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POLICE POLITIQUE
CHRONIQUE DES T E M P S DE LA RESTAURATION d'après les Rapports des Agents secrets et les Papiers du Cabinet noir

1815-1820
Τ II Ο I S I Κ -M Κ EDITION

PARIS
L I B R A I R I E PLON-N OURKIT
8. HUE FIARANCIÈHE

P L Ö N
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ET C i e , IM P l U M Ε U H S - É D I T E ü K S

1912
Tous droits rt'-svrvSs

LA

POLIGE POLITIQUE

DU M Ê M E A U T E U R , A LA L I B R A I R I E P L Ö N

U n e Vie d'ambassadrice a u siècle dernier. La Princ e s s e de L i e v e n . 5° édition. Un volume in-8° ë c u . . . 3 fr. 5 · Mémoires d u t e m p s de Louis XIV, p a r Du CAUSE DE, NAZELLK.
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ERNEST DAUDET

LA

POLICE POLITIQUE
CHRONIQUE D E S T E M P S DE L A RESTAURATION d'après les Rapports des Agents secrets et les Papiers du Cabinet mir

1815-1820
TROISIÈME EDITION

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PARIS
L I B R A I R I E P L Ö N P L 0 N - N 0 1 J R R I T ET C i e , I M P R I M E U R S - É D I T E U R S 6« !, Κ U F. GARANCIÈHE

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Il a été tiré de cet ouvrage G exemplaires sur papier de des papeteries d'Arches} numérotés de 1 à 6.

et qui ( i ) Voyez mon livre. On ne relève à son compte ni des arrestations ténébreuses. Paris. et les Chouans. sous la Restauration. la police politique. Son histoire mystérieuse. la Police et O . les péripéties de l'autre sont souvent incompréhensibles et demeurent inexpliquées (1). organisée ou pour mieux dire réorganisée par Fouché. f u t tout autre. maintes fois tragique. en marge de l'histoire ofïicielle. Elle en forme eu quelque sorte l'envers et telle est la connexion entre les d e u x que. a été un très actif instrument de gouvernement. ni des exécutions à peine précédées de simulacres de jugement. a Nourrit . se déroule jusqu'à la fin du règne do Napoléon.INTRODUCTION Sous le premier Empire. éditeurs. Le rôle de cette police. Les épisodes sanglants qui assombrirent les débuts du règne de Louis X V I I I . 1895. ni des détentions arbitraires. Pion. pour quiconque ne connaît pas les dessous de l'une. Elle ne pèse pas s u r les décisions gouvernementales.

elle n'en resterait pas moins une chose odieuse. s'il est juste que la postérité et même la plupart des contemporains n'aient pas ratifié ces sentences. De 1815. q u ' u n instrument d'information. date de sa réorganisation p a r les Bourbons. entendaient lui imposer leurs exigences et en faire l'organe de leurs folles revendica- . lui firent conserver. la police politique n'a été. ont eu des juges et si les mesures et les condamnations qui frappèrent quelques-uns d'entre eux ne furent que le douloureux résultat des passions q u ' a v a i t déchaînées une suite d'événements aussi lamentables qu'extraordinaires . au moins provisoirement. même réduite à ce rôle. à 1821. dès son second retour en France en 1815. l'institution que lui léguait l'Empire et grâce à laquelle il pourrait lire dans le jeu des ennemis de sa couronne et de sa maison comme dans celui des étrangers et de ces trop dangereux amis. se sont déroulés au grand jour. Les coupables ou soi-disant tels. à vrai dire et sauf en des cas exceptionnels. on ne tenait compte à Louis X V I I I des difficultés qui se dressèrent devant lui.II LA P O L I C E POLITIQUE constituent ce qu'on a appelé la Terreur blanche. on n'en saurait méconnaître la légalité. si p o u r expliquer son maintien pendant quelques années. sinon pour le justifier. qui. date de sa suppression. sous prétexte de consolider le pouvoir royal. à t o r t ou à raison. anciens émigrés et ultra-royalistes. Toutefois. Ce sont ces difficultés qui.

Sans doute. Contraint d'abord de subir leur joug. au grand détriment de l'ordre. l'appui qu'il leur donnait et sa ferme volonté de rester le fidèle et loyal observateur de la Charte. j'ai eu la bonne . de la liberté et du repos public. Ainsi s'explique le maintien de la police politique pendant une partie de son règne. à conjurer leurs attaques. qu'elles vissent avec regret les tendances libérales de ses ministres. Je ne me flatte pas de la présenter aussi complète •que je l'aurais voulu. mais ne le subissant qu'avec impatience. quand se dénoue le triste épisode des Cent-Jours. il f u t plus intéressé encore à pénétrer leurs intrigues. Une étude sur cette police est le complément nécessaire d'une histoire de ces années troublées par la lutte violente •qui s'engage. à déjouer leurs menaces. la dissolution de la Chambre introuvable. qu'on trouvera dans les pages qui suivent. C'est cette étude. le 5 septembre 1816. dès 1814. comme le prétendaient les orateurs et les j o u r n a u x de l'ultra-royalisme. Lorsqu'il se f u t libéré de leur fatale influence en prononçant. Il ne l'était pas moins à savoir ce que pensaient de son gouvernement les grandes puissances de l'Europe et s'il était vrai. que j'ai depuis longtemps entreprise. Le rôle qu'elle joue peut être comparé à celui d'une agence secrète de renseignements.INTRODIJCTION m tions. entre le parti de la Révolution et celui des émigrés et recommence avec plus d'âpreté haineuse. il voulait connaître leurs projets.

des dépêches diplomatiques copiées chez les ambassadeurs accrédités à Paris ou livrées par leurs courriers et. des observateurs. telles étaient ces mœurs qu'ont rendues désormais impossibles les chemins de fer. Si l'on y peut objecter qu'ils ne sont que des l a m b e a u x de vérité. la formidable augmentation . La manière dont d'habiles agents. ces documents sont encore incomplets et ne forment p a s un t o u t .IV LA POLICE POLITIQUE fortune de m e t t r e la main sur une partie du fond& d e l à police p o u r la période qui va de 1815 à 1821 et de retrouver dans des archives privées de nombreux: rapports d'agents. s'introduisaient chez les ambassadeurs étrangers ou dans la maison de personnages en v u e . livrant à prix d'or les secrets écrits ou v e r b a u x des foyers dont ils avaient la garde . des papiers saisis çà et là. où u n personnel de choix était uniquement affecté à l'ouverture des correspondances privées. le télégraphe. une suite de dossiers du Cabinet noir. Ils sont assez instructifs et révélateurs pour répandre un peu de lumière sur des choses peu ou mal connues. quoique volumineux. enfin. du moins suffisent-ils à nous donner une idée exacte et fidèle des moeurs policières d ' u n temps qui n'est plus et avec lequel elles ont disparu. Ils ne font pas t o u t e la lumière que nous aurions le droit de souhaiter. Mais. On aurait t o r t toutefois de les dédaigner. les agissements de l'administration des postes. comme on disait alors. les subalternes séduits et achetés.

à des procédés déshonnêtes ou indélicats à l'effet de s'en emparer. n'est pour exciter nos regrets. assumé la responsabilité. en avait concentré les services. grâce à Dieu. n'existait plus depuis deux ans. La police politique j e t a ses derniers feux en 1820. à une surveillance qui rappelle les détestables mœurs d'autrefois. si ce n'est dans les rapports internationaux. ils le savent sans avoir à se donner beaucoup de peine. Les informations -que les gouvernements avaient alors intérêt à se procurer p a r tous les moyens leur arrivent aujourd'hui trop vite et en t r o p grande abondance pour •qu'ils aient besoin de recourir. d u r a n t plus d'un q u a r t de siècle. il n'en reste plus guère de traces. Mais. absolument rien.INTRODUCTION ν des lettres expédiées tous les jours de tous les côtés et surtout la liberté de la presse. exercé les attributions. plus complètes qu'ils ne les avaient. mais . de telle sorte que m o n t r e r a u j o u r d ' h u i comment elle opérait alors. ne constitue qu'une résurrection historique. et ce qu'ils ont intérêt à savoir. Elle avait à peu près disparu avec lui. soit au point de vue diplomatique. De récents événements ont prouvé que les cabinets européens se livrent encore les uns sur les autres. la police ne pénètre plus dans nos maisons et ne lit plus nos lettres. le ministère spécial. où rien. Ils les reçoivent par les journaux. A cette époque. soit au point de vue militaire. une promenade à travers des cités mortes. De nos jours. sauf exception. qui.

Leurs canons remplissaient la cour du Carrousel. plus dévastatrice que l'autre. On sait ce qu'était la situation de la France. Un général prussien était nommé gouverneur de la capitale et les municipalités des arrondissements étaient obligées de se soumettre à la surveillance d'officiers étrangers désignés par lui. La malveillance et les défiances de l'Europe se trahissaient . l'empereur d'Autriche et le roi de Prusse arrivaient derrière leurs troupes victorieuses. le baron de Vincent pour l'Autriche. elle subissait les horreurs d'une invasion nouvelle. et leurs ambassadeurs. Pour compléter cette mise en tutelle de Paris. braqués sur le glorieux palais des rois. L'empereur de Russie. les souverains alliés organisaient une police secrète placée sous la direction d'un Allemand. le comte de Goltz pour la Prusse. recevaient la mission de se former en conférence pour veiller de près aux actes d u gouvernement. annonçant déjà· les conditions de la p a i x onéreuse et humiliante qu'ils devaient nous imposer quelques semaines plus t a r d . Pozzo di Borgo pour la Russie. lorsque au mois de juin 1815.VI LA P O L I C E POLITIQUE où tout au contraire semble fait pour nous inspirer l'horreur de coutumes heureusement abandonnées. au lendemain de Waterloo. lord Stuart p o u r l'Angleterre. Les armées alliées se répandaient sur son territoire et occupaient Paris. les Bourbons rentrèrent aux Tuileries. A peine délivrée de la première invasion.

par l'intervention bienveillante de l'empereur Alexandre I er . source des malheurs effroyables qui se déchaînaient sur la patrie. retentissaient de toutes parts. En dépit des humiliations infligées par les étrangers à l'orgueil national. A la tribune de la Chambre. à peine tempérée. t r o u v a i e n t déjà auprès de ce prince. en de rares circonstances. qui n'était encore que comte d'Artois. ils se répandaient en accusations.INTRODUCTION VII non seulement dans ces mesures outrageantes. Cris de colère. appelaient la foudre sur la tête des hommes politiques et des généraux auxquels ils imputaient le funeste retour de l'usurpateur. englobant dans les mêmes fureurs les partisans de Napoléon et ceux de la Révolution. en menaces. mais encore dans la dureté de l'exécution de certaines d'entre elles. excitation à la vengeance et à des c h â t i m e n t s implacables. qui avaient voté la mort de Louis X V I . ils s'étaient attiré l'animadversion de l'armée et des masses profondes du pays. Ils n'en tenaient d'ailleurs aucun compte. dans les salons. et . dans les journaux défenseurs de leur cause. par leurs flatteuses complaisances à leur égard. les royalistes les avaient accueillis comme des libérateurs et. aussi bien que par leurs ardeurs vengeresses contre le parti vaincu. qui allaient créer de si grands embarras à Louis X V I I I pendant les années suivantes. en invectives. Ces exigences de l'ultra-royalisme. et conduire un peu plus t a r d Charles X à sa perte.

Cette hostilité contre toutes les tentatives de pacification et de rapprochement entre los factions rivales. impérial . de même la mise à la demi-soldo d ' u n si grand nombre d'officiers uniquement coupables d'avoir c o m b a t t u p o u r la France sous le drapeau. ce f u t aussi une satisfaction donnée au parti des ultras .VIII LA POLICE POLITIQUE auprès de sa belle-fille. Ce fut pis encore après la constitution du cabinet Richelieu. Les divisions auxquelles le p a y s était livré. L'envoi de l'armée impériale derrière la Loire ne fut pas seulement un acte de soumission à la volonté des alliés . Ce ministre et son collègue Decazes n'eurent pas de plus violents adversaires que les fanatiques qui s'agitaient autour du comte d'Artois et leur reprochaient de ne vouloir pas m e t t r e en pratique les doctrines ultra-royalistes. l'ordonnance du 24 juillet 1815 qui proscrivit la plupart des notabilités révolutionnaires ou bonapartistes. se manifesta dès le retour du Roi. Ce que furent les conséquences de ces décisions arrachées à la faiblesse du gouvernement royai. et le bannissement des régicides que prononça la loi d'amnistie. des encouragements et un appui. la duchesse d'Angoulême. en les exceptant des mesures de clémence et d'apaisement qu'elle édictait. de même encore. . se reproduisaient dans la famille royale et obligeaient le Roi à se tenir en garde contre les menées occultes de son frère et de sa nièce.

parfois. tous les historiens de la Restauration l'ont raconté et il n'y a pas lieu d'en reconstituer le désolant tableau. l ' a t t i t u d e des préten- . E n t r e ces deux camps ennemis. t a n t ô t à gauche. un centre que les élections tour à tour fortifient ou amoindrissent au gré des circonstances et u n ministère sans cesse obligé de chercher une majorité t a n t ô t à droite. les bonapartistes. Elles eurent pour conséquence de laisser la royauté restaurée en présence de factions irréconciliables : d'un côté. La situation est tellement grave et troublée que l'opinion s'accrédite qu'il sera impossible aux Bourbons de continuer à régner. les ultras qui s'exaspéreront de ne pouvoir faire triompher leurs vues et d'être frappés par l'ordonnance de dissolution. qui ne pardonneront pas plus l'ostracisme dont ils ont été l'objet que les exécutions sanglantes dont les plus illustres d'entre eux ont été victimes . de l'autre. après avoir favorisé la restauration de Louis X V I I I . militaires et civils. On va jusqu'à prétendre que les souverains alliés. stigmatisé par la gauche quand il t r o u v e cette majorité à droite et honni par la droite quand il la trouve à gauche. comme l'unique moyen de pacifier la France. le reconnaissent incapable de conserver son pouvoir. et qu'ils ont décidé sa déchéance et l'expulsion de sa famille. Ces difficultés s'annoncent dès que Louis X V I I I a repris le pouvoir.INTRODUCTION d u r a n t ces heures calamiteuses. A en croire ces rumeurs qu'on tiendrait pour sans fondement si.

il fallait que le Roi é t a y â t ses moyens de défense d ' u n e surveillance incessante dont la police politique serait. Ces informations étaient assurément aussi fragiles que contradictoires. le prince royal de Suède. Mais. Cependant. Mais. en le t e n a n t sans cesse informé des propos et des projets de ses ennemis et de ces étrangers dont la présence sur le territoire français affaiblissait son pouvoir. dépopularisait son gouvernement et constituait un outrage à son autorité. On dit q u ' à défaut du prince d'Orange. les orléanistes croient que ce souverain lui préférerait leur candidat. le Tsar l'accepterait. il le croyait.X LA POLICE POLITIQUE (lants qu'elles désignent ne les justifiait. à épaissir le mur d'inimitiés qui montait a u t o u r du t r ô n e des Bourbons. elles contribuaient à passionner les esprits. le roi de Rome. Bernadotte. héritier de l a couronne des Pays-Bas. L'empereur d e Russie songe. . à son beau-frère. étonné q u ' o n n'ait pas songé à lui. avec l'impératrice MarieLouise comme régente. afTirme-t-on. Pour que le trône pût le dominer. se met en avant et fait agir sous main des agents qui lui sont dévoués. La Prusse semble ne pas se mêler à ces intrigues. au moins en ce qui touche les intentions des alliés : la preuve en a été faite depuis. On insinue aussi que l'Angleterre pousse le duc d'Orléans qui réside à Twickenham et qui compte à Paris des partisans. l'empereur d'Autriche propose de mettre s u r le trône son petitfils. l'instrument le plus efficace. le prince d'Orange.

en Hollande. à l'intérieur sur les nombreux étrangers qui résidaient à Paris. sur le savant Alexandre de H u m b o l d t qu'on savait en relations avec les salons aristocratiques et qui p e u t . sur Chateaubriand dont l ' a t t i t u d e était si souvent hostile et toujours louche. telle qu'elle avait fonctionné sous l'Empire.INTRODUCTION χι Cette surveillance était la condition nécessaire de sa sécurité. en utilisant ses agents dont de gros t r a i t e m e n t s assuraient la fidélité. sur Fouché que la légation de Dresde ne consolait pas de n'être plus ministre et qui s'y sentait menacé p a r la haine des royalistes . qui. il n'y avait q u ' à tirer p a r t i de son organisation. les h o m m e s de marque s'entend. en Angleterre. sur les ambassades. en l'améliorant. commençaient à publier des p a m p h l e t s et des libelles séditieux et desquels on pouvait craindre des complots . mais dont il n'était que trop n a t u r e l de suspecter les sentiments. en Belgique. sur les sommités d u parti des ultras. en Allemagne. Elle devait s'exercer à l'extérieur sur les bannis. La nécessité d'une police politique une fois démontrée. et en se servant des instruments qu'ils étaient accoutumés à manier. sur le duc d'Orléans qui s'obstinait à ne pas r e n t r e r sans vouloir dire pourquoi . enfin. qu'à t o r t ou à raison. sur les anciens serviteurs de Napoléon que la proscription avait épargnés.ê t r e ne s'y montrait pas favorable au gouvernement royal.. on croyait inféodés de près ou de loin à l'opposition.. sur tous les hommes. .

-c'est le hasard seul qui dicte le choix des commis et leur fait décacheter. a inventés Fouché.LA POLICE POLITIQUE C'est ici qu'il y a lieu d'entrer dans le vif de c e t t e organisation. et assez de sûreté de m é moire pour conserver le souvenir des écritures. le Consulat et l'Empire. sous le Directoire. Ces messieurs sont chargés d'ouvrir les lettres p a r t i c u lières et quand elles leur paraissent mériter d ' ê t r e lues par le gouvernement. ceux enfin que. dans un mouvement aussi régulier q u e celui d'une machine. A u sommet de ce ténébreux édifice. Aussi. celle-ci plutôt que celle-là. p a r des moyens qui l e u r appartiennent. d o n t le directeur des Postes gouverne le personnel. Ce travail exige du tact. q u e nul ne connaît et qui travaille d a n s l'ombre. personnel de choix et de confiance. les uns d a t a n t du règne de Louis XV. . A défaut de ces qualités et à moins que le nom d u destinataire d'une lettre ne commande de l'ouvrir. résultat de l'expérience et où se confondent. les autres appliqués précédemment p a r les comités révolutionnaires. sont-ils souvent déçus et obligés de la refermer après avoir constaté qu'elle ne contient rien d ' i n t é ressant. d'en prendre copie a v a n t de les réexpédier ou de les détruire. les procédés les plus divers. une connaissance parfaite des hommes et des choses du m o m e n t . se place le Cabinet noir. passé maître d a n s l ' a r t de gouverner un g r a n d pays par des m o y e n s de police.

C'est ainsi qu'ils apprennent un jour qu'un jeune Anglais. sous la même date. dont la réputation de vertu a toujours été inattaquée. l'existence d u Cabinet noir étant trop connue pour qu'un homme politique confie à la poste les choses qu'il veut cacher. Rien qui touche à la politique dans ces lettres. destinées à les convaincre l'une et l ' a u t r e de l'ardeur de son amour. ils sont payés de leur peine. deux lettres adressées par ce don J u a n britannique aux deux maîtresses qu'il trompe. souvent aussi. l'autre. qui éclairent d'un jour inattendu des situations privées. des actes de vie intime. non pas qu'ils aient découvert quelque secret dont la divulgation sera profitable à l ' É t a t . s'est arrêté à Versailles et y a donné rendez-vous à Mme Récamier. — mais. Ils apprennent aussi beaucoup d'autres petits secrets qui ne tirent leur intérêt que de la qualité des personnes qu'ils concernent. la femme d ' u n grand fonctionnaire. lettres passionnées. Ils savent de même qu'au retour d ' u n voyage. ils en· . est l ' a m a n t de deux belles dames. parce qu'ils o n t mis la main sur des aveux et des confidences de personnages h a u t placés.INTRODUCTION χπι Mais. l'une veuve d o n t il a un fils. avant de rentrer à Paris. voire des liaisons que le monde soupçonne à peine ou même pas du tout. Néanmoins. — de telles découvertes sont rares. Chateaubriand. Ils se sont sans doute extrêmement divertis en lisant. familier des salons ministériels.

les signataires de ces lettres. cependant. le personnage qui occupait alors l a fonction. — c'était u n ultra. les événements du Midi excitent une émotion générale . à titre d'outil d'information. bon à utiliser dans les heures de crise. par des altérations perfides. Malgré tout. il les t r a n s m e t au ministre de la Police qui en fait son profit et les présente à Sa Majesté. Ces copies remises au directeur des Postes sont examinées p a r lui. changé le sens des lettres dont il envoyait les copies à son chef hiérarchique et calomnié. Le rôle du directeur des Postes. sous cette forme. L a nécessité p o u r le ministre de la Police d ' ê t r e sûr du directeur des Postes s'impose depuis le j o u r où. convaincus qu'elles amuseront le Roi.XIV LA POLICE POLITIQUE prennent copie. considérés p a r lui comme les adversaires de son p a r t i . Lorsqu'en 1816. — a été convaincu d'avoir. On estime qu'elle doit être exercée par un h o m m e possédant la confiance des ministres et p e n s a n t comme eux. qui la quittera si le ministère est renversé et qui la conserve t a n t que le ministère reste debout. en 1815. . est tel que sa fonction devient promptement une fonction politique. est-elle ordinairement a t t r i b u é e à un député de leur bord. il n'apparaît pas que le Cabinet noir soit d'une sérieuse utilité à la chose publique. S'il les tient pour importantes ou amusantes. Son fonctionnement n'en est pas moins maintenu. Aussi. en ces circonstances.

le Cabinet noir ne suffit pas à l'éclairer. on videra j u s q u ' à leurs paniers et en épinglant sur des feuilles blanches les débris de papier q u ' o n y aura trouvés. Toutes les lettres ne passent pas p a r la poste. le d u c de Berry est assassiné.INTRODUCTION XV lorsque. Mais. la Chambre introuvable est dissoute . Dans Paris. il est aisé de les faire porter d'une maison à l'autre. lorsqu'en 1818. Quant à celles qui vont d a n s les départements ou en viennent. on reconstituera les lettres d o n t ils avaient gardé copie avant de les envoyer ou celles qu'ils ont reçues et ont ensuite déchirées après en avoir pris connaissance. lorsqu'en 1820. c'est par des lettres privées ouvertes à la poste que le gouvernement est informé de l'impression que ressent le p a y s et de l'influence que ces événements sensationnels ont exercée sur l'opinion. sœur du duc . on entrera chez les particuliers . Qu'à cela ne tienne : on achètera les maîtres de poste . ou encore de les expédier à de fausses adresses. par la marquise de Montcalm. sous le couvert p a r exemple des maîtres de poste qui s'en font volontiers et à prix d'argent les entremetteurs. le duc de Richelieu abandonne le pouvoir. la même année. les occasions sont nombreuses qui permettent de les confier à des mains amies et sûres. on ouvrira leurs tiroirs . La police est mise de la sorte en possession de billets écrits à des hommes illustres p a r Mme Récamier. on corrompra leurs domestiques .

et ce f u t . Chateaubriand le sait. il a ouvert a u x policiers toutes les portes et tous les tiroirs de son maître à qui il est ensuite venu. par d'autres encore. Il avait à son service un p e t i t Breton. par la duchesse de Duras. Chateaubriand. si ce n'est Alexandre de Humboldt. car nul n'en a été la victime au même degré que lui. Dès 1815. Aussi déployait-elle contre eux ses plus infernales ruses. ainsi que le lui commandait son droit de légitime défense. inculte et frais émoulu de son pays. auquel il accordait sa confiance. t a n d i s que. Mais Humboldt l'ignore. pour ce qui le concerne. par Mme de Rumford. qui sait à quoi s'en tenir sur ces procédés que nous considérerions aujourd'hui comme abominables. confesser sa mauvaise action. On a corrompu ce niais . entre autres. ceux des ambassades étrangères et les courriers qu'elles emploient au transport de leurs dépêches ! É t a n t donné l'objet de la police politique et le b u t qu'elle poursuivait. Combien d'autres serviteurs auraient lieu d'en faire a u t a n t et. par la marquise de Prie. Il pourrait même s'en montrer plus courroucé. aura raison de railler dans le Conservateur « cette police qui vient s'asseoir à nos foyers avec une simplicité antique». le gouvernement français s'était hâté d'opposer une contre-police. à la police secrète organisée par les gouvernements alliés. elle ne pouvait laisser les étrangers en dehors de son action. penaud et repentant.XVI LA POLIGE POLITIQUE de Richelieu. Elle fonctionna jusqu'en 1820.

INTRODUCTION XYH de bonne guerre. ministre de Prusse. Il est cependant douteux que les agents de l'étranger qui. ne nous démontrait q u e s'ils y sont. u n agent écrit : « Il (1) Je les ai utilisées et j'en ai môme dans mes livres : Louis XVIII et le duc duc Decazes en Angleterre. o n le faisait aussi dans les autres capitales. au m o m e n t où ils allaient être expédiés ou en cours de route. L'audace de ceux-ci ne connaissait pas de bornes. car ce qu'elle faisait à Paris pour s'éclairer sur les projets des puissances. On entre chez le comte de Goltz. au dehors. b . alors que telle n'était pas leur destination. Elle tient vraiment du prodige et nous n ' y voudrions pas croire si l'existence dans nos archives d'un nombre considérable de papiers diplomatiques échangés entre les cours européennes et leurs représentants au dehors. toutes les ambassades et légations sont étroitement surveillées. une publication ultérieure. c'est qu'on en a pris des copies. au reste. De 1815 à 1820. Le 1 e r juillet 1816. Leurs volumineux r a p p o r t s en font foi . s'efforçaient de pénétrer chez nos ambasssadeurs se soient montrés aussi habiles que ceux que la police politique employait à Paris. figureront dans publié un certain nombre Decazes et Γ Ambassade du restent et qui constituent années de la Restauration. On copie sur la table de son cabinet ses dépêches les plus secrètes (1). ils nous fournissent la preuve de leur infatigable activité. Celles qui me une véritable histoire des cinq premières racontée par un témoin. pour surprendre les desseins du gouvernement français. comme dans un moulin. Rien. n'est plus vrai. .

ils espèrent avoir la suite pour demain et peut-être aussi le r a p p o r t du 15. étonné d'une précaution si remarquable. L ' u n d'eux. on ne l'a point trouvé. Les observateurs ont été réduits à copier seulement une partie des r a p p o r t s du 1 e r et du 9 qu'on n'avait point encore donnés . La note qui le constate se complète du renseignement suivant : « Hier. ont très librement exécuté leur mission. p a r extraordinaire. Il vient de faire changer subitement les serrures des tiroirs du bureau où il les place. les agents qui. secrétaire de l'ambassade. » Six mois plus t a r d . relativement à ses papiers secrets et q u ' a u temps où nous vivons. durant cette période. le 18 janvier 1817. il fallait se méfier de t o u t le monde. qui lui a répondu que le comte de Goltz avait reçu de Berlin l'avis de se tenir sur ses gardes. le comte de Goltz était . W u s t r o w . mais. P o u r t a n t . se heurtent à de nouvelles difficultés : « On a pénétré cette nuit comme les précédentes fois dans le bureau secret du comte de Goltz pour y chercher son dernier r a p p o r t du 15 . Mais on met la m a i n sur la minute définitive de celui d u 9 d o n t on peut copier le t e x t e intégral « et qui ne m a n q u e pas d'intérêt ».XVIII LA POLICE POLITIQUE a été de nouveau impossible de se procurer les rapports du comte de Goltz. ce rapport du 15 n'est pas encore retrouvé. a fait des questions à M. il ne laisse percer aucun soupçon contre les agents qui se procurent ces rapports. » Le 19.

. soit que la surveillance dont ils étaient l'objet.INTRODUCTION XIX chez lui avec le b a r o n Fa gel. minisire des PaysBas. » Il ne semble pas que les observateurs qui opéraient auprès des autres ambassades aient été aussi heureux que ceux qui assiégeaient la légation de Prusse. a trouvé moyen d'entendre cette conversation qui a été fort animée. que des correspondances partielles. que la population des Ardennes et de la Meuse était dans la plus grande exaspération contre les étrangers et que t o u t semblait menacer d'une crise. s'entretenant très vivement des affaires de la France. le conseiller Schoëll de la légation de Prusse et quelques autres personnes. que l'armée d'occupation devait se tenir bien sur ses gardes. L ' u n des observateurs. que le général Ziethen avait reçu des avis importants pour la sûreté de son corps d'armée. étaient mises au pillage. péchât par le défaut d'audace et d'adresse. En revanche. nous ne possédons. celles aussi qui ne faisaient que traverser Paris pour aller dans d'autres capitales. soit qu'ils se gardassent mieux que leur collègue prussien. homme parfaitement sûr. les dépêches qu'ils recevaient de leur gouvernement. accrédités à Paris. Tandis que nous avons sous les yeux la presque totalité des r a p p o r t s du comte de Goltz à sa Cour. Grâce à la complicité. des autres chefs de mission. disant qu'elle était de nouveau sur u n volcan.

E n même t e m p s qu'elle s ' a t t a c h e a u x pas du personnel étranger si nombreux à Paris t a n t que dure l'occupation. les aventures plus ou moins scandaleuses de grandes d a m e s étrangères. en Belgique. des révélations plus ou moins futiles.XX LA 1 J 0 L IC I IM) L Γ Π QU F. ambassadeur d'Autriche à Londres. les lettres privées qu'ils ont mises sous le couvert diplomatique pour en assurer la transmission. celle de leurs secrétaires. des courriers. d a n s les Pays-Bas appellent aussi son attention. Les épîtres amoureuses q u ' à p a r t i r de 1818 échange avec Metternich la princesse de Lieven n'échapperont pas à ce m a u vais sort et révéleront à l'improviste la liaison du chancelier autrichien avec l'ambassadrice russe. La correspondance de Metternich avec le prince Paul Esterhazy. tiennent la plus grande place dans ces découvertes qui livrent pêle-mêle au gouvernement français des secrets d ' É t a t . L'activité de la police politique ne s'exerce pas seulement d a n s le champ qui vient d'être décrit. Elle entretient des agents secrets à Londres. les proscrits qui se s o n t réfugiés on Angleterre. telles que la princesse Bagration. à Bruxelles. C grassement payée. q u ' o n voit t o u r à tour à Paris et à Vienne. la police pouvait en envoyer des copies au ministre des Affaires étrangères et celui-ci les avait déjà lues quand les originaux parvenaient à leur destination. dans la Prusse rhé- . telles que Mlle Georges et Mlle Bourgoin en représentation à Londres. ou celles d'illustres comédiennes.

Mais. . chargés d'espionner. car l ' E m p e r e u r . Elle s'attache aux pas des membres de la famille Bonaparte. t o u t en utilisant leurs services et qui. c'est qu'on soit p a r v e n u à réunir assez d'agents pour suffire à cette immense besogne. en est-il qu'on t i e n t en suspicion. arrivent au ministre de la Police des rapports révélateurs. sur son rocher. Λ Londres. C'est p a r centaines que.1 N T H 0 I) ü e n ON XXI narie. dans celui du duc de Bourbon. Aussi. voit tout. achète les services de certains d'entre eux. elle pénètre d a n s l'entourage du duc d'Orléans. reste l'épouvantail de l ' E u r o p e monarchique. il y a toujours quelque chose d'util0 à tirer do leurs rapports. soit qu'ils se laissent séduire p a r les propositions qu'on leur fait. Elle se t i e n t partout à l'affût des nouvelles qui viennent de Sainte-Hélène. parce que même quand on les soupçonne d'erreur ou de mensonge. soit qu'ils viennent s'offrir spontanément. de tous les points où une opposition est à redouter. Ce qui n'est pas moins extraordinaire quo l'organisation qui permet à la fois t a n t de précieuses découvertes et t a n t de dénonciations futiles ou calomnieuses. En un m o t . accompagnés le plus souvent de pièces à l'appui. Les renseignements qu'ils donnent ne sont pas acceptés sans contrôle. Il est vrai qu'on les recrute un peu à la diablo et au hasard. sont surveillés à leur insu. 011 le leur laisse ignorer. Elle se crée des relations parmi les bannis. s'initie à tout. elle est p a r t o u t .

le duc de Richelieu t r a n s m e t au ministre de la Police les lettres confidentielles de ses représentants à Londres et à Vienne. Dans ce personnel créé en vue d'un espionnage permanent au dedans et au dehors. A t o u t instant. O n est même enclin à se demander si le service des premiers ne lui eût pas suffi au moins pour l'étranger et pourquoi elle avait mis en mouvement cette légion d'observateurs qui ne pouvaient être recrutés que dans les bas-fonds sociaux et dont les dires étaient si souvent inexacts.XXII LA POLICE POLITIQUE Pour les bruits plus ou moins sensationnels qui circulent à. pour ce qui concerne certains personnages et certains faits. sont encore aujourd'hui intéressantes à lire. t o u t n'est pas de même valeur ni de même moralité. l'étranger. de 1815 à 1818. a y a n t trait à Napoléon et aux individus que l'on croit être restés en relations avec lui. ne serait-ce que parce qu'elles d é m o n t r e n t que l'institution policière organisée par le gouvernement français dans u n but d'informations et de défense n'était pas moins bien servie par les diplomates que p a r ses agents secrets. Elle l'est aussi par les ambassadeurs de France à qui. qui ne figurent pas d a n s la correspondance officielle. Quelques-unes de ces lettres. Il convient d e le diviser en catégories et de ne pas les confondre . ce n'est pas seulement par les agents que la police est informée. les gouvernements auprès desquels ils sont accrédités ne ménagent pas les communications utiles.

D'autres sont d'un ordre plus relevé. il n ' a p p a r a î t nulle part que leur trahison ait jamais eu des résultats fâcheux pour ceux dont ils ont dénoncé verbalement ou p a r écrit les propos. Souvent même. se conduisaient en tout et pour t o u t comme de parfaits brigands. Leur nom ne nous est pas parvenu et ce n'est pas leur faire injure que de les supposer coupables des pires actions. mais directement au ministère. moyennant paiement. Ceux-ci sont une écume sociale. à ceux qui par ruse pénétraient chez les particuliers ou dans les ambassades. n'étaient que l'écho de propos recueillis çà et là. leurs dénonciations . Néanmoins. De tous temps et dans tous les pays. crochetaient les serrures et. de leur reconnaissance pour des faveurs qui leur avaient été accordées ou de l'espoir d'en obtenir de nouvelles et qui. les circonstances qui les ont décidés à les offrir. les gouvernements ont été contraints d'utiliser des gens de cette sorte. On ne peut assimiler ceux qui ne s'inspiraient que de leur dévouement aux Bourbons.INTRODUCTION XXIII entre elles. leur passé ne p e r m e t t e n t pas de croire à leur désintéressement. sauf le coup de poignard. non pas aux b u r e a u x de la police. Il serait de toute injustice de traiter avec un égal mépris tous les individus qu'employait le gouvernement. Le fait qu'ils reçoivent un salaire pour les services qu'ils rendent. s'ils trahissent des confidences. un rebut. dans leur correspondance. achetaient les domestiques et les bas employés.

On lui accorde ce qu'il désire. Le rôle. il offre d'y défendre les intérêts français. fut le rendez-vous d'un grand nombre de Français. Souvent aussi. encore qu'il n'ait rien de glorieux. il enverra au ministre de la Police des notes confidentielles sur les hommes et les choses qu'il aura été à même d'observer. qui est en même temps membre de la chambre des Communes. On en peut citer d'autres qui ne sont pas payés et qui agissent uniquement par gratitude. Il est venu à Paris. afin de solliciter pour son journal des communications et des faveurs d'ordre purement professionnel. recommandé au gouvernement par l'ambassadeur de France à Londres. Il faut se rappeler en effet que la capitale de l'Angleterre. ne saurait cependant être comparé à celui des vils espions auxquels j'ai fait allusion plus haut. elle était dans le sien. ils sont d'utiles intermédiaires entre le gouvernement et les gens dont ils provoquent les confidences. en s'assurant le concours d'un informateur aussi précieux et aussi bien placé que celuilà pour voir et savoir. En retour. de 1815 à 1818. Voici le propriétaire d ' u n grand journal anglais. Indépendamment de Louis-Philippe d'Orléans. on y pouvait rencon- . à la condition qu'indépendamment des insertions auxquelles il s'engage. Q u a n t à la police politique. du duc de Bourbon et des gens qui les entouraient.XXIV LA POLIGE P O L I ΤI Ο l! Ε sont accompagnées de commentaires bienveillants qui en corrigent les effets.

Fauche-Borol. des individus notoirement. tarés. maîtresse de Dasies. d'anciens officiers de l'armée impériale. est venu grossir cette écume. J. après s'être évadé de prison. plus dangereuse encore que son mari et que son amant. le nommé Saint-Charles et sa femme. pour des motifs qui nous · échappent et qui témoignent. Ils bénéficient de l'extraordinaire bienveillance que professe le Cabinet b r i t a n (1) Voyez mon livre Conspirateurs "ven. t r a î n a n t la savate. un sieur de Montbadon qui en 1814. J u - . ces épaves dos temps révolutionnaires.INTRODUCTION XXV trer. d'anciens fonctionnaires de Napoléon et au-dessous d'eux. du désir de l'Angleterre de les avoir toujours sous la main. accablent do flatteries le duc de Bourbon pour obtenir des subsides : les journalistes Peltier et Châteauneuf. Mais. édit. il ne tiendrait q u ' à 1'Allien Office de les faire partir. qui vivent en eau trouble. et Comédiennes. au moins en apparence. anciens complices de Maubreuil (1). Ces individus mériteraient d'être chassés du pays où ils ont cherché un asile . intrigante éhontée. Paris. et enfin Maubreuil lui-même qui. cherchant à s'en procurer p a r des expédients plus ou inoins avouables. assiègent l'ambassadeur de leurs offres do services. toujours à court d'argent. à Paris. à côté dos généraux Dumouriez et Danican. a aidé au renversement de la colonne. Dasies et Colleville. leur présence à Londres est tolérée.

complice trop souvent des individus qu'il dénonce. bien qu'en juin 1817 il se fasse emprisonner pour dettes et qu'elle soit fixée sur sa vénalité.XXVI LA Ρ OL ICI·: Ρ OL m (J υ Κ nique pour les ennemis des Bourbons. tous ou presque tous ont un passé véreux. Naturellement la police ne les lit qu'avec défiance. qu'on a envoyé à Londres pour se débarrasser de lui à Paris et qui. Elle en emploie de la même espèce p a r t o u t o ù sa surveillance doit s'exercer : à Paris. Force est donc à la police française de les surveiller. Ceci constaté. tel ce com h1 de Beaurnont-Brivazac. les plus ignorants. mensongers pour la plupart. Parfois. entasse r a p p o r t s sur rapports. mêmes qui par leurs relations. il est à peine nécessaire de mettre- . la nature de leurs services méritent d'occuper dans cette étrange galerie une place à part. elle y t r o u v e des indications bonnes à suivre. P a r m i ces agents. d ' e n t r e 1 enir en Angleterre des agents à cet effet. qui presque jamais ne se connaissent ou qui s'accusent réciproquement des pires méfaits. ceux. leurs amitiés. de ses haines. aussi bien que les plus intelligents. rédigés au gré de ses passions. de ses intérêts. les plus illettrés. cependant. ce qui explique pourquoi elle maintient le personnage dans son emploi. jaloux de gagner son argent. en Hollande. perdu de dettes et d'indélicatesses. en Belgique et tous. il en est qui ne valent pas mieux que les plus dégradés de ceux qu'ils surveillent.

que le mensonge n'y tienne plus de place que l a vérité. à ce q u ' o n peut savoir du caractère de leurs auteurs ni de les a t t r i b u e r à celui-ci ou à celui-là. . de ne les prendre que pour ce qu'elles sont. On peut toujours craindre. à savoir un écho des passions et des conflits qui troublèrent si profondément la France pendant et après les Cent-Jours. Ces réserves faites.I N T Κ 0 D U C ΤIΟ Ν XXVII Ιο lecteur en garde contre leurs dénonciations. La sagesse commande donc de n'accepter les unes et les autres que sous bénéfice de vérification et de contrôle. en effet. il est impossible de subordonner la confiance qu'il y a lieu de leur accorder. et c'est surtout ici qu'il faut se rappeler que « parole de policier n'est pas parole d'évangile ». pour parcourir les pièces qu'ils renferment et arrêter au passage celles qui semblent dignes d'intérêt. nous sommes plus à l'aise pour ouvrir t a n t de suggestifs dossiers. Comme ces dénonciations sont rarement signées.

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vingt jours après Waterloo. rentra dans sa capitale d'où il s'était enfui. duc de Wellington. le roi de France.LA POLIGE POLITIQUE CHRONIQUE DES TEMPS DE LA RESTAURATION LIVRE PREMIER LA POLICE ET LES ÉTRANGERS I Le 8 juillet 1815. le 18 mars. p o u r se réfugier à Gand. les trois principaux souverains alliés. et du prince de Schwarzenberg sous les ordres duquel marchaient les troupes de 4 . du feld-maréchal Blücher. entraient à leur tour dans Paris. Louis X V I I I . avant qu'on eût enlevé les fleurs répandues sur le pavé des rues où avait passé le roi et fait disparaître les drapeaux blancs dont s'étaient pavoisées les maisons. mais sans bruit. A la fin de cette même journée. accompagnés du généralissime anglais. commandant en chef de l'armée prussienne. sans apparat. les empereurs de Russie et d'Autriche et le roi de Prusse.

au mépris des droits de Louis X V I I I qui dut se défendre pied à pied contre leurs incessantes exigences. écrivait Metternich à sa fille. « Il habite ce beau château en général de housards. le plus acerbe et le plus intraitable de nos ennemis. Le roi de Prusse ' habitait celui du prince Eugène dans la rue de Lille. Lui et ses aides de camp fument là où nous avons vu la cour dans la plus grande p a r u r e . Les tailleurs de l'armée sont établis là où l'on allait au spectacle et les musiciens d'un régiment de chasseurs pèchent à la ligne les poissons dorés dans le grand bassin sous les fenêtres du château. les souverains alliés se préoccupaient de s'y créer une police qui leur fût entièrement dévouée. L'empereur Alexandre s'était installé au palais de l'Élysée et l'empereur François dans l'hôtel de Berthier.2 LA POLICE POLITIQUE l'Autriche et de la Confédération germanique. j'ai dîné dans la pièce où j'avais eu des conversations de t a n t et t a n t d'heures avec Napoléon. « E n parcourant la g r a n d e galerie. le vieux maréchal me dit : « — Faut-il q u ' u n h o m m e soit fou pour avoir été « courir à Moscou quand il avait toutes ces belles « choses I » A peine installés dans Paris. Celle du ministre Fouché et . Quant à Blücher. ils y avaient organisé déjà une surveillance rigoureuse. il avait son quartier général au château de SaintCloud. Le prince de Metternich les rejoignit dans la semaine suivante. alors que. prince de W a g r a m . situé sur le boulevard. maîtres de Paris.

J u s t u s Grünner. On voit dans le r a p p o r t suivant d ' u n agent nommé Dabasse qu'il a imaginé un ingénieux système d'amorçage. il accordait des gratifications . celle-ci s ' a t t a c h a i t à surprendre les siens. et à appointements . Grünner.LA POLICE ET LES ÉTRANGERS 3 du préfet Decazes ne leur inspirait pas confiance. Justus Grünner. il n'avait point encore de personnes affidées. chargé de la police p o u r le compte des souverains alliés. le sieur Karr. T o u t aussitôt et tandis qu'elle s'efforçait de surprendre les secrets de la police française. Dès le 1 e r août. p o u r ce qui concerne la police des souverains alliés. s'il se décidait à s'attacher quelqu'un pour suivre des . rue de l'Université. de la diriger sous son autorité. la police prussienne avait son personnel formé et ses b u r e a u x établis au n° 15 de la rue de l'Université. Je me suis adressé à u n employé des bureaux qui m ' a introduit auprès de M. Feignant de vouloir trahir l'administration qu'il sert. « M. que d'ailleurs. jusqu'à présent. Ils en voulaient une à eux. Grünner m ' a répondu qu'il recevait toujours ce qui lui était présenté. fut chargé de l'organiser et un de ses compatriotes. mais que. écrit-il. Un Prussien. et qu'il désirerait même en outre offrir ses services. et que. désirait savoir s'il serait accueilli. n° 15. il v a offrir ses services a u x Prussiens. p o u r suivre les affaires dont on voudrait le charger. a y a n t quelque chose d ' i m p o r t a n t à lui remettre. « Je lui ai exposé q u ' u n de mes amis. à l'hôtel de M. « Je me suis présenté. quand l'objet était intéressant et paraissait mériter l'attention des souverains.

M. « Je sais qu'il est un autre personnage. Le chevalier Bein.4 LA POLICE POLITIQUE affaires secrètes. de savoir ceux qui fré- . Je l'ai entendu dire chez le chevalier Bein par un individu dont je fournirai le nom. On représente aux Prussiens que S. « Les Autrichiens inspirent également de la défiance a u x Prussiens. le d u c d ' O t r a n t e trompe le roi. si on le jugeait convenable. Dans tous les cas. l'inspecteur général de la police. que je vois. vise à être chef de p a r t i si les circonstances lui offraient des chances favorables. Les royalistes travaillent de toutes leurs forces à changer le ministère. » Quelques jours plus tard. un autre agent écrit à Foudras. et qui doit chercher à faire adopter ce projet a u x Prussiens. qui approche des princes français. Decazes est regardé comme t e n a n t encore à Bonaparte. de lui offrir mes services. Ce que j'ai l'honneur de vous annoncer n'est point un propos vague . soupçonne la b o n n e foi et le dévouement de Son Excellence (Fouché) à la cause des Bourbons. à quelque prix que ce soit. E. avoir des intelligences à la Préfecture et au Ministère. Je connaîtrai l'individu et vous le nommerai. il serait indispensable que la personne qu'il choisirait sût parfaitement l'allemand et le français. subordonné de Fouché : « La police prussienne désirerait. que Son Excellence se tienne sur ses gardes. on vise à l'exécution. et il est même question de l'enlever. et je suis chargé de faire en sorte de pénétrer chez le prince de Metternich. qui voit Justus Grünner.

qu'il tient à son ouvrage. en faisant entrevoir à la maison d'Autriche les avantages qui en résulteraient pour elle-même si la régence avait lieu. . on pense. Bein m ' a demandé des renseignements sur le général Sahuguet. qui témoignent tout au moins d'une entière ignorance des dispositions de Metternich. « Lachesnay fait chaque jour des volumes de rapports plus exagérés les uns que les autres. Bein. au café du Caveau. qu'il ferait en sorte de seconder les projets de Napoléon II. Comme c'est iui qui a négocié le mariage de Napoléon et de Marie-Louise. M. Morin v a très souvent chez Justus Grünner. m'a dit M. Il a désigné le libraire Chamerot. « M. et les têtes prussiennes s'exaltent et voient tout en noir. comme a y a n t rassemblé beaucoup d'officiers CloîtreSaint-Honoré. le tout pour avoir de l'argent . qu'il voudrait connaître nominativement. sur les agents secrets de la police. et. et les ayant ensuite excités contre le gouvernement . il peint la police française sous un point de vue détestable et le ministre comme un traître. Les Prussiens regardent le ministre de la Police comme entièrement dévoué aux Anglais et sous leur influence. » Après ces révélations. l'observateur dénonce à Foudras les exagérations et les allures louches de certains de ses camarades. du Palais-Royal.LA POLICE ET LES ÉTRANGERS δ quenlent» cet ambassadeur. Il serait peut-être convenable de remédier à t o u t cela et d'opérer un rapprochement pour le bien public. et lui remet des rapports sur la haute police et la politique.

et même qui vous sont personnelles. si vous voulez bien m'accorder un moment d'entretien. Le maréchal Blücher et tous les officiers d ' é t a t .6 LA POLICE POLITIQUE « Il est beaucoup d'autres choses que je vous dirai verbalement. Elle a été très courte. « Le prince de Talleyrand est arrivé à l'Élysée à onze heures trois quart? environ. et y sont restés également très peu de temps. sans doute. et s'est rendu de même après chez l'empereur d'Autriche. Il n'y est resté que dix minutes. Je me rendrai ce soir à dix heures à votre b u r e a u et j'aurai l'honneur de vous attendre. — Je me suis rendu à l'Élysée où loge l'empereur de Russie et où j'ai causé avec les gens du palais. Après.m a j o r . Les princes français lui ont fait une visite à onze heures et demie. la police française commence à r e n d r e compte de ce qui se passe chez les souverains alliés. se sont rendus à l'Élysée à onze heures et demie p o u r présenter leurs hommages à l'empereur Alexandre. mangent à deux râteliers que. d'après ce qu'on m'a dit. » C'est au milieu de ces tiraillements et à l'aide d'agents qui. et m ê m e assez froide. « Le public parle avec beaucoup d'avantage de l'empereur de Russie . dès le 11 juillet. « 11 juillet. « Les princes français se sont rendus a v a n t tous les états-majors chez le roi de Prusse. il parle très peu de celui d'Autriche. à midi et demi. qui . ils se sont l e n d u s chez l'empereur d'Autriche. p o u r me guider un peu dans la marche que je dois tenir. prussiens et russes. et encore moins du roi de Prusse.

ils se sont enfermés dans le cabinet. « Lorsque les princes français sont entrés à l'Élysée. Les personnes chargées des p a q u e t s sont présumées hommes de loi. où il est admis. premier gentilhomme de Mme la duchesse d'Angoulême. — Tous les jours. l'empereur se promenait au jardin q u a n d ce prince s'est présenté. On dit qu'il avait déjà donné des ordres pour qu'on ne fît point sauter le p o n t d'Iéna. Hier. de 7 . que les Prussiens voulaient abattre. le vicomte d'Agout. se présente chez l'empereur de Russie pour obtenir audience. il y voit plus particulièrement le grand maréchal. il existe une correspondance active et très secrète entre l'empereur de Russie et le prince de Talleyrand. et de suite. » « 12 juillet. ces individus demandent à être introduits d'abord chez M. personne n'a crié Vive le roi! et aucun signe de gaieté ne s'est manifesté lorsqu'ils en sont sortis.LA PO LI CK ET LES É Τ Κ A Ν f] Ε M S n'est pas aimé. mais. « Le duc d'Orléans vient incognito chez l'empereur Alexandre. il a toujours été refusé . cependant. et afin d'éviter les remarques. Hier. On a remarqué que M. « Depuis quatre à cinq jours. mais. d'Agout avait la livrée de la maison de Monsieur. il y est venu à quatre fois différentes. On p a r a î t se reposer sur la bonté de l'empereur Alexandre p o u r la conservation de nos monuments. il a été reçu chez ce dernier où il n'est resté que cinq minutes. « Le duc de Raguse vient assez souvent à l'Élysée . ayant fait prier le grand-maréchal de l'entendre.

qui arrivent de l'armée de la Loire . et que ces intentions sont en général contraires à celles des autres puissances. Comme je n'ai p a s vu cette lettre. a y a n t dans sa poche une adresse faite par deux officiers français. offrir ses services à S. l'empereur de Russie. je ne puis affirmer que le fait est véritable. ils disent venir au nom de l'armée française. « Un grand nombre d'oiïiciers français se présentent tous les jours chez le grand maréchal p o u r demander du service en Russie. ils ont été admis de suite. Voici quelques détails obtenus.XLIV LA P O L I C E POLITIQUE Nesselrode . — Les agents que j'ai chargés secrètem e n t de surveiller l'Élysée ont déjà formé quelques liaisons qui s'étendront p a r la suite. » « 16 juillet. quoique M*** me l'ait bien positivement assuré. « Un Russe m a r q u a n t a dît que l'Empereur ne fera connaître ses intentions politiques qu'après l'arrivée de son frère. un d'eux a été reconnu pour être juge à la Cour de cassation. « Le maréchal Masséna vient souvent voir l'empe- . Deux aides de camp de Sa Majesté se t r o u vaient présents et sont sortis avec eux. « Ce matin. « M*** m ' a dit qu'hier il m ' a v a i t attendu plus de deux heures. le colonel du 1 e r régiment de dragons français et un m a j o r des chasseurs à pied de la vieille garde s'y sont présentés . le grand-duc Constantin. que l'on attend sous peu à Paris. M. On a entendu ces deux officiers français tenir les propos les plus insolents contre Mgr le duc de Berry.

qui doit être bien informée. des agents à Paris qui rendaient compte de tout. Ce matin. « Des officiers russes. il paraîtrait qu'il y a des généraux français . l'empereur était sorti pour passer la revue d ' u n corps de troupes autrichiennes. On a remarqué qu'hier matin. il a été impossible de savoir qui s'introduit par ce p a s sage. Le maréchal Masséna et le prince Wolkonski ont attendu l'empereur Alexandre. demie. mais. jusqu'à sa rentrée au palais. donnant sur les Champs-Élysées. On va faire ce que l'on pourra pour avoir des notions précises à cet égard. une surveillance secrète est établie sur ce point aux Champs-Élysées. en revenant de la revue des troupes autrichiennes. ont p a r u étonDés qu'on ait crié à diverses reprises : « Vive Marie-Louise 1 » L'empereur de Russie était revêtu de l'uniforme blanc autrichien. mais. Dès aujourd'hui. J u s q u ' à présent. « Le général de La Fayette est venu plusieurs fois à l'Élysée la semaine dernière. D'après des domestiques. il s'est présenté vers dix heures à l'Élysée. il est resté fort longtemps avec Sa Majesté.LA 1 POLICE ET LES ÉTRANGERS 0 roui Alexandre. . presque en même temps que le prince Wolkonski . à laissé entendre que l'empereur Alexandre et son a d j u d a n t général avaient une police secrète. à onze heures et. cela n'est pas certain. Il y en a qui viennent la nuit et qui laissent leur voiture d a n s la grande avenue du milieu. Il y vient ordinairement en habit bourgeois. Diverses personnes sont reçues secrètement à ce palais p a r la porte du jardin. « Une personne de la maison. où assistait l'empereur F r a n çois.

Je n'ai p u jusqu'à présent m'aboucher avec aucun des domestiques de cette maison. sont venus avant quatre heures. le duc de Berry s'est présenté à une heure .10 LA P Ö L I C H POLITIQUE On a beaucoup crié : « Vive l'empereur Alexandre ! » mais non pas : « Vive l'empereur François ! » A ce rapport est annexée la liste des personnes qui se sont présentées le même jour à l'Élysée. ont été réformés du service de Sa Majesté. Le reste de la maison de l'Empereur est arrivé hier. A midi. l'observateur chargé de surveiller la maison de l'empereur d'Autriche écrit à la même date : « Il est venu aujourd'hui chez l'empereur d'Autriche. il n'a fait qu'entrer et sortir. et l'on croit qu'il n'a pas été reçu. qui servaient momentanément. le duc de Berry y est également venu et n'y est resté q u ' u n quart d'heure. « Lord Wellington et l ' é t a t . M. et n'ont de même point été reçus. De son côté. et plusieurs des gens de la maison du prince Berthier. le comte de Beuvron. quelques officiers français de p e u de marque. « Mme la duchesse de Bourbon est venue vers deux heures. attendu qu'ils n'ont point la certitude d'être conservés. On a t t e n d d'un m o m e n t à l'autre l'intendant de la princesse Berthier p o u r la réorganisation de sa maison. « Le maréchal Kellermann. le colonel du 1 e r régiment de dragons et plusieurs officiers supérieurs de la maison d u roi. et n'a point été reçue. depuis dix heures du m a t i n jusqu'à midi. .m a j o r ont reçu une longue audience de Sa Majesté. Sosthène de la Rochefoucauld. « M.

Ii Λ POLICE ET LES ÉTRANGERS 14 « liier. est p a r t i ce matin pour Nainville et je n'ai pu avoir aucun renseignement dans la maison. n'est sans doute qu'une visite de famille. parce qu'ils n'ont pas été plus de sept à huit minutes pour remonter dans leur voiture. » Cette visite du prince d'Orange. » Puis. n'ont pas été introduits auprès du souverain. Il lui a été répondu qu'elle pouvait rester chez elle si elle le désirait. p o u r finir. Cette dame a aussitôt écrit à l'empereur d'Autriche p o u r savoir si elle devait quitter de suite son hôtel. cette brève annotation qui révèle comment et par qui l'agent était renseigné : « Lajeunesse. ni sa suite. Le prince d'Orange était distingué par la décoration du Cordon Bleu. les rapports nous ramènent à l'Élysée. Il est à remarquer cependant que le prince. il a été placé une garde de grenadiers hongrois à l'hôtel de Mme la duchesse de Saint-Leu. commençait à nouer et à favoriser les intrigues q u i se continuèrent durant les trois années suivantes et qui se rattachaient au projet conçu avec . le prince d'Orange est arrivé à l'Élysée dans une calèche à découvert. proche parent de l'empereur. Une autre voiture de la suite du prince était composée de deux personnages que l'on m ' a dit être ses ministres. attendu qu'on y attend le prince de Schwarzenberg. dans l'après-midi. » Le lendemain. J'ai lieu de croire que le prince d'Orange. n'y connaissant que lui. domestique de la duchesse de Rovigo. Il y avait dans cette même voiture trois officiers tous habillés en rouge. à ce moment. « Sur le midi environ.

de Nesselrode lui a touché amicalement la main en le q u i t t a n t pour se rendre chez l'empereur Alexandre. on a été à portée de remarquer que M.XLVIII LA POLICE POLITIQUE son assentiment. qu'il craint l'exaltation des partis et qu'il pourrait bien aller fixer sa résidence à Trianon ou à Saint Cloud. On croit que la conférence a eu pour o b j e t la contribution de guerre imposée à la France. à trois heures. . le baron Louis. Effectivement. le baron Louis lui a fait répondre qu'étant a u Conseil des ministres. par les regicides proscrits. « Un certain bruit court à l'Élysée que l'empereur ne se croit pas p a r f a i t e m e n t en sûreté à Paris . L'observateur ajoute : « Le roi Louis X V I Π a passé devant l'Élysée. il est venu à l'Élysée vers huit heures et n'est sorti de chez M. il ne pouvait venir que le soir. était fort calme. dans sa voiture escortée p a r des gardes du corps. A u reste. de Nesselrode qu'à dix heures et demie. M. de passer chez lui. l'abbé Louis. et que M. prier M. Le jeune prince Gagarine et le comte de Tchernichef habitent l'hôtel du général Hullin. La voiture venait du coté de la rue Saint-Honoré et a continué sa route. en d é t o u r n a n t pour rejoindre le boulevard des ChampsÉlysées . ministre des finances. le comte de Nesselrode a envoyé hier. en sortant. il n'y avait qu'un seul personnage avec Sa Majesté. sur les quatre heures . mais je n'ai pas e n t e n d u une seule personne crier : « Vive le roi 1 » « 22 juillet. Beaucoup de Français viennent les voir. — M. place Vendôme. de le faire n o m m e r roi de France.

La p l u p a r t des riches seigneurs russes qui sont à Paris o n t demandé des lettres de change considérables p o u r leurs banquiers. la princesse Louise-Charlotte. jouissait d ' u n certain crédit à la cour de Russie et était en possession de la confiance de l'empereur. dont il est parlé dans ce rapport. Le jeune Gagarine sert de secrétaire particulier au comte Capo d'Istria et va tous les jours travailler avec lui au palais de l'Elysée. de Tchernichef. Ces messieurs en plaisantèrent d'abord : « — Cependant. qui est à peu près d u même âge que lui. dit l ' u n d'eux.LA POLICE ET LES ÉTRANGERS 13 surtout M. Il avait été sous Napoléon a t t a c h é militaire à l'ambassade russe à Paris jusqu'à la veille de l'expédition de Russie. « bien certainement. » Le comte de Tchernichef. « Il y a quelques jours. on parlait du bruit répandu sur le grand-duc Michel qu'un certain parti voulait porter au trône de France. le grand-duc est pourvu de « toutes les belles qualités de l'empereur son frère . étant avec M. ce ne serait pas « un trop mauvais choix . Il en partit quelques semaines avant la déclaration de guerre et dans les circonstances les plus dramatiques. il se ferait chérir des Français. il paraîtrait qu'on négocie en ce moment le mariage du prince Michel avec la fille aînée du roi de Prusse. ce qui démontre clairement qu'ils se proposent de faire u n assez long séjour en France. On le soupçonnait de s'être ménagé des relations au ministère de la guerre et de se faire livrer p a r . de Tchernichef et autres Russes. » « D'après ce q u ' a dit aussi le prince Gagarine.

Il ne revint à Paris qu'en 1814. On crut qu'elle l'avait fait prévenir. Quand la police se présenta à l'hôtel qu'il habitait rue Tait bout. Cette lettre reconstituée ne laissait aucun doute sur la trahison de ce misérable ni sur le profit qu'en comptait tirer Tchernichef. on trouva les débris d'une lettre qui lui était adressée par un sieur Michel. Sous les cendres de la cheminée. C'est même par là qu'il avait conquis Ja faveur de l'empereur Alexandre. Michel f u t arrêté. encore tièdes. Napoléon donna l'ordre de l'arrêter. L'Empereur ne cacha pas que s'il eût t e n u le complice. Mais il en f u t aussitôt averti. v e n a n t tous les matins à l'Élysée rendre . Le souvenir de son aventure était encore présent à toutes les mémoires. condamné et fusillé. employé civil dans les b u r e a u x de la Guerre. Une perquisition f u t opérée d a n s sa chambre. celui-ci était déjà en sûreté. Ces soupçons prirent une telle consistance que. de la chronique scandaleuse. voyant beaucoup de monde. rehaussait son prestige et le remit à la mode pendant le séjour des étrange 1 s à Paris. Il passait alors pour être l ' a m a n t de Pauline Boi'ghèse. cynique. C'était d'ailleurs toujours le même brillant officier dont avaient raffolé les femmes de la cou · do Napoléon. à la suite des Alliés. il venait de quitter Paris. Nos r a p p o r t s le montrent en juillet et août 1815. quoiqu'il f û t couvert p a r son caractère diplomatique. et il y accompagna de nouveau son souverain eu 1815. spirituel. Mais.L LA POLICE POLITIQUE celle voie les secrets de nos armements. et toujours très au courau·'. hardi. il l'eût fait aussi passer par les armes.

l'hetman P l a t o w . l'ambassadeur Pozzo di Borgo.LA POLICE ET LES ÉTRANGERS 45 compte à s o n maître de ce qu'il a vu et de ce q u ' o n lui a dit. le ministre Capo d ' I s t r i a . de t e m p s en temps. Après. l'intéresse et le distrait. c'est Tchernichef qu'Alexandre préfère. mieux que t o u s les autres. il est si bien gardé et protégé que la police qui le surveille en est pour ses frais. chancelier d e l'empire. Gagarine. Mais. l ' E m p e r e u r . qui était d ' u n e humeur très enjouée. Il en vient fréquemment de nouvelles qui sont admises d a n s l'intimité. Hier encore. l ' E m p e r e u r d o n n e assez de t e m p s à ses plaisirs. qui est restée plus d ' u n e heure et demie. il l e u r a fait r e m e t t r e quarante d u c a t s . les princes Rasoumowski. » Parmi les personnages qui viennent f r é q u e m m e n t . pour se distraire. Sur le chapitre des distractions et des plaisirs du souverain russe. Repnine. en ce qui touche ses relations de galanterie. E n t r e tous les personnages de la cour moscovite présents à Paris : le comte de Nesselrode. pour les récompenser. a fait appeler les d e u x t a m bours de sa garde anglaise et eur a donné l ' o r d r e de jouer des marches d a n s le jardin . Elle est sortie dans un c e r t a i n désordre et avec un éclat de t e i n t qui a fait j u g e r facilement de ce qui s'était passé dans l'entrevue. C'est à peine si. elle cueille au passage quelque t r a i t révélateur qui vient p i m e n t e r ses r a p p o r t s quotidiens. les observateurs disent p e u de chose. le comte Potocki en a introduit une très belle. parce que c'est celui qui. n o t a m m e n t à celui des femmes. Ce n'est p a s que le jeune empereur v i v e à Paris en anachorète. Tel par exemple celui-ci : « Cependant. le comte Potocki et t a n t d'autres.

On ne remarque d'activité dans la maison de ce prince que dans ses bureaux. Ces visites préoccupent la police. Il est mal vu à la cour de France.LII LA POLICE POLITIQUE à l'Élysée. Il n'a point de maison m o n t é e : un cocher et deux c h e v a u x composent ses équipages . il est l'objet. de Bréval et de Pascalis. « On s'attend toujours d a n s la maison du duc d'Orléans au départ prochain de ce prince. les observateurs signalent le duc d'Orléans. Il ne veut pas rester à Paris et se propose de retourner à Londres où il a vécu pendant les dernières années de l'Empire et les Cent-Jours. A défaut de Napoléon II. s u r t o u t dans ceux de MM. mais on n'en fixe pas l'époque. car il est déjà le point de mire de tous les ennemis de la branche aînée des Bourbons. il fait souvent ses courses en fiacre. qui organise autour de lui une surveillance spéciale et s ' a t t a c h e à ses pas. ils se contenteraient de lui. Il sait de quelles espérances de leur p a r t et de quelles animosités de la p a r t de la cour. ainsi qu'en fait foi le rapport suivant annexé à celui où il est parlé de l'accueil que lui fait l'empereur. il voit f r é q u e m m e n t l'empereur Alexandre. Mais. Plusieurs hommes de la Révolution viennent aussi chez ce prince (on doit m ' e n donner les noms). Ce prince n'est à Paris q u ' e n passant. On parle h a u t e m e n t dans sa maison de son puissant parti en France et en Angleterre. « Il se sert très souvent pour sa correspondance . et quelquefois à pied. et on regarde son d é p a r t prochain pour l'Angleterre comme une chose concertée ici avec plusieurs généraux anglais dont il a fait sa société intime. en a t t e n d a n t .

et vêtu en simple bourgeois. le premier valet de chambre du prince. il a ajouté : « — Il a u r a sans doute eu encore quelque alter« cation avec le duc de Berry. J ' a i vu ce matin Henry. de Dresde. ce qui se disait alors d a n s les salons et dans les rues où le bruit s'était r é p a n d u que l'impopularité des Bourbons obligerait l ' E u r o p e à les déposer et à chercher un fiuccesseur à Louis X V I I I . a fait une visite au duc d'Orléans . avec assez d'exactitude. fils d'un ancien serviteur de ce nom.LA POLICE ET LES ÉTRANGERS 47 privée d ' u n sieur Gamache. lord Wellington. n° 6. chcz Mme d'Acis. » Voici u n autre rapport en date du 5 août. il y est resté environ trois quarts d'heure. ex-général français attaché au prince Berthier. Il y vient souvent sous le même incognito. notamment l'un des aides de camp de l'empereur de Russie. passa . Hier. « J'ai dîné hier rue Neuve-Saint-Marc. et qui régit en ce moment le château de Monceau (j'aurai quelqu'un qui le verra). qui m ' a dit que son maître était très triste depuis hier . qui sont aux environs de Paris. M. Plusieurs fois. car ils ne peuvent pas « se souffrir. Les promenades ordinaires de ce prince ont lieu dans les camps anglais. accompagné d ' u n seul jockey. dont les informations dénaturent assurément les projets et les vues des souverains alliés. on l'a vu d a n s les groupes et écoutant avec a t t e n t i o n les propos qui s'y tenaient et faisant même des questions. d e Jomini. mais reprodui ent par contre. mais t o u j o u r s dans le plus grand incognito. C'est celui qui était dépositaire des plans de campagne et qui. Il y avait grande société.

on confère. la famille des Bourbons ne devait en compter aucun pour ses protecteurs . duquel il croyait avoir aperçu que certains ambitionnent quelquesunes de nos provinces et q u ' à l'exception des Anglais. on devait s'attendre à ce qu'il p r î t sa portion de notre dépouille. Mallet. il se t i n t dans une réserve très serrée . mais. les trois souveains o n t des prétentions sur no re patrie . Ils ont . chez M. comme ils n ' é t a i e n t pas bien aises de revenir encore en France. malgré la générosité de son maître. avant la bataille où Moreau perdit la vie. ils organiseraient ce p a y s de manière à ce que l'Europe ne pût plus en être troublée. parce que ses ressources étaient très obérées. mais il n ' y a encore rien de fixé. il est attaché à l'empereur Alexandre. Depuis sa désertion. S'il f a u t l'en croire. il a j o u t a qu'il existait entre tous ces souverains u n plan médité. qu'on assiégeait nos places p o u r emporter t o u t notre matériel et que.18 Ii Λ P O L I C E POLITIQUE avec à l'ennemi. « Le colonel des Polonais qui étaient au service de Napoléon a de fréquentes entrevues avec l'empereur Alexandre. a v a n t leur départ. où il dînait. qu'il pouvait assurer que les sou\ r erains méprisaient les Bourbons et que celui de Russie lui avait dit qu'il était impossible qu'ils régnassent sur les Français et que. ils se t â t e n t à ce sujet . « On le questionna beaucoup sur les intentions futures des puissances coalisées . il ne dissimula pas que le Roi jouissait de très peu de considération. il laissa même entrevoir qu'ils étaient disposés à la déposer de son autorité. Il disait hier. rue de Rivoli. cependant. Enfin.

M. où ils étaient désavoués p a r la très grande majorité . puis par M. les deux autres sont Alsaciens. Paris en fourmille et ce sont des Français qui secondent. ces menées qui tendent à les plonger dans l'esclavage. Je tâcherai de me lier avec eux. que Marie-Louise devait également faire le voyage. que je sais avoir été au service du duc de Rovigo.LA P O L I C E Eï LES ÉTRANGERS 49 beaucoup d'agents répandus dans l'intérieur. Il l'a rapportée à M. Laborde et enfin par les gouvernements étrangers.. « J'ai vu. que je vous ai signale . (( Le sous-intendant de la maison du prince de Wagram rapporte que les oiïiciers de la maison de l'empereur d'Autriche s'entretenaient jeudi de l'arrivée prochaine de leur souveraine et de celle de Russie. pour de l'argent. « Cette conférence qui dura plusieurs heures eut lieu en allemand et comme on ne pensait pas que ce monsieur entendait cette langue. V. qu'ils devaient songer à leur retraite. L ' u n d'eux est chevalier de la Légion d'honneur. ils ne se cachèrent pas de lui. et qu'enfin t o u t paraissait disposé pour qu'elle fût rendue aux Français dont on avait la certitude qu'elle était généralement chérie. Ils disaient que ce serait l'époque où le sort de la France serait décidé et où les Bourbons connaîtraient l'endroit qui leur serait assigné pour se retirer.. parce que les souverains ne voulaient pas d'eux pour régner sur la France. « On m'en a désigné trois. ensuite par la reine Hortcnse. ensuite employés p a r M. de Polignac. hier au soir. Daumier dont je garantis l'exactitude et la loyauté.

J ' a i vu une lettre de Chartres qui annonce au propriétaire d'un château qu'on l'a pillé de fond en comble et qu'on n'y a pas laissé un chiffon.20 LA POLICE POLITIQUE comme un des moteurs des mouvements qui avaient lieu naguère sur les boulevards. il apprendra d u nouveau. mais il ne veut pas indiquer sa demeure. C'est de cette ville qu'il lui écrit et lui annonce qu'après avoir rempli sa mission. Ce Virenque père tenait à l'administration des vivres avant la bataille de Mont-Saint-Jean . « Vous devez être instruit qu'on porte dans le Midi une cocarde blanche et verte. c'est ainsi qu'on désigne la partie en delà de la Loire . il retournait en France. il paraît qu'il passe furtivement ce fleuve pour porter à Orléans des paquets pour Paris. il le tranquillise et lui dit que t o u t v a bien et que sous peu. démolitions et incendies se font a u x noms réunis de Marie-Thérèse et de Charles X. aux cris de : «Vive Charles X !» Les pillages. il est à Paris depuis lors. Rien de plus affreux que la situation de cette contrée. Je crois qu'on trouverait chez lui des papiers import a n t s . et qu'on massacre les protestants dans le Languedoc. « Les Prussiens continuent leurs brigandages dans t o u s les pays où ils passent. ou est-ce le délire d u pays qui la crée? J e ne me p e r m e t t r a i pas d'approfondir ces diverses . il est en garni. Il me fit voir une lettre de son fils qui est à l ' a n n é e de la Loire . « Existe-t-il d e u x cocardes nationales en France? Y a-t-il une faction nouvelle? Est-elle alimentée sérieusement. parce que tout était disposé pour un coup de main.

les grandes puissances restaient convaincues que le maintien en France de la légitimité était pour l'Europe une garantie de repos et que Louis X V I I I étant r e m o n t é sur son trône. mais. Vrai ne qui y était dit de l'état du Midi où les fureurs de Γ ultra-royalisme déchaînaient la guerre civile et des exactions commises p a r les Prussiens dans les contrées qu'ils occupaient . Ce sont des bruits auxquels on ne doit peut-être pas faire attention. poursuivant l'affaiblissement delà France. De là cet appui plus apparent que réel donné parfois aux . Malgré les fautes de la première Restauration. excitaits ans vergogne et exploitait à son profit le naturel désir de ses alliés de faire p a y e r par les vaincus les énormes frais qu'avaient entraînés vingt ans de guerre. Seulement. il fallait l'y consolider et non l'ébranler. J ' e n laisse le soin à votre sagacité ordinaire . Tel était au moins le raisonnement de la Prusse dont la cupidité ne se lassait pas et qui. tous ces bruits relatifs à de malveillants projets des souverains alliés contre les Bourbons. » Il y avait dans ce r a p p o r t du faux et du vrai.LA POLICE ET LES ÉTRANGERS 21 questions. faux. elles discutaient en ce moment avec ses ministres les conditions de la paix. mais je dois vous dire qu'on parle dans le public des projets du comte d'Artois. complètement faux. Leurs exigences étaient aussi multiples qu'impérieuses et pour les faire accepter jugeaient-elles peut-être bon d'entretenir contre le gouvernement français cette agitation qui rendait leur secours plus nécessaire et leur permettait d'en demander un plus h a u t prix.

le duc d'Orléans était resté dans sa voiture aux environs de l'Élysée. pour s'informer si Sa Majesté était à son . Cependant. permit à ses sympathies pour la France de s'exercer d a n s toute leur plénitude. et surtout lorsque le remplacement du cabinet Talleyrand-Fouché par le cabinet Richelieu. à la commission militaire. en donnant à l'empereur Alexandre une satisfaction qu'il avait vivement souhaitée. Vers une heure.palais . et n'a pas été reçu. il n'attendit pas jusque-là pour cesser d'encourager les rumeurs que n'autorisait que trop l'accueil que. il faisait au duc d'Orléans. qui parle très bien français. de Tchernichef a dit n o t a m m e n t : . On lit dans un rapport en d a t e du 15 août : « Le duc d'Orléans est venu. à la fin de septembre. A midi. aujourd'hui. depuis un mois. ce prince a renvoyé son aide de camp. « Sa Majesté a paru satisfaite. » Il est dit d a n s le même r a p p o r t : « Hier. à dix heures. il a encore reparu. lorsqu'on lui a annoncé sa condamnation à mort.LVIII LA P O L I C E POLITIQUE ennemis des Bourbons et d o n t les témoignages trompeurs ne cessèrent qu'après le départ des souverains. il a essuyé un semblable refus. On peut se rappeler qu'hier. et a été refusé de nouveau. « M. pour lui rapporter le résultat du jugement du colonel de Labédoyère. il a reçu une réponse négative. l'empereur avait envoyé un aide de camp du prince Wolkonski. et tous les officiers russes qui étaient au palais en ont témoigné beaucoup de joie. P e n d a n t co message. a t t e n d a n t la réponse.

ou peut-être avant-hier. les rapports sont nuls. et faisait voile pour Sainte-Hélène. je désire que ce « malheureux ne fasse plus parler de lui ! » « Des craintes se propagent d a n s le palais de l'empereur. les renseignements sont rares. ce qui contribue à la rendre très méfiante . » La surveillance qui s'exerçait a u t o u r de l'empereur d'Autriche et du roi de Prusse ne relevait que rarement des traits dignes d'intérêt. « Il est question que l'empereur pourrait bum aller. Dans ceux qui concernent l'empereur François. sous peu de jours. Une personne de la maison donne p o u r certain que l'empereur a dit d ' u n air fort triste : « — J e lui souhaite bon voyage . On assure que Sa Majesté . Hier. E n ce qui touche le oi de Prusse. le 12 de ce mois. a u . à Dijon. E n voici cependant qui méritent d'être retenus : « Le courrier autrichien Ripert est arrivé. d'Angleterre. et des rondes fréquentes ont lieu dans tous les endroits souterrains. que des malveillants doivent le faire sauter. une g a r d e nombreuse est commandée chaque n u i t .LA POUCH KT L E S É T R A N G Κ lî S 23 « — Voilà un grand et salutaire exemple ! Ney « aura bientôt son tour. son fils. Sa Majesté a annoncé cette nouvelle. qui ne paraît pas être arrivée par un courrier autrichien. aux personnes qui dînaient avec elle. Sa Majesté en est instruite. Il a a p p o r t é à l'empereur François la nouvelle officielle que Napoléon s'était embarqué sur le Νortumberland. l'empereur a reçu une lettre de l'archiduchesse Marie-Louise. toutes les issues sont gardées très soigneusement. avant-hier.d e v a n t du prince impérial.

de Floret. ni M. Lami. Elle a changé d ' h a b i t s et est ressortie à pied. Voici qui a t r a i t au chancelier d'Autriche : « Le prince de Metternich prend les plus grandes précautions pour que personne ne pénètre dans ses a p p a r t e m e n t s . le comte . à midi . maître d'hôtel. versant des larmes. y sont consignés sévèrement . car. » Les observateurs. tels Antonio. son grand maréchal. et Daniel. « Sa Majesté a dîné. où l'on ne voit ni le prince de Metternich. le prince de Metternich. qui y avaient entrée. en même temps qu'ils espionnaient les souverains. valet de chambre. Ces précautions semblent redoubler depuis quelques jours. avec les autres souverains. espionnaient aussi leurs ministres. avec le comte de W r e b n a . a y a n t chez lui le baron de Wessemberg. ni le prince de Schwarzenberg. dont il a fait changer les serrures. on lui entendit dire plusieurs fois : « — Cela dérange m a santé. valet de pied. A huit heures. » « Elle a mangé fort peu. « Il y a quelques jours. a u x Tuileries. nouvellement arrivé. au point qu'il emporte dans sa poche les clefs de ses deux cabinets. depuis quelques jours. « Le baron de Wessemberg.LX LA P O L I C E POLITIQUE a été surprise. hier. Sa Majesté l'admet clans des conférences. elle est rentrée à son palais. par l'hôtel Visconti. elle paraissait contrariée et de mauvaise h u m e u r . « Il règne t a n t de méfiance au palais Berthier que les anciens serviteurs du prince. paraît suivre un travail diplomatique particulier avec l'Empereur. lorsqu'elle s'est rendue chez le roi de France. hier matin.

Il y va presque toujours à pied et f r é q u e m m e n t le soir. soupçonnant qu'on le trompait en disant le prince absent. de Metternich continue d'aller très souvent chez la duchesse d'Abrantès où il voit familièrement beaucoup de dames bonapartistes. « Dans le cabinet de toilette de la princesse de Wagram.LA POLICE ET LES ÉTRANGERS 25 de Mercy. se trouvaient un buste de Napoléon et . de Beauharnais ont été vus venir chez le prince de Metternich. le comte de D a m a s et M. sur son désir de les alléger. Cependant je ne croyais p a s cette darne à Paris . mais il va très souvent chez lord Castlereagh. « Le prince vient rarement à l'Élysée . sur sa position. « Avant-hier à midi. a fait appeler le concierge à la portière de son carrosse pour s'en assurer. plutôt que de l'aigrir davantage. entre autres Mmes Maret et de Caulaincourt. et n'a pas été reçu. Cette conversation (dont on ne rapporte que le sens) a été distinctement entendue. quoiqu'il fût présent. où il est resté longtemps. Il y est encore allé hier. le chevalier de Floret et plusieurs conseillers autrichiens. sur ses malheurs. le duc d'Orléans s'est présenté pour parler au prince de Metternich. s'est exprimé d'une manière favorable s u r la nation française. rue de Paradis. Le duc d'Orléans. depuis quelque temps. on vérifiera. Le duc de Laval. et sur la nécessité politique de s'attirer l'amitié de ce grand peuple. Il a vu plusieurs fois la semaine dernière la maréchale Marmont chez elle. Il est également allé hier au château de Clichy chez Mme de Staël. « M.

. Il y a vu u n e infinité de réclamations des princes d'Allemagne. pour fournitures. « L'observateur de cette maison a jeté ce matin un coup cUœil sur les papiers de lord Castlereagh. » Les rapports se continuent ainsi. pour la solde et l'habillement de seize mille hommes. ou un de ses secrétaires. a écrit : « Juste.LXII LA POLICE POLITIQUE deux tableaux représentant Marie-Louiso et son fils. aux frais de la France. etc. cet homme d ' É t a t n'est pas. qui réclament des restitutions du gouvernement français. lord Castlereagh. lord Castlereagh. Quant aux deux portraits. qui réclame 4 401 200 francs. un des envoyés de Saxe. une a u t r e du grandduché de Bade . quelques-unes des notes qui le concernent ont t o u t au moins l ' a v a n t a g e de mettre à nu les procédés de la police. réquisitions. comme Metternich. » « L'observateur en a vu une du comte Bentheim. Sur plusieurs. p l u s ou moins . Mais. la France « paiera. Toutefois. venu à Paris pour assister aux conférences qui s'y tiennent on vue de régler les conditions de la paix. Les Autrichiens ont brisé le b u s t e . exigées par Bonaparte. brillant. dans son cabinet particulier. et sur la décision secrète du 15 mai . spirituel. une autre de Hambourg. l'empereur les a gardés et en prend grand soin. Ce qu'on dit de lui n'a guère t r a i t qu'aux négociations qu'il suit et qu'à ce qu'on peut surprendre des intentions qu'il y apporte. » La police opère également chez le ministre anglais. très j u s t e . ami des femmes et répandu dans la société. s'app u y a n t sur l'acte du Congrès du 25 mars.

L'empereur était placé sur une élévation. et le troisième.LA P O L ICI·. Les observateurs rendent compte de cette brillante fête militaire. à la paix des nations. à l'armée russe . et l'empereur Alexandre y a été constamment présent. Λ ce moment. chaque officier a quitté successivement son rang. i r r l k s κ τ j u n g ick s 27 intéressants. a p p a r t e n a n t au palais de l'empereur. en retour. Avant de s'éloigner. près de Châlons-sur-Marne. l'empereur Alexandre a voulu se rendre au camp des Vertus. » . « Trois tentes richement décorées avaient été dressées au centre du camp pour l'empereur et ses frères. Au moment où les colonnes se sont déployées. et est venu se présenter devant l'empereur . veille de son départ de Châlons. l'empereur a donné un dernier repas de trois cents couverts. jusqu'au 14 septembre. Il y avait six cents pièces d'artillerie. Tous les corps d'armée ont manœuvré en colonnes serrées. Pendant le voyage. presque tous ont obtenu de l'avancement ou des décorations : de simples capitaines ont été promus au grade de colonel. On y a porté trois toasts : Le premier. il a été commis un vol considérable de batterie de cuisine. « Cette revue ainsi que les différentes manoeuvres des différents corps ont duré depuis sept heures du matin j u s q u ' à sept heures du soir. à l'empereur Alexandre . et trois autres ensuite pour les généraux. entouré de t o u t son état-major. qui formaient quarante-deux batteries complètes. le second. pour y passer une grande revue do son armée de laquelle il v a se séparer. les souverains allies sont sur le point de quitter la France pour rentrer dans leurs États. « Mardi.

Ces r a p p o r t s prêtent aux officiers de l'entourage impérial les propos les plus malveillants pour la France. La France est beau« coup trop riche. ils sont . » « Un autre officier dont on ne sait pas le nom a ajouté : « — Les Français ne sont pas ruinés. D'après les rapports de police. Plus on lui enlèvera de numéraire « et plus nous serons au repos. l'empereur de Russie. « Mettons les Français à sac p o u r être tranquilles.II Rentré à Paris. Les q u a t r e g r a n d e s cours se sont mises d'accord pour nous dépouiller. Ce départ n'est plus retardé que p a r les difficultés qui se sont élevées entre le gouvernem e n t français et les plénipotentiaires des alliés chargés de négocier la paix. dont Talleyrand ne v e u t p a s subir les implacables exigences. J'étais hier « chez Ruggieri. » « Si les Russes s'expriment ainsi. Il fallait voir cette quantité de « femmes couvertes de diamants et de belles parures. procède aux préparatifs de son départ. « Le comte Owaroff a dit : « — Il nous faut de l'argent. comme les deux autres souverains. les Russes mêmes sont sans pitié. que ne doit-on craindre des Prussiens? Quant aux Anglais.

le duc d'Orléans. Le peuple. roi de Suède. Ils ne veulent que p r e n d r e le pouvoir. de mettre de la fermeté et de la sévérité dans la position critique où il se trouve . ou encore Bernadotte. Tous ceux qui sont venus hier chez lord Castlereagh ont montré une joie indécente sur notre malheureuse position. Napoléon II. L'ultra-royalisme. voire le prince d'Orange. Ce qu'on en disait d a n s Paris alimentait les a t t a q u e s des mécontents. Madame et le duc de Berry ont pressé le roi. est irrité contre le parti de la cour. son passé révolutionnaire. Ce n'est pas le p a t r i o t i s m e qui met sur les lèvres des ultra-royalistes ces p r o t e s t a tions indignées. qu'il . troublait la ville et la cour. qu'il fallait nécessairement des exemples . Les observateurs rendent compte des divers incidents qui révèlent l'état des esprits. hier. Tout est trouble et désarroi dans Paris où les suspects d e m a n d e n t un autre souverain : qui. disposer des places. que le roi de son côté désavoue. bonapartistes et libéraux. » Ces conditions étaient cependant effroyables. quelques jours a v a n t . y trouvait p r é t e x t e pour dénoncer l'incapacité de Talleyrand. Ils disent que la France est u n p a y s perdu. qui. Quelques-uns même trouvaient t r o p douces les conditions de paix. que Sa Majesté devait se méfier de son ministre de la Police . qu'ont déjà exaspéré les exigences des étrangers. qui cessera bientôt d'être habitable. d'accord avec le comte d'Artois. exercer des vengeances. toutes choses qui exigeaient q u ' o n le renvoyât comme.LA POLICE ET LES ÉTRANGERS 29 implacables. ou le prince Eugène. on avait renvoyé Fouché. « Monsieur.

et faire voir au roi qu'il ne pouvait pas les maintenir. Madame. Quelques officiers supérieurs étant. qu'il savait ce qu'il avait à faire. faisaient distribuer de l'argent p o u r exciter le peuple à la révolte. ils s'occupent d u colonel de Labédoyère et d'autres qui doivent être traduits incessamment au tribunal. Gaudin. « Monsieur et Madame la duchesse d'Angoulême ont reçu des avis qu'ils aient à se méfier des Prussiens et même des Anglais. concernant la police du château des Tuileries. depuis son retour à Paris. et non au capitaine des . ont lâché quelques mots qui ont donné à entendre qu'ils répandaient de l'argent au peuple. au-dessus du guichet. Le roi a répondu à toutes ces imputations. ce matin. dans ces fâcheuses circonstances. Il a été question quo MM. le gouverneur du château a eu. p a r m i eux. « Il y a généralement au château de grands pourparlers entre les officiers des gardes et autres . en société. ce qui lui arrive souvent. au grand balcon. beaucoup de diversités d'opinions. place Royale. dans une maison. une très g r a n d e explication avec l ' a d j u d a n t comm a n d a n t .30 LA POLICE POLITIQUE était presque certain que le roi était encore trahi. en s o r t a n t de chez le roi. avait encore les larmes aux yeux. Cambacérès et autres. et paraissait avoir beaucoup pleuré. v u la manière dont les choses allaient. du coté de la caserne des Minimes. Il v e u t que ce soit à lui directement que les rapports se fassent. « M. Il y a. Regnault de Saint-Jeand'Angély. leur a-t-on dit. pour exciter le mécontentement.

on t r o u v a à l'Élysée sur le b u r e a u de l'empereur une liasse de papiers. L'une d'elles dit : « De nouveaux malheurs nous attendent si Louis X V I I I reste sur le trône. sans attendre la signature du traité de paix. il a fait donner des ordres en conséquence d a n s tous les postes. les Chambres. et que ce soit les surveillants des cours et jardins. etc.LA POLICE ET LES ÉTRANGERS 31 gardes. oubliés ou laissés là volontairement. E n les lisant. Comme ils venaient de partir. etc. alors que le cabinet Talleyrand était considéré comme perdu et que le duc de Richelieu se disposait à prendre la présidence du ministère recomposé. » Il est écrit dans line autre : « Deux millions de Français réclament une autre dynastie. Quant à .. les souverains alliés q u i t t è r e n t Paris à la fin de septembre. le petit-fils d'Autriche ou Beauharnais ». » C'est dans ces circonstances que. C'étaient des lettres anonymes qu'avait reçues ce souverain durant son séjour à Paris. on se rendit compte qu'elles avaient presque toutes pour objet d'obtenir d'Alexandre qu'il rendît Napoléon II à la France. » Puis. ainsi que la gendarmerie. L'échafaud sera l'endroit où il expirera avec sa famille. U n de ces anonymes affirme « qu'il n'est pas de paix p o u r la France si elle ne peut choisir un prince à son gré. qui soient chargés de maintenir la police dans le château . c'est Pierre la Vertu qui demande à l'empereur « de punir les coupables : les pairs. qui n'eut lieu que le 20 novembre. » Il le prie « de les attacher à la queue de ses canons et de les transporter dans ses déserts de la Sibérie». Sa perte est déjà jurée dans Paris.

il en est vingt qui souhaitent le triomphe des idées libérales « et le petit Napoléon ». il n'en est que deux qui soient signées. Mais voici le bouquet : une adresse du sieur Lefébure de Saint-Maur. «en fidèle sujet du roi ». l'empereur d'insister auprès du roi pour obtenir la réintégration de son mari « qui a une grande douceur de caractère ». habitant Breuil (Seine-etMarne).32 LA POLICE POLITIQUE celui qu'on appelle le Désiré. Au reste. La femme Charvel désire Napoléon I I et n'a pas confiance dans le roi qui avait promis de laisser chacun à sa place et qui n'a pas tenu parole. « Si Louis X V I I I accompagné de Votre Majesté se por- . « le peuple le punira. inepte. M. Pour un qui demande qu'on sévisse contre les auteurs atroces de la Révolution. L'empereur François est un père dénaturé. » — « La France veut le fils du grand Napoléon et non pas Louis X V I I I . Ce n'est q u ' u n chef de chouans ». elle prie S. huissier de son cabinet. qui. voudrait ramener à leur devoir les braves qui o n t été égarés. puisqu'il a révoqué le mari de la pétitionnaire. Napoléon est un grand homme. L ' h o m m e dans sa chaumière est plus grand qu'Alexandre puisqu'il n'a p a s la générosité de rendre Napoléon à la France. ce lâche qui a fui dans la Révolution après avoir été un des principaux auteurs de la mort de Louis X V I . « Malheur à Votre Majesté si elle force les Français à garder Louis X V I I I ! » E t encore : « Les Bourbons sont des ombres. » P a r m i ces centaines de lettres dont beaucoup contenaient des demandes d'argent.

dit un observateur. avec les vers de Racine : Son noble coursier. On y a joint une lettre faussement attribuée à Talleyrand et à ses collègues du cabinet. Des r a p p o r t s secrets adressés au roi par Fouché sur l'état de la France et qu'on l'accuse d'avoir livrés à la publicité. s'il allait annoncer à ces vaillants soldats le p a r d o n de leur insubordination. qui rendrait publique la lettre d'adieu. mais. la lettre des ministres contient des choses trop fortes et trop peu mesurées p o u r le temps actuel. » Dans les t e m p s troublés.LA POLICE ET L E S ÉTRANGERS 33 tait sur les rives de la Loire. est la date de Paris. Comment cet imprimé circule-t-il. tandis q u ' u n journal. « E n tête de cette brochure. etc. mais sans nom d'imprimeur. serait supprimé et avec raison? Il faut absolument 3 . c'est par des manifestations de ce genre non moins que par les t u m u l t u e u x propos de la rue que se manifestent le déséquilibrement des esprits et leur exaltation. circulent dans Paris des écrits e t des dessins séditieux. Les rapports de Fouché sont trop connus. E n octobre 1815. C'est aussi p a r les libelles et les gravures. pour qu'ils soient aujourd'hui à craindre . sont réunis en brochure et colportés de toutes parts. vous les verriez t o m b e r aux genoux de leur monarque légitime et aux vôtres et vouer à tous deux un inviolable attachement. et une gravure représentant u n guerrier français et un cheval à côté de lui. Le t o u t bien imprimé sur du beau papier. au moment de quitter le pouvoir. maintenant qu'il n'est plus ministre et excitent les esprits. Cette lettre contient les adieux qu'ils adressent au roi.

» Une autre caricature de ce genre représente les adieux des souverains alliés à Louis X V I I I et à sa famille. de l'autre côté est Mme de Labédoyère aux pieds de Louis X V I I I . Une gravure est plus facile à détruire parce qu'en saississant la planche on est presque assurée qu'elle ne sera plus gravée de nouveau . Les r a p p o r t s que reçoit la police de ses agents secrets. En p a r t a n t . pour les effrayer. de l'autre : « le bon père ne pardonne pas ». l'empereur de Russie un knout. On peut juger par ces incidents de ce qu'est l'état de Paris et de la France dans le moment critique que traverse notre pays. en criant que c'est ce fouet qui leur convient. D'un côté sont ces paroles : « le t y r a n p a r d o n n e » . moins il doit être toléré. il n'est peut-être pas difficile de saisir la planche. et l'empereur d'Autriche un fouet avec des pointes de fer crochues au b o u t . encore qu'ils dénat u r e n t trop souvent la vérité et y substituent des . Elle représente d'un côté la scène très connue de B o n a p a r t e à Berlin.34 LA P O L I C E POLITIQUE suspendre la presse ou la rendre entièrement libre . c'est une gravure qui a paru clandestinement. ils accourent. c'est ce dernier qui obtient l'approbation des B o u r b o n s . pour les faire mourir dans les douleurs et dans le sang . le roi de Prusse présente a u roi une verge pour châtier les Français. accordant la grâce du comte de Hatzfeld à sa femme . » Puis. le milieu ne vaut rien. L ' a u t e u r du r a p port fait remarquer que plus un imprimé se fait remarquer p a r son esprit et par sa méchanceté. « Une gravure de ce genre fait plus de mal que cent brochures incendiaires.

chacun de son côté. Cependant la Russie elle-même n ' a encore agi que par convenance politique. cependant plusieurs officiers attachés à l'état-major prussien ont affirmé et. Il en résulte qu'entre t a n t de manifestations hostiles dont la France est l'objet. Ce fait résulte de t o u t ce qui s'est passé chez les autres monarques e t leurs ministres. sur la demande expresse si réellement ils étaient venus à Paris réinstaller le roi. qui. « Dans une conversation q u ' u n Allemand domi- . aussitôt après l'entrée des Anglo-Prussiens sur le territoire français. c'est encore celles auxquelles se livre la Prusse qui témoignent des dispositions les plus malveillantes.LA P O L I C E ET L E S ÉTRANGERS 35 inventions qui font surtout honneur à la fertilité intellectuelle de ceux qui les o n t imaginées. ont répondu que le roi de France était venu avec eux pour son propre compte. « Si Louis X V I I I est aujourd'hui assis sur le trône de France. et aucunement par sentiment ni par devoir envers le roi de France. les grands États européens. a sauvé le trône des Bourbons. qui. qui étaient les plus forts depuis Waterloo j u s q u ' à Paris . ont inspiré à Sa Majesté l'idée de suivre ces alliés pas à pas et pour ainsi dire à leurs trousses. « C'est la seule Russie. dans les derniers temps du séjour d'Alexandre à Paris. est-il dit dans u n de ces rapports en date d'octobre. C'étaient les Prussiens. ces r a p ports répandent cependant un peu de lumière sur IJS basses intrigues nouées de toutes p a r t s contre 1 ?s Bourbons et sur le rôle q u ' y jouent. il en est redevable à son propre courage et à l'énergie des fidèles serviteurs.

Sa conduite à Paris s'accorde p a r f a i t e m e n t avec ce système. Karr. il f u t question des engagements pris à Gand envers les Bourbons. dont la politique n'avait toujours eu p o u r but que le bouleversement des É t a t s allemands. est intime avec lui . le grand maître de la police prussienne à Paris. . où l'on pouvait trouver la preuve que le b u t de la guerre était uniquement de réduire la France à rien. s'ils l'avaient pu. et un petit-fils de Henri IV. C'est comme une espèce de haine personnelle contre cette dynastie. Ces messieurs se mirent à rire. q u ' u n descendant de Louis XIV qui avait brûlé le Palatinat et arraché la FrancheComté et l'Alsace à la Germanie. leur est farouchement hostile. le directeur. il reçoit de lui directement sa direction. les auraient empêchés d'y monter. toute l'Allemagne avait été d'accord. Les Prussiens. affirme le rédacteur de ces notes. Son subordonné. Justus Grünner. D'après K a r r . Ces messieurs citèrent plusieurs brochures et des gazettes allemandes sans nombre. » Ce ne sont donc pas les alliés qui ont rétabli les Bourbons sur leur trône. q u ' u n Bourbon n'était jamais q u ' u n Français.36 LA P O L I C E POLITIQUE cilié à Paris eut avec des officiers et un employé supérieur prussien du cabinet du prince de Hardenberg. Grünner est persuadé que les Bourbons ne se soutiendront pas. « Ses proclamations datées d'Aix-la-Chapelle ne disaient p a s un m o t rassurant pour le roi de France. Ils déclarèrent h a u t e m e n t qu'à cette époque. et demandèrent si l'on n'avait aucune connaissance à Paris de ce qui s'était passé en Allemagne avant l'ouverture de la dernière campagne. Encore aujourd'hui.

On avait présenté. Dantzick. Grünner est encore aujourd'hui acharné à répandre les nouvelles contraires à l'affermissement du trône des Bourbons. mais il faut ici citer au moins une d'entre elles. On y avait a j o u t é l'infernale assertion que Louis X V I I I avait alloué à chacune des puissances certains avantages pécuniaires et à leur insu réciproque entre elles. a u Congrès de Vienne. p o u r r a avoir un intérêt réel ou donner peut-être la clef d'une intrigue particulière. lesquels sacrifices . on en parlera à une autre occasion . Il lui faut journellement une chronique scandaleuse de la cour des Tuileries . Ils disent qu'on en voulait au roi de France. en séquestrant les créances des étrangers sur le gouvernement français. un prétendu article d ' u n prétendu traité de Gand. les anecdotes inventées par la méchanceté ou p a r la bêtise des agents. p a r son importance. et d'autres Prussiens en ont donné une explication particulière. qui. sachant très bien que ce genre de nouvelles est agréable au maître. par lequel le roi de France aurait fait d'avance les concessions les plus onéreuses et encore plus désastreuses pour le royaume que celles qu'on connaît maintenant. au nombre des découvertes faites relativement aux retards qu'éprouve le traité de paix. il reçoit. et à Berlin. pour avoir contrarié le partage de la Saxe. « On n'entre point ici dans le détail de ces nouvelles . avec un sourire malin. pour avoir souffert que le ministre des finances eût rompu le traité de Paris. qui.LA POLICE ET L E S ÉTRANGERS 37 qui paraît avoir produit cette opinion. ne manquent pas d'en fournir abondamment. Magdebourg et ailleurs.

ce qui les avait placés dans une perplexité de plus. « Plusieurs jours après. lors de leur entrée au ministère. et. Grünner reçut la communication de la lettre ' d'adieux. ceux-ci le menacèrent de publier le traité de Gand. à la date du 24 octobre. « Tous les ennemis de la France dans les différentes nations. des personnes se disant arrivées du Midi en parlent avec t a n t d'assurance et ont déjà t a n t tourmenté les campagnes des envi- . sans excepter le grand-duc Nicolas. mais profiter pour une certaine partie au roi lui-même. et justement il est dit dans cette lettre que les ministres. représentées dernièrement par leurs monarques et par leurs ministres. intimidé. avaient ignoré les engagements secrets pris p a r Sa Majesté à Gand. chaque fois q u e le roi voulut refuser une concession. une poignéederenseignements sur ce qui se pas se dans Paris et d ' u n caractère un peu plus positif que ceux qui précèdent : « 1° Sous le nom de Murât. c'était mercredi dernier. » Voici maintenant. et le roi. disait-on. la première elle avait désapprouvé l'idée de mettre u n prince étranger sur le trône de France. y consentit. servaient pendant les négociations aux ministres étrangers. il se répand tant de bruits sinistres dans Paris . Ces stipulations. en voulaient à la Russie de ce que la première elle avait commencé à retirer ses troupes. d o n t il avait été question plusieurs fois. qu'on dit avoir été écrite p a r les derniers ministres de Sa Majesté lors de leur démission .38 LA P O L I C E POLITIQUE devaient être portés en entier par le royaume.

et on sort ainsi de France ou l'on voyage. et à supposer au moins que le t o u t n'est pas une simple invention de p a r t i . On pourrait suivre la trace de ces dessins. « 3° Une foule immense d'étrangers de toutes les nations sont venus fondre sur P a r i s avec des passeports militaires. c'est surtout leur départ. Mais. Il serait curieux de découvrir que Ternitt. quand même . La police française a voulu connaître leurs arrivées et leurs départs. au moins a u t a n t de monde s'est logé chez des personnes non autorisées à loger que chez les teneurs d'hôtels garnis . amis de Ternitt. Avec un peu d'argent. comme il travaillait a u x querelles du Palais-Royal . pour son compagnon de voyage. se sont soustraites à la loi et des milliers sont ainsi logées d'une manière irrégulière. en faisant exécuter les règlements. dans les derniers t e m p s . même dans l'intérieur de la F r a n c e .LA POLIGE ET LES ÉTRANGERS 39 rons de Paris avec ces nouvelles que le plus incrédule commence enfin à s'en occuper à son tour. la plupart jeunes gens imprudents. Ce n'est pas que leur séjour seulement qui doit être m a i n t e n a n t régularisé. qui exige d e la surveillance. avec u n peu de bonnes paroles. travaille aux caricatures dangereuses. en observant les élèves de David. agent de son gouvernement. on gagne facilement un étranger sur son départ : on passe pour son domestique. ces personnes. « 2° On a vu chez le Prussien Ternitt (officier supérieur et peintre de la cour de Berlin) des jeunes gens occupés de dessins de caricatures. on refuse de répondre a u x gendarmes et aux postes militaires à l'entrée des villes.

associé du roi dans la Banque royale de S t u t t g a r d . depuis vingt-cinq ans. Le m o m e n t était décisif . intelligent et capable de se charger d'instructions en partie verbales . Il y . de France et de petits rois et princes. j u s q u ' à Vienne et Milan. Kaulla. il fallait passer cependant directement. est en ce m o m e n t à Paris. ou Joseph Bonaparte. et il fallait absolument envoyer un homme fidèle. l'objet était infiniment urgent . « 4° E n 1813. lorsque l'Autriche eut déjà réussi dans des négociations avec la Bavière. en m e t t a n t à sa mission une diligence extraordinaire et u n e habileté parfaite. par Munich et Brannau. et qui alors remplit parfaitement les vues du roi de Wurtemberg. le roi de W u r t e m b e r g risquait de voir son pays envahi par les Bavarois. depuis D a r m s t a d t . qui f a i t maintenant des affaires immenses pour la cour d'Autriche et qui reçoit la plus g r a n d e partie des subsides anglais pour l'Europe méridionale. en a y a n t été informé. « Ce Kaulla.40 LA P O L I C E POLITIQUE on serait Clauzel. le roi de Wurtemberg. personnage extrêmement i m p o r t a n t sous tous les rapports. puisqu'en perdant un seul jour. était u n membre de la famille Kaulla. et craignant de rester en arrière et de devenir la victime de la Bavière et des circonstances générales. t o u t p r ê t s à marcher contre les Français. et p a r le plus court chemin. La seule personne. voulut envoyer un agent secret à Vienne. à laquelle le roi de W u r t e m b e r g crut pouvoir se fier. ou émissaire de Murât . a été intéressé dans t o u t e s les grandes affaires de fournitures de chevaux et autres p o u r compte d'Autriche.

il pourrait. l'impératrice douairière de Russie. Outre cela. « La cour de W u r t e m b e r g est peut-être. aussi prépondérant. é t a n t dirigé par une main habile. épouse de Jérôme. de toutes les cours du troisième rang. la veuve Catherine d'Oldenbourg v a célébrer ses noces avec le prince royal de Stuttgard . Il t i e n t aux intérêts de l'Allemagne . Un grand intermédiaire entre la France et la Russie. Cet intermédiaire se trouve à S t u t t g a r d . » . Il ne se trouve nulle p a r t aussi bien placé comme là. et. ou par tous les motifs à la fois.LA POLICE ET LES ÉTRANGERS 41 est venu pour les intérêts pécuniaires de sa maison. Ellvangen. Elle est très aimée de sa mère. le lit nuptial ne satisfera p o i n t son ambition. aussi t r a n c h a n t que les circonstances malheureuses. politiquement ou pécuniairement. « Il f a u t aux Bourbons un appui aussi fort. qui influe t a n t sur Alexandre. le séjour de ce couple détrôné. u n intermédiaire intéressé naturellement. Le Roi. mais il penche un peu du côté de sa fille chérie. E t l'instrument. est un grand homme d ' É t a t . l'agent de cette combinaison pourrait être le banquier Kaulla . malgré ses querelles avec ses s u j e t s et malgré ses moeurs douteuses. qui semblent toutes conjurées contre cette maison illustre. si cela pouvait se faire. celle qui mérite le plus d'attention de la cour de France. devenir un personnage fort précieux p o u r la police française dans ses plus hautes spéculations. pourrait établir en faveur de la France cette prépondérance et cete sécurité. mérite a u t a n t d'attention de la p a r t de la haute police française que Staimbourg et le château impérial de Vienne. cette d a m e passe p o u r une des grandes intrigantes politiques de l'Europe .

. « On dit aussi que la mesure contre les caricatures avait été provoquée par l'Autriche. qu'il leur a été d é f e n d u p a r la censure de parler de ce qui se passe d a n s le Midi. que le feu a v a i t été mis la n u i t passée au château des Tuileries. « On a communiqué une proclamation très longue et assez bien rédigée adressée du Bellérophon aux Français . pourvus d'artillerie. En revanche. « On a rapporté. « On a donné comme une nouvelle positive q u ' u n e force armée antibourboniste. « On a encore rapporté que trois officiers prussiens.42 LA P O L I C E POLITIQUE Je n'ai trouvé nulle p a r t la preuve qu'on ait suivi ce conseil ni cherché à embaucher le b a n q u i e r Kaulla. Elles démontrent d'ailleurs combien il est peu informé et de quelles niaiseries l'alimentent ceux qui le renseignent. se montait à plus de 60 000 hommes. il y a quelques jours. c'est l'adresse amplifiée du Morning Chronicle : on y a ajouté la note que le style de l'adresse était celui de Fouché. hier matin. « On a donné une nouvelle venant des b u r e a u x des journalistes de Paris. avaient été tués. et à faire de lui un agent secret du cabinet de Paris. Ce sont les notes que se procure quotidiennement la police prussienne et qui servent de base aux rapports que Justus Grünner adresse à son gouvernement. voici qui fait plus d ' h o n n e u r à la police française. qui s'étaient trop approchés du c h â t e a u de Vincennes. Ces notes ont été copiées sur son bureau par u n agent qu'il croit sûr et qui le trahit. réunie depuis les Cévennes j u s q u ' a u x bords de la Méditerranée.

On prétend qu'il y a des personnes à Paris qui. depuis quelques jours. entre les deux partis. il n ' y a que huit jours. « On a fait un rapport effroyable sur des scènes de carnage. « Le directeur de la police de Grünner suppose comme une chose très possible que. le gouvernement prussien s'emparera de l'autorité publique sous un titre provisoire. des gardes nationaux. « On prétend que. on y a a j o u t é le nom du marquis ou baron de Champrené. avec autant d'absurdité les uns que les autres. de l'Ouest et du Nord. on a été j u s q u ' à désigner quelques rues où logeaient ces intrigants. qui doivent avoir eu lieu à Nîmes. Mme Murât et autres aussi connus. sont désignés . dont le siège doit être Paris même.LA POLICE ET LES ÉTRANGERS 43 « On a désigné plusieurs noms fameux impliqués dans une intrigue. « On a rapporté qu'à la revue de dimanche. on s'attendait à recevoir la nouvelle de son entrée dans la ville de Bordeaux. rentrés dans Paris. « On a nommé Venise comme un point de ralliement des intrigues du parti Napoléon I I . Barras. « On a rapporté que le général Exelmans avait une troupe considérable sous ses ordres. Tallien. avaient témoigné leur mécontentement. mais supposés. si les circonstances deviennent critiques. étaient encore à Bruxelles . voyant le duc de Berry à côté du gouverneur Muiïling. et qu'un garde national avait craché sur le cheval de Wellington. et q u ' à chaque instant. Fouché doit avoir été chez Wellington . le gouvernement a intercepté toutes les lettres du Midi. . il y a peu de jours.

« Il est très probable.44 LA POLICE POLITIQUE « On a donné la nouvelle de la prise d'un convoi autrichien par les partisans français d a n s les Vosges. qui triomphe d'avoir p u se ménager des relations d a n s les bureaux de Justus Grünner et mis au pillage ses papiers. Le directeur de la police prussienne a prétendu. « On a parlé de l'incendie auprès des MenusPlaisirs. et non à la Préfecture. Il a eu connaissance de pièces secrètes et s'en est vanté. que le feu pouvait y avoir été mis exprès. « Une seconde fois. cet habile personnage le fait chez elle. « Une fois. il se v a n t a d'avoir reçu du portefeuille même de Son Excellence le ministre . Mais cette enquête ne donne pas de résultats. apprend à l'improviste que ce qu'elle fait chez lui. ancienne maîtresse de Jérôme. la police française. Tout aussitôt. p o u r v o i r si l'on ne découvrirait pas chez elle quelque grand proscrit. écrit l'observateur qui en a été chargé. On y a a j o u t é ce commentaire. il dit avec beaucoup de satisfaction qu'il avait reçu le m a t i n à sept heures la nouvelle que Fouché était sorti la nuit pour aller au château porter des nouvelles de la mauvaise réception des Prussiens à Nantes. successeur de Fouché. ordonne une enquête à l'effet de découvrir le misérable qui le trahit et qui ne peut être q u ' u n employé de son administration. où demeurait Mme Hainguerlot. le ministre Decazes.pas absolument certain que cet employé soit au Ministère lui-même. qu'il était bien servi à la police de Paris. » Le 29 octobre. à trois différentes reprises. mais il n'est.

il communiqua à l'auteur de ces renseignements un extrait des nouvelles de Lyon. qui menaçait la France de tous les côtés. « et il y a quelqu'un qui peut à son aise y puiser. » « Au reste. le ministre Decazes. c'était une circulaire du sous-préfet de Rennes aux maires de son arrondissement et datée du 5 octobre. et l'auteur des renseignements présents. et il prétendit que cette circulaire imprimée était un grand secret à Paris. c'est « un imprudent qui laisse traîner son portefeuille. pour se donner de l'importance. Il y était dit qu'il y avait eu des rassemblements d'ouvriers. « pour obliger un journaliste que je connais. qu'il prétendit avoir été tirées du portefeuille de S. Il faudra sans doute procéder avec beaucoup de précaution.LA POLICE ET LES ÉTRANGERS 45 Decazes une feuille imprimée . qui à la vérité n'a jamais paru dans les j o u r n a u x de Paris. Ces nouvelles de Lyon étaient relatives à la mauvaise conduite des Autrichiens. Le directeur de la police prussienne voulait trouver dans cette pièce. dans laquelle il était question de la mauvaise conduite et des dispositions dangereuses des habitants et il était ordonné a u x maires et aux curés de faire connaître de nouveau les articles du Code pénal relativement aux troubles dirigés contre l ' É t a t . E. . tout dispos qu'il est de rendre des services importants et réels. il n'y a pas plus de trois jours.. une grande preuve du danger.. des placards incendiaires. « Enfin une troisième fois. etc. il est encore possible que tout ce que dit Karr sur cet employé ne soit que des rodomontades. Le directeur de la police prussienne a j o u t a exprès : « — Le ministre Decazes est très confiant.

Il p r o m e t encore de faire son possible. j u s q u ' à présent. pour que le cabinet du Ministère puisse être sur ses gardes. cela couperait aussi à l'instant m ê m e toutes les communications entre lui et le directeur Karr. Cet employé rend compte des propos que lui a tenus le grand maître de . ce qui est bien fait p o u r rendre la police française plus modeste.46 LA POLICE POLITIQUE se trouverait cependant bien malheureux. de pousser ses découvertes plus loin . « Il a r e c o m m a n d é exprès de choisir dans les employés actuels ceux ou celui qui s'était distingué. Heureusement. Il croit avoir au moins averti. » Ce renseignement est donné à la police française p a r celui de ses employés qui s'est fait agréer p a r J u s t u s Grünner. » Les jours suivants n'amènent pas de découverte nouvelle. s'il contribuait par ses avis à rendre suspect et peut-être à exposer au dernier malheur un individu quelconque. et même suivre la t r a c e et surveiller les communications avec les journalistes. Justus Grünner et Karr ont fixé au 10 novembre la d a t e de leur départ et on sera débarrassé de cette engeance maudite. Il faut renoncer à savoir p a r qui la police prussienne a été renseignée. il en a les moyens. mais il croit avoir le droit d'y m e t t r e la condition qu'il ne s'ensuive p a s de malheur ni un éclat scandaleux . p a r l'étendue de ses connaissances et surtout par l'impartialité de ses jugements. les armées étrangères sont au m o m e n t de quitter Paris et les services policiers vont p a r t i r avec elles. A remarquer toutefois que ledit Grünner cherche quelqu'un qui p o u r r a lui adresser en Prusse des rapports confidentiels.

il y retournera aussi souvent que possible a v a n t son départ. Grünner conta l'anecdote de la lettre qui avait été écrite par Reinhardt de Bruxelles à Napoléon à Paris et qui. Cet employé doit retourner chez Grünner. » . « Grünner n'est pas entré dans des grands détails. A cette occasion. car celui-là ne la connaissait point. Il a seulement observé que l'horizon en France était encore bien obscurci. avec lequel il doit se trouver à Dresde. ancien employé supérieur aux relations extérieures. Grünner n'est pas mal disposé envers Fouché. Il dit que Fouché n'est p a s un h o m m e aussi blâmable et aussi dangereux qu'on a v a i t voulu dire . fut la cause de sa disgrâce. Grünner connaît cette anecdote par une autre voie que par celle de Karr.LA POLICE ET LES ÉTRANGERS 47 la police prussienne q u a n d il lui a été présenté. il fut question de Reinhardt. a y a n t été connue du Roi. il t r o u v e en Fouché un patriote à grandes vues. et qu'il était t r è s difficile de juger quelle pourrait être la fin de t o u t ceci.

d'auties encore. D'autres y étaient restés après le départ des souverains. grâce à la surveillance qu'elle avait organisée autour des souverains étrangers p e n d a n t leur séjour dans la capitale. le comte de Goltz pour la Prusse. intriguaient et suivaient les affaiers de France avec un intérêt qu'explique suffisamment le désir qu'ils avaient d'en finir avec les bonapartistes et les révolutionnaires coa- . le duc de Fernan Nunez pour l'Espagne. sir Charles S t u a r t pour l'Angleterre. arrivaient à Paris des généraux. Ceux-ci. qui ne prit fin qu'en 1818. avaient paru trop importants au gouvernement pour ne pas lui inspirer le désir de continuer cette surveillance sur les personnages de diverses nationalités. — s'agitaient. des gens de marque qu'on pouvait supposer chargés de missions secrètes. de leur côté. retenait ou attirait sur le territoire français. le comte de Rechberg pour la Bavière. que l'occupation étrangère. Ils avaient des rapports quotidiens avec les ambassadeurs accrédités en France. des diplomates.III Les renseignements recueillis par la police. le baron de Vincent pour l'Autriche. A tout instant. — Pozzo di Borgo pour la Russie.

le plus espionné des hommes. qui fut assurément. q u ' à partir de ce moment. si troublants. avaient reçu la mission spéciale de suivre de très près le mouvement de l'opinion. o n s'attachait à leurs pas. si déconcertants. on le verra plus loin. une activité plus grande dans le fonctionnement du Cabinet noir. nuisibles à tous les gouvernements monarchiques. C'est à s'en informer. Le gouvernement français ne p o u v a i t q u ' a t t a c h e r le plus grand prix à savoir comment ils appréciaient les événements alors si confus. à cette époque et j u s q u ' e n 1819. On filait les gens. on les suivait jusque d a n s leurs voyages. on arrivait ainsi à connaître tous leurs faits et gestes. La surveillance autour des personnages étrangers fut organisée à l'image de celle qui s'exerçait sur des personnages français tels que Chateaubriand. Les quatre premiers de ces ambassadeurs. représentant les puissances alliées. 2° liaisons secrètes avec le bas personnel des ambassades et légations . d'en rendre c o m p t e à leur cour après en avoir conféré ensemble. Les moyens dont usa celle-ci furent les suivants : 1° une étroite surveillance a u t o u r des personnages étrangers . L a France était p o u r eux un foyer d'émeutes. Il fallait donc rester sans cesse sur le qui-vive. on achetait au besoin leurs domestiques . ce qu'ils en disaient à leurs souverains et quelles mesures ils conseillaient. q u e les 4 . 3° enfin. il employa sa police.LA POLIGE ET L E S ÉTRANGERS 49 lisés contre les Bourbons. une propagatrice de doctrines détestables. Ils se réunissaient à cet effet une fois p a r semaine ou même plus souvent.

révélateur et instructif.50 LA POLICE POLITIQUE r a p p o r t s racontaient en tous leurs détails ou prétendaient raconter. Au mois de janvier 1816. Gomme on lui a t t r i b u a i t des opinions bonapartistes. pendant la discussion sur la loi d'amnistie et. On croit cela utile. dans leurs rapports. de pauvres hères d ' u n e éducation secondaire. le jour où l'article des régicides passa. Il a suivi presque toutes les séances de la Chambre des députés. q u a n d ils n'avaient rien à dire. il fit éclater une fureur incroyable contre t o u t e cette assemblée. l'inspecteur général de la police. à inventer. p o u r la plup a r t . la p a r t d'invention fût plus grande que la p a r t de vérité. « Voici les premiers renseignements obtenus : « Le prince Paul est un homme sans mœurs. homme d'esprit qui connaissait son Paris sur le bout du doigt. le prince P a u l de Wurtemberg était à Paris. disait l'observateur. a v a n t d'être soumis au ministre. il était surveillé. Mais. Il en écartait ce qui frisait l'invraisemblance et n'en retenait que ce qui lui semblait devoir être exact. « Il passe ses soirées ordinairement chez Mme Ju- . p a r toutes les mauvaises relations que ce prince conserve à Paris. Il pouvait donc arriver que. Il y avait nécessairement dans ces r a p p o r t s beaucoup d'exagérations et de mensonges. assez ignorants des hommes et des choses et toujours disposés. passaient sous les yeux de Poudras. ces rapports. « On estparvenu à intéresser son domestique. pour gagner leur salaire. Les agents employés à ces viles besognes étaient. sans principes et grand ennemi des Bourbons.

à la date du 15 août 1816. le baron Binder. et l'on ne dirait rien pour le général « Wilson ! » « Il leur a promis d'aller p a r l e r à lord Wellington. Aujourd'hui. réunion impure. et où aujourd'hui encore. il y est allé. « — Est-ce que Wellington le laisserait condam« ner? a dit le prince Paul. « En dernier lieu. Ce sont deux caractères fougueux et désordonnés. et crie contre le gouvernement et la police de la manière la plus forte. sous le despotisme de « Bonaparte . 5 : . m a r c h a n d de vins en gros. il y avait chez lui réunion de quatre Anglais pour s'occuper des m o y e n s de tirer d'affaire le général Wilson.LA POLICE ET LES ÉTRANGERS öl not. occupée p a r le b a r o n de Vincent que seconde. on se flattait d'y former un p a r t i pour Napoléon II. ami personnel du prince de Metternich. Voici d'abord. de la manière la plus énergique. on p a r l e politique et nouvelles dans le plus mauvais esprit. Pierre Metzler. le prince P a u l était intimement lié avec le général Wilson (compromis d a n s l'évasion de Mme de La~~Vâïette). Hier. le prince Paul prend le plus grand intérêt possible à cet Anglais. où du t e m p s de Metternich. rue Caumartin. avec le titre de premier secrétaire. » Tout aussi intéressants sont les rapports de l'agent chargé de surveiller l'ambassade d'Autriche. On a bien osé récla« mer le capitaine Wright. aussitôt cette conférence finie. Il habite chez son beau-père. bien faits p o u r aller ensemble. et effectivement. une note assez p i q u a n t e sur un sieur Gustave qui paraît être pour le b a r o n Binder un f a c t o t u m complaisant.

Il est de retour de Vienne. Tous ces détails ont été avoués p a r Gustave lui-même. le prouve. il parle sans cesse de l'impératrice Marie-Louise et de son fils. ainsi ils sont certains. disant que l ' u n et l'autre sont appelés à de grandes destinées. de Floret avait chargé Gustave de lui former une espèce d'agence secrète et il rendait compte à M. « E n 1812 et 1813. On voit q u e ce jour-là. de Floret. et celui-ci au prince de Schwarzenberg. avant l'expédition de Russie. à notre observateur . « On suivra avec soin le fil de ces indications. E n 1812. Du moins. depuis trois semaines environ. et n'ont point certainement renoncé à leurs droits sur la couronne de France. E n a t t e n d a n t . d u 10 de ce mois. valet de chambre de M.52 LA P O L I C E POLITIQUE α II a été. savoir : pour M. Il n'y a presque pas de doute qu'il est ici l'agent ou l'intermédiaire d'une agence autrichienne. dont il fait un très grand éloge. pour le b a r o n d'Ulrich. de Gentz. pendant longtemps. mais. on pense qu'il serait utile de faire intercepter les lettres de l'étranger adressées à . Pilât. pour M. Il est aujourd'hui dans une grande aisance. de Floret. Gustave n'était plus bonap a r t i s t e . il lui adresse onze p a q u e t s de lettres pour Vienne. pour u n e demoiselle Sophie et p o u r M. dans le temps. comme elle a contribué à accroître sa fortune. mais il l'est. il n'en dit rien. secrétaire du prince Metternich. M. La mari ne l'ignore pas . Sa lettre même au baron Binder. La femme de Gustave a été la maîtresse de plusieurs diplomates autrichiens. redevenu cette année. en quelque sorte. de Floret.

il v a lui-même y prendre les lettres p o u r Vienne. le baron Vincent. » J u s q u ' a u mois de mars 1817. mais conduites avec beaucoup de secret et de précautions. grâce sans doute a ce même Gustave et au valet de c h a m b r e du b a r o n Binder. pour son compte particulier. c'est que le p a q u e t que le baron Binder a t t e n d a i t . mais qu'il remet également en personne à M. un r a p p o r t fournit les détails suivants : « Il résulte des observations faites et des explications données par le valet de chambre du baron Binder que les relations e n t r e le prince de Metternich et M. « Hier soir. p o u r Londres. Le grand paquet de dépêches du courrier . rue Caumartin. immédiatement avant le départ du courrier des mercredis pour Vienne. T o u t prouve q u ' e n ce moment. sont t o u j o u r s très fréquentes. Gustave. M. Le baron de Binder ne se fait pas annoncer chez M. p a r l'intermédiaire du baron de Binder. de Talleyrand sous son véritable nom . parce qu'on a t t e n d a i t un courrier de Vienne. par Colmar. ou à M. qui ne passent que par l'ambassade. Le valet de c h a m b r e r a p p o r t e qu'il n'a jamais vu son maître d a n s un plus grand embarras. Pierre Metzler. la police est informée de ce qui se passe à l'ambassade d'Autriche. ne s'est point trouvé. de Barbier. 5. marchand de vins en gros. qui est arrivé et qui p a r t i r a aujourd'hui. A cette époque. les relations entre les cabinets de Londres et de Vienne sont très actives. Une circonstance particulière qu'on a remarquée à cette occasion. Binder et tous les secrétaires sont restés à l'ambassade. de Talleyrand.LA POLICE ET LES ÉTRANGERS 53 M.

il aurait toute la latitude possible. Le baron Binder a l'air de soupçonner que le baron Vincent lui aura souillé son p a q u e t particulier. il est probable qu'à la conférence d'hier. il désirerait bien que M. Stuart. L'agent est t o u j o u r s rempli de bonne volonté et a conservé tous ses moyens d'être utile . l ' a m b a s s a d e u r d'Angleterre. Ainsi cet homme n'est nullement soupçonné et p o u r r a toujours nous servir. de Vincent ne différât p a s son départ pour l a Lorraine. Celui du 18 raconte un véritable coup de théâtre qui s'est passé la veille : « Hier. pour leur dire que la police avait des agents p a r t o u t . et pourrait . et c'est ce qui aura fait prendre des précautions au b a r o n Binder. ce qui n'arrive p a s ordinairement. il lui parla avec encore plus d'effusion. parce que si le baron Binder restait provisoirement chargé du portefeuille. le baron Binder. « Comme c'est en revenant de chez sir Stuart que le baron Binder a dit toutes ces choses. qu'il fallait bien faire attention aux Français qui étaient employés dans l'hôtel.54 LA POLICE POLITIQUE avait été ouvert p a r l'ambassadeur lui-même. sir S t u a r t aura parlé à ses collègues du renvoi qu'il avait fait de plusieurs de ses gens qui le trompaient. particulièrement un sieur Delaunay et un garçon de bureau. en r e v e n a n t de la conférence chez sir Ch. » Ce rapport est d a t é du 11 mars. fit appeler les domestiques allemands de l'ambassade d'Autriche. Le baron Binder prit ensuite en particulier son propre valet de chambre qui est un homme à nous . et en lui accordant t o u t e confiance.

alors. . Le prince Dolgorowki. à Paris. c'est avec haine ou dérision. c'est à moitié fait. lequel est également très lié avec M. chaque fois qu'il en parle. qui manifestent les plus mauvais principes contre le gouvernement royal. et un Français qui a été secrétaire intime de Bernadotte. rendre des services très importants. voit le comte Orloff. Son frère.LA POLIGE ET LES ÉTRANGERS 55 réellement. le comte Pozzo di Borgo. il est à craindre qu'il ne le ramène à son opinion. Figneul. M. d'après ce que l'on vient d'apprendre « On a formé une liaison chez le comte Orloff. et l'on est fondé à croire que M. le duc de Richelieu . Voici les premiers renseignements qu'on a obtenus : « Le comte Orloff voit en secret le chargé d'affaires de Suède. avec lequel il habite maintenant. « 15 juillet. ni M. — Le comte russe Michel Orloff est l'un des étrangers. p r e m er secrétaire de l'ambassade russe. « Le comte Orloff ne peut souffrir ni M. mais. Le colonel russe Brousin. au moyen de laquelle on espère savoir ce qui s ' y passe et même se procurer en partie sa correspondance. On en a des preuves certaines et multipliées. Pozzo di Borgo ignore jusqu'à quel point existe leur liaison. et déjà. la police s'émeut aussi de la présence à Paris des frères Orloff qui tenaient alors une grande place à la cour de Russie. est plus modéré que lui . et qui est venu de Suède à Paris depuis quelque temps. Figneul. » Dès 1816.

et qui voit souvent le comte Orloff. et pense t o u t aussi mal que lui. — L'observateur de chez le comte Orloff a commencé hier soir d'apporter quelques papiers . des Buonapartistes. Le comte Orlofï a beaucoup de relations avec la Belgique. « M. à la manière dont il en parle. Il ne pense pas mieux que lui. « Il y a ici le capitaine Kill. et. connus pour de véritables mécontents. on peut assurer qu'il s'en réjouit fort·. ce qui est bien plus. il y a passé plus de q u a t r e heures. Tous deux ne sont pas simplement des mécontents. hier encore. mais. et. était très liée avec le comte Orlofï. La princesse Galitzin.m a j o r de lord Wellington. Celui-ci allait tous les jours chez elle. La personne de qui on tient ces détails croit que cette correspondance avec la Haye est importante et secrète. la Hollande. Kill est secrétaire de la légation russe à la Haye et correspond avec le comte Orlofï. Demidoff est encore un des amis particuliers du comte Orlofï. où il fréquente des généraux et officiers français. qui est secrétaire du comte de Woronzoff. Le comte Orlofï prédit une guerre prochaine. Le frère de ce M. logé r u e de Choiseul. qui p a r t a u j o u r d ' h u i pour retourner à Pétersbourg.56 LA P O L I C E POLITIQUE rue d'Artois. « Tous les jours d'Opéra. car il est étonnant l'éloge exagéré qu'ils en font. n° 4. mais ceux-ci se sont trouvés sans impor- . est un des amis particuliers du comte Orloff. attaché à l ' é t a t . » « 17 juillet. des frondeurs . le comte Orlofï va à ce spectacle. et aussi avec le quartier général russe à Maubeuge.

à l'Opéra. au plus haut degré. n° 4. Kill a un frère. avec plusieurs officiers russes. a t t a c h é à la léga- . qu'il fait porter rue de Choiseul. rue de la Paix. L'agent dit même être certain que le prince Wolkonski est enthousiasmé de Buonaparte. Ils ne se sont pas gênés à table pour tenir les propos les plus indiscrets contre les Bourbons et l'état actuel de la France. Le soir.LA POLIGE ET LES ÉTRANGERS »7 tance. et qu'il le dit hautement. Après dîner. comte d'Erlon. où il pleut des épigrammes et des sarcasmes contre la famille des Bourbons. où l'on sait qu'il se réunit à des Français mécontents et clabaudeurs. C'est encore une réunion de frondeurs. « Une autre maison que fréquente assidûment le comte Orloff est celle du prince et de la princesse Wolkonski. le comte Orlofî est allé. qui a différé de quelques jours son départ pour la Russie. détenu. ami intime du comte de Thiars. il est allé chez la princesse Galitzin. qui se placent ordinairement à l'orchestre. Kill. le général Quinette. secrétaire d u comte Michel de Woronzoiï. d'une façon u n peu mystérieuse et sans dire son nom. On est certain que. entre autres. Il y a deux jours qu'une d a m e française est venue voir le comte Orloiï. L'agent a su après que c'était la femme du général Drouet. On a d é j à dit que M. il se t i e n t également de fort mauvais propos. chez cette princesse. cette fois. « Le comte Orloiï envoie fréquemment des paquets au quartier général russe à Maubeuge. chez M. Le même rend c o m p t e des détails suivants : « Le comte Orloiï a dîné avant-hier chez Beauvillers. suivant son usage.

p o u r le colonel Orloff. Le général p a r t i r a pour la Russie. le 2 juil- . et le comte l'accompagnera jusqu'à Aixla-Chapelle. ils ont cité l'affaire de Brice. et ont t e n u toutes sortes de propos dans le même sujet. qui correspond avec le comte Orloff . à M. — Le valet de chambre du comte Orloff (la j a m b e de bois) continue de rendre compte de tout ce qu'il est à portée d'observer. avant-hier encore. Le comte Orloff est toujours en corespondance très active avec la Belgique et en reçoit beaucoup de Nain jaune et autres journaux révolutionnaires de ce pays. tous deux pensent assez mal . qui logent ensemble maintenant. « L'agent a communiqué. mais le colonel à j a m b e de bois est sans contredit le plus mauvais des deux.^Demidofî. d'où il reviendra à Paris. d o n t l'agent a p u être le témoin. si honorable. on en a eu la confirmation hier. suivant eux. à la fin du mois prochain. il a chargé son valet de chambre (qui nous sert) de p o r t e r les deuxième et troisième volumes du Nain jaune. ont beaucoup parlé du soldat russe t u é par des douaniers français. Les d e u x frères Orloff habitent le m ê m e hôtel . en lui recommandant de ne les r e m e t t r e q u ' à lui seul. une lettre adressée a u comte Orloff. car. « Les deux frères Orloff.58 LA P O L I C E POLITIQUE tion russe à la Haye. de Pétersbourg. rue Taitbout. » « 27 juillet. f o r m a n t collection. Ils en ont pris occasion de déclamer contre le général W o ronzoff q u i n'avait point demandé une satisfaction suffisante de ce délit . près Maubeuge. On ne peut p a s douter de l'exactitude de ce fait. hier soir.

. » « Une a u t r e fois. en 1814. il serait traité comme il le mérite. « qui l'avons vu si petit. qu'il en était sûr.. « Il y a quelques jours. les d e u x frères OrlofT. c'est là ce qui constitue.. le m ê m e colonel Orloff. à Paris.-f. entre autres Stein. etc. l'oppo... DemidolT.. discutant avec Demidoff et autres. et qu'il espérait que. — L'observateur de chez le comte Orloff rend compte des détails suivants : « Les frères Orloff. et le colonel Starinski sont tous les jours ensemble . un secrétaire de la légion russe et d'autres Russes ont été dîner au Rocher de Cancale. et ensuite parce qu'il est trop a t t a c h é à la famille des Bourbons. par la Hollande. avec l'ambassadeur d'Angleterre. de Corse. le colonel Brousin. nous. en quelque sorte. Il y avait seulement cette phrase remarquable : « Dix mille Russes vont s'embarquer à Cronstadt et autant à Riga. d ' a b o r d parce qu'il n'est pas Russe. le colonel OrlofT en parlait ' avec le colonel Starinski. pour la France.. Elle ne contenait guère que des choses indifférentes. avec M. ce b. qu'ils ! ne p e u v e n t souffrir. » « Hier vendredi. Tous sont plus ! ou moins ennemis du général Pozzo di Borgo. Il lui disait à peu près ceci : « — Ce j. Hier . de Pozzo.LA POLICE ET LES ÉTRANGERS 59 let. le j général Balabine et quelques autres. » « 23 août. lui qui a trahi ceux « à qui il doit tout. disait que M. le prince Wolkonski. qui végète « m a i n t e n a n t dans un coin de l'Allemagne. Pozzo di Borgo n ' a v a i t pas t o u t e l'oreille de l'empereur Alexandre. sition russe. bientôt.

chez le prince Wolkonski. dont les agents q u ' e n t r e t e n a i t dans les Pays-Bas la police française. et il n ' a rien trouvé d'intéressant. On va essayer de nouer une liaison chez le prince Wolkonski. et hier. où il se p r o pose de faire quelque séjour. qu'il recueille des renseignements de toutes parts. sous ce rapport. et qu'il envoie ses rapports directement à l'empereur Alexandre. « C'est définitivement dans les premiers jours de septembre que le général Orloiï q u i t t e Paris. p a r c e que. chez OrlofT. celui-ci les a tous parcourus. ces Russes qu'on v i e n t de n o m m e r ont dîné ensemble. savoir : mercredi. l'observateur a mis à même l ' u n de mes gens de les voir tous . le général. Son frère l'accompagne jusqu'en Belgique. avec lesquels il est en relations. L'intrigue dont j'ai parlé plus h a u t et qui avait pour objet de mettre le prince d'Orange sur le trône de France après avoir provoqué la chute de Louis XVIII. Hier. ils dînent ordinairement chez Beauvilliers. signalaient les allées et venues ainsi que leurs fréquentes rencontres avec les réfugiés français qui s'étaient faits à . non seulement de ses compatriotes. On y s a v a i t le comte Orloiï activement mêlé comme d ' a u t r e s personnages russes. Lorsqu'ils ne dînent p a s chez eux. il est inutile d'en chercher d'importants chez le comte Orloiï.60 LA POLICE POLITIQUE et avant-hier. hors quelques-uns en langue russe. b a t t a i t son plein. il paraîtrait que le prince Wolkonski est ici chargé d'un travail d'observation. mais de Français. » Les rapports qu'on vient de lire ne disaient guère que la vérité. pour avoir des papiers. ou chez Robert. à l'insu du comte Pozzo di Borgo. D'après nombre d'indices.

lord Wellington donne u n autre grand bal paré. « 2S janvier 1817. exprès pour ce bal. On n'en saurait dire tout à fait a u t a n t de cclle dont est l'objet à la même époque le généralissime anglais Wellington. ainsi qu'en font foi ceux qui suivent. y a dansé jusqu'à près de quatre heures du matin. en se p r o m e n a n t à cheval aux Champs-Élysées. une j a m b e . Demain. Les banquiers Baring et Labouehère y étaient et l'on a remarqué qu'ils ont parlé fréquemment à M. Les Anglais attendent. Jamais. puisqu'elle s'inspirait du droit de légitime défense. Pendant toute la durée de l'occupation étrangère. de Talleyrand. avec une impatience mêlée d'inquiétude. — Le bal donné hier p a r l'ambassadeur d'Angleterre a été brillant et fort nombreux. l'ouverture de leur Parlement qui a lieu aujourd'hui. La surveillance de la police avait donc ici un caractère assez normal. où sont invitées plus de huit cents personnes. à la prière du duc de Richelieu. Beaucoup de généraux et officiers supérieurs de Cambrai et de Valenciennes sont attendus. mirent un t e r m e en 1818. au Congrès d'Aix-la-Chapelle. « Le général Murray s'est cassé.LA POLICE ET LES ÉTRANGERS 61 Bruxelles les instruments de ce complot auquel.surtout à Louis X V I I I qu'on ne comprend guère pourquoi il est espionné. On. Il est si manifestement dévoué a u x Bourbons et . il vient à tout i n s t a n t à Paris. aujourd'hui et demain. ils n'ont a u t a n t redouté les . hier. les ordres formels de l'empereur Alexandre. Les innombrables r a p p o r t s qui le concernent sont d'ailleurs insignifiants.

— On n'a pu encore renouer entièrement chez le colonel Starynkewitz. O u v r a r d où ils ont dîné. est bien revenu sur le . et de là chez M. au point qu'il a été impossible de s'en procurer u n seul depuis l'indiscrétion commise. qui a dîné chez lui. il a fait appeler très fréquemment le colonel Starynkewitz. il est d'une défiance extrême pour ses papiers. nul doute qu'il n'écrive beaucoup en matières politiques en ce moment. et. est occupé dans sa chambre de cinq à six heures p a r jour. pour Maubeuge. j'en suis bien certain. et il leur dit ces mots. il remet exactement au colonel tout ce qu'il vient d'écrire. Baring et Labouchère ont encore eu une très longue conférence avec lord Wellington à la suite de laquelle ils se sont rendus chez le ministre des finances. Hier. » « 13 février 1817. Cependant. MM. le colonel avait chez lui quelques amis intimes. E n dernier lieu. que l'agent a entendus : « Le général Woron« zoff. Henry.62 LA POLICE POLITIQUE efforts du p a r t i de l'opposition. on parlait chez sir Charles S t u a r t d ' u n c h a n g e m e n t d a n s le ministère anglais. mais on espère y parvenir par de nouveaux moyens. « Depuis l'avis qui a été donné à ce colonel par le comte Woronzoff. hier soir. « Voici quelques observations que l'agent intérieur a été dans le cas de faire. « Le général Woronzoff est parti. comme d'une chose qui ne serait nullement improbable dans la circonstance actuelle. il y a deux jours. hier soir. et à la fin de chaque séance. Hier. Son jeune secrétaire.

une pétition t e n d a n t à obtenir une indemnité pour les dommages que la garde prussienne a commis dans son chantier en 1815. Il faut y faire attention. Le colonel Starynskewitz a envoyé chez lui. Ils écrivent souvent ensemble. est toujours très lié avec le colonel Starynkewitz. Il faut bien veiller à ce général Gérard. Kill. quiétait à Bruxelles. L'agent a entendu parler d ' u n e réunion d ' a m i s pour aujourd'hui ou pour demain. Jouy. « c a r d a n s ce cas. a présenté au roi de Prusse. dont quelques expressions ont paru le choquer. Il l'a cependant remise au comte de Goltz. vient de revenir à Paris. rue Buffault. et l'on persiste à croire qu'ils envoient des articles au Libéral à Bruxelles. adieu leur liste civile . non du roi. Le colonel a toute facilité p o u r cela.LA POLICE ET LES ÉTRANGERS 63 « compte des Bourbons. « Une dame Maugée. en consentant qu'on y fasse droit. dès . marchande de bois de charronnage. hier soir. dont le frère est secrétaire de l'ambassadeur russe en Hollande. si les faits qui y sont articulés sont bien exacts. M. ils retourne« r o n t mendier dans l'étranger. » « 23 août 1817. soit par la correspondance russe de Maubeuge. soit p a r le canal de M. dans le plus strict incognito. ce matin. « Le général Gérard. p a r l'entremise du baron de Humboldt. « Que ceux-ci se gardent de désirer la m o r t du roi. Le Roi a lu lui-même t o u t le contenu de la pétition. 75. le roi de Prusse a fait. ^ « Le baron de Humboldt est allé. — Mardi dernier. η « L'auteur. diverses excursions galantes. rue Saint-Dominique. mais des princes.

dans l'après- . dit que l'ambassadeur a été étonné que le comte Decazes ait refusé l'invitation. Les ambassadeurs étrangers et les ministres français y sont invités. « Le roi de Prusse est parti. repartir pour son quartier général. Stuart. le 5 ou le 6 janvier. elle se rend aux Tuileries chez Sa Majesté. A d e u x heures. M. pour aller voir la revue du Champ de Mars. chez sir Ch. de Talleyrand et des amis. L'huissier F. assure-t-on. M. Il s'est fait servir chez lui en famille. il dîne en grand couvert chez sir Charles Stuart. Il a préféré aller dîner simplement chez le banquier GrefTulhe. « M. Sa Grâce a eu des entrevues particulières avec sir Ch. Prussienne va ce soir d'abord au Vaudeville. — Le duc de Wellington n'a point accepté le dîner d'hier. pour y rencontrer le duc de Broglie et le général Lafayette. M. Stuart pour M. Après-demain mercredi. lundi. autre grand dîner chez sir Ch. » « 30 décembre. Il était accompagné de son chambellan. et Mme Wellesley Poole. attendu hier soir. Wellesley Poole et lord Fitz-Roy. à six heures. « S. S t u a r t . Ce matin.64 LA POLICE POLITIQUE les huit heures. — Le duc de Wellington. etc. à midi.. avec lord Fitz-Roy Sommerset. chez le peintre Gérard. et de son premier aide de camp. et ensuite a u x Français. » « 29 décembre. d'où il s'est rendu ensuite à l'Opéra.. de Vitrolles s'est présenté. hier. Aujourd'hui. Le duc de Wellington doit. n'est arrivé q u ' à huit heures un q u a r t .

accompagné de ses aides de camp. Le général Woronzoiî a eu. ce matin. de la garde royale. de Vitrolles. de Paris. mais il n'a pas reçu M. Berthier de Sauvigny. on ne croit pas qu'elle se rende à cette invitation. qu'on ne connaît pas autrement. Wellesley Poole et lord Fitz-Roy Sommerset ont eu également des entretiens particuliers avec le duc de Wellington. « Ce matin. qui. à midi. C'est aujourd'hui. à trois heures. à l'hôtel de la Reynière. M. audience d u duc de Wellington. est très lié avec MM. Chateaubriand. de Berthier. dans ce moment . une conférence particulière avec lord Wellington.-S. Baring et Labouchère ont eu aussi. — M. » « 10 mars 1818. Sa Grâce est invitée à dîner chez le prince de Talleyrand . Sir Charles Stuart. avec lequel il est resté près de trois quarts d'heure. à dix heures. de Mézy. hier. a été introduit à dix heures auprès de lord Wellington. mais. Aujourd'hui. « P. et lui ressemblant beaucoup. de Vitrolles. il irait ensuite en Aile- . — Le valet de chambre du duc de Wellington affirme avoir entendu sortir de la bouche même du duc qu'il partirait le 26 mars. vraisemblablement. comme on sait. un M. Le duc se trouvait chez lui. qui a eu cematin. une longue conférence avec le duc de Wellington. est un homme un peu plus grand que M. MM. que le duc de Wellington devait aller faire s a cour au Roi. et que. des postes. Tout porte à croire que c'est M. qu'il irait passer quelques jours à Londres. de Berthier. etc. chez le duc de Wellington.LA POLICE ET LES ÉTRANGERS 65 midi.

M. M. qui concerne le prince Paul de Wurtemberg. qui était en voyage. « Depuis quelque temps. le 6 août. un à Carlsruhe. un courrier v e n a n t de Madrid. et elle a dû être fort importante. on citera encore u n rapport. proche parent. avec des dépêches pour lord Castlereagh à Londres. et le duc de Wellington à Paris. Cruyckshanck est parti de Paris. on n'avait point fourni de bulletins. a y a n t traversé une partie de l'Allemagne et de la Suisse. Go qui appuie ce dire. hier. et m ê m e de changer de nom « Voici quelques détails : M. chez sir Charles S t u a r t . trois à Lausanne. deux à Genève. depuis trois jours. du roi Jérôme. et y est revenu le 24. à petites journées. trois à Francfort. A Genève. » Pour achever de caractériser les procédés de la police. suivant toute apparence. par alliance. et deux à Coblcntz. il a parcouru une grande étendue de pays. par la raison qu'on les tirait en grande partie de son secrétaire. Cruyckshanck est de retour. soupçonné de bonapartisme. et offre ceci de piquant que l'agent employé à la surveillance de sa maison se vante d'être renseigné par le secrétaire de ce prince. Cruyckshanck. à la réunion des souverains alliés. Dans ces dix-huit jours. ni de pièces du prince Paul. . puisqu'il a jugé utile d'en faire u n mystère. Il est arrivé. Il s'est arrêté deux jours à Bâle. c'est qu'hier et aujourd'hui la plupart des chevaux de selle de lord Wellington se sont mis en r o u t e pour l'Angleterre. une mission secrète du prince Paul.66 LA POLICE POLITIQUE magne. Son voyage a été.

mais avec lequel il paraissait avoir des affaires importantes à t r a i t e r . Des cadenas en secrets d e chiffres et de lettres o n t été . il est difficile de tirer de l'ambassade anglaise des renseignements certains. A Bâle. Sir Charles Stuart. » Du reste. Cruyckshanck dans son -voyage). il a eu une entrevue de cinq ou six heures de suite avec un W u r t e m bergeois qui semblait l'attendre dans une auberge. qui voyageait aussi sous u n autre nom (et peut-être est-ce là le principal objet de la mission). « il s'en trouve à peine quelques-unes qui m é r i t e n t d'être copiées ». « Ce sont les seuls détails que l'agent puisse donner (il a accompagné M. une note émanée des b u r e a u x de la police avoue qu'entre les nombreuses lettres dérobées par les observateurs. Bien qu'on ait acheté d e u x de ses courriers. il a v u un Français. l'ambassadeur a pris des mesures t o u t e s particulières pour la sûreté de son cabinet. dont il n ' a pas été possible de savoir le nom. il en promet de plus précis. son valet de chambre. est défiant et p r u d e n t . sous peu de jours. Celui des observateurs qui dirige les autres tient du sieur Alonzo des détails circonstanciés qui expliquent l'extrême difficulté q u ' o n a à se procurer des pièces intéressantes : « Depuis le renvoi d u valet de chambre allemand Peppel.LA POLICE ET L E S ÉTRANGERS 67 il a eu plusieurs entretiens particuliers avec le prince royal de W u r t e m b e r g . et deux autres de ses domestiques. qui représente à Paris la Grande-Bretagne. de sa chancellerie et en général de sa correspondance. A Lausanne. Alonzo. mais.

assassin de Louis X V I . Il y a un meuble qui est entièrement rempli des rapports des agents de l'ambassadeur. Le docteur Ritchies et le secrétaire Crosbies en ont seuls les clefs. président du conseil. ministre des affaires étrangères. Alonzo cite MM. — T o u t e la famille. » Autre note édifiante. en présence de témoins. Quant a u x lettres particulières d'arrivée ou de départ. dévorée d'ambition. On y lit entre autres réflexions : « Louis X V I I I . Les rapports de sir Stuart à son gouvernement sont dans le cabinet même de cet ambassadeur. Au nombre de ces agents. semble unie et se déteste. simple feuille volante prise sur le bureau du ministre de Bavière. 2° et que relativement aux autres. Chacun cherche à se faire un parti : le comte d'Artois dans la garde nationale. il lui importe fort peu qu'elles soient vues. à l'audience duquel il va se rendre. où personne n'entre plus que pour le balayer et le frotter. Marshall et Coucanon. Alonzo assure que l'ambassadeur s'en. le duc d'Angoulême dans la Vendée et la duchesse d'Angouleme dans le Midi. Il y a noté ce qui l'a frappé dans des conversations qu'il a eues ce jour-là avec divers visiteurs et résumé plusieurs faits dont il désire entretenir le duc de Richelieu. » Puis à la suite. chaque jour de courrier .68 LA POLICE POLITIQUE placés à luutes les serrures. Darby. moque entièrement : 1° parce qu'il est établi que tous ceux qui y a t t a c h e n t de l'importance les viennent prendre eux-mêmes. sur des débris de papier et de la . le duc de Berry dans l'armée.

n° 14. Parler à Ray ne val de l'affaire du Né.. — 3° lui témoigner le désir que S. n° 2.. être accordée volontairement. — Schœpf doit avoir la lettre de l'Anglais. — deux pièces autrichiennes .. pour que le duc de Leiichtenberg f û t dégagé des liens qui l'attachent encore à la France. ce me semble. Le r a p p o r t allemand a-t-il été expédié? — Le duc d'Angoulême et ses alentours se sont rapprochés du ministère. et qui lui sont garantis p a r les traités les plus récents.. Λ Ι'ΟI. — Détails ultérieurs sur la mission de Marmont à Lyon. — Rue Saint-Honoré.. — Mme Le Roi. n° 191. L'émigration est-elle défendue par le Code français? Et. . » Sur une autre feuille et toujours de la même main. — Mme Beaumont. M. après avoir demandé à D. au deuxième. ou par exception. la circulaire relative au duc de Leuchtenberg . : 1° p. quand même elle serait défendue. « Écrire à Rothschild.. s'il dînera chez lui. au huitième (toute seule).I. — Adèle Mariany.. vendredi prochain. « Communiquer au duc de R. boulevard Italien.. IC Ε E T LES ÉTRANGERS 60 main dudit comte de Rechberg : « .. elle peut. C'est une liste de filles galantes : « Rue Croix-des-Petits-Champs.. on trouve une pièce qui dénote chez le diplomate bavarois des préoccupations peu diplomatiques. veuille ne point reconnaître l'indivisibilité du grand-duché de Bade sur des parties duquel le roi de Bavière a des droits éventuels. e. n° 7. Demander au duc de Richelieu quelle serait la marche à suivre. rue Grétry. par le souverain. — 2° un extrait de la dernière D. royale . mais le comte d'Artois est t o u j o u r s le même.

et des progrès qu'il a faits pour sa consolidation. au quatrième (on traverse la cour pour m o n t e r l'escalier). par l'entre- . n° 9. à la grille (paraît être la m ê m e que Mme Beaumont). — Mlle Antoinette Lurcher. au troisième. au retour du roi de Prusse à Paris. mêlés à ceux qui veillent à sa sûreté. rue Saint-Marc. s'était fait renvoyer des Tuileries parce qu'on a eu des soupçons d'espionnage sur son compte. n° 2. pendant le congrès d'Aixla-Chapelle. il y a deux ans. « Un nommé Boileau. au premier. à l'entresol. — Mme Dubois.. Ils épient ses gestes. — Mme Ponchon. au troisième. vient de rentrer au service d e ce souverain. le roi de Prusse arrive à Paris. rue Saint-Marc. rue de Provence. — Mme Élise Piot. — Mme Schmidt. le suivent là où il va et achètent les indiscrétions de l'un de ses serviteurs. rue de Gi'étry. η υ 3 à gauche (marchande de parfumerie près des Variétés). rue Richelieu. — Melanie. — Mme Jardin. Cette facilité de faire des emprunts eût p a r u miraculeuse.. n° 11. rue d'Amboise. l'escalier à droite. n° 12. espèce de domestique. n° 5. q u e le roi de Prusse avait placé aux Tuileries en 1815. I m m é diatement. n° 5 (de Manheim). n° 21 (brune). Clara. » Au mois d'août 1818. Cet homme. » E t sous cette liste. cette réflexion sur le dernier emprunt contracté par le gouvernement français : « . rue du Faubourg-Montmartre.70 LA POLIGE POLITIQUE nip d'Hanovre. rue de Γ Arbre-Sec. et l'on ne saurait alléguer une preuve plus positive de la confiance quo le gouvernement représentatif inspire en France. les agents secrets sont en campagne. chez le portier. — Mme Auguste.

on a entendu le roi causant avec son . On est parvenu à faire lier un agent avec ce Boileau et on le suivra de près. « Ce Boileau est parfaitement connu à l'ambassade prussienne comme un espion a u x gages de la Prusse . « Il y a deux jours. et qu'il les avait bien méritées par les services qu'il lui a rendus. des sous-officiers des 3 e et 6° régiments de la garde royale. sur leur dévouement au gouvernement des Bourbons. se sont présentés pour avoir audience du roi. Boileau les a introduits et est parvenu à leur donner accès jusqu'auprès de Sa Majesté. « Le soir. quelques jours avant. etc. enfin. que l'on dit Prussiens d'origine. il a eu l'indiscrétion de se v a n t e r d'avoir les bonnes grâces du souverain prussien. il est l'unique qui ait le droit d'entrer dans les appartements de Sa Majesté. Elle les a beaucoup questionnés sur l'esprit des militaires français et surtout de la garde royale. et il est m a i n t e n a n t le seul en qui le roi ait pleine confiance pour porter ses lettres et faire ses commissions secrètes . » C'est probablement par ce Boileau q u ' o n apprend le 23 août que. l'ancien aide de camp de Napoléon. » Il est allé aussi rue Plumet.LA P O L I G E ET L E S ÉTRANGERS 71 mise du baron de Humbolt. chez le général Rapp. qui les a accueillis avec bonté. le roi de Prusse « a fait dans le plus strict incognito quelques excursions galantes. et leur a fait espérer qu'il les recevrait encore. Il a eu même l'effronterie de dire que Sa Majesté lui avait promis de le faire rentrer au c h â t e a u des Tuileries et de lui faire donner la charge d'huissier. L e roi a fait distribuer à ces sous-officiers une assez forte somme d'argent.

« Hier encore. le baron Binder a enfermé dans cette cassette une lettre cachetée. et le b a r o n Binder la partie d'intrigues. A celle d'Autriche. la police opère avec persévérance dans les ambassades. en rappro- .72 LA POLICE POLITIQUE ambassadeur de manière à faire croire qu'il a été fait des propositions au général R a p p p o u r prendre du service en Prusse. Cette correspondance p a r a î t ignorée du baron de Vincent . depuis qu'il est t o m b é du pouvoir. » Vers le même temps. que le baron Vincent dirige la partie honnête de l'ambassade. adressée au prince de Metternich selon la description que le domestique a fait du cachet de cette l e t t r e . On le sait p a r son valet de chambre. et il renferme soigneusement t o u t ce qui a rapport à cette correspondance d a n s une cassette à serrure extraordinaire. lesquelles propositions n'auraient point été entièrement rejetées. c'est le premier secrétaire. qui en est l'intermédiaire. « Il y a toujours une sorte de scission entre le baron Vincent et le baron Binder. mais cependant sous des conditions expresses que ce général a posées. Ce dernier écrit t o u j o u r s dans sa chambre ses lettres prticulières au prince de Metternich. O n pourrait dire. chancelier impérial. qui procède à des rafles parmi ses papiers. de Talleyrand. correspond secrèt e m e n t avec le prince de Metternich. qu'il communique aux agents. en les leur laissant pendant le temps qui leur est nécessaire pour les copier. en quelque sorte. elle croit découvrir la preuve que M. que dirige comme ambassadeur le b a r o n de Vincent . et dont on n'a pu entendre le sens. baron Binder.

les dernières que j'aie reçues. le dernier courrier hebdomadaire do Pnris ne m ' a point apporté de dépêches de Votre Altesse. du 10 juin. de Talleyrand ne sont jamais apportées à l'hôtel . a m b a s s a d e u r d'Autriche à Londres. M. Les feuilles publiques de Paris. nous détachons la lettre suivante de Metternich. ot d'après d'autres indices. » Cotte surveillance des ambassades durait encore on 1820. de Talleyrand. Il paraît même constant que la correspondance entre M.LΛ POUCE ET LES É T R A N G E RS 73 chant le fait des circonstances antérieures. Nous lui devons un volumineux dossier do rapports diplomatiques et de lettres d'hommes d ' É t a t duquel. Il faut donc qu'il les prenne lui-même quelque p a r t . écrite en juin 1820. pour finir. dans le temps. de Talleyrand et le prince de Metternich n ' a pas discontinué depuis la première lettre de ce dernier. « Les lettres de M. qu'on a communiquée. et l'on a des raisons de croire que c'est chez Mme Aimée de Coigny. de Binder les a (comme celle d'hier) sur lui. et une communi- . Cette lettre est officielle. « Mon Prince. Elle a trait au procès en divorce que la reine Caroline d'Angleterre vient d'intenter au roi son mari. on ne p e u t l'attribuer qu'à M. de son château de Kœnigswarth et adressée au prince Paul Esterhazy. Je suppose qu'Ello a u r a attendu pour m'écrire d'être plus à même de juger du genre do mouvement que l'arrivée de la Reine peut produire à Londres. lorsqu'il rentre.

L'attitude du roi doit gagner par ce fait et se renforcer dans l'opinion générale. Mais.74 LA POLICE POLITIQUE cation de lord Stewart qui m'est parvenue hier. sans doute. Les sacs verts ont été déposés au Parlement . Sa Majesté Impériale forme les v œ u x . ils s a u r o n t le réclamer avec cette force et cette vigueur qui seules tirent des mauvais pas. « Il serait inutile. mon Prince. la ravale à son véritable niveau. et il est aussi peu donné aux reines qu'au reste des humains de s'enfoncer dans la fange sans se couvrir de boue. L'entrée seule de la souveraine d ' u n grand empire à Londres avec un homme tel que Wood. J'avoue que je partage entièrement la conviction du Gouvernement que mieux a valu laisser prendre l'offensive à la Reine. de vous recommander de \ r ous vouer dans t o u t le cours du procès au rôle le plus passif. « Ce qu'il y a de plus malheureux dans l'affaire. c'est le scandale qui j a m a i s ne devrait s'attacher au trône. s'il est impossible de ne pas reconnaître que le Roi et son gouvernement ont poussé aussi loin que possible la longanimité. et bien moins encore dans un temps tel que le nôtre. me prouvent que la reine a été accueillie par les radic a u x avec des honneurs dignes de la souveraine et de ses sujets. ils doivent m e t t r e un terme à t a n t de scandales. Le Roi ne peut être en doute sur la manière d o n t l'Empereur juge et sa position et l'ensemble de l'affaire. il faut espérer que le jour où le gant a été jeté par la Reine elle-même. le seul qui puisse convenir au représentant d'une grande puissance.

LA P O L I G E ET LES ÉTRANGERS 75 1rs plus sincères pour q u ' u n succès complet couronne le bon droit . Elle déplore ce qui. est inévitable . s'il faut en croire la note suivante : « On a la certitude que les rapports que les divers ministres font à S a Majesté sont sur le champ transmis à l'ambassadeur anglais. remet copie de tous les rapports. même des plus secrets. Elle se consolera de ce qui tourne à la défaveur de tous les trônes par le succès d'une enquête désormais impossible à éviter et par le bien qui devra résulter du fait même que le scandale trouvera un terme. » . t a n t les pièces officielles que celles que les p a r t i s a n s d u désordre s'empresseront sans doute également de m e t t r e au jour pour défendre leur cause désespérée. dans le procès. mon Prince. qu'il partage avec la personne dont il tient les rapports. tirait habilement vengeance des procédés dont les gouvernements étrangers usaient au même moment c o n t r e la Restauration. vous expliquer dans ce sens vis-à-vis de lord Castlereagh et m'envoyer au fur et à mesure t o u t e s les pièces qui paraîtront dans le cours du procès. » On peut voir p a r ces pièces comment la police française de cette époque. U n e baronne. niais. élevée et dressée à l'école de Fouché. « Veuillez. à un Anglais qui habite la France depuis longtemps. qui approche de très près le roi. Il reçoit pour ce service quarante livres sterling p a r mois. Cet individu les communique directement à Son Excllence.

. celle qu'on appelait la Saxonne. Elles sont écrites en 1819 et 1820. le Cabinet noir met la main sur une suite de charmantes lettres de la jeune reine d'Espagne. ministre de Saxe. les lisait en les t r a d u i s a n t de l'allemand et en prenait copie. elle confiait ses lettres au courrier diplomatique qui partait régulièrement de Madrid pour Paris à l'adresse de l'ambassadeur duc de F e r n a n Nunez. peu de temps a v a n t la mort prématurée de cette princesse. encore qu'il n'y fût guère question de politique. Elles forment u n piquant tableau de la cour d'Espagne en même temps qu'elles révèlent dans la frêle enveloppe de cette petite reine une âme délicieuse. qui les réexpédiait par la poste. nièce du roi de Saxe et fille du prince Maximilien. C'est à ce moment que le Cabinet noir s'en emparait. et les communique à la police sans qu'on puisse d'ailleurs comprendre l'utilité de cette communication. enfantine et candide. seconde femme de Ferdinand VII. Celui-ci les remettait aussitôt au b a r o n d'Uchtritz. Quand elle écrivait à son père à Dresde. à qui elle les adressait.IV Entre temps.

t o u t ce qui peut lui être agréable. il règne ordinairement beaucoup de gälte provoquée par u n e foule de bons mots. et je me trouve tout à fait à mon aise. aujourd'hui. 13 novembre. ce que vous entendiez par ce m o t ? Car vous n'ignorez pas l'embarras dans lequel je me trouvais. Je commence à ne plus être si embarrassée. comme je vous l'ai déjà exprimé. — « Mon cher petit p a p a . de mon côté. Les dîners ont toujours lieu en famille. je lui demande son avis sur tout ce qui m'embarrasse. comme chez nous. mais. Je me retrouve à Madrid. à l'exception de la bonne Ceralho. nous j o u o n s ensemble.POLICE ET LES ÉTRANGERS 77 Madrid. et je suis avec elle dans la plus parfaite intelligence. dites-moi donc. et a u t a n t d'audiences diplomatiques. de soupers et de cercles en usage chez nous . qui passe encore quelques moments auprès de m o i . le même cas existe peut-être actuellement à son égard. Il y a cour deux fois la semaine. je ne vois plus personne. je vous prie. Madrid me paraît être d é j à ma ville natale. Quoiqu'il ne soit pas Allemand. et. Cependant. lorsqu'on cherchait à me flatter. Après la promenade. je cherche à faire. « Vous me recommandiez d'être tendre avec lui . dans nos tête-à-tête. Le Roi est m a i n t e n a n t beaucoup plus familier avec moi qu'il ne l ' é t a i t d'abord. « Il n'est point question de table ouverte. sous ce rapport. Eh bien. Pendant le dîner. quelques dames seulement sont admises journellement à baiser la main. et il dit que je suis pour lui son bon ange. dont F r a n - . ni si gênée avec lui. Il est pieux et chrétien. il m e considère et m'estime bien plus qu'au commencement.

pour le détromper.s'échapper de sa bouche. « Les personnes de m a suite sont toutes très civilisées .78 LA P O L I C E POLITIQUE cisco Antonio a t o u j o u r s provision. Mes dames d'honneur. mais que je réserve pour la semaine prochaine. et la dernière de Figaro : Sensale mi se mento. Celles-ci et deux camerillas assistent ordinairement au souper. les Camerillas. Faites-moi la grâce de dire mille choses affectueuses à t o u t le monde. je me levai précipitamment du canapé. mais. Il parut fort sensible à cette attention de ma part. Il mérite incontestablement d'être admis dans le célèbre Triumvirat. Elles sont au nombre de quatorze. Sarclez. « L ' a u t r e jour. Priez pour moi et soyez convaincu de mes tendres sentiments à votre égard. « Devineriez-vous les deux duetto que je chante actuellement? ce sont : Là si àarem la mano. ne sont pas plus connues. de Don J u a n . en s'apercevant que la fumée de son tabac atteignait ma figure . Je la reçus tout entière. Tanarès et Jacinta. ont des manières très distinguées. J e connais encore à peine ces quatre duègnes. quoique très jeunes. J u s t a est très spirituelle. Celle qui m ' a reçue à I r u n s'appelle Joachima Aleson. à l'exception de Ceralbine. le Roi craignit de m'incommoder. et n'en fus nullement incommodée. Les quatre Azafatas sont : Justa. « J'aurais encore bien des choses à vous raconter. non plus que les sept Musas de retreta. au moment même où il était impossible de détourner une bonne bouffée de tabac qui venait de . et me plaçai directement d e v a n t lui. car .

nous nous reposerons sur un canapé. Mon plus grand désir est d e vous voir ici . 15 novembre 1819. Madrid est à mes yeux comme si j ' y avais passé toute m a vie. et il me semble ressentir les rayons du soleil de la Saxe. maladie du pays.. nous nous divertirons de mille manières. que j'en éprouve un malaise. tout serait. Mais aujourd'hui je me sens un peu mieux. et je suis persuadée que vous la lirez avec affection. et que manquera-t-il alors à notre bonheur? Je vous prie en grâce que cette douce espérance se réalise bientôt. Cette lettre vous parviendra sûrement. j'en suis sûre. Parfois il m e prend une espèce de «héimvé». e t j'ai même été forcée de consulter l a Céralbine qui est très bonne personne. je prends la plume p o u r vous témoigner mes tendres sentiments. dans la pièce a t t e n a n t à la serre chaude du château . .LA POLIGE ET L E S ÉTRANGERS 79 j'ai été tellement obsédée ces jours derniers.S. la famille et les appartements. nous ferons toute sorte de petits jeux. la ville. « Je souffre dans ce m o m e n t d'une terrible indigestion qui aura été probablement occasionnée par la légèreté de mes vêtements. — Ma très chère sœur. « Madrid. « P. Quand nous serons réunies. — Dois-je écrire aussi à la Reine? » En même temps qu'à s o n père. parfaitement de votre goût. la petite Reine écrit à sa s œ u r et a u r o f d e Saxe son oncle. « Votre enfant.

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« Je crains que vous ne soyez plongée dans l'ennui et d a n s la tristesse, car je sais que, entre nous frères et sœurs, nous étions tellement unis, que nous nous suffisions réciproquement, p o u r nous rendre le t e m p s agréable. Vous avez, à ce que j'ai appris, fait preuve de vos talents dramatiques, et je vous en fais mon compliment. « La journée d ' a u j o u r d ' h u i est une fête, c'està-dire celle de Saint-Eugène, qui est le p a t r o n de Tolède. Il y a peu de jours, A... me répétait encore que les dames qui allèrent dernièrement au combat des taureaux, avaient répondu bien gaiement aux personnes qui leur demandaient : Où allez-vous? Alos toros, alos toros! mais q u ' a u retour elles répondirent bien tristement à la même question : Alos toros; alos toros : de los toros. « Nous sommes allés visiter le musée où il y a une infinité de très beaux tableaux. « Priez p o u r moi, et croyez-moi votre s œ u r . » « Madrid, le 15 novembre 1819. — Mon très cher oncle. La bonté avec· laquelle vous avez bien voulu recevoir mes premières lettres autorise ma hardiesse de reprendre la plume, pour vous remercier, mon très cher oncle, de vos gracieuses réponses qui me prouvent que l'absence n'a point affaibli l'intérêt que vous avez toujours daigné prendre à moi, les bontés paternelles que vous m'avez témoignées dès l'enfance, et dont la continuation contribuera t a n t à mon bonheur. « C'est en vous d e m a n d a n t cette continuation et en vous assurant de m o n profond respect avec lequel, etc. »

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Toutes les lettres qui suivent sont adressées par la reine à son père. α Madrid, le 24 décembre 1819. — Je n'ai rien à vous mander d'intéressant aujourd'hui, mon très cher père, et je sens néanmoins la nécessité de vous écrire, quand ce ne serait que pour vous remercier dos livres que vous m'avez envoyés, et que je viens do recevoir. Nous éprouvons, en ce moment, un froid très vif, et les cérémonies de la fête de Noël n'en ont pas moins commencé ce m a t i n à neuf heures, pour se prolonger jusqu'à deux heures de la nuit. « Je chante maintenant espagnol, et j'ai conçu beaucoup d'affection pour une de mes caméristes nommée Vicenta Maturana ; elle est poète, et s'exprime avec grâce. La première fois que je vous écrirai, j'enverrai à Amélie un morceau de sa composition. « A propos de Viccnta, je me rappelle que je vous dois une description exacte des personnes de ma suite. « Vous connaissez maintenant toutes les bonnes qualités de la Ceralbo : j'ajouterai que ses compagnes sont très disposées aux habitudes religieuses, et que j'en suis satisfaite. « Toréjas est un honnete homme. Villa-Franca est très religieux et très v e r t u e u x ; et quant à Pinos, qui est le premier conseiller de la cour, je n'en veux t r o p rien dire. J'ajourne aussi m a façon de penser sur le compte de quelques autres. « A l'exception de la Ceralbo, je ne connais pas
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encore bien particulièrement toutes mes dames d'honneur, mais je suis prévenue en leur faveur. Justa est pieuse, très spirituelle, et me raconte beaucoup d'anecdotes qui me font plaisir ; Anne Parden est une bonne vieille, un peu dure d'oreille et commère, et Marcella ressemble en t o u t à la précédente, si ce n'est qu'elle est plus bavarde. ο Je reprendrai avec vous cette conversation, si elle vous est agréable, et je vous engage, m o n très cher père, à prier pour moi, et à croire à tous mes sentiments pour vous. » « Du 26 décembre 1819. — Je continue mes détails sur les caméristes : « Salto-mayor est une jeune personne fort tranquille, et qui a reçu une éducation très soignée. Joachima Aleson est très vive et zélée ; elle m'accompagne dans tous mes voyages. Termina Velesco est extrêmement agréable et gaie. Charlotte Velesco m'amuse infiniment parce qu'elle est un peu niaise. Lorenza Illier est charmante et timide. Ignacia Orbestando a quinze ans, de la gaieté. A r n f a t , qui a un caractère heureux, danse aussitôt qu'on l'exige. Ce que je puis dire, c'est que toutes ces dames ont été très bien élevées. « Dernièrement au souper, il était question des apôtres, et j'eus occasion d'approuver J u s t a qui s'écria : « — Que notre religion est belle et sublime ! elle « v a u t bien mieux que toutes les autres ! » « J ' a i flatte adroitement les personnes de ma suite, en leur disant l'autre jour que je me trouvais

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aussi bien parmi elles que si j ' y étais d é j à depuis dix ans. Priez p o u r moi. » « Du 27 décembre. — J ' é p r o u v e , ce soir, u n peu de fièvre, et c'est ma f a u t e parce que le jour de Noël, j'ai couru à pied, et t r è s légèrement vêtue, d'église en église. Le froid est t o u j o u r s rigoureux. On soupe ordinairement, le 25, à une heure avancée de la nuit, et pour ne pas déplaire au Roi, je ne l'ai pas quitté, quoique je fusse d é j à indisposée. « J'ai l'intention de fonder u n couvent à Madrid, et d'en donner la direction à J u s t a . « La journée d'hier a été très e m b a r r a s s a n t e pour moi. C'était l'anniversaire de la mort d e celle qui m ' a précédée sur le trône, et il y avait deuil à la cour. J'ai éprouvé une impression pénible, et le Roi s'en est a p e r ç u ; mais, je ne craignais p a s qu'il se fâchât d ' u n s e n t i m e n t si noble. « L ' I n f a n t e était le soir assez triste, q u o i q u e son enfant, qui a été malade, soit en convalescence. Je lui ai témoigné la p a r t sincère que je prenais au malheur qui lui a ravi u n e b o n n e sœur, et je lui ai offert t o u t e mon amitié, c o m m e une faible consolai ion. Votre e n f a n t . » « Madrid, Le 6 janvier 1820. — Mon très cher papa, j'ai reçu, hier, le p a q u e t qui contenait vos lettres qui me sont si chères, et je les ai à peine lues que je m'empresse de vous répondre. Tout, ce qui m'entoure ici me fait plaisir. Je suis particulièrement c o n t e n t e de mon confesseur qui n'est pas un homme p a r t r o p scrupuleux, qui a un t o n aisé et

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avec qui je ne suis jamais embarrassée. Je fais d'ailleurs lout mon possible pour me gagner entièrement l'amour des personnes de m a suite. Quand j'ai quelque ordre à leur donner, la Ceralbo me sert d'intermédiaire, et je lui r e c o m m a n d e toujours les procédés les plus délicats. Elle s'en acquitte fort bien et je lui en témoigne souvent m a satisfaction. « Je tiens scrupuleusement, par exemple, à ce que les caméristes soient mises décemment. Dernièrement, l'une d'elles n'était pas v ê t u e comme je le désirais ; mais, ne voulant pas m ' e n rapporter à mon goût ni à mon jugement, je consultai à cet égard la Ceralbo, qui fut tout à fait de mon avis, et je l'engageai confidentiellement à lui faire des représentations sur la manière dont elle s'habillait, sans laisser apercevoir à cette dame d'honneur que de tels avis vinssent de m a part. C'est en agissant aussi prudemment, et en n e disant jamais rien de désagréable que je dois d'être aimée, t o u t en faisant mes volontés. « J'ai grand soin, d'un autre côte, que mes caméristes ne se mêlent pas de politique, et qu'elles ne sachent que précisément ce qu'elles ont besoin de connaître. Il y a quelques jours, a u déjeuner, la conversation roulait sur un objet i m p o r t a n t , et, craignant qu'elle ne déplût au Roi, j e la fis cesser. Il venait, dans le moment, d'éviter une réponse, et plus tard, quand nous sortîmes en voiture, il me confia ses intentions. Le lendemain de cette affaire, je me fis suivre à la messe par les caméristes, ot j'ordonnai aux azafatas de servir le Roi et de rester près de lui.

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« Adieu, mon très cher papa, je vous embrasse en espérant que vous priez p o u r moi, et que vous êtes persuadé des sentiments sincères de votre enfant. » « Madrid, 11 janvier 1820. — Ne m'en voulez pas, mon très cher papa, à cause du format de m a lettre ; je suis obligée de me servir de la première feuille de papier qui me tombe sous la main pour ne pas retarder le désir que j'éprouve de vous écrire. « Ma frayeur vient d'être grande, mais, Dieu merci, elle n'a pas eu de suites funestes pour moi ! Les nouvelles que nous avons reçues (1) étaient bien fâcheuses, et j'en ai été mélancolique jusqu'à présent. La Geralbo elle-même en est indisposée, de sorte que, lorsque Sa Majesté n'est pas près de moi, je reste t o u t à fait seule. Je fais mille réflexions et je finis p a r avoir mal à la tête. Du reste, je vous prie de ne pas concevoir la moindre inquiétude. Je pense bien souvent à vous, et au bon Paulo qui m'engage sans cesse à repousser m a timidité, et à éloigner les craintes qui m'occupent. « Demain, nous avons à la cour une cérémonie assez singulière, celle des almohadas. Les femmes des grands d'Espagne et leurs parentes s'asseyent en cercle et par terre sur des coussins, et, à un signal que moi seule puis donner, elles se lèvent pour se rasseoir bientôt. On introduit alors de nouvelles dames que je reçois et que je place aussi. Le reste de cet enfantillage est aussi bizarre que ce que je
(1) Relatives au mouvement révolutionnaire de Cadix.

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viens de vous apprendre, et ne doit guère fixer votre attention dans ce m o m e n t . « Je vous quitte pour peu de temps, mon très eher papa. Je suis préoccupée. Λ demain. » « 12 janvier. — La cérémonie ridicule est terminée, et il se fait déjà Lard. Je ferai en sorte d'écrire demain à T. M... Si cela n'est p a s possible, je profiterai sûrement du premier courrier qui partira. « Il faut que demain j'assiste aux prières de quarante horas (quarante heures) que l ' o n dira à propos des événements. La Ceralbo m'accompagnera et le saint Sacrement sera exposé. Je n'ose vous en dire davantage aujourd'hui, et j e vous embrasse en faisant des v œ u x pour que v o u s vous portiez bien. « P.-S. — Comme je ne puis pas être toujours sérieuse, je vous dirai que j'ai acheté u n très joli nécessaire que j'ai donné à J u a n pour étrennes, au lieu d'une bague que je lui avais promise. Adieu. » « Du 18 janvier. — Mon cher papa, j ' a i passé la journée d'hier bien tristement ; le Roi se portait bien mal ; mais, ce soir il va beaucoup m i e u x . Les médecins n ' o n t pas quitté son a p p a r t e m e n t , et moi, q u i ne suis point accoutumée à me t r o u v e r en pareille société, je n'en suis presque p a s sortie, parce que je suis bien aise de voir de mes propres yeux, et que je ne m'en r a p p o r t e pas à t o u t ce que disent ces Messieurs. « Hier soir, je me suis trouvée seule avec le Roi ; mais, je me suis conduite de manière à ne pas

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aggraver son mal ; nous nous sommes bien amusés, jusqu'au moment où les médecins sont revenus. Maintenant, je suis tout à fait rassurée sur la santé du Roi. La Ceralbo est aussi sérieusement indispusée. Je ne l'ai pas vue, depuis d e u x jours. α Si je n'avais suivi que ma p r o p r e inclination, je n'aurais pas voulu quitter le lit de mon époux, pendant toute sa maladie ; mais, j'ai cédé a u x justes observations que l'on m'a faites, q u e le bien du Roi, l'intérêt de la nation et ma propre s a n t é exigeaient que je me ménageasse, dans ma situation actuelle. « Mon confesseur me disait hier : « — Votre Majesté devrait se m e t t r e au lit ; Votre Majesté devrait se ménager p r é s e n t e m e n t , etc. « — Ali 1 ah ! me suis-je dit à moi-même, voilà encore quelqu'un qui cherche à a p p r o f o n d i r la vérité ! « Mais la chose est encore trop incertaine. Que tout se fasse suivant la volonté suprême. α II y a peu de jours, le Roi m'a fait présent d'une robe de mérinos et de deux cachemires. Le Roi me dit, l'autre jour, é t a n t avec lui à l'église, a u milieu d'une foule d'assistants, de m'asseoir ; mais, je n'en lis rien, autant par motif de dévotion q u e par respect, etc., etc. Je suis restée à genoux, aussi longtemps que j'ai pu résister à cette fatigante position. « Vous me demandez, sur votre dernière lettre, pourquoi je me tourmente sans cesse de l'idée que je dois bientôt mourir. Je n'ai pas d ' a u t r e s raisons à vous alléguer que celle de ma profonde mélancolie que je n'ai encore pu dissiper depuis que je

priez pour votre enfant. et j'en fus entourée d'une telle quantité que je n'eus d'autres moyens de m'en débarrasser qu'en m'esquivant à travers les chaises. . Ce serait donc cette cause naturelle qui aurait p r o d u i t chez moi le3 tristes pressentiments auxquels je m'abandonne souvent. a y a n t été forcée de passer la plus grande partie du temps auprès de lui. mais le t e m p s me m a n q u e . duchesse de Saxe. j'en ai reçu plusieurs de Marie. F. » L a dernière pièce de ce dossier est une lettre à la princesse Marianne. dimanche dernier. q u a n d on est dans la position où j'ai l'espoir de me trouver maintenant. l'indisposition de mon époux en est la seule cause. et puis je ne saurais écrire longtemps. mais. Adieu. « Nous avons eu ici. je commence à ne plus me livrer à ces craintes. sans date.88 LA 1 OL I C E » POLITIQUE vous ai écrit. et c'est ainsi que les jours se sont écoulés. « Les lettres de Caroline ne me sont point parvenues . M. J'avais formé la résolution d'écrire une très longue lettre à Ch. un saltimbanque qui nous a récréés par u n g r a n d nombre de tours qu'il a exécutés avec beaucoup d'adresse . et je me confie absolument et uniquement en la sainte garde de Dieu. Ce qui me tranquillise parfois. Je ne voulais ni ne pouvais le laisser seul. Mais. . entre autres. en m'enlevant tous mes loisirs. c'est q u ' o n me répète qu'on est sujet à cet é t a t de langueur et de tristesse. il nous a tous étonnés p a r un escamotage qui a rempli tout à coup le salon d ' u n e foule d'oiseaux. « Pardonnez-moi si je ne vous ai point encore remerciée de vos félicitations pour la nouvelle année .

« J ' a v a i s l'intention de vous écrire bien plus longuement. qu'il avait des frères. Ces relations s'étaient.. car j'entendis le Roi qui fit précisément la même demande en ma présence. A v a n t de se séparer. mais le temps no me le permet p a s . que je croyais n'avoir personne à sa charge. On me fit l'observation que j'aurais dû lui faire ces différentes questions. et v e n a i e n t de commencer quand.LA P Ö L I C H KT L E S Ii Τ H A N G Κ I » S SO « Je questionne fréquemment le roi et différentes personnes de la cour. les a m a n t s avaient dû se dire adieu : la comtesse de Lieven pour rentrer à Londres. et. p a r exemple. On me parlait. nouées a u congrès d'Aix-la-Chapelle. un jour. On m'apprit. et sans doute ignorèrent-ils t o u - . » A l'époque où le Cabinet noir violait ainsi le secret des confidences filiales de la jeune Reine. ce que j'ignorais. la police devait à la vénalité des courriers diplomatiques d u gouvernement autrichien de découvrir la liaison de la comtesse de Licven. et Metternich p o u r retourner en Autriche. Je n'en fis rien. sur les moyens d'existence des gens qui s'y présentent : je m'informe s'ils o n t fie la famille. votre fidèle enfant. etc. ils avaient pris toutes leurs mesures pour s'écrire librement et sûrement. des s œ u r s et d'autres parents. « Adieu. je reconnus q u e j'avais eu tort. le Congrès fini. femme de l'ambassadeur de Russie en Angleterre. Veuillez donc bien m'excuse?· si je termine si brièvement ma lettre. chancelier d'Autriche. etc. le soir même. d'un certain Carca. comment ils s'appellent. avec le prince de M e t t e r nich.

m o r t . Malgré t o u t . les fréquentes absences du mari presque t o u j o u r s à la guerre. veuve du général russe. cependant. dont la police surveillait la maison.90 LA POLICE POLITIQUE jours que leur correspondance avait été surprise dès ses débuts et que le secret de leurs amours n'en était plus un. le m a r i de la fameuse princesse. Une autre belle étrangère. auquel il succéda. mort en 773. envoyait l'un d'eux en Russie. et je ne le rappelle ici que p o u r mémoire (1). Contracté vers 1800. et qui a v a i t changé son nom hébreu d'Asoud en Bagratide o u Bagration. des blessures qu'il avait reçues à la bataille de Borodino. était la princesse Bagration. mariée. édit. C'était Alexandre Jesseïvitch. le mariage n ' a v a i t pas été heureux. a y a n t épousé. L a famille en laquelle il l'avait fait entrer est illustre en Russie. sa b e a u t é dont elle était si vaine. un d e ses successeurs. D'origine juive. qui l'avait. en 575 après Jésus-Christ. le 7 septembre 1812. Vingt a n s de différence entre les époux. Dix siècles plus tard. le roi Jesseï. Paris. vers 1725. les Bagration (Bagratides) se flattent de remonter au roi David. père de plusieurs enfants. J ' a i raconté ailleurs ce piquant épisode. installée à Paris. Bagrat descendait de ce monarque. . la jeunesse et la coquetterie de la femme. Elle était née comtesse Skavronski et alliée à l'empereur Paul I er . ne constituaient (1) Voir mon livre : A travers trois siècles. et la filiation régulière n e commence qu'avec Achot. grand-père du général Bagration. H a c h e t t e et C'e. la fille du roi de Géorgie. quelque mystère plane sur ces lointaines origines.

à Vienne. Dès 1807. qui est aussi son médecin. d ' u n blond doré. elle était d é j à à Carlsbad. elle est le centre d'une société exquise. Quel que soit le langage que j'emploierai. Elle reste sourde à son appel. en use et en abuse. dont une miniature d'Isabey nous a conservé l'image. On m ' a dit a u j o u r d ' h u i qu'elle veut. De guerre lasse. le nuage de gaze d o n t elle s'enveloppe. sa beauté. Alexandre écrit à son ambassadeur à l'effet de faire revenir l'épouse volage. la dépeignent comme douée d ' u n charme irrésistible : un mélange de mollesse orientale. et de grâce andalouse . fait sensation. Capellini. l'ambassadeur répond : « J ' a v o u e à Votre Majesté que le prince Bagration m'embarrase beaucoup en v o u l a n t que je lui envoie sa femme. son m a r i l ' a d j u r e de rentrer en Russie. ses yeux bleus. je doute fort que j ' y réussisse. à Carlsbad où. elle retournera immédiatement à Vienne. P a r t o u t où elle passe. où le vieux duc de Weimar s'est beaucoup occupé d'elle. sa blancheur d'albâtre. à en croire Goethe. qu'alors qu'elle est à Vienne. la myopie qui rend son regard incertain. Je ne l'ai plus trouvée ici . Ses cheveux soyeux et blonds. p a r réciprocité. tout contribue à faire d'elle une véritable ensorceleuse de cœurs.LA P O L I C E ET L E S KT H A N G E R S 94 pas des éléments de bonheur. Le 14 septembre 1807. et enfin son caractère entreprenant. C'est en vain. il sollicite l'intervention de l'Empereur. Tous ceux qui ont p a r l é d'elle. on la trouve éloignée du domicile conjugal. trouve . aller le voir d a n s sa résidence et jusqu'après y être restée un ou d e u x jours. sa figure expressive. elle en connaît la puissance. dit l ' u n d'eux.

dans son Journal. Elle y reçoit ses compatriotes. il y a celle-ci : au ( congrès de Vienne. κ son é t a l de santé très alarmant . elle l'épouse. elle est à Paris. on la revoit. où. Mais.LA POL ICI·: POLITIK ι. il f a u d r a l'y forcer en coupant court a u crédit qu'elle a p u se former ici et en ne lui envoyant plus d ' a r g e n t . En ses dernières années. à l'en croire. elle se fixera définitivem e n t . Metternich aurait été très amoureux . en 1815. Enfin. la princesse Melanie de Metternich. je crains qu'elle ne nous écoutera pas . elle y épousera le général anglais Caradoc. elle se plaira à raconter ses succès féminins d'autrefois. a y a n t mis bas ses voiles de veuve et plus p i m p a n t e que jamais. mais sans consentir à vivre sous le même toit que lui et à porter son nom. Entre autres anecdotes qu'elle répète. 11 est très vrai qu'elle fait des dépenses e x t r a v a g a n t e s dont tout le monde s'étonne et rit . Je veux employer Capollini pour m'aider à lui faire naître l'envie de ne plus apporter de délai à son retour en Russie. écrit. elle en souffre à présent et doit en craindre de très mauvaises suites pour l'avenir. « Ses toilettes et ses équipages étaient d'une originalité inouïe ». un peu plus tard. alors. sa maladie consiste dans un grand dérangement dans les intestins . A Vienne. qui a trente ans de moins qu'elle . p e n d a n t le Congrès. dép l o y a n t en toutes choses un luxe raffiné. » Les choses traînent ainsi jusqu'au jour où la m o r t de son mari la rend complètement indépend a n t e . En 1832. en 1819. donne des fêtes en l'honneur de son souverain. lord Howden. elle tient maison ouverte et donne des fêtes sans y être forcée et personne ne lui en a d'obligation.

On a formé une liaison chez la princesse Bagration. une véritable caricature. et pour réparer des ans l'irréparable outrage. dont on se p r o m e t de bons résultats pour l'avenir. Elle vient de céder son appartement. Voici quelques premiers détails donnés par l'observateur de cette maison : < La princesse est très mécontente de M. et bien que l'âge l'ait ravagée. rue de La Ville-l'Évêque. elle ne désarme pas . La princesse Bagration s'attendait que ce courrier apporterait une lettre pour elle . Telle est la femme. outrageusement fardée. il serait devenu très pressant et elle. elle s'obstine à ne vouloir pas vieillir. A l'époque où de telles anecdotes ne sont plus pour elle qu'un lointain souvenir. mais (1) Le propos fut répété à Metternich. mais en en exagérant l'usage. 14. qui. disait-il la vérité? . suivant elle.LA POLICE ET LES K T ü Α. a déjà refusé deux de ses invitations. peinte. q u ' à partir du mois de mai 1819. un courrier venu par Bruxelles est arrivé chez le général Pozzo di Borgo. Lorsqu'elle meurt. ambassadeur de Russie. teinte. de répondre : — Une femme qui s'est refusée au duc de Wellington ne se donnera pas au prince de Metternich (1). elle recourt aux mêmes artifices que Jézabel. croit devoir surveiller la police. Capo (l'Istria. Mais.Ν ( i E H S 93 d'elle. « Ce matin. au comte Potocki. il y a beau temps qu'elle n'est plus qu'une fée Carabosse. et elle demeure maintenant rue Lepelletier. en 1856. U n jour même. qui haussa les épaules en disant : — Le diable m'emporte si je lui ai jamais rien demandé.

MM. Belliard. parmi les libéraux ou généraux de l'ancienne armée. Ces petits manèges de nuit arrivent fréquemment. de Fitz-James. Manuel. Colbert. Mathieu Dumas. Elle prend du plaisir à rappeler son séjour à (I) V e u v e du général Moreau. M. soit avec les autres. car la princesse est changeante. soit avec les uns. L'observateur croit que ce même courrier avait des lettres p o u r Mme Moreau (1). d'après ce qu'il a e n t e n d u dire à l'un des secrétaires de l'ambassade russe. la princesse fit un signe à M. la princesse de V a u d é m o n t . le vicomte de Chateaubriand . et à peine la voiture fut-elle partie qu'il r e n t r a à l'hôtel. l'ami du comte Potocki voulut l'engager à monter dans sa voiture . à qui Lotiis X V I I I a v a i t conféré le titre de maréchale. ces deux messieurs se retirèrent ensemble . . la reine de Suède. Benjamin Constant . soit p o u r ses nombreuses galanteries. Brigode. la maréchale Moreau. la comtesse de Carne ville. Berton. « La princesse Bagration se mêle beaucoup rie politique et se flatte d'être informée de ce qui se passe mieux qu'aucun des ambassadeurs qui sont à Paris. la maréchale Soult. Au nombre des personnes de la cour qu'elle voit. p a r m i les femmes du g r a n d monde. d'Escars. l'observateur cite les ducs de Mouchy. la duchesse de Raguse.9·ί LA POUCE POLITIQUE il paraît qu'il n'en avait pas. « L a princesse Bagration est très r é p a n d u e dans le monde 3oit p o u r la politique. la princesse de Neuehâtel. mais. Potocki . Lundi soir encore. de Guiche. Stanislas Potocki et u n autre Polonais de ses amis passèrent la soirée chez elle . celui-ci prétendit préférer s'en aller à pied.

c'est la princesse qui paraît faire aujourd'hui des avances au général Pozzo. elle n'habitera plus la maison du général Mathieu Dumas. réalisé. elle reviendra à Paris .LA POLICE ET L E S KT H A N G E R S 94 Vienne en 1812 et 1813 et prétend qu'elle a beaucoup contribué alors. De tous les Français. Dans dix ou douze jours. Dans le courant d'octobre. qui lui loue sa maison meublée moyennant dix-huit mille francs par an. p a r son ascendant sur le prince de Metternich. elle ira se fixer à Auteuil pour quatre ou cinq mois. Cependant. Ils causent souvent ensemble des heures entières. à déterminer l'Autriche à s'unir à la coalition. « Il paraît certain qu'il y a plus de six semaines qu'elle n'a reçu des lettres du prince de Metternich. ce qui ne s'est pas·. « Depuis le congrès d'Aix-la-Chapelle. elle viendra occuper un a p p a r t e m e n t au premier étage de la maison de la duchesse de Ragusc. L'abbé Brot qui soigne l'éducation de la fille de la princesse Bagration. mais. celui à qui elle paraît faire le plus de confidences. il lui écrivait de Rome qu'il serait à Paris dans le courant de mai. depuis quelques mois. Elle se rend plus souvent chez cet ambassadeur que lui chez elle. A la vérité. Alors. ils continuent à se voir. est un Français qui a séjourné longtemps en Pologne et en Russie et qui se mêle beaucoup de conversations . c'est le général Mathieu Dumas. il y a moins d'entente q u ' a u p a r a v a n t entre la princesse Bagration et le général Pozzo di Borgo. dont la paternité est attribuée au prince de Metternich. dont elle doit encore une partie des loyers .

K***. on finira p a r avoir la correspondance de cette dame. Ce M. « Voici un résumé de ses observations d'aujourd'hui : « Un comte de K*** (illisible). sont venus passer la soirée. pourrait tenir à quelques motifs politiques.96 LA POLICE POLITIQUE politiques. Il est venu à dix heures du soir. Avant son départ. et aussitôt qu'on annonça M. « Samedi. de Brigode et quelques autres personnes. L'autre Potocki est en campagne. qui semblait l'attendre avec impatience. Il tient lieu de secrétaire à la princesse. de K*** est de retour. ce jour-là. ainsi que celle de l ' a b b é Brot qui a toute sa confiance. Après le dîner. elle le fit passer dans une pièce particulière et resta plus d'une heure avec lui. depuis avant-hier samedi. de Montalembert. Peu à p e u . « Depuis la grande p a r t i e de campagne de di- . Il est connu comme ultra-royaliste. il eut un long entretien avec la princesse. » Ce r a p p o r t est du 27 mai. se montre de plus en plus rempli de bonne volonté. et qui paraît se mêler beaucoup d'intrigues politiques. très lié avec Mme Bagration et qui demeure rue du Mont blanc. En voici un autre du 14 juin : « L ' h o m m e de chez la princesse Bagration. la princesse Bagration avait à dîner son cousin Potocki et M. « L'observateur croit q u e ce voyage du comte de K***. de F o n t b r u n e . MM. Elle était en compagnie. chez Mme Bagration. à Londres. partit il y a environ cinq semaines p o u r Londres. qui lui remit ses lettres.

ils écrivent ordinairement beaucoup. de K*** est venu aujourd'hui. M. « Le prince et la princesse Gagarin. mais comme il revient aujourd'hui. mais. Laborie à la princesse Bagration. On ne sait t r o p encore où il est allé. Mme Bagration est allée chercher sa fille à la campagne. d'après ces rapports. « M.LA P O L I C E ET LES ÉTRANGERS 97 manche dernier. l'abbé Brot n'a point reparu à l'hôtel. sont arrivés hier à Paris. Arthur Potocky devait l'y accompagner . pour l'accompagner à la Chambre des députés. Lorsque Laborie est dans la chambre de l'abbé Brot. Effectivement. il n'est venu q u ' à minuit. » Il est aisé de comprendre. prendre la princesse Bagration. on l'apprendra sans doute. il l'a fait prévenir qu'il ne pourrait venir que le soir. lundi. que la surveillance de la maison Bagration n'avait pas donné de grands résultats. « Hier. Ils sont de la connaissance particulière de la princesse Bagration. qui reviennent d'Italie. dimanche. « C'est cet abbé Brot qui a fait connaître M. ' 7 .

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Cependant. Le 12 juillet. E n s ' a t t a c h a n t aux pas de ceux-ci. la police organisait autour d'eux une surveillance rigoureuse qui devait les accompagner dans leurs déplacements successifs et se prolonger d u r a n t plusieurs années. elle n'a pas l'air d ' a j o u t e r foi à cette menace. le 8 juillet 1815.L I V R E II LA POLICE ROYALE ET LES BONAPARTE I La nouvelle du désastre de Waterloo avait trouvé à Paris une partie de la famille impériale. on espérait arriver plus sûrement à découvrir ce que faisaient ceux-là. tout porte à croire que si elle ne se hâte pas de partir. Bien qu'autour d'elle on craigne qu'elle ne soit arrêtée. Dès ce moment. c'est qu'elle voudrait. avant de s'éloi- . Elle s'appliquait aussi à ceux de leurs serviteurs dont le dévouement à leur cause était notoire. Plusieurs de ses membres y étaient encore lorsque Louis X V I I I r e n t r a aux Tuileries. un r a p p o r t constate que Mme Bonaparte mère ne paraît pas pressée de quitter Paris.

duchesse de Saint-Leu. Madame mère où sont attendues avec une impatience douloureuse des nouvelles de l ' E m p e r e u r . le bruit se répand qu'il a été arrêté à Rochefort. elle cherche à vendre une partie de son mobilier. être fixée sur le sort de l'Empereur. p o u r la plupart. Les domestiques. elle est d a n s l'incertitude en ce qui touche les frères de Napoléon. rue Poissonnière. lorsque déjà il vogue vers l'Amérique où il a résolu de se fixer.400 LA POLICE POLITIQUE gner. E n a t t e n d a n t de le connaître. hier encore si brillantes. Il en est de même chez les autres membres de la famille présents à Paris. Le 14 juillet. On emballe ses diamants . L'angoisse causée par ces rumeurs confuses assombrit encore les esprits et les cœurs. sont congédiés . Plusieurs fois par jour. Dans ces maisons.. chez le portier. Quant à Jérôme. Ce qui le lui fait supposer. son fils. elle soupçonne qu'il n'a pas quitté la capitale et vit caché chez le banquier Hainguerlot. chez la reine Hortense. présente l'aspect d'un laborieux déménagement. Elle l'y cherchera encore. elle se prépare au départ. chez Mme Joseph Bonaparte. c'est que les jalousies et les rideaux de la maison sont soigneusement fermés. Il y va beaucoup de monde . Si la police est fixée sur ce que font les femmes de la famille impériale. n° 50. chez le cardinal Fesch rue du Mont-Blanc. rue Cérutti. dont l'hôtel. Elle croit et croira longtemps que Joseph s'est réfugié en Suisse. tout se ressent de la tragique infortune qui vient de frapper la famille dans la personne de son illustre chef. la famille se réunit chez. ceux qui restent ont conservé leur livrée. on fait des paquets de linge.

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le soir. Les voitures s'arrêtent r u e des Petites-Écuries et de là, on va à pied jusqu'à l'hôtel. En outre, M. Hainguerlot, qui avait à loger un général anglais, a préféré l'installer dans un appartement voisin à raison de huit cents francs par mois, sous prétexte qu'il n ' a v a i t pas de place chez lui. On sait d'autre p a r t qu'il est depuis longtemps l'homme de confiance de l'ancien roi de Westphalie ; il est donc t o u t naturel de penser qu'il lui a donné asile. Si ce n'est pas à lui, c'est à quelque personnage suspect, On voit p a r les mêmes r a p p o r t s que la police s'inquiète de ce que font d'autres individus compromis dans les derniers événements ou connus par leur attachement à l'Empereur. Elle sait que l'ex-ministre Garnot s'est retiré dans les environs d ' É t a m p e s et que, de là, il communique avec l'armée de la Loire ; des paysans lui servent d'estafettes ; on l'a v u donner deux louis à l'un d'eux pour porter un message. Elle sait aussi que la duchesse de Bassano, qui se trouvait à la campagne chez son amie, Mme Gazani, est partie pour la Suisse d'où elle gagnera l'Italie où l'attend son mari et que la duchesse de Rovigo a obtenu de l'ambassadeur d'Angleterre un passeport pour Londres, libellé au nom de sa femme de chambre. La police paraît étonnée que ces dames soient l'objet de semblables complaisances, comme s'il n'était pas naturel qu'après avoir été la parure de la cour impériale, elles aient conservé des relations amicales dans le personnel politique et diplomatique étranger. Au surplus, il n'est pas surprenant qu'en un tel moment, les agents soient p r o m p t s à tenir pour

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suspect tout individu qui ne se déclare p a s r o y a liste. Les femmes même n'échappent pas à ses· soupçons et Mme Gadélia, institutrice des enfants du duc de Bassano, est suspectée au même degré que les secrétaires de la maison ou que les aides de camp et serviteurs des princes. Tout ce monde met la police sur les dents. Lorsqu'il sera dispersé elle s'attachera à ses pas. Princes et princesses seront surveillés p a r t o u t où ils iront, et où nousallons les suivre.

II

Au commencement de l'année 1817, la ville de Rome semblait être devenue le lieu de rendez-vous de la p l u p a r t des souverains et des princes que des événements plus ou moins récents avaient dépossédés de leur pouvoir et privés de leurs ressources. Le vieux roi d'Espagne, Charles IV, détrôné p a r Napoléon et obligé ensuite, après la c h u t e de celui-ci, quand il espérait rentrer en possession de sa couronne, de la faire passer sur la t ê t e de son fils Ferdinand VII, était venu chercher u n refuge dans la capitale des États pontificaux. Sa femme, la trop célèbre Louise-Marie, princesse de Parme, s'y trouvait a v e c lui. Elle traînait à sa suite son a m a n t Godoï, duc d'Alcudia, prince de la Paix, victime comme ses souverains de la disgrâce dont l'avait justement frappé le peuple espagnol à qui son nom rappelait t o u j o u r s les exactions et les scandales q u i avaient caractérisé son trop long pouvoir, fondé non sur ses mérites, mais sur la faveur de la reine, et qui lui attribuait tous les malheurs de la monarchie. Les trois personnages vivaient tristement, et chacun de son côté. D'après un r a p p o r t de police qui est sous nos yeux, Godoï passait ses journées

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à la villa Mattel dont il avait fait l'acquisition ; il y surveillait des fouilles entreprises par son ordre ; il ne revenait en ville q u ' a u déclin du jour p o u r retrouver sa vieille maîtresse avec qui il ne m a n geait pas et qui elle-même ne prenait pas ses repas avec le roi son mari. A l'exception de leur fille, l'exreine d ' É t r u r i e , et du fils de celle-ci, les souverains ne recevaient personne et encore, la princesse, quoiqu'elle les a i m â t tendrement, ne venait-elle les voir q u ' a u t a n t qu'elle était sûre de ne pas rencontrer Godoï qu'elle détestait. A u x yeux des Romains, ces débris d'une cour jadis brillante étaient sans prestige. A la m ê m e époque, on mentionnait aussi la présence à Rome de Charles-Emmanuel IV, l'ancien roi de Piémont, à qui la République française avait enlevé ses États continentaux en 1798, et qui, réfugié en Sardaigne, y avait abdiqué, en 1802, en faveur de son frère Victor-Emmanuel p o u r prendre l'habit et la règle de Saint-Ignace de Loyola. Il ne sortait plus de son couvent et s'y livrait avec ferveur à des exercices de piété. Les princes dont nous parlons ne pouvant être soupçonnés de vouloir recouvrer leur puissance détruite, les cours alliées, dont la surveillance s'exerçait à Rome comme ailleurs, négligeaient de s'occuper d'eux. Mais, elles agissaient tout a u t r e m e n t en ce qui touchait les membres de la famille Bonaparte résidant dans la capitale romaine. Ils y étaient l'objet de la plus active surveillance et n o t a m m e n t de la part de la police française. Les rapports que les agents de cette police adressaient au gouver-

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nement royal à Paris nous révèlent la présence dans la cité papale de Mme Lœtitia, mère de l'empereur Napoléon, de l'oncle de celui-ci le cardinal Fesch, de ses frères Lucien et Louis et de leur sœur la princesse Pauline Borghèse. Ils faisaient remarquer toutefois que la noblesse romaine, les Français et les étrangers de passage dans les États pontificaux, s'abstenaient de voir ces personnages avec qui les sujets anglais seuls entretenaient des relations. Parmi ces Anglais qui fréquentaient la famille Bonaparte, ils désignaient particulièrement la princesse de Galles arrivée à Rome depuis peu : « E n arrivant elle est allée coucher à la villa Ruffînella, propriété de Lucien sur le Tusculum, et depuis, elle n'a pas cessé de voir tous les membres de cette famille. » La princesse de Galles, Caroline de Brunswick, était la femme du prince régent d'Angleterre, le futur George IV, q u e la folie de son père George I I I avait obligé, en a t t e n d a n t qu'il lui succédât, à prendre les rênes du gouvernement britannique. Fameuse par son inconduite et séparée de son mari dont elle alléguait les torts avérés pour se disculper des siens, Caroline avait q u i t t é la cour d'Angleterre afin d ' e n t r e p r e n d r e un voyage sur le continent et n o t a m m e n t en Italie, voyage qui n'était qu'un prétexte p o u r se soustraire aux t r a i t e m e n t s humiliants que le régent son époux entendait lui imposer et pour se donner la liberté de dicter de loin les conditions de son retour. Ces conditions étaient connues de la police française avant d ' ê t r e communiquées au Régent, grâce à une lettre datée de Pesaro, le 28 août 1817, écrite

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par la princesse à l'illustre Brougham, membre du Parlement et avocat, auquel, a v a n t de quitter Londres, elle avait confié la défense de ses intérêts. Menacée d'être privée de sa dotation, si elle ne réintégrait pas le domicile conjugal, Caroline, dans cette lettre, ouverte à la poste, formulait ses exigences. Elle entendait d'abord que son mari lui écrivît pour s'excuser de la conduite qu'il avait précédemment tenue envers elle et de toutes les fausses accusations dont elle avait été l'objet de sa part. Elle insistait pour que, si elle rentrait en Angleterre, tous les honneurs possibles lui fussent rendus et pour avoir à Carlton-house des appartements d ' a p p a r a t où elle tiendrait des cercles et donnerait des dîners toutes les fois que cela lui conviendrait, en laissant le prince libre d'y assister ou non, selon son bon plaisir. Elle demandait encore q u ' u n acte du Parlement lui assurât un revenu annuel de cinquante mille livres sterling pour pouvoir tenir une grande cour indépendante de celle du Régent ; que son voyage de l'endroit d'où elle partirait jusqu'à Londres f û t défrayé par lui ; que la famille royale et particulièrement la Reine lui fissent la première visite. En outre, irritée qu'on eût éloignéd'elle sa fille la princesse Charlotte, héritière de la couronne, elle revendiquait le droit d'avoir libre accès auprès d'elle et de la voir même pendant plusieurs jours de suite, quand bon lui semblerait. Prévoyant le cas où, au lieu d'être rappelée p a r son mari, elle le serait p a r la Chambre des Communes, elle déclarait qu'elle n'obéirait, q u ' a u x con-

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ditions énumérées ci-dessus. Si la dotation dont elle venait de fixer le chiffre lui était refusée, elle se contenterait de celle qui lui avait été allouée au' moment de son mariage, laquelle ne pouvait être réduite que p a r un nouvel acte du Parlement, acte qu'elle ne redoutait pas, ayant trop de confiance dans la noblesse et la générosité de la nation pour la croire capable d'une telle injustice. Mais, si quelque intrigue politique pouvait l'emporter, elle comptait sur sa fille, la future reine d'Angleterre, pour la venger. E n a t t e n d a n t , elle se résignerait à son sort. N ' a i m a n t ni l'ambition ni la gloire, elle se trouverait aussi contente dans une petite cabane qu'elle p o u r r a i t l'être d a n s un grand palais. « Trois plats sont entièrement suffisants pour elle, sa tranquillité et son bien-être lui sont plus chers que toutes les splendeurs. » Elle regretterait seulement de ne pouvoir continuer à servir les pensions qu'elle avait accordées à diverses personnes et à répandre ses bienfaits sur les malheureux. Il n'est pas démontré que ces conditions aient été soumises au prince régent. On peut même douter qu'en les posant ainsi, la princesse souhaitât d'être prise au m o t . Elle jouissait alors largement de sa liberté reconquise et s'était jetée dans des aventures dont elle ne semblait pas pressée de hâter la fin. On sait qu'elle ne revint à Londres que trois ans plus t a r d , alors que son mari régnait, pour figurer d a n s le procès en divorce qu'il lui avait intenté et comparaître à cet effet devant la cour des lords ; on sait aussi que ce procès ne p u t aboutir.. Le peuple anglais n'estimait pas la reine ; mais,.

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son mépris trop justifié pour le nouveau roi était tel, qu'il prit p a r t i p o u r elle. Quand elle revint à Londres, il la reçut comme une triomphatrice et, dès le commencement du procès, il manifesta sa préférence d'une manière si peu douteuse que le? juges intimidés firent comprendre qu'ils ne prononceraient pas le divorce. Ce dénouement était pour Caroline une victoire d'autant plus significative qu'il lui assurait la conservation de son r a n g à la cour, de ses privilèges et de ses apanages. On ne prévoyait pas encore ce procès quand elle p a r u t à Rome. Mais, déjà, elle avait pu constater que les grandes cours se r a n geaient du côté de son mari et qu'elle n'y serait pas reçue. Les B o n a p a r t e s'étaient montrés moins difficiles et ainsi s'expliquent les relations q u ' o n avait vues se nouer entre eux et la princesse de Galles. En les signalant, la police faisait remarquer que Louis, l'ex-roi de Hollande, s'abstenait d'y p a r t i ciper et que, d'ailleurs, la noblesse romaine affectait envers lui moins de froideur qu'envers les autres membres de la famille impériale. Elle lui faisait même des visites et assez fréquentes p o u r qu'il s'en m o n t r â t plus importuné que flatté. L'exil l'avait rendu plus misanthrope qu'il n'était a u t r e fois. Toute obligation mondaine lui semblait lourde ; il n'aimait pas à recevoir et laissait entendre, p o u r expliquer son goût de retraite, que l'éducation de son fils l'absorbait. A son exemple, son frère Lucien s'était condamné à une vie très retirée, laissant sa femme se

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montrer en public, où on lui reprochait de témoigner de beaucoup plus de gaieté et d'indifférence que n'en comportait sa situation. Quant à lui, il ne voyait guère que sa mère ; il se croyait au m o m e n t de la quitter, car il rêvait de se fixer a u x É t a t s Unis où se trouvait déjà son frère Joseph et il multipliait ses démarches en v u e de ce changement de résidence. Il s'était adressé d'abord au cardinal Consalvi, secrétaire d ' É t a t au Vatican. Celui-ci lui avait répondu en l'invitant à présenter sa requête a u x ministres des puissances étrangères engagées dans la Sainte-Alliance. P a r un r a p p o r t adressé, le 20 mars 1817, au chancelier de Prusse, prince de H a r d e n berg, par le comte de Goltz, représentant de la cour de Berlin à Paris, nous voyons que les ambassadeurs, réunis en conférence auprès du gouvernement français, délibéraient, à cette date, sur les demandes de Lucien Bonaparte et ne voyaient que des dangers pour le repos de l'Europe, à le laisser p a r t i r pour l'Amérique. Sans doute, sa présence en Italie pouvait donner aux cours de la péninsule et particulièrement à celle de Naples, de fortes appréhensions ; néanmoins, le duc de Richelieu, le duc de Wellington et les ministres de Russie, de Prusse, d'Autriche et d'Angleterre étaient d'avis qu'il serait plus facile de surveiller Lucien en Italie que ce ne le serait aux États-Unis. Mais, en le constatant, ils étaient obligés de reconnaître que la cour de Rome, bien que le surveillant avec le plus g r a n d soin, ne p o u r r a i t répondre absolument de lui. Dans une circonstance·

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récente, le cardinal Consalvi l'avait formellement déclaré. Il avait rappelé que sir Sydney Smith, sous le règne de Bonaparte, et La Valette, sous celui de Louis X V I I I , bien qu'emprisonnés, s'étaient 'évadés et que la possibilité de s'échapper, m ê m e d ' u n e prison d ' É t a t , étant ainsi démontrée, elle l'était plus encore pour un homme entreprenant laissé en possession d'une certaine liberté. L'obj e c t i o n était trop fondée pour ne pas frapper les diplomates à qui elle était soumise. Ils en étaient arrivés à penser qu'il serait désirable que Lucien f û t interné en Russie ou en Silésie. La police racontait encore qu'il avait essayé vainement de se réconcilier avec le pape Pie VII. Le Saint-Père, assurait-elle, lui gardait rancune de l'empressement qu'il avait mis, en apprenant le r e t o u r de l'île d'Elbe, à rejoindre son frère à Paris, et ne s'était pas p r ê t é à la réconciliation. — M'avete ingannato (vous m'avez trompé), avait-il répondu au prince. A en croire le r a p p o r t d'où nous tirons ces détails, Lucien s'était empressé de se justifier; il avait prét e n d u que les intérêts de la religion et ceux de la p a p a u t é n'étaient pas étrangers aux motifs qui l'avaient déterminé à rentrer en France. — J'étais persuadé, avait-il allégué, que les efforts qu'allait faire Napoléon pour ressaisir le pouvoir, en d o n n a n t un grand élan à l'esprit national, auraient p o u r résultat le triomphe des principes républicains d o n t j'ai toujours été l'ardent défenseur. J'étais en droit de me considérer comme l'un des principaux «îembres du futur gouvernement démocratique et

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convaincu q u e l'austérité des mœurs, si conforme aux préceptes du Christ et dont Votre Sainteté donne a u j o u r d ' h u i un si noble exemple, est la base la plus solide de l'égalité politique, j ' a u r a i s certainement employé toute mon influence à replacer la France sous l'empire des idées religieuses. Nous ne savons si les propos que p r ê t a i t la police à Lucien B o n a p a r t e avaient été tenus, et, à supposer qu'ils l'eussent été, si elle les reproduisait fidèlement. Elle fut de t o u t temps inventive, mais jamais au même degré que dans les t e m p s dont nous parlons. Ce qui, d'autre part, autorise le doute, c'est la bienveillance dont, à la même époque, le vénérable pontife prodiguait les témoignages à la famille de Napoléon. E n cette année 1817, le β octobre, il écrivait au cardinal Consalvi : « La famille de l'empereur Napoléon n o u s a fait connaître, p a r le cardinal Fesch, que le rocher de l'île de Sainte-Hélène est mortel et que le pauvre exilé se voit dépérir à chaque minute. Nous avons appris cette nouvelle avec une peine infinie et vous la partagerez sans aucun doute car, nous devons nous souvenir tous les deux, qu'après Dieu, c'est à lui principalement qu'est dû le rétablissement de la religion d a n s ce grand royaume de France. L a pieuse et courageuse initiative de 1801 nous a fait oublier et pardonner depuis longtemps les t o r t s subséquents. Savone et Fontainebleau ne sont que des erreurs de l'esprit ou des égarements de l'ambition humaine ; le Concordat fut un a c t e chrétiennement et héroïquement sauveur. » Il semble difficile d'admettre que le pontife qui

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tenait ce langage révélateur de la gratitude qu'il gardait à Napoléon, ait manqué de bienveillance envers un m e m b r e de la famille impériale qui sollicitait son appui auprès des grandes cours, au p o i n t de rester insensible à sa justification et à sa défense. Ce qui est moins douteux, c'est que Lucien, s'il lui fut interdit de se rendre a u x États-Unis, p a r c e que les puissances redoutaient « de ne pouvoir l'empêcher, quand il y serait, de faire le mal », fut autorisé à rester à Rome et y resta, en effet, sans être inquiété, quoique rigoureusement surveillé comme tous les autres membres de la famille impériale.

III

La princesse Pauline Borghèse, bien que, p a r son mariage, elle fût devenue Romaine, n'échappait p a s à cette surveillance. On la soupçonnait d'avoir fait de la villa Borghèse, où elle résidait, — son mari, dont elle était séparée, lui en a y a n t cédé une partie, — un centre de correspondances qui, p a r t a n t t a n t ô t de la Corse et t a n t ô t de Paris, allaient aboutir à Sainte-Hélène. On verra ce soupçon se prolonger jusqu'en 1820, et prendre corps dans l'esprit d u prince de Metternich et de plusieurs autres diplomates avec assez de force pour les convaincre que, sur le rocher lointain où il se meurt, Napoléon reçoit de sa famille des secours en numéraire. Lorsqu'en 1817, ce soupçon commence à se former, on mêle à cette affaire non seulement la princesse Borghèse, mais encore Torlonia, le plus riche banquier de Rome, et le grand seigneur anglais, lord Holland ; plus tard, on y mêlera le prince Eugène, duc de Leuchtenberg. Du reste, dès ce moment, tout ce qui vient de Corse à Rome ou à Paris, est soupçonné et dès lors surveillé. « On ne peut guère douter, dit une note émanée
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dot;

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du cabinet du duc de Richelieu, que la famille· Bonaparte n'entretienne des rapports secrets avec la Corse. Plusieurs h a b i t a n t s de cette île sont r é f u giés à Rome depuis les événements de 1815, ce qui multiplie les points de contact et les moyens de correspondance. Tout porte à croire que ces communications ont eu pour principal directeur le sieur Bartolo Colonna, ex-juge au tribunal d ' A j a c cio, homme dévoué à la famille, habitué à l'intrigue ; et p o u r intermédiaire Ferrandini, p a t r o n d u b â t i m e n t corse La Madona del Carmine. U n r a p p o r t assez récent annonce que M. Bartolo est p a r t i précipitamment de Rome dans le cours du mois de juin et qu'il s'est embarqué pour les États-Unis. Si cet avis est exact, quel est le v é r i table motif de son voyage? Présume-t-on qu'il doive revenir? » La même note dénonce les allées et venues dedivers autres personnages : le voyage à Rome d ' u n marin corse, nommé Casamarte, frère de lait de la princesse Borghèse, d ' u n sieur de Résigny, ancien officier d'ordonnance de Bonaparte, ami intime d e la maréchale Ney, « jeune homme d ' u n caractère ardent, dévoué à la famille impériale, ne g a r d a n t aucune mesure ni dans ses démarches ni dans ses discours. Il a fixé sa résidence à Florence dans les derniers mois de 1816 ; mais, il va souvent à Rome et fréquente habituellement la maison de la p r i n - v cesse Borghèse ». E n passant, l'auteur de la note fait r e m a r q u e r q u ' a u mois de mars précédent, dans cette capitale,. Résigny a retrouvé u n jeune élève de l'École poly-

son banquier le sieur Eichtal. écuyer du prince Eugène. Relevé de son commandement. le . ne cachet-on pas quelque travail en faveur des idées révolutionnaires? Il y aurait lieu de s'en assurer. et Pierre Giorgini. On le savait porteur d ' u n passeport qui lui avait été délivré. se préoccupait de le voir tour à tour à Livourne. Ricci. et dont le but ostensible est de ramener au catholicisme les différentes confessions religieuses. u n Piémontais. l'ardeur qu'il met à faire des prosélytes permettant de croire qu'il serait peu réservé avec une personne qui saurait lui inspirer confiance ». qu'on ne peut prononcer sans rappeler les tragiques événements auxquels ce général avait été mêlé l'année précédente à Grenoble et le caractère impitoyable des châtiments dont il frappa quelques malheureux impliqués. sous cette propagande en apparence toute de piété. dans les tentatives d'insurrection dont Didier f u t l'auteur. ce qui serait facile. « l'âge du sieur Coissin. à Ancône et à Gênes. Sur cette liste de gens à surveiller en raison de leur venue à Rome. ce n'est pas sans surprise que nous trouvons celui du général Donadieu. Ces deux derniers sont regardés « comme des entremetteurs de correspondance clandestine ». presque à leur insu. Coissin s'occupe avec ardeur des intérêts d'une société secrète originaire d'Allemagne. ancien courrier de Lucien Bonaparte. figurent encore le colonel Tascher. prenant ombrage de cette course. n o m m é Goissin. Mais. qu'il avait connu à Paris. Parmi ces noms. p a r t i s tous deux de Munich. il était parti pour l'Italie et la police.LA P O L I C E ROYALE ET LES B O N A P A R T E 121î technique.

on lui objecta que son passeport étant à la veille d'expirer. Il est donc bon d'avoir l'œil ouvert. Cependant. il allait . lèveront ces obstacles.146 LA POLIGE POLITIQUE 12 février 1817. j u s q u ' à présent. A u mois de janvier 1818. Aussi. p a r le préfet d u Var. et dans le cas où il viendrait à Livourne p o u r s'embarquer. de la p a r t de celle-ci. il doit être porteur de dépêches importantes p o u r Joseph Bonaparte. on n e le viserait que pour lui p e r m e t t r e de rentrer chez lui. comme on le présume. mais. A peu de temps de là. il était allé à Nice et avait négligé de se présenter devant le consul de France. avouait u n observateur. l a surveillance dont il était l'objet ne fit rien découvrir de répréhensible. à lui faire passer quelques secours pécuniaires. de s'entendre avec le gouvernement toscan pour faire opérer la visite de ses papiers. » A l'heure o ù ces p r o j e t s lui étaient attribués. Il est vrai qu'il a manifesté l'intention de se rendre en Amérique . « Ses fréquentations. la police craignait que ses déplacements n'eussent « u n b u t peu louable ». il est v r a i semblable que les personnes qui lui confieront ces dépêches. lorsque revenu à Livourne. ne sont p a s de n a t u r e à donner de l'ombrage et ses relations avec la veuve de Murât se sont bornées. Donadieu était à Nice et s'y reposait tranquillement chez un ami. La conduite de Donadieu ne justifiait pas ces précautions . l'insuffisance des moyens et le m a n q u e de passeport l'en ont empêché. il d e m a n d a u n nouveau visa p o u r Nice. si. Elle const a t a i t q u ' a y a n t fait viser ce passeport p o u r Gênes.

où il devait. devenir l'un des instruments les plus actifs de l'ultra-royalisme.LA POLICE ROYALE ET L E S BONAPARTE 417 partir pour Paris. p a r ce qui précède. combien s'était étendue la surveillance organisée à Rome autour des Bonaparte. . à force d'intrigues et de savoir-faire. On voit.

Il n'en était q u ' u n qui se f û t dérobé à la surveillance organisée à l'effet de savoir ce qu'ils faisaient et disaient. la police royale.IV Au mois d'octobre 1815. la police l'ignorait. les agents déclarent et affirment qu'il réside en Suisse. tandis qu'il vogue vers New-York. dans le voisinage d e la frontière. et rien n'annonce de projets de sa p a r t dans l e m o m e n t actuel. paraît s'être fixé à Bois-Bangy. Servi p a r les circonstances et p a r le dévouement d'amis fidèles. . « Joseph Bonaparte. M. grâce a u x r a p p o r t s de ses agents. près de Nyon. il était p a r v e n u à s'embarquer pour l'Amérique après u n court séjour en Suisse. était fixée sur le sort des divers membres de la famille de Napoléon et connaissait la résidence de la plupart d'entre eux. à cet égard. maître des requêtes au Conseil d ' É t a t . Tous ses mouvements sont surveillés et. Elle le croyait toujours a u x environs de Genève. Il n'est p a s de lecture plus piquante que celle des multiples rapports dans lesquels où. émet. écrit-il. Mais. petite maison de campagne. du M a r t r o y . l'opinion la plus positive. Le préfet d u département de l'Ain. si on ne l ' a t t e i n t pas personnellement. C'était l'ex-roi Joseph.

car il n'a rien avoué. en date du 20 octobre 1815. On a voulu arrêter Noblet. Jaqueminier a été arrêté. grâce auquel on aurait p u découvrir la résidence de Joseph. mais. on pourrait découvrir bien des mystères . contient la preuve •de ce soupçon. font passer ces correspondances sans les enregistrer. » M. Mais. je le répète. » D'autres rapports donnent la liste des personnes •qui favorisent les intrigues du fugitif. qu'il n'y ait à Paris un comité révolutionnaire qui correspond avec Joseph Bonaparte. peut-être. « On ne peut douter. personne n'avait constaté l'absence et tous les rapports témoignent de la conviction que Joseph n'avait pas quitté la Suisse.LA POLICE ROYALE E T L E S B O N A P A R T E 121î •du moins ai-je l'espoir que l'on parviendra à s'emparer de quelques-uns de ses agents. on croit qu'il y est. Jaqueminier. E n arrêtant la correspondance qui porte cette adresse. mais. La correspondance est adressée à l'ex-roi. adressée au ministre de la police. Non seulement. il s'est dérobé à toutes les recherches . de Morez. on croit qu'un gendarme de garde à la . le préfet se vantait. Noblet. on le soupçonne de conspirer contre les Bourbons. son banquier. car il est bien évident qu'on ne peut surveiller un absent. vu ce qui se passe. son intendant à Prangins. d'autres encore sont fortement soupçonnés d'être à ses gages. propriétaire du château de Divonne. Une note confidentielle. sans résultat d'ailleurs. il f a u t se défier des agents de la poste qui. par l'intermédiaire des sieurs G r a v i e r e t Goladon. Mais. département du Jura. Verret. de plus.

D u p a n . Des notables protestants du Midi s'y rencontrent avec des Genevois. Il compte beaucoup d ' a d h é r e n t s dans le pays de Vaud et les autorités m e t t e n t peu de zèle à le poursuivre. » A la même date.120 LA POLICE POLITIQUE frontière l'a laissé passer « moyennant une piastre ». il lui a été impossible de découvrir la retraite de l'ex-roi. se tiennent des conciliabules hostiles au gouvernement royal. On leur impute le dessein de provoquer des m o u v e m e n t s en Argovie et à Soleure. Il en est d'autres. Au surplus. multiplie ses démarches à l'effet de se saisir de Joseph. qui. t o u t en restant en France. directeur de la police de F r i b o u r g . substitut du procureur général à Genève. directeur de celle de Berne . un rapport du lieutenant de gendarmerie qui commande à Divonne. Cela tient à ce que Joseph lui-même a traversé le lac de Genève et se cache en Chablais. On en est averti p a r les sieurs Schaller. U n peu partout. « on en est même cer- . d e Watteville. engagée sur une fausse piste. écrit encore au mois d'octobre le préfet du J u r a . nous donne la mesure de l ' a r d e u r avec laquelle la police. se sont établis à proximité de Genève. de Nyon à Divonne. ont presque entièrement cessé. jusqu'à ce jour. Le lieutenant avoue que. il est certain que beaucoup de bonapartistes se sont réfugiés dans le canton de Vaud. « Depuis quelques jours. le colonel Bochaton. les allées et venues des agents de Joseph Bonaparte. qui se sont mis tous les trois au service de la police f r a n çaise. tels les généraux Desaix et Dupas. On s a i t cependant qu'il est aux abords de la frontière.

il y a lieu de penser que les commis d u bureau sont les agents. « Il leur a donné de l'argent. grâce à l'argent qu'il a répandu avec profusion. C'est eux. toutes les.LA P O L I C E ROYALE ET LES BONAPARTE 121î tain » . là. mais. un jeune homme d'environ seize ans les prend et les transporte à Ferney au b u r e a u de poste et comme l'adresse qui. » En outre. y est inscrite est toute de convention. il s'est fait t a n t d'amis que tout le monde lui est dévoué : « On connaît dix maisons où il a resté . principaux de c e t t e machination. leur a fait jurer de ne pas servir le roi et les a prévenus qu'ils seront avertis q u a n d on aura besoin d'eux. à l'heure de midi. qui expédient ces lettres a u x destinataires. » L'auteur d u r a p p o r t d ' o ù sont extraits ces détails annonce qu'il se rendra prochainement à Ferney afin d'intercepter cette correspondance. à« Coppet . Bien que l ' h a b i t a t i o n eût été cernée. E n a t t e n d a n t . on ne sait jamais celle où il est dans le moment. mais. . impérialiste ardent : « Les lettres sont portées à V Auberge de Γ Ange. ce châtelain de Divonne dont il a été parlé plus haut. on a la preuve qu'il existe une correspondance e n t r e lui et le général Hullin.. » Le même r a p p o r t rend compte des incidents a u x quels a donné lieu l'arrestation de Jaqueminier. Il l'accuse d'avoir poussé à la désertion des militaires français : « Il leur a dit : « — Le roi vous licencie et moi je vous engagerai pour le service de l'empereur Napoléon. il dénonce comme agent bonapartiste un sieur Olivier Grosjean. en tous cas.

Le 30. chez u n sieur Harpoz. Le lieutenant de gendarmerie affirme que. quoique étranger. au moins en ce moment. qu'on réussisse à l'arrêter. auquel il adjoignit son secrétaire particulier. elles sont rentrées au château. le premier village suisse qu'on rencontre au delà de la frontière. Les soldats a y a n t quitté la place au bout de vingt-quatre heures. professait des sentiments royalistes. il ajoute que. conférer avec un de ses camarades et qu'à son retour. tout ce monde était réuni à Saint-Cergues. d u r a n t son séjour à Nyon. « Je n'espère pas.•122 LA POLICE POLITIQUE personnes qui s'y trouvaient sont parvenues à s'enfuir et à se cacher dans les maisons voisines. lequel. avait exaspéré le préfet du J u r a . il organisait u n e véritable expédition dont le commandement f u t confié au capitaine de la gendarmerie de Lons-leSaunier. le général Hullin et un officier de son ancien état-major. d o n t l ' a u t e u r du rapport qui vient d'être résumé faisait si mélancoliquement l'aveu. le capitaine alla s'établir à Chézeray. Q u a n t au . il a arboré sur son bateau u n drapeau tricolore. A propos du général Hullin. résolu à en finir et à découvrir Joseph. Il se fait aussi l'écho d'une r u m e u r qui circule dans Divonne et d'après laquelle Joseph Bonaparte aurait été vu habillé en femme et vêtu d'une robe noire. celui-ci est allé en Savoie. parmi elles. son médecin. » Cette impossibilité d'arrêter Joseph Bonaparte. Dans les derniers jours d'octobre. son neveu Clary. bien qu'il y ait beaucoup de monde à ses trousses. L e 27. y ont passé la nuit et sont parties le lendemain pour une destination inconnue. il y avait Joseph Bonaparte.

Son ignorance était l a même en ce qui t o u c h a i t le général Hullin. après cet échange de propos confidentiels. A ce mensonge succédèrent les confidences qu'il avait provoquées. il ne savait. Lorsque. il se rendit à Nyon et alla loger à VAuberge de la Couronne. t e n u e par un sieur Olivier. le secrétaire du p r é f e t essaya d'arracher au sieur Olivier quelques indications plus précises et plus positives. apparaissait son inutilité et. ce que Joseph était devenu. et le général Hullin. malgré les conseils de ses amis. celles du capitaine de gendarmerie. » En y arrivant. « Cette dernière maison. disait le préfet aii ministre de la police. sert d'asile à Joseph B o n a p a r t e . . au même moment à Saint-Cergues. proscrit à raison de ses opinions politiques. « celle-ci déguisée en homme ». à Nyon. soit qu'il ne voulût rien dire de plus. Il f u t douloureusement surpris en a p p r e n a n t par le secrétaire q u ' o n l'avait arrêté d a n s le département de l'Ain au m o m e n t où. soit que son interlocuteur fût hors d ' é t a t de rien a j o u t e r à ce qu'il avait dit. E n a v o u a n t au ministre de la police sa déconvenue. il se h e u r t a à un véritable mutisme. le secrétaire du préfet voyait échouer ses démarches comme échouaient. dès le début de l'expédition. Olivier avoua qu'il avait reçu chez lui le roi Joseph.LA POLICE ROYALE ET L E S BONAPARTE 423 secrétaire du préfet. Mais. il rentrait en France. à une partie des réfugiés français et m ê m e a u x intrigants du pays. la reine Hortense. ou du moins il le déclara. le secrétaire se présenta à l'aubergiste comme un ennemi du gouvernement royal. Ainsi.

relativement aux recherches actives ordonnées sur la frontière de votre d é p a r t e m e n t . limitrophe de la Suisse. a donc une a u t r e cause que la présence de Joseph Bonaparte. « L'agitation qui s'est manifestée dans votre département et qui paraissait s'étendre dans plusieurs cantons. que la Diète destitue les magistrats infidèles du canton de Vaud. et b i e n t ô t on aura étouffé le germe des nouveaux troubles que nous avions à redouter. Mais.dot. il s'était éloigné de votre frontière et même de la Suisse. » Au moment où ces conseils énergiques. on y recevait une nouvelle qui devait les r e n d r e inutiles en même temps qu'elle démontrait la crédulité puérile des préfets de l'Ain et du J u r a et de leurs agents. j'ai reçu les diverses communications que vous m'avez faites. elle peut n'être que l'effet des sourdes m a n œ u v r e s de quelques . LA POLICE POLITIQUE le préfet du J u r a lui faisait remarquer que p o u r mettre fin aux intrigues de Joseph. Elles auraient eu. un succès complet si le personnage qui en faisait l'objet principal se fût trouvé à votre portée. probablement déconcertées déjà par l'arrestation du général Hullin. je n'en doute pas. depuis longtemps. écrivait le ministre. Que le roi demande à la Diète helvétique qu'on lui livre Joseph . arrivaient à Paris. il était arrivé a u x États-Unis. « il suffirait d'une volonté forte. Je viens d'acquérir la certitude q u ' a v a n t le 15 septembre. dictés p a r un excès de zèle. Elle leur f u t communiquée le 22 novembre : « Monsieur le préfet. Dans l ' é t a t d'inquiétude et d'exaltation où sont encore les esprits.

Il était immédiatement reparti pour Washington afin d'offrir ses hommages au président de la République. •ce système est préférable à celui d'une violence qui n ' a ni objet ni b u t déterminés. On lui suppose beaucoup d'argent et l'intention de s'établir en Amérique. Dans t o u s les temps et même d a n s les m o m e n t s les plus difficiles. leur influence. Monsieur le préfet. doit subir -quelques modifications. les instruments qu'ils m e t t e n t en action et s u r t o u t les relations secrètes qu'ils pourraient entretenir avec l a Suisse. lorsqu'il s'agissait d'arrêter un fugitif. L'une de ces gazettes s'exprimait ainsi : « L'aventurier corse. les moyens dont ils font usage pour égarer l'opinion. il faut substituer un système d'observation bien soutenu. A u x poursuites ouvertes. très bonnes. Joseph Bonaparte. sans doute. Nous apprenons avec regret q u ' u n . que votre surveillance. » A cette lettre étaient joints des extraits de journ a u x de Philadelphie datés de la mi-septembre et apportés en Europe par les derniers paquebots. auront accrédité eux-mêmes les bruits r é p a n d u s sur Joseph pour agiter l'opinion et soutenir l'espoir des mécontents. tâcher de connaître les chefs des mécontents.LA P O L I C E ROYALE ET LES BONAPARTE 425 perturbateurs qui. a quitté hier m a t i n Washington pour se diriger vers le sud. Ils annonçaient que Joseph B o n a p a r t e avait débarqué dans cette ville avec une suite de cinq ou six personnes. sans rien perdre de son activité. qui eût bien voulu être roi si lord Washington ou la nation espagnole le lui eussent permis. « Il suit de là.

Malgré les preuves évidentes de son passage à P h i ladelphie et à Washington. En v o y a n t t a n t de bonapartistes se réfugier en Suisse. il s'était inquiété. il put nouer des relations avec Decazes. Watteville n'insista pas et se tint sur la réserve jusqu'au jour où Fouché. elle était dirigée parM. Mais. pour lui d e m a n d e r quelle conduite il devait tenir à leur égard. quelques personnes. Il: avait écrit à Fouché. de Watteville dont le nom a été prononcé plus h a u t . Ce fonctionnaire brûlait du désir d'être agréable au gouvernement royal. son successeur. sa première t e n t a t i v e à l'effet de le lui prouver avait échoué. Il lui écrivait le 16 décembre : « Maintenant que le système pernicieux pour les- . en doutaient encore. ayant été révoqué.dot. et des plus qualifiées. LA POLICE POLITIQUE officier de la marine américaine se traîne à la suite· de ce malencontreux aventurier. Il n'est pas d'ailleurs certain qu'elle les ait convaincus du départ de l'ex-roi pour l'Amérique. qui dirigeait encore la police française. ainsi qu'en· témoignent les rapports de la police helvétique. » On voudrait voir la t ê t e que durent faire les préfets en lisant cette lettre dont l'ironie bienveillante des premières lignes a t t é n u a i t le blâme indirect qu'elle infligeait à leur t r o p longue crédulité. Fouché lui fit répondre qu'il ne voyait pas d'inconvénients à les tolérer et que les p a y s helvétiques où ils répandraient de l'argent. n'auraient pas à se plaindre de les avoir accueillis.. Mécontent de cette réponse « qui n'était pas faite pour satisfaire u n ami de la légitimité et de l'ordre ». A Berne.

Cette circonstance ferait croire ainsi que t a n t d'autres que le fugitif n'est point en Amérique. Nous attendons cependant. récemment arrêté. sous peu. je me fais un devoir de l'instruire directement. après avoir poussé la crédulité à l'excès. se refusait m a i n t e n a n t à a d m e t t r e ce qui était une réalité . On devrait aussi savoir où. Joseph B o n a p a r t e était aux États-Unis. doit avoir instruit Votre Excellence que la femme de Jaqucminier de Divonne. depuis trois mois. nous espérons savoir sous peu de jours quelque chose de positif à cet égard. s'est chargée d ' u n e lettre d'un agent de la police de L y o n qui avait offert très adroit e m e n t ses services pour la remettre à son exMajesté et pour obtenir qu'il lui f û t présenté. ou indirectement par Messieurs les préfets et sous-préfets des frontières. » Après ce préambule. Cependant. de ce qui est utile au service de Sa Majesté. et avec qui il s'est embarqué.LA POLICE ROYALE ET LES B O N A P A R T E 121î intérêts des deux É t a t s et de la France plus particulièrement. a changé et que Votre Excellence nous inspire la plus grande confiance. quand. des avis positifs de ce dernier pays et d'Angleterre sur la question si Joseph y a été vu par quelqu'un qui l'avait connu en Europe. on ne peut s'empêcher de sourire de l'incrédulité de cette police qui. et p a r la réputation dont elle jouit et par les mesures salutaires qu'elle a prises. » E n se rappelant que. Mon collègue de Genève. il a j o u t a i t comme première information : « L'incertitude au sujet de l'ex-roi Joseph est t o u j o u r s la même. h o m m e de beaucoup de mérite et très actif. comment.

u n conspirateur. De cette disposition à les soupçonner. Joseph p a r t i . ministre de France à Berne. Il importait de ne pas les p e r d r e de vue. le c o m t e Auguste de Talleyrand. il y avait eu erreur : Moulard n ' a v a i t jamais été au service de Joseph . elle d u t se rendre à l'évidence et se convaincre de l'habileté avec laquelle le fugitif s'était dérobé à toutes les recherches et a v a i t dépisté les limiers lancés à sa poursuite. prévenait le duc de Richelieu que.dot. Dans chacun d'eux. Or. LA P O L I C E POLITIQUE d é m o n t r é e et prouvée. A u t o u r d'elle. p a r conséquent. la police croyait découvrir u n agent bonapartiste et. Bientôt. la surveillance d a n s les cantons helvétiques changea d'objet sans se ralentir. on avait vue en Savoie. Le 8 février 1816. résultaient f r é q u e m m e n t des incidents qui mettaient en branle les policiers et les diplomates. C'est Jérôme qu'il avait servi en qualité d'intendant et il se rendait auprès de lui pour lui présenter ses comptes. Il -voyageait avec un compagnon. qui n'était autre « q u ' u n domestique déguisé en maître ». qui errait en Suisse avec le dessein de s'y fixer et q u ' à plusieurs reprises. il ne le connaissait même pas. Dès cet instant. restait à surveiller sa belle-sœur la reine Hortense. allaient et venaient de nombreux personnages qu'on tenait p o u r suspects. Tous deux •étaient porteurs de passeports délivrés p a r le gouver- . le gouvernement du canton de Bâle avait arrêté dans cette ville u n voyageur nommé Moulard d a n s lequel on avait reconnu un ancien aumônier de Joseph Bonaparte. duchesse de Saint-Leu. sur sa d e m a n d e .

en surveillant les membres de sa famille. qui a exilé les Bonaparte. Au mois de juillet 1819. La loi du 12 janvier 1816. mais non pour l'enfant. première femme de Jérôme. l'impératrice Marie-Louise. elles ne firent rien découvrir de suspect ni d ' a l a r m a n t pour la sûreté du gouvernement royal. Il en f u t de même de celles auxquelles on procédait ailleurs avec une fiévreuse inquiétude. Louis. après les avoir arrêtés. fallut-il les remettre en liberté. Élisa Bacciochi. ils redoutent son retour et espèrent. Caroline Mur a t y sont comprises au même titre que Joseph. le cardinal Fesch et le prince Eugène. 9 . Jérôme. alors que l'empereur était à SainteHélène et son fils à Vienne. la reine Hortense. les gouvernements engagés dans la Sainte Alliance. surprendre ses intentions et en conjurer les dangers. C'est cependant de cette crainte que seront animés jusqu'en 1820. Madame mère. c'est Mme Patterson. Tant que Napoléon n'est pas mort.LA POLICE ROYALE ET LES BONAPARTE 129 nement wurtembergeois. eussent été en état de provoquer des insurrections. elle débarque en Hollande avec son fils. au lendemain de Waterloo. Ce n'est pas le seul cas où f u t démontrée l'inutilité des recherches de la policedans les cantons helvétiques. Pauline Borghèse. n'a épargné aucun d'eux. E n fait. elle fait demander au gouvernement français l'autorisation de passer par la France. Lucien. âgé de douze ans. Aussi. comme si ces malheureux proscrits. Il est quelqu'un cependant que cette loi avait oublié. On la lui accorde pour elle. Désireuse d'aller à Genève.

Il demande q u e l'on ne dise pas où il est et que son fils lui écrive poste restante à Munich. elle est obligée de passer par l'Allemagne. annonçant qu'il part secrètement pour Strasbourg. P o u r gagner Genève. écrit au président d u Conseil : « Vous avez été instruit depuis longtemps. « Il n'y a donc nul doute que ce Mussitz ne soit l ' e n t r e m e t t e u r de la correspondance la plus intime d'Eugène e t quoiqu'il soit à présumer qu'il est déjà parvenu à Strasbourg et qu'il en est reparti. du mouvement que nous observions depuis q u ' E u g è n e et Mme Hortense étaient en rapports. Mussitz a u n fils à Vienne à qui il écrit un billet. LA P O L I C E POLITIQUE On lui objecte q u ' a u x termes de l'article 201 d u Code civil. il conserve la qualité de fils légitime de Jérôme e t qu'en conséquence. où il sera incessamment de retour. ambassadeur de France en Autriche. j'ai cependant cru à tout hasard qu'il était de mon devoir d'envoyer un courrier en t o u t e hâte pour . Ce Mussitz est venu de France et a apporté des lettres qui ont été si bien reçues qu'elles lui ont valu une gratification de vingtcinq louis. le comte de Caraman. Le résultat des derniers renseignements indiquait que le prince Eugène avait appelé près de lui un certain Mussitz.dot. père de celui qui devait être chargé d'aller à Rome pour vendre des possessions qu'Eugène veut réaliser. Le 26 janvier 1817. d a t é d'Augsbourg. il est au nombre des personnes atteintes p a r la loi de proscription. le 15 de ce mois. mon cher Richelieu.

(3) Ambassadeur d'Autriche à Paris. et si cet avis ne lui est plus utile d a n s ce m o m e n t . il m ' a paru si important de tenir le premier fil de la correspondance d'Eugène en France. que je n'ai p a s hésité à faire cette expédition. Personne de sa famille ne l'oserait. E n examinant le ton des expressions dont on se sert. de Vincent (3). Vous sentirez plus que jamais. nous avons conclu. il le m e t t r a en mesure de faire surveiller pour l'avenir. . « J'ai demandé et j ' a i obtenu du prince de Metternich de vous envoyer les rapports mêmes qui doivent être communiqués plus t a r d à M. Nous croyons donc que ce ne peut être que M. Vous jugerez mieux l'intérêt des découvertes qui doivent nous diriger. Metternich et moi. d'après ce qui a été publié dans les j o u r n a u x et la v e n t e du service d'argent. de Bouthillier (1).LA POLICE ROYALE ET LES BONAPARTE 431 prévenir M. L e prince de Metternich l'a approuvée et m ' a donné tous les m o y e n s de vous éclairer sur cet individu. ce qui pourrait m e t t r e sur la voie. mais n'est plus en mesure. Ses relations avec Wilson (2) lui donnent la facilité de s'en servir pour faire insérer ce qu'il v e u t faire parvenir quand et comme il le croit utile. pour lui p a r l e r avec cette rudesse. (2) L'un des complices de l'évasion de Lavalette. E n f i n . de Lavalette. Il serait possible q u e ce voyage se renouvelât où que l'on puisse découvrir à Strasbourg à qui il a été adressé (sic). (1) Chargé d'affaires de France en Bavière. Fouché l'aurait pu. « Vous verrez que cette correspondance est suivie. que ce ne pouvait être dicté que par q u e l q u ' u n assez familier avec Bonaparte. que Bonaparte avait voulu faire.

ce n'est q u ' u n motif de plus p o u r s'en occuper avec beaucoup de précaution. aussitôt que vous aurez tiré de ce que je vous envoie ce qui vous est nécessaire. car il aura à faire à u n h o m m e très adroit et très réservé qui est Eugène et à u n homme très fin. de Las Cases a été un jeu joué et concerté avec Bonaparte qui voulait avoir u n homme de con- . « Vous verrez p a r les confidences que l'agent de police autrichien a trouvé moyen de recueillir en conduisant et faisant jaser Piontowsky. son retour donne lieu à une lettre nouvelle de Caraman : « Je vous ai écrit hier par la poste. « Vous voudrez bien. Mais. et très au fait de tous ces moyens. lorsque le comte de Las Cases revient de Sainte-Hélène. que le départ de M. Vous voyez t o u t ce qu'il pourrait faire. mais en même temps vous voyez combien le choix de cet agent est difficile et doit être soigné. LA P O L I C E POLITIQUE m o n cher Richelieu.dot. j'espère que j'aurai encore le temps de vous écrire par le courrier autrichien qui part ce m a t i n . mais. J ' a i répondu à Metternich de votre exactitude. Ce qu'il porte à M. » Le 19 janvier 1818. mon cher Richelieu . la nécessité de nous occuper beaucoup et p r o m p t e m e n t du poste de Munich et d ' y envoyer quelqu'un de très adroit et qui soit absolument étranger à notre mission. remettre les originaux au général Vincent. mérite une attention t o u t e particulière. Le résultat est assez i m p o r t a n t pour ne rien négliger de ce qui peut y conduire. m o n cher Richelieu. qui est Lavalette. de Vincent et dont vous aurez communication.

se gardera bien d'en partir et encore peut-être prendra-t-il le parti de passer dans les E t a t s voisins et peut-être de s'échapper et de disparaître. appui et facilités de t o u t genre. puisque Las Cases est aujourd'hui à Francfort. afin de faire renvoyer de l'île le prétendu m o t e u r de toutes ces trames et effectivement. qui y trouve sûreté. que sûrement il a déjà établi des rapports. on y est parvenu. « Il n'y a pas de doute qu'il est d'une très haute importance de l'en tirer au plus t ô t et de le placer de manière qu'il ne puisse pas nuire et je crois bien sincèrement que l'Autriche présente toutes les garanties que l'on peut désirer. « T o u t cela est le mieux du monde . On lui a envoyé les passeports pour s'y rendre et on lui a donné l'assurance qu'il serait libre et point enfermé dans une citadelle.LA POLICE ROYALE ET LES BONAPARTE 121î fiance sur le continent et on a fait saisir un maladroit d'émissaire cousu de fausses lettres. Il n ' y a donc aucun doute qu'il est l'agent intime de Bonaparte. de relations coupables. mais. qu'il est v e n u pour y r a t t a c h e r tous les fils de cette infernale machine. je suis persuadé que Las Cases qui a établi ses relations à Francfort. de chiffres et de t o u t ce qui pouvait donner l'air de tentatives. avec tous ses amis et agens et en un mot que c'est l'homme le plus dangereux et le plus i m p o r t a n t à neutraliser autant que possible. Sa femme est venue le trouver. On l'a laissé trop longtemps séjourner d a n s le lieu le plus central et le plus commode pour établir ses correspondances et monter ses machines. Il l'a ren- . de Weissemberg d'accélérer son départ et de le décider le plus tôt possible. On a ordonné à M.

il ne partira pas et alors que fera-t-on? « Ici on me dit : nous p o u v o n s le recevoir. elle v a revenir et les passeports seront là . Cette promenade n'est sûrement pas sans but. il faut donc que le Sénat refuse de l'y laisser . Ici l'on pense que pour parvenir à ce b u t . nous n'avons aucun droit de nous emparer de sa personne.170 LA POLIGE POLITIQUE voyée en France et il a t t e n d son retour. le surveiller et le garder. Il reste à Francfort. parce qu'il a demandé d'aller en Autriche. enfin. il faut donc l'obliger à le lui refuser. on a refusé de le recevoir en Prusse et on l'a conduit à Francfort. » . mais nous n'avons a u c u n moyen pour l'enlever au territoire de Francfort si on l'y laisse et n ' é t a n t sur aucune des listes de bannissement ou d'exil. mais sous un prétexte ou sous u n autre. O n a refusé de le recevoir aux Pays-Bas et on l'a conduit en Prusse . il f a u t que le gouvernement français demande au Sénat l'éloignement de l'homme dangereux qui semble vouloir y fixer son domicile et cette demande p e u t être appuyée par les ministres des cours alliées. Mais. mais j'imagine bien qu'elle ne vous aura pas échappé et que l'on a pris toutes les précautions nécessaires p o u r être instruit de ses actions et m ê m e de ses projets.

Suisses ou Français. Quatre de ses anciens gentilshommes de la chambre. il s'était résigné à y demeurer. Le service domestique était assuré p a r une soixantaine de gens des d e u x sexes. Abbatucci et les colonels Bosset et Berger. Il y vivait s u r un pied princier. l'ex-roi de Westphalie. habitait le château d'Ellwangen. séparée de lui et qui portait le nom de duchesse de Saint-Leu. située sur une hauteur non loin de Stuttgard. C'était une résidence charmante. étaient Français. Après avoir vainement tenté de s'en évader. Italiens. on ne . Jérôme. installé avec sa femme Catherine de Wurtemberg dans les É t a t s de son beau-père. et la reine Hortense. A l'écurie. restaient à demeure au château. dont trois. Il en était deux autres aux pas desquels elle s'était attachée avec non moins d'ardeur : Jérôme. femme de Louis. Allemands.ν On a vu la surveillance de la police s'exercer d'abord sur ceux des membres de la famille impériale qui s'étaient réfugiés à Rome en q u i t t a n t Paris et ensuite sur l'ex-roi Joseph qu'elle croyait encore en Suisse alors qu'il avait atteint déjà les É t a t s Unis. Corses. à la fin de 1815.

Rien n'entrait au chât e a u . donnaient toute sécu- . l'ex-roi était t r a i t é en prisonnier d ' É t a t . envoyait ces détails à Paris. Le policier qui. il était t e n u d ' e n demander la permission. Ces mesures rigoureuses imposées au roi de W u r t e m b e r g envers son gendre p a r les résolutions adoptées au Congrès de Vienne. location qui s'était faite « au prix de soixante mille francs ou de soixante mille florins ». au souverain luimême. rien n'en sortait sans être visité. mais cinq hommes de cavalerie avaient mission de le suivre : « Il ne sort j a m a i s sans permission ni sans escorte. S'il voulait sortir. aller en promennade ou à la chasse. Surprenait-on quelque chose de suspect. infanterie et cavalerie. en mai 1816. » L a surveillance exercée sur sa personne l'était aussi sur sa correspondance et sur les paquets qu'il recevait ou faisait expédier. il é t a i t en outre sous l'autorité reconnue du capitaine du château. Il a j o u t a i t que dans sa résidence. un commissaire de police et u n commissaire des postes. l'autre à Ellwangen. Surveillé secrètement par un m a j o r . Elle était t o u j o u r s accordée. LA P O L I C E POLITIQUE c o m p t a i t pas moins de dix-huit chevaux de selle ou de voiture. fournis par deux régiments. M. il y avait des factionnaires. il en était référé au premier ministre de W u r t e m b e r g . A toutes les issues du domaine.dot. d o n t l'un était en garnison à Ulm. signalait le voyage que venait de faire à Vienne le sieur Abbatucci et qui avait eu pour o b j e t la location d ' u n domaine que possédait Jér ô m e en Italie. de Brüssette.

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rité au gouvernement français, en ce qui touchait Jérôme et l'assurance qu'il ne parviendrait p a s à s'évader à supposer qu'il en eût de nouveau l'intention. Mais, elles laissaient la police dans l'ignorance de ses projets futurs, de ses relations, de ses propos, de ses jugements sur les hommes du jour, sur les événements, toutes choses à propos desquelles elle eût bien voulu être éclairée et renseignée. P a r malheur, la consigne ne l'avait pas exceptée des ordres dont le prisonnier était l'objet. Les agents secrets venus de Paris restaient à la porte comme le commun des mortels. Ils en étaient réduits à se contenter de renseignements de seconde main et à les contrôler les uns p a r les autres. « Le maître de poste d'Ulm est un t r e m b l e u r , écrivait l ' a u t e u r du r a p p o r t que nous résumons ; il n'a plus voulu tenir sa parole. Mais, j'ai essayé d'une autre voie qui sera meilleure. J'ai fait parler à un employé de la police qui a promis de donner chaque mois un é t a t de tous ceux qui passent et comme chaque passant est obligé de faire viser son passeport, on saura, au vrai, tout ce qui est passé... J'ai l'honneur de vous faire observer que ces individus veulent être bien payés. Si vous voulez avoir cet état, je serai obligé d'aller chaque mois à Ulm, car on ne saurait avoir à ce sujet aucune correspondance. » Nous ne savons si la proposition de l'agent f u t acceptée ni de quel prix f u t payée l'application du procédé auquel il voulait recourir. Mais, il ne semble pas qu'il ait obtenu par cette voie nouvelle de plus amples informations, puisque le dossier qui

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est sous nos yeux ne contient rien d e plus que ce qu'on vient de lire. Il est plus complet en ce qui concerne la duchesse de Saint-Leu. E n q u i t t a n t Paris, elle avait pris le chemin de la Suisse et s'était arrêtée à Aix-1 es-Bains, craignant de ne pouvoir franchir la frontière. Là, elle f u t avertie par le préfet du Mont-Blanc que les puissances alliées ne s'opposaient pas à ce qu'elle résid â t dans les pays helvétiques. Elle se préparait à y passer lorsque le colonel fédéral de Sonnemberg, c o m m a n d a n t la place de Genève, fit savoir au préfet que le gouvernement suisse a v a i t décidé de ne recevoir s u r son territoire aucun m e m b r e de la famille Bonaparte. Elle prit alors le p a r t i de s'établir à Prégny, dans le département de l'Ain. Elle y était à peine arrivée que le préfet de ce département signala l'effet dangereux que pourrait produire la présence de la princesse « s u r un peuple gagné p a r les dons qu'elle prodigue et d é j à mal disposé pour les Bourbons ». Il insistait avec force pour qu'elle f û t éloignée d e la contrée. Chassée ainsi de p a r t o u t , elle d e m a n d a la permission de se fixer en Autriche. Mais, en a t t e n d a n t une réponse, où pouvait-elle se retirer? Quelles mesures convenait-il de prendre envers elle « pour concilier a u t a n t qu'il était possible, les intérêts de la justice, ceux de la politique et le sentiment des convenances? » Saisi de ces questions, Decazes, qui venait d'être nommé ministre de la police en remplacement de Fouché, les posa au prince de Metternich. Le chancelier autrichien, qui sans doute se rappelait ses anciennes relations avec la reine Hortense, se mon-

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tra, en cette circonstance, bienveillant et h u m a i n pour la duchesse de Saint-Leu. Non seulement, il l'autorisa à venir en Autriche si bon lui semblait,, mais encore, s u p p o s a n t qu'elle préférerait le s é j o u r de la Suisse, il intervint auprès du gouvernement fédéral et o b t i n t qu'elle serait admise sur le t e r r i toire helvétique, sous la surveillance d ' u n officier autrichien. Pendant les mois suivants, les nombreux déplacements de la princesse ne permettent pas de p r é ciser les localités où elle réside. T a n t ô t , elle est dans le canton de Vaud, t a n t ô t dans le g r a n d - d u c h é de Bade, t a n t ô t en route pour Munich. Mais, en aucun des pays où elle passe, on ne la voit s ' a t t a r der. Des r a p p o r t s qui nous la représentent c o m m e une princesse errante, u n seul point est à r e t e n i r : c'est que l'officier à qui la garde de cette charmeuse a été confiée est soupçonné d'en être a m o u r e u x fou. « C'est une chose peu i m p o r t a n t e en soi, m a n d e à Decazes le d é p u t é marquis d'Herbouville, d i r e c t e u r général des postes ; mais elle donne lieu de croire que la surveillance sera peu exacte. » L'officier se nommait O p p l e r ; il était aide de camp du prince de Schwarzenberg ; il a v a i t connu la princesse à Aix-les-Bains. C'est t o u t ce que nous s a v o n s de lui et de ses relations avec elle. Pendant l ' a u t o m n e de 1816, la duchesse de SaintLeu est à Constance. Le comte de Montlezun, ministre de F r a n c e à Carlsruhe, écrit à son g o u v e r nement qu'elle s'absente souvent. Il la soupçonne d'être allée incognito à Paris. Il tient d ' u n de ses collègues diplomatiques « qu'elle a été r e c o n n u e

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d a n s la capitale, déguisée en homme Au moment d'expédier la dépêche qui contient cette révélation, il apprend que la duchesse de Saint-Leu est en pourparlers pour acheter une propriété aux environs d'Augsbourg. De ces racontars plus ou moins fondés, il résulte s u r t o u t que la princesse ne sait bien encore où elle se fixera. Metternich, dont la police lancée sur les Bonaparte n'est p a s moins active que la police française, croit que ce sera à Constance. Il le fait savoir à Decazes d a n s une lettre dont nous n'avons pas la date, mais d o n t voici u n extrait : « Mme de Saint-Leu, d'après les nouvelles de Constance, s ' y conduit avec réserve. Elle n ' y voit presque personne et ne reçoit point chez elle les proscrits français. Mais, elle a une correspondance très active et très suivie d o n t une partie seulement est confiée à la poste. Les lettres qu'elle écrit ellemême sont expédiées en général par des messagers affidés ou par des voyageurs qui arrivent facilement à Constance et en r e p a r t e n t de même, sans qu'on parvienne à savoir l e u r nombre. Elle paraît avoir de nouveau le projet d'aller passer deux mois aux e a u x ; mais, on ignore encore celles auxquelles elle donnera la préférence. Si elle se décidait pour Tœplitz ou Carlsbad, cela nous faciliterait les moyens de surveillance. « Il paraît aussi p a r les arrangements qu'elle prend, qu'elle compte pouvoir s'établir définitivem e n t à Constance. Il est facile de concevoir qu'elle préfère cet établissement qui lui assure les moyens d'assurer sa correspondance et de la soustraire à

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la surveillance de tous les gouvernements par les rapports journaliers qui existent entre Constance et la Suisse et particulièrement avec Saint-Gall où se trouvent réunis plusieurs officiers français. Elle y jouit d'ailleurs du double avantage d'être très rapprochée du prince Eugène, son frère, qui est venu dernièrement passer vingt-quatre heures avec elle et qui y est a t t e n d u incessamment avec la princesse son épouse, et celui de pouvoir entretenir des relations suivies avec les alentours de Mme 1a. grandeduchesse de Bade. » Il ne semble pas que j u s q u ' a u mois de juin 1818, le séjour de la duchesse de Saint-Leu à Constance et ses déplacements t o u j o u r s très courts, aient éveillé de nouveaux soupçons chez les agents qui la surveillent. Mais, à cette date, le duc de Richelieu, premier ministre de Louis X V I I I , fait part à son collègue au département de la police des informations qu'il a reçues par la voie diplomatique. Il en résulte que le ministre d'Autriche en Bavière a été autorisé p a r sa cour à viser trois passeports bavarois pour la duchesse de Saint-Leu et sa suite, se rendant à Livourne. Le premier est pour elle sous le nom de Mme d'Arenenberg, son fils, de Mlle de Möllenbeck, u n e femme de chambre et trois domestiques ; le deuxième pour un abbé Bertrand, le troisième p o u r le maître d'hôtel. « Le b u t avoué de ce voyage, qui a été précédé d e plusieurs courses du prince Eugène et de son cousin Tascher à Augsbourg, est de prendre les bains de mer. Un a u t r e motif donné confidentiellement est

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d ' e n v o y e r à Louis B o n a p a r t e son fils cadet. Le v é r i t a b l e b u t de ce voyage s u r lequel on a g a r d é le plus p r o f o n d secret est inconnu. » C e t t e l e t t r e est d u 9 juin. L e 29, Richelieu écrit èncore q u ' à l'exemple de la duchesse de Saint-Leu, d ' a u t r e s proscrits et n o t a m m e n t M. Arrighi et M. Pons, ancien p r é f e t de L y o n p e n d a n t les C e n t - J o u r s , ont demandé a u g o u v e r n e m e n t autrichien des p a s s e p o r t s pour se r e n d r e à Livourne, et n ' o n t p u les obtenir, l ' e m p e Teur se r e f u s a n t à favoriser l'établissement en I t a l i e des personnes éloignées de F r a n c e . « L ' h u m e u r r e m u a n t e de ces exilés p a r a î t é p r o u v e r en ce m o m e n t u n nouveau motif d'effervescence. Le p r i n c e Eugène se rend a u x e a u x de Bade et n e dissimule p a s le désir qu'il a de voir L a s Cases e t d e s ' e n t r e t e n i r avec lui. L a princesse de M o n f o r t est d é j à a u x eaux de Wiesbaden ; Mme Joseph B o n a p a r t e se r e n d à celles d ' E m s . Nous s a u r o n s b i e n t ô t si ces r é u n i o n s s o n t simplement l'effet du h a s a r d •ou si elles se r a t t a c h e n t à quelque nouvelle intrigue. » Le 4 juillet, Decazes remercie Richelieu de lui avoir c o m m u n i q u é ces informations. A p r è s lui a v o i j rappelé q u e tous les ans, les e a u x de B a d e « o n t été éclairées avec soin p a r les m o y e n s dont s o n ministère dispose », il lui a n n o n c e qu'il vient d ' y e n v o y e r « u n o b s e r v a t e u r intelligent » et q u ' u n a u t r e est en mesure de suivre le prince Eugène à son d é p a r t de Munich. « Les i n s t r u c t i o n s , ajoute-t-il, que V o t r e Excellence est d'ailleurs d a n s le cas de faire p a r v e n i r d e son côté a u x ministres du roi d o n n e r o n t à la surveil-

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lance qu'il est si important d'exercer sur ces personnages, une direction sûre et avouée et je ne doute pas que le zèle des agents diplomatiques, soutenu de la fermeté qui convient à leur rôle et que vos recommandations leur inspirent, ne prévienne utilement les inconvénients qui pourraient résulter de la condescendance avec laquelle on a autorisé, en plusieurs occasions, des voyages et des rencontres qu'il é t a i t permis de craindre, et peut-être facile d'éviter. « Toutefois, l'exception faite de l'Italie dans les passeports accordés ne p e u t être que rassurante : les provinces septentrionales de la péninsule n'ont été que t r o p souvent le foyer d'intrigues dangereuses. Une effervescence générale paraît se faire remarquer d a n s l'esprit des peuples qui y sont répandus. Le séjour de la famille Bonaparte à Rome, le voisinage du midi de la France, celui de la Corse, les souverains restés dans la Savoie, que le Dauphiné touche de si près, toutes ces considérations ne peuvent que donner une importance réelle à la décision prise sur la demande de M. Pons, qui, moins que personne, d'après le rôle qu'il a joué à l'île d'Elbe, eût mérité d'obtenir la permission qu'il réclamait. MM. les ministres du roi ne pourraient donc, je crois, trop insister sur le refus définitif, et sans exception, de t o u t passeport pour cette destination. » A la suite de cette lettre, et j u s q u ' à la mi-septembre, les communications du duc de Richelieu à son collègue se multiplient, et lorsque le premier est obligé de quitter Paris pour se rendre au congrès

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d'Aix-la-Chapelle, elles sont continuées p a r le comte d'Hauterive, directeur au ministère des affaires étrangères. Grâce à ces renseignements fournis par les agents diplomatiques, nous pouvons suivre la p l u p a r t des Bonaparte de juillet à novembre de cette année 1818. A u commencement de juillet, Louis d e m a n d e au prince de K a u n i t z , ambassadeur d'Autriche à Rome, de lui faire délivrer un passeport pour Carlsbad. Le diplomate lui a y a n t objecté qu'il est tenu de prendre d'abord les ordres de sa cour, l'ex-roi de Hollande renonce à son p r o j e t et, avec l'agrément d u gouvernement romain, il se prépare à p a r t i r pour Livourne. « On ne croit pas du reste à Rome, écrit Richelieu, que le voyage de M. Louis B o n a p a r t e en Toscane ait pour objet de se rapprocher de Madame Hortense, tandis qu'il cherche tous les moyens de faire casser son mariage et que la Congrégation chargée de ces matières, s'en occupe en secret. » Les renseignements se succèdent ainsi. A la même date, la princesse héréditaire de Hohenzollern-Sigmaringen part pour Frohsdorf, où réside, sous le nom de comtesse Lipano, sa tante, Mme Murât. Lucien Bonaparte, qui devait partir pour Viterbe, a changé d'idées et s'est installé pour l'été a u x portes de Rome, d a n s une villa située sur les bords du Tibre. Pauline Borghèse est aux bains de Lucques. La maréchale Ney est venue de Pise lui faire une visite et s'est rendue ensuite à Livourne, chez la duchesse de Saint-Leu. Ce port é t a n t fréquenté par des navires américains, la police se demande si la famille Bonaparte ne leur confie

à destination de Sainte-Hélène. de Résigny. qui s'était établie à Montenero. est plus éloignée que j a m a i s d'une réconciliation conjugale. avec son inséparable M. que la duchesse de Saint-Leu a été assez sérieusement malade . à la nouvelle de l'accident survenu à son fils. un g r a n d bal auquel ont assisté beaucoup d'Anglais et les ministres d'Angleterre et d'Autriche . et qu'ainsi. Celle-ci. mais qu'il va r e p a r t i r pour Rome. Mais. Richelieu apprend à Decazes que Louis. il reçoit à l'improviste du gouvernement de Tos40 . Q u a n t à Mme Ney. U n e lettre du 6 septembre fait connaître que la princesse Borghèse a donné à Lucques. elle est au moment de perdre ce fidèle ami. il songeait à rentrer en France et à demander à être réintégré dans l'armée. Depuis longtemps. La duchesse de Saint-Leu est partie pour Ancône. de Résigny. La saison des bains est finie et Pauline Borghèse v a rentrer à Rome. Mais. est accouru pour le voir. Au mois d'octobre. d'où elle doit se rendre en Bavière. sa surveillance sur ce point reste sans résultats. que son fils aîné s'est blessé à la main et au visage en maniant une arme à feu et que Mme Ney p a r a î t décidée à passer l ' a u t o m n e à Libourne avec M. qui voit beaucoup sa belie-sœur Borghèse. il est avec e u x à Florence. Quelques jours plus tard. proche Florence. sont démentis les b r u i t s qui avaient couru sur un rapprochement possible entre sa femme et lui. le 20 août. C'est contrainte et forcée qu'elle cède de temps en temps ses e n f a n t s à son mari.LA POLICE ROYALE ET L E S BONAPARTE 445 pas des lettres. a v a n t qu'il n'ait fixé la d a t e de son départ.

Lo 19 juin 1820. « Il suffit de la lire. Ses y e u x étaient t o u j o u r s ouverts sur Sainte-Hélène. les partisans de Napoléon. et lui faisait passer de sa terre de Kœnigswarht le rapport d'un voyageur retour de Sainte-Hélène. ils étaient surtout soucieux de se faire une existence paisible au milieu des suspicions d o n t les témoignages leur arrivaient de toutes parts* Mais. L'Europe n'ignorait pas leurs efforts. contenant d'importants détails sur la manière dont Napoléon était gardé dans son île et sur la possibilité qu'il aurait de s'évader. pour se convaincre que cela n'est pas fait par u n homme ordinaire. L ' a u t e u r connaît personnellement H u d - . Metternich. a été remis en vigueur sans qu'on sache pourquoi. disait Metternich. que s'ils ne renonçaient p a s à rendre plus tolérable la captivité de l'Empereur. Il en est même qui s'efforçaient de préparer et de favoriser sa fuite. beaucoup de ses anciens serviteurs gardaient l'espérance de le voir briser ses chaînes et s'enfuir de sa prison.446 LA POLICE POLITIQUE cane l'ordre de quitter le grand-duché. il est aisé de conclure que les membres de la famille Bonaparte ne cherchaient pas à conspirer. Des détails qu'on vient de lire et de la banalité d u plus grand nombre d'entre eux. écrivait au prince Esterhazy. son ambassadeur à Londres. Un ancien arrêté. sur les voyageurs qui en revenaient comme sur ceux qui s ' y rendaient. qui lui était personnellement applicable et n'avait pas été révoqué. le chancelier d'Autriche. et.

E n attendant. « L'anecdote du nommé Franceschi qui a accompagné Napoléon à Sainte-Hélène sous le nom de Cyprien et qui avait su s'insinuer dans la confiance de sir Hudson Lowe est sans doute remarquable et elle sert du moins à prouver que l'homme le plus intègre. elle nous fournira vraisemblablement des renseignements utiles. j'ai pris des mesures pour t â c h e r de me procurer une des lettres d o n t il est p o r t e u r et si j'y parviens. Mais. ait saisi avec empressement cette occasion pour exciter des soupçons contre celui auquel la garde du chef de cette famille a été confiée. que Napoléon est parvenu à faire passer des lettres aux membres de sa famille en Italie par un émissaire qui a su les soustraitre à la surveillance de sir Hudson Lowe. qui p e u t avoir conservé des sentiments d ' a t t a c h e m e n t pour la famille Bonaparte. on ne peut se dissimuler que son rapport renferme quelques faits dignes de fixer l'attention du ministère britannique.LA POLICE ROYALE ET LES BONAPARTE 447 son Lowe. Il est évident qu'il a contre lui dee préventions qui sont peut-être exagérées et qui se r a t t a c h e n t à une époque qui les rend assez naturelles. le plus sévère et le plus vigilant n'est point à l'abri d'être trompé. q u ' e n sa qualité d'ancien serviteur de Murât. vous vous convaincrez. mon Prince. Je ne désespère pas toutefois d'y parvenir et j'ai de fortes raisons d e soupçonner qu'il est en ce moment en voyage p o u r retourner à Sainte-Hélène. » Γ . quel que soit à cet égard le fond de sa pensée. En le lisant. l'auteur. Il ne m ' a pas encore été possible de découvrir le nom de cet émissaire. Il est possible même.

Holmès. de Londres. Holmès. Ce qu'il y a de plus piquant. en p r e n a n t tel nom d'expéditeur qui lui conviendra et en c o m m e n ç a n t p a r assurer les cinq cents livres sterling par mois. pour les mois de mars et d'avril. le prince Eugène a écrit dans les dix derniers jours d u mois de mars.148 LA POLIGE POLITIQUE Nous n ' a v o n s pas le r a p p o r t dont il est question dans cette lettre et q u ' E s t e r h a z y devait communiquer au gouvernement britannique. p a r ordre du prince Eugène. de Francfort. au chevalier de Soulanges. Nous devons à cette circonstance de posséder celle q u ' o n vient de lire et d ' y pouvoir joindre celle qui suit. de continuer à t r a n s m e t t r e à MM. je vous invite à en informer confidentiellement . pour lui donner l'ordre d'expédier lui-même désormais les fonds en question à MM. vers la même époque : « Mon Prince. les fonds destinés p a r les membres de la famille B o n a p a r t e pour le prisonnier de Sainte-Hélène. l ' u n des ses correspondants à Paris. je viens d ' ê t r e informé de la manière la plus positive que s u r le refus de la maison Mulhens. « Comme il résulte clairemnt de ces dispositions qu'il s'effectue pour Sainte-Hélène. c'est que la police française saisissait à leur passage à Paris les communications qu'il adressait à Londres. u n p a y e m e n t de 12 500 francs par mois. Mais. envoyée par le chancelier et l'amabassadeur. la lettre suffît pour prouver que Metternich n ' a t t a c h a i t pas moins de prix que les cabinets de Paris et de Londres à ce que Napoléon f û t étroitement gardé et surveillé et qu'il employait dans ce b u t tous les moyens d'espionnage dont il pouvait disposer. à Londres.

LA P O L I C E ROYALE ET LES BONAPARTE 449 le gouvernement britannique. . ni si les fonds destinés à l ' E m p e r e u r parvinrent à leur destination. afin qu'il puisse prendre à cet égard les mesures et les précautions qu'il jugera convenables et nécessaires. » Nous n'avons pu découvrir quelle suite fut donnée par l'Angleterre à l'avertissement de Metternich.

.

depuis plusieurs mois. je l'ai dit. avait fait faire au duc d'Orléans des ouvertures positives. s'en inquiétait. alors que. de se faire nommer chef de légion de la garde nationale. Le gouvernement. de provoquer alors u n mouve- . affirmaient les mécontents. LouisPhilippe d'Orléans n'avait pas encore manifesté l'intention de rentreren France. On racontait ouvertement que le ministre anglais. il paraissait vouloir y rester et les démarches officieuses tentées auprès de lui. le faisait figurer parmi les candidats à la couronne dont Louis X V I I I . Établi en Angleterre. lord Castlereagh. Il s'en inquiétait d ' a u t a n t plus que le parti qui s'était formé à Paris sur le nom du prince.LIVRE III LA EN POLICE FRANÇAISE ET DANS A LONDRES PAYS-RAS ALLEMAGNE LES I A la fin de 1815. les Bourbons étaient réinstallés aux Tuileries. n'aboutissaient pas. allait être dépossédé. l'avait fortement pressé de réintégrer le Palais-Royal. en vue de presser son retour.

Elle témoignait du désir d'être tenue au courant des progrès du m o u v e m e n t orléaniste en France . l'Autriche et la Prusse les tuteurs. elle envoyait à son correspondant u n chiffre compréhensible pour lui seul. comme il lui revenait de tous côtés que le duc d'Orléans ne se faisait p a s faute de blâmer la politique du gouvernement. On parlait d ' u n e lettre d'elle où. la Russie serait la pupille. » Ces rumeurs n ' a v a i e n t pas paru à Louis X V I I I mériter grand crédit. elle déclarait que l'Autriche et la Prusse étaient consentantes au projet et qu'on espérait y amener la Russie. On a j o u t a i t . Le m o t mariage signifierait la grande affaire. L'observateur qui donnait ces détails reproduisait d a n s son r a p p o r t la phrase suivante qu'il prétendait empruntée à une seconde missive de Mademoiselle d'Orléans : « Il est plus question que jamais de mariage. Mais. enfin. après avoir exprimé les regrets que lui causait la décision de son frère. c o m m e d'autre p a r t le nom d u prince était devenu un drapeau pour un parti d'opposition et comme. elle p r o m e t t a i t en r e t o u r d'informer exactement ses amis de ce qui serait fait en Angleterre pour le favoriser et. Mais on objectait que sa sœur. On est p a r v e n u à gagner la pupille et les tuteurs sont toujours très décidés. que le prince avait énergiquement repoussé ces ouvertures et déclaré qu'il ne se prêterait pas à ce qu'on attendait de lui. Mademoiselle d'Orléans. craignant que ses lettres ne fussent interceptées.452 LA POLIGE POLITIQUE m e n t populaire qui serait soutenu par les Anglais et qui le m e t t r a i t s u r le trône. . n ' a p p r o u v a i t pas ses scrupules. il est vrai.

T o u t cela joint à vos détails me persuade qu'on le désire.. de la manière la plus aimable et la plus pressante. lui révélèrent l'état d'âme du prince : Dans la première. c'est leur affaire et non la mienne. mais je n'entends pas pourquoi. les vieilles défiances du Roi envers son cousin. Dites bien cela à mon ami P. je ne vois rien de t o u t cela. et je vois le contraire. et qui v o u d r a i t que je revienne. Mme la duchesse d'Angoulême ait eu la bonté d'écrire à m a femme pour le lui conseiller. il écrivait : « Il est bizarre que pendant qu'on a fait courir tous ces bruits sur mon retour. en date du 15. se servir de moi plus q u ' a u p a r a v a n t . . ma foi. Je réclamerais la Charte qui est violée de toutes p a r t s sans déguisement. Je crains que ce ne soit pas pour longtemps . et moi je ne voudrais pas servir t a n t qu'on ne révoquerait pas t o u t e s les mesures anticonstitutionnelles qu'on a adoptées dernièrement. d e u x lettres du duc d'Orléans. en vérité.. quant au motif d'empêcher qu'on ne rne croie exilé. J ' a i aussi reçu une lettre de l'oncle de Raoul (?) qui ne m'avait pas écrit depuis Gand. S'il y avait un bon motif. et. Une course pour souhaiter la bonne année me paraîtrait ridicule . Toutes les troupes étrangères vont certainement quitter Paris. quoique plus ou moins dissimulée. mais. C'est en ces circonstances q u ' a u mois de décembre. car on ne veut sûrement pas. une utilité quelconque à ce que j'allasse. à la cour. adressées à l'un de ses amis à Paris et surprises par la police. témoignait d'une désapprobation formelle. s'accrurent et se précisèrent.LA P O L I C E FRANÇAISE A LONDRES 453 sa persistance à ne pas rentrer. j'irais sur la tête .

On ne veut rien de solide en France. et j'arriverai avec grand plaisir. malgré les ordres du Courrier.154 LA POLICE POLITIQUE on ne déguise m ê m e guère cette intention . il f a u t faire autre chose que ce qu'ils font. employés de tout côté. confirmait la précédente : « Quant au voyage. j e persiste à n ' e n être pas d'avis. j ' y suis t o u t disposé . Si le duc de Richelieu désire mon retour. t a n t qu'il n ' y aura pas de motif impérieux à mon retour. m'attirer une guerre d'opinion dont je n'ai que faire. et mon séjour à Paris ne ferait que me placer en opposition avec le Roi et le p a r t i dominant. Si les amis des ministres désirent que je revienne. Pour que ma présence p u t être utile. il n ' a q u ' à redevenir constitutionnel. » Bien que ce fût là le langage d ' u n désapprobateur et non celui d'un prétendant. Quand la conduite du gouvernement est telle que je dois être en opposition. il n'est rien de t o u t cela. mais. Qu'ils y prennent garde. or. mais. » La seconde lettre. Dieu sait ce qui se passera en leur absence. il p a r u t nécessaire de . et t o u t ce q u ' o n a dit à cet égard. et je crois que je ferai bien de m e tenir hors de leur chemin. ne sont que des sornettes. datée du 25. il y a des espions dans le m o n d e . la seconde que la conduite de son gouvernement fût de nature à ce que je pusse le seconder et le soutenir dans la Chambre . des attaques et toutes sortes de malignités. j'aime mieux être absent. pour tirer les vers du nez. Je préfère rester dehors. il f a u d r a i t deux choses : la première que j'eusse p a r t à la confiance du R o i .

Il y a passé la journée. et n'en est p a r t i qu'à dix heures du soir. et p e n d a n t t o u t le chemin. Les dépêches devaient être d'une très grande importance. « notre grand ami ». Il s'étonne notamment du zèle que met l'ambassadeur sicilien à communiquer au duc d'Orléans les dépêches qu'il reçoit de Naples et paraît ignorer que la duchesse é t a n t Napolitaine. le duc de Kent. le prince de Castel-Cicala. avec son escorte. il est t o u t naturel que ce diplomate soit empressé à lui apporter des nouvelles et des lettres de ses parents. suppose l'informateur. ambassadeur des Deux-Siciles. le prince de CastelGicala s'est rendu de suite à Twickenham. ses relations suivies avec les sommités de l'aristocratie anglaise. escorté p a r quatre domestiques bien armés. t o u t ce qui compte à Londres. Pendant les mois d'avril et de mai 1816.LA POLICE FRANÇAISE A LONDRES 453 redoubler de vigilance autour du duc d'Orléans et de surveiller ses allées et venues. mais que l'agent. Il était très gai.. l'a accompagné j u s q u ' à deux milles au delà de Richmond. « Notre grand ami. Elles signalent les nombreux visiteurs que reçoit le prince. plusieurs heures. à cheval. tient visiblement pour quelque peu suspectes. les notes de l'observateur attaché à sa maison sont aussi nombreuses que le plus souvent insignifiantes. » . avec le duc d'Orléans. il s'est entretenu très familièrement avec ses domestiques. il annonce que l'ambassadeur a reçu de sa cour un courrier extraordinaire. toutes choses qu'il est aisé d'expliquer. Le 13 avril. disposé au soupçon p a r métier. où il s'est entretenu. ses visites à Windsor. car à leur réception. le marquis d'Osmond. et il est revenu ensuite chez lui.

. sous le prét e x t e que le Roi ne payait pas exactement les sommes convenues pour leur entretien. se trouvent trois lanciers polonais qui ont servi en France sous Bonaparte. ils tiennent entre eux les propos les plus inconsidérés et même les plus insultants contre la famille royale et surtout contre le Roi et Madame. frère du prince régent. et même dans les appartements. « Il y a t o u j o u r s une correspondance très suivie entre notre grand ami et le comte de Liverpool (1) .456 LA POLIGE POLITIQUE E t à propos du duc de Kent. Parmi eux. après avoir constaté qu'il va très souvent à Twickenham. le r a p p o r t . qui habite Kensington. t a n t à la cuisine qu'à la chambre. je vous ai m a n d é que je tenais de bonne p a r t que. ces discours se tenant dans les antichambres. Ces domestiques se voient journellement avec ceux de notre grand ami. Il est à p r é s u m e r que les maîtres en doivent être instruits. sous le même prétexte. les cuisines. Le comte a annoncé dernièrement à la Chambre des communes que quatre régiments de cavalerie anglaise quittaient la F r a n c e pour se réembarquer. le gouvernement p o u r r a i t retirer un plus grand nombre. même la t o t a l i t é de ses troupes. il y a eu la semaine dernière plusieurs exprès expédiés avec des lettres de part et d'autre. Il a fait pressentir que. et même aux écuries. (1) Membre du Cabinet anglais. D'un autre côté. ajoute : « La maison du duc de Kent n'est a u j o u r d ' h u i composée en partie que de domestiques français.

Le Morning Chronicle publie une lettre de Paris dans laquelle on lit ce qui suit : « Les alliés donnent en ce m o m e n t beaucoup d'in- . S'il achète trois chevaux du plus grand prix alors qu'il en a déjà vingt-deux dans ses écuries et q u a t r e voitures magnifiques. les actes les plus simples de sa vie privée. chez de h a u t s personnages dont les réponses arrivent aussitôt? Que signifie la joie extraordinaire qui règne dans cette maison jadis si triste? « Le prince lui-même est d ' u n e gaieté f r a p p a n t e . cependant. à Kensington. La preuve en est qu'il retire d é j à celles qui y sont. je laisse à votre sagesse à décider. c'est une autre antienne. le t o u t à destination de France. » On voit la tendance de l'agent à incriminer les intentions du duc d'Orléans. à Windsor. pourquoi tant d'exprès expédiés chaque jour et plusieurs fois par jour à Londres. Le 19 avril. Ne serait-ce pas là l'effet d ' u n système arrangé pour diminuer les forces qui doivent protéger le Roi? N ' y aurait-il pas connexité? Vous devez m'entendre? Je jette cette idée a u hasard. le gouvernement anglais n'était pas disposé à faire passer de nouvelles troupes sur le continent. il y a une cause très naturelle que l'observateur oublie de donner. La duchesse d'Orléans est heureusement accouchée d'une fille et les parents sont follement heureux de cet événement qui leur v a u t les félicitations de la ville et de la cour. n'est-ce pas qu'il forme quelque grand projet? E t puis. il donne une nouvelle vie à t o u t ce qui l'entoure.LA P O L I C E FRANÇAISE A LONDRES 453 dans le cas où il surviendrait des troubles sérieux en France. » A cette joie.

On a envoyé chercher sur-le-champ. nombre d'exemplaires du journal. Les aides de camp. celui d'Autriche pour le jeune Napoléon. ils ne diffèrent entre eux que sur la dynastie qui doit la remplacer. L a famille régnante v o y a n t une si forte opposition contre elle. se t r o u v e n t non plus des insinuations. y i m p r i m e n t deux . et l'intérêt général a y a n t prévalu. mais une dénonciation formelle et précise. Deux ouvriers compositeurs anglais.. s e n t a n t l'impossibilité de maintenir sur le t r ô n e de France la famille régnante. les domestiques ont tenu cette feuille et la lisaient à l'envi. Le prince en a fait luimême la lecture à plusieurs personnes de distinction qui étaient avec lui. Dans une maison dépend a n t de s a demeure. « Au château.. Il est généralement reconnu que les souverains alliés. chaque souverain présente son protégé : l'empereur de Russie réclame pour le prince d ' O r a n g e . surtout parmi les étrangers. le duc d'Orléans a fait établir u n e imprimerie. cette lettre a causé chez le duc d'Orléans l'émotion la plus vive. à Richmond. rédigé à l a même d a t e . de la part des alliés. à Londres. et d'espérance au peuple. » A en croire l'informateur. et le cabinet d'Angleterre pour le duc d'Orléans. » Dans u n autre r a p p o r t . sont d'accord p o u r l'en faire descendre . elle a été le sujet de toutes les conversations de la journée. Le principe de la légitimité é t a n t mis de côté. cherche vainement à affirmer son parti.•158 LA POLICE POLITIQUE q u i é t u d e à la cour. à Twickenham. Elle a fait également une grande sensation d a n s Londres. ne parlant pas le français (sans doute pour q u e le secret soit mieux gardé).

le gouvernement recourut aux bons offices de deux personnages qui se vanCi) Toutes m e s recherches pour r e t r o u v e r ces o u v r a g e s ont é t é infructueuses. père du duc. Dans ce but. et le valet de chambre est le seul des domestiques qui en soit instruit. le cardinal Mazarin n'eût pas fait décider p a r l a Faculté de médecine de ce tempslà q u ' u n enfant peut rester treize à quatorze mois dans le sein de sa mère.LA POLICE FRANÇAISE A LONDRES 453 ouvrages français. personne que les initiés ne pénètre dans cette maison. après la naissance de Louis X I V . « On établit dans le dernier que si. tous ces détails. enfin que les droits de cette maison sont les mêmes a u j o u r d ' h u i qu'ils l'étaient il y a cent cinquante ans. C'est Dumouriez qui est l'auteur de ces deux ouvrages qui sont dépendants l'un de l ' a u t r e . dont l'un a pour titre : Justification de Charles-Philippe d'Orléans. sous le secret. que le trône de France eût été dévolu à la branche d'Orléans. » E n dépit des préventions d o n t s'inspiraient ces r a p p o r t s et encore qu'à Paris on n'interprétât pas de la même manière que leur auteur les faits qu'il signalait. C'est de la bouche même de ce premier valet de chambre que le jeune homme a appris. Le travail se fait dans le plus grand secret . comme il l'était par le fait . Louis X I V eût été déclaré illégitime. on crut nécessaire de s'assurer aussi positivement que possible de leur plus ou moins d'exact i t u d e en ce qui touchait les dispositions du duc d'Orléans. et l'autre : Droits de la branche d'Orléans au trône de France (1). sans contrarier les lois de la nature. .

il est obligé d'avouer qu'il n ' a pas le sou et ne peut rejoindre son poste : « Depuis deux mois. son dossier conservé au dépôt de la Guerre le signale comme ayant de beaux états de service. honorablement marié. il proteste : « Monseigneur. l'autre était un général récemment mis à la retraite. en 1813. on peut se convaincre qu'il ne joua jamais qu'un rôle assez effacé. c'est pousser un homme d'honneur à la dernière extrémité et faire perdre à l'Empereur un sujet qui méritait u n meilleur traitement. . Il obtient cependant un commandement en province. L ' u n était ce m e m b r e de la Chambre des communes auquel il a été fait allusion plus h a u t . je me verrai obligé de vous rayer du tableau des généraux en activité. il n'en va p a s de même d u second et. mais constate en même temps qu'il en a perdu le profit par son inconduite et les désordres de sa vie privée. » Irrité par c e t t e menace. il est déconsidéré et sans emploi et les réclamations de ses créanciers achèvent de le faire mal noter au ministère de la Guerre. et néanmoins soldat de la Révolution. nous n'avons rien à dire . Déjà. Né noble. je n'ai pu exister qu'en v e n d a n t p e u à peu mes effets. en étudiant ses relations avec la police. Mais. Mais. » Cet aveu lui attire de d u r e s remontrances du ministre : « Je vous rappelle que des officiers qui ont tout perdu dans la dernière campagne. Si vous ne partez pas. il m é r i t e de retenir u n moment l'attention. Du premier.460 LA POLIGE POLITIQUE taient d'être en possession de la confiance du prince. sont néanmoins partis. sans qu'il y ait lieu de le désigner p a r son nom.

on est mal disposé pour lui. on l'y maintient. ses sollicitations recommencent. E n janvier 1816. elle et sa fille sont les victimes de l'inconduite de ce malheureux. Mais. à l'effet de solliciter un secours. non seulement en raison de son a t t i t u d e pendant les Cent-Jours. mais aussi parce qu'une pétition adressée par sa femme au Roi. Ses relations avec la police d a t e n t de là. » Néanmoins. ses papiers sont saisis . la police avertie perquisitionne chez lui et chez sa maîtresse . C'est alors qu'il va offrir à l'ambassadeur d'Angleterre « de lui fournir des renseignements ». Il demande à être nommé général de division. Mais. commandeur de la Légion d'honneur. qu'il est replacé. Il avait été mis à la retraite par l ' E m p e r e u r . bientôt. au début de la Restauration. de se rallier b r u y a m m e n t à l'Empereur. a y a n t trouvé moyen de se faire recommander par le duc d'Angoulême . au retour de l'île d'Elbe. Le Roi revenu. il n'est plus qu'une épave. L'offre est agréée. ce n'est qu'en 1814. Remis en liberté et inscrit au budget secret pour un traitement mensuel il . vient de révéler que. il est arrêté et détenu d u r a n t trois mois. il voudrait être grand officier. malheureuses et abandonnées.LA P O L I C E FRANÇAISE A LONDRES 453 Je me regarde en ce moment comme dépouillé de m o n grade et de ma décoration si Votre Excellence ne me m e t pas en mesure de pouvoir servir. à être envoyé aux colonies . malgré ses réclamations. ce qui ne l'empêche pas. On ne l'écoute pas. Il se donne comme un fidèle sujet et se recommande de Talleyrand et de Wellington.

il ait pu se flatter d'être en relations confiantes avec le duc d'Orléans.A POLICE POLITIQUE de trois mille francs (1). lui annonçant une gratification de dix mille francs β pour vous indemniser des frais de détention ». Il n'en est pas moins certain q u e la police ne mettait pas en doute ses dires. vendu les autres. en même temps que le m e m b r e de la Chambre des communes. il devient. Il est en relations suivies avec Villèle et avec Corbière . — ils le furent à l'insu l ' u n de l'autre. lord Castlereagh. L'Anglais f u t reçu à Twickenham le 5 mai 1816 et le général le 9 du m ê m e mois. J'ai sous les y e u x les lettres que chacun d ' e u x écrivait à l'issue de l'audience et où il affirme (1) Peu de jours après sa mise en liberté. Finalement. par suite des exigences de la faction. ne s'opère pas. l'intermédiaire entre eux et les ministres.I. il sera nommé lieutenant général honoraire. il rend compte des projets des ultras qui semblent n'avoir pa·. en plusieurs circonstances. Il est extraordinaire qu'avec un passé tel que le sien. il recevra en 1818 u n prix inespéré de ses peines . Lorsq u ' e n 1843. il recevait une lettre du premier ministre anglais. il mourra obscur et oublié. distinction qui ne le tire pas de la situation misérable dans laquelle il se d é b a t . on constat e r a qu'il a brûlé partie de ses papiers. d'ailleurs. connu les péripéties de son existence antérieure. Cette s o m m e lui fut comptée par l'ambassadeur d'Angleterre et il semble bien qu'il le fit savoir lui-même à l a police c o m m e gage de la sincérité des engagements qu'il a v a i t pris envers ello. son épée et sa croix. en vue d ' u n rapprochement qui. vendu aussi ses épaulettes. — à voir le prince et à tâcher de surprendre sa pensée véritable. puisqu'il f u t invité. .

amené à s'expliquer sur ses intentions. le prince. Il persévérera dans cette attitude. mais. dans de pareilles conjonctures. » Vis-à-vis du visiteur français. d u moins les mêmes dispositions. Il est convaincu q u ' e n 1814. Elles lui a t t r i b u e n t . des premiers dans l'ordre d e succession. le duc d'Orléans est plus explicite encore : « Il m ' a dit avoir reçu la veille des lettres de Paris. t a n t que le souverain actuel serait v i v a n t . qui lui annonçaient les arrestations qui avaient eu lieu et que l'on faisait porter sur des partisans de la Maison d'Orange. il avait trouvé sage de se tenir à l'écart.LA POLICE FRANÇAISE A LONDRES 163 répéter ce que lui a dit le duc d'Orléans. dit qu'Elle avait franchement déclaré sa manière de voir. bien que les ministres anglais lui aient insinué que sa présence serait très utile en France. qu'il espérait que cet événement tournerait à l ' a v a n t a g e de son propre parti qu'il croyait avoir été affaibli p a r les . Vis-à-vis du visiteur anglais. demeurer plus longtemps à Paris et s'était éloignée pour se soustraire à la jalousie que sa présence aurait excitée. mais que ses opinions avaient été accueillies avec un dédain qui tenait presque de l'insulte. qu'Elle n'avait p u . sinon les mêmes propos. a déclaré qu'il est de plus en plus résolu à ne prendre aucune part aux affaires de la famille régnante. Son Altesse fit entrer quelques particularités d'une conversation qu'Elle a v a i t eue avec des princes. continue le correspondant du ministre de la Police. « Ici. il lui eût été facile de monter sur le trône .

selon ce qu'il avait entendu dire. qu'à la dernière de ces questions. mais qu'il était probable que s'il y était une fois. q u ' à l'égard des conseils qu'il aurait à donner. il saisirait sûrement l'occasion qui se présenterait . que dans l'intervalle. il se t r o u v a i t très bien à sa place et qu'il saurait se tenir à l'écart du danger. surtout si. il y serait retenu et empêché de retourner en Angleterre . que si le Roi cessait de régner. c'est-à-dire qu'il f û t détrôné ou t e r m i n â t sa carrière. il est vrai que l'Autriche ne soutenait plus la cause de Napoléon I I avec sa première ardeur .164 LA POLICE POLITIQUE intrigues de celui d'Orange. « Il a dit q u ' o n lui avait demandé quel conseil il pourrait donner au Roi dans les conjonctures présentes et s'il voudrait se mettre à la t ê t e d ' u n p a r t i pour le soutenir sur le trône . qu'ils ne pouvaient espérer de jamais régner. Louis X V I I I . il avait répondu qu'il ne voudrait point se m e t t r e à la t ê t e d'un p a r t i pour la cause du Roi. mais qu'à l'égard des princes. M. il était bien décidé à ne pas s'aventurer en France. parce qu'il serait certain d'être sacrifié s'il le faisait . qu'il s'était servi de la mauvaise santé de son épouse comme d ' u n prétexte pour s'excuser de ce qu'il ne se rendait pas au mariage du duc de Berry et qu'il continuerait de trouver toujours quelque raison pour rester en Angleterre . que pour lui. il avait pris la ferme résolution de ne p a s agir contre lui en se m e t t a n t à la t ê t e d ' u n parti pour le détrôner. . qu'il était bien convaincu qu'il ne serait point attenté à ses jours s'il allait à Paris. q u ' à l'égard de S. que c'est avec peine que leur présence est tolérée. sa complaisance n'irait pas si loin .

qui se battrait pour sa cause contre l'univers entier et verserait j u s q u ' à la dernière goutte de son sang pour lui .LA P O L I C E FRANÇAISE A LONDRES 453 ils seraient dé défaire t o u t ce qu'il avait fait. mais qu'il conseillerait au Roi sur toute chose d ' a d o p t e r la cocarde tricolore . ni personne ne pourrait entretenir le moindre espoir de succès . d'agir dans un sens t o u t à fait opposé à celui qui avait dirigé sa conduite j u s q u ' à ce jour. que cette mesure rendrait Louis X V I I I vraiment roi de France. que les Français étaient entichés de la cocarde tricolore e t qu'ils soutiendraient la cause de quiconque la leur rendrait . qu'après cet objet. de renvoyer ses ministres et tous ses alentours. qu'il pensait que si le Roi prenait ce parti. ni lui (le duc d'Orléans). viendraient des ministres responsables et une constitution établie sur des bases solides et libérales. que les princes eux-mêmes y trouveraient leur sauvegarde. t a n t il considérait ces couleurs comme le signe de ralliement de t o u t e la nation . d'exiler les princes et surtout la duchesse d'Angoulême assez loin de la cour pour ne p a s laisser entretenir le moindre soupçon de leur influence. il ne lui resterait plus (à lui duc d'Orléans) aucun espoir d'arriver au trône. que t ô t ou t a r d le peuple obtiendrait et que par politique il v a u d r a i t mieux lui accorder de bonne heure. que si donc un danger pressant pour le r o y a u m e ou une heureuse inspiration des conseils du Roi venaient à rétablir la cocarde. il pourrait m e t t r e t o u t e sa confiance d a n s la vieille armée française. » . qu'elle lui concilierait tous les partis et qu'alors. pas plus q u ' à t o u t autre prétendant .

ce qu'il en dit à son interlocuteur semble avoir été très exactement répété par celui-ci. — Depuis le départ de ce ministre. il ait manifesté l'intention de chercher à s ' e m p a r e r de la couronne à la mort du Roi et qu'il ait exposé avec t a n t d'abondance et de légèreté la conduite qu'il comptait tenir alors. Nous avons déjà constaté q u ' e n 1816. pour satisfaire sa haine e t la rapacité de ses soldats. c'est sa très correcte . dit-il. que le prince ait poussé plus loin ses confidences .466 LA POLICE POLITIQUE D'après le rapport auquel sont empruntées ces citations. réservé. a-t-il ajouté. il désapprouvait les actes du gouvernement de Louis X V I I I . Je le regarde comme le seul h o m m e qui ait dans les m a i n s le moyen de rallier les Français sous les bannières royales. voilà ce qu'on croira difficilement. en empêcher la destruction. que mesuré. Ce qui autorise plus encore le doute. les affaires n'ont fait qu'empirer. E n finissant. v e u t la m e t t r e au pillage. dès lors. le prince a ensuite exprimé le regret que le Roi se soit privé du concours d u duc d ' O t r a n t e . Il n'y a pas lieu de s'attarder à essayer ici de faire u n départ entre ce qui dans ces lettres reproduit fidèlement l'opinion du duc d'Orléans et ce qui l'exagère ou la dénature. Mais. — La Prusse. P a r conséquent. il a témoigné la crainte d'une guerre prochaine dont la France serait l a victime. Le seul espoir qui nous resterait en cas d ' u n e guerre nouvelle serait d a n s la Russie dont les troupes sont placées de manière à arriver les premières à Paris et pourraient. p r u d e n t comme il l'était. On aurait dû le conserver à quelque p r i x que ce f û t .

ses relations avec le duc d'Orléans ne furent pas modifiées. le zèle de ses interlocuteurs les a entraînés à dépasser sa pensée. Tout porte donc à admettre qu'au moins sur u n point. car. Tout cela est fort bien et n'en est pas moins sujet à observation. de ramener sa femme faire ses couches qui doivent avoir lieu vers la fin de mai. Je lui ai conseillé de tenir une conduite fort mesurée. en dépit des rapports et des lettres que je viens de citer. puis d'aller faire u n voyage à Naples pour tâchor de se faire payer la dot qui ne l'est pas encore. En t o u t cas. Au commencement de l'année suivante. tout en les utilisant dans . Ce fut sans doute l'opinion de Louis X V I I I . ne cessa de lui témoigner. le duc d'Orléans. vu que le Raincy est inhabitable. Son projet est de rester peu de temps ici. que Louis X V I I I se soit moins défié du duc d'Orléans lui-même que de la faction qui s'obstinait à le mettre en a v a n t pour affaiblir et combattre le gouvernement royal. de son avènement à sa chute. le prince étant venu le voir. d'y chercher une maison de campagne.LA P O L I C E FRANÇAISE A LONDRES 453 a t t i t u d e envers Charles X jusqu'en 1830 et aussi la bienveillance que celui-ci. Il écrivait ensuite à Decazes : « J'ai vu M. elle démontre que le Roi ne prenait pas au tragique les informations de l'agence politique de Londres et que. » Il semble. il le reçut avcc bonté. On ne saurait tenir un meilleur langage que le sien. d'après cette lettre. sur quoi il m ' a assuré qu'il était très résolu à se faire remarquer aussi peu que possible : il n'ira point à la Chambre des pairs. de retourner en Angleterre.

A P O L I C E POLITIQUE la mesure où ils devaient l'être.ί 168 J. Il le savait d ' a u t a n t mieux que l'émigration le lui avait enseigné au prix des plus douloureuses déceptions et des plus cruelles épreuves. . il savait quel peu de cas il en fallait faire.

il semblait avoir t o u t oublié.II A la fin de 1817. De son passé b r u y a n t et agité. père du duc d'Enghien. la maison de Condé était en train de s'éteindre dans la personne de deux vieillards : Louis-Joseph de Bourbon. prince de Condé. et son fils. dernier espoir d ' u n e race illustre. Rien ne trahissait plus en lui ni le vainqueur de Johannisberg (1). il prit une glorieuse revanche en m e t t a n t en déroute. de t o m b e r en enfance. en Russie. l'aïeul a v a i t eu auprès de lui pour l'aider à porter sa douleur. en Pologne. l'armée du duc de Brunswick. ce passé durant lequel on l'avait vu tour à t o u r en Allemagne. en Angleterre. sauf le trépas tragique de son petit-fils d o n t il parlait sans cesse avec la même émotion et dont le souvenir lui arrachait encore des larmes. Le prince de Condé. p e n d a n t l a guerre de S e p t ans. . la mort était venue faucher dans sa fleur ce jeune prince. Lorsqu'en 1804. menaçait. à Johannisberg. Elle le lui avait alors prouvé de nou(1) En 1762. ni le chef militaire de l'émigration. âgé de quatre-vingt-deux ans. cette c h a r m a n t e princesse de Monaco qu'il aimait depuis si longtemps et de qui il était aimé. le duc de Bourbon. depuis son retour d'exil. au l e n d e m a i n du désastre de R o s b a c h .

n'avait fait que s'aggraver. il y était presque exclusivement réduit à la société des fonctionnaires de sa maison. Mlle de SaintRomain. après sa rentrée en France. il vivait dans une sorte d'isolement qui. Il avait une autre fille. le duc de Bourbon. comme si elle n'existait pas. A ces rares visites. Son père allait la voir quelquefois. Depuis. il Pavait épousée en 1808. à la suite d ' u n chagrin d'amour (1). fille naturelle. l a des Condé. Dernière . sorti (1) Voyez l'attachant volume du marquis d e S é g u r .ί206J. Sa fille. p e n d a n t l'Émigration. Sa famille était. Depuis sa rentrée en France. dont la tâche consistait surtout à veiller sur lui comme sur un être débile et sans défense. compagnons de son exil. à son égard. Le cloître lui avait pris aussi celle-là et il la voyait encore plus rarement que l'autre. Quant à son fils unique. pour la plupart. où il pouvait constater qu'il n'occupait plus la première place dans le c œ u r de la princesse cloîtrée. mais reconnue. elle dirigeait la communauté des Bénédictine?. chevaliers de la fidélité et. Elle ne sortait jamais de son couvent du Temple. se bornaient leurs relations. Résidant t a n t ô t au Palais-Bourbon. la princesse Louise de Condé. t a n t ô t dans son domaine de Chantilly. née de son premier mariage. erré ensuite à l'étranger. Entraîné par sa reconnaissance. Mais.AP O L I C E POLITIQUE veau en lui prodiguant pour le consoler d'innombrables témoignages de tendre sollicitude. de monastère en monastère. avait embrassé la vie religieuse en 1786. elle était morte quatre ans plus tard. dite de l'Adoration perpétuelle.

il s'était épris d ' u n e jeune personne. il enleva s a femme. au passé assez obscur. D e leur rapp r o c h e m e n t naquit le duc d'Enghien. lui quinze à peine. elle revoyait quelquefois son mari. il n'avait pas renoncé aux pompes et aux œuvres de S a t a n . ses intimes savaient qu'elle était sa maîtresse. (1) On s a i t qu'il é p o u s a . il était resté en Angleterre. fort peu disposé. A Londres. à quatorze ans de là. s œ u r de Philippe-Égalité. les éloigner l'un de l'autre. assombrir et d r a matiser la fin. . La duchesse de Bourbon se consacra entièrement à des œuvres de piété et de charité. Il laissait dire qu'elle était sa fille. à peu de t e m p s de là. Mais. Mais. avaient obligé sa femme à se séparer de lui. il n ' y était pas revenu en 1815. le s o i r m ê m e du mariage. auquel elle a v a i t pardonné. on crut devoir. Vers la fin de s a vie. semble-t-il. au retour de Napoléon. Mais. en 1770. Il l'avait étroitement associée à son existence dont elle devait. Vu s a jeunesse. A l'exemple du duc d'Orléans. Elle a v a i t dix-neuf ans. où il menait une vie peu digne de son rang. T o u t autre était la cause de son exil volontaire. Malgré ses soixante ans sonnés et bien qu'il parût plus vieux que son âge. bien qu'il l'eût épousée par amour (1). Mlle d'Orléans. La princesse d u t se séparer de lui e t la séparation f u t définitive. à rentrer dans son pays bien que son père ne cessât de l'y rappeler. en août 1830.LA POLICE FRANÇAISE A LONDRES 453 de Franco en 1814. ce n'est ni par mécontentement ni par dépit qu'il restait à Londres. personne n'ignore les circonstances tragiques de s a mort. quoiqu'il désapprouvât la politique du ministère Richelieu et l'appui non dissimulé que le Roi donnait à cette politique dont s'irritait l'ultra-royalisme. Elle mourut en 1822. Il était toujours l ' h o m m e dépourvu de toute discipline morale dont l'inconduite et les scandales que rappelait encore son nom. Quant à lui. On sait aussi q u e la passion du jeune mari ne tarda p a s à se refroidir. Il y résidait encore en 1817.

qui n'a pas l'air de s'en soucier beaucoup. comme ils s o n t presque tous à ses crochets. Pour donner le change et colorer de prétextes d ' o r d r e politique le véritable motif de son obstination à ne pas rentrer. « L'ambassadeur de France. elle tient à son opinion. en date du 8 juin 1816. le Roi. et seulement quand on révoq u e r a les ventes des biens d'émigrés. malgré les murmures des exagérés qui ont ici une nombreuse colonie. il s'était composé un entourage d e boudeurs et de mécontents.A P O L I C E POLITIQUE C'est elle qui l'empêchait de revenir à Paris. Lainé sont des révolutionnaires. d o n n e une idée de l'esprit qui régnait dans cette coterie. Il est bien certain que ces messieurs n'ont besoin que de parler pour qu'on s'en . Mais. J'ai répondu à Son Excellence que nous en avions ample provision à Paris. de Richelieu. disent-ils. é n anée d'un envoyé spécial d u ministre de la Police. où il craignait de ne pouvoir cacher cette liaison aussi aisément qu'à Londres.ί 472 J. D'autres ne v e u l e n t plus rentrer du tout. parce que. Suivant ces messieurs. ils ne sont plus Français. m'a remis plusieurs notes q u e je tâcherai d'approfondir. L'ext r a i t suivant d ' u n e lettre. MM. Plusieurs ne veulent rentrer qu'avec Son Altesse Sérénissime le duc de Bourbon. Decazes. Je ne suis p a s d'accord s u r ce point avec le marquis d'Osm o n d . chez lequel j'ai eu l'honneur de dîner hier. qui considéraient Louis X V I I I c o m m e « le plus g r a n d jacobin du royaume ». anciens émigrés et ultra-royalistes. qui voudrait beaucoup les voir retourner en F r a n c e . L'ambassade est dans les meilleurs principes.

il est donc assez étrange que la police ait cru nécessaire de surveiller sa m a i son. daté de novembre 1817. chargées en son absence de veiller à ses intérêts à Paris. soit par des personnes de la sienne. il n'était établi que de la fin de 1817 au mois de mai 1818. déjà tombé sous la tutelle d'une jeune aventurière. mais celles aussi qui étaient expédiées sous le couvert de l'ambassade d'Angleterre. Le rapport suivant. L a rareté des rapports auxquels elle a donné lieu. à Londres même. qui est beaucoup plus loin de chez lui. C'est s u r t o u t contre le Concordat que s'évertuent ici ces vieilles ganaches. . d'autre p a r t . n'était p a s plus dangereux qu'elles. et puisque j ' e n suis a u chapitre religieux. uniquement préoccupé d e ses intérêts et de ses plaisirs. d a t e de la m o r t du prince de Condé. ne constituaient pas une opposition bien redoutable et le duc de Bourbon. comme les appelle irrespectueusement le correspondant du ministre de la Police. je dois dire que l ' a m b a s sadeur et moi nous sommes inutilement cassé la t ê t e afin d e deviner le motif qui porte le comte Jules de Polignac à ne jamais venir à la chapelle de F r a n c e . ne semble pas avoir été très rigoureuse. non seulement celles qui passaient p a r la poste. en est la preuve. l e u r insignifiance autoriseraient à conclure qu'elle n ' a pas existé si. Il est vrai que cette surveillance. les lettres adressées au d u c de Bourbon ou à son entourage. mais à aller très régulièrement à la chapelle d ' E s pagne. soit par les personnes de la maison de son père. ont été ouvertes p o u r la p l u p a r t . » « Ces vieilles ganaches ».LA POLICE FRANÇAISE A LONDRES 453 aperçoive.

. ce qui é t a i t contraire à la vérité. contenait ce qui suit : « 1° Une longue lettre (signée Robin. mais que les ministres avec leurs (1 ) On retrouve ici un écho des passions ultra-royalistes. O n lui parle de ses chevaux. M a i s les cris de : V i v e le R o i . au milieu des cris de : « Vive le Roi ! » ont fait entendre c e u x de : « Vive Monsieur ! Vivent les Princes (1) ! » Il est certain que Monsieur gagne beaucoup dans l'opinion publique. pour lui manifester sa satisfaction. beaucoup de pairs et de députés.. le ministre prussien c o m t e de Goltz écrivait à Hardenberg : « Il y a v a i t assez de peuple d a n s les rues que le cortège a traversées. de la nécessité de remplacer u n valet de m e u t e et un maréchal qui ont quitté leur service. pour l'installation des Chambres. terminée p a r le paragraphe qui suit : « Le Roi est venu. A la Chambre. Les acclamations du peuple.AP O L I C E POLITIQUE « Un paquet adressé au duc de Bourbon. lors de l'ouverture des Chambres. ' ont é t é faibles. ne recueillait pas toujours dans les rues a u t a n t de t é m o i g n a g e s de s y m p a t h i e qu'il p o u v a i t l'espérer. à la d a t e du 4 nov e m b r e . > . Il est c e p e n d a n t remarquable que Louis X V I I I . ne lui o n t pas fatigué les oreilles ! Car ce cortège ressemblait plutôt à une pompe funèbre q u ' à une dém a r c h e faite p a r Sa Majesté pour le rendre heureux. de ses chiens. l'année précédente. etc. le 6 novembre) remplie de détails. à Londres. qui s'évert u a i e n t à opposer à la politique du Roi celle du c o m t e d'Artois et à prouver que le peuple é t a i t favorable à celle-ci. et datée du Palais-Bourbon.ί210J. au Palais-Bourbon. D é j à . le 5. parce que tout le monde reconn a î t qu'il s'éloigne de plus en plus du système fatal d u Roi. p u r e m e n t relatifs a u x affaires particulières du duc. Tout fait présager que la session sera b r u y a n t e . etc. qui est entièrement dominé p a r le parti révolutionnaire. lorsqu'il s o r t a i t .

Elle parle de ses affaires domestiques. . On verra plus loin qu'elle s ' é t a i t fait appeler d'abord Sophie Harris. auront néanmoins une grande majorité. A en juger par le style de cette lettre. et qu'il l'a fait porter de suite à Chantilly. E l l e s ' e s t mariée sous le nom de Sophie Klarke. c'est qu'elle fait. la personne qui l'a écrite paraît être en grande intimité avec le duc. à Londres. M. il a reçu celle adressée à Mme Moinot. Le prénom de S o p h i e e n est la preuve. Robin à M. v e u v e Lawes. » On voit par le premier alinéa de ce rapport que le correspondant du duc de Bourbon s'efforçait de flatter les préventions du prince en lui t r a ç a n t un tableau fantaisiste de la séance royale du 5 novembre. U n e autre preuve.LA P O L I C E FRANÇAISE A LONDRES 453 certificats ordinaires et leurs grands moyens de corruption. Guy. de son prochain mariage. « 3° Une lettre de M. où cette dame réside depuis quelque temps. Robin écrit qu'avec la lettre d u 17 du même mois dernier. et signée Sophie (1). Il est donc certain qu'il le savait mécont e n t des tendances libérales du gouvernement. et termine en priant de remercier Milord pour toutes les bontés qu'il a eues pour elle à Brighton. se plaint de sa future bellemère. allusion à s o n prochain mariage e t que S o p h i e D a w e s épousa le baron de Feuchères l'année suivante. port a n t la date du 29 octobre. » « 2° Une lettre adressée au duc de Bourbon. (1) Il n'est pas d o u t e u x q u e c'est de la f u t u r e baronne de Feuchères qu'il est ici question. dans sa lettre. L a police ne pouvait ignorer plus que lui ce mécontentement et c'en est peut-être assez pour faire comprendre qu'elle a t t a c h â t quelque prix à lire les lettres qu'on adressait de Paris au cousin du Roi.

presque uniquement consacrées à des détails d'intérieur. de Richelieu et Lainé ne voulaient plus rester e n place. qu'ils voyaient trop bien où le système suivi conduisait ' . En voici de courts extraits qui p e r m e t t r o n t de juger de leur insignifiance : « 1 e r janvier 1818. Il n'y resterait du ministère actuel que MM. On disait hier que MM. Le Roi ne serait pas éloigné de consentir à cet arrangement. inexactes pour la plupart. ne présentent qu'un médiocre intérêt. plus conformes aux v œ u x et a u x espérances des ultras qu'à la vérité et qui sont l'écho des bruits qui circulaient dans les milieux politiques de Paris. — Les projets de loi présentés à la Chambre des députés occasionnent beaucoup de désordre dans les esprits. « On parle toujours de changements dans le ministère. A peine y trouve-t-on çà et là quelques nouvelles de la cour et des Chambres. « 8 janvier. de Richelieu et Lai né. par les discussions qu'ils y causent. les ministres ont t a n t de moyens de corruption dans leurs mains qu'ils sont assurés de leur succès. le baron de Saint-Jacques. si l'on n'y m e t ordre. Mais. — Le duc de Wellington est arrivé avec des intentions très favorables a u x royalistes et prenant en grande considération le péril que court la légitimité..17G LA P O L I C E POLITIQUE ί · • f * Celles de son correspondant ordinaire. Une personne qui a eu l'honneur de l'entretenir en particulier l'a trouvé convaincu que le système suivi p a r le ministère finira par perdre tout.

ce qui paralyse tous les efforts tentés. Les honnêtes gens espèrent beaucoup des résultats de ce Congrès.LA POLICE FRANÇAISE A L O N D R E S 453 et qu'ils étaient las de la tyrannie de leurs collègues. l'horreur des doctrines libérales. Le ministère de la Police ne cesse de les persécuter. Mais. 42 . » A travers ces aigres propos qui ne sont que l'écho de fausses nouvelles. c'est un Congrès qui doit avoir lieu à Manheim au commencement de mai.. — Les royalistes sont toujours dans la consternation. le plus prépondérant (Pozzo di Borgo). on sent vibrer toutes les passions de l'ultra-royalisme. — Ce qui fixe particulièrement l'attention. favorise ce système de tout son pouvoir. cette nouvelle reste sans confirmation. je crains bien que. l'espoir d'une intervention étrangère d a n s les affaires intérieures de la France et cette constatation faite. comme t a n t d'autres. la haine de leurs partisans. « 5 février. « On parle aussi beaucoup sur les ministres des puissances étrangères. il n'y a pas lieu de tirer de ces lettres de plus longs extraits. Je crois tenir de bonne p a r t que plusieurs souverains y assisteront. On assure en outre que l ' u n de ces ministres étrangers. O n croit savoir qu'ils sont aussi alarmés que mécontents du système adopté et qu'il y a eu déjà des conférences importantes.. que les intérêts de la France y seront discutés et arrêtés et qu'on mettra enfin un terme à l'audace de tous les Jacobins. « 26 janvier.

elle n'ait gémi. en voici une de la princesse Louise. dite Mimi. la noblesse de son caractère. pendant l'émigration. ses lettres ne font aucune allusion à ses craintes et ne permettent pas de penser qu'elle prévoit déjà que l'influence malfaisante qu'il subit lui sera fatale à elle aussi (1). Elle a été élevée par ses soins et par ceux du maréchal de Soubise. la religieuse du Temple . la comtesse Adèle de Rully est la fille du prince. sa sollicitude filiale et les plus rares qualités d ' â m e et d'esprit. dans l'entourage du prince. écrite du Temple. comme la princesse Louise. à un gentilhomme de bonne maison. des désordres de son père et qu'elle ne s'alarme maintenant de son asservissement à la dangereuse créature qui s'est emparée de lui. le 6 janvier de cette même année 1818. il en est d'autres.478 LA POLICE POLITIQUE d ' a u t a n t plus que dans le même dossier. refusaient de se plier aux volontés de Mme de Feuchères. . Il l'a ensuite mariée à Londres. avec l'agrément de Louis X V I I I . d ' u n caractère plus a t t a c h a n t . Tout ce qu'on sait de la vie de cette femme trahit la générosité de son cœur. le comte e t la comtesse de Rully durent s e retirer devant elle et lui céder la place. Louise de Condé est la sœur du d u c de Bourbon. Mais. celles de Louise de Condé et de la comtesse de Rully. et qu'il a reconnue aussitôt après sa naissance. une fille naturelle. P a r contre. en novembre 1803. en trop petit nombre malheureusement. p o r t a n t en haut de la page la formule conventuelle : « Loué et adoré soit le Très Saint-Sacrement » (1) Comme toutes les personnes qui. Il n'est pas douteux que. qu'il a eue d ' u n e danseuse de l'Opéra. Mlle Michelon.

je ne vous ai plus écrit. « Je ne sais ce que c'est que ce Landey d'où votre lettre est datée.LA P O L I C E F II Α Ν Ç A I S E A LONDRES 479 et où l'allusion aux causes de l'absence du duc de Bourbon. « E t moi aussi. je vous embrasse comme je vous aime. aussi heureuse que possible. apparemment. quelque terre d'un de vos amis anglais. et je ne puis l'écrire sans verser des larmes moi-même.. il a bon teint et le fond de sa santé est bien pour son âge . Adieu.. quoique voilée. Soyez bien persuadé. cher frère. est visible. car je me crois l'aînée de tout l'univers p a r le gothique de mes idées et de mes sentiments sur t o u t ce qui se voit en ce bas monde. mais je le remplis aujourd'hui de t o u t mon cœur. que je suis et serai toujours la meilleure pour vous. » Ah ! cher ami. la t ê t e a ses variations comme à l'ordinaire : pour le cœur. que puis-je a j o u t e r à t o u t ce que je vous ai mandé là-dessus?.. et je l'ai vu le 2 janvier . Je n'ai pu m ' a c q u i t t e r de ce devoir. Ce n'est pas beaucoup dire. « Mon pauvre pére est revenu le 31 décembre. parce . peut-être mystérieuses pour cette sainte. cher et tendre ami. êtes-vous réellement m o n aîné? J'en d o u t e presque.. Je prie Dieu qu'il nous exauce. et Mme de Rully m'a dit que chaque voiture qu'il entendait ou croyait entendre. cela me déchire l'âme. il disait les larmes aux yeux : « C'est peut« être mon fils qui arrive. » Le 21 février. il a toujours les mêmes sentiments.. Mais. cette année. c'est. mais. je vous la souhaite. Au surplus. nouvelle lettre de la princesse Louise : « Cher et tendre ami..

Il est très heureux que presque aussitôt les moments de crainte qu'on a eus. c'est la comtesse de Rully qui écrit à son père : « J ' a i enfin reçu hier un mot aimable de vous. hélas ! je m'en lamentais tous les jours. il y avait si longtemps que j'étais privée de ce b o n h e u r que. vous connaissez mon c œ u r pour vous . l'espoir ait succédé. restez au coin de votre feu p e n d a n t les ouragans. J ' a i frémi en pensant au danger de cette cheminée tombée à vos pieds . le duc d'Orléans ne m ' a pas fait dire de vos nouvelles depuis son arrivée. L ' é t a t du cher malade (le vieux prince de Condé) s'est amélioré de jour en jour d'une manière é t o n n a n t e . M. je vous en supplie. très chérissime . il est et sera t o u j o u r s le même. absence? J e voudrais au moins espérer votre chère présence p o u r le mois d'avril. ne reviendrez-vous pas pour celui qui vous désire et qui pleure votre longue. le 12 janvier. ne fût-elle que momentanée. j'ai su qu'on le faisait très exactemant du PalaisBourbon. je n'espère pas vous voir tout à l'heure.A P O L I C E POLITIQUE que j'ai très peu de temps de libre et que. cher ami. toujours. « Grâce à Dieu ! les visites du jour de l'an sont . Dieu veuille que cela dure ! D'après cet é t a t de choses. Adieu. Mais. toujours. Je ne pourrai m a i n t e n a n t en entendre parler sans penser à cela.ί 180 J. Cependant. il est parfaitement bien à présent . d'ailleurs. cher et tendre ami . T o u t est maintenant réparé et j e ne saurais trop vous remercier d'avoir fait cesser ce silence qui m'inquiétait et m'affligeait véritablement. » Quelques jours plus tard. je me flatte que vous vous portez bien.

Cela a déplu à certaines gens qui ne rougissent plus de rien. ainsi que Mme la duchesse de Bourbon. c'est absolument inutile de le lui représenter. sans doute. Les premiers m'ont beaucoup parlé de vous aussi. et il a reçu ordre de ne point paraître devant Sa Majesté. et lui rendent des soins infiniment. L'intervention du comte d'Artois abrégea sa disgrâce. j ' e n ai par-dessus la tête. Il est impossible d'être plus gracieux qu'ils ne sont. le prince de Condé les a mieux soutenues que moi . le prince de Condé.LA POLICE FRANÇAISE A LONDRES 453 finies. Cela. le duc et Madame et Mademoiselle d'Orléans o n t dîné ici. De toutes parts. à son grand âge. mais. hier. Hélas ! hélas ! il y aurait t a n t de choses à dire sur cela . il voudrait bien vous voir ici. M. . Hélas ! il y en a bien (1) A l a s u i t e de son attitude antiministérielle à la Chambre des pairs. « On est fort occupé ici. nos réflexions sont. le temps était si mauvais que nous sommes parvenus à le dissuader. dans le m o m e n t où je vous écris. et est resté assez longtemps . je ne rencontre que des visages attristés. hier. Monsieur est venu le voir. t o u j o u r s aimable. de l'exil du duc de Fitzjames (1). d é f e n s e lui f u t faite de paraître à la cour. j'admire son courage et sa force pour faire ainsi. Cette dernière se plaint beaucoup que vous ne lui avez pas répondu. mille choses dont il pourrait se dispenser . les mêmes. Ils sont bien attentifs pour M. Je vous trouve bien heureux de vous être épargné cette année. « M. a u x Tuileries . Il voulait encore retourner. il a publié ses opinions d'une manière t r o p franche. sera p o u r dimanche prochain. sans doute. mais. il y a peu de jours.

. Mme de Boigne raconte cet a c c i d e n t qui. que je n'ai point eu de vos nouvelles directement depuis la lettre qui m'a été apportée p a r M. peut-être parce que les lettres de sa fille sont rassurantes en ce sens qu'elles ne parlent pas de la santé du prince de Condé. cela me parait toujours bien long. démentait les assurances optimistes de sa femme. II. le surlendemain. Vous devez le regarder comme en enfance. Mais. Mais. Mme de Boigne. que l'état général du prince de Condé ne laissait rien à désirer. dans cette triste incertitude. d'après cette lettre. « Il me semble. (1) En février 1818. le comte de Rully. p. D a n s s e s Mémoires (t.. très chérissime. fort heureusement p o u r elle et pour son c o m p a g n o n d e v o y a g e . a pensé faire naufrage en débarquant à Calais (1) . » Il semblerait.. mais le moral est extraordinairement baissé depuis trois semaines et il n ' a pas sa tête la moitié de la journée. 338). témoin celle du 11 février. en écriv a n t au duc de Bourbon. » Alors que t o u t révèle l'affaiblissement progressif du vieux prince et l'imminence de sa fin. d'Osmond. « M. Il est hors d'état de signer son nom avec connaissance de cause pour la moindre affaire. très chérissime. le prince de Condé se porte bien . Adieu. Sa sœur. J'en avertis positivement Votre Altesse parce que c'est mon devoir. n ' e u t pas de conséquences fâcheuses. il ne part pas. aimez-moi t o u j o u r s comme je vous aime.482 LA POLICE POLITIQUE d'autres. on voudrait voir la tendresse de son fils se manifester et le ramener à Paris. La vie se passe ainsi. mais chacun comprend que le moment n'est point encore arrivé. Le naufrage qui les m e n a ç a i t fut é v i t é .

Vous entendrez sans doute parler d e cela d'une manière plus précise.LA P O L I C E FRANÇAISE A LONDRES 453 je ne sais pas bien les détails. « Nous sommes très occupés ici aujourd'hui d'un coup de pistolet tiré hier soir sur la voiture du duc . entre autres un quadrille costumé. et elle l'aime à la folie . mais ce sont les fruits de la saison. charmants. Dieu veuille accomplir tous nos vœux. En a t t e n d a n t . mais je crois que son mari trouve encore ceux de sa cassette plus beaux. véritablement. mais on dit que le vaisseau où elle était a touché. Comment avez-vous trouvé la jeune Mme d'Osmond? Elle a de fort beaux yeux. il est impossible d'être plus aimable qu'ils ne le sont chez eux. parce que je ne l'ai point encore rencontrée . « Je vois beaucoup d'Anglais et d'Anglaises qui disent vous avoir vu à Londres blanc et couleur de rose . le duc de Berry est plein de soins pour elle. Comme je ne danse pas. Mme la duchesse de Berry est fort enrhumée des suites de la danse et garde sa chambre . Mme la duchesse d'Orléans est encore grosse. ainsi cela remplit d'espérances. très chérissime. et que tout le monde désire . que vous me dites ne p a s être bonne. M. qu'on a été obligé de jeter les chaloupes en mer. T o u t le m o n d e tousse ici. fort peu de monde. il y a eu quatre petits bals chez M. j'espère m a i n t e n a n t qu'elle s'occupera de choses plus essentielles. cela me rassure sur votre santé. Comme il était fort court. qui. ont l'air de mortes. par un très gros temps. le duc de Berry. il a été fort vif. « Le carnaval qui commence à Londres vient heureusement de finir ici. dansé à merveille. j'ai été moins fatiguée que certaines dames.

j'éviterai de vous en parler . Puisque le baron vous tient au fait de t o u t ce qui se passe. je vous embrasse de tout mon cœur. d o n t les remèdes ont d'abord p r o m p t e m e n t raison. à la porte de sa demeure. très chérissime. a une excuse : les règles de son ordre lui (1) D a n s la soirée du 10 février. les personnages les plus considérables viennent en chercher au Palais-Bourbon. comme il rentrait chez lui (1) .A P O L I C E POLITIQUE de Wellington. deux individus assez obscurs aient été c o n d a m n é s comme coupables de c e t a t t e n t a t . après une longue instruction. C'est une chose affreuse de penser qu'il existe des gens aussi atroces. Hélas !. mais qui bientôt reparaît et s'étend sur plusieurs parties du corps. au mois d'avril suiv a n t . Tout le monde s'étonne de l'absence du duc de Bourbon et de celle de la princesse Louise. un coup de pistolet fut tiré sur s a voiture. cette affaire est toujours restée assez mystérieuse. connus pour leur anti-royalisme. Par les lettres que les serviteurs du prince adressent au duc de Bourbon pour le presser de revenir. Quoique. Heureusement. d'anciens émigrés.. du moins. il y a bien des gens mécontents et cela avec raison. » Cependant. Le mal se manifeste par une tache noire à la jambe. Tout Paris le sait d'ailleurs et en même temps que la famille royale fait prendre des nouvelles. . la balle a été se loger dans le m u r opposé.ί 84 J. des vieux chevaliers de Saint-Louis. l'homme n'a pas pu être arrêté. la police sait bientôt que le malade est entre la vie et la mort. l'état du prince de Condé brusquement s'est aggravé. voire des généraux de l'armée de la Loire.. Elle. mais. hélas ! ! ! Dieu sait ce que nous deviendrons ! Cependant j'aime à penser que le crime no triomphera pas éternellement. Adieu.

et je vous assure . Puisse cette lettre ne plus vous t r o u v e r à Londres ! » Le prince meurt. à huit heures du matin. Si vous l'eussiez vue pendant les derniers jours de la maladie du prince.. c'est u n ange.. car. Que nous sommes tristes et malheureux ! Vous n'en doutez pas . Pauvre Prince ! Je ne puis m'accoutumer à l'idée de le perdre. le malheur qui nous accable tous aujourd'hui? Hélas! votre pauvre père n'est p l u s ! Ce matin. avant. lui prodiguant les soins dont elle seule est capable. Mais lui ! Le 11 mai.. mais telle est la fatale vérité. le 13 mai. je sens que je déchire votre cœur. s'est terminée cette noble et belle carrière ! J'ai recueilli son dernier soupir. » La lettre qu'elle envoie le lendemain à son père permet de se convaincre que l'hommage exalté que l'on rend à son dévouement est mérité : « Comment pourrai-je vous exprimer.. ma douleur est extrême de vous le dire . A h ! je suis. Puissiez-vous être ici.LA POLICΕ FRANÇAISE A LONDRES 485 défendent de sortir de son couvent. la comtesse de Rully lui écrit : « J'espère que cette lettre ne vous parviendra pas. semblable à Antigone !. « Où sont donc mes enfants? » a-t-il dit. dans les bras de la comtesse de Rully qu'assistent son mari et les serviteurs intimes. bien malheureuse. je vous assure. et je n'y vois plus.. car je n'ai pas la force de vous en dire davantage.. car il vous a demandé. il n'y a point à se flatter. très chérissime.. Adieu. et que vous serez ici avant. L'un d ' e u x écrit en parlant d'elle : « Ce n'est pas une femme . hélas ! nous vous désirons avec une impatience qui ne peut se décrire.. très chérissime.

si vous y êtes.. à la cérémonie funèbre du prince de . j'ai regardé comme u n devoir de remplir cette triste fonction et de rendre ce dernier hommage à un père que j'avais t a n t de raisons de chérir (2). (2) Les obsèques e u r e n t lieu le 26 mai. Je vous embrasse de t o u t e la tendresse de m o n âme (1). hier. » Quelques jours (1 ) Au b a s de cette lettre est copiée la réponse que fit Louis X V I I I à l a demande qui lui a v a i t été adressée relativement au lieu de la sépulture : « L'église de Saint-Denis. mes larmes m ' e m p ê c h e n t de vous en dire davantage. n'ont p a s été de longue durée !. mais α parmi les Français fidèles à leur Dieu et à l e u r Roi ». le duc d'Orléans. heureusement. et d'imaginer que nos soins pourr o n t peut-être adoucir vos justes regrets ! Hélas l il vous a demandé bien des fois p e n d a n t des souffrances qui. elle est extrême.186 LA POLICE POLITIQUE qu'il m ' a fallu un grand courage pour soutenir une épreuve aussi cruelle. P o u r la mienne. « M. Mais. je ne veux pas déchirer votre cœur par ces tristes détails. m'avait très honnêt e m e n t offert de m e remplacer . afin d'assister aux obsèques de son père. mais.. Charles V I I p o u r Barbazan. hélas ! pourquoi faut-il que ce soit aussi t a r d !.. quelle consolation de pouvoir vous embrasser. Enfin.. le duc de Bourbon procédait enfin à ses préparatifs de départ. Je ne sais si cette lettre vous parviendra puisqu'on pouvait espérer de vous savoir en route. mandait-il à un ami. Mais. le prince de Condé craignant de mourir en exil d e m a n dait à être enterré non à Westminster. adieu. Le lendemain. mais. » Il y a lieu de rappeler q u e dans le t e s t a m e n t dont on v a lire le préambule. » Au reçu de la douloureuse nouvelle. de Goltz écrivait à s a cour : « N o u s a v o n s assisté. dans un c a v e a u p a r t i c u l i e r / à l ' e x e m p l e de ce que fit Charles V pour Duguesciin. je respecterai votre douleur. et Louis X I V pour Turenne.

la police le connaissait aussi . il avait mis une t o u c h a n t e profession de foi. le R o i sortit en v o i t u r e découverte. à ce q u e le duc de Richelieu n o u s a assuré. était pour Louis X V I I I un b u t de douloureux et pieux pèlerinage. cela n ' e m p ê c h a pas le Roi de c o n t i n u e r s o n chemin. m a vie de ses Condé. — Où est-il î — D a n s c e t t e voiture. Le peuple. la lettre qui le lui apportait avait été ouverte à la poste et la copie avait été prise du contenu. Dans les rues qu'il traversa au f a u b o u r g Saint-Antoine. « Pénétré pour Dieu de la plus juste et de la plus profonde reconnaissance de ce qu'il a bien voulu préserver m a conscience de tous les crimes de la Révolution e t . — « Cela n'est pas vrai. le prince de Condé faisait son fils légataire universel de sa fortune et accordait des pensions à quelques-uns de ses amis et à ses serviteurs. ses hommes d'affaires le lui a y a n t envoyé à Londres. plus de cinq c e n t s généraux et officiers en n o n activité dans l ' é g l i s e de S a i n t . s ' e s t très bien m o n t r é à cette occasion. qui s ' é t a i t porté en f o u l e sur le p a s s a g e du cortège. — « P o u r le roi de France.D e n i s . Il s e rendit à Vincennes et passa par le lieu m ê m e o ù le duc d ' E n g h i e n a v a i t été fusillé. En tête de ces dispositions. Cependant. β V o u s p o u v e z vous imaginer combien l ' i n d i g n a t i o n était grande. Il connaissait le t e s t a m e n t de son père. le 18 août 1806. L'abbé Frayssinous y a d o n n é une grande preuve de son talent et de sa sagesse. J u s q u ' à présent. les gardes du c o r p s crièrent : « Chapeau b a s ! — Pour qui? d e m a n d a i t le peuple. c'est-à-dire p e n d a n t l'exil. Il a t o u c h é les cordes les p l u s délicates avec hardiesse. . par l'oraison funèbre qu'il a prononcée et qui ne pouv a i t offrir que de g r a n d e s difficultés. il était à Paris. « Au nom du P è r e et du Fils et du Saint-Esprit. aujourd'hui. u n Anglais de p a s s a g e à Paris écrivait à sa fille à Londres : « Le j o u r où le prince de Condé f u t enterré et durant la cérémonie. » Le 14 juin s u i v a n t . e t cependant a v e c assez de m é n a g e m e n t pour ne pas blesser les différents partis. Par ce testament écrit en Angleterre. L e Roi ne se p r o m è n e pas p e n d a n t q u ' o n « enterre son cousin. ce jour-là.) L e signataire de c e t t e lettre ne c o m p r e n a i t pas q u e ce lieu. le dernier des Condé. e t il y a v a i t . Mais. » (Dossiers du Cabinet noir.LA P O L I C E FRANÇAISE A L O N D R E S 453 plus t a r d .

est aussi digne de leur estime et de leur bonté que l'était son trop malheureux fils et que son père a tâché de l'être. apostolique et romaine. . je demande pardon à ce Dieu de bonté d'avoir aussi peu mérité tous les bienfaits dont il m ' a v a i t comblé et de n'avoir pas employé à le servir tous les moments de cette vie qu'il lui plut de prolonger au sein du malheur. » En voici la traduction de l'anglais. p o u r mieux me pénétrer du vent des choses humaines. Londres.488 LA POLICE POLITIQUE fureurs. « Je connais trop le cœur de mon roi pour avoir besoin de recommander mon fils à ses bontés. comme le malheur du temps ne permet pas encore à Louis X V I I I de le faire rentrer dans la jouissance de ses droits et de ses biens. » De ce témoignage de paternelle sollicitude. huit jours après la mort de son père. je recommande aussi son existence actuelle aux v e r t u s bienfaisantes du roi d'Angleterre. telle qu'elle était enseignée. crue et pratiquée quand Dieu m'a fait la grâce de me faire naître dans son sein. Grove Street. mon cher ange. le duc de Bourbon envoyait à Londres. il est intéressant de rapprocher la l e t t r e que le 21 mai. de l'empereur de Russie et du roi de Suède et j'ose leur répondre que le dernier des Condé. à l'adresse de « miss Harris. Mais. New Road. n° 2. d'après les papiers du Cabinet noir : « J ' a i reçu votre chère lettre. J e le prie de me p a r donner les mauvais exemples que j'ai pu donner et tous les péchés que j'ai commis et je déclare que je meurs dans la ferme croyance des vérités de la saine et pure religion catholique. si Dieu v e u t qu'il le soit. Lisson Grove.

accablé d'affaires. je vous suis si attaché. car j e souffre cruellement ici. E n a t t e n d a n t . pour vous voir. En effet. ma petite . Vous êtes si jolie. ma chère. Dieu sait quand ce voyage me sera possible et combien je le désire. Encore un peu de patienc··. si aimable ! Je vous embrasse mille et mille fois. Adieu. Prenez garde à votre chère santé. Vous pouvez être certaine que je ne saurais me passer de vous et que je retournerai en Angleterre. N'oubliez pas votre vieil ami . Comme cette existence est différente du temps où. Mais. dans les circonstances actuelles. chère Sophie ! » En ce qui touche la surveillance de la police a u t o u r du duc de Bourbon. on ne saurait mieux finir q u e sur cette lettre qui apparaît ici comme le prologue du drame de Saint-Leu. ne venez pas ici a v a n t que je vous le dise. mandez-moi tout ce qui peut vous intéresser. ma première pensée était de vous procurer quelque petit plaisir ! Hélas ! il n'y a plus de bonheur pour moi. je suis au désespoir. J'éprouverais trop de difficultés. .LA POLIGE FRANÇAISE A LONDRES 489 Hélas ! comme je suis malheureux depuis que je ne suis plus auprès de vous ! Je ne mange ni ne dors. à mon réveil.

hardi et entreprenant . homme fin. la situation et l'opinion de ces personnages. Une liste sur laquelle chacun des noms qui s'y t r o u v e n t est l'objet de commentaires révélateurs. avant son évasion . le parti bonapartiste. « M. LE C O M T E D E T U R E N N E . gentilhomme normand. vaincu mais non encore résigné à sa défaite. La voici. « M . mais bon pour l'exécution. était représenté à Londres par quelques-unes de ses sommités. DE Bossr. Il loge Wardown Street. il était en visite auprès de Lavalette une heure. Il loge South Street Manchester Square. il est peu répandu. ex-maître de la . dit-il. ancien préfet de Bourges et de Saint-Lô. établit en les précisant. exalté bonapartiste. incurable. mais n'en reçoit pas moins chez lui les plus fougueux bonapartistes . Vu son état maladif. Je n'ai pas encore pu découvrir l'objet de ses conférences fréquentes et secrètes avec M.III Eil 1816. Il est sans argent. de Lima. il est d u reste modéré dans ses discours. D E B R I Q U E V I L L E . joue le royaliste constitutionnel. ex-colonel dans les Cent-Jours . n ' a y a n t pas assez de moyens pour conduire une intrigue. « M . mais peu actif.

à Aix-la-Chapelle. il a beaucoup d'argent. Milan et à Florence. de Turenne au mois d ' a o û t . négociant de Grenoble a v a n t cette époque. F I S H B A C K . il a obtenu la permission signée du roi des Pays-Bas pour résider en Belgique. sept lettres dont il était porteur. Il est bon de ne pas le perdre de vue. Il parle de suivre la même route que M. avant Labédoyère. deCaen. de Flahaut. Ce Fish Back est un enragé bonapartiste. il a envoyé à New-York. 35. v e n a n t du continent. Colon . disant beaucoup de mal de Napoléon (le pense-t-il ?). il part t o u t de même et se rend d'abord à Bruxelles par Ostende. officier d'ordonnance de Bonaparte qui fut au-devant de lui. 14. il n'agira pas à découvert. il retourne à Bruxelles et reviendra à Londres en juillet. « M . — Poland Street. de peur de compromettre sa fortune. Ennemi déclaré des Bourbons. D U M O U L I N . sujet prussien depuis la paix. arrivé dernièrement de Bruxelles à Londres avec des lettres pour M. — Fendurch Street. fait des affaires de commerce . H E L L I E R . lundi dernier. au cas que Γ Allien bill le frappe. il porte la cocarde tricolore sur son gilet . ennemi prononcé des Bourbons. Constance. le marquis d'Osmond de viser son passeport pour l'Italie . Il est trop causeur pour qu'on lui ait rien confié d ' i m p o r t a n t . de Turcnne veut-il aller en Italie en passant p a r Constance où est la reine Ilortense? Il se plaint vivement du refus qu'a fait M.LA POLICE FRANÇAISE A LONDRES 191 gardc-robo de Napoléon. Liégeois. Il a beaucoup d'argent. Pourquoi M. — Holborn Street. et est presque aussi répandu que M. « M. ancien officier sous Napo- . Francfort. « M. républicain prononcé.

se disant Alsacien et étant né à Bérule (Aube). « M . car on l'a nommé devant moi. bonapartiste prononcé. il reçoit de France les plaintes des protestants bonapartistes . Isoart. elle s'exprime avec feu et violence contre le gouvernement. 36. M. remplie d'esprit et de moyens . 53. pendant qu'elle (Mme Stoupe) va retourner à Paris . répandu dans les sociétés du commerce où il répète la leçon qu'on lui a faite le m a t i n . sans esprit. elle partira dans les premiers jours de juillet. C O L O N . — In the City. que je soupçonne agent de la faction d'Orléans. — Frith Street. Les discours inconséquents de Mme Stoupe font une loi d'user envers elle d'une grande surveillance. chef d'escadron. Je crois qu'il est natif de Beaucaire . du 4 au 10. Une de ses sœurs vient d'arriver d'Amérique et se rend en Belgique. elle a loué. « Mme S T O U P E . c'est p o u r t a n t ce même M. son ancien logement rue Saint-Dominique. et de la fouiller exactement à son arrivée à Calais . Il a servi dans les années françaises et a été fait chevalier de la Légion d'honneur en Pologne. Hellier qui a escorté et embarqué le général Grouchy sur les côtes de Normandie. Il est très actif et dangereux sous tous les rapports. S C H M I D T . femme fort dangereuse. il a des fonds à sa disposition et change de logement tous les huit jours.192 LA P O L I C E POLITIQUE léon. à M. Polio. « M . Prisonnier ensuite des Anglais. sans argent et par conséquent peu dangereux . il a passé à leur ser- . fils d'un colonel suisse au service de France. Roux-Laborie. bonapartiste forcené qui doit avoir changé de nom. sans moyens.

On b l â m e ici c e t t e rigueur inutile envers une f e m m e de dix-huit. Je ne sais s'il est officier. il annonce u n bouleversement en F r a n c e . ans. il_vient de Dresde et de Berlin. Solio. — C'est un vrai séide de Napoléon. Il doit se rendre en France et doit m ê m e être p a r t i . — Pli111 Street. sans esprit. la propriété de Bonaparte.sans moyens. Il est beau- . si elle en a u n e . b o n a partiste avéré . elle est à la veille de t o m b e r clans la misère. mais il p o r t e des moustaches . rn'a-t -il dit. il déclame h a u t e m e n t contre le gouvernement actuel. il débarquera au Havre. « L A COMTESSE P O N T O W S K A . dans le monde.LA POLICE FRANÇAISE A LONDRES 193 vice . il est t r è s r é p a n d u à cause de son rare t a l e n t . Son salon est tapissé des p o r t r a i t s de l'ex-impériale famille et il on a trois qui sont . il ne saurait être d a n g e r e u x q u ' e n faisant des caricatures. S A N D R E . Les bonapartistes la représentent. Cette petite d a m e n ' a u r a i t pas les moyens de seconder la plus mince intrigue. ex-peintre du Roi d e R o m e . — Le gouvernement français ferait bien de laisser· r e n t r e r c e t t e insignifiante p e t i t e femme dans sa famille. a y a n t trop d ' o u v r a g e p o u r perdre son t e m p s . Elle a été renvoyée de F r a n c e par le c o m m a n d a n t de police générale de C a l a i s . « M . c o m m e une victime de la police. il porto l'uniforme anglais et la Légion d'honn e u r . f o r t e m e n t a p p u y é par ses nombreuses pratiques. « M. et s o u t e n u par le prince r é g e n t pour lequel il a fait secrètement quelques portraits de ladies. C'est un h o m m e dangereux. et il n'en fera plus. qui p a r a i t abandonnée p a r son p r é t e n d u mari qui est à Sainte-Hélène. G O U B E A U D . 53.

au moins je le crois. « M. C A R R È R E . Cet individu était sans contredit l'un des plus fougueux bonapartistes qui fût à Londres . en Béarn.LA POLICE POLITIQUE coup avec le sieur Colon. et à la société des Amis de la vertu de Berlin. Si c'est de bonne foi. il travaille à un ouvrage i m p o r t a n t et paraît tenir à des intrigues d'un a u t r e genre. il a été dépisté à cause de ses relations les plus intimes avec M. agent secret de la faction. « M . « M. « M. M. et dit a p p a r t e n i r à la grande société des Illuminés d'Allemagne. à la faction dont je viens de signaler plusieurs membres . Il vacille dans sa conduite. Il n'appartient pas. il fait un mystère de son logement. d'Oléron. il est. F É V R I E R . qui a été employé dans les droits réunis do Hollande. C'est un mauvais brevet de . Il arrive de Paris avec un passeport en règle . a un frère à Paris. il n'est pas douteux qu'il ne soit le point de mire d'une autre légion de mécontents. S'il ne l'a pas fait. il doit juger lui-même que sa présence est au moins inutile eu France. qui est marchand de nouveautés . il a dû communiquer confidentiellement. Mes observations sur ce chapitre ne sont pas assez mûres pour pouvoir hasarder une conclusion. Constant s'est fait présenter chez l'ambassadeur de Danemark. et a quitté Londres depuis quelque t e m p s pour retourner à Paris. Constant paraît avoir le désir de rentrer en Franco. et à qui de droit. mais. il écrit à ses collègues. B E N J A M I N C O N S T A N T . de Flaliaut. la correspondance qu'il a reçue de Stockholm depuis dix à douze jours.

LA P O L I C E FRANÇAISE A LONDRES 195 recommandation . « J'ai cherché à savoir quel pouvait être le motif de son voyage à Londres. Je crois cependant qu'il a toujours . je vous ai déjà dit que ce cercle. pour ne rien dire de plus. auquel l'ambassadeur n'a aucune part. « Il paraît qu'il a le dessein de prolonger son séjour à Londres. lorsqu'elle commence à l'embarrasser. Constant m ' a affirmé qu'il n'avait aucune correspondance avec Paris . et qu'il n'en recevait aucune lettre. Il s'exprime cependant t o u j o u r s en termes décents. il s'en sert presque tous les jours. réunit tous les Français d'un certain rang qui sont en opposition avec le gouvernement français. et il sait adroitement détourner la conversation. il a une v o i t u r e . il est extrêmement fin. « M. il s'exprime avec facilité et avec grâce. Il a loué. « M. à une des barrières. qu'il n ' y écrivait jamais. Je ne sais j u s q u ' à quoi point on doit ajouter foi à cette assertion. une petite maison qu'il habite seul. et ne fait aucune sortie contre le roi et les Bourbons. elle ne jouit à Londres d'aucune considération. La femme était jadis une actrice que l'ambassadeur a épousée. ou si ce n'est q u ' u n e remise . Benjamin Constant me reçoit toujours bien et se propose de me rendre une visite . mais. c'est-à-dire en opposition avec le système de gouvernement actuel et avec t o u t ce qui se fait a u j o u r d ' h u i en France. mais je n'ai pas encore pu le p é n é t r e r . je ne sais si elle est à lui. ses principes et sa manière de voir sont toujours les mômes.

Il voit assez souvent un imprimeur nommé Dean. chez lequel s'imprime Y Ambigu et qui est un de ceux qui impriment le mieux les ouvrages français. » .196 I.A P O L I C E POLITIQUE l'intention de publier un ouvrage. qui est m o n voisin.

t a n d i s que sa mère restait en France. qui fut. malgré les précautions prises p a r la mère et p a r le fils. leurs relations. Les agents qu'elle entretenait à Londres et qui n'étaient connus que du marquis d'Osmond. En dernier lieu. leurs lettres. Naturellement. fils de la comtesse de F l a h a u t . aussi bien celles du fils qui. reçurent l'ordre de s ' a t t a c h e r aux pas du jeune général et de rendre compte de tout ce qui. avait fait t o u t e sa carrière sous l'Empire.III Dans la lis to qui procède. étaient ouvertes à la poste a v a n t de leur parvenir. pour la p l u p a r t . de telle sorte que. pourrait intéresser le gouvernement français. ambassadeur de France. figure aussi le général comte de Flaliaut. leur correspondance devaient exciter la curiosité de la police. dans sa conduite. En 1815. devenue par son second mariage Mme de Souza. il avait passé en Angleterre et s'y é t a i t fixé en même temps qu'un certain nombre de proscrits. arrivaient à la mère sous le couvert de la légation du Portugal en France que celles de la mère qu'elle . redoutant d'être poursuivi. Ce brillant soldat. le père du duc de Morny. on le sait. il é t a i t aide de c a m p de Napoléon. La direction du Cabinet noir à Paris agissait dans le même sens.

Le 8 juin 1816. ministre portugais à Londres. Fenchurch street. il ne dit pas ses projets. il convient de rappeler ce que pensait et disait du comte de F l a h a u t l ' a g e n t secret dont les rapports sont sous nos y e u x et qui parle. il en est encore arrivé trois à la fois hier. et c'est encore lui qui est le point de contact avec le p a r t i anglais qui voudrait révolutionner la France. « Lord Grey et lord Jersey sont inséparables de M. de Turenne et M. . Il a fait voir à quelqu'un que je connais beaucoup u n e lettre de M. M. en Dauphiné.198 LA PÖLICH POLITIQUE envoyait à son fils sous le nom du comte de Palmella. de F l a h a u t . de plusieurs autres réfugiés qui se trouvaient à Londres avec lui. Ses deux princ i p a u x agents sont M. Dumoulin. A v a n t d'en citer quelques extraits. cet agent écrit : « Le général de F l a h a u t est ici au premier degré des fashionables et le chef de tous les révolutionnaires r é f u g i é s . de F l a h a u t est très peu mesuré dans ses discours . mais. Il disait hier que le roi de France m e t t a i t en vain du sable d e v a n t le t o r r e n t . 135. j'ai dans ma dernière dépêche annoncé comment j'étais parvenu à savoir que les dépêches v e n a n t de F r a n c e étaient adressées à M. en m ê m e temps que du général. Celui-ci est de retour du voyage mystérieux qu'il a été faire à B a t h et à Bristol . Sainte-Foi. de Metternich. et il tait quelles s o n t ses espérances tout en annonçant qu'il en a de grandes. Il sera bon de laisser parvenir celles qui ne contiendraient a u c u n article essentiel. et deux de Paris. d o n t une de Valence. ils se groupent autour de lui. afin d'éviter qu'on change d'adresse .

Mais. mais il fait ici beaucoup de dépenses et donne de l'argent à ceux de son parti qui en ont besoin. pour ne pas mourir de faim. Sans doute. un p r o j e t qui n'avait rien de politique . au prince Esterhazy. que si on le t o u r m e n t e à Londres. mais parce qu'il désirait y rendre possibles ses séjours accidentels. Mais ce que personne ne sait à coup sûr. Il l'a avouée secrètement à l'un des agents qui me l'a dit sans s'en douter. niais dans laquelle le ministre autrichien lui dit positivement. de F l a h a u t . que moi. Ou M. et combien me coûte la fréq u e n t a t i o n de certains cercles pour ne faire q u ' y p a r a î t r e . P o u r q u o i ce mystère pour une chose qui paraîtrait simple sans cela? « J'ignore la fortune de M. » Il y avait beaucoup d'exagération dans les propos de l ' a g e n t secret et c'est à t o r t qu'il attribuait à F l a h a u t des projets de conspiration. c'est la visite clandestine qu'a faite samedi soir M. 011 il a reçu des fonds pour jouer ici avec avantage le rôle qu'il y joue. il souhaitait au contraire voir se dissiper les soupçons dont son passé le rendait l'objet et s'acquérir la bienveillance du gr moment français. Je sais personnellement ce qu'il en coûte ici. loin de songer à conspirer. à la connaissance de M. sans doute Louis X V I I I n'exerçait sur lui aucun attrait. tout juste. il n'a qu'à venir de suite à Vienne. D'ailleurs. F l a h a u t regrettait l ' E m p e r e u r . de Flahaut a de très grands moyens. je le sais. de Flahaut . Ce fait est.LA F O L I C Ii K U A N CA I S E A LONDItHS 4ÜÖ dont u n e partiu est uno énigme pour moi. non qu'il fût dans ses desseins de rentrer définitivement en France. le comte Jules de Polignac.

d'une part. rencontrait des obstacles. et s'aperçoit qu'à Paris avec plus de 200 000 livres de rente. l'opposition que faisait au mariage le père de la fiancée.. il tourne autour de l'ambassade. E n même temps que se répand dans les salons de Londres la nouvelle de cette résolution. de laquelle il se montrait. qui multipliait ses efforts auprès du cabinet britannique pour faire expulser d'Angleterre ce Français inféodé à l'Empereur et que la police de l'ambassade désignait comme 1 1 artisan 11 d'intrigues et de complots. 1ns appréciations de l'agent sur Flahaut deviennent plus modérées. Je ne croirais pas à la conversion de Flahaut d'après son . Leur mariage était déridé. En annonçant.LA IM. la célébration prochaine du mariage.. il jouera toujours u n grand rôle dans la société. l'incessante malveillance du marquis d O s n i o n d . Il est vrai que celle-ci.) LI CE POLITlUinO ni do subversif absorbait ses préoccupations cl son temps. avait pris le p a r t i de passer outre et de se marier sans le consentement paternel. on reste dans la masse sans se faire remarquer. C'était. d'autre p a r t . élégant. au mois de juin 1817. la fille de lord Keith. Jeune. il avail inspiré les sentimentales pins tendres à une riche et belle héritière de l'arislocralie anglaise. séduisant de visage et d'esprit. possédant du chef de sa mère une fortune personnelle que l'agent disait s'élever à 236 000 francs de rente. il dit en parlant du fiancé : « Il chante m a i n t e n a n t sur une autre gamme . vivement épris. malgré le refus définitif du père. C'était. s'isole de ses anciens collaborateurs. au lieu qu'à Londres. l'ambassadeur de France. mai*.

de loin. que je ne cesse de penser à vous. d ' a u t a n t que t a dernière lettre était toute grogneuse. Finissez-en donc.I.. quo la faction lui tourne le dos. et voulait s'assurer les bonnes graces du marquis d'Osrnond. « Alexandre de Girardin a rencontré le duc de . ci ne rien taire. A Paris. qui attirent les yeux de 1out le monde.. cela ne peut étonner et il ne faut ni on grogner ni m'en punir. cela m'est bien triste. lorsqu'il est question d'une affaire où l'on cherche à te nuire. Charles. mais do mener les gens.. Peut-être. les difficultés ne doivent pas être.. et l ' a u t r e ne veut rien. » Si Flahaut tournait auteur cl·» l'ambassade. « Pas un mot de toi ni par le dernier courrier ni par la poste. ne veut pas dire : soyez plus empressés. pour un c o n t r a t où l'une conserve tout. que je n'existe que pour l'instant où vos lettres m ' a r r i v e n t et que je ne compte les a u t r e s jours que pour a t t r a p e r celui de la poste. Il f a u t m'oxeuser. où vous êtes tous deux comme deux chandeliers sur une table. Si je pouvais dormir t o u t l'intervalle. mais. Il est do fait. je me trompe ... longues. il n'était que bien imparfaitement pavé de ses efforts et de son bon vouloir. car. et qu'elle se plaint hautement de l'nbandon qu'il a fait de son ancien parti. (''est de ee côté que son mariage rencontrait le plus de difficultés. si mon intérêt pour loi m ' a fait te demander de rie pas lambiner. sa mère. s'en inquiétait. Λ ΙΌ L i e Ii FRANÇAISE Λ LONDRES 201 din·. Mme de Smiza. lui mandait-elle . C'est que vous êtes plus que ma vie. Dieu me ferait une belle grâce. niais un observateur doit être imparlial. s u i v a n t mon petit bon sons.

mais. bien triste. « J ' a i t a n t à faire. Je voudrais bien savoir pourquoi on se plaît à réveiller ces qualifications de bonapartiste? On est Français ou l'on ne l'est point et Bonaparte est bien plus mort aujourd'hui qu'il ne le sera dans cinquante ans. tout ce qu'il en connaissait était bon et honorable.. » En répondant à sa mère. et les lettres qui ne seraient pas d'elle. qu'il ne pouvait parler de toi qu'avec éloge. cela s'avance. Elle désirerait ravoir ses lettres et les miennes qui sont dans les deux petites cassettes que tu as. mais que pour ton caractère. Le duc lui a répondu qu'il regrettait a u t a n t que lui quo sa fille épousât un étranger. et . F l a h a u t se justifiait de ne pas lui donner de ses nouvelles aussi souvent qu'elle l'eût souhaité. que cela ne faisait rien pour l'habitude de ta vie et que tu étais plein d'honneur. que tu étais. quo je n'ai pas eu u n moment à moi. Dans notre situation de fortune et de naissance tout cela est plus difficile. tires-en des portraits. lorsque tu me presses comme tu fais. après les dernières qu'elle m'avait écrites. « J'ai reçu une lettre d'Henriette.201» LA PÖLICH POLITIQUE Wellington qui lui a dit que lord Keith était venu le voir pour lui parler de sa désolation sur le mariage de sa fille et prendre des informations de t o n caractère. de toutes les difficultés légales que nous avons à surmonter. Si tu peux ouvrir celle que t u as et qui est 4004. Tu n'as pas d'idée. fort bonapartiste. Je ne m'y attendais pas. ou l'année de m a naissance. ma chère m a m a n . et j'espère bien que le mois no se passera pas sans que nous soyons mariés. à la vérité. niais.. enfin.

J e suis loin de vouloir me brouiller avec cette dernière . car on dit qu'il sera bien cher à la fin de cette année. (sa fiancée) ne v e u t pas de la belle m o n t r e d o n t Bréguet d e m a n d e d e u x cents louis. m a r i et femme n e . parce qu'elle n ' y a p a s contribué . q u e de malheurs c e t t e funeste année 1815 a amoncelés sur m a t ê t e ! « Miss M. » Dans une autre l e t t r e .. Je ne crois p a s devoir lui refuser ce qu'elle d e m a n d e .. Elle est désolée de m o n mariage. j e ne fais pas semblant d e m ' e n d o u t e r . elle est plus capricieuse. « Adieu. « L a d y H. mais. d O r m o n d qui l'ont porté à être si bien pour Sébastiani et si mal pour moi ..LA POLICE FRANÇAISE A LONDRES 203 alors remets-les à Mme D. Elle en aime mieux u n e a u t r e qui soit moins parfait«». F l a h a u t a p p r e n d à sa m è r e que la conduite du m a r q u i s d ' O s m o n d à son é g a r d est généralement blâmée. m ' a remis la l e t t r e signée Adèle. Je suis le p r e m i e r qui sois resté dix-huit mois lié avec elle. Qu'il achète du vin. E n t o u t . Il est blâmé à cet égard p a r les personnes les moins disposées pour moi.. P o u r q u o i ni-je é l é séparé d'elle et exposé à p r e n d r e un autre a t t a c h e m e n t ! Ah ! ma p a u v r e mère. Ne crois p a s . on le méprise pour tous les mensonges qu'il débite contre moi et dont on c o n n a î t la fausseté qu'il fait assez c o n n a î t r e par la manière d o n t il contredit un j o u r ce qu'il a dit la veille.. plus égoïste que t u ne peux te l'imaginer. au reste. Mille tendresses à p a p a .. que qui ce soit f û t é t o n n é de son changemont à mon égard. chère m a m a n . « On rit beaucoup des s e n t i m e n t s de ce M. J e t ' e m b r a s s e et t ' a i m e de toute mon âme. mais.

Je lui remettrai .. mais sache-le. elle m'a parlé encore avec une grande bienveillance. Elle aussi a été fort bien pour moi. et tu sens combien je dois en être I one hé. Us vont à Paris en même temps que lord et lady Granville. parce que nous n'en sommes pas encore là. j'ai. Tu n ' a u r a s pas de peine à cela. et de la peine qu'il s'est donnée p o u r me servir.. reçu bien des marques d'intérêt.. je crois mardi ou mercredi. soit à Passy. si tu la vois.LA POLICE POLITIQUE forment pas une ambassade digne de représenter le roi de Franco. dans c e t t e circonstance. Si tu en connais une. Enfin.. car elle est gaie et spirituelle a u t a n t qu'elle est jolie. Ils iront loger auprès de Paris. Auteuil ou Boulogne. Hier nu soir. Enfin. « Lord Hariowsby m'a aussi l'ait son complim e n t . « J'ai oublié de to mander qu'il y a quelque 1 i'inps. lord Morley (ami de Canning). tu pourras la leur indiquer. Je ne l'ai p a s reçu. obligeant. « Miss M. a été bien sensible à ce que tu as dit pour elle dans ta dernière lettre.. T u n'as aucune idée comme lord Lauderdale a été b o n . mais qui auraient pu être mieux. qui ont été assez polis pour moi. Il leur f a u t une grande maison. « Il y a une dame qui part pour Paris la semaine prochaine. sois bien pour elle.. Elle est très bien avec miss M. Mme la duchesse d'York avait eu la bonté di· in·. Elle y v a avec son mari. Peut-être lui donnerai-je une lettre pour toi. niais je l'ai fort remercié. Neuilly. N'aie pas l'air de t'en douter.faire présenter à elle afin de montrer qu'elle ne désapprouvait pas le choix de miss M.

La Chambre des pairs s'ouvrira à d'anciens serviteurs de Napoléon à qui l'on avait d'abord . mon bonheur sera peutêtre le résultat des malheurs qui nous ont frappés. m a i n t e n a n t vaincu. grâce aux démarches de sa mère à Paris. Montalivet. Puisse l'administration actuelle finir ce qu'elle a commencé avec une grande sagesse. Bassano. ces disgraciés ressentiront les effets de la bienveillance des ministres français. d'autres encore cesseront d'être traités en adversaires. de contenir les témoignages de leur désir de justice envers des hommes qui n'étaient coupables que de g a r d e r un souvenir reconnaissant au souverain. embrasse le cher papa p o u r moi.LA POUCE F ΚΑ Ν ÇA I SK Λ L O Ν I) Ii Ε S 205 aujourd'hui celle que lu m'avais chargé de lui remettre et que j'avais gardée. Puissent le temps et la tranquillité faire disparaître les traces de ceux qui ont frappé notre patrie ! Je ne pourrai plus être qu'un observateur de ce qui s'y passera. mais je ne cesserai de faire des v œ u x pour elle. Exelrnans. le comte de F l a h a u t commençait à bénéficier des dispositions meilleures des ministres français à son égard. » On voit qu'en ce moment. encore que ceux-ci fussent obligés. ma bonne mère . « Adieu. « Adieu. Aujourd'hui. Cola ne l'était pas alors. p o u r ne pas attirer sur eux les foudres des ultras. Tu ne m'as pas dit s'il voulait venir ici passer quelques jours? Je n'oublierai jamais la bienveillance du duc de Richelieu et le repos que t u as dû à M. c'est bien. je ne pourrai plus y prendre p a r t . Plus tard. Decazes. à qui ils devaient leur élévation et leur fortune.

« Je suis fâché que tu n'aies pas remis ma lettre à M. de trouver tant de difficultés à me rendre justice. mais j'ai promis do la suspendre jusqu'à ce que quelqu'un. Le protocole était très bien. je ne saurais comment le faire. M.. Je t'enverrai ma démission par le premier courrier. ait écrit ici. Decazes. la clémence ministérielle ne s'exerçait encore quo timidement. car je ne connais pas de plus grand bonheur que de proléger celui qu'on opprime. inutiles au gouvernement. ne pouvait me rattacher aux principes qui font la base de l'union. écrivait Flahaut à sa mère. « Je plains M. Mais. à ce mariage. Je n'aurai jamais l'impertinence d'écrire au Roi . on a y a n t eu la preuve dans les démarches que j'ai consenti à faire pour me raccommoder avec lui. de Richelieu. au moment où le comte de F l a h a u t allait se marier. d'Osmond est un imbécile do ne l'avoir pas compris. Il devrait donc être favorable. qui est allé à Paris et qui doit parler de m a position à M. ou au moins de la paix de la France avec l'Angleterre.LA POLICE POLITIQUE tenu rigueur pour s'être ralliés à lui au retour de l'île d'Elbe. de Richelieu. au moins indifférent. On attend de ses nouvelles demain.. démarches que rien ne m'aurait porté à faire sans cela. « Aucun événement plus que mon mariage avec Mlle M. C'est celui dont se sert un gentilhomme envers tous les ministres dans le département desquels il n'es! pas placé et sois sûre que le langage d'un honnête . Elle n'est nécessaire à personne plus qu'à moi. Mes services sont parfaitement.

et sans motifs. je veux vous parler de moi.LÀ POLICE FRANÇAISE A LOMIMES 207 homme vaut mieux que du miel délayé dans du sirop. a y a n t demandé à mon fds de mes nouvelles. m'excuser en quelque sorte de ne m'être pas adressée à vous pendairt votre séjour à Paris . il allait se marier et sa résolution était prise de quitter la carrière militaire. Mais. pour reconnaître son écriture. Aussi. Si bien même qu'un jour. on l'eût vu tôt ou t a r d à son rang dans l'armée française. mais pendant les trois mois qu'il a été ici. » On reconnaîtra que ce n'est point là celui d ' u n ii'i'éeonciliable ennemi de la royauté. je vous avoue que j'étais indignée des calomnies et des persécutions dont je me trouvais l'objet. son mariage se célébrait et cet événement qui assurait le bonheur de sa vie réalisait ses v œ u x les plus chers. et sans doute si le mariage de F l a h a u t n'eût pas dû le fixer en Angleterre. Quelques mois plus tard. Robert Stewart se souviendra-t-il assez do Mme de F l a h a u t du Louvre. membre du gouvernement. à un grand seigneur anglais. mais. je n'ai pas mis le pied aux Tuileries. Charles lui répondit : . mylord. dont la copie ne porte pas de date. ne songeait-il pas à aller encore en France et il annonçait à sa mère qu'il ne ferait pas usage d'un passeport qu'elle était parvenue à se procurer pour lui. l'aimable M. lord Stewart : « Mylord. (it ne pas s'étonner de recevoir une lettre d'elle? Avant de vous parler de mon fils. C'est assurément à cette époque que Mme de Souza écrivait la lettre suivante. car non seulement j'avais ignoré le projet du retour de Napoléon.

de mon indignation. Ce n'est pas ainsi que l'on . et ses intérêts. de ma colère. Que je doive à votre bonté qu'il y soit traité en Anglais. Sa carrière militaire a été si brillante. je me suis vue persécutée. « Mon fils était dans une situation unique. devait être protégé p a r lui et il n'a trouvé en lui que malveillance et persécutions. elle ne peut venir ici. Ainsi. il n'a trahi ni trompé personne. car dès 1814. ses affections doivent à présent le fixer en Angleterre. après cette explication que j'ai cru devoir à votre ancienne amitié pour moi. lorsqu'après cette bonne conduite. jamais il ne l'a aveuglé ni emporté au delà de son devoir. » « Jugez. mais. d'Osmond a été bien mal pour lui . Le voilà marié avec une Anglaise. Tout ce qu'on peut lui reprocher peut-être u n sentiment de reconnaissance trop exalté .208 LA P O U C H POUTIQU!·: « — Ma mère est Portugaise. il a même outrepassé les droits d ' u n ambassadeur. « M. et mon fils n'a rejoint Napoléon que lorsque le Roi a quitté Paris. elle est alliée a « l'Angleterre. « Mais. un des affaires étrangères. é t a n t en Angleterre avec un passeport du ministre de la police. mylord. et depuis que je n'ai plus d'amis dans le ministère. un congé du ministère de la guerre. sa vie si pure et ses sentiments d'honneur si délicats qu'il peut prétendre à l'estime de tous. Enfin. car mon fils. permettez-moi de vous parler de m o n fils. t o u t cela était le résultat des tracasseries de société. il avait donné sa démission qu'on n'avait pas voulu accepter. je n'ai plus d'ennemis.

bonheur de le revoir. afin de fléchir sa rigueur. mais. J'ai osé croire qu'il entrait dans votre intérêt quelques souvenirs du Louvre et de votre jeunesse. q u ' o n ramène .LA POLICE FRANÇAISE A LONDRES 209 concilie. Los n o u v e a u x époux. Enfin. Mme de Souza. et je connais assez M. on pourrait s'étonner que copie ait pu en être prise par la police. j e ne l'imiterai point . répond Mme de Souza. intérêt pour le fils de Mme de F l a h a u t . mylord. Le 19 no\ r enibre. « Je sais que vous avez bien voulu recevoir mon fils avec cette même bonté que je réclame. d'Osmond pour être sûre q u ' u n m o t de bienveillance de vous. en a t t e n d a n t qu'il y vienne et qu'elle ait le. restée en France avec son mari. si l'on ne connaissait le savoir-faire de ses agents. anglais. » Après avoir lu cette jolie lettre. à cette époque. à des procédés plus sages. elle avait dû être confiée à l'ambassade britannique. écrit de Paris à son « Charles ». Ce que je vous demande. bonté. espérons toujours. le temps place tous les caractères dans leur vrai jour. c'est appui. je ne chercherai point à lui nuire . le ramènera à des sentiments plus justes. il lui apprend que sa femme a fait une démarche auprès de lord Keith. m a bien-aimée fille. j'espère qu'après vos 44 . où la comtesse de F l a h a u t possède de grands biens. mais que ce père irascible a refusé de la recevoir. son père. Ma fille. u Ta dernière lettre m ' a désolée. Je ne croyais pas qu'un père p û t pousser aussi loin la rigueur. et en se rappelant qu'adressée de Paris à un membre d u gouvernement. partagent leur temps entre Londres et l'Ecosse.

elle était amenée à s'en réjouir. on n'aurait pas m a n q u é d'établir à Londres que ton voyage avait r a p p o r t à cela. Je n'existerai que pour vous soigner. Laissons encore éclater cette fusée. puisque Dieu nous a ordonné de l'aimer comme nous-même. au grand désespoir de sa mère. vous aimer. car il est votre ami. puis. J'aime cet enfant quoiqu'il ne m'ait causé que des peines (2). « En. Mme de Sévigné dit que c'est Dieu qui nous donne nos amis et le diable nos parents. (2) Il s'agit évidemment du petit Auguste de Morny. et non pas mes parents.210 LA POLICE POLITIQUE couches. je vous embrasse de toutes les forces de mon âme. si je pouvais (1) Le bruit courait que Napoléon s'était évadé. Donne-moi des nouvelles du pauvre chou. c'est plus encore.. Après en avoir gémi. « Que j'ai besoin d'avoir une seconde lettre de Charles qui m'assure que votre s a n t é n'a point souffert de cette cruauté ! Que j'aime l'amiral Fleeming ! C'est votre cousin . vous viendrez ici pour bien du temps et soyez sûre de trouver en moi la plus tendre affection. F l a h a u t avait eu la pensée de venir passer quelques jours à Paris.. vous puissiez me regretter comme une véritable mère. mais. si tu y étais arrivé en même temps. même quand on eût été persuadé du contraire. mon Charles. vérité. il y avait renoncé. afin qu'à ma dernière heure. car avec toutes les bêtises que l'on débite ici sur SainteHélène (1). A h ! mes enfants. . » A cette époque. que tu m'appelles mon Prochain. je crois que Dieu t ' a inspiré. Je commence à le croire et je veux. « Ma chère fille.

ils sont petits. puisqu'elles n'empêchaient pas cette police de lire leurs lettres et d'en prendre copie. mon bon et cher enfant. comme je te l'ai déjà dit. D'un a u t r e côté. quoique jolis. « T u ne peux te faire d'idée comme j e suis contrariée. Palmella est allé à Bruxelles. cependant.LA POLICE FRANÇAISE A LON DUES 211 assuror voire bonheur par le sacrifice de m a vie. précautions inuiiles d'ailleurs. Mme de Souza se lamente sur ces difficultés et s'efforce ensuite d'égayer sa bellefille. J'en suis profondément blessée . Sors de t a tête tous ceux de la famille qui t e veulent du mal et fais ce que dois : advienne que pourra . a Adieu encore. » On voit que Mme de Souza souffrait cruellement de l'éloignement de son fils. et pendant . je la donnerais de grand cœur et encore ne ferais-je pas un grand présent. je sens. j e n'en rabats rien. Dieu veuille qu'elle ait une jolie petite fille qui ait ses grands yeux noirs. car je deviens triste e t souffrante. et. comme je In dois. lequel s'aggravait de la difficulté de correspondre que leur créaient les précautions qu'ils étaient obligés de prendre pour soustraire leur correspondance à la curiosité de la police. mes chers enfants.. Le 26 novembre. au fond de mon âme. je pense que soigner sa femme dans ce temps de tribulations est ce que tu dois.. l'injure qu'on vous fait à tous deux. au fait. autant qu'une mère p e u t les prodiguer. je ne prie Dieu à deux genoux que pour la santé de ma fille et je fais bien le v œ u de lui rendre en soins et affections. mais. D'ailleurs. Ce dernier point.

s'approche et se moque de mes inquiétudes. surtout q u a n d elle était on gaieté. rien on elle n'était τ ι ï raide. ses lettres de Londres restent ici.. Je ne sais quoi t e dire ! Que je t'aime? Que je donnerais m a vie p o u r toi? Tu as été bercé avec cela. c'était d a n s les premiers t e m p s du Consulat. et cela depuis trente ans. sans être décachetées. J'arrive donc.. Je suis sûre qu'il y a sur sa table deux ou trois lettres de toi et je ne puis les avoir. était parti pour la première fois avec s o n régiment. Jo connaissais Mme Bonaparte et l'aimais depuis ma jeunesse. ni sec . J'ai- . c'est beaucoup ! Ce qu'il y a d'heureux. je veux voir si tu n'aurais pas oublié quelques-unes de mes folies. surtout dans l ' é t a t où est ma fille? Enfin. « J'ai envie. « Ma. qui l'entend rire. et que les grands et petits chagrins viennent m'accablor. que nous aimons. J'en étais d'une tristesse mortelle. chère fille. la voilà qui se met à me railler sur ma passion pour mon fils. c'est que les calamités publiques sont d ' u n plus vif intérêt que toutes les autres douleurs et ne vont pas moins continuer. ce Charles. il f a u t souffrir. et puisque tu l'as mise au courant de toutes les petites joies de notre maison. ni anguleux. J'allai aux Tuileries voir Mme B o n a p a r t e . D'ailleurs. Le Premier Consul. pour désennuyer ma fille. J'arrivai à son cercle du soir (ij y avail. ni froid. de lui conter des histoires. elle avail une flexibilité d'esprit qui avait assez de rapport avec la souplesse d·* sa taille . enfin. elle était charmante. toute la France d'alors).212 LA POLICR POLITIQUE co temps-là. N'est-ce pas désolant. et nie voyant préoccupée.

à la grande douleur du ministère. avec le plaisir de n'avoir pas perdu une journée. car voilà comme est fait l'esprit de parti. « Ma bien chère fille. « La nouvelle de Paris est que Charles devait être renvoyé de l'Angleterre avec Gourgaud et que sa qualité d'Écossais a a r r ê t é le coup. « Je vous en conterais des milliers de cette façon. mais la vôtre aussi. c'est une autre antienne. v o y a n t la joie qui régnait à ses dépens. femme du conseiller d ' É t a t . on l'eût toujours dit (sans en croire u n mot). Que de gens j'ai v u répandre sciemment des méchancetés absurdes ! E t s'ils les persuadaient à une seule personne. je n'osais pas t r o p me regimber. donneriez-vous votre vie pour votre fils? — Oh! mon Dieu. lui répondis-je. S'il f û t venu ici. et qui. lorsque p a r t .LA POLICE FRANÇAISE A LONDRES 213 mais l'une (Mme Bonaparte) et lui passais ses railleries . Mme de Souza envoie à son fils des nouvelles concernant la . d'une laideur affreuse. » Le 10 décembre. gauche et ridicule à l'excès. s'approche de nous e t me dit en m i n a u d a n t : Madame. Cette folie eut un succès do gaieté qui fit retourner la d a m e à s a place plus v i t e qu'elle n'était venue. madame. Charles était sous la griffe de l'autre. du bout du salon. ma chère fille. q u e je voudrais avoir de vos nouvelles ! que je voudrais tenir dans mes bras mon cher petit e n f a n t !. E n attendant. toujours coi flee comme la poupée du diable. une certaine M m e Fermont.. ils se couchaient satisfaits. vous me croirez un peu folle. que vous n e comprendrez bien que quand vous serez mère..

tous l'éprouvent et aucun ne saurait précisément dire ou il a mal et d'où vient le mal. Son programme excite la f u r e u r et l'effroi de l'ultra-royalisme dont les agitations et les conflits qu'elles causent. u n ministère nouveau s'est formé qui veut t e n t e r de royaliser la nation. l'inquiétude est au comble . Cela fait un fâcheux effet sur les fonds. « L'abbé de P r a d t vient de faire paraître un livre intitulé : Des quatre Concordats. les prêtres. Le duc de Richelieu. à quoi . a quitté le pouvoir. si mouvementée à la fin de cette année 1818. tout cela est très intéressant et dit avec une audace dont nous n'avons pas d'idée en France.244 LA POLICE P O L m u r i i politique. qui sera très curieux pour Charles. inquiètent l'opinion. M. « Les Ultras sont dans une peur affreuse. La cour. de Talleyrand lui a fait défendre sa porte . effrayé p a r les élections libérales du mois d'octobre. les nobles en sont tellement furieux qu'il y a du danger à l'avoir lu. C'est au lendemain du Congrès d'Aix-la-Chapelle. Sous l'influence de Decazes. si vibranto. mande Mme de Souza à son fils. les intrigues des évêques émigrés depuis la Restauration pour obtenir un quatrième Concordat. Les intrigues de la cour de Rome sous Napoléon. en lui accordant de sages libertés. Le louer serait aussi courageux que de se m e t t r e d e v a n t la bouche d'un canon. s u r t o u t si sa paresse p a r t du dernier chapitre du premier volume jusqu'à la fin. après cette négociation victorieuse qui a libéré le territoire de l'occupation étrangère. Ils débitent les plus désastreuses nouvelles qu'ils assaisonnent de pronostics plus sinistres encore. En t o u t .

que ce livre Des quatre Concordats deviendra un ouvrage nécessaire et consulté par toutes les puissances qui auront à traiter avec la cour do Rome. On la retrouve avec ses . était l'ami do Vitrolles. en vain d'ailleurs. mon opinion est un secret de famille. les souverains qui s'y trouvaient réunis au moment du Congrès. » Mme de Souza se trompait et était faux prophète. mais. Rempli d'erreurs et de faussetés. Mme de Vitrolles partageait et exagérait encore les opinions de son mari. l'ancien aide de camp de Marmont. qu'il accusait de l'avoir calomnié à propos des troubles qui avaient récemment éclaté à Lyon. l'ouvrage dont elle parlait ne devait p a s avoir les hautes destinées qu'elle lui prédisait et ne les méritait pas. ultra-royaliste farouche.LA Ρ O L κ . elle raconte assez gaiement les incidents d'audience auxquels avait donné lieu un procès intenté p a r le général Canuol au colonel Fabvier. Fabvier a p p a r t e n a i t au parti libéral . pour leur démontrer la nécessité d'obliger Louis X V I I I à choisir ses ministres parmi les amis du comte d'Artois. œuvre do parti et non œuvre d'historien. ils en verront bien d'autres dans le livre que je viens de jaire et qui paraîtra bientôt. Il ne méritait que l'oubli dans lequel il ne tarda pas à tomber et est resté depuis. On l'avait v u e à Aix-la-Chapelle s'efforcer de circonvenir. c'est Vétat de VEurope avant et après le Congrès d'Aix-la-Chapelle. Je crois. I F R A N Ç A I S Κ A L Ο XI > H H S C 21Π col abbé répond : Ah! s'ils crient pour cela. l'homme lige du comte d'Artois et le meneur de l'opposition que faisait ce prince au ministère. Canuol. moi. Dans la même lettre.

nous . Lorsqu'elle eut entendu le nom de Fabvier. « L'affaire Fabvier a été plaidée samedi. « Comme une pareille furie dérangerait la perruque des avocats anglais ! C'est elle qui était à Digne lors des élections de 1815 et sachant qu'un libéral avait le plus de voix. qu'elle ne connaissait pas. Fabvier. elle entra par la fenêtre dans la salle des élections et vola la boite du scrutin. Elle s'est placée sur le banc des avocats et y a été comme une énorgumène. Le jour suivant. les gracieux sourires do Fabvier devinrent des rires inextinguibles.LA POLICE POLITIQUE extravagances dans la lettre de Mme de Souza. Mme de Vitrolles est arrivée sur le poing de Canuel pour entendre les débats. » Une autre lettre. en date du 29 juin 1819. Alors. — Mais. je vous assure. était placé près d'elle et lui disait gracieusement : Tout bas. elle se retourna vers lui comme uue furie en lui disant : Le duc de Raguse est un drôle et le colonel Fabvier un impertinent et un insolent. lorsque le préfet vint pour dépouiller les votes. cette année-là. il ne trouva rien et il n'y eut pas de député des Basses-Alpes. Dupin rendait compte des horreurs commises à Lyon. Lorsque M. elle demanda à son voisin de l'autre côté qui était ce simplet. L'un d ' e u x la hucha sur les épaules du plus grand . c'est vrai. elle vint pendant la nuit. répliquait-elle. elle me battrait. elle criait : Cela n'est pas vrai! C'est un coquin! C'est un misérable! et les jeunes a vocals riaient à causer même un peu de rumeur parmi les juges. Alors. Mme Dupin disait à ses voisins : j\Je me nommez pas. accompagnée de son cocher et de son laquais.

« P o u r ajouter à toutes mes inquiétudes sur l'ennui que ma fille pourra éprouver. quand j'ai été si horriblement persécutée. de Talleyrand et Montrond partent pour Barèges. de faire entièrement et uniquement ce qui vous sera agréable à tous deux. moi. parce que volontés. A l'approche de ce grand bonheur. voyant très peu de inonde et pour ainsi dire cachant sa vie. j'ai pris le monde en déplaisance et q u a n t à mon mari.LA POL IC ^ F R A N Ç A I S E A L ON I) H KS 217 apprend que lo ménage Flahaut se prépare à partir pour Paris. M. mes chers enfants. Le général v e u t présenter sa jeune femme à sa famille et à ses amis. que ce ne seront point nos habitudes que vous adopterez. c'est que toutes mes connaissances sont à la campagne. mes livres et m a patience. Le premier va de là à Valençay. Je suis bien contente que t u ne les trouves pas ici. il éprouve ce sentiment jusqu'au dégoût. mais vos fantaisies qui nous gouverneront. « Que dira ma fille lorsqu'elle nie trouvera une vieille femme ne quit tant jamais son grand fauteuil. tellement maîtres de la maison. nous dînons de même avec une ou deux personnes en plus . excepté Lobau et sa femme qui nous conservent un grand attachement. Oh ! les vilaines gens ! « Adieu. son spectacle. mes chers enfants. mes chers amis. raisons ne me paraissaient pas exprimer assez le désir que j'ai. il sort seul. Vous m'inspirez tous d e u x t o u s l e s sentiments qui donnent du prix à l a vie. ainsi que le prescrit le sage? Depuis 1815. Mme de Souza est toute bouleversée. Le matin. Je dis fantaisies. le soir. vous serez libres. et toujours couchée a v a n t onze heures. Mais. » .

» Ces protestations reconnaissantes d'une mère envers l'ami de son fils couronnent dignement les lettres si tendres qu'elle écrivait à celui-ci et les témoignages de filiale affection qu'elle recevait en retour. on a v u le nom de l'amiral Fleeniing. de Souza aussi no parle j a m a i s de vous sans dire : ce bon amiral Fleeming. en même t e m p s que les uns et les autres obligent à se demander quel intérêt pouvait avoir la police à connaître cette correspondance tout. . « Je ne veux pas finir avec toutes les phrases cérémonieuses qui sont à la fin de vos lettres et j'aime mieux terminer la mienne.218 la ρ ο υ er. cet excellent amiral Fleeming. je me bornerai à vous assurer de m o n véritable attachement. M. comme si je vous en parlais. par God bless you. de sentiment et de c œ u r . ρ ο ύ τ ι <j ι. my dear admiral Fleeming? Croyez que ni dans votre Ecosse. Mon cœur et mon esprit les ont également devinées.«. enfin. Ce brillant marin s'était lié d'amitié à Londres avec le général de Flahaut et lui prodiguait les témoignages de son affection. ce serait beaucoup plus pour mon plaisir que p o u r le vôtre. il s'y mêle toujours un souvenir d'estime et d'affection. L a gratitude de Mme d e Souza pour lui s'exprime dans les lignes suivantes : « Viendrez-vous ici bientôt. à savoir que ce fils et cette mère se chérissaient. personne n'apprécie mieux que moi vos excellentes qualités. qui ne lui apprenait rien sinon ce que tout le m o n d e aurait p u lui apprendre. ι·: Duns uιîu lettre précédente. votre nom ne v a jamais t o u t seul . ni dans la vieille Angleterre. Mais. comme je fais avec Charles.

dans la presse. Il s'était ultérieurement grossi de divers individus bannis par mesure de police ou volontairement fugitifs. à la suite de l'exception prononcée contre eux par la loi d'amnistie. dans les brochures dénonciatrices. Ce personnel se composait de ceux qu'avait proscrits l'ordonnance du 24 juillet 1815 et des régicides qui avaient dû quitter la France. A v a n t même d'être compris dans l'ordonnance du 24 juillet ou d'être menacés d'arrestation. On les recherchait en même t e m p s qu'on en surveillait d'autres qui n'avaient pas cru devoir se cacher malgré les menaces dont à la tribune des Chambres. c'étaient les anciens serviteurs de Napoléon. Entre tous ces exilés. Les notes de police qui suivent. caractérisent la surveillance qui . ils étaient l'objet.IV Quelque intéressantes que fussent pour la police les informations que lui envoyaient ses agents de Londres. que la police avait considérés d'abord comme les plus à redouter. plusieurs s'étaient enfuis : au moment où l'ordonnance les désignait. on ignorait leur asile. elle attachait un tout autre prix à celles qui la renseignaient sur les dispositions des Français réfugiés en Allemagne et dans les Pays-Bas. généraux et fonctionnaires.

ainsi que Massénaet J o u r d a n . et qu'il est dans la consternation. pour la conduite qu'il a tenue. ainsi que tous les autres. Il ne reçoit presque personne et a invité tous ceux qui t i e n n e n t à lui d'être e x t r ê m e m e n t circonspects. α Le maréchal Masséna. lielliard. en France. « Le général Belliard tremble de se compromettre et a peur de son ombre. découragés. il a envoyé de grand m a t i n chez Augereau. aucune sûreté. prévoyant pour l'avenir les plus grands malheurs à tout ce qui a servi la cause do lionaparte. 17 novembre. Si l'on en jugeait p a r t o u t e s les apparences. parce qu'on venait de lui dire la fausse nouvelle qu'il était arrêté. il a dîné chez Augereau. est toujours dans sa maison. On ne leur voit plus cette audace qu'ils montraient a u p a r a v a n t . depuis le 20 mars. Le même jour. la maréchale Ney était venue chez Augereau. La vérité est p o u r t a n t qu'il ne se porte pas bien. et se prétend malade. qui ne l'a reçue qu'avec inquiétude. Il y a deux jours. ne concevant pas la moindre espérance pour Ney. a b a t t u s . dans trois mois. « Le maréchal Augereau est dans l'abattement le plus profund. car il a de même g r a n d ' p e u r d'être compromis. il n ' y aura pour eux. Le lendemain. et ne songeraient qu'à m e t t r e à couvert leurs fortunes. Augereau. Tous sont convaincus que. du 3 au .2:20 l a . p o Li c i : i> g l m qui·: s ' a t t a c h a i t à ces débris do l'armée impériale dans 1 'S dernières semaines de l'année 1815 et nous donnent une idée du trouble des esprits. et autres. que t o u t le monde dit parti. avec quelques autres amis. Il craint s u r t o u t d'être mis en accusation. sont consternés.

chez Masséna. rêveur et inquiet. de corps l'a gagné depuis comme tous les autres. encore. uniquement pour ne pas être témoin du jugement du maréchal. est parti hier pour Caen. la présence est vraiment dangereuse à Paris. « Le général Rapp est. quoiqu'il eût déjà vu Jourdan pendant plus de deux heures. C'est. et qu'il empêchait les royalistes d'aller à Saint-Denis. « Mme Ney est venue chez Masséna presque ions los jours de la semaine dernière. et tous trois ont conféré longtemps ensemble. Avant-hier. lorsqu'il était commandant en chef de la Garde nationale. un énergumène dont. premier aide de eamp de Ney. e t a passé. « Mme Ney est très assidue chez le maréchal Jourdan. et il était temps qu'il partit. il l'a envoyé chercher de nouveau dans sa propre voiture. « Le maréchal de camp d'Albignae. avec M. il y a eu pel it conseil où ont assisté Augereau. Reille et Belliard. assnre-t-on. ainsi que plusieurs autres généaux. Cet objet. Jourdan. et ne l'a pas caché même à sa femme. arrivé ici malade et pensant assez bien. Jourdan regarde Ney comme absolument perdu. au moins deux heures avec lui. Elle y était encore hier. car il aurait fini par se compromettre. Sa tète se m o n t e de plus en plus. qu'il n'a jamais eu auparavant. « Il faut faire attention au général Clary. Berryer. Avant-hier. Masséna a un air sombre. le t r a casse singulièrement. L'esprit. et l'on tient de bonne . Son sang bouillait dans ses veines. dont on n'a pu savoir les noms.LA POLICE FRANÇAISE A LONDIU'S 221 8 juillet.

trompé dans son a t t e n t e . la route de Marseille pour s'embarquer et passer en Angleterre. On aurait même t o r t de me « ranger parmi les mécontents. il retourne à Rennes. Cet avis a sur-le-champ été communiqué sur la ligne. ils sont surveillés de près. Si Sa Majesté avait « besoin de mes services. car* je suis sur le « point de me marier et de jouir enfin du repos que « j e n'ai pas encore connu. c o m m a n d a n t De Belle (frère du général). le chef de bataillon Rey. Sa conduite a été sans reproches. sous l'habit de voiturier. on a u r a demain des détails circonstanciés sur leur compte. quoique ce soit encore à un degré assez modéré. et tiennent de fort mauvais propos .. elle mo trouverait t o u j o u r s « prêt à verser mon sang pour elle. Brun.LA IM)LICK l'OLITIOÜK source qu'il s'est rangé dans le parti dos mécontents et des clabaudeurs. L'intrigue leur est familière . « Le préfet de l'Isère s'est procuré des renseignements sur les généraux Chabert. retirés dans . Il a écrit : « J e n e suis intri« gant ni conspirateur. « Lo général Cambacérès vient de s'établir à Versailles . l'adjudant. » « Le général Pcrcheux et son aide de camp Lefèvre sont de même fort mécontents. « Le général Bigarré est venu prendre les eaux de Tivoli et solliciter de l'emploi . La Salcctte. c'est un homme nul. « Les généraux Aymé et Solignac sont en ce m o m e n t à Paris. etc. « Des indications particulières ont appris au préfet du Puy-de-Dôme que le général Mouton-Duvernet doit avoir pris.

Λ 1»()L1 c. le procureur du Roi. le maréchal Soulf.I. devait seulement être placé en surveillance spéciale. qui fit arrêter le maréchal Soult. et dans une discussion relative à son arrestation. F U A Ν (j Λ IS K A L Ο Ν 1 ) II K S 223 son département et sur quelques autres moins importants. lorsqu'il se rendit à Saint-Amand avec des passeports qui n'étaient pas en règle. le maréchal lui avait répondu avec. en laissant néanmoins au préfet la liberté de prendre telle mesure do h a u t e police. que vous vous exposez à être envoyé devant un Tribunal criminel. Tous sont tranquilles et t r è s réservés. d'après l'aticle 2 de l'ordonnance du 24 juillet. ce qui donne à cet incident une publicité qu'il eût été peut-être plus convenable d'éviter. s'est présenté chez le préfet et lui a déclaré q u ' à c e t t e époque. F. On n'a avis d'aucun rassemblement. que la conduite du maréchal lui paraîtrait exiger. Ce fonctionnaire s'y refusa. instruit du fait. « Lors du procès du maréchal Ney . le général c o m m a n d a n t le département du Tarn proposa au préfet de faire arrêter M. a requis le sieur Descach d'en faire sa déclaration. attendu que le maréchal. c o m m a n d a n t la Garde nationale de Barre. de son côté. « Aujourd'hui le sieur Descach. h u m o u r : Savezvous que tout n'est pas fini. La surveillance des rives du Rhône et des montagnes se continue. « Le préfet a ordonné une enquête administrative à ce sujet et. et que je ferai raser votre maison jusqu'à la plus basse pierre? Propos qui fut répété par son aide do c a m p . Le ministre ne put qu'approuver cette mesure. les promenades à cheval que . « Quoi qu'il en soit.

est visiblement en défaut. Rien n'a pu les rassurer contre l'appareil des visites et des perquisitions de l'autorité militaire. ils différaient dans l'espoir que leur position pourrait s'améliorer. cette surveillance tacite et mystérieuse qui s ' a t t a c h e a u x démarches et aux relations des individus qui en sont l'objet. on a détruit les impressions que. c'est de n'avoir . pas de baïonnettes : dès lors. chargé secrètement de ne pas le perdre do vue et de faire des rapports fréquents sur lui à ses chefs. Sa surveillance. souvent môme. Il a encore ou un tort. Ils out pensé avec assez de raison que pour surveiller. il a ordonné que. « Les généraux Exelmans et Fressinet ont toujours eu l'intention de passer dans l'Amérique méridionale : mais. ils ont exécuté leur projet.224 LA POLICE POLITIQUE le maréchal fait tous les jours clans ses terres. le général Exelmans a même été plus loin. E n conséquence. ce n'est. tous les matins. le maire de sa commune lui ferait présenter un registre sur lequel il donnerait par écrit l'indication des lieux où il v e u t aller dans la journée. chose remarquable. de leur aveu. « On voit q u ' u n officier anglo-américain en a été l'entremetteur . il ne faut. il a été adjoint à la brigade de Saint-Amand un gendarme de confiance. étant regardées comme des essais d'évasion. L ' a d m i n i s t r a t i o n et la police les ont peu inquiétés . Ils ont mis de la loyauté dans leur conduite . mais. le préfet a cru devoir le soumettre à une surveillance plus directe. les journaux et les débats des Chambres produisaient successivement dans leur esprit. De plus. qu'après coup que le préfet en est instruit.

à entrer au service de Russie. sous un n o m supposé. Les militaires réfugiés dans ce pays sont animés d'un très mauvais esprit. Il chercherait. « Le général Arrighi est arrivé. Laharpe. de nouveaux motifs d'injustes accusations contre la police. M. chez un forestier dont il instruirait les enfants.LA POLICE FRANÇAISE A LONDRES 225 point pris on considération l'autorisation qu'il avait depuis un mois d'éloigner lo général Fressinet. Co n'est pas le moment de le lui reprocher . l'accompagnent. le 27 au soir. Le général Dupas serait avec lui. publier. « Une note particulière place le général Ameilh à Roinin-Moiliers. le sieur Fournier. Son domestique se compose d'Italiens. Sa circulaire ne nomme personne. ni d'exciter des soulèvements. même canton. « Le sous-préfet de Gex pense que le général Clauzel est depuis peu de temps d a n s le pays de Vaud. si j'ose le dire. le secrétaire général partage. ses deux enfants et un aide de camp.. mais. ils sont peu nombreux. 15 . il va sans doute compléter les renseignements qu'il a transmis. cet avis. ni la faculté de faire une guerre de partisans. par· la protection de M. Envoyer circulairement leur signalement et l'avis de leur évasion serait en pure perte recommencer les alarmes des préfets qui se calment généralement. Sa femme. « Le b u t principal de cette note est de soumettre à son Excellence l'observation suivante : Les deux généraux fugitifs sont actuellement embarqués ou arrêtés . ils n'ont ni l'envie. à Draguignan où il doit rester en surveillance.

u n nouvel ordre de M. Bientôt.LA POLICE POLITIQUE « Cos renseignements seront éclaircis. ont marqué par leurs services ou par leurs opinions. mais. L'impossibilité d'habiter raisonnablement la première étant reconnue. il s'est mis en route pour Lorient où sont situés les biens de sa femme. » L ' a b o n d a n c e et le ton de ces renseignements plus . a u j o u r d ' h u i s u r t o u t que des paroles d'amnistie sont de nouveau descendues du T r ô n e et se répandent sur toutes les classes et sur t o u t e s les positions. « Le p r é f e t du Morbihan est autorisé à indiquer définitivement le Port-Louis pour destination au général T r a v o t si la chose lui paraît indispensable. s'est rendu à Angers : il y a d'abord été g a r d é à vue. Le préfet du Jura v i e n t d'en exclure le général Guye. « Telle est la j u s t e destinée de ceux qui. « Le général Travot ne pouvant rester à S a u m u r dont l'obligeait de sortir un ordre militaire. quoique sa conduite y f û t très mesurée. Nantes vient de lui ê t r e interdit . Le général Ameilh est l'un de ceux dont la marche a été le moins connue : il est plus que douteux que l'indication relative au général Clauzel soit exacte. sous l ' u s u r p a t e u r . il s'est retiré à Nantes. ancien aide de c a m p de Joseph Bonaparte. Il avait aussi été question du J u r a d ' o ù il est originaire . ce d é p a r t e m e n t frontière convient peut-être moins encore. Déjà les autorités réclament contre cette disposition. Il f a u t pourtant que la crainte de les voir encore troubler le repos public n'aille pas j u s q u ' à les priver d ' u n asile. le lieutenant général d ' A u t i c h a m p lui a assigné sa terre dans la Vendée ou Nantes pour résidence.

Ses camarades Ornano et Fressinet sont à Spa. évitaient. quels que fussent leurs sentiments. « Comme il n'est pas assez riche p o u r le faire de ses propres moyens ». Mais. Tout au plus remarque-t-on que le colonel Lahoussaye qui a servi dans la Garde et qui. encore qu'elle ne se fût pas relâchée. qui fut prononcé à la prière de Mme E x e l m a n s . à de rares exceptions près. Latapie et autres. Bory Saint-Vincent. Il c o m p a r u t devant un conseil de guerre qui l'acquitta. Morand à Cracovie. le général Exelmans fut rappelé en 1819 sous le ministère Dessoles. n'est invoqué contre eux ni contre les colonels Dessaix. Merlin. Au mois de mars (1) Comme la plupart des généraux bannis. de faire parler d'eux . son amie d'enfance. on se demande d'où vient l'argent. J'ai raconté dans mon livre : Louis X VIII et le duc Decazcs les circonstances touchantes do ce rappel. réside en Belgique. lui aussi. Les notes de 1816 constatent que le général Exelmans est à Breda et « s'y tient tranquille (1) ». secondée par Mme Decazes. Les généraux restés en France. Ceux qui avaient passé à l'étranger semblaient pour la plup a r t également décidés à ne pas attirer l'attention.LA POLICE FRANÇAISE A LONDliKS 227 on moins véridiques démontrent qu'à la fin de 1815. Aucun grief relatif à leur conduite actuelle. cette surveillance. dès la fin de l'année suivante et jusqu'au commencement de 1817. ne conduisait plus à des constatations aussi inquiétantes. Hullin. Pully. prodigue ses secours à des réfugiés. plusieurs s'efforçaient de rentrer en grâce. la police tenait pour rigoureusement nécessaire une active surveillance sur le personnel militaire qu'elle savait hostile aux Bourbons. . Gérard à Bruxelles. Brayer. Lamarque. « où celui-ci vient d'épouser Mlle de Valence ».

un rapport signale la présence à Düsseldorf du maréchal Soult et de sa famille. Il a acheté pour quarante mille francs de grains qu'il fait distribuer aux pauvres. son vote de 1793. soit directement. presque toujours malade. Cavaignac. Celui-ci. Il avait fait l'acquisilion d ' u n hôtel. voyait peu de inonde. et Sieves. l'ex-archichancelier de l'Empire. avec le consentement des alliés et l'agrément du roi des Pays-Bas. « Il y vit très retiré. l'ancien terroriste. ils ne cherchaient· qu'à s'y faire oublier. soit par leur famille restée en France. . l'eussentils voulu. Cambacérès. On p e u t être rassuré sur ce personnage. il n'a pas même d'équipage. affirmait-il. ne l'était pas moins des régicides. mais. Au déclin de l'âge. ils ne l'auraient pu. I CK POLITIC? Uli 1817. Réfugiés en Belgique au nombre d'une soixantaine. Cambacérès. sous la domination duquel le Congrès de Vienne avait mis les contrées belges. où il ne recevait qu'un petit nombre de réfugies.228 LA P O J. D'ailleurs. Barère. on l'accusait de manquer degénérosité envers ses compatriotes malheureux. vivait clans la retraite. ils ne songeaient pas à conspirer. Ou le désignait par raillerie sous le sohriqu Ί de « La mort sans phrases »qui rappelait. Les plus conidérables étaient le peintre David. calomnieusemenl. » Ce qui était vrai des militaires. f a u t e d'influence et de moyens d'action. sans faste. évitant tout ce qui a u r a i t p u le compromettre. jamais de militaires. lui aussi. Us y songeaient d ' a u t a n t moins que quelques-uns d'entre eux recevaient des secours du gouvernement français. On vantait l'excellence de sa table .

Le roi de Prusse lui a offert. La police ne l'ignorait pas. connu de toute l'Europe une considération exceptionnelle.Ii Λ IM) L I CK FRANÇAIS!·: A LONDHKS 220 Lo peintre David trouvait des dédommagements à son exil dans l'accueil des artistes belges et des amateurs d'art. » Ainsi. Elle avait. mande un observateur. chancelier prussien. il a dit qu'il se fixerait pendant deux ans à Bruxelles. dépossédé de la légation de Dresde et banni. encore vivants. Mandez-moi dans votre prochain rapport quel aura été le résultat de vos démarches. mais. aimerait qu'il vint s'établir dans sa capitale. où Sa Majesté est disposée à lui procurer l'existence la plus honorable et tous les secours dont il pourrait avoir besoin. un asile dans ses États (1). Il devait d'abord se retirer en Italie . charmé de fixer un artiste aussi illustre et aussi distingué. Sa Majesté y tient beaucoup. eût peut-être exigé qu'on exceptât de la loi cet individu qui portera dans tous les pays étrangers l'intérêt attaché à un talent supérieur. » (Dossiers du Cabinet noir. après avoir fait bannir ses anciens complices. s'il en est encore temps. Sa Majesté vous charge de le sonder à cet égard. le 6 janvier 1816. a y a n t trouvé dans cette ville plusieurs de ses élèves. les princes et prin(1) Lo 28 février 1816. ni d'aucun des juges de Louis X V I . « La politique. Il devait à son grand talent. volumineux dictionnaire où les souverains. le Roi verrait avec plaisir qu'il eût l'idée de chercher un asile dans ses États. mis la main sur le chiffre dont usait le duc d'Otrante dans sa correspondance avec Paris. ministre de Prusse à Paris : « Le célèbre peintre David se trouvant dans le nombre des proscrits qui devront quitter la France. écrit au comte de Goltz. pas même de Fouché. rien à craindre de lui. L'ancien ministre de la Police se montrait plus soucieux do rentrer en grâce auprès de Louis X V I I I que désireux de contribuer à le renverser. et de lui faire entendre que le Roi.) . le prince de Hardenberg. à son tour.

jadis ses collègues cl restés ses amis. . on n'en pouvait dire autant de divers autres personnages non (1) Dans un récent ouvrage historique embrassant les temps où vécut Gaillard et rédigé d'après ses Mémoires inédits. avait entrepris de prouver au gouvernement que Foiiché n'était pas un ennemi. sous les yeux de Louis X V I I I des réflexions telles que la suivante : « Ils sont bien plus les ennemis du Roi que les miens ceux qui veulent persuader que des molifs qui n'ont pas empêché le Roi de me faire entrer dans son conseil et dans un ministère de confiance au moment du danger. D a n s ce but. L'un d'eux. me font bannir de ma patrie. Tout en continuant à surveiller Fouclié.LA POLICE Ρ O U ΤΙ O U K cesses. il ne dédaignait pas de commniquer quelques-unes de ses missives au ministre de la Police et celui-ci pouvait mettre. le courage et le noble caractère. Elle lisait ses lettres. le baron Despatys a entrepris de raconter la vie de ce personnage dont ces récits mettent en relief la probité. Si du côté des généraux et des régicides. les pays même étaient désignés sous des noms de convention. la police tendait à le considérer de plus en plus comme un homme fini et les renseignements qu'elle recevait à son sujet de la chancellerie autrichienne n'étaient pas pour modifier cette opinion. le danger paraissait s'amoindrir de jour en j o u r . le conseiller Gaillard (1). Elle savait que ses correspondants principaux étaient deux anciens professeurs de l'Oratoire. les hommes politiques français et étrangers. quand on le croit passé. » Ce langage ne présentait rien de subversif. celles qui passaient par la paste cl celles qu'il expédiiiit par des voies considérées comme plus sûres.

Dans ce troisième groupe. qui sont à Liège et qu'on croit attachés à ce journal . à l'instigation de l'Angleterre. délivrés par la Révolution. Mais. les avocats Teste et de Tolozan. on avait formé . restés Français jusqu'en 1815. secrétaire général de l'Université pendant les CentJours. le directeur de la feuille satirique. les Belges. on trouve Barras dont la présence est signalée t a n t ô t à Bruxelles. Contre celui-ci. la complicité des autres dans ce mouvement est démontrée par leurs écrits. mais parce que c'est à la France qu'ils voulaient être de nouveau réunis. ou contre celui des Pays-Bas. CauchoisLemaire.LA POLICE FRANÇAISE A LONDIU'S 231 compris dans ces deux catégories et réfugiés aussi en Belgique. l'homme de lettres. ne se résignaient pas à être les sujets de la maison d'Orange. annexés ensuite à la France. qu'on croit fixé à Anvers . non qu'ils rêvassent déjà d'autonomie et d'indépendance. le Nain Jaune. qu'il a transportée de Paris en Belgique et à laquelle succédera bientôt le Libéral. par les articles séditieux qu'ils donnent au Nain Jaune. Leur prétention était regardée comme parfaitement légitime p a r le peuple hollandais que ne satisfaisait pas davantage la réunion des deux pays dont. Arnault. Réal. tantôt à Louvain . dont ils poussent les Belges à secouer le joug. jadis l'acolyte de Fouché. au Vrai Libéral. au Libéral. Longtemps courbés sous la tyrannie de la maison d'Autriche. contre Barras et Réal on ne relève aucun acte révélateur d'une participation effective aux agitations dont Bruxelles était le centre. les pamphlets qu'ils lancent à tout instant contre le gouvernement français.

à Bruxelles.) . Elle était propice aux plans des agitateurs . elles espéraient que la paix en allégerait le poids. ministre des Pays-Bas à Paris : « Parmi les nouvelles du jour. la baronne de Fagel. portés p a r d'éloquents orateurs à la tribune des É t a t s généraux qui se réunissaient annuellement à t o u r de rôle à La Haye et à Bruxelles. Ses regrets. c o m m e n c e à monter les têtes et qu'en général.232 LA Ρ 0 LI CL P O L I T I C ) UΚ uiL seul royaume. et les impôts se multipliaient. le gouvernement français et celui (1) Le 20 décembre 1816. elles étaient écrasées d'impôts. la Belgique rendait cette même annexion responsable de ses m a u x et regrettait son ancien gouvernement. que le Libéral. de religion. dame d'honneur de la princesse d'Orange. » (Dossiers du Cabinet noir. successeur du Nain Jaune. de langage et d'intérêts. Telle est la situation qu'avaient trouvée. malgré les différences de mœurs. devenaient de plus en plus lourds. je puis v o u s annoncer d'abord que l'Assemblée des États généraux prend un caractère fort orageux et que l'autro jour. Tandis que la Hollande attribuait à l'annexion la ruine de son commerce. après la p a i x l'annexion à la Hollande. Le mécontentement était universel. se manifestaient a t o u t instant (1). La multiplicité sans cesse accrue des charges financières augmentait le mécontentement des populations annexées. elle favorisait les menées des plus violents dont les écrits englobaient dans les mêmes critiques et les mêmes attaques les gouvernements alliés. le peuple de ce p a y s devient fort taquin et fort raisonneur. à un tel point qu'on n'a pu jouer le lendemain . q u e le soir. le public en a voulu ù l'administration de la Comédie et a fini par casser les bancs de l'orchestre. La paix était venue. Sous le régime impérial. les tribunes ont successivement hué et applaudi leurs nobles puissances sur la question de l'exposition des grains. écrit de Bruxelles à son beau-frère le général baron Robert de Fagel. Mais. les proscrits français.

écrits et publiés p a r les restes d'un parti. ayant réussi à renverser presque tous les gouvernements du monde. t o u t comme les mesures de son gouvernement.LA P O L I CK FRANÇAISE A LONDRES 233 dos Pays-Bas. sa famille. en t a n t qu'ils sont. signale le danger qui résulte de cet é t a t de choses et la nécessité d ' y mettre un terme : « L'objet qui. son gouvernement et ses adhérents. et même pour l'autorité de l'Europe alliée. communiqué en 1817. et tandis qu'ils réclament la protection de ses dispositions libérales et des lois de son pays. a lui-même été vaincu d e u x fois par la force des armes. mais. Un mémoire du duc de Wellington. Il est vrai que la difficulté de faire circuler ces libelles en France. ils sont. ils font t o u t ce qu'ils peuvent pour ébranler la loyauté de ses n o u v e a u x s u j e t s . donne le plus de mécontentement a u x amis du bon ordre et a u x gouvernements. et il est bien connu . et que ces individus qui composent ces restes doivent leur vie à la clémence des mêmes souverains qu'ils insultent. sans contredit. dans le moment actuel. une insulte pour le roi de France. p a r suite des mesures de police qui ont été adoptées. donne à espérer qu'ils ne fassent pas t o u t le mal qu'on se propose de faire . « Ils ont choisi pour leur résidence et pour l'endroit d ' o ù ils lancent leurs libelles. les É t a t s d'un de ces souverains alliés. sa personne même. ce sont les libelles publiés dans les Pays-Bas. n'est point à l'abri de leurs injurieux libelles. à la Conférence des ambassadeurs à Paris. ils insultent ses serviteurs et ses ministres. p a r t o u t où ils peuvent . qui.

la police française. à cet égard. ainsi que leurs effets. et d'examiner avec soin les mesures qui ont été adoptées jusqu'à présent. de renverser le gouvernement. mais. Sa conviction s'inspirait des r a p p o r t s d'un observateur qu'elle avait envoyé temporairement en Belgique et de la confiant. » Quelles que fussent à cette époque l'influence et l'autorité de Wellington dans le conseil des puissances allées. n'attachait pas la même import a n c e que lui aux faits dont il s'inquiétait.LA POL IC!·: POLITIQUE que s'ils devaient réussir dans leurs plans contre la France. Comme cependant les mesures à prendre pour c o m b a t t r e ce système de libelles peuvent affecter la police intérieure d'un des É t a t s f o r m a n t la grande alliance européenne. qu'elle accordait à ses dires. il est nécessaire de procéder. Au mois d'avril 1817. Mais à le juger d'après ses observations. ses commentaires. Les libellistes de Bruxelles ne lui semblaient. c'est-à-dire qu'il les croyait incapables de conspirer. Peut-être l'eussent-ils été sans la surveil- . il devait avoir été t r i é sur le volet. son art de mise au point. après de mûres délibérations et avec précaution. pas dangereux sous le rapport de la haute politique. faute de moyens ». elle était convaincue que les agitateurs avaient ajourné à la mort de Louis X V I I I l'exécution de leurs desseins. « non f a u t e d'intentions. bien qu'elle t î n t le plus grand compte de ses renseignements et de ses appréciations. et de conquérir le Royaume des Pays-Bas. Son nom nous es ι inconnu. comme c'était jusqu'ici toujours le cas. la première chose qu'ils feraient serait.

La même chose a lieu à Munich et à Constance et il y a un point central à Paris qu'on appelle : Institut impérial. . Mais ne devant point roster ici. « On sait ici t o u t ce qui se passe dans la capitale. comme si l'on y était. Mais elles veillaient l'une el l'autre. elles empêchaient ces folliculaires de faire passer leur^ écrits en France et leurs excitations restaient sans effet. vu le caractère temporaire de sa mission. Autrement. Je parle d'après des données qui me paraissent sûres. « J ' a u r a i s bien pu pénétrer dans plusieurs mystères de ce genre. Mais. » Cet aveu prouve au moins que notre homme ne cherchait p a s à se faire valoir et sa modestie nous est un g a r a n t de la justesse do ses observations et de la sincérité de ses propos. Ils sont d'ailleurs en parfait accord avec ce que nous savons de ce qui so passait alors en Belgique. ma position dans cette ville est équivoque. j'aurais pu mieux réussir. j'ai refusé les invitations pour éviter t o u t soupçon et ne faire naître aucune défiance s u r moi.LA POLICE FRANÇAISE A LONOKE S 235 lance de la police belge et surtout de la police française. Néanmoins. Je me serais fait présenter aisément dans les meilleures maisons belges et au club. » Il avouait cependant qu'il n'était pas à même de tout savoir. cet agent dénonçait les communications directes el quotidiennes qui existaient entre Bruxelles et Paris. Il y a des émissaires qui vont et viennent et qui portent lettres et paquets.

il est éloigné d'être aimé dans ce pays. choque et les Belges et les étrangers. au spectacle. et qui ne cache ni ses regrets ni ses espérances. et du parti politique qu'il a pris. de son entêtement extrême dans les affaires. Hier.ν Non content d'observer la société des réfugiés. . point de majesté. Guillaume I e r : « L'inconvenance avec laquelle on parle ici hautement. constate et signale l'impopularité du roi des PaysBas. on dit p a r t o u t que ce prince recevant beaucoup et ne dépensant rien. dans toutes les classes de la société. de la personne du Roi. La mesquinerie du train de sa maison. qui est entièrement et absolument français. ne s'occupe qu'à ramasser des fonds qu'il fait passer successivement en Angleterre . de la nullité de ses moyens. qui n'est point comparable à celui de tel de nos p a r v e n u s à Paris. est digne de remarque. Point de représentation. « Le prince d'Orange représente mieux . on voit qu'il cherche à se faire aimer. Les plaintes contre ce souverain sont amères et paraissent fondées sur la permission d'exportation des grains qui a porté le prix du pain dans ce pays fertile de trois sous à neuf. l'auteur des rapports qui me servent de guide.

étincelante de diamants. ne les a pas ôtés. qui est jeune et dont l'extérieur est aimable. la Reine. — il n'y avait personne dans les rues. J'en parle. — des chandelles derrière les fenêtres. parce qu'il n'est question ici que du petit bonnet à la hollandaise p o r t é par la reine régnante et qui déplaît fort aux Belges. le cortège royal. n'a excité dans Bruxelles aucun enthousiasme. bien que hi Roi. Au t h é â t r e on donnait un intermède : La naissance du fils de Mars et de Flore. pour fondre ces d e u x nations en une. le signal des applaudissements. « La veille. suivant son usage. qui partirent alors des quatre coins de la salle. si cela n'est pas impossible. imité de celui . » le prince d'Orange qui était dans sa loge. s'adonne aux plaisirs et aux plaisirs faciles. d'un p e t i t bonnet très simple à la hollandaise. le prince d'Orange saluassent de tous côtés. Le peuple qui bordait les rues. fils du prince d'Orange. le bonnet et le chapeau sur la tête. A neuf heures du soir. et qu'on apercevait à peine. Il faudrait bien du temps. la reine mère était venue au spectacle avec la reine régnante qui était coiffée. quoique très brillant.LA POLICE FRANÇAISE A LONDRES 237 dans le m o m e n t que. le comte Almaviva dit. Le prince d'Orange. le premier. à propos du baptême du prince héréditaire. malgré les illuminations. tandis que la reine mère avait une toque de velours noir. » Le 27 avril. dans le Barbier de Seville qu'on jouait. dans le quatrième acte à Bartholo : « Les vrais magistrats sont les « soutiens de tous ceux qu'on opprime. le rapport signale encore qu'en allant au temple et en en revenant. s'avança et donna. J'étais présent.

sous toutes les formes et en toute occasion.LA Ρ 0 LICK P f ) L I T IOIJK qu'on donna à l'Opéra do Paris. (C'est celui qui fut sauvé p a r sa femme à Berlin. elle en fournit à t o u t e l'Europe. toutes les offres de service possibles. Les détails donnés par l'observateur a n o n y m e l'ont éloigné de sa mission. Je ne peux pas dire dans quelle acception le prince de Hatzfeld prit ce mot. lequel se prépare à s'expatrier. dans la pièce d'ouverture. entra. elle éclatera révolutionnairement en 1830 et la Belgique. Il y revient bientôt en rendant compte de ce qu'il a vu parmi les réfugiés. Elle ne se révèle encore qu'en d'inoffcnsives manifestations. La conversation s'engagea de suite sur la situa- .) Il apportait à cette dame une lettre du prince de Hardenberg et une traite de mille florins sur Paris. Il lui fit. On a écouté dans u n morne silence ces scènes allégoriques. Voici d'abord le très piquant récit d'une visite qu'il a faite à Mme Brayer. comme un Français pensant bien. un des personnages a y a n t dit : « L'esprit est du terroir de France . femme d ' u n général proscrit. En revanche. » la salle a éclaté en applaudissements. « J'étais hier soir chez Mme Brayer lorsque le ministre de Prusse. « J'allais me retirer. de la part du prince de Hardenberg. lors du mariage de Napoléon avec Marie-Louise : L'union de Mars et de Flore. Ce fut son expression. Ainsi. de iïalzfeld. lorsque Mme Brayer me p r é senta à M. les Belges témoignent de leur antipathie pour leur gouvernement. Mais. avec l'appui des Français. et l'assurance de t o u t l'intérêt qu'il ne cesserait de prendre à son mari. prince de Hatzfeld. proclamera son indépendance.

il est présumable que des évé« nements pourront avoir lieu à la m o r t du roi.LA POLICE FRANÇAISE A LONDRES 239 lion actuelle de la France. n'ayant pu payer leur passage. les réfugiés y sont aimés et recherchés. On assiste les moins fortunés . Des officiers français. de riches Anversois l'ont .nombre d'une trentaine. on envoie même des offrandes à la caisse de secours qui s'est créée sous la direction du général Merlin pour leur venir en aide et qui leur assure une mensualité suffisante à leurs besoins. sur la santé du Roi et sur la légitimité. venus à Anvers où ils devaient s'embarquer pour Baltimore. il nous « faut le petit roi de Rome . » « Le prince sourit. mais. » L'observateur constate encore que. nous n'en «voulons pas plus que du duc d'Orléans. La modicité de sa souscription a indigné tout le monde et fait dire que « cet archigastronome fait tous les mois le sacrifice d'une dinde aux truffes pour secourir ses compatriotes ». répondit en diplomate et se retira. Le prince de Hatzfeld dit simplement : « — La Prusse ne veut plus se mêler des affaires « de la Franco . les « Français ne veulent point d'étrangers . biaisa. c'est lui qui ralliera « tous les partis. parfaitement accueillis à Bruxelles et à Liège. allons. au . vous allez a encore nous parler de votre prince d'Orange . On s'intéresse assez à eux pour les tenir au courant des mesures qui pourraient menacer leur sécurité. Cambacérès sollicité. On raconte que cette caisse a reçu du duc d'Orléans deux cents louis. « — Allons. dit Mme Brayer . a souscrit pour t r e n t e francs par mois.

Les lettres de Paris arrivent rapidement par cette voie. On croit du reste que sa mission est connue du gouvernement des Pays-Bas et . D'autre part. continue le rapport. a voulu les rembourser. ils ont refusé de l'être. mande l'observateur. Un général hollandais passé au service de la France. est aussitôt dénoncé aux réfugiés. les espions. « La correspondance entre Liège et Bruxelles est journalière.2 40 LA PÖLICH PO L I T I nui-: payé pour eux et q u a n d la caisse de secours. Les relations avec Paris ne sont pas moins actives. les conducteurs de voitures publiques et les maîtres de poste. soit p a r les personnes qui vont et viennent. Ceux de leurs amis qui résident dans la capitale leur écrivent fréquemment. observer ce qui se passe à Bruxelles et à Liège. la t r a gédie d'Arnault. On y emploie. étant parti de Paris. ils sont avertis des incidents t u multueux auxquels elle a donné lieu et qui o n t transformé en un c h a m p de bataille la salle du Théâtre-Français. outre des émissaires de confiance. se déplacent à chaque instant. avertie de leur intervention. qu'utilisent encore les réfugiés pour se faire adresser « leurs habillements et leurs chaussures ». sous p r é t e x t e d'affaires de famille. n o t a m m e n t Teste et le général Fressinet. on les met en garde contre. « Plusieurs affaires l'attendent. soit par lettre. » Les réfugiés eux-mêmes. Ils ouvrent immédiatement une souscription à l'effet de faire représenter la pièce à Bruxelles par Talma et Mlle Duchesnois. il sera provoqué et insulté. Au lendemain de la première représentation de Germanicus. chargé par le ministre de la police de venir.

C'est entre autres un soi-disant colonel anglais qui porte sur sa montre u n portrait de Napoléon et qu'il croit être un agent secret du premier ministre britannique. de la croix de Saint-Louis et de celle de la Légion d'honneur. dont la poitrine est étoilée de la croix du Lys. plus ou moins suspects aux réfugiés. sont-ils disposés à la défiance. lord Castlereagh. dans ceux de Lucien iG . est soupçonné d'appartenir à la police française et de même les individus dont le train d'existence paraît au-dessus des ressources qu'on leur connaît. L'observateur en désigne plusieurs qui sont. (1) Il est question de Mme I l a m e l i n dans les Mémoires du chancelier Pasquier. H F II A Ν ÇA I S Κ A L Ο ΝΊ ) Κ Κ S 2 41 qu'il recevra l'ordre de sortir du royaume. qui fut la maîtresse du comte de Montrond et de ce général Fournier que d e u x décrets datés du quartier impérial d'Eisenach. d a n s ceux de Thiébault. » L'espionnage est ce que les réfugiés redoutent le plus. dont le séjour à Bruxelles se prolonge. un sieur Olivier. 7 novembre 1813. Aussi. a beaucoup fait parler d'elle. pour ces causes. « quinquagénaire a u x yeux durs » qui pérore dans les estaminets et p a r a d e sur les promenades. et enfin une femme. sous le Directoire et le Consulat. los incidents s c a n d a l e u x d o s a vio . chassèrent de l'armée« p o u r s'être mal conduit aux dernières affaires » et qu'on arrêta chez elle où il fut trouvé caché entre deux matelas : la fameuse Mme Ilamelin (1). qui rappellent. Ils se savent l'objet d ' u n e surveillance incessante. les 26 octobre et. qui passe pour avoir appartenu à la police sous l'Empire.LA Ρ O l . Tout étranger inconnu d'eux. qui. qui la tient p o u r une f e m m e galante et intrigante et nous apprend que le financier Ouvrard é t a i t chez elle quand il fut arrêté par ordre do l ' E m p e r e u r . I r.

Regnaud de Saint-Jean-d'Angély y est venu jusqu'au dernier moment de son départ. ses propos séditieux. et qui déteste le gouvernement des Bourbons. à la Malmaison . Plu·-. alors qu'elle était à Paris. sa conduite politique. sa pétulance. L'ami et le confident de Mme Hamelin est M. M. curieuse personne que sa r é g u l a t i o n n'empêcha pas d'avoir d'illustres amis et dont. dans mes travaux sur la R e s t a u r a t i o n . M. entre autres. dans ceux do la duehesso d'Abrantôs. qui la juge avec bienveillance. de Caulaincourt et M.2-ί LA PO LI CK POLITIQUE Dès Je second retour des Bourbons. y viennent aussi quelquefois. « Le général Corbineau a continué de venir chez Mme Hamelin. rue Blanche. et il n'y a presque plus de réunions chez elle. Samedi matin. D'aulro part. Boursault. ainsi qu'en fait foi le r a p p o r t suivant en date du 1 e r août 1815: « Mme Hamelin. C'est un intrigant.ii cité de n o m b r e u x e x t r a i t s de la correspondance qu'elle e n t r e t i n t à c e t t e é p o q u e a v e c le duc D e c a z e s . mais qu'il laissait ici de bons amis et que ses intérêts étaient entre bonnes mains. et dans divers autres récits de moindre importance. Cependant. vers la fin de sa vie. est surveillée secrètement depuis plusieurs jours. Bonaparte. ses relations avec les personnages les plus notoirement hostiles au nouveau gouvernement. M. André Gayot a p u b l i é un recueil de lettres adressées par elle à u a ami. avec le p a u v r e Arnault. et. il constata les rapports avec la police p o l i t i q u e dans les premières années de la Restauration. un ex-révolutionnaire. moi-même. l'avaient désignée à la police. . M. Elle est circonspecte. Alfred Marqufr«· a essayé avec succès de reconstituer ia physionomie de c e t t e tri·:. j'. de SaintAignan. il lui a dit qu'il partait pour le Val. l'entrepreneur du nettoiement de Paris. qui la cito parmi los f e m m e s qu'on recevait. son beau-frère. récemment. sous ce litre : Une Merveilleuse. elle a peur. qui est propriétaire de la maison.

le 31 octobre. Mais son langage ne. A la fin d'octobre. madame. Elle paraît compter assez facilement sur l'ancienne protection de M. mais elle n'en pas été assez bien reçue pour renouer ses relations passées. Mandée. Mme Hamelin a peur. le prince de Talleyrand et de M. ne. Elle se récria. Elle se chargeait bientôt de prouver le contraire. En dernière analyse. qui l'avait épargnée jusque-là.LA l»0LICK FRANÇAISE A LONDRES LM. elle était invitée à quitter la capitale. se décidait à sévir et à l'éloigner de Paris dans les quarantehuit heures. qu'elle voyait fréquemment autrefois (surtout le premier). chez le préfet de police Anglès.'i « Mme Hamolin voit au dehors beaucoup moins de monde que jadis. Elle s'est glissée chez les princes Schwarzenberg et Metternich. cessait de répéter le préfet. elle demanda à ne pas aller dans une ville de l'intérieur. protesta. Nul incident politique ne pourrait . c'était lui l'aire beaucoup d'honneur que de la rendre victime de: la réaction. Pour ce qui était rie sa conduite antérieure au retour du Koi. Alors. bien qu'elle eût été portée d'abord sur les listes de proscription. — Il faut partir. sa conduite était devenue telle que le gouvernement. » Le rédacteur de ce rapport se t r o m p a i t en supposant que Mme Hamelin était devenue plus craintive et plus prudente que par le passé. En quoi avait-elle mérité l'exil? On la calomniait en lui a t t r i b u a n t des intentions hostiles et des paroles malveillantes. le duc d'Otrante. et la crainte !a rendra sage. pouvait ébranler les résolutions dont elle était l'objet.

Malgré tout. à Bruxelles. lorsque. à Bruxelles par exemple. à la mi-janvier 1816. où elle trouverait u n protecteur. On se mit à sa recherche . — Vous êtes libre d'aller où vous voudrez. sans qu'on le lui attribuât. On ne savait ce qu'elle était devenue lorsque. en quelque endroit que vous alliez. Elle préférait s'en aller à l'étranger. On crut d'abord qu'elle se cachait à Paris ou à Andilly chez un Anglais. il vous sera permis de revenir. elle disparut au nez et à la barbe des deux agents chargés de la surveiller. homme de plaisir. on apprit son arrivée à Bruxelles.244 LA POLI CK POL m g UK se produire là où elle serait. connu pour ses opinions orléanistes. intrigant. cynique et sans préjugés. le lieutenant Haudique-Duquesnoy Merisel. Le comte de Caux. a m a n t de la belle depuis 1814. à l'improviste. on était informé qu'un ancien aide de camp du duc de Rovigo. Le 8 novembre. elle n'était pas encore partie. ce Morisel. Mais. C'est ainsi du moins qu'on nous le présente et il n'apparaît nulle part que ces qualifications soient imméritées. lord Kinnaird. représentant du . était allé la rejoindre. le duc de Wellington. mais en vain. la situation équivoque du faux ménage n'empêche pas Mme Hamelin d'être reçue dans d'honorables sociétés et même chez le gouverneur. Elle promit de s'éloigner dès le surlendemain et de ne recevoir personne jusqu'à son départ. soyez circonspecte et dans trois ou quatre mois. On se préparait à l'y contraindre. Quelques jours plus tard. Un triste personnage. lui fut-il répondu. véritable type d'aventurier. bourreau d'argent.

et annonçait comme très prochain son avènement au trône. à ce loyer. ainsi que celle de Morisel. on n ' e n connaît point le motif. ainsi qu'un morceau de la cocarde qui était au chapeau de Bonaparte à la baiaille de Waterloo . mais. Elle est t o u j o u r s très liée avec lord Kinnaird. Plusieurs réfugiés et non des moindres. Cela fait naître beaucoup de soupçons. Elle en parlait à chaque instant. impliqué dans l'affaire de l'évasion de Lava'iette . Morisel a perdu dernièrement vingt mille francs au jeu au club . elle fulmine contre ce prince.LA POLICE FRANÇAISE A LONDRES 245 gouvernement français. mais. est un problème. ils avaient un train analogue. s œ u r de Wilson. Néanmoins. est obligé d'en convenir. les rédacteurs du Nain Jaune sont les familiers de sa maison. voulu par l'Angleterre . elle montre sans cesse une violette qu'elle conserve et qu'elle dit avoir cueillie à la Malmaison. et est d'une exagération extrême. depuis qu'elle a appris que le duc d'Orléans avait accepté le don que Sa Majesté lui a fait de la terre de Neuilly. on ne connaît point de fortune ni à l'un ni à l'autre. « Mme Harnelin. Elle porte en sautoir un double napoléon en or . orléaniste. dont l'existence. Les uns disent que Mme Hamelin est entièrement à la disposition de la police. L'observateur s'en fait l'écho. ses intrigues . « Mme Hamelin paraît encore liée avec une dame Wallis. d'autres qu'elle est payée par le duc d'Orléans. Des gens de bon sens pensent que ces deux individus se t r o m p e n t mutuellement. avait loué une maison toute montée pour huit mille francs. de vagues soupçons planent sur elle. c e t t e dame reçoit beaucoup de monde. Morisel fait de fréquents voyages à Anvers .

quelques semaines après sa rentrée. qui se bornera à rendre compte de ce qu'elle voit et de ce qu'elle entend. mais intéressée. appointée à raison de douze mille francs p a r an. elle se préoccupera beaucoup plus. Elle allait l'être bientôt . il est assez difficile de le savoir. nous en fournit à t o u t instant la preuve. t o u t porte à croire qu'elle ne l'était. P a r m i les personnes employées par la police politique. Hâtons-nous d ' a j o u t e r que dans son rôle. Passionnée et mobile. Elle ne l'était même pas lorsqu'on 1817. des moyens pécuniaires en harmonie avec son train d'existence. sa connaissance des hommes et des choses du moment. en traits vifs et spirituels. Λ première v u e et encore qu'il ne le soit pas moins de lui découvrir. Souvent même. d'ailleurs imprécise. son goût pour les commérages. d'être utile à ses amis que de leur nuire. en servant le gouvernement qui la paye. d u r a n t son exil. T o u t e sa correspondance. . les doutes se changent en certitude. » Dans quelle mesure Mme Hamelin méritait-elle à cette époque qu'on la soupçonnât d ' a p p a r t e n i r à la police. elle joindra des conseils qu'elle croit utiles et elle sera plus souvent une informatrice bienveillante qu'une dénonciatrice perfide. cette héroïne fut autorisée par le duc de Richelieu à rentrer à Paris. fût fondée. on trouve une Mme Deschamps.246 LA POLiCI·: POLITIQUE ηυ sont pas plus dangereuses que ses~amulettes. mais. impulsive et besogneuse. sa s y m p a t h i e pour les proscrits. il n ' a p p a r a î t p a s que l'accusation. où éclatent. p a s encore. et Mme Deschamps n'est autre que Mme Hamelin. elle l'est . Mais. à ses indiscrétions. que formulait l'observateur.

celle du gouvernement de Louis X V I I I fut presque exclusivement une police d'information. (l'est tout ce qu'en a t t e n d a n t de la suivre sur un autre théâtre. Compris dans les proscriptions qui suivirent le second retour des Bourbons. L'importance de la presse. Quant à ces rapports eux-mêmes. Mais. en Styrie. l'énorme développement de la publicité. Le déchaînement des violences et des calomnies dirigées contre les Bourbons.LA POUCE FRANÇAIS!·: Λ LONDHKS 247 capable de calculs ténébreux ou méchante. même ceux qui en souffraient. pour en finir avec les proscrits. les considérassent comme naturels et de bonne guerre. l'ancien ministre de l'empereur s'était réfugié avec sa famille à Gratz. nous prouve que sa correspondance et les (1 ) Je reviendrai sur Mme Hamelin et sur sa correspondance dans une publication prochaine. il y a lieu d'en dire. aucun parti victorieux n ' a y a n t jusque-là renoncé à les employer. un document concernant Hugues Maret. . en date du 11 octobre 1816. Le rapport suivant. duc de Bassano. dès leur second retour. tant de changements dans nos mœurs et nos habitudes. quoique beaucoup de gens. avait p a r u la rendre nécessaire. les procédés qu'elle employait ne seraient plus possibles de nos jours. ils démontrent la vérité de ce que j'ai dit en commençant : à savoir que si la police politique de l'Empire avait été surtout une police d'action. ce qui ne suffît pas d'ailleurs à la justifier. jamais. Mentionnons. les ont rendus inutiles a u t a n t qu'ils étaient intolérables. comme conclusion aux rapports qui viennent d'être cités ou résumés (1 ). la rapidité des communications.

à Gratz. jusqu'à ce moment on n'a pu découvrir par quel moyen a lieu sa correspondance. Maret. Lenoir. est M. 44. α Baudet est le valet de chambre des e n f a n t s de M. quand il écrit à M. mais. au moins deux fois p a r mois. qui est celui de la dame Vimeux. qui paraît évidemment déguisée. J u s q u ' à présent. M. soit p a r Vienne. qui viennent soit de Gratz. d'où l'on conjecture que leur correspondance avec Gratz leur est commune. Ducrest de Villeneuve. Les lettres de la famille Maret pour Paris. Ordinairement. qui connaît particulièrement t o u t e la maison et les alentours du duc de Bassano. Une des dernières lettres qu'il a reçues de Mme Maret lui a été . tantôt à Gratz. poste restante. poste restante. Maret. M. écrit souvent à M. « Le baron Denon. porte Saint-IIonoré.LA Ρ 0 LI C Ii POLITIQUE Ii misons de ceux de ses amis qui lui étaient restés fidèles étaient l'objet d'une surveillance particulière : « L'agent. maison d'un traiteur. Ducrest écrit au duc de Bassano. et n'en reconnaît pas l'écriture. et tantôt à Vienne. rue Neuve-des-Mathurins. L'agent a fait beaucoup de démarches et a recueilli de bons renseignements qui pourront mettre sur la voie. sous le couvert de Baudet. à Gratz. il s'unit à son ami intime. l'agent n'en connaît qu'un. a fait l'inspection de l'enveloppe ayant pour adresse : A Monsieur Baudet. L'une des personnes qui lui adressent des lettres sous son nom. quai Voltaire. arrivent sous plusieurs couverts. on en est positivement s û r . et Mme Maret. sous celui d ' u n banquier.

parce qu'il a été souvent dénoncé.. rue du Foin-au-Marais. Ducrest. Duval. et les moyens dont il se sert sont inconnus. et une habitation à Champrosay. le secrétaire intime du duc de Bassano. M.. se glisse furtivement chez ses amis Lenoir. « Mme Gazzani. etc. on doit être bien cerLain qu'elle les a u r a bien cachées. Les lettres que Mme Maret lui écrit de Gratz sont ordinairement adressées à M. correspond avec lui à peu près une fois p a r mois (lui-même l'a dit de confiance à l'agent). Étienne. 1. Il va et vient de Paris à la campagne. qui habite le château de Condé. t o u t à fait sur ses gardes. mais. et craint toujours qu'on ne l'observe et qu'on ne le dénonce de nouveau. et encore cette correspondance se fait-elle avec beaucoup de précautions. si elle en a d'importantes. vient fréquemment à Paris. et cette lettre faisait partie d'un paquet que son mari lui envoyait le mois dernier de Londres. Toutes ces lettres arrivent par des banquiers de Vienne. qui arrivait de Méréville. « M. près d ' É v r e u x . Monnier a un domicile à Paris. q u i arrive par les voitures publiques.LA PO Lime FHANÇAISE Λ LONDHKS 249 remise par la comtesse Laborde. on attend à Paris la gouvernante des enfants de la famille Maret. n° 15. apportera-t-elle quelques lettres . « Il y a dans la maison de l'ambassadeur de Por- . « Dans deux ou trois jours. à quelques lieues de Paris. a une correspondance peu étendue avec Mme Maret. on croit p a r les courriers de l'ambassadeur d'Angleterre. Peut-être. Monnier. mais c'est un très fin. rue de Provence.

. Maret. anciens agents du duc de Bassano. « Le comte Laborde. Ces deux Polonais sont. d'Herbès. au l'esté. et sa femme avec Mme Maret . « Deux Polonais. sous peu pour Vienne. et Mo η nier ont dit à l'agent. lettres pour le duc et la duchesse de Bassano. ils méritent d'être attentivement surveillés. MM. comme c'est un peureux. « M. qui est revenu de Londres. habite tantôt Paris. n'a jamais cessé de correspondre avec M. cependant on ne croit pas que ce soit la même. Maret correspond avec son frère. Nozujeski et Abranowick. peu fréquemment. Le valet de chambre Le Prince a dit seulement à l'agent que M. Son écriture est line. il est probable que cet Étienne emportera de. on doit croire que sa correspondance ne manque pas de circonspection.250 LA POLiCI·: POLITIQUE tugal à Paris u n nommé Éticnne. qui pari. seront envoyées à Gratz. mais. avec le duc de Bassano . sont à Paris et correspondent aussi. Laborde avait reçu à Londres des lettres fort curieuses du duc de Bassano. attaché à l'office. le frère de l'ex-ministre. leurs lettres passent ordinairement par la Suisse. . pour so rapprocher du comte de Sémonville. mais. ancien intendant et factotum du duc de Bassano. s'est presque totalement détaché do lui. On a été hors d'état de savoir par quels moyens M. de véritables bonapartistes . qui. grand et mince. auquel il paraît très dévoué. déliée et ressemble un peu à celle de la lut Ire qui a été produite. de Vienne. « M. et tantôt la campagne. Duerest. D'après ce que1 MM. « Le comte Lejeune doit habiter la campagne. Maret.

infesté de créatures et d'adhérents à la famille Mare!. la liante police doit porter un œil alten!il" sur Dijon et les environs. . ils se sont bien gardés d'emporter de Paris aucuns papiers secrets . dont la bienveillance envers les proscrits de 1815 s'était. de Dijon et des campagnes voisines. à Gratz. rien pu savoir do ce côté . efforcée d'adoucir pour eux les rigueurs de l'exil. le f u t u r Charles X. Ci. » A la suite de ce rapport. obtint de Louis X V I I I leur rappel malgré l'ardente opposition de la coterie ultra-rovaliste dirigée par Monsieur. mais. il y a lieu de rappeler qu'en 1819.LA PO UCK FHANCAISK A LONHRKS 2»! près do Dijon. il y a quelques mois. d'après t o u t ce qu'a entendu din· l'agent par les amis du duc de Bassano. le ministre Decazes.· pays est. qui avaient été remis fidèlement par eux à leurs maîtres. on a su depuis que. Quand Mme Gadelia et le valet de chambre Harbi'ousse sont partis de Paris pour Gratz. mais. on leur en avait fait tenir. On n'a. par conséquent.

.

depuis sept mois. ses successeurs. son venin et sa haine. en date du 4 mai 1816. Faisant cause commune avec ses adversaires d'hier. Talleyrand luimême n'échappe pas à cette filature. le Roi. Non encore consolé de l'avoir perdu. la police royale exerçait une surveillance analogue sur les hommes politiques français que leur rôle dans les événements mettait en vue et sur les gens qu'on savait en relations avec eux. écrite du château de Valençay. il se rapprochait de l'extrême droile. alors que.LIVRE IV LA P O LI Cl·: KT C H A T E A U l i l U A N I) KT AUTRES I En mémo temps qu'elle surveillait à Paris le corps diplomatique étranger et le personnel cosmopolite arrivé dans la capitale à la suite des armées alliées. bien qu'à leur demande. ainsi que le prouve la lettre suivante. sous les a t t a q u e s de laquelle il avait succombé. il r é p a n d a i t sur Richelieu et Decazes. pour le dédommager et enlever à sa chute le caract ère d'une . l'illustre boiteux avait quitté le pouvoir.

hier ici : « — Monsieur. On ne sait pas le nom des autres. Decazes est le Réal de ce ministère.. le nom et. .. Il n'y a aucune circonstance où on ne le montre. On dit qu'on a des nouvelles parce que les lettres arrivent deux fois par semaine et il n'y a personne qui désire voir arriver les lettres plus souvent. parce qu'il a été mis plus en a v a n t et que l'on espérait davantage de lui.. Le ministère est fort méprisé. je ne sais rien de si curieux qu'un lieu où la tonte des bestiaux et les affaires de la forge sont l'unique intérêt de six lieues à la ronde. dont l'influence est parvenue jusque dans nos pays si retardés sous tous les rapports. l'eût nommé grand chambellan.. « . dont il écorchait. il le trahit dans ses confidences à son amie la princesse de Bauiïremont. M.. on supporte les prêtres s'ils ne demandent et surtout n'obtiennent rien. Ce qu'il ressent. est-ce encore un Corse qui nous « gouverne ? » « Il voulait indiquer Pozzo. On aime le R o i . » « Il y a vraiment de la curiosité à satisfaire quand on écoute hors de Paris.. de Richelieu est le plus méprisé de tous. on déteste les émigrés.254 LA PÖLICH POLITIQUE trop éclatante disgrâce. ce qu'il éprouve. « Quand on quitte Paris. » Cette lettre a passé sous les yeux de Louis X V I I I . « Un des principaux personnages de Châteauroux disait hier à dîner : « — M. Un magistrat de Bourges demandait.

C H A T E A U B R I A N D ΕΤ AUTRES 255 Il l'a annotée au crayon et s u r la copie qui est sous nos yeux. cependant. Tel fut. au commencement de 1818. le duc de Fitz-James. » Malgré tout. à une sortie si violente contre les ministres que Louis X V I I I lui fit donner l'ordre de ne plus paraître devant lui. Cette interdiction de fréquenter les appartements du Roi était le c h â t i m e n t qu'il infligeait le plus souvent à ceux qui avaient encouru sa colère. a v a i t attaqué sans mesure le gouvernement. pair de France. de police où éclatent à travers les lignes les dissentiments qui régnaient entre le Roi et son frère et divisaient la cour en deux camps ennemis. le cas du duc de Fitz-James. J ' e n parlerai au Réal du ministère et je serais bien aise qu'il les connût a u p a r a v a n t . faite sur l'original p a r le Cabinet noir. le Roi ne changea rien à sa manière d'être vis-à-vis de Talleyrand. Confident de Monsieur et s'associant à ses ressentiments contre le cabinet de Richelieu. l'ambition aigrie qui régnent dans ces lettres les rendent fort curieuses. Voici à ce sujet un curieux rapport. on voit encore lisibles quoique à demi effacées. l'année suivante. fine et pointue : « La vanité blessée. celui-ci dînant à l'ambassade d'Angleterre avec de hauts diplomates et Pasquier. président de la Chambre des députés. premier gentilhomme du comte d'Artois et colonel de l a garde nationale à cheval. au mépris des plus vulgaires convenances. ces trois lignes tracées de sa petite écriture régulière. se livra.LA P O L ICI«]. Le Roi très irrité lui fit signifier de ne plus venir aux Tuileries. Mais. à la tribune de la Chambre des pairs. .

duc que le Roi ne pouvait avoir donné un pareil ordre.256 LA POLICE POLITIQUE te II n'est bruit. » Suit le récit d'une scène qui se serait passée entre le Roi et le comte d'Artois. ministre de l'intérieur. et s'efforçaient de le décider à se démettre de son emploi dans la garde nationale. de se présenter devant lui. le duc de FitzJames. dans les salons du faubourg SaintGermain. étant instruit que le ministre de la police cherchait à décider Sa Majesté à retirer à ce duc son grade de colonel de la garde nationale. On fait à ce sujet mille versions et on y ajoute les commentaires les plus défavorables au Roi et à ses ministres. et Dccazes. se rendit auprès du Roi qui lui fît entendre qu'il verrait avec plaisir l'éloignement de son premier gentilhomme. que de la disgrâce de M. Monsieur. » Voilà quelles histoires circulaient parmi les ultra- . Il les rejoignit aussitôt et leur exprima « avec une grande dignité et devant le. « Celui-ci. Lainé. qui habitait les Tuileries. se trouvaient chez Fitz-James. Les deux Excellences durent se retirer après avoir essuyé cette mystification. puisque Sa Majesté venait de lui permettre le contraire et que cette conduite do leur part était aussi odieuse que coupable. » Le Roi ne pouvant répliquer au discours de son frère consentit à s'en tenir à la défense qu'il avait faite au duc. ministre de la police. de Fitz-James avait le droit d'émettre librement son opinion. M. en r e n t r a n t dans son appartement. apprit qu'au même moment. Mais. Énergique protestation de Monsieur qui rappela qu'en qualité de pair de France.

lui a affirmé avoir. D'après ces messieurs. qu'on vient d'arrêter.LA. l'agent s'excuse de ne pouvoir répéter ce qu'ils en ont dit. est la seule personne de la famille royale qui soit épargnée. Il est d'ailleurs dévoué a Decazes. Madame. P O L I C E . On sait ce que ces fous entendaient pai' là et que le jour où cette cause eut triomphé. fait sortir du Temple Π . ils ne ménageaient pas les princes. Du reste. Mgr le duc de Berry est un grossier palefrenier dont il ne faut rien espérer. le 3 juin 1797. l'agent raconte q u ' u n e femme de Vendée qu'il désigne. La conclusion de ces scandaleuses diatribes est un projet de mouvement général en F r a n c e et des vœux pour l'imposteur qui est dans les prisons de Rouen. tandis qu'il essayait de se faire passer pour Louis X V I I . « Son Altesse Royale le comte d'Artois est le digne pendant de Gaston. la monarchie fut renversée. Mgr le duc d'Angoulême est un imbécile sans caractère qui n'a cessé d e trahir ceux qui l'ont servi. frère de Louis X I I I . Je relève dans un autre rapport ce qu'un espion raconte d'une réunion composée « d'anciens émigrés de haute distinction » et de ce qu'il y a entendu. ministre de la police. La duchesse d'Angoulême. « Impossible de pousser l'insolence à un point plus coupable. » Quant à la personne sacrée du Roi. » Cet imposteur est un certain Mathurin Bruneau. CHAT K A U B RI Λ M ) KT AUTRES 257 royalistes. quand ils étaient entre eux. lesquels a j o u t a i e n t « que la vigueur de Monsieur dans cette circonstance a redonné une grande force à ses bons serviteurs et leur a rendu l'espoir de voir triompher un jour la cause des gens de bien ». A ce sujet.

en lui donnant connaissance des personnes qu'il y aurait lieu de suspecter dans la maison du Roi. parmi lesquels se trouve un capitaine de ligne et un nommé Léopold. Mais.258 LA P O LI Cl·: POLITIQUE le petit Dauphin. de Bruges n'est . qui était désigné d'une manière très forte comme un homme dangereux. « M. il oppose le récit d ' u n apothicaire dans les bras duquel l'enfant royal est mort et il s'étonne qu'on ne confronte pas cet apothicaire avec l'imposteur. il y a huit mois. aide de camp de Monsieur. le comte de Bruges. « ce qui ôterait aux enragés les moyens de troubler la tranquillité publique ». Monsieur a chargé le comte de Bruges d'établir cette police sur u n bon pied et de lui rendre compte tous les jours. « La contre-police du comte de Bruges se compose en ce moment de quatre à cinq individus. qui a établi une police secrète au château. employé au château. le comte d'Artois a donné hier soir une note qu'il a fait passer chez le comte de Bruges. a lu l'écrit et a vu qu'il était question du sieur F o n t a i n e . le ministre de la police reçoit le rapport suivant : « On cherche depuis trois jours à donner à M. Quand M. qui fait de la contre-police pour M. qu'il traite de mensongère. ex-employé d a n s la même police du chât e a u . A cette version. le sieur Brun. Vers cette époque. architecte. Plusieurs personnes du ministère de la police sont l'objet de dénonciations de la p a r t d'un employé de ce ministère. le comte d'Artois des inquiétudes sur divers personnages qui sont à son service et à celui du Roi. comme ce dernier n'y était pas.

rue Neuve-du-Luxemhourg. « Le lendemain. et particulièrement sur ce qu'elle appelle l'égoïsme outré de la nation anglaise. le matin. dont s'irritaient les royalistes. Les agents rendaient compte de ses allées et venues . M. ses agents se rendent chez lui. J'espère être agrégé dans la compagnie de ces messieurs. « Mme de Staël. qui ne veut point souffrir qu'aucun autre peuple jouisse d'une véritable liberté. mais. qui d'abord disait peu de chose. M. samedi. dit un rapport du 5 novembre. Elle ne voulait pas s'y rendre . Mme de Staël était invitée à dîner chez sir S t u a r t (ambassadeur d'Angleterre). a bientôt pris sa revanche et a fini par dire nombre de choses désobligeantes et peut-être même offensantes contre nous. dont les troupes occupaient encore la France. Canning et beaucoup d'autres personnes de distinction. des relations suivies. CHATEAUBRIAND ET AUTRES 259 pas de service chez Monsieur.LA POLICE. avait à dîner. Elle a rapporté qu'il ne . Elle a pris à tâche de lui dire les choses les plus piquantes sur la conduite des souverains étrangers qui voulaient ruiner la France et la réduire au désespoir. ne l'empêchait pas de ressentir vivement l'humiliation qu'imposaient a u x Français les exigences des alliés maîtres du pays. Canning. ce qu'ils rapportaient tendait à prouver que le libéralisme de Mme de Staël. dimanche. » En cette même année 1816. de huit heures à onze. la police s'était a t t a chée aux pas de Mme de Staël qu'on savait hostile a u x Bourbons et qui entretenait avec les étrangers. cependant elle s'y est résolue.

A son instigation. le même agent écrit : « On assure que Mgr le duc d'Orléans a pris un g r a n d intérêt à Mme de Staël pendant sa maladie. le favori nouveau. Il a. depuis qu'en 1816. le comte de Blacas. le parti ultra-royaliste venait de subir un très humiliant échec. depuis cette époque. Mme de Staël meurt. et on rapporte que Mme de Staël lui a dit : « — Je meurs contente parce que je suis assurée « que les idées libérales s'étendront encore en « France et d a n s toute l'Europe et que le parti qui « les défend deviendra le p a r t i dominant puisqu'il « est protégé p a r le souverain. . à table. etc. Peralda. tels que MM. On l'avait fait venir avec l'espoir qu'il capterait encore les bonnes grâces du Roi et remplacerait à la cour Decazes. devenu la bête noire des ultras. au moment où Louis X V I I I s'efforce de pratiquer une politique libérale.2G0 LA POLICE POLITIQUE s'était rien passé de remarquable dans la conversation. il avait fait prononcer la dissolution de la Chambre introuvable. » Lorsque l'année suivante au mois de juillet. Blacas débarqué à Paris à l'improviste. à côté des plus encroûtés voltigeurs. assisté à ses derniers moments. dit-on. ambassadeur à Rome. dépossédé de sa faveur à Gand en 1815 et. seulement qu'on avait semblé faire exprès de la placer. ceux-ci se crurent les maîtres du pouvoir et manifestèrent bruyamment leurs espérances. l'ancien favori de Louis X V I I I . d'Escars. était venu à Paris sans avoir même pris la peine de demander un congé. le 5 septembre. de Puységur. » E n mai 1817.

abandonné plus que jamais à l'influence de ses ministres. le comte Decazes au ministère de la maison d u Roi. alors ministres. auquel serait réunie la direction de la police du royaume. depuis le départ du comte de Blacas. On ne finirait pas si l'on voulait rapporter toutes les inj m'es dégoûtantes que les royalistes furibonds prodiguent de nouveau à Sa Majesté. que de la prochaine nomination de M. depuis trois jours. dans les sociétés du faubourg Saint-Germain. Il est redevenu pour eux un roi jacobin.LA POLICE. depuis hier. de la démence. allèrent déclarer au Roi qu'ils donneraient leur démission si Blacas ne partait sur-le-champ. que MM. ne montrant nulle énergie vis-à-vis des étrangers. cédant comme un enfant à une menace de Pozzo di Borgo. d'où la grande déception et les ardentes colères des ultra-royalistes contre Decazes. « Il n'est question. ils prétendent savoir que cette . mais qui n'est point exempte de danger et de scandale. Il dut repartir dans les huit jours. C'est. et se soutient encore aujourd'hui. sans caractère. depuis quelques jours. mais. CHATEAUBRIAND ET AUTRES 261 si b r u y a m m e n t que Richelieu et Decazes. de Montsoreau et de Vergennes allaient être nommés pairs de France . C'est à ces événements que commence par faire allusion le rapport qui suit : « Les ultras ont repris toute leur irritation contre le Roi. Ce bruit circule. etc. si l'on veut. « Les mêmes ultras ont répandu p a r t o u t le b r u i t . Leur frénésie est telle que le rétablissement de la santé du Roi les fait pâlir de chagrin. un illustre ingrat.

les ministres sont vendus a u x a étrangers . le libéralisme fait des progrès effrayants. la police nous montre le fameux comte Beugnot promenant toujours son ambition et ses espérances de ministère en minist è r e et ceci assurément ne m a n q u e pas de vraisemblance. « Enfin. » Dans le même r a p p o r t . d'ici à peu de jours. le comte Decazes va se fixer à sa c a m pagne de Saint-Cloud. Sans se livrer à des terreurs imaginaires. à onze heures. une révolution ou u n partage. le soir. il irait coucher à Saint-Clou d. On se rappelle qu'après l'ordonnance du 5 s e p t e m b r e 1816. depuis le départ de M. et a réussi. p a r m i les ultras les plus furibonds. l'on parle de la facilité incomparablement plus grande qu'il y aurait à se défaire de ce ministre. de Blacas : « La France n'a plus « d'indépendance . lorsqu'en q u i t t a n t le Roi. on croit cependant q u e Son Excellence ferait très bien de prendre quelques précautions pour ses voyages de nuit. . parce que M. » « S. Quelques murmures atroces se font d é j à entendre à ce s u j e t .262 LA POLiCI·: POLITIQUE nomination n ' a u r a pas lieu. tel sera le « dénouement inévitable de tout ceci. Les passions désordonnées des hommes sont capables de tout. il n'était question de rien moins que de jeter à l'eau le ministre de la police. Decazes a fait jouer tous les ressorts de son influence. « Dans la coterie de Laborie. Aujourd'hui. à son passage sur le Pont-Roval. on n'entend q u ' u n long cri de détresse et de découragement. Exc.

chez qui il va. les secrets les plus intimes de son foyer. violait sans ménagement. et d o n t quelques-uns. attachés p a r des épingles à une feuille blanche portent encore sur leurs bords déchiquetés . celles qu'il écrit. dont les protestations résumées dans sa brochure : la Monarchie selon la Charte. et se fait livrer p a r son valet de chambre. avec la complicité de domestiques infidèles. Non contente de lire à la poste les lettres qu'il reçoit.II Mais c'est s u r t o u t à Chateaubriand qu'elle en veut. s'il voyage. arrivées sans qu'il en ait eu connaissance. avaient irrité Louis X V I I I . elle sait ce qu'il dit et ce qu'il fait. qui il reçoit. Chateaubriand. Dès le lendemain de sa disgrâce. Au lendemain de la dissolution de la Chambre introuvable. elle le suit. au m o m e n t où elles v o n t partir. Habile à écouter a u x portes et à regarder. Les rapports des deux agents attachés à sa maison constituent un dossier volumineux où se t r o u v e n t d'js manuscrits en lambeaux. après lui qu'elle s'acharne. f u t rayé de la liste des ministres d ' É t a t . la police politique s'attachait à ses pas. des débris de papier jetés au panier ou dans les cendres. elle en copie d'autres chez lui. et.

Leur projet. Elle sait aussi qui il reçoit. ils espèrent prouver aux provinces qu'ils ont (1) L a fille d'un publiciste séditieux. incarcéré pour écrits . Elle ne respecte rien. S'il voyage. que d ' a u t r e s sont copiées sur son bureau. elle répète immédiatement le m o t . exagère. du temps. dénature. S'il encourage ses amis à la résistance. L'assemblée était nombreuse et rayonnante d'espoir. ni ceux même de l'amour. elle le suit. mais. pair de France. j'ai su le résultat de la conférence tenue chez M.264 LA POLICE POLITIQUE la t r a c e roussie de la morsure des flammes. Poisson et· plusieurs députés assistaient à cette réunion. cette police infernale. C'est par cette police que tous ses faits et gestes sont signalés. il les vengera des m a u x qu'ils endurent sous Louis X V I I I . calomnie . ni ceux de l'amitié. que des lettres lui sont dérobées. M. je me sers de leurs expressions. est de connaître ceux des députés ministériels qu'ils disent siéger de leur côté. en demandant l'appel nominal. ni les secrets du parti que mène Chateaubriand. chez qui il va. de Choiseul-Gouffier. L'on s'est beaucoup félicité sur l'ensemble et la fermeté q u ' o n t montrés les royalistes. il le laisse qualifier devant lui de « perroquet royal ». elle voit jus le et dit vrai. parlant du d u c d'Angoulême. Elle travestit s o u v e n t . parfois aussi. en leur p r o m e t t a n t que lorsque le c o m t e d'Artois arrivera au trône. E n second lieu. M. Le 29 décembre 1816. elle écrit : « A onze heures du soir. Si. elle le sait. de Chateaubriand au s u j e t de la discussion survenue à la Chambre des d é p u t é s pour la pétition d'Antoinette Robert (1).

de Choiseul-Gouiïier que les ultras ont connu la lettre écrite à M. d e Talleyrand. disent-ils. de se r e t i r e r dans le Midi si de. il y a du vrai et du faux et cela ne dépasse guère la portée de celles des j o u r n a u x de nos jours.Λ. « Si c'est par M. le 8 novembre 1S17. On assure que le duc de la Châtre voit ou écrit à plusieurs des meneurs et qu'il y a deux jours que les ultras ont reçu les instructions du prince pour ne pas laisser échapper cette occasion. le Roi interpose son a u t o r i t é dans cette affaire. CHATEAUBRIAND ET AUTRES 265 usé de t o u t leur pouvoir pour sauver le Roi et la France et si par cas.LA POLICE. Mais. chez le . de Talleyrand p a r laquelle il lui était défendu de se présenter à la cour jusqu'à nouvel ordre. font mouvoir le pivot de la ligue. de la Châtre que les ultras ont connu la lettre en réponse que M. » Dans ces informations. « Il p a r a î t r a i t que la totalité les ultras serait d'avis. de Talleyrand a écrite à ce sujet et finissant par ces mots : Mes services au Roi sont connus. il en est souvent de plus graves. Voilà pourquoi l'on a vu des discours de dix pages déjà préparés. Une réunion a lieu. a u cas qu'ils échouent da m r s tentatives. de Chateaubriand et Beugnot qui. Il me peine de lui avoir dévoilé trop tôt un homme qu'il finira par connaître trop tard. ils sont décidés à partir p o u r leurs départements. des princes consentent à quitter la cour et à sauver la France ailleurs q u ' à Paris. je peux vous assurer que c'est p a r M. Il parait que c'est MM. p a r leurs conseils.

Castelbajac. Un député. telle que v a la faire la loi de recrutement. n'est-il pas é t o n n a n t que lorsque est révélée l'existence de notes secrètes adressées a u x puissances pour les effrayer sur l'état de la France e t les décider à retarder le r a p p e l de leurs armées et lorsque le baron de Vitrolles. Les princes le souhaitent ainsi et par l'intermédiaire de Wellington. ne lui ont arraché aucune protestation. justifieraient la présence des armées alliées jusque dans Paris. renchérit sur t o u t ce qu'a dit Chateaubriand. ils ont fait p a r t de leur désir au cabinet anglais. Chateaubriand y soutient l'opinion que le budget de la guerre sera u n excellent terrain d e combat et d'opposition. Chateaubriand soit soupçonné d'y avoir collaboré avec lui. que la loi qu'il prépare sur le recrutement. le maréchal Gouvion-Saint-Cyr. Aussi. qui s'est fait par deux fois l'écho de cette calomnie. s'est offert p o u r fournir les éléments d'une a t t a q u e à fond contre son successeur. ces projets antipatriotiques exposés devant Chateaubriand. s'il faut en croire Castelbajac. Mais. La cherté des vivres et la composition de l'armée. dès ce moment. est rayé à son tour de la liste des ministres d ' É t a t . convaincu d'être l ' a u t e u r responsable de ces pièces offensantes. . Il ajoute qu'il serait bien dangereux de trop réduire en ce moment l'armée d'occupation. Le duc de Feltre récemment sorti du ministère. il s'en défend comme il s'en défendra plus t a r d et la police copie s u r son bureau la lettre qu'il adresse à l'éditeur du Times.266 LA P O L I C E POLITIQUE cardinal de la Luzerne. à son grand dépit. A en croire la police. désigne à la haine des ultras.

ces honorables scrupules ne l'empêchèrent pas de se frotter aux étrangers. que je n'ai écrit. qui lui avait demandé la reproduction d'un article dans le Conservateur. CHATEAUBRIAND ET AUTRES 267 A la première. Cependant. monsieur. » « Je déclare donc. Peut-être alors que la procédure nous apprend r a le nom du correspondant. ni rédigé. » L'indignation de Chateaubriand était assurément légitime.LA PÖLICH. Je signe tout ce que j'écris. à la seconde. ni distribué aucun mémoire secret sur les affaires de France. chancelier de Prusse. en d'autres temps. car ce dont on l'accusait ne peut s'appeler que trahison. de les flatter et de se louer de l'appui qu'ils donnaient à ses idées. J'invite le correspondant anonyme à imiter cet exemple et je le somme de signer sa première lettre. Il ne peut donc plus paraître . coûté la t ê t e à son auteur. et plus q u ' u n autre. une trahison qui aurait. je vais faire attaquer en calomnie devant les t r i b u n a u x d'Angleterre l'éditeur du Times. Quand j ' a i accusé les ministres de suivre un système désast r e u x . et surtout quand j'accuse. témoin cette lettre au prince de Hardenberg. monsieur. Au reste. l'indépendance de mon pays. le calomnié avait gardé le silence. Mais. il proteste contre une assertion « qui le désigne à l'Europe comme un mauvais Français et comme méconnaissant l'honneur et la dignité de son pays. Je désire ardemment. « Il se trouve malheureusement que l'article que vous avez la bonté de m'envoyer a été déjà publié d a n s nos journaux. comme le disait Louis X V I I I . je l'ai fait hautement et publiquement.

Canning ». comment peut-il s'imaginer que l'opinion de M. si m ê m e elle était la sienne. Si les ministres qui président a u x conseils des rois pensaient tous comme elle. « M. l'Europe ne serait pas exposée de nouveau aux ravages des doctrines révolutionnaires. ce dont je doute. Des lettres trouvées chez celui-ci . J e la prie de la renouveler encore. de Chateaubriand voit fréquemment M. car. en ce moment à Paris. Il ne donne pas au reste par cette démarche une preuve de son bon jugement. la diplomatie et l a police se trouvaient d'accord pour accroître les griefs du roi contre Chateaubriand. p û t faire changer le moins du monde la marche que le Roi a cru sagement devoir adopter pour assurer la tranquillité publique? » Ainsi.268 LA POLiCI·: POLITIQUE comme nouveauté. Et l'envoyé prussien cite les propos suivants que lui a tenus à cette occasion le duc de Richelieu. qui va mendier m a i n t e n a n t pour lui et son parti l'appui des ministres anglais. « — Vous voyez ce que c'est que cet homme qui assure qu'il aimerait mieux vivre à Constantinople que de jouir d'une liberté acquise par une influence étrangère. Canning. Il lui a dit que le ministère expose la France a u x plus grands dangers et que Decazes est un Jacobin. Dans ses rapports à sa cour. » Ces relations de Chateaubriand avec les étrangers ne sont pas niables. de Goltz en parle librement. je l'y ferai insérer comme pièce historique. Que Votre Excellence veuille bien me permettre de lui dire combien je suis sensible à la m a r q u e de confiance qu'elle veut bien me donner. Mais.

M. de Chateaubriand. avec le valet de chambre de M. Le 7 novembre 1816. Je lui en ai demandé la cause. de Talaru. ot l'on pense qu'il ne serait pas difficile de le gagner. ainsi que hier. « Il m'a dit que son maître était. « M. pendant ce temps. de Corbière. M. de Villèle. de Prunelé. est resté trois heures avec lui. d'une humeur massacrante. de Chateaubriand écrivait beaucoup. avec M. Laborio voit souvent M. la délation continue : « Je me suis trouvé de nouveau. qu'il ne s'en . de Chateaubriand. de Castries. avant-hier. ce soir. écrit l'agent. de Chateaubriand avait eu un grand nombre de voix pour être n o m m é secrétaire de la Chambre des Pairs. et que M. M.LA POLICE. M. de Béthisy. d'Agoût l'évêque de Pamiers. si cela était nécessaire. de Chateaubriand. Il m ' a dit que M. M. de Polignac : telles sont les personnes que le valet de chambre m'a citées pour fréquenter M. de Sesmaisons devait être au courant de ce qu'il écrit. mercredi . M. entre plusieurs autres noms que j'oublie. M. Séguier. le duc d'Aumont. C H A T K A U B I U A Ν I) E T AUTRES 209 augmentaient encore et envenimaient ces griefs que les rapports de police n'exagéraient que trop. M. est assez causeur. Bert in. et nous avons passé plus d'une heure ensemble. quand il est rentré de la Chambre des Pairs. il est encore venu le voir. de Chateaubriand. jeudi. et a travaillé. Cet homme aime la table et le jeu. de Damas. ainsi que le général Berthier de Sauvigny. M. la duchesse de Fleurv. car aujourd'hui. et il m'a répondu que M. il était beaucoup plus satisfait. M. M. depuis quelques jours.

« Le domestique qui nous sert en a entendu faire une lecture assez bruyante p a r son maître. — un homme exécrable. MM. l'illustre écrivain. suivant leurs expressions. un autre rapport nous a p p r e n d q u ' à cette date. Mathieu de Montmorency. suivant mes instructions. auquel il en \ r eut toujours extraordinairement. « Ces messieurs ont beaucoup crié contre M. le comte Decazes. Girardin. venait de terminer un discours sur le Concordat. Le domestique n'a pu préciser pourquoi ces messieurs en veulent t a n t à ce M. il espérait faire accueillir sa dénonciation contre M. » Viennent souvent chez Chateaubriand à moins qu'ils ne se réunissent avec lui chez l'un d'entre eux. » Un an plus t a r d . de Villèle et l'évêque de Saint-Malo. député. n'est pas encore livré à l'impression. » Étaient présents : MM. « J'ai questionné le valet de chambre. vendu au ministère et l'ennemi juré des Bourbons. et. d'Agout. outre les t r o i s nommés ci-dessus. n'est point encore fini. qui siégeait à la Chambre des Pairs. par conséquent. pour découvrir si son maître ne s'occuperait p a s de faire imprimer quelques nouveaux pamphlets. . Girardin. le 28 novembre 1817.— le comte de Girardin. en ce moment. Il voit bien que son maître écrit beaucoup. Il n'a entendu parler que de la troisième édition de son dernier ouvrage.270 LA POLICE POLITIQUE était fallu que de très peu qu'il ait été nommé. mais il pense que ce dont il s'occupe. et qu'avec un p e u d'aide dans cette Chambre. Mme de Chateaubriand est non moins exaspérée que son mari contre ce ministre.

» A cette époque. il a fait entrer M. D ubergier. le due de Duras. » La surveillance ne désarme pas. « Avant-hier. On les accuse de tromper le Roi. de Bruges. de Chateaubriand. Il sort en fiacre. Cependant. on clabaude ferme contre les ministres . qui est un homme de très bonne foi. Le domestique est témoin de ces manifestations. le vicomte de Chateaubriand était de si mauvaise humeur. témoin ce rapport du 11 juillet 1818 : « L'agent ne s'est point introduit. hors sa famille et la duchesse de Lévis. de nouveau. dans les appartements de M. Piet. Clauzel de Coussergues. gagner entièrement le nouveau domestique de M. qu'il n ' a voulu recevoir personne. Boscheron-Desportes. écrit un observateur. Corbière. On s'est borné à recueillir les détails suivants du domestique. Mais. car on ne se gêne guère en sa présence.LA POLI CE. dont il a déjà été question plusieurs fois. lequel était accompagné de M. il est trop ignorant p o u r pouvoir rapporter des choses particulières et importantes. pour se trouver aux rendez-vous arrêtés la veille. de conspirer contre lui. de la Bourdonnaye. 11 a tous les matins de quinze à vingt personnes. de midi à cinq heures. Chateaubriand avait renvoyé le valet de chambre qui le trahissait. de Vitrolles. on les couvre de sarcasmes. Malheureusement. par des raisons de prudence. «quelle que soit sa bonne volonté. CH A T E A LI B R I A N Π ET AUTRES 271 do Castelbajac. C'est de huit heures à midi que Chateaubriand les reçoit quand ils viennent chez lui. de Chateaubriand. Dans ces réunions. président de . « On espère. On verra cependant par la suite. ce n ' é t a i t pas pour déconcerter la police.

chez le duc de Wellington. « Mercredi. ils sont restés ensemble fort longtemps. M. de La Rochejaquelein vint voir M. qui a été portée. M. ils sont restés à causer ensemble plus d'une heure . M. « Hier. mais le duc était sorti. de Vitrolles est venu chez M. M. cousin germain de M. ce matin de bonne heure. pendant le diner. dans la soirée. de La Rochejaquelein est retourné. Le même jour. mercredi. « Hier. Peu de moments après que M. mais. à La Bretêche. M. » « M. de Chateaubriand est allé dîner chez la duchesse douairière d'Orléans . vendredi . aujourd'hui. de La Rochejaquelein sortait à l'instant même d'avoir une conférence. à la campagne de M. Madame la duchesse l'a invité à venir diner à la campagne.272 LA POLiCI·: POLITIQUE chambre de la Cour royale d'Orléans. Tout ce que le domestique a pu entendre de leur conversation. de Chateaubriand. de Vitrolles retourne. le domestique a entendu que M. Il paraissait agité. p a r un e x p r è s on croit. il ne se port a i t pas bien. à la campagne. le . de Durfort. je voudrais déjà être au 21 (jour a fixé pour la vente de la maison de campagne) « pour m'en aller de Paris. ni écrire. avec le duc de Wellington. c'est que M. D u b e r g h r doit être l'objet d'une grande attention. de Chateaubriand . hier. C'est un ultra de la première force. il a refusé. de Chateaubriand a écrit une lettre à Mme la duchesse de Duras. de Vitrolles fut sorti. de Chateaubriand disait à peu près ceci : « — Je ne puis ni [tenser. c'est à n'y « pouvoir t e n i r . le matin. M. la conversation paraissait très chaude.

« Elle était au nombre des m a t é riaux sur lesquels M. de Villèle. parce que je veux travailler toute la nuit et terminer tout pour demain matin. touchant la politique du gouvernement. de Chateaubriand. de Vitrolles un billet que le domestique a vu et qui contenait à peu près ceci : « Venez et venez vite. de Vitrolles. M. « Le duc de Fitz-James n'est pas venu. CHATEAUBRIAND ET AUTRES 273 comte cle Sèze. et factotum de M. » Cette lettre était une très verte réponse du Roi a u x doléances de son frère. le domestique n'a pas compris.LA PÖLICH. Il fournit en revanche ce renseignement que Cha18 . il a écrit un billet à M. » Le même observateur raconte encore que Chateaubriand a travaillé une grande partie de la nuit dernière pour le journal qu'imprime Lenormand. sans doute. de Polignac. Jules de Polignac p a r lequel il lui demandait de lui envoyer surle-champ copie de la lettre à Monsieur. » Il a écrit également à M. Il le désire ardemment. « Hier soir. J'ai besoin de m'entendre avec vous. de Talaru. » C'est le lendemain dimanche et Chateaubriand veut se rendre libre pour aller passer la journée à la campagne chez la duchesse de Duras. On y a discuté très bruyamment. quoique rentré à Paris depuis mercredi. n'a pas encore paru au comité. Il cherche à se détacher de cette coterie pour rentrer en grâce auprès du Roi. de Bruges et Mathieu de Montmorency. Le rapport se termine par le compte rendu d'une réunion du comité de rédaction du Conservateur composé de MM. de Chateaubriand a travaillé cette nuit. car il ne rapporte rien de ce qui s'est dit. » Mais.

il devait à l'imprudente audace de ses agents et à la trahison d u valet de c h a m b r e de Chateaubriand de lire p l u sieurs des lettres que celui-ci recevait. vous consentez à m e sacrifier quelques moments. tenait Humboldt vis-à-vis des partis. On connaît.274 LA POLICE POLITIQUE teaubriand « est en correspondance suivie et secrète avec S. ce qui n'était qu'une interprétation calomnieuse de la conduite prudente et sage qu'en sa qualité d'étranger. Monsieur. outre qu'il les connaissait p a r la multiplicité des attaques d u Conservateur contre le ministère et p a r le langage du « noble vicomte » dont l'opposition se manifestait au grand jour. « Mon illustre ami. Je ne puis vous exprimer combien je sens le prix de ce sacrifice à une époque où vous faites le plus noble emploi de votre éloquence pour défendre la liberté publique. Mais. le Cabinet noir aidait les agents dans cette tâche. En la communiquant. il n'aurait pas su grand'chose. parfois même celles qu'il écrivait. » Si le gouvernement n'avait été renseigné que p a r ces propos d'antichambre sur les sentiments de Chateaubriand. Mme la duchesse de Duras me fait espérer que. dimanche matin. quels sont les . aujourd'hui. Benjamin Constant et La Fayette ». républicain avec Mme de Staël. C'est ainsi que nous connaissons la lettre suivante adressée à Chateaubriand par Alexandre de Humboldt. Quand elles passaient p a r la poste. R. A. le Cabinet noir fait remarquer que celui-ci « continue son rôle de duplicité : ultra royaliste avec la duchesse de Duras et Chateaubriand.

. » Voici encore deux billets de Bertin de Vaux qui. Je crois que vous en serez content. Que ce salon de Mme de St. n o u s vous attendons jeudi.. nous en serions débarrassés. à cinq heures. Vous lirez demain m a t i n un article vigoureux sur notre ami. « Mon cher ami. A qui la faute? » Voici encore une lettre. Mais. et assurément. Decazes avait fait demander à dîner à F o n t a n e s pour mardi prochain? D'après ce qu'on m'a dit. il ne f a u t point les chercher parmi les imitateurs impudents du despotisme impérial. avez-vous entendu dire que M. CHATEAUBRIAND ET AUTRES 275 a m a n t s sincères de cette précieuse liberté. qui avait été ministre en 1816 et dont un article attribué à son . la chose parait certaine. au milieu de la tempête. il en est une que je reconnais toujours.. Ils sont de la fin de 1818.. Si nous avions toujours parlé comme cela. dans la direction du Journal des Débats. Vous pouvez peut-être vous en assurer et prévenir le coup. m'a fait faire de réflexions! On croit être sur le pont d'un vaisseau. entendre mille voix confuses. que suggère un article du Conservateur au député Vaublanc.LA POLICE. sauf votre volonté contraire. qui est celle qui retentit jusqu'au fond de l'âme. de la vérité. l'un des piliers de l'ultra-royalisme. au bureau du Journal des Débais pour aller dîner ensemble. s'était brouillé avec Decazes et secondait maintenant son frère Bertin l'aîné. du courage et de la vertu. irritée celle-là. » « Cher ami. parce qu'elle porte en elte le charme puissant de l'harmonie. après avoir été secrétaire général du ministère de la police. et ignorer d'où elles p a r t e n t .

de Chateaubriand m'a dit chez M. qu'il approuvait surtout d'y voir le clergé qui n ' y était que comme électeur de droit. chargé de relever un trône deux fois tombé. il a aussi commis une i m p r u dence en proscrivant les électeurs de droit. de Villèle a défendu nos libertés contre moi. α M. et. Voyez ce qui lui arrive p a r t o u t où elle n'a pas d'électeurs de droit. de Chateaubriand . je lui ai promis de la remettre aujourd'hui chez M. « Dans son article. de Castelbajac. J'ai grondé. M. Le gouvernement représentatif sera un poison corrosif pour la Franco. partie bien faible au milieu de tous les . voit nos libertés ailleurs que dans l'affermissement de ce trône ! La question tout entière consistait à examiner si la loi que je proposais était propre à affermir le trône.276 LA POLICE POLITIQUE collègue Castelbajac critiquait les actes. Quel clergé de l'Angleterre a le droit de s'assembler tous les ans? Quel droit le clergé a-t-il en France? Les électeurs de droit étaient un commencement d'aristocratie. « 21 février 1819. — J'ai vu hier M. Vaublanc adressait sa protestation à Chateaubriand. Trois années viennent de la décider. de Duras que le rejet de cette loi avait perdu la France. il met dans le Conservateur que M. hier. L'Angleterre doit sa tranquillité et sa gloire aux électeurs de droit. il m'a demandé une note sur les changements de préfets pendant mon ministère. Que de choses je pourrais répondre! C'est un royaliste qui. je la joins à ce billet. j'ajoute qu'il n'est point de sa dignité d'y être autrement. de Castelbajac .

que de tâcher de renverser les électeurs de droit. et c'est un royaliste qui me reproche (l'avoir si bien vu ? A quoi servent les meilleures intentions? Il a commis d'ailleurs une inconséquence. de Villèle avait proposé et fait adopter que le Roi nommerait le dixième des électeurs. de Chateau- .. J'espérais fortifier Tannée suivante cette utile institution. sur les malheurs qui arriveraient si on laissait flotter les élections au hasard des passions. Plusieurs de mes amis m'ont parlé de la peine que leur a faite l'article en question. J'ai le droit de demander une explication dans le Conservateur \ je la demande avec confiance à M. de Richelieu dans la commission pour soutenir cette loi. j'ai été prophète. en Angleterre. « J'avais cru faire une chose prodigieusement étonnante. Hélas ! j'avais persuadé tout le monde. car il a oublié que M.LA POLICE. et par celui des ministres. CHATEAUBRIAND ET AUTRES 277 autres éléments. de C.. C'était bien autre chose contre nos libertés . en faisant adopter des électeurs de droit à l'unanimité par le Conseil d'État. et en amenant deux fois M. Cette proposition m ' a mérité les injures de M. excepté les royalistes de la Chambre. dans ce mémoire. « E t voilà q u ' u n royaliste me reproche d'avoir a t t e n t é à nos libertés par mes électeurs de droit ! Il n'a pas réfléchi que dans ce moment même les Jacobins ne font point autre chose. il devrait bien dire un petit mot de ce dixième mis à la nomination des ministres. Quels ont été mon étonnement et ma douleur quand j'ai vu une opposition si extraordinaire ! J'avais présenté au Roi un mémoire sur les électeurs de droit.

où elle avait pu assister au conflit des passions politiques. « Ce qui console et rassure p o u r notre pays. Si vous a v e z quelques paroles consolantes à me dire. Tout est-il désespéré? Je le crains. et il existe une fermentation sourde qui fait craindre une explosion. j'en ai bon besoin . et c'est ici le grand nombre . C e u x qui observent la loi de Dieu sont fidèles à leur roi. des jours heureux. c'est le m o t . car on nous débite ici des nouvelles qui. chère sœur. Voudrait-il avoir la b o n t é de me l'envoyer a v a n t de l'insérer? » Dans une a u t r e lettre adressée à Mme de Chateaubriand p a r sa belle-sœur. . Elle était alors à Rennes. Mes enfants se joignent à moi et vous p r i e n t l'un et l'autre d'agréer leurs vœux. les nuages s'amoncellent. les républicains. hâtez-vous. d ' u n autre côté. aussi violemment déchaînées sur cet ancien t h é â t r e des guerres de la chouannerie q u ' à Paris et ailleurs : « 28 décembre. s'agitent. n'en sont pas moins alarmantes. — L'année qui vient de s'écouler. nous trouvons un fidèle tableau d e l'état des partis.38 4 LA POLICE POLITIQUE briand. Les b o u q u e t s de violettes ont reparu . hâtezvous. quoique absurdes. c'est la grande q u a n t i t é de fidèles de l'un et de l'autre sexe qui ont a p p r o c h é des sacrements pendant les fêtes de Noël. le tonnerre gronde. ainsi qu'à mon frère. et le dernier discours d e mon frère dans le Conservateur semble être un adieu. finit sous de sinistres présages . Puisse l ' a n n é e où nous allons entrer ranimer notre espoir ! J e vous souhaite.

CHATEAUBRIAND ET AUTRES 279 mais. le général Donnadieu. nous trouvons une lettre — 2 mai 1819 — de l'un des énergumènes de l'extrême droite. Croyez bien que les sources du véritable honneur. les soupçons de délation qui pesaient sur lui et enfin. son rôle odieux dans la conspiration de Grenoble le rendaient peu recommandable. Dans le même dossier. (1) Le mot « piqueurs ι veut dire ici : excitateurs et fauteurs de troubles. t a n t sa vie passée. mon cher vicomte ! La vérité commence enfin à dessiller les yeux . dans les rues. les Bretons ne sont pas patients . . je crois que justice en serait p r o m p t e m e n t faite . et ceux-là ont hurlé comme des bêtes féroces. l'ambiguïté de sa conduite sous le Consulat. ils la feraient euxmêmes. en dernier lieu. « Courage. l'imposture t o m b e du h a u t des autels que lui avaient érigés l'ignorance et la passion. Il est vrai que ce cynique personnage avait toutes les audaces et qu'en faisant campagne contre les ministres actuels du Roi. et il n'y a eu aucun désordre qui soit venu à ma connaissance. et ils y seraient mal reçus . Les églises étaient si pleines qu'on ne pouvait y trouver place. Nous n ' a v o n s point encore de piqueurs ici (1). à défaut de police. qu'on regrette de voir figurer parmi les correspondants de Chateaubriand. il parlait comme un homme vertueux. Je me suis promené dans quelques contrées. dont il espéraitla chute prochaine. il y a aussi des méchants. j'ai vu des hommes de toutes les classes rongés de honte de l'avilissement de la patrie.LA POLICE. p a r t o u t . la nuit de Noël. La garde était doublée.

.280 LA POLICE POLITIQUE du juste et du beau. « O n vous aura sans doute soumis quelques réflexions que je nie suis amusé à tracer dans mon petit hameau . dans le même état où nous sommes aujourd'hui. en province. et si facile encore à rendre heureux e t prospère. que la France estime et révère. mais. c'est la peste de notre p a y s ! Ils n ' a u r o n t ni le courage de réparer le mal. forts et intègres ! Nettoyer entièrement les écuries d'Augias. la justice. ne sont p a s encore taries au milieu de nous. (( C'est à vous.. la vérité n'a aucun empire . c'est à votre noble caractère qu'il a p p a r t i e n t d'exercer sur tout cela l'ascendant qu'il a si justement acquis. t o u t se décompose. l'un comme l'autre. « Surtout. Méfiez-vous des hommes faibles. Notre pays est si beau. qu'il ne faut rien négliger pour le . mon cher vicomte. que la régénération soit active ! Ne sortons pas du crime pour tomber dans le vice ou la faiblesse qui indubitablement nous ramèneraient. A Paris. j ' a i dit qu'on les fasse imprimer de suite. voilà ce que la France a t t e n d et ce qu'elle désire. ni la force de faire le bien. mon cher vicomte. où les plaisirs et le luxe n'affadissent p a s toutes les âmes. C'est à vous. Le jour où l'on fera un appel à ces nobles sentiments. on les trouvera peut-être plus brillants. si quelque heureux changement arrive. t o u t se flétrit. plus forts que jamais. que l'honneur en sera dû. si vous les trouvez justes et utiles. Des hommes nouveaux. et la raison reçoivent les hommages qui leur sont dus. quelque faible que soit l ' u n ou l'autre. où on leur permettra de· prendre l'essor.

LA POLICE. Vous voulez. CHATEAUBRIAND ET AUTRES 281 . beau-père de Sosthène de La Rochefoucauld. » Dans l'autre lettre. et que notre ministre (Villèle). l'épreuve de mon article. j'ai relu ce matin. chez Lenorm a n d . je parlais peut-être un peu trop t ô t et trop clairement. s'il l'est toutefois. Écrivezinoi un petit mot de réponse ce soir . décidément. qui a des succès très flatteurs. « Vous êtes un terrible homme. De grâce ! le manuscrit avec des croix. le comte de Montmorency. une poignée d'imp u d e n t s coquins l'ont jeté. « Mon cher ami. au moment où le parti des ultras. me brouiller avec mon gendre. pour les manuscrits peu importants que l'on vous confie. à moins que \ r ous ne le fassiez passer vôtre . se flattait de voir Villèle arriver a u x affaires. Je voudrais qu'on ne puisse pas me le reprocher plus que l'article de l'abbé Fayet. cher et noble vicomte. Il aura assez d'embarras sans lui en donner d'autres. en serait peut-être contrarié. Je ne renverrai que demain matin l'épreuve à Lenormand. s'il ne trouve pas sa place dans le premier Conservateur. parmi lesquels il siégeait.et que je le trouve en r e n t r a n t chez moi. C'est avant-hier soir que vous deviez me renvoyer celui de Sosthène. réclame un manuscrit de son gendre déposé au journal. » Deux autres lettres sont relatives à la rédaction du Conservateur.sortir du bourbier où la canaille. J'ai fait réflexion que sur la loi des élections. vu le moment où nous sommes. L'une est signée de l'illustre comte de Bonald et est écrite en 1819. et ce n'est pas de ses amis qu'ils doivent venir. d o n t j'annonce hautement les changements.

et voici pourquoi : d'abord. à la veuve de l'un des héros de la Vendée. a u contraire. . sera heureuse de vous réunir avec eux. Nous aurons bien des choses à nous dire. rendu inutile l'héroïque chevalerie dans la Vendée. comme elle regardait mon article sur la Vendée. je ne v e u x que louer leurs vertus et leur courage partout où je les rencontre. en tous les temps. mais. car je ne puis prendre parti dans les malheureuses divisions qui ont. » Citons encore cette réponse écrite par Chateaubriand. et j'espère de continuer. je n'ai point eu. mes trav a u x augmentant avec les affaires. je réponds moi-même à la lettre que vous avez bien voulu adresser à Mme de Chateaubriand. Ma position.38 4 LA POLICE POLITIQUE directement. le 30 août 1819. le comte de Suzannet les hommages qu'il mérite. On m ' a p p o r t a votre lettre avec beaucoup d'autres et j e l'ouvris sans m'apercevoir qu'elle ne m'était pas adressée . me réservant l'honneur de vous écrire. qui désire les voir. J'ai déjà commencé. il faut que je commence par vous demander deux fois pardon. madame la comtesse. que je saisirai l'occasion de rendre à la mémoire de M. jusqu'ici. Voulez-vous venir dîner. est difficile. je ne la remis point à Mme de Chateaubriand. un seul moment pour vous répondre. en sorte que m a réponse est extrêmement tardive. est de ne pas les désunir. chez moi. la comtesse de Suzannet : «Madame la comtesse. Les affaires publiques se multiplient et. « Ce sera toujours avec empressement. Mon devoir. avec Villèle et Corbière? Ma belle-mère. sous ce rapport. demain mardi.

et j ' y ferai de nouveau l'éloge de M.LA POLICE. CHATEAUBRIAND ET AUTRES 283 « Mon projet. le comte de Suzannet. m a d a m e la comtesse. » . est d'écrire bientôt cinq ou six pages de supplément à la quarante-quatrième livraison du Conservateur.

il fallait pouvoir lui parler. Que ma pauvre mère se rétablisse et que je vous sois t o u j o u r s chère. quelquefois oui. Ne vous inquiétez pas de moi. car. d o n t les originaux. Travaillez et venez me voir. pour plaire à Chateaubriand. dont un r a p p o r t de police dit simplement : « Mme la duchesse de Lévis continue d'envoyer des billets politiques tous les jours à M. Qu'on en juge p a r ces extraits.III O n voit quo la politique tient une grande place d a n s ce qui précède. Quand j'ai le cœur mal à l'aise. voici la correspondance des amies qui. sont sous nos y e u x : « Notre consultation est à une heure. Mais. de tout ce qui le préoccupait . car j'ai bien peu d'espoir. à côté de ces papiers qui sont au plus h a u t degré des documents pour l'histoire. vous verrez que le mal ne m'approchera pas. L ' u n e des plus habiles en ce genre était la duchesse de Lévis. Je la redoute. en le flattant. Je vous . étaient des « politiciennes ». mon visage ne peut s'empêcher de s'en ressentir. » Politiques. quelquefois non. mis en pièces par celui à qui ils étaient adressés et reconstitués p a r la police. de Chateaubriand. pour la p l u p a r t .

Jamais. cher.LA POLICE. pour cette fois. A bientôt. je pense qu'elle aura lu et relu. Que pouvez-vous faire . » De la meme main : « Je suis toujours enrhumée. Allons. prenez sur vous. le même honneur. Le peintre était digne du sujet. après votre comité. Cher ami. très cher. que je suis fière et contente de vous. » E t encore. de Chateaubriand tout e n t i e r ! C'est dans son âme qu'il a trouvé ces expressions à la fois touchantes. cette autre lettre expédiée au moment où l'illustre écrivain du Conservateur vient de parler avec enthousiasme des campagnes vendéennes sous la Révolution : « Il fallait vous pour tracer le tableau de cette admirable guerre de la Vendée. Dites-lui que. Voilà le volume de Molière. mais comme lui semblant naturels. La valeur d ' u n e demi-heure en t o u t . Mais c'est encore bien peu de chose. C'est faire l'éloge de tous deux. CHATEAUBRIAND ET AUTRES 285 a t t e n d r a i comme la meilleure et la plus douce consolation que je puisse recevoir. les mêmes sentiments animent l'historien et les illustres personnages dont il raconte les h a u t s faits avec fierté. Mme de Ch. Ma mère me semble un peu mieux. doit être bien heureuse. Vous savez le bien et le plaisir que je t r o u v e à vous voir et que voici deux jours où je ne vous ai pas vu. Je l'attends avec vous après ce nouveau travail du Conservateur. pour décrire les actions de ses héros compatriotes. naïves.. Venez.. je crois. sublimes. vous n'avez rien écrit de mieux. Quel sentiment ! Quelle rapidité ! Quelle éloquence ! Quelle noblesse ! Ali ! c'est bien M. comme il convient. cher ami. On voit que le même sang.

elles me paraissent irrécusables. On n'a pas plus de chaleur d'âme. L'admiration qu'elle exprime se trahit au même degré dans cette missive d u duc de Fitz-James qu'il faut citer ici parce qu'elle révèle par surcroît que l'article n'a pas également plu à t o u t le monde : « Votre beau morceau s u r la Vendée garantit l'immortalité à cette terre classique de l'honneur. Je ne sais si vous le connaissez. Ce fait est t r o p honorable p o u r le héros et pour la Vendée pour être plongé dans l'oubli. peut-être. dans ses mémoires. et cette authenticité m e paraît prouvée par les documents officiels que j e vous envoie. Je vous envoie également la lettre que m'écrit le jeune Bouillé. « La famille Bonchamps est au désespoir que p a r votre silence vous ayez eu l'air de constater le doute que Mme de la Rochejaquelein. s'il est authentique . dès le commencement d e l à guerre et a. Voilà les pièces . il y a quelques jours.. Mais.. C'est un jeune . » Toute la lettre est sur ce ton dithyrambique. Elle a existé. en se plaignant de votre silence. vous deviez vous a t t e n d r e qu'il m e t t r a i t le feu parmi les Vendéens.286 LA POLICE POLITIQUE encore après le dernier? J e vous trouve presque présomptueux d'écrire après vous-même. Cette jalousie des uns envers les autres est le seul tort de ces bonnes gens. été la cause de tous leurs désastres. gendre de M. Il versait des larmes. de Bonchamps. Ceux que vous envoyez à la postérité en les n o m m a n t sont enviés avec raison par ceux dont vous n'avez pas parlé. j e t t e sur le fait des cinq mille républicains sauvés par Bonchamps à ses derniers moments.

et cela vous paraît tout simple d'être trois jours sans me voir. que vous n'y êtes venu. car il me semble que c'est aujourd'hui? C'est encore a u j o u r d'hui que Villèle. ou ce soir. Mais il ne semble pas que Chateaubriand ait eu à cœur de ne plus les mériter. C H A T Ε A U Β ΗIΑ Ν I) E T A U T R E S 287 homme fait pour recueillir t o u t l'héritage de M. une a u t r e lettre lui en apporte de nouveaux où les troi > jours sont devenus trois mois : « Comment va Mme de Ch. Ne vous verrai-je pas ce matin a v a n t votre conseil du Conservateur. qui cependant professe pour lui un attachement égal à son admiration. de son salon et même de sa chambre. Elles datent d ' u n moment où Chateaubriand ne paraît pas être très assidu chez cette grande dame. Corbière et Fontanes dînent chez moi. « Mais. sans reproches. copies ou originaux. de Bonchamps si les occasions se présentaient. Je suis fort satisfaite de votre majorité à la Chambre . N'y voulez-vous donc pas venir? Il y a trois mois. que devenez-vous donc? Voilà trois jours que je ne vous ai vu. où elle me souffrait toujours anciennem e n t . ) > Ces reproches affectueux ne sont pas datés..LA POLICE. E t ce pauvre prince? E t la réponse que vous devez lui porter? Y avez-vous été? Venez donc me voir à quatre heures. que la police s'est procurés par les mêmes procédés. dites-le-lui.. hier soir. » Voici m a i n t e n a n t des papiers de la duchesse de Duras.? J'ai été bien triste d'être exilée. Vous vous êtes déshabitué de venir ici. le 27 février 1819. j'espère que ce commencement aura de grands résul- . car.

Bonjour. Je ne vous parle point de votre importunité. il serait possible que je dusse sortir. et puis. on peut en dire autant du billet suiv a n t copié par la police et dont elle n'a p u découvrir l'auteur. à deux heures? Je v a i s à midi avec Mme de Nesselrode à la galerie d u Luxembourg et je compte être venue au plus t a r d à cette heure. « Oui. Je pense que vous ne doutez pas qu'elle m'est insupportable. Voulez-vous remettre à demain. cher ami. amitié sans alliage. Mme de Nesselrode ne part que demain. puisque vous me demandez ce qui en est. Ne me refusez pas. c'était aujourd'hui . Je v o u s écris de bonne heure pour que vous ayez le temps de faire des excuses si vous deviez dîner ailleurs. Je ne vous aurais peut-être rien fait dire.288 LA POLICE POLITIQUE t a t s et que nous serons encore une fois sauvés. Tâchez de vous arranger pour cela. Je voudrais bien que vous pussiez arranger ce que vous savez pour lundi matin. sans doute. ce dernier billet de cette fraternelle amie dont on connaît la sollicitude pour Chateaubriand : « Cher frère. » De quelle importunité parlait d'un ton si résolu . on le v o i t . E t . » Tout cela n'est qu'amitié pure. monsieur. L'histoire en a démontré et proclamé le caractère très platonique. mais. à l'honneur de celui qui la prodigua comme de celles qui l'inspirèrent. » Et enfin. et ce temps de verbe m e désole. je vous dirai qu'à cause de votre sauvagerie il vaut peut-être mieux remettre à demain . Elle vient dîner ici aujourd'hui pour un adieu et elle a grande envie de dîner avec vous.

si vous avez un instant. car je ne puis repartir sans vous avoir vu. que je me détermine à vous dire que mon frère Auguste m ' a donné ce matin une commission pour vous. Au lieu de cela. qui s u c c é d a . je suis chez m a mère . je m'en vais ce soir. il leur déplaisait terriblement. Sans cela. à d'IIerbouvilie. a v a n t cinq heures? Il faut absolument que vous m'en donniez u n . » Autre billet. i9 . A quelle heure puis-je vous voir un moment chez vous. je n'en serai pas plus fïère. car j e ne c o m p t e pas du tout sur vous. Mais. Voici où nous devinons Mme de Staël : « Je sens très bien qu'il serait plus beau de ne vous revoir de ma vie. en 1816. Heu(1) D i r e c t e u r général des p o s t e s . de bien des intrigues. à sept heures. Le cher Mézy (1). qui lit tout. et je vous ai trouvé une si drôle de figure ce m a t i n sur le pont avec une duchesse. et de ne plus vous parler ni vous écrire. et comme je pars samedi m a t i n . je n'aime pas les brouilleries.LA POLI CK. C H A T E A U l i I I I Λ Ν I) ET Λ UTK Ε S 289 cotte correspondante? Chateaubriand l'avait-il poursuivie de ses déclarations enflammées? Il est remarquable que. Mais cela sera plus convenable! Bonsoir. et qui semble révéler des droits acquis et sans doute suspendus. il faut que vous me donniez cinq minutes a u p a r a v a n t . » Ces p a t t e s de mouche cachent bien des mystères et témoignent de bien des agitations. y verra la preuve de la désunion des royalistes et nous donnerons un s u j e t de joie a u x ministres. il faut l u i m a n d e r que nous sommes brouillés. sinon abdiqués : « J'arrive. lorsqu'il ne plaisait pas aux femmes. plus mystérieux.

de Chateaubriand. Elle avait cueilli déjà cet autre billet. Mais. Elle prie M. de Chateaubriand et tous deux v o n t ensemble chez Mme Récamier. ni de personne de m'empêcher de vous aimer . De ce que la police découvre. à trois heures aprèsmidi. Mme Récamier envoie presque tous les jours un billet soigneusement cacheté à M. mon cœur. t o u t est à vous. Mathieu de Montmorency vient prendre M. « Vous aimer moins! Vous ne le croyez pas. » E t l'observateur qui avait opéré ce r a p t ajoutait : « Depuis environ trois semaines. elle y revient. il en est de plus claires. elle conclut qu'il s'agit d'iine intrigue galante : « La correspondance . Ne croyez pas ce que vous appelez des projets contre vous. bientôt. Il ne dépend plus de moi ni de vous. mais antérieur au précédent et de la même main : κ Mme Récamier est obligée de sortir demain matin. — 20 mars 1819. Très souvent M. Le vicomte cache ensuite si bien ces billets que l'observateur n ' a v a i t pu encore en voir un seul. » Ceci est écrit le 7 janvier 1819. On ignore la n a t u r e et le but de cette liaison. ma vie. A huit heures. sans date et sans signature.290 LA P O LI C Κ POLITIQUE reusement pour la curiosité de l'historien et de ses lecteurs. mon amour. » La liaison de cette charmante femme avec Chateaubriand est bien connue de la police. cher ami. A tout instant. entre huit et dix heures. « La main d ' u n policier a souillé cette déclaration brûlante en écrivant en marge : « Lettre de Mme RécaiTiier. cette ignorance est dissipée. de Chateaubriand de lui faire l'honneur de passer demain matin.

On n'a parlé que politique. C Π Α Τ Ε A U Β Κ I Α ΝIJ ET AUTRES 291 de Mme Récamier avec M. Chateaubriand p a r t en voyage. médisance ου calomnie. Il y a passé deux jours et s'est rendu près d'Alençon chez le comte d'Orglande. est la flèche du Parthe. qu'il ne tarderait pas de se rendre auprès de lui pour m e t t r e la der- . Legrand-Vallery. C'était le dimanche. député. Il est ensuite venu à Versailles. é t a n t sans argent depuis h u i t à dix jours. de Chateaubriand v a toujours son train. il s'est embarqué pour Honfleur. de Chateaubriand a repris. « Tout annonce qu'il a passé cette journée en tête à t ê t e avec Mme Récamier. Elle sait qu'il a quitté Paris en poste et couché à Rouen où il n'a vu personne. où une foule de personnes est venue le visiter. mais ce n'est vraisemblablement que de la galanterie. d'où il s'est rendu aux environs de Lisieux chez la marquise de Gastine. d'où il a renvoyé son domestique tout seul à Paris. « Le découragement de M. Il n'en avait p a s même le 1 e r janvier pour donner des étrennes à ses domestiques. Après un séjour de vingtq u a t r e heures. cela lui donne beaucoup d'humeur. Le lendemain. Il a écrit de nouveau à M.LA POLICE. On doit l'attribuer à diverses causes : d'abord. Il est resté à Versailles toute la journée du lundi. » Ο Roméo ! ô Juliette ! Dans les derniers jours d'octobre. Il a reçu hier mille écus d o n t la vicomtesse s'est emparée pour plusieurs besoins urgents. il a diné au Havre chez un député royaliste. La police le suit pas à pas. » Nous en finirons par cet extrait du dernier rapport en date du 5 janvier 1820 et qui. bibliothécaire du château de Saint-Cloud.

mais avec la femme du musicien L. à l'avènement du ministre Villèle et qu'il devint alors successivement ambassadeur à Berlin et à Londres.292 LA POLICE POLITIQUE niùre main à son ouvrago sur Malesherbes. — Il paraît que nous allons bien mal. plus cruelle encore que les poursuites de la police. dut lui paraître plus arrière et. » Telles sont. M. fidèlement résumées. dont il avait été si longtemps l'ami. que nos meneurs arrivés peut-êlre au delà du point où ils auraient voulu s'arrêter. On sait qu'elle prit fin en 1821. constatons qu'en 1819. Il lui écrit tous les jours et il en reçoit de tendres billets. envoyé au congrès de Vérone. le Cabinet noir ne respectera pas plus sa correspondance que celle de Chateaubriand. et qu'en 1824. non aujourd'hui avec Mme Réeamier.. Nous en trouvons la preuve dans les d e u x lettres suivantes ouvertes à la poste. mais j'ai pensé tout comme toi.. la disgrâce de Chateaubriand. Puisque nous avons prononcé le nom de Villèle. il fut de nouveau précipité du pouvoir. mon très cher a m i . de 1816 à 1820. mais cette fois avec une brutalité qui. de Chateaubriand continue ses intrigues de galanterie. les manœuvres d o n t se compliqua. seront embarrassés dans l'organisation d'un usurpateur . L'une est adressée à son fils : « 2 février 1819. Il se trouve d ' a u t a n t plus pressé de l'achever que l'imprimeur Miehaud lui achète le manuscrit dix mille francs et que cet argent lui est devenu bien nécessaire. venant de la part de J Villèle. puis ministre des a flaires étrangères. Malgré· tant de causes diverses de mécontentement.

Si le Roi venait à mourir ou à abdiquer. de bon sens qu'il a i t . la lassitude. . pays. même en faveur des fils naturels ou adoptifs de Bonaparte. mais l'intermédiaire. et la bonté du p a r t i le grossirait des quatre-vingt-dix-neuf centièmes des Français . du côté des honnêtes gens. L'apathie. de goût et d'intérêt. On est las de révolutions chez la très g r a n d e majorité des Français . pour si peu de jugement et. de l'armée et du trésor. sans hésiter. les seconderont. Les mauvais ne sont qu'une poignée . Le soldat est déjà acoquiné à la p a i x . les excellents ne sont pas nombreux . tout s ' y attacherait de suite. l'honneur et le dévouement. ne voie q u e le calme et la paix ne peuvent se rétablir qu'avec la légitimité. Le nombre révolutionnaire actif et propre à jirendre les armes pour soutenir l'illégitimité. « Rien ne bouge dans h. . est extrême. Les militaires mômes sont fort tranquilles. il faudrait être prêt à saisir le m o m e n t favorable pour fermer dehors la révolution. et il n'en est aucun qui. CII Α ϊ Ε Α υ Ii IU A M ) ET Al'TKES 29!} qui n'est pas prêt à se mettre à la tète d'un gouvernement que des millions de vrais Français ne voudront pas voir' sortir de la dynastie légitime.surtout les dispensateurs des grâces. les officiers ne rêvent pas tous .mais. en lui substituant la fidélité. se tournera. quand le souverain et les premiers de l ' É t a t .LA 1» 0 L I C Ε. et que Monsieur p a r û t avec vingt personnes dont il serait assuré d ' a v a n c e . pour le m e t t r e dans l'instant à la tête du ministère. qui forme la très immense majorité. qui feraient bien vite des prosélytes. est moindre qu'on ne pense.

t o u t nombreux qu'ils sont. que de se faire rosser avec le peu de soldats qu'ils ont sur pied. Nous avons des légions. nous le croyons souvent pire . Il y a eu à peu près a u t a n t de congés qu'il est entré de recrues. S'il y a des officiers et sous-officiers mauvais. pour nous sauver si nous le méritons. » . et moitié a u t a n t d'officiers. Le mal est grand . mais Dieu est là. l'artilleie encore moins que la ligne.294 LA P O L I C E POLITIQUE à la guerre . où il n'y a pas cent cinquante hommes. ils ne feront jamais rien.

voire . habitait Paris depuis 1807. mais aussi dans cette h a u t e société qui a été alors la plus brillante parure de notre pays. La duchesse de Duras. on le sait. d'attirer dans leur salon des hommes tels que Chateaubriand. Quoique s u j e t prussien. sa sœur la marquise de Jumilhac. Elles les comblaient d'attentions. le peintre Gérard. la marquise deCastellane. le baron Alexandre de Humboldt. d'autres encore. né à Berlin en 1769.LIVRE V LA POLICE ET LES HUMBOLDT I D é j à célèbre à cette époque par ses voyages et ses travaux. la duchesse de Broglie. la marquise de Montcalm. la duchesse de Mouchy. il était venu s ' y fixer au retour de ses explorations dans l'Amérique du Sud. pour ne citer que ceux-là. grâce à quelques femmes qu'on y voit au premier rang. de prévenances. se faisaient gloire. Il y avait même publié plusieurs de ses ouvrages et il y comptait de nombreux amis. Mme Récamier. non seulement dans le monde scientifique. Benjamin Const a n t .

par son savoir qui était immense. on professait pour lui. quoique professant des opinions libérales. Fouché.296 LA POLICE Ρ U LIT I Ol! Ε de flatteries. J'ai déjà signalé à cette place la différence qui existe entre la police de la Restauration et celle du premier Empire. elles leur doivent. qui ont été. qui n'a dû sa renommée q u ' à elle-même. dans la société aristocratique et le monde savant. Payées de retour p a r ces courtisans de leur esprit ou de leur beauté et sans parler de leur plus illustre émule. par l'intérêt des souvenirs qu'il avait l'art d ' y répandre. et Savary. il se faisait pardonner d'être étranger par le prix qu'il attachait à l'estime et à la considération des Français. duc d ' O t r a n t e . s'étaient . Son patriotisme prussien ne l'empêchait pas d'aimer Paris comme sa propre patrie. Alexandre de Humboldt était l'un des favoris de ces grandes charmeuses et. Familiarisé avec notre langue qu'il parlait aussi bien que la sienne. malgré le temps écoulé depuis qu'elles ne sont plus. comme ministres. et aussi p a r sa fidélité à ses amis. les directeurs et les inspirateurs de celle-ci. par le charme de sa conversation. aussi bien pour lui-même que pour ses ouvrages. prisé au plus h a u t degré p a r les plus royalistes d'entre elles. E n un mot. p a r l'éclat de ses t r a v a u x et le retentissement de ses découvertes ethnographiques. duc de Rovigo. Mme de Staël. de n'être pas des inconnues pour nous. Cette f a v e u r lui avail été assurée p a r sa réputation d'explorateur audacieux. il avait su captiver les cœurs non moins que les esprits. et de toutes parts il recevait quotidiennem e n t le témoignage du goût que.

Elles seraient sans excuses si elles ne constituaient un instrument légué au gouvernement de la Restauratimn p a r ses prédécesseurs et s'il n'était intéressé comme eux à l'utiliser. la mise au pillage des papiers privés sont choses immorales et révoltantes. l'appât offert à la vénalité des serviteurs. du moins. de construire contre les individus soupçonnés à t o r t ou à raison. L'ouverture des lettres à la poste. qui s'efforce d'être toujours bien informée. Rien de pareil sous le règne de Louis X V I I I . la police royale dirigée par Decazes perd t o u t caractère provocateur. u n gibier de choix.LA Ρ OL I CK ET LES II UM H O L Π Τ 297 donné pour mission non seulement de découvrir les artisans de complots. Très r é p a n d u dans Paris. de pousser leurs complices à la délation et. un édifice de preuves accablantes ou pour une p a r t de mérite. Mais. mais aussi de leur tendre des pièges. à l'aide de ces procédés. sur certains personnages dont elle avait intérêt à connaître les opinions et à qui leurs relations p e r m e t t a i e n t de voir beaucoup de monde. l'utilise-t-il autrement. à l'aide d ' a v e u x arrachés à ces complices par la menace ou à prix d'or. Alexandre de Humboldt était pour elle une proie tout indiquée. Sa police n'est qu'une agence d'informations. mais qui suffisait à justifier leur condamnation. il y avait souvent une plus grande p a r t de mensonges. écrivant force lettres. Ainsi s'explique la surveillance qu'elle exerçait. on . et de les surveiller. et d'être sûrement renseignés. Les procédés qu'elle emploie ne sauraient être approuvés. en recevant de nombreuses. Il y avait chance qu'en s ' e m p a r a n t de ses papiers et en lisant sa correspondance. Fouché parti.

de h a u t e s fonctions administratives. bien qu'il lui ait fait t r o p souvent des infidélités. mais aussi avec Berlin. On le retrouve au Congrès d'Aixla-Chapelle et bientôt après. Lors de la première invasion. il écrit à ce frère qu'il admire autant qu'il . Trop libéral pour se soumettre à la politique autoritaire que le chancelier veut faire prévaloir dans les contrées rhénanes que le Congrès de Vienne a données à la Prusse. son aîné de d e u x ans. en entrant d a n s le cabinet prussien que préside Hardenberg. il se sépare de cet homme d ' É t a t pour retourner à la science qui ne lui sera pas moins favorable qu'à son frère. il suit le roi de Prusse à Paris . mais qui avait a b a n d o n n é momentanément la science pour la carrière politique et diplomatique. il est un peu plus t a r d au Congrès de Vienne avec le chancelier prince de Hardenberg. et son principal correspondant à l'étranger était son propre frère.298 LA POLICE POLITIQUE eût les échos des salons et des milieux diplomatiques. avec Vienne. Ayant débuté dans c e t t e carrière comme ministre de Prusse à Rome et occupé dans son pays. sur les divers théâtres où se jouaient alors les destinées de la France. de 1815 à 1820. il figure. Cette surveillance présenterait en outre un autre avantage. s a v a n t comme lui. qui s'est fait le protecteur des d e u x frères. Il retourne ensuite à Francfort d'où il est nommé représentant de la Prusse à Londres. à Francfort notamment. De tous les points où le conduisent ses déplacements. il atteint enfin le point culminant de sa carrière. le baron Guillaume. avec Londres. Le baron Alexandre ne correspondait pas seulement avec Paris.

et a remarqué qu'elle était rédigée dans un sens extrêm e m e n t libéral. quand il est absent. L'agent l'a eue entre les mains p e n d a n t quelques moments. celui-ci lui répond t o u j o u r s et si nous le savons. » « 13 février. Cette lettre doit p a r t i r demain par le courrier du comte de Goltz . qu'on soupçonne. cela est très certain. Lafond. copier les originaux des unes et les minutes des autres. neveu de Murât. . si nous connaissons leurs lettres. on pourra mesurer le plus ou moins d ' i m p o r t a n c e de leurs découvertes et décider si. « 5 février 1817. elles présentent une utilité suffisante pour légitimer l'emploi des moyens bas et honteux. — Le baron de H u m b o l d t vient de terminer une très longue lettre à son frère. auxquels ils ont recouru.LA POLIGE ET LES HUMBOLDT 299 l'aime . Un M. Ils tiennent entre eux de forts mauvais propos . est venu de la province à Paris. c'est grâce à l'habileté de cette police qui v a jusque dans le cabinet d'Alexandre. sur la situation actuelle des esprits en France. Elle estime que cette correspondance où les Humboldt se parlent librement révéleront des intrigues de cour. ou plutôt jacobin. oui ou non. et p r o u v e r o n t qu'elles pèsent d ' u n grand poids sur la marche des événements. — Le valet de c h a m b r e du baron de H u m b o l d t r a p p o r t e nombre de circonstances qui no p e r m e t t e n t pas de douter que le baron ne soit t o u j o u r s dans d'assez mauvaises dispositions pour nous. et voit tous les jours le baron de Humboldt. E n parcourant quelques r a p p o r t s de ces policiers qui restent pour nous des inconnus.

300 LA Ι Ό LI CK l'OLITIOin·: l'agent fera t o u t ce qui dépendra de lui pour tâcher d'en procurer copie. de Chateaubriand. Il le « faut. le billet suivant : « Mon cher baron. » « Voici la réponse littérale du baron de Humboldt à Mme de Staël : « Je vois que vous me traitez en ultra. que vous veniez dîner mercredi avec M. c'est que pendant que M. « Avant-hier Mme de Staël a écrit au baron de Humboldt. et redevint veuve en 1814. mardi. le c o m t e -le Rumfort. elle s ' e s t remariée au célèbre économiste. J'accepte avec la plus vive reeon« naissance votre aimable invitation peur merΊ credi. avec des (1) Veuve en premières noces de l'illustre Lavoisier. de H u m b o l d t consigne ainsi ses pensées ultraphilosophiques. de Humboldt pour aujourd'hui. de Chateaubriand. parce qu'il la dit très intéressante. « Une chose singulière. de « Chateaubriand et d'autres purs connue lui. . < En France. mais de « l'église des ultra-réformés par Mme de Duras et « M. mais il faut absolu« ment. Une telle duplicité de conduite et de langage n'est guère honorable p o u r un savant tel que lui. » « De son côté. Mme de Rinnfort (1) avait invité M. guillotiné sous la Terreur. on ne veut pas croire à la justesse de ( « l'expression. Je suis ultra et archi-ultra dans les senti« ments passionnés de vénération que je vous « porte. entendez-vous. E n Angleterre et a u x « États-Unis on nomme les sectes des persuasions. il fait l'ultra-royaliste chez Mme de Duras et chez M. il faut.

Ce que les amis nombreux désirent. sou promit'·« il" conspirer avec des proscrits. au concert. — Voici quelques papiers. de l'arrestation de Mme Régnault de Saint-Jean d'Angély (1). mais il no pout. (illisible) a promis dans la société Delambre de faire des démarches auprès du ministre de la police. c'est que Mme Régnault ne reste point en prison et soit seulement expatriée. amie particulière du baron de Humboldt. le fils Régnault doit être passé en Belgique. les fils Arnault. M. M. madame. où vont.LA PÖLICH KT LES HUMBOLDT 301 libéraux. é t a n t engagé. tous les jours. de Buffault. de Humboldt l'aura vraisemblablement favorisé pour cela. (1) Sun IIIÎIri a y a n t ύΐό proscrit on 181"). elle fut arrêtée en 1817. M. « chez le comte de Goltz et chez lady Mansfield. et il lui a répondu par le billet suivant : « Je suis bien vivement peiné. . est chez Mme Delambre. de ne « pouvoir accepter votre aimable invitation. Je ne manquerai pas d'aller vous offrir « mes hommages dans la soirée. ceux qui le sont il les brûle. Je « n'ai été à aucun des trois bals chez M. « Le baron de Humboldt fait grand bruit. Je vis « comme un missionnaire de l'Orénoque. E n ce moment. « Quelle ver lu ! » « 28 avril. Ils sont peu intéressants. niais « je suis engagé pour demain. s'y rendre. Le quartier général des personnes qui prennent intérêt à cette dame. et je ne puis me dé« mettre. ayant « beaucoup à écrire sur les matières du temps. Mme Latour. Newcnham. provenant do chez le baron de Humboldt. etc.

le baron de Humboldt de lui conserver quelques instants entre trois et six heures pour lui demander des conseils sur un objet qui l'occupe depuis quelque t e m p s et elle le prie de garder le secret sur cet objet très important de sa consultation. désirant lui « demander des conseils. On lui a persuadé qu'il y avait à la perquisition faite au Val. » « 6 juillet. sur u n objet particulier « qui m'occupe beaucoup. « à Paris . — Mme de Montcalm a écrit. p r é t e n d a n t que c'était une indignité de leur p a r t . il s'est mis dans une grande colère contre les ministres. la lettre suivante à M. Mme de Montcalm. qu'on avait séparé inhumainement Mme Régnault malade. et le priant de me garder . et on croit qu'ils sont allés dîner ensemble à la campagne car Mme de Montcalm lui a écrit une lettre hier. chez cette dame. je le prie de me conserver un matin (entre « trois et six heures) quelques instants. de Humboldt a appris l'arrestation de Mme Régnault. de Humboldt m'ait ( « procuré si peu le plaisir de le voir en toute sûreté. vendredi soir. enfin qu'on s'était conduit barbaremcnt à son égard. àqua Ire heures après-midi. soixante gendarmes et trente agents de police. le baron de H u m b o l d t est allé chez la sœur du duc de Richelieu. par laquelle elle prie M.302 LA POLICE POLITIQUE « Lorsque M. — A u j o u r d ' h u i . de Humboldt . » « 4 juillet 1818. le baron s'est rendu avant-hier à q u a t r e heures. de sa femme de chambre. < Je regrette bien que M.

de Humboldt. de Humboldt. à quatre heures (samedi dernier). datée de Londres. le plus fidèlement possible. m'a été apportée en original. car il est fort ignorant. et elle a été transcrite exactement. « Je n'ai pas le moindre doute sur l'existence de cette lettre. du reste. qui assure avoir copié sur place la lettre. l'assurance de mes sentiments (1). ma s œ u r n'a pas le moindre rapprochement avec M. le duc de Richelieu a écrit : * Je voudrais parier qu'il n'y a pas un mot de vrai. Je lui rendrai ensuite son entière liberté. le 30 juin.S. — Je quitte l'agent qui est en relations (1) Au bas de la copie de c e t t e lettre. Le rapport ci-joint du domestique prouve qu'on a voulu dire le soir. puisque ce jour-là. je ne pourrais me la reprocher. M. Cet homme. » « 9 juillet. puisqu'elle me. « En relisant le billet de Mme de Montcalm. P a r exemple. « P. procurera le plaisir de renouveler à M. sauf quelques mots que le domestique aura pu estropier. j'envoie le rapport original du domestique. la lettre de M. je vois bien une chose qui m'étonne. de Humboldt est allé voit Mme de Montcalm. » . c'est le rendezvous demandé entre trois et six heures du matin. je l'ai lue. E n attendant. a toujours été de bonne foi. dans tous les cas ce ne pourra être que demain. En le priant d'excuser mon importunité.LA POLICE ET LES HUMBOLDT 303 « « « « « « le secret sur l'objet très important de ma consultation. de Humboldt. — Je ne sais si on pourra avoir sans inconvénient la lettre de Mme de Montcalm.

de Humboldt. Au surplus. ajoute-t-elle. » « Puisque ma mauvaise étoile. Voici d'ailleurs d'autres billets qui prouvent qu'ils étaient en relations. de Humboldt m'avait promis des visites du soir et ties conversations du m a t i n . rien ne prouve que cette lettre ait trait à la politique . m ' a empêchée d'entendre. 11 était présent quand elle a été copiée. J'étais descendue chez m a . j'en suis sûr. et que je n'avais pas profité de son obligeance. les morceaux qu'il avait bien voulu promettre de me lire. et même de la peine que j'ai éprouvée en apprenant qu'il avait passé chez moi. et je m'en afflige d ' a u t a n t plus que jamais sa société ne1 me serait plus nécessaire pour me tirer d'une disposition morale bien difficile à supporter·. de Humboldt est bien sûr du regret. avant le départ de M. « M. puis-je lui demander de me prêter ceux de ses ouvrages qu'il croira le plus à portée de mon ignorance? J e lui demanderais pardon de mon importunité si je croyais possible d'être importune par l'intérêt qu'on inspire. je commence à craindre qu'il ne m'ait t o u t à fait oubliée. pas le moindre doute que la lettre de Mme de Montcalm est bien réelle. » « M.304 LA P O L I C E POLITIQUE journalières avec le domestique . autant que si j'avais vu l'original. » On voit combien s«? trompait le duc de Richelieu lorsqu'il affirmait qu'il n'y avait aucun rapprochement entre sa sœur et Alexandre de Humboldt. mais quant à la chose même.

afin de m'aider à guérir la méfiance que j'ai eue de moimême. 20 . J'espère qu'il sera assez bon pour me dédommager de cette privation. dont le il Is hérita du titre de duc de Richelieu. » (1) La marquise de Jumilhac.LA POLIGE ET LES HUMKOLDT 305 sœur (1) qui recevait quelques personnes auxquelles elle aurait été heureuse que M. de Humboldt voulût bien se joindre.

c'est alors que l'extension a lieu parmi les chrétiens . eût été à sa place p a r m i les précieuses et ne p o u v a i t inspirer une amitié bien vive. même à des libéraux c o m m e moi . en me voyant rester dans cette B a b y l o n e moderne « lors de l'ar« rivée du monstre ». on p a r d o n n e . la marquise de Prie. on est enclin à penser que la f e m m e qui les écrivait. au m o m e n t où elle j'entre à P a r i s : « Est-il bien vrai que la plus aimable. on resserre les g r a n d s coupables p a r les solstices d'hiver. surpris par la police. Telle. En Chine. daignez donc vous prononcer sur mon sort. Très différentes nous apparaissent d ' a u t r e s femmes alors à la mode qui enguirlandaient H u m boldt comme elles enguirlandaient C h a t e a u b r i a n d afin de le maintenir d a n s leur intimité. Mais accoutumé à ne pas t r o p me fier a u x amnisties. p a r exemple. je v e u x un p a r d o n plus formel a v a n t de me présenter chez vous. à Vienne. à la m ê m e époque. la plus spirituelle des marquises veuille me voir? J'irai me jeter à ses pieds pour o b t e n i r mon p a r d o n . J e d e m a n d e deux lignes de . le coeur t o u t plein encore de tout ce que vous avez dit contre moi à m o n frère. à qui H u m b o l d t écrit le 5 janvier 1819. m a d a m e .II A lire ces billets cérémonieux et compassés.

et vous le savez bien.. tous les jours. et Dieu sait si j'avais besoin d'en avoir aussi de votre p a r t . Mme Benjamin Constant. mais ils ne seront pas amers.. depuis trois mois. dès le surlendemain. C'est assez vous dire que la paix est faite. m a d a m e . Veuillez donc. à cause d'une certaine réponse que je vous dois. et que j'ai remise d ' u n e saison à l'autre. dix heures. n'a jamais besoin de pardon. comme vous. — Je reçois votre charmant billet. cherchant une occasion sûre de vous donner l'état des partis. m a i s il se met à ses ordres p o u r u n jour d'après. c e t t e lettre et la réponse de Mme de Prie : « Ce mercredi soir. Voilà pourquoi vous craignez si peu de vous rendre coupable. C'est à vous à tenir la vôtre. 6. selon ma louable coutume. U n e personne. daignez me les accorder. après vous. » Au mois de juin suivant. Je suis. et de trois à cinq.LA POLICE ET LES HUMBOLDT 307 cette jolie écriture. a v a n t que je ne quitte l'Europe (car enfin ce sera pour de bon) et si lady Morgan. car vous m'avez causé trop de chagrin. E t elle de répondre : « Me voici à vous tenir ma parole. et Mme Dupin vous laissent quelques instants libres. et je n'ai presque pas achevé de le lire que je m'empresse d'y répondre p a r un mot à la hâte. attendez-vous à en recevoir. mais pour des reproches. me p a r donner. monsieur. » Le Cabinet noir livre à la police. dans cette Gabbia di motti. visible de dix heures à midi. . et surtout que vous ne me fassiez pas de reproches. Humboldt est obligé de refuser une invitation à dîner de Mme de Prie pour le lundi . Je soupire.

après-demain 28. si tel était mon cas. Me dégoûter. Venez me rassurer. mais il faudra que vous ayez la complaisance de vous trouver chez moi à quatre heures et demie. Elle attribue à la légèreté tudesque ce qui est l'effet de ma position. Rappelez-vous que je plie bagage. vous m e ferez un bien grand plaisir. » La réponse de Humboldt prouve que le reproche lui est allé au cœur : « Je me rendrai à l'aimable invitation de Mme la duchesse. ni une assiette disponible . cela est bien mal : voilà quinze jours que je ne vous ai vu. ainsi vous devriez bien venir dîner avec moi. la noble fille de Mme de Staël : « Vous m'abandonnez tout à fait. si vous êtes libre. Vous y trouverez une aimable dame. pour faire une course à la campagne après. quel blasphème ! Me dégoûter de M. sans son conservateur de mari. car comment compter sur un voyageur tel que vous. moi pauvre bête de femme bien nulle ! mais sur laquelle vous savez bien que vous pourrez toujours compter p o u r une estime et un a t t a c h e m e n t invariables. devant nous m e t t r e à table à cinq heures précises. cela m'affligerait beaucoup.308 LA POLICE POLITIQUE monsieur. Pourquoi me tenez-vous une telle rigueur? On prétend que vous êtes sujet à vous dégoûter des personnes . Si vous êtes assez aimable pour cela. » Il y a aussi des reproches d a n s ce billet de la duchesse de Broglie. demain soir. de . Mille amitiés. monsieur. et je crains bien q u e ce ne soit le dernier. que je n'aurai bientôt plus un verre. et de votre maison.

madame la duchesse. Humboldt écrit encore : « Je n'ai trouvé votre aimable lettre. que le soir en rentrant. elle s'empare de la réponse de celui-ci. Je n'ai point été chez M. Il y a au fond de mon cœur une apathie sombre et pesante. mais je tenterai de vous offrir mes hommages. » Un peu plus tard. mais j'ai passé toute la journée. Je suis bien peu en état encore de profiter de l'un et de répondre à l'autre. mon excellent ami. Il le leur prouve encore quand meurt Mme de Staël. ni sur les condoléances qu'il adresse à Benjamin Constant. l'objet de mon a t t a c h e m e n t le plus affectueux. et du beau présent. pour m e t t r e en ordre des observations et des expériences que nous avons faites sur la température de l'eau sous la glace. dont je crois qu'il me . le même que celui qu'on a au Pôle Nord. En vous écrivant on ne doit parler que de lui. Gérard. et de la lettre qui l'accompagne. au coin de votre feu dans le petit comité : c'est être deux fois heureux de vous voir et de vous entendre à la fois.LA POLICE ET LES HUMBOLDT 309 Broglie qui est l'espoir de la France. C'est ce double sentiment que ressent Humboldt pour tout ce qui touche aux de Broglie. J'ai passé deux jours sur le niveau avec instrument que j'ai fait venir de Londres. Je suis enrhumé comme un ministre. Mais. ce soir. Le sentiment que j'éprouve devient plus oppressif à mesure qu'il semble devenir moins déchirant. La police n'a pu mettre la main sur les lettres qu'il leur écrit à ce moment. » Il y a. dans ces propos. beaucoup d'affection et beaucoup d'admiration. « Mille remerciements.

Lorsqu'en 1819. C. aussi nombreuses (lue variées. J'avais entendu dire que M. » Les relations d'Alexandre de Humboldt dans la société de Paris sont. écrit à Humboldt : < J'aurais été bien heureuse. parce que. Je m'empresse de . car je ne songeais qu'à celui qui. monsieur le baron. Mme Lacuée.310 LA P O L I G E POLITIQUE sera bien plus impossible de me relever. et que je n'ai aucune pensée qui ne me la rappelle et qui n'aille se briser sur son cercueil. cesser son exil. même après une longue absence et une séparation presque habituelle. Ce fut hier seulement que j'appris que vous étiez encore dans notre capitale. je rapportais tout à Mme de Staël. Réal. mon père. l'ancien conseiller d ' É t a t de l'Empire proscrit en 1815. et le passé apparaît avec une vie qui fait p â l i r et qui détruit celle qu'on croit rester. B. sa fille. les couches interposées par le temps sont soulevées p a r la mort. sans le savoir. que de la douleur la plus vive. s'était intéressé d'une manière si bonne et si aimable au sort de mon pauvre exilé. les femmes y tiennent la plus grande place. Ce que vous dites est cruellement vrai. et je regrettais de ne pouvoir vous faire p a r t de mon bonheur. Mais. voit. grâce à Decazes. mais bien tendre amitié. on le voit. de Humboldt n'était plus à Paris. « Reconnaissance et triste. Je n'ai plus de courage à rien. ( si j'avais été la première à vous annoncer le rappel du comte Réal. dans un temps bien douloureux pour moi.

nous égarant dans les forêts. Nous avions passé quatre à cinq années. Vous. envers M. de trouver les consolations d'une âme douloureusement affectée. vous ne m'en voudrez pas de ce que je tâche dans le recueillement et dans la solitude. On m'écrit que ses dernières paroles renfermaient des vœux pour la liberté de sa patrie et des souvenirs pour moi. Cela laisse des souvenirs ineffaçables. Je n'ai eu que deux compagnons de voyage pendant mon expédition en Amérique. madame. le baron de Humboldt. Bonpland (1) et M. de plus noble de sentiments en Amérique. nous trouvons une autre preuve de la fidélité de Humboldt à ses amis et à leur mémoire : « Une nouvelle bien douloureuse me prive aujourd'hui du plaisir de vous offrir mes hommages. Montufar a péri sur l'échafaud à Santa-Fé de Bogota. M. Après avoir vu succomber presque toute sa famille. . fils du marquis de Selvalegres. Avec sa famille a péri ce qu'il y avait de plus instruit. il avait accompagné Humboldt au Pérou. auteur d'ouvrages appréciés. » Dans la lettre suivante adressée à Mme de Ruml'ord. J'ai eu hier la nouvelle cruelle que M. couchant à la belle étoile. il a été pris en c o m b a t t a n t pour la noble cause des indépendants. un des plus riches seigneurs du Pérou. et d'assister à votre intéressante réunion. Montufar. qui connaissez les grandes douleurs.LA POLICE ET LES HUMBOLDT réparer de suite un malentendu que je vous supplie de ne pas prendre pour un oubli qui serait impardonnable à la fille de M. » (1) Naturaliste et explorateur. de plus éclairé. Réal. madame la comtesse.

je suis resté dans votre antichambre. j'aurais beau lui dire que les billets sont donnés. J'ai d'intimes et anciennes liaisons avec cette famille qui a été invitée à tous les derniers bals . ce matin. je serai le plus malheureux des hommes.312 LA POLICE POLITIQUE Voici encore. « Si vous me refusez. femme du ministre de Prusse : « J'ai une grande prière à vous faire. Le 21 janvier 1820. chez l'ambassadeur d'Angleterre. Humboldt écrit à la comtesse de Goltz. Mme de Beauvau croirait toujours que cette exclusion a des causes politiques. souvenezvous. ou que je n'ai pas mis assez de chaleur dans mes sollicitations. chère et aimable comtesse. avec sa famille. saisies p a r la police. je me charge de les t r a n s m e t t r e en. chez Fern an Nunez. à votre hôtel. trois lettres (l'un caractère très different et qui nous initient aux dessous d'une brouille mondaine. qu'il n'y a de mérite à céder qu'en se sacrifiant un peu. votre nom. que l'espace manque . qui me conjure de négocier p o u r qu'elle soit. L'exclusion du vôtre lui ferait beaucoup de peine . etc. invitée à votre bal. Laissez-vous donc fléchir par nies douces prières . vous ne me refuserez pas vos bons offices auprès du comte. chère comtesse. vous êtes si bonne et si indulgente ! « Daignez m'envoyer les billets d'invitation. J'ai été deux fois. Vous savez que les demoiselles sont charmantes. Voici mon secret : Je reçois une longue lettre de la princesse de Beauvau. d'où j'ai entendu remuer les plats. La famille . et si vous y trouviez un peu de répugnance. et modestement je me suis retiré. En vrai solliciteur.

rue de Richelieu. après les avoir invitées trois hivers de suite à nos bals. mais peut-être qu'un bon rhume ministériel nous délivrera de quelques-uns. Je frissonne. qu'avec la meilleure volonté du monde. Humboldt ne s'y méprend pas. mais t a n t de monde à notre bal. sans nous faire l'honneur de nous y prier. « Vous ne me croirez pas. nous avions supposé que ces daines ne tenaient pas beaucoup à y venir. j'ai totalement échoué dans m a négociation ! Rien n'a pu fléchir les deux personnages : ils'se sont opiniâ- . hôtel de Castellane . de la part de la princesse A d a m Czartoriska. » On devine ici une rancune de femme. que j'aurais été enchantée de faire quelque chose qui pût vous être agréable si cela eût été en mon pouvoir. D'ailleurs. » Le même jour. et je vous prie d'être bien persuadé que c'est un véritable chagrin pour moi d'être forcée de vous refuser. elles en ont donné un il y a quinze jours. une de ces rancunes qui sont longues à se dissiper et qui se traduisent p a r des procédés désobligeants. Nous avons tant. en faisant ce dénombrement. car. la comtesse de Goltz répond : « Soyez assuré. Son dépit et son humiliation se trahissent dans sa lettre à la princesse de Beauvau. J'aurais bien aussi la même requête à vous présenter. mon cher baron.LA POLICE ET LES IIIJMUOLDT 3d 3 de Beauvau se compose du prince. aimable princesse . de la princesse et de leurs enfants. et surtout un si grand nombre de femmes. il nous serait absolument impossible de recevoir la famille Beauvau. mais je ne veux pas me rendre tout à fait détestable à vos yeux.

Hélas ! voilà comme on traite le frère d'un ministre disgracié (1). En vain j'ai épuisé mon éloquence à leur peindre l'amitié et l'ancienne reconnaissance qui m'attachent à votre respectable famille. ayant fait présumer qu'elle y attachait peu d'importance. je suis revenu à la charge. mais j'en fus pour mes frais de dialectique. Je tâchai de lui faire entendre qu'un bal de famille n'était point un bal public. que pendant trois années consécutives on avait invité la famille Beauvau sans qu'elle daigne tenir compte de cette politesse. « Quant à moi j'avais décidé de ne pas y mettre les pieds. un certificat de présence. à Berlin. J'irai. et seulement pour que j'aie. je m'y suis présenté . Cependant j'ai réfléchi que ce serait marquer trop de dépit. . à qui j'ai renouvelé de vive voix t o u t l'intérêt que je mettais à réussir. La comtesse m'objecta encore que depuis peu vous aviez donné un bal auquel elle n'avait point été priée. mais l'incomparable beauté de la comtesse ne permet p a s que l'on entre si matin chez elle. Deux fois. hier.314 LA POLICE POLITIQUE trement retranchés dans l'excuse qu'ils avaient distribué beaucoup plus de billets que l'hôtel ne peut contenir de monde. m ' a introduit auprès de madame. ce matin encore. j'ai vu le comte qui. avec un peu d'humeur. était cause qu'on s'était abstenu cette fois de lui faire aucune invitation. » (1) Guillaume de Humboldt venait de se brouiller avec le prince de Hardenberg et de quitter le ministère. ce qui. mais je ne paraîtrai q u ' à la fin du bal. Elle m'a répondu. après bien des difficultés. Toutefois.

C'est en août 1818 et alors qu'il travaille à sa fameuse tragédie de Moïse. Mme de Duras y voit cependant pour lui l'occasion de récolter des lauriers ailleurs que dans le c h a m p de la politique d ' o ù elle voudrait qu'il s'éloignât à jamais. vous passeriez vingt-quatre heures à Andilly. dimanche . Si vous avez quelques épreuves à corriger. apportez-le . et je vous ramènerais lundi. triste erreur d ' u n homme de génie. N'est-ce pas une belle fête que je vous propose? . Elle écrit donc à H u m b o l d t : « J ' a v a i s eu un peu d'espoir de vous voir hier. car je viens à Paris pour la cour. je ne doute p a s qu'elles ne soient enchantées de vous v o i r . point d ' i m p o r t u n s p e n d a n t t o u t e une matinée. mais vous n ' ê t e s pas venu.11J Du même dossier. quelque petit travail à faire. je retire la correspondance suivante échangée entre H u m b o l d t et la duchesse de Duras. vous aurez du silence. une belle vue. Voici ce q u e je vous propose : Mlles Berry doivent venir dîner à la campagne chez moi. Elle est relative à Chateaubriand et révèle la tendre amitié que les deux correspondants professent p o u r l'illustre écrivain.

De grâce écrivez-moi quelques lignes avant de venir. ou un jeudi. M. Cela ferait une excellente impression dans les temps où nous vivons. R.? Ils en seront tous ravis. voilà bien des propositions. « Adieu. Voulez-vous que j'en parle à MM. J'avoue que je mets du prix à lout ce qui le tire de la politique. et C. Dans la grande Assemblée de l'Institut pour la Saint-Louis. Arrangez cela. de Stackelbcrg. on lit des morceaux de prose et de vers.. qu'on ne peut confondre avec un autre. et dont je fais part à vous seul. et je crois que si l'on proposait ù notre ami de lire quelque fragment de Moïse. J'irai le voir. mais je n'oserai lui en parler si vous ne m ' y autorisez... dont la noblesse des sentiments et l'indé- . H u m b o l d t répond : « Je suis touché de votre aimable souvenir.384L A POLICE POLITIQUE κ Voici une idée qui m'est venue. Je préfère vous demande]· un des premiers jours de la semaine prochaine. α Je ne ferai rien avant votre réponse. mais cela n ' a u r a aucune suite s'il donne un premier refus. et recevez l'assurance de la plus véritable amitié. et j'accepterais de t o u t mon cœur la proposition pour dimanche. Il me paraîtrait bien important de rappeler au public que c'est un homme à part. jours où je suis -ùr de vous trouver seule. il y consentirait.. un mercredi. mais ne dites pas que l'idée vient de moi. » A cette charmante lettre. si je n'étais engagé avec un ancien ami de mon frère. « Votre idée de Moïse me paraît tout aussi lumineuse. C'est là un point lumineux de mon existence. et comptez sur mon activité et sur mon zèle. dites oui.

« Je prie à genoux madame la duchesse de m'écrire quelques lignes à ce sujet. et je reviendrai le soir ici. Ne venez que mardi. autre. notre ami acceptera . « Clara est souffrante d'un mal de gorge. si la proposition est faite. Il ne passera pas par Paris (où l'on a préféré un autre ministre) et je dois le voir avant son départ. » Mme de Duras reprend la plume : « Je puis vous répondre que. ou vous. pour trois semaines.LA POLICE ET LES HUMBOLDT 317 pendanee de caractère ne se démentiront dans aucune occasion et qui n'aura jamais besoin des étrangers pour exciter l'admiration et conserver un grand nom chez ceux qui parlent français. mais cela va mieux aujourd'hui. Je voudrais t a n t remplacer la politique p a r la littérature. de dire que cette lecture ferait plaisir. ne l'intéresse pas assez. Que quelques membres seulement chargent M. ou tout. Mais je doute qu'il se rende à de si vives instances. Je pense aller bientôt en Angleterre. j'y crois son bonheur et son repos si engagés que rien ne me fera plus de plaisir que de le revoir dans cette ligne. Je ne parlerai . cette gloire paisible. et je réponds du consentement. La gloire littéraire. Il a demandé sa retrait e absolue. je vais lundi (si Clara continue à être bien) faire ma cour à Madame. j'en ai causé avec lui. la seule à laquelle j'aurais voulu qu'il aspire. J'étais au moment de retourner avec elle. Je crois que mon frère quittera momentanément les affaires. ou qui le parleront clans un siècle futur. Veuillez bien n'en pas parler. de Vèze qui le voit sou\ ? ent. et de me conserver une bienveillance qui m'est si chère.

mais nous avons cru qu'il ne fallait rien bâter. et une malveillance toujours croissante. S'il en est autrement.. depuis que les doctes s'en mêlent. les vôtres seront t o u j o u r s excellents . « J e le répète. réplique Humboldt. et vous. j'espère que ce ne sera q u ' u n e course. et il a dû les traiter avec de grands égards. » « Je n'ai rien négligé. à bientôt. « J'ignorais la brochure de M. non précisément contre notre illustre ami. de Chat. Mais. que les femmes ont des inspirations particulières. Il y a de la malveillance d a n s le public. Adieu. mais contre ceux qui s'en défendent explicitement sur tous les points. il ne semble . J e désire que vous soyez en ligne à \ r otre arrivée. de moribus Gerinanorum.LA POLICE POLITIQUE point do votre voyage . la lecture eut lieu. Je serais bien aise qu'on connût cette belle poésie. vous voilà avec de pleins pouvoirs. lorsque je v o u s écrivis mes deux billets. J'ai une sainte terreur des rapports et des tracasseries. et attendri» quelques jours pour se décider. vous ne m ' e n disiez pas un mot. Cet incident est très import a n t . mais les passions sont à craindre jusque dans le sanctuaire des Muses . on dirait même qu'elles se sont logées là. vous savez. » Finalement. je ne me consolerai jamais d'avoir d o n n é un mauvais conseil . si le public s'aband o n n e à ses propres inspirations.. car Tacite l'a dit. mais ne dites point que je vous en ai parlé. « Je ne doute pas du succès. je crois être g a r a n t du succès. des inspirations presque divines.

Ne me manquez donc p a s ce soir .LA POLICE ET LES HUMHOLDT 319 pas qu'elle ait produit grande impression sur les auditeurs de Chateaubriand. le prince Auguste de Prusse. aux Tuileries. ne donne pas la signature. annoncent évidemment qu'il y a une intrigue entre eux. et puis parce que j'aurai un de vos compatriotes. p a r ces citations. » Dans le même dossier. Peutêtre aussi n'est-ce qu'une intrigue académique. de Chateaubriand. qui était à la campagne . que j'ai envoyés successivement à Votre Excellence. en faveur de M. A la liasse de ces lettres. mais qu'elle a t t r i b u e encore à la duchesse de Duras. et pour lui dire comment il peut s'amuser. en quoi consistaient les exploits de la police. j'ai besoin de vous pour rendre la vie à ce pauvre prince. elle épingle les quelques lignes explicatives que voici : « Les billets ci-joints de la duchesse de Duras au baron de Humboldt et du baron à la duchesse. hier au soir. « Je resterai chez moi. ce soir jeudi. Il est t o m b é des nues. se trouvent en assez grand nombre des billets dont la police. en les reproduisant. Venez. et puis je l'ai engagé à venir prendre le thé ce soir. d'abord pour que j'aie le plaisir de vous voir. je vous prie. Amitié vraie et solide pour la vie. pour ne pas dîner . On peut \'oir d'ailleurs. » « Vous êtes donc décidé à ne pas venir me demander à diner aujourd'hui. car il me parait tout triste de ne pas voir un visage de connaissance à Paris. ou du moins n'en ai-je retrouvé aucune trace. Il venait chercher la duchesse d'Escars. il m'a trouvée au lieu d'elle : nous avons été à l'Opéra.

nous sommes loin de compte comme vous v o y e z . ce soir. toutes les fois que vous ne dînez pas chez des étrangers. C'est demain que je m'en vais à Mouchy. Amitié. Tâchez de me donner un petit moment. hier au soir. de Chateaubriand qui est ici pour trois ou q u a t r e jours. Oui. » « Faites-moi dire de vos nouvelles. Amitié. Ne lui dites pas que je vous en ai fait part et n'en parlez point. de Chateaubriand dîne . cela vient en seconde ligne. je dois aller à Neuilly et j'espère toujours vous y mener à huit heures trois quarts. j'aurais une autre ambition. » « J e suis désolée que vous soyez venu. vous me ferez plaisir. au reste je suis souvent si triste et si maussade que je trouve bien simple qu'on redoute les engagements de l'amitié avec moi. vous avez souffert avec nous . c'est ce soir que je serai chez moi. après cela. mais pas avant neuf heures. » « J'arriverai. Je ne compte pas sur vous. et p o u r t a n t il y a quelque douceur à compter solidement sur l'intérêt de ses amis.38 4 LA P O L I C E POLITIQUE chez moi deux jours de suite? Gela n'est pas amical. » « Je suis venue voir M. il est juste que vous soyez tranquille et rassuré avec nous aussi. inutilement . ils sont aimables s'ils peuvent. Voulez-vous venir dîner chez moi a u j o u r d ' h u i avec lui? Ses affaires sont arrangées (et il garde la Vallée). Mais. M. si vous voulez me voir dansla soirée. c'est que vous dînassiez ici. lundi .

je ne suis pas libre dimanche .LA POLICE ET LES HUMBOLDT 321 demain chez moi. où vous 21 . Si vous êtes toujours malade. de fidélité. mais pas tard. de justice. « De la rancune ! M'en croyez-vous capable? Ne peut-on pas avoir pour vous la plus sincère estime.. ce qui m'arrive une fois tous les q u a t r e ans. hélas. car il y a des doctrines fondamentales d'équité.. venez me voir. et resterai chez moi. Si vous êtes guéri. « Le dernier mot de ce billet arrache à Humboldt une protestation. qui a décrit le dernier volume en Chine avec lord A. Faites-moi dire si vous pourrez venir. je donne moi-même à dîner. de liberté civile. vous accorder toute sa confiance. Madame la duchesse. dans lesquelles il faut toujours se rencontrer. et faites-moi dire si vous viendrez. » « J'ai oublié hier de vous demander de me garder votre dîner de dimanche. avant que vous me supposiez dans le trimestre des trois péchés de protestantisme. ce naturaliste naufragé de VAlceste... Mais s'il y avait un temps. » « Je suis toute souffrante. Sans rancune. Mille amitiés. ultra-libéralisme et romantisme. Abel. Me voilà solennel comme un Allemand ! « A propos du dîner. venez-y. si vous êtes mieux. ce soir. sans se rencontrer dans toutes les nuances de nos diverses opinions politiques? Je dis dans les nuances. à M. faites-moi dire de vos nouvelles. parce qu'elles touchent au caractère et à la moralité de l'homme.

au nom du Roi. disposez de moi. Que cette mort de M. Pour ne pas chasser un ministre de suite.. et j · ne conçois rien à ce renouvellement des ministres. dimanche. (1). par exemple. on lui propose un entresol t o u t en lui faisant accroire qu'il est resté le maître de la maison. Celles que l'on a reçues annoncent que mon frère doit traiter. C'est un mauvais principe pour les unités. Que d'expérience in corpore vivo sous toutes les zones ! » Vers la même époque. que les Aristotes politiques exigent dans un ministère classique. je n'effrayerai pas de mes coudes. avec les anciens États. pour leur vacciner une constitution impitoyablement libérale. Nous n'avons pas les Catacombes de ce conseil qui ne s'assemble jamais. et j? ne manquerai pas au dîner de Mme la duchesse. vendredi? Ordonnez. depuis deux jours. daignez me donner un jour. M. » Quelques jours plus tard. Humboldt écrit encore à sa noble amie : < Je ne suis pas venu vous remercier de votre f aimable souvenir. « Je n'ai pas de nouvelles de mon frère (2). J ' a t t e n d s des lettres.322 LA POLICE POLITIQUE me permettiez de diner en petit comité de famille. Cela ne sera pas long. Si j'effraye par mes principes. jeudi. (2) Depuis peu de temps. parce qu'une petite fièvre de rhume me retient chez moi. de Saint-Marcellin avait péri dans un de ces duels si fréquents it cette époque entre royalistes et bonapartistes. le Cabinet noir ouvre la (1) Officier das Gardes du corps. Guillaume de Humboldt avait été contraint d'en sortir. membre du Cabinet prussien.. de Saint-Marcellin est affreuse ! Elle se lie à t a n t d'autres idées. .

. vous direz oui pour m'enchanter. où votre souvenir est bien cher et le charme de votre société bien apprécié? Voilà cependant l'espoir qui m'a été donné. que l'exécution d'une promesse à laquelle j ' a t t a c h e le plus grand prix. car je ne puis me persuader qu'il soit possible qu'un homme. je retourne à Bruxelles. et puis au dernier moment. le n o m est rarement prononcé devant lui. et en son nom et au mien. la plus attachante. heureusement. Songez cependant que le 25 octobre. presqu'en tremblant. p a r Mme de Beauvau. d a n s la Somme. du fond du cœur. v o u s le voudrez. privé d e votre conversation qui est la plus aimable. vers le 12 ou 15 octobre. si célèbre et si recherché. je viens vous dire. si aimé. t r o u v e le temps de venir visiter de modestes campagnards calomniés. « Est-il bien vrai que vous ayez eu la bonne pensée.LA POLICE ET LES HUMBOLDT 323 lettre qu'adresse à Humboldt du château de Sechelles. à la traverse de vos généreuses intentions. mais vous ne le pourrez point . il y a deux mois. par les salons et par les savants. « Mais n'importe. Peut-être par excès de bonté. que rien ne serait plus doux pour moi. que je connaisse et que quelques moments placés entre ces deux absences si tristes et si longues vous empêcheraient peut-être de m'oublier tout à fait. et d o n t . aujourd'hui. la marquise de Bérenger. et que je viens vous rappeler. que ce sera le troisième hiver que je passerai loin de Paris. si occupé. mille affaires surviendront. et la géniale intention de franchir u n espace de vingt lieues pour combler de joie et de reconnaissance les habitants solitaires d ' u n château. la famille B e a u v a u s'annonce chez moi.

écrit le général en juin 1817. « Recevez tous les compliments de M. » « J ' a t t e n d s M. à causer une joie vive. avant qu'elle n'arriv â t . « Adieu. si vous aimez à faire u n grand plaisir. monsieur. j'hésitais à vous écrire .324 LA POLICE POLITIQUE Enfin. mon cher ami. ensuite viendront les Beauvau qui sont de moitié dans les instances que je v o u s adresse. et sincère. que je n'ai eu le plaisir de . de Pontécoulant. je vous en prie. dès les premiers jours du mois prochain. A h ! ne dites pas non. « Il y a bien longtemps. je vous remets mes intérêts e n t r e les mains. venez chez des gens qui savent si bien apprécier votre caractère noble et indépendant. J ' a t t e n d s v o t r e réponse avec inquiétude. mais. de Bérenger et l'assurance du vif plaisir qu'il aurait à vous recevoir. plus l'époque où je sollicitais votre visite était encore éloignée. de Sismondi qui va venir passer u n mois ici. et décidez. et plus je craignais d'être oubliée. voyez. Ce sont des gens avec lesquels vous causerez volontiers . A présent que le moment approche. en vous disant la vivacité de mon désir. et qui conserveraient un long souvenir des instants que vous aurez eu l'amabilité de leur accorder. Depuis quelques semaines. et ne vous ai-je p a s dit et témoigné mille fois. et aussi M. quel prix j'attachais à votre bienveillance? » Dans les papiers de Humboldt dont s'empare la police. se trouvent aussi des lettres signées L a F a y e t t e et datées de son château de La Grange. Ne sommesnous pas d'anciennes connaissances. et aussi celle de mes craintes.

il faut le réparer. sans nuire à la ressemblance de sa jeunesse. assaillis par une mendicité menaçante. Mais. nous l'avons v u se gâter peu à peu. agités par une fermentation de marchés qui n ' a t t i r e r a pas les vendeurs et qui pourra être suivie d ' u n e crise terrible. Les simples . « Nous sommes entourés. J ' a i pensé que vous trouveriez quelque jouissance à prendre des soins pour le portrait de notre cher M. où il serait à l'abri de l'influence du grès. de Tessé. il y a plusieurs années. sans deviner la cause de ce dépérissement. Il faut un artiste habile et un excellent ami. de Tessé. Serait-ce la restauration. et nous l'avons placé d a n s le salon de La Grange . après qu'il aurait été rétabli.LA POLICE ET LES HUMBOLDT 325 vous voir et de recevoir de vos nouvelles . Dans ce cas. dont le tableau n ' é t a i t séparé que par le plâtre et un papier. Ce ne sont pas les changements de costume que M. ou dans le lieu que v o u s lui indiqueriez. Mon fds l'a fait restaurer avec soin. ici. et. de Tessé avait fait faire. je viens vous demander un service que vous m'accorderez à bien des titres. a v a n t tout. et j'ai chargé le porteur de cette l e t t r e de le déposer chez vous. de misères affreuses. les plus habiles en ce genre? Peut-être est-ce l'humidité de nos murs de grès. a-t-on dit. Nous avons un portrait charmant de notre adorable M. une image de sa jeunesse où l'on r e t r o u v e encore ses traits et son regard. le c h a n g e m e n t de toile opéré par les personnes. mais. La multitude a dicté le prix que l'autorité a prononcé. depuis une dizaine de jours. je le placerais sur la glace du salon. où nous aimons à rechercher celle des derniers temps.

fort effrayé d ' u n article du Journal général qui faisait craindre la perte de mon aimable lady M o r g a n . même de leur organisation. cemme il parle de publications posthumes. assurait être à Paris ? « Mon fils. ce matin. laissant a u x administrateurs le soin des mesures générales . J ' a i besoin de savoir ce que l'on en pense . que deux traductions se font en même temps. qui auraient eu le temps d'être traduites. je vous prie. mes enfants et moi. l'autre jour. Je vois. mais. de la fin de mars. où il m'écrit qu'elle achève un ouvrage sur la France. les m a u x individuels. aussi mal instruite que le journal. qu'une gazette. et de son auteur. et que j'ai reçu une lettre de son mari. non seulement l'affranchissement mais la liberte de l'Amérique entière. autant qu'ils le peuvent. votre avis particulier. j'aurai vu dans u n demi-siècle. sa f e m m e et ses enfants sont partis . Il me semble que les n o u v e a u x É t a t s embrassent bien plus franchement les doctrines américaines du Nord qu'on ne l'aurait fait dans les ci-devant colonies espagnoles. Si j'ai le bonheur de vivre encore dix ans. Oh ! quel événement glorieux ! quelle leçon pour nos petits t y r a n s de l'ancien monde ! « J'ai été. donnez-moi. Celles-ci doivent beaucoup gagner à cette aventure. je crains bien que cela ne finisse très mal. bien agréablement distrait de nos infortunes p a r la révolution aussi admirable qu'inattendue de la république brésilienne. Avez-vous entendu parler de cet ouvrage. nous nous sommes rassurés. sous le r a p p o r t de leur indépendance. mais.320 LA POLICE POLITIQUE citoyens se bornent à soulager. « J'ai été. p a r les journaux.

κ 13 septembre. d'après l'invit a t i o n de M. jusqu'à l'époque de la moisson. à M. au moment d'aller à.LA P O L I C E ET LES HUMBOLDT 327 p o u r nos montagnes d'Auvergne . dans le courant de juin. j'irai rejoindre ma famille. de Hardenberg. dont je compte passer trois en Angleterre. je resterai ici. ont singulièrement accéléré mon départ de Paris. pour tondre mon troupeau. au milieu du mois. Il ne me reste que le t e m p s de me rappeler. Il est probable que je ferai une petite visite à Paris. — L'incertitude de ne plus trouver m o n frère à Londres et la nécessité de me rendre dans la sainte ville (Aix-la-Chapelle). et après le grand dîner du 14 juillet. qui siège dans le Congrès. dans cette dernière nuit. est-ce que vous ne viendrez pas à Lagrange? « On m'écrit que Mme de Staël va un peu mieux. et dans les environs. Je serai absent. Mais. Lui parlez-vous souvent? Quelle est son opinion sur l'octroyement constitutionnel qui va être fait à la nation prussienne? Que pense-t-elle de la situation actuelle de la France? » Nous n'avons pas la réponse d'Alexandre de H u m b o l d t à cette lettre. dont la bienveillance est d ' u n si grand prix pour moi. le général de La Fayette. car je voudrais respirer aussi peu .Londresvoir son frère qui s'y trouve comme ministre de Prusse et d'Aix-la-Chapelle où l'a mandé le chancelier. en voici une qu'il écrit à La F a y e t t e en septembre 1818. prince de Hardenberg. p e n d a n t six semaines. mais. mes filles se proposent d'y aller. J'en profiterai pour vous voir ainsi que tous mes bons et fidèles amis .

son secrétaire. » . accordez-moi donc la satisfaction de vous embrasser ici. depuis longtemps. l e comte de Tracy. 44. le jour de son départ. qui v e u t v o y a g e r avec moi dans l'intérieur du globe. Vous voulez bien me ranger parmi ceux qui. de vos projets. rue d'Anjou-Saint-Honoré. Je m e suis longtemps entretenu avec M. et je pense que le genre h u m a i n gagnera de vigueur et de santé malgré ses médecins. Il paraît que l'on ne s'y occupera ni de la pacification des colonies espagnoles à coups de baïonnettes. ni du p r o j e t de mon ami le capitaine Symnes. vous sont le plus sincèrement attachés . « J ' a i lu votre lettre. oû luit un soleil souterrain. à laquelle celui-ci fait allusion dans la sienne. Mendelssohn de vos occupations. pour la porter et la recommander aux soins de M. le 4 septembre. de v o t r e santé. avec ce vif intérêt que vous n'avez jamais cessé de m'inspirer. Adieu. de H u m boldt. Kunth. et que je vous conserverai ad cineres usque. la police comm u n i q u e celle du prince de Hardenberg à H u m boldt. mon cher et respectable général (1).328 LA POLICE POLITIQUE que possible de cet air de congrès. » E n même temps que cette lettre. mon cher H u m boldt. du souvenir que vous continuez de vouer à vos amis et à votre patrie. j'ai g r a n d (1) On lit en marge de cette copie l'annotation suivante de la main d ' u n policier : « Cette lettre avait été laissée par M. à M. Il me paraît que l'influence des puissances européennes sur Buenos-Ayres sera à peu près comme celles qu'elles exercent sur l'ouverture du Pôle ! Les événements se développent inévitablem e n t . Elle est datée d'Aix-la-Chapelle. de l'ardeur infatigable avec laquelle vous vous y livrez en recueillant toujours de nouveaux succès.

a v a n t de repartir pour Aix-la-Chapelle. d'où il se rend à Aix-la-Chapelle.LA POLICE ET LES HUMBOLDT 329 besoin de vous entretenir sur mille sujets. » Au reçu de cet appel du chancelier. On se rappelle qu'une fois chez le peintre Gérard. mais je serai de retour avant le 26 (1). mais qu'il a été impossible de se procurer jusqu'à ce moment. et l'espoir d'être présenté au prince régent qu'il n'avait pu voir lors d ' u n précédent voyage. avec le dessein d'y rester cinq ou six jours auprès de son frère. J e pars demain pour visiter encore une partie de la province. de Humboldt emportera avec lui une espèce de coup d'œil sur la situation de la France. » (Annotation de la police.) . Ce serait au commencement d'octobre qu'il faudrait venir. de Humboldt est peu l'ami de la famille des Bourbons et de la légitimité. où il y avait des lys pour une fête. Humboldt a v a i t annoncé à ses amis son prochain départ et h â t é ses préparatifs. qu'il a rédigée en notes détachées. il se mit à dire tout h a u t : « Comme (1) κ M. Paris est si peu éloigné. 1•'* septembre. cela est certain) que M. pour Londres. et vous pensez bien que dans le nombre se trouve celui de convenir avec vous sur les moyens de vous être utile et de faciliter vos plans. « On regrette de dire (mais. de Humboldt i s t parti ce matin. L'agent secret qui donnait ces nouvelles croyait que le savant prussien emportait au Congrès un long mémoire sur les colonies hispanoaméricaines qu'il avait autrefois visitées. et vous y rencontrerez plusieurs de vos anciens amis. Il se mit en route pour Londres le 14 septembre. Il ajoutait : « M.

» . mais.330 LA POLICE POLITIQUE cela pue la légitimité ! » Il est à craindre q u ' a u Congrès d'Aix-la-Chapelle il ne donne de fausses notions aux souverains sur l ' é t a t de la France.. « J'ai reçu v o t r e lettre d'adieu avec une v i v e reconnaissance. mais en même temps avec bien du regret de perdre l'espoir de v o t r e visite à Lagrange. lundi à neuf heures. il sera nécessaire que je p a r t e pour Lagrange. et j'y serai jusqu'à lundi s'il fallait attendre un jour de plus pour vous rencontrer . jusqu'à dimanche. c'est-à-dire à la veille du jour où le s a v a n t prussien doit r e n t r e r à Paris. Je n'ai plus su ou ma réponse v o u s trouverait et si elle devait aller vous chercher. 35. » La Fayette ne répond à Humboldt que le 26 octobre. Je suis ici rue d ' A n j o u . j ' a p p r e n d s que vos monarques viennent à Paris. mon cher ami. J ' a i donc l'assurance de vous revoir bientôt. où certainement le roi de Prusse ne m a n quera pas de vous ramener. Pendant que je m'inquiétais pour c o m m u n i q u e r avec vous.

savant lui-même. « Bourgouine. 10 février 1817. Il suffit de lire ces confidences pour deviner combien confiante et t e n d r e était l'intimité qui régnait entre les deux frères. frère d'un grand savant. mon cher Alexandre. de tes aimables lettres d u . eussent été supérieurs à ceux qui lui avaient assuré à lui-même une renommée universelle. combien vive l'admiration de l'aîné pour le plus jeune et la sollicitude du plus jeune pour cet aîné dont les soucis ne le préoccupaient pas moins que les siens et dont il suivait la carrière a\ r ec orgueil. les préoccupations d ' u n diplomate prussien. estimé comme philologue et assez versé dans les arts et les lettres pour avoir mérité l'ami lié des écrivains les plus considérables de son pays. son frère le b a r o n Guillaume entre en scène. Avec les lettres qui suivent. et par surcroît. comme si les mérites qui en justifiaient le succès.III Dans les pages qui précèdent. Il va nous m o n t r e r quelles étaient.. — Mille grâces. à la date où elles furent écrites. celle de Schiller n o t a m m e n t . on n'a vu figurer qu'Alexandre de Humboldt et quelques-unes des personnalités parisiennes avec qui il était en relalions.

qui ne me quittent nulle part. Wolf (1) est avec raison enchanté de ta dédicace. cl de l'excellent ouvrage qui les accompagnait . J'avais demandé et obtenu un congé pour me rendre à mes terres. je n'ai que celles des réclamations des particuliers. et je ne saurais te dire combien j'admire que t u aies su manier d'une façon aussi supérieure une langue morte. Au reste. on perd toujours par là.bien. Q u a n t à mes affaires. philologue allemand. il a fait mes délices ici. mais qui n'ont que cet a v a n t a g e seulement. ainsi que les autres que tu avais destinés pour Berlin. et je n'ai nulle p a r t observé que tes ouvrages m a n q u e n t de correction. et celles de mes terres. et nous passons des journées fort gaies et fort agréables. et j ' y reste jusqu'au 1 e r de mars. je n'en parle pas. vis-à-vis de la France. Ma femme et mes filles sont bien portantes . tu as très bien fait de ne pas trop suivre les conseils de ceux qui se piquent d'une grande pureté dans les langues anciennes. les exemplaires. Hermann et Adélaïde sont venus nous voir. je n'ai pu quitter F r a n c f o r t .38 4 LA POLICE POLITIQUE 3 janvier. Il est du plus h a u t intérêt comme t o u t ce que t u écris. je l'avais sollicité p o u r trois m o i s . et ne se rencontre nulle autre p a r t aussi . sur-le-champ. . en originalité. depuis les derniers jours de janvier. « Je suis ici. en l'adapt a n t à des matières que les anciens n'ont jamais traitées avec une certaine p r o f o n d e u r . mais. . que le (1 ) Frédéric-Auguste Wolf. Caroline même souffre moins. j e m ' y trouve à merveille. Quant au fond. je lui ai envoyé. t u sauras déjà que je n'ai été nullement appelé à Berlin.

et j'ai demandé cinq mille livres sterling.LA POLICE KT L Ε S 11 L'M Ii OL I) Τ 333 11 janvier. « On persiste à dire que j'irai à Londres. et qu'on m'envoie en Angleterre. « Si d'un autre côté. désigné la mission de Londres. on satisfait à mes demandes. et l'on avait pour bien des raisons. mais tellement rangée·que je puis très bien vivre d a n s l'indépendance. Je me suis privé. sans cela. J'ai écrit. après quelques pourparlers avec le chancelier. je n'en sais rien encore. comme cela est très possible. pas même de me trouver infiniment mieux que d a n s les affaires si épineuses du moment. . directement au Roi. il ne me manquerait donc rien absolument. c'est au fond ce q u e je préférerais. au commencement de mars. je demanderai sans difficulté ma retraite entière . ce p r i n t e m p s . même p e n d a n t de longues études. Je n'ai pas dit le plus petit mot sur ce que je devais devenir. Ma fortune n'est . On a voulu me donner vingt-cinq mille écus d'appointements. je n'en serai pas mécontent non plus. et qu'il f a u t pourtant un peu se préparer à un tel voyage. mais j'ai fait d'assez grandes dépenses d ' a u t r e p a r t . quelle que fût la résolution que prît le Roi. et il f a u t que je sois à Berlin. Gela va donner beaucoup d'embarras. Je prévois facilement à quoi on se décidera. si je n'allais pas à Londres. depuis des années.pas grande. qui n'ont jamais été de mon goût. car on ne sait que faire de moi. et j'ai écrit au chancelier qu'il m ' é t a i t parfaitement indifférent. Si l'on ne me traite pas comme je le désire. de tous les livres dont je pouvais avoir besoin. puisque ma femme veut partir p o u r l'Italie au commencement d'avril.

qui m e m a n q u e n t à présent. excepté p o u r dîner. en me rend a n t à Londres. longtemps après q u e les tiennes étaient parties. Ce serait u n plan délicieux et auquel j ' a t t a c h e le plus grand prix. J'ai passé délicieusement m a journée entre <illisible) et Harwik.334 LA POLICE POLITIQUE Il y a à côté des affaires. mais que je me flatte p o u r t a n t que tu voudras venir me trouver d a n s les Pays-Bas. et auxquelles je m'adonnerais alors. j u s q u ' à onze heures que je me suis couché. e t pour rester quelque temps avec moi à Londres. mon cher Alexandre. il écrit à son frère : « Londres. La mer était agitée. < Je t'ai déjà écrit dernièrement. après avoir pris une maison à Londres. p o u r m'accompagner. cher Alexandre. des études bien import a n t e s à faire dans ce pays. T u y auras vu que j e n'ai pas passé par Calais. Je viendrais plus tard moi-même à Paris. quoique tout le m o n d e autour de moi f û t malade. 1 ) Quelques semaines plus t a r d . On voit si peu la mer qu'il serait mal fait de ne pas profiter des occasions où cela p e u t se faire sans inconvénient. Guillaume était n o m m é à Londres et de là. 23 octobre 1817. et m ' y être c o m p l è t e m e n t installé. mais q u e j'ai préféré le t r a j e t le plus long? Si j'étais seul comme à présent je serais tenté de le faire t o u j o u r s . — Tu dois avoir reçu une lettre. ( q u e je ne compte pas passer p a r Paris. mais le ciel s'éclaircissait de temps en t e m p s : je n'ai pas q u i t t é le tillac. J ' a i v u d é j à plu- . Je n ' a i pas eu le moindre sentiment de malaise. J'y passerais quelques années avec beaucoup d'intérêt.

j e crains seulement qu'il ne souffre en étant deux fois emballé et déballé. et j ' a i aussi bien fait. mon très cher Alexandre. c'est-à-dire ceux que j'aurais voulu avoir avec moi. « Pour mes livres. mon cher Alexandre. peintre allemand.. J e n'ai aucun fonds pour lui. car tu sais que les maisons d'ici n'offrent guère de grandes pièces. je désirerais l'avoir ici. à moins que t u n'y sois déterminé par les raisons importantes que tu m ' a s fait connaître. Mais. car comment placer cela? Je ne pensais pas non plus faire un triage. « Je suis infiniment heureux de voir que t u penses sérieusement à venir me voir ici. à peine possible de cultiver beaucoup leur société. d a n s six grandes caisses. il n'est pas facile. et que ses œuvres rapprochent de l'École française. ils m'ont parlé avec g r a n d e affection de toi : mais. qui s'était Qxé à Paris où il mourut ea 1856. Il nous sera impossible de faire la moindre des choses pour A. car il aurait (1) Le baron de ßteuben. Parles-en un peu à Steuben (1) lui-même.LA POLICE ET LES II UM HO D L Τ 33. je voud r a i s que t u attendisses encore q u a t r e à six semaines a v a n t que de venir. « Poui^ ton p o r t r a i t . Λ présent encore. parce que je sais que tu n'es pas difficile sur ce point. Je suis infiniment touché de toutes tes bontés. t o u t le monde est à la campagne et ne reste que peu d'heures pour soigner quelques affaires. J'ai pris une maison qui sera assez g r a n d e pour te loger. ils sont à Francfort. . et tu peux être sûr q u e je les reconnais entièrement.i sieurs fois Hamilton et Canning.. J ' a i hésité à les apporter ici.

27 octobre. « J'écris aujourd'hui à J. J'espère. n'y o n t prcsqu'aucun intérêt. c'est que je ne crois pas que je sois longtemps ici. . ce qui est le principal. — Je t'ai écrit à Douvres. aujourd'hui. comme nous. soit en voiture.336 LA POLICE POLITIQUE fallu t o u t déranger. Au reste. recevoir au plus t ô t ton ouvrage. Il est singulier que l'Amérique occupe tant à présent les puissances européennes et môme celles qui. On voit facilement qu'il y a dans ce soin p o u r l'Amérique beaucoup de sentiments entièrement européens.. » « Londres. je suis impatient de le lire. on perd une bonne partie de la journée dans les rues. je doute que je travaille ici précisément pour faire imprimer. Tu n'as pas idée combien les affaires et les occupations qu'entraîne une mission produisent un gaspillage estimable de temps. soit à pied. é t a n t incertain si ces lignes te trouveraient encore à Paris (1).. Je lui ai recommandé de te demander expressément si tu as quelque chose à me faire passer. toutefois. par le moyen du courrier anglais ou français. Ne tarde pas de rue le donner. « J ' a i vu avec plaisir que t u as été consulté pour les affaires de l'Amérique . personne ne connaît en Europe ce pays aussi bien que toi. pour me faire nombre d'envois. où. Mais. Cela est encore plus le cas ici qu'ailleurs. Je suis enchanté de ta (1) Alexandre était parti la veille pour Londres. à cause des énormes distances. et je suis bien aise d'étudier plus particulièrement les objets qui tiennent à ce pays.

a t t e n a n t à la salle à manger. t o u t cela m'enchante et me rend également heureux. et de la certitude que tu y donnes de t'embrasser sous peu. et mon vieux salon sera ta demeure pour le jour. Si t u veux travailler avec lui. Tu trouveras ta chambre toute préparée. Ne loge pas chez R. Tu dormiras avec M... » Le dossier que nous compulsons reste muet jusq u ' à la fin d'août 1818. dès après-demain soir. M. dans tous les cas. A cette date. cela ne tiendra qu'à toi. après une séparation de dix mois. Guillaume qui n'a pas quitté Londres y attend de nouveau son frère et se r é j o u i t de le revoir. Il sera près de nous et également bien. Je suis bien fâché de ne pouvoir loger également Arago . dans ma maison. J'ai la plus grande impatience de te revoir. J ' a i pour moi encore le logement du devant. Valenciennes aura une très grande chambre pour le m ê m e usage en bas. 27 août. p o u r le moins pendant trois semaines. dans une maison Portland. dont je serai charmé de faire la connaissance. et je te prie de descendre. Valenciennes. Te voir bientôt . Manchester Square. Je demeurerai. chez moi. T o u t est arrangé p o u r le mieux. » 22 .LA POLIGE ET L E S HUMBOLDT 337 résolution de venir ici tout de suite. place 17. — Je ne saurais assez te remercier de ton aimable lettre du 22. te voir. « Londres. te posséder chez moi. dans la petite chambre que j'ai fait préparer pour toi seul. dernièrement. les maisons anglaises sont si ridiculement petites ! mais je lui conseille de se loger à Moringhotel S t r e e t .

338 LA POLICE POLITIQUE Le séjour d'Alexandre à Londres fut abrégé par la nécessité où se trouvait Guillaume de se rendre a u Congrès d'Aix-la-Chapelle. « J'ai eu le fameux entretien avec qui tu sais (1). Storn? Il n'a été qu'un q u a r t d'heure chez moi. « Je me flatte que t u seras arrivé heureusement à Paris. mon cher Alexandre de ne pas t'avoir écrit jusqu'à ce jour. 14 décembre. l'Austrasie (1) Le chancelier prince de Hardenberg. et une petite demi-heure a v a n t le sien. Là. prétendant t e connaître. que je n'ai guères eu de loisir. premièrement. A propos. qui est donc un certain Sir Jackson qui est t o m b é ici chez moi. avec qui il s'était trouvé en désaccord sur la politique du moment et à qui il avait donné sa démission de ministre à Londres. l'avant-veille de mon départ. et n'a pas cessé de faire des questions sur t o u t ce q u i nous regarde. j e n'ai rien pu apprendre ici à son égard. dans les premiers jours je n'avais rien à te dire qui p û t t'intéresser beaucoup. d'ailleurs. les occupations de celui-ci se multiplièrent et l'absorbèrent. mais j'ai tellement été par voies et par chemins. Comme cela ne me paraissait pas t r o p plaisant. « Francfort. . — Je te demande mille fois pardon. je lui ai répondu assez froidement . j'espère aussi que l'impression v a à ton gré. On m'a fait q u a t r e propositions : les deux que tu connais. depuis que j'ai quitté Aix-laChapelle. et savoir toutes nos relations avec feu M. et que t u y continues tes travaux avec une ardeur redoublée . Ce n'est q u e bien après la fermeture du Congrès qu'il p u t se rappeler au souvenir de son frère.

les démonstrations extérieures ont toujours été les mêmes . mais. Les affaires dont j'ai été chargé me retiendront ici aisément jusqu'à la fin de février et je répands que je veux aller. J'ai dit que ce serait blesser tout ce que je dois à N. « Il n'y a guère de doute que les offres et les propositions qu'on pourra encore me faire seront de même nature. Enfin. refus net de ma p a r t . mais. sous différentes formes . d'aller à Rome (mais après avoir fini ici) pour négocier le concordat. On a été fort mécontent. si j'étais seulement au Conseil d ' É t a t et par conséquent sans appointements.LA. et c'est ainsi que nous nous sommes séparés. J'ai refusé péremptoirement ce dernier. P O L I G E ET LES HUMBOLDT 339 et le p a r t a g e du ministère de l'Intérieur. et qui est mon ami. il m ' a embrassé tendrement. je déclinerai fortement t o u t ce que je ne pourrai point faire accorder avec mes principes et mes convenances. telle somme que je demanderais . il ne l'a pas fait . je ne l'ai plus vu seul . on m ' a proposé de retourner à Londres pour une année. jusqu'au m o m e n t où nous nous sommes quittés à Coblentz. E n troisième lieu. Depuis ce jour. J'écarte.. qui s'y trouve. et on a fait l'aveu remarquable que mon attitude serait trop indépendante. . quoiqu'il eût dit qu'il voulait reprendre la conversation en chemin. on me laissera probablement tranquille. par là. passer quatre semaines aux terres de ma femme. et de me donner.. disant que je ne voulais céder en rien. Pour le moment. et j'ai montré les difficultés du premier. en m o n t a n t en voiture. pour me dédommager des frais du double ménage. après.

il paraît s'y plaire. « Muffling (2) est allé à Bruxelles. il le confiait à son frère : (1) Guillaume l'ami de Mme de (2) Le général en 1815. m o n cher Alexandre : je désire vivement que nous ne soyons pas longtemps sans nous revoir de nouveau et je me flatte que t u viendras à Berlin avant ton g r a n d voyage. la police n'avait découvert dans les papiers d'Alexandre de Humbolt que de rares lettres de lui. Il serait superflu de dire que son amour-propre continue à être des plus actifs. Dès le début de 1819. Les antiquités de Trêves sont remarquables. elle était plus heureuse et pouvait faire connaître ce que pensait le s a v a n t prussien du cabinet Dessoles qui venait de succéder au cabinet Richelieu. et ce que je plains. Ce qu'il en pensait. prussien baron de Muffling. J'ai vu Schlegel (1) à B. le célèbre critique a l l e m a n d qui f u t Staël. Mais elle ne t a r d a pas à prendre sa revanche. et y sera sans doute très utile. etc. gouverneur de Paris le s é j o u r des alliés.. le meilleur choix qu'on puisse faire dans ce moment. pendant de Schlegel. . C'est. ce qui lui fait négliger ses talents poétiques. et le chancelier a fait beaucoup pour les faire déblayer et nettoyer. . selon moi. chargé d'une négociation. c'est qu'il s'adonne à des recherches dans lesquelles il entre infiniment de détails purement mécaniques. « Adieu. » On a pu voir.38 4 LA POLICE POLITIQUE tout soupçon d'empressement de me rendre à Berlin.. que jusqu'à ce jour. Je crois qu'il finira par avoir une place à Londres. mais ce qui m'était nouveau.

Les ultras se v a n t a i e n t déjà de leur triomphe. mon opinion est que la tranquillité de la France est b e a u coup plus probable avec le ministère actuel q u ' a v e c le ministère soit mixte. p e n d a n t trois jours.LA POLICE ET LES HUMBOLDT 341 « 9 janvier 1819. À force de crier que la France était en danger. « Le nouveau ministère agira dans le sens de la masse de la nation. On ne touchera point à la C h a r t e . opposée s u r t o u t à celle de tous les . est au-dessus de t o u t ce que l'on a vu dans la journée des Dupes. dans cette affaire. c e t t e multitude d ' h o m m e s qui crevaient d'envie d ' ê t r e ministres. — Les dernières semaines o n t été ici fort orageuses. et qui n'ont pu. parce que l'ensemble du ministère qu'on allait former (mosaïque d ' h o m m e s de tous les partis) ne leur inspirait pas de confiance. L'imbécillité de ceux qui. et quelques heures après. et qui refusaient. Comme sur les affaires i m p o r tantes. ni su en profiter. ont eu la c h u t e de leurs ennemis en main. des changements qu'ils allaient opérer. on a été sur le point d'agiter sérieusement les provinces. tout cela était un spectacle très instructif. et je crois que l ' a n n é e se passera beaucoup p l u s tranquillement que si le ministère avait été disposé à agir dans le sens opposé. les personnes qu'on allait chasser sont m o n tées en grade. il f a u t s'exprimer avec franchise. qu'il fallait changer les lois que l'on venait de faire l'an passé (celle des élections et du recrutement). elle est d i a m é t r a l e m e n t opposée à celle de tous les voyageurs allemands qui retournent à Francfort . Ce conflit des passions. et le p a r t i vaincu a été plus m a î t r e du terrain que jamais. soit ultra. Voilà mon opinion individuelle . que l'on a v o u l u former.

s'il n'y a point u n choc extérieur. il en demandait à Frédéric de Schœll qui. homme d'État prussien. et en possession de la confiance du chancelier. « 4 février. » En même t e m p s qu'il rassurait son frère sur la situation des affaires de France. Savez-vous quelque chose de Francfort? Pourrais-je voir la Gazette officielle qui annonce sa nomination. Alexandre de H u m boldt se préoccupait de ce frère bien-aimé qu'il savait quasi brouillé avec Hardenberg et au sujet duquel les j o u r n a u x publiaient les commentaires les plus contradictoires. S*** (1). c'est pour cela que je t'ai écrit avec cette franchise. peut-il accepter u n entresol dans la maison de M. La France restera très tranquille. « Tu n'es pas facilement effrayé. et comment mon frère qui sait refuser. Il est probable que la première nouvelle de la retraite du duc de Richelieu paraîtra hostile aux étrangers. de la position future de mon frère . je n'en ai aucune nouvelle directe.38 4 LA P O L I C E POLITIQUE diplomates. l i e s t si facile de parler du triomphe des Jacobins ! Quiconque connaît les ressorts de cette petite révolution ministérielle sait qu'il n'y a rien de haineux pour l'étranger dans toute cette affaire. et j'ose vous prier de m'en dire quelque chose. Monsieur. à l'exception de sir Charles S t u a r t . Sans nouvelles directes de lui. Le rédacteur d ' u n article qui a p a r u (1) Le baron de Schuckmann. après avoir été longtemps attaché à la légation de Prusse à Paris. — J e suis eu peine. Ah ! quel déplorable renouvellement de ministres. résidait maintenant à Berlin comme conseiller intime. mon cher ami . directeur .

les gazettes françaises (et je ne puis m ' e n procurer d'autres).LA POLICE ET L E S II UM Ii Ο LI) Τ 343 aujourd'hui dans le Journal des Débais sera extrêmement désagréable à mon frère. alors à Francfort. on a voulu laisser à M. semblent être mis comme de ces grandes nouvelles qui peuvent consoler les hommes monarchiques . ministre de l'Intérieur. le signataire de cette missive pressante. Ces mots en italique : le Baron de Humboldt n'est pas ministre de Γ Intérieur. c'est comme si on leur disait : n'en croyez rien. J'espère que t u l'as reçue. E n attendant. elle traitait longuement du nouveau ministère. Il a frappé et il frappera tous ceux qui lui sont attachés. Il est à remarquer que. ditesmoi si vous savez quelque chose immédiatement de Berlin sur la position des choses. quoique confiée à un secrétaire d'ambassade. « 15 février. de Schuckmann un entresol. dans lesquelles on enterre en France les ministres déchus. tout en lui faisant accroire qu'il est encore maître de la maison. la patrie n'est pas en danger. » Quelques jours plus tard. interrogeait son frère. — Ma dernière lettre. elle avait été retenue par la police le temps d'en prendre copie. puis elles disent après que t u ne l'es pas ! J'ai compris que comme la Prusse n'a pas les catacombes du Conseil. toujours en quête d'informations. . De grâce. (1) C'est la lettre du 9 janvier qu'on a lue ci-dessus. cher ami. Avec un peu de décence et de bienveillance. J'ai de la police à Berlin et qui fut. t ' a été portée p a r un secrétaire d'ambassade du comte de Goltz à Francfort (1). disent que tu es ministre de l'Intérieur. on aurait pu dire que c'était par erreur que. etc.. durant peu de temps..

mais. de Schoell. n'est pas ministre de l'Intérieur. et q u ' à tes frais de même. mais. De H. Un article dans le Journal des Débais. d'après ce que je sais avec certitude. Donne-moi.. La rudesse du style et l'inconvenance du ton me l'avaient fait soupçonner. Déjà Schoell m'a dit qu'il n'y avait mis aucune importance. après de longues hésitations. depuis 1793. quelques éclaircissements. comme je suis p a u v r e d'argent dans ce m o m e n t . Il a la main heureuse ! « Je te ferai passer mon ouvrage sur Γ Egypte . Mais. où Votre Altesse a daigné m'attacher à sa personne. je te conjure.38 4 LA POLICE POLITIQUE peine à croire que tu aies approuvé cette funeste répartition des ministères. je t e l'envoie. et comme je n'ai pas de nouvelles. 30 juillet 1819. » a Au mois de juillet 1819. la lettre suivante adressée par Alexandre de Humboldt au chancelier de Prusse prince de Hardenberg vint prouver à la police combien le préoccupait la situation de son frère. » n'est point de Goltz. depuis u n grand nombre d'années. etc. il semble que le chancelier ne le lui avait ouvert que dans le dessein de le ramener aux siennes et de l'annihiler en les lui imposant. qui commence comme un coup de canon : « M.. Guillaume avait consenti. et qu'il avait voulu seulement rectifier une erreur. à faire partie du ministère prussien avec l'espoir d ' y faire prévaloir ses idées libérales. et . je pense que t o u t est encore incertain. résolu à le briser s'il ne réussissait pas à les lui faire accepter. » « Paris. — Monseigneur. permets que je le fasse relier ici à tes frais.

Je le dis à tout ce qui m'entoure. Amédée J a u b e r t (2) qui est encore à la campagne pour se (1) Il préparait déjà son grand voyage d'exploration dans l'Asie centrale qu'il ne put faire qu'en 1829. je connais cependant assez votre cœur p o u r savoir qu'elle ne vous déplaît pas. J'aime à vous devoir ce qui m'arrive de bien dans ce monde. de respect et de reconnaissance. . jo ne lui ai jamais écrit. « Je suis à a t t e n d r e le retour de AI. l'un sous la forme officielle. sans avoir à lui parler de ma reconnaissance. J'aurai l'honneur de vous adresser sous peu la première esquisse de mon plan de voyage (1).LA POLICE ET LES HUMBOLDT 345 m'honoivr do sa confiance. Jamais gouvernement n ' a agi d'une manière plus libérale et plus délicate envers un homme de lettres. l'autre d a n s une lettre adressée au prince chancelier d ' É t a t . que vous aimez à voir de t e m p s en temps cette écriture qui vous l'appelle d'autres époques bien éloignées de la vie. Chaque année a été signalée par des bienfaits. Le plus grand m ' a paru cette bienveillance constante. les travaux plus mûrs d'un temps où l'on apprend à dompter son imagination et à reconnaître les véritables biens de la vie. cet intérêt non interrompu par lesquels vous avez encouragé les premiers essais de ma jeunesse. Je ferai même ce p l a n en double. L'expression de ma reconnaissance doit avoir de la monotonie . j'en rendrai le compte le plus détaillé. Daignez agréer l'hommage renouvelé de mes sentiments d'affection. (2) Un des plus brillants élèves de l'orientaliste Sylvestre de Saey. les épanchements me sont un besoin. « J'ai reçu les douze cents écus que Votre Altesse a daigné me faire assigner pour l'achat des instruments et des livres.

si je n e vous parlais p a s de ce qui m'agite si vivement en ce moment. J ' a i cru que je serais un p e u plus tranquille. q u a t r e cent mille francs. à ce que le comte de Goltz me dit. L'idée de Votre Altesse de réunir les diverses questions d'utilité publique est aussi juste q u e facile à mettre à profit. du Mazanderan au golfe Persique . C'est lui qui a été chercher ces chèvres Kirguises q u e l'on v e u t absolument nommer chèvres de Cachemyre et qui ont coûté au gouvernement. et passer p a r Bander-Abassi dans l'Inde. des fabriques d e laine et de commerce. j'ai des leçons tous les jours. fournir beaucoup de renseignements utiles à m o n pays sous le rapport de la teinture. Erzeroum. Il y en a trois cents en vie). Je crains que c e t t e hési- . mesurer barométriquement t o u t e la Perse. par Angora. et que je retourne par terre. p a r cette route. Voilà. en répondant que je vais par le cap de Bonne-Espérance. je compte cependant faire t o u t le contraire de ce que je dis. et l ' A r a r a t h en Perse. vous envoyer du vin de Shiraz. J e compte aller p a r Constantinople. J ' a p p r e n d s avec beaucoup d'assiduité le persan. d u nord au sud. où les rochers volcaniques des Dardanelles ont été m a l vus jusqu'ici. Je pourrai. Je suis tellement harcelé de lettres que l'on m'adresse sur mon voyage depuis six mois que je ne puis m'en tirer sans secrétaire. mon frère en chemin pour Berlin ! Ce serait m a n q u e r à cette franchise dont vous m ' a v e z t o u j o u r s fait un devoir. Les dilettanti voyageurs craignent heureusement les longues navigations.346 LA POLIGE POLITIQUE délasser des fatigues de sa course aux b o r d s de la mer Caspienne.

mais. la noblesse de vos sentiments que je ne crains jamais que les divergences d'opinions dans les affaires les plus graves puissent vous blesser. mon dévouement pour la personne du Roi qui ne cesse d'être si bon pour moi. j'ai différé avec Votre Altesse dans des idées de détail. Je vous conjure de traiter mon frère avec cette confiance dont vous lui avez donné tant de marques affectueuses. J'ai sans cesse agi dans le sens qui a rapport au désir énoncé par Votre Altesse dans notre dernière conversation confidentielle à Aix-laChapelle. l'étendue de vos vues. n'ait fait naître de nouveau quelque malentendu. j'ose dire votre amitié. Vous avez été . Il peut y avoir eu divergences d'opinions sur les moyens par lesquels le même but doit être atteint . p a r une si longue et si ancienne expérience. Ma reconnaissance pour vous. m'en font un devoir. avant d'accepter la place que Votre Altesse lui a destinée. Je vous suis trop attaché. pour ne pas juger avec la plus grande impartialité tout ce qui regarde les intérêts d ' u n frère qui m'est cher. je connais.LA POLICE ET LES HUMBOLDT 347 talion que mon frère a montrée. cher prince. parce que. M'avez-vous jamais retiré votre bienveillance. soit par un m a n q u e d'expérience du monde. soit par la ténacité des illusions de ma première jeunesse. Un homme qui porte le nom que j e porte n ' a jamais d'autres intérêts que ceux qui occupent vos pensées. sur les modifications du plan constitutionnel? Je sais que mon frère a le plus vif désir de m e t t r e en œuvre tout ce que la nature lui a donné de talent et de forces pour vous seconder dans le grand œuvre qui doit couronner vos t r a v a u x antérieurs.

Séjournant d a n s un pays dans lequel les grandes querelles q u i ébranlent les diverses classes de la société sont à peu près vidées. vous le serez à Berlin. J'ai appris avec une vive satisfaction qu'en même temps q u e des mesures de rigueur ont été prises contre ceux qui veulent ciment e r la liberté avec le sang et r e n d r e odieux t o u t ce q u i peut élever et ennoblir les hommes. Je sais aussi qu'il ne pourra jamais s'éloigner d'une personne à laquelle. que j'attends avec confiance l'issue d'une lutte engagée par une coupable exagération de quelques têtes mal organisées.348 LA POLICE POLITIQUE content de sa manière d'agir à Vienne. e t où règne dans ce moment u n grand désir de calme et de tranquillité. nous devons les marques de la plus douce et plus constante affection. Je compte tant sur la proximité de cette douce habitude de pouvoir l'entendre à chaque heure du jour ! Je sais que vous rendrez la plus éclatante justice au talent. je ne j u g e sans doute que bien imparfaitement de l'état d e m a patrie . au patriotisme de mon frère. vous avez soumis au Roi les bases d'une constitution d ' É t a t s . à l a prudence. lui et moi. Les temps d a n s lesquels nous vivons sont très extraordinaires. « Les constitutions établies d a n s quelques É t a t s . « Vous avez été placé si h a u t p a r la Providence pour influer sur les affaires générales du monde. mais j e pense comme Votre Altesse que les rigueurs nécessaires pour ne pas laisser écrouler l'édifice social ne peuvent (parce qu'elles sont des moyens physiques) remédier que momentanément à u n mal moral.

par les sages institutions que vous méditez. cessera dès que. à l'effrayer d'un enthousiasme qui a produit tour à tour de grands malheurs et de belles actions chez des peuples de race germanique. dis-je. Une publicité autorisée. à empêcher la discussion sur des objets d'un intérêt général. on offrira d'autres aliments à l'esprit public . seront appelés dans les conseils des souverains. enhardir les malveillants. parce qu'elles ont été formées d'après des idées très divergentes. Mais. et placés entre les peuples et les princes. fait cesser les trames coupables ourdies dans le secret. je dirai encouragée par le gouvernement. il cessera d'avoir de l'importance. cet attachement. émancipé les classes inférieures du peuple. les propriétaires qui ont intérêt au calme et à la stabilité. il est des états de malaise et de tiraillement dont l'influence croissante ne laisse pas aussi d'entraver la marche des gouvernements : des mesures utiles paraissent alors aux princes les mieux intentionnés des concessions qui peuvent encourager. les plus grands hommes d ' É t a t ne pourraient plus à la longue trouver l'issue . véritable ou factice. introduit une égalité de droits parmi les citoyens. plus parfaite que celle dont jouissent les États les plus anciennement constitués.LA POLICE ET LES HUMBOLDT 349 d'Allemagne ont compliqué les questions. éloigne en Allemagne les craintes d'une révolution funeste. Cet é t a t d'irritation. dès que les hommes mûrs. Un noble attachement à des familles régnantes qui ont gouverné avec douceur. On a tâché de persuader à une partie de la nation que les grandes puissances ont une tendance concertée à gêner le développement de la pensée.

« Berlin. je suis ici depuis quinze jours. Il ne m e reste que peu de moments. Je pense qu'elle ne renferme rien qui ne respire le vif attachement que je vous porte. Faites-moi la grâce de ne pas dire à mon frère que j'ai parlé de lui . je ne veux pas que vous répondiez sur aucun des objets que j'ai traités . je me suis demandé si je devais la laisser partir. je connais la difficulté de votre position . je sais aussi ce que vous possédez d'élévation dans la pensée. mais laissait pressentir de prochains embarras ministériels p a r suite de la divergence d'opinions qui existait entre le chancelier et lui. lorsque Alexandre en reçut une de Guillaume qui lui annonçait son entrée prochaine au pouvoir. — Cher Alexandre. » Cette lettre était partie depuis quelques jours. mais. « En relisant cette lettre. et j'entrerai en fonctions très prochainement. 13 août 1819. . monseigneur. d'ascendant sur les esprits. Cette crainte. d'indépendance d'opinion. n ' e s t pas celle qui m'agite. je serais p o u r t a n t rassuré. jugez du plaisir que cela me cause. Je puis demander cette grâce à votre ancienne amitié pour moi. et je ne puis te dire que ce qui pourra principalement t'intéresser d a n s ma nouvelle position. si vous daigniez m'écrire deux lignes de votre main pour me dire que cette lettre ne vous a p a s déplu. je sais respecter votre t e m p s . « J'entends dire à tous ceux qui nous arrivent que jamais vous n'avez été mieux p o r t a n t . mais.3ΰ0 LA POLICE POLITIQUE de ces labyrinthes de préventions et d'erreurs.

il s'épargne Pimportunité d'une audience. et m'a fait dîner ce même jour avec lui. ce sont des souvenirs qu'il n'est pas agréable de rappeler. c'est moi plutôt qui ine tiens sur un pied de réserve avec lui. T o u t le monde a remarqué qu'il a parlé à table de préférence avec moi. mais. pour que je m'empresse de renouer nos anciennes liaisons. tandis qu'ordinairement. ni selon moi. « L'envoi de l'ouvrage de R a y n o u a r d que je dois sans doute à tes bontés. Je joins à ces lignes m a réponse pour le comte de Pradel. « Les mesures de rigueur q u ' o n prend ici et en Allemagne. « Le Roi m'a vu seul. Comme c'est uniquement par la confiance du Roi que je puis agir avec succès. et qu'il n'ait besoin après que de se radoucir de son côté. sages et adaptées a u x circonstances. tu croiras facilement que je ne négligerai rien pour me le concilier.LA POLICE ET LES HUMBOLDT 351 « Le chancelier est aimable et amical au possible . comme je trouve assez singulier qu'il s'imagine qu'il ait p u premièrement me m a l t r a i t e r en quelque façon. en pareille occurrence. et je ne les a t t e n d s que d a n s sept à huit semaines de retour ici. et il a témoigné à Witzleben son contentement de la manière dont je lui avais parlé le malin. excepté Hermann. ne sont ni conformes à mes goûts. le m a t i n après son arrivee. mais pas non plus aussi bien que je l'aurais espéré. m'a fait beaucoup de plaisir. sont encore à Ems. La santé de ma femme ne va pas mal. Il . « Ma femme et tous mes enfants. Je me souviens très bien de l'avoir connu en 1815. mais je n'en ai pas fait mention d a n s ma lettre .

celle de feue la Reine. Elle est superbe. mais. et j'en prendrai peut-être une bien éloignée du centre de la ville. plus gras et plus gai que jamais. u n petit coup avec deux doigts sur la main. on voit bientôt qu'il n'a fait que tourmenter une assez pauvre idée. on a cru qu'il faudrait lui couper les doigts. Je n'ai pas encore de maison. mon opinion à leur égard. La géographie de Ritter est un bien autre ouvrage du même genre. mais nous pro- . jusq u ' à ce qu'elle ait servi à lui fournir un livre entier.38 4 LA P O L I C E POLITIQUE est heureux pour moi qu'elles aient été prises a v a n t m o n arrivée. plein de talent. et d ' u n e érudition vraiment solide. « Schoell a donné à sa femme. mes plâtres et les tableaux que ma femme a achetés. et elle en a reçu deux plaies dont elle souffre depuis quinze mois . D'abord on est frappé . pense faire de Schoell son envoyé et plénipotentiaire auprès de nous. Kannegiesser est horrible. une des plus belles de la capitale. « Tu m'obligeras beaucoup en m'envoyant direct e m e n t p a r Jordès les livres que je dois tenir de tes bontés et de tes complaisances. Quelle gentillesse aimable ! Il est au reste. qui ne vient plus dans le conseil des ministres. Je ne doute pas non plus que le moment ne vienne bientôt où je pourrai m'expliquer d a n s le ministère qui partage. de sagacité. « Le chancelier. « L'ouvrage de M. qui remplissent toute une chambre. et je pourrais y déployer mes livres. en badinant conjugalement. et à lui faire parcourir les trois parties du monde. au reste. mes marbres. et parmi lesquels il y en a de fort beaux.

il y cherchait une diversion a u x graves ennuis que lui avait causés son passage a u pouvoir. par conséquent. et qui a beaucoup contribué à la célébrité de ton nom. cher ami. Alexandre. T u peux ainsi. le signataire de cette lettre n'était plus ministre.» Au mois de janvier suivant. « La princesse de Hardenberg est tombée. et je désirerais q u ' u n jour je puisse avoir une légère notion des causes les plus rapprochées. 23 . toutes les lettres fermées à cachet volant comme peu sûres. — Le courrier ne donne les lettres qu'au moment oû les bureaux du comte de Goltz ne veulent presque plus recevoir de paquets. ni rien de ce qui tient à la politique. être sûr que je ne puis influer. de la manière la plus éloignée.L Λ. je ne toucherai pas cette corde. et je sens combien toute espèce d'influence de ce genre contrarierait la noblesse de t o n caractère. le er 1 août. P Ö L I C H ET LES H ü M HOL D T 353 testerons contre cette manière de traiter les ministres. Je l'ai déjà fait sentir au prince. J e ne vois jamais les personnes qui les font. la première contenant la grande nouvelle qui occupe ici tous les esprits. lui demandait quelques détails sur les circonstances de sa chute. Je m'attendais à cet événement. « 22 janvier 1820. Revenu à ses savantes études. en dansant une polonaise avec Wittgenstein. Elle ne p e u t plus marcher depuis cet accident. de sorte que j'ai eu à peine le temps. de te remercier de tes deux aimables lettres des 2 et 14 janvier. sur les absurdes récits des journaux. en le félicitant de s'être jeté dans le travail. Comme je regarde.

« toute votre amitié. c'est une bien vive peine « que de me voir dans la nécessité de vous m a n d e r « que l'amitié qui me liait à M. rendent ce S t r a b o n précieux. le Strabon de Du Theil? L?s notes sur l ' E g y p t e et les rectifications de ce que l'ouvrage renferme d'inexact. Je crois que votre présence aurait dé« tourné mainte circonstance fâcheuse ! » « L'ouvrage d'Egypte. Puis. je lui avais envoyé un volume. vous. Je suis sûr qu'il te fera grand plaisir. Il m ' a écrit que m a lettre du 30 juillet (celle sur les mesures politiques) est allée droit à son coeur. C'est une des expé« riences les plus douloureuses de ma vie. par r a p p o r t à des citations des anciens. Ne veux-tu pas acheter. N'en as-tu pas quelques volumes déjà? « Je vois avec ravissement que t u es tout à l'étude. Il a cru devoir suivre « une ligne tout à fait différente. cher ami. ni répondu sur une lettre très détaillée que je lui avais écrite. de la main du prince de Hardenberg. Conservez-moi. « Depuis. est en route depuis cinq semaines. « pendant plusieurs années. qu'avec ta lettre du 2 janvier. et comptez toujours sur la « mienne. . mais je « n'ai rien à me reprocher. quoique ce soit pre que un incident politique. je l'ai prié avec « instance d'être de nouveau p o u r moi ce qu'il f u t . votre frère n'a p u « se rétablir lors de son arrivée .38 4 LA POLICE POLITIQUE « J ' a j o u t e seulement. il ajoute : « Mon cher Humboldt. de resserrer des liens si anciens. j'en ai reçu une du 8 janvier. Il ne m'avait pas écrit depuis six mois. qu'il a plus que jamais le besoin de se rapprocher de moi. ici.

J ' a p p r e n d s aussi l'arabe chez Sacy. renferme pour moi de consolant et d'affectueux. il répond au chancelier. mais aussi p a r cette grande division de langues pour laquelle les unes ont beaucoup de formes de verbes. Je ferai traduire ton mémoire en français. d e v a n t le p u b l i c . et notamment l'arabe et le persan. en d a t e du 8 janvier. Je t'invite.LA POLICE KT LES HUMBOLDT 355 et à colle des langues américaines. je ne t r o u v e pas d'expressions pour témoigner assez vivement ma reconnaissance à Votre Altesse pour tout ce que sa lettre. cela stimule beaucoup. non seulement par les incorporations. de relire les commencements des chapitres de la belle grammaire arabe de Sacy. Il y a des r a p p o r t s entre les langues américaines et syriaques très curieux. et je désire que nous ayons bientôt quelque ouvrage de toi : cela p a r a î t r a très piquant. « Je commence à voir clair dans le persan. C'est comme une marque de ton amitié pour moi. et de son précis de grammaire générale philosophique. » Le jour où Alexandre r é p é t a i t à son frère ce que lui avait écrit à son sujet le prince de Hardenberg. d'autres beaucoup de formes et de t e m p s à la fois. « 22 janvier. depuis que je suis forcé de travailler. pour avoir u n e idée de quelques rapprochements de ces idiomes avec les langues américaines. . aux deux cours de Sacy et de Langlès (1). — Monseigneur. à haute voix. J e ne pouvais craindre que la franchise avec laquelle je m'étais exprimé (1) Silvestre de Sacy et Langlès professaient au Collège de France les langues orientales. troisième édition.

J'espère pouvoir bientôt vous offrir un nouveau volume. mais. « Je vois avec un plaisir mêlé d'étonnement que Votre Altesse a eu le loisir de lire mon volume. Je ne connais que les résultats. Il me serait douloureux de penser que ce que le temps et quelques t r a v a u x ont cimenté. dès ma première jeunesse. Vous pouvez blâmer mes opinions. Mes anciens libraires ont consenti à résilier le traité. J'ai montré. Mais ces liens seront-ils donc entièrement r o m p u s ? Quitterai-je l'Europe dans cet état d'incertitude? L'éloignement de mon frère me rend doublement nécessaire votre puissant appui. et p a r l'attachement que je lui porte. vous avez t o u j o u r s rendu quelque justice à la pureté de mes sentiments. je le sais. J'ai été assez heureux p o u r regagner ma liberté comme auteur. m'a profondément affligé.356 LA POLICE POLITIQUE sur l ' é t a t moral des peuples ait p u vous déplaire. je me perds à deviner les causes. « Je voudrais que vous me fissiez envoyer quelques échantillons de dents pour vous en faire faire ici p a r le docteur Oudet qui voudrait volontiers travailler pour Votre Altesse. dans toutes les occasions u n dévouement s a n s bornes pour la personne du Roi. puisse se briser dans la t e m p ê t e des opinions. je crois. et les r a p p o r t s mensongers des j o u r n a u x me déroutent chaque jour davantage. « Ce qui est arrivé p a r rapport à mon frère. Je ne conçois plus rien à la marche des affaires. m'unissent à votre existence politique dans le monde. Tout ce que v o t r e lettre renferme à ce sujet m'a comblé de joie. Il paraît que . et p a r les liens qui.

J e sors très p e u . on a été éloigné de ses études. Ils me sont doublement précieux à présent puisque je puis en faire usage librement. Je ne saurais te dire combien je me félicite du loisir dont je jouis. je réussirai à m'y r e m e t t r e entièrement. et ne connais. comme c'est m o n cas. je ne m'occupe absolument de rien qui y soit relatif . mon cher frère. Guillaume se h â t a de répondre à ces questions. car on m ' a tout renvoyé. Il est naturel que les . Je regarde m a carrière politique comme finie. que t u y eusses la moindre p a r t . et je désire vivement que ce soit. » On a vu q u ' e n t r a n s m e t t a n t à son frère les propos du prince de Hardenberg. je ne lis même pas les papiers publics. D a n s le m o m e n t actuel. ce q u ' o n me fait l'honneur de dire de moi. que par les récits des autres.LA POLIGE ET LES HUMBOLDT 357 nous n'avions p a s réussi. mon cher Alexandre. Tu n'as pas d'idée combien le travail est pénible. je connais trop bien t a manière d'agir pour cela. mais. sur ta l e t t r e détaillée et amicale du 22 janvier. p e n d a n t un g r a n d nombre d'années . — Mille grâces. « Berlin. sont les seules choses auxquelles je me livre. « Je n'ai j a m a i s supposé. Alexandre de Humboldt lui exprimait le désir d'être informé des causes de sa chute. mes occupations et tout le reste de mon t e m p s dans l'intérieur de ma famille. et je me flatte que je n'en serai plus détaché. 3 février 1820. et des livres que t u m'as envoyés. lorsque. et je désirerais le consoler p a r quelque nouvelle commande.

s'il ne m'avait jamais appelé au ministère. se débarrasser de mon opposition dans le ministère et dans le Conseil d ' É t a t . je puis certainement satisfaire cette demande. pour qu'il pût conduire l'administration d ' a p r è s son système. que nous ne pouvions pas nous t r o u v e r dans les relations où il voulait me . cher Alexandre. par tout ce que je lui avais dit à Aix-la-Chapelle. il n'y a eu absolument d'autre raison que celle que le prince de Hardenberg a cru que la diversité d'opinions entre lui et moi était trop prononcée. aucune querelle. et on fera des histoires. aussi longtemps que je serais en place. une légère notice des causes les plus rapprochées de ma catastrophe . et surtout sur le motif de mon éloignement des affaires. « Tu voudrais avoir. de F r a n c f o r t . D'après tout ce que je sais historiquement. au contraire. qu'elle n'a été précédée par aucun événement. et mon influence sur le ministère. qu'il a très bien fait . îl a voulu. et ce que je puis concevoir moi-même p a r conjectures. sans dévoiler aucun mystère. de plus. il aurait seulement fait mieux encore. je trouve. au Roi.38 4 LA P O L I C E POLITIQUE gazettes débitent beaucoup de contes et de mensonges. Personne ne s'imagine que cette mesure n'a eu aucune cause particulière. malgré l'opposition dans laquelle je me trouvais avec lui r trop grande. pour les nouveaux impôts qui v o n t être créés à présent : je ne le blâme pas en ceci . et sans m ' c x poser à aucun inconvénient dans le cas très probable que cette lettre soit lue avant qu'elle ne te parvienne. et écrit. aucune division même : on inventera donc des raisons. Il devait voir.

c'est moi. J'ai toujours su tenir exactement la ligne entre ce qu'on peut écrire et ce qu'on peut faire. mais qu'il « n'avait aucun reproche à se faire à cet égard . et plus encore p e n d a n t son séjour à « Francfort. et ceux qui nous connaissent tous les deux. si tu voulais lui répondre là-dessus ces mots à peu près : « J'ai été fort peiné de ce que « vous me dîtes sur mon frère. depuis son départ de « Londres. « Ce que le prince de Hardenberg t ' a écrit ne m'étonne guère : il l'a dit à plusieurs personnes ici . tellement à se plaindre de vous. qu'il lui « avait été douloureux sans doute de ne plus se « trouver sur le même pied avec vous. et ai agi avec la plus grande délicatesse. agi dans un sens d'opposition aussi direct que j'ai parlé et écrit alors. avaient « été si opposés aux vôtres. sans blesser sa « conscience et ses devoirs envers le Roi . sans qu'un de nous changeât entièrement de principes et de systèmes. savent bien à qui de nous deux il faut supposer plus de constance dans l'amitié.LA POLICE ET L E S HUMBOLDT 359 placer. ce n'est p a s lui qui a à se plaindre. « qu'il avait. Je n'ai jamais. étant ministre. Il m'a écrit que ses « principes et ses opinions sur la manière dont il « aurait fallu conduire les affaires en général. sans cependant altérer en rien ni mes principes ni mes opinions. J'ai toujours senti ce que m'imposait ma place même. et du désir de . qu'il n'avait pas pu « s'accorder avec vous là-dessus. au contraire. et « particulièrement dans le moment actuel. 'est de t o u t e fausseté. Tu me ferais plaisir. que « l'impression n'avait pu en être effacée par les « simples protestations d'amitié.

tu te souviens aussi qu'en oubliant entièrement la manière dont j'avais été traité. . après m'avoir vraiment maltraité. » « C'est ainsi qu'on renvoie la balle. à lui et à A. qu'à me donner une place e t des appointements. Je suis sûr qu'en aucun cas. p o u r m'engager à oublier non seulement ce qui s'est passé. il t'en souvient combien je lui ai d i t à Aix-la-Chapelle. « J e plains. tu ne lui répondras qu'il a raison.. mais même mes maximes et mes principes. et Dieu sait que je n'ai pas le moindre petit ressentiment contre le prince. Il est ennuyeux d'en parler. et voilà ce qui me suffit. beaucoup le prince de Hardenberg. que je ne pouvais pas me trouver dans le ministère à présent . sans même les accom« p a g n e r d'une m a r q u e réelle de confiance.38 4 LA P O L I C E POLITIQUE « renouer les anciennes liaisons. si t u ne v e u x pas lui dire ce que je viens d'écrire. Je ne tiens cependant pas beaucoup à ce que t u lui dises cela. mon cher Alexandre. « Voilà. que vous lui aviez « faites à son arrivée à Berlin. j'ai été le plus amicalement du monde avec le prince. comme il devrait l'être dans son poste. Aucun des hommes qui me connaissent depuis longtemps pourrait-il s'imaginer qu'il n'avait. et à me dire quelques phrases amicales. Il s'attire une immensité d'affaires et de désagréments sur le déclin de ses jours. au reste. Tu pourrais. Quant à moi. ce que j'avais à te dire sur ce sujet : je n'y reviendrai plus à présent. et n'est point secondé.. Il est inconcevable comme on peut mêler et confondre ainsi les intérêts de l ' É t a t et ses rapports personnels. lui rappeler ceci..

les expressions . que ses opinions sur la manière < de conduire les affaires en général. « sans doute. conduire les affaires. Pas de plaintes. Ce que je puis t'assurer. les tristes nouvelles de mon frère. — Depuis que vous m'avez communiqué. de n'avoir plus été sur le même pied « avec vous comme jadis. pas d'amertume. j'ai eu de lui une seule lettre détaillée. Il m'a écrit « qu'il sentait la peine que je devais « éprouver à cause de mon double attachement « à vous et à lui. qu'il aurait cru blesser sa « conscience et ses devoirs envers le Roi.LA POLICE ET LES HUMBOLDT 301 . cher et respectable prince. en les « abandonnant . Alexandre s'empresse de s'acquitter envers Hardenberg de la commission dont l'avait chargé son frère. c'est qu'il ne m'a jamais fait plus de bien qu'en m'éloignant du ministère. et principale( « ment dans le moment actuel. mais je désire sincèrement qu'il ait tous les succès et toutes les satisfactions possibles : je désire seulement qu'il trouve des hommes qui puissent. mais qu'il croyait n'avoir « aucun reproche à se faire à cet égard . d'accord avec lui. » Au reçu de cette lettre. que des impres« sions de cette nature étaient difficiles à effacer. et je dis bien cordialement le matin et le soir : Dens nobis hâsc otia fecit.To no mo rapprocherai certainement pas personnellement de lui. qu'il lui avait été très douloureux. qu'il croyait « avoir à se plaindre de votre manière de le traiter « pendant son séjour à Francfort . « et que depuis son arrivée à Berlin. avaient été si « opposées aux vôtres. « 19 février 1820.

plus indépendante. Vous avez une manière de voir plus noble. Que Dieu vous fasse voir des jours plus heureux. mon cher et respectable ami. ubi cœlum condidit umbra Jupiter. et rebus nox abstulit atra colorem. ébranlé d a n s ses bases. Toute la tournure de la lettre de mon frère indique d'ailleurs qu'il veut entièrement se jeter d a n s les études. ne pas être sans remède ! Les temps d a n s lesquels nous vivons offrent de graves circonstances... dont on accuse la maligne influence. « Virgile ne pensait pas aux lumières du siècle.38 4 LA POLICE POLITIQUE « de v o t r e bienveillance n'avaient été accompa« gnées d ' a u c u n e de ces marques de confiance que « vous lui aviez données en d'autres temps. qui me chagrine t a n t . plus grande. augmentent la défiance et les alarmes des princes (1). Ici les différents p a r t i s s'agitent p o u r exploiter la consternation générale à leur profit. La route est ténébreuse ! Quale per incertain lunarn sub luce maligna Est iter in silvis. Cette disposition des esprits chez les gouvernants et les gouvernés rend difficile la position des hommes d ' É t a t qui veulent reconstituer l'édifice de la société. . Puisse ce dissentiment. » « Voilà. » Le courrier qui emportait à Berlin cette lettre (i) Le duc de Berry venait d'être assassiné. Il me demande des livres sur les langues. Des événements aussi épouvantables que ceux dont nous avons été témoins ici. voilà ce que mon frère m'écrit sur ce funeste malentendu. vous me permettez encore cette expression de ma première jeunesse.

On s'est rapproché de moi après que j'eus énoncé très énergiquement mes opinions sur les affaires politiques. aussi une pour « Paris. il n'y a rien de t o u t cela. où l ' o n a un frère qui n'est plus ministre. Eh bien. « Tes explications sur les causes de ta retraite ont entièrement assouvi ma curiosité.LA POLICE ET LES IIUMüOLlJT 363 pour Hardenberg. on suppose des causes saillantes . et des lettres qui me retracent vivement l'inconcevable activité de ton esprit. surtout sur l'objet des langues d a n s lesquelles je suis pourtant bien ignorant. un temps qu'il ne pouvait consacrer q u ' a u x affaires publiques. On m'a écrit avec une extrême tendresse. Je m'étais figuré. des divergences d'opinions sur Carlsbad. Mayence. les finances. la Landvvher. 19 février. mais q u i m'intéressent plus vivement que jamais. Je m'en tiens dans ma réponse à ce qu'il y a de plus urgent. Je n'ai point aujourd'hui le loisir de te répondre c o m m e je le désire.. — Le bon temps. mon cher Guillaume.. « Comment as-tu pu croire un instant que je te donnerais tort. Dans tous les grands événements de la vie. de grandes querelles dans le Conseil d ' É t a t . et qui peut v o u e r aux lettres et aux plus douces affections. on oublie que les plus grands effets se produisent t o u t naturellement par la force des choses. p a r l'opposition des caractères et des opinions. J'ai répondu dès lors que je . en emportait Guillaume. etc. Je suis heureux d'avoir souvent de t e s l e t t r e s . comme les journalistes.

j'ai pris occasion de revenir sur ce sujet. le reçu signé . la langue . Elle ne démentira pas l'idée qu'on a pu se faire en lisant les p r é cédentes. écrivant au prince. que je te dois encore cinq cents francs. ne me retiendra jamais de défendre celui qui est le plus cher à mon cœur. même à l'amitié. et très nécessaire p o u r ne pas laisser dans l'incertitude tes enfants. Elle achèvera surtout de démontrer. cher ami. qu'il en parlait avec bienveillance. Aujourd'hui. comme l'en accusait la police.364 LA POLICE POLITIQUE connaissais la sévérité de tes principes et qu'il t'était moralement impossible de les sacrifier. que loin d'être hostile à la France et a u x institutions qu'elle s'était données. ö Voici.. les habitudes. dans ce même courrier. d'ailleurs.. ». qu'il souhaitait pour ses propres t r a v a u x comme p o u r lui-même l'estime et la considération de cette société française qui l'avait accueilli avec les égards et l'admiration dus à son génie et qu'en conséquence. Je n e v e u x pas rompre. de l'affection que s'étaient vouée l'un à l'autre les deux frères. en ce qui touche le baron Alexandre. à propos de cet épouvantable et féroce a t t e n t a t contre la malheureuse famille des Bourbons : j'ai placé en entier d a n s ma lettre au prince les dix lignes que tu avais guillemetées. cela me paraîtrait inutile. rien dans ce monde. cher frère. de leur caractère et do leurs talents réciproques. Cette lettre est la dernière d u dossier qui contient la correspondance des Humboldt. et même inconvenant dans ma position . il on aimait les mœurs. Tu sais. cela est d a n s l'ordre. Je t ' e m brasse. mais. il ne méritait pas .

sans les procédés policiers de cette époque. condamnés p a r leur indélicatesse et leur inutilité. à presque un siècle de distance. . n'auraient jamais vu le jour. des papiers dont on ne contestera pas l'intérêt et qui probablement. Ces traitements seraient sans excuse à nos yeux s'ils n'avaient eu pour résultat de nous faire connaître.LA POLICE ET LES HUMBOLDT 30ri les indignes traitements que lui infligeaient à son insu les agents attachés à ses pas. lesquels d'ailleurs allaient disparaître.

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restée a u fond du c œ u r bonapartiste. si certains m e m b r e s de la t r o u p e s'étaient décidés à passer au royalisme. les a u t r e s p a r intérét. u n e attitude f r o n d e u s e qui se manifestait à tout instant. les pages suivantes où l'on retrouvera les échos des équipées de quelques illustres actrices de la même époque. Mlle Mars. à propos de tout. Depuis. p a r des accès d ' i n d é p e n d a n c e . j u s q u e d a n s leur résignation a p p a r e n t e .APPENDICE Pour compléter les études qu'on vient de lire sur la Police politique sous la Restauration. habitués des représentations. recueillis dans les papiers du Cabinet noir. si q u e l q u e calme s'était fait en a p p a r e n c e . — quelques-uns avaient conservé. devant les manifestations auxquelles se livraient contre les artistes qui leur déplaisaient les gardes du corps et les officiers de la g a r d e royale. l ' e n t e r r e m e n t de la Raucourt avait fourni à la Comédie l'occasion de pactiser avec le peuple de P a r i s . je crois devoir détacher d'un de mes ouvrages : Conspirateurs et Comédiennes. . des m a n q u e m e n t s a u x r è g l e s intérieures de la Maison. En 1844. p a r des refus de jouer ou d'accepter tel ou tel rôle. — les u n s p a r conviction. ces passions avaient paru se calmer ou tout au m o i n s désarmer m o m e n t a n é ment. et a p r è s les Cent-Jours. publié voici déjà longtemps. Mais. avait failli e x p i e r d u r e m e n t ses i m p r u dentes b r a v a d e s et s'était v u e contrainte de m o d é r e r son zèle en f a v e u r d ' u n e cause p e r d u e .

elle avait toujours été fantaisiste. en 1814. Leverd. à Dresde — accoutumée à tous les succès. irritable et. Bourgoin. Talma lui-même. Soucieux de la prospérité d u théâtre. il eût souflert des ressentiments qu'ils gardaient contre lui. bien que le prince eiU refusé de r e c o m m e n c e r leur liaison. à Saint-Pétersbourg. elles e u s s e n t j u g é utile et habile de l'oublier et de se vouer au r o y a lisme. r a m e n é e aux Bourbons p a r le duc de B e r r y . intéressée. personnelle. Soit qu'elles voulussent c o m m e Mlle George rester (idèlesau p a s s é . elle était impérialiste. succès d'actrice et succès de jolie femme. Au milieu des agitations et des troubles de l ' é p h é m è r e . sociétaire en 4802 et depuis — à P a r i s . leurs s e n t i m e n t s personnels. les a u t r e s d a n s leur conversion m ê m e . elles puisaient les unes d a n s ce passé. à la nécessité de maintenir la discipline. ils avaient sacrifié. A cette époque. la p l u s capricieuse et la plus agitée d ' e n t r e elles était la c h a r m a n t e Bourgoin. et qu'en différentes circonstances. les sociétaires f e m m e s étaient toutes ou p r e s q u e toutes des comédiennes illustres. mauvaise camarade. Ducheinoi?. Leurs p r é tentions engendraient à toute h e u r e des difficultés. Neutre p e n d a n t les Cent-Jours. et si l'on se rappelle q u ' e n 1817. J)u côté des femmes il en était tout autrement. S o u s l'Empire. — on c o m p r e n d sans p e i n e quelle main f e r m e eût été nécessaire p o u r les contenir. α la déesse de la joie et des plaisirs ». soit que c o m m e Mlle Bourgoin. conune on l'appelait. Contât. avait fini p a r feindre de ne p a s s'en apercevoir et de n'être préoccupé que des intér ê t s de sa fortune et de sa gloire. entrée a u t h é â t r e en 1801. elle était d e v e n u e royaliste. —Mars. George. de sa bonne tenue. pour tout dire. elle avait été d e s p r e m i è r e s à reprendre la cocarde blanche à la seconde Restauration. une disposition particulière à n ' e n vouloir faire j a m a i s qu'à leur guise. bien qu'il n'ignorât p a s q u e les royalistes le tenaient en suspicion. En ces diverses phases de sa vie.368 LA POLICE POLl'I'lULl·: Ce n'était pas du cùté des hommes que ces actes de rébellion se produisaient.

Il n ' a v a i t pas trente ans. un des plus p r o m p t e m e n t en vue a v a i t été u n g r a n d seigneur anglais. insérée a u Journal . ce qui n ' a m é l i o r a pas ses rapports avec ses camarades. On en trouve la trace dans le Journal de Paria.. P a r m i les étrangers a c c o u r u s à Paris en 1816. une lettre d'elle où elle se plaint « de ce que. comte de Montesquiou. était à Londres. Mlle Bourgoin fut m a i n t e n u e et en triompha. n u m é r o de ce j o u r .A IM* I X DIC Ε C retour de l ' e m p e r e u r . la conquête la plus brillante et la plus fructueuse. elle était ce qu'elle avait toujours été.ßc Paris. d e m a n d a au grand chambellan. Mais lorsque lord L . spirituel. le 29 avril 1845. celle-ci lui r é p o n 24 . sa rouerie féminine. tën 1817. on en p a r l a p e u . l'aventure r e s t a quasi secrète. vu la lettre de Mlle Bourgoin.. Mlle Bourgoin se t r o m p e . Tout naturellement. elle en a l'ait une. le Comité. arrête que la note ci-jointe sera envoyée. grâce à son charme. Pendant assez longtemps. q u ' o n lui fit application de l'article 78 du décret de Moscou. il publiait. se croyant tout permis depuis surtout qu'elle avait f a i t . r e n t r é e d a n s la coulisse pour la seconde l'ois.. il écrivait à son amie. — il s'éprit d e la Bourgoin. lord L. ses beaux yeux. fils aîné d ' u n pair d'Angleterre. — et plus encore d e comédiennes quand elles étaient jolies. avec prière de publier : « Mlle Bourgoin a adressé à MM. Biche. les rédacteurs d u « Journal de Paris une lettre ou elle prétend qu'elle a « éprouvé u n e scène. » En outre. le Comité répondit : « Le Comité. . Le comte de Montesquiou eut l'esprit de ne pas faire droit à cette sollicitation. en « considérant qu'elle s'est trop souvent rendue coupable de torts graves d e p u i s qu'elle est a u théAtre ». elle n ' a « pas éprouvé une scène. elle a é p r o u v é u n e scène qu'il est inutile de rappeler et qui l'a e m p ê c h é e de continuer son rôle ». et qu'elle iïit expulsée. i n t e n d a n t des spectacles. u n e de ses frasques attira u n moment l'attention. sur les traces des alliés. grand amateur de théâtre. .

les e m p l o y é s préposés à l'ouverture des c o r r e s p o n d a n c e s lurent u n e lettre arrivée à Londres à l'adresse de la comédienne et signée L . Je crois que c'est ce que t u avais désiré. . vous m e présenterez au collecteur lui-môme. Elle a j o u é assez bien. ce qui me fait beaucoup de chagrin. les employés du Cabinet noir qui l'avaient lue en découvrirent i m m é d i a t e m e n t u n e a u t r e p o r t a n t la môme date. C o r r o y est ton p a r e n t . j'ai reçu la lettre de M. il le c h a r g e r a d'examiner la collection q u e je crois être d ' u n g r a n d prix. en conséquence. Le prince reçoit des lettres de toutes les p a r t i e s de l ' E u r o p e p o u r lui offrir les meilleurs tableaux du m o n d e . Elle était ainsi conçue : « Mademoiselle. la môme s i g n a t u r e . et c o m m e M. je ferai ce q u e je ne ferais pas p o u r un autre : je donnerai son a d r e s s e nu p r e m i e r agent d u prince qui ira à Paris.370 L A POLICE POLITIQUE (lait. mais elle ne veut pas que n o u s nous connaissions. l'été p r o c h a i n . . Je vois p a r ta lettre. Mais. Q u a n d le prince enverra q u e l q u ' u n à Paris. et qui leur révéla ce que la p r e m i è r e n e leur p e r m e t t a i t pas de supposer. Au mois de m a r s 1817. je m e suis empressé de parler des tableaux à Son Altesse Royale. la même adresse. ma t r è s chère amie. Elle te dira ce qu'elle pense de l'Angleterre . u n e lettre officielle p o u r ton parent. Mais. ami des arts. Elle semblait n'être qu'un témoignage d e p u r e courtoisie adressé à une belle et célèbre artiste p a r un g r a n d seig n e u r . q u e tu crois qu'elle a une place dans mon c œ u r . » Bien banale et bien insignifiante cette lettre. elle m'a r é p o n d u qu'elle avait tant de tableaux — ce que j e sais ôtre v r a i — qu'elle ne désirait nullement en a u g m e n t e r le n o m b r e . et leur correspondance n ' é c h a p p a pas aux investigations du « Cabinet n o i r ». Corroy p o u r qui v o u s avez m o n t r é t a n t d'intérêt et. Il a déjà une collection i m m e n s e . « Mlle Anaïs a joué h i e r au soir p o u r la d e r n i è r e fois et elle se prépare à retourner à Paris. C o m m e n t cela . « J e t'envoie. J ' e s p è r e que.

lord L. remplissait d ' i m p o r t a n t e s fonctions publiques et était devenu l'ami de p l u s i e u r s ministres français.le t ' e m b r a s s e de tout m o n cœur.Λ l 1 PIC M ) IC Ii 371 sc pourrait-il. Cette j e u n e artiste. c o m m e j e t'aime. mille et mille fois. puisque t u le remplis en entier et le r e m pliras t o u j o u r s ? . de le lui dire avec cette fougue juvénile. à en j u g e r d u m o i n s par la lettre suivante que Mlle Sophie. vous seule êtes t o u t p o u r lui. » Voilà donc qui ne laissait aucun d o u t e s u r le caract è r e des rapports de lord L.. m e n s o n g e ou vérité. le lui faisait répéter p a r une Anglaise. absolument tout. q u i l'accom- . sa p a r e n t e . bien résolue à défendre. v o u s adore. On a v u par la lettre d e lord L. en avait profité p o u r aller d o n n e r quelques représentations à Londres.... avec Mlle Hourgoin. elle ne m a n q u a pas d ' e n t i r e r vanité autant qu'elle espérait en tirer argent et. un congé d ' u n mois. influence. il vous aime. a y a n t obtenu. croyez-vous qu'il ne sera p a s p a r f a i t e m e n t h e u r e u x ? Oui. Dès lors. oui. que Mlle Bourgoin lui r e p r o c h a i t de lui avoir préféré Mlle Anaïs. . S a n s v o u s . Son succès y avait été très vif. j e u n e et c h a r m a n t . contre les rivales qu'elle croyait disposées à le lui disputer. point de bonheur pour l u i . Ton voyage en Angleterre m e charme et j e r e g a r d e avec impatience le j o u r de ton arrivée. . ce n e f u t plus un mystère pour personne.. le 25 fév r i e r 1816. a d m i ratrioe d u talent et de la gr.lce de la sociétaire d u Théâtre-Français et d o n t le Cabinet noir s u r p r e n a i t é g a l e m e n t les propos : « Combien cela me fera plaisir de v o u s voir. l'oiseau bleu qu'elle avait mis en cage. pensionn a i r e d u Théâtre-Français. qui y avait d é b u t é l'année p r é c é d e n t e . t r è s protégée p a r la cour. occupait clans son pays u n haut r a n g social. .. » C o m m e si ce n'était p a s assez. et m e s s i e u r s du Cabinet noir furent édifiés sur l'existence d ' u n e liaison qu'on avait à peine soupçonnée. et comme le p r o t e c t e u r de la comédienne. amie c o m m u n e . de renouveler votre connaissance Et Mylord. à l'âge de quinze ans.

Malheureusement. écrivait le 14 m a r s à u n e brave meunière des e n v i r o n s d'Orléans. d'une g r a n d e p r o p r e t é et d ' u n e recherche de g o û t . un engagement est une chose sacrée et le 7 du mois prochain. mais. Ils sont bien loin p o u r cela de n o t r e belle scène française. il faut quitter tout cela et. et mes jolis rêves sont réalisés en p a r t i e . C'est d a n s cet espoir que nous q u i t t e r o n s u n p a y s où nous avons été traitées de m a n i è r e à ne j a m a i s oublier le peu de m o m e n t s que nous y avons passés. qui nous laisse bien en arrière. a j o u é et a obtenu le plus g r a n d succès. f r è r e de l ' e m p e r e u r de Russie. il f a u t être de r e t o u r dans la capitale. Point d'ensemble. ce n'est rien que cela. Les t h é â t r e s sont s u p e r b e s . (500 f r a n c s p a r r e p r é s e n tation. j e u n e actrice du Théàtre-Krannais. Le voyage payé. On y joue la tragédie dans la perfection. travailler p o u r la gloire. Leurs p a n t o m i m e s sont des chefs-d'œuvre pour les changements. venir r e p r e n d r e le collier à Paris. rien n ' y m a n q u e ! c'est u n e féerie. la duchesse d'York et les princes et princesses du s a n g de la cour d'Angleterre formaient cette r é u n i o n brillante. Messieurs du Cabinet noir t r o u v è r e n t cette lettre assez intéressante pour en insérer la copie d a n s le dossier qu'ils envoyaient au lloi tous les j o u r s : « Eh bien! me voilà à Londres. Mais. on travaille p o u r la gloire et p o u r la guinée. C'est devant la p l u s brillante société de l'Europe q u e Mlle Anaïs. des c o m p l i m e n t s ! mais. Nous ne n o u s d o u t o n s pas des effets qu'ils produisent et des tableaux . Quoi qu'il en soit. des articles d a n s les j o u r n a u x . tandis q u e d a n s ce pays. p o i n t d'unité de lieu. n o u s nous en r e t o u r n e r o n s fort contentes des Anglais et de l'Angleterre.372 LA Ρ 0 LI Cl·: P O L I T I Q ι: Κ p a g n a i t et tenait a u p r è s d'elle le rôle de mère d'actrice.d u c Nicolas. des h o m m a g e s ! mais.. Mgr le duc de Duras ne veut pas prolonger l'absence de la j e u n e protégée plus longtemps. des l o u a n g e s ! mais.. Le g r a n d . n o u s ne leur dirons pas adieu p o u r t o u j o u r s . a J e ne vous d o n n e r a i pas de détails s u r la ville. voilà pour les all'aires d ' i n t é r ê t . mais les Anglais n'entendent rien à la comédie.

tandis que Mlle Bourgoin. Elle a été se loger dans le m ê m e hôtel que M. a été j u g é e c o m m e envoyée de la police p o u r a p p r o f o n d i r la politique de quelques l o r d s anglais. Leurs acteurs t r a g i q u e s effrayent p a r la vérité qu'ils mettent dans les p e r s o n n a g e s qu'ils r e p r é s e n t e n t . J ' a v o u e que j'ai cru p l u s d ' u n e fois que l'acteur était possédé du démon du m o n s t r e qu'il représentait. a n s . » Malgré la r é p u t a t i o n qui lui était i n j u s t e m e n t et accidentellement . elle était en Angleterre. » Au lecteur de décider si l'enthousiasme que révèle cette lettre était dû u n i q u e m e n t a u x succès de comédienne r e m p o r t é s p a r Mlle Anai's ou s'il ne s'inspirait p a s quelque peu de succès d'un autre genre dont il n'est p a s sûr que sa j e u n e s s e l'eût préservée. nom si plaisant que j ' a i voulu aller moim ê m e ni'assurer q u ' u n soi-disant M. Richard III. sans a v o i r ouvert la bouche. elle était déjà iérnmc p a r la coquetterie. Ce monsieur est un ultra décidé qui n'appelle le Roi q u e le Jacobin. il semble bien q u e Mlle Bourgoin p r i t alarme de ce q u ' o n lui racontait touchant les r a p ports de sa camarade avec lord L.l'ai vu à Covent<îarden. 11 laut qu'il ait des p o u m o n s d e 1er pour être continuellement en fureur. .Λ ν ρ ι·: Ν ι) ι ( : κ 373 variés que l'on voit à ces sortes de spectacles. et les expressions fortes qui lui sortaient du corps me faisaient c r a i n d r e à chaque instant.. Elle sait qu'elle p a s s e p o u r un agent secret et en a conçu un dépit de t o u s les diables. qu'il ne r e n d i t l'Ame. et cette circonstance la décida à hâter son déparL. de La J o b a r d i è r e . l'aplomb et cette expérience dont la précocité chez les p e r s o n n e s de théâtre n'a jamais été considérée comme u n e exception.. La v u e est lout à la fois étonnée et enchantée. Quoiqu'elle e û t à peine seize. Au mois d'avril. un t y r a n . Quelle que f û t la vérité à cet égard. l'n des a g e n t s secrets que la police y entretenait mandait à P a r i s : « L'arrivée de Mlle Bourgoin à Londres fait a u t a n t de bruit que celle d ' u n envoyé extraordinaire. de La J o b a r d i è r e était logé sous le môme toit que la Roxelane française.

J'ai joué hier Palmyre dans Mahomet et les Trois Sultanes.. p a r sa m è r e qui voulait la {ici deux mots illisibles) p a r u n ci-devant j e u n e h o m m e bien libertin. * J e me nourris t o u j o u r s de l'espoir que tu seras ici dans le courant de juillet. Elle dit qu'on fait de meilleures affaires à P a r i s q u ' à Londres. elle écrivait à son amant r e s t é à Londres : « Mes occupations aussi m ' e m p ê c h e n t de t'écrirc aussi souvent que j e le désirerais. par les deux aspirants. « Je suis bien aise d ' a p p r e n d r e q u e Talma a l'espoir d'avoir l O p é r a . J'espère j o u e r quelques-uns de ses bons rôles. « Mlle Mars est partie.. Craignant de faire de la peine à l'un ou à l'autre. à un ami. je n'ai été plus a p p l a u d i e . quoiqu'elle mette opposition presque s u r tous. Jamais. Mlle Anaïs est arrivée couverte de coups de canif. Je t'avouerai c e p e n d a n t que j e suis u n peu contrariée que cette aiiaire n'ait p a s eu lieu q u a n d j'étais là. qui était allé l'applaudir à Covent-darden. Je désire qu'il réussisse d a n s toutes ses espérances. v o u l u t la recevoir en audience privée : « L ' e n t r e v u e a été f o r t gaie ». on l'accabla d'invitations et des procédés les plus p r o p r e s à flatter son orgueil. écrivait lord L. donnés..38 4 LA POLICE POLITIQUE faite. dit-elle. Tous les salons s ' o u v r i r e n t devant elle. elle fut reçue avec tous les h o n n e u r s dus à son r e n o m de talent et de beauté. avaient été abominablement calomniés que m o i n s d ' u n e semaine a p r è s son retour à Paris. Mais.. Elle revint en France « enchantée de son voyage et si bien convaincue que Mlle A η aïs et lord L. L'ailaire fait du b r u i t et p o u r r a i t bien finir par la faire renvoyer. Elle est allée se r é f u g i e r chez un a m o u reux qui lui plaît davantage et ne v e u t plus r e t o u r n e r chez sa mère. c'est le seul plaisir q u e . « Il vient de se passer un scandale épouvantable à la Comédie. elle les a pris tous deux. nos cœurs s'entendent sans se rien dire. Le p r i n c e r é g e n t . Ils sont en chef et en p a r t a g e . α Mlle Lombard a été ramenée en triomphe.

Il p a r a î t qu'elle s'est un peu fatiguée en Angleterre.Λ Ρ Ι» Κ M ) I CI-: 375 j'aie. comme la Bourgoin. songeait elle aussi à aller récolter en Angleterre des applaudissements et des guinées. mais bien p l u s généreux que lui. Elle dit que cette Cour l'emporte en dissolution sur la fameuse régence du duc d'Orléans. Celle-là encore était. Je n'aspire qu'au b o n h e u r de te voir d a n s mes bras et de te dire combien je t'aime avec u n e véritable passion. je t'embrasse un million de fois. mais p o u r d'autres causes. Belle à miracle quoiqu'elle ne f û t plus toute j e u n e et que sa beauté sculpturale. Mlle Ceorge. le prestige de sa faveur. « Au moment où Mlle Bourgoin rentrait de cette triomp h a l e excursion. u n e autre sociétaire et non des moindres. » Ces brûlants p r o p o s exprimaient-ils la vérité? La question reste au m o i n s douteuse en présence de ce qui se disait entre habitués du foyer de la ComédieFrançaise. ajouté. Adieu. j ' é p r o u v e un vide insupportable. mais encore sous le r a p p o r t de la galanterie.. a pris u n ton plus impertinent que jamais. m e n a ç â t de n a u f r a g e r dans l'obésité. en 1802. d u r a n t près de deux années. elle regrettait l'Empire et l ' E m p e r e u r . u n e révoltée... Elle ne se loue g u è r e de lord L. « le Corse aux cheveux plats » qui. avait. Dans le Titan f o u d r o y é qui expiait sa gloire et ses fautes sur le rocher de Sainte-Hélène. elle voyait toujours le premier Consul. . au m o m e n t où elle venait de d é b u t e r avec éclat à la Comédie-Française d a n s le rôle de Clytemnestre d'Iphigenie en Aulide. « L'actrice Bourgoin. Elle a fait des parties avec d'autres lords bien moins riches. car depuis notre séparation. non seulement sous le r a p p o r t du tempérament. depuis qu'elle est revenue de Londres. Elle fait un tableau singulièrement licencieux de la Cour du Régent. que n o u s a conservée le p i n c e a u de Gérard. à la réputation qu'elle commençait à conquérir.

elle ne p a r u t s ' a p p l i q u e r qu'à les r e n d r e plus ardentes. témoignaient de sa volonté de ne pas d é s a r m e r . il lui avait p a r donne sa fugue. du s o u v e n i r qu'il conservait d'elle. l'avait fait réintégrer d a n s tous ses droits de sociétaire et avait o r d o n n é qu'on lui v e r s â t les s o m m e s qu'elle e û t reçues. avait fait d'elle. ayant maintes fois bénéficié. m ê m e lorsque leur liaison eut pris lin. Un la soupçonnait. L ' E m p e r e u r était alors i n t e r v e n u . avec divers p e r s o n n a g e s n o t o i r e m e n t hostiles a u x Bourbons. il était. et l'on croyait avoir la certitude q u ' e n t r e elle et l'un d ' e u x . dont elle se vantait trop comp l a i s a m m e n t . t a n t ô t lorsqu'elle allait être saisie par ses créanciers. 11 se n o m m a i t liarel et avait vingt-neuf ans. tantôt lorsque le Comité r e f u s a i t d ' a u g m e n t e r sa p a r t de gain ou encore lorsqu'en 1813 — r e n t r é e de Russie où. Loin de rien faire p o u r les d é s a r m e r . existait un lien d e cœur q u e la c o m m u n a u t é de l e u r s opinions politiques avait contribué à resserrer. elles éclatèrent au r e t o u r des Bourbons. qu'elle ne p r e n a i t p a s la peine d e cacher. En 1811. si au lieu de déserter son p o s t e . Neveu d'un h o m m e de lettres connu. a u d i t e u r au Conseil d'État. cinq a n s avant. elle y f û t d e m e u r é e . Cette haute p r o t e c t i o n . Luce de Lancival. Les p r o p o s qu'elle tenait p u b l i q u e m e n t . Contenues j u s q u ' à la fin de l'Empire.lours et se réveillèrent a p r è s la chute definitive de l'impérial p r o t e c t e u r de Mlle (îeorge. d'entretenir d e s relations avec les bannis r é f u giés à Bruxelles. sous l'Empire. firent trêve p e n d a n t les Cent-. en outre. . quittant Paris en fugitive avec le d a n s e u r IJuport déguisé en f e m m e — elle avait voulu forcer les portes d e l à Comédie qui refusait de les lui ouvrir. elle n'oubliait pas ses bienfaits à qui elle devait de s'être t o u j o u r s tirée des positions les p l u s critiques. un objet d'envie et lui avait attiré bien des haines.37ϋ Ii Λ Ι Ό Μ CK Ι Ό L I T i n ι: Κ Fière de l'avoir fixé si longtemps. ses relations. à la Comédie-Française et ailleurs. elle s'était r e n d u e sans autorisation.

en cas d'insuccès. Elle n'avait conquis ni le mari souhaité. É p e r d u m e n t épris. llarel. résolue. p a r le receveur général de Mont-de-Marsnn. » Satisfaction ne lui ayant pas été immédiatement donnée. Ce voyage ne lui avait rien donné de ce qu'elle espérait en l'entreprenant. plus qu'ailleurs. il f u t n o m m é préfet des Landes. un de ses anciens amants. Dans ce poste. elle avait été bien h e u r e u s e . a u x Cent-Jours. les sommes nécessaires à l'entretien des troupes ù l'aide desquelles il projette de faire du d é p a r t e m e n t des Landes le dernier boulevard de l'impérialisme vaincu. κ 377 alors que l'Empereur venait de décréter la création des commissaires g é n é r a u x de police. il était encore à Paris lorsqu'un 181 II. tout a u x délices de la lune de miel. lasse de tant de vaines intrigues. Elle se tlattait alors de se faire épouser par le comte de Benkendorf. « Je désire beaucoup être attaché à la police générale. Mlle George y r e n t r a après cinq a n s d'absence. Mais. Elle ouvrit à ses promesses u n e oreille complaisante et leur destinée réciproque fut fixée. écrasée sous le poids de ses déceptions. 11 lève dans son d é p a r t e m e n t une légion de volontaires. f r è r e de la comtesse de Lieven. il donne à Napoléon les g a g e s du plus a r d e n t dévouement. <Juand il ne peut plus tenir. passés en Russie et en Allemagne. A son retour en France.Al'l'K M) Ii. Il se fait livrer do vive force. on peut d o n n e r a Sa Majesté des p r e u v e s de son zèle et de son attachement. se fit oublier. bien que la cause impériale soit irrévocablement perdue. Au lendemain de W a t e r l o o . ni le p r o t e c t e u r rêvé. il tente un dernier elï'ort. il p r e n d la fuite avec la . parce que là. P e n d a n t la p r e m i è r e Restauration. Ces visées ambitieuses avaient été déjouées. à chercher fortune à la Cour moscovite et ne d é s e s p é r a n t p a s de la devoir au tsar Alexandre lui-même. f e m m e de l'ambassadeur de Russie à Londres. écrivait-il a u duc de Kovigo. de rencontrer ce j e u n e llarel. en r e p r e n a n t sa place à la Comédie-Française. il avait sollicité un de ces emplois. il lui offrait de lui consacrer toute sa vie. p o u r la défendre.

L'illustre t r a g é d i e n n e se met en campagne aussitôt. j o u r n a l des bannis d a n s les Pays-Bas. La police a p p r i t que l'ami d e Mlle George. à la frontière espagnole. tantôt du roi de Borne. elle recourt à son amie la Duchesnois. C'est la lettre qu'elle écrivit au ministre de la police a p r è s avoir v a i n e m e n t tenté de le voir et en m a r g e . Trop mal en Cour p o u r rien solliciter. il était à Bruxelles.378 LA Ρ 0 LI CK P O L I T I C ) Cl·: complicité des g e n d a r m e s . où on ne lui p a r d o n n a i t pas d ' a v o i r touché. s'y livrait contre le g o u v e r n e m e n t royal a u x plus violentes diatribes. llarel partait pour Liège. Il s'adresse alors à Mlle George p o u r h â t e r l'envoi de son p a s s e p o r t . On lui refusait les rôles auxquels elle p r é t e n d a i t a v o i r d r o i t . en 1813. » Le 4-4 février 1816. on le c o n d a m n e au bannissement. P a r t i s a n tantôt du duc d ' O r l é a n s . sur l'enveloppe d'une lettre saisie à Paris. il c o n seillait aux F r a n ç a i s d'user « de l'esprit de vin d'Orléans ou d u j a l a p de Vienne ». On l'interne d'abord à Auxerrc. on n'était que t r o p disposé à seconder les intentions du d u c de Duras qui voulait la contraindre à quitter la Comédie à force de m a u v a i s procédés. Il est b a n n i et est empêché de p a r t i r . Un peu plus tard. A cette époque. Tel est le d é s o r d r e qui r è g n e encore à cette h e u r e d a n s toutes les a d m i n i s t r a t i o n s . on la traitait en ennemie. Puis. qu'il ne p e u t o b t e n i r un passeport p o u r passer e n Belgique. il est a r r ê t é . La trace de ses d é m a r c h e s est a u x Archives nationales. le 15 mars. Son attitude n'était p a s p o u r a r r a n g e r les affaires de sa maîtresse à P a r i s .de laquelle il a tracé cet ordre : « Mander au préfet de l'Yonne de délivrer le p a s s e p o r t et prévenir Mlle Duchesnois. La plus vive irritation r é g n a i t contre elle p a r m i les royalistes. u n e dame l l o u g e t r e c o n n u t son é c r i t u r e . Mais. Au théâtre. comme il ne cesse d'y c o n s p i r e r . Les autorités d'Auxerre m e n a c e n t de l'emprisonner. Entre elle et ses carna- . on l'obligeait à j o u e r ceux qui lui déplaisaient. d e v e n u r é d a c t e u r du Nain Jaune. cinq années d e traitement.

elle était démissionnaire. et que. Ce qui est positif. à propos de Mlle George. elle avait e'puisé son droit. elle espérait p a r t i r p o u r Londres et répugnait à retarder son d é p a r t . quelques m a u v a i s e s plaisanteries sur son compte et qui p a r a i s s e n t p l u s particulièrement dirigées . La r a r e t é des d o c u m e n t s relatifs à cette affaire et leur caractère c o n t r a d i c t o i r e n e p e r m e t t e n t pas d'établir si. il n'était bruit à la Comédie que des succès de tous g e n r e s r e m p o r t é s en Angleterre par Mlles Anaïs et 13ourgoin. qui n'avait j a m a i s cessé d'être bienveillant p o u r elle. Elle venait d'en p r e n d r e u n qu'elle avait employé à une tournée théâtrale dans les d é p a r t e m e n t s du Midi. C'est ainsi qu'elle s'était résignée à j o u e r d a n s Germnnicus u n rôle qu'elle avait d'abord r e f u s é a p r è s avoir dit au fils de l'auteur « que c'était p o u r des r a i s o n s é t r a n g è r e s à la pièce. Mais. et. elle l'avait obtenu ou si elle s'était décidée à s'en p a s s e r . elle était expulsée. elle ne s ' a p p l i q u a i t qu'à ne pas se mettre dans le cas de se faire e x p u l s e r . c'est qu'aussitôt a p r è s son d é p a r t .A l> I>K. elle fut considérée comme ne faisant p l u s p a r t i e de la Comédie-Française. Mais elle n'avait pas p r i s encore le parti de se démettre et n ' i g n o r a n t pas qu'on l'attendait à sa première frasque. et lui offrait de l'emmener en qualité de p a r t n e r et d'associée. lorsqu'elle partit au mois de mai. II lui tenait d'autant plus à cœur que. elle ne pouvait l ' e s p é r e r . ce n'était q u e querelles. Elle avait tout lieu de craindre qu'il n e lui f û t refusé.M) I CK 379 rades. Selon les u n s . Un autre ne pouvait lui être accordé q u ' à titre de f a v e u r . elle revint à son p r o j e t . Les r e p r é s e n t a t i o n s de la tragédie d'Arnault ayant été interdites à la suite des troubles survenus à la première. Talma. voulait aller donner des r e p r é s e n t a t i o n s à Londres. sous cette forme. aigres p r o p o s . » En réalité. d'une p a r t . p o u r p a r t i r . d'autre p a r t . Le r a p p o r t suivant résume quelquesunes des r u m e u r s q u i se d o n n a i e n t carrière à son sujet : « 11 circule d a n s p l u s i e u r s sociétés. il lui fallait u n congé. conflits. En l'obtenant. selon les autres.

calomnieux p o u r le comte d'Artois qui. dans un accès de dépit. A l'en croire. On verra bientôt le prince régent luim ê m e déclarer qu'il n'était vrai en aucune tie ses parties. elle a osé les r e j e t e r avec dédain. o r d o n n é qu'elle soit expulsée du Théâtre-Français et m ê m e d u royaume. en disant qu'elle ne voulait p a s flétrir ses premières amours. depuis la m o r t de Mme de Polastron. Ayant objecté qu'elle n'osait demander un congé. a v a n t de quitter la capitale. II. vous avez voulu être libre. q u e des propositions ayant été faites à cette actrice de la part du prince. tenait r i g o u r e u s e m e n t la promesse qu'il lui avait faite « de revenir à Dieu » et s'adonnait. sans en faire m y s t è r e . en même temps qu'on la p r é v e n a i t qu'elle était autorisée à partir. elle aurait reçu du duc de Duras ce billet laconique et significatif : « Mademoiselle. s'est vantée assez h a u t e m e n t d'avoir dédaigné d'accorder sa faveur à u n Hourbon et qu'elle s'est permis c o n t r e les princes quelques é p i g r a m m e s non moins injurieuses que déplacées. Elle le répéta à p l u s i e u r s . » Tout était calomnieux d a n s ce récit. calomnieux aussi p o u r la comédienne qui s'était fait un tout a u t r e thème p o u r expliquer son départ et les difficultés qu'on lui annonçait p o u r son retour. Les ultra-libéraux. A. elle aurait a p p r i s p a r l'ambassadeur que le p r i n c e régent souhaitait vivement de la voir j o u e r à Londres avec Talma.:m LA P O L IC Κ POLITIOIK contre S. » Il est au moins douteux que ce récit bit plus exact q u e le précédent. m a n d é e u n j o u r à l'ambassade d'Angleterre. Mlle George n'en contribua pas moins à le r é p a n d r e a u m o m e n t où elle quittait Taris. débitent que Son Altesse avait jeté u n regard de convoitise s u r les charmes de cette reine de théâtre. sir Charles Stuart lui a u r a i t spontanément offert de faire lui-même la démarche à la suite de laquelle. On p r é t e n d m ê m e que Mlle George. aux p r a t i q u e s de la dévotion la plus exaltée. On a n n o n c e que Monseigneur a été courroucé de l'impudence de la rebelle et q u ' e l l e a. Monsieur. vous l'êtes. avec la plus indécente ironie.

. Mais. de tourner têtes et cœurs. Elle s'attendait à être reçue c o m m e une souveraine par l'aristocratie anglaise. d e . lui avait témoigné le désir du prince r é g e n t d e la voir jouer avec Talma à Londres. d u r a n t le court séjour qu'elle fit dans cette ville a v a n t de s'embarquer. Elle était bien loin de se douter que ces v a n tardises.Λ Ρ Ρ Ε Ν 1) IC Ε personnes p e n d a n t son voyage et notamment à d i v e r s fonctionnaires de Calais. d'après ce qui lui était arrivé relativement à la p r o l o n gation de son congé d a n s le midi de la F r a n c e . Void un premier r a p p o r t s a n s signature et qui date d u mois de mai. allaient lui ê t r e imputées à grief. Elle raconte ainsi faiTaire de son exclusion d u Théâtre-Français. Déjà leur passage à Calais a v a i t été signalé p a r la police. r a n g e a n t par avance p a r m i les victimes de ses charmes l ' o p u l e n t protecteur de sa c a m a r a d e Bourgoin et le prince r é g e n t lui-même. colportées d a n s Londres au moment où elle y arrivait. Sir Stuart se c h a r gea alors d'en faire lui-même la demande et elle r e ç u t l'approbation d'un a u g u s t e p e r s o n n a g e qui y a c c é d a avec bonté. se disait s û r e de revenir enrichie. . Il annonce l ' a r rivée d e l à brillante et capricieuse comédienne à Calais. elle n'osait pas en solliciter u n nouveau. elle a r r i v a i t à Londres avec l'aima. et p o u r lord L . Dans la seconde quinzaine de j u i n . « Mlle George est arrivée et part demain p o u r Londres. ambassadeur de F r a n c e à Londres. Elle répondit q u e . . ambassadeur d ' A n g l e t e r r e à Paris. elle montrait des lettres de r e c o m m a n d a t i o n que lui avait remises u n p e r s o n n a g e ofticiel considérable pour le m a r q u i s d'Osmond. blesser les gens sur le compte desquels elle s'exprimait avec t a n t d'outrecuidance et de légèreté et lui susciter p a r m i les femmes de la Cour d'impitoyables inimitiés. c'est qu'à l'appui d e ses dires. lorsqu'il fallut avoir l'ordre de M. Sir Stuart. Elle tint d'ailleurs beaucoup d'autres p r o p o s n o n moins imprudents. ce fidèle ami des artistes f r a n çais en général et de Mlle Bourgoin en particulier. Talma q u i voyageait avec elle ne la démentit p a s et ce qui p u t f a i r e supposer qu'elle disait la vérité.

Ils o n t l'air de désirer que la première p a r t e de s u i t e . reçoit de l'un de ses amis qui réside à L o n d r e s . B. afin qu'il puisse r é p o n d r e aux questions qui lui seront faites à l'égard de cette affaire d a n s les j o u r n a u x . celui-ci p o u r toute réponse lui e n v o y a l'arrêté q u i l'exclut de la Comédie-Française. a m b a s s a d e u r de France. qui. » « Sir Stuart. les my lords et les favoris d u prince r é g e n t et le p r i n c e régent lui-même paraissent avoir c h a n g é d'avis d ' a p r è s les observations qui leur ont été faites q u e l'on ne devait pas a u t a n t p r o t é g e r les artistes é t r a n g e r s . La haute société de L o n d r e s s'en o c c u p e r a certainement beaucoup. elle ne d e m a n d e p a s m i e u x . vous l'êtes. Ils disent que sir Stuart n'a reçu aucune invitation. v o u s avez voulu être l i b r e . a u c u n o r d r e p o u r faire venir Mlle George ni T a l m a . d ' a p r è s ce que m ' a dit Mlle George. la lettre s u i v a n t e : « Votre lettre du 48. « J ' i g n o r e s'il y a q u e l q u e intrigue de cour et q u e l q u e intention de la p a r t des vieilles favorites du prince r é g e n t qui influent sur la détermination prise d'éloigner a u plus tôt Mlle George. d o n t vous aviez chargé Mlle George.. Elle le suppliera. le comte Decazes. en sait p l u s q u e moi à cet é g a r d . dit-elle. « J ' a i m a n d é ces détails a u m a r q u i s d ' O s m o n d . en lui d i s a n t : « Mademoiselle. de B. M. vous m e t t r a au .382 LA l'OLICI· POLITIQUE Duras. mais elle exige une i n d e m n i t é . et n o t r e belle reine veut q u e l'on satisfasse a u x d é p e n s e s d e sa c o u r et à ses j u s t e s prétentions. a dû r e n d r e compte de ces circonstances au p r i n c e régent et elle-même doit en p a r l e r à Son Altesse Royale en lui r e p r é s e n t a n t q u e le désir de se rendre à l'invitation qu'elle avait reçue était la seule cause de son exclusion.. a p p a r e m m e n t . d'intercéder en sa f a v e u r . » Quelques j o u r s plus t a r d ... « MM. ministre de la police. m ' a été r e m i s e p a r elle. Je fais ce que je p e u x p o u r lui être agréable et elle parait m e s a v o i r gré d e l'intérêt que j e lui p o r t e dans la position délicate où elle se trouve.

» « Mon cher comte. Mlle George dut s u p p o s e r qu'il avait été mis en garde c o n t r e le pouvoir de ses charmes p a r la j a l o u s e maîtresse qu'il conservait à Paris. Il semble bien qu'elle ne supposa q u e cela. Elle n'y connaît p e r s o n n e .. Talma en f u t a v e r t i p a r l'ambassadeur de France. Il y avait c e p e n d a n t autre chose : elle ne plaisait pas à lord L. « fit tout ce qu'il pouvait p o u r lui être agréable et qu'elle affectât de lui en savoir g r é . p a r m i ces lettres. Elle se t r o u v e à p r é s e n t d a n s une position critique. j e n'avais pas l'intention de vous import u n e r des affaires d e notre petit théAtre. Mais. il n'y en avait pas de Mlle Hourgoin ÎNTon s e u l e m e n t celle-ci ne s'était pas m o n t r é e disposée à r e c o m m a n d e r sa c a m a r a d e à son volage protecteur. Mais.Λ Ρ Ρ Κ Μ) ICI] 383 fait. Mlle (ieorge et T a l m a se t r o u v a s s e n t d'abord disposés à f r a y e r avec les bannis... J e Pai p r é s e n t é à notre princesse comme un de vos amis. le marquis d ' O s m o n d .. » Il était naturel q u ' é t a n t données les opinions politiques q u ' o n leur connaissait et leur qualité de Français. à la réserve et à la froideur de l'accueil qu'elle r e ç u t de lui. c o m p t e que ces f r é q u e n t a t i o n s leur aliéneraient la Cour d ' A n g l e t e r r e et les personnages les p l u s influents de la société l o n d o n i e n n e .. Ce f u t p o u r elle une première déconvenue. mais. et Mlle George p a r l o r d L. il p a r a î t qu'il y a eu des m é p r i s e s qui ont occasionné le détourn e m e n t d'une des reines de la scène dramatique. à q u i elle s'était e m p r e s s é e de porter les lettres de r e c o m m a n d a t i o n dont elle avait eu soin de se m u n i r avant de q u i t t e r Paris. A peine est-il besoin de faire r e m a r q u e r que. elle serait retournée sur-le-champ.. Mais . En conséq u e n c e le plutôt qu'elle retournera à Paris sera le m i e u x J e n e l'avais j a m a i s connue avant s o n arrivée à Londres et j e ne vous p a r l e d'elle qu'à cause des lettres de recomm a n d a t i o n qu'elle m ' a apportées. quoique lord L. ils se rendirent bientôt. Elle n'avait reçu de L o n d r e s a u c u n e invitation d'y v e n i r . écrivait-il à l ' u n des protecteurs de la comédienne.

lord L. car j e suis obligé de lui r e n d r e service. q u a n d elle .Je ne l'ai j a m a i s connue a v a n t son a r r i v é e en Angleterre et Mlle Bourgoin m ' a m u s e t o u j o u r s .l'étais p r é s e n t à cette entrevue. « Mlle George a fait u n m a u v a i s calcul en v e n a n t . Cependant. s'adressant à u n autre des a m i s de Mlle George qui est aussi le sien. J e vous prie en grûce d ' a r r a n g e r son affaire a v e c l'administration parce qu'elle m'ennuie beaucoup. j ' e s p è r e que vous voudrez bien l ' e m p l o y e r p o u r lui r e n d r e le très g r a n d service de la faire r é t a b l i r d a n s son emploi avant q u e quelque rivale p a r a i s s e surla scène. qui a été fort gaie. il m e p a r a î t qu'on se rappelle bien le rôle qu'elle a j o u é dans d ' a u t r e s cours. . .Je puis v o u s confier qu'il ne la verra m ê m e p a s . Comme elle dit que c'est par votre crédit qu'elle a obtenu la p e r m i s s i o n de venir ici. A u c u n e politique et les p r a t i q u e s c o n n u e s de Mlle George n'ont p a s été assez légitimes p o u r qu'elle soit reçue p a r un p e r s o n n a g e le p l u s illustre. si elle a espéré de plaire à u n auguste p e r s o n n a g e . et le régent lui a m o n t r é avec satisfaction le livre qu'il a reçu de v o u s . ce serait bien i n g r a t de ma p a r t de ne p a s vous remercier p o u r le service que v o u s avez cru m e r e n d r e en m ' e n v o y a n t u n si gros cadeau. Mais. 11 se r e n d i t pour l a voir à u n e soirée qui eut lieu à l'ambassade française et où elle et Talma d é c l a m è r e n t divers m o r c e a u x de leur répertoire. « I I Ho Bourgoin a été voir le prince r é g e n t qui avait N entendu p a r l e r de son a t t a c h e m e n t au roi et de l'accueil qu'elle avait reçu de Sa Majesté. . » Le même j o u r . » Elle ne fut pas plus h e u r e u s e du côté du p r i n c e r é g e n t .384 LA PO L I CK POLITIQUE T a m o u r .p r o p r e la retient ici j u s q u ' à ce que son affaire puisse être a r r a n g é e . particulièrement en Russie.. .Jene veux pas la remplacer p a r un c o r p s si g r o s et si g r a s comme celui de Mlle George. est e n c o r e plus explicite : « Il me p a r a i t qu'on s ' e s t bien t r o m p é sur le fait de Mlle George.. comme elle avait d e s lettres de r e c o m m a n d a t i o n de la part du chevalier S t u a r t .

D'autres critiquèrent la protection q u ' a u détriment des artistes anglais. passionném e n t désireux de la connaître et c o m m e artiste et c o m m e femme. le comte de Benkendorti. Elle ne pardonnait pas à la comédienne d ' a v o i r prétendu si haut et causé tant d'inquiétude aux 2S . faveur q u i avait été accordée à Mlles Bourg o i n et Anaïs. Certains j o u r n a u x prirent la d é f e n s e des comédiens français. Les p r o p o s tenus p a r Mlle George avant de quitter la F r a n c e . elle n'avait plus q u ' à p a r t i r . il lit la sourde oreille. folies poussées si loin q u ' a p r è s avoir d é p e n s é pour elle u n e fortune. dont il faisait le plus ordinairement sa Cour. et elles avaient décidé q u e ses visées ambitieu-es aboutiraient au p l u s complet fiasco. j a d i s à la Cour de Russie. sa conduite avait été si inconsidérée q u ' o n ne pouvait la recevoir à la Cour d'Angleterre. La presse s'en mêla. et plus tôt elle partirait. pour les beaux y e u x de Mlle George. la marquise d'IIcrtford en tête. résidence royale. ainsi que celle-ci l'affirmait. ambassadrice d e Russie.Λ Ρ Ρ ENDIGE 385 sollicita l'honneur d'être reçue à Carlton-IIouse. on avait craint qu'il ne l ' é p o u s â t . Ce mauvais vouloir était dû à plusieurs causes. m i e u x cela vaudrait. P a r conséquent. Ils avaient offensé de même et en outre alarmé le petit m o n d e de vieilles favorites. ni sir Charles Stuart n'avaient reçu a u c u n e invitation. Elle n'obtint pas audience et Talma f u t enveloppé dans sa disgrâce. a u c u n ordre de faire venir Talma et Mlle George. on accordait aux artistes étrangers. Elle se souvenait des véritables folies qu'avait commises son f r è r e . et que. avaient offensé ce prince. Les favorites firent r é p a n d r e de toutes parts que ni le d u c de Wellington. Elles s'étaient liguées p o u r empêcher d'arriver j u s q u ' à lui la grande comédienne qui avait commis l'imprudence de paraître v o u l o i r le leur p r e n d r e . l'affectation mise par elle à se p r é t e n d r e express é m e n t appelée en Angleterre p a r le Ilégent. une voix s'éleva p o u r faire écho à ces griefs et à ces exigences : celle de la comtesse de Lieven. d'ailleurs. Dans le corps diplomatique étranger.

Ils protestèrent. Quant à Mlle George. et quoique le p r i x des places erit été n o t a b l e m e n t élevé. A la p r i è r e de lord L. Lord L .. Ils avaient demandé la salle de l'Opéra pour y donner leurs représentations et le d i r e c t e u r la leur refusait. Il obtint comme u n e grâce accordée a u x artistes l'autorisation p o u r eux de d o n n e r d e u x représentations à l'Opéra. Et elle de se plaindre. passe encore. se déclarait i m p u i s s a n t à vaincre cette résistance. Talma était furieux. chanta misère. elle g é m i t . — P o u r Talma. Celte concession déplut a u p a r t i des favorites. Elles déclarèrent que le « h a u t p a r a g e » s'abstiendrait. Au m o m e n t où elle quittait l'Angleterre. réclama. on serait tenu de lui p a y e r une indemnité.. Il leur conseillait de s ' e n tenir à * quelques déclamations > d e v a n t l'aristocratie. soit à Argail Rooms. la recette totale des deux soirées f u t misérable. mais p o u r Mlle George. Λ peine arrivés. soit chez un de ses amis qui offrait ses salons à cet effet. les comédiens français en recueillirent les témoignages. se lamenta. .LA POLICE ΡΟΕΠΊΟΙΊ· parents de ce j e u n e h o m m e . c'est impossible. . petite salle où * le h a u t p a r a g e ® donnait des fêtes privées. et p o u r se débarrasser d'elle. Au besoin. Jamais t o u r n é e à l ' é t r a n g e r ne lui avait rapp o r t é si p e u . une lettre . d ' a f f i r m e r qu'elle était venue s u r une invitation formelle et q u e si on lui infligeait l'humiliation de l'obliger à p a r t i r sans s'être fait entendre. elle la ferait d e m a n d e r p a r son ambassadeur. Ses r a n c u n e s n&«econdèrent que trop le m a u v a i s vouloir de la Cour et des favorites du Régent. L'intervention du m a r q u i s d O s m o n d dénoua le conflit. l e u r répondait-on. Us ne voulaient p a s partir sans avoir j o u é devant le g r a n d public. le prince r é g e n t lui envoya mille guinées et les a c c o m p a g n a de la p r o m e s s e d'user de son influence personnelle a u p r è s d u roi de France p o u r r o u v r i r à l'artiste les p o r t e s du Théiltre-Français. Les loges dont il disposait r e s t è r e n t vides.

le goiU qu'ils professaient p o u r les artistes français. leurs profits n'acquitteront p a s le mémoire de leur hôtel.APPENDICE 387 privée faisait connaître à Paris p o u r la 'plus grande joie des ennemis qu'elle y comptait. Elle ne devait ni durer p o u r elle. Deux a n s plus tard. .. qui. Ils se sont tellement trompés que tous les frais de l'administration payés. elle s'est fâchée de ce que le colonel Mac-Mahon n'a pas été envoyé pour l'inviter à Carlton House. Celui-ci a engagé u n de ses amis d'offrir gratuitement à Talma et à Mlle George sa maison p o u r leurs déclamations dramatiques. L'actrice elle-même n'affichait plus avec la même ardeur ni son b o n a p a r t i s m e . lesquels. elle retournait en Angleterre. Elle disait publiquement qu'elle n'y était v e n u e qu'à l'expresse invitation de Son Altesse Royale. d o n t la régence avait pris fin à la mort de son père George III.. l'a détrompée. les détails de sa piteuse équipée : « Il p a r a î t que Mlle George s'est aliéné le prince régent. le prince a m o n t r é une grande indifférence et s'est exprimé en des termes. Cette malveillance ne visait que l'illustre commédienne. Une fois ici. avant môme son arrivée à Londres. ni ses prétentions. Ils ont dédaigneusement refusé en croyant que l'Opéra même ne p o u r r a i t contenir la grande quantité de leurs admirateurs.. Les circonstances n'étaient plus les mêmes. n'humilieraient pas p e u l'orgueil théâtral. » Cette note ne disait rien qui ne f û t rigoureusement exact. au désir du prince. Le prince de Galles. ni atteindre d a n s l'avenir ses camarades. L'accueil qui lui f u t l'ait s'en ressentit et m a r q u a . s'ils le savaient. Au reste. était m o n t é s u r le trône. on a u r a i t tort d ' i n t e r p r é t e r la malveillance dont Mlle George et Talma p a r contre-coup avaient été l'objet de la p a r t de la Cour britannique comme l'expression d'un désir de ne plus appeler à Londres des artistes français. devenu dans les dernières années de sa vie incapable de r é g n e r . en m ê m e t e m p s que p l u s d'équité de la p a r t des Anglais. Elle a été de très mauvaise h u m e u r contre lord L. par l'imprudence de ses propos.. Mais.

multiplier ses démarches p o u r obtenir de divers comédiens et chanteurs — P h i l i p p e . il est question de d é m a r c h e s q u e l'on fait clandestinement à P a r i s afin de r e c r u t e r des acteurs p o u r l'Opéra de L o n d r e s . faisant trêve à ses graves occupations d ' h o m m e d'État.. Delattre. Dans la même lettre.. dit lord L . Cette lutte d u r a i t d e p u i s le mois de juillet 4817. lors d'un voyage qu'il fit à Paris en 4820. et. Les tribunaux étaient m a i n t e n a n t saisis d u conflit. Mlle George. date à laquelle l'artiste était revenue d e son premier voyage e n Angleterre. n'avait p u forcer les portes du Théâtre-Français.d e s s o u s de ses a u t r e s productions et s u r t o u t de Fenvnui Coviez où il semble avoir épuisé son génie. après de longs et vains efforts. . jouant ici ou là. Mlles Leverd. tant on craignait. Mlle George courait la province. « En général. Le 14 avril 4848. il r a c o n t e qu'il est allé a u Vaudeville p o u r voir u n e actrice qui voulait s'engager pour Londres. A r m a n d . elle était à Metz : « Elle a d o n n é des représentations de Sémiramis et de . en v u e des scènes anglaises. q u ' e n r a i s o n de son hostilité connue contre les Bourbons. Dans u n e lettre de lui. Mme F o d o r — qu'ils allassent se faire e n t e n d r e à Londres. . objet d'effroi pour les autorités des villes où elle s'arrêtait. Il d e m a n d e quels sacrifices on peut consentir et a s s u r e qu'avec de l'argent.. Elle j o u a i t dans le Porto feuille. il déclare que c'est bien p e u de chose : Spontini y est infiniment a u . .. A cette époque. Quant à la Vestale. » Cette lettre est datée du mois de janvier 1820. le courant actuel du r é p e r t o i r e n'est guère a t t r a y a n t . courir les t h é â t r e s p o u r j u g e r de la valeur de certaies ouvrages et de certains artistes. 11 a t r o u v é la pièce « sans i n t r i g u e » et l'artiste « sans talent ». En a t t e n d a n t leur décision. Laporte. on aura bientôt u n choix de chanteurs et de d a n s e u r s qui r e n d r o n t l'Opéra de Londres préférable à celui de toute a u t r e capitale de l'Europe.388 LA POLICE POLITIQUE goût t o u j o u r s si vif que nous voyons lord L. sa présence n'occasionnât des désordres.

Le 14 novembre 1820. Elle était d'ailleurs aigrie et irritée. s'oppose à ce qu'elle puisse j o u e r à ce t h é â t r e . grave en disant qu'il le veut. f u t autorisé à r e n t r e r en F r a n c e . Il p a r a î t que le duc de Duras. un rayon de b o n h e u r vint illuminer sa triste vie. d e p u i s q u a t r e ans. Son ami de cœur. elle n'était pas p a r v e n u e à r e n t r e r à la Comédie-Française. Cette circonstance eut p o u r effet de rejeter l'actrice d a n s les milieux d'opposition où vivait son a m a n t . Ils associèrent de n o u v e a u leurs existences. Ils s'étaient opposés à la rentrée d e leur c a m a r a d e . » A ce moment. les sociétaires de la Comédie p r i r e n t p e u r . s'il le veut. qui déjà s'était opposé à ce voyage. Elles ont été assez suivies. et cette fois p o u r t o u j o u r s . Le Roi seul p o u r r a finir cette affaire grande et. mais le Comité prétendait encore l'empêcher d'accepter u n engagement qui lui était offert à l O d é o n . au m o m e n t où il fulminait contre le g o u v e r n e m e n t qui lui f e r m a i t sa p a t r i e . Mais. écrivait à Louis XVIII : « On m e fait savoir de la p a r t du roi d'Angleterre que Sa Majesté serait bien aise que Mlle George ne se t r o u v â t pas t r o p mal de son p r e m i e r voyage et qu'elle obtînt son admission à l'Odéon. » A la fin de 1819. Il l'apprit à l'improviste. elle vivait séparée. on est venu m o i n s p o u r voir la tragédie que p o u r admirer les diamants et la p a r u r e de la tragédienne.A P P E N IHCK 389 la comédie la belle Fermière. de qui. On la voit multiplier ses efforts et ses d é m a r c h e s . u n e o r d o n nance royale p e r m i t à Mlle George « d'accepter l'engag e m e n t q u i lui a été offert au second Théâtre-Français. L'ordre n'a pas été troublé. » Ce ne fut c e p e n d a n t que neuf mois p l u s tard — le 47 septembre 4821 — que. à Sémiramis. alors président du conseil. Non seulement. Il me semble que cela est bien r i g o u r e u x et que les arts n'y g a g n e r o n t pas g r a n d ' c h o s e . C'est 3111e George qui avait obtenu sa g r â c e de Decazes. p o u r mettre u n t e r m e « à des discussions publiques d'un caractère assez g r a v e et c o n t r a i r e aux intérêts de l'art d r a m a t i q u e ». Jlarel. le duc Decazes. alors a m b a s s a d e u r à L o n d r e s .

s'il n'a pas d e p a s s e p o r t . Mlle George j o u a i t les mêmes rôles qu'elle et elle ne voulait la laisser revenir qu'en double. et elle entra à l'Odéon. elle considérait comme u n déni de justice. ordre était donné à la police de ne p a s les perdre de vue. Le Comité c e p e n d a n t p a s s a outre. Dans toutes les villes où Mlle George allait donner des r e p r é sentations. Maintenant. Cette prétention fit tout m a n q u e r . Son attitude politique ne se modifia p a s . Mais. et la . Au p r i n t e m p s de 4823 ils a r r i v e n t à Grenoble. — Oui. C'était sa démission certaine à bref délai. Il voudrait en avoir un p o u r Chambéry. L'année suivante. qu'elle devait à s a persévérance et non à la bienveillance de l'administration des théâtres. on le lui refuse. sa concurrence portée ailleurs. ne p u t dissiper les r a n c u n e s accumulées en elle à la suite de ce qu'avec la h a u t e idée qu'elle se faisait j u s t e m e n t de son talent et de ses services. Ils étaient d'ailleurs l'un et l ' a u t r e l'objet de suspicions incessantes et de surveillance ininterrompue. On n'insista pas. On leur demande leurs p a p i e r s . j e suis p r ê t e à rentrer. Ce succès. mais à la condition d'être libre. grâce s u r t o u t à l'influence q u ' i l a r e l exerçait s u r elle. de j o u e r sur un a u t r e théâtre. Mlle Duchesnois protesta. ils redoutaient la concurrence. Genève et L a u s a n n e où Mlle George est a t t e n d u e . L'oll're f u t portée à la disgraciée de la veille. « c'est qu'il fait partie de la suite ». déclara-t-elle. et de lui offrir de rentrer « avec ses obligations et ses droits de p r o p r i é t a i r e ». elle allait t o u c h e r au t e r m e de ses vingt ans. Le Comité discuta la question de savoir s'il ne convenait pas de demander la s u p p r e s s i o n de la décision qui avait déclaré Mlle George « incapable de faire partie de leur troupe ».38 4 LA P O L I C E POLITIQUE tant qu'ils avaient p u croire q u ' o n ne l'autoriserait pas à j o u e r à l'Odéon. t o u j o u r s suivie de son ami. Ilarel est obligé d ' a v o u e r que. à l'expiration de mes vingt ans de services. redevenue favorite. ce que celle-ci ne p o u v a i t accepter.

faites p a r l'une des parties. Le Derviche devait. 11 se p r o n o n ç a en faveur de Mlle George et o r d o n n a que les sommes qu'elle réclamait à la Comédie-Française lui seraient payées. La représentation menaçait d'être orageuse. A la suite d'offres d ' a r r a n g e m e n t . La police est intervenue. « c'est qu'il fait de la politique. la décision à p r e n d r e fut remise au Comité du contentieux de l a liste civile. d'autres du m ê m e genre. les représentations de la g r a n d e comédienne causaient la p l u s vive agitation p a r m i les élèves de l'Ecole d e droit : « Elle j o u e de préférence des pièces pleines d'allusions libérales. aussi servir de prétexte à des manifestations. Mais. C'est ainsi qu'elle a donné Léonidas. et tout le m o n d e s'est calmé. a empêché le Derviche. » Il n'en fut pas moins question d'arrêter Ilarel. p o r t é devant le Conseil d'Etat.APPENDICE 391 raison. Le préfet n e se rendit pas à l'invitation : « Je crois devoir faire observer q u e le retour en France du sieur liarel a été a u t o r i s é par o r d o n n a n c e royale et que tous les libéraux m a r q u a n t s de Grenoble s'empresseront de le réclamer. on invita le préfet à se saisir de lui et à le faire conduire à la frontière. Pour les déjouer. La satisfaction qui lui était accordée semble avoir mis fin à ses équipées. fréquente les comités libéraux ». à Grenoble. De Paris. l i a r e l avait acheté t o u t le p a r t e r r e et les petites places et les avaient distribuées. Mais. d u r a i t encore en 1829. Pas p l u s à elle qu'à sa t u r b u l e n t e . » L'affaire n'eut pas de suites. Du reste. celle-là. l'administration préfectorale a envoyé au t h é â t r e des gens bien pensants. Ce n'est p a s là toutefois qu'il reçut sa solution. les incessantes bravades de l'ami de Mlle George n'étaient pas pour rendre à celle-ci la bienveillance officielle qui lui eût été nécessaire pour h â t e r le d é n o u e m e n t ? (lu procès qu'elle avait intenté à la Comédie-Française. Ce procès.

ce qui s'explique d'autant mieux que l'année suivante. nos documents n'en imputent d'autres.392 LA POLICE POLITIQUE camarade Bourgoin. une révolution chassait ces Bourbons qu'elle détestait et accusait de ses déconvenues de carrière. FIN .

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en Ali.T A B L E DES M A T I È R E S l'.ν (î κ l s < LIVRE II 9ί> 1 La p o l i c e JtOYALE e t l e s ιιονλ l'a utk LIVRE l e s Pays-Ras LIVRE La p o l i c e e t C h a t e a u b r i a n d IV m La p o l i c e f r a n ç a i s e a Londkes.emaiine e t d a n s 151 e t a c r u es 253 LIVRE V La p o l i c e e t l e s IIumihu.i^es. Introduction ι L 1 Y II Κ 1 IUC M II·: Ii » La p o l i c e k t l e s e t η α.dt Appendice 2i>5 307 .

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