Droit Des Obligations

Synthèse du cours de droit des obligations 2006-2007

Professeur : P.A. Foriers

Par Hélène Volkova

Tome 1er

TITRE PRÉLIMINAIRE : NOTIONS – GÉNÉRALITÉS
1. La notion d'obligation
a. L'obligation civile  

Elle n'est pas définie par le Code civil. Selon la définition classique issue du droit romain (Institutes de Justinien), il s'agit du lien de droit par lequel une (ou plusieurs) personne(s) peu(ven)t contraindre une (ou plusieurs) personnes autre(s) à donner, à faire ou à ne pas faire quelque chose. L'obligation suppose donc trois éléments : (1) un lien entre un (des) CRÉANCIER(s) (sujet(s) actif(s)) et un (des) passif(s)) ; (2) un pouvoir de CONTRAINTE ; (3) un OBJET (donner, faire ou ne pas faire quelque chose).

DÉBITEUR(s)

(sujet(s)

(1) Il existe un autre concept, les devoirs généraux, qui sont des “obligations” de comportement imposées à tous par la loi et les usages ou la bonne foi et la prudence qui caractérisent le comportement du bon père de famille (ex. devoir de rouler à droite, de ne pas commettre d'infraction pénale...). Il n'y a donc pas de créancier ni de débiteur déterminé. Certains auteurs y voient toutefois une forme d'obligation dont tous seraient à la fois créanciers et débiteurs, mais cela semble artificiel. En revanche, la méconnaissance de pareil devoir peut donner naissance à une obligation, l'obligation de réparer le dommage causé (art. 1382 C. civ.). N.B. Selon certains, le principe de l'exécution de bonne foi des obligations (art. 1134 al. 3 C. civ.) ressemblerait davantage à un devoir général qu'à une obligation (en effet, l'idée de
cette disposition est assez proche de celle de l'article 1382 C. civ. puisqu'on se demande comment se serait comporté un débiteur normalement prudent et diligent placé dans les mêmes circonstances)

(2) >< obligations naturelles, engagements sur l'honneur (gentleman's agreement), engagements mondains. Ce pouvoir de contrainte va induire plusieurs principes : − art. 1174 C. civ. : nullité de l'obligation sous condition suspensive purement potestative dans le chef du débiteur ; − nullité de l'obligation dont l'objet n'est ni déterminé ni déterminable (ex. si je
m'engage à vous livrer du vin sans autre précision, le Code civil indique que dans ce cas le vin doit être de qualité loyale et marchande ; mais le problème n'est pas résolu car reste la question de savoir combien de vin je dois livrer. Vous n'avez pas de pouvoir de contrainte sur moi puisque je pourrais me libérer en vous livrant une goutte de vin) ;

nullité des clauses d'exonération de responsabilité en cas de manquement intentionnel ou volontaire (ce principe est aussi justifié par le principe de bonne foi).
1

ni sur l'absence de cause de la dette” (alors que si on considérait que l'obligation prescrite était une obligation naturelle.. voire même si elles sont reconnues volontairement.. le “paiement volontaire même par ignorance. En effet.. ou − “ne pas faire” quelque chose (l'objet est une abstention). mais seulement à son exigibilité” . Il doit être − déterminé ou déterminable et − possible en fait et en droit. ni sur la non existence.) ne porte pas atteinte à l'existence de la dette. ne donne pas ouverture à répétition. On en rencontre beaucoup en droit de la famille (obligation d'établir les enfants.(3) L'objet de l'obligation peut être extrêmement variable : elle peut consister à − “donner” quelque chose (= constituer ou transférer un droit réel). b. − Un arrêt de la cour de cassation de 1970 a condamné l'analyse selon laquelle l'obligation prescrite serait une obligation naturelle : “la prescription (.. celui qui répare un dommage qu'il OBLIGATIONS MORALES RENFORCÉES  n'est pas tenu juridiquement de réparer exécuterait une obligation naturelle (ex. • : ce sont des obligations civiles privées en raison de certaines circonstances du droit d'action en justice qui les sanctionne. bonne foi. on enseigne classiquement que celui qui paie volontairement une dette prescrite ne peut agir en répétition. seul le paiement en connaissance de cause ferait obstacle à la répétition). En réalité. Selon certaines décisions. qui peuvent avoir des effets juridiques si elles sont exécutées volontairement..) et dans le cadre des relations de travail (pensions pour d'anciens administrateurs / employés en dehors de toute obligation légale ou contractuelle. bonnes moeurs. − “faire” quelque chose (l'objet est une prestation). 2 catégories d'obligations naturelles : • : ce sont des obligations morales particulièrement fondamentales et que l'on juge dignes de protection juridique en cas d'exécution volontaire ou de reconnaissance volontaire.. obligation des concubins de contribuer aux charges du ménage.. On a cité 2 hypothèses : ✗ Les obligations nulles de NULLITE RELATIVE pour vice de consentement. c'est un problème de CONFIRMATION de la nullité. ✗ Les obligations PRESCRITES : − En effet. L'obligation morale et l'obligation naturelle   Obligation civile (sanctionnée juridiquement) >< juridiquement) OBLIGATION MORALE (pas sanctionnée Mais cette distinction n'est pas si nette.)  aux confins des obligations civiles et des obligations morales se trouvent les OBLIGATIONS NATURELLES. par conséquent. d'une dette prescrite.).  il se peut que le droit positif prenne indirectement en compte des obligations morales au travers de diverses notions légales (bonus vir. OBLIGATIONS CIVILES DÉGÉNÉRÉES 2 . rupture non fautive de fiançailles). Un arrêt de la cour de cassation de 1950 a exclu cette idée.. ne se fondant en ce cas.

puisque l'obligation naturelle préexiste. alors que le droit positif reconnaît aujourd'hui pleinement l'engagement par déclaration unilatérale de volonté comme source d'obligations. pour certains. Dans cette analyse. La vie de l'obligation a. l'obligation s'éteint autrement que par son exécution volontaire/forcée a. ce paiement donne ouverture à un droit à remboursement”. on s'est interrogé sur l'utilité de ce concept. sa reconnaissance ne constitue pas une libéralité. En effet. NAISSANCE -----------------------------------------------------------------> MORT b. mais celle-ci n'en a pas pour autant perdu toute utilité. une autre source (ex. En l'espèce. 2. La mort normale résulte du paiement volontaire = exécution volontaire de l'obligation c. Il est vrai que la reconnaissance de la déclaration unilatérale de volonté comme source d'obligations a eu pour effet de diminuer considérablement l'utilité de la notion d'obligation naturelle. La naissance de l'obligation Toute obligation suppose un acte ou un fait générateur qui lui donne naissance : − contrat − quasi-contrat − délit / quasi-délit engendrant un dommage − engagement par déclaration unilatérale de volonté − le cas échéant. voire si le créancier utilisait la contrainte pour obtenir le paiement. ll ne faut donc pas respecter les règles de forme propres aux libéralités et on échappe aux conséquences fiscales de celles-ci.  Dans la mesure où l'efficacité de l'obligation naturelle suppose la volonté du débiteur de l'exécuter. Dans certains cas. 3 . une apparence).Cette solution était satisfaisante d'un point de vue juridique mais pouvait avoir des conséquences inéquitables si le débiteur payait par erreur une dette prescrite. seul le paiement libre et conscient fait obstacle à la répétition. Parfois l'obligation s'éteint par son exécution forcée d. La Cour estime que l'obligation prescrite est une obligation naturelle et “qu'il s'ensuit que lorsque le paiement de la dette a été effectué sous l'effet de la contrainte. C'est sans doute pour cette raison qu'un arrêt de la Cour de cassation de 1981 opère un revirement. le créancier avait usé de la contrainte pour obtenir le paiement de la dette.

en dépit des termes de l'article 1142 du Code civil1.5 cm de largeur . 1 2 Voir chapitre 4. il ne la lui accordera pas • si elle est impossible . C'est un DROIT DU CRÉANCIER et le juge ne pourrait la lui refuser au motif que l'exécution par équivalent serait plus appropriée. Tel pourrait être le cas à l'expiration d'un certain délai (livrer des sapins de Noël après le 25 décembre) ou si le créancier a à juste titre perdu confiance en l'entrepreneur débiteur etc. l'expulsion est possible. condition résolutoire. d. et ce. L'exécution forcée de l'obligation   En cas d'inexécution [fautive].. • si elle procéderait d'un abus de droit (ex.b. Toutefois. impossibilité non fautive d'exécution.. remise de dette. Ex. le jugement tiendra lieu d'acte authentique) . c. L'extinction de l'obligation en dehors de son exécution volontaire ou forcée Ce mode exceptionnel d'extinction des obligations découle des dispositions de la convention ou du Code civil. 4 . un maître de l'ouvrage a commandé des châssis de 4 cm de largeur . sauf si elle est devenue impossible ou insatisfactoire pour le créancier. si un vendeur d'immeuble refuse de passer l'acte authentique. le remplacement judiciaire. le créancier peut poursuivre l'exécution forcée de l'obligation en cause. l'acheteur peut demander au juge de décider que si dans tel délai le vendeur ne signe pas l'acte authentique. L'exécution volontaire de l'obligation C'est la situation normale. Mais il y a toutes sortes de manières d'obliger quelqu'un à exécuter quelque chose sans utiliser la contrainte sur sa personne : • les astreintes . le maître de l'ouvrage veut les faire remplacer alors qu'ils ont déjà tous été installés : c'est abusif). on livre des châssis de 4. notamment par la force).  • si elle impliquerait une contrainte physique2 (ce principe connaît toutefois des limites : ex. • • la contrainte indirecte (ex. PRINCIPE DE L'EXÉCUTION EN NATURE : l'exécution en nature constitue le mode normal d'exécution forcée tant des obligations de dare que de facere et de non facere.  C'est aussi un DROIT DU DÉBITEUR.

auquel cas la chose reste aux risques de ce dernier. les risques étaient à charge de l'acheteur dès la conclusion du contrat. 3 5 . La raison en était économique : les vendeurs de blé ne voulaient pas supporter les risques du transport des provinces jusqu'à Rome. Dans les ventes au comptant d'une part.  − − Rien n'empêchait donc de vendre la chose d'autrui. L'OBLIGATION DE NE PAS FAIRE porte sur une abstention. d'autre part. mais même dans ce cas. et que donc rien n'empêcherait qu'il y ait transfert de propriété du seul consentement des parties. D'autre part. à l'exception de la constitution ou de la transmission d'un droit réel. il y avait 2 grands types de vente : immobilières / au comptant. ou en tout cas. Dans les ventes immobilières. Elle rend le créancier propriétaire et met la chose à ses risques dès l'instant où elle a dû être livrée. la propriété était transmise immédiatement car la tradition et le paiement du prix intervenaient tout de suite après l'accord des parties. les choses se passaient différemment : en matière civile (>< commerciale) le transfert de propriété intervenait le plus souvent dès la conclusion du contrat. l'autre ne doit pas s'exécuter non plus). le transfert ne propriété n'opérait jamais solo consensu. − Dans le DROIT ROMAIN (Justinien). il fallait au moins la tradition de la chose pour que le transfert de propriété opère. L'OBLIGATION DE DARE a pour objet le transfert ou la constitution d'un droit réel (et plus spécialement. une telle obligation s'exécute en principe à sa conclusion .”3 ORIGINE HISTORIQUE : cette règle est le produit d'une erreur historique commise par les auteurs du Code civil. Sans doute y avait-il obligation de transférer la propriété. Le principe est confirmé par les articles 938 (en matière de donation) et 1583 (en matière de vente) du Code civil. civ. La vente donnait essentiellement naissance à des obligations de faire : 1) livrer la chose et 2) garantir contre l'éviction. Classifications des obligations a.3. si le vendeur était propriétaire . (ii) L'obligation de dare  C'est une obligation très étrange.. : “L'obligation de livrer la chose est parfaite par le seul consentement des parties contractantes. une espèce d'OBLIGATION MORT – NÉE. En effet.). En effet. Mais EN PRATIQUE. s'était répandue la pratique des clauses de “constitut possessoire” et de “tradition feinte” (=clauses de saisine-dessaisine) (par lesquelles les parties assuraient la remise juridique de la chose et le vendeur était constitué possesseur pour le compte de l'acheteur). pirates. à moins que le débiteur ne soit en demeure de la livrer . La jurisprudence a donc accepté de considérer que l'acheteur supportait les risques. L'ANCIEN DROIT FRANÇAIS faisait application des mêmes principes. encore que la tradition n'en ait point été faite. dont celle que le droit serait abstrait. et si le propriétaire se manifestait.. − En revanche. du droit de propriété). ce qui était complètement dérogatoire au droit commun des contrats synallagmatiques (selon lequel si l'un ne s'exécute pas. l'acheteur pouvait mettre en jeu le système de la garantie d'éviction. les risques ordinaires (tempête. Elle porte sur toutes sortes de prestations. Les obligations de facere / non facere / dare (i) Généralités    L'OBLIGATION DE FAIRE est la plus répandue. à la fin du XVIIe siècle se répandent des idées philosophiques. La règle se déduit de l'article 1138 C. dans le système du Code civil.

: “Si le vendeur avait vendu de mauvaise foi le fonds d'autrui. ce qui est contradictoire. civ.  en matière commerciale. 1141 et 2279 C. le transfert de propriété n'opère que lorsque la chose vient à existence (car un droit réel sans assiette réelle est inconcevable) .). en vertu de l'usage. les articles 1138 et 1586 C. Mais le Code civil place parmi les obligations du vendeur la garantie d'éviction et retient expressément comme cas d'éviction. puisqu'il lui suffit de démontrer que l'obligation existait et que le résultat n'a pas été atteint. lorsqu'ils sont applicables. Donc même entre parties.  b. Le débiteur peut toutefois échapper à la responsabilité en prouvant une cause exonératoire de responsabilité (force majeure. Il s'ensuit que le créancier de l'obligation inexécutée est dans une situation aisée. aussi l'article 1635 C. le transfert opère au plus tôt lorsque les choses sont spécifiées (même justification) . • Le transfert de propriété n'opère par l'échange de consentements qu'entre parties. en cas de vente de marchandises. il y avait transfert de propriété immédiat. Finalement. c'est en principe la possession de la chose par le propriétaire qui le rendra propriétaire à l'égard des tiers (art. civ. 6 . c'est la transcription de l'acte de vente à la conservation des hypothèques qui rendra le transfert opposable aux tiers. Il est donc contradictoire de dire qu'il y a transfert d'un droit réel entre parties seulement.. le dépossession par l'effet de la revendication du vrai propriétaire4. A l'égard des tiers. Or. le transfert de propriété (et des risques) opère à la délivrance. 4 5 V.− Les auteurs du Code civil discutent de cela et disent qu'il est évident qu'en droit français le transfert de propriété s'opère par consentement. • Il y a de NOMBREUSES EXCEPTIONS au transfert de propriété entre parties solo consensu :  rien n'interdit de convenir du contraire (clauses de réserve de propriété) . Obligations de moyens / de résultat / de garantie Il y a une espèce de gradation : obligations de moyens obligations de résultat obligations de garantie  ~ les plus faibles ~ les plus fortes Dans l'OBLIGATION DE RÉSULTAT. en revanche. le transfert de propriété à la conclusion du contrat n'a qu'une portée restreinte. il sera obligé de rembourser à l'acquéreur toutes les dépenses. le débiteur s'engage à un résultat bien déterminé. la propriété ne se transfère pas solo consensu5.. même voluptuaires ou d'agrément.“ On envisage celui qui a vendu la chose d'autrui.. Ils reproduisent la règle d'origine romaine res perit emptori en lui conférant une portée générale. les droits réels sont opposables aux tiers. ne présentent de réel intérêt pratique qu'en ce qui concerne la RÉPARTITION DE LA CHARGE DES RISQUES entre parties. En matière immobilière.  Le régime qui en résulte est assez étrange et INCOHÉRENT : • La vente de la chose d'autrui est nulle puisqu'elle est impossible quant à l'objet (il est impossible de transférer la propriété si on ne l'a pas).  en cas de vente de choses de genre. c'est-à-dire à la tradition de la chose.). Dans les ventes de meubles corporels. civ.  en cas de vente d'une chose future. que celui-ci aura faites au fonds. mais pas sur le plan théorique. Sur le plan pratique. Ils ont donc été TROMPÉS PAR LA PRATIQUE.

la responsabilité du mandataire à titre gratuit s'apprécie plutôt in concreto..  L'OBLIGATION DE GARANTIE est une super obligation de résultat. Le créancier devra donc démontrer.B. obligation du médecin de guérir le malade. Si tel n'est pas le cas.B. obligation des courtiers immobiliers de trouver des amateurs. en matière de bail. à la précision de l'obligation et à l'aléa que le débiteur a raisonnablement accepté d'assurer. toutefois. qui joue même en cas d'ignorance invincible du vendeur. N. le bailleur ou le déposant attendra donc la fin du bail pour intenter un procès?? En réalité. Comment déterminer si une obligation est de résultat ou de moyens? Il faut d'abord vérifier si la question n'est pas réglée par une disposition légale particulière.   La distinction entre obligations de résultat et de moyens a donc une importance considérable sur le plan de la charge de la preuve. Ex. obligation de délivrance de l'acheteur. N. Il peut donc y avoir des situations intermédiaires entre les 3 catégories décrites ci-dessus. le fait que le débiteur a manqué à son obligation de diligence. outre l'existence de l'obligation et le fait que le résultat escompté n'est pas atteint. S'il y a plusieurs obligations. qui sera favorisé sous l'angle de la charge de la preuve. de moyens.Autrement dit. moins sévèrement.. tandis que son obligation de restituer le bien loué est de résultat. même en démontrant une cause exonératoire de responsabilité Ex.  Dans l'OBLIGATION DE MOYENS. obligation de restitution du dépositaire. Tel est le cas notamment lorsqu'une obligation de résultat est adossée à une obligation de moyens. Le débiteur ne peut en principe pas y échapper. qu'il ne s'est pas comporté comme se serait comporté un débiteur normalement prudent et diligent placé dans les mêmes circonstances. créer des situations intermédiaires. Si la chose déposée/louée a été endommagée. les parties peuvent prévoir ce qu'elles veulent. il doit démontrer l'existence d'une faute. elles ne sont pas nécessairement toutes de moyens ou de résultat (ex. Ex. la loi peut.. mais in concreto • Ex. Autrement dit. (très nombreuses en pratique) : le débiteur pourra se libérer en démontrant qu'il n'a commis aucune faute. la Cour de cassation considère que c'est au juge à trancher ce problème in specie.. le débiteur s'engage à faire diligence pour arriver à un certain résultat. son obligation d'introduire un recours dans le délai légal est une obligation de résultat). Celui-ci se référera à l'intention des parties (les parties peuvent expressément ou implicitement qualifier une obligation de résultat ou de moyens). l'obligation de garde du dépositaire à titre gratuit . l'obligation de l'avocat de garantir le succès d'un procès est une obligation de moyens . • OBLIGATIONS DE MOYENS AMOINDRIES : le manquement à de telles obligations s'apprécie non pas in abstracto par rapport au critère du bonus vir (comme c'est normalement le cas dans les obligations de moyens).2 La tendance est de réduire le champ des obligations de moyens au profit des obligations de résultat. bien entendu.. en d'autres termes. on admet que le débiteur puisse échapper à sa responsabilité en démontrant qu'il s'est comporté comme un dépositaire/preneur moyennement prudent et diligent (l'appréciation s'effectuera même in concreto dans le chef du dépositaire à titre gratuit). 7 . De même.. de garantie. il doit démontrer qu'il n'a pas commis de faute. tandis que son OBLIGATIONS DE RÉSULTAT AMOINDRIES obligation de restituer la chose est de résultat. l'obligation du preneur de jouir des lieux en bon père de famille est de moyens. sans doute dans un souci de protéger le créancier. Ex.  SITUATION INTERMÉDIAIRES : à défaut de disposition légale indiquant si une obligation est de résultat. ou en tout cas. (un des rares cas du Code civil) : la garantie des vices cachés du vendeur. A priori il y a une contradiction. De même. : l'obligation du dépositaire de conserver la chose est de moyens..

Obligations à objets multiples c. en effet. Elles présentent certaines caractéristiques et sont soumises à certaines règles particulières : − elles sont toujours exécutables en nature . Obligations assorties d'un terme ou d'une condition 6 “L'obligation de délivrer la chose comprend ses accessoires et tout ce qui a été destiné à son usage perpétuel. − on leur appliquera. Elle passe à l'acquéreur du bien en cause en même temps que la propriété. Les obligations réelles et les obligations se transmettant “propter rem”  Une OBLIGATION RÉELLE est une obligation intimement liée à l'usage et à la propriété d'une chose. Dans cette logique. n'est normalement plus intéressé à intenter cette action. l'ex-propriétaire qui a vendu l'immeuble. 8 .. en principe.  Il existe des OBLIGATIONS “ordinaires” qui se transmettent en même temps qu'une chose (“PROPTER REM”) à titre d'accessoire juridique (art. Ex.” : il y a notamment des accessoires juridiques. l'action en garantie décennale contre l'entrepreneur en cas d'aliénation d'un immeuble récemment construit. Dans ce cas. − elles sont soumises au principe du nominalisme monétaire. d. et parmi eux il peut y avoir des actions en justice. − leur retard d'exécution ne peut donner lieu qu'à des intérêts moratoires . clause d'habitation bourgeoise. civ.. ce qui signifie que l'on ne tient pas compte de la dévaluation monétaire . Les modalités des obligations (voir infra) a. l'existence du vice s'est normalement répercutée sur le prix de la vente. La raison de cette transmission est que le commerçant qui a vendu l'objet. tandis que l'acheteur final l'est. il est fait exception à la transmission de l'action si le vice s'est manifesté avant la vente et que le vendeur a déjà intenté l'action. 1615 C. Ex. : l'action en garantie d'éviction ou en garantie des vices cachés en cas de ventes successives.c. la règle “genera non pereunt”. Les obligations pécuniaires (ou dettes de somme)   Elles portent sur une somme d'argent dès l'origine. Obligations à sujets multiples b. 4. en matière d'obligation de délivrance du vendeur)6.

transmettre ou éteindre des obligations. rien n'empêche qu'une partie contracte avec elle-même en double qualité (d'une part. en son nom et pour son compte personnel. par exemple. Généralités  L'article 1101 C. à donner.” S'il est vrai que pour les auteurs du passé convention et contrat ne recouvraient pas véritablement la même chose. le mécanisme de représentation repose sur une espèce de fiction selon laquelle le représentant exprime la volonté du représenté. donne une définition assez singulière du contrat : “Le contrat est une convention par laquelle une ou plusieurs personnes s'obligent. Sur un plan conceptuel. au nom et pour le compte d'une autre partie. d'autre part. c'est-àdire créer. En effet. aujourd'hui ce sont des synonymes.TITRE I – LES CONTRATS CHAPITRE PRÉLIMINAIRE : PRINCIPES FONDAMENTAUX NOTIONS ET A. ceux-ci doivent se situer sur le plan patrimonial)  b. Cette définition met en lumière deux éléments : • b. DEFINITION a. L'existence de deux parties au moins   Tout contrat suppose donc deux parties ou plusieurs parties qui échangent leur consentement >< engagement par déclaration unilatérale de volonté. modifier. en qualité de mandataire). à faire ou à ne pas faire quelque chose. envers une ou plusieurs autres. civ. On préfère par conséquent la définition de DE PAGE suivant laquelle le contrat est un accord entre deux ou plusieurs volontés dans le but de produire des effets juridiques. l'existence de deux parties au moins • c. 9 . l'exigence de la volonté de produire des effets en droit (d.

Il faut plutôt considérer que le PRINCIPE DE impose au prestataire de services en situation de conflit d'intérêts de prendre une certaine attitude.Néanmoins. Par exemple. en considérant que le mandataire qui accepte un double mandat à l'insu de ses mandants manque de loyauté vis-à-vis de chacun d'eux et est tenu de réparer le dommage éventuellement subi par eux du chef de ce manquement. Mais est-ce vraiment la solution la plus adéquate? En effet. cette idée a été soulevée dans le cadre de l'affaire Suez-Tractebel).. en matière de vente. qui n'est pas nécessairement l'abstention (parfois.  Des auteurs défendent l'idée qu'il existerait un PRINCIPE GÉNÉRAL DE DROIT QUI IMPOSERAIT UNE OBLIGATION D'ABSTENTION EN CAS DE CONFLIT D'INTÉRÊTS (ex. une telle situation est vue avec méfiance en raison du conflit d'intérêts aigu qui pèse sur le représentant. On considère que la sanction de cette interdiction est la NULLITÉ POUR EXCÈS DE POUVOIR. soc. les intermédiaires en instruments financiers peuvent se porter contrepartie de leurs clients pour les transactions à exécuter sur un marché réglementé car ils ont reçu un ordre de la part de ces clients et parce qu'il n'y a pas de véritable négociation). dans le cas du représentant qui s'est porté contrepartie. Cette interdiction est sans doute plus faible que celle de se porter contrepartie. où le mandataire conclue aussi avec luimême. Si elle n'est pas d'ordre public. le procédé est autorisé pour les commissionnaires en marchandises à condition que les ordres des deux commettants soient suffisamment précis quant à la quantité et au prix) ou • de l'accord exprès ou implicite des parties. La règle ne s'applique donc pas aux sociétés fermées. Doit-il s'abstenir? Il suffit d'examiner les textes qui règlent les conflits d'intérêts pour s'apercevoir qu'il n'existe PAS DE PRINCIPE GÉNÉRAL D'OBLIGATION D'ABSTENTION. • Il y a des exceptions légales (ex. 1596 C. Or. L'hypothèse de la contrepartie se distingue de celle du DOUBLE MANDAT (très fréquent en matière commerciale et sur les marchés boursiers).. à propos du tuteur. Par exemple. et il serait plus approprié d'allouer des dommages et intérêts. 450 C.) et la Cour de cassation l'a élevée au rang de principe général de droit. mais cette fois-ci pour le compte de deux mandants. sauf dans certains cas. il suffira d'informer le client pour s'assurer qu'il n'a pas d'objection). sanctionné de NULLITÉ RELATIVE (le mandant peut la confirmer). les parties peuvent conventionnellement y déroger. C'est pourquoi. Il n'a donc pas d'intérêt personnel opposé à ses mandants . mais qu'il est pour le reste demeuré dans les limites de son double pouvoir de représentation. civ. civ. Le double mandat est INTERDIT en dehors • d'usages particuliers (ex. il est EN PRINCIPE INTERDIT au représentant DE SE PORTER CONTREPARTIE. art. En réalité. Diverses dispositions légales font une application expresse de cette règle (art. •  Cette interdiction ne crée pas une véritable incapacité. la nullité constitue une sorte de réparation en nature de la faute qu'il a commise. le situation n'est pas pareille. contrairement à ce que la formulation de l'art. la véritable question est celle de savoir s'il existe un tel principe général de droit imposant de s'abstenir EN DEHORS DU PROBLÈME DE LA CONTREPARTIE ET DU DOUBLE MANDAT. un consultant est consulté par deux firmes du même secteur. dans le domaine des services financiers. Exceptions et limites de cette règle : • Cette interdiction ne relève pas de l'ordre public. BONNE FOI 10 . laisse penser. l'article 523 C. ici. n'impose une abstention dans le chef de l'administrateur sous l'empire d'un conflit d'intérêts que dans les sociétés cotées en bourse. ce sont ces derniers qui ont des intérêts contradictoires. civ. 1596 C.

• d'autres sont une combinaison de contrats nommés (= contrats complexes) ex.   11 . contrat d'occupation précaire (ex. de compte courant). Il ne faut pas abuser de la notion de contrat innommé. factoring. d. ils sont souvent organisés de manière assez précise par les usages. le propriétaire d'un immeuble vétuste souhaite le rénover mais consent à un bail au profit d'un vendeur de tapis qui souhaite l'occuper pour la Noël. La jurisprudence considère que c'est un contrat sui generis d'occupation précaire et non un bail car le bail suppose une certaine stabilité). ce qui les rapproche des contrats nommés (ex. B. le bail de carrière s'analyse aujourd'hui comme une vente ou un bail (alors que le locataire “abîme” la chose) . contrat d'ouverture de crédit. Exemples de vrais contrats innommés : location-financement (mais certains de ces contrats font l'objet d'une réglementation). Exigence de la volonté de créer des effets juridiques   Les parties doivent avoir l'intention de véritablement s'engager en droit.. d'accorder à l'autre le droit d'exiger l'accomplissement de ce qui est promis.. Contrats nommés >< innommés   Les CONTRATS NOMMÉS sont ceux que la loi réglemente (Code civil ou dispositions particulières). Les CONTRATS INNOMMÉS sont par opposition ceux que la loi ne régit pas. En effet. • certains contrats apparemment innommés sont en réalité des contrats nommés ex. Les effets juridiques doivent être d'ordre patrimonial Le contrat doit tendre à créer des effets juridiques dans la sphère patrimoniale. mais que la loi ne réglemente pas. contrats d'hôtellerie. ne constituent donc des contrats.c. ni le mariage. Ne constituent donc pas des contrats : • un engagement mondain • un “gentleman's agreement” • de simples lettres d'intention dans le cadre de la négociation d'une convention (pour autant qu'il ne résulte pas de ces lettres que les parties aient entendu s'engager sur tel ou tel point). A noter que dans ce dernier cas. Ils procèdent de l'invention des parties ou constituent des contrats bien connus dans certains secteurs. Ni l'adoption. CLASSIFICATIONS DES CONTRATS 1.

elles peuvent déroger aux règles même impératives gouvernant ce contrat nommé. • le régime des contrats véritablement innommés sera déterminé par le juge en fonction des principes généraux des obligations et de la convention des parties. des usages. le déposant devra rembourser au dépositaire les dépenses qu'il aura éventuellement faites en vue de la conservation de la chose déposée. au moment de sa formation. dans le dépôt à titre gratuit.B. Ex. Ex. C'est un système qui peut exister pour les contrats en général. ont prétendu avoir un droit de résiliation triennale. prêt à usage. dès le moment de sa formation. prêt de consommation. souhaitant se dégager de ces conventions en raison de la crise pétrolière. Il faut un certain degré de sophistication du droit pour estimer que l'on puisse faire n'importe quel contrat s'il n'est pas contraire à la loi et aux bonnes moeurs). Les CONTRATS À TITRE GRATUIT (ou contrats de bienfaisance) sont ceux qui impliquent un avantage gratuit. Contrats synallagmatiques >< unilatéraux  Le CONTRAT SYNALLAGMATIQUE PARFAIT crée. A noter que même si les parties se rattachent conventionnellement à des fins de facilité au cadre contractuel d'un contrat nommé (ce qui est souvent le cas en matière de location-financement immobilière). Ex. au moins une obligation dans le chef de chaque partie contractante. Les parties ont dès l'origine des obligations réciproques qui doivent. qui avaient été qualifiés “baux commerciaux” par les parties. dans le mandat à titre gratuit. Cette catégorie n'a pas d'intérêt fondamental. Des sociétés pétrolières locataires de stations service en vertu de contrats de location-financement. INTÉRÊT PRATIQUE de cette distinction : • celui-ci a fort diminué par rapport aux périodes anciennes du droit romain. sans contrepartie. les juges ont considéré qu'il s'agissait de contrats sui generis et non de baux commerciaux et que le droit de résiliation triennale ne s'appliquait pas en l'espèce.  Entre les deux se trouvent les CONTRATS SYNALLAGMATIQUES IMPARFAITS. Contrats à titre onéreux >< à titre gratuit   Les CONTRATS À TITRE ONÉREUX sont ceux qui impliquent une contrepartie. vente. échange. s'exécuter trait pour trait. le mandant doit rembourser les dépenses éventuelles du mandataire . nantissement. Jusqu'en 95 il n'existait pas de sociétés innommées puisque s'appliquait la théorie des cadres légaux obligatoires. en matière commerciale en tout cas. dépôt gratuit. dans leur pensée. mandat gratuit. d'obligations que dans le chef d'une seule partie contractante. bail. 2. • L'intérêt pratique se situe essentiellement au niveau du régime applicable aux contrats : • le régime des contrats nommés est déterminé par la loi . 12 . droit que la loi accorde au preneur en matière de baux commerciaux. ainsi que. 3. Ceux-ci sont originairement unilatéraux mais font naître en cours d'exécution des obligations dans le chef de l'autre partie. où il n'était pas évident que l'on puisse faire des contrats innommés (N. puisqu'elles se trouvent en dehors de leur champ d'application. Toutefois. Ex. Ils se composent des libéralités (qui se caractérisent par l'animus donandi de leur auteur) et des autres contrats à titre gratuit.  Le CONTRAT UNILATÉRAL ne fait naître. le cas échéant.

) . Ex.   5. C'est un résidu de l'histoire. Les exemples sont rares dans le Code civil mais sont en train de se multiplier dans un but de protection de certaines catégories de contractants (protection de la partie faible). outre l'échange des consentements. outre l'échange des consentements. dans la réalité des faits. Les contrats consensuels sont la règle. aux contrats aléatoires est controversée. promesse de don manuel). La contrepartie ne sera donc pas nécessairement l'équivalent économique de la prestation. Une partie de la jurisprudence a estimé que le caractère réel de certains contrats leur conférait un caractère artificiellement unilatéral (ex. bail. 13 . la prestation et la contrepartie consistent en une chance de gain ou de perte d'après un événement incertain (en d'autres termes. solennels  Un CONTRAT est CONSENSUEL lorsqu'il est entièrement et valablement formé par le seul échange des consentements des parties. la remise effective de la chose qui en est l'objet.. promesse de prêt. INTÉRÊT de cette distinction : certaines règles sont spécifiques aux contrats synallagmatiques parfaits : • la résolution pour inexécution fautive (art. Ex. En d'autres termes. ainsi qu'aux contrats unilatéraux en raison de leur caractère réel (ex. ce dans un but de protection (ex. de gage. le respect de certaines formalités. promesse de vente à tempérament. − Le caractère réel du contrat a cependant une importance quant à la détermination de sa date. il s'agissait de contrats synallagmatiques. Exceptionnellement. L' iNTÉRÊT PRATIQUE de cette distinction est plutôt limité. que les contrats commutatifs. • Certaines règles ne s'appliquent qu'aux contrats aléatoires.  Un CONTRAT est RÉEL lorsque sa formation nécessite. • la règle des originaux multiples. réels. en principe. Ils sont l'expression du principe du consensualisme.). Dans le CONTRAT ALÉATOIRE. rien n'empêche de conclure une promesse de contrat réel (ex. mandat. • La théorie de la lésion ne concerne. Contrats commutatifs >< aléatoires  Dans le CONTRAT COMMUTATIF. Il prend date à la remise de la chose. dépôt.  Le CONTRAT SOLENNEL est le contrat dont la formation nécessite. la promesse de contrat réel est nulle ou sans effet. • l'exception d'inexécution .. 1184 C. civ. de dépôt. les parties connaissent dès l'origine quelles seront leurs prestations. 4. gage. ils dépendent d'un aléa). − En principe. La question de l'application de ces institutions aux contrats synallagmatiques imparfaits. Contrats consensuels.civ. le prêt à intérêt) est controversée. Vente. Prêt. • L'application de l'article 1184 C. don manuel. la vente à tempérament y ressemble aussi dans la mesure où il faut un début d'exécution pour que le contrat sortit ses effets. le prêt à intérêt) et a considéré qu'économiquement. la contrepartie est vue comme l'équivalent économique de la prestation.

assurance. crédit à la consommation.  En réalité. législations protectrices des consommateurs. transaction) . bail. la personnalité du débiteur apparaît plutôt comme une garantie de la bonne exécution de la prestation (ex. vente immobilière). hypothèque. 14 . dans le chef de ces derniers en tout cas . l'avocat de renom a une possibilité de substitution beaucoup plus large que le peintre de renom). gage. Ex. − les formalités sont imposées à titre de publicité (ex. INTÉRÊT PRATIQUE de cette distinction : l'existence et l'exécution du contrat accessoire sont liées au contrat principal. et non lorsque − les formalités sont imposées à titre de preuve (ex. Ex. Contrat principal >< contrat accessoire    Le CONTRAT contrat. dans le chef de l'employé . cautionnement. commande d'un portrait à un peintre de renom) . Contrats intuitu personae   Un CONTRAT INTUITU PERSONAE est un contrat dans lequel la considération de la personne de l'un des contractants est pour l'autre partie l'élément déterminant de son consentement. hypothèque.Ex. − dans d'autres cas. textes plus récents : résiliation amiable des baux commerciaux et des baux à ferme (doit être passée devant notaire ou constatée dans une déclaration devant le juge de paix). le mandat). Dans ces deux cas. Il en résulte d'un aménagement nuancé des règles généralement appliquées à ce type de contrat (ex. la détermination du caractère intuitu personae d'un contrat apparaît comme une question de fait qu'il faudra résoudre à partir de l'analyse de la volonté des parties. Même si la loi confère un caractère intuitu personae à certains contrats (ex. − souvent. − les contrats de mandat dans le chef des parties . 6. la méconnaissance des formalités n'a pas d'incidence sur la validité du contrat des parties mais se répercute respectivement sur la preuve du contrat ou sur son opposabilité aux tiers. N'est véritablement solennel que le contrat dont la validité dépend de formalités. il y a des DEGRÉS dans l'intuitus personae : − il y a de cas où l'intuitus personae est tellement fort qu'il y a une véritable identification de la personnalité du débiteur avec l'objet de la prestation (ex. 7. le contrat est en réalité conclu en fonction des qualités d'une entreprise (intuitu firmae). convention passée avec un avocat de renom) . − les contrats de sociétés de personnes. loi Breyne. de contrats qui ont été considérés comme intuitu personae : − les contrats conclus avec les représentants de professions libérales. − les contrats d'ouverture de crédit bancaire. dans le chef des deux parties . − les contrats d'emploi. donation. PRINCIPAL est le contrat qui existe et s'exécute indépendamment de tout autre Le CONTRAT ACCESSOIRE est un contrat qui suppose l'existence d'une obligation principale. donc lorsque ces formalités tendent à protéger le consentement de l'une ou l'autre des parties.

 Un CONTRAT est INSTANTANÉ lorsqu'il s'exécute en une seule fois ou. dans l'esprit des parties. Mais la règle doit être nuancée : par exemple. Ex. on ne demande pas à un artiste qu'il prépare sa toile lui-même). mais en réalité il s'agit plutôt d'une problème de divisibilité ou indivisibilité du contrat dans l'esprit des parties. 8. la vente (il importe peu que le cas échéant le paiement du prix soit échelonné sur plusieurs mois). le bail. − Un tel contrat est en principe DISSOUS DE PLEIN DROIT EN CAS DE DÉCÈS. C'est ce qu'on enseigne traditionnellement. 15 . SUR LA PERSONNE − − constitue un vice de consentement dans ce type de On admet assez facilement que de tels contrats puissent être RÉSILIÉS UNILATÉRALEMENT POUR MOTIF GRAVE. Mais le principe doit être nuancé en tenant compte de l'objet du contrat et de l'intention des parties : le débiteur en question pourrait se substituer un tiers pour l'exécution de certains aspects de ses obligations qui ne devaient pas raisonnablement. Le caractère intuitu personae d'un contrat entraîne sa soumission à un RÉGIME PARTICULIER qui est l'expression technique de l'importance de la personne en considération de laquelle la convention est conclue. L'ERREUR contrat. − INTERDICTION DE SUBSTITUTION : le débiteur d'une obligation contractée en fonction de sa personne ne peut en principe se substituer un tiers dans l'exécution de ses obligations. à savoir dans tous les cas où la convention devient objectivement impossible à exécuter en raison d'une perte de confiance due à des éléments imputables à la personne en fonction de la personnalité de laquelle le contrat a été conclu. lorsque sa prestation caractéristique s'exécute en une seule fois Ex. qui produiront leurs effets rétroactivement. en cas de fusion. en principe. plus exactement. cessible. Contrats successifs >< instantanés   C'est une distinction claire à priori mais complexe en pratique. les contrats intuitu personae sont en principe transmis à la société absorbante car il s'agit en réalité en règle de contrats conclus intuitu firmae.  INTÉRÊT PRATIQUE de cette distinction : certaines institutions auront des effets différents selon qu'elles s'appliquent à un contrat successif ou à un contrat instantané : • l'annulation et la résolution d'un contrat instantané produiront leurs effets rétroactivement. • à la différence de l'annulation et de la résolution d'un contrat successif. être exécutées par lui (ex. Un CONTRAT est SUCCESSIF lorsque les parties ou l'une d'entre elles s'engagent à des prestations périodiques. FAILLITE OU D'INCAPACITÉ de la personne dans le chef de laquelle il a ce caractère et n'est pas.

Il suffit pour s'en convaincre de se référer aux règles d'interprétation des conventions. Si le juge doit rechercher la commune intention des parties.) Principe du consensualisme Principe de la liberté contractuelle Principe de l'exécution de bonne foi (art.9. [Ce principe s'est d'abord développé dans la philosophie de Kant (2ème moitié du 19ème siècle) et a ensuite été récupéré par les juristes à un moment où ce principe connaissait justement de fortes limites]. : “Les conventions légalement formées tiennent lieu de loi à ceux qui les ont faites. 1134 al. Les CONTRATS ADMINISTRATIFS sont des contrats conclus par l'administration dans l'exercice de la puissance publique (ex.” FONDEMENT HISTORIQUE ET PHILOSOPHIQUE : − L'idée que les parties puissent s'engager par leur seul consentement. qui s'est particulièrement développée au 19ème siècle (époque du libéralisme). pour une part importante. 1 C. 1134 al. civ. − le contrat n'est pas le pur produit de la volonté subjective des parties. civ. administratifs   Les CONTRATS COMMERCIAUX sont soumis aux usages commerciaux. soumis aux règles du droit commun. de plus. marchés publics). LES GRANDS PRINCIPES DU REGIME CONTRACTUEL • • • • Principe de la convention-loi (art. et en dehors de tout cadre légale organisant un “contrat nommé”. 1134 al. 3 C. sans formalités. explique la force obligatoire des conventions par le principe de l'AUTONOMIE DE LA VOLONTÉ.) 1. Cette approche soulève des OBJECTIONS : − le principe d'autonomie de la volonté est postérieur au Code civil . 1 et 2 C. ne constitue d'un point de vue historique nullement une évidence et est le produit d'une longue maturation. civ. Ils restent. Les contrats civils. l'interprétation sur base de l'intention 16 . il doit interpréter la convention en faveur de celui qui a contracté l'obligation . mais sont soumis à certains principes de droit administratif. − il s'est réduit au cours du siècle dernier à un régime de liberté contractuelle surveillée . − Une première approche. Notion et fondements   Art. Le principe de la convention-loi a. C. commerciaux. dans le doute.

Il doit émaner de personnes capables de s'engager et être licite. 1 C. (“ [. Demogue. se trouvant à l'étranger. elle explique le DROIT DE RÉSILIATION UNILATÉRALE DU CLIENT DU PRESTATAIRE DE SERVICES. 17 . C'est pourquoi LA LOI NE PROTÈGE PAS. L'accord de volontés des parties n'est pris en compte sur le plan juridique que dans la mesure et les conditions fixées par la loi. En d'autres termes. en dépit du texte qui indique que 7 8 Le Code civil prévoit ce principe en matière de marchés à forfait (art. voire remettre la chose faisant l'objet du contrat (dans les contrats réels). Le cas échéant. à savoir qu'historiquement le respect dû à la parole donnée ne semble pas constituer la préoccupation dominante.. l'un d'eux. s'appliquait à tous les contrats de prestations de services. LES CONTRATS NUISIBLES À LA SOCIÉTÉ (en tant que contrats contraires à la loi ou aux bonnes moeurs). civ. Ainsi que le prévoit la deuxième partie de l'art. X. ne vise d'ailleurs que les “conventions légalement formées”.. On a par conséquent développé l'idée que le principe de l'article 1794 C. L'art. 1794 C. Cette idée d'utilité se retrouve chez les auteurs du Code civil et chez de grands auteurs (Laurent.] en dédommageant l'entrepreneur de toutes ses dépenses. donne mandat à l'autre de vendre le bien (des décisions ont estimé que dans pareil cas le mandat ne cessait pas par la mort du copropriétaire mandant). le client devra indemniser le prestataire de services (mais l'indemnisation du lucrum cessans ne se retrouve pas en matière de mandat et de dépôt). − Une 3ème approche basée sur le concept d'UTILITÉ colle de beaucoup plus près à l'histoire de l'article 1134 du Code civil. Mais dans ce cas c'est bien encore une règle de droit objectif extérieure à la seule volonté des parties qui fonde l'effet contraignant des contrats. Mais encore faut-il rechercher le fondement que le droit objectif attribue à la force obligatoire des conventions. Exemple de mandat d'intérêt commun : il y a deux propriétaires indivis.. civ. Le client devra bien entendu indemniser le prestataire de services. par sa seule volonté. − Une 2ème approche. le prestataire n'y ayant qu'un intérêt financier7. les contrats seraient obligatoires parce que chaque cocontractant devrait pouvoir avoir confiance dans la parole de l'autre. explique la force obligatoire des contrats par l'idée de sécurité juridique ou de RESPECT DÛ À LA LÉGITIME CONFIANCE. Cette approche soulève une OBJECTION. le mandat d'intérêt commun (ou dans l'intérêt d'un tiers)8 est irrévocable. 1134 al. : “Le maître peut résilier.commune des parties trouve une limite dans la foi due aux actes. dans l'entreprise. le dépôt et les autres contrats de service. au contraire. à la société. L'échange de consentements doit par ailleurs être exempt de vices et le contrat doit comporter un objet certain en une cause.]”). le marché à forfait. En revanche (contre-épreuve).. de tous ses travaux. d'autre part. de mandat ainsi qu'en ce qui concerne le dépôt. − Il faut partir du constat que la force obligatoire des conventions puise sa source dans le droit objectif. et de tout ce qu'il aurait pu gagner dans cette entreprise”). le mandat. d'une part. Le contrat légalement obligatoire suppose que les parties aient la volonté de produire des effets en droit et de se lier sur le plan juridique. Dieux a récemment défendu cette thèse dans son ouvrage Le respect dû aux anticipations légitimes d'autrui. De Page. Elle est très ancrée et constitue quelque chose de tout à fait constant. les parties doivent observer les formalités prévues par la loi (dans les contrats formels). fort ancienne.. civ. en principe. − Par exemple. civ. Utile aux parties. L'interprétation subjective sur base de la volonté des parties est donc limitée par deux règles objectives. seul le client a un intérêt à l'exécution en nature de la convention.. En effet.). quoique l'ouvrage soit déjà commencé. en l'occurrence dans la loi. et ce. La doctrine moderne française et une partie de la doctrine belge expliquent à nouveau que les conventions ne sont obligatoires que parce que et dans la mesure où cela est utile. 1794 C. [. Elle explique par ailleurs certaines choses. C'est-à-dire un mandat dans lequel le mandataire ou un tiers a un intérêt autre que purement financier.

ajouter à une convention des clauses qu'elle ne contient pas . qui contient le principe d'exécution de bonne foi et constitue dans la jurisprudence de la Cour de cassation la base de la théorie de l'abus de droit. ses limites dans l'intérêt que les parties ont à l'exécution en nature des obligations découlant de celui-ci. mais il peut. en principe. parce que le mandant n'est pas le seul à avoir un intérêt à l'exécution en nature de la convention. peut trouver à s'appliquer dans pareille situation. Exemple de mandat intéressant un tiers : mandat de constituer hypothèque (la banque qui octroie un prêt y est intéressée). civ. la compléter par des dispositions légales supplétives et interpréter la convention sur base de la commune intention des parties. − On peut se demander si. la Cour de cassation déduit de la gratuité traditionnelle du mandat un principe permettant au juge de réduire le salaire du mandataire). la théorie de l'abus de droit confirme que la force obligatoire du contrat trouve son fondement et. l'art. il y a des exceptions traditionnelles à ce principe (ex. Mais l'art. Même en cas de survenance de circonstances imprévisibles? En principe oui. 1907 ter C. Celle-ci est dominée par le critère de proportionnalité : abuse de son droit non seulement celui qui en use avec l'intention de nuire ou sans intérêt mais aussi celui qui en use sans intérêt raisonnable et suffisant. il y a une limite à la force obligatoire des conventions par le fait qu'elles ne seraient obligatoires que dans la mesure de l'intérêt des parties à l'exécution en nature. permet au juge de réduire un taux d'intérêt excessif dans un prêt). la théorie de l'ABUS DE DROIT aboutit exactement à cela. Dernière remarque : le contrat n'est utile socialement que parce qu'il est utile à la vie économique. civ. En principe. notamment lorsque le préjudice causé est sans proportion avec l'avantage recherché ou obtenu par le titulaire du droit. 3. Portée (quels sont les effets concrets de l'art. par conséquent. 3) INTERDICTION POUR LE JUGE DE RÉVISER UNE CONVENTION : il ne pourrait par exemple réduire les prestations de l'une ou l'autre des parties. de manière générale. 1134 al. • Mais la loi peut l'y autoriser (ex. Si l'on garde à l'esprit que l'abus de droit n'est autre que le reflet de la limite de ce droit. bien entendu. En réalité. 18 . mais ce qui est utile aux parties n'est pas nécessairement utile à la société. le juge ne pourrait refuser d'appliquer une clause au motif qu'elle serait inéquitable.le mandant peut résilier unilatéralement le contrat. b. 1 C.?) 1) OBLIGATION D'APPLIQUER LE CONTRAT : le principe de la convention-loi implique que le contrat lie les parties dans toutes ses dispositions. A fortiori ne pourrait-il pas se substituer aux parties pour combler une lacune qui affecte la validité du contrat (par exemple pour déterminer avec précision son objet). donc parce qu'il est utile aux parties. car la théorie de l'imprévision est en tant que telle rejetée en droit positif. 1134 al. • De même. 2) INTERDICTION D'AJOUTER AU CONTRAT DES CLAUSES QU'IL NE COMPORTE PAS : le juge ne peut.

Le principe du consensualisme  Pour de grands auteurs. 2. où le preneur a souvent le droit de résilier unilatéralement le bail). notamment en matière de bail. et caducité des obligations par disparition de leur objet) . les conventions ne peuvent être résiliées unilatéralement.” En principe donc. Quoi qu'il en soit. pour autant qu'il ait un objet et une cause licites et que les parties soient capables de s'engager.2 L'exigence d'une cause était le prix à payer pour accepter le principe du consensualisme. ou pour les causes que la loi autorise. indépendamment du principe selon lequel la convention n'est contraignante que dans la mesure de l'utilité que présente son exécution pour les parties : Le principe de la convention-loi connaît de sérieux tempéraments : • les uns résultent de la nature des choses. N. puisque le concept d'autonomie de la volonté est apparu bien plus tard. • Des lois particulières consacrent un droit de résiliation unilatérale (c'est fréquent. en l'espèce de l'idée d'impossibilité d'exécution (notamment art.1 Le principe du consensualisme n'exclut pas un régime de preuve réglementée. • les autres résultent du principe d'exécution de bonne foi des conventions contenu dans l'art. 3 du Code civil. 1134 al. c. Il exprime l'idée que le contrat est valablement formé par le seul échange des consentements. N. Les tempéraments au principe de la convention-loi. le client peut mettre fin unilatéralement au contrat . 2 : “Elles ne peuvent être révoquées que de leur consentement mutuel. 1184 C. contrats solennels et contrats réels). alors que cela est une impossibilité historique. le principe du consensualisme est rattaché depuis la fin du 19e siècle au principe d'autonomie de la volonté. • Dans tous les contrats de services.   19 .B. civ. l'origine de la convention-loi. pour des considérations d'utilité générale) . chacune des parties à un contrat à durée indéterminée peut y mettre fin moyennant un préavis raisonnable (le droit positif interdit de s'engager indéfiniment.4) INTERDICTION DE RÉSILIATION UNILATÉRALE : art. • En vertu d'une règle d'ordre public. du consensualisme et de la liberté contractuelle résiderait dans l'autonomie de la volonté. qui constitue la base de la théorie de l'abus de droit dans la jurisprudence de la Cour de cassation. • Dans les contrats intuitu personae. Mais ce principe connaît tellement d'EXCEPTIONS que d'un point de vue statistique il y a un droit de résiliation unilatérale dans la majorité des cas.B. 1134 al. la résiliation peut intervenir pour motif grave lorsque la poursuite de la relation contractuelle s'avère objectivement impossible en raison d'une perte de confiance . La loi peut déroger au principe du consensualisme (ex.

les parties ne peuvent porter atteinte à l'ordre public et aux bonnes moeurs. 1134 al.. le principe d'exécution de bonne foi comporte deux autres aspects : un aspect complétif et un aspect dérogatoire. 3 et 1135 du Code civil ont été compris essentiellement comme des règles interprétatives. : “[Les conventions légalement formées] doivent être exécutées de bonne foi. Cependant. 3 C. à tel point que les zones de liberté se sont rétrécies à l'extrême : • en ce qui concerne le 2ème aspect.   20 . civ.  4. Traditionnellement. Dans son sens sens objectif. règles de droit communautaire. le refus de contracter dans des cas extrêmes constitue un abus de droit. donc de fraude. selon lequel “Les conventions obligent non seulement à ce qui y est exprimé. l'usage ou la loi donnent à l'obligation d'après sa nature. Le principe de l'exécution de bonne foi a..3. 1135 C. Le principe de bonne foi doit aussi s'entendre dans un sens objectif. suite à un développement extraordinaire au cours des 50 dernières années. civ.” On s'accorde aujourd'hui sur le fait que la bonne foi visée à l'art. La liberté contractuelle  Le principe de liberté contractuelle a un double aspect : • il implique que les parties sont libres de choisir leur cocontractant et de contracter ou non • il implique que les parties sont libres de fixer le contenu de leurs conventions à leur guise. il connaît  des limites classiques (droit administratif)  des restrictions découlant du droit économique (lois antitrust. le principe de bonne foi apparaît comme l'expression d'un devoir général des cocontractants de se comporter comme des cocontractants normalement prudents et diligents se comporteraient dans la même situation. les articles 1134 al.)  une limite du fait que de manière constante. A cet égard.” Cette disposition est traditionnellement rapprochée de l'art. ne se résume pas à l'absence de mauvaise foi subjective. • en ce qui concerne les 1er aspect. civ. qui est par ailleurs sanctionnée par un principe spécial dont la Cour de cassation a consacré l'existence : “fraus omnia corrumpit”. 1134 al. mais encore à toutes les suites que l'équité. Notion et fonctions   Art. depuis la fin du 19e siècle. Ce principe connaît toutefois beaucoup de LIMITES. se sont multipliées les dispositions d'ordre public ou à tout le moins impératives venant réduire considérablement la liberté des parties .3 C. Il est mis en oeuvre dans des conditions semblables à l'article 1382 du Code civil.

il lui impose de compléter la convention en se demandant ce qu'auraient raisonnablement convenu des cocontractants normalement diligents. une partie ne pourrait pas suspendre l'exécution de l'ensemble de ses obligations au titre de l'exception d'inexécution alors que l'autre partie n'aurait commis qu'un manquement mineur). A cet égard. FONCTION COMPLÉTIVE OU NORMATIVE : Elle constitue une amplification de la fonction interprétative. un cafetier qui a souscrit à une clause d'approvisionnement exclusif ne pourrait vendre une bière concurrente dans une caravane installée sur le parking de la brasserie . • Le devoir de loyauté impose aux parties de s'abstenir de toute attitude qui pourrait soit priver l'autre partie des avantages découlant du contrat. même s'il est parfaitement en droit de le faire en vertu d'une clause expresse. à l'heure actuelle. Il a le devoir de m'en informer pour voir ma réaction). Le principe de bonne foi impose au juge de rechercher la volonté réelle des parties plutôt que de s'arrêter aux termes de la convention pour empêcher une partie de s'abriter de mauvaise foi derrière le texte. DEVOIR DE LOYAUTÉ ET D'INFORMATION : le devoir de loyauté a de nombreuses facettes. soit aggraver les charges résultant pour l'autre de l'exécution de la convention (ex. Il se retrouve notamment dans le choix des sanctions contractuelles (ex. DEVOIR DE MODÉRATION : ce devoir interdit au créancier d'exiger l'exécution à la lettre de la convention alors qu'en réalité le débiteur exécute ses obligations de manière globalement satisfaisante. 21 . prudents et de bonne foi. • Le principe de bonne foi impose des obligations au prestataire en cas de conflit d'intérêts (voir ci-dessus). qui sont à la mesure de la complexité du contrat et de la qualification des parties. par exemple en en exploitant les lacunes accidentelles. 3 recouvrent en partie et se complètent : 1. Elle consiste à dire que les parties à un contrat ont des DEVOIRS IMPOSÉS PAR LA BONNE FOI : i. de renseignement et d'information en cours d'exécution des contrats. • Le devoir de loyauté interdit à un cocontractant de surprendre l'autre en résiliant une convention de manière intempestive. la jurisprudence a particulièrement mis l'accent sur le devoir d'information des “professionnels” face aux profanes (ex. Le principe d'exécution de bonne foi a donc. • Les parties ont des devoirs de conseil. ii. une compagnie pétrolière qui vient de conclure un contrat d'exclusivité avec un pompiste ne pourrait installer en face de celui-ci une autre station service. une partie à une convention de vente sous seing privé ne pourrait retarder infiniment la passation de l'acte authentique au motif qu'aucun délai n'est prévu dans le compromis de vente à ce propos . même si le contrat ne contient aucune clause de non-concurrence). Plus encore. 2. qui se C'était la fonction la plus développée au moment de la rédaction du Code civil. FONCTION INTERPRÉTATIVE : GRANDES FONCTIONS. un garagiste répare ma voiture et s'aperçoit qu'il faut remplacer le moteur.

iii. le concept de force majeure est inutile sur le plan conceptuel parce qu'il reflète en réalité la limite du devoir de diligence des contractants. La théorie de l'abus de droit offre par ailleurs une gamme de remèdes particulièrement souples passant de la non application d'une disposition contractuelle à sa réduction ou à des dommages et intérêts. • la victime d'un manquement contractuel a l'obligation de prendre loyalement des mesures raisonnables pour limiter son préjudice .] 22 . INTERDICTION D'AGGRAVER LA SITUATION DU COCONTRACTANT : • par exemple. La Cour de cassation rattache la théorie de l'ABUS DE DROIT au principe d'exécution de bonne foi. elle pourrait être abordée sous l'angle de l'interprétation de la volonté des parties. En revanche. le juge du fond par le biais de la fonction interprétative du principe de l'exécution de bonne foi. Cependant. . ce qui constituait selon le contrat d'assurance une faute lourde obligeant l'assuré à rembourser l'assureur. iv. Sur le plan conceptuel la notion d'abus de droit est inutile. etc. qui pourraient également prendre appui sur le principe de bonne foi. • • FONCTION DÉROGATOIRE : Elle conduit à écarter l'application de dispositions contractuelles dans les hypothèses où objectivement il serait manifestement inconcevable. • • N.. il convient de souligner que la théorie de l'abus de droit est dégagée de toute idée d'intention malicieuse puisqu'elle interdit non seulement d'user d'un droit dans une intention malicieuse. [De même. l'accès aux lieux. qu'elles puissent recevoir application. au motif qu'il n'avait pas au moment de l'accident de certificat de visite au contrôle technique. mais il est utile sur le plan pratique. en utilisant sa fonction dérogatoire. etc. mais il est utile sur le plan pratique. La fonction dérogatoire est intimement liée à la fonction interprétative du principe d'exécution de bonne foi des conventions. La Cour de cassation a pour sa part estimé qu'il y avait abus de droit de la part de l'assureur.. puisqu'il s'agit de déterminer les limites de leur accord. en coordonnant ses travaux avec ceux d'autres intervenants. 3. de la rechtsverwerking. D'un certain point de vue. Ce qui est tout à fait normal. Or. mais fait aussi obstacle à l'utilisation d'un droit sans intérêt ou sans intérêt suffisant au regard des inconvénients qui en résultent pour l'autre partie. Il est notamment possible d'appréhender par son biais certaines situations qui pourraient être résolues par les théories de l'imprévision. compte tenu des circonstances. COLLABORATION À LA CHARGE DE LA PREUVE : renvoi. du bouleversement de l'économie contractuelle ou de la caducité des obligations par disparition de leur cause. Les deux juridictions ont donc abouti à la même solution.B. un assureur a intenté une action récursoire contre un assuré qui avait causé un accident en plein jour. • . DEVOIR DE COLLABORATION : OBLIGATION DE FACILITER L'EXÉCUTION DU CONTRAT. le certificat de visite avait été refusé au conducteur uniquement parce qu'il n'était pas en possession du certificat de conformité et parce qu'il avait un phare mal réglé. la Cour de cassation. Elle va ainsi jusqu'à permettre un certain réaménagement des contrats. Elle permet donc de résoudre nombre de difficultés. Par exemple. le maître de l'ouvrage a l'obligation de faciliter l'exécution de l'entreprise en donnant à l'entrepreneur les informations nécessaires. Le juge du fond donne raison au conducteur au motif que la circonstance qu'il n'avait pas de certificat de visite n'avait en l'espèce pas eu d'incidence sur l'accident. de la “rechtsverwerking”. puisque l'abus de droit n'est autre que le dépassement de la limite d'exercice de ce droit imposée par le principe de bonne foi . elle a rejeté les théories de l'imprévision. si ces théories n'avaient pas été rejetées.

• EN DEHORS MÊME DU CHAMP DES CONTRATS. etc.b. pour lesquels il allait de soi que les contrats devaient aussi être conclus de bonne foi . de devoir d'information. 23 . Le principe de l'exécution de bonne foi comme principe général de droit Au fur et à mesure qu'il s'étendait en matière contractuelle. ce qui est conforme aux idées des auteurs du Code civil. où il a été invoqué à l'appui de l'idée de loyauté dans les négociations. on a vu le principe de l'exécution de bonne foi déborder le cadre strict de l'exécution du contrat • vers le STADE PRÉCONTRACTUEL.. vers la responsabilité extra-contractuelle : le principe de l'exécution de bonne foi est appliqué à l'exécution de toutes les obligations.

faisant référence à la convention. 24 . 4 éléments sont nécessaires à la formation d'un contrat : • le consentement des parties (c'est logique) . LA FORMATION DES CONTRATS D'UN POINT DE VUE STATIQUE Art. • un objet (c'est logique car un contrat sans objet ne se conçoit pas) . (“le consentement de la partie qui s'oblige”). Un objet certain qui forme la matière de l'engagement . Sa capacité de contracter .” Cette disposition peut paraître très claire mais en réalité elle est source d'ambiguïtés. Généralités En dépit des termes de l'article 1108 C. il est imposé par le droit objectif) (elle est tantôt liée à l'utilité des contrats (son but est alors de mesurer l'utilité du contrat). civ. 1108 C. exprès ou tacite. à l'engagement et à l'obligation comme s'il s'agissait de synonymes. : “Quatre conditions sont essentielles pour la validité d'une convention : Le consentement de la partie qui s'oblige . • une cause (= le pourquoi de la convention) (cet élément ne s'impose pas rationnellement. formalisme de protection). Le consentement a.CHAPITRE 1 : LA FORMATION DES CONTRATS A. Une cause licite dans l'obligation. tantôt au consentement (elle sert alors à apprécier si le consentement était réel)). − des lois impératives ou d'ordre public qui comportent des mesures préventives tendant à éclairer le consentement (ex. c'est en quelque sorte le prolongement de l'exigence des consentements) . La PROTECTION DU CONSENTEMENT est assurée par − la théorie des vices du consentement . − l'obligation précontractuelle de renseignement . 1. civ. la naissance d'un contrat suppose un ACCORD DE VOLONTÉS. • la capacité des parties (c'est logique.

le contrat n'aurait pas été conclu” (selon la Cour de cassation). De nouveau il s'agit d'un cas d'école. Cette analyse a été consacrée par un arrêt de la Cour de cassation du 21 octobre 1971 : “le défaut de consentement ne rend pas la convention inexistante. en réalité. qui l'informe que celui-ci souhaitait donner le couvent à la congrégation. Il y a eu erreur sur la cause essentielle : le mobile du fils était d'exécuter ce qu'il croyait être la volonté de son père .. Le fils se conforme à la demande de la mère supérieure. une des parties s'est trompée sur une qualité substantielle de l'objet. • l'ERREUR SUR LA CAUSE ESSENTIELLE : c'est un cas de figure plus fréquent. dans l'erreur obstacle il y a absence totale de consentement). le vendeur croit vendre le lot I et l'acheteur acheter le lot II. Toutefois. l'autre croit acheter. C'est un cas d'école. la réticence de la doctrine et de la jurisprudence à l'égard du concept d'inexistence a conduit à sanctionner l'absence de consentement par la NULLITÉ. puis RELATIVE. En d'autres termes. l'un croit louer. absolue au départ (car elle se rapproche le plus de l'inexistence). Une partie s'engage pour une raison déterminante qui apparaît inexistante ou erronée (ex. est [dès lors] susceptible de confirmation”). On distingue 3 sortes d'erreurs obstacles : • l'ERROR IN CORPORE : c'est le malentendu fondamental sur l'objet du contrat.. mais ensuite il s'aperçoit qu'en réalité son père avait finalement décidé de garder le couvent dans la famille. 1110 C. SANCTION : l'absence totale de consentement devrait conduire à constater l'inexistence de la convention. L'erreur substantielle peut être de fait ou de droit. L'erreur substantielle peut porter soit directement sur la nature de l'objet (je crois acheter un tableau ancien mais il s'agit d'une copie moderne) soit sur l'aptitude de l'objet à réaliser tel but (j'achète de la peinture que je crois pouvoir résister aux intempéries mais tel n'est pas le cas). On distingue 2 catégories d'erreurs : • l'ERREUR OBSTACLE n'est pas à proprement un vice de consentement. • l'ERREUR SUR LA SUBSTANCE : NOTION : • Art. cette nullité “qui ne protège que des intérêts privés est relative et. Les vices du consentement  L'ABSENCE TOTALE DE CONSENTEMENT (ce n'est pas à proprement parler un vice de consentement) (ex. mais simplement nulle” . la loi écarte dans certains cas l'erreur substantielle de droit en raison de la nature même de la convention ou • • 25 . une partie est ivre morte . : “L'erreur [vice de consentement] n'est cause de nullité que lorsqu'elle tombe sur la substance même de la chose qui en est l'objet”.b. c'est-à-dire sur un élément qui l'a déterminée principalement à contracter “de telle sorte que. or. Toutefois. sans cet élément.  L'ERREUR : c'est une sorte de discordance entre la volonté réelle et la volonté déclarée. Ex. celui-ci avait changé d'avis). le fils d'un père très catholique qui a soutenu une oeuvre catholique reçoit la visite de la mère supérieure du couvent. civ. SANCTION : l'erreur obstacle comme l'absence totale de consentement est sanctionnée de NULLITÉ RELATIVE. Ex. • l'ERROR IN NEGOTIO : c'est le malentendu fondamental sur la nature du contrat. Il y a un malentendu à tel point fondamental entre les parties que leurs consentements ne se sont pas rejoints.

Elle peut aussi résulter des usages et. le caractère inexcusable de l'erreur doit s'apprécier en se référant au caractère de l'”homme raisonnable” et non pas “in concreto”. L'ERREUR SUR LA VALEUR n'est pas en elle-même cause de nullité. le caractère excusable de son erreur sera apprécié plus sévèrement. CONDITIONS REQUISES POUR QUE L'ERREUR SUBSTANTIELLE ENTRAÎNE LA NULLITÉ (3) : 1) L'ERREUR DOIT ÊTRE COMMUNE : cela signifie que les qualités substantielles sur lesquelles a porté l'erreur doivent être entrées dans le champ contractuel. il arrive que des vendeurs antiquaires indiquent dans les conditions générales de vente qu'ils ne garantissent pas l'authenticité. une personne qui achète un tapis d'Orient s'attend normalement à ce que ce tapis provienne d'Orient). Par exemple. • Toutefois.de l'acte. Son fondement est toutefois controversé. La partie qui a commis l'erreur inexcusable a commis une faute. Cette thèse est défendable. La question est actuellement posée à la Cour de cassation de savoir si l'erreur sur la cause peut être inexcusable. ERREUR SUR LA SUBSTANCE ET PRISE EN CHARGE DU RISQUE D'ERREUR : les parties peuvent convenir de la prise en charge par l'une ou l'autre d'entre elles du risque d'erreur. il 26 . La prise en charge peut être tacite. Toutefois. l'erreur-obstacle doit être excusable aussi. L'ERREUR SUR LA PERSONNE n'est cause de nullité que dans les contrats intuitu personae. qui est classique. 2) L'ERREUR DOIT ÊTRE EXCUSABLE : elle aurait été commise par toute personne de même qualité normalement prudente et diligente placée dans les mêmes circonstances. j'achète un pot de peinture en précisant clairement au vendeur qu'elle devra résister aux intempéries car elle sera appliquée à l'extérieur). Tel est le cas de l'aveu et de la transaction. En effet. Il semble donc que l'on ne puisse transposer la théorie de l'erreur excusable aux autres types d'erreur. Selon la Cour de cassation. ERREUR SUR LA PERSONNE. le rejet de l'erreur inexcusable se fonderait sur l'article 1382 du Code civil. • soit parce qu'elles ont été expressément mentionnées par l'une des parties lors de la négociation et la conclusion du contrat (ex. Si l'on suit cette thèse. si le contractant est un professionnel. Ex. ERREUR • • SUR LA SUBSTANCE. • soit parce qu'il s'agit de qualités normalement et objectivement considérées comme substantielles dans l'opinion commune (ex. Si l'acheteur accepte ces conditions générales. ERREUR SUR LA VALEUR. le standard de l'”homme raisonnable” ou du “bon père de famille” est à contenu variable : il est fonction de la qualité du contractant. ERREUR MATÉRIELLE OU DE CALCUL. la Cour de cassation considère qu'il résulte de la conception française de l'erreur substantielle qu'elle doit être excusable. Le principe est constant. a fortiori. • Selon une première explication. de la loi. il faut donc refuser l'action en nullité en guise de réparation en nature. si ce n'est dans certains cas limites. il ne pourra pas se plaindre. 3) L'ERREUR DOIT AVOIR EXISTÉ À LA FORMATION DU CONTRAT : elle ne peut résulter d'un événement ultérieur à la formation du contrat.

d'une lésion qualifiée. Elle peut toutefois être révélatrice d'une erreur sur la substance. Le demandeur peut obtenir des dommagesintérêts complémentaires dans le cas où les restitutions résultant de la nullité ne répareraient pas totalement son dommage.  Le DOL (art. L'erreur de calcul est une erreur dans le calcul. dans un tel cas en vérité il y a une erreur-obstacle. une obligation de parler résultant soit de la loi. si deux personnes ont transigé sur les dommages et intérêts à la suite d'un accident de la route en se mettant d'accord sur un montant global (6 millions de francs belges) auquel elles ont abouti en commettant une erreur de calcul (en réalité la somme était de 16 millions de francs belges). Toutefois. sauf en cas de faute non intentionnelle in contrahendo. L'erreur matérielle est celle qui apparaît à la seule lecture d'un document. 1116. Foriers. manquement à l'obligation de délivrance). SANCTIONS – CONDITIONS MISES À LA NULLITÉ POUR DOL : (1) DOL PRINCIPAL ET DOL INCIDENT : • Le DOL PRINCIPAL est celui sans lequel la victime n'aurait pas contracté. Il incombe au demandeur en nullité de prouver l'erreur qu'il invoque. SANCTION : L'erreur substantielle donne lieu à une action en NULLITÉ RELATIVE. ces manoeuvres ne doivent pas nécessairement être actives. les parties ne se sont pas mises d'accord. soit des circonstances (donc du principe de l'exécution de bonne foi). Faut-il redresser la convention si les parties ont commis une erreur de calcul en cours de négociation et ont marqué leur accord sur un chiffre global? Par exemple. La réticence dolosive suppose. ACTIONS EN NULLITÉ POUR ERREUR. soit de la qualité de professionnel d'une des parties. elles sont souvent passives : dans ce cas on parle de réticence dolosive. puisque normalement il n'y a pas de faute extracontractuelle. En réalité. soit du devoir de répondre aux questions posées (devoir de loyauté). Le demandeur en nullité a la charge de la preuve du dol. Il implique en principe des manoeuvres malicieuses et se distingue en cela de la simple négligence dans des pourparlers. preuve qu'il peut 9 Alors que dans l'erreur sur la substance. serait-il raisonnable que le juge corrige le montant global alors que le décompte ne se trouve pas dans la transaction? Selon P. al.• n'y a pas de théorie générale de la lésion dans le système du Code civil.) : NOTION : Le dol consiste en une tromperie commise par une partie à l'égard de l'autre qui conduit à provoquer une erreur. d'un dol. 27 . il est parfois difficile de distinguer une erreur substantielle d'une erreur de la part du vendeur (vices cachés. preuve qu'il peut rapporter par toute voie de droit. Ces dommages-intérêts présentent un caractère quasi-délictuel. Le demandeur en nullité ne peut obtenir des dommages-intérêts complémentaires que s'il prouve que l'erreur est le produit d'une culpa in contrahendo (il s'agira de dommages-intérêts à caractère quasi-délictuel). Il est sanctionné de NULLITÉ RELATIVE. outre une intention malicieuse. voire délictuel9. il n'y a en principe pas de dommages-intérêts. 1 C. L'ERREUR MATÉRIELLE OU DE CALCUL n'est en principe pas cause de nullité mais donne normalement lieu à rectification. GARANTIE DES VICES CACHÉS ET OBLIGATION DE DÉLIVRANCE EN MATIÈRE DE VENTE : en pratique.A. civ.

(4) LE DOL DOIT ÉMANER D'UNE DES PARTIES : la règle résulte de l'article 1116 C. (5) LA VIOLENCE DOIT ÊTRE CONTEMPORAINE DE LA CONCLUSION DE L'ACTE : c'est en ce sens que l'article 1112 parle d'un mal “présent”. UN FAIT DE VIOLENCE : l'acte ou le fait dénoncé doit être de nature à peser sur la volonté d'une personne normalement raisonnable. • encore faut-il que ce soit un vrai tiers et non un représentant . C'est ce que considère à juste titre la Cour de cassation. 28 . 1111 et s.) (rare en pratique) : NOTION : la violence est le fait d'inspirer à une partie la crainte d'exposer sa personne. une erreur substantielle) . [Si la violence physique est toujours injuste. ou sa fortune. mais il doit être brandi au moment de la conclusion du contrat. Dans pareil cas le risque est grand que le juge applique le principe Fraus omnia corrumpit.rapporter par toute voie de droit. En réalité. Elle ne saurait résulter de l'usage normal d'un droit ou de la seule différence de puissance économique des parties. – La violence incidente qui n'a influencé que les conditions du contrat ne peut donner lieu qu'à des dommages et intérêts. (3) LE DOL EST RÉPRIMÉ MÊME SI L'ERREUR QUI EN RÉSULTE EST INEXCUSABLE . la violence morale ne l'est pas toujours].  La VIOLENCE (art. elle peut émaner d'un tiers ou simplement des circonstances. ou celle de ses proches.. • le dol d'un tiers peut évidemment emporter la nullité d'un contrat si une des parties s'en est rendue complice . d'un état de nécessité dont une partie profite injustement. à un mal considérable et présent. (4) L'ACTE OU LE FAIT CRITIQUÉ DOIT OBJECTIVEMENT ET COMPTE TENU DES CIRCONSTANCES POUVOIR ÊTRE CONSIDÉRÉ COMME UN ACTE. (2) VIOLENCE PRINCIPALE OU INCIDENTE : – Seule la violence déterminante du consentement peut entraîner la NULLITÉ. par exemple. Il donne lieu à des dommages-intérêts. Elle peut être physique ou morale. et est issue d'une vieille tradition romaine qui n'a pas de véritable raison. mais à d'autres conditions. C.. Car fraus omnia corrumpit. Ce mal peut être futur. • les donations entre vifs et les engagements par déclaration unilatérale de volonté peuvent être annulés pour cause de dol émanant d'un tiers. • Le DOL INCIDENT est celui sans lequel la victime aurait contracté. Le dol émanant d'un tiers ne donne en principe lieu qu'à des dommages-intérêts contre ce tiers. • à moins que la victime du dol ne puisse se prévaloir d'une autre cause de nullité (ex. Il s'agit d'une solution romaine et il n'est pas logique qu'il n'en aille pas de même dans le dol. (3) LA VIOLENCE NE DOIT PAS NÉCESSAIREMENT ÉMANER DE LA PARTIE : à la différence du dol. civ. LES CONDITIONS DE LA VIOLENCE : (1) LA VIOLENCE DOIT ÊTRE INJUSTE : la violence doit être injuste et illicite. (2) L'ERREUR CAUSÉE PAR LE DOL NE DOIT PAS PORTER SUR LA SUBSTANCE DE LA CHOSE. souvent il s'agira non d'un dol mais d'un autre genre de faute : une partie sait que l'autre commet une erreur inexcusable mais se tait. Mais le dol par réticence dolosive peut-il en traîner une erreur inexcusable? La jurisprudence n'est pas très claire à ce sujet. civ.

L'art. réduction. DEUX FONDEMENTS sont en général retenus pour justifier la théorie de la lésion qualifiée : • Selon un arrêt de la Cour de cassation de 1936. 1907 C. LA LÉSION DES MINEURS : les actes accomplis par les mineurs sans l'assistance de leur tuteur (pour autant qu'il ne s'agisse pas d'actes soumis à une autorisation spéciale. lésion de plus de 7/12èmes dans les ventes immobilières). sans préjudice. fait application de ce principe en matière de prêt à intérêts en permettant au juge de réduire l'intérêt à l'intérêt légal. sans préjudice d'éventuels dommages-intérêts complémentaires. 29 . même important. on peut douter du fait que l'auteur de la lésion serait animé par une cause illicite. En effet. Cet semble avoir consacré pour la première fois la théorie de la lésion qualifiée. mais sous cet angle particulier. En principe. la lésion ne constitue pas un véritable vice du consentement) : NOTION : La lésion s'analyse en un grave déséquilibre économique des prestations des parties existant au moment de la conclusion du contrat.  La LÉSION (art. Toutefois. ne justifie pas sa remise en cause si ce déséquilibre ne provient pas d'un autre vice de consentement (ex.LA SANCTION : La violence principale est sanctionnée de NULLITÉ RELATIVE. 1118 C. auquel cas l'acte accompli sans ladite autorisation est nul de droit) sont susceptibles d'être annulés pour lésion s'ils sont lésionnaires en eux-mêmes ou hors de proportion avec les moyens du mineur. civ. • la doctrine et la jurisprudence ont développé une théorie de la lésion qualifiée. Le juge pourra intervenir dans cette hypothèse marginale. dol. son but est de s'enrichir. des passions ou de l'inexpérience de l'autre partie. des faiblesses.) (à noter que pour beaucoup d'auteurs. de dommages-intérêts complémentaires. le cas échéant. le simple déséquilibre d'un contrat. La SANCTION de la lésion est alors MODULABLE (nullité. Cette sanction est sans doute démesurée. LA LÉSION OBJECTIVE : elle n'est en principe pas cause de nullité. La théorie de la lésion suppose en principe un contrat commutatif et ne peut s'appliquer en règle aux contrats aléatoires. civ. ce qui n'est pas illicite en soi. En outre. La charge de la preuve de la violence incombe au demandeur. qui peut la rapporter par toute voie de droit. LA LÉSION QUALIFIÉE : • Elle consiste en une disproportion grave des prestations des parties à la suite de l'abus par une des parties du besoin. la convention porteuse d'une lésion qualifiée doit être annulée car elle est entachée d'une cause illicite. • • • • La sanction de la lésion qualifiée est dans ce cas la NULLITÉ ABSOLUE. violence). • le Code civil connaît la lésion des mineurs et certains cas de lésion objective . sauf si la loi le prévoit (ex. Ce sont les moyens qu'il utilise qui sont critiquables. La majorité de la doctrine et de la jurisprudence des juges du fond préfère donc rattacher la lésion qualifiée à l'idée de culpa in contrahendo ou d'abus de droit : commet une faute quasi-délictuelle ou un abus de droit celui qui exploite abusivement la position de faiblesse de son cocontractant. dommagesintérêts).

• le contrat qui porte sur une espérance (rare).2. • L'impossibilité de l'objet est appréciée strictement parce que si les parties se sont engagées à une prestation. L'objet doit être possible et réalisable  L'OBJET DOIT ÊTRE POSSIBLE – GÉNÉRALITÉS : “A l'impossible. qui devient caduc si cette chose ne vient pas à existence . CARACTÉRISTIQUES GÉNÉRALES QUE déterminé. l'objet du contrat correspond à l'objet de toutes les obligations qui découlent du contrat . DOIT REVÊTIR L'OBJET  : pour être valable. • Les cas d'impossibilité matérielle sont exceptionnels et les exemples cités relèvent souvent du cas d'école (ex. vente d'un coup de filet). vente d'un bien hors commerce. Deux hypothèses : • le contrat qui porte sur une chose future. nul n'est tenu”. • L'objet d'une obligation ne peut être impossible en fait ou en droit (impossibilité matérielle – impossibilité juridique). L'OBJET DOIT ÊTRE POSSIBLE ET RÉALISABLE : LE CAS DE CHOSES FUTURES – PACTES SUR SUCCESSION FUTURE : • Les obligations peuvent porter sur des choses futures. la chose vendue. • au sens courant. • Les cas d'impossibilité juridique sont plus fréquents en pratique. l'impossibilité d'exécution qui survient après la conclusion du contrat est appréciée moins strictement). NULLITÉ RELATIVE dans les autres cas. possible et licite. c'est qu'elles l'estimaient possible (en revanche.  30 . ce terme désigne l'objet de la prestation caractéristique de ce contrat. qui est un contrat aléatoire qui sort ses effets même si la chose espérée ne vient pas à existence (ex.  L'objet de l'obligation correspond à ce sur quoi porte l'obligation. Notion – généralités  OBJET DE L'OBLIGATION ET OBJET DU CONTRAT : les dispositions du Code civil relatives à l'objet ne sont pas limpides parce qu'elles parlent indifféremment de l'objet de l'obligation et de l'objet du contrat.  L'objet du contrat est une notion ambiguë car elle peut couvrir deux choses : • au sens technique. l'objet doit être b. à ce à quoi s'oblige le débiteur. • Sanction : − NULLITÉ ABSOLUE dans les cas où l'impossibilité de l'objet trouverait son origine dans une règle d'ordre public ou un principe touchant aux bonnes moeurs . − en principe. L'objet a. Il s'agit des cas où l'exécution de l'obligation est impossible en raison d'une règle de droit que les parties n'avaient pas aperçue ex. c'est-à-dire la prestation qui permet de définir un contrat par rapport aux autre ex. toucher la lune du doigt). La capacité (renvoi au cours de droit des personnes) 3.

qui s'est engagé à livrer du vin. le créancier n'a aucun pouvoir de contrainte sur le débiteur puisque celui-ci peut définir à sa guise l'étendue de son obligation. le Code civil précise que le débiteur qui s'est engagé à délivrer une chose de genre dont la qualité n'a pas été précisée ne doit pas la délivrer de la meilleure espèce mais ne peut non plus la délivrer de la plus mauvaise espèce. et donc de rechercher la commune intention des parties. l'exigence d'un objet déterminé n'est pas au premier chef justifiée par l'idée qu'il faut que les parties sachent à quoi elles s'engagent. les usages peuvent venir au secours des parties (ex. fixé conformément aux usages). Certes. c. L'objet doit être certain • GÉNÉRALITÉS : l'objet doit être certain. en matière de renouvellement des baux commerciaux ou de révision triennale du loyer dans les baux commerciaux et dans les baux de résidence principale. • Toutefois. le prix du courtage est. Il se distingue des conventions à terme de décès (qui ne sont pas prohibées). Il convient cependant de nuancer ce principe. Le pacte sur succession future est la stipulation qui attribue un droit sur tout ou partie d'une succession non encore ouverte.• Toutefois. le Code civil prohibe les pactes sur succession future. DÉTERMINABILITÉ DE L'OBJET PAR LA LOI OU PAR LES USAGES : la loi peut venir au secours des parties ex. puisqu'il lui appartient d'interpréter celle-ci. complètent l'accord des parties. il appartient aux parties de déterminer l'objet des obligations essentielles ou substantielles de leur convention. On peut considérer que de manière générale toutes les règles • • • supplétives et impératives. • DÉTERMINATION DE L'OBJET PAR LE JUGE : en principe. MODES DE DÉTERMINATION DE L'OBJET : • LA DÉTERMINATION DE L'OBJET PAR LES PARTIES : en principe. peut se libérer en livrant quelques gouttes de vin. lorsqu'elles s'appliquent. donc déterminé ou déterminable. • L'objet est déterminable lorsque le contrat comporte des éléments objectifs permettant de le déterminer sans qu'un nouvel accord des parties soit nécessaire. la loi l'y autorise dans certains cas ex. mais il s'agit d'une fonction dérivée. elle peut être utilisée par une partie en vue de se protéger contre l'arbitraire de l'autre partie. selon laquelle tout acte juridique doit avoir une utilité pour pourvoir bénéficier d'une protection en droit. à défaut de précision. De même. le juge ne peut se substituer aux parties dans la détermination de l'objet. il convient de nuancer le principe selon lequel le juge ne peut intervenir dans la détermination de l'objet de la convention. • Par contre. l'exigence d'un objet certain est sans doute plus liée au concept de CONTRAINTE : si l'objet est indéterminable. Enfin. qui sont contraires à l'ordre public et aux bonnes moeurs. En effet. La loi déroge parfois à l'interdiction des pactes sur succession future. • L'objet est déterminé lorsqu'il est désigné complètement par les parties. FONDEMENT : • L'exigence d'un objet certain est sans doute liée à l'idée d' UTILITÉ DE L'ACTE JURIDIQUE. Toutefois. quelle utilité y a-t-il pour le créancier si le débiteur. 31 . même en dehors de ces hypothèses.

Il s'agit d'une règle traditionnelle qui trouve une application dans les articles 159210 et 1854 du Code civil. − les parties pourraient en principe aussi prévoir que le prix sera déterminé par un tiers à désigner de commun accord et qu'à défaut d'accord. l'arrêt comporte vraisemblablement une erreur matérielle puisque. (b) INCIDENCE DE L'ABSENCE DE L'INTERVENTION DU TIERS : Selon l'article 1592 du Code civil. Cette thèse méconnaît la notion de condition qui doit présenter un caractère extérieur à l'obligation. outre l'identité du tiers. Foriers. Quant à l'arrêt de 1972. Toutefois. l'arrêt de 1953. qui sont en apparente contradiction. si le tiers chargé de l'estimation ne veut ou ne peut faire l'estimation. C. La Cour déduit au contraire la règle selon laquelle la convention doit indiquer les éléments objectifs en vue de la détermination du prix par le tiers de l'article 1591 du Code civil. 1592. et non à l'article 1592. a été rendu dans le cadre d'une vente à dire d'experts. A. En réalité. civ. il n'y a point vente”. Il convient d'examiner deux arrêts de la Cour de cassation de 1953 et de 1972. il sera désigné par telle autorité. mais à l'article 1591 et la convention doit donc indiquer les éléments objectifs sur lesquels les experts devront se fonder pour déterminer le prix (c'est ce qu'a dit l'arrêt de 1953) . Quelle est dès lors la nature juridique de la convention? (1) Selon une première explication. l'article 1592 du Code civil s'applique et il ne faut pas lui donner de critères d'évaluation du prix . c'est à l'article 1591 du Code civil qu'il aurait fallu se référer. Aujourd'hui on considère que : − si le nom de l'expert est indiqué dans la convention . : “Le prix de la vente doit être déterminé et désigné par les parties. Foriers. qui semble indiquer que la convention doit comporter les éléments objectifs sur lesquels le tiers devra se fonder. 32 . A. il n'y a point vente. (2) Selon une deuxième opinion. : “Il peut cependant être laissé à l'arbitrage d'un tiers.” Art. Selon P. la vente “à dire d'experts” (où l'expert n'est pas désigné) est soumise non à l'article 1592 du Code civil. − en revanche. indiquer des éléments objectifs sur base desquels le tiers devra décider. civ. Cet arrêt a été critiqué (2) tout d'abord sous ce dernier angle : pourquoi le caractère accessoire d'une vente (ou promesse de vente) aurait-il une incidence sur la détermination du prix? (1) En outre. on a beaucoup discuté sur la question de savoir si et dans quelle mesure la convention doit. il s'agirait d'une convention sui generis (ceci n'est pas une bonne 10 Art. sans autre précision. il suffit que le tiers désigné par les parties soit déterminé ou déterminable. si le tiers ne veut ou ne peut faire l'estimation. Selon P. 1591 C. selon lequel le prix de la vente doit être déterminé ou déterminable.• MODALITÉ PARTICULIÈRE DE DÉTERMINATION DE L'OBJET (DU PRIX) : LA DÉTERMINATION DE L'OBJET (DU PRIX) PAR UN TIERS : (a) ✗ ✗ PRINCIPES : ✗ ✗ ✗ L'objet de l'obligation (en particulier : le prix) est déterminable si les parties sont convenues de charger un tiers de le fixer. semble-t-il. il est étrange : il (1) reproduit la règle de l'arrêt de 1953 mais en se fondant sur l'article 1592 du Code civil et (2) estime qu'il ne faut pas appliquer cette règle dans le cas d'espèce (il s'agissait d'une promesse de vente qui constituait l'accessoire d'une convention d'une autre nature). la vente dont le prix serait laissé à l'appréciation d'un tiers serait conclue sous condition suspensive de la détermination du prix par le tiers. ces principes s'appliquent à toutes les clauses qui confient à un tiers la mission de délimiter l'objet d'une obligation. donc en dehors du champ d'application de l'article 1592 du Code civil.

Dans ce cas. Certains (les anticausalistes) estiment dès lors que la cause est une notion inutile. En matière d'entreprise. pour la société d'autre part. par la nature des choses. Ex. Généralités La notion de cause forme l'un des domaines les plus obscurs en droit des obligations. La cause a. Toutefois. Les auteurs du Code civil ont imposé l'exigence d'une cause (licite) pour assurer que les conventions soient utiles. l'objet (le prix) devient indéterminable et il n'y a pas vente (caducité – voir point précédent). dès lors que les parties ne peuvent agir que dans les limites du principe d'exécution de bonne foi. Foriers. par exemple. de mandat et de dépôt. cass. Tel est d'ailleurs en pratique le cas. en droit belge toute obligation doit avoir une cause et cette cause doit être licite (v. • SANCTION : l'obligation qui n'est pas déterminée ou déterminable est frappée de RELATIVE. (c) L'ERREUR GROSSIÈRE ET LA FRAUDE DU TIERS : La décision du tiers lie les parties (= mécanisme de la tierce décision obligatoire). 13 novembre 1969 et 5 novembre 1976). il est impossible de couvrir la nullité. NULLITÉ 4. La règle ne suscite pas de difficulté fondamentale lorsque c'est le créancier qui se voit investi de ce pouvoir. Toutefois. qui leur permet d'exercer un contrôle marginal sur le prix fixé.A. du garagiste chargé de réparer une voiture. 33 . Selon P. rien n'empêche que le débiteur soit chargé de fixer le quantum exact de ses obligations. la vente est parfaite mais si le tiers ne détermine pas le prix la vente devient caduque (disparition d'un élément essentiel). on admet que le prestataire de services puisse se voir confier le soin de fixer le prix du service. on tend aujourd'hui à considérer que les parties peuvent en principe convenir que l'une d'elles sera chargée de préciser l'étendue exacte de l'objet de certaines obligations de leur convention.explication). • MODALITÉ PARTICULIÈRE DE DÉTERMINATION DE L'OBJET (DU PRIX) : LA DÉTERMINATION DE L'OBJET (DU PRIX) PAR UNE DES PARTIES : en dehors du domaine de la vente. puisqu'il a le pouvoir de contrainte. (3) Selon P. rationnellement. Les cours et tribunaux assurent cette protection par le biais du principe d'exécution de bonne foi des conventions. Le seul problème qui se pose dans ce cas est celui de la nécessité de protéger le débiteur contre les excès du créancier. Les parties pourraient agir en dommages-intérêts contre le tiers en guise de réparation du dommage résultant de la perte des avantages qui auraient résulté pour elles de la conclusion de l'opération à des conditions normales. sauf erreur grossière ou fraude commise par le tiers. En effet. Foriers. un contrat ne suppose qu'un échange de consentements éclairé sur un objet déterminé ou déterminable. qui doit déterminer de bonne foi l'importance des travaux à réaliser et qui doit avertir son client si ceux-ci lui semblent plus importants que ce qui était normalement prévisible. pour les parties d'une part. A.

− dans la plupart des contrats à titre onéreux. Mais que se passe-t-il pour les donations. Van Ommeslaghe a défendu en 1970 une approche subjective de la notion de cause qui définit la cause de manière uniforme comme étant le ou les mobiles qui ont déterminé les parties à s'engager et qui sont entrés dans le champ contractuel. En France. qui est l'intention libérale (c'est en réalité le mobile déterminant. − elle devient subjective pour les donations . En effet. Elle distingue 2 types de cause : (1) la CAUSE ILLICITE : pour déterminer si un engagement est entaché d'une cause illicite. la cause est appréciée de manière subjective. VAN OMMESLAGHE : L'APPROCHE SUBJECTIVE : P. la cause est appréciée en principe de manière objective. Domat part des contrats synallagmatiques. − comment défendre que l'article 1131 (qui énonce que “L'obligation sans cause. La notion de cause Les thèses sur la cause sont innombrables. qui se caractérisent par l'absence de contrepartie économique? Domat dit que dans les donations il n'y a pas de cause mais quelque chose qui tient lieu de cause. leur cause réside dans des éléments subjectifs pour les deux théories. A cet égard. Cette opinion a fortement influencé la doctrine et la jurisprudence belges. ne peut avoir aucun effet”) ait utilisé le mot “cause” en deux sens différents . La théorie de Domat a été critiquée pour plusieurs raisons : elle fait une distinction entre deux causes alors que − l'article 1108 du Code civil ne fait pas une telle distinction lorsqu'il pose une cause licite comme condition de validité d'une convention . (2) la CAUSE – ELEMENT CONSTITUTIF : pour déterminer si un engagement a une cause. − quelle est son utilité si dans les contrats synallagmatiques l'absence de cause (ou l'erreur sur la cause) correspond de toute façon à une absence d'objet (ou à une erreur sur l'objet). En principe. − en ce qui concerne les actes à titre gratuit. . la doctrine et la jurisprudence conservent une conception très largement objective de la cause. On peut dégager deux grands courants : • LA CONCEPTION CLASSIQUE : L'APPROCHE OBJECTIVE : c'est la conception issue des écrits de Domat et consacrée au 19ème siècle par les commentateurs du Code civil. LES APPROCHES SUBJECTIVES ET OBJECTIVES – ESSAI D'UNE RÉCONCILIATION : il ne faut pas exagérer la différence entre ces deux conceptions de la cause. qui ont des points de contact. la contrepartie économique est justement la cause subjective de l'obligation . n'entreront dans le champ contractuel que les objectifs normalement poursuivis par la conclusion de telle ou telle convention. où. ou sur une fausse cause. louer un bureau pour y organiser un trafic de drogues) .en tout cas pour les actes à titre onéreux (il semble en aller autrement pour les libéralités).b. − • LA CONCEPTION MODERNE DE P. Il s'agit des mobiles déterminants qui ont conduit les parties à contracter (ex. la cause est appréciée de manière subjective pour les donations). donc mesurer l'utilité sociale d'une convention. les obligations d'une des parties constituent la cause des obligations de l'autre. ou sur une cause illicite. mais ne fait pas l'unanimité en Belgique. Toutefois. donc mesurer l'utilité de la convention pour les parties. selon lui. les parties peuvent introduire un mobile particulier (il faut que ce mobile soit accepté au moins tacitement par l'autre partie). la Cour de cassation estime que “la cause d'une libéralité ne réside pas 34 • . C'est la même idée dans le prêt (qui n'est un contrat unilatéral que parce qu'il est un contrat réel).

Il s'agit d'actes qui tout ayant une cause sont dans une certaine mesure détachés dans leur cause en sorte que les avatars de cette dernière ne retentissent en principe pas sur eux. la cause est envisagée dans le chef de chacune des parties (= cause de l'engagement contractuel). Ex. parentales. Il d. résultant de la combinaison des mobiles des parties. seule la conception subjective permet de tenir compte de ce mobile subjectif. j'achète telle maison car je crois que j'ai été nommé dans telle ville. dans la mesure où il faut que les mobiles des parties soient entrés dans le champ contractuel pour qu'on puisse en tenir compte. Les actes abstraits de leur cause • NOTION : tout acte doit en principe avoir une cause. mais la pratique connaît des actes dits abstraits de leur cause. mais dans celui des mobiles qui l'a inspiré principalement et qui l'a conduit à donner ou léguer”. à l'exclusion des mobiles secondaires ou accessoires. • CAUSE DE L'ENGAGEMENT CONTRACTUEL OU CAUSE DU CONTRAT : traditionnellement. on peut parler de cause du contrat. La seule nuance entre les deux conceptions se manifeste dans les cas où une partie à un contrat à titre onéreux est animée non seulement par un mobile objectif (la contrepartie) mais aussi par un mobile déterminant spécifique qui est entré dans le champ contractuel. ERREUR SUR LA CAUSE OU FAUSSE CAUSE : elle se rencontre dans de nombreuses hypothèses. • c. EXCLUSION DES MOBILES SECONDAIRES OU ACCESSOIRES : il est constant que seuls les mobiles déterminants (en principe entrés dans le champ contractuel) s'incorporent à la cause de l'engagement. Toutefois. d'affaires. NULLITÉ RELATIVE. • SANCTION : l'absence de cause ou la fausse cause sont sanctionnées de appartient au demandeur de prouver l'absence de cause. qui se superpose au mobile objectif.B. mais ma nomination est annulée avec effet rétroactif.). Ex. Un tel accepte de payer tel prix pour acquérir telle maison à Aixen-Provence car il pense y être nommé. Dans pareil cas. 35 . la 11 • Cependant. Le cautionnement est abstrait de sa cause subjective mais non de sa cause objective : on dit qu'il présente 1 degré d'abstraction11 (N...exclusivement dans l'intention libérale du disposant. il présente un début de 2ème degré d'abstraction puisque la caution ne peut invoquer les exceptions purement personnelles au débiteur principal. TYPOLOGIE DES ACTES ABSTRAITS : (1) LES ACTES ABSTRAITS ISSUS DE LA LOI : − le cautionnement : le contrat de cautionnement a une double cause : − objective (il a pour objet de garantir une obligation principale) − subjective (déduite de la relation de la caution avec le débiteur : amicales. La cause du contrat serait sa raison d'être objective et subjective. La cause comme élément constitutif du contrat (à l'exclusion de la cause illicite) – applications • • ABSENCE TOTALE DE CAUSE : elle relève du cas d'école.

Ainsi. • • Le degré d'abstraction est variable selon les cas. la jurisprudence belge a admis la validité des garanties bancaires abstraites avant qu'elles ne soient devenues de pratique courante. crédit documentaire (par lequel le banquier s’engage à payer un exportateur moyennant présentation de certains documents). la majorité de la doctrine interprète cette jurisprudence en ce sens qu'il suffit. pour qu'il soit possible de créer un acte abstrait. sa cause n'est pas exprimée. abstraite à double degré). même si la Cour de cassation estime qu'un acte ne peut être abstrait de sa cause que si la loi l'admet. la délégation : opération par laquelle un débiteur (déléguant) obtient d’un tiers (délégué) qu’il s’engage dans les mêmes termes que lui envers un créancier (délégataire). le donneur d'ordre d'une garantie à première demande pourrait agir contre le bénéficiaire s'il s'avérait que celui-ci avait appelé la garantie à mauvais escient. Le billet non causé a une cause et n'est pas détaché de celle-ci. puisque si elle ne l'est pas. • L'abstraction peut-elle tenir en échec une règle impérative? --------------------à compléter----------------------------------------------------------• L'abstaction est destinée à assurer l'exécution des obligations rapidement et avec sécurité mais n'exclut pas nécessairement l'existence d'un recours parallèle ou d'un recours ultérieur. • ACTES ABSTRAITS ET BILLET NON CAUSÉ : il ne faut pas confondre les actes abstraits avec les billets non causés visés à l'article 1132 du Code civil (“La convention n'est pas moins valable. − − Ex. quoique la cause n'en soit pas exprimée”).− − garantie à première demande. les titres négociables abstraits : lettre de change (le tiré accepteur d’une lettre de change ne peut opposer au tiers porteur des exceptions liées au contrat qui a justifié la création de la lettre de change entre le tireur et le tiré). 36 . chèques. l'acte conserve une cause qui peut sortir ses effets. (3) LES ACTES ABSTRAITS CONVENTIONNELS : doctrine et jurisprudence belges admettent la création d'actes abstraits par la voie conventionnelle. est quant à elle. alors qu'en France un tel procédé est en général rejeté en raison du fait que la cause serait un élément essentiel du contrat. que la loi ne s'y oppose pas. En effet. le tiré d’une lettre de change amené à payer le tiers porteur peut se retourner contre le tireur sur base de l’acte de vente q'il s'avère que les marchandises délivrées n'étaient pas conforme . Elle présente deux degrés d'abstraction : l'engagement du délégué vis-àvis du délégataire est abstrait à la fois des relations entre le délégué et le déléguant et des relations entre le déléguant et le délégataire. L'article 1132 se borne à présumer l'existence d'une cause. (2) LES ACTES ABSTRAITS ISSUS DES USAGES OU DE LA PRATIQUE : Les usages sont à l'origine d'actes abstraits ex. Il est à noter que le problème de la validité des actes abstraits ne se pose que si le détachement est total. ACTES ABSTRAITS – PORTÉE DE L'ABSTRACTION : • L'abstraction d'un acte ne saurait avoir pour effet de valider un engagement inspiré par une cause illicite ni de couvrir une fraude ou un abus de droit manifestes. billets à ordre. garanties bancaires abstraites (abstraites de toute cause). parce que les articles 1108 et 1131 du Code civil ne seraient pas d'ordre public en tant qu'ils subordonnent la validité d'un acte juridique à l'existence d'une cause. seulement.

la Cour de cassation a estimé que les dispositions relatives à la modération des loyers étaient d'ordre public parce qu'elles visaient à combattre l'inflation. elle doit offrir inconditionnellement au public la possibilité de céder tous les titres qu'elle possède]. même s'il tend à protéger les actionnaires minoritaires de OPA. La distinction n'est pas toujours aisée. Par contre. − (b) EXEMPLES public : − − − − − − − − − − − − − − − DE DISPOSITIONS D'ORDRE PUBLIC : sont d'ordre la plupart des dispositions de droit public les lois fiscales les lois pénales les lois relatives à l'organisation judiciaire et administrative la règlementation de la concurrence la règlementation des prix la règlementation applicable à l'accès à certaines professions les règles relatives à l'état et à la capacité des personnes les principes fondamentaux du droit des successions l'article 815 du Code civil le principe du respect des droits de la défense en procédure civile le régime général de la faillite et du concordat judiciaire la garantie décennale des architectes et des entrepreneurs l'interdiction de s'engager à perpétuité etc. 37 . Les obligations illicites : l'objet et la cause illicites a. Ordre public – bonnes moeurs – lois impératives  LES BONNES MOEURS : il 'agit d'un ensemble de règles de conduite ou d'ordre moral découlant des traditions. Les RÈGLES IMPÉRATIVES. Exemples : − − Les lois sur les baux commerciaux ou sur les baux à ferme sont impératives (protection des preneurs). Elles peuvent évoluer dans le temps et dans l'espace. est d'ordre public parce qu'il vise à garantir un bon fonctionnement des marchés boursiers. L'ORDRE PUBLIC : (a) •  L'ORDRE PUBLIC PROPREMENT DIT ET LES LOIS IMPÉRATIVES : • • Les RÈGLES D'ORDRE PUBLIC proprement dites sont les dispositions qui touchent aux intérêts essentiels de l'Etat ou de la collectivité ou qui fixent dans le droit privé. Affaire Wagons-Lits : l'article 41 de l'arrêté royal du 8 novembre 1989 [en vertu duquel lorsqu'une personne physique ou morale a acquis des titres d'une société ayant fait ou faisant publiquement appel à l'épargne (OPA). civ. qui lui confèrent le contrôle exclusif ou conjoint de celle-ci et que le prix payé ou la contrepartie attribuée pour l'acquisition des titres était supérieur au prix du marché lors de ladite acquisition.). Généralités Les obligations doivent avoir un objet et une cause licites (art. pratiques et usages du corps social et qui sont jugées à ce point importantes qu'elles sont sanctionnées par le droit. les bases juridiques sur lesquelles repose l'ordre économique ou moral de la société. en revanche. Elles sont sanctionnées de NULLITÉ ABSOLUE. La garantie décennale des architectes et entrepeneurs est d'ordre public parce qu'elle vise à protéger la sécurité publique. 6. n'ont pour but que le protection d'intérêts privés et non de l'intérêt général. 1131 et 1133 C. Elles sont sanctionnées de NULLITÉ RELATIVE. b.5.

− La nullité ne peut être couverte par voie de confirmation. ainsi que le régime applicable aux baux de résidence principale comprennent de nombreuses dispositions impératives en faveur du preneur et du bailleur . le régime du contrat de travail est impératif en faveur du travailleur (parfois en faveur des deux parties) . − L'action en nullité est soumise à la prescription de droit commun. la loi sur le contrat d'agence est impérative en faveur de l'agent . il conviendra d'annuler la convention si la clause est dans l'esprit des parties et l'économie de leur convention inséparable de celle-ci (au contraire. la question est plus délicate si la cause de la convention est illicite tandis que l'objet de celle-ci est licite. chacune des parties pouvant (normalement) apprécier la licéité de cet objet. 38 . c. : il s'agit d'un concept de droit international privé qui fait échec à l'application ordinaire des règles de conflits de lois lorsque l'application par le juge ou les autorités belges d'une disposition de la loi étrangère heurte des principes fondamentaux. l'ordre public international belge constitue le noyau dur de l'ordre public auquel il ne peut être dérogé même si selon les règles de droit international privé. etc. en matière judiciaire. Ainsi. la plupart des dispositions de la loi Breyne sont impératives en faveur du client du promoteur ou de l'entrepreneur . − Tout tiers intéressé (ex. il faudra annuler seulement la clause illicite si celle-ci est accessoire ou dissociable). clause réputée “non écrite”) ni les parties n'ont réglé la question. parfois le fisc) et le Ministère public peuvent agir en nullité (ce dernier ne peut toutefois agir d'office en matière civile que “dans les cas spécifiés par la loi et en outre chaque fois que l'ordre public exige son intervention”). En d'autres termes. la loi de 1961 sur la résiliation des concessions de vente exclusive à durée indéterminée est impérative en faveur du concessionnaire . un officier d'état civil belge ne pourrait prêter son concours à un ORDRE PUBLIC INTERNATIONAL BELGE mariage polygamique même si la loi nationale des futurs époux permet un tel mariage. Ex. faut-il annuler la clause ou le contrat tout entier? Il est admis aujourd'hui que si ni la loi (ex. concernant les pouvoirs du ministère public en matière civile. on admet que le mobile illicite entraîne la nullité de l'acte même s'il n'est pas entré dans le champ contractuel. aucun problème ne se pose si l'objet de la convention est illicite. − Lorsque seule une clause d'un contrat est illicite.] • Les deux parties doivent-elles être au courant de l'intention illicite pour que la nullité soit prononcée? ✗ Pour les libéralités. − • ILLÉCÉITÉ COMMUNE AUX PARTIES OU NON : • De ce point de vue.  ORDRE PUBLIC : AUTRES NOTIONS : la notion d'ordre public reçoit des acceptions spéciales dans certains domaines particuliers. La sanction de l'ordre public et des bonnes moeurs • PRINCIPES : Les dispositions contractuelles contraires à l'ordre public ou aux bonnes moeurs sont frappées de NULLITÉ ABSOLUE.(c) EXEMPLES DE DISPOSITIONS IMPÉRATIVES : sont impératives : − − − − − −  la loi sur les baux commerciaux. En revanche. • [Il est constant aujourd'hui qu'en cas de pluralité de mobiles déterminants il suffit qu'un des mobiles soit illicite pour que le contrat soit affecté. − L'exception de nullité doit être élevée d'office par le juge. telle règle étrangère devrait régir la situation. la loi sur les baux à ferme.

24 septembre 1976). ART. Cet adage n'est donc qu'une application de l'article 1131 du Code civil et ne constitue pas un principe général de droit autonome. A. Pourquoi cet adage est-il devenu une exception au principe de la restitution? La règle In pari causa.. L'application de cet adage consolide donc la situation illicite qui a été consommée. la convention peut être annulée même si une seule des parties était animée d'un mobile illicite. a une connotation morale évidente.”13 : ces adages complètent la sanction de la (a) L'ADAGE “NEMO AUDITUR. en raison de sa faute précontractuelle. In pari causa turpitudinis cessat repetitio. aujourd'hui les règles impératives et d'ordre public sont tellement nombreuses que beaucoup de cocontractants ne les violent que parce qu'ils les ignorent ou en ignorent la portée impérative. en guise de réparation en nature de celle-ci. 39 . parmi lesquels les deux suivants : − Selon P.. Il ne fait pas obstacle à ce qu'une des parties à un acte illicite en pousuive la nullité.” (RAPP.) Cet adage a en revanche un contenu propre. selon lequel la nullité emporte une obligation de restitution de ce qui a été exécuté en vertu de la convention. Van Ommeslaghe. Il fait obstacle à ce que la nullité de la convention contraire à l'ordre public ou aux bonnes moeurs donne lieu à des restitutions si la turpitude est partagée. cet adage n'a pas de contenu propre puisqu'il est interprété en ce sens qu'il fait obstacle à ce qu'une partie poursuive en justice l'exécution d'une convention contraire à l'ordre public ou aux bonnes moeurs. ART. “IN PARI CAUSA.. 1967 C. − Si la convention a été exécutée. Serait-il justifié. Foriers. celle-ci pourra se prévaloir de la règle Nemo auditur propriam turpitudinem allegans. ce qui peut conduire à des situations paradoxales ou inéquitables. 1965 C.. − La partie de bonne foi victime d'une nullité pourrait demander des dommages-intérêts en raison de la culpa in contrahendo commise par l'autre partie. Or. Le juge appréciera s'il convient ou non de l'appliquer au regard des nécessités de la sanction du comportement illicite et des nécessités de l'ordre public. (b) L'ADAGE “IN PARI CAUSA. par dérogation au droit commun. sauf dans les actes à titre gratuit.” (RAPP...) En Belgique.. La Cour de cassation de Belgique a suivi cette thèse dans deux arrêts récents (2000 et 2004). dans une telle situation. CIV. de privilégier la partie qui n'a pas exécuté ses obligations mais qui a déjà bénéficié des paiements ou prestations de son cocontractant? 12 13 Nemo auditur propriam turpitudinem allegans.. AUDITUR. plusieurs systèmes ont été envisagés. Mais cette solution est critiquée par une partie de la doctrine.. C'est pourquoi la jurisprudence lui reconnaît aujourd'hui un caractère facultatif (v.”12 ET • LES ADAGES “NEMO nullité absolue.. l'on pourrait soutenir que la partie en faute serait privée du droit d'invoquer la nullité.✗ Pour les autres actes. Cette solution n'est pas déraisonnable mais elle pose le problème de la protection de la partie de bonne foi. − Selon P. à défaut de quoi il ne constituerait pas une cause au sens technique du terme. le mobile illicite doit être entré dans le champ contractuel pour que la nullité soit prononcée. CIV. − Selon la Cour de cassation de France. cass.

Foriers. il peut valvablement renoncer à invoquer cette irrégularité. Le juge. Comment expliquer cette solution si l'on considère que le juge ne peut soulever d'office la violation d'une règle simplement impérative parce que la partie concernée peut renoncer à la protection? Comment soutenir que la juge a commis une illégalité alors qu'il ne pouvait soulever d'office la nullité? Selon P. Cette forme est sanctionnée tantôt de NULLITÉ ABSOLUE. Par exemple. Toutefois cette règle n'est pas absolue et il convient. de rechercher dans chaque cas quand la protection légale est acquise. Parfois la loi elle-même précise quand la confirmation peut intervenir (ex. La forme comme condition de validité des contrats La forme est une condition de validité des contrats solennels. on appliquera les mêmes principes que ceux applicables à la nullité absolue. l'explication de cette règle est que le simple fait que les parties n'aient pas élevé en conclusions une contestation relative à une règle impérative n'implique pas nécessairement que la partie protégée par cette règle ait entendu y renoncer14. il est de jurisprudence constante que la violation d'une disposition légale impérative peut être invoquée pour la première fois devant la Cour de cassation. En revanche. qui doit appliquer aux faits de la cause les règles de droit nécessaires à sa solution. le régime des lois d'ordre public et des lois impératives est proche. − − Seule la partie protégée peut invoquer la nullité relative. si le défaut de contestation des parties implique de manière certaine une renonciation à la protection légale. 6. − une demande de renouvellement d'un bail commercial formée hors délai est nulle et le bailleur ne peut par avance renoncer à cette nullité. mais saisi d'une demande de renouvellement irrégulière. 40 . le juge ne pourrait élever une contestation sur celle-ci et la partie protégée ne pourrait plus invoquer la violation de la disposition en cause devant la Cour de cassation. la partie protégée peut invoquer le moyen pour la première fois devant la Cour de cassation. • RAPPROCHEMENT DES SANCTIONS DES DISPOSITIONS D'ORDRE PUBLIC OU IMPÉRATIVES : sous réserve de cette différence de sanctions. − les parties ne peuvent convenir d'un bail à ferme d'une durée inférieure à 9 ans mais elles peuvent le résilier de commun accord (moyennant toutefois certaines formalités) . loi Breyne). en réalité. la renonciation ne peut se déduire que de faits non susceptibles d'une autre interprétation. A cet égard. En ce qui concerne l'étendue de la nullité. − les parties à un contrat de travail ne peuvent à l'avance convenir d'un délai de préavis mais après que le congé soit donné elles peuvent valablement convenir sur ce délai ou sur l'indemnité compensatoire de préavis . tantôt de NULLITÉ RELATIVE. à l'instar d'une disposition d'ordre public. A cet égard.A. Cette nullité est donc susceptible de confirmation lorsque la protection légale est acquise. 14 En effet. La sanction des dispositions impératives • − − PRINCIPES : Les lois impératives sont sanctionnées de NULLITÉ RELATIVE.d. doit donc en principe élever la contestation et s'il ne le fait pas. on enseigne souvent que la confirmation peut intervenir lorsque la contestation est née.

de remplir leurs engagements. voy. 1865. la bailleresse ne pourrait s'en prévaloir contre les fermiers).” 41 . avait donc pu légalement déclarer la résolution du bail à la suite de cette perte totale et de l'impossibilité qui en découlait de continuer l'exploitation agricole. En effet. capacité.. Toutefois. Les éléments essentiels à la formation du contrat : condition de subsistance du contrat valablement formé? Le contrat peut-il subsister en cas de disparition d'un des éléments essentiels à sa formation (consentement. la chose louée est détruite en totalité par cas fortuit. le preneur peut. le bail est résilié de plein droit. en l'espèce. − il en est de même parfois de la capacité. − la jurisprudence montre que la disparition de la cause n'est pas totalement sans effet sur le rapport contractuel . La Cour de cassation admet que effectivement les articles 1741 et 1722 ne sont pas applicables en l'espèce. a.7. [. et dès lors. 172215. − l'article 1741 constitue une application de l'article 1184 du Code civil. : “Le contrat de louage se résout par la perte de la chose louée. En bref. Divers textes du Code civil consacrent ce principe (art. Les faits étaient les suivants : un bail à ferme portait sur une exploitation agricole composée de bâtiments et de terres. civ. − ce principe connaît une exception importante en ce qui concerne l'objet . objet. si elle n'est détruite qu'en partie. 1741.. soutenant que ni l'article 1722 ni l'article 1741 ne sont applicables en l'espèce. “en raison de la perte matérielle totale du bien donné à bail. Le tribunal de première instance de Gand. La disparition de l'objet de l'obligation  LE PRINCIPE : La disparition de l'objet de l'obligation entraîne la caducité de celle-ci.] en effet il devient impossible dans ce cas pour le bailleur de fournir la jouissance du bien loué. aussi art. Toutefois. souvent une autre cause de dissolution est applicable). L'auteur de la faute contractuelle peut donc se prévaloir de la perte de l'objet du bail qu'il a provoquée pour demander la dissolution de celui-ci. avait prononcé. Les fermiers se pourvoient en cassation. Dans l'un et l'autre cas. celui qui a commis la faute ne pourrait s'en prévaloir contre la victime (en l'espèce. la Cour de cassation avait énoncé dans des arrêts antérieurs que − l'article 1722 suppose une destruction par cas fortuit (or. le contrat de bail devient sans objet . La bailleresse avait à tel point manqué à son obligation d'entretien que les bâtiments d'exploitation étaient tombés en ruine. suivant les circonstances. la résolution du bail en raison notamment de la perte des bâtiments d'exploitation qui avait rendu impossible la poursuite de l'exploitation agricole. cause)? Une réponse nuancée s'impose en fonction de chacun de ces 4 éléments. Les locataires avaient néanmoins continué à habiter dans le corps de logis et avaient sous-loué les terres. civ. Les bâtiments étaient composés de bâtiments d'exploitation et d'un corps de logis. et par le défaut respectif du bailleur et du preneur.). 2036 C. : “Si. demander ou une diminution du prix. sur demande de la bailleresse. 1592 C. la destruction avait été causée par la faute de la bailleresse) . 1722. 174116.. ce qui ne manque pas de frapper. statuant en degré d'appel. il n'existe aucun principe général selon lequel la disparition de l'un des éléments essentiels à la formation d'un contrat aurait pour effet de frapper celui-ci de caducité. de sorte que la convention est résolue”. dans la mesure où il avait constaté que les bâtiments d'exploitation avaient été détruits. 2°. 15 16 Art. qui aborde le problème de la caducité dans toute sa pureté (en effet. pendant la durée du bail. Le jugement attaqué. il n'y a lieu à aucun dédommagement.” Art. ou la résiliation même du bail. La Cour de cassation l'a clairement admis dans un arrêt du 28 novembre 1980.

✗ ✗ La théorie de la caducité des obligations par disparition de l'objet de l'obligation s'applique tant à la disparition matérielle qu'à la disparition juridique. la Cour de cassation a pu estimer que l'exécution du bail était devenue impossible parce que le bailleur n'a pas l'obligation de recontruire le bien loué en cas de perte de celui-ci. l'obligation n'en conserve pas moins une cause objective. la convention disparaîtra rétroactivement.  CAUSE SUBJECTIVE (la cause d'une libéralité ou d'un acte à titre gratuit ou le mobile déterminant subjectif spécifique d'un acte à titre onéreux) : La situation est plus délicate. dans l'arrêt du 28 novembre 1980. s'il fallait admettre que la disparition de la cause devait entraîner la caducité de l'obligation. cette dissolution a un effet limité. Foriers. depuis l'arrêt de 1980. LE FONDEMENT ET LA GÉNÉRALISATION DU PRINCIPE : La Cour donne une justification précise et concrète à sa décision : par la perte de la chose louée qui en est l'objet. qui ne serait pas satisfactoire pour les parties (ex. tandis que le contrat ne deviendra normalement caduc que s'il s'agissait d'une obligation essentielle de celui-ci. on peut généraliser le principe de la dissolution d'un contrat pour disparition de son objet et en préciser les limites. en nature. − l'impossibilité d'exécution est à la mesure des obligations des parties. Exceptionnellement. − En toute hypothèse. ajoute P. b. On retombe dans la théorie de la disparition de l'objet. le bail devient impossible à exécuter . La disparition de l'objet de l'obligation provoque sa caducité (dissolution pour l'avenir). c'est qu'elle l'estimait possible . Ainsi. Récemment elle a dit qu'il s'agissait d'un principe général de droit. et n'exclut pas. On ne peut apprécier la perte de l'objet de manière abstraite et dans l'absolu – au contraire. La nature des choses impose donc de constater la dissolution du lien obligatoire. dans le cas où la disparition de l'objet résulterait de la faute d'une des parties. ✗ ✗ La Cour de cassation a. ✗ Dans la mesure où c'est une impossibilité d'exécution qui est à l'origine de la dissolution du lien contractuel. admis le principe dans une série d'hypothèses. ✗ La disparition de l'objet d'une obligation en rend l'exécution impossible. Sur base de ce fondement. La disparition de la cause  CAUSE OBJECTIVE (la contrepartie dans les contrats synallagmatiques) : La perte de la cause objective correspond à la perte de l'objet. où il faut partir du principe que si une partie s'est engagée à une prestation. En effet. A. Ainsi. le droit de l'autre partie de lui réclamer des dommages et intérêts. dans l'affaire des fermiers. du moins en nature. les juges du fond avaient pu considérer que la perte était totale et non partielle parce qu'il s'agissait d'un bail à ferme (qui a pour objet une exploitation agricole) et non d'un bail d'habitation. Quelques réflexions : − Si une partie à un contrat à un titre onéreux est animée par un mobile subjectif spécifique qui vient à disparaître. encore faudrait-il limiter cette règle aux cas où la disparition de la 42 . ✗ L'impossibilité d'exécution survenue en cours de contrat doit être appréciée de manière relative. Elle est à la mesure de l'impossibilité d'exécution. la vente où le prix est laissé à l'arbitrage d'un tiers et où celui-ci n'exécute pas sa mission). il faut avoir égard à l'économie générale de la convention. s'il ne se justifie pas de maintenir le début d'exécution. − il est logique de considérer moins strictement l'impossibilité de l'objet de l'obligation lorsqu'elle est survenue en cours de contrat que lorsqu'elle était présente à la formation même du contrat.

le juge du fond peut constater la caducité de cette libéralité. 1592. En effet. Le temps passe. le cours du dollar monte. lorsque le cours du dollar baisse.cause serait due à des raisons objectives. soit relatives à des contrats à titre onéreux. dont le principe de bonne foi. Ce contrat comprenait une clause d'indexation par rapport cours du dollar (logique à cause des coûts de change). • D'autre part. mais dans celui des mobiles qui l'a inspiré principalement et qui l'a conduit à donner ou à léguer”. sauf celui tiré de la bonne foi. La Cour d'appel de Liège refuse de constater la caducité de la donation au motif que les cas de caducité des donations seraient limitativement prévus par la loi. La Cour de cassation a abordé le problème dans 3 arrêts. la raison déterminante de la donation vient à défaillir ou à disparaître. admettre la caducité de l'obligation en raison de la disparition volontaire de la cause d'une des parties reviendrait à lui accorder un droit de résiliation unilatérale. La Cour de cassation suit cette argumentation. d'après les termes mêmes de cette disposition ou l'interprétation de la volonté de son auteur. Van Ommeslaghe soutient dans le pourvoi que l'arrêt aurait violé les articles 1108 et 1131 du Code civil et un principe général de caducité des obligations par disparition de leur cause ou de leur objet “consacré notamment par les articles 1108. − La disparition de la cause subjective d'un acte juridique n'emporte en règle aucune impossibilité d'exécution (sauf dans des cas limites comme le décès de la partie en considération de la personne de laquelle la convention a été conclue dans les contrats intuitu personae). Deux arguments supplémentaires plaident en faveur de cette thèse 43 . à l'exclusion de tout texte spécifique aux libéralités). M. il est impossible de la séparer des circonstances qui l'ont amenée et sans lesquelles elle n'aurait pas de raison d'être”. la Poste avait conclu un contrat de leasing avec un fournisseur américain. Contre toute attente. il y a abus de droit. certains ont soutenu que la règle énoncée par l'arrêt était générale en tirant argument du libellé du moyen. 1741. 1865 et 1867 du Code civil” (il s'agit de dispositions soit générales. En d'autres termes. notamment à des contrats à prestations successives). mais la société belge ne pense pas à réviser le prix (ce qui était de bon sens). Le sommaire (rédigé par le ministère public et non par la Cour) va un peu plus loin lorsqu'il énonce que le principe d'exécution de bonne foi peut faire obstacle à ce qu'une partie poursuive envers et contre tout l'exécution d'une disposition contractuelle qui a perdu sa raison d'être. Quelques observations : ✗ Cet arrêt a provoqué une grande émotion chez les notaires puisqu'il admet que la disparition de la cause puisse entraîner la caducité d'une libéralité alors qu'elle a déjà sorti tous ses effets! (Alors que normalement. si.  DISPARITION DE LA CAUSE SUBJECTIVE ET PRINCIPE DE BONNE FOI – ARRÊT DU 21 SEPTEMBRE 1989 (SOMMAIRE) En l'espèce. dans pareil cas. Ensuite elle dit que “lorsque par l'effet d'un événement indépendant de la volonté du donateur. 1722. la caducité s'applique à des actes en cours d'exécution. qui était général (voir supra) . Le pourvoi de la Poste a critiqué tous ces motifs. La Cour d'appel de Bruxelles se base sur plusieurs raisons. Or le donataire a ensuite divorcé et l'intérêt fiscal a disparu par voie de conséquence. le libellé de l'arrêt permet de penser que seules les libéralités sont visées. ARRÊT DU 16 NOVEMBRE 1989 : important arrêt relatif à la Une donation avait été consentie à un époux parce que l'opération présentait un intérêt fiscal tant qu'il était marié. Le défendeur a donc soulevé une fin de non-recevoir basée sur le fait que l'arrêt attaqué avait décidé que les prétentions de la Poste étaient contraires au principe de bonne foi et que cette motivation n'avait pas été critiquée par le pourvoi.  DISPARITION DE LA CAUSE SUBJECTIVE – caducité d'une donation. Elle énonce tout d'abord que la cause d'une libéralité “ne réside pas exclusivement dans l'intention libérale du disposant. Puis. la Poste demande de réviser le prix! Sa demande est rejetée en première instance et en appel. ✗ La portée de cet arrêt était discutée : la règle qu'il énonçait était-elle propre aux libéralités ou était-elle au contraire applicable à tout contrat? • D'une part. La société américaine fait reprendre ce contrat par une société belge. la Cour casse l'arrêt.

L'un des petits-enfants introduit un pourvoi contre l'arrêt de la cour d'appel. Foriers : dans le cas où les parties auraient implicitement. A.. ou du moins la circonscrirait dans de strictes limites (P. entendu faire de la disparition de la cause de leur acte une véritable condition résolutoire casuelle).. d'agir pour contester la validité (a) du testament de son père et (b) de ses actes de renonciation. ou qu'il a un pouvoir d'appréciation? Selon P. il introduit une procédure en révision. (P. bien entendu. Cet arrêt marque donc un revirement par rapport à celui du 16 novembre 1989. la Cour de cassation accueille de pourvoi. le père décède et S. mais l'un d'eux refuse. Celui-ci est acquitté en première instance puis condamné en appel à 5 ans de prison ferme (1982). − peu importe que le donateur survive à la donation puisque les donations sont irrévocables et que.]” telles conditions sont remplies signifient-ils que dans ce cas. mais dans ce cas il ne se pose aucun problème puisqu'il y a disparition de l'objet (donc caducité par disparition de l'objet). mais certainement. A. Foriers. Les termes “le juge du fond peut constater la caducité de cette libéralité. 44 . Les juges du fond ont accueilli la demande au motif que le testament et les actes de renonciation seraient devenus caducs. Foriers donc. A. S. A. si [. Selon P. son père le déshérite au profit de ses trois petits-enfants pour faire échapper le patrimoine familial aux poursuites des créanciers de son fils.. si la Cour de cassation devait se prononcer aujourd'hui à propos d'une donation. Mais un certain temps après. de T. la volonté du donateur ne doit pas subsister jusqu'à son décès. il est impossible de la séparer des circonstances qui l'ont amenée et sans lesquelles elle n'aurait pas de raison d'être” mais énonce ensuite que “la disparition de la cause ne peut entraîner la caducité [d'une] libéralité [testamentaire] que pour autant qu'elle survienne avant le décès du testateur”. décide donc. rien n'empêche de prévoir dans une convention que celle-ci prendra fin si sa cause disparaît. renonce à sa succession. elle abandonnerait sa jurisprudence du 16 novembre 1989. De T. P.A.  DISPARITION DE LA CAUSE SUBJECTIVE – ARRÊT DU 21 SEPTEMBRE 2000 (REVIREMENT) : S. fils unique. de T. est impliqué dans une affaire internationale importante d'escroquerie et de recel. le juge a le pouvoir de prononcer la caducité de la donation. Foriers explique la solution adoptée par la Cour par l'idée de condition résolutoire implicite : en effet. Peu après. Foriers : ne pouvait-on pas prétendre qu'il y avait nullité pour erreur sur la cause?). le juge a un pouvoir d'appréciation dans la mesure où il doit examiner si la libéralité et sa cause sont inséparables dans l’esprit du donateur. la cause ne peut disparaître complètement que si la contrepartie objective disparaît. (a) DISPARITION DE LA CAUSE SUBJECTIVE ET LIBÉRALITÉS (à propos du testament) : la Cour rappelle qu'une libéralité peut être frappée de caducité par suite de la disparition de sa cause si “d'après les termes mêmes de cette disposition ou l'interprétation de la volonté de son auteur. En effet. qui aboutit effectivement à un arrêt d'acquittement (1989)! Il demande dès lors à ses enfants de lui restituer la succession. avec deux de ses enfants. il n'y aurait aucune raison de traiter différemment les libéralités testamentaires et les donations sur ce plan : − les donations sortent tous leurs effets et deviennent irrévocables comme les testaments au moment du décès de leur auteur . Après son placement en détention préventive. où il remet en cause la jurisprudence de l'arrêt du 16 novembre 1989.✗ ✗ restrictive : (1) le caractère gratuit d'un acte conduit souvent à admettre plus facilement sa remise en cause et (2) dans les actes à titre onéreux. Elle précise à cet égard que la loi présume que la volonté du testateur a persisté jusqu'à son décès et que cette présomption implique que la cause de la libéralité testamentaire subsiste jusqu'à ce moment. en 1980. Contre toute attente.

rien en opportunité ne justifierait d'aller plus loin. fussent-ils à titre gratuit. P. tellement il est vrai qu'il n'existe aucune disposition légale ni aucun principe général de droit dont on pourrait déduire que les éléments nécessaires à la formation d'un contrat sont aussi nécessaires à sa survie. c'est la seule explication que l'on peut donner à l'arrêt du 16 novembre 1989. d. 45 . Dans ce cas. Selon.A. En effet. − si les parties ont entendu de manière certaine assortir leur convention d'une condition résolutoire consistant dans la disparition de ce mobile. Cette solution doit être approuvée. En effet. La disparition de la capacité La disparition de la capacité d'une des parties n'entraînera la caducité de la convention que si elle entraîne une impossibilité d'exécution. − lorsque la poursuite de l'exécution d'une convention qui a perdu sa raison d'être serait constitutive d'un abus de droit . il existe des EXCEPTIONS à ce principe : − lorsque la disparition de la cause entraîne une impossibilité d'exécution (tel est notamment le cas si c'est la cause objective qui est affectée ou en cas de décès ou faillite de la partie en considération de la personne de laquelle le contrat a été conclu dans les contrats intuitu personae) . Par ailleurs. Toutefois. sans effet sur la validité de l'acte”. c. Foriers. en règle.(b) DISPARITION DE LA CAUSE SUBJECTIVE ET AUTRES ACTES JURIDIQUES (à propos de la renonciation à la succession) L'arrêt du 21 janvier 2000 semble exclure la caducité pour disparition de la cause pour les autres actes. ce qui est plutôt exceptionnel (tel est notamment le cas en principe dans les contrats intuitu personae). la Cour rappelle que la cause est en règle une condition de validité d'un acte juridique mais poursuit en énonçant que “sa disparition ultérieure demeure. il ne s'agira pas de caducité. les renonciations litigieuses ne constituaient pas des libéralités. toutefois. après avoir relevé que d'après les énonciations du juge du fond. la disparition de la cause d'une acte ne devrait pas l'affecter. mais dans ce cas il ne s'agit pas à proprement parler d'un cas de caducité. spécialement lorsque la convention a sorti tous ses effets.  DISPARITION DE LA CAUSE – CONCLUSION : En règle donc. La disparition du consentement La disparition du consentement d'une des parties ne pourrait affecter la validité d'un contrat sauf si elle a un droit de résiliation unilatérale. dans de nombreux cas la disparition du mobile déterminant n'affecte pas à tel point la raison d'être de la convention que celle-ci ne puisse raisonnablement être maintenue.

la conclusion d'un contrat est précédée d'une phase de négociations.. − enfin. b. Ils peuvent en revanche donner lieu à la culpa in contrahendo sanctionnée sur base des articles 1382 et 1383 du Code civil. a fortiori. • Les parties peuvent signer un accord de confidentialité. ne constituent pas des offres. un simple appel d'offres. Ex. par une succession d'accords partiels. Le plus souvent.B. Les pourparlers préliminaires a. 46 . la formation du contrat s'opère de manière progressive. des “protocoles d'accord” ou des “accord de principe”. les pourparlers préliminaires sont étrangers à la responsabilité contractuelle. − il peut aussi s'agir de documents destinés uniquement à encadrer la négociation. 1. Structuration des pourparlers préliminaires Les pourparlers préliminaires sont souvent structurés lorsqu'ils sont complexes. De tels accords constituent de véritables accords qui lient les parties. elles peuvent donner lieu à une culpa in contrahendo de nature contractuelle. les parties réservant leur accord sur l'opération à conclure . Le contrat se forme lorsque les volontés des parties se rencontrent sur les éléments essentiels et substantiels de celui-ci. une proposition “sans engagement”. Dans ce cas. nous aborderons la question de savoir quand un contrat se forme.. La portée de ces documents peut être variable et selon les cas. Si ces conventions revêtent un caractère obligatoire.. LA FORMATION DES CONTRATS DU POINT DE VUE DYNAMIQUE Ici. − Traditionnellement. En règle.. ni. un accord d'exclusivité. Généralités Souvent. • Les parties peuvent aussi s'adresser des “lettres d'intention” et signer des “memorandum of understanding”. on considère qu'une partie formule une proposition (l'offre). − Mais cette analyse est en général assez artificielle vu qu'en réalité. il peut s'agir d'accords définitifs sur certains éléments du contrat à conclure. Les pourparlers préliminaires peuvent présenter un intérêt sous l'angle de l'interprétation du contrat qui sera conclu. on dira que le contrat se forme progressivement. et ce n'est qu'exceptionnellement qu'il est le produit de deux volontés concomitantes. la conclusion d'un contrat est précédée de pourparlers durant lesquels les parties formulent des propositions exploratoires sans volonté de s'engager définitivement (qui ne constituent donc pas des offres). ils peuvent avoir un caractère obligatoire ou non : − ils peuvent contenir une véritable offre ou constituer un véritable contrat dont il ne reste plus qu'à négocier les éléments accessoires . dans de nombreux cas (spécialement lorsqu'il s'agit d'opérations complexes). et que le contrat se forme lorsque l'autre partie accepte cette proposition (acceptation).

L'OFFRE AU PUBLIC constitue un acte unilatéral non réceptice qui lie l'offrant dès qu'il s'est extériorisé. de sorte que cette volonté puisse être immédiatement acceptée par l'autre partie en vue de former le contrat. Elle doit être volontairement portée à la connaissance de l'autre partie. les auteurs continuent à chercher le fondement de la force obligatoire de l'offre.2. La force obligatoire En droit positif belge. b. Elle implique la volonté du pollicitant de se lier définitivement par le seul fait de l'acceptation de l'autre partie. Les effets de l'offre • • • L'OFFRE À UNE PERSONNE DÉTERMINÉE constitue un acte unilatéral réceptice qui lie son auteur lorsque le destinataire en a eu connaissance ou lorsqu'il a raisonnablement pu en avoir connaissance. il faut que cette offre le lie) − ou dans une sorte de contrat tacite distinct du contrat à conclure (cette analyse est artificielle. 2. L'engagement par déclaration unilatérale de volonté comme source autonome d'obligations a dans un premier été rejeté. DURÉE DE LA FORCE OBLIGATOIRE : l'offre lie le pollicitant − pendant le délai qu'elle indique − ou à défaut. surtout en cas d'offre au public). 3. l'offre trouve sa force obligatoire dans un engagement unilatéral de volonté (arrêt de la Cour de cassation de 1980). L'offre suppose donc 3 éléments essentiels : 1. le cas échéant suivant les usages propres à tel type de profession. on a tenté de chercher un fondement le fondement obligatoire de l'offre et on l'a trouvé − dans l'article 1382 du Code civil (cette analyse procède d'un raisonnement circulaire puisque pour que l'offrant commette une faute en retirant son offre. qui sera apprécié par le juge. pendant un délai raisonnable. on a contesté le caractère obligatoire de l'offre en tant que telle (ce qui était illogique) . Elle peut donc être révoquée pour autant que la révocation parvienne au destinataire au plus tard en même temps que l'offre elle-même. c. L'offre doit contenir tous les éléments essentiels et substantiels du contrat à conclure. − rapidement. En France. Notion L'offre implique l'émission d'une volonté définitive par l'une des parties. L'offre a.B. 47 . N. ce qui a eu pour conséquence que : − dans un premier temps.

• Le simple silence ne constitue cependant pas en soi une acceptation. En ce cas. Ex. il peut qu'elles ne fassent que codifier les usages propres à un secteur d'activité. la non protestation au reçu d'une facture ou d'un décompte relatif à une opération implique en général un accord sur cette opération . il s'agit d'une nouvelle offre. le défaut d'opposition dans un certain délai vaut acceptation de l'offre (en vertu des usages). l'accepation ne forme le contrat que si elle est pure et simple. l'exécution du contrat par l'autre partie au reçu de l'offre implique bien entendu son acceptation . c. Les conditions générales   Elles se recontrent fréquemment dans la vie des affaires. Dans cette deuxième hypothèse. b.3. elles ont une force obligatoire qui n'est pas purement contractuelle. − − Tel est le cas de conditions générales lisibles figurant au verso d'une offre si une mention du recto y renvoie. Principes   En principe. qu'ils soient essentiels ou accessoires.  Deux principes s'appliquent en matière de conditions générales (sauf si elles ne font que reproduire des usages) : 1°/ Les conditions générales ne lient les parties que pour autant qu'elles aient été ACCEPTÉES. le prix et la chose dans la vente). − − Les éléments essentiels sont les éléments sur lesquels l'accord des parties est requis par le droit (ex. Mais en règle on ne pourrait tenir compte de conditions figurant au verso d'une facture (la question est toutefois controversée). si elle s'accompagne d'une contre-proposition. L'acceptation a. dans certains secteurs. • Ce qui suppose tout d'abord qu'elles aient été PORTÉES À LA CONNAISSANCE de l'autre partie au plus tard au moment de la conclusion du contrat. l'acceptation doit porter sur tous les éléments de l'offre. Elles peuvent être propres à une entreprise ou élaborées par une association professionnelle. sauf texte légal ou usage particulier contraire. • Les parties peuvent convenir de la nécessité d'une acceptation expresse. en matière commerciale. sauf si les parties étaient en 48 . le délai de livraison des sapins de Noël). Les éléments substantiels sont les éléments qui sont accessoires ou secondaires en droit mais qui sont considérés comme essentiels aux yeux des parties (ex. : − − − − tacite reconduction d'un bail en matière civile . Mais aujourd'hui on considère généralement que pour que le contrat se forme il suffit qu'il y ait un accord sur les éléments essentiels et substantiels de celui-ci. Eléments sur lesquels l'acceptation doit porter   Dans une conception classique. En revanche. qui doit être acceptée par l'autre partie pour que le contrat se forme. L'acceptation peut être expresse ou tacite. Seul le silence circonstancié peut avoir un effet.

La culpa in contrahendo (faute commise dans le cadre des pourparlers préliminaires) a. les conditions générales contradictoires s'annulent réciproquement. Un autre grand courant s'oppose à la théorie de la réception.  La loi règle parfois l'opposabilité de certaines conditions générales. l'article 39 de la loi sur les pratiques du commerce établit que “les énonciations du bon de commande obligent celui qui l'a établi. 5. les éventuelles fautes commises lors des pourparlers préliminaires ne peuvent en principe être que de nature extra-contractuelle. le contrat naît au moment et à l'endroit où l'offrant a pris ou a pu prendre connaissance de l'acceptation émanant du bénéficiaire de l'offre : il s'agit de la THÉORIE DE LA RÉCEPTION. Il faut distinguer la problématique de la culpa in contrahendo de celle du retrait abusif d'une offre. ou si les conditions ne font que reproduire le droit commun ou les usages. Tel n'est pas le cas si l'acceptation se réfère elle-même à des conditions générales qui excluent les conditions de l'autre partie. Ce système n'est pas d'ordre public et les parties pourraient donc convenir d'une autre formule. C'est la solution la plus logique.• relation d'affaires et ont implicitement convenu de soumettre l’ensemble de ces relations à ces conditions. aussi bien sur le plan interne qu'en droit comparé : il s'agit de la THÉORIE DE L'ÉMISSION. selon laquelle en règle. Elle part de l'idée que l'acceptation est un acte unilatéral réceptice. Les conditions générales doivent ensuite être ACCEPTÉES par l'autre partie. Ex. • • Les parties peuvent toutefois entourer leurs négociations de conventions (“avant-contrats”) dont la violation donne lieu à la responsabilité contractuelle de la partie en tort. 4. • • L'acceptation émise pourrait donc être retirée pour autant que l'acte de retrait parvienne à l'offrant au plus tard en même temps que l'acceptation. en Belgique. 49 . Certains estiment toutefois que la responsabilité précontractuelle serait de nature contractuelle en raison d'un contrat tacite de négociation. autres ou contraires”. En effet. La responsabilité précontractuelle – fondement • Selon l'opinion généralement admise en Belgique et en France. ce qui semble artificiel. 2°/ Les conditions générales doivent CÉDÉR DEVANT LES CLAUSES SPÉCIALES QUI Y DÉROGENT. nonobstant toutes conditions générales ou particulières. sans qu'elle ne doive toucher l'offrant. La formation du contrat entre parties non présentes • Selon la Cour de cassation de Belgique. on considère généralement qu'en cas de conflit de conditions générales. il suffit que l'acceptation se soit exprimée pour que le contrat naisse.

Toutefois. DÉFAUT D'INFORMATION – MANQUEMENT AU DEVOIR DE CONSEIL : même si le contrat n'est pas frappé de nullité. CONCLUSION D'UN CONTRAT NUL : le fait de provoquer le conclusion d'un contrat affecté d'une cause de nullité peut. être constitutif d'une faute (en cas de dol. tel que les frais des négociations rompues tardivement. il y a souvent une confusion entre la rupture tardive de négociations et le refus par une des parties à la négociation de reconnaître la naissance d'un contrat valablement formé suite à un accord sur les éléments essentiels et substantiels de celui-ci (par exemple parce les parties ne sont pas d'accord sur certains éléments accessoires du contrat). Le reproche est d'avoir exposé l'autre partie à certains frais pour les besoins de la poursuite de la négociation et éventuellement de l'avoir empêchée de négocier plus rapidement avec une autre partie. il n'y aura pas de faute si on l'annonce sans tarder. il y a une inexécution du contrat. qui relève de la responsabilité contractuelle. parfois de défaut d'information.b. NON RENOUVELLEMENT BRUTAL D'UN CONTRAT (ALORS QUE RIEN NE LAISSAIT PRÉSAGER CE NON RENOUVELLEMENT) : dans certaines circonstances. Mais si les parties ont conclu des accords de confidentialité. − − − EXCLUSIVITÉ : si les parties n'ont pas conclu un contrat d'exclusivité (dont les manquements donnent lieu à la responsabilité contractuelle). dans certaines circonstances. si le contrat n'est pas conclu. Ex. en principe. etc. la perte de la chance d'avoir pu contracter avec une autre partie parce que le négociation impliquait une certaine exclusivité. − La rupture tardive de négociations n'est pas nécessairement fautive. la bonne foi impose au cocontractant d'avertir en temps utile l'autre partie de son intention de ne pas renouveler un contrat en cours (en cas de relation d'affaires de longue date. c. le fait de divulguer des informations confidentielles communiquées dans le cadre d'une négociation. ou si les circonstances peuvent légitimement faire penser à l'autre partie qu'il y aura renouvellement). Elle ne pourrait que demander la réparation d'un autre préjudice. − − − Les dommages-intérêts seront en général limités. Dans ce dernier cas. Remarques : − Dans la jurisprudence. 50 . Sanction En règle. il se peut qu'il soit sous-entendu que les parties ont un devoir d'exclusivité. celui-ci ne l'accorde pas . ou si l'on provoque la conclusion d'un contrat contraire à des dispositions impératives ou d'ordre public). Cas d'application principaux − RUPTURE : cette faute consiste à tirer des négociations en longueur en laissant croire à l'autre partie que le contrat sera conclu et ensuite à rompre les pourparlers pour un motif qui aurait pu être invoqué plus tôt. les manquements à celui-ci donnent lieu à la responsabilité contractuelle de la partie en tort. la victime ne peut demander la perte du bénéfice du contrat escompté. on TARDIVE DE NÉGOCIATIONS annonce que le contrat ne sera conclu que si le conseil d'administration donnera son aval . DEVOIR DE CONFIDENTIALITÉ : constitue une faute. rien n'empêche de négocier avec plusieurs parties pour conclure la même opération. dans certains cas. − AUTRES HYPOTHÈSES : il y a culpa in contrahendo si une partie manque à la bonne foi qui doit présider aux négociations.

et instaure l'infraction pénale de refus de vente. Ainsi. . Les limites légales spécifiques au droit de ne pas contracter • • • PROTECTION SPÉCIFIQUE du bail à ferme.6. : renouvellement quasi automatique ENTREPRISES EXPLOITANT UN SERVICE traditionnel de droit administratif. b. 1382 du Code civil. Le contrat obligatoire – le refus de contracter a. qui interdit de vendre à des prix anormalement élevés (= principe du “prix normal”). Le refus de contracter et le droit commun : art. 51 . lié au principe de la liberté du commerce et de l'industrie.. la brusque rupture d'une relation d'affaires peut être abusive. permet au ministre de l'Economie de conclure des contrats de programme et de fixer des prix maximaux. DROIT ÉCONOMIQUE : PUBLIC : ÉTAT D'OFFRE PERMANENTE : il s'agit d'un principe (a) DISPOSITIONS LIÉES À LA RÉGLEMENTATION DES PRIX On peut citer à cet égard la loi sur la réglementation économique et les prix (arrêté-loi du 22 janvier 1945 modifié par la loi du 30 juillet 1971). par exemple s'il tend à éliminer une entreprise du marché. acte contraire aux usages honnêtes en matière commerciale Le refus de vente peut dans certaines circonstances être constitutif − d'un abus de droit − ou d'une faute : tel est le cas s'il constitue un acte contraire aux usages honnêtes en matière commerciale (articles 93 et 94 de la loi du 14 juillet 1991 sur les pratiques du commerce . abus de droit. . une action en cessation est alors ouverte). implique le droit de contracter ou de ne pas contracter. s'il tend à causer un préjudice à un concurrent en procédant à une discrimination totalement injustifiée. DE CERTAINES CATÉGORIES SOCIALES : ex. (b) DROIT ANTITRUST (droit européen et droit belge) Le refus de vente est illicite − s'il procède d'un accord ou d'une pratique concertée contraires à la loi du 5 août 1991 sur la protection de la concurrence économique ou à l'article 85 du traité CE − s'il procède d'un abus de position dominante réprimé par la loi du 5 août 1991 ou l'article 86 du traité CE. Principe : liberté contractuelle et liberté du commerce et de l'industrie (décret d'Allarde des 2-17 mars 1791) Le principe de la liberté contractuelle. Ce principe connaît toutefois de très nombreuses exceptions.. le refus de contracter individuel peut aussi être illicite dans certaines conditions. − − − divers actes de boycott ont été condamnés lorsqu'ils avaient pour but d'éliminer un concurrent ou une entreprise gênante sur le marché . c.

en sorte qu'elle serait préférée à un autre acquéreur. un bail). Foriers estime qu'il convient d'appliquer les principes relatifs aux contrats à durée indéterminée (le promettant pourra donc résilier unilatéralement la promesse moyennant un préavis raisonnable). M.). Elle peut être consentie à titre gratuit ou onéreux. Il faut − notamment qu'elle comprenne tous les éléments nécessaires pour que le contrat puisse valablement se former au moment de la levée de l'option. − Ce type de convention est en principe licite. promesse de bail. qui est éventuel. En général on considère qu'il s'agit d'une promesse unilatérale de contrat assortie d'une condition suspensive simplement potestative.A. Régime de la promesse unilatérale de contrat  CONDITIONS DE VALIDITÉ. QUELQUES OBSERVATIONS : − Les parties stabilisent donc une offre dans le cadre d'un engagement contractuel (la promesse de contrat est un contrat à la différence de l'offre).    b. d'hypothèque.7. • La nature du pacte de préférence est controversée. A défaut de durée expresse ou implicite. CAS D'APPLICATION : options d'achat et de vente. puisqu'il supposait (1) une volonté de vendre et (2) la levée de l'option.. La promesse unilatérale de contrat peut être assortie de modalités. à son option. le pacte de préférence peut porter sur un autre contrat qu'une vente (par exemple un bail). Notion – cas d'application – pacte de préférence  DÉFINITION : convention par laquelle une personne (le promettant) s'engage vis-à-vis d'une autre (le bénéficiaire) à conclure avec cette dernière. un contrat dont tous les éléments essentiels et substantiels sont déterminés ou déterminables. P. promesse d'hypothèque.. − Le contrat final naît à la levée de l'option sans effet rétroactif. LE PACTE DE PRÉFÉRENCE : • Il s'agit d'une convention par laquelle une partie (le promettant) propriétaire d'un bien s'engage vis-à-vis d'une autre personne (le bénéficiaire) à lui offrir ce bien en vente à telles conditions déterminées ou déterminables au cas où elle déciderait de le vendre. promesse de don manuel. • Le pacte de préférence est souvent l'accessoire d'un autre contrat (ex. mais il peut poser des problèmes en cas de contrats réels ou solennels si le caractère réel ou solennel du contrat vise à protéger le promettant (ex. La durée de la promesse est généralement fixée par les parties. − − 52 . et le droit sur la chose objet du droit de préférence. promesse de prêt. qui est conditionnel. Mais il ne faut pas confondre le contrat lui-même. DURÉE ET MODALITÉS DE LA PROMESSE DE CONTRAT : − Les conditions de validité de la promesse de contrat sont celles de tout contrat. Exceptionnellement. La promesse unilatérale de contrat a. Van Ommeslaghe objectait à cette analyse que le droit sur l'objet du pacte de préférence était doublement éventuel.

(c) EFFETS SI LA PROMESSE N'EST PAS LEVÉE DANS LE DÉLAI : Dans ce cas. S'il est de mauvaise foi. sauf controverse. la promesse de contrat est caduque et le promettant est délié de son obligation. le bénéficiaire pourra agir contre le promettant et le tiers pour faire déclarer inopposable le contrat conclu avec ce dernier. puisque l'inexécution de la promesse serait inconcevable. Cette obligation de faire engendre en général une obligation dérivée de ne pas faire : ne rien faire qui puisse empêcher l'exécution du contrat promis lors de la levée de l'option (ex. La promesse unilatérale de contrat peut donc porter sur la chose d'autrui et il suffit. (b) EFFETS À LA LEVÉE DE L'OPTION : • • Si la levée de l'option est régulière. cours de contrats spéciaux). Le promettant a donc tout intérêt à interdire la cession ou subordonner celle-ci à l'engagement solidaire du cédant. même si celui-ci peut être frappé de nullité. Si le tiers est de bonne foi. Le bénéficiaire a un droit de créance cessible sauf convention contraire. que le promettant ait la propriété du bien lors de la levée de l'option. Le promettant ne peut empêcher la naissance du contrat promis. la promesse de contrat ne produit aucun effet interne à l'égard des tiers. (d) EFFETS DE LA PROMESSE DE CONTRAT À L'ÉGARD DES TIERS : En vertu de l'article 1165 du Code civil. Ceci a amené des auteurs français à enseigner que la promesse de contrat ferait naître un droit potestatif au profit du bénéficiaire. même en cas d'option d'achat. le bénéficiaire pourra le plus souvent • soit agir sur base de la promesse inexécutée pour demander ne principe des dommages-intérêts. EFFETS DE LA PROMESSE DE CONTRAT ENTRE PARTIES : (a) EFFETS AVANT LA LEVÉE DE L'OPTION : • • • • • Le promettant est tenu d'une obligation de faire : maintenir la promesse aux conditions convenues. En principe. En cas d'inexécution de la promesse. dans l'hypothèse d'une option d'achat. le bénéficiare n'aura donc en principe qu'un recours en dommages et intérêts contre le promettant. Toutefois. Les risques sont à charge du promettant. C'est à ce moment que la validité du contrat devra être appréciée. • 53 . un contrat parfait se substitue à la promesse de contrat mais sans rétroactivité. • soit lever l'option et agir sur base du contrat né et inexécuté (demander son exécution en nature si elle est possible). cette analyse est inexacte (v. le cédant ne doit pas garantir la solvabilité du cessionnaire vis-à-vis du promettant. en guise de réparation en nature de la fraude ou de la faute du tiers. qui demeurent donc libres de contracter avec le promettant sauf tierce complicité. ne pas vendre le bien faisant l'objet d'une option d'achat).

On soulignera le caractère très relatif de cette distinction. Sauf controverses (voir ci-après). dans ces cas. carnet sur lequel elle déposait de l'argent mais sur lequel elle avait aussi un mandat grâce auquel elle pouvait utiliser cet argent). • •  DISTINCTION ENTRE REPRÉSENTATION CONVENTIONNELLE. mais par un mécanisme étranger à celui de la représentation. au prête-nom ou à l'associé gérant d'une association en participation. il n'y a pas d'actions directes entre le mandant et le tiers cocontractant du mandataire non représentatif et le bénéfice de l'acte sera certes transféré au mandant. mais voient leurs pouvoirs définis par la loi. récemment. En effet. en sorte que l'acte conclu par le représentant puisse naître directement dans le chef du représenté. ne fait naître. 17 Dans de rares cas. La REPRÉSENTATION IMPARFAITE. Elle suppose que le représentant (1) ait le pouvoir de représentation et (2) agisse au nom du représenté (et en principe pour le compte du représenté17). Il s'agit en quelque sorte d'une situation intermédiaire entre représentation parfaite et imparfaite. comme les curateurs de faillite. en droit positif belge. 54 . la procuratio in rem suam. La théorie de la représentation A LA a. Cette notion est le plus souvent appliquée au commissionnaire.en revanche. On peut citer respectivement le mandat. Enfin. la représentation légale des incapables et l'administrateur provisoire d’une société désigné par le juge des référés. Notion de représentation  DISTINCTION ENTRE REPRÉSENTATION PARFAITE. le mandataire n'agit pas pour le compte du mandant. IMPARFAITE ET EN DEUX TEMPS : • La REPRÉSENTATION PARFAITE est un mécanisme permettant à une personne (le représentant) d'accomplir un acte juridique qui produira directement ses effets à l'égard d'une autre personne (le représenté). c'est parce que la loi a consacré ce concept . LÉGALE ET JUDICIAIRE : Cette distinction traditionnelle se fonde sur la nature de la source de la représentation. sont certes désignés par le juge. une procuration dans l'intérêt personnel du mandataire (en droit romain. On peut citer principalement la ratification et la clause de réserve d'élection de command. cette institution. le tribunal de commerce de Bruxelles a estimé qu'il y avait une telle procuratio in rem suam dans une espèce où une mère avait ouvert un carnet de dépôt en banque au nom de sa fille. QUESTIONS PARTICULIERES FORMATION DU CONTRAT 1. − les organes des personnes morales sont-ils des représentants légaux ou conventionnels?? − certains “mandataires de justice”. On a.C. aucune représentation (sauf controverses – voir ci-après). était utilisée pour réaliser des cessions de créance . il est des cas où la REPRÉSENTATION opère EN DEUX TEMPS. − si les parties peuvent attacher un effet de représentation au mandat.

Si le représentant agit en dehors de ses pouvoirs ou sans pouvoir.A. il pourrait se prévaloir de l'interdiction jurisprudentielle du cumul des responsabilités contractuelle et extracontractuelle à l'égard du tiers cocontractant qui envisagerait d'agir contre lui sur la base quasi-délictuelle18.A. même s'il est une partie particulière puisqu'il stipule non pour soi-mêm. puisqu'il n'est pas lié par celui-ci. elle devrait aussi s'appliquer au mandataire. Il pourrait néanmoins demander la nullité du contrat en cas de vice de consentement19. A cet égard. Cette analyse est cohérente sachant qu'il semble qu'il faille assimiler le mandataire qui intervient dans l'exécution d'une obligation contractuelle au nom du mandant à un substitué ou à un agent d'exécution du mandant. Foriers déduit cette règle de l'arrêt de la Cour de cassation du 7 novembre 1997. jurisprudence relative aux agents d'exécution). ceci n'est pas tout à fait exact (voir ci-après). légal ou judiciaire) (2) que le représentant agisse au nom du représenté. En réalité. Classiquement. au préposé ou à l'agent d'exécution : en effet. le tiers cocontractant devra donc démontrer non seulement que le manquement contractuel commis par l'intermédiaire du mandataire constitue aussi une faute aquilienne. Mais cette thèse est très discutable (voir ci-après). puisqu'il a agi au nom d'autrui.e mais pour autrui. Le représentant est une partie au contrat. − le représentant n'est pas non plus lié sur le plan contractuel. le contrat est conclu par sa volonté à lui (le représentant) et c'est dans son chef que les vices de consentement seront appréciés. dans de 18 19 En l'absence d'une infraction pénale. selon lui. Il ne pourrait donc pas avoir de représentation du chef des délits ou quasi-délits commis par le représentant dans le cadre de ses fonctions. P. Classiquement. 55 . Foriers qui souligne que le mandataire n'est pas un tiers au contrat – il est une partie au contrat. mais celle-ci est due non à un mécanisme de représentation. − le représenté n'est pas lié. Il en résulte que le mandataire jouit d'une certaine immunité. de sorte qu'il ne serait pas “un tiers au regard de l'exécution du contrat en cause” (v.  REPRÉSENTATION PARFAITE ET FAITS JURIDIQUES : LA QUESTION DE LA RESPONSABILITÉ DU REPRÉSENTÉ DU CHEF DES MANQUEMENTS COMMIS PAR LE REPRÉSENTANT : C'est une question controversée. et n'est donc pas lié par le contrat. on considère que le représentation ne peut avoir lieu que pour des actes juridiques et non pour des faits juridiques. Mais en réalité. si cette règle s'applique à l'organe. qui assimile l'organe d'une société qui exécute une obligation contractuelle au nom de la société qu'il représente au sous-traitant. Grégoire et M. mais encore qu'il a subi un dommage pas purement contractuel. tandis que le représentant s'efface de la relation juridique et n'est donc pas. L'acte accompli par le représentant lie directement le représenté.b. Mais il pourrait voir sa responsabilité aquilienne engagée s'il a induit le tiers cocontractant en erreur sur l'étendue de ses pouvoirs. mais aux règles des cumuls de responsabilités. il n'en est pas ainsi : en effet. Le représentant semble donc être un tiers au contrat conclu par son entremise. en sorte que le tiers cocontractant accepte de conclure avec ce dernier. Toutefois. M. sauf convention contraire. si on examine le droit positif. comment le tiers cocontractant pourrait-il se prévaloir du dol (en tant que tel) alors qu'il provient du mandataire et ne peut être imputé au mandant (sachant que le dol n'est cause de nullité que s'il émane d'une partie au contrat)? Toutefois. sauf pouvoir apparent de représentation ou ratification . garant de la bonne exécution des obligations du représenté. Von Kuegelgen ont soutenu que le tiers cocontractant ne pouvait demander la nullité du contrat pour dol que si l'erreur qu'il avait provoquée était substantielle et excusable. La représentation parfaite  MÉCANISME GÉNÉRAL : La représentation parfaite suppose (1) un pouvoir de représentation (conventionnel. Par conséquent. qui ne sont pas à l'abri de toute critique. on enseigne que la représentation ne peut avoir pour objet que des actes juridiques. En effet. mais une partie particulière. cette analyse ne convainc pas P. Il en résulte que le tiers cocontractant du représentant ne pourrait demander des dommagesintérêts au représenté en raison d'un dol ou d'une culpa in contrahendo du représentant.

Pourquoi? − Si le représentant est un organe. le tiers ne pourra donc agir en responsabilité contre le mandataire ou le mandant. parfois. il sera très largement protégé. si l'avocat ou l'huissier laisse passer un délai de procédure. − Dans les autres cas. (a) LES SITUATIONS CLAIRES : (i) Les manquements du mandataire à ses obligations vis-à-vis du mandant :  Le plus souvent. Il semble que la solution puisse. ne saurait se prévaloir du fait fautif de son mandataire à titre de cas de force majeure ou de cause étrangère. le mandant ne pourrait s'en prévaloir comme cas de force majeure. d'ailleurs. elle s'applique aussi par exemple au respect d'un délai de procédure. S'agissant des organes des personnes morales. Mais la règle ne concerne pas seulement les obligations contractuelles. A défaut de dommage. sauf son recours contre celui-ci. Le mandant doit donc supporter les manquements du mandataire à son égard. En effet : (1) Il est constant que le mandant. Ainsi.nombreux cas. ou plus généralement le représenté. ou. de la théorie générale de l'apparence. (2) Si le mandataire excède ses pouvoirs. il répond de ses manquements. le fait que le mandataire aura mal servi les intérêts de son mandant lui sera favorable). le représenté répond des manquements contractuels ou extra-contractuels du représentant. le mandant ne pourrait s'en prévaloir à l'égard du tiers de bonne foi. en principe. être étendue aux autres cas de représentation. la solution s'explique par le fait que l'organe s'identifie à la personne morale qu'il représente. Cette solution se déduira dans la plupart des cas des dispositions relatives au mandat. cette règle découle du fait que les actes ou les faits de l'organe sont réputés être les actes ou les faits de la personne morale. (ii) Les représentants chargés de l'exécution d'une convention conclue ou non par leur entremise : responsabilité du représenté du chef de leur manquement au contrat :  Si le mandant (représenté) charge son mandataire (représentant) de l'exécution d'une convention conclue ou non par son entremise. Si néanmoins la faute du mandataire retentit sur le tiers (ce qui est rare). la règle s'explique par l'idée que le débiteur qui se substitue en tout ou partie un tiers pour l'exécution d'une obligation est tenu des manquements de son substitué. si le mandataire exécute mal ses obligations à l'égard de son mandant. Les “zones claires” sont bien plus vastes que les “zones d'ombre”. par le biais de divers détours (ces détours entretiennent néanmoins d'étroites relations avec l'idée de représentation). le tiers cocontractant ne sera pas concerné (souvent.   56 .

de son substitué ou de son agent d'exécution (responsabilité contractuelle pour autrui – article 1384 alinéa 3 du Code civil). ce dernier répond des manqements du représentant sur base de l'article 1384. cette action récursoire pourrait être limitée par l'article 18 de la loi sur le contrat de travail. (iii) Les fautes délictuelles ou quasi-délictuelles des organes des personnes morales : Il est constant que la règle classique selon laquelle la représentation ne vaut que pour les actes juridiques ne s'applique pas à la représentation organique. celui-ci est responsable de ses fautes en vertu de l'article 1384. Remarque : la responsabilité des commettants pour les fautes de leurs préposés Nous avons vu que si le représentant a la qualité de préposé du représenté ou est chargé par celui-ci de l'exécution d'une convention. al. al. 57 . cette analyse est contestable et il vaut mieux y voir une responsabilité objective du commettant (objective puisque le commettant ne peut y échapper en démontrant par exemple qu'il aurait parfaitement exécuté son obligation de surveillance). civ. (iv) Les représentants préposés au sens de l'article 1384. elle découlerait du mécanisme de la représentation puisque le paiement. − Si l'organe bénéficie d'une immunité personnelle. − L'organe est personnellement responsable de ses fautes quasi-délictuelles. est (en général) considéré comme un acte juridique . Si l'organe est dans les liens d'un contrat de travail. • elle peut s'expliquer par la responsabilité d'une partie à un contrat à l'égard de l'autre du chef des manquements de son sous-traitant. cela n'empêche pas d'agir contre la personne morale qu'il représente. civ. 3 C. la solution peut s'expliquer de deux manières. 7 novembre 1997).B. − La personne morale peut intenter une action récursoire contre son organe dans la mesure autorisée par le contrat ou le régime statutaire qui les lient. N. 3 C. Toutefois. S'agissant du mandat. des règles spéciales peuvent apporter des limites à cette responsabilité. mais nous préférons la deuxième : • selon une explication artificielle. ce recours peut être limité par les règles relatives à la prise à partie. A cet égard. 3 du Code civil : Si le représentant a la qualité de préposé du représenté. (responsabilité des commettants du chef des fautes de leurs préposés). A nouveau. al. au sens d'exécution volontaire d'une obligation. en raison du principe de l'identification de l'organe à la personne morale qu'il représente. tels l'article 18 de la loi sur le contrat de travail ou les règles relatives à la prise à partie des magistrats. Encore faudra-t-il que les règles de concours de responsabilités contractuelle et extra-contractuelle ne s'opposent pas à l'action en responsabilité du tiers (cass. il faut noter que le mécanisme de responsabilité contractuelle pour autrui a parfois été expliqué par l'idée de représentation (le préposé représenterait le commettant). Si l'organe est un magistrat.

le mandataire qui les a commis a dépassé les limites de son pouvoir et le mandant ne peut donc être tenu – et vice versa (dixit De Page).(b) LES ZONES D'OMBRE : (i) Thèse classique : Reste à analyser l'hypothèse des fautes extra-contractuelles commises par des représentants ni organes. La Cour de cassation de Belgique s'est engagée dans la même voie. 58 .. fraude. dans les limites de son mandat. En droit français. La Cour du travail de Gand a considéré que l'envoi de la lettre constituait l'exécution d'un mandat conféré par l'employé et a décidé que le congé n'était pas valable parce que la faute émanait du mandataire (le syndicat) et ne pouvait engager la responsabilité du mandant (l'employé). Le tiers cocontractant du mandataire ne pourrait donc demander des dommages-intérêts au mandant en raison d'un dol ou d'une culpa in contrahendo du mandataire. Mais ce tempérament est étranger à toute idée de représentation. La Cour de cassation casse l'arrêt aux motifs que “les fautes commises par le mandataire dans l'exécution de sa mission sont imputables au mandant” et que l'arrêt n'a pas constaté que le  • mandataire avait outrepassé ses pouvoirs. détournement.]”20. le mandant est en règle responsable des fautes accomplies par le mandataire dans le cadre de sa mission (dol. Néanmoins. et notamment “pour les actes illicites que le [mandataire] a commis lors de la conclusion de son contrat avec le cocontractant et qui sont inhérents à l'acte juridique [. ces fautes ne pourraient lier le mandant (représenté) et n'engageraient que le mandataire (représentant). En effet. suite à quoi il était devenu mandant. • Dans l'espèce ayant donné lieu à l'arrêt du 22 avril 1985. Dans ce système. ni préposés dans le cadre de l'accomplissement de leurs fonctions.). parce qu'il n'a rien fait pour ramener son mandataire à la raison alors qu'il savait qu'il s'engageait sur une voie critiquable. L'immunité est l'exception (dépassement du mandat ou infraction pénale). Si l'on suit la thèse classique selon laquelle la représentation ne vaudrait que pour les actes juridiques.. parce qu'il l'a encouragé à commettre un fait illicite.. L. Tout au plus pourrait-il demander la nullité du contrat en cas de vice de consentement. le mandant est tenu des délits et quasi-délits indissociables de l'acte juridique sur lequel le mandat porte.. dans deux arrêt de 1985 et 1987. Il s'agit essentiellement de mandataires indépendants. le secrétaire du syndicat d'un employé avait envoyé au nom de ce dernier une lettre injurieuse à son employeur. dans cette espèce. le tiers cocontractant victime d'un dol du mandataire pourrait non seulement demander la nullité de l'acte pour vice de 20 En réalité. simple faute. un sérieux tempérament doit être apporté : la responsabilité du mandant peut être engagée directement s'il a lui-même commis une faute.. Il décide que le mandant est responsable des actes du [mandataire] accomplis dans le cadre de sa mission. s'ils ne sont pas indissociables de l'acte juridique à accomplir. L'arrêt du 21 septembre 1987 confirme cette analyse. suite à quoi celui-ci avait licencié l'employé pour motif grave. (ii) Le droit positif – appréciation :   Le droit positif se démarque de la doctrine classique. parce qu'il est complice du dol. mais avec plus de prudence. accompli un acte juridique qui constitue en même temps un quasi-délit à l'égard des tiers. selon lesquels le mandant est responsable de la faute extra-contractuelle du mandataire si celle-ci est intimement liée à l'objet qu'il accomplit. En d'autres termes.. Simont a montré que malgré les termes généraux de cet arrêt. un tiers avait ratifié une convention de porte-fort. Ex. en raison des termes injurieux de la lettre. sa portée semble devoir limitée à l'hypothèse où le mandataire a.

l'affirmation selon laquelle la représentation ne vaut que pour les actes juridiques n'a pas de fondement rationnel. Mais ce. – le mandataire (à la différence du préposé ou de l'organe. Ainsi. – il serait excessif de rendre le mandant responsable des infractions pénales que le mandataire accomplirait à l'occasion de sa mission et qui ne consisteraient pas en des manquements contractuels ou ne s'identifieraient pas à des actes juridiques . La solution est traditionnelle pour les organes (même si elle est critiquée notamment par V. d'autant plus que les tiers (1) peuvent se fier aux termes de la procuration et (2) le cas échéant se prévaloir des pouvoirs apparents du mandataire (théorie du mandat apparent) (il ne s'agit donc dans ces cas pas de tenir compte des pouvoirs réels du mandataire). • (iii) Représentation en matière aquilienne responsabilité personnelle du représentant :  et Classiquement. même dans l'exécution de son mandat. mais aussi réclamer des dommages-intérêts au mandant. la Cour de cassation ne semble pas avoir été plus loin.   Un important arrêt de la Cour de cassation du 5 avril 1921 se prononce en ce sens : “le mandataire qui. De manière générale. ex. le cas échéant. L'arrêt du 7 novembre 1997 apporte un tempérament à ces principes en assimilant 59 . le motif qui conduit à l'affirmation que la représentation ne vaut que pour des actes juridiques est qu'on conçoit mal que le mandant donne le pouvoir au mandataire d'accomplir un délit ou un quasidélit (d'ailleurs. dans les limites du raisonnable : il faut apprécier de manière raisonnable si le quasi-délit du mandataire est apparu à la victime comme s'inscrivant dans le mandat. Il s'agit donc d'une question de pouvoir et non d'une impossibilité conceptuelle. même s'ils ne sont pas inséparables de l'acte juridique que le mandataire conclut. • • • En matière de représentation conventionnelle.. ce n'est qu'assez rarement que le représenté pourra échapper aux conséquences des fautes de son représentant qui se rattachent aux yeux des tiers à sa mission. commet un quasi-délit causant à autrui un dommage. en outre. on n'aperçoit pas a priori pourquoi le représentant qui commet un délit ou un quasi-délit devrait échapper à l'application de l'article 1382 du Code civil. un recours contre le mandant”. on peut par ailleurs s'interroger sur le fondement même de la règle selon laquelle la représentation ne se conçoit que pour des actes juridiques. • La représentation organique et l'exemple français montrent qu'il n'y a pas d'obstacle de principe à un mécanisme de représentation pour des faits juridiques. il serait déraisonnable de considérer que le mandant serait tenu de réparer les conséquences d'un accident de circulation causé par son mandataire alors qu'il accomplissait sa mission. qui occupent des fonctions permanentes) est souvent chargé d'une mission spéciale. tenu personnellement de le réparer.A. ce qui fait qu'il ne s'identifie que rarement aux teux des tiers à son mandant.. mais la voie est ouverte.• •  consentement. A ce jour. Ce n'est qu'à cette condition qu'il pourra lier le mandant. en principe. sans préjudice du point de savoir si le tiers n'a pas. il commettrait lui-même une faute de sorte que le tiers lésé pourrait agir directement contre lui sur base de sa faute personnelle). Les fautes extra-contractuelles du mandataire excèdent normalement l'objet de sa mission. Dans un tel système. s'il le faisait. la circonstance que le représenté puisse être tenu des quasi-délits de son représentant n'exclut pas la responsabilité personnelle de ce dernier sur base de l'article 1382 du Code civil. Foriers. Simonart en raison de l'identification de l'organe à la personne morale) et vaut a fortiori pour les mandataires. En effet. les actes illicites commis par le mandataire dans l'accomplissement de son mandat entrent dans les limites de celui-ci. Il s'ensuit qu'on conçoit que des dérogations puissent être apportées au principe. Cette jurisprudence a été confirmée de manière très claire est 2000. en sorte que le mandant ne pourrait en principe être lié. Selon lui. Pour P. il faut considérer qu'aux yeux des tiers.

ce dernier arrêt ne semble pas remettre en cause la solution de l'arrêt du 7 novembre 1997. Quelle est la portée de cet arrêt? ✗ Selon certains. les créanciers impayés ne pourraient agir contre eux. ✗ Selon la seconde interprétation. 60 . cette règle vaut aussi pour les mandataires. En revanche. Notons qu'il ne semble pas remettre en cause l'enseignement de l'arrêt du 7 novembre 1997. l'arrêt du 20 juin 2005 décide que “si la faute commise par l'organe d'une société au cours de négociations préalables à la conclusion d'un contrat engage la responsabilité directe de cette personne morale. cet arrêt opère un revirement total par rapport à l'arrêt de 1921. • L'arrêt du 16 février 2001 décide que “lorsqu'un organe d'une société ou un mandataire agissant dans le cadre de son mandat commet une faute ne constituant pas un délit au cours de négociations donnant lieu à la conclusion d'un contrat.  L'arrêt (révolutionnaire) du 16 févier 2001 va encore plus loin. à des rapports extra-contractuels et non contractuels. • Heureusement.A. cette faute. à l'application de l'article 1382 du Code civil. et qu'il ne saurait donc être question de concours de responsabilités contractuelle est extra-contractuelle. en règle. la distinction entre agent d'exécution. Mais elle conduit aussi à cette conséquence surprenante que si des administrateurs (organes) commettaient des fautes de gestion qui constituent un quasi-délit. Cet arrêt a été critiqué et on peut notamment lui reprocher le fait qu'on n'aperçoit pas en quoi il serait opportun de considérer que le fait pour une personne d'agir comme mandataire ou comme organe la dispenserait de son devoir général de prudence à l'égard des tiers et la ferait ainsi échapper. un préposé ou un agent pour l'exécution de son obligation contractuelle. Selon P. selon P. qui semble la plus probable. d'une part. en l'absence d'un texte le prévoyant. Cette analyse semble inexacte puisqu'il est constant que la phase précontractuelle donne lieu. Cette solution n'est pas dénuée de pertinence parce que dans la pratique. est ténue et qu'il peut paraître inéquitable de traiter les mandataires plus sévèrement que de simples agents d'exécution. d'autre part. substitué et sous-traitant.l'organe qui exécute une obligation contractuelle au nom de la société qu'il représente à un agent d'exécution ou un substitué. Foriers. engage non pas la responsabilité de l'administrateur ou du mandataire. en principe. mais celle de la société ou du mandant”.A. L'arrêt du 20 juin 2005 doit être approuvé. lorsqu'ils exécutent une obligation contractuelle. mais la Cour de cassation opère un revirement et revient en quelque sorte à sa jurisprudence de 1921 dans un arrêt du 20 juin 2005. et représentant. puisque leur dommage serait nécessairement contractuel. Foriers. ce qui entraîne l'application à son égard des règles relatives au concours de responsabilités contractuelle et extra-contractuelle : “lorsqu'une partie contractante agit par un organe. il étendrait la solution de l'arrêt de 1997 à la phase précontractuelle. celui-ci ne peut être déclaré responsable sur le plan extracontractuel que si la faute mise à sa charge constitue un manquement non à une obligation contractuelle mais à l'obligation générale de prudence et que si cette faute a causé un dommage autre que celui résultant de la mauvaise exécution du contrat”. la responsabilité personnelle de l'organe mais coexiste avec celui-ci”. cette responsabilité n'exclut pas.

172). Cette thèse repose sur une conception extensive de la simulation qui aboutit à confondre simulation et dissimulation. L'on n'aperçoit pas pourquoi. il faudrait distinguer le régime des prête-nom de celui du commissionnaire (ou de l'associé d'une association en participation). à l'exclusion des associés occultes. syll. mais aussi dissimuler son propre rôle. la relation contractuelle se noue en principe entre le mandataire personnellement et son cocontractant et il n'existe en principe (sauf controverses) pas de recours directs entre le mandant et ce dernier et vice-versa. La représentation imparfaite ou l'absence de représentation  GÉNÉRALITÉS : Cette notion est le plus souvent appliquée au commissionnaire. Le contrat de commission ne fait naître aucune représentation. en opportunité. Il a l'obligation de ne pas indiquer le nom du commettant. on souligne que le commissionnaire n'a l'obligation de taire que le nom de son commettant. en réalité. la propriété est en principe transmise immédiatement du tiers cocontractant au commettant dans la commission à l'achat. le mandataire agit en nom personnel pour compte de son mandant.A. La propriété transite par le patrimoine du commissionnaire. est en principe licite. En droit positif belge. Le commissionnaire accomplit en son propre nom mais pour le compte d'une autre personne. la représentation imparfaite se caractérise par. mais non sa qualité de commissionnaire. p. des opérations juridiques intéressant la circulation des biens. une partie de la doctrine française (mais cette idée a été condamnée par la Cour de cassation française) estime que le tiers cocontractant du commissionnaire pourrait agir contre le commettant s'il était amené à apprendre son identité. au prête-nom ou à l'associé gérant d'une association en participation. par ailleurs. mais ne doit pas dissimuler sa qualité d'intermédiaire. qui. une partie de la doctrine estime que le commettant pourrait agir directement contre le tiers – – – – cocontractant du commissionnaire. LA QUESTION DU COMMISSIONNAIRE : – En France. qui doit non seulement taire le nom du mandant. Le droit suisse admet que le commettant agisse directement contre le tiers cocontractant du commissionnaire. La simulation par interposition de personnes suppose en effet un accord entre les trois parties en présence. 2. le commettant. du commettant au tiers cocontractant dans la commission à la vente. qui prévoit que seul l'associé-gérant est tenu à l'égard des tiers avec lesquels il contracte en son nom propre. Foriers conteste cette analyse en droit et en opportunité : 1.  LA QUESTION DE L'ASSOCIÉ GÉRANT D'UNE ASSOCIATION EN PARTICIPATION : cette absence de recours directs résulte de la loi. Or par définition le tiers cocontractant du prête-nom ignore que celui-ci agit pour le compte d'un tiers et il ne participe à aucun accord simulatoire. Enfin. mais suite à une double mutation puisqu'elle transite d'abord par le patrimoine du commissionnaire – v. En d'autres termes. P. ce qui est contestable. Dans ces institutions. ne fût-ce qu'une nanoseconde (en effet. se prévaloir de l'existence d'un mandat représentatif. Il en découle que dans la commission à l'achat et à la vente (comme dans les autres mandats sans représentation). le transfert de propriété ne s'opère pas directement entre le tiers vendeur et acheteur et le commettant. à la différence du prêt-nom.  Mais la règle selon laquelle la commission ne fait pas naître de recours directs entre le commettant et le tiers cocontractant du commissionnaire est constante en Belgique. tandis que le 61 ..c..  LA QUESTION DU PRÊTE-NOM : les mêmes principes s'appliquent à la convention de prête-nom. A cet égard. Certains auteurs analysent toutefois l'opération de prête-nom comme une simulation par interposition de personnes et considèrent dès lors que le tiers cocontractant du prête-nom pourrait agir en déclaration de simulation et après avoir obtenu gain de cause. l'absence de représentation.

les principes de droit commun. Mais P. et accepte donc de reprendre à son compte. ✗ soit par un mandataire qui a excédé ses pouvoirs. mais aussi sa qualité de prête-nom.A. tout en estimant peu opportun de dévoiler leur qualité de commissionnaire (et rien ne les y oblige puisqu'il n'existe aucune obligation pour le commissionnaire de dévoiler sa qualité). En cas de prête-nom illicite. car cela aurait pour conséquence qu'il serait tenu vis-à-vis du tiers cocontractant sans toutefois bénéficier des avantages de la représentation. et donc d'un recours direct contre le tiers. – soit en se présentant comme mandataire alors qu'il ne l'était pas. Il est admis en Belgique et en France que le mandant n'a dans pareille hypothèse aucune action directe contre le tiers cocontractant du mandataire. Il est en outre admis en Belgique que le tiers ne pourrait agir directement contre le mandant. alors qu'il n'en a pas dans le premier? N. le droit positif connaît des hypothèses de représentation en deux temps. LA RATIFICATION : (a) MÉCANISME DE LA RATIFICATION : • La ratification est l'acte unilatéral par lequel une personne approuve. Comment la doctrine française qui admet une action directe du commettant contre le tiers pourrait-elle justifier qu'il n'y ait pas d'action directe ici? Une explication serait que le tiers saurait qu'il contracte avec un commissionnaire en sorte qu'il accepterait l'éventualité d'un recours du commettant. certains auteurs français admettent un recours du tiers contre le mandant aux motifs (1) que le tiers pourrait se prévaloir de la situation réelle et (2) que le mandant a de toute façon accepté d'être le débiteur et le créancier des prestations qui font l'objet du contrat. les commissionnaires de profession apparaissent comme tels aux yeux des tiers.  62 .  L'HYPOTHÈSE DU MANDATAIRE REPRÉSENTATIF QUI AGIT EN NOM PERSONNEL : le mandataire représentatif qui par accident agirait en nom personnel s'engage personnellement. En revanche. − “se prévaloir de la situation réelle”? Le tiers cocontractant du mandataire occulte n'a pas l'intention de contracter avec son mandant mais bien avec le mandataire! − l'on ne pourrait supputer que le mandant se serait engagé à reprendre les contrats conclus à l'intermédiaire de son mandataire. suffisent à protéger le tiers cocontractant du prêtenom. il n'existe aucun principe permettant au contractant d'une partie d'agir directement contre le bénéficiaire économique ultime de la convention qu'il conclut . et ne lie pas le mandant. Certes. Mais cette distinction est artificielle. ✗ soit par un tiers qui a agi sans mandat.prête-nom doit non seulement dissimuler l'identité de son mandant. Représentation imparfaite et représentation en deux temps  OBSERVATIONS LIMINAIRES : le représentation imparfaite ne donne donc lieu à aucun mécanisme de représentation. et notamment la règle Fraus omnia corrumpit. Mais faut-il faire une distinction entre des marchands qui font en général des opérations pour leur propre compte et agissent de manière occasionnelle comme commissionnaires. d. En revanche.B. – soit en se portant fort avec promesse de ratification). et le prête-nom qui dissimule son rôle parce qu'il le doit? Pourquoi donner un recours au tiers contre la mandant dans le deuxième cas. Foriers écarte cette analyse aux motifs que − en dehors des règles de la simulation. une convention qui a été conclue en son nom.

mais. le ratifiant le ferait naître. Par l'effet de la ratification. qui présume la volonté des parties. N.B. au contraire. De plus. même s'il est une partie particulière. la convention a une existence et si. avant sa naissance. Celui-ci ne peut. est le produit de la volonté du représentant.2. 1ère hypothèse : arrêt de la Cour de cassation du 6 février 1953 : une opposition au renouvellement d'un bail commercial formulée par un organe incompétent de la société bailleresse ne pouvait être valablement ratifiée après le délai légal d'opposition. (c) L'EFFET TIERS : RÉTROACTIF DE LA RATIFICATION ET LES DROITS ACQUIS PAR LES   Rappel : traditionnellement. bien entendu. elle est sans effet à l'égard du représenté. d'un droit préférable. en principe. Si le tiers cocontractant de l'intermédiaire ne peut remettre le contrat en cause avant l'expiration du délai prévu pour sa ratification. • • • On peut donc conclure que l'acte est le produit de la volonté du tiers cocontractant et de celle du représentant. Le mécanisme de la ratification n'est donc pas sans rapport avec la théorie de l'après-acte. Or. sauf acquisition par ces derniers.• • Il est constant que la ratification opère avec effet rétroactif. selon lesquelles le contrat conclu à l'intervention d'un représentant n'est pas le simple produit de la volonté du représenté censée exprimée par le représentant. ni partie à l'acte unilatéral à ratifier. on pourrait expliquer cet effet rétroactif par la combinaison de l'accord du mandant de reprendre l'acte ratifié à sa date et de l'accord implicite de l'autre partie de l'avoir conclu à celle-ci. puisque c'est à ce moment qu'il exprime son consentement. génératrice d'obligations dans le chef du tiers cocontractant. qui permet dans certaines conditions à un tiers à un contrat de devenir partie à celui-ci en y adhérant. et non celle du représenté. elle est. N. avant la ratification. Mais cette explication. Cette rétroactivité s'impose – au cocontractant du mandataire et – aux tiers. il est constant que la ratification opère avec effet rétroactif. puisqu'il stipule pour autrui. on affirme que la ratification opère avec effet rétroactif. en revanche. La différence avec le mécanisme de la ratification est que si la représentation est parfaite.B. tenu de l'exécuter. On dit que ratihabitio mandato aequiparatur. est artificielle. 63 . Celui-ci est une partie au contrat. se dégager de la convention avant l'expiration du délai prévu pour sa ratification (la solution contraire serait illogique). mais ne peut porter préjudicé à des droit acquis par des tiers dans l'intervalle. elle intervient instantanément au moment de la conclusion du contrat. Certes. Nous examinerons ci-après deux hypothèses où les tiers pourraient ou non se prévaloir de droits acquis. en effet. Le locataire était bien un tiers. le contrat naît-il? Ou est-ce autre chose qui se passe? Quel est le statut de l'acte avant sa ratification? (b) STATUT DE L'ACTE ACCOMPLI SANS POUVOIR AVANT RATIFICATION – UNE APPROCHE DE LA REPRÉSENTATION : • • • On pourrait penser qu'en approuvant l'acte. il n'est pas. sous réserve des droits acquis par des tiers. puisque le bail renouvelé constitue un nouveau bail et que le locataire n'est ni partie au nouveau bail à naître. la ratification a pour effet de conférer un pouvoir de représentation à titre rétroactif à l'intermédiaire. Telle semble la solution qu'il faut déduire d'un arrêt de la Cour de cassation du 18 septembre 1964. La volonté de ce dernier n'est nécessaire que pour que l'acte sorte des effets à ses égards. et que donc apparaît l'accord de volontés nécessaire à la formation d'un contrat. Cette analyse rejoint les théories modernes en matière de représentation. dans l'intervalle.

Foriers. cette décision ayant par la suite été ratifiée par le Conseil d'administration (compétent). • Un arrêt du 6 février 2006 confirme cette jurisprudence en matière de licenciement pour motif grave : le travailleur peut demander la production de la procuration pour se convaincre de l'existence du mandat . la cour du travail de Liège avait admis la rétroactivité de la ratification d'un congé donné à un travailleur moyennant préavis.). Il fait donc naître dans le chef de celui-ci une situation nouvelle sous réserve d'un refus de ratification par l'employeur. Un arrêt de la Cour de cassation du 7 mars 1969 semble répondre par l'affirmative. ni le mandataire ne contestent celui-ci. en tout cas.. il ne peut plus nier ultérieurement l'existence du mandat. s'il s'en abstient et ne se présente plus au travail. La Cour rejette son pourvoi au motif que ✗ le congé moyennant préavis donné à un travailleur au nom de l'employeur par un mandataire qui excède ses pouvoirs ne lie pas l'employeur . 21 64 . lorsque ni le mandant. la ratification des congés pour motif grave ne pose plus de difficultés. Selon P. Contrairement à ce qu'il affirmait. suite à quoi son syndicat demande sa rétégration (cette demande doit être introduite dans un certain délai).A. Foriers. un travailleur protégé est licencié. cette solution se justifie par le fait que le travailleur n'est pas un tiers au contrat auquel il est mis fin pour motif grave. si un tel acte s'inscrit dans le cadre d'un contrat. mais dans une espèce qui se distingue nettement de l'hypothèse du congé pour motif grave ensuite ratifié. L'employeur ne réagit pas et puis un beau jour il prétend que la demande est irrégulière parce que le syndicat était sans pouvoir pour l'introduire. ni le mandataire ne contestent le mandat. .A. La question ici est de savoir qui sont les tiers susceptibles d'acquérir un droit acquis auquel la ratification ne pourrait porter atteinte. . mais en dehors du délai de 3 jours. • Dans l'affaire de l'arrêt de la Cour de cassation du 18 septembre 1964. Le travailleur ratifie la demande.  Un arrêt de la Cour de cassation du 13 janvier 2003 semble confirmer la jurisprudence de 1969.A. sauf dans un délai raisonnablement court. le travailleur n'a pas pu acquérir de droits sur base de cette loi! Ce raisonnement est curieux puisque s'il est vrai que le congé donné sans pouvoir ne lie pas l'employeur. pas un tiers. le congé avec préavis ne sort aucun des effets que la loi sur le contrat de travail attache au congé avec préavis. si l'acte en question est un contrat. le tiers cocontractant du pseudo-représentant n'est. alors que celui-ci prétendait que cette rétroactivité le privait de droits qu'il aurait acquis en vertu de la loi du 3 juillet 1978 (dispositions qui accordent au travailleur licencié avec préavis le droit de s'absenter pour chercher du travail.   Deux arrêts de la Cour de cassation abordent la question de la possibilité de se prévaloir de droits acquis. le destinataire subit les effets de l'acte. Dans cette affaire.2ème hypothèse : le congé pour motif grave.Qu'en est-il des tiers destinataires d'un acte unilatéral réceptice? La situation est plus délicate. N'étant pas un tiers par rapport à ce contrat. ✗ aussi longtemps qu'il n'est pas ratifié. qui ne pourrait se prévaloir de l'excès de pouvoir. comme il le ferait en cas de licenciement. il ne pourrait se prévaloir de droits acquis pour s'opposer à l'effet rétroactif de la ratification. Par définition. à l'évidence. Aujourd'hui. il lie en revanche le travailleur. ✗ donc.. l'autre partie du contrat n'est pas un tiers au regard de l'acte unilatéral en question. Une décision de congé pour motif grave prise par un cadre de la société employeur sans pouvoir pour prendre une telle décision peut-elle être ratifiée en dehors du délai de 3 jours? Oui selon P. même s'il est un tiers par rapport au congé21. La Cour de cassation rejette le pourvoi de l'employeur au motif que l'employeur ne peut pas contester de sa propre initiative les pouvoirs du représentant alors qu'il a accepté de traiter avec lui et que ni le mandant. le travailleur ne pouvait se prévaloir d'une rupture irrégulière du contrat d'emploi pour réclamer l'indemnité qui est due dans pareil cas. mais l'employeur prétend qu'il ne pourrait porter atteinte à ses droits acquis. Selon P.En tout cas. Cela semble logique. sans qu'il y ait besoin qu'il les accepte. mais sous un autre angle. Il rejette le pouvoi formé par un travailleur qui avait été licencié pour motif grave par un cadre qui agissait en dehors de ses pouvoirs. Foriers.

dans un certain délai. il est possible de trouver un command entre la vente et l'élection. lui. le vendeur a accepté le risque de se retrouver avec un autre cocontractant. cette jurisprudence s'explique par plusieurs idées : – les règles sur l'excès de pouvoir sont protectrices du représenté et non du tiers représenté – le mandat peut être tacite – . qui prendre sa place. un tiers. sinon l'élection de command sera considérée comme revente sur laquelle sera par conséquent prélevé un droit de mutation. sauf dans l'hypothèse de l'article 1590 du Code judiciaire. ✗ une disposition du Code des droits d'enregistrement s'y rapporte : il s'agit de l'article 159. il n'y a guère de ventes immobilières avec élection d'un command découvert après la vente . Elle s'impose au tiers cocontractant qui. mais non le nom de son mandant. tout en évitant de payer un double droit de mutation grâce au fait qu'il y a eu un seul transfert de propriété. En cas d'élection de command. le commandé. comme cocontractant direct du vendeur. il est une sorte de mandataire non représentatif. en cas d'élection de command. disparaît de l'opération. En réalité. Cette disposition a pour conséquence qu'en pratique. afin d'éviter que les prix ne grimpent. le command. dans l'hypothèse où il était en mesure de se prévaloir de l'absence de pouvoir de l'intermédiaire (ce qui est exceptionnel). tout se passe comme si le command avait été le véritable acquéreur dès le départ. Elle n'est pas réglementée par le Code civil. Ex. En conclusion. Le commandé. Le but de cette disposition est d'éviter un détournement de l'institution dans des buts fiscaux. ou plus précisément une sorte de commissionnaire qui dévoile sa qualité. En effet. ✗ l'article 1590 du Code judiciaire autorise. où le prête-nom a dû dissimuler qu'il agissait pour le compte d'autrui. est privé de ce droit. il est constant que la clause de réserve d'élection de command doit être acceptée par le vendeur.  LA CLAUSE DE RÉSERVE D'ÉLECTION DE COMMAND :  La vente avec réserve d'élection de command est la vente dans laquelle l'acheteur. Le commandé ne garantit pas l'exécution par le command de ses obligations. qui consisterait à acquérir un bien avec élection de command pour trouver ensuite un sous-acquéreur. A l'exception de l'hypothèse de l'article 1590 du Code judiciaire. se réserve la faculté de se substituer. à défaut de quoi le commandé sera censé avoir acheté pour son propre compte.. l'adjucataire à “élire command à la condition d'en faire la déclaration devant le notaire commis ou de la lui signifier au plus tard le premier jour ouvrable qui suit celui où expire le délai légal de surenchère”. qui prévoit que le commandé a 48 heures pour payer le command. et le vendeur est donc en principe dépourvu de tout recours contre ce dernier.. en matière de saisie exécution immobilière. Si le commandé agit en son nom propre sur ordre d'un commandé (mais non s'il découvre un command sur le tard). Il s'agit d'une institution issue des usages dont le but est de permettre aux acquéreurs de dissimuler leur identité. la ratification de la vente de la chose d'autrui par le vrai propriétaire prive l'acheteur de son droit de poursuivre la nullité de la vente sur pied de l'article 1599 du Code civil. mais pas dans la seconde. tout se passera comme si le command      65 . La vente avec élection de command se distingue donc de la vente à un prête-nom en ce que dans la première. Cependant. le ratification ne se résume pas à une simple renonciation par le ratifiant à se prévaloir de l'absence de pouvoir du mandataire ou du porte-fort. Dans l'esprit original de l'institution. Mais dans une sortre de détournement de l'institution. le commandé agit sur ordre de son command. notamment dans les ventes publiques.

s'il n'a pas agi sur ordre d'un mandant). art. si la représentation est acquise. la représentation imparfaite ne donne lieu à aucun mécanisme de représentation.  66 . il faut que le tiers cocontractant ait accepté de traiter non avec le représentant. L'opération fait penser à la vente avec réserve d'élection de command si l'on supprime la possibilité du commandé d'acquérir en nom propre s'il n'élit pas command.avait dès l'origine agi comme mandataire au nom et pour compte d'autrui. • Le représentation opère avec effet rétroactif. • Ce mécanisme n'est possible que si le représentant a déclaré agir au nom d'autrui ou s'est expressément réservé la possibilité d'agir au nom d'autrui. il pourrait engager sa resposabilité s'il savait ou devait savoir que son donneur d'ordre ou la personne q'il a désignée était manifestement insolvable ou incapable (on pourrait lui reprocher une culpa in contrahendo. pour autant que le tiers cocontractant du représentant l'ait accepté. Il faut évidemment que le tiers cocontractant accepte cette formule. s'il a agi sur ordre d'un mandant insolvable ou incapable. mais par un mécanisme étranger à toute idée de représentation. • Sauf dérogation légale (ex. sauf promesse de porte-fort. le représentant s'efface et n'est nullement garant de la bonne exécution de la convention.  ESSAI DE SYNTHÈSE :  En droit positif belge. le représentant ne pourrait être tenu responsable d'un défaut de ratification. dont la solvabilité pourrait être moindre. En revanche. Néanmoins. • Dans ces hypothèses. ou un manquement à la bonne foi qui doit présider à la désignation du tiers. soit antérieure à l'acte (mandat ou engagement de ratifier). Un mandat non représentatif se transforme en mandat représentatif. Foriers. le commettant ne pourrait transformer la commission en mandant représentatif parce que le tiers cocontractant du commissionnaire n'a pas accepté de prendre le risque de se retrouver avec un autre contractant. Tout au plus pourrait-il voir sa responsabilité engagée s'il a désigné comme représentant une personne manifestement insolvable ou incapable. le fait générateur de la représentation est l'acceptation du représenté. Mais il peut y avoir représentation en 2 temps.) ou conventionnelle. mais avec le représenté. En effet. jud.A. • Il n'est pas nécessaire que le représenté soit nommément désigné lors de l'acte. Il y a donc dans ce cas représentation parfaite avec effet rétroatif. Le bénéfice de l'opération conlue par le mandataire non représentatif est certes transféré au mandant. rien n'empêche qu'un représentant contracte au nom d'une personne à désigner ultérieurement. qui lui fait courir un double risque : – celui de la solvabilité de la personne qui sera désignée (comme dans la vente avec réserve d'élection de command) et – celui du défaut de ratification. En effet. 1590 C. soit postérieure à l'acte (ratification).  REPRÉSENTANT AGISSANT AU NOM D'UN TIERS À DÉSIGNER : Selon P.

Généralités  NOTIONS :   La notion de simulation est controversée. On ne sera donc pas en présence d'une simulation : ✗ si les parties modifient une convention par un accord subséquent . Certains la définissent de manière très large. En effet. cette notion perd tout intérêt parce qu'il est impossible de rassembler un ensemble de règles communes à tous les cas qu'elle peut couvrir. Toutefois. La théorie de la simulation a.   CONDITIONS DE LA SIMULATION :  La simulation suppose (1) l'existence de deux conventions contemporaines l'une de l'autre (la convention apparente et la convention secrète) . 67 . C'est la définition de De Page qui est en général retenue : il y a simulation lorsque les parties font un acte apparent dont elles conviennent simultanément de modifier ou de détruire les effets par une autre convention demeurée secrète. ✗ soit à échapper à des dispositions impératives ou d'ordre public. Pour une partie de la doctrine et de la juriprudence françaises. Cette définition restrictive a été adoptée par la Cour de cassation depuis son arrêt du 6 juin 1961. l'acte apparent constituera le plus souvent un faux intellectuel pénalement sanctionné. Par ailleurs.  ✗  si par acte séparé. La simultanéité de l'acte apparente et de l'acte secret doit être au moins intellectuelle : l'accord simulatoire a pour but de masquer la réalité sous les dehors d'un acte apparent (élément intentionnel). selon la Cour de cassation.sociétés fictives. l'identité des parties à l'accord simulatoire . mariage simulé. Dans pareil cas. pour autant que cet acte interprétation ne s'écarte si loin de ces clauses qu'il puisse être considéré comme une contre-lettre. Cette notion dépasse donc le droit des obligations conventionnelles ex. elle est illicite lorsqu'elle tend ✗ soit à frauder les droits des tiers. (2) l'identité des parties à l'acte apparent et à l'acte secret. Définie de manière aussi large. ✗ si les parties à une convention unique la qualifient mal . ou plus exactement. dans ce cas l'acte secret s'apparente à une réserve mentale sans effet. les parties précisent l'interprétation à donner à certaines clauses.2. tandis que d'autres la définissent de manière restrictive. La jurisprudence et la doctrine belges définissent dès lors la simulation de manière plus restrictive.  LICÉITÉ :   La simulation est licite dans son principe. la simulation est en quelque sorte synonyme de dissimulation volontaire d'une situation réelle derrière une situation réelle ostensiblement différente. On considère généralement que la simulation ne saurait s'appliquer aux actes unilatéraux. l'article 1321 du Code civil ne constitue pas l'expression d'un principe général de droit.

Toutefois. La fraude à la loi tend finalement à protéger la volonté du législateur. le créacier gagiste ne peut s'appropier ou disposer de l'objet du gage sans recourir au juge : = contrôle judiciaire de la résolution du gage) • • • Il n'y a pas fraude à la loi seulement si la situation nouvelle dans laquelle les parties se placent pour éviter l'application d'une loi qui les gêne est véritablement différente de la situation prohibée . Degrés de la simulation  GÉNÉRALITÉS : • • La SIMULATION est apparent.place le créancier exactement dans la même situation que le créancier gagiste d'une créance . donation déguisée sous la forme d'une vente. Foriers. Foriers toutefois. les parties. Van Ommeslaghe a dit que la théorie de la fraude à la loi est inutile et dangereuse. on pourrait l'envisager de façon tout à fait objective : il suffit de comparer le résultat obtenu avec la situation prohibée. suivent une voie juridique formellement légale. abus de droit. Par exemple. Tel est le cas du déguisement. vente fictive entre deux parents en vue de faire échapper un bien à des poursuites.. total ou partiel. ✗ Elle serait dangereuse car elle impliquerait une appréciation très subjective quant à la réunion ou non de ses conditions d'application. le cas échéant. Ex.A. ✗ la théorie de la fraude à la loi est classique en droit international privé. selon P. 68 . SIMULATION ET FRAUDE À LA LOI : • • La simulation se distingue fondamentalement d'une autre institution. un argument est très relatif en droit puisqu'il existe de nombreux cas en droit où une situation peut être abordée par le biais de notions différentes. simulation. Selon P. la fraude à la loi.). • Il y a déguisement total lorsque le contre-lettre modifie la nature juridique de l'acte apparent. sans recourir à aucune simulation. Partant de cet arrêt. M. ce qui ne signifie pas que certaines d'elles seraient inutiles en pratique. s'il n'y a pas de simulation il n'y a pas de fraude possible à la loi. La Cour de cassation a décidé qu'en matière fiscale. il y a fraude à la loi lorsque dans le but d'échapper à une disposition d'ordre public ou impérative. Elle sanctionne les comportements tendant à se placer artificiellement en dehors de la loi du for normalement applicable. La théorie de la fraude à la loi est consacrée par le droit positif : ✗ en matière civile. mais qui les place dans une situation à ce point proche en fait de la situation interdite que le juge ne peut se dispenser d'intervenir. l'autorité de la loi est bafouée. Foriers. la Cour de cassation a utilisé plusieurs fois la notion de fraude à la loi . sinon. ✗ Elle serait inutile car on pourrait utiliser d'autres concepts pour sanctionner ce type de convention (cause illicite. la notion de fraude à la loi n'est pas plus floue que d'autres mécanismes. b.. La SIMULATION est PARTIELLE si l'acte secret ne détruit pas complètement les effets de l'acte apparent. Cette dernière théorie est contestée par certains des plus grands auteurs. qui entendait régir une situation de fait et non une présentation juridique.A. fraude aux droits des tiers.A. comme l'abus de droit.tout en contournant l'interdiction du pacte commissoire exprès du gage (à défaut de paiement. TOTALE lorsque l'acte secret détruit totalement les effets de l'acte Ex. selon P. Foriers.A. il est évident que la cession de créance à des fins de garantie constitue une fraude à la loi parce qu'elle . et d'ailleurs. Selon P.

Tel n'est pas le cas. Aujourd'hui. Ex. Mais parfois. Parfois. Ex. connaissance de l'acte secret au moment où il est intervenu (“bonne foi”). le prix convenu en secret est plus élevé que le prix mentionné dans l'acte authentique. parce qu'il ne serait pas cohérent de considérer que le prête-nom serait un cas de simulation. C. la donation déguisée n'est valable que si l'acte apparent est lui-même valable.” 69 .  SIMULATION supra) : • PAR INTERPOSITION DE PERSONNES. Il leur suffit de démontrer un simple intérêt à agir sans qu'ils doivent se prévaloir d'un préjudice. Dans ces institutions. l'acte réel dépend quant à sa validité de la validité de l'acte apparent. Ainsi. ✗ d'abord. ✗ ensuite. la solution est controversée. le prête-nom serait un cas de simulation par interposition de personnes. alors qu'il est constant que tel n'est pas le cas de la commission et de l'association en participation. l'autre peut donc intenter une action en déclaration de simulation. Par ailleurs. ou n'ont pas pu avoir. parce que la simulation par interposition de personnes suppose un accord simulatoire entre les trois acteurs. Or. Pareille simulation suppose que les 3 personnes soient parties à l'accord simulatoire : dans l'exemple. Civ. le prête-nom est licite en soi. FIDUCIE ET ASSOCIATION EN PARTICIPATION (voir • • Selon certains. selon P. la SIMULATION peut intervenir PAR INTERPOSITION DE PERSONNE. Enfin. elles n'ont point d'effet contre les tiers.)22 s'ils n'ont pas eu. mais non une simulation. les uns préférant se prévaloir de la convention secrète et les autres. PRÊTE-NOM. de la convention apparente. le patient. agir en déclaration de simulation pour se prévaloir de l'acte secret. 22 Art. dans une vente immobilière. Ces observations valent aussi pour le contrat de fiducie. Ex. il y a bien une volonté de dissimulation. Si plusieurs tiers agissent en des sens contradictoires. Si la convention réelle est contestée par une des parties. le médecin et la nièce. une donation entre époux ne pourrait être déguisée sous la forme d'une vente en raison de la prohibition de la vente entre époux. 1321. civ. la loi interdit pareille action. Les tiers peuvent aussi. un patient mourant qui souhaite gratifier son médecin frappé d'incapacité spéciale de recevoir donne un bien à sa nièce pour que celle-ci le lui remette.A. : “Les contre-lettres ne peuvent avoir leur effet qu'entre les parties contractantes. le tiers cocontractant du prête-nom n'est pas partie à un accord simulatoire . s'ils le souhaitent. seule la convention réelle lie les parties. Foriers. 1321 C.• • Il y a déguisement partiel lorsque la contre-lettre se limite à modifier le contenu de certaines clauses de l'acte apparent. c. Effets de la simulation  EFFETS ENTRE PARTIES : • • • • En principe. on fait le plus souvent prévaloir l'acte apparent en se basant sur l'article 1321 du Code civil (alors que dans le passé on faisait prévaloir l'acte réel).  EFFETS À L'ÉGARD DES TIERS : • • • Les tiers peuvent s'en tenir à l'acte apparent et ne peuvent se voir opposer l'acte secret (art.

tant la convention apparente que la convention réelle sont illicites et ne peuvent sortir leurs effets.d. Un arrêt du 18 mars 1988 semble confirmer cette solution. e. même s'il a été interprété dans des sens divers. Les tiers peuvent faire la preuve de la simulation par toute voie de droit. application de l'article 1341 du Code civil en matière civile. ■ Mais il se peut aussi que seul l'accord simulatoire soit illicite. dans une vente immobilière. 70 . Ex. le prix convenu secrètement est supérieur au prix mentionné dans l'acte authentique en vue de réduire le montant des droits d'enregistrement. Selon un arrêt de la Cour de cassation du 10 novembre 1949. La preuve de la simulation   Entre les parties. Conséquences d'une simulation illicite ■ Si une convention apparente dissimule une opération illicite. cet accord simulatoire n'affecte pas la validité de la vente elle-même.

qu'elles soient écrites (ce qui est le plus souvent le cas) ou verbales. en matière de vente. en pratique. La Cour de cassation exerce donc son contrôle sur la manière dont le juge a qualifié les faits qu'il a constatés. du pouvoir souverain du juge du fond car l'article 1156 impose de rechercher la commune intention des parties (donc un élément de fait). Il faut veiller à ne pas confondre l'interprétation avec la qualification. Art. • lorsqu'il interprète. On retrouve également des règles d'nterprétation dans la réglementation de certains contrats particuliers (ex.    B. Toutefois. Règles applicables Les principes d'interprétation des conventions sont énoncés aux articles 1156 à 1164 du Code civil.CHAPITRE 2 : INTERPRÉTATION DES CONTRATS A. INTERPRETATION – NOTION – DISTINCTION AVEC LA QUALIFICATION  Interpréter une convention. c'est rechercher le sens et la portée des dispositions de celle-ci . le juge ne peut pas faire abstraction des catégories juridiques : ✗ si les parties n'ont pas qualifié leur convention. parce que tout texte nécessite une interprétation. l'interprétation et la qualification sont deux moments distincts. La qualification intervient après l'interprétation : après avoir déterminé la portée de l'accord des parties. le juge en interprétera la portée en ayant à l'esprit les deux ou trois qualifications possibles . Si l'interprétation relève. le juge aura tendance à interpréter la convention en fonction de cette qualification. qui déroge 71 . de manière plus générale. elle. le juge doit déterminer la catégorie juridique à laquelle appartient la convention. en principe. 1602 C. la qualification. ✗ si les parties ont qualifié leur convention. soit. LES PRINCIPES DIRECTEURS RELATIFS A L'INTERPRETATION 1. Le but est de déterminer le portée réelle de l'accord des parties. civ. il y a une certaine interaction entre ces deux procédés : • l'interprétation peut avoir une incidence décisive sur la qualification . Le juge doit interpréter soit parce que les parties se sont mal ou incomplètement exprimées. touche directement une question de droit. Dans la pureté des principes.

Principe de base : l'article 1156 du Code civil a.partiellement à l'article 1162). la Cour de cassation a considéré que ces dispositions constituaient de simples conseils adressés au juge du fond. b.). civ. civ. ✗ L'article 1134. la Cour reconnaît au contraire à ces dispositions le statut de règles de droit à part entière. Comment concilier cette jurisprudence avec les articles 1135 et 1156 et suivants du Code civil. Recherche souveraine en fait de la commune intention des parties       Article 1156 C. 2. 1 (principe de la convention-loi) permet parfois de censurer un juge qui ajoute à un contrat une clause qu'elle ne comporte pas. 1320 et 1322 C.) interdit au juge qui interprète une convention écrite de conférer à celle-ci une portée inconciliable avec ses termes (ce qui ne signifie pas que le juge ne pourrait s'écarter du sens normal des mots en s'appuyant sur des éléments intrinsèques ou même extrinsèques à l'acte). être motivée et la Cour de cassation exerce son contrôle sur la régularité de cette motivation. qui pouvait s'en écarter. 1341 et 1353 C. on considère que ce principe s'oppose au concept de la “barrière du verbe”. comme toute décision de justice. ✗ La foi due aux actes (art. et non pas la volonté de l'une d'elles. L'intention secrète d'une des parties ne peut avoir d'effet en droit. En vertu de ce principe de base. al. Pour rechercher l'intention des parties. Il faut que cette volonté se soit exprimée d'une manière ou d'une autre. Les limites aux pouvoirs du juge du fond Le pouvoir souverain d'interprétation du juge connaît toutefois certaines limites : ✗ Le juge du fond doit observer les articles 1156 et s. Aujourd'hui. 1319. le juge peut se fonder sur des éléments intrinsèques ou extrinsèques à l'acte (ex. civ. Il faut spécialement avoir ce principe à l'esprit lorsqu'on interprète un contrat multipartite (ex. du Code civil. 72 . ✗ La décision du juge sur une question d'interprétation doit. l'intention des fondateurs n'est pas nécessairement connue de ceux qui ont rejoint la société par la suite). qui constituent des règles de droit à part entière. dans la mesure où ils peuvent conduire le juge à combler les lacunes de l'accord des parties? ✗ Le juge du fond ne peut admettre la preuve d'une disposition contractuelle outre ou contre l'acte écrit lorsque la loi s'y oppose (art. La recherche de la commune intention des parties est en principe souveraine en fait. dans les sociétés anonymes. plutôt que de s'arrêter au sens littéral des termes”. : “On doit dans les conventions rechercher quelle a été la commune intention des parties contractantes. le contenu des pourparlers préliminaires ou l'exécution donnée au contrat) C'est la volonté commune des parties que le juge doit rechercher. Longtemps. même si certains de ces articles laissent une grande latitude au juge. qui voudrait que le juge ne pourrait pas interpréter les conventions claires. Mais depuis une dizaine d'années. le juge doit rechercher la commune intention des parties pour faire prévaloir leur volonté réelle sur leur volonté déclarée.

il faut l'interpréter contre le débiteur de l'obligation (c'est-à-dire celui qui a limité sa responsabilité). c'est le débiteur de l'obligation qui stipule et le créancier de l'obligation qui s'oblige. que dans le sens avec lequel elle n'en pourrait produire aucun”. Cette disposition est une application de l'idée selon laquelle l'usage est une source de droit supplétif. En ce qui concerne les clauses limitatives de responsabilité. en matière de vente)  Article 1162 C. : “Lorsqu'une clause est susceptible de deux sens. en se fondant sur les éléments de la cause. Article 1157 C. La Cour de cassation a précisé que cet article n'est applicable qu'en cas de doute sur la portée de la convention. Art.3. il faut l'interpréter dans le sens où elle est valable. civ.: “Dans le doute. on doit plutôt l'entendre dans celui avec lequel elle peut avoir quelque effet. Comment appliquer l'article 1162 aux les contrats synallagmatiques et aux conventions comportant des clauses limitatives ou exonératoires de responsabilité ? En réalité. Art. 73 . et en faveur de celui qui a contracté l'obligation”.    4. : “On doit suppléer dans le contrat les clauses qui y sont d'usage. en cas de doute. a. civ. 1602 C. donner à la convention un sens défavorable au débiteur. nulle dans l'autre. quoiqu'elles n'y soient pas exprimées”. Article 1162 du Code civil (comp. Il faut que le juge ne parvienne pas à déterminer la volonté des parties pour recourir à cette disposition. en cas de doute. art. 1160 C. il faut appliquer l'article 1162 non pas globalement au contrat. 1157 C. la Cour de cassation estime que puisqu'au regard de cette clause. La clause limitative de responsabilité stipulée par un transporteur s'interprète donc. civ. Le jurisprudence fait une application extensive de cette disposition lorsqu'elle en déduit que quand une clause est valable dans un sens. Cette règle constitue plus un principe d'équité qu'une application de l'article 1156. Les autres préceptes légaux d'interprétation Le Code civil contient des règles particulière d'interprétation qui sont souvent de bon sens. b. 1160 C. civ. Cet article ne signifie pas que le juge doive toujours entendre une clause dans un sens où elle est susceptible d'avoir quelque effet. Art. mais obligation par obligation. contre le transporteur. le juge ne peut. civ. choisir une autre interprétation. Il peut. En vertu de cette disposition. la convention s'interprète contre celui qui a stipulé. civ.

civ. sauf stipulation expresse. de manière à ce que la convention forme un tout cohérent. et g. mais aussi des suites que les coutumes et les usages imposent. Art. Cette tendance est parfois critiquée par la doctrine. et • les usages dits conventionnels. La jurisprudence dénote une tendance à passer de l'interprétation contre le créancier à l'interprétation en défaveur du rédacteur de la convention. f. 1161 C. c'est à tort que l'on fait cette distinction. L'incidence des usages et des coutumes  Selon les articles 1135 et 1160 du Code civil. On en a déduit une curieuse distinction entre • les règles coutumières proprement dites. (lire ces textes) 5. aux conventions de cette nature. qui s'appliqueraient en tant que telles. 1163 et 1164 C. En d'autres termes. Foriers. qui ne s'étendent pas à la faute lourde. d. que s'il présente dans la région un caractère général et est reconnu par tous comme applicable à défaut de stipulation contraire. spécialement en matière des contrats d'adhésion et des contrats d'adhésion. les conventions doivent s'entendre non seulement des clauses que les parties y ont insérées. Art. Et en réalité. 6. : “Toutes les clauses des conventions s'interprètent les unes par les autres. 1159. civ. civ. il vaut mieux interpréter une convention en considérant l'ensemble de ses clauses et non ses dispositions prises isolément. e. en donnant à chacune le sens qui résulte de l'acte entier”. en vertu d'une volonté tacite des parties.A. Il en est de même des clauses d'exonération de responsabilité. qui n'auraient d'effet qu'en raison d'une référence implicite des parties. 1161 C. La Cour de cassation a décidé qu'un usage ne s'incorpore à la convention.. les conditions auxquelles est subordonnée l'existence d'un usage conventionnel ou d'une règle coutumière sont les mêmes (ils doivent avoir un caractère général et être reconnus par tous comme applicables à défaut de convention contraire).. 1158. Selon P.  74 . Art.c. Les autres préceptes d'interprétation dégagés par la jurisprudence    Les clauses exorbitantes au droit commun sont d'interprétation restrictive.

un entrepreneur ou un employé? Si les parties n'ont pas qualifié le contrat. Or. Il ne peut donc être question de foi due aux actes. lorsqu'il qualifie une convention. C'est pourquoi. le juge décidera qu'il s'agit d'un contrat de travail (pour protéger le marchand). aujourd'hui. les parties ont intérêt à qualifier leur convention dans les cas limites.7. Dans un premier temps. le juge tranche en droit. Mais si les parties ont mentionné expressément qu'il s'agissait d'un mandat ou d'un contrat d'entreprise. la Cour de cassation a fondé cette solution sur la foi due aux actes. 75 . tout d'abord. indépendamment de l'interprétation de la convention. • En effet. Au contraire. Ex. • Ensuite. Remarques générales    Le juge peut rectifier les erreurs matérielles. la Cour de cassation se fonde sur les règles organiques des actes en cause. L'exécution que les parties ont donnée à la convention avant la naissance du litige peut être un indice de la portée qu'elles ont entendu donner à la convention. un marchand de journaux dans une gare est-il un mandataire. le juge ne peut la redresser que s'il constate que la convention comporte des éléments inconciliables avec cette qualification. le problème sera plus délicat. La jurisprudence belge n'applique pas des règles d'interprétation différentes aux conditions générales ou aux clauses de style. 8. il doit le cas échéant l'écarter pour donner à la convention sa qualification légale. Mais cela ne signifie pas que la qualification donnée par les parties n'ait aucune utilité. Appendice : la qualification et les pouvoirs du juge du fond   Il est constant que le juge du fond n'est pas tenu par la qualification que les parties ont donnée à leur convention.

• Les effets externes découlent de l'existence même du contrat.A. les parties qui ont participé à la convention en leur nom personnel. P. 1. qui veut que ces dernières ne lient que les parties contractantes. il faut distinguer les effets internes et les effets externes des conventions. qui. c'est une question de mots. 1165 C. Finalement. POSITION DU PROBLEME : ARTICLE 1165 C. CIV. Cet article est à la base du principe de la relativité des conventions.    Art. Les parties sensu stricto ou les parties à la “procédure contractuelle” Sont parties. PARTIES ET TIERS – NOTION Se pose donc la question de base : qui sont les parties. En réalité. les parties peuvent directement puiser des droits dans un contrat. les représentants (ceux-ci sont néanmoins dans une situation particulière puisqu'ils ne sont pas tenus par les effets essentiels de la convention). civ. • Les effets internes sont directement liés aux droits et obligations générés par le contrat. Les parties a. et qui sont les tiers? Il s'agit d'une question très controversée.CHAPITRE 3 : EFFETS DES CONTRATS A. en principe. – Seules. elles ne nuisent point aux tiers et elles ne leur profitent que dans le cas prévu à l'article 1121”. B.A. ainsi que. Certains auteurs ont une conception réductrice des parties : pour eux. Foriers. seules les parties à la procédure contractuelle sont des parties. s'impose aux tiers. – Seules les parties sont tenues des obligations dérivant du contrat. Mais ces auteurs sont obligés de faire des distinctions dans les tiers. selon P. 76 . Foriers préfère avoir une vision large des parties. : “Les conventions n'ont d'effet qu'entre les parties contractantes . en tant que telle. Le principe de la relativité des conventions ne s'applique qu'aux effets internes des contrats.

Par exemple. – des personnes qui s'ajoutent comme partie à un contrat multipartite ouvert . civ. Ils doivent être considérés comme parties aux conventions conclues par leur débiteur inactif. auxquels celle-ci n'était opposable que moyennant l'accomplissement de certaines formalités. Les parties représentées Les personnes représentées forment aussi une catégorie de parties.) Il s'agit des créanciers qui agissent l'action oblique contre les créanciers de leur débiteur inactif. Les ayants cause universels ou à titre universel   En principe.b. Ils ne peuvent se voir imposer ni profiter des effets internes de la convention. Les parties qui adhèrent au contrat postérieurement à sa formation Il s'agit – des cessionnaires d'une position contractuelle . les ayants cause universels ou à titre universel doivent être considérés comme des parties aux conventions conclues par leur auteur. 1166 C. • les tiers au sens de la loi hypothécaire : les tiers que la loi hypothécaire entend protéger sont ceux • qui ont acquis des droits sur l'immeuble concerné. Les “tiers”   Sont des tiers. c. – du tiers qui ratifie un acte passé en son nom (mais n'est-il pas une partie représentée?). en matière de cessions de créance. par application de l'article 1122 du Code civil. Ex. Créanciers agissant par voie oblique (art. toutes les personnes qui ne sont pas considérées comme parties à la convention. la loi par exemple. se prévaut de sa réserve pour réduire une donation. Toutefois. au nom et pour le compte de ce dernier. 2. tenu d'exécuter les engagements de ses parents. e. ils cessent d'être parties aux conventions conclues par leur auteur lorsqu'il invoquent un droit propre = un droit qu'ils ne tiennent pas d'une convention conclue par leur auteur. un héritier. mais d'une autre source. d. Mais parfois il y a des tiers particuliers. les tiers au sens de l'ancien article 1690 du Code civil. 77 .

C. OPPOSABILITE AUX TIERS DES EFFETS EXTERNES DES CONVENTIONS
1. Généralités :
a. Principe  

Rappel : la règle de l'article 1165 du Code civil concerne les effets internes des conventions, mais non leurs effets externes qui sont liés à l'existence même de la convention, existence qui s'impose aux tiers. Ce principe a été consacré par la Cour de cassation dans un arrêt de principe du 27 mai 1909, qui a décidé que les tiers pouvaient constater l'existence d'une convention et tirer argument de cette existence, non pour réclamer à leur profit l'exécution des obligations qu'elle stipule, mais pour en déduire des conséquences favorables ou défavorables pour les parties.

b. Cas d'application 

RECONNAISSANCE DES EFFETS EXTERNES : On trouve de nombreuses applications de ce principe dans la jurisprudence. Ainsi, • l'auteur d'un accident de la circulation peut invoquer le contrat d'emploi conclu par la victime pour • • •
obtenir une diminution dans l'évaluation de la réparation du dommage parce que la victime percevra des indemnités en vertu de ce contrat ; la victime peut invoquer la convention liant un exploitant de taxis à un taximan pour établir que l'exploitant est le commettant de celui-ci et le faire déclarer civilement responsable des actes commis par le taximan ; une partie à une convention de vente peut se fonder sur une convention conclue par son cocontractant avec le tiers pour en déduire que ce cocontractant a renoncé à la vente et ne peut par conséquent en poursuivre l'exécution ;

les tiers peuvent se prévaloir non seulement de l'existence du contrat, mais aussi des effets qu'il produit entre les parties contractantes, soit pour justifier le fondement de l'action qu'ils intentent contre une de ces parties, soit pour se défendre contre l'action qui leur est intentée par l'une d'elles ; la Cour de cassation a affirmé dans un arrêt de 1950 que les parties peuvent aussi se prévaloir à l'égard des tiers des effets externes de la convention qu'ils ont conclue, sans toutefois qu'ils puissent leur opposer les effets créateurs de droits ou d'obligations de cette convention.
En l'espèce, un propriétaire avait donné en location un immeuble en mauvais état. Le locataire s'était engagé à le remettre en état, moyennant une dispense de payer le loyer pendant deux ans. Devenu insolvable, il ne peut payer l'entrepreneur, qui se retourne alors contre le propriétaire, en prétendant que celui-ci s'est enrichi sans cause. Celui-ci répond qu'il ne s'est pas enrichi sans cause, puisqu'il n'a pas perçu de loyers. Son raisonnement est suivi par le juge du fond, et la Cour de cassation rejette le pourvoi de l'entrepreneur.

78

CLAUSES D'EXCLUSIVITÉ OU DE PRIX IMPOSÉS : EFFET INTERNE : De telles clauses sont licites dans la mesure où elles ne se heurtent pas au droit interne ou européen de la concurrence. Elles ne créent pas d'obligations à l'égard des tiers, sauf application de la théorie de la tierce complicité.

2. La théorie de la tierce complicité dans la violation d'une obligation contractuelle : cas d'application des effets externes des contrats
 L'existence d'une convention s'impose aux tiers mais ceux-ci ne sont pas directement tenus des obligations qui découlent d'une convention. Toutefois, le tiers qui se rend tiers complice de la violation par une des parties au contrat de ses obligations contractuelles commet une faute extra-contractuelle.
Ex. un cafetier conclut un bail commercial avec une brasserie et signe avec elle un contrat d'approvisionnement exclusif. Un brasseur concurrent n'est a priori pas tenu par cette disposition contractuelle. Toutefois, il pourrait engager sa responsabilité extra-contractuelle s'il encourageait le cafetier à violer son devoir d'exclusivité.

 

La théorie de la tierce complicité a connu une certaine évolution. • Au départ, la Cour de cassation considérait qu'on ne pouvait déduire qu'un tiers s'était rendu tiers complice du seul fait qu'il connaissait l'existence de la convention dont les obligations ont été violées avec sa participation : ✗ Arrêt du 24 novembre 1932, à propos d'un brasseur qui avait fourni des bières à un cafetier alors qu'il savait que celui-ci était lié à un autre brasseur par une clause d'approvisionnement exclusif : “il faut en outre et nécessairement qu'il ait agi en vue d'aider [le débiteur] à violer ses engagements”. ✗ Arrêt du 17 juin 1960 : l'arrêt attaqué ne pouvait décider que les tiers sont tenus de s'abstenir d'importer
et de vendre des produits dont ils savent qu'un commerçant en a obtenu d'un cocontractant le monopole d'importation et de vente car cela aurait pour effet, au mépris de l'article 1165 du Code civil, de lier en toutes circonstances les tiers. Le juge du fond aurait dû rechercher notamment si les tiers en question “ne s'étaient pas rendus tiers complices d'une faute contractuelle commise par la firme à laquelle ils avaient acheté les produits”.

Cette jurisprudence de la Cour de cassation a été critiquée par une partie de la doctrine et de la jurisprudence qui estimait que le simple fait de prêter sciemment son concours à la violation d'une obligation contractuelle constituait une faute aquilienne. Plusieurs arrêts de la Cour de cassation ont consacré cette thèse, notamment les arrêts du 21 avril 1978 et du 22 avril 1983. Ce dernier rejette le pourvoi formé contre un arrêt qui avait
considéré que le demandeur en cassation, qui avait collaboré à la violation d'une clause de réserve de propriété, avait commis une faute parce qu'il savait ou devait savoir qu'il plaçait la défenderesse dans l'impossibilité de faire valoir son privilège : “l'arrêt déduit par conséquent la faute quasi-délictuelle du demandeur de la connaissance qu'il avait ou devait avoir de la situation existante et de la collaboration qu'il a néanmoins apportée à la violation des obligations contractuelles ; [...`] ces considérations sont suffisantes pour en déduire la responsabilité de la demanderesse fondée sur les articles 1382 et 1383 du Code civil”.

Depuis cet arrêt, on enseigne généralement qu'il y a tierce complicité dès lors que le tiers sait ou doit savoir que le contrat qu'il conclut implique la violation par son cocontractant d'une obligation contractuelle. Mais en réalité, selon P.A. Foriers, tout est question d'espèce. Il faut voir dans chaque cas s'il y a eu violation de l'article 1382 du Code civil, donc se demander ce qu'aurait fait un bon père de famille. D'ailleurs, si l'on admet que dans tous les cas, le tiers qui participe à la violation d'une obligation contractuelle qu'il connaît se rend tiers complice de cette violation, cela revient en réalité à imposer les effets internes de ce contrat. ✗ Ainsi, selon P.A. Foriers, une personne qui acquiert un immeuble libre d'occupation, alors qu'elle sait ✗
que cet immeuble est loué, ne se rend pas normalement pas tiers complice des obligations du bailleur parce qu'elle peut raisonnablement penser que ce dernier a l'intention de résilier la bail à l'amiable. Les verriers belges se fournissent en carbonate de soude auprès de Solvay. Puis, suite à la chute du

79

dollar, ils prennent des engagements à l'égard de fournisseurs américains, devenus compétitifs. Solvay, pour qui cela est catastrophique, puisqu'il sera obligé de fermer ses usines, se tourne alors vers le ministre des affaires économiques, qui parvient à convaincre les verriers de traiter avec Solvay. Les fournisseurs américains se retournent contre Solvay en lui reprochant de s'être rendu tiers complice des violations des obligations des verriers. Mais la Cour d'appel rejette leur action parce que compte tenu des circonstances, aucune faute ne pouvait être reprochée à Solvay.

La tierce complicité suppose une coopération directe à la violation d'une obligation contractuelle. Ainsi, un importateur parallèle qui se fournit légalement à l'étranger chez un distributeur peut
vendre les produits en Belgique même s'il existe en Belgique un concessionnaire exclusif pour ce type de produits.

3. Les exceptions à l'opposabilité des effets externes
a. Conventions sans effets externes – – –

Les contre-lettres sont inopposables aux tiers (mais ceux-ci peuvent s'en prévaloir). Les actes frauduleux sont inopposables aux tiers (Fraus omnia corrumpit les rend inopposables). ...

b. Effets externes soumis à formalités – – –

L'ancien article 1690 c. civ. subordonnait l'opposabilité de la cession de créance aux tiers intéressés à l'accomplissement de certaines formalités. La publicité hypothécaire protège les tiers au sens de la loi hypothécaire. (Pour les autres tiers, on applique les principes de droit commun.) ...

D. INOPPOSABILITE DES EFFETS INTERNES DES CONTRATS
1. Principe
En vertu de l'article 1165 du Code civil, – seules les parties sont tenues des obligations dérivant du contrat ; – seules, en principe, les parties peuvent directement puiser des droits dans un contrat.

80

un droit direct dans le contrat en cause. la stipulation pour autrui doit respecter trois conditions spécifiques.. lorsque telle est la condition d'une stipulation que l'on fait pour soi-même ou d'une donation que l'on fait à un autre. Dès lors. elle doit respecter les conditions de forme qui s'appliquent le cas échéant au contrat principal. ne peut plus la révoquer. civ. la nullité ou la résolution de ce dernier entraîne la nullité ou la résolution de la stipulation. Toujours est-il que la stipulation est l'accessoire du contrat principal. la jurisprudence l'interprète très libéralement.. En outre. rente viagère) dans le cadre d'une donation . qui accepte (le promettant). en vertu desquelles ces sociétés contractent des obligations visà-vis des habitants de la commune. on considère que le promettant s'engage à l'égard du bénéficiaire par déclaration unilatérale de volonté. Elle n'est soumise à aucune exigence de forme. assurance vie au profit d'un tiers : la société de l'assuré. Toutefois. • • LA STIPULATION POUR AUTRUI EST L'ACCESSOIRE D'UN CONTRAT ENTRE LE STIPULANT ET LE PROMETTANT : • Cette condition est prévue expressément par l'article 1121 C. 81 . un frère. Par conséquent.. La stipulation pour autrui est l'opération par laquelle une partie à un contrat (le stipulant) impose à une autre partie. Celui qui a fait cette stipulation.  CONDITIONS DE LA STIPULATION POUR AUTRUI :    La stipulation pour autrui suppose tout d'abord que soient réunies toutes les conditions de validité des contrats en général.    • • disposition d'un contrat d'entreprise réservant au sous-traitant le droit d'obtenir paiement directement du maître de l'ouvrage. 1. clauses insérées dans les contrats passés entre une administration communale et des sociétés de distribution d'eau. d'électricité. La stipulation pour autrui  NOTION :  Article 1121 C. Exemples : • la stipulation pour autrui est fréquente en matière d'assurance (ex. civ. on semble même admettre que la stipulation pour autrui ne soit pas l'accessoire d'un contrat entre le stipulant et le promettant. • charge au profit d'un tiers (ex.) . de gaz. de faire ou ne pas faire ou donner quelque chose au profit d'un tiers (le tiers bénéficiaire) qui puisera. un ami. Cet engagement est toutefois particulier puisqu'il dérive d'un contrat. a. dont il est l'accessoire. si le tiers a déclaré vouloir en profiter”. Il s'agit d'une règle traditionnelle qui n'a pas de fondement rationnel. En France. Les exceptions Ce principe connaît toutefois des exceptions assez nombreuses. Sauf controverse. par l'effet de cette stipulation. en dehors de toute action directe . : “On peut pareillement stipuler au profit d'un tiers.2..

Avant la loi du 25 juin 1992. Le tiers doit être déterminé ou déterminable au moment où le droit s'ouvre. La loi du 25 juin 1992 sur le contrat d'assurance terrestre fait application de ces principes lorsqu'elle prévoit qu'il est possible de stipuler une assurance au profit d'un tiers. la loi vient au secours du stipulant pour préciser le bénéficiaire désigné avec une certaine ambiguïté (ex.  82 . Le tiers ne doit pas accepter. (b) RAPPORT ENTRE STIPULANT ET PROMETTANT : Le stipulant et le promettant sont liés par le contrat principal qui prévoit la stipulation. la jurisprudence considérait qu'il n'y avait pas de stipulation pour autrui en cas d'assurance responsabilité civile parce que l'assuré entendait se couvrir lui-même des conséquences de sa condamnation. Il en résute qu'il ne doit en principe pas être capable ou doté d'une volonté capable de se manifester. qui ne s'exerce pas par l'intermédiaire du patrimoine du stipulant. En revanche. Le stipulant peut donc agir contre le promettant en exécution de la stipulation. assurance vie contractée par le malade mourant au profit de son médecin). tiers qui ne doit pas être désigné ni même conçu au moment de la conclusion. Si l'assurance-vie revient à conférer des capitaux aux héritiers légaux dans la mesure de leurs droits légaux. L'acceptation du bénéficiaire a pour effet d'empêcher la révocation de la stipulation. le tiers bénéficiaire ne doit pas être au courant de la stipulation. et non conférer un droit direct à la victime. • • LE TIERS DOIT ÊTRE DÉTERMINÉ OU DÉTERMINABLE : Parfois. • • • • INTENTION DE STIPULER POUR AUTRUI ET NON POUR SOI-MÊME : Le stipulant doit être animé de la volonté de stipuler pour autrui et de créer un droit direct et propre au profit du tiers bénéficiaire. ni même être au courant de la stipulation pour acquérir ce droit. LES EFFETS DE LA STIPULATION POUR AUTRUI : (a) PRINCIPE DE BASE :  La stipulation pour autrui a pour effet de faire naître au profit du tiers bénéficiaire un droit direct et immédiat contre le promettant. Les créanciers du stipulant ne pourraient donc effectuer une saisie-arrêt sur les droits du tiers bénéficiaire. de la loi du 25 juin 1992 sur le contrat d'assurance terrestre). 3. art. Ce principe connaît une seule exception : la stipulation pour autrui sera nulle si le tiers bénéficiaire est frappé d'une incapacité spéciale de recevoir (ex. L'assurance-vie au profit des héritiers légaux de l'assuré constitue-t-elle une stipulation pour autrui? Il faut examiner si l'assuré a voulu conférer un droit propre et direct ou s'il a stipulé pour lui-même et donc ses ayants droit. il ne s'agit pas d'une stipulation pour autrui. un enfant à naître dans quelques années ou une société à constituer peuvent être bénéficiaires . 107 et s. mais doit être déterminable au jour de l'exigibilité des prestations d'assurance.2. ✗ il ne doit pas être déterminé ou déterminable au moment de la conclusion du contrat. ✗ il ne doit pas exister au moment de la conclusion du contrat ex.   Par ailleurs. et l'inexécution de la stipulation peut faire l'objet d'une clause pénale au profit du stipulant.

effet de privilège puisque son produit est acquis à son titulaire sans passer par le patrimoine du débiteur. il peut agit en répétition de l'indu . • si le promettant peut se prévaloir de l'exception d'inexécution en ce qui concerne le contrat principal. IL EST EXCLU QU'UNE CONVENTION IMPOSE DES OBLIGATIONS À UN TIERS. il peut aussi suspendre l'exécution de la stipulation pour autrui. Si le bénéficiaire accepte la stipulation. 1753 al. charpentiers et autres ouvriers qui ont été employés à la construction d'un bâtiment ou d'autres ouvrages faits à l'entreprise. 1798 ancien C. le droit direct du bénéficiaire demeure l'accessoire du contrat principal qui prévoit la stipulation pour autrui. le stipulant ne peut en principe plus révoquer la stipulation. en principe. sauf application d'une règle spéciale. b. civ. Il s'agit d'une dérogation à la relativité des conventions puisque d'une certaine manière. le titulaire de l'action directe peut exiger à son profit l'exécution des obligations découlant du contrat conclu par son débiteur et le débiteur de celui-ci. L'action directe produit par ailleurs des effets analogues à ceux d'une saisie-arrêt. On a déduit de cet article une action directe du bailleur contre le sous-locataire. au moment où leur action est intentée”. Par conséquent. et sans qu'il puisse opposer des payements faits par anticipation”. en dehors de toute cession à titre d'accessoire. • si le contrat principal est résolu. : “Le sous-locataire n'est tenu envers le propriétaire que jusqu'à concurrence du prix de sa sous-location dont il peut être débiteur au moment de la saisie. et donc sans devoir subir un concours avec les autres créanciers de celui-ci. L'action directe a.(c) RAPPORT ENTRE LE STIPULANT ET LE TIERS BÉNÉFICIAIRE :    En principe. Il s'ensuite que si le promettant a exécuté la stipulation. (d) RAPPORT ENTRE LE PROMETTANT ET LE TIERS BÉNÉFICIAIRE :   Par dérogation à l'article 1165 C.  En revanche. n'ont d'action contre celui pour lequel les ouvrages ont été faits. Le stipulant peut révoquer la stipulation aussi longtemps qu'elle n'a pas été acceptée par le bénéficiaire. dont il devient le créancier direct. comme la révocabilité des donations entre époux si la stipulation tend à réaliser une donation indirecte entre conjoints. civ. 1 C. : “Les maçons. que jusqu'à concurrence de ce dont il se trouve débiteur envers l'entrepreneur.. le tiers a un droit direct contre le promettant. le droit d'exercer un recours contre un cocontractant de son débiteur sans passer par le patrimoine de ce dernier. Elle est née dans notre droit au départ de trois dispositions légales : • Art. le stipulant et le bénéficiaire ne sont liés par aucun lien de droit. Cependant. • Art. On a déduit de cette disposition que certains sous-traitants dans le domaine de la construction avaient une action directe contre le maître de l'ouvrage. ou de toute stipulation pour autrui. L'action directe  NOTION :  Il y a action directe (au sens technique du terme) lorsque la loi confère à une personne. le droit du bénéficiaire disparaît.     83 . civ. L'action directe est un concept d'origine entièrement doctrinale (au contraire de l'action oblique).

.en cas de substitution non autorisée. Foriers. • Curieusement. Cette analyse correspond à une certaine jurisprudence de la Cour de cassation belge. civ. le mandant peut agir directement contre la personne que le mandataire s'est substituée”.) Action du sous-traitant contre le maître de l'ouvrage (art. Ce concept a été consacré par la Cour de cassation française.  Art. civ. Toutefois.. N. 1994.B. 2 C. Elles sont prévues par des textes particuliers (spécialement en matière d'assurance responsabilité). civ. • les actions directes imparfaites. 1753 C. où le titulaire de l'action directe s'emparerait de l'action de son débiteur contre son sous-débiteur défendeur à l'action au moment de l'introduction de celle-ci (ex. il prévoit expressément une action oblique. 2 C. d'origine légale. • Toutefois. civ. civ. Depuis qu'il a été modifié.) Action du mandant contre le mandataire sunstitué (art. pour des raisons d'opportunité (par souci de protection des sous-traitants en question). ✗ Quant au recours prévu à l'article 1994 al.. • TYPOLOGIE : la doctine a fait une distinction entre • les actions directes parfaites : celles-ci confèrent à leur titulaire un véritable droit autonome. l'article 1753 de parle pas de recours. Ensuite. au XVIIe siècle. on s'aperçoit qu'aucune d'elles n'établit une action directe : ✗ L'article 1753 C. CAS D'ACTIONS DIRECTES : (a) ACTIONS DIRECTES DU CODE CIVIL : – – – Action du bailleur contre le sous-locataire (art. sous l'impulsion de certains auteurs. civ. le législateur en a créé de véritables. : “Dans tous les cas. entre le mandant et le mandataire substitué . le législateur a créé des actions directes (modification de l'article 1798 C. on a déduit le concept d'action directe de ces dispositions. On en a déduit que le mandant avait un recours direct contre le substitué de son mandataire. on a considéré qu'il en établissait une. auquel il apporte en réalité une limite. 2 C. le concours cristallise son patrimoine. ne créait pas une action directe. . il existe une relation contractuelle. et textes particuliers).A. A l'image de la jurisprudence du Parlement de Paris. mais plutôt un autre type d'action.en cas de substitution autorisée. 1798 C. ✗ L'article 1798 ancien. al. il peut en réalité s'expliquer autrement : . la solution s'explique par le fait que le substitué serait un tiers qui adhèrerait au contrat de mandat originaire. Par ailleurs. action directe de l'article 1798 C.). civ. cette disposition protège le sous-locataire contre un exercice trop large du privilège du bailleur. En effet. est intimement lié au privilège du bailleur sur les biens garnissant les biens loués (peu importe en principe qu'ils appartiennent ou pas au locataire). si l'on se penche sur le texte de ces dispositions et leur histoire. en réalité. En Belgique. • Les types d'exceptions que le défendeur à l'action peut opposer au demandeur diffèrent selon qu'il s'agit d'une action directe parfaite ou imparfaite (voir ci-après). selon P. née par la représentation. 1994 al. L'action directe imparfaite serait ainsi paralysée au cas où le débiteur intermédiaire aurait fait faillite. civ) 84  .

il n'y a pas d'action directe si cette créance est éteinte par prescription ou par paiement. le sous-traitant ne peut agir contre le maître de l'ouvrage qu'à concurrence de ce que celui-ci doit à l'entrepreneur . la nullité du contrat qui lie l'entrepreneur au sous-traitant. aurait pu opposer au débiteur intermédiaire ex. CONDITIONS DE L'ACTION DIRECTE (3) : 1.. loi sur les accidents de travail : droit propre au profit des victimes contre l'assureur accidents du travail . le maître de l'ouvrage ne peut faire obstacle à l'action du sous-traitant en payant sa dette vis-à-vis de l'entrepreneur après l'intentement de l'action. 85 . En principe donc. Un texte légal qui l'organise.(b) ACTIONS DIRECTES RÉSULTANT DE TEXTES PARTICULIERS : Le législateur a créé des actions directes (spécialement en matière d'assurances. 2.  EFFETS DE L'ACTION DIRECTE : (a) EFFET GÉNÉRAL : Le demandeur obtient condamnation du débiteur de son débiteur à son profit propre et exclusif sans passer par le patrimoine du débiteur intermédiaire (donc. civ. le maître de l'ouvrage peut opposer l'exception d'inexécution dont il peut se prémunir à l'égard de l'entrepreneur . celui-ci peut lui opposer la prescription de la créance de l'entrepreneur à l'égard du sous-traitant.. le défendeur à l'action directe peut opposer au demandeur une double série d'exceptions : – toutes les exceptions que le débiteur intermédiaire aurait pu opposer au demandeur ex. au profit des victimes) dans un double souci de simplification de procédure et de protection de certains types de créanciers. 3. En ce qui concerne cette deuxième série d'exceptions.. – toutes les exceptions que lui. le défendeur. – – – –  Exemples : loi du 25 juin 1992 : droit propre au profit du du propriétaire sur l'indemnité due par l'assureur de la responsabilité locative.. loi du 21 novembre 1989 relative à l'assurance obligatoire de la responsabilité en matière de véhicules automoteurs : droit direct au profit de la victime de l'accident contre l'assureur de l'auteur de celle-ci. loi du 25 juin 1992 : droit propre au profit de la personne lésée sur l'indemnité due par l'assureur de la responsabilité . tant en cas de location que de sous-location .. effet de privilège). si le sous-traitant agit contre le maître de l'ouvrage sur base de l'article 1798 C. on considère généralement en Belgique qu'elles doivent être nées avant l'exercice de l'action directe ex. Une créance certaine et exigible du demandeur contre le débiteur intermédiaire. (b) OPPOSABILITÉ DES EXCEPTIONS : (i) Le droit commun (actions directes imparfaites) : En principe. . . Une créance du débiteur intermédiaire contre le défendeur à l'action.

en général. et ces textes peuvent être rédigés et interprétés différemment. pour lesquelles la loi du 25 juin 1992 prévoit que l'assureur ne pourra opposer à la victime aucune exception liée au contrat d'assurance sauf l'annulation. en promettant le fait de celui-ci . – soit consister dans la promesse d'un acte accompli sans pouvoir au nom d'un tiers. soit la ratification d'autrui. sauf convention contraire. Tel est le cas. que pour soi-même”. c. La convention de porte-fort est la convention par laquelle le porte-fort s'engage vis-à-vis de son cocontractant à rapporter soit l'engagement. On y recourt notamment en cas d'urgence ou lorsque le tiers est inaccessible.. en principe. l'article 1120 C. l'expiration ou suspension du contrat intervenues avant l'accident. dispose que “Néanmoins on peut se porter fort pour un tiers. selon lequel “On ne peut. civ. voire n'existe pas encore (société à constituer). ni stipuler en son propre nom. s'engager. Les parties peuvent convenir d'un tel système. La promesse de porte-fort (pas une véritable exception)  NOTION : • Par dérogation à l'article 1119 C. de ne pas faire ou de donner) et sur tout type de convention (consensuelle ou solennelle). Puisque la promesse de porte-fort ne lie pas le tiers concerné. pour lesquelles la loi du 25 juin 1992 prévoit que l'assureur ne pourra opposer à la victime que les exceptions trouvant leur cause dans un fait antérieur au sinistre (mais le Roi peut soumettre certaines catégories d'assurances responsabilité civile non obligatoires au régime des assurances responsabilité civile obligaroires en ce qui concerne ce problème d'opposabilité des exceptions). elle peut en principe porter sur tout type d'obligation (de faire.   La loi peut détacher la prescription directe de la prescription des actions liées au contrat qui y donne naissance. En cas de ratification. • • • • • • 86 . civ. la résiliation.(ii) Régimes dérogatoires (actions directes parfaites) :  La loi déroge parfois à l'opposabilité des exceptions liées à la créance du débiteur intermédiaire à l'égard du sous-débiteur. Tel est le cas dans les assurances obligatoires de la responsabilité civile. comme s'il y avait eu un mandat valable dès l'origine. L'obligation du porte-fort est une obligation – de faire – de résultat – personnelle. Le porte-fort sera tenu de dommages-intérêts si le tiers ne s'engage pas. en ce sens qu'elle ne lie que le promettant et non le tiers concerné. Mais en pratique (par dérogation au droit commun du porte-fort). Classiquement la promesse de porte-fort peut – soit consister dans la promesse de l'engagement ou du fait d'un tiers. il arrive que le porte-fort s'engage à exécuter l'acte lui-même au cas où il ne serait pas ratifié ou repris par le tiers. n'accomplit pas le fait ou ne ratifie pas l'acte.  La loi déroge parfois au principe suivant lequel seules les exceptions antérieures à l'intentement de l'action sont opposables au demandeur. à défaut de quoi il sera tenu de dommages-intérêts. pour les engagements pris au nom d'une société en formation (art. Il faut examiner les actions directes au cas par cas. sauf l'indemnité contre celui qui s'est porté fort ou qui a promis de faire ratifier si le tiers refuse de tenir l'engagement”. tout se passera. Toutes doivent être instituées par un texte. Tel est le cas dans les autres catégories d'assurances de la responsabilité civile. 60 du Code des sociétés).

 EFFETS : (a) AVANT L'ENGAGEMENT OU LA RATIFICATION DU TIERS : • Entre parties à la convention de porte-fort : le porte-fort a une obligation de faire qui. Les exceptions liées à la transmission d'un bien : les obligations réelles et propter rem (pas une véritable exception) Certaines obligations peuvent se transmettre activement et passivement avec un bien : – la transmission d'un bien peut emporter cession à titre d'accessoire de certaines créances qui se rattachent à ce bien et qui n'ont d'utilité que pour son propriétare. Si le tiers ratifie l'acte accompli avec promesse de ratification. • d.). se transmettent en même temps que le bien auxquelles elles sont liées. – certaines obligations. se résoudra en dommages-intérêts. – soit de mécanismes prévus par un contrat qui organise une procédure de décision de la partie (“partijbeslissing”). sauf dérogations légales ou conventionnelles en vertu desquelles le porte-fort sera tenu personnellement. l'acte est censé avoir été conclu comme s'il y avait mandat dès l'origine. la convention ne produit aucun effet (donc il n'y a pas de véritable exception à l'article 1165 du Code civil). La promesse pour autrui    L'article 1119 C. prohibe les promesses pour autrui. La rétroactivité de la ratification ne peut toutefois porter atteinte à des droits acquis par des tiers dans l'intervalle (art. (b) APRÈS L'ENGAGEMENT DU TIERS OU LA RATIFICATION : • • Si le tiers conclut l'acte promis. A l'égard du tiers visé. en cas d'inexécution. Ex. dites réelles. En réalité. civ. Le porte-fort est délié et est dans la même situation qu'un représentant. 87 . 1338 C. civ. il prend naissance à sa date et le porte-fort est délié. clause d'habitation bourgeoise. il s'agit – soit de mécanismes légaux dérogatoires au droit commun. cession à titre d'accessoire de l'action en garantie des vices cachés ou de la garantie décennale. Ex. On a parfois vu des promesses pour autrui dans des mécanismes tels les actes collectifs où une majorité peut lier la minorité. e.

parce que celui qui prend le volant adhère implicitement aux stipulations de la convention d'assurance qui le concernent. qui avait causé un accident. cession des contrats synallagmatiques. La théorie de l'après-acte Cette théorie. La Cour de cassation a admis que la compagnie d'assurance puisse se retourner contre le conducteur. dans certaines conditions. alors qu'il n'était pas partie au contrat d'assurance.A. – La ratification est.f. selon P. Exemples : – Arrêt de la Cour de cassation du 28 novembre 1975 : un assuré avait prêté sa voiture à un ami. un tiers puisse bénéficier d'une convention et être tenu de ses charges en y adhérant expressément ou même tacitement. – V. Foriers. une application de la théorie de l'après-acte. – Cette théorie explique les effets du contrat de transport à l'égard du destinataire qui n'y est pas partie au sens de la substitution non autorisée du mandataire. développée par Demogue. 88 . consiste à reconnaître que.

89 . en dehors de la théoride l'abus de droit : la théorie de l'imprévision et la théorie des sujétions imprévues. le phénomène est appréhendé au travers de la théorie de l'abus de droit et de la bonne foi. mais exceptionnellement lourde . Exécution en nature    Les obligations découlant des conventions doivent être exécutées de bonne foi en nature. le Code civil permet la résolution ou la révision du contrat en cas d'excessiva onerosita. sauf abus de droit. En Italie. b. Dans les droits du common law. il est possible de contraindre à l'exécution en nature. La théorie de l'imprévision a. Normalement.CHAPITRE 4 : LE CONTENU CONTRATS ENTRE PARTIES DE L'EFFET DES A. Cette théorie se distingue donc – de la théorie de la force majeure. Deux institutions peuvent apporter des tempéraments à ces principes. Principes de la convention-loi et de l'exécution de bonne foi. en ce que le contrat est équilibré au départ. ce genre de problème est réglé à l'aide de la théorie du Wegfall der Geschäftsgrundlage et du principe d'exécution de bonne foi. L'imprévision en droit comparé – – – – En Allemagne. technologiques. voire naturelles. L'EXECUTION DES DECOULANT DU CONTRAT OBLIGATIONS 1. Notion    Cette théorie consiste à admettre qu'un contrat puisse être modifié ou résilié au cas où des circonstances inexistantes à la conclusion de celui-ci et totalement impévisibles viendraient par la suite en bouleverser l'économie en alourdissant de manière considérable les obligations des parties. politiques. le concept de frustration vise tant des hypothèses de force majeure que d'imprévision. – de la théorie de la lésion. En Suisse. en ce que l'exécution de la convention ne devient pas impossible. 2. Il peut s'agir de circonstances économiques.

A cet égard. imprévision. est généralement rejetée comme telle en DROIT PRIVÉ : le contrat est la loi des parties. l'article 16 § 2 du cahier général des charges relatif aux marchés de l'Etat prévoit expressément que l'adjucataire peut demander – une prolongation des délais d'exécution. 90 . il faut vérifier si celui qui se prévaut des circonstances imprévisibles aurait dû insérer une telle clause. De plus. • La théorie de la FORCE MAJEURE pourrait intervenir dans certains cas. Peut-on considérer. mais elle peut s'appliquer à d'autres domaines. la théorie de l'imprévision est assez largement admise en DROIT ADMINISTRATIF en vertu de la loi de continuité du service public (en effet. la théorie de l'imprévision. en cas de circonstances exceptionnelles (événements raisonnablement imprévisibles et inévitables – cas de force majeure.) le mettant dans l'impossibilité d'exécuter ses obligations. sujétions imprévues.. l'appréciation dépendra de la qualité de cette partie (spécialiste des contrats internationaux? jeune ménage?) et des rapports de force. Elle tend à remédier au bouleversement de l'économie d'un marché à forfait en raison de la découverte en cours d'exécution de celui-ci d'éléments préexistants mais raisonnablement imprévisibles qui entravent la réalisation de l'ouvrage. la force majeure devant s'apprécier de manière raisonnable. Il s'agit souvent d'éléments géologiques. Pour résoudre la question. Sur ce point. dans certaines circonstances. La théorie des sujétions imprévues a.. la jurisprudence aborde des cas d'imprévision par le biais d'AUTRES NOTIONS (à tel point qu'on peut d'ailleurs se demander s'il n'y a pas de théorie de l'imprévision sans le nom). Rien n'interdit aux parties d'introduire dans leur convention une CLAUSE D'IMPRÉVISION permettant la résiliation ou la révision du contrat dans certaines circonstances. • La théorie de l'ABUS DE DROIT peut faire obstacle à ce qu'une partie exige envers et contre tout l'exécution d'une convention devenue ruineuse pour l'autre partie. ce principe s'oppose à ce qu'un cocontractant de l'administration ait de telles difficultés financières qu'il risquerait de faire défaut). On rencontre de telles clauses dans la pratique contractuelle internationale. En revanche. Notion    Cette théorie est née en matière d'entreprise.. (En revanche. qui n'est prévue par aucun texte général. la révision ou la résiliation du marché. le droit canon permettait la révision des conventions en cas de modification des données de base). • La jurisprudence tourne autour de l'idée de CADUCITÉ PAR PERTE DE LA RAISON D'ÊTRE de la convention. Droit positif belge     En Belgique (et en France). qu'il y aurait une clause d'imprévision implicite? Il faut être très prudent à cet égard.. 3. – ou.c. parce que peut-être que les parties ont justement voulu supporter le risque de l'imprévision. s'il a subi un préjudice très important.

– Or. 91 . L'INEXECUTION CONTRACTUELLES 1. demander des astreintes ou l'application des articles 1143 et 1144 du Code civil . la théorie des sujétions imprévues a été assez aisément admise. on pourrait réviser la convention sur base du principe de l'EXÉCUTION DE BONNE FOI. Jugé que tel n'est pas le cas de la brusque montée inattendue d'une nappe aquifère (événement de force majeure). Elles doivent avoir aggravé sérieusement les charges de l'entrepreneur. Leur origine doit être totalement étrangère au fait ou à la faute de l'entrepreneur. par ailleurs. 2. 3. le créancier de l'obligation contractuelle inexécutée – – – – peut poursuivre l'exécution en nature. Principes  DES OBLIGATIONS En cas d'inexécution fautive. – Traditionnellement. Elles doivent avoir été “normalement” imprévisibles lors de la conclusion du contrat.La théorie des sujétions imprévues en droit positif  En matière de MARCHÉS PUBLICS. s'il s'agit d'un contrat synallagmatique. il peut se prévaloir de l'exception d'inexécution ou demander la résolution pour inexécution fautive. si elle est possible.  La théorie des risques dans les contrats synallagmatiques s'applique à l'inexécution non fautive de ces contrats. demander la réparation du dommage que lui a causé l'inexécution du contrat en cause (responsabilité contractuelle) (voir tome II) .  EN DROIT PRIVÉ. parfois. la question est expressément abordée par l'article 16 § 2 du cahier général des charges de l'Etat. qui doit notamment veiller à réaliser ou faire réaliser les études du sol requises. on considère que dans pareille hypothèse il y a eu ERREUR SUR LA SUBSTANCE (excusable) (erreur sur l'objet du marché).b. Dans pareil cas. l'annulation de la convention ne se justifie pas. B. peut. 4. Les difficultés rencontrées (d'ordre technique ou géologique) doivent avoir existé au moment de la conclusion du contrat. ce qui permet d'annuler la convention. La jurisprudence requiert en général la réunion des conditions suivantes : 1. peut parfois opposer un droit de rétention . et le cas échéant.

2. “lorsque l'exécution en nature n'est pas ou n'est plus possible. civ. Art. sauf quand elle est impossible ou implique une véritable contrainte sur la personne (sauf exception) . Sur ce point. l'article 1145 énonce simplement qu'en cas de non-exécution d'une obligation de ne pas faire on peut exiger des dommages et intérêts immédiatement. Le créancier peut aussi. on peut réclamer des dommages et intérêts. on considère que cette section du Code civil est la traduction du droit commun : il est possible de poursuivre l'exécution forcée en nature. 1144. selon la Cour de cassation . Si l'obligation est de ne pas faire. de contraindre physiquement quelqu'un à exécuter quelque chose (Nemo praecise cogi ad factum). En réalité. tandis que l'exécution par équivalent n'a lieu que “subsidiairement. qui concerne les obligations de ne pas faire. ne serait donc que l'expression d'une règle dont le contenu est très précis : il est interdit. et ce. l'exécution par équivalent s'impose”. • Arrêt du 30 janvier 1965 : rejet d'un pourvoi contre une décision qui avait annulé une vente conclue en violation d'une promesse de vente. • “SECTION III. – est incompatible avec les articles 1143 et 1144. les articles 1143 (dans le cas d'une obligation de ne pas faire pas exécutée) et 1144 (dans le cas d'une obligation de faire non exécutée) donnent précisément des illustrations d'exécution nature (remplacement judiciaire). selon P. sans qu'il soit nécessaire de mettre le débiteur en demeure (c'est logique puisqu'une mise en demeure n'aurait pas de sens avec des obligations de ne pas faire). civ. Néanmoins le créancier a le droit de demander que ce qui aurait été fait par contravention à l'engagement. Toute obligation de faire ou de ne pas faire se résout en dommages et intérêts. avec un tiers. s'il y a lieu. complice de la violation de l'obligation du promettant . L'exécution en nature est de droit.  Mais quelle est donc la portée de l'article 1142 C. Art. 1143. être autorisé à faire exécuter lui-même l'obligation aux dépens du débiteur. en cas d'inexécution de la part du débiteur. Il résulte de ces arrêts que le créancier n'a aucun choix entre l'exécution forcée en nature et l'exécution par équivalent. Art. qu'elles soient de donner. “l'exécution en nature constitue le mode normal d'exécution forcée tant des obligations de faire que de celles de ne pas faire” . L'art. Foriers. . et il peut se faire autoriser à le détruire aux dépens du débiteur. 1145. de faire ou de ne pas faire.DE L'OBLIGATION DE FAIRE OU DE NE PAS FAIRE. qui s'applique en principe à toutes les obligations. En effet. semble faire une espèce de retour en arrière. ce qui – est contraire au principe de l'exécution en nature. sauf exception. dans ce cas. la jurisprudence de la Cour de cassation est claire : • Arrêt du 27 avril 1962 : rejet d'un pourvoi contre une décision qui ordonnait certains travaux en guise de réparation en nature de l'obligation de ne pas nuire à des propriétés voisines par l'exploitation d'un établissement insalubre et incommode (obligation de ne pas faire). en cas d'inexécution. celui qui y contrevient doit des dommages et intérêts par le seul fait de la contravention.“ • • • • L'article 1142 semble dire que le créancier de l'obligation inexécutée n'a d'autre solution que de demander des dommages et intérêts. 1142 C. A. notamment dans les cas où l'exécution en nature n'est pas ou n'est plus possible”. soit détruit. Art. sans préjudice des dommages et intérêts. Le principe de l'exécution en nature de l'obligation – rappel et précision  Le principe de l'exécution en nature s'applique à toutes les obligations. civ. 92 . Comment combiner ces textes? En droit belge.? On a beacoup discuté sur les articles 1142 à 1145. 1142. L'article 1145. en dépit des termes de l'article 1142 C.

les obligations des parties sont liées par un rapport de connexité. • On admet par ailleurs que la victime du manquement puisse. un problème d'exécution forcée ne se poserait que si l'Etat refusait de rembourser le coût du remplacement. ✗ Le remplacement intervient aux risques et périls du créancier et le juge pourra en vérifier a posteriori le bien-fondé et les conditions. civ. dans des cas exceptionnels. la situation . – le créancier doit s'efforcer de faire constater. demander au juge d'assortir son injonction d'une astreinte . à s'adresser à un tiers pour exécuter l'obligation aux frais du débiteur fautif. – le créancier doit procéder au remplacement de bonne foi. Celleci. ou même principal. ✗ Parfois. Donc. En réalité. même si celle-ci ne doit pas nécessairement être simultanée. en effet. • parfois la loi déroge à ce principe en autorisant l'exécution forcée en nature avec contrainte sur la personne (ex. (remplacement judiciaire). Il faut veiller à ne pas confondre le droit à l'exécution en nature du droit à en obtenir l'exécution forcée. procéder à un remplacement sans demander l'autorisation du juge (remplacement extrajudiciaire). Cette distinction a une importance en ce qui concerne l'immunité d'exécution de l'Etat. • le créancier peut. en ce sens qu'il ne se conçoit pas que l'une des parties exécute ses obligations sans que l'autre exécute les siennes à son tour. le locataire doit faire effectuer les travaux urgents nécessaires à la conservation du bien loué si le bailleur est absent). dans les ventes commerciales. lorsqu'il ne s'agit pas d'une condamnation à payer une somme d'argent. procédure d'expulsion) . ✗ Dans certains cas limites. – il doit mettre le débiteur défaillant en demeure . manquement total à l'obligation de délivrance). On parle d'”exécution trait pour trait”. fautivement inexécutée. 93 . le faculté de remplacement unilatéral est organisée par les usages (ex. si possible contradictoirement. ✗ Il est permis de recourir à un remplacement judiciaire à des conditions analogues à celles qui autorisent l'anticipation sur la résolution d'un contrat synallagmatique : – il faut en principe qu'il y ait urgence . la bonne foi pourrait obliger le créancier à procéder au remplacement unilatéral pour sauvegarder les intérêts du débiteur (ex. le créancier d'une obligation de faire ou de ne pas faire. Il s'agit d'une forme d'exécution en nature facultative pour le juge. nemo praecise cogi ad factum. • le créancier peut demander au juge d'appliquer les articles 1143 et 1144 C.  3. en vertu desquels le juge peut aurtoriser à titre subsidiaire. n'interdit pas au juge de condamner l'Etat à l'exécution en nature de ses obligations à l'égard d'un particulier. Toutefois. – le remplacement doit intervenir sans retard à l'expiration du délai prévu par la mise en demeure . Les règles propres aux contrats synallagmatiques Dans les contrats synallagmatiques. le principe de l'exécution est nature est limité par la règle selon laquelle en principe. mais fait obstacle à ce qu'il autorise la victime à se substituer à L'Etat pour procéder à l'exécution de la condamnation aux frais de celui-ci (arrêt de la Cour de cassation du 26 juin 1980).

l'entrepreneur qui ne peut exécuter son marché en raison d'un cas fortuit sera privé de rémunération. c'est une notion inutile. Elle signifie que si le débiteur de l'obligation de délivrance (ex.Cette nature particulière des contrats synallagmatiques entraîne l'application de 3 principes en cas d'inexécution de ces contrats. 2. 94 . D'un point de vue conceptuel donc. ces règles sont traduites dans deux adages latins qui créent des confusions : 1. outre les sanctions de droit commun : a. Souvent. elle est libérée (au moins temporairement) de cette obligation (effet libératoire de la force majeure23). c. bien que libéré. selon lequel la 23 Celui-ci résulte de (1) l'impossibilité d'exécution en nature et (2) de l'absence de faute du débiteur. le créancier de cette obligation (ex. On dit souvent que le cas de force majeure doit non seulement être insurmontable mais aussi imprévisible. res perit creditori. la théorie des risques dans les contrats synallagmatiques . il devra quand même payer le prix) : ici. En réalité. le contrat est suspendu. vendeur) ne peut exécuter cette obligation en raison d'un cas de force majeure. Ex. c'est le débiteur de l'obligation impossible en raison du cas de force majeure qui supporte la charge économique de celui-ci. Ce n'est pas tout à fait vrai. Elle signifie qu'en raison de la libération réciproque des parties.B. qui exclut toute exécution par équivalent. si l'événement était prévisible. le contrat est dissout. Mais ce n'est pas toujours le cas. Res perit debitori : règle de droit commun (“la chose périt pour le débiteur” de l'obligation impossible à exécuter en nature en raison d'un cas de force majeure) qui. La force majeure se situe à la limite de l'obligation de diligence du débiteur. l'acheteur) ne sera pas pour autant délié de ses obligations (en cas de vente. b. le bailleur qui ne peut fournir la jouissance des lieux en raison de leur perte par cas fortuit sera privé du loyer . Cette règle est la conséquence de l'article 1138 du Code civil. alors que son cocontractant est libéré et que leurs obligations se trouvent dans un rapport étroit de connexité. l'absence de faute est le coeur même de la force majeure. a. L'inexécution non fautive des contrats synallagmatiques : la théorie des risques  PRINCIPES : • Lorsqu'une partie à un contrat synallagmatique se trouve dans l'impossibilité d'exécuter ses obligations suite à un cas de force majeure ou d'un cas fortuit. le débiteur est en faute. En effet. il ne sera pas payé. l'exception d'inexécution. Si l'impossibilité d'exécution est temporaire. • •  LES RÈGLES “RES PERIT DEBITORI” ET “RES PERIT DOMINO” OU “CREDITORI” : Malheureusement. Si l'impossibilité d'exécution est définitive. ne s'applique pas seulement aux obligations portant sur une chose (il peut aussi s'agir d'une prestation). il faut se référer au caractère exempt de faute. Res perit creditori ou domino : règle qui déroge à la première dans les contrats synallagmatiques translatifs de propriété. Le créancier de l'obligation inexécutée est également libéré (au moins temporairement). la résolution pour inexécution fautive . A vrai dire. N. dans la mesure où l'on ne peut admettre qu'il soit obligé de s'exécuter. en réalité.

(b) IMPOSSIBILITÉ TEMPORAIRE D'EXÉCUTION : Suspension du contrat. appliquer les mêmes règles qu'en cas de résolution pour inexécution fautive. (d) ABSENCE DE DOMMAGES-INTÉRÊTS À DÉFAUT DE FAUTE  RENVERSEMENT DE LA CHARGE DES RISQUES : • L'un des effets de la mise en demeure est de renverser la charge des risques. cette défaillance est alors sans lien de causalité avec l'événement de force majeure. Sur ce point. selon P. Tel est bien le cas dans les contrats successifs. – la règle “res perit debitori” ne s'appliquera pas. Depuis que le transfert de propriété s'opère solo consensu. • 95 . 1722 C. il est fait exception à ce principe et on applique le droit commun dans l'hypothèse où l'événement de force majeure se serait de toute façon produit avec les mêmes conséquences en l'absence de la défaillance ayant donné lieu à la mise en demeure. où le transfert de propriété ne se transférait pas solo consensu.  CONSÉQUENCES : (a) IMPOSSIBILITÉ DÉFINITIVE D'EXÉCUTION : Dissolution du contrat. On dit souvent qu'elle n'a lieu que pour l'avenir.). Historiquement. (c) PERTE PARTIELLE DE L'OBJET DU CONTRAT : Le créancier de l'obligation inexécutée pourra selon les circonstances demander la résolution du contrat ou demander une adaptation de ses obligations en conséquence (art. Mais la règle est contestable et connaît de fréquentes dérogations en cas de contrats instantanés. En effet. l'adage Res perit domino traduit aussi cette idée. sauf clause contraire. il faut. de sorte que la partie qui a fait l'objet de la mise en demeure ne sera pas libérée .A.propriété de la chose et les risques y attachés se transfèrent solo consensu. La jurisprudence avait considéré que res perit emptori ou creditori parce que les exportateurs ne voulaient pas supporter les risques du voyage des provinces jusque Rome. civ. Foriers. dans les deux cas. Par conséquent. cette règle est toutefois issue du droit romain. la dissolution a le même fondement : l'interdépendance des obligations réciproques des parties. de sorte que le créancier de l'obligation de délivrance ne devra plus payer le prix de la chose. en cas de mise en demeure antérieure à la survenance du cas fortuit ou de force majeure. En effet. Toutefois. – le règle“res perit domino (ou creditori)” ne s'appliquera pas .

b. L'inexécution fautive des contrats synallagmatiques 

L'ARTICLE 1184 DU CODE CIVIL ET LA RÉSOLUTION POUR INEXÉCUTION FAUTIVE : (a) PRINCIPES :  Selon l'article 1184, “La condition résolutoire est toujours sous-entendue dans les contrats synallagmatiques, pour le cas où l'une des deux parties ne satisfera point à son engagement. Dans ce cas, le contrat n'est point résolu de plein droit. La partie envers laquelle l'engagement n'a point été exécuté, a le choix de forcer l'autre à l'exécution de la convention lorsqu'elle est possible, ou d'en demander la résolution avec dommages et intérêts. La résolution doit être demandée en justice, et il peut être accordé au défendeur un délai selon les circonstances”.  Cette disposition ouvre une option au profit du créancier de l'obligation inexécutée : – soit poursuivre l'exécution forcée en nature, si elle est possible, et le cas échéant demander le remplacement judiciaire, sans préjudice de dommages et intérêts complémentaires ; – soit poursuivre la résolution du contrat (le maintien de ses obligations n'étant plus justifié en raison de l'inexécution des obligations de l'autre) et le cas échéant demander des dommages-intérêts complémentaires (couvrant le dommage éventuel non réparé par les restitutions découlant de la résolution). C'est le “pacte commissoire tacite”.  En principe, l'art. 1184 C. civ. s'applique à tous les contrats synallagmatiques, même innommés, et notamment aux contrats de travail. Toutefois... – Traditionnellement, des doutes ont été émis quant à son application à la transaction. La Cour de cassation a tranché la question en faveur de l'application de l'article 1184 à la transaction. – L'application de l'article 1184 à l'emphytéose est controversée en raison de la nature spéciale de ce contrat et des sanctions spécifiques prévues par la loi de 1824. – L'application de l'article 1184 aux contrats aléatoires (ex. contrat d'assurance, bail à nourriture) est également controversée, certains auteurs
considérant qu'il faut appliquer l'article 1978 C. civ. prévu en matière de rente viagère24. Ils considèrent en effet que la résolution avec effet rétroactif serait incompatible avec la nature aléatoire du contrat, puisqu'il serait impossible de supprimer rétroactivement les bonnes ou mauvaises chances courues par les parties. Toutefois, à la supposer exacte, cette analyse ne pourrait être retenue qu'à l'égard des contrats aléatoires à prestations successives.

  

Selon P.A. Foriers, rien n'empêche d'appliquer l'article 1184 aux contrats aléatoires, seulement, il faudra le cas échéant tenir compte de leur caractère successif. – L'article 1184 ne s'applique pas au partage. En revanche, l'article 1184 ne s'applique pas aux contrats unilatéraux. Toutefois, il existe une controverse quant à son application au prêt à intérêt, vu que celui-ci n'est uniléral que parce qu'il est réel. L'application de l'article 1184 aux contrats synallagmatiques imparfaits est controversée. L'article 1184 n'est ni d'ordre public, ni impératif. Les parties peuvent donc y déroger, soit pour supprimer l'action en résolution, soit pour supprimer le recours au juge (pacte commissoire exprès).
Art. 1978 C. civ. : “Le seul défaut de payement des arrérages de la rente n'autorise point celui en faveur de qui elle est constituée, à demander le remboursement du capital, ou à rentrer dans le fonds par lui aliéné; il n'a que le droit de saisir et de faire vendre les biens de son débiteur, et de faire ordonner ou consentir, sur le produit de la vente, l'emploi d'une somme suffisante pour le service des arrérages”.

24

96

(b) MISE EN OEUVRE DE L'ARTICLE 1184 C. CIV. (i) L'option appartient au créancier de l'obligation inexécutée : En principe, le créancier, et lui seul, peut choisir entre l'exécution forcée et la résolution, et ce choix ne peut lui être imposé par le débiteur ou le juge. Le débiteur ne pourrait agir en résolution que si l'autre a lui-même fautivement manqué à ses obligations. Dans ce cas, il pourrait y avoir résolution aux torts réciproques des parties. (ii) L'option et sa mise en oeuvre : l'intervention du juge : En principe, le créancier, et lui seul, peut choisir entre l'exécution forcée et la résolution de la convention. Toutefois, le juge peut intervenir dans trois séries de cas :

“A L'IMPOSSIBLE, NUL N'EST TENU” :

L'article 1184 ne permet de poursuivre l'exécution forcée que si elle est possible. Si en revanche l'exécution en nature est impossible, seule la résolution sera en principe possible, si le manquement est suffisamment grave (voir ci-dessous). Tout au plus, le créancier pourra-t-il poursuivre l'exécution forcée par équivalent.

DÉLAI DE GRÂCE :

Le résolution est une mesure grave. C'est pourquoi, l'article 1184 impose l'intervention du juge pour lui prononcer et lui permet de donner un délai au débiteur pour s'exécuter. Le pouvoir du juge est ici plus large qu'en matière de délai de grâce en général. Le débiteur ne doit pas nécessairement être “malheureux et de bonne foi”.

L'ABUS DE DROIT :

1°/ Gravité du manquement : Selon une jurisprudence ancienne, le juge doit vérifier si le manquement invoqué est suffisamment grave pour justifier la résolution (principe de proportionnalité) (application de la théorie de l'abus de droit : le juge vérifie si le demandeur a un intérêt suffisant). On constate une certaine réticence des juges à l'égard de la résolution, vue comme une mesure grave. La gravité du manquement ne doit pas s'apprécier in abstracto en fonction de la disposition violée, mais in concreto en fonction des conséquences de cette violation et notamment du dommage causé. Ex. la conclusion d'une sous-location partielle en violation
flagrante d'une clause d'interdiction peut-elle justifier la résolution du bail, alors qu'a priori, on ne voit pas quel préjudice en résulterait pour le bailleur? Selon P.A. Foriers, il faut que le demandeur ait

subi au moins un dommage minime pour que la résolution puisse lui être accordée. Abus de l'exercice du droit de poursuivre l'exécution forcée : De même, l'exercice du droit de poursuivre l'exécution forcée et non la résolution peut être abusif.
Ex. la Cour de cassation a admis qu'un bailleur puisse, dans certaines circonstances, abuser de son droit de poursuivre l'exécution du bail jusqu'à son terme (alors que, par exemple, lui n'aurait pas de difficultés pour trouver un autre locataire, tandis que le locataire aurait des difficultés financières et aurait proposé une résiliation amiable à des conditions raisonnables).

2°/

97

(iii) Nécessité d'une mise en demeure préalable : Le créancier de l'obligation inexécutée doit mettre son débiteur en demeure avant de demander la résolution du contrat. Toutefois, – la mise en demeure n'est pas nécessaire si l'exécution de l'obligation a cessé d'être utile pour le créancier ; – la citation introductive vaut mise en demeure, ce qui vide en réalité l'exigence d'une mise en demeure préalable de son contenu. (c) LA DISPENSE DE RECOURIR AU JUGE : (i) L'anticipation sur la résolution judiciaire : • Même si l'article 1184 C. civ. impose de recourir au juge pour prononcer la résolution du contrat, la jurisprudence admet depuis longtemps que dans certains cas de manquements particulièrement graves, la victime de ce manquement puisse notifier ellemême la résolution pour, le cas échéant, conclure avec un tiers un contrat de remplacement.
Cette jurisprudence est liée à la jurisprudence permettant à la victime d'un manquement contractuel d'anticiper sur la résolution judiciaire. Mais conceptuellement, les deux hypothèses sont distinctes puisque le remplacement est une forme d'exécution en nature qui exclut donc la résolution.

• • • •

La doctrine justifie cette solution par la considération que si le recours au juge est imposé, c'est dans le but de lui permettre de donner un délai de grâce au débiteur. Cela n'a donc pas de sens si un délai de grâce serait inconcevable Parfois, l'usage permet le remplacement en cas de manquement grave (ex. en matière commerciale). En dehors de tout usage, le créancier peut à ses risques et périls provoquer la résolution en cas de manquement patent, dans tous les cas où un délai de grâce serait inconcevable ou sans objet, donc chaque fois que l'intervention du juge n'aurait pas de sens. Telle est la tendance actuelle de la jurisprudence.
Ex. :

• •

✗ urgence ✗ impossibilité d'exécution ✗ perte de confiance réciproque empêchant objectivement l'exécution ✗ disparition de l'intérêt du créancier dans l'exécution de l'obligation après le terme convenu Parfois, l'obligation qu'a la victime du manquement de réduire son dommage l'oblige même de cesser la relation contractuelle. Cette jurisprudence relative à l'anticipation sur la résolution judiciaire a vocation à s'appliquer à tous les contrats synallagmatiques. La Cour de cassation a consacré cette tendance jurisprudentielle dans un arrêt du 2 mai 2002, toutefois dans des termes étranges. En effet, il fonde la nécessité de recourir au juge pour prononcer la résolution sur la sécurité juridique et l'équité (!) et ne précise pas dans quelles conditions une anticipation sur la résolution judiciaire peut intervenir. (ii) Le pacte commissoire exprès :

• •

Normalement, rien n'empêche les parties de déroger à l'article 1184 du Code civil en supprimant le recours au juge en cas de survenance d'un manquement qu'elles précisent. Une telle clause s'appelle “pacte commissoire exprès”. Toutefois, la loi s'oppose parfois à une telle clause (ex. art. 1762 bis C. civ. qui interdit les clauses résolutoires expresses en matière de bail).

98

 L'EXCEPTION D'INEXÉCUTION (EXCEPTIO NON ADIMPLETI CONTRACTUS) : (a) NOTION :  L'exception d'inexécution est un principe général de droit qui s'applique à tous les contrats synallagmatiques. il se bornera à constater la résolution. simple et efficace. en cas de défaut total de délivrance dans le délai conventionnel). INEXÉCUTION CONSOMMÉE : En principe. Dans ce cas. S'il estime que le manquement est établi. il lui suffit de faire connaître sa volonté de résoudre la contrat. le contrat se borne en réalité à reproduire l'article 1184 C. – En principe. le créancier victime du manquement ne doit pas recourir au juge pour résoudre le contrat. sauf dans des cas exceptionnels (ex.  2. l'acheteur ne pourrait refuser de payer le prix au motif que le vendeur n'aurait pas encore exécuté son obligation de délivrance. et même aux situations synallagmatiques25. – Le créancier peut donc y renoncer pour poursuivre l'exécution forcée. Elle résulte de la nature même du contrat synallagmatique. ✗ Les parties peuvent prévoir que le contrat sera résolu de plein droit en cas de manquement à telle ou telle obligation précisée. ce principe connaît des exceptions et est appelé à évoluer. civ. Quelle que soit sa formulation. Toutefois. 25 Résultant par exemple de l'annulation d'un contrat synallagmatique entraînant des restitutions réciproques. ✗ Les parties peuvent prévoir que le contrat sera résolu de plein droit et sans mise en demeure préalable dans telle ou telle hypothèse. le pacte commissoire exprès demeure en principe une sanction d'un manquement contractuel.• • Les pactes commissoires exprès peuvent présenter des degrés divers. Le juge considérera que tel est le cas si le pacte n'est pas assez précis. le juge se bornera à vérifier l'existence du manquement. Ex. Dans ce cas. (d) LES EFFETS DE LA RÉSOLUTION : voir plus loin.. qui en règle s'exécutent trait pour trait. si un contrat de vente prévoit que la paiement doit s'effectuer avant la livraison. dans les ventes commerciales de marchandises à fluctuations rapides de prix. sans devoir la prononcer. Il doit mettre son débiteur en demeure et si le manquement persiste. 99 . et ne pourra pas accorder de délai de grâce. même s'il n'est consacré par aucun texte général. c'est le droit commun qui s'applique. tel que celui-ci a été défini dans le contrat. la partie en tort ne pourrait se prévaloir de sa propre faute pour provoquer la résolution. (b) CONDITIONS D'APPLICATION : 1. la défaillance doit être consommée et l'exceptio timoris (exception sur base de la crainte de la défaillance future de l'autre partie) est rejetée. Dans ce cas. Elle constitue une arme rapide. EXÉCUTION TRAIT POUR TRAIT : L'exception d'inexécution suppose que les obligations des parties doivent s'exécuter trait pour trait et que les parties n'aient pas modifié leur ordre d'exigibilité. ce qui a pour conséquence que. ✗ Parfois.. Le débiteur peut saisir le juge pour contester le fondement de la résolution. Elle permet à une partie de suspendre l'exécution de ses obligations jusqu'à ce que l'autre s'exécute.

Tel est le cas de l'article 1655 C.on craint pour les intérêts du vendeur). en matière de garantie d'éviction. doit justifier le paiement ou le fait qui a produit l'extinction de son obligation”. doit être à la mesure du manquement Ex. Certains considèrent que c'est celui qui exige le paiement qui devrait prouver qu'il ne pouvait y avoir exception d'inexécution26. Foriers. même si le trouble doit être actuel. un simple risque d'inexécution ne suffit pas. on admet que l'acheteur puisse mettre en oeuvre la garantie d'éviction s'il a de justes craintes d'être troublé.– Ainsi. civ. PRINCIPE DE L'EXÉCUTION DE BONNE FOI : L'exception d'inexécution (proportionnalité). on acceptera que l'on puisse se prévaloir de l'exception d'inexécution en cas de justes craintes d'inexécution. Il s'agit d'une application de l'adage Reus in excipiendo fit actor et de l'article 1315. Selon P. 4. Mais ce n'est pas la solution généralement acceptée par la Cour de cassation. Ex. Toutefois. Une partie qui s'est vu opposer l'exception d'inexécution ne peut elle-même opposer à son tour l'exception d'inexécution. Or.. certains textes dérogent à ce principe. Sous l'influence des textes internationaux notamment. civ. même si en raison d'un délai il n'est pas actuel. Il est le suivant : dans les contrats synallagmatiques. la doctrine et la jurisprudence ne sont pas toujours convaincus par cette solution. Il doit donc prouver qu'il a exécuté celle-ci.A. en matière de vente (résolution de la vente d'un immeuble en cas de crainte de non-paiement . un locataire n'a pas le droit de retenir tout le loyer parce que le bailleur n'a pas remplacé quatre tuiles qui percent. en principe c'est à celui qui soulève l'exception d'inexécution qu'il incombe de prouver que l'autre partie ne s'est pas exécutée et que les obligations sont réciproques. Ex. convetion de Vienne sur la vente internationale des marchandises. civ. (c) LA CHARGE DE LA PREUVE :   Qui doit prouver le manquement ou l'absence de manquement? Cette question n'est pas claire. le maître de l'ouvrage ne peut pas se plaindre d'un retard si c'est lui-même qui n'a pas remis les plans. le créancier qui poursuit son débiteur en exécution de son obligation doit avoir exécuté sa propre obligation. Selon deux arrêts de la Cour de cassation de 1947 et 1949. 3. 2 C. il faut s'entendre sur ce qu'est un manquement acquis. le débiteur dit qu'il ne s'exécutera pas à la date prévue mais plus tard. ABSENCE DE RENONCIATION À L'EXCEPTION : Les parties peuvent conventionnellement exclure l'exception d'inexécution. Il va de soi que ne pourrait invoquer l'exception d'inexécution la partie qui a en réalité été à l'origine du manquement. En revanche.  26 100 . Ex. – – Même si on adopte une conception traditionnelle. nous sommes en train d'assister à une évolution. et il est probable que dans quelques années. D'autre part. Leur raisonnement se fonde aussi sur l'article 1315 al. en vertu duquel “Celui qui se prétend libéré. al. les obligations doivent s'exécuter trait pour trait dans leur ordre d'exigibilité. – Des textes internationaux prévoient des hypothèses où l'exception d'inexécution peut être opposée en cas de crainte d'un manquement. l'exception d'inexécution peut être invoquée à chaque fois que le manquement apparaît comme certain. Il se peut qu'in specie le créancier de l'obligation inexécutée y ait renoncé. 2 C.

Elle est même allée plus loin en 1973. Si le privilège n'a pas été inscrit (ce qui est fréquent. l'exception d'inexécution peut se transformer de mesure temporaire en une espèce de mesure de garantie. L'exception d'inexécution que le débiteur aurait pu opposer au créancier cédant peut être opposée au cessionnaire d'une créance (voir plus bas). (ii) A l'égard des tiers : • • Dans une certaine mesure et à certaines conditions. l'exception d'inexécution a des effets à l'égard des tiers. le vendeur ne pourra pas récupérer l'immeuble. lorsqu'elle a décidé que le bénéfice de l'exception d'inexécution demeurait acquis même s'il résultait de la faillite du débiteur que l'inexécution de ses obligations revêtait un caractère définitif. • En matière de meubles.(d) EFFETS DE L'EXCEPTION : (i) Entre parties : L'exception d'inexécution permet la suspension des obligations de celui qui s'en prévaut. Le problème de base qui se pose est celui de savoir dans quelle mesure des sanctions contractuelles peuvent être opposées aux tiers. refuser d'exécuter cette obligation en vertu de sa qualité de créancier d'une obligation inexécutée liée à la chose même. peut. • 4. 101 . Certains se sont demandé si cela n'était pas contraire au principe “Pas de privilège sans texte”. l'opposabilité est liée à l'inscription du privilège à la conservation des hypothèques. en retenant la chose. et il s'ensuit que pour rendre l'exception d'inexécution opposable. mais la Cour de cassation a écarté cette objection dès 1935. il peut refuser la livraison du bien et échapper ainsi au concours. Nous prendrons l'exemple d'un vendeur n'a pas été payé. qualité dont elle est titulaire à l'encontre de la personne qui réclame la livraison de la chose. Notion  Il s'agit du droit en vertu duquel une personne. le vendeur peut introduire pendant un bref délai une pseudo-action en revendication. aussi longtemps que l'autre partie ne s'exécute pas. il n'y a pas d'action en revendication. En cas de vente à terme. le vendeur faut être resté possesseur de la chose (car possession vaut titre). L'acheteur fait faillite. en cas de vente au comptant. par contre. (e) CONVENTIONS DÉROGATOIRES : Elles sont licites. Le droit de rétention : principe applicable à tous les contrats susceptibles d'y donner ouverture a. obligée de livrer une chose à une autre personne. Le vendeur peut-il échapper au concours en opposant l'exception d'inexécution aux créanciers de l'acheteur? • S'il s'agit d'un immeuble. Ainsi. Si tel est le cas. car l'inscription limite la possibilité d'hypothéquer) et qu'il y a concours.

✗ connexité juridique prévue par la loi ex. – . 4. Mais le droit de rétention peut s'appliquer à d'autres types de contrats et porte nécessairement sur une chose. gage. Le droit de rétention se distingue de la compensation. : le cas des filatures. Ex.   b. Une partie donne de la laine à REJUNCTUM” la filature.. le garagiste retient la voiture qu'il a réparée jusqu'à paiement du prix) ou d'un rapport synallagmatique . 2. 1613. L'exception d'inexécution constitue un cas classique de droit de rétention. relatif à l'indemnité en cas d'expulsion du locataire qui a accepté une clause d'expulsion (le locataire peut rester dans les lieux tant qu'il n'a pas reçu l'indemnité). 102 . Van Ommeslaghe y voit l'expression d'un principe général de droit qui s'applique à toutes sortes de contrat. civ. chaque contrat est conclu après que le précédent soit exécuté. le droit de rétention ne peut pas s'exercer sur des marchandises relatives à un autre contrat que celui qui a été inexécuté . civ. ✗ On s'est demandé s'il y avait connexité juridique en cas de contrats successifs conclus dans une relation d'affaires. 1749 en matière de bail. Plusieurs dispositions du Code civil consacrent l'existence d'un droit de rétention 27. L'OBJET RETENU : objet corporel (mobilier ou immobiler) et aliénable. • L'on admet des cas de connexité juridique découlant d'un contrat : ✗ lien résultant d'un contrat synallagmatique (ex. 1948 concernant le droit de rétention jusqu'à paiement de ce qui est dû pour le dépôt. LIEN DE CONNEXITÉ ENTRE LA CRÉANCE DU RÉTENTEUR ET LA CHOSE RETENUE “DEBITUM CUM : c'est ici que commencent les discussions.. art. P.. effective et permanent. civ (droit de rétention lié aux impenses). qui lui rend des fils. il est unanimement admis que ce lien peut être objectif et matériel : – créance d'impense . Les parties procèdent par contrats successifs. tel est le cas dans l'exemple 2 . à certaines conditions. 867 C. mais quelle doit être l'intensité et quelle doit être la nature de ce lien? • En tout cas. 27 Il y a des textes qui se situent en dehors de tout mécanisme contractuel : article 570 C. Conditions d'application du droit de rétention 1. EXIGIBLE ET LIQUIDE impayée. Il s'agit d'une condition certaine. DÉTENTION DE LA CHOSE PAR LE RÉTENTEUR : détention réelle. – créance d'indemnité due au rétenteur ensuite d'un dommage que lui a causé la chose retenue . CRÉANCE CERTAINE. 1612 C. 3. la conclusion et l'exécution des différents contrats sont indépendants (juxtaposition de contrats) : dans ce cas. ou du moins. qui constitue une forme d'extinction des obligations et suppose des obligations réciproques fongibles. il convient de faire la distinction suivante : ✗ ou bien. Le droit de rétention et l'exception d'inexécution se confondent chaque fois que l'exception d'inexécution permet de ne pas délivrer une chose. dépôt. Certains textes constituent des applications de l'exception d'inexécution ou de mécanismes contractuels connus : art. (accession mobilière : la jurisprudence considère que l'artisan qui doit restituer une chose faite à partir d'une matière ne lui appartenant pas a un droit de rétention tant que sa main-d'oeuvre n'a pas été remboursée). droit de retenir la chose mise en gage jusqu'à paiement. La filature peut-elle retenir des fils relatifs au dernier contrat car l'autre partie n'exécute pas une obligation découlant d'un contrat antérieur? Selon le procureur général Krings.

En effet.. en dépit de la règle “pas de privilège sans texte”. 5.. Il aboutit donc à une impasse si son débiteur tombe en faillite. il est vrai que les effets externes des conventions sont opposables aux tiers. elles ne pourront pas l'opposer aux tiers. mais cela serait difficilement conciliable avec la règle “pas de privilège sans texte”. Il vaudrait donc mieux reconnaître un privilège au bénéfice du rétenteur. Toutefois. sous peine de perdre son droit (cf. l'ensemble des relations contractuelles procède. BONNE FOI DU RÉTENTEUR : comme dans l'exception d'inexécution. dans ces domaines. Cette clause sera-t-elle opposable aux tiers participant au concours? – Selon M. Une clause créant une connexité juridique entre des biens et des créances n'aura de valeur à l'égard des tiers que si l'on peut considérer que dans la réalité des faits. On se demande dès lors dans quelle mesure les parties peuvent créer une connexité. le droit de rétention crée une situation d'attente en ce sens que le rétenteur peut refuser d'exécuter son obligation de livraison ou de restitution de la chose tant que son cocontractant n'a pas exécuté ses obligations. Selon P. etc. d'un seul contrat (les contrats forment un tout indivisible) : dans ce cas. effective et permanente). le droit de rétention peut s'exercer sur toutes les marchandises en possession de la partie impayée. On applique souvent cette solution dans les contrats de travail à façon (filage de laine. les effets externes des contrats sont opposables aux tiers. Van Ommeslaghe. Il n'a plus qu'à espérer que le curateur trouve une solution. Mais si les parties créent une connexité artificielle dans le cadre d'opérations distinctes.✗ ou bien. mais ceux-ci pourront dire : cette connexité ne correspond pas à la réalité28. oui. même si ces commandes procèdent de rapports juridiques distincts. Le même problème se pose en cas de compensation. Le problème se pose en cas de faillite. Entretemps. pour autant qu'elles aient été conclues de bonne foi et non en fraude des droits des tiers. Van Ommeslaghe. condition de la rétention : détention réelle. • Dans quelle mesure les parties peuvent-elles créer conventionnellement une connexité artificielle entre certaines choses et certaines créances? Ex. maintenir la possession de la chose et ne peut la réaliser à son profit. il reste coincé avec les fils. Souvent. ces clauses sont licites et opposables aux tiers. Le rétenteur doit. En effet. 28 103 . ✗ ✗ Entre parties. donc concours. d'un point de vue économique. On part donc de l'idée d'un contrat cadre implicite. l'opposabilité du droit de rétention aux créanciers hypothécaires ou bénéficiant d'un privilège spécial est controversée. les clauses créant une connexité juridique sont valables.). – Cette thèse a été rejetée par la Cour de cassation. il arrive souvent que les rétenteurs réalisent quand même la chose à leur profit. il n'y a qu'un seul contrat. Les effets du droit de rétention • • • • • Entre parties. Réponse : impossible sauf si les dettes sont économiquement liées. Le droit de rétention est en principe opposable aux tiers. la chaise. en pratique. c. les usages justifieront le droit de rétention. Il peut y avoir compensation après concours en cas de connexité. : clause par laquelle les parties prévoient que toutes les marchandises se trouvant dans la possession du créancier seront affectées au paiement de ses créances et que l'ensemble des commandes sera censé former un tout indivisible. teinture de tissus.

 RÉSILIATION DE COMMUN ACCORD (ART. Ex.) : Tout contrat peut. de la loi relative au contrat de travail). LES CAUSES CONTRATS – – – DE SUSPENSION DES Exception d'inexécution et théorie des risques dans la contrats synallagmatiques Parfois. même lorsque la convetion résiliée est consensuelle. baux à ferme. suspension d'une police d'assurance à défaut de paiement de la prime dans telle et telle condition). La suspension peut résulter de clauses conventionnelles expresses (ex. la loi prévoit des causes spéciales de suspension (ex. 1134 AL. CIV. Parfois. la résiliation est soumise à certaines formes. La résiliation unilatérale ou bilatérale  NOTION : Il y a résiliation lorsque les parties mettent fin soit de commun accord soit unilatéralement à une convention en dehors de toute idée de manquement contractuel. B. 2 C. art. La résiliation opère ex nunc. Les divers modes de dissolution a. baux commerciaux. 104 . 26 et s. être résilié de commun accord.CHAPITRE 5 : LES MODES DE DISSOLUTION LES CAUSES DE SUSPENSION DES CONTRATS ET A. en principe. LES CAUSES CONTRATS DE DISSOLUTION DES 1.

chaque partie a un droit de résiliation unilatérale. ✗ Selon l'article 1794 C. civ. quoique l'ouvrage soit déjà commencé. en la subordonnant au respect d'un préavis déterminé ou en ne l'autorisant qu'à certaines échéances . Cette faculté tient à l'ordre public. Le client qui résilie le contrat doit couvrir son cocontractant – du travail fourni – le cas échant.. rien n'empêche de modaliser contractuellement la résiliation ex. les cas de résiliation unilatérale sont très nombreux. ✗ Le déposant peut en tout temps résilier le dépôt et reprendre sa chose même si un terme a été prévu (art. – etc. la résiliation unilatérale devrait être exceptionnelle. 2004 C. ✗ En matière de mandat. le prestataire n'y ayant normalement qu'un intérêt financier. en principe. sauf dans le mandat (cette règle s'explique par le caractère en principe gratuit du mandat). civ. le marché à forfait. d'ailleurs. RÉSILIATION UNILATÉRALE : En principe. de tous ses travaux. (b) LA RÉSILIATION UNILATÉRALE DES CONTRATS DE SERVICES : • Plusieurs dispositions prévoient un droit de résiliation unilatérale au profit du client des prestations. (d) CLAUSES AUTORISANT LA RÉSILIATION : Rien n'empêche les parties d'organiser conventionnellement la résiliation de leur convention. C'est pourquoi. “Le maître peut résilier. 1944 C. On peut donc se demander si le principe de la convention-loi n'est pas à la mesure de l'intérêt que les parties ont à l'exécution du contrat. mandat et dépôt. (a) LA RÉSILIATION UNILATÉRALE DU CONTRAT À DURÉE INDÉTERMINÉE : • • • Dans ces contrats. – droit des parties de résilier un contrat de travail . Elle est liée à la prohibition des engagements perprétuels. Cependant. par sa seule volonté.). l'on considère que le mandant ne peut révoquer un mandat d'intérêt commun. de ses frais (damnum emergens) – et de son manque à gagner (lucrum cessans). intérêt à l'exécution en nature du contrat. moyennant le respect d'un préavis raisonnable (sauf motif grave). vu qu'elle déroge au principe de la convention-loi. Toutefois. même si cela n'est prévu par aucun texte légal. et de tout ce qu'il aurait pu gagner dans cette entreprise”. civ. 105 . statistiquement. seul le client a. Mais ces clauses ne pourraient pas supprimer le droit de résiliation. il est constant que le mandant peut révoquer le mandat (art. • • • (c) AUTRES CAS DE RÉSILIATION UNILATÉRALE : Divers autres textes organisent des droits de résilation unilatérale : – droit de renonciation du mandataire . – droit du prêteur de reprendre la chose donnée en commodat en cas de besoin urgent . en matière de marché à forfait. en dédommageant l'entrepreneur de toutes ses dépenses.). Ces dispositions s'expliquent par le fait que dans les contrats de services.

En réalité. chaque partie a le droit de mettre fin à la convention pour motif grave. Si le motif grave est aussi un manquement contractuel. Elle est parfois subordonnée au respect d'un préavis ou au paiement d'une indemnité. En effet. La résolution opère en règle avec effet rétroactif. le contrat doit donc prendre fin. • Il faut plutôt considérer que le contrat est frappé de caducité suite à la perte de sa cause subjective entraînant une impossibilité d'exécution. il ne s'agit pas d'une résiliation) : • En réalité. C'est un des rares cas où le perte de la cause entraîne une impossibilité d'exécution. cette cause de dissolution ne s'analyse pas une résiliation. (f) LA RÉSILIATION DES CONTRATS INTUITU PERSONAE EN CAS DE DÉCÈS. laquelle ne saurait. La même idée de motif grave se retouve dans la loi sur les baux à ferme comme motif justifiant le non renouvellement du bail. menaces ne constituant pas de véritables manquements au contrat). le principe est écarté pour les contrats à prestations successives lorsqu'ils sont divisibles (voir ci-après). il s'agit d'une notion plus large qui vise tous les cas où en raison d'un fait imputable à une des parties la poursuite de la relation contractuelle s'avère impossible (ex.La résolution  PRINCIPES : • La résolution résulte techniquement ✗ soit de l'effet d'une condition résolutoire ✗ soit de l'effet d'un pacte commissoire (art. civ. Tel est le cas en matière de contrat de travail et de contrat d'agence commerciale. Si elle ne peut plus exécuter ses obligations personnelles en raison de son décès ou d'une cause d'incapacité. • On assimile souvent le motif grave au manquement grave.  LES EFFETS DE LA RÉSILIATION : • • La résiliation opère pour l'avenir : ex nunc. 1184 C. mais procède d'une impossibilité d'exécution. Toutefois. le contrat intuitu personae doit être exécutée personnellement par la partie choisie en raison de ses qualités personnelles. il s'agit d'une anticipation sur la résolution judiciaire. infraction pénale grave étrangère à l'exécution du contrat. ou pacte commissoire exprès). • 106 . • La résiliation est donc justifiée par une impossibilité d'exécution. injures.(e) RÉSILIATION POUR MOTIF GRAVE DES CONTRATS INTUITU PERSONAE OU (dans certains cas. suivant la Cour de cassation. recevoir la qualification de clause pénale (= clause fixant forfaitairement les dommages-intérêts résultant d'un manquement contractuel) (il est donc impossible de la réduire). b. à la limite de la résiliation et de l'anticipation sur la résolution judiciaire) : IMPLIQUANT UNE COLLABORATION ÉTROITE • Dans beaucoup de contrats intuitu personae ou impliquant une collaboration étroite. FAILLITE OU INCAPACITÉ (en réalité.

DANS L'ESPACE CONTRACTUEL ET QUANT AUX PARTIES : (i) Etendue dans le temps :  ✗ ✗ GÉNÉRALITÉS : ✗ ✗ La résolution pour inexécution fautive opère en principe avec effet rétroactif. cela signifie que la cause objective de l'engagement de l'autre partie. la Cour de cassation considère en général que la date précise de la résolution ex nunc en matière de bail se situe à la date d'introduction de la demande. PRÉCISIONS QUANT À LA RÉSOLUTION JUDICIAIRE : (a) L'ÉTENDUE DE LA RÉSOLUTION DANS LE TEMPS. mais aussi dans les contrats à prestations successives comme le bail. On pourrait aussi expliquer cette rétroactivité par la volonté commune des parties de créer un rapport d'interdépendance entre leurs obligations réciproques. que les restitutions puissent être réalisées par équivalent. jusqu'au jour du manquement. si une partie commet un manquement justifiant le résolution du contrat. Traditionnellement. sortisse ses effets à ce moment. dans ce cas. non seulement dans les contrats instantanés.  ✗ CONTRATS À PRESTATIONS SUCCESSIVES : Ces principes connaissent une exception classique en matière de contrats à prestations successives (ex. la condition résolutoire doit être extrinsèque tandis que la résolution résultant d'un pacte commissoire est liée à un manquement. s'il est normal que la nullité d'un contrat. Ainsi que l'a dit X.A. la solution résulte de l'assimilation par les auteurs du Code civil du pacte commissoire tacite de l'article 1184 à la condition résolutoire de droit commun. 107 . et ce. ce qui pourrait 29 En effet. ne s'est pas réalisée. Il n'y aurait aucun sens à maintenir l'acompte payé en vue d'une livraison qui n'interviendra pas. Dieux. où l'on admet généralement que la résolution opère ex nunc. le contrat n'a de sens que s'il est pleinement exécuté. Ex. s'équilibreront le plus souvent. Il n'y aurait donc aucun sens à maintenir un début d'exécution. En d'autres termes. ✗ – Toutefois. Pour les parties. Ex. qui consistait en les prestations de son cocontractant. civ. En effet. par exemple pour fausse cause ou absence de cause au moment de la conclusion du contrat. puisque le contrat était affecté d'un vice fondamental. dans le bail. on explique cette exception par le fait qu' (1) il est impossible de restituer des prestations déjà accomplies (2) et qui. D'un point de vue littéral. le loyer versé correspondra à la jouissance des lieux aux yeux des parties et d'ailleurs cette jouissance ne pourrait pas être restituée en nature. Selon P. Et on ne voit pas pourquoi il faudrait réserver un sort différent au contrat selon que la cause était inexistante dès le départ ou ne s'est pas réalisée. Foriers. il est tout aussi naturel que la déception ultérieure de l'attente qui a déterminé le créancier à contracter conduise au dénouement du lien contractuel ab initio. Mais la pertinence de cet argument est discutable tant le pacte commissoire (exprès ou tacite) se distingue de la véritable condition résolutoire29. jusqu'au jour du manquement en tout cas. bail). ce raisonnement est inexact parce que (1) l'impossibilité de restituer en nature n'est pas en soi un obstacle à la résolution rétroactive puisque l'on admet classiquement. c'est l'idée de “cause” qui explique la rétroactivité de la résolution prononcée sur pied de l'article 1184 C. qui opère avec effet rétroactif.

Ce critère. a l'avantage de permettre d'éviter de discuter sur ce qu'est un contrat instantané ou un contrat à prestations successives. Ensuite. du jugement ou du moment où le locataire quitte les lieux? Si l'on veut être cohérent.. Ex. s'il est vrai qu'il y a équilibre des prestations en ce sens que les parties. C'est donc plus le caractère divisible ou indivisible du contrat qui importe. mais à la date du jugement prononçant la résolution.– donner lieu à des restitutions par équivalent30.A. En effet. de la citation. la date de l'introduction de la demande en résolution correspond effectivement au moment où la partie demanderesse en résolution – 30 La date précise de la résolution ex nunc en matière de bail est controversée. – (2) Enfin. ✗ La jurisprudence de la Cour de cassation confirme-t-elle cet analyses? Oui. Le contrat ne sera donc dissout que pour l'avenir. la résolution d'un contrat à prestations successives à la date du manquement justifiant la résolution. plus fondamentalement encore. pour un contrat d'entreprise (ex. construction d'une maison) . que son caractère instantané ou successif. la rétroactivité ne se justifie pas dans les contrats à prestations successives divisibles dans le temps. ✗ Comment expliquer rationnellement la dérogation à la rétroactivité? Il faut partir du fondement même de la rétroactivité. il n'y a pas nécessairement un équilibre objectif des prestations. . Ex. il est tout à fait possible de procéder à des restitutions par équivalent dans l'hypothèse d'une rente périodique ou de livraisons successives pendant un certain temps. Ex. A la lumière de ces idées. en règle. ont estimé que leurs prestations étaient équivalentes. il faudrait la fixer non à la date de l'introduction de la demande comme le fait la Cour de cassation. Foriers. mais en réalité il n'est nullement certain que le loyer équivaut exactement à la valeur locative objective des lieux loués. si le locataire est resté dans les lieux. La résolution ne devrait être rétroactive que si le manquement affecte l'économie de l'ensemble de la convention. dans l'exacte mesure où sa cause est affectée. vente avec paiement d'un acompte ou délai pour la délivrance ne s'exécute pas immédiatement . même si elle reste marquée de la tradition. En revanche.. – (1) Il est vrai qu'en règle. en principe. cette distinction n'est pas du tout claire puisqu'en réalité. la question de la possibilité ou de l'impossibilité de procéder à des restitutions en nature est indépendante du caractère instantanté ou successif du contrat. la Cour de cassation ne fait pas remonter. outre qu'il est exact. Faut-il la fixer au moment du manquement. le loyer équivaut à la jouissance du locataire en raison de la seule volonté des parties. – Il est vrai aussi qu'elle paraît attacher quelque importance à la possibilité de procéder à des restitutions en nature puisqu'elle décide que – (2) la date de la résolution peut remonter à une date antérieure “lorsqu'aucune prestation de nature à être restituée n'avait plus été effectuée dès ce moment” (ex. En effet. 108 . Mais (1) en général. il en est de même. Elle dépend en réalité de la nature de l'obligation en cause. mais à la date d'introduction de la demande. en concluant le contrat. la rétroactivité ne se justifierait pas si le manquement ne remet pas en cause l'équilibre des prestations effectuées dans le passé. voire à la date de son exécution. selon P. le locataire a continué d'occuper les lieux après l'introduction de la demande). leur inexécution poue le futur n'affecte normalement pas l'équilibre contractuel pour le passé. beaucoup de contrats dits instantanés ne s'exécutent pas immédiatement. qui se base sur l'idée de cause objective ou d'indivisibilité de la convention dans son économie voulue par les parties (voir ci-dessus). la résolution peut sortir ses effets à la date où le locataire a arrêté de payer le loyer et a quitté les lieux) – (3) la date de la résolution peut remonter à une date postérieure lorsque des prestations effectuées en exécution de la convention après l'introduction de la demande ne sont pas susceptibles d'être restituées en nature (ex.

toutes les clauses qui organisent la résolution. Cette solution n'est donc pas applicable à tous les contrats multipartites. Foriers. Toutefois.. y aura-t-il résolution de toute la société ou seulement à l'égard de l'associé défaillant? C'est une question obscure car peu analysée par la doctrine.A. n'est-il pas commode de maintenir le bail jusqu'à son départ ou jusqu'au prononcé de la résolution et donc de le condamner au loyer. ces clauses sont divisibles du “coeur” du contrat résolu. ✗ Ensuite. Cet arrêt a en effet cassé une décision qui avait prononcé la résolution ex nunc d'un contrat d'entreprise portant sur des travaux d'aménagement dont seulement 51 % avaient été effectués (ce qui avait pour conséquence que ces travaux devaient être payés au prix prévu par la convention). sinon par équivalent. Selon P. dans l'esprit des parties et par leur nature. il se déduit d'un arrêt de la Cour de cassation de 1996 que la simple circonstance que la construction d'un ouvrage s'effectue de manière successive n'implique pas qu'il soit dérogé à la règle de la rétroactivité. l'exécution du contrat a été stoppée. (ii) Etendue de la résolution dans l'”espace contractuel” : La doctrine classique affirme que la résolution s'étend à la totalité du contrat. ✗ Tout d'abord. les parties pourraient convenir d'une résolution limitée ne valant qu'à l'égard de la partie en faute. – les clauses de droit applicable . il est vrai que cette solution semble commode (si le locataire a continué d'occuper les lieux. (2) Si dès avant la demande. il n'est pas illogique de faire remonter la date de la résolution à ce moment puisque le contrat n'était plus exécuté de manière satisfactoire. (b) LES RESTITUTIONS : Les restitutions découlant de la résolution s'effectuent si possible en nature. le contrat subsiste dans la mesure où il est générateur de dommages et intérêts. – les clauses pénales applicables en cas de résolution . certaines clauses subsistent à la résolution : – les clauses arbitrales ou d'élection de for . En effet. Tout d'abord. il faut examiner si l'exclusion de la partie en faute ne rend pas impossible l'exécution du contrat en cause ou ne bouleverse pas son économie. La question de l'indivisibilité du contrat ne se posait donc pas. Ensuite.– – manifeste sa volonté de ne plus poursuivre la relation contractuelle parce que l'équilibre en est rompu. – de manière générale. autrement dit. qui est par définition satisfactoire?). Par ailleurs. Cela s'explique par le fait que pour les auteurs du Code civil.le problème des contrats multiparties : Ex. le Code des sociétés semble dire que tout le contrat tombe si un associé est défaillant. ceci n'est pas tout à fait vrai. Toutefois. si un associé n'effectue pas ses apports etc. 109 . si le contrat est divisible quant à ses parties. La jurisprudence examinée ci-dessus concernait par ailleurs des contrats successifs manifestement divisibles (il s'agissait essentiellement de baux). les parties dans une société sont indispensables car il s'agit d'un contrat intuitu personae. (iii) Etendue quant aux parties . (3) Seuls les arrêts faisant remonter la résolution à une date postérieure à l'introduction de la demande en raison d'une impossibilité de restitution en nature sont plus difficiles à justifier et semblent empreints de la tradition.

Distinguer – de la caducité . Elle se rapproche de la nullité. Elle recouvre (1) la résolution pour inexécution fautive (ex.A. mais ses effets à l'égard de tiers (ex.La révocation des contrats La révocation est une cause de dissolution propre aux libéralités. révocation d'une donation entre époux). Mais cette question est controversée. civ.c. art. action paulienne). (b) NULLITÉ DU NEGOTIUM ET DE L'INSTRUMENTUM : La nullité de l'instrumentum qui ne répondrait pas à certaines formalités (ex. Les nullités textuelles sont prévues par un texte de loi. Toutefois. C. Toutefois.). 1674 et s. civ. elle peut donner lieu à une réadaptation du contrat qui fera obstacle à la nullité (cf. Foriers. e. 953 et 955 C. la dissolution opèrera donc ex nunc. qui n'affecte pas la validité de l'acte entre parties. d. f. mais dans les autres cas elle doit avoir lieu rétroactivement. Les nullités virtuelles résultent des travaux de la doctrine. Les nullités  NOTION : La nullité sanctionne les vices affectant la formation d'un contrat. cette dissolution opère pour l'avenir uniquement. révocation d'une donation pour inexécution des charges et art.La rescision La rescision est un mode exceptionnel de dissolution en cas de lésion (ex.). selon P. civ. 110 . civ.  LES CATÉGORIES DE NULLITÉS : (a) NULLITÉS TEXTUELLES ET VIRTUELLES : La reconnaissance d'une nullité ne suppose pas un texte exprès sanctionnant un vice grave particulier. – de l'inopposabilité. de la jurisprudence et de l'esprit de la loi. Selon De Page. art. 1167 C. art. cela est inexact et en réalité il faut appliquer les mêmes principes qu'en cas de résolution pour inexécution fautive.) et (2) la résiliation unilatérale ou bilatérale lorsqu'elle est permise (ex. Si le contrat est successif et divisible. acte authentique signé par un notaire incompétent) n'a en règle pas de conséquence sur la validité du negotium. 1681 et 1682 C. ce qui sera le plus souvent le cas. La théorie des risques La théorie des risques dans les contrats synallagmatiques peut conduire à la dissolution du contrat.

NULLITÉ ABSOLUE. nullité d'une société anonyme) . la nullité opère avec effet rétroactif. Depuis les travaux de De Page. qui sanctionnait des défauts graves à la formation du contrat (ex. – la propagation de l'idée que même si un contrat était inexistant. par l'effet d'une modification législative).). Si le contrat est nul. Parallèlement. En l'absence de disposition légale ou de clause conventionnelle réglant expressément la question. La nullité d'une clause n'entraîne pas nécessairement la nullité de toute la convention. – le principe est généralement écarté pour les contrats à prestations successives divisibles. – l'inexistence sanctionnait l'absence totale d'un élément essentiel à la formation d'un contrat (ex.(c) INEXISTENCE. – l'élargissement de la notion de nullité absolue.. la matière a été réorganisée. absence d'objet ou objet indéterminable). Aujourd'hui. Il en résulte quatre règles spécifiques : (1) Absence de confirmation positive de l'acte nul : Tout au plus les parties pourraient-elles procéder à la réfection ou à la réitération de l'acte nul. l'assureur peut opposer à la vitcime qui agit contre lui l'exception tirée de l'inexistence du contrat d'assurance) . il fallait quand même que le juge en prononce l'inexistence . le cas échéant. si la cause de nullité venait à exister (ex. – la nullité relative sanctionne les autres vices touchant la formation du contrat ainsi que les violations des règles impératives ne protégeant que des intérêts privés. clauses d'élection de for. subsister (clauses arbitrales. • • (b) NULLITÉ ABSOLUE : Les nullités absolues sanctionnent la violation de l'ordre public et des bonnes moeurs. absence totale de consentement ou d'objet) . – l'inexistence a pratiquement disparu en droit civil comme sanction d'un défaut affectant la formation du contrat (ex. • •  RÉGIME DES NULLITÉS : (a) GÉNÉRALITÉS : • En principe. 111 . on a assisté à – une large admission des nullités virtuelles . – la nullité absolue frappe les conventions qui violent des dispositions d'ordre public ou qui sont contraires à l'ordre public . Ce n'est que si elle est indivisible de la convention que celle-ci tombera dans son ensemble. il faut rechercher si dans l'intention des parties la clause est ou non indivisible de l'ensemble de la convention. le concept d'inexistence a été limité à certains cas limites. Assez rapidement. – la nullité relative sanctionnait en principe les simples vices affectant la formation du contrat (ex. Toutefois. vice de consentement). – des textes particuliers dérogent à ce principe (ex. – la nullité absolue sanctionnait en principe les conventions contraires à l'ordre public . certaines clauses pourraient.. NULLITÉ RELATIVE : • Jadis.

Le juge doit veiller à respecter les droits de la défense. 112 . civ. 1304 C. Comme toute renonciation.). La règle est la même qu'en matière de ratification. la confirmation peut être expresse ou tacite. • • • La confirmation suppose une volonté libre et non affectée d'un vice de consentement. et peut être invoquée pour la première fois devant la Cour de cassation..(2) La nullité absolue peut être demandée par toute personne justifiant d'un intérêt. civ. Le juge peut donc soulever la question de savoir s'il y a eu confirmation.). L'exécution d'un contrat nul ne peut donc valoir confirmation que s'il résulte des circonstances de l'espèce qu'elle est intervenue en connaissance de cause avec l'intention de confirmer. sous réserve des dispositions transitoires. (2) La nullité relative ne peut être invoquée que par la partie protégée. (1) La nullité relative peut être confirmée par la partie protégée : • • La partie protégée peut renoncer à invoquer la nullité = confirmer l'acte nul de nullité relative. Elle suppose que son auteur soit au courant du vice. La nullité découlant d'une violation d'un texte impératif ne pourra être confirmée que lorsque la protection légale sera acquise. La renonciation tacite doit donc être certaine. Elle suppose que son auteur ne soit plus sous l'emprise du vice. cette partie ne peut en règle confirmer la nullité que lorsqu'elle sera reconnue capable. Cette jurisprudence est conforme à celle qui autorise à invoquer devant pour la première fois devant le Cour de cassation une disposition impérative.. l'action en nullité absolue était soumise à la prescription trentenaire. alors que les nullités relatives se prescrivaient par dix ans (art. 3 C. (4) La nullité absolue était soumise à un régime spécial de prescription : A l'origine. Elle ne peut porter atteinte aux droit acquis par des tiers dans l'intervalle (art. mais elle ne peut se déduire que de faits ou d'actes ne permettant pas une autre interprétation. Mais un arrêt de la Cour de cassation de 2005 oblige le juge à rechercher d'office les règles de droit nécessaires à la résolution du litige. (3) La nullité absolue doit être prononcée d'office. (3) La nullité relative ne peut être soulevée d'office par le juge. si la contrat est nul en raison de l'incapacité d'une des parties. (c) NULLITÉS RELATIVES : La nullité relative ne protège que des intérêts privés. Ex. mais cette différence a été supprimée (donc prescription décennale). 1338 al. • • La confirmation doit être prouvée par celui qui s'en prévaut. Il en découle trois principes essentiels.

Il arrive que des juges modifient la qualification d'un acte nul pour le sauver. le juge pourrait aussi renoncer à prononcer la nullité d'un acte et le convertir s'il constatait que cet acte correspond aux conditions de validité d'une autre opération licite et susceptible de répondre aux objectifs que les parties s'étaient fixés. La caducité des actes par disparition de leur cause ou de leur objet ou par la survenance d'une cause d'incapacité rendant leur exécution impossible La caducité est le mécanisme par lequel un contrat tombe . Ex. Tel est le cas – si une des parties avait anticipativement exécuté une de ses obligations. Dans ce cas il y aurait “réfection” et non simple renonciation à se prévaloir de la nullité. Les effets de la dissolution des contrats a. Ex. Elle opère en principe pour l'avenir (ex nunc). on a parfois admis la conversion d'une société commerciale nulle en raison de son objet désintéressé en ASBL (ce qui est peut-être contestable). 113 .(4) Particularités de la nullité d'un contrat faute d'objet ou d'objet déterminable : Il semble qu'un contrat nul faut d'objet ou d'objet déterminable ne puisse être confirmé parce qu'un nouvel accord des parties devrait intervenir quant à l'objet. (d) DEUX INSTITUTIONS QUI PERMETTENT DE SAUVER LA NULLITÉ : • LA CONVERSION DES ACTES NULS : On ne pourrait pas dire que la théorie de la conversion des actes nuls constitue un principe général de droit. Ces restitutions sont régies par le principe de l'enrichissement sans cause. Ex. une vente avec lésion de plus de 7/12èmes peut être sauvée si l'acheteur paie le prix complet. Dissolution ex nunc • • La dissolution ex nunc ne pose en principe pas de difficultés puisque le contrat ne prend fin que pour l'avenir. en principe de plein droit. – ou si la dissolution remontait à l'introduction de la demande. mais la jurisprudence en porte la marque dans certaines hypothèses classiques. à la suite de la disparition d'un élément qui était essentiel à sa formation et sans lequel il ne pourrait survivre. Un chèque ou un billet à ordre nuls en la forme peuvent valoir reconnaissance de dette. ce qui est le cas de la résolution pour inexécution fautive d'un contrat à prestations successives. comme un aval nul en la forme pourrait valoir comme cautionnement. • LA RÉGULARISATION DES ACTES NULS : Elle permet de sauver avec effet rétroactif un acte nul en le corrigeant. g. Toutefois. un acte authentique nul pour avoir été passé par un notaire incompétent territorialement peut valoir comme acte sous seing privé. Selon certains. elle peut impliquer certaines restitutions en nature ou par équivalent. 2.

La Cour de cassation. et notamment aux sous-acquéreurs. sinon par équivalent. Les restitutions se font si possible en nature. Dissolution ex tunc  PRINCIPE : • • • La dissolution rétroactive de la convention suppose que chaque partie doive restituer ce qu'elle a reçu en vertu de la convention. la résolution d'une vente ne porte pas atteinte aux baux conclus par l'acheteur avec des locataires de bonne foi. (f) LES ACTES D'ADMINISTRATION (TEMPÉRAMENT PROPRE À LA RÉSOLUTION) : La résolution ne porte pas atteinte aux actes d'administration. cours de contrats spéciaux à propos de la résolution de la vente. (c) IMPENSES : La théorie des impenses s'applique à la partie qui doit restituer une chose à laquelle elle a apporté une amélioration (remboursement du coût des travaux pour les impenses nécessaires.. la restitution doit être limitée aux choses et services qui ensuite du contrat ont été consommées ou dont une partie a bénéficié alors que l'autre partie n'en avait pas eu de contrepartie. les fruits ne se restituent pas. rien pour les impenses somptuaires ou voluptuaires). (d) SITUATION DES TIERS : SITUATION DES SOUS-ACQUÉREURS : La nullité et la résolution s'imposent aux tiers. considère à juste titre qu'en cas de restitution par équivalent..  TEMPÉRAMENTS À LA DISSOLUTION EX TUNC : (a) CAS OÙ LES RÉPÉTITIONS PEUVENT (TEMPÉRAMENT PROPRE À LA NULLITÉ) : – – ÊTRE REFUSÉES EN CAS DE NULLITÉ au titre de l'adage “In pari causa. Ex. civ. qui est réputé se compenser avec les fruits. faisant application de l'enrichissement sans cause. (b) LIMITES AUX RÉPÉTITIONS : En principe. et des règles particulières en matière immobilière découlant de la prescription acquisitive ou de la loi hypothécaire. (e) NULLITÉ RELATIVE À LA REPRÉSENTATION DES INCAPABLES : Application de l'article 1312 C. (g) LIMITES AUX EFFETS DE LA RÉSOLUTION À L'ÉGARD DES TIERS : V. ni l'intérêt du prix.” . La résolution d'un contrat d'architecture ne permet donc pas à l'architecte d'obtenir une allocation pour des plans que le maître de l'ouvrage n'a pas utilisés. 114 . de la plus-value plafonnée au coût pour les impenses utiles. sous réserve de l'application de l'article 2279 C.b. en guise de réparation en nature d'une culpa in contrahendo causée par la partie demanderesse en nullité qui aurait provoqué la conclusion d'un contrat nul. civ.

selon P. et ce en principe à la faveur d'une décision majoritaire.TITRE II – LES AUTRES ACTES JURIDIQUES CHAPITRE 1 : LES ACTES JURIDIQUES COLLECTIFS A. à vrai dire disparates. Ce processus décisionnel découle en général de dispositions légales particulières. Ex. Ces situations sont tellement disparates qu'il n'existe aucune théorie générale complète des actes collectifs. Parfois. Foriers. il résulte d'une convention (forme de “partijbeslissing”). NOTION  La notion d'actes juridiques collectifs regroupe des situations. 115 . Il en est ainsi pour les – décisions des assemblées générales des sociétés anonymes – décisions des assemblées générales d'obligataires    – décisions des assemblées des créanciers en matière de faillite et de concordat – conventions collectives de travail – etc.A. rien n'empêcherait de prévoir que des associés prennent des décisions à la majorité. dans lesquelles un groupe de personnes prend des décisions liant l'ensemble de celles-ci ou la personne morale aux organes desquelles elles participent.

comme c'est le cas.. – des mécanismes correcteurs sont nécessaires (abus de majorité.. Parfois. EFFETS  Les actes collectifs ne sortent pas nécessairement leurs effets de plein droit. en principe. En principe.). conventions collectives de travail : rendues obligatoires par arrêté royal). rien ne s'oppose à la transposition aux actes collectifs des principes relatifs aux contrat. ils nécessitent l'intervention d'une autorité.B. de minorité. soit d'une juridiction (ex. procédure concordataire).  116 . des décisions des assemblées générales des sociétés commerciales. soit d'une autorité administrative (ex. mais – cette transposition doit être opérée avec prudence compte tenu des particularités de ces actes .

CHAPITRE 2 : L'ENGAGEMENT PAR DÉCLARATION UNILATÉRALE DE VOLONTÉ – ACTES UNILATÉRAUX

A. NOTION
1. Position du problème
La question de savoir si, en dehors des cas expressément prévus par la loi, une personne peut s'engager par déclaration unilatérale de volonté, a été très controversée. Arguments : Les opposants disaient que... • L'engagement par déclaration unilatérale de volonté n'a pas été consacré par l'ancien droit et n'est pas prévu de manière générale par le Code civil. Mais les partisans répondaient que... • Et alors? Ce rejet reposait sur un présupposé doctrinal et n'impliquait nullement que de tels engagements n'aient pas existé ou aient été privés d'effet, spécialement dans le domaine commercial.

• •

Il faut protéger celui qui s'engage (on n'osera plus promettre quelque chose de peur d'être engagé). Il serait inconcevable qu'une personne devienne créancière à son insu. Pareil acte pourrait être révoqué unilatéralement, puisque c'est unilatéralement qu'il est né. Ce concept est inutile dans la mesure où les différents cas envisagés pourraient être expliqués différemment.

• •

• •

• •

Oui mais l'engagement implique évidemment une intention réelle de s'engager. Non, rien n'empêche qu'une personne acquière des droits à son insu. D'ailleurs c'est se qui se passe dans la stipulation pour autrui. Non, s'il est source d'obligations, il ne peut être révoqué unilatéralement sans conditions. Non, par exemple, les autres explications de la force obligatoire de l'offre sont artificielles.

En France, la jurisprudence et la doctrine sont prudentes quant à cette source. En Belgique, la doctrine commercialiste a constaté que beaucoup d'institutions commerciales ne pouvaient s'expliquer autrement (ex. souscription à une augmentation de capital d'une société anonyme, garantie à première demande, billet à ordre...).

117

M. Van Ryn estimait que de tels engagements étaient valables en cas d'adhésion à une institution préexistante (ex. souscription à une augmentation de capital, crédit documentaire, etc.). Ces discussions ont cessé depuis que la Cour de cassation (arrêt du 9 mai 1980) a reconnu l'engagement par déclaration unilatérale de volonté comme source d'obligations, sans qu'elle doive adhérer à une institution préexistante.

2. Engagement par déclaration unilatérale de volonté et acte unilatéral
L'engagement par déclaration unilatérale volonté constitue une variété d'acte unilatéral. L'acte unilatéral est une manifestation unilatérale de volonté entraînant des effets juridiques.
Ex. résiliation unilatérale, renonciation pure et simple : sont des actes unilatéraux mais non des engagements par déclaration unilatérale de volonté.

La validité des actes unilatéraux qui ne constituent pas des engagements par déclaration unilatérale de volonté a toujours été admise, même s'ils peuvent indirectement générer des obligations (ex. la résiliation unilatérale d'un contrat peut obliger au paiement d'une indemnité).

3. Cas d'application
Constituent des engagements par déclaration unilatérale de volonté, notamment : – l'offre – la garantie bancaire à première demande

– – –

l'engagement du banquier vis-à-vis du bénéficiaire d'un crédit documentaire irrévocable la promesse de récompense la souscription à une augmentation de capital d'une société anonyme.

Constituent des actes unilatéraux, la renonciation, la résilation unilatérale...

B. FORMATION – ACTES RECEPTICES ET NON RECEPTICES
 L'engagement unilatéral se forme en règle par la seule volonté de celui qui s'engage (principe du consensualisme). Toutefois, en pratique, un certain formalisme (engagements cambiaires) ou un certain littéralisme (crédit documentaire, garantie à première demande...) s'imposent souvent. On distingue... – Les actes unilatéraux réceptices, qui sont adressés à une personne déterminée et ne produisent leurs effets que pour autant que le destinataire en ait eu ou pu avoir connaissance (théorie de la réception) (ex. offre, souscription à une augmentation de capital). – Les actes unilatéraux non réceptices, qui concernent la généralité des sujets de droit et qui produisent leurs effets dès que la volonté s'est extériorisée (ex. promesse de récompense).

118

Du point de vue statique, la formation des actes unilatéraux est soumise mutatis mutandis au régime des conventions (vices de consentement, objet, cause, capacité). Toutefois, il faut tenir compte des particularités de l'acte unilatéral : – l'erreur sur la substance ne doit pas être commune (mais ce point est discutable) ; – le dol émanant d'un tiers est cause de nullité ; – en ce qui concerne la cause, on discute de la question de savoir si les mobiles déterminants de celui qui s'engage peuvent entrer en ligne de compte s'ils ne sont pas connus de l'autre partie ; – la théorie de la simulation est en principe inapplicable, puisque s'il y a un acte caché, il s'agit d'une réserve mentale.

C. INTERPRETATION
On applique le droit commun des contrats mutatis mutandis. Il faut se rappeler que si l'on peut tenir compte de la volonté implicite d'une partie, elle doit, d'une certaine manière, s'être extériorisée.

D. EFFETS
1. Irrévocabilité (condition de l'utilité)
L'acte est irrévocable dès qu'il a sorti ses effets, sauf exceptions légales ou réserve expresse d'un droit de résiliation moyennant certaines conditions. Différence entre les actes réceptices et non réceptices : voir ci-dessus. En vertu du droit commun, l'engagement à durée indéterminée peut être révoqué moyennant un préavis raisonnable. N.B. La révocabilité des testaments ne déroge pas à cette règle, le testament ne sortant ses effets qu'au décès du testateur.

2.Indivisibilité
Le bénéficiaire ne l'acte ne peut retirer de l'acte ce qui lui plaît et écarter ce qui ne lui plaît pas.

119

). DISSOLUTION En principe. civ. on semble considérer que sauf exception (ex. Toutefois. Cette exception se justifie-t-elle. CHAPITRE 3 : L'OBLIGATION NATURELLE (RENVOI) 120 . de ne pas faire ou de donner. qu'elles soient de faire. alors que par ailleurs le transfert de propriété opère solo consensu (ce qui est critiquable)? E. 4. testament).Effets quant aux obligations engendrées L'acte unilatéral peut avoir pour objet toutes sortes d'obligations. Actes non réceptices : la question est délicate. il ne saurait à lui seul avoir un effet translatif de droits réels (art. civ. 711 et 1138 C.3.Effets internes et effets externes Actes réceptices : application de l'article 1165 C. application mutatis mutandis du régime applicable aux contrats.

TITRE III CONTRATS – LES QUASI- A la différence des contrats. La gestion d'affaires peut intervenir – alieno nomine (au nom du maître) – non alieno nomine (pour le compte du maître mais au nom du gérant). Ils résultent d'une situation de déséquilibre de deux patrimoines qui apparaît comme injuste et anormale.     – – – recueillir un animal perdu . CHAPITRE 1 : LA GESTION D'AFFAIRES A. sans en avoir été chargée. Dispositions légales applicables : art. civ. Ils reposent tous sur l'idée d'enrichissement sans cause. en dehors de toute obligation légale ou conventionnelle. 121 . Le régime de la gestion d'affaires répond à un double souci : – indemniser celui qui rend un service indispensable . Ex. C. certains actes de sauvetage. NOTION  Il y a gestion d'affaires lorsqu'une personne (le gérant) accomplit de manière spontanée et volontaire dans l'intérêt et pour le compte d'une autre personne (le maître de l'affaire) un acte matériel ou juridique. mais parce que son intervention est nécessaire aux intérêts du maître de l'affaire. les quasi-contrats ne procèdent pas d'un accord de volontés. 1372 et s. faire procéder en l'absence prolongée du voisin à des travaux conservatoires à son immeuble endommagé par une tempête . – éviter les immixtions injustifiées ou intempestives dans les affaires d'autrui.

La gestion d'affaires s'applique donc assez fréquemment à des actes de sauvetage. – l'équipe médicale du service des urgences d'un hôpital. – l'hôpital qui reçoit des indigents . Ex. ABSENCE D'INTENTION LIBÉRALE DANS LE CHEF DU GÉRANT : La preuve de l'intention libérale incombe au maître de l'affaire. Conditions négatives 1. pour éviter un retard dans ses travaux. ABSENCE D'OPPOSITION OU DE DÉFENSE DE LA PART DU MAÎTRE DE L'AFFAIRE : Cette absence d'opposition n'implique pas un mandat tacite. ces frais n'ayant pas été exposés exclusivement dans l'intérêt d'autrui. procède au déplacement de canalisations électriques appartenant à une intercommunale ne gère pas l'affaire de cette dernière mais agit dans son propre intérêt . la volonté de gérer l'affaire d'autrui et non d'agir dans son propre intérêt. il y a gestion d'affaires si le but essentiel est de gérer les affaires d'autrui. ne font pas une gestion d'affaires : – le dépanneur qui agit sur ordre de la police . 2. – – l'entrepreneur qui.B. – le service des pompiers qui intervient dans sa commune pour éteindre un incendie . 2. même si le gérant y puise aussi un certain intérêt personnel. la concubine qui organise les funérailles de son concubin dans son propre intérêt. le curateur qui consent à des frais de chauffage et d'électricité dans un immeuble abritant un stock de marchandises qu'il était chargé de vendre. notamment lorsque le sauveteur a subi un préjudice. on admet assez généralement que l'article 422 du Code pénal (non assistance à personne en danger) ne constitue pas une norme assez précise pour écarter la gestion d'affaires. mais aussi dans l'intérêt de la masse. Elle peut d'ailleurs résulter de l'ignorance de l'acte de gestion. sans même faire mention du nom des enfants de ce dernier dans le faire-part.A. Conditions positives 1. LES CONDITIONS D'AFFAIRES 1. Foriers. La jurisprudence se montre stricte lorsque le gérant est mu par une intention mixte. 122 . jugé que ne gère pas l'affaire d'autrui. DE LA GESTION ABSENCE D'OBLIGATION LÉGALE OU CONVENTIONNELLE D'AGIR : Ex. Ex. INTENTION DE GÉRER L'AFFAIRE D'AUTRUI : La gestion implique une certaine bienveillance. Cependant. ne gère pas l'affaire des héritiers. Selon P. 3.

2. l'alinéa 2 permet au juge de modérer les dommages-intérêts compte tenu des circonstances qui ont conduit à la gestion d'affaires. jusqu'à ce que l'héritier ait pu prendre la direction”. civ. Le plus souvent. L'art. : apporter à la gestion tous les soins d'un bon père de famille. civ. Toutefois. La ratification du maître implique en principe reconnaissance de ce que les dépenses étaient utiles. civ. en matière de gestion d'affaires. 31 Il est intéressant de les comparer à celles du mandataire. mais ce n'est pas toujours le cas dans l'hypothèse de situations urgentes et graves. LES EFFETS DE LA GESTION D'AFFAIRES 1. on admet qu'il puisse être indemnisé du temps. Relations entre gérant et maître a. les règles applicables au mandataire. 1373 ajoute que le gérant “est obligé de continuer sa gestion. Elle tend à éviter des immixtions injustifiées dans les affaires d'autrui. LA GESTION D'AFFAIRES DOIT ÊTRE NÉCESSAIRE : Cette condition s'apprécie au moment de l'acte et non en fonction du succès de la gestion. 123 . et de l'achever jusqu'à ce que le propriétaire soit en état d'y pourvoir lui-même : il doit se charger également de toutes les dépendances de cette même affaire” (art. 1372 al. : mêmes obligations que celles du mandataire (bien exécuter sa gestion et rendre des comptes au maître). Obligations du gérant31 • • • Art. En fait. 1 C. Le gérant est tenu de “continuer la gestion qu'il a commencée. 1378 C. civ. Art. de la science et de l'habileté professionnelles qu'il a consacrées aux affaires d'autrui. 1372 al. Toutefois. et lui rembourser toutes les dépenses utiles ou nécessaires qu'il a faites. Obligations du maître de l'affaire • • • • Le maître doit couvrir les dépenses nécessaires ou utiles (cette condition s'apprécie au moment où la dépense est faite et non en fonction du succès de la gestion). l'indemniser de tous les engagements personnels qu'il a pris. En principe. : le maître dont l'affaire a été bien administrée doit remplir les engagements que le gérant a contractés en son nom (alieno nomine). 2 C.). le gérant n'a pas droit à une rémunération. C. cette condition implique que le maître de l'ouvrage soit dans l'impossibilité d'agir. encore que le maître vienne à mourir avant que l'affaire soit consommée. Art. 1374 al. b. 1 C. le Code civil a transposé.

124 . à condition que celui-ci ait ratifié ou que les conditions de la gestion d'affaires soient réunies. Relations entre le gérant. et ce. le maître et les tiers a. Gestion “non alieno nomine” Le gérant est tenu à l'égard de ses cocontractants et la ratification pourrait tout au plus donner lieu à un recours supplémentaire contre le mandant. b.2. Gestion “alieno nomine” Le gérant ne contracte aucune obligation personnelle et les tiers avec lesquels il contracte ne peuvent se retourner que contre le maître.

En effet. civ. 1235 et 1376 à 1381 C. le paiement volontaire par un tiers n'est pas indu s'il répond aux conditions de l'article 1236 C.. il ne peut agir contre le vrai débiteur. : “Tout paiement suppose une dette : ce qui a été payé sans être dû. L'ACCIPIENS DOIT NE PAS AVOIR DÉTRUIT SON TITRE (art. − PAIEMENT PAR ERREUR PAR UNE PERSONNE QUI N'EST PAS DÉBITRICE : Une personne qui a payé parce qu'elle pensait par erreur être débitrice peut agir contre le créancier. civ.) : Paiement d'une dette déjà payée / paiement excédentaire / paiement d'une obligation sous condition suspensive si la condition ne s'est pas réalisée / paiement en vertu d'un contrat par la suite annulé / . NOTION Art. − PAIEMENT À PERSONNE QUI N'EST PAS CRÉANCIÈRE : La dette existe mais est payée à la mauvaise personne.. UN PAIEMENT (exécution d'une obligation supposée). même dans l'ignorance de la prescription. 1235 C. Cette règle est interprétée largement. si l'accipiens a détruit son titre. mais non le paiement d'une dette prescrite. En effet. 1377 al. 3) C'est une règle d'équité. civ. Elle s'applique à – l'accipiens qui a libéré ses sûretés . Dispositions légales applicables : art. En revanche.CHAPITRE 2 : LE PAIEMENT DE L'INDU A. civ. 3. – l'accipiens qui a laissé prescrire son action contre le vrai débiteur à la suite du paiement indu . 2. est sujet à répétition”. LE PAIEMENT DOIT ÊTRE INDU : 3 cas de figures possibles : − ABSENCE DE TOUTE DETTE (art. B. 125 . CONDITIONS REQUISES 1. 1235 al. 1 C. pareil paiement aboutirait à enrichir injustement l'accipiens.

L'erreur inexcusable peut-elle être admise? Selon P. du caractère indu de celui-ci”. on se demande s'il a agi sous l'emprise de l'erreur ou s'il a souhaité régler la situation transactionnellement. lorsqu'un assureur responsabilité civile fait un paiement à la victime d'un accident en pensant que son assuré est responsable. 4. Pas tenu des intérêts et peut conserver les fruits. C. il n'est tenu que de sa faute. Principe L'accipiens doit restituer le paiement indu. Si la chose corporelle (mobilière ou immobilière) reçue en paiement a été détruite. En d'autres termes. Foriers. On assimile à l'erreur les autres vices de consentement qui altèrent la liberté du solvens (ex. Mais s'il était de mauvaise foi. ne peut plus exercer son recours contre le tireur. qu'il ait été de bonne ou de mauvaise foi. Accipiens de bonne foi • • • • Obligation de restituer dès qu'il s'aperçoit du paiement indu. l'auteur du paiement indu ne pourra agir que contre le vrai débiteur sur base de l'enrichissement sans cause. à la suite du paiement d'une lettre de change par un tiré non accepteur. il faudra démontrer l'erreur pour prouver le caractère indu du paiement dans des cas limites où des doutes planent quant à son caractère indu. Aujourd’hui on considère en Belgique que l'erreur n'a qu'un rôle probatoire. 2268 C. la violence). 126 . – – paiement fait par un tiers au créancier d'une dette existante .). suite à un arrêt de la Cour de cassation de 1970 suivant lequel “celui qui répète le montant d'un paiement indu ne doit prouver qu'il a fait ce paiement par erreur que si un doute existe quant à la cause dudit paiement. Obligations de l'accipiens a. S'il l'a revendue. civ. Dans ce cas. oui.A. Ex. et partant. dans la a mesure où l'erreur ne joue qu'un rôle probatoire de l'indu. LES EFFETS DU PAIEMENT INDU 1.à l'accipiens qui. sa situation est aggravée (art. 2. Dans ces cas. il devra seulement en rembourser le prix. L'ERREUR COMME CONDITION DE L'INDU ? – On a beaucoup discuté sur la question de savoir si l'erreur était une condition distincte du paiement indu. en effet.

Obligations du solvens : art. en matière mobilière. lorsqu'une somme payée indûment a été transmise sans fraude par l'accipiens et en paiement d'une créance légitime à un tiers. civ. Il doit restituer les intérêts et les fruits. Accipiens de mauvaise foi • • • • Il doit restituer le ce qu'il a reçu. 1381 C. la répétition ne peut pas être demandée à ce dernier (cass.b. 127 . Le demandeur à l'action doit payer les impenses nécessaires ou utiles même à l'accipiens de mauvaise foi. Il peut être tenu de dommages-intérêts complémentaires. Ex. civ. EFFETS SUR ACQUEREURS LES TIERS SOUS- C'est une question controversée. Le sous-acquéreur devrait cependant être protégé par l'article 2279 C. Il est tenu de la destruction de la chose reçue même par cas fortuit. D. 3. 8 décembre 1994). PRESCRIPTION Application du droit commun sauf texte dérogatoire. E.

– – – – – une convention entre l'appauvri et l'enrichi . sans le service de ce généalogiste. un enrichissement sans que ni cet enrichissement ni cet appauvrissement corrélatif n'aient de cause les justifiant. Il y a cause lorsque l'enrichissement trouve son origine dans. mais il n'en va pas de même du généalogiste. CONDITIONS D'APPLICATION 1. généalogistes. un généalogiste découvre une succession . recours contributoire entre débiteurs solidaires in solidum. La Cour de cassation lui reconnaît la qualité de principe général de droit. B. la faute de l'appauvri (ex. 599 C. qui escompte seulement la rémunération de son service). ou dans le délai de prescription. demander remboursement des travaux au bailleur propriétaire qui en profite) . celui qui expose des frais pour soigner un parent malade en vue de capter son héritage . civ. qu'il s'agisse d'un contrat entre un tiers et l'appauvri ou l'enrichi (ex. à condition qu'elle soit la cause concrète de l'enrichissement (ex. l'entrepreneur qui a été chargé de certains travaux par un locataire ne peut. Néanmoins. 2. 549. la volonté même de l'appauvri (tel est le cas s'il a agi dans une intention libérale. la loi (ex. en cas de défaillance de ce dernier.. dans son intérêt personnel ou dans un but spéculatif : ex. L'enrichissement sans cause n'est pas consacré de manière générale par le Code civil. il a négligé d'introduire un recours dans le délai légal. par un fait personnel. l'héritier ne peut lui opposer le fait qu'il puise son enrichissement dans la loi alors que. il ne se serait pas découvert héritier) . Ex. ABSENCE DE CAUSE À L'ENRICHISSEMENT DU DÉFENDEUR ET À L'APPAUVRISSEMENT DU DEMANDEUR : Absence de cause signifie absence de justification. art. il a été admis de longue date pour des considérations d'équité. un contrat conclu avec un tiers. et 8 de la loi du 10 janvier 1824 sur l'emphytéose) . Les applications de ce principe sont rares.CHAPITRE 3: L'ENRICHISSEMENT (ACTIO DE IN REM VERSO) SANS CAUSE A. • • UN ENRICHISSEMENT DU DÉFENDEUR ET UN APPAUVRISSEMENT CORRÉLATIF DU DEMANDEUR. NOTION • • • Il y a enrichissement sans cause lorsqu'une personne. 128 .. ou manqué à certaines obligations contractuelles) . procure à autrui en s'appauvrissant.

il ne peut pas y remédier en agissant sur base de l'enrichissement sans cause. Ex. c'est au moment de l'introduction de la demande que le juge se place pour apprécier le montant de l'indemnité. Selon une autre thèse. 129 . si l'appauvri a laissé s'écouler le délai de prescription de l'action qui lui aurait permis d'être compensé.  C. 548 et 555 C. le caractère subsidiaire de l'enrichissement sans cause ne serait que l'expression procédurale des autres conditions de l'institution. de l'absence de cause.3. Parfois le législateur intervient pour régler les modalités de la compensation (art. Le seul intérêt pratique de cette théorie est que l'appauvri qui a laissé s'écouler le délai de prescription de son action sans qu'un négligence ne puisse lui être imputée pourrait recourir à l'enrichissement sans cause (hypothèse étrange). De Bersaques. Traditionnellement. SUBSIDIARITÉ DE L'ACTIO DE IN REM VERSO :   Elle ne peut être introduite qu'à défaut d'un autre recours et d'une cause justifiant l'enrichissement. civ. développée par M. Mais cette thèse a été rejetée par la Cour de cassation. dans le cas du généalogiste. on considère qu'il s'agit d'une condition spécifique distincte de l'enrichissement sans cause. il n'y a pas de lien de causalité si l'héritier aurait de toute façon découvert sa qualité. La jurisprudence de la Cour de cassation est aujourd'hui fixée en ce sens (arrêts du 11 septembre 1970 et du 25 mars 1994). 4. Aucune distinction n'est faite selon que l'enrichi est de bonne ou de mauvaise foi. En principe. LIEN DE CAUSALITÉ ENTRE L'APPAUVRISSEMENT ET L'ENRICHISSEMENT : On appliquera la théorie de l'équivalence des conditions. EFFETS CAUSE • • • • DE L'ENRICHISSEMENT SANS L'enrichi doit rembourser à l'appauvri le montant de son appauvrissement. sans que ce montant puisse excéder l'enrichissement.). Dès lors.

Sign up to vote on this title
UsefulNot useful