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POLICE POLITIQUE
CHRONIQUE DES T E M P S DE LA RESTAURATION d'après les Rapports des Agents secrets et les Papiers du Cabinet noir

1815-1820
Τ II Ο I S I Κ -M Κ EDITION

PARIS
L I B R A I R I E PLON-N OURKIT
8. HUE FIARANCIÈHE

P L Ö N
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ET C i e , IM P l U M Ε U H S - É D I T E ü K S

1912
Tous droits rt'-svrvSs

LA

POLIGE POLITIQUE

DU M Ê M E A U T E U R , A LA L I B R A I R I E P L Ö N

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ERNEST DAUDET

LA

POLICE POLITIQUE
CHRONIQUE D E S T E M P S DE L A RESTAURATION d'après les Rapports des Agents secrets et les Papiers du Cabinet mir

1815-1820
TROISIÈME EDITION

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PARIS
L I B R A I R I E P L Ö N P L 0 N - N 0 1 J R R I T ET C i e , I M P R I M E U R S - É D I T E U R S 6« !, Κ U F. GARANCIÈHE

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Il a été tiré de cet ouvrage G exemplaires sur papier de des papeteries d'Arches} numérotés de 1 à 6.

ni des détentions arbitraires. et qui ( i ) Voyez mon livre. maintes fois tragique. ni des exécutions à peine précédées de simulacres de jugement. a été un très actif instrument de gouvernement. Paris. On ne relève à son compte ni des arrestations ténébreuses. Les épisodes sanglants qui assombrirent les débuts du règne de Louis X V I I I . pour quiconque ne connaît pas les dessous de l'une. Le rôle de cette police.INTRODUCTION Sous le premier Empire. Elle ne pèse pas s u r les décisions gouvernementales. éditeurs. la police politique. et les Chouans. en marge de l'histoire ofïicielle. se déroule jusqu'à la fin du règne do Napoléon. organisée ou pour mieux dire réorganisée par Fouché. f u t tout autre. Pion. sous la Restauration. a Nourrit . 1895. la Police et O . les péripéties de l'autre sont souvent incompréhensibles et demeurent inexpliquées (1). Elle en forme eu quelque sorte l'envers et telle est la connexion entre les d e u x que. Son histoire mystérieuse.

De 1815. à t o r t ou à raison. Toutefois. Ce sont ces difficultés qui. qui. date de sa réorganisation p a r les Bourbons. même réduite à ce rôle. se sont déroulés au grand jour. sous prétexte de consolider le pouvoir royal. au moins provisoirement. sinon pour le justifier. l'institution que lui léguait l'Empire et grâce à laquelle il pourrait lire dans le jeu des ennemis de sa couronne et de sa maison comme dans celui des étrangers et de ces trop dangereux amis. entendaient lui imposer leurs exigences et en faire l'organe de leurs folles revendica- .II LA P O L I C E POLITIQUE constituent ce qu'on a appelé la Terreur blanche. date de sa suppression. s'il est juste que la postérité et même la plupart des contemporains n'aient pas ratifié ces sentences. on ne tenait compte à Louis X V I I I des difficultés qui se dressèrent devant lui. q u ' u n instrument d'information. à vrai dire et sauf en des cas exceptionnels. elle n'en resterait pas moins une chose odieuse. anciens émigrés et ultra-royalistes. ont eu des juges et si les mesures et les condamnations qui frappèrent quelques-uns d'entre eux ne furent que le douloureux résultat des passions q u ' a v a i t déchaînées une suite d'événements aussi lamentables qu'extraordinaires . la police politique n'a été. à 1821. Les coupables ou soi-disant tels. dès son second retour en France en 1815. on n'en saurait méconnaître la légalité. lui firent conserver. si p o u r expliquer son maintien pendant quelques années.

de la liberté et du repos public. Il ne l'était pas moins à savoir ce que pensaient de son gouvernement les grandes puissances de l'Europe et s'il était vrai. entre le parti de la Révolution et celui des émigrés et recommence avec plus d'âpreté haineuse. il voulait connaître leurs projets. Contraint d'abord de subir leur joug. le 5 septembre 1816. comme le prétendaient les orateurs et les j o u r n a u x de l'ultra-royalisme. il f u t plus intéressé encore à pénétrer leurs intrigues. dès 1814. l'appui qu'il leur donnait et sa ferme volonté de rester le fidèle et loyal observateur de la Charte. que j'ai depuis longtemps entreprise. la dissolution de la Chambre introuvable. Lorsqu'il se f u t libéré de leur fatale influence en prononçant. Ainsi s'explique le maintien de la police politique pendant une partie de son règne. à conjurer leurs attaques.INTRODIJCTION m tions. Le rôle qu'elle joue peut être comparé à celui d'une agence secrète de renseignements. Je ne me flatte pas de la présenter aussi complète •que je l'aurais voulu. qu'on trouvera dans les pages qui suivent. C'est cette étude. qu'elles vissent avec regret les tendances libérales de ses ministres. au grand détriment de l'ordre. mais ne le subissant qu'avec impatience. Une étude sur cette police est le complément nécessaire d'une histoire de ces années troublées par la lutte violente •qui s'engage. j'ai eu la bonne . à déjouer leurs menaces. Sans doute. quand se dénoue le triste épisode des Cent-Jours.

le télégraphe. Ils sont assez instructifs et révélateurs pour répandre un peu de lumière sur des choses peu ou mal connues. des dépêches diplomatiques copiées chez les ambassadeurs accrédités à Paris ou livrées par leurs courriers et. enfin. une suite de dossiers du Cabinet noir. Mais. Si l'on y peut objecter qu'ils ne sont que des l a m b e a u x de vérité. quoique volumineux. les subalternes séduits et achetés. La manière dont d'habiles agents. On aurait t o r t toutefois de les dédaigner. où u n personnel de choix était uniquement affecté à l'ouverture des correspondances privées. la formidable augmentation . du moins suffisent-ils à nous donner une idée exacte et fidèle des moeurs policières d ' u n temps qui n'est plus et avec lequel elles ont disparu. Ils ne font pas t o u t e la lumière que nous aurions le droit de souhaiter. telles étaient ces mœurs qu'ont rendues désormais impossibles les chemins de fer. livrant à prix d'or les secrets écrits ou v e r b a u x des foyers dont ils avaient la garde . les agissements de l'administration des postes.IV LA POLICE POLITIQUE fortune de m e t t r e la main sur une partie du fond& d e l à police p o u r la période qui va de 1815 à 1821 et de retrouver dans des archives privées de nombreux: rapports d'agents. des papiers saisis çà et là. comme on disait alors. ces documents sont encore incomplets et ne forment p a s un t o u t . s'introduisaient chez les ambassadeurs étrangers ou dans la maison de personnages en v u e . des observateurs.

qui. à des procédés déshonnêtes ou indélicats à l'effet de s'en emparer.INTRODUCTION ν des lettres expédiées tous les jours de tous les côtés et surtout la liberté de la presse. A cette époque. Ils les reçoivent par les journaux. Mais. d u r a n t plus d'un q u a r t de siècle. sauf exception. mais . une promenade à travers des cités mortes. De nos jours. ils le savent sans avoir à se donner beaucoup de peine. la police ne pénètre plus dans nos maisons et ne lit plus nos lettres. De récents événements ont prouvé que les cabinets européens se livrent encore les uns sur les autres. à une surveillance qui rappelle les détestables mœurs d'autrefois. exercé les attributions. plus complètes qu'ils ne les avaient. assumé la responsabilité. Elle avait à peu près disparu avec lui. il n'en reste plus guère de traces. grâce à Dieu. absolument rien. le ministère spécial. n'existait plus depuis deux ans. n'est pour exciter nos regrets. et ce qu'ils ont intérêt à savoir. en avait concentré les services. ne constitue qu'une résurrection historique. La police politique j e t a ses derniers feux en 1820. soit au point de vue militaire. où rien. soit au point de vue diplomatique. Les informations -que les gouvernements avaient alors intérêt à se procurer p a r tous les moyens leur arrivent aujourd'hui trop vite et en t r o p grande abondance pour •qu'ils aient besoin de recourir. si ce n'est dans les rapports internationaux. de telle sorte que m o n t r e r a u j o u r d ' h u i comment elle opérait alors.

recevaient la mission de se former en conférence pour veiller de près aux actes d u gouvernement. Leurs canons remplissaient la cour du Carrousel. Un général prussien était nommé gouverneur de la capitale et les municipalités des arrondissements étaient obligées de se soumettre à la surveillance d'officiers étrangers désignés par lui. le baron de Vincent pour l'Autriche. L'empereur de Russie. et leurs ambassadeurs. les Bourbons rentrèrent aux Tuileries. annonçant déjà· les conditions de la p a i x onéreuse et humiliante qu'ils devaient nous imposer quelques semaines plus t a r d . braqués sur le glorieux palais des rois. La malveillance et les défiances de l'Europe se trahissaient . lord Stuart p o u r l'Angleterre. Pozzo di Borgo pour la Russie. On sait ce qu'était la situation de la France. les souverains alliés organisaient une police secrète placée sous la direction d'un Allemand. plus dévastatrice que l'autre. le comte de Goltz pour la Prusse. Les armées alliées se répandaient sur son territoire et occupaient Paris. A peine délivrée de la première invasion. au lendemain de Waterloo. elle subissait les horreurs d'une invasion nouvelle. l'empereur d'Autriche et le roi de Prusse arrivaient derrière leurs troupes victorieuses. lorsque au mois de juin 1815.VI LA P O L I C E POLITIQUE où tout au contraire semble fait pour nous inspirer l'horreur de coutumes heureusement abandonnées. Pour compléter cette mise en tutelle de Paris.

englobant dans les mêmes fureurs les partisans de Napoléon et ceux de la Révolution. source des malheurs effroyables qui se déchaînaient sur la patrie. t r o u v a i e n t déjà auprès de ce prince. dans les journaux défenseurs de leur cause. retentissaient de toutes parts. qui avaient voté la mort de Louis X V I .INTRODUCTION VII non seulement dans ces mesures outrageantes. aussi bien que par leurs ardeurs vengeresses contre le parti vaincu. En dépit des humiliations infligées par les étrangers à l'orgueil national. appelaient la foudre sur la tête des hommes politiques et des généraux auxquels ils imputaient le funeste retour de l'usurpateur. à peine tempérée. par l'intervention bienveillante de l'empereur Alexandre I er . Cris de colère. Ils n'en tenaient d'ailleurs aucun compte. A la tribune de la Chambre. mais encore dans la dureté de l'exécution de certaines d'entre elles. excitation à la vengeance et à des c h â t i m e n t s implacables. par leurs flatteuses complaisances à leur égard. qui n'était encore que comte d'Artois. Ces exigences de l'ultra-royalisme. dans les salons. et conduire un peu plus t a r d Charles X à sa perte. en invectives. en menaces. ils se répandaient en accusations. ils s'étaient attiré l'animadversion de l'armée et des masses profondes du pays. en de rares circonstances. qui allaient créer de si grands embarras à Louis X V I I I pendant les années suivantes. les royalistes les avaient accueillis comme des libérateurs et. et .

Ce fut pis encore après la constitution du cabinet Richelieu. de même la mise à la demi-soldo d ' u n si grand nombre d'officiers uniquement coupables d'avoir c o m b a t t u p o u r la France sous le drapeau. impérial . L'envoi de l'armée impériale derrière la Loire ne fut pas seulement un acte de soumission à la volonté des alliés . Ce que furent les conséquences de ces décisions arrachées à la faiblesse du gouvernement royai. des encouragements et un appui. en les exceptant des mesures de clémence et d'apaisement qu'elle édictait. Cette hostilité contre toutes les tentatives de pacification et de rapprochement entre los factions rivales. et le bannissement des régicides que prononça la loi d'amnistie. se manifesta dès le retour du Roi. de même encore. l'ordonnance du 24 juillet 1815 qui proscrivit la plupart des notabilités révolutionnaires ou bonapartistes. . ce f u t aussi une satisfaction donnée au parti des ultras . se reproduisaient dans la famille royale et obligeaient le Roi à se tenir en garde contre les menées occultes de son frère et de sa nièce. Les divisions auxquelles le p a y s était livré.VIII LA POLICE POLITIQUE auprès de sa belle-fille. Ce ministre et son collègue Decazes n'eurent pas de plus violents adversaires que les fanatiques qui s'agitaient autour du comte d'Artois et leur reprochaient de ne vouloir pas m e t t r e en pratique les doctrines ultra-royalistes. la duchesse d'Angoulême.

INTRODUCTION d u r a n t ces heures calamiteuses. le reconnaissent incapable de conserver son pouvoir. un centre que les élections tour à tour fortifient ou amoindrissent au gré des circonstances et u n ministère sans cesse obligé de chercher une majorité t a n t ô t à droite. qui ne pardonneront pas plus l'ostracisme dont ils ont été l'objet que les exécutions sanglantes dont les plus illustres d'entre eux ont été victimes . les bonapartistes. après avoir favorisé la restauration de Louis X V I I I . t a n t ô t à gauche. militaires et civils. de l'autre. Ces difficultés s'annoncent dès que Louis X V I I I a repris le pouvoir. stigmatisé par la gauche quand il t r o u v e cette majorité à droite et honni par la droite quand il la trouve à gauche. et qu'ils ont décidé sa déchéance et l'expulsion de sa famille. A en croire ces rumeurs qu'on tiendrait pour sans fondement si. La situation est tellement grave et troublée que l'opinion s'accrédite qu'il sera impossible aux Bourbons de continuer à régner. l ' a t t i t u d e des préten- . E n t r e ces deux camps ennemis. comme l'unique moyen de pacifier la France. On va jusqu'à prétendre que les souverains alliés. tous les historiens de la Restauration l'ont raconté et il n'y a pas lieu d'en reconstituer le désolant tableau. les ultras qui s'exaspéreront de ne pouvoir faire triompher leurs vues et d'être frappés par l'ordonnance de dissolution. Elles eurent pour conséquence de laisser la royauté restaurée en présence de factions irréconciliables : d'un côté. parfois.

Cependant. elles contribuaient à passionner les esprits. le Tsar l'accepterait. L'empereur d e Russie songe. les orléanistes croient que ce souverain lui préférerait leur candidat. en le t e n a n t sans cesse informé des propos et des projets de ses ennemis et de ces étrangers dont la présence sur le territoire français affaiblissait son pouvoir. à épaissir le mur d'inimitiés qui montait a u t o u r du t r ô n e des Bourbons. On insinue aussi que l'Angleterre pousse le duc d'Orléans qui réside à Twickenham et qui compte à Paris des partisans. il le croyait. l'empereur d'Autriche propose de mettre s u r le trône son petitfils. La Prusse semble ne pas se mêler à ces intrigues. au moins en ce qui touche les intentions des alliés : la preuve en a été faite depuis. . Pour que le trône pût le dominer. Bernadotte. Ces informations étaient assurément aussi fragiles que contradictoires. avec l'impératrice MarieLouise comme régente. l'instrument le plus efficace. le prince d'Orange. héritier de l a couronne des Pays-Bas. afTirme-t-on. dépopularisait son gouvernement et constituait un outrage à son autorité. Mais. On dit q u ' à défaut du prince d'Orange. Mais. il fallait que le Roi é t a y â t ses moyens de défense d ' u n e surveillance incessante dont la police politique serait. le roi de Rome. étonné q u ' o n n'ait pas songé à lui. à son beau-frère. le prince royal de Suède.X LA POLICE POLITIQUE (lants qu'elles désignent ne les justifiait. se met en avant et fait agir sous main des agents qui lui sont dévoués.

à l'intérieur sur les nombreux étrangers qui résidaient à Paris.INTRODUCTION χι Cette surveillance était la condition nécessaire de sa sécurité. et en se servant des instruments qu'ils étaient accoutumés à manier. en utilisant ses agents dont de gros t r a i t e m e n t s assuraient la fidélité. mais dont il n'était que trop n a t u r e l de suspecter les sentiments. les h o m m e s de marque s'entend. qui. commençaient à publier des p a m p h l e t s et des libelles séditieux et desquels on pouvait craindre des complots . La nécessité d'une police politique une fois démontrée. en Angleterre. il n'y avait q u ' à tirer p a r t i de son organisation. sur les anciens serviteurs de Napoléon que la proscription avait épargnés. sur tous les hommes. sur les ambassades. on croyait inféodés de près ou de loin à l'opposition. sur le duc d'Orléans qui s'obstinait à ne pas r e n t r e r sans vouloir dire pourquoi . sur le savant Alexandre de H u m b o l d t qu'on savait en relations avec les salons aristocratiques et qui p e u t . Elle devait s'exercer à l'extérieur sur les bannis. . sur Fouché que la légation de Dresde ne consolait pas de n'être plus ministre et qui s'y sentait menacé p a r la haine des royalistes . en Belgique. enfin.ê t r e ne s'y montrait pas favorable au gouvernement royal. sur Chateaubriand dont l ' a t t i t u d e était si souvent hostile et toujours louche... en l'améliorant. en Hollande. qu'à t o r t ou à raison. sur les sommités d u parti des ultras. telle qu'elle avait fonctionné sous l'Empire. en Allemagne.

et assez de sûreté de m é moire pour conserver le souvenir des écritures. celle-ci plutôt que celle-là. le Consulat et l'Empire. se place le Cabinet noir. A u sommet de ce ténébreux édifice. A défaut de ces qualités et à moins que le nom d u destinataire d'une lettre ne commande de l'ouvrir. d'en prendre copie a v a n t de les réexpédier ou de les détruire. -c'est le hasard seul qui dicte le choix des commis et leur fait décacheter. Aussi. les procédés les plus divers. les uns d a t a n t du règne de Louis XV. les autres appliqués précédemment p a r les comités révolutionnaires. p a r des moyens qui l e u r appartiennent.LA POLICE POLITIQUE C'est ici qu'il y a lieu d'entrer dans le vif de c e t t e organisation. résultat de l'expérience et où se confondent. dans un mouvement aussi régulier q u e celui d'une machine. d o n t le directeur des Postes gouverne le personnel. q u e nul ne connaît et qui travaille d a n s l'ombre. sont-ils souvent déçus et obligés de la refermer après avoir constaté qu'elle ne contient rien d ' i n t é ressant. une connaissance parfaite des hommes et des choses du m o m e n t . ceux enfin que. Ces messieurs sont chargés d'ouvrir les lettres p a r t i c u lières et quand elles leur paraissent mériter d ' ê t r e lues par le gouvernement. . a inventés Fouché. Ce travail exige du tact. sous le Directoire. passé maître d a n s l ' a r t de gouverner un g r a n d pays par des m o y e n s de police. personnel de choix et de confiance.

— mais. familier des salons ministériels. parce qu'ils o n t mis la main sur des aveux et des confidences de personnages h a u t placés. Ils apprennent aussi beaucoup d'autres petits secrets qui ne tirent leur intérêt que de la qualité des personnes qu'ils concernent. C'est ainsi qu'ils apprennent un jour qu'un jeune Anglais. s'est arrêté à Versailles et y a donné rendez-vous à Mme Récamier. Ils se sont sans doute extrêmement divertis en lisant. Ils savent de même qu'au retour d ' u n voyage. avant de rentrer à Paris. souvent aussi. Rien qui touche à la politique dans ces lettres. Chateaubriand.INTRODUCTION χπι Mais. ils sont payés de leur peine. non pas qu'ils aient découvert quelque secret dont la divulgation sera profitable à l ' É t a t . l'existence d u Cabinet noir étant trop connue pour qu'un homme politique confie à la poste les choses qu'il veut cacher. l'autre. deux lettres adressées par ce don J u a n britannique aux deux maîtresses qu'il trompe. lettres passionnées. la femme d ' u n grand fonctionnaire. est l ' a m a n t de deux belles dames. dont la réputation de vertu a toujours été inattaquée. Néanmoins. voire des liaisons que le monde soupçonne à peine ou même pas du tout. — de telles découvertes sont rares. des actes de vie intime. l'une veuve d o n t il a un fils. qui éclairent d'un jour inattendu des situations privées. sous la même date. destinées à les convaincre l'une et l ' a u t r e de l'ardeur de son amour. ils en· .

Le rôle du directeur des Postes. en ces circonstances. les signataires de ces lettres. L a nécessité p o u r le ministre de la Police d ' ê t r e sûr du directeur des Postes s'impose depuis le j o u r où. Son fonctionnement n'en est pas moins maintenu. On estime qu'elle doit être exercée par un h o m m e possédant la confiance des ministres et p e n s a n t comme eux. Malgré tout. — c'était u n ultra. . est tel que sa fonction devient promptement une fonction politique. en 1815. il n'apparaît pas que le Cabinet noir soit d'une sérieuse utilité à la chose publique. changé le sens des lettres dont il envoyait les copies à son chef hiérarchique et calomnié. qui la quittera si le ministère est renversé et qui la conserve t a n t que le ministère reste debout. les événements du Midi excitent une émotion générale . cependant. considérés p a r lui comme les adversaires de son p a r t i . S'il les tient pour importantes ou amusantes. par des altérations perfides.XIV LA POLICE POLITIQUE prennent copie. Aussi. Lorsqu'en 1816. est-elle ordinairement a t t r i b u é e à un député de leur bord. bon à utiliser dans les heures de crise. convaincus qu'elles amuseront le Roi. Ces copies remises au directeur des Postes sont examinées p a r lui. le personnage qui occupait alors l a fonction. — a été convaincu d'avoir. il les t r a n s m e t au ministre de la Police qui en fait son profit et les présente à Sa Majesté. à titre d'outil d'information. sous cette forme.

on videra j u s q u ' à leurs paniers et en épinglant sur des feuilles blanches les débris de papier q u ' o n y aura trouvés.INTRODUCTION XV lorsque. Dans Paris. les occasions sont nombreuses qui permettent de les confier à des mains amies et sûres. Qu'à cela ne tienne : on achètera les maîtres de poste . le Cabinet noir ne suffit pas à l'éclairer. ou encore de les expédier à de fausses adresses. on corrompra leurs domestiques . Toutes les lettres ne passent pas p a r la poste. lorsqu'en 1820. c'est par des lettres privées ouvertes à la poste que le gouvernement est informé de l'impression que ressent le p a y s et de l'influence que ces événements sensationnels ont exercée sur l'opinion. lorsqu'en 1818. on reconstituera les lettres d o n t ils avaient gardé copie avant de les envoyer ou celles qu'ils ont reçues et ont ensuite déchirées après en avoir pris connaissance. par la marquise de Montcalm. la Chambre introuvable est dissoute . il est aisé de les faire porter d'une maison à l'autre. La police est mise de la sorte en possession de billets écrits à des hommes illustres p a r Mme Récamier. le duc de Richelieu abandonne le pouvoir. le d u c de Berry est assassiné. on entrera chez les particuliers . on ouvrira leurs tiroirs . la même année. Quant à celles qui vont d a n s les départements ou en viennent. Mais. sœur du duc . sous le couvert p a r exemple des maîtres de poste qui s'en font volontiers et à prix d'argent les entremetteurs.

inculte et frais émoulu de son pays. par la duchesse de Duras. car nul n'en a été la victime au même degré que lui. Dès 1815. entre autres. le gouvernement français s'était hâté d'opposer une contre-police. il a ouvert a u x policiers toutes les portes et tous les tiroirs de son maître à qui il est ensuite venu. par la marquise de Prie. par Mme de Rumford. penaud et repentant. et ce f u t . aura raison de railler dans le Conservateur « cette police qui vient s'asseoir à nos foyers avec une simplicité antique». elle ne pouvait laisser les étrangers en dehors de son action. Mais Humboldt l'ignore. Il pourrait même s'en montrer plus courroucé.XVI LA POLIGE POLITIQUE de Richelieu. Aussi déployait-elle contre eux ses plus infernales ruses. ainsi que le lui commandait son droit de légitime défense. Il avait à son service un p e t i t Breton. t a n d i s que. par d'autres encore. Chateaubriand le sait. à la police secrète organisée par les gouvernements alliés. auquel il accordait sa confiance. ceux des ambassades étrangères et les courriers qu'elles emploient au transport de leurs dépêches ! É t a n t donné l'objet de la police politique et le b u t qu'elle poursuivait. Elle fonctionna jusqu'en 1820. Combien d'autres serviteurs auraient lieu d'en faire a u t a n t et. pour ce qui le concerne. si ce n'est Alexandre de Humboldt. On a corrompu ce niais . confesser sa mauvaise action. Chateaubriand. qui sait à quoi s'en tenir sur ces procédés que nous considérerions aujourd'hui comme abominables.

au reste. Elle tient vraiment du prodige et nous n ' y voudrions pas croire si l'existence dans nos archives d'un nombre considérable de papiers diplomatiques échangés entre les cours européennes et leurs représentants au dehors.INTRODUCTION XYH de bonne guerre. Il est cependant douteux que les agents de l'étranger qui. On entre chez le comte de Goltz. au m o m e n t où ils allaient être expédiés ou en cours de route. alors que telle n'était pas leur destination. De 1815 à 1820. ne nous démontrait q u e s'ils y sont. une publication ultérieure. Rien. comme dans un moulin. car ce qu'elle faisait à Paris pour s'éclairer sur les projets des puissances. ils nous fournissent la preuve de leur infatigable activité. s'efforçaient de pénétrer chez nos ambasssadeurs se soient montrés aussi habiles que ceux que la police politique employait à Paris. au dehors. ministre de Prusse. L'audace de ceux-ci ne connaissait pas de bornes. o n le faisait aussi dans les autres capitales. Le 1 e r juillet 1816. u n agent écrit : « Il (1) Je les ai utilisées et j'en ai môme dans mes livres : Louis XVIII et le duc duc Decazes en Angleterre. On copie sur la table de son cabinet ses dépêches les plus secrètes (1). b . figureront dans publié un certain nombre Decazes et Γ Ambassade du restent et qui constituent années de la Restauration. n'est plus vrai. c'est qu'on en a pris des copies. toutes les ambassades et légations sont étroitement surveillées. Leurs volumineux r a p p o r t s en font foi . Celles qui me une véritable histoire des cinq premières racontée par un témoin. pour surprendre les desseins du gouvernement français. .

qui lui a répondu que le comte de Goltz avait reçu de Berlin l'avis de se tenir sur ses gardes. les agents qui. La note qui le constate se complète du renseignement suivant : « Hier.XVIII LA POLICE POLITIQUE a été de nouveau impossible de se procurer les rapports du comte de Goltz. le 18 janvier 1817. p a r extraordinaire. se heurtent à de nouvelles difficultés : « On a pénétré cette nuit comme les précédentes fois dans le bureau secret du comte de Goltz pour y chercher son dernier r a p p o r t du 15 . » Six mois plus t a r d . ont très librement exécuté leur mission. le comte de Goltz était . il fallait se méfier de t o u t le monde. ils espèrent avoir la suite pour demain et peut-être aussi le r a p p o r t du 15. Il vient de faire changer subitement les serrures des tiroirs du bureau où il les place. mais. durant cette période. a fait des questions à M. W u s t r o w . Mais on met la m a i n sur la minute définitive de celui d u 9 d o n t on peut copier le t e x t e intégral « et qui ne m a n q u e pas d'intérêt ». on ne l'a point trouvé. L ' u n d'eux. relativement à ses papiers secrets et q u ' a u temps où nous vivons. Les observateurs ont été réduits à copier seulement une partie des r a p p o r t s du 1 e r et du 9 qu'on n'avait point encore donnés . P o u r t a n t . étonné d'une précaution si remarquable. il ne laisse percer aucun soupçon contre les agents qui se procurent ces rapports. ce rapport du 15 n'est pas encore retrouvé. secrétaire de l'ambassade. » Le 19.

que l'armée d'occupation devait se tenir bien sur ses gardes. Tandis que nous avons sous les yeux la presque totalité des r a p p o r t s du comte de Goltz à sa Cour. que le général Ziethen avait reçu des avis importants pour la sûreté de son corps d'armée. disant qu'elle était de nouveau sur u n volcan. soit qu'ils se gardassent mieux que leur collègue prussien. nous ne possédons.INTRODUCTION XIX chez lui avec le b a r o n Fa gel. minisire des PaysBas. que la population des Ardennes et de la Meuse était dans la plus grande exaspération contre les étrangers et que t o u t semblait menacer d'une crise. L ' u n des observateurs. des autres chefs de mission. En revanche. péchât par le défaut d'audace et d'adresse. a trouvé moyen d'entendre cette conversation qui a été fort animée. s'entretenant très vivement des affaires de la France. celles aussi qui ne faisaient que traverser Paris pour aller dans d'autres capitales. homme parfaitement sûr. les dépêches qu'ils recevaient de leur gouvernement. » Il ne semble pas que les observateurs qui opéraient auprès des autres ambassades aient été aussi heureux que ceux qui assiégeaient la légation de Prusse. étaient mises au pillage. . accrédités à Paris. le conseiller Schoëll de la légation de Prusse et quelques autres personnes. soit que la surveillance dont ils étaient l'objet. Grâce à la complicité. que des correspondances partielles.

d a n s les Pays-Bas appellent aussi son attention. ambassadeur d'Autriche à Londres.XX LA 1 J 0 L IC I IM) L Γ Π QU F. à Bruxelles. des révélations plus ou moins futiles. les proscrits qui se s o n t réfugiés on Angleterre. les aventures plus ou moins scandaleuses de grandes d a m e s étrangères. E n même t e m p s qu'elle s ' a t t a c h e a u x pas du personnel étranger si nombreux à Paris t a n t que dure l'occupation. La correspondance de Metternich avec le prince Paul Esterhazy. Elle entretient des agents secrets à Londres. Les épîtres amoureuses q u ' à p a r t i r de 1818 échange avec Metternich la princesse de Lieven n'échapperont pas à ce m a u vais sort et révéleront à l'improviste la liaison du chancelier autrichien avec l'ambassadrice russe. en Belgique. dans la Prusse rhé- . q u ' o n voit t o u r à tour à Paris et à Vienne. L'activité de la police politique ne s'exerce pas seulement d a n s le champ qui vient d'être décrit. C grassement payée. la police pouvait en envoyer des copies au ministre des Affaires étrangères et celui-ci les avait déjà lues quand les originaux parvenaient à leur destination. tiennent la plus grande place dans ces découvertes qui livrent pêle-mêle au gouvernement français des secrets d ' É t a t . telles que la princesse Bagration. ou celles d'illustres comédiennes. telles que Mlle Georges et Mlle Bourgoin en représentation à Londres. des courriers. celle de leurs secrétaires. les lettres privées qu'ils ont mises sous le couvert diplomatique pour en assurer la transmission.

elle est p a r t o u t . Aussi. soit qu'ils viennent s'offrir spontanément. En un m o t .1 N T H 0 I) ü e n ON XXI narie. 011 le leur laisse ignorer. chargés d'espionner. soit qu'ils se laissent séduire p a r les propositions qu'on leur fait. dans celui du duc de Bourbon. sont surveillés à leur insu. Ce qui n'est pas moins extraordinaire quo l'organisation qui permet à la fois t a n t de précieuses découvertes et t a n t de dénonciations futiles ou calomnieuses. achète les services de certains d'entre eux. Il est vrai qu'on les recrute un peu à la diablo et au hasard. . en est-il qu'on t i e n t en suspicion. arrivent au ministre de la Police des rapports révélateurs. Mais. Les renseignements qu'ils donnent ne sont pas acceptés sans contrôle. sur son rocher. Elle s'attache aux pas des membres de la famille Bonaparte. s'initie à tout. accompagnés le plus souvent de pièces à l'appui. elle pénètre d a n s l'entourage du duc d'Orléans. de tous les points où une opposition est à redouter. Elle se crée des relations parmi les bannis. car l ' E m p e r e u r . c'est qu'on soit p a r v e n u à réunir assez d'agents pour suffire à cette immense besogne. reste l'épouvantail de l ' E u r o p e monarchique. parce que même quand on les soupçonne d'erreur ou de mensonge. C'est p a r centaines que. voit tout. t o u t en utilisant leurs services et qui. Λ Londres. Elle se t i e n t partout à l'affût des nouvelles qui viennent de Sainte-Hélène. il y a toujours quelque chose d'util0 à tirer do leurs rapports.

l'étranger. qui ne figurent pas d a n s la correspondance officielle. Elle l'est aussi par les ambassadeurs de France à qui. t o u t n'est pas de même valeur ni de même moralité. a y a n t trait à Napoléon et aux individus que l'on croit être restés en relations avec lui. de 1815 à 1818. sont encore aujourd'hui intéressantes à lire. ne serait-ce que parce qu'elles d é m o n t r e n t que l'institution policière organisée par le gouvernement français dans u n but d'informations et de défense n'était pas moins bien servie par les diplomates que p a r ses agents secrets. Quelques-unes de ces lettres. O n est même enclin à se demander si le service des premiers ne lui eût pas suffi au moins pour l'étranger et pourquoi elle avait mis en mouvement cette légion d'observateurs qui ne pouvaient être recrutés que dans les bas-fonds sociaux et dont les dires étaient si souvent inexacts. le duc de Richelieu t r a n s m e t au ministre de la Police les lettres confidentielles de ses représentants à Londres et à Vienne. ce n'est pas seulement par les agents que la police est informée. A t o u t instant. les gouvernements auprès desquels ils sont accrédités ne ménagent pas les communications utiles. Dans ce personnel créé en vue d'un espionnage permanent au dedans et au dehors. Il convient d e le diviser en catégories et de ne pas les confondre .XXII LA POLICE POLITIQUE Pour les bruits plus ou moins sensationnels qui circulent à. pour ce qui concerne certains personnages et certains faits.

leur passé ne p e r m e t t e n t pas de croire à leur désintéressement. Leur nom ne nous est pas parvenu et ce n'est pas leur faire injure que de les supposer coupables des pires actions. de leur reconnaissance pour des faveurs qui leur avaient été accordées ou de l'espoir d'en obtenir de nouvelles et qui. De tous temps et dans tous les pays. Néanmoins. non pas aux b u r e a u x de la police. s'ils trahissent des confidences. dans leur correspondance.INTRODUCTION XXIII entre elles. un rebut. Souvent même. Ceux-ci sont une écume sociale. les gouvernements ont été contraints d'utiliser des gens de cette sorte. sauf le coup de poignard. On ne peut assimiler ceux qui ne s'inspiraient que de leur dévouement aux Bourbons. à ceux qui par ruse pénétraient chez les particuliers ou dans les ambassades. Il serait de toute injustice de traiter avec un égal mépris tous les individus qu'employait le gouvernement. les circonstances qui les ont décidés à les offrir. mais directement au ministère. il n ' a p p a r a î t nulle part que leur trahison ait jamais eu des résultats fâcheux pour ceux dont ils ont dénoncé verbalement ou p a r écrit les propos. D'autres sont d'un ordre plus relevé. crochetaient les serrures et. achetaient les domestiques et les bas employés. n'étaient que l'écho de propos recueillis çà et là. se conduisaient en tout et pour t o u t comme de parfaits brigands. Le fait qu'ils reçoivent un salaire pour les services qu'ils rendent. leurs dénonciations . moyennant paiement.

On lui accorde ce qu'il désire. Souvent aussi. Le rôle. on y pouvait rencon- . du duc de Bourbon et des gens qui les entouraient. elle était dans le sien. afin de solliciter pour son journal des communications et des faveurs d'ordre purement professionnel. ne saurait cependant être comparé à celui des vils espions auxquels j'ai fait allusion plus haut. de 1815 à 1818. en s'assurant le concours d'un informateur aussi précieux et aussi bien placé que celuilà pour voir et savoir. fut le rendez-vous d'un grand nombre de Français. Indépendamment de Louis-Philippe d'Orléans. qui est en même temps membre de la chambre des Communes. Il est venu à Paris. à la condition qu'indépendamment des insertions auxquelles il s'engage. Q u a n t à la police politique.XXIV LA POLIGE P O L I ΤI Ο l! Ε sont accompagnées de commentaires bienveillants qui en corrigent les effets. Il faut se rappeler en effet que la capitale de l'Angleterre. il enverra au ministre de la Police des notes confidentielles sur les hommes et les choses qu'il aura été à même d'observer. encore qu'il n'ait rien de glorieux. En retour. recommandé au gouvernement par l'ambassadeur de France à Londres. On en peut citer d'autres qui ne sont pas payés et qui agissent uniquement par gratitude. il offre d'y défendre les intérêts français. ils sont d'utiles intermédiaires entre le gouvernement et les gens dont ils provoquent les confidences. Voici le propriétaire d ' u n grand journal anglais.

à Paris. assiègent l'ambassadeur de leurs offres do services. d'anciens fonctionnaires de Napoléon et au-dessous d'eux. J. d'anciens officiers de l'armée impériale. Ces individus mériteraient d'être chassés du pays où ils ont cherché un asile . ces épaves dos temps révolutionnaires. qui vivent en eau trouble. cherchant à s'en procurer p a r des expédients plus ou inoins avouables. après s'être évadé de prison. maîtresse de Dasies. Fauche-Borol. des individus notoirement. Paris. accablent do flatteries le duc de Bourbon pour obtenir des subsides : les journalistes Peltier et Châteauneuf. le nommé Saint-Charles et sa femme. et Comédiennes. pour des motifs qui nous · échappent et qui témoignent. a aidé au renversement de la colonne. édit. t r a î n a n t la savate. anciens complices de Maubreuil (1). tarés. Dasies et Colleville. et enfin Maubreuil lui-même qui. au moins en apparence. intrigante éhontée. est venu grossir cette écume. à côté dos généraux Dumouriez et Danican. il ne tiendrait q u ' à 1'Allien Office de les faire partir. J u - . Mais.INTRODUCTION XXV trer. leur présence à Londres est tolérée. du désir de l'Angleterre de les avoir toujours sous la main. toujours à court d'argent. Ils bénéficient de l'extraordinaire bienveillance que professe le Cabinet b r i t a n (1) Voyez mon livre Conspirateurs "ven. un sieur de Montbadon qui en 1814. plus dangereuse encore que son mari et que son amant.

la nature de leurs services méritent d'occuper dans cette étrange galerie une place à part. elle y t r o u v e des indications bonnes à suivre. Naturellement la police ne les lit qu'avec défiance. il est à peine nécessaire de mettre- . Elle en emploie de la même espèce p a r t o u t o ù sa surveillance doit s'exercer : à Paris. aussi bien que les plus intelligents. tous ou presque tous ont un passé véreux. ce qui explique pourquoi elle maintient le personnage dans son emploi. de ses intérêts. Ceci constaté. les plus ignorants. il en est qui ne valent pas mieux que les plus dégradés de ceux qu'ils surveillent. perdu de dettes et d'indélicatesses. qui presque jamais ne se connaissent ou qui s'accusent réciproquement des pires méfaits. leurs amitiés. mensongers pour la plupart. en Hollande. d ' e n t r e 1 enir en Angleterre des agents à cet effet. en Belgique et tous. mêmes qui par leurs relations. Parfois. qu'on a envoyé à Londres pour se débarrasser de lui à Paris et qui. rédigés au gré de ses passions. tel ce com h1 de Beaurnont-Brivazac. les plus illettrés.XXVI LA Ρ OL ICI·: Ρ OL m (J υ Κ nique pour les ennemis des Bourbons. entasse r a p p o r t s sur rapports. jaloux de gagner son argent. Force est donc à la police française de les surveiller. P a r m i ces agents. de ses haines. bien qu'en juin 1817 il se fasse emprisonner pour dettes et qu'elle soit fixée sur sa vénalité. cependant. ceux. complice trop souvent des individus qu'il dénonce.

nous sommes plus à l'aise pour ouvrir t a n t de suggestifs dossiers. On peut toujours craindre. en effet. et c'est surtout ici qu'il faut se rappeler que « parole de policier n'est pas parole d'évangile ». il est impossible de subordonner la confiance qu'il y a lieu de leur accorder. à savoir un écho des passions et des conflits qui troublèrent si profondément la France pendant et après les Cent-Jours. que le mensonge n'y tienne plus de place que l a vérité.I N T Κ 0 D U C ΤIΟ Ν XXVII Ιο lecteur en garde contre leurs dénonciations. à ce q u ' o n peut savoir du caractère de leurs auteurs ni de les a t t r i b u e r à celui-ci ou à celui-là. de ne les prendre que pour ce qu'elles sont. La sagesse commande donc de n'accepter les unes et les autres que sous bénéfice de vérification et de contrôle. . pour parcourir les pièces qu'ils renferment et arrêter au passage celles qui semblent dignes d'intérêt. Comme ces dénonciations sont rarement signées. Ces réserves faites.

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le roi de France. vingt jours après Waterloo. les trois principaux souverains alliés. rentra dans sa capitale d'où il s'était enfui.LA POLIGE POLITIQUE CHRONIQUE DES TEMPS DE LA RESTAURATION LIVRE PREMIER LA POLICE ET LES ÉTRANGERS I Le 8 juillet 1815. les empereurs de Russie et d'Autriche et le roi de Prusse. duc de Wellington. accompagnés du généralissime anglais. avant qu'on eût enlevé les fleurs répandues sur le pavé des rues où avait passé le roi et fait disparaître les drapeaux blancs dont s'étaient pavoisées les maisons. p o u r se réfugier à Gand. le 18 mars. Louis X V I I I . et du prince de Schwarzenberg sous les ordres duquel marchaient les troupes de 4 . mais sans bruit. A la fin de cette même journée. sans apparat. entraient à leur tour dans Paris. du feld-maréchal Blücher. commandant en chef de l'armée prussienne.

j'ai dîné dans la pièce où j'avais eu des conversations de t a n t et t a n t d'heures avec Napoléon. Lui et ses aides de camp fument là où nous avons vu la cour dans la plus grande p a r u r e . Celle du ministre Fouché et . L'empereur Alexandre s'était installé au palais de l'Élysée et l'empereur François dans l'hôtel de Berthier. Le prince de Metternich les rejoignit dans la semaine suivante. les souverains alliés se préoccupaient de s'y créer une police qui leur fût entièrement dévouée. écrivait Metternich à sa fille. ils y avaient organisé déjà une surveillance rigoureuse. le vieux maréchal me dit : « — Faut-il q u ' u n h o m m e soit fou pour avoir été « courir à Moscou quand il avait toutes ces belles « choses I » A peine installés dans Paris.2 LA POLICE POLITIQUE l'Autriche et de la Confédération germanique. Les tailleurs de l'armée sont établis là où l'on allait au spectacle et les musiciens d'un régiment de chasseurs pèchent à la ligne les poissons dorés dans le grand bassin sous les fenêtres du château. il avait son quartier général au château de SaintCloud. maîtres de Paris. Quant à Blücher. « E n parcourant la g r a n d e galerie. alors que. le plus acerbe et le plus intraitable de nos ennemis. prince de W a g r a m . au mépris des droits de Louis X V I I I qui dut se défendre pied à pied contre leurs incessantes exigences. situé sur le boulevard. « Il habite ce beau château en général de housards. Le roi de Prusse ' habitait celui du prince Eugène dans la rue de Lille.

Un Prussien. Feignant de vouloir trahir l'administration qu'il sert. Grünner m ' a répondu qu'il recevait toujours ce qui lui était présenté. J u s t u s Grünner. il n'avait point encore de personnes affidées. fut chargé de l'organiser et un de ses compatriotes. de la diriger sous son autorité. Dès le 1 e r août. T o u t aussitôt et tandis qu'elle s'efforçait de surprendre les secrets de la police française. « Je me suis présenté. rue de l'Université.LA POLICE ET LES ÉTRANGERS 3 du préfet Decazes ne leur inspirait pas confiance. à l'hôtel de M. Grünner. et qu'il désirerait même en outre offrir ses services. désirait savoir s'il serait accueilli. « M. celle-ci s ' a t t a c h a i t à surprendre les siens. que d'ailleurs. et que. a y a n t quelque chose d ' i m p o r t a n t à lui remettre. p o u r suivre les affaires dont on voudrait le charger. écrit-il. jusqu'à présent. le sieur Karr. On voit dans le r a p p o r t suivant d ' u n agent nommé Dabasse qu'il a imaginé un ingénieux système d'amorçage. Je me suis adressé à u n employé des bureaux qui m ' a introduit auprès de M. Justus Grünner. n° 15. la police prussienne avait son personnel formé et ses b u r e a u x établis au n° 15 de la rue de l'Université. il accordait des gratifications . chargé de la police p o u r le compte des souverains alliés. il v a offrir ses services a u x Prussiens. s'il se décidait à s'attacher quelqu'un pour suivre des . mais que. p o u r ce qui concerne la police des souverains alliés. quand l'objet était intéressant et paraissait mériter l'attention des souverains. et à appointements . Ils en voulaient une à eux. « Je lui ai exposé q u ' u n de mes amis.

Ce que j'ai l'honneur de vous annoncer n'est point un propos vague . il serait indispensable que la personne qu'il choisirait sût parfaitement l'allemand et le français. si on le jugeait convenable. on vise à l'exécution. de savoir ceux qui fré- . et il est même question de l'enlever. à quelque prix que ce soit. « Les Autrichiens inspirent également de la défiance a u x Prussiens. E. vise à être chef de p a r t i si les circonstances lui offraient des chances favorables. Dans tous les cas. un autre agent écrit à Foudras. le d u c d ' O t r a n t e trompe le roi. « Je sais qu'il est un autre personnage. avoir des intelligences à la Préfecture et au Ministère. Le chevalier Bein. et je suis chargé de faire en sorte de pénétrer chez le prince de Metternich. Les royalistes travaillent de toutes leurs forces à changer le ministère. Je l'ai entendu dire chez le chevalier Bein par un individu dont je fournirai le nom. Decazes est regardé comme t e n a n t encore à Bonaparte. qui approche des princes français. M. et qui doit chercher à faire adopter ce projet a u x Prussiens. On représente aux Prussiens que S.4 LA POLICE POLITIQUE affaires secrètes. soupçonne la b o n n e foi et le dévouement de Son Excellence (Fouché) à la cause des Bourbons. Je connaîtrai l'individu et vous le nommerai. qui voit Justus Grünner. que je vois. l'inspecteur général de la police. que Son Excellence se tienne sur ses gardes. subordonné de Fouché : « La police prussienne désirerait. » Quelques jours plus tard. de lui offrir mes services.

Bein. sur les agents secrets de la police. et. m'a dit M. en faisant entrevoir à la maison d'Autriche les avantages qui en résulteraient pour elle-même si la régence avait lieu.LA POLICE ET LES ÉTRANGERS δ quenlent» cet ambassadeur. M. Morin v a très souvent chez Justus Grünner. l'observateur dénonce à Foudras les exagérations et les allures louches de certains de ses camarades. du Palais-Royal. on pense. . » Après ces révélations. qui témoignent tout au moins d'une entière ignorance des dispositions de Metternich. il peint la police française sous un point de vue détestable et le ministre comme un traître. Les Prussiens regardent le ministre de la Police comme entièrement dévoué aux Anglais et sous leur influence. le tout pour avoir de l'argent . Comme c'est iui qui a négocié le mariage de Napoléon et de Marie-Louise. « M. comme a y a n t rassemblé beaucoup d'officiers CloîtreSaint-Honoré. et les ayant ensuite excités contre le gouvernement . qu'il ferait en sorte de seconder les projets de Napoléon II. et les têtes prussiennes s'exaltent et voient tout en noir. qu'il voudrait connaître nominativement. Il serait peut-être convenable de remédier à t o u t cela et d'opérer un rapprochement pour le bien public. qu'il tient à son ouvrage. et lui remet des rapports sur la haute police et la politique. Bein m ' a demandé des renseignements sur le général Sahuguet. « Lachesnay fait chaque jour des volumes de rapports plus exagérés les uns que les autres. Il a désigné le libraire Chamerot. au café du Caveau.

Je me rendrai ce soir à dix heures à votre b u r e a u et j'aurai l'honneur de vous attendre. Elle a été très courte. et m ê m e assez froide. et y sont restés également très peu de temps. « 11 juillet. mangent à deux râteliers que.m a j o r . » C'est au milieu de ces tiraillements et à l'aide d'agents qui. Après. se sont rendus à l'Élysée à onze heures et demie p o u r présenter leurs hommages à l'empereur Alexandre. d'après ce qu'on m'a dit. et encore moins du roi de Prusse. la police française commence à r e n d r e compte de ce qui se passe chez les souverains alliés. il parle très peu de celui d'Autriche. « Le prince de Talleyrand est arrivé à l'Élysée à onze heures trois quart? environ. et même qui vous sont personnelles. « Les princes français se sont rendus a v a n t tous les états-majors chez le roi de Prusse. p o u r me guider un peu dans la marche que je dois tenir. qui .6 LA POLICE POLITIQUE « Il est beaucoup d'autres choses que je vous dirai verbalement. et s'est rendu de même après chez l'empereur d'Autriche. Les princes français lui ont fait une visite à onze heures et demie. Le maréchal Blücher et tous les officiers d ' é t a t . sans doute. — Je me suis rendu à l'Élysée où loge l'empereur de Russie et où j'ai causé avec les gens du palais. prussiens et russes. ils se sont l e n d u s chez l'empereur d'Autriche. Il n'y est resté que dix minutes. « Le public parle avec beaucoup d'avantage de l'empereur de Russie . si vous voulez bien m'accorder un moment d'entretien. dès le 11 juillet. à midi et demi.

« Le duc d'Orléans vient incognito chez l'empereur Alexandre. où il est admis. « Le duc de Raguse vient assez souvent à l'Élysée . et afin d'éviter les remarques. et de suite. il y est venu à quatre fois différentes. On dit qu'il avait déjà donné des ordres pour qu'on ne fît point sauter le p o n t d'Iéna. mais. il existe une correspondance active et très secrète entre l'empereur de Russie et le prince de Talleyrand. de 7 . ayant fait prier le grand-maréchal de l'entendre. Les personnes chargées des p a q u e t s sont présumées hommes de loi. » « 12 juillet. il a toujours été refusé . Hier. il a été reçu chez ce dernier où il n'est resté que cinq minutes. l'empereur se promenait au jardin q u a n d ce prince s'est présenté. « Depuis quatre à cinq jours. Hier. cependant. mais. ils se sont enfermés dans le cabinet. On a remarqué que M. « Lorsque les princes français sont entrés à l'Élysée. le vicomte d'Agout. que les Prussiens voulaient abattre. il y voit plus particulièrement le grand maréchal. On p a r a î t se reposer sur la bonté de l'empereur Alexandre p o u r la conservation de nos monuments. d'Agout avait la livrée de la maison de Monsieur. personne n'a crié Vive le roi! et aucun signe de gaieté ne s'est manifesté lorsqu'ils en sont sortis. ces individus demandent à être introduits d'abord chez M. premier gentilhomme de Mme la duchesse d'Angoulême. se présente chez l'empereur de Russie pour obtenir audience. — Tous les jours.LA PO LI CK ET LES É Τ Κ A Ν f] Ε M S n'est pas aimé.

« M*** m ' a dit qu'hier il m ' a v a i t attendu plus de deux heures. offrir ses services à S. « Le maréchal Masséna vient souvent voir l'empe- . quoique M*** me l'ait bien positivement assuré. M. un d'eux a été reconnu pour être juge à la Cour de cassation. que l'on attend sous peu à Paris. « Un grand nombre d'oiïiciers français se présentent tous les jours chez le grand maréchal p o u r demander du service en Russie. On a entendu ces deux officiers français tenir les propos les plus insolents contre Mgr le duc de Berry. « Ce matin. « Un Russe m a r q u a n t a dît que l'Empereur ne fera connaître ses intentions politiques qu'après l'arrivée de son frère. l'empereur de Russie. » « 16 juillet. ils disent venir au nom de l'armée française. qui arrivent de l'armée de la Loire . — Les agents que j'ai chargés secrètem e n t de surveiller l'Élysée ont déjà formé quelques liaisons qui s'étendront p a r la suite. Deux aides de camp de Sa Majesté se t r o u vaient présents et sont sortis avec eux. et que ces intentions sont en général contraires à celles des autres puissances. le grand-duc Constantin. ils ont été admis de suite. Comme je n'ai p a s vu cette lettre. je ne puis affirmer que le fait est véritable. a y a n t dans sa poche une adresse faite par deux officiers français.XLIV LA P O L I C E POLITIQUE Nesselrode . Voici quelques détails obtenus. le colonel du 1 e r régiment de dragons français et un m a j o r des chasseurs à pied de la vieille garde s'y sont présentés .

« Des officiers russes. Diverses personnes sont reçues secrètement à ce palais p a r la porte du jardin. il s'est présenté vers dix heures à l'Élysée. l'empereur était sorti pour passer la revue d ' u n corps de troupes autrichiennes. Le maréchal Masséna et le prince Wolkonski ont attendu l'empereur Alexandre. où assistait l'empereur F r a n çois. jusqu'à sa rentrée au palais. à laissé entendre que l'empereur Alexandre et son a d j u d a n t général avaient une police secrète. qui doit être bien informée. il a été impossible de savoir qui s'introduit par ce p a s sage. Ce matin. il paraîtrait qu'il y a des généraux français . . On a remarqué qu'hier matin. Il y en a qui viennent la nuit et qui laissent leur voiture d a n s la grande avenue du milieu. J u s q u ' à présent. mais. presque en même temps que le prince Wolkonski . en revenant de la revue des troupes autrichiennes. Dès aujourd'hui. Il y vient ordinairement en habit bourgeois. à onze heures et. « Une personne de la maison. ont p a r u étonDés qu'on ait crié à diverses reprises : « Vive Marie-Louise 1 » L'empereur de Russie était revêtu de l'uniforme blanc autrichien. il est resté fort longtemps avec Sa Majesté. des agents à Paris qui rendaient compte de tout.LA 1 POLICE ET LES ÉTRANGERS 0 roui Alexandre. une surveillance secrète est établie sur ce point aux Champs-Élysées. donnant sur les Champs-Élysées. « Le général de La Fayette est venu plusieurs fois à l'Élysée la semaine dernière. demie. On va faire ce que l'on pourra pour avoir des notions précises à cet égard. cela n'est pas certain. mais. D'après des domestiques.

Le reste de la maison de l'Empereur est arrivé hier. il n'a fait qu'entrer et sortir. et l'on croit qu'il n'a pas été reçu. le comte de Beuvron. ont été réformés du service de Sa Majesté. et plusieurs des gens de la maison du prince Berthier. le colonel du 1 e r régiment de dragons et plusieurs officiers supérieurs de la maison d u roi. « Le maréchal Kellermann. qui servaient momentanément. attendu qu'ils n'ont point la certitude d'être conservés. « M. De son côté. le duc de Berry s'est présenté à une heure . . depuis dix heures du m a t i n jusqu'à midi. « Mme la duchesse de Bourbon est venue vers deux heures. « Lord Wellington et l ' é t a t . Je n'ai p u jusqu'à présent m'aboucher avec aucun des domestiques de cette maison. On a t t e n d d'un m o m e n t à l'autre l'intendant de la princesse Berthier p o u r la réorganisation de sa maison. quelques officiers français de p e u de marque. le duc de Berry y est également venu et n'y est resté q u ' u n quart d'heure. A midi. l'observateur chargé de surveiller la maison de l'empereur d'Autriche écrit à la même date : « Il est venu aujourd'hui chez l'empereur d'Autriche. sont venus avant quatre heures. et n'ont de même point été reçus. et n'a point été reçue.m a j o r ont reçu une longue audience de Sa Majesté. Sosthène de la Rochefoucauld. M.10 LA P Ö L I C H POLITIQUE On a beaucoup crié : « Vive l'empereur Alexandre ! » mais non pas : « Vive l'empereur François ! » A ce rapport est annexée la liste des personnes qui se sont présentées le même jour à l'Élysée.

domestique de la duchesse de Rovigo. les rapports nous ramènent à l'Élysée. n'ont pas été introduits auprès du souverain. il a été placé une garde de grenadiers hongrois à l'hôtel de Mme la duchesse de Saint-Leu. à ce moment.Ii Λ POLICE ET LES ÉTRANGERS 14 « liier. Il y avait dans cette même voiture trois officiers tous habillés en rouge. » Cette visite du prince d'Orange. n'y connaissant que lui. dans l'après-midi. commençait à nouer et à favoriser les intrigues q u i se continuèrent durant les trois années suivantes et qui se rattachaient au projet conçu avec . » Puis. p o u r finir. Il lui a été répondu qu'elle pouvait rester chez elle si elle le désirait. » Le lendemain. ni sa suite. Une autre voiture de la suite du prince était composée de deux personnages que l'on m ' a dit être ses ministres. attendu qu'on y attend le prince de Schwarzenberg. est p a r t i ce matin pour Nainville et je n'ai pu avoir aucun renseignement dans la maison. Le prince d'Orange était distingué par la décoration du Cordon Bleu. « Sur le midi environ. Il est à remarquer cependant que le prince. parce qu'ils n'ont pas été plus de sept à huit minutes pour remonter dans leur voiture. cette brève annotation qui révèle comment et par qui l'agent était renseigné : « Lajeunesse. J'ai lieu de croire que le prince d'Orange. le prince d'Orange est arrivé à l'Élysée dans une calèche à découvert. Cette dame a aussitôt écrit à l'empereur d'Autriche p o u r savoir si elle devait quitter de suite son hôtel. n'est sans doute qu'une visite de famille. proche parent de l'empereur.

il ne pouvait venir que le soir. M. Beaucoup de Français viennent les voir. qu'il craint l'exaltation des partis et qu'il pourrait bien aller fixer sa résidence à Trianon ou à Saint Cloud. il n'y avait qu'un seul personnage avec Sa Majesté. on a été à portée de remarquer que M. prier M.XLVIII LA POLICE POLITIQUE son assentiment. en sortant. en d é t o u r n a n t pour rejoindre le boulevard des ChampsÉlysées . L'observateur ajoute : « Le roi Louis X V I Π a passé devant l'Élysée. « Un certain bruit court à l'Élysée que l'empereur ne se croit pas p a r f a i t e m e n t en sûreté à Paris . le baron Louis lui a fait répondre qu'étant a u Conseil des ministres. à trois heures. l'abbé Louis. dans sa voiture escortée p a r des gardes du corps. Le jeune prince Gagarine et le comte de Tchernichef habitent l'hôtel du général Hullin. mais je n'ai pas e n t e n d u une seule personne crier : « Vive le roi 1 » « 22 juillet. . — M. il est venu à l'Élysée vers huit heures et n'est sorti de chez M. ministre des finances. A u reste. de le faire n o m m e r roi de France. était fort calme. le baron Louis. On croit que la conférence a eu pour o b j e t la contribution de guerre imposée à la France. Effectivement. de Nesselrode lui a touché amicalement la main en le q u i t t a n t pour se rendre chez l'empereur Alexandre. de passer chez lui. sur les quatre heures . le comte de Nesselrode a envoyé hier. place Vendôme. de Nesselrode qu'à dix heures et demie. et que M. par les regicides proscrits. La voiture venait du coté de la rue Saint-Honoré et a continué sa route.

de Tchernichef.LA POLICE ET LES ÉTRANGERS 13 surtout M. « Il y a quelques jours. Le jeune Gagarine sert de secrétaire particulier au comte Capo d'Istria et va tous les jours travailler avec lui au palais de l'Elysée. jouissait d ' u n certain crédit à la cour de Russie et était en possession de la confiance de l'empereur. on parlait du bruit répandu sur le grand-duc Michel qu'un certain parti voulait porter au trône de France. » Le comte de Tchernichef. Il en partit quelques semaines avant la déclaration de guerre et dans les circonstances les plus dramatiques. de Tchernichef et autres Russes. ce ne serait pas « un trop mauvais choix . il paraîtrait qu'on négocie en ce moment le mariage du prince Michel avec la fille aînée du roi de Prusse. La p l u p a r t des riches seigneurs russes qui sont à Paris o n t demandé des lettres de change considérables p o u r leurs banquiers. la princesse Louise-Charlotte. étant avec M. « bien certainement. qui est à peu près d u même âge que lui. dont il est parlé dans ce rapport. ce qui démontre clairement qu'ils se proposent de faire u n assez long séjour en France. le grand-duc est pourvu de « toutes les belles qualités de l'empereur son frère . On le soupçonnait de s'être ménagé des relations au ministère de la guerre et de se faire livrer p a r . dit l ' u n d'eux. il se ferait chérir des Français. Il avait été sous Napoléon a t t a c h é militaire à l'ambassade russe à Paris jusqu'à la veille de l'expédition de Russie. » « D'après ce q u ' a dit aussi le prince Gagarine. Ces messieurs en plaisantèrent d'abord : « — Cependant.

et il y accompagna de nouveau son souverain eu 1815.L LA POLICE POLITIQUE celle voie les secrets de nos armements. condamné et fusillé. On crut qu'elle l'avait fait prévenir. quoiqu'il f û t couvert p a r son caractère diplomatique. Napoléon donna l'ordre de l'arrêter. Michel f u t arrêté. v e n a n t tous les matins à l'Élysée rendre . hardi. L'Empereur ne cacha pas que s'il eût t e n u le complice. de la chronique scandaleuse. rehaussait son prestige et le remit à la mode pendant le séjour des étrange 1 s à Paris. C'est même par là qu'il avait conquis Ja faveur de l'empereur Alexandre. Nos r a p p o r t s le montrent en juillet et août 1815. employé civil dans les b u r e a u x de la Guerre. Le souvenir de son aventure était encore présent à toutes les mémoires. et toujours très au courau·'. spirituel. Sous les cendres de la cheminée. Il ne revint à Paris qu'en 1814. cynique. voyant beaucoup de monde. Mais il en f u t aussitôt averti. Il passait alors pour être l ' a m a n t de Pauline Boi'ghèse. il l'eût fait aussi passer par les armes. Cette lettre reconstituée ne laissait aucun doute sur la trahison de ce misérable ni sur le profit qu'en comptait tirer Tchernichef. celui-ci était déjà en sûreté. à la suite des Alliés. Quand la police se présenta à l'hôtel qu'il habitait rue Tait bout. Une perquisition f u t opérée d a n s sa chambre. Ces soupçons prirent une telle consistance que. Mais. il venait de quitter Paris. encore tièdes. on trouva les débris d'une lettre qui lui était adressée par un sieur Michel. C'était d'ailleurs toujours le même brillant officier dont avaient raffolé les femmes de la cou · do Napoléon.

Il en vient fréquemment de nouvelles qui sont admises d a n s l'intimité. les observateurs disent p e u de chose. Hier encore. parce que c'est celui qui. elle cueille au passage quelque t r a i t révélateur qui vient p i m e n t e r ses r a p p o r t s quotidiens. Mais. l'hetman P l a t o w . de t e m p s en temps. Après. Elle est sortie dans un c e r t a i n désordre et avec un éclat de t e i n t qui a fait j u g e r facilement de ce qui s'était passé dans l'entrevue. Gagarine. Sur le chapitre des distractions et des plaisirs du souverain russe. n o t a m m e n t à celui des femmes. C'est à peine si. le ministre Capo d ' I s t r i a . il l e u r a fait r e m e t t r e quarante d u c a t s . l'ambassadeur Pozzo di Borgo. pour les récompenser. mieux que t o u s les autres. Repnine. le comte Potocki et t a n t d'autres. le comte Potocki en a introduit une très belle. a fait appeler les d e u x t a m bours de sa garde anglaise et eur a donné l ' o r d r e de jouer des marches d a n s le jardin . E n t r e tous les personnages de la cour moscovite présents à Paris : le comte de Nesselrode. Ce n'est p a s que le jeune empereur v i v e à Paris en anachorète. qui est restée plus d ' u n e heure et demie.LA POLICE ET LES ÉTRANGERS 45 compte à s o n maître de ce qu'il a vu et de ce q u ' o n lui a dit. l ' E m p e r e u r d o n n e assez de t e m p s à ses plaisirs. pour se distraire. il est si bien gardé et protégé que la police qui le surveille en est pour ses frais. l ' E m p e r e u r . en ce qui touche ses relations de galanterie. chancelier d e l'empire. qui était d ' u n e humeur très enjouée. c'est Tchernichef qu'Alexandre préfère. l'intéresse et le distrait. Tel par exemple celui-ci : « Cependant. les princes Rasoumowski. » Parmi les personnages qui viennent f r é q u e m m e n t .

Ces visites préoccupent la police. de Bréval et de Pascalis. il voit f r é q u e m m e n t l'empereur Alexandre.LII LA POLICE POLITIQUE à l'Élysée. s u r t o u t dans ceux de MM. en a t t e n d a n t . « On s'attend toujours d a n s la maison du duc d'Orléans au départ prochain de ce prince. Mais. mais on n'en fixe pas l'époque. « Il se sert très souvent pour sa correspondance . Plusieurs hommes de la Révolution viennent aussi chez ce prince (on doit m ' e n donner les noms). ils se contenteraient de lui. ainsi qu'en fait foi le rapport suivant annexé à celui où il est parlé de l'accueil que lui fait l'empereur. car il est déjà le point de mire de tous les ennemis de la branche aînée des Bourbons. qui organise autour de lui une surveillance spéciale et s ' a t t a c h e à ses pas. Il ne veut pas rester à Paris et se propose de retourner à Londres où il a vécu pendant les dernières années de l'Empire et les Cent-Jours. Il est mal vu à la cour de France. On ne remarque d'activité dans la maison de ce prince que dans ses bureaux. il est l'objet. il fait souvent ses courses en fiacre. On parle h a u t e m e n t dans sa maison de son puissant parti en France et en Angleterre. Il sait de quelles espérances de leur p a r t et de quelles animosités de la p a r t de la cour. A défaut de Napoléon II. Ce prince n'est à Paris q u ' e n passant. et on regarde son d é p a r t prochain pour l'Angleterre comme une chose concertée ici avec plusieurs généraux anglais dont il a fait sa société intime. les observateurs signalent le duc d'Orléans. et quelquefois à pied. Il n'a point de maison m o n t é e : un cocher et deux c h e v a u x composent ses équipages .

Plusieurs fois. et qui régit en ce moment le château de Monceau (j'aurai quelqu'un qui le verra). n° 6. ce qui se disait alors d a n s les salons et dans les rues où le bruit s'était r é p a n d u que l'impopularité des Bourbons obligerait l ' E u r o p e à les déposer et à chercher un fiuccesseur à Louis X V I I I . et vêtu en simple bourgeois. Hier. de Dresde. J ' a i vu ce matin Henry. il y est resté environ trois quarts d'heure. C'est celui qui était dépositaire des plans de campagne et qui. d e Jomini. le premier valet de chambre du prince. fils d'un ancien serviteur de ce nom. Il y vient souvent sous le même incognito. « J'ai dîné hier rue Neuve-Saint-Marc. a fait une visite au duc d'Orléans . dont les informations dénaturent assurément les projets et les vues des souverains alliés. mais t o u j o u r s dans le plus grand incognito. Les promenades ordinaires de ce prince ont lieu dans les camps anglais. chcz Mme d'Acis. on l'a vu d a n s les groupes et écoutant avec a t t e n t i o n les propos qui s'y tenaient et faisant même des questions. Il y avait grande société. » Voici u n autre rapport en date du 5 août. accompagné d ' u n seul jockey. passa . mais reprodui ent par contre.LA POLICE ET LES ÉTRANGERS 47 privée d ' u n sieur Gamache. notamment l'un des aides de camp de l'empereur de Russie. qui sont aux environs de Paris. M. lord Wellington. avec assez d'exactitude. ex-général français attaché au prince Berthier. il a ajouté : « — Il a u r a sans doute eu encore quelque alter« cation avec le duc de Berry. qui m ' a dit que son maître était très triste depuis hier . car ils ne peuvent pas « se souffrir.

ils organiseraient ce p a y s de manière à ce que l'Europe ne pût plus en être troublée. Il disait hier. Enfin. avant la bataille où Moreau perdit la vie. les trois souveains o n t des prétentions sur no re patrie . cependant. la famille des Bourbons ne devait en compter aucun pour ses protecteurs . « Le colonel des Polonais qui étaient au service de Napoléon a de fréquentes entrevues avec l'empereur Alexandre. on devait s'attendre à ce qu'il p r î t sa portion de notre dépouille. a v a n t leur départ. il a j o u t a qu'il existait entre tous ces souverains u n plan médité. qu'on assiégeait nos places p o u r emporter t o u t notre matériel et que. il se t i n t dans une réserve très serrée . mais il n ' y a encore rien de fixé. rue de Rivoli. qu'il pouvait assurer que les sou\ r erains méprisaient les Bourbons et que celui de Russie lui avait dit qu'il était impossible qu'ils régnassent sur les Français et que. on confère. chez M. « On le questionna beaucoup sur les intentions futures des puissances coalisées . comme ils n ' é t a i e n t pas bien aises de revenir encore en France. duquel il croyait avoir aperçu que certains ambitionnent quelquesunes de nos provinces et q u ' à l'exception des Anglais. il est attaché à l'empereur Alexandre. il laissa même entrevoir qu'ils étaient disposés à la déposer de son autorité. S'il f a u t l'en croire. parce que ses ressources étaient très obérées. Ils ont . Mallet. où il dînait. mais. malgré la générosité de son maître.18 Ii Λ P O L I C E POLITIQUE avec à l'ennemi. Depuis sa désertion. il ne dissimula pas que le Roi jouissait de très peu de considération. ils se t â t e n t à ce sujet .

ils ne se cachèrent pas de lui. « On m'en a désigné trois. les deux autres sont Alsaciens. pour de l'argent. « J'ai vu. où ils étaient désavoués p a r la très grande majorité .. hier au soir. « Cette conférence qui dura plusieurs heures eut lieu en allemand et comme on ne pensait pas que ce monsieur entendait cette langue. Il l'a rapportée à M. Je tâcherai de me lier avec eux. que je vous ai signale .. ensuite employés p a r M. de Polignac. ces menées qui tendent à les plonger dans l'esclavage. et qu'enfin t o u t paraissait disposé pour qu'elle fût rendue aux Français dont on avait la certitude qu'elle était généralement chérie.LA P O L I C E Eï LES ÉTRANGERS 49 beaucoup d'agents répandus dans l'intérieur. V. parce que les souverains ne voulaient pas d'eux pour régner sur la France. ensuite par la reine Hortcnse. L ' u n d'eux est chevalier de la Légion d'honneur. qu'ils devaient songer à leur retraite. puis par M. Paris en fourmille et ce sont des Français qui secondent. (( Le sous-intendant de la maison du prince de Wagram rapporte que les oiïiciers de la maison de l'empereur d'Autriche s'entretenaient jeudi de l'arrivée prochaine de leur souveraine et de celle de Russie. Daumier dont je garantis l'exactitude et la loyauté. Laborde et enfin par les gouvernements étrangers. Ils disaient que ce serait l'époque où le sort de la France serait décidé et où les Bourbons connaîtraient l'endroit qui leur serait assigné pour se retirer. que je sais avoir été au service du duc de Rovigo. M. que Marie-Louise devait également faire le voyage.

20 LA POLICE POLITIQUE comme un des moteurs des mouvements qui avaient lieu naguère sur les boulevards. Je crois qu'on trouverait chez lui des papiers import a n t s . parce que tout était disposé pour un coup de main. il le tranquillise et lui dit que t o u t v a bien et que sous peu. démolitions et incendies se font a u x noms réunis de Marie-Thérèse et de Charles X. mais il ne veut pas indiquer sa demeure. il retournait en France. « Vous devez être instruit qu'on porte dans le Midi une cocarde blanche et verte. Il me fit voir une lettre de son fils qui est à l ' a n n é e de la Loire . il apprendra d u nouveau. Rien de plus affreux que la situation de cette contrée. ou est-ce le délire d u pays qui la crée? J e ne me p e r m e t t r a i pas d'approfondir ces diverses . il est en garni. J ' a i vu une lettre de Chartres qui annonce au propriétaire d'un château qu'on l'a pillé de fond en comble et qu'on n'y a pas laissé un chiffon. c'est ainsi qu'on désigne la partie en delà de la Loire . « Les Prussiens continuent leurs brigandages dans t o u s les pays où ils passent. et qu'on massacre les protestants dans le Languedoc. « Existe-t-il d e u x cocardes nationales en France? Y a-t-il une faction nouvelle? Est-elle alimentée sérieusement. Ce Virenque père tenait à l'administration des vivres avant la bataille de Mont-Saint-Jean . il est à Paris depuis lors. C'est de cette ville qu'il lui écrit et lui annonce qu'après avoir rempli sa mission. il paraît qu'il passe furtivement ce fleuve pour porter à Orléans des paquets pour Paris. aux cris de : «Vive Charles X !» Les pillages.

les grandes puissances restaient convaincues que le maintien en France de la légitimité était pour l'Europe une garantie de repos et que Louis X V I I I étant r e m o n t é sur son trône. Malgré les fautes de la première Restauration. complètement faux. mais. elles discutaient en ce moment avec ses ministres les conditions de la paix.LA POLICE ET LES ÉTRANGERS 21 questions. Leurs exigences étaient aussi multiples qu'impérieuses et pour les faire accepter jugeaient-elles peut-être bon d'entretenir contre le gouvernement français cette agitation qui rendait leur secours plus nécessaire et leur permettait d'en demander un plus h a u t prix. excitaits ans vergogne et exploitait à son profit le naturel désir de ses alliés de faire p a y e r par les vaincus les énormes frais qu'avaient entraînés vingt ans de guerre. Vrai ne qui y était dit de l'état du Midi où les fureurs de Γ ultra-royalisme déchaînaient la guerre civile et des exactions commises p a r les Prussiens dans les contrées qu'ils occupaient . Ce sont des bruits auxquels on ne doit peut-être pas faire attention. Tel était au moins le raisonnement de la Prusse dont la cupidité ne se lassait pas et qui. tous ces bruits relatifs à de malveillants projets des souverains alliés contre les Bourbons. De là cet appui plus apparent que réel donné parfois aux . faux. J ' e n laisse le soin à votre sagacité ordinaire . » Il y avait dans ce r a p p o r t du faux et du vrai. il fallait l'y consolider et non l'ébranler. poursuivant l'affaiblissement delà France. Seulement. mais je dois vous dire qu'on parle dans le public des projets du comte d'Artois.

pour s'informer si Sa Majesté était à son . qui parle très bien français. aujourd'hui. de Tchernichef a dit n o t a m m e n t : .LVIII LA P O L I C E POLITIQUE ennemis des Bourbons et d o n t les témoignages trompeurs ne cessèrent qu'après le départ des souverains. il n'attendit pas jusque-là pour cesser d'encourager les rumeurs que n'autorisait que trop l'accueil que. P e n d a n t co message. l'empereur avait envoyé un aide de camp du prince Wolkonski. il faisait au duc d'Orléans. à la fin de septembre. permit à ses sympathies pour la France de s'exercer d a n s toute leur plénitude. Vers une heure. en donnant à l'empereur Alexandre une satisfaction qu'il avait vivement souhaitée. » Il est dit d a n s le même r a p p o r t : « Hier. et n'a pas été reçu. à dix heures. il a essuyé un semblable refus. ce prince a renvoyé son aide de camp. pour lui rapporter le résultat du jugement du colonel de Labédoyère. On peut se rappeler qu'hier. et surtout lorsque le remplacement du cabinet Talleyrand-Fouché par le cabinet Richelieu. On lit dans un rapport en d a t e du 15 août : « Le duc d'Orléans est venu. a t t e n d a n t la réponse. et tous les officiers russes qui étaient au palais en ont témoigné beaucoup de joie. il a reçu une réponse négative. « Sa Majesté a paru satisfaite.palais . depuis un mois. lorsqu'on lui a annoncé sa condamnation à mort. A midi. Cependant. « M. le duc d'Orléans était resté dans sa voiture aux environs de l'Élysée. il a encore reparu. à la commission militaire. et a été refusé de nouveau.

qui ne paraît pas être arrivée par un courrier autrichien. a u . E n voici cependant qui méritent d'être retenus : « Le courrier autrichien Ripert est arrivé. à Dijon. Dans ceux qui concernent l'empereur François. toutes les issues sont gardées très soigneusement. ou peut-être avant-hier. une g a r d e nombreuse est commandée chaque n u i t . « Il est question que l'empereur pourrait bum aller. son fils. » La surveillance qui s'exerçait a u t o u r de l'empereur d'Autriche et du roi de Prusse ne relevait que rarement des traits dignes d'intérêt. que des malveillants doivent le faire sauter. je désire que ce « malheureux ne fasse plus parler de lui ! » « Des craintes se propagent d a n s le palais de l'empereur. avant-hier. Sa Majesté en est instruite. Hier. le 12 de ce mois. les rapports sont nuls. aux personnes qui dînaient avec elle.LA POUCH KT L E S É T R A N G Κ lî S 23 « — Voilà un grand et salutaire exemple ! Ney « aura bientôt son tour. l'empereur a reçu une lettre de l'archiduchesse Marie-Louise. Sa Majesté a annoncé cette nouvelle. et faisait voile pour Sainte-Hélène. et des rondes fréquentes ont lieu dans tous les endroits souterrains. d'Angleterre. sous peu de jours.d e v a n t du prince impérial. les renseignements sont rares. On assure que Sa Majesté . Il a a p p o r t é à l'empereur François la nouvelle officielle que Napoléon s'était embarqué sur le Νortumberland. Une personne de la maison donne p o u r certain que l'empereur a dit d ' u n air fort triste : « — J e lui souhaite bon voyage . E n ce qui touche le oi de Prusse. ce qui contribue à la rendre très méfiante .

le prince de Metternich. Voici qui a t r a i t au chancelier d'Autriche : « Le prince de Metternich prend les plus grandes précautions pour que personne ne pénètre dans ses a p p a r t e m e n t s . on lui entendit dire plusieurs fois : « — Cela dérange m a santé. valet de pied. son grand maréchal. elle est rentrée à son palais. A huit heures. y sont consignés sévèrement . à midi . Elle a changé d ' h a b i t s et est ressortie à pied. le comte . hier matin. et Daniel. qui y avaient entrée. a u x Tuileries. a y a n t chez lui le baron de Wessemberg. Lami. car. en même temps qu'ils espionnaient les souverains. » « Elle a mangé fort peu. au point qu'il emporte dans sa poche les clefs de ses deux cabinets. espionnaient aussi leurs ministres. versant des larmes. elle paraissait contrariée et de mauvaise h u m e u r . dont il a fait changer les serrures. hier. « Le baron de Wessemberg. Sa Majesté l'admet clans des conférences. depuis quelques jours. où l'on ne voit ni le prince de Metternich. « Il y a quelques jours. Ces précautions semblent redoubler depuis quelques jours. tels Antonio. nouvellement arrivé. avec le comte de W r e b n a . « Sa Majesté a dîné. « Il règne t a n t de méfiance au palais Berthier que les anciens serviteurs du prince. ni M. par l'hôtel Visconti. de Floret.LX LA P O L I C E POLITIQUE a été surprise. valet de chambre. maître d'hôtel. avec les autres souverains. paraît suivre un travail diplomatique particulier avec l'Empereur. » Les observateurs. ni le prince de Schwarzenberg. lorsqu'elle s'est rendue chez le roi de France.

où il est resté longtemps. Le duc d'Orléans. « Dans le cabinet de toilette de la princesse de Wagram. sur ses malheurs. Cette conversation (dont on ne rapporte que le sens) a été distinctement entendue. entre autres Mmes Maret et de Caulaincourt. de Metternich continue d'aller très souvent chez la duchesse d'Abrantès où il voit familièrement beaucoup de dames bonapartistes. a fait appeler le concierge à la portière de son carrosse pour s'en assurer. depuis quelque temps.LA POLICE ET LES ÉTRANGERS 25 de Mercy. rue de Paradis. plutôt que de l'aigrir davantage. Il y va presque toujours à pied et f r é q u e m m e n t le soir. sur son désir de les alléger. soupçonnant qu'on le trompait en disant le prince absent. le comte de D a m a s et M. on vérifiera. le chevalier de Floret et plusieurs conseillers autrichiens. « Avant-hier à midi. mais il va très souvent chez lord Castlereagh. quoiqu'il fût présent. de Beauharnais ont été vus venir chez le prince de Metternich. « Le prince vient rarement à l'Élysée . se trouvaient un buste de Napoléon et . Il a vu plusieurs fois la semaine dernière la maréchale Marmont chez elle. Il y est encore allé hier. et sur la nécessité politique de s'attirer l'amitié de ce grand peuple. et n'a pas été reçu. s'est exprimé d'une manière favorable s u r la nation française. Cependant je ne croyais p a s cette darne à Paris . le duc d'Orléans s'est présenté pour parler au prince de Metternich. Le duc de Laval. Il est également allé hier au château de Clichy chez Mme de Staël. « M. sur sa position.

Sur plusieurs. » « L'observateur en a vu une du comte Bentheim. » Les rapports se continuent ainsi. lord Castlereagh. un des envoyés de Saxe. « L'observateur de cette maison a jeté ce matin un coup cUœil sur les papiers de lord Castlereagh. très j u s t e . pour fournitures.LXII LA POLICE POLITIQUE deux tableaux représentant Marie-Louiso et son fils. Quant aux deux portraits. une a u t r e du grandduché de Bade . Les Autrichiens ont brisé le b u s t e . Mais. aux frais de la France. une autre de Hambourg. ou un de ses secrétaires. » La police opère également chez le ministre anglais. réquisitions. dans son cabinet particulier. cet homme d ' É t a t n'est pas. et sur la décision secrète du 15 mai .. Ce qu'on dit de lui n'a guère t r a i t qu'aux négociations qu'il suit et qu'à ce qu'on peut surprendre des intentions qu'il y apporte. pour la solde et l'habillement de seize mille hommes. comme Metternich. Il y a vu u n e infinité de réclamations des princes d'Allemagne. exigées par Bonaparte. Toutefois. brillant. s'app u y a n t sur l'acte du Congrès du 25 mars. qui réclament des restitutions du gouvernement français. l'empereur les a gardés et en prend grand soin. venu à Paris pour assister aux conférences qui s'y tiennent on vue de régler les conditions de la paix. p l u s ou moins . etc. quelques-unes des notes qui le concernent ont t o u t au moins l ' a v a n t a g e de mettre à nu les procédés de la police. a écrit : « Juste. qui réclame 4 401 200 francs. ami des femmes et répandu dans la société. la France « paiera. lord Castlereagh. spirituel.

près de Châlons-sur-Marne. le second. Tous les corps d'armée ont manœuvré en colonnes serrées. « Trois tentes richement décorées avaient été dressées au centre du camp pour l'empereur et ses frères. Avant de s'éloigner. Pendant le voyage. Au moment où les colonnes se sont déployées. il a été commis un vol considérable de batterie de cuisine. » . i r r l k s κ τ j u n g ick s 27 intéressants. en retour. à l'armée russe . et le troisième.LA P O L ICI·. l'empereur Alexandre a voulu se rendre au camp des Vertus. l'empereur a donné un dernier repas de trois cents couverts. veille de son départ de Châlons. et l'empereur Alexandre y a été constamment présent. entouré de t o u t son état-major. pour y passer une grande revue do son armée de laquelle il v a se séparer. a p p a r t e n a n t au palais de l'empereur. chaque officier a quitté successivement son rang. Λ ce moment. jusqu'au 14 septembre. à la paix des nations. Il y avait six cents pièces d'artillerie. On y a porté trois toasts : Le premier. « Mardi. à l'empereur Alexandre . presque tous ont obtenu de l'avancement ou des décorations : de simples capitaines ont été promus au grade de colonel. et est venu se présenter devant l'empereur . Les observateurs rendent compte de cette brillante fête militaire. et trois autres ensuite pour les généraux. « Cette revue ainsi que les différentes manoeuvres des différents corps ont duré depuis sept heures du matin j u s q u ' à sept heures du soir. L'empereur était placé sur une élévation. les souverains allies sont sur le point de quitter la France pour rentrer dans leurs États. qui formaient quarante-deux batteries complètes.

« Mettons les Français à sac p o u r être tranquilles. Ces r a p p o r t s prêtent aux officiers de l'entourage impérial les propos les plus malveillants pour la France. Les q u a t r e g r a n d e s cours se sont mises d'accord pour nous dépouiller. Plus on lui enlèvera de numéraire « et plus nous serons au repos. les Russes mêmes sont sans pitié. La France est beau« coup trop riche. que ne doit-on craindre des Prussiens? Quant aux Anglais. ils sont . J'étais hier « chez Ruggieri. l'empereur de Russie. comme les deux autres souverains. procède aux préparatifs de son départ. Ce départ n'est plus retardé que p a r les difficultés qui se sont élevées entre le gouvernem e n t français et les plénipotentiaires des alliés chargés de négocier la paix.II Rentré à Paris. « Le comte Owaroff a dit : « — Il nous faut de l'argent. » « Si les Russes s'expriment ainsi. dont Talleyrand ne v e u t p a s subir les implacables exigences. Il fallait voir cette quantité de « femmes couvertes de diamants et de belles parures. » « Un autre officier dont on ne sait pas le nom a ajouté : « — Les Français ne sont pas ruinés. D'après les rapports de police.

qui. Tout est trouble et désarroi dans Paris où les suspects d e m a n d e n t un autre souverain : qui. le duc d'Orléans. Ils ne veulent que p r e n d r e le pouvoir. que Sa Majesté devait se méfier de son ministre de la Police . L'ultra-royalisme. » Ces conditions étaient cependant effroyables. on avait renvoyé Fouché. exercer des vengeances. quelques jours a v a n t . toutes choses qui exigeaient q u ' o n le renvoyât comme. que le roi de son côté désavoue. Ce n'est pas le p a t r i o t i s m e qui met sur les lèvres des ultra-royalistes ces p r o t e s t a tions indignées. bonapartistes et libéraux. roi de Suède. Le peuple. Napoléon II. disposer des places. troublait la ville et la cour. ou encore Bernadotte. Tous ceux qui sont venus hier chez lord Castlereagh ont montré une joie indécente sur notre malheureuse position. qu'il fallait nécessairement des exemples . son passé révolutionnaire. qu'il . y trouvait p r é t e x t e pour dénoncer l'incapacité de Talleyrand. qu'ont déjà exaspéré les exigences des étrangers. Ils disent que la France est u n p a y s perdu. d'accord avec le comte d'Artois.LA POLICE ET LES ÉTRANGERS 29 implacables. Ce qu'on en disait d a n s Paris alimentait les a t t a q u e s des mécontents. voire le prince d'Orange. Madame et le duc de Berry ont pressé le roi. qui cessera bientôt d'être habitable. Les observateurs rendent compte des divers incidents qui révèlent l'état des esprits. « Monsieur. de mettre de la fermeté et de la sévérité dans la position critique où il se trouve . hier. Quelques-uns même trouvaient t r o p douces les conditions de paix. ou le prince Eugène. est irrité contre le parti de la cour.

qu'il savait ce qu'il avait à faire. ce qui lui arrive souvent. p a r m i eux. au-dessus du guichet. ils s'occupent d u colonel de Labédoyère et d'autres qui doivent être traduits incessamment au tribunal. v u la manière dont les choses allaient. en s o r t a n t de chez le roi. en société. du coté de la caserne des Minimes. faisaient distribuer de l'argent p o u r exciter le peuple à la révolte. beaucoup de diversités d'opinions. avait encore les larmes aux yeux. concernant la police du château des Tuileries. « Il y a généralement au château de grands pourparlers entre les officiers des gardes et autres . Quelques officiers supérieurs étant. le gouverneur du château a eu. depuis son retour à Paris. dans ces fâcheuses circonstances. une très g r a n d e explication avec l ' a d j u d a n t comm a n d a n t . au grand balcon. leur a-t-on dit. et non au capitaine des . et paraissait avoir beaucoup pleuré. Le roi a répondu à toutes ces imputations. Il v e u t que ce soit à lui directement que les rapports se fassent. Il y a. ce matin. place Royale. Regnault de Saint-Jeand'Angély. et faire voir au roi qu'il ne pouvait pas les maintenir. pour exciter le mécontentement. Il a été question quo MM. Madame. dans une maison. « Monsieur et Madame la duchesse d'Angoulême ont reçu des avis qu'ils aient à se méfier des Prussiens et même des Anglais.30 LA POLICE POLITIQUE était presque certain que le roi était encore trahi. Gaudin. « M. Cambacérès et autres. ont lâché quelques mots qui ont donné à entendre qu'ils répandaient de l'argent au peuple.

le petit-fils d'Autriche ou Beauharnais ». » C'est dans ces circonstances que. » Puis. qui n'eut lieu que le 20 novembre. etc. les souverains alliés q u i t t è r e n t Paris à la fin de septembre.LA POLICE ET LES ÉTRANGERS 31 gardes. C'étaient des lettres anonymes qu'avait reçues ce souverain durant son séjour à Paris.. » Il est écrit dans line autre : « Deux millions de Français réclament une autre dynastie. Quant à . oubliés ou laissés là volontairement. il a fait donner des ordres en conséquence d a n s tous les postes. Sa perte est déjà jurée dans Paris. L'échafaud sera l'endroit où il expirera avec sa famille. et que ce soit les surveillants des cours et jardins. c'est Pierre la Vertu qui demande à l'empereur « de punir les coupables : les pairs. alors que le cabinet Talleyrand était considéré comme perdu et que le duc de Richelieu se disposait à prendre la présidence du ministère recomposé. U n de ces anonymes affirme « qu'il n'est pas de paix p o u r la France si elle ne peut choisir un prince à son gré. ainsi que la gendarmerie. L'une d'elles dit : « De nouveaux malheurs nous attendent si Louis X V I I I reste sur le trône. Comme ils venaient de partir. qui soient chargés de maintenir la police dans le château . sans attendre la signature du traité de paix. on t r o u v a à l'Élysée sur le b u r e a u de l'empereur une liasse de papiers. E n les lisant. » Il le prie « de les attacher à la queue de ses canons et de les transporter dans ses déserts de la Sibérie». etc. on se rendit compte qu'elles avaient presque toutes pour objet d'obtenir d'Alexandre qu'il rendît Napoléon II à la France. les Chambres.

Napoléon est un grand homme. « le peuple le punira. elle prie S. L'empereur François est un père dénaturé. l'empereur d'insister auprès du roi pour obtenir la réintégration de son mari « qui a une grande douceur de caractère ». » — « La France veut le fils du grand Napoléon et non pas Louis X V I I I . il en est vingt qui souhaitent le triomphe des idées libérales « et le petit Napoléon ».32 LA POLICE POLITIQUE celui qu'on appelle le Désiré. habitant Breuil (Seine-etMarne). huissier de son cabinet. puisqu'il a révoqué le mari de la pétitionnaire. « Si Louis X V I I I accompagné de Votre Majesté se por- . Pour un qui demande qu'on sévisse contre les auteurs atroces de la Révolution. Mais voici le bouquet : une adresse du sieur Lefébure de Saint-Maur. L ' h o m m e dans sa chaumière est plus grand qu'Alexandre puisqu'il n'a p a s la générosité de rendre Napoléon à la France. inepte. «en fidèle sujet du roi ». Ce n'est q u ' u n chef de chouans ». « Malheur à Votre Majesté si elle force les Français à garder Louis X V I I I ! » E t encore : « Les Bourbons sont des ombres. ce lâche qui a fui dans la Révolution après avoir été un des principaux auteurs de la mort de Louis X V I . il n'en est que deux qui soient signées. Au reste. » P a r m i ces centaines de lettres dont beaucoup contenaient des demandes d'argent. qui. M. voudrait ramener à leur devoir les braves qui o n t été égarés. La femme Charvel désire Napoléon I I et n'a pas confiance dans le roi qui avait promis de laisser chacun à sa place et qui n'a pas tenu parole.

qui rendrait publique la lettre d'adieu. est la date de Paris. etc. circulent dans Paris des écrits e t des dessins séditieux. E n octobre 1815. avec les vers de Racine : Son noble coursier. Les rapports de Fouché sont trop connus. sont réunis en brochure et colportés de toutes parts. Comment cet imprimé circule-t-il. Des r a p p o r t s secrets adressés au roi par Fouché sur l'état de la France et qu'on l'accuse d'avoir livrés à la publicité. et une gravure représentant u n guerrier français et un cheval à côté de lui. au moment de quitter le pouvoir. maintenant qu'il n'est plus ministre et excitent les esprits. Cette lettre contient les adieux qu'ils adressent au roi.LA POLICE ET L E S ÉTRANGERS 33 tait sur les rives de la Loire. mais sans nom d'imprimeur. « E n tête de cette brochure. tandis q u ' u n journal. serait supprimé et avec raison? Il faut absolument 3 . vous les verriez t o m b e r aux genoux de leur monarque légitime et aux vôtres et vouer à tous deux un inviolable attachement. pour qu'ils soient aujourd'hui à craindre . c'est par des manifestations de ce genre non moins que par les t u m u l t u e u x propos de la rue que se manifestent le déséquilibrement des esprits et leur exaltation. On y a joint une lettre faussement attribuée à Talleyrand et à ses collègues du cabinet. dit un observateur. Le t o u t bien imprimé sur du beau papier. s'il allait annoncer à ces vaillants soldats le p a r d o n de leur insubordination. la lettre des ministres contient des choses trop fortes et trop peu mesurées p o u r le temps actuel. » Dans les t e m p s troublés. C'est aussi p a r les libelles et les gravures. mais.

et l'empereur d'Autriche un fouet avec des pointes de fer crochues au b o u t . moins il doit être toléré. « Une gravure de ce genre fait plus de mal que cent brochures incendiaires. pour les effrayer. le roi de Prusse présente a u roi une verge pour châtier les Français. de l'autre côté est Mme de Labédoyère aux pieds de Louis X V I I I . Une gravure est plus facile à détruire parce qu'en saississant la planche on est presque assurée qu'elle ne sera plus gravée de nouveau . accordant la grâce du comte de Hatzfeld à sa femme . On peut juger par ces incidents de ce qu'est l'état de Paris et de la France dans le moment critique que traverse notre pays. En p a r t a n t . encore qu'ils dénat u r e n t trop souvent la vérité et y substituent des . » Une autre caricature de ce genre représente les adieux des souverains alliés à Louis X V I I I et à sa famille. de l'autre : « le bon père ne pardonne pas ». pour les faire mourir dans les douleurs et dans le sang . en criant que c'est ce fouet qui leur convient. L ' a u t e u r du r a p port fait remarquer que plus un imprimé se fait remarquer p a r son esprit et par sa méchanceté. D'un côté sont ces paroles : « le t y r a n p a r d o n n e » . ils accourent. » Puis. le milieu ne vaut rien. c'est ce dernier qui obtient l'approbation des B o u r b o n s .34 LA P O L I C E POLITIQUE suspendre la presse ou la rendre entièrement libre . l'empereur de Russie un knout. c'est une gravure qui a paru clandestinement. Les r a p p o r t s que reçoit la police de ses agents secrets. il n'est peut-être pas difficile de saisir la planche. Elle représente d'un côté la scène très connue de B o n a p a r t e à Berlin.

et aucunement par sentiment ni par devoir envers le roi de France. dans les derniers temps du séjour d'Alexandre à Paris. « Dans une conversation q u ' u n Allemand domi- . Il en résulte qu'entre t a n t de manifestations hostiles dont la France est l'objet. il en est redevable à son propre courage et à l'énergie des fidèles serviteurs. qui. c'est encore celles auxquelles se livre la Prusse qui témoignent des dispositions les plus malveillantes. est-il dit dans u n de ces rapports en date d'octobre. aussitôt après l'entrée des Anglo-Prussiens sur le territoire français. ont répondu que le roi de France était venu avec eux pour son propre compte. Ce fait résulte de t o u t ce qui s'est passé chez les autres monarques e t leurs ministres.LA P O L I C E ET L E S ÉTRANGERS 35 inventions qui font surtout honneur à la fertilité intellectuelle de ceux qui les o n t imaginées. les grands États européens. C'étaient les Prussiens. sur la demande expresse si réellement ils étaient venus à Paris réinstaller le roi. ont inspiré à Sa Majesté l'idée de suivre ces alliés pas à pas et pour ainsi dire à leurs trousses. ces r a p ports répandent cependant un peu de lumière sur IJS basses intrigues nouées de toutes p a r t s contre 1 ?s Bourbons et sur le rôle q u ' y jouent. qui étaient les plus forts depuis Waterloo j u s q u ' à Paris . qui. Cependant la Russie elle-même n ' a encore agi que par convenance politique. a sauvé le trône des Bourbons. « Si Louis X V I I I est aujourd'hui assis sur le trône de France. cependant plusieurs officiers attachés à l'état-major prussien ont affirmé et. chacun de son côté. « C'est la seule Russie.

D'après K a r r . et demandèrent si l'on n'avait aucune connaissance à Paris de ce qui s'était passé en Allemagne avant l'ouverture de la dernière campagne. Les Prussiens. q u ' u n Bourbon n'était jamais q u ' u n Français. Ces messieurs se mirent à rire. où l'on pouvait trouver la preuve que le b u t de la guerre était uniquement de réduire la France à rien. « Ses proclamations datées d'Aix-la-Chapelle ne disaient p a s un m o t rassurant pour le roi de France. Sa conduite à Paris s'accorde p a r f a i t e m e n t avec ce système. et un petit-fils de Henri IV.36 LA P O L I C E POLITIQUE cilié à Paris eut avec des officiers et un employé supérieur prussien du cabinet du prince de Hardenberg. Ces messieurs citèrent plusieurs brochures et des gazettes allemandes sans nombre. Justus Grünner. il f u t question des engagements pris à Gand envers les Bourbons. le directeur. C'est comme une espèce de haine personnelle contre cette dynastie. Grünner est persuadé que les Bourbons ne se soutiendront pas. leur est farouchement hostile. toute l'Allemagne avait été d'accord. Encore aujourd'hui. . affirme le rédacteur de ces notes. Karr. les auraient empêchés d'y monter. Ils déclarèrent h a u t e m e n t qu'à cette époque. Son subordonné. q u ' u n descendant de Louis XIV qui avait brûlé le Palatinat et arraché la FrancheComté et l'Alsace à la Germanie. il reçoit de lui directement sa direction. dont la politique n'avait toujours eu p o u r but que le bouleversement des É t a t s allemands. » Ce ne sont donc pas les alliés qui ont rétabli les Bourbons sur leur trône. s'ils l'avaient pu. le grand maître de la police prussienne à Paris. est intime avec lui .

« On n'entre point ici dans le détail de ces nouvelles . pour avoir souffert que le ministre des finances eût rompu le traité de Paris. Magdebourg et ailleurs. il reçoit.LA POLICE ET L E S ÉTRANGERS 37 qui paraît avoir produit cette opinion. sachant très bien que ce genre de nouvelles est agréable au maître. par lequel le roi de France aurait fait d'avance les concessions les plus onéreuses et encore plus désastreuses pour le royaume que celles qu'on connaît maintenant. p o u r r a avoir un intérêt réel ou donner peut-être la clef d'une intrigue particulière. Grünner est encore aujourd'hui acharné à répandre les nouvelles contraires à l'affermissement du trône des Bourbons. au nombre des découvertes faites relativement aux retards qu'éprouve le traité de paix. un prétendu article d ' u n prétendu traité de Gand. p a r son importance. pour avoir contrarié le partage de la Saxe. on en parlera à une autre occasion . et d'autres Prussiens en ont donné une explication particulière. et à Berlin. qui. Ils disent qu'on en voulait au roi de France. les anecdotes inventées par la méchanceté ou p a r la bêtise des agents. lesquels sacrifices . Il lui faut journellement une chronique scandaleuse de la cour des Tuileries . en séquestrant les créances des étrangers sur le gouvernement français. a u Congrès de Vienne. avec un sourire malin. qui. Dantzick. ne manquent pas d'en fournir abondamment. On avait présenté. On y avait a j o u t é l'infernale assertion que Louis X V I I I avait alloué à chacune des puissances certains avantages pécuniaires et à leur insu réciproque entre elles. mais il faut ici citer au moins une d'entre elles.

« Tous les ennemis de la France dans les différentes nations. il se répand tant de bruits sinistres dans Paris . chaque fois q u e le roi voulut refuser une concession. c'était mercredi dernier. à la date du 24 octobre. avaient ignoré les engagements secrets pris p a r Sa Majesté à Gand. servaient pendant les négociations aux ministres étrangers. ceux-ci le menacèrent de publier le traité de Gand. en voulaient à la Russie de ce que la première elle avait commencé à retirer ses troupes. ce qui les avait placés dans une perplexité de plus.38 LA P O L I C E POLITIQUE devaient être portés en entier par le royaume. lors de leur entrée au ministère. d o n t il avait été question plusieurs fois. intimidé. disait-on. » Voici maintenant. « Plusieurs jours après. Ces stipulations. représentées dernièrement par leurs monarques et par leurs ministres. y consentit. qu'on dit avoir été écrite p a r les derniers ministres de Sa Majesté lors de leur démission . et justement il est dit dans cette lettre que les ministres. sans excepter le grand-duc Nicolas. une poignéederenseignements sur ce qui se pas se dans Paris et d ' u n caractère un peu plus positif que ceux qui précèdent : « 1° Sous le nom de Murât. et. et le roi. des personnes se disant arrivées du Midi en parlent avec t a n t d'assurance et ont déjà t a n t tourmenté les campagnes des envi- . la première elle avait désapprouvé l'idée de mettre u n prince étranger sur le trône de France. mais profiter pour une certaine partie au roi lui-même. Grünner reçut la communication de la lettre ' d'adieux.

et à supposer au moins que le t o u t n'est pas une simple invention de p a r t i . comme il travaillait a u x querelles du Palais-Royal . avec u n peu de bonnes paroles.LA POLIGE ET LES ÉTRANGERS 39 rons de Paris avec ces nouvelles que le plus incrédule commence enfin à s'en occuper à son tour. « 3° Une foule immense d'étrangers de toutes les nations sont venus fondre sur P a r i s avec des passeports militaires. se sont soustraites à la loi et des milliers sont ainsi logées d'une manière irrégulière. qui exige d e la surveillance. en observant les élèves de David. c'est surtout leur départ. pour son compagnon de voyage. Mais. la plupart jeunes gens imprudents. ces personnes. on gagne facilement un étranger sur son départ : on passe pour son domestique. Avec un peu d'argent. La police française a voulu connaître leurs arrivées et leurs départs. travaille aux caricatures dangereuses. dans les derniers t e m p s . au moins a u t a n t de monde s'est logé chez des personnes non autorisées à loger que chez les teneurs d'hôtels garnis . et on sort ainsi de France ou l'on voyage. on refuse de répondre a u x gendarmes et aux postes militaires à l'entrée des villes. Ce n'est pas que leur séjour seulement qui doit être m a i n t e n a n t régularisé. en faisant exécuter les règlements. même dans l'intérieur de la F r a n c e . Il serait curieux de découvrir que Ternitt. « 2° On a vu chez le Prussien Ternitt (officier supérieur et peintre de la cour de Berlin) des jeunes gens occupés de dessins de caricatures. quand même . amis de Ternitt. agent de son gouvernement. On pourrait suivre la trace de ces dessins.

en a y a n t été informé. ou émissaire de Murât . de France et de petits rois et princes. Le m o m e n t était décisif . le roi de W u r t e m b e r g risquait de voir son pays envahi par les Bavarois. depuis vingt-cinq ans. Kaulla. par Munich et Brannau. a été intéressé dans t o u t e s les grandes affaires de fournitures de chevaux et autres p o u r compte d'Autriche. il fallait passer cependant directement. depuis D a r m s t a d t . qui f a i t maintenant des affaires immenses pour la cour d'Autriche et qui reçoit la plus g r a n d e partie des subsides anglais pour l'Europe méridionale. en m e t t a n t à sa mission une diligence extraordinaire et u n e habileté parfaite. voulut envoyer un agent secret à Vienne. personnage extrêmement i m p o r t a n t sous tous les rapports. « Ce Kaulla. lorsque l'Autriche eut déjà réussi dans des négociations avec la Bavière. et qui alors remplit parfaitement les vues du roi de Wurtemberg. et craignant de rester en arrière et de devenir la victime de la Bavière et des circonstances générales. le roi de Wurtemberg. t o u t p r ê t s à marcher contre les Français. et p a r le plus court chemin. Il y . l'objet était infiniment urgent . ou Joseph Bonaparte. La seule personne. j u s q u ' à Vienne et Milan. « 4° E n 1813.40 LA P O L I C E POLITIQUE on serait Clauzel. puisqu'en perdant un seul jour. était u n membre de la famille Kaulla. associé du roi dans la Banque royale de S t u t t g a r d . est en ce m o m e n t à Paris. intelligent et capable de se charger d'instructions en partie verbales . et il fallait absolument envoyer un homme fidèle. à laquelle le roi de W u r t e m b e r g crut pouvoir se fier.

é t a n t dirigé par une main habile. il pourrait. le lit nuptial ne satisfera p o i n t son ambition. « La cour de W u r t e m b e r g est peut-être. qui influe t a n t sur Alexandre. qui semblent toutes conjurées contre cette maison illustre. est un grand homme d ' É t a t . malgré ses querelles avec ses s u j e t s et malgré ses moeurs douteuses. l'agent de cette combinaison pourrait être le banquier Kaulla . Il ne se trouve nulle p a r t aussi bien placé comme là. Le Roi. l'impératrice douairière de Russie. politiquement ou pécuniairement. Outre cela. et. Il t i e n t aux intérêts de l'Allemagne . aussi prépondérant.LA POLICE ET LES ÉTRANGERS 41 est venu pour les intérêts pécuniaires de sa maison. cette d a m e passe p o u r une des grandes intrigantes politiques de l'Europe . Un grand intermédiaire entre la France et la Russie. Cet intermédiaire se trouve à S t u t t g a r d . mais il penche un peu du côté de sa fille chérie. devenir un personnage fort précieux p o u r la police française dans ses plus hautes spéculations. mérite a u t a n t d'attention de la p a r t de la haute police française que Staimbourg et le château impérial de Vienne. de toutes les cours du troisième rang. » . Elle est très aimée de sa mère. ou par tous les motifs à la fois. si cela pouvait se faire. u n intermédiaire intéressé naturellement. « Il f a u t aux Bourbons un appui aussi fort. le séjour de ce couple détrôné. Ellvangen. pourrait établir en faveur de la France cette prépondérance et cete sécurité. la veuve Catherine d'Oldenbourg v a célébrer ses noces avec le prince royal de Stuttgard . aussi t r a n c h a n t que les circonstances malheureuses. celle qui mérite le plus d'attention de la cour de France. E t l'instrument. épouse de Jérôme.

« On a donné comme une nouvelle positive q u ' u n e force armée antibourboniste. pourvus d'artillerie. « On a encore rapporté que trois officiers prussiens. et à faire de lui un agent secret du cabinet de Paris. Elles démontrent d'ailleurs combien il est peu informé et de quelles niaiseries l'alimentent ceux qui le renseignent. se montait à plus de 60 000 hommes. « On a donné une nouvelle venant des b u r e a u x des journalistes de Paris. il y a quelques jours. En revanche. que le feu a v a i t été mis la n u i t passée au château des Tuileries.42 LA P O L I C E POLITIQUE Je n'ai trouvé nulle p a r t la preuve qu'on ait suivi ce conseil ni cherché à embaucher le b a n q u i e r Kaulla. Ces notes ont été copiées sur son bureau par u n agent qu'il croit sûr et qui le trahit. voici qui fait plus d ' h o n n e u r à la police française. . « On a rapporté. avaient été tués. réunie depuis les Cévennes j u s q u ' a u x bords de la Méditerranée. qui s'étaient trop approchés du c h â t e a u de Vincennes. « On a communiqué une proclamation très longue et assez bien rédigée adressée du Bellérophon aux Français . Ce sont les notes que se procure quotidiennement la police prussienne et qui servent de base aux rapports que Justus Grünner adresse à son gouvernement. qu'il leur a été d é f e n d u p a r la censure de parler de ce qui se passe d a n s le Midi. c'est l'adresse amplifiée du Morning Chronicle : on y a ajouté la note que le style de l'adresse était celui de Fouché. hier matin. « On dit aussi que la mesure contre les caricatures avait été provoquée par l'Autriche.

Tallien. « On a fait un rapport effroyable sur des scènes de carnage. le gouvernement prussien s'emparera de l'autorité publique sous un titre provisoire. on s'attendait à recevoir la nouvelle de son entrée dans la ville de Bordeaux. « On a rapporté qu'à la revue de dimanche. depuis quelques jours. On prétend qu'il y a des personnes à Paris qui. il y a peu de jours. sont désignés . de l'Ouest et du Nord. avaient témoigné leur mécontentement. et qu'un garde national avait craché sur le cheval de Wellington. mais supposés. dont le siège doit être Paris même. « On prétend que. « On a rapporté que le général Exelmans avait une troupe considérable sous ses ordres. « Le directeur de la police de Grünner suppose comme une chose très possible que. qui doivent avoir eu lieu à Nîmes. il n ' y a que huit jours.LA POLICE ET LES ÉTRANGERS 43 « On a désigné plusieurs noms fameux impliqués dans une intrigue. Fouché doit avoir été chez Wellington . on a été j u s q u ' à désigner quelques rues où logeaient ces intrigants. voyant le duc de Berry à côté du gouverneur Muiïling. on y a a j o u t é le nom du marquis ou baron de Champrené. entre les deux partis. Barras. des gardes nationaux. rentrés dans Paris. si les circonstances deviennent critiques. étaient encore à Bruxelles . avec autant d'absurdité les uns que les autres. le gouvernement a intercepté toutes les lettres du Midi. Mme Murât et autres aussi connus. . « On a nommé Venise comme un point de ralliement des intrigues du parti Napoléon I I . et q u ' à chaque instant.

cet habile personnage le fait chez elle. où demeurait Mme Hainguerlot. que le feu pouvait y avoir été mis exprès. mais il n'est. p o u r v o i r si l'on ne découvrirait pas chez elle quelque grand proscrit. il dit avec beaucoup de satisfaction qu'il avait reçu le m a t i n à sept heures la nouvelle que Fouché était sorti la nuit pour aller au château porter des nouvelles de la mauvaise réception des Prussiens à Nantes. Il a eu connaissance de pièces secrètes et s'en est vanté. successeur de Fouché. Tout aussitôt. « Une fois. qui triomphe d'avoir p u se ménager des relations d a n s les bureaux de Justus Grünner et mis au pillage ses papiers. « Il est très probable. Le directeur de la police prussienne a prétendu. ancienne maîtresse de Jérôme. » Le 29 octobre. On y a a j o u t é ce commentaire. à trois différentes reprises. « On a parlé de l'incendie auprès des MenusPlaisirs. écrit l'observateur qui en a été chargé. la police française. il se v a n t a d'avoir reçu du portefeuille même de Son Excellence le ministre . ordonne une enquête à l'effet de découvrir le misérable qui le trahit et qui ne peut être q u ' u n employé de son administration. et non à la Préfecture. qu'il était bien servi à la police de Paris. « Une seconde fois. Mais cette enquête ne donne pas de résultats. le ministre Decazes.44 LA POLICE POLITIQUE « On a donné la nouvelle de la prise d'un convoi autrichien par les partisans français d a n s les Vosges.pas absolument certain que cet employé soit au Ministère lui-même. apprend à l'improviste que ce qu'elle fait chez lui.

qui à la vérité n'a jamais paru dans les j o u r n a u x de Paris. Ces nouvelles de Lyon étaient relatives à la mauvaise conduite des Autrichiens. » « Au reste. tout dispos qu'il est de rendre des services importants et réels. Il faudra sans doute procéder avec beaucoup de précaution. c'est « un imprudent qui laisse traîner son portefeuille. des placards incendiaires. etc. et l'auteur des renseignements présents. pour se donner de l'importance. une grande preuve du danger. Le directeur de la police prussienne voulait trouver dans cette pièce. il communiqua à l'auteur de ces renseignements un extrait des nouvelles de Lyon. « pour obliger un journaliste que je connais. le ministre Decazes. « et il y a quelqu'un qui peut à son aise y puiser.. . il est encore possible que tout ce que dit Karr sur cet employé ne soit que des rodomontades. c'était une circulaire du sous-préfet de Rennes aux maires de son arrondissement et datée du 5 octobre.LA POLICE ET LES ÉTRANGERS 45 Decazes une feuille imprimée . qui menaçait la France de tous les côtés. dans laquelle il était question de la mauvaise conduite et des dispositions dangereuses des habitants et il était ordonné a u x maires et aux curés de faire connaître de nouveau les articles du Code pénal relativement aux troubles dirigés contre l ' É t a t . et il prétendit que cette circulaire imprimée était un grand secret à Paris. Il y était dit qu'il y avait eu des rassemblements d'ouvriers. qu'il prétendit avoir été tirées du portefeuille de S. Le directeur de la police prussienne a j o u t a exprès : « — Le ministre Decazes est très confiant. E.. il n'y a pas plus de trois jours. « Enfin une troisième fois.

Il croit avoir au moins averti. mais il croit avoir le droit d'y m e t t r e la condition qu'il ne s'ensuive p a s de malheur ni un éclat scandaleux . Justus Grünner et Karr ont fixé au 10 novembre la d a t e de leur départ et on sera débarrassé de cette engeance maudite.46 LA POLICE POLITIQUE se trouverait cependant bien malheureux. Il p r o m e t encore de faire son possible. les armées étrangères sont au m o m e n t de quitter Paris et les services policiers vont p a r t i r avec elles. s'il contribuait par ses avis à rendre suspect et peut-être à exposer au dernier malheur un individu quelconque. » Ce renseignement est donné à la police française p a r celui de ses employés qui s'est fait agréer p a r J u s t u s Grünner. il en a les moyens. A remarquer toutefois que ledit Grünner cherche quelqu'un qui p o u r r a lui adresser en Prusse des rapports confidentiels. Cet employé rend compte des propos que lui a tenus le grand maître de . cela couperait aussi à l'instant m ê m e toutes les communications entre lui et le directeur Karr. j u s q u ' à présent. Il faut renoncer à savoir p a r qui la police prussienne a été renseignée. p a r l'étendue de ses connaissances et surtout par l'impartialité de ses jugements. de pousser ses découvertes plus loin . » Les jours suivants n'amènent pas de découverte nouvelle. Heureusement. et même suivre la t r a c e et surveiller les communications avec les journalistes. ce qui est bien fait p o u r rendre la police française plus modeste. « Il a r e c o m m a n d é exprès de choisir dans les employés actuels ceux ou celui qui s'était distingué. pour que le cabinet du Ministère puisse être sur ses gardes.

car celui-là ne la connaissait point. a y a n t été connue du Roi. » . ancien employé supérieur aux relations extérieures. Il a seulement observé que l'horizon en France était encore bien obscurci. il fut question de Reinhardt. Grünner n'est pas mal disposé envers Fouché. avec lequel il doit se trouver à Dresde. Cet employé doit retourner chez Grünner. fut la cause de sa disgrâce. et qu'il était t r è s difficile de juger quelle pourrait être la fin de t o u t ceci. Grünner conta l'anecdote de la lettre qui avait été écrite par Reinhardt de Bruxelles à Napoléon à Paris et qui. il t r o u v e en Fouché un patriote à grandes vues.LA POLICE ET LES ÉTRANGERS 47 la police prussienne q u a n d il lui a été présenté. A cette occasion. Il dit que Fouché n'est p a s un h o m m e aussi blâmable et aussi dangereux qu'on a v a i t voulu dire . Grünner connaît cette anecdote par une autre voie que par celle de Karr. « Grünner n'est pas entré dans des grands détails. il y retournera aussi souvent que possible a v a n t son départ.

d'auties encore. le duc de Fernan Nunez pour l'Espagne. D'autres y étaient restés après le départ des souverains. avaient paru trop importants au gouvernement pour ne pas lui inspirer le désir de continuer cette surveillance sur les personnages de diverses nationalités. des diplomates. — s'agitaient.III Les renseignements recueillis par la police. que l'occupation étrangère. qui ne prit fin qu'en 1818. Ceux-ci. le comte de Rechberg pour la Bavière. Ils avaient des rapports quotidiens avec les ambassadeurs accrédités en France. de leur côté. des gens de marque qu'on pouvait supposer chargés de missions secrètes. sir Charles S t u a r t pour l'Angleterre. retenait ou attirait sur le territoire français. le baron de Vincent pour l'Autriche. grâce à la surveillance qu'elle avait organisée autour des souverains étrangers p e n d a n t leur séjour dans la capitale. — Pozzo di Borgo pour la Russie. le comte de Goltz pour la Prusse. intriguaient et suivaient les affaiers de France avec un intérêt qu'explique suffisamment le désir qu'ils avaient d'en finir avec les bonapartistes et les révolutionnaires coa- . A tout instant. arrivaient à Paris des généraux.

L a France était p o u r eux un foyer d'émeutes. nuisibles à tous les gouvernements monarchiques. d'en rendre c o m p t e à leur cour après en avoir conféré ensemble. C'est à s'en informer. une propagatrice de doctrines détestables. avaient reçu la mission spéciale de suivre de très près le mouvement de l'opinion. Les quatre premiers de ces ambassadeurs. Les moyens dont usa celle-ci furent les suivants : 1° une étroite surveillance a u t o u r des personnages étrangers . une activité plus grande dans le fonctionnement du Cabinet noir. si troublants. q u ' à partir de ce moment. o n s'attachait à leurs pas. Il fallait donc rester sans cesse sur le qui-vive. qui fut assurément. on le verra plus loin. On filait les gens. représentant les puissances alliées. si déconcertants. q u e les 4 . le plus espionné des hommes. on arrivait ainsi à connaître tous leurs faits et gestes. Le gouvernement français ne p o u v a i t q u ' a t t a c h e r le plus grand prix à savoir comment ils appréciaient les événements alors si confus. on les suivait jusque d a n s leurs voyages. 3° enfin. Ils se réunissaient à cet effet une fois p a r semaine ou même plus souvent. 2° liaisons secrètes avec le bas personnel des ambassades et légations . il employa sa police.LA POLIGE ET L E S ÉTRANGERS 49 lisés contre les Bourbons. La surveillance autour des personnages étrangers fut organisée à l'image de celle qui s'exerçait sur des personnages français tels que Chateaubriand. ce qu'ils en disaient à leurs souverains et quelles mesures ils conseillaient. à cette époque et j u s q u ' e n 1819. on achetait au besoin leurs domestiques .

il fit éclater une fureur incroyable contre t o u t e cette assemblée. sans principes et grand ennemi des Bourbons.50 LA POLICE POLITIQUE r a p p o r t s racontaient en tous leurs détails ou prétendaient raconter. q u a n d ils n'avaient rien à dire. assez ignorants des hommes et des choses et toujours disposés. dans leurs rapports. « Il passe ses soirées ordinairement chez Mme Ju- . disait l'observateur. On croit cela utile. de pauvres hères d ' u n e éducation secondaire. p o u r la plup a r t . Il pouvait donc arriver que. à inventer. l'inspecteur général de la police. a v a n t d'être soumis au ministre. « Voici les premiers renseignements obtenus : « Le prince Paul est un homme sans mœurs. pendant la discussion sur la loi d'amnistie et. il était surveillé. la p a r t d'invention fût plus grande que la p a r t de vérité. Il en écartait ce qui frisait l'invraisemblance et n'en retenait que ce qui lui semblait devoir être exact. p a r toutes les mauvaises relations que ce prince conserve à Paris. Au mois de janvier 1816. Il a suivi presque toutes les séances de la Chambre des députés. le jour où l'article des régicides passa. passaient sous les yeux de Poudras. homme d'esprit qui connaissait son Paris sur le bout du doigt. « On estparvenu à intéresser son domestique. ces rapports. Il y avait nécessairement dans ces r a p p o r t s beaucoup d'exagérations et de mensonges. Gomme on lui a t t r i b u a i t des opinions bonapartistes. Mais. pour gagner leur salaire. révélateur et instructif. Les agents employés à ces viles besognes étaient. le prince P a u l de Wurtemberg était à Paris.

et effectivement. Voici d'abord. le prince Paul prend le plus grand intérêt possible à cet Anglais. rue Caumartin. Aujourd'hui. on p a r l e politique et nouvelles dans le plus mauvais esprit. il y avait chez lui réunion de quatre Anglais pour s'occuper des m o y e n s de tirer d'affaire le général Wilson. avec le titre de premier secrétaire. ami personnel du prince de Metternich. une note assez p i q u a n t e sur un sieur Gustave qui paraît être pour le b a r o n Binder un f a c t o t u m complaisant. 5 : . Ce sont deux caractères fougueux et désordonnés. bien faits p o u r aller ensemble. réunion impure. » Tout aussi intéressants sont les rapports de l'agent chargé de surveiller l'ambassade d'Autriche. de la manière la plus énergique. On a bien osé récla« mer le capitaine Wright. Il habite chez son beau-père. le baron Binder. aussitôt cette conférence finie. le prince P a u l était intimement lié avec le général Wilson (compromis d a n s l'évasion de Mme de La~~Vâïette). et crie contre le gouvernement et la police de la manière la plus forte. où du t e m p s de Metternich. « — Est-ce que Wellington le laisserait condam« ner? a dit le prince Paul.LA POLICE ET LES ÉTRANGERS öl not. « En dernier lieu. et l'on ne dirait rien pour le général « Wilson ! » « Il leur a promis d'aller p a r l e r à lord Wellington. m a r c h a n d de vins en gros. il y est allé. on se flattait d'y former un p a r t i pour Napoléon II. à la date du 15 août 1816. Pierre Metzler. Hier. occupée p a r le b a r o n de Vincent que seconde. et où aujourd'hui encore. sous le despotisme de « Bonaparte .

pour M. Il est de retour de Vienne. disant que l ' u n et l'autre sont appelés à de grandes destinées. secrétaire du prince Metternich. « On suivra avec soin le fil de ces indications. le prouve. savoir : pour M. Il est aujourd'hui dans une grande aisance. comme elle a contribué à accroître sa fortune. La femme de Gustave a été la maîtresse de plusieurs diplomates autrichiens. Gustave n'était plus bonap a r t i s t e . en quelque sorte. il lui adresse onze p a q u e t s de lettres pour Vienne. pour le b a r o n d'Ulrich. on pense qu'il serait utile de faire intercepter les lettres de l'étranger adressées à . d u 10 de ce mois. Du moins. redevenu cette année. Il n'y a presque pas de doute qu'il est ici l'agent ou l'intermédiaire d'une agence autrichienne. mais il l'est. Sa lettre même au baron Binder. E n 1812. de Floret avait chargé Gustave de lui former une espèce d'agence secrète et il rendait compte à M.52 LA P O L I C E POLITIQUE α II a été. mais. dont il fait un très grand éloge. ainsi ils sont certains. de Floret. de Gentz. avant l'expédition de Russie. On voit q u e ce jour-là. pour u n e demoiselle Sophie et p o u r M. Pilât. et celui-ci au prince de Schwarzenberg. depuis trois semaines environ. de Floret. valet de chambre de M. dans le temps. à notre observateur . pendant longtemps. Tous ces détails ont été avoués p a r Gustave lui-même. « E n 1812 et 1813. et n'ont point certainement renoncé à leurs droits sur la couronne de France. La mari ne l'ignore pas . E n a t t e n d a n t . M. de Floret. il parle sans cesse de l'impératrice Marie-Louise et de son fils. il n'en dit rien.

Pierre Metzler. T o u t prouve q u ' e n ce moment. Le baron de Binder ne se fait pas annoncer chez M. il v a lui-même y prendre les lettres p o u r Vienne. qui est arrivé et qui p a r t i r a aujourd'hui.LA POLICE ET LES ÉTRANGERS 53 M. A cette époque. » J u s q u ' a u mois de mars 1817. grâce sans doute a ce même Gustave et au valet de c h a m b r e du b a r o n Binder. ou à M. le baron Vincent. « Hier soir. Binder et tous les secrétaires sont restés à l'ambassade. sont t o u j o u r s très fréquentes. qui ne passent que par l'ambassade. Le valet de c h a m b r e r a p p o r t e qu'il n'a jamais vu son maître d a n s un plus grand embarras. mais conduites avec beaucoup de secret et de précautions. Une circonstance particulière qu'on a remarquée à cette occasion. de Talleyrand. Le grand paquet de dépêches du courrier . parce qu'on a t t e n d a i t un courrier de Vienne. de Barbier. un r a p p o r t fournit les détails suivants : « Il résulte des observations faites et des explications données par le valet de chambre du baron Binder que les relations e n t r e le prince de Metternich et M. la police est informée de ce qui se passe à l'ambassade d'Autriche. mais qu'il remet également en personne à M. immédiatement avant le départ du courrier des mercredis pour Vienne. c'est que le p a q u e t que le baron Binder a t t e n d a i t . rue Caumartin. 5. par Colmar. marchand de vins en gros. pour son compte particulier. p o u r Londres. M. p a r l'intermédiaire du baron de Binder. de Talleyrand sous son véritable nom . Gustave. ne s'est point trouvé. les relations entre les cabinets de Londres et de Vienne sont très actives.

Ainsi cet homme n'est nullement soupçonné et p o u r r a toujours nous servir. en r e v e n a n t de la conférence chez sir Ch. « Comme c'est en revenant de chez sir Stuart que le baron Binder a dit toutes ces choses. le baron Binder. L'agent est t o u j o u r s rempli de bonne volonté et a conservé tous ses moyens d'être utile . il désirerait bien que M. qu'il fallait bien faire attention aux Français qui étaient employés dans l'hôtel. pour leur dire que la police avait des agents p a r t o u t . Celui du 18 raconte un véritable coup de théâtre qui s'est passé la veille : « Hier. sir S t u a r t aura parlé à ses collègues du renvoi qu'il avait fait de plusieurs de ses gens qui le trompaient. il aurait toute la latitude possible. il lui parla avec encore plus d'effusion. de Vincent ne différât p a s son départ pour l a Lorraine. Le baron Binder prit ensuite en particulier son propre valet de chambre qui est un homme à nous . parce que si le baron Binder restait provisoirement chargé du portefeuille.54 LA POLICE POLITIQUE avait été ouvert p a r l'ambassadeur lui-même. ce qui n'arrive p a s ordinairement. il est probable qu'à la conférence d'hier. particulièrement un sieur Delaunay et un garçon de bureau. fit appeler les domestiques allemands de l'ambassade d'Autriche. l ' a m b a s s a d e u r d'Angleterre. et pourrait . » Ce rapport est d a t é du 11 mars. Stuart. Le baron Binder a l'air de soupçonner que le baron Vincent lui aura souillé son p a q u e t particulier. et c'est ce qui aura fait prendre des précautions au b a r o n Binder. et en lui accordant t o u t e confiance.

au moyen de laquelle on espère savoir ce qui s ' y passe et même se procurer en partie sa correspondance. Pozzo di Borgo ignore jusqu'à quel point existe leur liaison.LA POLIGE ET LES ÉTRANGERS 55 réellement. et déjà. c'est à moitié fait. Le prince Dolgorowki. et l'on est fondé à croire que M. Son frère. ni M. et qui est venu de Suède à Paris depuis quelque temps. voit le comte Orloff. qui manifestent les plus mauvais principes contre le gouvernement royal. avec lequel il habite maintenant. et un Français qui a été secrétaire intime de Bernadotte. il est à craindre qu'il ne le ramène à son opinion. d'après ce que l'on vient d'apprendre « On a formé une liaison chez le comte Orloff. » Dès 1816. le duc de Richelieu . le comte Pozzo di Borgo. rendre des services très importants. c'est avec haine ou dérision. M. la police s'émeut aussi de la présence à Paris des frères Orloff qui tenaient alors une grande place à la cour de Russie. On en a des preuves certaines et multipliées. est plus modéré que lui . alors. « 15 juillet. Figneul. Voici les premiers renseignements qu'on a obtenus : « Le comte Orloff voit en secret le chargé d'affaires de Suède. . « Le comte Orloff ne peut souffrir ni M. chaque fois qu'il en parle. p r e m er secrétaire de l'ambassade russe. Le colonel russe Brousin. — Le comte russe Michel Orloff est l'un des étrangers. mais. à Paris. lequel est également très lié avec M. Figneul.

« Tous les jours d'Opéra. — L'observateur de chez le comte Orloff a commencé hier soir d'apporter quelques papiers . « Il y a ici le capitaine Kill.m a j o r de lord Wellington. Demidoff est encore un des amis particuliers du comte Orlofï. Tous deux ne sont pas simplement des mécontents. logé r u e de Choiseul. et pense t o u t aussi mal que lui. connus pour de véritables mécontents. le comte Orlofï va à ce spectacle. « M. on peut assurer qu'il s'en réjouit fort·. Le comte Orlofï a beaucoup de relations avec la Belgique. et. La princesse Galitzin. était très liée avec le comte Orlofï. attaché à l ' é t a t . Le frère de ce M. n° 4. Il ne pense pas mieux que lui. mais ceux-ci se sont trouvés sans impor- . Kill est secrétaire de la légation russe à la Haye et correspond avec le comte Orlofï. est un des amis particuliers du comte Orloff. ce qui est bien plus. car il est étonnant l'éloge exagéré qu'ils en font. où il fréquente des généraux et officiers français. la Hollande. à la manière dont il en parle. Le comte Orlofï prédit une guerre prochaine. Celui-ci allait tous les jours chez elle. hier encore. des Buonapartistes. qui p a r t a u j o u r d ' h u i pour retourner à Pétersbourg. mais.56 LA P O L I C E POLITIQUE rue d'Artois. des frondeurs . La personne de qui on tient ces détails croit que cette correspondance avec la Haye est importante et secrète. qui est secrétaire du comte de Woronzoff. et qui voit souvent le comte Orloff. » « 17 juillet. il y a passé plus de q u a t r e heures. et. et aussi avec le quartier général russe à Maubeuge.

L'agent a su après que c'était la femme du général Drouet. a t t a c h é à la léga- . « Une autre maison que fréquente assidûment le comte Orloff est celle du prince et de la princesse Wolkonski. suivant son usage. Le soir. On est certain que. On a d é j à dit que M. comte d'Erlon. et qu'il le dit hautement. le comte Orlofî est allé. Ils ne se sont pas gênés à table pour tenir les propos les plus indiscrets contre les Bourbons et l'état actuel de la France. Kill a un frère. qu'il fait porter rue de Choiseul. C'est encore une réunion de frondeurs. ami intime du comte de Thiars. détenu. L'agent dit même être certain que le prince Wolkonski est enthousiasmé de Buonaparte. n° 4. qui a différé de quelques jours son départ pour la Russie. chez M. d'une façon u n peu mystérieuse et sans dire son nom. Kill. où il pleut des épigrammes et des sarcasmes contre la famille des Bourbons. le général Quinette. « Le comte Orloiï envoie fréquemment des paquets au quartier général russe à Maubeuge.LA POLIGE ET LES ÉTRANGERS »7 tance. qui se placent ordinairement à l'orchestre. au plus haut degré. rue de la Paix. cette fois. Le même rend c o m p t e des détails suivants : « Le comte Orloiï a dîné avant-hier chez Beauvillers. il est allé chez la princesse Galitzin. entre autres. chez cette princesse. avec plusieurs officiers russes. à l'Opéra. Il y a deux jours qu'une d a m e française est venue voir le comte Orloiï. Après dîner. il se t i e n t également de fort mauvais propos. secrétaire d u comte Michel de Woronzoiï. où l'on sait qu'il se réunit à des Français mécontents et clabaudeurs.

avant-hier encore. d o n t l'agent a p u être le témoin. qui logent ensemble maintenant.^Demidofî. » « 27 juillet. suivant eux. il a chargé son valet de chambre (qui nous sert) de p o r t e r les deuxième et troisième volumes du Nain jaune. près Maubeuge. « Les deux frères Orloff. On ne peut p a s douter de l'exactitude de ce fait. à M. mais le colonel à j a m b e de bois est sans contredit le plus mauvais des deux. Le général p a r t i r a pour la Russie. Le comte Orloff est toujours en corespondance très active avec la Belgique et en reçoit beaucoup de Nain jaune et autres journaux révolutionnaires de ce pays. f o r m a n t collection. hier soir. ils ont cité l'affaire de Brice. ont beaucoup parlé du soldat russe t u é par des douaniers français. on en a eu la confirmation hier. tous deux pensent assez mal . p o u r le colonel Orloff. Ils en ont pris occasion de déclamer contre le général W o ronzoff q u i n'avait point demandé une satisfaction suffisante de ce délit . d'où il reviendra à Paris. — Le valet de chambre du comte Orloff (la j a m b e de bois) continue de rendre compte de tout ce qu'il est à portée d'observer. Les d e u x frères Orloff habitent le m ê m e hôtel . le 2 juil- . qui correspond avec le comte Orloff . « L'agent a communiqué. et le comte l'accompagnera jusqu'à Aixla-Chapelle. car. une lettre adressée a u comte Orloff. de Pétersbourg. à la fin du mois prochain.58 LA P O L I C E POLITIQUE tion russe à la Haye. et ont t e n u toutes sortes de propos dans le même sujet. en lui recommandant de ne les r e m e t t r e q u ' à lui seul. rue Taitbout. si honorable.

etc. « qui l'avons vu si petit.. et ensuite parce qu'il est trop a t t a c h é à la famille des Bourbons. le j général Balabine et quelques autres. qu'il en était sûr. ce b. disait que M. à Paris. de Pozzo. « Il y a quelques jours. c'est là ce qui constitue. le colonel Brousin. entre autres Stein.... pour la France. DemidolT. Il y avait seulement cette phrase remarquable : « Dix mille Russes vont s'embarquer à Cronstadt et autant à Riga. Hier . » « Une a u t r e fois. avec l'ambassadeur d'Angleterre. — L'observateur de chez le comte Orloff rend compte des détails suivants : « Les frères Orloff. avec M. et le colonel Starinski sont tous les jours ensemble . et qu'il espérait que.-f.LA POLICE ET LES ÉTRANGERS 59 let.. Pozzo di Borgo n ' a v a i t pas t o u t e l'oreille de l'empereur Alexandre. de Corse.. qu'ils ! ne p e u v e n t souffrir. en 1814. lui qui a trahi ceux « à qui il doit tout. qui végète « m a i n t e n a n t dans un coin de l'Allemagne. Elle ne contenait guère que des choses indifférentes. il serait traité comme il le mérite. sition russe. le m ê m e colonel Orloff. nous. l'oppo. » « 23 août. Tous sont plus ! ou moins ennemis du général Pozzo di Borgo. les d e u x frères OrlofT. le prince Wolkonski. » « Hier vendredi. discutant avec Demidoff et autres.. Il lui disait à peu près ceci : « — Ce j. d ' a b o r d parce qu'il n'est pas Russe. en quelque sorte. le colonel OrlofT en parlait ' avec le colonel Starinski. par la Hollande. un secrétaire de la légion russe et d'autres Russes ont été dîner au Rocher de Cancale. bientôt.

ils dînent ordinairement chez Beauvilliers. savoir : mercredi. hors quelques-uns en langue russe. chez OrlofT. mais de Français. où il se p r o pose de faire quelque séjour. avec lesquels il est en relations. ces Russes qu'on v i e n t de n o m m e r ont dîné ensemble. p a r c e que. b a t t a i t son plein. il paraîtrait que le prince Wolkonski est ici chargé d'un travail d'observation. dont les agents q u ' e n t r e t e n a i t dans les Pays-Bas la police française. qu'il recueille des renseignements de toutes parts. « C'est définitivement dans les premiers jours de septembre que le général Orloiï q u i t t e Paris. et il n ' a rien trouvé d'intéressant. à l'insu du comte Pozzo di Borgo. L'intrigue dont j'ai parlé plus h a u t et qui avait pour objet de mettre le prince d'Orange sur le trône de France après avoir provoqué la chute de Louis XVIII. sous ce rapport. l'observateur a mis à même l ' u n de mes gens de les voir tous . le général. chez le prince Wolkonski. Son frère l'accompagne jusqu'en Belgique. signalaient les allées et venues ainsi que leurs fréquentes rencontres avec les réfugiés français qui s'étaient faits à . et hier. non seulement de ses compatriotes. Lorsqu'ils ne dînent p a s chez eux. et qu'il envoie ses rapports directement à l'empereur Alexandre. Hier. On va essayer de nouer une liaison chez le prince Wolkonski.60 LA POLICE POLITIQUE et avant-hier. ou chez Robert. celui-ci les a tous parcourus. pour avoir des papiers. il est inutile d'en chercher d'importants chez le comte Orloiï. On y s a v a i t le comte Orloiï activement mêlé comme d ' a u t r e s personnages russes. D'après nombre d'indices. » Les rapports qu'on vient de lire ne disaient guère que la vérité.

Jamais. « Le général Murray s'est cassé. avec une impatience mêlée d'inquiétude. Demain. où sont invitées plus de huit cents personnes. Il est si manifestement dévoué a u x Bourbons et . Pendant toute la durée de l'occupation étrangère. une j a m b e . l'ouverture de leur Parlement qui a lieu aujourd'hui.LA POLICE ET LES ÉTRANGERS 61 Bruxelles les instruments de ce complot auquel. il vient à tout i n s t a n t à Paris. au Congrès d'Aix-la-Chapelle. lord Wellington donne u n autre grand bal paré. « 2S janvier 1817. ainsi qu'en font foi ceux qui suivent. de Talleyrand. puisqu'elle s'inspirait du droit de légitime défense. — Le bal donné hier p a r l'ambassadeur d'Angleterre a été brillant et fort nombreux. les ordres formels de l'empereur Alexandre. Les Anglais attendent. Beaucoup de généraux et officiers supérieurs de Cambrai et de Valenciennes sont attendus. aujourd'hui et demain. On n'en saurait dire tout à fait a u t a n t de cclle dont est l'objet à la même époque le généralissime anglais Wellington. mirent un t e r m e en 1818. y a dansé jusqu'à près de quatre heures du matin. ils n'ont a u t a n t redouté les . Les banquiers Baring et Labouehère y étaient et l'on a remarqué qu'ils ont parlé fréquemment à M. On. en se p r o m e n a n t à cheval aux Champs-Élysées. exprès pour ce bal. Les innombrables r a p p o r t s qui le concernent sont d'ailleurs insignifiants. La surveillance de la police avait donc ici un caractère assez normal. hier.surtout à Louis X V I I I qu'on ne comprend guère pourquoi il est espionné. à la prière du duc de Richelieu.

on parlait chez sir Charles S t u a r t d ' u n c h a n g e m e n t d a n s le ministère anglais. MM. Cependant. Son jeune secrétaire. le colonel avait chez lui quelques amis intimes. comme d'une chose qui ne serait nullement improbable dans la circonstance actuelle. « Voici quelques observations que l'agent intérieur a été dans le cas de faire. et. Hier. pour Maubeuge. et de là chez M. nul doute qu'il n'écrive beaucoup en matières politiques en ce moment. Hier. hier soir. que l'agent a entendus : « Le général Woron« zoff. » « 13 février 1817. il est d'une défiance extrême pour ses papiers. il remet exactement au colonel tout ce qu'il vient d'écrire. Henry. il a fait appeler très fréquemment le colonel Starynkewitz. est bien revenu sur le . est occupé dans sa chambre de cinq à six heures p a r jour. hier soir. et il leur dit ces mots. il y a deux jours.62 LA POLICE POLITIQUE efforts du p a r t i de l'opposition. mais on espère y parvenir par de nouveaux moyens. « Le général Woronzoff est parti. Baring et Labouchère ont encore eu une très longue conférence avec lord Wellington à la suite de laquelle ils se sont rendus chez le ministre des finances. qui a dîné chez lui. j'en suis bien certain. O u v r a r d où ils ont dîné. « Depuis l'avis qui a été donné à ce colonel par le comte Woronzoff. au point qu'il a été impossible de s'en procurer u n seul depuis l'indiscrétion commise. et à la fin de chaque séance. E n dernier lieu. — On n'a pu encore renouer entièrement chez le colonel Starynkewitz.

mais des princes. Il l'a cependant remise au comte de Goltz. dans le plus strict incognito. Le Roi a lu lui-même t o u t le contenu de la pétition. M. Ils écrivent souvent ensemble. Il faut bien veiller à ce général Gérard. » « 23 août 1817. hier soir. quiétait à Bruxelles. a présenté au roi de Prusse. p a r l'entremise du baron de Humboldt. non du roi. si les faits qui y sont articulés sont bien exacts. Le colonel Starynskewitz a envoyé chez lui. en consentant qu'on y fasse droit. marchande de bois de charronnage. soit p a r le canal de M. — Mardi dernier. Jouy. Kill.LA POLICE ET LES ÉTRANGERS 63 « compte des Bourbons. diverses excursions galantes. 75. « Que ceux-ci se gardent de désirer la m o r t du roi. dès . le roi de Prusse a fait. rue Saint-Dominique. dont le frère est secrétaire de l'ambassadeur russe en Hollande. rue Buffault. ^ « Le baron de Humboldt est allé. « c a r d a n s ce cas. Le colonel a toute facilité p o u r cela. soit par la correspondance russe de Maubeuge. « Une dame Maugée. ils retourne« r o n t mendier dans l'étranger. et l'on persiste à croire qu'ils envoient des articles au Libéral à Bruxelles. est toujours très lié avec le colonel Starynkewitz. adieu leur liste civile . vient de revenir à Paris. Il faut y faire attention. dont quelques expressions ont paru le choquer. une pétition t e n d a n t à obtenir une indemnité pour les dommages que la garde prussienne a commis dans son chantier en 1815. η « L'auteur. L'agent a entendu parler d ' u n e réunion d ' a m i s pour aujourd'hui ou pour demain. ce matin. « Le général Gérard.

Après-demain mercredi. Stuart. de Vitrolles s'est présenté.. Il a préféré aller dîner simplement chez le banquier GrefTulhe. repartir pour son quartier général. chez sir Ch.. avec lord Fitz-Roy Sommerset. le 5 ou le 6 janvier. et Mme Wellesley Poole. n'est arrivé q u ' à huit heures un q u a r t . » « 30 décembre. Le duc de Wellington doit. elle se rend aux Tuileries chez Sa Majesté. attendu hier soir. Prussienne va ce soir d'abord au Vaudeville. Ce matin. M. » « 29 décembre. Il était accompagné de son chambellan. il dîne en grand couvert chez sir Charles Stuart. autre grand dîner chez sir Ch. « Le roi de Prusse est parti. S t u a r t . dans l'après- . Stuart pour M. « M. Il s'est fait servir chez lui en famille. et ensuite a u x Français.64 LA POLICE POLITIQUE les huit heures. de Talleyrand et des amis. Sa Grâce a eu des entrevues particulières avec sir Ch. Aujourd'hui. — Le duc de Wellington. « S. Les ambassadeurs étrangers et les ministres français y sont invités. A d e u x heures. pour aller voir la revue du Champ de Mars. et de son premier aide de camp. à midi. assure-t-on. d'où il s'est rendu ensuite à l'Opéra. pour y rencontrer le duc de Broglie et le général Lafayette. L'huissier F. dit que l'ambassadeur a été étonné que le comte Decazes ait refusé l'invitation. M. lundi. hier. M. — Le duc de Wellington n'a point accepté le dîner d'hier. Wellesley Poole et lord Fitz-Roy. chez le peintre Gérard. à six heures. etc.

Chateaubriand. Sa Grâce est invitée à dîner chez le prince de Talleyrand . qui. de Berthier. hier. mais il n'a pas reçu M. « Ce matin. une conférence particulière avec lord Wellington. une longue conférence avec le duc de Wellington. il irait ensuite en Aile- . de Vitrolles. que le duc de Wellington devait aller faire s a cour au Roi. dans ce moment . C'est aujourd'hui. on ne croit pas qu'elle se rende à cette invitation. Tout porte à croire que c'est M. Aujourd'hui. Le duc se trouvait chez lui. à midi. avec lequel il est resté près de trois quarts d'heure. a été introduit à dix heures auprès de lord Wellington. » « 10 mars 1818. Wellesley Poole et lord Fitz-Roy Sommerset ont eu également des entretiens particuliers avec le duc de Wellington. un M. de la garde royale. audience d u duc de Wellington. qui a eu cematin. — M. qu'il irait passer quelques jours à Londres. est un homme un peu plus grand que M. qu'on ne connaît pas autrement. « P. et lui ressemblant beaucoup. M. de Vitrolles. et que. des postes. etc. accompagné de ses aides de camp. Berthier de Sauvigny. — Le valet de chambre du duc de Wellington affirme avoir entendu sortir de la bouche même du duc qu'il partirait le 26 mars.LA POLICE ET LES ÉTRANGERS 65 midi. de Berthier. mais. MM.-S. vraisemblablement. Baring et Labouchère ont eu aussi. chez le duc de Wellington. Sir Charles Stuart. de Mézy. est très lié avec MM. à dix heures. à l'hôtel de la Reynière. Le général Woronzoiî a eu. comme on sait. de Paris. à trois heures. ce matin.

un à Carlsruhe. une mission secrète du prince Paul. Cruyckshanck est de retour. chez sir Charles S t u a r t . on n'avait point fourni de bulletins. deux à Genève.66 LA POLICE POLITIQUE magne. « Depuis quelque temps. du roi Jérôme. . a y a n t traversé une partie de l'Allemagne et de la Suisse. M. proche parent. et m ê m e de changer de nom « Voici quelques détails : M. avec des dépêches pour lord Castlereagh à Londres. Dans ces dix-huit jours. Il s'est arrêté deux jours à Bâle. et deux à Coblcntz. A Genève. qui concerne le prince Paul de Wurtemberg. par la raison qu'on les tirait en grande partie de son secrétaire. trois à Francfort. hier. puisqu'il a jugé utile d'en faire u n mystère. à petites journées. Go qui appuie ce dire. et y est revenu le 24. un courrier v e n a n t de Madrid. Son voyage a été. c'est qu'hier et aujourd'hui la plupart des chevaux de selle de lord Wellington se sont mis en r o u t e pour l'Angleterre. Il est arrivé. et offre ceci de piquant que l'agent employé à la surveillance de sa maison se vante d'être renseigné par le secrétaire de ce prince. trois à Lausanne. suivant toute apparence. depuis trois jours. soupçonné de bonapartisme. Cruyckshanck. ni de pièces du prince Paul. et elle a dû être fort importante. » Pour achever de caractériser les procédés de la police. Cruyckshanck est parti de Paris. par alliance. qui était en voyage. M. le 6 août. à la réunion des souverains alliés. on citera encore u n rapport. et le duc de Wellington à Paris. il a parcouru une grande étendue de pays.

qui voyageait aussi sous u n autre nom (et peut-être est-ce là le principal objet de la mission). il a v u un Français. Sir Charles Stuart. Des cadenas en secrets d e chiffres et de lettres o n t été . son valet de chambre.LA POLICE ET L E S ÉTRANGERS 67 il a eu plusieurs entretiens particuliers avec le prince royal de W u r t e m b e r g . A Bâle. il a eu une entrevue de cinq ou six heures de suite avec un W u r t e m bergeois qui semblait l'attendre dans une auberge. A Lausanne. Celui des observateurs qui dirige les autres tient du sieur Alonzo des détails circonstanciés qui expliquent l'extrême difficulté q u ' o n a à se procurer des pièces intéressantes : « Depuis le renvoi d u valet de chambre allemand Peppel. l'ambassadeur a pris des mesures t o u t e s particulières pour la sûreté de son cabinet. « il s'en trouve à peine quelques-unes qui m é r i t e n t d'être copiées ». qui représente à Paris la Grande-Bretagne. » Du reste. et deux autres de ses domestiques. mais avec lequel il paraissait avoir des affaires importantes à t r a i t e r . de sa chancellerie et en général de sa correspondance. est défiant et p r u d e n t . Alonzo. Bien qu'on ait acheté d e u x de ses courriers. dont il n ' a pas été possible de savoir le nom. mais. sous peu de jours. une note émanée des b u r e a u x de la police avoue qu'entre les nombreuses lettres dérobées par les observateurs. il est difficile de tirer de l'ambassade anglaise des renseignements certains. il en promet de plus précis. Cruyckshanck dans son -voyage). « Ce sont les seuls détails que l'agent puisse donner (il a accompagné M.

Le docteur Ritchies et le secrétaire Crosbies en ont seuls les clefs. le duc d'Angoulême dans la Vendée et la duchesse d'Angouleme dans le Midi.68 LA POLICE POLITIQUE placés à luutes les serrures. le duc de Berry dans l'armée. où personne n'entre plus que pour le balayer et le frotter. sur des débris de papier et de la . Il y a un meuble qui est entièrement rempli des rapports des agents de l'ambassadeur. — T o u t e la famille. chaque jour de courrier . 2° et que relativement aux autres. moque entièrement : 1° parce qu'il est établi que tous ceux qui y a t t a c h e n t de l'importance les viennent prendre eux-mêmes. président du conseil. simple feuille volante prise sur le bureau du ministre de Bavière. dévorée d'ambition. ministre des affaires étrangères. en présence de témoins. Marshall et Coucanon. Alonzo cite MM. Au nombre de ces agents. Darby. » Autre note édifiante. il lui importe fort peu qu'elles soient vues. assassin de Louis X V I . Quant a u x lettres particulières d'arrivée ou de départ. Chacun cherche à se faire un parti : le comte d'Artois dans la garde nationale. » Puis à la suite. semble unie et se déteste. Il y a noté ce qui l'a frappé dans des conversations qu'il a eues ce jour-là avec divers visiteurs et résumé plusieurs faits dont il désire entretenir le duc de Richelieu. à l'audience duquel il va se rendre. Les rapports de sir Stuart à son gouvernement sont dans le cabinet même de cet ambassadeur. Alonzo assure que l'ambassadeur s'en. On y lit entre autres réflexions : « Louis X V I I I .

n° 7. n° 14. — Mme Beaumont. on trouve une pièce qui dénote chez le diplomate bavarois des préoccupations peu diplomatiques. Le r a p p o r t allemand a-t-il été expédié? — Le duc d'Angoulême et ses alentours se sont rapprochés du ministère.. L'émigration est-elle défendue par le Code français? Et. n° 2. au huitième (toute seule). . — 2° un extrait de la dernière D. IC Ε E T LES ÉTRANGERS 60 main dudit comte de Rechberg : « . et qui lui sont garantis p a r les traités les plus récents. par le souverain. — Rue Saint-Honoré.. quand même elle serait défendue. ce me semble. pour que le duc de Leiichtenberg f û t dégagé des liens qui l'attachent encore à la France. n° 191. « Écrire à Rothschild. — Mme Le Roi. » Sur une autre feuille et toujours de la même main.I. « Communiquer au duc de R. — deux pièces autrichiennes . — Schœpf doit avoir la lettre de l'Anglais. elle peut. mais le comte d'Artois est t o u j o u r s le même. rue Grétry. — 3° lui témoigner le désir que S. la circulaire relative au duc de Leuchtenberg . Parler à Ray ne val de l'affaire du Né.. après avoir demandé à D. — Adèle Mariany. royale .. C'est une liste de filles galantes : « Rue Croix-des-Petits-Champs.. M. être accordée volontairement.... au deuxième. boulevard Italien. vendredi prochain.. veuille ne point reconnaître l'indivisibilité du grand-duché de Bade sur des parties duquel le roi de Bavière a des droits éventuels. — Détails ultérieurs sur la mission de Marmont à Lyon. Demander au duc de Richelieu quelle serait la marche à suivre. ou par exception. s'il dînera chez lui. Λ Ι'ΟI. : 1° p.. e.

rue du Faubourg-Montmartre. « Un nommé Boileau. pendant le congrès d'Aixla-Chapelle. les agents secrets sont en campagne. Cet homme. rue de Provence. rue de Gi'étry. q u e le roi de Prusse avait placé aux Tuileries en 1815.70 LA POLIGE POLITIQUE nip d'Hanovre. n° 21 (brune). n° 12. l'escalier à droite. cette réflexion sur le dernier emprunt contracté par le gouvernement français : « . — Mme Dubois. s'était fait renvoyer des Tuileries parce qu'on a eu des soupçons d'espionnage sur son compte. au troisième. — Mlle Antoinette Lurcher.. n° 5. — Mme Jardin. » E t sous cette liste. vient de rentrer au service d e ce souverain. Ils épient ses gestes. mêlés à ceux qui veillent à sa sûreté. rue d'Amboise. n° 11. η υ 3 à gauche (marchande de parfumerie près des Variétés). et des progrès qu'il a faits pour sa consolidation. le roi de Prusse arrive à Paris. rue de Γ Arbre-Sec. le suivent là où il va et achètent les indiscrétions de l'un de ses serviteurs. Clara. rue Saint-Marc. par l'entre- . — Mme Auguste. et l'on ne saurait alléguer une preuve plus positive de la confiance quo le gouvernement représentatif inspire en France. espèce de domestique. à la grille (paraît être la m ê m e que Mme Beaumont). au troisième. — Mme Élise Piot. n° 5 (de Manheim). — Melanie. rue Saint-Marc. rue Richelieu.. n° 9. n° 2. il y a deux ans. au retour du roi de Prusse à Paris. chez le portier. Cette facilité de faire des emprunts eût p a r u miraculeuse. au premier. I m m é diatement. — Mme Ponchon. à l'entresol. — Mme Schmidt. » Au mois d'août 1818. au quatrième (on traverse la cour pour m o n t e r l'escalier).

chez le général Rapp. se sont présentés pour avoir audience du roi. et il est m a i n t e n a n t le seul en qui le roi ait pleine confiance pour porter ses lettres et faire ses commissions secrètes . l'ancien aide de camp de Napoléon. il est l'unique qui ait le droit d'entrer dans les appartements de Sa Majesté. quelques jours avant. on a entendu le roi causant avec son . « Ce Boileau est parfaitement connu à l'ambassade prussienne comme un espion a u x gages de la Prusse . On est parvenu à faire lier un agent avec ce Boileau et on le suivra de près. L e roi a fait distribuer à ces sous-officiers une assez forte somme d'argent.LA P O L I G E ET L E S ÉTRANGERS 71 mise du baron de Humbolt. « Il y a deux jours. « Le soir. le roi de Prusse « a fait dans le plus strict incognito quelques excursions galantes. Elle les a beaucoup questionnés sur l'esprit des militaires français et surtout de la garde royale. Il a eu même l'effronterie de dire que Sa Majesté lui avait promis de le faire rentrer au c h â t e a u des Tuileries et de lui faire donner la charge d'huissier. » Il est allé aussi rue Plumet. Boileau les a introduits et est parvenu à leur donner accès jusqu'auprès de Sa Majesté. etc. et leur a fait espérer qu'il les recevrait encore. qui les a accueillis avec bonté. et qu'il les avait bien méritées par les services qu'il lui a rendus. » C'est probablement par ce Boileau q u ' o n apprend le 23 août que. sur leur dévouement au gouvernement des Bourbons. enfin. que l'on dit Prussiens d'origine. il a eu l'indiscrétion de se v a n t e r d'avoir les bonnes grâces du souverain prussien. des sous-officiers des 3 e et 6° régiments de la garde royale.

et dont on n'a pu entendre le sens. le baron Binder a enfermé dans cette cassette une lettre cachetée. O n pourrait dire. « Il y a toujours une sorte de scission entre le baron Vincent et le baron Binder. que le baron Vincent dirige la partie honnête de l'ambassade. en les leur laissant pendant le temps qui leur est nécessaire pour les copier. et le b a r o n Binder la partie d'intrigues. « Hier encore. de Talleyrand. Cette correspondance p a r a î t ignorée du baron de Vincent . adressée au prince de Metternich selon la description que le domestique a fait du cachet de cette l e t t r e . Ce dernier écrit t o u j o u r s dans sa chambre ses lettres prticulières au prince de Metternich. lesquelles propositions n'auraient point été entièrement rejetées. que dirige comme ambassadeur le b a r o n de Vincent . en quelque sorte. chancelier impérial. baron Binder. qu'il communique aux agents. en rappro- . A celle d'Autriche. » Vers le même temps. depuis qu'il est t o m b é du pouvoir. mais cependant sous des conditions expresses que ce général a posées. la police opère avec persévérance dans les ambassades. correspond secrèt e m e n t avec le prince de Metternich. On le sait p a r son valet de chambre. elle croit découvrir la preuve que M.72 LA POLICE POLITIQUE ambassadeur de manière à faire croire qu'il a été fait des propositions au général R a p p p o u r prendre du service en Prusse. qui en est l'intermédiaire. qui procède à des rafles parmi ses papiers. c'est le premier secrétaire. et il renferme soigneusement t o u t ce qui a rapport à cette correspondance d a n s une cassette à serrure extraordinaire.

de Talleyrand ne sont jamais apportées à l'hôtel . dans le temps. « Les lettres de M. de Talleyrand et le prince de Metternich n ' a pas discontinué depuis la première lettre de ce dernier. Elle a trait au procès en divorce que la reine Caroline d'Angleterre vient d'intenter au roi son mari.LΛ POUCE ET LES É T R A N G E RS 73 chant le fait des circonstances antérieures. de Binder les a (comme celle d'hier) sur lui. Les feuilles publiques de Paris. et une communi- . de Talleyrand. Nous lui devons un volumineux dossier do rapports diplomatiques et de lettres d'hommes d ' É t a t duquel. a m b a s s a d e u r d'Autriche à Londres. du 10 juin. Je suppose qu'Ello a u r a attendu pour m'écrire d'être plus à même de juger du genre do mouvement que l'arrivée de la Reine peut produire à Londres. on ne p e u t l'attribuer qu'à M. et l'on a des raisons de croire que c'est chez Mme Aimée de Coigny. Il paraît même constant que la correspondance entre M. pour finir. le dernier courrier hebdomadaire do Pnris ne m ' a point apporté de dépêches de Votre Altesse. qu'on a communiquée. écrite en juin 1820. « Mon Prince. » Cotte surveillance des ambassades durait encore on 1820. Cette lettre est officielle. de son château de Kœnigswarth et adressée au prince Paul Esterhazy. ot d'après d'autres indices. nous détachons la lettre suivante de Metternich. les dernières que j'aie reçues. lorsqu'il rentre. Il faut donc qu'il les prenne lui-même quelque p a r t . M.

Les sacs verts ont été déposés au Parlement . Sa Majesté Impériale forme les v œ u x . Mais. c'est le scandale qui j a m a i s ne devrait s'attacher au trône. ils s a u r o n t le réclamer avec cette force et cette vigueur qui seules tirent des mauvais pas. L'entrée seule de la souveraine d ' u n grand empire à Londres avec un homme tel que Wood. et il est aussi peu donné aux reines qu'au reste des humains de s'enfoncer dans la fange sans se couvrir de boue. de vous recommander de \ r ous vouer dans t o u t le cours du procès au rôle le plus passif. me prouvent que la reine a été accueillie par les radic a u x avec des honneurs dignes de la souveraine et de ses sujets. s'il est impossible de ne pas reconnaître que le Roi et son gouvernement ont poussé aussi loin que possible la longanimité. et bien moins encore dans un temps tel que le nôtre. Le Roi ne peut être en doute sur la manière d o n t l'Empereur juge et sa position et l'ensemble de l'affaire. le seul qui puisse convenir au représentant d'une grande puissance. L'attitude du roi doit gagner par ce fait et se renforcer dans l'opinion générale. ils doivent m e t t r e un terme à t a n t de scandales. il faut espérer que le jour où le gant a été jeté par la Reine elle-même. « Il serait inutile. « Ce qu'il y a de plus malheureux dans l'affaire. mon Prince. la ravale à son véritable niveau.74 LA POLICE POLITIQUE cation de lord Stewart qui m'est parvenue hier. J'avoue que je partage entièrement la conviction du Gouvernement que mieux a valu laisser prendre l'offensive à la Reine. sans doute.

U n e baronne. Elle déplore ce qui.LA P O L I G E ET LES ÉTRANGERS 75 1rs plus sincères pour q u ' u n succès complet couronne le bon droit . qui approche de très près le roi. mon Prince. Cet individu les communique directement à Son Excllence. niais. t a n t les pièces officielles que celles que les p a r t i s a n s d u désordre s'empresseront sans doute également de m e t t r e au jour pour défendre leur cause désespérée. « Veuillez. Il reçoit pour ce service quarante livres sterling p a r mois. s'il faut en croire la note suivante : « On a la certitude que les rapports que les divers ministres font à S a Majesté sont sur le champ transmis à l'ambassadeur anglais. dans le procès. Elle se consolera de ce qui tourne à la défaveur de tous les trônes par le succès d'une enquête désormais impossible à éviter et par le bien qui devra résulter du fait même que le scandale trouvera un terme. remet copie de tous les rapports. tirait habilement vengeance des procédés dont les gouvernements étrangers usaient au même moment c o n t r e la Restauration. qu'il partage avec la personne dont il tient les rapports. » On peut voir p a r ces pièces comment la police française de cette époque. » . même des plus secrets. élevée et dressée à l'école de Fouché. à un Anglais qui habite la France depuis longtemps. vous expliquer dans ce sens vis-à-vis de lord Castlereagh et m'envoyer au fur et à mesure t o u t e s les pièces qui paraîtront dans le cours du procès. est inévitable .

les lisait en les t r a d u i s a n t de l'allemand et en prenait copie. celle qu'on appelait la Saxonne. qui les réexpédiait par la poste. seconde femme de Ferdinand VII. elle confiait ses lettres au courrier diplomatique qui partait régulièrement de Madrid pour Paris à l'adresse de l'ambassadeur duc de F e r n a n Nunez. encore qu'il n'y fût guère question de politique. à qui elle les adressait. . Celui-ci les remettait aussitôt au b a r o n d'Uchtritz. peu de temps a v a n t la mort prématurée de cette princesse. le Cabinet noir met la main sur une suite de charmantes lettres de la jeune reine d'Espagne.IV Entre temps. nièce du roi de Saxe et fille du prince Maximilien. C'est à ce moment que le Cabinet noir s'en emparait. Elles forment u n piquant tableau de la cour d'Espagne en même temps qu'elles révèlent dans la frêle enveloppe de cette petite reine une âme délicieuse. Elles sont écrites en 1819 et 1820. enfantine et candide. et les communique à la police sans qu'on puisse d'ailleurs comprendre l'utilité de cette communication. Quand elle écrivait à son père à Dresde. ministre de Saxe.

à l'exception de la bonne Ceralho. ni si gênée avec lui. de soupers et de cercles en usage chez nous . le même cas existe peut-être actuellement à son égard. ce que vous entendiez par ce m o t ? Car vous n'ignorez pas l'embarras dans lequel je me trouvais. Les dîners ont toujours lieu en famille. je vous prie. je lui demande son avis sur tout ce qui m'embarrasse. de mon côté. — « Mon cher petit p a p a . dont F r a n - . 13 novembre. Je me retrouve à Madrid. Eh bien. et. je cherche à faire. Pendant le dîner. t o u t ce qui peut lui être agréable. Quoiqu'il ne soit pas Allemand. dites-moi donc. « Il n'est point question de table ouverte. dans nos tête-à-tête. comme chez nous. Il est pieux et chrétien. mais. « Vous me recommandiez d'être tendre avec lui . sous ce rapport. Il y a cour deux fois la semaine. Cependant. et je suis avec elle dans la plus parfaite intelligence. Après la promenade. et il dit que je suis pour lui son bon ange. je ne vois plus personne. comme je vous l'ai déjà exprimé.POLICE ET LES ÉTRANGERS 77 Madrid. Je commence à ne plus être si embarrassée. quelques dames seulement sont admises journellement à baiser la main. lorsqu'on cherchait à me flatter. nous j o u o n s ensemble. aujourd'hui. Madrid me paraît être d é j à ma ville natale. et a u t a n t d'audiences diplomatiques. qui passe encore quelques moments auprès de m o i . il m e considère et m'estime bien plus qu'au commencement. Le Roi est m a i n t e n a n t beaucoup plus familier avec moi qu'il ne l ' é t a i t d'abord. il règne ordinairement beaucoup de gälte provoquée par u n e foule de bons mots. et je me trouve tout à fait à mon aise.

Les quatre Azafatas sont : Justa. mais que je réserve pour la semaine prochaine. pour le détromper. Faites-moi la grâce de dire mille choses affectueuses à t o u t le monde. en s'apercevant que la fumée de son tabac atteignait ma figure . et me plaçai directement d e v a n t lui. Mes dames d'honneur. Il mérite incontestablement d'être admis dans le célèbre Triumvirat. « J'aurais encore bien des choses à vous raconter. J u s t a est très spirituelle. quoique très jeunes. Tanarès et Jacinta. Il parut fort sensible à cette attention de ma part. au moment même où il était impossible de détourner une bonne bouffée de tabac qui venait de . « Les personnes de m a suite sont toutes très civilisées . et n'en fus nullement incommodée. « L ' a u t r e jour. les Camerillas. car . non plus que les sept Musas de retreta. à l'exception de Ceralbine. le Roi craignit de m'incommoder. Elles sont au nombre de quatorze. « Devineriez-vous les deux duetto que je chante actuellement? ce sont : Là si àarem la mano. mais. Celle qui m ' a reçue à I r u n s'appelle Joachima Aleson. je me levai précipitamment du canapé. et la dernière de Figaro : Sensale mi se mento. J e connais encore à peine ces quatre duègnes. ne sont pas plus connues.78 LA P O L I C E POLITIQUE cisco Antonio a t o u j o u r s provision. Celles-ci et deux camerillas assistent ordinairement au souper. Je la reçus tout entière. Priez pour moi et soyez convaincu de mes tendres sentiments à votre égard. ont des manières très distinguées.s'échapper de sa bouche. de Don J u a n . Sarclez.

et je suis persuadée que vous la lirez avec affection. Cette lettre vous parviendra sûrement. que j'en éprouve un malaise. « Madrid.LA POLIGE ET L E S ÉTRANGERS 79 j'ai été tellement obsédée ces jours derniers. Quand nous serons réunies. la famille et les appartements. je prends la plume p o u r vous témoigner mes tendres sentiments. parfaitement de votre goût. 15 novembre 1819. — Ma très chère sœur. « Votre enfant.S. nous ferons toute sorte de petits jeux. et que manquera-t-il alors à notre bonheur? Je vous prie en grâce que cette douce espérance se réalise bientôt. j'en suis sûre. et il me semble ressentir les rayons du soleil de la Saxe. « P. Mon plus grand désir est d e vous voir ici . nous nous divertirons de mille manières. nous nous reposerons sur un canapé. dans la pièce a t t e n a n t à la serre chaude du château . Mais aujourd'hui je me sens un peu mieux. Madrid est à mes yeux comme si j ' y avais passé toute m a vie. « Je souffre dans ce m o m e n t d'une terrible indigestion qui aura été probablement occasionnée par la légèreté de mes vêtements. Parfois il m e prend une espèce de «héimvé». la petite Reine écrit à sa s œ u r et a u r o f d e Saxe son oncle. e t j'ai même été forcée de consulter l a Céralbine qui est très bonne personne. — Dois-je écrire aussi à la Reine? » En même temps qu'à s o n père. .. maladie du pays. tout serait. la ville.

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« Je crains que vous ne soyez plongée dans l'ennui et d a n s la tristesse, car je sais que, entre nous frères et sœurs, nous étions tellement unis, que nous nous suffisions réciproquement, p o u r nous rendre le t e m p s agréable. Vous avez, à ce que j'ai appris, fait preuve de vos talents dramatiques, et je vous en fais mon compliment. « La journée d ' a u j o u r d ' h u i est une fête, c'està-dire celle de Saint-Eugène, qui est le p a t r o n de Tolède. Il y a peu de jours, A... me répétait encore que les dames qui allèrent dernièrement au combat des taureaux, avaient répondu bien gaiement aux personnes qui leur demandaient : Où allez-vous? Alos toros, alos toros! mais q u ' a u retour elles répondirent bien tristement à la même question : Alos toros; alos toros : de los toros. « Nous sommes allés visiter le musée où il y a une infinité de très beaux tableaux. « Priez p o u r moi, et croyez-moi votre s œ u r . » « Madrid, le 15 novembre 1819. — Mon très cher oncle. La bonté avec· laquelle vous avez bien voulu recevoir mes premières lettres autorise ma hardiesse de reprendre la plume, pour vous remercier, mon très cher oncle, de vos gracieuses réponses qui me prouvent que l'absence n'a point affaibli l'intérêt que vous avez toujours daigné prendre à moi, les bontés paternelles que vous m'avez témoignées dès l'enfance, et dont la continuation contribuera t a n t à mon bonheur. « C'est en vous d e m a n d a n t cette continuation et en vous assurant de m o n profond respect avec lequel, etc. »

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Toutes les lettres qui suivent sont adressées par la reine à son père. α Madrid, le 24 décembre 1819. — Je n'ai rien à vous mander d'intéressant aujourd'hui, mon très cher père, et je sens néanmoins la nécessité de vous écrire, quand ce ne serait que pour vous remercier dos livres que vous m'avez envoyés, et que je viens do recevoir. Nous éprouvons, en ce moment, un froid très vif, et les cérémonies de la fête de Noël n'en ont pas moins commencé ce m a t i n à neuf heures, pour se prolonger jusqu'à deux heures de la nuit. « Je chante maintenant espagnol, et j'ai conçu beaucoup d'affection pour une de mes caméristes nommée Vicenta Maturana ; elle est poète, et s'exprime avec grâce. La première fois que je vous écrirai, j'enverrai à Amélie un morceau de sa composition. « A propos de Viccnta, je me rappelle que je vous dois une description exacte des personnes de ma suite. « Vous connaissez maintenant toutes les bonnes qualités de la Ceralbo : j'ajouterai que ses compagnes sont très disposées aux habitudes religieuses, et que j'en suis satisfaite. « Toréjas est un honnete homme. Villa-Franca est très religieux et très v e r t u e u x ; et quant à Pinos, qui est le premier conseiller de la cour, je n'en veux t r o p rien dire. J'ajourne aussi m a façon de penser sur le compte de quelques autres. « A l'exception de la Ceralbo, je ne connais pas
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encore bien particulièrement toutes mes dames d'honneur, mais je suis prévenue en leur faveur. Justa est pieuse, très spirituelle, et me raconte beaucoup d'anecdotes qui me font plaisir ; Anne Parden est une bonne vieille, un peu dure d'oreille et commère, et Marcella ressemble en t o u t à la précédente, si ce n'est qu'elle est plus bavarde. ο Je reprendrai avec vous cette conversation, si elle vous est agréable, et je vous engage, m o n très cher père, à prier pour moi, et à croire à tous mes sentiments pour vous. » « Du 26 décembre 1819. — Je continue mes détails sur les caméristes : « Salto-mayor est une jeune personne fort tranquille, et qui a reçu une éducation très soignée. Joachima Aleson est très vive et zélée ; elle m'accompagne dans tous mes voyages. Termina Velesco est extrêmement agréable et gaie. Charlotte Velesco m'amuse infiniment parce qu'elle est un peu niaise. Lorenza Illier est charmante et timide. Ignacia Orbestando a quinze ans, de la gaieté. A r n f a t , qui a un caractère heureux, danse aussitôt qu'on l'exige. Ce que je puis dire, c'est que toutes ces dames ont été très bien élevées. « Dernièrement au souper, il était question des apôtres, et j'eus occasion d'approuver J u s t a qui s'écria : « — Que notre religion est belle et sublime ! elle « v a u t bien mieux que toutes les autres ! » « J ' a i flatte adroitement les personnes de ma suite, en leur disant l'autre jour que je me trouvais

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aussi bien parmi elles que si j ' y étais d é j à depuis dix ans. Priez p o u r moi. » « Du 27 décembre. — J ' é p r o u v e , ce soir, u n peu de fièvre, et c'est ma f a u t e parce que le jour de Noël, j'ai couru à pied, et t r è s légèrement vêtue, d'église en église. Le froid est t o u j o u r s rigoureux. On soupe ordinairement, le 25, à une heure avancée de la nuit, et pour ne pas déplaire au Roi, je ne l'ai pas quitté, quoique je fusse d é j à indisposée. « J'ai l'intention de fonder u n couvent à Madrid, et d'en donner la direction à J u s t a . « La journée d'hier a été très e m b a r r a s s a n t e pour moi. C'était l'anniversaire de la mort d e celle qui m ' a précédée sur le trône, et il y avait deuil à la cour. J'ai éprouvé une impression pénible, et le Roi s'en est a p e r ç u ; mais, je ne craignais p a s qu'il se fâchât d ' u n s e n t i m e n t si noble. « L ' I n f a n t e était le soir assez triste, q u o i q u e son enfant, qui a été malade, soit en convalescence. Je lui ai témoigné la p a r t sincère que je prenais au malheur qui lui a ravi u n e b o n n e sœur, et je lui ai offert t o u t e mon amitié, c o m m e une faible consolai ion. Votre e n f a n t . » « Madrid, Le 6 janvier 1820. — Mon très cher papa, j'ai reçu, hier, le p a q u e t qui contenait vos lettres qui me sont si chères, et je les ai à peine lues que je m'empresse de vous répondre. Tout, ce qui m'entoure ici me fait plaisir. Je suis particulièrement c o n t e n t e de mon confesseur qui n'est pas un homme p a r t r o p scrupuleux, qui a un t o n aisé et

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avec qui je ne suis jamais embarrassée. Je fais d'ailleurs lout mon possible pour me gagner entièrement l'amour des personnes de m a suite. Quand j'ai quelque ordre à leur donner, la Ceralbo me sert d'intermédiaire, et je lui r e c o m m a n d e toujours les procédés les plus délicats. Elle s'en acquitte fort bien et je lui en témoigne souvent m a satisfaction. « Je tiens scrupuleusement, par exemple, à ce que les caméristes soient mises décemment. Dernièrement, l'une d'elles n'était pas v ê t u e comme je le désirais ; mais, ne voulant pas m ' e n rapporter à mon goût ni à mon jugement, je consultai à cet égard la Ceralbo, qui fut tout à fait de mon avis, et je l'engageai confidentiellement à lui faire des représentations sur la manière dont elle s'habillait, sans laisser apercevoir à cette dame d'honneur que de tels avis vinssent de m a part. C'est en agissant aussi prudemment, et en n e disant jamais rien de désagréable que je dois d'être aimée, t o u t en faisant mes volontés. « J'ai grand soin, d'un autre côte, que mes caméristes ne se mêlent pas de politique, et qu'elles ne sachent que précisément ce qu'elles ont besoin de connaître. Il y a quelques jours, a u déjeuner, la conversation roulait sur un objet i m p o r t a n t , et, craignant qu'elle ne déplût au Roi, j e la fis cesser. Il venait, dans le moment, d'éviter une réponse, et plus tard, quand nous sortîmes en voiture, il me confia ses intentions. Le lendemain de cette affaire, je me fis suivre à la messe par les caméristes, ot j'ordonnai aux azafatas de servir le Roi et de rester près de lui.

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« Adieu, mon très cher papa, je vous embrasse en espérant que vous priez p o u r moi, et que vous êtes persuadé des sentiments sincères de votre enfant. » « Madrid, 11 janvier 1820. — Ne m'en voulez pas, mon très cher papa, à cause du format de m a lettre ; je suis obligée de me servir de la première feuille de papier qui me tombe sous la main pour ne pas retarder le désir que j'éprouve de vous écrire. « Ma frayeur vient d'être grande, mais, Dieu merci, elle n'a pas eu de suites funestes pour moi ! Les nouvelles que nous avons reçues (1) étaient bien fâcheuses, et j'en ai été mélancolique jusqu'à présent. La Geralbo elle-même en est indisposée, de sorte que, lorsque Sa Majesté n'est pas près de moi, je reste t o u t à fait seule. Je fais mille réflexions et je finis p a r avoir mal à la tête. Du reste, je vous prie de ne pas concevoir la moindre inquiétude. Je pense bien souvent à vous, et au bon Paulo qui m'engage sans cesse à repousser m a timidité, et à éloigner les craintes qui m'occupent. « Demain, nous avons à la cour une cérémonie assez singulière, celle des almohadas. Les femmes des grands d'Espagne et leurs parentes s'asseyent en cercle et par terre sur des coussins, et, à un signal que moi seule puis donner, elles se lèvent pour se rasseoir bientôt. On introduit alors de nouvelles dames que je reçois et que je place aussi. Le reste de cet enfantillage est aussi bizarre que ce que je
(1) Relatives au mouvement révolutionnaire de Cadix.

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viens de vous apprendre, et ne doit guère fixer votre attention dans ce m o m e n t . « Je vous quitte pour peu de temps, mon très eher papa. Je suis préoccupée. Λ demain. » « 12 janvier. — La cérémonie ridicule est terminée, et il se fait déjà Lard. Je ferai en sorte d'écrire demain à T. M... Si cela n'est p a s possible, je profiterai sûrement du premier courrier qui partira. « Il faut que demain j'assiste aux prières de quarante horas (quarante heures) que l ' o n dira à propos des événements. La Ceralbo m'accompagnera et le saint Sacrement sera exposé. Je n'ose vous en dire davantage aujourd'hui, et j e vous embrasse en faisant des v œ u x pour que v o u s vous portiez bien. « P.-S. — Comme je ne puis pas être toujours sérieuse, je vous dirai que j'ai acheté u n très joli nécessaire que j'ai donné à J u a n pour étrennes, au lieu d'une bague que je lui avais promise. Adieu. » « Du 18 janvier. — Mon cher papa, j ' a i passé la journée d'hier bien tristement ; le Roi se portait bien mal ; mais, ce soir il va beaucoup m i e u x . Les médecins n ' o n t pas quitté son a p p a r t e m e n t , et moi, q u i ne suis point accoutumée à me t r o u v e r en pareille société, je n'en suis presque p a s sortie, parce que je suis bien aise de voir de mes propres yeux, et que je ne m'en r a p p o r t e pas à t o u t ce que disent ces Messieurs. « Hier soir, je me suis trouvée seule avec le Roi ; mais, je me suis conduite de manière à ne pas

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aggraver son mal ; nous nous sommes bien amusés, jusqu'au moment où les médecins sont revenus. Maintenant, je suis tout à fait rassurée sur la santé du Roi. La Ceralbo est aussi sérieusement indispusée. Je ne l'ai pas vue, depuis d e u x jours. α Si je n'avais suivi que ma p r o p r e inclination, je n'aurais pas voulu quitter le lit de mon époux, pendant toute sa maladie ; mais, j'ai cédé a u x justes observations que l'on m'a faites, q u e le bien du Roi, l'intérêt de la nation et ma propre s a n t é exigeaient que je me ménageasse, dans ma situation actuelle. « Mon confesseur me disait hier : « — Votre Majesté devrait se m e t t r e au lit ; Votre Majesté devrait se ménager p r é s e n t e m e n t , etc. « — Ali 1 ah ! me suis-je dit à moi-même, voilà encore quelqu'un qui cherche à a p p r o f o n d i r la vérité ! « Mais la chose est encore trop incertaine. Que tout se fasse suivant la volonté suprême. α II y a peu de jours, le Roi m'a fait présent d'une robe de mérinos et de deux cachemires. Le Roi me dit, l'autre jour, é t a n t avec lui à l'église, a u milieu d'une foule d'assistants, de m'asseoir ; mais, je n'en lis rien, autant par motif de dévotion q u e par respect, etc., etc. Je suis restée à genoux, aussi longtemps que j'ai pu résister à cette fatigante position. « Vous me demandez, sur votre dernière lettre, pourquoi je me tourmente sans cesse de l'idée que je dois bientôt mourir. Je n'ai pas d ' a u t r e s raisons à vous alléguer que celle de ma profonde mélancolie que je n'ai encore pu dissiper depuis que je

« Nous avons eu ici. sans date. et je me confie absolument et uniquement en la sainte garde de Dieu. « Les lettres de Caroline ne me sont point parvenues . Mais. .88 LA 1 OL I C E » POLITIQUE vous ai écrit. M. duchesse de Saxe. q u a n d on est dans la position où j'ai l'espoir de me trouver maintenant. et c'est ainsi que les jours se sont écoulés. Adieu. . c'est q u ' o n me répète qu'on est sujet à cet é t a t de langueur et de tristesse. » L a dernière pièce de ce dossier est une lettre à la princesse Marianne. un saltimbanque qui nous a récréés par u n g r a n d nombre de tours qu'il a exécutés avec beaucoup d'adresse . l'indisposition de mon époux en est la seule cause. il nous a tous étonnés p a r un escamotage qui a rempli tout à coup le salon d ' u n e foule d'oiseaux. a y a n t été forcée de passer la plus grande partie du temps auprès de lui. F. « Pardonnez-moi si je ne vous ai point encore remerciée de vos félicitations pour la nouvelle année . et j'en fus entourée d'une telle quantité que je n'eus d'autres moyens de m'en débarrasser qu'en m'esquivant à travers les chaises. mais. mais le t e m p s me m a n q u e . J'avais formé la résolution d'écrire une très longue lettre à Ch. Ce qui me tranquillise parfois. Je ne voulais ni ne pouvais le laisser seul. entre autres. je commence à ne plus me livrer à ces craintes. en m'enlevant tous mes loisirs. Ce serait donc cette cause naturelle qui aurait p r o d u i t chez moi le3 tristes pressentiments auxquels je m'abandonne souvent. et puis je ne saurais écrire longtemps. priez pour votre enfant. dimanche dernier. j'en ai reçu plusieurs de Marie.

des s œ u r s et d'autres parents. Veuillez donc bien m'excuse?· si je termine si brièvement ma lettre. nouées a u congrès d'Aix-la-Chapelle. p a r exemple. et sans doute ignorèrent-ils t o u - . un jour. et v e n a i e n t de commencer quand. et. d'un certain Carca. le soir même. Je n'en fis rien. Ces relations s'étaient. les a m a n t s avaient dû se dire adieu : la comtesse de Lieven pour rentrer à Londres. « J ' a v a i s l'intention de vous écrire bien plus longuement. A v a n t de se séparer. On me parlait. sur les moyens d'existence des gens qui s'y présentent : je m'informe s'ils o n t fie la famille. » A l'époque où le Cabinet noir violait ainsi le secret des confidences filiales de la jeune Reine.. mais le temps no me le permet p a s . « Adieu. votre fidèle enfant. la police devait à la vénalité des courriers diplomatiques d u gouvernement autrichien de découvrir la liaison de la comtesse de Licven. comment ils s'appellent. etc. je reconnus q u e j'avais eu tort. car j'entendis le Roi qui fit précisément la même demande en ma présence. et Metternich p o u r retourner en Autriche. femme de l'ambassadeur de Russie en Angleterre. avec le prince de M e t t e r nich. On me fit l'observation que j'aurais dû lui faire ces différentes questions. etc. qu'il avait des frères. chancelier d'Autriche. le Congrès fini. ils avaient pris toutes leurs mesures pour s'écrire librement et sûrement. ce que j'ignorais. On m'apprit.LA P Ö L I C H KT L E S Ii Τ H A N G Κ I » S SO « Je questionne fréquemment le roi et différentes personnes de la cour. que je croyais n'avoir personne à sa charge.

a y a n t épousé. H a c h e t t e et C'e. Malgré t o u t . m o r t . cependant. la jeunesse et la coquetterie de la femme. installée à Paris. le m a r i de la fameuse princesse. et je ne le rappelle ici que p o u r mémoire (1). était la princesse Bagration. et qui a v a i t changé son nom hébreu d'Asoud en Bagratide o u Bagration. L a famille en laquelle il l'avait fait entrer est illustre en Russie. des blessures qu'il avait reçues à la bataille de Borodino. Bagrat descendait de ce monarque.90 LA POLICE POLITIQUE jours que leur correspondance avait été surprise dès ses débuts et que le secret de leurs amours n'en était plus un. les Bagration (Bagratides) se flattent de remonter au roi David. Paris. quelque mystère plane sur ces lointaines origines. et la filiation régulière n e commence qu'avec Achot. mort en 773. D'origine juive. sa b e a u t é dont elle était si vaine. Vingt a n s de différence entre les époux. envoyait l'un d'eux en Russie. grand-père du général Bagration. ne constituaient (1) Voir mon livre : A travers trois siècles. les fréquentes absences du mari presque t o u j o u r s à la guerre. Une autre belle étrangère. le 7 septembre 1812. le roi Jesseï. père de plusieurs enfants. Elle était née comtesse Skavronski et alliée à l'empereur Paul I er . édit. Contracté vers 1800. dont la police surveillait la maison. Dix siècles plus tard. qui l'avait. un d e ses successeurs. la fille du roi de Géorgie. . auquel il succéda. vers 1725. en 575 après Jésus-Christ. mariée. J ' a i raconté ailleurs ce piquant épisode. veuve du général russe. le mariage n ' a v a i t pas été heureux. C'était Alexandre Jesseïvitch.

d ' u n blond doré. P a r t o u t où elle passe. Dès 1807. fait sensation. dont une miniature d'Isabey nous a conservé l'image. ses yeux bleus. Tous ceux qui ont p a r l é d'elle. il sollicite l'intervention de l'Empereur. la myopie qui rend son regard incertain. je doute fort que j ' y réussisse. Alexandre écrit à son ambassadeur à l'effet de faire revenir l'épouse volage. en use et en abuse. De guerre lasse. elle était d é j à à Carlsbad. et de grâce andalouse . Capellini. Je ne l'ai plus trouvée ici . l'ambassadeur répond : « J ' a v o u e à Votre Majesté que le prince Bagration m'embarrase beaucoup en v o u l a n t que je lui envoie sa femme. où le vieux duc de Weimar s'est beaucoup occupé d'elle. dit l ' u n d'eux. Quel que soit le langage que j'emploierai. à Vienne. qui est aussi son médecin. sa beauté. à Carlsbad où. Le 14 septembre 1807. à en croire Goethe. tout contribue à faire d'elle une véritable ensorceleuse de cœurs. On m ' a dit a u j o u r d ' h u i qu'elle veut. qu'alors qu'elle est à Vienne. on la trouve éloignée du domicile conjugal. sa blancheur d'albâtre. et enfin son caractère entreprenant. la dépeignent comme douée d ' u n charme irrésistible : un mélange de mollesse orientale. elle retournera immédiatement à Vienne. elle en connaît la puissance. elle est le centre d'une société exquise. Ses cheveux soyeux et blonds. C'est en vain. aller le voir d a n s sa résidence et jusqu'après y être restée un ou d e u x jours. le nuage de gaze d o n t elle s'enveloppe. sa figure expressive. Elle reste sourde à son appel.LA P O L I C E ET L E S KT H A N G E R S 94 pas des éléments de bonheur. trouve . p a r réciprocité. son m a r i l ' a d j u r e de rentrer en Russie.

Enfin. En ses dernières années. Metternich aurait été très amoureux . un peu plus tard. elle l'épouse. où. Mais. En 1832. la princesse Melanie de Metternich. à l'en croire. 11 est très vrai qu'elle fait des dépenses e x t r a v a g a n t e s dont tout le monde s'étonne et rit . dans son Journal. je crains qu'elle ne nous écoutera pas . il f a u d r a l'y forcer en coupant court a u crédit qu'elle a p u se former ici et en ne lui envoyant plus d ' a r g e n t . lord Howden. elle se plaira à raconter ses succès féminins d'autrefois. on la revoit. A Vienne. Elle y reçoit ses compatriotes. elle tient maison ouverte et donne des fêtes sans y être forcée et personne ne lui en a d'obligation. elle est à Paris. elle y épousera le général anglais Caradoc. elle se fixera définitivem e n t . » Les choses traînent ainsi jusqu'au jour où la m o r t de son mari la rend complètement indépend a n t e . dép l o y a n t en toutes choses un luxe raffiné. « Ses toilettes et ses équipages étaient d'une originalité inouïe ». en 1819. alors. écrit. donne des fêtes en l'honneur de son souverain. κ son é t a l de santé très alarmant . Je veux employer Capollini pour m'aider à lui faire naître l'envie de ne plus apporter de délai à son retour en Russie. qui a trente ans de moins qu'elle . a y a n t mis bas ses voiles de veuve et plus p i m p a n t e que jamais. p e n d a n t le Congrès. mais sans consentir à vivre sous le même toit que lui et à porter son nom. sa maladie consiste dans un grand dérangement dans les intestins . Entre autres anecdotes qu'elle répète.LA POL ICI·: POLITIK ι. il y a celle-ci : au ( congrès de Vienne. elle en souffre à présent et doit en craindre de très mauvaises suites pour l'avenir. en 1815.

ambassadeur de Russie. qui haussa les épaules en disant : — Le diable m'emporte si je lui ai jamais rien demandé. mais en en exagérant l'usage. elle recourt aux mêmes artifices que Jézabel. Capo (l'Istria. et elle demeure maintenant rue Lepelletier. elle ne désarme pas . Lorsqu'elle meurt. Mais. Voici quelques premiers détails donnés par l'observateur de cette maison : < La princesse est très mécontente de M. un courrier venu par Bruxelles est arrivé chez le général Pozzo di Borgo. Telle est la femme. et bien que l'âge l'ait ravagée. a déjà refusé deux de ses invitations. 14.LA POLICE ET LES K T ü Α. qui. une véritable caricature. en 1856. On a formé une liaison chez la princesse Bagration. rue de La Ville-l'Évêque. mais (1) Le propos fut répété à Metternich. U n jour même. il y a beau temps qu'elle n'est plus qu'une fée Carabosse. peinte. au comte Potocki. Elle vient de céder son appartement. suivant elle. La princesse Bagration s'attendait que ce courrier apporterait une lettre pour elle . elle s'obstine à ne vouloir pas vieillir. dont on se p r o m e t de bons résultats pour l'avenir. « Ce matin. de répondre : — Une femme qui s'est refusée au duc de Wellington ne se donnera pas au prince de Metternich (1). et pour réparer des ans l'irréparable outrage. teinte. croit devoir surveiller la police. il serait devenu très pressant et elle. disait-il la vérité? .Ν ( i E H S 93 d'elle. q u ' à partir du mois de mai 1819. outrageusement fardée. A l'époque où de telles anecdotes ne sont plus pour elle qu'un lointain souvenir.

la maréchale Soult. la comtesse de Carne ville.9·ί LA POUCE POLITIQUE il paraît qu'il n'en avait pas. Elle prend du plaisir à rappeler son séjour à (I) V e u v e du général Moreau. la princesse de V a u d é m o n t . à qui Lotiis X V I I I a v a i t conféré le titre de maréchale. d'après ce qu'il a e n t e n d u dire à l'un des secrétaires de l'ambassade russe. Ces petits manèges de nuit arrivent fréquemment. ces deux messieurs se retirèrent ensemble . soit avec les autres. Brigode. Manuel. Benjamin Constant . soit p o u r ses nombreuses galanteries. le vicomte de Chateaubriand . la princesse fit un signe à M. la duchesse de Raguse. M. soit avec les uns. mais. . l'ami du comte Potocki voulut l'engager à monter dans sa voiture . Belliard. de Fitz-James. Stanislas Potocki et u n autre Polonais de ses amis passèrent la soirée chez elle . l'observateur cite les ducs de Mouchy. car la princesse est changeante. « La princesse Bagration se mêle beaucoup rie politique et se flatte d'être informée de ce qui se passe mieux qu'aucun des ambassadeurs qui sont à Paris. celui-ci prétendit préférer s'en aller à pied. L'observateur croit que ce même courrier avait des lettres p o u r Mme Moreau (1). Au nombre des personnes de la cour qu'elle voit. et à peine la voiture fut-elle partie qu'il r e n t r a à l'hôtel. Colbert. d'Escars. Lundi soir encore. p a r m i les femmes du g r a n d monde. la maréchale Moreau. Berton. MM. « L a princesse Bagration est très r é p a n d u e dans le monde 3oit p o u r la politique. de Guiche. la princesse de Neuehâtel. la reine de Suède. parmi les libéraux ou généraux de l'ancienne armée. Mathieu Dumas. Potocki .

L'abbé Brot qui soigne l'éducation de la fille de la princesse Bagration. Ils causent souvent ensemble des heures entières. il y a moins d'entente q u ' a u p a r a v a n t entre la princesse Bagration et le général Pozzo di Borgo. qui lui loue sa maison meublée moyennant dix-huit mille francs par an. ils continuent à se voir. elle n'habitera plus la maison du général Mathieu Dumas. Elle se rend plus souvent chez cet ambassadeur que lui chez elle. De tous les Français. Cependant. A la vérité. ce qui ne s'est pas·. réalisé. elle ira se fixer à Auteuil pour quatre ou cinq mois. Alors. dont elle doit encore une partie des loyers . c'est la princesse qui paraît faire aujourd'hui des avances au général Pozzo. à déterminer l'Autriche à s'unir à la coalition. dont la paternité est attribuée au prince de Metternich. mais. Dans le courant d'octobre. Dans dix ou douze jours. « Depuis le congrès d'Aix-la-Chapelle. c'est le général Mathieu Dumas.LA POLICE ET L E S KT H A N G E R S 94 Vienne en 1812 et 1813 et prétend qu'elle a beaucoup contribué alors. celui à qui elle paraît faire le plus de confidences. il lui écrivait de Rome qu'il serait à Paris dans le courant de mai. « Il paraît certain qu'il y a plus de six semaines qu'elle n'a reçu des lettres du prince de Metternich. p a r son ascendant sur le prince de Metternich. elle reviendra à Paris . depuis quelques mois. est un Français qui a séjourné longtemps en Pologne et en Russie et qui se mêle beaucoup de conversations . elle viendra occuper un a p p a r t e m e n t au premier étage de la maison de la duchesse de Ragusc.

à Londres. MM. ainsi que celle de l ' a b b é Brot qui a toute sa confiance. partit il y a environ cinq semaines p o u r Londres. de K*** est de retour. » Ce r a p p o r t est du 27 mai. très lié avec Mme Bagration et qui demeure rue du Mont blanc. et qui paraît se mêler beaucoup d'intrigues politiques. de Montalembert. pourrait tenir à quelques motifs politiques. ce jour-là. qui semblait l'attendre avec impatience. il eut un long entretien avec la princesse. Après le dîner. « Samedi. « Voici un résumé de ses observations d'aujourd'hui : « Un comte de K*** (illisible). on finira p a r avoir la correspondance de cette dame. L'autre Potocki est en campagne. sont venus passer la soirée. Peu à p e u . Avant son départ. « Depuis la grande p a r t i e de campagne de di- . Il est venu à dix heures du soir. K***. Ce M. elle le fit passer dans une pièce particulière et resta plus d'une heure avec lui. de F o n t b r u n e . et aussitôt qu'on annonça M. En voici un autre du 14 juin : « L ' h o m m e de chez la princesse Bagration. depuis avant-hier samedi. Il est connu comme ultra-royaliste. chez Mme Bagration.96 LA POLICE POLITIQUE politiques. la princesse Bagration avait à dîner son cousin Potocki et M. de Brigode et quelques autres personnes. « L'observateur croit q u e ce voyage du comte de K***. qui lui remit ses lettres. Elle était en compagnie. Il tient lieu de secrétaire à la princesse. se montre de plus en plus rempli de bonne volonté.

Laborie à la princesse Bagration. prendre la princesse Bagration. dimanche. Effectivement. ils écrivent ordinairement beaucoup. Ils sont de la connaissance particulière de la princesse Bagration. « Hier. on l'apprendra sans doute. Lorsque Laborie est dans la chambre de l'abbé Brot. « C'est cet abbé Brot qui a fait connaître M. Arthur Potocky devait l'y accompagner . de K*** est venu aujourd'hui. ' 7 . M. Mme Bagration est allée chercher sa fille à la campagne. mais. il l'a fait prévenir qu'il ne pourrait venir que le soir. pour l'accompagner à la Chambre des députés. « Le prince et la princesse Gagarin. » Il est aisé de comprendre. l'abbé Brot n'a point reparu à l'hôtel. qui reviennent d'Italie. lundi. que la surveillance de la maison Bagration n'avait pas donné de grands résultats.LA P O L I C E ET LES ÉTRANGERS 97 manche dernier. mais comme il revient aujourd'hui. sont arrivés hier à Paris. d'après ces rapports. « M. On ne sait t r o p encore où il est allé. il n'est venu q u ' à minuit.

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c'est qu'elle voudrait. on espérait arriver plus sûrement à découvrir ce que faisaient ceux-là. tout porte à croire que si elle ne se hâte pas de partir. Dès ce moment. Le 12 juillet. Elle s'appliquait aussi à ceux de leurs serviteurs dont le dévouement à leur cause était notoire. le 8 juillet 1815.L I V R E II LA POLICE ROYALE ET LES BONAPARTE I La nouvelle du désastre de Waterloo avait trouvé à Paris une partie de la famille impériale. un r a p p o r t constate que Mme Bonaparte mère ne paraît pas pressée de quitter Paris. avant de s'éloi- . E n s ' a t t a c h a n t aux pas de ceux-ci. la police organisait autour d'eux une surveillance rigoureuse qui devait les accompagner dans leurs déplacements successifs et se prolonger d u r a n t plusieurs années. Cependant. Bien qu'autour d'elle on craigne qu'elle ne soit arrêtée. elle n'a pas l'air d ' a j o u t e r foi à cette menace. Plusieurs de ses membres y étaient encore lorsque Louis X V I I I r e n t r a aux Tuileries.

Dans ces maisons. duchesse de Saint-Leu. lorsque déjà il vogue vers l'Amérique où il a résolu de se fixer. Les domestiques. p o u r la plupart. tout se ressent de la tragique infortune qui vient de frapper la famille dans la personne de son illustre chef. être fixée sur le sort de l'Empereur. L'angoisse causée par ces rumeurs confuses assombrit encore les esprits et les cœurs. chez la reine Hortense. Elle l'y cherchera encore. Il en est de même chez les autres membres de la famille présents à Paris. chez le portier. Madame mère où sont attendues avec une impatience douloureuse des nouvelles de l ' E m p e r e u r . ceux qui restent ont conservé leur livrée. rue Cérutti. présente l'aspect d'un laborieux déménagement. chez Mme Joseph Bonaparte. Plusieurs fois par jour. elle cherche à vendre une partie de son mobilier. le bruit se répand qu'il a été arrêté à Rochefort. chez le cardinal Fesch rue du Mont-Blanc. n° 50. Le 14 juillet. elle soupçonne qu'il n'a pas quitté la capitale et vit caché chez le banquier Hainguerlot. hier encore si brillantes. elle se prépare au départ. son fils. sont congédiés . dont l'hôtel.. Ce qui le lui fait supposer. Elle croit et croira longtemps que Joseph s'est réfugié en Suisse. la famille se réunit chez. elle est d a n s l'incertitude en ce qui touche les frères de Napoléon. on fait des paquets de linge. Il y va beaucoup de monde . c'est que les jalousies et les rideaux de la maison sont soigneusement fermés. E n a t t e n d a n t de le connaître. Quant à Jérôme.400 LA POLICE POLITIQUE gner. Si la police est fixée sur ce que font les femmes de la famille impériale. On emballe ses diamants . rue Poissonnière.

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le soir. Les voitures s'arrêtent r u e des Petites-Écuries et de là, on va à pied jusqu'à l'hôtel. En outre, M. Hainguerlot, qui avait à loger un général anglais, a préféré l'installer dans un appartement voisin à raison de huit cents francs par mois, sous prétexte qu'il n ' a v a i t pas de place chez lui. On sait d'autre p a r t qu'il est depuis longtemps l'homme de confiance de l'ancien roi de Westphalie ; il est donc t o u t naturel de penser qu'il lui a donné asile. Si ce n'est pas à lui, c'est à quelque personnage suspect, On voit p a r les mêmes r a p p o r t s que la police s'inquiète de ce que font d'autres individus compromis dans les derniers événements ou connus par leur attachement à l'Empereur. Elle sait que l'ex-ministre Garnot s'est retiré dans les environs d ' É t a m p e s et que, de là, il communique avec l'armée de la Loire ; des paysans lui servent d'estafettes ; on l'a v u donner deux louis à l'un d'eux pour porter un message. Elle sait aussi que la duchesse de Bassano, qui se trouvait à la campagne chez son amie, Mme Gazani, est partie pour la Suisse d'où elle gagnera l'Italie où l'attend son mari et que la duchesse de Rovigo a obtenu de l'ambassadeur d'Angleterre un passeport pour Londres, libellé au nom de sa femme de chambre. La police paraît étonnée que ces dames soient l'objet de semblables complaisances, comme s'il n'était pas naturel qu'après avoir été la parure de la cour impériale, elles aient conservé des relations amicales dans le personnel politique et diplomatique étranger. Au surplus, il n'est pas surprenant qu'en un tel moment, les agents soient p r o m p t s à tenir pour

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suspect tout individu qui ne se déclare p a s r o y a liste. Les femmes même n'échappent pas à ses· soupçons et Mme Gadélia, institutrice des enfants du duc de Bassano, est suspectée au même degré que les secrétaires de la maison ou que les aides de camp et serviteurs des princes. Tout ce monde met la police sur les dents. Lorsqu'il sera dispersé elle s'attachera à ses pas. Princes et princesses seront surveillés p a r t o u t où ils iront, et où nousallons les suivre.

II

Au commencement de l'année 1817, la ville de Rome semblait être devenue le lieu de rendez-vous de la p l u p a r t des souverains et des princes que des événements plus ou moins récents avaient dépossédés de leur pouvoir et privés de leurs ressources. Le vieux roi d'Espagne, Charles IV, détrôné p a r Napoléon et obligé ensuite, après la c h u t e de celui-ci, quand il espérait rentrer en possession de sa couronne, de la faire passer sur la t ê t e de son fils Ferdinand VII, était venu chercher u n refuge dans la capitale des États pontificaux. Sa femme, la trop célèbre Louise-Marie, princesse de Parme, s'y trouvait a v e c lui. Elle traînait à sa suite son a m a n t Godoï, duc d'Alcudia, prince de la Paix, victime comme ses souverains de la disgrâce dont l'avait justement frappé le peuple espagnol à qui son nom rappelait t o u j o u r s les exactions et les scandales q u i avaient caractérisé son trop long pouvoir, fondé non sur ses mérites, mais sur la faveur de la reine, et qui lui attribuait tous les malheurs de la monarchie. Les trois personnages vivaient tristement, et chacun de son côté. D'après un r a p p o r t de police qui est sous nos yeux, Godoï passait ses journées

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à la villa Mattel dont il avait fait l'acquisition ; il y surveillait des fouilles entreprises par son ordre ; il ne revenait en ville q u ' a u déclin du jour p o u r retrouver sa vieille maîtresse avec qui il ne m a n geait pas et qui elle-même ne prenait pas ses repas avec le roi son mari. A l'exception de leur fille, l'exreine d ' É t r u r i e , et du fils de celle-ci, les souverains ne recevaient personne et encore, la princesse, quoiqu'elle les a i m â t tendrement, ne venait-elle les voir q u ' a u t a n t qu'elle était sûre de ne pas rencontrer Godoï qu'elle détestait. A u x yeux des Romains, ces débris d'une cour jadis brillante étaient sans prestige. A la m ê m e époque, on mentionnait aussi la présence à Rome de Charles-Emmanuel IV, l'ancien roi de Piémont, à qui la République française avait enlevé ses États continentaux en 1798, et qui, réfugié en Sardaigne, y avait abdiqué, en 1802, en faveur de son frère Victor-Emmanuel p o u r prendre l'habit et la règle de Saint-Ignace de Loyola. Il ne sortait plus de son couvent et s'y livrait avec ferveur à des exercices de piété. Les princes dont nous parlons ne pouvant être soupçonnés de vouloir recouvrer leur puissance détruite, les cours alliées, dont la surveillance s'exerçait à Rome comme ailleurs, négligeaient de s'occuper d'eux. Mais, elles agissaient tout a u t r e m e n t en ce qui touchait les membres de la famille Bonaparte résidant dans la capitale romaine. Ils y étaient l'objet de la plus active surveillance et n o t a m m e n t de la part de la police française. Les rapports que les agents de cette police adressaient au gouver-

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nement royal à Paris nous révèlent la présence dans la cité papale de Mme Lœtitia, mère de l'empereur Napoléon, de l'oncle de celui-ci le cardinal Fesch, de ses frères Lucien et Louis et de leur sœur la princesse Pauline Borghèse. Ils faisaient remarquer toutefois que la noblesse romaine, les Français et les étrangers de passage dans les États pontificaux, s'abstenaient de voir ces personnages avec qui les sujets anglais seuls entretenaient des relations. Parmi ces Anglais qui fréquentaient la famille Bonaparte, ils désignaient particulièrement la princesse de Galles arrivée à Rome depuis peu : « E n arrivant elle est allée coucher à la villa Ruffînella, propriété de Lucien sur le Tusculum, et depuis, elle n'a pas cessé de voir tous les membres de cette famille. » La princesse de Galles, Caroline de Brunswick, était la femme du prince régent d'Angleterre, le futur George IV, q u e la folie de son père George I I I avait obligé, en a t t e n d a n t qu'il lui succédât, à prendre les rênes du gouvernement britannique. Fameuse par son inconduite et séparée de son mari dont elle alléguait les torts avérés pour se disculper des siens, Caroline avait q u i t t é la cour d'Angleterre afin d ' e n t r e p r e n d r e un voyage sur le continent et n o t a m m e n t en Italie, voyage qui n'était qu'un prétexte p o u r se soustraire aux t r a i t e m e n t s humiliants que le régent son époux entendait lui imposer et pour se donner la liberté de dicter de loin les conditions de son retour. Ces conditions étaient connues de la police française avant d ' ê t r e communiquées au Régent, grâce à une lettre datée de Pesaro, le 28 août 1817, écrite

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par la princesse à l'illustre Brougham, membre du Parlement et avocat, auquel, a v a n t de quitter Londres, elle avait confié la défense de ses intérêts. Menacée d'être privée de sa dotation, si elle ne réintégrait pas le domicile conjugal, Caroline, dans cette lettre, ouverte à la poste, formulait ses exigences. Elle entendait d'abord que son mari lui écrivît pour s'excuser de la conduite qu'il avait précédemment tenue envers elle et de toutes les fausses accusations dont elle avait été l'objet de sa part. Elle insistait pour que, si elle rentrait en Angleterre, tous les honneurs possibles lui fussent rendus et pour avoir à Carlton-house des appartements d ' a p p a r a t où elle tiendrait des cercles et donnerait des dîners toutes les fois que cela lui conviendrait, en laissant le prince libre d'y assister ou non, selon son bon plaisir. Elle demandait encore q u ' u n acte du Parlement lui assurât un revenu annuel de cinquante mille livres sterling pour pouvoir tenir une grande cour indépendante de celle du Régent ; que son voyage de l'endroit d'où elle partirait jusqu'à Londres f û t défrayé par lui ; que la famille royale et particulièrement la Reine lui fissent la première visite. En outre, irritée qu'on eût éloignéd'elle sa fille la princesse Charlotte, héritière de la couronne, elle revendiquait le droit d'avoir libre accès auprès d'elle et de la voir même pendant plusieurs jours de suite, quand bon lui semblerait. Prévoyant le cas où, au lieu d'être rappelée p a r son mari, elle le serait p a r la Chambre des Communes, elle déclarait qu'elle n'obéirait, q u ' a u x con-

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ditions énumérées ci-dessus. Si la dotation dont elle venait de fixer le chiffre lui était refusée, elle se contenterait de celle qui lui avait été allouée au' moment de son mariage, laquelle ne pouvait être réduite que p a r un nouvel acte du Parlement, acte qu'elle ne redoutait pas, ayant trop de confiance dans la noblesse et la générosité de la nation pour la croire capable d'une telle injustice. Mais, si quelque intrigue politique pouvait l'emporter, elle comptait sur sa fille, la future reine d'Angleterre, pour la venger. E n a t t e n d a n t , elle se résignerait à son sort. N ' a i m a n t ni l'ambition ni la gloire, elle se trouverait aussi contente dans une petite cabane qu'elle p o u r r a i t l'être d a n s un grand palais. « Trois plats sont entièrement suffisants pour elle, sa tranquillité et son bien-être lui sont plus chers que toutes les splendeurs. » Elle regretterait seulement de ne pouvoir continuer à servir les pensions qu'elle avait accordées à diverses personnes et à répandre ses bienfaits sur les malheureux. Il n'est pas démontré que ces conditions aient été soumises au prince régent. On peut même douter qu'en les posant ainsi, la princesse souhaitât d'être prise au m o t . Elle jouissait alors largement de sa liberté reconquise et s'était jetée dans des aventures dont elle ne semblait pas pressée de hâter la fin. On sait qu'elle ne revint à Londres que trois ans plus t a r d , alors que son mari régnait, pour figurer d a n s le procès en divorce qu'il lui avait intenté et comparaître à cet effet devant la cour des lords ; on sait aussi que ce procès ne p u t aboutir.. Le peuple anglais n'estimait pas la reine ; mais,.

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son mépris trop justifié pour le nouveau roi était tel, qu'il prit p a r t i p o u r elle. Quand elle revint à Londres, il la reçut comme une triomphatrice et, dès le commencement du procès, il manifesta sa préférence d'une manière si peu douteuse que le? juges intimidés firent comprendre qu'ils ne prononceraient pas le divorce. Ce dénouement était pour Caroline une victoire d'autant plus significative qu'il lui assurait la conservation de son r a n g à la cour, de ses privilèges et de ses apanages. On ne prévoyait pas encore ce procès quand elle p a r u t à Rome. Mais, déjà, elle avait pu constater que les grandes cours se r a n geaient du côté de son mari et qu'elle n'y serait pas reçue. Les B o n a p a r t e s'étaient montrés moins difficiles et ainsi s'expliquent les relations q u ' o n avait vues se nouer entre eux et la princesse de Galles. En les signalant, la police faisait remarquer que Louis, l'ex-roi de Hollande, s'abstenait d'y p a r t i ciper et que, d'ailleurs, la noblesse romaine affectait envers lui moins de froideur qu'envers les autres membres de la famille impériale. Elle lui faisait même des visites et assez fréquentes p o u r qu'il s'en m o n t r â t plus importuné que flatté. L'exil l'avait rendu plus misanthrope qu'il n'était a u t r e fois. Toute obligation mondaine lui semblait lourde ; il n'aimait pas à recevoir et laissait entendre, p o u r expliquer son goût de retraite, que l'éducation de son fils l'absorbait. A son exemple, son frère Lucien s'était condamné à une vie très retirée, laissant sa femme se

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montrer en public, où on lui reprochait de témoigner de beaucoup plus de gaieté et d'indifférence que n'en comportait sa situation. Quant à lui, il ne voyait guère que sa mère ; il se croyait au m o m e n t de la quitter, car il rêvait de se fixer a u x É t a t s Unis où se trouvait déjà son frère Joseph et il multipliait ses démarches en v u e de ce changement de résidence. Il s'était adressé d'abord au cardinal Consalvi, secrétaire d ' É t a t au Vatican. Celui-ci lui avait répondu en l'invitant à présenter sa requête a u x ministres des puissances étrangères engagées dans la Sainte-Alliance. P a r un r a p p o r t adressé, le 20 mars 1817, au chancelier de Prusse, prince de H a r d e n berg, par le comte de Goltz, représentant de la cour de Berlin à Paris, nous voyons que les ambassadeurs, réunis en conférence auprès du gouvernement français, délibéraient, à cette date, sur les demandes de Lucien Bonaparte et ne voyaient que des dangers pour le repos de l'Europe, à le laisser p a r t i r pour l'Amérique. Sans doute, sa présence en Italie pouvait donner aux cours de la péninsule et particulièrement à celle de Naples, de fortes appréhensions ; néanmoins, le duc de Richelieu, le duc de Wellington et les ministres de Russie, de Prusse, d'Autriche et d'Angleterre étaient d'avis qu'il serait plus facile de surveiller Lucien en Italie que ce ne le serait aux États-Unis. Mais, en le constatant, ils étaient obligés de reconnaître que la cour de Rome, bien que le surveillant avec le plus g r a n d soin, ne p o u r r a i t répondre absolument de lui. Dans une circonstance·

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récente, le cardinal Consalvi l'avait formellement déclaré. Il avait rappelé que sir Sydney Smith, sous le règne de Bonaparte, et La Valette, sous celui de Louis X V I I I , bien qu'emprisonnés, s'étaient 'évadés et que la possibilité de s'échapper, m ê m e d ' u n e prison d ' É t a t , étant ainsi démontrée, elle l'était plus encore pour un homme entreprenant laissé en possession d'une certaine liberté. L'obj e c t i o n était trop fondée pour ne pas frapper les diplomates à qui elle était soumise. Ils en étaient arrivés à penser qu'il serait désirable que Lucien f û t interné en Russie ou en Silésie. La police racontait encore qu'il avait essayé vainement de se réconcilier avec le pape Pie VII. Le Saint-Père, assurait-elle, lui gardait rancune de l'empressement qu'il avait mis, en apprenant le r e t o u r de l'île d'Elbe, à rejoindre son frère à Paris, et ne s'était pas p r ê t é à la réconciliation. — M'avete ingannato (vous m'avez trompé), avait-il répondu au prince. A en croire le r a p p o r t d'où nous tirons ces détails, Lucien s'était empressé de se justifier; il avait prét e n d u que les intérêts de la religion et ceux de la p a p a u t é n'étaient pas étrangers aux motifs qui l'avaient déterminé à rentrer en France. — J'étais persuadé, avait-il allégué, que les efforts qu'allait faire Napoléon pour ressaisir le pouvoir, en d o n n a n t un grand élan à l'esprit national, auraient p o u r résultat le triomphe des principes républicains d o n t j'ai toujours été l'ardent défenseur. J'étais en droit de me considérer comme l'un des principaux «îembres du futur gouvernement démocratique et

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convaincu q u e l'austérité des mœurs, si conforme aux préceptes du Christ et dont Votre Sainteté donne a u j o u r d ' h u i un si noble exemple, est la base la plus solide de l'égalité politique, j ' a u r a i s certainement employé toute mon influence à replacer la France sous l'empire des idées religieuses. Nous ne savons si les propos que p r ê t a i t la police à Lucien B o n a p a r t e avaient été tenus, et, à supposer qu'ils l'eussent été, si elle les reproduisait fidèlement. Elle fut de t o u t temps inventive, mais jamais au même degré que dans les t e m p s dont nous parlons. Ce qui, d'autre part, autorise le doute, c'est la bienveillance dont, à la même époque, le vénérable pontife prodiguait les témoignages à la famille de Napoléon. E n cette année 1817, le β octobre, il écrivait au cardinal Consalvi : « La famille de l'empereur Napoléon n o u s a fait connaître, p a r le cardinal Fesch, que le rocher de l'île de Sainte-Hélène est mortel et que le pauvre exilé se voit dépérir à chaque minute. Nous avons appris cette nouvelle avec une peine infinie et vous la partagerez sans aucun doute car, nous devons nous souvenir tous les deux, qu'après Dieu, c'est à lui principalement qu'est dû le rétablissement de la religion d a n s ce grand royaume de France. L a pieuse et courageuse initiative de 1801 nous a fait oublier et pardonner depuis longtemps les t o r t s subséquents. Savone et Fontainebleau ne sont que des erreurs de l'esprit ou des égarements de l'ambition humaine ; le Concordat fut un a c t e chrétiennement et héroïquement sauveur. » Il semble difficile d'admettre que le pontife qui

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tenait ce langage révélateur de la gratitude qu'il gardait à Napoléon, ait manqué de bienveillance envers un m e m b r e de la famille impériale qui sollicitait son appui auprès des grandes cours, au p o i n t de rester insensible à sa justification et à sa défense. Ce qui est moins douteux, c'est que Lucien, s'il lui fut interdit de se rendre a u x États-Unis, p a r c e que les puissances redoutaient « de ne pouvoir l'empêcher, quand il y serait, de faire le mal », fut autorisé à rester à Rome et y resta, en effet, sans être inquiété, quoique rigoureusement surveillé comme tous les autres membres de la famille impériale.

III

La princesse Pauline Borghèse, bien que, p a r son mariage, elle fût devenue Romaine, n'échappait p a s à cette surveillance. On la soupçonnait d'avoir fait de la villa Borghèse, où elle résidait, — son mari, dont elle était séparée, lui en a y a n t cédé une partie, — un centre de correspondances qui, p a r t a n t t a n t ô t de la Corse et t a n t ô t de Paris, allaient aboutir à Sainte-Hélène. On verra ce soupçon se prolonger jusqu'en 1820, et prendre corps dans l'esprit d u prince de Metternich et de plusieurs autres diplomates avec assez de force pour les convaincre que, sur le rocher lointain où il se meurt, Napoléon reçoit de sa famille des secours en numéraire. Lorsqu'en 1817, ce soupçon commence à se former, on mêle à cette affaire non seulement la princesse Borghèse, mais encore Torlonia, le plus riche banquier de Rome, et le grand seigneur anglais, lord Holland ; plus tard, on y mêlera le prince Eugène, duc de Leuchtenberg. Du reste, dès ce moment, tout ce qui vient de Corse à Rome ou à Paris, est soupçonné et dès lors surveillé. « On ne peut guère douter, dit une note émanée
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dot;

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du cabinet du duc de Richelieu, que la famille· Bonaparte n'entretienne des rapports secrets avec la Corse. Plusieurs h a b i t a n t s de cette île sont r é f u giés à Rome depuis les événements de 1815, ce qui multiplie les points de contact et les moyens de correspondance. Tout porte à croire que ces communications ont eu pour principal directeur le sieur Bartolo Colonna, ex-juge au tribunal d ' A j a c cio, homme dévoué à la famille, habitué à l'intrigue ; et p o u r intermédiaire Ferrandini, p a t r o n d u b â t i m e n t corse La Madona del Carmine. U n r a p p o r t assez récent annonce que M. Bartolo est p a r t i précipitamment de Rome dans le cours du mois de juin et qu'il s'est embarqué pour les États-Unis. Si cet avis est exact, quel est le v é r i table motif de son voyage? Présume-t-on qu'il doive revenir? » La même note dénonce les allées et venues dedivers autres personnages : le voyage à Rome d ' u n marin corse, nommé Casamarte, frère de lait de la princesse Borghèse, d ' u n sieur de Résigny, ancien officier d'ordonnance de Bonaparte, ami intime d e la maréchale Ney, « jeune homme d ' u n caractère ardent, dévoué à la famille impériale, ne g a r d a n t aucune mesure ni dans ses démarches ni dans ses discours. Il a fixé sa résidence à Florence dans les derniers mois de 1816 ; mais, il va souvent à Rome et fréquente habituellement la maison de la p r i n - v cesse Borghèse ». E n passant, l'auteur de la note fait r e m a r q u e r q u ' a u mois de mars précédent, dans cette capitale,. Résigny a retrouvé u n jeune élève de l'École poly-

On le savait porteur d ' u n passeport qui lui avait été délivré. dans les tentatives d'insurrection dont Didier f u t l'auteur. Parmi ces noms. ce qui serait facile. ne cachet-on pas quelque travail en faveur des idées révolutionnaires? Il y aurait lieu de s'en assurer. figurent encore le colonel Tascher. Ricci. p a r t i s tous deux de Munich. « l'âge du sieur Coissin. ce n'est pas sans surprise que nous trouvons celui du général Donadieu. n o m m é Goissin. sous cette propagande en apparence toute de piété. presque à leur insu. l'ardeur qu'il met à faire des prosélytes permettant de croire qu'il serait peu réservé avec une personne qui saurait lui inspirer confiance ». écuyer du prince Eugène.LA P O L I C E ROYALE ET LES B O N A P A R T E 121î technique. Ces deux derniers sont regardés « comme des entremetteurs de correspondance clandestine ». Mais. se préoccupait de le voir tour à tour à Livourne. qu'on ne peut prononcer sans rappeler les tragiques événements auxquels ce général avait été mêlé l'année précédente à Grenoble et le caractère impitoyable des châtiments dont il frappa quelques malheureux impliqués. à Ancône et à Gênes. Sur cette liste de gens à surveiller en raison de leur venue à Rome. Relevé de son commandement. et Pierre Giorgini. son banquier le sieur Eichtal. u n Piémontais. Coissin s'occupe avec ardeur des intérêts d'une société secrète originaire d'Allemagne. il était parti pour l'Italie et la police. et dont le but ostensible est de ramener au catholicisme les différentes confessions religieuses. le . ancien courrier de Lucien Bonaparte. prenant ombrage de cette course. qu'il avait connu à Paris.

il est v r a i semblable que les personnes qui lui confieront ces dépêches. avouait u n observateur. on n e le viserait que pour lui p e r m e t t r e de rentrer chez lui. Il est vrai qu'il a manifesté l'intention de se rendre en Amérique . Donadieu était à Nice et s'y reposait tranquillement chez un ami. lorsque revenu à Livourne. ne sont p a s de n a t u r e à donner de l'ombrage et ses relations avec la veuve de Murât se sont bornées. l a surveillance dont il était l'objet ne fit rien découvrir de répréhensible. Aussi. et dans le cas où il viendrait à Livourne p o u r s'embarquer. si. A u mois de janvier 1818. A peu de temps de là. l'insuffisance des moyens et le m a n q u e de passeport l'en ont empêché. p a r le préfet d u Var. Il est donc bon d'avoir l'œil ouvert. il doit être porteur de dépêches importantes p o u r Joseph Bonaparte. il d e m a n d a u n nouveau visa p o u r Nice. il était allé à Nice et avait négligé de se présenter devant le consul de France. de s'entendre avec le gouvernement toscan pour faire opérer la visite de ses papiers. à lui faire passer quelques secours pécuniaires. il allait .146 LA POLIGE POLITIQUE 12 février 1817. on lui objecta que son passeport étant à la veille d'expirer. j u s q u ' à présent. lèveront ces obstacles. « Ses fréquentations. » A l'heure o ù ces p r o j e t s lui étaient attribués. La conduite de Donadieu ne justifiait pas ces précautions . Elle const a t a i t q u ' a y a n t fait viser ce passeport p o u r Gênes. de la p a r t de celle-ci. la police craignait que ses déplacements n'eussent « u n b u t peu louable ». comme on le présume. Cependant. mais.

On voit.LA POLICE ROYALE ET L E S BONAPARTE 417 partir pour Paris. devenir l'un des instruments les plus actifs de l'ultra-royalisme. p a r ce qui précède. combien s'était étendue la surveillance organisée à Rome autour des Bonaparte. . où il devait. à force d'intrigues et de savoir-faire.

les agents déclarent et affirment qu'il réside en Suisse. écrit-il. M. si on ne l ' a t t e i n t pas personnellement.IV Au mois d'octobre 1815. maître des requêtes au Conseil d ' É t a t . « Joseph Bonaparte. l'opinion la plus positive. paraît s'être fixé à Bois-Bangy. la police royale. du M a r t r o y . grâce a u x r a p p o r t s de ses agents. était fixée sur le sort des divers membres de la famille de Napoléon et connaissait la résidence de la plupart d'entre eux. petite maison de campagne. Il n'est p a s de lecture plus piquante que celle des multiples rapports dans lesquels où. Elle le croyait toujours a u x environs de Genève. C'était l'ex-roi Joseph. Le préfet d u département de l'Ain. la police l'ignorait. Mais. dans le voisinage d e la frontière. . à cet égard. Tous ses mouvements sont surveillés et. Il n'en était q u ' u n qui se f û t dérobé à la surveillance organisée à l'effet de savoir ce qu'ils faisaient et disaient. émet. Servi p a r les circonstances et p a r le dévouement d'amis fidèles. tandis qu'il vogue vers New-York. près de Nyon. il était p a r v e n u à s'embarquer pour l'Amérique après u n court séjour en Suisse. et rien n'annonce de projets de sa p a r t dans l e m o m e n t actuel.

Mais. vu ce qui se passe. On a voulu arrêter Noblet. qu'il n'y ait à Paris un comité révolutionnaire qui correspond avec Joseph Bonaparte. par l'intermédiaire des sieurs G r a v i e r e t Goladon. » M. Mais. E n arrêtant la correspondance qui porte cette adresse. car il est bien évident qu'on ne peut surveiller un absent. Une note confidentielle. font passer ces correspondances sans les enregistrer. personne n'avait constaté l'absence et tous les rapports témoignent de la conviction que Joseph n'avait pas quitté la Suisse. de Morez. on croit qu'un gendarme de garde à la . Non seulement. sans résultat d'ailleurs. le préfet se vantait. je le répète. son banquier. contient la preuve •de ce soupçon. il s'est dérobé à toutes les recherches . propriétaire du château de Divonne. Verret. Jaqueminier a été arrêté. grâce auquel on aurait p u découvrir la résidence de Joseph. peut-être. département du Jura. on pourrait découvrir bien des mystères . de plus. mais. » D'autres rapports donnent la liste des personnes •qui favorisent les intrigues du fugitif. car il n'a rien avoué. il f a u t se défier des agents de la poste qui. d'autres encore sont fortement soupçonnés d'être à ses gages. on croit qu'il y est.LA POLICE ROYALE E T L E S B O N A P A R T E 121î •du moins ai-je l'espoir que l'on parviendra à s'emparer de quelques-uns de ses agents. Noblet. on le soupçonne de conspirer contre les Bourbons. son intendant à Prangins. La correspondance est adressée à l'ex-roi. mais. en date du 20 octobre 1815. adressée au ministre de la police. Jaqueminier. « On ne peut douter.

il est certain que beaucoup de bonapartistes se sont réfugiés dans le canton de Vaud. t o u t en restant en France. Des notables protestants du Midi s'y rencontrent avec des Genevois. le colonel Bochaton. un rapport du lieutenant de gendarmerie qui commande à Divonne. » A la même date. Il en est d'autres. Le lieutenant avoue que. On s a i t cependant qu'il est aux abords de la frontière. On en est averti p a r les sieurs Schaller. On leur impute le dessein de provoquer des m o u v e m e n t s en Argovie et à Soleure. qui. d e Watteville. engagée sur une fausse piste. directeur de celle de Berne . « Depuis quelques jours. multiplie ses démarches à l'effet de se saisir de Joseph. de Nyon à Divonne. ont presque entièrement cessé. qui se sont mis tous les trois au service de la police f r a n çaise.120 LA POLICE POLITIQUE frontière l'a laissé passer « moyennant une piastre ». jusqu'à ce jour. nous donne la mesure de l ' a r d e u r avec laquelle la police. écrit encore au mois d'octobre le préfet du J u r a . tels les généraux Desaix et Dupas. U n peu partout. se sont établis à proximité de Genève. substitut du procureur général à Genève. directeur de la police de F r i b o u r g . il lui a été impossible de découvrir la retraite de l'ex-roi. Au surplus. les allées et venues des agents de Joseph Bonaparte. D u p a n . se tiennent des conciliabules hostiles au gouvernement royal. Il compte beaucoup d ' a d h é r e n t s dans le pays de Vaud et les autorités m e t t e n t peu de zèle à le poursuivre. Cela tient à ce que Joseph lui-même a traversé le lac de Genève et se cache en Chablais. « on en est même cer- .

il y a lieu de penser que les commis d u bureau sont les agents.. » En outre. leur a fait jurer de ne pas servir le roi et les a prévenus qu'ils seront avertis q u a n d on aura besoin d'eux. un jeune homme d'environ seize ans les prend et les transporte à Ferney au b u r e a u de poste et comme l'adresse qui. mais. » Le même r a p p o r t rend compte des incidents a u x quels a donné lieu l'arrestation de Jaqueminier. Bien que l ' h a b i t a t i o n eût été cernée. E n a t t e n d a n t . principaux de c e t t e machination. toutes les.LA P O L I C E ROYALE ET LES BONAPARTE 121î tain » . il s'est fait t a n t d'amis que tout le monde lui est dévoué : « On connaît dix maisons où il a resté . impérialiste ardent : « Les lettres sont portées à V Auberge de Γ Ange. il dénonce comme agent bonapartiste un sieur Olivier Grosjean. « Il leur a donné de l'argent. » L'auteur d u r a p p o r t d ' o ù sont extraits ces détails annonce qu'il se rendra prochainement à Ferney afin d'intercepter cette correspondance. à« Coppet . grâce à l'argent qu'il a répandu avec profusion. on a la preuve qu'il existe une correspondance e n t r e lui et le général Hullin. à l'heure de midi. là. Il l'accuse d'avoir poussé à la désertion des militaires français : « Il leur a dit : « — Le roi vous licencie et moi je vous engagerai pour le service de l'empereur Napoléon. en tous cas. ce châtelain de Divonne dont il a été parlé plus haut. qui expédient ces lettres a u x destinataires. on ne sait jamais celle où il est dans le moment. y est inscrite est toute de convention. C'est eux. mais. .

tout ce monde était réuni à Saint-Cergues. « Je n'espère pas. lequel. Dans les derniers jours d'octobre. qu'on réussisse à l'arrêter. quoique étranger. Le lieutenant de gendarmerie affirme que. il y avait Joseph Bonaparte. le général Hullin et un officier de son ancien état-major. chez u n sieur Harpoz. auquel il adjoignit son secrétaire particulier. Les soldats a y a n t quitté la place au bout de vingt-quatre heures. professait des sentiments royalistes. d u r a n t son séjour à Nyon. » Cette impossibilité d'arrêter Joseph Bonaparte. son neveu Clary. Il se fait aussi l'écho d'une r u m e u r qui circule dans Divonne et d'après laquelle Joseph Bonaparte aurait été vu habillé en femme et vêtu d'une robe noire. il organisait u n e véritable expédition dont le commandement f u t confié au capitaine de la gendarmerie de Lons-leSaunier. il a arboré sur son bateau u n drapeau tricolore. conférer avec un de ses camarades et qu'à son retour. parmi elles. Le 30. au moins en ce moment. y ont passé la nuit et sont parties le lendemain pour une destination inconnue. résolu à en finir et à découvrir Joseph. bien qu'il y ait beaucoup de monde à ses trousses. Q u a n t au . d o n t l ' a u t e u r du rapport qui vient d'être résumé faisait si mélancoliquement l'aveu. son médecin. avait exaspéré le préfet du J u r a . elles sont rentrées au château. le capitaine alla s'établir à Chézeray. L e 27. celui-ci est allé en Savoie. le premier village suisse qu'on rencontre au delà de la frontière. il ajoute que. A propos du général Hullin.•122 LA POLICE POLITIQUE personnes qui s'y trouvaient sont parvenues à s'enfuir et à se cacher dans les maisons voisines.

Ainsi. il rentrait en France. il se h e u r t a à un véritable mutisme. t e n u e par un sieur Olivier. celles du capitaine de gendarmerie. Lorsque. . proscrit à raison de ses opinions politiques. à une partie des réfugiés français et m ê m e a u x intrigants du pays. il ne savait. Olivier avoua qu'il avait reçu chez lui le roi Joseph. le secrétaire du p r é f e t essaya d'arracher au sieur Olivier quelques indications plus précises et plus positives. A ce mensonge succédèrent les confidences qu'il avait provoquées. à Nyon. ou du moins il le déclara. » En y arrivant. il se rendit à Nyon et alla loger à VAuberge de la Couronne. Il f u t douloureusement surpris en a p p r e n a n t par le secrétaire q u ' o n l'avait arrêté d a n s le département de l'Ain au m o m e n t où. disait le préfet aii ministre de la police. la reine Hortense. au même moment à Saint-Cergues. le secrétaire se présenta à l'aubergiste comme un ennemi du gouvernement royal. le secrétaire du préfet voyait échouer ses démarches comme échouaient. apparaissait son inutilité et. soit que son interlocuteur fût hors d ' é t a t de rien a j o u t e r à ce qu'il avait dit. ce que Joseph était devenu. E n a v o u a n t au ministre de la police sa déconvenue. dès le début de l'expédition. et le général Hullin. sert d'asile à Joseph B o n a p a r t e . malgré les conseils de ses amis. après cet échange de propos confidentiels. « celle-ci déguisée en homme ». Son ignorance était l a même en ce qui t o u c h a i t le général Hullin.LA POLICE ROYALE ET L E S BONAPARTE 423 secrétaire du préfet. « Cette dernière maison. soit qu'il ne voulût rien dire de plus. Mais.

un succès complet si le personnage qui en faisait l'objet principal se fût trouvé à votre portée. LA POLICE POLITIQUE le préfet du J u r a lui faisait remarquer que p o u r mettre fin aux intrigues de Joseph. j'ai reçu les diverses communications que vous m'avez faites. Mais. Dans l ' é t a t d'inquiétude et d'exaltation où sont encore les esprits. dictés p a r un excès de zèle. il était arrivé a u x États-Unis. » Au moment où ces conseils énergiques. « il suffirait d'une volonté forte. et b i e n t ô t on aura étouffé le germe des nouveaux troubles que nous avions à redouter. a donc une a u t r e cause que la présence de Joseph Bonaparte. je n'en doute pas. limitrophe de la Suisse. il s'était éloigné de votre frontière et même de la Suisse. que la Diète destitue les magistrats infidèles du canton de Vaud. on y recevait une nouvelle qui devait les r e n d r e inutiles en même temps qu'elle démontrait la crédulité puérile des préfets de l'Ain et du J u r a et de leurs agents.dot. « L'agitation qui s'est manifestée dans votre département et qui paraissait s'étendre dans plusieurs cantons. Elles auraient eu. arrivaient à Paris. depuis longtemps. écrivait le ministre. Je viens d'acquérir la certitude q u ' a v a n t le 15 septembre. Elle leur f u t communiquée le 22 novembre : « Monsieur le préfet. probablement déconcertées déjà par l'arrestation du général Hullin. relativement aux recherches actives ordonnées sur la frontière de votre d é p a r t e m e n t . Que le roi demande à la Diète helvétique qu'on lui livre Joseph . elle peut n'être que l'effet des sourdes m a n œ u v r e s de quelques .

tâcher de connaître les chefs des mécontents. que votre surveillance. doit subir -quelques modifications. les moyens dont ils font usage pour égarer l'opinion. auront accrédité eux-mêmes les bruits r é p a n d u s sur Joseph pour agiter l'opinion et soutenir l'espoir des mécontents. Monsieur le préfet. a quitté hier m a t i n Washington pour se diriger vers le sud. » A cette lettre étaient joints des extraits de journ a u x de Philadelphie datés de la mi-septembre et apportés en Europe par les derniers paquebots. sans rien perdre de son activité. il faut substituer un système d'observation bien soutenu. On lui suppose beaucoup d'argent et l'intention de s'établir en Amérique. Ils annonçaient que Joseph B o n a p a r t e avait débarqué dans cette ville avec une suite de cinq ou six personnes. Dans t o u s les temps et même d a n s les m o m e n t s les plus difficiles. •ce système est préférable à celui d'une violence qui n ' a ni objet ni b u t déterminés. « Il suit de là. Joseph Bonaparte. L'une de ces gazettes s'exprimait ainsi : « L'aventurier corse. leur influence. les instruments qu'ils m e t t e n t en action et s u r t o u t les relations secrètes qu'ils pourraient entretenir avec l a Suisse. A u x poursuites ouvertes. sans doute. très bonnes. qui eût bien voulu être roi si lord Washington ou la nation espagnole le lui eussent permis. Il était immédiatement reparti pour Washington afin d'offrir ses hommages au président de la République.LA P O L I C E ROYALE ET LES BONAPARTE 425 perturbateurs qui. Nous apprenons avec regret q u ' u n . lorsqu'il s'agissait d'arrêter un fugitif.

LA POLICE POLITIQUE officier de la marine américaine se traîne à la suite· de ce malencontreux aventurier. En v o y a n t t a n t de bonapartistes se réfugier en Suisse. son successeur. pour lui d e m a n d e r quelle conduite il devait tenir à leur égard. et des plus qualifiées. de Watteville dont le nom a été prononcé plus h a u t . sa première t e n t a t i v e à l'effet de le lui prouver avait échoué. Il: avait écrit à Fouché. elle était dirigée parM. » On voudrait voir la t ê t e que durent faire les préfets en lisant cette lettre dont l'ironie bienveillante des premières lignes a t t é n u a i t le blâme indirect qu'elle infligeait à leur t r o p longue crédulité. Mécontent de cette réponse « qui n'était pas faite pour satisfaire u n ami de la légitimité et de l'ordre ».dot. A Berne. Malgré les preuves évidentes de son passage à P h i ladelphie et à Washington. Il lui écrivait le 16 décembre : « Maintenant que le système pernicieux pour les- . Fouché lui fit répondre qu'il ne voyait pas d'inconvénients à les tolérer et que les p a y s helvétiques où ils répandraient de l'argent. ayant été révoqué. il s'était inquiété. Mais. Watteville n'insista pas et se tint sur la réserve jusqu'au jour où Fouché.. Ce fonctionnaire brûlait du désir d'être agréable au gouvernement royal. en doutaient encore. quelques personnes. qui dirigeait encore la police française. n'auraient pas à se plaindre de les avoir accueillis. ainsi qu'en· témoignent les rapports de la police helvétique. il put nouer des relations avec Decazes. Il n'est pas d'ailleurs certain qu'elle les ait convaincus du départ de l'ex-roi pour l'Amérique.

Nous attendons cependant. il a j o u t a i t comme première information : « L'incertitude au sujet de l'ex-roi Joseph est t o u j o u r s la même. doit avoir instruit Votre Excellence que la femme de Jaqucminier de Divonne. depuis trois mois. on ne peut s'empêcher de sourire de l'incrédulité de cette police qui. Cette circonstance ferait croire ainsi que t a n t d'autres que le fugitif n'est point en Amérique. sous peu. et avec qui il s'est embarqué. de ce qui est utile au service de Sa Majesté. h o m m e de beaucoup de mérite et très actif. je me fais un devoir de l'instruire directement. Joseph B o n a p a r t e était aux États-Unis. Cependant. récemment arrêté. s'est chargée d ' u n e lettre d'un agent de la police de L y o n qui avait offert très adroit e m e n t ses services pour la remettre à son exMajesté et pour obtenir qu'il lui f û t présenté. » E n se rappelant que. après avoir poussé la crédulité à l'excès. comment. » Après ce préambule. nous espérons savoir sous peu de jours quelque chose de positif à cet égard. ou indirectement par Messieurs les préfets et sous-préfets des frontières. Mon collègue de Genève. On devrait aussi savoir où. se refusait m a i n t e n a n t à a d m e t t r e ce qui était une réalité . a changé et que Votre Excellence nous inspire la plus grande confiance. des avis positifs de ce dernier pays et d'Angleterre sur la question si Joseph y a été vu par quelqu'un qui l'avait connu en Europe. et p a r la réputation dont elle jouit et par les mesures salutaires qu'elle a prises.LA POLICE ROYALE ET LES B O N A P A R T E 121î intérêts des deux É t a t s et de la France plus particulièrement. quand.

u n conspirateur. restait à surveiller sa belle-sœur la reine Hortense. qui errait en Suisse avec le dessein de s'y fixer et q u ' à plusieurs reprises. De cette disposition à les soupçonner.dot. résultaient f r é q u e m m e n t des incidents qui mettaient en branle les policiers et les diplomates. allaient et venaient de nombreux personnages qu'on tenait p o u r suspects. Il importait de ne pas les p e r d r e de vue. C'est Jérôme qu'il avait servi en qualité d'intendant et il se rendait auprès de lui pour lui présenter ses comptes. elle d u t se rendre à l'évidence et se convaincre de l'habileté avec laquelle le fugitif s'était dérobé à toutes les recherches et a v a i t dépisté les limiers lancés à sa poursuite. Joseph p a r t i . il ne le connaissait même pas. Tous deux •étaient porteurs de passeports délivrés p a r le gouver- . le c o m t e Auguste de Talleyrand. Or. duchesse de Saint-Leu. Le 8 février 1816. ministre de France à Berne. Bientôt. qui n'était autre « q u ' u n domestique déguisé en maître ». p a r conséquent. A u t o u r d'elle. prévenait le duc de Richelieu que. sur sa d e m a n d e . la police croyait découvrir u n agent bonapartiste et. LA P O L I C E POLITIQUE d é m o n t r é e et prouvée. Il -voyageait avec un compagnon. la surveillance d a n s les cantons helvétiques changea d'objet sans se ralentir. le gouvernement du canton de Bâle avait arrêté dans cette ville u n voyageur nommé Moulard d a n s lequel on avait reconnu un ancien aumônier de Joseph Bonaparte. Dans chacun d'eux. on avait vue en Savoie. Dès cet instant. il y avait eu erreur : Moulard n ' a v a i t jamais été au service de Joseph .

Madame mère. Élisa Bacciochi. en surveillant les membres de sa famille. eussent été en état de provoquer des insurrections. au lendemain de Waterloo. Désireuse d'aller à Genève. ils redoutent son retour et espèrent. l'impératrice Marie-Louise. Il en f u t de même de celles auxquelles on procédait ailleurs avec une fiévreuse inquiétude. elle débarque en Hollande avec son fils. comme si ces malheureux proscrits. Il est quelqu'un cependant que cette loi avait oublié. c'est Mme Patterson. 9 . n'a épargné aucun d'eux. On la lui accorde pour elle. le cardinal Fesch et le prince Eugène. alors que l'empereur était à SainteHélène et son fils à Vienne. elle fait demander au gouvernement français l'autorisation de passer par la France. fallut-il les remettre en liberté. qui a exilé les Bonaparte. C'est cependant de cette crainte que seront animés jusqu'en 1820. mais non pour l'enfant. les gouvernements engagés dans la Sainte Alliance. après les avoir arrêtés. Pauline Borghèse. Au mois de juillet 1819. Lucien. La loi du 12 janvier 1816. surprendre ses intentions et en conjurer les dangers. Tant que Napoléon n'est pas mort. E n fait. Caroline Mur a t y sont comprises au même titre que Joseph. Aussi. Jérôme. Ce n'est pas le seul cas où f u t démontrée l'inutilité des recherches de la policedans les cantons helvétiques. elles ne firent rien découvrir de suspect ni d ' a l a r m a n t pour la sûreté du gouvernement royal. âgé de douze ans. Louis. la reine Hortense. première femme de Jérôme.LA POLICE ROYALE ET LES BONAPARTE 129 nement wurtembergeois.

il conserve la qualité de fils légitime de Jérôme e t qu'en conséquence. j'ai cependant cru à tout hasard qu'il était de mon devoir d'envoyer un courrier en t o u t e hâte pour . elle est obligée de passer par l'Allemagne. annonçant qu'il part secrètement pour Strasbourg. le comte de Caraman. mon cher Richelieu. P o u r gagner Genève. il est au nombre des personnes atteintes p a r la loi de proscription. ambassadeur de France en Autriche. d a t é d'Augsbourg. père de celui qui devait être chargé d'aller à Rome pour vendre des possessions qu'Eugène veut réaliser. du mouvement que nous observions depuis q u ' E u g è n e et Mme Hortense étaient en rapports. où il sera incessamment de retour. « Il n'y a donc nul doute que ce Mussitz ne soit l ' e n t r e m e t t e u r de la correspondance la plus intime d'Eugène e t quoiqu'il soit à présumer qu'il est déjà parvenu à Strasbourg et qu'il en est reparti. Le 26 janvier 1817. Mussitz a u n fils à Vienne à qui il écrit un billet. Ce Mussitz est venu de France et a apporté des lettres qui ont été si bien reçues qu'elles lui ont valu une gratification de vingtcinq louis. Le résultat des derniers renseignements indiquait que le prince Eugène avait appelé près de lui un certain Mussitz.dot. Il demande q u e l'on ne dise pas où il est et que son fils lui écrive poste restante à Munich. le 15 de ce mois. LA P O L I C E POLITIQUE On lui objecte q u ' a u x termes de l'article 201 d u Code civil. écrit au président d u Conseil : « Vous avez été instruit depuis longtemps.

Il serait possible q u e ce voyage se renouvelât où que l'on puisse découvrir à Strasbourg à qui il a été adressé (sic). Vous sentirez plus que jamais. pour lui p a r l e r avec cette rudesse. que Bonaparte avait voulu faire. d'après ce qui a été publié dans les j o u r n a u x et la v e n t e du service d'argent. E n f i n . Ses relations avec Wilson (2) lui donnent la facilité de s'en servir pour faire insérer ce qu'il v e u t faire parvenir quand et comme il le croit utile. et si cet avis ne lui est plus utile d a n s ce m o m e n t . (1) Chargé d'affaires de France en Bavière. de Bouthillier (1). « Vous verrez que cette correspondance est suivie. (3) Ambassadeur d'Autriche à Paris. . de Lavalette. mais n'est plus en mesure. il le m e t t r a en mesure de faire surveiller pour l'avenir. Personne de sa famille ne l'oserait. il m ' a paru si important de tenir le premier fil de la correspondance d'Eugène en France. Vous jugerez mieux l'intérêt des découvertes qui doivent nous diriger. Metternich et moi. L e prince de Metternich l'a approuvée et m ' a donné tous les m o y e n s de vous éclairer sur cet individu. Nous croyons donc que ce ne peut être que M. de Vincent (3). nous avons conclu. (2) L'un des complices de l'évasion de Lavalette. que ce ne pouvait être dicté que par q u e l q u ' u n assez familier avec Bonaparte. E n examinant le ton des expressions dont on se sert.LA POLICE ROYALE ET LES BONAPARTE 431 prévenir M. ce qui pourrait m e t t r e sur la voie. « J'ai demandé et j ' a i obtenu du prince de Metternich de vous envoyer les rapports mêmes qui doivent être communiqués plus t a r d à M. que je n'ai p a s hésité à faire cette expédition. Fouché l'aurait pu.

et très au fait de tous ces moyens. que le départ de M. Ce qu'il porte à M. qui est Lavalette. » Le 19 janvier 1818. J ' a i répondu à Metternich de votre exactitude. « Vous verrez p a r les confidences que l'agent de police autrichien a trouvé moyen de recueillir en conduisant et faisant jaser Piontowsky. j'espère que j'aurai encore le temps de vous écrire par le courrier autrichien qui part ce m a t i n . mon cher Richelieu . mais en même temps vous voyez combien le choix de cet agent est difficile et doit être soigné. Mais. remettre les originaux au général Vincent. de Vincent et dont vous aurez communication. « Vous voudrez bien. m o n cher Richelieu. mérite une attention t o u t e particulière. mais. Le résultat est assez i m p o r t a n t pour ne rien négliger de ce qui peut y conduire. Vous voyez t o u t ce qu'il pourrait faire. lorsque le comte de Las Cases revient de Sainte-Hélène.dot. car il aura à faire à u n h o m m e très adroit et très réservé qui est Eugène et à u n homme très fin. son retour donne lieu à une lettre nouvelle de Caraman : « Je vous ai écrit hier par la poste. la nécessité de nous occuper beaucoup et p r o m p t e m e n t du poste de Munich et d ' y envoyer quelqu'un de très adroit et qui soit absolument étranger à notre mission. aussitôt que vous aurez tiré de ce que je vous envoie ce qui vous est nécessaire. de Las Cases a été un jeu joué et concerté avec Bonaparte qui voulait avoir u n homme de con- . LA P O L I C E POLITIQUE m o n cher Richelieu. ce n'est q u ' u n motif de plus p o u r s'en occuper avec beaucoup de précaution.

Il n ' y a donc aucun doute qu'il est l'agent intime de Bonaparte. « T o u t cela est le mieux du monde . avec tous ses amis et agens et en un mot que c'est l'homme le plus dangereux et le plus i m p o r t a n t à neutraliser autant que possible. afin de faire renvoyer de l'île le prétendu m o t e u r de toutes ces trames et effectivement. de Weissemberg d'accélérer son départ et de le décider le plus tôt possible. mais. Il l'a ren- .LA POLICE ROYALE ET LES BONAPARTE 121î fiance sur le continent et on a fait saisir un maladroit d'émissaire cousu de fausses lettres. On l'a laissé trop longtemps séjourner d a n s le lieu le plus central et le plus commode pour établir ses correspondances et monter ses machines. de chiffres et de t o u t ce qui pouvait donner l'air de tentatives. qui y trouve sûreté. puisque Las Cases est aujourd'hui à Francfort. se gardera bien d'en partir et encore peut-être prendra-t-il le parti de passer dans les E t a t s voisins et peut-être de s'échapper et de disparaître. je suis persuadé que Las Cases qui a établi ses relations à Francfort. Sa femme est venue le trouver. qu'il est v e n u pour y r a t t a c h e r tous les fils de cette infernale machine. de relations coupables. On a ordonné à M. appui et facilités de t o u t genre. « Il n'y a pas de doute qu'il est d'une très haute importance de l'en tirer au plus t ô t et de le placer de manière qu'il ne puisse pas nuire et je crois bien sincèrement que l'Autriche présente toutes les garanties que l'on peut désirer. On lui a envoyé les passeports pour s'y rendre et on lui a donné l'assurance qu'il serait libre et point enfermé dans une citadelle. que sûrement il a déjà établi des rapports. on y est parvenu.

on a refusé de le recevoir en Prusse et on l'a conduit à Francfort. il faut donc que le Sénat refuse de l'y laisser .170 LA POLIGE POLITIQUE voyée en France et il a t t e n d son retour. nous n'avons aucun droit de nous emparer de sa personne. enfin. mais sous un prétexte ou sous u n autre. parce qu'il a demandé d'aller en Autriche. Il reste à Francfort. il f a u t que le gouvernement français demande au Sénat l'éloignement de l'homme dangereux qui semble vouloir y fixer son domicile et cette demande p e u t être appuyée par les ministres des cours alliées. le surveiller et le garder. O n a refusé de le recevoir aux Pays-Bas et on l'a conduit en Prusse . il ne partira pas et alors que fera-t-on? « Ici on me dit : nous p o u v o n s le recevoir. il faut donc l'obliger à le lui refuser. elle v a revenir et les passeports seront là . » . mais j'imagine bien qu'elle ne vous aura pas échappé et que l'on a pris toutes les précautions nécessaires p o u r être instruit de ses actions et m ê m e de ses projets. Mais. Cette promenade n'est sûrement pas sans but. mais nous n'avons a u c u n moyen pour l'enlever au territoire de Francfort si on l'y laisse et n ' é t a n t sur aucune des listes de bannissement ou d'exil. Ici l'on pense que pour parvenir à ce b u t .

Abbatucci et les colonels Bosset et Berger. A l'écurie. Le service domestique était assuré p a r une soixantaine de gens des d e u x sexes. installé avec sa femme Catherine de Wurtemberg dans les É t a t s de son beau-père. Après avoir vainement tenté de s'en évader. séparée de lui et qui portait le nom de duchesse de Saint-Leu. C'était une résidence charmante. dont trois. Corses. il s'était résigné à y demeurer. située sur une hauteur non loin de Stuttgard. Italiens. et la reine Hortense.ν On a vu la surveillance de la police s'exercer d'abord sur ceux des membres de la famille impériale qui s'étaient réfugiés à Rome en q u i t t a n t Paris et ensuite sur l'ex-roi Joseph qu'elle croyait encore en Suisse alors qu'il avait atteint déjà les É t a t s Unis. restaient à demeure au château. Il en était deux autres aux pas desquels elle s'était attachée avec non moins d'ardeur : Jérôme. habitait le château d'Ellwangen. l'ex-roi de Westphalie. Il y vivait s u r un pied princier. on ne . Quatre de ses anciens gentilshommes de la chambre. Allemands. Jérôme. Suisses ou Français. femme de Louis. étaient Français. à la fin de 1815.

donnaient toute sécu- . infanterie et cavalerie. S'il voulait sortir. de Brüssette. l'ex-roi était t r a i t é en prisonnier d ' É t a t . il en était référé au premier ministre de W u r t e m b e r g . M. location qui s'était faite « au prix de soixante mille francs ou de soixante mille florins ». Surprenait-on quelque chose de suspect. envoyait ces détails à Paris. en mai 1816. Surveillé secrètement par un m a j o r . il était t e n u d ' e n demander la permission.dot. Rien n'entrait au chât e a u . Ces mesures rigoureuses imposées au roi de W u r t e m b e r g envers son gendre p a r les résolutions adoptées au Congrès de Vienne. aller en promennade ou à la chasse. Le policier qui. fournis par deux régiments. mais cinq hommes de cavalerie avaient mission de le suivre : « Il ne sort j a m a i s sans permission ni sans escorte. un commissaire de police et u n commissaire des postes. il y avait des factionnaires. rien n'en sortait sans être visité. signalait le voyage que venait de faire à Vienne le sieur Abbatucci et qui avait eu pour o b j e t la location d ' u n domaine que possédait Jér ô m e en Italie. Elle était t o u j o u r s accordée. Il a j o u t a i t que dans sa résidence. » L a surveillance exercée sur sa personne l'était aussi sur sa correspondance et sur les paquets qu'il recevait ou faisait expédier. il é t a i t en outre sous l'autorité reconnue du capitaine du château. l'autre à Ellwangen. au souverain luimême. d o n t l'un était en garnison à Ulm. A toutes les issues du domaine. LA P O L I C E POLITIQUE c o m p t a i t pas moins de dix-huit chevaux de selle ou de voiture.

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rité au gouvernement français, en ce qui touchait Jérôme et l'assurance qu'il ne parviendrait p a s à s'évader à supposer qu'il en eût de nouveau l'intention. Mais, elles laissaient la police dans l'ignorance de ses projets futurs, de ses relations, de ses propos, de ses jugements sur les hommes du jour, sur les événements, toutes choses à propos desquelles elle eût bien voulu être éclairée et renseignée. P a r malheur, la consigne ne l'avait pas exceptée des ordres dont le prisonnier était l'objet. Les agents secrets venus de Paris restaient à la porte comme le commun des mortels. Ils en étaient réduits à se contenter de renseignements de seconde main et à les contrôler les uns p a r les autres. « Le maître de poste d'Ulm est un t r e m b l e u r , écrivait l ' a u t e u r du r a p p o r t que nous résumons ; il n'a plus voulu tenir sa parole. Mais, j'ai essayé d'une autre voie qui sera meilleure. J'ai fait parler à un employé de la police qui a promis de donner chaque mois un é t a t de tous ceux qui passent et comme chaque passant est obligé de faire viser son passeport, on saura, au vrai, tout ce qui est passé... J'ai l'honneur de vous faire observer que ces individus veulent être bien payés. Si vous voulez avoir cet état, je serai obligé d'aller chaque mois à Ulm, car on ne saurait avoir à ce sujet aucune correspondance. » Nous ne savons si la proposition de l'agent f u t acceptée ni de quel prix f u t payée l'application du procédé auquel il voulait recourir. Mais, il ne semble pas qu'il ait obtenu par cette voie nouvelle de plus amples informations, puisque le dossier qui

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est sous nos yeux ne contient rien d e plus que ce qu'on vient de lire. Il est plus complet en ce qui concerne la duchesse de Saint-Leu. E n q u i t t a n t Paris, elle avait pris le chemin de la Suisse et s'était arrêtée à Aix-1 es-Bains, craignant de ne pouvoir franchir la frontière. Là, elle f u t avertie par le préfet du Mont-Blanc que les puissances alliées ne s'opposaient pas à ce qu'elle résid â t dans les pays helvétiques. Elle se préparait à y passer lorsque le colonel fédéral de Sonnemberg, c o m m a n d a n t la place de Genève, fit savoir au préfet que le gouvernement suisse a v a i t décidé de ne recevoir s u r son territoire aucun m e m b r e de la famille Bonaparte. Elle prit alors le p a r t i de s'établir à Prégny, dans le département de l'Ain. Elle y était à peine arrivée que le préfet de ce département signala l'effet dangereux que pourrait produire la présence de la princesse « s u r un peuple gagné p a r les dons qu'elle prodigue et d é j à mal disposé pour les Bourbons ». Il insistait avec force pour qu'elle f û t éloignée d e la contrée. Chassée ainsi de p a r t o u t , elle d e m a n d a la permission de se fixer en Autriche. Mais, en a t t e n d a n t une réponse, où pouvait-elle se retirer? Quelles mesures convenait-il de prendre envers elle « pour concilier a u t a n t qu'il était possible, les intérêts de la justice, ceux de la politique et le sentiment des convenances? » Saisi de ces questions, Decazes, qui venait d'être nommé ministre de la police en remplacement de Fouché, les posa au prince de Metternich. Le chancelier autrichien, qui sans doute se rappelait ses anciennes relations avec la reine Hortense, se mon-

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tra, en cette circonstance, bienveillant et h u m a i n pour la duchesse de Saint-Leu. Non seulement, il l'autorisa à venir en Autriche si bon lui semblait,, mais encore, s u p p o s a n t qu'elle préférerait le s é j o u r de la Suisse, il intervint auprès du gouvernement fédéral et o b t i n t qu'elle serait admise sur le t e r r i toire helvétique, sous la surveillance d ' u n officier autrichien. Pendant les mois suivants, les nombreux déplacements de la princesse ne permettent pas de p r é ciser les localités où elle réside. T a n t ô t , elle est dans le canton de Vaud, t a n t ô t dans le g r a n d - d u c h é de Bade, t a n t ô t en route pour Munich. Mais, en aucun des pays où elle passe, on ne la voit s ' a t t a r der. Des r a p p o r t s qui nous la représentent c o m m e une princesse errante, u n seul point est à r e t e n i r : c'est que l'officier à qui la garde de cette charmeuse a été confiée est soupçonné d'en être a m o u r e u x fou. « C'est une chose peu i m p o r t a n t e en soi, m a n d e à Decazes le d é p u t é marquis d'Herbouville, d i r e c t e u r général des postes ; mais elle donne lieu de croire que la surveillance sera peu exacte. » L'officier se nommait O p p l e r ; il était aide de camp du prince de Schwarzenberg ; il a v a i t connu la princesse à Aix-les-Bains. C'est t o u t ce que nous s a v o n s de lui et de ses relations avec elle. Pendant l ' a u t o m n e de 1816, la duchesse de SaintLeu est à Constance. Le comte de Montlezun, ministre de F r a n c e à Carlsruhe, écrit à son g o u v e r nement qu'elle s'absente souvent. Il la soupçonne d'être allée incognito à Paris. Il tient d ' u n de ses collègues diplomatiques « qu'elle a été r e c o n n u e

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d a n s la capitale, déguisée en homme Au moment d'expédier la dépêche qui contient cette révélation, il apprend que la duchesse de Saint-Leu est en pourparlers pour acheter une propriété aux environs d'Augsbourg. De ces racontars plus ou moins fondés, il résulte s u r t o u t que la princesse ne sait bien encore où elle se fixera. Metternich, dont la police lancée sur les Bonaparte n'est p a s moins active que la police française, croit que ce sera à Constance. Il le fait savoir à Decazes d a n s une lettre dont nous n'avons pas la date, mais d o n t voici u n extrait : « Mme de Saint-Leu, d'après les nouvelles de Constance, s ' y conduit avec réserve. Elle n ' y voit presque personne et ne reçoit point chez elle les proscrits français. Mais, elle a une correspondance très active et très suivie d o n t une partie seulement est confiée à la poste. Les lettres qu'elle écrit ellemême sont expédiées en général par des messagers affidés ou par des voyageurs qui arrivent facilement à Constance et en r e p a r t e n t de même, sans qu'on parvienne à savoir l e u r nombre. Elle paraît avoir de nouveau le projet d'aller passer deux mois aux e a u x ; mais, on ignore encore celles auxquelles elle donnera la préférence. Si elle se décidait pour Tœplitz ou Carlsbad, cela nous faciliterait les moyens de surveillance. « Il paraît aussi p a r les arrangements qu'elle prend, qu'elle compte pouvoir s'établir définitivem e n t à Constance. Il est facile de concevoir qu'elle préfère cet établissement qui lui assure les moyens d'assurer sa correspondance et de la soustraire à

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la surveillance de tous les gouvernements par les rapports journaliers qui existent entre Constance et la Suisse et particulièrement avec Saint-Gall où se trouvent réunis plusieurs officiers français. Elle y jouit d'ailleurs du double avantage d'être très rapprochée du prince Eugène, son frère, qui est venu dernièrement passer vingt-quatre heures avec elle et qui y est a t t e n d u incessamment avec la princesse son épouse, et celui de pouvoir entretenir des relations suivies avec les alentours de Mme 1a. grandeduchesse de Bade. » Il ne semble pas que j u s q u ' a u mois de juin 1818, le séjour de la duchesse de Saint-Leu à Constance et ses déplacements t o u j o u r s très courts, aient éveillé de nouveaux soupçons chez les agents qui la surveillent. Mais, à cette date, le duc de Richelieu, premier ministre de Louis X V I I I , fait part à son collègue au département de la police des informations qu'il a reçues par la voie diplomatique. Il en résulte que le ministre d'Autriche en Bavière a été autorisé p a r sa cour à viser trois passeports bavarois pour la duchesse de Saint-Leu et sa suite, se rendant à Livourne. Le premier est pour elle sous le nom de Mme d'Arenenberg, son fils, de Mlle de Möllenbeck, u n e femme de chambre et trois domestiques ; le deuxième pour un abbé Bertrand, le troisième p o u r le maître d'hôtel. « Le b u t avoué de ce voyage, qui a été précédé d e plusieurs courses du prince Eugène et de son cousin Tascher à Augsbourg, est de prendre les bains de mer. Un a u t r e motif donné confidentiellement est

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d ' e n v o y e r à Louis B o n a p a r t e son fils cadet. Le v é r i t a b l e b u t de ce voyage s u r lequel on a g a r d é le plus p r o f o n d secret est inconnu. » C e t t e l e t t r e est d u 9 juin. L e 29, Richelieu écrit èncore q u ' à l'exemple de la duchesse de Saint-Leu, d ' a u t r e s proscrits et n o t a m m e n t M. Arrighi et M. Pons, ancien p r é f e t de L y o n p e n d a n t les C e n t - J o u r s , ont demandé a u g o u v e r n e m e n t autrichien des p a s s e p o r t s pour se r e n d r e à Livourne, et n ' o n t p u les obtenir, l ' e m p e Teur se r e f u s a n t à favoriser l'établissement en I t a l i e des personnes éloignées de F r a n c e . « L ' h u m e u r r e m u a n t e de ces exilés p a r a î t é p r o u v e r en ce m o m e n t u n nouveau motif d'effervescence. Le p r i n c e Eugène se rend a u x e a u x de Bade et n e dissimule p a s le désir qu'il a de voir L a s Cases e t d e s ' e n t r e t e n i r avec lui. L a princesse de M o n f o r t est d é j à a u x eaux de Wiesbaden ; Mme Joseph B o n a p a r t e se r e n d à celles d ' E m s . Nous s a u r o n s b i e n t ô t si ces r é u n i o n s s o n t simplement l'effet du h a s a r d •ou si elles se r a t t a c h e n t à quelque nouvelle intrigue. » Le 4 juillet, Decazes remercie Richelieu de lui avoir c o m m u n i q u é ces informations. A p r è s lui a v o i j rappelé q u e tous les ans, les e a u x de B a d e « o n t été éclairées avec soin p a r les m o y e n s dont s o n ministère dispose », il lui a n n o n c e qu'il vient d ' y e n v o y e r « u n o b s e r v a t e u r intelligent » et q u ' u n a u t r e est en mesure de suivre le prince Eugène à son d é p a r t de Munich. « Les i n s t r u c t i o n s , ajoute-t-il, que V o t r e Excellence est d'ailleurs d a n s le cas de faire p a r v e n i r d e son côté a u x ministres du roi d o n n e r o n t à la surveil-

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lance qu'il est si important d'exercer sur ces personnages, une direction sûre et avouée et je ne doute pas que le zèle des agents diplomatiques, soutenu de la fermeté qui convient à leur rôle et que vos recommandations leur inspirent, ne prévienne utilement les inconvénients qui pourraient résulter de la condescendance avec laquelle on a autorisé, en plusieurs occasions, des voyages et des rencontres qu'il é t a i t permis de craindre, et peut-être facile d'éviter. « Toutefois, l'exception faite de l'Italie dans les passeports accordés ne p e u t être que rassurante : les provinces septentrionales de la péninsule n'ont été que t r o p souvent le foyer d'intrigues dangereuses. Une effervescence générale paraît se faire remarquer d a n s l'esprit des peuples qui y sont répandus. Le séjour de la famille Bonaparte à Rome, le voisinage du midi de la France, celui de la Corse, les souverains restés dans la Savoie, que le Dauphiné touche de si près, toutes ces considérations ne peuvent que donner une importance réelle à la décision prise sur la demande de M. Pons, qui, moins que personne, d'après le rôle qu'il a joué à l'île d'Elbe, eût mérité d'obtenir la permission qu'il réclamait. MM. les ministres du roi ne pourraient donc, je crois, trop insister sur le refus définitif, et sans exception, de t o u t passeport pour cette destination. » A la suite de cette lettre, et j u s q u ' à la mi-septembre, les communications du duc de Richelieu à son collègue se multiplient, et lorsque le premier est obligé de quitter Paris pour se rendre au congrès

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d'Aix-la-Chapelle, elles sont continuées p a r le comte d'Hauterive, directeur au ministère des affaires étrangères. Grâce à ces renseignements fournis par les agents diplomatiques, nous pouvons suivre la p l u p a r t des Bonaparte de juillet à novembre de cette année 1818. A u commencement de juillet, Louis d e m a n d e au prince de K a u n i t z , ambassadeur d'Autriche à Rome, de lui faire délivrer un passeport pour Carlsbad. Le diplomate lui a y a n t objecté qu'il est tenu de prendre d'abord les ordres de sa cour, l'ex-roi de Hollande renonce à son p r o j e t et, avec l'agrément d u gouvernement romain, il se prépare à p a r t i r pour Livourne. « On ne croit pas du reste à Rome, écrit Richelieu, que le voyage de M. Louis B o n a p a r t e en Toscane ait pour objet de se rapprocher de Madame Hortense, tandis qu'il cherche tous les moyens de faire casser son mariage et que la Congrégation chargée de ces matières, s'en occupe en secret. » Les renseignements se succèdent ainsi. A la même date, la princesse héréditaire de Hohenzollern-Sigmaringen part pour Frohsdorf, où réside, sous le nom de comtesse Lipano, sa tante, Mme Murât. Lucien Bonaparte, qui devait partir pour Viterbe, a changé d'idées et s'est installé pour l'été a u x portes de Rome, d a n s une villa située sur les bords du Tibre. Pauline Borghèse est aux bains de Lucques. La maréchale Ney est venue de Pise lui faire une visite et s'est rendue ensuite à Livourne, chez la duchesse de Saint-Leu. Ce port é t a n t fréquenté par des navires américains, la police se demande si la famille Bonaparte ne leur confie

La saison des bains est finie et Pauline Borghèse v a rentrer à Rome. mais qu'il va r e p a r t i r pour Rome. Quelques jours plus tard. il reçoit à l'improviste du gouvernement de Tos40 . avec son inséparable M. Mais.LA POLICE ROYALE ET L E S BONAPARTE 445 pas des lettres. que la duchesse de Saint-Leu a été assez sérieusement malade . à la nouvelle de l'accident survenu à son fils. C'est contrainte et forcée qu'elle cède de temps en temps ses e n f a n t s à son mari. Celle-ci. et qu'ainsi. Mais. qui s'était établie à Montenero. il est avec e u x à Florence. Q u a n t à Mme Ney. Richelieu apprend à Decazes que Louis. U n e lettre du 6 septembre fait connaître que la princesse Borghèse a donné à Lucques. le 20 août. sa surveillance sur ce point reste sans résultats. elle est au moment de perdre ce fidèle ami. Au mois d'octobre. d'où elle doit se rendre en Bavière. est accouru pour le voir. il songeait à rentrer en France et à demander à être réintégré dans l'armée. est plus éloignée que j a m a i s d'une réconciliation conjugale. de Résigny. un g r a n d bal auquel ont assisté beaucoup d'Anglais et les ministres d'Angleterre et d'Autriche . proche Florence. a v a n t qu'il n'ait fixé la d a t e de son départ. de Résigny. La duchesse de Saint-Leu est partie pour Ancône. à destination de Sainte-Hélène. que son fils aîné s'est blessé à la main et au visage en maniant une arme à feu et que Mme Ney p a r a î t décidée à passer l ' a u t o m n e à Libourne avec M. qui voit beaucoup sa belie-sœur Borghèse. sont démentis les b r u i t s qui avaient couru sur un rapprochement possible entre sa femme et lui. Depuis longtemps.

que s'ils ne renonçaient p a s à rendre plus tolérable la captivité de l'Empereur. disait Metternich. et lui faisait passer de sa terre de Kœnigswarht le rapport d'un voyageur retour de Sainte-Hélène. contenant d'importants détails sur la manière dont Napoléon était gardé dans son île et sur la possibilité qu'il aurait de s'évader. il est aisé de conclure que les membres de la famille Bonaparte ne cherchaient pas à conspirer. « Il suffit de la lire. Un ancien arrêté. L ' a u t e u r connaît personnellement H u d - . le chancelier d'Autriche. son ambassadeur à Londres. et. beaucoup de ses anciens serviteurs gardaient l'espérance de le voir briser ses chaînes et s'enfuir de sa prison.446 LA POLICE POLITIQUE cane l'ordre de quitter le grand-duché. a été remis en vigueur sans qu'on sache pourquoi. Metternich. pour se convaincre que cela n'est pas fait par u n homme ordinaire. qui lui était personnellement applicable et n'avait pas été révoqué. Lo 19 juin 1820. les partisans de Napoléon. écrivait au prince Esterhazy. Ses y e u x étaient t o u j o u r s ouverts sur Sainte-Hélène. Des détails qu'on vient de lire et de la banalité d u plus grand nombre d'entre eux. Il en est même qui s'efforçaient de préparer et de favoriser sa fuite. sur les voyageurs qui en revenaient comme sur ceux qui s ' y rendaient. ils étaient surtout soucieux de se faire une existence paisible au milieu des suspicions d o n t les témoignages leur arrivaient de toutes parts* Mais. L'Europe n'ignorait pas leurs efforts.

mon Prince. « L'anecdote du nommé Franceschi qui a accompagné Napoléon à Sainte-Hélène sous le nom de Cyprien et qui avait su s'insinuer dans la confiance de sir Hudson Lowe est sans doute remarquable et elle sert du moins à prouver que l'homme le plus intègre. qui p e u t avoir conservé des sentiments d ' a t t a c h e m e n t pour la famille Bonaparte. Il est possible même. q u ' e n sa qualité d'ancien serviteur de Murât. le plus sévère et le plus vigilant n'est point à l'abri d'être trompé. l'auteur. ait saisi avec empressement cette occasion pour exciter des soupçons contre celui auquel la garde du chef de cette famille a été confiée. vous vous convaincrez. Je ne désespère pas toutefois d'y parvenir et j'ai de fortes raisons d e soupçonner qu'il est en ce moment en voyage p o u r retourner à Sainte-Hélène. Il ne m ' a pas encore été possible de découvrir le nom de cet émissaire. » Γ . j'ai pris des mesures pour t â c h e r de me procurer une des lettres d o n t il est p o r t e u r et si j'y parviens. Il est évident qu'il a contre lui dee préventions qui sont peut-être exagérées et qui se r a t t a c h e n t à une époque qui les rend assez naturelles. on ne peut se dissimuler que son rapport renferme quelques faits dignes de fixer l'attention du ministère britannique. En le lisant. quel que soit à cet égard le fond de sa pensée. que Napoléon est parvenu à faire passer des lettres aux membres de sa famille en Italie par un émissaire qui a su les soustraitre à la surveillance de sir Hudson Lowe. elle nous fournira vraisemblablement des renseignements utiles. Mais.LA POLICE ROYALE ET LES BONAPARTE 447 son Lowe. E n attendant.

148 LA POLIGE POLITIQUE Nous n ' a v o n s pas le r a p p o r t dont il est question dans cette lettre et q u ' E s t e r h a z y devait communiquer au gouvernement britannique. pour les mois de mars et d'avril. la lettre suffît pour prouver que Metternich n ' a t t a c h a i t pas moins de prix que les cabinets de Paris et de Londres à ce que Napoléon f û t étroitement gardé et surveillé et qu'il employait dans ce b u t tous les moyens d'espionnage dont il pouvait disposer. vers la même époque : « Mon Prince. l ' u n des ses correspondants à Paris. de continuer à t r a n s m e t t r e à MM. je viens d ' ê t r e informé de la manière la plus positive que s u r le refus de la maison Mulhens. Nous devons à cette circonstance de posséder celle q u ' o n vient de lire et d ' y pouvoir joindre celle qui suit. pour lui donner l'ordre d'expédier lui-même désormais les fonds en question à MM. u n p a y e m e n t de 12 500 francs par mois. de Londres. envoyée par le chancelier et l'amabassadeur. en p r e n a n t tel nom d'expéditeur qui lui conviendra et en c o m m e n ç a n t p a r assurer les cinq cents livres sterling par mois. je vous invite à en informer confidentiellement . Holmès. « Comme il résulte clairemnt de ces dispositions qu'il s'effectue pour Sainte-Hélène. p a r ordre du prince Eugène. Holmès. le prince Eugène a écrit dans les dix derniers jours d u mois de mars. c'est que la police française saisissait à leur passage à Paris les communications qu'il adressait à Londres. à Londres. Mais. de Francfort. Ce qu'il y a de plus piquant. au chevalier de Soulanges. les fonds destinés p a r les membres de la famille B o n a p a r t e pour le prisonnier de Sainte-Hélène.

afin qu'il puisse prendre à cet égard les mesures et les précautions qu'il jugera convenables et nécessaires.LA P O L I C E ROYALE ET LES BONAPARTE 449 le gouvernement britannique. » Nous n'avons pu découvrir quelle suite fut donnée par l'Angleterre à l'avertissement de Metternich. . ni si les fonds destinés à l ' E m p e r e u r parvinrent à leur destination.

.

de se faire nommer chef de légion de la garde nationale. je l'ai dit. alors que. Il s'en inquiétait d ' a u t a n t plus que le parti qui s'était formé à Paris sur le nom du prince. avait fait faire au duc d'Orléans des ouvertures positives. allait être dépossédé. depuis plusieurs mois. s'en inquiétait. LouisPhilippe d'Orléans n'avait pas encore manifesté l'intention de rentreren France. il paraissait vouloir y rester et les démarches officieuses tentées auprès de lui. On racontait ouvertement que le ministre anglais. les Bourbons étaient réinstallés aux Tuileries. l'avait fortement pressé de réintégrer le Palais-Royal. affirmaient les mécontents. en vue de presser son retour. le faisait figurer parmi les candidats à la couronne dont Louis X V I I I . lord Castlereagh. de provoquer alors u n mouve- . n'aboutissaient pas.LIVRE III LA EN POLICE FRANÇAISE ET DANS A LONDRES PAYS-RAS ALLEMAGNE LES I A la fin de 1815. Le gouvernement. Établi en Angleterre.

c o m m e d'autre p a r t le nom d u prince était devenu un drapeau pour un parti d'opposition et comme. elle envoyait à son correspondant u n chiffre compréhensible pour lui seul. Mais. que le prince avait énergiquement repoussé ces ouvertures et déclaré qu'il ne se prêterait pas à ce qu'on attendait de lui. On est p a r v e n u à gagner la pupille et les tuteurs sont toujours très décidés. On a j o u t a i t . comme il lui revenait de tous côtés que le duc d'Orléans ne se faisait p a s faute de blâmer la politique du gouvernement. » Ces rumeurs n ' a v a i e n t pas paru à Louis X V I I I mériter grand crédit. n ' a p p r o u v a i t pas ses scrupules. après avoir exprimé les regrets que lui causait la décision de son frère. craignant que ses lettres ne fussent interceptées. l'Autriche et la Prusse les tuteurs. la Russie serait la pupille. Elle témoignait du désir d'être tenue au courant des progrès du m o u v e m e n t orléaniste en France . elle déclarait que l'Autriche et la Prusse étaient consentantes au projet et qu'on espérait y amener la Russie. il est vrai. Le m o t mariage signifierait la grande affaire. elle p r o m e t t a i t en r e t o u r d'informer exactement ses amis de ce qui serait fait en Angleterre pour le favoriser et.452 LA POLIGE POLITIQUE m e n t populaire qui serait soutenu par les Anglais et qui le m e t t r a i t s u r le trône. L'observateur qui donnait ces détails reproduisait d a n s son r a p p o r t la phrase suivante qu'il prétendait empruntée à une seconde missive de Mademoiselle d'Orléans : « Il est plus question que jamais de mariage. Mademoiselle d'Orléans. enfin. On parlait d ' u n e lettre d'elle où. Mais on objectait que sa sœur. .

.LA P O L I C E FRANÇAISE A LONDRES 453 sa persistance à ne pas rentrer. à la cour. quant au motif d'empêcher qu'on ne rne croie exilé. quoique plus ou moins dissimulée.. ma foi. de la manière la plus aimable et la plus pressante. et. en vérité. mais.. témoignait d'une désapprobation formelle. Toutes les troupes étrangères vont certainement quitter Paris. j'irais sur la tête . et moi je ne voudrais pas servir t a n t qu'on ne révoquerait pas t o u t e s les mesures anticonstitutionnelles qu'on a adoptées dernièrement. J ' a i aussi reçu une lettre de l'oncle de Raoul (?) qui ne m'avait pas écrit depuis Gand. et qui v o u d r a i t que je revienne. en date du 15. s'accrurent et se précisèrent. Dites bien cela à mon ami P. Je crains que ce ne soit pas pour longtemps . Une course pour souhaiter la bonne année me paraîtrait ridicule . T o u t cela joint à vos détails me persuade qu'on le désire. mais je n'entends pas pourquoi. une utilité quelconque à ce que j'allasse. les vieilles défiances du Roi envers son cousin. adressées à l'un de ses amis à Paris et surprises par la police. C'est en ces circonstances q u ' a u mois de décembre. se servir de moi plus q u ' a u p a r a v a n t . il écrivait : « Il est bizarre que pendant qu'on a fait courir tous ces bruits sur mon retour. d e u x lettres du duc d'Orléans. Mme la duchesse d'Angoulême ait eu la bonté d'écrire à m a femme pour le lui conseiller. lui révélèrent l'état d'âme du prince : Dans la première. c'est leur affaire et non la mienne. je ne vois rien de t o u t cela. S'il y avait un bon motif. car on ne veut sûrement pas. et je vois le contraire. Je réclamerais la Charte qui est violée de toutes p a r t s sans déguisement.

confirmait la précédente : « Quant au voyage. j ' y suis t o u t disposé . ne sont que des sornettes. et mon séjour à Paris ne ferait que me placer en opposition avec le Roi et le p a r t i dominant. Si le duc de Richelieu désire mon retour. » Bien que ce fût là le langage d ' u n désapprobateur et non celui d'un prétendant. t a n t qu'il n ' y aura pas de motif impérieux à mon retour. des attaques et toutes sortes de malignités. mais. or. il y a des espions dans le m o n d e . j e persiste à n ' e n être pas d'avis. j'aime mieux être absent. datée du 25. On ne veut rien de solide en France. Qu'ils y prennent garde. Dieu sait ce qui se passera en leur absence. et j'arriverai avec grand plaisir. il n'est rien de t o u t cela. et je crois que je ferai bien de m e tenir hors de leur chemin.154 LA POLICE POLITIQUE on ne déguise m ê m e guère cette intention . malgré les ordres du Courrier. employés de tout côté. m'attirer une guerre d'opinion dont je n'ai que faire. la seconde que la conduite de son gouvernement fût de nature à ce que je pusse le seconder et le soutenir dans la Chambre . mais. et t o u t ce q u ' o n a dit à cet égard. Pour que ma présence p u t être utile. il f a u d r a i t deux choses : la première que j'eusse p a r t à la confiance du R o i . il p a r u t nécessaire de . Quand la conduite du gouvernement est telle que je dois être en opposition. pour tirer les vers du nez. Je préfère rester dehors. » La seconde lettre. Si les amis des ministres désirent que je revienne. il f a u t faire autre chose que ce qu'ils font. il n ' a q u ' à redevenir constitutionnel.

car à leur réception. le prince de Castel-Cicala. le duc de Kent. Il était très gai. le marquis d'Osmond. il s'est entretenu très familièrement avec ses domestiques. le prince de CastelGicala s'est rendu de suite à Twickenham. Elles signalent les nombreux visiteurs que reçoit le prince. tient visiblement pour quelque peu suspectes. il est t o u t naturel que ce diplomate soit empressé à lui apporter des nouvelles et des lettres de ses parents. Le 13 avril. suppose l'informateur. ses relations suivies avec les sommités de l'aristocratie anglaise. les notes de l'observateur attaché à sa maison sont aussi nombreuses que le plus souvent insignifiantes. disposé au soupçon p a r métier. ses visites à Windsor. « notre grand ami ». t o u t ce qui compte à Londres. « Notre grand ami. mais que l'agent. ambassadeur des Deux-Siciles. escorté p a r quatre domestiques bien armés. et p e n d a n t t o u t le chemin. Il y a passé la journée. toutes choses qu'il est aisé d'expliquer. à cheval.. » . et il est revenu ensuite chez lui. avec le duc d'Orléans. plusieurs heures. où il s'est entretenu. Les dépêches devaient être d'une très grande importance. Il s'étonne notamment du zèle que met l'ambassadeur sicilien à communiquer au duc d'Orléans les dépêches qu'il reçoit de Naples et paraît ignorer que la duchesse é t a n t Napolitaine. et n'en est p a r t i qu'à dix heures du soir. avec son escorte. l'a accompagné j u s q u ' à deux milles au delà de Richmond. Pendant les mois d'avril et de mai 1816. il annonce que l'ambassadeur a reçu de sa cour un courrier extraordinaire.LA POLICE FRANÇAISE A LONDRES 453 redoubler de vigilance autour du duc d'Orléans et de surveiller ses allées et venues.

456 LA POLIGE POLITIQUE E t à propos du duc de Kent. sous le prét e x t e que le Roi ne payait pas exactement les sommes convenues pour leur entretien. même la t o t a l i t é de ses troupes. et même aux écuries. le r a p p o r t . je vous ai m a n d é que je tenais de bonne p a r t que. après avoir constaté qu'il va très souvent à Twickenham. et même dans les appartements. les cuisines. le gouvernement p o u r r a i t retirer un plus grand nombre. il y a eu la semaine dernière plusieurs exprès expédiés avec des lettres de part et d'autre. se trouvent trois lanciers polonais qui ont servi en France sous Bonaparte. frère du prince régent. (1) Membre du Cabinet anglais. qui habite Kensington. Le comte a annoncé dernièrement à la Chambre des communes que quatre régiments de cavalerie anglaise quittaient la F r a n c e pour se réembarquer. ajoute : « La maison du duc de Kent n'est a u j o u r d ' h u i composée en partie que de domestiques français. t a n t à la cuisine qu'à la chambre. sous le même prétexte. Parmi eux. ils tiennent entre eux les propos les plus inconsidérés et même les plus insultants contre la famille royale et surtout contre le Roi et Madame. ces discours se tenant dans les antichambres. Il a fait pressentir que. « Il y a t o u j o u r s une correspondance très suivie entre notre grand ami et le comte de Liverpool (1) . Ces domestiques se voient journellement avec ceux de notre grand ami. D'un autre côté. . Il est à p r é s u m e r que les maîtres en doivent être instruits.

La preuve en est qu'il retire d é j à celles qui y sont.LA P O L I C E FRANÇAISE A LONDRES 453 dans le cas où il surviendrait des troubles sérieux en France. le t o u t à destination de France. n'est-ce pas qu'il forme quelque grand projet? E t puis. je laisse à votre sagesse à décider. pourquoi tant d'exprès expédiés chaque jour et plusieurs fois par jour à Londres. le gouvernement anglais n'était pas disposé à faire passer de nouvelles troupes sur le continent. il y a une cause très naturelle que l'observateur oublie de donner. cependant. S'il achète trois chevaux du plus grand prix alors qu'il en a déjà vingt-deux dans ses écuries et q u a t r e voitures magnifiques. à Windsor. » On voit la tendance de l'agent à incriminer les intentions du duc d'Orléans. Le 19 avril. La duchesse d'Orléans est heureusement accouchée d'une fille et les parents sont follement heureux de cet événement qui leur v a u t les félicitations de la ville et de la cour. il donne une nouvelle vie à t o u t ce qui l'entoure. Ne serait-ce pas là l'effet d ' u n système arrangé pour diminuer les forces qui doivent protéger le Roi? N ' y aurait-il pas connexité? Vous devez m'entendre? Je jette cette idée a u hasard. à Kensington. Le Morning Chronicle publie une lettre de Paris dans laquelle on lit ce qui suit : « Les alliés donnent en ce m o m e n t beaucoup d'in- . les actes les plus simples de sa vie privée. chez de h a u t s personnages dont les réponses arrivent aussitôt? Que signifie la joie extraordinaire qui règne dans cette maison jadis si triste? « Le prince lui-même est d ' u n e gaieté f r a p p a n t e . c'est une autre antienne. » A cette joie.

surtout parmi les étrangers. rédigé à l a même d a t e . celui d'Autriche pour le jeune Napoléon. sont d'accord p o u r l'en faire descendre . ils ne diffèrent entre eux que sur la dynastie qui doit la remplacer. Dans une maison dépend a n t de s a demeure. et l'intérêt général a y a n t prévalu. elle a été le sujet de toutes les conversations de la journée. de la part des alliés. et le cabinet d'Angleterre pour le duc d'Orléans. ne parlant pas le français (sans doute pour q u e le secret soit mieux gardé). » Dans u n autre r a p p o r t . Le principe de la légitimité é t a n t mis de côté. à Twickenham. y i m p r i m e n t deux . » A en croire l'informateur.•158 LA POLICE POLITIQUE q u i é t u d e à la cour. On a envoyé chercher sur-le-champ. à Richmond. à Londres.. Les aides de camp. se t r o u v e n t non plus des insinuations. L a famille régnante v o y a n t une si forte opposition contre elle.. chaque souverain présente son protégé : l'empereur de Russie réclame pour le prince d ' O r a n g e . le duc d'Orléans a fait établir u n e imprimerie. cherche vainement à affirmer son parti. Le prince en a fait luimême la lecture à plusieurs personnes de distinction qui étaient avec lui. cette lettre a causé chez le duc d'Orléans l'émotion la plus vive. Elle a fait également une grande sensation d a n s Londres. s e n t a n t l'impossibilité de maintenir sur le t r ô n e de France la famille régnante. et d'espérance au peuple. « Au château. nombre d'exemplaires du journal. les domestiques ont tenu cette feuille et la lisaient à l'envi. Il est généralement reconnu que les souverains alliés. mais une dénonciation formelle et précise. Deux ouvriers compositeurs anglais.

» E n dépit des préventions d o n t s'inspiraient ces r a p p o r t s et encore qu'à Paris on n'interprétât pas de la même manière que leur auteur les faits qu'il signalait. Louis X I V eût été déclaré illégitime. Le travail se fait dans le plus grand secret . on crut nécessaire de s'assurer aussi positivement que possible de leur plus ou moins d'exact i t u d e en ce qui touchait les dispositions du duc d'Orléans. que le trône de France eût été dévolu à la branche d'Orléans. tous ces détails. le cardinal Mazarin n'eût pas fait décider p a r l a Faculté de médecine de ce tempslà q u ' u n enfant peut rester treize à quatorze mois dans le sein de sa mère. comme il l'était par le fait . dont l'un a pour titre : Justification de Charles-Philippe d'Orléans. sans contrarier les lois de la nature. et l'autre : Droits de la branche d'Orléans au trône de France (1). enfin que les droits de cette maison sont les mêmes a u j o u r d ' h u i qu'ils l'étaient il y a cent cinquante ans. C'est Dumouriez qui est l'auteur de ces deux ouvrages qui sont dépendants l'un de l ' a u t r e . sous le secret. père du duc. Dans ce but. et le valet de chambre est le seul des domestiques qui en soit instruit. le gouvernement recourut aux bons offices de deux personnages qui se vanCi) Toutes m e s recherches pour r e t r o u v e r ces o u v r a g e s ont é t é infructueuses. personne que les initiés ne pénètre dans cette maison. .LA POLICE FRANÇAISE A LONDRES 453 ouvrages français. « On établit dans le dernier que si. C'est de la bouche même de ce premier valet de chambre que le jeune homme a appris. après la naissance de Louis X I V .

l'autre était un général récemment mis à la retraite. Du premier. je me verrai obligé de vous rayer du tableau des généraux en activité.460 LA POLIGE POLITIQUE taient d'être en possession de la confiance du prince. Mais. » Cet aveu lui attire de d u r e s remontrances du ministre : « Je vous rappelle que des officiers qui ont tout perdu dans la dernière campagne. et néanmoins soldat de la Révolution. en étudiant ses relations avec la police. mais constate en même temps qu'il en a perdu le profit par son inconduite et les désordres de sa vie privée. il n'en va p a s de même d u second et. en 1813. . Né noble. » Irrité par c e t t e menace. il proteste : « Monseigneur. je n'ai pu exister qu'en v e n d a n t p e u à peu mes effets. son dossier conservé au dépôt de la Guerre le signale comme ayant de beaux états de service. Si vous ne partez pas. nous n'avons rien à dire . il m é r i t e de retenir u n moment l'attention. Il obtient cependant un commandement en province. c'est pousser un homme d'honneur à la dernière extrémité et faire perdre à l'Empereur un sujet qui méritait u n meilleur traitement. L ' u n était ce m e m b r e de la Chambre des communes auquel il a été fait allusion plus h a u t . Déjà. Mais. sont néanmoins partis. honorablement marié. on peut se convaincre qu'il ne joua jamais qu'un rôle assez effacé. il est obligé d'avouer qu'il n ' a pas le sou et ne peut rejoindre son poste : « Depuis deux mois. il est déconsidéré et sans emploi et les réclamations de ses créanciers achèvent de le faire mal noter au ministère de la Guerre. sans qu'il y ait lieu de le désigner p a r son nom.

Remis en liberté et inscrit au budget secret pour un traitement mensuel il . » Néanmoins. non seulement en raison de son a t t i t u d e pendant les Cent-Jours. la police avertie perquisitionne chez lui et chez sa maîtresse . il n'est plus qu'une épave. bientôt. Mais. au début de la Restauration. L'offre est agréée. malgré ses réclamations. vient de révéler que. Ses relations avec la police d a t e n t de là. de se rallier b r u y a m m e n t à l'Empereur. Il avait été mis à la retraite par l ' E m p e r e u r . C'est alors qu'il va offrir à l'ambassadeur d'Angleterre « de lui fournir des renseignements ». malheureuses et abandonnées. ses sollicitations recommencent. ses papiers sont saisis . commandeur de la Légion d'honneur.LA P O L I C E FRANÇAISE A LONDRES 453 Je me regarde en ce moment comme dépouillé de m o n grade et de ma décoration si Votre Excellence ne me m e t pas en mesure de pouvoir servir. Mais. Il demande à être nommé général de division. qu'il est replacé. Il se donne comme un fidèle sujet et se recommande de Talleyrand et de Wellington. Le Roi revenu. à être envoyé aux colonies . ce qui ne l'empêche pas. On ne l'écoute pas. ce n'est qu'en 1814. elle et sa fille sont les victimes de l'inconduite de ce malheureux. E n janvier 1816. on est mal disposé pour lui. au retour de l'île d'Elbe. a y a n t trouvé moyen de se faire recommander par le duc d'Angoulême . on l'y maintient. mais aussi parce qu'une pétition adressée par sa femme au Roi. il voudrait être grand officier. il est arrêté et détenu d u r a n t trois mois. à l'effet de solliciter un secours.

lui annonçant une gratification de dix mille francs β pour vous indemniser des frais de détention ».A POLICE POLITIQUE de trois mille francs (1). il recevra en 1818 u n prix inespéré de ses peines .I. en même temps que le m e m b r e de la Chambre des communes. — ils le furent à l'insu l ' u n de l'autre. connu les péripéties de son existence antérieure. Il est extraordinaire qu'avec un passé tel que le sien. par suite des exigences de la faction. il devient. il sera nommé lieutenant général honoraire. Finalement. en vue d ' u n rapprochement qui. — à voir le prince et à tâcher de surprendre sa pensée véritable. il ait pu se flatter d'être en relations confiantes avec le duc d'Orléans. J'ai sous les y e u x les lettres que chacun d ' e u x écrivait à l'issue de l'audience et où il affirme (1) Peu de jours après sa mise en liberté. son épée et sa croix. vendu les autres. puisqu'il f u t invité. en plusieurs circonstances. il recevait une lettre du premier ministre anglais. lord Castlereagh. vendu aussi ses épaulettes. . Il n'en est pas moins certain q u e la police ne mettait pas en doute ses dires. il rend compte des projets des ultras qui semblent n'avoir pa·. il mourra obscur et oublié. d'ailleurs. Lorsq u ' e n 1843. distinction qui ne le tire pas de la situation misérable dans laquelle il se d é b a t . on constat e r a qu'il a brûlé partie de ses papiers. L'Anglais f u t reçu à Twickenham le 5 mai 1816 et le général le 9 du m ê m e mois. l'intermédiaire entre eux et les ministres. ne s'opère pas. Cette s o m m e lui fut comptée par l'ambassadeur d'Angleterre et il semble bien qu'il le fit savoir lui-même à l a police c o m m e gage de la sincérité des engagements qu'il a v a i t pris envers ello. Il est en relations suivies avec Villèle et avec Corbière .

des premiers dans l'ordre d e succession. dans de pareilles conjonctures. sinon les mêmes propos. Vis-à-vis du visiteur anglais. le prince. bien que les ministres anglais lui aient insinué que sa présence serait très utile en France. mais. qu'Elle n'avait p u . « Ici. qui lui annonçaient les arrestations qui avaient eu lieu et que l'on faisait porter sur des partisans de la Maison d'Orange. dit qu'Elle avait franchement déclaré sa manière de voir. continue le correspondant du ministre de la Police. » Vis-à-vis du visiteur français. Il est convaincu q u ' e n 1814. le duc d'Orléans est plus explicite encore : « Il m ' a dit avoir reçu la veille des lettres de Paris. t a n t que le souverain actuel serait v i v a n t . mais que ses opinions avaient été accueillies avec un dédain qui tenait presque de l'insulte. d u moins les mêmes dispositions. a déclaré qu'il est de plus en plus résolu à ne prendre aucune part aux affaires de la famille régnante. qu'il espérait que cet événement tournerait à l ' a v a n t a g e de son propre parti qu'il croyait avoir été affaibli p a r les . il lui eût été facile de monter sur le trône . demeurer plus longtemps à Paris et s'était éloignée pour se soustraire à la jalousie que sa présence aurait excitée. Son Altesse fit entrer quelques particularités d'une conversation qu'Elle a v a i t eue avec des princes. il avait trouvé sage de se tenir à l'écart. Elles lui a t t r i b u e n t . Il persévérera dans cette attitude. amené à s'expliquer sur ses intentions.LA POLICE FRANÇAISE A LONDRES 163 répéter ce que lui a dit le duc d'Orléans.

sa complaisance n'irait pas si loin . Louis X V I I I . que c'est avec peine que leur présence est tolérée. « Il a dit q u ' o n lui avait demandé quel conseil il pourrait donner au Roi dans les conjonctures présentes et s'il voudrait se mettre à la t ê t e d ' u n p a r t i pour le soutenir sur le trône . surtout si. parce qu'il serait certain d'être sacrifié s'il le faisait . M. qu'il était bien convaincu qu'il ne serait point attenté à ses jours s'il allait à Paris. qu'à la dernière de ces questions. il avait pris la ferme résolution de ne p a s agir contre lui en se m e t t a n t à la t ê t e d ' u n parti pour le détrôner. il était bien décidé à ne pas s'aventurer en France. mais qu'à l'égard des princes. . q u ' à l'égard des conseils qu'il aurait à donner. q u ' à l'égard de S. qu'ils ne pouvaient espérer de jamais régner. que si le Roi cessait de régner. qu'il s'était servi de la mauvaise santé de son épouse comme d ' u n prétexte pour s'excuser de ce qu'il ne se rendait pas au mariage du duc de Berry et qu'il continuerait de trouver toujours quelque raison pour rester en Angleterre . il avait répondu qu'il ne voudrait point se m e t t r e à la t ê t e d'un p a r t i pour la cause du Roi. il est vrai que l'Autriche ne soutenait plus la cause de Napoléon I I avec sa première ardeur . c'est-à-dire qu'il f û t détrôné ou t e r m i n â t sa carrière. mais qu'il était probable que s'il y était une fois. il se t r o u v a i t très bien à sa place et qu'il saurait se tenir à l'écart du danger.164 LA POLICE POLITIQUE intrigues de celui d'Orange. selon ce qu'il avait entendu dire. il saisirait sûrement l'occasion qui se présenterait . que pour lui. il y serait retenu et empêché de retourner en Angleterre . que dans l'intervalle.

il pourrait m e t t r e t o u t e sa confiance d a n s la vieille armée française. viendraient des ministres responsables et une constitution établie sur des bases solides et libérales. qu'il pensait que si le Roi prenait ce parti. qu'après cet objet. » . t a n t il considérait ces couleurs comme le signe de ralliement de t o u t e la nation . que cette mesure rendrait Louis X V I I I vraiment roi de France. qui se battrait pour sa cause contre l'univers entier et verserait j u s q u ' à la dernière goutte de son sang pour lui . que si donc un danger pressant pour le r o y a u m e ou une heureuse inspiration des conseils du Roi venaient à rétablir la cocarde. que les princes eux-mêmes y trouveraient leur sauvegarde. il ne lui resterait plus (à lui duc d'Orléans) aucun espoir d'arriver au trône. ni lui (le duc d'Orléans). pas plus q u ' à t o u t autre prétendant . ni personne ne pourrait entretenir le moindre espoir de succès . que t ô t ou t a r d le peuple obtiendrait et que par politique il v a u d r a i t mieux lui accorder de bonne heure. mais qu'il conseillerait au Roi sur toute chose d ' a d o p t e r la cocarde tricolore . que les Français étaient entichés de la cocarde tricolore e t qu'ils soutiendraient la cause de quiconque la leur rendrait . d'exiler les princes et surtout la duchesse d'Angoulême assez loin de la cour pour ne p a s laisser entretenir le moindre soupçon de leur influence. qu'elle lui concilierait tous les partis et qu'alors. de renvoyer ses ministres et tous ses alentours.LA P O L I C E FRANÇAISE A LONDRES 453 ils seraient dé défaire t o u t ce qu'il avait fait. d'agir dans un sens t o u t à fait opposé à celui qui avait dirigé sa conduite j u s q u ' à ce jour.

a-t-il ajouté. que le prince ait poussé plus loin ses confidences . il ait manifesté l'intention de chercher à s ' e m p a r e r de la couronne à la mort du Roi et qu'il ait exposé avec t a n t d'abondance et de légèreté la conduite qu'il comptait tenir alors. c'est sa très correcte . Nous avons déjà constaté q u ' e n 1816. Mais. On aurait dû le conserver à quelque p r i x que ce f û t . il a témoigné la crainte d'une guerre prochaine dont la France serait l a victime. ce qu'il en dit à son interlocuteur semble avoir été très exactement répété par celui-ci. dès lors. Il n'y a pas lieu de s'attarder à essayer ici de faire u n départ entre ce qui dans ces lettres reproduit fidèlement l'opinion du duc d'Orléans et ce qui l'exagère ou la dénature. Ce qui autorise plus encore le doute. Le seul espoir qui nous resterait en cas d ' u n e guerre nouvelle serait d a n s la Russie dont les troupes sont placées de manière à arriver les premières à Paris et pourraient. réservé. — Depuis le départ de ce ministre. dit-il. que mesuré. en empêcher la destruction. il désapprouvait les actes du gouvernement de Louis X V I I I .466 LA POLICE POLITIQUE D'après le rapport auquel sont empruntées ces citations. Je le regarde comme le seul h o m m e qui ait dans les m a i n s le moyen de rallier les Français sous les bannières royales. les affaires n'ont fait qu'empirer. P a r conséquent. pour satisfaire sa haine e t la rapacité de ses soldats. — La Prusse. E n finissant. p r u d e n t comme il l'était. v e u t la m e t t r e au pillage. le prince a ensuite exprimé le regret que le Roi se soit privé du concours d u duc d ' O t r a n t e . voilà ce qu'on croira difficilement.

Je lui ai conseillé de tenir une conduite fort mesurée. On ne saurait tenir un meilleur langage que le sien. Tout porte donc à admettre qu'au moins sur u n point. elle démontre que le Roi ne prenait pas au tragique les informations de l'agence politique de Londres et que. ne cessa de lui témoigner. de son avènement à sa chute. Il écrivait ensuite à Decazes : « J'ai vu M. le zèle de ses interlocuteurs les a entraînés à dépasser sa pensée. Son projet est de rester peu de temps ici. sur quoi il m ' a assuré qu'il était très résolu à se faire remarquer aussi peu que possible : il n'ira point à la Chambre des pairs. d'après cette lettre. d'y chercher une maison de campagne. en dépit des rapports et des lettres que je viens de citer. Au commencement de l'année suivante. de ramener sa femme faire ses couches qui doivent avoir lieu vers la fin de mai. En t o u t cas. Ce fut sans doute l'opinion de Louis X V I I I . le duc d'Orléans. vu que le Raincy est inhabitable. il le reçut avcc bonté. Tout cela est fort bien et n'en est pas moins sujet à observation. que Louis X V I I I se soit moins défié du duc d'Orléans lui-même que de la faction qui s'obstinait à le mettre en a v a n t pour affaiblir et combattre le gouvernement royal. car. puis d'aller faire u n voyage à Naples pour tâchor de se faire payer la dot qui ne l'est pas encore. » Il semble. ses relations avec le duc d'Orléans ne furent pas modifiées. de retourner en Angleterre. tout en les utilisant dans .LA P O L I C E FRANÇAISE A LONDRES 453 a t t i t u d e envers Charles X jusqu'en 1830 et aussi la bienveillance que celui-ci. le prince étant venu le voir.

il savait quel peu de cas il en fallait faire. Il le savait d ' a u t a n t mieux que l'émigration le lui avait enseigné au prix des plus douloureuses déceptions et des plus cruelles épreuves. .A P O L I C E POLITIQUE la mesure où ils devaient l'être.ί 168 J.

dernier espoir d ' u n e race illustre. il prit une glorieuse revanche en m e t t a n t en déroute. le duc de Bourbon. p e n d a n t l a guerre de S e p t ans. Rien ne trahissait plus en lui ni le vainqueur de Johannisberg (1). depuis son retour d'exil. De son passé b r u y a n t et agité. cette c h a r m a n t e princesse de Monaco qu'il aimait depuis si longtemps et de qui il était aimé. la maison de Condé était en train de s'éteindre dans la personne de deux vieillards : Louis-Joseph de Bourbon.II A la fin de 1817. Elle le lui avait alors prouvé de nou(1) En 1762. de t o m b e r en enfance. l'armée du duc de Brunswick. à Johannisberg. en Pologne. ni le chef militaire de l'émigration. Le prince de Condé. et son fils. père du duc d'Enghien. sauf le trépas tragique de son petit-fils d o n t il parlait sans cesse avec la même émotion et dont le souvenir lui arrachait encore des larmes. en Russie. menaçait. Lorsqu'en 1804. l'aïeul a v a i t eu auprès de lui pour l'aider à porter sa douleur. en Angleterre. au l e n d e m a i n du désastre de R o s b a c h . . prince de Condé. âgé de quatre-vingt-deux ans. la mort était venue faucher dans sa fleur ce jeune prince. ce passé durant lequel on l'avait vu tour à t o u r en Allemagne. il semblait avoir t o u t oublié.

la princesse Louise de Condé. mais reconnue. il y était presque exclusivement réduit à la société des fonctionnaires de sa maison.AP O L I C E POLITIQUE veau en lui prodiguant pour le consoler d'innombrables témoignages de tendre sollicitude. Depuis. dont la tâche consistait surtout à veiller sur lui comme sur un être débile et sans défense. Il avait une autre fille. pour la plupart. où il pouvait constater qu'il n'occupait plus la première place dans le c œ u r de la princesse cloîtrée. Quant à son fils unique. le duc de Bourbon. Depuis sa rentrée en France. de monastère en monastère. il vivait dans une sorte d'isolement qui. Résidant t a n t ô t au Palais-Bourbon. elle était morte quatre ans plus tard. Mlle de SaintRomain. Sa fille. t a n t ô t dans son domaine de Chantilly. Mais. A ces rares visites.ί206J. il Pavait épousée en 1808. après sa rentrée en France. Dernière . à son égard. sorti (1) Voyez l'attachant volume du marquis d e S é g u r . à la suite d ' u n chagrin d'amour (1). avait embrassé la vie religieuse en 1786. chevaliers de la fidélité et. Son père allait la voir quelquefois. dite de l'Adoration perpétuelle. p e n d a n t l'Émigration. n'avait fait que s'aggraver. compagnons de son exil. l a des Condé. fille naturelle. née de son premier mariage. Elle ne sortait jamais de son couvent du Temple. Sa famille était. comme si elle n'existait pas. Entraîné par sa reconnaissance. erré ensuite à l'étranger. Le cloître lui avait pris aussi celle-là et il la voyait encore plus rarement que l'autre. elle dirigeait la communauté des Bénédictine?. se bornaient leurs relations.

A Londres. Elle mourut en 1822. Il l'avait étroitement associée à son existence dont elle devait. il n ' y était pas revenu en 1815. au retour de Napoléon. A l'exemple du duc d'Orléans. La princesse d u t se séparer de lui e t la séparation f u t définitive. il était resté en Angleterre. il s'était épris d ' u n e jeune personne. où il menait une vie peu digne de son rang. en août 1830. à peu de t e m p s de là. à rentrer dans son pays bien que son père ne cessât de l'y rappeler. auquel elle a v a i t pardonné. Mais.LA POLICE FRANÇAISE A LONDRES 453 de Franco en 1814. s œ u r de Philippe-Égalité. il enleva s a femme. avaient obligé sa femme à se séparer de lui. fort peu disposé. Vu s a jeunesse. Il y résidait encore en 1817. en 1770. T o u t autre était la cause de son exil volontaire. ce n'est ni par mécontentement ni par dépit qu'il restait à Londres. lui quinze à peine. assombrir et d r a matiser la fin. D e leur rapp r o c h e m e n t naquit le duc d'Enghien. La duchesse de Bourbon se consacra entièrement à des œuvres de piété et de charité. elle revoyait quelquefois son mari. bien qu'il l'eût épousée par amour (1). il n'avait pas renoncé aux pompes et aux œuvres de S a t a n . au passé assez obscur. personne n'ignore les circonstances tragiques de s a mort. Mais. les éloigner l'un de l'autre. ses intimes savaient qu'elle était sa maîtresse. Mlle d'Orléans. on crut devoir. (1) On s a i t qu'il é p o u s a . Il laissait dire qu'elle était sa fille. à quatorze ans de là. Mais. Quant à lui. le s o i r m ê m e du mariage. Il était toujours l ' h o m m e dépourvu de toute discipline morale dont l'inconduite et les scandales que rappelait encore son nom. On sait aussi q u e la passion du jeune mari ne tarda p a s à se refroidir. Vers la fin de s a vie. Malgré ses soixante ans sonnés et bien qu'il parût plus vieux que son âge. quoiqu'il désapprouvât la politique du ministère Richelieu et l'appui non dissimulé que le Roi donnait à cette politique dont s'irritait l'ultra-royalisme. semble-t-il. Elle a v a i t dix-neuf ans. .

de Richelieu.ί 472 J. Suivant ces messieurs. Decazes. qui voudrait beaucoup les voir retourner en F r a n c e . MM. en date du 8 juin 1816. comme ils s o n t presque tous à ses crochets. é n anée d'un envoyé spécial d u ministre de la Police. il s'était composé un entourage d e boudeurs et de mécontents. où il craignait de ne pouvoir cacher cette liaison aussi aisément qu'à Londres. disent-ils. Je ne suis p a s d'accord s u r ce point avec le marquis d'Osm o n d . « L'ambassadeur de France. Pour donner le change et colorer de prétextes d ' o r d r e politique le véritable motif de son obstination à ne pas rentrer. elle tient à son opinion. L'ext r a i t suivant d ' u n e lettre. D'autres ne v e u l e n t plus rentrer du tout. Lainé sont des révolutionnaires. chez lequel j'ai eu l'honneur de dîner hier. le Roi. ils ne sont plus Français. et seulement quand on révoq u e r a les ventes des biens d'émigrés. Plusieurs ne veulent rentrer qu'avec Son Altesse Sérénissime le duc de Bourbon. qui n'a pas l'air de s'en soucier beaucoup. d o n n e une idée de l'esprit qui régnait dans cette coterie.A P O L I C E POLITIQUE C'est elle qui l'empêchait de revenir à Paris. parce que. Mais. J'ai répondu à Son Excellence que nous en avions ample provision à Paris. Il est bien certain que ces messieurs n'ont besoin que de parler pour qu'on s'en . L'ambassade est dans les meilleurs principes. anciens émigrés et ultra-royalistes. qui considéraient Louis X V I I I c o m m e « le plus g r a n d jacobin du royaume ». m'a remis plusieurs notes q u e je tâcherai d'approfondir. malgré les murmures des exagérés qui ont ici une nombreuse colonie.

Il est vrai que cette surveillance. n'était p a s plus dangereux qu'elles.LA POLICE FRANÇAISE A LONDRES 453 aperçoive. à Londres même. il est donc assez étrange que la police ait cru nécessaire de surveiller sa m a i son. comme les appelle irrespectueusement le correspondant du ministre de la Police. chargées en son absence de veiller à ses intérêts à Paris. d'autre p a r t . soit par les personnes de la maison de son père. en est la preuve. les lettres adressées au d u c de Bourbon ou à son entourage. ne semble pas avoir été très rigoureuse. ne constituaient pas une opposition bien redoutable et le duc de Bourbon. soit par des personnes de la sienne. C'est s u r t o u t contre le Concordat que s'évertuent ici ces vieilles ganaches. L a rareté des rapports auxquels elle a donné lieu. Le rapport suivant. non seulement celles qui passaient p a r la poste. mais celles aussi qui étaient expédiées sous le couvert de l'ambassade d'Angleterre. déjà tombé sous la tutelle d'une jeune aventurière. ont été ouvertes p o u r la p l u p a r t . et puisque j ' e n suis a u chapitre religieux. » « Ces vieilles ganaches ». mais à aller très régulièrement à la chapelle d ' E s pagne. qui est beaucoup plus loin de chez lui. d a t e de la m o r t du prince de Condé. je dois dire que l ' a m b a s sadeur et moi nous sommes inutilement cassé la t ê t e afin d e deviner le motif qui porte le comte Jules de Polignac à ne jamais venir à la chapelle de F r a n c e . uniquement préoccupé d e ses intérêts et de ses plaisirs. l e u r insignifiance autoriseraient à conclure qu'elle n ' a pas existé si. il n'était établi que de la fin de 1817 au mois de mai 1818. . daté de novembre 1817.

parce que tout le monde reconn a î t qu'il s'éloigne de plus en plus du système fatal d u Roi. O n lui parle de ses chevaux. A la Chambre. ce qui é t a i t contraire à la vérité. beaucoup de pairs et de députés. le 5. M a i s les cris de : V i v e le R o i . Les acclamations du peuple. ne lui o n t pas fatigué les oreilles ! Car ce cortège ressemblait plutôt à une pompe funèbre q u ' à une dém a r c h e faite p a r Sa Majesté pour le rendre heureux. le 6 novembre) remplie de détails. de la nécessité de remplacer u n valet de m e u t e et un maréchal qui ont quitté leur service.ί210J. etc. > . D é j à . qui s'évert u a i e n t à opposer à la politique du Roi celle du c o m t e d'Artois et à prouver que le peuple é t a i t favorable à celle-ci. et datée du Palais-Bourbon.. ne recueillait pas toujours dans les rues a u t a n t de t é m o i g n a g e s de s y m p a t h i e qu'il p o u v a i t l'espérer. pour lui manifester sa satisfaction. lorsqu'il s o r t a i t . ' ont é t é faibles. le ministre prussien c o m t e de Goltz écrivait à Hardenberg : « Il y a v a i t assez de peuple d a n s les rues que le cortège a traversées. de ses chiens.. au milieu des cris de : « Vive le Roi ! » ont fait entendre c e u x de : « Vive Monsieur ! Vivent les Princes (1) ! » Il est certain que Monsieur gagne beaucoup dans l'opinion publique. à la d a t e du 4 nov e m b r e . pour l'installation des Chambres. l'année précédente. qui est entièrement dominé p a r le parti révolutionnaire. à Londres. Tout fait présager que la session sera b r u y a n t e . etc. terminée p a r le paragraphe qui suit : « Le Roi est venu. au Palais-Bourbon. lors de l'ouverture des Chambres. contenait ce qui suit : « 1° Une longue lettre (signée Robin. mais que les ministres avec leurs (1 ) On retrouve ici un écho des passions ultra-royalistes. p u r e m e n t relatifs a u x affaires particulières du duc.AP O L I C E POLITIQUE « Un paquet adressé au duc de Bourbon. Il est c e p e n d a n t remarquable que Louis X V I I I .

allusion à s o n prochain mariage e t que S o p h i e D a w e s épousa le baron de Feuchères l'année suivante. de son prochain mariage. E l l e s ' e s t mariée sous le nom de Sophie Klarke. Robin écrit qu'avec la lettre d u 17 du même mois dernier. Robin à M. Guy. et termine en priant de remercier Milord pour toutes les bontés qu'il a eues pour elle à Brighton. se plaint de sa future bellemère. L a police ne pouvait ignorer plus que lui ce mécontentement et c'en est peut-être assez pour faire comprendre qu'elle a t t a c h â t quelque prix à lire les lettres qu'on adressait de Paris au cousin du Roi. A en juger par le style de cette lettre. » On voit par le premier alinéa de ce rapport que le correspondant du duc de Bourbon s'efforçait de flatter les préventions du prince en lui t r a ç a n t un tableau fantaisiste de la séance royale du 5 novembre. et qu'il l'a fait porter de suite à Chantilly. la personne qui l'a écrite paraît être en grande intimité avec le duc. à Londres. » « 2° Une lettre adressée au duc de Bourbon. Il est donc certain qu'il le savait mécont e n t des tendances libérales du gouvernement. c'est qu'elle fait. « 3° Une lettre de M. . M. il a reçu celle adressée à Mme Moinot. auront néanmoins une grande majorité. port a n t la date du 29 octobre. (1) Il n'est pas d o u t e u x q u e c'est de la f u t u r e baronne de Feuchères qu'il est ici question. où cette dame réside depuis quelque temps. v e u v e Lawes. On verra plus loin qu'elle s ' é t a i t fait appeler d'abord Sophie Harris. Le prénom de S o p h i e e n est la preuve. et signée Sophie (1).LA P O L I C E FRANÇAISE A LONDRES 453 certificats ordinaires et leurs grands moyens de corruption. dans sa lettre. U n e autre preuve. Elle parle de ses affaires domestiques.

les ministres ont t a n t de moyens de corruption dans leurs mains qu'ils sont assurés de leur succès. inexactes pour la plupart. Le Roi ne serait pas éloigné de consentir à cet arrangement. « On parle toujours de changements dans le ministère. ne présentent qu'un médiocre intérêt.. A peine y trouve-t-on çà et là quelques nouvelles de la cour et des Chambres. — Le duc de Wellington est arrivé avec des intentions très favorables a u x royalistes et prenant en grande considération le péril que court la légitimité. par les discussions qu'ils y causent. — Les projets de loi présentés à la Chambre des députés occasionnent beaucoup de désordre dans les esprits. si l'on n'y m e t ordre. qu'ils voyaient trop bien où le système suivi conduisait ' . Il n'y resterait du ministère actuel que MM. On disait hier que MM. Mais. le baron de Saint-Jacques. plus conformes aux v œ u x et a u x espérances des ultras qu'à la vérité et qui sont l'écho des bruits qui circulaient dans les milieux politiques de Paris. En voici de courts extraits qui p e r m e t t r o n t de juger de leur insignifiance : « 1 e r janvier 1818. de Richelieu et Lainé ne voulaient plus rester e n place.17G LA P O L I C E POLITIQUE ί · • f * Celles de son correspondant ordinaire. presque uniquement consacrées à des détails d'intérieur. de Richelieu et Lai né. « 8 janvier. Une personne qui a eu l'honneur de l'entretenir en particulier l'a trouvé convaincu que le système suivi p a r le ministère finira par perdre tout.

l'espoir d'une intervention étrangère d a n s les affaires intérieures de la France et cette constatation faite. O n croit savoir qu'ils sont aussi alarmés que mécontents du système adopté et qu'il y a eu déjà des conférences importantes. on sent vibrer toutes les passions de l'ultra-royalisme. ce qui paralyse tous les efforts tentés. que les intérêts de la France y seront discutés et arrêtés et qu'on mettra enfin un terme à l'audace de tous les Jacobins. je crains bien que. — Les royalistes sont toujours dans la consternation. Je crois tenir de bonne p a r t que plusieurs souverains y assisteront. le plus prépondérant (Pozzo di Borgo). « 5 février.. « On parle aussi beaucoup sur les ministres des puissances étrangères. c'est un Congrès qui doit avoir lieu à Manheim au commencement de mai. l'horreur des doctrines libérales. cette nouvelle reste sans confirmation. — Ce qui fixe particulièrement l'attention. » A travers ces aigres propos qui ne sont que l'écho de fausses nouvelles. Les honnêtes gens espèrent beaucoup des résultats de ce Congrès. On assure en outre que l ' u n de ces ministres étrangers. 42 . comme t a n t d'autres. Mais.. il n'y a pas lieu de tirer de ces lettres de plus longs extraits. « 26 janvier.LA POLICE FRANÇAISE A L O N D R E S 453 et qu'ils étaient las de la tyrannie de leurs collègues. la haine de leurs partisans. favorise ce système de tout son pouvoir. Le ministère de la Police ne cesse de les persécuter.

dans l'entourage du prince. avec l'agrément de Louis X V I I I . Elle a été élevée par ses soins et par ceux du maréchal de Soubise. à un gentilhomme de bonne maison. la religieuse du Temple . Mlle Michelon. Il n'est pas douteux que. Mais. celles de Louise de Condé et de la comtesse de Rully. écrite du Temple. refusaient de se plier aux volontés de Mme de Feuchères. comme la princesse Louise. P a r contre. le 6 janvier de cette même année 1818. dite Mimi. p o r t a n t en haut de la page la formule conventuelle : « Loué et adoré soit le Très Saint-Sacrement » (1) Comme toutes les personnes qui. une fille naturelle. et qu'il a reconnue aussitôt après sa naissance. en trop petit nombre malheureusement. le comte e t la comtesse de Rully durent s e retirer devant elle et lui céder la place. elle n'ait gémi. pendant l'émigration. en novembre 1803. des désordres de son père et qu'elle ne s'alarme maintenant de son asservissement à la dangereuse créature qui s'est emparée de lui. d ' u n caractère plus a t t a c h a n t . la noblesse de son caractère. la comtesse Adèle de Rully est la fille du prince. il en est d'autres. Il l'a ensuite mariée à Londres. . ses lettres ne font aucune allusion à ses craintes et ne permettent pas de penser qu'elle prévoit déjà que l'influence malfaisante qu'il subit lui sera fatale à elle aussi (1). en voici une de la princesse Louise. Louise de Condé est la sœur du d u c de Bourbon. Tout ce qu'on sait de la vie de cette femme trahit la générosité de son cœur. qu'il a eue d ' u n e danseuse de l'Opéra. sa sollicitude filiale et les plus rares qualités d ' â m e et d'esprit.478 LA POLICE POLITIQUE d ' a u t a n t plus que dans le même dossier.

. il a bon teint et le fond de sa santé est bien pour son âge . peut-être mystérieuses pour cette sainte. que je suis et serai toujours la meilleure pour vous. mais. et je l'ai vu le 2 janvier . parce . je ne vous ai plus écrit. la t ê t e a ses variations comme à l'ordinaire : pour le cœur. apparemment. c'est. il a toujours les mêmes sentiments. cette année. cher frère. » Ah ! cher ami. Je n'ai pu m ' a c q u i t t e r de ce devoir. « Je ne sais ce que c'est que ce Landey d'où votre lettre est datée. est visible. et Mme de Rully m'a dit que chaque voiture qu'il entendait ou croyait entendre. nouvelle lettre de la princesse Louise : « Cher et tendre ami. quoique voilée.. cela me déchire l'âme. Soyez bien persuadé. car je me crois l'aînée de tout l'univers p a r le gothique de mes idées et de mes sentiments sur t o u t ce qui se voit en ce bas monde. Au surplus. » Le 21 février. Mais. aussi heureuse que possible. que puis-je a j o u t e r à t o u t ce que je vous ai mandé là-dessus?.. Ce n'est pas beaucoup dire. je vous embrasse comme je vous aime. et je ne puis l'écrire sans verser des larmes moi-même. « Mon pauvre pére est revenu le 31 décembre. cher et tendre ami... je vous la souhaite. mais je le remplis aujourd'hui de t o u t mon cœur. il disait les larmes aux yeux : « C'est peut« être mon fils qui arrive. êtes-vous réellement m o n aîné? J'en d o u t e presque. Je prie Dieu qu'il nous exauce. quelque terre d'un de vos amis anglais. « E t moi aussi. Adieu.LA P O L I C E F II Α Ν Ç A I S E A LONDRES 479 et où l'allusion aux causes de l'absence du duc de Bourbon..

le 12 janvier. je me flatte que vous vous portez bien. J ' a i frémi en pensant au danger de cette cheminée tombée à vos pieds .ί 180 J. Mais. je vous en supplie. L ' é t a t du cher malade (le vieux prince de Condé) s'est amélioré de jour en jour d'une manière é t o n n a n t e . toujours. le duc d'Orléans ne m ' a pas fait dire de vos nouvelles depuis son arrivée. Je ne pourrai m a i n t e n a n t en entendre parler sans penser à cela. d'ailleurs. hélas ! je m'en lamentais tous les jours. j'ai su qu'on le faisait très exactemant du PalaisBourbon. « Grâce à Dieu ! les visites du jour de l'an sont . M. ne fût-elle que momentanée. restez au coin de votre feu p e n d a n t les ouragans. absence? J e voudrais au moins espérer votre chère présence p o u r le mois d'avril. toujours. je n'espère pas vous voir tout à l'heure. l'espoir ait succédé. cher ami. Dieu veuille que cela dure ! D'après cet é t a t de choses. il y avait si longtemps que j'étais privée de ce b o n h e u r que.A P O L I C E POLITIQUE que j'ai très peu de temps de libre et que. Il est très heureux que presque aussitôt les moments de crainte qu'on a eus. » Quelques jours plus tard. Adieu. vous connaissez mon c œ u r pour vous . Cependant. il est et sera t o u j o u r s le même. c'est la comtesse de Rully qui écrit à son père : « J ' a i enfin reçu hier un mot aimable de vous. cher et tendre ami . ne reviendrez-vous pas pour celui qui vous désire et qui pleure votre longue. T o u t est maintenant réparé et j e ne saurais trop vous remercier d'avoir fait cesser ce silence qui m'inquiétait et m'affligeait véritablement. très chérissime . il est parfaitement bien à présent .

Hélas ! hélas ! il y aurait t a n t de choses à dire sur cela . « M. sans doute. et il a reçu ordre de ne point paraître devant Sa Majesté. Il est impossible d'être plus gracieux qu'ils ne sont. Il voulait encore retourner. j ' e n ai par-dessus la tête. le prince de Condé. mais. Hélas ! il y en a bien (1) A l a s u i t e de son attitude antiministérielle à la Chambre des pairs. sans doute. hier. L'intervention du comte d'Artois abrégea sa disgrâce. il voudrait bien vous voir ici. Cette dernière se plaint beaucoup que vous ne lui avez pas répondu. Cela. De toutes parts. et est resté assez longtemps . Monsieur est venu le voir. a u x Tuileries . t o u j o u r s aimable. il a publié ses opinions d'une manière t r o p franche. Cela a déplu à certaines gens qui ne rougissent plus de rien. je ne rencontre que des visages attristés. sera p o u r dimanche prochain. Les premiers m'ont beaucoup parlé de vous aussi. les mêmes. c'est absolument inutile de le lui représenter. hier. j'admire son courage et sa force pour faire ainsi. nos réflexions sont. Ils sont bien attentifs pour M. d é f e n s e lui f u t faite de paraître à la cour. et lui rendent des soins infiniment. le duc et Madame et Mademoiselle d'Orléans o n t dîné ici. le temps était si mauvais que nous sommes parvenus à le dissuader. il y a peu de jours. « On est fort occupé ici.LA POLICE FRANÇAISE A LONDRES 453 finies. ainsi que Mme la duchesse de Bourbon. le prince de Condé les a mieux soutenues que moi . de l'exil du duc de Fitzjames (1). dans le m o m e n t où je vous écris. M. mais. mille choses dont il pourrait se dispenser . . à son grand âge. Je vous trouve bien heureux de vous être épargné cette année.

. on voudrait voir la tendresse de son fils se manifester et le ramener à Paris. Adieu. Mme de Boigne. « Il me semble. d'Osmond. en écriv a n t au duc de Bourbon. » Alors que t o u t révèle l'affaiblissement progressif du vieux prince et l'imminence de sa fin. Le naufrage qui les m e n a ç a i t fut é v i t é . 338).. aimez-moi t o u j o u r s comme je vous aime. II. Mais. très chérissime. n ' e u t pas de conséquences fâcheuses. très chérissime. le prince de Condé se porte bien . cela me parait toujours bien long. p. a pensé faire naufrage en débarquant à Calais (1) . « M. que je n'ai point eu de vos nouvelles directement depuis la lettre qui m'a été apportée p a r M. dans cette triste incertitude. » Il semblerait. que l'état général du prince de Condé ne laissait rien à désirer. Mais. Mme de Boigne raconte cet a c c i d e n t qui. . fort heureusement p o u r elle et pour son c o m p a g n o n d e v o y a g e . mais chacun comprend que le moment n'est point encore arrivé. d'après cette lettre. mais le moral est extraordinairement baissé depuis trois semaines et il n ' a pas sa tête la moitié de la journée. témoin celle du 11 février. Sa sœur. (1) En février 1818. il ne part pas. le surlendemain. D a n s s e s Mémoires (t. démentait les assurances optimistes de sa femme. La vie se passe ainsi.482 LA POLICE POLITIQUE d'autres. peut-être parce que les lettres de sa fille sont rassurantes en ce sens qu'elles ne parlent pas de la santé du prince de Condé. Il est hors d'état de signer son nom avec connaissance de cause pour la moindre affaire. le comte de Rully. J'en avertis positivement Votre Altesse parce que c'est mon devoir. Vous devez le regarder comme en enfance.

ainsi cela remplit d'espérances. mais ce sont les fruits de la saison. entre autres un quadrille costumé. Mme la duchesse de Berry est fort enrhumée des suites de la danse et garde sa chambre .LA P O L I C E FRANÇAISE A LONDRES 453 je ne sais pas bien les détails. T o u t le m o n d e tousse ici. M. « Le carnaval qui commence à Londres vient heureusement de finir ici. mais je crois que son mari trouve encore ceux de sa cassette plus beaux. Mme la duchesse d'Orléans est encore grosse. « Nous sommes très occupés ici aujourd'hui d'un coup de pistolet tiré hier soir sur la voiture du duc . véritablement. ont l'air de mortes. charmants. le duc de Berry. cela me rassure sur votre santé. qui. j'espère m a i n t e n a n t qu'elle s'occupera de choses plus essentielles. très chérissime. Comme il était fort court. que vous me dites ne p a s être bonne. qu'on a été obligé de jeter les chaloupes en mer. Dieu veuille accomplir tous nos vœux. « Je vois beaucoup d'Anglais et d'Anglaises qui disent vous avoir vu à Londres blanc et couleur de rose . Comme je ne danse pas. j'ai été moins fatiguée que certaines dames. il est impossible d'être plus aimable qu'ils ne le sont chez eux. il y a eu quatre petits bals chez M. il a été fort vif. Vous entendrez sans doute parler d e cela d'une manière plus précise. En a t t e n d a n t . par un très gros temps. Comment avez-vous trouvé la jeune Mme d'Osmond? Elle a de fort beaux yeux. mais on dit que le vaisseau où elle était a touché. fort peu de monde. et que tout le monde désire . parce que je ne l'ai point encore rencontrée . et elle l'aime à la folie . le duc de Berry est plein de soins pour elle. dansé à merveille.

il y a bien des gens mécontents et cela avec raison. a une excuse : les règles de son ordre lui (1) D a n s la soirée du 10 février. l'homme n'a pas pu être arrêté. après une longue instruction. deux individus assez obscurs aient été c o n d a m n é s comme coupables de c e t a t t e n t a t . j'éviterai de vous en parler . Heureusement. mais. les personnages les plus considérables viennent en chercher au Palais-Bourbon. à la porte de sa demeure. des vieux chevaliers de Saint-Louis. .A P O L I C E POLITIQUE de Wellington. au mois d'avril suiv a n t . comme il rentrait chez lui (1) . d'anciens émigrés.. Puisque le baron vous tient au fait de t o u t ce qui se passe. la balle a été se loger dans le m u r opposé. Le mal se manifeste par une tache noire à la jambe. Tout Paris le sait d'ailleurs et en même temps que la famille royale fait prendre des nouvelles.. connus pour leur anti-royalisme. Tout le monde s'étonne de l'absence du duc de Bourbon et de celle de la princesse Louise. Adieu. je vous embrasse de tout mon cœur. Hélas !. mais qui bientôt reparaît et s'étend sur plusieurs parties du corps. du moins. l'état du prince de Condé brusquement s'est aggravé. très chérissime. Quoique. d o n t les remèdes ont d'abord p r o m p t e m e n t raison. cette affaire est toujours restée assez mystérieuse.ί 84 J. Par les lettres que les serviteurs du prince adressent au duc de Bourbon pour le presser de revenir. C'est une chose affreuse de penser qu'il existe des gens aussi atroces. la police sait bientôt que le malade est entre la vie et la mort. un coup de pistolet fut tiré sur s a voiture. » Cependant. voire des généraux de l'armée de la Loire. Elle. hélas ! ! ! Dieu sait ce que nous deviendrons ! Cependant j'aime à penser que le crime no triomphera pas éternellement.

LA POLICΕ FRANÇAISE A LONDRES 485 défendent de sortir de son couvent... Adieu. et je vous assure .. le 13 mai. le malheur qui nous accable tous aujourd'hui? Hélas! votre pauvre père n'est p l u s ! Ce matin. je vous assure. car il vous a demandé.. mais telle est la fatale vérité. L'un d ' e u x écrit en parlant d'elle : « Ce n'est pas une femme . et je n'y vois plus. avant. la comtesse de Rully lui écrit : « J'espère que cette lettre ne vous parviendra pas. je sens que je déchire votre cœur. semblable à Antigone !. lui prodiguant les soins dont elle seule est capable. Que nous sommes tristes et malheureux ! Vous n'en doutez pas .. dans les bras de la comtesse de Rully qu'assistent son mari et les serviteurs intimes. bien malheureuse. Puisse cette lettre ne plus vous t r o u v e r à Londres ! » Le prince meurt. à huit heures du matin. car. ma douleur est extrême de vous le dire . Pauvre Prince ! Je ne puis m'accoutumer à l'idée de le perdre. Puissiez-vous être ici. A h ! je suis.. très chérissime. car je n'ai pas la force de vous en dire davantage. il n'y a point à se flatter. s'est terminée cette noble et belle carrière ! J'ai recueilli son dernier soupir.. » La lettre qu'elle envoie le lendemain à son père permet de se convaincre que l'hommage exalté que l'on rend à son dévouement est mérité : « Comment pourrai-je vous exprimer. Si vous l'eussiez vue pendant les derniers jours de la maladie du prince. hélas ! nous vous désirons avec une impatience qui ne peut se décrire. Mais lui ! Le 11 mai. et que vous serez ici avant. c'est u n ange. « Où sont donc mes enfants? » a-t-il dit. très chérissime..

n'ont p a s été de longue durée !. » Il y a lieu de rappeler q u e dans le t e s t a m e n t dont on v a lire le préambule.. je respecterai votre douleur. Mais. heureusement. P o u r la mienne. hélas ! pourquoi faut-il que ce soit aussi t a r d !. j'ai regardé comme u n devoir de remplir cette triste fonction et de rendre ce dernier hommage à un père que j'avais t a n t de raisons de chérir (2). le duc de Bourbon procédait enfin à ses préparatifs de départ. mes larmes m ' e m p ê c h e n t de vous en dire davantage. m'avait très honnêt e m e n t offert de m e remplacer . Mais.186 LA POLICE POLITIQUE qu'il m ' a fallu un grand courage pour soutenir une épreuve aussi cruelle. Enfin. (2) Les obsèques e u r e n t lieu le 26 mai. si vous y êtes. Le lendemain. dans un c a v e a u p a r t i c u l i e r / à l ' e x e m p l e de ce que fit Charles V pour Duguesciin. afin d'assister aux obsèques de son père.. « M. » Au reçu de la douloureuse nouvelle. le duc d'Orléans. mandait-il à un ami. quelle consolation de pouvoir vous embrasser. de Goltz écrivait à s a cour : « N o u s a v o n s assisté. elle est extrême. mais. Charles V I I p o u r Barbazan.. et Louis X I V pour Turenne.. et d'imaginer que nos soins pourr o n t peut-être adoucir vos justes regrets ! Hélas l il vous a demandé bien des fois p e n d a n t des souffrances qui. » Quelques jours (1 ) Au b a s de cette lettre est copiée la réponse que fit Louis X V I I I à l a demande qui lui a v a i t été adressée relativement au lieu de la sépulture : « L'église de Saint-Denis. mais. je ne veux pas déchirer votre cœur par ces tristes détails. hier. Je ne sais si cette lettre vous parviendra puisqu'on pouvait espérer de vous savoir en route. mais α parmi les Français fidèles à leur Dieu et à l e u r Roi ». le prince de Condé craignant de mourir en exil d e m a n dait à être enterré non à Westminster. Je vous embrasse de t o u t e la tendresse de m o n âme (1). adieu. à la cérémonie funèbre du prince de .

cela n ' e m p ê c h a pas le Roi de c o n t i n u e r s o n chemin. les gardes du c o r p s crièrent : « Chapeau b a s ! — Pour qui? d e m a n d a i t le peuple. Par ce testament écrit en Angleterre. c'est-à-dire p e n d a n t l'exil. β V o u s p o u v e z vous imaginer combien l ' i n d i g n a t i o n était grande. aujourd'hui. le dernier des Condé.) L e signataire de c e t t e lettre ne c o m p r e n a i t pas q u e ce lieu. à ce q u e le duc de Richelieu n o u s a assuré. » (Dossiers du Cabinet noir. u n Anglais de p a s s a g e à Paris écrivait à sa fille à Londres : « Le j o u r où le prince de Condé f u t enterré et durant la cérémonie. s ' e s t très bien m o n t r é à cette occasion. e t il y a v a i t . Il a t o u c h é les cordes les p l u s délicates avec hardiesse.LA P O L I C E FRANÇAISE A L O N D R E S 453 plus t a r d . — « P o u r le roi de France. plus de cinq c e n t s généraux et officiers en n o n activité dans l ' é g l i s e de S a i n t . il avait mis une t o u c h a n t e profession de foi. il était à Paris. le 18 août 1806. L e Roi ne se p r o m è n e pas p e n d a n t q u ' o n « enterre son cousin.D e n i s . . « Pénétré pour Dieu de la plus juste et de la plus profonde reconnaissance de ce qu'il a bien voulu préserver m a conscience de tous les crimes de la Révolution e t . ses hommes d'affaires le lui a y a n t envoyé à Londres. qui s ' é t a i t porté en f o u l e sur le p a s s a g e du cortège. Le peuple. par l'oraison funèbre qu'il a prononcée et qui ne pouv a i t offrir que de g r a n d e s difficultés. le prince de Condé faisait son fils légataire universel de sa fortune et accordait des pensions à quelques-uns de ses amis et à ses serviteurs. Cependant. — « Cela n'est pas vrai. était pour Louis X V I I I un b u t de douloureux et pieux pèlerinage. m a vie de ses Condé. » Le 14 juin s u i v a n t . En tête de ces dispositions. ce jour-là. Il connaissait le t e s t a m e n t de son père. e t cependant a v e c assez de m é n a g e m e n t pour ne pas blesser les différents partis. — Où est-il î — D a n s c e t t e voiture. Il s e rendit à Vincennes et passa par le lieu m ê m e o ù le duc d ' E n g h i e n a v a i t été fusillé. le R o i sortit en v o i t u r e découverte. la lettre qui le lui apportait avait été ouverte à la poste et la copie avait été prise du contenu. Dans les rues qu'il traversa au f a u b o u r g Saint-Antoine. L'abbé Frayssinous y a d o n n é une grande preuve de son talent et de sa sagesse. J u s q u ' à présent. Mais. la police le connaissait aussi . « Au nom du P è r e et du Fils et du Saint-Esprit.

telle qu'elle était enseignée. apostolique et romaine. . de l'empereur de Russie et du roi de Suède et j'ose leur répondre que le dernier des Condé. Londres. comme le malheur du temps ne permet pas encore à Louis X V I I I de le faire rentrer dans la jouissance de ses droits et de ses biens. il est intéressant de rapprocher la l e t t r e que le 21 mai. crue et pratiquée quand Dieu m'a fait la grâce de me faire naître dans son sein. Lisson Grove. si Dieu v e u t qu'il le soit. » De ce témoignage de paternelle sollicitude. New Road. est aussi digne de leur estime et de leur bonté que l'était son trop malheureux fils et que son père a tâché de l'être. » En voici la traduction de l'anglais. je demande pardon à ce Dieu de bonté d'avoir aussi peu mérité tous les bienfaits dont il m ' a v a i t comblé et de n'avoir pas employé à le servir tous les moments de cette vie qu'il lui plut de prolonger au sein du malheur. je recommande aussi son existence actuelle aux v e r t u s bienfaisantes du roi d'Angleterre. mon cher ange.488 LA POLICE POLITIQUE fureurs. à l'adresse de « miss Harris. d'après les papiers du Cabinet noir : « J ' a i reçu votre chère lettre. « Je connais trop le cœur de mon roi pour avoir besoin de recommander mon fils à ses bontés. huit jours après la mort de son père. Mais. J e le prie de me p a r donner les mauvais exemples que j'ai pu donner et tous les péchés que j'ai commis et je déclare que je meurs dans la ferme croyance des vérités de la saine et pure religion catholique. Grove Street. p o u r mieux me pénétrer du vent des choses humaines. le duc de Bourbon envoyait à Londres. n° 2.

Vous êtes si jolie. je suis au désespoir. Comme cette existence est différente du temps où. . Mais. Dieu sait quand ce voyage me sera possible et combien je le désire. ma chère.LA POLIGE FRANÇAISE A LONDRES 489 Hélas ! comme je suis malheureux depuis que je ne suis plus auprès de vous ! Je ne mange ni ne dors. dans les circonstances actuelles. chère Sophie ! » En ce qui touche la surveillance de la police a u t o u r du duc de Bourbon. ne venez pas ici a v a n t que je vous le dise. Prenez garde à votre chère santé. je vous suis si attaché. Encore un peu de patienc··. E n a t t e n d a n t . à mon réveil. accablé d'affaires. J'éprouverais trop de difficultés. si aimable ! Je vous embrasse mille et mille fois. pour vous voir. on ne saurait mieux finir q u e sur cette lettre qui apparaît ici comme le prologue du drame de Saint-Leu. car j e souffre cruellement ici. ma première pensée était de vous procurer quelque petit plaisir ! Hélas ! il n'y a plus de bonheur pour moi. Adieu. mandez-moi tout ce qui peut vous intéresser. En effet. N'oubliez pas votre vieil ami . ma petite . Vous pouvez être certaine que je ne saurais me passer de vous et que je retournerai en Angleterre.

avant son évasion . « M. il est d u reste modéré dans ses discours. « M . D E B R I Q U E V I L L E . établit en les précisant. mais peu actif. « M . il était en visite auprès de Lavalette une heure. La voici. était représenté à Londres par quelques-unes de ses sommités. Vu son état maladif. Il loge Wardown Street. hardi et entreprenant . ex-colonel dans les Cent-Jours . exalté bonapartiste. Il est sans argent. Je n'ai pas encore pu découvrir l'objet de ses conférences fréquentes et secrètes avec M. LE C O M T E D E T U R E N N E . vaincu mais non encore résigné à sa défaite. DE Bossr. n ' a y a n t pas assez de moyens pour conduire une intrigue. joue le royaliste constitutionnel. ancien préfet de Bourges et de Saint-Lô. la situation et l'opinion de ces personnages. homme fin. dit-il. Il loge South Street Manchester Square. de Lima.III Eil 1816. incurable. ex-maître de la . mais n'en reçoit pas moins chez lui les plus fougueux bonapartistes . le parti bonapartiste. gentilhomme normand. Une liste sur laquelle chacun des noms qui s'y t r o u v e n t est l'objet de commentaires révélateurs. mais bon pour l'exécution. il est peu répandu.

il a envoyé à New-York. à Aix-la-Chapelle. lundi dernier. — Fendurch Street. 35. au cas que Γ Allien bill le frappe. républicain prononcé. F I S H B A C K . ennemi prononcé des Bourbons. v e n a n t du continent. Il est trop causeur pour qu'on lui ait rien confié d ' i m p o r t a n t . disant beaucoup de mal de Napoléon (le pense-t-il ?). il retourne à Bruxelles et reviendra à Londres en juillet. H E L L I E R . Ennemi déclaré des Bourbons. sept lettres dont il était porteur. de Flahaut. il porte la cocarde tricolore sur son gilet . Pourquoi M. ancien officier sous Napo- . Francfort. et est presque aussi répandu que M. « M. « M. — Holborn Street. — Poland Street. il a obtenu la permission signée du roi des Pays-Bas pour résider en Belgique. Il parle de suivre la même route que M. Constance. Il est bon de ne pas le perdre de vue. « M . 14. de Turcnne veut-il aller en Italie en passant p a r Constance où est la reine Ilortense? Il se plaint vivement du refus qu'a fait M. Milan et à Florence. de Turenne au mois d ' a o û t . arrivé dernièrement de Bruxelles à Londres avec des lettres pour M. avant Labédoyère. fait des affaires de commerce . il part t o u t de même et se rend d'abord à Bruxelles par Ostende. Ce Fish Back est un enragé bonapartiste. sujet prussien depuis la paix. le marquis d'Osmond de viser son passeport pour l'Italie . négociant de Grenoble a v a n t cette époque. D U M O U L I N . il n'agira pas à découvert.LA POLICE FRANÇAISE A LONDRES 191 gardc-robo de Napoléon. officier d'ordonnance de Bonaparte qui fut au-devant de lui. Il a beaucoup d'argent. il a beaucoup d'argent. de peur de compromettre sa fortune. Colon . Liégeois. deCaen.

Une de ses sœurs vient d'arriver d'Amérique et se rend en Belgique. que je soupçonne agent de la faction d'Orléans. elle s'exprime avec feu et violence contre le gouvernement. — In the City. à M. Les discours inconséquents de Mme Stoupe font une loi d'user envers elle d'une grande surveillance. et de la fouiller exactement à son arrivée à Calais . — Frith Street.192 LA P O L I C E POLITIQUE léon. S C H M I D T . 53. elle partira dans les premiers jours de juillet. Prisonnier ensuite des Anglais. du 4 au 10. « M . femme fort dangereuse. remplie d'esprit et de moyens . Roux-Laborie. son ancien logement rue Saint-Dominique. sans moyens. Polio. M. « M . chef d'escadron. il a passé à leur ser- . répandu dans les sociétés du commerce où il répète la leçon qu'on lui a faite le m a t i n . car on l'a nommé devant moi. il a des fonds à sa disposition et change de logement tous les huit jours. fils d'un colonel suisse au service de France. sans argent et par conséquent peu dangereux . il reçoit de France les plaintes des protestants bonapartistes . Je crois qu'il est natif de Beaucaire . « Mme S T O U P E . c'est p o u r t a n t ce même M. Il a servi dans les années françaises et a été fait chevalier de la Légion d'honneur en Pologne. bonapartiste prononcé. 36. se disant Alsacien et étant né à Bérule (Aube). Il est très actif et dangereux sous tous les rapports. pendant qu'elle (Mme Stoupe) va retourner à Paris . Hellier qui a escorté et embarqué le général Grouchy sur les côtes de Normandie. Isoart. elle a loué. sans esprit. C O L O N . bonapartiste forcené qui doit avoir changé de nom.

Elle a été renvoyée de F r a n c e par le c o m m a n d a n t de police générale de C a l a i s . « L A COMTESSE P O N T O W S K A . ans. — Le gouvernement français ferait bien de laisser· r e n t r e r c e t t e insignifiante p e t i t e femme dans sa famille. il débarquera au Havre. rn'a-t -il dit. il_vient de Dresde et de Berlin. Son salon est tapissé des p o r t r a i t s de l'ex-impériale famille et il on a trois qui sont . Il est beau- . a y a n t trop d ' o u v r a g e p o u r perdre son t e m p s . Cette petite d a m e n ' a u r a i t pas les moyens de seconder la plus mince intrigue. G O U B E A U D . il porto l'uniforme anglais et la Légion d'honn e u r . Il doit se rendre en France et doit m ê m e être p a r t i . ex-peintre du Roi d e R o m e . Les bonapartistes la représentent. c o m m e une victime de la police. la propriété de Bonaparte. il déclame h a u t e m e n t contre le gouvernement actuel. f o r t e m e n t a p p u y é par ses nombreuses pratiques. si elle en a u n e . qui p a r a i t abandonnée p a r son p r é t e n d u mari qui est à Sainte-Hélène. — C'est un vrai séide de Napoléon. dans le monde.sans moyens. il ne saurait être d a n g e r e u x q u ' e n faisant des caricatures. il est t r è s r é p a n d u à cause de son rare t a l e n t . et il n'en fera plus. C'est un h o m m e dangereux. « M. et s o u t e n u par le prince r é g e n t pour lequel il a fait secrètement quelques portraits de ladies. b o n a partiste avéré . Solio. mais il p o r t e des moustaches . — Pli111 Street. sans esprit. « M . elle est à la veille de t o m b e r clans la misère. Je ne sais s'il est officier. il annonce u n bouleversement en F r a n c e . On b l â m e ici c e t t e rigueur inutile envers une f e m m e de dix-huit. 53.LA POLICE FRANÇAISE A LONDRES 193 vice . S A N D R E .

la correspondance qu'il a reçue de Stockholm depuis dix à douze jours. C'est un mauvais brevet de . S'il ne l'a pas fait. il écrit à ses collègues. a un frère à Paris. Cet individu était sans contredit l'un des plus fougueux bonapartistes qui fût à Londres . il fait un mystère de son logement. il a été dépisté à cause de ses relations les plus intimes avec M. B E N J A M I N C O N S T A N T . et à qui de droit. il est. et dit a p p a r t e n i r à la grande société des Illuminés d'Allemagne. « M. « M. F É V R I E R . « M. Si c'est de bonne foi. Il vacille dans sa conduite. Constant paraît avoir le désir de rentrer en Franco. Il n'appartient pas. qui a été employé dans les droits réunis do Hollande. au moins je le crois. Mes observations sur ce chapitre ne sont pas assez mûres pour pouvoir hasarder une conclusion. il a dû communiquer confidentiellement. mais. à la faction dont je viens de signaler plusieurs membres . « M . de Flaliaut. Constant s'est fait présenter chez l'ambassadeur de Danemark. et à la société des Amis de la vertu de Berlin. il n'est pas douteux qu'il ne soit le point de mire d'une autre légion de mécontents.LA POLICE POLITIQUE coup avec le sieur Colon. M. agent secret de la faction. qui est marchand de nouveautés . Il arrive de Paris avec un passeport en règle . il travaille à un ouvrage i m p o r t a n t et paraît tenir à des intrigues d'un a u t r e genre. en Béarn. d'Oléron. C A R R È R E . et a quitté Londres depuis quelque t e m p s pour retourner à Paris. il doit juger lui-même que sa présence est au moins inutile eu France.

il s'en sert presque tous les jours. il a une v o i t u r e . Je crois cependant qu'il a toujours . il s'exprime avec facilité et avec grâce. mais. « Il paraît qu'il a le dessein de prolonger son séjour à Londres. je vous ai déjà dit que ce cercle. ou si ce n'est q u ' u n e remise . Il s'exprime cependant t o u j o u r s en termes décents. il est extrêmement fin. elle ne jouit à Londres d'aucune considération. à une des barrières. « M. réunit tous les Français d'un certain rang qui sont en opposition avec le gouvernement français. et qu'il n'en recevait aucune lettre. La femme était jadis une actrice que l'ambassadeur a épousée. Benjamin Constant me reçoit toujours bien et se propose de me rendre une visite . je ne sais si elle est à lui. ses principes et sa manière de voir sont toujours les mômes. et il sait adroitement détourner la conversation. qu'il n ' y écrivait jamais. lorsqu'elle commence à l'embarrasser. mais je n'ai pas encore pu le p é n é t r e r . « J'ai cherché à savoir quel pouvait être le motif de son voyage à Londres. c'est-à-dire en opposition avec le système de gouvernement actuel et avec t o u t ce qui se fait a u j o u r d ' h u i en France. « M. Il a loué. pour ne rien dire de plus. et ne fait aucune sortie contre le roi et les Bourbons. Je ne sais j u s q u ' à quoi point on doit ajouter foi à cette assertion. auquel l'ambassadeur n'a aucune part. une petite maison qu'il habite seul.LA P O L I C E FRANÇAISE A LONDRES 195 recommandation . Constant m ' a affirmé qu'il n'avait aucune correspondance avec Paris .

» . Il voit assez souvent un imprimeur nommé Dean. chez lequel s'imprime Y Ambigu et qui est un de ceux qui impriment le mieux les ouvrages français.A P O L I C E POLITIQUE l'intention de publier un ouvrage.196 I. qui est m o n voisin.

avait fait t o u t e sa carrière sous l'Empire. on le sait. fils de la comtesse de F l a h a u t . dans sa conduite. t a n d i s que sa mère restait en France. devenue par son second mariage Mme de Souza. ambassadeur de France. leurs relations. pourrait intéresser le gouvernement français. étaient ouvertes à la poste a v a n t de leur parvenir. de telle sorte que. leur correspondance devaient exciter la curiosité de la police. leurs lettres.III Dans la lis to qui procède. En 1815. En dernier lieu. pour la p l u p a r t . il é t a i t aide de c a m p de Napoléon. aussi bien celles du fils qui. arrivaient à la mère sous le couvert de la légation du Portugal en France que celles de la mère qu'elle . La direction du Cabinet noir à Paris agissait dans le même sens. Naturellement. qui fut. Les agents qu'elle entretenait à Londres et qui n'étaient connus que du marquis d'Osmond. reçurent l'ordre de s ' a t t a c h e r aux pas du jeune général et de rendre compte de tout ce qui. il avait passé en Angleterre et s'y é t a i t fixé en même temps qu'un certain nombre de proscrits. malgré les précautions prises p a r la mère et p a r le fils. redoutant d'être poursuivi. figure aussi le général comte de Flaliaut. le père du duc de Morny. Ce brillant soldat.

Celui-ci est de retour du voyage mystérieux qu'il a été faire à B a t h et à Bristol . et deux de Paris. Dumoulin. A v a n t d'en citer quelques extraits. cet agent écrit : « Le général de F l a h a u t est ici au premier degré des fashionables et le chef de tous les révolutionnaires r é f u g i é s . d o n t une de Valence.198 LA PÖLICH POLITIQUE envoyait à son fils sous le nom du comte de Palmella. de Metternich. Il a fait voir à quelqu'un que je connais beaucoup u n e lettre de M. . et il tait quelles s o n t ses espérances tout en annonçant qu'il en a de grandes. j'ai dans ma dernière dépêche annoncé comment j'étais parvenu à savoir que les dépêches v e n a n t de F r a n c e étaient adressées à M. « Lord Grey et lord Jersey sont inséparables de M. 135. mais. ministre portugais à Londres. en Dauphiné. il en est encore arrivé trois à la fois hier. ils se groupent autour de lui. il ne dit pas ses projets. afin d'éviter qu'on change d'adresse . Le 8 juin 1816. M. en m ê m e temps que du général. de F l a h a u t est très peu mesuré dans ses discours . Ses deux princ i p a u x agents sont M. de Turenne et M. il convient de rappeler ce que pensait et disait du comte de F l a h a u t l ' a g e n t secret dont les rapports sont sous nos y e u x et qui parle. de F l a h a u t . Sainte-Foi. de plusieurs autres réfugiés qui se trouvaient à Londres avec lui. Il disait hier que le roi de France m e t t a i t en vain du sable d e v a n t le t o r r e n t . Il sera bon de laisser parvenir celles qui ne contiendraient a u c u n article essentiel. Fenchurch street. et c'est encore lui qui est le point de contact avec le p a r t i anglais qui voudrait révolutionner la France.

c'est la visite clandestine qu'a faite samedi soir M. F l a h a u t regrettait l ' E m p e r e u r . le comte Jules de Polignac. pour ne pas mourir de faim. niais dans laquelle le ministre autrichien lui dit positivement. Je sais personnellement ce qu'il en coûte ici. 011 il a reçu des fonds pour jouer ici avec avantage le rôle qu'il y joue. mais parce qu'il désirait y rendre possibles ses séjours accidentels. loin de songer à conspirer. non qu'il fût dans ses desseins de rentrer définitivement en France. un p r o j e t qui n'avait rien de politique . je le sais. tout juste. Mais ce que personne ne sait à coup sûr. Ou M. de F l a h a u t . il souhaitait au contraire voir se dissiper les soupçons dont son passé le rendait l'objet et s'acquérir la bienveillance du gr moment français. et combien me coûte la fréq u e n t a t i o n de certains cercles pour ne faire q u ' y p a r a î t r e . que moi. Mais. D'ailleurs. de Flahaut a de très grands moyens.LA F O L I C Ii K U A N CA I S E A LONDItHS 4ÜÖ dont u n e partiu est uno énigme pour moi. » Il y avait beaucoup d'exagération dans les propos de l ' a g e n t secret et c'est à t o r t qu'il attribuait à F l a h a u t des projets de conspiration. à la connaissance de M. au prince Esterhazy. mais il fait ici beaucoup de dépenses et donne de l'argent à ceux de son parti qui en ont besoin. de Flahaut . P o u r q u o i ce mystère pour une chose qui paraîtrait simple sans cela? « J'ignore la fortune de M. Ce fait est. sans doute Louis X V I I I n'exerçait sur lui aucun attrait. il n'a qu'à venir de suite à Vienne. que si on le t o u r m e n t e à Londres. Il l'a avouée secrètement à l'un des agents qui me l'a dit sans s'en douter. Sans doute.

vivement épris. qui multipliait ses efforts auprès du cabinet britannique pour faire expulser d'Angleterre ce Français inféodé à l'Empereur et que la police de l'ambassade désignait comme 1 1 artisan 11 d'intrigues et de complots. Jeune.) LI CE POLITlUinO ni do subversif absorbait ses préoccupations cl son temps. il avail inspiré les sentimentales pins tendres à une riche et belle héritière de l'arislocralie anglaise. C'était. d'une part. séduisant de visage et d'esprit. E n même temps que se répand dans les salons de Londres la nouvelle de cette résolution. 1ns appréciations de l'agent sur Flahaut deviennent plus modérées. mai*. de laquelle il se montrait. et s'aperçoit qu'à Paris avec plus de 200 000 livres de rente. Je ne croirais pas à la conversion de Flahaut d'après son . élégant. s'isole de ses anciens collaborateurs. possédant du chef de sa mère une fortune personnelle que l'agent disait s'élever à 236 000 francs de rente. Il est vrai que celle-ci.LA IM. la fille de lord Keith. il tourne autour de l'ambassade. d'autre p a r t . malgré le refus définitif du père. l'incessante malveillance du marquis d O s n i o n d . il dit en parlant du fiancé : « Il chante m a i n t e n a n t sur une autre gamme . il jouera toujours u n grand rôle dans la société. avait pris le p a r t i de passer outre et de se marier sans le consentement paternel. C'était. rencontrait des obstacles. En annonçant.. Leur mariage était déridé. l'ambassadeur de France. au mois de juin 1817.. au lieu qu'à Londres. on reste dans la masse sans se faire remarquer. la célébration prochaine du mariage. l'opposition que faisait au mariage le père de la fiancée.

. Il est do fait.. quo la faction lui tourne le dos. s u i v a n t mon petit bon sons. ne veut pas dire : soyez plus empressés. et voulait s'assurer les bonnes graces du marquis d'Osrnond. » Si Flahaut tournait auteur cl·» l'ambassade. s'en inquiétait. je me trompe . Dieu me ferait une belle grâce. où vous êtes tous deux comme deux chandeliers sur une table.I. car. les difficultés ne doivent pas être. Charles.. cela ne peut étonner et il ne faut ni on grogner ni m'en punir. Λ ΙΌ L i e Ii FRANÇAISE Λ LONDRES 201 din·. longues. il n'était que bien imparfaitement pavé de ses efforts et de son bon vouloir. Mme de Smiza. A Paris. pour un c o n t r a t où l'une conserve tout.. que je n'existe que pour l'instant où vos lettres m ' a r r i v e n t et que je ne compte les a u t r e s jours que pour a t t r a p e r celui de la poste. d ' a u t a n t que t a dernière lettre était toute grogneuse. que je ne cesse de penser à vous. mais. Si je pouvais dormir t o u t l'intervalle.. Finissez-en donc. lui mandait-elle .. « Pas un mot de toi ni par le dernier courrier ni par la poste. Il f a u t m'oxeuser. (''est de ee côté que son mariage rencontrait le plus de difficultés. si mon intérêt pour loi m ' a fait te demander de rie pas lambiner. niais un observateur doit être imparlial. de loin. lorsqu'il est question d'une affaire où l'on cherche à te nuire. ci ne rien taire. qui attirent les yeux de 1out le monde. et l ' a u t r e ne veut rien. mais do mener les gens. « Alexandre de Girardin a rencontré le duc de . sa mère. C'est que vous êtes plus que ma vie. et qu'elle se plaint hautement de l'nbandon qu'il a fait de son ancien parti. Peut-être. cela m'est bien triste.

. niais. mais. enfin. Tu n'as pas d'idée. « J'ai reçu une lettre d'Henriette. et les lettres qui ne seraient pas d'elle. lorsque tu me presses comme tu fais. mais que pour ton caractère. Le duc lui a répondu qu'il regrettait a u t a n t que lui quo sa fille épousât un étranger. qu'il ne pouvait parler de toi qu'avec éloge. à la vérité. quo je n'ai pas eu u n moment à moi. ma chère m a m a n . Je voudrais bien savoir pourquoi on se plaît à réveiller ces qualifications de bonapartiste? On est Français ou l'on ne l'est point et Bonaparte est bien plus mort aujourd'hui qu'il ne le sera dans cinquante ans. que cela ne faisait rien pour l'habitude de ta vie et que tu étais plein d'honneur. fort bonapartiste. Elle désirerait ravoir ses lettres et les miennes qui sont dans les deux petites cassettes que tu as. F l a h a u t se justifiait de ne pas lui donner de ses nouvelles aussi souvent qu'elle l'eût souhaité.201» LA PÖLICH POLITIQUE Wellington qui lui a dit que lord Keith était venu le voir pour lui parler de sa désolation sur le mariage de sa fille et prendre des informations de t o n caractère. » En répondant à sa mère. Si tu peux ouvrir celle que t u as et qui est 4004. tout ce qu'il en connaissait était bon et honorable. cela s'avance. bien triste. tires-en des portraits. Je ne m'y attendais pas. que tu étais. et . « J ' a i t a n t à faire. de toutes les difficultés légales que nous avons à surmonter. ou l'année de m a naissance. et j'espère bien que le mois no se passera pas sans que nous soyons mariés.. Dans notre situation de fortune et de naissance tout cela est plus difficile. après les dernières qu'elle m'avait écrites.

« On rit beaucoup des s e n t i m e n t s de ce M. Ne crois p a s . E n t o u t . on le méprise pour tous les mensonges qu'il débite contre moi et dont on c o n n a î t la fausseté qu'il fait assez c o n n a î t r e par la manière d o n t il contredit un j o u r ce qu'il a dit la veille.LA POLICE FRANÇAISE A LONDRES 203 alors remets-les à Mme D. « Adieu. Mille tendresses à p a p a . » Dans une autre l e t t r e . parce qu'elle n ' y a p a s contribué . Je suis le p r e m i e r qui sois resté dix-huit mois lié avec elle. Il est blâmé à cet égard p a r les personnes les moins disposées pour moi. plus égoïste que t u ne peux te l'imaginer. Elle en aime mieux u n e a u t r e qui soit moins parfait«». mais. Je ne crois p a s devoir lui refuser ce qu'elle d e m a n d e . J e t ' e m b r a s s e et t ' a i m e de toute mon âme. au reste. que qui ce soit f û t é t o n n é de son changemont à mon égard. m ' a remis la l e t t r e signée Adèle. j e ne fais pas semblant d e m ' e n d o u t e r . « L a d y H. (sa fiancée) ne v e u t pas de la belle m o n t r e d o n t Bréguet d e m a n d e d e u x cents louis. chère m a m a n . car on dit qu'il sera bien cher à la fin de cette année.. Qu'il achète du vin... elle est plus capricieuse. F l a h a u t a p p r e n d à sa m è r e que la conduite du m a r q u i s d ' O s m o n d à son é g a r d est généralement blâmée. J e suis loin de vouloir me brouiller avec cette dernière .. m a r i et femme n e . q u e de malheurs c e t t e funeste année 1815 a amoncelés sur m a t ê t e ! « Miss M. d O r m o n d qui l'ont porté à être si bien pour Sébastiani et si mal pour moi .. mais. Elle est désolée de m o n mariage.. P o u r q u o i ni-je é l é séparé d'elle et exposé à p r e n d r e un autre a t t a c h e m e n t ! Ah ! ma p a u v r e mère.

parce que nous n'en sommes pas encore là. Hier nu soir. N'aie pas l'air de t'en douter. car elle est gaie et spirituelle a u t a n t qu'elle est jolie.. Elle y v a avec son mari.faire présenter à elle afin de montrer qu'elle ne désapprouvait pas le choix de miss M. tu pourras la leur indiquer.. Je ne l'ai p a s reçu..LA POLICE POLITIQUE forment pas une ambassade digne de représenter le roi de Franco. Enfin. niais je l'ai fort remercié. si tu la vois. mais sache-le. Je lui remettrai . Elle est très bien avec miss M. Elle aussi a été fort bien pour moi. Peut-être lui donnerai-je une lettre pour toi. mais qui auraient pu être mieux. qui ont été assez polis pour moi. j'ai. et tu sens combien je dois en être I one hé. « J'ai oublié de to mander qu'il y a quelque 1 i'inps. T u n'as aucune idée comme lord Lauderdale a été b o n . Auteuil ou Boulogne. Tu n ' a u r a s pas de peine à cela. « Miss M.. obligeant. Enfin.. Mme la duchesse d'York avait eu la bonté di· in·. Neuilly. Ils iront loger auprès de Paris. Si tu en connais une. dans c e t t e circonstance.. lord Morley (ami de Canning). elle m'a parlé encore avec une grande bienveillance. « Lord Hariowsby m'a aussi l'ait son complim e n t . Il leur f a u t une grande maison. sois bien pour elle. « Il y a une dame qui part pour Paris la semaine prochaine. et de la peine qu'il s'est donnée p o u r me servir. Us vont à Paris en même temps que lord et lady Granville. a été bien sensible à ce que tu as dit pour elle dans ta dernière lettre. soit à Passy. je crois mardi ou mercredi. reçu bien des marques d'intérêt.

p o u r ne pas attirer sur eux les foudres des ultras. mais je ne cesserai de faire des v œ u x pour elle. Decazes. le comte de F l a h a u t commençait à bénéficier des dispositions meilleures des ministres français à son égard. Exelrnans. ces disgraciés ressentiront les effets de la bienveillance des ministres français. Tu ne m'as pas dit s'il voulait venir ici passer quelques jours? Je n'oublierai jamais la bienveillance du duc de Richelieu et le repos que t u as dû à M. de contenir les témoignages de leur désir de justice envers des hommes qui n'étaient coupables que de g a r d e r un souvenir reconnaissant au souverain. La Chambre des pairs s'ouvrira à d'anciens serviteurs de Napoléon à qui l'on avait d'abord . grâce aux démarches de sa mère à Paris. encore que ceux-ci fussent obligés.LA POUCE F ΚΑ Ν ÇA I SK Λ L O Ν I) Ii Ε S 205 aujourd'hui celle que lu m'avais chargé de lui remettre et que j'avais gardée. d'autres encore cesseront d'être traités en adversaires. » On voit qu'en ce moment. je ne pourrai plus y prendre p a r t . à qui ils devaient leur élévation et leur fortune. Montalivet. Aujourd'hui. ma bonne mère . mon bonheur sera peutêtre le résultat des malheurs qui nous ont frappés. Cola ne l'était pas alors. Puissent le temps et la tranquillité faire disparaître les traces de ceux qui ont frappé notre patrie ! Je ne pourrai plus être qu'un observateur de ce qui s'y passera. Plus tard. Puisse l'administration actuelle finir ce qu'elle a commencé avec une grande sagesse. c'est bien. embrasse le cher papa p o u r moi. « Adieu. Bassano. m a i n t e n a n t vaincu. « Adieu.

C'est celui dont se sert un gentilhomme envers tous les ministres dans le département desquels il n'es! pas placé et sois sûre que le langage d'un honnête . « Aucun événement plus que mon mariage avec Mlle M. ait écrit ici. car je ne connais pas de plus grand bonheur que de proléger celui qu'on opprime. « Je plains M. je ne saurais comment le faire. au moment où le comte de F l a h a u t allait se marier. démarches que rien ne m'aurait porté à faire sans cela. Je n'aurai jamais l'impertinence d'écrire au Roi .. Le protocole était très bien. d'Osmond est un imbécile do ne l'avoir pas compris. de Richelieu. écrivait Flahaut à sa mère. au moins indifférent. ne pouvait me rattacher aux principes qui font la base de l'union. de trouver tant de difficultés à me rendre justice. on a y a n t eu la preuve dans les démarches que j'ai consenti à faire pour me raccommoder avec lui. ou au moins de la paix de la France avec l'Angleterre. Mais. à ce mariage.. la clémence ministérielle ne s'exerçait encore quo timidement. qui est allé à Paris et qui doit parler de m a position à M. Il devrait donc être favorable. mais j'ai promis do la suspendre jusqu'à ce que quelqu'un. Elle n'est nécessaire à personne plus qu'à moi. inutiles au gouvernement. On attend de ses nouvelles demain. M. Je t'enverrai ma démission par le premier courrier. « Je suis fâché que tu n'aies pas remis ma lettre à M.LA POLICE POLITIQUE tenu rigueur pour s'être ralliés à lui au retour de l'île d'Elbe. Decazes. de Richelieu. Mes services sont parfaitement.

(it ne pas s'étonner de recevoir une lettre d'elle? Avant de vous parler de mon fils. pour reconnaître son écriture. mylord. m'excuser en quelque sorte de ne m'être pas adressée à vous pendairt votre séjour à Paris . je vous avoue que j'étais indignée des calomnies et des persécutions dont je me trouvais l'objet. C'est assurément à cette époque que Mme de Souza écrivait la lettre suivante. Quelques mois plus tard. et sans doute si le mariage de F l a h a u t n'eût pas dû le fixer en Angleterre. l'aimable M. Charles lui répondit : . je n'ai pas mis le pied aux Tuileries. je veux vous parler de moi. Robert Stewart se souviendra-t-il assez do Mme de F l a h a u t du Louvre. car non seulement j'avais ignoré le projet du retour de Napoléon. son mariage se célébrait et cet événement qui assurait le bonheur de sa vie réalisait ses v œ u x les plus chers. a y a n t demandé à mon fds de mes nouvelles. membre du gouvernement. on l'eût vu tôt ou t a r d à son rang dans l'armée française. lord Stewart : « Mylord. » On reconnaîtra que ce n'est point là celui d ' u n ii'i'éeonciliable ennemi de la royauté.LÀ POLICE FRANÇAISE A LOMIMES 207 homme vaut mieux que du miel délayé dans du sirop. Aussi. Mais. Si bien même qu'un jour. mais pendant les trois mois qu'il a été ici. ne songeait-il pas à aller encore en France et il annonçait à sa mère qu'il ne ferait pas usage d'un passeport qu'elle était parvenue à se procurer pour lui. et sans motifs. à un grand seigneur anglais. dont la copie ne porte pas de date. mais. il allait se marier et sa résolution était prise de quitter la carrière militaire.

devait être protégé p a r lui et il n'a trouvé en lui que malveillance et persécutions. après cette explication que j'ai cru devoir à votre ancienne amitié pour moi. il avait donné sa démission qu'on n'avait pas voulu accepter. Le voilà marié avec une Anglaise. un des affaires étrangères. « Mais. il a même outrepassé les droits d ' u n ambassadeur. et mon fils n'a rejoint Napoléon que lorsque le Roi a quitté Paris. elle est alliée a « l'Angleterre. ses affections doivent à présent le fixer en Angleterre. sa vie si pure et ses sentiments d'honneur si délicats qu'il peut prétendre à l'estime de tous. un congé du ministère de la guerre. elle ne peut venir ici. t o u t cela était le résultat des tracasseries de société. et depuis que je n'ai plus d'amis dans le ministère. car dès 1814. Ainsi. Tout ce qu'on peut lui reprocher peut-être u n sentiment de reconnaissance trop exalté . car mon fils. mylord. il n'a trahi ni trompé personne. jamais il ne l'a aveuglé ni emporté au delà de son devoir. « Mon fils était dans une situation unique. « M. et ses intérêts. d'Osmond a été bien mal pour lui . je me suis vue persécutée.208 LA P O U C H POUTIQU!·: « — Ma mère est Portugaise. mais. é t a n t en Angleterre avec un passeport du ministre de la police. Sa carrière militaire a été si brillante. de mon indignation. permettez-moi de vous parler de m o n fils. je n'ai plus d'ennemis. » « Jugez. Que je doive à votre bonté qu'il y soit traité en Anglais. de ma colère. lorsqu'après cette bonne conduite. Enfin. Ce n'est pas ainsi que l'on .

mais. j e ne l'imiterai point . q u ' o n ramène . intérêt pour le fils de Mme de F l a h a u t . Le 19 no\ r enibre. à des procédés plus sages. restée en France avec son mari. espérons toujours. le ramènera à des sentiments plus justes. Ma fille. et en se rappelant qu'adressée de Paris à un membre d u gouvernement. le temps place tous les caractères dans leur vrai jour. afin de fléchir sa rigueur. Ce que je vous demande. « Je sais que vous avez bien voulu recevoir mon fils avec cette même bonté que je réclame. Je ne croyais pas qu'un père p û t pousser aussi loin la rigueur. anglais. son père. mylord. Mme de Souza. bonté. je ne chercherai point à lui nuire . d'Osmond pour être sûre q u ' u n m o t de bienveillance de vous. et je connais assez M.LA POLICE FRANÇAISE A LONDRES 209 concilie. mais que ce père irascible a refusé de la recevoir. il lui apprend que sa femme a fait une démarche auprès de lord Keith. Los n o u v e a u x époux. Enfin. partagent leur temps entre Londres et l'Ecosse. où la comtesse de F l a h a u t possède de grands biens. c'est appui. u Ta dernière lettre m ' a désolée. si l'on ne connaissait le savoir-faire de ses agents. écrit de Paris à son « Charles ». à cette époque. elle avait dû être confiée à l'ambassade britannique. en a t t e n d a n t qu'il y vienne et qu'elle ait le. on pourrait s'étonner que copie ait pu en être prise par la police. j'espère qu'après vos 44 . » Après avoir lu cette jolie lettre. répond Mme de Souza. m a bien-aimée fille. bonheur de le revoir. J'ai osé croire qu'il entrait dans votre intérêt quelques souvenirs du Louvre et de votre jeunesse.

vérité. on n'aurait pas m a n q u é d'établir à Londres que ton voyage avait r a p p o r t à cela.210 LA POLICE POLITIQUE couches. (2) Il s'agit évidemment du petit Auguste de Morny. A h ! mes enfants. puis. et non pas mes parents.. elle était amenée à s'en réjouir. . je vous embrasse de toutes les forces de mon âme. Je n'existerai que pour vous soigner. Je commence à le croire et je veux. vous viendrez ici pour bien du temps et soyez sûre de trouver en moi la plus tendre affection. mais. F l a h a u t avait eu la pensée de venir passer quelques jours à Paris. afin qu'à ma dernière heure. si je pouvais (1) Le bruit courait que Napoléon s'était évadé. « Que j'ai besoin d'avoir une seconde lettre de Charles qui m'assure que votre s a n t é n'a point souffert de cette cruauté ! Que j'aime l'amiral Fleeming ! C'est votre cousin . vous puissiez me regretter comme une véritable mère. Mme de Sévigné dit que c'est Dieu qui nous donne nos amis et le diable nos parents. que tu m'appelles mon Prochain. je crois que Dieu t ' a inspiré. car avec toutes les bêtises que l'on débite ici sur SainteHélène (1). Après en avoir gémi. si tu y étais arrivé en même temps. car il est votre ami. « Ma chère fille. Laissons encore éclater cette fusée. puisque Dieu nous a ordonné de l'aimer comme nous-même. il y avait renoncé. » A cette époque. c'est plus encore.. au grand désespoir de sa mère. Donne-moi des nouvelles du pauvre chou. vous aimer. « En. J'aime cet enfant quoiqu'il ne m'ait causé que des peines (2). mon Charles. même quand on eût été persuadé du contraire.

. Ce dernier point. comme je te l'ai déjà dit. J'en suis profondément blessée . quoique jolis. Dieu veuille qu'elle ait une jolie petite fille qui ait ses grands yeux noirs. l'injure qu'on vous fait à tous deux. lequel s'aggravait de la difficulté de correspondre que leur créaient les précautions qu'ils étaient obligés de prendre pour soustraire leur correspondance à la curiosité de la police. « T u ne peux te faire d'idée comme j e suis contrariée. je sens. je ne prie Dieu à deux genoux que pour la santé de ma fille et je fais bien le v œ u de lui rendre en soins et affections. puisqu'elles n'empêchaient pas cette police de lire leurs lettres et d'en prendre copie. Mme de Souza se lamente sur ces difficultés et s'efforce ensuite d'égayer sa bellefille. et. je pense que soigner sa femme dans ce temps de tribulations est ce que tu dois. je la donnerais de grand cœur et encore ne ferais-je pas un grand présent. comme je In dois. cependant. a Adieu encore. » On voit que Mme de Souza souffrait cruellement de l'éloignement de son fils. mais. et pendant . D'un a u t r e côté. précautions inuiiles d'ailleurs. Sors de t a tête tous ceux de la famille qui t e veulent du mal et fais ce que dois : advienne que pourra . autant qu'une mère p e u t les prodiguer. Le 26 novembre. car je deviens triste e t souffrante. j e n'en rabats rien. mes chers enfants. au fait..LA POLICE FRANÇAISE A LON DUES 211 assuror voire bonheur par le sacrifice de m a vie. ils sont petits. D'ailleurs. mon bon et cher enfant. au fond de mon âme. Palmella est allé à Bruxelles.

de lui conter des histoires. Je ne sais quoi t e dire ! Que je t'aime? Que je donnerais m a vie p o u r toi? Tu as été bercé avec cela. était parti pour la première fois avec s o n régiment. et puisque tu l'as mise au courant de toutes les petites joies de notre maison. surtout dans l ' é t a t où est ma fille? Enfin.212 LA POLICR POLITIQUE co temps-là. elle était charmante. et nie voyant préoccupée. qui l'entend rire. elle avail une flexibilité d'esprit qui avait assez de rapport avec la souplesse d·* sa taille . c'est que les calamités publiques sont d ' u n plus vif intérêt que toutes les autres douleurs et ne vont pas moins continuer. rien on elle n'était τ ι ï raide. ni sec . enfin. je veux voir si tu n'aurais pas oublié quelques-unes de mes folies. ni froid. s'approche et se moque de mes inquiétudes. J'arrivai à son cercle du soir (ij y avail. que nous aimons. « Ma. « J'ai envie. Le Premier Consul. surtout q u a n d elle était on gaieté. toute la France d'alors). sans être décachetées. c'était d a n s les premiers t e m p s du Consulat. et que les grands et petits chagrins viennent m'accablor. c'est beaucoup ! Ce qu'il y a d'heureux. N'est-ce pas désolant. ce Charles. J'en étais d'une tristesse mortelle. ni anguleux.. Jo connaissais Mme Bonaparte et l'aimais depuis ma jeunesse.. J'allai aux Tuileries voir Mme B o n a p a r t e . il f a u t souffrir. la voilà qui se met à me railler sur ma passion pour mon fils. ses lettres de Londres restent ici. D'ailleurs. J'ai- . J'arrive donc. pour désennuyer ma fille. et cela depuis trente ans. chère fille. Je suis sûre qu'il y a sur sa table deux ou trois lettres de toi et je ne puis les avoir.

ma chère fille. q u e je voudrais avoir de vos nouvelles ! que je voudrais tenir dans mes bras mon cher petit e n f a n t !. S'il f û t venu ici. c'est une autre antienne. vous me croirez un peu folle. lorsque p a r t . « La nouvelle de Paris est que Charles devait être renvoyé de l'Angleterre avec Gourgaud et que sa qualité d'Écossais a a r r ê t é le coup. Mme de Souza envoie à son fils des nouvelles concernant la . s'approche de nous e t me dit en m i n a u d a n t : Madame. « Je vous en conterais des milliers de cette façon. d'une laideur affreuse.. » Le 10 décembre. car voilà comme est fait l'esprit de parti. mais la vôtre aussi. je n'osais pas t r o p me regimber. une certaine M m e Fermont. et qui. donneriez-vous votre vie pour votre fils? — Oh! mon Dieu. Cette folie eut un succès do gaieté qui fit retourner la d a m e à s a place plus v i t e qu'elle n'était venue. Charles était sous la griffe de l'autre. avec le plaisir de n'avoir pas perdu une journée. du bout du salon. que vous n e comprendrez bien que quand vous serez mère.. à la grande douleur du ministère. E n attendant. gauche et ridicule à l'excès. Que de gens j'ai v u répandre sciemment des méchancetés absurdes ! E t s'ils les persuadaient à une seule personne. femme du conseiller d ' É t a t .LA POLICE FRANÇAISE A LONDRES 213 mais l'une (Mme Bonaparte) et lui passais ses railleries . « Ma bien chère fille. ils se couchaient satisfaits. lui répondis-je. toujours coi flee comme la poupée du diable. v o y a n t la joie qui régnait à ses dépens. madame. on l'eût toujours dit (sans en croire u n mot).

effrayé p a r les élections libérales du mois d'octobre. Le louer serait aussi courageux que de se m e t t r e d e v a n t la bouche d'un canon. « Les Ultras sont dans une peur affreuse. Cela fait un fâcheux effet sur les fonds. u n ministère nouveau s'est formé qui veut t e n t e r de royaliser la nation. Ils débitent les plus désastreuses nouvelles qu'ils assaisonnent de pronostics plus sinistres encore. qui sera très curieux pour Charles. Le duc de Richelieu. Son programme excite la f u r e u r et l'effroi de l'ultra-royalisme dont les agitations et les conflits qu'elles causent. si vibranto. l'inquiétude est au comble . les nobles en sont tellement furieux qu'il y a du danger à l'avoir lu. a quitté le pouvoir. mande Mme de Souza à son fils. M. Sous l'influence de Decazes. Les intrigues de la cour de Rome sous Napoléon. C'est au lendemain du Congrès d'Aix-la-Chapelle. inquiètent l'opinion. En t o u t . les prêtres. les intrigues des évêques émigrés depuis la Restauration pour obtenir un quatrième Concordat. tout cela est très intéressant et dit avec une audace dont nous n'avons pas d'idée en France. s u r t o u t si sa paresse p a r t du dernier chapitre du premier volume jusqu'à la fin. « L'abbé de P r a d t vient de faire paraître un livre intitulé : Des quatre Concordats. de Talleyrand lui a fait défendre sa porte .244 LA POLICE P O L m u r i i politique. La cour. à quoi . en lui accordant de sages libertés. après cette négociation victorieuse qui a libéré le territoire de l'occupation étrangère. tous l'éprouvent et aucun ne saurait précisément dire ou il a mal et d'où vient le mal. si mouvementée à la fin de cette année 1818.

en vain d'ailleurs. Dans la même lettre. l'ouvrage dont elle parlait ne devait p a s avoir les hautes destinées qu'elle lui prédisait et ne les méritait pas.LA Ρ O L κ . était l'ami do Vitrolles. Rempli d'erreurs et de faussetés. c'est Vétat de VEurope avant et après le Congrès d'Aix-la-Chapelle. elle raconte assez gaiement les incidents d'audience auxquels avait donné lieu un procès intenté p a r le général Canuol au colonel Fabvier. mon opinion est un secret de famille. Fabvier a p p a r t e n a i t au parti libéral . œuvre do parti et non œuvre d'historien. On l'avait v u e à Aix-la-Chapelle s'efforcer de circonvenir. Mme de Vitrolles partageait et exagérait encore les opinions de son mari. ils en verront bien d'autres dans le livre que je viens de jaire et qui paraîtra bientôt. Il ne méritait que l'oubli dans lequel il ne tarda pas à tomber et est resté depuis. » Mme de Souza se trompait et était faux prophète. ultra-royaliste farouche. pour leur démontrer la nécessité d'obliger Louis X V I I I à choisir ses ministres parmi les amis du comte d'Artois. que ce livre Des quatre Concordats deviendra un ouvrage nécessaire et consulté par toutes les puissances qui auront à traiter avec la cour do Rome. l'ancien aide de camp de Marmont. qu'il accusait de l'avoir calomnié à propos des troubles qui avaient récemment éclaté à Lyon. moi. mais. l'homme lige du comte d'Artois et le meneur de l'opposition que faisait ce prince au ministère. les souverains qui s'y trouvaient réunis au moment du Congrès. On la retrouve avec ses . Canuol. Je crois. I F R A N Ç A I S Κ A L Ο XI > H H S C 21Π col abbé répond : Ah! s'ils crient pour cela.

en date du 29 juin 1819. Mme Dupin disait à ses voisins : j\Je me nommez pas. elle criait : Cela n'est pas vrai! C'est un coquin! C'est un misérable! et les jeunes a vocals riaient à causer même un peu de rumeur parmi les juges. lorsque le préfet vint pour dépouiller les votes. Alors. « L'affaire Fabvier a été plaidée samedi. c'est vrai. qu'elle ne connaissait pas. je vous assure. les gracieux sourires do Fabvier devinrent des rires inextinguibles. Mme de Vitrolles est arrivée sur le poing de Canuel pour entendre les débats. » Une autre lettre. il ne trouva rien et il n'y eut pas de député des Basses-Alpes. elle me battrait. Dupin rendait compte des horreurs commises à Lyon. elle demanda à son voisin de l'autre côté qui était ce simplet. elle vint pendant la nuit. Lorsqu'elle eut entendu le nom de Fabvier. elle se retourna vers lui comme uue furie en lui disant : Le duc de Raguse est un drôle et le colonel Fabvier un impertinent et un insolent. Elle s'est placée sur le banc des avocats et y a été comme une énorgumène.LA POLICE POLITIQUE extravagances dans la lettre de Mme de Souza. elle entra par la fenêtre dans la salle des élections et vola la boite du scrutin. Alors. Le jour suivant. répliquait-elle. accompagnée de son cocher et de son laquais. cette année-là. Fabvier. L'un d ' e u x la hucha sur les épaules du plus grand . « Comme une pareille furie dérangerait la perruque des avocats anglais ! C'est elle qui était à Digne lors des élections de 1815 et sachant qu'un libéral avait le plus de voix. — Mais. nous . Lorsque M. était placé près d'elle et lui disait gracieusement : Tout bas.

parce que volontés. quand j'ai été si horriblement persécutée. excepté Lobau et sa femme qui nous conservent un grand attachement. ainsi que le prescrit le sage? Depuis 1815. moi. et toujours couchée a v a n t onze heures. nous dînons de même avec une ou deux personnes en plus . « Que dira ma fille lorsqu'elle nie trouvera une vieille femme ne quit tant jamais son grand fauteuil. il sort seul. mes livres et m a patience. que ce ne seront point nos habitudes que vous adopterez. Le général v e u t présenter sa jeune femme à sa famille et à ses amis. » . voyant très peu de inonde et pour ainsi dire cachant sa vie. Le matin. mes chers amis. « P o u r ajouter à toutes mes inquiétudes sur l'ennui que ma fille pourra éprouver. Mais. son spectacle. Mme de Souza est toute bouleversée. c'est que toutes mes connaissances sont à la campagne. mes chers enfants. le soir. de Talleyrand et Montrond partent pour Barèges. vous serez libres. il éprouve ce sentiment jusqu'au dégoût. Je suis bien contente que t u ne les trouves pas ici. A l'approche de ce grand bonheur. Le premier va de là à Valençay. j'ai pris le monde en déplaisance et q u a n t à mon mari. M. Vous m'inspirez tous d e u x t o u s l e s sentiments qui donnent du prix à l a vie. Je dis fantaisies.LA POL IC ^ F R A N Ç A I S E A L ON I) H KS 217 apprend que lo ménage Flahaut se prépare à partir pour Paris. Oh ! les vilaines gens ! « Adieu. mais vos fantaisies qui nous gouverneront. raisons ne me paraissaient pas exprimer assez le désir que j'ai. de faire entièrement et uniquement ce qui vous sera agréable à tous deux. mes chers enfants. tellement maîtres de la maison.

de Souza aussi no parle j a m a i s de vous sans dire : ce bon amiral Fleeming. . enfin. comme si je vous en parlais. il s'y mêle toujours un souvenir d'estime et d'affection. de sentiment et de c œ u r . cet excellent amiral Fleeming. je me bornerai à vous assurer de m o n véritable attachement. Ce brillant marin s'était lié d'amitié à Londres avec le général de Flahaut et lui prodiguait les témoignages de son affection. Mon cœur et mon esprit les ont également devinées. par God bless you. ι·: Duns uιîu lettre précédente.218 la ρ ο υ er. ni dans la vieille Angleterre.«. qui ne lui apprenait rien sinon ce que tout le m o n d e aurait p u lui apprendre. « Je ne veux pas finir avec toutes les phrases cérémonieuses qui sont à la fin de vos lettres et j'aime mieux terminer la mienne. ce serait beaucoup plus pour mon plaisir que p o u r le vôtre. L a gratitude de Mme d e Souza pour lui s'exprime dans les lignes suivantes : « Viendrez-vous ici bientôt. votre nom ne v a jamais t o u t seul . my dear admiral Fleeming? Croyez que ni dans votre Ecosse. » Ces protestations reconnaissantes d'une mère envers l'ami de son fils couronnent dignement les lettres si tendres qu'elle écrivait à celui-ci et les témoignages de filiale affection qu'elle recevait en retour. à savoir que ce fils et cette mère se chérissaient. ρ ο ύ τ ι <j ι. personne n'apprécie mieux que moi vos excellentes qualités. en même t e m p s que les uns et les autres obligent à se demander quel intérêt pouvait avoir la police à connaître cette correspondance tout. Mais. M. comme je fais avec Charles. on a v u le nom de l'amiral Fleeniing.

ils étaient l'objet. Les notes de police qui suivent. Ce personnel se composait de ceux qu'avait proscrits l'ordonnance du 24 juillet 1815 et des régicides qui avaient dû quitter la France. Entre tous ces exilés. généraux et fonctionnaires. plusieurs s'étaient enfuis : au moment où l'ordonnance les désignait. A v a n t même d'être compris dans l'ordonnance du 24 juillet ou d'être menacés d'arrestation. caractérisent la surveillance qui . c'étaient les anciens serviteurs de Napoléon. dans les brochures dénonciatrices. on ignorait leur asile. à la suite de l'exception prononcée contre eux par la loi d'amnistie. dans la presse. que la police avait considérés d'abord comme les plus à redouter. Il s'était ultérieurement grossi de divers individus bannis par mesure de police ou volontairement fugitifs.IV Quelque intéressantes que fussent pour la police les informations que lui envoyaient ses agents de Londres. elle attachait un tout autre prix à celles qui la renseignaient sur les dispositions des Français réfugiés en Allemagne et dans les Pays-Bas. On les recherchait en même t e m p s qu'on en surveillait d'autres qui n'avaient pas cru devoir se cacher malgré les menaces dont à la tribune des Chambres.

ainsi que tous les autres. α Le maréchal Masséna. la maréchale Ney était venue chez Augereau. il a dîné chez Augereau. aucune sûreté. lielliard. dans trois mois. Le lendemain. ainsi que Massénaet J o u r d a n . On ne leur voit plus cette audace qu'ils montraient a u p a r a v a n t . qui ne l'a reçue qu'avec inquiétude.2:20 l a . « Le général Belliard tremble de se compromettre et a peur de son ombre. et autres. il a envoyé de grand m a t i n chez Augereau. 17 novembre. Il y a deux jours. ne concevant pas la moindre espérance pour Ney. découragés. car il a de même g r a n d ' p e u r d'être compromis. est toujours dans sa maison. en France. La vérité est p o u r t a n t qu'il ne se porte pas bien. depuis le 20 mars. a b a t t u s . « Le maréchal Augereau est dans l'abattement le plus profund. du 3 au . et ne songeraient qu'à m e t t r e à couvert leurs fortunes. sont consternés. il n ' y aura pour eux. Il ne reçoit presque personne et a invité tous ceux qui t i e n n e n t à lui d'être e x t r ê m e m e n t circonspects. pour la conduite qu'il a tenue. avec quelques autres amis. et qu'il est dans la consternation. Si l'on en jugeait p a r t o u t e s les apparences. Augereau. p o Li c i : i> g l m qui·: s ' a t t a c h a i t à ces débris do l'armée impériale dans 1 'S dernières semaines de l'année 1815 et nous donnent une idée du trouble des esprits. prévoyant pour l'avenir les plus grands malheurs à tout ce qui a servi la cause do lionaparte. Le même jour. et se prétend malade. Tous sont convaincus que. Il craint s u r t o u t d'être mis en accusation. que t o u t le monde dit parti. parce qu'on venait de lui dire la fausse nouvelle qu'il était arrêté.

Berryer. C'est. « Il faut faire attention au général Clary. Sa tète se m o n t e de plus en plus. dont on n'a pu savoir les noms. « Le maréchal de camp d'Albignae. de corps l'a gagné depuis comme tous les autres. qu'il n'a jamais eu auparavant.LA POLICE FRANÇAISE A LONDIU'S 221 8 juillet. Cet objet. et ne l'a pas caché même à sa femme. chez Masséna. e t a passé. Elle y était encore hier. Avant-hier. encore. avec M. et qu'il empêchait les royalistes d'aller à Saint-Denis. assnre-t-on. Masséna a un air sombre. arrivé ici malade et pensant assez bien. car il aurait fini par se compromettre. rêveur et inquiet. Son sang bouillait dans ses veines. au moins deux heures avec lui. est parti hier pour Caen. Avant-hier. « Mme Ney est très assidue chez le maréchal Jourdan. un énergumène dont. uniquement pour ne pas être témoin du jugement du maréchal. « Le général Rapp est. Reille et Belliard. Jourdan regarde Ney comme absolument perdu. et l'on tient de bonne . et tous trois ont conféré longtemps ensemble. L'esprit. quoiqu'il eût déjà vu Jourdan pendant plus de deux heures. il y a eu pel it conseil où ont assisté Augereau. lorsqu'il était commandant en chef de la Garde nationale. « Mme Ney est venue chez Masséna presque ions los jours de la semaine dernière. le t r a casse singulièrement. la présence est vraiment dangereuse à Paris. et il était temps qu'il partit. il l'a envoyé chercher de nouveau dans sa propre voiture. ainsi que plusieurs autres généaux. Jourdan. premier aide de eamp de Ney.

elle mo trouverait t o u j o u r s « prêt à verser mon sang pour elle.LA IM)LICK l'OLITIOÜK source qu'il s'est rangé dans le parti dos mécontents et des clabaudeurs.. Sa conduite a été sans reproches. L'intrigue leur est familière . La Salcctte. retirés dans . on a u r a demain des détails circonstanciés sur leur compte. « Des indications particulières ont appris au préfet du Puy-de-Dôme que le général Mouton-Duvernet doit avoir pris. la route de Marseille pour s'embarquer et passer en Angleterre. etc. l'adjudant. quoique ce soit encore à un degré assez modéré. « Le général Bigarré est venu prendre les eaux de Tivoli et solliciter de l'emploi . car* je suis sur le « point de me marier et de jouir enfin du repos que « j e n'ai pas encore connu. » « Le général Pcrcheux et son aide de camp Lefèvre sont de même fort mécontents. sous l'habit de voiturier. ils sont surveillés de près. On aurait même t o r t de me « ranger parmi les mécontents. il retourne à Rennes. le chef de bataillon Rey. « Lo général Cambacérès vient de s'établir à Versailles . Brun. trompé dans son a t t e n t e . « Le préfet de l'Isère s'est procuré des renseignements sur les généraux Chabert. c o m m a n d a n t De Belle (frère du général). « Les généraux Aymé et Solignac sont en ce m o m e n t à Paris. Si Sa Majesté avait « besoin de mes services. c'est un homme nul. et tiennent de fort mauvais propos . Il a écrit : « J e n e suis intri« gant ni conspirateur. Cet avis a sur-le-champ été communiqué sur la ligne.

« Aujourd'hui le sieur Descach. Tous sont tranquilles et t r è s réservés. ce qui donne à cet incident une publicité qu'il eût été peut-être plus convenable d'éviter. h u m o u r : Savezvous que tout n'est pas fini. « Lors du procès du maréchal Ney . attendu que le maréchal. et dans une discussion relative à son arrestation. Λ 1»()L1 c. que la conduite du maréchal lui paraîtrait exiger. a requis le sieur Descach d'en faire sa déclaration. F U A Ν (j Λ IS K A L Ο Ν 1 ) II K S 223 son département et sur quelques autres moins importants. le maréchal Soulf. F. « Quoi qu'il en soit. On n'a avis d'aucun rassemblement. de son côté.I. lorsqu'il se rendit à Saint-Amand avec des passeports qui n'étaient pas en règle. le général c o m m a n d a n t le département du Tarn proposa au préfet de faire arrêter M. La surveillance des rives du Rhône et des montagnes se continue. le procureur du Roi. Le ministre ne put qu'approuver cette mesure. le maréchal lui avait répondu avec. d'après l'aticle 2 de l'ordonnance du 24 juillet. et que je ferai raser votre maison jusqu'à la plus basse pierre? Propos qui fut répété par son aide do c a m p . que vous vous exposez à être envoyé devant un Tribunal criminel. instruit du fait. « Le préfet a ordonné une enquête administrative à ce sujet et. devait seulement être placé en surveillance spéciale. en laissant néanmoins au préfet la liberté de prendre telle mesure do h a u t e police. qui fit arrêter le maréchal Soult. c o m m a n d a n t la Garde nationale de Barre. les promenades à cheval que . Ce fonctionnaire s'y refusa. s'est présenté chez le préfet et lui a déclaré q u ' à c e t t e époque.

est visiblement en défaut. il ne faut. mais. Sa surveillance. ils ont exécuté leur projet. L ' a d m i n i s t r a t i o n et la police les ont peu inquiétés . chose remarquable. il a ordonné que. étant regardées comme des essais d'évasion. « Les généraux Exelmans et Fressinet ont toujours eu l'intention de passer dans l'Amérique méridionale : mais. Rien n'a pu les rassurer contre l'appareil des visites et des perquisitions de l'autorité militaire. de leur aveu. E n conséquence. Ils out pensé avec assez de raison que pour surveiller. les journaux et les débats des Chambres produisaient successivement dans leur esprit. ce n'est. chargé secrètement de ne pas le perdre do vue et de faire des rapports fréquents sur lui à ses chefs. De plus. qu'après coup que le préfet en est instruit. tous les matins. le préfet a cru devoir le soumettre à une surveillance plus directe. pas de baïonnettes : dès lors. Ils ont mis de la loyauté dans leur conduite .224 LA POLICE POLITIQUE le maréchal fait tous les jours clans ses terres. il a été adjoint à la brigade de Saint-Amand un gendarme de confiance. on a détruit les impressions que. Il a encore ou un tort. le général Exelmans a même été plus loin. c'est de n'avoir . le maire de sa commune lui ferait présenter un registre sur lequel il donnerait par écrit l'indication des lieux où il v e u t aller dans la journée. « On voit q u ' u n officier anglo-américain en a été l'entremetteur . cette surveillance tacite et mystérieuse qui s ' a t t a c h e a u x démarches et aux relations des individus qui en sont l'objet. ils différaient dans l'espoir que leur position pourrait s'améliorer. souvent môme.

M.LA POLICE FRANÇAISE A LONDRES 225 point pris on considération l'autorisation qu'il avait depuis un mois d'éloigner lo général Fressinet. mais. publier. « Une note particulière place le général Ameilh à Roinin-Moiliers. même canton. « Le b u t principal de cette note est de soumettre à son Excellence l'observation suivante : Les deux généraux fugitifs sont actuellement embarqués ou arrêtés . chez un forestier dont il instruirait les enfants. ni d'exciter des soulèvements. Sa femme. Sa circulaire ne nomme personne.. ils sont peu nombreux. par· la protection de M. Son domestique se compose d'Italiens. à Draguignan où il doit rester en surveillance. ni la faculté de faire une guerre de partisans. le 27 au soir. sous un n o m supposé. « Le général Arrighi est arrivé. l'accompagnent. si j'ose le dire. Les militaires réfugiés dans ce pays sont animés d'un très mauvais esprit. le sieur Fournier. il va sans doute compléter les renseignements qu'il a transmis. 15 . à entrer au service de Russie. Le général Dupas serait avec lui. le secrétaire général partage. Co n'est pas le moment de le lui reprocher . « Le sous-préfet de Gex pense que le général Clauzel est depuis peu de temps d a n s le pays de Vaud. Envoyer circulairement leur signalement et l'avis de leur évasion serait en pure perte recommencer les alarmes des préfets qui se calment généralement. cet avis. Il chercherait. de nouveaux motifs d'injustes accusations contre la police. ses deux enfants et un aide de camp. ils n'ont ni l'envie. Laharpe.

Il avait aussi été question du J u r a d ' o ù il est originaire . s'est rendu à Angers : il y a d'abord été g a r d é à vue. il s'est mis en route pour Lorient où sont situés les biens de sa femme. le lieutenant général d ' A u t i c h a m p lui a assigné sa terre dans la Vendée ou Nantes pour résidence. « Telle est la j u s t e destinée de ceux qui. « Le p r é f e t du Morbihan est autorisé à indiquer définitivement le Port-Louis pour destination au général T r a v o t si la chose lui paraît indispensable. sous l ' u s u r p a t e u r . » L ' a b o n d a n c e et le ton de ces renseignements plus . « Le général Travot ne pouvant rester à S a u m u r dont l'obligeait de sortir un ordre militaire. ce d é p a r t e m e n t frontière convient peut-être moins encore. u n nouvel ordre de M. L'impossibilité d'habiter raisonnablement la première étant reconnue. Bientôt. Nantes vient de lui ê t r e interdit . Le préfet du Jura v i e n t d'en exclure le général Guye. a u j o u r d ' h u i s u r t o u t que des paroles d'amnistie sont de nouveau descendues du T r ô n e et se répandent sur toutes les classes et sur t o u t e s les positions. Il f a u t pourtant que la crainte de les voir encore troubler le repos public n'aille pas j u s q u ' à les priver d ' u n asile. quoique sa conduite y f û t très mesurée. ancien aide de c a m p de Joseph Bonaparte.LA POLICE POLITIQUE « Cos renseignements seront éclaircis. Déjà les autorités réclament contre cette disposition. mais. il s'est retiré à Nantes. Le général Ameilh est l'un de ceux dont la marche a été le moins connue : il est plus que douteux que l'indication relative au général Clauzel soit exacte. ont marqué par leurs services ou par leurs opinions.

son amie d'enfance. Les généraux restés en France. J'ai raconté dans mon livre : Louis X VIII et le duc Decazcs les circonstances touchantes do ce rappel. Latapie et autres. secondée par Mme Decazes. Gérard à Bruxelles. à de rares exceptions près. Bory Saint-Vincent. encore qu'elle ne se fût pas relâchée. Mais. cette surveillance. Tout au plus remarque-t-on que le colonel Lahoussaye qui a servi dans la Garde et qui. Brayer. prodigue ses secours à des réfugiés. Ceux qui avaient passé à l'étranger semblaient pour la plup a r t également décidés à ne pas attirer l'attention.LA POLICE FRANÇAISE A LONDliKS 227 on moins véridiques démontrent qu'à la fin de 1815. Hullin. Au mois de mars (1) Comme la plupart des généraux bannis. . réside en Belgique. de faire parler d'eux . ne conduisait plus à des constatations aussi inquiétantes. le général Exelmans fut rappelé en 1819 sous le ministère Dessoles. quels que fussent leurs sentiments. lui aussi. Pully. dès la fin de l'année suivante et jusqu'au commencement de 1817. Il c o m p a r u t devant un conseil de guerre qui l'acquitta. Ses camarades Ornano et Fressinet sont à Spa. la police tenait pour rigoureusement nécessaire une active surveillance sur le personnel militaire qu'elle savait hostile aux Bourbons. Merlin. « Comme il n'est pas assez riche p o u r le faire de ses propres moyens ». évitaient. plusieurs s'efforçaient de rentrer en grâce. qui fut prononcé à la prière de Mme E x e l m a n s . n'est invoqué contre eux ni contre les colonels Dessaix. Les notes de 1816 constatent que le général Exelmans est à Breda et « s'y tient tranquille (1) ». Aucun grief relatif à leur conduite actuelle. Lamarque. « où celui-ci vient d'épouser Mlle de Valence ». on se demande d'où vient l'argent. Morand à Cracovie.

son vote de 1793. jamais de militaires. ne l'était pas moins des régicides. Us y songeaient d ' a u t a n t moins que quelques-uns d'entre eux recevaient des secours du gouvernement français. Les plus conidérables étaient le peintre David. Au déclin de l'âge. calomnieusemenl. l'ancien terroriste. f a u t e d'influence et de moyens d'action. un rapport signale la présence à Düsseldorf du maréchal Soult et de sa famille. I CK POLITIC? Uli 1817. presque toujours malade. avec le consentement des alliés et l'agrément du roi des Pays-Bas. on l'accusait de manquer degénérosité envers ses compatriotes malheureux. Réfugiés en Belgique au nombre d'une soixantaine. où il ne recevait qu'un petit nombre de réfugies. Celui-ci. l'ex-archichancelier de l'Empire. soit directement. sans faste. affirmait-il. D'ailleurs. On vantait l'excellence de sa table . sous la domination duquel le Congrès de Vienne avait mis les contrées belges. Barère. Il avait fait l'acquisilion d ' u n hôtel. Il a acheté pour quarante mille francs de grains qu'il fait distribuer aux pauvres. » Ce qui était vrai des militaires. soit par leur famille restée en France. « Il y vit très retiré. mais. Cavaignac. l'eussentils voulu. . vivait clans la retraite. voyait peu de inonde. Cambacérès. On p e u t être rassuré sur ce personnage. Cambacérès. il n'a pas même d'équipage.228 LA P O J. ils ne l'auraient pu. évitant tout ce qui a u r a i t p u le compromettre. lui aussi. ils ne songeaient pas à conspirer. Ou le désignait par raillerie sous le sohriqu Ί de « La mort sans phrases »qui rappelait. et Sieves. ils ne cherchaient· qu'à s'y faire oublier.

ni d'aucun des juges de Louis X V I . rien à craindre de lui. connu de toute l'Europe une considération exceptionnelle. Sa Majesté y tient beaucoup. le 6 janvier 1816. volumineux dictionnaire où les souverains.Ii Λ IM) L I CK FRANÇAIS!·: A LONDHKS 220 Lo peintre David trouvait des dédommagements à son exil dans l'accueil des artistes belges et des amateurs d'art. il a dit qu'il se fixerait pendant deux ans à Bruxelles. aimerait qu'il vint s'établir dans sa capitale. après avoir fait bannir ses anciens complices. pas même de Fouché. chancelier prussien. mande un observateur. le prince de Hardenberg. » (Dossiers du Cabinet noir. Mandez-moi dans votre prochain rapport quel aura été le résultat de vos démarches. s'il en est encore temps. « La politique. La police ne l'ignorait pas. mis la main sur le chiffre dont usait le duc d'Otrante dans sa correspondance avec Paris. un asile dans ses États (1).) . où Sa Majesté est disposée à lui procurer l'existence la plus honorable et tous les secours dont il pourrait avoir besoin. écrit au comte de Goltz. Sa Majesté vous charge de le sonder à cet égard. encore vivants. ministre de Prusse à Paris : « Le célèbre peintre David se trouvant dans le nombre des proscrits qui devront quitter la France. Il devait à son grand talent. Elle avait. L'ancien ministre de la Police se montrait plus soucieux do rentrer en grâce auprès de Louis X V I I I que désireux de contribuer à le renverser. le Roi verrait avec plaisir qu'il eût l'idée de chercher un asile dans ses États. Il devait d'abord se retirer en Italie . mais. eût peut-être exigé qu'on exceptât de la loi cet individu qui portera dans tous les pays étrangers l'intérêt attaché à un talent supérieur. et de lui faire entendre que le Roi. à son tour. Le roi de Prusse lui a offert. » Ainsi. les princes et prin(1) Lo 28 février 1816. charmé de fixer un artiste aussi illustre et aussi distingué. a y a n t trouvé dans cette ville plusieurs de ses élèves. dépossédé de la légation de Dresde et banni.

Elle lisait ses lettres. il ne dédaignait pas de commniquer quelques-unes de ses missives au ministre de la Police et celui-ci pouvait mettre. avait entrepris de prouver au gouvernement que Foiiché n'était pas un ennemi. on n'en pouvait dire autant de divers autres personnages non (1) Dans un récent ouvrage historique embrassant les temps où vécut Gaillard et rédigé d'après ses Mémoires inédits. . le danger paraissait s'amoindrir de jour en j o u r . le baron Despatys a entrepris de raconter la vie de ce personnage dont ces récits mettent en relief la probité. Tout en continuant à surveiller Fouclié. Elle savait que ses correspondants principaux étaient deux anciens professeurs de l'Oratoire. le courage et le noble caractère. quand on le croit passé. celles qui passaient par la paste cl celles qu'il expédiiiit par des voies considérées comme plus sûres. la police tendait à le considérer de plus en plus comme un homme fini et les renseignements qu'elle recevait à son sujet de la chancellerie autrichienne n'étaient pas pour modifier cette opinion.LA POLICE Ρ O U ΤΙ O U K cesses. les pays même étaient désignés sous des noms de convention. me font bannir de ma patrie. jadis ses collègues cl restés ses amis. » Ce langage ne présentait rien de subversif. les hommes politiques français et étrangers. Si du côté des généraux et des régicides. sous les yeux de Louis X V I I I des réflexions telles que la suivante : « Ils sont bien plus les ennemis du Roi que les miens ceux qui veulent persuader que des molifs qui n'ont pas empêché le Roi de me faire entrer dans son conseil et dans un ministère de confiance au moment du danger. D a n s ce but. le conseiller Gaillard (1). L'un d'eux.

qui sont à Liège et qu'on croit attachés à ce journal . au Libéral. l'homme de lettres. Dans ce troisième groupe. délivrés par la Révolution. contre Barras et Réal on ne relève aucun acte révélateur d'une participation effective aux agitations dont Bruxelles était le centre. annexés ensuite à la France. ne se résignaient pas à être les sujets de la maison d'Orange. Arnault. Longtemps courbés sous la tyrannie de la maison d'Autriche. Mais.LA POLICE FRANÇAISE A LONDIU'S 231 compris dans ces deux catégories et réfugiés aussi en Belgique. par les articles séditieux qu'ils donnent au Nain Jaune. mais parce que c'est à la France qu'ils voulaient être de nouveau réunis. Contre celui-ci. dont ils poussent les Belges à secouer le joug. le directeur de la feuille satirique. Leur prétention était regardée comme parfaitement légitime p a r le peuple hollandais que ne satisfaisait pas davantage la réunion des deux pays dont. ou contre celui des Pays-Bas. restés Français jusqu'en 1815. au Vrai Libéral. qu'il a transportée de Paris en Belgique et à laquelle succédera bientôt le Libéral. la complicité des autres dans ce mouvement est démontrée par leurs écrits. à l'instigation de l'Angleterre. les Belges. Réal. les pamphlets qu'ils lancent à tout instant contre le gouvernement français. qu'on croit fixé à Anvers . on trouve Barras dont la présence est signalée t a n t ô t à Bruxelles. non qu'ils rêvassent déjà d'autonomie et d'indépendance. tantôt à Louvain . les avocats Teste et de Tolozan. on avait formé . le Nain Jaune. jadis l'acolyte de Fouché. CauchoisLemaire. secrétaire général de l'Université pendant les CentJours.

que le Libéral.) . devenaient de plus en plus lourds. Le mécontentement était universel. malgré les différences de mœurs. Ses regrets. de langage et d'intérêts. elles étaient écrasées d'impôts. je puis v o u s annoncer d'abord que l'Assemblée des États généraux prend un caractère fort orageux et que l'autro jour. La paix était venue. écrit de Bruxelles à son beau-frère le général baron Robert de Fagel. dame d'honneur de la princesse d'Orange. c o m m e n c e à monter les têtes et qu'en général. Elle était propice aux plans des agitateurs . elle favorisait les menées des plus violents dont les écrits englobaient dans les mêmes critiques et les mêmes attaques les gouvernements alliés. la baronne de Fagel. le peuple de ce p a y s devient fort taquin et fort raisonneur. les proscrits français. Mais. Telle est la situation qu'avaient trouvée. la Belgique rendait cette même annexion responsable de ses m a u x et regrettait son ancien gouvernement. de religion. » (Dossiers du Cabinet noir. se manifestaient a t o u t instant (1). Tandis que la Hollande attribuait à l'annexion la ruine de son commerce. elles espéraient que la paix en allégerait le poids. à Bruxelles. portés p a r d'éloquents orateurs à la tribune des É t a t s généraux qui se réunissaient annuellement à t o u r de rôle à La Haye et à Bruxelles. à un tel point qu'on n'a pu jouer le lendemain . les tribunes ont successivement hué et applaudi leurs nobles puissances sur la question de l'exposition des grains. le gouvernement français et celui (1) Le 20 décembre 1816. ministre des Pays-Bas à Paris : « Parmi les nouvelles du jour. successeur du Nain Jaune. le public en a voulu ù l'administration de la Comédie et a fini par casser les bancs de l'orchestre.232 LA Ρ 0 LI CL P O L I T I C ) UΚ uiL seul royaume. et les impôts se multipliaient. après la p a i x l'annexion à la Hollande. Sous le régime impérial. La multiplicité sans cesse accrue des charges financières augmentait le mécontentement des populations annexées. q u e le soir.

LA P O L I CK FRANÇAISE A LONDRES 233 dos Pays-Bas. « Ils ont choisi pour leur résidence et pour l'endroit d ' o ù ils lancent leurs libelles. n'est point à l'abri de leurs injurieux libelles. ce sont les libelles publiés dans les Pays-Bas. p a r suite des mesures de police qui ont été adoptées. a lui-même été vaincu d e u x fois par la force des armes. ils insultent ses serviteurs et ses ministres. et tandis qu'ils réclament la protection de ses dispositions libérales et des lois de son pays. Il est vrai que la difficulté de faire circuler ces libelles en France. mais. ils sont. son gouvernement et ses adhérents. ils font t o u t ce qu'ils peuvent pour ébranler la loyauté de ses n o u v e a u x s u j e t s . et même pour l'autorité de l'Europe alliée. en t a n t qu'ils sont. donne le plus de mécontentement a u x amis du bon ordre et a u x gouvernements. écrits et publiés p a r les restes d'un parti. une insulte pour le roi de France. donne à espérer qu'ils ne fassent pas t o u t le mal qu'on se propose de faire . p a r t o u t où ils peuvent . et que ces individus qui composent ces restes doivent leur vie à la clémence des mêmes souverains qu'ils insultent. signale le danger qui résulte de cet é t a t de choses et la nécessité d ' y mettre un terme : « L'objet qui. communiqué en 1817. à la Conférence des ambassadeurs à Paris. t o u t comme les mesures de son gouvernement. les É t a t s d'un de ces souverains alliés. sans contredit. et il est bien connu . sa famille. Un mémoire du duc de Wellington. dans le moment actuel. sa personne même. ayant réussi à renverser presque tous les gouvernements du monde. qui.

bien qu'elle t î n t le plus grand compte de ses renseignements et de ses appréciations. faute de moyens ». « non f a u t e d'intentions. son art de mise au point. il devait avoir été t r i é sur le volet. mais. à cet égard. comme c'était jusqu'ici toujours le cas. Mais à le juger d'après ses observations. la première chose qu'ils feraient serait. elle était convaincue que les agitateurs avaient ajourné à la mort de Louis X V I I I l'exécution de leurs desseins. Comme cependant les mesures à prendre pour c o m b a t t r e ce système de libelles peuvent affecter la police intérieure d'un des É t a t s f o r m a n t la grande alliance européenne. il est nécessaire de procéder. Sa conviction s'inspirait des r a p p o r t s d'un observateur qu'elle avait envoyé temporairement en Belgique et de la confiant.LA POL IC!·: POLITIQUE que s'ils devaient réussir dans leurs plans contre la France. Son nom nous es ι inconnu. » Quelles que fussent à cette époque l'influence et l'autorité de Wellington dans le conseil des puissances allées. de renverser le gouvernement. et d'examiner avec soin les mesures qui ont été adoptées jusqu'à présent. ainsi que leurs effets. et de conquérir le Royaume des Pays-Bas. Au mois d'avril 1817. la police française. après de mûres délibérations et avec précaution. Peut-être l'eussent-ils été sans la surveil- . ses commentaires. n'attachait pas la même import a n c e que lui aux faits dont il s'inquiétait. pas dangereux sous le rapport de la haute politique. c'est-à-dire qu'il les croyait incapables de conspirer. Les libellistes de Bruxelles ne lui semblaient. qu'elle accordait à ses dires.

comme si l'on y était. La même chose a lieu à Munich et à Constance et il y a un point central à Paris qu'on appelle : Institut impérial. Je me serais fait présenter aisément dans les meilleures maisons belges et au club. Il y a des émissaires qui vont et viennent et qui portent lettres et paquets. Ils sont d'ailleurs en parfait accord avec ce que nous savons de ce qui so passait alors en Belgique. Mais. . Mais elles veillaient l'une el l'autre. Autrement. vu le caractère temporaire de sa mission. « On sait ici t o u t ce qui se passe dans la capitale. cet agent dénonçait les communications directes el quotidiennes qui existaient entre Bruxelles et Paris. » Il avouait cependant qu'il n'était pas à même de tout savoir. « J ' a u r a i s bien pu pénétrer dans plusieurs mystères de ce genre. » Cet aveu prouve au moins que notre homme ne cherchait p a s à se faire valoir et sa modestie nous est un g a r a n t de la justesse do ses observations et de la sincérité de ses propos. j'ai refusé les invitations pour éviter t o u t soupçon et ne faire naître aucune défiance s u r moi. ma position dans cette ville est équivoque. j'aurais pu mieux réussir. elles empêchaient ces folliculaires de faire passer leur^ écrits en France et leurs excitations restaient sans effet. Je parle d'après des données qui me paraissent sûres. Mais ne devant point roster ici. Néanmoins.LA POLICE FRANÇAISE A LONOKE S 235 lance de la police belge et surtout de la police française.

La mesquinerie du train de sa maison.ν Non content d'observer la société des réfugiés. choque et les Belges et les étrangers. constate et signale l'impopularité du roi des PaysBas. point de majesté. Point de représentation. de son entêtement extrême dans les affaires. Les plaintes contre ce souverain sont amères et paraissent fondées sur la permission d'exportation des grains qui a porté le prix du pain dans ce pays fertile de trois sous à neuf. et qui ne cache ni ses regrets ni ses espérances. de la personne du Roi. ne s'occupe qu'à ramasser des fonds qu'il fait passer successivement en Angleterre . et du parti politique qu'il a pris. qui n'est point comparable à celui de tel de nos p a r v e n u s à Paris. Hier. il est éloigné d'être aimé dans ce pays. l'auteur des rapports qui me servent de guide. . qui est entièrement et absolument français. on dit p a r t o u t que ce prince recevant beaucoup et ne dépensant rien. on voit qu'il cherche à se faire aimer. Guillaume I e r : « L'inconvenance avec laquelle on parle ici hautement. au spectacle. dans toutes les classes de la société. de la nullité de ses moyens. « Le prince d'Orange représente mieux . est digne de remarque.

A neuf heures du soir. quoique très brillant. le bonnet et le chapeau sur la tête. s'avança et donna. étincelante de diamants. J'étais présent. à propos du baptême du prince héréditaire. Le prince d'Orange. pour fondre ces d e u x nations en une. s'adonne aux plaisirs et aux plaisirs faciles. le rapport signale encore qu'en allant au temple et en en revenant.LA POLICE FRANÇAISE A LONDRES 237 dans le m o m e n t que. — il n'y avait personne dans les rues. et qu'on apercevait à peine. imité de celui . qui est jeune et dont l'extérieur est aimable. d'un p e t i t bonnet très simple à la hollandaise. le signal des applaudissements. n'a excité dans Bruxelles aucun enthousiasme. J'en parle. « La veille. suivant son usage. le cortège royal. ne les a pas ôtés. Au t h é â t r e on donnait un intermède : La naissance du fils de Mars et de Flore. » Le 27 avril. le premier. dans le Barbier de Seville qu'on jouait. — des chandelles derrière les fenêtres. » le prince d'Orange qui était dans sa loge. tandis que la reine mère avait une toque de velours noir. le comte Almaviva dit. si cela n'est pas impossible. le prince d'Orange saluassent de tous côtés. qui partirent alors des quatre coins de la salle. Le peuple qui bordait les rues. la reine mère était venue au spectacle avec la reine régnante qui était coiffée. bien que hi Roi. malgré les illuminations. parce qu'il n'est question ici que du petit bonnet à la hollandaise p o r t é par la reine régnante et qui déplaît fort aux Belges. Il faudrait bien du temps. la Reine. fils du prince d'Orange. dans le quatrième acte à Bartholo : « Les vrais magistrats sont les « soutiens de tous ceux qu'on opprime.

Ce fut son expression. » la salle a éclaté en applaudissements. les Belges témoignent de leur antipathie pour leur gouvernement. elle en fournit à t o u t e l'Europe. Elle ne se révèle encore qu'en d'inoffcnsives manifestations. comme un Français pensant bien. La conversation s'engagea de suite sur la situa- . lorsque Mme Brayer me p r é senta à M. Je ne peux pas dire dans quelle acception le prince de Hatzfeld prit ce mot. femme d ' u n général proscrit. On a écouté dans u n morne silence ces scènes allégoriques. lequel se prépare à s'expatrier. Il lui fit. elle éclatera révolutionnairement en 1830 et la Belgique. dans la pièce d'ouverture. Ainsi. avec l'appui des Français. un des personnages a y a n t dit : « L'esprit est du terroir de France . proclamera son indépendance. sous toutes les formes et en toute occasion. et l'assurance de t o u t l'intérêt qu'il ne cesserait de prendre à son mari. Les détails donnés par l'observateur a n o n y m e l'ont éloigné de sa mission. de iïalzfeld. Voici d'abord le très piquant récit d'une visite qu'il a faite à Mme Brayer. (C'est celui qui fut sauvé p a r sa femme à Berlin.) Il apportait à cette dame une lettre du prince de Hardenberg et une traite de mille florins sur Paris. Il y revient bientôt en rendant compte de ce qu'il a vu parmi les réfugiés. « J'allais me retirer. prince de Hatzfeld. lors du mariage de Napoléon avec Marie-Louise : L'union de Mars et de Flore. entra.LA Ρ 0 LICK P f ) L I T IOIJK qu'on donna à l'Opéra do Paris. Mais. toutes les offres de service possibles. « J'étais hier soir chez Mme Brayer lorsque le ministre de Prusse. En revanche. de la part du prince de Hardenberg.

nous n'en «voulons pas plus que du duc d'Orléans. c'est lui qui ralliera « tous les partis. Cambacérès sollicité. sur la santé du Roi et sur la légitimité. La modicité de sa souscription a indigné tout le monde et fait dire que « cet archigastronome fait tous les mois le sacrifice d'une dinde aux truffes pour secourir ses compatriotes ». n'ayant pu payer leur passage. « — Allons. » L'observateur constate encore que. On raconte que cette caisse a reçu du duc d'Orléans deux cents louis. venus à Anvers où ils devaient s'embarquer pour Baltimore. vous allez a encore nous parler de votre prince d'Orange . il nous « faut le petit roi de Rome . On s'intéresse assez à eux pour les tenir au courant des mesures qui pourraient menacer leur sécurité. répondit en diplomate et se retira. a souscrit pour t r e n t e francs par mois. mais. biaisa. allons. On assiste les moins fortunés . on envoie même des offrandes à la caisse de secours qui s'est créée sous la direction du général Merlin pour leur venir en aide et qui leur assure une mensualité suffisante à leurs besoins.LA POLICE FRANÇAISE A LONDRES 239 lion actuelle de la France. parfaitement accueillis à Bruxelles et à Liège. de riches Anversois l'ont . dit Mme Brayer . les « Français ne veulent point d'étrangers . Le prince de Hatzfeld dit simplement : « — La Prusse ne veut plus se mêler des affaires « de la Franco . il est présumable que des évé« nements pourront avoir lieu à la m o r t du roi. les réfugiés y sont aimés et recherchés. Des officiers français. » « Le prince sourit. au .nombre d'une trentaine.

outre des émissaires de confiance. Les lettres de Paris arrivent rapidement par cette voie. observer ce qui se passe à Bruxelles et à Liège. ils ont refusé de l'être. Au lendemain de la première représentation de Germanicus. On y emploie. On croit du reste que sa mission est connue du gouvernement des Pays-Bas et . sous p r é t e x t e d'affaires de famille. mande l'observateur. Ceux de leurs amis qui résident dans la capitale leur écrivent fréquemment. on les met en garde contre. a voulu les rembourser. la t r a gédie d'Arnault. se déplacent à chaque instant. étant parti de Paris. ils sont avertis des incidents t u multueux auxquels elle a donné lieu et qui o n t transformé en un c h a m p de bataille la salle du Théâtre-Français. avertie de leur intervention.2 40 LA PÖLICH PO L I T I nui-: payé pour eux et q u a n d la caisse de secours. « Plusieurs affaires l'attendent. les conducteurs de voitures publiques et les maîtres de poste. soit par lettre. soit p a r les personnes qui vont et viennent. Un général hollandais passé au service de la France. est aussitôt dénoncé aux réfugiés. il sera provoqué et insulté. continue le rapport. « La correspondance entre Liège et Bruxelles est journalière. » Les réfugiés eux-mêmes. D'autre part. Les relations avec Paris ne sont pas moins actives. n o t a m m e n t Teste et le général Fressinet. chargé par le ministre de la police de venir. les espions. Ils ouvrent immédiatement une souscription à l'effet de faire représenter la pièce à Bruxelles par Talma et Mlle Duchesnois. qu'utilisent encore les réfugiés pour se faire adresser « leurs habillements et leurs chaussures ».

chassèrent de l'armée« p o u r s'être mal conduit aux dernières affaires » et qu'on arrêta chez elle où il fut trouvé caché entre deux matelas : la fameuse Mme Ilamelin (1). pour ces causes. « quinquagénaire a u x yeux durs » qui pérore dans les estaminets et p a r a d e sur les promenades. est soupçonné d'appartenir à la police française et de même les individus dont le train d'existence paraît au-dessus des ressources qu'on leur connaît. Tout étranger inconnu d'eux. C'est entre autres un soi-disant colonel anglais qui porte sur sa montre u n portrait de Napoléon et qu'il croit être un agent secret du premier ministre britannique. » L'espionnage est ce que les réfugiés redoutent le plus. (1) Il est question de Mme I l a m e l i n dans les Mémoires du chancelier Pasquier. qui la tient p o u r une f e m m e galante et intrigante et nous apprend que le financier Ouvrard é t a i t chez elle quand il fut arrêté par ordre do l ' E m p e r e u r . dans ceux de Lucien iG . un sieur Olivier. dont la poitrine est étoilée de la croix du Lys. 7 novembre 1813. qui passe pour avoir appartenu à la police sous l'Empire. et enfin une femme. dont le séjour à Bruxelles se prolonge. de la croix de Saint-Louis et de celle de la Légion d'honneur. lord Castlereagh. Aussi. qui. Ils se savent l'objet d ' u n e surveillance incessante. qui fut la maîtresse du comte de Montrond et de ce général Fournier que d e u x décrets datés du quartier impérial d'Eisenach. qui rappellent. sont-ils disposés à la défiance. d a n s ceux de Thiébault.LA Ρ O l . a beaucoup fait parler d'elle. plus ou moins suspects aux réfugiés. les 26 octobre et. L'observateur en désigne plusieurs qui sont. I r. H F II A Ν ÇA I S Κ A L Ο ΝΊ ) Κ Κ S 2 41 qu'il recevra l'ordre de sortir du royaume. los incidents s c a n d a l e u x d o s a vio . sous le Directoire et le Consulat.

vers la fin de sa vie. il lui a dit qu'il partait pour le Val. C'est un intrigant. Cependant. entre autres. un ex-révolutionnaire.2-ί LA PO LI CK POLITIQUE Dès Je second retour des Bourbons. mais qu'il laissait ici de bons amis et que ses intérêts étaient entre bonnes mains. M. Regnaud de Saint-Jean-d'Angély y est venu jusqu'au dernier moment de son départ. Bonaparte. de SaintAignan. Samedi matin. Alfred Marqufr«· a essayé avec succès de reconstituer ia physionomie de c e t t e tri·:. ses relations avec les personnages les plus notoirement hostiles au nouveau gouvernement. et qui déteste le gouvernement des Bourbons. sous ce litre : Une Merveilleuse. l'entrepreneur du nettoiement de Paris. de Caulaincourt et M. il constata les rapports avec la police p o l i t i q u e dans les premières années de la Restauration. et dans divers autres récits de moindre importance. l'avaient désignée à la police. M. . son beau-frère. à la Malmaison . rue Blanche. qui la juge avec bienveillance. et il n'y a presque plus de réunions chez elle. ses propos séditieux. dans mes travaux sur la R e s t a u r a t i o n . j'. André Gayot a p u b l i é un recueil de lettres adressées par elle à u a ami. y viennent aussi quelquefois. moi-même. « Le général Corbineau a continué de venir chez Mme Hamelin. dans ceux do la duehesso d'Abrantôs. alors qu'elle était à Paris. est surveillée secrètement depuis plusieurs jours. ainsi qu'en fait foi le r a p p o r t suivant en date du 1 e r août 1815: « Mme Hamelin. qui est propriétaire de la maison. Plu·-. sa conduite politique. M. Boursault.ii cité de n o m b r e u x e x t r a i t s de la correspondance qu'elle e n t r e t i n t à c e t t e é p o q u e a v e c le duc D e c a z e s . qui la cito parmi los f e m m e s qu'on recevait. récemment. et. curieuse personne que sa r é g u l a t i o n n'empêcha pas d'avoir d'illustres amis et dont. Elle est circonspecte. D'aulro part. elle a peur. M. sa pétulance. L'ami et le confident de Mme Hamelin est M. avec le p a u v r e Arnault.

le duc d'Otrante. Alors. mais elle n'en pas été assez bien reçue pour renouer ses relations passées. elle était invitée à quitter la capitale. elle demanda à ne pas aller dans une ville de l'intérieur. Mme Hamelin a peur. protesta. et la crainte !a rendra sage. qui l'avait épargnée jusque-là. chez le préfet de police Anglès. Pour ce qui était rie sa conduite antérieure au retour du Koi. se décidait à sévir et à l'éloigner de Paris dans les quarantehuit heures. qu'elle voyait fréquemment autrefois (surtout le premier). Elle se chargeait bientôt de prouver le contraire. Elle se récria. bien qu'elle eût été portée d'abord sur les listes de proscription. madame. — Il faut partir. Elle s'est glissée chez les princes Schwarzenberg et Metternich. Nul incident politique ne pourrait . A la fin d'octobre. Elle paraît compter assez facilement sur l'ancienne protection de M. Mais son langage ne. ne. sa conduite était devenue telle que le gouvernement. c'était lui l'aire beaucoup d'honneur que de la rendre victime de: la réaction. le 31 octobre. pouvait ébranler les résolutions dont elle était l'objet. Mandée. cessait de répéter le préfet. » Le rédacteur de ce rapport se t r o m p a i t en supposant que Mme Hamelin était devenue plus craintive et plus prudente que par le passé. le prince de Talleyrand et de M.LA l»0LICK FRANÇAISE A LONDRES LM. En quoi avait-elle mérité l'exil? On la calomniait en lui a t t r i b u a n t des intentions hostiles et des paroles malveillantes. En dernière analyse.'i « Mme Hamolin voit au dehors beaucoup moins de monde que jadis.

connu pour ses opinions orléanistes. elle disparut au nez et à la barbe des deux agents chargés de la surveiller. Malgré tout. lui fut-il répondu. a m a n t de la belle depuis 1814. Elle préférait s'en aller à l'étranger. où elle trouverait u n protecteur. lord Kinnaird. à la mi-janvier 1816. elle n'était pas encore partie. le lieutenant Haudique-Duquesnoy Merisel.244 LA POLI CK POL m g UK se produire là où elle serait. Le comte de Caux. en quelque endroit que vous alliez. véritable type d'aventurier. C'est ainsi du moins qu'on nous le présente et il n'apparaît nulle part que ces qualifications soient imméritées. Quelques jours plus tard. — Vous êtes libre d'aller où vous voudrez. intrigant. représentant du . à l'improviste. On se mit à sa recherche . la situation équivoque du faux ménage n'empêche pas Mme Hamelin d'être reçue dans d'honorables sociétés et même chez le gouverneur. ce Morisel. On se préparait à l'y contraindre. Elle promit de s'éloigner dès le surlendemain et de ne recevoir personne jusqu'à son départ. lorsque. Le 8 novembre. sans qu'on le lui attribuât. On crut d'abord qu'elle se cachait à Paris ou à Andilly chez un Anglais. soyez circonspecte et dans trois ou quatre mois. cynique et sans préjugés. était allé la rejoindre. à Bruxelles. Un triste personnage. à Bruxelles par exemple. on était informé qu'un ancien aide de camp du duc de Rovigo. On ne savait ce qu'elle était devenue lorsque. le duc de Wellington. homme de plaisir. on apprit son arrivée à Bruxelles. mais en vain. Mais. bourreau d'argent. il vous sera permis de revenir.

mais. dont l'existence. ainsi qu'un morceau de la cocarde qui était au chapeau de Bonaparte à la baiaille de Waterloo . Morisel a perdu dernièrement vingt mille francs au jeu au club . Cela fait naître beaucoup de soupçons. elle fulmine contre ce prince. elle montre sans cesse une violette qu'elle conserve et qu'elle dit avoir cueillie à la Malmaison. on ne connaît point de fortune ni à l'un ni à l'autre. d'autres qu'elle est payée par le duc d'Orléans. Elle en parlait à chaque instant. voulu par l'Angleterre . avait loué une maison toute montée pour huit mille francs. Morisel fait de fréquents voyages à Anvers . ainsi que celle de Morisel. à ce loyer. s œ u r de Wilson. est obligé d'en convenir. ils avaient un train analogue. Elle porte en sautoir un double napoléon en or . Elle est t o u j o u r s très liée avec lord Kinnaird. c e t t e dame reçoit beaucoup de monde. et annonçait comme très prochain son avènement au trône. orléaniste. depuis qu'elle a appris que le duc d'Orléans avait accepté le don que Sa Majesté lui a fait de la terre de Neuilly. et est d'une exagération extrême. Les uns disent que Mme Hamelin est entièrement à la disposition de la police. de vagues soupçons planent sur elle.LA POLICE FRANÇAISE A LONDRES 245 gouvernement français. L'observateur s'en fait l'écho. Plusieurs réfugiés et non des moindres. ses intrigues . on n ' e n connaît point le motif. Des gens de bon sens pensent que ces deux individus se t r o m p e n t mutuellement. Néanmoins. impliqué dans l'affaire de l'évasion de Lava'iette . les rédacteurs du Nain Jaune sont les familiers de sa maison. « Mme Harnelin. est un problème. mais. « Mme Hamelin paraît encore liée avec une dame Wallis.

quelques semaines après sa rentrée. appointée à raison de douze mille francs p a r an. t o u t porte à croire qu'elle ne l'était. il n ' a p p a r a î t p a s que l'accusation. fût fondée. elle se préoccupera beaucoup plus. nous en fournit à t o u t instant la preuve. P a r m i les personnes employées par la police politique. à ses indiscrétions. d'être utile à ses amis que de leur nuire. en servant le gouvernement qui la paye. elle joindra des conseils qu'elle croit utiles et elle sera plus souvent une informatrice bienveillante qu'une dénonciatrice perfide. » Dans quelle mesure Mme Hamelin méritait-elle à cette époque qu'on la soupçonnât d ' a p p a r t e n i r à la police. et Mme Deschamps n'est autre que Mme Hamelin. T o u t e sa correspondance. Mais.246 LA POLiCI·: POLITIQUE ηυ sont pas plus dangereuses que ses~amulettes. sa s y m p a t h i e pour les proscrits. il est assez difficile de le savoir. Hâtons-nous d ' a j o u t e r que dans son rôle. qui se bornera à rendre compte de ce qu'elle voit et de ce qu'elle entend. Elle ne l'était même pas lorsqu'on 1817. d'ailleurs imprécise. des moyens pécuniaires en harmonie avec son train d'existence. que formulait l'observateur. cette héroïne fut autorisée par le duc de Richelieu à rentrer à Paris. mais. . en traits vifs et spirituels. Λ première v u e et encore qu'il ne le soit pas moins de lui découvrir. d u r a n t son exil. Passionnée et mobile. on trouve une Mme Deschamps. sa connaissance des hommes et des choses du moment. mais intéressée. impulsive et besogneuse. son goût pour les commérages. elle l'est . les doutes se changent en certitude. Souvent même. p a s encore. où éclatent. Elle allait l'être bientôt .

les considérassent comme naturels et de bonne guerre. L'importance de la presse. l'énorme développement de la publicité. en date du 11 octobre 1816. quoique beaucoup de gens. tant de changements dans nos mœurs et nos habitudes. dès leur second retour. Mais. pour en finir avec les proscrits. un document concernant Hugues Maret. avait p a r u la rendre nécessaire. (l'est tout ce qu'en a t t e n d a n t de la suivre sur un autre théâtre. Le déchaînement des violences et des calomnies dirigées contre les Bourbons. nous prouve que sa correspondance et les (1 ) Je reviendrai sur Mme Hamelin et sur sa correspondance dans une publication prochaine. ce qui ne suffît pas d'ailleurs à la justifier. l'ancien ministre de l'empereur s'était réfugié avec sa famille à Gratz. Compris dans les proscriptions qui suivirent le second retour des Bourbons. les procédés qu'elle employait ne seraient plus possibles de nos jours. Quant à ces rapports eux-mêmes. en Styrie. duc de Bassano. ils démontrent la vérité de ce que j'ai dit en commençant : à savoir que si la police politique de l'Empire avait été surtout une police d'action. comme conclusion aux rapports qui viennent d'être cités ou résumés (1 ).LA POUCE FRANÇAIS!·: Λ LONDHKS 247 capable de calculs ténébreux ou méchante. Mentionnons. . même ceux qui en souffraient. jamais. aucun parti victorieux n ' a y a n t jusque-là renoncé à les employer. Le rapport suivant. il y a lieu d'en dire. celle du gouvernement de Louis X V I I I fut presque exclusivement une police d'information. les ont rendus inutiles a u t a n t qu'ils étaient intolérables. la rapidité des communications.

M. est M. Ordinairement. à Gratz. qui connaît particulièrement t o u t e la maison et les alentours du duc de Bassano. mais. et n'en reconnaît pas l'écriture. au moins deux fois p a r mois. maison d'un traiteur. 44.LA Ρ 0 LI C Ii POLITIQUE Ii misons de ceux de ses amis qui lui étaient restés fidèles étaient l'objet d'une surveillance particulière : « L'agent. d'où l'on conjecture que leur correspondance avec Gratz leur est commune. porte Saint-IIonoré. sous le couvert de Baudet. soit p a r Vienne. M. Ducrest écrit au duc de Bassano. quand il écrit à M. L'une des personnes qui lui adressent des lettres sous son nom. Les lettres de la famille Maret pour Paris. sous celui d ' u n banquier. α Baudet est le valet de chambre des e n f a n t s de M. tantôt à Gratz. arrivent sous plusieurs couverts. « Le baron Denon. Ducrest de Villeneuve. on en est positivement s û r . écrit souvent à M. à Gratz. qui paraît évidemment déguisée. a fait l'inspection de l'enveloppe ayant pour adresse : A Monsieur Baudet. Une des dernières lettres qu'il a reçues de Mme Maret lui a été . Maret. rue Neuve-des-Mathurins. poste restante. qui viennent soit de Gratz. Lenoir. L'agent a fait beaucoup de démarches et a recueilli de bons renseignements qui pourront mettre sur la voie. poste restante. l'agent n'en connaît qu'un. J u s q u ' à présent. et Mme Maret. et tantôt à Vienne. qui est celui de la dame Vimeux. jusqu'à ce moment on n'a pu découvrir par quel moyen a lieu sa correspondance. Maret. quai Voltaire. il s'unit à son ami intime.

Duval. apportera-t-elle quelques lettres . se glisse furtivement chez ses amis Lenoir. Il va et vient de Paris à la campagne. et encore cette correspondance se fait-elle avec beaucoup de précautions. q u i arrive par les voitures publiques. mais. Monnier. « Dans deux ou trois jours. qui arrivait de Méréville. parce qu'il a été souvent dénoncé. Monnier a un domicile à Paris. rue du Foin-au-Marais. vient fréquemment à Paris. près d ' É v r e u x . à quelques lieues de Paris. si elle en a d'importantes.LA PO Lime FHANÇAISE Λ LONDHKS 249 remise par la comtesse Laborde. Les lettres que Mme Maret lui écrit de Gratz sont ordinairement adressées à M. n° 15. et les moyens dont il se sert sont inconnus.. a une correspondance peu étendue avec Mme Maret. t o u t à fait sur ses gardes.. le secrétaire intime du duc de Bassano. rue de Provence. on doit être bien cerLain qu'elle les a u r a bien cachées. Étienne. Peut-être. correspond avec lui à peu près une fois p a r mois (lui-même l'a dit de confiance à l'agent). M. qui habite le château de Condé. on croit p a r les courriers de l'ambassadeur d'Angleterre. Ducrest. et une habitation à Champrosay. et craint toujours qu'on ne l'observe et qu'on ne le dénonce de nouveau. Toutes ces lettres arrivent par des banquiers de Vienne. 1. mais c'est un très fin. etc. « Mme Gazzani. « M. et cette lettre faisait partie d'un paquet que son mari lui envoyait le mois dernier de Londres. on attend à Paris la gouvernante des enfants de la famille Maret. « Il y a dans la maison de l'ambassadeur de Por- .

au l'esté. grand et mince. attaché à l'office. seront envoyées à Gratz. lettres pour le duc et la duchesse de Bassano. déliée et ressemble un peu à celle de la lut Ire qui a été produite. On a été hors d'état de savoir par quels moyens M. et tantôt la campagne. habite tantôt Paris. Maret. auquel il paraît très dévoué. de Vienne. Maret. cependant on ne croit pas que ce soit la même. s'est presque totalement détaché do lui. . pour so rapprocher du comte de Sémonville.. Son écriture est line. le frère de l'ex-ministre. « M. qui est revenu de Londres.250 LA POLiCI·: POLITIQUE tugal à Paris u n nommé Éticnne. mais. « M. d'Herbès. il est probable que cet Étienne emportera de. ils méritent d'être attentivement surveillés. n'a jamais cessé de correspondre avec M. « Le comte Laborde. Maret correspond avec son frère. « Deux Polonais. Duerest. sont à Paris et correspondent aussi. MM. « Le comte Lejeune doit habiter la campagne. et sa femme avec Mme Maret . Nozujeski et Abranowick. Ces deux Polonais sont. D'après ce que1 MM. Laborde avait reçu à Londres des lettres fort curieuses du duc de Bassano. leurs lettres passent ordinairement par la Suisse. ancien intendant et factotum du duc de Bassano. qui pari. comme c'est un peureux. de véritables bonapartistes . Le valet de chambre Le Prince a dit seulement à l'agent que M. on doit croire que sa correspondance ne manque pas de circonspection. peu fréquemment. sous peu pour Vienne. et Mo η nier ont dit à l'agent. avec le duc de Bassano . mais. anciens agents du duc de Bassano. qui.

il y a lieu de rappeler qu'en 1819.· pays est. d'après t o u t ce qu'a entendu din· l'agent par les amis du duc de Bassano. On n'a. le f u t u r Charles X. qui avaient été remis fidèlement par eux à leurs maîtres. » A la suite de ce rapport. le ministre Decazes. à Gratz. on a su depuis que. on leur en avait fait tenir. obtint de Louis X V I I I leur rappel malgré l'ardente opposition de la coterie ultra-rovaliste dirigée par Monsieur. infesté de créatures et d'adhérents à la famille Mare!. Quand Mme Gadelia et le valet de chambre Harbi'ousse sont partis de Paris pour Gratz. efforcée d'adoucir pour eux les rigueurs de l'exil. rien pu savoir do ce côté . mais. Ci. de Dijon et des campagnes voisines. par conséquent. dont la bienveillance envers les proscrits de 1815 s'était.LA PO UCK FHANCAISK A LONHRKS 2»! près do Dijon. la liante police doit porter un œil alten!il" sur Dijon et les environs. . mais. ils se sont bien gardés d'emporter de Paris aucuns papiers secrets . il y a quelques mois.

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son venin et sa haine. alors que. écrite du château de Valençay. la police royale exerçait une surveillance analogue sur les hommes politiques français que leur rôle dans les événements mettait en vue et sur les gens qu'on savait en relations avec eux. en date du 4 mai 1816. Faisant cause commune avec ses adversaires d'hier.LIVRE IV LA P O LI Cl·: KT C H A T E A U l i l U A N I) KT AUTRES I En mémo temps qu'elle surveillait à Paris le corps diplomatique étranger et le personnel cosmopolite arrivé dans la capitale à la suite des armées alliées. Talleyrand luimême n'échappe pas à cette filature. Non encore consolé de l'avoir perdu. bien qu'à leur demande. il r é p a n d a i t sur Richelieu et Decazes. pour le dédommager et enlever à sa chute le caract ère d'une . depuis sept mois. il se rapprochait de l'extrême droile. ses successeurs. sous les a t t a q u e s de laquelle il avait succombé. ainsi que le prouve la lettre suivante. le Roi. l'illustre boiteux avait quitté le pouvoir.

il le trahit dans ses confidences à son amie la princesse de Bauiïremont. M. parce qu'il a été mis plus en a v a n t et que l'on espérait davantage de lui. dont l'influence est parvenue jusque dans nos pays si retardés sous tous les rapports.. Le ministère est fort méprisé. » « Il y a vraiment de la curiosité à satisfaire quand on écoute hors de Paris.. » Cette lettre a passé sous les yeux de Louis X V I I I . On ne sait pas le nom des autres. « . je ne sais rien de si curieux qu'un lieu où la tonte des bestiaux et les affaires de la forge sont l'unique intérêt de six lieues à la ronde.. Decazes est le Réal de ce ministère. l'eût nommé grand chambellan.. On dit qu'on a des nouvelles parce que les lettres arrivent deux fois par semaine et il n'y a personne qui désire voir arriver les lettres plus souvent. « Un des principaux personnages de Châteauroux disait hier à dîner : « — M. on supporte les prêtres s'ils ne demandent et surtout n'obtiennent rien.. On aime le R o i . hier ici : « — Monsieur. dont il écorchait. . le nom et.. Il n'y a aucune circonstance où on ne le montre. on déteste les émigrés. Un magistrat de Bourges demandait. ce qu'il éprouve. de Richelieu est le plus méprisé de tous.254 LA PÖLICH POLITIQUE trop éclatante disgrâce. est-ce encore un Corse qui nous « gouverne ? » « Il voulait indiquer Pozzo. « Quand on quitte Paris. Ce qu'il ressent.

LA P O L ICI«]. » Malgré tout. le duc de Fitz-James. pair de France. Mais. on voit encore lisibles quoique à demi effacées. ces trois lignes tracées de sa petite écriture régulière. celui-ci dînant à l'ambassade d'Angleterre avec de hauts diplomates et Pasquier. Cette interdiction de fréquenter les appartements du Roi était le c h â t i m e n t qu'il infligeait le plus souvent à ceux qui avaient encouru sa colère. président de la Chambre des députés. se livra. l'ambition aigrie qui régnent dans ces lettres les rendent fort curieuses. a v a i t attaqué sans mesure le gouvernement. l'année suivante. le Roi ne changea rien à sa manière d'être vis-à-vis de Talleyrand. Confident de Monsieur et s'associant à ses ressentiments contre le cabinet de Richelieu. à une sortie si violente contre les ministres que Louis X V I I I lui fit donner l'ordre de ne plus paraître devant lui. faite sur l'original p a r le Cabinet noir. au mépris des plus vulgaires convenances. J ' e n parlerai au Réal du ministère et je serais bien aise qu'il les connût a u p a r a v a n t . fine et pointue : « La vanité blessée. . Le Roi très irrité lui fit signifier de ne plus venir aux Tuileries. à la tribune de la Chambre des pairs. cependant. Voici à ce sujet un curieux rapport. au commencement de 1818. de police où éclatent à travers les lignes les dissentiments qui régnaient entre le Roi et son frère et divisaient la cour en deux camps ennemis. C H A T E A U B R I A N D ΕΤ AUTRES 255 Il l'a annotée au crayon et s u r la copie qui est sous nos yeux. Tel fut. premier gentilhomme du comte d'Artois et colonel de l a garde nationale à cheval. le cas du duc de Fitz-James.

se trouvaient chez Fitz-James. de se présenter devant lui. dans les salons du faubourg SaintGermain. ministre de la police. se rendit auprès du Roi qui lui fît entendre qu'il verrait avec plaisir l'éloignement de son premier gentilhomme. apprit qu'au même moment. » Le Roi ne pouvant répliquer au discours de son frère consentit à s'en tenir à la défense qu'il avait faite au duc. » Suit le récit d'une scène qui se serait passée entre le Roi et le comte d'Artois. que de la disgrâce de M. Lainé. Les deux Excellences durent se retirer après avoir essuyé cette mystification. duc que le Roi ne pouvait avoir donné un pareil ordre. ministre de l'intérieur. puisque Sa Majesté venait de lui permettre le contraire et que cette conduite do leur part était aussi odieuse que coupable. Mais. Énergique protestation de Monsieur qui rappela qu'en qualité de pair de France. de Fitz-James avait le droit d'émettre librement son opinion. M. Monsieur. qui habitait les Tuileries. On fait à ce sujet mille versions et on y ajoute les commentaires les plus défavorables au Roi et à ses ministres. Il les rejoignit aussitôt et leur exprima « avec une grande dignité et devant le. le duc de FitzJames. » Voilà quelles histoires circulaient parmi les ultra- . et Dccazes. « Celui-ci. et s'efforçaient de le décider à se démettre de son emploi dans la garde nationale. étant instruit que le ministre de la police cherchait à décider Sa Majesté à retirer à ce duc son grade de colonel de la garde nationale.256 LA POLICE POLITIQUE te II n'est bruit. en r e n t r a n t dans son appartement.

» Quant à la personne sacrée du Roi.LA. fait sortir du Temple Π . Madame. « Impossible de pousser l'insolence à un point plus coupable. ils ne ménageaient pas les princes. lesquels a j o u t a i e n t « que la vigueur de Monsieur dans cette circonstance a redonné une grande force à ses bons serviteurs et leur a rendu l'espoir de voir triompher un jour la cause des gens de bien ». Je relève dans un autre rapport ce qu'un espion raconte d'une réunion composée « d'anciens émigrés de haute distinction » et de ce qu'il y a entendu. La duchesse d'Angoulême. le 3 juin 1797. frère de Louis X I I I . « Son Altesse Royale le comte d'Artois est le digne pendant de Gaston. Mgr le duc de Berry est un grossier palefrenier dont il ne faut rien espérer. Du reste. La conclusion de ces scandaleuses diatribes est un projet de mouvement général en F r a n c e et des vœux pour l'imposteur qui est dans les prisons de Rouen. qu'on vient d'arrêter. D'après ces messieurs. la monarchie fut renversée. A ce sujet. l'agent s'excuse de ne pouvoir répéter ce qu'ils en ont dit. CHAT K A U B RI Λ M ) KT AUTRES 257 royalistes. quand ils étaient entre eux. » Cet imposteur est un certain Mathurin Bruneau. tandis qu'il essayait de se faire passer pour Louis X V I I . l'agent raconte q u ' u n e femme de Vendée qu'il désigne. est la seule personne de la famille royale qui soit épargnée. P O L I C E . On sait ce que ces fous entendaient pai' là et que le jour où cette cause eut triomphé. Mgr le duc d'Angoulême est un imbécile sans caractère qui n'a cessé d e trahir ceux qui l'ont servi. Il est d'ailleurs dévoué a Decazes. lui a affirmé avoir. ministre de la police.

Mais. Plusieurs personnes du ministère de la police sont l'objet de dénonciations de la p a r t d'un employé de ce ministère.258 LA P O LI Cl·: POLITIQUE le petit Dauphin. il oppose le récit d ' u n apothicaire dans les bras duquel l'enfant royal est mort et il s'étonne qu'on ne confronte pas cet apothicaire avec l'imposteur. le ministre de la police reçoit le rapport suivant : « On cherche depuis trois jours à donner à M. qui était désigné d'une manière très forte comme un homme dangereux. le comte d'Artois des inquiétudes sur divers personnages qui sont à son service et à celui du Roi. le comte de Bruges. Vers cette époque. parmi lesquels se trouve un capitaine de ligne et un nommé Léopold. ex-employé d a n s la même police du chât e a u . « ce qui ôterait aux enragés les moyens de troubler la tranquillité publique ». Monsieur a chargé le comte de Bruges d'établir cette police sur u n bon pied et de lui rendre compte tous les jours. en lui donnant connaissance des personnes qu'il y aurait lieu de suspecter dans la maison du Roi. « M. aide de camp de Monsieur. A cette version. le comte d'Artois a donné hier soir une note qu'il a fait passer chez le comte de Bruges. le sieur Brun. comme ce dernier n'y était pas. Quand M. qui a établi une police secrète au château. « La contre-police du comte de Bruges se compose en ce moment de quatre à cinq individus. il y a huit mois. a lu l'écrit et a vu qu'il était question du sieur F o n t a i n e . qui fait de la contre-police pour M. de Bruges n'est . employé au château. architecte. qu'il traite de mensongère.

M. ne l'empêchait pas de ressentir vivement l'humiliation qu'imposaient a u x Français les exigences des alliés maîtres du pays. ses agents se rendent chez lui. mais.LA POLICE. Mme de Staël était invitée à dîner chez sir S t u a r t (ambassadeur d'Angleterre). Elle a rapporté qu'il ne . Canning et beaucoup d'autres personnes de distinction. rue Neuve-du-Luxemhourg. Canning. samedi. » En cette même année 1816. de huit heures à onze. ce qu'ils rapportaient tendait à prouver que le libéralisme de Mme de Staël. qui d'abord disait peu de chose. « Le lendemain. dit un rapport du 5 novembre. et particulièrement sur ce qu'elle appelle l'égoïsme outré de la nation anglaise. a bientôt pris sa revanche et a fini par dire nombre de choses désobligeantes et peut-être même offensantes contre nous. CHATEAUBRIAND ET AUTRES 259 pas de service chez Monsieur. dont les troupes occupaient encore la France. des relations suivies. Les agents rendaient compte de ses allées et venues . qui ne veut point souffrir qu'aucun autre peuple jouisse d'une véritable liberté. Elle a pris à tâche de lui dire les choses les plus piquantes sur la conduite des souverains étrangers qui voulaient ruiner la France et la réduire au désespoir. J'espère être agrégé dans la compagnie de ces messieurs. « Mme de Staël. cependant elle s'y est résolue. dont s'irritaient les royalistes. Elle ne voulait pas s'y rendre . la police s'était a t t a chée aux pas de Mme de Staël qu'on savait hostile a u x Bourbons et qui entretenait avec les étrangers. avait à dîner. dimanche. le matin. M.

. d'Escars. Blacas débarqué à Paris à l'improviste. le 5 septembre. dit-on. le comte de Blacas. » E n mai 1817. ambassadeur à Rome. On l'avait fait venir avec l'espoir qu'il capterait encore les bonnes grâces du Roi et remplacerait à la cour Decazes. et on rapporte que Mme de Staël lui a dit : « — Je meurs contente parce que je suis assurée « que les idées libérales s'étendront encore en « France et d a n s toute l'Europe et que le parti qui « les défend deviendra le p a r t i dominant puisqu'il « est protégé p a r le souverain. au moment où Louis X V I I I s'efforce de pratiquer une politique libérale. le favori nouveau. l'ancien favori de Louis X V I I I . seulement qu'on avait semblé faire exprès de la placer. etc. » Lorsque l'année suivante au mois de juillet.2G0 LA POLICE POLITIQUE s'était rien passé de remarquable dans la conversation. de Puységur. le parti ultra-royaliste venait de subir un très humiliant échec. Il a. tels que MM. le même agent écrit : « On assure que Mgr le duc d'Orléans a pris un g r a n d intérêt à Mme de Staël pendant sa maladie. assisté à ses derniers moments. était venu à Paris sans avoir même pris la peine de demander un congé. ceux-ci se crurent les maîtres du pouvoir et manifestèrent bruyamment leurs espérances. depuis qu'en 1816. A son instigation. il avait fait prononcer la dissolution de la Chambre introuvable. devenu la bête noire des ultras. dépossédé de sa faveur à Gand en 1815 et. Mme de Staël meurt. à côté des plus encroûtés voltigeurs. depuis cette époque. Peralda. à table.

ils prétendent savoir que cette . abandonné plus que jamais à l'influence de ses ministres. depuis le départ du comte de Blacas. que de la prochaine nomination de M. Il est redevenu pour eux un roi jacobin. un illustre ingrat. depuis quelques jours. cédant comme un enfant à une menace de Pozzo di Borgo. auquel serait réunie la direction de la police du royaume. C'est. de la démence. dans les sociétés du faubourg Saint-Germain. ne montrant nulle énergie vis-à-vis des étrangers. Leur frénésie est telle que le rétablissement de la santé du Roi les fait pâlir de chagrin. allèrent déclarer au Roi qu'ils donneraient leur démission si Blacas ne partait sur-le-champ. etc.LA POLICE. depuis trois jours. Il dut repartir dans les huit jours. « Il n'est question. C'est à ces événements que commence par faire allusion le rapport qui suit : « Les ultras ont repris toute leur irritation contre le Roi. que MM. Ce bruit circule. depuis hier. On ne finirait pas si l'on voulait rapporter toutes les inj m'es dégoûtantes que les royalistes furibonds prodiguent de nouveau à Sa Majesté. alors ministres. CHATEAUBRIAND ET AUTRES 261 si b r u y a m m e n t que Richelieu et Decazes. si l'on veut. mais qui n'est point exempte de danger et de scandale. mais. d'où la grande déception et les ardentes colères des ultra-royalistes contre Decazes. sans caractère. « Les mêmes ultras ont répandu p a r t o u t le b r u i t . et se soutient encore aujourd'hui. de Montsoreau et de Vergennes allaient être nommés pairs de France . le comte Decazes au ministère de la maison d u Roi.

le libéralisme fait des progrès effrayants. on croit cependant q u e Son Excellence ferait très bien de prendre quelques précautions pour ses voyages de nuit. . il n'était question de rien moins que de jeter à l'eau le ministre de la police. » Dans le même r a p p o r t . Decazes a fait jouer tous les ressorts de son influence. le comte Decazes va se fixer à sa c a m pagne de Saint-Cloud. on n'entend q u ' u n long cri de détresse et de découragement. il irait coucher à Saint-Clou d. la police nous montre le fameux comte Beugnot promenant toujours son ambition et ses espérances de ministère en minist è r e et ceci assurément ne m a n q u e pas de vraisemblance. Aujourd'hui. depuis le départ de M. le soir. lorsqu'en q u i t t a n t le Roi. On se rappelle qu'après l'ordonnance du 5 s e p t e m b r e 1816. et a réussi. « Enfin. parce que M. Sans se livrer à des terreurs imaginaires. à onze heures. Exc. de Blacas : « La France n'a plus « d'indépendance . à son passage sur le Pont-Roval. tel sera le « dénouement inévitable de tout ceci. une révolution ou u n partage. » « S. d'ici à peu de jours. « Dans la coterie de Laborie. l'on parle de la facilité incomparablement plus grande qu'il y aurait à se défaire de ce ministre.262 LA POLiCI·: POLITIQUE nomination n ' a u r a pas lieu. p a r m i les ultras les plus furibonds. Les passions désordonnées des hommes sont capables de tout. Quelques murmures atroces se font d é j à entendre à ce s u j e t . les ministres sont vendus a u x a étrangers .

Les rapports des deux agents attachés à sa maison constituent un dossier volumineux où se t r o u v e n t d'js manuscrits en lambeaux. celles qu'il écrit. s'il voyage. chez qui il va. Habile à écouter a u x portes et à regarder. et d o n t quelques-uns. f u t rayé de la liste des ministres d ' É t a t . avaient irrité Louis X V I I I . Dès le lendemain de sa disgrâce. avec la complicité de domestiques infidèles. et. elle sait ce qu'il dit et ce qu'il fait. au m o m e n t où elles v o n t partir. et se fait livrer p a r son valet de chambre. arrivées sans qu'il en ait eu connaissance. les secrets les plus intimes de son foyer. violait sans ménagement. qui il reçoit. Chateaubriand. Non contente de lire à la poste les lettres qu'il reçoit. la police politique s'attachait à ses pas. Au lendemain de la dissolution de la Chambre introuvable. elle en copie d'autres chez lui.II Mais c'est s u r t o u t à Chateaubriand qu'elle en veut. elle le suit. dont les protestations résumées dans sa brochure : la Monarchie selon la Charte. des débris de papier jetés au panier ou dans les cendres. après lui qu'elle s'acharne. attachés p a r des épingles à une feuille blanche portent encore sur leurs bords déchiquetés .

dénature. mais. calomnie . S'il voyage. elle le suit. L'assemblée était nombreuse et rayonnante d'espoir. Le 29 décembre 1816. il le laisse qualifier devant lui de « perroquet royal ». que d ' a u t r e s sont copiées sur son bureau. incarcéré pour écrits . M. Elle ne respecte rien. ni ceux de l'amitié. S'il encourage ses amis à la résistance. elle répète immédiatement le m o t . que des lettres lui sont dérobées. j'ai su le résultat de la conférence tenue chez M. Si. E n second lieu.264 LA POLICE POLITIQUE la t r a c e roussie de la morsure des flammes. ni les secrets du parti que mène Chateaubriand. Elle travestit s o u v e n t . en leur p r o m e t t a n t que lorsque le c o m t e d'Artois arrivera au trône. parlant du d u c d'Angoulême. ni ceux même de l'amour. est de connaître ceux des députés ministériels qu'ils disent siéger de leur côté. elle voit jus le et dit vrai. en demandant l'appel nominal. L'on s'est beaucoup félicité sur l'ensemble et la fermeté q u ' o n t montrés les royalistes. M. je me sers de leurs expressions. Leur projet. de Choiseul-Gouffier. de Chateaubriand au s u j e t de la discussion survenue à la Chambre des d é p u t é s pour la pétition d'Antoinette Robert (1). cette police infernale. elle le sait. elle écrit : « A onze heures du soir. parfois aussi. du temps. il les vengera des m a u x qu'ils endurent sous Louis X V I I I . Poisson et· plusieurs députés assistaient à cette réunion. C'est par cette police que tous ses faits et gestes sont signalés. ils espèrent prouver aux provinces qu'ils ont (1) L a fille d'un publiciste séditieux. pair de France. chez qui il va. exagère. Elle sait aussi qui il reçoit.

LA POLICE. des princes consentent à quitter la cour et à sauver la France ailleurs q u ' à Paris. disent-ils. le Roi interpose son a u t o r i t é dans cette affaire. il y a du vrai et du faux et cela ne dépasse guère la portée de celles des j o u r n a u x de nos jours. d e Talleyrand. le 8 novembre 1S17. Il me peine de lui avoir dévoilé trop tôt un homme qu'il finira par connaître trop tard. chez le . Voilà pourquoi l'on a vu des discours de dix pages déjà préparés.Λ. Il parait que c'est MM. » Dans ces informations. a u cas qu'ils échouent da m r s tentatives. « Si c'est par M. « Il p a r a î t r a i t que la totalité les ultras serait d'avis. Une réunion a lieu. je peux vous assurer que c'est p a r M. il en est souvent de plus graves. de se r e t i r e r dans le Midi si de. On assure que le duc de la Châtre voit ou écrit à plusieurs des meneurs et qu'il y a deux jours que les ultras ont reçu les instructions du prince pour ne pas laisser échapper cette occasion. de la Châtre que les ultras ont connu la lettre en réponse que M. de Chateaubriand et Beugnot qui. de Talleyrand p a r laquelle il lui était défendu de se présenter à la cour jusqu'à nouvel ordre. font mouvoir le pivot de la ligue. de Choiseul-Gouiïier que les ultras ont connu la lettre écrite à M. de Talleyrand a écrite à ce sujet et finissant par ces mots : Mes services au Roi sont connus. p a r leurs conseils. ils sont décidés à partir p o u r leurs départements. Mais. CHATEAUBRIAND ET AUTRES 265 usé de t o u t leur pouvoir pour sauver le Roi et la France et si par cas.

Aussi. La cherté des vivres et la composition de l'armée. Mais. Le duc de Feltre récemment sorti du ministère. telle que v a la faire la loi de recrutement.266 LA P O L I C E POLITIQUE cardinal de la Luzerne. ces projets antipatriotiques exposés devant Chateaubriand. Chateaubriand soit soupçonné d'y avoir collaboré avec lui. ne lui ont arraché aucune protestation. justifieraient la présence des armées alliées jusque dans Paris. renchérit sur t o u t ce qu'a dit Chateaubriand. A en croire la police. n'est-il pas é t o n n a n t que lorsque est révélée l'existence de notes secrètes adressées a u x puissances pour les effrayer sur l'état de la France e t les décider à retarder le r a p p e l de leurs armées et lorsque le baron de Vitrolles. à son grand dépit. convaincu d'être l ' a u t e u r responsable de ces pièces offensantes. dès ce moment. ils ont fait p a r t de leur désir au cabinet anglais. que la loi qu'il prépare sur le recrutement. s'est offert p o u r fournir les éléments d'une a t t a q u e à fond contre son successeur. Chateaubriand y soutient l'opinion que le budget de la guerre sera u n excellent terrain d e combat et d'opposition. qui s'est fait par deux fois l'écho de cette calomnie. Castelbajac. s'il faut en croire Castelbajac. . le maréchal Gouvion-Saint-Cyr. Il ajoute qu'il serait bien dangereux de trop réduire en ce moment l'armée d'occupation. Les princes le souhaitent ainsi et par l'intermédiaire de Wellington. il s'en défend comme il s'en défendra plus t a r d et la police copie s u r son bureau la lettre qu'il adresse à l'éditeur du Times. désigne à la haine des ultras. Un député. est rayé à son tour de la liste des ministres d ' É t a t .

à la seconde. Au reste. monsieur. et surtout quand j'accuse. je vais faire attaquer en calomnie devant les t r i b u n a u x d'Angleterre l'éditeur du Times. « Il se trouve malheureusement que l'article que vous avez la bonté de m'envoyer a été déjà publié d a n s nos journaux. ces honorables scrupules ne l'empêchèrent pas de se frotter aux étrangers. qui lui avait demandé la reproduction d'un article dans le Conservateur. l'indépendance de mon pays. Cependant. Quand j ' a i accusé les ministres de suivre un système désast r e u x . monsieur. que je n'ai écrit. témoin cette lettre au prince de Hardenberg. il proteste contre une assertion « qui le désigne à l'Europe comme un mauvais Français et comme méconnaissant l'honneur et la dignité de son pays. chancelier de Prusse. une trahison qui aurait. Mais. ni rédigé. J'invite le correspondant anonyme à imiter cet exemple et je le somme de signer sa première lettre. le calomnié avait gardé le silence. en d'autres temps. CHATEAUBRIAND ET AUTRES 267 A la première. ni distribué aucun mémoire secret sur les affaires de France. » L'indignation de Chateaubriand était assurément légitime. comme le disait Louis X V I I I . » « Je déclare donc. et plus q u ' u n autre. je l'ai fait hautement et publiquement. Je signe tout ce que j'écris.LA PÖLICH. Peut-être alors que la procédure nous apprend r a le nom du correspondant. Il ne peut donc plus paraître . car ce dont on l'accusait ne peut s'appeler que trahison. Je désire ardemment. de les flatter et de se louer de l'appui qu'ils donnaient à ses idées. coûté la t ê t e à son auteur.

Mais. si m ê m e elle était la sienne. de Chateaubriand voit fréquemment M. Il lui a dit que le ministère expose la France a u x plus grands dangers et que Decazes est un Jacobin. Canning. « — Vous voyez ce que c'est que cet homme qui assure qu'il aimerait mieux vivre à Constantinople que de jouir d'une liberté acquise par une influence étrangère. Et l'envoyé prussien cite les propos suivants que lui a tenus à cette occasion le duc de Richelieu. la diplomatie et l a police se trouvaient d'accord pour accroître les griefs du roi contre Chateaubriand. p û t faire changer le moins du monde la marche que le Roi a cru sagement devoir adopter pour assurer la tranquillité publique? » Ainsi. Si les ministres qui président a u x conseils des rois pensaient tous comme elle. je l'y ferai insérer comme pièce historique. Dans ses rapports à sa cour. ce dont je doute. Que Votre Excellence veuille bien me permettre de lui dire combien je suis sensible à la m a r q u e de confiance qu'elle veut bien me donner. J e la prie de la renouveler encore. » Ces relations de Chateaubriand avec les étrangers ne sont pas niables. Des lettres trouvées chez celui-ci . de Goltz en parle librement. qui va mendier m a i n t e n a n t pour lui et son parti l'appui des ministres anglais. l'Europe ne serait pas exposée de nouveau aux ravages des doctrines révolutionnaires. en ce moment à Paris. car. Canning ». comment peut-il s'imaginer que l'opinion de M. Il ne donne pas au reste par cette démarche une preuve de son bon jugement.268 LA POLiCI·: POLITIQUE comme nouveauté. « M.

pendant ce temps. depuis quelques jours. si cela était nécessaire. et nous avons passé plus d'une heure ensemble. M. il était beaucoup plus satisfait. « Il m'a dit que son maître était. la duchesse de Fleurv. de Chateaubriand. Cet homme aime la table et le jeu. est assez causeur. qu'il ne s'en . car aujourd'hui. M. Séguier. quand il est rentré de la Chambre des Pairs. de Polignac : telles sont les personnes que le valet de chambre m'a citées pour fréquenter M. M. de Chateaubriand écrivait beaucoup. M. d'Agoût l'évêque de Pamiers. M. d'une humeur massacrante. ot l'on pense qu'il ne serait pas difficile de le gagner. de Chateaubriand. de Sesmaisons devait être au courant de ce qu'il écrit. entre plusieurs autres noms que j'oublie. M. avant-hier. Il m ' a dit que M. C H A T K A U B I U A Ν I) E T AUTRES 209 augmentaient encore et envenimaient ces griefs que les rapports de police n'exagéraient que trop. Le 7 novembre 1816. est resté trois heures avec lui.LA POLICE. de Chateaubriand. la délation continue : « Je me suis trouvé de nouveau. de Corbière. M. de Villèle. M. avec M. de Castries. ainsi que hier. de Prunelé. M. Laborio voit souvent M. de Damas. ce soir. M. « M. et a travaillé. de Talaru. M. de Chateaubriand avait eu un grand nombre de voix pour être n o m m é secrétaire de la Chambre des Pairs. écrit l'agent. le duc d'Aumont. de Béthisy. de Chateaubriand. il est encore venu le voir. Je lui en ai demandé la cause. Bert in. et que M. avec le valet de chambre de M. jeudi. et il m'a répondu que M. ainsi que le général Berthier de Sauvigny. mercredi .

député. qui siégeait à la Chambre des Pairs. pour découvrir si son maître ne s'occuperait p a s de faire imprimer quelques nouveaux pamphlets.— le comte de Girardin. le comte Decazes. auquel il en \ r eut toujours extraordinairement. le 28 novembre 1817. n'est point encore fini. suivant mes instructions. n'est pas encore livré à l'impression. l'illustre écrivain. » Étaient présents : MM. Girardin. Mme de Chateaubriand est non moins exaspérée que son mari contre ce ministre. en ce moment. mais il pense que ce dont il s'occupe. » Viennent souvent chez Chateaubriand à moins qu'ils ne se réunissent avec lui chez l'un d'entre eux. Il voit bien que son maître écrit beaucoup. Girardin. suivant leurs expressions. un autre rapport nous a p p r e n d q u ' à cette date. Il n'a entendu parler que de la troisième édition de son dernier ouvrage. Mathieu de Montmorency. « J'ai questionné le valet de chambre. et. par conséquent. il espérait faire accueillir sa dénonciation contre M. vendu au ministère et l'ennemi juré des Bourbons. » Un an plus t a r d . Le domestique n'a pu préciser pourquoi ces messieurs en veulent t a n t à ce M. de Villèle et l'évêque de Saint-Malo. — un homme exécrable. « Ces messieurs ont beaucoup crié contre M. « Le domestique qui nous sert en a entendu faire une lecture assez bruyante p a r son maître. MM. . et qu'avec un p e u d'aide dans cette Chambre. venait de terminer un discours sur le Concordat. outre les t r o i s nommés ci-dessus.270 LA POLICE POLITIQUE était fallu que de très peu qu'il ait été nommé. d'Agout.

gagner entièrement le nouveau domestique de M. hors sa famille et la duchesse de Lévis. par des raisons de prudence. » La surveillance ne désarme pas. président de . On les accuse de tromper le Roi. Le domestique est témoin de ces manifestations.LA POLI CE. Mais. le vicomte de Chateaubriand était de si mauvaise humeur. dans les appartements de M. de midi à cinq heures. On s'est borné à recueillir les détails suivants du domestique. Cependant. écrit un observateur. Malheureusement. de Vitrolles. «quelle que soit sa bonne volonté. « On espère. témoin ce rapport du 11 juillet 1818 : « L'agent ne s'est point introduit. on clabaude ferme contre les ministres . de Bruges. CH A T E A LI B R I A N Π ET AUTRES 271 do Castelbajac. pour se trouver aux rendez-vous arrêtés la veille. de nouveau. Boscheron-Desportes. « Avant-hier. Corbière. il est trop ignorant p o u r pouvoir rapporter des choses particulières et importantes. lequel était accompagné de M. dont il a déjà été question plusieurs fois. ce n ' é t a i t pas pour déconcerter la police. Chateaubriand avait renvoyé le valet de chambre qui le trahissait. de conspirer contre lui. car on ne se gêne guère en sa présence. de Chateaubriand. de Chateaubriand. D ubergier. qu'il n ' a voulu recevoir personne. On verra cependant par la suite. de la Bourdonnaye. » A cette époque. C'est de huit heures à midi que Chateaubriand les reçoit quand ils viennent chez lui. le due de Duras. Piet. Dans ces réunions. on les couvre de sarcasmes. Clauzel de Coussergues. qui est un homme de très bonne foi. Il sort en fiacre. 11 a tous les matins de quinze à vingt personnes. il a fait entrer M.

il a refusé. C'est un ultra de la première force. M. avec le duc de Wellington. c'est que M. Le même jour. de Vitrolles fut sorti. ils sont restés à causer ensemble plus d'une heure . de Chateaubriand. de Vitrolles retourne. M. Madame la duchesse l'a invité à venir diner à la campagne. aujourd'hui. « Hier. « Mercredi. Peu de moments après que M. M. le domestique a entendu que M. M. de Durfort. « Hier. de Chateaubriand . à La Bretêche. vendredi . de Chateaubriand a écrit une lettre à Mme la duchesse de Duras. de Chateaubriand disait à peu près ceci : « — Je ne puis ni [tenser. mercredi. D u b e r g h r doit être l'objet d'une grande attention. p a r un e x p r è s on croit.272 LA POLiCI·: POLITIQUE chambre de la Cour royale d'Orléans. de La Rochejaquelein sortait à l'instant même d'avoir une conférence. de La Rochejaquelein est retourné. mais le duc était sorti. M. le . ce matin de bonne heure. le matin. Il paraissait agité. je voudrais déjà être au 21 (jour a fixé pour la vente de la maison de campagne) « pour m'en aller de Paris. de La Rochejaquelein vint voir M. M. il ne se port a i t pas bien. Tout ce que le domestique a pu entendre de leur conversation. de Vitrolles est venu chez M. cousin germain de M. de Chateaubriand est allé dîner chez la duchesse douairière d'Orléans . mais. chez le duc de Wellington. c'est à n'y « pouvoir t e n i r . à la campagne de M. qui a été portée. » « M. à la campagne. la conversation paraissait très chaude. pendant le diner. ni écrire. ils sont restés ensemble fort longtemps. hier. dans la soirée.

» Il a écrit également à M. Il fournit en revanche ce renseignement que Cha18 . « Elle était au nombre des m a t é riaux sur lesquels M. de Talaru. de Polignac. de Chateaubriand. M. » Mais. et factotum de M. » Le même observateur raconte encore que Chateaubriand a travaillé une grande partie de la nuit dernière pour le journal qu'imprime Lenormand. CHATEAUBRIAND ET AUTRES 273 comte cle Sèze. « Le duc de Fitz-James n'est pas venu. de Vitrolles un billet que le domestique a vu et qui contenait à peu près ceci : « Venez et venez vite. de Bruges et Mathieu de Montmorency. de Vitrolles. Jules de Polignac p a r lequel il lui demandait de lui envoyer surle-champ copie de la lettre à Monsieur. Il le désire ardemment. » Cette lettre était une très verte réponse du Roi a u x doléances de son frère. il a écrit un billet à M. » C'est le lendemain dimanche et Chateaubriand veut se rendre libre pour aller passer la journée à la campagne chez la duchesse de Duras. parce que je veux travailler toute la nuit et terminer tout pour demain matin. touchant la politique du gouvernement. sans doute.LA PÖLICH. n'a pas encore paru au comité. Il cherche à se détacher de cette coterie pour rentrer en grâce auprès du Roi. car il ne rapporte rien de ce qui s'est dit. On y a discuté très bruyamment. quoique rentré à Paris depuis mercredi. J'ai besoin de m'entendre avec vous. de Chateaubriand a travaillé cette nuit. « Hier soir. de Villèle. Le rapport se termine par le compte rendu d'une réunion du comité de rédaction du Conservateur composé de MM. le domestique n'a pas compris.

On connaît. C'est ainsi que nous connaissons la lettre suivante adressée à Chateaubriand par Alexandre de Humboldt. il n'aurait pas su grand'chose. Quand elles passaient p a r la poste. le Cabinet noir aidait les agents dans cette tâche. outre qu'il les connaissait p a r la multiplicité des attaques d u Conservateur contre le ministère et p a r le langage du « noble vicomte » dont l'opposition se manifestait au grand jour. dimanche matin. « Mon illustre ami. tenait Humboldt vis-à-vis des partis. Je ne puis vous exprimer combien je sens le prix de ce sacrifice à une époque où vous faites le plus noble emploi de votre éloquence pour défendre la liberté publique. Monsieur. Mais. vous consentez à m e sacrifier quelques moments. ce qui n'était qu'une interprétation calomnieuse de la conduite prudente et sage qu'en sa qualité d'étranger. Benjamin Constant et La Fayette ». il devait à l'imprudente audace de ses agents et à la trahison d u valet de c h a m b r e de Chateaubriand de lire p l u sieurs des lettres que celui-ci recevait. parfois même celles qu'il écrivait. En la communiquant. quels sont les . » Si le gouvernement n'avait été renseigné que p a r ces propos d'antichambre sur les sentiments de Chateaubriand. aujourd'hui.274 LA POLICE POLITIQUE teaubriand « est en correspondance suivie et secrète avec S. républicain avec Mme de Staël. A. R. le Cabinet noir fait remarquer que celui-ci « continue son rôle de duplicité : ultra royaliste avec la duchesse de Duras et Chateaubriand. Mme la duchesse de Duras me fait espérer que.

Que ce salon de Mme de St. la chose parait certaine. irritée celle-là. l'un des piliers de l'ultra-royalisme.LA POLICE. parce qu'elle porte en elte le charme puissant de l'harmonie. Mais. nous en serions débarrassés. au bureau du Journal des Débais pour aller dîner ensemble. qui est celle qui retentit jusqu'au fond de l'âme. Vous lirez demain m a t i n un article vigoureux sur notre ami. Ils sont de la fin de 1818.. » « Cher ami. n o u s vous attendons jeudi. Si nous avions toujours parlé comme cela. et assurément. il ne f a u t point les chercher parmi les imitateurs impudents du despotisme impérial. il en est une que je reconnais toujours. s'était brouillé avec Decazes et secondait maintenant son frère Bertin l'aîné. Vous pouvez peut-être vous en assurer et prévenir le coup. au milieu de la tempête. » Voici encore deux billets de Bertin de Vaux qui. Je crois que vous en serez content. sauf votre volonté contraire. Decazes avait fait demander à dîner à F o n t a n e s pour mardi prochain? D'après ce qu'on m'a dit. après avoir été secrétaire général du ministère de la police. dans la direction du Journal des Débats. qui avait été ministre en 1816 et dont un article attribué à son . entendre mille voix confuses... « Mon cher ami. A qui la faute? » Voici encore une lettre. avez-vous entendu dire que M. et ignorer d'où elles p a r t e n t . du courage et de la vertu. CHATEAUBRIAND ET AUTRES 275 a m a n t s sincères de cette précieuse liberté. de la vérité. à cinq heures. que suggère un article du Conservateur au député Vaublanc.. m'a fait faire de réflexions! On croit être sur le pont d'un vaisseau.

de Chateaubriand . de Castelbajac. il a aussi commis une i m p r u dence en proscrivant les électeurs de droit. je la joins à ce billet. chargé de relever un trône deux fois tombé. de Villèle a défendu nos libertés contre moi.276 LA POLICE POLITIQUE collègue Castelbajac critiquait les actes. hier. partie bien faible au milieu de tous les . α M. qu'il approuvait surtout d'y voir le clergé qui n ' y était que comme électeur de droit. Quel clergé de l'Angleterre a le droit de s'assembler tous les ans? Quel droit le clergé a-t-il en France? Les électeurs de droit étaient un commencement d'aristocratie. L'Angleterre doit sa tranquillité et sa gloire aux électeurs de droit. « Dans son article. je lui ai promis de la remettre aujourd'hui chez M. « 21 février 1819. Le gouvernement représentatif sera un poison corrosif pour la Franco. il m'a demandé une note sur les changements de préfets pendant mon ministère. — J'ai vu hier M. Voyez ce qui lui arrive p a r t o u t où elle n'a pas d'électeurs de droit. de Chateaubriand m'a dit chez M. de Castelbajac . Que de choses je pourrais répondre! C'est un royaliste qui. et. Trois années viennent de la décider. il met dans le Conservateur que M. voit nos libertés ailleurs que dans l'affermissement de ce trône ! La question tout entière consistait à examiner si la loi que je proposais était propre à affermir le trône. Vaublanc adressait sa protestation à Chateaubriand. M. j'ajoute qu'il n'est point de sa dignité d'y être autrement. de Duras que le rejet de cette loi avait perdu la France. J'ai grondé.

et en amenant deux fois M. excepté les royalistes de la Chambre. de C.. en faisant adopter des électeurs de droit à l'unanimité par le Conseil d'État. Quels ont été mon étonnement et ma douleur quand j'ai vu une opposition si extraordinaire ! J'avais présenté au Roi un mémoire sur les électeurs de droit. de Richelieu dans la commission pour soutenir cette loi. dans ce mémoire. et c'est un royaliste qui me reproche (l'avoir si bien vu ? A quoi servent les meilleures intentions? Il a commis d'ailleurs une inconséquence. Hélas ! j'avais persuadé tout le monde.LA POLICE. Plusieurs de mes amis m'ont parlé de la peine que leur a faite l'article en question. que de tâcher de renverser les électeurs de droit. « E t voilà q u ' u n royaliste me reproche d'avoir a t t e n t é à nos libertés par mes électeurs de droit ! Il n'a pas réfléchi que dans ce moment même les Jacobins ne font point autre chose. C'était bien autre chose contre nos libertés .. il devrait bien dire un petit mot de ce dixième mis à la nomination des ministres. CHATEAUBRIAND ET AUTRES 277 autres éléments. J'ai le droit de demander une explication dans le Conservateur \ je la demande avec confiance à M. car il a oublié que M. et par celui des ministres. j'ai été prophète. « J'avais cru faire une chose prodigieusement étonnante. en Angleterre. Cette proposition m ' a mérité les injures de M. J'espérais fortifier Tannée suivante cette utile institution. de Villèle avait proposé et fait adopter que le Roi nommerait le dixième des électeurs. de Chateau- . sur les malheurs qui arriveraient si on laissait flotter les élections au hasard des passions.

aussi violemment déchaînées sur cet ancien t h é â t r e des guerres de la chouannerie q u ' à Paris et ailleurs : « 28 décembre. Tout est-il désespéré? Je le crains. nous trouvons un fidèle tableau d e l'état des partis. les républicains. et il existe une fermentation sourde qui fait craindre une explosion. s'agitent. ainsi qu'à mon frère. et c'est ici le grand nombre . où elle avait pu assister au conflit des passions politiques. quoique absurdes. Elle était alors à Rennes. Les b o u q u e t s de violettes ont reparu . des jours heureux. chère sœur. hâtezvous. hâtez-vous. C e u x qui observent la loi de Dieu sont fidèles à leur roi. Voudrait-il avoir la b o n t é de me l'envoyer a v a n t de l'insérer? » Dans une a u t r e lettre adressée à Mme de Chateaubriand p a r sa belle-sœur. c'est le m o t . le tonnerre gronde. Si vous a v e z quelques paroles consolantes à me dire. « Ce qui console et rassure p o u r notre pays. — L'année qui vient de s'écouler. les nuages s'amoncellent. Mes enfants se joignent à moi et vous p r i e n t l'un et l'autre d'agréer leurs vœux. j'en ai bon besoin .38 4 LA POLICE POLITIQUE briand. et le dernier discours d e mon frère dans le Conservateur semble être un adieu. d ' u n autre côté. car on nous débite ici des nouvelles qui. c'est la grande q u a n t i t é de fidèles de l'un et de l'autre sexe qui ont a p p r o c h é des sacrements pendant les fêtes de Noël. . Puisse l ' a n n é e où nous allons entrer ranimer notre espoir ! J e vous souhaite. n'en sont pas moins alarmantes. finit sous de sinistres présages .

nous trouvons une lettre — 2 mai 1819 — de l'un des énergumènes de l'extrême droite.LA POLICE. ils la feraient euxmêmes. il y a aussi des méchants. la nuit de Noël. le général Donnadieu. . je crois que justice en serait p r o m p t e m e n t faite . en dernier lieu. j'ai vu des hommes de toutes les classes rongés de honte de l'avilissement de la patrie. CHATEAUBRIAND ET AUTRES 279 mais. les soupçons de délation qui pesaient sur lui et enfin. l'ambiguïté de sa conduite sous le Consulat. Je me suis promené dans quelques contrées. les Bretons ne sont pas patients . Nous n ' a v o n s point encore de piqueurs ici (1). et ils y seraient mal reçus . Les églises étaient si pleines qu'on ne pouvait y trouver place. dont il espéraitla chute prochaine. p a r t o u t . « Courage. Croyez bien que les sources du véritable honneur. et il n'y a eu aucun désordre qui soit venu à ma connaissance. et ceux-là ont hurlé comme des bêtes féroces. l'imposture t o m b e du h a u t des autels que lui avaient érigés l'ignorance et la passion. t a n t sa vie passée. à défaut de police. Dans le même dossier. il parlait comme un homme vertueux. qu'on regrette de voir figurer parmi les correspondants de Chateaubriand. La garde était doublée. dans les rues. Il est vrai que ce cynique personnage avait toutes les audaces et qu'en faisant campagne contre les ministres actuels du Roi. (1) Le mot « piqueurs ι veut dire ici : excitateurs et fauteurs de troubles. son rôle odieux dans la conspiration de Grenoble le rendaient peu recommandable. mon cher vicomte ! La vérité commence enfin à dessiller les yeux .

mon cher vicomte. si vous les trouvez justes et utiles. la justice. on les trouvera peut-être plus brillants. ne sont p a s encore taries au milieu de nous. et la raison reçoivent les hommages qui leur sont dus. t o u t se décompose. « O n vous aura sans doute soumis quelques réflexions que je nie suis amusé à tracer dans mon petit hameau . où les plaisirs et le luxe n'affadissent p a s toutes les âmes. voilà ce que la France a t t e n d et ce qu'elle désire. et si facile encore à rendre heureux e t prospère. Des hommes nouveaux. quelque faible que soit l ' u n ou l'autre. dans le même état où nous sommes aujourd'hui. t o u t se flétrit. si quelque heureux changement arrive. mais. j ' a i dit qu'on les fasse imprimer de suite. C'est à vous. ni la force de faire le bien. c'est à votre noble caractère qu'il a p p a r t i e n t d'exercer sur tout cela l'ascendant qu'il a si justement acquis. en province. la vérité n'a aucun empire . plus forts que jamais. que la France estime et révère. où on leur permettra de· prendre l'essor. c'est la peste de notre p a y s ! Ils n ' a u r o n t ni le courage de réparer le mal.280 LA POLICE POLITIQUE du juste et du beau. que l'honneur en sera dû.. mon cher vicomte. « Surtout. Le jour où l'on fera un appel à ces nobles sentiments. Notre pays est si beau. l'un comme l'autre. Méfiez-vous des hommes faibles. A Paris. forts et intègres ! Nettoyer entièrement les écuries d'Augias. que la régénération soit active ! Ne sortons pas du crime pour tomber dans le vice ou la faiblesse qui indubitablement nous ramèneraient.. (( C'est à vous. qu'il ne faut rien négliger pour le .

» Dans l'autre lettre. se flattait de voir Villèle arriver a u x affaires. qui a des succès très flatteurs. je parlais peut-être un peu trop t ô t et trop clairement. beau-père de Sosthène de La Rochefoucauld. s'il ne trouve pas sa place dans le premier Conservateur. CHATEAUBRIAND ET AUTRES 281 . j'ai relu ce matin. d o n t j'annonce hautement les changements. à moins que \ r ous ne le fassiez passer vôtre . vu le moment où nous sommes. L'une est signée de l'illustre comte de Bonald et est écrite en 1819. Je voudrais qu'on ne puisse pas me le reprocher plus que l'article de l'abbé Fayet. pour les manuscrits peu importants que l'on vous confie. chez Lenorm a n d . une poignée d'imp u d e n t s coquins l'ont jeté. réclame un manuscrit de son gendre déposé au journal. et ce n'est pas de ses amis qu'ils doivent venir. parmi lesquels il siégeait.sortir du bourbier où la canaille. De grâce ! le manuscrit avec des croix. Il aura assez d'embarras sans lui en donner d'autres. me brouiller avec mon gendre. cher et noble vicomte.et que je le trouve en r e n t r a n t chez moi. l'épreuve de mon article. Vous voulez. décidément. en serait peut-être contrarié. s'il l'est toutefois. « Mon cher ami. Je ne renverrai que demain matin l'épreuve à Lenormand. le comte de Montmorency. et que notre ministre (Villèle). Écrivezinoi un petit mot de réponse ce soir . « Vous êtes un terrible homme.LA POLICE. C'est avant-hier soir que vous deviez me renvoyer celui de Sosthène. J'ai fait réflexion que sur la loi des élections. » Deux autres lettres sont relatives à la rédaction du Conservateur. au moment où le parti des ultras.

me réservant l'honneur de vous écrire. car je ne puis prendre parti dans les malheureuses divisions qui ont. je ne v e u x que louer leurs vertus et leur courage partout où je les rencontre. sera heureuse de vous réunir avec eux. comme elle regardait mon article sur la Vendée. en tous les temps. qui désire les voir. « Ce sera toujours avec empressement. Nous aurons bien des choses à nous dire. mes trav a u x augmentant avec les affaires. sous ce rapport. rendu inutile l'héroïque chevalerie dans la Vendée. un seul moment pour vous répondre. J'ai déjà commencé. le 30 août 1819. On m ' a p p o r t a votre lettre avec beaucoup d'autres et j e l'ouvris sans m'apercevoir qu'elle ne m'était pas adressée . et j'espère de continuer. la comtesse de Suzannet : «Madame la comtesse. en sorte que m a réponse est extrêmement tardive. est de ne pas les désunir. jusqu'ici. et voici pourquoi : d'abord.38 4 LA POLICE POLITIQUE directement. que je saisirai l'occasion de rendre à la mémoire de M. le comte de Suzannet les hommages qu'il mérite. demain mardi. Les affaires publiques se multiplient et. chez moi. mais. à la veuve de l'un des héros de la Vendée. » Citons encore cette réponse écrite par Chateaubriand. Ma position. . je réponds moi-même à la lettre que vous avez bien voulu adresser à Mme de Chateaubriand. a u contraire. Voulez-vous venir dîner. il faut que je commence par vous demander deux fois pardon. je ne la remis point à Mme de Chateaubriand. avec Villèle et Corbière? Ma belle-mère. madame la comtesse. je n'ai point eu. est difficile. Mon devoir.

le comte de Suzannet. et j ' y ferai de nouveau l'éloge de M. » . CHATEAUBRIAND ET AUTRES 283 « Mon projet. est d'écrire bientôt cinq ou six pages de supplément à la quarante-quatrième livraison du Conservateur.LA POLICE. m a d a m e la comtesse.

sont sous nos y e u x : « Notre consultation est à une heure. pour la p l u p a r t . mon visage ne peut s'empêcher de s'en ressentir. » Politiques. de Chateaubriand. Mais. à côté de ces papiers qui sont au plus h a u t degré des documents pour l'histoire. Que ma pauvre mère se rétablisse et que je vous sois t o u j o u r s chère. Qu'on en juge p a r ces extraits. en le flattant. pour plaire à Chateaubriand. Ne vous inquiétez pas de moi. vous verrez que le mal ne m'approchera pas. dont un r a p p o r t de police dit simplement : « Mme la duchesse de Lévis continue d'envoyer des billets politiques tous les jours à M.III O n voit quo la politique tient une grande place d a n s ce qui précède. quelquefois oui. Je la redoute. il fallait pouvoir lui parler. Quand j'ai le cœur mal à l'aise. étaient des « politiciennes ». car j'ai bien peu d'espoir. voici la correspondance des amies qui. quelquefois non. Travaillez et venez me voir. de tout ce qui le préoccupait . L ' u n e des plus habiles en ce genre était la duchesse de Lévis. mis en pièces par celui à qui ils étaient adressés et reconstitués p a r la police. d o n t les originaux. Je vous . car.

Jamais. Que pouvez-vous faire . très cher. Dites-lui que. après votre comité. comme il convient. Quel sentiment ! Quelle rapidité ! Quelle éloquence ! Quelle noblesse ! Ali ! c'est bien M. Mais c'est encore bien peu de chose. cher. le même honneur. sublimes. doit être bien heureuse. pour décrire les actions de ses héros compatriotes. Voilà le volume de Molière. mais comme lui semblant naturels. CHATEAUBRIAND ET AUTRES 285 a t t e n d r a i comme la meilleure et la plus douce consolation que je puisse recevoir.. les mêmes sentiments animent l'historien et les illustres personnages dont il raconte les h a u t s faits avec fierté. cette autre lettre expédiée au moment où l'illustre écrivain du Conservateur vient de parler avec enthousiasme des campagnes vendéennes sous la Révolution : « Il fallait vous pour tracer le tableau de cette admirable guerre de la Vendée. de Chateaubriand tout e n t i e r ! C'est dans son âme qu'il a trouvé ces expressions à la fois touchantes. C'est faire l'éloge de tous deux. cher ami. A bientôt. La valeur d ' u n e demi-heure en t o u t . » De la meme main : « Je suis toujours enrhumée. Cher ami. Je l'attends avec vous après ce nouveau travail du Conservateur. pour cette fois. On voit que le même sang. prenez sur vous. je pense qu'elle aura lu et relu.. Mme de Ch.LA POLICE. Vous savez le bien et le plaisir que je t r o u v e à vous voir et que voici deux jours où je ne vous ai pas vu. Le peintre était digne du sujet. vous n'avez rien écrit de mieux. que je suis fière et contente de vous. » E t encore. Allons. Venez. je crois. Ma mère me semble un peu mieux. naïves.

Cette jalousie des uns envers les autres est le seul tort de ces bonnes gens.. Elle a existé. Il versait des larmes. Ce fait est t r o p honorable p o u r le héros et pour la Vendée pour être plongé dans l'oubli. en se plaignant de votre silence. Mais. « La famille Bonchamps est au désespoir que p a r votre silence vous ayez eu l'air de constater le doute que Mme de la Rochejaquelein. vous deviez vous a t t e n d r e qu'il m e t t r a i t le feu parmi les Vendéens. de Bonchamps. été la cause de tous leurs désastres. On n'a pas plus de chaleur d'âme. L'admiration qu'elle exprime se trahit au même degré dans cette missive d u duc de Fitz-James qu'il faut citer ici parce qu'elle révèle par surcroît que l'article n'a pas également plu à t o u t le monde : « Votre beau morceau s u r la Vendée garantit l'immortalité à cette terre classique de l'honneur. Voilà les pièces .286 LA POLICE POLITIQUE encore après le dernier? J e vous trouve presque présomptueux d'écrire après vous-même. Je vous envoie également la lettre que m'écrit le jeune Bouillé. gendre de M. peut-être. j e t t e sur le fait des cinq mille républicains sauvés par Bonchamps à ses derniers moments. C'est un jeune . dès le commencement d e l à guerre et a. il y a quelques jours. » Toute la lettre est sur ce ton dithyrambique. Je ne sais si vous le connaissez.. elles me paraissent irrécusables. s'il est authentique . dans ses mémoires. Ceux que vous envoyez à la postérité en les n o m m a n t sont enviés avec raison par ceux dont vous n'avez pas parlé. et cette authenticité m e paraît prouvée par les documents officiels que j e vous envoie.

une a u t r e lettre lui en apporte de nouveaux où les troi > jours sont devenus trois mois : « Comment va Mme de Ch. et cela vous paraît tout simple d'être trois jours sans me voir. sans reproches. ou ce soir. copies ou originaux. où elle me souffrait toujours anciennem e n t .LA POLICE. Elles datent d ' u n moment où Chateaubriand ne paraît pas être très assidu chez cette grande dame. Corbière et Fontanes dînent chez moi. de Bonchamps si les occasions se présentaient. que devenez-vous donc? Voilà trois jours que je ne vous ai vu. Je suis fort satisfaite de votre majorité à la Chambre . car il me semble que c'est aujourd'hui? C'est encore a u j o u r d'hui que Villèle. N'y voulez-vous donc pas venir? Il y a trois mois. qui cependant professe pour lui un attachement égal à son admiration. E t ce pauvre prince? E t la réponse que vous devez lui porter? Y avez-vous été? Venez donc me voir à quatre heures. Vous vous êtes déshabitué de venir ici. ) > Ces reproches affectueux ne sont pas datés. le 27 février 1819. que vous n'y êtes venu.? J'ai été bien triste d'être exilée. dites-le-lui. hier soir. car. C H A T Ε A U Β ΗIΑ Ν I) E T A U T R E S 287 homme fait pour recueillir t o u t l'héritage de M. « Mais.. » Voici m a i n t e n a n t des papiers de la duchesse de Duras. Ne vous verrai-je pas ce matin a v a n t votre conseil du Conservateur. j'espère que ce commencement aura de grands résul- . de son salon et même de sa chambre. que la police s'est procurés par les mêmes procédés.. Mais il ne semble pas que Chateaubriand ait eu à cœur de ne plus les mériter.

on peut en dire autant du billet suiv a n t copié par la police et dont elle n'a p u découvrir l'auteur. cher ami. » Et enfin. » De quelle importunité parlait d'un ton si résolu . Tâchez de vous arranger pour cela. Je ne vous parle point de votre importunité. à l'honneur de celui qui la prodigua comme de celles qui l'inspirèrent. Bonjour. L'histoire en a démontré et proclamé le caractère très platonique. Je v o u s écris de bonne heure pour que vous ayez le temps de faire des excuses si vous deviez dîner ailleurs. et puis.288 LA POLICE POLITIQUE t a t s et que nous serons encore une fois sauvés. Ne me refusez pas. amitié sans alliage. Mme de Nesselrode ne part que demain. Je ne vous aurais peut-être rien fait dire. puisque vous me demandez ce qui en est. à deux heures? Je v a i s à midi avec Mme de Nesselrode à la galerie d u Luxembourg et je compte être venue au plus t a r d à cette heure. » Tout cela n'est qu'amitié pure. mais. et ce temps de verbe m e désole. Je pense que vous ne doutez pas qu'elle m'est insupportable. c'était aujourd'hui . Elle vient dîner ici aujourd'hui pour un adieu et elle a grande envie de dîner avec vous. sans doute. il serait possible que je dusse sortir. Voulez-vous remettre à demain. monsieur. Je voudrais bien que vous pussiez arranger ce que vous savez pour lundi matin. ce dernier billet de cette fraternelle amie dont on connaît la sollicitude pour Chateaubriand : « Cher frère. je vous dirai qu'à cause de votre sauvagerie il vaut peut-être mieux remettre à demain . « Oui. E t . on le v o i t .

et de ne plus vous parler ni vous écrire. car j e ne c o m p t e pas du tout sur vous. » Autre billet. plus mystérieux. il faut que vous me donniez cinq minutes a u p a r a v a n t . je suis chez m a mère . Voici où nous devinons Mme de Staël : « Je sens très bien qu'il serait plus beau de ne vous revoir de ma vie. de bien des intrigues. » Ces p a t t e s de mouche cachent bien des mystères et témoignent de bien des agitations. en 1816. lorsqu'il ne plaisait pas aux femmes. qui s u c c é d a .LA POLI CK. il leur déplaisait terriblement. je n'en serai pas plus fïère. Heu(1) D i r e c t e u r général des p o s t e s . a v a n t cinq heures? Il faut absolument que vous m'en donniez u n . et je vous ai trouvé une si drôle de figure ce m a t i n sur le pont avec une duchesse. C H A T E A U l i I I I Λ Ν I) ET Λ UTK Ε S 289 cotte correspondante? Chateaubriand l'avait-il poursuivie de ses déclarations enflammées? Il est remarquable que. i9 . qui lit tout. y verra la preuve de la désunion des royalistes et nous donnerons un s u j e t de joie a u x ministres. Mais. Sans cela. A quelle heure puis-je vous voir un moment chez vous. car je ne puis repartir sans vous avoir vu. il faut l u i m a n d e r que nous sommes brouillés. si vous avez un instant. à sept heures. et comme je pars samedi m a t i n . à d'IIerbouvilie. Mais cela sera plus convenable! Bonsoir. je m'en vais ce soir. et qui semble révéler des droits acquis et sans doute suspendus. Au lieu de cela. sinon abdiqués : « J'arrive. Le cher Mézy (1). je n'aime pas les brouilleries. que je me détermine à vous dire que mon frère Auguste m ' a donné ce matin une commission pour vous.

de Chateaubriand et tous deux v o n t ensemble chez Mme Récamier. Très souvent M. cette ignorance est dissipée. cher ami. A huit heures. ma vie.290 LA P O LI C Κ POLITIQUE reusement pour la curiosité de l'historien et de ses lecteurs. de Chateaubriand de lui faire l'honneur de passer demain matin. « La main d ' u n policier a souillé cette déclaration brûlante en écrivant en marge : « Lettre de Mme RécaiTiier. Mais. » La liaison de cette charmante femme avec Chateaubriand est bien connue de la police. » E t l'observateur qui avait opéré ce r a p t ajoutait : « Depuis environ trois semaines. Mathieu de Montmorency vient prendre M. bientôt. Mme Récamier envoie presque tous les jours un billet soigneusement cacheté à M. Elle prie M. ni de personne de m'empêcher de vous aimer . « Vous aimer moins! Vous ne le croyez pas. de Chateaubriand. entre huit et dix heures. Il ne dépend plus de moi ni de vous. il en est de plus claires. mon cœur. t o u t est à vous. mon amour. » Ceci est écrit le 7 janvier 1819. De ce que la police découvre. — 20 mars 1819. Le vicomte cache ensuite si bien ces billets que l'observateur n ' a v a i t pu encore en voir un seul. Elle avait cueilli déjà cet autre billet. elle y revient. elle conclut qu'il s'agit d'iine intrigue galante : « La correspondance . sans date et sans signature. à trois heures aprèsmidi. Ne croyez pas ce que vous appelez des projets contre vous. mais antérieur au précédent et de la même main : κ Mme Récamier est obligée de sortir demain matin. A tout instant. On ignore la n a t u r e et le but de cette liaison.

d'où il a renvoyé son domestique tout seul à Paris. qu'il ne tarderait pas de se rendre auprès de lui pour m e t t r e la der- . est la flèche du Parthe. bibliothécaire du château de Saint-Cloud. de Chateaubriand v a toujours son train. Il y a passé deux jours et s'est rendu près d'Alençon chez le comte d'Orglande. Chateaubriand p a r t en voyage. Elle sait qu'il a quitté Paris en poste et couché à Rouen où il n'a vu personne. » Ο Roméo ! ô Juliette ! Dans les derniers jours d'octobre. Legrand-Vallery. où une foule de personnes est venue le visiter. d'où il s'est rendu aux environs de Lisieux chez la marquise de Gastine. Il est ensuite venu à Versailles. Il a reçu hier mille écus d o n t la vicomtesse s'est emparée pour plusieurs besoins urgents. il s'est embarqué pour Honfleur. On n'a parlé que politique. Il est resté à Versailles toute la journée du lundi. é t a n t sans argent depuis h u i t à dix jours. On doit l'attribuer à diverses causes : d'abord. « Tout annonce qu'il a passé cette journée en tête à t ê t e avec Mme Récamier. médisance ου calomnie.LA POLICE. il a diné au Havre chez un député royaliste. Le lendemain. Il a écrit de nouveau à M. de Chateaubriand a repris. député. La police le suit pas à pas. « Le découragement de M. cela lui donne beaucoup d'humeur. mais ce n'est vraisemblablement que de la galanterie. Après un séjour de vingtq u a t r e heures. C Π Α Τ Ε A U Β Κ I Α ΝIJ ET AUTRES 291 de Mme Récamier avec M. Il n'en avait p a s même le 1 e r janvier pour donner des étrennes à ses domestiques. C'était le dimanche. » Nous en finirons par cet extrait du dernier rapport en date du 5 janvier 1820 et qui.

que nos meneurs arrivés peut-êlre au delà du point où ils auraient voulu s'arrêter. Il lui écrit tous les jours et il en reçoit de tendres billets. Puisque nous avons prononcé le nom de Villèle. de 1816 à 1820. il fut de nouveau précipité du pouvoir. puis ministre des a flaires étrangères. dut lui paraître plus arrière et. à l'avènement du ministre Villèle et qu'il devint alors successivement ambassadeur à Berlin et à Londres. envoyé au congrès de Vérone. mais avec la femme du musicien L.292 LA POLICE POLITIQUE niùre main à son ouvrago sur Malesherbes. la disgrâce de Chateaubriand. Nous en trouvons la preuve dans les d e u x lettres suivantes ouvertes à la poste. mon très cher a m i . L'une est adressée à son fils : « 2 février 1819. Il se trouve d ' a u t a n t plus pressé de l'achever que l'imprimeur Miehaud lui achète le manuscrit dix mille francs et que cet argent lui est devenu bien nécessaire. non aujourd'hui avec Mme Réeamier.. plus cruelle encore que les poursuites de la police. constatons qu'en 1819. » Telles sont.. fidèlement résumées. mais cette fois avec une brutalité qui. dont il avait été si longtemps l'ami. venant de la part de J Villèle. On sait qu'elle prit fin en 1821. les manœuvres d o n t se compliqua. mais j'ai pensé tout comme toi. et qu'en 1824. Malgré· tant de causes diverses de mécontentement. seront embarrassés dans l'organisation d'un usurpateur . M. de Chateaubriand continue ses intrigues de galanterie. — Il paraît que nous allons bien mal. le Cabinet noir ne respectera pas plus sa correspondance que celle de Chateaubriand.

même en faveur des fils naturels ou adoptifs de Bonaparte. et que Monsieur p a r û t avec vingt personnes dont il serait assuré d ' a v a n c e . qui forme la très immense majorité. qui feraient bien vite des prosélytes. les excellents ne sont pas nombreux . On est las de révolutions chez la très g r a n d e majorité des Français . et la bonté du p a r t i le grossirait des quatre-vingt-dix-neuf centièmes des Français . Le nombre révolutionnaire actif et propre à jirendre les armes pour soutenir l'illégitimité. les seconderont. Les militaires mômes sont fort tranquilles. pour si peu de jugement et.surtout les dispensateurs des grâces. est moindre qu'on ne pense. pour le m e t t r e dans l'instant à la tête du ministère. se tournera. il faudrait être prêt à saisir le m o m e n t favorable pour fermer dehors la révolution. L'apathie. .mais. Les mauvais ne sont qu'une poignée . pays. la lassitude. de bon sens qu'il a i t . mais l'intermédiaire. Si le Roi venait à mourir ou à abdiquer. et il n'en est aucun qui. est extrême. en lui substituant la fidélité. de goût et d'intérêt. du côté des honnêtes gens. les officiers ne rêvent pas tous . tout s ' y attacherait de suite. CII Α ϊ Ε Α υ Ii IU A M ) ET Al'TKES 29!} qui n'est pas prêt à se mettre à la tète d'un gouvernement que des millions de vrais Français ne voudront pas voir' sortir de la dynastie légitime. sans hésiter. « Rien ne bouge dans h. . de l'armée et du trésor. quand le souverain et les premiers de l ' É t a t . Le soldat est déjà acoquiné à la p a i x . ne voie q u e le calme et la paix ne peuvent se rétablir qu'avec la légitimité.LA 1» 0 L I C Ε. l'honneur et le dévouement.

294 LA P O L I C E POLITIQUE à la guerre . » . mais Dieu est là. t o u t nombreux qu'ils sont. où il n'y a pas cent cinquante hommes. nous le croyons souvent pire . Le mal est grand . Il y a eu à peu près a u t a n t de congés qu'il est entré de recrues. que de se faire rosser avec le peu de soldats qu'ils ont sur pied. pour nous sauver si nous le méritons. ils ne feront jamais rien. et moitié a u t a n t d'officiers. l'artilleie encore moins que la ligne. Nous avons des légions. S'il y a des officiers et sous-officiers mauvais.

la duchesse de Broglie. la marquise deCastellane. la duchesse de Mouchy.LIVRE V LA POLICE ET LES HUMBOLDT I D é j à célèbre à cette époque par ses voyages et ses travaux. voire . Mme Récamier. il était venu s ' y fixer au retour de ses explorations dans l'Amérique du Sud. Il y avait même publié plusieurs de ses ouvrages et il y comptait de nombreux amis. habitait Paris depuis 1807. Quoique s u j e t prussien. La duchesse de Duras. la marquise de Montcalm. sa sœur la marquise de Jumilhac. Benjamin Const a n t . on le sait. grâce à quelques femmes qu'on y voit au premier rang. le peintre Gérard. mais aussi dans cette h a u t e société qui a été alors la plus brillante parure de notre pays. pour ne citer que ceux-là. se faisaient gloire. le baron Alexandre de Humboldt. Elles les comblaient d'attentions. d'autres encore. non seulement dans le monde scientifique. de prévenances. né à Berlin en 1769. d'attirer dans leur salon des hommes tels que Chateaubriand.

Alexandre de Humboldt était l'un des favoris de ces grandes charmeuses et. qui n'a dû sa renommée q u ' à elle-même.296 LA POLICE Ρ U LIT I Ol! Ε de flatteries. on professait pour lui. quoique professant des opinions libérales. malgré le temps écoulé depuis qu'elles ne sont plus. par son savoir qui était immense. et de toutes parts il recevait quotidiennem e n t le témoignage du goût que. et Savary. prisé au plus h a u t degré p a r les plus royalistes d'entre elles. de n'être pas des inconnues pour nous. et aussi p a r sa fidélité à ses amis. s'étaient . il se faisait pardonner d'être étranger par le prix qu'il attachait à l'estime et à la considération des Français. Son patriotisme prussien ne l'empêchait pas d'aimer Paris comme sa propre patrie. il avait su captiver les cœurs non moins que les esprits. Cette f a v e u r lui avail été assurée p a r sa réputation d'explorateur audacieux. comme ministres. Payées de retour p a r ces courtisans de leur esprit ou de leur beauté et sans parler de leur plus illustre émule. aussi bien pour lui-même que pour ses ouvrages. E n un mot. duc d ' O t r a n t e . duc de Rovigo. p a r l'éclat de ses t r a v a u x et le retentissement de ses découvertes ethnographiques. dans la société aristocratique et le monde savant. les directeurs et les inspirateurs de celle-ci. par l'intérêt des souvenirs qu'il avait l'art d ' y répandre. par le charme de sa conversation. J'ai déjà signalé à cette place la différence qui existe entre la police de la Restauration et celle du premier Empire. Familiarisé avec notre langue qu'il parlait aussi bien que la sienne. Mme de Staël. elles leur doivent. Fouché. qui ont été.

qui s'efforce d'être toujours bien informée. l'utilise-t-il autrement. sur certains personnages dont elle avait intérêt à connaître les opinions et à qui leurs relations p e r m e t t a i e n t de voir beaucoup de monde. et d'être sûrement renseignés. Elles seraient sans excuses si elles ne constituaient un instrument légué au gouvernement de la Restauratimn p a r ses prédécesseurs et s'il n'était intéressé comme eux à l'utiliser. mais qui suffisait à justifier leur condamnation. en recevant de nombreuses. Fouché parti. la mise au pillage des papiers privés sont choses immorales et révoltantes. L'ouverture des lettres à la poste.LA Ρ OL I CK ET LES II UM H O L Π Τ 297 donné pour mission non seulement de découvrir les artisans de complots. Très r é p a n d u dans Paris. on . Mais. il y avait souvent une plus grande p a r t de mensonges. Les procédés qu'elle emploie ne sauraient être approuvés. du moins. Rien de pareil sous le règne de Louis X V I I I . et de les surveiller. u n gibier de choix. de pousser leurs complices à la délation et. mais aussi de leur tendre des pièges. écrivant force lettres. de construire contre les individus soupçonnés à t o r t ou à raison. à l'aide de ces procédés. à l'aide d ' a v e u x arrachés à ces complices par la menace ou à prix d'or. Alexandre de Humboldt était pour elle une proie tout indiquée. Ainsi s'explique la surveillance qu'elle exerçait. un édifice de preuves accablantes ou pour une p a r t de mérite. Sa police n'est qu'une agence d'informations. la police royale dirigée par Decazes perd t o u t caractère provocateur. Il y avait chance qu'en s ' e m p a r a n t de ses papiers et en lisant sa correspondance. l'appât offert à la vénalité des serviteurs.

il suit le roi de Prusse à Paris . mais aussi avec Berlin. bien qu'il lui ait fait t r o p souvent des infidélités. il figure. il écrit à ce frère qu'il admire autant qu'il . Lors de la première invasion. qui s'est fait le protecteur des d e u x frères. il est un peu plus t a r d au Congrès de Vienne avec le chancelier prince de Hardenberg. en entrant d a n s le cabinet prussien que préside Hardenberg. On le retrouve au Congrès d'Aixla-Chapelle et bientôt après. Cette surveillance présenterait en outre un autre avantage. sur les divers théâtres où se jouaient alors les destinées de la France. et son principal correspondant à l'étranger était son propre frère. il atteint enfin le point culminant de sa carrière. s a v a n t comme lui. Le baron Alexandre ne correspondait pas seulement avec Paris. de 1815 à 1820. mais qui avait a b a n d o n n é momentanément la science pour la carrière politique et diplomatique. il se sépare de cet homme d ' É t a t pour retourner à la science qui ne lui sera pas moins favorable qu'à son frère. le baron Guillaume. avec Londres.298 LA POLICE POLITIQUE eût les échos des salons et des milieux diplomatiques. à Francfort notamment. son aîné de d e u x ans. Il retourne ensuite à Francfort d'où il est nommé représentant de la Prusse à Londres. Trop libéral pour se soumettre à la politique autoritaire que le chancelier veut faire prévaloir dans les contrées rhénanes que le Congrès de Vienne a données à la Prusse. Ayant débuté dans c e t t e carrière comme ministre de Prusse à Rome et occupé dans son pays. avec Vienne. De tous les points où le conduisent ses déplacements. de h a u t e s fonctions administratives.

auxquels ils ont recouru. si nous connaissons leurs lettres. Lafond. L'agent l'a eue entre les mains p e n d a n t quelques moments. est venu de la province à Paris. qu'on soupçonne. « 5 février 1817. et voit tous les jours le baron de Humboldt. Un M. Cette lettre doit p a r t i r demain par le courrier du comte de Goltz . sur la situation actuelle des esprits en France. cela est très certain. et a remarqué qu'elle était rédigée dans un sens extrêm e m e n t libéral. — Le baron de H u m b o l d t vient de terminer une très longue lettre à son frère. Ils tiennent entre eux de forts mauvais propos . neveu de Murât. et p r o u v e r o n t qu'elles pèsent d ' u n grand poids sur la marche des événements. » « 13 février. celui-ci lui répond t o u j o u r s et si nous le savons. oui ou non. . quand il est absent.LA POLIGE ET LES HUMBOLDT 299 l'aime . E n parcourant quelques r a p p o r t s de ces policiers qui restent pour nous des inconnus. c'est grâce à l'habileté de cette police qui v a jusque dans le cabinet d'Alexandre. copier les originaux des unes et les minutes des autres. elles présentent une utilité suffisante pour légitimer l'emploi des moyens bas et honteux. — Le valet de c h a m b r e du baron de H u m b o l d t r a p p o r t e nombre de circonstances qui no p e r m e t t e n t pas de douter que le baron ne soit t o u j o u r s dans d'assez mauvaises dispositions pour nous. Elle estime que cette correspondance où les Humboldt se parlent librement révéleront des intrigues de cour. on pourra mesurer le plus ou moins d ' i m p o r t a n c e de leurs découvertes et décider si. ou plutôt jacobin.

Je suis ultra et archi-ultra dans les senti« ments passionnés de vénération que je vous « porte. entendez-vous. » « Voici la réponse littérale du baron de Humboldt à Mme de Staël : « Je vois que vous me traitez en ultra. de Chateaubriand. elle s ' e s t remariée au célèbre économiste. E n Angleterre et a u x « États-Unis on nomme les sectes des persuasions. c'est que pendant que M. que vous veniez dîner mercredi avec M. « Avant-hier Mme de Staël a écrit au baron de Humboldt. il faut. mardi. « Une chose singulière. le billet suivant : « Mon cher baron. guillotiné sous la Terreur. de H u m b o l d t consigne ainsi ses pensées ultraphilosophiques. on ne veut pas croire à la justesse de ( « l'expression. Une telle duplicité de conduite et de langage n'est guère honorable p o u r un savant tel que lui. de Chateaubriand. < En France. avec des (1) Veuve en premières noces de l'illustre Lavoisier. il fait l'ultra-royaliste chez Mme de Duras et chez M. . J'accepte avec la plus vive reeon« naissance votre aimable invitation peur merΊ credi. mais de « l'église des ultra-réformés par Mme de Duras et « M. de Humboldt pour aujourd'hui. et redevint veuve en 1814. » « De son côté. parce qu'il la dit très intéressante. de « Chateaubriand et d'autres purs connue lui. Il le « faut. mais il faut absolu« ment. Mme de Rinnfort (1) avait invité M.300 LA Ι Ό LI CK l'OLITIOin·: l'agent fera t o u t ce qui dépendra de lui pour tâcher d'en procurer copie. le c o m t e -le Rumfort.

provenant do chez le baron de Humboldt. Je vis « comme un missionnaire de l'Orénoque. Mme Latour. de l'arrestation de Mme Régnault de Saint-Jean d'Angély (1). le fils Régnault doit être passé en Belgique. Newcnham. Je « n'ai été à aucun des trois bals chez M. Je ne manquerai pas d'aller vous offrir « mes hommages dans la soirée. sou promit'·« il" conspirer avec des proscrits. de ne « pouvoir accepter votre aimable invitation. (illisible) a promis dans la société Delambre de faire des démarches auprès du ministre de la police. (1) Sun IIIÎIri a y a n t ύΐό proscrit on 181"). « chez le comte de Goltz et chez lady Mansfield. madame. les fils Arnault. mais il no pout. — Voici quelques papiers. elle fut arrêtée en 1817. « Le baron de Humboldt fait grand bruit. au concert. et je ne puis me dé« mettre. c'est que Mme Régnault ne reste point en prison et soit seulement expatriée. etc. est chez Mme Delambre. M. où vont. et il lui a répondu par le billet suivant : « Je suis bien vivement peiné. é t a n t engagé. M.LA PÖLICH KT LES HUMBOLDT 301 libéraux. de Buffault. amie particulière du baron de Humboldt. s'y rendre. tous les jours. . Ce que les amis nombreux désirent. M. E n ce moment. « Quelle ver lu ! » « 28 avril. de Humboldt l'aura vraisemblablement favorisé pour cela. Ils sont peu intéressants. ayant « beaucoup à écrire sur les matières du temps. niais « je suis engagé pour demain. Le quartier général des personnes qui prennent intérêt à cette dame. ceux qui le sont il les brûle.

par laquelle elle prie M. la lettre suivante à M. sur u n objet particulier « qui m'occupe beaucoup. « à Paris . vendredi soir. et on croit qu'ils sont allés dîner ensemble à la campagne car Mme de Montcalm lui a écrit une lettre hier. et le priant de me garder . il s'est mis dans une grande colère contre les ministres. p r é t e n d a n t que c'était une indignité de leur p a r t . le baron s'est rendu avant-hier à q u a t r e heures. Mme de Montcalm. soixante gendarmes et trente agents de police. je le prie de me conserver un matin (entre « trois et six heures) quelques instants. àqua Ire heures après-midi. enfin qu'on s'était conduit barbaremcnt à son égard. chez cette dame. désirant lui « demander des conseils. — A u j o u r d ' h u i . » « 4 juillet 1818. de Humboldt m'ait ( « procuré si peu le plaisir de le voir en toute sûreté. » « 6 juillet. < Je regrette bien que M. qu'on avait séparé inhumainement Mme Régnault malade.302 LA POLICE POLITIQUE « Lorsque M. On lui a persuadé qu'il y avait à la perquisition faite au Val. le baron de H u m b o l d t est allé chez la sœur du duc de Richelieu. — Mme de Montcalm a écrit. de Humboldt a appris l'arrestation de Mme Régnault. de sa femme de chambre. le baron de Humboldt de lui conserver quelques instants entre trois et six heures pour lui demander des conseils sur un objet qui l'occupe depuis quelque t e m p s et elle le prie de garder le secret sur cet objet très important de sa consultation. de Humboldt .

de Humboldt.LA POLICE ET LES HUMBOLDT 303 « « « « « « le secret sur l'objet très important de ma consultation. En le priant d'excuser mon importunité. a toujours été de bonne foi. — Je quitte l'agent qui est en relations (1) Au bas de la copie de c e t t e lettre. le duc de Richelieu a écrit : * Je voudrais parier qu'il n'y a pas un mot de vrai. — Je ne sais si on pourra avoir sans inconvénient la lettre de Mme de Montcalm. Cet homme. sauf quelques mots que le domestique aura pu estropier. datée de Londres. m'a été apportée en original. « En relisant le billet de Mme de Montcalm. puisque ce jour-là. c'est le rendezvous demandé entre trois et six heures du matin. du reste. Je lui rendrai ensuite son entière liberté. qui assure avoir copié sur place la lettre. de Humboldt. M. car il est fort ignorant. je vois bien une chose qui m'étonne. Le rapport ci-joint du domestique prouve qu'on a voulu dire le soir. procurera le plaisir de renouveler à M. je l'ai lue. l'assurance de mes sentiments (1). j'envoie le rapport original du domestique.S. à quatre heures (samedi dernier). et elle a été transcrite exactement. le 30 juin. » . de Humboldt. de Humboldt est allé voit Mme de Montcalm. le plus fidèlement possible. dans tous les cas ce ne pourra être que demain. « P. » « 9 juillet. « Je n'ai pas le moindre doute sur l'existence de cette lettre. puisqu'elle me. E n attendant. je ne pourrais me la reprocher. P a r exemple. la lettre de M. ma s œ u r n'a pas le moindre rapprochement avec M.

avant le départ de M. et je m'en afflige d ' a u t a n t plus que jamais sa société ne1 me serait plus nécessaire pour me tirer d'une disposition morale bien difficile à supporter·. « M. j'en suis sûr. » « Puisque ma mauvaise étoile. 11 était présent quand elle a été copiée. de Humboldt. mais quant à la chose même. de Humboldt est bien sûr du regret. les morceaux qu'il avait bien voulu promettre de me lire. J'étais descendue chez m a . autant que si j'avais vu l'original. et même de la peine que j'ai éprouvée en apprenant qu'il avait passé chez moi. puis-je lui demander de me prêter ceux de ses ouvrages qu'il croira le plus à portée de mon ignorance? J e lui demanderais pardon de mon importunité si je croyais possible d'être importune par l'intérêt qu'on inspire. Voici d'ailleurs d'autres billets qui prouvent qu'ils étaient en relations.304 LA P O L I C E POLITIQUE journalières avec le domestique . ajoute-t-elle. je commence à craindre qu'il ne m'ait t o u t à fait oubliée. » « M. » On voit combien s«? trompait le duc de Richelieu lorsqu'il affirmait qu'il n'y avait aucun rapprochement entre sa sœur et Alexandre de Humboldt. Au surplus. m ' a empêchée d'entendre. rien ne prouve que cette lettre ait trait à la politique . de Humboldt m'avait promis des visites du soir et ties conversations du m a t i n . et que je n'avais pas profité de son obligeance. pas le moindre doute que la lettre de Mme de Montcalm est bien réelle.

» (1) La marquise de Jumilhac. 20 . afin de m'aider à guérir la méfiance que j'ai eue de moimême.LA POLIGE ET LES HUMKOLDT 305 sœur (1) qui recevait quelques personnes auxquelles elle aurait été heureuse que M. de Humboldt voulût bien se joindre. dont le il Is hérita du titre de duc de Richelieu. J'espère qu'il sera assez bon pour me dédommager de cette privation.

II A lire ces billets cérémonieux et compassés. surpris par la police. J e d e m a n d e deux lignes de . daignez donc vous prononcer sur mon sort. le coeur t o u t plein encore de tout ce que vous avez dit contre moi à m o n frère. Telle. c'est alors que l'extension a lieu parmi les chrétiens . à qui H u m b o l d t écrit le 5 janvier 1819. eût été à sa place p a r m i les précieuses et ne p o u v a i t inspirer une amitié bien vive. la plus spirituelle des marquises veuille me voir? J'irai me jeter à ses pieds pour o b t e n i r mon p a r d o n . on resserre les g r a n d s coupables p a r les solstices d'hiver. à Vienne. Mais accoutumé à ne pas t r o p me fier a u x amnisties. même à des libéraux c o m m e moi . on est enclin à penser que la f e m m e qui les écrivait. en me voyant rester dans cette B a b y l o n e moderne « lors de l'ar« rivée du monstre ». à la m ê m e époque. En Chine. au m o m e n t où elle j'entre à P a r i s : « Est-il bien vrai que la plus aimable. on p a r d o n n e . je v e u x un p a r d o n plus formel a v a n t de me présenter chez vous. Très différentes nous apparaissent d ' a u t r e s femmes alors à la mode qui enguirlandaient H u m boldt comme elles enguirlandaient C h a t e a u b r i a n d afin de le maintenir d a n s leur intimité. la marquise de Prie. m a d a m e . p a r exemple.

n'a jamais besoin de pardon. — Je reçois votre charmant billet. c e t t e lettre et la réponse de Mme de Prie : « Ce mercredi soir. me p a r donner. et de trois à cinq. E t elle de répondre : « Me voici à vous tenir ma parole.. et Dieu sait si j'avais besoin d'en avoir aussi de votre p a r t . selon ma louable coutume. et vous le savez bien. 6. depuis trois mois. mais pour des reproches. car vous m'avez causé trop de chagrin. a v a n t que je ne quitte l'Europe (car enfin ce sera pour de bon) et si lady Morgan. Mme Benjamin Constant. dix heures. . et que j'ai remise d ' u n e saison à l'autre. après vous. Je suis. daignez me les accorder. et surtout que vous ne me fassiez pas de reproches.. m a i s il se met à ses ordres p o u r u n jour d'après. m a d a m e . mais ils ne seront pas amers. comme vous. Humboldt est obligé de refuser une invitation à dîner de Mme de Prie pour le lundi . monsieur. dans cette Gabbia di motti. » Au mois de juin suivant. U n e personne. dès le surlendemain. Veuillez donc. et Mme Dupin vous laissent quelques instants libres. à cause d'une certaine réponse que je vous dois. attendez-vous à en recevoir. C'est assez vous dire que la paix est faite. » Le Cabinet noir livre à la police. et je n'ai presque pas achevé de le lire que je m'empresse d'y répondre p a r un mot à la hâte. visible de dix heures à midi. Je soupire. cherchant une occasion sûre de vous donner l'état des partis.LA POLICE ET LES HUMBOLDT 307 cette jolie écriture. C'est à vous à tenir la vôtre. tous les jours. Voilà pourquoi vous craignez si peu de vous rendre coupable.

mais il faudra que vous ayez la complaisance de vous trouver chez moi à quatre heures et demie. pour faire une course à la campagne après. ainsi vous devriez bien venir dîner avec moi. Me dégoûter. » Il y a aussi des reproches d a n s ce billet de la duchesse de Broglie. vous m e ferez un bien grand plaisir. » La réponse de Humboldt prouve que le reproche lui est allé au cœur : « Je me rendrai à l'aimable invitation de Mme la duchesse. si vous êtes libre. car comment compter sur un voyageur tel que vous. Mille amitiés. cela m'affligerait beaucoup. devant nous m e t t r e à table à cinq heures précises. monsieur. et de votre maison. que je n'aurai bientôt plus un verre. sans son conservateur de mari. Vous y trouverez une aimable dame. si tel était mon cas. la noble fille de Mme de Staël : « Vous m'abandonnez tout à fait. Pourquoi me tenez-vous une telle rigueur? On prétend que vous êtes sujet à vous dégoûter des personnes . Venez me rassurer. de .308 LA POLICE POLITIQUE monsieur. moi pauvre bête de femme bien nulle ! mais sur laquelle vous savez bien que vous pourrez toujours compter p o u r une estime et un a t t a c h e m e n t invariables. Elle attribue à la légèreté tudesque ce qui est l'effet de ma position. demain soir. après-demain 28. et je crains bien q u e ce ne soit le dernier. Rappelez-vous que je plie bagage. Si vous êtes assez aimable pour cela. quel blasphème ! Me dégoûter de M. ni une assiette disponible . cela est bien mal : voilà quinze jours que je ne vous ai vu.

Mais. beaucoup d'affection et beaucoup d'admiration. En vous écrivant on ne doit parler que de lui. et du beau présent. le même que celui qu'on a au Pôle Nord. pour m e t t r e en ordre des observations et des expériences que nous avons faites sur la température de l'eau sous la glace. J'ai passé deux jours sur le niveau avec instrument que j'ai fait venir de Londres. Je suis bien peu en état encore de profiter de l'un et de répondre à l'autre. madame la duchesse. » Il y a. » Un peu plus tard. C'est ce double sentiment que ressent Humboldt pour tout ce qui touche aux de Broglie.LA POLICE ET LES HUMBOLDT 309 Broglie qui est l'espoir de la France. Le sentiment que j'éprouve devient plus oppressif à mesure qu'il semble devenir moins déchirant. La police n'a pu mettre la main sur les lettres qu'il leur écrit à ce moment. mais je tenterai de vous offrir mes hommages. dont je crois qu'il me . elle s'empare de la réponse de celui-ci. et de la lettre qui l'accompagne. l'objet de mon a t t a c h e m e n t le plus affectueux. Je suis enrhumé comme un ministre. au coin de votre feu dans le petit comité : c'est être deux fois heureux de vous voir et de vous entendre à la fois. « Mille remerciements. dans ces propos. mon excellent ami. Gérard. Humboldt écrit encore : « Je n'ai trouvé votre aimable lettre. Il y a au fond de mon cœur une apathie sombre et pesante. mais j'ai passé toute la journée. ni sur les condoléances qu'il adresse à Benjamin Constant. Il le leur prouve encore quand meurt Mme de Staël. ce soir. que le soir en rentrant. Je n'ai point été chez M.

mais bien tendre amitié. Mais. « Reconnaissance et triste. » Les relations d'Alexandre de Humboldt dans la société de Paris sont. écrit à Humboldt : < J'aurais été bien heureuse. car je ne songeais qu'à celui qui. et le passé apparaît avec une vie qui fait p â l i r et qui détruit celle qu'on croit rester. les couches interposées par le temps sont soulevées p a r la mort. s'était intéressé d'une manière si bonne et si aimable au sort de mon pauvre exilé. et que je n'ai aucune pensée qui ne me la rappelle et qui n'aille se briser sur son cercueil. monsieur le baron. dans un temps bien douloureux pour moi. parce que. B.310 LA P O L I G E POLITIQUE sera bien plus impossible de me relever. je rapportais tout à Mme de Staël. ( si j'avais été la première à vous annoncer le rappel du comte Réal. grâce à Decazes. et je regrettais de ne pouvoir vous faire p a r t de mon bonheur. Lorsqu'en 1819. cesser son exil. Je m'empresse de . on le voit. Réal. de Humboldt n'était plus à Paris. sans le savoir. voit. mon père. les femmes y tiennent la plus grande place. sa fille. Mme Lacuée. Ce fut hier seulement que j'appris que vous étiez encore dans notre capitale. Je n'ai plus de courage à rien. C. Ce que vous dites est cruellement vrai. que de la douleur la plus vive. l'ancien conseiller d ' É t a t de l'Empire proscrit en 1815. aussi nombreuses (lue variées. J'avais entendu dire que M. même après une longue absence et une séparation presque habituelle.

couchant à la belle étoile. Vous. Montufar. Je n'ai eu que deux compagnons de voyage pendant mon expédition en Amérique. auteur d'ouvrages appréciés. Avec sa famille a péri ce qu'il y avait de plus instruit. Cela laisse des souvenirs ineffaçables. madame. il a été pris en c o m b a t t a n t pour la noble cause des indépendants. le baron de Humboldt. . On m'écrit que ses dernières paroles renfermaient des vœux pour la liberté de sa patrie et des souvenirs pour moi. fils du marquis de Selvalegres.LA POLICE ET LES HUMBOLDT réparer de suite un malentendu que je vous supplie de ne pas prendre pour un oubli qui serait impardonnable à la fille de M. envers M. nous trouvons une autre preuve de la fidélité de Humboldt à ses amis et à leur mémoire : « Une nouvelle bien douloureuse me prive aujourd'hui du plaisir de vous offrir mes hommages. Réal. » (1) Naturaliste et explorateur. madame la comtesse. Nous avions passé quatre à cinq années. nous égarant dans les forêts. » Dans la lettre suivante adressée à Mme de Ruml'ord. Bonpland (1) et M. de trouver les consolations d'une âme douloureusement affectée. de plus noble de sentiments en Amérique. de plus éclairé. qui connaissez les grandes douleurs. Après avoir vu succomber presque toute sa famille. J'ai eu hier la nouvelle cruelle que M. il avait accompagné Humboldt au Pérou. vous ne m'en voudrez pas de ce que je tâche dans le recueillement et dans la solitude. Montufar a péri sur l'échafaud à Santa-Fé de Bogota. un des plus riches seigneurs du Pérou. M. et d'assister à votre intéressante réunion.

Voici mon secret : Je reçois une longue lettre de la princesse de Beauvau. saisies p a r la police. à votre hôtel. femme du ministre de Prusse : « J'ai une grande prière à vous faire. etc. chez l'ambassadeur d'Angleterre. votre nom. La famille . je me charge de les t r a n s m e t t r e en. avec sa famille. chère et aimable comtesse. j'aurais beau lui dire que les billets sont donnés. chez Fern an Nunez. L'exclusion du vôtre lui ferait beaucoup de peine . Humboldt écrit à la comtesse de Goltz.312 LA POLICE POLITIQUE Voici encore. et si vous y trouviez un peu de répugnance. J'ai d'intimes et anciennes liaisons avec cette famille qui a été invitée à tous les derniers bals . J'ai été deux fois. Vous savez que les demoiselles sont charmantes. En vrai solliciteur. invitée à votre bal. d'où j'ai entendu remuer les plats. je serai le plus malheureux des hommes. vous êtes si bonne et si indulgente ! « Daignez m'envoyer les billets d'invitation. je suis resté dans votre antichambre. « Si vous me refusez. Laissez-vous donc fléchir par nies douces prières . souvenezvous. qui me conjure de négocier p o u r qu'elle soit. vous ne me refuserez pas vos bons offices auprès du comte. que l'espace manque . et modestement je me suis retiré. qu'il n'y a de mérite à céder qu'en se sacrifiant un peu. Mme de Beauvau croirait toujours que cette exclusion a des causes politiques. ce matin. ou que je n'ai pas mis assez de chaleur dans mes sollicitations. trois lettres (l'un caractère très different et qui nous initient aux dessous d'une brouille mondaine. chère comtesse. Le 21 janvier 1820.

J'aurais bien aussi la même requête à vous présenter. sans nous faire l'honneur de nous y prier. une de ces rancunes qui sont longues à se dissiper et qui se traduisent p a r des procédés désobligeants. hôtel de Castellane . » On devine ici une rancune de femme. car. D'ailleurs. après les avoir invitées trois hivers de suite à nos bals. Je frissonne. mais t a n t de monde à notre bal. que j'aurais été enchantée de faire quelque chose qui pût vous être agréable si cela eût été en mon pouvoir. » Le même jour. aimable princesse . Son dépit et son humiliation se trahissent dans sa lettre à la princesse de Beauvau. nous avions supposé que ces daines ne tenaient pas beaucoup à y venir. il nous serait absolument impossible de recevoir la famille Beauvau. elles en ont donné un il y a quinze jours. rue de Richelieu. mais peut-être qu'un bon rhume ministériel nous délivrera de quelques-uns. en faisant ce dénombrement. Nous avons tant. de la part de la princesse A d a m Czartoriska. de la princesse et de leurs enfants. j'ai totalement échoué dans m a négociation ! Rien n'a pu fléchir les deux personnages : ils'se sont opiniâ- . « Vous ne me croirez pas. et surtout un si grand nombre de femmes. Humboldt ne s'y méprend pas. qu'avec la meilleure volonté du monde. la comtesse de Goltz répond : « Soyez assuré. mon cher baron. et je vous prie d'être bien persuadé que c'est un véritable chagrin pour moi d'être forcée de vous refuser. mais je ne veux pas me rendre tout à fait détestable à vos yeux.LA POLICE ET LES IIIJMUOLDT 3d 3 de Beauvau se compose du prince.

après bien des difficultés. « Quant à moi j'avais décidé de ne pas y mettre les pieds. que pendant trois années consécutives on avait invité la famille Beauvau sans qu'elle daigne tenir compte de cette politesse. à Berlin. Hélas ! voilà comme on traite le frère d'un ministre disgracié (1). La comtesse m'objecta encore que depuis peu vous aviez donné un bal auquel elle n'avait point été priée. je m'y suis présenté . .314 LA POLICE POLITIQUE trement retranchés dans l'excuse qu'ils avaient distribué beaucoup plus de billets que l'hôtel ne peut contenir de monde. ayant fait présumer qu'elle y attachait peu d'importance. En vain j'ai épuisé mon éloquence à leur peindre l'amitié et l'ancienne reconnaissance qui m'attachent à votre respectable famille. était cause qu'on s'était abstenu cette fois de lui faire aucune invitation. mais je ne paraîtrai q u ' à la fin du bal. Je tâchai de lui faire entendre qu'un bal de famille n'était point un bal public. Cependant j'ai réfléchi que ce serait marquer trop de dépit. je suis revenu à la charge. ce qui. mais j'en fus pour mes frais de dialectique. hier. j'ai vu le comte qui. Elle m'a répondu. m ' a introduit auprès de madame. un certificat de présence. Deux fois. et seulement pour que j'aie. avec un peu d'humeur. ce matin encore. J'irai. » (1) Guillaume de Humboldt venait de se brouiller avec le prince de Hardenberg et de quitter le ministère. à qui j'ai renouvelé de vive voix t o u t l'intérêt que je mettais à réussir. mais l'incomparable beauté de la comtesse ne permet p a s que l'on entre si matin chez elle. Toutefois.

N'est-ce pas une belle fête que je vous propose? . Si vous avez quelques épreuves à corriger.11J Du même dossier. quelque petit travail à faire. vous aurez du silence. vous passeriez vingt-quatre heures à Andilly. Elle écrit donc à H u m b o l d t : « J ' a v a i s eu un peu d'espoir de vous voir hier. triste erreur d ' u n homme de génie. mais vous n ' ê t e s pas venu. apportez-le . Mme de Duras y voit cependant pour lui l'occasion de récolter des lauriers ailleurs que dans le c h a m p de la politique d ' o ù elle voudrait qu'il s'éloignât à jamais. Voici ce q u e je vous propose : Mlles Berry doivent venir dîner à la campagne chez moi. car je viens à Paris pour la cour. une belle vue. point d ' i m p o r t u n s p e n d a n t t o u t e une matinée. Elle est relative à Chateaubriand et révèle la tendre amitié que les deux correspondants professent p o u r l'illustre écrivain. et je vous ramènerais lundi. je ne doute p a s qu'elles ne soient enchantées de vous v o i r . je retire la correspondance suivante échangée entre H u m b o l d t et la duchesse de Duras. dimanche . C'est en août 1818 et alors qu'il travaille à sa fameuse tragédie de Moïse.

« Votre idée de Moïse me paraît tout aussi lumineuse. on lit des morceaux de prose et de vers. et comptez sur mon activité et sur mon zèle. mais je n'oserai lui en parler si vous ne m ' y autorisez.. J'avoue que je mets du prix à lout ce qui le tire de la politique. » A cette charmante lettre. « Adieu. H u m b o l d t répond : « Je suis touché de votre aimable souvenir. De grâce écrivez-moi quelques lignes avant de venir.. jours où je suis -ùr de vous trouver seule. dites oui. M. un mercredi. J'irai le voir. α Je ne ferai rien avant votre réponse. Il me paraîtrait bien important de rappeler au public que c'est un homme à part. et C. mais cela n ' a u r a aucune suite s'il donne un premier refus. Je préfère vous demande]· un des premiers jours de la semaine prochaine. qu'on ne peut confondre avec un autre.. si je n'étais engagé avec un ancien ami de mon frère. dont la noblesse des sentiments et l'indé- . Cela ferait une excellente impression dans les temps où nous vivons. et j'accepterais de t o u t mon cœur la proposition pour dimanche. Dans la grande Assemblée de l'Institut pour la Saint-Louis. R. voilà bien des propositions. de Stackelbcrg. mais ne dites pas que l'idée vient de moi.? Ils en seront tous ravis. ou un jeudi. et je crois que si l'on proposait ù notre ami de lire quelque fragment de Moïse. et dont je fais part à vous seul..384L A POLICE POLITIQUE κ Voici une idée qui m'est venue. il y consentirait. et recevez l'assurance de la plus véritable amitié. Voulez-vous que j'en parle à MM. C'est là un point lumineux de mon existence. Arrangez cela.

Je crois que mon frère quittera momentanément les affaires. j'en ai causé avec lui. ou qui le parleront clans un siècle futur. Ne venez que mardi. pour trois semaines. cette gloire paisible. ne l'intéresse pas assez. « Clara est souffrante d'un mal de gorge. et je reviendrai le soir ici. mais cela va mieux aujourd'hui. La gloire littéraire. Il ne passera pas par Paris (où l'on a préféré un autre ministre) et je dois le voir avant son départ. et je réponds du consentement. autre. Mais je doute qu'il se rende à de si vives instances. « Je prie à genoux madame la duchesse de m'écrire quelques lignes à ce sujet. la seule à laquelle j'aurais voulu qu'il aspire. » Mme de Duras reprend la plume : « Je puis vous répondre que. et de me conserver une bienveillance qui m'est si chère. Je voudrais t a n t remplacer la politique p a r la littérature. Veuillez bien n'en pas parler. notre ami acceptera . Il a demandé sa retrait e absolue. Je pense aller bientôt en Angleterre. ou vous. Que quelques membres seulement chargent M. si la proposition est faite. de dire que cette lecture ferait plaisir. J'étais au moment de retourner avec elle. je vais lundi (si Clara continue à être bien) faire ma cour à Madame. Je ne parlerai . de Vèze qui le voit sou\ ? ent.LA POLICE ET LES HUMBOLDT 317 pendanee de caractère ne se démentiront dans aucune occasion et qui n'aura jamais besoin des étrangers pour exciter l'admiration et conserver un grand nom chez ceux qui parlent français. ou tout. j'y crois son bonheur et son repos si engagés que rien ne me fera plus de plaisir que de le revoir dans cette ligne.

car Tacite l'a dit. si le public s'aband o n n e à ses propres inspirations. de Chat. lorsque je v o u s écrivis mes deux billets. je ne me consolerai jamais d'avoir d o n n é un mauvais conseil . il ne semble . » « Je n'ai rien négligé. J e désire que vous soyez en ligne à \ r otre arrivée. « J e le répète. mais nous avons cru qu'il ne fallait rien bâter.LA POLICE POLITIQUE point do votre voyage . les vôtres seront t o u j o u r s excellents . je crois être g a r a n t du succès. Mais. la lecture eut lieu. Il y a de la malveillance d a n s le public. mais ne dites point que je vous en ai parlé. de moribus Gerinanorum.. réplique Humboldt. depuis que les doctes s'en mêlent. et il a dû les traiter avec de grands égards. Je serais bien aise qu'on connût cette belle poésie. « J'ignorais la brochure de M. vous voilà avec de pleins pouvoirs. mais les passions sont à craindre jusque dans le sanctuaire des Muses . Adieu. mais contre ceux qui s'en défendent explicitement sur tous les points. Cet incident est très import a n t . à bientôt. on dirait même qu'elles se sont logées là. vous ne m ' e n disiez pas un mot. et une malveillance toujours croissante. vous savez. » Finalement. « Je ne doute pas du succès. et vous. S'il en est autrement.. et attendri» quelques jours pour se décider. j'espère que ce ne sera q u ' u n e course. que les femmes ont des inspirations particulières. J'ai une sainte terreur des rapports et des tracasseries. des inspirations presque divines. non précisément contre notre illustre ami.

Venez. Il venait chercher la duchesse d'Escars. annoncent évidemment qu'il y a une intrigue entre eux. d'abord pour que j'aie le plaisir de vous voir. Il est t o m b é des nues. mais qu'elle a t t r i b u e encore à la duchesse de Duras.LA POLICE ET LES HUMHOLDT 319 pas qu'elle ait produit grande impression sur les auditeurs de Chateaubriand. ce soir jeudi. qui était à la campagne . » « Vous êtes donc décidé à ne pas venir me demander à diner aujourd'hui. pour ne pas dîner . elle épingle les quelques lignes explicatives que voici : « Les billets ci-joints de la duchesse de Duras au baron de Humboldt et du baron à la duchesse. « Je resterai chez moi. Peutêtre aussi n'est-ce qu'une intrigue académique. en faveur de M. j'ai besoin de vous pour rendre la vie à ce pauvre prince. je vous prie. » Dans le même dossier. car il me parait tout triste de ne pas voir un visage de connaissance à Paris. se trouvent en assez grand nombre des billets dont la police. aux Tuileries. Ne me manquez donc p a s ce soir . p a r ces citations. ou du moins n'en ai-je retrouvé aucune trace. et pour lui dire comment il peut s'amuser. que j'ai envoyés successivement à Votre Excellence. et puis parce que j'aurai un de vos compatriotes. ne donne pas la signature. en quoi consistaient les exploits de la police. en les reproduisant. hier au soir. il m'a trouvée au lieu d'elle : nous avons été à l'Opéra. et puis je l'ai engagé à venir prendre le thé ce soir. Amitié vraie et solide pour la vie. de Chateaubriand. On peut \'oir d'ailleurs. A la liasse de ces lettres. le prince Auguste de Prusse.

Oui. c'est ce soir que je serai chez moi. Ne lui dites pas que je vous en ai fait part et n'en parlez point. et p o u r t a n t il y a quelque douceur à compter solidement sur l'intérêt de ses amis. Mais. » « J e suis désolée que vous soyez venu. toutes les fois que vous ne dînez pas chez des étrangers. vous me ferez plaisir. c'est que vous dînassiez ici. nous sommes loin de compte comme vous v o y e z . Tâchez de me donner un petit moment. lundi . j'aurais une autre ambition. Amitié. ils sont aimables s'ils peuvent.38 4 LA P O L I C E POLITIQUE chez moi deux jours de suite? Gela n'est pas amical. de Chateaubriand dîne . M. si vous voulez me voir dansla soirée. Voulez-vous venir dîner chez moi a u j o u r d ' h u i avec lui? Ses affaires sont arrangées (et il garde la Vallée). » « Je suis venue voir M. Amitié. » « Faites-moi dire de vos nouvelles. je dois aller à Neuilly et j'espère toujours vous y mener à huit heures trois quarts. Je ne compte pas sur vous. il est juste que vous soyez tranquille et rassuré avec nous aussi. de Chateaubriand qui est ici pour trois ou q u a t r e jours. au reste je suis souvent si triste et si maussade que je trouve bien simple qu'on redoute les engagements de l'amitié avec moi. inutilement . mais pas avant neuf heures. hier au soir. ce soir. cela vient en seconde ligne. C'est demain que je m'en vais à Mouchy. vous avez souffert avec nous . » « J'arriverai. après cela.

de fidélité. où vous 21 ... ce soir. Mille amitiés. sans se rencontrer dans toutes les nuances de nos diverses opinions politiques? Je dis dans les nuances. ultra-libéralisme et romantisme. ce naturaliste naufragé de VAlceste.. « Le dernier mot de ce billet arrache à Humboldt une protestation. Si vous êtes toujours malade. Mais s'il y avait un temps. et resterai chez moi. vous accorder toute sa confiance. Faites-moi dire si vous pourrez venir. hélas. « De la rancune ! M'en croyez-vous capable? Ne peut-on pas avoir pour vous la plus sincère estime. je donne moi-même à dîner. Madame la duchesse..LA POLICE ET LES HUMBOLDT 321 demain chez moi. et faites-moi dire si vous viendrez. » « J'ai oublié hier de vous demander de me garder votre dîner de dimanche. si vous êtes mieux. de justice. de liberté civile. dans lesquelles il faut toujours se rencontrer. faites-moi dire de vos nouvelles. parce qu'elles touchent au caractère et à la moralité de l'homme. Si vous êtes guéri. venez me voir. venez-y. qui a décrit le dernier volume en Chine avec lord A. ce qui m'arrive une fois tous les q u a t r e ans. car il y a des doctrines fondamentales d'équité. Abel. Sans rancune. avant que vous me supposiez dans le trimestre des trois péchés de protestantisme. à M. mais pas tard. je ne suis pas libre dimanche . » « Je suis toute souffrante. Me voilà solennel comme un Allemand ! « A propos du dîner.

M. daignez me donner un jour. C'est un mauvais principe pour les unités. je n'effrayerai pas de mes coudes.322 LA POLICE POLITIQUE me permettiez de diner en petit comité de famille. de Saint-Marcellin avait péri dans un de ces duels si fréquents it cette époque entre royalistes et bonapartistes. J ' a t t e n d s des lettres. Que d'expérience in corpore vivo sous toutes les zones ! » Vers la même époque. Pour ne pas chasser un ministre de suite. le Cabinet noir ouvre la (1) Officier das Gardes du corps. Guillaume de Humboldt avait été contraint d'en sortir. au nom du Roi. Cela ne sera pas long. par exemple. (1). Si j'effraye par mes principes. Nous n'avons pas les Catacombes de ce conseil qui ne s'assemble jamais. vendredi? Ordonnez. jeudi. et j · ne conçois rien à ce renouvellement des ministres. Celles que l'on a reçues annoncent que mon frère doit traiter. disposez de moi. parce qu'une petite fièvre de rhume me retient chez moi. et j? ne manquerai pas au dîner de Mme la duchesse. Que cette mort de M.. « Je n'ai pas de nouvelles de mon frère (2).. que les Aristotes politiques exigent dans un ministère classique. » Quelques jours plus tard. dimanche. membre du Cabinet prussien. avec les anciens États. de Saint-Marcellin est affreuse ! Elle se lie à t a n t d'autres idées. depuis deux jours. pour leur vacciner une constitution impitoyablement libérale. on lui propose un entresol t o u t en lui faisant accroire qu'il est resté le maître de la maison. Humboldt écrit encore à sa noble amie : < Je ne suis pas venu vous remercier de votre f aimable souvenir. . (2) Depuis peu de temps.

p a r Mme de Beauvau. vous direz oui pour m'enchanter. je retourne à Bruxelles. si occupé. si aimé. presqu'en tremblant. la plus attachante. car je ne puis me persuader qu'il soit possible qu'un homme. que rien ne serait plus doux pour moi. par les salons et par les savants. où votre souvenir est bien cher et le charme de votre société bien apprécié? Voilà cependant l'espoir qui m'a été donné. si célèbre et si recherché. . v o u s le voudrez. mille affaires surviendront. Peut-être par excès de bonté. que je connaisse et que quelques moments placés entre ces deux absences si tristes et si longues vous empêcheraient peut-être de m'oublier tout à fait. que l'exécution d'une promesse à laquelle j ' a t t a c h e le plus grand prix. à la traverse de vos généreuses intentions. et la géniale intention de franchir u n espace de vingt lieues pour combler de joie et de reconnaissance les habitants solitaires d ' u n château. la famille B e a u v a u s'annonce chez moi.LA POLICE ET LES HUMBOLDT 323 lettre qu'adresse à Humboldt du château de Sechelles. du fond du cœur. et en son nom et au mien. mais vous ne le pourrez point . et que je viens vous rappeler. que ce sera le troisième hiver que je passerai loin de Paris. le n o m est rarement prononcé devant lui. il y a deux mois. d a n s la Somme. et d o n t . « Mais n'importe. et puis au dernier moment. Songez cependant que le 25 octobre. privé d e votre conversation qui est la plus aimable. aujourd'hui. je viens vous dire. la marquise de Bérenger. t r o u v e le temps de venir visiter de modestes campagnards calomniés. vers le 12 ou 15 octobre. heureusement. « Est-il bien vrai que vous ayez eu la bonne pensée.

et aussi celle de mes craintes. quel prix j'attachais à votre bienveillance? » Dans les papiers de Humboldt dont s'empare la police. ensuite viendront les Beauvau qui sont de moitié dans les instances que je v o u s adresse. je vous remets mes intérêts e n t r e les mains. dès les premiers jours du mois prochain. se trouvent aussi des lettres signées L a F a y e t t e et datées de son château de La Grange. « Recevez tous les compliments de M. mon cher ami. en vous disant la vivacité de mon désir. Depuis quelques semaines. Ce sont des gens avec lesquels vous causerez volontiers . mais. de Sismondi qui va venir passer u n mois ici. si vous aimez à faire u n grand plaisir. de Pontécoulant. écrit le général en juin 1817.324 LA POLICE POLITIQUE Enfin. voyez. J ' a t t e n d s v o t r e réponse avec inquiétude. j'hésitais à vous écrire . et aussi M. et sincère. et plus je craignais d'être oubliée. de Bérenger et l'assurance du vif plaisir qu'il aurait à vous recevoir. A présent que le moment approche. monsieur. A h ! ne dites pas non. à causer une joie vive. je vous en prie. et qui conserveraient un long souvenir des instants que vous aurez eu l'amabilité de leur accorder. que je n'ai eu le plaisir de . « Il y a bien longtemps. » « J ' a t t e n d s M. venez chez des gens qui savent si bien apprécier votre caractère noble et indépendant. « Adieu. et décidez. avant qu'elle n'arriv â t . plus l'époque où je sollicitais votre visite était encore éloignée. Ne sommesnous pas d'anciennes connaissances. et ne vous ai-je p a s dit et témoigné mille fois.

a-t-on dit. Il faut un artiste habile et un excellent ami. Dans ce cas. mais. une image de sa jeunesse où l'on r e t r o u v e encore ses traits et son regard. où nous aimons à rechercher celle des derniers temps. depuis une dizaine de jours. de Tessé. ici. de Tessé avait fait faire. et. il y a plusieurs années. sans nuire à la ressemblance de sa jeunesse. agités par une fermentation de marchés qui n ' a t t i r e r a pas les vendeurs et qui pourra être suivie d ' u n e crise terrible. Serait-ce la restauration. « Nous sommes entourés. il faut le réparer. et j'ai chargé le porteur de cette l e t t r e de le déposer chez vous. a v a n t tout. Mon fds l'a fait restaurer avec soin. Les simples . je viens vous demander un service que vous m'accorderez à bien des titres. La multitude a dicté le prix que l'autorité a prononcé. assaillis par une mendicité menaçante. Ce ne sont pas les changements de costume que M. de misères affreuses. Mais. Nous avons un portrait charmant de notre adorable M. dont le tableau n ' é t a i t séparé que par le plâtre et un papier.LA POLICE ET LES HUMBOLDT 325 vous voir et de recevoir de vos nouvelles . sans deviner la cause de ce dépérissement. ou dans le lieu que v o u s lui indiqueriez. et nous l'avons placé d a n s le salon de La Grange . nous l'avons v u se gâter peu à peu. où il serait à l'abri de l'influence du grès. de Tessé. je le placerais sur la glace du salon. le c h a n g e m e n t de toile opéré par les personnes. après qu'il aurait été rétabli. J ' a i pensé que vous trouveriez quelque jouissance à prendre des soins pour le portrait de notre cher M. les plus habiles en ce genre? Peut-être est-ce l'humidité de nos murs de grès.

qu'une gazette. p a r les journaux. ce matin. J ' a i besoin de savoir ce que l'on en pense . et de son auteur. Celles-ci doivent beaucoup gagner à cette aventure. donnez-moi. que deux traductions se font en même temps. autant qu'ils le peuvent. aussi mal instruite que le journal. fort effrayé d ' u n article du Journal général qui faisait craindre la perte de mon aimable lady M o r g a n .320 LA POLICE POLITIQUE citoyens se bornent à soulager. mais. mes enfants et moi. laissant a u x administrateurs le soin des mesures générales . Il me semble que les n o u v e a u x É t a t s embrassent bien plus franchement les doctrines américaines du Nord qu'on ne l'aurait fait dans les ci-devant colonies espagnoles. de la fin de mars. Oh ! quel événement glorieux ! quelle leçon pour nos petits t y r a n s de l'ancien monde ! « J'ai été. où il m'écrit qu'elle achève un ouvrage sur la France. l'autre jour. mais. j'aurai vu dans u n demi-siècle. Je vois. même de leur organisation. nous nous sommes rassurés. assurait être à Paris ? « Mon fils. Si j'ai le bonheur de vivre encore dix ans. et que j'ai reçu une lettre de son mari. bien agréablement distrait de nos infortunes p a r la révolution aussi admirable qu'inattendue de la république brésilienne. je crains bien que cela ne finisse très mal. « J'ai été. cemme il parle de publications posthumes. non seulement l'affranchissement mais la liberte de l'Amérique entière. sous le r a p p o r t de leur indépendance. je vous prie. Avez-vous entendu parler de cet ouvrage. les m a u x individuels. votre avis particulier. sa f e m m e et ses enfants sont partis . qui auraient eu le temps d'être traduites.

Je serai absent. dans le courant de juin. dans cette dernière nuit. κ 13 septembre. J'en profiterai pour vous voir ainsi que tous mes bons et fidèles amis . dont je compte passer trois en Angleterre. car je voudrais respirer aussi peu . et après le grand dîner du 14 juillet. Il ne me reste que le t e m p s de me rappeler. dont la bienveillance est d ' u n si grand prix pour moi. Lui parlez-vous souvent? Quelle est son opinion sur l'octroyement constitutionnel qui va être fait à la nation prussienne? Que pense-t-elle de la situation actuelle de la France? » Nous n'avons pas la réponse d'Alexandre de H u m b o l d t à cette lettre. au moment d'aller à. p e n d a n t six semaines. jusqu'à l'époque de la moisson. en voici une qu'il écrit à La F a y e t t e en septembre 1818. de Hardenberg.Londresvoir son frère qui s'y trouve comme ministre de Prusse et d'Aix-la-Chapelle où l'a mandé le chancelier. est-ce que vous ne viendrez pas à Lagrange? « On m'écrit que Mme de Staël va un peu mieux. j'irai rejoindre ma famille. Il est probable que je ferai une petite visite à Paris. prince de Hardenberg. ont singulièrement accéléré mon départ de Paris. pour tondre mon troupeau. à M. au milieu du mois. qui siège dans le Congrès. Mais.LA P O L I C E ET LES HUMBOLDT 327 p o u r nos montagnes d'Auvergne . le général de La Fayette. mais. — L'incertitude de ne plus trouver m o n frère à Londres et la nécessité de me rendre dans la sainte ville (Aix-la-Chapelle). mes filles se proposent d'y aller. je resterai ici. et dans les environs. d'après l'invit a t i o n de M.

ni du p r o j e t de mon ami le capitaine Symnes. Il me paraît que l'influence des puissances européennes sur Buenos-Ayres sera à peu près comme celles qu'elles exercent sur l'ouverture du Pôle ! Les événements se développent inévitablem e n t . de H u m boldt. Mendelssohn de vos occupations. de v o t r e santé. oû luit un soleil souterrain. le 4 septembre. j'ai g r a n d (1) On lit en marge de cette copie l'annotation suivante de la main d ' u n policier : « Cette lettre avait été laissée par M. » E n même temps que cette lettre. mon cher et respectable général (1). et je pense que le genre h u m a i n gagnera de vigueur et de santé malgré ses médecins. qui v e u t v o y a g e r avec moi dans l'intérieur du globe. avec ce vif intérêt que vous n'avez jamais cessé de m'inspirer. mon cher H u m boldt. Vous voulez bien me ranger parmi ceux qui. Je m e suis longtemps entretenu avec M. vous sont le plus sincèrement attachés . à laquelle celui-ci fait allusion dans la sienne. depuis longtemps. 44. Kunth. son secrétaire. de vos projets. « J ' a i lu votre lettre.328 LA POLICE POLITIQUE que possible de cet air de congrès. le jour de son départ. accordez-moi donc la satisfaction de vous embrasser ici. l e comte de Tracy. Il paraît que l'on ne s'y occupera ni de la pacification des colonies espagnoles à coups de baïonnettes. Elle est datée d'Aix-la-Chapelle. et que je vous conserverai ad cineres usque. de l'ardeur infatigable avec laquelle vous vous y livrez en recueillant toujours de nouveaux succès. à M. Adieu. pour la porter et la recommander aux soins de M. rue d'Anjou-Saint-Honoré. du souvenir que vous continuez de vouer à vos amis et à votre patrie. » . la police comm u n i q u e celle du prince de Hardenberg à H u m boldt.

» Au reçu de cet appel du chancelier. qu'il a rédigée en notes détachées. et vous pensez bien que dans le nombre se trouve celui de convenir avec vous sur les moyens de vous être utile et de faciliter vos plans. avec le dessein d'y rester cinq ou six jours auprès de son frère. il se mit à dire tout h a u t : « Comme (1) κ M. et l'espoir d'être présenté au prince régent qu'il n'avait pu voir lors d ' u n précédent voyage.LA POLICE ET LES HUMBOLDT 329 besoin de vous entretenir sur mille sujets. de Humboldt i s t parti ce matin. Il ajoutait : « M. et vous y rencontrerez plusieurs de vos anciens amis. L'agent secret qui donnait ces nouvelles croyait que le savant prussien emportait au Congrès un long mémoire sur les colonies hispanoaméricaines qu'il avait autrefois visitées. cela est certain) que M. mais qu'il a été impossible de se procurer jusqu'à ce moment. pour Londres. de Humboldt est peu l'ami de la famille des Bourbons et de la légitimité. Humboldt a v a i t annoncé à ses amis son prochain départ et h â t é ses préparatifs. mais je serai de retour avant le 26 (1). » (Annotation de la police. 1•'* septembre.) . J e pars demain pour visiter encore une partie de la province. a v a n t de repartir pour Aix-la-Chapelle. On se rappelle qu'une fois chez le peintre Gérard. de Humboldt emportera avec lui une espèce de coup d'œil sur la situation de la France. Paris est si peu éloigné. Ce serait au commencement d'octobre qu'il faudrait venir. « On regrette de dire (mais. où il y avait des lys pour une fête. d'où il se rend à Aix-la-Chapelle. Il se mit en route pour Londres le 14 septembre.

Je n'ai plus su ou ma réponse v o u s trouverait et si elle devait aller vous chercher. « J'ai reçu v o t r e lettre d'adieu avec une v i v e reconnaissance. j ' a p p r e n d s que vos monarques viennent à Paris.. il sera nécessaire que je p a r t e pour Lagrange. Pendant que je m'inquiétais pour c o m m u n i q u e r avec vous. mon cher ami. c'est-à-dire à la veille du jour où le s a v a n t prussien doit r e n t r e r à Paris. mais. mais en même temps avec bien du regret de perdre l'espoir de v o t r e visite à Lagrange. et j'y serai jusqu'à lundi s'il fallait attendre un jour de plus pour vous rencontrer . » . Je suis ici rue d ' A n j o u . » La Fayette ne répond à Humboldt que le 26 octobre. 35. lundi à neuf heures. J ' a i donc l'assurance de vous revoir bientôt. où certainement le roi de Prusse ne m a n quera pas de vous ramener. jusqu'à dimanche.330 LA POLICE POLITIQUE cela pue la légitimité ! » Il est à craindre q u ' a u Congrès d'Aix-la-Chapelle il ne donne de fausses notions aux souverains sur l ' é t a t de la France.

Il suffit de lire ces confidences pour deviner combien confiante et t e n d r e était l'intimité qui régnait entre les deux frères. Il va nous m o n t r e r quelles étaient. frère d'un grand savant. eussent été supérieurs à ceux qui lui avaient assuré à lui-même une renommée universelle. à la date où elles furent écrites. de tes aimables lettres d u . les préoccupations d ' u n diplomate prussien. savant lui-même. celle de Schiller n o t a m m e n t .III Dans les pages qui précèdent. mon cher Alexandre. « Bourgouine. on n'a vu figurer qu'Alexandre de Humboldt et quelques-unes des personnalités parisiennes avec qui il était en relalions. 10 février 1817. comme si les mérites qui en justifiaient le succès. Avec les lettres qui suivent.. combien vive l'admiration de l'aîné pour le plus jeune et la sollicitude du plus jeune pour cet aîné dont les soucis ne le préoccupaient pas moins que les siens et dont il suivait la carrière a\ r ec orgueil. et par surcroît. son frère le b a r o n Guillaume entre en scène. estimé comme philologue et assez versé dans les arts et les lettres pour avoir mérité l'ami lié des écrivains les plus considérables de son pays. — Mille grâces.

je n'ai que celles des réclamations des particuliers. . Hermann et Adélaïde sont venus nous voir. ainsi que les autres que tu avais destinés pour Berlin.bien. que le (1 ) Frédéric-Auguste Wolf. Il est du plus h a u t intérêt comme t o u t ce que t u écris. et j ' y reste jusqu'au 1 e r de mars. et je ne saurais te dire combien j'admire que t u aies su manier d'une façon aussi supérieure une langue morte. j e m ' y trouve à merveille. depuis les derniers jours de janvier. Quant au fond. Caroline même souffre moins. je lui ai envoyé. les exemplaires. « Je suis ici. philologue allemand. je n'en parle pas. vis-à-vis de la France. . en originalité. cl de l'excellent ouvrage qui les accompagnait . Ma femme et mes filles sont bien portantes . t u sauras déjà que je n'ai été nullement appelé à Berlin. sur-le-champ. qui ne me quittent nulle part. Au reste. Q u a n t à mes affaires. et je n'ai nulle p a r t observé que tes ouvrages m a n q u e n t de correction. en l'adapt a n t à des matières que les anciens n'ont jamais traitées avec une certaine p r o f o n d e u r . mais qui n'ont que cet a v a n t a g e seulement. on perd toujours par là. tu as très bien fait de ne pas trop suivre les conseils de ceux qui se piquent d'une grande pureté dans les langues anciennes.38 4 LA POLICE POLITIQUE 3 janvier. et nous passons des journées fort gaies et fort agréables. Wolf (1) est avec raison enchanté de ta dédicace. et celles de mes terres. et ne se rencontre nulle autre p a r t aussi . mais. il a fait mes délices ici. je l'avais sollicité p o u r trois m o i s . je n'ai pu quitter F r a n c f o r t . J'avais demandé et obtenu un congé pour me rendre à mes terres.

je n'en sais rien encore. quelle que fût la résolution que prît le Roi. « On persiste à dire que j'irai à Londres. il ne me manquerait donc rien absolument. on satisfait à mes demandes.pas grande. puisque ma femme veut partir p o u r l'Italie au commencement d'avril. Ma fortune n'est . et qu'on m'envoie en Angleterre. je n'en serai pas mécontent non plus. car on ne sait que faire de moi. même p e n d a n t de longues études. c'est au fond ce q u e je préférerais.LA POLICE KT L Ε S 11 L'M Ii OL I) Τ 333 11 janvier. « Si d'un autre côté. et l'on avait pour bien des raisons. Je prévois facilement à quoi on se décidera. J'ai écrit. pas même de me trouver infiniment mieux que d a n s les affaires si épineuses du moment. depuis des années. et j'ai demandé cinq mille livres sterling. Je n'ai pas dit le plus petit mot sur ce que je devais devenir. Gela va donner beaucoup d'embarras. comme cela est très possible. On a voulu me donner vingt-cinq mille écus d'appointements. et j'ai écrit au chancelier qu'il m ' é t a i t parfaitement indifférent. qui n'ont jamais été de mon goût. je demanderai sans difficulté ma retraite entière . ce p r i n t e m p s . sans cela. après quelques pourparlers avec le chancelier. mais j'ai fait d'assez grandes dépenses d ' a u t r e p a r t . directement au Roi. Si l'on ne me traite pas comme je le désire. mais tellement rangée·que je puis très bien vivre d a n s l'indépendance. et il f a u t que je sois à Berlin. au commencement de mars. désigné la mission de Londres. de tous les livres dont je pouvais avoir besoin. si je n'allais pas à Londres. . Je me suis privé. et qu'il f a u t pourtant un peu se préparer à un tel voyage.

T u y auras vu que j e n'ai pas passé par Calais. La mer était agitée. — Tu dois avoir reçu une lettre. mais q u e j'ai préféré le t r a j e t le plus long? Si j'étais seul comme à présent je serais tenté de le faire t o u j o u r s . 1 ) Quelques semaines plus t a r d . excepté p o u r dîner. Je viendrais plus tard moi-même à Paris. J'y passerais quelques années avec beaucoup d'intérêt.334 LA POLICE POLITIQUE Il y a à côté des affaires. J ' a i v u d é j à plu- . quoique tout le m o n d e autour de moi f û t malade. en me rend a n t à Londres. mais que je me flatte p o u r t a n t que tu voudras venir me trouver d a n s les Pays-Bas. Je n ' a i pas eu le moindre sentiment de malaise. p o u r m'accompagner. J'ai passé délicieusement m a journée entre <illisible) et Harwik. longtemps après q u e les tiennes étaient parties. des études bien import a n t e s à faire dans ce pays. et auxquelles je m'adonnerais alors. ( q u e je ne compte pas passer p a r Paris. 23 octobre 1817. et m ' y être c o m p l è t e m e n t installé. cher Alexandre. il écrit à son frère : « Londres. mais le ciel s'éclaircissait de temps en t e m p s : je n'ai pas q u i t t é le tillac. après avoir pris une maison à Londres. e t pour rester quelque temps avec moi à Londres. Guillaume était n o m m é à Londres et de là. < Je t'ai déjà écrit dernièrement. Ce serait u n plan délicieux et auquel j ' a t t a c h e le plus grand prix. On voit si peu la mer qu'il serait mal fait de ne pas profiter des occasions où cela p e u t se faire sans inconvénient. mon cher Alexandre. j u s q u ' à onze heures que je me suis couché. qui m e m a n q u e n t à présent.

et que ses œuvres rapprochent de l'École française. J e n'ai aucun fonds pour lui. ils m'ont parlé avec g r a n d e affection de toi : mais. ils sont à Francfort. et j ' a i aussi bien fait. il n'est pas facile. c'est-à-dire ceux que j'aurais voulu avoir avec moi. « Je suis infiniment heureux de voir que t u penses sérieusement à venir me voir ici. J ' a i hésité à les apporter ici. qui s'était Qxé à Paris où il mourut ea 1856. Il nous sera impossible de faire la moindre des choses pour A. à peine possible de cultiver beaucoup leur société.LA POLICE ET LES II UM HO D L Τ 33. Mais. . Λ présent encore. Parles-en un peu à Steuben (1) lui-même. à moins que t u n'y sois déterminé par les raisons importantes que tu m ' a s fait connaître. peintre allemand. mon cher Alexandre. t o u t le monde est à la campagne et ne reste que peu d'heures pour soigner quelques affaires. Je suis infiniment touché de toutes tes bontés. parce que je sais que tu n'es pas difficile sur ce point. car il aurait (1) Le baron de ßteuben. d a n s six grandes caisses. « Poui^ ton p o r t r a i t ...i sieurs fois Hamilton et Canning. j e crains seulement qu'il ne souffre en étant deux fois emballé et déballé. je désirerais l'avoir ici. J'ai pris une maison qui sera assez g r a n d e pour te loger. je voud r a i s que t u attendisses encore q u a t r e à six semaines a v a n t que de venir. car comment placer cela? Je ne pensais pas non plus faire un triage. « Pour mes livres. mon très cher Alexandre. car tu sais que les maisons d'ici n'offrent guère de grandes pièces. et tu peux être sûr q u e je les reconnais entièrement.

é t a n t incertain si ces lignes te trouveraient encore à Paris (1).. aujourd'hui. 27 octobre. où. Tu n'as pas idée combien les affaires et les occupations qu'entraîne une mission produisent un gaspillage estimable de temps. — Je t'ai écrit à Douvres. je doute que je travaille ici précisément pour faire imprimer. » « Londres. Cela est encore plus le cas ici qu'ailleurs. à cause des énormes distances. J'espère. n'y o n t prcsqu'aucun intérêt. toutefois. Je suis enchanté de ta (1) Alexandre était parti la veille pour Londres. et je suis bien aise d'étudier plus particulièrement les objets qui tiennent à ce pays. ce qui est le principal. Ne tarde pas de rue le donner. « J'écris aujourd'hui à J. Au reste. je suis impatient de le lire.336 LA POLICE POLITIQUE fallu t o u t déranger. par le moyen du courrier anglais ou français. comme nous. Mais. On voit facilement qu'il y a dans ce soin p o u r l'Amérique beaucoup de sentiments entièrement européens. c'est que je ne crois pas que je sois longtemps ici.. Je lui ai recommandé de te demander expressément si tu as quelque chose à me faire passer. on perd une bonne partie de la journée dans les rues. « J ' a i vu avec plaisir que t u as été consulté pour les affaires de l'Amérique . soit en voiture. recevoir au plus t ô t ton ouvrage. . pour me faire nombre d'envois. Il est singulier que l'Amérique occupe tant à présent les puissances européennes et môme celles qui. soit à pied. personne ne connaît en Europe ce pays aussi bien que toi.

Tu dormiras avec M. » Le dossier que nous compulsons reste muet jusq u ' à la fin d'août 1818. J'ai la plus grande impatience de te revoir.. t o u t cela m'enchante et me rend également heureux. dans une maison Portland. Ne loge pas chez R. cela ne tiendra qu'à toi. et je te prie de descendre. te voir. a t t e n a n t à la salle à manger.. Il sera près de nous et également bien. Guillaume qui n'a pas quitté Londres y attend de nouveau son frère et se r é j o u i t de le revoir. Je suis bien fâché de ne pouvoir loger également Arago . les maisons anglaises sont si ridiculement petites ! mais je lui conseille de se loger à Moringhotel S t r e e t . Si t u veux travailler avec lui. J ' a i pour moi encore le logement du devant. chez moi. dans tous les cas. p o u r le moins pendant trois semaines. T o u t est arrangé p o u r le mieux. dès après-demain soir. et de la certitude que tu y donnes de t'embrasser sous peu.LA POLIGE ET L E S HUMBOLDT 337 résolution de venir ici tout de suite. dont je serai charmé de faire la connaissance. Tu trouveras ta chambre toute préparée. et mon vieux salon sera ta demeure pour le jour. place 17. A cette date. Je demeurerai. après une séparation de dix mois. Te voir bientôt . Valenciennes aura une très grande chambre pour le m ê m e usage en bas. dans la petite chambre que j'ai fait préparer pour toi seul. — Je ne saurais assez te remercier de ton aimable lettre du 22. dans ma maison. Valenciennes. 27 août. te posséder chez moi. Manchester Square. » 22 . « Londres. dernièrement. M.

et savoir toutes nos relations avec feu M. j e n'ai rien pu apprendre ici à son égard. Là. j'espère aussi que l'impression v a à ton gré. dans les premiers jours je n'avais rien à te dire qui p û t t'intéresser beaucoup. et n'a pas cessé de faire des questions sur t o u t ce q u i nous regarde. les occupations de celui-ci se multiplièrent et l'absorbèrent. « J'ai eu le fameux entretien avec qui tu sais (1). premièrement. qui est donc un certain Sir Jackson qui est t o m b é ici chez moi. mon cher Alexandre de ne pas t'avoir écrit jusqu'à ce jour. « Francfort. . Comme cela ne me paraissait pas t r o p plaisant. mais j'ai tellement été par voies et par chemins. et une petite demi-heure a v a n t le sien. que je n'ai guères eu de loisir. On m'a fait q u a t r e propositions : les deux que tu connais. et que t u y continues tes travaux avec une ardeur redoublée . 14 décembre. — Je te demande mille fois pardon. depuis que j'ai quitté Aix-laChapelle. Ce n'est q u e bien après la fermeture du Congrès qu'il p u t se rappeler au souvenir de son frère. je lui ai répondu assez froidement . A propos. d'ailleurs. avec qui il s'était trouvé en désaccord sur la politique du moment et à qui il avait donné sa démission de ministre à Londres. l'Austrasie (1) Le chancelier prince de Hardenberg. Storn? Il n'a été qu'un q u a r t d'heure chez moi.338 LA POLICE POLITIQUE Le séjour d'Alexandre à Londres fut abrégé par la nécessité où se trouvait Guillaume de se rendre a u Congrès d'Aix-la-Chapelle. « Je me flatte que t u seras arrivé heureusement à Paris. prétendant t e connaître. l'avant-veille de mon départ.

telle somme que je demanderais . il m ' a embrassé tendrement. qui s'y trouve. quoiqu'il eût dit qu'il voulait reprendre la conversation en chemin. par là. il ne l'a pas fait . et qui est mon ami. mais. J'ai refusé péremptoirement ce dernier. et on a fait l'aveu remarquable que mon attitude serait trop indépendante. on m ' a proposé de retourner à Londres pour une année. je ne l'ai plus vu seul . en m o n t a n t en voiture. après. refus net de ma p a r t . d'aller à Rome (mais après avoir fini ici) pour négocier le concordat. passer quatre semaines aux terres de ma femme. E n troisième lieu. les démonstrations extérieures ont toujours été les mêmes . Les affaires dont j'ai été chargé me retiendront ici aisément jusqu'à la fin de février et je répands que je veux aller.. jusqu'au m o m e n t où nous nous sommes quittés à Coblentz. et j'ai montré les difficultés du premier. Pour le moment.LA. . Depuis ce jour. on me laissera probablement tranquille. « Il n'y a guère de doute que les offres et les propositions qu'on pourra encore me faire seront de même nature.. pour me dédommager des frais du double ménage. On a été fort mécontent. disant que je ne voulais céder en rien. si j'étais seulement au Conseil d ' É t a t et par conséquent sans appointements. et de me donner. mais. J'ai dit que ce serait blesser tout ce que je dois à N. P O L I G E ET LES HUMBOLDT 339 et le p a r t a g e du ministère de l'Intérieur. sous différentes formes . et c'est ainsi que nous nous sommes séparés. J'écarte. je déclinerai fortement t o u t ce que je ne pourrai point faire accorder avec mes principes et mes convenances. Enfin.

C'est. Il serait superflu de dire que son amour-propre continue à être des plus actifs. Ce qu'il en pensait. pendant de Schlegel. il le confiait à son frère : (1) Guillaume l'ami de Mme de (2) Le général en 1815. Les antiquités de Trêves sont remarquables. J'ai vu Schlegel (1) à B. c'est qu'il s'adonne à des recherches dans lesquelles il entre infiniment de détails purement mécaniques. et y sera sans doute très utile. Dès le début de 1819.. selon moi. que jusqu'à ce jour. Je crois qu'il finira par avoir une place à Londres. chargé d'une négociation. le célèbre critique a l l e m a n d qui f u t Staël. et le chancelier a fait beaucoup pour les faire déblayer et nettoyer. . elle était plus heureuse et pouvait faire connaître ce que pensait le s a v a n t prussien du cabinet Dessoles qui venait de succéder au cabinet Richelieu. le meilleur choix qu'on puisse faire dans ce moment. « Adieu. » On a pu voir. ce qui lui fait négliger ses talents poétiques.. mais ce qui m'était nouveau. etc. « Muffling (2) est allé à Bruxelles. Mais elle ne t a r d a pas à prendre sa revanche. gouverneur de Paris le s é j o u r des alliés. m o n cher Alexandre : je désire vivement que nous ne soyons pas longtemps sans nous revoir de nouveau et je me flatte que t u viendras à Berlin avant ton g r a n d voyage. la police n'avait découvert dans les papiers d'Alexandre de Humbolt que de rares lettres de lui. . prussien baron de Muffling. et ce que je plains. il paraît s'y plaire.38 4 LA POLICE POLITIQUE tout soupçon d'empressement de me rendre à Berlin.

— Les dernières semaines o n t été ici fort orageuses. soit ultra. Les ultras se v a n t a i e n t déjà de leur triomphe. c e t t e multitude d ' h o m m e s qui crevaient d'envie d ' ê t r e ministres. dans cette affaire. opposée s u r t o u t à celle de tous les . elle est d i a m é t r a l e m e n t opposée à celle de tous les voyageurs allemands qui retournent à Francfort . des changements qu'ils allaient opérer. parce que l'ensemble du ministère qu'on allait former (mosaïque d ' h o m m e s de tous les partis) ne leur inspirait pas de confiance. p e n d a n t trois jours. les personnes qu'on allait chasser sont m o n tées en grade.LA POLICE ET LES HUMBOLDT 341 « 9 janvier 1819. Voilà mon opinion individuelle . tout cela était un spectacle très instructif. et le p a r t i vaincu a été plus m a î t r e du terrain que jamais. L'imbécillité de ceux qui. et quelques heures après. et qui refusaient. on a été sur le point d'agiter sérieusement les provinces. À force de crier que la France était en danger. et je crois que l ' a n n é e se passera beaucoup p l u s tranquillement que si le ministère avait été disposé à agir dans le sens opposé. ont eu la c h u t e de leurs ennemis en main. ni su en profiter. Comme sur les affaires i m p o r tantes. et qui n'ont pu. qu'il fallait changer les lois que l'on venait de faire l'an passé (celle des élections et du recrutement). « Le nouveau ministère agira dans le sens de la masse de la nation. il f a u t s'exprimer avec franchise. que l'on a v o u l u former. mon opinion est que la tranquillité de la France est b e a u coup plus probable avec le ministère actuel q u ' a v e c le ministère soit mixte. Ce conflit des passions. est au-dessus de t o u t ce que l'on a vu dans la journée des Dupes. On ne touchera point à la C h a r t e .

Monsieur. Alexandre de H u m boldt se préoccupait de ce frère bien-aimé qu'il savait quasi brouillé avec Hardenberg et au sujet duquel les j o u r n a u x publiaient les commentaires les plus contradictoires. — J e suis eu peine. de la position future de mon frère . Ah ! quel déplorable renouvellement de ministres. « Tu n'es pas facilement effrayé.38 4 LA P O L I C E POLITIQUE diplomates. et en possession de la confiance du chancelier. mon cher ami . Savez-vous quelque chose de Francfort? Pourrais-je voir la Gazette officielle qui annonce sa nomination. après avoir été longtemps attaché à la légation de Prusse à Paris. homme d'État prussien. résidait maintenant à Berlin comme conseiller intime. je n'en ai aucune nouvelle directe. Il est probable que la première nouvelle de la retraite du duc de Richelieu paraîtra hostile aux étrangers. c'est pour cela que je t'ai écrit avec cette franchise. Sans nouvelles directes de lui. directeur . La France restera très tranquille. » En même t e m p s qu'il rassurait son frère sur la situation des affaires de France. « 4 février. peut-il accepter u n entresol dans la maison de M. s'il n'y a point u n choc extérieur. et comment mon frère qui sait refuser. S*** (1). et j'ose vous prier de m'en dire quelque chose. il en demandait à Frédéric de Schœll qui. l i e s t si facile de parler du triomphe des Jacobins ! Quiconque connaît les ressorts de cette petite révolution ministérielle sait qu'il n'y a rien de haineux pour l'étranger dans toute cette affaire. Le rédacteur d ' u n article qui a p a r u (1) Le baron de Schuckmann. à l'exception de sir Charles S t u a r t .

durant peu de temps. on aurait pu dire que c'était par erreur que. tout en lui faisant accroire qu'il est encore maître de la maison. etc.LA POLICE ET L E S II UM Ii Ο LI) Τ 343 aujourd'hui dans le Journal des Débais sera extrêmement désagréable à mon frère. elle avait été retenue par la police le temps d'en prendre copie. » Quelques jours plus tard. Avec un peu de décence et de bienveillance. c'est comme si on leur disait : n'en croyez rien. — Ma dernière lettre. dans lesquelles on enterre en France les ministres déchus. de Schuckmann un entresol.. disent que tu es ministre de l'Intérieur. . cher ami. ministre de l'Intérieur. J'ai de la police à Berlin et qui fut. (1) C'est la lettre du 9 janvier qu'on a lue ci-dessus. De grâce.. on a voulu laisser à M. quoique confiée à un secrétaire d'ambassade. « 15 février. alors à Francfort. interrogeait son frère. Il est à remarquer que. J'espère que t u l'as reçue. toujours en quête d'informations. elle traitait longuement du nouveau ministère. semblent être mis comme de ces grandes nouvelles qui peuvent consoler les hommes monarchiques . Il a frappé et il frappera tous ceux qui lui sont attachés. la patrie n'est pas en danger. le signataire de cette missive pressante. Ces mots en italique : le Baron de Humboldt n'est pas ministre de Γ Intérieur. ditesmoi si vous savez quelque chose immédiatement de Berlin sur la position des choses. t ' a été portée p a r un secrétaire d'ambassade du comte de Goltz à Francfort (1). puis elles disent après que t u ne l'es pas ! J'ai compris que comme la Prusse n'a pas les catacombes du Conseil. les gazettes françaises (et je ne puis m ' e n procurer d'autres). E n attendant.

d'après ce que je sais avec certitude. à faire partie du ministère prussien avec l'espoir d ' y faire prévaloir ses idées libérales. » n'est point de Goltz. Donne-moi. la lettre suivante adressée par Alexandre de Humboldt au chancelier de Prusse prince de Hardenberg vint prouver à la police combien le préoccupait la situation de son frère.. depuis 1793. Un article dans le Journal des Débais. Mais. de Schoell. il semble que le chancelier ne le lui avait ouvert que dans le dessein de le ramener aux siennes et de l'annihiler en les lui imposant. De H. je t e l'envoie. résolu à le briser s'il ne réussissait pas à les lui faire accepter. » a Au mois de juillet 1819. permets que je le fasse relier ici à tes frais. La rudesse du style et l'inconvenance du ton me l'avaient fait soupçonner. quelques éclaircissements. Déjà Schoell m'a dit qu'il n'y avait mis aucune importance. après de longues hésitations. Guillaume avait consenti.. 30 juillet 1819. etc. n'est pas ministre de l'Intérieur. » « Paris. mais. où Votre Altesse a daigné m'attacher à sa personne.38 4 LA POLICE POLITIQUE peine à croire que tu aies approuvé cette funeste répartition des ministères. je pense que t o u t est encore incertain. et qu'il avait voulu seulement rectifier une erreur. comme je suis p a u v r e d'argent dans ce m o m e n t . et comme je n'ai pas de nouvelles. — Monseigneur. Il a la main heureuse ! « Je te ferai passer mon ouvrage sur Γ Egypte . qui commence comme un coup de canon : « M. et . depuis u n grand nombre d'années. mais. je te conjure. et q u ' à tes frais de même.

J'aurai l'honneur de vous adresser sous peu la première esquisse de mon plan de voyage (1). Je le dis à tout ce qui m'entoure. L'expression de ma reconnaissance doit avoir de la monotonie . les travaux plus mûrs d'un temps où l'on apprend à dompter son imagination et à reconnaître les véritables biens de la vie. que vous aimez à voir de t e m p s en temps cette écriture qui vous l'appelle d'autres époques bien éloignées de la vie. de respect et de reconnaissance. Le plus grand m ' a paru cette bienveillance constante. . Chaque année a été signalée par des bienfaits.LA POLICE ET LES HUMBOLDT 345 m'honoivr do sa confiance. Daignez agréer l'hommage renouvelé de mes sentiments d'affection. j'en rendrai le compte le plus détaillé. sans avoir à lui parler de ma reconnaissance. (2) Un des plus brillants élèves de l'orientaliste Sylvestre de Saey. l'un sous la forme officielle. J'aime à vous devoir ce qui m'arrive de bien dans ce monde. Jamais gouvernement n ' a agi d'une manière plus libérale et plus délicate envers un homme de lettres. jo ne lui ai jamais écrit. « J'ai reçu les douze cents écus que Votre Altesse a daigné me faire assigner pour l'achat des instruments et des livres. Je ferai même ce p l a n en double. Amédée J a u b e r t (2) qui est encore à la campagne pour se (1) Il préparait déjà son grand voyage d'exploration dans l'Asie centrale qu'il ne put faire qu'en 1829. je connais cependant assez votre cœur p o u r savoir qu'elle ne vous déplaît pas. cet intérêt non interrompu par lesquels vous avez encouragé les premiers essais de ma jeunesse. « Je suis à a t t e n d r e le retour de AI. les épanchements me sont un besoin. l'autre d a n s une lettre adressée au prince chancelier d ' É t a t .

vous envoyer du vin de Shiraz. Je crains que c e t t e hési- . Il y en a trois cents en vie). Erzeroum. q u a t r e cent mille francs. je compte cependant faire t o u t le contraire de ce que je dis. J ' a p p r e n d s avec beaucoup d'assiduité le persan. J ' a i cru que je serais un p e u plus tranquille. mesurer barométriquement t o u t e la Perse. à ce que le comte de Goltz me dit. en répondant que je vais par le cap de Bonne-Espérance.346 LA POLIGE POLITIQUE délasser des fatigues de sa course aux b o r d s de la mer Caspienne. des fabriques d e laine et de commerce. C'est lui qui a été chercher ces chèvres Kirguises q u e l'on v e u t absolument nommer chèvres de Cachemyre et qui ont coûté au gouvernement. d u nord au sud. Je pourrai. et l ' A r a r a t h en Perse. L'idée de Votre Altesse de réunir les diverses questions d'utilité publique est aussi juste q u e facile à mettre à profit. et passer p a r Bander-Abassi dans l'Inde. Je suis tellement harcelé de lettres que l'on m'adresse sur mon voyage depuis six mois que je ne puis m'en tirer sans secrétaire. si je n e vous parlais p a s de ce qui m'agite si vivement en ce moment. par Angora. et que je retourne par terre. J e compte aller p a r Constantinople. mon frère en chemin pour Berlin ! Ce serait m a n q u e r à cette franchise dont vous m ' a v e z t o u j o u r s fait un devoir. Voilà. du Mazanderan au golfe Persique . Les dilettanti voyageurs craignent heureusement les longues navigations. où les rochers volcaniques des Dardanelles ont été m a l vus jusqu'ici. p a r cette route. fournir beaucoup de renseignements utiles à m o n pays sous le rapport de la teinture. j'ai des leçons tous les jours.

l'étendue de vos vues. j'ai différé avec Votre Altesse dans des idées de détail. je connais. j'ose dire votre amitié. p a r une si longue et si ancienne expérience. sur les modifications du plan constitutionnel? Je sais que mon frère a le plus vif désir de m e t t r e en œuvre tout ce que la nature lui a donné de talent et de forces pour vous seconder dans le grand œuvre qui doit couronner vos t r a v a u x antérieurs. avant d'accepter la place que Votre Altesse lui a destinée. J'ai sans cesse agi dans le sens qui a rapport au désir énoncé par Votre Altesse dans notre dernière conversation confidentielle à Aix-laChapelle.LA POLICE ET LES HUMBOLDT 347 talion que mon frère a montrée. Il peut y avoir eu divergences d'opinions sur les moyens par lesquels le même but doit être atteint . M'avez-vous jamais retiré votre bienveillance. Un homme qui porte le nom que j e porte n ' a jamais d'autres intérêts que ceux qui occupent vos pensées. Je vous conjure de traiter mon frère avec cette confiance dont vous lui avez donné tant de marques affectueuses. m'en font un devoir. cher prince. n'ait fait naître de nouveau quelque malentendu. pour ne pas juger avec la plus grande impartialité tout ce qui regarde les intérêts d ' u n frère qui m'est cher. mais. Vous avez été . la noblesse de vos sentiments que je ne crains jamais que les divergences d'opinions dans les affaires les plus graves puissent vous blesser. Je vous suis trop attaché. parce que. soit par la ténacité des illusions de ma première jeunesse. soit par un m a n q u e d'expérience du monde. mon dévouement pour la personne du Roi qui ne cesse d'être si bon pour moi. Ma reconnaissance pour vous.

que j'attends avec confiance l'issue d'une lutte engagée par une coupable exagération de quelques têtes mal organisées. vous avez soumis au Roi les bases d'une constitution d ' É t a t s . mais j e pense comme Votre Altesse que les rigueurs nécessaires pour ne pas laisser écrouler l'édifice social ne peuvent (parce qu'elles sont des moyens physiques) remédier que momentanément à u n mal moral. « Vous avez été placé si h a u t p a r la Providence pour influer sur les affaires générales du monde. je ne j u g e sans doute que bien imparfaitement de l'état d e m a patrie . « Les constitutions établies d a n s quelques É t a t s . à l a prudence. au patriotisme de mon frère. Les temps d a n s lesquels nous vivons sont très extraordinaires. nous devons les marques de la plus douce et plus constante affection. e t où règne dans ce moment u n grand désir de calme et de tranquillité. Je sais aussi qu'il ne pourra jamais s'éloigner d'une personne à laquelle. Je compte tant sur la proximité de cette douce habitude de pouvoir l'entendre à chaque heure du jour ! Je sais que vous rendrez la plus éclatante justice au talent. vous le serez à Berlin. lui et moi.348 LA POLICE POLITIQUE content de sa manière d'agir à Vienne. J'ai appris avec une vive satisfaction qu'en même temps q u e des mesures de rigueur ont été prises contre ceux qui veulent ciment e r la liberté avec le sang et r e n d r e odieux t o u t ce q u i peut élever et ennoblir les hommes. Séjournant d a n s un pays dans lequel les grandes querelles q u i ébranlent les diverses classes de la société sont à peu près vidées.

il est des états de malaise et de tiraillement dont l'influence croissante ne laisse pas aussi d'entraver la marche des gouvernements : des mesures utiles paraissent alors aux princes les mieux intentionnés des concessions qui peuvent encourager. les propriétaires qui ont intérêt au calme et à la stabilité. On a tâché de persuader à une partie de la nation que les grandes puissances ont une tendance concertée à gêner le développement de la pensée. et placés entre les peuples et les princes.LA POLICE ET LES HUMBOLDT 349 d'Allemagne ont compliqué les questions. Une publicité autorisée. il cessera d'avoir de l'importance. cet attachement. on offrira d'autres aliments à l'esprit public . seront appelés dans les conseils des souverains. parce qu'elles ont été formées d'après des idées très divergentes. dès que les hommes mûrs. plus parfaite que celle dont jouissent les États les plus anciennement constitués. cessera dès que. Mais. à l'effrayer d'un enthousiasme qui a produit tour à tour de grands malheurs et de belles actions chez des peuples de race germanique. je dirai encouragée par le gouvernement. émancipé les classes inférieures du peuple. Cet é t a t d'irritation. à empêcher la discussion sur des objets d'un intérêt général. introduit une égalité de droits parmi les citoyens. par les sages institutions que vous méditez. fait cesser les trames coupables ourdies dans le secret. les plus grands hommes d ' É t a t ne pourraient plus à la longue trouver l'issue . dis-je. éloigne en Allemagne les craintes d'une révolution funeste. Un noble attachement à des familles régnantes qui ont gouverné avec douceur. enhardir les malveillants. véritable ou factice.

« En relisant cette lettre. je me suis demandé si je devais la laisser partir. je suis ici depuis quinze jours. je ne veux pas que vous répondiez sur aucun des objets que j'ai traités . et je ne puis te dire que ce qui pourra principalement t'intéresser d a n s ma nouvelle position. Il ne m e reste que peu de moments. « Berlin. mais. . je sais aussi ce que vous possédez d'élévation dans la pensée. » Cette lettre était partie depuis quelques jours. Je puis demander cette grâce à votre ancienne amitié pour moi.3ΰ0 LA POLICE POLITIQUE de ces labyrinthes de préventions et d'erreurs. si vous daigniez m'écrire deux lignes de votre main pour me dire que cette lettre ne vous a p a s déplu. jugez du plaisir que cela me cause. je connais la difficulté de votre position . « J'entends dire à tous ceux qui nous arrivent que jamais vous n'avez été mieux p o r t a n t . d'ascendant sur les esprits. monseigneur. et j'entrerai en fonctions très prochainement. n ' e s t pas celle qui m'agite. je sais respecter votre t e m p s . Cette crainte. — Cher Alexandre. Faites-moi la grâce de ne pas dire à mon frère que j'ai parlé de lui . 13 août 1819. lorsque Alexandre en reçut une de Guillaume qui lui annonçait son entrée prochaine au pouvoir. mais. je serais p o u r t a n t rassuré. Je pense qu'elle ne renferme rien qui ne respire le vif attachement que je vous porte. mais laissait pressentir de prochains embarras ministériels p a r suite de la divergence d'opinions qui existait entre le chancelier et lui. d'indépendance d'opinion.

mais. en pareille occurrence. Comme c'est uniquement par la confiance du Roi que je puis agir avec succès. mais je n'en ai pas fait mention d a n s ma lettre . mais pas non plus aussi bien que je l'aurais espéré. il s'épargne Pimportunité d'une audience. excepté Hermann. ce sont des souvenirs qu'il n'est pas agréable de rappeler. m'a fait beaucoup de plaisir. comme je trouve assez singulier qu'il s'imagine qu'il ait p u premièrement me m a l t r a i t e r en quelque façon. c'est moi plutôt qui ine tiens sur un pied de réserve avec lui. Je joins à ces lignes m a réponse pour le comte de Pradel. sages et adaptées a u x circonstances. et il a témoigné à Witzleben son contentement de la manière dont je lui avais parlé le malin. ne sont ni conformes à mes goûts. et qu'il n'ait besoin après que de se radoucir de son côté. pour que je m'empresse de renouer nos anciennes liaisons. et je ne les a t t e n d s que d a n s sept à huit semaines de retour ici. « Ma femme et tous mes enfants.LA POLICE ET LES HUMBOLDT 351 « Le chancelier est aimable et amical au possible . Je me souviens très bien de l'avoir connu en 1815. tandis qu'ordinairement. ni selon moi. le m a t i n après son arrivee. « Les mesures de rigueur q u ' o n prend ici et en Allemagne. tu croiras facilement que je ne négligerai rien pour me le concilier. et m'a fait dîner ce même jour avec lui. T o u t le monde a remarqué qu'il a parlé à table de préférence avec moi. La santé de ma femme ne va pas mal. « L'envoi de l'ouvrage de R a y n o u a r d que je dois sans doute à tes bontés. Il . « Le Roi m'a vu seul. sont encore à Ems.

Quelle gentillesse aimable ! Il est au reste. mais nous pro- . on voit bientôt qu'il n'a fait que tourmenter une assez pauvre idée. de sagacité. Kannegiesser est horrible. une des plus belles de la capitale. Elle est superbe. Je ne doute pas non plus que le moment ne vienne bientôt où je pourrai m'expliquer d a n s le ministère qui partage. mes plâtres et les tableaux que ma femme a achetés. et d ' u n e érudition vraiment solide. celle de feue la Reine. « Tu m'obligeras beaucoup en m'envoyant direct e m e n t p a r Jordès les livres que je dois tenir de tes bontés et de tes complaisances. mon opinion à leur égard. et j'en prendrai peut-être une bien éloignée du centre de la ville. et parmi lesquels il y en a de fort beaux. « L'ouvrage de M.38 4 LA P O L I C E POLITIQUE est heureux pour moi qu'elles aient été prises a v a n t m o n arrivée. au reste. D'abord on est frappé . et elle en a reçu deux plaies dont elle souffre depuis quinze mois . Je n'ai pas encore de maison. mes marbres. plein de talent. plus gras et plus gai que jamais. u n petit coup avec deux doigts sur la main. en badinant conjugalement. La géographie de Ritter est un bien autre ouvrage du même genre. et à lui faire parcourir les trois parties du monde. qui ne vient plus dans le conseil des ministres. mais. qui remplissent toute une chambre. « Schoell a donné à sa femme. pense faire de Schoell son envoyé et plénipotentiaire auprès de nous. jusq u ' à ce qu'elle ait servi à lui fournir un livre entier. et je pourrais y déployer mes livres. « Le chancelier. on a cru qu'il faudrait lui couper les doigts.

et je désirerais q u ' u n jour je puisse avoir une légère notion des causes les plus rapprochées. 23 . « 22 janvier 1820. sur les absurdes récits des journaux. le er 1 août. je ne toucherai pas cette corde. « La princesse de Hardenberg est tombée. J e ne vois jamais les personnes qui les font. lui demandait quelques détails sur les circonstances de sa chute. T u peux ainsi. de te remercier de tes deux aimables lettres des 2 et 14 janvier.L Λ. Alexandre.» Au mois de janvier suivant. Comme je regarde. la première contenant la grande nouvelle qui occupe ici tous les esprits. le signataire de cette lettre n'était plus ministre. de la manière la plus éloignée. ni rien de ce qui tient à la politique. et qui a beaucoup contribué à la célébrité de ton nom. — Le courrier ne donne les lettres qu'au moment oû les bureaux du comte de Goltz ne veulent presque plus recevoir de paquets. toutes les lettres fermées à cachet volant comme peu sûres. de sorte que j'ai eu à peine le temps. être sûr que je ne puis influer. en dansant une polonaise avec Wittgenstein. il y cherchait une diversion a u x graves ennuis que lui avait causés son passage a u pouvoir. P Ö L I C H ET LES H ü M HOL D T 353 testerons contre cette manière de traiter les ministres. en le félicitant de s'être jeté dans le travail. Elle ne p e u t plus marcher depuis cet accident. par conséquent. Je m'attendais à cet événement. Je l'ai déjà fait sentir au prince. et je sens combien toute espèce d'influence de ce genre contrarierait la noblesse de t o n caractère. Revenu à ses savantes études. cher ami.

qu'il a plus que jamais le besoin de se rapprocher de moi. de la main du prince de Hardenberg. est en route depuis cinq semaines. « toute votre amitié. votre frère n'a p u « se rétablir lors de son arrivée . C'est une des expé« riences les plus douloureuses de ma vie. Ne veux-tu pas acheter. de resserrer des liens si anciens. j'en ai reçu une du 8 janvier. qu'avec ta lettre du 2 janvier. je l'ai prié avec « instance d'être de nouveau p o u r moi ce qu'il f u t . Il a cru devoir suivre « une ligne tout à fait différente. Puis. cher ami. ici. . N'en as-tu pas quelques volumes déjà? « Je vois avec ravissement que t u es tout à l'étude. par r a p p o r t à des citations des anciens. Je suis sûr qu'il te fera grand plaisir. il ajoute : « Mon cher Humboldt. c'est une bien vive peine « que de me voir dans la nécessité de vous m a n d e r « que l'amitié qui me liait à M. « pendant plusieurs années. le Strabon de Du Theil? L?s notes sur l ' E g y p t e et les rectifications de ce que l'ouvrage renferme d'inexact. quoique ce soit pre que un incident politique. Il ne m'avait pas écrit depuis six mois. Il m ' a écrit que m a lettre du 30 juillet (celle sur les mesures politiques) est allée droit à son coeur. Je crois que votre présence aurait dé« tourné mainte circonstance fâcheuse ! » « L'ouvrage d'Egypte. Conservez-moi. rendent ce S t r a b o n précieux. « Depuis. mais je « n'ai rien à me reprocher.38 4 LA POLICE POLITIQUE « J ' a j o u t e seulement. je lui avais envoyé un volume. et comptez toujours sur la « mienne. ni répondu sur une lettre très détaillée que je lui avais écrite. vous.

« 22 janvier. de relire les commencements des chapitres de la belle grammaire arabe de Sacy. en d a t e du 8 janvier. J ' a p p r e n d s aussi l'arabe chez Sacy. non seulement par les incorporations. depuis que je suis forcé de travailler. troisième édition. Il y a des r a p p o r t s entre les langues américaines et syriaques très curieux. aux deux cours de Sacy et de Langlès (1). Je ferai traduire ton mémoire en français. d'autres beaucoup de formes et de t e m p s à la fois. à haute voix. » Le jour où Alexandre r é p é t a i t à son frère ce que lui avait écrit à son sujet le prince de Hardenberg. je ne t r o u v e pas d'expressions pour témoigner assez vivement ma reconnaissance à Votre Altesse pour tout ce que sa lettre. Je t'invite. renferme pour moi de consolant et d'affectueux. « Je commence à voir clair dans le persan. C'est comme une marque de ton amitié pour moi. cela stimule beaucoup. . et de son précis de grammaire générale philosophique. mais aussi p a r cette grande division de langues pour laquelle les unes ont beaucoup de formes de verbes. — Monseigneur.LA POLICE KT LES HUMBOLDT 355 et à colle des langues américaines. pour avoir u n e idée de quelques rapprochements de ces idiomes avec les langues américaines. d e v a n t le p u b l i c . et notamment l'arabe et le persan. et je désire que nous ayons bientôt quelque ouvrage de toi : cela p a r a î t r a très piquant. J e ne pouvais craindre que la franchise avec laquelle je m'étais exprimé (1) Silvestre de Sacy et Langlès professaient au Collège de France les langues orientales. il répond au chancelier.

m'a profondément affligé. Je ne connais que les résultats. J'espère pouvoir bientôt vous offrir un nouveau volume. je le sais. et les r a p p o r t s mensongers des j o u r n a u x me déroutent chaque jour davantage. dans toutes les occasions u n dévouement s a n s bornes pour la personne du Roi. dès ma première jeunesse. Mes anciens libraires ont consenti à résilier le traité. Vous pouvez blâmer mes opinions. et p a r les liens qui. et p a r l'attachement que je lui porte. Mais ces liens seront-ils donc entièrement r o m p u s ? Quitterai-je l'Europe dans cet état d'incertitude? L'éloignement de mon frère me rend doublement nécessaire votre puissant appui. « Ce qui est arrivé p a r rapport à mon frère. mais. « Je vois avec un plaisir mêlé d'étonnement que Votre Altesse a eu le loisir de lire mon volume. « Je voudrais que vous me fissiez envoyer quelques échantillons de dents pour vous en faire faire ici p a r le docteur Oudet qui voudrait volontiers travailler pour Votre Altesse. Je ne conçois plus rien à la marche des affaires. vous avez t o u j o u r s rendu quelque justice à la pureté de mes sentiments. je crois. puisse se briser dans la t e m p ê t e des opinions. Il paraît que . je me perds à deviner les causes. Tout ce que v o t r e lettre renferme à ce sujet m'a comblé de joie. J'ai montré. J'ai été assez heureux p o u r regagner ma liberté comme auteur. Il me serait douloureux de penser que ce que le temps et quelques t r a v a u x ont cimenté. m'unissent à votre existence politique dans le monde.356 LA POLICE POLITIQUE sur l ' é t a t moral des peuples ait p u vous déplaire.

Alexandre de Humboldt lui exprimait le désir d'être informé des causes de sa chute. et je me flatte que je n'en serai plus détaché. Il est naturel que les . — Mille grâces. Tu n'as pas d'idée combien le travail est pénible. sont les seules choses auxquelles je me livre. comme c'est m o n cas. je ne m'occupe absolument de rien qui y soit relatif . que par les récits des autres. ce q u ' o n me fait l'honneur de dire de moi. et je désirerais le consoler p a r quelque nouvelle commande. et je désire vivement que ce soit. mes occupations et tout le reste de mon t e m p s dans l'intérieur de ma famille. J e sors très p e u . je connais trop bien t a manière d'agir pour cela. Guillaume se h â t a de répondre à ces questions. « Je n'ai j a m a i s supposé. p e n d a n t un g r a n d nombre d'années . Je ne saurais te dire combien je me félicite du loisir dont je jouis. » On a vu q u ' e n t r a n s m e t t a n t à son frère les propos du prince de Hardenberg. que t u y eusses la moindre p a r t . on a été éloigné de ses études. mon cher Alexandre. D a n s le m o m e n t actuel. car on m ' a tout renvoyé. mon cher frère. « Berlin. 3 février 1820.LA POLIGE ET LES HUMBOLDT 357 nous n'avions p a s réussi. Ils me sont doublement précieux à présent puisque je puis en faire usage librement. lorsque. sur ta l e t t r e détaillée et amicale du 22 janvier. Je regarde m a carrière politique comme finie. et ne connais. je réussirai à m'y r e m e t t r e entièrement. je ne lis même pas les papiers publics. mais. et des livres que t u m'as envoyés.

« Tu voudrais avoir. pour les nouveaux impôts qui v o n t être créés à présent : je ne le blâme pas en ceci . îl a voulu. une légère notice des causes les plus rapprochées de ma catastrophe . malgré l'opposition dans laquelle je me trouvais avec lui r trop grande. se débarrasser de mon opposition dans le ministère et dans le Conseil d ' É t a t . que nous ne pouvions pas nous t r o u v e r dans les relations où il voulait me . il n'y a eu absolument d'autre raison que celle que le prince de Hardenberg a cru que la diversité d'opinions entre lui et moi était trop prononcée. et surtout sur le motif de mon éloignement des affaires. pour qu'il pût conduire l'administration d ' a p r è s son système.38 4 LA P O L I C E POLITIQUE gazettes débitent beaucoup de contes et de mensonges. et on fera des histoires. et ce que je puis concevoir moi-même p a r conjectures. au Roi. et mon influence sur le ministère. et écrit. je puis certainement satisfaire cette demande. Il devait voir. s'il ne m'avait jamais appelé au ministère. qu'elle n'a été précédée par aucun événement. Personne ne s'imagine que cette mesure n'a eu aucune cause particulière. il aurait seulement fait mieux encore. aucune querelle. cher Alexandre. aussi longtemps que je serais en place. de plus. au contraire. sans dévoiler aucun mystère. par tout ce que je lui avais dit à Aix-la-Chapelle. aucune division même : on inventera donc des raisons. de F r a n c f o r t . D'après tout ce que je sais historiquement. et sans m ' c x poser à aucun inconvénient dans le cas très probable que cette lettre soit lue avant qu'elle ne te parvienne. qu'il a très bien fait . je trouve.

avaient « été si opposés aux vôtres. tellement à se plaindre de vous. c'est moi. sans qu'un de nous changeât entièrement de principes et de systèmes. et « particulièrement dans le moment actuel. depuis son départ de « Londres. et ai agi avec la plus grande délicatesse. mais qu'il « n'avait aucun reproche à se faire à cet égard . « Ce que le prince de Hardenberg t ' a écrit ne m'étonne guère : il l'a dit à plusieurs personnes ici . agi dans un sens d'opposition aussi direct que j'ai parlé et écrit alors. Il m'a écrit que ses « principes et ses opinions sur la manière dont il « aurait fallu conduire les affaires en général. savent bien à qui de nous deux il faut supposer plus de constance dans l'amitié. au contraire. ce n'est p a s lui qui a à se plaindre. 'est de t o u t e fausseté. Je n'ai jamais. J'ai toujours senti ce que m'imposait ma place même. qu'il lui « avait été douloureux sans doute de ne plus se « trouver sur le même pied avec vous. « qu'il avait. qu'il n'avait pas pu « s'accorder avec vous là-dessus.LA POLICE ET L E S HUMBOLDT 359 placer. sans blesser sa « conscience et ses devoirs envers le Roi . que « l'impression n'avait pu en être effacée par les « simples protestations d'amitié. étant ministre. et du désir de . J'ai toujours su tenir exactement la ligne entre ce qu'on peut écrire et ce qu'on peut faire. si tu voulais lui répondre là-dessus ces mots à peu près : « J'ai été fort peiné de ce que « vous me dîtes sur mon frère. et ceux qui nous connaissent tous les deux. et plus encore p e n d a n t son séjour à « Francfort. Tu me ferais plaisir. sans cependant altérer en rien ni mes principes ni mes opinions.

il t'en souvient combien je lui ai d i t à Aix-la-Chapelle. mon cher Alexandre.. beaucoup le prince de Hardenberg. j'ai été le plus amicalement du monde avec le prince. Tu pourrais. si t u ne v e u x pas lui dire ce que je viens d'écrire. « J e plains. Il est ennuyeux d'en parler. qu'à me donner une place e t des appointements. mais même mes maximes et mes principes. Je ne tiens cependant pas beaucoup à ce que t u lui dises cela. après m'avoir vraiment maltraité. « Voilà. Aucun des hommes qui me connaissent depuis longtemps pourrait-il s'imaginer qu'il n'avait.38 4 LA P O L I C E POLITIQUE « renouer les anciennes liaisons. ce que j'avais à te dire sur ce sujet : je n'y reviendrai plus à présent.. comme il devrait l'être dans son poste. » « C'est ainsi qu'on renvoie la balle. et Dieu sait que je n'ai pas le moindre petit ressentiment contre le prince. au reste. à lui et à A. sans même les accom« p a g n e r d'une m a r q u e réelle de confiance. . et n'est point secondé. Quant à moi. Il est inconcevable comme on peut mêler et confondre ainsi les intérêts de l ' É t a t et ses rapports personnels. tu ne lui répondras qu'il a raison.. que je ne pouvais pas me trouver dans le ministère à présent . Je suis sûr qu'en aucun cas. et voilà ce qui me suffit. que vous lui aviez « faites à son arrivée à Berlin. Il s'attire une immensité d'affaires et de désagréments sur le déclin de ses jours. tu te souviens aussi qu'en oubliant entièrement la manière dont j'avais été traité. lui rappeler ceci. p o u r m'engager à oublier non seulement ce qui s'est passé. et à me dire quelques phrases amicales.

j'ai eu de lui une seule lettre détaillée. en les « abandonnant . de n'avoir plus été sur le même pied « avec vous comme jadis. Pas de plaintes. Alexandre s'empresse de s'acquitter envers Hardenberg de la commission dont l'avait chargé son frère. — Depuis que vous m'avez communiqué. que ses opinions sur la manière < de conduire les affaires en général. qu'il aurait cru blesser sa « conscience et ses devoirs envers le Roi. conduire les affaires.To no mo rapprocherai certainement pas personnellement de lui. pas d'amertume. qu'il croyait « avoir à se plaindre de votre manière de le traiter « pendant son séjour à Francfort . c'est qu'il ne m'a jamais fait plus de bien qu'en m'éloignant du ministère. et je dis bien cordialement le matin et le soir : Dens nobis hâsc otia fecit. Il m'a écrit « qu'il sentait la peine que je devais « éprouver à cause de mon double attachement « à vous et à lui. « 19 février 1820. Ce que je puis t'assurer. qu'il lui avait été très douloureux. mais qu'il croyait n'avoir « aucun reproche à se faire à cet égard . d'accord avec lui. « sans doute. que des impres« sions de cette nature étaient difficiles à effacer. cher et respectable prince. et principale( « ment dans le moment actuel. mais je désire sincèrement qu'il ait tous les succès et toutes les satisfactions possibles : je désire seulement qu'il trouve des hommes qui puissent.LA POLICE ET LES HUMBOLDT 301 . avaient été si « opposées aux vôtres. les tristes nouvelles de mon frère. » Au reçu de cette lettre. « et que depuis son arrivée à Berlin. les expressions .

Il me demande des livres sur les langues. Des événements aussi épouvantables que ceux dont nous avons été témoins ici. Vous avez une manière de voir plus noble. ubi cœlum condidit umbra Jupiter. Ici les différents p a r t i s s'agitent p o u r exploiter la consternation générale à leur profit. plus indépendante. Cette disposition des esprits chez les gouvernants et les gouvernés rend difficile la position des hommes d ' É t a t qui veulent reconstituer l'édifice de la société. La route est ténébreuse ! Quale per incertain lunarn sub luce maligna Est iter in silvis. ébranlé d a n s ses bases. Toute la tournure de la lettre de mon frère indique d'ailleurs qu'il veut entièrement se jeter d a n s les études. » « Voilà. qui me chagrine t a n t . augmentent la défiance et les alarmes des princes (1). et rebus nox abstulit atra colorem. Puisse ce dissentiment.. « Virgile ne pensait pas aux lumières du siècle. vous me permettez encore cette expression de ma première jeunesse. plus grande. dont on accuse la maligne influence. mon cher et respectable ami. » Le courrier qui emportait à Berlin cette lettre (i) Le duc de Berry venait d'être assassiné.. voilà ce que mon frère m'écrit sur ce funeste malentendu. . ne pas être sans remède ! Les temps d a n s lesquels nous vivons offrent de graves circonstances. Que Dieu vous fasse voir des jours plus heureux.38 4 LA POLICE POLITIQUE « de v o t r e bienveillance n'avaient été accompa« gnées d ' a u c u n e de ces marques de confiance que « vous lui aviez données en d'autres temps.

on oublie que les plus grands effets se produisent t o u t naturellement par la force des choses. Je m'en tiens dans ma réponse à ce qu'il y a de plus urgent.LA POLICE ET LES IIUMüOLlJT 363 pour Hardenberg. la Landvvher. Mayence. « Comment as-tu pu croire un instant que je te donnerais tort. etc. p a r l'opposition des caractères et des opinions. mais q u i m'intéressent plus vivement que jamais. Je n'ai point aujourd'hui le loisir de te répondre c o m m e je le désire. mon cher Guillaume. de grandes querelles dans le Conseil d ' É t a t . On m'a écrit avec une extrême tendresse. — Le bon temps. comme les journalistes. et des lettres qui me retracent vivement l'inconcevable activité de ton esprit. on suppose des causes saillantes . Je m'étais figuré. Dans tous les grands événements de la vie. J'ai répondu dès lors que je . où l ' o n a un frère qui n'est plus ministre. Je suis heureux d'avoir souvent de t e s l e t t r e s . un temps qu'il ne pouvait consacrer q u ' a u x affaires publiques. 19 février. surtout sur l'objet des langues d a n s lesquelles je suis pourtant bien ignorant. On s'est rapproché de moi après que j'eus énoncé très énergiquement mes opinions sur les affaires politiques. les finances. en emportait Guillaume.. Eh bien. « Tes explications sur les causes de ta retraite ont entièrement assouvi ma curiosité. aussi une pour « Paris. et qui peut v o u e r aux lettres et aux plus douces affections.. des divergences d'opinions sur Carlsbad. il n'y a rien de t o u t cela.

dans ce même courrier. que loin d'être hostile à la France et a u x institutions qu'elle s'était données. Je n e v e u x pas rompre. il ne méritait pas . de l'affection que s'étaient vouée l'un à l'autre les deux frères. mais. Cette lettre est la dernière d u dossier qui contient la correspondance des Humboldt. Elle ne démentira pas l'idée qu'on a pu se faire en lisant les p r é cédentes. de leur caractère et do leurs talents réciproques. cela est d a n s l'ordre. ne me retiendra jamais de défendre celui qui est le plus cher à mon cœur.364 LA POLICE POLITIQUE connaissais la sévérité de tes principes et qu'il t'était moralement impossible de les sacrifier. qu'il souhaitait pour ses propres t r a v a u x comme p o u r lui-même l'estime et la considération de cette société française qui l'avait accueilli avec les égards et l'admiration dus à son génie et qu'en conséquence. Tu sais. écrivant au prince. j'ai pris occasion de revenir sur ce sujet. et très nécessaire p o u r ne pas laisser dans l'incertitude tes enfants. la langue . rien dans ce monde. que je te dois encore cinq cents francs. Aujourd'hui. même à l'amitié. le reçu signé . les habitudes. comme l'en accusait la police. en ce qui touche le baron Alexandre. ö Voici. ». cher frère. d'ailleurs. qu'il en parlait avec bienveillance. cela me paraîtrait inutile. cher ami. à propos de cet épouvantable et féroce a t t e n t a t contre la malheureuse famille des Bourbons : j'ai placé en entier d a n s ma lettre au prince les dix lignes que tu avais guillemetées. et même inconvenant dans ma position .. Je t ' e m brasse.. Elle achèvera surtout de démontrer. il on aimait les mœurs.

des papiers dont on ne contestera pas l'intérêt et qui probablement. .LA POLICE ET LES HUMBOLDT 30ri les indignes traitements que lui infligeaient à son insu les agents attachés à ses pas. lesquels d'ailleurs allaient disparaître. Ces traitements seraient sans excuse à nos yeux s'ils n'avaient eu pour résultat de nous faire connaître. à presque un siècle de distance. condamnés p a r leur indélicatesse et leur inutilité. sans les procédés policiers de cette époque. n'auraient jamais vu le jour.

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u n e attitude f r o n d e u s e qui se manifestait à tout instant. Mlle Mars. je crois devoir détacher d'un de mes ouvrages : Conspirateurs et Comédiennes. si certains m e m b r e s de la t r o u p e s'étaient décidés à passer au royalisme. En 1844. ces passions avaient paru se calmer ou tout au m o i n s désarmer m o m e n t a n é ment. l ' e n t e r r e m e n t de la Raucourt avait fourni à la Comédie l'occasion de pactiser avec le peuple de P a r i s . les a u t r e s p a r intérét. — quelques-uns avaient conservé. . Depuis. Mais. publié voici déjà longtemps. des m a n q u e m e n t s a u x r è g l e s intérieures de la Maison. p a r des accès d ' i n d é p e n d a n c e . les pages suivantes où l'on retrouvera les échos des équipées de quelques illustres actrices de la même époque. recueillis dans les papiers du Cabinet noir. restée a u fond du c œ u r bonapartiste. habitués des représentations. j u s q u e d a n s leur résignation a p p a r e n t e . — les u n s p a r conviction. avait failli e x p i e r d u r e m e n t ses i m p r u dentes b r a v a d e s et s'était v u e contrainte de m o d é r e r son zèle en f a v e u r d ' u n e cause p e r d u e . p a r des refus de jouer ou d'accepter tel ou tel rôle.APPENDICE Pour compléter les études qu'on vient de lire sur la Police politique sous la Restauration. à propos de tout. si q u e l q u e calme s'était fait en a p p a r e n c e . et a p r è s les Cent-Jours. devant les manifestations auxquelles se livraient contre les artistes qui leur déplaisaient les gardes du corps et les officiers de la g a r d e royale.

les sociétaires f e m m e s étaient toutes ou p r e s q u e toutes des comédiennes illustres. de sa bonne tenue. Au milieu des agitations et des troubles de l ' é p h é m è r e . Neutre p e n d a n t les Cent-Jours. elle était impérialiste. intéressée. leurs s e n t i m e n t s personnels. En ces diverses phases de sa vie. à Saint-Pétersbourg. irritable et. et si l'on se rappelle q u ' e n 1817. ils avaient sacrifié. une disposition particulière à n ' e n vouloir faire j a m a i s qu'à leur guise. Bourgoin. Leverd. J)u côté des femmes il en était tout autrement. soit que c o m m e Mlle Bourgoin. Ducheinoi?. Soucieux de la prospérité d u théâtre. pour tout dire. avait fini p a r feindre de ne p a s s'en apercevoir et de n'être préoccupé que des intér ê t s de sa fortune et de sa gloire. en 1814. elles e u s s e n t j u g é utile et habile de l'oublier et de se vouer au r o y a lisme. personnelle. α la déesse de la joie et des plaisirs ». mauvaise camarade. A cette époque. à Dresde — accoutumée à tous les succès. les a u t r e s d a n s leur conversion m ê m e . la p l u s capricieuse et la plus agitée d ' e n t r e elles était la c h a r m a n t e Bourgoin. sociétaire en 4802 et depuis — à P a r i s . Talma lui-même. entrée a u t h é â t r e en 1801. et qu'en différentes circonstances. il eût souflert des ressentiments qu'ils gardaient contre lui. bien que le prince eiU refusé de r e c o m m e n c e r leur liaison. S o u s l'Empire. George. elles puisaient les unes d a n s ce passé. conune on l'appelait. elle avait toujours été fantaisiste. bien qu'il n'ignorât p a s q u e les royalistes le tenaient en suspicion. Contât. Leurs p r é tentions engendraient à toute h e u r e des difficultés.368 LA POLICE POLl'I'lULl·: Ce n'était pas du cùté des hommes que ces actes de rébellion se produisaient. — on c o m p r e n d sans p e i n e quelle main f e r m e eût été nécessaire p o u r les contenir. —Mars. r a m e n é e aux Bourbons p a r le duc de B e r r y . Soit qu'elles voulussent c o m m e Mlle George rester (idèlesau p a s s é . à la nécessité de maintenir la discipline. succès d'actrice et succès de jolie femme. elle avait été d e s p r e m i è r e s à reprendre la cocarde blanche à la seconde Restauration. elle était d e v e n u e royaliste.

un des plus p r o m p t e m e n t en vue a v a i t été u n g r a n d seigneur anglais. On en trouve la trace dans le Journal de Paria. grâce à son charme. on en p a r l a p e u . elle était ce qu'elle avait toujours été..ßc Paris. Le comte de Montesquiou eut l'esprit de ne pas faire droit à cette sollicitation. tën 1817. r e n t r é e d a n s la coulisse pour la seconde l'ois.. Il n ' a v a i t pas trente ans. était à Londres. l'aventure r e s t a quasi secrète. u n e de ses frasques attira u n moment l'attention. . les rédacteurs d u « Journal de Paris une lettre ou elle prétend qu'elle a « éprouvé u n e scène. d e m a n d a au grand chambellan. grand amateur de théâtre. elle en a l'ait une. spirituel. ses beaux yeux. le Comité. le Comité répondit : « Le Comité. lord L.A IM* I X DIC Ε C retour de l ' e m p e r e u r . vu la lettre de Mlle Bourgoin. une lettre d'elle où elle se plaint « de ce que. Biche. . en « considérant qu'elle s'est trop souvent rendue coupable de torts graves d e p u i s qu'elle est a u théAtre ». il publiait. Mlle Bourgoin fut m a i n t e n u e et en triompha. elle a é p r o u v é u n e scène qu'il est inutile de rappeler et qui l'a e m p ê c h é e de continuer son rôle ». avec prière de publier : « Mlle Bourgoin a adressé à MM. sa rouerie féminine. elle n ' a « pas éprouvé une scène. i n t e n d a n t des spectacles. fils aîné d ' u n pair d'Angleterre. se croyant tout permis depuis surtout qu'elle avait f a i t . Mlle Bourgoin se t r o m p e . Pendant assez longtemps. et qu'elle iïit expulsée. P a r m i les étrangers a c c o u r u s à Paris en 1816.. le 29 avril 1845. sur les traces des alliés. n u m é r o de ce j o u r . la conquête la plus brillante et la plus fructueuse. arrête que la note ci-jointe sera envoyée. insérée a u Journal . — et plus encore d e comédiennes quand elles étaient jolies. » En outre. Tout naturellement. celle-ci lui r é p o n 24 . q u ' o n lui fit application de l'article 78 du décret de Moscou. il écrivait à son amie. — il s'éprit d e la Bourgoin. ce qui n ' a m é l i o r a pas ses rapports avec ses camarades. Mais lorsque lord L . comte de Montesquiou.

en conséquence. je m e suis empressé de parler des tableaux à Son Altesse Royale. ma t r è s chère amie. la même adresse. » Bien banale et bien insignifiante cette lettre.370 L A POLICE POLITIQUE (lait. et qui leur révéla ce que la p r e m i è r e n e leur p e r m e t t a i t pas de supposer. Elle était ainsi conçue : « Mademoiselle. Mais. je ferai ce q u e je ne ferais pas p o u r un autre : je donnerai son a d r e s s e nu p r e m i e r agent d u prince qui ira à Paris. et c o m m e M. il le c h a r g e r a d'examiner la collection q u e je crois être d ' u n g r a n d prix. Je crois que c'est ce que t u avais désiré. l'été p r o c h a i n . ce qui me fait beaucoup de chagrin. Au mois de m a r s 1817. vous m e présenterez au collecteur lui-môme. Je vois p a r ta lettre. Corroy p o u r qui v o u s avez m o n t r é t a n t d'intérêt et. la môme s i g n a t u r e . « Mlle Anaïs a joué h i e r au soir p o u r la d e r n i è r e fois et elle se prépare à retourner à Paris. . Elle semblait n'être qu'un témoignage d e p u r e courtoisie adressé à une belle et célèbre artiste p a r un g r a n d seig n e u r . ami des arts. u n e lettre officielle p o u r ton parent. mais elle ne veut pas que n o u s nous connaissions. C o r r o y est ton p a r e n t . Le prince reçoit des lettres de toutes les p a r t i e s de l ' E u r o p e p o u r lui offrir les meilleurs tableaux du m o n d e . C o m m e n t cela . les e m p l o y é s préposés à l'ouverture des c o r r e s p o n d a n c e s lurent u n e lettre arrivée à Londres à l'adresse de la comédienne et signée L . Q u a n d le prince enverra q u e l q u ' u n à Paris. Elle a j o u é assez bien. Il a déjà une collection i m m e n s e . et leur correspondance n ' é c h a p p a pas aux investigations du « Cabinet n o i r ». « J e t'envoie. j'ai reçu la lettre de M. J ' e s p è r e que. les employés du Cabinet noir qui l'avaient lue en découvrirent i m m é d i a t e m e n t u n e a u t r e p o r t a n t la môme date. Elle te dira ce qu'elle pense de l'Angleterre . Mais. elle m'a r é p o n d u qu'elle avait tant de tableaux — ce que j e sais ôtre v r a i — qu'elle ne désirait nullement en a u g m e n t e r le n o m b r e . . q u e tu crois qu'elle a une place dans mon c œ u r .

On a v u par la lettre d e lord L. vous seule êtes t o u t p o u r lui. occupait clans son pays u n haut r a n g social. pensionn a i r e d u Théâtre-Français.. oui. remplissait d ' i m p o r t a n t e s fonctions publiques et était devenu l'ami de p l u s i e u r s ministres français. l'oiseau bleu qu'elle avait mis en cage. puisque t u le remplis en entier et le r e m pliras t o u j o u r s ? . Son succès y avait été très vif.. influence. » Voilà donc qui ne laissait aucun d o u t e s u r le caract è r e des rapports de lord L. Cette j e u n e artiste. q u i l'accom- .. . absolument tout. a d m i ratrioe d u talent et de la gr. il vous aime.le t ' e m b r a s s e de tout m o n cœur. que Mlle Bourgoin lui r e p r o c h a i t de lui avoir préféré Mlle Anaïs. mille et mille fois. » C o m m e si ce n'était p a s assez. ce n e f u t plus un mystère pour personne. croyez-vous qu'il ne sera p a s p a r f a i t e m e n t h e u r e u x ? Oui.Λ l 1 PIC M ) IC Ii 371 sc pourrait-il. qui y avait d é b u t é l'année p r é c é d e n t e . de le lui dire avec cette fougue juvénile. v o u s adore. amie c o m m u n e .. S a n s v o u s . t r è s protégée p a r la cour. j e u n e et c h a r m a n t . et m e s s i e u r s du Cabinet noir furent édifiés sur l'existence d ' u n e liaison qu'on avait à peine soupçonnée. elle ne m a n q u a pas d ' e n t i r e r vanité autant qu'elle espérait en tirer argent et. a y a n t obtenu. bien résolue à défendre. de renouveler votre connaissance Et Mylord.lce de la sociétaire d u Théâtre-Français et d o n t le Cabinet noir s u r p r e n a i t é g a l e m e n t les propos : « Combien cela me fera plaisir de v o u s voir. . m e n s o n g e ou vérité.. Dès lors. le lui faisait répéter p a r une Anglaise.. . lord L. point de bonheur pour l u i . et comme le p r o t e c t e u r de la comédienne. c o m m e j e t'aime. à en j u g e r d u m o i n s par la lettre suivante que Mlle Sophie. sa p a r e n t e . Ton voyage en Angleterre m e charme et j e r e g a r d e avec impatience le j o u r de ton arrivée. en avait profité p o u r aller d o n n e r quelques représentations à Londres. à l'âge de quinze ans. avec Mlle Hourgoin. le 25 fév r i e r 1816. contre les rivales qu'elle croyait disposées à le lui disputer. un congé d ' u n mois.

Malheureusement.d u c Nicolas. des articles d a n s les j o u r n a u x . ce n'est rien que cela. Point d'ensemble. C'est d a n s cet espoir que nous q u i t t e r o n s u n p a y s où nous avons été traitées de m a n i è r e à ne j a m a i s oublier le peu de m o m e n t s que nous y avons passés. travailler p o u r la gloire. la duchesse d'York et les princes et princesses du s a n g de la cour d'Angleterre formaient cette r é u n i o n brillante. On y joue la tragédie dans la perfection. n o u s nous en r e t o u r n e r o n s fort contentes des Anglais et de l'Angleterre. il faut quitter tout cela et. on travaille p o u r la gloire et p o u r la guinée. mais. tandis q u e d a n s ce pays. Mais.. Les t h é â t r e s sont s u p e r b e s . Mgr le duc de Duras ne veut pas prolonger l'absence de la j e u n e protégée plus longtemps. Quoi qu'il en soit. Messieurs du Cabinet noir t r o u v è r e n t cette lettre assez intéressante pour en insérer la copie d a n s le dossier qu'ils envoyaient au lloi tous les j o u r s : « Eh bien! me voilà à Londres. Ils sont bien loin p o u r cela de n o t r e belle scène française. a j o u é et a obtenu le plus g r a n d succès.372 LA Ρ 0 LI Cl·: P O L I T I Q ι: Κ p a g n a i t et tenait a u p r è s d'elle le rôle de mère d'actrice. des c o m p l i m e n t s ! mais. mais les Anglais n'entendent rien à la comédie. un engagement est une chose sacrée et le 7 du mois prochain. Nous ne n o u s d o u t o n s pas des effets qu'ils produisent et des tableaux . des h o m m a g e s ! mais. des l o u a n g e s ! mais. rien n ' y m a n q u e ! c'est u n e féerie. n o u s ne leur dirons pas adieu p o u r t o u j o u r s . il f a u t être de r e t o u r dans la capitale. d'une g r a n d e p r o p r e t é et d ' u n e recherche de g o û t . a J e ne vous d o n n e r a i pas de détails s u r la ville.. et mes jolis rêves sont réalisés en p a r t i e . p o i n t d'unité de lieu. Le g r a n d . venir r e p r e n d r e le collier à Paris. écrivait le 14 m a r s à u n e brave meunière des e n v i r o n s d'Orléans. Leurs p a n t o m i m e s sont des chefs-d'œuvre pour les changements. (500 f r a n c s p a r r e p r é s e n tation. j e u n e actrice du Théàtre-Krannais. qui nous laisse bien en arrière. Le voyage payé. C'est devant la p l u s brillante société de l'Europe q u e Mlle Anaïs. f r è r e de l ' e m p e r e u r de Russie. voilà pour les all'aires d ' i n t é r ê t .

» Au lecteur de décider si l'enthousiasme que révèle cette lettre était dû u n i q u e m e n t a u x succès de comédienne r e m p o r t é s p a r Mlle Anai's ou s'il ne s'inspirait p a s quelque peu de succès d'un autre genre dont il n'est p a s sûr que sa j e u n e s s e l'eût préservée. elle était déjà iérnmc p a r la coquetterie. Elle sait qu'elle p a s s e p o u r un agent secret et en a conçu un dépit de t o u s les diables. sans a v o i r ouvert la bouche. et les expressions fortes qui lui sortaient du corps me faisaient c r a i n d r e à chaque instant. l'aplomb et cette expérience dont la précocité chez les p e r s o n n e s de théâtre n'a jamais été considérée comme u n e exception. 11 laut qu'il ait des p o u m o n s d e 1er pour être continuellement en fureur. Elle a été se loger dans le m ê m e hôtel que M. » Malgré la r é p u t a t i o n qui lui était i n j u s t e m e n t et accidentellement . l'n des a g e n t s secrets que la police y entretenait mandait à P a r i s : « L'arrivée de Mlle Bourgoin à Londres fait a u t a n t de bruit que celle d ' u n envoyé extraordinaire. Au mois d'avril. a été j u g é e c o m m e envoyée de la police p o u r a p p r o f o n d i r la politique de quelques l o r d s anglais. Richard III. il semble bien q u e Mlle Bourgoin p r i t alarme de ce q u ' o n lui racontait touchant les r a p ports de sa camarade avec lord L. de La J o b a r d i è r e était logé sous le môme toit que la Roxelane française. . un t y r a n . a n s . Leurs acteurs t r a g i q u e s effrayent p a r la vérité qu'ils mettent dans les p e r s o n n a g e s qu'ils r e p r é s e n t e n t . elle était en Angleterre..l'ai vu à Covent<îarden. tandis que Mlle Bourgoin. J ' a v o u e que j'ai cru p l u s d ' u n e fois que l'acteur était possédé du démon du m o n s t r e qu'il représentait. nom si plaisant que j ' a i voulu aller moim ê m e ni'assurer q u ' u n soi-disant M.Λ ν ρ ι·: Ν ι) ι ( : κ 373 variés que l'on voit à ces sortes de spectacles. Quoiqu'elle e û t à peine seize. Quelle que f û t la vérité à cet égard.. Ce monsieur est un ultra décidé qui n'appelle le Roi q u e le Jacobin. de La J o b a r d i è r e . La v u e est lout à la fois étonnée et enchantée. et cette circonstance la décida à hâter son déparL. qu'il ne r e n d i t l'Ame.

à un ami... Le p r i n c e r é g e n t . avaient été abominablement calomniés que m o i n s d ' u n e semaine a p r è s son retour à Paris. quoiqu'elle mette opposition presque s u r tous. Mlle Anaïs est arrivée couverte de coups de canif. Je désire qu'il réussisse d a n s toutes ses espérances. Mais. Elle revint en France « enchantée de son voyage et si bien convaincue que Mlle A η aïs et lord L. α Mlle Lombard a été ramenée en triomphe. Craignant de faire de la peine à l'un ou à l'autre. L'ailaire fait du b r u i t et p o u r r a i t bien finir par la faire renvoyer. donnés. Elle dit qu'on fait de meilleures affaires à P a r i s q u ' à Londres. J'espère j o u e r quelques-uns de ses bons rôles. Jamais. « Je suis bien aise d ' a p p r e n d r e q u e Talma a l'espoir d'avoir l O p é r a . écrivait lord L. « Il vient de se passer un scandale épouvantable à la Comédie. elle les a pris tous deux.. v o u l u t la recevoir en audience privée : « L ' e n t r e v u e a été f o r t gaie ». p a r sa m è r e qui voulait la {ici deux mots illisibles) p a r u n ci-devant j e u n e h o m m e bien libertin.38 4 LA POLICE POLITIQUE faite. J'ai joué hier Palmyre dans Mahomet et les Trois Sultanes. Tous les salons s ' o u v r i r e n t devant elle. Je t'avouerai c e p e n d a n t que j e suis u n peu contrariée que cette aiiaire n'ait p a s eu lieu q u a n d j'étais là.. par les deux aspirants. nos cœurs s'entendent sans se rien dire. je n'ai été plus a p p l a u d i e . Elle est allée se r é f u g i e r chez un a m o u reux qui lui plaît davantage et ne v e u t plus r e t o u r n e r chez sa mère. dit-elle. elle fut reçue avec tous les h o n n e u r s dus à son r e n o m de talent et de beauté. « Mlle Mars est partie. qui était allé l'applaudir à Covent-darden. on l'accabla d'invitations et des procédés les plus p r o p r e s à flatter son orgueil. * J e me nourris t o u j o u r s de l'espoir que tu seras ici dans le courant de juillet. c'est le seul plaisir q u e . Ils sont en chef et en p a r t a g e . elle écrivait à son amant r e s t é à Londres : « Mes occupations aussi m ' e m p ê c h e n t de t'écrirc aussi souvent que j e le désirerais.

elle voyait toujours le premier Consul. en 1802. « le Corse aux cheveux plats » qui. le prestige de sa faveur. ajouté. mais encore sous le r a p p o r t de la galanterie. j ' é p r o u v e un vide insupportable. Il p a r a î t qu'elle s'est un peu fatiguée en Angleterre. Dans le Titan f o u d r o y é qui expiait sa gloire et ses fautes sur le rocher de Sainte-Hélène. » Ces brûlants p r o p o s exprimaient-ils la vérité? La question reste au m o i n s douteuse en présence de ce qui se disait entre habitués du foyer de la ComédieFrançaise. u n e révoltée. car depuis notre séparation. Adieu... avait. mais p o u r d'autres causes. mais bien p l u s généreux que lui. au m o m e n t où elle venait de d é b u t e r avec éclat à la Comédie-Française d a n s le rôle de Clytemnestre d'Iphigenie en Aulide.. d u r a n t près de deux années. non seulement sous le r a p p o r t du tempérament. Mlle Ceorge. Elle fait un tableau singulièrement licencieux de la Cour du Régent. elle regrettait l'Empire et l ' E m p e r e u r . comme la Bourgoin. je t'embrasse un million de fois. Belle à miracle quoiqu'elle ne f û t plus toute j e u n e et que sa beauté sculpturale. u n e autre sociétaire et non des moindres. à la réputation qu'elle commençait à conquérir. « L'actrice Bourgoin. Elle ne se loue g u è r e de lord L. Celle-là encore était. m e n a ç â t de n a u f r a g e r dans l'obésité.Λ Ρ Ι» Κ M ) I CI-: 375 j'aie. depuis qu'elle est revenue de Londres. Elle a fait des parties avec d'autres lords bien moins riches. Je n'aspire qu'au b o n h e u r de te voir d a n s mes bras et de te dire combien je t'aime avec u n e véritable passion. . « Au moment où Mlle Bourgoin rentrait de cette triomp h a l e excursion. a pris u n ton plus impertinent que jamais. songeait elle aussi à aller récolter en Angleterre des applaudissements et des guinées. que n o u s a conservée le p i n c e a u de Gérard. Elle dit que cette Cour l'emporte en dissolution sur la fameuse régence du duc d'Orléans.

si au lieu de déserter son p o s t e . En 1811. L ' E m p e r e u r était alors i n t e r v e n u . avec divers p e r s o n n a g e s n o t o i r e m e n t hostiles a u x Bourbons. elle n'oubliait pas ses bienfaits à qui elle devait de s'être t o u j o u r s tirée des positions les p l u s critiques. a u d i t e u r au Conseil d'État. elle ne p a r u t s ' a p p l i q u e r qu'à les r e n d r e plus ardentes. il était. cinq a n s avant. dont elle se vantait trop comp l a i s a m m e n t . Les p r o p o s qu'elle tenait p u b l i q u e m e n t . firent trêve p e n d a n t les Cent-. elles éclatèrent au r e t o u r des Bourbons. ses relations. t a n t ô t lorsqu'elle allait être saisie par ses créanciers. Luce de Lancival. l'avait fait réintégrer d a n s tous ses droits de sociétaire et avait o r d o n n é qu'on lui v e r s â t les s o m m e s qu'elle e û t reçues. et l'on croyait avoir la certitude q u ' e n t r e elle et l'un d ' e u x . elle s'était r e n d u e sans autorisation. Loin de rien faire p o u r les d é s a r m e r . en outre. Contenues j u s q u ' à la fin de l'Empire. à la Comédie-Française et ailleurs. elle y f û t d e m e u r é e . d'entretenir d e s relations avec les bannis r é f u giés à Bruxelles. Neveu d'un h o m m e de lettres connu. avait fait d'elle. Un la soupçonnait. témoignaient de sa volonté de ne pas d é s a r m e r .37ϋ Ii Λ Ι Ό Μ CK Ι Ό L I T i n ι: Κ Fière de l'avoir fixé si longtemps. sous l'Empire. Cette haute p r o t e c t i o n . quittant Paris en fugitive avec le d a n s e u r IJuport déguisé en f e m m e — elle avait voulu forcer les portes d e l à Comédie qui refusait de les lui ouvrir. du s o u v e n i r qu'il conservait d'elle. qu'elle ne p r e n a i t p a s la peine d e cacher. ayant maintes fois bénéficié. m ê m e lorsque leur liaison eut pris lin. 11 se n o m m a i t liarel et avait vingt-neuf ans. il lui avait p a r donne sa fugue.lours et se réveillèrent a p r è s la chute definitive de l'impérial p r o t e c t e u r de Mlle (îeorge. tantôt lorsque le Comité r e f u s a i t d ' a u g m e n t e r sa p a r t de gain ou encore lorsqu'en 1813 — r e n t r é e de Russie où. . un objet d'envie et lui avait attiré bien des haines. existait un lien d e cœur q u e la c o m m u n a u t é de l e u r s opinions politiques avait contribué à resserrer.

f e m m e de l'ambassadeur de Russie à Londres. κ 377 alors que l'Empereur venait de décréter la création des commissaires g é n é r a u x de police. Mais. de rencontrer ce j e u n e llarel. Ces visées ambitieuses avaient été déjouées. il p r e n d la fuite avec la . les sommes nécessaires à l'entretien des troupes ù l'aide desquelles il projette de faire du d é p a r t e m e n t des Landes le dernier boulevard de l'impérialisme vaincu. f r è r e de la comtesse de Lieven. <Juand il ne peut plus tenir. » Satisfaction ne lui ayant pas été immédiatement donnée. Mlle George y r e n t r a après cinq a n s d'absence. il tente un dernier elï'ort. se fit oublier. Elle n'avait conquis ni le mari souhaité. Il se fait livrer do vive force. « Je désire beaucoup être attaché à la police générale. p a r le receveur général de Mont-de-Marsnn. il donne à Napoléon les g a g e s du plus a r d e n t dévouement. 11 lève dans son d é p a r t e m e n t une légion de volontaires. A son retour en France. Ce voyage ne lui avait rien donné de ce qu'elle espérait en l'entreprenant. écrasée sous le poids de ses déceptions. É p e r d u m e n t épris. il était encore à Paris lorsqu'un 181 II. ni le p r o t e c t e u r rêvé. résolue. a u x Cent-Jours. plus qu'ailleurs. on peut d o n n e r a Sa Majesté des p r e u v e s de son zèle et de son attachement. Au lendemain de W a t e r l o o . écrivait-il a u duc de Kovigo. bien que la cause impériale soit irrévocablement perdue. il avait sollicité un de ces emplois. llarel. Dans ce poste.Al'l'K M) Ii. un de ses anciens amants. il f u t n o m m é préfet des Landes. p o u r la défendre. P e n d a n t la p r e m i è r e Restauration. en r e p r e n a n t sa place à la Comédie-Française. lasse de tant de vaines intrigues. passés en Russie et en Allemagne. Elle ouvrit à ses promesses u n e oreille complaisante et leur destinée réciproque fut fixée. Elle se tlattait alors de se faire épouser par le comte de Benkendorf. tout a u x délices de la lune de miel. à chercher fortune à la Cour moscovite et ne d é s e s p é r a n t p a s de la devoir au tsar Alexandre lui-même. elle avait été bien h e u r e u s e . parce que là. en cas d'insuccès. il lui offrait de lui consacrer toute sa vie.

il c o n seillait aux F r a n ç a i s d'user « de l'esprit de vin d'Orléans ou d u j a l a p de Vienne ». La plus vive irritation r é g n a i t contre elle p a r m i les royalistes. Il s'adresse alors à Mlle George p o u r h â t e r l'envoi de son p a s s e p o r t . s'y livrait contre le g o u v e r n e m e n t royal a u x plus violentes diatribes. llarel partait pour Liège. Son attitude n'était p a s p o u r a r r a n g e r les affaires de sa maîtresse à P a r i s . comme il ne cesse d'y c o n s p i r e r . il était à Bruxelles. on le c o n d a m n e au bannissement. on n'était que t r o p disposé à seconder les intentions du d u c de Duras qui voulait la contraindre à quitter la Comédie à force de m a u v a i s procédés. A cette époque. à la frontière espagnole. Tel est le d é s o r d r e qui r è g n e encore à cette h e u r e d a n s toutes les a d m i n i s t r a t i o n s . Entre elle et ses carna- . j o u r n a l des bannis d a n s les Pays-Bas. Au théâtre. qu'il ne p e u t o b t e n i r un passeport p o u r passer e n Belgique. C'est la lettre qu'elle écrivit au ministre de la police a p r è s avoir v a i n e m e n t tenté de le voir et en m a r g e . La police a p p r i t que l'ami d e Mlle George. Les autorités d'Auxerre m e n a c e n t de l'emprisonner. d e v e n u r é d a c t e u r du Nain Jaune. Il est b a n n i et est empêché de p a r t i r . cinq années d e traitement. on l'obligeait à j o u e r ceux qui lui déplaisaient. en 1813. on la traitait en ennemie. Un peu plus tard. elle recourt à son amie la Duchesnois. La trace de ses d é m a r c h e s est a u x Archives nationales. L'illustre t r a g é d i e n n e se met en campagne aussitôt. le 15 mars. » Le 4-4 février 1816.378 LA Ρ 0 LI CK P O L I T I C ) Cl·: complicité des g e n d a r m e s . u n e dame l l o u g e t r e c o n n u t son é c r i t u r e .de laquelle il a tracé cet ordre : « Mander au préfet de l'Yonne de délivrer le p a s s e p o r t et prévenir Mlle Duchesnois. il est a r r ê t é . Trop mal en Cour p o u r rien solliciter. On l'interne d'abord à Auxerrc. Mais. où on ne lui p a r d o n n a i t pas d ' a v o i r touché. sur l'enveloppe d'une lettre saisie à Paris. On lui refusait les rôles auxquels elle p r é t e n d a i t a v o i r d r o i t . Puis. tantôt du roi de Borne. P a r t i s a n tantôt du duc d ' O r l é a n s .

p o u r p a r t i r .A l> I>K. qui n'avait j a m a i s cessé d'être bienveillant p o u r elle. sous cette forme. elle ne s ' a p p l i q u a i t qu'à ne pas se mettre dans le cas de se faire e x p u l s e r . c'est qu'aussitôt a p r è s son d é p a r t . ce n'était q u e querelles. elle l'avait obtenu ou si elle s'était décidée à s'en p a s s e r . Elle avait tout lieu de craindre qu'il n e lui f û t refusé. d'une p a r t . et. et que. elle fut considérée comme ne faisant p l u s p a r t i e de la Comédie-Française. En l'obtenant. voulait aller donner des r e p r é s e n t a t i o n s à Londres. Mais. elle ne pouvait l ' e s p é r e r . » En réalité. Mais elle n'avait pas p r i s encore le parti de se démettre et n ' i g n o r a n t pas qu'on l'attendait à sa première frasque. elle revint à son p r o j e t . elle espérait p a r t i r p o u r Londres et répugnait à retarder son d é p a r t . Un autre ne pouvait lui être accordé q u ' à titre de f a v e u r .M) I CK 379 rades. Selon les u n s . elle était expulsée. d'autre p a r t . Elle venait d'en p r e n d r e u n qu'elle avait employé à une tournée théâtrale dans les d é p a r t e m e n t s du Midi. aigres p r o p o s . Talma. II lui tenait d'autant plus à cœur que. Les r e p r é s e n t a t i o n s de la tragédie d'Arnault ayant été interdites à la suite des troubles survenus à la première. elle était démissionnaire. selon les autres. La r a r e t é des d o c u m e n t s relatifs à cette affaire et leur caractère c o n t r a d i c t o i r e n e p e r m e t t e n t pas d'établir si. il lui fallait u n congé. il n'était bruit à la Comédie que des succès de tous g e n r e s r e m p o r t é s en Angleterre par Mlles Anaïs et 13ourgoin. et lui offrait de l'emmener en qualité de p a r t n e r et d'associée. quelques m a u v a i s e s plaisanteries sur son compte et qui p a r a i s s e n t p l u s particulièrement dirigées . conflits. à propos de Mlle George. Le r a p p o r t suivant résume quelquesunes des r u m e u r s q u i se d o n n a i e n t carrière à son sujet : « 11 circule d a n s p l u s i e u r s sociétés. C'est ainsi qu'elle s'était résignée à j o u e r d a n s Germnnicus u n rôle qu'elle avait d'abord r e f u s é a p r è s avoir dit au fils de l'auteur « que c'était p o u r des r a i s o n s é t r a n g è r e s à la pièce. Ce qui est positif. lorsqu'elle partit au mois de mai. elle avait e'puisé son droit.

A. m a n d é e u n j o u r à l'ambassade d'Angleterre. Ayant objecté qu'elle n'osait demander un congé. a v a n t de quitter la capitale. A l'en croire.:m LA P O L IC Κ POLITIOIK contre S. en disant qu'elle ne voulait p a s flétrir ses premières amours. en même temps qu'on la p r é v e n a i t qu'elle était autorisée à partir. calomnieux p o u r le comte d'Artois qui. avec la plus indécente ironie. débitent que Son Altesse avait jeté u n regard de convoitise s u r les charmes de cette reine de théâtre. elle a osé les r e j e t e r avec dédain. q u e des propositions ayant été faites à cette actrice de la part du prince. Mlle George n'en contribua pas moins à le r é p a n d r e a u m o m e n t où elle quittait Taris. elle aurait reçu du duc de Duras ce billet laconique et significatif : « Mademoiselle. elle aurait a p p r i s p a r l'ambassadeur que le p r i n c e régent souhaitait vivement de la voir j o u e r à Londres avec Talma. tenait r i g o u r e u s e m e n t la promesse qu'il lui avait faite « de revenir à Dieu » et s'adonnait. aux p r a t i q u e s de la dévotion la plus exaltée. On verra bientôt le prince régent luim ê m e déclarer qu'il n'était vrai en aucune tie ses parties. II. On p r é t e n d m ê m e que Mlle George. s'est vantée assez h a u t e m e n t d'avoir dédaigné d'accorder sa faveur à u n Hourbon et qu'elle s'est permis c o n t r e les princes quelques é p i g r a m m e s non moins injurieuses que déplacées. On a n n o n c e que Monseigneur a été courroucé de l'impudence de la rebelle et q u ' e l l e a. depuis la m o r t de Mme de Polastron. vous avez voulu être libre. Les ultra-libéraux. » Il est au moins douteux que ce récit bit plus exact q u e le précédent. vous l'êtes. o r d o n n é qu'elle soit expulsée du Théâtre-Français et m ê m e d u royaume. sans en faire m y s t è r e . sir Charles Stuart lui a u r a i t spontanément offert de faire lui-même la démarche à la suite de laquelle. calomnieux aussi p o u r la comédienne qui s'était fait un tout a u t r e thème p o u r expliquer son départ et les difficultés qu'on lui annonçait p o u r son retour. » Tout était calomnieux d a n s ce récit. Elle le répéta à p l u s i e u r s . Monsieur. dans un accès de dépit.

. lorsqu'il fallut avoir l'ordre de M. d u r a n t le court séjour qu'elle fit dans cette ville a v a n t de s'embarquer. Sir Stuart se c h a r gea alors d'en faire lui-même la demande et elle r e ç u t l'approbation d'un a u g u s t e p e r s o n n a g e qui y a c c é d a avec bonté. Sir Stuart. Elle répondit q u e . blesser les gens sur le compte desquels elle s'exprimait avec t a n t d'outrecuidance et de légèreté et lui susciter p a r m i les femmes de la Cour d'impitoyables inimitiés. r a n g e a n t par avance p a r m i les victimes de ses charmes l ' o p u l e n t protecteur de sa c a m a r a d e Bourgoin et le prince r é g e n t lui-même. colportées d a n s Londres au moment où elle y arrivait. allaient lui ê t r e imputées à grief. ambassadeur d ' A n g l e t e r r e à Paris. d e . Elle était bien loin de se douter que ces v a n tardises. . Mais. d'après ce qui lui était arrivé relativement à la p r o l o n gation de son congé d a n s le midi de la F r a n c e . elle montrait des lettres de r e c o m m a n d a t i o n que lui avait remises u n p e r s o n n a g e ofticiel considérable pour le m a r q u i s d'Osmond. ce fidèle ami des artistes f r a n çais en général et de Mlle Bourgoin en particulier. Elle raconte ainsi faiTaire de son exclusion d u Théâtre-Français. Void un premier r a p p o r t s a n s signature et qui date d u mois de mai. elle n'osait pas en solliciter u n nouveau. lui avait témoigné le désir du prince r é g e n t d e la voir jouer avec Talma à Londres. Dans la seconde quinzaine de j u i n . c'est qu'à l'appui d e ses dires. Elle s'attendait à être reçue c o m m e une souveraine par l'aristocratie anglaise. Il annonce l ' a r rivée d e l à brillante et capricieuse comédienne à Calais. elle a r r i v a i t à Londres avec l'aima. Talma q u i voyageait avec elle ne la démentit p a s et ce qui p u t f a i r e supposer qu'elle disait la vérité. et p o u r lord L . ambassadeur de F r a n c e à Londres.Λ Ρ Ρ Ε Ν 1) IC Ε personnes p e n d a n t son voyage et notamment à d i v e r s fonctionnaires de Calais. Elle tint d'ailleurs beaucoup d'autres p r o p o s n o n moins imprudents. « Mlle George est arrivée et part demain p o u r Londres. Déjà leur passage à Calais a v a i t été signalé p a r la police. . se disait s û r e de revenir enrichie. de tourner têtes et cœurs.

a u c u n o r d r e p o u r faire venir Mlle George ni T a l m a . d'intercéder en sa f a v e u r . ministre de la police. reçoit de l'un de ses amis qui réside à L o n d r e s . en lui d i s a n t : « Mademoiselle. Elle le suppliera. « J ' i g n o r e s'il y a q u e l q u e intrigue de cour et q u e l q u e intention de la p a r t des vieilles favorites du prince r é g e n t qui influent sur la détermination prise d'éloigner a u plus tôt Mlle George. la lettre s u i v a n t e : « Votre lettre du 48. qui. en sait p l u s q u e moi à cet é g a r d . de B. mais elle exige une i n d e m n i t é . La haute société de L o n d r e s s'en o c c u p e r a certainement beaucoup. afin qu'il puisse r é p o n d r e aux questions qui lui seront faites à l'égard de cette affaire d a n s les j o u r n a u x . vous m e t t r a au ... Ils disent que sir Stuart n'a reçu aucune invitation. » « Sir Stuart. » Quelques j o u r s plus t a r d . d o n t vous aviez chargé Mlle George.382 LA l'OLICI· POLITIQUE Duras. m ' a été r e m i s e p a r elle. Ils o n t l'air de désirer que la première p a r t e de s u i t e . elle ne d e m a n d e p a s m i e u x . a m b a s s a d e u r de France. a p p a r e m m e n t . B. vous l'êtes. dit-elle. celui-ci p o u r toute réponse lui e n v o y a l'arrêté q u i l'exclut de la Comédie-Française. les my lords et les favoris d u prince r é g e n t et le p r i n c e régent lui-même paraissent avoir c h a n g é d'avis d ' a p r è s les observations qui leur ont été faites q u e l'on ne devait pas a u t a n t p r o t é g e r les artistes é t r a n g e r s .. Je fais ce que je p e u x p o u r lui être agréable et elle parait m e s a v o i r gré d e l'intérêt que j e lui p o r t e dans la position délicate où elle se trouve. d ' a p r è s ce que m ' a dit Mlle George. a dû r e n d r e compte de ces circonstances au p r i n c e régent et elle-même doit en p a r l e r à Son Altesse Royale en lui r e p r é s e n t a n t q u e le désir de se rendre à l'invitation qu'elle avait reçue était la seule cause de son exclusion. « J ' a i m a n d é ces détails a u m a r q u i s d ' O s m o n d .. M. « MM. v o u s avez voulu être l i b r e . et n o t r e belle reine veut q u e l'on satisfasse a u x d é p e n s e s d e sa c o u r et à ses j u s t e s prétentions. le comte Decazes.

Elle se t r o u v e à p r é s e n t d a n s une position critique. ils se rendirent bientôt. c o m p t e que ces f r é q u e n t a t i o n s leur aliéneraient la Cour d ' A n g l e t e r r e et les personnages les p l u s influents de la société l o n d o n i e n n e .. Mlle (ieorge et T a l m a se t r o u v a s s e n t d'abord disposés à f r a y e r avec les bannis. à q u i elle s'était e m p r e s s é e de porter les lettres de r e c o m m a n d a t i o n dont elle avait eu soin de se m u n i r avant de q u i t t e r Paris. le marquis d ' O s m o n d . il p a r a î t qu'il y a eu des m é p r i s e s qui ont occasionné le détourn e m e n t d'une des reines de la scène dramatique. quoique lord L. p a r m i ces lettres.. elle serait retournée sur-le-champ.Λ Ρ Ρ Κ Μ) ICI] 383 fait. Il y avait c e p e n d a n t autre chose : elle ne plaisait pas à lord L. Mais. Mlle George dut s u p p o s e r qu'il avait été mis en garde c o n t r e le pouvoir de ses charmes p a r la j a l o u s e maîtresse qu'il conservait à Paris. à la réserve et à la froideur de l'accueil qu'elle r e ç u t de lui. Ce f u t p o u r elle une première déconvenue.. et Mlle George p a r l o r d L. « fit tout ce qu'il pouvait p o u r lui être agréable et qu'elle affectât de lui en savoir g r é .. Elle n'avait reçu de L o n d r e s a u c u n e invitation d'y v e n i r .. Mais . A peine est-il besoin de faire r e m a r q u e r que. mais. il n'y en avait pas de Mlle Hourgoin ÎNTon s e u l e m e n t celle-ci ne s'était pas m o n t r é e disposée à r e c o m m a n d e r sa c a m a r a d e à son volage protecteur. Talma en f u t a v e r t i p a r l'ambassadeur de France. j e n'avais pas l'intention de vous import u n e r des affaires d e notre petit théAtre. J e Pai p r é s e n t é à notre princesse comme un de vos amis. » Il était naturel q u ' é t a n t données les opinions politiques q u ' o n leur connaissait et leur qualité de Français. En conséq u e n c e le plutôt qu'elle retournera à Paris sera le m i e u x J e n e l'avais j a m a i s connue avant s o n arrivée à Londres et j e ne vous p a r l e d'elle qu'à cause des lettres de recomm a n d a t i o n qu'elle m ' a apportées. » « Mon cher comte. écrivait-il à l ' u n des protecteurs de la comédienne. Elle n'y connaît p e r s o n n e .. Il semble bien qu'elle ne supposa q u e cela. Mais.

ce serait bien i n g r a t de ma p a r t de ne p a s vous remercier p o u r le service que v o u s avez cru m e r e n d r e en m ' e n v o y a n t u n si gros cadeau. » Elle ne fut pas plus h e u r e u s e du côté du p r i n c e r é g e n t .. « Mlle George a fait u n m a u v a i s calcul en v e n a n t . . A u c u n e politique et les p r a t i q u e s c o n n u e s de Mlle George n'ont p a s été assez légitimes p o u r qu'elle soit reçue p a r un p e r s o n n a g e le p l u s illustre. et le régent lui a m o n t r é avec satisfaction le livre qu'il a reçu de v o u s .Je puis v o u s confier qu'il ne la verra m ê m e p a s . 11 se r e n d i t pour l a voir à u n e soirée qui eut lieu à l'ambassade française et où elle et Talma d é c l a m è r e n t divers m o r c e a u x de leur répertoire. comme elle avait d e s lettres de r e c o m m a n d a t i o n de la part du chevalier S t u a r t . J e vous prie en grûce d ' a r r a n g e r son affaire a v e c l'administration parce qu'elle m'ennuie beaucoup. Mais. si elle a espéré de plaire à u n auguste p e r s o n n a g e . . est e n c o r e plus explicite : « Il me p a r a i t qu'on s ' e s t bien t r o m p é sur le fait de Mlle George. s'adressant à u n autre des a m i s de Mlle George qui est aussi le sien. j ' e s p è r e que vous voudrez bien l ' e m p l o y e r p o u r lui r e n d r e le très g r a n d service de la faire r é t a b l i r d a n s son emploi avant q u e quelque rivale p a r a i s s e surla scène. » Le même j o u r . Cependant.Jene veux pas la remplacer p a r un c o r p s si g r o s et si g r a s comme celui de Mlle George. « I I Ho Bourgoin a été voir le prince r é g e n t qui avait N entendu p a r l e r de son a t t a c h e m e n t au roi et de l'accueil qu'elle avait reçu de Sa Majesté. car j e suis obligé de lui r e n d r e service. . il m e p a r a î t qu'on se rappelle bien le rôle qu'elle a j o u é dans d ' a u t r e s cours. lord L. q u a n d elle . Comme elle dit que c'est par votre crédit qu'elle a obtenu la p e r m i s s i o n de venir ici.l'étais p r é s e n t à cette entrevue.p r o p r e la retient ici j u s q u ' à ce que son affaire puisse être a r r a n g é e .. particulièrement en Russie. .Je ne l'ai j a m a i s connue a v a n t son a r r i v é e en Angleterre et Mlle Bourgoin m ' a m u s e t o u j o u r s .384 LA PO L I CK POLITIQUE T a m o u r . qui a été fort gaie.

sa conduite avait été si inconsidérée q u ' o n ne pouvait la recevoir à la Cour d'Angleterre. et que. passionném e n t désireux de la connaître et c o m m e artiste et c o m m e femme. Elle ne pardonnait pas à la comédienne d ' a v o i r prétendu si haut et causé tant d'inquiétude aux 2S . Elles s'étaient liguées p o u r empêcher d'arriver j u s q u ' à lui la grande comédienne qui avait commis l'imprudence de paraître v o u l o i r le leur p r e n d r e . d'ailleurs. a u c u n ordre de faire venir Talma et Mlle George. ainsi que celle-ci l'affirmait. m i e u x cela vaudrait. résidence royale. La presse s'en mêla. une voix s'éleva p o u r faire écho à ces griefs et à ces exigences : celle de la comtesse de Lieven. Ce mauvais vouloir était dû à plusieurs causes. Les p r o p o s tenus p a r Mlle George avant de quitter la F r a n c e .Λ Ρ Ρ ENDIGE 385 sollicita l'honneur d'être reçue à Carlton-IIouse. ni sir Charles Stuart n'avaient reçu a u c u n e invitation. ambassadrice d e Russie. elle n'avait plus q u ' à p a r t i r . Certains j o u r n a u x prirent la d é f e n s e des comédiens français. j a d i s à la Cour de Russie. il lit la sourde oreille. l'affectation mise par elle à se p r é t e n d r e express é m e n t appelée en Angleterre p a r le Ilégent. D'autres critiquèrent la protection q u ' a u détriment des artistes anglais. et elles avaient décidé q u e ses visées ambitieu-es aboutiraient au p l u s complet fiasco. P a r conséquent. on avait craint qu'il ne l ' é p o u s â t . folies poussées si loin q u ' a p r è s avoir d é p e n s é pour elle u n e fortune. et plus tôt elle partirait. pour les beaux y e u x de Mlle George. avaient offensé ce prince. on accordait aux artistes étrangers. Dans le corps diplomatique étranger. la marquise d'IIcrtford en tête. Ils avaient offensé de même et en outre alarmé le petit m o n d e de vieilles favorites. le comte de Benkendorti. faveur q u i avait été accordée à Mlles Bourg o i n et Anaïs. Elle se souvenait des véritables folies qu'avait commises son f r è r e . dont il faisait le plus ordinairement sa Cour. Elle n'obtint pas audience et Talma f u t enveloppé dans sa disgrâce. Les favorites firent r é p a n d r e de toutes parts que ni le d u c de Wellington.

Ils avaient demandé la salle de l'Opéra pour y donner leurs représentations et le d i r e c t e u r la leur refusait. c'est impossible.. Ils protestèrent. — P o u r Talma.. et quoique le p r i x des places erit été n o t a b l e m e n t élevé. elle g é m i t . Λ peine arrivés. Celte concession déplut a u p a r t i des favorites. Quant à Mlle George. . Il leur conseillait de s ' e n tenir à * quelques déclamations > d e v a n t l'aristocratie. Au m o m e n t où elle quittait l'Angleterre. Au besoin. Les loges dont il disposait r e s t è r e n t vides. d ' a f f i r m e r qu'elle était venue s u r une invitation formelle et q u e si on lui infligeait l'humiliation de l'obliger à p a r t i r sans s'être fait entendre. se déclarait i m p u i s s a n t à vaincre cette résistance. chanta misère. le prince r é g e n t lui envoya mille guinées et les a c c o m p a g n a de la p r o m e s s e d'user de son influence personnelle a u p r è s d u roi de France p o u r r o u v r i r à l'artiste les p o r t e s du Théiltre-Français. Us ne voulaient p a s partir sans avoir j o u é devant le g r a n d public. et p o u r se débarrasser d'elle. on serait tenu de lui p a y e r une indemnité. Elles déclarèrent que le « h a u t p a r a g e » s'abstiendrait. soit chez un de ses amis qui offrait ses salons à cet effet. A la p r i è r e de lord L. soit à Argail Rooms. les comédiens français en recueillirent les témoignages. L'intervention du m a r q u i s d O s m o n d dénoua le conflit. petite salle où * le h a u t p a r a g e ® donnait des fêtes privées. Il obtint comme u n e grâce accordée a u x artistes l'autorisation p o u r eux de d o n n e r d e u x représentations à l'Opéra. mais p o u r Mlle George. la recette totale des deux soirées f u t misérable. . elle la ferait d e m a n d e r p a r son ambassadeur. passe encore. Lord L . une lettre . Jamais t o u r n é e à l ' é t r a n g e r ne lui avait rapp o r t é si p e u . réclama. l e u r répondait-on. Et elle de se plaindre. Talma était furieux. se lamenta. Ses r a n c u n e s n&«econdèrent que trop le m a u v a i s vouloir de la Cour et des favorites du Régent.LA POLICE ΡΟΕΠΊΟΙΊ· parents de ce j e u n e h o m m e .

était m o n t é s u r le trône. leurs profits n'acquitteront p a s le mémoire de leur hôtel. le goiU qu'ils professaient p o u r les artistes français. Elle a été de très mauvaise h u m e u r contre lord L. n'humilieraient pas p e u l'orgueil théâtral. Le prince de Galles. Mais. l'a détrompée. Cette malveillance ne visait que l'illustre commédienne. lesquels. ni ses prétentions.. les détails de sa piteuse équipée : « Il p a r a î t que Mlle George s'est aliéné le prince régent. ni atteindre d a n s l'avenir ses camarades. Elle ne devait ni durer p o u r elle. par l'imprudence de ses propos. devenu dans les dernières années de sa vie incapable de r é g n e r . en m ê m e t e m p s que p l u s d'équité de la p a r t des Anglais. Une fois ici. Celui-ci a engagé u n de ses amis d'offrir gratuitement à Talma et à Mlle George sa maison p o u r leurs déclamations dramatiques. qui. s'ils le savaient. au désir du prince. Au reste. L'actrice elle-même n'affichait plus avec la même ardeur ni son b o n a p a r t i s m e .. Les circonstances n'étaient plus les mêmes. . d o n t la régence avait pris fin à la mort de son père George III. Deux a n s plus tard. L'accueil qui lui f u t l'ait s'en ressentit et m a r q u a . avant môme son arrivée à Londres. Ils ont dédaigneusement refusé en croyant que l'Opéra même ne p o u r r a i t contenir la grande quantité de leurs admirateurs. le prince a m o n t r é une grande indifférence et s'est exprimé en des termes.. » Cette note ne disait rien qui ne f û t rigoureusement exact. elle s'est fâchée de ce que le colonel Mac-Mahon n'a pas été envoyé pour l'inviter à Carlton House.APPENDICE 387 privée faisait connaître à Paris p o u r la 'plus grande joie des ennemis qu'elle y comptait. elle retournait en Angleterre.. on a u r a i t tort d ' i n t e r p r é t e r la malveillance dont Mlle George et Talma p a r contre-coup avaient été l'objet de la p a r t de la Cour britannique comme l'expression d'un désir de ne plus appeler à Londres des artistes français. Elle disait publiquement qu'elle n'y était v e n u e qu'à l'expresse invitation de Son Altesse Royale. Ils se sont tellement trompés que tous les frais de l'administration payés.

A cette époque. » Cette lettre est datée du mois de janvier 1820. dit lord L .. 11 a t r o u v é la pièce « sans i n t r i g u e » et l'artiste « sans talent ». . Le 14 avril 4848. en v u e des scènes anglaises. Delattre. il r a c o n t e qu'il est allé a u Vaudeville p o u r voir u n e actrice qui voulait s'engager pour Londres. il est question de d é m a r c h e s q u e l'on fait clandestinement à P a r i s afin de r e c r u t e r des acteurs p o u r l'Opéra de L o n d r e s .. Les tribunaux étaient m a i n t e n a n t saisis d u conflit. date à laquelle l'artiste était revenue d e son premier voyage e n Angleterre. Laporte. lors d'un voyage qu'il fit à Paris en 4820. sa présence n'occasionnât des désordres. « En général. En a t t e n d a n t leur décision. n'avait p u forcer les portes du Théâtre-Français. tant on craignait. Quant à la Vestale. Mlle George. objet d'effroi pour les autorités des villes où elle s'arrêtait... Mme F o d o r — qu'ils allassent se faire e n t e n d r e à Londres.388 LA POLICE POLITIQUE goût t o u j o u r s si vif que nous voyons lord L. Dans la même lettre. . multiplier ses démarches p o u r obtenir de divers comédiens et chanteurs — P h i l i p p e . Mlle George courait la province. q u ' e n r a i s o n de son hostilité connue contre les Bourbons. Il d e m a n d e quels sacrifices on peut consentir et a s s u r e qu'avec de l'argent. après de longs et vains efforts. Dans u n e lettre de lui. Mlles Leverd. elle était à Metz : « Elle a d o n n é des représentations de Sémiramis et de . le courant actuel du r é p e r t o i r e n'est guère a t t r a y a n t . et.d e s s o u s de ses a u t r e s productions et s u r t o u t de Fenvnui Coviez où il semble avoir épuisé son génie. faisant trêve à ses graves occupations d ' h o m m e d'État. . Elle j o u a i t dans le Porto feuille. courir les t h é â t r e s p o u r j u g e r de la valeur de certaies ouvrages et de certains artistes. jouant ici ou là. il déclare que c'est bien p e u de chose : Spontini y est infiniment a u . Cette lutte d u r a i t d e p u i s le mois de juillet 4817. A r m a n d . on aura bientôt u n choix de chanteurs et de d a n s e u r s qui r e n d r o n t l'Opéra de Londres préférable à celui de toute a u t r e capitale de l'Europe.

et cette fois p o u r t o u j o u r s . Il me semble que cela est bien r i g o u r e u x et que les arts n'y g a g n e r o n t pas g r a n d ' c h o s e . écrivait à Louis XVIII : « On m e fait savoir de la p a r t du roi d'Angleterre que Sa Majesté serait bien aise que Mlle George ne se t r o u v â t pas t r o p mal de son p r e m i e r voyage et qu'elle obtînt son admission à l'Odéon. au m o m e n t où il fulminait contre le g o u v e r n e m e n t qui lui f e r m a i t sa p a t r i e . Le Roi seul p o u r r a finir cette affaire grande et. grave en disant qu'il le veut. les sociétaires de la Comédie p r i r e n t p e u r . u n e o r d o n nance royale p e r m i t à Mlle George « d'accepter l'engag e m e n t q u i lui a été offert au second Théâtre-Français.A P P E N IHCK 389 la comédie la belle Fermière. Il l'apprit à l'improviste. C'est 3111e George qui avait obtenu sa g r â c e de Decazes. Elle était d'ailleurs aigrie et irritée. un rayon de b o n h e u r vint illuminer sa triste vie. mais le Comité prétendait encore l'empêcher d'accepter u n engagement qui lui était offert à l O d é o n . f u t autorisé à r e n t r e r en F r a n c e . Mais. de qui. s'il le veut. Ils associèrent de n o u v e a u leurs existences. On la voit multiplier ses efforts et ses d é m a r c h e s . alors a m b a s s a d e u r à L o n d r e s . Son ami de cœur. p o u r mettre u n t e r m e « à des discussions publiques d'un caractère assez g r a v e et c o n t r a i r e aux intérêts de l'art d r a m a t i q u e ». d e p u i s q u a t r e ans. à Sémiramis. Le 14 novembre 1820. le duc Decazes. » A ce moment. Non seulement. Jlarel. Ils s'étaient opposés à la rentrée d e leur c a m a r a d e . elle vivait séparée. Cette circonstance eut p o u r effet de rejeter l'actrice d a n s les milieux d'opposition où vivait son a m a n t . qui déjà s'était opposé à ce voyage. » A la fin de 1819. Elles ont été assez suivies. » Ce ne fut c e p e n d a n t que neuf mois p l u s tard — le 47 septembre 4821 — que. on est venu m o i n s p o u r voir la tragédie que p o u r admirer les diamants et la p a r u r e de la tragédienne. L'ordre n'a pas été troublé. elle n'était pas p a r v e n u e à r e n t r e r à la Comédie-Française. Il p a r a î t que le duc de Duras. s'oppose à ce qu'elle puisse j o u e r à ce t h é â t r e . alors président du conseil.

s'il n'a pas d e p a s s e p o r t . Cette prétention fit tout m a n q u e r . On leur demande leurs p a p i e r s . C'était sa démission certaine à bref délai. Le Comité discuta la question de savoir s'il ne convenait pas de demander la s u p p r e s s i o n de la décision qui avait déclaré Mlle George « incapable de faire partie de leur troupe ». Le Comité c e p e n d a n t p a s s a outre. Ilarel est obligé d ' a v o u e r que. à l'expiration de mes vingt ans de services. et elle entra à l'Odéon. déclara-t-elle. Mlle George j o u a i t les mêmes rôles qu'elle et elle ne voulait la laisser revenir qu'en double. de j o u e r sur un a u t r e théâtre. on le lui refuse. et la . Au p r i n t e m p s de 4823 ils a r r i v e n t à Grenoble. mais à la condition d'être libre. « c'est qu'il fait partie de la suite ». Ils étaient d'ailleurs l'un et l ' a u t r e l'objet de suspicions incessantes et de surveillance ininterrompue. On n'insista pas. ce que celle-ci ne p o u v a i t accepter. L'année suivante. elle allait t o u c h e r au t e r m e de ses vingt ans. Mais. ils redoutaient la concurrence.38 4 LA P O L I C E POLITIQUE tant qu'ils avaient p u croire q u ' o n ne l'autoriserait pas à j o u e r à l'Odéon. Dans toutes les villes où Mlle George allait donner des r e p r é sentations. j e suis p r ê t e à rentrer. — Oui. Ce succès. Son attitude politique ne se modifia p a s . redevenue favorite. ordre était donné à la police de ne p a s les perdre de vue. t o u j o u r s suivie de son ami. Il voudrait en avoir un p o u r Chambéry. qu'elle devait à s a persévérance et non à la bienveillance de l'administration des théâtres. Mlle Duchesnois protesta. sa concurrence portée ailleurs. L'oll're f u t portée à la disgraciée de la veille. Genève et L a u s a n n e où Mlle George est a t t e n d u e . Maintenant. ne p u t dissiper les r a n c u n e s accumulées en elle à la suite de ce qu'avec la h a u t e idée qu'elle se faisait j u s t e m e n t de son talent et de ses services. elle considérait comme u n déni de justice. grâce s u r t o u t à l'influence q u ' i l a r e l exerçait s u r elle. et de lui offrir de rentrer « avec ses obligations et ses droits de p r o p r i é t a i r e ».

11 se p r o n o n ç a en faveur de Mlle George et o r d o n n a que les sommes qu'elle réclamait à la Comédie-Française lui seraient payées. La représentation menaçait d'être orageuse. » L'affaire n'eut pas de suites. a empêché le Derviche. et tout le m o n d e s'est calmé. fréquente les comités libéraux ». Ce procès. C'est ainsi qu'elle a donné Léonidas. l'administration préfectorale a envoyé au t h é â t r e des gens bien pensants. d u r a i t encore en 1829. « c'est qu'il fait de la politique. on invita le préfet à se saisir de lui et à le faire conduire à la frontière. Ce n'est p a s là toutefois qu'il reçut sa solution. A la suite d'offres d ' a r r a n g e m e n t . p o r t é devant le Conseil d'Etat. Le Derviche devait. Le préfet n e se rendit pas à l'invitation : « Je crois devoir faire observer q u e le retour en France du sieur liarel a été a u t o r i s é par o r d o n n a n c e royale et que tous les libéraux m a r q u a n t s de Grenoble s'empresseront de le réclamer. La satisfaction qui lui était accordée semble avoir mis fin à ses équipées. l i a r e l avait acheté t o u t le p a r t e r r e et les petites places et les avaient distribuées.APPENDICE 391 raison. les incessantes bravades de l'ami de Mlle George n'étaient pas pour rendre à celle-ci la bienveillance officielle qui lui eût été nécessaire pour h â t e r le d é n o u e m e n t ? (lu procès qu'elle avait intenté à la Comédie-Française. La police est intervenue. celle-là. à Grenoble. Pas p l u s à elle qu'à sa t u r b u l e n t e . les représentations de la g r a n d e comédienne causaient la p l u s vive agitation p a r m i les élèves de l'Ecole d e droit : « Elle j o u e de préférence des pièces pleines d'allusions libérales. la décision à p r e n d r e fut remise au Comité du contentieux de l a liste civile. Mais. aussi servir de prétexte à des manifestations. De Paris. Pour les déjouer. Du reste. » Il n'en fut pas moins question d'arrêter Ilarel. Mais. d'autres du m ê m e genre. faites p a r l'une des parties.

FIN . ce qui s'explique d'autant mieux que l'année suivante. une révolution chassait ces Bourbons qu'elle détestait et accusait de ses déconvenues de carrière.392 LA POLICE POLITIQUE camarade Bourgoin. nos documents n'en imputent d'autres.

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i^es.dt Appendice 2i>5 307 . Introduction ι L 1 Y II Κ 1 IUC M II·: Ii » La p o l i c e k t l e s e t η α.T A B L E DES M A T I È R E S l'.ν (î κ l s < LIVRE II 9ί> 1 La p o l i c e JtOYALE e t l e s ιιονλ l'a utk LIVRE l e s Pays-Ras LIVRE La p o l i c e e t C h a t e a u b r i a n d IV m La p o l i c e f r a n ç a i s e a Londkes. en Ali.emaiine e t d a n s 151 e t a c r u es 253 LIVRE V La p o l i c e e t l e s IIumihu.

rue Garantiere — 6· .PARIS typographie plon-nourrit et ci( 8.

d'après le m a n u s crit original. par Fernand C a l m e t t e s (1769-1820). 2 e édition. 50 T o m e H : La ïîestauralion. — Voyages électoraux de H en jam in Constant en Alsace.) Histoire d e la R e s t a u r a t i o n .ktpirali-urs LA Μ β M Ii LIBRAIRIE cl yens V^IINADICIIJL 8 0 Ä ) . 50 Un Agent secret sous la Involution et l'Empire. — L'Empire.on-noubrit ET c i e . 50 Histoire de mon temps. 3« édition.Λ ('q. d'à pre'·s de nombreux • d o c u m e n t s inédits (Bibliothèque de l'Institut — Archives nationales). Cinq vol. publiés s o u s les a u s p i c e s d<Î sa Ville. héliogravure 8 fr. 9 e édition. in-8" . revue et augm e n t é e . Un vol. in-8" avec portraits."•'•: 7 fr. U . 50 Les Complots militaires noun le C o n s u l a t et l'Empire. d'après les d o c u m e n t s des Archives. 4° édition. le duc n'AuiuppiiET-PASQUïËiv. I'I. 50 K c n j a m i n CoiiNtant « o u « l'œil d u <|uet. in-8° 8 fr. Un vol. La Police de Charles X (1827-1830). Un volume in-8" a c c o m p a g n é d'un portrait et d'un fac-similé 7 fr. Prix 7 fr. 3« édition. Tliiéliault. — La Surveillance politique dans l'Est. Prix. La Police imperiale. Mlle" Claire Thiébault. prix H or din. — L e Comte d ' A n t r a i g u e s . in-18. par Victor G l a c h a n t . I. 50 Tonic III : Charles Λ'. in-S 3 a v e c ])ortraits en .— 16531. d'après les documents inédits des Archives. M é m o i r e s d u c h a n c e l i e r P a s q u i e r . par E. Professeur de rhétorique au l y c é e Louis-lc-Grand. R E HABANfilKllE. T o m e I : La Révolution. M é m o i r e s et S o u v e n i r s d u liaron l l > d c de Neuville. T o m e Ier : 1789-1811. Un v o l u m e in-8°. . in-18. par G. Un vol. ~ Louis XVIII. 50 L e s C o m p l o t * militaires sous l a R e s t a u r a t i o n . publiés -par M. Prix de c h a q u e vol. Tom« III r 1814-181Ö. par E. o* édition. 50 m é m o i r e s d u «jëiiéral I»aron. Un tfol. accompagné do d e u x héliogravures et de deux fac-similés d'autographes. Un vol. Un v'oi. 3 e édit. in-8". A tyi>. 8. i n-18 3 fr. . 7 fr. —Correspondance officielle des agents du pouvoir central. — Le Consulat. . — Les Cent-Jours. — La Duchesse de Berry. D a k e s t e .lon·. L a Mystérieuse Afliiire par Gilbert Augustin-Tiiikhuv. 3 fr. — PnEMiènÈ p a r t i e : R é v o l u t i o n — G o n s i i l a t — E m p i r e . in-1 G de police. P HIS. Un vol. D e u x vol. — Le Comte de Chambord. 8 fr. in-8° avec un portrait e n héliogravure. — Lettres à Fauriel. Un vol. ί fr. deTAcadéniie française. Guii. Prix 3 fr. par Léonce PiNfiAim. 2° édition. 3 e édition. Un v o l u m e in-8" 7 fr. — Exil île Henjamin Constant. lauréat do l'Académie française. 7 fr. 50 (Couronné par l'Académie française. — II. G'ùillon. T o m e II : 1812-1814.

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