoin des forces de la Terre pour pouvoir être actifs.
Nous devons leur donner ce qu’ils attendent, sinon ils ris-
quent de mourir.
Doora est vraiment étonné de ce que Jia lui dit, elle sem-
ble comprendre plus qu’elle ces êtres venus d’un autre
monde. Elle a perdu en partie ses yeux d’enfants, elle
n’est plus capable de comprendre leur monde, c’est le
défaut des adultes.
Et s’ils avaient raison, si Jia disait la vérité ? Doora
n’attend pas de retrouver Noèse pour lui en parler, car un
des garçons dans la chambre commence à pousser des
murmures plaintifs. Et s’il était en danger ?
Repensant aux paroles de Jia elle lui dit :
⎯ Tu as raison, ne perdons pas de temps, j’ai
l’impression qu’un des garçons réclame notre aide, Jia, il
faut que nous nous unissions pour lui transmettre la force
de la Terre dont il doit avoir besoin. Ne perdons plus de
temps. Rassemblons-nous pour agir.
⎯ Tu sais, madame, j’ai en mon être le pouvoir de
donner la force, c’est inné. Je peux avec votre aide le
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faire. Pour cela, il faut que ce soit notre cœur qui agisse
en nous, ce n’est pas avec notre tête que ça marche. Je
vais vous montrer à tous.
Jia ferme les yeux un instant, comme si elle se laissait
prendre par un influx différent que sa conscience :
⎯ Entendez-vous votre cœur parler au fond de vous,
en sentez-vous sa force agissant comme une parole juste ?
C’est la vérité, elle brille en nous tant que nous ne la reje-
tons pas dans l’oubli. Cette lumière veut la vie et est tou-
jours prête à donner si nous lui donnons toute notre atten-
tion. Si vous sentez en vous l’appel de votre cœur, laissez
agir la lumière pour les autres. Si vous la sentez attirée à
donner, alors faites-le.
Le sentez-vous maintenant en votre être ?
Jia agit comme un maître en parlant ainsi à tous et même
Doora l’écoute avec attention. Et tous, sans parler lui font
un signe. Alors, une magie s’opère à cet instant. Jia attire
les forces de la Terre par les trois êtres qui
l’accompagnent, les forces que chacun produit circulent
entre eux et un rayon violet sort au même instant de leur
poitrine pour toucher le premier garçon semblant en état
de souffrance. Une liaison de cœur à cœur s’établit entre
eux et le jeune homme commence à avoir des soubresauts
inquiétants au début. Jia ne bouge pas mais un peu plus
tard, les rayons se dissipent et le garçon commence à re-
muer et bouger ses mains. Doora s’approche de lui et
prend sa tête, alors il ouvre les yeux et regardant la
femme, lui sourit.
⎯ Bonjours madame, mes yeux sont neufs, ma pensée
est remplie de joie en vous voyant, je dormais depuis si
longtemps que je ne m’imaginais pas pouvoir me réveiller
un jour car un serpent avait fermé mon esprit.
⎯ Qui es-tu ?
⎯ Je suis Cadmall, un elfe, et je suis venu sur la Terre
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pour aider les hommes. Mes frères et sœurs vont-ils
bien ?
⎯ Ils dorment comme toi et nous devons les réveiller.
⎯ Vous manipulez les forces de la vie avec beaucoup
d’aptitude, vous n’êtes pas des hommes ordinaires.
⎯ Tu es à l’école de Keuramdor, avec des enfants nés
de la grande révolution qui s’installe sur la Terre. Ceux
qui ont fondé cette école sont des Lunisses comme moi.
Nos enfants sont tous très doués mais ce ne sont pas des
elfes.
⎯ Il faut réveiller les autres, nous avons une mission à
accomplir sur la Terre et nous ne devons plus perdre de
temps.
⎯ Comment cela ?
⎯ Les temps changent sur cet astre et dans quelques
mois, il sera trop tard pour agir, la guerre peut arriver.
⎯ Une guerre ?
⎯ Oui, une guerre qui viendra du ciel.
⎯ Celle d’une femme s’appelant Maldeï, n’est-ce pas ?
⎯ Oui, c’est elle qui avait obscurci notre esprit. Mais
vous nous avez guéris.
⎯ Nous allons réveiller les autres, ils semblent avoir
tous terminé leur mutation. Il faut y aller, je me sens tout
neuf dans mon corps.
Alors il se lève et descendant de son lit, fait tomber sa
veille peau qui ressemble à une croûte jaunâtre et fripée
où l’on voit les traces d’un homme y ayant séjourné. Le
garçon en face a libéré sa nouvelle peau mais il dort en-
core. Jia et les autres recommence la même chose que sur
le premier qui les observe. Il faut quelques minutes pour
le ramener à la vie et comme Cadmall il est heureux de
pouvoir respirer un air différent de celui de la planète
d’où il vient. Il s’appelle Baldouw, il est plus jeune que

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son voisin et il se souvient de son passé sur Elvy, alors il
dit quelque chose d’incroyable :
⎯ Juste avant de quitter l’endroit où nous étions, j’ai
croisé une petite fille qui ne devait pas avoir plus de sept
ans, elle s’appelait Axelle, elle disait venir de la Terre.
⎯ Axelle, tu as vu Axelle. Comment va-t-elle ?
⎯ Je crois qu’elle était avec son père et une amie à
eux. Elle rayonnait une force incroyable, je crois que
Maldeï la craint. Tous les enfants de la Mine de Carbokan
la respectaient.
⎯ La mine de Carbokan, mais qu’est-ce que c’est ?
Doora le sait car les Lunisses venaient ici pour se fournir
la matière avec laquelle ils fabriquaient les moteurs des
vaisseaux spatiaux. Mais elle ne sait pas quel sort
l’infâme Maldeï qui a fait enlever Axelle lui a réservé, et
Baldouw raconte :
⎯ Les mines sont l’endroit que Maldeï a transformé
pour que tous les enfants de notre planète soient formés à
être des soldats sans âme. Nous arrivions à l’age de sept
ans pour travailler à la mine. Et nous devions nous battre
les uns contre les autres pour survivre. Nous étions livrés
à nous-même en dehors du travail obligatoire dans les
mines. Pour nous loger, nous fabriquions des huttes en
paille et des maisons en carton et en détritus. Nous
n’avions aucune hygiène et parfois nous devions tuer
pour ne pas l’être. Notre esprit était si occupé à survivre
qu’il n’y avait plus de place pour une âme, grâce à cela,
nous étions comme des morts vivants. L’instructeur qui
est venu nous chercher nous sélectionna parce que nous
étions les plus agressifs, c’était le critère pour être un
guerrier.
⎯ Et maintenant, qui es-tu, Baldouw ?
⎯ J’ai le souvenir, mais plus l’esprit de l’être qui était

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en moi avant que je sois avec vous. Je suis un elfe et j’ai à
cœur de servir l’humanité pour accomplir ma vocation. Il
y a parmi nous un chef que nous devons réveiller, c’est
lui qui doit nous guider dans notre tâche sur la Terre.
⎯ Comment est-il ?
⎯ Je ne sais pas, je connais seulement son nom ; je
crois que c’est Belinn, c’est tout ce que je sais.
⎯ De toute façon, nous devrons tous vous réveiller et
c’est ce que nous allons commencer à faire.
Les enfants sont contents de savoir qu’Axelle semble en
forme dans l’autre monde et qu’elle a retrouvé son père.
Les deux elfes souhaitent réveiller les autres, Doora pense
que malgré leur empressement, il faut s’organiser et en
avertir les autres, elle demande à Cléonisse d’aller cher-
cher Noèse pour la tenir informé.
Elle ne tarde pas à revenir accompagnée de sa tante. Doo-
ra explique la découverte des enfants et de leur transfor-
mation. C’est pour Noèse une joie et une surprise aussi.
De cinquante guerriers, arrivés sur Terre, cinquante Elfes
sont prêts à rayonner sur la planète pour aider l’humanité,
c’est un grand moment. Avec Doora et les deux elfes, ils
décident de commencer à réveiller les autres. Quarante
huit elfes, ce n’est pas rien, il faut que tous s’y mettent.
Comme Jia lui a expliqué comment faire, il est décidé que
tous les enfants participeraient. Tous se regroupent, les
elfes prendront avec eux trois enfants. C’est un grand tra-
vail qu’ils entament et tous sont si enthousiastes qu’ils ne
pensent pas au déjeuner. Au bout de la journée, ils ont
réussi à réveiller une trentaine d’elfes.
Dans la chambre où se trouve Cléonisse, avec Baldouw et
Doora, ils réveillent une jeune fille qui ne doit pas avoir
plus de treize ans. Elle a les cheveux bruns et longs et la
peau très claire. Sa peau brunâtre est tombée, elle est très
fine, voir presque frêle, comme si elle n’avait pas mangé
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depuis longtemps. Les vêtements qu’elle possédait sem-
blent disproportionnés en rapport à sa taille. Elle ouvre
les yeux et marmonne quelques mots :
⎯ J’ai froid, je ne suis pas dans mon monde, je ne sais
pas où je suis, aidez-moi à retrouver ma mère.
Si elle s’était métamorphosée en elfe, comme les autres,
elle ne se questionnerait pas ainsi, pensent Doora et Cléo-
nisse. Alors, elle lui demande :
⎯ Qui es-tu ?
⎯ Je suis Belinn, l’elfe des elfes. Je suis enfant d’Elvy
et de Trinita, les planètes d’où je viens. J’ai été séparée de
ma mère lorsque j’avais cinq ans. Elle est restée sur la
planète Trinita alors qu’une dame avec une couronne de
serpent m’a prise avec elle pour m’emmener sur sa pla-
nète. Depuis, c’est un grand trou noir, je ne me souviens
de rien, je sais seulement que je suis un elfe.
⎯ Sais-tu où tu te trouves aujourd’hui ?
⎯ Je crois être sur la Terre, mais, je n’ai aucun souve-
nir de la façon dont j’y suis arrivé.
⎯ Te ne te rappelles pas ce que tu étais autrefois ?
⎯ J’étais l’enfant de ma mère, c’est tout ce dont je me
souviens.
⎯ Mais as-tu une idée de ce que tu es aujourd’hui ?
⎯ Oui, je suis l’elfe qui doit guider les autres dans leur
tâche sur la Terre, nous sommes venus pour aider
l’humanité à trouver en elle le cœur qui est oublié depuis
trop longtemps. Aider ceux qui sont prêts à recevoir de la
poudre de lumière pour qu’elle brille sur eux toute leur
vie. Mon groupe m’attend pour partir, il faut que je le re-
joigne.
⎯ Tu sais, Belinn, je connais certainement ta mère, j’ai
vécu sur Trinita ces sept dernières années et avant de par-
tir, nous avons retrouvé des centaines d’hommes et de

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femmes que nous avons emmenés avec nous, je sais où ils
sont. Si je les rejoins, je retrouverais ta maman.
⎯ Je suis un elfe, ma mère fait partie de mon passé,
mais je te remercie pour ta proposition.
⎯ Viens avec nous pour rejoindre les autres, nous
avons encore une dizaine de tes amis à réveiller.
⎯ Nous devrons partir rapidement, le temps presse sur
la Terre, les forces averses sont déjà présentes, Maldeï y a
envoyé ses ministres.
⎯ Tu veux dire que les éclaireurs sont déjà là et qu’ils
nous observent.
⎯ C’est ça, c’est pourquoi nous devons partir autour
de la planète pour les trouver et les neutraliser.
⎯ Ce que tu me dis est important, nous devrons rester
sur nos gardes.
Ils sortent tous de la chambre pour retrouver les autres.
Noèse fait regrouper tous les elfes réveillés dans le grand
réfectoire tandis qu’ils finissent avec les derniers. Enfin,
ils se retrouvent tous à l’heure du dîner, devant un bon
repas préparé en urgence par Marie et Joseph Zog et le
cuisinier Paolo Lugzi. Noèse et Doora sont avec Belinn,
c’est cette dernière qui fait un discourt à tous :
⎯ Nous sommes arrivés ici, comme de monstrueux
guerriers prêts à tuer et tout détruire. Mais devant nous, il
y avait des hommes, des femmes et des enfants avec un
cœur. Ils se sont défendus et battus avec un tel respect de
la vie que non seulement ils ne nous ont pas blessés, mais
ils nous ont guéri du mal qui nous avait été infligé par
Maldeï, cette femme qui vit à l’autre bout de la galaxie.
C’est grâce à eux que nous avons découvert notre corps
d’elfe qui était enfoui tout au fond de notre conscience.
C’est pour cela que je vous demande d’acclamer tous les
amis autour de nous.

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Tous les elfes applaudissent et de leurs mains qui cla-
quent, des étincelles jaillissent, ce qui fait rire les enfants.
Mais, Belinn reprend :
⎯ Nous ne partirons pas avant d’avoir fait quelque
chose ici, à Keuramdor, pour les remercier et les protéger
d’éventuels autres agresseurs. Demain, avant de nous en-
voler, nous bâtirons au-dessus de l’école une carapace
invisible afin que personne ne puisse pénétrer à
l’intérieur. J’ai vu avec Cadmall et Baldouw pour qu’ils
restent ici afin d’aider et surveiller, car les ennemis sont
toujours prêts à venir, maintenant qu’ils connaissent les
lieux.
Les deux garçons sont fiers de rester là ; déjà Cléonisse,
Jia et Céleste les apprécient. Tous les enfants sont
contents d’avoir des elfes avec eux, ça risque d’être vrai-
ment fantastique et de savoir qu’ils vont protéger l’école
est encore mieux. C’est à ce moment que les pizzas arri-
vent sur les tables. Ces enfants venus de l’espace ne
connaissent pas ce plat si apprécié pas les petits et les
grands, mais lorsqu’ils y goûtent, ils sont comme envoû-
tés. C’est à partir de cet instant qu’ils comprennent que la
Terre est unique dans l’univers.
Enfin, après avoir fort aimé ce repas de maître et conver-
sé avec Noèse, Doora, Harry et les enfants, tous décident
d’aller se coucher.

Lorsque Cléonisse se réveille, en passant sa tête par la


fenêtre elle voit déjà les elfes dehors entrain de travailler.
Ils ont comme des ailes dans le dos, on croirait des anges.
Ils ont tous changé leurs vêtements de la veille, leurs ha-
bits sont de toutes les couleurs, on croirait des arcs en
ciels, ils sont tous très joyeux, ils rayonnent la bonne hu-
meur et c’est fantastique de les voir à l’œuvre. Ils tirent
dans le ciel des lignes semblant imaginaires, que Cléo-
24
nisse arrive à voir par la pensée. Comme s’ils construi-
saient une charpente de lignes de forces, ils prennent soin
que les attaches dans le sol soient assez profondes.
D’autres commencent à poser sur cette ossature une cou-
verture ressemblant à une feuille de plastique souple et
incolore. Une fois dessus, d’autres encore passent pour
l’attacher avec des boutons de lumière. Tout semble enfin
en ordre. C’est alors que Cléonisse voit Belinn faire le
tour du chantier comme pour inspecter. Tout paraît
conforme, aussi le petit elfe monte au-dessus de la cons-
truction et d’un coup, elle claque des doigts et la rend
complètement invisible. L’ouvrage semble totalement
terminé, plus rien ne laisse penser qu’un toit protecteur
est au-dessus de sa tête, mais Belinn l’a repérée et fonce
vers elle.
⎯ Alors, tu as vu comment nous construisons un toit
protecteur. Ça te plaît ?
⎯ Oui, mais je ne vois rien, es-tu certaine qu’il est ef-
ficace ?
⎯ Tu veux voir ?
⎯ Oui.
⎯ Attrape ma main, je t’emmène.
Alors, Cléonisse lui tend la main et par la fenêtre, elle
s’envole avec Belinn. Elle n’a pas froid bien qu’elle soit
encore en pyjama. L’elfe la tient du bout des doigts
comme si son fluide suffisait à lui donner le pouvoir de
voler. La petite fille est surprise et heureuse en même
temps. Pour la première fois, elle voit son école de haut.
Autour d’elle d’autres elfes volent comme pour parfaire
leur ouvrage. Elle regarde Belinn qui lui sourit et d’un
coup retire sa main. Cléonisse continue de voler comme
si de rien n’était, c’est pour elle un bonheur. Elles mon-
tent bien au-dessus de l’école puis, suivant l’elfe, elle ra-
lentit. Alors Belinn lui reprend la main pour la guider.
25
Elles se mettent droites et avec légèreté, se posent sur du
vide, mais, au lieu de tomber, Cléonisse sent sous ses
pieds comme un sol très dur. Elle regarde et voit qu’elle
marche dans le vide.
⎯ N’aie pas peur, Cléonisse, tu es sur le dessus du
dôme que nous avons construit ce matin. Il résiste à ton
poids et beaucoup plus encore. Aucune bombe, aucun
rayon malsain ne peuvent le pénétrer. Vous êtes parfaite-
ment protégés. Cet abri résiste à tout car il est de fabrica-
tion elfique, c’est-à-dire qu’aucun homme ne peut le dé-
truire.
⎯ Mais comment on fait pour entrer dans l’école ou
pour respirer si la bulle est hermétique ?
⎯ Cette bulle, comme tu dis, est perméable à l’air et à
l’eau. S’il pleut, tu recevras des gouttes mais moins fort.
le vent passe mais il est atténué. Seulement, plus les cho-
ses sont lourdes, plus elles sont retenues. C’est pour cela
que tu ne peux passer à travers la bulle. Elle filtre les
rayons du soleil, par exemple tu n’attraperas pas de coup
de soleil à travers car les rayons ultraviolets sont nocifs.
Ce sont Baldouw ou Cadmall qui veilleront à ceux qui
entrent ou sortent en ouvrant la porte de la bulle. Tu peux
compter sur eux, ils sont très efficaces.
⎯ Alors, nous sommes comme dans un monde à part,
ici, ce n’est plus vraiment la Terre !
⎯ Tu as un peu raison, mais cette école semble avoir
toujours été un monde à part, n’est-ce pas ?
⎯ En effet, nous sommes tous vraiment différents. Ma
mère l’a toujours été et depuis que tous les autres enfants
sont ici, ça l’est encore plus.
⎯ Dehors, il gèle mais je n’ai pas froid, pourquoi ?
⎯ Parce que tu es avec moi et je t’ai donné de mon
fluide lorsque je t’ai donné la main. Dès que nous nous

26
quitterons, tu devras prendre un bon manteau. As-tu
confiance en notre bulle, maintenant ?
⎯ Elle est formidable, les gens qui voudront venir
nous prendre ne le pourront plus. Mais, si les parents de
mon amie Didda reviennent en hélicoptère, ils risquent de
ne pas pouvoir se poser et avoir un terrible accident ?
⎯ Nos deux amis sont là pour ouvrir les portes de la
bulle quand il faut et où il faut, ne crains rien pour ton
amie. Regarde maintenant en bas, dehors, Noèse et Doora
nous observent. Viens, donne-moi la main, rejoignons les.
⎯ Non, laisse-moi y aller toute seule.
⎯ Si tu veux.
Alors, Cléonisse se lance et vole doucement jusqu’à ses
deux tantes. Belinn la rejoint.
⎯ Bonjour, vous m’excuserez d’avoir pris avec moi
votre nièce ; c’est ma faute, elle me regardait et je lui ai
proposé de l’emmener avec moi sur le dôme, elle n’est
pas responsable.
⎯ Ne vous en faite pas, j’ai l’habitude avec Cléonisse.
Elle se retrouve toujours dans les meilleures situations.
Cette enfant est comme sa mère.
⎯ C’est un modèle de référence pour nous tous car sa
maman est parmi les parfaits dans ce monde et au-delà
même.
⎯ Nous le savons tous, c’est pour cela que nous ne lui
en voulons pas. Elle a été la première à voir la construc-
tion de cet ouvrage et le tester et elle nous racontera
comment il est efficace. Il faut que nous vous remerciions
pour cette protection que vous nous offrez.
⎯ C’est normal car vous nous avez sortis d’un cau-
chemar. Mais pour nous, il est temps de vous quitter.
Nous allons tous nous rassembler afin de vous faire nos
adieux. Nous devrons prendre nos places dans le système

27
terrestre qui s’élabore en ce moment. L’humanité se cher-
che de plus en plus et elle a besoin de poudre de lumière
pour comprendre ce qui lui arrive.
Noèse et Doora préparent les enfants et les rassemblent
derrière le bâtiment de l’école. Tous les elfes sont là et
viennent dire au revoir. Ils ne peuvent faire la bise à tous
les petits alors pour les saluer avec cœur, ils jettent sur
eux de la poudre de lumière qui leur donne l’impression
d’un grand frisson qui les chatouille. Seul Belinn vient
embrasser tous les enfants et ceux-ci voudraient bien par-
tir avec elle. Cléonisse sent encore en elle son fluide et
pense qu’elle pourrait les suivre lorsqu’ils s’envoleront.
Tous les adultes saluent la plus inattendue des armées qui
repart pour faire la guerre du bonheur et de la paix aux
hommes qui ont oublié que vivre, c'est-à-dire, Aimer…
Les elfes s’élèvent au-dessus de tous et se mettent en
formation. Ils défilent alors sans bruit dans le ciel par
groupe de deux. Puis, guidés par Belinn ils passent au-
dessus des têtes, et s’envolent dans toutes les directions,
chacun connaissant sa mission.
Le ciel se vide alors que Cléonisse vole au-dessus de
tous, comme pour faire un dernier salut à tous les elfes.
Cadmall et Baldouw viennent la chercher car ils doivent
fermer le dôme pour que la protection soit toujours effi-
cace.

Tout le monde rentre dans le préau pour le déjeuner. Il


faut maintenant se préparer à accueillir les autres enfants
qui reviennent de vacances.
Cléonisse a le cœur serré d’avoir vécu un si court moment
avec ces êtres sensibles et dépassant la magie ordinaire de
la vie…

28
RETOUR DES ENFANTS
Tous les enfants sont rentrés hier. Timofeï
que le Père Noël avait emmené chez lui en Russie est re-
venu par avion car le temps s’est amélioré et les vols ont
pu reprendre. Personne ne manque à l’appel en ce lundi
de rentrée scolaire. Mais pour ceux qui n’étaient pas là
pendant les vacances, bien des choses ont changé.
D’abord, deux grands enfants d’au moins seize ou dix
sept ans sont à l’entrée pour les accueillir, ensuite, toutes
les vitres du préau sont cassées et cela les inquiète. Tous
ont repris leur place et demandent à ceux qui sont restés
ce qu’il s’est passé. Les discussions s’animent et Noèse
doit remettre un peu d’ordre dans la classe.
⎯ S’il vous plaît, les enfants, je vous demande beau-
coup plus d’attention. Nous sommes en classe, vous de-
vez vous concentrer sur votre travail. Je sais que vous
avez trouvé des changements en arrivant, vos amis restés
vous ont raconté notre aventure, mais c’est maintenant
passé. Nous aurons l’occasion d’y revenir un peu plus
tard. Les vitres du préau seront remplacées dans quelques
jours et tous les dégâts auront disparu. J’espère que vous
avez tous passé de bonnes vacances de Noël dans vos fa-
milles. À partir de ce mois-ci, l’organisation des cours va
un peu changer. Le matin sera toujours consacré à la lec-
ture, l’écriture et le calcul, mais l’après midi, un jour sur
deux nous sortirons pour faire des visites. Nous irons en
ville, dans la nature ou d’autres lieux. Nous aurons
l’occasion d’être avec les autres enfants. Nous ferons
cette année des sorties au théâtre, ainsi que d’autres ex-
cursions. Voici les enfants, le grand programme que nous
avons devant nous. Comme cela fait plus de deux semai-
nes que je ne vous ai pas vus, ce matin nous ferons de la
lecture pendant la première partie, ensuite nous passerons
29
à l’histoire de France, sans oublier celle de vos pays.
À l’idée de sortir régulièrement, les enfants affichent un
grand sourire et Noèse leur fait ouvrir leur livre de lec-
ture…

Après le repas, Abdel sort de ses affaires le dernier gad-


get informatique sorti pour les fêtes que son père lui a
offert avant le Père Noël. C’est un tout petit ordinateur
avec lequel on peut tout faire : des jeux, écouter de la mu-
sique, regarder des films et la télévision, aller sur Internet,
téléphoner, prendre des photos, filmer, écriture et traduc-
teur vocale et il fait même GPS. C’est le must de la tech-
nologie. Il commence à le montrer à tout le monde, et se
fait remarquer par Doora qui intervient car les enfants
veulent tous avoir cet appareil.
⎯ Montre moi ton engin, Abdel, j’aimerais savoir ce
que c’est ?
⎯ C’est mon père qui me l’a offert, et c’est super.
⎯ Donne-le-moi un peu.
⎯ C’est à moi, c’est un cadeau.
⎯ Ça sert à quoi cette boite ?
Le garçon explique tous les avantages de ce superbe gad-
get. Doora l’écoute avec attention, le regarde et réfléchit.
⎯ Tout ce que tu me dis de cet appareil n’a rien
d’extraordinaire, pour moi. J’ai toujours eu en moi toutes
ces choses sans qu’elles prennent la place d’une boite de
plastique et de métal. Depuis que tu es dans cette école ne
l’as-tu pas remarqué ?
⎯ Ben non, pas vraiment. Tu sais, c’est super d’avoir
tout ça là-dedans.
⎯ Abdel, c’est dans ta tête et ton cœur que tu as tout
ça, pas dans cette boite.
⎯ J’ai pas Internet dans ma tête, ni le téléphone.

30
⎯ C’est ce qu’on va voir. Cet après-midi vous serez
avec moi dans le laboratoire et je vous montrerai à tous
que ce gadget n’est pas utile. Nous ferons sans lui les
mêmes choses.
⎯ Même le téléphone ou les photos ?
⎯ On fera tout !
Les enfants qui viennent d’assister à cette conversation se
grattent la tête et n’imaginent pas comment un homme
pourrait remplacer un ordinateur miniature, c’est si com-
pliqué. Comme ils ont un peu de temps avant le cours de
l’après-midi, ils retournent jouer. Doora prend le mini-
ordinateur d’Abdel pour l’analyser ; il est vrai que du
monde où elle vient, ce type d’appareil n’existe pas.

Tous les enfants sont à l’entrée du laboratoire, Doora ar-


rive avec Harry, tenant dans les mains l’ordinateur
d’Abdel. Ils entrent dans la salle de cours et prennent
place. Doora sort l’appareil de l’enfant et le présente à
tous.
⎯ Il faut remercier Abdel de m’avoir donné l’idée
pour ce cours. Nous allons voir cette après-midi la rela-
tion entre les inventions et l’homme lui-même par
l’intermédiaire de ce superbe ordinateur. N’aie crainte,
Abdel, je ne le démonterai pas, mais, nous allons le com-
parer à nous-même pour voir s’il nous est vraiment supé-
rieur. J’attends vos questions.
Les enfants se regardent et c’est Scott qui commence :
⎯ Tu sais madame, qu’avec ça on peut communiquer
avec des Emails et rechercher des informations sur
n’importe quoi. Nous, on ne peut pas.
⎯ Ta remarque est très intéressante car on s’imagine
que ce sont les machines qui sont pleines de pouvoir,
alors qu’en fait, c’est de l’homme qu’elles les prennent.

31
Imagine, Scott que tu peux passer des Emails sans ordina-
teurs et surfer sur Internet aussi. Pour cela vous devez
découvrir en vous vos capacités de communication. Bien
sûr, tu ne pourras jamais envoyer de message binaire se
transformant en texte sur un écran ou une imprimante,
mais tes sentiments, tes idées tu peux les répandre autour
de toi de façon à ce qu’ils soient perçus par ceux à qui ils
sont destinés. Je prends un exemple :
Je veux que tu comprennes cette leçon aujourd’hui.
Comment dois-je communiquer avec toi ?
En premier, par la parole qui est l’outil de communication
le plus répandu sur la Terre. Je te parle, donc je t’envoie
un message, puis tes oreilles entendent, donc tu reçois.
Avoue que sur de courtes distances, la voix est plus prati-
que que l’Email et que beaucoup d’hommes devraient
communiquer comme cela, au lieu d’envoyer des messa-
ges au collègue du bureau d’à côté.
Maintenant, tu es loin et tu veux donner de tes nouvelles à
quelqu’un. Tu n’as pas de téléphone, ni d’ordinateur,
comment fais-tu ? Tu ne sais pas, bien sûr. Pourtant, il me
semble que Noèse vous a déjà parlé de télépathie. Sais-tu
que la télépathie a été utilisée pendant des siècles sur la
Terre, avant d’être perdue par les hommes parce qu’ils
devenaient trop individualistes. Cette faculté est en cha-
cun d’entre nous mais elle n’est plus accessible. C’est le
matérialisme qui l’a tuée et cela a commencé il y a près
de six mille ans, à l’époque égyptienne. Lorsque les
hommes pouvaient communiquer ainsi, ce n’était pas
pour parler avec sa femme ou son chef, car la parole télé-
pathique était entendue par tous. Lorsqu’un homme dé-
couvrait quelque chose, il en faisait profiter tous les
hommes autour de lui et tous ceux qui se trouvaient sur la
Terre. Une information importante était tout de suite
connue afin que chacun puisse la mettre à son profit. Par
32
exemple, un homme découvrait qu’en faisant fermenter
du lait, il fabriquait du fromage, en transmettant son idée,
par la pensée, les autres la saisissaient et faisaient de
même. Cette forme de communication étendue a fonc-
tionné longtemps sur la Terre et les hommes ont tous pu
évoluer aux quatre coins de la planète, sans jamais s’être
rencontrés. C’était ça la télépathie, un pouvoir permettant
d’évoluer ensemble et comme tu me parles d’Internet, de
l’échange et la recherche d’informations de tous types,
avec ce que je viens de t’expliquer, tu comprendras qu’en
communiquant ainsi, le réseau mondial d’information
était déjà né et que les hommes n’avaient pas besoin
d’ordinateurs, de réseaux ou d’ADSL pour échanger leurs
connaissances. C’est pour cela que la machine d’Abdel
n’est pas une découverte. Si vous voulez, les enfants,
nous allons faire une expérience. Pour cela, vous allez
nous suivre dans la salle isolée.
Tous les enfants suivent Doora et Harry dans la grande
salle blanche. Chacun se rappelle que dedans, ils avaient
été coupés de toutes les influences mondiales et que cer-
tains d’entre eux s’étaient trouvés mal. Doora laisse la
porte ouverte pour que les forces extérieures passent un
peu. Mais à l’intérieur, tous les enfants pourront entendre
en eux la parole s’élever en même temps que leur pensée.
Dans ces conditions particulières, ils devraient arriver à
entendre les paroles de chacun.
⎯ Ici, chacun de nous va penser à une chose qui lui est
propre. Ça peut être la vision de votre animal particulier,
votre mère, votre père ou vos frères ou sœurs. Mettez en
vous cette image en évidence et lorsqu’elle sera bien pré-
sente, en pensée envoyez-la dans l’atmosphère pour cha-
cun la trouve.
Chacun ferme les yeux et se concentre. Doora contrôle
l’expérience et à un moment elle demande que tous en-
33
voient leur pensée dans l’air. C’est à cet instant que cer-
tains poussent des cris ou rient. Même Harry qui fermait
les yeux semble avoir perçu quelque chose. C’est Abdel
qui s’exprime le premier :
⎯ J’ai dans la tête plein d’images, et même des pen-
sées qui ne sont pas de moi. Je vois encore la mère de
Cléonisse et aussi les chèvres de Lina. Le petit chat
d’Oda tourne autour de moi comme dans un film et le
chien de Tom n’arrête pas d’aboyer. J’ai vu aussi le dra-
peau américain d’Harry et la mère d’Alice. Chacun a mis
dans ma tête son image et ils font maintenant partie de
mes souvenirs.
Tous se mettent à rire et l’applaudir.
⎯ Alors, que penses-tu de ton appareil, Abdel ?
⎯ Ben, c’est vrai que si on peut s’envoyer des images
comme ça, il devient moins intéressant ; même pour les
films et la musique, car j’ai entendu une chanson irlan-
daise qui devait venir de Chad.
⎯ Les pouvoirs de l’esprit humain sont très impor-
tants, on les ignore bien souvent dans notre monde.
⎯ Mais, madame, pourquoi les hommes ont perdu ces
pouvoirs s’ils sont si bénéfiques que ça ?
⎯ Mon petit Abdel, autrefois, lorsque les hommes
pouvaient communiquer comme ça, ils n’avaient en eux
que l’intérêt du groupe, ils n’étaient pas dans leur phase
individuelle. C’est lorsque les hommes ont commencé à
se battre pour le pouvoir que la télépathie a commencé à
devenir dangereuse. L’idée du pouvoir est partie dans les
airs comme un message et tous les hommes ont commen-
cé à se battre. La télépathie ne pouvait plus leur servir,
chacun refusant l’idée de l’autre si cette faculté avait
continué en tous les hommes, cela les aurait conduits à la
destruction.

34
De votre côté, si vous développez cette faculté, elle ne
sera que dans l’intérêt du groupe. La communication té-
lépathique est comme un émetteur radio, c’est une onde
qui la rayonne et tous ceux qui sont branchés sur la même
fréquence peuvent recevoir.
⎯ Mais, Madame, avec l’Internet, mes parents ne se
battent pas et ça rassemble même les hommes, à ce que
j’ai entendu dire.
⎯ Tu as raison, mais cet outil est nouveau et il ne
montre pour le moment que ses bons côtés. Il se peut
qu’il soit utilisé à un moment pour te surveiller ou te diri-
ger. De plus toutes les pensées des hommes se condition-
nent progressivement à ce système. L’intérêt des hommes
dans l’avenir est d’être indépendant des machines. Sans
l’Internet, tu as la parole, l’imagination, le rêve, les sen-
timents, l’amour et l’amitié, mais ces machines, ne pour-
ront jamais te donner tout ça. Nous sommes ensemble ici
pour que vous trouviez en vous ce qui fait votre qualité et
votre différence avec les autres hommes qui sont trop
portés vers le matérialisme qui détruit la planète avec
toute la pollution qu’elle entraîne. Bientôt, il n’y aura
plus de pétrole, de gaz ni de charbon. Le climat change,
l’eau devient rare déjà dans certains pays. Malheureuse-
ment l’Internet ne réglera jamais ce problème. Vous êtes
à Keuramdor pour apprendre autre chose avec nous. Petit
à petit, vous trouverez ridicule les technologies car en
vous leurs avantages seront déjà acquis. L’ordinateur
d’Abdel est un outil intéressant pour ceux qui ne com-
prennent rien à la nature de la vie, mais vous, vous allez
tout connaître.
Je dois vous dire que du monde d’où je viens, nous
n’avions pas de PC, mais des CP ; le Cristal Pensant.
C’est une très grande évolution des ordinateurs. Le CP est
l’instrument qui absorbe toute la connaissance des hom-
35
mes et la restitue intégralement. Nous n’avions pas
d’Internet car nos âmes étaient en relation avec l’appareil
par la pensée et mes connaissances étaient restituées et
partagées. Le CP réfléchit, il ne dit pas oui ou non, il
connaît le doute. C’était dans mon monde l’appareil le
plus sensible à notre conscience et ce n’était pas nous qui
devions apprendre à l’utiliser, mais lui qui devait
s’adapter à notre mental. Sur Terre, si tu n’es pas formé à
l’ordinateur, tu es perdu ; regarde les vieilles personnes,
elles ne peuvent comprendre. Notre mental n’a pas à
changer pour la machine, mais c’est le contraire qui doit
se passer et vous êtes là pour changer le monde dans ce
sens. Vous aurez pour tâche plus tard de placer le cœur
des hommes au centre du développement de l’humanité.
J’ai fini pour ce cours. Tiens, Abdel, je te rends ton ins-
trument, prends en soin, c’est un très beau cadeau de ton
père.
Le garçon à écouté avec une grande attention Doora et il
commence à comprendre. Lorsque le premier jour de sep-
tembre il est arrivé, il était totalement pris par l’influence
de ses parents et il ne jurait que par tous les bienfaits de
l’argent et de la technologie. Il était assez arrogant, mais
avec les autres et découvrant progressivement autre chose
en lui, il a commencé à changer. Lorsqu’Aqualuce et
Noèse étaient venues le voir chez lui, ce n’était pas pour
rien car elles avaient détecté en lui une âme portant une
grande richesse, un être venu sur Terre pour accomplir et
finir un travail déjà commencé bien avant sa naissance. Il
ressent en lui une autre richesse mais à Noël, dans sa fa-
mille, il s’était laissé prendre aux bonnes vieilles habitu-
des. Cet ordinateur sophistiqué est merveilleux mais il en
comprend les limites.
⎯ Prends-le s’il te plaît, dit-il à Doora en lui donnant
son appareil, je ne saurai pas quoi en faire, mon cœur me
36
dit que tous les amis et ce que tu m’apprends est bien
mieux que ça.
Doora lui prend son gadget :
⎯ Nous allons découvrir ensemble à partager la
connaissance et la diffuser dans le monde mieux que par
le réseau des câbles et des ondes. Tu verras avec les au-
tres que c’est encore mieux.
Cléonisse s’approche alors de Doora pour lui faire remar-
quer que dans leur clan, ils ont déjà compris cela et
qu’elle est prête à en faire profiter tout le monde. Dans
son groupe, ils partagent ensemble les sentiments, leur
cœur s’y accorde. Doora leur confirme que la télépathie
n’est pas un instrument de la tête mais bien du cœur et
que c’est au moment où les hommes ont voulu utiliser
leur tête pour communiquer ainsi que plus rien n’a mar-
ché. Elle leur précise que la tête est liée à l’espace et le
temps, alors que le cœur est attaché à un autre espace et
c’est pour cela qu’il ouvre à de grandes possibilités. Ab-
del qui est à l’origine de cette leçon exprime un sentiment
qu’il a au fond de lui. Ce jeune enfant koweitien n’est pas
comme on pourrait l’imaginer ; il est arrivé ici avec le
passé de sa famille et de son peuple, mais il n’est pas for-
cement typé. Il est grand pour son âge ; ses cheveux sont
bruns et très longs, de dos, on croirait une fille. Sa peau
est mate, mais ses yeux sont marron très clair et laissent
des reflets verts. Sorti de son riche environnement, il est
bien différent. Poussé par la découverte que Doora lui a
apportée, son cœur s’emballe plus vite que sa conscience
et c’est alors que Doora voit ce qui se passe en lui.
D’un coup tous restent figés comme s’ils recevaient en
eux quelque chose d’exceptionnel. La conscience, et la
vie entière descendent dans le cœur d’Abdel pour s’offrir
à tous et c’est alors que ceux présent dans la salle reçoi-
vent dans leur conscience le déroulement total de la vie
37
de ce petit garçon et ils voient :

Abdel, bébé, dans les bras de sa mère, est entouré de


femmes. Il a quelques semaines, puis pris entre les
imams, il subit le rite de la sounna, la circoncision des
musulmans, et déjà une première souffrance pour lui, si
petit. Le choc qu’il en ressent, bien que n’étant qu’un bé-
bé, force en lui l’idée de changer les choses. C’est un peu
plus tard, en voyant une des femmes de son père se faire
battre pour ne pas avoir mis le voile dans la rue, qu’il
pense à devoir modifier l’espace autour de lui. C’est alors
qu’il croise la femme dans son palais et, sans savoir
comment, il arrive à revenir quelques heures en arrière,
avant que la femme sorte en osant défier son époux, et il
lui épargne l’humiliation des coups. À quatre ans, si petit
soit-il, il la persuade de ne pas sortir et la punition ne se
fait pas. Mais Abdel paie cher d’avoir changé autour de
lui l’espace et le temps car juste après, il se retrouve para-
lysé durant presque un an. Alité, il doit se faire nourrir à
la cuillère. Aucun médecin ne trouve les raisons de son
mal, mais lui le sait : on ne touche pas à l’ordre du temps
aussi facilement dans cet espace. Voulant sauver une
femme de la souffrance et de l’humiliation, il en souffre
démesurément, mais en lui, aucun regret, ce qu’il a fait, il
le porte avec la joie d’avoir sauvé un être sans aucune
défense dans le monde où il vit. Ce n’est que lorsque son
père décide de se séparer de la femme qu’il avait sauvée
qu’il retrouve l’usage de ses membres. Le jour de son dé-
part, elle quitte le palais, en jean, les cheveux aux vents,
accompagnée d’un riche américain qui l’emmène dans
son ranch au Texas ; les pétrodollars arrangent tout en
général. Abdel ne respecte pas les rites religieux malgré
son jeune age, il est révolté mais son père le contrôle par
l’argent qu’il lui donne et les nombreux cadeaux qui le
38
rendent plus docile.
Mais un jour, le petit qui ne manque de rien demande à
son père de lui offrir une étoile du ciel.
Son père rit très fort à cette demande mais le petit reste
sérieux et insiste. Le père lui dit alors :
⎯ Pour tout l’or du monde, ça m’est impossible, ce
n’est qu’en rêve que tu pourras l’obtenir.
⎯ Mes rêves, je les réalise. Si tu ne peux pas me don-
ner ce que je désire, je gèlerai ton pétrole comme la glace
des icebergs.
Son père rit encore plus fort mais, le lendemain, tous les
puits de pétroles sont arrêtés. Alors son père désemparé le
retrouve et lui demande :
⎯ Si c’est ta volonté qui arrête mes puits, comment les
remettre en marche ?
⎯ Écoute les deux femmes qui viendront te voir de-
main, même si elles ne sont pas voilées.
En effet, Aqualuce et Noèse arrivent aux palais ; presque
annoncées. L’émir les écoute avec son fils et accepte de
laisser son enfant partir pour l’Europe.
Les puits sont repartis à la production et Abdel est arrivé
à Keuramdor.

En quelques secondes, tous les amis, Doora et Harry sont


emplis de la vie d’Abdel comme si c’était la leur. Tous
viennent de comprendre ce que peut être la véritable télé-
pathie, un échange de cœur à cœur, car dans cela, ce
n’était pas la tête d’Abdel qui parlait, mais l’envie
d’avouer son parcours qui l’avait amené jusque-là. Cha-
cun se rend compte à ce moment être arrivé ici par une
histoire particulière et un désir profond. Lorsqu’Aqualuce
et Noèse sont venus les chercher, c’est en fait leur cœur
qui appelait. Et comme un message télépathique, ils
rayonnaient tous un désir qui a été entendu. Très vite,
39
après Abdel, chacun libère de soi ce qui l’a poussé à ap-
peler l’école de Keuramdor ; même Doora et Harry y par-
ticipent et perçoivent le véritable désir de chacun.
Cet échange fantastique libère pour tous une nouvelle vi-
sion de l’école et ils comprennent que l’informatique, les
gadgets du vingt et unième siècle sont loin derrière eux ;
ils ne sont que des leurres.
Le cours arrive à sa fin et Abdel repart comme le héros du
jour auprès des autres enfants, alors qu’avant, il apparais-
sait comme le fils de l’émir, le roi du pétrole.
En sortant du laboratoire, les deux elfes les accueillent en
faisant devant eux des pitreries pour les faire rire. Et ça
marche…

C’est le goûter et Noèse annonce à tous que ce week-end


ils monteront à la station pour s’initier au ski ; elle a ré-
servé un hôtel ainsi que des leçons pour tous. Les enfants
sont heureux, certains d’entre eux n’ont jamais vu de
neige ni de skis.

Ce premier jour d’école de l’année est vraiment riche et


tous sont heureux d’être revenus.

40
UN WEEK-END DANS LES MONTAGNES
Comme ce ne sont plus les vacances scolai-
res, Noèse n’a pas eu de mal à trouver des chambres dans
un hôtel au pied des pistes. La station est à mille huit
cents mètres et par chance, cette année, il y a de la neige.
Ils sont montés hier soir pour profiter des pistes dès le
samedi matin. Le personnel de l’hôtel est tout à leur dis-
position car les skieurs sont peut nombreux. Enfin, à
l’école de ski huit moniteurs les attendent et ce n’est pas
de trop pour s’occuper des tous ces enfants. Ils sont vêtus
de combinaisons, de moufles et de chapeaux bien fourrés.
En cette période il fait froid mais ils sont heureux d’être
ici. Seuls Cléonisse et Céleste savent déjà skier car habi-
tant à la montagne, leurs parents les emmenaient réguliè-
rement. Si Harry est lui aussi déjà expert, par contre Doo-
ra n’a jamais vu de skis de sa vie et c’est pour elle une
grande découverte, de même que la station avec ses cha-
lets en bois et ses immeubles. Là, tout a un air de fête, les
commerces sont très colorés avec leurs vêtements der-
niers cris et aux couleurs bien voyantes. Les skis sont ex-
posés partout et les boutiques de souvenirs sont très nom-
breuses. Depuis l’école de ski, elle aperçoit les œufs qui
montent au sommet de la station et les tire-fesses qui par-
tent plus bas. Doora se demande comment on fait pour
descendre sur ses étranges planches. Cléonisse est très
observatrice et s’approche d’elle pour la rassurer.
⎯ J’ai pitié de toi, Doora, cette semaine, tu nous as fait
découvrir tant de choses que je vais te faire un cadeau.
⎯ C’est très gentil, mais je ne sais pas si c’est le mo-
ment ici.
⎯ Oh ! si, bien au contraire ; enlève tes gants, donne-
moi tes mains, ça reste entre nous.

41
Doora se questionne mais accepte. Elle lui tend ses mains
que la petite fille saisit en lui serrant très fort, et sent un
fluide la parcourir. Sa grande amie ressent en elle l’influx
qu’elle lui passe, mais ne voit toujours pas pourquoi.
Cléonisse relâche les mains et lui dit :
⎯ C’est fait, tu peux monter sur tes skis. Chausse-les
tout de suite, va-y.
⎯ Quoi ?
⎯ Je t’ai donné de mon savoir, tu sais aussi bien skier
que moi, allez, lance-toi !
Doora regarde les skis qu’elle tient encore dans ses
mains, les pose au sol, tape sur ses chaussures, les ajuste
et emboîte ses fixations. Elle attrape ses bâtons, pousse
dessus et se laisse glisser jusqu’au premier tire-fesses.
Elle attrape la barre entre ses jambes et se laisse tirer. Ar-
rivée en haut, elle lâche la barre et aussitôt pousse sur ses
bâtons pour prendre de la vitesse. Elle plante le bâton à
droite, lève un ski et tourne. Elle avance, fait de même de
l’autre côté et prend de la vitesse.
Elle se sent bien sur ses skis et le plaisir de la glisse la
traverse totalement au point qu’elle a l’impression d’avoir
toujours su skier depuis sa plus tendre enfance. En quel-
ques virages, elle arrive jusqu’au groupe et retrouve
Cléonisse.
⎯ Alors, t’as bien aimé ?
⎯ C’est si facile d’apprendre à skier que je crois que
j’ai toujours aimé ce sport !
⎯ Ne dis pas que c’est moi qui t’ai appris, sinon, ils
vont tous vouloir que je leur donne mon savoir. Moi, c’est
mon père qui m’a appris et c’était sans truc. Je peux te
dire que je suis souvent tombée au début.
À cet instant, les moniteurs arrivent vers le groupe et
prennent tous les enfants en charge. Le soir, ils sont très

42
fatigués et après avoir mangé une bonne raclette, ils se
retrouvent pour raconter des histoires. Noèse et Doora ne
s’aperçoivent pas que Benjamin et Alice ont disparu avec
Cléonisse…

⎯ T’es sûr, Benjamin qu’on ne se fera pas remarquer ?


⎯ Y a pas de danger, sur la terrasse de l’hôtel, il n’y a
personne et puis, on ne fait rien de mal à regarder les étoi-
les.
⎯ Tu as raison, l’astronomie n’a jamais été dange-
reuse, je ne connais personne qui se soit fait mal à regar-
der des étoiles.
⎯ Alors, si vous êtes toutes d’accord, on y va.
Benjamin et Alice ont de commun qu’ils sentent en eux la
lumière des étoiles leur parler. Ils connaissent le langage
des étoiles et dans un ciel noir, si pur, ils sont tous les
deux tentés d’entrer en relation avec les astres. Ils ont une
connaissance qu’ils n’ont jamais mise en pratique et dans
les hauteurs de la montagne, ils se sentent plus proche des
étoiles.
⎯ Alice, comment te sens-tu, es-tu prête ?
⎯ Benjamin, le ciel de ce soir est formidable, je vois
toutes les étoiles de la nuit et mon cœur s’emplit d’elles ;
je pense que si je les laisse m’envahir totalement, bientôt,
j’entendrai leur langage.
⎯ Je suis comme toi, elles me font le même effet. Et
toi, Cléonisse ?
⎯ Je vous comprends, je ne suis pas prête, mais je
vous écoute ; il paraît que mon grand père pouvait aussi
entendre langage des étoiles.
⎯ Ça commence, mon esprit capte leur son, je com-
mence à les entendre.
En disant cela, le garçon commence à vaciller, tout

43
comme la petite Alice. Cléonisse s’inquiète de les voir
ainsi, mais elle n’a pas le temps d’aller chercher de l’aide
car une sorte de tourbillon semblant descendre du ciel les
entoure comme une tornade et de la terrasse de l’hôtel les
emporte avec rapidité. Tous les trois sont pris et emporté
dans le ciel. Le courant qui les aspire vient de l’infini
comme si l’appel de ces deux enfants avait bousculé
quelque chose dans le grand univers. Ils crient tous les
trois en se voyant quitter le sol et s’envoler. Ils montent
de plus en plus haut, si haut qu’à un moment, ils voient
sous eux la Terre devenir de plus en plus petite, puis ils
passent la Lune et accélèrent dans l’espace, comme aspi-
rés par un long tube. Les étoiles filent autour d’eux, et ils
voient la galaxie sous leurs pieds. Dépassant encore une
vitesse déjà inimaginable, ce sont toutes les galaxies
qu’ils croisent bientôt alors que cela ne fait que quelques
minutes qu’ils sont partis. Leur chute dans l’infini semble
enfin s’atténuer car ils ont l’impression de ralentir, voire
de s’arrêter. C’est à cet instant que leurs yeux se figent
devant quelque chose d’impensable : l’univers semble
s’arrêter net devant une porte entourée d’un mur blanc,
aussi haut que large et s’étendant à l’infini. Ce n’est pas
une porte en bois ou en métal, mais une spirale qui sem-
ble bleue et paraît vouloir les aspirer. Flottant dans le
rien, les trois enfants se laissent entraîner vers cette porte
mystérieuse. Benjamin passe le premier suivi d’Alice.
Cléonisse n’a pas le choix et en franchissant ce passage,
elle glisse sur les lumières qui la font tourner dans le sens
du flux spiralé, comme si elle s’enfonçait dans une ma-
tière laiteuse. Ce passage est différent du début car elle
n’est plus ballottée dans le vide immense, au contraire, ce
milieu devient plus stable mais elle ne voit plus ses amis.
D’un coup elle dépasse cette porte et la franchissant, elle
se retrouve dans le vide, sans plus une lumière, sans au-
44
cune étoile et sans aucun repère. Au milieu du rien, ses
deux amis flottent devant une chose encore plus étrange ;
comme concentrées, dans une fontaine, toutes les étoiles
et les galaxies du monde paraissent pétiller et vivre
comme si eux trois étaient des géants observant l’univers.
Benjamin est déjà au travail avec Alice car ils brassent les
étoiles comme du sable que l’on ramasse sur une plage et
ils parlent avec ces petites graines de lumière. Cléonisse
ne comprend pas trop au début car leurs paroles ne sortent
pas de leur bouche mais c’est leur cœur qui vibre direc-
tement. Cette vibration fait un bruit étrange dans ses
oreilles mais elle est harmonieuse et fait comme une mu-
sique. Lorsque Cléonisse l’écoute, cela lui donne
l’impression d’une complainte monotone et triste, comme
si l’univers souffrait d’exister. Elle regarde Alice et Ben-
jamin et voit des larmes couler de leurs yeux. Bientôt au-
tour d’eux, les étoiles sortent de leur bassin et entament
une danse à laquelle ils sont invités.
C’est à ce moment que les corps des trois enfants suivent
le rythme de la musique, plainte d’un lointain passé,
d’une harmonie oubliée et d’une séparation forcé des as-
tres. Le cœur de chaque enfant brille comme les autres
étoiles. Cléonisse, Benjamin et Alice comprennent en-
semble que la séparation de toutes les étoiles du monde
est en fait une grande malédiction et que l’immensité du
ciel est le chagrin des étoiles. Parler aux astres est comme
comprendre l’infortune d’une grande séparation, Benja-
min et Alice le comprennent alors qu’en leur cœur ils ont
découvert la capacité de s’unir à l’univers. Ils sont bien
pauvres de cette découverte car, ils n’en connaissent pas
pour autant pas les raisons et cela les rend tristes. Mais
aussi, en eux germe l’idée d’un monde uni et ils pensent
qu’en le réalisant sur Terre, cela aidera les étoiles à se
réunir aussi. Un vent soulève les étoiles qu’ils brassent
45
dans le bassin et eux aussi y sont emmenés. Toutes les
étoiles prises dans le vent, semblent se transformer en
flocon de neige, et Benjamin, Alice et Cléonisse le sont
aussi. Dans le noir de l’infini, ils ont le sentiment de tom-
ber dans le vide, traversant l’univers de façon légère et à
un moment, ils voient les montagnes sous leurs pieds et,
comme de la neige, ils se posent doucement sur le som-
met d’un pic…

C’est la pleine lune aujourd’hui lorsque Cléonisse ouvre


les yeux, elle est paniquée. Il ne s’agit plus d’un rêve
d’étoile, mais heureusement la lumière du satellite lui
permet au premier coup d’œil de voir ses amis auprès
d’elle. Dans la neige et malgré son blouson, elle a très
froid. Baissant les yeux, elle voit la station tout en bas.
Elle ne sait pas pourquoi mais elle comprend qu’ils se
sont transportés sur le sommet d’un massif. Ses amis sont
allongés sur la neige et elle les réveille afin qu’ils ne se
refroidissent pas. Les deux autres enfants sont affolés de
voir qu’ils ne sont plus dans l’hôtel. Benjamin pense que
sur cette montagne, ils vont mourir, alors il se serre contre
les deux filles pour se réchauffer. Le pauvre garçon est
affolé, car c’est par sa faute qu’ils se retrouvent ici et per-
sonne pour les secourir. Alice n’est pas à son aise mais
elle panique moins. Cléonisse ne reconnaissant rien au-
tour d’elle ne sait même pas s’ils sont encore dans les
montagnes de la station où ailleurs. Tachant de se ré-
conforter les uns les autres, les deux filles réfléchissent à
comment donner l’alerte. Alice, toujours restée discrète,
trouve une idée évidente :
⎯ Mais, les amis, si on faisait comme on a vu avec
Doora cette semaine !
Il faut envoyer un message télépathique, il sera certaine-
ment entendu par eux et ils viendront nous chercher.
46
⎯ Mais, tu as raison, faisons le tout de suite.
Aussi les trois enfants, unis de tout cœur, comme ils
l’avaient découvert avec Abdel, émettent à leur façon un
message qui se déploie partout autour de la Terre.

Dans l’hôtel, Doora et Harry sont inquiets car ils n’ont


pas remarqué tout de suite la disparition des trois enfants.
Ils pensent qu’ils ne doivent pas être loin car la dernière
fois ils les ont vus passer sur la terrasse et depuis la salle
du restaurant, il n’y a pas d’autres accès, mais au bout
d’une demi-heure de recherche, ils sont obligés
d’admettre qu’ils sont peut-être sortis. C’est au moment
de décrocher le téléphone pour appeler la police que Doo-
ra entend dans sa tête le message des trois enfants :
« Nous sommes perdus tout en haut d’une grande monta-
gne pointue au-dessus d’une ville, il fait froid, venez nous
chercher. »
Ces mots suffisent à Doora pour comprendre que quelque
chose d’anormale s’est produit. Il est impossible à un être
humain d’avoir quitté le restaurant en pleine nuit pour
être sur le pic d’une montagne en une demi-heure, sauf
avec un hélicoptère. Elle sort sur la terrasse et regarde la
montagne un instant en réfléchissant.
« Mais, où sont-ils, comment les retrouver sur tous les
sommets autour de nous ? »
Alors elle leur retourne un message pour pouvoir les si-
tuer.
« Je vous ai entendus les enfants, si vous avez des repères
plus précis, donnez-les-moi. Ne paniquez pas, je vais ve-
nir. »

Les enfants sur la montagne entendent le message de


Doora et sont heureux de savoir qu’on les a entendus. Ils
regardent autour d’eux et essaient de prendre des repères
47
comme ils peuvent. Ils décrivent ainsi ce qu’ils voient :
Plus bas dans la ville il y a des lumières très vertes au-
tours d’une grande maison et des canons à neige qui cra-
chent leur jet de pluie blanche. De la station descendent
deux routes qui vont dans la vallée et semblent se rejoin-
dre. Autour d’eux, deux sommets moins haut qui sont
éclairés par la Lune.
Entendant cela, Doora regarde autour d’elle et voit un
autre grand hôtel entouré de néons verts. Ce doit être ça,
ils sont sur un des monts qui entour la station. Levant les
yeux, elle voit les sommets don un se détache un peu plus
que les autres. L’éclat de la lune éclaire très fortement les
sommets. Se souvenant de leur description, elle comprend
qu’ils sont sur la montagne qu’elle a repérée. Cela se pré-
sente bien. Elle informe les enfants qu’elle les a situés et
qu’elle va faire très vite pour venir les chercher.

Tout pourrait s’arranger, mais Doora n’est pas la seule à


avoir perçu le message des enfants car au-dessus de
l’atmosphère, dans un vaisseau spatial venant de faire un
long voyage, un homme du nom de Paolis les a entendu.
Personne ne le connaît car il découvre la Terre pour la
première fois. Mais comprenant que ces enfants perdus
semblent posséder des pouvoirs surnaturels, il se dit qu’il
serait bien d’être le premier sur le sommet de cette mon-
tagne ; ils pourraient lui être utiles pour sa mission. Le CP
auquel il est relié lui donne les coordonnées exactes du
sommet où se trouvent les enfants. Il programme son ap-
pareil pour filer droit vers eux.

Doora vient d’appeler Noèse à Keuramdor pour


l’informer de cette disparition inattendue. Celle-ci était
déjà informée car elle avait aussi perçu les messages et
les échanges entre eux. Ensemble, elles conviennent
48
d’appeler la sécurité civile pour faire envoyer un hélicop-
tère rapidement. Depuis la station, Harry s’en occupe
mais les sauveteurs en ligne ont du mal à comprendre
pourquoi trois enfants se trouveraient au sommet d’un
massif tout seuls. Ils ne sont pas convaincus de leurs ex-
plications et ils perdent du temps. Il faut près d’une heure
pour qu’enfin ils acceptent de sortir un hélicoptère lors-
qu’Harry les menace de faire agir le responsable du FBI
et de les poursuivre en justice. Doora a déjà pris sa voi-
ture pour gagner le centre de sécurité dans la vallée. Elle
arrive juste au moment où l’appareil s’apprête à décoller
et part avec eux.
L’hélicoptère décolle et il ne leur faut que quelques minu-
tes pour arriver à la hauteur de la station. Doora leur indi-
que le sommet où les enfants doivent être. Dans la nuit et
le froid de l’hiver il n’est pas facile à l’engin d’accéder au
sommet d’une montagne, le pilote doit rester très prudent.
Doora voit le sommet arriver progressivement et elle
commence à se rassurer. Elle demande aux enfants s’ils
les voient arriver et ils lui confirment.
Encore quelques minutes et tout sera fini pour eux.

Cléonisse a repéré un hélicoptère mais il est encore loin et


semble avancer avec quelques difficultés à cause du vent.
Levant les yeux, elle voit cette fois, un autre engin qui ne
ressemble pas à un avion mais plutôt au vaisseau que Cla-
ra et Christopher ont utilisé pour leurs grands voyages
dans l’espace et cela la rassure.

Paolis voit au loin un engin s’approcher comme lui vers


le sommet de la montagne, mais heureusement il a un peu
d’avance. Il repère les trois enfants, il est certain qu’il
s’agit d’eux, alors il approche son vaisseau du bord du
sommet et le stabilise devant les enfants, tandis que
49
l’hélicoptère s’approche, lui aussi. Il déploie la grande
porte à bascule et voit les trois enfants se lever et avancer
vers son engin, c’est une chance pour lui.

Doora lève les yeux et voit un autre appareil au-dessus de


leur tête. Elle sait trop bien ce que c’est et très vite elle
décroche sa ceinture et se précipite vers le pilote :
⎯ Vite, rapprochez-vous des enfants, quelqu’un vient
pour les kidnapper.
Sur le coup, le pilote ne comprend pas, mais en levant les
yeux, il voit un appareil tellement étrange qu’il en est sai-
si. Doora le pousse sur le côté et prend les commandes.
Elle tire sur le manche pour accélérer la progression de
leur appareil, mais arrivé à sa hauteur, c’est trop tard, les
enfants sont entrain de monter dans le vaisseau.
Cléonisse voit alors Doora aux commandes de
l’hélicoptère et comprend qu’elle s’est trompée. Celui qui
leur a fait signe de monter n’est pas de leur bord. Mais,
c’est trop tard car l’homme comprenant qu’il est décou-
vert, pousse la petite fille dans le fond de la cabine. Doora
est impuissante devant l’astronef qu’elle sait suffisam-
ment armée pour les détruire. Les trois hommes avec el-
les, sont pétrifiés, ils sont incapables d’agir. La porte de
l’engin se referme tandis que l’hélicoptère semble désta-
biliser sa retraite. Cléonisse se voyant prise au piège avec
l’inconnu se met à crier de toutes ses forces. Jamais au-
cun humain n’imaginerait que tel cri fût possible car dans
la force de son désespoir, sa voix brise toutes les lucarnes
du vaisseau et le rend inapte à voler à travers l’espace.
Doora entend aussi son cri et en voit les conséquences,
mais elle ne peut plus rien pour l’instant. Elle a compris
qu’en communiquant par télépathie, tous ceux qui avaient
les mêmes pouvoirs en ont profité. Mais elle envoie tout
de même ce message aux enfants, ainsi qu’à leur agres-
50
seur :
« Je vous retrouverai, les enfants, plus rapidement que
vous ne pouvez le penser. Rendez-nous nos enfants, je
sais trop qui vous manipule. Maldeï est condamné, ne res-
tez pas à ses côtés. »
Doora plonge à ce moment vers la vallée tandis que le
vaisseau prend un peu d’altitude et part dans une direc-
tion inconnue.
Lorsque l’hélicoptère se pose, Doora est toujours à la
place du pilote, Noèse, arrivée en urgence est sur la piste.
Lorsque les hommes de la protection civile sortent de leur
engin, aussitôt, la femme devant eux les fixe de son re-
gard et ils sont comme totalement pétrifiés, raides comme
des statues.
Noèse demande à Doora :
⎯ Ont-ils tout vu ?
⎯ Oui, ils n’ont manqué aucun détail.
⎯ Alors ils vont tout oublier, sinon, ils sont en danger
et nous aussi.
Elle prend un à un les hommes et par son regard vide leur
mémoire trop encombrée de choses qu’ils n’auraient ja-
mais dû voir. Puis elle passe dans les bureaux pour effa-
cer l’appel de Doora dans les registres. Les deux femmes
sortent sans que personne ne les remarque. Elles montent
dans leurs voitures, à peine sont-elles parties que les trois
hommes se réveillent au bord de la piste, se demandant ce
qu’ils font là. Un peu étourdis, ils reprennent leur poste.
RAS notent-ils…

À l’hôtel, Doora, Harry et Noèse se questionnent, com-


prenant que le danger est maintenant partout. Un ennemi
invisible, Maldeï, même à l’autre bout de la galaxie est
devenu le plus grand danger. Elle doit avoir délégué à
d’autres ses pouvoirs jusque sur la Terre. Il est important
51
pour eux d’être plus qu’attentifs. Ils comprennent que ce-
lui qui est venu prendre les enfants avaient aussi entendu
le message télépathique et Noèse leur dit :
⎯ Il n’est pas bon que les enfants utilisent la télépathie
ensemble, d’autres pourront toujours interpréter les mes-
sages et les utiliser pour nous attaquer encore. Si les ter-
riens n’ont plus ce pouvoir, c’est bien qu’il est devenu un
grand danger pour eux. Le dôme protecteur de Keuram-
dor nous protège, mais pas à l’extérieur et je regrette un
peu d’avoir promis aux enfants de les faire sortir.
⎯ Nous ne pouvons pas leur interdire de sortir,
d’utiliser leurs pouvoirs et les museler parce qu’ils sont
en danger. Il faut trouver des solutions. Noèse, pourquoi
ne pourrions-nous pas trouver un moyen de coder nos
communications, comme le font les militaires ?
Il faut préparer nos enfants à agir lorsqu’ils sont devant
quelqu’un de dangereux. Les enfermer est plus dangereux
encore.
⎯ Je suis de l’avis de Doora, sur Terre le danger est
partout, les concitoyens ont des responsabilités, mais on
ne peut pas les enfermer parce qu’il y a du danger à
l’extérieur.
⎯ C’est d’accord, nous allons les préparer en leur lais-
sant la liberté. Mais là, il faut penser à retrouver nos en-
fants.
⎯ Tu sais, Noèse, le vaisseau n’est pas reparti dans
l’espace car Cléonisse a crié si fort que toutes les vitres
du vaisseau ont explosé. Ils sont quelque part sur Terre,
on peut les retrouver et si les enfants peuvent communi-
quer avec nous, nous y arriverons.
⎯ C’est vrai. Profitons que tous les enfants sont cou-
chés pour réfléchir à notre action. Demain, ne changeons
rien du programme, finissons le week-end ici,

52
n’inquiétons pas les enfants. Je suis certaine que nous re-
trouverons Alice, Cléonisse et Benjamin dans quelques
jours, avec de la chance. Cléonisse est encore de la partie
et je crois que pour celui qui l’a pris, ce ne sera pas de
tout repos, croyez-moi.
⎯ Moi, comme mes relations ne sont plus tendues
avec mon bureau à Washington, je vais demander si des
mouvements aériens étranges n’auraient pas été repérés ;
il y a peut-être une piste.
Sur ce, nos amis vont se coucher.

***

Paolis, l’homme de l’espace est fort surpris des consé-


quences du cri terrible de la fille. Les dégâts sont si im-
portants qu’il ne lui sera pas possible de repartir immé-
diatement vers sa planète. Mais comme il est ici pour une
mission particulière, cela ne changera pas grand-chose.
Les enfants ont tous les trois une façon étrange de le re-
garder et cela le dérange. Mais c’est surtout celle qui a
crié qui l’inquiète le plus car elle semble ne pas le crain-
dre. Pour le moment, il est important de se poser dans un
endroit isolé où il ne risquera pas d’être remarqué. Le CP
lui indique une zone sur Terre plus isolée que les autres et
qui s’appelle le désert de Gobi. Lorsqu’il s’y pose, il
comprend que personne ne veuille y habiter, car dehors la
température est très basse et c’est un désert aride im-
mense. Pour lui, quelle importance, son vaisseau est suf-
fisamment confortable pour y vivre, mais le froid pénètre
par les hublots cassés. Alice et Benjamin sont restés ser-
rés l’un contre l’autre car ils ont peur, mais, Cléonisse est
déjà devant l’homme qui les a pris.
⎯ Alors, tu ne nous emmènes pas sur ta planète ?
⎯ Non, on reste ici.
53
⎯ Alors, pourquoi tu nous as pris avec toi ?
⎯ Lorsque j’ai capté votre message, j’ai tout de suite
su que vous étiez des enfants exceptionnels et ça tombe
très bien, vous me serez utiles pour ma mission. J’ai be-
soin de vos dons pour y arriver.
⎯ Mais si nous sommes doués, ce n’est pas pour faire
les choses que vous voudrez.
⎯ Tu vois tes deux amis qui ont peur ; eh bien, je vais
les enfermer chacun dans une pièce qui sera leur prison.
Toi, tu resteras avec moi pour faire ce que je te demande-
rai et si tu refuses, tes amis souffriront à cause de toi. Tu
sais, il peut leur arriver des choses malheureuses, comme
perdre un doigt ou une oreille, je ne sais pas, autre chose
encore.
⎯ Mais, qui êtes vous pour faire de choses pareilles,
vous êtes un monstre.
⎯ Moi ! je crois avoir été médecin à une époque, mais
ce doit être du passé. En tout cas, je sais manier le bistou-
ri. En moi, j’ai l’esprit de Maldeï, l’impératrice de
l’univers et c’est elle qui m’envoie ici sur Terre. Nous
préparons une guerre totale qui finira de rendre esclaves
tous les hommes qui peuplent la galaxie. La mauvaise
graine est issue de la Terre et c’est ici qu’elle doit se
soumettre. Je suis venu pour trouver des hommes qui
pourront m’aider à préparer le terrain afin de faciliter
l’invasion qui se prépare. Tu es une enfant mais tu seras
le premier terrien à te plier à la volonté de ma reine, ma
conscience. Mieux vaut que tu acceptes plutôt que souf-
frir.
⎯ Je ne ferai rien de tout ça et si vous voulez me faire
souffrir, c’est ma mère que vous aurez devant vous.
⎯ Oh ! ta mère !
⎯ Oui, Aqualuce, et elle fera plier votre Maldeï.

54
Entendant ce nom, il devient pâle, mais il se ressaisit pour
dire :
⎯ Elle se mettra à genoux devant moi, avant que je la
tue.
⎯ Tuez-moi donc.
Il lève la main pour atteindre l’enfant, mais son bras reste
bloqué comme si Cléonisse était protégée. Alors, il la
pousse dans une pièce ressemblant à une chambre car il y
a un lit. Voyant que ce désert de Gobi ne lui est pas très
favorable, il préfère aller vers un lieu moins froid et plus
agréable et il choisit pour cela une île déserte et volcani-
que, se posant au centre d’un cratère. Pensant être tran-
quille, il espère pouvoir installer des appareils qui lui
permettront de commencer à préparer la guerre que sa
maîtresse viendra faire dans quelques mois. Il souhaite
déployer du matériel et installer le noyau d’une basse
avancée constitué d’hommes qu’il aura enrôlés. Il lui fau-
dra trouver des hommes pour l’aider et collaborer à son
projet. La Terre doit regorger de bandits et de criminels,
c’est là qu’il pense faire les meilleures recrues. Les en-
fants endormis et enfermés, il est tranquille et en profite
pour sortir. Lorsque les enfants seront réveillés, il devra
les faire parler pour connaître leurs secrets et leurs pou-
voirs.
Cléonisse fait semblant de dormir et observe autour d’elle
les mouvements. Entendant qu’il sort, elle se redresse et
se rappelle un des pouvoirs qu’elle avait utilisé avec
Shanley et Oda. Sachant qu’Alice est dans la pièce à coté,
elle se transforme pour passer à travers la cloison qui les
sépare. Ce pouvoir fonctionne toujours car, à peine a-t-
elle passé une main que le reste suit. La petite Alice la
voit traverser le mur et ne comprend pas vraiment ce qui
se passe. Cléonisse la rassure vite :
⎯ Chut ! ne dis rien, il ne faut pas qu’il sache ce que je
55
fais, mais on va un peu s’amuser.
⎯ Comment as-tu fait pour passer à travers le mur ?
⎯ Écoute-moi, je vais te montrer. C’est comme la té-
lépathie, ça vient du cœur. C’est la force de ton âme qui
transforme la matière devant elle. C’est comme pour de-
venir invisible, tu dois savoir que la matière n’est que vi-
brations et qu’il faut les déformer pour la traverser. C’est
la peur et notre éducation qui nous donne l’impression
qu’il y a des barrières devant nous. Mais lorsque tu sais
que le mur qui est devant toi n’est pas réel, alors tu peux
passer à travers. Si tu places ton corps et ta conscience
devant la réalité, tu peux passer à travers tout.
⎯ Oh ! c’est rudement compliqué ce que tu me dis là,
j’ai du mal à saisir.
⎯ Ce n’est pas grave, donne-moi ta main, on va re-
joindre Benjamin.
Les deux filles passent à travers la cloison et arrivent dans
le réduit où se trouve le garçon qui est tout surpris de les
voir arriver comme ça.
⎯ Je savais, Cléonisse que tu allais faire un truc
comme ça, j’ai entendu parler de tes exploits avec Oda et
Shanley.
⎯ Tu sais, on va jouer un bon tour à ce type.
⎯ Comment ça ?
⎯ Dès qu’il sera rentré, nous sortirons et nous nous
échapperons. Nous allons nous préparer en passant dans
le caisson technique en dessous. J’y ai passé ma tête tout
à l’heure et j’ai vu qu’il y a de la place pour nous trois.
Ensuite nous sauterons dehors.
⎯ Je suis d’accord, Cléonisse. Je ne veux pas rester ici.
Cléonisse prend ses deux amis par la main et les fait pas-
ser sous le plancher. Il fait noir où ils sont, mais là, ils ne
se feront pas prendre. Ils attendent un long moment et

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enfin ils entendent que l’on marche au dessus. Cléonisse
fait signe qu’il est là et qu’ils peuvent y aller. Elle prend
encore ses amis par la main, passe doucement à travers la
lourde tôle de la carlingue et enfin, leurs pieds touchent le
sol. C’est déjà le soir, ils voient le soleil se coucher sur la
mer. Ils ne savent pas où ils se trouvent, mais il fait
chaud. Ils se retournent pour regarder le vaisseau puis ils
se sauvent, pensant être enfin libre.
Paolis trouve curieux en rentrant de ne rien entendre der-
rière les portes et il en ouvre une au hasard. Stupéfait, il
ne voit personne dedans. Il regarde dans les autres cabi-
nes et les trouve aussi vides. Alors, il comprend que ces
enfants ont plus de pouvoir qu’il ne l’aurait imaginé. Fu-
rieux, il s’écrit :
⎯ Ils sont fluides comme des rayons X, il faut que je
les attrape avant qu’ils ne soient trop loin, ils vont tous
me le payer.
Aussitôt il met en marche son engin, décolle, allume les
projecteurs et met en route son détecteur de vie,
l’instrument qui lui permet de trouver tous les êtres vivant
dans le secteur.
Très rapidement, il repère les trois enfants et à l’aide de
son vaisseau, il les rejoint. Les enfants se sentaient déjà
en sécurité derrière la grande muraille de roche mais ils
voient le vaisseau à leur verticale. Cléonisse leur dit de
courir vite pour descendre la longue pente recouverte de
granula de roche volcanique, mais Benjamin se fait mal et
tombe. Alice se précipite vers lui, mais juste à ce mo-
ment, un rayon s’échappe du vaisseau et les touche. Juste
après, l’engin se pose et l’homme sort pour ramasser les
deux enfants semblants paralysés. De loin, Cléonisse le
voit faire mais décide de s’enfuir. Elle dévale la longue
pente en roulant sur les gravillons rouges et rugueux pen-
dant près d’une centaine de mètres. Lorsqu’elle arrive en
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bas, elle est toute griffée, elle a les bras et les jambes en
sang. Elle remarque subitement que le vaisseau glisse le
long de la pente afin de la rejoindre. Il n’est pas question
pour elle de se faire prendre encore une fois et elle court
pour échapper à son poursuivant. C’est à ce moment
qu’elle arrive devant l’entrée d’une sorte de caverne. Elle
y entre, voyant un tunnel s’enfoncer dans le sol. C’est
pour elle le moyen d’échapper au vaisseau, bien trop
grand pour y pénétrer et c’est une chance. Hélas, elle doit
s’arrêter, car l’obscurité est plus présente que la nuit et
elle ne sait si ce trou l’emmène vers une sortie. Un peu
prise de panique, elle se demande si elle pourra sortir de
ce gouffre dans lequel elle s’est enfoncée, paniqué par
l’homme qui voulait la rattraper. À ce moment qu’elle
pense à ses amis, repris par cet homme étrange et elle
commence à avoir peur pour eux car un peu plus tôt, il
parlait de les mutiler. C’est alors que fouillant dans une
de ses poches, elle sent le sifflet magique que sa mère lui
a confié. Elle se rappelle que lors des moments difficiles,
elle l’avait toujours utilisé et qu’à chaque fois, avec sa
mère, elles avaient pu trouver des solutions.
⎯ Il faut que j’appelle maman, elle seule peut
m’aider.
Cléonisse pose alors ses lèvres sur le bout de son instru-
ment et commence à souffler dedans. Avec son souffle,
les murs se mettent à vibrer et la grotte devient lumi-
neuse. Bientôt elle se sent transporté dans un autre do-
maine que cette caverne étrange. Un sifflement se fait
entendre jusqu’à ce que dans un éclair déchirant, Aqua-
luce et Cléonisse se retrouvent toutes les deux face à
face. Sa fille la regarde alors en pleurant.
⎯ Maman, je suis perdue, j’ai besoin de toi, il
m’arrive une chose folle avec deux amis.
⎯ Mais, Cléonisse, n’es-tu pas à l’école, pourquoi ces
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larmes ?
⎯ Nous étions au ski avec les autres, pour ce week-
end et avec mes amis, Benjamin et Alice nous avions dé-
cidé de communiquer avec les étoiles. Ça a marché, mais
nous nous sommes retrouvés sur le sommet d’une mon-
tagne. Doora venait nous chercher lorsqu’un homme
dans un vaisseau comme le tien s’est intercalé pour nous
prendre. Il dit s’appeler Paolis ; il est grand avec un vi-
sage un peu maigre, ses cheveux bruns ne sont pas très
longs avec une curieuse mèche blanche et il a une cica-
trice sur la joue droite, sans cela, il ressemblerait à papa.
Il prétend être envoyé par une dame nommée Maldeï
pour préparer la guerre sur la Terre en y trouvant des
hommes qui l’aideront. J’ai l’impression en le regardant
qu’il est comme un zombi, il n’a pas un mauvais visage
mais il semble prêt à tout pour accomplir sa mission.
Nous avons réussi à fuir mais, il a rattrapé mes deux
amis. Moi, je me suis cachée dans une grotte. C’est là
que j’ai retrouvé le sifflet pour t’appeler. Cet homme me
cherche, il m’a dit qu’il utiliserait mes pouvoirs pour
faire son travail. Il menace Alice et Benjamin de mutila-
tions et d’autres choses horribles si je ne fais pas ce qu’il
me demandera. Je ne sais plus ce que je dois faire. Re-
tourner vers lui pour sauver mes amis ou fuir et rester
dans cette grotte.
⎯ Calme-toi ma chérie, nous allons réfléchir à com-
ment te sortir de là. Ce que tu me dis est important,
maintenant je sais que Maldeï a envoyé d’autres hommes
sur la Terre, en dehors de ceux venus attaquer Keuram-
dor.
⎯ Tu sais, maman, ceux que nous avions vaincus se
sont transformés en elfes et ils sont là pour nous proté-
ger.
⎯ Des elfes ! je comprends mieux maintenant pour-
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quoi Maldeï avait fait d’eux des guerriers ; elle savait ces
enfants dangereux pour elle et avait fait cela pour qu’ils
ne découvrent pas leurs vertus.
⎯ Ils ont construit autour de l’école une protection in-
franchissable avant de partir autour de la Terre et deux
sont restés avec nous pour nous protéger.
⎯ Si les elfes réapparaissent, c’est que de grands
changements vont avoir lieu sur la Terre, ces êtres sont
toujours présents dans ces moments-là.
⎯ Et pour moi, maman, qu’est-ce que ça veut dire ?
⎯ Ça veut dire que tu dois retourner vers tes amis et
prendre ce que je vais te donner. Écoute-moi bien. Ouvre
ton cœur à l’espérance, c’est-à-dire, fais confiance en ton
étoile, ton cœur te donne toute la nourriture dont tu as
besoin et il prend soin de toi. Dans les moments les plus
difficiles, il te fait franchir les obstacles les plus grands
car si tu ignores la peur, tu lui ouvres la porte. Tu n’es
pas responsable de ce qui t’arrive, alors les choses vont
se redresser. Je suis certaine qu’il ne vous arrivera rien.
Donne aussi à tes amis la force de l’espérance comme je
le fais pour toi, c’est avec ça que j’ai toujours gagné. Tu
es ma fille, il ne peut rien t’arriver.
⎯ Mais, maman, ce monsieur paraît très méchant.
⎯ As-tu confiance en moi ?
⎯ Oh ! oui, maman, tout ce que tu dis est toujours
vrai.
⎯ Alors, qu’est-ce qui est important ?
⎯ C’est l’espérance, maman, c’est la force qu’il y a
dans mon cœur et je la ressens maintenant que tu me l’as
montrée.
⎯ Viens dans mes bras pour que je te fasse un câlin.
La petite fille se blottit dans les bras de sa mère pour ver-
ser ses dernières larmes, elle ferme les yeux et se sent dé-

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jà mieux. Mais en les rouvrant, elle se retrouve seule
dans la grotte qu’elle pensait avoir quitté de longues mi-
nutes. Sa mère a disparu mais, elle n’a plus peur, elle
ressent encore sa présence, ou peut-être est-ce son cœur
qui l’accompagne, comme l’espérance que sa maman
voulait lui montrer. Confiante, elle décide de ressortir de
sa cachette. Elle escalade quelques rochers et bientôt se
retrouve dehors. Le vaisseau qui la poursuivait n’est plus
là. Plus bas, c’est de la végétation qui descend jusqu’à la
plage. Cléonisse pense que l’engin est remonté sur le pla-
teau au sommet. La pente est raide, mais elle la grimpe.
Sa progression n’est pas aisée, car les gravillons pointus
la font glisser, mais, elle ne perd pas courage. Au bout
d’une heure, elle arrive enfin au sommet ; c’est là qu’elle
voit le vaisseau posé sur l’herbe haute. Il ne lui reste plus
qu’à rejoindre ses amis.

***

Ce soir, en rentrant à Keuramdor, Noèse, Doora et Harry


se questionnent et c’est là que les deux elfes leur deman-
dent ce qu’il se passe. Doora leur raconte la disparition
des trois enfants et c’est alors que Cadmall et Baldouw
réfléchissent, ils semblent avoir ensemble une idée.
⎯ Excusez-nous, les amis, nous devons nous absenter
un moment. Nous laisserons une ouverture devant la
porte pour que vous puissiez sortir ; nous risquons d’être
un peu long.
Les trois amis regardent les deux elfes sortir de la maison
et s’envoler, sans rien dire. Hélas, cela ne résout pas leur
problème. Le plus grave est qu’ils ne peuvent même pas
en parler à la police. Harry rappelle ses amis au FBI pour
savoir s’ils ont des informations au sujet des dernières
trajectoires étranges que l’armée aurait pu observer dans
61
le ciel. Hélas, les échanges entre les militaires et la police
sont toujours tendus et il n’obtient aucun renseignement.
Doora se sent responsable de ce qui est arrivé, elle pense
qu’elle n’aurait jamais dû parler de télépathie, c’est à
cause de ça que l’autre individu les a trouvés. Noèse re-
grette d’avoir proposé cette sortie ; s’ils étaient restés à
Keuramdor, ça ne serait pas arrivé. Harry, pense qu’il n’a
pas joué son rôle de surveillant, s’il avait été attentif, les
enfants ne se seraient pas mis à l’écart. Chacun se sentant
responsable, reste éveillé, prêt à entendre le téléphone
sonner pour leur annoncer une bonne nouvelle.
Si les enfants ne réapparaissent pas, c’est la fin de l’école,
la fin d’un trop beau rêve.

***

Cléonisse arrive à s’introduire dans le vaisseau et lorsque


Paolis la voit, il se précipite sur elle car il sait comment
elle s’est échappée. Elle n’a pas le temps de retrouver ses
amis, que l’homme l’agrippe avec violence.
⎯ Cette fois, ma chère petite, tu ne t’échapperas plus,
je sais comment tu es sortie, tu ne le referas pas, je sais
comment t’en empêcher.
L’homme déblaie une table dans le poste et attache Cléo-
nisse allongée dessus. Il la ligote avec de la ficelle en la
serrant bien. Ensuite, il fait passer un câble électrique
jusque sur elle et lui branche deux électrodes sur ses
mains avant de connecter l’autre bout des câbles sur une
prise d’alimentation du vaisseau. Au moment où le cou-
rant passe, la pauvre fille semble être prise de convul-
sions, puis se calme. Ses cheveux sont tout hérissés, c’est
à ce moment que Paolis lui dit :
⎯ Je ne suis pas un débutant, ma chérie, j’ai été lunisse
et je sais comment neutraliser quelqu’un qui passe à tra-
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vers les murs. Allongée ici, tu ne risques plus d’avoir en-
vie de traverser les longerons de mon appareil. Les cordes
que je t’ai mises sont suffisamment solides pour que tu ne
t’enfuies plus, les ondes que ton corps reçoit, annulent
tous tes pouvoirs ; j’ai été médecin, je sais comment te
soulager des dons qui t’encombrent.
⎯ Je n’ai pas l’intention de partir, sinon, je ne me se-
rais pas rendue. Je n’ai pas besoin de mes dons pour me
défendre. Je suis juste sortie pour trouver une chose im-
portante. J’y suis arrivée, c’est l’essentiel.
⎯ Ah oui ! montre-moi ce que tu as trouvé ?
⎯ J’ai vu ma mère, vous savez, elle s’appelle Aqua-
luce. Nous nous sommes retrouvés dans une grotte, en
bas de la montagne et c’est là qu’elle m’a donné
l’espérance.
⎯ Ta mère, l’espérance ! tu me fais vraiment rire, ma
petite. C’est tout ce que tu as pu trouver ?
⎯ Non, ce n’est pas tout, j’ai la certitude qu’on ne res-
tera pas avec vous.
Paolis rit encore plus fort, et c’est alors que Cléonisse en-
tame cette chanson :

Attachée dans une prison,


Ne m’empêche pas de garder la raison.
Dépouillée de mes pouvoirs,
Ne m’empêche pas de garder le savoir.

J’ai en moi l’enfance,


Qui m’attache à la ressouvenance.
J’ai en moi, l’espérance,
La force de la délivrance.

Loin de mes amis,


Ne m’empêche pas des les garder dans ma vie.
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Contrainte par la menace,
Ne m’empêche pas de montrer ma face.

J’ai en moi l’enfance,


Qui m’attache à la ressouvenance.
J’ai en moi, l’espérance,
La force de la délivrance.

Je suis libre dans mon âme,


Je vis au-delà de ta geôle infâme.
Te ne peux me retenir,
Je vis au-delà de ton vaste nadir.

J’ai en moi l’enfance,


Qui m’attache à la ressouvenance.
J’ai en moi, l’espérance,
La force de la délivrance.

Liberté, tu es à ma portée,
Espérance, tu déploies toute ton intensité.
Geôlier, laisse nous rentrait,
Espérance, tu arrives au-delà de toutes les contrées.

J’ai en moi l’enfance,


Qui m’attache à la ressouvenance.
J’ai en moi, l’espérance,
La force de la délivrance.

L’homme ayant entendu cette chanson surprenante et


spontanée se questionne, alors que les deux autres enfants
applaudissent leur amie et crient à leur tour :
⎯ Espérance, espérance, tu résonnes dans nos cœurs.
Paolis, tu ne nous fais plus peur.
L’homme s’énerve, prêt à frapper la petite fille attachée à
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la table, mais à ce moment-là, le vaisseau se met à bou-
ger, il est comme secoué dans tous les sens. Paolis se re-
trouve projeté au sol, il lui est impossible d’accéder aux
commandes de son engin. C’est alors que la porte du
vaisseau s’ouvre en retombant sur le sol et à cet instant,
Cadmall, Baldouw et leur chef Belinn pénètrent dans le
vaisseau, devant les yeux émerveillés de Cléonisse. Les
deux elfes de Keuramdor maintiennent l’homme sur le sol
tandis que Belinn délivre la fille ligotée, ensuite elle ou-
vre les portes des cabines où sont séquestrés les deux au-
tres enfants. Tout cela se fait très vite, Cléonisse, Alice et
Benjamin sortent de l’appareil et retrouvent dehors trois
autres elfes.
⎯ Ça va, les enfants ?
⎯ Oh ! oui, avec vous, on a plus peur. Qu’est-ce qu’on
est content de vous retrouver.
⎯ Bon, il faut y aller, tout le monde est inquiet à
l’école.
⎯ Mais, Belinn, on ne va quand même pas le laisser
aller comme ça, ce gars-là. Il est dangereux.
⎯ Je suis désolé, Cléonisse, nous, les elfes, ce n’est
pas notre rôle de nous occuper des méchants, des voleurs
et de criminels. Les elfes sont des êtres pacifiques dont le
travail est de rendre service aux hommes méritants qui
ont allumé en eux la flamme de la vie, c’est votre cas,
c’est pour cela que nous sommes ici. C’est aux hommes
de s’occuper des autres hommes. C’est ton rôle ou celui
de tes parents. Cet homme n’est pas mauvais au fond de
lui, c’est ce qui l’habite qui l’est. Venez dans nos bras,
nous partons.
Les six elfes attrapent les deux les enfants et s’envolent
aussitôt. Paolis sort de son vaisseau et les regarde, tota-
lement impuissant.
Comme protégés, les petits voient sous leurs pieds le sol
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vite s’éloigner et ils traversent les mers et les continents si
vite qu’ils ont juste l’impression de faire de la balançoire,
ils sont heureux, c’est si amusant. Enfin, ils aperçoivent
sous eux le lac d’Annecy et bientôt leur école éclairée par
un soleil matinal.

On frappe à la porte alors que dans le salon dorment sur


les canapés Noèse, Harry et Doora. Harry est le premier
réveillé, il se redresse, croyant avoir rêvé. Ça recom-
mence, non, décidément, il y a quelqu’un derrière la
porte. Il se précipite, pour savoir qui peut bien frapper le
matin d’aussi bonne heure. Noèse se lève aussi et va jus-
qu’à la porte puis l’ouvre.
Cléonisse, Alice, Benjamin et les six elfes sont là. Aussi-
tôt, ce sont les grandes retrouvailles. Mais, Ils ne sont pas
les seuls car les autres enfants qui avaient vu la scène par
leur fenêtre sont déjà descendus de leurs chambres pour
acclamer et retrouver avec joie leurs trois amis.

Aujourd’hui, il n’y aura pas classe, c’est jour de fête.

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LE RETOUR D’AXELLE
Peu de jours se sont passés depuis que les
elfes ont retrouvé et ramené les enfants à l’école.
Noèse dort quand elle entend la sonnette retentir dans
toute la maison ; elle se demande bien ce qu’il se passe et
qui peut bien sonner aussi tard. Elle se dit que ceux qui
sont à la porte devront avoir une bonne raison, sinon elle
leur fera entendre sa voix. Elle se lève en espérant que ses
enfants ne seront pas réveillés. Elle s’habille rapidement
et prend ses clefs. Mais comme le champ de force interdit
de rentrer ou de sortir, elle doit réveiller un des elfes. Elle
frappe à la porte de Cadmall.
⎯ Excuse-moi de te réveiller, il y a quelqu’un qui
n’arrête pas de sonner à la porte. J’aimerais que tu
m’accompagnes si je dois les faire rentrer.
Elle entend du bruit dans la chambre, puis la porte
s’ouvre et l’elfe commence à râler :
⎯ Y en a qui pourraient trouver un autre moment pour
venir ; la nuit, c’est fait pour dormir. Bon, c’est d’accord,
j’arrive, attend que je me prépare.
Il sort, les cheveux complètement en pétard et un pull-
over mis à l’envers.
⎯ On n’en a peut-être pas pour longtemps, si ce sont
des mendiants ou des skieurs égarés, on leur donnera un
bol de soupe avant de les laisser repartir.
Tous les deux marchent jusqu’au grand portail ; dans le
noir, on ne voit pas grand-chose. Le champ de force que
les elfes ont créé autour de l’école ne laisse pas passer les
pensées, sinon Noèse aurait déjà deviné qui est derrière. Il
n’y a que quelques mètres mais elle entend des voix qui
ne lui sont pas étrangères. Lorsqu’elle ouvre une première
porte pour voir qui est derrière, sa tête se met à tourner,

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son cœur se met à battre fort et des larmes lui montent
aux yeux.
Elle a devant elle Axelle, sa fille avec John son époux,
accompagnés de deux femmes semblant sympathique.
Aussitôt, elle demande à Cadmall de désactiver le champ
de force et elle ouvre la seconde porte. Axelle se précipite
dans les bras de sa mère, John arrive derrière. Moment
d’affection inévitable, mais Noèse pense aux deux fem-
mes restées en arrière :
⎯ Rapprochez-vous, venez vous réchauffer.
Wendy demande à ranger son appareil dans la cour, ce
que lui accorde Noèse et quelques minutes plus tard, ils
sont tous dans le grand salon. Doora se lève et se préci-
pite vers son amie Wendy qu’elle a quittée depuis plu-
sieurs mois, bien avant d’arriver jusqu’ici. Pour tous, les
retrouvailles sont intenses. Maora donne des nouvelles de
Némeq, le mari de Doora, parti à la recherche des survi-
vants des autres mondes. Wendy demande aussi des nou-
velles de son amie Yéniz. Doora lui raconte leur ren-
contre avec la future présidente des Etats-Unis, le plus
puissant pays du monde, et la chance malgré ses mal-
heurs, pour Yéniz d’être devenue son amie, voire sa
confidente. Cela l’intéresse car avec ce que prépare Mal-
deï, il faudra des alliés sérieux sur la Terre. Doora lui
propose :
⎯ Veux-tu que nous lui téléphonions, elle sera heu-
reuse de t’entendre ?
⎯ J’aimerais bien, mais nous sommes pressés.
⎯ Si tu veux, tu peux lui téléphoner à l’hôpital, c’est
au 212-305-2500. Wendy ne comprend pas ce qu’elle veut
dire sur le coup, mais quelle importance, l’essentiel est
que son amie aille bien.
Autour d’une tasse, ils se racontent leurs aventures, cette
fois, Axelle n’est pas mise de côte, bien au contraire et
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elle leur raconte comment au début elle s’est retrouvée
devant la terrible Maldeï. Elle leur dit avoir été prise en
charge par Néni, une femme très exceptionnelle. John a
aussi vécu quantité d’aventures et vu d’innombrables
choses qui n’existent pas sur la Terre. Maora qui vient de
l’espace ne connaît pas Noèse et aurait, elle aussi, beau-
coup à raconter mais, elle est seulement venue raccompa-
gner Axelle et son père sur leur planète et ne souhaite pas
rester car de l’autre côté de Jupiter, son grand vaisseau
l’attend ainsi qu’une autre mission, toujours pour lutter
contre l’infâme Maldeï qui semble vouloir préparer
l’invasion de la Terre dans peu de temps.
⎯ Hélas, je ne peux rester avec vous, les membres de
mon vaisseau m’attendent et, surtout, j’ai un très jeune
enfant aussi, que je n’ai pas pu emmener jusqu’ici. Nous
devons repartir vers Elvy, la planète où se trouve notre
ennemie ; il y a parmi nous des membres qui souhaitent
retourner là-bas pour aider leurs frères prisonniers. Mais,
je sais que nous nous retrouverons.
Cela écourte la conversation, mais tous comprennent
Maora. Ils raccompagnent Wendy et Maora jusqu’à leur
engin et les regardent repartir.

Le vaisseau est reparti aussi vite qu’il est arrivé. Noèse,


qui a toujours l’esprit vif, s’est cette fois laissée déborder,
car retrouver un enfant disparu de façon aussi étrange, la
comble de joie et lui donne le tournis, ce qui est normal.
Le plus formidable est que son mari revienne le même
jour. Dans son état, elle est incapable de faire cours au-
jourd’hui et c’est son amie Doora qui prend sa place ce
matin. Elle laisse tous les enfants pour se retrouver chez
elle avec sa famille. Sa fille semble avoir changé profon-
dément ; même si elle a toujours le corps d’une fillette de
sept ans, elle parait l’âme d’un adulte. Son visage n’est
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plus le même, ses cheveux sont bien plus courts et ses
traits se sont affinés et pour elle, l’enfance semble déjà
oubliée.
⎯ Tu sais, maman, j’ai vécu là-bas des choses extraor-
dinaires, j’ai des images dans la tête et une foule de sou-
venirs. J’ai tant de choses à te raconter.
⎯ Tu peux me les dire, je n’ai pas regardé ce que tu as
accumulé dans ton esprit et je n’y tiens pas.
⎯ Mon esprit n’a rien à cacher, et je t’invite à regarder
les images que j’ai en moi lorsque je parle. Tu compren-
dras mieux tout ce qui m’est arrivé. C’est alors que la fil-
lette commence son récit.

⎯ Lorsque Jacques m’a prise et qu’en suite on m’a


emmenée dans un très grand vaisseau, j’ai rencontré une
femme bizarre qui s’appelle Maldeï et qui portait une
couronne de serpent en or sur la tête. Mais il faut que je te
dise que dès que j’ai été emmenée, une dame m’a tou-
jours accompagnée et m’a protégée de bien des choses.
D’ailleurs, papa pourra t’en parler, il la connaît bien elle
l’a aidé aussi. Elle s’appelait Néni, j’ai même
l’impression qu’elle te ressemble un peu.
⎯ Je te confirme cela, Noèse, c’est en grande partie
grâce à elle que je suis là aujourd’hui.
⎯ Raconte-moi ce qui s’est passé lorsque tu es arrivée
sur la planète !
Maldeï m’avait réservé une chambre étrange où il n’y
avait rien ; c’est moi et mon imagination qui devions la
remplir avec mes pensées. Néni avait le droit de rester
avec moi et elle m’a énormément aidée. La méchante
dame m’a prise avec elle et m’a fait des choses curieuses.
Avec son serpent sur la tête, elle en a fait sortir un petit
qu’elle a posé sur mon crâne. C’est là que j’ai perdu tous

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mes cheveux. Heureusement, Néni m’avait avertie et dit
de sortir ma conscience de mon corps avant que le serpent
ne s’enroule sur ma tête, car lorsqu’il prend le contrôle
total de mon esprit, je ne suis plus qu’un serpent. J’ai dû
vivre de longs moments hors de mon corps. Il n’y a que la
nuit que je pouvais revenir en moi, car Néni m’avait mon-
tré comment enlever ma couronne. Peu de temps après,
comme je maîtrisais mon corps et mes pensées de là où
j’étais, c’est-à-dire au-dessus de mon corps, j’ai obligé
Maldeï à m’envoyer avec Néni et Jacques dans les mines
de Carbokan, le camp où elle souhaitait faire mon éduca-
tion. Je ne savais pas ce qu’était ce camp. En fait, c’était
une île ou sous le sol, il y avait une pierre avec laquelle
ils fabriquent des vaisseaux spatiaux. Les conditions
étaient terribles, il n’y avait que des enfants qui y travail-
laient, rares étaient les adultes qui étaient avec nous. J’ai
assisté à des accidents graves et il y a eu des morts par-
fois. Maldeï voulait faire de nous tous des soldats impi-
toyables, des tueurs. Avec Néni et Jacques nous avons
travaillé quelque temps, nous nous étions fabriqués une
petite maison de bois et de paille. Jusqu’au jour où papa
est arrivé, amené par Maldeï. Il n’avait plus sa tête, tout
son esprit était parti, il était totalement amnésique. Néni
me fit comprendre que Maldeï avait pris toute sa vie et
que la seule façon de lui redonner sa vie, c’était de la re-
prendre à Maldeï. C’est alors que j’ai compris que je
pouvais avec la petite couronne de serpent, reprendre
peut-être la conscience perdue de papa. J’ai alors replacé
la couronne sur ma tête, sans que mon esprit soit ailleurs.
Je me suis intégrée au serpent, mais j’ai réussi à rester
moi-même. C’est alors que j’ai pu entrer en contact avec
Maldeï et la provoquer. J’ai mis mon esprit et ma vie en
jeu pour la conscience de papa. C’est ainsi que Maldeï
m’a rapidement rejoint à Carbokan. Devant Néni et Jac-
71
ques, nous nous sommes retrouvées toutes les deux. La
règle était d’attaquer son adversaire sans bouger de
place ; le premier qui se déplacerait, serait déclaré per-
dant. Au premier coup, j’ai pu pénétrer son esprit et lire
ce qu’elle avait comme intentions. Juste après, elle a dé-
clenché une terrible tempête pour m’emporter, mais je
n’ai pas bougé. J’ai alors lancé sur elle des flammes qui
ne semblaient pas la brûler, mais elle a fait tomber sur
moi des trombes d’eau si intenses, que la vaste fosse dans
laquelle nous étions s’est remplie comme un torrent. Je ne
bougeais pas afin de ne pas perdre, mais l’eau montait si
vite que bientôt je fus submergée, mais je ne bougeais pas
et c’est alors que pour chasser l’eau autour de moi, j’ai
fait exploser tout le bassin où j’étais. La déflagration fut
si forte que Maldeï en fut chassée de son socle. J’avais
normalement gagné, mais elle changea les règles et voulu
me brûler avec des arcs électriques qu’elle lançait sur
moi. Ces arcs étaient si forts qu’elle en pulvérisa la cou-
ronne sur ma tête et je fus alors véritablement libérée.
Elle pensait que sans couronne je serais totalement sans
défense, mais c’est à cet instant que j’ai pu lui envoyer
des rayons d’Amour. Elle ne pouvait rien faire contre cela
et fut obligée d’admettre que j’avais gagné. Nos cons-
ciences s’unirent un instant et elle me rendit l’esprit de
papa. Mais Maldeï ne perd jamais et elle emmena avec
elle Jacques qui se faisait appeler Bildtrager. Papa retrou-
va sa conscience et il reprit connaissance. Nous avons
travaillé de longs moments ensemble dans les mines jus-
qu’à ce que Clara et Christopher nous rejoignent. Ça a été
ma plus grande surprise. Ils étaient avec une dame que je
ne connaissais pas ; elle s’appelait Delfiliane. Elle avait
de grands pouvoirs. Plus tard, nous rencontrâmes un autre
homme qui avait été chassé de Sandépra, la plus grande
ville de la planète, car il avait laissé échapper des rebel-
72
les. Il s’est mis avec nous et l’autre femme l’a tout de
suite aimé. C’est drôle ! un jour on a voulu partir pour
trouver de quoi s’abriter et Néni a trouvé un refuge plus
moderne et plus vaste que notre maison. C’était en fait
l’abri que son père avait fait lorsqu’il était avec sa mère.
Elle disait qu’il s’appelait Iahvé et qu’il était magique.
À cet instant, Noèse s’étouffe, comprenant que son père
pouvait être aussi le sien.
⎯ Nous étions heureux dans cette maison construite
dans ces grottes, continue Axelle, mais sur l’île, tonton
Jacques était revenu comme gouverneur. Néni a voulu le
rejoindre et lui parler pour le ramener à nous. C’est du-
rant ces moments qu’il fut décidé de prendre les enfants
de l’île pour les cacher dans la grotte. En fait, Clara et
Christopher avaient trouvé un passage permettant d’aller
sur une autre planète qui s’appelle Unis. J’ai aidé Néni à
rassembler les enfants et nous somme partis. Toute l’île
de Carbokan fut vidée de ses enfants et nous sommes ar-
rivés jusqu’à Unis. Clara, Christopher, Néni et Jacques
sont restés sur place et nous n’avons plus eu de leurs
nouvelles. Sur Unis, très vite, les deux mille enfants qui
étaient passés dans ce que les grands appelaient le puits
de l’oubli se sont retrouvés changés en une chose formi-
dable :
Ils étaient tous devenus des elfes. Tous, tous comme…
⎯ Comme quoi, Axelle ?
⎯ Comme moi, Maman.
Noèse la regarde avec un œil intrigué :
⎯ Je suis un elfe, maman ; je l’ai découvert là-bas sur
Unis. Tous les enfants de Carbokan l’étaient aussi, c’est
pour cela que Maldeï les mettait très jeunes dans son
camp, afin qu’ils ne se découvrent jamais. Mais Unis et le
puits de l’oubli les avaient dévoilés, comme je me suis
découverte. C’est pour cela que je ne suis pas tout à fait
73
comme les autres. Pardonne-moi, maman.
⎯ Mais pourquoi devrais-je pardonner à ma fille d’être
un elfe ?
⎯ Je suis des fois un peu bizarre.
⎯ Tu es comme beaucoup d’enfants à Keuramdor.
Tout simplement.
⎯ Pour en finir, maman, les elfes ne sont pas restés.
Peu de temps après qu’un vaisseau avec des amis se soit
posés sur Carbokan, ils se sont tous envolés dans
l’univers pour trouver des hommes comme nous à aider.
Je crois qu’ils sont allés sur Elvy, la planète qui les avait
maltraités. Là-bas, ils ont des hommes et des femmes à
sauver.
⎯ Le reste de ton histoire, je la connais, vous êtes arri-
vés jusqu’à nous et nous avons découvert de nouvelles
amies comme Wendy, Wegas et Maora.
Ton histoire est formidable, tu devrais la garder pour les
autres enfants, je suis certaine qu’ils aimeront connaître
ton aventure.
⎯ Tu crois que j’ai le droit de leur dire ?
⎯ Tu joues le bébé avec moi, mais tu sais mieux que
tous ce que tu as à faire. Tes camarades t’attendent et ils
sont si heureux de te retrouver qu’il ne faut pas que tu les
déçoives.
⎯ J’ai vu tant de choses, j’ai fait tant de travaux, j’ai
vécu tant d’aventures ; maman, ai-je encore le droit d’être
un enfant ?
⎯ Lorsque tu te reposes dans mes bras et que tu me
fais un câlin ou que tu pleures, tu es mon enfant ; tu es un
enfant.
La petite fille laisse couler tant de larmes sur elle que les
bras de sa maman sont juste assez grands pour la consoler
de cette aventure qui l’a révélée dans la peau d’un être

74
déjà accompli.
Enfant lorsqu’elle le veut, elfe lorsqu’elle le doit. Au-
jourd’hui, dans un rôle qui était devenu ancien, c’est un
véritable enfant. Sa maman est très forte pour lui faire
oublier l’amertume de ses souvenirs. S’endormant dans
ses bras, elle replonge dans l’âme d’une petite fille de
sept ans.
C’est terminé pour elle, la paix la recouvre de son voile
blanc…

75
VOYAGER EN REVE
Plusieurs jours se sont passés depuis le re-
tour d’Axelle à l’école. Tous les enfants ont appris son
aventure extraordinaire et l’envient presque d’avoir été
kidnappée. Les cours ont repris mais depuis tous ces évé-
nements, il règne une ambiance étrange dans la classe, les
enfants se demandent si cette Maldeï pourrait venir pour
les prendre. Noèse connaît les pensées de chacun et elle
les rassure en leur disant que l’école est protégée et que
personne ne pourrait venir les prendre comme ça. Mais
certains comme Kim et Scott qui commencent à com-
prendre qu’ils possèdent des pouvoirs, s’imaginent partir
dans l’espace pour aller voir ce qu’il se passe à l’autre
bout de la galaxie. Même si Doora et Harry font tout pour
occuper et divertir les enfants, la bonne ambiance d’avant
Noël n’est plus là. Tous sentent que Keuramdor n’est pas
vraiment un lieu de vacances et à six ans, ce n’est pas
toujours facile. Pour Noèse qui a voulu monter cette école
avec Aqualuce, toujours partie depuis la rentrée, ce n’est
pas facile, elle est même à court d’idées ces temps-ci.
Noèse avait laissé Doora faire les cours jusqu’au retour
d’Axelle et ce matin, lorsqu’elle arrive en classe, elle res-
sent une atmosphère étrange flottant dans la classe et ra-
pidement, lorsque tous les enfants prennent place, un
phénomène étrange s’y passe. Un rayon bleuté semble
inonder la salle durant une dizaine de secondes. Chacun
le remarque et en ressent une étrange sensation au fond de
soi. Même Noèse est touchée. Elle se redresse et essaie de
comprendre ce qu’il s’est passé. Faisant le tour des tables,
elle regarde autour d’elle pour comprendre, mais ne voit
rien d’étrange dans la classe. Elle se demande si le phé-
nomène vient d’un des enfants ou d’un élément extérieur.
Comme cela ne se reproduit plus, elle regagne sa place.
76
Pour commencer la leçon de calcul, elle dirige jusqu’au
tableau et alors qu’elle prend une craie, une détonation
très forte se fait entendre au fond de la classe. Tout le
monde se retourne et cette fois, Noèse sent qu’un des en-
fants profite de la découverte d’un de ses dons pour les
expérimenter en classe. Malgré ses dons, elle n’arrive pas
à savoir qui a pu faire cela et elle dit à tout le groupe :
⎯ Celui ou celle qui fait ces choses devrait arrêter
immédiatement. Si je le surprends, il sera privé de désert
durant une semaine.
Tandis qu’elle veut passer aux exercice, c’est comme une
pluie d’étoile qui tombe du plafond de la classe. Et en-
core, il est impossible de savoir qui a provoqué cela. Tous
les enfants sont heureux et jouent avec ces morceaux de
lumière qui tombent comme de la neige. C’est la première
fois que Noèse se laisse déborder et qu’elle ne peut rien
maîtriser. Cela ne se termine pas car peu après, ce sont
des éclaires qui crépitent depuis le plafond et d’autres
nombreuses choses étranges qui se produisent. La classe
devient en quelques minutes une zone expérimentale pour
tous les phénomènes naturels et surnaturels, si bien qu’à
la fin, Noèse décide de faire sortir tous les enfants afin de
mieux comprendre ce qu’il se passe. Comptant ses élèves
à la sortie, elle s’aperçoit qu’il en manque deux. Elle les
recompte, plus de doute, c’est Scott et Kime qui ne sont
plus avec eux. Elle retourne en classe, mais ne trouve per-
sonne alors, avec inquiétude, elle se demande où ces deux
enfants ont pu passer. Plus de doute, les phénomènes qui
se produisaient tout à l’heure sont en rapport avec eux,
c’est certain. Mais cela ne suffit pas à expliquer leur dis-
parition si subite. Noèse appelle vite Doora, qui peut-être
aura une idée. Mais ensemble, elles n’arrivent pas à trou-
ver de solutions et sont vraiment dans l’impasse. Cela
tourne au cauchemar, car à peine Axelle est-elle revenue,
77
que d’autres disparaissent et là, ce n’est ni Jacques ni
Maldeï qui en sont les responsables. La classe de ce jour
est annulée et les enfants sont conduits sous le préau. Les
maîtresses et les éducateurs trouvent des occupations
pour tous. Axelle, Cléonisse et Shanley restent ensemble
tandis que Céleste, Timofeï et Moacyr se rassemblent.
Les trois filles discutent et se questionnent sur leurs amis
disparus. Elles connaissent un peu mieux Kime qui était
dans leur groupe et elles savent de lui qu’il aimerait bien
pouvoir aller dans l’espace.
⎯ Kime et Scott ne sont plus à Keuramdor, leur dit
Axelle, ils sont bien plus loin et je pense qu’il faudra aller
les chercher avec un vaisseau spatial.
⎯ Pourquoi dis-tu ça ? ils n’en ont pas eux-mêmes, où
veux-tu qu’ils soient partis ?
⎯ Shanley, c’est peut-être de ma faute s’ils sont partis,
je n’ai pas arrêté de parler à tous de mon aventure et
même, certains avaient envie d’aller là où on m’a séques-
tré.
⎯ Il faut en parler à ta mère, elle doit faire ce qu’il faut
pour les retrouver.
⎯ Mais, comment auraient-ils pu partir si loin, sans
vaisseaux, sans scaphandres ?
⎯ Cléonisse, tu sais bien que nous avons tous des pou-
voirs et qu’eux ont peut-être celui d’ubiquité. Je les soup-
çonne tous deux de s’être alliés pour arriver à faire le
grand bon…
⎯ Mais pourquoi cela est-il arrivé en classe ?
⎯ Réfléchis, Shanley. Comment doit-on faire pour se
transporter sur une planète aussi rapidement. Nous, en-
fants, nous n’avons pas encore la force de le faire. Même
grand, personne ne sait. Il n’y a que la maman de Cléo-
nisse qui sache le faire. Je crois que nos deux amis ont ce

78
don formidable et qu’ils ont profité de notre réunion dans
la classe pour prendre nos énergies afin de se transporter
jusque là où ils le souhaitaient. Les bruits étranges, les
éclairs et les pluies d’étoiles étaient la conséquence de
leur opération et apparemment, ils ont réussi.
⎯ Tu penses que grâce à nous, ils ont pu se transporter
dans l’espace ?
⎯ C’est même certain. Je le sens, j’ai en moi des traces
de leurs pensées. Je peux même te dire qu’ils sont partis
sur la planète où je me trouvais il y a peu. Ils sont sur El-
vy.
⎯ Mais, comment vont-ils faire pour revenir ?
⎯ Sans nous, ils ne peuvent pas revenir !
⎯ Mais, c’est impossible, on ne peut pas les laisser là-
bas.
⎯ Je n’ai pas dit ça. Je pense que c’est à nous d’aller
les chercher.
⎯ Ta planète elle est loin ?
⎯ Je ne sais pas, peut-être à des années-lumière d’ici ?
⎯ Mais, c’est impossible, on sera vieux lorsqu’on les
retrouvera ?
⎯ Vous savez, Shanley et Cléonisse, maman m’a tou-
jours dit que j’aurai au moins les mêmes dons qu’elle,
voire plus. Comme elle sait voyager à travers l’espace, je
peux en faire autant, il suffit que je lui demande.
⎯ Mais, ta mère n’est pas là, elle est repartie dans
l’espace depuis le début du mois.
⎯ Ce n’est pas grave, je vais l’appeler avec mon sif-
flet. Venez, il faut qu’on se mette dans un coin, pour pou-
voir la retrouver.
Discrètement, les trois filles se faufilent vers les salles de
classe et entrent dans une d’elles sans avoir été remar-
quées. C’est la salle dans laquelle les événements

79
s’étaient passés tout à l’heure, mais plus rien ne semble
crépité ou faire de bruit.
⎯ On y va !
⎯ J’ai un peu peur, t’as vu ce qui s’est passé ce matin !
⎯ Mais, on ne risque rien, souffler dans mon sifflet est
plus impressionnant encore.
Alors, Cléonisse sort de sa poche une étoffe blanche et
propre et en déroule un sifflet toujours bien curieux.
Comme à son habitude, elle pose délicatement ses lèvres
dessus et commence à soufflet. C’est alors que les murs
de la salle se mettent à trembler, que des éclairs jaillissent
de partout et que des explosions semblent éclater leurs
oreilles. La lumière du jour tournoie et bientôt, elles sont
presque dans le noir, ayant l’impression de se retrouver
dans une grotte. Elles commencent à avoir peur et c’est
alors que trois ombres leur apparaissent dont l’une d’elles
les interpelle :
⎯ N’ayez pas peur, c’est moi, maman. Cléonisse, ras-
sure-toi.
Les petites filles entendent une voix qu’elles connaissent
bien et elles sont bien plus confiantes qu’au début. Elles
se rapprochent des ombres et retrouvent Aqualuce. Cléo-
nisse saute dans les bras de sa mère, elle est si heureuse
de la retrouver.
⎯ Je suis heureuse de te retrouver, la dernière fois, tu
étais avec un homme qui t’avait prise avec deux autres
enfants. Je savais que tu ne resterais pas avec lui, com-
ment t’en es-tu sortie ?
⎯ J’ai fait ce que tu m’as demandé, j’ai ouvert une fe-
nêtre sur l’espérance et les elfes sont arrivés pour nous
ramener.
⎯ Nous avons besoin de toi, maman, deux enfants ont
disparu à Keuramdor et Axelle a le sentiment qu’ils sont

80
partis sur Elvy.
⎯ Comment ça, Maldeï est venu les prendre ?
⎯ Non, maman, ils ont dû partir d’eux-mêmes. Depuis
qu’Axelle est revenue, les autres rêvaient d’aller sur la
planète de cette Maldeï, alors Scott et Kime l’ont certai-
nement fait. On pense qu’ils ont pu se transporter instan-
tanément vers Elvy, la planète de la méchante. Mais, s’ils
ont pu partir, c’est certainement grâce à nous tous lors-
qu’on était en classe. Là-bas, tout seul, ils ne pourront pas
revenir. On veut aller les chercher, mais on ne sait pas
comment tu fais pour voyager dans l’espace instantané-
ment. Est-ce que tu pourrais nous expliquer ?
⎯ Vous expliquer comment se déplacer dans l’espace
avec seulement la pensée ! mais, c’est impossible, je ne
n’y arrive même plus moi-même, comment voudrais-tu
que je te montre ?
⎯ Mais si, maman, tu nous disais lorsque tu étais avec
nous que tu avais fais des voyages dans l’espace avec la
force de ta pensée. On veut faire comme toi. C’est impor-
tant, dis-le-nous.
Jenifer qui est à côté d’Aqualuce et qui écoute les enfants
répond à son amie :
⎯ Je crois que la petite a raison, tu devrais lui expli-
quer comment on se déplace dans l’espace. Ne dis pas
que c’est impossible, nous le faisons tout le temps avec
notre amie Adiban ; rappelle-toi !
Aqualuce réfléchit et se rappelle comment elle avait
transformé leur vaisseau en un appareil capable de voya-
ger instantanément dans l’espace. Se disant que ces peti-
tes doivent plus être rassurées et repartir avec un espoir,
elle réfléchit un instant à comment leur présenter une so-
lution qui les satisfasse. Se rappelant que l’explication qui
lui avait été donné était très complexe, elle veut trouver
pour eux quelque chose de plus simple, alors elle leur dit :
81
D’abord, pour voyager dans l’espace, il vous faut un vais-
seau spatial que vous devrez construire et lui donner un
nom afin qu’une âme s’installe en lui. Ensuite, pour lui
donner un moteur, vous devrez rassembler toutes les piles
électriques que vous trouverez afin de donner à votre en-
gin la puissance nécessaire. Mais, ce n’est pas tout, pour
que le moteur agisse, il faut que vous soyez tous prêts à
donner chacun un bout de vous-même, comme pour toi,
Axelle, tu sais comme ta mère lire dans les pensées,
donne aux autres un peu de ton don lorsque ça peut être
utile. Cléonisse, je sais que tu me ressembles beaucoup,
n’hésite pas à faire don de beaucoup de tes pouvoirs à
tous ceux qui sont autour de toi. Shanley, rien ne te ré-
siste, tu es pratiquement invincible. Par ce don, protège
tous ceux qui sont avec toi. Les enfants ce n’est pas avec
vos pouvoirs que vous vaincrez le monde, mais en les res-
tituant à l’humanité. Faite cela et vous verrez, les diffi-
cultés s’effaceront autour de vous. Il n’est nul besoin de
vouloir traverser l’univers pour sauver vos amis, votre
comportement, le don et le service que vous donnerez
sera votre meilleur atout. Lorsque vous me quitterez tout
à l’heure, je suis certaine que vous trouverez une solution
pour sauver vos amis. Hélas, je ne peux pas les aider di-
rectement car je suis aussi prise dans une tourmente. Mais
je suis certaine que tout s’arrangera pour vous.
⎯ Mais, si on construit un vaisseau, tu penses qu’on y
arrivera ?
⎯ Ma petite Cléonisse, les meilleurs vaisseaux que
l’on peut construire sont dans notre imagination. Fais-en
un si tu veux, ensuite, mets y beaucoup d’amour. Peut-
être devrais-tu parler à Noèse de ton projet et lui deman-
der comment retrouver les amis disparus.
⎯ Maman, j’aimerais que toute cette histoire se ter-
mine un jour. Je voudrais que tu rentres à la maison.
82
J’aimerais que papa revienne, il faut que tout redevienne
comme avant. Au fond de moi, même si je ne suis pas
seule, je ne suis pas bien de te savoir aussi loin et en dan-
ger. On va avoir un frère ou une sœur, tu ne peux pas tou-
jours être partie.
À ce moment, la petite fille commence à pleurer. Sa ma-
man, la reprend dans ses bras et la réconforte comme elle
le peut. Mais Aqualuce se dit qu’elle a raison et que mal-
gré la lourde tâche qu’elle porte, il sera nécessaire de re-
tourner à la maison. Hélas, ce n’est pas encore le moment
et en son âme des larmes coulent aussi. Mais pour rassu-
rer sa fille elle lui dit :
⎯ Avant l’été, tout sera comme avant. Je te promets
les plus belles vacances qui soient. Tu peux déjà penser à
ce que nous ferons tous ensemble.
La petite fille se détend et lui esquisse un sourire.
⎯ Je vais commencer à préparer la chambre pour les
bébés. Il faut que tout soi prêt pour lorsque tu rentreras
avec papa.
⎯ C’est une très bonne idée.
⎯ Dis, maman, pourquoi tu ne rentres pas maintenant
?
La question n’est pas surprenante et Aqualuce trouve la
réponse :
⎯ Je prépare pour le frère et la sœur qui vont te rejoin-
dre un monde encore meilleur qu’il ne l’est aujourd’hui.
C’est pour vous les enfants que je travaille, fais-moi
confiance, ce que tu vis ne sera bientôt qu’un souvenir
que tu oublieras vite.
Aqualuce câline encore à sa fille et prend les deux autres
enfants dans ses bras. Mais atour d’elles, le sol se met à
vibrer et la lumière se met à scintiller. Les enfants
s’arrachent à Aqualuce malgré eux et comme si le temps
faisait marche arrière, les grands s’éloignent des petits. Si
83
bien que d’un coup, Cléonisse, Axelle et Shanley se re-
trouvent dans la classe où elles s’étaient réfugiées,
comme avant que le sifflet ne se mette à vibrer. C’est à
cet instant que la porte de la classe s’ouvre et que Doora
les aperçoit :
⎯ Je me doutais bien que vous étiez dans une de ces
salles, deux enfants disparus, ça suffit, ne vous y mettez
pas non plus Allez, venez avec moi, ne restez pas là, au
cas où vous auriez l’idée de faire comme Scott et Kime.
Les trois filles se taisent et pensent que si elle savait, elle
aurait eu de quoi être vraiment paniquée. C’est l’heure du
repas et tous regagnent le réfectoire sous l’œil attentif
d’Harry qui veille à ce qu’aucun des enfants ne s’envole.
Cette journée est sous haute surveillance et il est impossi-
ble aux trois filles de se mettre à part pour pouvoir com-
biner un plan pour récupérer leurs deux amis.
Durant deux jours, rien ne se passe et la disparition des
deux garçons est plus que confirmée. Tous les enfants
semblent soucieux et les adultes ne trouvent pas de ré-
ponse, ce qui est encore plus difficile pour eux. Le troi-
sième jour, comme la vie semble prendre son rythme ha-
bituel, Cléonisse, Axelle et Shanley retrouvent Céleste,
Timofeï et Abbas pour leur expliquer leur projet.
⎯ Axelle m’a assurée que Scott et Kime sont partis sur
une planète lointaine. Elle pense que c’est celle sur la-
quelle elle est restée prisonnière. Céleste, j’ai vu maman
et elle m’a dit que si nous voulions les rejoindre, il fau-
drait construire un vaisseau spatial. Je crois qu’il est im-
portant de le faire sinon nos amis seront en danger. Qu’en
pensez-vous ?
Les trois garçons n’y avaient pas pensé et se question-
nent. Timofeï redresse la tête et dit fièrement :
⎯ Moi, je sais faire, mon père travaille au centre spa-
tial de mon pays. D’ailleurs, j’ai beaucoup étudié avec
84
lui, vous pouvez me faire confiance.
⎯ Oui, mais ton père, il fait des fusées qui tournent au-
tour de la Terre, alors que nos amis à des milliards de
milliards de kilomètres.
Timofeï rougit, cette remarque l’a vexé. Mais, Cléonisse
reprend avant que ça tourne au vinaigre :
⎯ De toute façon, personne ne sait faire un vaisseau
pour naviguer dans l’espace. Je pense que Timofeï en
connaît plus que nous tous et qu’il aura de bonnes idées.
Mais si on regardait un film comme "La Guerre des Etoi-
les", ça pourrait nous donner des idées. Axelle tu peux
demander à ta mère si on peut le regarder ce soir, demain
c’est samedi, on regarde toujours un film le vendredi.
Elle est d’accord. Le groupe se sépare et comme elle
l’avait imaginé, le soir après le repas, les enfants se font
projeter un film. Comme Axelle est très fine, Star Wars
est à l’affiche. Dans la salle de cinéma, le petit groupe se
rassemble alors qu’Harry met le film en route.
Il n’a pas vieilli et les enfants le regardent passionnément.
Pour Axelle il est d’actualité car son aventure passée est
du même ordre. Une princesse enlevée, des hommes par-
tis à sa recherche, c’est pour elle un peu son aventure en
raccourci. Les garçons à côté d’elle regardent avec atten-
tion les vaisseaux spatiaux. Bien sûr, ils ne pourront pas
fabriquer un croiseur de l’espace ni une étoile noire. Mais
le chasseur de Luc leur semble plus à leur porté. À la sor-
tie, ils disent aux trois filles :
⎯ On va construire un chasseur pour aller chercher nos
copains.
⎯ Rendez-vous demain, leur dit Cléonisse.
Le lendemain matin, juste après le petit déjeuner, le bruit
court parmi les enfants qu’un vaisseau spatial sera cons-
truit et chacun veut y apporter sa contribution. Devant les
moniteurs et Noèse, tous se sont promis le silence.
85
Comme les pensées font du bruit et s’entendent bien, in-
terdiction de penser au vaisseau dans l’école. Comme au-
jourd’hui, c’est samedi, journée libre, curieusement aucun
enfant ne se plaint ou ne demande à faire quelque chose
de particulier. Dans sa chambre, Timofeï et Moacyr font
les plans et calculent leur engin. Il sera moins grand que
le chasseur de Luc mais pourra transporter quatre enfants.
Avec Céleste et Cléonisse, il est décidé de le construire à
la limite de la forêt car ils seront moins remarqués. Harry
leur accorde d’aller au-dessus du laboratoire s’ils veulent
jouer, à condition de ne pas faire de bêtises. Chacun s’y
accorde et le promet. Vite, par groupe de quatre, ils se
retrouvent et commencent à tracer sur le sol la forme de
leur appareil. Comme ils n’ont pas de métal, ils rassem-
blent les branches d’arbres qu’ils peuvent trouver et
comme s’ils construisaient une cabane, ils commencent à
assembler les morceaux. Axelle et Cléonisse restent en
retrait des garçons plus actifs, mais elles participent en les
encourageant. À la fin de l’après-midi, l’ossature com-
mence à se former lorsque d’un coup ils paniquent en
voyant arriver vers eux Harry. S’imaginant le pire, ils le
regardent s’approchant de leur construction :
⎯ C’est pour ça que je trouve tout le monde bien actif
aujourd’hui. Votre idée de construire une cabane est su-
per. Elle a une curieuse forme mais vous vous débrouillez
fort bien. Il est cinq heures et demie et que le soleil se
couche, aussi je vous demande de rentrer, vous continue-
rez demain si vous le souhaitez !
Les enfants sont soulagés de savoir qu’ils construisent
une cabane. Leur plan est bon. Ils pourront continuer.
Lorsqu’ils reviennent sous le préau, Harry raconte aux
autres adultes ce que les enfants construisent et tous sou-
rient. De leur côté, les enfants pensent à la cabane afin de
brouiller les pistes avec Noèse qui sait toujours tout. Ce
86
soir après la veillée, les enfants se couchent comme si de
rien n’était, mais la nuit n’est pas terminée pour eux.
Alors que Noèse, Harry et Doora passent un mauvais
moment, comme toutes les autres nuits depuis que les
deux enfants ont disparu, Axelle, Cléonisse et Shanley se
relèvent pour trouver du matériel pouvant contribuer à
améliorer leur vaisseau. Il faut une montre ou un réveil
pour avoir l’heure. Il est aussi indispensable d’avoir des
sièges mais surtout, une boussole pour s’orienter dans
l’univers. Avec ça, ils seront parés et pourront voyager
partout où ils le voudront.
Toutes les trois à la porte de leur chambre, habillées, elles
se préparent à retourner dans les classes pour trouver le
matériel. Elles pensent être libres car mis à part Harry qui
les surveille, les autres grands dorment dans le pavillon.
Confiantes, elles sortent dans la cour. Personne devant
elles alors elles s’avancent vers le bâtiment, lorsque
qu’elles sont interpellées. Surprises, elles se retournent et
voient un individu étrange qu’elles ne connaissent pas.
L’homme n’a pas l’air méchant, il est assez mal habillé et
ressemble presque à un clochard en plus il paraît assez
vieux parce qu’il a une vielle barbe toute blanche et de
longs cheveux. Cléonisse se demande comment il a pu
entrer dans l’école alors qu’elle est normalement proté-
gée. Cela dit, il n’est pas question pour elles de crier et
demander de l’aide car leur plan serait sérieusement com-
promis. Cléonisse n’hésite pas à se rapprocher de lui,
mais il dégage une odeur terrible, il n’a pas dû se laver
depuis des années. Néanmoins, le regardant dans les
yeux, elle le questionne :
⎯ T’es qui toi ?
⎯ Je suis un vieil ami de ton père, je m’appelle No-
vam.
⎯ Pourquoi t’es là et comment as-tu fait pour venir
87
jusqu’ici ?
⎯ J’ai entendu dire que vous aviez un projet et je viens
pour vous aider à le réaliser.
⎯ Comment ça ?
⎯ Je dirais que d’où je viens, je peux tout savoir.
⎯ Et, d’où tu viens donc ?
Le vieil homme lève les yeux vers le ciel et commence à
dire comme un poème :

Si vous voulez aller partout dans l’univers,


Retirez devant vous toutes les barrières.
La d’où je viens, il n’y a pas de frontières,
Car mon esprit en a soufflé tous les mystères.

Je m’appelle Novam, le serviteur de l’étoile,


Illuminant les cœurs, qu’elle emporte comme des voi-
les.
Avec vous je suis, afin d’enseigner la vie,
Écoutez mes histoires, la lumière vous sourit.

L’esprit est partout, qui vous l’apprend, vous libère,


Et, à coup sûr vous traverserez l’univers.
Vous pourrez un jour aller où vous voulez,
Et libérer tous ceux que vous aimerez.

Avec mon aide, construisez votre nef,


Et vous pourrez voler comme des elfes.
Je viens du même pays que vous, celui du ciel,
Tout comme vos parents qui sont enfants de Noël.

Les trois filles regardent cet homme avec de gros yeux


ronds, elles sont encore toute étourdies du poème qu’il
vient presque de leur chanter. Elles savent que c’est un
ami et qu’elles n’ont rien à craindre de lui. Axelle lui de-
88
mande :
⎯ Tu connais ma maman ?
⎯ Tu as de la chance d’avoir Noèse comme mère, elle
est la pureté et le fluide de l’air nouveau. Mais pour le
moment, ne lui dis pas encore que je suis parmi vous. Les
enfants, il est tard, vous ne devriez pas être dehors, en
plus il fait très froid. Allez-vous recoucher. Dites-moi ce
qu’il vous faut, je m’en occuperai et demain nous nous
retrouverons.
⎯ Ben euh ! en fait, on cherchait des instruments pour
la cabane que l’on construit en ce moment.
⎯ Une cabane ! très intéressant, c’est bizarre de cons-
truire une cabane en hiver. Mais que voulez-vous mettre
dedans ?
⎯ En fait, on cherche une montre ou une horloge pour
avoir l’heure. On veut aussi une boussole pour nous
orienter et des chaises pour s’asseoir.
⎯ Bien, c’est d’accord. Demain lorsque vous retourne-
rez à votre cabane, je vous aurais rapporté tout ce que
vous me demandez.
Les trois filles ne cherchent pas à aller plus loin, cet
homme paraît si sage qu’elles font demi-tour et retournent
vers les dortoirs. Sans faire de bruit, elles se couchent tout
en se questionnant sur l’origine de ce vieil homme.

Ce dimanche, Cléonisse, Axelle et Shanley qui partagent


la même chambre se réveillent de bonne heure. De leur
fenêtre elles peuvent voir le bout de la forêt qui donne
dans le parc et s’imaginent voir à travers le rideau
d’arbres, la cabane qu’ils ont commencée à monter. Leur
regard se perd sur les branches secouées par le vent lors-
qu’elles aperçoivent le vieil homme. Sûr, elles n’ont pas
rêvé hier lorsqu’elles sont parties pour trouver des acces-

89
soires. Plus de temps à perdre, il faut aller déjeuner et le
rejoindre. Lorsque tous les autres enfants sont debout,
elles retrouvent le groupe des garçons et leur disent qu’il
faut retourner rapidement à la cabane. Passant devant
Noèse dans le réfectoire, leurs pensées ne sont que pour
la cabane, façon de les cacher. Même Axelle arrive à
tromper sa mère. Courageuse, Cléonisse vient vers Harry
pour lui demander l’autorisation de retourner à la cabane
pour continuer sa construction. Trouvant leur projet inté-
ressant et vraiment ludique, celui-ci accepte sans pro-
blème et leur propose de les aider. Mais, céleste lui ré-
pond :
⎯ Harry, on a tous trop envie de la faire nous-mêmes,
on voudrait que se soit par notre travail qu’on ait réussi à
la faire. Si on a des difficultés, on viendra te chercher.
⎯ De toute façon, les enfants, je ne serai pas loin de
vous, il ne faut pas que vous soyez vraiment seuls.
⎯ D’accord, on t’appelle s’il le faut.
Les six enfants sortent du réfectoire après s’être habillés
et remontent vers le bois. Cléonisse et Axelle appellent le
vieil homme, mais il ne répond pas. Lorsque Céleste leur
dit qu’il y a des choses étranges dans la cabane, elles s’y
précipitent. À l’intérieur de la carcasse dessinée, une hor-
loge, une boussole et quatre chaises sont déjà installées.
⎯ Même s’il n’est pas là, dit Axelle, Novam a tenu sa
promesse, on a les instruments qu’il nous faut pour nous
envoler. Bon, les gars, il faut continuer. Regardez, ça ne
ressemble pas à grand-chose pour le moment, on a trop
l’impression d’avoir construit une cabane. Il n’y a même
pas de plancher, c’est encore la terre. Il n’y a pas de mur,
mais juste des bouts de branche à travers lesquelles on
voit le ciel et l’herbe. Il faudra des fenêtres pour voir à
travers. Les garçons, vous devez chercher de plus grosses
branches pour rendre solide notre vaisseau. Nous autres,
90
les filles, on va aller à la cuisine et trouver du papier Cel-
lophane pour faire les fenêtres. On ramènera de la ficelle
pour bien tenir les morceaux.
Pendant que les filles sont reparties pour trouver d’autres
matériaux nécessaires, les garçons continuent leur ou-
vrage et décident de s’enfoncer dans les bois afin de ra-
mener d’autres grosses branches.
Noèse regarde les enfants se donner beaucoup de mal à
construire une cabane, elle voit sa fille, Cléonisse et
d’autres amies revenir vers la cuisine et se dit qu’il est
heureux d’être enfant, car ils semblent oublier très vite
leurs soucis, alors qu’elle se questionne sur la disparition
de deux enfants et que tout cela risque encore une fois de
remettre l’existence de l’école en cause. Malheureuse-
ment, aucune solution ne lui vient en tête et d’heure en
heure, tout s’aggrave. Bientôt elle devra avertir les pa-
rents et là, tout est à craindre. Néanmoins, pour faire plai-
sir aux enfants qui s’amusent, elle leur donne une pelote
de ficelle et un rouleau de Cellophane.
⎯ Construisez une belle cabane les enfants, vous me la
montrerez lorsqu’elle sera terminée.
⎯ Compte sur nous, maman.
Les filles remontent vers la forêt et rejoignent le chantier,
c’est là qu’avec surprise, elles trouvent les garçons avec
le vieil homme qui leur donne des conseils. Céleste leur
dit :
⎯ Il est super, votre ami Novam, regardez, il nous a
apporté plein de bois et il a même trouvé des planches.
On va pouvoir faire le plancher du vaisseau, c’est génial !
En effet, de grandes planches sont posées sur le sol et leur
appareil se dessine. Il doit bien mesurer cinq mètres. Ce
n’est pas tout à fait la taille d’un chasseur de la Guerre
des étoiles, mais enfin. Cela dit, les petits ont de bonnes
idées car ils ont pris deux longues branches qu’ils ont
91
courbées comme des arches et reliées à chaque extrémité,
et cela donne à leur construction un air élancé. Ils ont
commencé à recouvrir de bois les montants et cela de-
vient grandiose pour les enfants.
⎯ Le monsieur nous aide bien, Cléonisse, il casse pour
nous les branches trop grosses. Peut-être que demain on
aura fini.
⎯ T’emballes pas trop, Céleste, pour pouvoir décoller,
il faudra un moteur et nous ne l’avons pas encore.
⎯ Je croyais que maman t’avait dit comment faire.
⎯ Maman ma dit « Il n’est nul besoin de vouloir tra-
verser l’univers pour sauver vos amis, votre comporte-
ment, le don de tout ce que vous possédez et le service
que vous donnerez seront vos meilleurs atouts », ce qui
veut dire que ce n’est pas forcément avec notre engin
qu’on arrivera à les sauver.
Le visage de son frère se referme, cela le rend aigre, mais
Novam qui les a observés leur dit :
⎯ Ta maman a parfaitement raison, ma fille, sa parole
est de grande sagesse et c’est avant tout en vous en inspi-
rant d’elle que vous ferez des miracles autour de vous.
Mais il est possible que des actes peu communs soient de
grand service et puissent accomplir des miracles. Conti-
nuez à construire cet engin, mettez-y tout votre cœur,
vous ne le regretterez pas. Si c’était inutile, je ne serais
pas avec vous. Mais, peut-être devez-vous considérer vo-
tre ouvrage un peu différemment.
⎯ Comment ça, Novam ?
⎯ Imaginez qu’au lieu de construire un engin qui vole
dans l’espace, vous construisiez un vaisseau capable de
faire voyager vos pensées. Dans ses conditions, vous
n’auriez plus besoin de moteur, mais le carburant serait
votre imagination et là, pour vous, plus de limite à vous

92
déplacer partout.
⎯ Tu veux nous faire comprendre que notre engin ne
décollera jamais et qu’en nous mettant dedans et nous
racontant des histoires, cela suffira et que lorsqu’on en
sortira, ce sera comme si nous avions rêvé ?
⎯ Je n’ai pas voulu dire cela exactement. Mais comme
Peter Pan, vous devrez aller au pays de l’imaginaire.
C’est ce que l’humanité attend de vous, les enfants ; plus
tard, lorsque vous serez grands, arrachez les hommes à la
matière pour les guider vers le monde auquel leur cœur
les appelle.
⎯ Notre vaisseau sera simple, maman m’a dit que
c’est nous le moteur. Tu as raison monsieur, je com-
prends qu’avec nos rêves on puisse faire plus de chose
que dans ce monde difficile et dur. On va y arriver.
⎯ C’est bien, ma petite Cléonisse, je suis certain que
ce que vous faites sera très utile. Continuons le travail. Je
vois que vous avez apporté de la ficelle ; elle sera très
utile, il faut bien fixer les rondins et les planches. Tu sais,
dans l’espace les vaisseaux doivent être robustes.
Les enfants et Novam reprennent le travail et ils arrivent à
remplir les flancs avec du bois et de la paille. À l’heure
du déjeuner, ils repartent en vitesse pour manger et re-
viennent vite. Jusqu’au soir, le travail continue, enfin leur
appareil commence à ressembler à quelque chose. De
près, on croirait la reproduction de la cabine d’un avion
X15, l’avion ancêtre des fusées actuelles. L’avant de leur
réalisation est effilé, et sur le dessus, deux sortes de vitres
en de Cellophane font penser au cockpit d’un engin per-
formant. Bien que construit entièrement en bois, il a fière
allure. En tirant une trappe faite d’une planche vermou-
lue, on arrive à l’intérieur. Là, quatre sièges en plastique
auxquels on a retiré les pieds, sont posés par deux, côte à
côte. Devant eux, une horloge est attachée à un rondin et
93
une boussole est posée entre les sièges. Il n’y a pas
d’autres instruments, ni de commandes quelconques.
Fiers, tous les enfants admirent encore une fois leur en-
gin. Mais le soir arrive et Harry les appelle.
⎯ Tu viens avec nous, Novam, on va te présenter à nos
amis et à ma maman, elle sera contente de te revoir.
⎯ Axelle, je pense que ce n’est pas encore le moment
pour cela, rentrez chez vous, nous nous retrouverons plus
tard.
Tout heureux d’avoir réalisé cet engin en peut de temps,
ils rentrent avec le sourire. Mais, Timofeï et Moacyr ne
sont pas très satisfaits car cela ne leur semble pas fini.
⎯ Nous, disent-ils à Axelle, on reviendra cette nuit
pour terminer. Moacyr a une idée.
⎯ Vous êtes fous, si on fait du bruit, on nous remar-
quera et attention les problèmes.
⎯ Les filles, vous êtes des trouillardes, en dehors de
vos poupées et de vos jupes, vous ne faites jamais rien.
Lorsqu’Axelle entend cette remarque déjà machiste pour
un jeune enfant, elle sort de ses gonds instantanément :
⎯ Tu te prends pour qui, à dire ça ? on voit que t’es
jamais allé plus loin que ta base spatiale avant d’arriver
ici. T’as jamais mis les pieds dans l’espace, t’as jamais
bougé tes fesses ailleurs que dans le réfectoire de l’école.
C’est bien beau de critiquer, mais t’es qu’un gros nul, ja-
loux en plus. Lorsque comme moi, tu auras affronté Mal-
deï, la femme la plus ignoble de l’univers, tu pourras par-
ler. Je te prends au mot cette nuit. Rendez-vous au vais-
seau, tu nous montreras ce que tu sais faire et l’on verra
bien qui est capable de faire voler cet engin.
Vexé d’avoir été mis à mal par cette fille, Timofeï ré-
pond :
⎯ Je prends le pari avec toi. On se retrouve à minuit

94
devant le vaisseau.
Le groupe se sépare en deux ; les filles d’un côté, les gar-
çons de l’autre. Hélas, comme ils sont énervés, ils ne font
pas attention aux pensées qu’ils manipulent lorsqu’ils en-
trent dans le réfectoire et Noèse ressent leurs pensées.
⎯ Demain, dit-elle, il y a de l’école. Il n’est pas ques-
tion que vous sortiez. Harry sera vigilant cette nuit, je ne
veux pas d’histoires. Vous comprenez pourquoi, n’est-ce
pas, Axelle ?
⎯ Euh ! oui, maman. De toute façon, on est fatigués.
Noèse a entendu dans leurs pensées le conflit qu’il y avait
entre eux, mais ne s’imagine pas le plan qui se trame, leur
esprit reste entraîné au silence. Mais cela ne les freine pas
dans leur idée de s’affronter cette nuit.

L’équipe des garçons et des filles ne s’endort pas. Ils at-


tendent qu’Harry soit endormi. C’est vers minuit que
chacun se lève pour sortir et rejoindre le bois où se trouve
leur construction. Comme s’ils s’étaient donné le mot, ils
se retrouvent dans les escaliers et sortent dans le parc. La
lune n’éclaire presque pas, il leur faut de bons yeux pour
marcher jusqu’au bois. Est-ce par envie de s’affronter
qu’ils partent d’un air décidé ou pour une autre raison ?
Personne ne le sait vraiment mais ils n’ont pas l’intention
de revenir à l’école comme ça, sans avoir marqué la nuit
de leur courage et de leur audace. Lorsqu’ils arrivent de-
vant leur construction, Moacyr allume des torches à l’aide
de branches qu’il enflamme en les frottant de ses doigts.
Aussitôt, ils découvrent le vaisseau qu’ils ont construit
durant le week-end. Finalement, ils se demandent com-
ment un tas de branches et de planches pourra un jour vo-
ler. Le chasseur de Luc, comme dans le film, est bien loin
de ce qu’ont pu faire leurs mains. Ils sont tous découragés
lorsqu’apparaît Novam :
95
⎯ Eh ! bien les enfants, il est bien tard pour que vous
soyez encore là. Ne devriez-vous pas être dans votre lit ?
⎯ On se questionne, Novam. On pense avoir fait tout
ça pour rien. Ce ne sont pas des branches et des planches
qui pourront sauver nos amis.
⎯ Mes enfants, si vous êtes si déçu, pourquoi êtes
vous ici ?
⎯ Novam, Timofeï et moi nous sommes un peu heur-
tés. On est venu relever un défi. Il prétend que les filles
ne sont capables de rien et que les garçons savent tout
faire.
⎯ Alors, si c’est pour ça que vous vous retrouvez tous
ici, je vous laisse régler vos problèmes. Affrontez-vous
donc.
Chaque enfant pensait qu’il les réconcilierait grâce à sa
sagesse, mais il n’en fait rien et disparaît aussitôt. Moacyr
s’énerve et dit à Axelle et Timofeï :
⎯ Voyez, vous deux, c’est de votre faute s’il est parti
et jamais on ne pourra faire voler ce truc-là. De toute fa-
çon, on n’a jamais vu voler des planches dans l’espace,
tous les vaisseaux sont en acier ou en titane. On s’est cru
capables de faire un engin qui vole.
⎯ Tu m’énerves, Moacyr, tu étais le premier à y
croire, tu es aussi incapable que ces filles.
⎯ Ne me dis pas ça ou je vais bouillir, ça va aller mal.
⎯ Tu parles mais tu ne sais rien faire.
⎯ Timofeï, arrête, je ne tiens plus, la force monte jus-
que dans ma gorge, je vais exploser.
⎯ Vas-y si tu peux, moi je rentre me coucher.
Moacyr est si énervé qu’aux paroles de Timofeï, il éclate.
Tous ont peur de le voir se transformer et d’un coup, son
visage devient brillant et ses yeux sont si rouges que des
rayons en sortent. C’est alors que dans sa rage, il inonde

96
la construction de bois qu’ils avaient tous réalisée. Et
c’est alors que les enfants assistent à une transformation
extraordinaire. Les planches et les bouts de bois ne se
mettent pas à flamber, mais ils se muent en métal pro-
gressivement. Toute la structure qu’ils avaient construite
devient bloc de métal pour certains éléments alors que les
vitres faites de Cellophane se transforment en verre ou en
plexiglas. Des étincelles jaillissent de partout et cela im-
pressionne les enfants qui prennent peur. Le bois s’étire,
les planches se joignent et le bois disparaît progressive-
ment. Au bout d’un quart d’heure, le feu qui entourait le
vaisseau en pleine mutation s’arrête et le pauvre Moacyr
qui semble avoir fait un effort surhumain s’effondre. Il
laisse sur le sol un engin dont le bois et les planches se
sont complètements transmués. Ce qui était la cabane
s’est transformé en un engin ressemblant à une grosse
boîte effilée. Mais sa peau n’est pas lisse car l’écorce du
bois luit de ses multiples rides couleur de bronze, ce qui
pourrait être un vaisseau donne l’impression d’un engin
sorti d’un autre monde. Le pauvre Moacyr se relève,
étourdi, et regarde ce qu’il vient de réaliser. Timofeï dit à
Axelle :
⎯ T’as vu ce que les garçons peuvent faire.
⎯ Alors, si tu es si doué, envoie le dans l’espace.
Le jeune garçon regarde l’appareil mais ne peut rien en
tirer. Il essaie de le pousser mais n’arrive même pas à le
faire glisser sur le sol. C’est alors que Moacyr lui dit :
⎯ Il faut que tu arrêtes, Timofeï, on n’est pas là pour
se battre, mais au contraire, si on a fait cet engin, c’est
pour sauver nos amis perdus dans l’espace. Axelle n’a
rien contre toi, alors que tu cherches comme à ton habi-
tude à créer la compétition entre nous, tout comme ça
s’est passé lors du match d’Overbase. C’est pas parce que
ton père travaille dans les fusées que tu en sais plus que
97
nous tous ; arrête.
⎯ C’est vrai, il a raison, tu es bien gentil mai, depuis
que nous construisons le vaisseau, nous ne te reconnais-
sons plus. Axelle n’a rien fait de mal, on a l’impression
que tu es jaloux d’elle depuis qu’elle est revenue.
Timofeï a les yeux rouges et comprend qu’il s’est laissé
prendre par de nombreuses pensées qui font du mal aux
autres et à lui en même temps. Repensant à ceux qui sont
perdus, il répond à Cléonisse :
⎯ Le sang de mon père parle dans mes veines, mais je
ne suis pas comme lui. Je ne suis pas russe, mais un en-
fant de la Terre et du ciel en même temps. Il faut que l’on
aille les chercher. Si Moacyr a réussi à terminer notre
vaisseau, c’est le moment de partir les chercher.
Céleste qui n’a rien dit, réagit alors :
⎯ Ne pleure pas Timofeï, car si tu n’avais pas poussé
tout le monde aux extrêmes, Moacyr n’aurait pas réussi à
faire cet engin et ce soir, nous serions dans notre lit alors
que peut-être que nos amis sont en danger. Moi, je crois
que si nous y pensons très fort, nos énergies conjuguées
feront que ce vaisseau décollera. Il faut que nous tous
pensions à eux et comme ma maman l’a dit à ma sœur,
restituons nos dons à tous ceux qui en ont besoin, ne gar-
dons rien pour nous. Pour ma part, je ne monterai pas
dans le vaisseau que nous avons construit, je préfère res-
ter ici en pensant à ceux qui pourraient s’envoler pour
aller les chercher. Maman m’a toujours dit que ceux
qu’on aime, restent à jamais proche de nous. Je pense que
cette parole suffit à nous faire voyager à l’autre bout de
l’univers.
⎯ Je ressens que tu dis vrai, petit frère. Je n’ai pas be-
soin de m’installer dans l’engin pour voyager, je reste
avec toi.
⎯ Je peux vous emmener dans le voyage de vos pen-
98
sées, dit Axelle, j’en ai la capacité. Qui veux prendre
place dans notre vaisseau.
C’est alors que Shanley qui n’avait encore rien dit ré-
pond :
⎯ J’aimerais m’envoler dans le pays de l’imaginaire,
j’aimerais m’installer aux commandes de l’engin. Je crois
que je rêve déjà de la planète où sont Scott et Kime. Re-
joignons-les maintenant. Timofeï, tu viens avec moi ?
⎯ Mais, je ne sais pas conduire les fusées, encore
moins ce vaisseau.
⎯ Là où je veux t’emmener, on a pas besoin de per-
mis, alors, monte avec moi.
Shanley ouvre la porte grinçante de l’appareil et pousse le
garçon à l’intérieur. Dedans, Timofeï s’affole :
⎯ Mais si on va dans le ciel, on va tomber.
⎯ Si tu as peur, tu sors. Je ne veux pas de poule mouil-
lée avec moi.
⎯ Euh ! non, c’est sûr, ça va aller.
Axelle pousse la porte, monte à cheval sur le nez de
l’engin et leur fait signe par la fenêtre. C’est à ce moment
que la boussole posée entre les sièges commence à
s’affoler et que Shanley dit à son compagnon de voyage :
⎯ Depuis que je suis à Keuramdor, j’ai compris que la
matière est le rêve le plus dur que nous puissions faire.
Oublie ce que tu as appris depuis que tu existes et écoute
en toi un autre refrain. Regarde la boussole et suis
l’aiguille qui t’indique le nord. Si elle tourne, tourne aus-
si, elle nous emmène vers nos rêves.
Timofeï la regarde qui s’affole de plus en plus et com-
mence à se laisser entraîner par elle, si bien qu’il oublie
qu’il est sur la Terre…

Les étoiles filent si vite que les yeux ne peuvent les sui-

99
vre. Lorsque la planète bleue apparaît, personne ne peut
imaginer que la Terre ait pu exister, tant elle en est éloi-
gnée et différente. Ce n’est qu’en se penchant par le hu-
blot que les enfants comprennent qu’un grand espace sé-
pare le rêve de la réalité. Ils se demandent dans quel
monde ils peuvent être. Soudain, ils aperçoivent assise sur
la proue de leur engin, Axelle qui parait le tenir avec ses
fines mains et le plus étrange est qu’ils semblent aperce-
voir dans son dos de fines ailes presque transparentes.
L’instant d’après, d’autres elfes la rejoignent alors qu’ils
sont à plusieurs centaines de kilomètres du sol. Aucun
d’eux ne semble manquer d’air, c’est un peu magique.
Quatre elfes attrapent à chaque coin l’appareil el comme
s’ils le portaient tous, l’emmènent vers la planète. Shan-
ley, et Timofeï sont totalement subjugué par ce qu’ils
voient mais en même temps, ils sentent qu’ils doivent res-
ter à imaginer et rêver. Ils ne savent pas où les emmènent
Axelle et les autres qui semblent ses amis, mais ils lui
font confiance et c’est alors qu’ils plongent vers la pla-
nète en visant une petite île au milieu de l’océan. Les
deux enfants à l’intérieur de leur construction se tiennent
comme ils peuvent à leur siège, tellement ils vont vite.
Peu après, ils aperçoivent un archipel. Il y a des arbres
ressemblant à des palmiers et des centaines de cabanes en
bambou. Enfin, doucement les elfes finissent de poser
leur engin sur le sable et c’est alors qu’Axelle vient leur
ouvrir la porte de leur magnifique vaisseau intergalacti-
que. Timofeï regarde la boussole qui paraît indiquer le
nord.
⎯ Ça y est, on est arrivé, sortez, vous serez mieux.
Axelle prend Shanley par la main pour l’aider à faire ses
premiers pas sur le sable d’une planète pour elle totale-
ment inconnue.
⎯ Venez, je vais vous présenter mes amis.
100
⎯ Tu as des amis ici ?
⎯ Bien sûr, nous sommes sur Elvy, la planète sur la-
quelle j’ai été retenue prisonnière. Ici, ils ont construit
leur ville. Ils sont à l’abri de Maldeï et en même temps ils
peuvent aider leurs familles restées prisonnières sur la
planète.
⎯ Pourquoi nous avoir mené jusque-là ?
⎯ Parce que Scott et Kime sont ici. Je crois que nous
devrions suivre Gybouss, il pourra nous expliquer.
Ils font quelques centaines de mètres pour arriver jusqu’à
une maison en bambou plus importante que les autres.
Shanley et Timofeï constatent qu’autour d’eux, qu’il n’y
a que des enfants ou des adolescents, mais leur visage
dégage beaucoup de sérieux, comme s’ils étaient plus
vieux que des adultes.
⎯ Pourquoi sont-ils tous comme ça, tous ses enfants ?
⎯ Pardon ?
⎯ Ben oui, ils ne rigolent pas trop !
⎯ Ce sont tous des elfes et tu dois savoir que les elfes
sont des êtres très sérieux et qu’ils sont toujours occupés
à aider les autres. Ils prennent leur mission avec le plus
grand sérieux et cela ne laisse pas trop le temps pour la
rigolade.
⎯ Et que fais-tu parmi eux ?
⎯ Je suis un elfe comme eux, c’est pour cela que nous
nous sommes retrouvés sur la planète. Allez, venez, on
est arrivé.
Pénétrant dans la grande maison, ils voient à table en
train de manger leurs deux amis. Remplis de joie, ils se
précipitent vers eux pour fêter leurs retrouvailles.
⎯ Vous nous avez fait peur, leur dit Shanley, pourquoi
êtes vous partis ? On a dû faire des choses incroyables
pour vous retrouver.

101
Scott ne sait pas quoi leur dire mais, Gybouss leur expli-
que :
⎯ Vos amis ont eu beaucoup de chance, car ils au-
raient pu se perdre pour de bon parmi les autres elviens et
même se faire enrôler de force parmi les soldats de Mal-
deï. Lorsque nous les avons découverts, ils étaient à San-
dépra, aux portes du palais. Par chance Abysse se trouvait
là et les a vus. Une foule se dirigeait vers le Palais car il y
avait une affiche qui indiquait qu’un couple de bêtes
curieuses était exposé dans la grande cour. Si notre amie
n’était pas intervenue, les gardes les auraient vite remar-
qués car plus aucun enfant ne se trouve dans cette ville,
ils ont tous été déportés ; d’ailleurs, nous en sommes le
résultat. Vos amis croyaient qu’il s’agissait d’animaux
extraordinaires, mais c’était en fait une folie de cette reine
machiavélique. On a vite vu que ces enfants n’étaient pas
d’ici et Abysse les a ramenés jusqu’à nous. Lorsqu’ils
nous ont dit qu’ils étaient de la Terre, on a vite compris
d’où ils venaient, on a fait la relation avec toi, Axelle, et
nous t’avons envoyé un message.
⎯ C’est pour ça qu’au fond de moi, je sentais qu’ils
étaient sur Elvy, c’est vous qui me le faisiez savoir ?
⎯ Tout à fait !
⎯ Pourquoi ne pouviez-vous pas les ramener jusqu’à
nous, j’ai moi-même pu participer à vous rejoindre ?
⎯ Ils sont arrivés en profitant de l’énergie de votre
groupe et sur Elvy, celle-ci c’était dissipée. Il est indis-
pensable qu’ils repartent de la même façon qu’ils sont
arrivés. Nous avons un grand travail sur Elvy et il risque
de se passer des choses importantes, nous ne pouvons pas
partir. C’est à toi, Axelle, avec tes amis de les ramener
sur la Terre.
Enfin, Scott ose prendre la parole :

102
⎯ Ce n’est pas notre faute, on voulait voir où tu étais
allée, Axelle. Si tu ne nous avais pas parlé de cette pla-
nète, on n’en aurait pas eu l’idée.
⎯ Vous vouliez tous savoir ce qui m’était arrivé, ce
n’est pas, pour me vanter que je vous l’ai dit. Vous saviez
que cette planète est dangereuse.
⎯ On le sait maintenant, on s’est bien fait gronder par
Gybouss. Il nous a expliqué ce qu’il leur était arrivé il y a
quelques années et comment ils ont été sauvés. Nous sa-
vons pour les elfes et on sait aussi pour toi.
Kime intervient :
⎯ Je ne veux plus faire de voyages dans l’espace. J’ai
eu trop peur ; si c’est avec nos dons qu’on peut faire ça,
c’est trop dangereux. Je crois que je vais commencer à
écouter ta mère.
⎯ Tous là-bas sont très inquiets, nous devons rentrer.
Nous avons construit un vaisseau spatial pour vous cher-
cher, nous avons dû faire beaucoup de travail pour vous.
⎯ Tu as raison, Axelle, rentrez au plus vite, ce sera
mieux pour tous. De toute façon, le moment venu, nous
nous retrouverons tous.

Les quatre enfants retournent au vaisseau. Axelle dit à ses


amis :
⎯ Pour revenir, rêvez à notre école, rêvez à nos amis
restés là-bas. Installez-vous, nous allons partir. Elle se
remet à califourchon sur le nez du vaisseau et Gybouss et
trois autres elfes attrapent les coins de l’engin. Aussitôt, il
décolle. Les enfants admirent encore une fois la planète.
À cet instant, Axelle, ferme les yeux et comme dans un
rêve, propulse l’appareil à l’autre bout de la galaxie…

Harry se réveille et semble avoir entendu du bruit. In-

103
quiet, il se lève pour regarder si un enfant ne serait pas
debout. Faisant le tour des chambres, il voit la porte de la
chambre de Cléonisse, Shanley et Axelle ouverte et les
trois lits vides. Rapidement, il comprend qu’il se passe
quelque chose. Plus loin, c’est la porte de la chambre de
Céleste qui est ouverte. Alors, il se précipite jusqu’au pa-
villon de Noèse pour l’informer.
⎯ Tu dormais peut-être ?
⎯ Non, je tourne les idées dans tous les sens dans ma
tête sans trouver de solution. Hélas, demain je vais devoir
aller à la police pour faire une déclaration de disparition
et informer les parents. C’est pour ainsi dire la fermeture
immédiate et définitive de l’école. Ça n’aura été qu’un
trop beau rêve ; un rêve qui s’effondre à cause d’une idée
trop ambitieuse.
⎯ Je peux voir avec le FBI, il y a peut-être une solu-
tion.
⎯ Non, laisse tomber, je dois admettre que même avec
des pouvoirs surnaturels, on ne peut pas tout. D’ailleurs,
si Keuramdor pouvait continuer, je ne favoriserais plus le
développement des pouvoirs chez les enfants mais au
contraire, je leur démontrerais que ce n’est qu’avec la
force de son cœur, et celle de l’amour que tout est possi-
ble. Cette disparition m’aura au moins fait comprendre
cela. Hélas, c’est maintenant trop tard pour transformer
tout ça, la catastrophe est arrivée avec toutes ses consé-
quences.
⎯ Noèse, six enfants ont disparu du dortoir. Axelle est
parmi eux. C’est pour ça que je suis là.
⎯ Il ne manquait plus que ça !
⎯ Qu’est-ce qu’on fait ?
⎯ Je crois qu’ils sont à leur cabane… Attends. Bon
sang ! non ! ce n’est pas une cabane qu’ils ont construit,

104
je l’entends dans leurs têtes, c’est un vaisseau spatial. Ils
ont réussi à nous tromper, ils avaient camouflé leurs pen-
sées dans leur tête. Le pire est à craindre, vite, prend mon
4X4, on y va.
Ils sautent dans la voiture et foncent vers la forêt où les
enfants ont construit leur "cabane". En arrivant, Harry
freine sec car juste à ce moment, une sorte de veille engin
tout rouillé semble se poser à l’endroit où était leur cons-
truction. Ils sortent de la voiture et découvrent Céleste,
Moacyr et Cléonisse devant l’engin. Stupéfaite, Noèse
s’arrête net en voyant arriver du fond des bois un homme
qu’elle connaît trop bien et disparu depuis des années. Au
même instant, la porte du vaisseau s’ouvre et les visages
de Scott et Kime apparaissent avec Timofeï et Shanley,
mais elle n’a pas vu Axelle effondrée sur le sol, comme
ayant perdu connaissance. C’est Novam qui se précipite
vers la petite fille et lui donne des soins pour qu’elle re-
prenne vie. Harry le rejoint et la prend dans ses bras.
Bientôt, tous les enfants de l’école arrivent pour voir leurs
amis revenus. John s’occupe d’Axelle et la ranime mais
elle est très épuisée. Novam prend Noèse dans ses bras et
lui donne une bouffée de souvenir et de chaleur telle
qu’elle n’en avait pas reçu depuis un lointain passé.
Comprenant que les enfants avaient agi pour retrouver
leurs amis, Noèse ne trouve que des larmes pour faire
éclater sa joie. C’est uniquement grâce aux enfants que
les deux fugueurs sont de retour. Un peu plus tard, on
couche tous les enfants, et Novam l’étrange homme que
les enfants avaient rencontré au tout début de leur aven-
ture, est invité à rejoindre Noèse à sa maison et c’est là
qu’il lui raconte toute leur histoire. Noèse découvre que
c’est grâce aux amis elfes d’Axelle qu’ils ont pu être re-
trouvés et Novam lui explique :
⎯ Monadis m’a envoyé vers vous afin d’aider les en-
105
fants dans leur tâche. L’école de Keuramdor est un élé-
ment clef dans la grande bataille qui se prépare actuelle-
ment autour de la Terre. Je vais devoir rester avec vous
pour vous aider dans votre tâche car cette grande bataille
est l’occasion pour tous les hommes de pouvoir prendre
leur destin en main. Le salut ne viendra jamais du ciel,
mais ce sont ceux qui sont prisonniers dans cette matière
qui doivent eux-mêmes rompre leurs chaînes. Sinon, il
suffirait d’une baguette magique pour tout arranger.
⎯ Je commence à comprendre, Novam que les enfants
n’auront pas besoin de leurs dons pour trouver leur voie.
⎯ Ces enfants sont merveilleusement doués, mais,
parce que tu es douée, tu dois leur apprendre autre chose.
⎯ Oui, mais comment ?
⎯ Je suis là pour t’aider.
Noèse ferme les yeux et commence à comprendre. Très
fatiguée, elle peut s’endormir, avec l’assurance que
l’école est sauvée.

Par des enfants de lumière…

106
eliMINER NOVAM
Quelle bonne fin pour Noèse de retrouver
tous ses élèves. Sans l’aide des enfants, l’école aurait à
coup sûr fermé. Mais grâce à ces deux petits malins de
Scott et Kime, Novam, le grand sage est arrivé et il se
pourrait qu’il transforme l’école de Keuramdor. En effet,
cet homme pense que les dons que peuvent posséder les
enfants sont en fait des pièges qui les retiennent dans le
monde matérialiste de la Terre. Noèse en est aujourd’hui
aussi convaincue et prête à améliorer sa méthode de tra-
vail. Au lendemain du retour des deux garçons, elle
convoque sa petite équipe afin d’en discuter. Pendant ce
temps, les enfants organisent aussi une petite réunion à
leur façon, c’est avec Paolo Lugzi et Marie Zog qu’ils
font un bon repas avec des pizzas et des crêpes ; car pour
eux, c’est aujourd’hui la Chandeleur.
⎯ Dis, Moacyr, j’ai entendu dire que la maîtresse ne
veut plus que l’on utilise nos pouvoirs, elle pense que
c’est mauvais pour nous tous. Toi qui as fait des trucs su-
per, ne penses-tu pas que c’est un peu exagéré ?
⎯ Tu sais, Izam, si je n’avais pas transformé la cabane
en bois en vaisseau de fer, ça n’aurait rein changé, je
crois. Si on a pu ramener nos amis, c’est grâce à nos rê-
ves, rien de plus.
⎯ Mais, rêver est déjà un don. Tu t’imagines ne plus
rêver ?
⎯ Je crois que cette histoire nous a montré que le rêve
est un pas vers une autre réalité. Nous sommes tous per-
dus sur cette planète parce que nous avons oublié
qu’avant de naître, nous existions en rêve, c’est-à-dire
dans un autre monde.
⎯ Tu crois que le rêve est la porte vers un autre pays ?

107
⎯ Je le pense bien et il est possible que les mathémati-
ques l’expliquent ; déjà, j’ai des équations qui traversent
mon esprit.
⎯ Tu peux imaginer les rêves en formules ?
⎯ Même l’imagination est une formule ; tu ne savais
pas ?
⎯ Pas vraiment, pour moi, tout est lié à l’énergie, la
force qu’il y a dans la lumière. Moi, je crois que le soleil
est capable de nous donner tout ce dont on a besoin.
J’arrive presque à capter la force de notre étoile afin
qu’elle donne la force de vivre et de jouer.
⎯ Ça aussi, c’est une formule.
⎯ Et tu me dis qu’on doit abandonner nos dons alors
que tu sembles les utiliser à chaque seconde ?
⎯ Je pense que notre maîtresse a raison, mais il est
clair que si nous n’avions rien fait, la disparition de Scott
et Kime aurait tourné à la catastrophe. J’ai entendu dire
que l’école aurait fermé s’ils n’étaient pas revenus.
⎯ Alors, il ne faut pas qu’ils nous interdisent de ne
plus utiliser nos pouvoirs, il faut trouver quelque chose
pour les convaincre.
⎯ Oui, il faudra trouver quelque chose. Ne nous met-
tons pas la maîtresse à dos, mais nous devrons les persua-
der que c’est mieux pour nous.
⎯ Tu as raison, allez, en attendant, viens avec moi, si-
non, il n’y aura plus de crêpes, les autres ne nous ont pas
attendus.
Les deux garçons attrapent une ou deux crêpes qu’ils tar-
tinent de confiture et vont les dévorer dans un coin.

⎯ Vois-tu, Novam, avec Aqualuce nous avons trouvé


ces enfants un peu partout autour de la Terre. Tous ont
des dons particuliers que nous n’avons pas voulu étouffer,

108
bien au contraire. Maintenant, si je leur dis que ce n’est
pas bien, ils ne vont plus rien y comprendre et malgré leur
jeune âge, ils risquent de se révolter. Nous n’avons pas à
faire à des enfants ordinaires.
⎯ Tu sais, Noèse, il faut les laisser faire leur choix,
c’est à eux de découvrir ce qui est le plus important. Tu
as raison, leur interdire d’exercer leurs dons serait dom-
mageable. Je pense que nous ne les éteindrons jamais,
mais c’est à nous de leur en montrer les limites. Ils conti-
nueront à faire leurs extravagances, mais ils les dépasse-
ront avec de la compréhension. Il n’est pas mauvais
d’avoir des pouvoirs surnaturels, s’ils ne sont pas forcés,
mais savoir qu’il y a un autre pouvoir plus important en-
core qui vient du cœur, c’est cela qu’ils devront décou-
vrir.
⎯ Novam, pourquoi es-tu parmi nous, est-ce pour faire
de nos enfants des êtres ordinaires ou, as-tu un autre
rôle ?
⎯ Je suis avec vous pour que ces enfants ne tombent
pas dans les mains de la nature du monde et pour qu’ils
ne soient pas repris dans le courant des êtres qui donnent
tous leurs dons à cette nature. Autrefois Jacques m’a dit
que sur la Terre, les gens doués usent de leurs pouvoirs
pour eux et même contribuent à enfoncer l’humanité dans
un matérialisme forcené. L’éducation de ces petits sera
dure, vous n’êtes pas nombreux, si tu le souhaites, je peux
rester le temps nécessaire pour vous aider.
⎯ Novam, au temps de la première conquête avec Jac-
ques, je vous ai beaucoup apprécié. Je me souviendrai
toujours du moment où vous m’aviez découvert seul et
blessée dans le vaisseau échoué sur la planète Unis, votre
aide m’avait été si précieuse. Je ne peux qu’accepter votre
proposition.

109
⎯ Tu lui fais confiance au vieux Novam ?
⎯ Tu sais, Izam, s’il n’avait pas été avec nous, je ne
suis pas certain que nous aurions pu retrouver Scott et
Kime. Moi, je pense que c’est un sage, il me fait penser à
ça, avec sa grande barbe blanche et ses longs cheveux.
⎯ Ouah ! Dumbledore est de retour !
⎯ Oh ! ça va, on n’est pas dans la magie et les sor-
ciers. J’ai entendu dire que cet homme est un poète et
connaît beaucoup de choses. Il ne semble pas posséder de
pouvoir quelconque.
⎯ Moi, je crois que son savoir est à lui seul un don et
je suis prêt à lui faire confiance. Je pense qu’il a beau-
coup de choses à nous apprendre. J’espère qu’il restera
avec nous.
⎯ Moi, je n’ai pas envie, je ne veux pas qu’il nous in-
terdise de faire des choses avec nos pouvoirs. Je vais re-
joindre mon groupe, il faut qu’on en parle.
Le petit Izam rejoint l’un de garçons des son clan, Lilo,
jeune enfant sans problème est toujours resté discret. Le
prenant à part, il lui raconte que le vieux Novam est venu
pour leur enlever tous leurs pouvoirs et qu’il faut faire
quelque chose en urgence afin que son plan soit arrêté. Le
jeune Lilo, si effrayé d’imaginer devenir un enfant ordi-
naire, s’accorde avec Izam afin que cela ne se fasse pas.
Un peu plus tard, ils retrouvent Abbas et York. Tous les
quatre persuadés qu’ils sont en danger, décident de
s’organiser et de préparer une riposte contre le vieux No-
vam. Il faut qu’il quitte Keuramdor le plus vite possible,
ainsi, ils conserveront leurs pouvoirs intacts. Un plan se
met en place dans leur tête et c’est alors qu’ils décident
de provoquer une réunion pour leur clan. Il est décidé
après avoir contacté les autres qu’ils se verront tous de-
main après le déjeuner du midi ; là en général, ils ont une

110
heure et demie pour se retrouver…

Le déjeuner vient de se terminer et chaque élève peut


faire ce qu’il lui plaît jusqu’au démarrage des ateliers de
l’après-midi. Les Maternautes profitent de ce moment
pour se rassembler dans un renfoncement du préau qui
leur est réservé et que Noèse a voulu préserver du regard
des adultes afin que les enfants aient l’impression d’avoir
leur intimité et leurs secrets. Izam se dresse devant les
autres parce qu’il a l’intention de leur faire une déclara-
tion importante. À quatorze, ils sont tous réunis. Seul
manque Céleste, toujours à la traîne et occupé avec des
filles du groupe opposé.
La petite réunion commence par le questionnement agres-
sif d’Abdel qui par fierté ne pense qu’à rabaisser son ca-
marade marocain.
⎯ De quel droit provoques-tu une réunion de clan ?
j’espère que ce que tu as à nous dire vaut le coup ; mon
père n’aime pas perdre du temps avec des gens qui se ré-
unissent pour se dire des choses que l’on peut écrire ou
dire au téléphone. J’ai envie de t’écouter vite, j’ai laissé
des jeux pour venir jusqu’ici.
Ce n’est pas parce que son père n’est pas roi du pétrole
qu’on doit se taire. Izam n’apprécie guère son camarade à
cause de ça, mais il a pensé à ce qu’il dirait.
⎯ Si on est ici, c’est dans l’intérêt de tous. Le vieux
Novam veut nous retirer nos pouvoirs et nous rendre
comme tous les humains.
Alors, il détaille tout ce qu’il a pu entendre, de telle sorte
que tous ceux qui l’écoutent commencent à avoir peur,
même Abdel qui faisait le fier au début. À la fin de son
explication, les enfants comprennent que tout ce qu’ils
projettent de devenir peut disparaître et qu’ainsi, ils ne
seraient plus que des gens ordinaires. C’est un peu
111
l’affolement mais lorsqu’Izam leur dit qu’il a un plan,
tous l’écoutent avec attention.
⎯ Ce que je vous propose est que nous nous unissions
avec tous nos pouvoirs et arrivions à le faire fuir. Un
homme comme lui qui se dit sans pouvoirs ne pourra ré-
sister à tout ce que nous pourrons réunir contre lui. Il faut
le faire tomber dans le piège que nous allons lui tendre
ensemble. Et j’ai mon idée pour cela.
C’est alors qu’il explique son plan à tous qui semblent
approuver unanimement. Chacun aura son rôle et tous les
enfants commencent à réfléchir à la meilleure façon
d’être efficace. C’est ainsi que la réunion s’arrête et que
chacun reprend ses activités. Izam est fier d’avoir pu inté-
resser tous ceux qu’il vient de réunir. Il se dit que si tous
font comme lui, bientôt le vieillard repartira d’où il est
venu. Mais c’est l’heure de reprendre les ateliers de
l’après-midi et ils se séparent tous.
Axelle voit les Maternautes sortir ensemble et cela
l’intrigue. Ça fait longtemps que les clans ne s’étaient pas
réunis de leur coté et elle se dit que cela cache quelque
chose, car chacun ressort avec un léger sourire, ce qu’elle
n’aime vraiment pas. Frôlant Izam, elle ressent en lui
quelque chose d’étrange qu’elle n’arrive pas à compren-
dre, mais cela ne lui laisse pas pressentir de bonnes cho-
ses. Hélas, Doora l’appelle pour aller au laboratoire. Elle
se jure qu’à la sortie de la leçon, elle mènera son enquête.

C’est l’heure du goûter et les enfants sont heureux de re-


gagner le préau où la collation a été préparée. Il n’y a que
la maîtresse, Doora et Harry avec eux, alors chacun at-
trape son morceau de pain et les doigts de chocolat, sans
oublier un verre de lait. Mais Axelle réunit pendant ce
temps les amis de son clan afin de leur demander si quel-
qu’un sait ce que les Maternautes complotent ensemble.
112
Cléonisse n’avait rien remarqué, mais elle se demande
s’il ne serait pas nécessaire de questionner l’un d’entre
eux, c’est la meilleure façon de savoir.
⎯ As-tu pu lire leurs pensées, demande-t-elle à Axelle,
que t’ont-elles révélé ?
⎯ Non, j’ai l’impression qu’ils ont fait comme lors-
qu’on a protégé notre vaisseau spatial, ils laissent autour
d’eux un nuage de pensées parasites qui m’empêchent de
lire en eux.
⎯ Mais qui sait faire ça dans leur groupe ?
⎯ Ceux qui étaient avec nous la dernière fois !
⎯ Axelle, tu veux dire que Timofeï et Moacyr pour-
raient leur avoir appris notre secret ? C’est impossible, ils
avaient l’air d’être avec nous.
⎯ Tout est possible, d’ailleurs j’ai l’intention d’aller
voir ces deux-là, je suis certaine qu’ils auront des choses
à nous raconter. Avant le souper, j’en saurai plus.
Mais Shanley qui les a écoutés, a une autre idée :
⎯ Je pense que c’est à moi d’y aller, vous savez,
j’étais de leur bord, il n’y a pas si longtemps que ça,
j’aurais des astuces pour les faire révéler leur secret.
Tous se regardent et finalement pensent que son idée
n’est pas mauvaise. La jeune irlandaise a un sourire qui
lui va très bien lorsqu’elle est heureuse et leur assure
qu’elle reviendra rapidement avec un résultat. Tandis que
Cléonisse pense en savoir plus par son frère qui est dans
l’autre groupe. Ils se séparent et Shanley les quitte pour
rejoindre ses anciens amis du cercle des Maternautes.
Elle sait déjà vers qui aller ; un des garçons les plus sen-
sibles du groupe, Moacyr. Elle l’aperçoit vite près de la
fontaine du préau et s’en approche pour lui parler.
⎯ Salut, tu vas bien ?
⎯ Ouais ! et toi ?

113
⎯ Bof ! Depuis que j’ai quitté ton groupe, je m’ennuie
un peu dans le cercle des Ethernautes ; tu penses que ce
serait possible d’y revenir ?
⎯ Je croyais que tu étais amie avec Axelle et Cléo-
nisse. Tu ne t’entends plus avec elles ?
⎯ Oh ! si, toujours très bien, mais elles n’aiment pas
prendre des risques alors que j’aime cela, au contraire. Je
crois que dans ton cercle, les garçons majoritaires sont
plus téméraires et ça me manque. Je pense que tu ne
t’ennuies pas avec eux. Tout à l’heure, je t’ai vu sortir en
bande avec eux, j’ai l’impression que vous faites des cho-
ses bien !
⎯ Tu parles, il y a des moments où je ne me reconnais
pas en eux.
⎯ Ah ! oui, pourquoi ?
Moacyr se dit à ce moment qu’il en a peut-être déjà un
peu trop dit. Ce n’est pas qu’il apprécie la décision prise
dans son cercle, mais ce n’est pas un traître et il n’est pas
question pour lui de dévoiler l’engagement pris au-
jourd’hui. Si Shanley devait apprendre leur secret, il est
certain que vite, Axelle le saurait et que leur plan pourrait
tomber à l’eau. Si le cercle des Ethernautes apprend qu’ils
ont décidé de chasser Novam de l’école, c’est sûr qu’ils
s’y opposeront.
⎯ Oh ! rien, c’est que parfois, les autres du groupe
m’agacent de vouloir faire le chef alors qu’ils n’en sont
pas forcément capable ; c’est tout.
⎯ C’est tout ! Mais, qu’avez-vous fait ce midi derrière
la salle cachée du préau ?
⎯ On se demandait si nous devions reprendre
l’entraînement de l’Overbase ; on veut vous inviter à une
partie lorsque le printemps arrivera.
⎯ Ouah ! c’est une bonne idée, j’adore ce jeu. Tu

114
comprends pourquoi j’aimerais revenir dans le cercle.
⎯ Oui, un peu.
⎯ Tu peux poser la question aux autres membres du
cercle, j’aimerais qu’ils y réfléchissent.
⎯ Ça peut se faire, je te promets d’aller voir les autres
rapidement ; je te ferai savoir ce qu’ils en pensent.
⎯ Si tu le fais, je te promets que je préparerai une sur-
prise, rien que pour toi.
⎯ Finalement, t’es pas si mal. Je veux bien te voir plus
souvent.
Shanley lui fait un baiser sur la joue et s’éclipse aussitôt.
Moacyr rêve encore à la caresse sucrée qu’elle vient de
lui faire avec ses lèvres et il part rejoindre quelques
membres de son cercle. Toujours pris par l’amour des
chiffres, il pense aux nombres de secondes qui peuvent le
séparer du prochain baisser qu’il compte encore recevoir
d’elle et il se dit que s’il arrive à la faire revenir dans son
cercle, il se pourrait qu’ils puissent rester ensemble de
longs moments.

Lorsque Shanley retrouve Axelle, celle-ci se précipite


vers elle en lui disant :
⎯ Maintenant, je sais ce qu’ils préparent, j’ai réussi à
lire les pensées de Moacyr pendant qu’il était avec toi, il
n’a pas pu s’empêcher d’avoir des pensées actives, tu l’as
perturbé.
⎯ Mais, il n’a rien voulu me dire !
⎯ Oui, mais en arrière plan, il y pensait, je l’ai pris à
ce moment, j’étais cachée derrière vous. Je sais qu’ils
veulent chasser Novam de Keuramdor, mais, il n’a pensé
à rien d’autre, c’est dommage.
⎯ Peut-être que tu as raison, mais il ne m’a pas paru
très hostile, bien au contraire et je crois qu’il a un pen-

115
chant pour moi.
⎯ Ça, je sais, je t’ai vu lorsque tu l’as embrassé.
⎯ Et alors ?
⎯ Rien.
⎯ T’es jalouse, t’aurais aimé que ce soit toi qui
l’embrasses.
⎯ Tu n’y es pas du tout, je pense à leur plan, il faut
que nous en sachions plus. Je veux savoir comment ils
veulent s’y prendre et pourquoi ils ne veulent plus de lui.
⎯ De toute façon, je lui ai demandé s’il pouvait voir à
ce que je retourne dans leur groupe, il m’a assurée qu’il
allait s’en occuper et je suis certaine qu’il va y arriver.
⎯ Oh ! C’est certain, il est amoureux de toi, je le sais,
je l’ai lu dans ses pensées.
⎯ Et alors, c’est pas interdit, si ça peut nous aider.
⎯ Oui, mais, toi ?
⎯ Quoi, moi, qu’est-ce que tu veux dire ?
⎯ Es-tu amoureuse aussi ?
⎯ Laisse tomber, je fais ça pour que l’on sache ce
qu’ils préparent. Bon, je vais rejoindre Chad, il paraît
qu’il a reçu des nouvelles du pays par un courrier de ses
parents. Je t’abandonne, à plus tard.
Lorsqu’Axelle regarde partir son amie, rien ne va plus
dans sa tête. D’abord, elle s’inquiète de savoir que No-
vam est en danger avec les Maternautes. Mais le pire,
c’est qu’elle sent qu’entre Moacyr et Shanley se crée un
lien qu’elle ne comprend pas. Sans s’en apercevoir, un
soupçon de jalousie s’installe au fond d’elle.
Depuis quelque temps, elle regardait avec attention le pe-
tit garçon et voilà que sa meilleure amie se met devant
elle et ça, c’est nouveau pour Axelle. Elle ne s’était en-
core jamais imaginée devenir amoureuse. Tout cela la
trouble ; un elfe, peut-il devenir amoureux d’un humain ?

116
À ce moment, Noèse la bouscule et lui dit :
⎯ Personne n’échappe à l’amour, ma fille, mais, tu es
encore jeune, rassure-toi, tu as encore beaucoup de temps
pour y réfléchir et connaître ces sentiments humains.
⎯ Mais, suis-je humaine, maman ?
⎯ Même elfe, tu es ma fille. Ton corps, plus tard, ren-
contrera ces problèmes. Les amours d’enfants sont des
jeux sans conséquences, ne t’en fais pas.

Moacyr n’a pas perdu de temps, il est avec Bako, Scott et


d’autres enfants de son clan et déjà, il défend le retour de
Shanley. Les deux garçons lui répondent qu’elle les a déjà
trahis la première fois qu’ils l’avaient envoyé vers les
Ethernautes pour qu’elle puisse rapporter la clef du ga-
rage qui cachait le vaisseau spatial. Depuis, elle les a quit-
tés. Pour eux, c’est évident, il n’est plus question de la
reprendre. Mais Moacyr insiste, il pense avoir de bons
arguments pour les convaincre car, il l’avoue, elle a des
sentiments pour lui et il la pense sincère. Les deux gar-
çons qui jouent les leaders actuellement se disent que
pour prendre leur décision, il faudra se réunir et voter.
Moacyr un peu déçu de ne pas obtenir de réponse accepte
cependant, pensant que les autres pourraient peut-être ac-
cepter. Le soir, avant de se coucher, il retrouve Shanley
pour lui le dire.

Depuis quatre jours, Axelle s’est un peu isolée dans un


coin de l’école. Elle n’a pas encore admis de voir son
amie se rapprocher de Moacyr, elle se sent abandonnée
par ceux qu’elle aime. Même Cléonisse, presque une
demi-sœur ne peu pas lui parler, bien qu’elles partagent la
même chambre. Le soir, elle attend que ses deux cons-
œurs soient au lit pour regagner sa chambre. Cléonisse l’a
même entendue demander à sa mère de regagner son do-
117
micile. Mais, Noèse ne semble pas avoir accepté, sans
dire pourquoi. S’inquiétant, la fille d’Aqualuce se rappro-
che de Shanley pour savoir si elle en connaît les raisons.
Mais celle-ci reste aussi muette. Alors, elle rejoint son
frère pour savoir s’il en connaît les raisons :
⎯ Sais-tu pourquoi Axelle ne nous parle plus ?
⎯ Non, je ne sais pas, c’est vrai que je la trouve bi-
zarre depuis que Shanley nous a demandé de rejoindre
notre groupe.
⎯ Elle veut nous quitter pour retourner chez les Ma-
ternautes ?
⎯ Ce soir, juste après le repas, nous nous réunissons
pour savoir si elle sera admise ; on va voter. Pour ma part,
je ne suis pas hostile, je l’aime bien, mais Moacyr semble
être devenu son amoureux, je les ai surpris plusieurs fois
à se faire des bizous sur les joues. Si ça continu, on bien-
tôt va assister à un mariage.
⎯ Tu es sûr de ce que tu avances ?
⎯ Tu me connais, tu peux me faire confiance.
Cléonisse était trop occupée à faire ses devoirs et elle
aime tellement l’école qu’elle n’avait pas prêté attention.
Pourtant, elle vit avec Axelle depuis sa naissance et elle
ne s’était pas imaginée qu’un jour elle puisse devenir ja-
louse d’une de ses amies. Maintenant qu’elle sait, elle va
s’occuper d’Axelle en priorité. Elle a déjà dû subir toute
la douleur de son enlèvement et maintenant, voici que le
garçon dont elle est amoureuse proche d’une de ses amies
les plus chères. Ce soir, lorsque ce sera l’heure de se cou-
cher, elle guettera Axelle pour la faire sortir de son mu-
tisme et la réveiller. Elle se jure que demain matin, elle
sera redevenue comme avant.

Shanley se couche seule, elle n’a pas peur mais elle

118
n’aime pas que ses deux amies ne soient pas avec elle.
Bien sûr, Axelle semble lui faire la tête, mais enfin,
même Cléonisse n’est pas là.

Elle voit son amie rester dans la bibliothèque et chercher


des livres sur les rayons, alors que les autres sont déjà au
lit. Elle ouvre la porte et Axelle est surprise de son arri-
vée.
⎯ Tu veilles bien tard, que cherches-tu ici ?
⎯ J’ai pris goût à la lecture depuis quelque temps et
j’aime lire le soir lorsque tout le monde est couché.
⎯ Montre moi ce que tu lis.
Cléonisse s’approche de la pile de livre posés sur le bu-
reau et les prend.
⎯ Non, laisse ça, pose les !
Elle ne l’écoute pas évidemment et commence à lire les
titres :
⎯ Tiens, tu choisis des livres d’amour. C’est un bon
choix ; Victor Hugo : "Le Bossu de Notre Dame". Sha-
kespeare, avec "Roméo et Juliette" et René Barjavel, "La
Nuit des Temps" !
Sais-tu que Ces livres finissent tous de la même façon. Se
sont de grands romans d’amour mais les héros sont des
êtres qui n’atteignent leur but que dans la mort. Pourquoi
veux-tu lire cela ?
La pauvre Axelle s’est fait surprendre dans la douleur
qu’elle vit actuellement et se met à pleurer lorsqu’elle
voit son amie avec les livres. Cléonisse se rapproche
d’elle et la prend dans ses bras pour la consoler.
⎯ Tu n’es pas seule, tu m’as comme amie et nous le
serons toujours même lorsque nous serons grandes. Nous
sommes là pour sauver le monde, nous n’avons pas le
temps de regarder les garçons courir les filles. Regarde,

119
ma maman a tout abandonné pour sauver l’humanité, fai-
sons la même chose, tous les garçons seront à nos trous-
ses pour que nous les emmenions avec nous. Si tu es
amoureuse, soit le pour ce que tu aimes faire, pas pour un
garçon. Si tu es faite pour donner de l’amour, fais-le pour
tous, pas pour un seul. Moi, je t’aime, comme une sœur et
je ne veux pas que tu sois malheureuse. Souris-moi,
viens, on va faire des bêtises cette nuit. On ne se couchera
pas et demain, on se fera attraper par ta mère ou par Har-
ry, mais qu’est-ce qu’on aura rigolé. Prends ton manteau
et suis-moi.
Le visage d’Axelle se redresse et elle lui fait un sourire.
Elle attrape son manteau et dit à son amie :
⎯ Ce soir, on sort de la bulle de protection et on va
appeler les étoiles. J’ai envie de crêpes, si on allait s’en
faire dans la cuisine.
⎯ Ça me va ton plan, laissons Shakespeare, j’aime pas
la nourriture anglaise.
Axelle éclate de rire et elles vont vers la cuisine. Si peti-
tes soient-elles, elles arrivent à se faire des crêpes qu’elles
sucrent et enveloppent dans une serviette, et elles repar-
tent vers la porte d’entrée de l’école. Là, Axelle qui
connaît comme tous les elfes les secrets de leur magie,
perce un passage dans la barrière invisible et sort avec
son amie. Enfin, dehors, elles regardent les étoiles en
pensant à ceux qui sont à l’autre bout de la galaxie. Cléo-
nisse pense à sa maman et son papa, partis si loin, tandis
qu’Axelle rêve au monde qu’elle avait vu lorsqu’elle y
était. Elle revoit cette dame si gentille et si puissante qui
l’avait prise avec elle pour la protéger ; elle s’appelait
Néni. Toutes les deux envoient une puissante pensée à
travers l’espace, rêvant que celle-ci soit captée par ceux
qu’ils aiment. Enfin, écoutant résonner les étoiles dans
leur cœur, elles s’assoient sur l’herbe fraîche et dégustent
120
leurs crêpes sous la lumière de la voie lactée. Elles résis-
tent au sommeil pour montrer aux autres enfants qu’elles
sont bien plus résistantes que ceux qui prétendent être des
chefs.
Au petit matin, lorsque les moniteurs font l’appel dans les
dortoirs, ils s’aperçoivent qu’il manque deux enfants.
Cléonisse et Axelle ont disparu. Noèse avertie sort immé-
diatement et on lui fait signe qu’il y a quelqu’un à la porte
de l’école. S’y précipitant, elle voit devant l’entrée Cléo-
nisse et Axelle.
De loin, les autres enfants regardent par les fenêtres ce
qu’il se passe. Ils entendent la directrice gronder très fort
les deux filles et les remuer avec vigueur. Chacun com-
prend qu’elles ont désobéi…

121
LA MAGIE DE NOVAM
Depuis quatre jours, aucun événement par-
ticulier ne s’est passé à Keuramdor, mais Axelle et Cléo-
nisse ne sont plus amies avec Shanley depuis qu’elles ont
appris, de retour de leur balade nocturne qu’elle avait re-
joint le cercle de Maternautes, et ils l’ont vue entouré de
tous les garçons de ce clan et surtout tenant la main de
Moacyr.
Lorsque Noèse les a ramenées à l’école en les tenants par
le col, devant tous les enfants, elle a rappelé à tous les
règles de vie fondamentales de l’institut :
⎯ Vous êtes tous des enfants doués, mais il y a des rè-
gles pour tous et personne n’y échappe.
Règle numéro un : chacun doit le respect envers son pro-
chain.
Règle numéro deux : ici, on ne vole pas, chacun se doit
d’être honnête.
Règle numéro trois : les enfants doivent obéir à leur maî-
tre, aux éducateurs et au personnel de l’établissement.
Règle numéro quatre : il n’est en aucun cas permis
d’utiliser ses dons contre une personne, un enfant ou tous
les membres vivants dans notre école.
Règle numéro cinq : aucun enfant ne peut quitter
l’enceinte de l’école et encore moins la nuit.
Si vous n’obéissez pas à ces cinq règles de base, je devrai
vous reconduire chez vous. Les portes de l’école vous
seront définitivement fermées. Suis-je bien claire mes
petits ? Il s’est passé de nombreux événements qui ont
mis en danger notre école ces dernières semaines. Déso-
béir peut mettre tout le monde en danger, nous avons vé-
cu des événements graves à Noël et nous ferons tout pour
que plus rien ne se passe contre vous. En respectant ce

122
que je vous demande, vous préservez notre école. Cet
avertissement est valable pour tout le monde, même pour
ma fille et ma nièce et comme il m’est impossible de les
exclure de l’école, elles seront punies durant quatre jours,
sans voir un ami pendant tout ce temps.
Tous les enfants regardent effrayés Noèse qui ne semble
pas plaisanter. Jamais ils ne l’avaient vu aussi en colère
que maintenant.

Ce matin, les deux filles pensent que Noèse viendra leur


ouvrir la porte de leur chambre où elles sont enfermées
depuis quatre jours maintenant. La mère d’Axelle a tenu
sa promesse et les a punies pour avoir quitté l’école et
surtout, franchi la barrière de protection. Axelle qui était
désespérée avant que Cléonisse ne vienne vers elle, ne
s’est pas plaint de rester enfermée tous ces jours. Bien au
contraire, les deux enfants n’ayant pas le droit de sortir,
elles en ont profité pour mettre en commun leurs rêves et
trouvé des lieux où elles ont pu s’évader en pensées. La
punition n’était pas si terrible que ça finalement et elles
en rigolent encore. Même enfermées entre quatre murs,
rien ne peut les emprisonner et elles rient encore de leur
sortie en dehors de l’école.
Elles entendent la clef qui déverrouille la serrure. La
porte et laisse apparaitre devant le visage de Doora.
Axelle est très déçue, elle comptait voir sa maman pour
lui faire un câlin et elle lui dit :
⎯ Maman ne vient pas ?
⎯ Non, elle est occupée avec ton frère et ta sœur ; tu
sais, c’est dimanche aujourd’hui et votre famille lui
donne du travail.
⎯ Et je ne compte pas pour elle, c’est pour ça qu’elle
m’a punie pendant tous ces jours, alors que je fais des
choses pour qu’il y ait moins d’ennuis. Je ne comprends
123
plus vraiment.
⎯ Je t’en prie, elle n’a pas pu venir parce que John et
Clara ont la varicelle et elle préfère rester avec eux, je te
le promets, elle devait venir vous délivrer elle-même.
Mais je ne suis pas venue Uniquement pour lever votre
punition. Je vais vous faire sortir de l’ébergement pour
vous emmener voir quelqu’un ; êtes-vous d’accord ?
⎯ Dis-moi d’abord qui c’est ?
⎯ Non, Axelle, c’est une surprise !
Axelle un peu déçue prend ses vêtements soigneusement
pliés au bout de son lit et va dans le cabinet de toilette
pour se préparer ; elle est suivie par Cléonisse. Quelques
minutes après, elles traversent le bâtiment sans faire de
bruit afin de ne réveiller aucun enfant. Au bout de la cour
se trouve le grand pavillon de Noèse et des parents de
Cléonisse, c’est là qu’elles entrent. Les deux filles
connaissent trop bien cette maison, c’est la leur, mais el-
les se dirigent vers la partie consacrée à l’administration,
là où se trouve la salle de réunion où Doora les fait péné-
trer. C’est avec stupeur qu’elles découvrent Shanley,
Moacyr et Novam devant eux. Doora leur dit :
⎯ Installez-vous, je vais vous chercher de quoi déjeu-
ner.
Axelle se retourne pour partir avec elle, mais Novam
l’interpelle :
⎯ Reste avec nous, Axelle, nous avons beaucoup de
choses à nous dire et je pense que tes amis aussi.
Elle se retourne et voit Cléonisse lui sourire avec Moacyr.
Elle se dit qu’elle voudra bien écouter ce que se Novam
veut bien lui confier et elle s’assoit dans un fauteuil. À ce
moment, Doora revient avec un pot rempli de chocolat
chaud et des croissants. Cela lui redonne le sourire et No-
vam commence à parler alors que Doora leur sert de
grandes tasses.
124
⎯ Le soir où vous vous êtes sauvées, Shanley est ve-
nue me voir et m’a raconté une histoire curieuse. Elle ve-
nait juste d’être admise dans le clan des Maternautes,
grâce aux efforts de Moacyr qui avait convaincu Bako le
meneur, d’accepter d’initier Shanley à leur secret, afin
qu’elle se prépare comme tous les autres. Lorsque le gar-
çon lui annonça que leur plan été de me chasser de l’école
à l’aide de tous leurs moyens surnaturels, elle bondit.
Tout cela parce qu’ils avaient cru entendre dans une de
mes conversations que je voulais leur interdire totalement
l’usage de tous leurs pouvoirs. C’est pour cela qu’ils ont
voulu se liguer contre moi. Shanley ayant découvert le
terrible secret qu’ils gardaient, n’eut pas de mal à
convaincre Moacyr de ne pas marcher avec eux. Déjà ton
frère, Cléonisse, n’était absolument pas d’accord. Tous
les deux sont venus me trouver pour tout me raconter. En
effet, il y a quelques jours je disais à Noèse qu’il fallait
laisser les enfants choisir s’ils voulaient développer leurs
dons ou plutôt écouter leur cœur. Heureusement, jamais
nous n’avons décidé de vous interdire l’usage de vos
pouvoirs. L’ami qui a entendu mes paroles n’en n’a écou-
té que des morceaux. Cela dit, un tel comportement n’est
pas acceptable ici. Axelle, nous sommes allés voir ta
maman, et tes deux amis lui ont redit ce que je venais
d’entendre. Shanley nous a expliqué que vous aviez dans
votre groupe décidé de faire votre enquête pour savoir ce
que mijotaient les Maternautes et qu’elle s’était proposée
d’aller avec eux en espionne. Elle l’a tellement bien fait
qu’elle t’a rendue jalouse par son comportement ; tout
cela, elle me l’a expliqué. Le problème, était qu’il n’était
pas question que nous allions voir le groupe en leur disant
qu’ils avaient été dénoncés, Moacyr et Shanley auraient
passé un très mauvais moment. Mais il fallait trouver une
ruse pour les arrêter et c’est vous qui nous en avez donné
125
les moyens.
Axelle et Cléonisse le regardent avec étonnement.
⎯ Comment ça ?
⎯ Cléonisse, lorsqu’avec Noèse, je me suis rendu au
dortoir pour coucher tes deux amis, nous nous sommes
aperçus que vous n’étiez pas dans votre lit. Ta mère,
Axelle, s’est douté que tu avais fait une sortie interdite,
paraît-il que tu n’en es pas à ta première ?
⎯ Euh ! un peu.
⎯ Rassure-toi, Noèse vous a vite remarquées de l’autre
côté de l’entrée, vos pensées faisaient un tel raffut que
même tous les animaux de la forêt ont dû les entendre.
Alors elle s’est dit que lorsqu’elle vous retrouverait le
lendemain, ce serait l’occasion de faire une mise au point.
Pour que cela fasse plus vrai, vous ne deviez surtout pas
être mises au courant. C’est ainsi que les cinq règles de
base ont pu être dites et même un peu améliorées. En
vous punissant, il était certain que tous les enfants se-
raient impressionnés. Oh ! Axelle, ne fait pas cette mine,
nous n’avions pas le choix. De toute façon, votre sortie
était une bêtise et Noèse savait qu’enfermées dans votre
chambre avec tous vos jouets, vous ne seriez pas malheu-
reuses. En tout cas, depuis ce jour, chaque enfant se tient
bien et je crois que ceux du cercle des Maternautes n’ont
plus envie de me jouer un mauvais tour. Mais remarquez
bien, les enfants, aucun de vous n’a usé de magie pour
obtenir ce que vous cherchiez ; ce n’est qu’avec votre in-
telligence et votre cœur que vous êtes arrivés à quelque
chose. Vos pouvoirs ont été inefficaces et moins puis-
sants. Mais, je vais laisser la parole à vos deux amis, je
crois qu’ils ont des choses à vous dire.
⎯ Ben ! tu sais, Axelle, je reste dans ton groupe, je ne
rejoindrai pas les Maternautes. Et puis, Moacyr, c’est pas
mon amoureux, je le faisais un peu exprès pour faire plus
126
vrai, mais je ne me moquais pas de lui, il va lui-même te
le dire :
⎯ Axelle, tu es mon amie comme Shanley ou Cléo-
nisse. Je vous aime toutes les trois de la même façon. Je
ne suis pas amoureux de Shanley, mais de vous trois. De
plus, j’ai décidé de venir dans votre groupe si vous le
voulez bien. J’y sens plus d’affinités que dans l’autre. Je
suis certain que ce n’est pas avec nos dons que nous ga-
gnerons une guerre, mais avec de l’amour, avec notre
cœur. Tous les jours que vous êtes restées enfermées dans
votre chambre, on a eu le temps de réfléchir à tout ce qui
s’était passé. Si les Maternautes avaient mis leur plan en
marche, cela aurait fait des dégâts dans l’école et une par-
tie des enfants auraient été renvoyés et ça, on n’a pas en-
vie, je crois que tous son nos amis, il faut juste leur expli-
quer pourquoi on est comme ça, avec nos pouvoirs. No-
vam nous a dit que si nous le comprenons, nous arrive-
rons mieux que les grands à leur faire comprendre.
D’ailleurs, je crois que depuis que j’ai changé les troncs
d’arbre en vaisseau, mes pouvoirs ne sont plus comme
avant et je ne sais même pas si j’en ai encore. Mais, ce
n’est pas grave, car avec vous, j’ai compris que tous les
pouvoirs n’étaient rien en comparaison de la force qui se
trouve au plus profond de notre cœur et c’est pour ça que
j’aimerais vous rejoindre dans votre groupe.
Axelle et Cléonisse se regardent et sans hésiter, toutes les
deux disent au même moment :
⎯ Bien sûr que tu es admis avec nous, tu es notre ami.
Puis, elles se jettent toutes les deux à son cou. Les quatre
enfants sont heureux et Novam leur dit que c’est grâce à
leur courage et à leur cœur qu’ils ont évité aux autres de
commettre des fautes qui auraient pu être irréparables.
Axelle et Cléonisse comprennent pourquoi Noèse les
avait mises en quarantaine dans leur chambre. Ce n’était
127
pas contre elle, mais pour protéger le groupe de graves
bêtises et justement, elle entre dans la salle à ce moment :
⎯ Maman, je t’aime !
⎯ Cléonisse, vient avec Axelle que je vous fasse un
câlin.
Les deux fillettes se font serrer dans les bras, elles se sen-
tent rassurées, oubliant la punition et surtout comprenant
qu’il faut toujours écouter les grands et ne pas s’inventer
quantité d’histoires dans la tête.
Axelle, pensant être abandonnée par ceux qu’elle aime et
les autres de s’imaginer des tas de choses en comprenant
juste une partie des mots.
La confusion, chez les hommes arrive toujours par
l’incompréhension et le manque de dialogue. C’est à cela
que ces enfants doivent maintenant travailler.

Ce matin, lorsque les enfants se lèvent, ils trouvent dans


le réfectoire Novam, Moacyr, Shanley, Cléonisse et
Axelle ensemble, déjà en train de déjeuner. Ils s’en éton-
nent, mais lorsque Novam se redresse devant eux alors
qu’ils sont tous assis, ils prennent peur car, vêtu d’une
cape grise et avec sa longue barbe blanche, il ressemble à
un magicien prêt à jouer un de ses tours. Levant ses
grands bras en l’air, il dit alors :
⎯ Les enfants, ma magie est bien plus puissante que
tous vos dons réunis. D’un seul geste, elle arrête tout ce
que vous pouvez faire, car. Elle vient du cœur et c’est la
plus puissante. Cela, s’appelle l’Amour et si vous
l’exercez, elle rend ridicule vos pouvoirs. Exercez-vous à
cela, vous comprendrez pourquoi vous avez tous été ré-
unis dans cette école.
Il regarde tous les enfants, un par un et chacun se sent
foudroyé par son regard, comme s’il dévoilait en chacun
leurs défauts et leurs peurs. Izam, Scott et Bako ont
128
l’impression qu’on leur martèle le crâne et ils voient de-
vant eux prendre forme leurs pensées comme si elles
étaient des fantômes ; alors ils les trouvent si hideuses
qu’ils se mettent à crier dans la salle. Ils se demandent si
c’est Novam qui exerce sa force sur eux ou leur cœur en
rejetant vers l’extérieur toutes leurs mauvaises idées. À la
fin, ils ont eu si peur qu’ils se trouvent bien ridicules de-
vant tout le monde et ils aimeraient être des petites souris
plutôt que d’avoir voulu devenir des chefs. C’est alors
que tous les regardent et, se mettent à rire.
Devant Novam et les autres, ils ont perdu la bataille…

Alors, Shanley lance à tous :


⎯ Faisons le week-end prochain un match
d’Overbase ; les filles contre les garçons !
À ce moment, tous crient :
⎯ Wouah, Génial !
Le calme revient dans le réfectoire et le personnel distri-
bue les croissants du dimanche ; en attendant le prochain
match…

129
MATCH A KEURAMDOR

Tout est prêt, il suffit d’attendre le bon


moment pour mener l’attaque. Les hommes sont tous des
têtes brûlées qui ne pensent qu’à l’argent et cela suffira à
les conduire au but…

Plusieurs semaines se sont passées depuis que Shanley a


proposé à tout le monde de préparer un grand match
d’Overbase. Le temps ne permettait pas aux enfants de
s’entraîner car il a beaucoup neigé. Mais heureusement
dans les derniers jours de février, le soleil est revenu avec
un vent du sud qui apporte le beau temps et le match aura
lieu le dimanche huit mars. Le printemps n’est plus loin.
Durant tous ces jours, les enfants ont fait des découvertes
formidables et l’ambiance s’est nettement améliorée.
Tous les petits ont appris à vraiment apprécier Novam qui
chante et leur récite des poèmes. Il raconte aussi de mer-
veilleuses histoires qu’il invente. Il n’est pas rare que tous
les enfants s’assoient autour de lui le soir pour l’écouter
et les grands en font autant pour leur plus grand plaisir.
Bien sûr tous connaissent son histoire, il est l’homme qui
vient des étoiles et à chaque fois, il les fait rêver. Depuis
le jour où il impressionna tous les enfants dans le réfec-
toire, chaque enfant a commencé à prendre conscience de
l’importance de sa propre vie et de sa profonde aspiration
à la lumière et au bonheur, plus que les pouvoir qu’il pos-
sède et, c’est déjà une victoire sur la nature de ce monde
et de la matière. Même les garçons qui avaient voulu
chasser Novam ont changé de façon incroyable et ils dé-
voilent des qualités humaines exceptionnelles. Noèse en
est ravie et Axelle et Cléonisse sont presque devenus des
héros pour s’être sauvées cette nuit-là. C’est un groupe
130
très soudé qui a préparé le match qui se déroulera ce
week-end et Harry sera leur entraîneur, bien entendu.

La brigade est constituée d’une trentaine d’hommes tous


bien entraînés. Paolis sait que seuls des terriens seront
capables de s’attaquer à des enfants et de les ramener à
son repère. Il les a vu agir dans les rues de Los Angeles
ou dans les faubourgs de Gaza. Qu’ils soient des malfrats
ou des intégristes islamistes, ils sont tous capables de tuer
leur père et leur mère, mais l’attirance des dollars est plus
forte encore. Paolis, après avoir subi un échec cuisant
contre les enfants qu’il avait enlevés, pense avoir suffi-
samment étudié les terriens et compris leur mécanisme. Il
sait qu’ici, tout est basé sur la valeur de l’argent, chose
qui n’existe pas dans son monde. Il se dit que finalement,
ces terriens sont plus intelligents qu’ils n’y paraissent.
Lui qui avait toujours vécu dans un monde où seul la va-
leur du travail avait sa place et ne créait pas de richesse,
au moins, ici, chacun a sa chance pour pouvoir monter
au-dessus des autres. Chacun a une chance de devenir un
être important ; il suffit de pouvoir écraser son voisin et
de s’en servir de marchepied pour monter plus haut. Un
jour, s’il reste ici, il le fera sans aucun scrupule, en accord
avec Maldeï, sa maîtresse. Il a retrouvé la trace des en-
fants après plusieurs jours ; égaré dans le monde et à
l’aide de son vaisseau, il a sillonné la Terre pour savoir,
pour connaître. Enfin près de Keuramdor, il a vite com-
pris que l’école était protégée par un champ magnétique
infranchissable et qu’il lui faudrait ruser pour pouvoir
pénétrer à l’intérieur. Son but est simple ; prendre de
force au moins cinq ou six enfants et les enfermer en sé-
curité, loin des elfes ou des autorités de ce monde. Puis
exiger des responsables de l’école qui semblent avoir cer-
tains pouvoirs avec les enfants, de faire des travaux qui
131
prépareront l’arrivée de Maldeï et de ses troupes. La pre-
mière chose sera d’aller dérober les codes extrêmement
confidentiels des armes nucléaires françaises, américai-
nes, anglaises et russes. Ces enfants prédisposés et bour-
rés de dons devraient pouvoir y arriver, aidé de leur maî-
tre. Sous la menace de tuer les enfants, cela ne devrait
poser aucun problème, quitte à en sacrifier un au début.
De toute façon, tout doit être fait pour assurer la victoire
finale sur cette humanité rampante et stupide, qui en est
encore à apprendre à compter sur des écrans et des ma-
chines numériques. L’autre nuit, lorsqu’il a cru sortir
deux enfants de l’enceinte de l’école, il a compris que
l’ouverture devant le portail était facilement franchissa-
ble, à condition de passer en même temps qu’un véhicule.
Il a établi une stratégie qui devrait pouvoir fonctionner ;
chaque fois qu’une voiture ou une camionnette passe, il
suffit de s’accrocher sous le châssis et de se laisser traîner
à l’intérieur. Depuis plusieurs jours, il observe les rota-
tions et a pu voir que certains véhicules arrivent à des
heures régulières, comme le boulanger ou le maraîcher,
ainsi que des hommes et des femmes qui doivent être des
employés. Il suffira de trois jours pour faire passer tous
les hommes. Ils se cacheront dans le bois et se prépare-
ront. Voyant que les enfants sortent depuis quelques jours
et semblent jouer ensemble sur un grand terrain près de la
forêt, cela lui facilitera la tâche pour les prendre par sur-
prise…

Dans quatre jours, c’est le grand match et chacun est heu-


reux de pouvoir jouer le meilleur sport qui soit. Juste que
certains regrettent que Christopher ne soit pas de la partie.
Les filles contre les garçons, on pourrait croire que le
match sera déséquilibré, mais, ce n’est pas si sur, car ses
fillettes ont plus d’un tour dans leur sac et elles ne lais-
132
sent pas leur part aux autres. Cléonisse le sait bien, car,
elle battait toujours son frère avec une bonne longueur
d’avance lorsqu’il fallait faire marcher sa tête. Les mus-
cles ne sont pas toujours les bienvenus lorsque des diffi-
cultés apparaissent. Lors du dernier match, ce sont les
filles qui avaient fait la différence. Les vacances sont pas-
sées depuis quelques jours, mais Noèse les a autorisés à
s’entraîner chaque après-midi. Il y a du soleil qui se re-
flète sur la neige dans la montagne, ce qui donne beau-
coup de lumière et de chaleur et c’est tant mieux. Au-
jourd’hui, Harry leur apprend à mieux attraper la balle
pour pouvoir ensuite courir vers la base. Tous sont très
attentifs et ne semblent pas penser à utiliser leurs pou-
voirs pour gagner des points. Lorsqu’ils jouent, on croi-
rait qu’ils font du baseball tout simplement. Harry est
presque déçu de ne pas les voir sauter en l’air ou envoyer
les balles sur orbite. Mais depuis que Novam leur a parlé,
ils sont devenus sages. Shanley, la fille paraissant la plus
dévergondée, est toujours en avant pour attraper la balle,
et lorsqu’il faut battre, elle se met toujours devant les au-
tres ; à elle seule, elle voudrait remplacer la moitié de
l’équipe. Elle ne fait pas cela par fierté, mais pour pou-
voir aider les autres, toujours prête à se sacrifier. Même si
elle ne semble pas utiliser ses dons, celui de
l’invulnérabilité est toujours en action malgré elle, car
lorsqu’elle tombe, jamais elle n’a mal. Tout à l’heure,
lorsqu’elle s’est précipitée vers la base avec la balle, un
des enfants lui a fait un croche-pied. Sa tête a heurté vio-
lement la base. Lorsqu’elle s’est relevée, elle n’avait
même pas de bosse, aucun hématome ; elle paraît être
constituée d’acier inoxydable.
Le soleil se couchant encore tôt, c’est le moment de ren-
trer, mais il leur reste encore du temps avant le souper.

133
De loin, depuis la forêt, les hommes qui observent les en-
fants s’entraîner au baseball, s’amusent. Ils se disent que
si c’est ça, les surdoués, ils n’auront aucun mal à les neu-
traliser. Depuis qu’ils les voient courir, ils s’en amusent
et se demandent pourquoi leur chef leur a fait subir un
entraînement si terrible. Plusieurs jours dans le désert,
ensuite dans les grands froids polaires, puis à passer des
heures et des heures dans l’eau du pacifique, entouré de
requins. Des séances de combats à main nue et ensuite du
tir sur cibles vivantes. Ce sont maintenant des hommes
rompus au combat et à l’attaque, pas forcément les plus
musclés, mais leur mental est en acier et ils sont prêts à
résister aux coups les plus terribles. De plus, le fait que
chacun touchera un million de dollars lorsque l’objectif
de Paolis sera réalisé, les motive totalement. L’attaque est
prévue dans quatre jours, le temps que tous les hommes
aient pu passer la barrière magnétique.

Les enfants sont couchés, la nuit est bien là et il fera


froid, car le ciel est si dégagé que les plus profondes étoi-
les semblent illuminer la Terre de milliards d’éclats.
Noèse prend une longue inspiration au bord de sa terrasse
et pense à tous ceux qui sont dans ses étoiles. Elle pense à
Aqualuce, Clara, Christopher et les autres amis qu’elle a
rencontrés. Elle est seule, John dort déjà profondément,
Doora veille sur ses enfants adoptifs et Novam, lorsqu’il
est dans sa chambre, paraît rejoindre les étoiles desquelles
il semble être tombé sur Terre. Toutes ses pensées traver-
sent l’univers et peut-être qu’une âme sensible comme
elle les entendra. Devant elle, il n’y a que la montagne et
la forêt, mais elle entend les bruits de toutes les pensées
humaines qui semblent polluer l’atmosphère, bien plus
que les gaz d’échappement des voitures et des avions,
cependant elle s’étonne d’en entendre venant d’hommes
134
qui lui semblent toutes proches. Elle regarde autour d’elle
mais ne voit rien. Ce qui sort de ceux qui les créent, n’est
pas très beau, elle entend des idées de morts, de crimes,
mais la confusion est telle qu’elle ne sait pas d’où cela
peut venir. Enfin, elle se dit que les hommes sont si nom-
breux sur cette planète et le crime faisant partie de cette
vie, il ne faut pas s’en étonner, hélas. Le moment où tous
les hommes de l’univers seront dans la lumière et le bien
absolu n’est pas pour aujourd’hui et il faudra encore
beaucoup de temps pour que le monde change, sauf, mi-
racle. Mais, malgré les difficultés, l’école fonctionne et
tous les enfants semblent heureux. Durant les petites va-
cances passées, aucun n’a désiré retourner chez lui, même
les enfants les plus aisés, preuve qu’EPIK est un peu de-
venue leur famille. Dans trois jours, le match sera pour
tous l’occasion de se rassembler et de se souder encore
plus. La venue de Novam est pour les enfants une chance
et ils l’ont pris pour le patriarche de Keuramdor. Le fait
qu’ils l’aient écouté leur a fait prendre conscience que ce
n’est pas par leurs pouvoirs qu’ils bousculeront le monde,
mais qu’un autre pouvoir, peut-être moins spectaculaire
mais bien plus puissant, arriverait à les changer tous et
peut-être par la suite, l’humanité aussi. C’est le pouvoir
du cœur. Noèse pense que sans Novam, cela n’aurait pas
été possible. Regardant encore une fois le ciel, elle croit
voir scintiller une étoile plus vivement que les autres,
comme si elle lui faisait signe, lui disant :
⎯ Continue, tout ira bien.
Elle pose son regard sur l’ébergement des enfants et elle
se rassure. Fatiguée, elle laisse les étoiles se parler et part
se coucher…

Depuis quatre jours, ils se sont préparés comme de vrais


joueurs professionnels, ils ont fait des séries de passes, de
135
lancers, aussi bien à la main qu’avec la batte, délaissant
l’Overbase au profit du baseball. Mais par rapport au
premier match qu’ils avaient joué l’année dernière, ils se
sont fortement améliorés. Leurs tirs sont plus précis et
leur course plus rapide. S’ils continuent à jouer ainsi,
Harry pense pouvoir les inscrire pour des championnats
nationaux et s’ils sont vraiment bons, pourquoi ne pas
leur faire traverser l’Atlantique pour affronter les jeunes
Américains ?
Enfin le match commencera dans une demi-heure et tous
les enfants sont très nerveux, car ils veulent faire un mach
exceptionnel. Les filles vont affronter les garçons et les
deux équipes sont chacune en réunion avec leur coach.
Les deux équipes sont constituées ainsi :
Pour les garçons, il y aura quatre batteurs : Céleste, Ben-
jamin, Bako et Scott. Les défenseurs seront Tom, Abdel,
Moacyr, York et Sven.
Pour les filles, en première ligne et batteur, Shanley,
Axelle, Cléonisse et Didda. Les autres, Jia, Oda, Anate,
Cybele et Alice.
À cet âge-là, les filles et les garçons ont presque tous la
même taille, à quelques exceptions près, ils se valent tous,
mais les gars paraissent plus nerveux que les filles. Il est
formidable de voir de si jeunes enfants se préparer avec
autant de sérieux, ils sont formidables.
La tribune a été constituée avec les chaises de l’école et
comme la dernière fois, tout le personnel a été invité. Ce
jour est exceptionnel car, il fait beau comme un magnifi-
que jour de printemps, ce qui égaye encore plus cette fête.

Paolis voit depuis la forêt les enfants se préparer à un


match. De voir les adultes regroupés auprès d’eux ne le
panique pas, au contraire. Ainsi, une poignée d’hommes
pourra s’occuper d’eux alors que les autres prendront les
136
enfants qui l’intéressent. Les deux filles qu’il avait vues
sortir le soir sont ses deux premières cibles, surtout celle
aux cheveux courts et frisés qui semble avoir pu ouvrir le
champ magnétique. La grande fille nerveuse l’intéresse
ainsi que trois ou quatre garçons. Ces hommes ont été
préparés et chacun connaît sa cible. Pour le plaisir, il lais-
sera le match commencer et attendra le début de la
deuxième partie pour attaquer, le spectacle est aussi pour
lui. Le but est de sortir le plus vite possible lorsque les
enfants auront été attrapés. Pour sa retraite, il a tout pré-
paré afin de se retrancher dans son repère. Mais, c’est
maintenant le moment qu’il attend avec impatience…

Le tirage au sort vient de désigner l’équipe des garçons en


attaquants et c’est Céleste qui sera le premier batteur. Il
se prépare alors que les défenseurs prennent place.
Oda est lanceur, on se rappelle bien de ses exploits lors
du premier match, à l’époque elle était lanceur. Mainte-
nant, elle regarde Cybele qui est receveur, sans
s’inquiéter de Céleste et imagine la trajectoire de sa balle
comme si le batteur n’existait pas. Elle se concentre et
projette la zone de strike pour pouvoir faire passer la balle
aux extrémités sans qu’elle soit mauvaise. La concentra-
tion est maximum et la balle part si fort que personne ne
la voit arriver dans le glove de Cybele. Céleste n’a même
pas pu réagir, tellement la balle était puissante. Il s’en
veut de ne pas avoir eu l’œil rapide.
Deuxième essai, cette fois, Céleste s’apprête mieux, il a
compris qu’elle vise les coins de la zone ; il sera vigilant.
Oda a vu le coin par où passera la balle, et au moment où
l’œil de Céleste se détourne une fraction de seconde, la
balle part si vite que Cybele a juste le temps de la rattra-
per. Céleste s’en veut vraiment et pense avoir compris la
technique de son adversaire. Chacun à sa place, cette
137
balle peut être celle qui éliminera le batteur. Le pauvre
garçon le sait et la tension montre dans son équipe. Un
lourd poids est sur lui et il n’a plus le droit à l’erreur.
Lorsqu’Oda reprend la balle, il perçoit sa pensée. Alors, il
ferme les yeux et se concentre. Il sent qu’il est inutile
d’avoir des yeux pour frapper la balle, l’intuition seule
devrait suffire.
Oda, lève la main et la balle part à une vitesse inimagina-
ble. Mais la batte de Céleste a trouvé prise et a frappé si
fort que la balle est partie à l’autre bout du terrain. Aussi-
tôt, il jette au sol sa batte et court au plus vite sur la pre-
mière base. Aucun des adversaires n’a encore récupéré la
balle lorsqu’il se pose dessus et aussitôt, il court vers la
deuxième. Il arrive sur l’autre base lorsque Cléonisse est
prêt à le toucher avec la balle. Mais c’est trop tard car il
est en sécurité sur le marbre. Alors Tom peut s’apprêter à
frapper la balle qu’Axelle enverra et qu’Alice tentera de
rattraper.
L’attitude de ces joueurs est bien différente des deux
premiers, car Cléonisse parait plus décontractée et Tom
vraiment attentif à tous les mouvements de son adver-
saire.
Balle en main, Cléonisse ne semble pas réfléchir, mais
lorsqu’une brise se lève, l’air semble emporter la balle
avec légèreté dans la main d’Alice. Le coup est manqué
pour Tom.
Cléonisse reprend la balle et très vite la fait repartir. Mais
cette fois, le jeune garçon ne la manque pas et l’envoie si
loin que Céleste a le temps de rejoindre la troisième base,
puis sauter sur le marbre final et marque le premier point,
tandis que lui rejoint la deuxième base.
Maintenant Scott va battre tandis que Jia va lancer. Cette
fille est si petite que la partie semble déséquilibrée. Mais
lorsque sa première balle part, le garçon ne comprend pas
138
comment il a pu la laisser passer. Hélas, les deux autres
lancers sont fatals pour le jeune garçon, pourtant il est
habitué au jeu depuis qu’il est né. Le tour de Benjamin
vient et Anate lance. Le jeune garçon arrive à frapper,
mais sa balle est immédiatement récupérée et n’a que le
temps d’atteindre la première base. Abdel doit battre à
son tour, et c’est toujours Jia qui lance ; par chance le
garçon qui s’oppose à elle envoie la balle très correcte-
ment, ce qui permet au garçon de se placer sur la base et à
l’autre d’avancer. Un autre garçon prend sa place et
frappe si mal la balle qu’il n’a pas le temps d’arriver à la
première base et se fait éliminer. L’autre coup, Sven
frappe et fait avancer ceux qui sont placés sur les bases.
Un point est encore marqué, puis un autre garçon éliminé.
Le match se joue dans la bonne humeur et avec beaucoup
d’adresse pour tous. Jusqu’à ce que le troisième garçon
soit éliminé et que les filles prennent enfin la position
d’attaquantes. Tout se passe bien, mais Harry est un peu
déçu, les enfants sont trop studieux, ils n’utilisent aucun
de leurs dons…

Axelle est batteur et a face à elle, Moacyr. Presque heu-


reuse, c’est pour elle une petite revanche sur les tracas
qu’il lui avait causés la dernière fois, bien que maintenant
tout soit oublié. Chacun se fait un sourire pour cette ba-
garre des plus amicale. Elle est prête à frapper la balle
lorsqu’elle voit au fond du terrain une troupe d’hommes
courir vers eux. À ce moment, Moacyr qui leur tourne le
dos lance la balle. Dans un réflexe surprenant, Axelle
frappe la balle avec une précision remarquable, dans une
force inouïe, si bien qu’un des hommes au loin,
s’effondre, inconscient. Tous ceux qui suivent la balle,
voient cette horde sauvage se précipiter vers eux et les
enfants, qui au lieu de paniquer se retournent vers les as-
139
saillants. Noèse et Doora comprennent alors que l’école
est attaquée depuis l’intérieur et qu’on a réussi à pénétrer
dans l’enceinte malgré le champ protecteur. Elles n’ont
pas le temps de s’organiser ou de répondre seulement par
leur force, mais les enfants le font déjà à leur place. Cha-
cun prend soit une batte ou balle et vise les hommes. Pour
la plupart, leurs tirs sont précis et certains hommes pour-
tant très robustes ne résistent pas l’avalanche de balles et
des projectiles qui arrivent sur eux. Les enfants retrouvent
tous leurs pouvoirs afin d’organiser leur défense. Tous
font des bonds terribles et s’ils peuvent retomber sur la
tête des hommes pour les assommer, ils le font. Sur trente
hommes, déjà, une dizaine est hors de combat. Les adul-
tes qui voient se dérouler devant eux cette bataille sont
bien moins armés que les enfants et ne peuvent que se
protéger. Noèse attrape son téléphone cellulaire afin
d’appeler la police, mais un homme le lui arrache des
mains et lui envoie un coup de point qui l’assomme sur le
sol. John tente de la défendre mais reçoit à son tour un
coup de matraque. Harry a le temps de sortir de son sac
son arme, mais un colosse semblant entraîné au combat le
désarme et envoie son pistolet automatique à l’autre bout
de la tribune. Tous les deux en viennent aux mains et
Harry pourrait s’en sortir ; mais un autre homme vient à
la rescousse de l’autre et Harry s’effondre sur les coups.
Doora, comme les enfants, par ses pouvoirs arrive à neu-
traliser les hommes qui l’approchent, les paralysant du
regard. Novam ne bouge pas, il semble protégé par une
carapace invisible et personne ne se porte vers lui pour le
frapper ; mais il semble incapable d’intervenir contre tous
ces hommes. Les enfants continuent à se défendre, non
seulement avec courage, mais en plus ils dirigent le com-
bat. Timofeï, du bout de ses doigts, envoie des flashs
électriques qui brûlent les hommes qui sont touchés, les
140
chaises se transforment en boules de feux qu’envoie
Moacyr sur les hommes. Les balles de baseball assom-
ment les hommes et ceux qui ont des battes arrivent à se
défendre contre ceux qui les agressent. Les vingt huit en-
fants ont trouvé en eux la force par leur union, ils font
corps comme un. Ce n’est plus un groupe d’enfants mais
une seule entité, qui se défend contre des individus tota-
lement isolés et ils sont tous incapables de résister à ce
grand corps que forment les élèves. Paolis est en recul et
observe les hommes, la bagarre tourne à l’avantage des
enfants. Mais à un moment deux hommes arrivent à attra-
per Axelle. Cléonisse et Céleste voyant cela courent der-
rière eux pour la rattraper. Les hommes se replient avec
leur chef en se précipitant vers la sortie. Les enfants leur
courent après, mais devant la porte, les hommes se re-
trouvent encerclés. Axelle est toujours prisonnière et
Cléonisse tente de la délivrer avec son frère. C’est là que
quatre hommes arrivent à les attraper aussi et Paolis exige
d’Axelle de lui ouvrir le champ magnétique ; elle refuse.
Alors, il prend un couteau et menace de trancher la gorge
de Cléonisse si elle ne le fait pas. Entre eux deux, le re-
gard est menaçant, mais Paolis ne cède pas. L’enfant ne
réfléchit plus très longtemps voyant que la lame du cou-
teau compresse toute la chair de son amie. Les autres der-
rière pourraient aussi se faire prendre par les hommes
trop nerveux. Enfin, ne voulant pas faire courir de risque
à ses amis qu’ils tiennent en leur possession, elle pousse
la porte et de son pouvoir d’elfe, désactive le champ ma-
gnétique. Le passage est libre et devant l’école, apparaît
le vaisseau de Paolis. Le chef s’apprête à attraper Axelle,
mais aussitôt, comme si elle avait des ailes, elle s’envole
dans le ciel. L’homme fou de rage, jette son arme au sol
et sort avec les deux enfants et ses hommes puis ils
s’engouffrent tous dans le vaisseau. Il leur faut peu de
141
temps pour décoller et lorsque Cléonisse et Novam arri-
vent à la porte, il est trop tard. La petite Axelle est assise
sur le sol et pleure de toutes ses larmes. Sa mère la prend
dans ses bras et lui dit :
⎯ Tu t’es battue comme une lionne, tu as fait tout ce
que tu pouvais.
⎯ Non, je n’ai pas tout fait, j’aurais dû les empêcher
de prendre Cléonisse et Céleste dans leur vaisseau. Je n’ai
pas été à la hauteur, je pouvais foudroyer cet homme et le
tuer de mon simple regard. J’aurais dû.
⎯ Tu as fait exactement ce que tu devais faire. Un en-
fant ou même un être humain n’a pas le droit de tuer.
Même si tu le peux, ne le fais jamais, tu le regretterais.
⎯ Il menaçait Cléonisse, j’ai vu ses yeux, elle était ter-
rorisée et même, l’arme commençait à lui couper la peau.
Je n’ai pas pu faire autrement que de leur ouvrir la porte.
⎯ J’en aurais fait autant, rassure-toi. De toute façon,
ce n’est qu’une bataille perdue, pas la guerre. Au-
jourd’hui, ils nous ont déclaré la guerre. Et celle-là, nous
la gagnerons.
⎯ Si tu veux, maman, je peux encore poursuivre leur
vaisseau pour les retrouver. Laisse-moi partir, je revien-
drai lorsque j’aurai découvert leur repère. Je te jure que je
peux y arriver ; je suis un elfe, tu le sais, je peux faire
plein de choses.
⎯ Bien sûr, je sais que tu es très capable, mais tu es
encore petite. Parfois, les grands peuvent te mettre en
danger, c’est déjà arrivé, tu le sais trop bien. De toute fa-
çon, Baldouw et Cadmall sont déjà partis sur leurs traces,
ils poursuivent le vaisseau. Nous ne les perdrons pas de
vue, je t’en fais la promesse, tout comme nous ramène-
rons Cléonisse et Céleste. Ces gents-là ne savent pas à qui
ils ont à faire. Ou plutôt, ils ont commencé à le découvrir

142
cet après-midi.
⎯ Maman, je ne voudrais pas qu’il leur arrive la même
chose qu’à moi. Là-bas, j’ai parfois souffert. Ne les lais-
sons pas seuls, retrouvons les.
⎯ Tout sera fait, je te promets. En tout cas, vous avez
tous été formidables aujourd’hui. Sans vous, nous
n’aurions pas pu repousser tous ces hommes. Jamais des
enfants de votre age ne se sont battus comme vous. Là
vos pouvoirs, vos dons ont été utilisés à la perfection.
⎯ Tu sais, maman, lorsque nous nous sommes retrou-
vés contre eux, nous n’avions plus notre tête ; c’était
comme si notre corps était qu’un seul. Nos bras et nos
têtes faisaient partie d’une même chose. Nous avions ou-
blié notre vie et notre personne.
Noèse ferme les yeux et pense à leur découverte. Ces en-
fants connaissent l’unité parfaite ; ils sont bien plus en
avance que tous les hommes de cette planète ; ils nous
emmèneront très loin…

143
KIDNAPPES, ENVOLLES !

Cléonisse et Céleste se voit jetés au fond de


la cale du vaisseau. Un grand couvercle se referme sur
eux et les laisse dans le noir. Malgré tout, ils sentent bien
que le vaisseau bouge et qu’ils sont partis pour une desti-
nation inconnue. La petite fille s’imagine vite, partir pour
une galaxie inconnue avec des extra-terrestres incroya-
bles. Pourtant, le voyage ne paraît être très long car peu
après, un homme vient les délivrer de leur cachot pour les
emmener ailleurs. On leur bande les yeux et les fait sortir,
mais Cléonisse sent l’odeur de la lavande qui lui dit qu’ils
sont peut-être encore sur Terre. On les fait pénétrer dans
un bâtiment qui sent l’humidité et la moisissure. Lors-
qu’on leur enlève leur bandeau, ils comprennent qu’ils
sont encore sur la Terre, en France de surcroît. Cela la
rassure et les deux enfants se disent qu’ils s’arrangeront
pour retrouver les autres dès qu’ils le pourront. Tout en
marchant, la petite fille confie à son frère qu’elle connaît
l’homme qui les a enlevés ; c’est celui qui l’avait déjà
prise au sommet de la montagne, elle le connaît, il
s’appelle Paolis et cela ne lui dit rien qui vaille. Elle s’en
souvient car la dernière fois, il l’avait attachée sur une
table et avait branché des électrodes pour bloquer tous ses
pouvoirs. Les trois hommes qui les conduisent à travers le
bâtiment les emmènent ensuite dans une sorte de cachot.
Cléonisse voit vite que la porte est blindée ; cette pièce
doit être faite spécialement pour eux. On les pousse à
l’intérieur et la lourde porte se referme. Les deux enfants
se retrouvent encore une fois dans le noir et ils ont
l’impression d’être coupés du monde entier. Cléonisse et
Céleste tentent de communiquer pas télépathie, mais leurs

144
pensées se reflètent sur les murs. La petite fille réfléchit
et comprend qu’ils sont dans une pièce complètement iso-
lée du monde extérieur et même de l’univers, tout comme
la salle neutralisée de Keuramdor. Cette fois, elle com-
prend bien :
⎯ Ce type qui vient est comme maman, il connaît des
tas de choses et il a compris que si nous étions enfermés
dans un endroit comme ça, personne ne pourrait nous
trouver. Je ne sais pas pourquoi il fait ça, mais on risque
de ne jamais ressortir de là.
⎯ On s’en est toujours sortis, il n’y a pas de raison que
là, on n’y arrive pas.
⎯ Tu as vu tous ces hommes qui sont sortis du bois ?
la dernière fois que ce gars m’a prise, il était seul. Main-
tenant, il y a presque une armée avec lui.
⎯ Oui, mais tu as vu la déculottée qu’on leur a mis !
⎯ On avait de la chance qu’ils ne soient pas armés.
⎯ Pouf ! Moacyr aurait fait fondre leurs armes, c’est
certain.
⎯ Ils l’auraient tué avant qu’il ne le fasse.
⎯ Oh ! ça va, je ne sais pas pourquoi tu es comme ça,
d’habitude, tu es la première à trouver des idées et nous
remonter le moral. Tiens ! as-tu le sifflet de maman sur
toi ? c’est l’occasion de nous en servir, nous sommes
vraiment en danger. Elle nous a dit de l’appeler si nous
avions besoin d’elle. Là, c’est le moment. Donne-le-moi,
je vais essayer.
⎯ Oui, je l’ai, mais tu me laisses faire, peut-être que ça
marchera.
Dans le noir, Cléonisse trouve son sifflet dans le fond de
sa poche et le pose sur ses lèvres. Comme à son habitude,
elle souffle avec légèreté dedans. Rien ne se passe pour le
moment. Elle recommence, pensant qu’elle s’y est mal

145
prise, mais pour la deuxième fois, rien n’en sort et rien ne
se passe. Encore une fois, elle insiste mais l’instrument ne
sort que des bruits étranges, des sifflements aigus et dis-
harmonieux. Cléonisse ne comprend pas, elle avait si bien
appris à le maîtriser qu’elle ne s’imagine pas qu’il ne
puisse rien produire, même la musique qu’il émet est
ignoble. Alors elle le jette au sol et se met à pleurer. Son
frère est déçu, mais il reste positif dans sa tête quand elle
lui dit :
⎯ Cette pièce est piégée, on ne peut pas en sortir,
même maman ne peut pas nous entendre. On va mourir
ici. Ce sifflet ne sert plus à rien.
⎯ Tu exagères, je suis sûr que quelqu’un viendra nous
chercher.
Chacun part dans son coin sans plus se parler. C’est alors
que Céleste qui depuis des mois est resté discret, passant
toujours derrière les autres, sent sous pied le sifflet et le
ramasse. Il n’a jamais soufflé dedans ; il ne sait pas quel
son peut en sortir, c’est toujours sa sœur qui l’utilisait
jusqu’à présent. Il se dit :
« Et si je pouvais aussi faire de la musique ; pourquoi
pas ! »
Alors, il pose le sifflet sur ses lèvres et pense à un air de
flûte qu’il avait entendu, surtout une fois lorsque avec son
père il était allé voir à l’opéra, "La flûte enchantée". Il
prend une longue inspiration un long moment en pensant
avec force à sa maman, sans relâcher l’air de ses pou-
mons. Et d’un coup il se met à jouer avec l’instrument la
légendaire mélodie de cet opéra, s’imaginant dans la peau
de Papageno. Le sifflet se transforme en flûte de façon si
fabuleuse que tout l’air de la pièce noire se met à vibrer et
s’illuminer. Une musique mélodieuse emplit les oreilles
de sa sœur et tout devient lumineux autour d’eux. Les
murs se transforment et deviennent des glaces où brillent
146
des milliers d’étoiles. Toute la pièce se met à tourner sur
elle-même et les enfants se sentent aspirés vers une porte
improbable qui les emmène vers un lieu inconnu ; ils sont
comme des oiseaux volant sur l’air de la flûte enchantée.
Céleste ne se laisse pas impressionner et continue de
jouer avec son sifflet magique, si bien que quelques se-
condes plus tard, ils se retrouvent dans un autre monde,
face à celle qu’ils espéraient tant…
⎯ Maman, nous ne t’espérions plus, nos cœurs
t’entendent et te pleurent. Nous avons besoin que tu nous
aides.
Cléonisse et Céleste apparaissent devant elle. Elle est fort
surprise mais aussitôt, elle se ressaisit de sa méditation.
Elle se rappelle bien que le sifflet qu’elle leur avait donné
avait certains pouvoirs, mais c’est elle qui l’avait rendu
ainsi avec sa magie intérieure. Cet instrument semble
obéir à son propre système. Mais le plus curieux est
qu’habituellement, c’est elle qui semble se déplacer. Là
ses deux enfants apparaissent devant son vaisseau, face à
sa table de pierre. Tous les trois se précipitent les uns vers
les autres. Des larmes coulent, ce sont des retrouvailles
formidables. Cléonisse et Céleste n’en finissent pas de
faire des câlins, mais leur mère finit par leur demander :
⎯ Pour quelle raison êtes-vous ici, y a-t-il un problème
qui vous fasse traverser l’univers ?
⎯ Mais, maman, tu nous as donnés ce sifflet pour que
nous t’appelions si nous avons un problème et là, c’est
important. Nous avons été enlevés par la même personne
qui l’avait déjà fait. Cette fois il s’est associé à des hom-
mes qui ressemblent plus à des malfrats que des extra-
terrestres. Ils sont venus nous chercher alors que nous
disputions un match sur le terrain de l’école. Ils ont réussi
à passer la porte par surprise et ont obligé Axelle à
l’ouvrir pour ressortir. Nous sommes montés dans leur
147
vaisseau, mais nous n’avons pas traversé l’univers. Je
pense que nous sommes en Provence, l’odeur de la la-
vande y est trop forte. Ils nous ont enfermés dans le noir
dans une pièce totalement isolée du monde. Nous ne pou-
vons pas communiquer par télépathie. Heureusement que
Céleste a insisté avec le sifflet, il s’est mis à jouer si bien
qu’il a réagi malgré la prison dans laquelle nous sommes
enfermés. Mais on a peur, le type n’a pas l’air de plaisan-
ter.
Leur mère paraît troublée par leur enlèvement. Elle
connaît leur agresseur, Paolis était dans son temps un bon
médecin sur Natavia, l’ombre de Maldeï rode au-dessus
de lui. Mais elle ne peut agir pour eux, elle se demande ce
qu’elle pourrait faire pour les aider. Cette nouvelle est
très grave, mais isolé sur une planète à des dizaines de
milliers d’années lumières elle ne voit pas de solution
pour l’instant. Céleste toujours discret fait un signe à sa
mère :
⎯ Dis, maman, pourquoi tu parais soucieuse. Je ne
vois pas en quoi il y a un problème. Cléonisse a l’air affo-
lée. Nous sommes avec toi maintenant, c’est le principal.
Ce type ne peut plus nous atteindre !
Aqualuce se questionne et réfléchit. Elle les regarde. Ses
enfants paraissent bien présents devant elle, mais comme
elle l’avait toujours fait précédemment, ce n’était que son
image qui se déplaçait dans l’espace. Pourquoi en serait-il
autrement aujourd’hui. Elle répond à son fils :
⎯ J’aimerais que ce soit possible, mais ce n’est que
votre image qui est devant moi. Votre corps est encore
sur la Terre dans la prison dans laquelle vous ont enfer-
més ses hommes.
Céleste la regarde avec étonnement et se dit que c’est
faux et lui fait remarquer :
⎯ Mais, maman, si je n’étais qu’une image devant toi,
148
je n’aurais aucun pouvoir sur ce qui m’entoure. Regarde
un peu :
Alors, le petit garçon attrape un caillou qu’il lance sur sa
mère. Aqualuce le prend dans le visage et du sang coule
aussitôt sur son front. Elle regarde son fils un instant sans
rien dire. L’enfant voyant sa mère saigner un peu com-
mence à avoir peur. Mais d’un coup il la voit se précipiter
vers lui. Elle l’attrape fermement dans ses bras et le serre
très fort. Le pauvre s’en étouffe presque. Mais pour
Aqualuce, c’est le plus grand moment de bonheur car elle
retrouve vraiment ses enfants laissés sur la Terre depuis
six mois au moins. Cléonisse voit son frère sombrer dans
la joie des retrouvailles et elle se précipite vers eux. Juste
après, Céleste demande :
⎯ Maman, tu ne pars plus sans nous, c’est fini, on
reste avec toi ?
⎯ Plus jamais je ne vous quitterai, c’est terminé pour
de bon.
Aqualuce ne pensait pas qu’en rêvant de ses enfants et
comprenant l’amour qu’elle leur devait, cela la rappro-
cherait aussi vite d’eux. Cléonisse attrape le sifflet que
son frère tient encore dans une main et le casse en deux.
Céleste la regarde stupéfait et lui dit :
⎯ Pourquoi as-tu fait ça, nous pourrions en avoir be-
soin ?
⎯ Non, si maman est là c’est pour rester avec nous. Si
j’avais gardé le sifflet, elle pourrait repartir.
Aqualuce voit ses enfants se chamailler et cela la rassure.
Leurs cris sont des musiques que ses oreilles avaient
presque oubliées et cela la rend heureuse. Cléonisse se
retourne vers elle et la regarde :
⎯ Maman ! tu ne peux plus cacher ton ventre, il est
trop gros, qu’est-ce qu’il y a dedans ?

149
⎯ Votre futur frère et votre nouvelle sœur !
Ils se regardent tous les deux et viennent la câliner encore
plus fort. Toute cette journée ne semble pas finir et les
enfants ne voudraient jamais plus se soucier de l’avenir.
Le soir, Aqualuce les couche dans une des cabines du
vaisseau. Ce sera leur nouvelle chambre. Les deux en-
fants sourient, mais une idée les oblige à penser très fort à
leurs amis restés sur Terre et qui de façon certaine
s’inquiètent pour eux.
⎯ Pourvu qu’ils ne nous imaginent pas morts, il faut
les avertir, il faut qu’ils sachent que nous sommes en sé-
curité avec maman.
C’est alors qu’une nouvelle angoisse les prend avant de
s’endormir. Ils se disent que de là où ils sont, il faut les
aider, le mauvais Paolis pourrait revenir pour prendre
d’autres enfants qui n’auront pas la chance de se sauver
grâce à un sifflet. Ainsi, d’une idée commune, ils se met-
tent à penser aux autres et ils chantent leur amour pour
tous leurs amis, pensant que leur chanson arrivera jusqu’à
eux. Leur mélodie est ainsi :

Notre mère est revenue, nous l’avons reconnue,


Le sifflet a joué et nous nous en sommes allés.
Les étoiles nous ont accueillis et tout était fini,
Maman est dans nos bras et ne nous quittera pas.
Le sifflet a joué et nous nous en sommes allés,
Le sifflet a joué et nous sommes sauvés.

Et en chantant cette petite complainte, ils s’endorment,


laissant derrière eux des voleurs d’enfants vaincus par la
musique de la vie…

150
ESPOIR DE REVANCHE
Axelle entend nettement dans sa tête une
chanson chantée par ses deux amis disparus. C’est alors
qu’elle comprend qu’ils ont fui ceux qui les avaient pris.
Peu de temps après, Noèse vient la voir :
⎯ Maman, Cléonisse et Céleste se sont enfuis de chez
les méchants, je l’ai entendu dans ma tête.
⎯ Je viens te voir parce que j’ai perçu la même chose
que toi.
⎯ As-tu entendu leur chanson ?
⎯ Comme toi et je sais qu’ils sont avec leur mère. Je
ne sais pas comment ils ont pu traverser l’univers, mais
ils sont en sécurité maintenant.
⎯ Le sifflet magique les a emmenés avec lui, c’est cer-
tain, ils n’arrêtent pas de le chanter.
⎯ Je pense que leur maman y a aidé, c’est tant mieux
pour eux, mais nos problèmes ne sont pas réglés. Si ceux
qui sont venus les kidnapper s’aperçoivent de leur dispa-
rition, ils tenteront d’autres actions contre nous. Ils ont
réussi à pénétrer dans l’école et ils recommenceront.
⎯ Maman, on est petits, mais tu nous as vus nous dé-
fendre contre eux. Nous sommes capables de les retrou-
ver et de leur donner le désir de ne plus jamais recom-
mencer. Je suis un elfe et avec mes autres frères nous les
retrouverons. Je te promets que nous ferons ce qu’il faut,
ce sera l’occasion de nous assurer que Céleste et Cléo-
nisse ne sont plus avec eux.
⎯ Tu as de l’école, je n’ai pas envie que tu coures en-
core vers le danger. Tu as déjà eu beaucoup de chance de
pouvoir t’échapper des griffes de cette Maldeï sur l’autre
planète.
⎯ Mais je ne suis pas tant enfant que tu le penses, je

151
dois m’en occuper.
⎯ Je suis ta mère et tu dois m’obéir.
La petite fille baisse les yeux, mais Noèse sait déjà
qu’elle n’en fera rien, cet enfant n’en n’est pas un, elle le
sait trop bien…

Un mois a passé et c’est aujourd’hui le premier jour des


vacances de printemps. Axelle ne semble pas avoir fait
quoi que se soit afin de retrouver ses amis et les hommes
qui avaient attaqué leur école. Depuis ce jour, Noèse a
mis des contrôles plus efficaces à l’entrée de Keuramdor,
plus personne ne peut sortir ou entrer sans déclencher une
alarme, un gardien a été installé à l’entrée. Pourtant au-
jourd’hui, une visite particulière est prévue ; c’est Mia
Badjer, l’amie d’Aqualuce. Cette femme s’est retrouvée
de façon extraordinaire, amie et collaboratrice d’Hillary
Rodham, la présidente des Etats-Unis. Elle veut ren-
contrer Noèse et ses collaborateurs pour leur faire part de
choses importantes. Noèse a prévu une petite réception en
son honneur, mais elle arrivera seule, ce voyage doit res-
ter confidentiel. Axelle a réussi à s’informer de cette vi-
site. Sa tête se met à imaginer des choses, notamment,
que les services secrets américains ont peut-être arrêté
ceux qui étaient venus enlever ses deux grands amis.
L’arrivée de Mia est prévu pour douze heures et comme
c’est samedi, les enfants n’ont pas d’école, ce qui laisse
un peu de temps. Doora, s’occupe particulièrement des
préparatifs, car c’est une très grande amie qu’elle va re-
cevoir. Axelle insistant auprès de sa mère, arrive à
s’inclure dans ceux qui la recevront.
C’est un taxi qui arrive devant le portail d’entrée et en
sort une jolie femme aux cheveux blonds et à la peau
claire, le visage recouvert de tâches de rousseur. Elle est
moins grande qu’Aqualuce et son corps est tout en pro-
152
portion. Elle est vêtue d’un imperméable bien chaud mais
dessous, elle est habillée d’un tailleur vert pastel. Maquil-
lée, ses lèvres sont assorties à son foulard rouge. Cette
femme a ce que l’on peut appeler, "de la classe". Doora et
Noèse la font entrer et l’accueillent chaleureusement.
Axelle regarde de loin, elle est restée devant sa maison.
Harry apporte les bagages, accompagné de John. Mainte-
nant dans la maison, comme c’est l’heure du déjeuner, ils
se servent l’apéritif. Axelle reste discrète, car elle est au-
torisée, mais elle écoute, et entre deux verres de jus de
fruits, Mia dit à Noèse et Doora :
⎯ Ceci reste confidentiel, mais il y a trois jours, j’ai eu
une conversation avec madame la présidente à la suite
d’une réunion avec ses généraux et ses ministres. In-
quiète, elle croit comme moi que nous risquons une atta-
que extraterrestre. Je sais que c’est Maldeï qui la mènera.
Elle a réussi à convaincre les militaires de procéder à des
grandes manœuvres dans le désert du Nouveau-Mexique.
Toute l’armée américaine sera préparée à une invasion
extraterrestre. Cela se passera au mois de Mai, entre le
quinze et le vingt. C’est pour bientôt, dans moins de sept
semaines. L’intérêt de ces manœuvres est d’attirer Maldeï
là où nous le souhaitons. La connaissant, j’ai fait une ana-
lyse et je pense que nous avons des chances de l’amener
là, mais, à la seule condition…
C’est là que tous la regardent car elle se tait à ce moment
et chacun se questionne. Axelle et Cléonisse ont déjà
compris où elle veut en venir et c’est pour cela que
l’enfant avance devant elle et lui dit :
⎯ De toute façon, je la connais, je n’ai pas peur d’elle,
tu peux l’amener devant moi, elle me connaît et moi aus-
si, je sais ce qu’elle vaut.
Bien sûr, Axelle avait été faite prisonnière par Maldeï, la
femme qui prépare une invasion contre la Terre. Elle
153
avait raconté à ses amis et à sa mère son aventure et c’est
à cette occasion qu’elle avait trouvé autour d’elle des el-
fes et qu’elle s’était aussi découverte en être un. Depuis
ce jour, Axelle est devenu une enfant à part, même âgée
de presque huit ans, son esprit est remarquablement déve-
loppé et elle est pourvue d’une conscience d’un être ma-
ture, avec un esprit jeune comme son corps. Sa mère,
Noèse, la connaît parfaitement, elle-même ayant des dons
acquis durant sa jeunesse, c’est pour cela qu’elle l’a prise
avec eux pour cette rencontre. Mia n’a rien dit encore, et
Axelle ayant le pouvoir de lire les pensées, a pris les de-
vants, aussi, Mia reprend derrière ses paroles :
⎯ Je crois, Noèse, que ta fille a deviné ce que j’ai à
vous dire, c’est vrai que c’est un peu fou, mais réfléchit :
avec Hillary Rodham, la présidente des Etats-Unis, dont
je suis une des secrétaires, nous avons eu une réflexion
sur le moyen d’amener Maldeï et son armée là où nous le
souhaitons, au centre du dispositif des grandes manœu-
vres. La solution serait d’amener les enfants de Keuram-
dor sur le terrain. Je sais qu’elle a déjà à plusieurs reprises
voulu les kidnapper et je pense qu’ils font partie de ses
préoccupations. Il suffit de voir ce qui est arrivé à Axelle,
puis l’attaque de Noël et dernièrement la disparition de
Céleste et Cléonisse. Vous allez me prendre pour une
folle en entendant cela, mais, je suis sérieuse. Vous ne
vous y attendiez pas, mais peut-être que tous ces enfants
pourraient sauver le monde. Hillary m’assure qu’ils se-
ront protégés bien mieux que n’importe quel humain sur
la planète. Qu’en dis-tu, Noèse ?
⎯ Ce que j’en pense Mia, je crois que tout cela est
juste, mais ces enfants ne sont pas les nôtres, la plupart
ont des parents un peu partout dans le monde et ce sont
eux qui peuvent donner leur accord de les emmener aux
Etats-Unis. On ne déplace pas des enfants comme ça où
154
l’on veut. La plupart ont des passeports, mais tout cela est
très contrôlé. Nous avons de larges barrières devant nous.
De plus, six ou sept semaines, cela ne me laisse que peu
de temps. Tu imagines, il faudrait que moi-même j’aille
dans chaque famille pour leur expliquer, en plus partout
dans le monde. Je ne possède pas un vaisseau spatial ca-
pable de voler à la vitesse de la lumière, ce qui aurait pu
être suffisant !
Mais je dois reconnaître que tu vois juste, Maldeï vise les
enfants avant tout. Nous n’avons pas retrouvé les deux
enfants d’Aqualuce. La seule chose est qu’Axelle et moi
sommes convaincus qu’ils sont avec leur mère, c’est pour
cela que nous n’avons pas prévenu la police. Mais ce qui
est certain, c’est qu’un groupe d’hommes est déjà en
place sur notre planète pour préparer l’arrivée de Maldeï.
⎯ Et vous n’avez rien fait pour les retrouver ?
⎯ Nous nous protégeons en ne sortant plus de Keu-
ramdor, tu as pu voir que nous avons maintenant des gar-
diens à l’entrée.
⎯ Et tu crois que les enfants sont heureux de ne plus
sortir ? Je pense qu’ils doivent bouillir de voir qu’ils sont
cloîtrés là.
Entendant cela, Axelle sent en elle son sang s’échauffer ;
elle n’a qu’une envie, venger la disparition de ses amis.
Elle a depuis un mois obéi à sa mère, mais au fond, elle
ne tient plus. De plus, elle pourrait découvrir facilement
le repère des bandits qui sont venu ici pour les prendre ;
de ses amis elfes, elle a déjà des informations qu’elle
garde secrètes. Elle se dit que si elle pouvait démanteler
le gang de Paolis afin que Maldeï ne trouve personne
pour l’accueillir à son arrivée sur la Terre, ce serait une
bonne chose. Mais pour faire cela, il faudrait que sa mère
s’absente durant plusieurs jours.
⎯ Nous sommes un peu démunis devant des attaques
155
comme nous avons eues. Je fais ce qu’il m’est possible
pour protéger tous nos enfants. Je suis bien d’accord
qu’ils aimeraient mieux sortir, mais depuis que nous
avons ouvert l’école, des enfants ont déjà été plusieurs
fois enlevés, en plus d’une attaque très sérieuse. Il faut
que nous terminions l’année scolaire avec tous nos en-
fants, s’il en manque un, nous devrons fermer notre école.
⎯ Mais, Noèse, dit Doora, te rends-tu compte que nos
enfants sont l’espoir du monde. Comme le dit Mia, c’est
peut-être eux qui sauveront le monde lorsque Maldeï arri-
vera avec son armée d’invasion. Ton intention avec
Aqualuce de fonder cette école, n’est-elle pas d’avoir des
enfants différents pouvant agir face aux forces du mal ?
En quoi les préparons-nous ici, n’est-il pas juste qu’ils
soient une force nouvelle pour plus tard aider l’humanité,
qu’en penses-tu, Novam, toi qui nous observe depuis
quelque temps ?
⎯ Doora a raison, ce n’est pas bon de garder nos en-
fants enfermés dans cette école, je crois que Mia a raison
de les voir devenir un appât pour attraper Maldeï, sinon
cette femme sera capable de s’en prendre à tout ce qu’elle
croisera sur son chemin. N’ayant aucun but en arrivant
sur la de la Terre, peut-être n’aura-t-elle que l’idée de dé-
truire une ville et immédiatement montrer sa supériorité
en effrayant tous les hommes. Noèse, tu dois voir autre-
ment qu’avec les règles ordinaires, il s’agit d’un question
de vie ou de mort pour l’humanité. Si les enfants ne vien-
nent pas à ses grandes manœuvres, peut-être mourrons
nous tous désintégrés par les canons éthériques de ses
vaisseaux ?
À ces mots, Noèse se sent comme à l’époque de Noël où
elle pensait inconcevable de garder des enfants supplé-
mentaires dans l’école. Elle se rappelle avoir trouvé im-
possible ce que les enfants avaient rendu possible plus
156
tard. C’est pourquoi, relevant la tête, elle répond :
⎯ Je m’appliquerai à faire sauter les barrières que la
vie met toujours devant nous ; tous les enfants te rejoin-
dront lorsque tu seras là-bas sur le terrain.
C’est ainsi qu’ils closent la conversation, pour enfin se
mettre à table.
Dès lors, Axelle se met à réfléchir à ce qu’elle pourrait
faire pour retrouver les ravisseurs de Cléonisse et Céleste.
Si elle arrive jusqu’à leur repère, elle aura la certitude
qu’ils ont pu rejoindre leur mère. Mais il faut absolument
que sa mère parte durant quelques jours. Le repas se
passe, c’est maintenant le soir et sans perdre de temps, sa
mère, Mia et les autres commencent à réfléchir au voyage
des enfants. Aux dernières nouvelles, l’administration
américaine pourrait donner rapidement des visas à tout le
monde, Harry s’en est assuré. Reste à Noèse d’avoir les
autorisations de tous les parents. C’est le repas du soir
auquel assiste avec chance Axelle et là, quelque chose
d’étrange se produit, car le vigile de l’entrée signale des
visiteurs que l’on n’attend pas. Harry file voir qui ils peu-
vent être, pendant que Noèse s’inquiète en pensant que
c’est peut-être encore une ruse de Paolis, leur ennemi,
l’émissaire de Maldeï. Il n’y a qu’Axelle qui semble de-
viner qui pourrait s’y trouver ; il est vrai que terriblement
inquiète, sa mère n’a pas toutes ses facultés sensorielles.
Elle regarde à travers la vitre Harry se diriger vers le
grand portail et c’est là qu’elle se met à crier :
⎯ Ils sont de retour, ils sont là !
⎯ Noèse, John, Doora, Mia et Novam se regardent,
puis s’approchent de la fenêtre et c’est là qu’ils voient
arriver Clara et Christopher avec Harry qui les accompa-
gne. Ils ne s’attendaient pas à cela, pensant plutôt au
voyage des enfants vers les Etats-Unis. Mais, cela est
pour tous une grande joie qui vient leurs donner de
157
l’espoir. Ils sont accueillis chaleureusement. C’est là
qu’ils donnent des nouvelles d’Aqualuce et des rebelles
qui se sont regroupés dans un coin de l’espace. Ils sont là
pour savoir où pourraient s’installer tous leurs amis s’ils
arrivent sur Terre prochainement. Ils parlent beaucoup
entre adultes et Axelle les écoute à moitié. Mais ce
qu’elle retient, c’est que le désert du Nouveau-Mexique
serait l’endroit où tout devrait se jouer lorsque les forces
ennemies arriveront et elle en conclut que c’est à cet en-
droit qu’elle est ses autres amis seront emmenés dans
quelque temps. Aller en Amérique, elle ne demande que
ça, c’est certain que demain, tous les enfants le sauront.
Mais ce qui l’intéresse encore plus c’est que Clara et
Christopher sont venus avec un vaisseau spatial perfor-
mant et qu’ils ont décidé de partir dès demain pour trou-
ver les parents de tous les enfants afin de leur demander
l’autorisation de les faire voyager aux Etats-Unis. Ils par-
tiront lundi, après avoir veillé à pouvoir être reçus et dé-
cident de partir la semaine entière et de revenir le diman-
che. Axelle comprend alors qu’elle dispose de six jours
pour mettre son projet en route ; dès demain elle s’en oc-
cupera et lorsque sa mère sera partie, elle-même partira
avec les autres enfants afin de venger ses deux amis et
donner une bonne leçon à Paolis. Pressée d’être à demain,
elle salue tous les grands et file se coucher…

158
LA FIN DU MATCH !
Ce dimanche, Axelle est décidée et aussitôt
après le petit déjeuner, elle regroupe tous les membres de
son équipe, afin de leur annoncer le départ de sa mère
ainsi que le voyage prévu dans plusieurs semaines les
conduisant jusqu’en Amérique. Tom, qui est américain se
dit qu’il pourrait revoir ses parents avant les grandes va-
cances, il est enthousiaste à cette idée. Les autres rêvent
de découvrir l’Amérique. Seulement, elle leur dit que sa
mère doit aller convaincre chaque famille de les laisser
partir et ce n’est pas gagné. Et elle explique que pendant
l’absence de sa mère, elle compte aller retrouver les
hommes qui sont venus prendre Cléonisse et Céleste afin
de leur donner une bonne leçon. Là, tous approuvent et se
demandent pourquoi elle n’y avait pas pensé avant.
⎯ Maman compte sur moi pour qu’il ne vous arrive
rien, elle ne souhaitait pas que je prenne des risques, mais
comme elle a décidé avec les autres de nous emmener là
où ils feront la guerre contre notre ennemi, je crois que
nous pouvons aussi faire notre guerre. Nous avons six
jours devant nous pour aller dans leur repère et revenir. Je
compte bien qu’ils n’oseront plus jamais venir nous cher-
cher des noises.
C’est là qu’elle expose son plan auquel elle réfléchit de-
puis presque un mois :
⎯ Je sais par mes amis les elfes que le camp de Paolis
et de ses sbires se trouve dans l’arrière-pays provençal,
au-dessus de Nice. Ils ont investi un vieux château en
ruine qu’ils ont aménagé en camp d’entraînement. C’est
là qu’ils ont fait prisonniers nos amis et c’est là que je
compte venir les chasser. Je sais qu’ils sont bien entraî-
nés, mais l’avantage que nous aurons, c’est qu’ils ne nous

159
attendent pas, bien au contraire, ils pensent surtout à venir
nous surprendre et ils ne se méfient pas, c’est notre
chance. Je pense que nous aurons besoin de nos amis Ma-
ternautes, ils ont été tout aussi efficaces que nous lorsque
nous nous sommes battus avec eux l’autre fois. Demain
ma mère part avec Clara et Christopher, je pense que
nous devrons y aller mardi en début de nuit. Notre chance
ce sont les vacances maintenant et que nous sommes un
peu plus libres ; de toute façon nous ne serons pas très
longs, j’ai mon idée.
Comme le dimanche est une journée libre et
qu’aujourd’hui est une agréable journée de printemps,
après le repas de midi tous les enfants se retrouvent dans
le parc de l’école pour faire des jeux ; mais le mot est
donné à tous que quelque chose se prépare et qu’ils doi-
vent se réunir discrètement autour des balançoires en fai-
sant attention qu’aucun adulte ne soit trop proche d’eux.
La chance est avec eux car, occupée à préparer son dé-
part, Noèse réunit autour d’elle ses collaborateurs, ses
amis, afin d’organiser l’école durant ses quelques jours
d’absences. Il ne devrait rester qu’Harry, Doora et John
avec un peu de personnel pour encadrer les enfants. Il n’y
a que Martin, un des éducateurs, qui est resté avec les en-
fants. Comme les balançoires sont au milieu de la grande
pelouse, il les surveille de loin. C’est le moment que
choisit Axelle pour regrouper tout le monde :
⎯ Nous devons nous assurer que Céleste et Cléonisse
ne sont plus prisonniers des bandits et comme ce sont des
hommes dangereux, nous devons tous les neutraliser et
faire prisonnier leur chef. Nous nous sommes battus
comme des lions lorsqu’ils nous ont attaqués ici et nous
n’avons pas réussi à les dominer car nous n’étions pas
préparés. Ils ne nous attendent pas et c’est nous qui allons
les prendre par surprise. Nous connaissons leur méthode,
160
nous savons qu’ils sont préparés au combat d’attaque,
comme des soldats et nous savons qu’ils peuvent être des
tueurs, c’est leur point fort. Nous, nous sommes très jeu-
nes, petits, pas très musclés et encore plus légers. Contre
eux, nous sommes des mouches, mais parfois être un in-
secte peut être un avantage, car la mouche est rapide, elle
vole, elle est vive. Et certaines mouches piquent aussi.
Nous serons des mouches, mais en plus nous sommes in-
telligents. L’attaque se fera de nuit et nous les surpren-
drons dans leur sommeil. Chacun d’entre nous aura son
rôle, chacun mettra son don au service des autres. C’est
pour cela que nous devons trouver notre place dans le
commando que nous allons former dès maintenant. C’est
pour cela que je vous propose à tous de nous entraîner.
Provoquons dès maintenant une rencontre d’Overbase,
comme cela les grands n’y verront rien…

Sur la pelouse, les enfants s’entraînent et font des petits


matchs d’Overbase depuis hier après-midi en compagnie
d’Harry qui fait l’arbitre et l’entraîneur. Jamais il ne les a
vus aussi motivés et efficaces dans leur rôle de joueur.
Chacun faisant agir ses dons au mieux afin de marquer les
points ; malgré tout, tous étant doués, la compétition est
rude entre tous les joueurs et il a l’impression d’avoir les
meilleurs joueurs du monde autour de lui. Les règles du
baseball sont respectées mais en plus, ils ajoutent leurs
dons ce qui en fait un jeu vraiment unique. Ces enfants
sont si vifs, si toniques que la fin de la journée arrivant,
Harry en est totalement épuisé. Ce soir, après le repas, les
enfants ne cherchent pas à rester pour veiller et ils de-
mandent tous à aller se coucher. Harry les encourage car
lui-même ne demande qu’à aller au lit et avec l’aide de
John et Doora, il couche les enfants tous sages et fati-
gués…
161
Axelle n’attendait que ce moment depuis très longtemps
pour enfin mettre son plan à exécution. Harry est resté
pour les surveiller, tandis que Doora vient de rejoindre
ses enfants ainsi que ceux de Noèse qu’elle garde avec
John. Maintenant, il faut attendre qu’Harry soit endormi
pour enfin agir. Elle est prête à tout pour faire que son
plan fonctionne et ce soir, pour s’assurer qu’Harry a trou-
vé le sommeil, elle se rend invisible et s’introduit dans la
chambre du surveillant en traversant les murs. Au début,
Harry reste éveillé, il lit quelques revues. Il faut près
d’une heure de patience à Axelle pour le voir éteindre sa
lumière et enfin sombrer dans le sommeil. La fille vérifie
qu’il dort bien en faisant tomber volontairement un ma-
gazine. Harry ne bougeant plus, elle est certaine qu’il
s’est bien assoupi. Alors elle ressort et enfin peut passer à
l’action :
Les enfants sont réveillés, aucun ne dort et ils sont tous
habillés. Avec Shanley, elle donne le signal pour qu’ils
descendent dehors, à l’arrière du bâtiment, afin que per-
sonne ne les remarque. Axelle au milieu de tous donne
alors le signal à ses deux amis, Cadmall et Baldouw, les
deux elfes, gardien du dôme de protection. Ceux-là ou-
vrent le champ magnétique et c’est alors qu’une cinquan-
taine d’elfes arrivent et se posent sur la pelouse. Les en-
fants n’en croient pas leurs yeux, pratiquement personne
n’en n’avait jamais vu ou même imaginé, sauf les quel-
ques enfants qui étaient restés à l’école pendant les fêtes
de Noël. Les elfes sont comme des enfants âgés de qua-
torze ou quinze ans, ils ont tous les yeux vers et brillants
et on les reconnaît à leur voix douce et aigu. Ceux-là ont
trouvé un style en s’habillant de la même façon avec des
caleçons noirs et des liquettes rouges. Ils ont les cheveux
longs, même les garçons et l’on ne peut distinguer leur
162
sexe ; filles ou garçons, de toute façon, cela ne fait pas de
différences pour eux.
Axelle ne perd pas de temps et demande :
⎯ Il faut nous emmener tous jusqu’au pied du château
de Paolis et ses bandits. C’est la nuit, nous allons les sur-
prendre dans leur sommeil.
Belinn, l’elfe des elfes, dit alors à Axelle :
⎯ Es-tu certaine que ce soit la meilleure action que tu
aies à faire, ne crains-tu pas que ses hommes soient plus
entraînés que vous et qu’ils vous capturent tous comme
ils l’ont fait pour Cléonisse et Céleste ?
⎯ Belinn, je reconnais ta sagesse, mais je sais que ces
hommes sont dangereux. Aucun humain ne les connaît et
personne ne soupçonne qu’ils ont des intentions trop dan-
gereuses contre l’humanité. J’ai eu l’occasion d’entendre
leurs propos et je sais que Paolis est celui qu’il faudra
neutraliser. Si nous ne le faisons pas, cet homme peut
faire basculer la guerre qui se prépare. Il sait que les en-
fants de Keuramdor ont des pouvoirs et qu’ils sont dange-
reux pour sa reine, Maldeï. S’il arrive à nous neutraliser
avant qu’elle envahisse la planète, cette femme aura des
avantages auxquels peu d’hommes pourront s’opposer.
C’est pour cela que je dois y aller avec tous mes camara-
des de classe. J’ai déjà réfléchi à cela, nous n’avons plus
le choix et c’est le seul moment où nous pouvons encore
agir.
⎯ Tu as certainement raison ; tu sais, nous, les elfes,
nous ne sommes pas là pour créer le conflit ou nous bat-
tre, mais seulement pour rendre service à ceux qui le mé-
ritent. Nous ne pourrons pas vous défendre s’ils vous
prennent, mais vous protéger de leurs coups, tu le sais, tu
es comme nous.
⎯ Je sais tout cela mais je suis différente de vous, j’ai
encore en moi du sang humain et j’ai encore le désir de
163
me battre. Je suis certaine que nous en sortirons vain-
queurs.
⎯ Je le souhaite de tout cœur, nous allons t’emmener
jusqu’au château de ces méchants.
Les elfes attrapent les enfants par deux et ils s’envolent
vers le lieu où se trouvent cachés les bandits.
Voler dans les bras des elfes n’est pas comme voyager en
avion, cela n’a même rien à voir, car un avion se soulève
dans les airs grâce à ses ailes et son moteur, alors qu’un
elfe ne vole pas, mais ce sont les éléments qui se dépla-
cent sous lui. Eux restent sur place mais tout bouge sous
leurs pieds. La différence se fait sentir lorsqu’on se fait
porter, car l’air reste autour de soi sans que l’on sente la
vitesse, les cheveux restent coiffés et il ne fait jamais
froid. Rien ne bouge sous les pieds et l’on a toujours le
sentiment d’être par terre ! Mais, on voit autour de soi le
monde bouger et se déplacer. Les elfes sont des êtres très
magiques, on ne peut imaginer ce qu’ils peuvent faire tant
qu’on ne les a pas rencontrés. Il paraît qu’il y en a plus
qu’on le croit sur la Terre, mais ils ne se font pas remar-
quer ; ils sont toujours là pour protéger les enfants et les
adultes méritants…

De Keuramdor au repère des bandits, il y a peut-être trois


cents kilomètres ; le voyage des enfants dure environ une
demi-heure, les elfes prennent leur temps. De haut, ils
voient la vielle forteresse, but de leur voyage. À
l’intérieur de l’ancien fort, il y a un peu de lumière et de
la fumée. Perchée sur une colline boisée, elle reste dis-
crète et peu visible au pied du raidillon. De loin, Axelle
aperçoit une petite clairière qui pourrait servir de repère
pour eux et elle demande à s’y poser. Quelques secondes
plus tard, tous les enfants se retrouvent sur l’herbe mouil-
lée. Il fait un peu froid, c’est une nuit d’avril et certains se
164
plaignent d’avoir les pieds mouillés. Axelle se fâche en
leur disant qu’un commando est toujours prêt à supporter
tous les aléas de la nature et que maintenant, il faut agir.
Les elfes avertissent les enfants qu’ils restent ici à les at-
tendre, ce n’est pas leur rôle d’aller se battre contre des
hommes. Les enfants sont tous d’accords et Axelle de-
mande à tout son groupe de monter vers le château. Sans
se faire remarquer, les enfants arrivent à l’entrée, mais
une grande porte en bois leur barre le passage. Pour péné-
trer, il faudra passer par-dessus le mur qui est très haut,
peut-être la hauteur de cinq ou six hommes. Axelle re-
garde la palissade et réfléchit :
⎯ Je peux vous faire passer chacun votre tour en vous
portant de l’autre côté. Je propose d’emmener York avec
moi afin qu’il m’aide à ouvrir la porte. Je vais voler par-
dessus le mur et aller directement jusqu’à la porte. Restez
prêts, dès que vous verrez la porte s’ouvrir, je veux que le
groupe des Ethernautes entre le premier. Chacun de vous
devra foncer dans les loges des hommes afin de les réveil-
ler. Votre mission sera de les attirer au centre de la cour
et c’est là que vous, les Maternautes, devrez les maintenir
afin que nous leur donnions une correction en les neutra-
lisant avec nous pouvoirs. Chacun devra donner le mieux
de lui-même, car si ces hommes arrivent à se défendre, ils
risquent de devenir très dangereux. Aucun d’entre nous
ne doit se laisser attraper sinon, ces bandits risquent de
nous neutraliser et nous tenir en otages. Nous sommes à
un contre deux et il faudra être plus rapide qu’eux. Utili-
sez vos pouvoirs sur eux, à la fin, il faut qu’ils aient peur
de nous.
⎯ Comment chercheras-tu Cléonisse et Céleste entre
ces brigands ?
⎯ Je ne sais pas encore, mais je trouverai un moment,
je t’en assure, Moacyr.
165
⎯ Qu’est-ce qu’on fera d’eux si nous gagnons cette
bataille ?
⎯ Abdel, je ne sais pas vraiment, mais ils ne s’en sorti-
ront pas comme ça !
⎯ Tu es vraiment certaine que ton plan va marcher,
Axelle ? Je trouve que c’est un peu hasardeux, tu ne nous
as pas donné beaucoup de détails, je ne suis pas convain-
cu.
⎯ Je laisse l’improvisation faire une grande partie de
cette action, Abbas. Je sens que si je prépare trop les cho-
ses, elles ne se feront pas comme je le souhaite, c’est pour
cela que mon plan a plein de trous, mais je suis certaine
que vous les boucherez.
⎯ Moi, je crois que l’improvisation est le meilleur
plan qui soit. Lorsque’on laisse parler nos cœurs, c’est
toujours mieux que quand c’est la tête qui pense. Le cœur
n’a pas besoin de plans pour agir, il laisse parler son in-
tuition et c’est toujours mieux.
Axelle sourit, Shanley vient de trouver les mots justes
auxquels elle-même n’avait pas pensé. D’autres enfants
confortent l’idée de son amie. Axelle attrape son ami,
York, pour l’emmener de l’autre côté du mur, comme si
elle avait des ailes et de puissantes serres.
Tandis que les enfants se demandent ce qui se passe der-
rière, Axelle atterrit. Là, elle constate vite qu’il n’y a per-
sonne pour surveiller l’entrée et devant la très lourde
porte, ils voient qu’un large madrier est posé contre la
porte, maintenu par des crochets métalliques qu’Axelle
demande à York de faire fondre. Cela ne lui prend que
quelques secondes pour le faire et le bastaing tombe au
sol sans trop de bruit, mais suffisamment pour attirer
l’attention. Ils voient une lumière s’allumer dans une des
tours du château, il ne faut plus perdre de temps. Avec le
garçon, Axelle tire sur la lourde porte et commence à
166
l’ouvrir. Les autres derrière, voyant que ça bouge, pous-
sent à leur tour et heureux, retrouvent leurs deux amis.
⎯ Vite, dépêchez-vous de rentrer, il faut vite pénétrer
dans les bâtiments afin d’attirer les bandits dans la cour,
le groupe des Maternautes, tenez-vous à l’écart et cachez-
vous ; lorsque vous nous verrez tous ressortir, et que les
hommes seront là, alors, agissez !
Timofeï, Moacyr, Bako, Abbas et les autres se question-
nent, mais, Axelle a l’air si sûre d’elle qu’ils acquiescent
sans rien dire. Seule Shanley, qui connaît ce groupe et
Axelle s’interrogent. Mais c’est trop tard pour faire mar-
che arrière, alors plus d’une douzaine d’enfants courent
vers les bâtiments en bois où doivent dormir tous les
hommes. Ils pénètrent à l’intérieur, les chambres sont sé-
parées en trois dortoirs. Par quatre ils entrent en faisant
un bruit formidable qui réveille les hommes. Pas préparés
à voir entrer des enfants, ils râlent mais ne pensent pas à
se défendre. C’est là qu’Izam fait éclater un matelas par
sa pensée et que tous les hommes sont surpris. Dans
l’autre chambre, c’est Shanley qui impressionne tout le
monde, même les enfants, car elle fait pivoter tous les lits
et les renverse et d’un coup liquéfie le métal qui les cons-
titue. Les bandits se regardent tous et c’est alors que l’un
des enfants leur tire la langue et les menace. Il n’en faut
pas plus pour que tous les hommes enfilant juste un pan-
talon les poursuivent. Dans la dernière chambre, Jia, la
petite chinoise si discrète, sort une batte de baseball, jette
en l’air une balle et frappe d’un coup dessus mais elle re-
tombe à sa hauteur. Les hommes la voyant faire rigolent
au début, mais lorsque la balle repart, c’est à une vitesse
prodigieuse et elle se met à faire le tour de la pièce en
frappant chaque homme de façon si violente que certains
tombent au sol, assommés. Les autres se mettent à courir
pour attraper le reste des enfants qui prennent aussitôt la
167
fuite. Tous sortent du bâtiment et les hommes arrivent
derrière eux. À cette instant, tous les malfrats se trouvent
encerclés par les enfants qui sortent des cachettes qu’ils
avaient trouvés. Certains hommes ont pris une arme avec
eux, un revolver ou un couteau. Décidés à ne pas se lais-
ser impressionner par ces morveux, ils se regroupent afin
de ne pas laisser de prise à ces jeunes. L’un deux vise un
des enfants et tire. Mais Sven bondit si vivement que per-
sonne n’a pu le voir et il tien entre ses doigts la balle par-
tie vers la pauvre Oda qui n’aurait rien pu faire. Les yeux
écarquillés, le tireur ne comprend pas et avant qu’il ne
tire encore, son revolver explose en lui brûlant la main ;
c’est Oda qui cette fois réagit plus vite. Les autres hom-
mes veulent attaquer les enfants et certains brandissent
des couteaux. Mais Timofeï attire toutes leurs armes, les
arrache de leurs mains et les jette à terre où York les fait
fondre d’un regard ; ce n’est plus qu’un magma de métal
en fusion. Mais à ces hommes, il leur reste les poings, ils
ne se laisseront pas faire. C’est à ce moment que le com-
bat entre les enfants et ses bandits s’engage.

L’un des hommes se rapproche dangereusement de Maï-


sa, la petite brésilienne et il l’attrape. Mais celle-ci sa-
chant lire l’avenir, voit d’avance son geste et d’un coup,
elle s’arrache de ses mains. Une fois sur le sol, elle se met
en boule et lorsque l’homme se penche vers elle, la fille
se déplie si vivement que l’homme est projeté à plusieurs
mètres en l’air et retombe lourdement sur le sol, perdant
connaissance dans l’instant. Didda est en prise avec trois
autres, mais elle est si vive qu’aucun ne peut l’attraper,
lorsqu’un quatrième homme s’en mêle et lui attrape un de
ses pied. Les autres se jettent sur elle et c’est alors
qu’Abdel d’un coup, arrête le temps autour des malfrats.
Les quatre hommes restent statiques, le temps s’est arrêté
168
sur eux. Le petit garçon dégage Didda et ils prennent des
pierres qu’ils trouvent sur le sol. Ils les assomment. Une
pirouette et les quatre corps remuent et tombent. Mais,
d’autres enfants combattent avec d’autres hommes, il doit
encore en rester une trentaine, tous aussi dangereux. Un
peu plus loin, on voit Shanley, Kime et Scott avec cinq
hommes, les trois enfants courent vite, sans se faire attra-
per, les bandits les menacent de leurs poins, jusqu’à ce
que Shanley, qui possède le don d’invincibilité se mette
au sol pour que ses poursuivants butent sur elle et tom-
bent. À ce moment, Moacyr attire un tas de bûches qui
viennent frapper les hommes qui se retrouvent assommés.
Le reste des hommes décident de se rassembler pour tenir
tête aux enfants, tandis que ceux-là les voyant faire se
regroupent aussi. Face à face, les deux clans s’observent
et lorsque les hommes décident de foncer sur les pauvres
gosses, un rayon vert sort du groupe d’enfants et foudroie
tous les hommes. La force du faisceau est si intense que
les bûches éparpillées s’enflamment et que des braises et
des étincelles mettent le feu aux bâtiments. Mais, à ce
moment, Shanley s’inquiète de ne pas avoir vu Axelle
depuis le début de la grande bataille. Tous les enfants sor-
tent du château en flamme, mais la toute jeune fille cou-
rageuse reste à l’intérieur pour retrouver son amie…

La lumière qui s’était allumée dans la tour avait éveillé


l’attention d’Axelle qui s’était immédiatement précipitée
vers sa source. Là, elle était tombé face à face avec Paolis
le chef de tous les bandits :
⎯ C’est toi qui as kidnappé Cléonisse et Céleste, dis-
moi où ils sont et je t’épargnerai.
⎯ Tu me fais rire, ma petite, je ne suis pas le dernier
imbécile venu. Je sais que tu as certains pouvoirs, mais je
suis comme toi, je viens du monde Lunisse, je connais la
169
source de tes dons et ils ne marcheront pas sur moi. De
toute façon, tes amis ont disparu, ils ne sont plus avec
moi, ils se sont volatilisés, désintégrés, comme je pourrais
le faire avec toi !
⎯ Maldeï a voulu se battre contre moi et elle n’a pas
réussi à me dominer, je suis prête à t’affronter.
Axelle ne sait pas que cet homme détient toute la force
des pouvoirs de sa reine, ; Maldeï, depuis son monde peut
lui donner toute la force dont il aura besoin.
⎯ Tu veux m’affronter ! tu vas devoir supporter toute
la vivacité de la reine de mon monde.
Axelle le fixe dans les yeux, ne bouge pas. Sans un mot,
elle force son regard de plus en plus profondément et
Paolis comprend que cette enfant ne reculera pas. Alors,
d’une grande vivacité, il l’attrape elle la jette sur le mur
de pierres en face. Axelle est légère et l’homme est fort.
Elle vole dans la pièce et s’écrase sur le mur comme un
œuf fragile. Paolis rit à cet instant, croyant l’enfant en
miette. Mais la petite se relève sans une égratignure et le
regarde encore comme au premier instant.
⎯ Tu en veux encore ma petite, cela ne t’a pas suffi ?
Cet homme est vraiment sans cœur, comment un être
normal pourrait-il s’attaquer à un enfant de huit ans ?
Sans scrupules, il se jette sur elle et la prend par les che-
veux, la porte à bout de bras et du haut de la tour la passe
par une fenêtre.
⎯ Ça t’intéresse de faire un plongeon du haut de la
colline ?
Alors, il lâche les cheveux et la petite fille plonge dans le
vide. Mais Axelle sait voler et elle remonte la pente en
élançant ses bras devant elle. Comme un avion de voltige,
elle entame un virage en faisant un tonneau, puis un loo-
ping et arrive jusqu’à la fenêtre et se pose dans la pièce
où elle était avec l’homme.
170
⎯ Tu es finalement douée, je pense que je vais avoir
un peu de travail avec toi.
Paolis lance sur Axelle un tel regard que ses yeux
s’échauffent, faisant brûler tout ce qui l’environne ; le
papier, les chaises en bois s’enflamment et lorsque la fille
est touchée, ses cheveux brûlent aussitôt, ainsi que ses
vêtements. L’enfant ne se plaint pas. Le feu s’apaisant,
l’enfant secoue sa tête et regarde l’homme toujours aussi
fixement.
⎯ Mais qu’as-tu à me regarder toujours de cette façon,
tu vas arrêter, s’il te plaît ?
Les yeux d’Axelle énervent Paolis, il ne se rend pas
compte qu’il est peut-être plus fragile qu’elle. Alors il
décide de surprendre l’enfant et souffle sur elle un air si
froid qu’il pourrait la transformer en glace. C’est ce qui
se passe quelques minutes plus tard, car la pauvre Axelle
est couverte d’une grande épaisseur de glace, au point
qu’elle ne peut respirer. Satisfait de lui, Paolis sourit et se
dit que ce n’est pas si compliqué de neutraliser ou de tuer
un ennemi, qui plus est un enfant. Mais il entend des cra-
quements et se demande ce que c’est. La question ne se
pose pas longtemps car juste après, la glace explose de
mille éclat et Axelle reparaît, le visage et les cheveux un
peu givrés, c’est là que Paolis commence à se question-
ner. Il ne baisse pas les bras et aussitôt trouve autre chose
contre Axelle qui n’est plus pour lui un enfant mais un
ennemi à abattre de façon certaine. Alors par sa pensée, il
fait tomber le plafond de bois et de pierre sur elle en
quelques dixièmes de secondes, Axelle est écrasée sous
tous les gravas, elle ne peut avoir survécu. Paolis est sa-
tisfait, il a gagné contre elle et entendant dans la cour que
l’on se bat, se penche par la fenêtre. À cet instant, enten-
dant du bruit derrière lui, il se retourne et voit se dégager
des décombres l’enfant qu’il pensait avoir tuée. Il est se-
171
coué de s’apercevoir qu’elle n’a même pas une égrati-
gnure et décide d’en finir avec elle. Pourvu des mêmes
pouvoirs que sa maîtresse, Maldeï, de ses yeux sortent
des rayons oranges et puissants qui commencent à brûler
les vêtements d’Axelle, puis enflammer son corps. Il voit
que cela fonctionne, il est certain que nul ne peut sortir
indemne du feu et il s’en réjouit. L’enfant ne crie même
pas, elle tombe sur le sol et vite se transforme en torche.
Ne voyant plus que des flammes sur le sol, il s’en appro-
che pour s’assurer de sa mort. Alors qu’il voit une masse
informe, comme un insecte muant, le corps enflammé
s’écarte d’un coup et en ressort la petite fille intacte.
Cette fois, elle se redresse devant lui et bien qu’une en-
fant, elle paraît plus grande que lui. Ses yeux ont un re-
gard qui semble mortel pour Paolis qui commence à avoir
peur. Il se recule pour ne pas se faire foudroyer, mais son
pied butte contre une pierre et il tombe en frappant vio-
lement sa tête contre un morceau de verre. C’est là que
tout paraît basculer, car le crâne s’ouvre et un étrange ins-
trument métallique s’extrait de sa tête, tombant sur le sol.
Axelle vient de voir toute l’action, elle n’y est pour rien,
mais l’homme vient de perdre connaissance. Il saigne et
elle se dit qu’elle ne peut le laisser comme ça ; il faut
faire quelque chose. Elle ramasse le morceau de fer qu’il
a perdu et c’est à ce moment que Shanley entre dans la
grande pièce à moitié effondrée.
⎯ Où étais-tu, on te cherche partout !
⎯ Paolis, le chef de ces bandits, a voulu se battre
contre moi et il est tombé. Je crois qu’il est blessé, il faut
le soigner.
⎯ Mais, laisse le avec les autres, il ne vaut rien.
⎯ Non ! Je suis un elfe et je ne peux pas laisser un
homme mourir sans rien faire. Il faut que je l’amène voir
un médecin, sinon, il perdra tout son sang et il mourra.
172
Mais, pour vous, comment ça se passe ?
⎯ On a gagné la bataille, tous les hommes sont par
terre, tous assommés, hors de combat, mais il faut partir,
le château est en feu.
⎯ Je vais appeler tous les elfes, il nous faut leur aide
pour mettre tous les hommes à l’abri du feu et que tous
nos amis rentrent à Keuramdor.

173
TOUT A UNE FIN
Axelle pousse un cri étrange, à peine audi-
ble, et quelques instants plus tard, tous les elfes se retrou-
vent autour du château. Axelle s’envole vers eux et de
loin, Shanley les voit discuter. Un instant plus tard, tous
les elfes prennent les hommes inanimés et les mettent le
long du mur extérieur du château tandis que les flammes
montent de plus en plus haut. Shanley s’inquiète, les
flammes semblent gagner la tour mais Axelle et un autre
elfe arrivent jusqu’à elle.
⎯ J’ai cru que vous alliez me laisser brûler, les flam-
mes commencent à monter.
⎯ Nous n’allons pas perdre de temps, viens et accro-
che-toi à moi, Shanley, mon ami va prendre Paolis avec
lui pour le sortir de là.
Tous les quatre s’envolent très vite, et bientôt se retrou-
vent avec les enfants au pied du château. Belinn, la chef
des elfes, avertit les enfants :
⎯ Les pompiers ont dû remarquer le feu dans le châ-
teau, il y a des camions qui montent vers nous, il faut par-
tir au plus vite.
⎯ Mais, cet homme perd son sang, il faut le soigner,
nous ne pouvons pas le laisser là, d’autant plus qu’il a
peut-être des choses à nous révéler, il ne m’a peut-être
pas tout dit au sujet de Cléonisse et Céleste.
⎯ Alors, je ne vois pas d’autre solution que de
l’emmener avec nous, ton père pourra peut-être le soi-
gner.
Axelle rougit en pensant à la tête de son père la décou-
vrant de retour d’une mission commando avec tous les
enfants. En plus avec un homme dangereux avec elle, ce-
la pourrait être encore plus corsé. Mais, parfois, on n’a

174
pas le choix.
⎯ Tu as raison, c’est peut-être mieux.
Il ne faut pas beaucoup de temps pour que tous les elfes
emportent les enfants jusqu’à leur école, ; vite les enfants
retournent se coucher alors qu’Harry dort encore et qu’il
ne s’est aperçu de rien. Belinn accompagne Axelle jus-
qu’à la maison de ses parents et réveille John, fort surpris
de voir Un homme blessé dans les bras de deux Elfes ac-
compagnés d’Axelle.
⎯ Mais, qu’est-ce que vous faites là avec cet homme ?
⎯ Il a besoin de soins, papa, fait quelque chose pour
lui, il a perdu beaucoup de sang.
⎯ Mais, qui est-ce ?
⎯ C’est l’homme qui a enlevé Céleste et Cléonisse. Je
te l’apporte car je sens en lui le bien, je ne sais pas, mais
je crois qu’il n’est plus méchant depuis qu’il a perdu ça !
Axelle brandit vers père l’appareil métallique tombé de
son crâne lorsqu’il s’est arraché la tête sur le verre ; celui-
ci regarde la chose avec curiosité. Dans sa tête, ça va très
vite et il fait emmener l’homme dans son cabinet afin de
l’examiner. John dit à Axelle de rester dans le salon et de
ne pas se sauver encore une fois. Doora est déjà debout
tandis que les deux elfes s’éclipsent discrètement. Pen-
dant plus d’une heure Axelle ne revoit pas son père et ra-
conte sans honte à Doora son aventure, bien qu’elle ait
désobéi à sa mère ; mais elle jure que c’était pour la
bonne cause. Doora lui sourit en l’écoutant, mais lorsque
John reparaît, c’est avec le sourire car ce n’est pas pour
punir ou gronder Axelle, mais au contraire la féliciter.
⎯ Il est sorti d’affaire, mais il a beaucoup de choses à
te dire, en tout cas, c’est grâce à toi qu’il est vivant…
Sur le coup, Axelle ne comprend pas mais lorsqu’elle ar-
rive devant Paolis qui commence à lui parler, elle com-

175
prend pourquoi elle avait voulu le sauver :
⎯ Axelle, je ne pourrai jamais avoir ton pardon
d’avoir voulu te tuer, tout ce que j’ai fait contre toi est si
cruel que ma vie ne suffira jamais à me faire pardonner. Il
y a quelques heures encore, je voulais ta mort à tout prix
et voilà que je suis changé d’un coup, grâce à toi.
⎯ Mais, comment ça ?
⎯ Dans notre combat, j’ai perdu une chose qui était
implantée dans ma tête et qui avait fait de moi un être to-
talement asservi à Maldeï, la femme qui contrôle tout le
monde extérieur sur les autres planètes. Je sais que tu as
été aussi sous son emprise un court moment quand elle
t’avait pris avec elle. C’est une folle et avec d’autres
amis, elle m’avait implanté dans la tête l’instrument qui
m’avait transformé en esclave à son service. De l’avoir
perdu me redonne ma liberté et je retrouve ma cons-
cience ; celle d’un homme qui aime les autres et qui est
prêt à donner ma vie pour les autres. Tout ce que je fai-
sais depuis que je suis arrivé sur Terre était dicté par
quelqu’un d’autre. Tout cela devient du passé maintenant
que j’ai retrouvé ma conscience. Je vivais autrefois sur
une planète s’appelant Natavy et tout mon peuple était
bon, surtout avec les enfants qui étaient la raison de vivre
de nos concitoyens. Un jour, cette femme étrange qui se
fait appeler Maldeï est venue chez nous et a fait des expé-
riences incroyables sur nos femmes. Le jour où elle est
repartie, j’ai été emmené avec d’autres de ma planète.
Nous étions prisonniers sur une île où nous devions fabri-
quer des armes, lorsqu’à un moment elle est revenue me
prendre avec des amis afin de nous transformer en zom-
bis, esclaves de ses désirs. Elle nous a modelés à sa façon,
nous étions devenus ses images grâce à l’appareil qu’elle
avait introduit dans nos têtes. Lorsque je me suis blessé
cette nuit, l’appareil s’est arraché me redonnant mon es-
176
prit, c’est comme ça que tu m’as sauvé.
⎯ Lorsque je t’ai vu, j’ai senti qu’en toi, il y avait le
bien, c’est pour cela que je n’ai jamais voulu me battre
contre toi. Mes amis se sont battus contre tes hommes et
malgré leur entraînement, ils ont été vaincus. La seule
chose qui me chagrine est de savoir si tu sais où sont pas-
sés mes deux amis que vous avez enlevés il y a un mois ?
⎯ Je me souviens que nous les avions enfermés dans
une cave du château n’ayant qu’une porte bien épaisse.
Peu de temps après, lorsque j’ai voulu les voir, ils
n’étaient plus là ; disparus, envolés. Je n’ai jamais com-
pris pourquoi, depuis ce jour, je réfléchissais à trouver
une autre méthode pour revenir vous prendre. J’ai été en-
voyé sur Terre pour préparer la venue de Maldeï, je de-
vais faire en sorte qu’elle ne trouve pas d’obstacles de-
vant elle. Elle va venir, c’est inéluctable.
⎯ Je le sais, dans plus d’un mois d’après les informa-
tions que nous possédons, nous nous y préparons…

Quelques jours passent…

La découverte de cet homme missionné par l’infâme


Maldeï que pratiquement personne ne connaît ici, est en
quelque sorte extraordinaire. D’ennemi, il devient un allié
précieux, connaissant quelque peu les plans que Maldeï
s’apprête à réaliser.
Noèse revient au bout de six jours, après avoir vu tous les
parents de ses élèves et, elle annonce que tous les enfants
pourront quitter le pays pour rejoindre les États-Unis. Mia
l’a quelque peu aidée car en contact avec la présidente
des Etats-Unis, celle-ci a invité personnellement les pa-
rents et les enfants pour l’été prochain à Washington pour
leur faire visiter la Maison Blanche ; aucun n’a refusé…
Christopher et Clara sont repartis dans l’espace car ils ont
177
appris où pourrait se jouer la grande bataille ; leur idée est
d’amener Maldeï jusque là. Avant de rejoindre la com-
munauté des rebelles, ils ont l’intention de s’introduire
parmi les officiers de leur ennemi afin de connaître ses
intentions. S’ils arrivent à suggérer la zone à investir à
son arrivée, ça pourrait aider les terriens…
Axelle n’est pas blâmée par sa mère qui comprend trop
ses motivations, d’autant qu’elle a réussi à sauver Paolis
qui était obombré par l’esprit de leur véritable ennemi,
c’est une victoire pour eux. Mais, hélas, tous les hommes
qu’il avait recrutés ont tous disparu ; d’après les informa-
tions au sujet de l’incendie du château, les pompiers n’ont
pas pu éteindre le feu qui a brûlé toute la nuit et ils ne
trouvèrent aucun homme sur le site, aucune trace. Paolis
c’est engagé à veiller sur le groupe d’enfants jusqu’à leur
départ. De toute façon, ces bandits sont tous repartis dans
d’autres directions, les invasions extraterrestres ne les
intéressent pas.

Les jours ont passé, le mois de mai arrivé et Noèse re-


garde les enfants jouer sur la pelouse et pense à chacun en
se disant que tous ont apporté leur pierre pour construire
l’école qu’elle avait commencé à bâtir.
« Tous les enfants ont été changés après leur mission
commando dans le château, ils ont perdu les défauts qui
les accompagnaient depuis qu’ils s’étaient tous retrouvés
au premier jour de la rentrée des classes. Ils ont mûri
bien que restant de jeunes enfants. Si on les prend un par
un, voici ce qu’ils sont devenus :
Jia, la petite chinoise, si timide, ne savait pas qu’elle
avait le pouvoir de transmettre la force de son cœur vers
les autres ; et aussi, adroite, elle peut lancer une balle de
baseball de façon très surprenante et formidable !
178
Lina ne s’est jamais faite remarqué, mais avec une balle,
elle est formidable. Il faut dire qu’elle a le don d’utiliser
ses mains et de fait des objets si beaux que l’on a
l’impression de les voir vivre avec elle. Lina communique
ses dons et sa force intérieure à ceux qui en on besoin,
ces amis le savent, ils peuvent tous compter sur elle.
Guelia, son cœur est une étoile, elle est capable d’éveiller
dans les autres cœurs la même étoile qui lui donne tant
d’amour. Le premier garçon qui a été touché par son
cœur est Scott, il en est tombé amoureux. Mais en dehors
de ça, cette petite se défend bien ; sur le terrain de base-
ball ainsi que devant des bandits. Son don n’est pas visi-
ble et spectaculaire comme d’autres, mais il est excep-
tionnel…
Maïsa, Brésilienne ne présentait pas de défauts en arri-
vant. Comme Lina, elle reste toujours discrète. Mais, elle
a découvert le don de voir le passé de façon si lointaine
qu’elle pourrait en revenir à la création du monde si elle
le voulait. Mais, devant des hommes pleins de mauvaises
intentions, elle est capable de se battre. Elle l’a fait à
Noël et dernièrement dans le château de Paolis.
Oda, la grande allemande, cette fille n’est pas timide, elle
est souvent avec Axelle ou Shanley. Elle a découvert à
Keuramdor qu’elle était capable de se rendre invisible à
souhait. Mais, cela n’est qu’un détail car frapper avec un
batte la balle est encore plus merveilleux lorsqu’on la
voit faire…
Alice est très susceptible, elle n’aime pas perdre. Mais,
tout cela elle a dû l’abandonner, car à Keuramdor on
dévoile ses dons. Elle fait des merveilles car elle peut
converser avec les étoiles comme les hommes parlent aux
chevaux ou aux chats ; elle a le langage des étoiles en
elle et cela l’a déjà emmenée jusqu’au sommet des mon-
tages ou plus haut encore ; dans les étoiles.
179
Anate, une très jeune Israélienne, connaît la souffrance,
elle l’a toujours vu autour d’elle dans son pays. Ici, elle a
découvert le don de désarmer ses ennemis. C’est par
amour qu’elle peut le faire et personne ne peut y arriver
comme elle ; c’est un don extraordinaire. Et durant la
dernière sortie dans le château, elle a joué un rôle impor-
tant bien qu’elle ne se soit pas faite remarquée.
Lala, petite malgache, née dans une famille très modeste
est très douée, elle sait lire et compter sans que personne
ne lui ait appris. Mais à Keuramdor, les dons se trans-
forment toujours en pouvoir de la Vie et, c’est en com-
prenant que son intellect peut fonctionner très rapide-
ment qu’elle a compris qu’elle pouvait donner aux autres
son intelligence afin de rayonner le Bien véritable…
Cybèle est espagnol, elle a toujours été exigeante pour
elle et ici, elle a découvert qu’elle pouvait modifier les
pensées des hommes, influencer les esprits.
Didda, une jeune suédoise, mais très sûr d’elle au pre-
mier jour de son arrivée. Elle est riche et a beaucoup de
caractère. Mais, malgré ses défauts apparents, elle peut
être très généreuse. Capable de prendre la plupart des
pouvoirs de chacun, elle est souvent dans les mauvais
coups. Mais elle se rattrape en étant toujours là pour ai-
der les autres.
Shanley, elle, c’est un cas ! Arrivée comme une intellec-
tuelle matérialiste, elle s’est avéré un être de grande sen-
sibilité, découvrant ici son don d’invulnérabilité, elle a
aussi compris qu’elle pouvait aussi passer à travers les
murs. Arrivant à Keuramdor avec un terrible caractère,
elle est devenue l’une des meilleurs amis d’Axelle et
Cléonisse.
De toutes les filles, reste Axelle et Cléonisse mais ces là
ont toujours vécu ici et de parents parfaits, elles sont tou-
tes deux parfaites. Seule Axelle a découvert qu’elle était
180
un elfe et cela veut tout dire…
Les garçons, sont ceux qui ont le plus changé, car cer-
tains avaient en apparence bien des défauts.
Abdel, arrivé avec une richesse immense, savait exposer
aux autres ce que le pétrole de son père lui apportait,
mais il a abandonné tout cela en découvrant en lui va vé-
ritable richesse, celle d’une grande âme. Son don est de
pouvoir changer l’espace-temps autour de lui, revenir en
arrière s’il le souhaite. Il a surtout appris ici à ne plus
utiliser ce don dans l’espace du temps, mais dans
l’espace de la pensée et de la raison. Changer l’espace
de l’esprit est ce qui est vraiment le plus important pour
tous les hommes.
Abbas aime soigner les autres, c’est pour lui un véritable
don, tous vous le diront.
Timofeï, est très riche de ses dons, il était violents en ar-
rivant, il a compris que sa violence pouvait être utilisée
pour se déplacer partout où c’est nécessaire dans
l’espace des étoiles ou déplacer tout ce qui doit l’être
aussi ; il l’a montré à plusieurs reprises pour le bien de
tous ses amis.
Moacyr, ce jeune garçon bourré de dons, est extraordi-
naire, tout comme les autres enfants. Il peut enflammer
de son regard n’importe quoi, mais le plus merveilleux
est son don pour les mathématiques ; il est capable de
voir dans chaque objet, ou plus encore la structure ma-
thématique qui le matérialise. De par cela, il a pu aider
ses amis.
Sven, est téméraire, mais au début il comprit vite qu’il
fallait rester sage pour ne pas avoir de surprise. Ces yeux
sont capables de voir partout, à travers tout et l’on ne
peut rien lui cacher.
Bako, c’est le plus terrible, dès son arrivée, il voulait de-
venir chef, il voulait que tous, le remarquent. Il y réussit,
181
mais aussi il reçut le retour de bâton. Et petit à petit, il
s’est adouci en découvrant par les autres que ce qui
prime dans un être ; son cœur, plutôt que ses ambitions.
Doué, il possède un pouvoir de destruction terrible et
grâce à Keuramdor, il en a compris le danger.
York n’a pas l’âme d’un chef et il est serviable, comme
lorsqu’il fit fondre les renforts de la porte du château des
bandits.
Scott aime l’espace et depuis qu’il est à l’école, il a dé-
couvert qu’il pouvait se déplacer dans l’espace à sa
guise, ce qui lui valu parfois de très grandes frayeurs.
Benjamin est un rêveur et il n’a pas changé depuis qu’il
est là. Ses dons sont peu visibles, mais son savoir sur les
astres est grand. Dans la discrétion, il aide beaucoup
d’enfants, c’est pour cela qu’on n’entend jamais parler
de lui…
Kime, le petit chinois, le garçon qui voyage où il veut,
quand il veut, à la vitesse de la lumière…
Lilo a le goût du partage, c’est un don chez lui et il l’a
transmis à tous les enfants autour de lui…
Chad, ses chansons, ses harmonies sont des dons pour
tous, dans l’école, au premier jour, il donnait déjà le ton.
Izam a en lui la lumière du Soleil et lorsqu’il le voit, il
peut jouer avec ses rayons comme en tirant sur les cordes
d’une harpe, afin d’illuminer tout autour de lui. Dans
l’école de Keuramdor, lorsqu’il se déplace, la lumière le
suit.
Tom, le petit américain, aime bien jouer au baseball, il
est doux et c’est pour cela que les filles l’apprécient. Ce
jeune enfant a appris ici à connaître ses qualités senso-
rielles et humaines. Il ne fait pas d’éclats, mais c’est un
bon compagnon, il se sait venir d’un monde étoilé, il res-
sent le monde dans son corps comme une femme portant
un enfant.
182
Il manque Céleste, personne ne sait où il peut être Mais
ce garçon, fils d’Aqualuce la fondatrice de Keuramdor
possède l’ensemble des dons de tous les enfants.
Tous ses enfants font l’école de Keuramdor, depuis qu’ils
sont ensemble, ils ont appris à se connaître et se complè-
tent les uns les autres et avec leurs dons, ils apportent en
plus la pureté de leur jeunesse. Dois-je vraiment les met-
tre comme appât pour attirer le mal. »

Mais, il est trop tard pour penser à cela, car l’autocar qui
doit les conduire jusqu’à l’aéroport se présente à l’entée
de l’école…

183
L’AMERIQUE, LES ELFES ET LE DESERT !
Les pensées de Shanley :

Demain, on est à Disney World. On a pris


l’avion il y a trois jours ; c’était super. Nous avons fait le
voyage en classe affaire, on était comme des rois. Les
hôtesses étaient très gentilles et elles nous donnaient à
boire et manger autant qu’on voulait. Ce qui est dom-
mage, c’est que nos deux camarades, Céleste et Cléonisse
nous manquaient, en fait, on ne sait pas trop ce qu’ils sont
devenus. Axelle nous dit qu’elle sait qu’ils sont avec leur
mère, quelque par dans les étoiles. Pour ma part, j’y crois,
mon amie, Cléonisse, est une fille super géniale, on
s’entend trop bien avec Axelle, on forme un super
groupe, mais ça fait presque deux mois qu’elle n’est plus
là. Noèse, notre maîtresse nous conduit au grand parc
d’attractions, mais ça ne me plaît pas vraiment, les mon-
tagnes russes, les manèges et les Mickeys, je n’aime pas
vraiment, je les trouve tous un peu mous. Moi, j’aime ce
qui est vrai, les bagarres, les choses de grand, quoi !
Je pense à tout ce que j’ai fait depuis que je suis arrivés à
Keuramdor, tout ce que Noèse nous a appris, tout ce que
j’ai découvert en moi, les dons que je ne connaissais pas
et qui peuvent être utiles parfois. Dans un mois, j’ai pres-
que sept ans, mais dans ma tête, j’en ai plus. Je pense
souvent comme un grand et même, j’ai parfois
l’impression d’être très vieille. Parfois, mon esprit part
dans des rêves où je me vois sur une autre planète ; je suis
grande et je fais des choses qui n’existent pas sur Terre.
Je vois aussi dans mes rêves, un serpent en or qui
s’enroule sur la tête de tous les gens en les rendant fou. Je
vois aussi des guerres et parfois, hélas, des morts ; ça, ce

184
sont les mauvais rêves. Heureusement, j’en ai des meil-
leurs, de plus beaux, comme, ceux où avec mes yeux, je
fais pousser des fleurs sur la tête de gens qui perdent alors
leur serpent, ce qui les fait devenir gentil. Je me suis
même vu avec un bébé dans les bras, ce devait être le
mien, mais je me réveille toujours à ce moment-là. Je
rêve aussi que je combats les méchants et je leur donne
toujours une bonne correction. Je rêve que le monde où je
vis devient meilleur, grâce à mes amis de Keuramdor. Je
suis une bagarreuse, mais, surtout une rêveuse. On est ici,
en Amérique, c’est super, on nous amène à Disney, c’est
bien, mais, je sens que ce n’est pas que pour faire ça,
Axelle m’a dit que c’est beaucoup plus grave, il paraît
qu’on va nous emmené dans un camp où on ne s’amuse
pas vraiment ; mais, moi, j’aime mieux ça…

Logés dans un hôtel du parc, le Disney’s Beach Club Vil-


las, un bâtiment très joli, aux balcons blancs et aux murs
bleus turquoise, tons pastels. Les enfants sont heureux, ils
sont en vacances. La journée au parc se passe très bien,
seules, Axelle et Shanley restent un peu en retrait et n’ont
pas vraiment envie de faire des tours dans les attractions,
elles pensent à Cléonisse et Céleste mais surtout à la
suite. Car elles savent que demain, ils partent tous vers un
endroit plus chaud et beaucoup moins drôle ; Noèse leurs
ayant dit que tous les enfants partiraient aux nouveau
Mexique. Axelle n’est pas idiote et en secret, elle a regar-
dé ce que c’était, et a vite vu que c’est le nom d’un dé-
sert. Pour elle, pas de doute, ce n’est pas pour s’amuser, il
se prépare quelque chose d’important. De toute façon,
elle était là lorsque Mia, la secrétaire de la présidente de
l’Amérique est venu les voir et elle a entendu ce qu’elle
disait ; des appâts. Se seront des appâts pour Maldeï, la
terrible femme de l’espace qu’un jour elle a affronté sur
185
sa planète…

C’est le soir et Axelle qui partage la même chambre que


Shanley, lui demande de ne pas s’inquiéter si elle la voit
disparaître quelque temps. Surtout, ne rien dire aux autres
et ne pas alerter les accompagnateurs, elle a une chose
importante à faire et devra être seules. Shanley ne la
quitte jamais et elle est malheureuse de ne pas pouvoir la
suivre ; alors, Axelle lui promet de lui ramener du rêve de
là où elle va et cela rassure son amie.
Noèse vient coucher sa fille et embrasser aussi Shanley,
qu’elle affectionne tout autant :
⎯ Soyez sage et dormez bien, demain, on part pour
faire un voyage important.
⎯ Maman, on va dans le désert, pourquoi ?
⎯ On a besoin de nous, peut-être qu’un jour que tous
les hommes nous remercieront pour ce voyage.
⎯ C’est dangereux ?
⎯ Le danger, c’est de ne rien faire. Je crois que chaque
jour, nous faisons des choses dangereuses sans nous en
rendre compte. Tu sais, traverser une rue est dangereux,
les manèges que vous avez faits aujourd’hui sont parfois
dangereux. Pendre l’avion est aussi un risque, pourtant,
on fait ça tous les jours. Alors, quel danger de plus d’aller
dans le désert !
⎯ Maldeï, elle sera là !
⎯ Axelle, il ne faut pas penser à ça. Ici, il y a l’armée
avec nous. Des hommes nous protègent, on n’est pas seu-
les, ce n’est pas comme sur la planète où tu étais, ici,
c’est la Terre.
⎯ Je saurais me battre contre elle, s’il le faut encore.
⎯ Tu n’auras pas à te battre, tu n’es pas venu ici pour
ça.

186
⎯ Maman, l’appât, ce ne sont pas les autres enfants,
c’est moi. Maldeï me connaît, elle est capable de me sen-
tir, même à des centaines de kilomètres, d’ailleurs, je la
sens déjà ; elle n’est plus loin, elle est déjà arrivée, elle
est au-dessus de la planète, elle me sent aussi.
⎯ Non, Axelle, tu dis n’importe quoi, c’est faux.
⎯ Maman, je ne suis pas idiote, tu sais vraiment ce qui
se passe, tu entends les pensées du monde, tu peux, par-
fois entendre celles qui viennent de l’espace ; écoute
celle-ci, moi, je les entends.
Noèse ferme les yeux, mais refuse ce que dit sa fille ;
peut-être pour garder un espoir et pour oublier que la
guerre n’est peut-être pas loin. Elle sait que d’une autre
planète, le mal s’est levé pour venir jusqu’à eu. Tout ce
qu’ils ont pu faire pendant toute l’année scolaire n’était
qu’un jeu, en rapport avec la redoutable invasion qui se
prépare. Elle le sait, les amis qui sont venus les informer
venaient tous de cette grande zone de turbulence qui s’est
installé dans un coin de l’espace. Ah ! si Aqualuce était
là, peut-être les choses ne seraient pas ainsi ?
Elle se dit qu’il ne faut pas baisser les bras, elle doit
continuer ce qui est commencé ; hélas, pourquoi ses en-
fants doivent être mis en première ligne ?
⎯ On se couche tôt, demain, pas de grâce matinée, il
faut dormir les filles, couchez-vous, j’éteins la lumière.
Elle les embrasse encore toutes les deux et s’en va.
⎯ Toi, t’as le chic pour mettre dans l’embarra ta mère,
j’ai bien vu qu’elle ne voulait pas te répondre franche-
ment.
⎯ Je sais, mais, il fallait que je lui dise, j’avais besoin
de certitudes.
⎯ Et, tu les as ?
⎯ Oui !

187
⎯ Est tu fais quoi ce soir ?
⎯ Il faut que je rejoigne les elfes, pour les informer.
Désolée, je dois partir.
⎯ Je le savais et je sais aussi que je ne peux pas te sui-
vre.
⎯ Alors, au revoir, à demain.
Axelle est en chemise de nuit, elle se lève de son lit, et
ouvre la fenêtre. Shanley était allée dans l’attraction de
Peter Pan et elle se rappelait que les enfants s’envolaient
le soir par la fenêtre. C’est alors que son amie la regarde
d’un air triste et lui dit :
⎯ Aimerais-tu aller au pays des rêves avec moi ?
⎯ Quoi, je pourrais ?
⎯ Si tu aimes rêver, tu en es capable !
⎯ Comment ?
⎯ Viens, donne-moi la main !
Shanley saute du lit, rejoint son amie au bord de la fenêtre
et lui tend la main. Axelle la lui prend avec délicatesse. Et
toutes deux, sur le balcon, regardant les étoiles, elles
s’envolent, tout comme l’aurait fait Peter Pan avec Wen-
dy et ses amis. Si des gens les ont vus s’envoler, ils doi-
vent penser que leur imagination est tant remplie d’une
journée abondamment riche de rêves, qu’ils ont des hal-
lucinations. Sur cette idée, les deux filles parcourent le
parc pour le visiter de haut. Là, elles peuvent profiter du
spectacle que leur offre le plus grand parc d’attractions du
monde…

⎯ Tu vois, Shanley, la nuit, ici, c’est le pays des nuits


bleus et nous, ont par vers le pays des rêves bleus, tu vas
voir, ça existe.
Après avoir fait le tour du parc comme des oiseaux, Shan-
ley, tenue d’une main par Axelle, s’envole vers une desti-

188
nation inconnue. Semblant crever le ciel, les deux filles
passent dans une dimension inconnue ; de la nuit, elle
passe dans le jour, comme ayant ouvert une porte. Là, le
parc d’attractions a disparu, les routes n’existent plus et
même la terre et le ciel ne sont plus comme avant ; leurs
couleurs ont changé. Le bleu du ciel est plus intense et le
sol est vert. Il n’y a plus de maisons, mais tous autour
d’eux, de curieux nuages flottent et paraissent être vivant.
Axelle se rapproche de l’un deux et dit à son amie :
⎯ Mets ta tête dans ce nuage et lorsque tu la ressorti-
ras, raconte-moi ce que tu as vu !
Shanley, bien trop intéressée, le fait immédiatement et sa
tête paraît colée dans le nuage tout rond et tout vert. C’est
étonnant, son corps paraît danser et se tordre doucement ;
cela dure un bon moment, si bien qu’Axelle se détendant,
lâche la main de Shanley qui aussitôt tombe vers le sol en
arrachant sa tête du nuage. Aussitôt, voyant ça, Axelle
fonce vers elle, afin qu’elle ne s’écrase pas sur le sol,
quelques centaines de mètres plus bas. Vite, elle la rat-
trape par les cheveux et la freine !
Ouf ! elle s’est arrêtée de tomber ; une chute pareille,
l’aurait aplati sur le sol, comme une crêpe !
⎯ T’es folle, qu’est-ce qui t’a pris de me lâcher
comme ça ?
⎯ J’ai commencé à m’endormir tu étais si longue dans
ton nuage.
⎯ J’aurais voulu y rester, c’était si bien.
⎯ Oh ! raconte-moi ce que tu as vu.
⎯ Mais, ce n’est pas voir, ce que je faisais, j’étais
complètement dedans !
⎯ Dans quoi ?
⎯ Si tu avais été avec moi, tu te serais retrouvée avec
des tas de gens qui dansaient, c’était la fête, il y avait de

189
la musique, mais, pas n’importe laquelle. C’était une mu-
sique de fées. Les gens qu’il y avait, étaient toutes des
fées très belles. Elles étaient si gracieuses et dansaient si
bien qu’elles m’ont donné l’envie de faire comme elles.
Lorsqu’elles m’ont remarqué, elle se sont rapproché de
moi et m’ont prise par la main pour m’entraîner avec elle.
J’étais si heureuse que j’avais oublié que tu étais avec
moi, juste avant. J’ai dansé, j’ai même chanté avec elles.
Je volais comme elles et je chantais comme elle ; j’étais
devenue une fée. Je ne voulais plus partir, mais lors-
qu’une des fées m’a lâché la main, je suis tombé. C’est là
que ma tête est sortie du nuage et que je me suis vue tom-
ber du ciel et que tu t’es précipitée sur moi.
⎯ Alors, ce n’est peut-être pas de ma faute si tu es
tombé. C’était le signe que tu devais revenir.
⎯ Mais, qu’est-ce que c’était ?
⎯ Tu as mis la tête dans un rêve et tu t’es laissé pren-
dre par lui.
⎯ J’aimerais tant y retourner.
⎯ Nous sommes arrivés au pays des elfes, c’est pour
cela que tu as pu entrer dans un rêve. Dans le pays, il n’y
a que des rêves ; ils remplacent les pensées. Dans ce pays,
il n’y a pas de place pour les pensées, car elles sont toutes
mortelles.
⎯ C’est vrai, je ne peux pas penser, j’ai l’impression
de rêver éveillé depuis que je suis là avec toi.
⎯ C’est tout à fait normal. Tais-toi, nous allons retrou-
ver mes amis, ils ne sont pas loin, ils nous entendent et ils
rient de nous voir un peu perdu ici. Je t’emmène, mais je
crois qu’ils ne vont pas être content de voir ici un humain.
⎯ Mais, qu’est-ce que ça veut dire, je ne suis pas
comme toi ?
⎯ Pas vraiment ; les elfes sont des personnes qui n’ont

190
pas de sang dans les veines, mais du fluide de feu. Nous
ne sommes pas faits d’atomes, comme les humains, mais
d’éthers qui nous donnent la fluidité de l’air et la robus-
tesse de l’acier. Je ne sais même pas si les humains peu-
vent vivre longtemps dans le pays des elfes ?
⎯ Mais, alors, je vais mourir ?
⎯ Non, tu es avec moi et tant que nous sommes en-
semble, tu ne risques rien.
Voilà Shanley rassurée et les deux filles continuent leur
voyage en traversant de nombreux nuages de rêves et
voyant sous leurs pieds des rivières de joie et de magie.
Le pays des rêves bleus s’étend loin sous eux, les laissant
rêveuse. Shanley se laisse bercer par toutes les merveilles
qu’elle découvre à chaque seconde. C’est ainsi qu’elles
arrivent enfin au-dessus d’une cité faite de maison aux
toits rouges et aux murs pastel. Leurs formes sont comme
des champignons aplatis et bien joufflus et on voit entre
les maisons, sur les allées de gazon, des petits hommes
qui paraissent se promener.
⎯ Nous sommes arrivées. Je dois voir Belinn, l’Elfe
des elfes, notre chef. Il faut que je lui parle.
⎯ C’est important ?
⎯ Oui, ça l’est !
Axelle descend vers les maisons en se dirigeant vers un
groupe. Là, elle reconnaît Baldouw, qui habituellement
est toujours à Keuramdor. Celui-ci la remarque aussitôt :
⎯ Mais, que fais-tu là, tu devrais être avec les autres
enfants.
⎯ Oh ! oui, bien sûr, mais il faut que tu m’emmènes
auprès de Belinn, je dois lui parler.
⎯ Elle est occupée, mais je vais voir si je peux la dé-
ranger.
⎯ Elle n’est pas là ?

191
⎯ Non, elle est en Palestine, elle est occupée avec des
enfants qui l’ont appelée. Tu sais, là-bas, il y a des en-
fants comme Anate ou Lilo qui n’ont pas eu l’occasion de
pouvoir venir dans votre école. Je crois qu’elle est partie
leur apporter des consolations. Mais si c’est important, je
peux aller la chercher.
⎯ S’il te plaît, j’aimerais bien ; demain, on doit partir
dans le désert.
⎯ Alors, ne bouge pas, je vais lui demander.
C’est alors que Baldouw commence à se concentrer et
d’un coup se mettre à tourner en vrille si vite qu’en un
court instant, il se transforme en lumière. Puis d’un coup,
file vers le ciel et disparaît.
⎯ Mais, où est-il passé ?
⎯ Shanley ; il est allé en Palestine, tu sais, c’est en
Afrique.
Juste, Axelle a-t-elle dit cela que du ciel descend une au-
tre spirale encore plus lumineuse. Les deux filles sont
surprises et un peu paniqués en voyant cette lumière de
feux, mais lorsqu’elle se pose à côté d’eux, à peine a-t-
elle touché terre, Baldouw et Belinn apparaissent. Axelle
est surprise et heureuse de les voir, elle ne pensait pas
que cela puisse être aussi rapide et elle se précipite dans
les bras de son amie.
⎯ Calme toi, Axelle, dit moi plutôt pourquoi tu as de-
mandé à me voir. Tu sais, la Terre est grande et nous
somme trop peu pour nous occuper de tous les enfants.
⎯ C’est pour cela que je viens te voir. Depuis que
nous nous sommes quittées, il y a eu des événements.
Nous sommes tous partis pour l’Amérique parce que
l’infâme Maldeï va venir sur la Terre. Tous les enfants
vont partir dans le désert du Nouveau-Mexique afin
d’attirer Maldeï. L’armée Américaine est là pour la com-

192
battre. Je sais que Maldeï va nous trouver, car elle m’a
déjà repérée. Elle me connaît et je sais qu’elle est toute
proche de moi, je suis certaine que son vaisseau tourne
déjà autour de la planète. Elle a repéré mon esprit, mon
rayonnement. Je sais que je l’attire comme une bête ayant
repéré sa proie. Mes amis sont en danger, un peu à cause
de moi et je viens te voir si tu pourrais nous apporter ta
protection ?
⎯ Axelle, je sais tout cela. Au lendemain de votre dé-
part, Baldouw est venu me trouver pour me l’annoncer.
Tant que Maldeï n’est pas là, je ne peux rien faire. Tant
qu’aucun de vous n’est en danger, je n’interviendrai pas.
Tu sais que les elfes ne sont pas des guerriers, mais des
protecteurs. Cela dit, ça ne veut pas dire que je vous lais-
serai seule devant Maldeï.
⎯ Peut-être devrais-je partir loin, ou rester au pays des
elfes, comme ça, ne me trouvant pas, elle repartirait.
⎯ Non, ce n’est pas une bonne idée, je pense que si tu
disparaissais, au contraire, elle deviendrait encore plus
dangereuse. Ne te trouvant plus, elle pourrait s’attaquer à
bien d’autres personnes et peut-être faire une guerre ma-
jeure sur toute la planète. L’idée que toi et tes amis soyez
un appât est en fait une bonne idée, au moins, elle se
concentrera sur vous. Ce qui nous laissera beaucoup plus
de facilité pour vous aider. Je te conseille de l’attirer vers
toi, au contraire. Si tu l’as déjà affrontée, tu pourrais être
encore un obstacle et elle apprendra qu’elle n’est pas si
invincible que ça. Cela laisserait aux autres le temps pour
s’organiser ; je ne sais pas.
⎯ Mais, mes autres amis sont en danger.
⎯ Tu dois leur faire confiance, ce n’est pas par hasard
que vous êtes ensemble depuis autant de mois. Tu dois
aussi compter sur tes amis, ils peuvent t’aider. Je peux
même te dire qu’ils peuvent aider tous ceux qui seront
193
avec eux. Mais, tu peux compter sur tous les elfes, même
ceux que tu as libérés lorsque tu étais partie dans les étoi-
les.
⎯ Tu veux dire qu’ils vont venir ?
⎯ Peut-être ont-ils eux aussi un petit compte à régler
avec Maldeï.
Il faut que tu retournes d’où tu viens, ta mère va te cher-
cher, ne la rends pas inquiète, elle a déjà beaucoup de
soucis avec tout cela. Mais, je m’étonne que tu ne sois
pas venue seule, tu sais que le pays des elfes n’est pas fait
pour les humains. À moins que…
Axelle voit Belinn se retourner vers Shanley qui com-
mence à avoir peur de ce qu’elle va lui dire.
⎯ Mais, c’est mon amie, je peux te certifier qu’elle
restera discrète sur ce qu’elle a vu.
⎯ Ce n’est pas ce que je veux dire, c’est autre chose.
Aucun humain ne peut pénétrer dans le pays des elfes.
Vraiment aucun, cela n’est pas une règle mais une loi.
Shanley doit disparaître, à moins que…
⎯ Mais à moins que quoi ? c’est terrible ce que tu lais-
ses entendre !
⎯ À moins que ce soit un elfe, comme toi, comme moi
!
Axelle regarde étrangement son amie et Belinn lui fait un
signe. Shanley ne comprend pas trop au début et voyant
le regard étrange des deux, s’affole.
⎯ Mais, non, non ! que dites-vous. Je ne comprends
pas, je suis une petite fille, voilà tout !
⎯ Axelle, il n’y a qu’un moyen de le savoir, viens
avec moi.
Les deux se parlent un instant, sous les yeux complète-
ment effrayés de leur amie. Puis elles reviennent vers elle
et d’un coup, Belinn attrape Shanley qui commence à se

194
débattre. La tenant par un pied, elle s’envole avec elle et
monte dans le ciel. Axelle la suit.
Perchées dans le vide, la Terre au dessus de sa tête, à des
centaines de mètres, l’Elfe des elfes lui dit :
⎯ Il n’y a qu’un moyen de savoir si tu es l’une des nô-
tres.
⎯ Mais, quoi ?
⎯ Çà !
Et Belinn la lâche, la laissant partir vers le sol afin qu’elle
s’y écrase. La pauvre fille se met à crier de toutes ses for-
ces en tombant. Axelle voudrait la rattraper, mais Belinn
l’en empêche. Pendant des secondes, la fille tombe de
plus en plus vite, le sol n’est plus loin. Mais, à quelques
dizaines de mètres du sol, alors qu’à plusieurs centaines
de kilomètres heures elle n’a qu’autre destin de s’écraser ;
elle fait une courbe et se redresse. Faisant du raz mottes,
elle se met à diriger sa chute et entame une remontée
spectaculaire. Si bien que voyant ses amis, hauts dans le
ciel, elle plonge vers elles pour les rejoindre. Cela se fait
très vite et quelques instants plus tard, elle est à leur hau-
teur. Essoufflée par l’effort, elle les regarde d’un air très
mauvais. Mais, Belinn lui dit :
⎯ Lorsqu’on est un elfe, on n’a pas le regard mauvais ;
il faut que tu changes cela !
Shanley la regarde encore, réfléchit et d’un coup lui dit :
⎯ Mais, tu as failli me tuer, te ne te rends pas compte ?
⎯ Mais, j’ai fait sortir de toi ton vrai pouvoir, sans ce-
la, tu ne saurais pas ce que tu es en vérité ; un elfe. Axelle
l’avait vu au fond de son cœur. Ta peur le masquait, c’est
pour cela que je t’ai fait subir cette épreuve, c’était le seul
moyen. Arrives-tu à sentir dans ton corps le fluide de la
vie et la force de la lumière. Ne sens-tu pas qu’ils te don-
nent des pouvoirs que les hommes ne connaîtront jamais.

195
Ne t’es-tu jamais demandée pourquoi tu n’as jamais
connu la souffrance, ni la douleur ?
Je dois te dire que c’est une des facultés des elfes.
Tu es un elfe.
C’est alors que Shanley se met à pleurer. Axelle vient la
prendre dans ses bras et celle-ci se réconforte et retrouve
le sourire. Redescendues sur le sol, Belinn leur demande
de retourner dans leur chambre au plus vite. Alors, elle
les accompagne jusqu’à la porte d’une maison qu’elle
ouvre. Elle les pousse à l’intérieur et claque la porte sur
elles. Shanley se retourne, mais c’est trop tard, elle
s’aperçoit alors qu’elle est de retour dans la chambre de
l’hôtel de Disney World. Elle ne comprend pas ce qu’il
lui arrive, mais Axelle lui dit :
C’est ça le monde des rêves. Le pays des elfes n’existe
que là-bas.
⎯ Tu veux dire que j’ai rêvé ; ce que je viens de vivre
n’était pas réel ?
⎯ Tu es un elfe, mais, le monde des elfes n’a pas de
forme sur la Terre, pas de lieu. Il n’existe que là ou nous
le voulons, c’est-à-dire dans nos rêves, dans notre imagi-
nation. C’est la dimension de l’éternité et nous en venons.
Allez, viens, ou dois encore dormir, demain, nous parti-
rons et maintenant, tu sais que tu as un grand pouvoir sur
la vie. Cette nuit t’aidera à comprendre ton rôle d’elfe et
demain, tu seras différente de ce soir.
Bonne nuit…

⎯ Debout les filles, vous n’avez pas entendu le réveil


lorsque je suis venu frapper à votre porte. Axelle ne perd
pas de temps, la nuit, ce n’est pas fait pour jouer, mais
dormir.
⎯ Mais, maman, je ne joue jamais la nuit ; je travaille.
Très vite, les deux filles font leur toilette et s’habillent.
196
Surprises, lorsqu’elles sortent de leur chambre pour re-
joindre les autres enfants au restaurant, elles voient par-
tout des hommes en noir, comme s’ils étaient des poli-
ciers. Aucun doute ne subsiste lorsqu’elles voient d’autres
de leurs camarades arriver, suivis par d’autres hommes en
noir.
La fête est terminée, les hommes en noir préparent leur
départ vers le désert.
En effet, après le déjeuner, un bus vient les chercher,
mais il est encadré de quatre voitures remplies de ces
étranges policiers noirs. Les enfants montent dans le car
et quittent l’immense parc d’attractions afin de rejoindre
l’aéroport. Une fois arrivés, ils sont emmenés directement
vers une zone séparée des voyageurs. Ils ne prendront pas
une ligne normale, mais, un avion militaire les attend.
Tous les enfants comprennent que c’est sérieux, Axelle a
fait passer le mot. Les grands, Noèse, Doora, Harry, John,
ainsi que le reste du personnel Keuramdor sont ici ; cela
fait près de quarante personnes. Tous installés dans
l’appareil qui décolle, ils regardent une dernière fois Or-
lando, voyant de loin l’immense parc d’attractions. Puis,
peut après, l’avion quitte les terres pour survoler quelque
peu le golf du Mexique, avant d’arriver au-dessus des
bayous de la Nouvelle-Orléans. Le Texas est un grand
état, mais de haut, impossible de voir les vaches et les
puits de pétrole. Mais les yeux de tous s’inquiètent lors-
que toutes vies ayant disparues sous leurs pieds, ils voient
un immense désert qui ne semble jamais finir. C’est ainsi
que se termine leur voyage ; dans le désert du Nouveau-
Mexique, sur la base Holloman Air Force.
L’avion se pose et au bout de la piste, un bus bien moins
confortable que celui de Disney les attend. Cette fois, ce
sont des militaires qui les accueillent. Le Policier sem-
blant le plus âgé discute avec un officier, puis, il fait si-
197
gne à tous de sortir. C’est Harry qui les dirige, semblant
faire l’interprète pour les enfants. Alors, l’autocar, une
fois chargé, suivit d’un camion avec les bagages,
s’engage vers une zone pavillonnaire, c’est là qu’un autre
officier les attendant, demande à tous de se répartir par
six, afin que chaque petit groupe prenne place dans les
pavillons qui leur sont réservés. Axelle s’arrange pour
être avec Shanley et Oda, mais, c’est Doora qui sera avec
elles, ainsi que Scott et Abbas.
Un peu plus tard, tous s’installent dans leur nouveau cot-
tage, un peu comme on le fait à Center Parcs, mais là, il
n’y a pas de piscines sous une bulle de verre. Il y a du
sable, mais ce n’est pas la plage. En fin de journée, ils
sont tous conduit dans un grand réfectoire où leur a été
préparé un repas. C’est à la fin du dîner que le chef de la
base leur parle :
⎯ Vous comprendrez que c’est exceptionnel si nous
recevons des enfants sur notre base qui en général
n’accueille que des avions et aussi quelques pilotes témé-
raires. J’ai été informé par le ministre lui-même de
l’importance de votre venu. Je tiens à vous dire que vous
serez traités avec beaucoup d’attention et que nous veille-
rons à ce que vous ne manquiez de rien. Ici, il est très im-
portant de boire, car la chaleur est rude, on se déshydrate
vite. Mais, comme il n’y a pas d’activité aérienne en ce
moment, vous serez libre d’aller un peu partout, à condi-
tion de ne pas sortir de la base.
Les enfants sont heureux d’entendre ça et ils sont rassu-
rés.
Axelle dit à ses deux amies :
⎯ Demain, je vous emmènerais faire un tour dans les
hangars qui sont en bout de piste ; j’ai entendu dire qu’il
y a des avions aussi fins que des fusées. Je vous promets
une journée plus exceptionnelle que Disney World…
198
La première nuit dans le désert n’a pas été très agréable,
car il fait bien plus chaud qu’à la montagne. Mais les trois
filles se réjouissent d’avoir du beau temps. Doora les a
obligées à mettre des vêtements qui couvrent leurs bras et
leurs jambes car le soleil du désert est terrible pour la
peau. Même les crèmes à haute protection sont ineffica-
ces. Enfin, avec leurs chapeaux sur la tête, ils sont bien
protégées. Axelle a insisté auprès de Doora pour qu’elle
les laisse partir une heure pour faire un petit tour.
Connaissant l’enfant, elle n’a pas refusé après en avoir
parlé à sa mère. Les trois filles lui font une bise pour la
remercier et sorte pour prendre une rue qui remonte vers
la piscine. C’est l’excuse que donne Axelle pour rassurer
Doora qui leur demande de ne pas se baigner sans elle.
⎯ Je te promets, tante Doora, on n’a pas l’intention
d’aller à l’eau.
Mais, dans sa tête, un plan s’est fait ; sa mémoire a pho-
tographié la base lorsque l’avion a fait un premier pas-
sage avant de faire son approche finale. Elle sait comment
aller jusqu’au parking où elle a vu les avions. Elle, et ses
amies, sont les plus téméraires de l’école, même les gar-
çons n’osent pas faire ce qu’elles font.
Tranquillement, les trois filles prennent la route qui sort
du quartier résidentiel et se dirigent vers la piscine. Elles
croisent un ou deux véhicules militaires et l’on ne leur dit
rien. Cela les rassure et bientôt, elles sont à la hauteur du
grand bassin. Juste après, Axelle leur fait prendre une rue
à gauche, puis à droit. Elles se faufilent discrètement et
enfin arrivent jusqu’à un parking où elles voient une di-
zaine d’avions tous noirs. C’est là qu’un pilote les sur-
prend là :
⎯ Eh ! qu’est-ce que vous faites là, vous n’avez pas le
droit d’être ici, c’est strictement interdit. Imaginez qu’un
199
de ces engins commence à faire tourner son moteur ; vous
seriez grillées comme des saucisses !
⎯ Ah ! lui sort Oda.
⎯ Mais, on fait attention et puis le chef nous a dit
qu’on peut se promener sur la base. Dites, vous pouvez
nous montrer vos avions, ils ont l’air d’être très fort, tout
noir comme ça !
⎯ Ah ! ces appareils sont des F-117 Stealth Fighter,
des avions rapides et invisibles aux radars. Ils permettent
de surprendre des ennemis à la dernière seconde et de leur
envoyer des bombes ou des missiles, sans se faire pren-
dre.
⎯ Oh ! j’aimerais trop en faire un tour, ce doit être
trop bien.
⎯ Ce n’est pas possible, les enfants n’ont pas le droit
de monter dans ce genre d’avion.
⎯ Bon, allez, vous devez quitter ce parking.
Les filles un peu déçu s’en vont, mais ne rejoignent pas
leur résidence. Elles partent vers les pistes. C’est là
qu’elle voit tout un attroupement, de militaires et un auto-
car comme celui qu’elles avaient pris hier. Un hélicoptère
se pose, elles se rapprochent. Des gens descendent, c’est
là qu’Axelle voit, Clara, Christopher et d’autres person-
nes qu’elle avait rencontrés sur l’autre planète où elle
avait été faite prisonnière. C’est à ce moment qu’elle se
précipite en criant :
⎯ Clara, Christopher, Delfiliane. C’est moi, Axelle.
Les grands amis lèvent leurs yeux et voient la petite fille
qu’ils connaissent trop bien. Ils ne s’étaient pas trompés,
en regardant en bas sur la piste.
Clara se rapproche des filles et leur raconte alors com-
ment ils sont revenus sur Terre ; grâce à une arche cons-
truite par leurs amis, à l’autre bout de l’espace. Elle est

200
Christopher ont été prisonniers de Maldeï mais ils ont pu
s’échapper et rejoindre la rébellion ; c’est là qu’ils ont
retrouvé Jacques le père de Cléonisse et Céleste, mais au
moment du départ vers la Terre, il est parti à la cherche
d’Aqualuce, disparu depuis des mois. L’arche qui les a
conduits ici, dans le désert, contenait des milliers
d’hommes et de femmes, c’est toute la population des
mondes extérieurs qui se trouve réunie ici en attendant
Maldeï. Regardant encore une fois Axelle, Clara se dit :

« Tous les enfants de Keuramdor sont ici. L’appât, pour


attirer Maldeï… »

201
CAPTURE
A l’arrivée de leurs amis, Doora, retrouvant
Némeq son époux, a un malaise et se fait transportée
d’urgence à l’hôpital. Aussi, le commandant de la base
demande à Noèse et les autres de le rejoindre à son quar-
tier général.
Axelle aurait aimé faire la fête avec ses amis revenus,
mais avec Clara et Christopher ils rejoignent vite les au-
tres enfants qui sont heureux de savoir leurs amis reve-
nus, ainsi, ils ne veulent plus les quitter.
Tous les enfants sont regroupés avec Clara, Christopher
ainsi que Delfiliane, Dagmaly, deux jeunes femmes arri-
vées avec eux dans l’arche. Tous réunis dans une grande
salle, ils profitent pour faire des jeux, oubliant qu’ici,
dans cette base militaire, ils sont maintenant loin du parc
d’attractions, Disney World. Tous savent que c’est à
cause d’une grande menace qu’ils sont réunis ici. Ils ont
tous entendu parler de Maldeï, celle qui avait fait enlever
Axelle et aussi envoyer une troupe à Noël pour les rame-
ner sur leur planète. Malgré tout, ils ne s’imaginent pas
qu’on puisse venir jusque-là, l’armée américaine toute
puissante sera pour cette méchante femme un obstacle
infranchissable. Axelle l’espère aussi, car elle sent qu’elle
met tout le groupe en danger, elle ressent en elle la pré-
sence de l’esprit de Maldeï, comme si toutes les deux
étaient reliés par ce qu’elles avaient un moment vécu
lorsqu’elle s’était retrouvée dans son palais sur l’autre
planète. Curieusement, elle sent le malaise monter en elle
de minute en minute. Clara la voit et s’approche d’elle :
⎯ Tu n’es pas bien avec nous, Axelle ?
⎯ Oh ! si, bien au contraire, mais j’ai un mauvais pres-
sentiment, quelque chose de terrible dont je suis peut-être

202
responsable. J’aimerais partir, je vous mets tous en dan-
ger.
⎯ Peut-être as-tu raison, mais on ne peut échapper à
son destin. Déjà, Cléonisse et Céleste sont absents, ce qui
trouble les autres enfants. Je pense qu’ils te font
confiance et pour le moment, tu leur es indispensable, tu
fais partie de ceux qui portent le groupe. Ne t’en fait pas,
Christopher et moi sommes là pour vous protéger. Viens,
jouer avec nous, cela te fera penser à autre chose, ta ma-
man reviendra tout à l’heure, de toute façon, je ne pense
pas que nous allons rester là très longtemps, si ça tombe,
il ne se passera rien et vous n’aurez que le souvenir d’un
bon voyage jusqu’en Amérique.
⎯ Tu es sûr ?
⎯ Il faut y croire, sinon…
⎯ Sinon ?
⎯ Il faut vivre de nos rêves et de nos espoirs, c’est
grâce à ça qu’on s’en sort dans la vie. Allez, viens, nous
allons vous raconter notre aventure avec Christopher.
Axelle rêve que tout ce qu’elle ressent ne soit qu’un rêve
et que cette guerre ne soit que dans son imagination.
Alors, elle revient parmi le groupe, mais, des larmes lui
viennent en écoutant ces grands amis, comme si elle pou-
vait lire l’avenir.
D’un seul coup, la grande fille qui est avec eux, Dagmaly,
crie en regardant par la fenêtre :
⎯ On est attaqué, vite, il faut se cacher, ou fuir !
Les enfants se précipitent vers les fenêtres et voient des
tas d’hommes en uniformes arriver vers eux. Clara et
Christopher s’interrogent rapidement et bientôt tous les
voient sortir et courir vers les soldats étranges. Mais, afin
que personne ne voit ce qui se passe, la fille, Dagmaly,
tire les rideaux, demande aux enfants de reculer des fenê-

203
tres et s’allonger sur le sol pour éviter des tires qui pour-
raient être dangereux. Tous les petits ont peur, ils sem-
blent avoir perdu leurs pouvoirs, ils sont comme tous les
enfants du monde. Ils entendent crier dehors, parfois
voient des flashs de lumière. Mais, à un moment, Axelle
ne peut plus tenir et avec ses deux amies, Shanley et Oda,
elles se lèvent pour pouvoir s’avancer vers une des portes.
Dagmaly veut les en empêcher et les suit pour les faire
reculer et se coucher. Mais, c’est trop tard, Axelle a déjà
déverrouillé la porte et Shanley et Oda sont déjà dehors.
Axelle les suit instantanément et la grande fille détermi-
née s’engage devant elles pour les faire reculer. Un cou-
rant d’air claque la porte qui se referme et toutes les qua-
tre se trouvent coincées dehors.
Axelle et les autres se retournent un instant, attirées par
une lumière très puissante. La petite fille reconnaît alors
Maldeï, cette femme monstrueuse qui tient au bout d’une
arme étrange Clara et Christopher. Affolées elles se met-
tent à courir pour ne pas être rattrapées par ses étranges
soldats. Derrière, elles entendent une détonation qui leur
fait penser au pire, mais, elles sont maintenant trop loin
pour voir.
Juste après que les quatre filles se soient échappées, des
dizaines d’hommes défoncent les portes de la salle où
sont cachés les enfants. Tous sont paniqués et devenus
incapable de se défendre comme ils l’avaient déjà fait
dans d’autres circonstances. Maldeï est avec ses hommes,
c’est peut-être elle qui par de grands pouvoirs pétrifie
tous les enfants car aucun n’utilise ses dons contre elle et
ses hommes. Très vite, ils sont emmenés vers le grand
vaisseau qui les attend au dessus. Tous sont enfermés
dans des cellules individuelles sans plus aucun contacte
avec d’autres personnes. Le pauvre Timofeï pleur de ne
rien pouvoir faire. Moacyr se demande pourquoi sa vo-
204
lonté n’a pas pu agir contre ces monstres. Chad ne peut
sortir aucun son de sa bouche, ses lèvres restent collées, il
ne peut chanter. Pourquoi cela, chacun se le demande,
pourtant, ils n’avaient jamais eu peur depuis le début.

C’est ainsi que le vaisseau décolle, alors qu’Axelle et ses


amies sont encore en fuite et que derrière eux des dizaines
de soldats les coursent. Elles arrivent enfin sur le tarmac
de la piste, où sont parqués des avions de dernière généra-
tion par chance, le pilote de tout à l’heure est encore là et
Axelle insiste pour qu’il décolle avec ses amies.
L’homme se demande un petit instant pourquoi cette en-
fant est si insistante, mais lorsqu’il voit arriver sur eux
des soldats étranges, il donne l’alerte et trois autres pilo-
tes non loin de lui qui le rejoignent. Aussitôt, ils font
chauffer les moteurs et roulent pour décoller. C’est ainsi
que tous échappent à leurs poursuivants. Dans un grand
bruit supersonique, les quatre avions déchirent le ciel en
s’éloignant du vaisseau géant venu chercher tous les en-
fants.
Maldeï envoie des chasseurs contre eux, mais ils ont déjà
disparu dans le ciel…

Dans le vaisseau, les enfants ne restent pas longtemps


seuls car déjà on prépare quelque chose pour eux. On leur
met des vêtements étranges avant d’être rassemblés dans
une grande salle, vite ils apprennent qu’ils sont dans la
Salle du Couronnement. En effet, tout comme Maldeï qui
est recouverte d’une couronne de serpent en or, des dizai-
nes de femmes portent sur des petits coussins des couron-
nes à leur taille. Tous comprennent qu’elles seront pour
eux et aucun ne peut sourire. Maldeï est montée sur une
scène et des soldats entourent tous les enfants. C’est alors
qu’elle parle du couronnement pour tous. Elle semble
205
nerveuse, c’est alors que la cérémonie commence. Maldeï
est si pressée qu’elle souhaite s’en occuper seul et le pre-
mier enfant à être pris de force par les gardes est Timofeï,
le petit russe. Le pauvre est tiré de force jusqu’à l’estrade.
Une fois dessus, Maldeï semble le paralyser en le tenant
par un bras et tous assistent au couronnement tragique.
Dès l’instant où le serpent d’or est posé sur sa tête, son
esprit disparaît, le rendant aussi insensible et inerte
qu’une huître juste ouverte, comme si Maldeï venait de
gober son esprit, sa conscience encore vivante d’un coup.
Hélas, le couronnement ne s’arrête pas là, car il y a en-
core vingt trois enfants à couronner et l’enfant qui suit est
une fille, c’est la petite Jia, la chinoise. Celle-ci, malgré
sa taille, se bat avec courage, elle refuse de rester là, ne
veut pas de la couronne. Elle se débat de ses mains,
donne des coups de pied dans les tibias des hommes qui
la tiennent, mais rien n’y fait. Maldeï l’attrape de force et
lui plante deux doigts sur son front, ce qui la calme d’un
coup. Elle en est même presque assommée, si bien que
Maldeï n’a aucun mal à lui poser la couronne sur son
crâne. L’animal une fois sur sa tête, la lui entour en la
serrant fort, il paraît impossible de la retirer. La douce
petite fille a disparu, laissant place à un être dont le re-
gard est comme devenu mortel malgré un esprit devenu
vide…

C’est ainsi que chaque enfant passe sur l’estrade afin


d’être couronné à la façon du serpent. Les enfants de
Keuramdor sont oubliés dans les yeux du serpent qui a
avalé leur esprit ; tous ces mois de bonheurs et
d’apprentissages, évaporés en un instant. La couronne de
serpent paraît avoir atteint son but ; détruire le cœur
d’amour de tous ces enfants…

206
LE RETOUR DES ELFES
Des bruits bizarres dérangent Maldeï qui
commençait à jubiler d’avoir couronné les enfants avec
succès. Vite, elle est informée que d’étranges êtres vien-
nent de pénétrer à l’intérieur du vaisseau. De curieux en-
fants, volants comme des papillons se sont posés sur la
carlingue de son engin et par un sas sont entrés. Elle re-
fuse de le croire, mais, elle est bien obligée d’admettre
que ce sont des elfes, elle n’avait pas prévu cela. Très vite
elle pense que tous les enfants peuvent devenir un rem-
part infranchissable et aussitôt, elle leur ordonne de se
rassembler dans la salle du couronnement en se concen-
trant sur sa couronne pour lui donner toute leur force. Les
pauvres enfants ne sont plus que des esclaves et ils le font
instantanément. La salle où ils se trouvent devient alors
infranchissable pour n’importe qui, même des elfes aux
pouvoirs magiques. C’est alors que la terrible femme se
place à l’entrée de la salle pour les attendre. Les enfants
prisonniers rassemblés ont formé autour d’eux un voile
protecteur interdisant leur approche et lorsque tous les
elfes arrivent, ils découvrent cette femme couronnée
s’interposant devant eux. Impossible de pouvoir franchir
le mur invisible pour entrer dans la salle pour rejoindre
les enfants. Mais, la jeune Axelle qui s’était sauvé au
moment où les autres enfants avaient été enlevés, est de
retour. Non seulement elle a pu fuir avec les pilotes, mais
en plus durant sa fuite, elle a pu combattre des chasseurs
spatiaux et donner une première victoire aux hommes de
la Terre. C’est ainsi qu’après avoir sauvé d’autres hom-
mes et rejoint une base dans le désert, elle s’est envolée
afin de retrouver tous les elfes sortis du pays des rêves
bleu, décidés à venir en aide à tous les enfants ; c’est ainsi
qu’elle passe devant les autres et regardant Maldeï, lui dit
207
:
⎯ Laisse nous reprendre nos amis et retourne d’où tu
viens avec tes soldats et tes vaisseaux, sinon tous les ter-
riens se battront contre toi et tu ne gagneras pas. Fais le
maintenant, tant que tu en as la possibilité.
Cela déclanche un rire terrible et elle lui répond :
⎯ Tu es revenue prendre ta dernière leçon. Tu n’auras
pas la chance d’être couronnée comme tes amis, mais le
moment est venu pour toi de prendre une bonne correc-
tion. Tu ne t’opposeras plus jamais à moi.
Les elfes s’écartent, ils comprennent que Maldeï va se
battre contre leur jeune amie et ils ne peuvent rien contre
cela, ni même s’interposer et se battre à sa place. Si
Axelle accepte le combat, elle devra le faire seule.
C’est alors que Maldeï lance de ses yeux des rayons infra-
rouges afin de brûler l’enfant. Axelle est comme pétrifié
par son regard brûlant et reçoit sur elle toute la force de la
femme. Ses cheveux crépitent et s’enflamment. Sa peau
commence à se cloquer. Mais elle ne bouge pas comme la
première fois où elle l’avait affrontée. Mais, d’un coup,
elle renvoie sur Maldeï un souffle d’air si froid qu’elle
semble geler face à elle. Les rayons de chaleurs sont arrê-
tés, mais l’enfant est blessé, brûlé. Malgré tout, Axelle se
relève tandis que Maldeï se remet des engelures qu’elle a
eu avec l’air glacé qui a arrêté son feu. C’est alors que la
femme lance sur l’enfant une série de décharges électri-
ques sans aucun effet ; Axelle les lui retourne aussitôt.
Maldeï pense alors à étrangler la fille et pour cela, elle
n’hésite pas à l’étouffé pat sa force mentale. On voit au-
tour de son coup comme un garrot invisible l’étrangler.
Cette fois cela devient très efficace les pauvres elfes ne
peuvent rient faire, de défendre l’enfant, n’est hélas pas
leur fonction. Si au moins, Maldeï pouvait la lâcher, ils
pourraient lui prodiguer les soins nécessaires. Axelle de-
208
vient violette, elle ne peut plus respirer, ses yeux sont
rouges, le sang de sa tête ne descend plus vers le cœur.
Dans quelques secondes elle s’éteindra si rien n’est fait.
Mais malgré la très grande souffrance, elle et encore
consciente, peut-être arrive-t-elle à encore réfléchir à une
contre-attaque. Maldeï retrouve le sourire, elle jouit de
voir l’enfant s’éteindre pour de bon, cette fois, elle aura le
dernier mot face à elle, c’est une certitude. Axelle
s’effondre sur le sol et, tétanisée, tous ses membres se
mettent à trembler de toute par, signifiant sa fin.
Les elfes sont tous désemparés, ils ne peuvent croire
qu’Axelle finisse ainsi. Tandis que Maldeï les regarde
d’un air qui veut leur dire :
« Voyez, personne ne peut luter contre moi, vous aussi,
un jour vous succomberez ou plierez devant ma face… »
Cette pensée est si forte que tous les elfes l’entendent
dans leur esprit. Mais, ce que Maldeï ne sait pas, c’est
qu’Axelle l’a aussi comprise malgré son agonie et d’un
coup, la couronne de cette terrible femme se détache de
son crâne et reste suspendu en l’air. Elle s’effondre dans
l’instant et tout ce qui faisait sa force disparaît. Aussitôt,
Axelle est libéré et peut respirer, le mur magnétique entre
les elfes et les enfants disparaît, aussitôt, tout devient pos-
sible. La pauvre Axelle reste au sol, suffocant. Aussitôt
un elfe vient vers elle pour la soigner et l’aider à retrou-
ver son souffle. Mais, elle le retient, car elle ne peut arrê-
ter de se concentrer car c’est elle qui par sa pensée a arra-
ché la couronne et une terrible force tente de la faire re-
descendre et la raccrocher sur son possesseur. Axelle lute
autant qu’elle le peut et Belinn comprend ce qu’elle fait et
dit aux autres elfes :
⎯ Nous n’avons pas beaucoup de temps, il faut vite re-
tirer les couronnes qui sont sur la tête des enfants. C’est
une question de vie ou de mort pour Axelle.
209
La pauvre fille transpire, elle lute autant qu’elle peut ;
c’est le serpent qui essaie de pénétrer en elle, car le
contacte de son influx suffit à la relier à cette maudite
couronne.
⎯ Dépêchez-vous, je sens sa force m’envahir, si je ne
le lâche pas avant peu, c’est moi qui prendrai la place de
Maldeï.
Tous les elfes s’enfoncent dans la grande salle du cou-
ronnement et sans ménagement, ils volent sur les enfants
et leur arrache une à une les couronnes. Celles-là ne sont
pas comme le serpent de Maldeï, car une fois décrochés
du crâne, elles se désintègrent et tombent en poussière.
Tous les enfants à qui l’on retire la couronne perdent
connaissance, bientôt près de vingt cinq enfants gisent sur
le sol. Tous les elfes les prennent pour les faire sortir et
Belinn dit à Axelle que c’est bon, il faut relâcher la cou-
ronne. Mais la petite fille est maintenant prise par la pen-
sée du serpent et cette maudite couronne descend dans la
direction de sa tête. Sans comprendre vraiment, Belinn
donne un violent coup de pied dans la couronne qui vole
et directement retrouve le crâne de Maldeï. C’est à ce
moment que l’elfe prend Axelle dans ses bras et s’envole
pour quitter le vaisseau.
Hélas, toutes les sorties sont fermées, les hommes de
Maldeï ont dû avoir des instructions à ce sujet. Alors, tous
les elfes et les enfants se retrouvent dans une salle dans
laquelle ils s’enferment. Axelle est faible mais elle est
courageuse, alors voyant les enfants encore perdus dans
l’inconscience, elle demande à Belinn de la laisser réveil-
ler ses amis. Cette petite fille a du courage et beaucoup de
pouvoir car sachant que le serpent les a endormis, elle
trouve la parade pour les faire revivre. À chacun, elle
donne de son fluide, peut-être un peu de sa vie en même
temps. C’est alors qu’un à un ils se réveillent et recon-
210
naissent leur amie. C’est ainsi que tous réveillés, les en-
fants ne veulent pas partir sans avoir rendu la monnaie de
sa pièce à Maldeï. Axelle n’est pas vraiment d’accord, il
ne faut jamais avoir envie de vengeance, cela est pour les
hommes sans cœur et sans conscience. C’est alors que les
deux elfes qu’Axelle connaît bien font leur apparition ;
Baldouw et Cadmall, deux individus peu recommanda-
bles dans la lignée des elfes. Tous les deux ont le sourire
et Belinn leur demande pourquoi :
⎯ À votre air, vous avez encore fait des choses qui ne
sont pas dans nos règles ?
⎯ Oh ! non, nous n’avons pas enfreint nos lois, nous
ne nous sommes pas battus, nous avons juste fait des peti-
tes choses sur les moteurs du vaisseau. D’ailleurs, nous
vous conseillons de ne pas rester là car cet engin risque
de tomber d’un instant à l’autre.
Toutes les portes étant fermées, Belinn de son propre
pouvoir faire disparaître le plafond de la salle et au-
dessus d’eux. Alors, s’étend le ciel étoilé sur leurs têtes.
Elle leur crie à tous :
⎯ Vite, quittons le vaisseau.
Tous les elfes prennent avec eux les enfants et au-dessus
de l’engin, ils voient alors que Maldeï vient juste de faire
sauter la salle dans laquelle ils s’étaient tous enfermés.
Deux secondes plus tard, c’était eux qui disparaissaient.
Mais, maintenant de la fumée qui s’échappe du vaisseau
et tous se doutent que c’est le résultat des plaisanteries
des deux elfes.

211
DANS LE DESERT
Le grand vaisseau descend, se dirigeant
vers le centre du désert du Nouveau-Mexique. Les elfes,
les enfants suivent sa course et descendent de concert
avec lui. C’est ainsi qu’ils voient l’engin se poser lour-
dement sur le sol désertique. Les elfes déposent les en-
fants près d’un groupe d’Adultes tous heureux de les voir
revenir dans leurs bras. Ils s’imaginaient qu’ils étaient
encore retenus prisonnier dans le vaisseau de Maldeï.
Axelle retrouve sa mère, Le groupe d’enfants est presque
complet, libérés par une petite fille au courage sans limite
ainsi que tous les elfes, devenus leurs meilleurs amis.
Mais, les ennuis ne sont pas finis car si le vaisseau de
l’infâme Maldeï est devant eux, c’est qu’elle va encore
leur faire un mauvais coup. Tous s’y préparent, mais en-
sembles, ils sont bien plus fort et l’expérience du couron-
nement les a rendus encore plus courageux, ils n’ont plus
peur de cette femme car ils sont maintenant un groupe
très soudé avec les amis qui leur manquaient. C’est alors
qu’un autre vaisseau, cette fois bien plus petit que les au-
tres, arrive dans le ciel et très vite se pose devant eux. A
cet instant ils voient débarquer Cléonisse, Céleste avec
leur mère. Malgré la menasse, tous sont joyeux de retrou-
ver leurs amis. Ils arrivent même avec d’autres personnes
qu’ils ne connaissent pas, mais qui sont certainement
leurs alliés. Plus un ne semble manquer, ce désert est de-
venu le point central de l’univers. C’est alors que Maldeï
sorte de son appareil, à ce moment tous s’inquiètent.
Axelle sent qu’une chose de terrible va se produire et elle
fait reculer tous ses amis :
⎯ Vite, cachons-nous d’elle, je crois qu’elle va faire
quelque chose d’effroyable, je ne veux pas que vos yeux
voient ça. Les enfants l’écoutent et se retournent en mas-
212
quant leurs yeux. C’est à cet instant que se fait la destruc-
tion du vaisseau gigantesque dans lequel elle était. En une
seconde, l’engin qui devait faire presque deux kilomètres
disparaît, ne laissant qu’une pluie de sable tomber sur le
sol et le recouvrir.
Les enfants ne l’ont pas vu, mais, Axelle sait que dans le
ventre du vaisseau, vivaient encore des milliers de per-
sonnes qui n’avaient jamais demandées à faire la guerre
avec les hommes de la Terre. Certainement, juste par fo-
lie, se sont-ils faits tués, tous d’un coup. C’est alors
qu’Aqualuce s’approche de l’infâme reine pour lui parler.
La discussion reste courte et Maldeï s’attaque vite à son
ennemie. Lui lançant sur elle des rayons brûlants afin de
la rôtir. À ce moment, Aqualuce se recule, mais elle est
vite prise au piège et le sable fond autour d’elle. C’est
alors que la petite Lina sent en elle le pouvoir de la sau-
ver. Aussitôt, juste par le pouvoir de sa pensée, elle crée
autour d’elle une coque si solide qu’elle ne peut être at-
teinte par les flammes le plus fortes. En même temps la
pauvre fille, protégeant Aqualuce, perd définitivement
son pouvoir. Elle le sait et le ressent, mais elle se dit que
c’est pour une juste cause. Au même moment, les autres
adultes en font autant, par d’autres pouvoirs qu’ils lui re-
versent, sachant qu’ils pourraient tous lui être utile. C’est
ainsi que les enfants comprenant cela, font la même chose
que Lina, lui donnant tous leurs pouvoirs, s’en débarras-
sant pour que la justice puisse être vainqueur ce soir.
Kime et Scott lui transmette leurs dons d’ubiquité afin
qu’elle puisse se déplacer partout dans l’univers.
York lui donne son pouvoir de transmutation de la ma-
tière, tandis qu’Oda lui donne la faculté de devenir invisi-
ble.
Moacyr, le petit brésilien est très doué pour les mathéma-
tiques, comme il l’avait déjà fait, il lui rend tout ce qu’il
213
possédait encore, ainsi que le don de transformer la ma-
tière.
Axelle, lui rend tous les pouvoirs de la sagesse qu’elle
détient de sa mère, tandis que Benjamin et Alice lui ren-
dent le don de communiquer avec l’univers et les étoiles.
Le jeune Cybèle possède le don d’influencer les esprits et
il lui laisse.
Abbas, trouve les instants indispensables afin de donner
le pouvoir de guérison à Aqualuce, autant qu’elle puisse
en avoir besoin durant le combat mené avec Maldeï.
Avec Sven, Aqualuce peut voir à travers tous ce qui
l’entour, même une planète ou une étoile. Le poétique
Chad, lui fait don de son désir d’harmonie et de compré-
hension des sons, ainsi que son don pour la musique et les
chansons.
Maïsa sait lire dans l’avenir et le passé. Voir le passé est
un don formidable qui permet de comprendre le futur.
Timofeï est un enfant qui aime l’espace, son père y tra-
vaille. Mais son grand don est de pouvoir déplacer les
objets autour de lui ; pourquoi pas une montagne ?
Lilo, est un garçon si simple que son don semble anodin,
mais en fait, les hommes qui sont comme lui sont très ra-
res, car il a le don du partage. Et, il le donne complète-
ment pour Aqualuce.
La force solaire est une lumière. Cette étoile peut brûler
les hommes, mais elle peut aussi les rendre forts leur
donné une énergie qui peut faire grandir leur âme et les
sauver de la mort. Izam a ce don et il le perd pour Aqua-
luce.
Tom, sent de très loin le danger arriver. Grâce à ce don, il
peut toujours prévoir les problèmes et le résoudre. Aqua-
luce peut en avoir besoin.
Didda possède une mémoire si grande que rien ne lui
échappe. C’est en même temps la connaissance qu’elle
214
peut accumuler qui lui donne toute la sagesse qu’elle pos-
sède. Elle sacrifie son don pour l’offrir à Aqualuce.
Anate est un peu comme Lilo ; elle n’a qu’une chose en
elle, c’est l’Amour. Pourquoi devrait-elle le garder pour
elle. Bien qu’il se donne, l’amour ne se perd jamais.
Aqualuce sait si bien le rendre et le recevoir.
Bako à aussi le pouvoir sur la matière et elle n’est jamais
un obstacle pour lui. Ce don, il le perd volontiers pour
Aqualuce.
Shanley est courageuse, elle est téméraire, elle ne connaît
pas la peur ; elle est invincible. C’est tout cela qu’elle
abandonne pour la mère de ses amis.
Il ne reste que deux enfants à n’avoir rien donné à Aqua-
luce. La seule chose qu’ils lui donnent, c’est leur cœur,
simplement ; Cléonisse et Céleste…

Tous ces dons, Aqualuce les reçoit durant le combat mené


contre Maldeï. Alors les deux femmes disparaissent,
s’envolant dans le ciel, prenant l’univers entier comme
champ de bataille. Les enfants et même les grands qui
sont avec eux se questionnent, ne sachant où elles sont
parties, sauf les deux enfants d’Aqualuce car leur mère
ayant emporté leurs cœurs avec elle, ils vivent en elle à
chaque moment.

C’est le soir, le soleil tombe à l’horizon et termine


d’éclairer le sable du désert. Tous restent attentif à ce qui
sortira de cette bataille commencé depuis que les enfants
rentrèrent à l’école de Keuramdor pour y apprendre à lire,
compter ; mais, surtout se découvrir et commencer à
connaître les secrets de la vie. Arrivés là, dans ce désert,
leur tache, si elle n’est pas de se battre contre la plus
grande force du mal, fut de la plus grande importance.
Car ils ont réussi, tous ensemble à donné à tous ceux qui
215
en avaient besoin, la force de lutter contre le mal et
l’injustice. À sept ans, on est un enfant, c’est le jeu qui
domine tous leurs esprits, pas la guerre…

Lorsque la nuit est là, d’un coup, Aqualuce et Maldeï se


pose sur le sable, la pauvre mère de Céleste et Cléonisse
semble blessée, mais l’autre femme parait encore plus
mal en point, fatiguée. Les enfants se demandent com-
ment une femme enceinte peut encore se battre, peut-être
est-ce grâce à tous ses pouvoirs. Mais là, elle parait les
avoir perdus. C’est alors qu’ils voient Aqualuce
s’approcher d’elle sans peur et lui donner un coup de
poing si fort que Maldeï se trouve vite à terre.
Simplement vaincu par KO, qui l’aurait cru lorsqu’on
remue l’univers entier avec d’innombrables vaisseaux,
des milliers de combattants et autant d’armes aussi per-
formantes.

Un simple coup de point pour sauver le monde…

C’est alors qu’Aqualuce arrache la Couronne de Serpent


de sa tête et la lance plus loin sur le sable.

Maldeï ne semble plus être la même, sans sa couronne,


elle est peut-être devenue quelqu’un d’autre. Des gens
courent vers elle et l’emmènent vers un très gros hélicop-
tère. Il paraît que son bébé va naître…

C’est un garçon et ce qui est étrange, c’est tous les gens


paraissent maintenant angoissés, car Maldeï est très ma-
lade, peut-être va-t-elle mourir. Aqualuce sort de
l’hélicoptère qui s’envole très rapidement, emportant
Maldeï et son bébé et c’est là qu’elle s’approche de la
Couronne de Serpent et la prend dans ses mains. Alors, le
216
ciel se couvre et devient si orageux que la tempête n’est
plus loin. La maman de Cléonisse prend des airs étranges
et la foudre éclate tout autour.

Aqualuce, pose la couronne sur son crâne ; la Terre et


l’univers entier ne valent plus grand-chose…

Axelle prévient alors les autres enfants :


⎯ Ne restons pas là, c’est trop dangereux, ce n’est pas
Maldeï le danger, mais la femme couronnée. Aqualuce l’a
remplacée, protégeons-nous. Les enfants rallent mais,
Axelle est si persuasive qu’ils n’insistent pas. C’est alors
que les elfes viennent les chercher pour les emmener dans
un lieu plus en sécurité. Seuls, Cléonisse et Céleste veu-
lent rester avec leurs parents.
Bien plus loin, derrière les dunes de sables et les blindés
de l’armée, les enfants se sentent frustrés de ne pas être
en première ligne, ils auraient tant aimé pouvoir aider
ceux qui sont sur place. Mais, Axelle sait ce qu’elle fait
en les abritant ici et elle leur dit :
⎯ Ce n’est plus une bataille entre des hommes ou des
femmes, mais le combat entre l’esprit de l’humanité et le
serpent. Nous ne pouvons qu’espérer pour Aqualuce,
qu’elle soit vainqueur, sinon, ce sera fini pour nous tous.
Nos pouvoirs, nos jeux, nos rêves ne sont rien face à ce
combat final…
⎯ Je t’aime beaucoup Axelle, mais bien que je sois ta
meilleure amie, je suis certaine qu’on peut quelque chose
d’encore plus formidable ; une chose qu’on n’a jamais
faite.
Aqualuce va se battre contre le serpent ; d’accord. Si elle
ne gagne pas, c’est perdu pour nous tous. C’est ce que tu
dis et à raison, peut-être. Alors, justement, même si le
serpent gagne, ne nous laissons pas prendre par lui,
217
comme il l’a fait tout à l’heure lorsque nous avons dû su-
bir le couronnement forcé qui nous a faits perdre notre
tête. Nous nous sommes fait prendre une fois ; pas deux !
⎯ Mais, je ne comprends pas, Shanley, qu’envisages-
tu ?
⎯ C’est simple, nous devons assurer la contre-
bataille !
C’est alors que tous les enfants la regardent, ainsi que
tous les elfes qui l’accompagnent…

218
LA CONTRE-BATAILLE
Shanley a toujours été une fille surprenante
en même temps qu’étrange et douée. Son pays, l’Irlande
est un territoire magique, d’où est sorti un demi-dieu lé-
gendaire, Cúchulainn. Cette fille semble avoir de ce sang
couler dans ses veines car c’est une petite guerrière invin-
cible ; c’est ce qui en fait toute sa particularité.
Elle explique alors toute sa stratégie et sa ruse, afin que le
serpent ne prenne pas le pouvoir sur la Terre :
⎯ Aqualuce porte le serpent sur sa tête, mais c’est
pour mieux le détruire, c’est certain. Mais, elle ne pourra
pas le faire pour toute la flotte de vaisseaux qui est autour
d’elle. Tous ses engins sont dangereux à plusieurs points
de vu. Tout d’abord, si le serpent prend le pouvoir sur la
tête d’Aqualuce, c’est certain que toute son armée
s’envolera pour détruire tous le points important de notre
planète. Et si même elle gagne, le danger serait que les
militaires américains prennent les vaisseaux pour modèle
pour en faire de nouvelles armes. Nous devons faire dis-
paraître tous ses engins afin que le serpent soit seul, sans
armée, sans oublier toutes les armes que les soldats de la
couronne possèdent. Nous avons besoin de nos dernières
forces, user de nos derniers pouvoirs afin de réussir cela.
Les elfes nous feront voler jusqu’aux vaisseaux et ils
nous placeront dans la meilleurs position afin que nous
puissions neutraliser les guerriers.
⎯ Mais, Shanley, c’est impossible, ils sont peut-être
cinq cent mille alors que nous ne sommes que quelques
dizaines.
⎯ Mais, Oda, l’important n’a jamais été le nombre
dans une bataille, mais la stratégie et l’intelligence que
l’on possède. Les virus sont bien plus petits que les
hommes alors que nous les craignons beaucoup. Nous
219
sommes des virus. Si nous faisons cela, je suis certaine
qu’Aqualuce sera plus forte pour vaincre le serpent. La
Couronne sera seule face à elle. Détruire l’armée de Mal-
deï l’aidera beaucoup, j’en suis certaine. Et comme per-
sonne ne s’attend à être attaqué par des enfants, c’est no-
tre chance…

Tous les enfants réfléchissent, les elfes en font autant.


Finalement, son idée n’est pas si bête et même peut-être
fort utile pour Aqualuce et finalement, tous acceptent.
Mais, il faut aller très vite car la bataille du serpent est
déjà commencée. C’est alors que s’échangeant par télépa-
thie tout le plan élaboré dans la tête de Shanley, les en-
fants prennent leur place avec les elfes qui seront leurs
ailes. Axelle et Shanley n’en n’ont pas besoin, elles ont
leurs propres ailes. Alors, afin de sauver le monde, ils
s’envolent tous vers les vaisseaux et l’armée de Maldeï.
Chaque enfant appelle ses dons afin d’être efficace et
n’être jamais en défaut. C’est ainsi que par petits groupes,
ils arrivent sans se faire voir au-dessus de l’armée du ser-
pent. Les hommes et les femmes qui la composent sont
tous arrêtés, comme s’ils attendaient le signal du début de
l’invasion. Tous les vaisseaux sont vides, c’est l’occasion
pour Shanley de les détruire. Mais, certains s’inquiètent
encore de voir des engins plus gros que des villes. Mais la
petite fille sait comment faire pour les faire disparaître.
Mais tout d’abord, elle veut détruire toutes les armes que
portent les guerriers. C’est là qu’elle fait appel à tous
ceux qui ont le pouvoir sur la matière et elle commande à
Oda, Moacyr, Sven, Timofeï et Bako de se rassembler et
unir leur esprit en un seul afin de créer l’influx capable de
faire fondre toutes les armes. Les cinq enfants regroupent
leur esprit et n’en forment plus qu’un, mais très puissant,
visualisant toutes les armes à leur portée en les imaginant
220
fondre dans l’instant. Ils sont aidés par Jia, Lina, Anate et
Didda qui leur apportent tout le pouvoir de leur force
qu’ils captent des étoiles pures du ciel. C’est alors que
tous les soldats sentent leurs armes s’échauffer et que par
réflexe, ils les rejettent au sol. C’est alors que tous ces
pistolets, canons et autres se mettent à rougir d’abord,
puis à leurs pieds, blanchir jusqu’à fondre et s’étaler sur
le sable. Dans le ciel, on peut voir des milliers d’étoiles
briller dans le désert, malgré la tempête qui se déverse sur
eux. .
Tous les enfants voyant cela hurlent leur joie, ils ont ga-
gné la première bataille en désarmant toutes les troupes
du serpent, même si le vent souffle sur eux et que la fou-
dre éclate de partout. Ils sont tous mouillés par la pluie,
mais ils ont tant de fougue que rien ne les arrête.
Mais, Axelle ressent que sa tante, Aqualuce, est toujours
prise par le démon du serpent. Son esprit n’est toujours
pas redescendu en elle, la bataille fait toujours rage dans
cette partie la plus reculée de la conscience il faut faire
très vite, afin d’alléger la tâche d’Aqualuce.
Shanley le comprend aussi, il est important de faire dispa-
raître rapidement les vaisseaux. Au-dessus de la flotte,
elle rassemble tous les enfants avec elle, les elfes les
maintiennent tous au-dessus du désert, suffisamment haut
pour se concentrer sur l’ensemble des vaisseaux. Malgré
les nuages, la pluie, grâce à Sven, tous voient à travers
l’orage terrible. Bien que ballottés, ils s’accrochent tous.
Le but de Shanley est d’envoyer tous les engins sur le so-
leil afin qu’ils disparaissent tous à jamais. Alors, pour
cela, elle demande à tous les enfants de croire en ce rêve ;
rêver éveillés afin que cela se réalise et elle leur dit :
⎯ La matière est un rêve, le monde en est un aussi.
Tout ce que nous vivons ici n’est qu’un gigantesque rêve
qui nous promène dans le temps et l’espace. Sortons de ce
221
rêve mauvais afin d’en voir un autre ; celui de la Vie…

C’est à cet instant qu’Axelle ressent qu’Aqualuce est


toute proche de la victoire, leur aide doit être efficace
pour elle et elle crie :

⎯ Libérez vos âmes et vos lumières, rêvez l’avenir.


Aqualuce nous le demande, elle dit que nous sommes le
futur du monde, rejoignons tous le pays des rêves bleus.

Alors que l’ouragan souffle fort et que les éclairs sont


encore plus nombreux, une explosion de lumière pénètre
le désert entier, soufflant les nuages, les éclaire, la pluie.
Instantanément, tous les vaisseaux, grand comme des
montagnes s’élèvent et disparaissent, s’envolant à jamais
vers l’astre du jour et d’un coup, tout s’apaise et un ciel
pur apparaît, laissant toutes les étoiles briller dans le ciel,
comme si elles se montraient pour la première fois.
Alors, tous savent que la bataille est terminée.
C’est alors que la jeune Shanley pousse un terrible cri.
D’un coup, tous la voient tomber comme si elle venait de
perdre ses ailes invisibles. De là où ils sont, à des centai-
nes de mètres, si personne ne peut la rattraper, elle
s’écrasera et ne laissera rien de son corps. C’est alors que
Belinn laisse à Axelle, Oda, qu’elle tenait dans ses bras et
fonce vers la pauvre fille pour la rattraper. Shanley fonce
vers le sol à une vitesse prodigieuse et l’elfe semble avoir
du mal à la rattraper. Belinn fonce dans le ciel, désespérée
de ne pas arrivée jusqu’à elle en voyant le sol se rappro-
cher de plus en plus. Non, c’est certain, elle arrivera trop
tard, mais c’est alors qu’elle a une idée. Voyant de ses
yeux de chat le sable, elle l’imagine alors comme un
énorme tapis de mousse épaisse. C’est à ce moment que
Shanley percute le sol et avec surprise, s’enfonce et re-
222
bondit comme sur une éponge. Le subterfuge de Belinn a
fonctionné, car la pauvre fille ne s’est pas écrasée. De
haut, elle paraît sonnée. Alors l’elfe se pose à côté d’elle
juste après et voit la petite fille faire une grimace et pleu-
rer.
⎯ Belinn, j’ai mal à ma jambe. Je suis tombé et je ne
peux plus me relever, j’ai trop mal.
Elle s’approche et voit vite que sa jambe est cassée. Mais,
l’essentiel est qu’elle est bien vivante, ça aurait pu être
bien plus terrible. Peu après, tous les autres atterrissent, et
voient leur amie allongée sur le sol. Axelle se rapproche
d’elle et la console :
⎯ T’en fais pas, maman va te réparer ça très vite, je
vais aller la chercher. Tu es chanceuse, tu es notre héro,
tu as réussi à nous unir tous afin d’aider Aqualuce contre
le serpent. Tu peux être fière, elle a réussi.
C’est alors que tous voient d’un coup un faisceau de lu-
mière descendre du ciel et frapper le centre du désert.
Une lumière si puissante que leurs yeux ne peuvent la
supporter. Tous se demandent ce que cela veut dire, mais
ils pensent que c’est un signe que le serpent est mort et
qu’ils pourront rentrer chez eux et retrouver ceux qu’ils
aiment. Curieusement, juste à ce moment, les elfes dispa-
raissent tous, laissant l’idée d’un travail achevé…

Dans l’heure, un hélicoptère se pose autour des enfants,


Noèse est dedans. Très vite, elle s’occupe de Shanley
mais elle ne peut la soigner et Axelle s’en étonne. Alors,
se retournant vers sa fille, elle lui dit :
⎯ Au moment où le serpent est mort, j’ai perdu tous
mes pouvoirs. Je suis devenue une femme ordinaire. Il
faut emmener ton amie à l’hôpital pour la soigner.
D’autres hélicoptères se posent et prennent les enfants
afin de les emmener vers la ville la plus proche.
223
Plus tard, Shanley ressort de l’hôpital, une jambe dans le
plâtre. L’autocar les conduit tous à l’aéroport, afin de re-
prendre l’avion pour la France. Quelques jours plus tard,
tous revenus à Keuramdor, ils pensent à l’aventure qu’ils
ont vécue. À l’école, des gens nouveaux se sont installés,
les nouveaux amis de Noèse ; des gens, tous venus de
l’espace. Les cours reprennent, l’école continue comme
avant. Sauf que les enfants ne font plus des choses surna-
turelles ; plus aucun n’a de pouvoir. Tous sont devenus
des enfants comme tous les autres, fini les moments où il
était possible de passer à travers les murs, de se rendre
invisible, ou de voler dans les airs et déplacer des troncs
d’arbres. Plus personne ne saurait faire fondre du métal
ou tout autre chose. Mais, ils ont acquis quelque chose de
bien plus formidable que toutes ces magies.

Ils ont découvert que leur cœur porte une fleur si merveil-
leuse qu’elle peut leur ouvrir la vie, leur âme et les
conduire un jour vers un monde sans limites, temps, ni
distance ; un monde parfait, où le mal et le bien ne se font
pas la guerre et où personne ne meure ni ne souffre.

L’univers de la Vie.

224
DERNIER JOUR DE CLASSE
Les pensées d’Oda :

« Dernier jour de classe, aujourd’hui !


Tous les parents sont invités pour une fête qui occupera
tous les enfants et c’est la joie pour tous ; du moins,
presque.
Shanley est heureuse car hier on lui a retiré son plâtre,
mais elle a du mal à marcher, sa jambe ne sait plus vrai-
ment se tenir seule, ses muscles se sont atrophiés. Mais,
comme d’habitude, courageuse et téméraire, elle n’a pas
peur de se lancer et elle fait la fière devant ses amis et ses
parents. Depuis que la couronne de Serpent a disparu,
elle a perdu tous ses pouvoirs et être un elfe n’est plus
qu’un souvenir. Mais, cela n’est rien en comparaison de
ce que Cléonisse et Céleste ont perdu ce même jour. Hé-
las, leur maman ayant vaincu les puissances de la Cou-
ronne de Serpent que Maldeï portait, elle disparut fou-
droyée par un faisceau de lumière étrange. Les pauvres
semblent devoir vivre avec ce souvenir dans leur mémoire
et ils ne se montrent plus aux autres comme avant. Leur
père, Jacques Brillant est revenu de son grand voyage
dans l’espace et il doit s’occuper des enfants que sa
femme lui a laissés ; deux nourrissons qui n’ont pas deux
mois. Mais, il a la chance d’être aidé par les amis qu’il a
ramenés avec lui et ils sont nombreux. Une femme s’est
mise avec lui et elle ne le quitte pratiquement plus, lais-
sant croire qu’ils se marieront peut-être. C’est bizarre la
vie car elle me fait penser à celle qui avait une couronne
sur la tête et qui voulait nous envoûter dans son vaisseau.
Jute je parle d’elle que la voilà ! »

⎯ Alors, Oda, tu es encore dans tes rêves, tu n’es pas


225
avec tes parents ? rapproches toi du buffet, sinon tes co-
pains ne vont rien te laisser à manger !
⎯ Oh, Andévy, je pensais à tous mes amis et à leurs
joies et leurs peines. C’est la fin de l’école et j’aurais tant
souhaité que tout se termine bien pour nous tous.
⎯ C’est juste la fin de l’année scolaire, tout n’est pas
fini, la fête donne à tous de la joie. Viens voir nos bébés,
ils ont le sourire et je suis certaine qu’ils vont te réconfor-
ter.
S’approchant des poussettes, la petite fille voit les trois
enfants. Dans la double, les jumeaux de Jacques
qu’Aqualuce avait eu dans un autre monde ; Marie et Jo-
seph. Rien qu’en les voyants, Oda trouve que leurs yeux
rayonnent le bonheur et elle ne peut que se réjouir. Mais
lorsqu’elle se retourne vers l’autre, l’enfant d’Andévy,
Iahvé, elle s’arrête nette de penser, mais ses yeux pleu-
rent, son cœur vibre de joie, tellement cette enfant la cou-
vre de paix et de bonheur. Jamais elle n’avait vu un tel
enfant pouvoir déverser sur ceux qui l’approche, une telle
sagesse. C’est alors que toute tristesse s’échappe d’elle
instantanément…

La petite fille rejoint ses parents et se met à dévorer les


tartes et les gâteaux qui sont exposés sur les tables. Elle
ne s’est même pas aperçue que ses amis, Axelle, Cléo-
nisse et Céleste ont quitté l’attroupement autour du buf-
fet. Un peu plus tard, une série de petits spectacles se fait
sur une scène montée dans le parc, Oda y participe avec
tous ses amis. C’est alors que Jacques et Noèse
s’aperçoivent que leurs grands enfants ne sont plus là,
mais les connaissants, ils ne s’inquiètent pas.

Bien en retrait du pique-nique organisé et des festivités,


Axelle, Cléonisse et Céleste sont tous trois rassemblés sur
226
une grande plaque de marbre blanc surmonté d’une
grande aiguille orientée vers le soleil ; c’est le cadran so-
laire de Keuramdor. Il est installé à l’endroit le plus haut
le et le plus ensoleillé de l’école et il peut donner l’heure
presque toute l’année. C’est alors qu’Axelle sort de ses
poches une petite boite :
⎯ Personne ne sait que je les ai depuis que nous som-
mes revenues d’Amérique. C’est Belinn qui est allée les
prendre pour moi et elle m’a donné les indications pour
que ça marche.
⎯ Il le faut, Axelle, tous les autres seront heureux si on
réussit.
⎯ Dommage qu’on ne puisse pas faire ça pour maman.
⎯ Céleste, maman, c’est autre chose, tu sais bien
qu’elle ne peut pas revenir de là où elle est, nous n’avons
pas le droit de la déranger. Vas-y Axelle.
C’est là que la petite fille sort de sa poche une peau,
comme celle d’un serpent. Celle-ci est dorée et longue.
Elle la pause sur le sol et l’enroule sur elle-même. Céleste
dit tout bas :
⎯ C’est la peau du serpent que Maldeï avait sur sa
tête ?
⎯ Oui, mais elle n’est plus méchante maintenant.
Chut ! tais-toi et aide-moi en te concentrant. Pense à eux,
très fort. Cléonisse, fais en autant.
La petite fille continue ses manipulations et alors de la
boite qu’elle tient d’une main, elle verse au centre du cer-
cle de peau de la cendre. C’est alors que Cléonisse sort un
miroir et avec le soleil, en concentre ses rayons sur la
peau. D’un coup, un tourbillon de centre qui était répandu
sur le sol se met à tourner et entraîne la peau avec.
L’ensemble prend de la vitesse et se met à grossir. Les
enfants sont éjectés de la plaque de marbre et se retrou-

227
vent sur la pelouse. Ils voient alors les formes se précisent
de plus en plus jusqu’à ce que tout s’arrête d’un coup
avec un déchirement de lumière qui les éblouit de façon
spectaculaire.
Sur le marbre, deux corps encore sonnés apparaissent et
se redressent aussitôt. C’est alors qu’Axelle, Céleste et
Cléonisse voit devant eux Clara et Christopher tels qu’ils
ont toujours été. Les deux adultes regardent les trois en-
fants, se demandant comment ils sont arrivés là.
⎯ Mais, bon sang, qu’avez-vous fait, les enfants ?
⎯ On a besoin de vous tout à l’heure. C’est bientôt le
grand match de baseball et il n’y a que toi qui puisse arbi-
trer, Christopher !
Clara et Christopher avaient disparu le jour où tous les
enfants avaient été enlevés par Maldeï sur la base mili-
taire américaine. Ils s’étaient battus contre la femme à la
couronne de serpent et celle-ci semblait les avoir tués en
les réduisant en cendre ; celle qu’Axelle avait dans la pe-
tite boite et que sa mère avait récupéré là où ils étaient
tombés. La magie que Belinn leur avait indiquée a bien
fonctionné ; il suffisait de mélanger leurs cendres à celui
qui les avait détruits pour les faire revenir. Clara et Chris-
topher sont indestructibles, il fallait juste donner à leur
cendre l’influx nécessaire afin qu’ils reprennent vie.
Axelle attendait le bon moment pour les faire revenir.
Clara et Christopher paraissent sortir d’un long sommeil
et ne peuvent que remercier les trois enfants. Pour Céleste
et Cléonisse, tout leur laisse espérer qu’un jour leur mère
reviendra ; plus que de l’espoir, ils en ont la certitude…

Les équipes se préparent au match. Ce sera un véritable


mach de baseball, plus de magie pendant l’épreuve, mais
de bons joueurs toussent motivés. C’est alors qu’apparaît
en tenue d’arbitre Christopher que tous croyaient mort. Il
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est accompagné de son second ; Clara. C’est alors que
tous les enfants éclatent de joie en les retrouvant, c’est le
meilleur moment de l’année, une véritable victoire sur
tout ce qu’ils durent vivre parfois. Même Céleste et Cléo-
nisse sont vraiment heureux, ils savent que tout est tou-
jours possible ; même leur père le pense en les voyants.

Le match commence, et tous les parents, les amis, tous les


héros qui firent l’aventure de Jacques, d’Aqualuce. Tous
les amis venus de l’espace sont là pour voir ces enfants de
lumière jouer le plus beau match de baseball qui soit…

Keuramdor, une école d’où chacun est le héros.

Eric Vatin

Chelles le 06 Décembre 2010

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