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1

L'ÉPOPÉE BYZANTIN

Digitized by the Internet Archive
in

2011 with funding from
University of Toronto

http://www.archive.org/details/lpopebyzant02schl

\

mosaïque BYZAXTINE
M. G.
.Miller.

Michel, archistratège des nuées célestes.

de l'Eglise da monastère rie Ija/inni. pn-s d'Athènes. —L'archange — Xf"" Siècle. [Photographie communiquée par

mefnBReDeLiN<;'nruT
5«SS5!*S%ïKW%a

ÎPQPÉEByZ/INTlNE
/fUFINDU DIXIÈME-^IÈCLE
^ h^roMDR
ih

y^A I^Tl hL

/^S^y.d,^>i^^!!r^^»^^^

liE

II Tueur- debulg/ires
l'rrpvrvfinrT-x-i-i-iiii-iTs:

BASILE

mCHETTE^C'i

MO -CD

[/.^

lOi^î

NIROIUCTIO

E

second volume de V Epoprr hi/zanline (laquelle

lait

elle-même

siiile

à

mon

Nicép/iorc Ph'icas publié

il

y a dix ans) est consacré enlièrement
II, dit le
«

au iiouveniemenl du iirand basileus Basile

Bulgaroclone

»

ou

Tueur de Bulgares,

le

plus grand painii les empereurs de Constantinople
le

de souche macédonieniie. Après avoir raconlé dans
le

lome
les

l

"

de V Epopée

règne

i)rillant

de Jean

T/.iniiscès, j'avais

exposé dans

derniers cha-

même volume, l'Iiisluiic des (piaturze premières années de radministL'alion commune de cri iliuslri' prince etileson l'rère (lonslanlin,
pitres de ce

demeuré

si

elfacé à ses côtés. Cette

l'ois

je lais le récit des trente-six derle

nières années de ce long et glorieux règne, depuis

prinlemps

île

l'an
11.

'.I8!t

jusqu'au mois de décembre de
l'nur

l'an

I(l2.'i

qui

vit la

UKirt de Basile
il

donner un aperçu du conlenu de ce second vulume,
les

me

suffira

de re[)roduire

termes dans lesquels j'en

[larlais

dans V Inlroduclion du

tome
pélies

\".
lie

«

.l'exposerai
la

dans ce second vohune,
ipii

disais-je, les infinies péri-

guerre bulgare,
linal

dui'a en (nul plus de qiiaranlr aiinr'es,
ii(

l'écrasemenl

de rrllr

iialimiallir'

de

la

dvnaslie royale des Schis-

chmanides; puis l'annrxinn
géorgiennes;
les

à Friiipirr des principautés

arméniennes
les
i

et

campagnes l'oudruyanles de
les

Basile en Syrie:
niililairr

pre-

mières luttes avec

Normands en

Italie; la

grandeur
»

iilin

de

l'empire byzantin sous ce fameux basileus guerrier.
l',n

terminant, j'ajoutais à cet exposé celui du qualrième et dernier
je

volume que

compte

l'crire

encore, sij'i'u

ai

Ir

(emps, (mur idore cette

Il

ISTROOUCTIOS
:

série

«

Si Dieu

mu
le

prête vie, disais-je, je ciiconlerai après; cela, en

un

ou deux volumes,

court gouvernement de Constantin VIII, après la
:

mort de son
de ses
filles

frère Basile

les

règnes surluut

si

étranges,

si

mouvementés
la pre-

Zoé

et

Théodora

et des

époux ou amants successifs de

mière de ces princesses, jusqu'à l'abdication du vieux Michel VI Slratiolikos, arrivée

en 1057. Cette date, par l'élévation au trône d'Isaac
la fin

Com-

nène, marque

suprême de

la brillante

dynastie des om|iereurs de

race macédonienne. Ainsi j'aurai l'édigé les annales d'un siècle d'histoire

byzantine, depuis l'avènement de Nicéphore Phocas jusqu'à celui de cet autre général non moins valcumix qui
lut
le

premier des empereurs

Comnèncs
le

:

tout

un

siècle dont

on ne

s'était

occupé jusqu'ici que pour

dépeindre en quelques centaines de pages,

comme

l'a fait

Lebeau.

Alors je passerai la plume

au futur liistorien de l'époque des

Comnènes.»

Les trente-cinq années de l'empire byzantin
récit

d(inl j'ai tenté d'écrire le
les

dans

le

présent volume comptent,
II,

comme

quatorze premières de
»

ce long règne de Basile
lay, disais-je

parmi

les plus

inconnues de Byzance.

Fin-

encore dans
le

la

préface de

mon

premier volume, a eu raison
de

de dire que

règne

commun
la
liii

des deux

fils

Romain

II

et

de Théoétait

phano, qui dura toute
bien la période
luuti'
la

du

x siècle, tout le

premier quart duxi',

plus obscure du

Moyen âge

oriental. C'est la période de
lin,

pauvreté des sources, des lacunes sans

des ténèbres.

Aucune

expression ne saurait donner une juste idée d'une pareille disette de docu-

ments. La grande guerre de Bulgarie, longue de près d'un demi-siècle,
est très

mal connue, de

même

que

les

guerres en Syrie et en Arménie. La
existence administrative et

vie intérieure de cet

immense empire, son

sociale à cette époque, sont tout aussi ignorées.
s'i'tait

Chose inouïe, personne ne
cetti'
I

encore occupé d'écrire l'histoire d'ensemble de
les

vaste période

depuis

quelques chapitres

(|ui' lui

a consacrés
»

Lebeau

De même

les

travaux de détail sont en nomlu-e infime.

Je donnais à la suite un aper(;u du labeur vraiment
j'ai

énorme par lequel

tenté, en portant mes recherches de cent côtés divers, de remédier à

celle

extrême

iliselte

de documents. Je racontais

comment

j'avais

dé-

pouillé des c('ntaines de

volumes
lignes,

et

de mémoires pour y chercher parfois
les

un renseignement de trois

minutieusement étudié toutes

sources

lNTRODUCriO\
en tant de langues diverses, interrogé
les

III

manuscrits,

les

miniatures, les

inscriptions, les monnaies, les sceaux, lesdéhris d'architecture, parcouru les
vies de saints et les rares pièces de vers contemporaines. Je renvoie

pour
difli-

plus de détails

le

lecteur à ces lignes, où j'ai

lenli'

de

l'initier

aux

culfés bien grandes de
tuer, cartes en

mon œuvre.

J'ai

patiemment tenté de reconstiet les

main,

les si

nombreuses campagnes en Bulgarie
travail n'avait jamais été
la

deux campagnes en Arménie. Ce

même
la

tenté.

Grâce aux indications nouvelles fournies par

portion de

précieuse

chronique syrienne de Yahia traduite
par
le le

et

si

remarquablement annotée

baron V. de Rosen,

j'ai

pu, dans ce nouveau volume,

comme dans
les

précédent, rédiger des chapitres presque entièrement inédits sur
contre
les

guerres des soldats de Basile en Syrie
des Fatimites d'Egypte
et celles

troupes africaines

de leurs vassaux.

Je reproduis encore quelques phrases de ï Introduction du tome pré-

cédent qui s'appliquent non moins exactement à celui-ci.

«

Les événe-

ments,

disais-je, racontés

dans ce volume, hélas, beaucoup trop guerrier,
le

même

presque exclusivement guerrier, n'offrent pas
et

puissant attrait

dramatique

romanesque du premier tome de

la série,

consacré à l'époqui pourtant fut

que tragique de NicéphorePhocas. L'histoire de Basile

II,

un

très

grand prince, comporte de trop graves lacunes. L'éternel élément
fait

féminin

entièrement défaut à ce règne. Nous ignorons

même

si

Basile

fut marié.

Nous ne possédons guère que de

brefs récits de ses

campagnes

incessantes, toujours les
l'historien

mêmes, reconunençant chaque printemps. Pour
ce qu'il sait,
il

préoccupé de ne dire que strictement
d'éviter la

est

humainement impossible
d'avance.
»

monotonie. J'en demande pardon

Je n'ai pas eu la chance de rencontrer pour ce

volume des

récils tels
et

que ceux de l'expédition de Crète, ou des amours de Théophano
Tzimiscès, un journal de voyage

de

comme

celui

du prélat diplomate LuilVl'J/jopi'e

prand. Cependant, pour ce second volume de

comme

{)0ur le

premier, l'intérêt demeure bien grand encore. La lutte géanle
les

d(^

toutes

forces de l'empire contre les Bulgares et leur audacieux souverain
le

Samuel passionnera
de ce long drame,

lecteur.

Il lira

avec émotion

les péripéties

étranges
île

les

convulsions suprêmes de cette

fière

agonie

tout

IV

INTIiOnUCTlON
ju'iiiile,

un

le

voyage triomplial

ot

si Il

ciirieiix

du Iiasihms victorieux,

jusqu'à Atliéues, la cité de Minerve.
aussi

s'intéressera à ces étranges luttes

du basileus de

fer contre les

souverains féodaux de Géorgie et d'Ar-

ménie, à cette marche lointaine des armées byzantines jusqu'aux rives de
la

Casiiienne, jusqu'aux jientos méridionales du Caucase.

La chevauchée

prodigieuse de Basile, à travers toute l'Asie Mineure, à la tète de quarante
mille cavaliers, pour porter secours à son vassal l'émir d'Alep pressé par
les

troupes d'Kgypte,

le

frappera d'étonnenienl autant que les débuts

iicniiqucs de la lutte fameuse des chevaliers
les

normands en

Italie

contre

troupes mercenaires des

«

catépano

»

byzantins. La noble figure du

vieux saint Nil reparaîtra |dus belle encore à ses yeux charmés déjà par
celles

non moins nobles
III et
(le

et belles
la

de l'infortuné

et

séduisant empereur

Othnn

sa

mère

grande impératrice d'Allemagne Théophano,

propre sœur de notre Basile. Les Nôvelles de ce grand prince destinées
à améliorer le sort des plus

pauvres parmi ses sujets, sa lutte opiniâtre
l'Eglise,

contre

les

éternels empiétements de

sa préoccupation inces-

sante du bien-être

de ses soldats, sa
le

merveilleuse vigueur guerrière
et

intéresseront au plus haut point
.l'ai

penseur

l'historien.

(lu,

je

le

répète

ici

encore, restituer cette histoire à peu près
(le

de toutes pièces. Uien d'approchant n'existait,

troisième

volume

est
la

encore une pierre de plus au modeste éditice

(pie je

voudrais élever à

connaissance de cette histoire byzantine
dant a
bliaifait

si

ignorée, dont l'étude cepenje pu-

d'immenses progrès depuis l'époque encore récente où
premier volume surXicéphore Phocas.

mou

.le

crois que ceux qui

vomiront bien parcourir ce gros volume se
(|Me fui
le

feront

une idée singulièrement nouvelle de ce
l'an mille,

règne de ce
la

grand Basile, ce grand souverain de

maître de plus de
et

moitié

du monde oriental de

cette

époque, maître en Europe

en Asie,

et

cepen-

dant encore aujourd'hui totalement ignoré de l'immense majorité des
lecteurs d'Occident.
.le

rappelle (pu' rien

n'avait été

écril

sur ce prince extraordinaire
chapitres de cet
je n'ai jias inril

depuis Lebeau. .l'oppose aux

(juebjues

écrivain

ce

volume de plus de
de

six cents

pages dans lequel
sur ce point

cent lignes

lior^-d'ii livre. Si j'insiste

c'esl (pie le

re]ndche m'en a été

INTRODUCriOy
l'ait

V

avec une

injiisle ùjireté

au sujet de

mou

premier livre sur A'icépliore
fait

Pliocas. J'avais

de propos délibéré dans cet ouvrage

de longues

digressions en dehors du récit historique proprement dit parce que je
tenais à

donner au lecteur totalement novice en
et le

cette matière

une vue

d'ensemble de ce qu'étaient l'empire
leur grandeur.

peuple byzantins à l'époque do

Dans

le

jtrésent

volume, on ne trouvera rien de pareil,

mais bien seulement

la stricte

énumération des événements.

Le chapitre de

l'illustration très

nombreuse m'a coûté

cette fois en-

core beaucoup de soucis. Je crois avoir réalisé certains progrès. J'ai conti-

nué à ne

l'aire

ligurer autant

que possible dans ce nouveau volume que des
l'époque dont je raconte l'histoire, c'est-àsiècle

monuments contemporains de
dire de la seconde moitié-

du dixième

ou de

la

première moitié du

onzième. C'est

comme une

illustration des faits par l'art et l'archéologie.

Tout

le

monde connaît

l'extraordhiaire rareté des

monuments encore
et

exis-

tants, datant de cette

époque reculée. Une bien vaste
les

minutieuse cor-

respondance m'a fourni

documents qui m'étaient nécessaires pour

me procurer cette
Péloponèse.

fois

encore une moisson abondante. L'automne dernier,
Athènes,
j'ai

je suis retourné à Constantinople et à
le

visité

Salonique

et

Je renouvelle l'expression

(le

ma

reconnaissance à bien des érudits
de

que

je remerciais déjà

dans

la préface

mon

dernier volume, en pre-

mière ligne à M. G. Millet, professeur d'archéologie religieuse byzantine à
l'Ecole des Hautes Etudes, qui, par son

inépuisable obligeance, mérite
dois

une place à part dans

ma

gratitude. Je lui

une grande
livre.

partie des

documents qui ont

servi à l'illustration

do ce

Je remercie de

même
autres

M.
les

A. Sorlin-Dorigny, de Constantinople, qui m'a fourni entre
plus précieux documents inédits sur
la

grande muraille de
la

Byzance, documents relevés par lui-même, puis encore .M>L Oinonl, de

Bibliothèque Nationale, E. Molinicr, du Miisce du Louvre, Dobrowsky,
directeur du Mu.sée de Sofia,
.M.

van Berchem de (ienèvc,

II.

(Iran'en,

Mélida à Madrid,
l'illustration de
l'Institut,

(|ui

m'oni prodigué leur aide bienveillante surtout jiour
livre M. Barbier de Meynard,

mon

mon

confrère de

a continué, avec une bonne grâce infaligable, à m'aider de sa
si

connaissance

parfaite de la langue arabe.

MM.

Hachette ont

été,

comme

VI

INTRODUCTION

j)Our

mon
Puisse

précédent volume,

les

plus aimables et les plus parfaits des

éditeurs.
le

public de plus en plus

nombreux

qui s'intéresse aux choses
travail consacré à sa

de Byzance accueillir

avec indulgence ce nouveau
(1).

tragique et merveilleuse histoire

Gustave Schlumberger.

Paris,

mars

lilOO.

Pour la Bif/liographie des sources je renvoie à celle très nombreuse que j'ai publiée 779 du tome 1" de VÉpoj^e. Les quelques travaux que j'ai consultés exclusivement pour ce second volume sont cités en note. Je n'ai pas cru devoir reproduire une seconde fois cette longue série d'ouvrages qui occupe plusieurs pages du tome I".
(1)

à la p.

COI'FKET BYZAXTiy

il'woiri; des A'"'" oa XI»" Siècles, probablement [abritiaé en Musée A'ational à l'iorcncc {ancienne collection Carrawl)
.

Italie

CÏÏAPIÎR
Mai'ûige
lie \"ladimir, grand-prince des Russes, nvec la Porpbyroséuètc Aaue,sccui' des empereurs B:tsile et Fin rapide de la sccoude rébelConstantin. Conversion et b.iptème de \'laiiiniir et de son peuple. octobre 98'J. lion de Barda*? Skléro^. lîétablissenient de Entrevue de Basile avec Bard;is Skléros et le palriarrhe Agapios. Soumission des derl'autorité impériale â Anriocbe. Léon Phocas * au col tors Voyage niers rebelles. Tremblements de terre et autres siy;Qes et calamités de cette terrible année. du basilcus à Saloniqne. Seconde guerre bulgare contre le roi Samuel durant cpiatre années jusqu'en 995.

m

>

— —

K
«

ux

(li'rniL'rL's

pages du précédent voliinie, consacré
II,

à la

première partie du règne du basileus Basile
laissé
elle
la

nous avons

princesse

Anne
de

sa sœur,
l'an
1180

au
le

moment
Vladimir,

quittait

au

cours
la

gynécée impérial pour devenir
prince
la

femme du fameux

des Russes, vainqueur de Clierson.

Quand

princesse Anne, raconte la Chronique dite
notre source
principale, presque unique,

de

Xcstor,
la

MOyyAIE

d'or

pour
la

connaissance de ces grands événements, quand

tlu ijrand-jirince

de Russie Vladijnir,

princesse

Anne

fut arrivée à
la

Cherson,

les

Chersola

du

beau-frere basileas Ba-

nésiens sortirent pour
ville et
«

saluer,
le

l'amenèrent dans
»

sile II.

l'établirent

dans

palais.

Ce devait

être là

l'antique résidence des

stratigoi
fit

»

byzantins. Hélas, nous ne connaissons

rien de la réception que

à son impériale épouse le grand-prince des
récit ait trop

Russes.

Il

semble que ce bref

coûté déjà à l'orgueil du chrola

niqueur national, uni(|uemeiit pr(''occupé de représenter cctie venue de
1

2

BASILH:

II.

LE TUEUR DE BULGARES

lîlle

des empereurs aux rivages scythiques
|1).
<<

naturel

Or,

dit-il,

par la permission de Dieu, Vladimir à ce
et,

comme révénement le plus moment
il

eut

les

yeux malades,
et

privé de la vue,
faire.

était

dans une grande
lui dire
:

inquiétude
«

ne savait que

Et

la princesse

envoya

ii

Si tu

veux guérir de ce mal,
guériras point.
»

fais-toi baptiser le

plus tôt possible; sinon, tu ne
:

«

Vladimir, entendant cela, dit

«

Si ceci s'accomplit, en
;

« vérité le

Dieu des chrétiens sera un grand Dieu
la

»

et

il

se

fit

baptiser.
le

L'évèque de Gherson, après avoir annoncé

nouvelle au

peuple,

baptisa, assisté par les prêtres de la princesse, et dès qu'il mit la

main

sur

lui,
:

il

vit aussitôt.

Vladimir, se voyant

si

subitement guéri, loua Dieu
le
si

disant

«

C'est

maintenant seulement que je connais
la

vrai Dieu.

»
il

Probablement,
fut

guérison de cette ophthalmie,

ophthalmie

y eut,
le
le

duc à quelqu'un des archi-médecins palatins de Byzance venu dans

cortège de la princesse, mais toujours les peuples simples aimèrent
surnaturel.

On

voulut voir un miiacle
«

il

n'y avait peut-être que le

résultat d'un traitement intelligent.
cela,

Quand

la

droujina du prince eut vu
l'église

beaucoup

se firent baptiser

;

Vladimir fut baptisé dans

de

Saint-Basile, et cette église se trouve à Cherson, au milieu de la ville, à
l'endroit

les

Chersonésiens tiennent leur marché. Le palais de Vla(2)

dimir existe encore aujourd'hui
princesse est derrière l'autel
princesse. Des gens
(3).

près de l'église, et
le

le

palais de la
la

Après

baptême, Vladimir épousa
l'ut

mal informés disent

qu'il

baptisé à Kiev, d'autres

à Vasiliev, d'autres encore ailleurs.

Quand donc Vladimir
foi

eut été baptisé
(4).

à Gherson, les prêtres de
«

la

princesse lui exposèrent la
(3)

chrétienne

Ensuite Vladimir, avec la tsaritsa
Pour
fille

c'est ainsi

que

l'écrivain

(1)

cerlains historiens,

Anne aurait

été

non une Porphyrogénfctc, mais une princesse
celui-ci à Constantinople par Jean Tzimiscès,

bulgare,

du

roi captif Boris,
cil.,

ramenée avec

en 972. Voy. Drinov. op.
{i)

note 09.
la C/ironir/tie

tiii du \i' siècle ou le début du xii'. des fouilles qui se font actuellement à Oherson, croit avoir retrouvé non seulement les substructions de l'église de Saint-Basile, illustrée par

L'auteur

anonyme de

vivait vers la

i:ti

M. Kosciusko.

l'intelligent directeur

ce

grand événement, mais

prince barbare converti.
tuaire auguste

même l'emplacement de la cuve du baptistère où fut immergé le On conçoit de quel religieux respect la sainte Russie entoure ce sanc-

que j'ai eu le privilège de visiter, il y a quatre ans, sous la conduite de M. Kosciusko. '{' Ce curieux exposé, résumé des doctrines chrétiennes, telles que les entendait l'écrivain anonyme de la Clironifji/e, prend plusieurs pages de l'édition de M. Léger. 5 Exactement « tsiézaritsa «.Ce n'est pas du tout la « tzarina », c'est la princesse impé<i

riale

»,

fille et

sœur d'empercur.s.

VLADIMin DETRUIT LES IDOLES A KIEV

3

anonyme désigne
Cherson,

la

sœur des

basilcis,

Anastase
le

(I) el les

prêtres de

prit les reliques

de saint Clément,

pape martyr

exilé en
les

Chervases

sonèse par Trajan

(2) et relies

de Théba son disciple, ainsi que
Il

sacrés et les images du tulle

'"X).

bàlil à

Cherson

l'église

de Saint-Jeanla ville
Il

Baptisle sur une éniinence qu'un avait l'Ievée au milieu de

avec
prit

la terre de sa chaussée, et cette église dure encore aujourd'hui.

aussi

deux

statues de cuivre et quatre chevaux de cuivre qui maintenant
la sainte

encore sont devant

Mère de Dieu;
la

les

ignorants les croient en
il

marbre.

Comme
fit

présent nuptial pour

princesse,
il

rendit Cherson

aux

Grecs

et revint

lui-même à Kiev. Quand

arriva,

il

ordonna de renverser
11

les idoles. Il

brûler les unes et jeta les autres au feu.
la

ordonna

d'atta-

cher Péroun à

queue d'un cheval

et

de

le
il

traîner

du haut en bas au-

dessous de Borytchev jusqu'au ruisseau, et
le

enjoignit à douze

hommes de

battre avec des bâtons,

non pas

qu'il estimât

que

le

bois eût quelque

sentiment, mais pour faire affront au

démon

qui, sous cette forme, avait
:

trompé
«

les

hommes,

et

pour

le

punir de ses tromperies
(4). »

«

Tu

es grand,

Seigneur, et tes actions sont merveilleuses

Hier

il

était

honoré par
long

les

hommes; aujourd'hui,

le

voici insulté. Tandis qu'on
les

le

traînait le

du ruisseau jusqu'au Dnieper,
pas encore reçu
le

païens pleuraient sur

lui.

car

ils

n'avaient
jetèrent

saint baptême. Or, après l'avoir traîné,
:

ils le

dans

le

Dnieper. Vladimir disait à ses serviteurs

« S'il s'arrêtait

quelque

« part,

repoussez-le du rivage, jusqu'à ce qu'il
le laisserez. »

ait

passé les cataractes,
été

«

alors vous

Le vent

le

jeta sur

une grève qui depuis a
»

appelée la grève de Péroun,

nom

qu'elle porte encore aujourd'hui.
le

— Et

aujourd'hui encore on montre sur
«

flanc

des falaises kiéviennes la

Dégringolade du diable
«

».

Ensuite Vladimir

fit

répandre l'annonce suivante par toute

la ville

:

«

Quiconque demain, riche ou pauvre, misérable ou

artisan, ne viendra

(1) Il

s'agit

fourni à Vladimir

certainement Ju pri-tre chersonésion iJe ce nom, dont la trahison le moyen de s'emparer de la ville. Voy. K/<o/ieV', I, p. "liS.

avait

(2) a Évidemment, dit M. Léger, Chroniqui: ili; Seslor. p. 288, la tradition loaile n'avait point admis que les précieuses relii|ues eussent été transportées à Itome, vers 860, par saint (Cyrille après (lu'il les eut découvertes en Crimée, ainsi que le veulent les légendes slaves el romaines. » (3) La Chronique ne nous dit pis où Vladimir transporta ces précieuses reliques. Ce fut

à Kiev.
(4)

Psaume CXLV,

verset

i.

BASILE
«

II,

LE TUEUR DE BULGARES
y>

pas au fleuve pour se faire baptiser, tombera en disgrâce auprès de moi.
le

Entendant ces paroles,
«

peuple vint avec joie, se réjouissant et disant:

Si cette religion n'était pas bonne, le prince et les boïars ne l'auraient

«

pas reçue.» Le lendemain, Vladimir vint avec

les prêtres

de

la

princesse

et

ceux de Cherson sur
rassembla
et
la

les

bords du Dnieper,

o(

un peuple innombrable

se

enlia dans l'eau: les uns en avaient jusqu'au cou, les
poitrine
;

autres jusqu'à

les

plus jeunes étaient sur

le

rivage, les

hom-

mes

tenaient leurs enfants, les adultes étaient tout
l'eau,
et
les

à fait dans
les prières.
la terre

prêtres debout disaient
joie dans
le

Et

c'était

une

ciel
le

et

sur

de voir tant d'âmes sauvées. Or,
:

démon

gémissant disait
«

«

Malheur

à

moi.

me

voilà chassé
ici

d'ici; je

pensais établir
n'y

ma

résidence

parce que

a

les

a[iùtres

ont

|H:iint

enseigné,
;

et

que

ce

1.

peuple ne savait rien de Dieu
(|u'on m'offrait; et

je jouissais

du

culte

Il

me

voilà vaincu par des igno-

«

ranls,

non par

les

apôtres ou par les martyrs; je
»

*(

ne régnerai plus dans ce pays.

Quand

le

peuple

MONNAIE
(lu

iVargent
île

fut baptisé, ils

retournèrent chacun à leur maison.
qu'il avait

grand -prince

Russie Vladimir, beaul'rrre

Vladimir se réjouit de ce
lui et
«

connu Dieu,
ciel et

du

basileus

Ba-

son peuple, leva

les

yeux au
la

dit;

sile II.

Dieu, créateur du
te

ciel et

de

terre,
le

regarde ce
vrai Dieu,

« « «

jieuple

nouveau,

et

donne-lui de

reconnaître
lui

comme
la

ainsi qu'ont fait les

pays chrétiens. Fortifie en

vraie

foi,

rends-la

inébranlable;

sois-moi en

aide contre l'ennemi;

puissé-je, confiant
»
Il

«

en

lui

cl

en ton
jjàlir

royaume, triompher de

sa malice.

dit cela

et

ordonna de

des églises et de les établir aux endroits
11

mêmes où

se

trouvaient les idoles.

bâtit l'église

de Saint-Basile sur l'éminence où se

trou\aient l'idole de l'éroun
faisaient des sacrilicfs.
11

et d'autres, et

le

prince et
les villes

le

peuple leur

(jrdonn;i d'étaidir
le

dans

des églises et
les

des prêtres, et d'inviter tout
villes et

peuple à se faire baptiser dans toutes
il

dans tous

les villages; puis
lit

envoya chercher
dans

les

enfants des

familles les plus élevées et les

instruire

les livres.

Les mères de

ces enfants |ilenrèrenl sur eux, car elles n'étaient pas encore affermies

liAPTÈME
dans
la

DF.

LA NATION RUSSE

lui

;

aussi |ileiiri'renl-elle.s sur eux

comnio sur des morts

A[)rès avoir beaucouj) résisté, les Novgorodiens à leur tour furent obligés

CEREMONIE

cla

hapti^mf d'un prince barbare converti aa

XI"'*'

Siècle.

Miniature d un

manuscrit slavon de la Bibliothèque du Vatican.

de précipiter Pérouu dans

les flots

du Volkhov

et

de s'y plonger eux-

mêmes.
<k

»

C'est ainsi
qu'il

que Vladimir revint victorieux dans sa capitale. Les
à

prêtres

emmenait

Kiev,

c'étaient
il

ses

captifs.

Les

ornements

d'églises, les reliques des saints
tale, c'était

dont

allait enrichir et sanctifier sa capi-

son butin. Ce fut en apôtre isapostole qu'il rentra dans son

palais.

Ce

fut

en apôtre armé
récit publié

qu'il catéchisa

son |)euple
le

(i). »

Le précieux
Colbertine
(2),

par Banduri, d'après
le

manusciit de

la

ajoute ce détail (|ue Vladimir, sur
à

rapport de ses ambas-

sadeurs,
la

demanda un évèque

ses beaux-frères poui' l'aider à instituer
sujets.

religion chrétienne

parmi ses

Un

lui

en envoya aussilcM un

(1)

r„uiili:iii.l,

IlixI.
1.

lie

1,1

/,'»s.sv<',

p.

;i8

(2)

Voy.

Êiio\)cc.

p. ""l.

6

BASILE
lic ileiix

11,

LE TUEUR DE BULGARES
(1) el

accompagné

comtes, Cyrille

Athanase,

el le

saint prélat

lit

incontinent un miracle, jetant au feu les Evangiles qui
«

]if>int

ne brûlèrent

ce

ijui décilla les

Russes à se convrrtir

».

H

est

plus probable qu'on
la

chargea de

cette mission l'évèque grec de
(2).

Cherson dont paile

Chro-

nique dite de Nestor

Qu'il serait curieux de pouvoir restituer en pensée ces grandes scènes

historiques

:

les

barbares kiéviens,

hommes et femmes,
les

vieillards, enfants,

se j)longeant

en foule, nus, dans

ondes du vieux fleuve sacré, sur
debout auprès de

l'ordre

du maître, tandis que
le

les prêtres byzantins,

Vladimir sur

rivage, lisent sur eux les saintes prières
si

du baptême

et

entonnent
«

les

chants

beaux de

l'Eglise

orthodoxe
fils

(3)!
il

Vladimir donc fut
fils.

éclairé, lui et ses

et

son peuple, car

avait

douze
si

»
si

((

Ainsi, poursuit la Chronique dite de Nestor, après ce récit

curieux,

vivant, de la conversion en masse du prince varègue et de
»

son peuple, une immense révolution venait de s'accomplir!
la

Désormais,
de cet

nation russe devenue chrétienne allait demeurer

l'alliée

fidèle

empire d'Orient qu'elle avait jusque-là combattu avec tant d'acharnement.

La communauté de

religion, de croyances, allait

amener

la

communauté

des intérêts. Nous n'aurons pour ainsi dire
ni des actes

jilus

à parler de Vladimir

que l'ex-barbare

allait

accomplir dans son incarnation noupeuples. Désormais,
le

velle de prince civilisateur et convertisseur de ses

jusqu'à sa mort survenue en 4013,
ses

il

ne devait plus croiser

fer

avec

deux beaux-frères

les basileis

de Constantinople.

Le Recil anonyiiio. par suite d'une confusion avec le grand saint Cyrille, parle ici éti' apporté en Russie par ce comte. (2) « L'unitaire ou socinien Sandius dans l'Appendice à son Historin enucleala Arimiorum, Cologne, IG'ti, pp. 61-64, dit Murait [op. cil., I, p. 570, note au par. >), cite une lettre traduite du polonais en latin par André Vescmatius, unitaire, qui disait l'avoir tirée d'un manuscrit polonais de Trembeczo, comme traduction d'un texte bulgare inscrit en vieux caractères russes sur douze tables d'airain trouvées au monastère du Sauveur, à Przeraisl, Cette lettre divaniec Smièra près du vieux Sanibor, par André Kolodinsky de Vitepsk. Polovlanin, médecin et rhéteur de Vladimir rex, lui est adressée d'Alexandrie d'Egypte, l'an 5587, de Pharaon 117'.l. 11 y est question d'églises chrétiennes sans idoles, n'ayant que des tables et des bancs, au lieu d'autels, n'adorant que Dieu le Père, etc., comme si c'était
(1)

de l'alphabet qui aurait

pour recommander Romains. »
(3)

la

doctrine et la pratique des Sociniens, opposées à celles des Grecs et des

toulTus,

la

Au pied des falaises kiéviennes, sur la rive du grand Dnieper, parmi une colonne de marbre dont je donne ici la gravure (voy. p. 91 désigne tradition place ce baptême illustre de tout un peuple.

les

ombrages
précis

le lieu

VLADIMIR CONSTUaiT DES EGLISEti
«

7

Ensuitt', dit encore la
Il

même
le

Chronique, V'iadimir vécut dans la

religion chrétienne.
très sainte

conçut
il

projet de bâtir

une

église de pierre à la
et

Vierge

(1),

envoya chercher des architectes en Grèce
achevée,
il

se

mil h bâtir.
église à

Quand

l'église fut

l'orna de tableaux et contia cette

Anastase de Gherson et désigna des prêtres de Gherson pour y
:

célébrer les offices

il

donna

tout ce qu'il avait recueilli à Gherson, des
»

images, des vases d'église, des croix.
Et plus loin
disant
« «
:
:

«

Vladimir voyant

l'église

achevée y
ciel,

alla et pria

Dieu,

«

Seigneur Dieu, regarde du haut du
et

contemple-nous
ta

et viens

visiter ta vigne,

termine ce qu'a
le

commencé

main

droite; que ces
le

peuples dont tu as éclairé regarde ton église que

cœur

te

reconnaissent

comme

Dieu juste

;

«
«

j'ai bâtie,

moi ton esclave indigne, sous l'invocaquelqu'un prie dans cette église, écoute
»

tion de la Viergequi t'aenfanté. Si

«

sa prière et remets tous ses péchés par l'intercession de ta sainte mère.
prié,
la
il

Et après avoir
«

parla ainsi

:

«

Je

donne à

cette église de la sainte

Mère de Dieu

dixième partie de
et la

mon

bien et de
l'église
il

mes
:

villes. »
«

Puis

il

écrivit
«

une malédiction

déposa dans

disant
cette

Si

quelqu'un

viole ce serment, qu'il soit maudit. » Et
il

donna

dime à Anastase
aux

de Gherson, et
anciens de

olfrit

ce jour-là

une grande

fête à ses boïars et
»

la ville et fit et

beaucoup d'aumônes aux pauvres.
Ibn el-Athir racontent
les

Yahia, Elmacin

mêmes

faits.

Ils

énu-

mèrent

les

mêmes

constructions d'églises par Vladimir et son épouse

byzantine

(2).

La Continuation de
la Isaritsa

la Vie

de Saint Etienne de Sourosh rapporte que

Anne,

allant de

Gherson à Kertch par mer, tomba malade,
local.

mais fut guérie après avoir invoqué ce saint
naliste

Thietmar

(3) et l'an-

saxon

(4)

donnent à

cette princesse
le

comme
Ils

jadis à la grand'mère

de son époux,
été jadis

la

grande Olga,
III,

nom

d'Hélène.

ajoutent qu'elle avait
fils

promise à Othon

lequel était en fait son neveu,

de sa

s(eurainée Théophano (.j).Tous deux racontent qu'elle engagea vi\ement

(Il

II

bâtit aussi celle

de Saiiil-licurgeH.

(2)
(3) (4)

Voy. Kosen,
Op.
rit.,

op. cil., p. 24 et notel!i8.
r.2.

vil,

(o)

Années 1013 et 1018. Ce pritii:o av.iil iiiMil' ans

à

répiii|iii'

ilu inaria!<i'

iTAnnc, sa tante, avi'c Vladimir.

.

BASILE
Vladimir
à

II,

LE TUEUR DE IIULGJRES
chrétienne
D'autres sources russes, plus

embrassor

la foi

^1).

anciennes encore que

la

Chronique

dite de Nestor, décrivent
Élorjes de ce prince
le

également

le

baptême de Vladimir. Ce sont deux
le

prononcés l'un par

métropolitain Hilarion, l'autre par

moine Jacob

(2).

A
di' la

ce

moment

précis de l'histoire, les (piatre enfants de

Romain

II

et

lirllc Tlii''0|ilianu

occupaient

à la fois les

situations les jilns grandes

eu Europe,
sœiu's
la

lîasiic

et
et

Constantin régnaient sur l'empire d'Orient. Leurs
étaient, la

Théophano

Anne

première impératrice en Allemagne,

seconde souveraine des Russes à Kiev.
«

Les événements des années 988
ni
.

et 1)89. dit .M.

Onspensky dans son
si

I

—^awii»i> m
• . ,

article

intéressant

'^ v>:

sur par
la

le

volume consacre
lianm Uosen
à

\v

Chronique A(} Yahia,

modifièrent complète-

ment

et

définitivement
des princes

la politique

russes.

La conversion

de

leurs sujets par le

moyen
COFFRET iTUohv bymnlin
du
XI""' Sirclc, 'Tri'fov ilc l'i'ylisc

des Byzantins

et

non des Bulgares,
suites

Stiint-Jiivrnal

à

Ori-ieto.

eut des

d'une

importance capitale qui changèrent du tmil au tout

le

cours des événela

ments dans

le

sud-ouest de l'Europe.

Une
la

des principales fut

prédomi-

nance de l'élément purement grec dans
dant avec
la

péninsule balkanique coïncile

ruine de l'influence russe et de son rôle politique dans
;»8'.t,

Sud.

A

partir de l'an
la

l'habile politique

du Palais Sacré parvint

à trans-

former

Russie d'épouvantail des Grecs en leur meilleur aide et soutien à

l'Occident

comme

à l'Orient.» «Les loups occidentaux furent si bien

domp-

tés qu'ils se

transformèrent en un troupeau docile de brebis.

La Russie

se mit iiiaiulcnant à pniléger

Byzance contre

les

attaques des fauves(3).»

(1)
(2* (3'

«

Eral enim foniicalor tmmenstui

et

crudelis mogiiamf/ue vim Danain iiigessil. »
i:i3

Voy. Wassiliowsky, Fraf/mentsru.^so-bi/zanlins. pp. AnalecUi hi/zanlino-russica. pp. t.viii ot lxx si|f].

sqq.

LA

lil'SS/E.

TUAIT irUNION E^THE LE NORD ET LA GUÈCE
('•crivain,
.^1.

((

La Russie

devint ainsi, dit un anlre
siècle, le trait

(loiirot,

jusqu'aux
et

premières années du wif
la

d'union entre

les

pavs du Nord

(îrèce,

et

comme

le

grand chemin dos Scandinaves vers

l'Orient,

de l'Islande à Jérusa-

lem par Constahlinoplc.
C'est à travers la Russie

que

le

premier apùtro

de l'Islande, Thorwaldr

Kodransson
vers
et à

,

parvient,

990,

à

Ryzance
avec

Jérusalem,

son compagnon Stefnir

Thorgilsson
lur
roi
le

;

que

le fn-

de

Norvège,

Harald
en

Sévère, se rend
à la

103:i

cour de

l'empereur Romain Argyre, où
il

devient ciict
cl

de

la

garde va-ring

des corps russes auxiliaires. C'est

par

la

Rus-

sie
fin

que

se précipite, à la
XI' siècle,
le

du

Ilot

retardataire des croisés

MONUMENT

,1a Il.'jitèine

à Kbn-.

Scandinaves, se hâtant

de rejoindre au delà d'Anlioclie l'armée latine déjà proche de Jérusalem
et que, jilus lard,

;

en 1102, Krik

le

Ron,

roi

de Danemark, se dirige aussi

vers la Palestine. C'est encore à la Russie que viennent successivement

demander

asile les exilés politiques,
:

les

hannis, les princes déchus des
1''

pays Scandinaves

déjà,

vers 970,

Olaf

Tryggvason, de Norvège,

dérohé par sa mère Astrid aux meurtriers de son père, avait passé son
enfance aujjrès du belliqueux Sviatoslav
Olaf
la
11
;

en KKiO, Miici son successeur païenne, se réfugie à
petite

le

Saint

(|ui,
le

chassi'^

par
et

l'aristocialii'

cour d'iai'oslav

(irand,

lève en Russie

une

armée, à

la

Kl

HASl/AC

II.

LE TVEUR DE BULGARES
le

tête de laquelle

il

va

mourir liloriousement sur

champ

de bataille

de Stiklastadr
«

La Russie devient également,
la

pat-

sa situation intermédiaire entre
le

la

Grèce et

Scandinavie, l'entrepôt général et

grand marché où

les

contrées du Nord viennent s'approvisionner des marchandises de l'Orient.

Kiev

et

Novgorod, magnifiquement

rebâties, offrent

comme un

abrégé

des merveilles de Byzance, et étalent dans leurs bazars, à côté des produits asiatiques venus par la Caspienne et la Volga, l'or, la pourpre, les

brocarts, l'orfèvrerie et les joyaux de Constantinople (1).

»

Vladimir
et les

s'était

emparé de Cherson vers
le

le

mois de juin de

l'an

989

négociations pour

mariage de

la

princesse

Anne

avaient repris

avec

une

1res

grande

activité aussitôt après cet incident.

Le

basileus

Basile se trouvait en effet contraint de passer par les exigences de son

barbare voisin.

Non seulement
fin

la

persistance de

la

révolte de Bardas
lui inspirait les

Skléros en Asie après la

de celle de Bardas Phocas
il

plus vives inquiétudes, mais surtout
ses forces

n'avait déjà pas assez de toutes
les

pour se préparer à arrêter

progrès des Bulgares.

Nous

allons voir,
le

du

reste,

que

le

basileus en
faisait

grand-prince de Kiev, en

de

même même avec

temps qu'il négociait avec
le

prétendant d'Asie,

contraint qu'il était de se montrer plus conciliant pour chacun de ces deux
adversaires en raison

même

des craintes que tous deux

lui inspiraient.

Ejrpéditions et pèlerinar/es des (Il On trouvera dans le beau livre du comte Riant Scandinaves en Terre Saintf, bien des renseignements précieux sur les relations des Scandinaves avec Bjzance à l'époque de Basile II. Voyez entre autres, pp. 102 sqq.. le récit du voyage du fameux Islandais Thorwaldr et de son compagnon Stefnir Thorgilsson en Terre Sainte, puis, au retour, à Constantinople où l'empereur Basile II leurfit un magnifique accueil. C'était vers 994. Ils durent s'y rencontrer à ce moment avec un des premiers vœrings dont parlent les Sagas, Knllskeggr, qui y alla en 992. Thorwaldr fut fait par Basile « foringr » (chef) et, quelque temps après, envoyé par lui en Russie en qualité de « valldzmadr » (plénipotentiaire) vers les princes Scandinaves de Gardariki. Comme la date que l'on peut déduire des Sagas pour le retour de Thorwaldr concorde avec l'époque des négociations qui s'engagèrent entre la cour de Russie et Basile 11, pour l'introduction du christianisme chez les Slaves, il n'est point contre la vraisemblance de supposer que Thorwaldr fut réellement mêlé à ces négociations etqi'il fut l'un de ces apôtres partis de Byzance, dont Nestor place l'arrivée en Russie à cette époque. Voyez encore dans le même ouvrage (pp. 12 si)q.) le pèlerinage, vers l'an 11120, de Thôrdr Sjàreksson, surnonmié le Scalde noir. Comme celui-ci, avec d'autres Norvégiens, traversait une ville de Syrie, il rencontra un autre pèlerin qui, s'adressant à lui en langue norraine, les détourna dallera Jérusalem. « Retournez sur vos pas, leur dit-il, les chemins sont dangereux à cause de la guerre. » Il y a là un écho curieux des luttes sanglantes de cette épo(iue en
:

1

Syrie entre Byzantins

et

musulmans.

INVESTITUIIË DE VLAhlMIU V Mi LES IJASILEIS

11

Ce
deux

fut

certainement à l'occasion de ces grands événements que

les

basileis,

en gui»c de don d'investiture, envoyèrent à Kiev à leur sauj>ar l'entremise

vage beau-frère,

du métropolitain d'Ephèse
le

et

d'un autre
»,

fonctionnaire déeigné simplement sous
la

nom de

k

l'éparque d'Antioche

couronne

et les autres insignes

de

la

souveraineté. Jusqu'ici, principa-

lement sur

la foi d'une charte de l'an 1561 qui raconte ces faits,

on avait

attribut' cet

envoi à l'empereur Constantin IX
le

Monomaque

seulement,

lorsque ce prince voulut couronner

grand-duc Vladimir Monomaque.
à prouver la fausseté de cette

M. Rfgel

(1) s'est

tout

récemment attaché

légende. L'écrivain russe n'a pas eu de peine à démontrer que la charte

de 1361 avait été altérée postérieurement.
l'envoi de la
frère
la

11

paraît aujourd'hui avéré que

couronne

et des insignes a bien été fait
le

par Basile

II et

son

au grand Vladimir

Saint.
«

On

pouvait en conséquence supposer que
»

couronne célèbre

dite

bonnet de Monomaque

conservée avec
à

les

autres insignes de l'empire russe au Palais des

Armures

Moscou

n'était

autre que ce don de joyeux avènement des deux empereurs

au mari

de leur sœur Anne. Combien ce précieux joyau par l'investiture duquel

Vladimir se trouva créé également
plus vénérable
!

«

basileus

»

en deviendrait encore

Malheureusement M. Regel a de
»

même

réussi à prouver

que

le «

bonnet de Monomaque
ot

actuel est en réalité d'époque bien plus
illustre qui lui est

récente,
Il

n"a

aucun

droit au
le

nom

donné
le

fort à tort (2).
l'an

est

probable que
le

fonctionnaire désigné dans
»

document de
que
le

iS61 sous

nom

d' «

éparque d'Antioche

n'était autre

duc

même

de cette
n'était

ville

qui se trouvait être alors le
si

fameux Michel Bourtzès. Ce
telle

pas trop d'un
ses belles

haut personnage pour une

mission.

Sur
mir
le

monnaies d'argent, imitées de

celles des basileis, Vladi-

Saint s'est

fait

représenter en grand costume byzantin, couronne en
là la

tête. C'est

certainement

copie de la célèbre couronne envoyée par
droite, le

ses beaux-frères.

De

la

main

grand-prince de Russie lient

le

sceptre crucigère, de la gauche,

un emblème qui pourrait bien

être le

curieux sachet de poussière mysii(jue

surnommé

akdicia.

(1)

Op.

cit.,

Proœiniuiii, pasuiin.
si|i|.

Vdyez sur

le litre

vrai

i|iie VliHliiiiir

rerul de ses beaux-

frères

:

ibid., pp. Lxxxi

(2)

Les

iiulres insignes soûl l'ricure (IV'|pi)(iur hifu

)iliis

moderne.

BASILE

1!,

LE TUEUR DE BULGARES
Armures qui

Leseiil desiiisigiius acliielleinoiil conservés au Palais des

pourrail à première vue remonter à l'époque de Vladimir est la portion de
la

couronne

dite de

Monomaque formée par
et

les huit

plaques d"or ornées
le répète,
il

do filigrane, de pierres précieuses
est rien.

de perles. Mais, je

n'en

La

vraie couronne a dû

p{''rir

avec

les

autres ornements lors du
pillage de Kiev en 12i(l

par

les Tartares.

J'en reviens au récit

de

la

seconde

el der-

nière rébellion de Bar-

das
tout

Skléros.
je

Avant
que,

rappelle

durant que se dérouhiient tous ces événe-

ments tragiques,
mète
paru,

la co-

fameuse
le

avait
DS'J,
fir-

27 juillet

dont

le

passage au
constitue
si

mament

un

document

précieux

povir ari'iverà calculer

exactement toutes ces
dates,

à

replacer

à

ICOXE du
Vierijc.

Monasii'iv

ilc

Vatoijùdl

au mont

Allios.

La

leur

rang

véritable

Mosaiijae byzantine du XI"" Siècle. Cadre en argent doré repi-ésentant des effUjies de sain/s. l'hotogra-

ces grands faits historiques, à reconstituer

phie eommuniiiaée par M. G. Millet.

toute
logie

cette

chrono-

demeurée

si

confuse jusqu'à
cit(''s

la

publication des travaux des savants

russes tant de

fois

jiar

moi.

Alors (|ue

tous

les

autres chroniqueurs byzantins

semblent être

d'accord pour affirmer que la seconde révolte de Bardas Skléros inaugurée

dans

l'été

de l'an 989, après
la fin

la

mort de Bardas Phocas,

fut très

rapidement

terminée avant

de cette

même

année par

la réconciliation

du vieux

-

SECOl^DI-J

RÉVOLTE

1>E liAI'JiAS SKLEliO.'^

13

préteiidaiit

avec

le

ijasileus,

nous avuns vu que

l'sellus, à rciic.nlre

de

perpétua en Asie tous ces écrivains, dit très nettement que cette sédition se durant de longues années dont il ne mms a du reste pas fixé

Mineure
le

nombre. M. Bury,

le

savant byzantinistc de
L>ul)li
II,

'^

dansson récent

article sur UC/u'onic/iir

de cet
attiré

auteur

(i),

a

l'attention

des

érudits sur les termes
très particuliers

dans

lesquels

ce

chronipré-

queur
sente
lion

excellent
celle

observa
s'il

comme

voulait

ainsi réfuler l'opinion

contraire présentée par
Skylilzôs, opinion que
lui,

l'sellus,

semble

considérer

comme une

erreur historique. Malgré l'aulorilé de l'érudit

anglais qui pense
Skylilzès
ce

que

devait

ignorer
la

fait

de
de

longue

durée

la sédition

de Bardas

IVOIRE \l'cniilel <lr (lijilij'iaei de ta coUcclion OppcnUeiin a Coloync, autrefois dans la collection Bonnaffé à Paris. Ce magnUhiae échantillon de l'art by::antin à son apo'jiv au XI'"" Siècle porte au-dessous du Crucifiement et du Partage des i/êtements du Christ une curieuse personniliralion
de l'Enfer ou Iladés.

Skléros

ou
il

que

du

moins

n'y

croyait
l'ois

pas, j'eslime pouvoir celte

repousser

le

témoignage de Psellus

d'oi

dinaire

si

précis et donner

(iIiiliM

raisun mux autres Byzantins.

(Il La Chronique de Pselliis a l'Ir piil)lii'o pour la preiiiii'ni fois par M. .Sullias on IS7i. Voyez encore le chapitre vu intitulé « /.(( Huss'ic éeluirée par le Christianisme », de l'opuscule de M. Tli. Ouspensky publié sous ce litre /!«ssie << /<//:«nce «« .V'"' s(èe/e, Odessa, 1888.
: ;

14

BASILE
Ce qui m'y décide,

II,

LE

TUEUR DE BULGARES
d'un autre chroniquinir, syrien celuile voir,
si

c'est le récit

là,

de Yahia, qui nous fournit, on va
si

pour

la

durée de cette

révolte des dates
difficile

précises, en apparence

exactes, qu'il devient bien
(1). (M-

de ne pas

les

accepter en toute confiance

j)récisément, cet

annaliste nous dit que la réconciliation de Bardas Sklérosavec l'empereur

eut lieu dans

le

mois de redjeb de
et

l'an 371)

de l'Hégire qui correspond à

presque tout

le

mois d'octobre
!

au commencement du mois de novembre
il

de l'an 989 de notre ère Puis encore

nous montre, en 990, Bardas Skléros

réconcilié avec le basileus lui faisant accueil au début de sa nouvelle

cam!

pagne contre

les

Bulgares.

Il

nous

le

montre enfin mourant
très

le

6

mars 991

Pour

cette raison,

malgré

le

témoignage

important de Psellus, témoivaut
et

gnage qui constitue,

je l'avoue,

une

réelle difficulté, je crois qu'il

mieux, jusqu'à plus ample informé, s'en tenir à l'opinion ancienne
admettre que Skléros ne
tint plus

que peu de mois

la

campagne contre
11

Basile après la victoire de ce dernier sur Bardas Phocas.

est fort naturel

de penser que
time sur
le

le

triomphe

si

complet remporté par
lui ait

le

gouvernement

légi-

premier prétendant

valu

un renouveau de

force assez

considérable pour arriver à triompher rapidement du second.

Tous
à

les

auteurs byzantins, à cette unique exception près, racontent
les

peu près dans

mêmes termes que Yahia
le

la fin

de la révolte de Bardas

Skléros et sa réconciliation avec

basileus. L'heure arriva très rapidela vieillesse

ment où

le

prétendant découragé, inquiet de l'avenir, sentant

l'accabler, après avoir d'abord
l'oreille

violemment refusé de

les

admettre, prêta

plus volontiers aux messages de Basile. Celui-ci, avec une patience,
le

une prudence, une persistance auxquelles Psellus rend

plus éclatant
cette crise

hommage, ne
si

se lassait pas de tenter de

dénouer pacifiquement

cruellement funeste au repos de l'empire, persuadé que
venir à bout d'un
»

c'était l'unique
le

moyen de
chrétien,

tel

adversaire.

«

Cesse de verser
jiar la

sang

mandait l'empereur à son ancien lieutenant
«

bouche de

chacun de ses envoyés,
et

reviens à la raison
»

;

accepte-moi pour ton seigneur
le

maître désigné par

le

Tout-Puissant!

Romain,

propre

fils

de Skléros,

demeuré, semble-t-il, auprès du basileus, servait d'intermédiaire à ces

(1)

Voy. Rosen, op.

cit..

noie 166.

SECONDE REVOLTE DE BARDAS SKLEROS
négociations dont certainement,
d'apir'.s le

15

témoignage presque unanime

des sources, l'initiative première vint de Basile et non de Skléros. Dans
les

premières lignes de ses Commentaires, Nicéphore Bryenne, l'époux
l'illustre

d'Anne Comnène, parlant de

fondateur de

la

gloire de la famille

de sa femme, Manuel Erotikos, celui-là

même

que nous nvnns vu défendre
la place

avec éclat en qualité de domestique des Scholes d'Anatolie
Nicée contre ce

de

même

Bardas Skléros
attitré

(1),

dit

incidemment que ce per-

sonnage

fut

l'ambassadeur

de ces négociations délicates et qu'il les
(2).

conduisit avec une prudence admirable jusqu'au plus complet succès

Aucun

autre historien ne donne ce détail qui doit èlre véridique puisque
la

Nicéphore Bryenne avait épousé
Manuel.

propre

arrière-petite-fille

de ce fameux

Le baron V. de Hosen, dans son
de Yahia
(3), insiste

livre tant de fois cité sur la

Chronique

sur les 1res vives préoccupations que paraît avoir

causées au

basileus la prolongation possible de la révolte de Bardas
a.

Skléros. Psellus s'exprime très clairement sur ce sujet,

Et pourtant,

poursuit l'historien russe, l'appréhension de voir traîner en longueur
cet état de guerre civile désastreuse, la conviction que l'attachement des

soldats

du prétendant pour leur vieux chef empêcherait toute défec-

tion sérieuse de leur part, la crainte enfin qu'inspiraient à l'empereur
et

à

ses

conseillers

les

talents
le

militaires de

leur

adversaire,

talents

qui

rendaient fort douteux

succès

final,

toutes ces

raisons accufut Basile

mulées ne suffiraient peut-être pas à expliquer comment ce
qui
fit

les

premiers pas dans
ainsi

le

sens d'une réconciliation, en offrant à

Skléros,

que nous Talions voir, des conditions tellement avanen étaient presque
humiliantes pour
celui

tageuses qu'elles
proposait.
Il

qui

les

faut de toute

nécessité faire entrer en

ligne de

compte

deux événements contemporains considérables qui certainement durent
avoir une influence décisive sur les déterminations

du basileus à ce

16

H ASILE
la

11.

LE TUEUR DE BULGARES
la

moment
le

:

rupture avec Vladimir suivie de
et
la j)risc

prise de

Cherson par

prince varèiiuc,

de lierrluea par
(1),

les

Bulgares. M. Wassisi

liewskv a démontré, je

le ra|)pclle

que ces deux catastrophes,
eurent lieu
entre

grosses de dangers pour la cause des basileis,

les

mois d

avril et d'octobre 989,

probablement vers juin ou

juillet.

Or ces

dates concordent admirablement avec les péripéties dernières de la révolte

«"S

COFFIH'I'

DYZASTIN
Home.

rVivoiri'.

des

.V»"-

ou

Xl'i' sircU-s,

présent naplinl

ifan baaileas d anc basilissa, conseriê au

Maséf

Kirclter

au Cullèyc

Homain

ci

.^cenes

tie

la fie

du

roi Dai-id.

Face postérieure.

de Bardas Skléros. Elles

les font

nirme cduiprondre

très clairement.

Nul

doute que Basile ne se

soit résigné de

deux côtés à de grands

sacriflces

d'orgueil piinr rive entièrement libre

du troisième, c'est-à-dire du côté

de la Bulgarie. De
la

même

qu'il se décidait à cette

même

heure à accorder
il

main de son impériale sœur au barbare Vladimir, de même
que jiour pouvoir mieux

allait se

résigner à faire les premières avances à son lieutenant révolté,

le

[u'éten-

dant d'Asie. Tout cela
Bulgares menaçants.

n'était

teiiii-

tète

aux

(1)

Voy. Epopée,

I,

pp. 75t et

"."iS.

BAHDAS SKLÉROS OTiTIENT SON PARDOX
Les
négociations aclivement engagées avec Bardas
à

n
Skléros

par

Manuel Coninène au nom du basileus ne lardèrent pas
fruit.

porter leur

Sentant sa force de résistance mollir,
(I), le

le

vieux prétendant accepta de
lui

s'aboucher avec Constantin
d'intervenir personnel-

second basileus. qui

avait

fait offrir

lement en sa faveur auprès de son frère et qui
lui

promettait, au
celui-ci,

nom
avec

de

amnistie

pour
le

lui et les siens

plus bienveillant ac-

cueil.

Celte

médiation

par l'entremise de son
cadet, paraissait

moins

pénible au

lier basileus,

vainqueur

de

Bardas
ét<'

Piiocas, que ne l'eût

une démarclie personnelle de sa part auprès

de

son

ancien

lieute-

nant.

Bardas Skléros obtint

grâce entière. Basile

s'engagea par de solennels serments à ne point
le

molester,

ni lui,

ni

ses adhérents. Lui,

de

CHOIX BYZAyilNE da
baije

son côté, renonça for-

Mm
l'at

mellement an
basileus
;

titre

de

Aï"'' SiccU da ,7'résoi- ('' l nl" dont le pape Je Nonantola, près de Modène XVI, (aiorl de l'impératrice Théophano d'Allemagne, abbé, [.a croi.r, on métal doré, porte si.v médaillons
,

ai'ce portridtx

de

aainli'

.-(ar

email.

il

jura d'en
fit

dépouiller les insignes et

poser les armes
la

à

tous ses p;ulisans. L'unipe-

reur lui accordait en compensation

dignih' alor> inlinumul prisée de
laniom-

poui- mciiageiCelte intervention de Conslamin,iiiiai,'inée vniiscmbluljleinonl noie 1««. propre de Basile, est mentionnée par le seul Yaliia. Voy. Kosen, op. cit.,
(t)

i

18

BASILE

II,

LE TUEUR DE BULGARES
que
le

curopalate. Psellus aflirme

même
suite

souverain promit au condottiere

repentant de
lui, et
il

lui

donner dans
la

la Ville et

au Palais

le

premier rang après

semble bien par

du

récit qu'il

on

ait été ainsi

dans une

certaine mesure.

Fidèle aux traditions qui avaient

si

longtemps

fait

sa puissance,

Bardas Skléros, en faisant sa soumission, assura
fidèles,

le sort

de chacun de ses

jusqu'aux plus humbles.

Tous

ses lieutenants, tous
rébellior>,

ceux qui

avaient, à

un

titre

quelconque, collaboré à sa

conservèrent

leurs titres, leurs honneurs, les biens et bénéfices de toutes sortes que
jadis
il

leur avait donnés. Les simples soldats furent renvoyés dans leurs

foyers.

Aucun ne

fut inquiété.
les
«

Pour recevoir

basilikoi
si

»

impériaux,
fin

chargés

de

ratifier

cette convention qui mettait
bles, l'ex-prétendant

heureusement
fois

à tant d'années de troules

mit une
allait

encore sous

armes tous ces

fidèles

combattants dont
touchants
qui en fut
et la

il

se séparer à jamais. Les adieux durent être

scène grandiose. Nous ignorons jusqu'au

nom

de

la localité

le théâtre.

Depuis

le

jour où Bardas Skléros avait été délivré
la

de sa lointaine prison de Tyropœon aux monts de Cappadoce jusqu'à
fin

dernière de sa rébellion, nous ignorons chacun de ses
il

mouvements;

nous ne connaissons aucun des lieux où
aventureuse.

a séjourné

dans sa course

Lorsque

les

conditions de

la

pacification

de

l'Asie

eurent

été

réglées, le vieux chef, conduit par le basileus Constantin en personne,

se mil en route

pour l'entrevue que Basile

lui avait
11

accordée.

Une nou-

velle et terrible épreuve lui était réservée.

devint, paraît-il, subitement

aveugle.

Son âge

très

avancé

ferait plutôt croire qu'il devait être,

depuis

quelque temps

di'jà, atteint

de

la cataracte.
il

Qui

sait si ce

ne

fut point là

une des raisons pour lesquelles
la

ne se sentit plus en état de soutenir

InUe

?

Sur

la route, la

maladie du cristallin ayant achevé son œuvre,
les

la cécité

devint complète. Naturellement,
il

contemporains y

Agirent

un

châtiment du crime par lequel
l'oint

avait tenté de dépouiller de la

couronne

du Seigneur.
»

«

Dieu ne

le

jugea pas digne de contempler de ses
chroniqueur.

yeux son basileus,

s'écrie le pieux

Quand

il

fut tout proche,

Basile, raconte Psellus,

venu à sa rencontre,

alla s'installer

dans une

ENTREVUE DU

IIA.flLEUs

ET DE .^KLEIIOS

19

des plus belles maisons de plaisance impériales, probablement un des
palais de la côte asiatique

du Bosphore.

La scène
basileus,

fut,

de tous points, solennelle et dramatique. Le jeune
frère,

accompagné de son

environné de tout

le

faste

éclatant pavillon
le

du Palais Sacré, avait

pris place sur le trône sous le

grand

impérial installé sur le rivage.
vieillard,

Levant

les

yeux,

il

vit

de loin venir

cheminant, non

à

cheval ainsi que son rang l'eût exigé, mais à
le surveiller

pied, conduit par
faire

une escorte qui semblait autant

que

lui

honneur

!

Le malheureux, complètement aveugle, courbé par
très

l'âge, très

grand,

gros,

pesant et
le

infirme,

marchait

péniblement

s'appuyant sur
la

deux écuyers qui

tenaient par la main. Saisi d'émotion devant

cruelle déchéance de cet

homme

qui durant tant d'années avait, de victoire

en victoire,

fait

trembler Constantinople et l'empire, Basile prononça à
et

haute voix ces paroles qui furent de suite
celui

partout rapportées
I

:

«

Voilà

que

j'ai
;

tant redouté, qui

nous a

fait
!

tous trembler

II

vient à

moi

en suppliant

on

le

conduit par la main

»

Par nK'garde, ou par suite de l'émotion qui
Skléros, en bottines de
vite.

l'étreignait,

Bardas

se dépouillant des attributs impériaux, avait conservé les

pourpre.

Bien

qu'il fût

encore

loin,
les

Basile s'en
faisant

aperçut
dire
le

Plein de colère,

l'empereur détourna

yeux,

au

vaincu qu'il eût à de porter,

enlever ces chaussures que lui seul avait
le

droit

refusant de

recevoir autrement que sous

le

vêtement
et

d'un simple particulier. Force fut à Skléros de dévorer cet affront
d'ôter les canipar/ia rouges sous les

yeux de

cette

cour féroce au malheur.
le

Alors seulement Basile consentit à l'accueillir sous
et
il

pavillon impérial,
le vieillard,

le fit

avec une royale bonne grâce. Se levant devant
il

qui

baisait la terre (1),

lui

tendit

la

main

et

s'entretint

avec

lui.

La conversation

fut intéressante. Skléros, dit Psellus, plaida la
il

cause de
avail fait

sa longue rébellion, en expliqua les motifs, et pourquoi aussi

sa soumission. Basile écouta la défense du vieillard avec une sorte de

déférence, mettant sur

le

compte de

la

volonté divine cette longue suc-

(1)

C'est Vahia qui

nous donne ce

ilî-tail.

20

BASILE

11,

LE TUEUR DE H U EGARES
il

cession d'événements et
table.

de calamités. Puis
et

fit

asseoir

Sivléros

à sa
il

Pour calmer

ses

soupçons

mieux

sceller leur réconciliation,

saisit
|inis

sa coupe,
la

en

but une gorgée,

lendit à son liùte.
il

Au

sortir

du

rt'jKis,

lui

conféra les insignes

de sa nouvelle dignité de curopalate.
L'amnislie
fut

complète. Le frère du
fils

prétendant, certainement aussi son

Romain, tous ses
les,

fidè-

tous ses serviteurs,
titres,

reçurent des
dignités,

des

des emplois.
fut

Lui-même
du
vaste

pourvu

gouvernement du
le district

thème Arméniaque plus
syrienne de Ra'bàn

de
la

la ville

(1),

avec

jouissance de tous les revenus de ces

provinces, impôt territorial et impôt de
capitation.

Tous

ses biens anciens, qui

avaient été confisqués, lui furent restitués.

Nicéphore Phocas,

(c

au col

tors »,

qui avait embrassé sa cause après la

mort de son père Bardas, obtint de

même
CROIX BJ'Z.'I.VriNE des XI'-' ou
XII"" Siècles,
figares
"^

sa grâce et de vastes

fiefs.

Si

nous ne possédions ces renseigne-

en

ments par Yahia, nous n'aurions jamais
su à quel point Skiéros sut habilement
profiter

argent doré, avec

en êtnaiL
l'éylise

Trésor de Saint-Clément de
Velletri.

des

graves embarras que cau-

saient au basileus la
les

guerre bulgare et

négociations avec Vladimir, pour lui
le

arracher des comlilions infiniment plus favorables que ne
rait

laisse-

sou|icoiui('r

le

témoignage des
coniinencemenl Je

Byzantins,
1G9.

toujours
ville

enclins

à

(1)

Voy. Rosen, op.

cil.,

la noie;

Ra'bàn,

du comté d'Édesse,

à l'est de Mararb.

ENTREVUE DU
se taire

HASILEi'S ET

DE SELEIIOS

21

ou à mentir

lorsqu'il s'agit

de niiMiagcr rdi^ucil iinjuTial
rciiuicilii's (juela

(I).

Les deux interlocuteurs s'étaient à ce poiul
sation prit après le repas une tournure

conver-

imprévue,

très piquante, qui

témoigne

d'une grande indépendance d'esprit de
la part

^^h^

du jeune souverain. Le basileus
à son vieil interlocuteur son

demanda

avis de grand chef militaire sur le meillevu"

mode de gouverne-

ment personnel, surtout
sur
le

moyen
l'avenir

d'éviter

dans

de

nou-

^M^

velles révoltes de grands
l'eudalaires

comme
les

celles

qui durant tant d'années venaient d'en-

sanglanter

thèmes d'Asie.
dit

«

La

ré-

ponse de Skléros,
celle

Psellus,

l'ut

non

d'un capitaine ayant
les

commandé en
celle

chef

armées impériales, mais
(2)
»,

d'un fourbe
d'hui d'un
((

nous dirions aujour».
«

Machiavel

Il

conseilla à
foncFACEpostérieare !' la Croix de
1

Basile de ne tolérer à

aucun prix de

tionnaires trop puissants dans l'empire,

•Itelri

rtiprésen-

de ne permettre à aucun des principaux
chefs militaires de posséder de grandes
richesses, de les accabler tous incessam-

lei;

sur la page
de
est
et

[irécédente. Le
travail
ijrane
fdi-

occiti-ei-

dental

du

ment des exactions
de les contraindre de

les
la

plus arbitraires,
sorte à consacrer

vieille Siècle.

Les

cinij

médiiiltons

tout leur tem|is, toute
leurs atfaires

leur attention,

à

en émail ornaient le revers de la
croix
primitive.

privées,

de

les

empêcher

ainsi de devenir puissants

ou dangereux, de ne supporter aucum' influence
nous fournil
i.i

(1)

Il

faut excepter Psellus qui
dit

les iuiJicitinns les

plus précieuses. Cepen-

dant il ne provinces.
(2)

pas clairoraent qui' Skléros

rei;ut le

gouveriiciin-nt et los revenus de ces

deux

IIïvoCrpYo;.

22

BAStLE

II.

LE TfEUH DE BULGARES

féminine au Palais Sacré, de ne se montrer bon prince avec qui que ce
fùf,

surtout de ne
»

communiquer

ses plus secrets desseins qu'au plus petit
utilité
l'état

nombre.

Ces avis,

d'une grande

}>ratique

mais

de

moralité

douteuse, jettent un jour lumineux sur

d'âme d'un Bardas Skléros.

Ce grand

homme

de guerre se trouvait être de
le

même un

grand politique

aussi sceptique que peu difficile sur

choix des moyens.
excella aussi bien à

Ce

fut véritablement

un homme éminent qui
conseillers

gou-

verner ses peuples, à user de ses

qu'à se rendre populaire
(1),

parmi ses soldats. Ainsi qu'on

l'a dit fort

bien

ces avis venant d'un
le

homme

si

au courant de la situation, nous font toucher du doigt
ijui

principal péril
qui, conjuré
finir
.les

menaçait l'existence de

la

dynastie macédonienne, et
II,

pour un temps par l'énergie personnelle de Basile

devait

par

la

renverser,

je

veux dire

la

puissance exagérée acquise par

riches archontes d'Asie, par ces représentants de l'aristocratie anato-

lienne qui, grâce à leurs

immenses fortunes

territoriales,

pouvaient

si

facilement transformer les milices provinciales et les autres troupes dont
le

basileus leur confiait

le

commandement en de véritables armées féodales
la

entièrement dévouées à leur cause. Toute
Basile prouve que le jeune
très cyniques,

politique subséquente de
profit les conseils

empereur mit pieusement à
très pratiques

mais certainement

de son ancien adversaire

devenu son mentor.

Yahia
donnent
la

et

Elmacin après

lui,

mais sous une forme moins précise, nous

date exacte de cette abdication

du vieux prétendant. Bardas

Skléros dépouilla les insignes impériaux en présence de l'empereur Constantin, le vendredi 11 octobre de l'an

989

(2).

Ce futseulement après

cette

formalité que Constantin le conduisit à Basile. L'entrevue avec ce dernier

ne peut donc avoir eu
d'octobre.

lieu,

semble-t-ii, que dans la seconde quinzaine

A

ce

moment

les
la

négociations avec Vladimir venaient égale-

mont de

se terminer
le

par

conclusion d'une alliance entre
la

les

peuples

russe et grec, par

mariage du prince Vladimir avec

sœur des empe-

reurs

et la

conversion en masse du peuple russe au christianisme.

(1)

(2)

Bury, Basil II lo Isaac Komnenos, p. 50. Le 7"* et non le 1"' jour du mois de redjeb de l'an

37'J

de l'Hégire. Voy.

Rosen,

op. cit., note 167.

SKLEliOS EST INTERNE A DIDYMOTIC IION
«

23

Quand

l'ontreviie entre le basilens et le

prétendant repentant eut

pris fin, dit Psellus, Bardas Skléros eut permission de se retirer dans les terres qui lui avaient été assignées

comme

résidence.

»

Ce

n'étaient point
j'ai

les

provinces de l'extrême frontière orientale d'Asie dont
(jui lui

parlé tout
fief

à l'heure et

avaient été attribuées seulement à

titre

de

dont

il

pourrait exercer

le

commandement

et recueillir les

revenus à dislance.

Il

eût été trop imprudent de reléguer

le

vieux lion dans ces contrées, théâtre
lui

de ses premiers exploits, patrie de tant de ses anciens partisans qui
étaient

demeurés passionnément dévoués. On

l'interna

somptueusement,

mais plus ou moins contre son gré probablement, peut-être bien par suite
de quehjuc perlidie de Basile dévoilée seulement après
la

soumission, en

Europe, dans

le

thème de

Tiirace,

non
Il

loin de la capitale, de

manière à
(1),

l'avoir ainsi toujours sous la

main.
la

eut sa

demeure
la

à

Didymotichon
Il

aujourd'hui Démotika, dans
reste pas survivre

basse vallée de

Maritza.

ne devait du

longtemps à sa déchéance. Tant de vicissitudes avaient

usé les forces de ce vieillard extraordinaire.
J'ai dit

pour quelles raisons je pensais que, malgré
il

le

témoignage

de

l'sellus,

valait

mieux admettre avec
je

les autres Byzantins que l'entre-

vue historique dont

viens de retracer les péripéties

eut

réellement

lieu vers le dernier quart de cette

année 989. La mort de Bardas Skléros

suivit

de près cet événement
les seuls
ici,

(2).

Les dates indiquées par Yahia
fort

et

Elmacin,

historiens qui

nous en fournissent, sont

pré-

cises. Je dirai

pour n'y
le

j)lus

revenir, ce que ces deux auteurs nous
le

racontent encore sur
fort

vieux Skléros dont
qu'il

rôle

demeura, semble-t-il,

clVacé

durant
lui

le

peu de temps

survécut à sa défaite. Certes,

l'empereur

avait

donné une place prépondérante parmi ceux qui

l'aïqirochaient de près. Mais l'âge et les infirmités reni[)èchèrenl proba-

blement de se signaler dans ces conseils suprêmes de l'empire. Yahia
raconte qu'en l'an 380 de l'Hégire, c'est-à-dire entre
99(1
cl
le

le

31

mars de
jiniir

l'an

19

mars de

l'an

991,

le

basileus

Basile, en roule

sa

(1)

Ou

Didymouteiclion. C'est Vahiu qui nous
im|Mil('iit, très

l'ouinil le lonsi'i.mieiiuMit.

Voy. llosen.op.
partisan durant

cit.,

note 181.
\i)

SkIiTos, avinf;li',
•>.

âgé, n'aurait

|iii

tunlinufr

la gU' rre

il<-

beaucoup d'anuéis J'iniavino qui- l'si'llus, dans cftlf pliraseipii a atliiv l'allcntion parliiuliére de M. liury, enUmlait parler également de la première révulte de Skléros. En tenant compte lie celle-ci, un arrive facilcmcntau\ « nombreuses années n dont parle le clironiqueur.
«

21

BAÎ^ILE

II,

I.E

TVEL'R

DE liULOARES

nouvelle campagne contre

les

Bulgares, de passage à Didymoliclion où se

concentrait son armée, voulut voir Bardas Skléros qui résidait dans cette
ville

avec son frère Constantin,
exj)édilinn.
11

et l'invita

même
sous

à l'accompagner dans
le

celte

ust

bien

probable que
de

prétexte

de

faire

honneur au vieux

chef,

même

tlatter sa vanité
le

en paraissant vouloir de
lui,

profiter des conseils de

son expérience,

basileus, se diMiant

désirait /'

simplement emmener
son ancien adversaire

^^

^^^-_

avec

lui

pour
cas

l'avoir

sous

la

main, au

oij

l'expédition de Bulga-

rie aurait

une issue fâcheuse.
était alors

Mais Bardas Skléros
déjà tombé tout à

fait

malade,

ne pouvant
cher.
11

même
était

plus

marde

en

de

même

s(in frère.

L'ex-prétendanl dut

se faire porter en litière au-

près
il

du basileus devant lequel
se prosterna.

Basile, téétat, lui

moin do son piteux
ordonna
de

demeurer
plein

chez

COFFRET BYZANTIX
Siècles, présent nuptial
lissa,

du-uir.'

des

A"«<ci

d'un hasileas

ou A>' une basi-

lui.

Toujours

d'une

conservé au Musée Kirclter au Collège Ro-

bienveillante déférence envers
l'illustre soldat,
il

main à Rome. Scènes de la vie du roi David — Un des côtés [Voy. la vignette de la p. i6'i.

lui

fil

coiuji-

ter

la

somme

véritablement
(Ij
«

énorme
charités

jiour l'i'poque,
».

de soixante-dix mille sous d'or
la

pour ses

Tuis

il

poursuivit sa route vers

Bulgarie.
la

Bardas Skléros, de plus en plus accablé par
guère de cette munificence.
après
syrien
le di'parl
fait
Il

maladie, ne profita

mourut, au dire de Yahia, peu de jours
le

du basileus. déjà

mercredi

(i

mars

'.l'.il

1

.

L'historien

à cette occasion la

remarque que

le

fameux condottiere ne sur-

(1) c L'n
(2)

kinlâr de dinars

<,

dit
:

Yahia.

el-.\lbîr

Voy. au sujet de ccUe date liosen, op. cit., noie ls2, et (jlVœrer, op. cit., 11, p. 617. ILn mentionne la nimeur (|ue Skléros périt empoisonné. Voy. Rosen, op. cit., notes 158 et 181.

MO HT hE
vécut
jias loiit à
l'iiit

HA Hills

.^KLI-:H0S

25

deux ans

;'i

son ancien rival

et

conipélileur, Bardas

Phocas. Constantin Sklér(js mourut cinq jours après son frère.

Certainement, Basile crut pouMiir léinoigiier de tant de iiienveillance

envers

le

sénile prétendant parce
les ans,

que

celui-ci,

devenu l'ombre de
11

lui-

même, courbé par
à
le

ne

lui inspirait
le

plus de crainte.
diuit

tint aussi

ménager par égard pour

haut clergé natioua!

le

nouveau

COFFHET BYZAiXTIX

lia

Musée Kircher

{Voij.

pp.

l(j et Shj.

— Face

antérieure.

curopalate avait toujours été

l'allié,

presque

le

candidat au trône

(1).

Enfin, en parlant des difficultés avec les Russes et des nouvelles agres-

sions des Bulgares,

j'ai

exposé

les autres raisons

de cette excessive indul-

gence prodiguée

jiar le

basileus à son adversaire repentant.

Une

assez longue pièce de vers du j)oète contemporain Jean
l'état

Géo-

mètre, qui nous dépeint

des esprits à Byzance à cette époque

mémofait

rable ainsi quelescalamitésde toutes sortes qui accablaient l'empire, porte
ce titre caractéristique
:

l'Insurrection (2). Certainement ce

poème

allusion à l'époque de la rébellion de Bardas Skléros après la mort

de

(1)
(2)

Gfrœrer, op.
E'.; -r,v

cil., Il, p.

617.
p.

iîiooTa^'.v.

Wassilicwsky, Fragments russo-byzanlins,

1"4.

Migne. op.

cit.,

p. 9in.

4

26

BASILIC

II.

LE TUEUR DE BULGARES
s'y

Bardas Phocas. La mention qui
et

frouve de

la

comète du mois de
qu'il

juillet

du tremblement de

terre

du mois d'octobre, prouve

n'a pas

pu
tôt.

être

composé avant
trace
:

la fin

de l'automne de cette année 989 au plus

Le poète y
byzantine
« Il

un noir

tableau des malheurs qui accablent la patrie

(i)

pleut

du sang. Un

voile de deuil revêt toute la nature.
lutte fratricide.

Tout

l'Orient est

engagé dans une
et la

La

terre

tremble effroyable-

ment. La foudre

tempête font rage. Les
fils

cités désolées pleurent

comme
joie,

des vierges en deuil. Les sauvages

d'Agar sont partout vainqueurs.
tribut,

Leurs

villes qui autrefois

nous payaient

maintenant pleines de

nous imposent leurs contributions de guerre. Voilà pour l'Orient!

En

Occident, c'est pire encore. Les multitudes scythiques parcourent victorieu-

sement ces régions
meurtre. Les

et s'y installent

en conquérants. Partout

le

deuil et le

villes jadis

populeuses sont réduites en poussière.
les

Comment

ne pas verser des larmes en
l'incendie.
«

voyant ainsi désertes, consumées par

Et

toi, cité

reine, Byzance, hélas, quelle est ton infortune

!

Toi qui

fus fière et superbe, maintenant les secousses terrestres ont bouleversé tes

fondements. Les rameaux poussés sur ton tronc sont tombés sous des coups
fratricides.

Tes palais sont dévastés. Les ténèbres ont recouvert
la

le soleil.

La splendeur de
a brillé

lune est voilée.

Un

astre

nouveau, prodige

insolite,
fin

au firmament.

Verbe divin,

sois compatissant,

mets une

à

tant de luttes intestines, à tant de ruines,

de

luttes,

de séditions, de fuites,
!

de persécutions, de violences, de supplices et de condamnations
ta cité bien-aimée t'implore.

Christ,
(2)
!

Où donc

s'arrêteront nos tourments

»

que devint Romain Skléros après la mort de son illustre le patrice Basile-Homain Skléros, peut-être un llls de Romain, eut sous le règne de Constantin VIII, avec le bulgare Prusianos. siratigos du thème des Bucellaires, un duel (]ui se termina pour les deux personnages par un dur exil dans deux ilôts de la mer de Marmara. Bardas Skléros eut en outre les yeux crevés. Voyez mes Iles des Princes, 1884, p. 303. Une sœur de ce malheureux fut la fameuse Skiéréna. concubine du
(1)

Nous ignorons

tout à fait ce

père.

Un descendant du

prétendant,

basileus Constantin

Monomaque.

.\près ceux-ci la race des Skléros

s'éteignit.

Il

n'est

plus

question d'eux dans l'histoire. Voy. Du Gange, Fam. aug. byz., éd. de Venise, 1729. p. 153. (2i On trouvera encore quelques détails historiques se rapportant à cette même lamentable année 989 dans VÈloge de saint Eultiymios, évéque de .Madyta, mort en 983, par le patriarche

de Conslantinople Grégoire de Chypre ;12S2-1287;, éloge contenu dans un manuscrit de la Bibliothèque Synodale de .Moscou et publié en 1889 dans cette ville par larcbimandrite Arsène. Voy. Byzant. ZeiUchrifl, 11. p. 315.

.

RESISTANCE DE LÉON PIIOCAS

27

On

a vu
la

que

le fils

aine de Bardas Phocas, Nicéphorc
et l'échec
le parti

«

au col tors

»,

qui, après

mort de son père

de sa courte campagne sur

le

haut Euphratc, avait embrassé

de Skléros, avait également été
et qu'il était rentré

compris dans l'amnistie du mois d'octobre
auprès de l'empereur
(1).

en grâce

Son

frère cadet

Léon Phocas eut un

sort

moins

heureux. C'est à Yahia que nous devons de connaître ce personnage dont
ne parlent point
ignoré jusqu'à
écrivain par
le

les

Byzantins. Le récit de ses aventures était entièrement
récente d'une portion de la Chronique de cet
celles

la ]iuhiication

barnn V. de Ro?oii. Elles se trouvent mêlées à
j'ai

du

remuant patriarche Agapios dont
ne connaissons de

déjà narré les intrigues et que nous

même

que par ces précieuses annales contemporaines.

Bardas Phocas, lors de sa rébellion, raconte Yahia, avait
fils

nommé

son

Léon son lieutenant
il

à Antioche (2). Après la défaite de ses troupes à
le

Abydos,

avait appris

que

patriarche Agapios, inquiet de la tournure
le parti

que prenaient les événements, inquiet surtout de voir

des basileissi

puissamment renforcé par
russe,

la

venue à Constantinople du corps auxiliaire
se justifier

recommençait à intriguer, cherchant à
la

aux yeux de l'em-

pereur et à soulever contre Léon
prélat, par ces

population antiochitaine. L'astucieux
qu'il n'avait

menées, espérait démontrer à Basile

reconnu

l'usurpateur que contraint

et forcé. .Mais, cette fois, les

louches machina-

tions d'Agapios échouèrent. Bardas Phocas, qui le connaissait bien, l'avait
fait surveiller
il

de

très près.
fils

Définitivement édifié sur ses sentiments vrais,
l'ordre de l'expulser d'Antioche.
la ville

envoya bientôt à son

Léon

fit

sortir
la

Agapios de

avec d'autres notables suspects d'at-

tachement à

cause des basileis sous prétexte de conférer avec eux d'af-

faires importantes.

Lorsque tous furent dehors,

lui

rentra brusquement

dans Antioche

et

fit

fermer les portes. Ceci se passait le samedi2 mars 989 (3)
le

Après
de

la

mort tragique de son père,

duc d'Antioche

et

des marches
aîné,
il

Syrie refusa de faire sa soumission.

A

l'exemple

de son

(i)
[il

Nous
C'est

l'elrouvuions co personnage à une autre époque do celle hisloire.

même

parcelle information ([ue nous appreuonsque
la

la

avait à ce niomenl embrasse

cause du prétendant nu du moins

(ju'elle était

gramle forteresse duSud tomljée en son

pouvoir.
(;t)

celle date

Vingt et unième jour du mois de dsoulkaddali de l'an 378 de lllégire. Au sujet de voyez la correction proposée par le baron V. de Rosen, op. cit., note 11)3.

2g

BASILE

II.

LE TUEl'R DE BULGARES

persista dans sa révolte. Pais,

comme

les

habitants

(te

l'antique caiiilalc
il

syrienne se refusaient à

lier

plus longtemps leur sort au sien,

s'établit

fortement dans l'imprenable kastron bâti au-dessus de
haut de
la

la ville

au plus

montagne, au point

même

le

gigantesque rempart de
la

la cité atteignait

sa plus grande élévation

sur

cime de l'àpre

Mont

Sylvius.
fidèles.

11

s'y fortifia

merveilleusement avec ses

partisans demeurés
et

A

son appel, une foule d'aventuriers

arméniens

sarrasins,

toujours
contre
testés,

prêts

à

la

lutte

les

impériaux

déle

étaient accourus

rejoindre.

Même

il

n'avait
le se-

pas craint de réclamer

Ji^F^MI»—
jg

».i

I

,

««

M

>.

^..J

4 """

'

cours des troupes d'Egypte

^^n

^^^^^^^

1^

lEwmifi^^

massées sur

la

frontière.

Aussi impie que son père

1

<

^^1

ou que Bardas Skléros,

il

n'éprouvait aucun scrupule
à s'allier à des

i
pp. 16,

SI
da Ma^rc Kircher
SJi et lS5\.

musulmans

contre

ses

compatriotes.
après

Immédiatement
la

soumission de Bardas
,

COFFRET liYZAyriX

Skléros
^\'nij.

événement

qui

Un

(Irti

côtés.

ruinait les dernières espé-

rances du duc rebelle d'Antioche,
la ville,

un mouvement violent du
encore dans ce

parti loyaliste éclata contre lui
l'an 989.

dans

même

mois d'octobre de
avec
le

On

fit

rentrer

les

bannis

qu'il avait expulsés

patriarche Agapios. Celui-ci devait
et espérait

certainement être du nombre de ces réintégrés
part à ce

bien en prenant
basileis.

mouvement, rentrer définitivement en grâce auprès des
la

Léon, aussi obstiné que son \wve, malgré que
ce point, n'en refusa pas

situation fût empirée à
l'assiégea quatre jours

moins de

se rendre.

On

durant dans

la

colossale
il

forteresse.

Le quatrième jour

qui

était

le

dimanche

3

novembre,

dut capituler avec la vie sauve.
fut

Le gouvernemenl

iiiipirial

rétabli

dans Antioclie

comme dans

LE l'ATItlARCHE AGAPIOS
les

29

autres Uiènies d'Asie. Basile y

envoya en qualité de duc

le

magis-

tros Michel Bourtzès, le vieux héros des guerres d'Asie, l'ancien

conqué-

rant do

la

grande forteresse syrienne,

lui

aussi rentré en grâce. Michel
l'exiler

expédia Léon Phocas au hasileus qui se contenta de
ville

dans une
que

dont

il

est <liriicile

de retrouver

le

nom

sons

la

l'orme altérée

nous en donne Yahia. Le baron V. de Rosen pense

qu'il s'agit

de Dorylée.

Quant au turbulent Agapios,
jour de l'expiation
était

le

arrivé

aussi

pour
était

lui. «

Le

basileus, poursuit Yahia,
irrité

violemment
ses

contre ce prélat.
et
l'exil

Mémo

récentes intrigues

qui en avait été la suite, n'étaient point

parvenus à
motif
de
la

le

justilier à

ses yeux.

Le

sa

fureur

était,

paraît-il,

qu'après

mort de Bardas Phocas on

avait saisi dans les colfres de celui-ci,

sous sa tente, une lettre fort compro-

mettante

du
à

patriarche.

Agapios
le

y

encourageait

mots couverts
une
affaire

rebelle

à persister dans

au sujet

de laquelle celui-ci lui avait demandé
conseil et se déclarait

ouvertement de
de

COFFRET BYZA.VTIN da
rher {Voy.
Coin-i3rclc,
[ip.

Musée Kir-

Kl.

S.',,

son avis

25

(1).

»

Basile eut vite fait

H

^>S].

comprendre

qu'il s'agissait
Il

de

la révolte

de Bardas Phocas.

trouva

même

dans ce ddcuniont
très

la

confirmation de

certaines circonstances qui, jadis,
la

probablement, l'avaient mis sur

voie de tout ce vaste complot dont nous ne

pouvons encore aujour-

d'hui que soupçonner

vaguement

l'existence et dont j'ai parlé au

volume

précédent
par
le

(2) à

propos de

l'attitude singulière prise

dans ces événements mais surtout par
iniui'

parakimomène

Basile,

aussi
le

par

Bourlzès,
cMniiiifil,

Léon Mélissène. Ou
(1)

se rappellr

Iml do ce

au

mnmcnt

Klniiii-in, ipii si^ ciinlcMite ilo, cupii'r Yaliia en ralm^'iNinl, dit sciili'iiirnl Agapios approuvait la rûvollR ûo. Bardas Pliocas. Pour gagiior quclipips niqueur se borne à interpréter tout ce paragraplic au lieu de le reproduire en (2) Voy. Kpopée, I, pp. 50H sfpi.

(im- Jaiis cotte
liijiies.

lettre

lo

chro-

entier.

30

.

BASILE

II,

LE TUEUR DE IWLGARES
parakimomène.


II

le

basileus se disposait à se priver des services du

s'agissait de

ramener
sait

le

jeune souverain à une situation de complète
conspiration
faillit

dépendance.

On

que

la

réussir.
il

Tout
preuves
mission
si

cela fut cause que,

malgré

la

mansuétude dont

avait

donné des

éclatantes lors de sa victoire sur Bardas Phocaspuis de la sou-

de Bardas Skléros, Basile ne crut pas devoir pardonner au
Il

patriarche Agapios.

refusa de lui tenir compte des durs traitements

dont

il

avait été l'objet de la part de Bardas
II l'y

Phocas

et le rappela

de suite

à Constantinople(l).

interna dans

un monastère où

l'infortuné prélat

demeura
cèse.

sept ans (2), tout en continuant à administrer son lointain dio-

Même

au bout de ce temps

il

semble que

la

rancune du basileus ne
évêque à

fut point apaisée, car

Yahia raconte

qu'il contraignit l'intrigant

signer son abdication. Agapios, après avoir longuement protesté avec
la

dernière énergie,

finit

par y consentir lorsque Basile lui eut concédé en
(3)

échange

la propriété

du monastère de Pikridion

à Constantinople

qui lui rapportait annuellement la

somme énorme

d'un

«

quintar

de

dinars

»

(4)

outre un revenu affecté spécialement à sa table, consistant
(u)

en vingt-quatre livres

de dinars sur
II

les

revenus de son ancienne église

métropolitaine de Syrie.

signa sa déchéance au

mois de septembre

de l'an

tl'JO,

sous condition toutefois que son

nom

ne serait point effacé des
le

diptyques du siège d'Antiochc. Le 4 octobre suivant

basileus désigna

pour son successeur
la

le prêtre

constantinopolitain Jean, chartophylax de

Grande Église
(1)

(6).

Fin Je 989 ou coraraencenient de 990.

Voyez dans Wassiliewsky.Frajwenis russo-byzanlins, p. 126, ce que dit cit auteur de l'allusion à cette disgrâce du patriarche Agapios « après la révolte de Skléros », contenue dans la Chronique de l'empcrrur Basile le I'orph;/roi/é>iiHe, ouvrage aujourd'hui perdu de l'évêque Théodore de Sébasie, qui lut la principale, peut-être l'unique source de Skylitzès pour la partie de son histoire concernant le règne de Basile 11. Skylitzès certainement abrégea très considérablement cette Chronique. Le silence absolu ([u'il garde, entre autres, sur tous les faits et gestes du patriarche Agapios en est une preuve. L'allusion à la disgrâce du patriarche est faite par lui, à l'occasion d'une discussion sur le droit de déplacer les évéques d'un siège à un autre, discussion contenue dans un ouvrage grec d'époque anté(2)

rieure.
« al-B-k-ridioi'i ». Voy. Uoseu, op. cit., note 219. " Ti lltxptoio-j » couvent (3) Yahia écrit fondé par le cubiculaire Pikridios, au temps de l'impératrice Irène l'Athénienne. Voy. Du Gange, Conslanlinop. c/iristianii, lib. IV. (4) Environ six mille pièces d'or. Voy. llosen, up. cit., note 14.
:

(3)

(6)

Yahia dit « ritls ». Le « riti » équivaut à la t.hçta. byzantine. Agapios mourut un an après, en septembre de l'an 997, après avoir

été patriarche

DERNIÈRES SOUMISSIONS EN ASIE

31

Apros Léon Pliocas, après Agapios, d'aulros coupables encore furent
appelés à rendre leurs comptes à ce

moment.

«

Basile, dit Yahia, fut vio-

lemment irrité contre le roi curopalate Davith de Géorgie, seigneur de Daïk'h
et

contre les deux

lils

du prince Pakarat de Darôn, Krikorikos

et

Pakarat,

seigneurs d'AI-Khalidyàt, à cause de l'aide qu'ils avaient ouvertement

donnée à
sous
le

la

révolte de Bardas

Phocas

(1) et

envoya contre eux une armée
»

commandement du

patrice Djàkroûs (2).

Yahia

est seul à

nous

parler de l'expédition de ce capitaine qu'on ne trouve

mentionnée par

aucun autre chronicjueur

(3).

Le

patrice

Djàkroûs attaqua d'abord
exil.

les fils

de Pakarat;

il

les battit,

tua l'aîné, expédia l'autre en

Quant au

roi
il

Davith d'Ibérie, compreimplora, poursuit Yahia,

nant

qu'il

ne saurait résister seul au basileus,

son pardon, suppliant Basile de l'épargner,

lui

jurant obéissance, s'en-

gageanf surtout à
mort,
gné».
((

lui

léguer

la totalité

de ses Etats au jour priiciiain de sa
ni

car

il

était

avancé en âge, n'ayant ni postérité

successeur dési-

Il

priait en

conséquence le basileus de l'autoriser à envoyer à Constan-

tinople de hauts dignitaires de sa cour qui lui transmettraient son serment
et

s'entendraient avec lui sur les garanties à fournir pour assurer cette

cession future de tous ses Etats à l'empire. Basile, peu désireux d'entre-

prendre une guerre nouvelle

si

lointaine, se

montra infiniment
soleil

satisfait

de ces ouvertures. C'était un vrai rayon de sombres.
Il accueillit

après tant de jours

à merveille les offres de soumission

du

roi géorgien.

mois et dix-sept jours y compris le temps de son exil jusqu'à la nomination de son successeur. Il avait été élu le 22 janvier 978. Voyez sur la date de celte mort Rosen, op. cit., note 223. (1) Voyez Epopée, I, p. 747. Dzakros ou Tzakros ('?} Voy. Rosen, op. cil., note 178. Ce nom (2) Ou Djùk-r-u-s. énigmatique a été probablement altéré par Yahia. (3' Du récit do Skylitzès et de Cédrénus (II, p. 4i7) on pourrait conclure que, très peu de temps après sa victoire sur Bardas l'hocas, Rasilc se serait rendu de sa personne dans les domaines du roi curopalate, mais il y a dans ce récit une telle confusion d'événements postérieurs, un tel désordre de chronologie qu'on ne peut ajouter beaucoup d'importance à ce témoignage. Aboulfaradj rapporte à l'année -W-l de l'Hégire mars l)92-2;i février 9'.i:r que les « Romains <, c'est-à-dire les (irecs, s'emparèrent des villes de Chliath, Mauaskerd l't Ardjisch et (juc le basileus Basile ayant forcé le général en chef île l'armée d'.Vrménie, .\bou Ali ^que Murait, t. I,p. .'i13, appelle Abou Ali Hoceiu Ibu Merouan) à payer tribut, se contenta de cet avantage, lui laissant le gouvernement de l'Arménie, et conclut avec lui une trêve de dix ans (de vingt, dit Murait). J'estime que ce récit confus n'est qu'un simple écho des guerres de la succession du curopalate IJavith en l'an 10(11 Ce qui le ferait croire, c'est que l'écrivain syrien fait suivre ce récit des mots « Uoc tempore » après lesquels il raconte la cession du Vaspouraçan
d'Anlioclie dix-huit ans sept
:

('.*

.

à l'empire.

32

llAfilLl-:

If.

LE TUEUR DE HUI.C.IRES
et lui

Il

lui conféra le titre

de curopalafe tant prisé par ces princes d'Asie

envoya de somptueux vêtements d'apparat, insignes de
ce basileus avisé préparait

cette dignité. Ainsi

doucement l'annexion

à l'empire

de toutes ces

petites souverainetés orientales.

Davilh, Iieureux d'en être quitte à

si

bon compte,

iier

de devenir un
la

de ces brillants curopalates du grand basileus, représentant de Dieu sur
terre,

endossa avec joie
11
fit

les

vêtements d'or

et

de soie que Basile
flottants

lui

enles

voyait.

prier ses prêtres aux longs

cheveux

dans toutes

pittoresques églises de
ses

montagneux Etals

pour son nouveau suzerain et

envoya en am-

bassade au Palais Sacré
le

propre calholikos de

Géorgie avec plusieurs
hauts
officiers

de

sa

cour,

parmi

lesquels

figuraient peut-être les
trois frères

Pakourian,
et

RUINES

d'une églUe byzantine à Sofia. Photopra/iliie rnmmuniijtiée par .M. Dobroii'sky.

Phebdatos
cités

Phersès
(i)

par Skylilzès

comme
accompagné
le

ayant plus tard

basileus dans son ex|)éditi()n de Phénicie. L'arrangement
ratifié

intervenu avec ce nciuveau vassal de l'empire fut définitivement
et

Basile, avant

cdunne d'usagr

fait

ample distribution de faveurs, de

subsides et de dignitt's aux envoyés ibères, ceux-ci s'en retournèrent

au delà

di'

la

mer Euxine dans

leurs

montagnes

lointaines

(2).

L'iiistcirieii

arménien contemporain Açogh'ig raconte

(3)

qu'en l'an

9Slt,

un des ex-partisans géorgiens de Bardas Phocas, parmi ceux qui
(i]

Voy. Cédrénus, II, i'i'i, ligne 22. Yahia ne donne pas de dates pour ces éviMieiiienls ijuil est seul à nous raconter, mais furent la conséquence immédiate de la il ressort de la suite mOme de son récit que ceux-ci détente amenée par la soumission de Bardas Skléros et qu ils se passèrent par conséquent au plus tard dans le courant de l'année 990. traduction russe par Emin. Voyezencore Brosset,/l£/rf/7iOïis (:i) Chapitre xxviT,page 180 de la à VHisloii-e de Géori/ie, IX, p. HO et note 2 de la page
(2)

m.

REBELLION DE TCHOliTOVANEL
n'avaient pas voulu faire leur soumission après la mort du pr(Hcndant.

33

le

niagistrosTchortovanel,

fils

d'un frère du fameux moine guerrier Tornig
!I7!I l'I),

dont

il

a été tant

question lors des événements de l'an

et certaine-

ment un des

ofticiers

commandant

ses compatriotes dans les

armées de

IMiocas, s'insurgea avec plusieurs de ceux-ci contre le basileus Basile et se

ÉTOFFE BYZANTINE

de soie ayant jadis

st-ri-t

à envelopper le

corps d'an des anciens éi'èqaes de Verdun dans sa citasse. Colli'cliiin de M. F. Liénard.

déclara indépendant dans les provinces de Terdchan et de Darôn
sile

(2).

Ba

envoya pour

le

châtier le

patrice Jean Pohrtiz ou Pohrtès qui, après
résultat, le vainquit et le tua
(3)

un premier combat demeuré sans

dans une

seconde bataille aux environs de Bagarhidj

localité de la province de
le

Terdchan. dans
queur, toute
la

le

courant de l'an 900.

«

Depuis ce temps, ajoute
à jouir

chroni»

Grèce soumise à Basile romniença

de

la

paix.

C

est

(1)

Voy. Epopée,

I,

pi<

118-:i9'J.

(2)
\Z)

Ou Ou

«

du

côté

lie Ti'1-i.lcliiui

(hins lu

Dan'm

».

liagiiiiiidji.

:U

BASILE IL LE TVEl'R DE BULGAIiES
les

certainement là un épisode de l'expédition du patrice Djàkroùs contre
anciens
alliés

géorgiens et arméniens du préfendant Bardas Phocas
:

il).

Une

autre courte pièce de vers de Jean Géomètre intitulée
(2) est

Des Bri-

gandaf/es des Ibères

certainement un écho des événements de ces
l'an

temps troublés, entre l'automne de

989

et le

printemps de
la

l'an 990.

La preuve en
27
juilli'l
et

est iju

il

y est également fait
l'anieux

mention de

fameuse comète du

du non moins

tremblement de

terre

du 25 octobre.
de tous
les

Ces deux phénomènes semblent vraiment avoir troublé
contemporains,
non,
c'est
a.

la tète

Ce

n'est plus

le

feu des Scythes (3), s'écrie le poète,

bien la violence ibère qui pousse aujourd'hui l'Occident contre
ce

l'Orient. Voilà

que présageaient

les

tremblements de terre

et

aussi

léclat prolongé de cet astre extraordinaire. Pourquoi nous plaindre des

Scythes alors que nous voyons nos anciens amis
telle sorte ? »

et alliés se

conduire de

Tout

le

long du récit de ces terribles rébellions nous avons vu combien
géorgiens ou ibères, en particulier ceux du roi Davith, d'abord

les guerriers

alliés

si

précieux pour l'empire sous leur chef Tornig, à la suite des
lors de la révolte de

démarches de l'impératrice Théopbano
étaient

Bardas Skléros,
le

devenus plus tard des adversaires redoutables pour

parti des

empereurs grâce à leur intime alliance avec Bardas Phocas. Us se montrèrent

constamment pour

celui-ci

les auxiliaires les plus dévoués, les

plus tldèles, constituant véritablement l'éhte de ses

forces.

Quand

ce

chef

vaillant eut

péri

de

la

mort misérable que
;

l'on sait,

une partie

d'entre eux se rallia à Bardas Skléros
patrie, ojiposèreiit

les autres,

de retour dans leur

une résistance obstinée aux attaques successives des
i\c

divers lieutenant>

l'cniiieriMir,

le

Daronite, les patrices Djàkroùs et

(1)

Je ne sais

si c'est

la le

iin'mr Trlmiiovanel iiicnlionné par .Mathieu d Edesse (éd. Dufaite

par le roi de Deïlem dans le canton de Terdque ce doit t>tre là le même neveu de Tornig. le patrice Tcliortovanel, qui fut, ainsi que nous le verrons, fait prisonnier en dans la déroute où le niagistros liamien Dalassénos fut tué [lar les Egyptiens. Voy. p. ill.Donc Açoghig a eu tort de dire que Tcliortovanel fut lue dans ce combat contre le patrice Jean Pohrtès. Du reste, cet auteur se contredit lui-même plus loin au chapitre .xlmi où il raconte que Tchortovanel aurait péri en 1001 dans une rixe contre les Russes. :2;i E:: ri; twv "lôr,ptov ip^ïyi;. Cramer, op. cit., t. IV. p. 282. Cette (3) Les Russes étaient, on le sait, devenus tout récemment les alliés de l'empire. pièce de vers précède immédiatement celle où le poète parle des Bulgares avec une si sanglante ironie. — Voy. Wassiliewsky, Fra^weiUs russo-byianlins, p. 113. —Voy. p. 25.
laurier. p. 11)

dans

le récit

d'une inour^inn

cliaa.

Ce qui

est certain,

par contre,

c est

'.t'.KS

TREMBLEMENT DE TERRE ET
Polirlès.

(

OMÈTE
les

35

Sous

\c

commandement

de chefs
le

lels

que
ils

deux

lilsde

Pakarat

et 'JVhortovaiiel, le

neveu de Tornig

moine,

semblent

s'être battus

en désespérés. Sur bien des points, cette

lultr linii

par dégénérer en des

actes de brigandage, de pillage, de meurtre, qui semblent avoir produit

une impression profonde sur

les

contemporains.

Ils

nnl certainement

inspiré cette pièce de vers au poète byzantin. L'insurrection bulgare est

encore

ici l'objet

dis doléances ordinaires. Les soldats de Samuel, sous

le

nom

de Scythes, sont comparés à un incendie dévorant.
Cette année 989 fut véritablement une année
elTroyable
:

guerre

contre Bardas Phocas,
les

guerre contre

Bardas Skléros, guerre contre
contre
les

Busses qui prennent Cherson,

guerre

Bulgares

qui

prennent Berrhœa, guerre contre

les Ibères,

insurrections à Antioche.
les

Comme

si

ce n'était pas assez de tant de

misères,
fui

calamités célestes
glace

s'étaient mises

de

la

partie.
la

L'hiver

alrocc.

La

recouvrit
terre

toutes les rivières, les lacs,

mer elle-même. Le tremblement de
de
si

du

2.3

octobre auquel

j'ai fait

fréquentes allusions

et ilont

la

date

fournie par Yahia nous a permis de fixer la chronologie de cette
agitée entre toutes, fut
tines

année

un des plus
la

terribles
(1). 11

dont
fit

les

annales byzan-

nous aient conservé

mémoire

se

sentir avec

une
et

vio-

lence inouïe dans tout l'Orient, en particulier à Constanlinople
le

dans

thème de Thrace.

C'était à l'époque

précisément des négociations derles

nières poiu- la soumission de

Bardas Skléros. Presque tous

chroni-

queurs ont

fait

mention de

cette

immense catastrophe.
la

Léon Diacre, constamment préoccupé d'expliquer
providentielle de ces

raison d'être
lui-

phénomènes raconte que
uni'

ce désastre avait été

même annoncé
une comète de
97.'>.

par

a|iparition céleste

non moins extraordinaire,
brillante,

même

forme, non moins
le

que
28

celle

de

l'an
le

Elle avait

été'

aperçue en Egypte dès
lors,

27 ou

le

juillet,

nous

savons par Yahia. Depuis
fut visible,

durant
le

les vingt et quelijues
soleil,

jouis qu'elle
monti-r
à

chaque

soir,

après

coucher du

on

la

vit

il) Yahia d Klniaoiii disr'iil que >•(• InMiiblemciil de terre eut lieu dans la quatnrzii-iiie année du règne de hasilo H, c'est-à-dire en l'an :l"Si de l'Hégire qui couiincina en avril 989 pour finir en mars ïl'.Mi. Açugh'ig (liv. (II, chapitre xxvii) donm- la nii'ine date. Skylilzès et Céilrénus, par erreur, ont donné la date de USti. Voyez Wassiliewsky, l'rayinenls lusso-

hyzantiits,

\)\>.

12.S et

158-151.

36

BASILE

II.

LE TUEUR DE BULGARES
éblouissants rayons, se

l'horizon du c<jté de l'Occident, lançant les plus

mouvant avec une

vitesse extraordinaire d'un point à l'autre

du firma-

ment, apparaissant presque simultanément au nord

comme

au midi, enfin

dans toutes

les

régions de

la

voûte céleste

(1).

Les désastres occasionnés par ce tremblement de terre paraissent avoir
été affreux,
« tels

qu'il n'y

en avait jamais eu

de semblables dans ces contrées».
sentit la

On
Ce

en res-

commotion dans
l'empire
veille

toutes les provinces
fut
la

de

sans

exception.

de la fête du grand

martyr
le

Démétrius, vers
c'est-à-dire

soir,

dans
2(j

la

nuit
(2).

du 2o au

octobre
et les

Les remparts
de
la capitale

tours

s'écroulèrent

sur une foule de points. Une quantité d'édifices

publics, d'innombrables
les

maisons, des statues, des colonnes,

ETOEFE BYZANTINE
leus
fil-

coupoles de quarante églises furent renversées dans la Ville et ses alentours,
lissant
les

soie représen-

enseve-

tant un hasi-

dans un char traîné par

habitants sous leurs décombres.
s'agita

i/uatre chevaux. Cette élciffr, fort détériorée, a servi jadis à envelopper dans leur châsse les reliques d'un des anciens évérjues de i'erdnn. Colléetiiin de M. F. Lirnard.

La mer soulevée

furieusement

et

pénétra au loin dans les bas quartiers. Mais
la

plus notable catastrophe, également

men-

tionnée par tous les chroniqueurs, fut l'écrou-

lement de
orientale de

la

grande coupole
de
la

et

de l'abside
centre

Sainte-Sophie, tout un

tiers

Grande

Eglise,

(1) Ceci signifie, il me semble, qu'outre la comète, il ilul y avoir, à ce moment, quelque pluie extraordinaire d'étoiles filantes. Açogh'ig place l'apparition de cette comète au 15 du mois d'août, jour de l'Assomption de la Vierge. Il ajoute que cet astre était en forme de lance et semble admettre que ce fut un retour de la comète de l'an 973. «De nouveau, dit-il, apparut au ciel l'astre en forme de lance. Il projeta, durant plusieurs jours,

rayons lumineux vers le nord, puis se déplaça pour se montrer à l'ouest au-dessus des régions occidentales, lançant ses rayons vers l'orient. « Voy. Wassiliewsky, Fragments russo-hyza?itiiis, note delà p. 159. 12} Voyez sur la fixation de cette date la note de Hase dans Léon Diacre, éd. Bonn, p. 50G. Léon Diacre dit « la veille de la fête». .Skylitzès,r.édrénus,Glycas (p. 37ti), Tcbamtchian,
ses

dminent

la

date du

2ti.

ECnOCl.ICMENT DE. LA COUPOLE DE SA/XTE-SO PII lE
religieux du

37

monde

chrétien oriental,

l'ne fissure,

dit

Açogh'ig, se

produisit du liant jusqu'en bas. Qu'on juge de l'émotion causée par
tel

un

événement dans tout

l'empire.

Sur l'ordre du basileus,
Ils

les

travaux

de réparation furent aussitôt entrepris.

durèrent six années. Yahia

HYZAN'l'I.y d'ivoire du XI'"- Siècle consené au Palais Bavherini à Ronif. Scenrs de la i-ie de la Vierr/e et de celle ilu Christ. Dimensions 0>"S7 de largeur sur 0"'S0 de hauteur.

DIPTYQUE

affirme ceprndmil

qu'ils

fuirnl terminés dès

la

dix-huitième année du

règne de

lînsile, c'est-à-dire
elTel

en

l'an

'.•',(:]

(IV

Les échafaudages gigan-

tesques dress('s à cet

coûtèrent à eux seuls des
;

sommes énormes;
Skylilzès

Léon Diacre
et

dit

iiiillr

livres pesant d'or

Glycas

dit dix mille;
et

Ct'drénus disent dix kontinaria d'or. Shvlilzè<
(I)

Joèl v ajoulont la

RosPii, op.

cit.,

nntf nn.

38

BASILE

11.

I.E

TUEUIt DE BULGARES

reconstruction de l'imniensp aqueduc do l'empereur Valens(l) qui, proba-

blement, avait
i'ouriiit

hii

aussi été renversé

pai' le

tremblement de terre
la

et

qui

de nouveau une eau abondante aux iiabilants de

capitale.

En

lous cas. cette restauration de la Grande Église dut entraîner
l'ormidablc
|iuisqu'elle a
si

une dépense

vivement impressionné

les

contemporains.

Açogh'ig

(2) dit

que ce furent des architectes arméniens qu'on chargea
la

des travaux de réparation de
lustre

grande coujiole.
(3),

11

en

nomme un

:

« l'il-

maçon

et

sculpteur Tiridate

alors de séjour dans la capitale

grecque, qui exécuta avec une adresse admirable un plan
très savant de l'édifice et

nouveau

et

en fournit

le

dessin ». Ce fut ce plan qu'on
per-

exécuta

et

Sainte-Sophie en parut plus belle encore. Tiridate en
la
et

sonne en commença
règnes d'Aschod
III

reconstruction. Cet architecte s'illustra sous les

de

Sempad

II,

rois des

rois

d'Arménie,

et

fut

em]iloyé par ces souverains à embellir Ani, leur
qui éleva
la

lielle

capitale, (le fat lui

magnifique cathédrale de cette

ville.

Une

foule de localités dans la

banlieue et
Il

les

environs de Constan-

tiniijde furent

totalement détruites.
la

n'en demeura pierre sur pierre.
périrent.

D'innombrables habitants de
côte d'Asie,

campagne
ville
(4

A

Xicomédie. sur

la

une portion de

la

fut renversée.
dit

Des

cités
et la

entières

luient ruinées en Laconie. Açogh'ig furent surtout désolées.

que

la

Thrace

Bithynie

Presque tous

les

chroniqueurs orientaux contemporains, beaucoup
(3),

de chroniqueurs occidentaux également

ont parlé de cette comète du
effets se

27 juillet et de ce tremblement de terre du 23 octobre dont les
firent sentir

jusqu'en

Italie, à

Bénévent, à Capoue. L'existence de ces

deux phénomènes

est aujourd'hui établie avec

une

parfaite certitude

(0).

(1)
(2)

Et

non
III,

lie «

Valentinien

»,

comme
la

le dit Ct^tlrénus (II, p. 477).

Cange

:

(3)

grande coupole de Sainte-Sophie, voyez Ad Pauli Silentiarii descriptionem S. Sophin'. 54C. B. Ou « Terdat ».
Liv.
cliap. XXVII.

Sur

les

notes de

Du

chap. xxvii. Voy. Wassiliewsky, Fragments riisio-byznntins, p. 160. (li; Voyez Açogh'ig, liv. III, chap. xxvii, qui dit que la comète commença à être aperçue Glycas (p. j771 dit que le sol trembla du mois de janvier au 9 mars et le mercredi 7 août. que ce jour, vers la dixième heure, eut lieu la grande commotion qui bouleversa (^onstantinople. Très probablement, il y eut plusieurs secousses importantes à divers moments, mais
(4) Liv. III,
(.i)

celle

du 25 uclobro

fut

la

plus terrible

i-t

Glycas

fait ici

certainement erreur.

MQIXES sT y LIT ES
Léon
973,
Diacre, lnuioiiis k
les
|irii|)i)s

39

de

la

fameuse première comète de

l'an

énumère
les

divers autres jiliénomènes célestes qui vinrent épou!)8'J.
Il

vanter

habitants de l'Orient en cet an

cite

encore des famines
il), et

affreuses, dont
les

une surfout qui dura plusieurs années

qui réduisit

populations de certaines provinces aux dernières extrémités, puis

aussi des pestes, des épizooties, des sécheresses extrêmes
disettes

amenant des
nord
et

de grain, des colonnes de feu apparaissant vers

le

qui

n'étaient certainement autre
celle qui

chose que des aurores boréales
la

comme
7 avril.

fut visible

par loule l'Egypte dans

nuit

du samedi

Celle-ci fut
totale,
la

accompagnée d'un orage effrayant, d'une obscurité nocturne
colossale
soleil. Elle

d'une

trombe

de poussière,
et

d'un changement dans
annonçait, au dire de
de

couleur du

dura plusieurs jours

Léon Diacre,

la prise

de Cherson par les Russes

et celle

Berrhœapar les
terribles,

Bulgares. Ce chroniqueur note encore des
tables cyclones des approches de l'an mille.

ouragans

véri-

L'un d'eux précipita

les flots

dr

lu

mer avec une un

telle

violence contre

la

colonne du port d'Eutropios,
en fut renversée. L'ascète
le x" siècle

habitée par
fut

solitaire stylite

renommé,

([u'elie

misérablement noyé. Aucune époque plus que
disciples ardciililii

ne

vit

de ces
les

étranges religieux,

fameux Syraéon

(2).

Tous

rivages, les abords de toutes les villes, toutes les solitudes avoisinant les

monastères voyaient s'écouler ces existences étranges presque incompréhensibles pour notre conception moderne de
la

vie.

Dans

la Vie

de
le

Saint Paul

le

jeune,

le

grand saint du mont Latros qui mourut vers
le

milieu de ce x' siècle,

narrateur

anonyme

qui écrivait une trentaine
le

d'années après cet événement raconte que
tiani le

pieux religieux, renconlaure du Sauveur,
lui
lit

moine Athanase, ancien supérieur de

la

une prière qui nous parait aujourd'hui
n'étonna point celui à qui
colonne.
«

bizarre,
:

mais qui, certainement,
c'était

elle était
1*.

adressée
le

de

lui

bâtir

une
si

On

sait,

dit

le

Delehaye,

savant

l'ditciir

de cette Vie

(1)

Voyez VÉloga de
L'n

saint Eiithi/mios, éd.

de rarchimandrite Arsène, Moscou,

1889,

p. 47.
iiidi(|iie que les slyliles étaient encore passage de Nicélas f'.honiate (p. 2t4, I. xii'^ siècle. Cet auteur raconte qu'lsuac l'Ange convoqua entre autres religieux Sur les stylites. tous ceux i|ui s'étaient élevés an-dessus de terre sur des colonnes >>. voyez encore Kraus, Rci I Encijclopudie drr clirisltic/ieii Mterthiimer.
(2)
.'i;

nombreux au
'(

-

40

BASILE
(1),

II.

LE

'JEEUIt

UE BULGARES
Stylile avait trouvé

curieuse

on

sait

qu'en Orient

Syméon

promptc-

nient des imitateurs, qui devinrent assez

nombreux pour

constituer une

catégorie à part, qui se perpétua durant de longs siècles, et l'existence

des moines stylites. en Asie Mineure, à l'époque qui nous occupe, n'est
d(jnc point
«

un
a

lait isolé.

On

l'ait

souvent

la

rruiarqur ipie ces solitaires n'habitaient pas

toujours des colonnes ou des tuurs véritables. Ce n'étaient parfois (pie

des retraites élevées, d'un accès

difllcile. et

ne laissant à celui qui l'oc-

cupait qu'un espace étroit pour se mouvoir.

En

voici

une intéressante

conlirmation. Le moine Athanase accueillit la requête de saint Paul en
lui

indiquant une colonne

«

non

laite

de main

d'homme

»,

une colonne

naturelle, c'est-à-dire

un rocher
»

très élevé

au sommet duquel s'ouvrait
déjà célèbre
il

une

grotte. Cette

«

colonne
l'ai!

était, parait-il,

jiar

le

séjour

de vingt ans
pari

([u'y avait

un autre Athanase dont

a été parlé

autre

dans

la

Vie

du

saint.

Nulrr niiiitr s'empressa de choisir cette
m'i
il

cachette pour sa demeure et se hissa dans la cavernr
difficile

était très

d'arriver sans échelle.

H

n'y vécut pas

moins de douze ans, dans
du plus
atl'reux

l'exercice de la contemplation, soutirant parfois

dénue-

ment, mais aidé ordinairement par un berger des environs ou par ses

amis Démétrius

et

Athanase

et

ne quittant sa prison volontaire que
il

pour venir en aide an prochain. Quand
sa coliinnr. crllc-ci
si

se vit obligé enfin de quitter
stylile,

rvit d'asile à

un autre

nommé Pachùme.

»

Dans ma immbreusi'

collcclion de sceaux de l'époque byzantine, je pos-

sède celui d'un monastère placé sous l'invocation du grand saint stylile

du

v° siècle.

Au

droit ligure

une

très curieuse représentation

de saint

Syméon

jiriant et

bénissant du haut de sa colonne.
et

Les grandes révoltes de Bardas Phocas
durant tant d'années, avaient ensanglanté tous
l'empire jusque dans ses fondements, mis
le

de Bardas Skléros qui,

les

thèmes d'Asie, ébranlé
la

trône de

dynastie macé-

donienne à deux doigts de sa perle, étaient terminées. Les derniers
complices, avérés ou secrets, des deux prétendants,
les
fils

de Bardas

Phocas,
les fils
(1)

le

frère

et le

fils

de

Bardas Skléros,
le rui
p. 6o.

!•

patriarche Agapios,

de Pakarat, ]u-ince de Darôn,
Hevue des Questions historiques, 1893,
II,

curopalate Davith d'ibérie

77;.i.v.^/-'()/M/.i y/'i.v

moi: au:

/</•;

isasii.i:

avaient été châtiés

nii

pni-flnnni-s.

Fno
la liu

oro de séciiriti' relulive
ili'

allait,

se

rouvrir pnur
avoir
«

l'enifiire qui.

jusiiuà

ce firand rè^iie, n'allait plus

à

lutter

que sur
lie l'cs

ses frontières.

A

pailir

Icuips JeiTihies, racdiilc

I'sl'IIus,

le

Itasiieus IJasile
l'air

devint

un

autre

homme, en apparence
et

impénétralili',

sombre,

soupçonneux, caclianl sa pensée

ses desseins, lnujuurs concentré en

hii-nièmc, sujet à des accès de colère sauvage, implacable contre ceux
qui a\aient
H

commis quelque

faute.

»

Au

dixième

siècle, a fort bien dit
(1),
il

un auteur moderne

semble vrai-

ment qu'à Byzance dut

s'élever à côté

du basileus une sorte de sultanat ou
de mairie du Palais. Romain Lécapène
l'ut le

seul vrai maître et souverain

<le

l'empire aux côtés de l'empereur Constantin VII. Xicéphore

Phocas

et

Jean

Tzimiscès lurent

les

tuteurs el les empela

reurs véritables durant
jeuiu's
basileis

minorité des

Basile et (lonslanlin.
et
si-

Sans aucun doute. Bardas Skléros
Bardas Phocas briguèrent
la

même

tuation suprême. Tout du long de ces

PL.iQUL en
vail

stéatite

cnec

'f/'liyi''

il'-

interminables insurrections qui bouleversèrent l'empire
terroriser
les
ils

^ainf Jean Chrysostome.

— Très (in

tra-

byzantin des

.\[""

ou

XII'"" Siècles.

s'efforcèrent de

.Musée rhi I.oiure.

héritiers

légitimes

du

trône. Ce fut r(euvre glorieuse de Basile, ce fut son mérite infini, d'avoir
enfin

donné

la victoire définitive
le

à l'empire dans cette lutte sans merci.
(pii lui faisait

En
un

restituant à celui-ci défaut,
il

prestige militaire

depuis

si

longtemps

coupa

le

vent à ses antagonistes.

On

revit enfin en lui

em|iereur' qui marchait en personne à la tête de ses armées, qui connaissait

de

i.isii

son empire

ilcs

monts du (laucase aux

rives de Phénicie. Mais

son plus grand appoint ponr réussir fut pourtant
tige était à ce
(I)

la légitimité
tel jininl

dont

le

pres-

inunieiit Innjuurs
cil., p.
SH.

encore immense, à

que tous ces

Neuniami, op.

.

42

BASIL/-:

II,

LE TUEVli DE BULGARES

honiines illustre? qui an dixième siècle par leur gloire particulière ternirent
l'éclat

de

la

gloire impériale, ne se seraient jamais crus en droit de viser
s'ils

au pouvoir suprême

n'avaient

pvi

jiar

des unions avec la dynastie

régnante s'abriter sous l'égide de ce droit reconiui. Romain Lécapène fut
le

beau-père de Constantin VII avec

le

titre
II

significatil
11 ri si

de basileopator

rs'icéphore

Phocas épousa
il

la

veuve de

Roni:ii

celle-ci

n'épousa pas

ensuite Jean Tzimiscès

ne faut en accuser que

les

circonstances impréfut bien plus
la

vues qui accompagnèrent ce

changement de règne. Tout ceci

marqué encore sous

le

règne des deux derniers héritiers de
»

maison

impériale de Macédoine.

Toute l'année 990

s'était

encore écoulée à liquider les suites dernières

des grandes rébellions des deux Bardas, à châtier, à paciller leurs derniers
alliés et partisans.

Le basileus

Basile, libre
la

du côté de

l'Asie,

put enlin

s'occuper activement à nouveau de

non moins grave question bulgare,
lui faire

de cette guerre cruelle
rope,

(jui

menaçait de

perdre les thèmes d'Eu-

comme

ceux d'Analolie avaient

failli lui

échapper dans ces dissen-

sions à peine conjurées. Malgré cette rancune séculaire et nationale dont
il

avait hérité de ses glorieux ancêtres contre ce peuple insoumis, incomla lutte

mode, toujours prêt à reprendre
n'en

contre les Grecs,

le

jeune basileus

mena pas moins
et

cette guerre pénible entre tontes avec

une grande

prudence

une résolution admirable. D'autre

part, la résistance fut aussi

héroïque, aussi acharnée (jue l'attaque fut opiniâtre, patiente, incessante.
Il

fallut

à Basile II vingt-sept

années encore de luttes presque ininterla fin

rompues, de 991 à 1018, presque toute

de son règne

si

long, pour
la

arriver à terminer cette grande guerre bulgare

commencée dès

mort

de Jean Tzimiscès, inaugurée véritablement en 986 lors de la déroute de
la l'orte

Trajane, et pour subjuguer définitivement cet
(1).

immense
alfaire

et

sau-

vage royaume du sauvage Samuel
celle qui

Ce

fut la

grande
le

du règne,

procura enfin pour un

très

long temps

repos à toute la moitié
cette

européenne de l'empire en anéantissant entièrement
(1)

monarchie

si

celte résistance

Voyez dans Gfrœrer, op. cit., II, pp. G41 sqq., l'exposé des causes qui rendirent possible si prolongée des Bulgares. Ce furent, en première ligne, les sympathies qu'ils inspirèrent aux populations conquises par eux, populations détachées de cœur du régime impérial par l'eirroyahle dureté de son gouvernement.

CHliONlQUEUliS DE LA GUEItllK BCLGAHE

W

conslammenl,

si

iiTéniédiableineiil hostile.
elle

Celle sage ienleur ne doil
le

pas nous élonner d'ailleurs, car
Il

étail

bien dans

génie byzantin.

suffit,

pour s'en convaincre, de
le

lire certains

des conseils pleins d'une
j'ai

circonspection minutieuse que

grand seigneur grec dont
(1).

déjà

parlé à plusieurs reprises donnait à ses enfants

Cette guerre célèbre, longue de près d'un tiers de siècle,
entre toutes celles du
(le

sanglante

Moyen

âge oriental, qui devait coûter
la destruction

un nombre
la

vies incalculable, et causer

de plus de la moitié de

nation bulgare, cette guerre qui constitue certainement une des
les

pages

plus

brillantes et

les

plus héroïques de

l'histoire byzantine,

nous

est, hélas,

à peine connue dans ses détails. Les documents fournis par

Skylitzès, par
près,

son copiste

Cédrénus, par Zonaras

qui,

seuls, à

peu
si

parmi

les

annalistes grecs, en ont dit quelques mots (2), sont
si

peu de chose, tellement maigres et clairsemés,
confus,
j)as

souvent inexacts et

que

la

simple

chronologie de ces événements ne peut

même

encore aujourd'hui être établie avec certitude.
D'autre part, les historiens orientaux, Yahia, Elmacin, Ibn el-Athlr,

presque toujours très exactement informés pour ce qui concerne
sont,

l'Asie, le

on

le

comprend, beaucoup moins dans
si

les rares

paragraphes

qu'ils

consacrent à cette guerre européenne
portée de leurs
Il

éloignée, complètement hors de

moyens d'information

habituels.
si

est juste d'ajouter

cependant que,

la

chronologie de

la

guerre

de Bulgarie présente encore d'innombrables lacunes dont beaucoup, pro-

bablement, ne seront jamais comblées,
sont d'ores et déjà fixés.

les

points de repère principaux

Les attaques de Samuel
de
la

le

Comitopoule, durant
et

les

jours

si

tragiques

première rébellion de Bardas Skléros

durant

les

années qui suila

virent sa fuite en Syrie, avaient mis une première fois en grand péril

portion européenne de l'empire byzantin.

Il

en avait été bien pis encore

après
98t),

la

déroute de l'armée impériale à
la

la

Porte Trajane au mois d'aoïit

durant
(1)

rébellion

de Bardas Fhocas et la seconde révolte de
:

tances où
^2)

Des circonsVoyez, par cxomplp, Ips chapitres 49 ot fil! dont lo doriiii'i' l'sl iiililulù il esl nccessaire de s'en tenir ù Véytird île l'ennemi au si/stéme île la temporisation.
Psellus n'en parle pas.
l.i

Voyez dans Jin'cek.
la l!iili.'aiie.

op. rit., le irés iiiléri'ssani iliapilrc 1"

consacré à

aiSigrapliii'

physique de

U

BASILE
le

II,

LE TUEUR DE BULGARES
!I87, 1188 el
IKS'.l.

Bardas Skléros dans
riers

cours des années

I^es

guer-

bulgares, ne rencoutraiil presque

jilus

de Iroujies byzantines en

face d'eux, puisque toutes les forces disponibles de l'empire se trouvaient

concentrées sur

le

théâtre de

la

lulle civile

en Asie, étaient devenus d'une
villes ouvertes,

audace chaque jour grandissanlc

Villes

murées ou

avec

leurs territoires, provinces entières, tombaient les unes après les autres

dans leurs mains. Seules, quelques places fortes de premier rmiu. défendues par des garnisons puissantes, émergeaient çà
de ce torrent dévastateur.
et là

du milieu des

llols

La majeure

partie des provinces euroi)éennes

de

I

empire semblaient
la

à

jamais perdues. Personne ne croyait plus au

relèvement de

dyiuistie

macédonienne. Malheureusement, en dehors
(jui

de quelques données vagues

nous permettent de tracer ce laldeau

douloureux,

les

chroniqueurs ne nous ont transmis aucun détail précis
(I)

sur cette période terrible de luttes à outrance. Seuls Yahia

et

El-

macin

(2)

s'expi-imcnl à peu prés en ces termes
le

:

«

Durant
le

la ri'vidle

de
les

Bardas Phocas, durant que

basileus

fut

occupé à

combattre,

Bulgares profitèrent de ces circonstances pour attaquer et envahir à plusieurs reprises les provinces occidentales de l'empire grec et pour porter leurs ravages et leurs incendies jusqu'à Salonique (3).
»

La seule mention

du

nom

de cette grande

cité,
?.ur

à défaut d'indications plus détaillées, suffi-

rait

à nous renseigner
regai-d sur la carte,

la gi'a\itr' cxl

renie do

la

siliialiun.
était la

Qu'on

jette

un

qu'on songe que Salimique
la

seconile \ille
la

de l'empire en Europe, que

base de ses murailles liaignail dans

mer

Egée, et l!on comprendra quelle devait être l'allreuse silualimi des thèmes

occidentaux exposés à de

tels périls

jusque sous

les reni[iarl~

île

leurs

places de guerre les j)lus considérables.
C'est à cette

même

période de ces incursions dévastatrices librement

menées par

les

Bulgares, sans presque, semble-t-il, qu'ils rencontrassent
faut, je l'ai dit déjà,

de résistance,
autre place

iju'il

rapporter leur conquête d'une

i'(u-te

de celte région, Berrha-a, événement (jue Léon Diacre
la

mentionne avec

prise

de Cherson par les Busses

comme

ayant été

(1)

(2
(3)

Kosen, up. cit., p. i7. Voy. Wassiliewsky, l'iayments russo-bi/zunlins.
Eliuaciu dit par erreur
o

p. 141.

Seleucie

».

Pli/SE

l)i:

r.EUHIIUlCA

45

annoncés par

li's

fameuses «colonnes de
DiSi).
.l'ai

l'eu

«

(1),

autrement

ilil

jiar

l'aurore boréale du 7 avril

expliqué plus haut

cummeul

il

est

devenu possible

d'établir

que ce nouveau désastre des Byzantins, sur

lequel nous n'avons du reste d'autre indication que ces trois seuls

mots

de Léon Diacre, a dû survenir vers
dr
Il

le

mois de juin ou

le

commencement

jiiillcl
l'aul

de cette aljuniinalili' aimée

11811.

que l'antique Béroé
l'iirlr ilc

ait été à ceth'

épo(pie uni' plarc

premier nrdre

ou

ipie sa

chute

ait été

accompagnée de

circonstances bien marquantes pour que
l'historien byzantin ait fait
la prise

mention de

de cette cité par les Bulf;ares

comme
pour
preuiiePL'

d'un

événement

si

terriliant
c'était la

les (irecs.

Probablement
d'un

forteresse

rang

aussi

considérable qui tomiiait aux mains des

bandes du tsar Samuel.

On

conçoit (jue ces nouvelles désas-

treuses jointes à celle de l'attaque victorieuse des liusses contre (^herson aient

décidé

le

basileus

à

faire

les

pre-

mières avances à Bardas Skléros pour
obleniilie lui

une soumission

si

désirée.
saint Déniétrias en costuine de guerre.
Siècles.

La

prise de Béi'oé ne semblait-elle point
la

présager

chute

bien

plus

cruelle
fois
1

Traiail byzantin des XI"" ou XII"" Masée du Louvre.

encore de Salonique, une première

déjà effleurée par l'invasion, ([ne dis-je

bienlôt

même
j'ai

l'aïqnirilion

des

troupes de Samuel sous

les

remjiarls de Constantinople?
déjà
citi^e,

Une
sée

pièce

de vers de .Jean (u'onièlre que
le

compo-

probablement vers

milieu de celle année

IISII,

dépeint avec une

douloureuse intensité ces calamités sans nomiue qui accablaient à ce mo-

ment
(li

les

provinces européennes de l'empire. Dans cette poésie intitulée
colonnes
annoiiriiitnl
p:'.['

Os

di; l'eu

ili'jii

par olli's-inèiues
le pillu^ic.

lu niaiiièio

de cuiuballio des

llulyares qui ne procédaient ijue

l'incendie et

46

BASILE

If.

LE TUEUR DE BVLGAHES

i Insurrection

1

,

l'insurrection Je Bardas Skléros naturellement, le poète
les

contemporain, après avoir énuméré
orientaux, sécrie
:

malheurs qui désolent

les

thèmes
paroles

&

Et ce qui se passe à l'Occident,
!

quelles

pourraient l'exprimer

La

foule des Scythes (c'est-à-dire des Bulgares) (2)

parcourt ces provinces, s'y répandant dans toutes les directions
s'ils

comme

étaient chez eux dans leur patrie. Ils détruisent jusque dans leurs

racines les générations de fer de ce sol aux nobles rejetons et tranchent

par l'airain ces existences naissantes. Ceux de ces nouveau-nés que ne

peuvent sauver leurs mères sont arrachés de leurs seins par
et tués à

la violence

coups de flèches. Des places de guerre puissantes jadis ne sont

plus aujourd'hui qu'une légère poussière. Les bêtes de
la

somme
tel

broutent
spectacle

place où

autrefois vivaient des

hommes. Devant un
le

comment
villages
!

cesser de pleurer? Ainsi périssent par
»

feu nos villes et nos

La
du

suite de cette poésie présente

une image

saisissante des

maux

dont souffrait à ce
tsar

moment

la capitale

même

de l'empire. La puissance
Il

Samuel

s'était

donc incessamment accrue.
la

régnait en maître

sur les deux tiers au moins de

péninsule des Balkans. Le roi ou joupan
le

Vladimir de Dioclée,
binié,

le

Monténégro d'aujourd'hui,

joupan de Tréallaient recevoir
le

Dragomir, à deux pas des rivages de l'Adriatique,
l'investiture de leurs principautés (3).

de

lui

De même nous

verrons

bientôt conférer à

Romain,

le fils

de l'ancien tsar Pierre, l'investiture de la

jdace de Skopia, et cuntier au

prince arméno-byzantin

Aschod

le

com-

manilement de Durazzo.
S'il

faut en croire les sources byzantines, le basileus Basile, enfin
et

débarrassé des soucis de la guerre civile
des Busses, aurait préludé dès
le

de la crainte d'une attaque
91)0

courant de l'année

à la reprise de la

lutte offensive contre les Bulgares, par

un voyage à

travers ces thèmes

(r Kl;-:r," krJt<s-%'j:'i, Cramer, op. cit., p. 271; Migne, op. cil., p. 907. sur le raagislroa Jean Géomètre, sur le peu que nous savons de sa vie et sur ses pièces de vers si précieuses pour l'histoire de celte époque, voyez encore la dissertation de Th. Gerber, intitulée Quse in comment, a Gre;/. Covinlho in Heimogenem scriptis Jietustior. commenlarior vesligia
.

deprehendi possinl.K.ie\, 1891, surtout aux pp. 33 sqq. Et; rr|V à7co3r,|iiav, (2) Dans une autre poésie que j'ai également déjà citée, intitulée le poète appelle les Bulgares « la foule enragée des fils d'.\malek ». (3) Presbyter Itiocleas, Be^num Slavorum, dans Lucius, De Reyno Croatise et Dnlmatia-,
:

p. 294.

SAINT PHOriOS DE SALOXIQUE
infortnni>s de

47

Thrace

et

de Macédoine, dnnl
les

lo

poète vient de nons diVrire

l'alTreusc condition

causée par

ravages de ces ennemis héréditaires.
11

L'autocralor poussa jusqu'à Salonique.

voulait,

comme

ses prédéces-

seurs, y venir prier sur la lonihe l'ameuse de saint Démclrius, glorieux

patron de cette grande

cité,
l.i

un des mégalomartyrs d'ordre militaire

pour lesquels
lier,

les

princes de
ili^vutinii

maison macédonienne, Basile en

|iarliiu-

avaient une
local,
iiien

spéciale (1).

Dans

le

Panégijr'ujne d'un .luIre
cité,

saint

moins

illustre,

de celte

même
la

saint Pholios de

Salonicjue, manuscrit inédit

récemment

signalé par M. Wassiliewsky (2),

l'auteur

anonyme, après avoir parlé de

grande déroute des troupes
:

impériales à la Porte Trajane,
sileus,
si

s'exprime en ces termes
les

«

Quand

le

ba-

complètement battu par
leur résister,
il

Bulgares,

vit

qu'il

n'était plus
les

en

état de

ciiercha

son secours ailleurs dans

prières

adressées aux saints. C'est ainsi qu'il vint à Salonique faire ses oraisons

au

tombeau

de

Démétrius

et

iju'il

l'ut

mis

en

fapp<irl

avec

saint

Pliotios. »

Ce saint Photios, dont
i|iii,

l'Eglise ortliodoxe ne tient pas
à celte

compte,
n'iie,

et

on va

le

voir, a

cependant joué

époque un certain

même

un
Il

r«"ile

politique, était issu d'une noble famille d'archontes thessaliens.

s'était

de bonne heure voué à

la vie religieuse et était
le petit

venu quelque

temps avant ces événements habiter
médecins anargyres Côme
et

couvent

solitaire des saints

Damien

situé sur le

haut du mont qui
le

domine Salonique, non loin du vaste kastron dont les ruines
encore.

couronnent

Dans

ce monastère dont nous ne connaissons plus l'emplacement

exact, Photios avait eotinu
le

un ascète célèbre.

Biaise, dont

il

était

devenu

disciple. Celui-là
II,

avait été jadis tenu eu haute estime par le basileus

Romain
cher sur

père de notre Basile.

Longtemps ce prince
il

l'avait fait recher-

le

bruit de sa piété. Puis

se l'était fait

amener de Salonique

à Constantinople et avait fait de lui son père spirituel, autrement dit son

confesseur,
s'écrie le

«

paternité autrement honorable que

la

paternité naturelle,

»

biographe anonyme.
447. Zonuras, éd. Diiidorf, IV, 117.
intitulé
:

(1) Ci'dréiius, II, (2)

Dans un mémoire
17,

Un des Kecueils manuscrils
<il.,

r/reex
l'I

de la UiUiolhéque syiio-

diile
t.

de Moscou, n»
p.

p. :il.

Vny. Lipowski, op.

p.

i:il

Hi/:antinisrlie Zeilsclirifl.

ri,

313.

4S

liJ^/I.E

II.

LE TUEUI!

DF.

HVLGAHEfi
lui

Les liantes vertus de Biaise, son ascétisme extraordinaire qui
nait le plus étrange aspect, avaient fait

don-

une impression profonde sur l'àme

du jeune basileus.

Il

avait

voué

à ce saint

homme une

estime incroyable.
il

Après

les

premières couches de l'impératrice 'riiénphaiid,

lui

en

,i\;ul

donné

cette

preuve éclatante de
la

faire baptiser

solennellcmeni par
jiiie,

lui
le

son

nouveau-né dont

naissance
Il

le

comblait de

pri-cisément
à nul

fiitui'

empereur Basile H.

n'avait

voulu laisser ce privilège
été

autre.

Les cérémonies de ce baptême avaient
dinaire.

d'une somptuosité extraorle

L'humble
petit

religieux, de ses

mains tremblantes, avait imposé
«

sacrement au
avait

Porphyrogénète.
de Basile
rpi'il

Inspiré par Dieu tout-puissant,

il

lui

donné

ce

nom

devait tant illustrer, lui prédisant ainsi
»

un règne
volontt'.

aussi long (jue prospère et glorieux.

— Photios, bien contre sa
accompagné dans

mais toujours poussé par Dieu,
son vénéré maître

avait, paraît-il,

la capitale

et assisté à la

scène louchante du baptême.
pi'ennnt le basileus
:

«Le divin

vieillard, poursuit l'auteur
lui avait dit
tils

anonyme,

Romain
n

par son vêtement,
((

alors en lui désignant Photios

Voici

celui qui va

ramener ton

au

l'alais.
la

»

Kt

le

jeune religieux avait

rapporté processionneliement dans

denieuie impériale au bruit des

chants sacrés

le frêle

rejeton impérial rducin' dans ses bras. Ensuite, Biaise,
l'inilius,

toujours accompagné par
(Inniini' |iar le

s'en était

l'eloiirné k
allé'

Salomque

et,

désir

ardent de
et

la siililude,

était

habiter une grotte

au pied de celte aride
laquelle
e-ft

rocheuse montagne sur

les

pentes rapides de
le

bâtie

Salonique.

où plus tard devait s'élever aussi

monastère de ce nom.
«

Lorsque

les

Bulgares, poursuit encore ce curieux récit anonyme, se
le

furent soulevés contre
et le

peuple romain,

ils

ravagèrent toute

la

Thessalie

pays des Dolopes,et causèrent au basileus des Ausones,

— c'est-à-dire

au basileus Basile,

un somi

inlini.

()ii

ne pouvait plus trans|jorter
(irec ne pouvait circuler

dans

la

capitale

h-

piodiiil des

ini|i("its.

Aucun

ou

entrepiendre

qnekpie voyage sans

s'exposer presque sûrement à
ainsi
i\\\e

être tué

ou réduit en esclavage. Le basileus donc,
terrible dt'route de
la

je

l'ai dit,

après

la

Poi-tc

Trajane

et liien

d'autres revers,
à sa

s'estimant incapable de résister davantage par les
portée,

moyens humains
meilleur,
le

rechercha un autre secours vraiment

le

plus sou-

VOYAGE DU DASILEUS A SALONIQUE
verain.
11

49

consistait dans les ]irières aux saiuls,
i>

tjui l'ont les

bras hauts et

invincibles.

Ainsi

le basileus vint à

Salunique.

«

Cette ville lui servait, dit

le bio-

graphe anonyme, de forteresse assurée
bulgares.
»
Il

et
il

de base d'opérations contre les ne devait point èlro
le

n'était point le

premier,

dernier

empereur d'Orient venu
en
suppliant,

en

des

jours

de détresse,
de

au

tombeau

l'illustre

mégalomarlyr.
Déinétrius était
tron

Saint
le

pa-

glorieux,

vénéré

entre tous, de cette ville

fameuse
de

,

seconde
,

cité

l'empire

une

des

capitales chrétiennes de
l'Orient, qui s'intitulait

par excellence

« la
11

Ville

orthodoxe
été

».

y avait

proconsul

et

y avait

été martyrisé sous Maxi-

mion.

11

était

avec saint
i'i.A'.il i.
..

.I..IC.'

hyiiinliiir dru

X" ua
saint

XI'"'-'

Hicclfs l'^pré-

Georges

et

les

deux

iicntanf

Théodore,
et
le

le Stratilate

Tiron,

un

des

Théodore et saint Ancienne collecGeorges en ijraml costume de 'juerre. tion Gatterlninjer Morosini à Venise. Aajourd'hai aa Mu-eo civico de cette ville.— Dimensions: tJi millimètres
les

suints

militaires

de hauteur sur

Jili

de laryeur.

quatre

grands

saints

militaires,

protecteurs

des

armées

im[)ériales,

qu'on

iin^xpiail

avec

succès à la veille du combat

comme

durant

le

fracas de la bataille.
église

Son corps reposait dans un somptueux tombeau dans son
splendide.

— C'était
».

un pèlerinage des plus fréquentés;
Les
basilcis, ali;int

il

s'y faisait

de

nombreux

et éclatants miracles.
le

en guerre, couraient
«

se prosterner devant

pieux mausolée, invoquant l'aide de
tristes

l'Athlète

Tout-Puissant
iiotre

Plus tard, Michel IV, un des plus
saiiil

successeurs de

grand Basile, eut pour

Démétrius une dévotion extraordinaire

50

BASILE n. LE TUEUR DE liULGAHES

et lui

donna

le

surnom

d'At/ilophore

])a.rce qu'il lui

attribuait ses victoire?.
le

Dans
le

les fréquents accès

de l'aiïreuse maladie épileptique qui

minait,

pauvre souverain se

faisait porter

au tombeau du

saint.

L'église de Saint-Démétrius existe encore à Salonique, mais

combien

désolée et déchue de sa gloire de jadis Bâtie au
!

v'"

siècle,

devenue aussitôt
Sarrasins, les
elle

la

métropole de
les

la cité,

pillée

depuis par

les Slaves, les

Normands,

Francs, les Turcs, dépouillée de tous ses trésors,

est

uijourd'liui la

sombre mosquée de Kassimieh, après avoir
l'art

été
le

un des plus
plus conci-

merveilleux musées de
liant des peuples

byzantin. Les Turcs,

le

plus doux,

en matière de confession religieuse, permettent encore aux
prétendu tombeau du saint dont, avec leur extraordinaire
la

Grecs de

visiter le
ils

tolérance,

supportent sans peine

présence en ce

lieu. Ils leur laissent

même

y itrùler des cierges que leur vendent les proiires gardiens musulla

mans de

mosquée. Les murs envimniuints sont imprégnés de
(pii,

la

fameuse

huile miraculeuse

au dire dfs dévots, coulait

et cnuli'

toujours encore

du corps du
«

saint.

Basile, poursuit le Récit

anonyme de

la Vie

de saint Photios, arrivé

à Salonique, désirant conférer avec les plus saints
fit

hommes

de

la cité, les
il

convoquer

aussitôt. >

On

rechercha dabord saint Biaise, mais

était

mort. Le basileus ayant demandé à voir au moins quelqu'un qui eût

approché de près

le

vénérable ascète, on

lui

amena
c'était

Photios.

En

l'inter-

rogeant, Basile découvrit avec surprise que
vieillard
(ju'il

dans

les

bras de ce

avait été jiorlé au
lir

baptême plus de

trente années auparavant.
et

On

devine l'émotion

riiiipciial

catéchumène

du vieux

solitaire à ce

revoir inattendu.
«

Dej)uis lors, dit

le

biographe, saint Photios ne quitta plus

le

basileus

et

devint son hôte accoutumé, l'acciunpagnant dans toutes ses campagnes,
les Bulgai'es

combattant à ses côtés
battait par l'épée.»
«

par

la prière, tandis

que

lui les

com-

Plus tard, ajoute-t-il encore, lorsque l'insurrection de
été délinitivement

ce peujile

maudit eut

vaincue

et

que l'empereur

et

tous

ses braves se tmuvèrrnt réunis à Salonique, IMiotios revint aussi dans la
cité qui
était

drxcimo sa seconde patrie

et

y fut glorifié par tous

comme

un

véritable

dompteur de barbares. L'empereur lui-même voulut en témoijuir

gner non seulement en paroles, mais

un ilociunrnt

autlM'iiliijuc r-cellé

SECONDE GUERRE BILGARE EN
(lo

091

51

sn bnlli' (Vnv. urur de sa sigtinlnrc an ciiiahrc. (lociimi'ril
i|iic lui

dans Icrpud

il

liroclaniail s(doiuielk'itu'nl le socniii's manilVsli'
lo

a\ail

prucnri' Imil
»

long de celle guerre sanglante
Skylilzès et flc-diM-nus qui

la

pieuse cùniiiagnie
se

<lii

sainl religieux.

le co|)ie

sont horiK's à inenlionner

le

voyage du basileus
hélas
!

à

travers

la

Tlirace jus(iu'à Salonique

sans entrer,
fit

dans aueun

détail. Ils disent
les

seulement

iiue le basileus

remettre

en état de défense
denieiil

remparts de
le

la

grande

cité et

en donna

le

coninian-

au magistros (irégoire

Daroiiile

«m de

Darc'in, fils
le

du souverain
personnage

de cette petite principauté d'Arménie, certainement
qu'il avait

même

peu auparavant,

lors de la rébellion de
le fils

Bardas Phocas, déjiêché
«

à Trébizonde
et ses alliés

pour combattre
(I).

de celui-ci

:

Nicéphore

au col tors

»

géorgiens

Le nouveau châtelain de Salonique eut sous

la

main une garnison assez puissante pour défier toute agression nouvelle des
Bulgares.
Il

est impossible d'affirmer, tant les
si

renseignements contemporains

nous font défaut,

ce voyage de Salonique constitue
la

un

fait distinct

ou

s'il

ne fut qu'un premier ('pisode de

nouvelle

campagne de Bulgarie.
le

Jusqu'à preuve du contraire, je serais porté à croire que dans
de l'année
9'JO le basileus se

courant

rendit à Salonique à travers les thèmes de

Thrace

et

de .Macédoine tant pour prier au pied du tombeau de saint Déîle

métrius que pour veiller personnellement à la mise en état de défense
celte ville et des autres forteresses plus directement exposées

aux attaques

des Bulgares.

Au

retour seulement de cette sorte de tournée d'inspection,

au premier printemps de l'année suivante 991, Basile se serait mis en cam-

pagne

il

la tête

de son armée. Depuis l'année 98G de douloureuse mémoire
jioiiil

ce]U'ince n'avait

conduit en |iersoTine ses armées contre

les

guerriers

du

tsar

Samuel.

Cette date du début de la seconde guerre contre les Bulgares nous est

fournie par un épisode don!
leiil

j'ai

déjà
le

jKirli'.

Yahia

et Ihn el-Athîr

rncon-

qu'en

quittant Byzance dans

courant de l'hiver poui- niaicher

contre les Bulgares, l'empereur jiassa par Didymolichon, lieu de ciuici'utration

du corps expéditionnaire

et (pi'il

y

vil

Bardas Skléros.

Un

se

(1)

Voy. Épopée.

I,

p.

7:i.î.

30

BASILE
le

II,

LE TUEUR DE BULGARES

rappelle que

hasileus offrit an vieux guerrier de l'accompagner dans la

campagne qui
tés de

s'ouvrait,
Il

mais que

celui-ci

dut s'excuser k cause des infirmijours après,
le
fi

son grand âge.

mourut quelques

mars

î)!)l,

date

qui nous donne donc approximativement celle de l'enlrée en campagne.

Presque exactement à ce moment,
le roi

le

2 avril 991,

les soldats

de Hugues,
le

de Paris, entrés par trahison dans Laon, y faisaient prisonnier
le

dernier successeur de Karle
et
tie

Grand,

Karle avec

la

reine sa
la

femme,
dynas-

mettaient

fin

par cette victoire au règne deux fois séculaire de

carolingienne en France.
Ici

un pénible aveu devient avant tout nécessaire. De toute
et

cette

seconde campagne de Bulgarie qui dut être terriblement dure
et

sanglante
Yaliia,

qui dura, nous

le

savons depuis peu, grâce à
le

la

Chronique de

quatre années entières pendant lesquelles

basileus ne semble presque

pas avoir quitté

la

Bulgarie, de ces quatre années de luttes acharnées,
à jieine

ininterrompues, nous ne savons rien ou presque rien,
guerre,

un

fait

de

un incident d'attaque ou de défense,
Les Byzantins,
wSkylitzès,

à peine

un nom de

bataille
(2)

ou de

ville prise.
si

Cédrénus(I), Zonaras

plus

muet encore

possible que ses devanciers, ont simplement ou à peu près

supprimé ces quatre années de guerre.

Après avoir brièvement mentionné

le

voyage à Salonique,

ils

disent

seulement que Basile, débarrassé du souci des guerres

civiles,

songea

aussitôt à se venger de divers souverains, de celui de Bulgarie en particulier, qui, le

voyant accablé par
la

ailleurs, lui avait fait
les

beaucoup de mal,

qu'il

reprit,

en conséquence,

campagne contre
il

Bulgares, qu'il les battit et

leur prit des forteresses dont

rasa les unes et garda les autres, puis qu'il

s'en rt'lournaà Constantinople... Et
si

immédiatement après ces lignes d'une

désespérante banalité, ces chroniqueurs passent au récit de la campagne

de Svrie et d'Arménie! Voilà tout ce que les historiens nationaux ont su

nous dire de quatre années des plus glorieuses annales guerrières de l'empire byzantin à la veille de l'an
dil'liiilc.
1

000

!

Conçoit-on bien combien

il

demeure

impossible presque, d'écrire cette histoire, alors qu'on se trouve
si

en présence de pareilles lacunes, alors que quatre années d'un
447.

grand

(1) 11,

(2) IV.

117

{ril.

Dindorf).

nVRÉE

riE

LA

<!ECnSDE GUEliHE BUI.GAHE
Iroii

fiS

règne ne sont représentées que par un
répèle,
il

noir(ii! Et cependant, je

le

s'agit là

de

la

plus belle péi'iode peut-être du règne de cet illustre

basileus. Quelle énergie admirable, quelle vii^iicur merveilleuse ne fallut-il

pas à ce prince, à peine au sortir de ces affreuses années écoulées dans
l'angoisse des guerres civiles,

pour se lancer aussitôt à
si

la

conquête de
les

ces anciennes frontières d'Fjurope depuis

longtemps franchies par

Bulgares, pour s'acharner à anéantir les immenses progrès réalisés depuis

peu par leur audacieux souverain. Basile n'hésita point à entreprendre
cette
et
il

œuvre de
sut la

si

longue haleine,
à bien, car son

si

périlleuse,

si

prodigieusement dure,
étaient de fer.
trente

mener

âme comme son corps
lui

Seulement, cette œuvre gigantesque devait
d'efforts incessants.

coûter

années

Yahia. que nous connaissons diquiis peu grâce à
liaron V. de Rosen, ne

la

publication du
cette

nous informe guère davantage sur

seconde

guerre de Bulgarie. La plupart des renseignements qu'il nous donne à cette
occasion semblent

même
le

erronés, mais du moins

il

nous en fournit un

véritablement capital en nous apprenant que cette deuxième campagne de

l'empereur Basile contre

tsar

Samuel dura quatre années!
un
si

Cette unique indication qui muis vaut

excellent point de repère

nous montre

à

quel

|iiiiiil

cette guerre dut être terrible,

puisque

le

basileus

se vil forc(! de

demeurer quatre années de
ses troupes

suite éloigné de sa capitale,
et

menant incessamment avec
montagneuses entre toutes
rien

dans ces contrées sauvages
camps. Voici
le

l'âpre vie des
:

texte de l'histo-

syrien contemporain
et sa

Après avoir raconté

l'arrivée

de Basile à

Didymotichon,

rencontre avec Skléros moribond dans l'hiver de
:

990 à 991, notre auteur poursuit en ces termes
se rendit de

«

Et

le

basileus Basile

Didymotichon en Bulgarie,
» Ici

et

il

rencontra

les

Bulgares

et les

mil en fuite (2).
le tsar

suivent des indications probablement erronées sur
:

Samuel
La

(3).

Puis l'historien reprend
ilu

«

Et

le

tsar Basile demeiu'a

(1,1

Clironiqui'

italii'iiiio

prolospalluiin'

Lupus

ilil

i|u'ea U'Ji

il

y

l'ul

une

l'aniiiie

générale.

entre

M. Lipowsky {op. ci/., nnlc 2 ilo l,i page i:î31 estime que celle proiuière renconlre troupes impériales et celles de Samuel eut lieu sous les murs de Béroé. 11 pense même ijue ce lut à la suite de cette victoire que cette place retomba aux mains des inq)ériaux. (:i) Vahia, mal informé des alTaires de Bulfiarie, à cause de la dislance, l'ait ici un récit très fantaisiste. Pour lui le tsar de Bulgarie à ce moment était toujours encore llomain, le
(2'

les

34

BASILE

II,

LE TUEUR DE BULGARES
la

quatre années dans co pays, faisant
le

guerre aux Rulgares

et conqui-rant

pays,

et

il

s'i'lnil

mis en marche pour

les provinces du pays bulgare

eu hiver
les

et

il

tildes prisonniers, s'empara de plusieurs forteresses, garda
d('truisif

unes

et

celles

(ju'ii

ne croyait pas pouvoir tenir.
I).
f>

Parmi

ces villes reconquises se trouva Béroé

Açogh'ig

(2),

autre historien contemporain, celui-là de nationalité
le

arménienne, après avoir raconté comment

basilcus Basile, débarrassé

des prétendants d'Asie, courut se venger des Bulgares à la tète d'une

immense armée, mentionne également
riaux.

cette prise de

Béroé par

les

impé-

Lui aussi place ce succès des Byzantins
la tin

à l'année 9!1|,

probable-

ment vers

de l'année.

Il

ajoute que

le

basileus laissa dans cette ville
le

reconquise, à

la tète

de forces considérables,
le

magislros Krikorikos

(3)
fils

de Darôn

et

un autre chef arménien,

prince de Hantzit, Saak,

d'Abel. qui s'était déjà distingué à maintes reprises dans cette pénible

guerre. Plus tard, nous

le

verrons, en

99ti, le fils

du prince Krikorikos,

Aschod, ayant

été fait jirisonnier par les
le

Bulgares dans une embuscade,

son père jura de

venger
ills

et

fut

massacré avec tout son monde dans

une rencontre. Saak,
fut fait prisonnier.
«

d'Abel, qui combattait alors encore à ses côtés,

Après

cela, poursuit Açogh'ig'

ii, le

basileus Basile rajipela d'Orient

le pati'ice

Jean Pohrtès, qui

l'avait débarrassé

du

rebelle ïchortovanel et,

l'ayant élevé à la dignité de magistros, l'expédia en Macédoine contre les

Bulgares. Jean leur livra plus d'un combat avec un grand courage, mais
finalement
lui

aussi

l'ut

vaincu par Samuel,
«

jiris

et

enfermé dans une

forteresse de l'iuti'rieur.
lis

«

Ainsi, ajoute le chroniqueur, la guerre contre
>

Bulgares traîna en longueur.
tsar Pierre.

Cette participation

si

active des chefs
Romain,

fils (lu (ii'funl

Samuel

le

Cnmitopoule
les

n'était

que son général en

chef.

à

la suite

de cette première rencontre avec
à sa place tsar de Bulgarie.

troupes impériales, serait retombé aux mains de

Samuel, qui aurait réussi à échapper à co désastre, se serait alors seulement fait M. Lijiowsky op. df, note 3 de la p. 13.'i) semhle admettre la véracité de ces faits qui paraissent du reste confirmés par un témoignage d'Açogh'ig (fin du cliap. XXII du liv. 111). Je crois au contraire avec M. Oiispensky que Vahia. mal renseigné, a fait ici confusion entre le tsar Romain et le tsar Samuel. Skylitzès nous donne la véritable fin de Romain devenu simple gouverneur de Skopia pour Samuel \voy. plus loin;. ^1) Berrhœa, Baria ou Verria, que .M. Lipowsky confond à tort avec Sofia iop. cil., p. I:i0).
Basile, et

nommer

(2)
(.3)

Liv.

III,
u

chap. xxxiii.
».

OuLiv.

Grégoire
III,

(4)

chap. xxxiv.

ï7i'.i.vs/'/,.i.v/j770.vs

h\u;mi:.\'ii:ns

k.v

huujmiii-:

sj

et
si

des soldats arméniens à toutes les guerres byzantines de cette époque,
liiin

de leur pays d'origine, n'est pas un des pli('iioniènes

les

moins

intéressants de cette période curieuse.

Le même

historien,

dans un

récit

confus

li.

riiconle aussi que. duraiil
tloiic

que [{ardas Skléros se trouvait réfugié à Bagdad,
1188 (2i,

avant l'aniK'e

duianl que

i'eni[>ire était

en paix dans ces régions d'Asie, Basile

avait prolité de ce répit pour transporter en
sujets

Macédoine une fouie de ses
les

de race arménienne afin de les opposer aux Bulgares et de
à la pacification

employer

des thèmes d'Europe

(M). «

Mais, ajouto-l-il, une
sort, peut-être

partie de ces émigrés forcés (4),

devenus mécontents de leur

bien plutôt des soldats arméniens de l'armée du basileus, se mirent en
l'évoltc

ouverte contre

celui-ci

et,

saisissant
la

une occasion favorable,

allèrent se joindre

aux Bulgares sous

conduite de deux de leurs officiers
originaires
lui
[loiu'

des cadres impériaux, tous deux

Arméniens

ilu

district

de

ïerdchan, que l'empereur a\ait amenés avec
Bulgarie.
»

cette guerre de

Suivant Açogh'ig, ces deux frères seraienl arrivés en ce pays aux plus

grands honneurs

(o).

Basile aurait alors fait venir en Europe, pour l'aider

à venir à bout de ses compatriotes rebelles, le métropolitain grec de Sé-

baste qui s'était acquis en

Arménie une réputation de cruauté parle
ceux qui se refusaient
à

traite-

ment barbare
cile

infligé

par

lui à

reconnaître
fait

le

con-

de Chalcédoine. Mais les chefs de ces exilés auraient

périr le

|)rélat

dans

le

plus alfreux supplice, sur un bûcher de broussailles et de
(6).

paille
(1)
^2}

amoncelées
Liv.
III,

(^omme
Hj
Ji'

ces

chefs

étaient

de braves

et

parfaits

cliap. XX. p;igi'

hi (nul. d'Eiiiin.

Kii tous ciis

après

'.ISO,

en OSI probableiiii-ul.
n'iiidiiiue

(3)

Malheureusement,
CCS

A(;i)f,'li'ig

faiiiilles

guerriers asiatii|nes deslincs à combler les vides faits par

raz7.ias

des liulgares, aussi

par les

avec leurs massacres et les transplantations de ces derniers en Arménie ou sur la
pas
les

loculilés

ou

liin-iU inslallés

les

frontière de Syrie.
(i)

Celte transplanlaliiiu successive avait

du

.se

C(uiliuuir longteuiiis.

Eu

ell'et,

le

nn'iue

Ai;ogirii,' dit
9'JI,

plus loin (Liv.

III,

l'iiap.

xxxi)

:

« .\ la

mort du patriarche Kakig 1" d'Arméni<', en
»

la dis[iersiou
("i)

des Arméniens en Occident eut lieu.
tait

Ici

encnro Açogh'ig a
lui,

confusion, car

il

donne

à ces

deux

frères, à ces

deux chefs

de Koius-adtzag qui correspond exactement au nom grec de « (Jomitopoulc » et dit que l'ainé s'appelait Samuel et que tous deux devinrent il force de grandes actions les souverains de la Bulgarie! Samuel d'Ani fait le
(pii,

selon

étaient de natimialité arménienne, le

nom

même

récit

dn supplice du métropolitain de Sébaste. ïcliamtchian
!

dit

que

le

second des deux

chefs s'appelait Manuel
(G)

Ce

récrit

se grelfe sui'

uu

aulri- rpn

scuddc

loul

:i

l.ul

incroyable, .\çogiriL' raconte que

:i6

BASILE
ils

II.

LE TUEUR DE BULGAHES

guerriers,

arrivèrent à une 1res haute situation auprès du tsar bulgare.
il

J'ignore quel crédit peut être accordé à des récits aussi confus, mais
est nécessaire

au moins de

les

mentionner. Açogh'ig du

reste,

comme
Samuel

Samuel d'Ani,

comme Mathieu

d'Edesse, est fort inexactement renseigné
sui' la

sur ces affaires de Bulgarie, en particulier

personnalité de

comme

aussi sur celle de

Romain. Tous

trois

nomment

ce dernier tantôt

Court, Kourt ou Gourd ou encore Coût, tantôt Alousien. Samuel d'Ani,

non content de raconter
que Basile
l'un des
le fit

la

nouvelle captivité de ce prince, va jusqu'à dire

empoisonner.
fils

On

se rajjpelle

qu Alousien

était

en

réalité
Il

deux seuls

survivants d'Aaron,

le frère

du Comitopoule.

fut

emmené
On
dans
les

en 981 à Constantinople lors du meurtre de son père et y vécut

longtemps obscurément.
sait

combien

les

guerriers arméniens étaient prisés à cette époque
les

armées impériales, combien aussi

basileis usaient volontiers

pour

la protection des

provinces frontières de ces migrations de colonies

militaires transplantées d'une extrémité à l'autre de l'empire

pour des
ait fort

motifs d'ordre à la fois politique et militaire.
pratiqué ce puissant

Il

semble que Basile

moyen de

défense dans sa lutte contre les Bulgares.

De même que Jean Tzimiscès

avait transplanté

aux environs de

IMiilippo-

polis des colons militaires pauliciens

en grand nombre, de

même

lui

transplanta des Arméniens en quantité dans les thèmes d'Europe.

Nous

ne connaissons malheureusement ces
d'Açogh'ig.

faits

que par ce passage

très bref

Encore un
seconde guerre

détail
le

:

Ibn el-Athir

dit

que Basile atteignit dans cette
Sofia dont le

centre du pays bulgare. S'agirait-il de

nom
fut

slave Stredetz signifie centre et cela voudrait-il dire que cette ville
fois

une

encore dans cette seconde campagne

le

point extrême atteint

par Basile?
de Bulgarie ayant consenti à faire la paix à condition que Fiasilc lui donnerait sa sœur en mariage, celui-ci, feignant d'accepter cette proposition, lui aurait envoyé sous la conduite du ni'-tropolitain de Sébaste une simple femme de service qui ressemblait beaucoup à
le tsar

cette princesse.

reux prélat

La supercherie ayant été découverte, les tsars bulgares firent brûler le malheuchargèrent de cette exécution les deux frères arméniens. 11 parait même que l'évèque aurait commis adultère avec cette servante. Il y a là certainement quelque réminiscence du mariage de Vladimir et d'Anne, aussi de celui de Théophano avec Othon II. Basile II n'avait en réalité plus de sœur à donner en mariage. Il doit cependant y avoir un fond de vérité dans cette venue du métropolitain de .Sébaste sur le théâtre de la guerre bulgare.
et

nUllÉlC

DE LA SECONDE
!...

iWEIlItE liULCAliE

Kl

f't'st

Iciiil

Ce sont

l;i

loii.s les

l'iiils

ayaiil

(|ii('lijuc

caractère

d'aulhenlicili'

([lie

je suis

parvenu

à réunir

sur les événeuienls de ces
si

quaire années!
fit

>i'ous

ne savons rien Je plus sur ce séjour

prolongé que
de Yahia

Hasilc en terre ennemie, séjour

que

les aflirinalions si neltes

doivent nous faire considérer
ilUO à
'.''.Il

comme
d'iiiver,

cerlain, iiiauu;uré

dans l'hiver de

par une campagne

et qui

ne se termina que dans les pre(1).

miers mois de l'année 99o

Seule-

ment nous pouvons
dul être
car
le

at'lirmer

que Basile

plus
dit

souvent victorieux,
«

Yahia

expressément
lui

qu'il

emmena
sonniers,

avec
porta

beaucoup de

priet

partout l'incendie
»

conquit un immense butin
el-Athir

(2).
«

Ibn
qu'il

raconte de son côté

vainquit les Bulgares, en déporta un

grand nombre
en leur lieu
et

et

transplanta des Grecs
».

place

Les

affaires
très élal
PL. iQi'E en stcalilc ,<iimf Dcinétrias. Trrs
tin dc!' XI""'
lia LoaiT''.)

du basileus se trouvaient donc
probablement en bien meilleur
à
la fin

ai-er

l'effujin

ilf

lin traiail
Sli'ctes.

([u'au

début de cette longue

ou XII""

byzan{Musée

lutte de
l'état

plusieurs années, mais dans
il

de nos connaissances

est

encore complèteaienL impossible de tracer
la situation

un tableau même approximatif de

respective des deux belligé-

(1) OeUe dui'ée de la seconde guerre bulgare est confirmée par un autre passage de la Chronique de Yahia (Rosen, op. cil., p. 32). Il y est dit, nous le verrons, que lorsqu'en 995 les Alépitains appelèrent à leur secours liasile, celui-ci se trouvait encore en campagne avec son armée contre les Bulgares, et qu'étant parti en hâte au secours de ses vassaux syriens il arriva à l'improvisle à Antioche dans le courant d'avril. Ce même chroniqueur, toujours si précis, si fidèle à lui-ménic, dit quelques lignes plus bas que l'an vingt et unième du règne de Basile le magisiros Sisinnios l'ut nommé patriarche de C.onstanlinople le 12 avril 996 après que le siège eut été vacant durant quatre années « parce que le tsar était occupé à faire la guerre aux Bulgares x. 11 semble donc bien véritablement que Basile n'ait guère (|uitlc- la vie des camps et les forêts de la Bulgarie durant i-i: long espace de temps puisiju'il

procéder à l'élection il'un patriarche. par le baron V.<1(' Itosen dans sa unie 214 dit également que la niiuvelle «lu siège d'.VIep arriva à Basile « après qu'il eut passé beaucoup d'années dans le pays des Bulgares et l'ait une foule de prisonniers ». De même encore dans Ibn
n'eut pas

nn'me

le loisir

de

faire

1,'historien arabe Ibn Dliafer cité

el-Alhir \ibid., p.
(2)

24t;), dans Abou'l-Mahâçen \oy. Busen, op. cit., p. 3;t.

{Ibid., p. 258).

8

j8

n.iSILE

II.

Ll'.

TUEUR DE
;"i

P.ULOAREf^
de celle seconde guerre
!)iȔ),

rants cL des positions occupées par eux

l'issue

de

hiiliiarie, c'est-à-dire

aux

i)reniiei-s
la

jours de l'an

à

lépoquc du
seulela

soudain di-part du basileus pour

Syrie.

Nous pouvons penser

ment que dans
précédente qui

cette

seconde campagne olTensivc, plus lienreuse que
lirusquemenl par
le

s'était tennini'e

grand désastre de

la

Porte Trajane, Basile, poursuivant avec une sage lenteur et une invincible

patience un plan

longuement mûri, dut
les

diriger

ses
et

premières
de la Nou-

attaques contre les régions
velle Bulgarie.

plus excentriques de la Vieille

Ce

n'est

qu'après ces longues luttes préparatoires qu'il

devait plus tard porler les coups décisifs an

cœur même de

la

monarchie

du Comitopoule, aux abords de ces
s'élevaient la capitale de

lacs lointains sur les rives desquels

Samuel,

la

mystérieuse Ochrida, ainsi

(|ne

la

phiparl

ili'

ses villes principales qui avaient

nom

Prespa, Osirovo, etc.

Ceci n'empêche qu'on peut tixer à cette dernière décade du dixième
siècle l'époque de la plus

grande puissance territoriale du tsar Samuel.
lui obéissait

Toute

la

péninsule des Balkans

à partir des pics neigeux des

monts Acrocérauniens jusqu'aux fleuves

lointains

du Danube

et de la Save,

depuis l'Adriatique ensoleillée jusqu'aux rivages glacés du Pont-Euxin.
Il

tenait presque toute la

Macédoine à l'exception de Salonique

et

de

sa banlieue.

La

Thessalie, l'Epire étaient à sa merci et la preuve en est
villes

que pas une des

mentionnées dans

les

sources

comme

appartenant

alors encore au basileus. ne se trouve située au midi de l'Olympe on des

monts d'Argyrokastro. Toutes

les forteresses

thessaliennes étaient aux

mains des Bulgares sauf celles de l'extrême

frontière vers la

Macédoine

(1).

(Farlati, lllyricum sacrum, 111, pp. 110-H2) mentionne le (1) Un document da, l'an 994 boliade de sang royal bulgare Pincius chassé de Bulgarie par son parent Samuel et réfugié en Croatie avec tous les siens auprès du roi Dirislav. Pincius encore païen fut converti par

l'arclievéciue

Martin de Spalato (9"0
pp. 598, note
1.

ii

1000;.
1,

11

hi/zantine,

1. 1,

600, note

60fi,

fonda une église à Salone. Voyez mon Épopée note 4. Voy. encore Drinov, op. a7.. ch. m,

note 100 et pp. 102 sqq.

MiiWUK

D ARGENT nu I.KAND-PRINCF DE RUSSIE VLADIMIIÎ.

,

OLIl-'ANT

d'ii'oiri; i.la

XI"" Siècle, iroriyina orientale probablement arabe.
,

— Musée d'Angers

Œkfmi

1

Rt-volte de Baivgour. Il cherche à s'emparer d'Alep. Il est Évoiieiuents de Syrie à partir de l'aiinèe 989. Entrée vaiucu et mis à mort par rêiiiir d'AIcp, Saad. soutenu par Michel Bourtzès. duc d'Antioche. Son fils Abou'l Fadhail lui succéda sous la triomphante de Saad à Alep. Sa mort le G décembre 991. l'ne année égj"ptieane sous Bangoutekîn vient assiéger Alep en 992. tutelle du régent Loulou. Le siège d'Alep est abandonné et repris Le liasileus envoie Michel Bourtzês au secours de l'émir. trois fois. Grande défaite des iiupériauv au gué de l'Oronte le 15 septeud>re 9yA. Expédition foudroyante de Basile en Syrie (printemps de 995). Quittant la guerre de Bulgarie, le basileus. avec son armée montée sur des mules, traverse l'Asie Mineure en quelques semaines. Les Egyptiens, surpris par son arrivée. .Vprès un court séjour .\ Alep. après avoir signé lui lèvent précipitamment le troisième siège d'.\lep. nouveau traité de suzeraineté avec .\bou'l Failhail, Basile va soumettre les villes de la côte de Phénieie Préparatifs de vengeance du Khalife .\l-.\zis. Sa nouvelle flotte est puis regagne Coustautinople. Mort d'.\l-.\zis le 14 octobre 996. Son fils Hakem lui succède. incendiée. Troubles au Kaire. Révoltes en Syrie contre le nouveau Khalife. Défaite et mort du nouveau duc d'.Vntioche. Damien d;ms la plaine dWpamée, le 19 juillet 993. Basile, pour venger son lieutenant, après avoir hala^séuos, inutUemeut tenté île négocier avec le Khalife, se décide à se rendre de sa personne une seconde fois

en Syrie.

\V

partir de l'hiver de 990 à 991 jusqu'au

premier

*^
Xurd

prinlemps de l'an 99o,

le

basileus Basile et son
quitté la frontière
la

armée semblent n'avoir guère
et les

du

montagneuses régions de
l'activité politique et

sauvage Bul-

garie.

Toute

guerrière byzantine

duiant cette époque dont imus ne savons pour ainsi
dire plus rien,

dont

le

souvenir parait vraiment s'être
s'était

perdu pour toujours,

concentrée dans cette ré(1).

gion |)enilant ces (juatre longues années

Le

basileus

DINAR lia pièce d'or
du sultan boiùide
Samsani-Eildauléh frap/ié en l'an 3!^(i de l'Kéijire (jui curres/iond
.M.

(i;
.\.

Dans
ili'ux

\e

t.

XVI

1896' de

1'

'E/.xV.r.-TiactTiy.r, Wi.rfiv.y.,

pp.

;n;i-:i:5,

Lauriotes a

pulilii}.

traprcs

un niannscrit conservé au Mont

à l'année
tt!)(S.

d'une 17e de xaini lùithi/me de Saloniqiir d'Athènes, arclievéc|ue de celte ville de Siilonique vers la fin du x" siècle. Saint Basile y donne sur lui-iuème quelques Indiralicins biograpliiques. Le professeur l'uuialnvsky se
Atlios,
éci'ili'

fi'agnirnls

par

sailli

Basile

elirètivnnr

propose de publier ce

le.xle

en enlier.

60

IIASII.E

II.

LE TVEVn DE liULdAllES
lin

Basile s'y trouvait oiicoiu à la

de l'hiver de
le

',ll»4

à

'.l'.l';,

lorsqu'il y

reçut soudain de fort graves nouvelles qui

décidèreni à voler subite;i

ment
et
il

à i"nutre

extrémité de son

immense empire,
la

partir
oii

pour Anlioche
jamais encore

ces

brûlantes campagnes de

Syrie

du >«ord

n'avait eu le loisir de meliro

le jiicd.
il

Pour expliquer

ce départ précipité,

mnis

l'aul

l'aire

un retour en
la frontière

arrière et reprendre l'histoire des choses accomplies sur

de
le

Syrie à partir de l'époque où

j'ai

dû en interrompre
la fin

le

récit,
(1).

dans

volume

précédent, c'est-à-dire vers
la fin

de

l'été

de l'an 986

Depuis

cette date encore jusqu'à

de

la révolte

de Bardas Skléros, c'est-àces évé-

dire jusqu'à la fin de l'an 089, toute

une nouvelle période de

nements de Syrie
de Bardas Phocas,
tion. Je n'ai

s'est

trouvée intimement mêlée à ceux de

la rébellion

et j'en ai fait le récit
la

avec celui de cette grande sédi-

donc à re[)rendre

suite des

événements en ce pays qu'à

partir de l'année 989 à

peu près.
tiers

En

l'an

378 de l'Hégire qui correspond aux deux derniers
au jiremiur
tiers

de

l'an 988, et

de l'an 989 environ

(2),
le

Bakgour, devenu,
Fatimite

on

se

le

rappelle,
(3),
l'-tait

gouverneur de Damas pour

Al-Azis

d'Egypte
nistrés.

tombé en disgrâce parce
le

qu'il

opprimait ses admirésister à l'aide des

Révoqué par

Khalife,

il

avait tenté de

Bédouins demeurés ses

alliés fidèles,

mais

il

avait été

complètement battu
Khalife,

à Dàreïyà, à quatre milles de

Damas, par un des lieutenants du
«

l'eunuque >Iunh-AI-Saklabi (ce qui signifie
et richissime vizir

/eS/afon»), esclave du fameux
(4), le

Yakoub

Ibn Youssouf Ibn Killîs
finir

gi'and

ennemi
con-

de Bakgour. .Munir, envoyé pour en
traint à rendre
la
la
fin

avec ce dernier,

l'avait

Damas

et à se

sauver avec ses femmes et ses trésors. Vers
le

du

mois d'octobre 988,

fugitif se trouvait
ville

retiré à

Rakkah,

Nicephorium ou Callinicum des anciens,
loin de

murée, sur l'Euphrale,

non

l'embouchure de son

affluent, le Belikh,

grand entrepôt des

(1)

Voy.

le cliapilrc ix ilu

tome

I

de

mon

Epopée.

{2
(3)

21 avril 98S-I0 avril 989.

Nous devons

le récit cit.,

de tous ces
note 188.

faits â

Yahia surtout, aussi à Ibn

el-Atliir

et à

Ibn

Dhafer. Voy. Rosen. op.

(4) Voy. dans Wustenfeld, op. personnage.

cil., p.

l.'il,

l'énumération prodigieuse des richesses de ce

SOLLÈVl^MlCXr DE B-AKCOUIt
caravanes
(I).

61

Cette place lui avait été livrée
Al-Sal<l.iiii
lui

p.u'

\iii

des officiers de l'émir

dWlep. Munir
Iviuilife

avait succédi' eu

ipialil(i

de gouveriUMir du

à

Hamas.
ans après, eu
l'au 38(1

Ti'ois
le

de l'IIégire

(2j,

l'émir

Ivargouyali dont
les

nom

s'était

trouvé mêlé depuis tant d'années à tous

événements de
l'intervalle,

l'histoire d'Alep,
s'était réconcilié

mourut dans
avec
le

cette ville.

Bakgour, qui, dans
et

Khalife d'Egypte

avait

considérablement
et

affermi sou autorité dans ces lointaines cités de

Rakkah

de Rabbah,
la

riveraines de l'Euphrate, voulut alors s'emparer pour son

compte de

OLII'A.\T

lia

jUustr d'Annert- [Voii' la viynette de la p.

59\

Détails (la jiaiillnn.

vieille capitale

des

Hamdanides demeurée sous
ell'et le

le faible

gouvernement du
lui

fds de Seîf.

Il

implora à cet
il

secours d'AI-Azis,

représentant

de quidlc importance
principauli', dmit
stallé.
il

serait
nlVrait

pour
la

lui

de rentrer en possession de cette
(|u'il

lui

suzeraineté dès
était

y aurait
il

l'Ié

réin-

Avec quelques troupes

qu'il

parvenu

à réunir

s'en vint

d'abord attaquer Bàli. Cinq jours durant ses machines firent de vastes brèches dans
très
les

murailles de cette
Il

cité,

également centre de commerce
les assiégés ré[)a-

important

{'.ij.

faillit la

prendre. Mais chaque nuit

raienl les dégàls de la veille. Enlln, après avoir été battu

dans un violent

combat, Bakgour fut déliniiivenu'ut repoussé,
(1) (21 (3)

lloyd, op. 31

cil.,

I,

i2.

mars 990-19 mars 9!)I. Aussi appclije du nom siguilicalif

il'

«

['ort

dos Syriens

».

Voy. lleyd, op.

cit.,

I,

i3.

62

ISASII.I-:

II.

LE riEUli

liE

DCLGARES
la

L'iiifurluiU' jirélenJant résolut alors
tùle

de mal•cll^'^ drnil sur Alup à

de ses

guemers

et

de quelques contingents niaui;reljins qui l'avaient
etlet,

rejoint.

Al-Azis,
lui

en

convaincu par ses arguments, avait conila

niandé de

envover des troupes de renfort sous
à Tripoli,

conduite de Xazzàl,
été

son gouverneur

mais cet ordre du Khalife n'avait
de
le

qu'imle

l)arfaitenienl exécuté, à cause

la

haine qui divisait Hakgour et

principal protecteur de Xazzàl,
Issa

fameux secrétaire d'Etat du Khalife,
».

ben Nestouras,

dit

«

le

chrétien

L'émir d'Alep, Saad Eddaulèh, de son côté, dès
naissance des desseins de Bakgoui-, avait
Basile cette rébellion de son ex-lieutenant.

qu'il avait

eu con-

mandé par
Il

écrit

au basileus

le

conjurait de donner des

ordres à .Michel Bourtzès toujours encore duc impérial à Antioche ainsi
iju'aux

gouverneurs des jdaces byzantines voisines

(1),

pour

(ju'ils

eussent

à accourir à son secours à son premier appel.

Bakgour, informé de cette
et le

correspondance entre son ancien souverain
déterminé à agir au plus
vite.

basileus, s'était
il

donc

Levant subitement son camp,

s'avan(;a

à marches forcées jusque dans les
d'Alep.
Il

campagnes de

><'a'ourah, à huit milles

arrivait trop tard

!

Dès

le

10 avril !iyi, en

etl'el,

l'émir
[)ied

Saad
des

était

venu avec tous

ses

contingents installer son

camp au

murs de

sa belle capitale,

devant cette fameuse

vieille porte

Al-Djinàn ou des Jardins qui, dans ces

vingt dernières années seulement, avait vu défiler sous ses voûtes crénelées tant d'assaillants chrétiens ou sarrasins. Huit jours après, le
il
1

8 avril,

s'avançait avec six mille cavaliers bien

armés à

la

rencontre de Bakgour

jusqu'à quatre heures de marche d'Alep. Très peu d'Arabes des tribus,

sauf les Bédouins Béni Kilàb, marchaient sous ses étendards. Presque tous
les

autres avaient rejoint Bakgour. l'ar contre l'émir avait avec lui, ren-

Inil pr('cieux,

de nombreux contingents chrétiens que
le

lui

avait expédiés

en hâte d'Antioche

duc Bourtzès. Le basileus qui devait, à ce moment

déjà, être de retour en Bulgarie, au reçu de l'anxieux

message de Saad,
son vassal.
se

avail envuyi' l'ordre à son lieutenant de secourir de suite
(

>ii

sait

avec quelle rapidité

les
la

communications télégraphiques
capitale des

Iransmeltaicnt de Constantinople à
(I

marches de Syrie, par

l'iiniii

lesquels Ibn Ulialercite

un

cerluiu Soiigour. 1res probableraenl quelque renégat:

B

BATAILLE DE HAÏR- AL-R AHI
le

6S

movf'ii

(It's

pliarcs

i'lnl)lis

df ilisfanrc en dislruicc Ainsi
(|ui'
l'i'iiiir

lîuiirlzi's nvail

pu

cxjK'diei'

lo-i

reiilVirls

assez à lomps [Knir

les rerril avaiil les

de

prendre contact avec l'ennemi. Ibn Dhafer, seul parmi
orientaux, dit que
le

chroniqueurs

duc d'Antioclie avait

pris en pei'.sonne le

commande-

ment de
à
la

ces troupes de secours et qu'il avait fait sa jonction avec l'émir

Merdj Dabik, à deux parasanges d'Alep. Celui-ci avait pris auparavant
précaution d'enfermer sous bonne garde dans
et ses trésors.
si

la citadelle ab^pitaine ses

femmes, ses enfants

Les deux pittoresques armées sarrasines de composition
Irouvèrenl en pn'sence dans
l'Hégiri.'
la lin

variée se

du mois de moharrem de
niilitni

l'an

381 de

qui correspond environ au

d'avi'il

!•!(!,

à

I)aïr-al-Hahib,
(l'iHail

dans ce district de Na'ourab où
localili-

l'Iail

venu camper Hakgoui'.

une
ville.

sur

la

route de Bàli à Alep, à huit lieues à l'orient de cette
l'émir, le vieux

Le chef d^armée de

Loulou El-Kebir, un des plus fameux
ses trabans

ex-mamelouks de Seif Eddaulèh, son glorieux père, un de
favoris, après avoir disposé

en ordre de

bataille l'armée alépitaine, des-

cendit de cheval et adressa à haute voix deux prières instantes au Dieu

tout-puissant, lui
fois l'émir
fief la

demandant
la

la victoire

pour son maître. Une dernière
titre

proposa

paix au rebelle, offrant de lui remettre à

de

seigneurie de l'immense territoire qui va de

Rakkah

à

Honis. Sur

le

refus de Bakgour, l'ordre d'attaque fut donnt' et toute celte

innom»

brable cavalerie sarrasine et bédouine s'entre-choqua avec furie.
choses,
dit
le

Deux
la

chroniqueur Yahia, contribuèrent surtout

à

donner

victoire à l'émir. D'abord celui-ci avait l'excellente

coutume de récom-

penser

les

plus braves parmi ses guerriers par

le

don de somptueux vêtel'avare

ments d'apparat ou d'autres riches présents, tandis que
se contentait de noter les

Bakgour

noms

de ses plus braves soldats pour exiger

d'eux dans
laissait

la suite

un

service d'autant plus dur et dangereux, ce qui ne
s'était

pas de les irriter violemment. Puis encore Saad
les

abouché

secrètement avec

partis de

Bédouins

si

nombreux

qui suivaient la

bannière de Bakgour
trahir celui-ci

et les avait décidés

par de brillantes promesses à
fort de la mêlée.
2.t
»

pour

piller

son camp au plus

Cette bataille décisive eut

donc

lieu le

avril 0!M.
jiiscpi'à

Bakgour,
avec

très

brave de sa personne, avait n-solu de |ierrer

l'é-mir

un

i!4

BA.-ilLE

tl.

LE Tl'El'R DE BILGAnE?
Mai^:

groupe de ses plus audacieux mamelouks.
déserteur, eut
le

Loulou, aveili par un
de
lui qu'il

temps do préveuir Saad

et d'obtenir
le

changeât

sa place avec la sienne.

A

cheval derrière
fit

groupe compact des mameostensiblement au-dessus
à

louks imàritcs,

le

dévoué serviteur

flotter

de sa

tète

Tétendard des princes d'Ab^p. Aussi parut-il

tous

le

cbof

suprême.

Trompé
ipuilrc cents
l'urii'ux (le

coiiimo tous les autres, Bakgour.

à

la

trio

d'une lioupe de

inamelduks
il

d'élite,
à

fond sur

le

gt'Miéreux guerrier.
le

D'un coup
teri'i-

son arme
Il

étend

tene Louiou,

casque

et

le

crâne

lilrnicnt

fendus.

croit

avoir tué l'émir et exulte de joie. Mais à ce
ii'

nidnienl Saad Eddaulèh s'avamjant sur

fmnt de l'armée

se découvre

aux

siens. Ceux-ci, rassurés après cet instant d'angoisse, se précipitent

à leur tour sur la troupe de

Bakgour qui

fuit

dans

la direction d'Alep.

Beaucoup des mamelouks du
suite.

rebelle furent tués

ou

pris dans cette poursacrifiant de

Lui-même, jetant
le

la riche

armure qui l'embarrassait,

même

mm

moins précieux caparaçon de son cheval de guerre, accomiduiiil devant lui d'un galop éperdu.
il

pagné de sept cavaliers seuleminl,
Poursuivant
sa route à pied

quand son cheval ne put plus marcher,
lliiive

se cacha dans

un moulin du

Knuaïk

à

quelque distance d'Alep.

Saad, qui Mnilait sa vie,

le lit

liieiclicr

partout, promettant

une

forte

sommeil

ipii

il'

lui

amènerait.
chef,
déj)uuilk' de
les

Le malbeureux

tout

ce qui

lui restait

par

les

Bédouins errants, qui détroussaient

fuyards des deux partis, avait dû se
le faire

conlier à l'un d'eux qui s'était chargé de

évader de
l'or

et

l'avait

conduit

dans celte
la

retraite.

Bakgour

otîrit

à cet

homme
qu'il

en quantité, toute

charge d'un chameau, à cuiuliliun
le traître,

l'amènerait sain et sauf à

Rakkah. Mais

plus coidiant dans la récompense proposée par

l'émir, le vendit à ce dernier dont la jnje fut grande.

Le Bédouin reçut
dirhems
(1),

en échange d'un
cent

tel

captif deux cents acres de terre, cent mille

chameaux chargés de froment, cinquante

pièces d'habillement.

On

voit de (juelle importance était cette prise.

Cachant son prisonnier derrière une lenluro,

le

vainqueur

lit

venir

Lmildu grièvement
(1)

blessé. «

Bakgour

est

entre

mes mains, que

dois-je

Ou

deniers d'argent.

PL.

II

l-OKribK-HAk..

MINIATURE

^'alinnale.

d'un magnifique psaatie» byzantin manuscrit du X"" Siècle, de la Biblintheque ( onfii/n. d'urtion de yràces de Moïse après la sortie de la Mer Rouge.

B. Miaou II

Ei^T

EXECUTE
«

65

faire de lui ? » dit

Saad à voix haute à son dt5voué lieutenant.

Tue-le de

suite,

11

fut la

brève réponse du guerrier.
se.s

On

entraîna

le

malheureux au

chàleau de rsa'uurah avec un de

lieutenants, et tous deux y furent
l'air,

décapités. Leurs corps, cruciliés. les pieds en

furent exposés durant
piM-il

sept heures.

On

exposa de

même

la tèle

de Bakgour. Ainsi

miséra-

RELIQUAIRE BYZANTIN
tion Enyel-Gros à Bàle.)

de la Vraif. CroLv en aryent doré et émaillé da XI""- Siècle.— {CollecLes

émaux

représentant la Vierge,

le

Christ et divers saints sont

d'une extrême (inesse.

Au

revers, l'inscription reproduit les derniers versets

da psaume XC.

hlenient, après tant d'aventures épiques, l'ancien régent d'Aleji

si

long-

temps

et si

souvent révolté contre son maître légilime.
Il

Ce grand succès grisa l'émir Saad.
accourues à son secours
et

congédia

les

troupes byzantines

s'en

alla

camper avec son armée devant
trésor, son vizir

Rakkah. Toule

la

famille de
li)n

Bakgour, son harem, son

Abiiu'l-iiassan Ali

Al-Hoceïn Al-Mahgrebi, étaient accourus d'Alep se

réfugier dans cette forteresse Idinlaine, lâche blanche aux rives de l'Kuplirate.
«

Rends-moi Rakkah,
la |ilace. ('.elni-ri,

(jui es!

ma

ville, » écrivit

l'émir au

mm-

maiidaiil de

un des nianielnuks de
suis ton

lïakiiiiiii-,

a\ail ikuii

Saianiah Alrasik
Ml
I

(Ij

:

«

.Je

esclave

el

la

chose, rcpninlit-il à

lu

Alruslaky.

(-.6

BASILE
Mais
il

II,

LE TCEUn DE BULGARES
côtés des
(|ue

l'émii'.

y a

ici

à

mes

hommes
le

qui s'opposeront à ce que

je te livre cette forteresse tant

sort

de cette

femme

et

de ces

enfants n'aura pas été assuré et que tu n'auras pas autorisé ceux-ci à

emporter avec eux

le trésor
»

de leur père.

Tu

n'as droit qu'aux seules
et la

armes des vaincus.
l'nrieresse

Saad jura perfidement tout ce qu'on voulut,
remise.

du désert
les lils
le

lui fut

Connue
lui

de Bakgour, descendant du château, défilaient devant
il

emportant

trésor paternel,

fut

désagréablement surpris de
le
:

les

voir déjà grands et forts.
Hocel'n, se

Un

de ses fidèles,
lui

juge de son Palais, Ibn Ali
«

penchant à son

oreille,

dit

Seigneur, Bakgour était

ton esclave et ta chose.
famille se trouve
lui.

Tu ne las jamais
les

ni atfranchi ni

vendu. Sa

donc toujours dans
sa

mômes

conditions vis-à-vis de

Tout ce

i|ui est

{)ropriété t'appartient et tu
»

ne commettras aucun
et le suivit

|i(iiié

en t'en emparant.

L'émir écouta cet avis perfide

contre

toute justice.

Une
dit

autre chronique arabe qui raconte ces faits un peu diiréremment

que

les

sommes

ainsi reprises à la famille de

Bakgour

s'élevèrent au

total

considérable de huit cent mille dinars. Saad, ajoute-t-elle, avait
sa foi
le

donné
le

neuvième jour du mois de safar de
Il

l'an

381

et la

viola

douze, trois jours après.
et

traita très

durement tout le

reste de la

maison

de Bakgour
famille

dépouilla de tous leurs biens ses principaux partisans.
captive.

La

du supplicié demeura

Seul, son vizir Al-Mahgrebi put

se sauver à Koufah.

Les choses ne devaient cependant pas en rester
gour avait réussi à
faire

là.

La

famille de Bak-

parvenir presque aussitôt ses doléances au Khalife.
lui
il

Al-Azis dépêcha immédiatement un émissaire à l'émir avec ordre de

envoyer
le

les plaignants

après leur

avoir

restitué leurs biens.

Sinon

menaçait de l'envoi d'une armée jiour

le châtier.

L'ambassadeur du Khalife, Faïk Al-Saklabi, rejoignit l'émir alors que
celui-ci,

ayant quitté Hakkah et enlevé Rabbah sur sa route,
les

était déjà

de

retour,

campant sous

murs de

sa capitale.

La

lecture de l'impérieuse

missive de son lointain suzerain transporta de fureur l'orgueilleux Saad,
enivré par ses récents succès.
Faïk,
il

La scène

fut épique.

Mandant devant

lui

le

souffleta

publiquement malgré ses violentes protestations

et le

MORT DE L'ÉMIR
fon-a, comlilc d'Imniilialion, à avaler
«

8.1.1/5

fi7

séance tenante

la lettre

du Khalife.

Retourne auprès de ton

niaitri!,

i)

criail-il

au malheureux envoyé ahuri.

«

Dis-lui qui' je connaissais parfaileuicul les

sentiments

(ju'il

nnurritàmim
liien aller le
»

égard. Point n'est besoin qu'il m'envoie une armée. Je saurai

trouver de

ma personne.
on
le

11

aura

bientejt

de mes nouvelles à Hamlèh.

Hamlèh,

c'était,

le sait, la

porte de l'Egypte du côté de la Syrie.
la

Tandis que

pauvre envoyé, tant conspué, reprenait tristement

route du Kaire, l'émir, tout entier à ses projets de vengeance, envoyait en

hâte son avant-garde à
toutes ses forces sur
tiens.

Homs. Lui-même

se disposait à

marcher avec

Damas,

qu'il voulait tout
il

d'abord enlever aux Egyp-

Occupé de ces

préparatifs,

avait préféré

demeurer dans son

camp, remettant à plus tard son entrée triomphale dans sa capitale reconquise. Mais au bout de peu de jours des coliques violentes le mirent subi-

tement dans un état
en
ville

très grave.

Ses deux médecins l'engagèrent à rentrer

réussit

pour y prendre des bains très chauds. Comme ce traitement lui d'abord fort bien, on se hâta d'organiser en son honneur une mersuperbement décorée à
la troisième nuit

veilleuse cavalcade dans Alep
n'était

cet effet.

Mais ce

qu'un

fugitif réjiit.

Dès

après cette prétendue gué-

rison,

comme
lui,

une de ses quatre cents concubines venait d'être appelée
l'émir affaibli

auprès de
reuse.
affolée,
11

succomba brusquement dans

cette lutte

amou-

roula à terre, frappé d'hémiplégie du côté droit.
la

La jeune femme,

courut chercher
la

sœur du maître,

la

princesse Sitt An-Nàs, qui

convoqua à

hâte les deux médecins du l'alais.

Comme
trahi
lui

l'un d'eux voulut

tàter le pouls de la
« Il

main
main

droite, le

moribond
que
fait
:

tendit l'autre bras,
j'ai

disant:
C'était

n'y a plus de

droite depuis

ma
j'ai
»

foi. »

une allusion mélancolique à ce serment
et qu'il avait violé.

par
*

aux

fils

de Bakgour

Ces paroles signifiaient

Comme

rompu mon

serment, ainsi
Telle fut

ma

droite qui l'avait signé a été paralysée.

la lin

lugubre du second émir hamdanide d'Alep, du
11

fils

du

glorieux et brillant Seîf Eddaulèh, Saad EddaulèhAbou'l-Maali.

expira

dans

la

nuit

du samedi

.o

au dimanche

fi

décembre 991

(1),

après un règne
bière, fut

très agité

<le jirès

d'un quart de siècle
cit.,

(2).

Sa dépouille, mise en

(1)
(2i

Voy. sur cette date Rosen, op. Exactempnt24 ans pt 10 mois.

nuti'

lui.

68

BAf<ILE

II,

LE TUEUR DE liULGAHEs

portée processionnellement à
tiiro.
Il

Rakkah sur

l'Euplirate m'i elle eut sa sépiil-

n"avait pas encore i|uaraiite ans
ipi'il

quand

il

ninurul,

si

du moins

l'opinion

n'avait
la

que

treize

ans à son avènement

est bien l'ondée.

Ainsi périssaient à

Heur de

l'âge,
la

usés par les incroyables débauches de
vie

du harem quand

ils

ne tom-

baient pas frappés sur

un champ
les

de

halaille

ou

sous
ces

coups

d'un

assassin,

chevalesyriens
siècle,

resques
de
la

souverains
lin

du

x"

jioétiques

prédécesseurs

des
iJ

émirs

du

xii',

addes

^^^^^^fii.

versaires

acharnés
et

^^^^^^
\
'

Bohémond

des Bau-

\r^t
'

'-

Wi'

]-'

|li
'

Le jour même de
mort de Saad, ce

la

même

dimanche
ses

G

décembre,
jirocla-

mamelouks
son
fils

^y^.

^^H
I

^^HBV^
^^BS^r
A

nièrent

aîné,

Ev

JB^H
kIM

Abou'I-Fadhaïl Saïd, aua\i(t\

VI^L>^ '"w^^
^Hi>^
I

^B^^r
..y^i^^

ils

donnèrent

le

titre

d'honneur de Saïd

Eddaulèh. Saad lui-même
l'avait
Trésor de la Basilitjue Métropolitaine de Modéne. Xt"' ou XII»" Siérle. La croix porte le nom du donateur Panthérios. Photiuiraphif communiquée par M. P. Maeslri.
ilui-e ,1a

désigné |Miur
le

lui

CHOIS.

m'ZASriSEcn ar.j.iLl

succéder avec
héros,
le

vieux
et

fidèle

dé-

voué Loulou El-Kebîr,
pour pMiéralissime des
les

troupes

alépitaines.

Dans son testament,

il

recommandait tous deux aux bons soins de sa soeur

Sitt An-Ncàs.

Toute l'armée d'Alep, déjà en marche sur Damas, rebroussa chemin,
et,

aussitôt rentrée,

prêta serment de fidélité au

nouveau souverain.

Tnulcri)is,
liiiiciit

un

certain

nombre des anciens mamelouks
hostile.

hamdanides
Bilah

une

altitude

L'eunuipu'

Becharah Al Kehîdi

COL'VEltTURIC
byzantine
ite

ili-

nliquairc an aryent doré

et

estampé.

la [in

du X""

Siècle.

A/usée

da Loaire.

— Reiers. — (Jiiivve — J'ai donné à la

paye 273
</ut

île

mon

Nici-filioro

ujaitis

l'ait

partie

Phocas l'imade da droit de ce muj/ni^iV/m; monument da Tréaor de l'Ahhaye de Saint-IJenis.

70

BA.^ILE

//.

LE TUEUR DE BULGARES

Al-Seîfi (1) et Vefi Al-Saklabi, se refusant à reconnaître Abou'l-Fadhaïl,

passèrent au service du Khalife d'Egypte avec sept cents des leurs. Al-Azis
lit

le

meilleur accueil à cette troupe aguerrie.
si

Il

préférait de

beaucoup à
turcs,
», dit

ses noirs soldats du Mahgreb pourtant

braves, les guerriers
«

surtout ces fameux
le
«

mamelouks hanidanides

tellement héroïques

chroniqueur arabe, qui ne semble pas s'apercevoir de sa vanterie,
tellement inaccessibles à la crainte dans les combats que Nicéphore
les

Phocas avait coutume d'opposer constamment à chacun d'eux sur

champs de

bataille dix soldats byzantins.

»
si

Le régent Loulou que nous avons vu
combat de Na'ourah, semble avoir
11

dévoué à son maître

lors

du

été

un homme de gouvernement.

prit

énergiquement en main

le

pouvoir au

nom

de son jeune pupille
fille.

qui ne fut jamais émir que de

nom

et

le

maria à sa propre
le

De

nombreuses mesures
populaire.

libérales

habilement présentées

rendirent vite

Beaucoup de règlements oppressifs furent supprimés.
prit sur lui

De

même Loulou
pour
le

d'exempter

la

population des payements à faire
la

tribut annuel

dû au basileus depuis

signature des derniers

traités.

De nombreux

Alépitains qui s'étaient vu dépouiller de leurs biens
se les virent restituer.

sous

les

deux émirs précédents

Ce

fut

comme une

ère de paix et de prospérité après tant de calamités.

Cependant l'ancien
échappé presque seul à
quelque temps caché,
11

vizir

de Bakgour, Abou'l-Hassan Al-Mahgrebî,
il

la

ruine de son maître, de Koufali où

avait vécu

s'était, lui aussi, les

réfugié au Kaire auprès

du Khalife.
'J'Jl

y était arrivé dans

derniers jours de juillet de cette année

et

avait reçu le meilleur accueil

du souverain de plus en plus disposé à
si

intervenir sérieusement dans les affaires alors

embrouillées de la Syrie.
était

Presque immédiatement,
favori et tout-puissant

le

nouveau venu
Il

devenu

le

conseiller
lui

du Khalife.

en profita naturellement pour
lui

conseiller d'envoyer

une armée contre Alep, ne cessant de
ville serait facile

répéter

combien

la

conquête de cette
se

et

combien

le

gouverne-

ment du nouvel émir

trouverait incapable d'opposer

une résistance
rétablirait

sérieuse aux troupes aguerries d'Egypte.

Du même coup on

(1) .'Vppelù

lUùh duns Ki-mal ed-Uin.

lyVAStON EGYPTIENNE EN SYlitE
l'ordre à

11

Damas dont

le

gouverneur pour

le

Khalife, l'eunuque

Munir
le vizir

Al-Saklabi, s'était révolté au

moment

de

la

mort de son patron,

Yakoub Ibn

Killis.

Les avis d'Al-Mahgrebi qui probablement affirmait de
n'aurait point à redouter l'intervention

même

qu'on

du basileus de

Roum uniquement
partit

absorbé par
conseillers

le

souci de

la

guerre bulgare, l'emportèrent sur ceux des

plus

prudents.

Une

forte

armée égyptienne

du Kaire

pour
la

la

Syrie au mois de cha'bàn de l'an 381 de l'Hégire, c'est-à-dire vers
la

seconde quinzaine d'octobre ou
le

première quinzaine de novembre
«

O'Jl,

sous

commandement du mamelouk turk Bangoutekin,
»,

guerrier

intrépide bien qu'imberbe
le

auquel

le

Khalife conféra avant son départ
»

titre

d'honneur
les

«

d'émir des troupes victorieuses

(1).

Al-.Mahgrebi

comptait que

anciens

mamelouks de
voir

Seif se rallieraient en
la

masse à ce

personnage.

Nous venons de
le

qu'à

mort de Saad, plusieurs
trois chefs,

centaines d'entre eux, sous
quitté Alep

commandement de

avaient

pour passer au service du Khalife qui

les avait

comblés de ses

bienfaits et gardés auprès de lui.

Bangoutekin

était le

chef militaire de l'armée d'Egypte.

A

la tète

de

ce qu'on appellerait aujourd'hui l'intendance

du corps expéditionnaire,

Al-Azis avait placé un de ses

hommes de

confiance, Abou'l-Fadhaïl Salih

Ibn Ali Al-Roûdbâri. Le Khalife avait en outre expédié à Nazzàl, son

gouverneur à Tripoli, l'ordre de rejoindre avec ses contingents l'armée
de Bangoutekin
et avait

placé à ses côtés

comme

secrétaire

Ahmed
affaires

Ibn

Mohammed Al-Tchoùri
été;

(2).

Enfin la direction générale des opérations avait
qui était
fit

confiée à Al-Mahgrebî

le

mieux informé des

de

Syrie.

Al-Azis en personne

la

conduite au corps

expéditionnaire
il

jusqu'à une certaine distance du Kaire.

Au moment

de s'en retourner

adressa à ses troupes des adieux solennels.
Li'
2'.l

novembre

eut lieu

Ir

premier choc contre

les

troupes du rebelle

si insuffisamment racontés première cxpéJilion de Basile II au secours d'Alep assiégée par les Kffyptiens, voy. Rosen, op. cit., note 21i, où se trouvent reproduits et comparés entre eux et avec ceux de Yahia les récits de ces événements faits par lliri Dliafer, Kénial ed-Din, llm el-Alhlr, Alinii'l-MaliMren rt par le clu-iiiiii|iiiMir aruiiiiien
(I)

Sur tous ces

(•véneiiifiils

Je Syrie

si

inexactement, surtout
la

parles fiyzanlins, c'est-à-dire

par Sbylitzès, aussi sur

'iiiUeiuporain Açn^U'ig.
(2i

Ou

..

AI-Kc-hoùri

».

BASILE
Jluiiîr
(iiii

If.

Lie

rVEUR DE BULGARES
Riiiiilèli à la

sV'lait

avancé jusqu'à

lenconlrc des Égyptiens

(1).
1!

Munir, complèteniciil liallurl
subit la honte de l'exposition

l'ait

juisonnier, fut envuvé au Kaire.

y
lit

publique,

après quoi

le

Khalife

lui
Il

grâce.

De

RaniKii. lîangouiekin s'avança rapidement sur Damas.

fit

son
de

entrée

dans

cette

ville

sans de
,

rencontrer
les

résistance.
dit
et

Les

chefs

l'armée,
les

lial)itanls,

Aboul-Mahàçeii

troupes

syriennes
piiur lui

les

Arabes des tribus sortirent
une réception solennelle.
et
11

faire

rétablit

dans cette grande

lurliulente

ité le

pouvoir du Khalife, non sans
de sanglantes
les

exercer

représailles

contre
alunir.

principaux partisans de

Après

y

avoir

séjourné
il

jus(pi'à la fin de l'année,

se mit

en marche sur Alep dans

les

pre-

miers jours de l'an

'.•'.12,

enlevant

lloms sur sa route.

Le gouvernemeiil du nouvel
('mil' fut terrifié

par l'approche de

l'aruiée égyptienne.
dit

Kémal ed-Din
dans

que

le

régent Loulou,
fit

l'impossibilité de résister,

otlVir à

RELIQUAIRE BYZ.i.VIIX

,-n

lapis- lazali

incrusté d'or ai'cc monture en argent doré, ijemmée.— Œuvre charmante du XI"" Siècle.

liangoutekin une très forte

somme
l'auto-

Droit.

{Mui<ée

du Louvre.)

pour

le

décider à se retirer, proà

mettant de se soumettre
rilf

du Khalife, de
étendards de

faire dire la

prière,

fiapjier la
eeliii-ci,

monnaie

et

marquer

les

la prini-ipauli'

au imni de

en un mol de faire

acte complet de vassalité. Bangoulekin,
précises, refusa.

ipii

avait des instructions fort
à

Le

vizir

Al-Mahgrebi avait réussi
la

persuader au Khalife
serait

qu'Aleji. faiblement

gouxernée depuis

mort de Saad,

une proie

Vahia (Koseii, op. cit., note l'j2) dil que celle victoire sur le rebelle Munir fut remDamas même par Nazzàl, le gouverneur égyptien de Tripoli, avant la venue de Uangoutc'kin qui accourait d'Egypte et n'arriva que deux jours après la défaite et la prise
(I;

portée

il

du

rebelle.

PUEMIEIl SIÈCE liWLEP

facile

et

Al-Azis brûlait
cité,

ilii

ili'sir

d'annexer enfin
fait

à

son empire cette

superbe

de venger aussi Toutrage
le

à son envoyé par l'émir défunt.

Donc, dans

courant de janvier

'.192,

après avoir laissé garnison

dans Homs, l'armée d'Egypte parut une
l'antique
capitale
!

ibis

encore sous

les

murs de

des

chevaleresques
était
Inin,
!

Hanidados

nides

(i)

Comme

on

liélas,

temps glorieux de Seîf Eddaulèli

Cette ville

infortunée voyait maintnianl pn'sipie chaque

année

l'ennemi

camper

au

pied

de

ses

remparts.

Loulou, malgré sa détresse, n'avait
point perdu de temps. Fidèle à celte
jjolitique

de bascule qui avait jusbien
réussi

qu'ici

si

aux émirs
1

alépitains

pour maintenir
petite

indé-

pendance de leur

iiriiici-

paulé entre leurs deux puissants
voisins, se voyant cette lois

medès

nacé par
la

Ir Kiialife,

il

s'était,
la

première nouvelle de

mise

en marche des forces égyptiennes, jeté à
les

nouveau dans
basileus

bras du

tou-

jours prêt à jouer de ce côté
le

HELIqUAIHE
i/cinntcf.

liYZ.i.X

I

I.\

fn

l,iiJi.-<-l,i:nli

nMe de protecteur
Loulou,

intéresse.
le (2:,

incrusté d'or avec

L'envoyé de

marijui

— Voyez
Revers.

monture en argent dore
de ia i>agc précé-

la vignette

dente.

'.Musée

du Louvre.)

chand

syrien

Malkoun

avait ciiuiu chercher Basile jus(|u'au
vaillant

r<iiid

de

la

iJnlgarie

où ce prince
de

menait

la

campagne contre

cet

autre

ennemi

hérédilaii'e

l'empire, n'avait pas eu de peine à obtenir de lui qu'il passât l'éponge

sur un fâcheux passé

si

récent.

Le basileus avait signé avec
celle qu'il avait tout

la princii>au(é

une nouvelle convention identique à
(1)
2;

dernièrement

C'est la date

donnée par Ibn

Dliafer.
iinti'

Ou Malkoùnà. Voy.

Rosoii. op. cil.,

211. note dr la

p. 258.

10

-4

BASILE

11.

LE TUEUR DE BULGARES
fois

conclue avec l'émir Saad. Ainsi Alop redevenait une
et la trilnitaire

de plus

la

vassale

du basileus. Coninio

le

danger

était pressant,

l'empereur

expédia une

fois

de plus à Michel Bourtzès l'ordre de soutenir
fût.

imméBasile

diatement l'émir son vassal contre quelque ennemi que ce
n'était

que trop heureux de pouvoir intervenir derechef dans ces régions.
la

Michel Bourtzès, assemblant à

hâte ses contingents constamment

maintenus sur pied de guerre tout
Antioche
Il

le

long de cette extrême frontière, dans

comme

dans

les places voisines, se

mit en marche incontinent.

n'était

que temps, car

les Alépitains,

lassés d'un siège déjà long, son-

geaient à se rendre. Bangoutekin avait battu

un de

leurs corps détachés

vers les plaines d'Apamée à la fin de juin ou dans les premiers jours de
juillet

de l'an 992

(1),

puis

il

était

revenu devant Alep.
le

Il

avait établi son

camp en

face de la

Porte des Juifs et
se battait

siège le plus vif avait aussitôt
les

commencé. Chaque jour on

avec acharnement sur tous

points de l'immense enceinte entre Egyptiens et gens d'Alep. Ces derniers
étaient à bout de courage.
dire
ville.
((

Arrangez-vous avec

les

Egyptiens, vinrent-ils
la

à
»

l'émir et à
«

son premier ministre, sinon nous leur livrerons
encore trois jours, leur répondit
le

Patientez

jeune prince.
aide avec

Albordji, le gouverneur impérial à Antioche, accourt à
sept régiments de ses soldats
(2). »

mon

Déjà
loniii,

les
le

troupes grecijues de secours campaient sous les
territoire
si

murs de Gasdont
il

sur

d'Er-Koudj, ce fort château alépitain

(levait

plus tard être

souvent question à l'époque des Croisades. Les

assiégeants d'Alep, apprenant l'ai'rivée imminente de cet ennemi toujours
si

redouté,

furent violemment troublés. Bangoutekin, Al-Mahgrebî et

les

autres chefs, ayant tenu conseil, dépêchèrent au duc impérial
:

un de

leurs officiers pour tenter de le fléchir

«

Je ne suis venu

ici,

lui

mandait
le

Bangoutekin, que pour combattre l'émir d'Alep. Je ne mettrai pas
sur
ni
la terre

pied

du basileus. Je ne
aille faire

tolérerai pas qu'aucuLi des
»
Il

miens

le

fasse,

qu'aucun

du

pillage chez vous.

ne faut pas oublier que
le

la trêve

de sept années signée entre l'empereur et

Khalife à la

fin

de l'an-

Uebia' II lie l'an 'M2 de l'IIégirc. LiUoralement « sept croix », comme on on disait au xvr siècle se[)l rnrnettes.
(1) (2)
;

ilirait

anjonrd'luii

:

sept drapeaux;

comme

BANGOCIEKIN DEl'AXT ANTIUiUE
née 987 n'clail point expirée. Le rude cl im|palieiit Bourtzèt;
lit

15

à l'envoyé
il

J'Epvpte

le

plus brutal aLXueil.

Au

mépriis

du

droit des gens,

le fit sai-

sir et jeter

enchaîné dans un cachot.

Aloi's

Bangoutekin exaspéré, impatient de venger une

telle injure,

après avoir assiégé Alep trente-trois jours durant, se décida, sur les conseils

d'Al-Mahgrebi

et des autres chefs, à prévenir les
les attendre et

impériaux en mar-

chant à leur rencontre plutôt que de
ainsi entre

de se faire prendi-e

deux ennemis. Laissant devant Alep une portion de son monde
:

sous

les

ordres de ses trois lieutenants

Becharah Al-Kali Ibn Abi Ranicàda,
le

Mi'dàd

et

Ibn Zalim,

il

marcha

droit sur Antioche, certainement dans

but de forcer Bourtzès à s'en retourner.

Kémal ed-Din
Bourtzès

dit

qu'il

avait

avec

lui

soixante-dix

mille

hommes

et

seulement

trenteparts.

cinq mille.

Ce sont certainement des

chilTres très exagérés des

deux

Sur

la

grande route qui va d'Alep à Antioche, l'armée d'Egypte rencontra
le

d'abord

château d"Imm, Kissn-'Imm, l'ancienne

Emma,
à la

sur

le territoire

d'Artah, à peu de distance de cette cité. C'était une forteresse alors byzantine,

en

plaisir

même comme

temps une de ces
il

villes réservées

débauche

et

au

en

existait, paraît-il, à

cette

époque plusieurs en ces

contrées étranges. Celle-ci était située à vingt lieues d'Alep, à trente-trois

seulement d'Antioche
reprit

(1).

Bangoutekin eut

tôt fait

de s'en rendre maître et
ce (piil
pillant.

immédiatement sa marche sur Antioche, massacrant tout
sa
route,
faisant des

rencontrait sur

prisonniers, brûlant

e(

Bientôt les habitants de la grande forteresse chrétienne, du haut des cré-

neaux de leurs murailles, virent avec épouvante se dresser en face de
leurs

remparts, au-devant de

la

porte

appelée

Bab
le

Fàris,

le

grand

pavillon rouge de l'ancien

mamelouk turk devenu

général en chef du

Khalife d'Egypte.
el-Bàhr,

A

partir de cette porte jusqu'à celle de la Mer,

Bab

l'armée d'Afrique enceignit étroitement la grande Théoupulis.
cette ligne, la lutte s'engagea
les

Sur toute

sur-le-champ furieuse, acharnée.
rien,
la

Bien que
(1)

chroniqueurs n'en disent
cit.,

marche en avant de
'I
i

Voy. Uosfin, op.
lOiS-IOlU

note
:

l'.t.'l.

Uni

IîimiI1:iii

i|ni

passa à

iiiie

nuit

ilc

l'aiiiifR

cliiiines

coudans la ville d"Imm, appartenant aux (jrccs. Il s'y trouve un cours d'eau poissonneux avec des moulins, des marchés à porcs, beaucoup de femmes publiques, de la débauche, de l'ivrognerie, quatre églises chrétiennes et une mosquéi' où l'appel à la prii'Te ne si> fail ipi'cn
4Hl
lie

rilégiro

dit

«

Nous sorlimes

(l'.^lcp,

nous

ilirigeani vers Antioche, et

secret.

»

76

11A.<ILE

II.

LE TUEUR DE BULCAHES

Bangoutekin avait eu
grader puisque nous

le

résultat prévu. Bourtzès avait été forcé de rétro-

le

trouvons à ce

moment

de retour dans Antioche.
les portions assail-

Les habitants
lies

el la

garnison peuplant df leur multitude

de

la

muraille répondaient à l'attaque des noirs guerriers du Maligreb

TitlPTYQi
Le.->

E

d'ivoire byzantin de la plas belle èpoijui;

du

.\l"'^

Siècle.

— La

Crucifi-rion.
et

maints Thoma.':, André, Pierre, Paul, Basile, Jean Clirysostùme, Constantin

Hélène.


en

{Musée de Berlin.)

les

couvrant d'une jduir ininlcrronipue
insultaient à voix

tle

flèches.

En

vain les Egyp-

tiens les
bataille

haute,

les

invitant

à

sortir

pour

livrer

en rase campagne. Bourtzès, conscient de sa faiblesse, demeura
derrière ses remparts. Alors, Bangoutekin, voyant
l'iirrer

(ilisliiiéuicnl enfernii'

bien qu'il

ne

pourrai!

une

aussi

puissante ciladelle doiil les
le

murailles remontant

le tlanc

des vallées s'en allaient couronner
lui
fallait

haut

des monts, comprenant
ri>quait

qu'il

un matériel de

siège

et qu'il

du

même

coup de perdre toute chance de conquérir Alep, se

.

RErHMTE DE BANCOUTEKIN
décilla siiliitciiienl à

une prompte

retraite.

Douze heures après avoir

j)aru

devant Antioche,

il

repartait dans la direction de cette autre ville.

Les chrétiens virent avec un soulagement indicible disparaître vers

-Sf

'",1

\V c-

T

'

'^

r

— ^

.-

n

/*

• I

^"> :*; '"' >T

^

>

*

I

'

— ^

IVOIRE BY/.\Xri\

:1a Masi-e

de

B,-rlin.XI«<- Si^rlr.
et

— La

VU-r.j,- rt

l

Enfant

Jésus entre les saints Jran-Baptistr, Pierre, Paul
latine a été ajoutée iiostériearement

'l'homas.

— E'inscni)tion

le

sud cette multitiule iiurlante. Ces luttes des soldais de Bourtzès contre
l'été
(I

l'armée de Bangoutekin ont dû se passer dans

de l'an 902, dans
i.

le

cours des mois de juillet
(1)

et

d'août ]irincipulement

Açogh'ig, dans

le

chupilre xxxv
le (Ils

gistros

Romain

Skiéros,

île son livre III, cite égaleiaeiit à celte Jate le inade l'ancien prétendant Bardas Skléros, comme opérant dans la

,

78

BASILE
Le

II.

LE TUEUR DE [iVLGAHES
de plus belle. L'attaque de Bangoutekin fut

siège d'Alep reprit

incessante, sans trêve ni repos, mais le jeune émir et son tuteur se défen-

daient
l'an

avec
(1),

vaillance.

Après

deux mois de combats,

en février

de

993

Bangoutekin ne se trouvait pas plus avancé. Force

lui fut.

faute de subsistances probablement, de lever le siège et d'aller se ravitailler

à Damas.

Il

laissait

comme gouverneur

égyptien à

Homs un

certain Mi'dàJ dit

le

Hamdanien, quelque transfuge d'Alep certainement.
de ce second siège d'Alep, Ibn el-Athir

Pour
et

l'histoire de la levée

Abou'l-Mahàçen paraissent avoir puisé

Tous deux racontent qu'Abou'l-Fadhaïl
de
la

même source excellente. et Loulou, comme c'était le temps
à

une

moisson, voyant bien que Michel Bourtzès n'était pas en état de leur

porter
ses,

un secours

efflcace, auraient, à force
et

de cadeaux et de belles promesqu'ils

gagné Al-Mahgrebî
aller.

Al-Tchoùri pour

persuadassent à Ban-

goutekin de s'en

Le

prétexte devait être que les assiégeants, dépourdifficultés à s'approvisionner.

vus de subsistances, éprouvaient trop de
Il

demeurerait du reste convenu qu'on reviendrait prendre Alep l'an

prochain. Bangoutekin, fatigué de cette lutte interminable, désireux de
rentrer en Egypte, serait

tombé d'accord pour
à Al-Azis
qu'ils

s'en aller de la sorte.

Tous

ensemble auraient

écrit

n'avaient plus de
firent

vivres et

demandaient
sans attendre
l'ordre à

à aller se ravitaillera
le

Damas, ce qu'ils
(2).

du

reste aussitôt

retour de leur envoyé

Mais

le

Khalife, furieux,
les hostilités.

envoya

Bangoutekin de reprendre sur-le-champ

Du même coup
ennemis
l'esprit

Al-Azis destituait Al-Mahgrebî dont les nombreux

saisirent avec

empressement

cette occasion de le noircir

dans

du maître. Abou'l-Fadhaïl Al-Hoùdbàri, au dire de Bar Hebrseus, aux côtés de Bangoutekin. Enfin
|i;ir

le rempla(,'a

le

Khalife, pour ùter tout

prétexte à ses lieutenants, leur envoyait

nier, à Tripoli, des

provisions

en abondance qui furent expédiées de

là à

l'armée assiégeante.

Nous ignorons pour
repris sa

quelle cause Michel Bourtzès n'avait pas encore
si

marche sur Alep

brusquement arrêtée par

la

pointe hardie

llaute-Syrii? contre les ligjplii-ns Au Baiigmitokin

;i

la têle iruii faillie

détachement. Trop inféle

rieure en noinlirc, celle Iroupt^ chrétienne

ilul, parait-il,

se

contenter de se maintenir dans
Liban.

une région montagneuse où l'ennemi ne put
(Il
i2)

l'atteindre,

probablement dans
<ip.

Fin de l'année 382 de l'Hégire.

Sur

la

date de cette retraite à Damas, voy. Uoscn,

cil.,

note 197.

TROISIEME SIEGE D'ALEP
de liangoiitekin contre Aiitioclie.
suffisantes.
l'rnliiililemi'iil
il

79

n'avait jia>

île

forces

Yahia nous
la

dit
le

seulement que lorsque

le

basileus eut appris

au fond de

Bulgarie

traitement déloyal que son lieutenant avait
il

iniligé à l'envoyé

d'Egypte,

en

fut très
lit

marri.

Il

adressa au duc d'Anqui, certais'entretint

tioche les plus vifs reproches et se

amener l'ambassadeur
Il

nement, avait été expédié sous escorte à Constantinople.

doucement avec

lui et le

fit

mettre en

lil)erl(''.

Toute l'année 383 de l'Hégire qui correspond à peu près à l'année
chrétienne 993 se passa encore en hostilités entre les trois parties belligérantes.

Michel

Bourtzès marcha

d'abord

contre

les

habitants

de

Latakieh qui, étant alors sujets impériaux, s'étaient soulevés, probable-

ment encouragés par

la

présence des troupes égyptiennes en Syrie
le

.

Yahia,

qui seul nous dit ce détail, raconte que
petite cité

châtiment de

la

malheureuse

maritime

fut terrible.

La population De son

rebelle fut transportée en

masse sur

le territoire

de l'empire.

côté,

Bangoutekin parcourut

une

fois

de plus

la

principauté d'Alep, enlevant les unes après les autres les

places de l'émir. Le 31 août, Vefa, ancien
lui rendit

compagnon de

Seîf Eddaulèh,
le

Apamée dont

il

était
le

gouverneur. Six jours plus tard,

mer-

credi

t)

septembre, ce fut

tour de Chaizar, qui fut livrée aux troupes

d'Egypte par Saoussan, un des anciens mamelouks

de

Saad, auquel

Bangoutekin avait promis sûreté.
Dès
et
le

mois de moharrem de

l'an 3.S4 qui

correspond à

la fin

de février
le

au commencement de mars 994,

les forces

maugrebines reprirent

siège de la

malheureuse
était arrivé

cité d'Alep.

Al-Mahgrebî, rentré en grâce auprès

du Khalife,

d'Egypte avec de nombreuses troupes fraîches

venant grossir
la fin

les trente mille les

hommes

qu'avait déjà Bangoutekin
(1), la
si

et,

vers

de mai ou

premiers jours de juin
la

capitale des

Hamda-

nides se trouva, pour

troisième fois en

un

court espace de temps,

étroitement bloquée par toutes les forces du Khalife en Syrie. Bangoutekin
dirigeait encore les opérations, sous
la

haute direction d'Al-Mahgrebî.

désigné à nouveau

jiar

le

Khalife
et

comme

|ilus

capable

cl

le

mieux

informé pour réorganiser

gouverner ces belles terres de Syrie dès

qu'elles seraient reconquises.
(1)

Rrbia-

II

ilr l'un

384

ilo

l'Hégire.

80

BA.-i/LE

II.

LE TIEVR DE lULGAUEfi
et la

Dans

celte détresse, le

jeune émir. Loulou, son ministre

masse

des Alépitains, réduits au désespoir, s'adressèrent une fois encore au
basileus Basile.
intéressée,

Une

fois

encore

celui-ci. toujours plein

de bienveillance

manda au duc
il

d'Antioclie de

marcher à leur secours. En

même
un

temps

expédiait à celui-ci d'importants renforts sous la conduite
celui-là

du magislros Léon Mélissénos,
rôle
si

même

que nous avons vu jouer

douteux devant Balanée en
la

98"), 98(5,

plus tard encore lors de la
qui enlin avait pris part à
lui avait
la

déroukMle

l'urteïrajane dans

l'été

de

révolte de Bardas Phocas en 987 (I).

Le basileus

pardonné toutes
de guerre.

ces trahisons, probablement à cause de ses talents

d'homme

Les deux chefs impériaux,
au dire dlbn el-Athîr
et

à la tête

de cinquante mille guerriers,

de Bar IIebra?us, de trente-cinq mille seuleles

ment, au dire de Kémal ed-Dîn, qui a confondu
trèrent en territoire alépitain,

deux expéditions, pénéet

semant

le

meurtre

l'incendie sur leur

passage, faisant de

nombreux

prisonniers, châtiant cruellement les mal-

heureuses populations qui, deux ans auparavant,
vivres aux troupes d'Kgyple en niaiche sur Antioche.

avaient fourni

des

A la

première nouvelle dr rap[irocho de
fois

la
le

grande armée chrétienne,

Bangoutekin. abandonnant une
conseil des autres chefs

encore
jeté

siège d'Alep, s'était, sur le
à la

nmsulmans,

résolument

rencontre des
la

Byzantins avec tout son monde, voulant à tout prix empêcher

jonction

des impériaux avec les contingents de l'émir, désireux aussi de ne pas se

trouver pris entre ces deux périls, Kémal ed-Din dit avec grande exagératiiin

que

le

chef turk des troupes d'Egypte avait avec lui soixante-dix
parle de trente mille cavaliers d Afrique.

mille

hommes. Bar Hebrfeus

La

rencontre de ces deux forniidaides masses armées eut lieu à trois heures

seulement d'Antioclie, à une faible distance d'Apamée sur
ileiiM'

les

bords du

Oidute, aux gués
ù

clil<

du Puni de
à

fer

(2\ sur

le

penchant des
des forces
l'(i|iiniiili

cidlines,

Al-Arvadj
l'-b'

.

Bourlzès,
de

cause

de
aiilre

l'infériorité

(•hri'lieiiiies, ;i\ait

d'a\i<

siiix re

ime

rdule, mai-

il)

Ibii

lihafer

et

nom
de

de

.Mélissénos

Mélissénos

ne

figure

dauUes encore désigiieiil je, ne sais pourquoi ce chef sous le aux doigts d'or. Nulle pari dans les sources byzantines Léon avec ce surnom du reste très byzantin de Cbrysodactyle ou
240,

Chrysocheir.
(2^ lîosen,

op. cit., p.

note

a.

.\<;ogh"ig, op. cil., Ii\

.

III.

chap. xxxv,

dit

que

la

rencontre eut lieu près de Borzo.

BATAILLE DU GUE DE L'OROSTE

81

contraire des chefs alopilains l'avait emporté. Quelques troupes de l'émir,

sous

le

commandement du
de
ce
clan,

chef hamdanide Uiàh Al-llamdani

et

d'autres

hommes

avaient en effet réussi à
joiiiilie

k's

impériaux, de

et leurs officiers, fiers

comlialtie aux côtés de
tels alliés, se

croyaient

sûrs de vaincre.

Le lleuve seul séparait les

deux camps.
le

Une
dait

forte crue

ren-

pour

le

moment
Sur
la

infranchissable.

rive droite, le gros des

forces chrétiennes occupait
le

gué principal, que
quelques

tandis

détachements
raient en
territoire

parcou-

tous sens le

de

la

princi-

pauté

pour

empêcher

l'ennemi de fourrager.

Les contingents alépitains gardaient soigneu-

sement

le

second gué.
RELIQUAIRE BYZANTIN <le
la Vraie

Tout

le

long de la rive
Croix du Trrsor de
était

gauche
l'armée

déployée
très

d'Afrique

— Les saints Constantin Hélène. — A7""' oa XII'»' Siècle. — Phot commani'/aée par M. P. Maestri. — Ce reliquaire est formé d'ane
VAbhaye de Nonantola
et /ires

Modénc.

.

supérieure en nombre.

plai/ue de l>ois recouverte d'uni- feaille d'an/ent doré travaillée

un repoussé. Sur

ta

croix sont

fi.vées
X""-'

Nous ignorons
était la

quelle

plaijues émaillées de travail lnjzantin ilu

deux petites ou ,\l"" Siècle.

composition de
(^e

ces

troupes tant chrétiennes que nmsulmanes.
le

devait être
les

comme

toujours

même

pittoresque mélange de toutes

races orientales

82

ll.l!>ILE

II.

LE rVEVR DE BULGARES
le

dupuis

lu

Russe i;iganlesquc, depuis

souple cavalier géurgieii jusqu'au

Bédouin rapide, jusqu'au niaugrebin crépu des rives du Haut-Nil ou des
lointains rivages d'Afrique.

Dès que
pressés,

les

eaux eurent (juelque peu baissé,
le

les Alépilains,

plus

voulurent passer

fleuve pour

attaquer les
et

Egyptiens. Ban-

goutekin détacha de leur côté ses auxiliaires bédouins
troupes tandis qu'avec
riaux. Ceux-ci,
le

quelques autres

gros de l'armée

il

continuait à faire face aux impéalliés,

mieux
la rive

disciplinés

que leurs impatients

se tenaient
dit

en bataille sur

sans faire mine d'attaquer. Ibn Dhafer
la

que

le

combat s'engagea par

faute de

Léon Mélissénos qui ne voulut pas obéir

à Bourtzès son chef direct. Les deux armées s'observaient, s'insultant

d'une rive à l'autre. Bangoutekin

s'était
Il

solidement établi en face des
avait fait aux siens la défense

deux gués

qu'il

commandait absolument.

formelle sous peine de mort de franchir

la rivière

avant l'heure que son

astrologue désignerait. Soudain on vit un vieux guerrier turk, dédaigneux

des ordres du maître,

un

soldat de cette fameuse milice deïlémite qu'on
bataille
les
le

retrouve sur tous les
piter seul

champs de
sous

de l'Asie à cette époque, se préciIl

dans

la rivière

yeux de l'armée grecque.
regardait.

tenait

un

bouclier et trois flèches.
qu'ils
l'ont aperçu, le
il

Chacun

En

vain les impériaux, dès
traits.

couvrent d'une pluie de
le lleiive,

Avec une

intré-

pidité sans égale,

traverse

tantôt nageant, tantôt
la rive

marchant

avec de l'eau jusqu'à

la poitrine. Il

aborde sur
lil)re

ennemie, se dresse
l'as-

furieusement
saillent

et

se taille

une

})lace

au milieu des Grecs qui

de toutes parts.

Alors, exaltés par l'exploit de ce fanatique, toute l'armée d'Egypte,
cavaliers et fantassins,
l'eau,

sourds à

la

voix de leurs chefs,
«

se

jetant à

se ruent à sa suite sur les impériaux.
la victoire.
»

Et Dieu tout-puissant

leur

donna

Les troupes chrétiennes fléchissent sous l'assaut

inouï de ces combattants surexcités.

En même temps une rumeur gran-

dissante éclate sur leurs derrières. Ce sont les Bédouins de Bangoutekin
qui, après avoir passé le fleuve
fuite les

au second gué de l'Oronte, ont mis en

contingents alépilains.

En

les

poursuivant,
la

ils

ont atteint

le

camp

chrétien qu'ils

commencent
troupes de

à piller. Alors

panique devient

la

plus forte.

Les

vieilles

Boum, furieusement

i)oursuivies par

K

DEROUTE
les cavaliers

DI-:

LAHMÉE

I',Y /.

AS'TIN
cliefs,

83

du Mahgreb, fuient entraînant leurs deux

niali^ré les

efforts

désespérés que ceux-ci font pour les retenir.
fut

Ce

une immense déroute. Cinq mille chrétiens périrent
la fuite.

ilaiis le

combat. Beaucoup succombèreni dans
dans
les
la captivité

Une

foule

tombèrent

des Egyptiens ou des Bédouins. Açogh'ig
cette

(i) cite

parmi

victimes de

journée plusieurs guerriers de son pays, soldats

arméniens au service de

Roum

:

« le

lils

de Iloras,

le

patries

Yanak,

le
»

pieux Toros du district de Hachtenk, beaucoup d'autres nobles d'Arménie.
Il

périt de

même

trois

cents guerriers alépitains.

Tous

les

bagages, une

multitude de chevaux, d'armes, de vêtements de prix, des

sommes consi-

dérables en numéraire, devinrent la proie de l'ennemi. Michel Bourtzès
et

Léon Mélissénos,
débris

le

désespoir au cœur, ne se trouvèrent en sûreté avec
les

les

de leur armée que derrière

murailles d'Antiuche. Cette
vil la le
<[ui

grande
défaite

bataille qui prit le
tics

nom

de bataille du gué del'Oronte et qui
l'aroKie

troupes chrétiennes par

d'Afrique,

fut

livrée

vendredi sixième jour du mois de cha'bàn de l'an 3SS de l'Hégire

correspond an 13 septembre de l'an 994

(2).

L'armée ennemie poursuivit jusque sous
tiens débandés.

les

murs d'Antioche
de sa sœur,

les

chré-

Un neveu
les

de Michel Bourtzès,

fils

s'était réfu-

gié avec

beaucoup d'autres combattants dans
suivaient,

le

château d"Imm. Les

Egyptiens qui
mirent
le

entrèrent de force

dans cet

édifice et

y

feu (3).

Le neveu de Bourtzès,

trois cents patrices,

deux mille

cavaliers grecs,
Infidèles.

un immense

butin seraient là tombés aux mains des

En

outre,

dix mille prisonniers

musulmans qu'on
Il

y trouva
est pro-

entassés, vinrent grossir les rangs des Africains vainqueurs.

bable que ces chitTres sont très exagérés.

L'armée de Bangoutekin, accourue sous Antioche sur

les

pas des

fuyards, dut se borner à une simple démonstration. Ce fut plutôt une

formidable

razzia.

Le général égyptien qui
[las

avait laissé

son matériel

de siège devant Alcp n'était
(1)

en

('tat

de donner l'assaut à une aussi

Liv.

m,

cluip.

xxxv.
liu

(21
Il

liar lleliiii'iis

place à tort colle bataille

en existe un

récit

dans

la

partie

non publiée de
ipielipies

liistnrii-n

du xv»
(l'est

sièi-le.

J'ai

eiuprunlé-

gué de lOronte îi l'an 3S2 de l'iltlgire. l'Histoire d'Egypte d'Abou'l-Maliaçen, détails à ce récit dans le livp- du lianui

V. de Itosen.
['i\

Kénial ed-Uin

ipii

nous dniinc

cerc''cit.

84

BASILE
forteresse

II.

LE TUEUR DE BULGARES
par tout
ce

puissante

défendue

qui

restait

de

la

belle

armée de Bourtzès. Les vainqueurs
sement
bétail,
les

se contentèrent de dévaster

affreu-

campagnes
bœufs,

environnantes.
vaches,

Plus

de

dix

mille

tètes

de

buffles,

tombèrent en leur pouvoir.

Hrùlanl,

pillant et massacrant, les noirs

démons du Sud poussèrent

leur pointe

victorieuse jusqu'au delà des territoires de

Boukah

et

de Bagras, bien
sans que
les

plus loin encore, jusque sous les

murs de Marach,

paraît-il,

troupes consternées de Michel Bourtzès et de Léon Mélissénos osassent
sortir d'Antioche.

Sur

la

route du retour, Bangoutekin imposa facilement son autorité

à tout le territoire alépitain.

Toutes

les forteresses

de la région, A'zaz
se

entre autres, à dix ou douze heures de

marche au nord-ouest d'Alep,

rendirent

à lui.

Partout

il

nomma
la

des gouverneurs au

nom du

Khalife.
(I),

Enfin, après avoir

couru

Syrie septentrionale deux mois durant

traînant à sa suite d'innombrables prisonniers,

un immense

butin,

le

généralissime reparut devant Alep dont Tinterminable blocus avait pro-

bablement

été

maintenu par

ses lieutenants.
reprit avec

Le

siège, dès ce

mois de cha'bàn,

une extrême

intensité.

Plus que jamais l'armée égyptienne enceignit étroitement la capitale des

Ilamdanides. Pour mieux installer ses troupes pour l'hiver qui approchait,

pour prouver aussi à

la

population alépitaine combien son dessein de

la

subjuguer demem-ait immuable, Bangoutekin transfoi-ma son camp installé

comme

de coutume en face de la Porte des Juifs en une

ville fortifiée, véri-

table cité militaire improvisée avec ses maisons, ses bazars, ses mosquées,

ses marchés, ses boutiques et ses bains. Plusieurs siècles plus tard, les

ruines de cette

immense agglomération
la rivière

se distinguaient encore, paraît-il,

sur

les

bords de

Kouaïk.
était, à

L'intendant général de l'armée assiégeante

ce

moment, un

niarchaml de soie de race juive
dit

Abou Sahl Manassé

(2; Ibn Ibrahim

Al-Yiiudi Al-Kazzàz
[inilili'

(3).

Le gouverneur du jeune émir, le vieux Loulou,

avait

do

l'absence

momentanée de

Bangoutekin

et

de son

(I)

Djoumada
AI-Kazzàz,

I

et II.
».

(2
(3)

Ou.Munacha
«

marchand de

soie écrue».

nEii.\ii-:n

.<ièoe

dwlep
blé ([u'uii avait

armée pour
le territoire

l'aire

entrer dans Alep tout

le

pu

recueillir sur

de la principauté.
l'aire

Tout

celui

qu'on n'avait pu transporter

avait été brûlé poiu-

le

vide devant les Égyptiens.
lut de

Ce dernier siège d'Alep
pour
brave
les assiégés.
et

beaucoup

le

plus long et

le

plus cruel

Des deux

parts,

l'acharnement fut extrême. Loulou,

pieux, se

montra

à la hauteur

du

péril.

Jamais

il

ne se départit de son

honnêteté native.
qui
avait

Comme
ses

la

population,

épuisé

dernières
il

proviacheter

sions,
d'office
le

soutirait de la faim,

fit

aux marchands de céréales tout
possédaient aux prix qu'ils
revendit au peuple à des
<(

blé qu'ils

voulurent

et le

taux très modérés.

Ainsi, dit

le

chroni-

queur,

il

commettait deux bonnes actions
»

à la fois.

Cependant

môme

ces ressources

suprêmes furent
les

tôt épuisées.

On mangea

chevaux,

les

ânes. Bientôt la famine

devint affreuse.

Comme
Sud
malheureuse

chaque
Alep
cité
,

fois

que l'ennemi du
régents

pressait

les

de

la

si

constamment

disle

putée, avaient tourné leurs regards vers

PLAQUE
^'-ff'S>'^

puissant basileus de

Roum
le

qui devait être

de stéatitc de travail Ityzanfin d'une ijrande (inesse.


f''"

saint Tliérapon, mégalo-

d'autant plus facile à gagner aujourd'hui
qu'il avait h

martyi',

évèque

de

Chypre.
de Berlin.)

A7""' Siècle.

— {.Musée

venger

lamentable affront
fut l'enles

infligé

à ses

armes au gué de l'Oronte. Abou Ali Ibn Doureid

voyé chargé de porter en hâte au basileus à Constantinople avec
riches présents, au
fois

plus

nom

des

traités d'alliance et

de protection tant de

signés entre l'empire et la principauté, l'appel
«

suprême de

la ville

en

détresse.

Accours, Basileus,
«

»

écrivaient au souverain de
hàte-toi. iNous ne (e
et

Roum
le

l'émir

d'Alep et son fidèle ministre,
faire la

demandons

point de

guerre à Bangoutekin
faire

aux troupes d'Egypte. Nous

prions

uniquementde leur

peur en l'avançant à notre secours. Le seul bruit

86

BASILE

II.

LE TUEUR DE BULGARES
le

de ton approche les forcera à lever

siège.

Songe que

si

notre cité

succombe,

il

en sera presque aussitôt de

même

de celle d'Antioche.
»

Une

fois celle-ci abattue,

Constantinople sera en grand péril.
le

Cette fois encore Tenvoyé de l'émir ne rejoignit

basileus qu'(( au
(1),

cœur du pays bulgare

»

suivant l'expression d'Ibn el-Athîr
localité.

nous ne

savons au juste en quelle
la

On

en

était

précisément à cette période
Basile se trouvait à ce

plus violente de la seconde guerre bulgare.
affirme Yahia, depuis
(ju"il

moment,

quatre

années

consécutives

en

pays

ennemi, sans
fois

fût peut-être

durant tout ce temps rentré une seule
si

dans sa capitale, sans cesse occupé à combattre ce peuple
et à

opiniâtre

dans sa défense, à organiser au fur
il

mesure

les territoires

conquis pied

pied.

Les mauvaises nouvelles de Syrie semblent avoir
si

fait

sur l'esprit

bien équilibré du basileus une impression tout à

fait

extraordinaire.

>'ous ne savons exactement à quel
l'émir était parti, mais
il

moment du

siège d'Alep l'envoyé de

semble probable que Basile reçut presque simul-

tanément

la

nouvelle du grand désastre de ses troupes au gué de l'Oronte

à la fin de septembre et celle de l'extrémité dans laquelle la grande cité

syrienne était retombée à la snitr de celte défaite, serrée de près par
toute l'armée d'Egypte, par tous les Bédnuins de Syrie et de Mésopotamie

accourus à

la curée.

Certainement

le parti militaire

à Byzance devait atta-

cher un grand prix à la conservation de la capitale des Hamdanides, clé de la Haute-Syrie, et Basile n'avait pas besoin que l'émir Abou'l-Fadhaïl
lui signalât le

danger que courrait Antioche,
le

cette

première forteresse de
la

l'empire dans
ville voisine

Sud, l'econquise au prix de tant de sang, au cas où

d'Alep tomberait définitivement aux mains du Khalife. C'était
qu'il fallait à tout prix éviter.

une éventualité

Basile, capitaine

consommé,

se rendit

si

bien compte de la gravité
été ijuasi

extrême de

la

situation, que, par
résolut,

une décision qui semble avoir

instantanée,
garie,

il

malgré sa présence presque indispensable en Bul-

malgré

la saison

mauvaise commençante qui

était à cette époipie

un

il « 11 avait passé beaucoup d'années au pays des Bulgares et avait déjà pour sujets la majeure partie d'entre eux», dit Ibn Dhafer. « L'envoyé liamdanide, dit Abnul-Mabaçen, trouva le roi des tJrecs occupé à la guerre contre le roi des Bulgares. »

i)i:i'.\i{T

nn b.\sileus

puuii

la syihe

st

ubslacle à peu près insuniionlable à la

marche des troupes, de

se rendre

iniinédiatement de sa personne à Alep à la tète d'une armée de secours.

Certainement l'envoyé de l'émir

lui avait

exposé

qu'il n'y avait pas

un

jour à perdre et que les extrémités de la famine pouvaient d'une heure
à l'aulri' livrer

Alep aux soldats deBangoutekin.
le

Donc, abandonnant momentanément à ses lieutenants
poursuivre la lutte bulgare,
forces avec
le

soin de

basileus, rassemblant de toutes parts ses
«

une rapidité merveilleuse,
plein hiver avec
fait

pareil

au lion qui bondit
C'était

»,

partit

pour

le

Sud en

une puissante armée.

pour l'époque

une entreprise tout à

inouïe que de traverser ainsi tout

dune

haleine

à la tête de forces très nombreuses, au milieu de la

mauvaise saison, des

espaces aussi vastes que ceux qui séparent Constantinople de la HauteSyrie, car
il

est

probable que

le

basileus revint en poste de Bulgarie à
partir de

Constantinople
cette ville.
taines.

et

que

la

campagne ne commença vraiment qu'à
avec l'empereur
les

De

là partirent

troupes les plus loinles vastes

Les autres, successivement groupées dans
la

camps

fixes

espacés sur
rallier

grande route militaire de
et

la

capitale au

Taurus, durent
c'était

l'armée au fur

à mesure de sa
il

marche en avant. Oui,
semble, par
l'ait

une
que

entreprise vraiment prodigieuse et

les rares détails

nous ont fournis
habileté,

les

chroniqueurs, que Basile

menée à bien avec une

une fougue, une maestria, une décision dignes des plus grands

capitaines. Si nous étions
est probable (jue la

un peu moins misérablement renseignés,

il

course enragée de l'empereur Basile à travers toute

l'Asie Mineure,

des bords de

Marmara aux

rives de l'Oronle, dans le

courant de l'hiver de 904 à 093, pour voler au secours de l'émir d'Alep,

son vassal, soutiendrait
les

la

comparaison avec

les

expéditions militaires

plus célèbres de l'antiquité

comme
il

des temps modernes.

Maigri' la diligence employée,
ratifs

est clair

que d'aussi grands prépa\\\\

ne purent èlre terminés en (piclques jours.
ait
(•{('

admettant que
la

le

basileus

informé dans

le

courant d'octobre de
la fin
l'iMiiir
il

déroute de ses
le

lieutenants et qu'il ait été rejoint vers
ceiiii'iil

de novembre ou
AlHiiri-l''adhaïl

commenlui

dr

(l(''cciulire

jiar

l'envdyé de

chargé de

faire pari

du danuci' iiuccdui'ail Alep,
le

dut se passer nécessairement pluh.'dc sen

sieurs semaines (;nlrc

nionicul

oii

l'empereur al)andnnna en

88

BAS^ILE

II.

LE TUEUR DE BULGARES
et celui

cantonnements de Bulgarie
pour

il

fut prêt à quitter le Palais
qu'il

Sacré
allait

se mettre h la tète des
les

premiers échelons de l'armée

conduire à travers

thèmes d'Asie. L'hiver devait être donc

très avancé,
il

presque
route.
lard,

à
Il

son déclin, et l'année 995 fortement entamée quand
importait à
tel

se

mit en

point de se hâter

si

on ne voulait arriver trop

alors (ju'Alep affamée se serait di'jà
se transforma de suite en

rendue aux Egyptiens, que

l'expédilion

une rapide marche de cavalerie,
nous ont accoutumés

comme un
récemment
Voici
le

de ces raids gigantesques auxquels
les

guerres d'Amérique entre armées fédérale et confédérée.
les

peu que nousdisent

chroniqueurs arabes surcetle célèbre
Syrie.

première campagne du
tins, ils

basileus Basile en

Quant aux Byzan-

n'en soufflent mol, tant nos sources de ce côté sont déplorable-

ment

insuffisantes. C'était la première fois, semble-t-il,
le

que ce prince

mettait
frère

pied en Asie depuis que tout enfant avec sa jeune mère et son
il

presque au berceau

avait

accompagné son

glorieu.x

beau-père
la

Nicèphore l'hocas jusqu'au pied du Taurus, à Drizibion,Iors de
expédition de celui-ci en Cilicie, bien des années auparavant.

grande

Abou'l-Mahaçen

dit

que Basile n'eut pas

le

temps de réunir une
il

forte

armée, mais(ju'il revint en hâte de Bulgarie à Constantinople d'où
tit

par-

avec cent mille
cent mille
;

hommes. Bar

Ilebra-us cite le

chilfre fantastique de

trois
si

d'autres disent cent

trente mille. Yahia, d'ordinaire

précis

comme
la

aussi Ibn Dhafer, paraissent être plus près de la vérité en

évaluant
environ.

force

du corps expéditionnaire à quarante mille
telle qu'il

hommes

C'était

une masse de combattants

y avait difiiculté

extrême à

la transporter ainsi d'une extrémité à l'autre de l'empire, à

travers les cimes

du Taurus
et

et les sables

de la Ilaute-Syrie.

Yahia que

je suivrai surtout

Kémal

ed-l)in,
les
lit

d'après lui, disent que c'étaient

toutes des troupes d'élite.

On

venir par compagnies,
les

chacune de
la route.

son thème,

le

gros de

la

colonne ralliant

détachements sur
le

Certainement,

comme

toujours dans ce cas,

basileus suivit la grande

route militaire qui allait de Chrysopolis au Taurus, par Drizibion. Après
avoir franchi les délilés de cette chaîne, puis la plaine de Cilicie, puis les
détllés

de l'Amanus, on gagnait Antioche d'où la distance n'était plus

grande jusqu'à Alep.

L'MiMEE
(Jiiaranle mille

rit

AVERSE

L'ASIE MIS EURE

N9

hommes

à pied eussent mis plus de trois mois à fran-

chir ces
solite

espaces

iiifiiiis.

IJasile

lonraa

la difricullé

par une mesure in-

qui semble avoir
Il

fait

sur l'esprit des conlem[)oraiiis une impression

profonde.

moula

toute son armée.

Chaque

soldat eut à sa disposition
soin,

une mule de course rapide, choisie avec grand

l'ruliablement

IVOIRE BYZANTIN

tin

Musée

rU-

Brrlin.

Fmilh-.t

d'un
AY""'

priit tliiityqw

Fares antê-

ricare et posférware.

Siec/c

celle

innombrable cavalerie

fut réunie

en hâte dans

les

immenses

écuries

impériales des thèmes d'Asie, dont la principale était Malagines.

En

outre

chacun de ces cavaliers improvisés conduisait en
réserve.
(Vcst ainsi (pi'on
(

laisse

une monture de

traversa l'Asie Mineure en seize jours, sui-

vant Aboulfaradj

I).

«

Basile, dit Yahia,

dans sa hâte extrême d'arriver à

temps, ne se préoccu]i;\it nullement de laisser beaucoup de
dos jours est miiis dans

monde en

(1)

I'.

i\'t.

l.i'

i-hilTn-

Ibii Dli.if'-r.

12

90

BASILE
Toujours on

II.

LE TUEUR DE BULGARES
»

arrière.

allait

de rnv.int.

Celte chevauchée fantastique que

nous aimerions tant à mieux connaître eut sa récompense. Le basileus
Basile arriva à l'improviste à Antioche, sans que personne se fût douté de sa

venue

!

11

est

vrai

que des quarante mille cavaliers improvisés qui
il

le

suivaient au début,

n'en avait plus avec lui que dix-sept mille. Mais

beaucoup

des

vingt-trois mille
«

demeurés en

arrière

devaient rallier

incessamment.

Cette course, s'écrie le chroniqueur Ibn Dhafer, est
»

une

chose qu'on n'avait jamais encore vue.

C'était,

dit l'historien

arabe,

dans

le

mois de
'.lll.j.

rebîa' de

l'an 38.",

qui correspond à peu près au mois
jilus

d'avril

11

y avait à ce

moment

d'un an que durait

le

troisième

siège d'Alep.

Basile ne
lui

fit

que traverser Antioche. Emmenant certainement avec

Michel Bourtzès et Léon Mélissénos avec leurs contingents, l'empereur

poursuivit sa marche foudroyante vers Alep qui tenait encore.

A
(2),

Merdj

Dabik(l), sur

le territoire d'A'zas,

dans

la

vaste plaine montagneuse d'Elà son centre

Amk,
alors
il

à l'est d'Antioche, avec le lac

du

même nom

il

ne se trouvait plus qu'à quatre parasanges de la grande

ville assiégée,

que

les

Egyptiens ignoraient encore totalement, semble-t-il, sa venue,
officiers
:

s'arrêta

pour expédier à l'émir d'Alep deux de ses

«

Tiens bon,

mandait-il à son vassal,
les

me

voici arrivé.

Après-demain matin j'attaquerai

Egyptiens.

»

Or, des irréguliers de l'armée de Bangoutekin étaient

venus

faire paître leurs

chevaux dans

les vastes

plaines d'Apamée.
le

Ils

réussirent à s'emparer d'un des émissaires du basileus et

menèi'ent au

généralissime du Khalife. Abou'l-Mahacen dit

:

«

Quand

le

basileus Basile
:

toucha aux pays de l'Islam,
« «

Loulou

fit

dire à

Bangoutekin
:

«

L'Islam
roi des

m'unit à

toi

malgré tout

et je te

donne

cet avis salutaire
»

«

Le

Grecs et ses troupes arrivent sur vous. Prenez garde.

Ce

qui, ajoute
»

riiislurifu arabe, fut confirmé par les espions

du général égyptien.

L'effrayante nnuvellt' de Farrivi'c du basileus tumbé des nues fut

un

coup

(If

inudrr pour Bangoutekin. Lui qui croyait que la reddition d'Alep

n'était plus

qu'une
qui
lui

qiiestinn
arrivait

d'heures, fut tellement bouleversé par

le

terrible

n'i^it

du Nord,

qu'il

ne pensa plus qu'à

fuir.

Ce

(1)
i2)

Ou Uabak. Aujourd'hui Ak-Di-niz.

FUITE DE [iASGOVrEKIN
grand basileus de

91

Koum

qui avait ainsi franchi par miracle tout son
et

empire au galop de son armée

qui se trouvait à quelques heures de

marche

alors qu'il le croyait encore au fond de la Bulgarie, l'épouvanta.
le

Probablement

chiffre

de

l'armée grecque avait été

démesurément
le
il

grossi dans l'effarement des premières nouvelles.
siège de cette ville qu'il convoitait depuis tant de

Levant sur l'heure
et

mois

puur laquelle

avait sacrifié tant de ses soldats, incendiant à la hâte cette cité improvisée

qui était son camp, ces magasins, ces bazars qu'il avait édifiés avec tant

de soin, tout son pare de siège, détruisant les vivres, les fourrages de

son armée, abandonnant ses armes, expédiant précipitamment ses équipages à Damas, Bangoutekin, fuyant l'armée impériale, se jeta avec
toutes ses forces dans la direction
retraite fut
si

du sud par

la vallée
.j

de Kinnesrin. Sa
le

rapide qu'elle semblait une fuite. Le

mai déjà

géné-

ralissime rentrait à

Damas avec son armée
si

épuisée

par ce long effort

rendu

si

brusquement,

inopinrinent inutile.
la

Les appréciations des historiens arabes sur
et

durée de ce troisième

dernier siège infructueux d'Alep varient.

L'un parle de sept mois

et

demi, l'autre de onze. Yahia et Ibn el-Athir se rapprochent plus de la

vérité

en disant

treize

mois.
le

En

réalité,

cette

opération avait duré au

moins ce temps-là, depuis

retour de Bangoutekin sous les
le

murs

d'Alep,

dans l'année 994. Seulement
partir de la déroute de

siège n'était

devenu vraiment sérieux qu'à

Michel Bourtzès au gué del'Orontele 15 septembre

de cette

même

année, jusqu'à l'apparition de Basile dans les campagnes
le

d'Antioche dans

courant d'avril 993, ce qui explique

la

durée de sept

mois

et

demi indiquée par un des chroniqueurs.
et

Bangoutekin

son armée s'étaient à peine enfuis que

les

habitants
loin

d'Alep, ne pouvant encore en croire leurs yeux, virent

monter au

vers le ciel les flots de poussière

annonçant
si

les tètes

de colonnes des

impériaux. Les chroniqueurs, hélas, toujours
disent pas
si

sobres de détails, ne nous

Basile témoigna d'un grand dépit en voyant ainsi lui échap-

per l'armée d'Afrique.

Le but de son

oxpt'dition était pleinement atteint.
la

Alep, soustraite à l'imminent danger de

conquête égyptienne, demeurait
la

vassale de l'empire, boulevard avancé de

[luissance de

Boum

en face

des premières terres soumises au Klialile. Les historiens arabes ne disent

02

BASILE
iRiii

II,

LE TUEUR DE BULGARES
aux
liardis soldats

l'ii'ii

plus

ilu l'acciiL'il

L'iithousiaste fait

de

la

Croix

par cette immense population musulmane
horreurs d'une conquête étrangère
ils

iju'ils

venaient de délivrer des
à
la

faite les

amies

main. Seulement

rapportent que les troupes de Basile campèrent sur l'emplacement de
ville

la

militaire

que venait de brûler Bangoutekin

et

que

le

basileus

put juger, par l'immensité de
ces

ruines fumantes, de l'ims'était

portance de l'armée qui

évanouie
bruit

devant
son
ils,

lui

au seul
Basile,

de

nom.

ajoutent-

en fut vivement
le

impressionné. Probablement
basileus comprit que
si

Ban-

goutekin avait connu exacte-

ment

le
il

petit

nombre de

ses

soldats,

l'eût attendu

de pied

ferme.

Les
disent

cbroniqueurs
encore

arabes

que

le

jeune

basileus reçut dans son
la visite

camp

de son vassal, Abou'l-

P'adbaïl, troisième

émir hamda-

nide

d'Alep

et

du

premier
tous à
sa

ministre
IJIPTYUUE
C'est le

Loulou,

sortis

deux
il'iioire hi/zanlin

précipitamment

da Musée

di'

Berlin.

même

dans

la vignette

diptyque qui est représenté ouvert de la paqe 7G.

rencontre.
,.

L'un
de
,

lui

devait la

conservation
l'autre, celle
la poussière,

sa couronne
lui

de son pouvoir. Tous deux se prosternèrent devant
le

dans

couvrant d'actions de grâce.
\\

Ils

apportaient de riches

présents à ce maître formidable.
«

les accepta d'abord,

puis les renvoya

en signe de bienveillance

».

En

outre,

comme don

de joyeuse venue

pour

cette population cruellement éjirouvée par les horreurs
il

de ces

trois

sièges successifs,

lit

à la principauté
le sait,

abandon du

tribut

dû pour l'année

courante, qui se montait, on

à

une somme considérable.

MU.'i.UQl

/i

sail-owsf.

bYZANlliSE

ih;

i'ojlise ila

mvna^icrr

ttu

Saint Nikon

le

Métanoïte, saint Macaire,

Sainl-Luc en l'Iwcule {biis-culo du Photographie XI'»' Siècle. etc.

COnxmanitpiêr par M. G. Millet.

94

BASILE

II,

LE TUECll DE BULGARES
(|ui, jiarait-il

Yaliia ajoute que Conslanliii
frère

1),

avait

accompagné son

dans cette chevauchée à travers

l'Asie,

conseilla hrutalement au

basileus de profitiT do l'occasion pour détrôner l'émir et pour annexer à

l'empire la principauté d'Alep avec toute la Ilaute-Syrie

comme on

avait fait
cette pro-

pour Antioche quelques années auparavant. Mais Basile repoussa
position par ces belles paroles
:

« Il

ne sera pas

dit

que
si

les autres rois,

mes

collègues, entendront raconter qu'après être

venu de
Et

loin porter secours

à ce peuple je lui aurai trahi

ma

foi

.

»

comme

quelqu'un de son

entourage

faisait cette

remarque que ce ne
la

serait pas acheter bien cher
le

une aussi
derechef:
«

belle

cité

que de

payer d'un parjure,
il

basileus s'écria
la

Et quand bien
encore
la

même

s'agirait

non d'Alep mais de toute

terre, ce serait

payer trop cher que de l'acheter à ce prix. Jamais
»

je ne consentirai à l'acquérir ainsi.

Ce qui donne à ces propos quelque

authenticité, c'est qu'ils

nous sont rapportés, ne l'oublions point, par un
susceptible

chroniqueur
chrétien.

syrien

peu

de

partialité

envers l'empereur
laisser

Les véritables motifs qui déterminèrent Basile à

une

sorte d'indépendance à la principauté vassale furent certainement d'ordre
politique,

non simplement d'ordre sentimental.
caractérisait en ces

La défiance qui
entre chrétiens et

temps troublés toutes les relations
être

musulmans, devait

cependant bien grande encore

puisque Yahia nous rapporte ce curieux détail que tant que l'empereur des
Grecs demeura campé à
la

Porte des Juifs, avec son armée, chaque fois

que l'émir

sortait

pour

lui

rendre

visite.

Loulou demeurait en

ville et vice

versa. Certainement ces précautions étaient prises par peur d'une attaque

subite des troupes impériales. Yahia ajoute cette anecdote caractéristique

d'une couleur tout orientale qui peint bien

les

deux régents d'Alep, que

le

jeune émir, fatigué des horreurs d'un aussi long siège, aurait dès long-

temps désiré rendre

la ville à

Bangoutekin

et se retirer ailleurs,

mais que,

pour
de

l'en

empêcher, Loulou, plus patriote
malade.
il

et plus énergique, s'imagina

faire le

Comme
lit

l'émir arrivait à

cheval à sa porte pour lui

rendre
fort

visite,

le

attendre un temps très long. L'autre s'en retournait
lui

courroucé

;

mais Loulou,

courant après,
te faire

lui dit:

«

Je n'étais nulsi

lement malade; je voulais seulement
(1)

comjirendre que

tu quit-

Nous ne connaissons

ce

lail

que parce chroniqueur.

CO y QUETE DES CITES
tais

s Y /HENNES

95

pour un autre séjour cette

(•!((

tu es le

maître absolu,
la

lu

aurais à y

l'aire

auliehambre bien autrement longtemjis devant
étais déjà irrité d'avoir

porte d'autrui. Vois

comme lu

attendu devani

ma

porte, et pourtant que
»

suis-je sinon ton esclave, et cette ville n'est-elle point tienne?
le

«Ainsi, dit

chroniqueur, Abou'l-Fadhaïl fut

amené

à prolonejer la résistance de sa

capitale et à suivre les conseils de soiiniinislre, qui

amenèrent son
fit

salut.

»

Nous ne savons

rien de plus sur le très court séjour que

Basile devant

cette belle cité orientale qui avait déjà

vu lant d'armées chrétiennes camper
le

viclorieusement sous ses murs. Probablement
ses visites et ce dut être

basileus rendit à l'émir
et

une entrée triomphale étrange
et

somptueuse.

Certainement aussi

le traité d'alliance

de vassalité dut être renouvelé

entre l'empire et la principauté avec des clauses très favorables aux chrétiens résidant à

Alep

comme

à tous ceux d'entre

eux qui viendraient

faire

du commerce dans

cette ville.

Basile ne passa que trois jours sous ces murs.
Il

Son but

était atteint.
le péril

avait bâte de

regagner l'Europe où

le

réclamait impitoyablement

bulgare. Le quatrième jour après l'arrivée, Farniée impériale se remit en

marche. Sur

la

route on enleva d'abord Cbaizar, l'antique Gésarée. Son
le

gouverneur pour

Khalife,

Mansour l'm Karàdis, demanda l'amàn après
l'argent, des faveurs,

un jour de

lutte et reçut

pour sa soumission de

des vêtements d'honneur. Laissant dans cette vieille cité, une fois de plus

reconquise à la
l'armée de

foi

chrétienne, une forte garnison sous

un chef dévoué,
de prison-

Roum,

toujours pillant, brûlant, faisant des milliers

niers, parut devant
et

Homs. On

prit

de force cette grande place sarrasine
la troi-

on

emmena

de son territoire plus de dix mille captifs. C'était
fois

sième ou quatrième

depuis vingt ans

que l'antique Emèse, patrie
ensuite, puis Rafeniyah,

d'Klagabale, changeait ainsi de maître.
subirent le
aller

Hamadan

même

sort.

Alors l'armée se détourna davantage encore pour
la

jusqu'aux rivages de

Méditerranée attaquer Antartous, l'Anla-

radus phénicienne. Celle-ci reçut une garnison de cavalerie impériale

augmentée d'un contingent
Mes'oud
(1),

auxiliaire

musulman des gens de H.

L.

('?)

Ibn

probablement quelque sheik bédouin de Syrie, vassal des

(1)

tjfst lé ivcit iVIbii Dliafer.


.

Yaliia dit au contraire

que

le

basileus installa ilans celte

ville

une garnison arménienne. Vo;

Itoscn,

oji.

cit.,

note 214.

9G

B.I.S//.A-

//.

LE TUEUR DE BULGARES
Tortose où on passa trois jours à relever

Hamdanides. On
tant bien que

prit ensuite
les

mal

remparts démantelés, puis on s'en vint devant Tripar une population nombreuse,
belli-

poli. Cette ville très forte, habitée

queuse, avait coutume de résister toujom-s forténergiquement aux attaques
des armées byzantines.
qui, au dire de
11

m

lui ainsi cettefois

encore. Après une défense
il

Bar Hebra^us, se prolongea quarante jours,

fallut

se

résigner à passer outre. Yahia raconte qu'à

un moment du

siège l'ancien

gouverneur pour

le

Khalife Al-Mozaffer

(1)

Ibn-Nazzàl, et plusieurs no-

tables de la ville résolus

à se rendre au basileus, allèrent se prosterner
et se

devant

lui

dans son camp
et leur lit

reconnurent ses

sujets. Basile les accueillit

avec honneur

donner des vêtements d'apparat. Mais lorsque

ces traîtres voulurent rentrer dans Tripoli pour livrer la ville suivant la

convention signée avec
darah, d'accord avec
la

le basileus,

le
fit

cadiAli Ibn

Abd Ahvahid Ibn
devant eux

Ilaiet les

population,

fermer

les portes
le

troupes chrétiennes qui les accompagnaient.

Comme

siège échoua défi-

nitivement, l'infortuné Al-Mozalïer, auquel on avait honteusement ren-

voyé sa famille, n'eut d'autre alternative que de suivre le basileus vers
nord avec tous
les siens.
la

le

Yahia

dit

encore que l'armée grecque se vit à un

moment

harcelée sur

route par d'innombrables groupes de Bédouins,

confiants dans l'impossibilité où se trouvaient les cavaliers grecs plus lour-

dement armés de
Basile,

les atteindre.

Fatigué de leurs agressions incessantes,
fil

résolu à faire

un exemple,

tendre une embuscade à

un

certain

nombre

d'entre eux par des soldats bulgares de son armée,
faits
le

évidemment des

guerriers du tsar Samuel
dentes, et incorporés dans
prirent une

jirisonniers

dans

les

campagnes précé-

corps

expéditionnaire de Syrie. Ceux-ci
les
fit

quarantaine de ces enragés pillards. L'empereur

re-

mettre en liberté après qu'on leur eut coupé les mains. Cette sauvage exécution terrifia les Bédouins qui dans
l'armée.
lu

la suite

n'osèrent plus

inquiéter

Histoire des Khalifes

fatimites (2) raconte encore à l'occasion de

cet échec des impériaux sous Tripoli

que deux cent cinquante captifs

grecs pris en ces lieux fnrcnl amenés au Knire. Le douzième jnur du
Ou
Op.
Mdiizaklier.
cit., p.

(1)
(2)

:

157.

LE BASILEUS IIEGAGS'E CO.VSTAXTIXOPLE
mois de dsoulkaddah de
l'an

97

384 de

l'IIégire, c'est-à-dire le 19

décembre
le

091, une vaste tente de soie grecque rayée d'argent fut dressée pour

Khalife dans

la

plaine de Gubi3'Amîra.

Une

tente semblable fut dressée
les

pour son

fils

Al-Mansour. Cent soldats escortaient
le

prisonniers chré-

tiens, .qui,

depuis

malin

jus(|u"au soir,

furent contraints de parader
fête.

devant les lentes au milieu de la foule de ce grand jour de

On ne

nous dit point quel fut

le

sort de

ces infortunés. Ils

furent bien probablement vendus

comme

esclaves

Après avoir

ainsi,

dans

cette rapide et triom-

phale promenade militaire, partout rétabli l'autorilé

impériale
et

dans
de
la

ces

places fortes de la

Haute- Syrie

côte de

Phénicie

qui

faisaient partie intégrante de l'empire depuis
les

conquêtes de Nicéphore Phocas, partout
le basileus,

sauf à Tripoli cependant,

pressé

de regagner

le

>'ord,

évidemment rassuré

sur l'éventualité d'une agression prochaine des troupes égyptiennes réfugiées à Damas,
repartit

dans

le

courant de l'automne pour
Il

Constantinople.

avait,

au préalable, pris

de concert avec ses lieutenants les mesures

indispensables

pour assurer

la

sécurité d'Alep et la garde des forteresses
frontières.
11 lit

IVOIRE BYZANTIN
Christ sur

môme

à ce sujet quelque
il

,1a Musée (h Le South Kensintjton à Londres,

un

trône.

XI"" Siècle.

séjour

à

Anlioche, où

nomma

duc
dis-

Damien Dalassénos en remplacement de Michel Bourtzès tombé en
grâce à la suite de son échec de l'année précédente.
était si

La

colère

du basileus
le

grande

qu'il alla, parait-il,

jusqu'à consigner dans son logis

chef

malheureux avec défense d'en

sortir.

.Nous ne savons rien de plus sur celle première expédilion de itasile

en Syrie
(l)

(1). II est

probable que d'Anlioche
cil

le

basileus revint à Conslan-

moU cottç campagne au cliapi tri' xxxv de sou livre Et Rasiic construisit au bord de la Méditerranée, « la grande .Mer », une ville pour la défense de son armée. Bientôt après il rentra à Constantinople. » S'agit-il ici du port d'Antioche, Sainl-Syméon, qui aurait été considérabliiutiit
Arogh'ig qui racùnle
iiuplquos
:

ri, termine son récit par ces

mots

«

98

BASILE

II,

LE TUEUR DE BULGARES
le

linople par les voies rapiiles, laissant
ses

gros de l'armée regagner à loisir

caalonnemenls d'Analoiie.

Le

basileiis

pouvait être
le

lier

de cette expédition brillante
la

si
il

heureu-

sement menée. Malgré

poids terrible de

guerre bulgare,

venait de

donner
trer

la

preuve que

celle-ci

ne parviendrait jamais à l'empêcher

démon-

au Khalife du Kaire
la tète

la force

de ses armes. Son apparition foudroyante

en Syrie, à

de cette vaillante petite armée, est un merveilleux

témoignage de l'énergie peu
toujours en éveil, qui
lui

commune

de cet empereur, de son audace
la fois

permettaient de tenir tête à

à ces deux

redoutables adversaires placés aux deux extrémités de son empire.

Damien Dalassénos

était

un

officier distingué. 11 avait

certainement
le

sous ses ordres des troupes nombreuses.

A

lui

incombait maintenant

suin de veiller au danger sans cesse renaissant de l'agression égyptienne,

surtout de protéger Alep, redevenue sentinelle avancée de l'empire vers
sud, contre toute attaque de ce côté.

le

Le

péril

demeurait grand en
la

effet.

Yahia

et

Makrizi s'étendent lon-

guement sur
qui
lui

douleur

et la colère

du Khalife aux fâcheuses nouvelles

vinrent de Syrie. L'échec de ce puissant elfort de ses armes contre

Alep, la fuite de ses guerriers à la seule nouvelle de l'approche des impériaux l'avaient rempli de confusion et de tristesse.
jiar faire
11

commença

toutefois

sa paix avec l'émir d'Alep, par l'entremise de

Bedr Al-Hamdani,

dans

le

courant de cette

même année

99a. Ce fut un proche de ce dernier.

Moukhtàr Al-IIamdani, qui

apjiurta au Kaire le texte écrit

du

traité (1).
le

En même temps,
fit

avide de venger l'humiliation de l'Islam,
la
Il

Khalife

incontinent aux sons de

trompette prêcher

la

guerre sainte contre

les

Grecs par tous ses Etats.

ouvrit ses trésors, distribua d'abondantes
capitale à la tête de toutes

largesses aux pauvres.
les

Lui-même, sortant de sa

troupes disponibles,

emmenant avec

lui les cercueils

de ses ancêtres

comme jadis aux temps
Jardins de Djafar
(2)

héroïques de l'Islam, se transporta en
c'était le

pompe aux

nom

des villages de la banlieue nord du

agrandi ou do ijuelque autre ville inarilinie des côtes do Phénicie, Antartous, par exemple, dont Uasile avait fait relever les remparts
.'

(1)

f'/esl

du moins
Djafar.

co

que disent Nnwairi, Komal od-Din
dc^
l'llo_t,'irc

ot Ibii
'J9ti).

Kliafrr qui

donnent pour

cette paix la date de l'un 3j8
(i)

(février

'J'Jj

à janvier

Mounà

INCENDIE DE LA FLOTTE D'EGYPTE
vieux Kaire

99

et s'apprêta à

inarcher contre les Grecs à travers

la

Syrie

avec une puissante armée. C'était encore dans l'automne de l'an 995 à

peu près au moment où Basile victorieux quittait

les rivages
le

de l'hénicie

pour regagner sa capitale. Préoccupé surtout d'assurer

ravitaillement de

ses troupes lorsqu'elles auraient iitteinl la Haute-Syrie, Al-Azis

ordonna
iriiil

à Issa,

fils

du chrétien Nestouras, de
que
lui et

lui

construire une flotte qui s'en

l'attendre à Tripoli tandis

l'armée suivraient la voie de terre.
d'après l'historien

Les chroniqueurs arabes, Makrizi entre autres
égyptien Al-Mousabbihi
(1)

contemporain de ces événements, nous don-

nent de curieux détails sur les circonstances qui accompagnèrent la construction de cette flotte de guerre égyptienne. Issa, rassemblant de partout

des bois de grandes dimensions, s'était mis à l'œuvre avec une activité

prodigieuse dans les arsenaux du Kaire, probablement celui de Makse(2)

se bâtissaient les plus

beaux, vastes et solides bâtiments, où Al-Azis

lui seul

en avait

fait

déjà fabriquer plus de six cents. Dès que ces nouil

veaux navires furent construits,
provisions, les

y

fit

placer les machines de guerre, les

armes nécessaires
le

et décida

de

faire
(3).

mettre toute

cette

escadre à l'eau
dait

9

mai 99G après

la prière

de midi

Le

Khalife n'attenn'avait été
si

que cela pour se mettre en campagne. Jamais
et équipée.

flotte

rapidement créée
l'eau
elle

Or

le

jour

même où

elle

devait être mise à

brûla.

Seize

navires

furent entièrement

consumés

(4).

Ce

désastre sans précédents consterna en la surexcitant cette population fanatique entre toutes, déjà fort irritée par les cruels revers

que l'Islam venait
le

de subir en Syrie.

On soupçonna

aussitôt les chrétiens d'avoir mis

feu

aux navires, en particulier des marchands amaltîtains qui habitaient en

commun un grand
chantier de

bâtiment à Dâr Màlk
(6).

(o),

non

loin

précisément du

Makse

Les commerçants de
on
le voit,

cette cité italienne alors déjà

très florissante étaient,

nombreux en Egypte

dès cette épocjue

(1)
(2)

Mdi-t en 10:J0.

Voyez

(hiiis

l'ouvrage du bdi-ou V. de Hoseii sur

la (Vironii/ue
si

de Yaliia

la

sacrée à ces niagnifuiues arsenaux du Kaire, et aux di'lails

curieux fournis

note 227 conpar Makrizi

sur les flottes des Khalifes
(3)

fatiniites.

vendredi (l.'i mai) durant la grande prière ». leur armetnenl (4) Makrizi dit que cinq furent conipltitemenl brûlés avec tout gréeraeutet que six seulement demeurèrent intacts mais entièrement vides.
Makrizi dit
« le
(5)

et tout leur

Ou Mannk.
Voyez sur ces
faits la

(6)

longue note

si

curieuse du baron V. de Hosen, op.

ci/.,

note

22'J.

100

BASILE

II.

LE TUEUR DE BULGARES

reculée.

Une

énieule violente,

comme

il

y en avait alors de
le

si

fréquentes
et

en terre sarrasine, éclata brusquement

lendemain samedi. Soldais

marins égvptiens

se ruèrent sur les

roumis, pillant leur vaste khan qui

regorgeait de marchandises précieuses.
chel située à

De même

l'église

de Saint-Mi-

Qasr ech-Chaurah dans

le

Vieux Kaire appartenant aux chré-

tiens melchites et celle des chrétiens nestoriens furent pillées, saccagées
et

souillées

par une foule furieuse. L'évêque nestorien Youssouf Al-

Chîziri (1) fut blessé à mort. Cent soixante Italiens,

au dire de Yahia,
cadavres traînés

cent sept, au dire de Makrizi, furent massacrés

et leurs

par

les

rues, jiuis jetés à la voirie.

La poimlace

jouait avec leurs tètes.
les

Finalement on rassembla tous ces restes misérables sur
et

bo:ds du Xil

on y mit

le feu.

On

vil alors

accourirun peu tardivement toutes
et

les autorités

du Kaire:
la Syrie

Issa, délégué

du Khalife aux finances

revenus de l'Egypte, de

et du Hedjas; Ytànis Al-Saklabi, désigné pour gouverner au Kaire durant

l'absence du Khalife en Syrie, Mes'oud Al-Saklabi enfin, préfet de police.

Ces hauts personnages ordonnèrent de cesser immédiatement
et le

le

massacre

pillage. Ils se

firent

amener

les

roumis survivants qui, interrogés,
la

avouèrent,

certainement
l'iuceudic. Puis

sous l'empire d'

terreur, (pi'ils étaient les
('tait

aulcuis

di'

on manda ces nouvelles au Khalife qui
la

déjà avec l'armée hors de

capitale, prêt à

prendre

la

route de
et

la

Svrie.

Ou

lui eiiMiyait

le

chiffre des

morts avec leurs noms
au
total considéraljle

la

somme

des

objets pillés dont

le ju-ix s'élevait

de quatre-vingt-

cinq mille dinars.

Le Khalife ne
force

prit

certainement pas au sérieux l'aveu arraché de
italiens, car
il fit

aux malheureux commerçants

cruellement châ-

tier les
et les

émeutiers. D'abord les gardes de police parcoururent les marchés
éilit

bazars criant un

qui ordonnait sous les

menaces

les

plus graves

de rajqinrli'r tous
faites, et

les objets volés.

Des perquisitions rigoureuses furent

grâce à de nombreuses dénonciations, on arrêta beaucoup de
d'autres coupables

receleurs et
Yàiiis

qui

furent immédiatement enchaînés.

lui-même

surveillait les recherches.

La

terreur des coupables fut

(1)

Ost-à-dir.' originaire de

Cliizir.

CrrATIMEXT
telle

DEf:

ÉMEUTIERS PU KAIRE
voI('s,
ils les

101

que pour se débarrasser de ces (ré<nrs

jolaient sur la

voie publique. Puis les

exécutious
rent.

commencètrois lots des

On

fit

condamnés après leur
avoir
fait

faire

dans

la

ville la

promenade

tl'in-

famie cliacun ayant une
lètc

de roumi pendue
col.

au
fut

Un

de ces bits

remis

en

liberté,

l'antre

condamné

au

fouet, l'autre cruciOé

ou

exécuté

d'autre

sorte.

Les malbeureux assemblés liraient

eux-mêmes

au sort dans un
cboir
lequel
était
«

mousur

un
leur
insL-ril

papier

cbàlimcnt
d'avance
y>
:

Tu
:

seras fouetté
«

ou

bien

Tu

seras exé-

cuté

i>

et ainsi

de suite.

Tout

cela

même

ne
et le

parut pas suffisant
jeudi
2!t

mai

(1)

Abmed

Djafar, représentant de

Yànis,
les
il

fit

exécuter tous

prisonniers restants.
arriva

avec un
de

IVOIIIi:

forl

r.Y/AXTIN du Musée de Berlin. La descente aux Limbes.

X"

Siècle.

détacbemeiit
ciens

Yàni-

c'était le

nom

qu'un

dnriiiail

au

n'i^imciit df

manicbuiks slaves
au mr-mo
j.Mir toutes ces

(1) HuiliiMiie

jour de djoiimada

1.

Date doiuiuc par Valiia
date.

.(ui lixo

cxi'culions. Makrizi

donne une autre

102

BASILE
(I).

II,

LE TUEUR DE BULGARES
marchés. Puis
le

du régent

On
les

iV'rma tous les

préfet de police par-

courut toutes au
pi'lrole et

rues de

la ville,

accompagné de porteurs de lanternes

de Yàuicions à
saisis,

cheval.

Une

fuuli'

de coupables furent

encore ainsi
le
«

cruellement battus, promenés avec infamie devant
:

cortège du magistrat. Celui-ci faisait crier devant lui ces paroles
Tel est
le

châtiment réservé aux émeutiers qui ont osé
protection du Chef des vrais croyants.
Il

piller

ceux qui
le

sont sous
voit en

la

Que quiconque

prenne bonne note.
»

n'y aura pour ces coupables ni pardon,

ni indulgence.

L'épouvante glaça toute cette immense population. Le lendemain
encore on
les
fit

crier par les carrefours

:

«

gens, Allali épargnera

la vie et

biens de ceux qui ont pris ou

pillé'

quelque chose, pourvu
cela

qu'ils
»

en
Et

fassent la restitution.

Nous vous donnons pour

une journée.

beaucoup de gens encore rapportèrent des objets volés qui furent remis aux trafiquants amalfitains survivants. Tout
ceci ne

nous donne-t-il pas

une haute idée à
la

la

fois

de la force du gouvernement du Khalife, de

vigueur de sa police, aussi de l'importance de cette colonie amalfitaine

du Kaire, de l'étendue de ses opérations commerciales, de l'estime dans
laquelle la tenait
le

Khalife?

Sur

l'ordre d'Al-Azis,
le

impatient de se venger des Grecs, Issa
chantier vingt-quatre nouveaux navires
fois

fit

mettre immédiatement sur

(2).

Des bois de construction furent une
vriers

encore réquisitionnés

et des

ou-

embauchés de partout; on

alla

jusqu'à scieries palmiers magni-

fiques qui ombrageaient la cour de rilùlel de la

Monnaie au Kaire, à côté
(3).

du bâtiment de
Les travaux

la Police,

près de l'Hôpital situé au Marché aux pigeons

se poursuivirent avec

une

activité fébrile. Issa passait toutes
II

ses nuits dans les chantiers.

Dès le septième jour du mois de djoumada

on put lancer deux grands vaisseaux neufs. Au commencement du mois
de cha'bàn, on en lança quatre autres
«

et ainsi

de suite.

Cette

flotte, dit

Yahia, aussitôt prête, cingla incontinent pour An-

(1) Ils

étaient fort en faveur

en ce

moment au

Kaire.

Beaucoup de personnages,

cités

par les sources

comme

étant revêtus de hautes fonctions portent ce

surnom

d'Al-SakIabi qui

indique une origine slavonne. (2) Makrizi dit vingt.
(:i)

Souk .\1-Hamàm.

SIÈi;i=:

D'ANTAnTOUi!

103

tarions,


»

kl

Toitose daujourd'luii,

car les hostilités avaient repris

en Syrie.

L'amiral égyptien, Uacliik Al-Azizi, l'ancien vaiiujueur de Muulîaridj,
l'ancien allié aussi

du

rebelle
ijui,

Bakgour

(1)

avait ordre de rejoindre dans

report Bangoutekin
la direction

après avoir exécuté une nouvelle pointe dans

d'Antioche, ébauché
le

était allé

vers

rivage attaquer

même un nouveau siège d'Alep (2), s'en cette ville. On se rappelle qu'Anlartous
à la suite

avait reçu à
basileus.

nouveau garnison impériale
le

du récent passage du
(3), n'était

Damien Dalassénos,

nouveau duc d'Antioche
ici

de

son côté pas demeuré inactif et Yahia fournit
les

quelques indications sur

expéditions que ce capitaine dirigea contre les

musulmans
le

dès

la

prevers

mière année de son commandement. Encore dans
la lin

courant de

d'Jo,

de l'année,

il

avait tenté de s'emparer par
il

une surprise de nuit de

l'imprenable Tripoli. Mais
11

avait pénétré seulement dans les faubourgs.
retraite
la

avait

dû ensuite opérer sa

emmenant beaucoup de
il

captifs.

Trois mois après, toujours dans

même région,

s'en était allé attaquer

Arca à cinq lieues de
de

la

mer au nord-est de
il

Tripoli.

Là encore

il

avait fait

nombreux

prisonniers. Maintenant

accourait d'Antioche au secours

d'Antartous attaquée du côté de terre par Bangoutekin et menacée du
côté de la
11

mer par

l'arrivée de la flotte
les

du

Ivaire.
le

était écrit

que

navires

si

promptement improvisés par

bouil-

lant Lssa ne porteraient pas jilus

que leurs devanciers bonheur
en vue de la
la rive.
ville

à la cause

de l'Islam.

Une tempête

les Tarisa

assiégée.

Les équi-

pages eurent grandpeine à gagner

Décidément

les guerriers

du

Croissant jouaient de malheur en Syrie. Fort déconfit par cette catas-

trophe qui

le

luivail

du secours

et

des vivres attendus, Bangoutekin n'osa

Voy. Epopée, I, p. ô48. Yahia ne nous donne pas d'autres détails sur ce siège de quelques jours. forcée en (3) Ce fui au début de l'aduiinislration de ce duc qu'après la déniission septembre 99ii du patriarclied'.\utioclie, AL'apios, ooniproiuis dans la rébellion de Bardas l'hocas. démission certainement donnée à la suite du passade du basileus dans celte ville l'an précédent, le cliartopUylax de Sainte-Sophie, Jean de Conslautiuople, l'ut désigné par Basile pour succéder à ce remuant et intrigant prélat. Le nouveau patriarche fut inlioni>é le i octobre suivant. < L'empereur lui piesirivit, dit Yahia, de reunir un concile dans la cathédrale de Saint-Cassien d'Aulioclie en place de Sainti'-Sophie. « Celle calliedraji' de Saint-Cassien. un des édiUces les plus curieux d'Anlinche, occupait, au dire d'Ibn-ltoutl.iu, l'emplacement de
(1) (2(

l'uDcicn palais

du

roi (jassien dont le

lils

avait été ressuscité par saint l'Ierie.

104

BAStLE
le

If,

LE TUEUR DE BULGARES
l'arrivée iniminonle.

pas attoiidre

duc d'Aiilioche dont on annonçait
il jirit

Une

fois

encore

la fuite

avec son armée au seul bruit de l'approche
cité aussitôt après,

des chrétiens. Les assiégés d'Anlartous, sortis de leur

purent encore se

saisir

d'un certain nombre des vaisseaux égyptiens qui
partie de leurs équipages furent fails

n'avaient pas péri.

Une grande

prisonniers.

Damien Dalassénos
dont
la

s'en alla ensuite assiéger et prendre Uafeniyah

conquête par
11

le

basilcus l'an d'auparavant n'avait

donc pas

été

maintenue.
le

prit

ensuite une autre localité que Yahia désigne sous
le

nom

d'El'
(1),

Aoudj ou El-Oudj, puis encore

château maritime d'El-

Lakama

puis Arca qui fut cette fois prise et démantelée. Toute la

popuialiun de cette dernière localité fat

emmenée

captive.

Ce

fut à ce

moment
le

précis qu'un

événement considérable

vint brus-

quement modifier

cours des affaires en Syrie
le

comme

dans tout l'Orient
la

musulman. Al-Azis,

Khalife fatimite, bien que fort souffrant de
ji

pierre et de coliques néphrétiques, avait repris,
terre, sa

la tète

de l'armée de
il

marche

très lente vers la Syrie par l'Isthme.

Déjà

se trouvait

à Belbéis, à une trentaine de lieues du Vieux Kaire, à la porte du désert,
lorsqu'il se sentit
et

beaucoup plus mal.

11

se

fit

transporter en hâte au bain

y expira presque aussitôt après avoir pris tendrement congé de son
fils.

jeune

C'était le

mardi

1

i

octobre

9'JG, entre la

prière du matin et celle

du

soir (2).

Al-Azis n'avait que quarante-trois ans.
vingt
et

11

en avait régné plus de
très

un. Sa mort à ce

moment

était

un événement

heureux pour

le basileus. Elle

débarrassait l'empire d'une guerre redoutable. Dix jours
la plus

plus lard,

le

24 octobre, à Paris, Hugues Capet, fondateur de
son tour.
le

illustre dynastie royale française, expirait à

Le corps du

fils

et

premier successeur de Mouizz

Conquérant,

couché sous une tente

fixée sur le

dos d'un chameau, fut lentement raple

porté de Belbéis au Palais du Kaire dès

lendemain mercredi. L'héritier

du Khalife
(i)

suivait à

cheval ce funèbre convoi, un gros diamant fixé

(2)

Ou Lakma. Deux jours avant

la lin

du Uaïuadhaii Je

l'an

3SG Je l'Hégire.

— \'oy.

lloseii, op. cil.,

noie 230.

AVÈNEMENT DU KHALIFE IIAKEM
au turban,
la

105

lance
Ali

et

l'épée

au poing. Le jeudi, dernier
le vizir

jour du
le

Ramadlian, Ahoii

Al-Mansour, que
chercher pdiir
avait

Bargawan, courant
la

lui dire

mort de son père,

trouvé grimpé sur un figuier, fut proà

clamé

sa

place et reçut
Il

aussil(H les seret

ments accoutumés.
cinq mois.

était

âgé de onze ans

Le

jeune

Khalife
«

prit
C-elui
».

le

surnom de
gouverne
être là

Ilakem Bi-Amr-IIlah
par
le

qui

la

volonté d'Allah

Ce devait

prince fou et odieux

auquel sa démence

affreuse, ses cruautés, ses persécutions aussi

IVOIRE BYZAXTIN jlu Brl
(is/i

Mixseiiin.

contre
tout,

les

chrétiens, ceux de Jérusalem sur-

L'arcluinij.

Michel.

XI'" Siècle.

ont

valu

dans

l'histoire

d'Orient
(1).

au

xi" siècle

une

si

sinistre

renommée

Le

parti

des Africains ou Occidentaux, c'est-cà-dire des Berbères
revint
à

ou Mahgrébiens,
persoiiiH' d'un
ties

ce

moment au pouvoir au

Kaire dans

la

chefs du puissant clan des

Khélamiens, Ai-Hassan
émir de
Sicile,
le

Ibn

Ammar,
en 964

l'ancien

fameux vainqueur des Grecs
île

devant Rametta dans cette
rappelle que Mouizz,

(2).

On

se

devenu maître de l'Egypte

par

la

conquête, avait rappelé ce personnage
lui.

auprès de
jouer
ces

Depuis

lors,

il

n'avait cessé de

en

Kgy]il('

un

rôle

prépondérant dans
s'agitaient

furieuses luttes

d'influence qui

PLAQUE DYZ.tNTIXE
stéatite
lin.

,:n

incessamment autour du trône des Fatimites.

du Musée de BerLe Christ entre la
saint Jean.
Siècle.

Le nouveau Khalife, Ilakem, en
son premier ministre
le

le

nommant
donna

Vierge et
A7"'«

ou à7/"«

le

19 octobre, lui
«

titre

d'honneur d'Emin Eddaulèh

Protecteur du

Royaume

».

Le

parti des Occidentaux avait pdiir antagoniste acharné, incessant, celui
de la Syrie et de la ville de Jernsaleni en parlii-iilier vers l'an 088, sur antériourcnient à l'avèneinont de Ilakem, les tJccidenlaux à faire lepèlerinagp des Lieux Saints, l'ouvrage de Miikaddasy, (d. Le Strangc, pp. vu, 31, ""ï. etc.
(1)

Voy. sur

IVtiil

la facililé qu'avaient,

(2)

Voy. In Empereur H'jzantin nu Dixième

.'^ircle.

pp. 442 sqq.
14

106

BASILE
ou

II.

I.E

TPEUR DE BULGARES
après
avoir
Issa,

des Orientaux

de» niamelduk:^ turks qui,
alors

été
le

toutfils

puissant sous

Al-Azis, perdit
le

toute influence.
flottes,

du

chrétien Nestouras,
laiite

constructeur de

tombé dans une éclafévrier

disgrâce, fut emprisonné,

puis mis à mort en

ou mars

de l'année suivante. Les Mahgrébiens héritèrent de toutes les places

dont les Turks venaient d'être chassés. C'était
parti berbère.

la

victoire complète

du

Ces événements eurent en Syrie un contre-coup immédiat. Bangoulekin, indigné autant qu'atterré par les calamités qui atteignaient son
parti hier encore tout-puissant, très inquiet

pour sa sécurité personnelle,

voyant sa position

fort

ébranlée par ces incidents, aussi par son nouvel
lui

échec devant Antartous, estima qu'il n'y avait de salut pour
de son ancien adversaire
le basileus.

qu'auprès
se dispu-

Entre

les

deux pouvoirs qui

taient la Syrie et dmit l'un venait de déclarer à ses frères

une guerre à

mort,

il

ne jiouvait plus hésiter. L'ancien vainqueur du gué de Jacob

adressa donc de

Damas

à l'empereur Basile

une

lettre fort

humble,
et

lui

offrant sa soumission, le suppliant de lui

envoyer des troupes

de l'argent

pour
qu'il
jiiiur

qu'il

put se défendre contre

les

Égyptiens, s'efforçant de
le laisser

lui

persuader

y

allait

de son intérêt de ne pas
le

écraser.

Nous ne savons
le

quelle raison

malheureux ne

jiarvinl pas à

convaincre

basileus.

Basile, soit quil fût résolu à éviter toute difficulté nouvelle avant d'avoir

achevé cette conquête de

la

Bulgarie qui demeurait

la

maîtresse préoccula

pation de son règne, soit qu'il craignît de s'aliéner à

fois le
le

nouveau

Khalife et l'émir d'Alep, jugea impossible de secoiu'ir

chef révolté

contre son souverain.
Cette réponse négative, en mettant la mort dans l'âme au rude soldat

de fortune, lui inspira

un

parti désespéré. Quittant
ralliés à sa cause,
il

Damas
prit

à

la tète

de
les

nombreuses bandes de Bédouins

avec toutes

forces qu'il put réunir la route de l'Egypte dans le but insensé de tenter

de ressaisir

le

pouvoir pour son parti au Kaire. Près d'Ascalon
lui

il

se heurta

aux troupes régulières envoyées cunlre
veau Khalife.
Il

par

le

gouvernement du nourentra en fugitif à Da-

perdit la bataille

h-

IM

mai

'.MIT et

mas, mais

la

population soulevée
il

le

chassa, pillant sa demeure et celles
qui lui pardonna.

de ses fidèles. Alors

demanda l'amân au Khalife

Le

REVOLTE.^
cliL'l

EiV .Sl'A'/F

107

de rarmée qui l'avait vaincu,

Ihii

Falalt,

l'amena au Kaire où
lui

il

reçut le 31 juillet sa grâce officielle.

Le Khalife

remit à cette occasion

un vêtement d'honneur

et lui

acrurda diverses faveurs.

>'ous n'avons que très peu de renseignements sur les faits dont la Syrie fut
le

théâtre dans toute la seconde moitié de cette année
les

!I!I7

et

dans l'année suivante. Nous
la

devons presque tous au seul Yahia dont

Chronique a tant augmenté

la

somme

de nos connaissances sur
les

les cir-

constances du règne de Basile en Asie. Ce sont toujours

mêmes

événe-

ments obscurs

:

révoltes, guerres locales, faits d'armes isolés, surtout luttes

constantes d'influence entre les deux j)ouvoirs rivaux qui se disputent
ces riches provinces, l'empereur de

Roum

et le Khalife

du Kaire. Ibn
Kaire,

Falah, le général du Khalife, après avoir
était

amené Bangoutekin au

retourné en Syrie avec son armée pour y rétablir l'autorité très
Il

compromise de son maître.
glant dans

était entré
il

de force après un combat san-

Damas

soulevée, mais

en avait été presque aussitôt chassé

par un nouveau

mouvement

[)Opulaire dirigé par les chefs
!I'J7

du

parti turk.

Une

révolte éclata également à la tin de

à Sour, la Tyr antique, contre
tyriens,
«

l'autorité

du KhaUfe. Le chef des rebelles
battit

un

certain Al-Alakià,
»,

un marin,

monnaie à son nom,

s'intitulant

l'émir Alakà

gra-

vant, paraît-il, sur ses espèces qui n'uiit

du reste point encore
misère, l'honneur.
»

été retrou-

vées,
aussi,

celte iière légende

:

«

Après

la

Puis,

lui

comme

tous ces incessants révoltés de Syrie, écrivit
lui offrant sa ville

au grand

empereur Basile,

contre l'envoi d'une troupe de secours.

Cette fois, le basileus expédia au rebelle par l'entremise
tioche quelques détachements trouvait

du duc d'Ande
la

de ses soldats par

la voie

mer.

Il

avantage à créer cette complication au pouvoir du nouveau

Khalife bien alfaibli déjà par les troubles inhérents à toute minorité en

pays musulman.
Il

semble que

le

moment

fut

mal choisi car

cette diversion tentée par

les

Grecs n'eut aucun succès. Les affaires du Khalife s'étaient, dans l'inter-

valle, fort rétablies

en Syrie. Ses gémeaux
l'Viïk

:

llm ILuudàn
ut

(1),
(2)

un des

fils

de Nasser Eddaulèh, l'eunuqnr
Abou Abilalluh Uu t;eicli ».
II

Al-Barràz
llm

Djeïch

llm .Muliani-

(l)
\,i)

Al-llocriii llm NaBsoi' Kilduiili

li

llaiiiiliui.

108

BASILE
Ibn
fois

II,

LE TUEUR DE BULGARES
nomljrcux contingents, étaient rentrés
le

med
une

Samsam

(1)

à la lôte de
l'orce

de plus de

dans Damas. Pnis tous ensemble sous

haut

commandement
la flotte

d'Ibn Hamdàii vinrent altaijuer la cité rebelle de Sour que
assaillit

d'Egypte

en

même temps

par mer. C'était dans

le

courant

du mois de juin 998. La malheureuse ville,
pillée.

prise de force, fut horriblement

Une

foule de révoltés furent massacrés.
«

Un

navire grec, dit Yahia, certainement un de ces

chelandia

»

que

Basile avait expédiés au secours d'Alakà, fut saisi par les Egyptiens. Les

deux cents hommes qui
Naturellement
les

le

montaient furent mis à mort jusqu'au dernier.
faits

Byzantins ne soufflent mot de tous ces

que nous

ignorerions sans les sources orientales.

On ramena au
captifs.

Kaire

le

pauvre émir tyrien avec beaucoup d'autres

Après avoir

élé livré
il

aux insultes populaires dans

la traditionnelle

promenade d'infamie,
également mis
torité
à

fut écorché vif, puis crucifié.

Les autres furent

mort. Ibn llamdàn demeura à Tyrpour y restituer l'au.Aloufl'aridj
Il

du Khalife tandis que Djeïch marchait contre
révolté qui avait été déjà chassé de
rebelle

Ibn Daghfal,
fait

un autre
forcer
le

Ramlèh.
rentra

eut vite

de

à

demander l'amàn,

puis

victorieux

dans

Damas. Dans
par
cette

même

année 998,

dit

Yahia,

ijui

avait été signalée en Syrie

la révolte d'Al-.\lakà à

ïyr, un

lorrible incendie éclata

dans

le

château

d'Apaméedont tous les
sinistre
qu'ils

immenses approvisionnements furent
et à

détruits.

Ce

ayant donné à l'émir d'Alep

son premier ministre l'espoir
forte

pourraient plus facilement

s'emparer de celte
«

place,

ils

allèrent l'assiéger à la tète de l'armée alépitaine.
ainsi

Comme

elle se

trouvait

dépourvue

à

la

fois

d'armes

et

de vivres,

poursuit Yahia, cela
le

donna également au duc
remiri' niaîlre.
la fuite,
»

d'AntioL-he,

Damien Dalassénos,

désir de s'en

A son

ajipniche, les régents d'Alep, saisis de peur, prirent

après avoir abandonné à ces
(jni

mêmes

défenseurs d'Apaniée qu'ils

se disposaient à attaquer et
qu'ils avaient de vivres.

relevaient du Khalife d'Egypte, tout ce
ils

En

agissant ainsi,

espéraient empêcher

la

prise de la ville par les Grecs. C'était
qu'ils
(1)

une action vraiment odieuse
si

alors

venaient d'être tous deux l'objet de
.appelé par les Byzantins
<>

grands bienfaits de
».

la part

du

In Sanisan

»

ou

«

Zamzani

un

BASILE

II.

LE TUEUR DE BULGARES

basileus qui n'avait jias hésité à accoiu'ir du lond Je la Bulgarie pour les

sauver de Toppression égyptienne

(1).

Le duc d'Anlioche parut donc
les
11

à son tour avec ses contingents sous

remparts de
affama

la place
si

syrienne qu'il assiégea avec la plus grande vigueur.

même
la

bien ses habitants qu'au dire d'Aboulfaradj un chien
.Mais

s'y vendait

deux dinars.
place,

comme

les

Grecs étaient sur

le

point d'en-

trer

dans

un secours inespéré arriva aux

assiégés.

Le gouver-

neur d'Apamée, Al

Malaiti, avait réussi à aviser de sa détresse le général

des troupes égyptiennes à Damas, Djeich Ibn

Samsani,

cjui

venait de

rentrer dans cette ville après avoir écrasé la révolte des habitants de Sour
et aussi celle

de Mouffaridj.

11

accourut à

Apamée

avec de grandes forces,

dans

les

premiers jours de

juillet.

Skylitzès dit que les émirs de Tripoli,

de Beyrouth, de Sour, de Damas, c'est-à-dire les gouverneurs de ces villes

pour

le

Khalife, lui avaient envoyé leurs contingents contre l'armée des

Grecs.

Le mardi

19

(2)

une grande

bataille

s'engagea qui tourna à

la

con-

fusion des Egyptiens. Us perdirent deux mille
faradj, et furent

hommes, au

dire d'Aboulles soldats

vivement poursuivis jusqu'à Balbek par
les

du

duc d'Antioche, tandis que
iiui.

Bédouins de

la région, ces éternels pillards

alors

comme

aujourd'liiii. |iraliiiiuuenl
les

etTnmtément l'indépendance

du vol envers tous
butin
(3).

partis, pillaient leur

camp

et s'en

disputaient

le

Mais un accident déplorable vint brusquement modifier

la situation.

Le duc Damien Dalassénos, dans

la

chaleur de

la

poursuite, fut

inopiné-

ment attaqué avec

ses

lils et

sa jeune garde entourant sa bannière, par
(4).

un

retour offensif d'un corps de cinq cents cavaliers africains

Réfugié sur

une éminence avec ses

fils

et

une dizaine de cavaliers

auxiliaiz'es
il

comreçut

mandés par un
dans
le flanc

guerrier ikhchidite

nommé Becharah

Ibn Caràra,

un coup d'une de

ces terribles lances de fer appelées drischt.

\\)

t'est à Viiliia siiil

ijui'

ikhis iIcvcuis la connaissance exacte

de ces

faits et

l'explica-

tion do l'apparition des Uiecs devant Apanu'e. Ces l'vénemenls de l'an 998 sont assez inexac-

tement racontés par Arojîli'ig au chapitre xxxvii do son livre UJ. (2) Sur cette date, voy. fioscn, op. cit., note 2:19. 3) Aijogh'ig, qui place ces laits beaucoup trnp tut, dit que ce furent les (jrccs qui pillèrent le camp égyptien mais qu'à ce moment même ils furent mis en déroute par un retour olFensif des forces ennemies.
(4)

Ibn (;lialdoun dit

«

quinze cents

».

DÉROUTE D'APAMÉE
Son agresseur t-tait un guerrier kurde
les

Hl

nommé Bar

Kéfa par Aboult'aradj

et

Byzantins,

Ahmed

Ibn Al-Dakliak par Ibn el-Athîr.
il

Monté sur un che-

val arabe, le corps couvert d'une épaisse cuirasse,

se précipita traîtreuipi'il

sement sur lechef byzantin alors que celui-ci sans défiance croyait
venait lui

demander l'amàn. La

cotte de mailles de Dalassénos fut tra-

versée du coup. Le vaillant chef expira sur-le-champ. Cette mort sous
les

yeux detousmitla panique aux rangs des Grecs jusqu'ici victorieux

(1).

Ce

fut à leur tour de fuir devant les Sarrasins qui, joyeux, criaient à tue:

tête

«

L'ennemi de Dieu

est mort. »

La déroute

fut terrible.

Plus de six

mille soldats chrétiens périrent. Quelques-uns seulement réussirent ù fuir.

La plupart des survivants demeurèrent prisonniers des Egyptiens avec
les

deux

fils

du duc

(2),

une

foule de patrices, et aussi le

fameux guerrier
(3)
1

géorgien,

le

patrice Tchortovanel, le neveu

du moine soldat Tornig

dont le

nom

revient à d'autres pages de ce récit et qui devait périr en 100

dans une querelle armée avec des Russes au fond de l'Asie Mineure.
C'était

de nouveau un immense désastre qui mettait une
la Haute-Syrie,

fois

de plus

en piTil

la

domination byzantine dans

même

à Antioche.

Les ossements des soldats de
solitudes de la

Roum couvrirent de

leurs

monceaux les

vastes

morne

plaine d'Apamée. Aboulfaradj parle de dix mille

morts chrétiens dont

les tètes furent portées

au Khalife au Kaire. Leurs
et soldats,

camarades

captifs, plus
ville.

malheureux, furent tous, chefs

emme-

nés dans cette

Quelle douluureuse odyssée fut

la leur,
ils

à travers cette

interminable route de sables brûlants! Vendus à l'encan,

menèrent dix
conclusion de

ans une horrible vie d'esclaves. Alors seulement, après
la paix, les

la

survivants eurent la faculté de se racheter et regagnèrent leur

lointaine patrie.

Un

des

fils

de Dalassénos fut vendu six mille dirhems ou

deniers, plutôt, je pense, six mille dinars.

Le vainqueur de

cette belle

armée, Djeïch Ibn Samsam, courut inso-

lemment à
(1)

la

poursuite des fuyards

jusque sous

les

murs d'Antioche.
I

Murall place encore cette mort i la date de 98G yue d'erreurs accumulées Arogh'ig dit qu'un des fils du duc Damien cl son frère demeurèrent parmi les morts (clmp.xxxvii du liv. III). Cet historien mentionne ici la prise du patrice géorgien Tchortovanel par les Égyptiens. Tchamti:hian \\.. H, p. 870). qui place cette bataille en 'JU4. dit que ce fut Patrie, frère de Tchortovanel, qui fut ici fait prisonnier. Il y a certainement là quelque
!

(2)

cuiirusion
(3)

amenée par ce titre de « patrice » pris pour un nom d'homme. Voy. Épopée, I, p. 418, et aussi p. 33 du présent volume.

112

nASILE

II.

LE TUEUR DE BULGARES
il

Pillant, lirùlant, faisant des prisonniers,

parnt jusque devant

la

Porte

des Jardins,

Bab AI-Djinân, où une escarmouche eut même
fois

lieu entre

quelques-uns de ses éclaireurs elles habitants. Mais cette

encore

les

Egyptiens, n'ayant aucun matériel de siège, ne pouvaient songer à s'atta-

quer sérieusement

à

une

telle proie.

Après avoir paradé quatre jours sous

RUIXES DAPAMEE.

les
et

remparts, les
l>ji'ïch, rentn''

musulmans triomphants retournèrent en
dans Damas, y
('tahlit

terre sarrasine

son camp. C'était en hiver.
paraît avdirtrès douloureu-

La nouvelle du grand
sement impressionné
à

désastre

d'Apamée

Basile, toujours encore

occupé avec toutes ses troupes

comhallre

les

Bulgares. Le basileus semble toutefois avoir éprouvé

à ce ninnieiit une vive répugnance à

recnmmeneer une grande guerre
elTet,

contre toules
cette époque,

les

forces

du Khalife d'KgypIe. En

c'est

exactement à
la

dans l'automne de celte anni-e
faiil

!t!18

ou dans

première
lui

partie de lliiver suivant, qui!

jijaeer

une ambassade envoyée par

LE BASILEUS
ail

DErmE DE RETOURNER EX

SYRIE

li:i

Kaiio pour

ùllVir

au f;nuv('rueini'ul du jeune Khalife
la

Hakem

rê|ii-('-

senh'

[lar le vizir
(1).

Barga\van

conclusitiu d'un armistice d'abord, de
le

la

paix ensuite
tan!

Certainemcnl

hasileus agissait ainsi sous le coup de

de fâcheuses nouvelles successives: l'écrasement par les Égyptiens

PORTRAIT DE SALXT ATIIANASE,
rhituar
dt;

ht yranJ saint [hnLanre du Mont Athns, contfmpnrain du Kicéphore Phocas, du Jean l'zimiscès t;t di: liaxila 11. Pi-intare mnrah; du XVl'"' sicch; di- l'Églhi' du la Laare. IPIiiitiujriifiliii- riiiiiinnniiiari' pur M. ('•. Mitirt.]

la

— —

du

la

rébellion du Tyr,

le

niassaci-e de ses siddals
la

devant cette

ville,

la

fin si

malheureuse du rebelle Al Alakà, surluul
et la

déroule de ses troupes
Il

à à

Apamée
fait

mort du due Damien Dalassénos.
la

eût dé'siré

être tnul

en

|)ai\-

du côté de

Syrie pour pouvoir mieux se consacrer aux

(1)

Voy. Roson, op.

cit.,

note 282.
15

111

BASILE
de Bulgarie. de Djeïch
11

II,

LE TUEUR DE BULGARES
des bandes

affaires

ludoulait surtout ijuelqnr iiicursidii

vie lu rieuses

?iir le territoire

de

reiiiiiiro.

Précisément ce furent

les

succès de ce général qui

motivèrent

la

réponse peu satisfaisante du Khalife à l'ambassade du basileus. Un'des légats

impériaux
fut retenu

fut seul

renvoyé pour porter

celle-ci à
le

Gonstantinople. L'autre

au Kaire

comme otage

en attendant

retour dans cette ville des

envoyés du Khalife qui accompagnaient son collègue à Byzance (l).Nous
ignorons
le

sens exact de cette réponse faite par le Khalife aux avances
elle

du basileus, mais

dut être tout à
l'avoir reçue

fait

désagréable puisque ce fut
se

immédiatement après
piiur la

que Basile

détermina à retourner
le

seconde

fois

de sa personne en Syrie. Très probablement
le

gou-

vernement égyptien, encouragé par

grand succès de Djeïch Ibn Samsara,

se refusa à toute concession et Basile,

comprenant

la nécessité

de relever

en Syrie

le

prestige des

armes impériales,

se décida à quitter
et

une

fois

encore ses champs de bataille ordinaires du Balkan

du Rhodope pour
le

prendre lui-même

le

commandement d'une grande
lui

expédition vers

Sud.

11

s'agissait

pour

de rétablir fermement son autorité ébranlée au
le

delà de l'Amanus en vengeant terriblement

désastre d'Apamée.

(1)

Yahia raconte que ce second ambassadeur, ayant appris au Kaire
le laissât s'en aller.

le

nouveau dépari du
affreuse,

basileus pour la Syrie et ses victoires sur les troupes égyptiennes, pris

dune peur

supplia qu'on
qu'à ce que
tinople
le

Mais on

le retint

basileus eût quille à
aller.

mission de s'en
le

nouveau la Nous verrons qu'il fut à

avec les procédés les plus délicats justerre de l'Islam. Alors seuleraenl il eut per-

ce

moment chargé d'accompagner

à Gonstan-

patriarche Ureste de Jérusalem, nouvel ambassadeur du Khalife.

SCE.iU 01

BCLLC DE PLOMB DE DAMIEN DALAS5ÉN0S TUÉ A LA BATAILLE d'aPAMÉE LE 19 JUILLET 898 (voY. P. 111.;

OLIFANT

d'ivoire.

Art

orirrital

ilu.

A7""' siècle.

[Musée du Loiure.)

mKfiïtE
Le mayistros et médecin Sisiiinios est élu piitriarclir le 12 avril 996 après un intervalle île (juatrc années depuis la mort de son prédéeesseurNicoLis ChrysolxTijios. — Actes de s<ui patriarcat. — Rupture avec Rome. — Sisinnios meurt dès l'an 998 et est remplacé pai- le moine Sergios, deuxième patriarche de ce nom. — ("élèbre Xovelle du basileus Basile datée du mois de janvier 9i^6 destiuée à mettre un terme aux empiéCunlinuatiou de la guerre de Bulgarie à partir de la fin de tements de la i;rande pro|iriété. l'an 995. Désastre de la garnison de Salonique. -~ Le niagistros (_lrégoire r>aronite tué dans ce combat est remplacé par Nicépbore Ourauos (996). — Déroute de l'armée bidgare au jjué du fleuve S[»erchios it(9IVi, Le basîleus rentre en possession de Dyrrachion et de son territoire. — Autres inciLe basileus et Seconde expédition de Basile en Syrie en l'an 999. dents de la lutte gréco-bulgare.

Expédition de Basile en .\rinénie au printemps de l'an 1000 pour recueillir rhéritaije ilu curopalate Davith d'Ibérie. — Persécutions du clergé orthodoxe contre les Arméniens. Entrevue du basileus ;i Havatcbilch avec les rois et priuces de Géorgie et d'.\rménie, à l'exception du I*ai:ratide Kakie I' •. \"iolente échaulVourée entre les troupes géori^icnnes et les conliogeuts russes :m service du basileus. Le ba-.ileus parcourt ses nouveaux États du Datk'h et procède à leur incorporation à l'empire. Sur la route du retour il s'arrête idiez le magistros Eustathios Maléinos eu Cappadoce. Le basileus est de retour .à Constantinople au premier printemps Disgrâce de ce haut fonctionnaire.
l'arnice hivernent en Cilicie.

— —

de

F'.an

iOOl.

n

VANT

(le

dire le peu

que nous savons sur
II

cette
il

l\
nous

seconde campagne de Basile
faut
faire

en Asie,

quelques pas
s'était

en arrière

et

raconter ce qui
et
le

passé à Constantinople

sur

le

théâtre de la guerre en Bulgarie depuis

retour du basileus de sa première expédition
le

dans

Sud, vers

les

derniers jours de l'an 995
cela,

probablement. Hélas, do tout

de tons

It^s

('vénements survenus à Constantinople

nu'iiie

tlurant ces trois années 09fi, 997 et 998, nous ne

savons presque

rien.

Yahia

et les

autres clironi-

(pieiirs orienliuix

ne nous parlent guère tpie de

nULin DE PLOMB
fiape

d'un

ce qui se passait en Syrif.

Du

reste des allaires
siiiif

Jean du

XI""' .Si'ivic,

de

l'finpii'c

grec

ils

ne souillenl mol,

quel-

lieat-ètre bien de

Jean XfV,
II.

contemporain de Basile

ques indications assez inexactes sur

les clioses

lie

BASILE

II.

LE TUEUR DE BULGARES

de Bulgarie. (Juant aux Byzantins, à .Skylitzès, à Ccdrénus, à Pselius,
à Zonaras, presque nos seules sources grecques pour ce long règne, ces

auteurs passent tout simplement sous silence toutes ces années
ils

comme
et

en passeront
;

bien d'autres encore par
c'est ainsi, et
il

la

suite.

C'est désolant

presque inouï mais

jusqu'à la découverte bien improbable
Tant

de quelque chronique nnuvi'lle,

nous résigner.
ce temps, de tout ce qui y fut dit,

De ce
pensé,
les

qui eut lieu

àByzance durant

fait et

médité, de toutes les intrigues, de tous les conseils, de tous
les fêtes, les joies

événements, de toutes

ou

les tristesses

de ces trois

années, au Palais Sacré

comme

à la Ville et dans les provinces,
faits

nous ne

savons rien, rien absolument, sauf quelques

de guerre en Bulgarie
le

sur lesquels je vais revenir tout à l'heure, sauf encore que

magistros
élu
!

Sisinnios, médecin des plus distingués, versé dans les lettres, fut

patriarche de Constantinople

le

jour de Pâques, 12 avril de l'an

ïl!l(3

On

voit que, malgré l'improbation des papes, les Gi-ecs continuaient à

élever des laïcs à l'épiscopat. Sisinnios était estimé pour ses vertus et

son grand savoir. Yahia, qui nous fournit

la date précise

de son avèneà partir
(I),

ment, ajoute

qu'il

fut élu après

une vacance de quatre années
l'insignifiant Nicolas

du trépas de son jirédécesseur,
ninii

Chrysobergios

lui-même après douze ans

et

huit mois de pontificat. «Cette vacance,
le

diU'écrivain syrien, eut lieu parce que

basileus avait

l'ié

tout ce temps-là

retenu en Bulgarie par

les

soucis de la guerre contre

le roi

Samuel

(2).»

(1) On ne sait presque rien de celui-ci ni en bien ni en mal, sauf qu'il consacra le premier métropolitain de Russie, un syrien nommé Michel qu'il envoya dans ce pays avec six évoques. Georges Moine (p. 868. note 2 dit qu'il construisit un monastère au Mont Olympe M. Alex. E. Lauriotes a publié dans l"E-/.y.>,r,'7!0((7T!/.r, '.Wr.Otiï, XII (1893), de Bithynie. pp. 3S6-38", un sigitIio)i inédit de lui du mois d'avril 9ti9, sif/illion en faveur du monastère de la Laure de l'.Atlios où ce parchemin se trouve encore aujourd'hui conservé. Par ce document, le monastère t-jO Totii-oj, situé près d'Hiérissos surles limites mêmes de la Sainte .Montagne, en raison des agressions des Bulgares du voisinage et aussi de son état croissant de délabrement, est réuni à celui de la Laure de Saint-.\thanase. L'n accord entre les couvents de Lamponios (to j XniL-oi'.vj't et de Saint-Paul pour un échange de terres, accord daté de l'an 9S7 et confirmé [lar le patriarche Nicolas Chrysobergios, a été également publié par MM. Mikiosich Il semble que Nicolas Chrysobergios ait l'ait visite à l'Athos. Il et Millier, op. cit., IV, 308. co.npiait encore parmi les moines de la Sainte Montagne lorsqu'il mourut chef suprême de lÉ.'lise orientale. Voy. Gédéon, L'Allio.i. p. 131, note 110. Dans Zachari* v. Lingenthal Gesch. d. gr.-r. Reclus, S"" éd., 1892, p. 2", je trouve cette phrase: Ueber eitien Rcchlsstreil des P. .Vic'j/rt'is Chrysolicrgios berichicl llsîpa XV. i. Fine y.y.i'.z dessclhen in Actn IV, p. 312. II, 448) cet (2) Ici les indications des Byzantins diffèrent car ils placent (voy. Cédrénus, interrègne de quatre années auanl l'élection de Nicolas Chrysobergios et non pas après la mort de ce prélat. « Il est très difficile, dit avec raison le baron V. de Roseu, de décider qui

i;.ii'i'i;nfiih:Mf:.\'T F.srin-:

la

i:oiiiir)M,yi-:

et

li: iiaui-

(:i.ehge

ht

L'antagonisme cnlrc
part, la
til liait

le [lalriarclic, le

haut

clerj^é el les

ninines d'une

couronne de
une menace

l'autre, dil
si

en substance l'historien Gfrœrer(l), cons-

grande pour l'existence

même

de l'empire, bien

MIXirnilE BYZANTINE
e.vcrutc

ila i;,imnt.v

^^'^olo.^ion hasilU-n dr lu BibUotlifijur ,1a
11.

Valiran,

sur

If Cfniinianih'iii'nt

de Basile
.)

La PrfSfntation aa

Tfniplr.

[PhototjrtijiUie

comiiinniiiurr

par M, G.

iVillrt

que celui-ci eût à ce que
il

moment

atteint son plus
les

haut degré de puissance,

l'ex'cès

du danger amena

deux

partis à se rapprocher.

Sous

le

ou de Yahia. » Toutefois le savant russe penche pour l'écrivain syrien, qui nous renseigne assez exactement sur les dates d'élection des patriarches, plus niinutieuseuienl il est vrai sur ceux d'Antioche que sur ceux de Conslantinople. Voy. la noie 217 de l'ouvrage du baron V. de Rosen sur Yahia dans laquelle cet auteur a discuté et résumé l'état de la question. S'il faut en croire Yahia, en combinant ses renseii-'nemcnls avec ceux des Byzantins, voici dans ([uel ordre et à quelles dates à peu près se seraient succédé les patriarches de Constantiuople sous Jean Tzimiscès et sous son successeur Basile II jusqu'à Sisinnios Antoine, élu entre le 21 déc. w;:! et le 21 déc. 974 (cinquième année du règne de Jean Tzimiscès) probablemi'Ut seulement vers le 12 janvier '.17"). 11 règne quatre ans el un mois et meurt vers le mois de février 979. Nicolas Chrysobergios. élu entre le II janvier 979 cl le il janvier 98U (quatrième année du règne de Basile et Constantin) probablement seulement vers le 12 janvier 979. 11 règne douze ans et huit mois (Yahia dit douze ans en chiffres ronds; les Byzantins (Zonaras, IV. 117;, di.sent douze ans et huit mois) et meurt donc vers
raison, d'eux
il'ordiiiaire
;

le

Interrègne de quatre années. .Sisinnios, élu le 12 avril 99fi. nouvel ordre j'admets avec M. Wassiliewsky d'après le témoignage de Yahia que l'interrègne de (piatre années eut lieu après la mort de Nicolas tihrysobergios durant l'absence de quatre années du basileus Basile en Bulgarie.
Jusipi'à
[i) Ofj. ciL,
111,

12 octobre- 991.

pp.

fis

sqq.

118

BASILh:

II.

LE TUEUR DE BULr.ARES
la
la

règne de Basile

II,

un accord dut intervenir entre

couronne

et les

chefs

du

clergé, qui peut-être bien n'exista jamais sous

l'orme d'une conven-

— du moins on témoigner — mais qui n en
tion écrite

ne possède aucun document qui puisse en
est pas

moins

à

peu

pi'és certain.

Sûrement
seurs,

Basile dut, en son

nom comme au nom
désormais
précédents
la la

de ses succes-

donner

à l'Kglise l'assurance ([ue

couronne ne récla-

merait plus

comme

sous les basileis

même

soumission

aveugle de

la

part du patriarche, qu'elle respecterait au contraire

un cer-

tain nomlire de droits nettement définis accord(''s au siègr patriarcal de

Constantinople. De

son côté

le

patriarche

dut s'engager

en quelque
si

manière à renoncera cette union

spirituelle avec

Rome

qui avaitété

ardemment désirée par
Polyeucte
et

le

fameux Théodore de Stoudion, par Sergios, par

quelques-uns des successeurs de ce dernier.
né'cessaire, le

De même

et

comme complément

patriarche dut

promettre de renoncer

aussi à ce droit dont avait joui Polyeucte de dire son

mot dans
le

les circons-

tances graves du gouvernement de l'empire. Bref:

patriarche, en com-

pensation

de

certains

avantages, acceptait

de séparer

nettement

la

question de son siège d'avec celle des relations entre l'empire d'Orient et
l'Eglise

œcuménique

et

consentait à ne plus s'occuper désormais que de

ses intérêts particuliers.

La preuve que

toutes

ces

négociations ont dû se poursuivre à

Constantinople, dès avant
toire

la fin

du

x° siècle,

nous

est fournie par l'his-

même du patriarche qui succéda à Nicolas Chrysobergios. Au printemps de cette même année 991) qui avait vu la mort de ce prélat, Othon III, nous le savons, avait créé pape son proche parent Brunon sous le nom de
Grégoire V. Basile
niandi', cntièremonl
II,

qui se défiait de ce souverain pontife de race allela

dévoué à

politique de

la

maison de Saxe,

avait,

nous

l'avons vu, ]n-èté son puissant appui au Grec Philagathos dont Crescentius
avait
fait

un antipape. Mais

cette

entreprise s'était misérablement termi-

née par le supplice horrible de l'ambitieux prétendant. Dans de semblables
circonstances,
il

est clair

que

le

parti qui,

à Constantinople, depuis plus
la

d'un

siècle, réclamait
le

avec une infatigable obstination

reconnaissance

par

nouveau patriarche au jour de son

élection de la suprématie
le

du

siège de saint Pierre, dut renoncer à tout espoir d'obtenir pour

moment

ACTES
la victoire. Sisinnios;, le

LiV

IWriilMUUllC slSlS'h'IOS

119

successeur de Nicolas Chiysoljergios, élail un

laïc

exerçant

la
il

profession de médecin et décoré du titre de magislros.
n'était

Certainement
Basile
11.
Il

arrivé au pouvoir ijuc par la faveur directe

de
si

se

montra reconnaissant au hasileus durant son passage

court sur le trône patriarcal et rompit ouvertement avec

Rome,

c'est-à-dire

avec Grégoire
Philagathos,
le
le

V

qui, au

printemps de

'.tl)8,

avait e.xcommunié son rival
fait

candidat infortuné du hasileus. Le

de cette complète

rupture tout
est

long du règne de ce patriarche

et

du pontiiicat de Grégoire
la

V

indéniable, bien

qu'on ne puisse en donner

preuve par aucun
(1).

document authentique, mais seulement par des probabilités

En février 997, Sisinnios, second patriarche constantinopolitain de
ce

nom, publia de concert avec

ses suiTragants, dont le dernier était Consles

tantin de

Sougdée, un règlement sur
les

mariages

illicites (2). Il

y rééditait

avec plus de vigueur encore
les

arguments sévères de son prédécesseur,
et d'ima-

accompagnant d'une véritable avalanche de termes spéciaux
la

ges empruntées pour la plupart à

science médicale

(3).

Il

y prohibait

certaines unions qui, jusque-là, passaient pour autorisées parles plus

anciens règlements de l'Église. Tout ceci peut-être bien n'avait d'autre but

que d'en revenir encore une fois aux quatrièmes noces de l'empereur Léon,
de trouver de nouveaux griefs à imputer aux papes de
ainsi plus

Rome et d'en arriver

sûrement à une rupture avec

le

siège de saint Pierre.
si

Ce

même

patriarche, durant son règne
les

court, réussit encore à

mettre d'accord

membres de son

clergé divisés précisément sur cette
11

fameuse question des quatrièmes noces du hasileus Léon le'Sage.
ainsi tin à l'interminable lutte

mit

occasioimée par ce quatrième mariage de
le

cet

empereur, mariage qui avait été approuvé par

pape Sergios

III

malgré l'opposition formelle du patriarche Nicolas Mystikos, au milieu
(J)

AUatius, op.

cit.,

p. 1U2,

soutiout coUo opinion conlre les
t. 1,

religieux do

Sainl-Maur

[Art de vérifier les
(21

ilatef:,

Paris, 1783,

p. 288).
;

Voy. Hhallis et Pollis, op.
qui contient

Saint-Pétersbourg

XXXIX' article du Maniiscril de cit. t. V, pp. 11 à 19 l'ouvrage canonique de Zonaras. Deux frères ne peuvent

épouser deux cousines germaines et vice vei-sd. l'n oncle et un neveu ne peuvent épouser Dans la Revue byzantine deux sœurs et iiee versa. Voy. tiédéon, op. cit., p. 314, note 317. russe 11, IXïi.i, pp. I:i2-i:j9), M. A. Pavlov a ijrouvi' que le règlement si connu sur les secondes noces (oiàTOi;i; auvoôtxTi Tiipi oîjTepoyîinta;} prohibant celles-ci sous les peines ecclé-

siasliipies les plus sévères, devait
Xeitsclir..
i3l

également être attribué a» palriarcbe
I,

Sisinnio,.;. \'oy. H;/:.

V,

p. 218. ./ms

Voy. Leunclavius,

r/rieco-roinanum.

pp. Ht" si|q.

120

BAfi:[LE

If.

LE TUEVR DE BULGARES

du scandale universel
entière
(1).

et

de l'émotion formidaMe de l'Eglise grecque tout
le
\'l

Sisinnios

mourut déjà

juin ou

le

12 septembre de l'an

998

(2),

après deux ans et ijuatre mois seulement de pontificat.
connaît encore de ce patriarche une lettre encyclique aux évèques

On

d'Asie Mineure sur la procession du Saint-Esprit (3) et quelques autres

règlements d'ordre ecclésiastique

(4).

Il

eut pour successeur

le

moine
aussi

Sergios, de la l'amille du fameux patriarche Pholius
le

comme

l'était

dernier de ses prédécesseurs du

même nom.

Sergios portait

le

surnom

du Manuélitc à cause du monastère de Manuel fondé par ce prédécesseur

homonyme

et

dont

il

était

higoumèue comme

l'avait été

également

celui-ci.
failli

Sergios, deuxième patriarche de Constantinople de ce
être

n^m,

avait

nonnné à

cette

haute charge bien des années auparavant, lors de

la

maladie mortelle du patriarche Théophy lacle. Le basileus Romain Lacapène
avait voulu, à ce

moment,

l'élever à ces fonctions

suprêmes, mais Sergios
bien meilleur candidat
le

avait refusé, désignant de

lui-même

comme un
été l'ami de

Polycucte qui finalement avait été élu.
tros

Sergios avait pour frère

magiset le

Cosmas que nous savons avoir

Romain Lécapène

cousin de Photius. Le nouveau patriarche était donc certainement fort

avancé en âge quand

il

arriva au iiouvoir. Les auteurs

s'accordent à lui

reconnaître toutes les vertus, une science

jirol'nndi' jointe à
j)leiiie

une grande

modestie. Son éloquence était sans hauteur,
et

de douceur, d'humilité

de fermeté à

la l'ois.

Peu après
dans
la

la

mort de Sisinnios, Grégoire V, prématurément descendu
le

tombe, fut à son tour remplaci' par

fameux Sylvestre

II, et

à

(lonstantinojile,

l'on était toujours parfaitement
la

informé des choses
111

de

Rome, on demeura assuré que
à
l'i

conduite violente d'Othon
infailliblement
à

d'Alieniasnc

inhuit des

Romains amènerait
du

bref

(1)

Skjlilzès et CédiéiiLis meiitioiiiionl celle inilialive

palriarclie Sisinnios.

Son

tifio;

(T'jvootxb; relatif

à cette question

si

y.avôviov,

manuscrit 264 de la liiblioth. Bodléieiuw, fol. 139, figure une "Iv/.Oe'ji: y.X'/ivw/ de ce patriarche et de ses métropolitains et évêques. Voy. sur cette date fournie par Yaliia Kosen, op. cit., notes 218 et 290. D'ordinaire {2 on ne place la mort de ce patriarche qu a l'an 999. Voy. (iédéou, llïTpixpx'.xo'i mvxxs;, p. 314,
t.

V, p. 11.

— Dans

importante, en date de 907,

figure

dans

le SOvTXYiJia

twv

le

:

et Gfrœrer, op. cil., III, p.
(3)

103,

note

2.

Skylitzès, Cedrénus, Joël.

Voy. Andronic Dimitrakopoulos, 'OpOiSolo; "EUà;, Leipzig,
t.

1872, pp. 4-5.
(4)

Rhallis et Potlis. op. cit.,

V. pp. 11 sqq.

»*-CMrH.Q^,l(.^

Jadis partir <la Tri'sor

ayant (ail aujourd'hui encore conservée à iéi/lisc paroissiale de Saint-Jean de cette localité de Durtscheid {en français Dorrette), Le cadre, en argent doré, est de travail actaelleiaenf fanhuanj d'Aix-la-Chapelle.
porialii-c (la A/™' siè<-le rfprrsrntant saint Nicolas,
princiiri; de Bartscheid et
ilr

MOSMQUE BVZAyriSE

iabhay

occidental itnsiérieur.

délai (HK'lqiie catastrophe

dans

cette cité.
,

Los
s'i'tail
»

niolifs

pnur

icsiiuels,

lors

lie rrii'iiinii ilii ]i;ilri;u'clic |inM'('di'nl

nw

|ir(-occu|>é

uniquement de

nommer un
plus.

candidat qui tût npcrsona ijrata
d'un
laïc

au Palais

Sacn''. n'existaient

Le

l)esoin

ou d'un liomme de cour ne se faisant plus
10

122

BAStLE

II.

LE TUEUR DE BULGARES
fois,

autant sentir, on choisit, cette
tion,
«

un simple religieux.

«

Cette nominaparti des

ajoute Gfrœrer,
»

fut

très

probablement un succès du
fort alTaiblie

Théodoriens

qui, bien

que voyant leur influence
à

sous ce

règne, n'en continuaient pas moins

exister et n'avaient

aucunement

renoncé à leurs espérances.

»

On
ans

doit rapporter à cette
(1),

époque du règne,

exactement au mois

de janvier 996

une Novelle du basileus Basile fixant à quarante
l'exercice
et

la prescription

pour

du droit de
si

retrait des

pauvres contre

les riches et

renouvelant
les

renfonçant celle

fameuse de Romain Léca-

pène contre

acquêts des employés de l'Etat inspirée par cette théorie
la

que

la

masse de

propriété rurale devait être considérée

comme

fermée

et inaliénable. Cette

Novelle de Basile dont

le texte,

chose extraordinaire,

nous

est

parvenu accompagné de précieuses scholies inscrites direc(2),

tement par ce grand basileus

est

un des principaux parmi

les

monu-

ments juridiques hélas
règne pourtant
si

si

infiniment rares qui nous aient été conservés du

prolongi' de ce prince. Elle est fort développée.

Son im-

portance est extrême. Elle fut dictée par cette nécessité toujours croissante

dans l'empire à cette époque de mettre un

terme aux empiétements

immenses de

la

grande propriété
:

(3).

Elle est intitulée

«

Nouvelle constitution du pieux basileus Basile

le

Jeune condamnant ceux des riches qui s'enrichissent aux dépens des
pauvres, conformément à
cien de l'an 93o (4)
». Il

la

première Novelle du basileus Romain l'An-

est dit

en substance dans ce très curieux docu-

ment que
lorsqu'il

le

basileus, dans ses

voyages à travers l'empire, ailleurs encore,

a voulu s'enquérir des conditions réciproques dans lesquelles

vivaient les riches et les pauvres, a reçu des plaintes innombrables expo-

sant que

les

biens de ces derniers se trouvaient
les

constamment accaparés ou

détenus par

puissants

(ïjvaTof)

par suite de cette notion fausse dont

(1)

Gfrœrer, op.
Bii04.

cil..

111,

pp. 86 et 93,
la

donne à

lorl la date
la IX"'^

de

«

janvier 997

».

— Suivant

le style administratif

du temp:;

Nuvelle est datée de

Indiclion de l'an de la Création

du monde
(2

L'original en est perdu.

Nous ne connaissons

très postérieure
(3)

en slavon
v.
t.

liturt:ique intercalée

ce précieux doi-unn'iit que par une copie dans une Novelle de Michel Paléologue.
III,

Voy. ZachariaIl,

Lingenthal
II.

Jus yr.rco-romantim.

p. 300,

nov. XXIX, et .Mor-

treuil, op. cit.,
\i)

p.

338, n°

Et

non 929 ou

928. Voy. Zacliarias v. L. id., pp. 242, note 1, et 243, note 6.

NOVEl.LE SUR LF.S EMPIÉTEMENTS DE LA GIIANDE [ Ri il' Itl El E

12;i

sont imbus ceux-ci que la possession de ces propriétés leur dcineure
assuri'O

même

loi'scju'ils

se les sont

appropriées illégalemciil.

pnurvu

qu'ils aient réussi par ruse,

dons ou violences, à empêcher durani un

espace de quarante années les pauvres dépossédés par eux de déposer une
plainte régulière.

Suivent des considérations exposant longuement
étal (le

le péril

d'un pareil
péril,

choses avec de curieux exemples destinés à illustrer ce
«

par
ciiil

exemple:

De

cetle

manière

les familles

des Phocas et des Maléinos
»

acquis des biens

immenses

qu'elles ont conservés jusqu'à ce jour.
la

Ici

éclate bien toute la

rancune séculaire de

dynastie macédonienne contre

ces grands clans nobles d'Anatolie auteurs de tant de terribles rébellions
à
et

peine vaincues,

et puis

encore

:

«

Le patrice Constantin Maléinos

son

fils le

magistros Eustathios se trouvent ainsi depuis cent ans, peut-

être bien cent vingt, en possession incontestée

de propriétés injustement
fils,

acquises par eux.

Il

en est de

même

pour

les

Phocas, qui, de père en

depuis plus d'un siècle, ont réussi eux aussi, presque sans interrujition,
à détenir des biens injustement acquis
(1).

Tout dernièrement encore
Tel, par exemple,

de
ce

nouveaux parvenus ont

ainsi

l'ait

leur chemin.

Philokales, simple paysan qui longtemps dans la

plus

misérable
taxes que
la

condition a vécu du travail de ses mains et payait les
les autres
l'a

mêmes

paysans ses frères, mais qui maintenant, depuis que

fortune
succes» (2),

mis

si

en vue, a obtenu diverses dignités palatines, a été
«

nommé

sivement
et a
(Jar,

hebdomadarios

»,

puis

«

kilonile

»,

puis

«

protovestiarite

acquis des biens immenses.

Il

n'est toutefois pas

demeuré impuni.

lorsque nous arrivâmes dans la contrée où ses biens étaient situés,

et i|ue

nous eûmes reçu

les plaintes

de ceux qu'il avait dépossédés, nous

Ctre des .scholics ajoutées

relatifs aux familles dos Phocas et des Maléinos paraissent de la main même du hasileus sur la copie au net qui lui avait été présentée il la signature. Voy. Zacliarije op. cit.. III, p. :H0, note 24, et p. •'ill, note 33. Il y a encore dans ce dncumeni d'autres scliolies de l.i main du liasileus, une entre autres où Basile parle des descendants du magistros Romain Mou.>ielé, réduits à la plus extrême misère. Ces remarques qui nous ilonnent la pensée même de ce grand prince, ne sont-elles pas infiniment intéressantes et précieuses .'— .\ propos île ce nuigistnis llcimain Mouselé, voy. la savante note du 1'. Ueleliaye sur le collège conslantinopnlitain i^t la l'aniille de ce nom, insérée dans sa Vila sani'li Skephori, p. Ifil, .ipppiidi.r. Je ne crois pas (pie le I'. Deleliave ait dans ce poinl
\\\

Ces passages

si

curieux

parliculiiT raison
;2'i

di' lire ici

r

[{omanum .Maf/htrum domus
».

toO Mo>Tr,(.£.

t»u «

premier chambellan

124

BASILE
ijiij

II.

LE TUECIi DE UULO.iRES
(|ii'il

onloniiàiuc?

luuLcs lus cuustruclioiis

avait

lail

clever

fusi^ent

rasées el que les terres ravies par lui aux pauvres fussent restituées à
ceux-ci. Maintenant cet individu
vit

de nouveau sur

le iielil

idcn

ipi'il

possédait au début de sa carrière et est redevenu ce qu'il était de par sa

naissance

:

un simple

(laysan.

Notre impériale volonté est

(pi'il

en de-

vienne ainsi de tous ceux de nos sujets hauts
lacés

ou non qui se sont appropriés de
le

telle

lanière

bien des pauvres. C'est pourquoi
:

ous ordonnons ce qui suit
ui a été constitué
ïtul

Tout domaine
temps de notre

avant

le

maternel

le

basileus

Romain Lécapène
pourvu

demeurera acquis

à son propriétaire

(pie celui-ci puisse justifier

par documents

authentiques que son droit est antérieur à cette époque; par contre

toute

acquisition faite seulement

après la promulgation de ledit de notre grand-père
sition
(1; et

en oppo-

avec

les dispositions

y édicnulle

tées, sera
cracil'urmc d'origine slavohyzantine en métal doré des XL"" ou XII'"" Siècles consente an Tré$or de la Cathédrale de miileslteim. Face antérieure. La Criici(Lvion. Dastes des quatre archanges Uricl,

considérée

comme

HELIQUAIHE

et

sans valeur.
«

Aucun

bénéfice provenant

de

la

prescription, fùt-elle de qua-

Gabriel, Michel et Rapltaël. Ce reliijaaiiv a conlena primitivement des reliques de

rante années ou

même

davantage,

n'aura force pour maintenir, ni

saints d'origine slave.

dans
lesdites acqui>itions.

le

présent ni dans l'avenir,

Tout au contraire,

les

possesseurs d'origine, les

paysans, qui en ont été expulsés jadis par ces propriétaires de latifundia,
sont en droit de réclamer leur réintégration immédiate dans lesdils biens,

sans être tenus à restituer

le

prix d'achat reçu (par échange) et à payer

auiuiie indemnité pour les aniélioi'ations introduites par les jiropriétaires

dépossédés.

(1)

Dalé de

l'an 935.

Vny.

col t-dit

dans tJfraTcr, op.

cit., III,

p|i.

Il

à 13.

NOVELLE
«

Si'H

LES EMPlETEMEXli: DE LA CHA.YDE PHOl'HIETE
il

125

El

comme

est

souvent arrivé que ceux qui avaient acquis ainsi
fait

injustement des terres se sont

confirmer ces biens injustement acquis

par des chrysobulles impériaux décrivant lesdits biens et en indiquant
les

noms

et les limites,

nous ordonnons ce qui

suit

:

ces chrysobulles,

même

ceux contresignés de notre propre signature, seront sans valeur
pro-

elTective contre les plaintes justifiées des

priétaires dépossédés

ou fraudés.

»

Le

texte

expose ensuite que
se

le

Basile II a

pu

convaincre de visu

ses voyages à travers l'empire que, gr;

chrysobulles frauduleusement obtenus
toute la

portion

occidentale de l'emi
la

comme

aussi dans presque touli^

région orientale, une masse im-

mense de biens de paysans, aussi
de biens domaniaux, ont été ainsi

concédés à des propriétaires injus-

tement pourvus.
Vient maintenant un passage

spécialement consacré aux acquisitions illégales de

biens par les
«
k

HELIQi'AIHE

communautés

religieuses
».

qui en

sont infiniment avides

Nous

d'oriijiiie stai.o-by cantine en métal doré des XI"" ou Xli-" Siècles conservé ail Trésor de la cathédrale de llildeskeim, Face postérieure. Les saints Jacques, Elle et

sommes

également

convaincus

qu'une foule de petites propriétés
ont été absorbées par les monastères.
lui
Il

Quatre autres bustes de saints dans Ce reliijuaire a contenu primi' tii'cment des reliques de saints d'oriyîne
Basile.
les angles.

stace.

est arrivé

dans maint endroit qu'un paysan bâtissait une

église,

donnait son bien avec l'assentiment des autres
et

membres de

la

com-

munauté
ou

devenait de ce

fait

moine attaché

à l'église ainsi dotée.

Deux

trois autres suivaient cet et

exemple, abandonnant intégralement leur
Puis,

héritage,

devenaient moines au service de cette église.
le

à la

mort de ce donateur d'origine,
mettait la
le

plus proche mélropulilain ou évè(jue
lu

main sur son

hi'i'ilagi',

traiisfdi-niait

en couvent

et

gardait

tout pour lui ou en faisait

don à d'autres. Partout où

se sont jjassés

126

IS

ASILE

11.

LE TUEUR DE IlULGAliES
les

iIl'

tel.^

faits, nuiis

ordonnons que

biens en question soient restitués

aux pauvres et redeviennent
litain les ait

terres de paysans,
lui

que l'évèque ou

le

métropo-

conservés pour

ou remis à d'autres. Aucune prescription,
loi

de quelque durée qu'elle
sion de ces

soit,

n'aura force de
à

pour assurer

la

posses-

biens mal acquis,

moins que,

comme

c'était le cas

au

début, au moins deux ou trois
le

moines ne viennent à remplir de nouveau
;

service dans l'église en question
l'église

mais de toute manière ces biens
la qualité

ainsi

voués au service de
et l'évèque
la

conserveront

de biens de paysans

ou

le

métropolitain ne pourra exercer sur lesdits moines que

surveillance spirituelle et n'aura

pas

le

droit

de disposer de leurs

terres.
«

Au

cas où

un des

basileis précédents aurait

concédé des privilèges
celle-ci,

à une église de village et établi des bénéfices en forme,
ce soit contre
le

bien que

droit strict,

demeurera comme avant soumise à l'évèque
continueront à avoir force de
loi,

ou au métropolitain
mais à condition

et lesdits bénéfices

qu'ils

ne pourront être transmis à aucun autre qu'à un

moine. Ces dispositions ne s'appliquent du reste pas à des monastères,

mais à de simples églises de
s'est

village. Si, par contre,

une

église de village

accrue autrefois grâce à des donations jusqu'à devenir un véritable
telle sorte

monastère, de

que jusqu'à huit ou dix moines ou plus encore
liien

y vivent en communauté, nous ordonnons,
strict,

que ce

soit

contre

le

droit

que ce monastère

ainsi constitué soit

maintenu sous

l'autorité de

l'évèque ou du métropolitain qui aura la faculté d'administrer à son gré
les

biens d'une

telle

fondation, à conditinn toutefois que le

nombre

primitif

des moines n'aura pas été réduit et que les biens en question suffiront à
l'entretien de la

communauté

(i

'.

Mais, à partir d'aujourd'hui,

il

ne

sera plus permis de procéder à ces transformations d'églises de village

en monastères
à

et

au cas où des évêques ou métropolitains viendraient
à

commettre un nombre de moines supérieur
de
simples
églises

huit ou dix

pnur

le

service

de

campagne, nous ordonnons, d'accord
pareilles

avec

les

ordonnances de notre grand-père Romain, que de

(1

,

Le basileus

fait ici

allusion à une plus ancienne Novelle de lui édictanl les disposilions
306, nov.

à observer en pareil cas. Cette Novelle ne nous a malheureusement pas été conservée. (Voy.
Zacliariii- Ju.i f/r.-rom.,
t.

111. p.

XXVlll

I

NOVELLE SUR LES EMPIÉTEMENTS DE LA GRANDE PROPRIETE
orilinations seront sans
suffisent

127

valeur

léi;ale niènie si les

biens dcsdiles églises

jjour

la

nourriture

des

frères.

Bien

i)lus,

nous ordonnons

que des églises de campagne de cette espèce ne pourront jnniais obtenir
les

droits

dun

monastère mais conserveront toujours
(et

la

personnalité
les

de bien de paysans
taxes de l'Etat).
Il

auront en conséquence

à

supporter (oufes

n'en sera toutefois pas ainsi pour les monastères de

fondation ancienne.
religieux se soit
ecclésiastiques,

A

supposer

même

que

le

nombre

primitif de

leurs

ou non fondu par suite de

la

négligence de leurs chefs

ils

n'en demeureront pas moins sous la puissance des

évèques ou métropolitains et ceux-ci continueront
disposer de leurs biens.
»

comme

par

le

passé à

Le

texte en revient
les laïcs.
*(

ici à

parler une fois de plus des

empiétements

commis par
teur,

Aucune

prescription, s'écrie
fisc

l'impérial législaest

ne pourra prévaloir contre les droits du
qualifié

ou du domaine qui

constamment
sont en

pour poursuivre
et les

la restitution

de sa propriété. Tels
la tète

etfet les

charges

soucis qui reposent sur

du prince

qu'il lui est

impossible d'administrer par lui-même tous

les

biens de la
cas donc

couronne

et qu'il doit

en confier

le

soin à des fonctionnaires.
infidèles

Au

lesdits intermédiaires,

devenus
le

ou corrompus, auraient cédé

à autrui des biens

du domaine,

basileus a toujours la faculté à n'imla

porte quel

moment

de s'emparer de ce qui a été ainsi perdu par
»

couronne
t'Ius
«

et

détourné.
le

loin

basileus se dit encore

amené

à décréter ce qui suif

:

L'ancienne

loi

suivant laquelle tout individu du rang de protospathaire
la

ou au-dessus qui aura commis un homicide ne peut être puni que de
perte de ses fonctions
et

dignités et ne peut être mis à mort,

demeure

révoquée. Tous ceux de ce rang qui se seront mis dans ce cas, ou auront
conspiré ou auront excité d'autres à commettre ces crimes,

non seulement

perdront leurs dignités mais aussi la tête.
«

Finalement,

comme

dans

le

temps
le

oii

nous n'avions pas encore
lîasile gouveriiiiil

pris

en mains

le |iiiu\iiir, .ilnrs

(|iii>

chancelier

Irm-

pire en notre

nom, beaucoup de
faisait

clirysobulles ont été

promulgués par

lesquels cet

hcmime n'en

qu'à sa guise sans prêter aucune attention
ici

à no.s désirs,

nous renouvelons

l'ordonnance une

foisdi-jà

pronuilguée

128

liASILi:

II.

LE TVFCH DE HELOMiEfi
lostlits

par nous établissant ijnc ]iarmi

chrysobulles, ceux-là seuls auront

force de loi auxquels nous aurons
«

iij(iut(''

après revision

le

mot

ï-r,f'rfir,

confirnii'

>>.

Tous ceux, par contre, qui n'auront pas

((( présentés à notre
et

signature
effet.
»

et ilont

nous dénions chaque mot sont déclarés nuls

de nul

(Test là le très imparfait et trop bref

résumé des dispositions principales
si

contenues dans ce document extraordinaire. Cette Novelle
il

importante,

faut bien le dire, ne se trouvait nullement en contradiction, ainsi qu'on
le

pourrait

croire, avec l'ordonnance
la célèbre

du

même

basileus Basile du 4 avril
les

988

(1)

abrogeant
ne

Novelle de Nicéphore Phocas sur

monas-

tères. Elle

faisait,

bien au contraire, que la renforcer et la compléter.

Cette ordonnance de 988 en effet interdisait de poursuivre à l'avenir
la

transformation des biens de paysans en biens de monastères. D'ailleurs

ledit de

Romain Lécapène auquel
fait les

se réfère

expressément

la

Novelle de

996 avait déjà

mêmes
été

défenses. Cette Novelle de 996 ne retire

donc rien de ce qui avait

accordé par

celle

du mois

d'avril
;

988 qui

remettait en vigueur les ordonnances de
traire elle

Romain Lécapène

tout au con-

accorde davantage en ordonnant premièrement que parmi ces

biens ecclésiastiques constitués à l'aide de biens de paysans, ceux-là seuls

ne pourront être atteints qui ont été attribués par
églises

lettres impériales à des

de

campagne

;

secondement, que toute église de campagne,

même

constituée à l'aide de biens de paysans, qui jouira de dotations

suffisantes

pour

faire vivre huit

ou dix moines

et au-dessus,

obtiendra

tous les droits des véritables monastères. Si l'on s'en fût tenu au texte do
l'édit

de

Romain Lécapène,

il

n'eût pas été loisible de profiter de ces deux
à

dispositions.

La remarque répétée
le

deux reprises dans

le

texte de

Basile
est

II

que

basileus accorde plus que ce qui serait la stricte justice

donc

l)asée sur l'exacte vi'rité et l'un voit

clairement que cette Novelle,

bien (pTru apparence
fort
:'i|ire

et

certainement avec intention

le

ton en soit

à l'endroit

du haut

clergé, lui est en réalité plutôt favorable.
est
Il

Ce document impérial
|i(iur la

par contre très dur,

même

très

violent

noblesse provinciale.

constitue pour cette classe de grands

(1)

Voy. Epopée,

1,

p. "27.

PL.

III

^OkVUR•MAKOT^li.

se.

MINIATUIŒ

d'un magnifiqae psautier byzantin manuscrit du X''" Siècle, de la Pibliothèque Nationale. - La prière du roi Ezéchias.

yOVELLE SUR LES E MI- EIEME.XTS DE LA GRANDE PROPRIETE
1

\i'.\

jiroiiriétaires

une véritable menace de
visu

deslriiclion.

«

>"oiis

nuus sommes

convaincus

^/e

dans nos voyages,

dit le basileus,i]uc

grâce à ces cliry-

sobulles frauduleusement obtenus dans tout l'occident de l'empire,

comme
pri-

dans presque tout lurient, une masse immense de biens appartenant

mitivement à des paysans
ou encore faisant partie du

domaine ont

été

attribués

à des propriétaires qui

ne

peuvent
titres.
»

justifier

de leurs

Ces
si

propriétaires

irréguliers

nombreux

se tr(ju-

vaient maintenant contraints de
tout restituer. Quelle consternation

immense dut produire une
d'ordre
aussi

mesure

général

parmi tous ces riches archontes
provinciaux
!

C'était la véritable
la

revanche de

couronne après

toutes ces interminables séditions qui avaient pris nais-

sance en Anatolie.

Bien
perdait
les

plus,

la

noblesse
privi-

derniers

lèges qui pouvaient fortifier

sa résistance.

Le personris-

LXrPLiLES

tirées

nage de caste noble

tin des environs de l'an

d'an Evanijéliair:! munascrit (<i/;im1000 conservé au Monastère

de Karakalloa au

Munt Athos.

,//.

Broe/iliaas, Hic

quait maintenant à l'égal

Kunst

in ilen

Athos-Klnslern.)

de

l'homme

du

menu
la

peuple de payer de sa vie ses méfaits au lieu d'avoir connue jusqu'ici

faculté de se racheter par la perte de ses titres et dignités, peut-être aussi

par celle de ses biens. Ce décret d'esprit

t'ijin'l.ilili'

mais

vi'ril.ildeniriii

draconien dans l'exécution,

ne lut [irobablement jamais ap]iliqué dans

toute sa rigueur et son intégrité.

Nous en avons

la

preuve par un dos
les

exemples

mêmes que

cite le basileus

dans sa Novellc. Sur

trois

noms n

130

BA.'iir^E

II,

I.E

rUECR DE BULGARES
étanl ceux de familles ou d'individus

juoiluits

dans

et'

ildruiucnl

comme

qui s'étaient enrichis ilit'galemcnt au détriment des pauvres, les deux
illn>lres clans des Pliocas et des

Maléinos

et le

parvenu Philokales, ce
loi

dernier seul semble avoir subi l'application rigoureuse de la
qui
fut
le fit

nouvelle
effet,

retomber au rang de paysan. Eustathios Maléinos, en
le

ne

pas sérieusement inquiété puisque cinq ans après nous
faire accueil

verrons
et à

dans ses immenses terres d'Asie

au basileus Basile
le

son

armée revenant de Géorgie. Alors seulement,
tater de visu l'étendue

basileus aj^ant

pu cons-

choquante de ses colossales richesses, l'emmena

il il

avec

lui

à Constantinople

le

maintint jusqu'à sa mort dans une

captivité

dorée, après quoi

confisqua tous ses biens au bénéfice du

Trésor. Certainement dans ces énormes domaines des Maléinos se trouvaient compris beaucoup d'anciens biens de paysans.

Quant aux Phocas,
le texte

bien que les sources contemporaines n'en disent rien et que
iSovelle impériale semble l'ignorer,
il

de

la

est bien probable,

malgré ce que

peut en dire Gfrœrer

(1),

qu'après leur chute à la suite de la révolte de

Bardas Phocas,

ils

avaient dû être alors déjà dépouillés au profit de la coupartie, sinon de la totalité de leurs terres

runnc de

la

majeure

parmi

lesquelles devaient figurer

beaucoup d'anciens biens de paysans ou aussi

du (Inmaine frauduleusement détournés. Mais cette confiscation n'avait
jiu

(Hrr

que

la suite

même

de cette révolte fameuse

et

non

l'application de

la

Xdvelle de l'an

9'J6

postérieure de plusieurs années à ces événements.

Autant Romain Lécapène dans sa célèbre Novelle avait eu pour but
unique
le

bien des classes pauvres et

le

désir de préserver leur propriété
II

des atteintes des riches, autant les mobiles de Basile
d'ordre moins désintéressé.

semblent avoir été
les dispositions

La preuve en

est surtout

dans

édictées par ce j)rince au sujet des dotations pieuses. Si le basileus s'oppose
si

vivement

à la

transformation des églises rurales en monastères véritaà d'antiques privilèges, jouisfort importantes qu'il à qui

bles, c'est

que ces derniers, conformément

saient à l'endroit
n'était plus
laïc

du Trésor de certaines exemptions

dans son intention d'accorder dorénavant
('2).

que ce

fût

:

ou prêtre
(!)
(2)

Op.

cit., III, p. 96.

Une des

pièces composant

le cailulaire

du fameux monastère asiatique de Saint-Paul.

COXTLSfr'ATfOX DE

L.l

GUERUE nULCAHE

131

Pendant que

le

basileus Basile se trouvait en Asie en O'Jo, la guerre

n'avait cessé de faire rage en Bulgarie. Elle avait continué de plus belle

après son retour.

En dehors
en Syrie)
le

de la connaissance de ce simple
«

fait,

nous

sommes

très

mal renseignés.
,

Tandis que
Yaliia,

le

basileus Basile était à
cet

An-

tioclie (c'est-à-dire

dit

Samuel,

homme

belliqueux
(jui

qui ne connaissait pas

repos, s'était mis à reprendre les villes
»

lui

avaient été enlevées par les Byzantins.

Une

des principales entreprises

de l'infatigable souverain semble avoir été à ce

moment

dirigée contre la

garnison de
ici

la

grande

cité

de Salonique.

Il

faut de toute nécessité placer

cet incident de la lutte

dont

j'ai

déjà dit quelques mots aux événele

ments des années 993 ou 990. Sanmel, dans
magistros Grégoire
(I)

but d'attirer au dehors

le

Daronite,des princes de Darôn,que Basile avait

fait

gouverneurde

cette

seconde ville de l'empire (2), avait envoyé un petit corps

de troupes faire une démonstration jusque sous ses remparts. Lui-même
avec
le

gros de ses forces

s'était

mis en embuscade. Le magistros Gré-

goire, qui, depuis l'an

990
lîls

qu'il était
et

pourvu de ce commandemenl,

avait

maintes
Saak,
le

fois

avec son

Aschod
fils

son lieutenant également arménien,

prince de Hantzit,

d'Aboi, livré bataille aux Bulgares, ignora

du Latron conservé dans un manuscrit de la Bibliollièque Vaticane, pièce datée de l'an "J8G, donne de curieux détails sur la vie monastique à cette époque. Il s'agit d'une contestation entre les moines de ce couvent et ceux d'un autre monastère de celte sainte montagne. L'empereur Basile, après une enquête dirigée par le protospalhaire Basile « rayslikos et juge de l'Hippodrome et du thème des Thracésiens », donna gain de cause aux moines de Saint-Paul, qui signèrent une convention avec la partie adverse. Cette convention lut approuvée l'an d'après par le patriarche Nicolas Ghrysobergios. Voyez les détails si curieux sur cette all'aire dans l'article de M. Wassiliewsky intitulé Matériaux pour l'histoire de l'Etat a /ïyrontr, inséré dans livraison de juillet ISSO). le tome CCX (pp. 101-lOj) du Journal du Min. de 11. P. russe Je dois encore signaler ici un document dont je n'avais pas eu connaissance lors de la publication dutome l"de V Epopée byzantine. 11 s'agit d'un chrysobulle des basileis Basile etConslantin daté de juin, année du monde (i486 (d'après la correction proposée), Ind. G, c'est-à-dire de juin a"8, publié sans aucune indication d'origine par M. Alex. E. Lauriotes dans 'Kxx).r,1» de dix TtaiTixT, '.V/.r,')£'.a, t. XII ii892i, n" du 10 avril, p. 86. Ce chrysobulle porte donation talents d'argent à prélever annuellement sur le trésor royal en faveur d'Athanase et du monasxi^witov -/fjToiï/ïxTov "/.iVj-/.i/."/.r,Tov, tère de Lavra; 2» d'un relii|uaire en or, orné de pierreries contenant 1° le chef de saint Michel de Synnada en Phrygie; 2" le chef de saint Euslratios, martyr 3" un bras de saint Jean Chrysostome recouvert de sa peau. Dans l'exposé des motifs il est fait mention des donations faites par les prédécesseurs des deux empereurs. Eux ne veulent pas rester en arrière. Il semble que ce soit devenu un usage de faire un don de joyeux avènement à la Sainte Laure. Comp. les donations faites par Nicépliore Phocas et Jean Tzimiscès. {Vie de saint .Itlianase par Pomalovsky, p. 50.)
1
:

;

:

;

(!)

Ou

Krikorikos.

11, pp. 447, 419 sqq. place à tort cet incident en 'J'JI.

(2)

Cédréiius,

Wassiliewsky, Fragments russo-byzantins,

p.

110,

Vil

ti.lsILE

If.

I.I-:

rVEUH DE BVLGMIES
11

le

pii'i;!'

que

lui et

tendait le

t-^ar.

a\ ;ut

détaché en avant-garde son
le reste

fils

pour surveiller

épier l'ennemi.

Lui-même suivait avec

de

la gar-

nison. Aschod, jeune et téméraire, rencontrant le petit corps envoyé en éclaircur par Samuel,
le

bouscula facilement

et se

lança à sa poursuite.
et les siens se

L'imprudent tomba dans l'embûche du Coniito|ioule. Lui
défendirent

comme

des lions. Son père qui

idorait, averti

du danger, vola à son
le

secours.

Mais

vieux

magistros,

enveloppé

par

d'innombrables

ennemis, périt après une défense
héroïque,

probablement avec
partie de ses solet
le

une grande
dats.

Aschod
faits

juince de

llanlzit,

prisonniers, fu-

rent

emmenés par les Bulgares.
le

Nous ignorons
de cette tragédie.

lieu

précis

Evidemment
arméuirn

le

magistros

avait, celle fois en-

core, négligé de se faire suffi-

samment
il

éclairer. Et

pourtant

n'est pas

un

traité

de tactique
la

de l'époque qui n'insiste sur
PL.iQi'E ou XII""

m

stcatitr c/o travail by::antin îles XI''"

Siècles.

Saint Georges.

nécessité de

cette précaution
«

{Musée

archéologique d'Angers.)

élémentaire.
reurs,
dit
le

Aie des éclai-

grand seigneur
(1),

byzantin dont M. Wassiliewski
aie aussi d'intelligents leveurs

a juiblié les

curieux Conseils et Récits
te

de plans. Avant de

mettre en marche,
le

ordonne-leur d'examiner

les routes, et

dès que tu auras ruiné

pays

ennemi, sors-en par une autre route;

ainsi tu n'auras pas d'ennuis. S'il

n'y a qu'une route, exécute ton irruption avec soudaineté, à l'improvisle,
et aussitôt

après retire-toi en hâte par
tes

le

même

chemin. Autrement
et

fais

occuper par
(1)

gens
I,

les défilés et les

hauteurs environnantes
chap. lxxii.

donne

Voy. E/Kipée.

pp. 620 sqq.

Op.

cit.,

^J^V.

'

Siècle conserve \Viin manuscrit de rAncicn Testamenl du. XV'" Samud et U; roi David entouré de ses six frères. Derrière à ht ltihli,,lli,;i,ir Vatinane'. David on apereoit la personnification d'Israël. (Beissel, Vali<:in. Miiiiatuteii.)

MINlATrUE mZANTINE

134

BASILE

If.

LF.

TUEUR DE BULGARES
le

à ces

hommes

des chefs braves. Puis après avoir ruiné

pays ennemi,
te

rentre chez
divertissant.

toi

avec

le

secours de Dieu, sans peines,
les

te

réjouissant et
le

Garde soigneusement
t'a été

kastra de la frontière et tout

pays

dont

la

garde
(1),

confiée et n'aie jamais confiance dans les to})arques

voisins

même

s'ils te

juraient amitié.
livre

»

A

une autre place de son

encore
cher.

(2), le
«

même

auteur revient

avec insistance sur ce sujet qui

lui est

Si tu te trouves en pays
fidèles et actifs, de

ennemi, stratigos, aie des éclaireurs nombreux,

ceux

que nous appelons des

«

kontarioi

»

(3).

Par eux tu connaîtras
il

la force

de l'ennemi et ses projets astucieux. Sans éclaireurs
réussir.
et

est impossible

de

Que

les tiens s'ignorent entre eux.
les autres.
»

L'un d'eux pourrait

être pris

sa perte ferait découvrir

Aie aussi d'autres émissaires, de

ceux qu'on

nomme
ils

«

synodikoi

(4)

parce qu'ils vont prendre langue par
tes générosités

huit, neuf, dix

uu plus. Ne regrette point

envers eux, sur-

tout

quand

sont en service. Parle-leur souvent, et observe dans ces

conversations la nature de chacun. Rends-toi compte qui, parmi eux, a
l'esprit droit, et qui l'esprit intrigant, qui est

véridique et qui menteur,

qui est entreprenant ou paresseux, hardi ou couard. Mais que jamais

aucun d'eux
Lorsque
au basileus,
tioche.

ni
la

personne ne connaisse

le

fond de ta pensée.

»

nouvelle du désastre de la garnison de Salonique parvint

il

se trouvait peut-être encore en Syrie, peut-être bien à
le

An-

Pour remplacer
la

malheureux prince de Darôn, Basile expédia en
macédonienne en qualité de généralissime ou

hâte

dans

grande

cité

plus exactement de domestique des scholes d'Occident, c'est-à-dire d'Eu-

rope

(5),

Nicéphore Ouranos, l'ancien ambassadeur impérial à Bagdad

lors de la fuite de

Bardas Skléros auprès du Khalife en

'J80.

Ce fonctionle
le

naire infortuné, après une dure captivité en terre sarrasine, avait, on
sait, réussi à se

racheter et à regagner Constantinople. Ce n'était pas
avait été diplomate peu heureux,
C'était
il

premier venu.

S'il

allait se
Il

montrer
l'auteur

capitaine de mérite.

aussi

un

lettré

distingué.

est

(1)

C'est-à-dire les dynasles étrangers du voisiiia^'e.

(2)

Chapitres xxiv etxxv.

(3) KovTCtpiOl.

(4) S'jvoSixo;'.
(5)

nâTTî

iiOtrSdJî ap/(i)v.

iNVAsiox

nui. r, ARE

i-:y

anÈcE

135

d'une Vir manuscrite du saint syrien

Syméon Thaumastooreitis

divisée

en deux cent cinquante chapitres, vie manuscrite qui n'est d'ailleurs

qu'une paraplirasc d'une Vie bien

j)lus

ancienne rédigée au

vi° siècle (I),
Il

Nicéphore Ouranos se rendit immédiatement à Salonique.

partit de

pour

le

théâtre de la guerre où les forces impériales étaient demeurées
la

sans chef par la mort du Daronite et
passait

captivité de son
le

fils.

Ceci se

dans

le

courant de l'année 990. Sans doute

basileus, à son

retour dans la capitale, ne jugea pas à propos de reprendre à ce
la direction

moment

de la guerre bulgare et les soucis du pouvoir
Il

le

retinrent au

Palais Sacré.

n'était

(|ue

temps cependant qu'un chef expérimenté
survînt.

comme Nicéphore Ouranos
celui-ci apprit
le

Dès son arrivée dans Salonique,

que

le tsar

Samuel, encouragé par son premier succès sur
le territoire

Daronite, avait une fois de plus envahi

de l'empire, se

diri-

geant cette fois droit vers le sud.

Nous n'avons que bien peu de
par quelques mots de Skylitzès que

détails, hélas!
le

Nous savons seulement

tsar bulgare avait, à la tète de ses

bandes éprouvées, franchi
si

l'étroit défilé si

beau

et si poétique, si riant et

sauvage à

la fois

de

Tempe

de Thessalie entre les deux masses giganlit

tesques de l'Olympe et de l'Ossa, traversé le

majestueux du Pénée au
tous sens,

cours tranquille et lent, et

qu'il

parcourait maintenant en

brûlant, pillant et massacrant,

non seulement

cette belle province,

mais

encore

la Béotie,

même

l'Attique, pénétrant à

nouveau jusqu'aux portes

du l'éloponèse à travers l'Isthme de Corinthe. Toutes ces malheureuses
terres de

Grèce se trouvaient une

fois

encore en proie aux plus all'reux
Il

ravages de cet ennemi impitoyable. C'était une calamité sans nom.

semblait qu'on fût revenu aux pires époques de cette guerre interminable.

On

n'a iju'à jeter les
la

yeux sur une carte pour voir quelles étendues

immenses recouvrait

vague sanglante de l'invasion bulgare.

Nicéphore Ouranos avait ordre de courir droit à l'armée d'invasion.

Longeant

le le

rivage à l'occident de Salonique, remontant ensuite

le

cours

du Pénée,

généralissime gagna en hâte
il

la

forte place thessalienne de
l'histoire

Larissa dont

a été question

si

souvent déjà dans

de cette

(!)

Voy. Hevue bi/zanline

i-iissr,

t.

1,

p. BflJ cl aussi /(//:• Zeilsr/ir..

VIH,

|>.

w;.

136

BASILE
lutte.

If.

LE TUEUR DE BULGARES
la

longue

Etagùe en [lente dciuce sur
fertiles et

rive dfoite

du Pénée, entourée
bien plus

de beaux jardins, de

campagnes, cette

ville était alors,

qu'aujourd'hui, grande

importante. Le grand domestique d'Occident y
à

laissa ses bagages, ses malades. Puis, avec toutes ses troupes valides,

marches

forcées,
le

il

traversa la Thessalie. Dépassant la plaine fameuse de
retentit

Pharsale dont

nom

comme un
la

glas funèbre,

il

franchit l'Api-

danos, aujourd hui appelé Phersalitikos, traversa la chaîne sauvage de
l'dthrys,
et

descendit

dans

vallée

du

Sperchios,

autre

plaine

immense
dont
cadre

entre les masses de celte première

montagne

et celles

de l'Œta,

les vastes prairies et les bois touffus
si

forment au golfe

.Malia(iue

un

gracieux.

Il

y trouva l'ennemi

!

Le généralissime byzantin rencontrait

la

grande armée bulgare au
et

moment où

celle-ci

s'en

retournait

du
la

Péloponèse
fois

de

l'Attiquc
le

qu'elle venait de dévaster ainsi

pour

seconde

au moins dans

cours du règne de notre Basile. La course forcée de Nicéphore Ouranos
avait jiorté ses fruits
!

Le

tsar bulgare fut surpris par
le

les

Byzantins au
méridionale,

passage du

lli-uve.

Nicéphore
la

trouva campant ^ur
le

la rive

chargé du bulin de
est

Grèce, attendant que par
les

Sperchios qui, en automne,
la

démesurément

grossi
et le

longues et fortes pluies de
et

saison
la

tombées sur l'Œta
vallée, fût rentré
la rive

Korax, ayant franchi ses bords
lit (1).

inondé toute

dans son

Les troupes byzantines s'établirent sur

opposée juste en face des Bulgares qui occupaient un point certaicélèbres Thermopyles.

nement peu éloigné des

La

niasse des eaux

du fleuve
les

semblait devoir rendre de longtemps toute action impossible,

deux

armées ne pouvant se joindre. Le
tude
et

tsar conservait

donc une parfaite quié-

probablement ses troupes se gardaient mal.
lui, veillait.

Le magistros Nicéphore Ouranos,
tions en

De minutieuses

inspec-

amont comme en

aval, peut-être aussi les indications des

gens du

pays,

lui firent

découvrir un gué. Par une nuit [larfaitement sombre.

(l)

Finlay

;o/).

témoin des
le

elfels

cU., i-d. Tozer, p. 373, noie 1) raconte qu'il fut un jour personuellement extraordinaires d'un orage d'automne dans ces montagnes. Les eaux de la

avec une violence telle que cette rivière et inslantanément infranchissables pour plusieurs heures, lin de ces torrents près dllypali (Patradjik; roulait de telles masses de roches et de boues que son lit semblait un « nmr cyclopèen * en marche à mesure que ses eaux poussaient
Vistritza et les torrents de l'OEta se précipitaient

Sperchios en devinrent presipie

devant

elles ces

amas amoncelés

à travers les gorges des montagnes.

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Uo
/

d

MINIATUliE BYZANTINE d'nn manuscrit J.'s Honulies de la Vierge du XI»' Siècle conservé la Bibliothcquc Vaticane. — La Vierge environnée d'anges, entre'cimi groupes (le saints :

évêi/acs et prêtres, moines, rois, marti/rs. vù^rgcs et veuves.

(ft'iss/-/,

Vatic\ Miniat.)

l'armée byzanlino, laissnnl (Imirro
slave
si

rllc |o

knslron do

Zildiiiii

i

I

j

au iinm
qui lui
libre,

(jui a

repris anjniird'lmi son
ville

;nilii|ni'

appellalion dcLaniia
la

el

longtemps
Ou

lunpie l'nmlic're en face de

Grèce redevenue

(I)

Zeiloun.
18

138

BASILE

II,

LE TUEUR DE BULGARES
loin
île

franchit saiifi
cris

encombre le Sperchios non

son emboucliure. A grands
qui dormaient sans

les

soldats grecs tombèrent sur les Bulgares

déOance, se croyant protégés par l'inondation.
détail sur cette surprise qui fut

Nous n'avons aucun autre
tuerie,

une effroyable
milliers.

un bain de sang.
le

Les Bulgares furent égorgés par

Vingt ans après, quand

basileus Basile passa dans ces régions allant on |ièlerinage à Athènes ]iour

y remercier
dées,
il

la

Vierge Toute Sainte des victoires qu'elle
les os

lui avait

accor-

contempla

des vaincus jonchant encore de toutes parts la

plaine funèbre qu'ils blanchissaient de leurs
lils

amas énormes. Le

tsar et son

Romain,

l'héritier

de la couronne bulgare, furent grièvement blessés.

Tous deux eussent
confusion,
ils

été

achevés ou pris

si,

profilant de l'obscurité et de la

ne fussent demeurés couchés parmi les cadavres de leurs sol-

dats égorgés.

On
la

les crut

morts ou disparus.

Lorsque

nuit fui venue avec ses

ombres propices,

les princes réus-

sirent à s'évader. Bien que souffrant alTreusement de leurs blessures, ces

hommes
à gagner

intrépides qu'aucune catastrophe ne pouvait abattre, parvinrent
la

chaîne de monts solitaires qui séparent la Thessaliede l'Etolie.

Delà, de sommet en sommet, de crèle en crête, de vallon en vallon, par
les

âpres et sauvages chemins des bergers vlaques, par les obscurs sentiers
ils

des fauves,

coururent vers
k ils

le

iwvd. Franchissant entin l'inaccessible

rempart du Pinde,

réussirent, dit Skylitzès, à se retrouver dans leur

royaume de Bulgarie
ment,
faisait partie

».

En

réalité, ils étaient arrivés

en Épirequi, à ce mo-

de leurs Etats.

On

voit quelle était l'immense étendue

de leur puissance. Sauf la grande plaine de Thrace, sauf Salonique et ses
alentours immédiats, sauf quelques territoires en Thessalie, sauf la Grèce

propre

et la

Morée, tout

le reste

de

la

péninsule des Balkans n'avait cessé

d'appartenir aux Bulgares ou était retombé en leur pouvoir après ces

quatre années de luttes incessantes dirigées par
C'est d'aussi fugitifs indices

le

basileus en personne.

que nous sommes forcés de nous contenter
la

pour nous représenter ce qu'était à ce moment

monarchie de Samuel,

tant sont muelles "u du moins inlîninu'ul pauvres les sources historiques

auxquelles nous [Muixons
ville était
le

puiser.

Sou\ent nous n'apprenons que

telle

bulgare que parce que les récits byzantins nous racontent que

basileus dut en faire le siège pour la reprendre.

ATTAQUE DE

GAt.AXIDI
(jui

l'Ali

LES BULGARES
I8(>.'>

139

Un

érudit grec,

M. C. Sathas,

:i

[mblié en

une
n

viiMlle Cliro-

îiiqurde la petite ville deGalaxidi surle

spolie

de Lépante,
loiitc

tniuvé dans ce

précieux document un récit
cette

ipi'il

elas^se

avec

ap|iarence de raison à

grande expédition bulgare de

l'an 1)96 à laquelle la victoire
si

de Nicé-

phore Ouranos vint mettre un terme

tragique.

Dans

ce passage

il

est

question de l'attaque de Galaxidi par un corps
fait

bulgare de l'arnK'e d'invasion. Ce

de guerre est rapporté par l'auteur

anonyme de

la

Chronique au règne d'un empereur Constantin Romain

qui n'a certainement jamais existé et que
à identifier avec notre Basile
ce très curieux récit
:

M. Sathas

n'a pas eu de peine

II.

Voici les passages les plus importants de

«

Sous

le

règne de Constantin Romain, des

hommes
et
la

farouches

et

ennemis du Christ, nommés Bulgares, entrèrent en Grèce
abîmèrent
les chrétiens et

avec l'épée
'

et la lance

fondirent droit sur
ils la

Morée.

En

passant par Salone, qui est Amphissa,

bloquèrent. Et la

moitié de ces
les villages.

hommes

vinrent à Galaxidi, et

ils

prirent des esclaves dans

Et donc ces mécréants une

fois arrivés à

Galaxidi

(la

ville

était

ancienne

et bien fortifiée: elle possédait
la

une

flotte et
.
.

des maisons

de reste} décidèrent de
diotes,

prendre à

la

pointe de l'épée.

Et les (îalaxi-

aussitôt qu'ils eurent appris cette terrible

nouvelle,

cnururent
autres
se pré-

aux

églises

pour prier

h

genoux
ce
péril

le

Christ

et

la

Vierge

et les
;

saints de les aider dans

afîreux. Ils

s'armèrent

ils

parèrent à

la

guerre. Et les pirates arrivèrent et assiégèrent la forteresse.
ils

Avec

toutes sortes de machinations et l'aide de Satan,
et

pratiquèrent
Il

une grande brèche
suivit

pénétrèrent dans

la ville

l'arme au poing.

s'en.

une grande
rues

tuerie et

une

lutte terrible si bien

que

le

sang coulait

dans

les

comme un

torrent. El les Galaxidiotes, avec l'aide et par la

grâce de Dieu, restèrent vainqueurs et tuèrent les pirates mécréants et

gagnèrent
glaive et à
le

la bataille.
la

Mais quelques-uns de ces pirates se dérobèrent au
et,

colère de Dieu

rejoignant leurs
le

compagnons qui
et le désastie

faisaient
île

siège de Salone, leur rapportèrent

massacre

leurs

frères à Galaxidi. Et ces

mécréants en apprenant l'alTreuse niiiiMJIe se

mirent en colère, écumant d'une rage de vengeance. Et aussitôt qu'ils
eurent pris Salone par
Koutso-Tliéodure,
le

la trahison

d'un des habitants qu'on appelait
ils

treizième jour du lUdis d'août,

en ]iassèrent tous

uo
les luibitanls,

BASILE
jeunes
et

II,

LE TUEUR DE BULGARES
lil

vieux, l'eiumes et enfants, au
. .

de

l'i'péc.

Ces

corsaires voulaient venger le sang des leurs.

Et après avoir repu leurs

âmes noires de sang chrétien, ils se

ruèrent

comme
sur

des
sant

abeilles,
j)as
.

ne connais-

de mesure,
.

Galaxidi.
«

Les Galaxidiotes
si

les

voyant revenir en

grand
sur

nombre

se

retirèrent

leurs vaisseaux. Seuls ([ueli|ues

vieillards
la ville,

restèrent

dans

faute déplace

sur les embarcations. Et un
(ialaxidiote

nommé

Chara-

lambis ne consentit pas à
quitter
sa
patrie. N'écou-

tant ni conseils ni prières,
il

demeura dans Galaxidi
le

pour défendre
et périr
l'église,

kastron
Il

dignement.
il

va à
et

se

confesse

invoque
Il

l'aide

du

Christ.

se

ceint de ses

armes

qu'avait bénites le prêtre.

Puis
Iiyzandne da Ai""' Siécli'. Un des deiuv yrands tableaux représentant l'Annonciation conservés atuv cotés de la porte de l'e.vonarlke.idans l'église du monastère de Vatopédi au Mont Athos. (Photographie communiquée par M. G. Millet.)
niiirali!

il

se poste seul à la

porte de la forteresse.

Et

mosaïque

donc
ils

les

pirates arrivent,
et

mirent

trouvent Cha-


II

ralambis qui se rue sur eux

comme un
tue plusieurs d'entre eux,

lion

furieux.

même un
est

de leurs chefs. El ioule leur armée
II

se jette sur lui et en

combattant son épée se brise.

fut pris vivant et

mis

en mille morceaux. Et son

nom

honoré dans un chrysobulle impérial.

,

DÉROUTE DES BULGARES
«Les pirates
le

A

GALASIDI
Ils

141

enU'L'iil alors

sans encombre dans Galaxidi.

niellent

feu

aux maisons

et délrnisenl le

kaslmn

([ui

était très

beau, tout entier

conslruil avec des arbres
(lu

tenips des Hellènes.

Ils

entrent dans les églises,

tuent
lent

les vieillards et

veu-

jiiller les

églises.

Mais
:

écoutez

le

grand miracle

Un

d'eux, voyant

un chanluùlail

delier

en or qui

devant l'icune du Christ,

monte sur
jiour

une

échelle
et,

s'en

emparer,
n'eût

avant qu'il
toucher, sa
fut

pu

le

main
et

sacrilège
il

coupée

tomba

mort devenant subitement
tout
poix.

noir

comme

de

la

Un grand

Ireniljlc'

ment déterre

se produisit.

Alors apjjarul un cavalier

avec un glaive nu et des

armes étincelantes

et

il

commença de
rates, et les

tuer les pi-

chassa hors

de Galaxidi jusque dans
la

montagne et

il

deviul
i

invisible

•II

et

11disitarut
'

de

I

mosaïque
,

laarale hiizantinc
,

du

XI'""
.

Siècle.


Un

dessus terre

(I). »

Nicéphore
et

OuranoS

<• Annonciation au.v ri'ilés lie la jiorle de Vexnnarlhex de conservés l'église lUi-moncifitrre de Vatoiiédi au Munt Athos. {PUotograpIùe communiquée par M. G. Millet.)
. ,, t des deux yrands lublcaax n'jjresentant
'
,

,

l

son armée victorieuse

ayant dépouillé leurs innnMiliralilcs ennemis morts,

ayanl délixré

les

(1) M^ Salhas {op. cit., pp. \-l-i sipi- l't l'.Kl s(iii.l oslimc.jc lo ivpotL', ipi'il s'agit bien ici Je l'oxpùdilion bulgare Uc VJ>> Juiit parle Skylilzrs et ipii coïncide avec le rogne Ji' Basile el

Ii2

BASILE
«

//,

/.

/;

rUEVR DE HULgAhES
suite,
et
pillé
le

prisonniers

romains
ils

t>

que Samuel traînait à sa

camp ennemi où
et
ilu

retrouvèrent un énorme butin ramené de l'Allique
la

Péloponèse, reprirent allègrement
le

route de Salonique. Yaliia

dit

que

magistros rentra à

Constantinople (probablement pour y
suite

recevoir les honneurs

du triomphe), ramenant à sa
Il

douze mille
mille

soldats bulgares prisonniers.
têtes

apportait aussi,

bagage

sinistre,

de vaincus, probablement des têtes de chefs et d'officiers.
les

Cerde

tainement

douze mille captifs barbares

sous

leurs

costumes

poil de bête, siii\irent à pieil,

poudreux

et las, le cortège

triomphal du

généralissime.
Cette terrible déroute des

bords du lleuve Sperchios au pied des

antiques Thermopyles dans l'an du Seigneur 996,
le

marque véritablement

point tournant de

la

fortune de l'intrépide

Samuel.

On

a dit avec

raison que cette victoire de Nicéj)horu Uuranos qui délivra définitivement
la

Grèce propre

et le

Péloponèse de l'incessante menace de

la

conquête

bulgare, constitue un des plus notables événements de l'histoire du peuple
grec et que
le

valeureux lieutenant de Basile

11

peut passer ajuste

titre

pour un des sauveurs de l'Hellénisme.

Nous ne savons

ni

comment du fond

des montagnes de l'Epire loin-

taine le tsar bulgare fugitif regagna sa capitale d'Ochrida qui venait de

succéder à celle de Prespa

(li, ni

quelles

mesures

il

prit

pour réparer

les

conséquences de sa défaite

et

regarnir à nouveau les cadres de sa

mou-

vante armée. Les chroniqueurs byzantins se taisent sur tous ces points.

Seul Yahia, après avoir très brièvement mentionné

la

victorieuse

cam:

pagne de Nicéphore Ouranos en Thessalie
«

(2), fait le

curieux récit suivant

Et

le

Comitopoule, à

la suite

de ce grand désastre, écrivit au basileus

Basile en s'humiliant devant

lui, lui
le

promettant obéissance

et le suppliant

de

lui

accorder ses faveurs. Et

basileus était tout prêt à y consentir, mais
roi des

à ce

moment même mourut
de
II

le

Bulgares (Bomain,
du nuui

fils

du

tsar

de

« Coiistaiiliû. fils

Romain

».

Du

n'sto

aucun

l)asilous

di'

Coustaïuin
:

RonKiin

Romain Lécade Romain Romain Diogène. Mais sous le règne péne; Romain, fils d'aucun de ces princes il n'est fait mention d'une invasion bulgare en Morée. cette villo (1) Zachariie v. L. Beilrtige, etc., p. 9. Voyez ce que dit Anne Coranéne de
n'a régm- à Byzance.

y eut seulement i|uati-e basileis de Constantin VII: Romain Arcyre

du

nom

;

médiévale d'Ochrida qui avait succédé (2) Rosen. op. cit., p. :U.

à la

Lycimidus

antiijue.

W

NOVVELLE EXl'ICDlTInX DE XICEI'IIORE OUIIANO.^
l^ieiTC! et

1

souverain légitime de bulgariej

ijui était

en captivité à Conslanle

tinople. Et la nouvelle de sa

mort parvint à son esclave
et

Comitopoule
il

(Samuel) chef des Bulgares,

reprenant tout son courage,

se

fit

pro-

clamer

tsar.

Et

le

basileus Basile envoya de

nouveau

le

niagistros Nicéet

piiore faire la guerre

aux Bulgares,

et

il

passa au centre de leur pays
lui et
il

aucun d'eux n'osa

sortir
le

pour se mesurer contre
ravage
et

y demeura trois

mois, portant partout
tantinople.
»

Tincendie et puis s'en retourna à Cons-

Ce

récit contient certes des

renseignements inexacts, ce qui s'explique
la Bulgarie; ainsi

aisément par l'éloignement où se trouvait Yahia de

nous savons
se faire

fort bien

que Samuel n'avait point attendu ce moment pour
pauvre souverain légitime, Romain, ne
le

proclamer
;

tsar, car le

gênait guère

ensuite, Romain ne
le

mourut certainement point à ce moment,

puisque nous
la forteresse

retrouverons beaucoup plus tard simple gouverneur de

de Skopia au

nom de Samuel.

Mais, à part ces erreurs incon-

testables,

il

est bien probable

que ces lignes trop brèves du chroniqueur

antiochitain contiennent beaucoup de vrai. Très probablement Samuel,

d'abord accablé par

le

terrible désastre de Zitouni, avait

un moment
Très pro-

songé à se soumettre

et à cesser

une résistance devenue

inutile.

bablement

aussi, le basileus,

préoccupé des progrès des Egyptiens du côté

de la Syrie, avait accueilli avec empressement ces premières ouvertures

de son obstiné adversaire. Puis, pour une raison qui nous échappe, mais
qui ne fut certainement point la mort du jeune roi Romain, l'enragé partisan,

changeant

d'avis,

recommença

la lutte.

Alors

le basileus,

furieux

d'avoir été joué, envoya contre lui Xicéphore (Juranos avec une nouvelle

armée.
Cette seconde expédition du vainqueur de Zitouni,
si

nous devons

l'admettre

sur

la

foi

de Yahia, eut lieu dans
lui

le

cours de l'année 997.
il

D'après

les

quelques mois que

consacre l'historien syrien,

semble

([u'elle ait été

moins une véritable campagne (ju'une marche

d(''vasta-

trice

à travers

un pays presque partout abandonné par
«

ses

défen»

seurs réfugiés dans les places fortes. L'expression de

centre du pays

employée par Yahia parait indi(juer que Nicéphore Ouranos, ayant pénétré celte fois

en territoire ennemi par(|ueliTue <lérdé duBalkan occidental,

r

14*

n.ifilLF:

II,

LE TUEUR DE HULGARES
l'I).

se serait avancé au
cette

moins jusqu'à Sofia

Pas plus que

les

précédentes,

campagne de 097 ne

fut déllnilive. Elle n'eut

même

pas de résultat

appréciable pour l'issue delà lutte bulgare qui durait depuis tant d'années
déjà.
J'ai dit

que
et

les

chroniqueurs byzantins, après avoir raconté
fils

la fuite

de Samuel

de son

grièvement blessés sur

le

champ

de bataille de

Zitouni, ne disent rien de ce qui se passa

immédiatement après entre
nous rapporter un incident
ilont

vainqueurs

et

vaincus.

Ils

se contentent de

romanesque, d'ordre quelque peu secondaire,

voici le

rticit

d'après

^^^É^
^^^rij^^^^^atpi^ J^^ 'Em^T
a^—:.

~''
;

•^i'"''

-^


byzantin

:î|r^::^3t:^':
VUE DE DVUAZZO on DVRHACllION, fa/iitalc da
lln:ine
ite

ce

nom, sur

l'Adri^itii/ae.

^l'hotograpliif comniani'iw'-^

par M. Deyraml.)

Skviilzès (2): Samuel, avant réussi à fuir dans son pays, une fois de retour

diinna

la libi'rté

à son ]irisonnier le prince
et le

Asclmd.

tlls

du matiistros Gré-

goiii' (Ir

Darùn

maria à sa
fille,

liile.

Ce noble jeune Arménien étant de
si

fort l)elle

mine, cette

folle

d'amour, menaça de se tuer

on ne

l'unissait à lui.

Avant célébré

leurs noces,

Samuel

les

envoya tous deux à

Dvrrachion sur l'Adriatique
forle.

et confia à

Aschod

la

garde de cette place

Mais

le

jeune seigneur, à peine arrivé dans son nouveau
avec sa

comman-

diiihiil, iracconl

femme
flotte

rpi'il

avait réussi à convaincre, se réfugia

sur un des bàliments de la

impériale qui naviguait en ces parages
et

pour
nnpli'.

la

défense

de

la

frontière,
fit

réussit ainsi

à gagner Constanticou|ile
fugitif.

Le basih'us
On
s.iit

IJasile

le

meilleur accueil au

Le

(1'

que

lo

nom

bulcaro de

Sofia

à celte ipoiiiie était Slredetz

qui signifie

« ceolre ».
(2)

Cédrénus, H,

p. 451.

DyHRAcinoy fait retour a
])riiict'
la

l'

empire
(1) et

us
sa

arménien à
(lu

l'cfial

de son jure lut créé niagistros

femme,

lille

t>ar

iml^are, fui élevée au raiig de ilanie du Palais parmi les

ziis/ai

ou jiatriciennes à ceinture. Ascliod avait apiiorté au basileus des
d'un
ccrlaiii

lettres

dynaste (dirysélios, de Dyrrachion, probablement
jiays dlllyrie
ville. I*ar

quelque magnat de ce
le

auquel

il

avait confié, en s'en allant,

gouvernement de sa

ces lettres, ce Chrysélios offrait à Basile

MlNIAIUllE du
/(asiV<; //.
.U.

i-flirhrc

Mciiulugiuii
ilicliel

'Je

lu

JJtblU'iiie'iav

\

L'archanije

triomphant des démons.

aUcane, exécuté [j'jnr i:: h,i.iilcas {Pliotoyrapliie communitinéc par

G. Millrt.)

de lui livrer Dyrrachion pourvu qu on
fds. Basile se hcàta

le

nommât
;

palrice avec ses

deux

d'envoyer une réponse favorable
tète

puis

le

patrice Eusta-

thios
\iiil

Daphnomélès, probablementà la
piriidrr li\raiMiii de
la

de quelques vaisseaux de guerre,

\ille

illyrieiine.
i\\>

A

son arrivée, cet

officier

trouva (llirvsélios mort, mais

les

deux
Ils

de

l'elui-ci

demeurèrent

fulèles

aux engagements

|)ris

par leur père.

furent

nommés

patrices(2)et Dyrra-

chion. occupée depuis des années par les Bulgares, redevint cité byzantine.

(1)
(2)

Sur les l)aroiiiles à Cmistantinople, voyez Glrœrer, III, pp. 383 sqq. Voyez dan? COdréniis, t. III, p. 872, les notes de Xylander et de Goarà ce

sujel.
lit

lie

BASriE
Cette histoire

II.

LE TUEUR DE BULGARES
laisse pas

d'amour si lirièvement racontée, no

que d'être
la forte-

fort intéressante,

surtout à cause de la reprise par les Grecs de

resse de Dyrrachion, clef de la nier Adriatique, qui en fut la suite. C'est

bien encore une de ces odyssées étranges
oriental
fille

si

fréquentes au

Moyen âge
le

que

celle

de cette princesse dont nous ignorons

même

nom,

d'un tsar barbare, que l'amour décide à quitter furtivement le royaume

paternel pour venir échouer au Palais Sacré où elle sera fière de grossir
l'infini

catalogue des dames de la cour impériale,

filles

d'honneur de l'im-

pératrice,

femme de

Constantin, compagnes de réclusion et de plaisirs
filles.

des princesses Zoé et Théodora ses

Hélas! nous ne savons plus rien
si

de

la

jeune tsaritsa
griffes

ni

de son séduisant époux, échappé de

galante

manière aux

d'un sauvage beau-père. Leurs aventures, qui ne
être

nous sont connues que par leurs tendres amours, semblent
pour toujours dans
Il

tombées

la nuit

de

l'histoire.

est

curieux d'apprendro
faisait à ce

encore par ce court
partie

récit

que

même

Dyrrachion

moment

du royaume de Samuel.

C'est au

milieu du silence désolant des chroniqueurs contemporains une preuve

frappante de l'immense développement atteint

si

rapidement par cette
les

monarchie improvisée grâce aux malheurs de l'empire paralysé par

guerres civiles, grâce surtout à l'énergie, à l'activité extraordinaires de
l'audacieux Samuel. Très probablement cette conquête par les Bulgares

de

la

ville

(le

Dyrrachion, capitale du thème maritime de ce nom, avait

eu lieu en

même
tsar

temps que

celle

de beaucoup d'autres places fortes

byzantines de la côte épirote et

illyrienne lors de la première grande

campagne du

Samuel vers

le

sud en 986, alors que

les

bandes bul-

gares s'étaient une première fois avancées jusqu'à l'Isthme do Corinthe.

L'ancienne Epidamnos, devenue

la

Dyrrachium romaine, puis

la

Dyr-

rachion liy/aiilinc a\aiil de devenir laDurazzo du
(''pni|iic

Moyen

âge, était àcette
lo rivag(!

de

la tin

du

x" siècle la plus forte j)lace de

rempiro sur

de l'Adriatique, capitale du petit thème du

même nom.

Jadis elle avait été

une des deux
la

têtes

de route de la célèbre Voie Egnatienne qui traversait

Macédoine. Bâtie sur une haute péninsule rocheuse, munie d'un port

excellent pour l'époque, elle occupait

un espace considérable dont

l'en-

ceinte

byzantine,

bâtie

de briques, debout encore aujourd'hui,

peut

DYHRACIllON FAIT RETOUR A L'EMPIRE
faire apprécier l'importance.

147

La rentrée des

forces impériales dans cette

place de premier ordre, probablement suivie de la conquête des petites
cités

maritimes environnantes, constituait un

grand

succès pour
trouvait
lieu

hi

cause du basileus. La monarchie du tsar Samuel se
revers,

prise

à

menacée sur

ses derrières. Cet

événement dut avoir

aux envi-

rons de l'an 1000.
la

Nous en trouvons un écho précieux, peut-être même
les

date précise
elles,

dans
effet,

Chroniques italiennes contemporaines.
IOO-t,

Deux
:

(i'ciilre
*

en

à l'année

portent cette brève
le

mention

Dyrrachion retombe au pouvoir de l'empereur par
». (1)

moyen de

'l'Iiéoiils

dore

Théodore

était

certainement

le

nom

d'un des deux
la côte

du

dynaste Chrysélios. Ces événements considérables de
et

d'Albanie
la

d'Epire eurent, on

le

comprend, un grand retentissement jusque sur

rive opposée de l'Adriatique.

La
Samuel,

perte de
qu'il

Dyrrachion
le

était d'autant

plus douloureuse au tsar

pouvait

mieux

surveiller de ce point le

royaume

voisin

de Serbie, devenu son tributaire à la suite d'une guerre heureuse entreprise par lui contre le roi Vladimir.

Samuel

avait gardé ce prince quelque
iille

temps prisonnier. Puis, l'ayant marié à une
avait

chazare à laquelle
il

il

donné en dot de vastes domaines en Albanie,

l'avait replacé sur le

trône de Serbie en qualité de vassal de sa couronne

(2).

Presque à
nous verrons
Venise
le

la

même

époque, c'est-à-dire dans

le

courant de l'année 998,
le

le

basileus Basile remettre à son vassal
et la

duc ou doge de

gouvernement

défense du thème de Dalmatie voisin de

celui de

Dyrrachion, trop éloigné toutefois du centre de l'empire pour
le

que
les

les

troupes byzantines fussent en état de
roi

protéger utilement contre

empiétements du

de Croatie.

Skylitzès place encore à cette

même

période du conllit gréco-bulqu'il

gare

(3)

les

aventures de quelques hauts personnages byzantins
si

raconte

dans son style d'une
dit-il,
le

extraordinaire brièveté
(4),

:

«

Dans

ce

même
(1)

temps,

magistros Paul Bôbos

un
«
lOfl.'i

dtis

nolaljlcs

de

Annales liarcnses
Voy. Kokkoiii, op.
Cédréiius, H,
«

l't

Chronique du prolospalhiiirc Lupus:
» CLHln''iiiis, II,

lii'diil

Purachiiim

In

manus imperatoris per Theodarem.
(2)
(.S)

cit., p.

U:i;

702, 710; Zoiiaras, liv. XVII, cliap, viii.

iril: «

t'jOtm

tm
»

-/pAvra

i>.

(4)

Le bègue

»

nu

« le

luuel

ou micdre

«

le

Ijoileux ».

148

BAUtLE
L'I

II,

LE TUEUR DE BULGARES
Jran Malakinos, célèbre par sa haute
|i;isse

Saluiiiquf,

le

jirolospatliMirr
([iii

sagesse

cl

sa vive éloquence,

pour l'ancèlre de

toiis les

Mélis-

sènes, cette grande famille flarchiintes terriens en Messénie et en l'hocide,

dénoncés au basileus

comme
le

étant secrètement favorables à
la plaine

la

cause bulgare, furent déportés,
Thracésiens,
le

premier dans

du thème des

second

à

Constantinople. Pareillement d'autres personà

nages haut placés exei'çant

Andrinople des fonctions importantes, vou-

MINLATURE BYZANTINE
Bihliotli'-ijw

d'un manascrit d'Opiden des A'»"' ou A7"«' Siècles consente à la L'Amour et les Dieax de l'Olympe. de Saint-Marc, à Venise. [Photographie commaniijuée par M. G. Millet,

i

tant éviterunsort semblable, qu'ils
ter,

avaientde bonnes raisons pour redou-

réussirent à fuir auprès

du

tsar

Samuel. Ce furent Vatatzès avec tous
fît

les siens et Basile

Glavas seul. Le basileus, par vengeance,
le

emprison-

ner
quoi

le
il

lils

de ce dernier et
(I).

l'dint trois ans entiers

en prison, après

le

relâcha

(1)

Lu Vie de saint

Nik<iii

Métanuite (Murlène

et

Durand, Amiiliss. Cuil., V],

p. 2ijH)

l'ail,

verra plus loin, allusion, à la date de l'an 1O09, à cette aventure de Jean Malakinos qu'elle désigne comme l'un des plus importants et nobles personnages, non seulement de

on

le

Lacédémone.mais du Péloponèse et de toute la Grèce. J'estime qu'il faut plutôt en croire Skylitzès. En IUU9, Ic'S all'aires du tsar Samuel étaient déjà en trop mauvais état pour que les archontes

SYMI'MIIIES llULCAIiEs DANS
Ces incidents
si

L'

EM l'I

It F.

149

briévcrncnl racontes,

ijiic

nous devinons

[iliitiM

«[ne

nous ne
sur
la

les

comprenons, nous (luvrcnt ce]iendant des perspectives
de cette interniinalilr lutlc. l'uisiiue de
si

inlinies

^raviti'

grands ])erson-

nasjes de l'empire, des archontes provinciaux, de hauts fonctionnaires de

deux des premières
bout
j)ar la partialité

cités des

thèmes d'Europe, probablement poussés
les classes

à

du basileus envers

pauvres aux dépens de

;V:Aj(riînoi.ïn» ;-iM.ûJ).wXl-£f

J'J'^iLii

AM^«n Ai-

MINIATUHE BYZANTINE

d'an manascrit
^[.
(~i.

d'Oiijiitn des

à la Blhliottirijiie de Saint-Marc, à Venise.

.V"" ou XI"" Siècles cunsené Procession nuptiale. Scène de haras.

{Photoijraphîe rnniniiinifinée par

Millet.)

celle des

grands propriétaires, faisaient uuvertement des
la

vœux pour

le

triomphe du tsar bulgare, c'est-à-dire pour
chute
<le la

ruine de l'empire

et la

dynastie macédonienne, c'est que les chances de Samuel deà ce

vaient encore

moment semider

bien si'rieuses et que la désall'ection
i'(

des Bvzantins pour leur famille sinixcraino était çà
byzantins
(lé

là di'jà

fnr(

gcande.

Siilonique el ilAn'lrinoiilr piissunt encore tmiiver .ivunUigi' ù
final.

lui rti'e l'uvuralilpset

surtout avoir confiance en son succès

L'historien allemand K.

llopl',

d'autres encore, ont
le

confondu
dont
il

i\

tort ce
si

a été

Jean Malakinos de Salonicjue avec Léon Mélissénos, souvent question dans celle histoire.

général de

liasile

150

BASILE

II,

LE TUEUR DE BULGARES
savons sur
les

Je viens de résumer exactement tout ce que nous

événements de

la

guerre de Bulgarie depuis

le

retour de l'empereur de son

expédition de Syrie dans l'hiver de 995 à 996 jusqu'à son départ pour sa

seconde campagne dans cette contrée au printemps de 999, c'est-à-dire

durant

trois

années. Durant cette période,
le

il

ne semble pas que

le

basi-

leus aitquitté Constantinople pour

théâtre de la guerre. Mais ce n'est

qu'une présomption.

En

réalité

nous ne savons rien. Probablement Nicéles

phore Ouranos commanda en chef durant tout ce temps
byzantines opérant en Bulgarie.

troupes

Passons au

récit

de la seconde campagne de Basile en Asie en l'an 999.
l)ien

Nous sommes encore moins
dente de l'année 995.

renseignés sur celle-ci que sur

la j>récé-

En dehors

de quelques indications bien vagues dans
le

Kémal ed-Dîn
parmi

et

d'une simple mention dans Al-Aïni, Yahia est

seul

les historiens

orientaux à nous en parler avec quelque détail. Ce
s'expliquer par cette circonstance que ces

silence extraordinaire peut

chroniqueurs ont confondu en une seule ces deux campagnes très rapprochées. Ainsi Ibn Dhafer et aussi Abou'l-Mahaçen ontatiribué à la première
le

siège par les impériaux des places de Ghaizar et de Iloms alors

que ces
ils

faits

appartiennent à l'expédition de

!>99.

Quant aux Byzantins,

ne

soufflent

mot de

cette dernière. Açogh'ig, l'historien

arménien, en parle

brièvement.
Ceci
dit,

voici le récit, hélas, bien court que fait
les

Yahia de

cette

seconde

campagne. J'y joins

quelques détails fournis par Kémal ed-Dîn.
le

Le but principal de Basile dans celte nouvelle marche vers
était

sud

de relever en Syrie
le

le

prestige des

armes chrétiennes gravement
à

compromis par

désastre du duc

Damien Dalassénos

Apamée. L'ar-

mée

impériale ne déboucha au delà du Taurus que fort tard dans l'année.
elle se

Le 20 septembre,

trouvait à Djisrel-lladid, pont sur l'Oronte à trois

heures d'Antiochc. Elle traversa ensuite cette plaine sinistre d'Apamée où
gisaient toujours épars les ossements blanchis des soldats de Dalassénos,

couvrant au loin

les sables

du

désert. Cette

vue lamentable impressionna

vivement

le

basileus et ses troupes qui gémirent à l'aspect de ces tristes
fit

dépouilles. Basile, pleurant ses guerriers morts,

réunir leurs ossements

PRISE DE CIIAIZAR
diuis
cr(''.

151

une vaste

fosse.

Les prêtres bénirent en sa présence ce
celui-ci
il

lieu

consa(1).

Sur l'emplacement de

onlonna

«l'élever

une chapelle

Un

mois s'écoula dont nous

ij^^uorons l'emploi.
cité

Puis les véritables
fut

opérations commencèrent.

La première

musulmane attaquée

Chaizar, la Césarée des Romains.

Les Grecs coupèrent l'aqueduc qui fournissait l'eau aux habitants
engagèrent
la lutte le
le

et
(2)

28 octobre. Le gouverneur égyptien

était

Ilamlàn

Ibn Karàdis,
de
la

même

probablement qui commandait en
(3).

cette ville lors

première expédition de Basile
Il

Le
le

basileus, cette fois, tenta de

l'acheter.

s'y refusa
le

noblement. Mais,
offrit

siège se prolongeant, l'eau vint

à manquer. Alors
soldats

chef égyptien

de se rendre à condition que ses
lui,

mahgrébiens sortiraient librement avec

que

les habitants

au-

raient la vie sauve et conserveraient leurs biens, et que lui n'aurait pas à
se prosterner devant le basileus (4). Basile accepta ces propositions et en

témoignage de sa
C'était l'habitude

foi

jurée envoya sa croix d'or au

chef musulman.

quand on voulait affirmer par serment son consentement
le

à

un

traité

ou une capitulation. En 1031,

basileus
qu'il

Romain Argyre,
venait de confidélité k la foi

congédiant l'ambassadeur furk après l'armistice
clure avec le
fils

de Sultan Xasr,

lui

remit en signe de

jurée sa croix d'or

gemmée.
sortit

Hamlàn Ibn Karàdis
guerriers.
le

donc de Chaizar

la tête

haute avec ses

Beaucoup d'habitants partirent avec
Ils

lui, se

refusant à accepter
puis à Balbek.

joug chrétien.

suivirent

le

chef égyptien à

Hamah,

Basile fidèle à sa politique conslante, remplaça ces fugitifs par des colons

arméniens dont

il

repeupla

la ville.
la

Ce
visite

fut à

Chaizar que l'empereur, au dire de Kémal ed-Din, reçut

du jeune émir d'Alep son vassal, qui avait quitte sa capitale pour

le

saluer. Malgré l'attitude très louche d'Abou'l-Fadhaïl lors des
alVaires

récentes

d'Apamée, Basile, qui tenait à ne pas
idL'ntiiiuos.

le jeter

dans

les

bras des Égyp-

(1)

Avogh'ig donne des dilails

(2) (3)

Ou

ll-1-niùn.
!):i

Voy. p.

et

Rosen, op. cit., noie

iliO. Ibii
fils

Mahaçen par contre l'appelle Mansour, seul et raCme personnage.
(4)

llhaf.T le cite alors déjà sous ce nom. Abou'lde Karàdis. C'est bien prohableniont toujours un

Littéralement

:

«

à mettre son pied sur

le

lapis

du basileus

».

Voy. Kosen,

op.

fil.,

note

2r,8.

132

BASILE
lui
fit

II.

LE TUEUR DE BULGARES
1!

tiens,

lo

moilleui- accueil cl ii'iilnuia iriiomieur.- princiers.
et

lui

accorda l'invesliture sûlennillr il'Alep
((

de son

territoire,

lui

disant

(|iril

lui

en

faisait

don

», el lui lit tle

numhreuv

présents, parmi lesquels
petit gobelet d'or
le

le

chi'iiniqneur oriental note

uniquement un précieux

qui semble avoir été aussi remarquable que remarqué. Basile
l'émir en lui disant
:

remit à

«

Rois dedans.
le

•>>

Abou'l-Fadbaïl,
verra,

petit-fils

du grand Self Eddauleh,
cette scène,

devait,

on

le

mourir un peu plus de deux ans après
lft02, tout

dans

la nuit
les

du

samedi H janvier
par une de
Celui-ci
lui

jeune encore, empoisonné, suivant
autres, par
sa

uns,

ses concubines, suivant les
fait

ordre de Loulou.

aurait

empoisonner en

même temps

propre

fille,

ijn'il

avait

donnée

poiu'

femme.
l'armée impériale, recueillant à chaque pas

En

quittant Cbaizar,

d'innombrables captifs,
Alii-Koubeiss
Burkliardt
(1;

alla,

dans

la direction

de l'ouest, prendre Hisnle

très fort

château du Liban. C'est

Kala't

Kebeys de

(2).

Ce

fut ensuite le tour de Ilisn-Massiad,
est

au pied

même

de

l'escarpe de la

montagne des Ansariès, qui

presque à pic de ce côté.
si

C'est cette

même

forteresse qui devait acquérir

une

grande célébrité au

temps des Croisades

comme

la capitale

du mystérieux chef des Assassins.

Ses ruines colossales sont encore debout aujourd'hui. Les impériaux, après
avoir saccagé ces deux places fortes sarrasines, allèrent brûler Rafeniyab

dont on

emmena

tous les

habitants.

Toujours brûlant, détruisant,
([ui

capturant des prisonniers, l'armée parut enfin de\anl Homs,

était

Emèse.
C'était
liieu
la

vinyliénir fuis depuis les jours
si

ilu

l'drjdiyrogénète

que

cette

cité

infortunée,

malheureusement

située

dans

cette

zone

inliTmédiaire sans cesse disputée entre les deux partis, se voyait attaquée

par

les soldats

de

Roum
Ils s'y

ou ceux de l'Islam. Les habitants,

dit

Yahia. se

fortifièrent

dans l'ancienne basilique chrétienne de Constantin transforcroyaient en sûreté tant les vastes murailles de
étaient massives.
solilats, les

mée en mosquée.
ce noble
le
el

magnifique

édifice

Mais Basile avait remis
terribles

soin de les forcer à ses meilleurs
Kémal ed-Dyn
Weyiiiar,
182;),

Russes qui se

(1)

dit

<

Ouadi

Ilainiii ».

(2)

note 138.

PRISE ET PILLAGE DE
tnimaiont dans son armée, cerfainruicnt
(le

IlOMfi

153

uni' inirliim

dr ce

l'aniciix

corps

six mille

varangiens qui

si/rvail le iiasileus

depuis

l'époipii'

du mariage

de

leur

grand-priiicf

Vladimir

umc
le

la
l'eu

porphyrogénète
à l'édifice et
les

Anne. Ces
malheureux

hommes
gique.

de

fer réussirent à

nidlii'

Sarrasins d'Emèse durent se rendre à merci. Ce dut être une scène tra-

On emporta

jusqu'au plomb

et

au cuivre qui avaient servi à

la

O"érw^ O • K<X*'!^» 6>i4

I-'

6

KOO ^ o tricaj. it^^a^ alé-CD c <i/-jy p U'ô^v «'[œ :

Bufile

II.

L'Anije
.V.
<l.

annonrant à Zacluirie
Millet.)

la naissance

da Prodronxf.

— (Photographie com-

miiniiiuéi-

par

construction et à rornemenl de

l'église.

Ce simple

détail

moiilre ce

qu'élaient ces expéditions de Rouni en terre
razzias de pillage oii
vail des

musulmane, de formidables
le

on ne

laissait

en arrière ni un captif bon pour

tra-

champs ou

le

service militaire, ni un enfant ou une jeune
ni

fille

de

bonne santé pour

le

recrutement du gynécée,
tuile

une gerbe de

blé, ni

un

tuyau de plomb, ni une

de bronze, ni une outre d'huile ou de vin.
le

Après

le

passage d'un semblable fléau,
Il

pays envahi demeurait vide,
s'en aller

incapable de nourrir ses habitants.
famine.

fallait

ou

jierir

par

la

20

134

BASILE

II.

LE TUEUR DE BULGARES
cette infortunée

Souvenons-nous que dans certaines contrées, dans

Haute-Syrie notamment, ces catastrophes se renouvelaient paribis tous
les

deux ou

trois ans, parfois plus

souvent encore.
jilus

De Homs l'armée poussant toujours
les sables le ville

au sud s'avança
était à cette

à travers

long de l'Oronte jusqu'à Balbek qui

époque une
l'an

bédouine d'une certaine importance. Des fantassins russes de

mille,

admirant

le

temple du

Suleil à Balbek!

Ouelle étrangeté! Delà,

au

lieu de s'en aller attaquer cette riche et

populeuse Damas, qui semble
épouvantail pour les

avoir été presque constamment de loin

comme un

capitaines byzantins en expédition dans le Sud, le basileus retourna sur
ses pas

pour marcher à travers

le

Liban, suivant une coutume qui semble

avoir été invariablement suivie à cette époque dans chacune de ces expéditions impériales, vers les villes de
la

côte phénicienne. Probablement
effet,

Damas
et

était cette fois

encore trop bien gardée. Sitôt, en

que Basile

son armée étaient apparus en deçà des monts, le gouverneur égyptien de

Syrie, en résidence dans cette ville, Djeïch Ibn
à la défensive par le

Samsam, réduit apparemment
message

peu de forces dont

il

disposait, avait expédié

sur message au jeune Khalife au Kaire pour réclamer des secours en

hommes, en armes, en

argent.

11

décrivait avec émotion

le cliilTre

formi-

dable des troupes du basileus, leurs exploits,

la terreur universelle inspirée

par ces terribles guerriers du Nord aux populations éperdues qui de toutes
parts fuyaient devant eux. Ses plaintes éloquentes avaient été écoutées. On
lui avait

expédié en hâte du Kaire tout ce qu'il demandait, troupes et sublettres officielles avaient été adressées à tous les
le

sides.

Des

gouverneurs

égvptiens des villes de Syrie leur enjoignant de

rejoindre immédiate-

ment avec

leurs contingents.

Tous avaient

obéi,

si

bien qu'une forte armée
«

musulmane

se trouva subitement

réunie à

Damas

telle,

dit

Yahia,

historien contemporain, qu'on n'en avait encore jamais vu de pareille en
Syrie.
»

Ce

fut

ce

grand armement qui détourna probablement

cette fois

encore Basile de marcher sur
capitale

Damas

et

de porter par la prise de cette

un coup

décisif à la puissance des Fatimites d'Afrique

en Syrie.

D'ailleurs Djeïch Ibn
se contenta

Samsam, bien qu'à

la tête

de ces forces considérables,

de mettre par sa présence à

Damas une borne aux progrès des

COMBATS DEVANT TRIPOLI
Byzantins de ce côté.
s'être
II

135

semble, un

cil'et,

n'avoir pas qnilté cette ville

et

maintenu sur

la

plus stricte défensive durant tout le temps que

l'armée impériale séjourna en Syrie.

Nos renseignements sur

ces

campagnes

si

curieuses de Basile en plein
répéter, infiniment rares.
(1),

pays de ranti(juité sont, je ne puis cesser de

le

Ceux fournis par

les

Byzantins, par Zonaras en particulier

sont insi-

gnifiants. Jusqu'à la publication

parle baron V. de Rosen des extraits du

chroniqueur contemporain Yahia, on ne savait pour ainsi dire rien de
ces

grands événements.

Cet historien nous a

fourni enfin quelques

indications bien précieuses, surtout quelques dates précises.

Mais quel

vide encore et que de lacunes à combler! Tout ce que nous savons sur la
lin

de cette campagne de l'an 999 tient en quelques lignes

!

En

atteignant la côte phénicienne, l'armée, remontant vers

le

nord,

prit sur sa

haute colline

la forte place

d'Arca, l'antique Césarée du Liban,

patrie d'Alexandre Sévère. Cette ville fut brûlée et son château démoli.

Le

6

décembre on

se retrouva plus au sud

devant Tripoli, cette place

tant de fois attaquée par les troupes chrétiennes, qu'elles ne parvenaient

jamais à prendre.
talla

Il

devait en être

ainsi cette fois encore.
Il

Basile s'ins-

pourtant
et

comme pour un

siège en règle.

entoura son camp d'un
la ville.

vaste fossé

fit

couper l'aqueduc qui amenait l'eau à

Deux

«

clie-

landia» de sa

fiotte lui apportèrentdes vivres et des fourrages en quantité.
le
'.(

Le troisième
assaut
(jui

jour,

décembre,

les

Grecs tentèrent contre

le

château un

semble avoir complètement échoué. Entre temps, des corps
le territoire

détachés étaient allés ravager

des villes voisines, Beyrouth et

Djebaïl, jadis Béryte et Byblos,

qui tenaient garnison

égyptienne.

encore on
les
«

fit

par surprise de très
»

nombreux

prisonniers.

On

en chargea

chelandia

qui s'en allèrent débarquer ce bétail
l'empire
:

humain dans quelque
à

marché d'esclaves de
tantino[)le. C'était

à

Smyrne, à Salonique ou
profils

Cons-

un des plus

clairs

de ces expéditions brutales.
les galères
i'urls.

(]cs iiil'nrliinés, ainsi

arrachés à leur terre natale, empilés sur

du basileus,
jour
n'(''lail

('laient choisis
|iIms

parmi

les

jilus

jeunes

et les

plus

Le

loin dû, incorjjorés à leur tour

dans

les bataillons iinpi'-

(1) Èil.

Iliiidurf. p.

m.

136

BASILE

II.

LE TUEUR DE BULGARES
ilc

riaux, ayant jiurdii

jii<(ju';i

la iiolioii

leur pairie [ireniiri'e,

ils

iraient

eux aussi avec résignation, souvent avec enthousiasme,
des luttes lointaines pour
basileus aimé de Dieu.
le jilus

se faire tuer

dans

grand

liien

de

l'eniiiire

de Rouni et du

Le mardi
les

IH

décembre

il

y eut de nouveau cumbat entre les Grecs et
l'nis le
»

gens de Tripoli qui eurent encore une

dessus.

«

Basile, dit

Yahia, eut de noml)reux soldats tués ou blessés.

L'échec semble

même

^l.fcHf/<TàM/i+M.ol/p'yt'w.o-4-J<àurfTi^X«»-»^T°

I<.aurTT«_p

-\

MINIATURE du
Basile
II.

célcbrc

Menologion de

la Bibliothèque Vaticane exécaté

poar

le

basileas

— Rencontre de Joachim et d'Anne à la

Porte Dorée.

— (Photographie communiijaée

par

.V.

G. Millet.)

avoir été sérieux, car dès

le

samedi suivant, dix-se|>lième jour de défois

cembre, l'armée chrétienne, abandonnant une

de plus

le

siège de cette

imprenable

petite cité, rejirit jiar Lalakieli le

chemin d'Aiilioche emme-

nant des milliers de captifs et de nombreux otages.
«

La duiée du séjour de Basile dans

les terres

de l'Islam, dit Yahia, à

partir de son arrivée à r)jisr el-IIadid jusqu'à sa retraite de Tripoli fut

de trois mois moins

un jour (1).

»

Les chiffres donnés par Açogh'ig sont un

peu

dilTé'renls.

»

Basile, dit l'annaliste armi'-nien, enira en Syrie le jour

(Il Voy. Hosen, op. cit., la note 277, par laquelle cot auteur corrige une e[-reur matérielle de Valiia qui avait éerit deux mois on place de trois.

MAT uni-', HYZAN'riSE d'un des jilas som/i(a«ii.i- manuscrits hyz'inlins du .\'"i- Siècle de la Biblicilhcijuc Nationale. Psautier ayant sans dont': apijartcna à la Bihliothéipie des Empereurs d'Orient. David gardant ses troiipeaa.\\
Ml.

(le la fête

de l'Exallation de

la

Croix,

le

I

i

septembre de

l'an !)'.I8(1).

Il

en

sortit le

jour de rKpiphanie, sixième
la

jinir

du mois de janvier de

l'an

999.»

D'après ce dernier calcul,

durée du séjour de Basile en pays d'Islam

lixunt celle (Il Açoifiri^', bien qufi contemporain de ces événements, a fait erreur on seconde expédition de liusile en Syrie à l'année 908. 11 est préférable d'admettre la date de 999 donnée par Valiia, auteur également contemporain, i|ui iHait venu se fixer à AntiochemOme dès l'année 'lU:) de l'Hégire, c'est-à-dire en loli ou Kll.i, quinze années seulenienta|irès ces événements. .'V(;of,'irig, au contraire, a vécu fort loin de ces contrées, à l'autre extrémité de l'.Xsie

138

BASILE

II,

LE TUEUR DE BULGARES
a-l-il

aurait donc été de trois mois et trois semaines. Peut-être Açogh'ig

compris dans

le chiffre total la

durée du séjour à Antioche.
l'an

Ce séjour

à

Antioche au mois de janvier de
y

1000 fut certainel'in-

ment de
fortuné

très courte durée. Basile

nomma

duc en remplacement de

Damien Dalassénos

le

magistros Xicéphore Ouranos, son ancien

ambassadeur à Bagdad
Celui-ci

lors de la fuite de

Bardas Skléros auprès du Khalife.
à Salonicjue d'où
il

commandait à
la

ce

moment, on

le sait,

dirigeait

en chef

guerre de Bulgarie. C'était un des meilleurs lieutenants du

basileus et nous avons rencontré son

nom

à plus d'une page déjà de ce

règne belliqueux.

11

venait de se couvrir de gloire en battant cruellement

l'armée bulgare àZitouni de Thessalie(l). Depuis, dans une seconde cam-

pagne,

il

avait parcouru en tous sens la terre

ennemie sans rencontrer de

résistance.

Ceci

fait, le

basileus, franchissant

l'Amanus dans
fort à ce

les

premiers jours
les

de cet étrange an 1000 qui troublait

si

moment

âmes mysti-

ques

et craintives d'Occident, vint

avec toute son armée prendre ses can-

tonnements d'hiver dans

les plaines

herbeuses de

Cilicie,

sur les riches
le

territoires de ces villes de Massissa et de

Tarsous jadis reconquises par

glorieux Nicéphore.

Lui-même

fixa

probablement sa résidence dans

la

seconde de ces

cités.

Nous ne savons

rien de ce séjour qui semble s'être
la

prolongé plusieurs mois. Probablement Basile avait l'intention dès
belle saison de retourner en Syrie, surtout

de marcher sur Damas, d'ex-

pulser définitivement de toute cette région, but de ses constants efforts,
les

troupes

et les

gouverneurs du Khalife d'Egypte. Mais d'autres préoc-

Mineure. Il devait être par conséquent beaucoup moins bien renseigné. Voy. Rosen, op. cit., note 27";. .\çogh'ig est du reste particulièrement mal informé sur cette seconde expédition de Basile en Syrie et en Phénicie qu'il place par erreur a/)rès l'expédition de l'an lOOOenlbérie alors qu'elle eut lieu immédiatement uvant. Sur cette seconde expédition il donne ce seul renseignement intéressant que de nombreux archontes u'éorgiens l'aisaient partie de la suite impériale en Syrie. Il cite parmi eux les trois illustres frères Pakourian, Pbebdatos et Pliersos, tous trois patrices. lui parlant de Basile, il les nomme les primats de son nouveau pays d'ibérie. Ce n'est pas tout à fait exact puisijue Basile ne recueillit que l'année suivante l'héritage du curopalate Davitli. L'erreur vient de ce qu'Açogh'ig a, ainsi que je viens de le dire, interverti l'ordre des deux campagnes de Syrie et de Géorgie. Pakourian et ses Iréres faisaient probablement partie d'un corps auxiliaire géorgien envoyé à l'année impériale par le vieux curopalate qui était encore en vie à ce moment. Mathieu d'Kdesse qui cite ces trois frères dans Skylitzès les guerres contre des voisins umsulmans les nomme Vatché, Déotad et Ph'ers. iCédrénus, II, 441) les cite également comun' ayant passé au service de Basile. \oy. p. :t2.

(1)

Voy. pp.

l:i6

sqq.

MOliT DU CUROPAI.ATE DAVITH LE
cupatioiis viiirenl
ailleurs.
ici

GRAND

139

l'as^iaillir

qui devaicnl

le

forcer à ilirigor ses pas

Davith

le

Grand, Tavith, suivant
fils

la

prononciation d'Ibérie, grand

ciiropalate de la cour byzantine,
pelil-fils

d'Adarnasé ('gaiement curopalate,
II,

du

roi

Sempad

curopalate, arrière-petit-fils du roi Adarnasé

roi

ou prince

d'Ibérie,

ou plus exactement du Daik'h(l), aujourd'hui pays

d'Aklialtsikhé, une des quinze provinces de la grande Arménie, aussi

nommée

la

Haute-Géorgie, province arméno-géorgienne sur
et

le

haut cours

du Tchorock, seigneur aussi du pays d'Apahounik'

de beaucoup

d'autres lieux, le plus puissant des princes d'Arménie ou de Géorgie, en

un mot de toute
dans sa
cit(''

la

région du Caucase à cette époque, avait péri assassiné
* le

de Daik'h,

jour de
l'ère

la fête

vivificatrice de
(2) »

Pâques
le

»

de

l'an 10(M(, lu 31

mars d'après

arménienne

«et tout

Daik'h,

dit l'historien national

Arisdaguès de Lasdiverd, avait été par cet événe».

ment plongé dans

la

désolation

Cette souveraineté

du Daik'h

était située

au nord-est de
et

la

Haute ou

Grande Arménie, au nord de la province d'Ararat
séparée de
qui formait
la
le

du

district de Basian, l'ibérie

mer Noire par
pays des Lazes

cette portion de la Colchide et de
et le petit

royaume de Gourie ou Géorgie
(3),

proprement
sa

dite.

Davith
rôle

le

Curopolate, nous l'avons vu
les affaires

avait jusqu'à

mort joué un
l'ibérie (4).
le
Il

prépondérant dans

de l'Arménie

comme

de

avait été l'arbitre de cette dernière contrée et en avait été

toute sa vie

plus puissant dynaste. C'est grâce à son influence prépondési

rante que les Ibères ou Géorgiens avaient pris une part
affaires intérieures

grande aux

de l'empire grec dans
les basileis.

cette tin

du

x" siècle, portant les

armes pour ou contre

Longtemps Davith
tendants leurs

avait hésité entre les jeunes empereurs et les pré-

adversaires. Ses exploits sont
Il

demeurés célèbres dans

les

fastes de sa patrie.

avait surtout joué

le

plus grand rôle dans les terri-

Hist.

Ou Taik'h ou encore Tao. Sur Dtivilh et les événements (|ui suivirent sa mort, voy. de la déorr/ie, Irad. lirosset, t. 1, pp. 2'.(7 sqi|. et Additions, pp. 170 ;i 1S8. L'Histoire de la (iéorgif. t. 1, p. 2111, place à tort cette (2) Yaliia, Kosen, op. cil.,\>. 41. mort en l'an lOUl. (3) Voy. entre autres p. 31.
(1)

(4)

Ou

Géorgie.

)60

BA.'flLE

II.

LE TCEUR DE

BVI.r,ARE.<

bles

événements du début du règne de Basile.

Il

semble avoir éprouvé
n'était

pour Bardas Phocas dès leurs premières relations lorsque celui-ci
que stratigos du thème de Chaldée
prédilection marquée. Tant que
à la

mort de son oncle Nicéphore. une

Phocas avait combattu pour son basileus
compter ses

contre

le

rebelle Bardas Skléros, Davith lui avait fourni sans

merveilleux soldats d'Ibérie, ces troupes fameuses qui, à cette époque
lointaine,

parmi

les

mercenaires des armées impériales, jouissaient d"une

réputation au moins égale à celle des fantassins de Russie.
F'iiis

quand Bardas Phocas à son tour

s'était

l'ail

proclamer empereur

contre son prince légitime, c'était grâce aux guerriers d'Ibérie qu'il avait

pu mettre l'empire aux portos de l'abîme. Pour combattre ces adversaires
redoutables, Basile avait dû humilier sa grandeur devant
le

prince des

Ross Vladimir

et

implorer de

lui à

grands

frais le

secours de ses droujinos.

De même pour contraindre
prétendant,
les
il

les Ibériens

de Davith à quitter l'armée du

avait

dû envoyer un corps expéditionnaire à Trébizonde

obligeant par cette diversion à venir défendre leurs foyers. Bien que
eût été ballu,
la

ce corps

ruine et
allié

la

nmrt de Bardas Phocas avaient

entraîné la soumission de son

Davith.

lue armée envoyée par Basile
que
le

n'avait jias l'cnconlré de résistance el c'est à ce ninnii'ul

roi

curo-

palate,nous l'avons vu, avait dû faire cession anticipée au basileus de ses
Etats en
le

désignant pour son héritier universel après sa mort(l). Les hisle

toriens de sa nation désignent d'ordinaire ce prince sous

nom du grand

curopalale Davith, ou encore de Davith grand-prince de Géorgie, curopalate de Daik'h, ou encore Davith
d'Ibérie. parce que. je le répète,
il

le

Curopalate, prince des Géorgiens ou
plus puissant dynaste de cette
ses vassaux.

était le

contrée, la ]ilupart des princes
«

du voisinage étant devenus
(2),

Davith, disent les historiens nationaux
faire de leurs princes

plus enclin peut-être que

quiconque à
fut
Il

un

éloge aussi

constant qu'excessif,

un homme doux
fut

et pacifique
et

entre tous les rois ses contemporains.
les diverses

une source de paix

de prospérité pour
les

nations de
Il

l'Orient, particulièrement

pour

Arméniens

et les

Géorgiens.

éteignit

de tous côtés

la

fureur des guerres par les victoires qu'il remporta sur les

(1) (2)

Voy. p. 31. Voy. Arisdaguès de Lasdiverd,

\t.

297 de

l'Hist.

de Géorgie,

CAR.UJTEIIE DE DAVITII LE
peuples ses voiriins diinl
missiou.
vres
et
(le lut

GRASD

161

les rois lui

adressèrent spoulaiienicnl leur suu-

un

pi'iuce luit, iiieufaiteur

du pays,

libéral,

ami des paula

vraiment

paeilifjue, car

de sim temps chacun, suivant
»

prujdirtie,

reposait sous sa vigne et sous son olivier.

Ces éloges, en partie mérités, semblent toutefois

Tort

exagérés et ce
»

grand curopalate Davifh

«

si

doux, pacifique entre tous

semble

liien

avoir été un prince remarquaitle, mais aussi un rude liaiailleur. Constam-

MIMATURE
exécuté sar
Ir

B) /.AM iSl: <iit loinrnx l'santirr cominandrnient du basileus Basilr

,!,_

In li\btiotl,fqw

II,

— Daviil combattant

de Sainr-Murr^ ,t IV/ii.v.-, [Photograle lion.

phie coniniiinliinrç jtar M. G. Milh-t.)

ment en
avec
le

lutte

a\ec

les

dynasles musulmans du voisinage,

entre

autres

féroce
le

Mamloun, amirabed ou émir des émirs, émir del'Aderbaïdil

jan et
avait

plus puissant de tous les chefs infidèles de ces régions,

leur

l'ail

une guerre acharnée avec
s'efl'orcant
\(''rilab|r

ses alliés les rois
les

d'Arménie, de

Géorgie et de Kars,

de

chasser

<le

l'Arniénii'

du sud.
rdiitrc

devenu

jiiMir
Il

eux un
lii'c

l'qiuux aniail,

n|i|iii'<ant

eualiliiiii

coalition.

faut

dans

les historiens

natimiaux

b: r('M-il

naïf

et

terrible

de ces luttes sauvages autant que pittoresques.
21

162

BASILE
Après
la

II,

LE TUEUR DE BULGARES

mort du faroucho Had, émir kurde de Khélàt, de Hark',
Népherkerl en
l'an

d'A|ialioiinik' et de

380 de l'Hégire

(1),

Davith

s'était

eiieore

emparé en 992 de beaucoup des

terres de ce puissant dynaslc avec
Il

ses villes de Khélàt, de

Manaskerd

et d'Arradjick (2).
et

avait repeuplé

au moyen de ses colons arméniens
places fortes, dont

géorgiens

(3), la

seconde de ces

Had venait de
il

relever les

remparts jadis détruits
le

par Bardas Phocas. Puis
seur de 13ad,
«

avait

fait

sa \>m\ avec

neveu

et

succes-

Abou

Ali Al-lloceïn
».

Ibn Merouan, qu'Ibn el-Athîr appelle
guerres, celle précisément
reprises, s'en

gouverneur de l'Arménie
(jui

De longues

avec Mamioun,

s'était fait

honteusement battre à deux
le

étaient suivies. Elles s'étaient terminées par

triomphe

total

du

belli-

queux

et invincible

curopalate

et

la

ruine de l'influence

musulmane en

ces parages pour de longues années.

La mort
avancé,
il

même
lOOO

de Davith avait été violente. Arrivé à un âge très

se trouvait accablé par les infirmités lorsqu'il périt le jour
l'an
(4;

de

Pâques de
tavs
n

empoisonné dans sa
«

ville

de Daïk'h par ses

«

éris-

jaloux de sa trop grande puissance.

Un exécrable
été

complot, raconte

Mathieu d'Edesse en son mystique langage, avait

ourdi contre Davith,

prince vénérable. Les grands de sa cour, devenus les émules de Caïn et des
autres meurtriers, poussaient à l'accomplissement de leurs criminels desseins l'archevêque géorgien Hilarion. Cet autre bourreau de Jésus-Christ
crucifia

Dieu une seconde
lit

fois,

car

il

mêla du

jioison au corps et

au sang
la

vivifiant de Christ et

du principe du salut un principe de mort. Après
il

célébration de sa messe homicide,
parcelle

mit dans

la

bouche du

saint roi

une

du mystère

ainsi préparé et cela
le

en présence de Dieu, au milieu

de la Grande Eglise,
Mars
'J'.iO-iiiars

jour du Jeudi Saint. Davith s'aperçut aussitôt du

(1)
(2)

991.

Ou
le

Argyich.

liv. III, chap. xxxviii, xl, xli, etc. Ce Bad avait cruellement pays de Daron. 11 s'était emparé de Mouch par la famine et y avait exercé de grands ravages. Açogh'ig dit avoir encore vu sur les murs de l'église du Sauveur dans cette dcrniéro ville les traces du sang des prêtres que ce barbare y avait fait massacrer. Ibn el-Athir (IX, GT, qui rapporte cette prise de Mauaskerd à l'année 382 de l'Hégire (9 mars 992-25 février 993) a confondu le curopalate Davith avec le « roi des Grecs », c'est-à-dire le basileus, ce qui avait fait croire à une expédition de Basile en Arménie dès celte année 992, alors que ce prince était en ce moment en Bulgarie. Voy. Rosen, op. cit., note 214. Aboulfaradj ayant copié littéralementlbn el-Athir, cette erreur a passe de là dans Lebeau, Finlay, Murait (1,573), etc. (4) Le Jeudi Saint, dit Arisdaauès de Lasdiverd.
(3)

Voyez Açogh'ig,

ravagé

TESTAMENT DU CUROPALATE
crime, mais
il

DAVITJI

163

i;ar(la

un silence absolu,

jianluiiiiaiit à ses meiirliicrs;

il

se
le

contenta de prendre du contre poison pour calmer
dévoraient.

les

douleurs

ipii

Le

scélérat
la

llilariuii,

|iersistanl

avec rage dans son
iju'il
('lait

jircijil

infâme, pénétra dans

clianilire
le

de bavitii dinanl

profondéil

ment endormi,
plaça sur
le
fit

et

ayant retiré

coussin qui soutenait sa

tète,
il

le lui

la

bouche, puis se

[)réci|iit;inl

dessus avec force,
»

l'éloulTa et

périr dans d'horribles souffrances (Ij.

Le grand curopalale do
succéder
(2).

naïk'li ne laissait
il

ni tils ni frère <pii jint lui

Dès longtemps

s'était [iroiiaiileuient

cuu\aiucu

ipie

>eul

un pouvoir

fort

comme

Télail celui des basileis arriverait à protéger effieffort

cacement contre l'incessant
ses Ktats si

de ses sauvages voisins musulmans,

malheui'eusement exposés par leur situation géographique à

ces constantes agressions. Aussi,

conformément au

traité signé
le

par

lui

avec

le

basileus après la fin de la révolte de Bardas Skléros,
lit

vieux

prince, à smi

de niori.

lui

légua

|iar

testament

irrévocaiile et irré«

duclibli' toutes ses provinces, ses villes, ses forteresses,

toute sa légion
ses

noble

»

dit

Açogh'ig.

c'est-à-dire

tous

les

seigneurs

vassaux.

En achevant
Le

ce testament, célèbre dans l'histoire de l'empire d'Orient.

Davith recommandait vivement tous ses sujets aux meilleurs soins du
basileus.
roi

curopalale jiouvait èlre
allait

[ilein

de bonne

foi

comme

de rési-

gnation maintenant qu'il
primitive de ses Etats
il

mourir, mais certainement lors de
la

la cession

avait eu

main
tie

l'orci'e

par

le

basileus vainqueur

de Bardas Phocas, qui
contre
lui le

le

menaçait

sa vengeance pour avoir soutenu
la crainte

prétendant d'Asie. Devant

d'une invasion de ses

Etats par les troupes impériales, Davith avait
Basile

dû s'exécuter en di'signanl

pour son

héritier.

On

se rappelle

du

reste qu'en

"JTti,

Davith n'avait reçu du
il

jja.-ileus

qu'à titre viager la plupart des territoires dont

faisait

aujourd'hui rétro-

cession à l'empire. Cette cession, ou

plut(')t

cette rétrocession n'était t\uv

(1)

Ed.

Uuliiiirioi-,

p.

;i:i.

Voy.

;iiissi

lii

iinMitioii

ili'

oAW mort

violi'iile

ilaiis .A^'Oi.'h'ig,

liv. 111, cliap.
2)

\Liii.

Les hisloripns géorfjiens ont presque CDiiiplrleiiieiil passé sous silciici' l'e grand La raison en est eerlainement que les l'agralides ipii se posèrent en héritiers ilu roi curopalate avaient tout intérêt à supprinn'r de l'Iiisloire cette dynastie qu'ils avaient supplantée. Voy. Itrosset, llisl. de lu Géorgie, Addilinn.'!, p. 188.
princir.

164

BA.<ILE

If.

LE TUEUR DE nULr.AHES
allait
la

le

premier acte du long drame qui

mellrc petit à petit aux mains des

basileis de

Roiim

les territoires
le

de

(îraude Arménie tmit entière.

Le patrimoine que
ou moins
Ixui gré

grand curopalate dr Daïk'h léguait ainsi de plus
(1). (.hitre (jn'il
(|u
il

au basileus Basile n'étailpas à dédaigner
très

constituait un accroissement

important de

d'rri luire,

dutrc

mettait

à la disposition des armées impériales des milliers de combattants de pre-

mier ordre,
et ses

il

fortifiait

puissamment

la

frontière de ce côté, car le Daïk'h

dépendances, contrées montagneuses entre toutes, situées au sud
la

du Kour, constamment exposées à
de châteaux
et

guerre étrangère, s'étaient hérissés
Ils

do villes fortifiées peuplant leurs cimes et leurs cols.
la

constituaient ainsi pour remi)irr

plus précieuse des frontières armées

de ce coté.

Au dii'e

d'un historien national

(2),

ce patrimoine du valeureux prince

ibérien qui venait se fondre ainsi dans l'immense empire

deRoum compre(3),

nait principalement les territoires des villes d'Oukhthik'

l'Olthis des
(4)

Géorgiens d'aujourd'hui, de .Mamrovan ou Namrevan, de Manazkerd
aussi, aujourd'hui .Alalazkerd,

dans

le

pachalik d'Erzeroum, une des plus
le

anciennes

villes

d'Arménie, située dans

DouroupiTan au

district

de

Hark', capitale de l'Apahounik', l'ancienne seigneurie de l'émir kurde

Had, avec

toutes

ses

dépendances,

bien

d'autres
le

territoii'os

encore.

La
Géorgie

Cliron'njiir
(5)

nationale dlbi'rie connue sous
le

nom

d'ilisloirr
iju'il

de

raconte que

grand curopalate Davilh, assuré

n'aurait

jamais de postérité, avait jadis annoncé à ses sujets son intention d'adopter

pour son successeur
iMais

le

prince Pakarat, filsdu roiCîourguen d'Aphkhasie(ti).
suivi

ce projet

n'avait pas été

d'exécution pour des motifs qui
le

nous sont demeurés inconnus, bien probablement toutefois parce que
(i;

AçogU'ig

n'iu'silo
liàler

pas à accuser Basile d'avoir été l'instigateur de

la

mort

ilo

Davilli

dans

le

dessein de

l'annexion à l'empire de ses vastes domaines.
Vartaii de Partzerpert, éd. .\lislian, Venise, 18G3, p. 73.

(2)
(3)
(4;

Epilome hisloridium de

Ougirthik', Okhtliis, Okhdik'.

Manavazaguerd, Mandzguerd.
Trad. française par Brosset,
Skylilzès,
t.
I.

(5)
(fi)

p.

292

el

Additions,

p.

16.

Zonaras ont pris à tort ce Gourgiien qu'ils nomment Georgios pour un Irère du curopalate Davitli. Ils ajoutent que ce Oeorgius dut se contenter de ses possessions de ribérie proprement dite et donner son fils en otage au basileus. Cela est vrai, mais il s'agissait en réalité ici, on le voit, non d'un frère du curopalate, mais bien du roi des Aplikliases Gourguen. En tous cas on ne découvre rien de semblable dans la Chronique

Cédrénus

et

nalionair'

ilile

llisloire

de Géorgie.

TEsr,\Mi-:.yr

du

<-uitoi'.\[.ArE

haviiii

165

basik'us V avail mis oj>|iositioii.

Kn

tous cas

le

témoignage unanime des

autres

historiens natinnaux
le

Ids ([n'Acouliig par exemple, autorise à

croire rpie

curopalati» a\aiL loii!;tem])s avant sa nKjrt révuqné celte adop-

tion et toutes les

conséquences qui
volonti;,

m

di'Cimlaient.

Ce changement de

accompli lijjrement ou non, devait plus

lAnoVTT-î

MINIATURE BYZANTINE da
exératé sur
le

l'iimen.v Ms-auricr

rommandemrnt da

basilens: Habile
'

de la Bihliotkftjae de Saint-Marc, à Venise, II. Samuel ohjnant David. [Photogra-

phie communii/aéi; par M. G. Millet

tard

amener de sanglants

conflits entre le basileus
à
la

Basile et le prince

Pagrat ou Pakarat devenu
le

mort de son père

roi

d'Aphkhasie sous

nom

de Pakarat

III.

Basile, hivernant
très

dansTarse dans

la

première moiti(''decet an
le

niill(\ lut

rapidement inrormé du menrti'e du\ieux curopalate qui
d'une
si

constituait
ses

l'héritier

vaste souveraineté. Ahaiulnnnant

momentanément

projets d'une troisième
ce prince avisé comprit

campagne en Syrie plus
la

décisive que la précédente,

nécessité de se rendre de suite de sa personne en

166

BASILE

II.

LE TUEUR DE BULGARES
princes
et

Géorgie où l'appelait
de sa venue.
Il

la l'uulcdts

des archontes ihériens anxieux

désirait

y recueillir en personne l'héritage du curopalate,
veiller surIl

étahlir son autorité

dans ses nouvelles possessions du Daïk'h,

tout à ce

que

cette vaste opération fût exécutée pacillquemenl.

redoutait

certainementquelqueintervenlion hostileduroi pagratide d'Arménie Kakig.

Davith avait péri dans
le

la

journée du 31 mars. Basile se mit en marche
le

plus promptement possible, donc probahlement déjà dans
dit,

courant

du mois de juin. Yahia nous
et

en

elTet, qu'il

passa six mois en Cilicie
les

nous savons d'autre part

qu'il était arrivé
Il

dans cette contrée vers

premiers jours de l'année (1).

partit à

marches forcées au dire d'Açogh'ig.
une vive opposition.

Certainement on

l'avait pr(''veiiu qu'il rencontrerait
il

Pour

cette raison,

emmenait avec

lui

des forces nombreuses. Parmi
«

celles-ci

figurait

un gros contingent
lui le

russe.

En

outre, ajoute Yahia, le
et

basileus

emmenait avec

duc d'Antioche, Xicéphore Ourauos,

une

partie des troupes de celui-ci.» L'illustre guerrier valait à lui seul

une armée.

Au

dire d'Açogh'ig, le basileus et ses troupes gagnèrent d'abord

Ma-

latya, l'antique .Mélitène, cette forte place

de guerre située à une courte
rôle
si

distance du Haut Euphrate, qui a joué

un

important dans toutes
il

les

guerres d'Asie à cette époque.
difficile

En

l'absence de tout détail,
et

devient bien

de dire quelle roule l'empereur

l'armée suivirent pour se rendre

(1) Voyez dans le livre du baron V. de Rosen sur la CAroni'çMe de Yahia la note 277, au sujet de l'erreur d'Arisdaguès de Lasdiverd qui, dans son llistoiri' de Géorgie p. 297 de l'éd. E.Prudhorame) placccctte expédition d'ibérie à l'an 1001 et la mort du curopalate Davith au Jeudi Saint de cette même anuée. Açogli ig, comme aussi, du reste, la Chronique nationale connue sous le nom d'Histoii-e de Géorgie t. I. p. 293 de la traduction française de Brosset\ donnent la date vraie de l'an 1000. M. Brosset, à la page 181 des Additions à cette même Chronique, penchait déjà pour cette opinion. Voyez la remarque qu'il fait à ce sujet. Quant à Mathieu d'Edesse. il se trompe grossièrement en plaçant ces événements à une date de prés de vingt ans trop reculée, à l'an 983. Les dates fournies par Lebeau jt. XIV, p. 183, date de 991) et par Murait t. I, pp. 579-580, date de 1003i, sont tout aussi erronées. Skylitzès. Cédrénus t. II, 447) et Zonaras (éd. Dindorf, t. IV, p. 17', sont ici déplorableraent mal informés. Ils passent simplement plusieurs années sons silence et disent seulement qu'a après être retourné de Salo-

nique à Constantinople, Basile partit pour l'ibérie pour recueillir l'héritage du curopalate ». Ces auteurs placent en elTet bien à tort l'expédition de Syrie et de Phénicie api-èx celle d'ibérie, et disent encore que « Basile, après avoir recueilli l'héritage de Davith et conclu un arrangement avec le roi géorgien Gourguen (dont Zonaras fait à tort, je l'ai dit, un frère de Davith), partit pour la Phénicie emmenant avec lui les primats de son nouveau pays d'ibérie dont étaient les trois illustres frères, les patrices Pakourian, Phebdatos et Phersès ». Cette version des Byzantins est forcément inexacte. 11 faut de toute nécessité placer l'expédition en Syrie et en Phénicie avant celle en Ibérie. Les dates de "V'ahia sont là pour trancher la difficulté. Lui
seul a définitivement

donné la date vraie en fixant cette campagne d'ibérie quième année du règne de Basile ». année qui correspond bien préciséiuent

« à la

vingt-cin-

à l'an 1000.

PERSÉCUTION RELIGIEUSE EM ARMENIE
de Tarse dans celle
villi'

167

aprr.s avilir tVaiiclii le Tauriis.

Probahli'iuiMil

ils

remonlèrcnt jusqu'à Césarée
qui, passant

et prirent

en ce point

la

grande voie militaire

non

loin

de Tzamandos, puis par Arabissos, aboutissait pré-

cisément à Mélilène.

Dans

cette

antique forteresse impériale de la lointaine vallée du

grand fleuve Euphrate, Basile se trouvait déjà en terre d'Arménie. La
situation religieuse dans cette contrée était à ce

moment

fort troublée.

Les membres du haut clergé byzantin d'Asie avaient engagé dernièrement

dans ces extrêmes provinces orientales de l'empire une véritable campagne
de persécution contre
rer lldèles à leur
les prêtres

arméniens coupables de vmiloir demeu-

dogme

national.

Deux de

ces prélatssurtout,
la

le

fameux

métropolitain de Sébaste dont Yahia nous a dit
rie et celui

mort affreuse en BulgaThéodore, s'étaient

de Mélitène que Mathieu d'Edesse

nomme

signalés à cette occasion, l'un par sa violence qui lui avait valu la haine

mortelle des Arméniens, l'autre par les excès de son zèle pieux. Cette

haine des Arméniens pour leur bourreau se reflète dans les malédictions
des historiens nationaux contemporains qui considèrent
la

mort misérable
ses crimes

du métropolitain de Sébaste comme un juste châtiment de
envers leur patrie.
«

Basile,
la

raconte Açogh'ig, était exaspéré contre les Arméniens à

cause de

trahison de beaucoup parmi ses sujets appartenant à cette

nation, qui, transportés sur son ordre dès avant l'an 988 en Thrace et en

.Macédoine pour contribuer à
l'empire, s'étaient révoltés,

la

défense de cette portion de la frontière de
(jue le clergé

— probablement parce

grec les

persécutait violemment,
fait

puis avaient passé en Bulgarie et y avaient
lui (1). »
«

cause

commune

avec les Bulgares contre

Lebasileus, pour-

suit le chroniqueur, avait

conçu de

cette mésavi-nture

une

telle

aversion
le

contre la nation arménienne tout entière qu'il avait laissé faire grec en Asie
et

clergé

ne s'était point opposé à cette cruelle persécution de Inul
et

un peuple. Les métropolitains de Sébaste

de Mélitène avec tous leurs

prêtres n'en avaient été que plus ardents à poursuivre de toute manière

leurs ressortissant? arméniens

et

à les

représenter incessamment

au

(I)

Voy. pp. 33 sqq.

168

BA.<rLE IL

LE TUEUR DE LULGAHES
souillés Je l'hérésie d'Eulvchès.
l'ait

basileus
politain

comme déjilorablement
de Séhastf
-iii-toiit

Le métroprêtres

avait cruellement

torturer 1rs

arméniens de sa

ville

épiscopale et expédié les principaux d'entre eux

enchaînés à Con-lanlinople pour y être jugés au Palais Sacré. Leur chef,
Gabriel, vieillard sage et très pieux, avait expiré en prison au milieu des

plus cruels supplices

V.

»

Lu

certain

nombre

d'autres prêtres

moins

fidèles, entre autres les

•^ y.

^

AAi^fc

VUE DE KOUTAIS,

am-ienne

caiiilaU'

Je

l'imcrcthii', j;(w la riiicrc ICion.

deux évèques arméniens de Sébaste
la ]iression

et

de Larisse. Séon et Joannès, sous
lait

du cruel métropolitain, avaient lâchement
ils

défection. Se

séparant de leurs compatriotes,
et

avaient abjuré leurs prétendues erreurs

adhéré aux préceptes abhorrés du Concile de Clialcédoine. Interdiction
été faite
la

avait

aux Arméniens de ces contrées de
prière.

se réunir

au son des

cloches pour

(1;

Au

<liii-

JAçogirig ces événements se seraient passés dès
fort

l'an USil.

Toute cette cliro-

iiologie

semble

embrouillée.

MISIATURE P.yZANTlXEld'an
\'aticune.

Éi-ant/éliaira

rla

XI"" Siècle

consené à

la Bibliothèque

S'uinf

Jeun V Évanijéli!<le ou Théologue écrivant.

[Beisscl, Valir. Miniat.l

Il

paraît qu'il y avait eu

également échange de

lettres entre le

métro-

|iiilit;nn

Je Sébaste assisté de plusieurs de ses collègues acharnés

comme
pou9"».

lui à cette

conversion Inrcée de ces malheureux dissidents,

et le

vertueux
«

autiuit ijuc

courageux

kallioiicos

d'Arménie Kakig
(lU
l'^lii'nne

I

(1). Celui-ci,

(1) Klii

on 972 en

reniplaconienl de

Slt'-pliaiios

111.

paliianlic

dopiiis

An nmmenl de son

ùleclion,

Kakig

était évôipic d'Arscliarounik'.

Une

luis uomiiii'

patriarche,
)0

no
tife

BASILE

II.

LE TUEUR DE BULGARES
dans
les

éminoiil, jirofoiidémenl veis('

Saintes Ecritures

»,

avait

répondu aux interminables épîtres injurieuses des prélats byzantins par
diverses lettres qu'il avait rédigées avec l'aide de ses vénérables acolytes,
ses
«

vardapètres
le texte

»,

presque tous ascètes

fanieu.v.

Acogh'ig

(1)

nous

a

conservé

d'une de ces missives du dief de l'Kglise arménienne.
poiu-

Celle-ci est

malheureusement trop longue
est très

pouvoir être

ici

reproduite.

L'argumentation en
la

vigoureuse

et trace

un tableau

fort

complet de

polémique religieuse arméno-byzantine à cette époque
Bien que
le

[2).

katholikos eût en termes élevés
«

sommé
»

son adversaire de
et

Sébaste de devenir

un nouveau Théophile de Luka

de reconnaître
volonté, sa

avec

lui

dans

le

Christ une seule nature

comme une

seule

lettre si

suggestive ne fut suivie d'aucune entente, d'aucune discussion
utile.

vraiment

Même
d'j'

les lettres

des prélats grecs devinrent
(3).

si

injurieuses

que Kakig refusa
par
les

répondre davantage
Géorgiens,

Tel était

le

mépris professé

Byzantins

et les

leurs frères

en orthodoxie, pour
s'en

l'Église

d'Arménie que

les

Musulmans eux-mêmes

montraient indi-

gnés

(4).

en 992,

Au siège de Khelàt par les guerriers du curopalate Davith comme les Ibériens brûlaient les églises arméniennes et le palais
la ville,
les

de l'évêque situés hors de l'enceinte de

transformant ces édifices

vénérables en écuries pour leurs chevaux,

Musulmans

assiégés leur

Vahan et Stéphanos, dans la jolie ou Arkina sur les bords du fleuve Akhouriau aujourd'hui nommé ArpaTchaï. Il mourut, on va le voir, en 991 après avoir, dans le cours de son pontificat de dixneuf ans, rétabli la paix dans l'église arménienne. « Il avait bàli à .\rguin une cathédrale en pierres taillées réunies par des crampons de fer, à la coupole peinte à l'image du ciel, plus trois autres églises de la même architecture admirable. Il avait pourvu les sacristies de
il

résida, à l'exemple de ses trois prédécesseurs Ananias,

petite ville d'Arguin

ces édifices de magnifiques vêtements sacerdotaux historiés de couleur pourpre, tissus d'or et
d'argent, de candélabres et de vases de m>-tal reluisant, d'évangéliaires et d'autres livres sacrés. »
(I;

Liv.

m,

chap. xxi.

Voy. Ter-Mikeliau, op. cit., pp. TJ sqq., où la lettre du patriarche se trouve analysée avec soin. Voy. encore Karapet Ter Mkrltschian, Die Paulikianer im byzantin. Kaisei(2;

reiche, etc., Leipzig, 1893, p. 93.
(3)

Tchamtchian,

o;>. cit., 11,

100.

y avait toutefois des exceptions à cette règle. Précisément à propos de ces discussions entre prélats des deux nations, Mathieu d'Edesse rapporte ce qui suit: « Le patriarche Kakig ayant reçu une lettre de l'expert et savant métropolitain grec Théodore de Méliléne qui, avec son confrère de Sébaste, avait pris part à celte polémique, lui adressa une réponse basée sur des arguments solides autant qu'ingénieux qui plut à tous ceux qui la lurent. Cette épitre (évidemment la même que celle citée plus haut qui dut être envoyée à tous les métropolitains grecs de la région) inspira au métropolitain Théodore une haute estime pour son auteur. Une étroite amilii- se forma à ci'Ite occasion entre lui et son correspondant.
(4) Il

l\4TI{f ARCHES

D'ARMENIE
(]iie

171

criaient

du haut des murailles

:

«

Est-ce ainsi, chrétiens,
»

vous

traitez

les saints édifices

appartenant à d'autres chrétiens?
:

Et les enragés sol-

dats orthodoxes leur répondaient

«

Xous ne

faisons pas de différence
»

entre une église arménienne et une de vus mosquées.

Les haines religieuses étaient
deux nalions

si

vives entre les deux croyances et les

cpio l'on vil. d'antri> pari, saint

Grégoire de Narec persécuté

par SCS propres coreligionnaires pour avoir été soupçonné de tendre à une
réconciliation avec

Hyzance

yl).

L'infâme esprit de secte a

été de tous les

âges. Nulle part
et

il

n'a régné en maître plus absolu que dans ces temps

en ces lieux.

Malgré tant de persécutions,

les

Arméniens résidant sur

le territoire

de l'empire grec n'en étaient pas demeurés moins fidèlement, moins obs-

tinément attachés à leur

foi.

La mort

alTreuse en Bulgarie de leur priii-

cipid bourreau, le métropolitain de Sébaste, leur était

apparue

comme un
étant
ascète

juste châtiment envoyé par le Ciel.

En

991 ou 992, après dix-neuf ou vingt
katholikos Kakig
»

ans de pontificat,

«

l'ardent, sage

et intrépide
«

venu à mourir avait eu pour successeur
à vie

l'admirable et

humble

incomparable
si

»

Sarkis I" (2), supérieur de ce couvent insulaire de
le lac

Sevanga

délicieusement situé sur

du

même nom.

Celui-ci avait

été consai-ré katholikos
((

d'Arménie, sur

le

désir de son dis(i|ile

Kakig

le roi

d'Ani

»,

le

mardi de l'àques de
l'ère

l'an 441 de l'ère
(3).

arménienne qui

correspond au 29 mars 992 de
Sarkis I", protégé par

chrétienne

le roi

Kakig qui dès l'enfance avait professé

une admiration sans bornes pour ses vertus ascétiques, devait gouverner
pendant vingt-sept années, jusqu'en 1019, l'Eglise d'Arménie
il

(4).

En

993,

avait transporté dans la cité royale d'Ani la résidence des katholikos.

L'annaliste Stéphanos de Darôn, dit Açogh'ig, ou encore Asalnik, cet
écrivain
si

véridique qui occupe un rang

si

honorable parmi ceux de sa

(1) Les .\rmùniens étaient si sectaires que dès l'an 9Ca le katholikos Vahan avait été déposé pour avoir voulu entrer en correspondance amicale avec les Chalcédoniens, c'est-à-dire avec ceux des Géorgiens qui, comme les Grecs, reconnaissaient leConcile de Chalcédoinc. Voy. Açogh'ig, liv. 111, chap vin. (2)
;ï)

Serge.

Mathieu
.

d'iidosse,

éd. Uuluiu'iL-r.

p.

3S9.

Sur ce patriarche voy. Arogh'ii,

liv.

III,

chap.

.\x\ii
il)
Il

l'Ml

p.

lur

successeur

l<'

patriarche Pierre nu liédros.

r,2

DASILE

ir,

LE TCEUn DE BL'LGAllES
liisloiro

nalioli,' éciivit sa

première
île

d'Arméiue jusqu'à

l'an

1000 sur

la

demande expresse

ce prélat.

Quand
do Mélitène,

le

basileus et smi armije i'urent arrivés en vue dos remparts

le clerî^é

national sortit jirocossionnellenient à

la

rencontre

do l'auguste visiteur. Basile, désirant se concilier rafTection de ses sujets

arméniens au moment où
en ces régions,
tres vénérables.
fit,

il

allait tant élargir

les

bornes de son empire

malgré sa rudesse accoutumée, bon accueil à ces prêleur

11

ordonna de vaquer en paix

à leurs

devoirs

reli-

IXrj'lALE^

tiiw's d'an Evt.inijvlunrr niatia^cril des X'"' tui A7"'' SUxlr^ cvrOfiTi-c tui ijrand couvent de la Laure au Mont Atlws. (//. Brocklums, Die Kiinsl in ilon Alhos-Klùslern.)

gieux

et leur restitua ce droit

auquel
do
la

ils

attachaient tant de prix, d'appeler

les tidoles à la prière

au

jiniil
le

planche a[qielée ijamahar, droit qui

leur

avait été retiré par

métropolitain Théodore.

Dans toute

cette

région ci-devant arménienne

comme

dans toutes

les cités de l'empire
le

des populations arméniennes avaient été transportées,

son des cloches
fidèles

donioura expressément interdit

ot

l'ut

remplacé pour l'appel des

parce marteau frappant sur une épaisse planche de bois d'ordinaire sus-

pendue dans

la

cour

même

de

l'église.

En

quittant Mélitène, Basile et son armée, après avoir franchi l'Eu-

phrate, jiénétrèrent en quatrième Arménie. Passant

non

loin des sources

du fleuve Tigre,

ils

traversèrent

le

vaste et po|)uleux district de liant-

MINIATURE IIVZA.M hWE
la Bihliotlù'iia:: Natinnnle,
c'^

d'an des pian

beiui.v

iiuinascril!>

hij:ianUn.s
Il e:^t

du
tout

X"'-

SiccU-,

de

nn

Pxaaticr.

Prière ila iiropliele haïe.

placé entre la Nuit
<i

/'Aurore.— /.rt fimplirité

et la ijranilenr

de cette composition

riiii[iellenf

fait rantiijiie.

zil (I;,

ffaiichirunl à nuiiveau l'Euiilirale ou plulùt suii bras méridional

et IravcrscToiit le district de

Palahovidk' ou des plaines de Palou, l'an-

cienne Kiliiarizuii,
Transfiguration,
ils

distrii-l

aussi noninié Kliôzan.
le

Le jour de

la l'èlf

de

la

passèrent

mont Koher,
(les Hyzaiiliiis.

c'est-à-dire cette jHirlion de

(1) L'Aiiziti'iic-

ilcj

l'inlùiin'c. Li'

Xti^'-

m
lii

BASILE

II,

LE TUEUR DE BULGARES
dit,

chaîne de l'Aiililaunis

(jui,

Açugh'ig

(1), «

se trouve située entre

les districts

d'Haschdeank'h
(3)

(2) et
».

de Dsop'hk'h ou Sophène au sud et

celui de

Khordsen
là,

au nord

De

franchissant encore

le

bras septentrional del'Euphrate, l'armée
(4),
l;i

impériale, côtoyant le vaste territoire d'Arschamounik'

atteignit

dans

l'ancienne Acilisène la très antique cité d'Eriza
runu^ille

(5),

.lLis[iniano|iolis

au continent de ce fleuve avec

le

Kail, l'ancien Lycus. C'est à

Açogh'ig que nous devons ces rares, mais bien précieuses indications sur
l'itinéraire

suivi par l'illustre basilcus Basile et ses guerriers de tant de
l'été

races diverses en ces parages lointains dans le courant de

de l'an 1000,

A Eriza on vit arriver au camp impérial un
musulmans de
pherkert
("7).

des plus puissants dynastes
(6)

cette frontière, le
le

sauvage émir d'Amida

et

de Né-

Yahia

nomme « Mohammed Eddaulèh Abou
». Il

Jlansour Saïd

Ibn Merouan, émir des Kurdes

était fils

d'une sœur du fameux kurde

Bad

et

son second successeur
frontière

(8).

Le

basileus, résolu à pratiquer sur cette
et

mouvante

une politique de paix

de conciliation, semble avoir

reçu à merveille cet
si

incommode
le

voisin qui, suivant l'expression orientale
»,

pittoresque,

«

mit

pied sur son tapis
Il

c'est-à-dire lui

fit

hommage
combla de

et se

reconnut son vassal.
le

lui

fit

des présents magnifiques,
le

le

ses bienfaits,

créa magistros et surtout

nomma

duc impérial des
officiers

marches de

l'Orient (9), ce qui faisait de lui

un des j)rincipaux
la

impériaux sur ces lointains confins du Tigre. Toute
l'orient

région située à

du haut cours de ce fleuve

se trouvait de ce fait virtuellement

annexée à l'empire. Malheureusement on ne pouvait compter sérieusement

(1)

Liv.

m,

chap. xLv.

(2) (3)
(4) (5)

L'Astianène de Ptolémée. Ou Chorsène. Courzan pour les Syriens.

(6)
(7)

Ou Ou Ou

.\schmounik'.
Érez, aujourd'hui Arzindjian

ou Ezengan.
Cette géode Marlyropoiis ou Mayyafarikin. porte au moins trois nu quatre nurus très dilTéreuts

Diarbekir.

C'est le

nom

arménien de

la ville
ville

graphie est fort compliquée. Chaque les uns des autres.
(8
11

périt

lui-même de mort violente dix ans plus
cil.,

tiird.

in

l'an

llli

de

rilii;ire

1

1(111

à 1012'. Voy. Hosen, op.
/Ji

mite 280.

L'U

.\rménie

Yahia (Uoseu, op. cit., p. 42) dit queli|ues mots à peine de cette expédition de Basile et en Ibérie en l'an 1000. Celle-ci est de même passée sous silence par plusieurs

autres histoi-iens orientaux.

ITINERAIRE DE L'ARMEE IMPERIALE
sur
la
ri(l(''litr'

175

de ces dynasles asiatiques. Le plus léger motif d'intérêt ou
transformait
à

d'ainhilion les

nouveau

en

adversaires

aussi

fourbes

qu'acharnés.

Nous ne savons,
cette cité
le

hélas, rien de plus sur cette entrevue
le

si

curieuse en

perdue des monts d'Arménie entre

grand basileus de

Roum

et

farouche prince des Kurdes ainsi devenu magistros et duc impérial.
dit

Yahia

seulement que Basile ordonna aux commandants des garnisons
et

de sesi»r(>vinces de(|uatrième Arménie

du Darùn,

c'est-à-dire

aux chefs

des troupes frontières les [dus voisines, de prêter main-furte à son nouveau
vassal toutes les fois que celui-ci les appellerait à son secours, puis
risa l'émir à retourner
il

auto-

dans son pays.
de franchir
le

Jusqu'au

moment

bras nord de l'Euplirate,

le

basi-

leus n'était point sorti des terres

mêmes

de l'empire, dont la province

récemment annexée du Darôn

lorniait ici l'extrême limite orientale.
l'est,

En

quittant Eriza l'armée se dirigea vers

toujours, semble-t-il, à

mar-

ches forcées. Açogh'ig et Arisdaguès de Lasdiverd disent qu'elle parut

d'abord devant

la forteresse

de Havatchitch
(2),

(i)

sur la

montagne de ce

nom.

C'était, dit

M. Emin

une

forte

place du Daik'h dont nous ne
est

pouvons aujourd'hui encore

fixer

l'emplacement exact. Brosset qui

du

même

avis (3) croit qu'elle était située

dans

le

district d'Azort

(4),

un

des cantons de cette province. L'itinéraire suivi par Basile à son départ

de cette
le

ville

me

fait

plutôt croire qu'il ne faut point placer cette ville dans
la

Daik'h, mais bien plus au sud vers les sources de l'Araxe sur

route

entre Eriza, dernier point signalé sur la route du basileus avant qu'il ne

parxînt en ces parages, et la cité de Manaskerd vers laquelle

il

se dirigea

en

les quittant.

Dans

cette ville d'ilavatchitch,

probablement quelque sombre forte-

resse des montagnes, le basileus trouva la plus brillante et la plus

nom-

breuse assistance qui l'attendait

{")),

avant tout

la

foule

pittoresque

[i] (lu ;2)
(:t)

lluvadjitcli.
1

Arisdiiguès de Lasdiverd, éd. Kiuin, note

de

la

Voy. Additions à son éd. de VHi.sloire de
Kt non
d'.'Vgli'on.'i

Giforr/ie,

page 200. note 2 de

la

page ISG.
II, p.

(4)
(.'il

canton d'Azori ou Azorl » (.Saint-Martin, op. rit., .Vrisdaguès de Lasdiverd place celte entrevue du basileusavec tous ces imIs

Dans

le

361).

el

princes

encore dans

le district

d'Kguégliiats, i-'ost-à-dire à Eriza

même

ou Arzindjian.

ne
«

I!

ASILE

11,

I.E

TU EU

II

DE bULGAUES
et

des princes, dos dynastes, des archontes dn Daik'h

de l'Ibérie

(1) »,
§i

tous les aznaours du défunt curopalate Davith, tous seslanicux archers
célèbres sous
tains
le

nom

d'archers du Daik'h, Ions, accourus des plus loin«

comme

des plus proches districts de leur sauvage patrie
basileus de

pour

rendre

hommage au grand
c'était
le
la tète

Roum

aimé de Dieu
(jui

».

Depuis
en ces

longtemps,

premier empereur

(['(hient

paraissait

contrées perdues à

d'une puissante armée. Tous ces hauts barons
d'IIjérie qui
la

de cette montagneuse terre

va des bords de l'Araxe impéet

tueux aux rives marécageuses de

mer Noire

aux pentes rocheuses
la tête

du Caucase, anxieux de ces grands événements, venus à

de leurs

belliqueux escadrons, vêtus de la cotte de mailles et de l'épais justaucorps, s'étaient

donné rendez-vous dans
les

cette petite cité, anxieux de proet de

diguer au successeur de Constantin
leur respect.

marques de leur soumission

Aux

côtés des noijies

du Daik'h assemblés pour saluer leur nouveau

maître, héritier du grand curopalate, se pressaient des personnages bien

auli'ement importants encore, tous les rois chi'étiens du voisinage, tous
les

souverains de Géorgie

et

d'Arménit', petits ou grands,

venus eux
la

aussi à la rencontre de l'illustre Basile, chacun impatient de s'attirer

faveur du tout-puissant basileus, de tirer

jiarli

de sa présence

si

imprévue,

mortellement in(|uiets aussi des conséquences possibles de ce grand évé-

nement
tout,

jinni'

leur indépendance

si

chère à leurs cœurs indomptés. xVvant
le

l'empereur trouva en
II,

ce lieu

plus

puissant

des rois de cette
9iS0,

région, Pakarat
roi

roi pagratide des
le

Aphkhases(2) depuis
III

également
le
le

du

Kartlili

sous

nom

de Pakarat
(4),

depuis 98o
roi

(3),

avec son père

roi de

Géorgie proprement dite
i

Gourguen,

des rois, monté sur
(.">).

trône en 00
(1)

comme

successeur de son père Pakaiat liigouen

C'était

« les soldats de la légion noble dn Itaik'h. » Les Abasgps des Byzantins. L'Aphkhasie bordait nne |)(M'tion de l'exlréniilé oi-ienlalc de la Mer Noire, an pied dn versant occidental dn Caucase, entre la tlircassie au nord et la Mingrélie au sud. (3) Voy. Histoire de la Géorgie, éd. Brosset, t. I, note (i de la page 292. 1*9', (4) A cette époque, dit Brosset {Additions à son, éd. de l'Histoire de la Géori/ie, p. l'iniérélliie le royaume de Géorgie se composait uniquement de l'Aphlchasie comprenant actuelle, la Mingrélie et peut-être quelques parties de la Gourie et du Samtzklié septentrional. Le Kaketh avait ses korévOques. Le Somkheth, c'est-à-dire le Tacliir et la plaine de Géorgie, obéissait à Davith Dis de Gourguen, pelit-fds d'Aschod le Miséricordieux. (:ii Kl non en 998 comme le dit Murall, op. cil., I, 577.

LiUéraleiuenl:

(2)

â

la Vraie Croix aujounl'hui consmé à la l'Iuipellc du Palais archiépiscopal à Coloi/nr. Quatre anges encensant la rdiqae de la Vraie Croix. Les saints Constantin et Hrh-nc. Le pied est d'art occidental postérieur. Le reliquaire contient la célèbre petite i'ri<i.\- t/ue j'ai l'ait qrai'er à la p. JiS] de mon Niwphore Pliocas et

RELIQUAIRE BYZANTIN de

dont je donne une repimlui-linn

n>i-illi-ure

a

la p.

W3 du présent

volume.
2;{

178

BASILE
Gourguen dont
les

II,

LE TUELll DE BULGARES
fait à

ce

chroniqueurs byzantins ont
le
fils,

tort

un

IVîtc

du

curopalalc Davith, et dont

ce Pakarat d'Aphkhasic ut de Karlhli

précisément, avait jadis été adopté par Davith. Ces deux princes se trouvaient de ce
fait

dans une posture

fort délicate
le

en face du basileus qui,
dernier espoir de recueilet
lils

comme le larron de la fable,
lir

venait leur enlever

ce

bel

héritage.

Pakarat, l'ancien

pupille
981), dit

adoptif du grand

curopalate, avait été vraiment depuis

lu

Chronique nationale
maitre suprême de
».

connue sous

le

nom
«

d'Histoire de la Géorgie
le

(1), le

tout le Caucase,
Il

depuis

Djeketh jusqu'au Courgan

le

devait demeurer jusqu'à sa mort, qui ne survint qu'en 1014,

après un règne de trente-quatre
il

années.

En

cette

même

année 1000,
il

allait,

nous

le

verrons, être créé roi curopalate.

En 1008 seulement
(2). 11

devait succéder à son père

Gourguen sur

le

trône de Géorgie

fon;a

l'Aderbaïdjan et

le

Chirman, peut-être bien
et se
fit,

même

les

souverains d'Ar-

ménie, à

lui

payer tribut

on

le

verra, craindre en toute ren-

contre du basileus de lloum.

A

côté de ces

deux puissants princes on distinguait encore parmi
le roi

la

foule des hauts personnages réunis en hâte à Havatchitch

Abas ou
valeur

Apas de Khars
guerrière

et

de Vanant,

«

jeune prince orné du signe de
les

la

», à la tète

de ses troupes vêtues de rouge, puis
fils

deux puissants

princes Ardzrounis,

d'Abou Sahl, Sénék'hérim,

roi

du Vaspouraçan,
majeure du

cette vaste province qui depuis a toujours constitué la portion

pachalik de Van, et son frère aùié Gourguen

(3),

tous deux ayant succédé

ensemble en

ll'.lO

à leur

frère A.schod.

Bien d'autres petits souverains

encore accompagnaii'iil ceux-ci.

Tous ces princes avec

leurs suites brillantes autant iprinnombrables,

tous montés sur les rapides chevaux de Géorgie, vinrent tumultueuse-

ment

à la rencontre

du basileus

lui

rendre

hommage.

Cette scène splen-

dide eu cet agreste décor n'a été décrite, hélas, par aucun chroniqueur.

(1.
(2)

Ed. Brossel. trad. fram;.,

1,

p. 301.

Dans l'église d'Ichkhan on voit encore une inscription indiquant qu' « en l'an 1006 ;22li de l'ère arménienne cet édilice vénérable fut élevé par Gourguen, roi des rois, sous le vocable de la Sainte Mère de Dieu ». Voy. Brosset, Insciipt. géorgiennes rec. par le p. N. Sargisian. p. 19, pi. IV, n» 22.
i3

Aeogli'ig
et

liv.

111, cliap.

du basileus

ne

tut suivi

xlvii dit que Sénék'hérim accourut le premier que plus tard par son frère aine Gourguen.

à la

rencontre

ENTREVUE DE IIAVATCHITCH
Nous avons seulement quelques
lionora de riches présents chacun
t'urniules
ih'

179

banales.

»

iJasile,

dil

l'nn,

ces princes et do ces barons suivant

son rang'

et ils
il

en

lurent

cunililés de joie.

»« Réjoui de

leur

arriv(''e.

dit

un

autre,

les reçut

royalement, leur donna des chevaux, des mulets,
et

de riches vêtements, lieaucoup d or,

les laissa
»

aller en paix

cliacun

dans son pays, comblés de ses présents.

En

outre

<le

cet accueil
si

empressé, Basile éleva

le roi

des Aphkhases

au rang de curo[)alate

prisé en ces régions.
«

Son père (iourguen reçut
historiens nationaux, de

seulement celui de magistros,

atln, disent les

semer
tion

la

discorde entre
»

le fils et le

père, car telle était la

mauvaise intenétait

du basileus.

«

Mais Gourguen, poursuivent-ils,

un

homme

franc et droit dont les sentiments ne furent pas ébranlés par cette machi-

nation et que rien ne put faire changer.

»

Surtout Basile s'occupa de régler d'accord avec tous ces princes
question brûlante de
la

la

succession au trône de Daik'h
le

et

les difficultés

provenant de l'adoption antérieure de Pakarat par
late
les

grand curopasimplement que Rouni

Davith.

Il

serait plus

conforme à

la

vérité de dire
le

princes géorgiens plus faibles que
le

puissant

basileus de
les

durent accepter

fait

accompli.

«

Le roi Gourguen, racontent
le

Byzan-

tins qui, je l'ai dit,

ont,

Zonaras surtout,
le roi

tort

de prendre ce prince
fut

pour un frère du défunt curopalate,

Gourguen

amené par

le

basileus à se contenter d'être dynaste (1) de l'Ibérie intérieure, c'est-à-dire

de

la

Géorgie proprement
»

dite, et à

ne plus chercher à envahir les terres

du Daik'h.
laisser

l^n traité formel fut signé entre Basile et
fils,

Gourguen qui dut
le

en otage auprès du basileus son

probablement

jeune

roi

des Aphkhases.
«

On ne

doit pas s'étonner, dil fort bien .M. Brosset (2

,

que

le fils ait

reçu du basileus des dignités plus hautes que le père. Basile voulait éviter
à tout

prix que la succession du curopalate Davith

ne

lui

fût

contestée

par

les

deux princes géorgiens. En élevant
le

à

un

titre

très considérable

Pakarat,

plus intéressé des deux à cette atVaire, puisqu'il avait été jadis
le

adopté par

souverain de Daik'h.
»

il

s'en

faisait

un

allii'

au lieu d'un

(1)

«

Archùn.
iIp In

f2

llist.

liém-f/i''.

I,

p. :i01.

tSU

BASILE
et

II.

LE TUEUI! HE BULGARES
lui

ennemi,
les

en semant des germes de haine entre
lui

et

son père,

il

empêchait de s'unir pour

ravir sa nouvollu accjuisilion. C'était

toujours la
régner.
»

même

politique byzantine cherchant à diviser pour

mieux

Le

basileus se

montra aussi plein

d'afTabilili'

pour
11

les

deux

frères, les

princes Ardzrounis, souverains du Vaspouraçan.

les

combla généreu-

sement de

pri'sents

royaux, les prit

sous sa prolecliou, reçut leur homet

mage

et

expédia des lettres scellées de son sceau, chrysobulles

argyro-

bulles, à tous les émirs

musulmans du
et

voisinage, leur enjoignant de laisser
«

en paix

le

Vaspouraçan

de n'y point toucher.

Ainsi, dit .Vçogh'ig, le

basileus arrêta les invasions dans ce pays, diminua le poids des impôts
et

mit

fin

aux incursions organisées par
»

les Iulidèies

pour

piller et

rame-

ner des captifs.

Le grand royaume du Vaspouraçan, l'Aspracanie des
patrimoine
des fiers Ardzrounis qui
le

Byzantins, antique
toul

prétendaient
roi

simplement

descendre
depuis

du vieux Sennachérim,
les

bibli(pie
lac

d'Assour,

s'étendait

montagnes au sud du grand

Van
il

jusqu'au
était

delà
|iar

de
le

l'Araxe vers les

monts
l'orient

de Siounie.

A

l'ouest,

borné

Douroupéran, à

par

l'Aderbaïdjan,

terre

musulmane ou
à

plus exactement persane. L'empire byzantin poussait ainsi

nouveau

ses confins,

du moins ceux des
la

petits

Etats chrétiens,
(1).

ses

vassaux, jusqu'au voisinage des rives de

Caspienne lointaine

Une ombre
g(''orgien et
ni' (le

toutefois

marqua

cette

grande démonstration du loyalisme

arménien en faveur de

l'illustre

empereur de Roum, protecteur
le

jdus ces princes chrétiens de l'extrême Asie. Seul,

souverain

le

plus considérable de la région, suzerain plus ou moins effectif de tous ces

autres dynastes,

le »,

grand

roi

des rois pagratide d'Arménie, Kakig, le((schahla

inschah armen

suivant

formule arabe, se méfiant gravement des
le

intentions vraies du basileus,
et

soupçonnant de méditer l'annexion pure

simple de toutes ces contrées tant arméniennes que géorgiennes encore
la

plus ou moins indépendantes de l'empire, s'était abstenu de venir à

rencontre de cet impérial visiteur. Sentant sa force,
(1)

il

était

demeuré bou-

Dos doux

froivs Arilziouniêiis

Basilo Pt lui rendre lionuiiage. Gruirguen

sième

et dernier fils
102!i.

venus en lan liidO à llavalcliilch pnur (i>nipliiiicnler mourut le premier dès l'un 1003. Sinék'liorim. troid'Abou Sahl, demeura encore vingt ans seul roi du Vaspourutan, c'est-à-

dire jusipion

1

HEI.IQUAIHK
urcltirjiisct'iiid
viilrtn.

BYZANTIN
ii

de la Vraie Croixffionservé
[l'Oy.

Cologw

p. 17T).

anjourd'hai à la Chapelh- du PalaU
Siéi-li;.

.Y/""

ou

XII""-

l-'acr

jiosU'n-irni-e

tics

I.a

Vieriji- et

sainfr Anne.

182

BASILE
dans sa vaste

II.

LE TUEUR DE BULOARES
nioiiiiincntalc
d'Aiii,
à
l'ticarl

(linir

cajiitiili'

de
« 11

cette

affluence des rcds, des princes et des ai'clioiiles de smi jtavs.

refusa,

disent les historiens nationaux, daller trouver

le

basileus, ce qui dt^piul

étrangement

à celui-ci.

»

Disons quelques mots de ce souverain

et

de ses origines. Aschod

III,

ditOghormadz ou
roi des

le

Miséricordieux,
le

n

le

père des pauvres et des indigents»,
II
le
si

mis (rArniénie,
l'allié

contemporain de Romain

et

de Nicéphore

l'hocas,

tldèle
lui

de Jean Tzimiscès, celui auquel

héros couronné

avait écrit

pour

raconter sa campagne de Syrie une
(1), était

mémorable

épître

que nous a conservée Mathieu d'Edesse
l'an !)77, l'année

mort pieusement en
et

après

son impérial ami, après un règne heureux
fils
:

glorieux d'un quart de siècle, laissant trois

Sempad, Kakig
le
«

et

Gourde

guen

(2).
II

Sempad,

l'aîné,

lui avait le
«

premier succédé sous
le

nom

Sempad

surnommé
le

Diézéragal,
»
il

Dominateur

»

ou

le

Maître du
s'était fait

Monde

»,

«

Conquérant

à cause de ses conquêtes. Celui-ci

couronner dans Ani dont
gique
et qu'il avait,

avait vite apprécié la forte position straté-

à l'exemple de son père mais bien plus encore, fait

merveilleusement
années.
Il

fortifier,

décorer et agrandir dans un espace de huit

en avait

fait

sa résidence définitive.

Il

avait entouré sa chère capi-

lalc
jiar

d'une muraille nouvelle de toute beauté construite en pierres unies

du mortier, garnie de hautes tours, beaucoup plus considérable que

l'ancienne, muraille vraiment splendide dont les ruines admirables debout

encore aujourd'hui frappent d'étonnement
élever par ses architectes, dont
le

le

voyageur

(3). Il

y avait

fait

principal, Terdat

ou Tiridate, se signala
(4),

plus tard par la restauration de Sainte-Sophie, à Constantinople

de

nombreuses

églises

dont une de

très

grandes proportions, cathédrale
lui laissa

splendide que sa UKui prématurée ne

pas

le

temps d'achever,
(.").

mais qui

est

demeurée presque intacte

jus([u'à nos jours

Il

avait été

Voy. Épopée, I, pp. 282 sqq. Ou Giorgi, Georges. 2ï7. (3) Voy. Êpopér, I, pp. 248 (i) Voy. p. 38. Je crois devoir reproduire ici le récit de mon excursion à ces ruines fameu.ses dans l'automne de 1895, récit inséré dans le numéro du .lonrnal ilfs liébals du lll octobre de cette aimée. .\u retour d'une excursion à Krivau et au monastère d'Ksclmiiadzin d'où la vue sur
(1) (2>
ii

("j'i

'•

LA

VILLE LiWNl
fin à l'inc-essantc

183

extrêmement puissant, ayant mis pour un temps

anar-

chie guerrière qui régnait en ces contrées, et avait terminé iieureusement

l'Ararat couvert de neige est

de
la

si belle, j'ai tenu à rendre visite, non loin de la frontière turque Transcaucasie russe, aux célèbres ruines d'Ani, la vieille capitale des rois d'Arménie de dynastie Pagratide, contemporaine des empereurs d'Orient des dixième et onzième siècles.

la

L'entreprise, jadis difficile, parfois dangereuse, est aujourd'hui fort aisée.

De Delidjan,

station

Érivan par .Vstapba, une route de poste conduit en cinq relais, à travers une contrée d'abord délicieusement boisée, puis soudain complètement aride, jusqu'à Alexandropol, l'antique Goumri arménienne, aujourd'hui centre militaire fort important de la frontière de Transcaucasie, dans une plaine brûlée du soleil. D'Alexandropol, en quatre heures, un phaéton c'est le nom officiel d'une Victoria légère en ces contrées attelé de quatre chevaux conduits par un cocher arménien, vous transporte à Ani. Quittant à la septième verste la route de Kars, l'étrange équipage suit une simple piste à travers champs, dépassant des villages arnu^niens dont la population presque sauvage, entourée d'énormes chiens, véritables animaux féroces, se livre au pittoresque labeur du di'^piipiage des blés. Après avoir franchi à gué divers cours d'eau, entre autres l'Arpa-Tchaï, l'antique .\khourian si souvent mentionné dans les chroniques d'Arménie, on débouche subitement en vue du plateau rocheux qui porte les ruines il'Ani. L'impression, dans ce cadre immense dominé par les cimes neigeuses de rAla-(joz. est très forte. « Le fleuve .\khourian et un de ses afiluents, simple torrent, coulant dans des ravins aux parois de roches à pic profondément encaissées, limitent un vaste triangle sur la surface
la route
Tiflis

charmante de

de

à

duquel s'élevait la cité jadis florissante entre toutes celles d'Arménie, aujourd'hui déserte, ruinée, mais encore représentée par ijuelques-uns de ses plus beaux monuments. Le troisième côté du triangle était protégé par un superbe rempart médiéval, presque intact. Construites en appareil magnifique, bâties de cubes de pierre de deux couleurs dont les arêtes, vives comme au premier jour, se juxtaposent exactement, tours et murailles, qui ont vu les assauts de toutes les armées, de toutes les races de l'Orient, se profilant au loin dans cel absolu désert, forment une paroi géante d'une saisissante grandeur. Cela rappelle, dans un paysage autrement sévère, les murs de Rome nu ceux de Constantinople. « Lorsque, par une porte couverte d'inscriptions lapidaires, surmontée d'un grand linii sculpté, on a pénétré dans l'enceinte, le spectacle devient plus extraordinaire encore. Sur ce plateau sauvage, parmi iJ.immenses amoncellements de pierres provenant des ruines des édifices plus humbles, se dressent encore çà et là plusieurs merveilleux monuments de cette cité de l'an 1000. Un certain nombre presque intacts, sous leur armure de pierre rougeàtre. semblent construits île la veille. Un aperçoit, tour à tour, en des sites grandioses, dominant les abimes du double ravin, le palais des princes pagratides, de ces rois guerriers qui suo'Ut un moment se créer une vaste monarchie entre les Etats du basileus de Roum et ceux du Khalife de liagdad, puis encore leur citadelle en ruines et la cathédrale où ils se faisaient couronner avec une pompe tout orientale, diverses églises enfin, véritables joyaux d'architecture, une entre autres depuis transformée en mosquée. La cathédrale et deux églises surtout, petites comme tous les temples arméniens, sont dans un surprenant état de conservation. Pas une pierre n'a bougé du splendide appareil des parois jadis construites par l'architecte Tiridate, qui releva la coupole de Sainte-Sophie, détruite par le tremblement de terre de l'an 989. Sur les murs extérieurs figurent encore, nettes comme au premier jour, les grandes inscriptions royales dédicatoires en beaux caractères lapidaires arméniens des dixièmi^ et onzième siècles. Les portes et les fenêtres sont admirablement sculptées comme des monuments d'orfèvrerie, rappelant par la richesse de l'orncmentalion les plus gracieux échantillons de l'art arabe. La pierre, d'une superbe et chaude teinle rouge, prête un chaïuie de plus à celte féerique silhouette d'une grande cité endormie depuis des siècles. La cathédrale, sauf la coupole qui s'est effondrée, semble prête encore à recevoir le gloiieux roi Kakig. • schahinschah c'est-à-dire roi des rois, venant eu grand cortège assister ver? l'an 10{lo, eu compagnie de sa pieuse épouse, la reine Katramide, à la consécration du noble édifice par h' catholikos Sarkis. Nous avons déjeune'', effarant les corneilles et les oisi'aux de proie si uiMuhri'Ux, au [lieil île l'aufif 'm furent couronnés fjiciii de? rois pagratides, euro((

•>.

184

BASILE

!..

LE TUEUR DE BULGARES
lui avait

plusieurs grandes guerres, ce qui
prisé de
Il s'était
«

valu également

le

tilre

tant

schahinschah armen

«,

e'e>t-à-dire de roi des rois

d'Arménie.

extraordinairement

fortifié

dans ses conquêtes grâce à l'extrême
Il

alTaiblissement du Khalil'at d'Asie.
laisser de postérité après

était

mort dans

l'hiver de 'J80 sans

nn règne de douze ans

et sept

mois, au

moment

MIXL-iTLRE du
Basile
II.

cclabi-i-

Meilologiou

il,:

la iJibliothfjue Valicanf.

n.wcalé itùur

le

li

ifil.;us

byzantines.

Saint 'J'héodorc Stratilate, un des /)<«.• (/toriea.v patrons militaires dus armées ll'hotoiirujihie rnmtminiqaèe par M. ''. Millet.)

même

où Basile
Il

se débattait

couire

la

terrihle

insurrection de Bardas

Pliocas.

a laissé dans les chroniipies nationales le

renom d'un glorieux

palates du saint empire de Roum (c'était leur titre officiel à Byzance), vassaux turbulents, souvent révoltés, des Nicéphore Phocas, des Jean Tziniiscès et du grand basileus Basile 11.
le

Bul<îaroctone.
«

Les autres édifices ne sont pas moins curieux, le palais royal surtout, surplombant Quelques églises conservent encore de nombreuses fresques. Toutes sont recouvertes de sculptures merveilleuses et de grandes inscriptions liistoriques. Toutes, en un mot, sont encore presque dans l'état où elles se trouvaient lorsque, après des calamités elTroyablcs, tremblements de terre, invasions répétées de cent ennemis féroces accourus de rOrieut, les malheureux habitants de la ville royale d'.\rménie se furent décidés à l'abanl'elTrayant ravin.

MlSIArCHI'.
Xalionale,

DY/CAynSE
Psautier.

d'an

un

di's plus bfuii.v manuscrits da XI'"' Sièch: de la Dibliodcfiian Double scène du combat de Daiid contre Goliath. David est

soutenu par la Force. Derrière Goliath s'en[ait nu l-'trangers assi.tlent <i la lutte.

la Jactance.

Les Israélites

et les

Philistins

el [luissaiil inonanjiie vaiîKjiiL'iir di'

son oncle .Mmischeg, roi de Kars,

du féroce émir de Toviii
doiiiifr définilivcnioiit

et

de beaiicmiii d'autres jirinces tant arabes que

cité rnéiJiévale i-onservée
'-

pour un lointain et pins sur asile. C'est un musée inappréciable, nne pur enchantement, telle que n'en possède aucune autre nation.
c'est le désert

P.irtcMit

aux environs des ruines,

sans limites, sauf (pielipies lialiitations
24

186

n.lSILi:

II,

LE TUEUR DE BULGARES
les

chrétiens.

«

Sur

le tard,

racontent

chroniques,

il

s'était enorgueilli, y

Acos;h'ig(l) a

dit

ses forfaits

dont un dos pires fut d'épouser sa nièce
1!

contre les règlements de l'Kglise.
il'Aui.

fui

enterré dans sa bien-ainiée ville
il

Tiiul

11'

lout;

lie

snii

W'gnc

Itrillant

semble avoir entretenu avec

renipire iivzantin des relations jiacifKjues et n'avoir |ioinl eu à se plaindre

du basileus Basile qui que
lui.

était

monté sur
et

le

trône à peu près en

même

temps

Le

lils

de

Romain

de Théophano avait eu dans les premières

années de son gouvernement trop de grandes séditions, trop de guerres
redoutables sur
les

bras pour ne pas rechercher à tout prix de vivre en
ce puissant voisin, .son presque nominal vassal.

bonne harmonie avec

Sempad

II

avait eu

pour successeur son second

frère

Kakig I",
lils

celui-là
111,

même

qui vieni d enirer en scène.
il

Ouanl an troisième

d'Aschnd
la
Il

Gourguen,

avait à la
cl

mort de son père reçu son apanage dans
premier
la

région
fut le

du nord-esl
chef de
la

avait (lé le

roi

de l'Albanie arménienne.

branche gurigéane de
dans
le

maison royale arménienne pagratide,
district

établie dès lors à Lorki.

pays de Daschir,

de la vaste et

âpre province de Koukark'h, l'antique Gogarène; autrement dit ce dernier
lils

d'Aschod

fut la

souche des rois gorigéans qui, au
de Lorki
et

xi*^

siècle,

résidèrent dans cette
d'un

ville

portèrent

le

titre

de roi des

retentit

pauvre village arménien. Ce plateau inéj.'al, maraelnnné, profondément raviné, où si souvent jadis le galop des cavaliers envahisseurs, cavaliers byzantins, géorgiens, arabes, persans, tartares ou mogols, est entièrement nu. Sous un soleil de feu des troupeaux errants paissent à l'entour des églises fondées par les Pagratides, remuant du pied les débris de nmrailles sous lesquelles dort le scorpion. Au fond du ravin r.\khourian sauvage bondit comme aux temps des rois, roulant ses eaux grisâtres vers l'Araxe lointain, d'où, passant le long des pentes de l'.^rarat, elles iront plus loin encore se jeter avec celles du Kour dans la mer Caspienne. L'horizon est borné par le majestueux Ala-Goz, un des plus beaux monts d'Arménie. La frontière turque n'est pas loin, hantée par les Kurdes pillards, (|ue tiennent en respect les braves Cosaques du Térek et du Kouban disséminés sur ce vaste espace. Devant nous se profilent encore les monts de Kars dont le nom rappelle tant de

du tsar et ceux du sultan. Malheureusement, et c'est là où je voudrais en venir, le temps, ici aussi, bien que lentement, pour.suit son œuvre destructrice. Les voûtes s'effondrent les premières. Les feux des pâtres effritent les bases des églises. Le palais s'émiette peu à peu dans le ravin jadis verdoyant du jardin royal. Maintenant que ce territoire est définitivement incorporé à l'empire russe, ne pourrait-on sauver, pour la plus grande joie des archéologues, cette ville mystérieuse, cette cité enchantée du Moyen âge? Parmi ce peuple arménien, si passionnément attaché à sa belle histoire nationale, ne se trouvera-t-il point quelque Mécène intelligent qui s'éprenne de la gloire d'Ani. la ville des grands rois de sa race? Quelques centaines de mille francs, un gardien convenablement rétribué, suffiraient à sauver ce joyau unique, une ville chrétienne orientale du dixième siècle, non loin des pentes du Caucase. Puisse l'immense publicité du Journal des Débuts attirer îles regards bienveillants sur ces ruines insignes. »
luttes ardentes entre les soldats
«

(1) Liv. 111, cliap.

XXIX.

A.l/v'/r;

/ '

liOl

l'ACUATlDE D'ARMENIE
el avait

187

Aghûvans. Ce prince venait de mourir

en |iour successeur son

lils

Davith, prince belliiiuoux mais malheureux ilans les couibats.
Kal<.ig

l"qui, en cette époque de

I

an KJUU, régnait sur

les

Arméniens

depuis plus de dix années déjà, devait en régner vingt encore jusqu'en
102(1. C'était égalemciil,

au dire des historiens nationaux,

lurl

enclins,

il

est vrai, à alniser

de

la

louange à l'endroit de leurs princes, un
les

roi fort et

constamment victorieux dans
magnificences,
lui

combats. Ses triomphes guerriers, ses
qu'à son Irèic,
le

valurent, de
fut, dit

même
l'art

litre

éblouissant

de«schahinschah)). «Ce

Açogh'ig,un

homme à

rospritfin,en

même

temps profondément versé dans
bution de ses faveurs
(1). «
«

de la guerre, libéral dans la distri-

Il

surpassa, dit Samuel d'Ani, tous les rois
»
11

pagratides en sagesse, en générosité, en piété, en valeur militaire.
était, à l'égal

de tous

les

princes de cette race, fort religieux, grand et
(2),

merveilleux bâtisseur d'édifices pieux
l'Eglise.
Il

grand défenseur des droits de

chantait régulièrement aux uiatines confondu avec les autres

chantres.
Il

dégreva ses sujets de nombreux impôts.

Il

aimait à s'entourer

d'hommes remarquables qui

illustrèrent sa cour.

L'Arménie, bien que
qui bouleversèrent

désolée par les tremblements de terre de l'an

9!l.3 (3),

surtout

la

quatrième Arménie sept mois durant,

et jetèrent

bas une mul-

titude de châteaux, d'églises, d'édifices de toutes sortes, jouit encore sous

son règne qui
paix

fut

comme

l'apogée de la grandeur pagratide d'une longue
l'elal

maintenue surlout par

d'anarchie profonde du Khalifat de
à lV'po(iue oii écrivait

Bagdad. Elle durait ('ucore en lOOi
prolongea jusqu'à
la

Açogh'ig

et se

mort de ce modèle des princes chrétiens orientaux.
la plus brillante période de la littérature (4),
é-ditices
la [lieuse

Ce règne
l'art

fut

également

de

et

de l'architecture en Arménie. La plupart des

superbes
princesse

d'Ani datent de cette époque. La reine de Kakig était

Katramide,
(11
(2)

fille

de l'ischkhan de Siounie.

Ce

fut elle,

en

réalité, qui

Tchamtiliian iloniic lo mOnie li'iiiiiignai;i'. Surtout il CHiishuisit uiir spli'inliili' i-glise
»

di'iliri'
'J'J2

à

saint

(iivgoire
la

dans

«

la

valli-f (les .lar.liiis

attenant à Ani.

Il

avait Wxr

dès

dans

crtli' ville

résidence des

kalliolikns (l'AiiniMiie.
(3)
Il

Açogh'ig,

liv.

Il(,

cliaii.

xxxvi.
cite
tiiiilr
iiiir

ArisdaLrnc''s

de

LasilivenJ

|i|iiadi'

il'i

cnvanis, d'iusloriens

et

de

savants.

188

BASILE

II,

LL TUEUR DE BULGARES
frais
et

acheva de coiislruire à ses

deuricliir la culhrdiak'

d Aiii

li,

commencée par Sempad
ce siècle,

II,

merveille de rarchiteclure d'Arménie dans

qui devait être

dévastée au lioul de

si

iieu

de temps et
les

si

airreusement parles envahisseurs Seldjoukides, mais dont
rables se dressent encore >ur
le

ruines admi-

plateau nulunix, désert et mélancolique

où jadis

fut la lirillante et piipulrnse capitale

des Pagratides

(2j.

Pour

ces trois règnes d'Aschod

III rt

de ses

deux

fils,

période

compa-

fi-ul/.iè,' (liifant partie du poartoai- de la l'ontainc sacrée dans de la Laure, au Mont Athos, fondé par saint Athanase soas le régne de Nicépliore Pliocas. Cette plaijue a fait partie de la construction primitive.

l'LAQi

K DE MAHBUE

'>

le coai-ent

rativement très paisible pour l'Arménie, nous ne possédons, hélas, qu'un
très petit

nombre

d'indications sur les alVaires intérieures de cette contrée.
illustré

L'éclat des

événements retentissants qui ont
sou-^

de tant de gloire les

armes byzantines

lîomain

II.

sous Xicéphore Phocas, sous Jean

Tzimiscès, sous Basile
(1)

il,

a couvert tous les autres bruits

du voisinage.
la

Comnie en

fait

foi

une magnifique inscription lapidaire encoro existante sur
avait été sculptée de la veille.
116,

muraille méridionale, aujoiird hui encore aussi nette, aussi facile à déchiffrer en ses beaux caractères koulzouri que
(2) si elle

Voy. dans Grene, op. en Arménie sous ce règne.

cit., p.

l'énumération des principaux édifices construits

J

SUPREMATIE DE LA DiXASTIE l'AGRATIDE ES ARMENIE
Bien que ces
iJvéïiouieiits liiiRliasseul di' Inrl
ils
[iri's

1S9

au

.-ni( l'utuf si

déplo-

rable de l'Arménie,
leiTiloirc.

s'accomplissaient cependant en dehors de son

Je rappelle (pie
l'étendue du
li

la

dynastie pagratide était bien loin de posséder toute

rrilnire

de l'Arménie proprenienl dile

:

mais

elle

était

la

plus puissante dans ce pays et avait lnujuurs joui d'une sorte de supré-

PLAqL'E
primitive.

de marbre

-If/ianasi; SMiij- le

ai-alptce du coavent de La Laiirc, aa Mont Alltos, (ondr par suinl frgnc dr Nicéphorc l'kocas. Ceite pi tf/iie a fait partie de la construction

matie sur tous

les

autres princes

et

dynastcs qui s'en partageaient

la

souveraineté. Tous ces belliqueux archontes reconnaissaient la suzeraineté

du glorieux
reste

roi

des rois

d'Arménie contre
le

leipiel

ils

n'hésitaient

du

pas à se révolter pour

motif

le

plus futile.
(pii

Les morcellements
voulait à tout prix
III

incessants de la dynastie à chaipie mort de roi
apanage]- clriciin de M'lils,

niurcidli'iiiriiU
le

dunl riii'ritage ilAschnd

venait encoi'e d augmenter
blissenieiil. Va\
d(''lrui>anl

nombre, étaient une grande cause
vestige d unité,
ils

d'atl'ai-

tout

facilitèrent

singuliè-

lyu

BASILE
la

II,

LE TCEUH DE BULGARES
la

renient plus tard

chute de

dynastie

et

rincorporation de la grande

Arménie

à l'empire, double but

que

la

chancellerie toujours en éveil du
le

basileus Basile préparait lentement mais sûrement sans

perdre un ins-

tant de vue, avec la patiente ténacité de la diplomatie byzantine.
les les

Toutes

actions de Basile en Asie qui sont parvenues jusqu'à nous, toutes

mesures prises par

lui

dnnt nous aurons à parler plus
et la

loin,

ne laissent

aucun doute sur
fit

l'existence de ce plan

poursuite opiniâtre qu'il en

tout du long de son règne.

Déjà

le

Darôn

faisait partie

de son empire depuis l'an 968, dès avant son

avènement au
revu de ce
fait

trône, et les territoires voisins

du vaste lac Van avaient

des garnisons impériales. Maintenant et malgré l'attitude
le

aussi frondeuse qu'impuissante du roi des rois Kakig, c'était

tour du

grand pays de Daik'h, à deux pas de l'extrémité orientale de

la

mer Noire.

Avant de mourir en

l'an

1020, le roi

Kakig devait
le

être

témoin d'autres

coups encore plus sensibles portés par

basileus Basile à l'indépendance
la fin

de sa patrie arménienne, indépendance dont
à grands pas.

douloureuse approchait

Revenons au

récit

de l'expédition de Basile.

A

part cette fâcheuse

abstention du roi des rois d'Arménie les choses s'étaient en bien passées jusqu'ici
et le

somme

assez

basileus put croire

qu'il

réaliserait
.Mais tout

sans

l'ombre d'un souci

le

riche héritage

du vieux curopalate.

chan-

gea soudain.

«

La parole de

l'Ecriture Sainte s'accomplira et la prophétie
ils

inspirée par l'Esprit Saint au roi David. Le matin
terre, ils brilleront et fleuriront

pousseront de
ils

la

comme
»

l'herbe, et le soir
le

se faneront,

se dessécheront et tomberont.

Ainsi s'écrie

chroniqueur national
récit

Arisdaguès de Lasdiverd (l)avant de poursuivre son
par celui de son compatriote Acogh'ig
(^2).

que

je

complète
le

Le jour même où

roi

de

Géorgie Gourguen s'apprêtait à prendre congé du basileus pour rentrer

dans ses

Etats,

laissant

probablement son

fils

en otage,

une violente

échaufl'ourée éclata au
futile,

camp

d'Havatchitch, pour une cause en apparence

parmi tous ces combattants de races hostiles entassés dans cet
Les princes
et

étroit espace.

nobles du Daik'h, lnus

les

vassaux du curopa-

(1)

Histoire d'Arménir, éd. l'nidliuiiimc, p.
III,

9.

(2| Oji. cil., liv.

ohap. XLiii.

VIOLENT COMBAT ENTRE RUSSES ET GEORGIENS
late Davith,

191

probablement aussi

les soldats

géorgiens des rois de (iéorgie,
loin des

d'Ajilikhasie et de Kars, étaient

campés non
la

tentes byzantines.

Un

soldat russe,

un dos guerriers de

célèbre droujina de six mille
DS!»

hommes

de cette nation qui, depuis qu'elle avait eu
|ii

sauvé l'empire

du mortel

ril

de IJardas l'hocas,

n'avait

cessé de combattre sous les

bannières impériales, se recrutant incessamment
Va?rings allant chercher fortune à Tsarigrad
(1),

parmi

li's

nouveaux

et qui venait précisé-

ment de

faire la

cam[)agne de Syrie où

elle avait

brûlé l'église de Saintle

Constantin de Iloms, puis de passer l'hiver à Tarse avec

basileus,

un

de ces soldats, dis-je, rapportait une charge de foin qu'il avait récoltée

pour son cheval

\'1\.

In

soldat ibérien la lui arracha.
et l'ibérien

Un

second Russe

accourut au secours de son frère
compatriotes qui tuèrent
«

appela à grands cris ses

le

premier Russe.
les six mille
le

Alors,

dit

textuellement Arisdaguès de Lasdiverd,

fan-

tassins russes

armés de lances
roi

et

de boucliers (ceux que
lui

roi

Basile

avait

demandés au

des Russes lorsqu'il

avait

donné sa sœur en
armes.

mariage

et qu'ils étaient

devenus chrétiens)

se jetèrent sur leurs
la

Tous

les

princes et les vassaux du Daik'h, toute

légion noble de ce

pays, allèrent vigoureusement contre eux et furent vaincus après
bat d'uneterribie violence parce qu'ils se trouvèrent en
(le lut

un com»

moindre nombre.
fatale

un affreux massacre. Parmi
le

les

morts de cette

journée

les

historiens géorgiens citent

grand prince des princes Patriky, général
et

en chef des troupes du Daik'h (3), Gabriel
chopentre,
saint
le

.Joannès, tous

deux

tils

d'Ot-

fameux magistrosTchortovanelde Daik'h
le petit-fils

aussi, le protégé de
(4),

Euthyme,
le

d'Abou Gharbal, neveu de Tornig le Moine
('5),

dont

nom

est

revenu souvent déjà dans cette histoire
cil.,
iioti'

beaucoup

(1)

Voy. Ilosen, op.
bête

272 et Wassiliewsky, La
poui' le

ilroujina vn-riniiu-russe à Cons-

tanlinnple, pp. 123 sqq.
(2) (Ju<'l<|ue
de'

somrai'

transport

di-s

liagaces. car les

Russes i-oinbat-

laicnt à pied.
(.5) Ou Patrie (Patrice?). Le nom est di'figuré dans les manuscrits. .\çoah'is le Palrinrg. M. Brosset, .iildilions à son éd. de VHist. rie la Céorr/ie, p. 18T, pensi' qu'il

nomme
i-tait

le

frère de Tchortovanel.
(1)

Kils

.II-

son

{[î-ri-.

Voy. dans lirosset,

ibid..

la

généalogie de

touti'

ci-tti-

famille de

saint Kutliyme.
(!i) Voy. Epipée. I, pp. il8 sqrj. Tchamtcliian, op. cit.. Il, 873, dit que ce fameux guerrier géorgien s'élant révolté fut tué dans la plaine de Bagaiidj par .lean, général des troupes du

basileus Uasile.

192

ISA.<:l!.E

II.

I.E

TCEUH PK BULGARES
Dieu pesait sur eux

d'autres encore,

((

car, dit le ciironiqueiir, la colère de
»

pour leur arrogance.
trente

Arisdaguès

dit

avec une évidente exagération que
la

hommes

de la légion noble, c'est-à-dire toute
]ias

noblesse du pavs

de Daik'h, périrent en ce jour, que
tous ces guerriers
avaient
le

un n'échajipa

et

que ce

lui

pour

châtiment de Dieu à cause du meurtre infâme qu'ils
le

commis

le

Jeudi Saint sur la personne de leur prince

ciiropa-

late Davith.
Il

n'est pas difficile

pour qui a

suivi les

événements de ce règne agité

de s'expliquer l'inimitié qui existait entre guerriers géorgiens et russes. Si

souvent dans ces dernières années
contre
les

si

troublées,

ils

avaient combattu les uns
telle

autres sous des bannières différentes!

Une

animosité devait

amener bien facilement des
de faire
le récit.

rixes sanglantes pareilles à celle dont je viens
la lutte

On

a vu,

dans

suprême engagée en
le

OS'J

contre tarle

das Phocas, les troupes géorgiennes constituer
fidèle ajppui

plus puissant,

plus

de l'usurpateur,
et lui

les

troupes russes au contraire accoiu-ir au
dit expres-

secours de Basile

procurer une éclatante victoire. Psellus

sément que
rie qui le

les

meilleurs soldats du prétendant furent les fantassins d'Ibéfin

défendirent jusqu'à la

dans

la lutte

suprême sous Abydos.
les

Ces

mêmes

soldats ibériens avaient

été déjà

cruellement battus par

Russes à Chrysopolis. Depuis
combattre dans
les

lors, ces derniers n'avaient
ils

pas cessé de

armées impériales où

avaient pris
crilé,

la jilac(^

aupara-

vant occupée par
le

les

Géorgiens. Ceux-ci, de leur

n'avaient pas perdu

souvenir des hontes militaires qui leur avaient été infligées par ces bar>i'ord.

bares du

Une
le

haiiu'

violente

les

animait contre

les

sujets de
fait.

Vladimir, haine que

moindre incident ti-ansformail en voies de

Le basileus

Basile, reprenant sa route après ces

événements déploIlark'
(1),

rables, traversa d'abord le petit district très
faisait partie

montagneux de

qui

de

la

grande province de Douroupéran, à

l'est

du Darôn,
le

sur les rives du bras méridional del'Eujdirate, puis se dirigea vers

pays

d'Apahounik'. C'était avec leHark' une des dernières conquêtes du grand
curopalale Davith, à
la

mort de Had

le

Kurde. Dans

le Inil

de pi'ucéder à

l'annexion régulière de cette |iûrlion très iin]iorlante de l'héritage qu'il

(1) Li' «

Xâf/.x » du

Por|iliyrijL'i'nèti'.

PL. IV

i'LAQUË
figures

d'ivoire byzantine

da

A'"'

oo

JW«-- Sièc/e

uu repoussé de

travail

occidental postérieur,

dans un encadrement en vermeil orné de le tout ayant servi île couverture

d'I^viinijéliaire.

hibliotlwiiii,- .\,iiiiinnl,'

SÉJOUR A MANASKERD ET A VAGIIARSCIIAGERD
venait recueillir,
terres

193

pointe avancée de l'empire vers les
fit

musulmanes, Basile
(I).

d'abord séjour à Manasvieilles cités

kerd

('/était

une dos (dus
la

d'Arménie,

place de guerre très forte,
la région.

plus importante de
à bien des

Son nom fameux revient

pages de l'histoire byzantine. Elle s'élevait sur
la

rive

nieridiniialc

du .Mouiad-Tcliaï, tout à
presque sur
la

rorioni
ticre

du

llark',

frcm-

du

district voisin

d'Apaliounik dont

je viens de parler. C'était la

Malazguerd

des Turks, la Mantzikiert des Byzantins,
où, plus tard, l'infortuné basileus

Romain Diogène
le Seld-

devait être

si

cruellement battu en 1071 par
il

joukide Alp-Arslan dont
aujourd'hui Malazkerd,

devint le prisonnier, ("est

ville

encore très grande et

bien fortifiée, capitale d'un sandjak dépendant d'Er-

zeroum.
Basile

ne

])arait

pas avoir

séjourné

très

lou-

guement dans
marches
fois droit

cette ville.

S'avançant constamment à

forcées, l'armée impériale, se dirigeant cette

vers

le

Daik'h, dans la direction

FACE postérieure d'une

Croi.v-Reli-

du nord, toujours à travers

les territoires

du défunt curopalale, gagna Vagharschagerd,

daX"" Siècle aijant (ait partie daTrésor deV Etiliae
ijaaire d'or

byzantine

aujourd'hui

Alaschgerd,

dans

le

l'akrévanl, disirict de la province d'Ararat,

vers les sources

mêmes du grand

Sainte-Marie ad gradus de Cologne^ aiijotird'} mi conservée à V Archevêché de cette ville où elle se troave renl'erméedans le Reliquaire gravé aiuv pp. 177 et JS2 du présent volume. J'avais donné déjà la gravure de
cette

fleuve Eu{)hrate. (Jn était alors déjà entré

croix

d'après

an

livre
p. !iSl

M. E. Aas'm Weerth à la

de de

dans l'année 1001.
«

mon
Açogh'ig,
le

N'icéphore Pliocas.
i/iie

La reproici

Là, dit

l'historien

duction

j'en

donne
est

d'après

une

phfito'jrapliie,

inlininicnt

basileus Basile et ses troupes

campèrent
ville,

supérieure.

dans

la

plaine

au.v

portes
si

de la

espérant encore l'arrivée

désirée du roi des rois Kakig.

On

était ici à

(1)

Ou

Maiidzj.'erd. Aulrrfois
et

Mflazdjerd

Manavazagerd. La Mav-;tx!=pT, MavÇtxûpT des Byzantins; Malazguerd des Turks.

la

104

BASILE

II,

LE TUEUR DE BULGARES
k

peu de distance de sa capitale dAiii.

Mais Torgaeilleux Pagratide,

estimant cette démarche humiliante, ne vint point se présenter devant
l'empereur.
»

Probablement daulres sentiments encore dirigeaient
et

le

souverain arménien qui hésitait à se livrer pieds
teuse bonne foi du basileus.
Bref,

poings

liés

à la dou-

Kakig demeura à
et

l'écart derrière les

hautes murailles de sa capitale avec ses archers
d'étoffes à fleurs.

ses cavaliers vêtus

Aussi
roi

la

colère de Basile,
(1),

habilement surexcitée par

Abon

Salil,

neveu du

d'Arménie

qui calomniait auprès de lui la

conduite de son oncle, ne connul-elle bientôt plus de bornes.
Il

n"y eut toutefois pas hostilités déclarées entre les
se

deux princes.
lils

Seulement Kakig, pour

venger de son perfide neveu, envoya son

Joannes occuper ses jirovinces de
Dzalcat
(2)

Kogovith

et

de Tzahko-Oten ou

qui furent affreusement dévastées. Basile, de son côté, excita
la rébellion

sous main à

Davith, neveu de Kakig, chargé de la défense des

provinces septentrionales du royaume. L'imprudent lieutenant fut du
reste bien vite forcé de se soumettre.

De Vagharschagerd.
nouveaux
Etats,

l'i

iniienair,

p(''n('tranl

jusqu'au
luii,

cœur de

ses

gagna Oukhlik',

(3), l'Olthis
le

d'aujourd

une des derde
la

nières villes fortes d'Arménie vers

nord-ouest dans

la direction

Géorgie. Ce fut de cette résidence, semble-t-il, qu'il procéda à

la prise

de

possession

officielle

de tous ces vastes territoires dont

il

venait d'hériter.

Toutes

les villes

en petite quantité, toutes

les forteresses

par contre
et boisé,

fort

nombreuses du Daik'h, de ce pays sauvage, montagneux
par d innombrables affluents du Tchorok
et

coupé

qui se jette dans la nier Xoire,

du Kour qui

se jette

dans

la

Caspienne, tous ces nids d'aigle de cette
porter
la

contrée âpre et superbe qui

allait

fronlière byzantine jusqu'au

pays des Lazes, furent occupées par des garnisons impériales ou des
postes de trapézites.
velles, le basileus
«

Partout,

dit

Yahia, dans ces possessions nou-

nomma

des gouverneurs, des châtelains, des magistrats
il

grecs, des

hommes

à lui sur lesquels

put compter.

»

Nous ne possédons aucun
l) Il i>tail lils (ie la
(2)

détail sur cette prise

de possession par

les

sœur de
que
le

Kakit'.
II-

Kakig et céder aux (iéeririens une- partie du Daik'h. ;3) Oughthik', Okhthis ou Okhdik".
Tcliamtchian
«lit

roi

loi

Gourgueii

d'IbériL-

engagèrent basile à

LE BASILEUS nETOURNE
Byzantins

A

CONSTl \Tiyn l>LE
ciiropalate.

19:;

dn vaste

liéritagc

lin

ilcrmil

SoulumenL

nous
le

savons que toutes

les

résistances lurent larilemcnt vaincues et que
et

pays de Daik'h, avec toutes ses dépendances du llark'
avec ses forteresses inaccessibles, sa nombreuse
redevint ainsi, presque sans effusion de
fleuron de plus à
la
saut;:,

de rA|>alu)Uuik',

et

belliqueuse population,
impériale, un riclio
(i'elait

(erre

couronne renaissante des
et

basileis orientaux,

pour l'autocrator Basile un grand
d'au Ires qui allaient le

fructueux

succès

ajouté à tant

dédommager successivement de
!

tant de- cruelles

épreuves des débuts du règne. Hélas

l'empire ne devait pas demeurer

longtemps en paisible possession de ces beaux domaines.

Vers

les

premiers jours de printemps de l'an 1001 probablement,

le

basileus, quittant ses
le(iuel

nouveaux Etats de

la

montagne, après un séjour sur
à bien plus lentes journées,

nous ne savons rien de plus,

rejjrit,

par

la

voie de Garin, l'ancienne Théodosiopolis, l'Erzeroum d'aujour-

d'hui, près des sources de l'Euphrate, par

Ilahtoyarilch et les
II

thèmes
sa

d'Anatolie, la route du retour et de Constantinople.
suite de

emmenait à

nombreux hommes nobles
la lidélité

d'Ibérie, tous

ceux des archontes du
fier

Daik'h en

desquels

il

ne croyait pas pouvoir se

entièrement,

se proposant de les installer en d'autres régions de son

immense empire,

vraisemblablement dans

les

nouvelles provinces

récemment conquises en

Bulgarie. Ce fut probablement avant de s'en retourner, durant son «('jour

prolongé dans

les

Etats du curopalate, que Basile procéda solennelle-

ment à

la

punition des meurtriers de ce prince. Mathieu d'Edesse, après
le

avoir raconté

crime de ces hommes,
saisi
lui

dit

seulement ceci

:

«

Au

bout de

quelques années, Basile s'étant
auteur du meurtre, ordonna de
le jeter

de l'archevêque Hilarion, principal

attacher une grosse pierre au cou et de
le

dans

la

mer.

Il

fit

éprouver

même

sort à

ceux des nol)les

(|ui

avaient été les instigateurs de ce
tions (pi'ils avaient
si

forfait. Ils jK'rireiil,
(11. »

cliargésdes malédic-

bien méritées

(1)
Îl'.l2-2."j

lljii

l'I-Attiir
91)3)

(t.

I.\,

p. C7) qui pUico

ces ùvt'iU'iiu'nls
«

fév.

les

rapporle en ces

termes:

assiégea
Il

Khelàl, Manaskerd et Ardjich et fit accorda ensuite une trêve de dix années à AbouAli El-Oiiasan. dans le pays lie P.nuni. »

à l'an 382 de l'Hégiri' /J mars Le roi des Grecs envahit l'Arménie: il beaucoup de mal aux populations de ce pays.
fils

de .Merouan. et

i-enlra

106

BASILF
Puis; Basile s'en

II.

r.E

TUEUR DE BILCARES
«

retourna à Constanlinople.
le

Après

le

départ du basi»

leus, dit

Arisdaguès de Lasdiverd,

pays demeura quatorze ans en repos.

Une

belle inscription gravée sur la muraille

du oouvent de Saintle

Jean-Ba|)liste, à lentrée de la ville de

Tswimœlh dans

canton de Khi-

dis-Tliaw, est presque exactement contemporaine de ces grands événe-

ments

(1).

Elle a été gravée précisément en l'honneur

du

roi

Pakarat

Ml s lA ru HE
l'oi-drc

BYZAS l'IXE

du. célèbre
II.

Meiiologiuii de lu

Ribliûthèijiie
les

Vaticane ejcécufé sar

du basileus Basile

— L'Anije

conduisant

Maijes auprès de la Vierge.

et

de son

fils

l'aventureux Gourguen en l'année pascale 222, qui corres-

pond

à l'an

du monde 1002. Elh'
la fondali'ice
j'ai

est ainsi

rédigée dans
:

le

pompeux

lan-

gage du temps par
moi,
la

même

de l'église

n

Au nom
pour
le

de Dieu,

pauvre Anna,

cnmmencé de

construire cette sainte église dans
l'exalte)

l'église

de Saint-.Iean-Baptiste pour prier (Dieu
vi<\

])uissant
fils

Paknral,
le

drs Aphkhases et des Karthles

et
la

curopalate, et pour son

prince royal (lourguen, notre roi, |Miur
et

rédemption de
et

mon àme
En

pécheresse
(T
Klli'

en souvenir de l'âme de mes parents

de mes pères.

a

1-tr piililii-i'

par M. Crossfl dans son Ilappnrt si.vième sur un voyage archéo-

logique dans la Géoryie et dans r.lrménie exécute en 1847-1848, Saiiit-I'L-UTsbùiirg, 1851.

1

mosaïque
à la (in du byzantines.

d'un des arcs
A""--

du monastère de Sninl-Luc en Pkocide construite Théodore le Tiron, an des grands patrons militaires des armées [Photoijraphie cnmmuniijuée par M. G. Millet.)
di:

la coupole de l'éijUse

Hiècle.

— Saint

198

BASILE
pascale 222.
»

11,

LE TUEUR DE BULGARES
le

l'année
fice

D'autres inscriptions gravées sur

même

édi-

portent

encore

le

nom

de Pakaraf

et

de sa mère

la

reine

Gouran-

doukht.

Sur

cette route
la

du retour,

comme

l'empereur
byzantins

et

l'armée traversaient à
plus brefs que jamais,
la

nouveau

Cappadoce,

les annalistes

(1),

racontent seulement que l'autocrator reçut, aux environs de

place forte

de Charsianon, une hospitalité splendide dans les domaines du magistros

Eustathios Maléinos
alliée

i2)

de

la

grande famille cappadocienne de ce nom,

à celle des Phocas, de ce

même

Eustathios Maléinos qui, en 987,

avait prêté sa

demeure aux autres chefs de l'armée réunis pour proclaet

mer empereur Bardas Phocas. Cet opulent
longtemps rentré en grâce, disent
ger son prince, fournit
les

fastueux archonte, depuis

chroniqueurs, non content d'hébervivres toute l'armée. Aussi

abondamment de

Basile, sous le prétexte de lui

témoigner sa gratitude pour ce splen-

dide accueil et de l'en récompenser,
propriétaire terrien. Puis
il

emmena

à Constantinople ce grand

l'y le

maintint toute sa vie et ne lui permit

jamais de retourner chez

lui,

gardant

comme une
le

bête en cage, le

défrayant largement de toutes ses dépenses pour

consoler de la liberté et

du pays natal perdus. Précurseur de Fouquet
heureux Maléinos avait excité par
deur provinciale,
celui-ci était
la jalousie,
le

et

de tant d'autres, ce mal-

spectacle de son faste et de sa gran-

surtout les craintes de son souverain. Certes

payé pour se défier de ces grands seigneurs provinciaux d'Asie,
si

véritables potentats au petit pied, qui,

souvent, étaient tentés par

le

sen-

timent

même de

leur presque toute-puissance, de se poser en prétendants.
sédition imitée de celle d'un Bardas

Pour couper court à toute nouvelle

Skléros ou d'un Bardas Phocas, Basile se décida à faire im exemple et
l'infortuné Maléinos, assez riche

pour

nfiurrir toute

une armée, donc

trop riche, paya cher le brillant accueil qu'il avait par vanité ou loyalisme
fait à

son souverain, lln'avail du reste pas seulement excité les craintes
si

de Basile, mais aussi sa cupidité, je devrais dire son avarice,
expression
il

dans cette

n'y avait

comme une forme

de blâme, alors que Basile n'était

en réalité ipr(''Conome

et cela po\u' le plus

grand bien de ses armées

et

de

(1)
(2)

Skylitzès, Cédrénus, Zonaras.

C'est-à-dire

«

do

la villo

do Maloa

».

DISGUACK D-ECSTATlllOa MALEINOS
la .séciuiti'' lie

199

son empire.

par de

tels

sentiments,

le

basileus ne se

contenta pas de retenir Maléinos dans cette demi-captivité dorée. A sa mort,
il

fit

saisir tous ses biens
s'('tait

au

j)rorit

delà couronne. C'était déjà ce que
le

.Jean

Tzimiscès

proposé de faire pour

pai'akimoniène Basile dont la

lorlune territoriale et par conséquent la puissance provinciale l'avaient
effrayé et qui, se

voyant ainsi menacé,
(le fut,

prit les

devants en faisant empoifil

sonner son souverain,
le

nous

le

verrons, ce que

plus tard encore

basileus Basile dans des circonstances analogues, ne tolérant jamais,

dans ses voyages à travers l'empire, qu'un de ces grands seigneurs provinciau.Y

pût devenir, grâce à ses richesses trop considérables, un danger

pour

l'Etat.

Ce

fut

encore à ce moment, ajoute Skylitzès, que
la

le

basileus Basile

promulgua

Novelle destinée à em[iècher

les
le

plus hauts fonctionnaires

publics de s'enrichir outrageusement durant

temps de leur administraimpor-

tion en accpiérant avec trop de facilité des biens nationaux tinp
tants.
Il

s'agit

probablement

ici

de

la

Novelle de l'an 996 M). Skylitzès
et la

semble éfablir une relation entre
disgrâce d'Eustathios Maléinos.

la

promulgation de cette Novelle
réalité,

En

cette
.Mais

ordonnance avait
il

été

[)romulguée

plusieurs

années auparavant.

y

est,

chose bien

curieuse, précisément

fait

une mention
dont

très sévère de Maléinos,

dans

les

précieuses
K

scolies

autographes
dit le

Basile

a enrichi

ce

document.

Romain Lécapène,

chroniqueur, Constantin Porphyrogénète, Nicélois les acquisi-

phore Phocas, avaient déjà interdit expressément par des
tions

immodérées de domaines provinciaux,
nouveau violées par

lois

fréquemment renou-

velées, toujours à
forte

l'insatiable soif des richesses, plus

que toutes

les législations. »

Le

basileus, de retour enfin de cette pacifique

campagne

d'Ibérie qui,

immédiatement après l'expédition également triomphante de Syrie, donnait encore à l'empire toutes ces nouvelles provinces frontières hérissées

de puissantes forteresses habitées par
taire,

la

plus valeureuse population milile

dut faire son entrée solennelle à Constanlinople vers
l'an

premier

printemps de

1001, entouré d'une foule de magnats arméniens et

(1)

Voy. pp.

Vi-l

siiq.

200

BASILE

II,

LE rUEUli DE BULGARES

géorgiens, otages ou hôtes plus ou nu uns volontaires qu'il ramenait du

fond de l'Asie pour

les

éblouir du luxe merveilleux de sa cour.
!

Il

y avait

près de deux années qu'il était absent de sa capitale

SCEAU OU ni-LLE DE l'LOMB Df » CATEPANO « D ITALIE GRÉGOIRE TRACHAMOTIS APPENDU A l'N DOCLMENT EN DATE DE l'an 1000 CONSERVÉ AIK ARCHIVES DE NAPLES.

.

COFFRET
Nici'|iluire

d'iixiire hjjzitntin ihi X""' Siècle

conS'Tvé

ti

Xantrn.dans runri"n flachr
M. E. Miintz.)

ih\CIèi'i*s-

— Un def panneaiu- latéraux. — (Photographie commnniijtiée par
Phncis, p.
lT~i.

— Voy.

mon

Paix nvpo

Amlias^adi? Ju patriarche Oreste de .ïpi-u^aleni à Constantînople. RécepMort du patrîarclie Sisinnios .jui e^t remplacé par le moine Sergios. Cnntlnuation Nouveau séjour de quatre années du basileus Basile en Bulgarie, de lOOI à 1005, Evénements de guerre de ces quatre années. Conquête définitive delà basse et moyenne Macédoine. ICvènenients d'Italie. Rét.Tblissement du pouvoir byzantin dans le midi de la Péninsule la suite de la défaite d"l Ubon II à .'ïlilo. .Admiiiistralion des a catêpano o. Sé.litions. Agressions sarrasines. Régence de Théopbano en .Mlemagne. Si^-is sou influence l'art byzantin se développe par tout l'Occident. Education du jeune empereur Othon 111. .\mbassade allemande à Conslantinople pour lui trouver une femme parmi les princesses de la famille impériale. Première e.tpédition d'Othou III à Rome en 996. Son i-ouronnement par le nouveau pape Gréiioire \\ son cousiu. II retourne en .\Ilemagne.
II-

Khalir.^

d'EgypIe.

tion solennell».'.


.i

de

la

suf-rre bulgare.

E fui

dans

la

promière moitié de cette

même

année

1001, an retour de celte brillante expédition, que
l;i

paix Tut enfin conclue entre l'empire byzantin et

le

Khalife d'Egypte. Certainement ce grand événement

sur lequel nous n'avons que fort peu de détails et qui
mettait
ili'pnis
lin

à

un

état

de guerre presque incessant

l'arrivée

des

Fatimites

en

Egypte,

fut

une

conséquence de l'heureuse campagne de notre basileus en Syrie en l'an 999. Les grands succès
tés

rempor-

par Basile qui durent avoir par tout l'Orient un
le

PIECE
dinar

DOR
da

on

retentissement immense, contribuèrent à décider

Khalil'a

nouveau Khalife du Kaire,

cet esprit

malade

si

mobile,

d' F.ijyptr AI~Ilal:''ia

constamment
leus ce
(pi'il s'était

agité, h

proposer de lui-même au basi-

refusé

i't

accepter lors des avances faites par celui-ci
fil

en 998. Le

ciit.ix

(ju'Al-llakem

d'un des parents chrétiens de sa

femme
20

202

BASILE
être son

II,

LE TUEUR DE BULGARES
est

pour
la*

ambassadeur à C.onstantinople avec pleins pouvoirs, en
les

preuve certaine. Yahia, de qui nous tenons
sur
ces

quelques renseignesi

ments que nous possédons
raconte, en
etTet.

négociations
le

importantes

(1),

que l'ambassadeur envoyé par
la

Khalife au basileus

pour

traiter

d'un armistice d'abord, de
il

paix ensuite, fut ce patriarche
(2),

Oreste de Jérusalem duni

a

l'té

question déjà

qui élail parent de
fort intéres-

Hakem. Ce
santes

prélat,

auteur distingué de vies de saints italiens

(3), avait

succédé dans cet illustre siège patriarcal de Jérusalem,
il

antique siège de l'apôlre saint Jacques dont

devait être
(4). Il

un des succes-

seurs les plus éminents, au médecin Joseph
fonctions peut-être bien depuis
le

exerçait ces hautes

mois de janvier 986, certainement du
le

moins depuis

l'an

990 et avait été très en faveur sous

dernier Khalife.

Lui et son frère Arsène, patriarche melkite. avaient à cette époque joui

de

la

plus grande influence au Kaire, parce qu'ils avaient pour
le

sœur une

épouse chréliennc d'Al-Azis, laquelle avait avec eux abjuré

mahomé-

tisme. Ils se tniuvaienl donc être les oncles maternels de la princesse Sitt

el-Mulk,

lilir

de celle-ci et du défunt Khalife, sœur aînée du présent

Klialife Al-llakeni qui professait

pour

elle le

plus grand respect

(5).

De

leur fortune sous ce second règne.

De

là l'explication

de ce

fait

étrange

d'un patriarche de Jérusalem venant en ambassade auprès du successeur

de Constantin de
chrétiens furent
le

la

part d'un des Khalifes sous
et
le

le

règne desquels

les

plus cruellement

plus

constamment persécutés.

Dès

les

triomphes de Basile en Syrie on avait résolu au Kaire de
avec
lui,

faire la paix

mais Yahia raconte que, dans
le

le

but de sauve-

garder

la

dignité

du Khalife,

patriarche ambassadeur ne se mit en

route pour accomplir sa mission que lorsque le basileus et son armée

eurent derechef quitté

les

pays de l'Islam

et furent rentrés

sur le terri-

(1)

Ibn fl-Alhir, IX,

8ti,

cuiinait bicMi

aussi

ce traité, mais

il

en parle très brièvement

et en attribue à tort l'initiative à
(2)
(.'))

Bargawan au

lieu

du

KlialitV

Hakem.

Voy.

p.

U2, note

2.

ries des saints siciliens Saba, Christopliore et Maliarios, publires pour la première

par M. Cozza Luzi. (1) Klu patriarche en 9Sfl ou 981 en remplacement de Ohristodiile. Voy. Rosen, op. cit., et note 111. p. Wiistenfeld, op. cit., p. 214. Plus tard, bien qu'ayant été (3) Voy. sur cette princesse soupçonnée d'avoir trempé dans la mort de l'insensé Hakem, elle administra l'Kgypte durant les quatre années de règne de son successeur Al-Zahir.
fois

n

:

TREVE DE DIX ANNEES AVEf
loin'
lie l'einjiire.

l.i:

KIIM.IEE

203

Avaiil de

]i;uiir,

Oruslc lui
celui des
'.lîlS.

ri'iii

eu aiulieucL'

[par l'cu-

nuque Bargawan en coni|iagnic de
leusqni avait été retenu au Kaii-c

deux ambassadeurs du basi(lidui-ci

clt'iuiis

devait s'en rcldiiiner
il

h ClonstanHnople avec l'envoyé du Khalife. Dans celte audience

lut dit à

Oreste probablement par Hargawan au

nom deHakem

:

«

Tout ce que tu

régleras à Constantinople avec le basileus sera adopté et signé par notre

souverain.

»

Puis,

le

tout-puissant eunuque, véritable maître de l'Egypte,

remit aux deux ambassadeurs et à leur suite de la part du Khalife des

vêtements

d'honneur

et

d'autres plus riches présents

dont nous ne

savons malheureusement rien.

La date de
égyptienne
si

cette

audience solennelle à

la suite

de laquelle l'ambassade

bizarrement présidée par ce prélat chrétien se mit en

roule pour Constantinople, peut être fixée aux premiers mois de l'an 1000.
Ceci prouverait bien que les succès de Basile en
Syrie dans l'automne

précédent furent la cause déterminante de cette démarche du Khalife.

Nous pouvons

être à ce point précis parce

que nous savons que

l'eu-

nuijue Bargawan,

tombé en

disgrâce, fut mis à
Ini

mort dès

le

4 avril de cet

an 1000

(1)

par ordre du Khalife qui
le

donna pour successeur son

propre secrétaire et bras droit,

chrétien

Kakhd Ibn Ibrahim AI-Baïs.

Donc

cette audience de départ accordée par l'infortuné

Bargawan à Oreste

et à l'envoyé

du

basileus, dut avoir lieu au plus tard dans ce premier tiers

de l'an 1000. Le départ de l'ambassade suivit certainement de près.

L'envoyé d'Egypte, arrivé dans
point
le

la capitale

du monde grec, n'y trouva
quitté

basileus. Basile, qui avait
oîi
il

brusquement

dans

le

courant de

juin la Cilicie

avait passé l'hiver avec son armée, était en ce

moment

en route pour

les frontières de ses

nouveaux États géorgiens. Oreste dut

attendre son retour qui n'eut lieu, nous l'avons vu, qu'au

commencement
le

de l'an 1001. Ce fut seulement alors, vraisemblablement dans

cours du

printemps ou au commencement de
tremise du vénérable patriarche
désirée, entre les
la

l'été,

que
si

fut enfin

conclue par l'ensi

paix

bienfaisante,

ardeninimt

deux grandes puissances
ni;

orientales. Elle le fut sous la
|)i>ssédons

forme d'une trêve de dix années. Nous

aucune autre

indi-

(1)

JfUdi 25 rebia' de

l'an

390 del'Hégiru.

204

BASILE

II.

LE rUEUH DE UULOAHES

cation sur les conditions de cet arrangement capital qui inaugurait pour
les

deux empires dans ces immenses régions de

l'Asie

Mineure

et

de

la

Syrie une ère de paix succédant à tant d'années de misère profonde, de

troubles atroces, de luttes sanglantes
11

(J).

l'ùt été

bien intéressant d'en savuir davantage au moins sur
celli'

les

circonstances matérielles de
senter

curiousi'

ambassade qui
le

faisait

repré-

le clief

des cruyants,

grand

Faliniili'

du

Kaire, par
clirétien,

un des principaux

prélats de !( trient
la ville

par un patriarche de Jérusalem,

de toutes les gloires du Christianisme,
aussi, à cette

la

ville

époque surtout, de toutes
fois
la

les

persé-

cutions

musulmanes. Cette
jirdcédt'r

encore on dut
signature de
la

certainement
trêve à
ipii

avant

un de ces vastes échanges de prisonniers
la liberté à

rendaient en un jour

des milliers

de captifs, esclaves j)arfois depuis des années'.

On

échangeait groupes contre groupes en appareillant
le

mieux possible
(•n

les divers lots.

MOSAÏQUE (lu
fie

Daptistrrc Saint-Marr, à Venise.
Ilèroiliaile,

donna probablement de gi'andes

fêtes

au

diadème

patriiuche Oresle et à sa suite.

On

organisa certaices expositions

en tète, soiis le costume d'une dame hi/zantine.

nement en

leur

honneur une de
et

publiques d'objets rares

précieux (lu'on avait
des ambassadeurs

coulume de

faire à
le

Constanlinnple bus de

la récej)lion

étrangers dans
alTectée

Grand

Palais ou dans toute autre

demeure impériale
en pièces

à cette

céj'émonie.

Ces objets consistaient surlout

d'orfèvrerie et en riches étoffes. C'était la

mode du

temps, au détriment

des statues,

même

des mosaïques qui étaient rares, surtout des peintures
cette

dont

il

n'est fait

aucune mention à

époque.

11

y eut une exposition
le

de ce genre lors de l'audience, accordée en 946 dans

Triclinion de la

Magnaure par Constantin Pcrphyrogénète

et

son

lils

Romain, père de

notre Basile, aux ambassadeurs sarrasins venus à Constantinople pour
traiter de la paix et de l'échange des prisonniers.

(1)

Voy. sur

et-

trailé et la date

de sa signature Roseii, op.

cit.,

note 282.

^-aîEûS

-^
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>a-ofjooJjU-oLi It«r7Txr^Tlla^>^J4<«-^ii^•;^U-cc^«ur-^i*•ri

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f\y(^rxKd^~^jàjr^i^»j\^K\^xfTW

y^

oi J^o» en t^i-^rpo UT '0(m^^frr<4raV/<.tuiu

FEUILLET dan manuscrit byzantin

îles Œuvres île saint Athiinase le Sinaïte (Questions Bibliothaïae Nationale. Ce manuscrit est daté de ian tiôOi) llii-ologi(iues) conscn-é à la du Monde (jui rorres/iond environ à l'an 1000 de Jésus-Christ.

206

B/lS/i/i

//,

LE TUEUR DE BULGARES
a

Le Porphyrogénète nous
exposition
(1).
ici le

donne un compte rendu

cui uuix de cette
redites,

Il

serait impossible, sans

tomber dans des

de

rapporter

détail de tout ce qui avait été olTert à l'admiration

du

public dans ce beau palais de la Magnaure et dans les dilTéreats portiques
et triclinions

par où devaient passer

les

ambassadeurs. Je
les détails

me

bornerai

à résumer

le

plus brièvement possible

de cette portion de
le

l'exposition installée dans la

fameuse

salle

du Trônr plus connue sous
le sait,

nom
et

de Chrysotriclinion ou Triclinion d'or. C'était, on
salle bâtie sur

une vaste
était

superbe

un plan octogone dont chacun des pans

pénétré par une arcade qui donnait naissance à une demi-coupole cou-

ronnant une pièce en hémicycle.
autour de
la salle

On

avait donc là huit absides rayonnant

octogone. Les plus importantes pièces d'orfèvrerie et
le

les plus riches

vêtements impériaux avaient été placés dans

Chrysotri-

clinion et

le

lecteur aura, par la relation de cette partie de l'exposition,

une idée de

la

prodigieuse richesse du trésor impérial.

Dans
leus et les
tale,

le

portique de la salle on voyait les deux orgues d'or du basi-

deux orgues d'argent des Factions du cirque. L'abside oriendu basileus, portait suspendues à

se trouvait d'ordinaire le trône
trois

son grand arc

magnifiques couronnes d'or émaillé soutenues par
:

des colombes et du centre desquelles pendaient des croix

la

première,

en émail vert émeraude, appartenait aux Saints-Apôtres en émail bleu
d'a/.iir.

;

les

deux autres,

étaient la

propriété des églises de Sainte-Marie du

Phare
dans

et

de Saint-Démétrius. Ces trois belles couronnes, ainsi placées

la

plus noble partie du Chrysotriclinion, étaient des ouvrages d'or-

fèvrerie sortis des

mains mêmes du basileus Constantin Porphyrogénète.

A chacun
donnait
le

des grands arcs des sept autres absides étaient suspendus,

attachés à des chaînes d'argent, trois de ces grands lustres auxquels on

nom

de

«

polykandila

». Ils

étaient d'argent, provenant égale-

ment de Sainte-Marie du Phare. Ces
un
lustres, décorant ainsi
la

trois

grandes couronnes, ces vingt

et

circonférence de la grande salle à coupole du
efl'et

Chrysotriclinion, de\ aient produire un

magique.
le

Au

fond de l'abside orientale était placé

Pentapyrgion, sorte d'ar-

(1)

J'emprunte ces détails

à Vllistuire des Arts industriels, de Labarlho,

t.

1,

p. 304.

Exposrnn.x
moire géante dont

d-objet.-!

rares et précieux

207

les portes

ouvertes laissaient voir toutes
les cases
le

les richesses

qui y étaient renfermées.

Dans

du milieu de

la

tour centrale et

des tours de droite et de gauche, sur
cellents

devant, on avait suspendu d'exet des
et

ouvrages en mosaïque, probablement des bijoux
tirés

petits

tableaux portatifs,
impérial,
et

de

l'église

de

Saint-Démétrius

du trésor

en haut, sur

les parois, les

ceintures de mariai;e enrichies de

pierres fines et de perles appartenant au
se trouvait
le

même

trésor.

En

bas, à droite,
le

trône d'Arcadius, à gauche, celui de Constantin
partie centrale

Grand.

Dans
deux
lits

la

du Chrysotriclinion, on avait disposé des
les

côtés, à droite et à

gauche,

autres trônes impériaux et les deux
il

de repos du basileus tout en or, sur lesquels

se tenait à

demi couché

à la manière orientale.

On

avait aussi mis en place les

deux thyrses d'ar-

gent qui soutenaient

les portières

de l'abside occidentale.
la

Constantin
c'était celle

t'ait

observer que

table d'or n'avait pas été exposée

;

sans doute qui était d'ordinaire dressée dans le Chrysotriclinion

lorsque

le

basileus recevait de grands personnages
la fête

comme

le

patriarche

le

cinquième jour de
or,

de Pâques. Elle n'était certainement pas toute en

mais plutôt simplement recouverte d'une plaque d'argent doré. Nous
le

devons ajouter pour ne rien omettre que

plus important des trônes, celui
la description

que Théophile avait

l'ait

faire et

dont nous avons donné

plus

haut, ne faisait pas partie de l'exposition du Chrysotriclinion parce qu'il
avait déjà été dressé dans la
dite des

Magnaure où

se faisait la réception

proprement

envoyés sarrasins. L'orgue d'or de cet empereur y avait été aussi

transporté.

Le pentapyrgion

et les trois

couronnes émaillées avec leur croix

et

leur colombe composaient donc l'exposition faite dans l'abside orientale.
Celle des sept autres absides consistait en

couronnes d'or
et

tirées des diffé-

rents oratoires ou chapelles

du Palais impérial

en ouvrages d'or émaillé

appartenant au trésor de l'empereur. Ces objets étaient alternativement
disposés
:

à la suite

d'une couronne venait une pièce d'orl'èverie d'or
olijet d'nr

émaillé, puis

une couronne, puis un

émaillé et ainsi de suite.

L'abside occidentale où se trnuvail l'entrée du Chrysotriclinion otTrait

en outre aux regards trois
les mets.

«.

missoria
uiii;

»

d'or, vastes plats

ou bassins pour

On

voyait encore dans

des absides un cerf d'or enrichi de

208

n.iSIl.E

II.

LE TVEVIi DE BULGARES
\
«

perles qui appartenait à l'oratoire de Saint-Pierre. Enlln.au grand

poly-

kandilon

»

suspendu au centre de

la salle

on avait accroché

différents

bijoux des impératrices appartenant au trésor.

Dans

la

galerie supérieure

(jui faisait

le

tour de la salle, au-dessus
«

des arcs des absides, on avail suspendu les grands

missoria

»

et les

grands
;

bassins de miliru dr table, tous d'argent, enrichis de ciselures en relief
et

au-dessus, dans les seize fenêtres de
ciselés

la

co\ipole, les petits plateaux éga-

lement d'argent

de

même;

ils

étaient au

nombre de

sept par fenêtre.

L'exposition de la salle comprenait encore de magnifiques tentures

de draps d'or,

divers vêtements impériaux, des étofles de soie où

on

voyait des figures d'animaux.

Le cadeau que

fit

le

basileus aux deux envoyt's sarrasins après leur

réception consista pour chacun d'eux en un bassin d'or enrichi de pierres

précieuses et tout rempli de sous d'or.

Revenons au patriarche Oreste, artisan principal de
qui remplit de joie les populations de
le

cette trêve bt'nie

l'empire en Asie. Yahia dit que
la

prélat

ambassadeur demeura à Constantinople après
ans encore, après quoi

conclusion de

sa mission et y vécut quatre
cette ville vers le

il

mourut dans
c'est-à-dire

mois de ramadhan de l'anSÛo de l'Hégire,
le très

en

juin ou en juillet de l'an lOOS. Tel est

bref récit de l'annaliste

svricn. Les chniiii(jiieurs occidentaux sont, par contre, pleins de légendes

bizarres et sanglantes sur le compte de ce personnage.

Ils

rapportent

entre autres qu'il

fut ]irivé

do

la

vue

et

horriblement torturé par ordre du

dément Khalife llakem son neveu

lors de la destruction

de

l'église

de

la

Résurrection à Jérusalem en 1010, puis conduit au Kaire, enfin décapité.

La

gloire de ce prétendu martyre pénétra jusqu'en Occident où l'Eglise

fête

aujourd'hui encore saint Oreste on un jour de mai.

11

est en tous cas

curieux de constater que Yahia affirme à trois reprises que celui-ci mourut
à Constantinople. Comme
le dit fort

birn

le

ijaronV. de Rosen,nous n'avons

aucune raison de suspecter
chroniijueur contemporain
si

la parfaite véracité

de cette assertion d'un
et
si

remarquablement véridique

précis (L.

())

Voy. Rospn. op.

cit.,

note 282, et Lefiuicn, Or. christ.,

III,

pp. 470, 470, 480.

— Lp frère

d'OrcstP, .\rsènp, fut métropolitain du Vieux et du Nouveau Kaire. Il avail joui roncurremment avec son fière de la bienveillance du Klialile Al-Azis. Eu l'an 100{) il fui, sur l'ordre

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FAC-SIMII.i:

il'nn

Icuilirl

d'un

Clirysni'lvmr

<liilc

Irrs hrau de l'an IdilU,

iiuiiias,-rit

byzantin

tirs

Homélies de Hdnt Jean-

rnnymc

a la Uiljliiillié'iae Xalionalc.

210

BASILE

ir,

LE TUEUR DE BULGARES
I

A
On

partir de cette date de

au lOUl
s'il

ju!5(ju'à la tin

du régne de Basile

II

nos renseignements deviennent
pourrait citer
telle

est possible

encore plus clairsemés.
les

année entière pour laquelle

sources font de

toutes parts presque complètement défaut. Déjà pour la période

immé:

diatement précédente je

iiai

pu raconter que quelques

faits

de guerre

campagne de

Basile en Syrie, expédition de Basile en Géorgie.

De

ce qui

se passait durant ce
le reste

temps au Palais

Sacn'',

dans

la
!

capitale,

dans tout

de l'empire, nous ne savons rien absolument
tovites ces

Telle est l'inexpri-

mable [)auvreté des sources pour
xi' siècle
!

années voisines des débuts du

\ous savons seulement que
Sisinnios
II,

le

patriarche

de

Constantinople,

étant mort en l'année 998 ou 999 (1), après
le

deux ans et demi
la

de pontificat, eut pour successeur

moine Sergios, de
("ai

famille

du

célèbre patriarche Photios. Ce Sergios portait, je

dit, le

surnom de

Manuélite, parce qu'il était

higoumène du monastère de Manuel, au(2),

jourd'hui

la

mosquée Képhili
le

fondé par Photios. Bien des années

auparavant, en 9o6 déjà,
die mortelle du

basileus

Bomain Lécapène,

lors de la
le

mala-

patriarche Théopliylacte, avait voulu

remplacer par
et

ce

même

Sergios, mais celui-ci avait décliné cet

honneur

lui-même

désigné le moine eunuque Polyeucte

comme

bien plus digne de cette haute

d'Al-llaki'iii, (lu

palriarclii'

mrlkilr il'Alixaiidrie rn iimplaci-menl

du patriarche

Élif, le

même

Agapios d'Anlioclic avait adressé sa lettre (voy. Épopée, 1,41 1* et ijui était mort dans la nuit du 12 mai de cette année. Arsène fut assassiné le 4 juillet 1010 durant la grande persécution des chrétiens ordonnée par ce Khalife insensé. Uosen, ihid.. pp. 42 et 4.3
aiuiuel
et

notes 286 à 289.

Les dates de la mort de Sisinnios et de l'avènement (1) Cédrénus, 11,449, 2. et 475, 18. de son successeur sont difficiles à établir. Voy. lîosen, op. cit.. notes 217, 218 et 290. Yahia place à la vingt-sixième année du règne de Basile, c'est-à-dire à l'an 1001, l'avènement de Sergios, mais cet auteur contredit ici une de ses affirnmtions antérieures lorsqu'il dit que Sisinnios fut élu le 12 avril 99ti et mourut après deux ans et quatre mois, donc en septembre 998. D'autre part Yahia dit encore autre part que Sergios fut patriarche durant dix-neuf années à partir de 1001 », c'est-à-dire jusqu'en 1020, ce qui concorde parfaitement avec d'autres renseignements sur la date de l'avènement de son successeur Eustathios. Il faut donc supposer ou une erreur commise par Yahia dans l'indication de la durée du patriarcat de Sisinnios ou, ce qui est plus probable, une vacance entre la mort de ce prélat et l'élection de son successem-. Murait, op. ciL.l, p. 577, place la mort de Sisinnios et l'élection de son successeur toutes deux au mois de juillet998. Lequien, Or. christ., 1, 257, et Gédéon. o/). cil., pp. 314 étais, la fixent à l'an 999. Le premier s'appuie sur les témoignages des liyzantins relatifs à la dale de l'avènement de Sisinnios. les autres sur l'c-poipie indiquée pour la mort de Sergios. (2J Képhili DJami. Voy. Paspali, lii/z. Met., pp. 304 à :îOti.
ce

HEPni.<E

l'/.US

VIVE DE LA

(iUEIIliE

llCLGAliE

211

charge. Mairilenant Sfrgios, second
la

patriarche de ce

nom,

arrivait

à

suprême dignité de l'éghse orthodoxe dans un âge déjà
nous savons de
hii est l)ien

fort

avancé,

(^e (]ue

peu de

cliose.

Il

nous

est représenté

conmie un prélat riche en vertus, de
iriiuiiiijité parfaite,

liante science, de

modestie profonde,

au

|parler
la

jilein

de douceur, inébranlable dans ses

principes
11

comme dans

ligne de conduite qu'il s'était
le trùiic jiatriarcal.
il

une

fois tracée.

devait occuper dix-neuf à vingt ans

Dans un Synode réuni par

lui

à (lonstantinople

fit

confirmer
les

les

dispositions prises par son prédécesseur Photios contre
latines
»

«

nouveautés
de

et

fit

rayer des saints diptyques

le

nom du pape

Uome

Christophore

(1).

Tout-puissant du côté de rArméiiie
côté de la Syrie, en paix avec
le

et

de la Géorgie, tranquille du

Fatimite du Kaire, ce basileus ignorant
la

de tout repos se retourna incontinent vers

Bulgarie.

La guerre

(pii,

vraisemblablement, n'avait jamais cessé sur cette frontière, reprit avec

une fureur nouvelle

comme

si

pas une des années de ce règne belliqueux
le

ne devait s'écouler sans qu'on vît en ces parages

vaillant

basileus

combattre à

la tête

de ses armées

les

ennemis de l'empire.
interminable,

Pour

cette

nouvelle période de cette guerre

nous

sommes, comme toujours, misérablement renseignés.
nus
et

Skylitzès, Cédré-

Zonaras racontent bien
lien,

quelques

faits,

mentionnent quelques
relient

combats, mais aucun
ces divers récits.

aucune indication chronologique ne
s'il

Nous ignorons le plus souvent

faut placer ces événe-

ments à

telle

date plutôt que dix ou vingt ans plus tard.

Seule

la

publication par

le

baron

V

.

de Rosen d'une portion de

la

chronique presque contemporaine de Yahia est venue tout récemment

nous fournir quelques points de repère infiniment peu nombreux mais
du moins infiniment précieux.
«

Après avoir signé
chroniqueur
et
(2), le

la trêve

de dix années avec

le

Khalife d'Egypte,

dit
la

Cl'

basileus retourna en Bulgarie pour y poursuivre
(piatie années.» (l'est par cet

guerre

y

demeura de nouveau
ilu Si/ii'.svhp.

unique

(1)

nimitiakopoiilos, Hist.

|i|i.

20-21.

(2)

Husen, op.

cit., p. 42,

•2\i

iiA.'in.F

II,

LE rrFJ'R

tif.

rirLCMiEf!
jiassago

que nous savuii? que
Basile

aujoiirdhui
fit

en Bulgarie ce

nou-

veau long séjour
seule indication
tue
liiiii

et cette

constila

la

|ireu\e

plus éclatante de la gravité

de cette guerre soupar
Basile

tenue

avec

toutes les forces de l'empiri'

cdiilre

1

iiidnnip-

talile

Samuel.
le

La

|iaix

avec

Khalife ayant été
di?s

signée probablement
le

printemps de

l'an 1001.

dès le l'ofour de Basile
(iénrgie,
le

de

basileus dut
re-

vraisemldablement
Iduriier
l)a{aille

aux champs de
de Bulgarie enle

core dans
l'été

courant de

de cette année.

Dès

le

milieu de l'an
le

HKU,
tsar

la

guerre contre

Samuel

reprit certes

avec plus de violence que
jamais; mais à aucun
lui'iil.

mo-

jr

le

répète, celle
n'avait

lutte

de

géants

cessé de demeurei' pour
le

basileus la préoccupa-

lion capitale

du règne,

(le

MinXIFlQUE mosaïque BYZANTINE
lui'v.

>la XI""- SircI,-

dp la

i-athi-ilraUi
Ir

,!, Saiiit,:S,,,,hie
ilr fjitye.)

à

L\innoncUilinn.

>Plintngriipliii' rniinnitniiiat'-''

par

iuivon

J.

REi'iii.'^E

l'fj'H

]-i\-r:

DE

I.

\

i:ri-:i;i;r-:

hulgauf.

i\:\

jiriiH-o avi>('' ciiiiiiirciiait

clairement

([iie

jamais

son vasle empire ne jouirait (le

quelque

sécurit('

lanl

que lapuissance sauquasi
r('V(ilutioii«

vaiic,

nairc,

du
))

lils ilu

(loiiii-

lo|)Oule

n'aurait pas été

définitivement

abattue.

Plus loin, quand
parlerons des

nous

relations

du Palais Sacré avcr Venise,

nous verrons

le

ha-

sileus prendre toutes les

mesures nécessaires pciur
se

concilier

en
dniic

la

per-

sonne
(

du

l'ierre

)rseolo, sur les derrières

du royaume bulgare, un
allié'

et

un défenseur de

ses sujets dalmales.

Donc en

l'an

10(11,
la

après la signature de

trêve de dix années avec

leKbalife d'Egypte, trêve
ipii

le

didivrait

momenpresque

tanément
tout souci
l'riititières

de

du côté des
méridinnales
probablele

de

Tcmipire,

ment
de

dans

couraiil
la

r('l(',

Basile re|nMl

MAGNIFIQUE MOSAÏQUE
K'u-i-,

liYZA^l IiyE

,1a

XI-- Sioch-

,1,;

la

ctihniralc

,lr

Saint,--Sni,hir

L'Anniinrialion.

â

l'Imli.yrdfihii- rinninanii/ari' piir Ir

baron

,/.

i/c

DafiO

214

BASILE
la

II,

LE TUEUR DE BULGARES
Yahia nous
dit
qu'il
le

roule de

Bulgarie

demeura

à

nouveau

quatre années, par conséquent jusque dans

courant de l'an lOdoI

Aucun

historien,

aucun

annaliste, je le répèle, n'a raconté en détail

cette période de la guerre bulgare, pas plus

du

reste

que

les
cl.

autres por-

tions de ce

long drame militaire:
Zonaras,

seulement

Skylilzès

après

lui,

Cédrénns

et

nous fournissent sur ces événements un certain

nombre de

récils

ou d'indications non datées dont nous pou\ ons rattacher
xi' siècle.

quelques-unes à ces premières années du

Quant
le

à

Yahia, après

avoir dit qu'à la suite de la signature de la trêve avec

Khalife, Basile

retourna guerroyer durant quatre ans en Bulgarie, l'historien antiochitain ajoute ces

mots

:

a.

Et Basile remporta sur
captiviti';

les

Bulgares une victoire
et leur

complète, tuant ou réduisant en
roi le
»

une foule d'entre eux,
lui, el
il

Comitopoule

»

prit la fuite

devant

s'empara de beaucoup

de leurs forteresses détruisant

un grand nombre

d'entre elles, conservant
dit fort bien le liaron

pour

lui les

autres.

»

Ce dernier membre de phrase,

V. deltusen. n'est certainement (ju'un cliché destiné à remplacer l'énumération desdites places fortes qui devait figurer dans la source à laquelle
a puisé Y^ahia (1).

Skylitzès raconte en (|uelques mots

(2)

un premier

fait

de guerre qu'il

faut très vraisemblablement rapporter à cette période de la guerre bulgare,

probablement
polis

à l'année 1001 (3). n
la lîulgarie,

Le

basileus, dit-il, partit de Philippo-

pour envaliir

confiant la garde de cette forte place au
pris
el

patrice Théodorokanos.

Après avoir
il

démantelé beaucoup de

châteaux aux environs de Triaditza,

s'en retourna à Mosynopolis. «Voici

comment

je

comprends

celte expédition.

De

Philippopolis, s(in point du
tie

concentration, l'armée,

par

la

route

classique des défih's

la

porte
Sofia

Trajane, dut gagner la vaste plaine encaissée
actuelle.

de

Triaditza,

la

Une

fois

de plus

les

soldats byzantins s'emparèrent de
ils

nom-

breux châteaux dans cette région; probablement aussi
(1)
«

y firent de noninoie
283),

rteniaïqiiuns l'nrui-c, poursuit
fait ici

li'

baron V. de Rosen

{op. cit.,

que toute
bulgares,

date précise
A

défaut connue dans tous les passages où Yaliia parle des

all'aires

une seule exception près » libid., p. 21). (?) Cédrénus, II. 4.")2. Aussi Zonaras, éd. Ilindorf, IV, Ils. (.J) Et non à l'année 9911 comme le dit Murait, op. cit., I, p. 577. Celte nouvelle campagne, nous le savons uiaiiitenant par Yahia, ne fut inaugurée qu'après la signature de la
trêve avec
le

Ktialife

au pi-intenips de l'an

lUUl.

EXi'i.niTioN

AU

iii-:la

m-:

i/ilemus

215

breux prisonniers. Puis, tournantà
l'armée gagna
la

l'estla niasse

énorniedu mont Vilosch,

longue vallée dn Strymon qu'elle descendit lentement

pour

aller de là prendre, toujours

dans

la direction
le

de

l'est,

ses quartiers

à Mosynopolis
d'Iuii (1).

sur

le

bas

cours

du Mestos,

Kara-Sou d'aujour-

Ininii'diateinent après

ce récit, Skylilzès

mentionne nm^ nouvelle
du monde
(i'iOS,

campagne de Bulgarie, campagne

qu'il date de l'an

Indic-

tion I3,ce qui correspondrait à l'an lOOO. Maiï, grâce à Yahia,

nous savons

maintenant qu'en cette année lOUU,

le

basileus et ses troupes se trouvaient
il

encore au IVmd de l'Asie. Très probablement
velle expédition
tin
(.3)
:

faut reporter cette

nou-

à l'an

1002

(2).

Voici

le

récit

du chroniqueur byzande Mosynopolis où
l'ar-

«

Basile (probablement de ses quartiers

mée
sous

avait
la

dû passer

l'hiver)

envoya un corps de troupes considérable

conduite du

même

patrice
les

ïhéodorokanos

et

du protospathaire

Nicéphore Xiphias attaquer
Cette
ainsi
le

châteaux bulgares au delà de l'Hœmus.
(4), la

armée s'empara des deux Péreïaslavets
que de Pliskova, puis
»

Petite et la

Grande

(o),

le

basileus rentra chargé

de trophées sur

territoire de l'empire.
(^.ette

nouvelle exi)édition en Bulgarie est facile à comprendre.
foi»

Le

but du basileus était cette

de reprendre à l'ennemi
la

la vallée

du Da-

nube, plus exactement

la

grande plaine de

Bulgarie danubienne prole

prement

dite

on

vieille

Bulgarie située entre ce lleuve et

versant nord
fois

du grand Balkan,

celle ([ne

Jean Tzimiscès avait une première

recon-

quise après ses grandes victoires sur Sviatoslav. Depuis, ces riches territoires,

couverts de villes fortes, de villages, de cultures, avaient vraiété repris par les

semblablement

soldats

dn
la

«

Comitopoule

»

lors de la

grande détresse de l'empire à l'époque de
t^ctte

si^lition

de Bardas Phocas.
et

fois

l'armi'e impériale,
fit

commandée

par

Théodorokanos

par

Xiphias, en

à

nouveau

la

con(juète, pas tout à fait complète cependant
Kokkuni. op.
Hllll).
t.

(1)

Viiy. P;ipaiTij;u|)oiiliis, op. cil.,

]i.

228,

i>t

rit.,

p.

120.

(2) C'i>st

par

l'i'i'iMir i|iii'

Lipowsky
Zoiiaras,

{op. cil., p. 138), ailoptaiit la
ilc l'an

v'i'i'sion

dp Skylilzès rt
\v

(ioC.rdivmis, inaintii'iit Pticorr ci'llo date
(:!)

('.r'dri''n(is.

Il,

'i.'i2,

ûd. DindMi'f,

I\',

p.

Ils,

lail a

prii pri'S

mùiuo

ri'cil.
(4) (ifrœic'i', ojj.
;>)

cil..
l.
I,

Il,

p. lUS.

Voy. h'popcc,

pp. 9K sip].

2lf.

B.isiLr:

II.

i.r:

Tvr.rn

de

iicLGAUEf:

|iuisi|ucla forteresse

de NViddin par exem|i|('
III'

l'ut

f'iilcvée

i|iir

liiiii

plus tard
(I).

aux
Le

l>iilt;'ares
l)i'cr

ri'cit

des
cilc

l!v/anlin>

nv

niiniiiiativeinent

comme
pi'rianx

ayant

été

reprises par les

imtrois

que

dos jiiiiicipales places de cette région.

rned"elles,lagrande
l'éréïaslavets,déjà
si

souvent
icltr

citée

dans
était

histoire,

une des capitales du
\

ieil

empire bulgare.
probable que

Il

est

bien d'autres forteresses de la vallée du

Danube
à

tombèrenl
aux

ce

niiinit'iit

mains
nants

des

lieute-

de

Basile.

Ainsi nous verrons
h liUlLLEr lie (/i/j/i/i/Ui! d ii'ture (la Musfi: dr JJrrsde. l'n des plus beau.v écliandllons de t'avt byzantin da AY'"' Siécir.

par

Skylitzès

que
Silis-

Le Christ, et les saintes femmes. La liésanvclion. Lr second feuillet de ce diptyt/ue est conserve d Hanoi re. Voy. (Pliofographie communiiiuée par le professeur p. S17.)

Dorystolon, la
trie

de

nos jours,
fa-

H. Graeven.^

cette

forteresse

meuse des guerres
di'

Jean Tzimiscès, se trouvail
(I)

iii

KUii aux

iiuiiiir

tlo (irei> sans que

Voy.

cliap. viii.

rOXurÈTE DE
ce chrnniijiioiir se
soil doiiiK- la

I.

I

BUI.GMIIE nAXl'niEXXE

peine

de nous dire à quelle
date
ils

l'avaient
l'eut-ètre
ri'r(in(piisi'

reprise,
l'iit-flli'

en
li's

même
deux
et

temps que
l'éréïaslales

vels

autres

places fortes de la
Bulifarie danubien-

ne dans cette expédiliun de

lau 1002

conduite par Théo-

dorokanns

et

Xi-

pliias,|iciil-rlrt' liicn

seuli'nieiil

dans

iiiir

des expédilioiis des
nnni'es
si
li

va ni es.
déli-

La

j)frle

nilive de cette riche

priivince avec toutes

ces

places

de

premier ranj; constituait

un

échec
|M)iir
la

très

grave

puissance

du

tsar
l'ELlLLl.i
lluninre.
ih;

Samuel

(pii

se Irou-

itiiitijijiie

il'iioire

du

Mufft;

pru^iiifial

a

\ail ainsi ri'jeté tout


Lu

du XI"" Sirrh.
à
di'
l'ail

des plus beaa.v érhanlitlons de l'art hyiantin Le /,(! Crucip.\ion. La Drsri-nfe de Crnix.

dans l'ouest
péninsule des
envrlii|ip('

premier
p.
11.

feuillet

de re diptyi{ue est ninservé à Dresde. {Voy.
rdiiiiiiuniiiure

SJO.)

{l'iwlngnifilde

jinr

le

jiml'essi'nr

la

Graei-en.'

Halkans,

maintenant du côté dr
jiiciiint

\\'<\

(Huniif du <ihI par les possessions byzantines,
>i'

même

celle In le désespérée alhiil

c-niicciiircr li.ni- les ninnla-

218

DAfilLE

II,

LE TUEUR DE BULGARES
le

gneuses régions qui formaient
lUduarcliie bulgare à
l'ouest

centre,

comme

le

ndiid de
dit

la

nouvelle

du Balkan proprement

d

des mmits

Rhodope, dans

la vieille

province de Ilaute-Macédoine.
si

Dans ces

récits

malheureusement

brefs de Skylitzès et de (À'drcnus

sur cette troisième campagne de l'an 1001 à l'an lOOo on voit cependant
se

dessiner très nettement

le

système de temporisation addplc par ce

basileus patient, opiniâtre entre tous. Basile ne lente pas l'œuvre impossible d'abattre en
lui porter des

une

fois l'infortuné

souverain des Bulgares;
l'affaiblissant

il

cherche à

coups successifs qui vont

un

]iou

davantage

chaque jour. De
chêne
qu'il

même

le

bûcheron, avant de s'en prendre au tronc du

veut jeter à terre,

commence par

le

dépouiller de ses

branches. C'est pourquoi nous voyons Basile, uniquement absorbé par
cette

tâche immense, passer des années entières en Bulgarie ou sur la

frontière, prenant ville après ville, forteresse après forteresse.

Nouvelle expédition dans
ciiups portés à l'édifice
si

le

cours de l'année suivante

100-3,

nouveaux

péniblement élevé par Samuel, nouveaux prode ses non moins patients bataillons.
(1), le
«

grès du patient basileus

el

L'année

suivante, poursuit Skylitzès

basileus repartit de Salonique pour
»

marcher à nouveau contre
le

les

Bulgares.

Cette fois

Basile attaquait

tsar

Samuel par

la frontière

méridionale de son empire,

comme

il

l'avait l'an

d'auparavant atteint sur son flanc oriental.
cette expédiliun lui la reprise
la et

Le principal succès des Byzantins dans
de
la

place de
(3),

Berrhœa

(2

,

la
si

Verria d'aujourd'hui, sur

rivière

Haliacmon
jii'U

cette forteresse

importante située à l'ouest

quelque

au sud de Salonique, qui

était,

on
si

se le

rappelle,

tombée aux mains

des Bulgares dans des circonstances

tragiques en cette douloureuse

année 989,
la

la plus

douloureuse de ce long règne.
ville

On

se rappelle
»

que

conquête de cette

par les troupes du

«

Comitopoule

avait été

considérée

comme une

catastrophe nationale, et que l'historien contempas hésité à voir dans l'apparition de la

porain

Léon Diacre

n'avait

fameuse aurore boréale
(1)
si l'on

du mois d'octobrt;
en
iiiOl

de cette année l'annonce
l'an 1003

Cc'dnniis.

Il,

4o2. C'est-à-din'

suivant cri annalisle, seulement vers

accepte avec moi
Béppiix.

les indicalicuis di- Yaliia.

^2)
(3,1

-Aujourd'hui

la Vj-yslilza

nu ludjé-Kai-asuu.

BEHRII'JF.A

EST REPRISE

l'.U!

LI-.S

CRECS

21!)

(lu

diverses calainilos allVeu.-cs |iarnii lesquelles celle-ci était citée
(1).

]iar lui

en première ligne

Berrhœa on Béroé
Salonique
jeter les
el

était

d'une grande importance pour
Il

la

défense de

aussi de
la

la

Thessalie.

suflil |i(iur

s

fu rendre compte
effet les

de

yeux sur

carte. Cette place

commandait en
et

commu-

nications de cette seconde capitale de l'empire

celles

de

la vieille

voie
les

Kgnatienne,

la

grande voie militaire de ces parages, avec toutes
la

provinces méridionales de
délinitive

Thessalie

et

de l'Hellade. Seule

la

ren-

trée

des troupes

impériales dans cette forteresse puissante

permit à Basile
Bulgares dans

d'empêcher

dorénavant toute nouvelle incursion des

les

thèmes du sud qui se trouvèrent du coup délivrés des
leiiihles.

constantes menaces de ces invasions

Celle conquête nouvelle,

en resserrant d'autant autour des provinces hulgares encore
ilantes le cercle de fer

indépen-

patiemment forgé

juir le hasileus, la

vint parachever

de ce côté

les résultats

obtenus sept ans auparavant par
le

grande victoire

de Nicéphore Ouranos sur

Sperchios.

Le

récit

que nous ont
«

laissé les

Byzantins de cet événement capital

est fort bref.

Le commandant bulgare de Berrhœa, Dobromir, disent seuet aussi

lement Skylitzès, Cédrénus

Zonaras, vint à
»

la

rencontre du basile

leus lui faire sa soumission, et lui livrer sa ville.

En récompense

chef

vaincu fut élevé à cette dignité d'anthypatos qui correspondait à

celle des

vieux proconsuls romains, mais qui, bien déchuede son antique splendeur,
n'i'tait

plus
(2).

maintenant qu'un degré de

l'intinie

hiérarchie

palatine à

Byzance

La

prise de Berrinea dut causer par tout l'empire

une joie extraordi-

naire. (Tétait

une place

très forte.

Son origine remontait aux âges mytho-

logiques. C'est maintenant une ville de vingt mille

âmes

située sur

un pla-

teau à l'extrémité du

mont Doxa,

l'ancien Bermios, couvert de forêts.
xiv° siècle [lar
le

Une

grande partie de l'enceinte formidable élevée au

kralil

de Serbie, des débris de l'enceinte byzantine plus ancienne qui
être les luttes des soldats de Saninel
el

vit

peut-

de Basile

II,

des deliris enlin des

(1)

Voy.

p.

'.'..

(2)

Elmariii

(llisl.
ilil

xurnir.. p. i'Mi
fit

ini'iuioiiiir

ans-;!

iKpi-i'sst-rin'iil

l.i

piiT

il'

lliiilin-a

sur les Grecs ol

a

l.ni ipir liavilr

chlniiir

h's fcrtiliraliuns

dr

cctli' villr.

BIS//./:

//.

LE TUEUIl DE HL'LGAIiES
;i

iT'iiiparl» auliijucs rniiiiciil

cfUe

cilé

décime une

cciiiliirr aiiioiiiiriiiii

beaucoup trop élcuJue. Tout

le sol est

jonché de ruines.
rempdila un autre ^^clîn-rJiM
,i,

Dans

celle

même

caiiipaiine l'armée impériale
elle élaii
le

cès éelaianl.

Connue

venue après
la

la |iii-r di^

i-eiiiiiii-

lant probablenieiil vers
le

Mul-esl

haute vallée de rifaliacnicin, niellre
celle région, Servia,
|iart
c

siège devanl une anire des plus fortes places de

elle
la

y rencontra, raconte Skylitzès, une résistance formidable delà

de
le

garnison bulgare et de son chef Nicolas,
»

surnommé

Xikolilzès ou

jietit >i'icolas

à cause de sa taille exiguë. Cet énergique partisan,

un

des plus audacieux parmi les lieutenants de Samuel, était, nous l'avons
vu,

comme Démétrius
cet aïeul

Polémarkos.

le

parent par alliance

(I

de KékauiTan yrand

ménos,

de l'auteur anonyme des Conseils
le

el réri/s

seigneur byzantin, auquel
bulgare, avait eonlié
llellade.
le

basileus Basile, dans les débuis de la guerre
si

poste

important de stratigos du

thème de

Lors de

la prise

de Larissa de Thessalie en

1>86 i)ar

Samuel on

se

rappelle que toute la population valide de celle ville avait été transportée

captive dans l'intérieur de la Bulgarie,

sauf toutefois

la

seule famille

de ce Nikolitzès qui avait conservé sa liberté tout en passant de Bulgarie
(2).

même

en

L'auteur

anonyme auquel nous devons

la

mention de

cette

curieuse excejition a négligé de nous en indiquer
cette famille de laristocratie Ihessalienne avait
la

le motif.

Probablement
le

témoigné dès

début de

guerre de son dévouement à

la

cause bulgare. Dans un autre chapitre

du

même

récit

anonyme
le

(3)

nous apprenons encore qu'un autre Xikolitzès
il

ou Nikoulilza,

père certainement de celui dont

est
et

ici

question,
l'était

avait été lui aussi duc

mi stratigos impérial de Hellade

qu'il

encore en l'an

OîSU.

.Nous avons vu qu'il avait été précisément remplacé

vers celte époque par

Kékauménos. Son

lils,

devenu, à

la

suite de la prise

de Larissa,

le

partisan dévoué du tsar Samuel,
si

avait été chargé par
les
ils

celui-ci de la défense de cette place de Servia

importante que
le

Buls'en

gares n'avaient pas cessé d'occuper, semble-t-il, depuis
(1) <iL—j]XT.ïAiç,'iiti,

jour où

l'est-i-diio «lue son
la

fils i-talt iiiarii'

à la

lille

de Ki'kaumùnos ou riVe
».

versa.

La seconde hypullièse parait
de., pp. 122
sipj.

plus |)iobable, dit M. Wassiliowsky, Conseils, p. 124.

(2) Conseils,
(.3)

L'écrivain

anonyme

le

nomme

«

Nikoulitza

Ghap. ccxLiv.

l'ii/si:

/'/•;

shi!\i.i

i>\i:

les

<iiit:c.-

221

élaifiil l'iiiiiiiivs

|iLii'

slralai;èmo.

[M'ul)al)leineiil

l'ri

mrmc

t(Mii|i>

qu'ils

avaieiil [iris Larissa el les autres places

de celle région.
frontière de la

Servia, aujiniririuii Sel\i(lzc, sur
la
I

la

Macéduinc
lir

il

de

liessalie, est
<:

liàlie

à

l'i'ulri'e

niriin'
»,

du

t.uin'iix diMiic

iNirlars mi
j)i-ii\

Saraiidaperus

les (|uaraute

gués

qui miiduit d une de ces

iiices

dans

l'autre.

La route
i)lus

(|ui suit

ce délilé traverse rorcémenl celte ville sise
tiles

dans

le site le

sauvage, tlanquée de deux grandes

de

li;iulçv

roches

taillées

eu aiguilles qui semblent garder ses approches du rù[r de
le

la vallé'e

de l'IIaliacmon. Ses édifices ainsi encadrés présentent
[il

plus

beau

ci Ir

us étrange spectacle.

Sou importance

était

extrême à cette

époque
l'an
JlHMt

des

environs

de

à cause de cette
à
la
la
l'i-iuilière

situalioii

même

de

Macédoine bulipii

gare, gardant la route

conduisait en Thessalie

et

aux autres régions du thème
de Hellade. Les Byzantins,
dejtuis
Ijlait

:SrE.\U on

BULLE DE l'LOMB

dr

ma

I

oli,;-ti,,n

que

la

fortune sem-

ayant appartena a « Aildronic prolospatliaire, jugi' des territoires* du Stryiuon » de Voléros et ^du thème lie Salonique. A'"'' oa XI'"' Siècle.

leur revenir, avaient

le

plus grand intérêt à s'emparer de cette position merveilleuse pmir
fertiles et riches

barrer la route à de nouvelles invasions bulgares vers ces

thèmes du Sud. Servia, fondée par des Serbes colonisés en ce
lléraclius, était dès

lieu par

longtemps à

cette

époque une jdace

très forte,

presque

ine.xpugnable. Après qu'elle eut été prise par les troupes de Basile, ainsi

que

je vais le raconter, ses murailles furent |)lus

d'une

fois

encore

rele-

vées.

Kn

l2o7 son kastron fut reconstruit. Plus lard les Turcs, compres'y établirent en nonilin;. C'est
la

nant son im[)ortance,
la localité la plus

aujourd'hui encore

turque de

région, comprenant cinq cents maisons

de celle nation pour quelques maisons grecques el valaques seulement.

On

n'y aperçoit

pas de

restes

antiques, uiais une foule de ruines de

l'époque byzantine, édifices religieux ou militaires.

Les
rouie du

renijiarls
ili'lili'

d'aujouril'liui
Ir

sont encore disposé's de l'aron ipic
la

la

lotigranl

llaiir

ili'

liaulriir passe nécessairiini'iil

dans

222

B.IS7Z.Ê

//.

LE TUEUR DE liCLOARES
jadis
|iar

rriuciiilc

l'ortilléo.

Elle en sortait
là ce

une large porte dont

les

piliers sont

encore en place. De

nom

de défilé de Portaes.
dire de Slcylitzès,

La résistance opposée par Nikolitzès semble, an

avoir été énergique au delà de toute expression. Entin les Byzantins l'emportèrent.

Comme

toujours Basile se montra
les

fin
si

politique, aussi

clément

que

le

comportaient

mœurs

guerrières
fut

effroyablement dures du

leni|ps.

La population bulgare de Servia
territoire

transportée sur

un autre

|niint

du

de l'empire. LTne forte garnison byzantine fut laissée
le

dans

la forteresse

reconquise. Puis

basileus reprit la route do la capitale

emmenant avec

lui le

chef >»ikolilzès. Basile était en droit de châtier
la prise

cruellement ce personnage qui jadis, lors de
effrontément trahi sa cause. dant sa faveur et
le
Il

de Larissa, avait

si

préféra tenter de se l'attacher en lui accor-

créa patrice.
et

Le basileus avait compté sans l'âme indépendante du farouche

libre archonte. Skylitzès raconte que Nikolitzès, étant d'humeur infidèle,

n'eut rien de plus pressé que de prendre la clé des champs. Trahissant le

basileus une fois de plus,

il

se

sauva furtivement auprès du tsar Samuel
le

et

tous deux ensemble vinrent aussitôt remettre

siège devant vServia, à
la

peine reconquise par les Grecs. Mais Basile n'était pas moins prompt à
riposte.

A marches

forcées lui et l'armée impériale reparurent dans la vallée
le

de rilaliacmon. Les Bulgares furent forcés de lever

siège tout

récem-

ment

l'iitrcpris et

de s'enfuir précipitamment.
là.

Les aventures de Nikolitzès ne devaient pas en rester
eut
In

Plus tard
11

il

malechance de tomber dans une embuscade byzantine.
sous,

fut

con-

duit enchaîné au basileus qui l'expédia

bonne escorte aux prisons
énergique à d'autres

de Conslantinople.

Nous retrouverons
(1
).

celte figure

pages de cette histoire agitée

De

Servi.i. [tar le
Il

(li'filc

faiiicuv

du

même nom,

le

basileus passa en

Thessalie.

rnllul

procéder à

la prise

de possession régulière de cette
fortes, quel-

fertile |)rovince.

un des greniers de l'empire. Quelques places
les

ques châteaux étaient encore occupés par

Bulgares. Le basileus les

(Il l.e lils (le .Nikolitzès, reiiti-é plus lard à. Larissa, joua un rijk' iin|iurtant dans une rùvolte en Tliessalic sous les règnes de Constantin Ducas et de Horaain Diogène. Voy. Con-

seils et récits

désiirne sons le

d'un grand seigneur byzantin, etc,,chap. CLXxni à ci.xxxm. L'auteui' anonyme nom du prutospalliaire « Njkoulilza • Delphinas de l.arisse.

le

PRISE DE VODIIENA
assiégea successivement et les prit.
Il

223

est

probable qu'atterrées par
royale,
les

la

cliule (iéfiiiitive de Servia et la déroute de l'arnice

garnisons

bulgares ne firent guère de résistance et se rendirent sans conditions.

Le
les

basileus, fidèle

aux coutumes traditionnelles de
le

la politique

byzantine,

envoya coloniser

ricbe territoire de Voléros sur les deux rives de la

Maritza, l'ilèbre anlique,

vers l'embouchure de ce fleuve dans la mei'

Egée

(I).

Elles furent

remplacées

dans

les

forteresses thessaliennes

reconquises par des troupes impériales.

On

releva les remparts que les

Bulgares avaient détruits.

Puis

le

basileus, repassant en

Macédoine par
dirigeant vers

cette
le

même
du
lac

route de

Servia, franchissant lllaliacmon,

et se

nord probablement
d'Ostrovo,

par

Kozam (2),

la vallée

de NalUankioj

et la rive orientale
(3),

s'avança par une pointe hardie jusqu'à Vodhéna

l'ancienne Edesse

de Macédoine. Cette autre puissante forteresse, à laquelle on parvient

d'Ostrovo
le

jjar la fraîche et

charmante

vallée de la Vrystitza, s'élève

sur

bord d'un haut plateau

rooheux coupé à pic sur

trois de ses côtés,

adossé du quatrième au contrefort de deux hautes montagnes.
cet

Au

pied de

immense rocher coulent

les

eaux sortant du

lac d'Ostrovo.

La

ville

prend son

nom
le

de l'abondance de celles-ci

(4) qui, jaillissant

des deux

montagnes,
cades dans

se précipitent à l'exti'émité

du

jilateau
le

par cinq grandes cas-

ravin qui

le

borde. Rien n'égale

charme admirable de

cette situation unique.

De

ce plateau la vue est splendide jusqu'à Salola

nique

et

son golfe. Edesse fui
ti'ois

première capitale de

la

Macédoine

et

de

toute antiquité une des

pi'incipales cités de cette contrée,
les

probable-

ment

la

même

ville

que l'antique Aigées qui contenait
fut assassiné par

tombeaux de

ses rois. C'est là

que Philippe

Pausanias en l'an 336 av.
de moudirlik qui compte
et

J.-C. Aujourd'hui VodlK'ua est
ciiviT'on

un

chef-lieu

douze mille habitants
sur

tiu'cs et

bulgares

douze cents maisons.
la

Sa situation

l'ancienne Via

Egnatia

commandant
dit

route

de
la

Salonique a toujours été fort importante. Skylitzès
gai'nison liulgare ayant refusé de se rendi'é,
il) (2)

seulement que

le Ijasileus

assiégea la ville et

Tllomas, ^ijmliul.

n-ilif. '/eoi/r.

In/z.

sp-i. pirles

Uii:i',

p.

'i2.

(3)

Ou Ou

Kodjani.
Vuilki-na
»

(41 u

Voda

on grec Boî^vi. en serbe sipnific eau.
;

2>\

is.isn.i:

II.

i.i:

rvEfi;

m-:

nrLc.jiŒs

la prit.

Les vaincus

allrreiil

lejoimlre à VoIim-os les autres troujtes bull'ii

gares faites prisonnières dans cette campagne,
fut laissé à Voilhéna.

fort

ilétachement grec

Puis l'empereur

et

l'armée, par lenidjé Vardar ou

lanica, allèreni i;oiiter à Saloniipie

un repos bien acquis.

Draxan,

le

('(ininiamlanl

bulgare de Voilliciia, liomme de guerre
la

consommé,
Basile,

obliiil

du

basiieus
à

permission

de
le

vivre

à

Salonique.

toujours [>rom|il

liiulidgence

pour

courage

malbeureux,

S.U.OyUjl'E.

Vif

<lr la

pirtrn-fs,' ,jm

rnimmnr

lu iiV/f.

le

maria, raconte .Skylilzès, à

la lille

du cbef des péribataires de

l'église
le

de Saint-Dcmétrius, l'Athlopbore, ainsi qu'on désignait d'babitiule
glorieux mégalomartyr patron de
ci'ttt'

citi'

(1).

Celte épouse grecque
lui aussi,

donna deux enfants
anu;uir

à

Draxan.

l'his

tard,

ressaisi,
i''|('

par cet

sanxage de

la vie libre (pii
il

semble avuir

la

caractéristique de

tons ces guerriers bulgares,

s'cnl'iiit,
Il

abandonnant probablement sa
eut encore deux enfants de sa
(dière linlgarie.

nouvelle

faniilie.

Lui aussi

fut re|)ris.

femme,

pnis.

incorrigible, se

sauva dereilief dans sa

(1) (^l'iln-iiiis.

M.

i.'lj.

Il

rsl ilifficili' di' (lin: rii i]iiui pmisisl.iil

ci'tti'

fuiirliuii

des

(irri-

linlairi'S d'i'-i.'llses.

l'ROGUËS CONST.i\TS

iJl^S

/J

1Z.I.V77.V.S

225

Une
le lit

troisième fois on

le

ramena

prisonnier. Cette fois

le

basileus exaspéré

empaler.

Les vastes plans de Basile s'aceoni[)lissaient lenlenienl, ment, mais sûrement. Le réseau de
malliein-enx
fer

pénible-

dont

il

étreignait petit à petit le

royaume bulgare
la vieille

se resserrait

progressivement. L'an d'au-

paravant toute

Bulgarie danubienne était retombée aux mains

'-^-^l^^y^'

VUE DE l'EUSlC [l'oy. p £3]]. Au cendv on aprrrnil Ir dclilr de la Stroumn, l'ancien fluava [PhotO'jraiihiis comStrymon. Le kastron de Pernic était j-i(ué sur la haatimr à droite. muniquée par M. Dobroivf^lîy.)

des tniupi's byzantines. Celle

l'ois

non seulement

la

Thessalie se trouvait

délinilivemeiit purgée des garnisons
qu'ici, délinitivenient

ennemies qui

l'avaient

opprimée jus-

protégée aussi contre toute incursion nouvelle, mais
jiartie

laMacédoine

même était en

recon(piiseetses principalesplacesfortes,

Verria et Vodbéna, vaincues par l'attaque impétueuse des impériaux,
avaient vu rentrer dans leurs
la

murs des garnisons byzantines. Maintenant
Samuel
le
«

puissance hier encore
le

si

vaste de

Comitopoule

»,

complè-

tement refoulée vers
et

nord-ouest, se trouvait acculée à ces sauvages
la Haute-.Macr'doine, tb'dale

presque inaccessibles districts de
ilc

de liantes
(l'inics
2'.l

cimes aux forêts impéni'ti'ables,

profondes vallées, de

i)lain('s

226

BASILE
(jui

11,

LE TUEUR DE BULGARES
à

de sommets géants

s'étemleiit

l'ouest

du

liallvau
la

et

du Rliodope

jusqu'au voisinage de l'Adriatique. Telles étaient

bravoure, rindomp-

table énergie de ce peuple jeune, rude et fier, telle était la passion ipiil

professait

pour son indépendance, que

cette

dernière partie de
la

la

lutte

devait durer (juinze années encore avant que

luupie du dernier archonte

bulgare eût ployé sous
Basile
II

le

pied pesant du basileus de Rouni.

passa probablement cet hiver à
cette })lace depuis

Salonique. Le nouveau

commandani de

que iXicéphore Ouranos avait remplacé
la

comme duc
d'Apamée.

d'Antioche l'infortuné DamieuDalasséuos tué dans

déroute

était le patrice

David Arianitès. De

même

à

IMiilippopolis le

protospathaire

Nicéphore Xiphias remplaçait

définitivement Théodo-

rokanos que son grand âge avait obligé à
Ll' récit

la retraite.

de Skylitzès se poursuit
et ses

comme

toujours plein de lacunes.

Le basileus Basile
infatigables.

admirables guerriers se montraient vraiment
les avait

L'année écoulée

vus aux champs de Thessalie
.

et

de
(I)

Macédoine, j>renant forteresse après forteresse

Cette nouvelle

année

nous

les

retrouvons soudain à une immense distance, tout au nord de
la

la

péninsule, à l'extrémité orientale de
\N

Bulgarie danubienne, assiégeant
sise

iddin siu'

le

Danube,

cité

médiévale

non

loin de l'antique

Bononia
presque

romaine. Skylitzès, qui,
unique,

comme

toujours,

est ici notre guide

nomme

cette ])Iace Vidyni(^2).
les

Les quelques mots que cet historien
Basile sont runi(pie |ireuve

consacre à ce siège par

trou]ies de

que

nous possédions,

je le crois, de l'existence à celte
si

époque de

celte

forte-

resse dont l'histoire première est

ignorée. région danubienne n'avait pas été
l'an

Évidemment

la

conquête de
la

la

entièrement terminée dans
d'achever de ce
ciMi'

campagne de

1002 et Basile avait décidé

l'investissement de la Bulgarie occidentale par une
pai'ail
la

nouvelle expédition donl ce siège de ^^'iddin
capital, l'eut-èlre faut-il placer à
d'i
«-e

avoir été l'événement
prise par les Byzantins
Silistrie,

même
ilu
le

temps

autre place

forte

j'anirUM'

Danube, Dorystnlmi nu

illustrée trente-deux

ans aujiaravaul par

siège l'ameux de .lean ïzimiscès.
lUlli elle se tinuvait

De

celle-ci

nous savons seulemenl
1011:2

(|u'eii

entre leurs

(1)
(2)

L'un

ijuiii-

Skylilzrs.
i.14.

l'Iiis

pi-nlial.ilciiii'iil

sniIrraL'iil

un

101(4.

BiWvr,. Cédr.,

Il,

Zoniuas. IV,

ll!i.

/./?.«

nULGAUKS SACCAGENT AXD IM) r l.fC
l;

227

mains, sans

(|ne les

chrcmiqnenrs nons

aiciil

ilil

en

(|iii'll<'

aniK'i' li'urs

gnerriiM's Pavaient reprise snr les IJnlgarcs.
\\ iddin (levait êlre à cette

époque une

l'urleresse

bulgare beaucoup
Skylitzi^'s

plus importante (judii

ne

le

supposerait de prime abord, car
huit

nons
ce

dit

(pu'

le

basileus

l'assiégea

mois

dui'anl.
Iiien

l'robablement

fui

sniloul
rien,

un
la

Idncus.
Hotte

I'r(djablement

aussi.
le

que SUylilzès
part h

n'en

dise

imp('riale

remontant

llamiitc |Mil

l'investissement.

Le basileus employa certaincniinl une partie de cet
danubiennes
la

arrêt forcé à réorganiser l'administration de ces provinces

reconquises.
pole
lie

Widdin
[[).

devint

un

évèclié byzantin

dépendant de

métro-

Dristra

Durant que l'armée campait
remparts de cette forteresse
si

ainsi sur la rive

du grand lleuve sous

les

dure à prendre, un ineident aussi terrible

qu'imprévu
muel, à
les

faillit

une

fois

de plus tout remettre en question. Le tsar Sa-

la tête

d'un cor|Ks rapide, se lançant d'une course i-perdue à travers
défilé secondaire,

monts, franchissant probablement quehjue

quelque

sentier

mal gardé des monts Rhodope plnliU

(ju'un

(b'filé

plus

connu

comme

celui de la Porte de Trajan qui devait être solidement occupé par les
la

Byzantins, apparut subitement dans
nie de défenseurs.

grande plaine de

la

Thrace dégar-

Une

pointe d'une hardiesse excessive, dirigée au sud
plein vieux territoire de

de Philippopolis,
l'empire.

le

mena jusqu'à Andrinople en
cité

La grande

byzantine éperdue fut surprise sans défense par

cette troupe sanguinaire, la nuit

même

de la fête de

ht

Uormition delà
cette

Vierge

(2),

en pleine Panégyrie
fêter

!

C'était, parait-il, la

coutume dans

capitale

provinciale de

ce j<iur

par

des cérémonies

religieuses

nocturnes très solennelles.

Nous n'avons aucun
épouvantables
!

détail

sur ce drame affreux. Quelles scènes

Ces

|)arti.sans

bulgares, les plus sauvages guerriers du

monde,

se

ruant à grands

cris, l'épée haute,

par

les

rues de la villr sur
ail'olée.

cette poj)ulation en fête, surprise sans défense,
listes

fuyant

Les annadi'

byzantins,

comptant pour

jx'u

de chose ce sang ri'pandu
et ses

tant

de victimes innocentes, disent seulement <pie Samui'l
Voy. (ielzer, Hyz.
'Il

scddatssereti-

(1) (2)

/.filschr.. Il,

p. jj.

xoi(ir,(ji; tî,;

-JTtspaYia; ©eotÔxo'j.

228

n.\.9iLF:

11.

LE

TrF.vi;

de iiulgmœs
rèrent emportant

un

immense
rellement

butin, natuaussi

des

centaines,
(les milliers

peut-être

de captifs.
iliversion

Cette

•"m vrro v

«;>

ctunyo p d^jir^-ctu.

prodigieusement hardie en plein territoire

de l'empire avait cerfÂ*. f/
-

,

.

mp

tainement pour but de
o-r<
QL4

'«m

v.^ ^/ • f <

p TJir^X Ttrf ou oi/i o ,J
\JLXJ

<^

l'orcer
'

le

basileus

à

lever le siège
ilyni
.

de Vi-

Malheureuse-

ment
il

pour

Sanniel,
pris
troj)

s'y était
l't

lard

la

inrteresse

danubienne avait déjà

succombé quand Basile,

rappelé

par ces

événements
bles,
retiiur.

lamentaau
l'ex-

se

décida

Le but de
le

pédition sur

Danube
et le

demeurait atteint
liardi tsar
1 fs<j,

bulgare dut

e

t

'

.^^,..
saint

évacuer en hâte Andrinople.

î-,

-K

Nous

lisons

dans

le récit
si

constam-

ment
DEIiXIÈRES LIGNES d'un manuscrit byzantin de
(iri'goire

bref de Sky-

de Nazianzi- t/c /n Bibliofhéijw. iXationalu. On lit la date dn mois de mai de l'un 11)07 {an du mnndr Il Oôlô} et Ir nom dn copiste, le moine Enthijmios. du cnnvent de Saint-Lazare de ('(mstantinnple.

litzès f[ue Basile,

après
ré-

avoir iird(inné

de

parer en hâte les

mu-

railles drVidviii, reprit

avec

Sun arnK'c

iiitaclc

la

nnilc du -mi. Mai»

il

ne

prit

jniiiil

le

plus

[1A.<ILE

fllSÉritE AT iiilim
la

MÊME HE

I.

1

IIC/.GAlUE

229

court clipmin à travers

Bulgarie orientale reconquise. IJien au contraire,
île la

par Nissa cl la haute vallée

Morava probablement,
liuliiarie

il

s'enfonça, avec

son armée, au cœur
cette fois à revers

même

de

la

encore indépendante, prenant

du côté du

iinrd lapurlion
à travers ce

demeurée

intacte des Etats de

Samuel. Sur

cette

campagnr

pays de montagnes densément

cjJT'ULi

p Vt

«-*J

CJ-

"TKJJ p \rfU>

po CTO

»-rl •"nxi tA,>\E

H-f^-^JTi KCXX.01I4J lyTxro'
HomcMies de
la

/
.\i'

MINI ATL' Il E

'l'an livs b:-<ui infiimurrit by:,iiii(in ilm
I.a

Vierge du

Sifclc

dr lu Hibliotlièqiie Nationale.

Vh'njf rt suint Joseph en contemplation.

boisées, abruptes, peuplées d'adversaires intrépides,

dépourvues de tous

moyens de communication, sur

cette expédition

certainement aussi auda-

cieuse que celles des jdus audacieux capitaines célébrés par l'histoire mais
(pii, li(das,

comme

toutes celles de ce long règne, ne sortira probablement
elle

jamais de l'ombre où

demeure enfouie, giàcc

à

l'absence de tous

documents, nous ne possf'donsexacli'nirnl
(le

(\ni' (|iic|i|ni's

nmls de
v\

Skviil/.ès.

chiiiniqnriir

iiniis

(lil

n ni(in('nienl

que

le

basilcns pril

dciiianicla

23n

BASILE
les forteresses

II.

LE TUEUI! DE nULGAHES
il

toutes

bulgares qu

trouva sur sa route, probableuieut
de la vallée de
la

celles qui peuplaient les crêtes

et les défilés

Haute-

Morava.

L'armée

iiu|pi'riiile

ari'iva

(rabnrd
la

ilrvaiit

Skopia
(]"cst

(l),

l'Uskub

il'au-

jounlhui. raiitiquc capitale de
lieu

Dardanic
et

aujourd'bui un chef-

de vilavet, une ville industrieuse
les

animée de près de trente mille deux
rives

âmes dont

deux

tiers

musulmans,

assise sur les

du haut
ter-

Vardar, l'Axios d'autrefois, à l'extrémité d'une plaine marécageuse

minée au sud par un grand
superficie.

lac

peu profond de vingt-cinq kilomètres de

Au

centre de la ville on aperçoit encore les ruines d'un kaslron
le

byzantin où se trouve
été

konak du gouverneur. Uskub

a de tout temps
l'entrée

une position

militaire importante parce qu'elle
la

commande
<le la

d un délilé qui. |iar-dessus

chaîne de l'Orbélus, cundiiit

Macédoine

dans ces portions de

la

Bulgarie occidentale qui correspondent actuelle-

ment

à l'Albanie et à la Serbie.
la rive

Les Byzantins, qui arrivaient

[)ar le

nord,

trouvèrent campée sur

opposée du Vardar toute l'armée bulgare
la

avec son tsar. Samuel

était

accouru à

rencontre dos impériaux en ce

lieu propice à la défense.
Il

se passa

exactement alors ce qui

s'était

passé huit années auparala rive

vant sur

la frontière

méridionale de laThessalie, sur
et

du Sperchios.

Les Bulgares téméraires

incorrigibles,
oiitli'

se
le

gardairnl fort mal.

De

grosses pluies avaient démesurément
«

cours du Vardar. Le tsar
le

Comitopoule
la

»,

se croyant garanti contre toute attaque, estimant

passage de

rivière impossible, avait laissé prendre à ses troupes

une

attitude de défi insolent.

Un

soldat grec découvrit

un gué

et

courut

l'indi-

quer au basileus.
gares,

Il

y eut probablement un passage de nuit. Les Bulcette
fois

complètement surpris
la

encore, furent outrageusement

battus et durent prendre

fuite sans

même

combattre.

Samuel

et les
le

siens échappèrent avec peine

abandonnant aux mains des impériaux

pavillon royal et

le

camp

biilgare tout entier.

Après une aussi

totale défaite, la ville de
fait

Skopia ne pouvait

liiiir

longtemps. Skylitzès raconte ce

(''Irange

que

le

commandant de

la

(1)

Skopia ou ciirure Skupion.

I;l-:iJl>lTION

DE SKOPIA
le lils

231

placo pour

Samuel

(Hiiit

pn-cisénieut Uouiain,

survivant du dernier

tsar bulgare F'ierre, le l'rère de Boris jadis assassiné par erreur par ses

propres sujets. C'était en
se

somme

le roi

légitime de Bulgarie.

On

sait qu'il
failli

nommait

aussi Syniéon en souvenir de son célèbre aïeul qui avait
la

prendre (loiiï^iantinoplc aux temps glorieux de
bulgare.
ce

première monarchie

Depuis

(ju'il

avait échappé à la denii-caplivilc du Palais Sacré,

malheureux prince sans couronne avait accepté ce poste humiliant de
cités

gouverneur d'une des
celui

de son propre royaume pour
11

le

compte de

qui l'avait dépouillé du trône de ses pères.

ne devait guère,
»,

semble-t-il, [)orter dans son cteur

Samuel
il

le

k

Comitopoule

ce sujet

devenu son maître. Quoi
la ville
le

qu'il

en

soit,

rendit incontinent à l'empereur

dont ou

lui avait confié la

garde.

Le basileus
et

lui

lit

grand accueil,

nomma

en récompense de sa trahison patrice
et

aussi préposite ou

chambellan
son

l'envoya en qualité de stratigos impérial
la

commander en

nom dans
pauvre

cité

asiatique d'Abydos fort importante à cause des

douanes fameuses qui
ce
roi

s'y

trouvaient établies. L'histoire ne
la

j)arle

plus de

qui

mourut peut-être dans

peau d'un fonctionnaire
[lalrie

imj)érial provincial aiirôs avoir été

fonclionnaire dans sa propre

bulgare.

De Skopia,
nord-est

le

basileus et l'armée

victorieuse, se dirigeant vers
la

le

au

lieu

de descendre directement
la

vallée

du Vardar,

s'en

vinrent à l'ernic, fort kastron, dans

vallée de la Strouniu, l'ancien

Strymon.
dans ces

(letlc

place était

commandée par un chef bulgare devenu
nommt'
Krakras. Celui-ci

célèbre

luttes inlerminables,
lion.

se défendit

comme un
et

L'empereur,

dit Skylilzès (I), perdit

beaucoup de temps
inexpu-

de

monde

à ce siège.

Reconnaissant enlin que

la place était

gnable, (|uc ni promesses, ni menaces n'auraient raison de son
daid,
il

commanil

se décida à s'en
t;apilale.

aller

avec son armée à IMiilippupolis, d'où

regagna sa

Ce

l'etour, si l'on s'en ra|)[)orli'
KIO.'I.

aux dates fournies

par Yahia, eut lieu tout au déliul de l'an

La
d(^

prise de

Skopia etdes forteresses voisines parachevait
l'iiis

la

ciMniuèle

la

basse et

moyenne Macédoine,

tpie

jamais

la

monarchie expi-

(I)

i:.'iiri-iiii-.

II.

4.';:i.

232

l).\.<ILI-:

If,

LE rVFAl: DE TiVlGAUES
dans
et
le

rante do

Samuel
fut la

se trouvait refoulée

massif montagneux et sau-

vage qui

Haute-Macédoine antique

qui est aujourd'hui encore une
se préparaient à lutter avec
la

terre quasi ignorée.
la

Plus que jamais ses

fils

dernière ('nergie dans ce réduit suprême, à sacrifier

di-rnière goutte
i

de leur sang plutôt que de l'enoncer à leur indépendance clK'rie

I).

11

est

temps de dire ce qui
le

se passait

dans

les

thèmes hyzantins

dltalic durant que
clia(pie

hasileus et ses troupes vaillantes se ruaient ainsi
la

année nouvelle à l'assaut de

monarchie du

tsar

Samuel.

11

nous

faut remonter de ce côté plus de vingt années en arrière.

La déroute de l'armée allemande

à Stilo, la
si

mort

d'CUlidii

11

à la

fia

de l'année suivante 983, mort suivant de

près ce grand désastre au
s'apprêtait à

moment même où
heureux

l'héroique jeune prince

en

tirer

une
Italie

éclatante vengeance, avaient eu pour les affaires des Byzantins en
le

plus

résultat.

Certes,

quel qu'ait pu être

l'accord

établi

contre Othon entre l'empire d'Orient et les Sarrasins, cet accord avait
cessé d'exister par
le

fait

même
dans

de

léj

mort de ce prince. Mais, d'une

part, l'Allemagne, plongée

les

embarras d'une minorité attaquée de
pouvait plus de bien

toutes parts, désolée par

une

terrible anarchie, ne

des années songer et de
iiir

fait

ne songea plus de longtemps à inlerve-

dans

les

affaires politiques de l'Italie
Sicile,

du Sud;

d'auli'o part la

mort

de l'héroïque émir de

Abou'l-Kassem, empêchait aussi du moins
cette
île

pour q\iélque temps

les

Arabes de

de reprendre leurs dépré-

dations habituelles sur les rivages des thèmes d'Apulie et de Calabre. Le

champ demeura donc
Calabre
et les

libre

aux lieutenants des

basileis en Apulie et

en

Byzantins, après avoir vu, à

la suite

de cette terrible journée

de Stilo, disparaître à la fois vainqueurs
quillité

et

vaincus, purent en toute tran-

réoccuper toute

la

Calabre, et avec un peu plus de peine toute la

Samuel n'étail crpi^ndanl pas encore assez écrasé en ci'lle année lii04 puiu' qu'il mesurer contre ses voisins hongrois. Ses généraux, traversant le Daniilio, allèrent, parait-il, ravager les confins de la llonarie et de sa vassale la Transylvanie. Dans celle année 1004 un de ceux-ci, Kéan ou Chéon, fut battu et tué par le roi de Hongrie Etienne I". Les Hongrois pillèrent le camp bulgare. Ils y firent une foule do prisonniers et y recueillirent un tel butin en or, en argent et on pierres précieuses, fruit des expéditions antérieures de ces terribles pillards, que les vases et les vêlements sacrés qui en furent fabriqués suffirent
(1)

n'osât se

à garnir toutes les églises de Hongrie.

Vuy. Kokkoni,

np.

i-il.,

p

118.

CII.\Ti:\i- hi: IIAIU.

Tour

et

rempart.
;!u

.

23i

BASILE

II.

LE TVEVR DE BULGARES
précis,
II

Pouillr.
ariîriiier

Nmis deiiKuirous sans renseignements

mais nous pouvons
les

qu'ininii'dialemonf apr('s la mort d'Othon

troupes byzanles
ipii

tines rentrèrent plus
villes d'Apiilir
ipii

ou moins pacilir[uement en possession de toutes
les

avaient été ocrupées en 982 par
le

Allemands

cl

étaient, depuis,

demeurées en leur pouvoir malgré

désastre de Slilo.

(le

retour ofTensifdes Byzantins nous est à deux

reprises aflirnK' par cette

Chronique du protospathaire Lu[nis qui
très insuffisante source

est notre

principale bien ijue
si

de connaissances pour cette époque
l'histoire

particu«

lièrement

obscure

de

des thèmes

byzantins

d'Italie.

En

décembre de

l'an !)83, dit le

protospathaire en son bref langage, lepatrice

Kalocyr Delphinas
Serge
et

prit Ascoli.
lui

Le

II juin
»

de l'année suivante,

les frères

Théophylactf

livrèrent Mari.

Kalocyr Delphinas gouvernait,
environ
le

nous l'avons

vu M), depuis

ttSO

les

(hèmcs

italiens.

Peut-être bien avait-il été dans ce poste élevé
le

successeur immédiat du magistros Nicéphore. Aussitôt après
II

désastre

d'Othon

à Stilo,

il

s'était

mis en mesure de reprendre aux Allemands

les fortes places
le

d'Apulie.

Nous voyons

qu'Ascoli se rendit à lui dans
il

mois

même
et

de la mort de l'empereur germanique. Probablement

n'y

eut aucune lutte et la garnison, atterrée à l'ouïe de ce désastre, se retira

purement

simplement
la

et

fut aussitôt

remplacée par

les

Byzantins.

Bari, capitale de

province, semble avoir offert plus de résistance. Si

même
le

Kalocyr Delphinas réussit à y restaurer l'autorité impériale dès
avoir été
aidé par

milieu de l'année suivante, c'est qu'il semble y

quelque sédition populaire, quelque conspiration peut-être dirigée par
ces deux frères Serge et Théophylacte, probablement les chefs

du

parti

byzantin, qui, après avoir chassé

la

garnison allemande, auraient ouvert
(2).

au patrice

les

portes de sa capitale

Quoi

qu'il

en

soit, je le répète, la défaite,
les

puis la mort d'Othon
et

II

eurent pour résultat de remettre

Byzantins en paisible

immédiate

possession do tout ce qu'ils avaient perdu de[)uis peu en Longobardie

comme
(1)

en Calabre. L'échec

même

de ce puissanteffort du jeune empereur

Vuy. Epojjce, I, p. 5.31 Ki-.Lonormant (Grande Grèce, t. IF, p. 411). parle de « Delfino Calochiii, marchant sur Bari en !l8i à la tète des paysans armés de ses domaines »! (Jnelle singulier!' manie de tra(2)

vestir les laits

'

LES
t;urniaiiiqiie |iour

c.ir.i/'.hv.s

nu

-

iatepano

»

D'Italie

235

s'emparer du Midi de
l'occasiou de

la l'éninsnlc fimiuil

au gouvenie-

mciit de Basile

11

donner à

sa doniinalion en ces contrées
l'ut

|dus de coh('sion, aussi plus d'élendue, puisque celle-ci

reportée à
l'autre,

nouveau, d'une part, sur l'Adriatique jusqu'au cours du Tronto, de

sur la nier Tyrrhénienne jusqu'au golfe de Policastro. C'est à ce nionienl

certainement que l'administration byzantine de ces deux thèmes s'organisa
plus fortement sous l'autoi'ité d'un chef militaire unique
lin

ijui prit
»

vers celte

(in

dixième

siècle

le

nom

tout

nouNeau de
a vu qu'un

«

catépano

ou catapan

et

qui eut sa résidence à Hari.

On

gouverneur du
catépano
»

nom
lui

de

Michel qui a signé un acte en

!t7o s'intitule

déjà

«

dans ce docu-

ment

(i).

Je pense que ce fut le premier qui porta ce
«

titre.

Avant

il

y avait eu Nicéphore
porté avant
il

décoré du

titre

de magistros que nul n'avait
(2)

lui,

que nul ne porta depuis
«

».

Et avant Nicéphore

ne semble y avoir eu que des

stratigoi

»

commandant isolément aux
et

deux thèmes d'Apulie ou de Longobardie
et
le

de

Calabre.

Basile

11

parakimomène son premier ministre tenaient essentiellement
de cette heureuse circonstance de
la

à

profiter

chute
y

de

l'influence

allemande

dans

la

Péninsule pour y relever
ce résultat

et

réorganiser l'au-

torité impériale.

Pour

aucune mesure ne leur parut plus
le

propice que de réunir en une seule main
ce

pouvoir suprême sur tout

que l'empire possédait encore de

territoires

dans

l'Italie

méridio-

nale.

Probablement chacun des deux thèmes conserva son stratigos,
«

mais tous deux furent subordonnés au
à Bari.
«

catépano

»,

chef suprême résidant

L'origine du
les

titre

bizarre

donné à ce

vice-roi, dit Fr.

Lenormant

(.3),

titre

dont

pouvoirs offrent

la

plus grande analogie avec ce qu'avait

été celui des exarques,

demeure
«

fort douteuse.
»

Beaucoup de philologues

voient avec
lapelatios.

Du Cange dans
les

catapanos

une corruption de capitaneus,

Mais

contemporains, peut-être par un calembour plutôt que
7.xz'%

par une véritable étymologie, trouvaient dans cette expression
et la

et -5/

regardaieiil

comme
I,
|i.

impliquant

la

plénitude de l'autorité civile et

(1)

Vuy.

lipiipcr.
4.'i(i.

21

i.
c'i'S

(2| Viid., p.

Ilii'ii

riilriiilu

l'XprL'ssiuMs

iii'

s',i|i|ilii|iiriil

i|ir,iii

tiU'''

ili'

iuairisU'us

applique au
(:i)

curaniiiiiiIcMUfiil
lli-éce.
t.

supivmc des thèiius
p. 401.

il'llulie.

draiule

Il,

236

ISASILE

II.

LE Tl'EUR DE BULGARES
mains. C'est ainsi
lo.

militaire

dans

les

mêmes

i|iie

rt'\iilii|uait

qiii'lijiics

années

jilus
«
« «
«

tard Guillaume de

Punille

:

Quod Catapan,

dreci, nos juxia dicimns

omne

;

Quisquis apnd Danaos vice fnngitur hujus honoris,
Dispositor pnjmli parât

omne

ipiud e.viiedit

illi,

FAjuxta quod

eniiiue dari decet, oitine ministrat (1). »

^<*r»

"^
,

-rnê [«"t

t>»z

)eoù\«gxS? TTi»ùr TTO A<' c/V,o ]/2^ KC

^eunx ^cuoiAfx^pi-

i\*moyèo9 9/Tn6i»/n\i,T6

>

1

«^'

<

^

r

u

f.

>

,

^

)

TTp

ij

Tn» AI- ^ >/ CuTh/ -nt C r> n D H ALg y ;, £ feof^'Xè

I'(-in'nu,\ liE

EEUlLLEf d'an

numiu-'ri-it hijziinlin

il,'

/'Apocalypse

(/••

;.(

Hihlinllir.jiic

Ntilioniilr. HrjiiiU- iiioiiatrwu.v li'jnrant lu ISétf ih: l.liKiralyiifC.

Ces années donc qui suivirent
allrmandi' en
Italie, fiii'eni,

la

chule momentanée de l'infliience

semble-l-il, bien que nous soyons à peu près

dépourvus de tout l'enseignement contemporain,
relatif.

une époque de calme
gouvernants
cela. L'éloi-

Mais

la

rapacil('', la

curiuplion,

la

faiblesse innée des

imjiériaux n'en furent
(1)

malheureusement pas modifiées pour
incriiL, p. 1521 sitrnalc
île la
ci?

core
le

(le

M. Ch. Dichl [L'nrl. hyz. ilaiis l'il. nos jours un des fonclionnains
<i

fait la

bien curieux qu'enîle

police urijainr

ili'

ville

Matera porte

lilrc lie

catapan

»!

iir:rj.E.\isA rin.x

///:>•

i'iif.mi:.^

BYZASTISS

237

gnement de

la

mère

j>3trie cl

ilii

gouvernemenl central
II

était Irup considé-

rable. Aussi, depuis la retraite
définitive, ces

d'Othon

jusqu'à Toccupatinn

normande

malheureuses provinces continuèrent-elles à gémir

comme

auparavant sous

une

terrible tyrannie

administrative,

faisant parfois

d'impuissants efforts pour s'en alTiancliir, allant parfois dans leur désespoir jusqu'à appeler les

Musulmans de

Sicile à leur secours.

F^t

pourtant,

c>.6
c **.»

•d
?v*.
4JLr

A.

fc-.M*

CMi
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.WA7. lyf 7i'A' W»n, monnsrril hi/z.mlin

^
rf./ /ti

C

nr

(/.>

Kvangiles

t/u

.Y»''

SiVc/c-,

Bihliotlœ<iaeXcaional.-.

malgré

tant de

motifs graves de
la

desalVcctiuii,

rhellénisatiun

de ces

provinces lointaines sous

double inlluencc des fonctionnaires toutel

puissants venus de Constantino[ile
si

dn clergé orthodoxe
surlmil
ijiie

si

nombreux

et
si

zélé,

de tous ces moines basilicns

nous avons vus
d'entre eux. dc\

ardents à suivie les traces de saint
plus
(•iiinpli'lc (pie j;iinais.

Nil, le pin-, illustre

lut

238

BASILE
L'ennemi du Nord

II.

LE TUEUR DE BiLGAHES
à
fin

n'était plus
la

redouter pour l'heure.

Même

les

princes longobards, terrifiés par

lamentable

de leur protecteur
la

Othon, ne demandaient qu'à entrer en composition. Du côté du Sud.
Sicile, affaiblie

sous

les

obscurs successeurs du grand Abou'l-Kassem,

avait presque cessé pour l'instant d'expédier

chaque année sur

les terres

impériales ses bandes de pillards.
relative

Il

y eut

même

avec cette ère de sécurité
si

comme une

nouvelle floraison intellectuelle pour ces provinces

malheureuses. Les couvents basiliens portèrent plus que jamais partout
« la

fleur
«

mystique de

la civilisation

byzantine

».

De

l'état florissant

des hautes études intellectuelles dans ces pieuses
Italie,

demeures des moines grecs en
il

a fort bien dit Fr.
la belle grécité

Lenormant

(i),

n'est pas besoin d'autre

preuve que

des Vies de saints
si

qui y furent composées dans ce temps, alors que tout était
l'Orient latin, et que la façon dont leurs auteurs se
l'Écriture, des Pères, et

barbare dans

montrent nourris de

même
»

des grands auteurs profanes.

On
>"il

ne

faisait

pas mieux à Constantinople.
j'ai fait

Dans

cette

\'ie

même
le

de saint

à laquelle

déjà tant d'emprunts et

qui est notre plus précieux document

pour

cette histoire, le
les

biographe du saint,

bienheureux Barthélémy,
copiste, le soin qu'il
il

vante parmi

mérites de Nil, son habileté

comme
et la

apportait à ce travail de la reproduction des manuscrits auquel
sacrait
«

con-

réguhèrement

trois

heures par jour,

beauté de son écriture.

Le

disciple suivait, sous ce rapport, les traditions de son maître,

car la Vie du bienheureux
excellait
raire,
et

Barthélémy raconte, à son tour, que
la

celui-ci
litté-

dans

le

métier de copiste autant que dans

composition

que nul de son temps ne savait transcrire un

livre avec

une

correction plus parfaite. Les manuscrits grecs, exécutés en Calabre, sont,

on

le

sait,

nombreux dans

les

grandes bibliothèques de l'Europe, car
de
la

dans

les trois derniers siècles, profitant

décadence

et

de l'abandon

des monastères grecs de cette contrée, on
le

siiixit

largement l'exemple que

cardinal Sirlet avait dunné
iiresque rien

le

premier, en
resii'

les

dépouillant de leurs trésors
le

litti'raire-. ilmit

n'est

dans

pays. Montfaucon vante
»

l'élégance et la correclimi iiabituelles de ces inaiiusorits calabrais.

(1)

Op.

cit.. Il,

3%.

ACTIVITE LITTERAIRE ET COMMERCIALE
«

239

Je n'ai jamais pn, continue Vr. Lenorniant,
la vie

lire

sans émotion, un

passage de
la

de saint Fantin, un des plus grands higoumènes grecs de
le

Calabre, dans
la

x' siècle, celiii-l:i
:\\\r

même

que

l'illustre Nil,

résolu à

embrasser
.Mcr<-ure
I

xic religieuse, étail

trouver d'abord aux couvents de

).

Kclairé

comme

d'uiir

\

ur prophétique sur ce (|ue devait être
l'Italie

un jour

la

destinée
si

île

cette Pjglise

grecque de

méridionale alors

si

florissante et

lettrée

malgré

les

maux

sans noml)re que faisaient peser
il

sur

elle les

invasions des Sarrasins et les menaces des ennemis du Nord,

allait

dans sa vieillesse de
et

monastère en monastère, raconte son bio-

graphe,

partout versait d'abondantes larmes en pensant au temps où

ces asiles de prière et de civilisation deviendraient des écuries d'ànes et

de mulets, où toute tradition d'études serait interrompue, où

les livres
»

de

leurs belles bibliothèques seraient dispersés, déchirés et jetés au feu.
L'activité
les

commerciale reprit certainement aussi à cette époque dans

thèmes

italiens, et

comme

elle était

presque uniquement dirigée vers
elle

Constantinople, Salonique et les ports du Péloponèse,
aussi,
cités

ne pouvait,

elle

que contribuer à l'expansion de
la Fouille

la

pure influence byzantine dans

les

maritimes de

et

de la Calabre. Toutefois une distinction

importante est à
insisté
([ue

faire ici sur laquelle Fr.
la

Lenormant a

très

heureusement
faire

dans ses belles études sur

Grande-Grèce. Je ne puis mieux
«

de reproduire encore ce passage de son livre.
xi'^

Pendant toute
il

la

pre:

mière partie du

siècle, dit-il,

en substance

(et

aurait pu ajouter

durant toutes
pan's,
la

les

dernières années du x'), sous l'administration des cataest

un contraste absolu s'observe, dans ce qui
le

de

la nationalité,

de

langue, des rapports avec

gouvernement impérial de Constantinople
d'une part,
la

et

de

la

façon dont

il

est accepté entre l'Apulie,

Calabre et

la

Terre d'Otrante, de l'autre. Ces deux dernières provinces sont entièrement

grecques de langue, d'esprit

et

de religion. Crotone, Squillace, Reggiou,
villes

Rossano, Otrante, Tarente, Gallipoli sont des

purement
le

(st

entièrela seule

ment grecques,
langue que
sont
(le

situées dans

un pays tout hellénique, où
l'on
<lii

grec est

l'on parle et

que

comprenne.
pali-i;ircal

Leurs évèchés, jadis

latins,

rilc

grec et relèvent

de Cunstaiitiiiople. Tous leurs

(1)

Voy. Epoijrr,

I,

p.

4(it).

210

iiAfiiLi-:

II.

i.F.

Tri:ri.'

de nuLOAUEs
du grand saint oriental Basile.
les listes

monastères

si

nombreux suivent

la

règle

Tous
nés

les

noms, ceux par exemple contenus dans
serfs à tel seigneur

de paysans donles

comme

ou

tel

établissement religieux, dans

diplômes assez nombreux parvenus jusqu'à

nous des premiers princes
di|dùmes plus anciens

normands du xr
d'origine

siècle, tous

ceux contenus

tlans les

purement impériale,

a|iiiartiennent à la {)lus parfaite grécité

byzantine. Nicépluire Pbocas, en interdisant dans ces régions l'usage du
rite latin vl

du pain azyme dans
cette

la célébration

de la messe n'a rencontré

aucune résistance à

destruction des derniers vestiges de latinité

ecclésiastique. Mais ni lui, ni ses successeurs n'ont osé étendre l'appli-

cation de semblables mesures à l'ApuIie, qui, toute soumise qu'elle est au
basileus, est

demeurée

latine en religion.
])ar

En dehors, du moins,
l'administration
et le

des villes

de
est

la côte,

où l'élément grec introduil
et puissant, la

commerce

nombreux

population de l'Apulie reste en grande majo-

rité

italo-lombarde d'origine et de langage. Aussi ne se résigne-t-elle pas

aussi volontiers à l'administration des Byzantins. Les
laires

mouvements popules

que nous allons voir

s'y

produire à des intervalles rapprochés,

grandes rébellions de

Smaragdos

et de Mélès, attestent la naissance d'un
vitalité.

sentiment national propre, qui se développe avec une énergique
Il

compte de nombreux partisans jusque dans
et

les villes

maritimes où

les

deux éléments grec
le

italo-lombard se balancent également. Bari
», jiasse

même,
ipii'

siège

du

«

catépano

de

la

soumission à

la

révolte, suivant

l'un des
((

deux partis y prend

le

dessus.
sentiinrnt national
di'

Ce que réclamait du

reste alors le

l'Apulie,

ce n'était pas précisément la rupture de tout lien avec l'empire d'Orient.
Mi'dès

lui-même, quoique Lombard d'origine, n'y devait penser
le

et n'alla

mendier des secours en Allemagne que dans

désespoir de l'échec de sa
xi''

troisième tentative. Ce que voulurent les Apuliens du

siècle, c'était
le

échapper à l'autorité des gouverneurs impériaux qui ne venaient dans pays que |)ourle pressurer,
c'était acquérir,

sous

la

suprématie du Palais

Sacré, la liberté de leur vie nationale, s'administrer eux-mêmes, former

une principauté vassale, possédant son autonomie
conditions, par exemple, que les principautés de

intérieure,
et

aux mêmes
cpii

Capoue

de Salcrne,
le

reconnaissaient

la

suzeraineté de Consianliniqile,

ou que

iludié de

ADMINIsritATlON IIY/A.\TI.\E
Napk's,
li(l(jlil('

A.'.V

liALIi:

m
cl

la i-(''|iiiblii|uo

d'Amalfi, bien plus atlacliés à l'cmpirc'
(jiie

dmil

la

niriiiu lenait

au respect
11

les

Byzantins avaient toujours eu pour

leurs

liL)eii('s

nationales.
à ces

eût

(t(''

l'acili'

au linuvenienient impérial do
s'il

donner satisfaction

vcenx de rA|Milir
la

eùi di' jilus

saij;e et

surtout

mieux
de

inriunii'.

Vax

agissant de

sorir, ioiil en

maintenant

le

système

raiiniiiii>li-atioii dii'ccii'
la (lalahi'c cl la

par

les

ronclionnaires envoyésdedonslanlinoplc
il

dans

Terre d'OIrante,

est pi-oliahle (pie la

dominalinn du

MINIATURE

d'an

ires

beau,

manuscrit
cla

hy::iiniiii

clfs

Homélies de
li
/'iini/f

la

Vierge

c/e

la

nHiliothèiiw

Natiiiniil'\

X"'' Siècle.

La

I'jv;/<:

Gahrirl.

basileus aurai! pu se prolonger (rès longtemps encore dans
I

le

midi de
pas

ilalie.

(iar,

nous

le

vci'rons,

reiili('|Mis(^

des .\onnands n'aurail
le

renconlri'^ à ses di'huls les

i'aciliii's cl

l'apimi ipu' lui nlIVil
ils

nK'conlenle-

mcntdela population de
d'abord

l'Apulic. Là.
;

se présentèrent et l'urentaccueillis
ils

comme

des libérateurs

dans ladalabre, au contraire,
cpii

demeu-

rèrent toujours des conquérants
et pied à pied.
»

dureid soumettre

le

pays piMiiblenient

Ou

ne saurait assez lerépidei',

la

inau\iiise atlminislralion liscale, les
SI

242

BASILE

II,

LE TUEUR DE BULGARES
<s.

exactions aboniinablos des

catépano

»

byzantins, véritables proconsuls
s'enrichir

des x" et

xi'

siècles,

uniquement attachés à
le

aux dépens de leurs
mission,

malheureux administrés pendant
lurent
la plaie

peu de leuips

tjue durait leur

cruelle, toujours saignante, de ces provinces,
la

même aux

temps plus pacifiques qui succédèrent à

mort d'Othon

11.

Le gouverne-

ment

central,

accablé par

d'autres soucis, trop
le

constamment occupé

à dompter des révoltes terribles qui
à

menaçaient de mort, à se défendre

outrance sur

la frontière

de Bulgarie

comme

sur celle de Syrie, ne pou-

vait exercer et n'exerçait de fait sur ces chefs intidèles

aucun contrôle

sérieux. C'était

impunément

([u'ils

commettaient leurs
si

pirateries, d'où la

désalTection graduelle de ces populations
«

naturellement loyalistes.

Il

faut

le

noter toutefois, dit encore Fr. Lenormant, tout en résistant

encore à une hellénisation complète, l'Apulie, depuis un certain nombre
d'années, commençait à entrer dans
vin!
le

la

voie de cette transformation

quand

moment où

les

Normands

l'arrachèrent aux Byzantins. Sa soumis-

sion aux autorités impériales devenait plus grande. Les trente dernières

années de

la

domination byzantine
celle

s'y passèrent,

depuis la révolte de

Smaragdos jusqu'à
Les

de Mélès, sans qu'on y vit une seule insurrection.
plus d'empire
le

mœurs
sur

gréco-byzantines avaient pris chaque jour
la

même

population italo-lombarde de cette contrée. Déjà dans

début du

XI' siècle

nous verrons Mélès lui-même,
la

le

grand patriote apulien,

riudumptable adversaire de
de
la Pouille
il

population grecque, décrit par Guillaume

comme

portant, à la

mode de son
Son

pays,

le

costume grec

quand

eul sa première entrevue avec les chevaliers
(1).
fils

normands venus en

pèlerinage à .Monte Sant'Angelo

Argiro portait un

nom
et les

grec, Argyros, et avait été élevé à Constantinople dans les
lettres byzantines.
»

mœurs

Sur

l'histoire

même

des thèmes italiens depuis
d'Apulie
'JSi.

la

leiirise

par

le

giuiviTuement
l'an !IS3 et

iinpi'rial
le

des villes
l'an

dans

les

derniers mois de

dans
d

courant de

à la suite

de la retraite et delà mort
la

d'Otlinn

II

Allemagne,
c

jiis(ju'au

mois de mai 1011, lorsque éclata

(1)

Ihi

ijuemdniii coimpicientes
grecii reslilttm

More virum
li.eidis

nomine Mclunif

iyimliim vcslein,

l'ipitiijtie lirjalo

histtlilos niijthre niiniiiltn' aiicssc rutatus, »

INSUri-lSANCt:
première
ri'vi

EXriŒME DES SdUHCES
ilit

24:t

il

le

du

|i,irti

ii;ili(mal

lonibnrd sous la direction de.Mélès,

évônemeni
tine

(jiii

dcvail

si

ra]iideinriil

aniciier la

conquête

île l'Italie

byzan-

par

les

.Normands, sur
le

les laits

innombrables d'ordre

ci\ii

ou militaire

survenus tout

long de cette période de près de vingt-huit années, nos
(l'est à

renseignements sont, hélas! intinimenl rares,

peine

si

la

Clirn-

niqueAw protospathaire Lupus, qui estpresque notre uniquedocumentpour
cette épo(|uc deriiistoire de l'Italie méridionale, et

quelques autres sources

latines

du

niêiin!

genre,

pour

ainsi dire

un

— car ukiI, —

ni
\\

Byzantins
peine,

ni

Arabes ne nous en disent
si

c'esl

ilis-je,

ces sources nous l'nur-

nissenl pnui-

chaque année une ou deux indications trop souvent incorl'ait

rectes ou tout à

erronées cxprimi'es

le

plus brièvemeni du monde.
:

Les

('vénements les plus imporlanis

agressions

musulmanes ou

révoltes longobardes), sont indiqués en trois paroles, souvent avec des dates
fausses, des

noms d'hommes ou de

lieux

devenus méconnaissables tant

ils

sont altérés, et cela sans aucune suite,

« comme des cicatrices, suivant l'éner-

gique expression d'x\mari, dont on ne sait

même

plus l'origine première,
»

mais qui cependant ne sont plus jamais sorties de la mémoire populaire

Dans une semblable

disette de

documents, l'historien ne peut songer

à restituer les annales vraies de ces régions dans cette époque lointaine,

obscure entre toutes. Forcément
des
le
si

il

doit se borner à tirer le meilleur parti

rares renseignements épars dont je viens de parler, à les reproduire

plus exactement qu'il pourra et autant que possible dans leur ordre
faire,

chronologique. C'est ce que je vais tenter de
bien

dans l'espoir certes
soriii-oni

peu

lundi'

qu'un

jtuir ^n\

l'auli-e

d'autres

documents
si

de

l'obscurité qui viendrniil crim[iléter nos notions
histoire
cette lin
si

restreintes sur cette

inconnue de
x''

la

piirtion italienne de l'empire byzanlin
xi" siècle.
le

dans

du

et ces

premières années du
avait

Dans

cette

même année !)84 qui
le «

vu

rétablissement de l'aujorité
(1), la

impériale à Bari par

caté|tano

»

Calocyr Delphinas

Chronique

A^'

Lupus
cité

cile l'arrivée
Hai'i,

en Apulie, c'est-à-dire certainement dans cette
(2) et

même

de
(1) (2)

du patrice Romain

de son

fils.

Très probablement ce

Voy.
C'est

p. 234.
l)ic'ii

prohablcmeot de ce patrico Romain
pp. 37-:!8l, rrdigi'i' vci's

(iiic

parlo la lie de saint

Sabas

le

Jnunc (Cozza Jérusalem
:

Liizi, np. cil.,
•<

ci'llr l'pcupn'

par

le

patriarclic Orcsle de

A

l'i-puipn'

dr

l'^xpiMlitiuii

frampLc,

dit

Ir

vi'iiiTable

écrivain,

\r

palrice


li'vnil

RA.-ifLf:

II,

LE TUEUR DE
»

P.ULGAIiE.^

rtrc

!r iiinivraii «

calépano

.suori'ilant à

Caloryr Delphinas par-

vemi au terme de son

commandement. Peutêtre
le

gouvernement
l'Ii'

cenlral avait-il
CT- p sa

pru

^ •"&—-,

satisfail

de
-li

l'attitude

de

celui

durant

le

ti'Uip^

de

rinva»i(m

allemande.
Delpliiiia<
</

Du
T'Iait

reste

del'es-

oL-ooi^m»

1/ >.

u.ci.ii_C «TTC

j/

""^Ç'

^/^fpwo^ -T»|/<n^^|,»-^-,

meuri' au jiouvoir

pace de quatre années,
ce
•-

cpii

l'Iail

('niirnie

piiur
( Il

Jl

^\«M^ J\
ilr

un

uruiverneur

pro\ince byzantin.
ri'tniiivi',

Ndus avons
on
•miC "T»uov
se
le

rappelle,

ce

personnage;! une autre

page de

cette histoire,
98!),

en l'année

en Asie,

parmi
MIXIATUIiES
X""
rl'iui

les

plus ardents

partisans
trr^

du

pndcnPhocas

jn-rrvnuv manuscrit byzantin

da

Siècle de lu liililiothéque Nationale. Les Évangiles. Qunlre des osrendnnts du Chiist.

dant
dont
Innt
il

Bardas

jiartagra la tin

lameiitiililf

I

.

De son successeur Rnmaiii.

\\n\\<

nr cdimaissons

Romain, cbargé de guuvorner Italie cl la Calabrc, perdit fiar son incurie une l'oule de forteresses longobardes qui firent défection. Les rebelles firent alors appel au roi des Francs, ce qui troubla fort le palrice. Il fit l'impossible pour empêcher la venue de ce prince et réussit à décider saint Sabas à aller à Rome pour y proposer la paix au souverain des Francs. Durant que le saint s'acquittait de cette mission, il y eut une nouvelle, terrible et sanglante invasion des Sarrasins en Calabre. Alors le roi des Francs à la tète d'une forte armée s'avança contre eux. Quant au saint, il se retira dans une grotte près d'Amalfi d'ofi il ne sortit qu'après la retraite des Sarrasins. » Certainement il s'agit ici de l'expédition d'Olhon II terminée par le désastre de Slilo. Romain était donc à ce moment déjà en Italie! J'ignore sur quelles données s'appuie le chanoine Minasi à la p. 215 de ses Chiese di Cnlnhria pour faire de ce Romain un .\rL'yros.
I

(Il Voy. y.piipéc, de C.hrysopolis.

I.

p. 735.

11

fut crucifié

en face de l'armée victorieuse après

la défaite

EM/Iis

lilC

.<!( ILl::

iio

momo

pas

le

nom
nous

|ia-

lronymi((uc.

iw

savons rien d'autre. H
n'est plus (piestion de
lui

i

ijfjO

dmcr tncShinonif Irvcenrrhmo '/fv

yr-

beat

c^re^ortiis.
c,

mmiel'xri
Tlnj.

6^ dief .x

^oncftfTimc rrric defimcr rftr

iofitià

ngm cçieths fedf ivs Ijuus es Y-;

dans

les

sources.

Ralenties pour un [leu

de

t('ni])s

par

la

nmit
les

d'Alidu'l-Kassem
expéditions

de rapine

des Sarrasins de Sicile
avaieni
d(''jà

repris (I).
fils

Dja'her,

le

de liié-

niiquc
n'avait

('nui'
lai!

lue à Stilo,
(pic

passer

sur

le

Irruio

de

l'a-

lerme. Mauvais souverain,
il

a\ait

(dt!

déposé

par

le

nouveau Khalife

d'Kiivple,AI-Azis.lelils

de Moui/.z,

(pii

l'avait

remplacé par un autre
tîuerrier kelhitc dr Sicile, Djal'ar

Ihn .Molianiarrivé'
le

med.

Crlui-ci,

d'Kgyple dans
rant

cou37;{

FAÇADE
Home
au.

de la
XI'"'

Basilii]aii priinitiie

i/c

Saint-PiTre de

Siérlr

rfVipccs
f.

nn mannsrrit
clii-isll.

vna

>/<•

de

l'année

Farfa. (Roeraischp Ouartalsrlir.

Allerlli.,

18:i:..

de rilégire qui va de
juin
ils:')

à

juin 984, eut tôt

t'ait

de relever
il

la t'ortuiu'

de

i'ile

superbe et

de
Il

ré'lalilir

sa prospérité. Mais

mourut

déjà au bout de deux ans (2).
(|ui

eut pour successeur son frère Abdallah

ne

lui

survécut guère et

mourut au mois de dé'cembre 989.

C'est sous la

courte mais également

,1!

Viiy.
t.

sur CCS expi-cliliuns et les souioçs qui les méntionni'nt
II

l.i

imif

.l'Ain.iii

.i

la

page 34S du
i2*

An

.i';:i

de siiSloi-in ilei Musulmani di de l'Ili'-iîire; mai 9«:i à mai H8fi.

Sii-ilia.

246

llA.<rLE

II,

LE TVEUU DE BIU.ARES

bienfaisante administration de ce dernier émir que semblent avoir vrai-

ment recommencé

les

expéditions régulières de pillage sur terre italienne.
et celle

La Chruniqttf grecque du Vatican
à l'année
la

de Lupus lixent toutes deux

986

la

prise

et

ie

pillage par les

^lusulmans de Santa (ariaka,

(iei'ace actuelle,

sur

la

côte sud de (ialabre.

Tous

les

autres rivaees

calabrais furent en

même

temps ravagés. Ces deux sources ne donnent pas
la
»

d'autre détail.
«

Seulement
«

C/ironif/iif
fut

grecque

dit

que

la

place

de

Boidin

y

ou

Hulialinci

également

prise

par ces bandits.
«

M. Cozza Luzi pense
année 980.
le
i."

qu'il s'agit
dit
la

peut-être de Buffalaria.
le

dette

même

février,

Chronique de Lupus,
»

protospathaire

Sergios fut tué à Hari parles habitants,

Ce dut

être


«

quelipie si'dition

du

parti

longobard ou national fatigué des exactions du

catépano

»

et

de

ses lieutenants.

Ce Sergios

était

probablement

le

même

personnage qui,
les portes

deux ans auparavant,

avait, avec son frère, ouvert
il

aux Byzantins

de Bari. Victorieux dans une émeute,

succombait dans une autre.

L'an d'après, nouvelles agressions des Sarrasins en Calabre. L'an
d'après encore, en 988, l'émir Abdallah prend et saccage Cosenza
(1).

L'audace des bandes pillardes ne connaît plus de bornes. Elles ravagent
cette

même

année tous

les villages

de

la

banlieue de Bari.

La population

rurale,

hommes, femmes,

enfants, est

emmenée

captive en Sicile. Les

Arabes semblent avoir

profité,

pour tant se rapprocher de la capitale byzan-

tine,dc ce que celle-ci se trouvait momentanément aux mains de révoltés.
I")

Le

août 987, en

effet,

au dire de

la

Chroniqup de Lupus, Andraliskos y

avait été tué par Nicolas Kritis. Encore quelque sédition

du

parti longo-

bard probablement. Nicolas Kritis ou Kriti
fait

(2),

chef des révoltés, avait

périr cet Andraliskos
le

qui devait être quelque haut fonctionnairf
le

byzantin, peut-être
«

gouverneur militaire de Bari, peut-être
(3).

nouveau

catépano

»

succédant à Bomain

Ce mouvement semble avoir eu une
le

certaine gravité.

En

effet,

il

ne se termina par
la

châtiment des révoltés

qu au

liDul

de plus d'une année, puis(pie

Chronique de Lupus place seu-

il) (2;

Murait, op.
Kritis cst-il
:

cit.,

I,

p. 749.
patroiiyinii]ui'

un nom
si

on ce mot

ni'

tlésigniiait-il pas philiit la fonc-

tion de Nicolas
[3'i

« kritis », jiitri?

Oui sait

même

Romain

et .\ndraliskos no seraient

pas nn seul et unique person-

nage?

SEDITIONS
Iciuent
il
I

.1

r.Alll

247

an suivant
le

ilS!!

le

l'ail

siiivaiil

:

«

J^c |iiilrir('

Jeun Ainiia[Hiiiins

(prol)ableiiiL'iil

iiouveavi

«

catépano
fit

»

envoyé

{)niu'

venger

la

niorl

d'Andraliskos) rentra dans Bari et
et Porpliyrios.
»

exécuter Léon Kannat, Nicolas Krilis
pai- la C/iioniqiie,

An

chef do l'énieule cité

à l'année IKS",

nous voyiins
Murait
il
( 1 )

ici

ajuntés les

noms de deux
si

autres révoltés notables. M. de

se

demande avec raison

sous cette appellation de Léon Kannal

nr l'andrait (loint chercher quelque chef northman,
n'était-il

nommé, en

réalité,

Kanul. Jean Amirapoulos lui-même

point quelque renégat sar« lils

rasin au service de l'empire, plutôt quelque

d'énlir

»

captif élevé à

Byzance"? Son

nom

semblerait l'indiquer.

En

tous cas, ce dut être une très
fit

violente révolte, la seconde depuis peu de temps, qui
»

ainsi périr

un

catépano

»

et priva

pour près de deux années

les

Byzantins de leur capiles

tale italienne.

Probablement Andraliskos avait exaspéré

habitants de

Bari par sa rapacit('.
Cette exécution

sommaire des

trois chefs de la révolte

ne semble pas

avoir eu l'eflicacité désirable, puisque, dès l'année suivante, en 990, la

Chronique de Lupus mentionne

le

nouveau massacre à Bari de deux fonc-

tionnaires impériaux, les excubiteurs Pierre et Boubali, celui-ci certaine-

ment encore un renégat

sarrasin passé au service de

Boum. Xous ne
les

savons rien de plus sur ce nouveau drame populaire dont
dnrent être cruellement punis, mais
triste situation
il

promoteurs
la

nous

est

une preuve de plus de

qui était faite à ces infortunées populations longobardes
le

d'Apulie. Elles supportaient en frémissant

joug

si

dur des

«

catépano

».

En Calabre, par

contre, les habitants, plus directement exposés aux agres-

sions des Sarrasins, conservaient une attitnde beaucoup plus loyaliste.

En décembre de
lah de Sicile.
11

cette

même année

989

était
lils

mort

le

bon émir Abdal-

eut pour successeur son jeune
le

Abou'l-Fotoùh Youssof,
la Sicile,

prince libéral, de sentiments élevés, sous

règne duquel

deve-

nue presque indépendante du Khalife du Kaire, atteignit un degré de
prospérité dont elle n'avait joui jusqu'ici sous
kelhites
(jui

aucun des premiers émirs

a\airnl puurlanl puiié
la

si

haut sa gloire militaire.
ci'tte
Ile

En même

temps

ijui'

|u'ijsp('ritr'

maliTicile.

l'urluuéc vil llcurir à celte

;l)

');;.

cit.,

I.

p. .ûi.

248

n.isiLi:

II.

I.I-:

tueur du bulcaues
cuiir de Youssol' tut

époque
vées du

les letlres cl les aris.

La

une des plus

culti-

monde

orienlal, rendez-vous des lilli'raleurs et des purles.

Un

de

ces derniers, ehevalier errant de la gaie science, ll)n

Muueddih,

fait

pri-

sonnier par

les

Myzantins.l'ut relâché après
le

une longue

captivil(' à la suite

d'une trêve conclue entre

basileus et l'cniir Vdussol'. nous ne savons
'.l'.lS.

dans quelle année, mais certainement avant
la

Un

autre, Abdallah, de

tribu de

Tonoùkh,

tils

d'un cadi africain, céh'brant dans ses kasidas la
les

gloire

de l'émir, chaulait
«

expéditions annuelles de celui-ci en terre

chrétienne
laissaient

alors (pie ses flottes, après avoir ravagé

monts

et

plaines,

comme
à
la

traces de leur passage des cadavres di'pouillé's

aux che-

veux longs,

barbe longue
les

*.

Ceci est une allusion à la coutume

qu'avaient alors

dévots byzantins, par UKUuaise interpr('lati(in d'un
faii'e

texte biblique, de ne ]ioint se

tondre. Celte

mode

excitait l'hilaiili'
jior-

des Longobards
taient les

et

des Francs aussi bien que des Arabes, qui tnus
ras et la

cheveux

barbe courte.

Nous ne savons que

bien peu de chose de ces expéditions annuelles

dirigées par Youssof en terre byzantine.

En

ItîH,

nous voyons

ses troupes

assiéger Tarente,

une des principales
si

cités byzantines, et cette .simple indi-

cation en dit long sur l'état
jiroviiu'es.
(pi
1.1

conslammenl précaire de
et

ces malheureuses

La

C/ironigiie de

Lupus

l'Audiiyme de Uari disent seidement

nu certain comte Alto
tèle

II

accourut de Uari au secours des Tarentins à
(pi
il

de troupes nombreuses et

p('Tit

dans

la

mêlée avec une partie
le

des siens. Cette défaite des armes chrétiennes eut lieu
jour du
iii(ii~

\iiigt-huitième

d'août. Tarente succomba-t-elle

aux attaques des assiégeants
(2i.

ou

réussit-elle à

conserver sa liberté

?

Nous l'ignorons

Nous ignorons de même

quelles furent les expéditions des deux années
(-i).

suivantes. Mais elles eurent lieu certainement

En

1(94, les

Arabes Si-

H' Astu, mlio, Azzo. Pour l'anni^i^ 9fl3, la CItronii/iir tic Lupus ft les Annulfs Hn mises nulciU unuiuenu'ill la mort de l'archevêque Paul de Bari qui eut pour successeur un certain Chrysostonie. (.3! Les Vies des saints siciliens Luc de llomona ((iaelani, I'ïV.t sanclurum siculoruiii, II, 8i), et Bollaïulistes, 9 mars, I de mars. p. fl"), et Vital de Castronovo jUaetani, H, 9i!, el Bollandislcs, 1.3 ocl., t. VI, p. .3:i2', morts en CalaLire l'un le 13 oclohre 993. l'autri- probablement en 994, qui tous deux avaieni pris l'habit au fameux monasière basilien de Saint-Philippe d'Argira e| qui avaient été chass(!'s de leur ile par les persi'eulions des Sarrasins, conliennent des di!-lai|s inliniment curieux sur l'exislence malheureusi' des chrétiens en ces paraires vers la fin du X- siècle. Voy. .Vmari, n/). ri/.. 11. pp. i(l3 imli' e( KIC, s(|q.
[i)
I . 1

i.\ct:iisioxs

/)/>

.\ii.\iii-:s

shiliexs

u:i

filions reparaissonl en A|iiilic

ri

aux cmn

ii-nns lic Tmi-chIc. M,-iI('i;i. .issiôgoo
Ils la

par eux diiranl

i|uali('

mois,

liiiil

par Miicdinhcr.

pilirmil

cl

riiiccn-

Olhon III, de Bamheiy, Othon lll est i-epivsenlé sur son trône entre deux personnages d'ordre eeetésinsliijue et deux antres d'ordre militaire. La couverture d'iLoire de cet Evamjélinire se Irnave repriuluile à la. p. I!:13 du tome I île /'liiiiiiii'i- livz.
du,

MIXf.lTURE du Frontispice
crinsrrvi

célèbre Ei-angéliairc df l'cmpi'mir

à

la

Bibtiolhé(]ae Royale de Munich.

(lii'MTiil.

La lamiiic
s<iii

(les iiiaIii('(ii'(Mi\

liahilanls avail (Hé Lcllr (iniiiic luèru

inangoa
.1;

nilant
de

(1).

\.'.itioiii/iiie

liiiri
l'il

li\i'

co siî'gc à l'an

'.lîli;.

\.e

Suirriiitniii

lluiiioiil.l

ri

les

Annules

lleneveiilaiii le placi'iit

9'.)j.

2j0

llASIf.l-:

If.

LE TUEUR DE BULf.AllES

Nous ne savons
vit la

rien encore de ce qui se passa en 005. L'ainirc 00(i
Italie

première expédition en
11,

du jeune empereur Othon

111, le iils

d'Othon
I;i

qui régnait en Allemagne depuis plus de douze années. Après
le

mort tragique de son père à Rome,
ans
à
peiiu',
ili''j;i

petit prince,
le

alors

âgé de
celui-ci

(|iialri'

reconnu
et

ciiniinc

successeur
M;ii

de

par

les

grands d'Allemagne

(i'ilalic

au

champ de

de ^'(rnne

de l'année préci'dente, avait été séjiaré de sa niérr el

ramené en hâte

au delà des Alpes. Dès
Chapelle.

le

jour de Noël

il

avait

('dé

couronn('' à Aix-la-

Je n'ai pas à raconter

ici les luttes
»,

que

les

partisans de l'impératrice

mère,

la

grecque

«

Théophanou
ipii.

ainsi qu'on la

nommait en Occident,
la

imbue des
mère
la

idées byzantines
la

en pareille occurrence, confiaient à
fils,

régence durant

minorité de son

eurent à soutenir pour
le

lui

obtenir cette tulcllr, luttes violentes contre Henri de Bavière,
linrcnl paternel

plus proche

du

petit

empereur, appuyé sur
s'i'dait

le

parti hostile au

gouver-

nement d'une étrangère. Henri, qui
s'était fait jiroclami'r roi
;'i

d'abord emparé du jeune Othon,

sa place.

Aces

luttes furent mêlés le roi Lothaire
le

de France, Hugues (^apet aussi, l'archevêque Adalbéron de Metz,
Gerbert, une foule d'autres hauts personnages.

fameux

On

usa contre l'auguste

mère de toutes
celui-là

les

calomnies imaginables. L'évèque Thierry de Metz,

même

qui avait

accompagné
la

cette princesse avec
si

son défunt mari

jusqu'à Rossano lors de
à Stilo, avait quitté à

fameuse expédition
l;i

douloureusemenl terminée
la

Home

jeune impératrice plongée dans

douleur,

complètement brouillé avec
constances. Lui aussi s'était

elle,

nous ignorons

à

In

suite de quelles ciret était

rallié à la

cause de Henri de Bavière

devenu un de

ses plus enragés partisans.

Pour perdre Théophano, pour
il

s'excuser lui-même devant l'opinion publique,

n'avait pas craint de
cette

calomnier odieusement
table

l'illustre

femme, affirmant que dans

lamen-

campagne

d'Italie elle n'avait cessé d'exalter la

valeur des troupes de
Il

son pavs natal au détriment de

celle

des guerriers allemands.

alla

jusqu'à dire cette chose infâme qu'il ne se sentait tant de sévérité jiour elle

que parce

qu'il

ne pouvait oublier combien

elle s'était

scandaleusement

réjouie de la déroute de l'armée impériale à Stilo, se

moquant de son

époux,

lui

demandant ironiquement comment

lui,

tant vanté pour sa

riŒOI'IIANn
bravoure,

UECEXTE POUR

SO.V

l't/.S

OTIION

251

s'était laissé battre si
II

l'acileiiiunt.

(laloniiiic (I)

d'autant phis

odieuse qu'Othon
les Sarrasins.

en

réalité avait été

vaincu non par les Grecs, mais par

Toutes ces abominables accusations étaient demeurées sans résultat
appréciable. Après bien des vicissitudes,
le

parti

demeuré

lidèle à

la

régente et au petit empereur légitime l'avait enfin emporté. Théophano,
ipii,

à l'unie

des entreprises de Henri de Bavière, avait quitté

Rome

lais-

sant cette ville aux soins d'un pape à sa dévotion, s'était d'abord rendue à

Pavie auprès de sa belle-mère, la vieille impératrice Adelhaïde, régente

en Lombardie pour l'empire. Celle-ci, oublieuse d'anciens griefs, avait

lait

à sa bru le meilleur accueil et ne s'était plus occupée conjointement avec
celle-ci (|ue

de

faire restituer ses droits légitimes à leur

bien-aimé petit-fds

et

fils.

A

l'appel de leurs partisans victorieux

groupés autour du fameux

archevêque Willigis de Mayence,

àme

de cette restauration, les deux prinle

cesses avaient ensuite passé les Alpes. Par
la

royaume de Bourgogne
III, et

et

Souabe, accompagnées de l'abbesse Mathilde, tante d'Othon
le 2!(

du

vieux roi Conrad, son grand-oncle, elles étaient arrivées
Rara.

juin 1>84 à

Là, dans une réunion solennelle, Henri de Bavière s'était vu

contrainl d'abdiquer, de renoncer à ses prétentions impies, de rendre enfin
l'auguste enfant à
sa courageuse mère. Celle-ci, en

présence de cette

inunense

et brillante
iils.

assemblée, avait été proclamée régente et tutrice

unique pour son

Bien que l'impératrice Théophano, propre sâ'ur

di/s t)asileis

Basile et

Constantin, intéresse plus directement ce récit, bien que
nalité de cette illustre princesse tenle

la

haute personla

ma
les

plume, je

n'ai

pas

place suffi-

sante pour l'aconlei'

ici

[)ar

le

menu

annales de sa belle et énergique
ligures d'impératrices alleviri-

régence qui ont

fait d'elle

une des plus nobles

mandes. Je rappellerai seulement que celte fenune éclairée gouverna
lement l'empire au
le

nom

de son

fils

et

sut mainlcnir intact à celui-ci

vaste héritage paternel,

surtout cette union intime de la couronne
la

d'Italie

avec l'empire germanique, gloire particulière de
la p(»lili(|ne

maison de Saxe.
à la suite

CerlcN

impériale allemande

s't'-tail

vue ciuilrainle

du
IV,

(Ij

llii|i|i(iiti-i'

|iar Alpui'tii.s

dans son livre De cpiscu/ns MettcnsUnts. Mon.

('•onn., S.S.,

1.

p. ii!lS.

252

BA.->ILK

II.

LE TU EU II DE BLLOAItES
}iui- (llliuii 11,

dt'sasli'c

du Slilu,

il

abaiuluiiiici- 1l> i;raiKl.< prujuls carosst'S

la

conquête des thèmes byzantins

d'Italie

comme
Italie

celle

de

la Sicile sarra-

sine,

conquêtes qui eussent parachevi' une
le

entièrement sujetle de
de

Tempirc d'Occident, mais
lui

gouvernement de

la fdle

Romain
Ir

II

n'en

pas moins pour cela glorieux et sage. Ce fut du reste pour
>i

poiivnir

un moment

éhraiili' ilu j'Mine liis

de Tlièopliano un !ii'and}boiilirur (jne

-T-nvir»

c\/ d-il i-l-'r:!*J-x

:

.

.^ TiT.

!«,

f

>

{

1 1 i

/s"î

jX^

A^'|^'•

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ip \,^

<i

t

^i; r.

-r? cerf N-ro t»iia_6ToN-rov-ri,Mtov;<T'qr!^i-^"v

Llij^LS IXil lALES d'an

titanu^rrii h^fzantin de ht HihUoilirijuv Xtttionah- daté dr l'un lOIJO.

les

Sarrasins de Sicile, par snile de

la ninrl

de

1

iiiiir

Aliou"l-Kas>eni

el île
l;iul

leurs di-cnrdes intérieures, les Byzantins d'aulre pai't, à cause de

drinliaiTas en

Ituli^ai'ie

cunime en Asie,
les
le

se trouvèrent

à

ce

moment

empêchés de
du
dr'sasli'e

pidlili r

pleinement contre

Allemands des conséquences
dur basileus Basile écoula-l-il

de Stilo. l'eut-êlre bien aussi
la

quelque

]ieu

viiix

du sang

et,

résolu à ne pas créer d'embarras à sa
daigna-t-il se contenter de faire
si

sœur au milieu de

sa régence

si difficile,

réoccuper par ses tron|ies

les vilic-

d'Apnlir

injustement saisies par

le

'

TIIEOI'IIA.XO

HEdESiiC
;i

l'OUIt

SOX

l-ILs

(illIOS

233

ilcliiiil eiiijjiTfui',

sans cheirlii'r
(jiie

|Hiiissi'r |ilus
li'

Iniu ses cijiiqiiùlcs

on ^(s

vengeances, alors

jamais,

il

l'uni

dire, les circonstances n'eussent

(jfio-

Trop

ai oop

oofj

À^h

J

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'

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U_\o cr
I

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f- 1

U

TXXJJ

*j^p OCTLAjj u-au ï*-oiyuLo

iv^ o-*J> o

i^À.t>^

fùj-rUju

^

\>irv-cu

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ouiup^iruju

'jérpov

1

J
l'ORTIOX
ISi'l.lULURI-: (l'an (euillet d'an manascrlt
(/. /rt
/.i/;ii;ifi/i
l'.iii

''•

si/ni ./ivin Clirysostom''

rtibliotlié'iu- X'itloniileilalé île

lii03.

semblé pins l'avorables à rcmpirc
nuMil siin anlmili'
l'a si

d'Oriciil [nuir IimiIit

ili;

l'oslani'tT solide-

aiïaiblie

dans

lltalie nK'i'idinnalf
Irs

'.'

Et cependant, on

vn, Basile n'essaya

même

pas d'ulilim'r

princes longohards à recon-

nailre à

nonvcan

sa snzcfainett''.

234

UASII.K

II,

LE TUEUR DE BULGARES

Donc.

ccIIl'

circonstance extraordinaire avait existé d'une toute jeune

impératrice de race grecque présidant aux destinées de cet empire d'Occident, nbjet de la pari de celui
d'i

(rient

d'une tiaine

et

d'une envie

si

tenaces, et y présidant avec une parfaite sagesse dans les circonstances

infiniment critiques de cette longue niinorilé. Jamais peut-être l'heure
n'avait été plus solennelle pour la

monarchie germanique attaquée de tant
jeune femme élevée dans
le i)laisir, la

de côtés à

la

fois.

Théophano,

cette

les fêtes, le bien-être et le

luxe du Palais Sacré, se montra vraiment à
la bienveillance

hauteur des circonstances. Elle sut se concilier

de tous,

grands

et petits,
si

en Allemagne

comme

en

Italie. Elle

sut triompher des
si

antipathies

vives que nourrissaient les esprits occidentaux

prompts

aux préjugés à
répandues sur

l'endroit des Grecs, de toutes les calomnies adroitement

la

prétendue légèreté de ses mœurs, de ses coutumes, mal
la frivolité

comprises des grossiers esprits teutons, sur
si

dont on l'accusait

à tort. Elle ne négligea vraiment aucun effort, aucun sacrifice pour

poursuivre l'œuvre de son éi)Oux bien-aimé, pour assurer sur des bases
inébranlables la couronne paternelle à son
tour qu'elle fût certainement montée sur
le
fils

unique.

11

fût

mort à son

trône impérial à sa place pour

y défendre
lié

les droits de la race à laquelle elle avait avec tant de noblesse

son nom. Ce fut avec une vigueur lonle masculine qu'elle
les

tint glorieu-

sement sept années durant
blissant vaillanniient les

rênes du gouvernement, défendant nu rilal;i

marches de l'empire sur
:

frunlièi'c

de

1

est

comme

sur relie du nord

«

Kennue.

dil

rt'vècpic chroniqueui'

Thietmar

de Mersebourg, d'un caractère réservé, mais énergique, bien qu'elle ne fût
pas supérieure aux faiblesses de son sexe. Elle était instruite, ce qui était
rare alors parmi les Grecques ses compatriotes, et veilla sur son
fils

si

et

sur

l'empire avec une énergie véritablement virile, abaissant les orgueilleux,

élevant les humbles.
est la

»

De

tels

témoignages, en nous montrant de quel côté

vérité, enlèvent toute valeur

aux indignes calomnies,

fruits

de

l'enx ie,

de

la

haine ou de l'ignorance, qui, alors

comme

plus

t;ird

encore,

assaillirent cette d'être

femme

d'élite.

Dès son arrivée en Occident, un l'accusa
et

demeurée Grecque au fond du cœur
le

de n'avoir ('prouvé aucune

sympathie pour
qu'elle trouva

peuple allemand. La vérité est i]ue les grands devoirs
lui firent

dans sa nouvelle patrie

presque oublier

la

première

LK
et iiiic jjimais,

l'AI'E

IIU.MI-'ACE

VII

2.ÏS

en mm en ne occasion, rllc ne sac ri lia
ilc

je- iii|fT("'N lic i'('iii|iirc

(rOcciiloiil à

ceux

sa fainillc urifiilalc

Dans
Hnnic on
icnr son

riii\cr de
t'ilc

'.INîS

à

'.IS'.I,

Tlii'uplianu s'ctail rciidiir en llalio
(|iie le

cl

à

a\ail ^cjonrnc loiiguemeiil, df'sirant
IVil

nom

de

l'eni[)é-

fils

n'y

[mini

uiildif'^

Do grands
la

cliangcnienis l'daienl survenus
II

dans cotte contrée depuis

ijoc

murl

d'(lliiiin

avait

rendu

l'orce et

espoir au parti grec, parli anli-allcmand on parti national pour parler plus
coi'rectemcnt.

A
la

peine

la

jeune veuve impériale avait-elle an printemps

de 984 quitté
l'on avait

capitale

du monde chrétien pour
le fils

se rendre à Pavie

que

vu rentrer à

Rome
avait

de Ferrucius, l'ancien antipape Boni-

face, celui qui, chass(''

du trône pontifical plus de neuf années auparavant

par

le

parti allemand,

dû se réfugier à Constantinople. Nous ne

connaissons absolument rien du long séjour que ce fameux aventurier
a\ail
fail

là-bas, séjour

durant lequel
le

il

n'avait pas négligé

un

j<i\ir

de

songer aux moyens de remonter sur
Iravailler à l'union

InJne de saint Pierre, ne cessant de

impie des Grecs

et

des Sarrasins contre les Allemands,

se ri'jouissant de la défaite de ceux-ci à Stilo.

Certainement soutenu par
il

riiilluence et les subsides de la cour liyzantine,

s'était
II

hâté de revenir

en
lui

Italie aussitôt

après la mort priMiiaturée d'Uthon
si

qui avait été pour

un év(''nement

favorable.
les

Heureux d'en avoir

fini
il

avec son long exil
avait reparu dans

oriental,
la

accompagné par

vœux du
aux

Palais Sacré,
fêtes

Ville éternelle dès le

mois
il

d'avril

de Pâques de l'an 984. Avec

les

subsides impériaux
il

s'était créé

à nouveau un parti j)uissant, à l'aide

duquel

avait réussi à s'emparer de la personne

du pape Jean XIV.
le

Il

avait

onl'ernK' l'ancien

évêque de Pavie au château Saint-Ange où
le

malheu-

reux

était

mort de faim ou par
fin

poison,

le

20 août, après quatre mois de

détention abominable,

bien lamentable pour cet ancien chancelier de

l'empire allemand devenu souverain pontife. Lui-même, après sa victoire,
avait aussitôt repris
le

pouvoir, datant

les

années de son règne de

l'an

1)7 i

comme
écoulé

s'il

n'avait jamais cessé d'être pape; mais
avait
péri
lui

un an ne

s'était

pas

(ju'il

aussi,

très

certainemeni de mort violente,

le 2(1 juillet

de l'année 985, après onze mnis de pontificat seulemeni, \ite
jiar le

abandonni!

parti

n;ilional, laissant

une mémoire en exécration

à

2ot!

BASILE

II.

LE TUEUI! DE BCI.i.ARES
rt'giH' infànn' cl

tous les Uomains, chargé de leurs malédictions pour son
cruel.
Il

n'avait

gouverné que par

la terreur, faisant

crever les veux au

cardinal Jean, commettant mille horreurs.

A aucun moment,

l'histoire

de

Rome n'est plus complètement obscure,
dans son
i-ilimr victorieux à

plus désespérément jiauvre en documents de quelque nature que ce soit.

Des Grecs avaicnl accompagné

l'anlipaiiç

UdUie. Certainement à son déjiarl de ('.onslnnliiinpit' une convention avait
éli'

conclue

eniri' lui el le

gouvernement

de.s basileis,

mais aucune indicaa péri

tion certaine dttns ce sens n'est

parvenue jusqu'à nous. Tout

dans

ces ténèbres universelles.

Le cadavre de Boniface VII

fut trauK' ])ar les

rues

et jeté

tout pantelant aux pieds de la statue équestre de Marc-Aurèle.
lui

Au

matin, des valets du Palais

donnèrent une sépulture chrétienne. En
et fait

onze années, ce grand criminel mitre avait détrôné

périr

deux papes.

Ce

n'était point le parti |iurenient
le

allemand

(pii

avait aussitôt après

reconquis

pou\nir, mais bien
soulevé à

le jiarli dit

national qui jadis, au temps
et qui, cerlai-

d'Otbou

II, s'(''tait

Rome
le

sous

le

duc Crescentius

ueniiMit, avait

au début favorisé
propre
lits

retour de Roniface.

A sa

tète se trouvait
titre

maintenant

le

de Crescentius, Jean. Décoré du

de palrice

qu'il avait pris

en cette année 983, ce célèbre ambitieux gouvernait en maître

la Ville éternelle.

Se refusant

à

demeurer un simple lieutenant de
la

l'emjiire
di'

germanique,

il

voulut, pi'olltant de

minorité' d'Otbon IlIjS'atfrancliir
(|ne

tout contrôle aussi bien

du côté de Constantinupic

de celui de l'Alle-

magne;

il

voulut, en un mut. guu\erner seul
fail

et liljremenl à

Uonie

comme
pé'rir
prt^a-

jadis l'avait

Albt'ric. C'est

pour

cela

(^l'il av;iit

di'In'uK' ei

fait

Roniface VII. Sous son inlluence, sans apparemment
lable. la régente

aviiii'

consul h', au

Théopbano,

les

Romains

avaient, dans des circonstances
le fils

que nous ignorons, élu pape, en septembre,

d'un prêtre
le

nommé Léon,
le

du quartier de CallinaAlba, qui avait pris en montant sur

trône

nom

de

Jean XV. Celui-ci devait gouverner obscurément l'Eglise dix années durant,
la

plupart du temps .simple instrument aux mains du second Crescentius.
et

méprisé

haï de son grossier clergé,

uniquement

occu|>é,

malgré sa culsiens (Ij.

ture intellectuelle qui sembleavoir étéréelle,às'enri(bir
rircgorovius dil
la

lui et les

fil
liiis

op.

rii..

I.

III,

\>.

:ix:!i

i|ii'il

fui

r\o\r au pontilu-at malgré Crcsrpii-

par

faclion allriiianile.

)R TIKR-^1 \Rf'1 rji.

se

Fl'Ot'FE lir. suie byzantine conservée aa trésor de l'église de Mozac près de Riom {Puyde-Dôme). — Hasileis iliufsant le lion. iGravare communiquée par M. P. Blanchet.)

SEJOUR DE TIIÉOPHANO EX ITALIE

237

Cotte suite d'événements, ceux aussi qui avaient eu pour tliéàlre la
Loniharilie mais qui ne concernent en rien cette liistoire,avaientdonc attiré
l'impératrice Tliéophano à
ira\ait rcncdiilré
reste de l'Italie.

Rome.

Elle s'y était fait respecter de tous et
cotlo
\

aucune résistance, pas plus dans
pour mieux aflirmer son

illc

ijue <lans le

Même

aulnii|('', se

rappelant ses

origines byzantines, songeant à
pris

Théodora comme aussi

à Irène, elle avait

personnellemeni

le litre

A'iniperator, datant ses diplômes des

années

,: Il

'Vr>

d'un très précieux manuscrit de /'Histoire do Skylilzùs, de la Le Palais impérial à Byzancc, Jean Tzimisccs se faisant hisser au balcon du Palais pour rejoindre Théophano,
Bibliothèque Nationale

MISIATUUE BYZANTINE

de Madrid.

de son règne à

elle,

gouvernant avec

la

plénitude de la puissance impériale
palais de

aussi bien de son palais de
.lean

Ravenne que de son
elle et

Rome. Le pape

XV

s'était

humilié devant
était

Crescentius, auquel elle avait laissé

son

litre

de patrice,

redevenu simple lieutenant impérial. Elle avait

certainemenli'ait prêter par les
avait tenu cour de justice à

Romains serment de

fidélité

à son

fils.

Elle

Rome

puis à Ravenne. Après avoir ainsi passé

toute l'année 989 en Italie, et célébré les fêtes de Noël à
et

Rome oîi

elle

pleura

honora snn époux

(léluiit assistée l'été

par

le

fameux

saint Adalbert, elle était

retournée en Allemagne dans

de 990. Elle s'y était remise à lutliT
K's

avec autant de courage que de succès contre tous

ennemis extérieurs de
33

258

BASlLt:

II.

LE rUElH DE BULGARES
imprévue do
sa

l'empire lorsque
les esprits
!

la ninivi'llc trrs

mort vint lioulevorser tous

Après avoir, eu compagnie de son

fils

fêté

Pâques

à

Quedlinbourg,

sa résidence favorite en Allemagne, dans la

pompe

impériale, au milieu

dune assemblée
Pologne
et

brillante qui comptait

parmi ses membres Mesco de

Hugues de Tuscie,

alors le plus puissant prince de l'Italie, elle
fils,

venait de se diriger, toujours suivie de son

vers les bords du Hbin

pour y surveiller de plus près
gues Capet, lorsqu'elle expira
son âge
le

la

naissante royauté du duc de France

Hude
et

très

rapidement à ^'imègue dans

la fleur

15 juin !HI1, loin, bien loin des rives radieuses
elle
>

du Bosphore

des ombrages du Palais Sacré où

avait

vu

le

jour. Soit que, llUe
la

de climats plus tièdes,

elle

n'ait
les

jiu

habituer aux frimas de

bruqu'ils

meuse Allemagne,

soit

que
le

soucis

du

iiouvoir, soucis
fini

tels

eussent écrasé l'homme
cette faillir
le

plus énergique, aient
ji

par

lrioinj)lier

de

femme,

elle

mourait

une encore,

laissant, hélas!
si

inachevé

grand teuvre de restauration de l'empire
la

profondément ébranlé

par

mort également prématurée de son époux. Sa dépouille mortelle
asile

trouva un Ses os,

dans

l'église

du couvent de Saint-Pantaléon de Cologne.
petit cercueil

placés dès le
bois,

Moyen âge dans un

de pierre

et

une

caisse de

furent plus tard transportés du transept sud au

côté droit du

maître-autel.

Le 23 janvier 1892,

cette

sépulture fut

ouverte

(1).

Tout
à se

homme

de bonne

foi, dit l'historien

Giesebrecht, qui cherchera

rendre un compte loyal des vicissitudes terribles que traversa cette
des difficultés inouïes à travers lesquelles elle dut
qu'elle
tint

femme remarquable,
conduire
l'honneur
Certes,
il

cri
île

immense empire, reconnaîtra
la

haut

et

ferme

cuuronue

à travers les circonstances les j)lus critiques.

ne

lui fut

pas donné de réussir dans toutes ses entreprises, mais,

(1)

GrabfunrI in

iler Si.

Panlnleonskirche iKôln. Voiktzeiluiir/, n"

4ï',

1892. Abcndauitgabe).

que j'ai visiléel'an dernier s'appelle aujourd'hui" Sainte-Marie dans \a Schnurgasse ». Le monument ref^iil au siècle d(?rnier est hideux, indigne d'un si grand nom. Voy. ciirore sur
L'église
l'église Sainl-I'antaléiiii
:

Laconililel, Sinlcrrheiiiisclies Urkuiulcnhuch,

t.

II. p.

23, n"
le

ICtJ

Jron9lii'.

dation par rarohevèipie Brunon. d'un couvent près de l'église Sainl-Pantaléon

22 mai
t.

— Voy. encorr

Periz.

S.S.,

1.

XVII,

p.

821 il Wuerdlwein. Sinti
le

.tubsiilin ilipluviiitii'ii,

IV, pp. Il,

1-4 (Conrad de liriga, vingt-ciinpiièuic ahhé, place avec une épifsrararae en quatre vers
.

chef de saint Panlaléon dans une châsse

ISh'LUENCE DE TIIEUPllANO
dans
(les

Sl^li

LE PEUI'LE
lo 'jilns

il.LEMAXh
ii'fùl

2.;il

conditions

idontiquos,

l'hnmmo

énergique

pas

oittonu des résultais meilleurs.
(lertes, l'influence

de celte princesse greciiue.

|ir(i|)re

pctite-lillc

de
l'a

(liMistanlin l'orphyrogéuète, sur

son peuple allemand fut grande.
a clli'

On

exagérée cependant eu voulant allrihiin'
tions par lesquelles

seule toutes les manifesta-

Byzance se

révi'da

en Occident à celte époque,
les

comme

un

agt'ut civilisalrur rt'mar(piable

dans

diverses jjranches de la vie

sociale allemande,

dans

les sciences aussi et

surtout les arts de ce pays.
réalité antérieures

Beaucoup de ces manifestations furent en
grande figure, car
les-

à celle
et

relations entre les

deux empires d'Allemagne

d'Orient ne subirent jamais d'interruption complète. Parmi celles

mêmes

qui furent contemporaines de l'époque de cette princesse, beaucoup ne

doivent pas

lui être

attribuées, car depuis son mariage, elle s'était di'tas'y attendre

chée bien plus qu'on n'aurait pu
saurait conteslcr

de sa patrie d'origine.
à taire

On

ne

cependant qu'elle contribua grandenirnl

adopter en

Allemagne des coutumes etdes modes orientales, ày
le

faire

mieux apprécier

courant

arlistiipu'
le

ijui

régnait à Byzance,

çà et là

même

à

déve-

lopper quelque peu

parler de la langue grecque.
la

Le Moyen âge

doit cer-

tainement

lui

reconnaître une influence dans
Il

transformation graduelle

de ses coutumes.
tives.

courut sur

elle

bien des légendes
elle était

éminemment sugges-

Après sa mort, racontait-on,

apparue à une religieuse durant
et se désolant.

son sommeil, implorant son pardon, pleurant

Comme

la

dormeuse s'informait de
avait r('p(indu
«

la

raison de ce désespoir, l'impériale pénitente

qu'elle avait à se reprocber d'avoir introduit en

Allemagne

bien d'inutiles parures féminines dont les épouses de

Germanie avaient

jusque-là ignoré l'emploi, qu'elle s'en
(pi'elle

était

non seulement parée, mais

avait invité d'autres à s'en parer aussi, qu'elle devait maintenant

subir la peine de ce crime, mais qu'elle espérait, puisqu'elle avait toujours

vécu pieusement attacbéeà

la religion catholique,
».

que

les prières

des
111,

âmes
bien

dévotes réussiraient à la retirer du purgatoire
plus que sa mère, contribua
et
à

En

réalité

Othon

donner accès en Germanie aux influences
(I).

aux coutumes de l'empire d'Orient
(11

Voyez

iliiiis

(lii'siliiTi'lit, (ip. cil., iiutf lies
la

pages 833-853,

la luiii^iic série

des calom-

nies dont fui alireiivi-e

mémoire de

celte princesse grAce au fenatisme étroit des dévots

260

BASILE
Ce
fut

II,

LE TUEUR DE BULGARES
en
effet,

aux

x"^

et xi^ siècles,

que l'influence bj'zantinc s'exerça
«

avec

le

plus de force dans l'Europe latine.

Non seulement
le rôle

la Sicile et

l'Italie,

mais encore l'Allemagne furent à cette époque tributaires des
de Constantinople
par
les
(I).

artistes

Les documents sur
l'art

joué en Alles'explique
si

magne

représentants de

byzantin, rôle qui
lo

bien par les relations

constantes

et à

conflit des

int(''rèts

des empe-

reurs latins et grecs, sont
parler des présents

même
l'art

ce sujet intiniment probants. Sans
avait apportés en 972 à

somptueux que Théophano

son impérial époux, joyaux de

byzantin que les chroniqueurs citent
!

avec admiration tout en se gardant, hélas

de

les décrire (2),

sans parler
fit

davantage des circonstances de ce mariage, heureux événement qui
trer

péné-

en Allemagne

les

productions artistiques les plus précieuses de l'em-

pire d'Orient et y attira les artistes grecs, les historiens sont

unanimes

à

constater dans l'organisation du gouvernement impérial aussi bien que

dans
de
la

les

mœurs

de la cour germanique sous

le
III,

règne d'Othon
leur
fils,

II,

le

mari

Grecque,

comme

sous celui d'Othon

d'innombrables
et le

infiltrations byzantines.

Othon

II

adopta, on

le sait, le

luxe

cérémosuivi,

nial des basileis de Constantinople et

nous verrons son exemple

même

fortement dépassé par son
le

fils.

Ce dernier, dans sa célèbre lettre à

Gerbert,

futur pape Sylvestre, se qualifiait de Grec et se moquait de la
»

rudesse des Saxons.

Dans
le

le

mi'moire anq\iel je viens de puiser, M. E. .Mûntz, réservant
tiré

témoignage

des feuvres d'art,

notamment des émaux,

s'est

attaché

à réunir les Inqi rares

documents qui

établissent qu'à cette époque, outre

l'impératrice régente,

un

certain

nombre de Grecs séjournèrent en

Alle-

Damiani raconte qu'on alla jusqu'à lui reprocher une prétendue liaison fameux Jean de Calabre. Saint lirun, dans la \'ilii Ailalberti, semble bien l'appeler ;)!//cTH»i lutum. M. Moltinann, np. cit., p. (JS. a protesté contre les jugements un peu rigoud'Occiilcnt. Petnis

avec

le

reux de l'historien liiesebrecht qui, dans la note cilé^^ plus haut, se défend de tonte exagération. Il consent à abandonner piilcruiii Itilnm, mais prouve que Saint Brun dans la Vilu Ailiilherti n'avait pas haute idée de Théophano. Le pieux écrivain dit, en ell'et, qu'Otlion dut son désastre de Stilo à ce qu'il avait écouté les conseils de l'impératrice sa femme. M. Stefanovic Vibvsky a écrit, il y a quelques années, dans la Neue Presse de Vienne, un article intitulé Une Bi/znnliite sur le Irône alleiitaml, que je n'ai pas réussi à me procurer. 1) K. Muntz, Les Artistes bi/znntins itnns l'Europe latine (Revue de l'Art chrétien, livr. do mai )8J:i, p. 183). Voy. encore Ch. de Linas, Les Expositions rétrospectives de Bruxelles, Diisseldorf, Paris, en 1880, p. HG. (2) Voy. Épopée, I, p. 198.
:

LES GRECS EN ALLEMAGNE
magne. En première ligne
il

261

cite le frère

même

de l'impératrice

«

Théopha-

non

», le

prince (ïrégoire,

<(

Grégorios

n,

qni avait fondt- aux portos d'AixI).

la-(!liapolle le

couvent de liurtsclieid uu liorcette
fil

L'évèque Godehard
les

de llildesheim, mort en 1038,

un règlement concernant

moines grecs

de passage dans son diocèse et décida qu'ils ne pourraient séjourner plus
de deux jours dans sun
«

xenodochion

».

Ce pré-

lat

avait l'horreur de ces
eri-ants et se

moines

mo-

quait d'eux, les appelant
«

peripcitelicos plalonico
».

more
du

— Vers
siècle,
le

le

milieu

fameux

monastère de Reichenau

aux

rives

du

lac de

Consplu(2).

tance
sieurs

hébergeait

moines grecs

— Un biographe de
(pie

l'évê-

n-T-Hc-irrro

ïMeinwerk qui goul'église

verna

de Paderà

n
n
V
\
C

t

'r aX£ (JL> IM

c

born

de

1009

103G

i>iMj_t-r-rTTJocpH'n:isJc
¥
'

raconte qu'une des chapelles de la cathédrale de
cette
ville,

? » ^
"

^--

nTriN0OLMMPHaJu<l_-rrPOC lUJ'
'

riTt-rni'UJTHCJJsITUJNTONlUJnTti'Y'TrtiPA-cajLij-y-rflV'cTt

-

-.

la

chapelle
fut

Saint-Barthélémy,
construite

n'rt^N'rDCTrNA,>»Jjji ontoy
d'un manuscrit byzantin des Évangiles du la Biblinthéqae Nationale. Ciborium.

par

des

ou-

vriers grecs (3).

MINL\TURE
à
la
U[i

X"" Sièch; de

On conserve
appartenu

Bibliothèque impériale de Vienne
à
l'église

psautier

grec manuscrit

ayant

de Saint-Géréon de Cologne. Les psaumes y sont
qui

précédés et suivis de pièces
(1) Il y a évidemment reurs à Constantinople.

pinuvent

que ce

livre

servait

aux

li

mv. ciTeur. Los deux seuls frères de Théopliano étaient empet.

(2) (3)

Uiesebrecht, op.

cit.,

I,

p. 324.
l. F,

î.l.a.h&Tlc,msl.tleiartsinlmlrieh,

p. 82, place la

constnicliun de cet édifice en 1008.

2fi2

BASILE
du
rite

II.

LE TUEUR DE liULGARES
y avait donc en Allemagne, k celte époque,

offices

grec

il

.

Il

des artistes grecs, car on ne peut supposer qu'un évèque d'une petite
ville

en

ait fait

venir tout exprès d'Orient. Ces influences byzantines ne

disparurent

même

pas avec les Otlion; nu en trouve des traces nomle

breuses jusque sous
<uccesseurd'()tlinn

règne de l'empereur Henri

II

le

Saint, cnusin et
(2).

111. ipii

gduverufi l'empire de l'an 1002 à l'an 1024

Théophano

avait conduit personnellement avec

un

zèle pieux et

un

soin extrême, par l'intermédiaire de deux maîtres principaux, l'éducation

de son
latin

fils

Othon
la

III.

De bonne heure
l'abbé

le

jeune prince avait appris
fut plus

le

sous

direction de

Bernward qui

tard

évèque

d'IIildesheim, et le grec sous celle de l'archimandrite Jean de Calabre (3),

appelé aussi Pliilagathos, on ne

sait

pour quelle raison

(4).

Cet

homme

d'une

rare intelligence, d'une science profonde, d'une instruction infià
celle

niment supérieure

de son temps,

aussi riche de talents (jue

d'ambition, était grec

italien

de naissance, originaire de Kossano de
>'il.

Calabre, concitoyen de saint

D'extraction très humble, arrivé fort
la

pauvre auprès de Théophano, introduit par

faveur de cette princesse
II,

dans

l'intimiti; et la
le

confiance de son époux Othon
le conseiller,

dont

il

devint rapile

dement

confident et

créé plus tard, en 982, par
la

désir de

l'impératrice, abbé de

Nonantola près Modène,
à

plus riche abbaye d'Italie

à cette époque,

il

avait pris peu
d'elle
Il

peu sur sa souveraine une influence
fit

extrême
la

et joui

auprès
II

d'une faveur qui ne

que s'accroître après

mort d'Othon

en 983.

fut alors le conseiller intime de la régente;
et
il

longtemps

elle n'agit

que par ses avis
la

contribua à envenimer

les difl'é-

rends déjà anciens qui

séparaient de l'impératrice mère Adelhaïde. Sa
si

fortune de bonne heure ])0ussée

haut qu'il avait (Hé choisi pour tenir

11) i,

Durand, Sote sur une hngue byznniinr.

iBiitIclin

Momimcnlnl àc

188i.

p.

10

du

tirage à part.)
,2'

Voy. encore sur toutes ces influences qui furent une des conséquences du mariage
J.

de Théopliano,
(3'i

Labarle, op.

cit.,

t.

I,

Voy. sur ce personnage célèbre
note 32, pp. 3i5 sqq. et aussi

pp. 80 à 82 et 380 sqq. Minasi, Snit Xilo ili Calabrin, la longue et inté:

ressante

Muratori, .inmiles Halue,
:

t.

V,

p.

483.

Voy.

aussi

sur ses goûts littéraires et scientifiques
[l]

Giesebrecht, op.

cil.,

t.

I,

p. 838,

note à

la p. 070.

4>i>,iyïOo;.

Il

est
les

Nil, alors

que toutes

grec d'origine était-il sition semble plus vraisemblable.

du moins ainsi désigné par saint Barthélémy, le biographe de saint le nomment « Jean » ou « Jean de Calabre ». Ce nom un nom patronymique ou un simple surnom? Cette dernière suppoautres sources

l'RECEl'rEUliS
sur les fonts baptismaux à
fois

DurilOS
111
cl

///

263

la

Othoii

son cousin Brunon,

le

futur pajie Grégoire V, devint plus grande encore; telle

même

fut la
la

toute-puissance de son influence sur l'esprit de

Théophano que
elle,

voix

publique l'accusa d'avoir commis adultère avec

ce qui n'est qu'une

infâme calomnie. En

981» enfin, durant

sa régence, cette princesse l'avait

nonmié au
et séjiaré

siège de Plaisance,

transformé en sa faveur en archevèclié
(I;.
11

pour cela de sa métropole primitive de Raveime

avait

alors quitté la cnur pour aller vivre dans son diocèse, tout en conser-

vant

la

jouissance de sa belle abbaye de Nonantola. Dans un document
il

de cette année 989

s'intitule

:

«

Seigneur Jean, archevêque de

la sainte

église de Plaisance et

abbé du monastère de Saint-Sylvestre sis à Nonantola. »
été

Le second précepteur du jeune empereur, Bernward, avait

un

[lersonnage bien autrement vertueux et recommandable. Issu d'une riche
et illustre

famille allemande

il

était

non seulement un amateur passionne

des arts, mais encore un artiste distingué. Architecte, peintre, sculpteur, mosaïste, orfèvre,
il

cultivait,

nous

dit

son biographe Tangmar, toutes
Il

les

branches des arts libéraux
épiscopal des ateliers où de

et industriels.

avait établi dans son palais
travaillaient les
et

nombreux ouvriers

métaux

pour difîérents usages
l'ouvrage de chacun.
Il

;

il

les visitait

chaque jour, examinant

corrigeant

avait en outre réuni

déjeunes

artistes qu'il

menait

avec

lui à la

cour ou

qu'il faisait

voyager pour
Il

qu'ils étudiassent ce qui

se faisait de

mieux dans

les arts.
il

fabriqua lui-même de belles pièces

d'orfèvrerie auxquelles

s'efforça de

donner toute l'élégance que son
les inten-

imagination

lui

permettait d'y apporter, sans négliger pour cela

tions des autres artistes.
il

Pour parvenir

à la perfection ijuil

ambitionnait,

ne manquait pas d'ctudirr avec soin tout ce

qu'il

pouvait v avoir de

remar(juable dans les vases envoyés en présents à l'empereur, soit de
l'Orient, soit des différentes
l'église d'IIildeshcim, à (jui

contrées de l'Europe. Tangmar, prêtre de

nous devons ces intéressants

détails sur la

vie de

son évêque, mentionne quelques-unes des plus belles pièces émalui.

nées de
royal de

On

con.serve encore dans l'église d'Ilildesheim et au château
crosse,

Hanovre une

un

crucifix,

une couverture d'évangéliaire,

J) Voy.

ccpi'iidaiil

My.st:iki,lis,

,<;,.

,ii..

n„\,r ,\v la pai/e 57.

264

BASILE

II,

LE TUEUR DE BULGARES

une
sa

patî'ne d'argent qu'on considi're
(11.

comme

des ouvrages fabriqués de

main Le

clinix

l'ait

par Tliéopliano d'un
à

lel

homme pour
la

rédncaliun do son

fds n'avait pas

peu conlribné
et celle

encourager

restauration des arts dans

l'empire allemand
les belles

attention de saint Ut

rnward

à étudier toutes

productions des arls jirovcnant soit de l'emiiire de Byzance, soit

d'aulies contrées, dut avoir
art

une grande influence sur
et qui,

la

création d un

nunveau, né
bel art

à ce

moment

en s'améliorant, constitua véritablesiècle.
et

ment le

allemand du douzième
la fin

Ce mouvement

artistique fut

général en Germanie à
siècle.

du dixième

au commencement du onzième

On

vit alors renaître

comme

par enchantement en ces contrées

lart de fondre les grandes pièces de bronze, le travail au repoussé et
l'émaillerie ])ar le procédé

du champlevé. Tous

les arls industriels, forle-

ment encouragés,
foule
la

tirent des progrès rapides qui se soutiiu-enl j)endant
siècle.
le

durée de ce
vie,

Toute sa
si

jeune Othon

III

devait se ressentir de l'éducation

particulière qu'il avait re(,ue de cette

mère

si

malheureusement,
il

si jiré-

maturément enlevée

à sa tendresse; toute sa vie

agit sous cette bienfaiil

sante influence. Ce fnt à cause d'elle que plus tard
les

introduisit à sa cour

coutumes de

l'Orient, la hiérarchie palatine et les
«

pompeuses cérémo-

nies

du Palais Sacré!

Les Grecs,
fiers

s'écrie

avec raison un écrivain de cette

nation, sont

justement

d'avoir

donné au peuple allenuind une

princesse de vertus souveraines aussi éclatantes. Elle et cette autre exquise
fleur de

Byzance,

la grec(pie Marie, cette délicieuse et tendre reine Irène,

aussi belle de corps

que

d'ànie, illuminée

du doux éclat de

la

poésie,

l'épouse

lie

l'infortunt' Philippe de

Souabe, appartiennent aux plus beaux
(2). »

souvenirs historiipies
(Jthon
III, fils

communs

des peuples grec et allemand

charmant de parents charmants, n'avait pas onze ans

à la mort de sa mère. Sa grand'mère Adelhaïde, accourue d'Italie à la

nouvelle de ce douloureux événement, avait pris en main la régence, et

son gouvernement avait été rendu

facile

par l'énergie que Théophano

avait mise à rétaldir piirluul des principes d'ordre et de tranquillité.
Pour plus de
délails, vuy.
cit.,

{I]

J.

Labarlf, Les Arts

i)ul>islricls, I,

pp. 380 sqq.

(2)

Mystakidis, op.

p. 54.

OTIIOy m, a ON CARACTÈRE
Puis, la vieille princesse avait en

2i;3

un

conseiller excelienl en

In

]H'r-

sonne de l'archevêque

Wiilii;is de

Mayence, archichancelier de l'empire.

Dans

ces conditions, TinipiTial enfant avait

pu

se

développer
était

à l'aise

tant

physiquement qu'intellecinellenienl. En
lescent

l'an

!l!lo, il

devenu un ado-

séduisant entre tons, vraiment
le

savant pour l'époque par les
il.iil

soins ileJean

Calabrais et del'abbé Bernward. Son es]uil

luill.inl.

litVANT D'AUTEL
du Christ
et

d'ii-oire

du

XI'"' Siècle

de la Vierye.

{Photii;iraphie

Scènes de du la Cathédrale de Salerne. communiquée par M. E. Molinier.)

la

<,!•

son âme inquiète, avide de connaissances au point qu'en ces
d'ifçnorance universelle
ilu rùle
il

temps

fut considi''r('' à
a[)[)el('

l'/'iial

d'un phi'nomène. l'éniUré
le

important
et

qu'il

('tail

à jouer

dans

monde,

il

miurrissait

dans son jeune

grave esprit

les plus vastes, les

plus grandioses projets.

L'archevêque Willigis estima que l'auguste adolescent devait à tout
prix reparaître en Italie j)our

que

l'idée

impériale

si

longtemps voilée en

ces contrées de sombres et tristes nuées pût y resplendir à

nouveau dans

son primitif
tius,

éclat.

Le pape Jean

XV aussi, tenu
Rome
par

en servitude par Crescenappelait de tous ses

un moment

même

chasse de

lui,

vœux

34

266

IIASILE

II.

LE TUEUR DE BULGARES

l'arrivée

du prince libérateur.
le

On

s'occupa de former pour Othon

le

cor-

tège
le

le

plus brillant qui

conduirait au delà des monts.

En même temps

chancelier impérial, pn'occupé d'assurer de bonne heure à son gracieux

pupille l'alliance la plus puissante, n'hésitait pas à envoyer à Consfanti-

nople an Palais Sacré auprès des hasileis, propres oncles du jeuni' cmjiereur d'Occident, une ambassade solennelle chargée de demander ]iour
lui
la

main d'une princesse de
trois
et

la

maison impériale, certainement

celle

d'une des

Porphyrogénètes, ses cousines germaines, filles du basileus
la basilissa

Constantin

de

Hélène: Eudoxie, Zoé

et

Théodora

(1), et

cer-

tainement une des deux dernières, puisque

l'aînée, défigurée

par un mal

aflVeux, la petite vérole, s'était volontairement résignée h la vie
elle

du

cloître

passa

le reste

de ses jours. Zoé et Théodora qui, toutes deux, devaient

au

siècle suivant

monter sur

le

trône impérial d'Orient, étaient âgées à

cette

époque de quinze ou

seize

années environ, nées aux alentours de
à

980, par conséquent de

même

âge

peu près que leur cousin Uthon. Les
le

chefs de l'ambassade

allrniande avaient été habilement choisis par

chancelier Willigis. C'étaient précisément ces deux prélats fort en vue à

des titres bien divers qui, tous deux, avaient été jadis les précepteurs

du jeune empereur d'Occident, l'archevêque Jean Philagathos de
sance, ce Grec astucieux
et

Plai-

ambitieux qui,

même

après

la

mort de sa
situa-

grande amie
tion à la cour

et protectrice

Théophano, avait su conserver sa haute

dufds de

celle-ci, et le saint
l'art

évèque Bernward d'Hildesheim,
j'ai

un des restaurateurs de

en Allemagne, dont

longuement parlé
le

aux pages précédentes. Ces choix paraissaient excellents. Jean
par sa naissance, par
la

Calabrais,

langue grecque qui

était sa

langue d'origine, par
la

ses hautes qualités intellectuelles, devait être persuna grata à

cour

byzantine, Bernward

était

un des plus distingués prélats de

l'Eglise

d'Allemagne,
Hélas! nous n'avons aucun détail sur
l'iii^lorique de cette curieuse

ambassade. Aucun Luitprand n'en a

fait partie

pour nous en rédiger

le

jourles

nal étrange en des pages pleines de vie,

Nous savons seulement que

J) On so rappelle que Basile II n'avait pas de postérité el cju'il ne fui probablement jamais marié. Il est expressément dit dans les cbronii|ueurs orcidentaux que les ambassadeurs allemands étaient ehareés de demander la main d'une princesse de la maison

même

impériale.

AMBASSADES ALLEMANDES
illustres

A

CONSTANTfNOPLE
l'an
'J'.M'i

2G7

envoyés ne quittèrent (m'au mois de mai de
durent arriver
à

(1

le sol

italien. Ils

Constantinople dans

le

courant de

l'été.

Le

basileus |{asile s'y trouvait certainement de retour depuis quelques mois

seulement de sa première campagne de Syrie.
(^ette

première légation allemande à Byzance semble avoir reçu du
le

gouvernement impérial
l'ut

meilleur accueil.

Nous allons

voir,

en

etfet, qu'elle

presque aussitôt suivie d'une nouvelle ambassade, ce qui ne peut se
le

comprendre que par

succès des propositions dont les deux prélats occiet

dentaux étaient porteurs

parce qu'on désirait des deux parts mener à
le

bien ces importantes négociations. Certes
aussi, souhaiter
l'héritier de

basileus Basile devait,

lui

ardemment

cette

union d'une princesse de son sang avec
ipii

l'empire d'Occident

assurerait la paix en Italie et lui

permettrait de concentrer en toute sécurité ses etîorts sur la
C'('tait l'épotjue

Bulgarie.

de

la

plus violente lutte de l'empire contre

le

tsar

Samuel,

cet irréconciliable
Si

ennemi.
le

nous ne ])OUVOns que soupçonner

bon accueil

fait

par

le

basileus à

cette première
les

ambassade nous sommes encore moins renseignés sur

circonstances du retour en Occident des deux envoyés germaniques.
revint seul. L'autre,
dit
la

Nous savons seulement que l'archevêque de Plaisance
l'évèque

Bernward d'Hildesheim,

était

mort en Achaïe, autrement

dans quelque port du Péloponèse, avec beaucoup de personnages de
suite des prélats sans qu'on puisse
lieu à l'aller
il

même

affirmer que ces décès aient ru

ou

;ui

relour. .lean le Calabrais ramenait avec lui à

Home mi
mener
à

se rendit directement des

ambassadeurs des
le

basileis chargés de

bien les négociations pmir
plus loin quel
ils
l'ut le

mariage

impéi'ial en préparation.
et

On

verra

triste sort

de ces infortunés diplomates

comment

furent entraînés dans la catastrophe lamentable de leur

compagnon,

le

criminel et ambitieux l'hilagathos.

Le jeune empereurOthon
d'Italie

III

s'étaitdonc mis en route
février de
l'an

pour son royaume
L'archevêque
de
la

au

commencement du mois de

It'Jd.

Willigis,
l'a[)auté

àmede

cette entreprise destinée à relever à la fois le prestige

tombée dansleplus completmépris, après tantdepapes infâmes ou

il)

iln'gDVunus,

up. fil.. III,

411".

cJil

y9.-i

208

B.\t<ILE

II,

LE TUEUIl DE HULHARES
Tous

criminels, el celui de renniire d'Occident, accuinpagiiail suniiiaitrc

deux, avec une suite éblouissante, quittèrent Kaiisbonncen février, au milieu des chants des

psaumes, des acclamations

et

des actions de grâces.

Une

jMus<aiite

armée

suivait l'empereur.
le

On

portait devant lui la sainte Lance.
les neiges.

On

franchit avec peine

Brenner encore enseveli sous

A
le

l'a vie

où Olhuu célébra les
lie

fêtes

de Pâques, où tous ses grands feudataires d'Itale

vinreul lui ])rèter serment de lidélité,

jeune empereur apprit

décès

du pape Jean X\, mort en mars ou
au

avril après

une

fin

de règne très agitée

moment même où Othon
Uavenne,
les

arrivait

pour

le

libérer

du joug de Crescenlius.
le

A

députés de la noblesse romaine vinrent prier
le

maître

tout-puissant de désigner lui-même

nouveau pape, tant
Il

était

grande

l'impression créée par sa venue en Italie.
diate en la

leur

donna

satisfaction

immé-

personne d'un de ses plus proches
il),

jiarents,

son chapelain, lirun
fils

ou Brunon
issu de

âgé de vingt-trois ou vingt-quatre ans.
le

de son cousin
petit-fils

germain

margrave Othon de Vérone, duc de Carinthie,
I".

lui-même de l'empereur Othon

Acclamé par

le

clergé et le peuple romains, Brunon, qui avait précédé
le 3

l'empereur à Rome, fut proclamé dès

mai, sous

le

nom

de (îréet

goire V. C'était le premier pape de pure origine allemande,
vaillant pontife,

un jeune

d'âme impétueuse
la

et passionnée.

Son

élection était

un

grand triomphe pour

maison de Saxe. Toute

la chrétienté

espéra dans le

nouveau
par

pontife et l'acclama, les

Romains exceptés qui
et qui

se voyaient joués

les conseillers

du jeune empereur

avaient horreur d'un pape

étranger.

Othon, âgé, à ce moment, de quinze ans seulement,

fit

à son tour
la fête

son entrée triomjdiale dans

la Ville éternelle.

Le 21 mai, jour de
il

de l'Ascension, en présence d'un peuple immense,
oint et couronné dans Saint-Pierre par
le

fut solennellement

nouveau pape son parent,

empereur, patrice

et

protecteur de l'Eglise romaine.

La puissance impéaprès une éclipse

riale se trouvait ainsi relevée
(le

dans

la Ville éternelle,

treize

années

!

Ouel spectacle que celui de ces deux jeunes jirinces
la

allemands

tenant

toute-puissance

à

Rome,

à la fois

le

sceptre de

(1)

Uruno.

nriinx
roinpire el cului
IjuuI
lie

m

.1

1:0

m 11
glorieux; ne
le
iliii'a

269

«le

la jiapaulù
le

I

Leur fève

gurre.

Au

trois

ans
!

jeune

pape, au bout de six

jeune empereur

n'étaii.'iil

plus

Crescentius,

condamné au bannissemuul par un synode couvoriué

à

BALUSTRADE BYZANTINE

de marbn- .-nnckie de

mo-

saïques de Saintt'-Lncir de Gaète. Cette îtiagni^qae btdas~ trade date des eniirons de l'an 1000. [Frottimjliam,

American Journal

of Archoeology, 1893.

,i

Saint-Pierre

ijui

s'érigea en cour de justice, fut gracié sur la
il

demande du

noble Grégoire V, mais

dut

])rèter

serment de

fidélilé.

Après avoir

ainsi,

semblait-il, rétabli dans

Home, sur

les

bases

les

plus solides et les plus redoutables, sa puissance et celle du souverain
pontife, Olbuii
le
III,

cunliaul à Grégoire

V

la

garde de
il

la ville, rejirit
le

dès

mois de juin

la

luulc d'Allemagne.

En

août
assit à

iVanobit

col

du Sep-

timer.

Ce voyage du jeune souverain qui

nouveau

l'autorité de la

270

BASILE
sur
1

//,

LE TUEUR DE BULGARES
et septentrionale, la

nuiison de Saxo

Italie cenlrale
le

semble n'avoir

guère eu de retentissement dans

sud de

Péninsule.

En

tous cas

il

n'exerça aucune intlueuce ofiicielle sur la jiolitique dans ces régions rela-

tivement lointaines.

i'LÛMB DE MA CUI.LECTIUN AYANT CONSTANTIN DIOGËNE, ANTHTPATOS, PATEIICE ET DE SALOSIQUE SOUS BASILE II IVOV- p. 379).

SCEAU DE

Ai'I'AEtTENU

A
"

CATEPANO

;.Jl:A^^;:7

-'-J

COFFRET

BY/iAX'riN

i/'ii-oin' ilu

X""' Siérlr consi'rvé

à Xanli'n.

Un

dus fianneaax

lntri<iiu.v {fi'ij. p. 3111).

mh
Nrni\
lii

Ci'oscentiij'; chasse Grégoire V et nomme pape à sa place Jeau le Calabrais. noiu de Jean XVI. Retour il'Othon III à Rome en lévrier 998- Vengeances XVI. Intervention sublime de saint Nil. Mort de iVrégoire \ en février Éb-otion 999. Voyage d'Otbon JII dans le sud de la Péninsvile. Son entrevue à Gaète avec s.iiut Nil. Othon III an palais du Mont Aventia. du p;ipe Sylvestre II. Son retour en Allenoagne en janvier di- l'an 1000. Il regagne Rome en novembre de cette année. Il retrouve l'Italie méridionale en feu. Rè-umé di^ l'histoire des ibèuies bvzanlins d'Italie el des principautés lonjJiobardes jusqu'à celte fia île l'an li)00. L'influence Révoltes de Smaragdos et de Théophylacte. Le a catépano a Gréi^oire Trachaniotis. byzantine redevenue triomphante apré^ le désastre de Stilo^ qu'Otbon III croyait avoir définitivement terrassée dans les principautés longobardes, reprend une fuis encore le dessus à la suite de l'expulsion de Nouvelles pérégrinaCapoue d'Adhémar, favori de l'eiupereur. Sidition à Rome contre Otbon III. tions du jeune empereur et de son armée à travers l'Italie soulevée. Il meurt à l'aterno le 27 janvier Suite de 1002. Récit de ses projets d'alliance avec une princesse byzantine. Mort de Sylvestre II. l'histoire des thèmes by/.antins d'Italie. Bari assiégée par les Sarrasins est délivrée pai* la flotte <Ie Venise, sous la conduite du doge Pierre II Orseolo. Histoire des débuts de la grandeur de Venise sous ce doge. Le chrysobulle de l'an 992 en faveur des Vénitiens. Brillante campagne de conquête ilaiis l'Adriatique. Pierre II Orseolo, sauveur de Bari en septembre 1003, envoie :i Constaniiuople son fils qui y obtient la main de Marie Argvre. Novelles de Basile II H rétablit l'impi'.t de VAVêlengnon.

eaux troubli's à

I{nm(_'.

IMiiiagatlios, s-ms le

eiVrovables. Supplice de Jean

— —

.

i:

iiiumlL'

commençait

à peini' à se réjouir

L"„:
cette

posséder un pape

comme
à

Grégoire

V

lorsque des troubles éclatèrent

nouveau dans

malheureuse

cité

nimaino, qui, depuis

UEXIER
ri'iir

i}\tiy,-ni
II

de i;-mp,--

Hfnri

(niijpé

à

tant d'années, semblait ne plus devoir connaître

Pavii'.

vm jour de repos. Crescentius, à
national soulevé par ses soins, réussit à reconquérir
éternelle dans le courant
le

l'aide

du parti
la Ville

pouvoir dans

du mois de septembre de l'an 997. Grégoire
il

V dut

s'enfuir en hâte et se réfugier à Pavie, d'où

continua à gouverner l'Eglise,

appelant

le

jeune empereur à son secours.

Kxcommunié par
dans

le

Goncile,

jn-(iclamé à
iicllc,

nouveau par

ses partisans patricc et consul
ni'

la Ville éter-

l'audaciruN' tribun
lui el
ii'>

craignit jiasdc créer on ]ilace

du

paiic

allemand

ddiil

siiMi'- lie

Niiulaicni à ;iucuri jirix

un

antipape à sa di'vnlidii

272

BASILE

II.

LE TUEUR DE BULGARES

qui, lui aussi, a\a'\l été d'avance robjet dos foudres ecclésiastiques. Cet

antipape, du reste, n'était pas

le

premier venu, un des

hommes précisément

qui avaient jusque-là tenu de plus près au jeune empereur, son ancien

parrain et premier maître Jean
sa

le

Calabrais, l'ancien et célèbre favori de
le

mère l'impératrice Tbénphann,

familier aussi de s(ui père Othonll!

L'histoire de cette élévation est piquante nulanl qu'étrange. Précisément

au

moment

de

la

nouvelle

ri'lieilion
le sait, le

de

Crescentius, Philagathos, cet

liiimme aventureux devenu, on
trouvait à

l'archevêque Jean de Plaisance, se

Rome

de retour depuis

printemps de sa mission diplomaIl

tique matrimoniale à Constantinople (t).

avait,

suivant toute appa-

rence, pleinement réussi dans sa mission et ramenait avec lui des ambas-

sadeurs byzantins chargés de

traiter des dernières formalités

du mariage
mariages
Italie.

impérial, formalités qui, très probablement,

comme

celles des

précédents,

se rapportaient

aux circonstances politiques en

Si

Othon

III

se fût trouvé à ce

moment

encore à Rome,
été

le

désir ardent
et

(]u'il avilit

d'éjiouscr

une Porphyrogénète eût

exaucé certainement
lui.

les

envoyés byzantins eussent tout conclu directement avec
lui et aussi

Malheu-

reusement pour
indirectement

pour Philagathos dont

ceci devait

amener

la perte, le

jeune empereur

était reparti

pour la Germanie

depuis longtemps déjà. Les ambassadeurs grecs ne trouvèrent
le

même

plus
diî

pape Grégoire,

(jui.

lui

aussi, avait, de plus

ou moins bon gré,

quitter
loi

Rome.
apj)araît Crescentius

dans

le

r(Mr

du tnitateur. Jean de Plaisance,
(pii

non

satisfait

encore de

la

fortune pourtant imiuïe
le

avait

fait

de

lui,

l'humble moine gréco-italien de jadis,
empereurs, nourrissait
les

conseiller et l'ambassadeur des
Il

plus folles ambitions.

rapportait aussi

beau-

coup d'or de Constantinople, probablement
centius,
«

le présent des basileis. Cres-

poussé par

le

diable

»

(2),

décidé à se maintenir au pouvoir ou
faiblesse,

à périr, en

même

temps conscient de sa

comprit de suite de
tel

quel secours pourrait être pour ses vastes projets l'appui d'un

person-

nage,

rnmpu aux grandes

allaires,

possédant manifestement
lui,

les

sym-

pathies de ce Palais Sacré de Constantinople dont

Crescentius, pré-

(1)

Voy.

p. 207.
».

(2) «

Dinbûlica fniwle deceptus

Ami. QuedL. 077,

p. 74.

USUIll'ATIOX DlC rillL
fi'i'iiit

1<:AT/I0.S

273

(Il'ixmkIic

[ihilùt

que de

suijir

davantage

le

joug saxon abhorré.
et

Accueillant IMiilasallios avec une déférence calculée
extraordinaires,
si

des honneurs

le subtil Italien

réussit à aveugler ce

personnage pourtant

avisé, et à lui
le

faire

perdre de
tout

sens an pnint
à
traiiir
Il

l'amener

son
à

passé.
lui

le

décida

aciieirr

pour une grosse
la

somme

dignité

pontificale
le

alors

que
était

véritable

pape

vivant.

Le

malheureux

Philaga-

thos,par cet acte odieux,
bravait du
le

même coup
empereur
et les fou-

puissant

germanique
drésde
qu'il

l'Eglise, oubliant

se

triiuvait

lié

à

Ollion

comme

au pape
point
l'im-

Grégoire,

non
jiar

seulement

mense
toute

gratitude

de

une vie, mais aussi
les

par

liens

alors

si

pieusement vénérés du
parrainage.
Certaine-

ment Crescentius n'eut
pas de peine à convaincre
l'insensé.

ICONE BYZANTINE de stéatite da. X^^ Siècle conservée au, Saint Georr/es. Monastère de Vatopédi da Mont Athos. (Photographie commaEncadrement d'anjent dnré. niijaée par M. G. Millff.)

Grisé

par sa forlunc,
pape.

Philagathos
L'éleclioii
il

rêvait

probablement

depuis

longtemps de devenir
fois ruiné ses

de (irt'goire
inulili'

V

ayant

une première

espérances,

a\ail

dr son séjour
d'ac-

prolongé à Byzance pour intriguer aujjrès des basileis
cord avec eux.

et se nii'lln'

3;.

2-;i

BASILE
Ce
fut ainsi
si

II,

LE TV EU H DE

Bl

La ARES
III,

que l'ancien précepteur d'Othon
haut, devint, sous
le

cet

homme
la

parti

de

si

bas, élevé

nom

de Jean XVI,

créature du

plus mortel ennemi du jeune empereur germanique et contribua par cette
traliison à rendre vains tous les

heureux résultats obtenus par
lui le titre

la

première

descente de celui-ci en
11

Italie.

Crescentius prit pour

de consul.

eut

hi

toute-puissance et gouverna avec l'appui de la noblesse nmiaine.

Sans

aller aussi loin

que Gfrœrer

(1)

qui penche pour attribuer cette étrange

élection pontificale surtout
Basile,

aux intrigues du gouvorncnu'nl du basileus

nous devons reconnaître presque certainement que ce prince dut

prendre unej>art très active à l'élévation de ce pajie grec d'origine
de sympatiiies. Tout naturellement
la

comme

cour de Conslanlinople avait peu de
c'est-à-dire allemande,

penchant jiour un pa})ede race purement saxonne,
et

l'élection

de Bruiiun de (larinlhie avait certainement fort déplu au
ilù saisii-

l'alais

Sacré qui avait

avec empressement cette occasion offerte

de

le

lenverser. Basile aida donc vraisemblablement de tout son pnuvoir
le

son ancien sujet Philagathos à monter sur
tout cet or

trône pontifical. Qui sait

si

que l'envoyé impérial
lui avait

infidèle rapportait de

son ambassade à
!

Byzance ne

pas été accordé dans ce but? Hélas

nous ne savons

rien de précis et ne

pouvons que deviner. Que ne donnerions-nous pour
le

surprendre une de ces conversations du grand basileus Basile avec Jean
Calabrais, le prélat ambitieux et subtil, durant
le

séjour de ce dernier à

Constantinople! Certainement, dès son avènement, Philagathos, qui ne
pouvait se maintenir sans l'appui du basileus, dut reconnaître
nicnl la suprématie de l'empire de Constantinople.
officielle-

Les pauvres ambassadeurs des

basileis arrivés à

Rome

avec

le

cou-

pable prélat, étaient tombés bien à l'improviste dans un véritable guêpier.
Crescentius, ravi de jouer

un tour de plus
et

à

Othon en

retardant, sinon en
diffi-

empêchant son mariage,

en lui créant du
fit

même

coup de graves

cultés avec le Palais Sacré,

jeter en prison les infortunés. Ils y furent

étroitement gardés
Ici
(lu

(2).

nous allons

assister à la r(Mitréc en scène aussi impii'viieque subite
Nil.

vi'nérai)le saint

Nous

le

retrouverons, celte fois

comme dans

,1;

dp.

ri/.

1.

Ul,

cil.

I\'.

(2)

Voy. à ce sujet Myslakidis,

op.

''il.,

nute 2 de

la

page

59.

SAINT
(otites

ML

ai:

COUVEST DE
de sa vie

S Al NT -M Ir II EL

27:i

les autros circonsfancos

a2;ili''0,

passinmiémeiil

ili'voiié

à ses semblables, instrumenl admirable, i)ien

que parfois impuissant, de

concorde, de pardon

et

de paix. Après avoir passé quinze années avec sa
petit
ipii

congrégation au solitaire
cio (i), le vieil

eouvent de Saint-Michel du val de Lula

higouméne,

i'|MKu\ait

plus vive indignation pour la

vie licencieuse et la conduite scandaleuse
siu, le

du nouvel abbé du Mont-das-

fameux Mansone,
(2), s'était
si

le

fastueux jeune successeur du verlueux Ali-

gerne

décidé, en 99o, à quitter cette haute et solitaire retraite

des montagnes

favorable cependant à la vie contemplative. Ce

monas-

tère de Saint-Michel n'était qu'à

une

faible distance

de celui du Muut-

Cassin, situé quelque peu

plus au nord, et Nil avait vu avec douleur

l'ardeur pieuse de ses chers caloyers tiédir au contact des moines du grand

couvent
danit('s
j)as

latin,

tombés

à la suite de leur nouvel alib('

dans lnutes

les

mon-

du présent

siècle

mauvais. Aussi

le

vénérable ascète u'avait-il

hésité à
le

abandonner pour un nouvel
retenaient tant de

exil cette

modeste dcnirure
lui
lui

si

aimée où
d'êtres

doux

et

pieux souvenirs
et

rappelani tant

aimés qui étaient venus prier
et retiré.

méditer avec

dans ce vallon

sauvage

Parmi ces souvenirs aucun
que
celui d'une visite reçue
effet, qu'il avait

n'était
98!),
il

demeuré plus cher au cœur de
y avait

Nil

en

six ans déjià. C'est à cette
le

époque, en
bcrl, le

vu venir

à lui

en ce lieu
jilus

doux

saint

Adal-

déjà célèbre évèque de

Prague, mort

tard

martyr pour
église

sa foi et qui venait, en ce temps,'

d'abandonner sa naissante

de

Bohème, parce que, malgré tous
de son troupeau ces trois péchés
la

ses eirorts,il n'avait pu réussira extirper
:

la

polygamie,

les

mariages des prêtres,

vente aux Juifs d'esclaves chrétiens.

En

route pour les Lieux Saints,

Adalbert avait, sur son passage, rendu visite à
pieuse

Rome

à

Théopbano, sa
d(''funl,

souveraine, qui, inquiète pour
II,

le

salut

de son époux

l'empereur Othon

avait remis au pèlerin de l'argent destiné' à faire

dire des prières an Sainl-Sf'pulcre junir cille

Ame bien-aimée.

Puis, au
le

sortir de la Ville Sainte, ajii'ès a\i)ir ciiron' \isit(' le

Mont-Cassin,

saint

(1)

Voy. Épopée,
lui

I,

p. 480.

(2) Il
iiiiposi'-

avait

snrri'ilr

pn

981"..

Il

rtail
la

parcnl do
ci'

l'amlolfc

Trio

di'

fer et avait

rti'

aux
ilr

niiiiiirs

du Morit-llassin par
il'

vimivi' di-

piMiuM', limpi'rioiiso Aluara, tiitrii'c
,

au

iiiiiM

Sun

(ils

|iiiiiii'

I.aiiili'iioUV.

Vuy. Minasi,

S, S'ihi rli Cululiriti

p.

XV-t, (iniml. 2!l.

276

BASILE

II.

LE TUEUR DE BULGARES
compare en
ce

homme, que son

bioE^raphe contemporain

moment

à

un

nouveau Lucifer, répandant sur
détourné de sa route pour
auprès du grand
religieux de
la

ses pas la lumière, s'était, lui

aussi,

aller

chercher force, conseils et consolations

Xil

que

tous alors reconnaissaient
le

pour

le

plus pieux

Péninsule, pour

plus cher

fils

de Dieu dans ce grand

royaume. Le

vieillard, constaiiinicnl iidMr à ces principes de piété prasi

tique qui lui avaient fait naguère censurer
inutile départ de l'archevêque Vlattos

vivement l'héroïque mais
d'Afrique
(1), s'efforça

pour

la terre

de détourner son cher visiteur de ce lointain, périlleux et inutile voyage,
lui

montrant bien plus près de

lui

de plus pressants devoirs. Plus heureux
>"il

qu'il

ne l'avait été avec l'infortuné Vlattos,
le saint

avait réussi à renvoyer à

Rome

évêque

et à le

décider à s'y retirer pour un temps au grand
dédié'

couvent basilien de moines grecs de l'Aventin,
et Alexis,

aux saints Boniface
(2).

il

l'avait adressé à
le

son vénérable frère l'higoumène Léon

L'évêque slave avait pris

froc dans ce

monastère vers

les fêtes

de

Pâques de

l'an 990.

Il

devait y passer quelques-unes des années les plus
si

belles de son existence

courto.
'J'.l.j,

Donc

Nil,

dans

le

courant du l'an

pour

fuir le voisinage

devenu

pernicieux du Mont-Cassin, ayant reçu les offres empressées de tous les
princes et seigneurs des environs, jaloux de posséder

un

si

merveilleux

enfant de Dieu sur leurs territoires, laissant pour
jHirlinn

un temps encore une
avec
les autres

de ses moines au val dr Lucio,
se
li'nUN.iit
\r

était allé,

parmi

lesquels

fameux Stéphanos,

s'installer
le

dans

la

solitude

encore bien autrement profonde de Serperi, sur

bord de

la

mer, tout
le

proche de
et

(iaèle.

Dans
111,

celte âpre retraite

soigneusement choisie, où

duc
sa

sénateur Jean
la jiicuse

premier

magistrat
'3^ lui

de cette république, et
fait

femme
II'

duchesse Emilie

avaient
il

en toute humilité

plus

t';iMirabli', le

plus di'lV'renl accueil,

avait construit

un nouveau
et

monastère

et s'élait

remis

à

y mener \ine vie d'abstinence
C'est sur cette

de macéde terrain

rations peut-élrt' plus auslère encore.

sorte

neutre entre

les

grands empires d'Occident

et d'Orient qu'il avait

con-

(1)

(2)
(3)

Voy. h]iopéc,], p. 479. Voy. sur saint Adalberl, fiiesebrecht,

op. cit.,

I,

pp.

1182

sqq.

Minasi, San Nilo di Calabria, p. 342, annot. 'M.

LETTRE DE SAINT ML
liiuié sa

.1

PIIILAOATIfOS

277

campagne de prédications
monde.

et d'édification,
li'i

gourmandant sans

crainte les grands de ce

(Vost

aussi qu'il avait

commencé

à

donner à ses

disci[)les le spectacle étriuige

de ses fameuses dislractions

mentales, durant lesquelles, ne répondant à aucune parole,
rogation,
il

auruiir inter-

semblait

comme

perdu dans d'extatiques

et

muettes visions

entrecoupées de paroles de
l'Ecriture
et

d'exclama-

tions pieuses. C'est là

enfin

,

et à

ceci

nous
récit,

ramène
qu'il

notre

devait

apprendre

en

févi'ier

998, avec la

plus

vive

douleur,

la

folle et

criminelle aven-

ture de son compatriote
et

ancien ami Philaga!

thos

Plein d'une
pitié

immense

pour

le

malheureux

archevêque devenu souverain
pontife
si

dans des

cir-

constances
lui écrivit
«

criminelles, Nil
lettre

une

touchante,
si

une de ses

belles lettres,
dit

nombreuses,
dont
le

son biographe,

recueil formerait

un
Pt-^^^fl^
^'''"'
'^l"

livre si précieux,

d'une

si

rare

^t,--atit"
le

de

m.

Collection.
Tr-fvail

Constantin
*''«'••

Gran'l.

Saint hyzanfin t/u

-

édification

».

Il

suppliait l'an-

tipape d'abandonner sa

cou-

pable entreprise, de se jeter, durant qu'il en était temps encore, au pied

de la Croix pour implorer son pardon, de courir se réfugier dans quelque
cloître, loin des

ImuMantes
prières

et

malsaines agitations de ce monde. Hélas!
inutiles.

de

si

éniuuvaiilcs
«

demeurèrent bien

Le malheureux

ambitieux,

oubliant (pie Dieu l'avait, contre loule nnvisioii humaine,

278

BASILE
si

II,

LE TUEUR DE liULGAIiES
liuiiiieiirs et

élevé déjà

haut an

faite

des

des dignités

»,

insatiable de

puissance et de renommée, sourd aux olijurgations du vénérable saint,
suivit
Il

aveuglément

le

chemin au bout duquel sa perte

était

marquée!

paraît bien que ce pontife d'aventure, ce Byzantin de (<nlabre assis

sur
tai!

le

trône de saint Pierre do par

In

volonté d'un tribun

pii|iulciire,

comp-

surtout sur l'appui effectif du Palais Sacré de Byzance. Malheureules

sement nous ne possédons aucune indication sur
avaient

négociations
et

(pii

eu lieu à cette occasion. Certainement

le

pseudo-pape
le

son

associé Crescentius avaient

dû anxieusement rechercher

secours du
le

basileus Basile et celui-ci avait certes tout intérêt à soutenir sur
pontifical

trône
le

un de

ses anciens

sujets devenu, par

les

circonstances,

plus mortel adversaire de l'empereur allemand.

Mais, hélas! nous en

sommes

ici,

comme

presque toujours, réduits aux conjectures. Nous
été

pouvons seulement deviner qu'à Gonstantinople on avait

généreux de
si

promesses en faveur du nouveau pape qui pouvait devenir un
allié.

précieux

Mais on semble bien en être demeuré

là et

puis aussi,

si

Crescentius

et

Jean

XVI

avaient tant d'intérêt à se concilier l'alliance de Basile, pourjetés

quoi

les

ambassadeurs de ce dernier furent-ils

en prison dès leur

arrivée à

Rome? Tout
qu'il

cela

demeure bien obscur.
se déroulaient avec

Quoi

en

soit, les

événements

une foudroyante

rapidité et l'insensé Jean de Gâlabre n'allait pas tarder à subir l'elfroyable

châtiment de son ambition, châtiment
a valu à sou

(pii

plus que cette ambition luème
a|)rès

nom

sa tragique

renommée. Aussitôt
le
si

son élévation,

il

avait été solennellement

excommunié par
de ce siège auguste

vrai jiape réfugié en Loni-

bardie et déposé par
les

lui

ell'ronlément envahi.

Tous

évèques

d'Italie,
lo

de France et d'Allemagne avaient foudroyé dans leurs

mandements
courir pour

misiirable Grec. Puis Grégoire

V

avait supplié

Othon

d'ac-

le

délivrer de l'intrus elle rétablir dans cette ville de

Rome
jeune

Crescentius et son protégé ne se maintenaient que par la plus affreuse

terreur.

Quelque temps encore,

la

guerre contre

les

Slaves retint

le

empereur en Germanie. Enfin,
Mathilde,
la très

laissant la régence

aux mains de sa tante
il

sage abbesse de Quediinbourg,

reparut au delà des

monts avec une pnissanlr armée.
Le
pn|ii' cliassc',

C'était vers la fin de cette

année 997.

(irégoire, son très

aimé cousin,

le

reçut aux fêles de Noël

SUPPLICE
à Pavie.

liE

Pllll.MJATllOS

279

Par Crcmonc

ut

Ferrure, embarqués sur
le fils

le

vaisseau du doge
(eus deux
!)!I8,

de Venise,

commandé

par

de celui-ci,

filleul d"(Jtlion,

vinrent à Ravenne. Enfin, dans
à la léte des

les

derniers jours de février de l'an

redoutables bandes
les

de Germanie,

ils

parurent toujours
terrifiée,

ensemble devant

murs de

la

Ville Eternelle qui,

vide de

défenseurs, leur ouvrit incontinent ses portes.

Autant

la

venue du jeune souverain de Germanie dans Rome deux
été pacifique et bienfaisante, autant celle-ci fut cette

ans auparavant avait
fois

guerrière, terrible et vengeresse. Durant que Grescentius avec quelfidèles

ques

déterminés s'enfermait dans
Il

le

château Saint-Ange, l'antipape
d'oii
il

avait pris la fuite.
toire grec,

se cachait

dans une tour

espérait fuir en terri-

mais un parti de cavaliers allemands
(1), le

l'y

découvrit. Sur l'ordi'e

de Grégoire V, à l'insu d'Othon
froyable façon
et les
:

malheureux

fut aussitôt

mutilé d'efla

on

lui

coupa

les oreilles, le nez,
;

peut-être aussi

langue
à

mains; on

lui

creva les yeux

puis on

le

ramena tout sanglant
dans une

Rome, hideux cadavre encore
monastère où
Quel
il

vivant.

On

le

jeta

cellule d'un

demeura
!

gisant, véritable

comble des misères humaines.

siècle de fer

L'homme qu'on
été

découpait ainsi en morceaux

comme

un animal immonde, avait

un des plus grands personnages de l'em-

pire d'Allemagne, le précepteur de l'empereur régnant, le favori de l'im-

pératrice

mère

;

il

avait

été

archevêque

,

ambassadeur avant de venir
!

indûment

s'asseoir sur le trône de saint Pierre

Et celui qui

le faisait

mutiler ainsi, était un pape tout jeune qui passe pour un des meilleurs

parmi

les

souverains pontifes de cette époque brutale entre toutes.

En
se

ces jours qui ne connaissaient pas la pitié,

un homme cependant

trouva qui eut compassion de cette infortune presque surhumaine.
a

Chacun

nommé

le

vieux saint Ail.
le

A

l'ouïe

de cette tragédie, tou-

jours bon, toujours dévoué,
taire
nieiil

vieux moine accourut à

Rome
les

de son soli-

ermitage de Gaète.

Il

était alors

presque nonagénaire, de plus graveabstinences du

malade. Son corps,
(;n'(~'nir,

nlfaildi
priiii^

cncurc davantage par
iiIit
les

présent

piil

;'i

sii|i|ii

fatigues extraui'dinaires de
lui
(jui

ce long voyage

fait

à cheval.

Aussitôt
de

airivr',

d'ordinaire

l'vilait

(1)

Li;

i-i'ril

contLMiiporiiiii dt-

la

vie

saiiil Nil

k-

dit lormellcuii'iit.

.\liiiasi,

o/<.

'('/.,

p. :iJ4.

280

BASILIC
plus gcaïul soin

II,

I.F.

Ti-i:Ull

DE

IlCl.C.

.\ I!

i:S

avec

le

le

commerce

(le<

uramls do ce miiiide,

esliinaiit

que
voir

c'était
le

vaine gloire
et

et

seulement un
et

dommage pour

l'àme, voulut
l'illustre vieil-

pape

remjiereur. Otiion

Grégoire accueillirent

lard avec

une louchante déférence. Tous deux allèrent à sa rencontre.
baisé ses mains, le firent asseoir entre

Tous deux, ayant
plus élevé.

eux sur un siège

Quel spectacle

fait

pour frapper d'étonnenient

!

Le successeur de Cé-

sar et celui de saint Pierre, dans toute leur gloire, s'humiliant dans

Rome
qui

même

devant ce

vieil ascète,

vêtu de haillons

!

Nil supplia
l'infortuné

humblement
antipape

que

vivait encore

malgré ses plaies
11

atroces lui fût remis.

disait

avec ferveur

:

«

Pardonnez au

plus grand des pécheurs, à
vieillard

un

demi-mort

;

pardon-

nez-lui

pour l'amour du Sei»

gneur.

Il

promettait de l'emlui,

mener avec
d'an atffivt d'ii-niiv byzantin des X"'" ou XI'"' Siècles de la Collection Palszlaj. (Voy.p.S.^l.)

de l'ensevelir
ses jours
oii ils

FRAGMENT

pour

le
li

reste de

au

fond

un cloître

pleurc-

raienl
Il

ensemble leurs péchés.

représrntait

éloquemment

les

égards qu'on devait au caractère sacré

dont Philagathos avait été revêtu
accessible,

même

illégitimement. Othon, plus

violemment ému jusqu'aux larmes parce dévouement sublinu',
le vieillard,

accorda tout ce que demandait

à la

seule condition que Xil

consentirait à quitter sa retraite de Gaète pour venir s'établir à

Rome

et

y prendre

la

direction d'un monastère,

«

celui

(pi'il

voudrait

^i,

tout au qui, de

moins

celui de Saint-Atbanase, bâti

aux environs de

la capitale,

tout temps, avait été réservé à des religieux grecs.
Nil.

croyant vraiment avoir cause gagnée, croyant ainsi avoir sauve

la

vie de son coupable ami, accepta malgré sa

répugnance

et

promit de venir
Il

vivre à

Rome. Puis

il

se retira

pour prendre quelque repos.

avait

compté

sans

le

pape. Grégoire V, d'humeur moins clémente, conservait contre Phile |>lus

lagathos

cruel l'essentimenl. Malgré' cette com|ilète victoire, sa soif

SUPPLICE DE PIIILAGATIIOS
de venîïPance n'ôtait point
improvisé,
il

281

satisfaito.

Rassemblant en hâte nn concile
comparaître devant
lui le

eut

le triste

conrage de
et

faire

lamen-

table mutilé,

monstre effroyable

san-

glant

tiré;

tout exprès de sa prison. Par
défi h saint Nil.
dé'pduiilci'
il

une sorte de

le

lit,

en

présence de tmis.

li^nteuse-

ment
«

de

ses

vêtements

pontilicaux.

Alors que des Sarrasins

mêmes

eussent

été attendris par le spectacle d'une telle

infortune

»,

lui-même de

ses

mains ne

craignit pas de déchirer la robe épisco-

pale du moribond, puis,
ainsi

il

le fit

asseoir
à

dcxêtu à rebours sur
les

un

ne et

promener par
injures
et

rues,

au milieu des
de cette

des

coups

affreux

brutale populace romaine. Les bourreaux
forçaient le

FRAGMENT d'an coffret d'ivoire byzantin des X'"' oa XM' Siècles de la {Voy. p. 380.) Collection Palszhy.

malheureux à
la

tenir

de ses
et à

moignons sanglants
cesse ces paroles
:

queue de l'animal immonde
le

chanter sans
le

i.

Voici

châtiment de celui qui a voulu chasser

pape romain de son

siège. »

A
surcroit

la

nouvelle
di'

de

ce

inouï
à

tortures
avait

imposé

celui

qu'il

cru sauver, Nil,

accal)lé de
telle

douleur,

conçut une
qu'il

indignation

se

ren-

ferma

soudain
et

dans

un

sombre
FPiAGMENT d'un
XI""-

complet silence,

s'abstenant de réclamer dabyzantin des X»"' on Sirries de la Collection Pulszky. (Voy.p.SSO.)
coUrer
d'iviiire

vantage

de

l'empereur

la

grâce du malheureux Philagathos. Othon,
au|irès
(pii

n'avait pu s'opposer à la volonti' du pape, dépêcha

du

vieillard

un de ses archevêques
le

les

plus rennmuK's pruir son
i-é'p(uidit

éloquence persuasive, cbargi' d'apaiser

saint iMunuie. .Mais Xi!

30

282

BASILE
((

II,

LE TUEUU DE BULGARES
à

h l'onvoyé imjK'rial

:

Rapporte

r('ni|)ercur et
:

au pape

les paroles

du

vieillard
ni de

moribond. Voici ce

qu'il dit

n

Ce
fait

n'est point par crainte de

moi

ma

puissance que vous m'aviez
le

don de ce misérable aveugle,
lui faisant

mais bien pour

seul
liien

amour de

Dieu.

l'"n

de nouveau du mal,

vous avez péché
contre Dieu

moins contre ce malheureu.v ou contre nmi que

même;

aussi, de

même

(jue

^ous n'avez pas eu miséricorde
mis dans vos mains, de

de cet

homme, que Notre Père Céleste

avait
»

même

Lui n'aura pas compassion de vos péchés.
voulait répondre et tenter d'excuser
le

Comme le
et

prélat beau parleur

pape

l'empereur, Nil ne proféra

plus une parole,

et,

laissant

tomber sa

tète, feignit

de dormir. L'autre

dut s'en

aller.

Incontinent,

le saint,

montant

à cheval
et

avec ses compade nuit, priant et

gnons, reprit

le

chemin de Gaète, voyageant de jour
«

invoquant Dieu.

La vengeance

céleste,

ajoute son biographe,
le

ne fut

point longue, suivant sa prophétie, à faire mourir
jiour leur

pape

et

l'empereur

demander compte de leurs

actes (i).

»

M. A. I. Sakkeliùn (1) Dans \c journal le Sùlir de Cunstanlinople (t. XV, 1892, p. 21: a publié une bien curieuse lettre inédite en grec, extraite d'un manuscrit de sa bibliothèque, lettre adressée par un contemporain du nom de Léon à son frère au sujet du supplice de cet
« Tu vas rire de ton bon rire, o ma chère âme... Ce Philagathos qui, infortuné antipape pour me résumer, n'avait pas son pareil, dont la bouche était pleine de malédictions, de méchancetés, de blasphèmes et de calomnies; à qui personne ne peut être comparé; que nous ne saurions rapprocher de qui que ce soit; ce pape-là, aux mains sanglantes, ce pape arrogant et hautain (ô Dieu o .lustice! ô Soleil!) a trébuché; il est tombé! Et pourquoi ne te dirais-jc pas, mon frère, quc'Ue fut la nature de sa chute? Il fut déclaré anathème par l'Église d'Occident; ensuite on lui arracha les yeux; en troisième lieu on lui coupa le nez; quatrièmement la lèvre; cinquièmement la langue, cette langue qui avait proféré tant de paroles abominables; sixièmement il fut conduit en grande pompe, fier et grave, sur un malheureux petit âne dont il tenait la queue; il avait la tète couverte d'un vieux sac, le septièmement il fut jugé et condamné, on lui mit les ornements ecclésiasbuste droit tiques à l'envers et on les lui ôta: on le traîna à travers le temple, le pronaos et la cour, à la fontaine; finalement il fut jeté en prison comme en un lieu de repos. Je t'ai raconté, frère, toi qui penses comme moi, les malheurs de cet infortuné Philagathos, sans rien ajouter, sans rien retrancher; mais aussi jo conseille à tous de ne pas oser ce que celui-ci osa. Car la M. Sakkeliôii publie dans le même article plusieurs autres lettres .lustice ne dort jamais. » du même personnage à divers, faisaut partie de la même collection. Elles nous apprennent quc^ leur au leur Léon avait été chargé par le basileus Basile d'une mission en France pour lin mariaife. Le voyage de l'ambassade de Rome «en France » avait îv't'fxyyiï duré trois mois, d'août à octobre 994 et le voyage de retour jusqu'à Rome trois autres, de novembre 994 à janvier 995. Ce fut à son second passaae à Rome où il resta quatre mois, de février à mai 995, que l'ambassadeur grec assista au supplice di' Philagathos. Ce personnage parle encore avec horreur et mépris do l'infortuné antipape dans deux de ses lettres. Il ne lui donne jamais que son nom byzantin. Ce Léon était certainement un des envoyés impériaux dont j'ai parlé à la (lage 274. Le nom de « France », pays des Francs, signifie ici la Germanie. Les ambassadeurs byzantins, si durement traités par Crescenlius, avaient donc réussi à aller jusqu'au boul de leur mission et ce ne fut probablement qu'à leur relour
: 1

;

11

'I

SUPPLICE DE CRESCEXTIUS
Le inallioureux Philagathos
disparait à ce
le

283

qui, par miracle, était encore vivant,

moment

de

l'iiistoire.

Certainement
la

il

acheva de mourir dans
les

cachot où on l'avait ramené après

promenade infâme dans

rues de

Rome. Le

sort de sou complice Crescentius ne fut pas
il

moins

cruel.

A
il

l'arri\ée de l'empereur,
avait, [lar de nouvelles

s'était jeté

dans

le

château Saint-Ange doul

défenses, considérablement

augmenté

la f(jrce et
le

qui passait pour inexpugnable. Jamais, dejiuis l'époque des Goths,

vieux

tombeau impérial transformé en

forteresse n'avait été pris. Crescentius s'y

défendit quelques jours avec rage, puis dut se rendre dans la journée du
2!)

avril

au margrave Eckardt de Misnie. Othon

le fit

périr de la

mort des

traîtres.

On le

décapita sur la plate-forme.

Son cadavre,

précipité dans les

fossés, fut plus tard

pendu par

les

pieds à

un

gibet au

sommet du Monle-

Mario avec ceux de douze de ses compagnons
douze régions de
la cité.

crucifiés, capitaines des

Sa veuve obtint d'ensevelir ses
de

restes misérables

dans

la

petite

église

Saint-Pancrace

au Janicule. Baronius. au
en vers léonins du
allié

xv!" siècle, y lut encore la belle inscription funéraire

tribun supplicié.
liyzance et sa
fin

Longtemps

les

aventures de l'audacieux Italien

de

tragique hantèrent les

âmes romaines,

éprises de gran-

deur

et

de liberté.
ainsi rétabli avec la plus

Après avoir
dans

extrême rigueur son autorité

la Ville Reine, l'empereur,
la

croyant avoir à toujours dompté l'orgueil
passa une partie de
l'été.

romain, gagna

Toscane où

il

De

il

vint en

Lombardie.

Il

assista à

un synode à Pavie, puis retourna en novembre à

Rome où
Sud.

vers la fin de cette

même année
il

998

le

pape

tint

en sa présence

un concile universel. Ensuite

s'éloigna de nouveau, se dirigeant vers le

i^-esquc aussitôt après ce
forces s'étaient

nouveau départ,
le

le

pape Grégoire dont
si

les

rapidement usées sous
vit

coup de

terribles et incessi

santes

émotions,

inopinément se terminer sa courte existence

d'Allerii;i!^iir ([u'ils

furent

muleslés ihins

la Ville

Klenielle. Limmi parle ngalemeiit dans

ces

lellres des aniliassadeins d'Ollion dont le principal iHait l'ari-hevôqiii' de Milan

voy.

p. 303).

D'un autre passage de ers curieuses lettres nous apprenons que les ambassadeurs byzantins se réembartiuèrcnt à (Urantc apri'S avoir passé dans cetli' ville tout le mois de septembre. Plusieurs passages font allusion aux mi'compli's éprouvés par les envoyés grecs dar)H leurs pérécrinations.

284

/Î.IS//./:

//,

LE rrEUR

IiE

DULGAHES
.'iiiik'Os

rcm|)li('.

Il

iiiuiinil

dt'jà lu

18 février

UU'J,

à poinc àgv de iri'ntc

ajirès

un

ri'iiiic

de douze ans et neuf mois. Tous crurent que

le puiï-nn

avait

précipité sa iin. (le fut
la clindieiili'.
Il

une perte

irréparahli' jiour l'empereur, l'empire et

lui riilrrr('

dans l'avanl-cour de Saint-l'ierre. non

luin de

la tomlir d'( lllion II.

Seule, rinserij)lion de

son sarcophage est encore
et

aujourd'iiui conservée au

musée mystérieu.v

sombre des Grottes Vatilongues années, en

canes

(1).

11

iMait le

premier

pajie ijui, dej)uis de bien

ce siècle le plus terrible de l'histoire de l'Eglise, avait su relever le prestige
et

de

la

papauté. Par la sévérité de son attitude

il

avait su

ramener

soumettre de nouveau à l'autorité de Rome, l'Eglise de France un

instant schismatique.

Au moment où
linme. Cette
pris vers le
fois,

(îrégoirc

V

se mourait,

(tlliun

111 était

absent de

ce grand et touchant mystique
la

couronné

avait entre|iieux pèle-

sud de
(2),

Péninsule un voyage de pi'nitrnee, un
lii'iix

rinage à pied

vers ces saints

d'Uidie que jadis avait visités le
celui qui avait pris sur lui la plus

grand Adalbert, son modèle bien-aimé,
grande influence religieuse
et

dont

le

martyre avait violemment agité son

âme

inquiète. D'abord le jeune César avait vu les sublimes hauteurs
le

du
il

Monl-Cassin, puis, négligeant
avait, en février et

val de
et

Lucio où saint Nil
Bcnévent, gagné
le

n'était j)lus,

mars, par Capoue

célèbre et jioél'A(lriali(|ue
«

tique cdUNcnt de .Sainl-.Miclu'l du
liant

montGargano duminant
li'

du

de son

cajt désert,

il

\oulail adm-cr
»

grand archange Michel,
(.3). 11

archi-

stratège des milices célestes

qui y a\ait son temple fameux

s'appro-

cha

|iie<ls

nus du saint

l'dirice et jiassa

plusieurs jours dans des exercices
le

d'une prodigieuse

austiirité,

poursuivi par

sou\enir des sanglantes

exécutions l'omaines.

Au
l'aspect

retour, l'empereur pèlerin

lit

de nouNeau balle àUénévent. Dans

cette antique cité qui a conservé jusqu'aujourd'hui d'une si étrange façon

sauvage des

siècles écoulés et

cache an milieu du jdus sombre fau-

bourg

le

noble et merveilleux arc de Trajan, la croyance d'alors voulait

que

les reliques

du grand apôtre Barthélémy fussent conservées. Le dévot

(i)
(2)
(:j)

Mrme

Voy. Kpopée, I, p. li^. une source dit « à pieds nus

».

(ji'i'gorovius, Geschi-hti: tlor

Stadl Hom,

III, p.

Wi.

.

PLAQUE D'IVOncE HY/.AN'nSE
dri^mcnt par
liaire est
tt-'t^acl

du.

XI"- Sied:.

— Le

Christ dss/s sur

un

Iran.;.

L'enca-

cette

pUtqaj

ite

diptyi/ae a été trani^l'orfiu\- en une cuui'erture d'Evauijê-

c/'é/joi/U'."

très postérieure et

de travail occidental.

Trésor de

la hasilii[ae rnijate

de

M orna

286

BASILE
asiiirait

II,

LE TUEUR DE BULGARES

empereur

iiassiunnéniént à posséder ces restes précieux pour houo-

rer extraordinairenient par le
truire

don de ce trésor

l'église qu'il faisait
11

cons-

dans

l'ilc

Tibérine en l'honneur de son cher Adalherl.
lui

pria les

Bénéventins de

céder
lui

les reliques.

Eux, n'osant

refuser, usèrent d'un
qu'il s'en doutât, les

pieux stratagème et
os de saint Paulin,

donnèrent en place, sans

un simple évèque de Nola.

Entre temps l'empereur s'occupait d'établir à nouveau sa situation
vis-à-vis de ses grands vassaux longobards. Capoue, Bénévent, Salerne,

Naples

(I)

lui prêtèrent

serment

et

livrèrent des otages.

De Bénévent
Il

l'auguste pèlerin arriva aux bords de la
lait

mer

occidentale à Gaète.

vou-

y retrouver

>sil

et ses

humbles
et
11

frères, Xil qu'il avait si

mal

quitté à
lui avait

Rome
laissé

quelques mois auparavant

dont

la

courageuse attitude

une impression profonde.
«ii'i

voulait le visiter dans les misérables

huttes

lui

et

sa congrégation vivaient dans la solitude de Serperi.

Quand

il

eut aperçu d'un lieu élevé ces cellules éparses groupées autour
oratoire,
le
ici
il

du modeste
d'Israël

s'écria, dit le

chroniqueur

:

«

Voici les tabernacles

dans
sont

désert. Voici les citoyens

du royaume des cieux. Ces

hommes

véritablement
;

comme
ils

des voyageurs et ne veulent point

avoir de demeures fixes ici-bas
il

vivent sous des tentes

comme étrangers

la terre. »

Xil, qui avait atteint

aux plus extrêmes limites de

l'âge, vint à la ren-

contre du grand empereur suivi de tous ses moines chantant et encensant
l'impérial visiteur. Celui-ci accueillit le saint avec les démonstrations de la

plus profonde humilité, se prosternant jusqu'à terre devant
les

lui.

Soutenant

pas chancelants du vieillard

il

le

ramena doucement

à sa

demeure, pria
lui, lui

à ses côtés à l'autel de l'oratoire et s'entretint longuement avec

exprimant son admiration profonde pour sa vie exemplaire.
sur
les terres

«

Viens vivre

de

mou

empire,

lui

demandait-il avec supplications. Tes
ta

moines bieri-aimés y seront plus en sûreté après
bien
rli'c

mort que

tu sais

si

prochaine. Je coniblrrai des dons
le

les

plus riches, des biens les
t'y installer

plus précieux

couvent que tu auras choisi pour

ou

celui

que

(1) Le duc de Na|iles Sirgius III, « éminenlissiiiic consul et duc », était mort à la /In de 998 ou au commencement de 999. f»n connaît un acte de son fils et successeur Jean IV, daté du 29 mars de celle dernière année. Voy. Scliipa. // ilumiu ili Nniuili. ch.ip. x, ii.

ENTREVUE D'OTIinx
lu jnét'érei'ais
soit.
»

II!

ET DE SAINT NIL
lieu

287

foiulcr hii-nirinc

en quelque

de

num

eiu|iire

que ce

Au
dit-il h

désespoir de ses moines moins ennemis que lui d'un siècle malin,
«

Nil repoussa résolument ces offres tentantes.

Si

mes moines, réponles

l'empereur l'mu, continuent à vivre saintement, Dieu ne
soit,

al)andonnera jamais dans quelque situation que ce
je

même

lorsque

ne serai plus

pour

les défendre, car
»

il

ne tient aucun compte des

puissants de ce

monde.

Après de longues congé du
à
saint.

et édifiantes
il

conversations, l'empereur dut prendre
lui

Une

dernière fois
l]ls,

renouvela ses

offres. « Adresse-toi

moi comme à un
»

lui dit-il,

demande-moi
répondit

ce qu'il te plaira et je te

l'accorderai.

«

Je ne

demande

rien,

le vieillard,

touchant de sa

main

la poitrine

du

prince, je ne désire qu'une chose, c'est que tu songes
toi aussi,

au salut de ton âme, car

bien qu'empereur, tu mourras et lu auras
»

à rendre compte à Dieu de toutes tes actions.
prit le

Othon fondit en larmes,
les

diadème qui ceignait sa

tête et le

mit dans
(1).

mains de
il

Nil dont

il

reçut dévotement la bénédiction suprême

Puis

partit

pour

Home

(1)

Je dirai

ici

en quelques mots ce

qu'il

advint de saint Nil, dans les jours suprf'uies de

sa longue existence tout

Il perdit d'abord son cher et fidèle saint Stéphanos qu'il pleura avec des paroles de regret d'une véritable éloquence, faisant l'éloge public de ce chien fidèle qu'il avait snuflleté chaque jour de sa vie, de cet humble disciple si vigoureux cependant qu'il se servait de son bras pour châtier ses autres moines, voulant être enseveli auprès de lui alors qu'il l'avait censuré et rudoyé durant tant d'années. Puis, après dix ans de séjour dans la thébaide de Serperi, probablement trop accablé par l'âge pour pouvoir continuer à vivre dans ce désert, il se transporta enfin en l'an 1004 à Rome pour s'y préparer au voyage céleste. A peine put-il durant ce trajet si pénible et si long se soutenir sur sa monture. Accompagné seulement," semble-l-il, de l'abbé Paul et du jeune Itarlliélemy son compatriote, saint religieux qui devait être à la fois son biographe et son second successeur à Grottaferrata, il se rendit aux environs de rusculum, au couvent grec de Samte-Agathe, placé sur la pente du mont, aujourd'hui disparu. Il y fut bien accueilli du seigneur de ce lieu, le sauvage comte Grégoire, père de deux papes, aïeul d'un troisième, Kn s'installant dans ce monastère, le vieillard auguste récita le quatorzième verset du psaume i:XX.\ll « Voici ma demeure au siècle des siècles, personne ne m'en fera plus partir, » Aucune prière ne put désormais le décider à quitter celle dernière reUaitc. Il ?e refusa à aller voir ses nombreux amis de Rome, même le nouveau pape Jean XVlll et son cher abbé Léon du grand couvent de l'Aventin. Il voulait mourir là. Il y mourut in elfetdès cette même année 1004, le 23 septembre à la grecque, âgé de qualre-vingl-ijuiiiziannées. Sa fin fut admirable, après qu'il fut demeuré deux jours entiers les yeux fermés, immobile, comme s'il était déjà trépassé, remuant seulement les lèvres en récitant des prières, faisant parfois le signe de la croix. Ses restes furent conservés dans ce beau monastère de Grottaferrata qu'il venait justement de fonder dans le voisinage de celui de SainteAgathe, mais dont il ne put voir l'achèvenient puis(|u'il mourut prescjue aussitôt après en avoir obtenu la concession du comie Grégoire. Ses moines fidèles en poursuivirent l'édiiication et l'abbé Paul y fut son premier successeur à la tête de cette communauté religieuse basi:

entière consacrée à Dieu.

288

BASILE
il

II.

LE TEECR DE BCL'iARES
mars
ftfl'.l.

arriva dans le? premiers jours de

Il

Inniva

la Ville

Étersa

nelle tout à fait calme.

Les Romains

accejtti-ri'nl

sans

murmures de

main

le

successeur de Grégoire

V

i[u'il lui

plut do leur donner.
le

C'était,

en

elfet, la

mort prématurée du pape plus encore que
terminées qui rappelait dans cette

souci

de diverses aiTairos

mm

cité le

jeune

souverain. Par sa volonté impériale, Grégoire
rable, le célèbre Gerbert,

Y

eut

un remplaçant admi-

archevêque de Ravenne depuis 998. Cet

homme

extraordinaire,
le

un des plus savants de son
III. Il
le

siècle, était alors le plus fidèle,

plus intime conseiller d'Othon

avait été également autrefois son

maître. Ce choix excellent plaçait sur

trône de saint Pierre

le

premier
le

pape

français, succédant au premier
II,

pape allemand. Gerbert, sous
le

nom

de Sylvestre

lut

proclamé dans

courant d'avril
plus

H'.l'.l.

Il

commença
dans une

aussitôt à gouverner l'Eglise avec

la

extrême

ihiergie,

intime union avec son cher empereur.

De

plus en plus détaché du

monde, de plus en plus absorbé dans des

exercices d'une extraordinaire piété mystique,
reur,

Othon

III, le

moine empeil

demeura

cette fois

peu de jours à Rome. .Même, de ceux-ci,
l'église

en

passa quinze en retraite dans une grotte auprès de
Il

Saint-Clément.

retourna ensuite une
la

fois

encore à Bénévent. Puis on

le vit
le

en pèleri-

nage auprès de
de Subiaco.

grotte poétique de Sninl-Benoît, dans

sauvage ravin

licnno fondée par

lui.

L'higouraùnc Barthélémy

inii

succéda à Paul

fut le

biographe de Nil.

du beau monastère de (irottaferrala si célèbre encore aujourd'hui au penchant des monts Albains, contient au moins trois manuscrits, dont un daté de l'an 96j, dans lequel il est fait alhision au désastre de celte année des Byzantins devant Uamelta, écrits de la propre main de ce célèbre ascète qui fut certainement une des plus grandes figures de l'Italie du x' siècle (»/). Voyez sur ce fameux couvent grec, un des centres de la civilisation hellénique en Italie, longtemps fameux par son école d'hymnographie religieuse i), transformé en abbaye en 1402, sur sou hisljire, sur sa bibliothèque do manuscrits De cœnohiù Crijplogrecs, les ouvrages du P. Rocchi, moine basilien, un surtout intitulé ferrntensi pjiisrjue hiblioLliecn cl coilifibus prsesertim grwis conuneulririi, Tusculum. 1893. La grande ombre de saint Nil éclaire toujours encore de sa mémoire vénérée le couvent où vivent en paix ses fidèles disciples. La mosaïque du porche de l'église où le Dominiquin peignit ses fresques admirables dont une représente l'entrevue du saint et d'Othon III, la mosaïque aussi figurant la Pentecôte sont contemporaines de la construction première. Saint
La
ri'-Uo

bibliulhriiue

:

Nil en a peut-être indiqué le dessin
(a) BatilTol, op.
cit., p.

(c).

88.

Krumbacher, Byzantin. Lilteralurgeschichle, p. 323. Lenormant, Gazette nrch"ologif/ue de 1883. -— Voy. la reproduction de la première de ces deux mosaïques à la page 581 du tome I de mon Épopée liyzanline el ceWc de la seconde à la page 289 du présent volume.
(b)
(c)

K.

Fr.

RÊVE IMPÉRIAL DOTllOX
Ce
ii'cï-l

II!

289

\ia^

ici

le lieu

de rappeler les plans graiulioses, les projets

laiilasliques
aifilcc. (le liis

que ce prince
de
la

si-diiisant échal'aiidait

en son ànic inquiète et
si

Byzantine, cet empereur étrange entre Ions,

allaciianl

liiuleruis,

SI'

srnlail plus gi'cr i[u ailciiianil.

Sans cesse

il

[•('vait ilr

recons('inpire

lilucr

l'ii

Occident, nnn l'empire de (liiarlemagne, mais

le

pur

rnmaiii en l'ciilnurant de Inutc la splendeur byzantine, .lusqu'à sa mnrl,
ses dernières pensées n'eurent |du> d'autre Imt.
«

Il

voulait faire de

Home
Heine

non

la

capitale de l'empire mais

ct'lle

du inonde,

restitue)' à la Ville

tout son antique lustre du tem[(s des Césars alors qu'elle était véritable-

MOSAIQUE
eniironnent

de t'arc ti'ioinpUul de
le

Véfjlise

la fvndatioriy c'est-à-dire dea débats

du

Xl"*^ Siècle,

trône de VAyneaa l'asral.

du Mviiuatcre de Grottal'erratti conteniiioraiiie de La Pentecôte Les douze apôtres assis — (Photograpliie communiquée par M. E. MiXntz.)

.

ment

la

domina mundi.
la

»

Le pape Gerbert, plus amoureux
l'excitait

j)eut-ètre

encore de
suite

grandeur romaine,

incessamment dans

cette

pour-

romanesque. Lors de son pèlerinage fameux au mimt Gargano,
11!

Otlion

avait visité

Capuue, Hénévent,
oii
il

les villes les

plus importantes de

ses provinces
l'avait

du Sud,

n'avait jamais auparavant

mis les pieds. Sa route
Il

conduit de

la sorte

aux frontières mêmes de l'empire grec.
il

y avait

trouvé les Byzantins, avec lesquels

était

j)résentement en paix, tdujuurs
et

en lutte contre l'éternel effort de l'agression sarrasine d'Afrique
Sicile; mais,

de

absorbé par ses hantises pieuses,

il

avait passé outre, n'acles

cordant à ces événements qu'une attention distraite. Dans

principautés
les(jue!s
et

longobardes de grands changements aussi s'étaient accomplis sur
je reviendrai plus tard. Mais

Othon ne songeait plus qu'à Dieu

à son

rêve impérial qui ne devait se réaliser jamais.

Dans

le

cninanl de

l'i'té.

l'empeicur aijeniand

alla

encore avec smi
:;;

290

n.lSILE

II.

LE TUEUR DE BULGARES
il

cher jiape Sylvestre au couvent de Farsa en Sabine, où
niinl avec
choisit

conféra longue-

Hugues de Tuscie au
le

sujet de ses vastes ]irojets.

A Rome,

il

se

une demeui-e sur

mont Aventin, aux
aimé par

côtés

mêmes du

cloître des

saints Boniface et Alexis, tant

lui, cette

pieuse et célèbre retraite

des moines grecs dans la Ville Eternelle où avait vécu son grand saint
Adalberl, à laquelle
il

avait fait

don pour devant

d'autel de son

manteau de

couronnement brodé des figures de l'Apocalypse, orné de

trois cent cinétait à la fois

quante-cinq clochettes d'or. Cette demeure nouvelle d'Othon

une forteresse

et

un

palais,
le

un véritable

ùm-// impérial d'où

il

data plusieurs
le

de ses diplômes. Là
nial

jeune héros se plut surtout à ressusciter

cérémo-

de Byzancc, brillante patrie de sa mère bien-aimée. Habillé

s'habillaient au Palais Sacré les Porphyrogénètes,

comme mangeant à part comme
il

eux, se faisant

comme eux

adorer à l'ésal d'un Dieu,

prit les titres écla-

tants d'empereur des Romains, de consul du Sénat et du peuple de
Il

Rome.
les

s'entoura de spathairesef de protospathaires.

Il

emprunta

à

Byzance

noms

de tousses ofliciers, de tous ses dignitaires, méprisant la grossièreté
(1).
:

native de ses fidèles Saxons

Son sceau

portait la représentation de

Rome armée
magni'.

avec la légende
le inilii'u

Renovalio hnperii romani.

Encore vers
il

de décembre, Uthon se décida à regagner l'Alle-

y lenlia par itavenne, étant déjà malade. Ses motifs principaux
les

eu repassant ain^i

monts

étaient d'aller en pèlerinage au

tombeau de

saint Adalbert, de s'occuper de la constitution

du nouvel archevêché de
la

Pologne, de pleurer en outre
de Quedlinbourg, morte

la

régente sa tante,
février
'.t'.t'.t.

pieuse abbesse Mathilde

le 7

et

sa grand'mère l'impératrice
le 17

Adelhaïde, ancienne régente

elle aussi,

morte

décembre seulement.

Le jeune empereur arriva dans son empire d'au delà des monts
en janvier de l'an HllMl après deux ans d'absence. Reçu en grande

pompe

malgré

les terreurs

de cette date fatidique,

il

alla

juMpi'à Gnesen au loinil

tain (nnilieau

de son

cher martyr. Dévotement, pieds nus,

y

lit

ses

prières. C'était vers le milieu de mars.
licité

Dès

la lin

de juin, vivement solil

par
el

le

pape qui

lui adressait
Italie.

message sur message,

repassait les

Alpes

niitrail

m

Tout

l'été,

probablement à cause de sa mau-

(1) .Mvslakiilis,

'</;.

lil.,

y. 71,

note

1.

REBELLIOS^ DANS LES THEMES IIALIEXS
vaise
saiili'.
il

2!11

ilriiirui'a
I

en Lonibardii'.
il

à

l'avii'

siirtoiil.

Si'iilciin'iil

:ui

1" novembre de
Il

an

100(1,

rentra dans son

drange

palais de l'Aventin.

y célébra

les fêtes

de Xoël

et

y demeura

jiisijii'an

7 mars, voulani pins
sainl Adallirrt

que jamais y
l'ile

lixer sa résidence diHiniliM'. l'di'vani à
réi;lisi'

dans
Saint-

ïib('riru'

aujnurd'hni

cuniuie

sous

le

vocable

de

IJarlhéiemy.

Othon retrouvait
retour en arrière.

l'Italie

du Sud en bu.

Il

miu.s faut ici faire

un rapide

De

l'iiistoire

des thèmes byzantins de la péninsule

durant ces années suprêmes du
rien, sauf

x" siècle expirant,

nous ne savons presque

que

les

populations longobardes, bien que violemment comprile

mées, s'agitaient de plus en plus sous
blantes des
i<

joug de

fer et les

exactions acca-

stratigoi

»

byzantins.

Nommés pour
plus

très

peu de temps,

avides de profiter de ce poste pour s'enrichir rapidement, ces fonctionnaires ne cessaient d'opprimer de plus en
nistrés.

durement

leurs admi-

Aussi ces malheureux Italiens du Sud en

arrivaient-ils

déjà

parfois à conspirer et à faire cause

commune

avec les Sarrasins.

A l'année 997
vement qu'un
biteur

(1) la Chro7iiqiie

du j)rotospathaire Lupus raconte briède
«

officier byzantin, qu'elle qualifie

marquis
la

»

(2),

l'excu-

Théodoros, chef d'une section de ce corps de

garde impéla

riale, fut

massacré dans Oria

oîi

il

commandait probablement
et l'ierre.

garnison,

par deux frères longobards, Smaragdos

(tétaient probablement

de puissants archontes. Smaragdos, dont on se défiait, avait été exilé de
Bari, sa ville natale.
C'est jiour
cela qu'il s'était soulevé et qu'il s'était
frère.

emparé de
combats

la place

dOria avecl'aide de son

Xn us ne savons rien des
Rome,

qu'il rul à livrer.

Nous constatons seulement que l'année suivante,
III à
la

en 998. l'année précisément de l'entrée d'Othon

rébellion des
effet

deux frères

n'était ])as

encore comprimée. Nous voyons en

dans

le

courant d'octobre

le rebelle

Smaragdos

faire alliance

avec un condottiere

sarrasin que la Chron'icpte de Lupus, à laquelle nous devons ce renseigiu,'nienl, ap|)elle Busila
(:];,

(juelquc caïd vraisemblablement dont

le

nom

(1) 9'JO

puiir Lrlieaii.
...

2)
(:•.)

..

Marihion
..

Ou

Uiisilo

...

292

riAs/Lf:

II,

hE TCErn de ini.nAREii

vrai élait

Abou

Saûi ou rjuclque chose d'approchant. Sniaraiîdos, très cerlui livrer Hari à l'aide

tainement, avait offert à cet aventurier de
liiicnces qu'il avait

des inlei-

dans

la

place et ceci nous

montre

à quel point la

domi-

nation byzantine était secrètement minée parmi toute cette population

longobarde, qui

.illail ici

juscju'à préférer le

joug d'un chef sarrasin
luiil

à celui

du

«

catépann

^>

impiiial. Coite aimi'e

même, après

anm'os d'un rèp:ne

prospère, Youssof, l'émir

de Sicile, frappé d'hémipléfïie,

devenu incapable

de gouverner, avait, du

consentement
tout platonique
life

d'aillein-s

du Khale

Hakeni, cédé
:i

pou-

vdir

Sdii

lils

Itjafar,

décoré par ce dernier des
titres et

de Tadj-Eddaulèh

de S,.ifFd-MiIlek« Cou-

ronne
•f

du

règne
la

» »

et
;

Mpi'e de

Foi

j).

Smaragdos,

dit

la

ChronifjUP de Lupus, ar(

OI.OWE

il'-

bron:r

«t

iiiitiliitinn (le In c<il<-inn<'

Tri'-

riva secrètement de nuit

jaif. l'rmdiK'

par

Ir

fariieax

liernu-iiril ,

!<

précpteur

avec ses bandes sous
niiirs
lui

les

iTOthon

Ilf,

érigée rn
<i

lOMS

(htns

l'éijlhr

Saint-Mirhrl
replacée.

d'IJildeshfini oil elle

été foui

récemment

de Bari.

Une

porte
ses

fut
le

riinrrle

|iar

aflnlés; mais, à ce

moment même, son

associe sarrasin,

voyant ressortir

par une autre porte, j'ignore dans quel but, probablement parce qu'il se
trouvait mal secondé, redouta quelque trahison de sa part et se relira

subitement avec tout son monde. Le coup

était

manqué.

Dès
Italie,

flS'.l,

neuf ans auparavant,
de

le

basileus Basile avait envoyé en
le

en

ijualih'

nouxeau

cab-pano,
jr

protospathaire (îrégoire
à

Traciianiiili-. de farnillr illii-hr. ddiil

nuiu iialninyiiiiqiic

forme,

il

est

I'

Voy. sur ce prince Amari.

oyi. ril..

l.

Il,

pp. .SiS
;i

Si](|.

Miiialt.

n/i. rii., I. p. 74'.t.

donm'

la

date de 908 pour celle de

la noiiilnatinii i\f

Ujafar

l'imiral de Sicile.

Ri^BELiJoxs itAys
vrai,

iJ-:.<

rin^MEs itmjicx.-^
ostropié

293

quelque peu

insolite,

sf>

trduvo ronslamment

dans

les

source-; d'origine occidentale.
la

Ce personnage, débarqué probablement
paraît

à

tète

de

forces

nombreuses,
11

avoir été
(pi'il

un

soldat énergique.

semble
à

ait

eu, au bout de

peu d'années,

lutter contre

une grande extension dis
à

troubles.

En îtiHI il eut

reprendreGraviiiM

sur les rebelles longobards, guidés cette
Ibis

par un certain Tli/'uplivlacte. (tétait
tou-

probablement
jours
le

même
à

chef

populaire qui jadis
avait
|thinas
livré
la

Delde

\iilt'

liari alors

aux mains
^1

des

Allemands

et

qui

maintenant,

dégoûté du misérable gouvernement des
Bvzantins, se
ri'Vcdtait

centre eux. Lupus,

CRQix
prisonnier dans cette
trésor
ilr

nv,1a lu
tif

notre source unique, dit que 'rhi'ii|ihylacte
fnt

ZANTIXE
cathéih'ctlr

assiégé et

fait

ville

par

le

Trachaniote. L'année sui/' roijiium'' rif

vante qui

é'tait

l'an

100(1. ce

fut

le

tmir

Xai,l,-s.

StPClr.

de Smaragdos, lequel tenait dune tonjours encore
la

—Xh"
/>•>
t'ii

riii^fliiillnns
rtiittil.

campagne
deux
ans

malgré' son

lia ftins

^n

Iruvitil. ïvU'
1,'S!

échec sous Bari
Ili'das!

auparavant.
jibis.

ftrési'iitfnt

ihrist

•!

nous ne savons rien de

Ce

i/natri-

/ùnn-

n'est qu'tà force de peine et de recherches

minutieuses qu'on
les

parvient

à

rattacher
faits

uns aux autres tous ces menus

isolés et à leur

donner une a|q)arence de corps. En saurnns-nous janmis
|io|iiil;iliiins

davantage sur tous ces mouvements sedilieux des
contre
le

iongobardes
avaiit-

jniig di-jà trop pesant de Constantinople,

mouvements

I)

Voy. p.

2:i4.

294

BA.<ILE

II.

LE TUEUR DE

l'.Ul.CARES

coureurs des
de la conquête

i;raiuls ljuulf\ei'senieuls

prochains, luesages

eux-niènies

normande

?

Parmi
il

les rarissimes

diplômes grecs de cette épurpie encore existants,
c

en

est

un, précieux entre tous, un

sigillion
et

»

sur parchemin qui jiurte

la signature
niotis.

du

*

catépano

»

impérial

prutosjialliaire (.îrégoire

Tracha-

Circonstance

fort exceptionnelle,

presque

unique, ce document
(1) était

conservé aujourd'hui aux Arciiives du .Mont-Cassin

encore, tout

récemment, muni du sceau de ce fonctionnaire
mois de février de
l'an 1000, est
la

(2).

Ce diplôme, daté du

peu important par lui-même, destiné seu-

lement à conlirmer
de biens meubles

donation au célèbre monastère d'un certain nombre

et

immeubles,

mais, je

le

répète,

il

était,

il

y a peu
la

de temps encore, orné de son sceau de plomb qui purte d'un côté
croix à douille traverse, dite criiix jialriarcale. au pied orné de
tlenris.

rameaux

de l'autre

la

légemle donnant
et «
^)

le titre
yi

de Grégoire Trachaniolis,

protospathaire impérial

catépano

d'Italie!

Deux

autres

« sigillia

sur parchemin du

même

«

catépano

»,

datés

des mois de novembre et de décembre de l'an tty9(3i, sont conservés aux

mêmes

Archives. Par

le

premier de ces documents

(4),

Grégoire remet au
et à ses
fils

spatharocandidat Christophore,

surnommé Bochomachi,
«

les

moines Théophile
et

et

Christophore,

en récompense de leur courageuse

patriotique attitude au service des très saints basileis dans la lutte
et jiour les
»

contre les misérables Agarènes impies
ce qu'ils ont soutTert
tration à vie

dédommager de

tout

pour

la

bonne cause,

la

jouissance et l'adminis-

du monastère de Saint-Pierre de Tarente avec ses pêcheries
charge d'en prendre soin
et

cl ses trois petits navires, à la

de l'entretenir
1)1)9,

ronvonablement
les

f.5).

Par

le

second, daté du mois de décembre
la

dont

Archives du Mont-Cassin ne possèdent que

copie

\(\),

le «

catépano»,

(1)
(2)

Trinchera, op.

cit., p.
la

lll.

n" XII.

Voy. la vignelle de Archives du monastère.
(3i
(4;

page 200. Le

sreau. anjounlliui

ililaehé. esl

conservé aux

Indiction XIII.

X. Grégoire qui s'intitule protospathaire et « catépano » d'Italie > annonce en outre qu'il a écrit au basileus pour que celui-ci confirme par un chrysobulie le présent « sijrillion» scellé de la bulle de jilomli du catépano ». La bulle a disparu connue c'est presque tou(5}
..

Trinchera, ibhl..

w

jours

le
(6)

cas.

Trinchera, n"

XL

I:EBEI.LI0.\S

DAXs LLS thèmes FTALIEXS

295

alors en séjour à Ascoli, assisic ilu tupolérète impérial Trifilios, des tur-

marques Léon,

fils

do Komuald, et Argyros, de deux juges venus de

Bari. d'un citoyen d'Ascoli et d'un autre de Venosa, attribue
tère de Saint-Benoît

au monas-

du Monl-Cassin
sigillion
«

la

propriété d'une maison.
«

Un quatrième

((

du

même

catépano

» (\),

daté de mai

It'J'.t,

Indiction XII, adressé à

l'archevêque Chrysostome de Bari et Trani,
le «

contient de curieuses instructions délivrées par

catépano

»

aux fonc-

tionnaires grecs en faveur du clergé de ces deux villes.
ecclésiastiques de

Le nombre des

chacune des deux

cités qui

sont exemptés de toutes les
cathédrale de
la

charges militaires est
de ces
villes,

lixé à trente-six

pnur
de
la

la

première
le

à soixante

pour

celle

seconde.

Toutefois

clergé

de ces deux églises sera tenu

comme

le reste

des habitants de prendre
et

part aux corvées pour la réparation des murailles

des forteresses.
(2).

D'autres concessions d'ordre juridique sont encore faites à ce clergé

A la suite de cette
bien du mal au
«

longue révolte avortée de Smaragdosquidutdonner
»

catépano

byzantin puisqu'elle ne persista pas moins de
les

quatre années,

il

semble que

populations longobardes terrifiées

jiar la

rigueur de

la

répression soient demeurées plus calmes duraiil ijurljues
il

années. niques

Du moins

n'est

fait

mention à cette époque dans

les

chroait

d'aucun truuble nouveau. De

même,

il

semble
dans
«

([u'il

y

eu

également à ce

moment quelque

très courte trêve
«

l'Italie

du Sud

entre Byzantins et Sarrasins,
le

comme si le
le

catépano

d'un côté, de l'autre

nouvel émir de Sicile auquel
titre

Khalife du Kaire venait encore de

conférer un autre

d'honneur, avaient voulu se préparer chacun de

son côté à

la lutte

suprême.
il

Dans

les

principautés longobardes, par contre,

en était tout autredr|iiiis
la

ment. Là do grands ohangcnicnls s'étaionl pioiluils
défaite des

l'ameuso
la

Allemands à

Stilo qui avait

si

profondément bouleversé

situation politique en ces régions.

On

se rappelle qu'à la suite de cotte

(I;

Publié par Asscmani.
ili

l'iibliiI,

à

nouveau par
lUptomntko

lii'ltrani.

oji.

i-il.,

pp. \sv el 11
:i",

(ii'

IX).

cl

par l'elroni, Slorin
(2'

Bari,
I

p. 107.

Voy. encore De

Blasiis, op. cit., p.
1

n"

1.

i, un diplôme de l'an liml domini Cunstautini niense magio quurtndecimn indiclione\ conservé aux .\rchives de cetle ville et par lequel vente est faite d'un terrain pour la somme de ileux sous roii.itaiitini .loHrichi llmi-iati "In/raclii et quinze wi/i«-

Voy. dans

le

tome

du

Coilire

liarese. 1S97, p.

^quatltutgesima set^undo (iniui împei'ii

tloniiiiî liasilii et

/•eni

de

f'ilinri leoidnli.

296

n ASILE

II,

I.F.

TV EUR DE BC/.GARES
reconnu
liis

cataslroplie, Amalli, daète, Xaples aussi avaient

la

suzeraiiu^té

byzantine.

On

se ia]i|u'lie

encore

(jue

Landolfe IV,

aîné

du vaillant

Tète de Fer mort au mois de mars

1181,

et (jui n'avait

conservé de Fliéété dépouillé
!tSl,

ritage j)aternel (|ue (lapoue, Spolète et

Camérino, ayant

de

Béiiévuut par un autre Pandolfe en automne de celte année
tuf'

avait été

à

cette

même
'J81, le

déroute de Stilo. D'autre part enfin, toujours dans

cette

année

second

fils

de Tète de Fer, Pandolfe, avait, lui aussi,
lui était

été chassé de la principauté

de Salerne qui

échue en héritage,
(I).

par Manso, duc d'Auialli, dcvemi ainsi duc de ces deux cités

Othon

II,

l'ugitil",

s'était arrêté

en août de cette année

1>81,

si

triste

pour les armées impériales, à Salerne d'abord, puis en septembre

à

Capoue.

Tous ces différends entre princes longobards, avec
tion de la

cette

grave complica-

mort du prince Landolfe, lui avaient donné fort à faire pour
tranquillité
Il

ramener quelque

dans ces régions

si

incessamment,

si

terrible-

ment tourmentées.

avait partagé en
fief

deux

l'héritage de Landolfe

mort

sans postérité et donné Capoue en

héréditaire au très jeune

Lande-

nulfe, déjà duc de Ciaète. quatrième (pient

fils

de Tète de Fer, frère par conscplacé sous la tutelle de sa mère,
il

du

jirincc tué à Stilu.

Il

l'avait

l'énergique autanl qu'ambitieuse princesse Aloara, dont

a déjà été ques-

tion plus haut. (Juant à Spolète et à Camérino, Utbon, les séparant de

Capoue,

les avait remises
était

au margrave Thrasemond de Spolète. Salerne
à

par contre

demeurée
la

Manso

et

Bénévent

à

Pandolfe.

Durant toute
se maintenir

longue minorité d'IHhon lU, Pandolfe avait réussi à

dans

cette dernière ville,

comme
dès

Landenulfe

et sa

mère à

Capoue.
j)roduit.

A

Salerne,

bien au contraire, un changement complet s'était
III

Tout d'abord .Manso
reconnu

ipii, cri'é

'.17(i

par

les basileis patrice

et anthypatos, avait

la

suzeraineté de l'empire d'Occident j)0ur
fut avec
v
11

cette principauté et

pour Amalfi,
toujours.
Il

son

iils

Giovanni I"

(2)

chassé de

Salerne

et cela piuir

eut ]iour successeur

un noble longoIils

bard, le comte palatin (jiovanni

diLamberto, autrementditJean,
indépendant des Allemands

de

Lambert, qui chercha
Grecs
et s'associa

à se rendre
fils

comme

des

son

Guido. Manso, également expulsé pour quelque
sqij.

{Il
:2]

Voy. Épopée,
Jean.

I,

|)|).

500

MANSO. nur D'A M M. Il
lemps irAniain, y rentra
hieiiliU et s'y

i<M

maintint dans nne comjilète indéla défaite

pendance

elTective,

bien que les conséquences de

d'Othon

II l'eus-

sent forcé d'accepter en apparence

lu suzci"uiicl(''

Ityzanliiie.

Xous avons
M. Salinas,

une preuve de
le

ce

l'ail

par un sceau de ce prince,

retriuni' jiar
la

sa\ant airliéologue sicilien, sur lequel, seul dans
il

lignée des ducs

d'Arnalli,

prend

le (ilre

de palrice

(I).

De même

sin- la

porte du nionas-

C'T"^

Y\

cM.tîf'c«.«xt*rar7ro'THC'«rpoirA/yH C

'f-ùa^ •txr-p

o <T<Cr^Arff-é- -

l

y tu JLiJ^ (iau^

MINIA'l'L'liE il'nn

iniinin^rril

hy:,iinlin

ili's

yaliimulr.
biisilrnti!.

/,i'

(

hrisi

un

ji'fdin dr Oi-llisrmnnr.

Kvangiles du A'/'"' Sièrir île la liihUnlhéqae Cr mannscfif a été cwécnir itmir un

lèi-e

de San Lorenzo
:

dd

l'iann

rnn(l('

par

lui.

il

a\ait

fait

^ra\er ces

mots

Matiso

ilii.r /i/ilr///itsgtii'

coiis/ni.n/.

Xaples aussi,

même

Gaète, (Uaient retombées à ce

moment

sous cette

même
ces

suzei-aineté,
petits

mais ce nNMait ('gaiement fpi'une

a|)|iarence.
et

Kn

l'ail,

deux

Ktats (|emeurèrent presipie ind(''pendanls
à la défaite

les

(irccs

n'avaient pi-esque rien gagné de ce côté
contraire, tous les liens

d'Ollion.
l'Italie

— Hien

au

(jui s'(''taient cri-i'-s

jadis

dans
I

mé'ridionalo,
à l'i'iiuque

entre renijiire

(!'(

Irriileiil el les priiicipauli's et villes

un gid lardes

(Il

Voy.

la crtiviire

de ce sceau

à la

pafre ."20

du

IniiH' I"' ilc

V Epopée.
.•!8

2'.l8

BASILE
fait

II,

LE TUEUR DE BULGARES

OÙ Othon 1" avait
lement.

alliance avor Tète de Fer, se maintinrent intégra-

En
étaient

993, Landemilfe de (iapoin' avait
et

éti'

tué dans

une insurrection,
et

mais Hugues de Tuscie
parvenus
à

Thrasemond, margrave de Spolète
à l'obéissance les

Ferme,
lis

ramener

Capouans soulevés,
des
fils

leur

avaient donné pour prince Laidulfe, encore

un

de Tète de Fer, qui

même, on ne

le

sut que plus tard, avait probablement participé au meurtre

de son frère Landenulfe. Capoue avait été ainsi momentanément conservée à l'influence allemande. Lorsque l'empereur Othon
111

vint en pèleri-

nage au Mont Gargano, Laidulfe
Otlion se déliait de
lui,

le

reçut avec de grands honneurs, mais
à

nous ignorons pour quelle cause. Aussi

peine

l'empereur

avait-il quitté

Capoue

qu'il

envoya une armée contre

colle ville
II

pour y
talla

rétablir sa pleine autoriti'

comme dans

toute la Campanie.

y ins-

comme gouverneur un
et

de ses plus fidèles favoris, son ancien compaqu'il avait fait

gnon d'enfance

de jeux, élevé en Allemagne,
fils

depuis peu

margrave, Adhémar,

d'un prêtre de

Capoue nommé

Balsam, neveu en

même

temps de

la

princesse Aloara.
devait être en Italie pour Otiion 111 ce que Pandolfe Tète
le

Adhémar, qui

de Fer avait jadis été pour Othon

(irand,

commença par

rentrer en

maître dans Capoue. Le perfide LaidullV dut prêter serment à l'empereur
et

donner des otages. Puis Adhémar
on
le

et

son armée allèrent soumettre Narapprochée de Byzance, après
la

ples, qui, elle aussi,

sait,

s'était

déroute de Stilo

et avait prêté

hommage au
suivit la

basileus. Cette république

dut de

même

se soumettre à l'empereur d'Occident et livrer des otages.

Dans une seconde campagne qui

première de quelques jours seufier

lement, parce que Othon, peu disposé à se

à la parole dos Napolitains,

n'avait probablement pas voulu ratifier la convention signée avec eux,

Naples

fui

définitivement domptée par
fut
ville,

le

margrave Adhémar. Son duc,
fois,

Jean IV. magistros impérial,
Laidulfe,
le

conduil juisonnier à Capoue. Cette
avait
|ir(Mi'

prince de cette
ce dernier,

secours à Adhémar, ce qui
(|uo

n'empêcha pas

probabloiiiml

|iarci'

Laidulfe continuait

quand même
et

h consjjirer, de le faire prendre par trahison

dans sa capitale
de l'empereur.

de l'envoyer captif avec les siens à
|)rétexte à ce traitement

Home

auprès

Le

rigoureux

était l'accusation

portée contre

/./îs

pRiNCip.iurr:s [.ongobardes
pris

2',i9

Laidiill'e

d'avoir jadis

jmii au

meurtre de

son frère

le

prince

Lantenulfe.

Othon dépouilla de sa seigneurie
exil

le

mallieureux prince

el

Tenvoya en

on Allemagne en compagnie de sa femme, de plusieurs parmi les prin-

cipaux personnages de Capoue, du duc grec de Xaples et de Lando de
Gaète.

Chacun de

ces infortunés fut interné dans

une

ville différente.

Même
sei-

on sépara Laidulfe de sa femme. Puis l'empereur donna (lapouc en
gneurie
à

son cher
i.j

Adhémar
U'.l'.t.

qui se maintint dans cette

ville

au moins

jusqu'au

octobre
III,

Othon

grâce aux deux visites qu'il avait faites à Bénévcnt, avait

réussi à maintenir jusqu'ici

dans rob('issance Pandolfe
le

II

qui jadis avait

chassé de cette
à Salerne,

ville

son cousin Landolfe,

souverain légitime. De

même

Guaimar IV, successeur vers
II et

le

mois de septembre de

l'an 'J99

de son père Giovanni

de son frère Guido mort dès l'an 988, reconnut

aussi rem])ereur germanique.

A

Gaète enfin, qui avait,
il

elle aussi,

dans

un temps,

rejeté la suzeraineté allemande,

en fut de même. Certaine-

ment

la visite faite

par l'empereur à saint Nil contribua puissamment à
à

ce résultat.

Othon envoya

Gaète en qualité de légat l'évèque Notker

de Liège
Il

(1).

semblait que la suprématie allemande eût été définitivement rélales

bUe sur
fidèle

bases les plus solides dans

les

principautés longobardes. Le
paraissait

Adhémar, de son poste de Capoue,
moindre tentative

admirablement placé

jiour surveiller la

hostile.

Et cependant, à peine quel-

ques mois plus tard, alors qu'Othon
l'an lOOU, tout ce
suffi
le
1 1

III avait
l'a

reparu à

Rome

à la Noél de
11

pays se trouvait, on

vu, de nouveau soulevé.
à

avait

pour cela qu'Adbémar ne put se maintenir

Capoue! Après avoir reçu,
il

mars de

l'an 1000, le

serment des habitants,

en avait été chassé avec

ses soldats

allemands après quatre mois seulement de séjour par une nouLandolfe

velle sédition victorieuse.

V

de Sainte-Agathe,

le

frère de

Pan-

dolfe II de Bénévent,

un rejeton de
le

la vieille

maison princière,

avait été

proclamé à sa place, avec

concours de ce dernier seigneur. Ainsi Ca-

poue

et

[{(n(''Vi'Mf

('(-happaient

ensemble une

fois

de plus

à la

suzeraineté

1

CifuiLiici'l]!, Lj,.

ril,,

p. -o-'.

300

BASILIC

II,

LE TUECR DE IlCHi.lliES
lui
i'i-li;i]ip(''ix'iil

d'()tliou.

Kii

uiriut'
aii^si

(riii|i<

;ui>si

SaltTiiL',

Naples

\^l]

el

(îaélo.

Ainalli

se

irmlit iinlrjieinlaiite
ilaiis |r

et

son duc Jean Petrella

arliiira le lilre
iièreiil

de jialriee. Mrine

(lnuKiine religieux, les cliuses tuurla

à

ravanlagc des Jiyzanlins au détriment de

suprématie

alle-

iiKuiile.

A

la

place de rarchevèque

All'aii

de Bénévenl imirl en
i|iii

Hinl,ce

lui

un

aicliiprètre de race
le

grecque du nuiu de Byzaiilms

lui ilii.

On

possède encore

sceau de ce personnage.
si

De

toute cette liistoire

confuse,

il

ressort nettement que dans toute

cette région

l'iinpiie d'Occident venait
el

de
dr

jierdre
liasi'ule

|iresi|iie

subitement

beuucnup de len-ain
byzantine a\
ail

que par un

ell'el

ini'vilable l'influence

rejuis d'aulanl. l^e calepano (irégoire Trachaniolis avait
la

eu ce bunlieui- et cet art de porter

puissance des basileis

à

un degré

depuis buiglemjis incoimu, en apparence plus solide que jamais, dans toute
l'Apulie. de lui restituer

une grandeur qu'on n'avait peut-être pas vue

depuis les

lenipr?

de Justinien.
j'ai
fait

Lu document
Dans
ce

précieux signé de ce person-

nage, document dont

parlé déjà(2), aujourd'hui conservé aux Archives
foi
:i^.

du Mont-Cassin, en
de Tau
ce
et «
(i.'iOS

«

sigiilion

»

en date du 2

l'é\rier

de

la

Création qui correspond

à l'an IDDII
«

de l'Ere chrétienne,

haut fonctionnaire s'inlitule glorieusement

protospathaire impérial
la

catépano

»

d'Italie ».

11

confirme au monastère du Mont-Cassin

pos-

session de certains biens. Sur son sceau, naguère appendu à ce docu-

ment, son

nom

est écrit

«

Trachaniotis

».

Les princes longobards reconet Amalti.
le
Il

naissaient l'autorité de ce personnage.
fallait
11

De même Naples

s'en
cas.

de peu que

Rome

et la Sicile

ne se trouvassent dans
le

même

y avait

de (juoi inquiéter fort

jeune empereur

j)eu

endurant de
lui

sa nature!
et le

En même temps do
i janvier

graves symptômes de désaffection pour
à se faire

pape Sylvestre commençaient
le
1(1(11,

jour dans
|)alais

Uome même. A

peine de retiiur,
avait

dans smi

de l'Aventin, Othon

dû mettre
et

le

siège devant Tibur révoltée qu'on appelait déjà Tibori

ou Tivori

qui se soumit vite du reste.

Puis en février une violente
grossissant furieusement,

sédition avait éclaté dans la Ville sainte qui,

(1)

mourut déjà vers
(2)

(3)

Le duc Joan IV. échappé aux prisons d'Allemagne et restauré dans sa souveraineté, 10(13 ou 1004. Son fils Sergios IV. trenle-qualriome duc. lui succéda. Voy. p. 294 et la vignette de la page 200. Voy. Trincliera, op. cit., a" XII.

oriioy
(Irviiil

III

.1

A'irc.v.vi;

301

rapidement

prcsijiic ^l'iii'imIc

Tmis
ilc

jni[i> (liii-;mt, l'eiiiprirur lui

assiégé pai' les éinrutin--- ilans smi [lalais
(iévn'iisciiicnt le

FAMMilin. Ddivri',

il

liaruiigiia
les

peuple

ilii

liaul il'iiiie
à

Imir

d

piiiiil

sévèrement

cum-

paMes dunt
inouïs.

les clii-fs fiirenl ini>

nimt avec des rarUnemenls de cruaulé

Le

l(i

IV-M-icr

KIOI. sr sfulaiil

devenu un

nlijrl ilc

haine pour
ii'

les

liomains, Ininbi' d'ailliMirs dan.s uni'

pi-niiuidi' lur^laïu-olie,

jeune empe-

reur quitlait presque clandestinement en compagnie du pape celte ville

K
MINIATURE BV/AXTIXE
la
iliin li-ès i)récinuv

Dibliothcqu:: Satiomilr dr

Madrid.

h.i

manascril de /'Histjice de SUjiitzès, di; (lutte dff ytierriers riiss 's. Les [ainnix

inonoxyh'S on bariiues

ftiilcs il'an setil

tronc d'arbre.

de

Uome

qui

lui

avait iMé
les

si

clirre et
liants

il

ne devait plus revenir.

En

mars nous letrouvons

deux

personnages habitant ensemble au

fameux monastère de (classe près de Ravenne.

Le jeune empereur

y [torla pour un temps la rolie monacale, l'r/'oc-

cupi' de rétid>lii' à loul pri.v à
à Ga|ioue surtout, sa
li's

Home
et

et

dans

les

principautés longobardes,

suprématie
il

son prestige fortement ébranlés par
à la

(lei-iiiers

évé'uements,

rassembla une grande armée composite
allemandes.

fois

de troupes italiennes
il

et

En même

temps, ]ioursuivant
la

son rêve chimérique,

recommença des négociations avec

cour de

Constaiitinople pour son mariage avec une princesse imjjériale. Ce lurent
là les

négociations
il

si

fâcheusement interrompues par

la

trahison de IMiiet

lagathos dont

a été question plus haut.

Pour ce double but guerrier

302

BASILE
le

II,

LE TUEUR DE BULGARES
se proposait, Orseolo,
lui être il'un
le

iiiiUriinoilial ijuo

jmiiie
île

empereur

doge de

la

naissante république
11

Venise, piiuvail

immense

secours.

se décida à l'aller voir secrèlenienl
et
il

dans sa capitale après

les fêtes

de

Pâques
venne,

passa auprès de

lui

une nuit demeurée fameuse. Rentré à Rala
fin

y demeura jusqu'à
le

du mois, occupé à réunir
les principautés

les

troupes

qui devaient

conduire par

Home dans

longobardes.

Puis

il

se mit en

marche par Forlimpopoli, brûlant de
il

se venger des
la

Ro-

mains. Le 4 juin déjà

campait sous

les

murs de

Ville rebelle,

près de l'antique et suj)erbe basilique de Saint-Paul bcus les Murs. Mais
les portes

de

Rome

lui

demeurèrent obstinément

closes.

Ton! juin, tout

juillet se passèrent

dans cette situation étrange. Les troupes allemandes

ravagèrent

la

campagne romaine sans que l'empereur, redoutant un échec,
donner
l'assaut. F'resque tout ce

se sentit de force à

temps Othon

fit

sa

résidence à Paterno, vieille et sombre petite cité au pied du

mont

Soracte.

Tout
le>

à

coup,

modifiant brusquement ses plans, rem[)ereur quitte
les

abords de Rome, laissant
et

troupes assiégeantes sous

le

commande-

ment du patrice Ziago

d'autres à Paterno sous celui du comte Tanimo.
il

Toujours en compagnie du pape,

marche avec
Il

le reste

de ses forces sur

Salerne d'abord, sur Bénévent ensuite.

assiège cette dernière ville et la
ses murailles (1).

prend après avoir passé tout
vers
le

le
il

mois d'août sous
est de retour à
fois

Déjà
il

milieu de septembre

Ravenne. En octobre

est

à Pavie, puis

regagne encore une

Ravenne, attendant d'Allemagne des

renforts qui lui permettront de châtier la résistance inattendue des

RoTodi

mains. Le lo décembre
à

il

marche à nouveau vers
le

le

Sud.

Il

assiste à

un cuncile assemblé par
le
2.3

Pape

et

y célèbre
le

les fêtes

de Noèl. Mais

déjà
liiiile

janvier 1002, abimé sous

poids de ses malheurs, voyant

l'Italie

soulevée contre
il

lui, in(piiet

des

symptômes de

rébellion

renaissant en Allemagne,

exj)ire

au cliàteau de Paterno, dans

les

bras de

son cher pape Sylvestre, sans avoir pu rentrer dans Rome, victime, au dire
de la légende, des enchantements de
Il

la

veuve de

l'inriu-luné Crescentius.

n'avait |ias vingt-deux ans!

(1)

Voy. Mystakidis,
II,

o/;.

cil., p.

liO.

O'i

aiil.'iir

poiise ijudlliciii

III

sr ivcmicilia à ccUl-

occasion avec Pandolfe
Palais Sacré
le

et

que
le

désir ijuVrait

en échange, se chargea ilo sucLUiilei' auprès du jeune empereur d'épouser une princesse hyzantini'.
ccliii-ci.

NOUVELLE AMnASS.UiE ALLEMANU E
(Hhoii
III

A

BV/ANCE

3n:l

mourait sans
ti'n])

[josU'i'ib',
ilii

sans alliance
(•Iii'nni(|uem'

même, au momciil
Laiulolfe,

précis où, suivant le

href récit

l'arche-

vcque Arnollc de Milan, envoyé
précédente

pai' lui

dans

la

seconde moitié de l'année
e|

à (Imistanlinoiile à la lète d

une nouvelle

luillanle
la

ambasla

sade de chevaliers et de prélats pour réclamer en smi
«

nom

main de
à

merveilleuse
(2), allait

»

jeune

Porpiiyrogcnète

(1)

jadis

promise

l'iiilaga-

thos

voir sa

demande

accueillie

avec pleine faveur au Palais

Sacré
relle,

(3). Basile,

en

effet,

toujours

fin politique

malgré sa bravoure natudifficultés sans

ne demandait qu'à être pour toujours débarrassé des

cesse renaissantes du côté de l'Italie afin d'avoir ses coudées entièrement

franches du côté de la Bulgarie.

Il

paraîtrait
et

même, on va
la

le

voir,

que

le

mariage avait été formellement convenu
arrêta l'issue.

que seule

mort d'Olbon en

Nous ne savons,

hélas!

que peu de chose sur
III

cette

seconde ambasde sa défunte

sade des envoyés d'Othon

en Orient auprès des

fi'ères

mère,

et

sur

le

chef de cette mission, l'archevêque de Milan, nouvel ('mule

du fameux Luitpi-and, après trente-trois années écoulées. Les chroniqueurs
latins

nous racontent seulement que

le

prélat diplomate fut reçu avec

de grands honneurs. Après avoir consacré quelques jours à se refaire des
fatigues de son pénible voyage,
le fit
il fit

richement caparaçonner son cheval
x

et

ferrer de fers d'or retenus par des clous d'argent,

Tous

à

Constan-

tinople, dit ÏHistoria Mediolanpnsis, admirèrent la
jiar cet

somptuosité déployée

ambassadeur au plus grand honneur de l'empire d'Occident, de
et

l'empereur Othon
officielle

de tout
le

le

peuple italien.
le

«

Lors

de la réception

au Palais Sacré,

basileus Basile

faisant asseoir à ses côtés

alors

que tous

les dignitaires palatins et les

hauts personnages ecclésiaslui

tiques demeuraient debout, s'entretint

longuement avec

par l'entremise

d'un interprète.
Arnolfe. par
édifiante, se
III

la

distinction et

la

grâce de son attitude, par sa piété
à l'envi les

a |e| |ioiiit

aimer de tous, disent

sources conImiIIu,

temporaines, (priioblinl sans peine tout ce qu'il demandait.

après

(1) «

Filin ullrfi oninpx ririjiiuis xiilrmliilix^inin ».
p. 267.
.s.s'..

(2) (3)

Voy.

Voy. Clmmicon N'ivnle.w, Pcrlz. Mun. lien».,

<.

VI,

1,1

304

liA.<ILi:

II.

LE TUEUR DE HULGARES

trois

mois de séjour,

il

quitta Constanlinople. ayant pleinement réussi dans

sa mission.

On

lui rendit les

mêmes honneurs
la

qu'à {"arrivée.

En

janvier

1002,
le

il

débarquait à Bari en compagnie de
hélas! ne

princesse impériale dont

nom.

nous a pas
des

été conservé, rapportant les

dons

les

plus

riches
il

et les ]ilus raies,

monceaux

d'or

et

de pierres précieuses. Ilélas!
la

v tronva laniionce imprévue, territianle. de
il

nmrt d'nilidn. D'abord,
Mais
trois

paraît-il.

nd'usa d'ajoulcr

foi à iiiir Irllc calaniilt'.

jnurs après

CALICE B\ ZASTiy
perles.

*'n

onyx
A'"'

a%-ec mcinînri' fin urf/enf

oa A7""

Siècle.

ilorc enrichi''

de

pierreries et

de

Trésor de Saint-Marc

Venisi'.

ces affreuses noiivrlli'>

lui

fiiriMil

nnicicllnnent confirmi'es. Ce
ol

fut

une

scène lamentable.

An

niilirii cli's

plaintes, des santibiis

des cris, l'arche-

vêque

et la

jeune Porphyrogénète qui avait tant cru devenir impératrice
e| la

d'Occident, se séparèrent

pauvre fiancée en larmes

reprit tristement

avec son impérial cortèiie
frères les

le

chemin du

l'alais

Sacré où l'attendaient ses

deux empereurs.
triste

«Cette

aventnre nnns
le

e>t suriniit
r('cit

cunnuc,

dil

M. ^lystakidis, par

V Historia Mediolanensis dont

constamment

très coloré, parfois
véi'ité.
»

entièrement légendaire, contient certainement un fond de
Gesta d'Arnolfe signalent
île

Les

même

rini|iressioii favorable pi'odnilcsur le

ri.\Nr.\iLLi:s

hXTin-: (rriinx

irr

uni-:

i'<ii:fuyi:iii,i:M-:ii-:

30s

|)ïi>ilriis

Hasilr
les

jiiir

I

,iiiili:i>>;Mliili'

il'l

lllinii

l'I

l.iccnnl

>i

l'arilniiciil

luIiT-

vi'iiii l'iilrc

deux

]iai'lirs

jimir

li'>

liaiiciillcs

dr

la |ruiu' l'iFiiilivroiiéiièle

avec

l'i'inprrciir

de (icriiianie

(I).

Oerlaiiiriiieiil la iiriiKes>e doiil Ir Inillaiil el cliarinanl

souverain d'Oc-

CALICE BYZANTIN en onyx avec
Saints] ornée de pierres (ines.

superbe monture en urgent iloré et éiiudllc {bustes Trésor rie Saint-Morr à Venise. A'"'-" oa XI"' Siéele.

(la

cidentbriiïiiait ainsi la

main

idail

une de ses

trois

cousines germaines,

lllles

du

liasileus (]ons(anlin. (.'l'Iaiciil 1rs seules

jeunes [irinccsses de

la l'aniille

peul-ùlrc un rcho de ces l'uuiruilU'S impùriales dans ceUo indiciilion de que « le roi des Russes Vladimir épousa une princesse du nom d'IIéléno qu'il Tlii^ liiiar a ramena de Grèce et qui avait été auparavant (lancée à Tempereur Othon 111 simplement confondu deux princesses byzantines qui. ni l'une ni l'autre, du rl^,le, ne ,se sniil appelées Hélène: Anne, sœur des empereurs liasile et Constantin, née deux jours avant la mon (le son père Romain II, devenue depuis l'an 'JS'.i, depuis treize années déjà à l'époque de la mort d'Otlion III, l'épouse du grand-prince Vladituîr, et sa nièce Zoé, fdlc de son frère Ciinstanlin, fiancée treize ans plus lard à Otlion III. Mais il n'en demeure pas moins certain que le ilironiqueur germanique avait entendu parli'r ch' res li.meailles du jeune empereur
I

Hii irUdiivi-

Tliielniar

'.

avec une l'orpliyroj.'énèle.
:t!)

306

l:

ASILE

11.

LE TUEVll DE BULGARES
vivant à IJyzame.

impériale macédonienne
1002, Zoé, la secuntle
|niisc|ne, lors
la
|iai'

altu.s

A

ccllr i'|Hi(jue, en l'an

rani;' il'àge,

devait a\oir vingl-denx ans environ,

de son mariage avec Romain Argvros en 102S, trois jours après
pi'ini-esse

ninri

di'

son père, celle

en avait
et

(jnaranle-liiiil. !>e ses

deux

sœurs, l'une. Tliéodora.

('lait

plus jeune,
la

laulre. Kudoxie. jdus àgc'C.

Mais crllc lirruièn', délignrée par
i'eligieuse. Iticu pri iliahlenieid ihuir
ipi a

pililr vi'rnle. avait enihrassi' la \ie
s

il

agi! ici de

Zoé puisipic

nmo savons

prés de cinquante ans, lors de son mariage avec

Romain Argyn»

celle princesse conservait

encore

les traces
le

dune

beauté extraordinaire.

Rien des raisons avaient poussé
IV'nnue au Palais Sacré.

jeune empereur à chercher ainsi

Lui

ipii,

plein de piété,
|ias
jeli'

nous

dit

le

chroni(jiU'ur
le

LaiiduHr, lenait

à se

marier poin- ne
naluirllcuicnt

perdre son
les

âme

par

désordre
oi-icii-

de sa \ie. a\ail loul
l.ile

veux sur

celte

uninn

ipii.

du

même
la

coup, aplanirait toutes
les

les difticultés entre les
la

deux

empires pour
sule ilaliennc.

souveraineté sur

provinces méridionales de
désir de créer

pénin-

l'uis aussi,
le

dans son
île

vil'

un empire romanovoyait un avantage
tant

germain, sur
à contracter

modèle exact

celui

île

Byzance,

il

une union avec une princesse du
le

sang de sa mère

aimée. Certainement

doge Pierre Urseolo, par l'amitié qui

l'unissait
à
la

aux deux maisons impériales, avait dû contribuer grandement
reuse issue de ces négociations rendues bi'usquemenl iiuililes par

l'heu-

nmrl

foudroyante du jeune empereur.

Avec

le

mystique

et la

chevaleresque Uthon

lll ra\i à la lleur

des ans,
I",

s'éteignit en

Allemagne

descendance mâle du grand empereur Othon

foiulateur de la glorieuse

maison de Saxe. La nouvelle de
le

cette

mort

inliniment pr(''maturée ébraida
les luttes rratricidesall'reuses

monde

el l'unit

tous les coeurs.
le

On devina

dont

elle allait

devenir

signal pour l'empire

d'Occident h ml entier.
(pie le
et

Une

j)oétique légende raconta
la belle

aux nations naives

jeune César avait aimé
celle-ri, après
I

Stephania,
]iar

la

veuve de Crescentius,
la

que

avoir eiudiaîné

l'amour, avait vengé

mort de

son époux en empoisonnant son amant.

Le cor p- du
ra|qiiirli''
-iiii

lii''ro>

ciMii-unni' lui. suixaut

son dernier

dé'sir,

pieusement

à

liaver>

I

llalic

mmiIiv le, se> bra\ es guerriers teutons laisant h
|rur~ cnrp-. par drlà les Alpes glacées jnsipi'à

iTrcuril un rrniparl

ilr

i

/jVCf;/,'.*/o.v8

sMi!fA.'!i.\r..<

r:x

itauf.

am
d Alicinagiic, où

la \illi' imjiiTialr, iii-.(|ir;i Ai\-la-( ilia[ic|li'. rii \iiMlli'
iHl
Illil

ti'i'i'i'

rciiscvrlil
|i(iilll

li>

JiMir ilr l'ài|Ur<, le
di' ~ii||

il

lliaiiclii'

'i

a\

l'il.

Sa

ili''|i(illil|r

Iir (l"]'-

i-iiimiir rrllr

ycrr

r\\

cclli'

Halir

-j

ilnrr.

-i

l'iini'-li'

an\

(

Hhunidcs.

Le papf
1(1(1.'!.

Sylvi'slrr <iii\il de
liicii-aiiui'.

|n'i''s

dans

la

lomlir.

di''<

Ir

12
1rs

mai

ilc laii

sou finjM'reur
«

(

Mi

ajirrrdil ciu'iirL'

dans

souterrains

auiiustes des

GrottesVaticanes

», asile

fantastique de tant de grands souve-

nirs, l'inscription de son

tombeau, unique débris de ce

monument

disparu.

Laissons l'Allemagne se drdiallrr dans

!(<

hiuibles infinis de l'avène-

ment de Henri

11.

(roubles

(pii,

pdui'

un

ipcti

dr temps.

enip(''(di('i'ont le
cpi
si
il

nouvel empereur dOccident de s'occuper aussi sérieusemeni
drail des all'aires de la Pi'uinsule, et revenons à l'histoire, hélas

le

vim-

I

obscure,
à

presque complètemenl

inconnue,

ries

thèmes byzantins

d'Italie

celle

époque.
Il

semble

ipie la

li'ève

entre Byzantins et .Musubuans

ait

subsisté

quelque temps encore. Peut-être
niotis

même

le «

catépano

»

(irégoire Trachaet

en

pnifita-t-il
pliid'il

pour

inciter les Sari-asins de Sicile

d'Afrique à
(erreur

molester
géniM'ale.

les

Ktats buigidiards'.' Le:! août 10(12. en

elVel. à la
.

une NiMNlalde armée arabe parni de\ant
rua vers (japoiie qui
ri'ussil à

Hi''ni''\-enl

(

lelle

même
ai;e.

nuil, elle se

repousser ceKe allaque >au\

Alors ces envahisseurs insaisissables cournreni d'une traile jusqu'à .Naples.

Avec (pnd succès?

dit

Aniari.

Nous

l'ignorons.

Adus

l'ignorerons proba-

blement tuujouis. Probablement aussi ces terribles pillards durent bien
vite battre

en

retraite, peut-être

après avoir imposé à la République napoli-

taine quelque lourde capitation M).

Dans

l'anni'e suivanle.

KKKi.nims voyons
el

les hostilités

recommencer

sérieusement entre Byzantins

.Sarrasins.

Ln mars,

ceux-ci, déliarqué-s sur

un

point

dn

liltoral

du

golfe

de

Tareide,
imi

s'en

voni
il

inulilement
s'auil
di'jà

assiéger .Montescaglioso (2).

L'an d'aprè<,

KKlt.

ne

(1)

Nous devons

lu coriii.iissauci'

ilr

rriii'

iniiirsion sairasine i traviTs les priniip^uilHS

longoljartles à la C/ironir/iif
faits
;i

dr
'.'>(>,

SainU'-Sftii/tif tir

lîrnrmit.

FioiiinaM

de

salerne

plare ces

l'annce précédente 1011.
Cliriiiiit/ue ilr hu/jux,

2!

M.
«

Chrnniiiur iiimiii/mr
Monle-iiNieliosn
>.

ilr lliiri.

Murait donne
n/<.
<-ii.,

la

el dit

II

Monlecavoso

»

an lien de

Knhlsclnietler.

p.

;i2.

date de 1002 de nièine.

308

/'.ASILE

II,

LE TUEEI! DE liULCARES
piraterie,

plus de simples incursions
table.

«le

mais d'un

état de guerre véril'Italie.

Un

fait jiar

extraordinaire a lieu qui épouvante toute

Les Arabes,

cniiiliiil-

un renégat,

le

caïd Safi

(I), le «

général de l'indolent Djafar,

poussent l'audace jusqu'à venir assiéger

catépano

»

Grégoire Trachadepuis bien long-

niotis ilans sa résidence de Bari! C'était la

première
à

fois

temps que
place
<le

les

Sarrasins osai(>nt s'attaquer
i2).

une

cité aussi considéral)le,

guerre de premier ordre

^lOUS

sommes

mallienriMisement conuiir Imijours à peine renseignés
sur ces événements
étranges

que

nous

;iinicrionstant à connaili'c

en détail.

Que

ne
!('

jiossédons-nous
journal de quelque
liari

habitant grec de

racontant jour après

jour ses impressions
di'IlVdj

à la

vue des

innombrables voiles
C AIJ(
'

F.

BYy. W'IIX in S'irtioine, arec montani
.

en 'tn/rnl

iloiv.

sarrasines accnnranl
di'

yi-mniéf. Inscription /<jfus«
't'résoi'
(II'

en émaiL

X"''

oa

XI""' Siccli;.

loin

Saint-Mitrr à Venisi;.

sur

lus llols
le

pour bloquer
de sa
vilb'
ii.ilale.
.'

port

tniidi<
n

qiif les

mercenaires arméniens ou russes au

service du

cati'iiano
!

de
I

iîyzaiice

montent

la

garde sur

les liants

remparts

à

cn^neaux

llidas

nous ne connaissons rien de
curiosité

pareil. Novis

n'avons |iour assouvir notre

que quelques phrases éparses

dans de brèves

et

arides chroniques.
réalité'

>"ous ne savons en

qu'une chose,

c'est

que malgré

la

défense

énergique opposée par
et

la

garnison elles habitants, Mari, assiégée par terre
les

par mer depuis
sur
le

di-

longues semaines, depuis

premiers jours de mai,

était

point dr siiccond)er.

La

cliri'lirnté épioriM- allait assister

une

(1]

Youssof?
np ciL.
I.

2' (lifselircclit,

Il,
I

uulf de

lu p. G2I, lixoiivi'C

plus de raison,
la

mu

sejnble-l

il,

la «ialo

de
'</'.

ce.
<

sil-gc