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Didier, Jean. Condillac. 1911.

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LOSOPHES ET PENSEURS

Jean DIDIER

Condillac

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BERKELEY, par JKA\ DmiER. Un v.i). in-16 br..ché~'6'/7). t.ar le m.me. Un \<-L in-)C hruehé 6?7). CONDILLAC. broché < ~/3). GUYAU, p.~r PAUL AROtA~xAULT. ('n\o'.tn-U' MALEBRANCHE, p.r J. ~)A~~TI~ Un \-«!. in 16brochc(~'6~). P/~CZ~DE.V.V~AT P.~t/S

Un vot. in-!C bruche r/t' .?.?7L. 0 60 ARISTOTE, )'ar P. A).'A):r-. BUCHEZ (t79G-)8~5). pnr G. CASTEt.LA. Un \ct. in-!U broché ?~). 0 60 COMTE, "a vie <'t <'M'/oe~-f'~< par MicnEL SAL«AUGUSTE 060 MD~.Unvot. in-tëhrnché~t* Un pnr F. MExrR): COURNOT, y-ro/cs~Mr t/c /</tt~M/)/ 060 vot.in-Tibr~-hé~t'~Y~ <t la CH. DARWIN, par K~tLE THOt'vEREx. /~u/e< br"ci)és ~e~rc'' de 7'oM/o~M. Deux vo). in-t6 ~<ït'tt/~ 1 20 ~t" ~.?.?-~?.9~ t'ar !lEfRt !.ExcRAKD,<j/f«eu/' EPICURE et l'Epicurisme, Un vol. in-)G hro'')~ ~t'.?~). 0 60 ~t/o.'M/e. Un t'ar E. Ht:URHRR. ~~rt'~<' (le ~o/t~. J. G. FICHTE, hrn.-t)e~ 060 vot.in-16 CH. FOURIER, )'nr A. LAFOXTAi~E. Un vol. in-tf! broché 0 60 CM). GALILEE, ptr le baron CARRA !)E VAUX. Un \nL in-t6 0 60 hrn(-h<. rn' .?C.?). p~r A. Dut-'RHC~'t-. Un vn). in-T! brnché < ~y~). 0 60 GOBINEAU, Un vo). in-tti brcché TH. JOUFFROY, p~r Mi<;HEL~ALO~ 060 r/t'?). Un E. HANT par EuGÈ\E BEURUER, a~r~c de ~'t/ntccr~c. vol. in-~6 hro.~tc ~0. 0 60 )'H \AUx. Un vol. in-16 bro;'fr le baron CARRA LEIBNIZ, 0 60 ché même. Un vol. in-t6 broche LEONARD DE VINCI, par )e 060 ~57.?). 0 60 JOHN LOCKE, par jEA~r DiniER. Un vo). in-16 broché CM* '~r le baron CARRA DE VAUX. Un vo!. in-16 broNEWTON, ché 0 60 ~.?7j. 0 60 PHILON-LE-JUIF, par M. Louis. Un vol. in-16brfM:hé~'5~. RENOUVIER, par PAUL ARCHAMBAULT.Un vol. in-16 brnché 0 60 ~5.9~). SOCRATE, par GEORGE- CHA'.TILLOX. /tC~tCt< C< /Ct~M C< en ~/)'7o<o~Af'e. t'n vo'. in-t6 broché ~n' 0 60 avant La Philosophie par At.BERT Socrate, grecque a l'Liriceraite rle Berne. Deux vol. LECI.i`Rt?, nrol'esaerrr 1 20 in-lf, hrochés ~?/.). HERBERT Un \c). in-16 SPENCER, par E\ttt-ETHOuvERE/ broché 0 60 .?.?/). BENOIT par Pn. RoRRHH~ Un vo). in-t6 broché SPINOZA, 060 ~?). pirEMnE THOuvËREx.A'u/ejt~M/'a/aT'~c~e STUARTMILL, </M lettres de Toulouse. Un vol. in-16 broché ~t'J~ 0 60 0 60 H. TAINE, par MICIIEL SALO~~o~. Un vol. in-16 broché CM* F/0;. ~'< ~V" placés à la .<M<~ des colurnes indiquent la numérotation des ouorages <~<ï~a la Collection Science et Religion

7 1 ET 3. RUEFRKOU '<UEDUCAMVET ICI!: et Traduction Reproduction interdites . PLACE SAINT-SULPICE.PW~O~OMB~ BT PENSEURS C~NDILLAC PAR Jean DIDIER PARIS LIBRAIRIE BLOUD C~ 7.

DU MÊME AUTEUR John Locke (~<~). Berkeley (~7). i vol. i vo!. . Sous presse L'Ancien Stoïcisme.

de style cu d'histoire. à elle seule. ne comptent guère que les introductions aux éditions classiques du Trcité des . mis à part les ouvrages vieillis de Robert et de Réthoré. mais développement intérieur. En France. Colonna d'Istria a d'excellentes pages dans un article sur Pinel. affermissement de leurs rapports de dépendance. Mais nous avons cherché à montrer l'unité et l'homogénéité d'une doctrine très cohérente et fortement systématique. L'œuvre de Condillac est touffue et confuse 16 volumes dans Fédition Lecointe-Durey de 1821-22. On ne trouvera rien ici sur le professeur de grammaire. Lyon. est issu d'une idée fausse. Le livre de M. Picavet et G. . quelques lignes. Condillac et la psychologie anglaise contemporaine. Hôffding lui consacre deux pages Uberweg-Heinze. Dewaule. M.y~û~ (livre I) de MM. Il y a eu non pas évolution. à un triple point de vue élargissement extensif. l'Histoire ancienneoumoderne contient 8 volumes.Préface Condillac est un philosophe méconnu. Aussi pensons-nous offrir à l'étude de Condillac une contribution sérieuse et jusqu'à maintenant inexistante.y<M. approfondissement intrinsèque des principes.

CONDILLAC 1 Vie et ouvrages.
Etienne Bonnot de Condillac, abbé de Mureaux, naquit à Grenoble en 1715. Mably était son aîné; sa tante. Un de ses oncles, grand M°"~ de Tenci prévôt de Lyon, avait confié l'éducation de ses deux enfants à Jean-Jacques Rousseau, qui y passa l'année 1740. Condillac le connut en 17~2. «J'ai vu dans un âge assez avancé, dit de lui Rousseau dans l'Emile, un homme qui m'honorait de son amitié, passait dans sa famille pour un esprit borné cette excellente tête se mûrissait en silence. » Dans les Confessions, il écrira plus tard « Je suis le premier peut-être qui ai vu sa portée et qui l'ai estimé ce qu'il valait. » Il le présenta à Diderot « ils étaient faits pour se convenir, ils se convinrent. » Ils dînaient les trois ensemble, une fois la semaine, à l'hôtel du Panier-Fleuri, au Palais-Royal. Jean-Jacques le fit dépositaire d'un manuscrit où se trouvait le dialogue Rousseau juge de Jean-Jacques. En 1746, Condillac avait publié l'Essai sur /'c~ humaines; leTraité des sys~r~ des c<?~M~~y en 1749. Diderot y fit de larges emprunts pour ses articles Divination et de l'Encyclopédie. Condillac n'y collabora jamais. Depuis longtemps, Locke, lu dans latraductiondeCoste(Condillac ne savait ni l'anglais, ni l'allemand), était son livre favori. Il était alors lié à Duclos, à d'Alembert, Mairan, Cassini, Barthélémy, Helvétius, etc. En 175-}.,parurent le Traité des sensations et le Traité des ~M/r.

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CONDILLAC

Quelques années après, il fut appelé à Parme pour être précepteur de l'infant, petit-fils de Louis XV. L'élève avait 7 ans. « H fallait être enfant, écrit Condillac, plutôt que précepteur. Je le laissai donc jouer, tout et je jouai avec lui mais je lui faisais remarquer ce qu'il faisait, et comment il avait appris à le faire sur ses jeux étaient un nouet ces petites observations veau jeu pour lui. Il reconnut bientôt qu'il n'avait pas qu'il avait cru toujours été capable des mouvements lui être naturels; il vit comment les habijusqu'alors il sut comment on en peut tudes se contractent acquérir de bonnes, et comment on peut se corriger des mauvaises. » Il se familiarisa « en moins d'un mois )) avec les idées philosophiques fondamentales de son maître. Comme faisaient les hommes au « le prince bêcha son champ, début de l'histoire, sema du blé, le vit croître, le vit mûrir etle moissonna. » ainsi les leçons de choses et la Condillac pratiquait « Je vous donnerai, disait-il à son élève, philosophie. dans l'espace de quelques jours, l'expérience de plusieurs siècles. Ils lurent d'abord ensemble les poètes français, Racine surtout. « Nous nous bornâmes, pendant un an à la lecture de Racine, que nous ou même davantage, de fois. De tous les une douzaine recommençâmes c'était le plus propre à former le goût écrivains, aussi le prince l'apprit-il presque tout par cœur. » Le latin ne fut abordé qu'après. « Quel avantage auraisje trouvé à lui faire lire en latin des choses qu'il n'aurait pas entendues en français? » II l'apprit facilement, par la lecture, non par la grammaire. Puis, furent lus de Corneille, tout plusieurs tragédies Molière, tout Regnard, tout le théâtre de Voltaire. Enfin, pendant six ans, ils firent de l'histoire. « Je considérai l'histoire comme un recueil d'observations qui offre aux citoyens de toutes les classes des vérités relatives à eux. Il faut que l'histoire soit un cours de morale et de législation. » Un choix est à faire dans

publication Cependant.En 1765. défendre. l'Académie française. sera la maîtresse. qui comprendra a les former les sociétés civiles.COXDtLLAC 7 tout ce qui a concouru « a les faits. célèbre Tronchin Condillac. » Condillac avait composé. et que sa femme. il y gagna même la petite vérole.S~~7 </<? où il prêchait la des réflexions études ~y/c~M~ et les vertus de Lacédémone. il ne parut plus aux séances. tion parut à Deux-Ponts. avec une touchante sollicitude. beaucoup plus que dans la mémoire qui s'en charge. autrichienne et superstitieuse. l'Art l'Art de raisonner. rudesse républicaine En même temps. La cour d'Espagne s'opposa. l'élève apprenait la physique. l'attaque mathématiques. lui prodigua des soins paternels. et la défense des places Louis XV avait envoyé deux plans de places fortes en relief. où il succéda à d'Olivet. il en avait de ces ouvrages. le prince régna. à les corriger. » et l'épreuve ne fut pas sans péril. Condillac revint à Paris. à les détruire.son cours d'études:Ia Grammaire. et en 1782. et on sait mieux les choses « Voulezqu'on est capable de retrouver. il publia le traite . commerce et dit gorcEn 1766. « J'apprends qu'il passe la à Voljournée à voir des moines. « Les vraies connaissances réflexion qui les acquiert. Les ouvrages de M"" du Châtelet l'avaient initié à Newton. Mably écrivit pour le prince sur I'. Il fut élu à En 1767. à la empires. ~t'~ l'Art de penser. à les perfectionner. » Une division en périodes se termine chaque fois à une « révolution~. une édicirculé beaucoup d'exemplaires. de Condillac étaient Les principes pédagogiques sont dans la excellents. écrivait d'Alembert taire en 1760. les même le calcul différentiel. » Et encore vous écarter les flatteurs ? Il n'est qu'un moyen soyez L'infant fut inoculé par le plus éclairé qu'eux. l'Histoire et moderne) des hommes et des (ancienne ~~y~ en 1775. Il était déjà membre de l'Académie royale de Prusse. Dans la suite. de 1769 à 1773.

très populaire alors. procédait là comme tou« Supposons une peuplade » jours par hypothèse la monarchie des Troyens. Condillac. de la part des physiocrates Le Trosne et l'abbé Baudeau. était membre de la Société royale d'agriculture d'Orléans. le comte Potocki. Say se moque de ce Mais l'auteur avait le mérite de « babil ingénieux s'élever contre Quesnay. Henri Baudrillart sur la monnaie. et aucun des adversaires ses qu'a rencontrés sa doctrine. et éclaircit même certains principes d'Adam Smith. laissant inachevée la Langue des près de Beaugency. au nom du Conseil prédes jeunes Polonais.s COXDILLAC c<9/ ?'<?/<?~<?~/ /<r<?. on ne donne jamais valeur égale pour valeur de Condillac est dominée égale. et contre de l'industrie sa théorie de l'improductivité matières Il annonça brutes et richesses sont synonymes. quelques mois avant sa mort. Il y a bien peu d'écrivains xvm~ siècle de qui on puisse faire un pareil éloge. écrit M. comme on avait demandé à Rousseau un traité Z?/~~~z~~<?~<?/?/ de la Pologne. dont sur la richesse des nations l'Essai parut la même le trouve excellent année. ce sont les besoins les valeurs. Le livre parut en 17SO. Toute la philosophie par l'attrait des besoins. Il voulait faire la langue de la science économique. cd!/c~ Elle parut en 1798. Hn 1777. n'a pensé à attaquer célèbres au mœurs. fut d'une acharnés dignité parfaite. » sacerCondillac n'avait jamais exercé les fonctions dutaies. II :fWM/. fit quelque bruit et suscita une polémique L'ouvrage assez vive. J. . où chaque qui déterminent est supposé s'enrichir d'un gain quelcontractant conque. entière consacrée au travail.-B. avec une nouvelle édition « Sa vie tout (définitive) de ses œuvres complètes. dans l'échange. dans sa terre de Flux. D'après notre auteur. lui demanda posé à l'éducation une Logique. Grimm y voyait le catéchisme de cette science. Picavet. Condillac mourut en 1780.

afin d'acquérir comment nous devons les conduire. sinon tout à fait développées. mais l'Essai sur des connaissances sa première humaines. Condillac est l'élève de Locke. L'hypothèse ne fait que corriger la théorie du tact et préciser l'art du discernement. où il montre une sagaen général pour les détails cité singulière. production. le 7~~ des sensations. . Il n'eut Son grand tort fut pas le courage de le recommencer. toutes les conceptions de sa philosophie ultérieure sont implicitement renfermées. Notre Condillac détermine ainsi le but de l'~y~ premier objet. Sans doute. non pour en découvrir la nature. Dans ce livre. l'ouvrage dillac n'est point. observer avec quel art elles se combinent. déconsidérer les facultés intellectuelles de l'entenIl n'a pas donné une analyse complète dement. comme innées.LAC 9 II Analyse de l'entendement fondamental de ConL'oeuvre maîtresse.COXDir. « C'est lui qui a le plus contribué Il est neuf pour le fond et connaître l'esprit humain. primordiale que toute connaissance il s'est ouvert Mais Locke l'a démontrée le premier et frayé une route qui n'avait point été battue avant à me faire lui. de la statue qu'elles peuvent acquérir. comme on le croit d'ordinaire. Bacon le premier qui ait aperçu cette vérité est peut-être vient des sens. Certaines conclusions n'apparaissent avec toute l'extension pas dans toute leur ampleur. mais pour en connaître les opéraet tions. celui que nous ne devons jamais perdre de vue. Mais il manque d'ordre et de méthode il entreprit et continua son traité par occasion. c'est l'étude de l'esprit humain.

le but même de Bacon et de Locke. La méthode suit. » fondements ducondillacisme: texte Ce texte contient les fondements du condillacisme il s'agit de découvrir un fait premier unique. soit parce qu'elle est moins la source des idées que le canal par lequel elles découlent des sensations. Elle doit montrer sensiblement quelle est la source de nos connaissances. 7/ faut remonter à l'origt'ne de nos idées. « Ce n'est que par la voie desobservationsque nous pouvons faire ces recherches avec succès. par là fixer l'étendue et les bornes de nos connaissances. ce me semble. il n'y en a plus qu'une. Locke distinguait deux sources de connaissances la sensation et la réflexion. origine de tous les autres faits de la conscience. tout en affectant mo- . » Donc. soit entre ell~s. « Les sensations et les opérations de l'âme sont les matériaux de toutes nos connaissances matériaux que la réflexion met en œuvre. quels instruments on y emploie. Condillac admet cependant qu'il y ait des impressions si légères que.10 COXDtLLAC toute l'intelligence dont nous sommes capables. et nous ne pouvons aspirer qu'à découvrir unepremière expérience que personne ne puisse révoquer en doute. du développement de ces faits à partir du premier la liaison des idées. Le 7Y~ la source des des sensations est plus explicite soit parce que la réuexion connaissances est « une. par quel principe ils sont mis en œuvre. quels en sont les matériaux. le premier et le moindre degré de la connaissance. J'ai. Pour son disciple. n'est dans son principe que la sensation même. trouvé la solution de tous ces problèmes dans la liaison des idées. repris et précisé. en ~Z~/0/~< (il appelle cela en faire ia~~c/o~ les suivre jusqu'aux limites que la nature leur a prescrites. soit avec les signes. et qui suffise pour expliquer toutes les autres. et quelle est la manière dont il faut s'en servir. c'est d'apercevoir. Perception et conscience sont identiques. et l'instrument de la « génération ». et ~~CMZ~M~M~M' C'est.

» L'attention est une perception dominante. nos besoins. Elle suppose deux choses la direction des sens ou des organes sur un objet. on peut considérer la tension des sens comme une activité psychique. La direction organique n'est que la cause de l'attention. Or. Voilà donc une opération de l'entendement qui a un nom. « On n'écoute que ce qu'on veut entendre par préférence et l'organe agit pour se fermer. exclusive. est une opération de l'entendement. à tout bruit qui pourrait nous distraire. elles ne laissent pas de trace dans la mémoire. . nos passions. s'il y a des esprits animaux. Il y a des instants où « quoique éveillés. j'ignore même si les nerfs sont l'organe du sentiment. Quelque chose se passe dans les nerfs et le cerveau. « J'ignore. Telles sont les actions faites par habitude. » (Grammaire) Les choses attirent notre attention par le côté où elles ont le plus de rapport avec notre tempérament. dit-il. Ou bien. cette action. De l'attention dérivent toutes les opérations de l'âme.I! n'y a ni cordes tendues. Je sais seulement qu'il y a un mouvement qui est le principe de la végétation et de la sensibilité. ni celle des fluides je n'ai en un mot de tout ce mécanisme qu'une idée fort imparfaite et fort vague. Mais il y a là faute d'attention uniquement. ni empreintes. Je ne connais ni le tissu des nbres. en quelque sorte. nous ne faisons que végéter les sensations ne sont que des La nature de la perception est ignorée. ainsi considérée. ni la nature des solides.CONDILLAC 1ï mentanément la conduite. dans la Logique. les objets nous nos habitudes en sont la paraissent tout différents cause. mais nous ne savons exactement quoi. D'abord la ~M~~Mc~ c'est-à-dire le sentiment par lequel nous rapportons à nous-mêmes nos perceptions et les reconnaissons. ni traces. sensations sa cause physique inconnue. la sensation même de l'objet plus particulièrement remarquée. Changent-ils.

Mais l'imagination non seulement omet les idées intermédiaires. vif et qui seul équivaut aux autres. Si cet état n'est tel le « qu'il que passager. Par là les idées se lient de mille manières différentes. en effet. L'imagination réveille la perception même. Locke y voyait l'origine de la folie. Ce même effet peut . H n'est rien. pour s'exprimer.12 CONDILLAC L'attention a pour effet premier de fortement t entre elles. L'invention des combinaisons neuves. il donne lieu à un trait ou l'expression mourût » de Corneille. à prosecours portion qu'elle est plus régulière. Voilà certainement Afin qu'on restât fou. mosaïque « Dieu dit que la lumière soit. consiste à faire pas proprement des idées. » S'il dure. et la lumière fut. Tout avec lesquelles dépend de la vivacité et de l'abondance les esprits se portent au cerveau. il est inimitable. Nous ne créons dispersées. L'enthousiasme choisit le sentiment le plus forte qui. lieu à des antipathies donnent et à des penchants bizarres. dillac insiste et la l'imagination folie ne peuvent différer que du plus au moins. d'après leur ordre de préles perceptions sentation. les songes les perceptions qu'au réveil on a quelquefois de la peine à reconnaître un moment de folie. Ce dernier a un caractère original. Con« Par le physique. Les liaisons fortes dont dépend l'imagination. il suffirait de supposer que les fibres du cerveau eussent été ébranlées avec trop de violence pour pouvoir se rétablir. Il y en a de deux espèces le talent et le génie. il peut produire une pièce entière. son erreur. L'ordre et la symétrie lui offrent de grands on imagine plus aisément une figure. Elle a son principe dans la liaison qui est entre les idées. mais les liaisons imachange leur ordre dans la mémoire ginées effacent et modifient la chaîne des souvenirs. qui ne puisse prendre dans notre imagination une forme nouvelle de qualités elle fait un tout original. C'est pourquoi dans se retracent si vivement. Il est produit par l'enthousiasme est l'état d'émotion et crée le sublime.

je les cherche. tout entier aux perceptions j'éprouve. mais une imagination déréglée les dirige. et finit par nous porter le poignard dans le sein. L'imagination renvoie aux sens plusieurs perceptions pour une qu'elle reçoit. On ne saurait fixer le point où la folie commence. j'ai sous les yeux les objets mon bonheur. Mes esprits sont dans un mouvement qui dissipe tout ce qui pourrait m'enlever aux sentiments que Dans cet état. Elle diminue ou même dissipe nos peines et peut seule donner aux plaisirs l'assazsonnement qui en fait tout le prix. » Ainsi. c'est l'ennemi le plus cruel nos maux.CONUtLLAC f. Qu'on arrête l'action de mon imagination. La lecture ces romans est dangereuse « pour les jeunes personnes du sexe dont le cerveau est fort tendre ». Quelle prévenmême dans celui qui a le plus tion. Mais quelquefois. Les livres de dévotion donnent des « visions ». « Le pouvoir de l'imagination est sans bornes. Il est vraisemblable que personne n'est exempt de liaisons désordonnées la folie admet l'exercice de toutes les opérations. grin nous fait imaginer des châteaux des esprits sera insensiblement Quand l'impression parvenue à être la même que si nous étions en effett ce que nous avons feint. quel aveuglement.~ être produit d'une manière plus lente. « La réaction de cet organe est plus vive que l'action des sens. je sors aussitôt comme d'un enchantement. nous en elle augmente que nous ayons donne que nous n'avons pas. C'est là l'écueil de la raison pour le plus grand nombre. le d'esprit 1 La même imagination qui l'a séduit. je goûte les plaisirs les plus vits. » Les sens agissant sur cet organe réagit sur les l'organe de l'imagination. que je reçois par les sens et à celles que l'imagination reproduit. sens. séduira encore. le chaen Espagne. La perception d'une douleur réveille dans mon imagination toutes les idées avec lesquelles elle a une liaison étroite. nous prendrons à notre réveil toutes nos chimères pour des réalités. et auxquels j'attribuais .

C'est une coquette qui. Elle « emprunte ses agréments du droit qu'elle a de dérober à la nature ce qu'il y a de plus riant et de plus aimable pour embellir le sujet qu'elle manie. Il est déjà hors de danger que l'on songe à le secourir. Son imagination subitement et vivement frappée réagit sur toutes les parties de son corps. Un instant après. C'est une abeille qui fait son trésor de tout ce qu'un parterre produit de plus belles fleurs. . un fils qu'il croyait perdu plus de douleur. elle affecte la douceur pour intéresser. Par cette explication. le feu se met à sa maison plus de faiblesse. –Un homme tourmenté par la goutte et qui ne peut se soutenir. ici la langueur et les larmes pour toucher et. on conçoit que les plaisirs de l'imagination sont tout aussi réels et tout ~~j-y que les autres. et y produit la révolution qui le sauve. Rien ne lui est étranger. elle exerce son empire surtout. » L'imagination s'aide de tout ce qui peut lui être de quelque secours. dès qu'elle en peut paraître avec plus d'éclat. elle n'enfante plus que des idées monstrueuses et extravagantes. elle prendra bientôt le masque pour exciter des ris. Je n'apporte plus qu'un exemple. » Ces belles pages de l'Essai sont recopiées en partie dans l'Art de penser. tout lui devient propre. Toutes ses fictions sont bonnes. uniquement occupée du désir de plaire. consulte plus son caprice que la raison. revoit. Bien assuréede son empire. quoiqu'on dise communément le contraire.ï4 CONDILLAC je ne les vois plus. lorsqu'elles sont dans l'analogie de la nature de nos connaissances ou de nos préj ugés mais dès qu'elle s'en écarte.» Si elle a surtout en vue les agréments. « L'imagination est à la vérité ce qu'est la parure à une belle personne elle doit lui prêter tous ses secours pour la faire paraître avec les avantages dont elle est susceptible. Là. elle n'est pas opposée à la vérité. au moment qu'il s'y attendait le moins. s'il le faut. La vérité serait souvent froide sans la fiction.

il dispose de son imail ne dépend plus gination et de son attention de l'impression des choses. Mais aussitôt qu'un homme commence à attacher des idées à des signes qu'il a lui-même choisis. un progrès la mémoire est le commencement d'une imagination qui n'a encore que peu de force on peut fort bien se souvenir d'une perception qu'on n'a pas le pouvoir de réveiller. » Aussi. Les signes auxquels est lié le souvenir et qu'il rappelle. La perfection de la mémoire exige une condition spéciale. sans interruption . Ainsi se constituent les <c/ intellectuelles » qui s'opposent aux « idées sensibles » ou perceptions et qui « démêlent x> les nouvelles sensations et permettent de les comparer aux anciennes. arbitraires ou d'institution. Ses besoins ne peuvent donc occasionner que l'exercice de son imagination ainsi il doit être sans mémoire. L'âme dispose alors d'elle-même et de ses perceptions. Dans le souvenir.le nom ou les circonstances d'un objet qui vient de disparaître. La mémoire n'en rappelle que le nom. les bêtes n'ont point de mémoire et sont enfermées dans l'instinct. la contemplation consiste à conserver. les signes. les circonstances. Par contre-coup. Un seul signe arbitraire suffit pour qu'il réveille de lui-même une idée. les . l'âme est active. Or un homme qui n'a que des signes accidentels ou naturels n'en a point qui soient à ses ordres. « Nous ne saurions nous rappeler une chose qu'autant qu'elle est liée par quelque endroit à quelques-unes de celles qui sont à notre disposition. naturels.COXDILLAC i5 L'imagination réveille la perception même ou l'émotion. sont de trois sortes accidentels. on voit se former en lui la mémoire. La mémoire est donc une suite d'idées qui forment une espèce de chaîne. Se rapportant aux deux facultés. « Aussitôt que la mémoire est formée et que l'exercice de l'imagination est à notre pouvoir. l'idée abstraite de perception il n'y a entre les deux que la différence du plus et du moins.

» Celle idée partielle n'a point de réalité horsde notre esprit. Abstraire. puis elle devient générale. Les idées générales sont des « idées partielles ». « extraire » une idée d'une autre à laquelle elle est naturellement unie. » Où se conserve le souvenir? Ni dans l'âme (un dérangement dans le cerveau le fait disparaître). Les idéesgénérales ».) L'attention donne l'éveil à l'imagination et à la mémoire. c'est séparer. Le même mécanisme. quel qu'il soit. de mcme que les sons d'un clavecin qui cesse de résonner. On . La mémoire nous La méparle en quelque sorte un langage d'action. ni dans le corps. Le mouvement. moire d'un air qu'on exécute sur un instrument a son siège dans les doigts. » (Logique. Cette conception ne sont que des « ~c~y purement condillacienne (la théorie de l'abstraction est déjà dans Berkeley) est affirmée dès l'Essai. étant commune à plusieurs objets. le souvenir n'est « nulle part ». se reproduit dans le cerveau et ramène l'idée voilà tout. donne. La réflexion est l'attention appliquée tour à tour à divers objets ou aux différentes parties d'un seul ou bien une suite de jugements qui se font par une suite de comparaisons. De là naît l'abstraction. Ainsi l'idée d'homme « fait partie des idées totales de Pierre et de Paul. conserve et reproduit les idées. Autrement. et il rappelle des idées. dans l'oreille et dans le cerveau.16 CO~DtUAC signes que celle-là rappelle et les idées que celle-ci réveille. cause physique et occasionnelle. » Il ne faut pas se le représenter comme un « vaste magasin ». et en reçoit des secours. comme on a dans les doigts des pièces de clavecin. Le cerveau renvoie auxsens les sensations qu'ils lui ont auparavant envoyées « il passe de lui-même par des mouvements qui lui sont familiers. « On a ses idées dans la mémoire. commencent à retirer l'âme de la dépendance où elle était de tous les objets qui agissaient sur elle. Toute idée est d'abord particulière.

Dès qu'il y a comparaison. » Quoi qu'il en soit. » II suit une conclusion de la plus haute importance les opérations de l'àme~-s'engendrent toutes de la la comparaipremière ». leur résultat. n'est que la collection ou la combinaison des opérations de l'âme ».f didées <3:3j'ï7<?~)) et dans la Langue des calculs « Idées abstraites et noms généraux sont au fond la même chose. il y a jugement. une « double attention ». comme le moi. enchaînement de jugements dépendant les uns des autres.CONDILLAC i7 ne peut pas « peindre l'homme en général )> on ne peut que le nommer. Mais ce principe a cette conséquence énoncée dans la Logique « Sans ~~c~~<ï//<?/~ ~. Il en est donc de même du jugement. Le raisonnement. par la subordination des espèces aux genres selon le degré d'extension. La raison le couronne. parce qu'elle le voit implicitement renfermé dans deux jugements qu'elle a faits. « Il nous est tombé en partage autant de raison que notre état le demandait. n'est aussi par conséquent « que l'attention même déterminée à porter explicitement un troisième jugement. le jugement et le raisonnement ne sont que COXUtLL. « Nos idées commencent donc par être individuelles pour devenir tout à coup aussi générales qu'il est et nous ne les distribuons ensuite dans possible différentes classes qu'autant que nous sentons le besoin de les distinguer. elle n'enferme que des sensations. c'est-à-dir~deïase'osation son. Ce n'est que par elle qu'on peut se conduire sagement dans les affaires civiles et faire des progrès dans la recherche de la vérité. Or. Voilà l'ordre de leur génération. les idées générales nous sont nécessaires pour introduire de l'ordre dans nos connaissances. » ~Zc~~ Ley'&~M~ n'est que la perception d'un rapport entre deux idées que l'on compare. « L'entendement.tC . la comparaison n'étant que l'attention donnée à deux choses.

» Et système qui s'est en quelque sorte fait tout seul. Donc « toutes les facultés naissent d'une même origine les sensations. Le besoin ou privation d'une chose jugée nécessaire par la comparaison des plaisirs ou des peines. vif et continu.IS CONDILLAC différentes manières de conduire l'attention. elle est même la seule origine des autres. Aussi bien. d'où se forment la mémoire et le jugement. n'est-il que la sensation transformée.) Etre attentif et désirer ne sont à l'origine que sentir. Toutes se ramènent donc à une seule. laquelle est une sensation unique ou plus vive. « La faculté de sentir est la première de toutes les facultés de l'âme. occupant notre capacité de sentir produisent cette attention. s'engendrent par un même principe le besoin. Voilà donc le système auquel il faut rapporter toutes les opérations des animaux et des hommes. Sensation indifférente est une expression contradictoire. (La 6~MM~? ajoute « décomposée ou considérée successivement sous différents points de vue. Le Traité des ~~?a~<?~y a l'expression dénnitive elles ne sont que la sensation ~a~c~M~. la transformation de la sensation est subordonnée aux besoins. Et tous nos besoins tiennent les uns aux autres par des espèces de chaînes. le désir même.) x> Condillac conclut « C'est donc des sensations que naît tout le système de l'homme système complet dont toutes les parties sont liées et « C'est là un se soutiennent mutuellement. Par conséquent. manifestation du besoin. » (Traité des animaux. » Du reste. Aimer est tou- . La même attention embrasse et lie les idées des besoins et celles des choses qui s'y rapportent. produit le malaise (léger) ou l'inquiétude (violente) d'où mouvement vers l'objet ou désir. dominant ou exclusif. Nos premières idées ne sont que peines ou plaisirs. qui serait la conscience. s'exercent par un même moyen la liaison des idées. c'est le plaisir ou la peine qui. La passion est un désir habituel. Cette distinction est dans l'Essai.

La satisfaction des besoins nécessaires donne le bonheur. Tant qu'on ne connaît pas ce qu'on a à craindre. que consiste tout le bonheur auquel nous pouvons prétendre. on dirige ses mouvements. La volonté ou désir absolu est un sentiment tel que nous pensons qu'une chose désirée est en notre pouvoir. Je veux signifie je désire et je pense que rien ne peut contrarier mon désir. mais jouissant de la gloire d'avoir fait son devoir. Condillac parle très rarement de la liberté et il se souvient de Locke. on jette l'ancre. on lui obéit instruit au contraire par l'expérience. quand les sentiments ont été les plus vifs. ne sont que deux termes abstraits et ont leur origine commune dans la sensation. on les suspend. Le premier est une volonté douce qui répand le calme dans l'âme la seconde. Il faut. C'est dans le passage alternatif des besoins sentis à la jouissance et de la jouissance à d'autres besoins sentis pour jouir encore. et cette distinction sépare Aristippe et Epicure. est un souffle léger qui peut devenir un aquilon furieux. et nous sommes heureux tant que nous en jouissons. le penchant. Celle-ci ne fait pas le bonheur elle y peut seulement conduire toutes les fois qu'elle est nécessaire pour amener le calme dans l'âme il ne la faut donc pas rechercher pour elle-même. dans son origine. en effet. une volonté vive qui émeut et tend à produire le trouble. Tel Régulus mourant dans les tourments. les degrés sont le goût. l'inclination. que reste-t-il à désirer ? On a suffisamment vécu. Il n'y a plus que des passions violentes qui puissent enlever cet empire. » L'entendement et la volonté ou « faculté qui comprend toutes les habitudes qui naissent du besoin)). Et quand ce besoin a été le plus grand. distinguer deux états l'exemption d'inquiétude et la jouissance même. La liberté renferme trois choses . « Le malaise. on en suit toute l'impression.COND!LLAC i9 jours synonyme de jouir ou de désirer. Celle-là doit toujours être le principal objet de nos désirs.

Il est absurde de réduire le pouvoir à l'opposition de deux actions contradictoires. La délibération n'est qu'une suite de notre limitation et de notre ignorance Dieu ne délibère pas. et par la douleur de ce que nous avons à fuir. La nature nous donne des organes pour nous avertir par le plaisir de ce que nous avons à rechercher. détermination volontaire et bien nôtre. on y démontre comment nous acquérons l'usage de nos facultés. qu'il ne manque rien pour la faire. se promenant ou ne se promenant pas. c'est se connaître libre. qui ne soit pas l'effet des circonstances ou d'une cause plus puissante 3. on a celui de vouloir. Mais elle s'arrête là et elie laisse à l'expérience . quand on veut. si quand on ne veut pas. connaissance. nous en sommes toujours à la liberté d'indin'érence. Se connaître ce pouvoir. On est nécessairement voulant ou ne voulant pas. Nous dépendons des objets par l'inquiétude. Le motif de la délibération est de faire des choix qui ne laissent point de regrets. En observant le sentiment dans sa naissance. Avec Condillac. III La statue et les corps « Le 7Y<M'~des ~y~<?~~ est le seul ouvrage où l'on ait dépouillé l'homme de toutes ses habitudes. Il ne faut pas demander en général si on a le pouvoir de vouloir et de ne pas vouloir mais il faut demander si. Le pouvoir implique deux idées qu'on ne fait pas une chose.20 CONDILLAC i. et la réflexion tient la balance entre les désirs. on a celui de ne pas vouloir et. Toute action peut être considérée comme réalisable en fait ou seulement en puissance. pouvoir de faire ce que nous voulons.

) La statue est bornée d'abord au sens de l'odorat ses connaissances « ne peuvent s'étendre qu'à des odeurs. puis il conclura « Pourquoi n'en serait-il pas de même pour l'homme ? » « Le roman philosophique de cette indigente. sorte de parvenue de l'âme et de la pensée. des idées et de l'industrie d'un homme isolé qui jouit de tous ses sens. la quatrième. le progrès dynamique. elle sera par rapport à nous une statue qui sent une rose . tel est le sujet exact du Traité des sensations. et ne fut point tout à fait contente de la première édition. et t d'achever l'ouvrage qu'elle a commencé. sur le plan et sur les moindres détails ». est neuf et il montre toute la simplicité des voies de l'auteur de la nature. il imagine une statue « organisée intérieurement comme nous. Condillac « Nous ». et nous nous réservâmes la liberté de les ouvrir. qui « eut plus de part à cet ouvrage que moi ». des besoins. qui « m'a dit éclairé. la troisième. Cet objet. le développement des facultés qu'il a analysées dans l'~yja~ Dans ce but. » (G. Si nous lui présentons une rose. du toucher ou du seul sens qui juge par lui-même des objets extérieurs. dit-il. L'ouvrage comprend quatre parties la première traite des sens qui par eux-mêmes ne jugent pas des objets extérieurs la seconde. sur les principes. si riche à la longue. Lyon. » Condillac se propose donc de montrer.CONDILLAC 21 l le soin de nous faire contracter des habitudes. sous une forme nouvelle et ngurée. à notre choix. incluant M"" Ferrand. comment le toucher apprend aux autres sens à juger des objets extérieurs. l'auteur se contentera de ~<n~ ner. Comme nous manquons d'observations sur nos premières pensées et nos premiers mouvements. et animée d'un esprit rivé de toute espèce d'idées. Nous supposâmes encore que l'extérieur tout de marbre ne lui permettait l'usage d'aucun de ses sens. aux différentes impressions dont ils sont susceptibles ».

A ce « Nous en pouvons moment.22 COXUÎLf. et ainsi de suite.y/~t~ qui a été l'objet seconde. une manière D'une façon générale. Bien plus. à leur origine. Si la statue sent ensemble deux il est donc peu odeurs qu'elle a senties séparément. il y a deux attentions. . c'est sans être capable de s'en rendre raison. » En effet. la statue n'est qu'un état unique. pour y substituer un sentiment impressions Elle de l'action des objets extérieurs. nous arrivons enfin à une remonter d'une ~M/c~ pensée . naît la mémoire. même un être borné à l'odorat ne peut se croire que les odeurs mêmes. des sens. il s'agit de montrer que la statue possède « avec un seul sens le germe de toutes nos facultés ». L'Essai avait indifférencié. D'abord une sensation suffit. élevions. actuellement remarquer une troisième qu'elle donne et dont le caractère est d'arrêter les par l'imagination. elle deviendra la sensation qu'elle Voilà donc la statue enfermée en elleéprouvera. « A la première odeur. » La sensation durant et s'affaiblissant. qui l'a été d'une troisième. jusque dans les cieux. uniforme. jamais que notre propre pensée que nous apercevons. » De même plus tard. de la passivité de la sensation.AC mais par rapport à elle ne sera que l'odeur même de cette fleur. lorsque son oreille sera frappée.lorsqu'ellereconnaît d'être. soit que nous descendions dans les abîmes. nous ne sortons et ce n'est point de nous-mêmes. pour parler métaphoriquement. D~mêlera-t-elle plusieurs odeurs qui se font sentir des corps odoriféensemble ? C'est la connaissance deux odeurs rants qui nous a appris à reconnaître dans une troisième. indépendant ne peut toutefois distinguer entre imaginer et sentir. si nous voulons Quelles que soient nos connaissances. la capacité de sentir de notre statue est tout entière à l'impression qui se fait sur son organe. mais la statue ne peut encore discerner l'activité de la mémoire. Voilà ce que j'appelle ~M~'<?/t. « Soit que nous nous déjà posé ces principes.

seront distingués par la mémoire comme dus à des organes différents. il faut avoir dit moi ou je. <ï Avant de pouvoir dire je désire. de rose et de violette quatre. il juge qu'il est le même qui a été auparavant de telle manière. d'abord confondus. non point les figures. En résumé. et il dit moi. Voilà sa personnalité car. cinq. Notre statue étant capable de mémoire. C'est donc à son égard une éternité absolue et elle se sent comme si elle avait toujours été et qu'elle ne dût jamais cesser d'être. Mais avant et après. elle n'est point une odeur qu'elle ne se rappelle en avoir été une autre. Tant qu'un être ne change point. elle n'apercevra qu'une durée indéfinie. puisqu'elle ignore qu'elles viennent de deux corps dinerents elle n'aurait qu'une idée. et à chaque fois son moi embrasserait tous les moments dont elle conserverait le souvenir. La statue ne peut avoir l'idée que du passé elle distingue bien trois instants. six au plus. Quand les saveurs s'y ajouteront. elle n'acquiert du discernement que par l'attention qu'elle donne en même temps à une manière d'être qu'elle éprouve et à une autre qu'elle a éprouvée. La nature et les circonstances nous apprennent donc l'analyse. La vue démêlera les couleurs. Ainsi ses jugements ne s'exercent point sur deux odeurs senties à la fois ils n'ont pour objet que des sensations qui se suc~<~< De même. elle le dirait dans tous les instants de sa durée. Même ceci n'est qu'une imagination vague.CONDILLAC ~3 vraisemblable qu'elle les reconnaisse. » C'est dans la manière d'être où elle se retrouve toujours. où elle fut odeur de jonquille. la statue confondra d'abord les sons ou les saveurs les sons et les odeurs. il existe sans aucun retour sur lui-même mais aussitôt qu'il change. que la statue doit sentir ce moi qui lui paraît le sujet de . si elle pouvait dire moi. <xvoilà son existence en quelque sorte triplée ». où elle ne peut soupçonner ni commencement ni fin.

Impossible cependant de concevoir une couleur sans étendue. ni continuité. elle sent. la statue n'a pas encore pleine conscience d'elle-même. « elle voit. puisqu'il n'en résulte ni contiguïté.24 CONDILLAC toutes ses modifications. Elle ne peut distinguer la veille du sommeil. Cette manière d'être est le sentiment des mouvements respiratoires ou sentiment fondamental. d'un moment à l'autre. Même des sentiments coexistants comme la chaleur. sans savoir qu'elle a des yeux. etc. des oreilles elle ne sait pas qu'elle a un corps ». Alors que le tact lui manque. se dissout et se reproduit ». un grand nombre d'idées se trouve intercepté. Tout ce qu'elle éprouve étant endormie est donc aussi réel à son égard que ce qu'elle a éprouvé avant le sommeil. « parce que c'est à ce jeu de la machine elle en dépend que commence la vie de l'animal uniquement ». Ce sentiment est uniforme elle est comme si elle n'existait que dans un point. elle goûte.. bien qu'ils se distinguent et soient « à cet égard les uns hors des autres ». une bouche. Il en est de même de la couleur. « elle se sent comme une vapeur légère qui. le sentiment de l'étendue semble toujours absent elle ne connaît son existence que par l'impression confuse qui résulte du mouvement auquel elle doit la vie. Même quand le tact lui est donné. un nez. C'est . le chatouillement. aussitôt qu'il est arrivé quelque changement à son sentiment fondamental. Jusqu'ici la statue ne se sent pas encore en possession d'un corps. On sent la douleur comme dans un point toutes les fois qu'on la rapporte à une partie qu'on ne s'est pas fait une habitude de mesurer. Dans les songes. elle entend. Elle pourrait dire moi. Ce phénomène est une surface colorée. plusieurs couleurs contiguës forment nécessairement un continu de plusieurs parties étendues et distinctes les unes des autres. Cependant. le froid. « Dès que chaque couleur est étendue. ne donnent aucune idée de l'étendue.

l'ont privée de toute idée d'étendue.CONDILLAC 25 ainsi du moins que nous l'apercevons nous-mêmes. à la staOn ne peut refuser cette perception tue car elle sent qu'elle se répète hors d'elle-même~ autant de fois qu'il y a de couleurs qui la modifient. et ne connaissant croit être. étendue c'est pour lui une qu'un sentiment vague étendue sans bornes. En tant qu'elle est le rouge. et qu'il se trouve également dans chacune. et les sensations. tant qu'elles n'ont pu se démêler. Elle se sent donc comme une étendue mais cette étendue n'est pour elle ni une colorée surface ni aucune grandeur Elle n'est déterminée. Il est à la fois toutes les couleurs et puisen même temps qui le modifient qu'il ne voit rien au delà. parce que l'idée de surface suppose l'idée de solide. elle se sent horsduve!t en tant qu'elle est le vert. Il se trouve pris entre deux principes qui « Vous ne sauriez faire contradictoires apparaissent . se sentirait donc comme une surface colorée. il est tout. Notre statue. il se sent comme étendu. et parce il n'a de son qu'il n'aperçoit rien qui le circonscrive. fois par plusieurs couleurs. et ainsi du reste. elles ne l'en privent pas absolument. lorsque cette uniformité » Mais et cette confusion cessent. » Comment donc la statue se connaîtra-t-elle étence La première édition contenait due. il est par rapport à lui comme s'il était immense il est partout. lorsqu'elle juge qu'elle est à la fois plusieurs couleurs. idée qu'elle n'a pas et qu'elle ne peut avoir. qu'il a été uniforme. pas une surface. Condillac ne fut point satisfait de ce texte il ajouta dans la deuxième partie un quatrième chapitre tout nouveau. Elle n'est pas non plus une grandeur déterminée car une pareille grandeur est une étendue renfermée dans des limites. il ne saurait s'apercevoir comme circonscrit parce qu'il est modiné à Iz. elle se sent hors du rouge. corporelle? critère très approximatif tant « Si le sentiment. Il lui semble qu'il se répète sans rien au delà des couleurs qu'il fin.

si elle ne lui faisait jamais apercevoir les sensations qu'il éprouve que comme des modifications qui ~~< tiennent qu'à son âme.? . Par là. « Il faut absolument que notre corps porte sur quelque chose et que ses parties pèsent les unes sur les autres. De là naît une perception qui nous les représente comme distantes et limitées et qui par -conséquent emporte l'idée de quelque étendue. et sans doute aussi ce mécanisme aura été choisi et ordonné par rapport à la nature de l'âme. . Cet artifice. » De m&me « On ne peut avoir l'usage des sens qu'on a'ait aussitôt l'idée de l'étendue avec ses dimensions. devait s'étendre. le moi. elles ne s'étendent point au delà. La nature ne lui montrerait pas son corps. et « les sensaelles ne peuvent tions ~ar~'M~~ ~M'a être que des manières d'être de cette substance elles sont concentrées en elle.J:') > CONDILLAC de l'étendue qu'avec de l'étendue ». G. » M. )> « Les sensations ne sont pas dans les organes )) ~6~M'~?~ qui ne sont que causes occasionnelles. C'est tout ce que nous pouvons savoir à ce sujet. au lieu d'être concentré dans l'âme. se répandre et se répéter en quelque sorte dans toutes les parties du corps. par lequel nous croyons nous trouver a~. Dans la première doctrine de Condillac est très i' nette.~<?~ organes qui ne sont pas nous proprement. L'embarras. et ce moyen ~tait de lui faire apercevoir ses sensations non comme des modifications de son âme.découverte que fait un enfant est celle de son corps. « La première . Voici la solution de la difficulté. Lyon voit là une naïveté. La difficulté est plus profonde. qui en sont autant de causes ~y occasionnelles. constante. mais comme des modides organes. La nature n'avait donc qu'un moyen de lui faire connaître son corps. a sans doute son fondement dans le mécanisme du corps humain. L'idée de l'étendue est primitive. la contradiction sont flagrants.

mon âme mon corps. saisirait le bâton d'un bout. l'âme se sent « comme si elle était répandue dans tout notre corps » le sentiment ne peut se tromper sur « la manière dont on La clef de l'énigme nous apparaîtra paraît sentir ». du rayon. bientôt. l'autre étendu. produit une sensation. au premier moment qu'elle toucherait. la statue ne peut savoir qu'il existe des objets exté~y. des Systèmes. force que nous éprouvons nous ne la remarquerons à un être point comme appartenant dans un simple. De même qu'elle ignore d'abord qu'elle a un corps. ils ne lui montrent rien au dehors. mais cette sensation ne se rapporte à l'autre pas d'elle-même extrémité du rayon elle reste dans l'œil. » Dans le Traité des ~MM. ces textes. » (Condillac à cette comparaison semble tenir particulièrement qu'il « Les rayons Il dit ailleurs attribue à Descartes. » Dans l'Art de raisonner enfin. nous la sentons comme répandue tout composé. est une contradiction manifeste. à modifier l'âme. Si l'odorat et l'ouïe ne donnent aucune idée c'est que par eux-mêmes bornés des objets extérieurs. toutes mes sensations ne me paraissent que les modificationsd'unemêmesubstance. Condillac « La Dans le 7Y~ écrit en nous-mêmes. Un seul moi formé de deux principes sentants. elle ne s~étend pas au delà. L'unité de personne suppose nécessairement l'unité de l'être sentant elle suppose une seule substance à l'occasion des impressimple modifiée différemment sions qui se font dans les parties du corps. et l'œil est alors dans le même cas qu'une main qui. même « Je ne sens pas d'un affirmation (contre Buffon) sens /~M côté mon corps.f.r<y/~ est donc une des premières qu'ils » L'Art de penser reproduit transmettent. I! en est de même de la vue l'extrémité qui frappe la rétine. et l'œH peut être regardé comme un organe qui a en . et de l'autre. l'un simple.CONDILLAC ~7 Celle du . sont à ses yeux ce que les bâtons sont à ses mains.

elle se sent également dans toutes deux. qui se sent modifié dans la main. ses propres sensations ». avec cette différence que le moi. Il en est de même de l'ouïe. la statue est incapable de supposer lui viennent par les sens. donc une sensation par laquelle l'âme passe hors et l'on commence à comprendre comment sa poitrine elle découvrira des corps. Avec que ses impressions le toucher tout change. elle l'y sent. Le toucher fera contracter aux yeux de juger sur une surface les couleurs. » Cette comparaison est comde la théorie plètement pour les partisans logique <:scientifiques de la perception incidence. le moi.cesse de se répondre. ne se sent pas la main dit moi.~s CONDILLAC quelque sorte une innnité de mains pour saisir une innnité de bâtons. elle ne modifié dans ce corps. l'habitude L'œil a besoin d'elles-mêmes simples et inétendues.) Privée du tact. réflexion. « Elle ne se borne plus à juger l'odeur de la fleur. C'est donc le tact qui révèle à la statue le monde Et c'est lui qui en informe les autres sens. reçoit pas la même réponse. elle en forme tous les autres de solidité. La sensation la consistance dans un cas. non « les corps en euxmêmes~. et toucher une odeur dans une figure ». « elle croira sentir une figure dans une odeur. » Si différentes odeurs sont réparties dans différentes figures. Elle sent sous sa main une continuité du moi. il ne lui arrive plus de se confondre modifications. avec ses Ainsi. Elle à l'odorat des idées qui n'appartiennent attribuera qu'au toucher. La sensation de ~o/~7~ a ceci de particulier qu'elle fait saisir deux choses qui « Voilà s'excluent et où cependant l'âme s'aperçoit. « Mais si elle touche un corps étranger. . Comme elle en a formé son corps. extérieur. qui se répondait. leur en donne dans l'autre. qui leur a donné de objets. qui devient ainsi plus subtil. » Distinguant et sa main. La statue juge par là ses manières d'être tout à fait hors d'elle. elle « n'aperçoit que » Cependant.

et toutes les diverses sensations. Seul le tact forme des « Toutes nos connaissances touts. la statue les distances. ~<M~ )) à localiser. tant qu'ils n'ont pas été instruits.<?~' qu'elle sent en elleà circonscrire. obstacle. viennent des sens du toucher. De soi. un spectacle enchanteur que qui n'a de magnificence ». les distend sur Au les objets. parce que c'est lui qui et particulièrement instruit les autres. il n'y a proprement La pour eux ni haut ni bas. Je ne sens que moi. parce que. « mesure elle les voit où elle les Le renversement de l'image n'y met aucun touche. il sépare les couleurs. qu'il nous donne. relatives. la surface lumineuse est égale de l'œil et apparaît immense.CONDILLAC 29 des secours du tact pour se faire une habitude des mouvements propres à la vision pour s'accoutumer des rayons ou à rapporter ces sensations à l'extrémité et pour juger par là des distances. Le tact décompose sorte la lumière. des à peu près grandeurs. je crée ou j'anéantis Il fait des cieux etde la terre tout ce qui m'environne. et c'est dans ou plutôt je ne ce que je sens que je vois au dehors vois pas au dehors mais je me suis fait une habitude sensations de certains jugements qui ~orA?~/mes en quelque où elles ne sont pas. à la surface extérieure tour à tour sa main de ses yeux En conduisant sur les corps et des corps sur ses yeux. ~a/ les force ~y. Les parce qu'il y répand ses propres sensations autres sens sont « comme des extensions du tact n'avait pas toujours Condillac pensé ainsi. des situations et des figures. Dans l'Essai sur l'origine des connaissances humaines. ne sont que des modifiCette sensation constante est la cations de l'étendue. Le tact est donc bien le sens révélateur de l'étendue en nombre infini. base de toutes les idées.<«7~<? /Mz~y. il à refuse au tact tout privilège spécial par rapport . Cette analyse est due au tact. seul mouvement de ma paupière.» Devant les yeux. Le mouvement leur apprend la distance.

au contraire de Locke. Je ne remonte pas plus haut. figure. « M. De quelque sens que l'étendue vienne à notre connaissance. des couleurs. situation.3o CONDILLAC l'étendue. « toute la nature n'est qu'un point mathéma« Il me suffit que ceux Condillac reprend tique qui voudront ouvrir les yeux conviennent qu'ils aperçoivent de la lumière. Il me semble qu'on peut aujourd'hui démêler à peu près ce qui appartient aux yeux et ce qu'ils doivent au tact. » Mais Mol yneux n'alla pas jusqu'au bout de sa conception. L'observation de Cheselden manque de netteté il faudrait enfermer le sujet « dans une loge de glace ». parce que c'est là que je commence à avoir une connaissance évidente. » La section « De quelques jugements qu'on était intitulée attribue à l'âme sans fondements. « Le Dr Bardai est le premier qui ait pensé que la vue par elle-même ne jugerait -d'aucune de ces choses » distance. » Voltaire renchérit encore sur « Bardai » (Berkeley). grandeur. Condillac est converti « On doit rendre à M. L'œil est de tous les sens celui dont nous connaissons le mieux le mécanisme. de Voltaire a ajouté de nouvelles il écrit « Nous apprenons à voir précilumières sément comme nous apprenons à parler et à écrire. » L'extériorisation reste due à la sensation de solidité. elle ne peut être représentée de deux manières différentes. etc. je vois autre chose qu'un cercle plat. » Dans l'~4~ de penser. Pour cet auteur. Condillac récrira « On ne peut avoir l'usage des sens qu'on n'ait aussitôt l'idée de l'étendue avec toutes ses dimensions. Quelle est la doctrine vraie de Condillac? L'adop- . le résout affirmativement l'aveugle-né distinguera du premier coup à la vue un cube d'une sphère. » Dans le 7~M~ des sensations. Il reprend le problème de Jt~c et. Molyneux la justice d'avoir le premier formé des conjectures sur la question que nous traitons. Enfin. de y~ des grandeurs. « Quand je regarde un globe.

Batteux. Ils sont « ses seuls. Tout le développement unique <: loi ». La solidité les extériorise. il se réduit à ceci à la représentation c<5/< ~z~ de l'étendue une réaction visuelle. des objets « passeraient comme des ombres et ne laisseraient point de traces ». A un autre point de vue.COXDILLAC 3f î a-t-elle tion de la thèse de Berkeley simplement dans la trame de sa introduit une coupure temporaire pensée ? Il est certain qu'il fut au début simplement nativiste et chaque sens possède immédiatement la notion implicite de l'étendue. Le 7Y<K*~des sensations suscita à son auteur quelinattendus. s'oppose affective interne qui m'avertit de ma limitation propre. de la Quant au privilège solidité. autres ne peut se produire que par un tour de passepasse. Dans la Lettre sur les yCM~f muets à l'adresse de ceux y~<?/ ytK'ZM/ (t~Si). la statue sent tout naturellement corps et les autres corps comme étendus. était. Condillac maintient ses de la statue a pour positions. maîtres ». il reprend ses idées premières. pour seule « cause ». Plusieurs écrivains réclaques déboires mèrent pour eux-mêmes la paternité de l'hypothèse de la statue. Il est évident que le sens de l'étendue ne peut naître que de lui-même. au contraire. Diderot le premier. il est important les embarras de notre auteur lui viennent tous de la théorie Le sens de l'étendue étant berkeleyenne. Dan& sans expérience sa vieillesse. Si le tact seul. La vue extériorise de soi le tact. Le plaisir et la douleur sont« l'unique prinSans eux. au contraire. C'est lui qui la fait passer de l'amour-propre à l'amour d'autrui. pamphlet anonyme à l'adresse de de l'inversion. Toutede remarquer que les difncultés~ fois. son supposé inné. révèle la connaissance du corps propre et des l'étendue. chacunepourvues . à propos imaginée une société de cinq personnes. le besoin. les impressions cipe » de ses opérations. riorise.

Buffon se mit sur les rangs. Après Diderot. On peut dire que l'image . Tout à coup j'entendis des sons. l'abbé de Condillac. » Et encore « N'en déplaise à M. aussi une statue Bonnet imagine l'âme. à la suite de Lange. l'abbé de Condillac. qui se termine par trente et une questions posées au fut profondécontradicteur Buffon. Il reproche à Buffon de croire qu'un animal qui vient de naître peut juger à l'odorat seul de la nourriture et du lieu où elle est. il représente fois de ses sens Adam jouissant pour la première « J'ouvris crus d'abord que tous ces les yeux. il y a loin de l'analyse de celui-ci au superficiel bavardage de celui-là. « Elles pourconnaissances à merveille. « M. est dernière. j'écoutai longtemps. ront toutes être géomètres. il faut savoir écrire. Dans son Histoire naturelle de /c~~ (17-~)).1 1 CONDILLAC était que seules les d'un seul sens. dillac fut vexé. Lyon. s'entendront et ne s'entendront qu'en géométrie. )) Grimm médisait. a noyé ~a statue de M.).je objets étaient en moi et faisaient partie de moi-même.5) de La Mettrie a servi à Condillac aussi à Hérodote. quand on veut être lu. et je me suis persuadé que cette harmonie était moi. qui raconte une certaine histoire de Condillac connaissait cette Psammiticus. de Buffon dans un tonneau d'eau Confroide ». roid'Egypte. Mais lui imposer de tels antécédents tout simplement ridicule. » Le morceau a une allure magninque et grandiloquente. il fit le Traité des animaux. Celui-ci. écrit encore Grimm. la verdure des prés. la conclusion abstraites sont communes. suppose qu'un de /'a~ texte d'Arnobe cité dans l'Histoire ~M~<? il renvoie (i7. La Harpe s'associa à ces critiques. le cristal des eaux. G. discerne la voûte céleste. )) Grimm écrivait « II faut convenir qu'il y a plus de génie dans ce peu de lignes que dans tout le Traité des sensations. dans son Essai sur ~M M. ment blessé. dit-on. Pour se défendre. qu'un homme qui ouvre les yeux avant d'avoir rien touché.

Dès son premier ouvrage. puisqu'elle nous fait toujours remonter à l'origine des choses.CONDILLAC 33 était dans l'air. élevé parmi les ours. pour qui le 7Y<M'~des sensations « contient tout le siècle ». Et le succès fut grand. par ce moyen. de dénnitions mais. et d'un jeune homme de Chartres qui. Il avait « de quoi plaire aux femmes spirituelles de cette époque ». Notre auteur parle plusieurs fois d'un enfant de Lithuanie. Mais CONDILLAC 3 . « Elle ne consiste qu'à composer et décomposer nos idées pour en faire différentes comparaisons. IV L'Analyse et la science La méthode de Condillac est et veut être l'analyse. donc l'unique qui doive être suivie. et toujours dans la gradation la plus simple. mais l'idée est proprement condillacienne. se mit à parler. » Elle n'a pas besoin de propositions générales. et pour découvrir. Michelet est mieux inspiré. Cette dernière anecdote se trouve déjà dansLa Mettrie. Elle est ennemie des principes vagues et de tout ce qui peut être contraire à l'exactitude et à la précision. par une espèce de calcul. (Picavet). Elle a cet avantage qu'elle n'offre jamais que peu d'idées à la fois. l'~f~~? sur l'origine des connaissances humaines. Ainsi. subitement à vingt-quatre ans. les rapports qu'elles ont entre elles. et les nouvelles idées qu'elles peuvent produire. On aimait alors les histoires piquantes. Cette analyse est le vrai secret des découvertes. il en a une conception très nette et qui demeurera invariable. « elle est la seule méthode qui puisse donner de l'évidence à nos raisonnements ». elle cherche la vérité « en expliquant la génération de chaque idée.

Dans la Logique. Elle a créé les arts et les sciences. exactement comme font « les plus petites couturières )> ou les horlogers. L'analyse résulte du concours de toutes les opérations intellectuelles elle est l'observation successive et ordonnée. vous savez refaire. et il est nécessaire de recomposer. « II est nécessaire de décomposer. CO~M~M duire toutes les autres. pour connaître le tout. Condillac ne changera rien à cette théorie. Remarquons bien en quoi consiste au juste l'analyse. » C'est à la connaissance que nous avons acquise des opérations de l'âme dans leur . par consé~"<?~M~ qui a dû proquent. nous le connaîtrons autant qu'il est en notre pouvoir de le connaître. Car si vous savez faire. « Que je considère un objet par le côté qui a le plus de liaison avec les idées que je cherche. Toute la difficulté se borne à savoir comment on doit commencer pour saisir les idées selon leur plus grande liaison. qui résulte de la réunion des qualités connues. écrit-il dans l'Art de raisonner. et si vous savez défaire. pour connaître chaque qualité séparément. » Ainsi fait-on pour un corps cette double opération faite. et par là apprendre l'art de faire de nouvelles analyses.) C'est la méthodemême de l'invention. l'analyse se fera presque sans effort de ma part. »(Logique. » L'analyse est « proprement le levier de l'esprit. Il faut. il répète Nous ne décomposons que pour recomposer. je pourrai observer jusqu'aux ressorts les plus subtils de mon esprit. et à mesure que j'avancerai dans la connaissance dela vérité.34 CONDILLAC elle «suppose une grande connaissance des progrès des opérations de l'âme ». De même. je découvrirai tout. Voilà tout l'artifice :il est simple. c'est la liaison des idées. et on défait pour refaire. dans la Langue des calculs « On fait pour défaire. Je dis que la combinaison où cette liaison se rencontre est celle qui se conforme à la génération même des choses. vous savez défaire. mais ira l'approfondissant. La condition et le moyen de l'analyse.

leur langage sont autant de problèmes à résoudre. » (Langue des calculs. Elles doivent se tempérer mutuellement. Voilà tout son art. que par cette raison l'on ne lui dérobera pas. mais cette liaison est quelconque elle a besoin d'être dirigée. le sujet d'un drame étant donné. « Je doute qu'il y ait beaucoup deproblèmesplus difficiles que celui-là. En effet. et il va devant lui. en suivant les relations naturelles. « L'analyse fait les poètes. qui en est le commencement. allier ainsi agrément et justesse. voici le problème que propose Condillac au terme de l'~ry~' « L'ouvrage d'un homme étant donné. L'analyse a donc pour but. En effet. Dans le fond. le « principe ». à nous apprendre la conduite que nous devons tenir dans la recherche de la vérité.) Or. quels talents il a et peut acquérir ainsi la première pièce de Corneille contient tout le reste. pré« On cisément c'est ce qu'omet de faire la y~ . dont elles dépendent uniquement ». et tout problème se résout par l'analyse. nos connaissances doivent former un système où les différentes parties rendent raison les uns des autres. le fait premier qui explique tout le reste. et « où elles se rapportent toutes à un premier fait bien constant. voire du L'imagination. Il commence parle commencement. Du reste.) L'empire de l'imagination finit où celui de l'analyse commence. art simple. de découvrir I~idée. la liaison des idées est le grand « ressort )> intellectuel. les caractères. comme elle fait les mathématiciens. principe dans la liaison des idées. ~7Y~ des systèmes. De là. a son style et du génie. l'imagination n'enfante que des rêves extravagants elle n'invente rien. elles diffèrent du tout au tout. de la mémoire et de la pensée. Seule. déterminer le caractère et l'étendue de son esprit ». suspendue ou arrêtée par l'analyse. le principe explicatif par excellence de l'habitude. trouver le plan.CONDILLAC 35 progrès. Qu'est-ce donc que le génie ? Un esprit simple qui trouve ce que personne n'a su trouver avant lui. elle aussi.

nécessairement que l'esprit monte et descende tour à tour. La synthèse prétend tout définir et par là arrive à des absurdités tel Wolf qui définit l'existence. Telle est l'erreur des Grecs qui pensaient par des définitions montrer l'essence des choses. parce qu'elle est la méthode des philosophes. sans affecter l'ordre. qui ne connaît pas l'ordre naturel. et qu'on pourrait raisonner en s'interdisant à son choix toute composition ou toute décomposition. parce qu'il n'y a pas de « connaissances premières ». . en affecte beaucoup. parce qu'une suite de raisonnements n'est et ne peut être qu'une suite de compositions et de décompositions. le complément de la possibilité. et surtout des innéistes. » Qu'est-ce à dire ? L'analyse observe et cherche le fait explicatif. en a naturellement.sy//e'~A~?~tM/ et « à perte de vue ». la vraie analyse. est celle qui commence parle commencement. pour fatiguer l'esprit sans l'éclairer. En quoi diffèrent donc ces deux méthodes ? En ce que l'analyse commence toujours bien. d'où l'on déduit par la pure logique. Or il n'y a pas de tels principes. il en résulte donc que l'existence est le complément de la nonimplication de contradiction. et la possibibilité la non-implication de contradiction. Il serait absurde d'imaginer que les deux choses s'excluent. et que la synthèse commence toujours mal. Il appartient donc à la synthèse de décomposer comme de composer. pour qui . Les principes ne peuvent être que des résultats aptes à soulager la mémoire. et il appartient à l'analyse de composer comme de décomposer. il faut décomposer. ou il lui est essentiel de composer. parce qu'elle est la méthode de la nature.36 CONDILLAC suppose que le propre de la synthèse est de composer nos idées. par maximes et principes abstraits. la synthèse procède à priori. Aussi. c~lle-ci. comme de décomposer. par définitions décrétées de primeabord. Celle-là. les philosophes ont-ils réalisé jusqu'au <ï néant ». et que le propre de l'analyse est de les Qu'on raisonne bien ou mal. En un mot.

IIs renversent l'ordre dela génération de nos idées. parce que. dans toutes. Or une démonstration n'est pas une démonstration. c'est analyser. elle conduit du connu à l'inconnu par le raisonnement. posée ~r~'c~ Celui-là part des faits. ou elle en est une rigoureusement. métaanalyses ordinairement distinguées physique. lit-on dans l'Artde r~o~~r. Les démonstrations ne se font donc jamais que par une suite de propositions identiques. c'est-à-dire de l'idée claire et distincte. Celui-ci partait de l'évidence. Rien n'est plus propre à expliquer une notion que celle qui l'a engendrée. « la même dans toutes les sciences. » Si l'on veut comprendre le dessein de Condillac quand il propose l'analyse. l'analyse contient toute la méthode. jusqu'à ce qu'elle devienne la proposition qu'on veut prouver. Il y a donc deux choses dans une question l'énoncé des .CONDILLAC 37 toutes les connaissances ne sont que des « diductions » de ces principes innés. En effet. Et une démonstration générale n'est que la particulière géné« Si les données ne ralisée. La Logique continue renferment pas toutes les connues nécessaires pour découvrir la vérité. Elle suffit d'abord à la démonstration démontrer. lui faire prendre différentes formes. mathématique. c'est traduire une proposition évidente. Nous verrons où il place l'évidence. ne sont en réalité qu'M~? seule méthode. Cette idenfizé fait toute l'évidence ~Mraisonnement ». il faut opposer cette méthode à celle que Descartes résume dans les quatre règles du Discours. Les diverses logique. Et Condillac s'en prend au principe fondamental des Cartésiens « On peut affirmer d'une chose tout ce qui est renfermé dans l'idée claire que nous en avons. « Démontrer. c'est-à-dire par une suite de jugements qui sont renfermés les uns dans les autres. On a vu ce qu'il faisait de la deuxième (analyse) et de la troisième (synthèse) règles de Descartes. » Dans la Logique « c'est l'analyse qui démontre dans toutes » les sciences. le problème est insoluble.

38 CONDILLAC données est proprement ce qu'on entend par l'état de la question. pour découvrir comment elle devient successivement attention. la réflexion. parce que les inconnues se sont dégagées comme d'elles-mêmes. Alors. La sensation est donc l'inconnue que nous avons à dégager. connaît les choses en s'en formant des idées. Or. passent par différentes transformations pour devenir la sensation passe ~ï~y~ j~==5et<c==y/ par d(fférenfes transformations pour devenir /?~ Le raisonnement est donc une « suite de ira- . capable de sensations. et on voit aussitôt que l'attention. c'est demander quelle est l'origine et la génération des facultés par lesquelles l'homme. comparaison. la comparaison. et que l'origine et la génération sont les inconnues. et le dégagement des inconnues est le raisonnement qui le résout. jugement. se réduit la psychologie entière. Elle est donc proprement l'inconnue qui est mélangée avec toutes les connues. qui sont ici les inconnues ? Rien n'est plus simple.c– i ===~-r-i et~c-i== 2~–2. Voilà les données dans lesquelles les connues sont mélangées avec les inconnues. Par l'origine. nous entendons la manière dont toutes les connues viennent d'une première. et qu'il s'agit de dégager. ne m'est pas encore connue comme première. Cette première qui m'est connue comme faculté. le jugement. avec les sensations. les connues du problème à résoudre. C'est ce que nous avons fait. l'imagination et le raisonnement sont. le raisonnement s'est fait en quelque sorte tout seul. Mais comment dégager l'origine et la génération. « Demander quelle est l'origine et la génération des facultés de l'entendement. et nous avons vu que. la plus légère observation me fait remarquer que la faculté des sentiments est mélangée avec toutes les autres. comme les équations . nous entendons la connue qui est le principe ou le commencement de toutes les autres et par la génération. à un raisonnement où toutes les propositions s'identifient. etc. A une telle analyse.

la connaissance doit se former déductivement à partir d'un fait premier sensation. Condillac assimilait déjà ce raisonnement sur la sensation transformée à la démonstration géométrique la mesure du triangle est le produit de sa hauteur par la moitié de sa base et concluait « Z~<?~ fait /<~<?~c~ de l'une de l'autre.sa malléabilité. » Il y a.) Or. est malléable. Mais ce n'est pas ainsi que je les connais. c~y~ proposition que je fais sur ce métal. A la vérité. continue Condillac dans sa Logique. » II apparaît donc clairement que. si elle est vraie. en effet. L'Art de penser est tout aussi affirmatif. « qualités primitives ». la physique devrait être traitée déductivement. Mais je ~~<?r~~ point l'identité d'une proposition à l'autre. ne seraient que son essence qui se transformerait et j'en pourrais découvrir toutes les propriétés par un raisonnement qui ne serait qu'une suite de propositions identiques. si je la connaissais. l'évidence de sentiment.CONDILLAC 39 ductions ». (Le témoignage peut suppléer aux trois. trois sortes d'évidence l'évidence de fait.. laquelle est donnée par la démonstration. dans cette proposition identique le même est le même ». Telle est celle-ci l'or est malléable car elle signifie: un corps que j'ai observé être malléable et que je nomme or. « Je verrais également toutes les propriétés de l'or dans son essence.sa ductilité. » De même. Ainsi la psychologie se réduit à ceci « les sensations sont des sensations. Dans l'Art de raisonner. par un enchaînement rigoureux et évident d'identités. l'évidence de raison. reprenant l'exemple de Locke. » La science complète serait « l'expression abrégée de tout ce que nous saurions. etc. est identique. « Une proposition n'est que le développement d'une idée comprise en tout ou en partie.Sa pesanteur. les sciences qui démontrent rigoureusement sont dites exactes ce sont les <M/M~ où les définitions donnent les . pour Condillac.

« les nombres ne sont que la suite des collections formées par la multiplication de l'unité. nous l'avons vu. « en métaphysique on marcherait d'un. sans ces idées on s'égarerait même en arithmétique. des choses du dedans et de celles du dehors. intérieure ou extérieure. le rôle des définitions n'est que de faire « voir )) le dénni ce sont des analyses faites du premier coup ainsi la ligne droite n'a nul besoin d'être définie. et les lois dont ils dépendent se nomment lois naturelles. déclare Condillac dans l'introduction de l'Essai d'après Locke. Celle-là donne les choses qui ont été observées. pas assuré avec des idées bien déterminées. se connaître soi-même est difficile nous supposons ce qui n'y est pas. « l'évidence de fait fournit tous les matériaux de la physique. et nxées dans l'esprit par des signes imaginés avec ordre ». parce que idée simple. Toutes raison les conditions étant données. Les mathématiques sont bien l'oeuvre de l'analyse. Cependant. )) En effet. Elle ne fait que de naître. » Jusqu'ici. qu'on pouvait raisonner en métaphysique et en morale avec autant d'exactitude qu'en géométrie. « Il me parut. fondamentale. être démontrable rigoureusement. et doit toujours être accompagnée de l'évidence de raison.40 CONDILLAC essences. Or. Sans doute. « Il n'y a proprement qu'une science. Tous les faits de cette-espèce (naturels) se nomment Phénomènes. elle aussi. L'objet de la physique est de connaître ces phénomènes et ces lois Pour cela il faut « faire . qui y est même poussée « jusque dans les derniers termes ». Celle-ci fait voir par quelles lois elles naissent les unes des autres. Ainsi. ce n'est qu'un ramas d'idées abstraites. Cependant. y~c~ est certaine mais c'est à Pévidence ~~z~ de prouver que n'avons CM~ ~M~y~ des conditions. c'est l'histoire de la nature ». et. elle devrait bien être la science totale. La physique devrait. nous déguisons ce qui y est il s'agit surtout de distinguer habitude et nature. La bonne métaphysique«ne demande point d'efforts ».

CONDILLAC 4i des expériences. nous rendrons raison des phénopar degrés mènes et ferons « servir la nature à nos usages Nous en mesurant et en calculant.) D'abord. puis des axiomes aux faits. d'en saisir l'<?~ jusqu'à ceux dont plusieurs autres dépendent. (Histoire moderne. en physique.) « L'univers n'est qu'une grande machine ». Newton réduisait le monde à une balance. » ~TYa~ des ~y~t<?~ De même. On avouera que ce passage de l'Art de raisonner est d'une admirable précision technique. pourrons la « régler. et ces deux sciences doivent l'être ensemble à toutes les parties de la philosophie. leur unique objet doit être d'observer les et de remonter phénomènes. et toute machine se ramène au levier. Qu'est-ce donc que la science ? « J'entends par science un cc~~ d'observations et de ~M'M~?M/. dégager. la géométrie doit être appliquée à la mécanique. « Les faits constatés. « Puisque les physiciens doivent se borner à mettre en système les parties de la physique qui leur sont connues. « monter et descendre Par là. Mais nous . nous paraissons fondés à croire que la nature agit par les voies les plus simples. comme le veut Bacon. et se perfectionner avec elles ». XX.<?/<f. Mais cette dépendance ne peut pas consister dans un rapport vague 7'/y~7// ~c~M<~ si bien les <f~<?~ que lercr génération <?~soit . Tout consiste donc. à expliquer des des faits. (Histoire ancienne. » La science est donc un mélange d'observations et de raisonnements il faut. La science physique est donc théoriquement faisable. aller des faits à des axiomes de plus en plus généraux. Condillac a appris Newton et prépare Comte. » « En partant de ce que l'on sent. la science part des faits c'est l'axiome empirique. rapprocher. on part de quelque chose de déterminé. l'historien part de documents.r. voilà proprement les seuls principes des sciences. 1. t. En un mot. mettre à la portée de notre vue » les faits. III. Sans doute.

C'est l'x de Kant. Locke distinguait entre qualités premières objectives etqualitéssecondes (ou troisièmes) subjectives. « L'évidence de sentiment vous démontre l'existence de ces apparences. -Nous ne connaissons absolument pas la nature des choses des corps d'abord. qui suppose cause. les corps existent et nous obligent à sortir continuellement hors de nous. ou qu'ils sont tout autre chose. et dont les hommes ont fermé l'entrée Or. je dis seulement que nous ne l'apercevons pas dans nos propres sensations. Pourquoi donc ne pourrions-nous pas. Il faudrait trouver un « premier La médecine. colorés. la science a des « bornes». est toute en ressort conjectures. d'échelon en échelon. cela importe peu. Je ne soutiens ni l'un ni l'autre et j'attends qu'on ait prouvé qu'ils sont ce qu'ils nous paraissent. Cette distinction n'apparaît nulle part chez Condillac. « Je ne dis pas qu'il n'y a point d'étendue. D'où ils'ensuit que nous ne voyons point les corps en eux-mêmes. la science est une. Nous ne savons absolument pas quelle réalité correspond aux sensations. puisque la méthode est une et la science est illimitée. » Cependant. Cependant. par exemple.42 CONDILLAC n'aurions jamais « assez d'observations pour faire un système général ». « Les sciences ne sont que plusieurs échelles mises bout à bout. Jusqu'à maintenant. sonores. monter jusqu'au dernier. « qu'on peut connaître sans le . On peut distinguer dans le corps des qualités absocomme l'étendue. » (Grammaire). Il y a certainement quelque chose. Peut-être sont-ils étendus et même savoureux. Il admet implicitement ici la doctrine de Berkeley. odoriférants peut-être ne sont-ils rien de tout cela. mais nous n'en connaissons pas la nature. » Apparence suppose effet. on peut dire que « les sciences sont de belles et grandes routes que la nature avait ouvertes et tracées. et l'évidence de raison (et la foi) vous démontre l'existence de quelque chose qui les produit. Au reste.

Nous n'avons connaissance que des qualités. » C'est un « cela ». des idées simples ne peuvent De même Condillac donner lieu à aucune méprise. comme en mathématiques. C'est donc une erreur que de penser que tous les êtres comptent le même nombre d'instants. nous assurant de ce que nous sentons. C'est un « Protée ». « l'idée de quelques qualités réunies quelque part. Nos sensations. non pas « elle n'est que cependant obscure et confuse bornée ». Aristippe de Cyrène et Epicure ont les premiers reconnu cette vérité. Condillac admet des idées simples et des idées complexes celles qui sont notre oeuvre sont des notions archétypes. c'est changer. est inconnaissable. Comme Locke. Le jugement qui objective peut être faux. en tant que perceptions. d'une façon générale. dans un temps donné.CONDILLAC 43 comparer avec un autre ». par le sommeil le corps pourrait « essuyer » des milliers d'instants qui ne coexisteraient qu'à deux instants de la durée de l'âme. avec le mouvement. Je conçois l'existence de Dieu comme un « instant indivisible et permanent Car durer. Elle est supposée par toutes les modifications c'est. admet la doctrine de Locke sur la durée et sur l'espace. mots ». Vraisemblablement. comptent un nombre égal d'instants. connaissance « nécessairement incomplète )). Aucun philosophe ne saurait montrer la détermination essentielle d'une Ce n'est là que faire des substance quelconque. Nous connaissons la durée par la succession de nos idées. l'espace par leur coexistence. ne peuvent être que vraies. L'espace vide est conçu par . la qualité « principale ». il n'y a pas deux hommes qui. un « ce qui ». « Ces sortes de fantômes ne sont palpables qu'au tact des philosophes. Ainsi. nous ne connaissons que des qualités relatives à nous. La durée se présente comme une ligne elle n'est point absolue. La substance. donc complètes. les rapports des objets à nous ou entre eux.

Nous aussi. Or la pensée exige unité et de plus. Par des abstractions successives. à peu près dans le même ordre et de la même façon que nous. Le corps est une substance ~~M~. ont des idées et de la mémoire. et nous pouune vons être assurés. n'est pas une connaissance première. âme et corps sont absolument différents. La définition de l'âme substance qui sent. jugent. Leurs pensées se forment. idées qui nous viennent de l'étendue concrète. Leurs connaissances ne forment « qu'une même chaîne ». les hommes ne sont si différents que « parce que ce sont de tous les ani- . guidée par lès besoins et la réflexion puis l'habitude constituée rend l'activité irréfléchie. Les animaux nous sont connus par analogie. Ils comparent. nous formons les idées de surface. Le sujet des opérations demeure inconnu. Or. par l'habitude. l'idée de l'unité nous vient des états que nous distinguons. la même dans la même espèce. et des « tourbillons » dans la mémoire.44 CONDILLAC le marque de résistance. de point. l'étendue et la sensation étant deux propriétés incompatibles. Le corps n'est qu'un amas. « un amas. un assemblage. De même. nous avons un moi d'habitude et un moi de réflexion. Du reste. Certes Dieu peut l'annihiler mais sa justice l'en empêche. de ligne. La faculté de sentir la distingue donc. mais une conclusion de l'analyse de l'entendement. Toutefois. Les bêtes inventent donc. une multiplicité. Mais l'espace pur n'est qu'une abstraction. Nous ne connaissons pas mieux notre être que les corps. est-ce une chose qui existe ? (Art de ~M'<?~ Notre âme est immortelle. On peut définir l'âme « une substance qui sent ». comme les nôtres. puisqu'elle dépend de l'organisme. Mais comme comme elles ont peu de besoins. l'âme ne juge et ne raisonne que parce qu'elle a des sensations. l'habitude est vite apprise et l'instinct est cette habitude privée de réflexion.

La preuve qu'un certain nombre d'idées partielles. il n'y aurait point de montre. Sans doute. mais que nous jugeons différente de celle que nous avons. éternelle. si nous connaissions l'essence de l'être M~/?~ nous connaîtrions l'essence de tout ce qui existe. S'il n'y avait point d'horloger. de l'existence de Dieu est facile à fournir elle est classique « Un concours de causes m'a donné la vie. toute-puissante. Une cause première. et les sens nous élèvent jusqu'à lui. comme toute idée complexe. Ce qui nous distingue des bêtes. indépendante. Ils s'engagent donc réciproquement ils conviennent de ce qui sera permis ou défendu. est une idée que nous n'avons pas. écrivait-il contre Leibniz. la réflexion et les autres opérations de l'âme ». immuable. immense. Le hasard n'est De son infinité. Il y aurait proprement une infinité d'effets sans cause évidente contradiction. ne renfermant. avoir ici contradiction dans la doctrine de Condillac pas plus que du nombre infini. libre et dontla providence s'étend à tout » voilà Dieu.CONDILLAC 45 maux ceux qui sont le plus portés à l'imitation ». découlent les attributs qu'un mot. L'athéisme consiste à retrancher une seule de ces idées. « L'infini. » Les hommes ont besoin de secours mutuels. La notion de Dieu n'est pas infinie. c'est la connaissance de Dieu et de la morale. « Dieu ne tombe pas sous les sens mais il a imprimé son caractère dans les choses sensibles. nous n'avons une idée positive de l'?'. Il ne peut y avoir de peuples athées. L'Essai était à tendance moins évolutionniste que le Traité des animaux l'instinct « exclut la mémoire. Nous ly voyons. intelligente. il est immuable. et leurs ~wxzw~'c~ . » de Dieu « Il est permanemment et tout à la fois tout ce qu'il peut être. » L'idée de Dieu « ne vient et ne Aussi et il semble y peut venir que des sens ». L'idée de Dieu est le grand argument des philosophes qui croient aux idées innées. bien que des philosophes l'aient mis partout. unique.

Le toucher seul donne des touts. Il y a un ordre naturel de la connaissance. celui dans lequel la nature offre les objets. » L'analogie nous fait connaître les animaux. mais est mortelle. Il n'est même point d'hommes qui ignorent absolument cette loi car nous ne saurions former une société. les lois sont données elles-mêmes et quoique nous les fassions. En suivant ces lois conformes à notre nature. Enfin. « Si nous jugeons de la cause par les effets. n'acquérant ni mérite ni démérite.) L'âme des bêtes est simple comme la nôtre.46 CONDILLAC sont autant de lois auxquelles les actions doivent être subordonnées. elle nous les dictait. et il n'était pas en notre pouvoir d'en faire d'autres. Dieuquinous a créés avec tels besoins et telles facultés. Nous ne les avons pas faites seuls la nature les faisait avec nous. « C'est en cela que consiste uniquement la moralité. « Toutes nos idées ne sont que différentes combinaisons de ces deux premières espèces. Législateur. Si nous nous bornons à juger des qualités sensibles. Ainsi. (Kant ne raisonne pas autrement. C'est ce qui explique la vie future et l'immortalité. Cependant. Les besoins et les facultés del'homme étant donnés. nous nous faisons toutes les idées abstraites de mathématique et de physique. quelque imparfaite qu'elle soit. c'est donc à lui que nous obéissons. ces lois ne sont point arbitraires. Chaque sens décompose donc « il suffit d'avoir des sens pour avoir des idées abstraites ». Nous connaissons les opérations de notre âme par une génération successive. la vraie philosophie se conforme à Ia~ Nous pouvons maintenant saisir l'ensemble de nos connaissances dans leur rapport à la méthode. Dieu nous récompensera ou nous punira. nous nous élevons par la considération de l'univers à la connaissance de Dieu. à laquelle nous connaissons par la raison que Dieu nous . si nous considérons toutes nos facultés relativement à la fin. qu'aussitôt nous ne nous obligions les uns à l'égard des autres ». est. dans le vrai « noire seul législafeur.

» Toutes nos idées sont dues à l'analyse. La méthode scientifique. La physique n'en a plètes. que nous savons ce que les choses sont en elles-mêmes. donne mathématiques aussi des démonstrations dans les autres sciences. si nous voulons pénétrer dans la nature complète. L'identité les raisonnements bien conduite un supprimerait une chose simple énoncé suffirait.CONDILLAC 47 destine. sont complètes nous avons des connaissances c'est-à-dire absolues. parce que les sens ils ont fourni plus par eux-mêmes n'y concourent les ~M~T~~c. » Aussi. Qui sait apprendre toutes. et les idées de la divinité et de la morale appartiennent à l'esprit seul. etc. nous nous formons des idées de religion naturelle. L'analyse des facultés de l'âme est complète. de son. si nous nous contentons de remonter jusqu'aux sensations mais elle est simples. de vices. etc. Ainsi les idées abstraites viennentimmédiatementdes sens. » La géométrie a des analyses comrien. cellesdes penséesde notre âme sont dues tout à la fois aux sens et à l'esprit. C'est aux méthodes que peut les apprendre notre esprit doit ses progrès en tous genres. « Quand par la décomposition nos analyses en elles-mêmes. de principes de morale. Je dis à l'esprit seul. de vertus. de couleur. l'analyse consiste donc à retrouver dans les idées complexes les idées simples de son objet.. » Les idées complexes seules sont l'œuvre de l'esprit. de l'être sentant. qui fait seule en la force des démonstrations. « Une bonne méthode est un télescope avec lequel on voit ce à l'œil nu. qui ne présupposent les portions d'un même métal ne peut-être pas sont-elles pas homogènes. L'ordre de distribution des idées est inverse de celui de leur acquisition il va du général au particulier. dégagées de tout jugement. cette logique ne qui échappe ressemble-t-elle « à aucune de celles qu'on a faites jusqu'à présent ». -Toujours est-il que la méthode est unique « l'identité. . et c'est l'esprit qui les met en œuvre.

ni connaissance ». Les connaissances de théorie supposent un langage qui classe et détermine méthodiquement les idées. nullement arbitraires. indistinctes. répète-t-il partout. chaque homme ayant assez de lumières pour discerner l'honnête. Nous . en morale. » Sans signes. et de les comparer les unes avec les autres. Ainsi. dit-il à son élève dans la Grammaire. et dès le début. Les signes artificiels ou d'institution sont plus particulièrement nécessaires ce sont des signes dont le choix est fondé en raison. C'est donc à l'usage des mots que vous devez le pouvoir de considérer vos idées chacune en elle-même. d'idées. s'il y a désordre. Mais l'analyse ne se fait pas sans signes. ni réflexion Wolff l'admet ni généralisation. pas d'analyse les connaissances demeurent confuses. ni méthode. «Sans signes artificiels. vous avez distribué avec ordre les mots qui sont les signes de vos idées. v Le nominalisme et la langue des calculs L'analyse est donc l'unique méthode. « Pour faire cette décomposition. à l'état d'instinct. mauvaises liaisons d'idées.48 CONDILLAC éviter Par l'emploi de la méthode. laquelle n'est due qu'à l'emploi ou bien à de principes ou de mots mal déterminés. Telle est la doctrine constante de Condillac. pour en découvrir les rapports. L'affirmation est en quelque sorte moins dans votre esprit que dans les mots qui pronon-cent les rapports que vous apercevez. « Les erreurs commencent lorsque la nature cesse de nous avertir de nos méprises. « il y a de quoi rétablir l'ordre ». nous pouvons de l'erreur.

des lettres. des chiffres. des signes. L'arithmétique n'est qu'une invention. et tiennent ainsi la place des sujets du dehors. « Toute l'essence du raisonnement consiste dans cette conséquence que nous exprimons par un donc. Leurs proCONDILLAC 4 . que nous les mettons en œuvre pour nous élever aux connaissances les plus sublimes. la règle de l'addition. une coordination régulière de signes de là son exactitude. des mots. Il faut trois choses pour nombrer l'unité. Les matériaux sont les mêmes chez tous les hommes mais l'adresse à se servir des signes varie et de là l'inégalité qui se trouve parmi eux. La Condamine parle d'un peuple qui désigne le nombre 3 par ce mot :<7~T~cc~~c ce peuple ne peut pas compter. De même. nous ne pouvons réfléchir sur les substances qu'autant que nous avons des signes. « Combien les ressorts de nos connaissances sont simples et admirables Des gestes. Seul. L'usage des signes est donc le principe qui développe le germe de toutes nos idées. qui déterminent le nombre et la variété des propriétés. Nous ne pouvons non plus réveiller nos idées qu'autant qu'elles sont liées à des signes. le signe est déterminé. produit de l'instinct. c'est avec des instruments aussi étrangers à nos idées. L'algèbre est la mieux faite des langues. des sons. nous ne pourrions aller au-delà de 3. elle fait apercevoir ie plus distinctement les identités intermédiaires par où passe le raisonnement. Enfin. non seulement les sciences ont besoin de mais les sciences sont des signes et du langage langues et les langues sont des sciences. la bonne métaphysique est incluse dans les langues naturelles. Sans signes. Il s'en suit que les sciences ne sont qu'une systématisation de signes. et ce n'est que par ce moyen qu'elles se lient entre elles. » En voici la raison marquée dès l'Essai les idées se lient avec les signes. Sans eux nos facultés ne se développeraient pas. » ~~y~~ En effet.CONDILLAC 49 avons déjà vu que la mémoire en dépendait.

Et c'est la langue qui préside aux sociétés. dont la langue est l'algèbre. » (Langue des calculs. » Bien plus. Le grand fonds des idées des hommes est dans leur commerce réciproque. sera développée amplement plus tard. en un mot. L'algèbre n'est qu'une langue et la plus méthodique. ce sont les langues qui nous fournissent les moyens d'analyser nos pensées c'est leur premier objet. nos préjugés. se faire des idées abstraites. où elle se décompose en autant de parties qu'elle renferme d'idées. II n'est pas à dire que les langues des sciences soient sans défauts et même si quelques sciences ne paraissent pas susceptibles de dénionstration.So CONDILLAC grès sont parallèles et connexes. nos opinions. Penser devient donc un art. elle en a une dans le discours. c'est que les langues en sont mauvaises. la seule bien faite parce que méthode « les mathématiques sont une science analytique bien traitée. « l'étude de la langue nous apprendrait tout il ne nous faudrait qu'une bonne grammaire et un bon dictionnaire ». si une pensée est sans succession dans l'esprit. « pensée. En effet. et cet art est l'art de parler ». Les langues « font nos connaissances. c'est la même chose.) A la limite. Parler. Nous ne pensons qu'avec le secours des mots. Cette conception. La perfection des langues provient de leur aptitude à l'analyse. Aussi. raisonner. et étudier une science n'est autre chose qu'apprendre une langue bien faite. aussi simple que neuve. . Maisil n'y aqueles languesartificiellesqui analysent. « L'analyse de la pensée est toute faite dans le discours. Créer une science n'est donc autre chose que faire une langue. elle font en ce genre tout le bien et tout le mal ». dit-il. contenue dans le Traité des systèmes. fait circuler la « sève ». Toujours est-il que l'art de raisonner « se réduit à une langue bien faite ». les langues ne sont-elles que des méthodes analytiques c'est dans la Grammaire que Condillac expose cette découverte.

La poésie fut d'abord une vraie peinture. ou langage des idées simultanées. proportionnellement. Les inversions latines font souvent tableau tel ce passage de Virgile Exstinctum crudeli unere f nymphœ Daphnim Flebant. Il ne faut que quatre espèces de mots pour exprimer toutes nos pensées des substantifs. Ils n'ont d'abord qu'un langage de gestes. Daphnis mourant. Sous Auguste. ne peut pas donner d'idées. parut la pantomime qui fit fureur l'amour de la déclamation était la passion favorite des Romains. n'analysant pas. La parole ne prévalut que fort tard Chinois ont 3~S monosyllabes sur 5 tons ce qui fait 16~. ayant les deux caractéristiques du chant la modulation et le mouvement. Condillac consacre une partie fort importante de son Essai sur /<' des c<7/~MM'c<M humaines à l'histoire primitive du langage d'action. » Le langage d'action est le germe des langues et de tous les arts.CONDILLAC 5i puisque c'est l'analyse qui les rend telles. et que nous n'avons qu'à la la suivre d'elle nous tenons l'analyse. cette mort accompagnée de tout ce qui peut rendre un destin déplorable. En effet. dû aux circonstances leur enfant commence à parler.0signes. qui. La métaphysique de sentiment ou d'instinct fait les langues. des adjectifs. d'après l'Essai sur les hiéroglyphes de Warburton. des propositions et un seul verbe être. La déclamation des anciens était chantée. il y a un premier langage inné. « Les nymphes en pleurs. La musique longtemps fut inséparable des paroles tout paraît prouver la supériorité des spectacles des anciens. me frappent tout à la fois. Un des principes condillaciens est que la nature commence tout en nous. ce discours est entremêlé de mots imitatifs et d'actions telle la danse des proles phètes. Nos langues vulgaires ne sont que les débris de plusieurs qu'on ne parle plus. En formant . H suppose deux enfants des deux sexes égarés après le déluge.

« L'analogie est en quelque sorte à l'observation ce qu'un télescope est à l'œil. Les premiers signes d'un langage étant donnés. sans avoir rien appris. » Toutefois. L'Essai le fait « Les mots ne doivent-ils pas être aux entrevoir idées de toutes les sciences ce que sont les chiffres aux idées de l'arithmétique? Il est vraisemblable que .52 CONDILLAC les organes de notre corps. comme nos yeux et nos télescopes déterminent l'étendue de notre vue. L'analogie développe les langues la première acception d'un mot étant connue. La nature étant donnée. elle est la méthode même d'invention. les mettant dans la nécessité d'observer. dont est une suite le langage d'action. ont accru et altéré les langues. Et par là se trouve synthétisée toute la doctrine philosophique de Condillac l'analyse se termine en un nominalisme ou en un calcul universel. L'observation et l'analogie déterminent l'étendue de nos connaissances. c'est-à-dire par la recherche des rapports de ressemblance. L'analogie inspire l'idée de la langue des calculs. la convention suppose une raison qui fait adopter chaque mot et l'analogie donne la loi les méthodes aussi bien plus. elle a déterminé nos desseins et nos facultés. Elle a indiqué aux hommes la méthode unique. Aussi. on n'a plus qu'à consulter l'analogie. on peut mal partir au début ainsi avaient fait les anciens philosophes. nous saurions tout. elles se sont formées sans nous. Les langues sont l'ouvrage de la nature. s'étant multipliés. et si nous avions été capables de prendre toujours la nature pour guide. et par là la vraie logique. Les besoins sont une suite de notre conformation. en quelque sorte. Si l'usage de chaque mot suppose une convention. il ne reste plus qu'à la développer par l'analogie. de finalité ou de causalité. Les besoins. L'oeuvre des génies est de la dégager. dirait-on que les hommes ne sont capables de bien faire que ce qu'ils font à leur insu. elle donne les autres.

La perfection de cette langue consiste dans la plus grande simplicité. » Condillac n'a pas précisé davantage sa pensée l'ouvrage estinachevé. » ~Zo~<?. les mots sont pour moi ce que sont les chiffres ou les lettres pour un mathématicien qui calcule et que je suis assujetti à suivre mécaniquement des règles. des chiffres. Elle est donc la plus parfaite et la plus facile. Avec des signes algébriques~ le calcul et le raisonnement ne demandent presque point de mémoire les signes sont sous les yeux. l'esprit conduit la plume et la solution se trouve mécaniquement ». écrit que c'était~ un premier pas vers l'importante réforme qu'il méditait dans le langage du raisonnement. C'est 1' logie qui nous conduit d'un langage à un autre.CONDILLAC 53 l'ignorance de cette vérité est une des causes de la confusion qui règne dans la métaphysique et de la morale. je leur accorderai volontiers que leurs opérations ne sont pas mécaniques mais il faudra qu'ils conviennent avec moi qu'ils raisonnent sans règles. des lettres. dès qu'on l'a saisie. « Nous lui trouverons encore un cinquième dialecte.~ Chacune de ces ~yb~ opérations se faisant à l'aide de signes. conçu le projet de prouver ce qu'il avaitsoutenu. et elle ne nous y conduit que parce que le nouveau que nous adoptons dit au fond la même chose que l'ancien La langue des calculs a auquel nous le substituons. est purement ~c<Mz'< « Je sens que. et de fonder sur les bases . -yc~ /M~w~ la même chose. cet avantage que l'analogie n'échappe plus. Quant aux métaphysiciens qui croient raisonner autrement. On peut distinguer dans cette langue quatre dialectes » des doigts (la première numération a commencé par là). dit-on. c'est-à-dire sans arbitraire. Théry. Précisément la langue des calculs fait voir « comment on peut donner à toutes les sciences cette exactitude qu'on croit être le partage exclusif des mathématiques. lorsque je raisonne. » « ~M~'o~ ~o~c~/c~y. L'auteur de l'introduction à l'édition de 1821. des noms. Il avait.

» Devant son élève. Condillac. et dans la formation de la langue. Il s'agit simplement de rendre le langage exact. dont quelques erreurs « passent jusqu'à nous ». non pas en formant des mots nouveaux. è'fëvent sur ses ruines un autel que rien ne peut ébranler alors. résumant Brucker. « théologiens du .f. qui. renversant l'empire de l'idolâtrie. les Perses. plus vous sentirez la divinité de la religion dans laquelle vous êtes né ». en le réformant sans avoir égard à l'usage. oppose aux philosophes grecs « douze pêchercrs ~7~~M/. mais en fixant exactement le nombre et la qualité des idées simples qui composent chaque notion complexe. nous sommes loin des précisions et des sa~es vues de l'art combinatoire et de la langue universelle de Leibniz. les poètes. montre dans l'analogie la formation de la langue. vous rendrez grâce au Dieu qui vous éclaire. Elles sont de tous les âges elles ne vieillissent point. Après les Chaldéens. rempli de respect.54 CONDILLAC de l'analogie une véritable langue philosophique ».M~/M que les sens transmettent. les Scythes. « Nous verbiageons trop pour raisonner toujours bien. et plus vous réfléchirez sur ce contraste. » VI L'histoire de l'esprit humain « Les opinions restent. les progrès des sciences ». « commençant par le' commencement. On comprend maintenant qu'il n'y ait pour Condillac qu'une science et qu'une méthode l'analyse qui. les Indiens. et en remontant aux idées les plus . Aussi n'y a-t-il point de science qui ne doive être à la portée d'un homme intelligent. repris par les logisticiens contemporains. les Egyptiens. D'après ce que nous possédons.

II empruntait à tous. Ceci ne . Grande noblesse d'âme. guide qui veut. « Le fanatisme d'une fausse sagesse. L'univers est une circulation continuelle de corps un enchaînement de causes et d'effets. Il fut un vrai Prométhée. un masque de vertu. autour desquels roulent d'autres planètes. les révolutions périodiques des comètes. Ils nous anéantissent. une barbe et un bâtonx> voilà ce qui attire chez les Stoïciens. « ses opinions ne parurent qu'un délire qui a duré. Il a dit a été la grande raison de croire. viennent les sept sages. des enthousiastes imbéciles ». sophistes Quant à Platon. surtout à Pythagore. « Depuis Socrate. la Grèce est toujours plus agitée. Le nom de Socrate « perce dans les siècles à venir ». un imposteur ambitieux de se faire un nom et. Aristippe de Cyrène est le premier qui ait bien parlé sur le~ sens. Pythagore. qui s'en tient au mécanisme du raisonnement. puis les philosophes la secte ionique moraliste. Ses disciples vivent dans la même maison. Ses principes tendent à faire des contemplatifs qui penseraient s'unir à Dieu en s'abîmant dans des notions abstraites. d'un côté. « quiconque avait quelque sentiment devertu répandit des larmes». et il est même difficile d'y être spectateur impunément. Les Mégariques n'étaient que des ainsi on délirait dans toute la Grèce. » La révolution nouvelle consiste à rechercher le bonheur tant il fuit. La morale parut naître pour la première fois. les antipodes.CONDILLAC 55 paganisme ». les planètes habitées et les étoiles autant de soleils. le destin entraîne qui résiste. mais philosophie obscure. Je vois. de l'autre. Théophraste eut jusqu'à deux mille disciples. Carnéade à la voix tonnante soutenait le pour et le contre. Il avait montré le chemin des découvertes à sa mort. « Que penser de Cicéron qui l'en loue? » Aristote est le plus célèbre de l'antiquité. C'est un théâtre qui s'ouvre à tous les genres d'ambition. Ils ont « cru le mouvement de la terre.

il ne demandait à Dieu que de la matière et dumouvement. Au cri de volupté. Leibnitz et Locke. mêmeles animauxrentraient dans l'universel mécanisme. on accourut au jardin d'Epicure. a vu qu'il se mêlait des jugements dans nos sensations. et nous nous trouverons bien comme nous sommes. « On se représenta l'âme comme une ~'<?y~<? sur laquelle ont été gravées différentes figures. au lieu de commencer par les propriétés de fait d'où erreurs plus séduisantes encore. Condillac donne dans le T~M'y sys- . Le premier il a rejeté l'horreur du vide. ce n'est qu'un bel esprit. Ce dernier est le seul qui ne fut pas géomètre et de combien n'est-il pas supérieur aux trois autres Le doute de Descartes est inutile. Il fut toutefois excellent géomètre. Il commence par des définitions dont l'évidence est douteuse. personne ne peut lui être comparé. Malebranche. quand il saisit le vrai. En physique. Que les philosophes s'adressent à un graveur. est un « piège c'est que nous n'avons qu'à remplir notre devoir. » A la vérité. De Leibnitz.56 CONDILLAC conduit « qu'à l'enthousiasme ». donc incurable. L'origine en est dans les images qui se peignent dans les eaux. On compta 2C)S opinions sur le bonheur. Mais il n'y fait qu'un « roman » popularisé par Fontenelle. et qu'ils le prient de graver un homme en général. Ne parlons pas des « haillons » de la scolastique elle n'était scolastique que par les abus. il n'a que des mots. le mot volupté Les conclusions qu'on en peut tirer. avec une bonne méthode 1 Malebranche. Chez Epicure. « Nous avons quatre métaphysiciens célèbres Descartes. puisqu'il laisse subsister les idées. x> Pour former l'univers. le premier. et eut la gloire d'étouffer l' « hydre » du péripatétisme. Son principe est « Les idées et les inclinations sont à l'âme ce que les figures et le mouvement sont à la matière. Que n'eût-il pas fait. De son innéisme vient tout le mal.

les Royaumes du Nord. les défauts du péripatétisme il crut qu'il serait mieux de remonter des effets aux causes. l'Angleterre. c'est-à-dire aux hommes de génie faits pour découvrir la vérité et pour la montrer aux autres. » Gassendi. « La basilique de Saint-Pierre.CONDILLAC 57 times. à la fin du xme siècle. des statues. » Erasme. le plus bel esprit et le plus éclairé de son temps. Condillac prétend retracer C'est en l'ensemble de l'activité intellectuelle. le seul philosophe qui mérite exception. « On n'a jamais été plus crédule que dans le xvi~ siècle. De l'époque moderne. plus je vois que tout y est lié. à lui seul. que se forme le goût. chap. mieux que tout son siècle et que tous les précédents. des millions de Français. » Par contre. Le scepticisme s'est fort répandu dans le cours du xvn* siècle. Télésio a la gloire d'avoir le premier réfuté solidement Aristote il en mourut. Bayle est le plus savant et le plus ingénieux sophiste qui ait jamais été. Mélanchthon ne connaissait rien qu'Aristote. seules les exprespremier livre de 1' sions de nature naturée et de nature naturante sont louées comme énergiques. les ProvincesUnies. non pas Luther. il ne veut voir qu'absurdité et contradictions dans Spinoza il traduit le en entier. des tableaux. » Il est. et à l'Europe entière tout le sang que les guerres de religion ont fait répandre. » Les découvertes scientifiques n'ont fait un corps qu'à la fin du xvn~ siècle. était le véritable hérésiarque. avec Bacon. » Le xvie siècle a été nommé le siècle de Léon X. un résumé admirablement compris « Plus j'étudie le système des monades. et interceptèrent la lumière qui venait de se montrer. « 7~z/<?/ après Aristote vient Locke. voyait. Italie. vin. des pierres et des fêtes ont coûté à l'Eglise la moitié de l'Allemagne. «Je viens enfin aux vrais philosophes. Les Grecs s'y répandirent « comme un nuage. L'astronomie moderne est née en Allemagne dans le .

tous les arts prennent les caractères qui leur sont propres. C'est aux poètes que nous avons les premières et peut-être aussi les plus grandes obligations.~ Le goût devient le goût dominant de la nation. Les premières lois furent des conventions communes. on aété conduit dedécouvertes en découvertes. » Deux choses concourent à former le caractère des peuples le climat (qui n'agit que sur les organes) et le gouvernement la raison n'est jamais retardée dans ses progrès que parles vices de celui-ci. il semble qu'on voit l'univers se former peu à peu. il se contente d'abhorrer Ronsard et de rééditer le « Enfin Malherbe vint ». elle doit ses progrès à Peurbach et à son disciple Regiomontanus.58 CONDILLAC xv* siècle. lesquels dépendent des méthodes de calcul. « Képler et Galilée sont l'époque où la philosophie commence» c'est l'histoire de la nature. lettres dans l'Etat il me semble qu'on en avait point encore connu toute l'étendue. résumé de M. « Nous devons tout à ceux qui ont le don de la parole. « Lorsque Copernic eut tiré la terre du repos où elle était depuis Ptolémée. » Aussitôtqu'on a su observer. dues à des besoius identiques. et l'on voit des hommes supérieurs dans Telle est l'influence des gens de tous les genres. En ce qui concerne les lettres françaises. Newton résume enfin et systématise tous les travaux antérieurs la gravité est une action et une réaction par lesquelles tous les corps « se balancent mutuellement ». antérieures à la formation des sociétés. Les talents fermentent. vers 1725. elle tient à tous les arts. Le « Mécanisme au début. Dewaule . est la plus grande preuve de sagacité qu'aucun astronome ait jamais donnée. Le succès des génies les mieux organisés dépend tout à fait des progrès du langage. La découverte de l'aberration des fixes par Bradley. Toute cette histoire de la science est chez notre auteur d'une limpidité vraiment admirable. » Nous n'aurons jamais de poète qui égale la force de Milton.

« le désordre s'accrut avec le gouvernement féodal. Un peuple est un « corps artificiel » où doit régner la discipline qui entretient l'équilibre et identine les intérêts. De même que les premières religions adoraient tout « moteur quelconque ~>. qu'estmaxime que l'M'z~? ce que l'opinion.CONDILLAC 59 contrat à la fin voilà toute l'histoire de la société ». il fait comme il a fait. Il ne faut toucher aux établissements de nos pères qu'à bon escient. et se précipitent les unes sur les autres. Le luxe est misère et dévastation. tous les arts sortirent de l'agriculture. s'inspire plus de l'évolutionnisme que de Condillac. sans se rendre raison de ce qu'il doit faire. L'expérience. car la lumière produira toujours quelques bons effets. à son insu. Je ne prétends pas néanmoins qu'il ne faille pas tenter de les éclairer. ou plutôt. or. C'est ainsi qu'en général les nations s'aveuglent sur leurs vrais intérêts.tout devint Dieu de même. il est tyrannique. il ne . On n'eut plus aucune idée du droit de la nature et des gens. ne les instruit pas. dans la démocratie. il est faible. je veux dire voir sans préjugés. le souverain n'a que des caprices dans l'arisdans la monarchie. d'ordinaire. Autrement. par habitude. une allure. Si vous parcourez les siècles de l'histoire. Avant tout il faudrait bien voir. tocratie. sinon les préjugés? Voilà donc ce qui conduit les souverains. J?~ ne peut donc les instruire. et. vous vous confirmerez dans la le monde. qui instruit tous les hommes. Nous les devons aux démocraties grecques. et voilà ce qui est difficile. surtout aux souverains car. Il va. Elle en produira du moins chez les nations qui auront conservé des ~ry. Chaque gouvernement a des maximes. l'imagination « ne ferait qu'un roman. et sa faiblesse ne le garantit ni des caprices ni de la tyrannie. et fut porté au comble lorsque la puissance ecclésiastique foula aux pieds les lois qu'elle devait faire respecter par son exemple. Au moyen âge.

n'apprennent d'aller à l'école comme des écoliers. pour apprendre Avoueront-ils rien. comme c'est assez pour leurs disciples. lalumière le plus reparaît au xvi~ siècle. Enfin. » Aussi reste-t-il beaucoup à faire. et vous. souvent même on s'y crut remords la foi des traités les nations ne autorise pontife par le souverain connurent plus de lien. l'assassinat et les maximes les regardé comme une action pieuse plus monstrueuses. Grotius fut un homme de génie qui commença à répandre la lumière. des mots ter sur des choses. ou que leurs leçons n'apprennent que des choses inutiles? Non. Peut-on prérenonceront à ce qu'ils sumer que les professeurs ce qu'ils ignorent? croient savoir. « Les Universités sont vieilles et ont les défauts de l'âge je veux dire qu'elles sont peu faites pour se corriger. Quel serait le ~c heureux ? Celui où les princes seraient assez éclairés des bornes à leur puissance. mais. c'est assez pour eux. pour mettre eux-mêmes et pour reconnaître que les guerres ruinent à la longue et les vaincus vérité que l'Europe les vainqueurs devrait avoir apprise. qui ai fini. » « La /F caractère de la vraie science. quoi servent-elles commençons conclut son cours d'études donc ? » Et Condillac « C'est moi.6o CONDILLAC on viola sans resta aucune trace du droit public. enseignées par des prêtres. les sujets oublièrent la fidélité des rois fut qu'ils devaient à leur prince. vous » avez à recommencer. à nous instruire. . si elle consume le temps de leur enfance et Si c'est hors des écoles que nous de leur jeunesse. et on j'~w~ ~M'CM:~M/<?//a~ ~<M'. prirent la place d'une religion qui n'aime que la justice et la On disputera sur des mots en croyant dispupaix. fausse science. Si elle leur donne de quoi vivre. La ~y/ est celle que les Grecs ont science du gouvernement le mieux connue. <xAucun des objets de la politique n'a été oublié. Les Romains ont eu le malheur de créer la j urisprudence. Monseigneur. ils continueront pour remplir une tâche. Pufendorf est plus méthodique.

C'est un microscope qui nous rend l'objet que sa petitesse dérobait à nos sens un télescope qui le rapproche. lut huit fois de suite la Z<?~<?. Il trouve la Langue des calculs « d'une perfection désespérante de style. Guyton-Morveau lui devrait l'idée de la nomenclature chimique. Son vrai disciple fut Laromiguière. D'Alembert aime en lui le « lockiste ». une double ou triple génération d' « idéologues Tracy. quand il est trop éloigné c'est un prisme c'est le foyer puissant d'une qui le décompose. Helvétius lui est sympathique.M~ de l'habitude. » M. Il admettait le nominalisme.CONDILLAC 6i VII Conclusion Pendant un demi-siècle. la méthode surtout lui apparaissait « un des chefs-d'œuvre de l'esprit humain ». etc. . Même Grimm. Cabanis (qui lui reproche de méconnaître l'influence des viscères sur les sens). Ecrivant à la Harpe. le défenseur de Diderot. Voltaire le croit « un des premiers hommes de l'Europe pour la valeur des idées ». De même. Il le prie de faire « un ouvrage méthodique et suivi. Picavet assure. qui. jusqu'à Royer-Collard et Cousin. que « Lavoisier ne semble avoir fait une révolution en chimie. dépendent de lui Vicq d'Azyr. que parce qu'il appliquait la méthode décrite par Condillac ». Il prétend bien ne double point admettre la théorie de la comparaison sensation il veut insister sur l'activité de l'attention Condillac n'y avait point manqué. de le Biran du 7Y~ Gérando (Mémoire sur . dit-on. le premier Ampère. II me semble qu'un tel livre manque eu notre nation ». écrit de sa Z~z'~<? « Nous ne connaissons point de livre où les premières leçons de l'art de penser soient exposées avec plus d'évidence et de clarté. dans Les Idéologues. la philosophie de Condillac fut la philosophie française. Pinel.

acquérir des connaissances. le vengea de ce « soupçon odieux ». M~ ~~cM~y des sens. celui-ci ne prétendait point découvrir « l'unité de l'univers » ou « l'axiome éternel Par contre. écrivit en i8o5 les Paradoxes. D'ordinaire. Condillac est traité de Locke avait posé deux sources de connaissance la sensation et la réflexion. Lange et à sa suite M. et en i8i5-iSiS donna les Leçons de ~o~o~~ qui passèrent un temps pour la formule définitive de la dogmatique française l'entendement comprend l'attention qui donne les faits. Il suffit. avant Royer-Collard. le raisonnement qui fait les systèmes. Il faut vraiment n'avoir pas la moindre lecture de Condillac pour juger ainsi. la comparaison qui trouve les rapports. Les sens suffisent à son disciple tout l'entendement n'est que la sensation transformée. Lewes a tort de ne voir en lui qu'une analyse verbale. Cependant aujourd'hui encore. Dès l'~yy~' il écrit « L'âme peut absolument. c'est traduire. La doctrine de Condillac a été l'objet d'accusations diverses.02 CONDILLAC c'est enfin le levier d'Archimède qui remue loupe. le système planétaire tout entier. où il exagérait le maître. l'abbé de Lignac l'accusait déjà de matérialisme. Lyon veulent voir en Condillaè comme un trait d'union entre Locke et La Mettrie. De son vivant. Toutefois. « l'idéologie est notre philosophie II veut reprendre la méthode analytique de classique Condillac analyser pour déduire analyser. Pour Taine. G. » Mais le péché originel a rendu l'âme dépendante du corps . Ils « prendront pour un axiome votre proposition que nous n'apercevons l'étendue que dans nos sensations. quand c'est la main de Copernic ou celle de Newton qui le dirige » 1 Le premier en date de nos professeurs éloquents réédita Condillac en 1798. Ils en concluront que dans le fait ils voient les trois dimensions dans les manières d'être de leur âme Le Journal de Trévoux.

la sensation est transformée par l'activité de l'âme. Tout le « sensualisme » de notre auteur est contenu dans cette pensée empruntée à Locke « L'esprit est ~y<<?~/ ~y~~ dans la production des idées simples. c'est d'apercevoir. nous devenons maîtres des sens la vue devient active par le tact. par le développement de l'attention « commencent à retirer l'âme de la active. l'âme est dite passive. parce que toute sa « capacité de sentir » est remplie. Enfin. » Par là. On n'a pas voulu voir . il ne faut pas oublier que ce n'est qu'autant qu'on les tire (par la rénexion de l'esprit) de ces idées claires La mémoire. si elle n'en avait pas la perception. l'esprit est-il « purement passif »? Dans la G' il écrit « Ilfaut r<M'. De même que « les plaisirs n'appartiennent qu'à ce qui sent ».CONDILLAC 63 « de là l'ignorance et la concupiscence. Les choses ont changé par sa désobéissance ». et l'âme n'en prendrait jamais connaissance. Comme le reconnaît excellemment Maine de Biran Condillac a mêlé auparavant à la sensation « cet élément intellectuel qui reste fixe au fond du creuset de l'analyse». x'~4~?~<?~ Dans la sensation. » (~ l'imagination. et distinctes qu'ils renferment. l'attention cause la liaison des idées. Donnée. bien sûr dépendance r des objets extérieurs.y~ pour acquérir jusqu'aux premières idées qui nous sont transmises par les sens » et il explique « Toutes les idées qui nous viennent par le toucher supposent des comparaisons et des jugements. « Les objets agiraient inutilement sur les sens. De plus les organes ne sont que l'occasion des sensations. elle sent l'occasion des organes ». » Mais voici immédiatement le correctif « Il est au contraire actif des idées complexes. de même la sensation n'appartient qu'à l'âme «à donc par une réaction propre seule. Ainsi le premier et le moindre degré de connaissance. Qu'est-ce à dans la ~c~ dire? Même dans la « production » des idées simples. « Quand je dis que toutes nos connaissances viennent des sens.

-jMMf~ F~ BLsrtr. Vie et ouvrages. Il n'y a rien de tout fait dans l'esprit pas de principes posés à priori et d'où parte la déduction. /~fis-AntentK~. Nihil est in intellectu ~c~ ~o/? ~r/ fuerit in sensu. Mais son universel symbolisme semble bien . Au sens philosophique du mot. CONCLUSION. V. L'analyse et la science. Il doit à Bacon monter et descendre il doit à Locke la méthode l'esprit général du système il a emprunté à Berkeley les théories du tact et de l'abstraction. des Orph. Je dirais au contraire que le condillacisme tout entier n'est qu'un ~z'M~ un cartésianisme retourné. Analyse de l'entendement. L'histoire de l'esprit humain. et ce système prépare Kant et Comte c'est un positivisme idéaliste. Pages. Mais la difficulté est « insoluble dans l'hypothèse des idées ~<M ». IV. « II n'est point vrai que l'entendement ne soit ni libre. Le nominalisme et la langue des calculs. i (~~ \<~) . notre unique philosophe.lui être propre. VII. i35<)-t!. 3 5 9 20 33 48 54 6l Imp. VI. et la subjectivité des sensations. il est. ni actif » ses analyses le prouvent. TABLE DES MATIÈRES PREFACE. S'il n'est pas au premier rang parmi les penseurs. nisi ipse intellectus. au xvnr' siècle. rne La Fontaine. Les matériaux de nos idées nous viennent de sens ~c~ recevons la sensation et faisons tout le reste.64 CONDILLAC que ce prétendu sensualisme était surtout dirigé contre Descartes. II. Condillac mérite donc mieux que d'être le grand maître « sensualiste » de l'idéologie. Hôffding soutient que Condillac a emprunté à Descartes sa méthode analytique. 1. Il a fait un système. 40. 40. prétend-il. il occupe au second une place fort honorable. III. Il ignore totalement Hume. La statue et les corps.