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LE DROIT DE PROPRIETE
DANS SAINT AUGUSTIN

Le Droit de Propriété
dans saint Augustin

THÈSE
POUR LE DOCTORAT EN THEOLOGIE
PRÉSENTÉE

Devant la Faculté de Théologie de l'INSTITUT CATHOLIQUE de Paris
PAR

M.

l'abbé

Théodore

FORTIN

du Diocèse de Bayeux

CAEN
IMPRIMERIE-RELIURE DE V™
1906

A.

DOMlft

RUE ET COUR DE LA MONNAIE

FEB 181936

8SIS

Vu
Paris, 15 Avril

et

permis d'imprimer,

1906.
Le Recteur,
P. L.

PÉCHÉNARD.

INTRODUCTION

La question de

la propriété est

une question de
la

la

plus haute importance au point de vue de

Société.
«

M. Ch. Letourneau Ta fort bien
» »

constaté.

L'ins-

tinct

de

la

propriété est un instinct inné et domiil

nateur.

Dans l'humanité,
Autour de

a été le grand

facteur

»

de

l'histoire.

lui

se sont organisées les

» »

sociétés. C'est lui qui a dicté la plupart des codes,

par
11

lui les

empires ont été

édifiés et détruits.
elle

»

i

semble

même

qu'à notre époque

devienne
qui
fait

une question grave pour
dire à Cornelissen
» » » » » »
»
:

la religion. C'est ce
le

«
la

Depuis

commencement du
et

mouvement
les

contre

propriété privée, qui, dans la

seconde partie de notre dix-neuvième siècle

sous

formes du mouvement socialiste ou communiste
,

anarchiste

se manifeste clans tous les

pays mo-

dernes du.
l'ordre

monde
et

,

une question

est

demeurée à

du jour

même

devenue brûlante aussi
question de

bien dans les cercles catholiques que dans les rangs
des socialistes des diverses écoles
savoir
1. si
:

» »

la

la

communauté des biens
p. 2.

nécessaires à

Évolution de la propriété,

2
»

l'existence

des

hommes

est contraire
» i

ou non aux

»

préceptes du christianisme

Et de

fait,

il

y a parmi les catholiques des diverSi tous

gences notables.
priété, en fait,

admettent

le droit

de pro-

quelques-uns l'admettent en vertu de
le

principes qui permettront un jour de

détruire. J'ai

même

été

étonné en lisant un certain nombre d'écri-

vains, de la multiplicité et de la divergence de leurs

opinions.

Mais
fique

fait

curieux

et

qui tient à

l'état d'esprit scienti-

moderne: tous
affirmations

les écrivains catholiques

appuient
Pères

leurs

sur

la

doctrine

des

de
les

l'Église,

même

ceux qui soutiennent les opinions

plus contradictoires. Ainsi pendant que les uns constatent

que les Pères sont

les

défenseurs intransigeants

de

la propriété,

au point qu'ils accusent saint Thomas
leur tradition en admettant une

d'avoir

rompu avec

propriété incomplète, d'autres, au contraire, affirment

que

les

Pères obligent les riches à partager avec les
à rétablir l'égalité des condi-

pauvres, de manière
tions.

Evidemment

ces

deux opinions
temps.

si

différentes

ne

sont pas vraies en

même

On peut même

se de-

mander
Et

si

elles

ne sont pas fausses toutes les deux.

Qu'ont donc pensé les Pères du droit de propriété?

même

en ont-ils pensé quelque chose

? C'est là,

une

question intéressante, non seulement au point de vue
1

.

Revue

sociale.

Le Christianisme

et le Socialisme.

__

[)

_

de l'érudition

et

de l'histoire, mais aussi au point de

vue de
Il

la théologie et

de l'économie sociale.

était

impossible de faire une étude complète des
j'ai

Pères. Parmi eux

choisi saint Augustin, à cause

de

la

place qu'il tient dans la patristique et surtout

parce qu'il est fréquemment invoqué par les tenants

des deux partis.
Jadis, ces questions qui

nous passionnent n'étaient

pas

même

agitées. Nul ne contestait la propriété et

ses droits Et pour parler de saint Augustin, on a beau
feuilleter ses

nombreux ouvrages, on ne trouve
Il

nulle
la

part la rubrique de Propriété.

semble
lui

même

que

pensée d'une pareille étude ne

soit

pas venue.

Mais de ce que saint Augustin n'a pas parlé ex professo de la propriété,

on ne peut pas dire
plus net et

qu'il n'en a

pas eu un concept à

lui,

mieux

défini qu'on

ne pourrait d'abord se l'imaginer.

A
moi
Il

ce propos, la lecture de saint Augustin a été pour
fort instructive.

D'abord saint Augustin surprend.

paraît suivre à l'aventure l'impulsion de son génie.
faut l'écouter longtemps pour avoir toute sa pen-

Il

sée. Et l'on voit enfin,

que

s'il

jette

en passant certai-

nes affirmations,
plusieurs,
l'effet

elles

ne sont pas,

comme

le

croient

quence. Mais ce
plète et

du hasard ou l'entraînement de l'élon'est qu'après une lecture plus comparfaite,

une assimilation plus

que leur sens

apparaît dans toute son intégrité et que sa pensée se

dégage dans une lumière éclatante.
Ceci est remarquable pour ce qui touche à la propriété.

7

_4—
Tant de personnes ont
s est avisé

lu saint

Augustin. Qui donc
la propriété?

qu'il

avait

une théorie sur

Les auteurs catholiques ou
bien par
ci
;

même

socialistes

citent

par

là,

un

texte plus

ou moins heureux du
texte n'est pas
le

docteur
isolé,
la et

aucun
qu'il

n'a

remarqué que ce

qu'on trouve ailleurs

complément
il

de

pensée

exprime. Et pourtant

en est ainsi,

saint Augustin a

une théorie sur

la propriété,

une

théorie complète, solide, féconde et
nelle.

même très person-

Tantôt, en

effet, saint

Augustin nous montre Dieu
il

créateur et maître unique de toutes choses, tantôt

nous dévoile humaine.
il

les secrets des lois éternelle, naturelle et
ici, la

Il

développe avec amour,
là, les

manière dont

conçoit l'ordre,

beautés qu'il découvre dans
il

la

paix où tend l'univers. Ailleurs,

s'arrête

à

monla

trer

comment
il

le

juste est la source et la raison du
la

droit. Enfin

applique tout cela à

conduite de

vie et en tire toutes ses conclusions

pour l'usage que

nous devons

faire

des richesses.

CHAPITRE
Le concept de

1

Justice dans saint Augustin

Essayer de comprendre comment saint Augustin
conçoit la propriété, en n'étudiant dans ses ouvrages

que

la propriété, ce serait le

meilleur

moyen de

n'ar-

river à

aucun
au

résultat.
les

Chez

lui les idées

ne sont pas
les ques-

indépendantes
tions
,

unes des autres. Toutes
se

contraire,

rattachent entre elles par

quelque point. Une lecture attentive trouve

même
ra-

une

synthèse

si

complète

que

Ton

pourrait

mener
les

toute sa science à quelques principes seuleil

ment, dont

a su

heureusement déduire

et

enchaîner

conséquences.
a parlé souvent de la propriété,

Il

mais ce

qu'il

en

dit

découle

le

plus habituellement d'idées plus généla

rales.

Sa théorie se rattache à
il

manière bien per-

sonnelle dont

comprend

le

jeu des forces du monde.

Aussi ne puis-je

moi-même
la

présenter la propriété

dans saint Augustin
dois montrer

comme une

étude séparée. Je
a,

comment
la

conception qu'il en

sort

forcément de
morale

thèse magistrale qui domine toute sa

et toute sa

philosophie.
les

Le thème que nous retrouverons parmi

travaux


si

6


toujours
le
le

divers de saint Augustin est
le rôle qu'il

même.

L'ordre et

joue dans

gouvernement du
il

monde

sont

la

lumière avec laquelle

éclaire toutes
Il

les obscurités

des problèmes les plus divers.

suffit
le

de creuser avec lui cette notion de Tordre, pour

suivre facilement au milieu des dédales les plus inextricables, et trouver les solutions les plus satisfaisantes,

quoique peut-être aussi
ainsi

les plus inattendues. Et c'est
la

que nous verrons comment
,

théorie de la profaces

priété

n'est elle

même, qu'une des
saint

de cette
si

notion

d'ordre que

Augustin a su rendre

féconde.
L'idée d'ordre, en effet, est fondamentale dans l'esprit de

saint Augustin, et l'on peut voir, en lisant
le

attentivement ses œuvres, que

concept qu'il en a

dirige totalement l'évolution de son esprit.
a
»

L'ordre, c'est

cette disposition

qui,

suivant la

parité ou la disparité des choses, assigne à chacun
sa place.

»

Ordo

est pari uni dispari unique
))

rerum sua

»

cuique loca tribuens dispositio
Et

i
.

comme

Dieu gouverne tout

et le fait

avec sagesse,
«

il

ne peut pas ne pas y avoir d'ordre partout.
n'est contraire à l'ordre, car l'ordre.
il

Rien

» »
»

serait en

dehors de

Même

l'erreur n'est pas contraire à Tordre.

Car

il

n'apparaît pas que quelqu'un puisse errer
la

» »

sans cause. Et

série des causes est

renfermée

dans Tordre. Et Terreur qui ne se produit pas sans
1.

Cité, xrx, 13.

.

*
»

cause, à son tour engendre quelque chose dont elle
est cause.

Par

suite, si

ce n'est pas en dehors de

»
»

Tordre, cela ne peut être contraire à l'ordre. Et bona
et
((

mala

in

ordine sunt

»

*

.

Qui ordo atque dispositio, quia universitatis confit

»

gruentiam ipsa distinctione custodit,
etiam esse necesse
sit. Ita

ut

mala

»
» »

quasi ex antithetis quo-

dammodo, quod
est, id est

nobis, etiam in oratione

ex contrariis,
» 2
.

jucundum omnium simul rerum pulrelation,

»

chritudo figuratur

L'ordre, en effet, est

une

une harmonie
aux

des choses qui les hiérarchise ou les établit dans une

mutuelle dépendance.

Il

soumet

les inférieures

supérieures pour en faire un tout plein de cohésion.

Par suite

,

l'ordre

est

entièrement contingent

et

varie autant que les éléments qui entrent en relation,
et

dont

le conflit

apparent tend vers une tranquillité
la

dans l'ordre qui n'est autre chose que
qui

paix

3

.

L'ordre avec sa tranquillité, la paix, est donc la

loi

domine
la Cité

toute la création. Je renvoie au xix

e

livre

de

de Dieu que je ne puis citer tout entier et

qui en est une démonstration éloquente. Tout tend
vers l'ordre et la paix. La guerre, la cruauté des

hom-

mes,

même
la

là férocité,

ne sont criminelles que pour

aboutir à
le

paix et à la tranquillité de l'ordre.

Même

désordre apparent des éléments cherche la paix en
1. 2.

De De

ordine.

vi, 15-16;

Migne,
t.

t. i,

i,

p. 985.

ordine. vu, 18; Migne

p. 986.

3.

Cité. xix.

passim.


partie.
((

8


dont
il

tant qu'il s'harmonise avec l'ensemble

fait

Et ce qui est contre l'ordre doit encore néces-

»
»

sairement en quelque partie, de quelque partie, ou

avec quelque partie du système qui
qu'il

le

constitue ou

» » »

exprime, avoir

la paix,

sinon

il

ne serait rien,

absolument

rien. Si,

par exemple, un
la situation
;

homme

est
l'or-

suspendu
dre des

la tète

en bas,

du corps,

» » »
»

membres

sont renversés

car ce que la
,

nature veut être au-dessus est au-dessous

et

ce

qu'elle veut au-dessous se trouve au-dessus, Ce dé-

sordre trouble donc
il

la

paix du corps, c'est pourquoi

» » »
» » »

est pénible

:

cependant lame est en paix avec son
il

corps, elle s'intéresse à son salut, c'est pourquoi

y a souffrance.

Que

si

les

angoisses de

la

douleur

détachent l'àme

et l'expulsent, tant

que l'union des
se pas:

membres
ser

subsiste, ce qui

demeure ne peut

d'une certaine paix entre ses parties
il

c'est

»
»

pourquoi

y a encore quelqu'un de pendu. Quant
la

au corps terrestre qui tend vers
contre
le lien

terre et lutte

»
»

qui

le

suspend,

c'est qu'il aspire à sa
la

paix propre et réclame pour ainsi dire, par

voix

»
»

de son poids,

le lieu

de son repos,
il

et

quoique déjà

privé d'àme et de sentiment,

ne s'éloigne pas

»
»

néanmoins de
ments
là et

sa paix naturelle, soit qu'il la possède

soit qu'il y tende.

Que

si

l'emploi de certains élé-

»

certaine préparation

ne laissent pas
il

la

»
»

forme du cadavre

se dissoudre et s'évanouir,
les parties

y a

une sorte de paix, qui unit

aux parties


» »

9

et attache toute la

partant paisible.

masse à un milieu convenable et Si, au contraire, on ne prend aucun
s'établit

» »
» » » » »

soin de l'embaumer, l'abandonnant au cours ordi-

naire de la nature,

il

une

lutte

d'émana-

tions contraires et qui blessent notre sens jusqu'à

ce que ce débris se mette en

harmonie avec
toutefois, rien
et
:

les

éléments du

monde
aux
lois

et rentre

partiellement et inIci,

sensiblement dans leur paix.
se soustrait

ne
Or-

du souverain Créateur

»
»

donnateur qui gouverne. la paix de l'univers
d'un plus grand animal, c'est en vertu de la
loi

car,

bien que de petits animaux naissent du cadavre

»
» »

même

du Créateur, que ces imperceptibles corps veillent à maintenir chacun avec soi-même cette paix
protectrice de leur imperceptible existence. Et
les

»
»
»
»
>>

quand

corps détruits seraient dévorés par d'autres ani,

maux

qu'ils soient disposés,

quelque combi-

naison,quelqueassimilation ou transformation qu'ils
subissent^
ils

trouvent répandues partout, pour

le

»
»

salut des espèces vivantes, ces
cilient les substances

mêmes
»

lois qui
1

con-

sympathiques.

Toutes
relation,

les fois
il

donc que plusieurs

êtres entrent en
et cet

s'établit

forcément un certain ordre
et

ordre est essentiellement variable
les

contingent

comme

éléments qui sont en jeu.

De
1.

la

notion

d'ordre

découle logiquement pour

Cité, xix, 12.


n'est pas autre chose
l'ordre, et

10


et le respect

saint Augustin, celle de justice, car pour lui la justice

que l'amour

de

en cela encore ses concepts sont bien

diffé-

rents des nôtres, tout en s'exprimant par les

mêmes

mots.
Si

nous consultons

les auteurs

modernes nous verdéfinie.

rons que pour eux
Elle caractérise

la justice est

une vertu bien

un seul genre

d'actions, ce sont les

actions que saint

Thomas
la

appelle ad alterum.
définition

Vermeersch prend
:

même

de

saint

Thomas « Justitia proprie dicta est virtus moralis cardinalis secundum quam aliquis constanti et perpétua voluntate jus suum cuique tribuit ». i
Pour Vermeersch,
tivement pris,
c'est
la justice

respecte

le

droit objec-

à dire la chose qui est due

à

quelqu'un, en vertu de la faculté inviolable qu'il a de
la réclamer.

En second
les

lieu, la justice règle les

rapports envers

personnes seulement.

Saint
tice, et

Thomas
pour

avait déjà limité le sens

du mot jusest
la

lui la

justice au sens rigoureux
il

vertu qui rend à chacun ce à quoi
Il

a droit.
le

sait bien

que quelques-uns prennent
il

mot

jus-

tice

dans un sens plus général, mais
et

ne l'admet pas
2
Il

sinon d'une manière large
Saint Augustin ne
fait

impropre

pas ces distinctions.

n'a

1.
2.

S. 2, 2, lviii.

S. 1,

2.

cxm,

1.

11


Il

pas plusieurs concepts de justice.

n'y a pas chez lui

de justice strictement dite, ni de justice par métaphore.
Il

y a simplement la justice, concept synthétique et
si

un, universel et

tirera les différents

Ton veut transcendental d'où il sens qu'ont admis les modernes,
et

mais qui dans sa pensée n'existeront pas précis
séparés.
L'article

de saint Thomas nous aide à comprendre

saint Augustin. Saint

Thomas

dit

:

justitia

de sui ra-

tione importât

quamdam

rectitudinem ordinis, mais

tandis qu'il restreint cette rectitude à l'ordre des relations entre les personnes, saint

Augustin ne

fait

aucune
pas

restriction, ni

aucune division. Le
ou détruit

juste, l'in-

juste est tout ce qui observe
tel

l'ordre,

non
pour

ordre en particulier, mais l'ordre en général.

Aussi peut-il sans erreur se servir du

mot

justice

désigner des choses disparates, tandis que les moder-

nes doivent indiquer
parler.

de quelle justice

ils

veulent

L'ordre, dit saint Augustin, est cette disposition qui

suivant

la parité

ou

la disparité

des choses assigne à

chacun sa place. L'ordre est donc en
tion de coordination
et

somme une

rela-

ou de dépendance. Reconnaître

observer cette relation, c'est reconnaître et observer

l'ordre, c'est la justice.
«
»

Magister:

Jam

vero ipsa ejus ordinatio qua nulli

servit nisi uni Deo, nulli

coœquari

nisi

purissimis

»

animis, nulli dominari appétit nisi natura3 bestiali

»

atque corporese,

quœ tandem

virtus esse tibi vide-

»

— 12 — Uir? — Discipulus — Quis non
justitiam?
i

intelligat

hanc esse

»

Cette justice ne peut se trouver

que dans

les êtres

raisonnables, qui sont capables de percevoir Tordre
et

de l'observer. C'est l'homme surtout qui est
l'injuste, les êtres inférieurs

le sujet

du juste ou de

ne sont

ni

justes ni injustes.
« » » »
»

Quapropter hominis actio serviens

fîdei

servienti
et eas

Deo, refrcenat omnes mortales delectationes,
coercet ad naturalem

modum, meliora
peccaret
Est

inferioribus

ordinata dilectione praeponens. Si enim nihil delectaret illicitum,

nemo
illa

autem

illici-

»

tum

,

quod

lex

prohibet qua

naturalis

ordo
per

» servatur
» » » »
»

Magna est humana quidem per eam possibilitatem

natura, quando-

instauratur,

quam

Magnus ergo Dominus et laudabilis valde qui condidit eam. Condidit enim et inferiores quse non possunt peccare
si

voluisset

,

non

cecidisset.

:

condidit

et

meliores quse nolunt peccare. Bestialis
nihil
facit

» »

enim natura non peccat quia
seternam legem. Cui
sic

contra

subdita est ut ejus particeps

» esse
d

non

possit.

Rursus angelica sublimis natura
ita

non peccat quia
solus

parliceps est legis œternœ ut

» » »
»

eam

delectet Deus, cujus voluntati sine ullo

experimento tentationis obtempérât.
ram, subdat
1.

Homo autem
bestiis,

cujus propter peccatum tentatio est vita super tersibi

quod habet commune cum
xv, 50; Migne,
t.

De Musica,

lib. vi.

i.

p.

180


»
» »

13


;

subdat Deo

quod habet commune eu m angelis
illis

donec

justilia et immortalitate perfecta

atque per-

cepta, ab istis exaltetur,

sequelur

»

*

On peut
contre la

lire

tout le passage, où saint Augustin déil

veloppe cette pensée que pour pécher,
loi éternelle,

faut aller

quœ ordinem naturalem conle

servare jubet et perturbare vetat.

Toujours saint Augustin prend

mot de

justice

dans
«

le

sens de conservation de Tordre.

Fit

autem homo iniquus cum propter
res propter

se

ipsas

»

diligit

aliud

assurnendas,

et

propter
Sic

»
»
» » »

aliud appétit res propter se ipsas diligendas.

enim quantum

in ipso est perturbât in se

ordinem
Fit

naturalem quem lex œterna conservari jubet.

»
»

autem homo justus cum ob aliud non appétit rébus uti nisi propter quod clivinitus institutœ sunt ipso autem Deo frui propter ipsum, seque et amico in
:

ipso

Deo propter eumdem ipsum Deum
de justice de l'idée d'ordre
:

» 2

Nulle part nous ne voyons saint Augustin séparer
l'idée
et

de dépendance.

L'homme
ad justitiam
Et
cette

utitur

quibusdam corporibusordinandis
dans laquelle
incarne
l'idée

3

justice

il

d'ordre, n'est pas seulement la rectitude morale en

général. C'est aussi la justice légale et la justice distributive sans en exclure la justice commutative.
1

2

.

Contra Faustum, lib. 22, ch. xxvm Migne, t. vm, p. 419. Contra Faustum, lib. 22, ch. lxxiii, Migne, t. vm, p. 450.
;

3.

De

diversis questionibus 30

;

Migne,

t.

vi,

p. 20.


« »

14

Aussi quand l'homme ne sert pas Dieu, quelle jus-

tice

peut être dans l'homme. Puisque n'étant pas

»
»
»
))

soumise à Dieu l'âme ne peut exercer justement aucune autorité sur le corps, la raison humaine sur
les vices. Et si

dans l'homme individuel,

il

n'est

alors

aucune

justice, quelle justice peut être

dans

»
»

une association d'hommes qui dus semblables ? i
Quelle est donc cette justice

se

compose

d'indivi-

que saint Augustin

accorde à l'individu
« Ici,

?

répond-il, la justice en chacun, c'est que Dieu
à

»
»

commande

l'homme obéissant, l'àme au

corps, la

raison aux vices rebelles, soit qu'elle les réduise,

» soit qu'elle leur résiste. 2

Saint Augustin passe donc d'une justice général, la
rectitude morale, à une justice spéciale, au
justice légale, sans transition.
identifie,
Il

moins

la

le fait

parce qu'il les
et

ou du moins

les fait

découler logiquement

nécessairement l'une de
qu'il
tice,

l'autre. C'est que, lors

même
la jus-

en arrive à une définition rigoureuse de
il

omet toujours un mot que depuis
essentiel
;

l'on a

regarde

comme

et les définitions

de saint Augustin

sont fréquentes. Ce n'est donc pas parmégarde, mais

volontairement, que sa définition ne

le

renferme pas.
?

Comment
aliquis jus

définissons

nous

la

justice

Virtus qua
saint

suum cuique

tribuit.

Comment

1.

Cité de Dieu, xix, 21
Cité xix, 27
;

2.

Moreau, m, 245. Moreau, ni, 261.
;

- M—
Augustin
la
définit-il ?

Toujours ainsi

:

virtus

qua

aliquis sua cuique tribuit.

L'absence du mot jus établit une différence essentielle

entre la seconde et la première définition. Voici

quelques définitions de saint Augustin.
«

Justus est animus qui scientia atque ratione in

» vita ac

moribus sua cuique

distribuit. »

1

« Justitia est » servata,

habitus animi,

communi

utilitate
». 2

con-

suam cuique

tribuens dignitatem

« Justitia
»

porro ea virtus est qu3e sua cuique distri-

buit.
((

3

Quid

justitia

,

cujus

munus

est

sua cuique

tri-

»

buere

». 4

Nulle part nous ne trouvons jus

suum,

et

saint

Augustin ne pouvait pas

le

mettre. Pour nous, Tordre

que conserve

la justice

ne s'adresse qu'aux actes ad

alterum. Pour saint Augustin, cet ordre est l'ordre

général de tous les êtres. Le droit objectif qui, pour
nous, est la seule matière de la justice, ne peut être

réclamé qu'en vertu d'un droit subjectif ou faculté
inviolable inhérente à la seule personne. Le

suum, dans
jamais
faite

la définition, restreint

donc

le

mot jus mot justice
s'est

aux seuls rapports sociaux. Cette restriction ne
dans
la

pensée de saint Augustin,

et c'est

pour cela
1

qu'il n'a

pas mis jus suum, mais sua. Or

De

Trinitate, lib. 8, eh.
t.

vu

;

Migne,

t.

vm,

p. 9ào.

2
3. 4.

Migne,
Cité

vi, p. 20.
;

Cité, xix, 21

Moreau. m, 224. de Dieu, xix, 4 Moreau, ni,
;

203.

- 16sua est tout aussi bien ce qui convient aux autres
êtres qu'à

l'homme. Seul l'homme a jus, tous

les

autres êtres ont un suum,

même

ceux qui ne peuvent

un jus. Et c'est bien cela que veut saint x\ugustin. Heureusement qu'il nous l'a dit et je puis ainsi
avoir
le

montrer. Je ne
justice,

lui prête rien

qui ne lui appartienne. qui sua cuique
tri-

La

pour

lui, cette justice

buit, n'est pas autre chose

que ce que nous avons vu
sou-

plus haut, et se confond avec la rectitude générale

des actions humaines qui observent l'ordre

et se

mettent à l'harmonie universelle des dépendances.
«

Quid

justitia, eu jus
fit

munus

est

sua cuique

tri-

» »

buere — unde
per hoc Deo
in

ipso

homine quidam justus ordo
et

naturœ, ut anima subdatur Deo,
et

animrc caro,

et

»
»

anima

et

caro


*.

nonne demonstrat

eo se adhuc opère laborare potiusquam in hujus

» operis

jam

fine requiescerc »

Et cependant celte justice, qui est

la rectitude gé-

nérale, le respect, la conservation de l'ordre, de tout

ordre, sera aussi pour
justice

lui,

et tout

naturellement, la

commutative, car cette justice commutative
que l'observation de l'ordre qui

n'est pas autre chose

doit

exister entre les

hommes, quant

à la

posses-

sion des biens.
«

Or, la justice est cette vertu qui rend à chacun
lui

» ce qui »

appartient. Quelle est donc cette justice

de l'homme qui dérobe l'homme
1
.

même

au vrai Dieu

Cité, xix, 4

;

Moreau,

m,

203.


»

17


?

pour

l'asservir

aux esprits impurs
lui

Est-ce là rendre

» à
» » » » »

chacun ce qui

appartient?

L'homme

qui ravit

un fonds à

celui qui

Ta acheté, pour

le livrer

à un

autre qui n'y a aucun droit est injuste. Et
qui se soustrait

l'homme

lui-même à

la

puissance de Dieu,

son créateur, pour se faire l'esclave des esprits de
malice
Il

est-il

juste ? »

*.

est bien certain

que saint Augustin ne paraît pas

distinguer,

comme

nous, les divers sens du mot justice.

Aussi réunit-il dans un
tice

même

raisonnement
la justice

la jus-

générale ou rectitude morale et

commuta-

tiveou respect des droits d'autrui. Et chez

lui ce n'est

pas confusion, au contraire.

11
il

reconnaît bien que,

dans

la justice

commutative,

y a un droit.
esprit.

Voici
est

comment

le lien se fait
il

dans son

La justice

partout où

y a observance de l'ordre.
il

Dans

la pos-

session des biens

y a un ordre. Mais quel est cet

ordre

?

Car

il

se peut

que l'usage des biens crée un
droits. Saint
lui

ordre autre que l'ordre des droits. Or pour nous la
justice
tin
le

commutative respecte des

Augusdroit

reconnaît également, mais pour

le

découle de cette rectitude morale, qui, à son sens, constitue toute la justice.

Pour nous,
et

le droit se

conçoit en

dehors de cette rectitude

nous admettons que nous

avons d'abord un
faire

droit, puis,

que nous en pouvons
usage.
l'usage

ensuite

bon

ou

mauvais
à

La
que

recti-

tude

morale est consécutive

nous

1.

Cité, xix,

xxi

;

Moreau,

ni, 224.

2


faisons de ces droits.
traire, c'est la rectitude

18


saint Augustin,

Pour

au conle droit,

morale qui constitue

et là


il

il

n'y a pas rectitude,

il

n'y a pas le

juste,

n'y a pas de droit. Je sais qu'on a beaucoup

essayé de changer sa pensée par crainte de conclusions qui effrayaient.

Nous verrons plus tard
il

ce que

sont ces conclusions, mais

nous faut bien admettre,
fort

pour

être

loyal,

que saint Augustin s'exprime

clairement.
((

Vide

si

injuriam passus

es.

Latrones multa pa-

»
»

tiuntur, sed

non injuriam. Scelerati omnes patiunest injuria. Aliud est pati

tur multa

mala sed nulla

»
»

injuriam, aliud pati tribulationem, aut
et injuria contraria sunt.
est.

pœnam.

Jus

Jus enim est quod justum

»
»

»
»
»

Neque enim omne quod jus dicitur, jus est. Quid si aliquis condat jus iniquum? Xec jus dicendum est si injustum est. Illud enim verum jus est quod etiam justum est. Vide quid feceris, non quid
patiaris. Si jus fecisti, injuriam pateris, si
fecisti,

injuriam

»

jus pateris

»

-

.

C'est

pour n'avoir pas bien compris

cela,

que tant

d'auteurs ont mal interprété ce que saint Augustin dit

de

la propriété.

Nous concevons, nous,
justes.

la propriété

comme un
les autres,
c'est
le

droit, et si

nous respectons ce droit dans

nous sommes

Pour saint Augustin,
nous, nous

contraire. Si nous observons l'ordre qui crée
les créatures et

une relation d'usage entre
CXLV,15

1.

Enarratio in ps.

;

Migne,t. iv, p. 189i.


sommes
justes, et
si

19


si

nous sommes justes,
c'est ce

nous

nous servons avec justice des créatures, nous acqué
rons un domaine sur elles; et

domaine qui
devront

nous
le

fait propriétaires.

Ce domaine,

les autres

respecter, et c'est ainsi que naîtra, pour saint Au-

gustin, la justice

commutative

et le droit
lui,
il

de propriété.
pas né-

On

voit,

par

là,

comment pour

n'était

cessaire de distinguer entre les diverses justices, et

comment

cette rectitude morale, cette observation de

l'ordre en général, lui
les questions.

permet de répondre à toutes

Aussi ne

fait-il

pas,

comme

nous, de la justice une

vertu spéciale,

même

cardinale. C'est pour lui

comme

une vertu transcendantale.
tres vertus,

Elle informe toutes les au-

même

les

vertus cardinales, et en est

comme
«

la

mère

et la régulatrice.

Quartus fluvius non dictum est contra quid vadat,

» aut

quam

terrain circumeat. Justitia

enim ad omnes
et sequitas

» partes
» »

anima? pertinet, quia ipsa ordo
est,

anima?

qua

sibi ista tria

concorditer copulanlur,
tertia

prima prudentia, secunda fortitudo,

tempe-

» rantia, et in ista tota

copulatione atque ordinatione

» justitia »

*.

Certes,

nous sommes loin de l'enseignement mofoi

derne; mais celui qui médite de bonne
parti pris, les

et

sans

œuvres de saint Augustin, ne peut s'étonner d'arriver à cette conclusion,. car elle résume
très

logiquement toute sa pensée.

1.

De Gecesi contra Man.

lib. II,

cli.

x

;

Migne,

t.

ni, p. 204.


Du
reste,

20


nous comet

nous retrouverons ces mêmes idées dans
la propriété, et

l'étude

que nous ferons de

prendrons mieux comment ce concept d'ordre
justice

de

anime tout
et

le

travail

intellectuel
suffit

du saint

Evêque,

comment

aussi

il

pour découvrir

toutes les lois de la morale.

La propriété, en

effet,

n'est

pour saint Augustin,
Sans
elle,

qu'un des grands éléments

de Tordre.

l'homme ne pourrait atteindre
tions de vie

sa fin dans les condi-

il

se trouve. Cette

harmonie de dépen-

dance, qu'il y a entre les êtres inférieurs, l'homme et
Dieu, cette domination que Dieu accorde à l'homme

sur les êtres inférieurs, en vue d'un usage moral et
juste, sont

pour saint Augustin,

la

preuve que l'homme

peut s'approprier les créatures. De cette appropriation
juste et selon l'ordre, sortiront les droits individuels

ou sociaux.
Mais de
là encore, fidèle à sa

conception de l'ordre

et

la justice, saint

Augustin ne regardera pas

la pro-

priété

comme un

droit distinct,

comme une

justice à
il

part de la justice et de la rectitude morale, et ainsi
arrivera à ses conclusions
les
il

si

personnelles, par lesquella

règle nettement les droits et les devoirs de

propriété, en

même

temps

qu'il limite les

pouvoirs de

l'Etat sur la propriété
les resserre

privée et individuelle et qu'il
la

de manière à les retenir tous, dans
et

seule

notion d'ordre

de paix sociale.

CHAPITRE
Dieu
seul a

11

un domaine absolu et indépendant.

L'homme

n'a qu'un

domaine dérivé

et dépendant.

La première idée que saint Augustin se
en
toute sa théorie de la propriété.
le

fait

de

la

propriété est une idée toute théologique. Elle
fait

domine

Dieu a
seul
il

domaine de toutes choses
de
et
lui
il

et les a créées, et

peut en disposer en maître

comme

il

lui

plaît. C'est

que nous tenons

les

biens que nous

possédons,
possession.
cette
trise
« »
» »
»

peut mettre des conditions à cette
endroit, saint Augustin développe
a,

En maint

pensée que Dieu

sur toutes choses, une maîet

complète inconditionnelle
Toutes
les

indépendante.
m'appartiennent,
j'ai

bêtes

de

la

forêt

pourquoi vous demanderais-je ce que

créé

?

Ce

que
la

j'ai

créé est-il plus à vous, qui avez reçu de
fait ?

moi
les

possession, qu'à moi qui Tai
la forêt

Toutes

bêtes de

m'appartiennent. Mais dira peut-

»

être ce peuple d'Israël, les bêtes sont à Dieu, c'est-

»

à-dire les bêtes sauvages

que
je

je

ne renferme pas
pas
à

»
» »

dans mes étables, que
râteliers,

n'attache

mes

mais ce bœuf,

cette brebis, ce chevreau,

sont à moi. Les bêtes de la forêt m'appartiennent,

22
»

les

troupeaux des montagnes

et

les

bœufs.

Les

»
»

choses que vous ne possédez pas sont à moi, à moi

également appartiennent toutes celles
possédez. Si en effet vous êtes

que

vous
toutes

»
»

mon

esclave,

vos propriétés m'appartiennent.

Totum peculium

» d »
»

tuum meuin est. Aeque enim est peculium domini quod sibi servus comparavit et non erit peculium Domini quod ipse Dominus servo creavit ? Ergo
mesc sunt bestiœ silvœ, quas tu non
sunt et pecora in montibus
qui sunt ad praesepe
cepisti,

mea

»

»
)>

quœ sunt tua et boves tuum, omnia mea sunt quia

ego creavi ea

»

*.

Aussi cette maîtrise de Dieu est-elle totale et absolue,
tandis que celle de
et relative.

l'homme

n'est

que conditionnelle

Autre est

le

dominium de

Dieu, autre est celui de

l'homme, parce que Dieu domine

autrement

que

l'homme. L'homme en

effet n'a
Ii

pas une puissance

totale sur ce qu'il possède.

ne peut vraiment que

s'en servir.

Comme
l'homme

le fait

bien remarquer Monsieur
«

Deploige dans son étude sur

La propriété dans saint
ne peut pas arrêter
lois,

Thomas

»,

n'a vraiment rien en propriété
Il

absolue, mais tout en usage.

le

cours de

la

nature, en modifier les

en transfort

former

les forces.

Tout au plus,

même

au plus
11

de

sa science, peut-il en combiner les énergies.
le

dirige
il

cours des phénomènes,

il

canalise les sources,

en

1.

Ps. xlix, 17; Migne,

t.

iv, p. 57C.


profite,

23

mais

il

ne

lui est

pas loisible de les arrêter et

de se les approprier. C'est ce que saint Augustin dit
si

habilement

:

«

Alia possessio Dei, aliapossessio

homi-

nis,

id est, aliud est possidere Dei, aliud possidere

hominis. Non enim tu quod possides, totum habes in
potestate,
est,

autquandiu vivat bos tuus

in

tua potestate
» \.

aut ut non pereat, aut non pascatur
vérité

Cette
et

que Dieu a seul un domaine absolu

indépendant se retrouve partout dans saint Au-

gustin, qui en tire beaucoup de ses considérations

morales. C'est

même

cette foi, qui lui fait trouver les
:

meilleures raisons en faveur de l'aumône
»

«

Pourquoi

ces malheureux ne comprennent-ils pas le but que
se propose le Seigneur, lorsqu'il dit, par la

» » » »
»

bouche
est à

du prophète Aggée
moi. Dieu veut
ici

:

L'or est à

moi l'argent
,

que celui qui refuse de partager
qu'il

avec
lui

les

pauvres ce
le

possède, alors

même

qu'on

rappelle
lui

précepte de l'aumône, comprenne que

»
» »
))

Dieu

commande de donner, non de son propre
du bien qui appartient au Seigneur
le
lui, et

bien, mais

lui-

même.

Il

veut aussi que celui qui assiste

pauvre
n'ou-

ne s'imagine point donner ce qui est à
vre pas son

»

cœur à

l'enflure de l'orgueil et de la

» vanité,

au

lieu de s'affermir

dans

la

vertu de misé-

» ricorde. L'or est à moi, dit le Seigneur, l'argent est

»
»

à moi,

il

n'est point à vous,

riches de la terre.

Pourquoi donc hésitez-vous à donner au pauvre de
1.

Migne,

t.

iv, p. 576.

24
»

ce qui m'appartient,

ou pourquoi vous enorgueillir
? » 1.

»

lorsque vous donnez de ce qui est à moi

La première conséquence de
que Dieu distribue,
sont à
tale.

cette proposition est
les

comme

il

lui plaît,

biens qui

lui et

qu'il a

créés. Cette idée est

fondamen-

Sous

les

apparences du hasard, des événements,
il

même
Dieu
le

de l'industrie humaine,

y a toujours Dieu,

maître, Tunique maître des biens, qui en diset les

pose à son gré
il

donne à qui

il

veut.

Evidemment
nos

y a des causes secondes. Ce sont ces causes secondes

qui,

immédiates

pour nous,

frappent surtout

regards. Ce sont ces causes, que nous observons, ce

sont

elles,

dont, dans

une certaine mesure, nous
elles,

pouvons disposer, ce sont
action pour obtenir
tel

que nous mettons en

ou

tel effet.

On comprend que

nous soyons prêts à leur attribuer uniquement l'effet qu'elles produisent immédiatement, mais saint Augustin ne se laisse pas prendre aux apparences.
Il

va

au fond des choses,
suprême,
11

il

veut voir

la

cause dernière,
finale.

et

vraiment

la vraie

cause efficiente et
lui,

la

trouve en Dieu. Pour

le

déroulement des
davantage

événements terrestres
tale qui,

n'est qu'une cause instrumen-

par sa matérialité
;

même,

affecte

nos sens

ce n'est point la vraie cause, la cause

mo-

trice. C'est

Dieu seul, qui meut toutes choses
le

et dirige

les

événements pour obtenir

but qu'il se propose.

Saint Augustin est d'une grande éloquence toutes les

1.

Sermons.

Ie

série. L.

;

Migne,

t.

v., p. 326.


fois qu'il
la

25


le

arrache ses auditeurs au domaine des appa-

rences, pour les transporter dans

domaine

réel de

Providence
«

et

de

la

majesté divine.
effet,

Les hommes, en

demandent à Dieu

diffé-

» »

rentes sortes de bénédictions. L'un veut être béni

en

ce

sens

qu'il

obtienne une maison

toujours

» pleine »

de choses nécessaires à cette vie, un autre

veut être béni, afin d'obtenir une santé corporelle.
»

D'ailleurs, qui d'entre

nous

dirait

que ce n'est

» point
» »

par

l'effet

de

la

bénédiction de Dieu que ses

champs
le

lui

rapportent des fruits, ou que sa maison

abonde de biens temporels?

En

effet, celui

qui a

» créé »

genre humain, alors qu'il n'existait pas,

assure aussi l'existence de ce qu'il a créé.
((

C'est

Dieu qui

fait cela, c'est

Dieu qui donne

cela,

» »

mais

c'est lui seul qui fait, c'est lui seul qui donne...
le

Inutilement

demande-t-on,

soit

aux hommes,
les

» soit »
»

aux démons. Et quelque bien que reçoivent
ils le

ennemis de Dieu,

reçoivent de

lui,

à leur insu.

De même quand
le

ils

sont punis et qu'ils croient être
ils

»
» » »

punis par d'autres,
savoir...
Ils

ne

le

sont que par Dieu, sans

attribuent ces biens
ils

aux hommes,
les

aux démons, aux anges, mais

ne

reçoivent
» *.

que de celui qui a puissance sur toutes choses
»

Dieu distribue
» 2.

l'or

et

l'argent

comme

il

lui

»

plaît

1. Ps. lxvi, 2
2.

;

Migne,

t.

iv, p. 803.

Sermons

I

e

série, L, 5;

Migne,

t.

v, p. 328.


» C'est
»
» »

26

dans un sens très véritable que Dieu déclare
a créés dans son inépuisable bonté, mais
si

lui

appartenir en propre des biens que non seuleil

ment

qu'il distribue suivant les règles

sages de sa

»

Providence
»

»

1

.

Pourquoi donc accuser celui qui vous a donné
vous qu'on peut accuser bien plus justement

» »

l'or,

d'avoir pour l'or
cet or,

un amour désordonné. Possédez
je

»

vous
»

dit
2.

Dieu,

vous

l'ai

donné,

faites

en

»

bon usage

Cette maîtrise de Dieu sur les biens, cette distri-

bution qu'il en
C'est

fait,

n'est point
effective

une maîtrise théorique.
si

une maîtrise
restreint et

et

réelle,

qu'elle

ne

donne à l'homme, possesseur de ses biens, qu'un usage

même

soumis aux conditions que Dieu
que dans
la

lui-même a
la

faites. C'est ainsi

théocratie

judaïque nous voyons Dieu régir par des

lois

sévères

possession des terres et des richesses que lui-même

a données.

Dans
pitre
»

le III e livre

des questions sur Theptateuque,

à la question

LXXXIX

sur les versets 2 et 3 du cha-

XXV

du
que

lévitique,

nous lisons

:

«

Lorsque vous

serez entrés dans la terre que je vous donne, et que
la terre

»
))

je

vous donne se sera reposée pendant vous

les sabbats

du seigneur, vous ensemencerez votre
six ans, aussi
taillerez votre-

»

champ pendant
Sermons,
l re

1

série, L, 6
I

;

Migne,

t.

v, p. 328.
t.

2.

Sermons, série

xxi, 10; Migne,

v, p. 148.


» »
» »

27


le fruit,

vigne et vous en amasserez

mais

la

septième

année ce sera
bat

le

sabbat,

le

repos de

la terre, le sab-

au Seigneur.

Comment entendre

ces

mots

lorsque vous serez entrés dans la terre que je vous

»

donne?... »

XC.

«

La

terre ne sera point

vendue en profanation
»
j
.

ou autrement en confirmation.

La
être

terre qui vient de Dieu,

ne peut être vendue aux

impies, ou en confirmation, jamais une vente ne peut

ferme ou perpétuelle. La terre doit toujours reve-

nir

au premier propriétaire. Dieu,

dit saint

Augustin,

est le vrai propriétaire et

on ne peut disposer que
plus,
il.

d'après ses volontés.

De

demande que

les

Hébreux
la culture

lui

paient une redevance par la cessation de
*.

chaque septième année
t.

1

.

Migne

ni. p. 714

*

On

pourrait m'opposer que je sors

du

droit naturel,

pour

entrer dans le droit positif. Le gouvernement juif était

une

théocratie dans laquelle Dieu intervenait par des lois positives.
avait, en effet, promulgué un code pour régir Israël. Précédemment, Dieu dispose des biens en faveur des hommes, par les eifets naturels des causes secondes que sa Providence a créées. Ici, il pose un acte nouveau et immédiat. Mais par là il
Il

ne détruit en rien

l'autorité et la maîtrise qu'il
Il

exerce par sa
s'il

puissance créatrice.

l'affirme

au

contraire. Et

a pu dispo-

ser des biens créés par des lois positives spéciales, a plus forte

raison en peut-il disposer par les lois naturelles, auxquelles

obéissent les causes secondes, instruments immédiats du partage des biqns de la terre.
(Voir la suite page 28.)


pouille pas.

28


les

Dieu ne donne donc pas

biens

aux

hommes
un

d'une manière absolue. En donnant, Dieu ne se dé-

autre

Quand un homme donne un homme, il en perd la possession, la
Il

objet à

jouissance,
cet objet, et

la disposition.
celui, à qui
lui
il

n'a plus

aucun droit sur

Ta donné, peut en

faire ce qu'il
Il

veut sans

demander son assentiment.
ils

n'en est pas ainsi
tota-

des dons de Dieu,

ne nous appartiennent pas

lement, selon saint Augustin, et Dieu en nous les don-

nant

prétend ne pas

s'en déposséder.

Il

nous

les

donne pour une fin précise et sous des conditions qu'il impose. Dans la théocratie hébraïque, les lois
civiles

elles-mêmes

reconnaissaient ce

domaine de

Dieu, et Dieu voulait que les Hébreux lui fissent un

hommage onéreux
clame plus
la

de leurs possessions. Dieu ne ré-

dîme de nos biens, mais nos biens n'en

Si

Dieu manifeste sa liberté par une législation positive,
loi

il

la

manifeste aussi par la

naturelle.

Assurément
essentiel,

la loi naturelle est

basée sur l'ordre des essences.
L'ordre

Toutefois elle ne restreint nullement la liberté divine

en

effet est

nécessaire, mais l'ordre concret, l'ordre

naturel dépend de la libre volonté de Dieu qui appelle à l'exis-

tence les possibles qu'il veut, D'où
rique en tant que
tel,

il

suit

que

l'ordre histo-

est entièrement

soumis à

la liberté divine,

bien qu'il ne soit cependant que l'évolution de lois immuables,

mais dont

la

réalisation ne peut avoir lieu

que dans

l'ordre

contingent, et par suite dépendant de cette liberté.

Donc

si

Dieu peut disposer en maître des biens de la terre

par des lois positives, à combien plus forte raison les peut-il
distribuer par les lois naturelles.


sont pas moins

c

20


il

comme

Dieu a voulu qu'ils soient
ne nous en concède
faisons

toujours, des instruments, et
la

légitime jouissance, qu'autant que nous en
fassions.

l'usage qu'il veut que nous en

Autrement
biens
qui
saint

nous

serions
entre

détenteurs

injustes

des

seraient

nos

mains.

La

doctrine

de

Augustin

est à ce sujet

d'une précision et d'une logi-

que éblouissantes.

L'homme
toire,

est sur la

terre

un pèlerin.

C'est

un

exilé

qui aspire après sa patrie. La vie terrestre est transi-

nous ne sommes pas créés pour vivre toujours.
Dieu, voilà notre
fin,

Le

ciel,

voilà le but de notre
la terre

existence.

Nous ne sommes sur

que pour ga-

gner

le ciel et

mériter de jouir de Dieu.

C'est

de cette conception théologique qu'il partira
la propriété.

pour élaborer toute sa théorie de
«
»

Tout

a-t-il été

créé pour
?

l'utilité

de l'homme, de-

mande
Voici

saint Augustin
:

sa réponse

«

Comme
il

il

y a une différence

» »
»

entre l'honnête et

l'utile,

y en a une aussi entre la

jouissance et l'usage

Cependant,
et

comme

il

est

plus conforme à la langue

à l'usage d'appeler
soi, et utile ce

» » » »
»

honnête ce qui
se rapporte à

est désirable

en
fin,

qui

quelque autre

nous parlons

ici

en

tenant compte de cette différence, restant persuadés

que l'honnête
l'un à l'autre

et l'utile

ne sont nullement opposés

» »

On

dit

que nous jouissons d'une chose quand
plaisir et

elle

nous procure du

que nous en usons quand


» » » »
»

30


humaine,
faut jouir.

elle n'est

qu'un moyen de nous en procurer. Ainsi

toute la perversité
c'est

ou

le

vice de la nature
il

de vouloir user des choses dont
il

et
il

de vouloir jouir des choses dont

faut user. Or,

faut jouir de ce qui est honnête et user de ce qui

»
»

est utile. J'appelle
tuelle,

honnêteté toute beauté inteilec,

c'est-à-dire spirituelle

et utilité la

divine

»
»

providence

On

croit

avec raison que

les

animaux eux-mêmes

»
»
»

jouissent de la nourriture et de tout plaisir corporel,

mais

il

n'y a que l'animal doué de raison qui
il

puisse user de quelque chose. Car

n'est pas

donné

» » » » »
» » »

aux

êtres privés de raison de savoir

comment une

chose se rapporte à une autre

On ne peut donc pas user d'une chose quand on ne
sait

pas où

il

faut la rapporter

C'est

pourquoi nous disons avec raison que l'homme
il

abuse quand

n'use pas bien. Et la chose dont on
et ce

use mal n'est pas avantageuse,

qui n'est pas

avantageux n'est pas
utile

utile.
et

Or, ce qui est utile, n'est

» »

que par l'usage,
utile,

ainsi

personne n'use que

de ce qui est
mal. Donc
la

on n'use donc pas quand on use
la

»
»

raison parfaite de l'homme, qui est

vertu, use d'abord d'elle-même pour connaître Dieu
afin de jouir de celui sert des autres
faire sa société,

» » »
»

dont

elle tient l'être. Elle se

animaux doués de raison, pour en et des autres animaux qui en sont
Sa vie même,
et

privés pour exercer son empire. ...
elle la

»

rapporte à Dieu, afin d'en jouir,

ain>i

elle


»

31


,

est

heureuse

»
»
»

Elle se sert aussi de certains corps

de

quelques-uns pour raison de santé, de quelques autrès

pour exercer sa patience, de ceux-ci, pour opé-

» »

rer des actes de justice, de ceux-là, pour avoir des

moyens de connaître
pas
lui

la vérité.

Ceux dont

elle

n'use

» » »
» »

donnent

lieu

de pratiquer la tempérance.

Donc
a été
fait

tout ce qui a été fait,
la

pour l'usage de l'homme, parce que

raison qui a été donnée à

l'homme
1
.

se sert de tout

avec une discrétion intelligente »

Dieu nous a donné

les biens

de

la terre

pour que

nous en usions. Mais quel sens saint Augustin donne-

mot user? Pouvons-nous nous servir des biens selon notre bon plaisir? Evidemment non. Et c'est ce qui amène saint Augustin à cette admirable distinct-il

à ce

tion qu'il fait entre frui et uti. Frui, c'est jouir d'une

chose pour
dre pour
c'est

le plaisir qu'elle

nous cause

:

c'est la

prenfin,

fin. Uti, c'est

s'en servir

pour obtenir une

c'est

un moyen pour un but. Le but c'est la jouissance, Dieu. Le moyen, c'est ce qui nous fait obtenir le
jouissance
;

le but, la

et les créatures

pour nous sont

des moyens. Nous devons donc nous servir des créatures

uniquement pour atteindre notre

fin.

Si

elles
la

ne nous servent pas à atteindre notre
jouissance de Dieu, elles n'ont plus
d'être

fin

qui est

aucune raison

pour nous.

(1)

Livre des 83 questions. Question 30. Migne,

t.

vi,

p. 20.

OZ
« »
»

Frui enim est amore alicui rei inhaerere propter

seipsam. Uti autem, quod in

usum
si

venerit ad id

quod amas obtinendum
nandus
béate
est.

referre,

tamen amandum

»

est.Nam usus illicitus,abususpotiusvelabusio nomi-

»

Quomodo

ergo

si

essemus perigrini, qui
non possemus, eaque

»
» »
»

vivere

nisi in patria

peregrinatione utique

miseri et

miseriam

finire

cupientes, in patriam redire vellemus, opus essetvel
terrestribus vel marinis vehiculis quibus
esset ut ad patriam,

utendum

»
»

qua fruendum

erat pervenire

valeremus;quodsiam8enitatesitineriset ipsagestatio

)>

vehiculorum nos delectarent
quibus
uti

et

conversiad fruendum
cito

» his
»

debuimus, nollemus

viam

finire

et perversa suavitate implicati

alienaremur a patria,

»
» »

cujus suavitas faceret beatos, sic in hujus mortalitatis

vita peregrinantes

a Domino,

si

redire

in

patriam ^olumus
est

uti beati esse

possimus, utendum
;

» »
» »

hoc mundo, non fruendum

ut invisibilia Dei,
;

per ea
est, ut

qme

facta sunt, intellecta conspiciantur

hoc

de corporalibus temporalibusque rébus seterna

et spiritualia

capiamus.

»

1

On

le voit,
Il

l'usage des biens de

la

terre

est très

défini.

ne nous est pas loisible d'en faire ce que
tout, parce

nous voulons. Les animaux jouissent de
qu'ils n'ont

pas
il

la raison.
le

L'homme, au

contraire, est

raisonnable,

peut voir

rapport qu'il y a entre une
Cap
Migne. T. m,

1

De doctrina

Christiana.

Lib.

i.

îv, 4.

p. 21.


moyen
et la fin, entre la

33


et l'effet.
le
Il

chose et une autre, entre

la voie et le but, entre le
sait qu'il

cause

est créé

uniquement pour obtenir
que Dieu a mis sur
en abuse,

bonheur

éternel,

et tout ce

la terre à sa disposition

est

un moyen de
fin,
il

l'acquérir. S'il s'en sert
il

pour une

autre
«

fait

mal.

*

Ainsi donc tout usage des choses temporelles se

»
d
)>

rapporte, dans la cité terrestre, à la jouissance de la

paix terrestre,

et

dans

la cité céleste,

il

se rapporte

à la jouissance de la paix éternelle. C'est pourquoi,

» si
))

nous étions des animaux privés de raison, nous
le

ne désirerions rien autre chose que

tempérament
le

» » » » »
»

bien ordonné des parties de notre corps, et

repos

des appétits, rien au-delà des satisfactions de la
chair et des raffinements de la volupté, en sorte

que

la

paix du corps servît à la paix de l'âme.
la

En

effet,

que

paix du corps manque, la paix de l'âme

irraisonnable est troublée faute de pouvoir parvenir

*

Bien entendu, clans toute cette étude, je prendrai les mots
et jouir

user

dans

le

sens où les prend saint Augustin, et que
Il

nous venons de

voir.

faut bien se garder

de donner au mot

jouir ou user son sens vulgaire. User n'est pas seulement se
servir d'un objet, c'est s'en servir parce qu'il a

une adaptation

de moyen avec
n'est pas

le

but que nous poursuivons. Jouir, de
la

même,

éprouver un plaisir dans
reposer

possession d'une créature,

mais
sens

s'y
si

comme dans

sa

fin.

Faute de se rappeler ces

précis,

on ne comprendrait plus rien aux arguments de
et le

saint Augustin.

Le mot jouissance implique toujours repos
tendance.

mot usage


» » »
»
»

34


Mais

au repos des appétits
il

comme
qu'il

est

dans l'homme une âme raisonnable, ce

a de

commun

avec les bêtes,
afin

il

l'assujettit à la

paix

de l'âme

raisonnable,

de passer de la con-

templation intérieure à
d'établir ainsi en

l'acte qu'elle

détermine,

et

»

lui-même l'accord harmonieux de
de l'action, accord où nous pla-

» la

connaissance
la paix

et

»
» »
»

çons
Et

de l'âme raisonnable
ce corps mortel, tant qu'il y réside,
il

comme en

voyage loin du Seigueur,
corps, soit de l'âme, soit

toute paix, soit du

du corps

et de l'âme,

il

la

» »

rapporte à cette paix de l'homme mortel avec Dieu

immortel
Il

» *.

faudrait relire toute la Cité de Dieu pour montrer
saint Augustin développe cette pensée avec
la

comment
» » » »

amour. Mais nous

retrouvons bien ailleurs
:

:

«

Xam

non mihi videtur dictum

Qui dédit nobis omnia
nisi se

abundanter ad fruendum,

ipsum. Yidetur

enim aliud esse

uti, aliud frui.

Utimur enim pro
Ergo
ista
» 2.

necessitate, fruimur pro jucunditate.

tem-

» poralia dédit
«
»

ad utendum, se ad fruendum

Nonne

ipsa sunt temporalia quae concupita inar!

descunt, adepta vilescunt, amissa vanescunt

Uti-

»
»

mur
ne

eis et

nos secundum peregrinationis nostrse

necessitatem, sed non in eis gaudia nostra fîgimus,
illis

»

labentibus subruamur. Utimur

enim hoc

1.
2.

Cité de Dieu,

liv.

XIX,
l
re

14.

Sermon clxxvii,

série, 8.


» »

35


eum
ejus
et

rnundo tanquam non utentes, ut veniamus ad
qui fecit hune
se terni ta te

mundum
»
4

in eo

maneamus
Il

»

perfruentes

.

Elle est toute la base de sa morale.
la théorie

en

tire

pour

de

la propriété

des conclusions aussi logi-

ques qu'inattendues.
Si les biens de la terre

ne sont que des moyens,
il

si

nous ne devons jouir
sance est injuste, en
«
»

*

que de Dieu,

nous

est

donc

défendu de jouir des biens de

la terre, et toute jouis-

même

temps que coupable.
in

Fruimur enim

cognitis,

quibus voluntas ipsis
eis

propterse ipsadelectataconquiescit, utimur vero

»
))

quœ ad

aliud referimus quo

fruendum

est.

Nec

est

alia vita

hominum
et

vitiosa atque culpabilis,
» 2.

quam

»

maie utens

maie fruens

Par conséquent, bien que toutes les créatures soient bonnes, on ne peut pas les aimer ni les vouloir pour
elles-mêmes.
ce

Toutes ces choses sont dans

le

monde

et

ont Dieu

»
» »

pour auteur. Pourquoi donc
qui est l'œuvre de Dieu?

n'aimerais-je pas ce

Les créatures doivent

nous servir à aimer Dieu en
Il

nous montrant sa
les créatures,

» bonté.
»

ne faut donc pas aimer

mais

Dieu qui les a données. Desiderant enim manducare,
Sermon clvii, v, 5. De Trinitate, lib.x,

1

2.

cap. x.

*

Dans

le

sens de

frui,

opposé à

uti.


» bibere, »
»
»
))

36


istis.

concumbere,

uti

voluptatibus

Numquid

non

est in his

modus? Aut quando

dicitur: Nolite

ista diligere.

hoc dicitur, ut non manducetis aut non

bibetis aut filios

non procreetis. Non hoc

dicitur,

sed

sit

modus

propter Creatorem, ut non vos illigent
:

» »
t>

ista dilectione

ne ad fruendum hoc ametis quod ad

utendum habere debetis Vos autem non probamini nisi quando vobis proponuntur duo, hoc aut illud
:

»

Justitiam vis an lucra?
«

1
.

Xon amat multum

nummum

qui amat

Deum. Et
dicere,

»
»

ego palpavi infirmitatem, non ausus

sum

non amat nummum, sed non multum amat
quasi

nummum,

»
))

amandus
digne

Deum

»
))

bimus. Erit
tionis,

nummus sed non multum. si amemus nummos omnino non amatibi nummus instrumentum peregrinasit
!

non irritainentum

cupiditatis,

quo

utaris

ad

» »

necessitatem,

non quo
te

fruaris ad delectationem.

Deumama,
iter agis,

si

aliquid in te agit

quodaudis etlaudas.

»

Utere mundo, non

»
»

mundus. Quod intrasti iter exiturus venisti, non remansurus
capiat
:

agis,

stabulum

est h^ec vita. Utere

nummo quomodo
taies fueritis, eri2
.

»

viator in stabulo utitur mensa, calice, urceo, lectulo,

»
»

dimissurus non permansurus,
gite cor qui potestis et audite

si

me

»

Puisque l'homme ne peut se servir des créatures,

1

Sur l'Epitre de S. Jean. Traité, n, Sur l'Evangile selon

1 1

et 12;

Migne, t. m,

p. 1996.
t.

2.

S. Jean. Traité xl, 10;

Migne,

ni,

p. 1691.


l'usage, qu'il en fait

37


fin,
il

des richesses que pour atteindre sa

suit

que

pour un autre but,

est

immoral, est

coupable. Nous avons vu plus haut que ce qui distinguait

l'homme de

la bète, c'est la

raison

;

la raison,

qui permet de percevoir la finalité et de voir les rapports qu'il y a entre
le

but

et les

moyens. En

efïet,

quand

la

raison

perçoit

un rapport de

finalité

et

qu'elle veut la fin, elle doit prendre le
fin est obligatoire, le

moyen.

Si la

moyen

le

sera aussi, et

l'homme

aura l'obligation de faire
pas,
il

telle

action. S'il ne la fait

péchera. Or

la

richesse a
Il

un rapport de moyen
fin

à

fin

avec la béatitude.

y a un usage de la richesse

qui

en

fait

un moyen propre à atteindre une

nécessaire. Saint Augustin appelle cela, simplement,
se

servir de la richesse, et
la relation qu'elle a
elle n'est

quand on
avec

l'emploie, en

dehors de

la fin

de chacun,
*

on l'emploie mal,
fait

plus utile, on en abuse, on

un péché. Et

cela est vrai,

même quand on
»

jouit

d'une chose que l'on possède légitimement.
«

L'usage immodéré, la «jouissance
et

d'une chose

«

permise

qu'on possède légitimement est un péché,
si

« ainsi
«

user de sa femme,

ce n'est pas

pour
»

satisfaire
*.

au devoir de
«

la procréation, est

un péché
si

Has ergo

delicias, in

quibus vidua

agit,

hoc est

» si delectatione cordis haerat,

atque habitat, vivens

1.

Sermon ce

lxxviii,

2,

série 9.

*

C'est le sens de jouir de saint Augustin.


»

38


et

mortua

est.

Multi

sancti

sanctœ omni

modo
divitias
in
si

»

caventes,

ipsas

velut

matres deliciarum
et tali

» »
»

dispergendo pauperibus abjecerunt,

modo
Quod

cœlestibus thesauris, tutius condiderunt.
tu devincta aliquo pietatis officio

non
*.

facis,

tu scis

»

quam

de

iis

rationem reddas Deo
là la

»

Enfin et c'est

conclusion curieuse de la théorie

de saint Augustin, celui qui n'use pas des richesses,
celui qui en

abuse n'y a pas
il

droit,
le

il

ne

les

possède

pas justement,
«
»

n'en a pas
le

domaine.
?

Qui est-ce qui a
le
?

domaine d'un bien
le

Celui

qui
vrai

possède, qui en est

maître,

n'est-il

pas

»

Celui qui en peut disposer, s'en servir, en

un

»
»

mot

celui qui le

domine

et le fait

tourner à son pro-

pre bien. Celui-là en

effet est

habitant qui n'est pas

» » »
»

esclave, celui-là au contraire qui est esclave, n'est

point habitant, mais
C'est ainsi

il

fait

partie de l'habitation.
qu'il a, qui est

que celui-là possède tout ce

vraiment

le

maître de ses biens, or celui-là en est
filets

» le
»
»

maître qui n'est pas captif dans les

de la
est

cupidité,

mais
il

celui

que

la
2. »

cupidité enlace

possédé,
Cette

ne possède pas

manière de parler
et

n'est pas

une forme oratoire

un conseil pratique
C'est la
la

moral.

pensée

même

de saint Augustin au sujet de
dit
:

propriété, nous avons vu plus haut ce qu'il

1

Lettre à Proba,

8.

2.

Premier discours sur

le

psaume

xlviii, 2.


ce

39


avec
raison

C'est

pourquoi

nous
il

disons

que

»

l'homme abuse quand
n'est pas

n'use pas bien. Et la chose

»
»

dont on use mal n'est pas avantageuse, et ce qui

avantageux n'est pas

utile. Or, ce

qui est

»

utile n'est utile

que par l'usage,
est utile.

et ainsi

personne

» n'use »

que de ce qui

On

n'use donc pas
se conforla fin

quand on use mal. » User en effet, c'est mer à l'ordre et employer les choses pour
Dieu
s'est

que

proposée en
les

les créant.

Ainsi

donc,
utilité,

biens sont
qu'il

donnés à l'homme,

pour son

pour

en use. Dieu ne les lui a
et

pas donnés pour qu'il en abuse,

quand l'homme abuse des biens, Dieu ne les lui donne pas. Car Dieu est le seul, le vrai maître qui donne à qui il veut. Il

ne donne pas à ceux qui abusent, mais seulement à

ceux qui usent, à ceux qui se servent des biens pour
leur utilité, qui les regardent
les

comme

des

moyens

et

emploient à atteindre leur
le

fin,

qui est la jouissance
n'ap-

de Dieu. Par conséquent,

domaine d'un bien
non à
saint

partient qu'à celui qui en use et

celui qui en

abuse. Cette conclusion de

Augustin est très

logique et

si

on ne l'attendait pas, on ne peut pour-

tant en être surpris.

On

conçoit très bien que toute

donation

faite

sous condition est nulle, quand la con-

dition n'est pas réalisée.

Aussi saint Augustin n'a-t-il pas
tion

la

moindre hésitaqu'il

dans sa doctrine,

et

c'est

hardiment

va
Il

jusqu'au bout de ses conclusions. Ecoutez plutôt.

commence par poser

le

grand principe

:

Aurum

ejus


proprie est qui
Dei.
illo

40


adeoque verius
le

bene

utitur,

est

On ne

verrait

pas peut-être, pourquoi
le

bon
et

emploi des richesses en assurerait seul
par voie de conséquence

domaine
que
seul

la propriété. C'est

fina-

lement Dieu seul
priétaire, si l'on

est

le

vrai

maître,
qu'il

le

pro-

entend par ce mot

peut disposer
sa propriété

des choses

et qu'il

partage sa maîtrise,

avec qui

il

veut. Saint Augustin, après cette entrée en
«

matière, développe son affirmation.
»
» »
»

Illius est

ergo

aurum

et

argentum qui novit
inter ipsos

uti

auro

et

argento.

Nam etiam
juste

homines, tune quisque habere
utitur.

aliquid dicendus est

quando bene
non
tenet.

Nam quod
jure

non

tractât, jure

Quod autem

» »

non

tenet, si

suum
?

esse dixerit. non eritvox justipos1
*

sessoris, sed

impudentis incubatoris improbitas
Celui qui ne fait pas
**.

Est-ce assez clair

bon usage

d'une chose n'y a pas droit

Cela est évident. Mora-

lement nous n'avons droit (faculté d'employer pour
Sermon
ch. u.

1

l,

4.

*

Jus, justum,
il

dans ce

texte, n'est

pas seulement

la rectitude

morale,

inclut aussi

le

jus juridicum, justitiam

commuta-

tivam. Se rappeler le chapitre sur la justice.
*
'

Ce mot droit
il

est pris

au sens large de faculté que

l'on doit

respecter, mais

n'exclut pas le sens de propriété. Tout au
est

contraire.

empêche un autre de s'emparer de la même chose que nous. Si donc le méchant ne peut s'emparer lui-même d'un objet, il ne peut a fortiori emLa propriété

un

droit qui

pêcher un autre de

la

posséder.


notre bien) qu'à ce
aide à attendre notre
droit,

41


et

qui
fin.

nous perfectionne
Et
si

nous

nous n'y avons pas
c'est

nous ne pouvons pas dire que
le

nostrum

car la justice (vertu cardinale,

genre) est une vertu

qui donne à chacun son sien, qui
faire valoir

nous permet de

nos droits, qui crée pour notre prochain
l'oblige

une obligation à notre endroit, qui

— justice

commutative
tant

—à

respecter notre possession et l'en

exclut et nous ne pouvons revendiquer

que nous en avons besoin,
notre
fin,

qu'il

un bien qu'auest pour nous un
qu'il
utile,

moyen pour
nous
est utile

en un mot, qu'autant

\

S'il

ne nous est pas
droit,

nous n'y
le

avons plus aucun
revendiquer,
il

nous ne pouvons plus

n'est pas à nous.
si

Saint Augustin ne s'arrête pas en
et

beau chemin,
aucune

considérant que l'homme, en état de péché, ne peut
ri-

rien faire pour le ciel, que par conséquent

chesse ne peut conduire
à regarder les richesses

le

pécheur au

ciel,

en arrive

comme

injustement possédées

parles impies. Seuls les bons, les justes, ont droit aux
biens dont
ils

usent et peuvent s'en dire vraiment les

maîtres. Je cite saint Augustin, non pas encore dans

un sermon où
Macédonius,
les

l'on pourrait,

quoique à

tort,

invoquer
lettre

quelque exagération oratoire, mais dans sa
lettre

à

dont évidemment

il

a

mieux pesé

termes

:

*

C'est toujours le sens

de

frui

et d'uti

de saint Augustin

fin et

moyen.

/y
V

WX
«


Jam
:

42


est,

si

vero prudenter intueamur, quod scriptum

» » »

est

Fidelis

hominis totus mundus divitiarum

infidelis

autem nec obolus, nonne omnes qui
licite conquisitis,
?

sibi

videndur gaudere

eisque uti nes-

» ciunt,
» »

aliéna possidere convincimus

Hoc enim
»

certe

alienum non

est,

quod jure possidetur, hoc
hoc juste quod bene.

aùtem jure quod juste
Ce sont les

et

mêmes
qu'il

termes que plus haut. Cette idée
et cette répétition

est

donc familière à saint Augustin,
veut dire cela
et

prouve bien
lui

que ces mots ne

ont pas échappé dans la chaleur d'une improvi:

sation
»
»

«

Omne

igitur

quod maie possidetur, alienum
utitur.

est

:

maie autem possidet qui maie

Cernis
si

ergo

quam

multi debeant reddere aliéna,

vel

»
»

pauci, quibus reddantur, reperiantur. Qui tamen
ubi ubi sunt, tanto magis ista

contemnunt quanto
dilexerit

» ea justius
» » »

possidere potuerunt. Justitiam quippe et
habet, et qui
et a

nemo maie

non

non habet.
» *.

Pecunia vero

malis maie habetur, et a bonis

tanto melius habetur quanto

minus amatur

La doctrine de saint Augustin
sa propriété que

n'est point douteuse.

Dieu, premier maître, vrai propriétaire, n'associe à

l'homme qui

fait

des biens qu'il offre

l'usage qu'il faut. Or, cet usage est tout entier dans
le

rapport que ces biens ont avec la

fin

de l'homme,

en tant que moyens. Dès que l'homme ne tend plus
vers Dieu, dès qu'il s'arrête au plaisir que
lui

procure

1.

Lettre à Macédonius, 20.


les créatures

43


il

comme

telles,

en abuse. Dieu ne

lui

accorde plus sur elles aucun domaine, et par suite

aucun

droit de propriété. D'où, toutes les richesses

du

monde appartiennent aux
en être propriétaires.

seuls amis de Dieu, les im-

pies n'y ont aucun droit et ne peuvent, à

aucun

titre,

Même

en justice,

ils

devraient

donner tous

les

biens qu'ils possèdent

aux seuls

justes qui y ont droit.

Nous

voilà

dans une impasse
doit rendre

et

en face d'une

diffi-

culté extrême. Si, en justice, le

méchant ne peut
ce
qu'il

être

propriétaire
justes,
il

,

s'il

possède aux
Saint Au-

s'en suivra qu'on pourra le lui prendre. C'est
droit.

donc l'anarchie sous l'apparence du
gustin a prévu
l'objection et
il

y a répondu. Nous
le

examinerons

cette question

dans

chapitre où on
loi

parlera du rôle que saint Augustin accorde à la

humaine dans

la constitution

du

droit de propriété.

Dieu, nous venons de

le voir,

a

donné à l'homme
il

la

terre avec toutes ses richesses,

mais

la lui a

donnée

pour

qu'il s'en serve.
lui servir

Il

veut qu'elle

lui soit utile. Elle

pourra

de bien des manières et l'on conçoit

que toutes ces manières puissent également mener

l'homme à sa fin. Il n'est personne qui veuille priver l'homme des biens de la terre. Toutes les conceptions
modernes
ces
ont,

au contraire pour but de
Il

lui

faire-

une part plus grande dans ces biens.

est vrai

que
la

conceptions oublient malheureusement

que

richesse n'est pas un objet de jouissance, mais d'utilité,

de

quelquefois leurs utopies.


a
fait le

44


«

Saint Augustin répète en maint endroit que
riche et le pauvre

Dieu

du
être,

même

limon, et les a
le

jetés sur la

même

terre. » Est-ce

que

riche et le

pauvre ne devraient pas

hommes devraient-ils participer également aux mêmes biens ? En un mot, les hommes pouvaient-ils se partager la
ou tous
les

terre,

s'en

approprier des lambeaux et

exclure les
ils

autres de la jouissance des biens dont

s'étaient
loi

emparés

?

Bref la propriété

privée est-elle la

de

l'homme? Celui qui est propriétaire ne serait-il pas un voleur, n'aurait-il pas ravi à un autre un bien
auquel
il

a droit? Et de tout cela, que pense saint
?

Augustin

Nous répondrons que saint Augustin, en effet, n'admet pas que l'homme, semblable en cela aux animaux,
puisse demeurer dans un
Il

affirme que ce

communisme contre nature. communisme est impossible, que le
toujours un crime,

vouloir ou

le réaliser est

que

le

mien
n'est

et le

tien

est l'ordre de la nature,
et

que

le vol

pas

permis

que

la

propriété privée est

intangible.
Il

est encore

une autre question intéressante. On
la nécessité

admettra assez facilement
privée,
sède-t-il

de

la propriété

mais en vertu de quel droit l'homme pos-

une propriété privée?

C'est là

où tous

les éco-

nomistes se donnent libre carrière. Les uns y voient un cadeau, que la société fait aux plus capables, dans
l'intérêt
loi

commun. Pour
le droit

d'autres, c'est l'Etat qui par la

constitue

de propriété. Quelques-uns enfin


comprenant bien que
la société, et
la

45


fait

propriété existe en

avant

ne peut tenir d'elle son existence, ont été
la propriété

chercher
Ils

le

fondement de

dans

le travail.

y ont vu

comme un

essor de la liberté

humaine
Il

et

un prolongement de

la

personne elle-même.

est

curieux de voir que saint Augustin a pensé à toutes
ces questions et qu'il y a répondu.

Nous allons donc examiner maintenant ce que
Augustin pense de
il

saint

la propriété

privée et sur quel droit

la fait reposer.

CHAPITRE
Saint Augustin et le

]]]

Communisme

A première
Augustin

vue, on

pourrait

croire

que

saint

est partisan

de la

communauté des
s'y sont-ils

biens.

Aussi la plupart des économistes,

inconsciemment
trompés.

ou peut-être
à regarder

même consciemment,
comme
indiscutable

L'enseignement universitaire, en général, n'hésite pas
l'opinion

que

les

P. P. étaient
«

communistes.
le

Les doctrines des P. P. sur

caractère de la
Ils

»
»

propriété privée sont parfaitement uniformes.

admettent tous que

la richesse est le
le

produit d'une

»
»

usurpation, et considérant
teur des biens du pauvre,

riche

comme
le

détenriche
le

ils

veulent que
qui

»

serve seulement à secourir ceux

sont dans

» besoin.
»

Refuser aux pauvres est par conséquent

bien plus coupable que de voler aux riches. Selon
P.,

» les P.
»

dans

le

principe tout était

commun,

et la

distinction entre le

mien
a

et

le

tien,

c'est-à-dire la

» »
»

propriété
esprit

individuelle,

été

l'œuvre

du malin

Saint Augustin dit que la propriété n'est
droit

point de

naturel, mais de droit positif, et
l'autorité civile.
1
.

»

qu'elle repose

simplement sur

»

1. Nitti.

Socialisme Catholique,

p. 66.


»

47


que
l'Eglise était

Ce n'est qu'au XIII e

siècle, alors

»

déjà extrêmement riche, que l'on
ecclésiastiques

voit les
le

auteurs
droit

»

soutenir ouvertement

de

» propriété. Ainsi saint

Thomas

s'efforce

de mettre

» d'accord la doctrine conservatrice
»

d'Aristote sur la
tout

propriété,

avec

l'enseignement
II, III

opposé
siècles.

de
*. »

»

l'Evangile et des P. P. des

et

IV e

On trouve en

effet

dans Saint-Augustin des passages

qui semblent avoir un sens indiscutable.

A
» »
»

la

question XXXII, sur

l'A. T.,
:

nous lisons dans
et le

le

livre des

proverbes de Salomon

«

Le riche

pauvre

se sont rencontrés, le Seigneur estle créateur de l'un
et

de l'autre.

Comment donc peut-on

dire qu'il n'y
?

a point en Dieu d'acception de personne
«

Loin de

l'esprit des fidèles

une assertion aussi
le riche,

» » »

impie. L'Écriture, pour ne point paraître enseigner

à mépriser

le

pauvre

et

à honorer

rappelle

que Dieu
sont
leur

est le créateur de l'un et de l'autre,

non en
qu'ils

» »
» » »

tant qu'ils sont riches ou pauvres,

mais en tant

hommes. Car si leur fortune est différente, nature est la môme, et si les occasions, qui se
la prospérité

produisent dans la vie, ont pour résultat de donner

aux uns

qui suit les richesses, aux

»
» »

autres les privations qui accompagnent la pauvreté,
ce n'est pas

une raison pour mépriser ceux que

Dieu n'a pas humiliés, ou pour honorer ceux à qui

1. Nitti.

Le socialisme Catholique, Origines économiques du

Christianisme, p. 72.


» » » »
»

-48

la vérité n'a

pas rendu témoignage. Ceux qui sont

incontestablement clignes de mépris, ce sont les
corrupteurs publics des mœurs, et les violateurs
sacrilèges de la loi de Dieu.

De même, nous devons
et

honorer ceux qui aiment Dieu
sa
loi.

gardent fidèlement

»

Les

hommes vraiment
la vie

riches aux yeux de

»
»
» »
»

Dieu sont ceux dont
paraissent méprisables

est
le

pure, et plus

ils ils

dans

monde, plus

sont dignes d'honneur dans les cieux. Ceux que les
faveurs de la vie présente ont comblés de grandes
richesses,
la volonté
fait lever
s'ils

se connaissent et

s'ils

comprennent
qui
et

» » »
» »

de Dieu, qui a donné
soleil sur tous les

la terre à tous,

son

hommes,

répand

indistinctement la pluie sur tous les champs,
l'iniquité

— car

humaine,

les

circonstances ou la misère,

ont seuls enlevé à quelques-uns des biens que Dieu
a donnés à tous,

» »
» »

ils

seront les économes des
la

pauvres,

et,

accomplissant

volonté de Dieu,
le
ciel,

ils

seront riches sur la terre et dans

au

lieu
faire

d'abuser
exclure

des richesses temporelles pour se des
éternelles.

» » » »
» »

Nam

qui beneficium
si

temporis habent in ampliandis facultatibus,
cognoscant,
et

se

Dei

intelligant
et

voluntatem,

qui
oriri

terram omnibus dédit
jubet,
et

solem suum cunctis
effundit,

pluvias

indiscretas

iniquitas

autem
dédit

temporis,

aut

fortuitse

occasionis,

aut

» » »

indigentia
;

quibusdam abnegat quae Deus omnibus
ministrant
eis,

ipsi

ut

pertinentes

Dei

voluntatem,

non solum

in

mundo

sed et in ca'lo


» »

49


divifcise

divites sint, ne
se 1er nus.
»

pauci temporis

excludant

Ailleurs,
«
» »

psaume CXXXI,
autem
ne

n° 5, saint Augustin écrit

:

Multi

faciant

locum

Domino sua
gaudent, pri-

quccrunt, sua diligunt, potestate sua

» »

vatum suum concupiscunt. Qui autem vult facere loeum Domino, non de privato sed de communi
débet gaudere.
»
»

Telle

fut la

conduite

des premiers chrétiens à
ils

» »

Tégard de leur fortune privée,
eussent joui seuls

en firent

le

bien

de tous. Ont-ils donc ainsi perdu ce qu'ils avaient?
S'ils

»
»

de leurs biens,
fortune.
Ils

chacun

n'eût

eu

que

sa propre

n'auraient

» » » » » »
» »

eu à leur disposition que leur propre bien. Mais en

mettant en
ils

commun

ce qu'ils avaient
autres.

en propre,

s'enrichissaient

du bien des
attention.

Que votre

charité fasse bien

Les biens que nous
la

possédons en propre sont seuls
des haines,
des
discordes,

cause des procès,

des guerres entre les
discussions, des

hommes, des émeutes, des
Quelle est donc la

scan-

dates, des péchés, des injustices et des assassinats.

»
» »

raison de tout cela, sinon les

biens que nous possédons

en propre.
les biens

Est-ce

que

nous nous disputons pour
sédons en
respirons
le soleil.

que nous pos-

» »
» » »

commun
l'air,

?

C'est

c'est

en

commun que nous commun que nous voyons
en

Bienheureux ceux qui font une habitation
Est-ce que

au Seigneur, en ne s'occupant pas de leurs biens
privés. Ainsi pensait celui qui écrivait
:

4


»

50


ma
maison. C'était

j'entrerai

dans

le

tabernacle de
Il

»

son bien propre.

savait

que son bien propre
il

»
»

l'empêcherait de bâtir une maison au Seigneur et

se souvient de ce qu'il a à faire. Je n'entrerai pas

» »
»

dans

ma

maison jusqu à ce que

j'aie

trouvé

le lieu

du Seigneur. Qu'est-ce donc? Quand
le lieu

tu auras trouvé
ta

du Seigneur, entreras-tu dans

maison, ou

»

plutôt la

» » »

point la

maison du Seigneur ne deviendra-t-elle tienne? Car tu seras toi-même la maison du
et tu

Seigneur

ne feras plus qu'un avec ceux qui
» *

sont la maison du Seigneur.
Il

est

inutile

de multiplier

les

textes.

Ces deux
trouvé

passages sont suffisamment précis

et je n'en ai

aucun qui eût plus de force
les

et

parut mieux favoriser

communistes.
serait facile de
série
«

Il

répondre
sur les

comme
P. P.

M. de Gryse,dans
2
,

une

d'articles
est

que

la doctrine

des P. P.

une doctrine de prédication

et,

par suite,

de pratique. Ce n'est pas scientifique et précis, mais
leçons pour la vie
».
Il

me semble que

ce serait

plutôt se dérober que de résoudre une difficulté, et je

comprends que nos adversaires ne

se contentent pas
effet,

d'une pareille réponse. Les P. P.. en

ne sont

pas gens sans réflexion, saint Augustin, entre autres.

1.
2.

Migne,
E.

t.

iv, p.

1713.
et les citations

de Gryse. Les socialistes

des Pères de
Institut

l'Eglise.

— Revue sociale catholique. —

Louvain.

de

Philosophie. Janvier 1897.


Il

51


eux quelque erreur de

dit ce qu'il

veut dire et ne dit que ce qu'il veut dire.

Il

est difficile d'admettre chez

langage, en ce sens du moins, qu'ils aient dit plus ou

moins
leurs

qu'ils

ne voulaient dire.

Je ne nie
et
s'ils

pas que hors du ont forcé
ils

expressions, prises

séparément

contexte, ne semblent exagérées, mais

quelque couleurs ou
l'ont fait

assombri certains
relief et

détails,

pour bien mettre en

mieux graver

dans

l'esprit

des auditeurs la pensée principale, qui

faisait l'objet

de leur discours, et qui pour être plus

forte n'en était point

pour cela déformée.
thèse par des exagérations

On ne prouve pas une

oratoires, on lui fait tort et on la ruine dans l'esprit

d'un auditoire intelligent.il est plus loyal, à
de regarder
saint
lui

mon

sens,

Augustin

comme exprimant

sa

pensée
pliquer.

et

de

demander au besoin de nous
et
il

l'ex-

Comme

première règle

comme conséquence du
faut admettre

génie de saint Augustin,

que

l'écri-

vain ne se contredit pas.

Il

a revisé ses œuvres et

modifié les parties qui

lui

semblaient inexactes ou
Si

dans lesquelles son esprit avait évolué.
trouvons des passages très
clairs,

donc nous
,

indiscutables

en

opposition avec ceux-ci, nous ne devons pas mettre

en doute

les

passages

clairs,

mais admettre que nous
fa-

avons mal compris ceux que nous interprétons en
veur du communisme.
Or, les
droits,

œuvres de saint Augustin sont pleines d'enil

s'attarde à

montrer l'excellence

et

même

la nécessité

de

la

propriété privée. Quel sens donc
?

faut-il attribuer
Il

à sa doctrine, soi-disant communiste
le dire.

a pris soin lui-même de nous

Ceux qui ont
on

vu dans ses paroles une approbation du communisme,
les ont lues

avec un esprit imbu de préjugés, et
lire

si

veut bien traduire et

avec attention, on verra que

nulle part saint Augustin ne regarde le

communisme
le

comme un
Il le

devoir.

dit

même

très

ouvertement dans

numéro qui
possession

suit
» » » »

:

«

Privons-nous donc, mes frères, de
et si

la

de notre fortune,

nous ne nous séparons pas
que nous fassions une
exhorte,

de nos biens, séparons-nous au moins de l'amour que

nous avons pour eux,

afin

maison au Seigneur

».

Ainsi donc, saint Augustin ne
Il

défend pas de posséder une fortune privée.
si

Ton veut acquérir

la

perfection,
Il

il

est vrai, à

mettre

en

commun

ses biens privés.

l'avait fait

lui-même

et aussi

quelques-uns des premiers chrétiens, pour

suivre un conseil, mais non pas un

commandement
afin

qui oblige.

Nous verrons même

saint Augustin sou-

tenir qu'une assez

grande fortune est nécessaire

de pouvoir se livrer à la recherche de
souci de sa nourriture
Ici,
*.

la vérité, sa us

ce qu'il veut, c'est que
:

le
Il

chrétien ne

se mette

pas en peine
affections
,

sua quœrunt.

ne veut pas que nos
,

qui

doivent être durables
:

aillent à des

biens périssables

sua diligunt.

Il

ne veut pas, sur-

1.

Migne,

t.

IV, p. 1718.


tout,

53


et

que
:

la richesse

devienne un orgueil

une do-

mination

potestate

sua gaudent. Car alors l'homme
:

ne pense plus qu'à soi au détriment de toute charité

privatum suum concupiscunt.
votre charité fasse attention. Cet

Aussi

dit-il

:

«

Que
des

amour exagéré
car on
et les

biens

de la

terre

mène à

l'injustice,

veut

toujours

augmenter sa fortune,
les

moyens que
les pro-

Ton emploie ne sont pas honnêtes, ce sont
cès, les discussions,

guerres, toutes ces

choses
l'assas-

qui scandalisent et
sinai. »

mènent au péché jusqu'à
précédente
sur
l'A.

Dans

la

question

T.

,

saint
et

Augustin

dit

que Dieu

est le créateur

du riche

du

pauvre, non en tant qu'ils sont riche ou pauvre, mais

en tant qu'ils sont hommes. Nous avons vu, ailleurs,

que Dieu distribue

comme
qui,

il

lui

plaît les richesses.

Augustin ne se contredit pas. Dieu, immédiatement, a
créé des

hommes
les

comme hommes,

ne sont ni

riches ni pauvres, mais habitent la terre, qui est assez
vaste

pour

contenir et assez féconde pour les

nourrir, qui terram dédit omnibus. Dieu aussi a créé
les

causes secondes. Ces causes agissent selon l'énergie

qu'il leur a

communiquée, mais
quoique

il

reste le premier et

principal

moteur,

non

pas

toujours

le

principe responsable

Dieu offre bien
richesses

la

communauté pour
jubet
et

toutes les

qui échappent à l'action cunctis
il

humaine, solem
indiscretas

suum

oriri

pluvias

effundit.

Cependant,

est d'autres agents,

agents

iniel-


qui ont sur
la

.>%

•;',


des biens une influence

ligents et responsables, quoique dépendants de Dieu,

distribution

considérable. Cette influence, Dieu la permet, Dieu la
veut, de sorte que l'on peut, selon le point de vue, regar-

der Dieu

comme

la

Providence distribuant

les

biens à

sa guise ou en attribuer la division aux causes se-

condes, qui en sont les agents immédiats. C'est pourquoi, sans nier la Providence, qui préside aux lois gé-

nérales du

monde

et

ne permet que ce qui
des
les

lui plaît,
,

on peut dire que
circonstances de
la

l'injustice
vie,

hommes

que

les

que

misères des temps

ont inégalement réparti les richesses, que Dieu a don-

nées à tous. Ces causes secondes n'agissent que sous
l'œil

de Dieu,

et

finalement sont ses instruments, dans
Il

révolution des événements qu'il a voulus.
suit

ne s'en-

pas que ceux qui possèdent dans ces circonsle

tances possèdent injustement et saint Augustin ne
dit pas,

bien

au contraire.

Il

dit

ceci

:

tout

homme
une
à

riche est estimé, tout pauvre méprisé.

C'est là

infamie, car la richesse ne donne aucune valeur

l'homme,

comme

la

pauvreté ne

lui
s'il

en enlève aucune.
est

Ce n'est pas

la faute

du pauvre,

pauvre

et le

riche ne doit passe prévaloir de sa fortune.

Chacun ne
riche use

vaut que par sa valeur morale

,

et

si

le

charitablement de sa richesse, quoique sans s'en dépouiller,
il

sera aussi estimable que le pauvre
ciel
:

et re< b-

vra

le

même

non solum

in

mundo

sed et in cœlo

divites sint.

Celle doctrine

est

familière à saint Augustin, qui

pratiquement n'admet

même

de droit aueune
c'est

comsérie,

munauté

entre

le

pauvre

et le riche,

ce qu'il
L

exprime clairement au sermon

LXXXV

de

la

re

quand après avoir recommandé l'aumône aux riches s'adresse aux pauvres « Vous pauvres, réprimez vos
il
:

»

convoitises.
l'apôtre
:

Ecoutez, pauvres, ce

que

vous
est

dit

»
»

C'est

un grand gain. Le gain

un

bénéfice qu'on a gagné. Or c'est un grand gain que
la piété

» »

qui se contente

du nécessaire. Le monde
»

vous est

commun

avec les riches.

C'est ce

que nous
et

lisions plus haut, qui
oriri jubet,

terram dédit omnibus
et

solem cunctis

pluvias indiscretas

effundit
»

«

mais leurs maisons ne vous sont point
avec eux. Vous possédez en
la

communes

commun
»

le

»

même ciel,
»

même

lumière, cherchez

le

nécessaire,

»

cherchez ce qui

suffît,

mais rien au

delà.

L'avarice consiste à vouloir devenir riche et
l'être

non

»
»
»

pas à

en

effet.

Le riche

et le

pauvre se sont

rencontrés. Vous, riches, gardez-vous d'opprimer,

vous pauvres, gardez-vous de frauder.
C'est

»

donc

faire

preuve d'une grande ignorance

et

d'une mince lecture, que de regarder saint Augustin

comme un

fauteur du

communisme.

CHAPITRE
La Propriété privée
est

IV
,

légitime

foncière

et stable

Thomas pose cette question Utrum licet alicui rem aliquam
Saint

:

quasi

propriam

possidere
légitime
?

? 4

La propriété privée

est-elle

une institution

Posée

ainsi, la question est
,

extrêmement vague,
travail sur

et

M. Deploige

dans son remarquable

la
:

théorie thomiste de la propriété, s'en exprime ainsi
«

Cette formule paraîtra sans doute à plusieurs trop
la

générale et trop peu adéquate aux exigences de

polémique contemporaine.
«

»

On

sait,

en

effet,

que pour

les

uns, une

justifi-

cation d'ensemble de la propriété privée est insuffisante, parce qu'il faut toujours

distinguer

à

quels
la

objets la propriété s'applique

:

elle

ne doit pas être
les forêts,

même

pour

le

sol

arable

,

pour
les

pour

les

mines, pour
produits.
((

les

eaux, pour

capitaux ou pour les

»

Ensuite, la propriété privée n'est pas contt-

1.

S.,

2,

2,

LXVI,

2.


dernes.
Il

57


les écoles socialist s

dans une égale mesure par
répondre aux nécessités de
de
la

moPour

y a là des variétés et des nuances
la

polémique,

le

défenseur

propriété privée devrait, de nos jours, entrer
»

dans de nombreuses distinctions
Saint Augustin

ne

faisant pas

de polémique
le

,

ni

même

d'étude ex professo, n'a pu poser
si

problème

d'aucune façon. Pourtant,
pas systématique,
il

son enseignement n'est

me

paraît suffisamment complet.

Je ne veux nullement prouver que saint Augustin a
résolu toutes les questions. Je veux loyalement
trer ce

mon,

que

j'ai

cru découvrir dans ses œuvres

à

savoir qu'il avait

un concept à

lui

sur ces matières.

En

effet, la

propriété sera privée, qu'elle soit le par-

tage d'un seul, ou qu'elle soit l'apanage d'une

com-

munauté.

C'est là

une erreur fréquente de ne voir de
le

propriété privée que dans
société peut posséder en
ce sera toujours

dominium d'un

seul.

Une

commun un même

bien

une propriété privée. Nul ne s'avisera
des congrégations ne sont pas
les

de dire que
privés, parce

les biens

que tous

membres en peuvent user

également.

De même la propriété privée peut être plus on moins complète. Celui qui est le maître peut disposer plus ou moins entièrement de l'objet dont il est propriétaire. Saint

Augustin n'a pas ignoré toutes ces sub-

divisions du sens
fois,

du mot propriété
les
la

privée. Encore
lui,

une

nous ne trouverons pas
chose

termes chez

mais

nous trouverons

et cela suffit.


Cherchons donc, avant

58


Augustin adet

tout, si saint

met

la propriété

privée

comme une
nous

chose bonne

légitime.

Reconnait-il que

pouvons disposer

de quelque chose d'une façon exclusive,

comme

il

nous

plaît et sans

que personne puisse exercer un
?

contrôle sur l'usage que nous en faisons

La réponse n'est pas douteuse, saint Augustin pro-

clame bien haut que l'homme possède légitimement,
qu'il

peut disposer à son gré de ses biens, que nul
lui

ne peut

en demander compte.

Assurément,

comme

moraliste

et

théologien,

il

reconnaît que l'acte humain doit être raisonnable et

que Dieu, qui a donné

les biens,

peut imposer des

conditions pour leur usage, mais, en disant cela, en

reconnaissant que l'homme est responsable vis-à-vis
de
Dieu,
il

reconnaît,

par

même,

la

légitime

propriété des biens qu'il possède.
C'est à

chaque instant que saint Augustin rappelle
la

à ses auditeurs

bonté de

la

richesse, et

il

parle

bien

d'une

bonté ontologique. Les

richesses
:

-ont

bonnes parce

qu'elles sont l'œuvre de Dieu
et,

ce sont
telles.

des créatures sorties de sa main,
elles

en tant que

ont une bonté intrinsèque.

On

pourrait objecter

que les richesses, en tant qu'êtres, sont bonnes

comme

tout ce qui est, et cela ne ferait pas que leur possession
lui

Légitime. Je ne pense pas qu'on puisse admettre ce

raisonnement, Saint Augustin
richesses en

ne regarde en

pas
effet,

les

tant qu'elles sont, ce qui,

ne

prouverait rien, mais en tant qu'elles sont richesse-.


Or,
si

59


le fait

elles

sont bonnes en tant que richesses, elles

sont donc bonnes en tant que possédées; c'est

même
nous

de les posséder qui est bon. Cette affirmation

revient souvent dans la bouche de saint Augustin, et
la

trouvons sans cesse dans ses sermons, sous

une forme ou sous une autre.
Il

y a surtout un passage assez remarquable où

il

s'exprime

nettement.

Les

Manichéens

regardaient

certaines choses

comme mauvaises
étaient

en elles-mêmes.

Pour eux,
Augustin.

l'or et l'argent

mauvais. Nul ne

pouvait en posséder. Tel n'est pas l'avis de saint

On
Elles

peut,

dit-il, faire

peuvent être

la

un mauvais usage des richesses. source de beaucoup de péchés,
la

mais ces péchés viendront de

malice humaine,

et

non de
«
» » » » »

ce

que

l'or et l'argent

sont mauvais.
je

Vous voyez maintenant,

pense,
folie

mes

frères,

l'étrange

erreur et l'insigne

de

ceux

qui

reportent sur les choses dont les

hommes

abusent, la

responsabilité du mauvais usage qu'ils en font. Si
l'on

condamne

l'or et l'argent,

parce que les hommes

corrompus par l'avarice s'attachent avec unedétestable convoitise

»
»

aux objets que Dieu a créés,
se font des procès se débarrasser
le soleil

il

faut

condamner
«
....

aussi toutes les autres créatures de Dieu.

Les

hommes
et
et,

pour ensoleiller
les
*.»

» »

leurs

maisons

du voisin qui
mauvais

obscurcit,

pourtant,

n'est pas

1

.

Serm.,

l re série L. 7;

Migne,

t.

v, p. 329.


mais,
«

GO


admet
la

Je ne veux tirer aucune conclusion de cette prémisse,

pourtant,
»

si

saint Augustin

bonté

ontologique

des richesses, ne pourrait-on pas dire
la légitimité

qu'il

en reconnaît ainsi implicitement

de

droit naturel, car la bonté ontologique est

une bonté

naturelle, fort différente de la bonté morale.

Saint Augustin reconnaît surtout la bonté morale

des richesses.
Cette bonté se relie
«

éminemment
».

à sa théorie de la
les

jouissance et de l'usage

Pour saint Augustin,
doit user, et,

richesses sont
tout

un moyen dont on

comme

moyen

participe à la bonté de la fin qu'il fait

obtenir, elles aussi sont bonnes, parce qu'elles aident
à acquérir le

bonheur suprême.
chaque

Aussi ne sont-elles pas seulement permises. Puisqu'elles sont utiles, elles sont désirables, et à

instant saint Augustin

le

rappelle à ses auditeurs.

Nous pouvons résumer
phrase que
»

tout ce qu'il en dit dans cette
3(i e

je

trouve au sermon

de

la

l

rc

série

:

Les richesses de l'homme sont

la

rédemption de
n'est pas

»

son âme.

»

4

Etant donnée cette bonté des richesses,

il

étonnant que saint Augustin regarde
vée

la propriété pri-

comme
si

légitime.

Nous verrons môme que
lui, elle

cette

légitimité, cette utilité de la propriété privée lui

sem-

ble

fondamentale que, pour
Il

est

presque
si

une nécessité.
Migne.

la

montre, en

effet,

comme

dési-

1.

t.

v, p. 218.


rable,

61


le

comme un

aide

si

grand pour

développement
elle,

de l'homme que Ton se demande comment, sans
il

admettrait que ce développement fût possible.
Aussi n'élève-t
il

pas
les

la

moindre objection contre
qu'il fait

la richesse
Il

dans tous

reproches

au riche.
des

défend

même

les

fidèles contre

les attaques
le

hérétiques et revendique pour eux
priété.

droit de pro-

D'abord

,

il

regarde les richesses
«

comme

le

bien

propre de celui qui les possède.
» » »

On

n'est pas avare

seulement en prenant

le

bien d'autrui, mais encore

en conservant son propre bien avec trop de cupidite
»
1
.

»

Faites l'aumône

du juste

fruit

de vos travaux,
légiti-

» »

donnez aux pauvres de ce que vous possédez

mement

:

ex eo

quod

recte habetis.

» 2

II

y a là un

tien et

un mien,

c'est la propriété privée.

La propriété
et

est légitime,

non seulement pour
elle est

le

païen qui ignore les biens célestes,

légitime

permise aussi pour
par

le

baptisé qui vit détaché de la

terre et qui,

état, travaille

à acquérir les biens

éternels.
dépouiller,

Saint

Augustin

n'exhorte

jamais

à

se
a.

mais à bien user de

la propriété

que Ton

Je cite un passage

un peu long, mais qui me semble
:

tout à fait préciser sa pensée
»

N'est-ce donc pas le

bonheur que d'avoir des

fils

1.
2.

Serm. CVIÏ, 3; Migne, Serm. GXII, 2; Migne,

t. t.

v, p. 629.

v, p. 6i7.


vigoureux, des
i

62


de posséder
le

filles

parées, des celliers pleins, des
,

troupeaux nombreux

repos, la

paix, les richesses et l'abondance de tous les biens
»

dans
pas
le

les

maisons

et

dans

les

villes? N'est-ce

donc

>

bonheur? Ou bien
?

les justes doivent-ils fuir ce
la

>

bonheur

Ne trouvez-vous jamais

maison du juste
remplie de ce

>

comblée de toutes ces richesses
en

et

>

bonheur? La maison d'Abraham n'abondait-elle point
or,

>

en argent, en enfants, en serviteurs et en
?

>

troupeaux

Le saint Patriarche Jacob,
la face

fugitif

en
et

>

Mésopotamie, devant
retenu au
service

de son frère Esaii,
s'y
est-il

>

de Laban, ne

point

>

enrichi? A son retour, n'a-t-il point rendu grâces à

>

Dieu de ce qu'ayant passé

le

Jourdain à son départ
il

>

avec un bâton pour tout bien,
si

revenait avec une
et d'enfants ?

>

grande multitude de troupeaux

Qu'en
Soit,

>

disons-nous? N'est-ce point
c'est

là le

bonheur?

>

du bonheur, mais
la

il

vient de la gauche.

Que

j

veut dire

gauche

?

Un bonheur
le

temporel, mortel,

>

matériel. Je n'exige pas que vous l'évitiez, mais je

>

ne veux pas que vous
de la droite

preniez pour

le

bonheur

Usons de
droite
>

la

gauche pour

le

temps, mais désirons

la

pour

l'éternité. Si les richesses affluent, n'y
si

attachez pas votre cœur. Car

vous attachez votre
i
.

>

cœur aux richesses

qui affluent en vos mains, vous
»

>

mettez à droite ce qui est à gauche

1.

Psaume

CXLIII, 18

;

Migne,

t.

iv, p. 18G7.


C'est

63


troupeaux
c'est

donc pour saint Augustin un bonheur que

d'être riche, d'avoir des celliers pleins, des

nombreux, d'avoir des maisons. Assurément,
bonheur de second ordre, puisque
bonheur du
ciel,
le

un
le

premier est

mais

c'est

un bonheur.

Comme

telles,

les richesses sont désirables, à plus forte raison, elles

sont légitimes. Et remarquons qu'ici saint Augustin

ne s'occupe pas de l'usage des richesses.

Il

y a un vrai
tard,
il

bonheur à
vrai
,

être riche.

Nous verrons plus

est

comment

cette richesse servira à celui qui la

possède, mais en tous cas, la possession est un bonheur, c'est un bien, et
dition.

même

c'est

un bien sans con-

En

soi,

la richesse est

toujours un bien en

général, elle est toujours légitime.

Le juste lui-même,
ciel et

le

juste dont la pensée est au

qui doit apprécier les choses selon leur vraie

valeur, le juste peut aimer et rechercher la richesse.
C'est

pour cela que saint Augustin prend
et

comme

exemple Abraham

Jacob, deux justes extrêmement

riches et cependant justes. Aussi ne demande-t-il pas

à ceux qui l'entendent qu'ils abandonnent leurs
chesses.
» «

ri-

Je ne vous

demande pas que vous
»
,

évitiez
ri-

ce

bonheur temporel.

C'est

que pour

lui, la

chesse est une chose utile

légitime.

La
la

légitimité des richesses n'en rend pas seulement

possession permise.

On ne

fait

pas mal en gardant
il

ses biens

ou en essayant d'en acquérir, mais

est

même

des cas où on ne peut se dépouiller des biens
et

qu'on possède

c'est

un devoir de

les garder.


Une
pour
d'une
certaine

64

dame

Ecdicie, prise d'un beau zèle

la religion et

de commisération pour des moines

quêteurs, se permit de se dépouiller en leur faveur

somme

importante. Cela

fit

quelques

difficultés

au retour du mari et Ecdicie s'en plaint à saint Augustin.

Le docteur, loin de
dure pour

lui

donner raison
,

et

d'approuver

son détachement des richesses
très
lui

lui
tort.

écrit
Il

une

lettre

montrer son
de
la

n'admet pas
accuse cette
fils
;

que

l'on se prive ainsi

richesse.

Il

femme de ne pas penser
il

à l'avenir de son

il

la

rend responsable des dissentiments du ménage,
la

bref,

blâme sans excuse

et déclare qu'elle n'avait

pas

le

droit de disposer de son bien

en laveur de moines

paresseux.

Nous retrouvons
lui

la

même

idée

en plusieurs enProba.

droits et entre autres
Il

dans une

lettre à

donne des conseils pour
et

qu'elle profite

de son

veuvage

des biens que Dieu

lui

a donnés. Après lui

avoir concédé qu'elle garde ses biens, propter necessarios usus vitae,
il

va plus loin

et

admet
le

avoir des

raisons qui

empêchent
font

peut y riche d'abanqu'il

donner ses richesses
Voici ce qu'il dit
»
» »
o
:

et lui

un devoir de les garder.

«

Has ergo

delicias in quibus vidua

si

agit,

hoc est

si

delectatione cordis hœret, atque
est. Multi sancti
et

habitat,

vivens mortua

sanctae

omni modo caventes,
divitias

ipsas velut matres deliciarum
et tali

dispergendo pauperibus abjecerunt

»

modo

in cœlestibus

thesauris tutius condiderunt.


»
»

G5


non
facis,

Quod
scit

si

tu clevincta aliquo pietatis otficio

tu scis

quam

de

iis

rationem reddas Deo.

Nemoenim

» » »

quid agaturin homine,nisispirilus hominis qui
ipso est

in

Pertinet

lamen ad vidualem curam
ne apponas cor ne in cis

tuam
Il

deliciae si ailluant,
»

»

putrescendo moriaris.

montre à Proba
et
il

le

devoir en général, puis

il

vient

à

elle,

admet
piété,

qu'elle soit obligée, devincta, de
et cela

garder ses richesses,

parce qu'elle est

mue

par

un devoir de

pietatis oflicio. Ce

ne sont donc

plus les nécessités de la vie qui rendent la richesse
légitime. C'est aliquo pietatis officio. Et je crois que
pietas,
ici,

est

seulement l'amour maternel. Elle a

le

souci du bien-être ou

môme du

rang social de ses
droit

enfants, et cette raison lui défend de se dépouiller.
Enfin, saint Augustin réclame expressément
le

de propriété,

même

pour l'inconscient

et

pour celui

qui ne sait ou ne peut en user.

Au

livre

XIV

sur la Trinité, chapitre XIV, saint

Augustin

enim infans puer, » quamvis ditissimus natus, cum sit dominus omnium » qua3 jure sunt ejus, nihil possidet, mente sopita ». Nous voyons ici quelle différence saint Augustin met entre possidere et dominum esse. Dominus
écrit cette

phrase

:

«

Si

est

le

propriétaire,

c'est

celui

à qui

appartient la

chose. Possessor est celui qui en peut disposer et qui
fait acte

de propriétaire.
il

L'enfant ne peut disposer de son bien, car

est

mente sopita, mais cela ne l'empêche pas

d'être riche,


dominas omnium. Et
ta

66


dans
non,
dire, ce
;

ditissimus, et cela parce qu'il est vraiment propriétaire,
cette expression n'est pas

bouche de saint Augustin une manière de
pas

n'est
c'est

une

concession à un usage reçu
s'il

bien sa pensée elleméme, car,

est

dominas,
droit qu'il

cet enfant, c'est en toute justice, c'est
a.

un

Cette propriété

lui

appartient légitimement, jure

sunt ejus.
Il

me semble que

ce texte est formel,

et,

à lui tout

seul, suffit

pour prouver que saint Augustin admet
de la propriété privée.

la légitimité

Si

nous continuons à

lire

notre

auteur, nous

le

verrons tirer des conclusions pratiques de ces principes, et, par là

même, U^
le

affirmer davantage.

On en
ou

concluera qu'il n'a pas exagéré sa pensée dans

fait

de phfaseS crcu-es
Il

feu du discours.

s'en faut.

Non seulement
de
la

il

reconnaît théoriquement
il

la

légitimité

propriété, mais, pratiquement,

ne permet pas
est sacrée, elle

qu'on y touche. La propriété privée
est intangible.

Tout objet a un maître, un propriétaire,
objet semble être abandonné,
ble
il

et

si

cet

ne nous est pas

loisi-

pour cela de nous eu emparer. Nous devons
il

re-

chercher à qui

appartient, et saint Augustin, au
l
ro

sermon CLXXVIII,
Il

série, dit

expressément qu'il faut
dan-

institue* les choses trouvées.
est

une

autre

circonstance

laquelle

il

montre bien ce
en
effet

07


la propriété.
Il

qu'il

pense de

est

des cas où quelqu'un a employé des moyens

injustes
reçoit
la

ou immoraux pour s'enrichir
présents
et

:

le

juge qui
iniques,

des

rend

des

arrêts

courtisane qui doit sa fortune à ses

débauches,

etc.

Dans ces cas saint Augustin
la

voit bien

un crime
mais ne

dans

manière dont

la fortune est acquise,

croyez pas qu'il oblige l'enrichi à s'appauvrir. Nulle-

ment. Le possesseur de ces richesses en est
time propriétaire.
n° 12,
il

le légi-

Au

l

,r

discours sur
le

le ps.

XLVIII,

énonce simplement

principe :« Peut-être

ce que vous avez acquis est-il le fruit de l'injustice.

Alors, devrez-vous
»

le

rendre.

«

Non
le

pas, mais.

ces

richesses quoique acquises par
les

péché, parce

» » »

que vous en êtes
à gagner
le

maîtres, peuvent vous servir

ciel.

Faites-vous des amis au
!

moyen

des richesses injustes

»

Il

parle ainsi pour expli-

quer que ce qu'on appelle richesses injustes, ne sont
pas des
richesses

illégitimement
*

possédées,

mais

dont

la

source a été l'injustice.

Et encore faut-il expliquer ce mot. Dans

sa pensée,

nous

le

savons, justice n'implique pas l'idée que nous
n'est

nous en faisons. Ce

pas toujours cette vertu qui

*

Injustes

ici,

a

comme nous
de

le

verrons plus loin le sens de

coupables,

et

aussi

acquises par une certaine fraude,

quoicpie la justice commutative ne soit pas suffisamment lésée

pour réclamer
de justice.

la restitution. C'est

encore là un concept confus


qui
vit
fait

68


le

rend à chacun son dû, ce qui obligerait

détenteur des

richesses à les restituer, mais cette vertu synthétique

l'homme
un

juste,

comme

lorsqu'on

dit, le

juste

de

la foi, saint

Joseph

était juste. L'injustice alors

n'est pas

acte qui refuse le

dû .mais un acte défecet

tueux, coupable et punissable.
Il

explique sa pensée

dans ce sens,

applique

son principe dans

le détail

quand
invito

il

écrit

à

Macedo-

*nius, lettre 153, n° 23.
»

Non sane quidquid ab
En
effet, il

sumitur injuriose

»
»

aufertur.

en est beaucoup qui refusent
le

de payer au médecin ses honoraires, à l'ouvrier
salaire qui lui est dû.

» »
»

Nec tamen nœc, qui ab invito

accipiunt per injuriam accipiunt, quae potius per

injuriam non darentur. Sed non ideo débet judex

»
» »

vendere justum judicium, aut

testis

verum

testi-

monium, quia vendit advocatus justum nium et legisperitus verum consilium. »
«

patroci-

Il

y a des personnes d'un rang inférieur qui sans
parties,
les

»

scrupule reçoivent des deux

comme

les

»

employés subalternes,
leur

et

ceux qui

occupent

et

»
» » » » » » »

commandent. On a coutume de leur redemander ce qu'ils ont extorqué par avarice et improbité, et non ce qu'on leur donne volontairement par suite d'une habitude généralement tolérée. On
serait

même

plus

blâmable de réclamer contre
établie, parce

l'usage reçu ce qu'on leur a donné, qu'eux de l'avoir
reçu, d'après la

coutume

que ce sont

ces avantages qui engagent et qui

retiennent dans


» »

69

ces fonctions

beaucoup de personnes nécessaires à
employés viennent à changer de vie
et plus saintes,

l'administration des choses humaines.
»

Quand

ces

» » » »
» »

et
ils

à prendre des mœurs meilleures

doivent préférablement distribuer aux pauvres,
leur propre bien, l'argent qu'ils ont reçu de

comme
ils

cette manière, plutôt
l'ont

que de
si

le

remettre à ceux dont
bien d'autrui.

reçu

comme

c'était le

Qui vero
rapinis,

contra jus societatis

humanœ,

furtis,

» »

calummiis

oppressionibus,

invasionibus
cense-

abstulerit,

reddenda potius

quam donanda

»

mus.
Il

»

y a donc,

si l'on

peut ainsi parler, des biens dont,
est illicite,

pour saint Augustin, l'acquisition
dont
n'est pas injuste

mais
elle

la propriété est légitime. Cette acquisition illicite

au sens où nous

le

prenons,

n'oblige à aucune restitution. Celui qui a obtenu ainsi
la

possession d'un objet ne
le lui

l'a

pas enlevé par violence
reçu de quelqu'un

à celui qui

a donné.

Il l'a

qui

l'a offert

volontairement, quoique pas de plein
qu'il l'a reçu,

gré. C'est,

ab invito,

mais non pas, per

injuriam. Malgré cela, malgré ce vice de naissance

dont

le

bien est entaché, ce bien appartient légitimecelui qui l'a acquis. Et saint
si le

ment à

Augustin ne veut

même
il

pas que,

possesseur se repend de sa faute,

se dépouille de

son argent en faveur du donateur.
et

Non, son droit
lui enlever.
si

est imprescriptible,

nul ne peut

le

Saint Augustin tient à ce qu'il l'affirme, et

ce pécheur converti veut se dépouiller d'un bien


qu'il n'a

70


il
il

pas acquis sans faute,
:

le

lui

permet,

à

une condition
à celui

il

le

donnera à qui

voudra, mais pas

dont

il

l'a

reçu.
fort,

Ou
entre

je
le

me trompe
possesseur

ou saint Augustin reconnaît
acquis une relation
si

et le bien

étroite

que rien ne peut

la détruire. Il
il

ne

dit

pas

ici

d'où vient cette légitimité, mais
qu'il

suffît,

pour nous,

reconnaisse

comme

inviolable, le droit que l'ac-

quéreur,

même

coupable, pourvu qu'il ne soit pas

voleur, a sur la chose qu'il possède.

Je ne crois pas que la pensée de saint Augustin soit

douteuse ni qu'on puisse m'accuser de tourmenter
textes
cas,

les

amener au sens qu'il me plaît. En tout j'apporterai un dernier argument, qui est bien
pour
les
le

inattaquable.

Dans ces temps derniers, nous avons vu Magnaud, jugeant en
pauvre, poussée par
la
fait,

président

déclarer

qu'une

femme

faim, n'avait pas été coupable

en prenantun pain chezun boulanger. Sesconsidérants ne visent pas
le fait qu'il
le

droit de propriété,

mais uniquement

trouve excusable, et, en tout cas, qu'il ne

reconnaît pas

comme punissable. Le président Magnaud
Le
délit

a osé émettre en public les inquiétudes qui tourmentent les modernes.

nécessaire
d'autres,

ou

le

délit

de nécessité,
esprits. C'est
les

comme

disent

troublent les
se posent

un point d'interrogation que

légistes qui pensent.
les

On

a agité cette question

dans

congrès, et déjà quelques jeunes plus osés.


de
l'école,

71

dans des thèses de doctorat ou dans des discussions
on!

essayé
«les

de proposer des solutions

pratiques ou

même
parmi
il

théories philosophiques.

En
qui

effet,

les

partisans les plus résolus du

droit de propriété,

n'en est an ci m, à l'heure actuelle,

ne reconnaisse, au
le

moins

théoriquement,
Il

ce
où.

qu'on appelle

délil

nécessaire.

est,

des cas
Il

l'homme

se trouve dans

une nécessité extrême,
il

ne

peut en sortir par ses propres moyens,
parer du bien d'autrui.

doit s'em-

Le peut-il, sans
?

avoir

le

consentement du propriétaire
et

Tout

le

monde répond,
:

en cela d'accord avec renseignement de l'Église
il

oui,

le

peut, parce qu'un

moindre bien
et

doit être

sacrifié à

un bien supérieur
la

que

la richesse vaut

moins que

vie.

Et

les

économistes

sont allés

chercher dans saint
conceptions. Or,

Thomas la justification de leurs saint Thomas enseigne que, si les
C'est

biens peuvent être l'objet d'un droit de propriété,
leur usage est

commun.

du moins ainsi que
Circa

l'ont

compris
Voici
» »

les
le

auteurs modernes.

texte de saint

Thomas:
:

«

rem

exteest

riorem duo competunt homini

quorum unum

potestas procurandi et dispensandi, aliud vero est

» »
» » »

usus.

sandi

Quantum ad potestatem procurandi etdispenlicitum est quod homo propria possideat, est

etiam necessarium ad

humanam

vitam. Aliud vero

quod competit homini circa res exteriores est usus ipsarum. Et quantum ad hoc non débet homo habere
res

»

exteriores ut proprias, sed

ut

communes,

ut


»
»

72


communicet
le

scilicet de facili aliquis eas

in neces-

sitate

aliorum

* ».

Ce texte ne peut être interprété dans
socialistes et des

sens des

communistes, qui veulent que, quant
soient

à l'usage,

tous les biens

communs.

Saint

Thomas ne reconnaît qu'au
un cas
saint
le

propriétaire

le droit

de

partager ses biens. Nul ne peut s'en emparer, hormis
:

seul cas d'extrême nécessité, parce que dit
in necessitate sunt

Thomas,

omnia communia

2
.

C'est sur cette théorie

que

les plus

chauds partisans
justifier le délit

du droit de propriété s'appuient pour
nécessaire.

modernes économistes, amis du droit de propriété, s'accordent pour reconnaître que sa Légitimité n'est pas atteinte, quand
Ainsi

donc saint Thomas

et les

même
Or,

on accepterait
et
si
ici

le délit

de nécessité.

je n'entre

pas dans une discussion pour

savoir
([ue

saint Augustin a raison. Je constate

un

fait

j'invoque en faveur de
le

regarde

droit de

ma thèse. Saint Augustin propriété comme si inviolable, si
le

absolu, que rien ne peut

battre en brèche et

il

se

refuse à reconnaître

le

délit

nécessaire, du

moins au

sens où l'entendent les modernes.

Emu
nuaient

par

les affirmations,

non seulement d'auteurs
insi-

socialistes,
et

mais aussi d'auteurs catholiques, qui

même
LXVI,
2.

soutenaient hardiment que saint

i.
2.

S. 2, 2.
S. 2, 2,

XXXII,

7, 3.


Augustin réclamait
le

73


le

partage des biens, au moins
cas de
nécessité,
les
j'ai

pour

les

plus timorés, dans

parcouru avec un extrême soin tous
invoqués.

passages

Non seulement

je

n'ai

pas

trouvé celle

théorie dans saint Augustin,

mais

j'y ai

trouvé tout

le

contraire.

Saint Augustin n'admet aucune restriction au droit

de propriété. Nul ne peut, dans aucun cas et pour

aucun motif s'emparer, du bien
c'est

d'autrui. S'il le fait,

un voleur.*

La note suivante a pour but de répondre à une objection qui m'a été faite. Je ne suis pourtant pas sûr que saint Augus*

tin n'ait

pas entrevu et rejeté les droits de la nécessité extrême.
toute cette question, je

Dans

me

mets au point de vue mole

derne. Les économistes qui admettent le délit nécessaire, ne

me

semblent pas

s'être

préoccupés

point de vue traditionnel théologique. Ils

moins du monde du ont pris une expresthéologique admet
cas

sion de l'école, mais l'ont détournée de son sens, ce qui cause

une confusion

regrettable. L'enseignement

aussi le délit nécessaire, ou

plutôt reconnaît qu'en

de

nécessité extrême, l'usage des biens est
Cette expression
:

commun.
rejetée

délit nécessaire,

est

par l'enseiles

gnement catholique.
seul le légiste

Elle est contradictoire

dans
il

termes

et

peut l'employer. En
loi

effet,

y a des actes
délit,

défendus par la
motif, l'acte

civile

et

comme

la

loi

n'apprécie pas le

en tant que

tel

est toujours

un

mais on

admet que quelquefois
mais un

cet acte s'impose à celui qui

le fait et

devient nécessaire. C'est pour le légiste
délit nécessaire.

un

délit tout

de même,

On

voit

que

les moralistes

ne peuvent pas se contenter de

t

l

«
»
»

Considérez un peu ceci clans les

hommes

qui

font le mal, vous verrez qu'ils veulent toujours être

heureux, l'n

homme commet un
avait faim.
Il

vol,

demandez-lui

» a

pourquoi?

Il

était nécessiteux. C'est
qu'il est

donc pour n'être point malheureux

méchant,

pareilles expressions.

Ou

ou

il

y a nécessité
le délit

et le

y a délit et alors pas de nécessité, délit ne peut exister.
il

Cette réserve faite, je viens

au fond des choses. Pour
le

les

modernes
nécessité.

est nécessaire,

propriété, le vol cesse

quand

ou pour ce qui regarde la voleur est dans une grande

La théologie est plus sévère. Il faut que celui qui s'empare du bien d'autrui y soit poussé par une nécessité extrême,
c'est-à-dire
il

dans laquelle sa vie

même

se trouve en danger

et

faut

avouer que pratiquement, pour n'être pas impossible,
le

ce cas est fort rare, tellement qu'on pourrait
silence.

passer sous

Prise dans ce

sens théologique, cette

nécessité

extrême
dans ses

n'apparaît nulle part

dans saint Augustin.
,

Même
qu'il

plus arides spéculations
Distinguer
le

il

n'oublie

pas la vie pratique.
soit
,

même un

cas

,

pour chimérique
vrai

principe de la propriété individuelle pourrait être atteint

aurait paru à son esprit

un

danger. Aussi ne parle-t-il

jamais de cette nécessité extrême.

Au

contraire,

il

a vu une

autre nécessité, plus fréquente celle-là, et cependant bien capable encore d'impressionner l'esprit et de fausser le jugement.
C'est cette nécessité grave, quoique

non extrême qui a

si

fort

ému
faire

les

modernes
il

et

porté

un grand nombre
droit

d'entre eux à

fléchir le principe

du

de propriété. Saint Augustin
soit

la déplore,

en accuse

les riches, qui doivent la faire cesser,

mais

il

n'admet nulle part qu'elle

une raison pour per-

mettre au pauvre de s'emparer du bien d'autrui.

»

et

cependant,

il
1
.

est d'autant plus

malheureux

qu'il

»

est

méchant

»

Oui, bien

l'homme

est nécessiteux,

il

a faim, prend Saint

le

nécessaire

pour

la

calmer.

Augustin

affirme que c'est
Il

un

voleur.
lxi,

dit la

môme

chose au ps.

16:

« in

rapinam

»

crgo non concupiscas, o pauper, sed concupisce in

»
» »

Deum

qui prœstat nobis
te

omnia abundanter ad
te.

fruendum. Pascet

qui fecit
?

Qui pascit latronem,
te

non pascit innocentem
oriri facit

Pascet

qui solem

suum

»

super bonos

et

malos,

et pluit

super justos

» »
»

et injustos.

Ergo
» 2

in

rapinam

noli

concupiscere.

Dictum
tate

est

hoc pauperi fortassis aliquid de necessiMensonge,
et
si

rapturo
le livre

Ouvrez
ceci
»
» »
:

sur

le

lli,

vous y

lirez

«

Mais tout se

tient,

vous

faites cette

concession, les conséquences qu'elle entraîne sont
très subversives.
rait nuire

On me demandera comment pourriche, qui regorge de biens,

à un

homme

»
»

et qui
le

possède par milliers des mesures de froment,

pauvre qui, en ayant besoin
lui

pour

vivre

(ad

»
» »

necessarium victum),
de blé.
Il

dérobe une seule mesure
vol n'est pas répréhen» 3

s'ensuivra que
le

le

sible, et

que

faux témoignage est permis.
se

La pensée de saint Augustin

développe.

Le

1.

Ps.

xxxn, 3 e discours, 15; Migne,
t,

t.

iv, p. 293.

2.
3.

Migne, Migne,

iv, p. 740.

t.

vi, p. 502.


pauvre ne peut,
sa vie. dérober le

76


blé.

même

contraint par la nécessité de

moindre grain de

Ce n'est pas

parce qu'il cause un

dommage au

riche, saint
le

Augustin

reconnaît bien que, dans ce cas.

riche ne souffre

qu'une faible injure.
C'est

Sa pensée est plus profonde.
soit et

que prendre quoi que ce

pour n'importe
si,

quelle raison est

un
le

vol.

Or, le vol est défendu, et
il

une

fois,

vous
et
si

légitimez,

faudra
le

le

légitimer

toujours,

vous

légitimez
il

vol.

quel crime
le

pourrez-vous défendre, car

semble que

vol est la

faute sur laquelle on peut le
laquelle on puisse apporter le

moins

s'illusionner et à

moins d'excuse.
que
la

Dans tous ces

textes,

on pourrait encore trouver
nécessité

une échappatoire, insinuer
parle saint Augustin n'est pas
et

dont

une grande nécessité
il

qu'au fond

le

pauvre nécessiteux dont

parle, se

trouverait

mieux de

posséder davantage, mais

ne

souffre pas trop.
C'est

une erreur.

C'est bien de la nécessité grave.
la

quoique

non pas peut-être de
dit

nécessité

extrême

dont parle saint Augustin.
Ps. LXXII. 12.
» »
il
:

«

Ecoutez ceci mes frère-,

il

ne faut point passer négligemment sur ces paroi
leur iniquité sortira

comme
tabe

de leur graisse. Sunt
ideo mali quia macri,

»
» »

enim
id

mali, sed macie mali,
exiles,

est

exigui.

quadam

necessitatis
est

affecti, et ipsi

mali

et

damnandi. Ferenda

enim

»
»

nécessitas omnis

quam perpetranda

aliqua iniquitas.

Tamen

est

aliud de necessilate

peccare, aliud in


» » »
»
»

77


abundans rébus
Ideo macro
tantis,

abundantia.Pauper mendicus furtum facit,ex macie
processit iniquitas. Dives

quare
liujus

diripit res aliénas ? Qlius iniquitas ex macie,

ex adipe processit.
fecisti ?
:

cum

dicis

quare hoc
respondet
muisti

lin

militer afflictus et

al)jectus
ti-

» »

Nécessitas coegit me.
?

Quare non

Deum

Egestas compulit.

» 1

Je ne pense pas qu'on puisse
expressif. Ici
la

demander

rien de plus

nécessité est grave. Le
il

malheureux

meurt de misère,
exiles, exigui.

est

dans un besoin incessant. La
presque devenue sa
elle

faim Ta amaigri, ce n'est guère plus qu'un squelette,

La nécessité

est

chair, elle coule

dans ses veines,
pas

a fondu son
necessitatis
il

corps
affecti.

et

Ta

consumé. Tabe
n'est

quadàm

Le

tableau
tel

chargé, mais

est

effrayant.

Un

pauvre n'a plus qu'à mourir. Votre

cœur s'émeut

et s'il

prend

le

pain qui calmera un peu

sa faim, vous serez indulgent. Saint Augustin
sera pas autant que vous. Certes,
il

ne

le

admet

les circons-

tances atténuantes, pourtant
tel

si le

pauvre arrivé à un
à sa vie,

degré de

misère étend

la

main vers un bien qui

n'est pas le sien, quoiqu'il

soit nécessaire

pour saint Augustin,

furtum

facit.

pourtant c'est
core, le

un voleur. Le mot y est, Oui, il y a excuse, ex macie processit, un crime, processit iniquitas. Oui enc'est

riche

qui

vole

sera plus coupable, mais

le

pauvre n'en sera pas moins puni. Quia non timuit

1.

Migne,

t.

îv, p. 920.

propriété est intangible et
Si je

78

t-il

Deum. Pourquoi donc saint Augustin se montre si implacable ? Evidemment parce que pour lui
il

la

n'admet aucune exception.
c'est

prends

la

moindre chose

une

iniquité, et

il

vaut mieux mourir que de pécher. Ferenda est enim

omnis nécessitas quam perpetranda aliqua iniquitas. Nous sommes loin des auteurs qui, ayant lu saint
Augustin superficiellement,
le

regardent

comme

le

précurseur de ceux qui veulent mettre

les biens

en

commun, de quelque manière que

ce soit.

Je ne dis pas que saint Augustin ne fasse pas un

crime au riche de ne point donner largement au
pauvre. C'est, bien au contraire, une doctrine qui
est familière.
citer,
lui

Même

dans

le

passage que je viens de

après avoir défendu au pauvre de toucher à une
il

obole de la fortune des riches,

ne se montre pas

tendre pour eux, et je veux citer dès

maintenant

ses paroles, parce qu'elles aideront à mettre sa pensée

dans un plein jour.
« »

13.

Pourquoi méprisez-vous votre frère

?

In

visceribus
Certe,

» »
»
»

matrum vestrarum, ambo nudi cum de ista vita exieritis et ista?
1 ,

fuistis.

carnes,

exhalata anima, fuerint putrefacta
ossa divitis et

dignoscantur

»

»
»

De conditione loquar irquali, de ipsa sorte generis humani. in qua omnes nascuntur, et dives enim hic fit, et pauper non semper hic fit, et sicut dives non vend dives, sic
pauperis
.

nec dives abscedit, idem ipse
et

et

utriusque inlroitus

»

par exitus

».


« 26.
»
»

79


(trésors,

— Je vous
présumez

l'ai dit,

vous ne serez pas condamnés

pour posséder ces biens
statues, louanges),

pompes,
propter

titres,
si

mais vous serez condamnés,
tels

»

vous

de

biens,
si

si

talia

» » »

pauperes non agnoscatis,

gencris liumani condi-

tionem

communem
».

propter excellentem vanitatem

obliviscamini

Voilà bien des expressions que revendiquent les
socialistes
et les

communistes. Oui,
le riche, oui, ils

le

pauvre a

la
la

même même
mort.

nature que

ont tous les deux
naissance et

condition humaine.
Ils

Même

même

sont donc, de par leur nature, d'une condi-

tion égale. Mais la conclusion de saint

Augustin n'est
ne donne pas,
droit

pas celle qu'attendent tant de modernes. La conclusion, c'est

que

le

riche est criminel

s'il

mais

c'est

aussi

que personne
c'est

n'a le

de

lui

prendre son bien. Et
bilité

évidemment
le

cette intangi-

de la propriété qui rend

riche criminel. Si par

un procédé quelconque une
il

partie

de

ses

biens

dérivaient jusqu'au pauvre pour soulager sa misère,

ne serait plus malheureux,

et le

riche cesserait

d'être coupable. Si

donc saint Augustin se montre

aussi dur pour les riches, c'est qu'il ne permet pas au

pauvre de détourner
biens.

la
il

moindre parcelle de leurs
est vrai,

Le riche doit,
il

partager avec

le

pauvre, mais

reste toujours le maître de sa fortune.
lui.

Ses richesses sont à

Lui seul peut en disposer
pas,
s'il

comme

il

veut. Si son
le

cœur ne s'émeut
son frère,
il

ne

regarde pas

pauvre

comme

sera damné,


mais
si le

80


la faim,

pauvre, poussé par
lui, il

dérobe un bien

qui n'est pas à

sera

damné

aussi.

Telle est la doctrine de saint Augustin. Ce n'est pas
celle

que tant d'auteurs nous ont complaisamment
elles n'existent

montrée. On pourrait peut-être désirer des propositions plus larges, mais

pas dans sa

pensée.

CHAPITRE V
La Propriété privée
est légitime,

foncière

et stable (Suite)

De quelle propriété privée parle saint Augustin? Nous savons, en effet, que les économistes distinguent plusieurs propriétés
les outils, les
:

il

y a

les biens fonds,

il

y
il

machines,

il

y a les fruits de

la terre,

y a les productions industrielles. Je réponds que je
n'ai

pas
fait

fait

de distinction, parce que saint Augustin

n'en

pas. La propriété s'étend, pour lui, à tout ce

dont l'homme peut s'emparer, évidemment en gardant saufs les droits des autres. C'est
l'or, l'argent, les

meubles,
soit,

les

immeubles. Quelqu'impossible que cela
de croire que saint Augustin a

on

serait tenté

prévu

les objections et qu'il

prend soin d'y répondre.
il

Nous

allons voir qu'à l'occasion,

explique nettement

sa pensée et que la propriété ne se limite pas seule-

ment aux biens d'usage, mais renferme
permanents,
le

aussi les biens
il

sol, les

immeubles. Pourtant,
il

faut

avouer qu'ordinairement,
tails. Il dit
:

n'entre pas dans les dérichesses. Ces termes ne

l'or, l'argent, les
Il

sont pas imprécis.
les

a tenu à s'en expliquer.

Remploie
ce sont

mots or

et argent, richesses,
c'est plus vite dit.

parce que c'est plus

commode,

L'or, l'argent,

G


de propriété.
«

8-2

des expressions synthétiques pour exprimer toute sorte

Unde

se fieri

putatbeatum, hoc amat. Quid, putase fieri

» »
»

mus, amat, unde putat

beatum

?

Pecuniam,

aurum,argentum,possessiones: breviterdico,pecuniam. ïotum enim quidquid homines possidcnt
terra,
in

» »

omnia quorum domini
sit,
1.

sunt, pecunia vocatur.
;

Servus
est,
Il

vas, ager, arbor, pecus
»

quidquid horum

»

pecunia dicitur

n'y a donc

aucun doute,

l'argent, l'or,

indiquent

tout ce que

l'homme peut acquérir.
modernes, même parmi ceux qui attaquent
il

Parmi
la

les

propriété,

n'en est aucun qui ne concède la pro-

priété des objets qui se

consomment par

l'usage. Ce
légiti-

qui

fait

surtout l'objet des discussions, c'est la
la

mité de

propriété foncière. La terre, en
le

effet,

doit
évi-

nourrir tout

monde

et

il

n'apparaît pas

comme

dent qu'un
usage,
les

homme puisse exclure du bénéfice de son un autre homme qui, de par son existence, y a
droits que lui.

mêmes

Saint Augustin a résolu la question et reconnaît la
légitimité de la propriété foncière.

vu d'une façon générale par ce

Nous l'avons déjà qui précède. Nous
il

allons le voir plus spécialement, par les expressions

mêmes dont il comme légitime

se

sert

et

par lesquelles

regarde

l'occupation du sol, par quelques-uns

à l'exclusion de tous les autres.

1.

De

disciplina Chrisliana.

VI,

G; Migne,

t.

vi, p.

672.


Il
<(

83
le

droit d'avoir des terres
:

concède aux riches
alii

Sunt

qui Opulenti sunt et honorions
h u ma ni s

Becundum
nec
in

» »
»

tempos

fnlciuntur

et
in

tamen,
fondis

pecunia spem ponunt, nec

suis

spein

ponunt
C'est

1
.

»

un bonheur

et

une prospérité

terrestre envia-

ble que d'avoir des propriétés foncières.
« »

Est

enim qiiœdam terrena prosperitas,
:

est

quœdam
sumus

terrena adversitas
»

ex ulraque laudandus est Deus.
?

Qua» est terrena prosperitas

Cum

sani

»

secundum carnem, cum abundant omnia quibus
vivimus,

»
»

cum

incolumilas nostra servatur,
proveniunt.
IIa?c

cum

fruetns large

»

terrenam valent.
ingratus est
2
.

omnia ad vitam Quisquis inde non laudat Deum,
qu'il

»

»

Le riche peut posséder des biens fonds, pourvu
s'humilie devant Dieu, cela
«

suffît.

Procedit aliquando

homo habens plenam domuni,
et ar-

»
»

uberes terras, multa pra^dia, multum auri
genti, humiliât se Deo, facit inde
»

bene

3
.

»

Leurs

fils

étaient

comme

des vignes nouvelles,
leurs
clans

»
» »
»

affermies

dans leur jeunesse
il

bœufs
leurs

étaient gras,

n'y avait

aucune brèche

propriétés, ni

aucun bruit dans leurs places publi?

ques

Cependant, que leur reproche-t-on

1.

Ps. CXIII, 7

;

Migne,
II,

t.

v, p. 1197.
;

2. Ps.
3.

XXXII, serm.

5

Migne,
t.

t.

iv, p. 220.

Ps.

CXXXI,

2(i

;

Migne,

iv, p. 1727.


» »

84


1
.

Non pas

d'avoir possédé toutes ces choses, car les

hommes
»

de bien les possèdent aussi

»

Pourquoi donc trompez-vous vos auditeurs qui

» *

vous servent avec leurs femmes, leurs enfants, leurs
familles, leurs

maisons

et

leurs

champs,

et leur

» »

dites-vous que quiconque

ne renonce pas à tout
2
.

cela n'accepte pas l'Evangile

»

Enfin nous

le

voyons défendre avec bonhomie
de
les

les

propriétés des clercs

sa

communauté.

Il

avait

entendu probablement
ciles

du peuple

et

murmures toujours imbédans son amour de la paix, il
qu'il

explique les choses afin de faire cesser le scandale des
faibles. Alors
il

rend compte des biens de ceux
des maisons.

gouverne

et

il

donne
et

les raisons justes qu'ils ont

de

posséder des terres
«
» »

Deux seulement ne sont pas sans

biens. C'est le

diacre Yalens et

mon

neveu,

le

sous-diacre dont je
le libre
Il

viens de parler

et

qui n'avait pas

usage de

»
»

son bien parce que sa mère

vivait.

n'a pris en-

core aucune disposition, parce qu'il possède deux
petits
frère.

»

champs en commun
Dès que
le

et

par indivis avec son
fait,
il

»
»

partage sera

désire les don-

ner à l'Eglise pour subvenir durant toute leur vie
à
la

»

nourriture de ceux qui ont embrassé cette vie

»

sainte.
»

Vous savez à

quelle rude épreuve Dieu a

soumis

1.

Ps. LI, 15

;

Migne,

t.

iv, p. 611.

2.

Contre Fauste,

liv. v,

x

;

Migne.

t.

vin, p.

22fi.


» » »
»

8:;


il

le

diacre Sévère. Cependant
l'esprit.
Il

n'a point

perdu

la

lumière de

avait acheté une

maison pour
ici

sa mère, et pour sa sœur, qu'il désirait faire venir

de leur pays.

Il

avait acheté cette maison,
il

non pas
les
fai
^

»
»

avec son argent,

n'en avait pas,

mais avec
qu'il

dons de quelques personnes pieuses,
connaître sur
ce

m'a

»
»

ma
il

demande.
Il

Il

fera de cette

maison

que

je voudrai.

a aussi, dans son pays, quelques

» »

coins de terre,

a l'intention de les distribuer à la
s'y trouve établie.
vit

pauvre église qui
»

Le diacre Traclius
brillent à vos

au milieu de vous, ses
vif éclat. D'après le

»
»

œuvres

yeux d'un
il

conseil que je lui ai donné,

a aussi acheté de son
fut

»
»

argent un domaine.
distribué par

Il

voulait que cet argent
Si j'avais été
ici

mes mains.
ou
si

passionné

»
»

pour

l'argent,

je m'étais

préoccupé plus
je suis

vivement des nécessités des pauvres dont
chargé, j'aurais accepté ce
qu'il

»
» » »

m'offrait. Pourla

quoi cela,

me

dira-t-on ? Parce

que

propriété qu'il

a achetée et qu'il a donnée à l'église porte rien encore

ne

lui

rap-

Traclius a encore acheté

un
il

»
»

terrain qui vous est connu, derrière l'église, et

»
»

y a bâti une maison, à ses frais vous le savez. Rien ne le forçait de bâtir cette maison, sinon la pensée

que sa mère pouvait venir y habiter, etc. *. » Par tous ces textes, j'ai voulu simplement prouver
admettait
la

qu'il

propriété

foncière,

la

regardait

1.

Sermon, ccclvi

;

Migne,

t.

V, p. 1575.


comme

86


droits
qu'elle

légitime, et reconnaissait les

confère à celui qui la possède. Cette manière de voir

de saint Augustin pourrait être inconsciente. Tout

homme
lui

a des préjugés qui sont

comme
il

la

synthèse de

l'opinion au milieu de laquelle

vit.

Son éducation
et

a formé l'esprit d'une certaine manière

a

fait

pénétrer, dans son intelligence un certain

nombre de

propositions qu'il ne vérifie pas, tellement elles lui

semblent évidentes. Tel est royaliste, parce que sa
famille est royaliste. Le roi vaut-il

reur

? Il

ne se
il

mieux que l'empeTest jamais demandé. Tel est né dans la
lui

richesse,

ne

viendra

jamais à

l'esprit

qu'il

puisse en être autrement. Le

protestant

ne

doute

pas, en général, de sa religion. Saint Augustin aurait

pu, lui aussi,

subir

l'influence

de

son

milieu

et

admettre

la

propriété privée, parce que, à son époque,

nul ne l'attaquait.
croire.
S'il

Ce serait une erreur que de

le

défendait la propriété privée, c'est qu'il
ailleurs

avait

pour cela ses raisons, prises

que dans

l'opinion publique.
Il

avait probablement

un double motif pour admettre
motif théologique et un motif

la propriété privée.

Un

économique.

Nous savons

quelle place la révélation tient dans

l'évolution intellectuelle de saint Augustin.

Nous pourla révé-

rions presque dire que, tout en
lation. C'est,

lui,

repose sur

en particulier, ce qui a lieu pour

la pro-

priété privée. Toute l'argumentation de saint Augustin


se

87


donne à
La

résume en
un

ceci

:

la propriété privée est légitime,

elle est

droit,

parce qu'elle a Dieu pour auteur.
il

Précédemment, nous avons vu quelle part
la

Providence dans les affaires humaines. Tout, est à
et

Dieu

Dieu distribue

les

biens

comme
il

il

l'entend.
la

seule raison l'indiquerait, mais

y a plus,

morale

évangélique, la morale révélée, laisse intact ce principe de la propriété privée et oblige à en respecter les
droits.
Si le riche a été

menacé par

Jésus-Christ, ce n'est

pas pour sa richesse,

et le riche n'est
si

pas maudit de

Dieu à cause de ses biens, car
été jeté en

le

mauvais riche a
le

enfer,

Lazare a été reçu dans

sein

d'Abraham, un autre riche, que Dieu pourtant avait

récompensé
Aussi

*.

très

fréquemment,

entendons -nous

saint

Augustin expliquer, à propos du mauvais riche, que
ce ne furent pas ses richesses qui l'ont
»
» »

damné
pauvre

:

«

Vous

qui êtes pauvre, vous dites

:

je suis

comme

Lazare. Le riche dont je vous propose l'exemple ne
dit

pas

:

Je suis riche
et
il

comme Abraham. Vous vous
Pourquoi vous enfler
le

» » »
» »

élevez

donc

s'humilie.

d'orgueil et ne pas l'imiter? C'est moi, dit

pauvre,

qui suis porté dans

le

sein d'Abraham.

voyez pas que ce pauvre a été

Vous ne reçu par un riche.
lui-même qui a
vous vous élevez

Vous ne voyez pas que
été le protecteur

c'est le riche
Si

»

du pauvre.

1

.

Ps.

LXXXV,

3; Migne,

t.

iv, p. 1083.


»
»

88


si

avec orgueil contre ceux qui ont de l'argent et
niez que
le

vous

royaume des cieux

leur appartienne,

» »
»

bien que nous trouvions en eux l'humilité que nous

cherchons inutilement en vous, ne craignez-vous
pas qu'après votre mort, Abraham ne vous dise
Retirez-vous loin de moi,
:

»
»

parce que vous m'avez

outragé
Dieu, en

!

».

effet,

ne peut pas maudire

les

riches, à

cause de leurs richesses. Car c'est dans un but de
miséricorde
« » » »
»

qu'il les enrichit.

Voulez-vous voir
l'or et

la justice

du juge à qui apparle

tiennent
plice

l'argent? Les richesses font

sup-

de

l'avare, en

même temps
tout

qu'elles

aident

l'àme miséricordieuse. La sage distribution qu'eu
fait

la

divine justice sert

ensemble à

faire
l'ini-

» éclater les
» »
» » » »
»

œuvres de

la

charité et à châtier

quité. L'or et l'argent et tous les biens de la terre

sont un exercice pour

la

miséricorde et un chàtiles

ment pour
Dieu
fait

l'iniquité.
le

En

donnant aux bons,

voir

mépris, que professe pour tous ces
qui met sa richesse dans l'Auteur
efïet,

biens, une

âme

de ces dons. En
prise

on ne peut prouver qu'on méla

une chose qu'autant qu'on
les

possède

réello-

»
»

ment. Ceux qui sont dépourvus de ces biens peuvent
sans doute

mépriser

C'est ainsi

qu'il

donne

»

aux bons l'occasion de

faire le

bien et qu'il châtie

t.

Sermons,

l re série,

XIV,

c.

iv

;

Migne,

t.

v, p. 114.


»

89


de perdre ce qu'ils pos-

les

méchants par
i

la crainte

»

sèdent

».

Nous sommes bien là en plein ordre théologique. Au début j'ai montré Dieu créateur du monde et, par
sa Providence, distributeur des biens.
Ici, la

propriété

a une raison plus
turel. C'est le salut

profonde. Elle a un but

surna-

du

riche, c'est la gloire de Dieu.

Mis en face de

la richesse

que Dieu
veut

lui

donne

réelle-

ment, l'homme se décide à choisir de préférence
l'Auteur de ses biens.
Il

le
il

comme
les
le

sa fin, son

bonheur
tres

éternel, et alors
il

méprise
Dieu

dons
lui

terres-

ou

les salut.

emploie

comme

demande
en ne
la

pour son

En même temps que l'homme
s'éloignant pas de sa
richesse,
il

se

sauve

fin,

pour donner son cœur à

glorifie Dieu,

en l'adorant par un choix
la

libre et quelquefois

douloureux. Oui, Dieu, auteur de

nature, pouvait, à son gré, distribuer autrement les

biens qu'il a créés, mais quelle plus noble destinée
fait à

il

l'homme en

les lui

donnant comme un moyen sur!

naturel pour arriver à sa possession éternelle

Quelle

raison admirable que celle qui pousse Dieu à mettre

l'homme en
afin

face des biens

si

attrayants de la terre,
et

que,

par

un
il

choix

raisonnable
la

d'autant
et

plus glorifiant,

proclame

beauté supérieure

infinie de Dieu, et,

détournant les yeux des beautés

terrestres,

ne

les fixe plus

que sur

la

Beauté unique

l.

Serm., 1« série,

l,

3

;

Migne,

t.

v, p. 327.


que
cette raison ait

90


comprends
ne pouvait
Il

qui les contient et les surpasse toutes. Je

ému

saint Augustin.
la

faire

autrement que de donner à
si

propriété

une

dignité

élevée,

puisqu'elle nous
le divin.

met pleinement

dans

le

surnaturel et
la richesse

Aussi

ne peut-elle être regardée
soi,
elle est

comme
la

un mal, puisque, en
qui a voulu que
((

une bonté de Dieu,

« les

richesses de
i

l'homme soient

rédemption de son ame

».

Dans ces conditions, puisque la propriété a une
destinée,
il

telle

n'est pas étonnant

que Dieu

la revête à

nos yeux d'un caractère sacré.
Porter la main sur
la

propriété d'autrui, en dérober

une

partie, c'est voler, et

Dieu punit

le vol. Il le

punit

d'une manière terrible. De

même

que

la richesse est

un moyen de
bien au
ciel,

salut

et
le

conduit l'homme qui en use
vol est un crime qui détourne
et
le

de

même
fin,

l'homme de sa
a
Il

l'empêche de posséder Dieu

conduit en enfer.

Ne
la

volez pas ou craignez l'enfer

2 ».

proclame
il

cette

loi

de Dieu, quand dans ses

confessions,

se rappelle

un vol

qu'il a fait
il

dans sa
juge
:

jeunesse, et voyez avec quelle
« »

sévérité

le

Furtum
re

certe punit lex tua
frui

volebam

Nec ea Domine quam furto appetebam sed ipso

1.
2.

Sermon, 1™ série XXXVI, 9; Migne, t. Ps. 32, serm. 6 Migne, t. vr, p. 282.
;

v, p. 219.


»

<)1


meum
Dcus, ecce

furto

cl

peccato

Ecce cor

»
»

cor
(M'ai

mcum

quod miseralus os in imo abyssi. Faeda malitia et amavi cam, amavi perire, amavi

»

defectun)

meum
in

turpis anima, et desiliens a
*. »

ûrma-

mento tuo

exterminium

La protection que Dieu accorde à
s'exerce pas seulement

la

propriété ne

quand
le

le

voleur a perpétré
le

son crime. Dès
bien d'autrui,

qu'il a
il

conçu

projet de dérober
et

est

condamné,

Dieu

le

punira au

mémo
«
>

titre

que
qui

s'il

eût vraiment dépouillé son frère.
reste-t-il
?

Celui

pense au mal sans en parler
rien ne
sort de sa

pur, parce que

bouche
la

Mais

>

Dieu a déjà entendu ces paroles de
son cœur.

bouche de
la nuit, sa

)

— Un voleur se lève

pendant
il

»

bouche ne prononce pas un mot,
et

agit seulement
il

>

devient immonde.
il

Non seulement
le

ne

dit rien,

>

mais

ensevelit son acte dans
Il

silence le plus

>

profond.

craint tellement que l'on entende le son

>

de sa voix, qu'il étouffe jusqu'au bruit de ses pas.
Est-il
«

>

pur à cause du silence

qu'il

garde

?

Mais je dis plus, mes frères. Cet
lit,
il il

homme

est

>

encore dans son

n'est pas encore levé

pour

>

commettre
est

le vol;

veille et attend
il

que

les autres

>

dorment, mais, dès
il

lors,

crie vers Dieu, dès lors,
il

>

un voleur, dès
sorti

lors,

>

son forfait est

de

la

immonde, dès lors, bouche de son cœur.
est
le

>

A quel moment, en
1. Conf. lib.

effet,

crime

sort-il

de la

il,

C. iv

;

Migne,

t.

i,

p. 678.


» »

92


de
l'accomplir
est

bouche? Dès que
formée
x

la

volonté

»

Ce n'est pas encore assez de punir l'homme qui n'a
volé que dans son désir.
sacrée,

Pour Dieu,

la propriété est si

que l'homme ne peut
il

même
autres

pas désirer

le

bien d'autrui. Et
désir,

n'est pas question ici

du péché de
Saint

comme pour

tous

les

péchés.

Augustin enseigne

qu'il est
il

défendu de voler, défendu
va bien plus
loin.
Il

de désirer voler, mais

n'est

même
priété
voler,

pas permis de regarder avec convoitise

la

pro-

du prochain. On conçoit quel crime
il

c'est

que de

n'est pas encore difficile de voir
qu'il

que

celui qui

ne vole pas, parce
plus,

ne peut pas, mais volerait à

l'occasion, est coupable.

Pour

saint Augustin,
le

il

y a

l'homme qui regarde avec envie
Pourquoi désirez-vous que
?

bien d'autrui

est répréhensible et sera l'objet de la justice divine.
« »

cette

campagne

soit à
:

vous

Pourquoi,

en

la

traversant,
?

dites-vous

»
»
»

Heureux
après

celui qui la possède

C'est ce

que disent
cependant,
ils

beaucoup de ceux qui
peuvent secouer

la traversent, et

avoir dit cela et après l'avoir traversée,
la tète et soupirer,

»
» »
»

mais peuvent-ils
l'ini-

pour cela
quité

la

posséder? La cupidité parle haut,
haut,

parle

mais Dieu a
qui

dit

:

«

Vous ne
pro-

convoiterez

pas ce

appartient

à

votre

»

chain

2 ».

1. 2.

Ps.
Ps.

CXXVI,
XXXII,

7

;

Migne,

t.

iv, p. 1662.

II*

S erm. 16;

Migne,

t.

iv, p. 294.


On comprend
s'il

93


pardon de Dieu,

alors

que

celui qui a dérobé le bien

d'autrui ne peut espérer obtenir son

ne restitue pas ce qu'il a pris. Ceux

mômes
il

qui

ont connaissance

du

larcin,

doivent courir sus au
est des

voleur et l'amener à résipiscence. Pourtant

cas où le propriétaire doit se montrer miséricordieux,
se rappelant

que toujours

il

sera vengé par la justice

incorruptible de Dieu.
((

Si

on ne rend pas, quand on

le

peut, la chose
fait

»
»

d'autrui,

pour laquelle on a péché, on ne

pas
si

pénitence, on en a seulement l'apparence, mais
cette pénitence est sincère, le

» » »

péché n'est remis au

coupable que quand

il

a restitué ce qu'il a dérobé,
le

pourvu toutefois

qu'il

puisse

S'il

est

tour-

» » » » » »
»

mente par
d'injustice,

celui qui

réclame son bien
il

et qui le croi*'

en mesure de

le restituer,

n'éprouve pas en cela

parce

que, quoiqu'il

ne
il

puisse

plus

rendre l'argent

qu'il

a dérobé,

expie par des

souffrances corporelles la faute du vol qu'il a

com-

mis
Mais je dis en toute assurance que celui qui in-

»
»
))

tervient pour
ce
qu'il

un homme,
et

afin qu'il

ne restitue pas

a

dérobé

qui,

autant

que l'honneur

»
»

l'exige,

ne force pas cet
lui,

homme,
et à

qui se réfugie aus'associe

près de

à la restitution de son vol,

»
»

volontairement à sa fraude

son crime. Aider au

mal

ce n'est pas

secourir, c'est plutôt anéantir et
1
.

»

opprimer
1.

»

Lettre à Macedonius, 153,

— 20

;

Migne,

t.

n, p. 062.


majeure
et

9-4


est
les

La raison théologique qui chez saint Augustin
certainement prime toutes
les efface

autres, ne
lieu,

pourtant pas. Elles viennent en second

mais

elles

ne sont pas négligées pour cela.

Il

sait

au

besoin les mettre en lumière pour donner plus de
force à sa doctrine. Aussi n'a-t-il

garde d'oublier

la

raison économique quand
et

il

veut montrer

la légitimité
la

par suite

la nécessité

de la richesse et de

pro-

priété.

Toutefois, je

dois bien l'avouer, la raison éconoaussi nettement que la raison
ci

mique n'apparaît pas

théologique. Elle est plutôt indiquée par

par

là,

que vraiment exprimée. Je
n'a pas pour but de faire

le crois

pourtant, on peut

affirmer qu'elle est bien dans sa pensée, mais
il
il

comme

un

traité sur la propriété,

ne

lui

donne pas tout
demander. Je

le relief

que l'on serait en
les

droit de

citerai

donc simplement
indiquer
cette

passages qui

me

paraissent

raison

économique.

Au

livre

huitième, de la Trinité,

chap.

III,

saint

Augustin cherche comment nous pouvons reconnaître

que Dieu
Puis

est le

souverain bien.

Il

passe en revue les

différentes choses que
il

nous regardons comme bonnes.
les

se

demande à quoi nous
Parmi
Il

reconnaissons
il

comme
cite
les

telles.

les

choses qui sont bonnes,
:

richesses.
et

a d'abord dit

bonum pnedium

amœnum

fertile,

disposita, et

ampla

et

bona domus paribus membris lucida. On voit que tout ce qui
et à notre

nous semble bon, concourt à notre bonheur


perfection.
Il

98


Et
s'il

dit ensuite bon;e divitiœ.
le

n'a

pas dit expressément pourquoi tout
c'est

reste est bon,

que nous
ne

le

trouvons facilement.

On

pourrait

peut-être lui

contester les richesses qui causent tant
le

de maux.
facile

Il

pense pas. Borne

divitia*,

quia

expediunt.

Je traduis facile expediunt: parce qu'elles peuvent

s'employer facilement à notre avantage. Elles satisfont tous nos besoins. Elles sont le meilleur

moyen

de notre bonheur
ont un rapport
si

et

de notre perfectionnement, et elles

étroit

avec notre nature que leur

absence est un mal.
Je sais bien que divitiœ n'est pas la propriété foncière,

mais

j'ai

montré que dans
l'autre.

la

pensée de saint
j'ai

Augustin l'un contient

D'ailleurs,

fait

remarquer qu'avant d'avoir

dit bona3 divitiœ, qui vient
il

après une longue énumération de biens,

a

ditbonum

prœdium. Divitiœ résume tout
peaux, un air bon
et saine, la

et ce

sont les richesses

qui nous procurent les terres, les maisons, les trouet salubre,
et

une nourriture agréable

vigueur

l'absence de fatigues,

un visage

heureux
J'aurais

et gracieux,

des amis agréables et fidèles.
les richesses

donc pu traduire,
Proba,

sont bonnes

parce qu'elles nous procurent facilement tout cela.

Dans sa

lettre à

garde ses biens,
rable, parce

comprend que cette veuve parce qu'elle en demeure plus honoil

que cela

lui

permet de

faire plaisir à

ses

enfants, parce que cela lui rend les rapports de société

plus agréables, parce que cela lui permet d'avoir de


nombreux
à la prière.
loisirs et

96


en termes sévères.
reli-

de pouvoir consacrer son temps

Un

autre jour,

il

écrit à Ecdicie

Elle a disposé

de son bien en faveur de quelques

gieux. Or, ces biens, elle devait les garder pour avoir

une

toilette qui
la

honore son mari, pour subvenir aux
et

charges de

maison

pour procurer à son

fils

un

établissement heureux.

Dans
Liv.
II,

le

sermon sur xvm,
57.

la
il

montagne, de saint Matthieu,
insinue que
Il

ch.

le

chrétien

ne

doit pas vivre imprévoyant.

ne peut se contenter de
et

dépenser ce dont
reste

il

a besoin chaque jour

donner

le

ou ne point

le

conserver.

Il

est

prévoyant celui

qui amasse et

met en

réserve, pour plus tard, les fruits

de son travail et les richesses qu'il a acquises.

»

»
» » »
« »
»

Nous devons aussi prendre garde lorsque nous voyons un serviteur de Dieu qui cherche à se procurer le nécessaire, soit pour lui, soit pour ceux
«

dont

le

soin lui est confié, de ne pas l'accuser d'enle

freindre

commandement du Seigneur
le

et d'être

inquiet pour

lendemain. Est-ce que
était servi

le

Seigneur
n'a

lui-même qui
daigné,
et

par les anges,
et

pas

pour notre exemple

pour prévenir tout
serviteurs se

scandale, lorsqu'on verrait un de ses

»
»

procurer les choses nécessaires à
n'a pas daigné, dis-je,

la vie, est-ce qu'il

pour subvenir à tous ses
Judas

» » »

besoins, avoir une bourse et de l'argent dont le
dépositaire et
le

voleur était

le traître

Ne

lisons-nous pas encore dans les actes des apôtres


»
»

97


iininii'a-

([ue

pour échapper au danger d'une famine
fit

nenle, on
venir.
épîtres,

les

provisions nécessaires pour

»
»

Enfin

n'a-t-il

pas

écrit

dans une de ses
dérobe plus,

que

celui

qui dérobait, ne

»

mais plutôt
afin qu'il ait

qu'il fasse

un bon usage de ses mains

»

même
il

de quoi donner à ceux qui ont

»

besoin

?

4

»

Assurément,
provisions.
Il

n'est

ici

question que d'argent et de

ressort pourtant de la lecture de ces

textes que saint Augustin regardait

comme prudent

d'amasser de l'argent
qui vivrait au jour
siens.
le

et

des provisions, que l'homme

jour ne prendrait pas soin des
le

Amasser, mettre en réserve
et

surplus de ses
lui

besoins

de son travail,

c'est

donc pour

une nécesde
fa-

sité sociale,

sans laquelle la vie humaine,

la vie

mille, le bien-être général serait

compromis.
donc

Je tire maintenant cette
tout ce que

conclusion. L'argent, c'est
se procurer. C'est
la

l'homme peut
si

propriété, et
je

l'on

ne veut pas de cette interprétation,

dirai

que saint Augustin ne pouvait pas ne pas
s'il

avoir cette pensée, La vie serait impossible,
avait

n'y

que de

l'argent.

serait cette prévoyance, ce
famille, ces
offices

bon gouvernement,
de piété dont
il

ce soin de la

parle, si vraiment sa pensée

se bor-

nait à la possession
drait
il

du seul argent. L'argent ne vau-

pas

la

poussière

du

chemin,

si

finalement

n'aboutissait

pas directement ou

indirectement,

1.

Migne,

t.

m,

p. 1294.


a la possession du sol
le

98
et


des
fruits

qu'il

produit.

Je suis plus autorisé à dire que saint Augustin a vu
rôle

économique

et

social

de

la

richesse, et je
ce
qu'il

crains

moins

l'objection

quand

je lis
17.
?

en

dit

dans ses soliloques, au chap. X,
((

Ratio.

— Divitias nullas cupis
destiti,

Aug.

Hoc

quitrès

»

dem non nunc primum. Nam cum
ista

triginta

» » » »
»

an nos agam, quatuor decim fere an ni sunt ex quo
cupere
nec aliud quidquam in
his, si

quo

casu offerrentur prseter necessarium victum libera-

lemque usum
liber

cogitavi. Prorsus

mihi unus Giceronis

fac illime

persuasit,
si

nullo

modo appetendas

»

esse divitias, sed

provenerint, sapientissime atque
4

» cautissime

administrandas.

»

Qu'est-ce que ce liberalis usus?

Dans

la

pensée de saint Augustin, l'argent sert à
:

deux choses
usus,

nourrir

le

corps

et

nourrir

1

ame.

^ecessarius victus,
c'est la

c'est la vie matérielle. Liberalis

vie intellectuelle.

L'homme
la

riche n'a

pas besoin de travailler pour vivre, son
libre
,

temps

est
la
si

il

peut donc s'adonner à

recherche de

science et de la vérité. C'est là la vie intellectuelle,
nécessaire pourtant,
et

qui est impossible sans la

richesse. J'entends la richesse dans le sens de saint

Augustin, et non la richesse de l'avare et du commerçant, dont l'utilité est plus

que contestable.

La raison presse
Migne,

saint Augustin et le pousse

non

1.

t.

i,

p. 878.


seulement
à
attendre
si

99


que
la

philosophiquement

richesse vienne

elle veut,

mais à

la

désirer et à

essayer de l'obtenir à cause de biens intellectuels et

moraux
R.
» » »
))

qu'elle peut procurer.
»

Quaero abs

te,

si

tibi

persuadeatur

aliter

cum

multis charissimis tuis
nisi

te in

studio sapientiae
familiaris

non posse vivere

ampla rcs aliqua
A. —

nécessitâtes vestras sustinere possit,

nonne deside».

rabis divitias et optabis

?

Assentior

Le commerce des amis

est

un bien
et

désirable,

mais

pour pouvoir vivre avec eux

rechercher en leur
et intellectuel

compagnie
de l'âme,
il

le

perfectionnement moral

faut ne pas être inquiet de la nourriture
;

du lendemain
des mains,
il

il

ne faut pas être obligé de travailler

faut avoir des provisions et tout ce qui

est utile à la vie.
liaris. C'est

En un mot,
le rôle

il

faut

ampla res famiet social

bien là

économique
plus de

de

la

richesse. Sans elle, plus d'instruction, plus de sagesse,

plus

de gouvernement,

famille,

plus

de
le

société.

Assurément, tout cela

est implicite

dans

texte de saint Augustin,

mais tout

cela

y

est.

CHAPITRE
Le

V]

Travail n'est pas le fondement radical

du droit de propriété

Pour saint Augustin,

le droit

de propriété est indisil

cutable et nous avons vu

quelle inviolabilité

lui
?

reconnaît. Mais d'où vient ce droit de propriété

Je

ne dis pas

:

comment devient-on

propriétaire

?

Quel
?

est le fait qui constitue

quelqu'un propriétaire

Ce

serait

demander

qu'est-ce que le titre de propriété.
si

Et

il

faut bien reconnaître que le titre existàt-il,
il

le

droit ne le précède,

ne pourrait

le créer.

La question qui
le

se pose est celle-ci? Quelle est la base,
?

fondement du droit de propriété
la

Pour

éviter toute
?

équivoque,

question se ferait mieux ainsi

Pour-

quoi en dernière analyse, l'homme peut-il être propriétaire
?

Sur quelle raison suprême s'appuie-t-on
de propriété
et
?

pour

justifier le droit
le

Quel est en un

mot

fondement rationnel
travail,

radical

du

droit de

propriété? Le

l'occupation,
la

l'héritage, etc.,

sont des conditions de
raient-elles servir
si

propriété, mais à quoi pourn'a pas radicalement le
le

l'homme

droit d'être propriétaire ? Chercher
droit de propriété, c'est

fondement du
la

donc chercher

racine de


ce droit qu'a tout
si les

101


propriétaire, bien. que

homme d'êlre

autres conditions subsidiaires ne sont pas réali-

sées, tout

homme

ne soit pas de

fait propriétaire.

Saint Augustin,

comme nous pouvions nous

y

attendre, s'est fait une réponse. Et malgré les appa-

rentes contradictions que nous pourrions trouver dans
ses

œuvres,

il

ne

mp semble
Il

pas trop

difficile

de
le

dégager sa pensée.
travail

ne regarde certainement pas

comme fondement ultime

du droit de propriété.

Et d'abord, que doit-on entendre par travail, quand
il

s'agit

de

la

propriété? Malheureusement,

j'ai

trouvé

à

ce

sujet bien

des confusions parmi les auteurs

catholiques. Le travail, que les économistes regardent

comme fondement du
travail

droit de propriété, est-il

un

quelconque, un travail de celui qui possède,
l'objet

mais sans relation immédiate avec
matière, c'est un

possédé

?

Non, évidemment. C'est un travail modificateur de
travail
il

la

producteur,
s'agit

économique.

Toujours,

même quand
un

de travail intellectuel

ou

libéral, c'est

travail qui se résout en

une équi-

valence de capital. Et cela se comprend, puisque ce
travail,

pour pouvoir créer

la propriété, doit être

un
se

objet d'échange,

comme

la richesse

en laquelle

il

transforme.
Saint

Augustin

ne regarde aucun travail
droit de propriété.

fondement radical du
tion. Soit,

comme On me dira
:

mais saint Augustin ne parle nulle part de cette-quesil

n'en parle nulle part .expressément, mais


comme fondement
pas
le travail,

102


comme aucune
de

ses paroles expriment ses idées, et

ses paroles ne s'accorde avec l'hypothèse du travail,

rationnel et radical du droit

de

propriété, je puis dire que saint Augustin ne regarde

même

le travail

économique comme

le

fondement radical de ce
Voici

droit.

comment

j'établis
et

mon

raisonnement. Le fon-

dement rationnel
être le

radical du droit de propriété doit
les

même

pour tous

hommes.
droit à être

On admet en effet que tout homme a propriétaire. On ne peut admettre une
est universelle et doit s'appliquer à tout

raison diffé-

rente pour chacun. La raison du droit de propriété

homme.

Elle

ne peut pas être

le

travail ici et

la loi ailleurs.

On
la

demande en
il

effet

pourquoi l'homme, en général, peutse sont

posséder? Et tous ceux qui
réponse. Celui qui admet

occupés de

question l'ont tous fort bien compris.
la

Aucun
loi

n'a divisé

le

travail, le
la

veut dans

tous les cas. Celui qui réclame

humaine ne

reconnaît aucune exception, etc.
Or, saint Augustin,

quand

il

parle

du

travail, le relie

bien

quelquefois à la propriété,

de

telle

sorte

que

quelques-uns, à une lecture superficielle, pourraient
croire, qu'au

moins,

il

ne l'exclut pas

comme

fonde-

ment de
travaillé.

la propriété.

Mais

il

reconnaît que beaucoup
qui
n'ont jamais

de personnes

sont propriétaires,

Pour

celles-là, le travail n'est

pas dans son
loin
et

esprit

la

raison de

leur

droit.

Il

va plus

ne demande

même

pas aux riches de faire un travail


mais conséquent. De
profiter
fait,

103


sorte

économique, non pas antécédent à leur propriété,
telle

que
être

le

riche peut

de ses richesses sans

obligé,

de

ce

à aucun travail social économique. Je puis donc

dire

comme

conclusion, que

si le

travail,

dans la pensée

de saint Augustin, n'est pas nécessaire pour engendrer
toute propriété,
il

ne peut être en aucune façon
et radical

le

fondement rationnel

que nous cherchons.

Et quand plus tard nous verrons saint Augustin trouver ailleurs ce fondement rationnel, plus aucun doute sur
le

nous n'aurons
au
travail,

rôle qu'il attribue

même
qui

économique.
en
effet,

C'est,
fait

une théorie
le

fort séduisante,

que

celle

reposer

droit de propriété sur le travail, et
qu'elle
ait

nous ne devons pas trop nous étonner
pour défenseurs, des esprits catholiques
Il

fort judicieux.

y aurait peu à faire pour que les socialistes euxsoient d'accord
lis,

mêmes
grand
type
rieux,

avec

quelques-uns de
Nitti
±

ces

écrivains. Je
et
le

en

effet

dans

«

Paul,

le

plus

plus ardent des apôtres, conçoit

comme
un
loi

idéal

du chrétien, un ouvrier humble, laboLe riche
en
est,
effet,

modeste.
Il

pour

lui

aussi,

parasite.

formule,

nettement,

une

économique destinée à devenir, bien des
tard,
le

siècles plus
:

principe fondamental du socialisme

Celui

qui ne travaille pas, ne doit pas

manger.

»

1. Socialisme

catholique,

origines économiques

du

chris-

tianisme, p. 63.


de saint Augustin, car
thèse
:

101


se prévaloir des

Us ne peuvent cependant
j'y

œuvres

trouve ceci, qui ruine leur

est

vraiment propriétaire, celui qui s'empare

d'une chose qui n'est à personne, celui qui acquiert

par un legs testamentaire, celui qui naît de parents
riches.

Lisons plutôt:
«
1

On

devient propriétaire par
bestiae silvœ

l'occupation
»

Ergo mese sunt
».

quas tu

non
«

cepisti

» »
»

Vous estimez une bonne fortune de trouver sur votre chemin un sac rempli de pièces d'or; vous
dites, en
le

ramassant

:

c'est

Dieu qui

me

Ta

donné

2 ».

Mais je sais ce que

me

répondront quelques défen-

seurs du travail. Occuper un champ, s'emparer d'un

animal^ ramasser un sac rempli de pièces d'or, c'est

un

travail.

Ce raisonnement est vraiment trop subtil.

Passons.
Dira-t-on que celui qui hérite, ou qui reçoit

un
qui
il

cadeau, travaille? Ce serait vraiment abusif. Or, saint

Augustin

reconnaît explicitement la

propriété

vient ainsi par succession.

Dans maints endroits,

examine comment
les

l'on hérite justement, quels sont

droits

des héritiers, ce qu'on peut laisser par

testament. Toutes ces discussions n'auraient aucune
raison d'être,
si le

travail était nécessaire.

La fortune
le

d'un

homme
Serm. sur
Serm., 1"

tomberait, à sa mort, dans

domaine

1.

le ps.

XLIX,
XXXII,

17. 21,

2.

série,


public, et
il

103


la

faudrait un

nouveau labeur pour
premier qui

mettre

aux mains d'un nouveau propriétaire. On ne peut
avancer, en
travaillé
effet,

que

le

l'a

possédée, a
il

pour

l'avoir, et que, puisqu'elle est sienne,
il

peut

la

donner à qui
la

voudra.

Il

restera toujours
:

que celui qui

recevra ne pourra pas dire
travail personnel.

mon
qu'un

droit repose sur

un

Saint Augustin admet bien que la donation

homme
mais
il

fait

de sa fortune en transmet la propriété,
et

admet encore que sans donation aucune
l'héritier, la

sans aucun travail de la part de

propriété

des biens passe naturellement d'un père à ses enfants.
J'ai

dit

qu'il

expose cette doctrine dans

plusieurs

endroits, j'en citerai

un seul. Au sermon CCCLV, saint Augustin met

ses

audi-

teurs au courant des affaires des prêtres qui vivaient

sous sa direction.
«
» »

3.

Le prêtre Janvier gardait une certaine
appartenir à sa
fille,

somme
de

qu'il disait
et était

qui

était

mineure

dans un monastère, mais au
fait

moment
il

»
»

mourir, ce prêtre

un testament, nous affirmant
douleur
!

que l'argent

est à lui.

mais

a, dites-

» »
»
»

vous institué

l'Eglise

son héritière. Je ne veux pas
fruits
le

de cet héritage. Je n'aime pas ces

d'amer-

tume. Je cherchais un
Dieu,
il

homme pour
rien

donner à
ne
si

avait

embrassé notre genre de

vie. Il devait

»
» »

y rester fidèlement attaché, ne

posséder

et

point faire de testament
vive que
j'ai

Cette douleur est

résolu de ne point accepter cet héritage


»
» »

106


ses enfants jouissent de

en faveur de

l'Eglise.

Que

ce qu'il leur a laissé et qu'ils en

fassent ce

qu'ils

veulent

Or

j'ai

recommandé

à l'Eglise de ne

»
» »

recevoir la part qui revient aux deux enfants déshérites,

qu'après qu'ils auront atteint

l'âge

légal.

L'Eglise tient donc pour eux ce bien en réserve.
»

4

J'ai

accepté l'héritage du
qu'il est

fils

de

»

Julien.
»

Pourquoi

?

Parce

mort sans enfants.

5.

Je n'ai pas accepté l'héritage de Boniface,

non
fallu

»
»

par pitié pour ses héritiers, mais par crainte. Boniface

en

effet

avait
le

un

navire,

et
la

il

aurait

»

assurer ou perdre

navire dans

tempête.

»
»

Quiconque veut constituer
fils

l'Eglise

son héritière

en déshéritant son
taire

peut chercher un autre léga-

»
»

qui

accepte

son héritage.

Ce ne sera pas

Augustin.
»

Voici

ce

que

fit

Aurèle, évêque de Carthage.

Un

»

homme donna
L'évêque

à son
Il

église tous ses biens, en se

»
»

réservant l'usufruit.

eut ensuite

des

enfants.
»

lui rendit tout ce qu'il avait reçu.

Dans

ce

passage

on voit deux choses

:

les

enfants

héritent naturellement de leurs parents

et ils

devien-

nent propriétaires sans travailler. L'Eglise peut recevoir des donations, elle en est
taire, et le travail n'est

légitimement propriéla

pas à

base de son droit.
>;iint

Du

reste, la

fameuse discussion de
trait

Augustin avec
et

Faustin avait

aux propriétés de
le

l'Eglise,

dous

ne voyons pas, au contraire, que

travail ait été le

fondement de

cette propriété.


pour court
important
cli.

107


m'en paraît pas moins
livre

J'apporterai encore un texte de saint Augustin, qui,
qu'il
soit,

ne

et indiscutable.

Au

XIV de

la Trinité,

»
»

enim puer infans, quamvis ditissimus nalus, eu m sit dominus omnium quae jure sunt ejus, nihil possidet mente sopita 1 ».
XIV,

on

lit

:

«

Si

Que répondre à un

pareil texte et

comment ne pas
le travail
?

reconnaître qu'il exclut absolument

comme
un

fondement rationnel du droit de propriété
Quel est
enfant, mais
liberté
le

maître,

dominus omnium

?

C'est

un

enfant, chez lequel, ni la raison, ni la

ne se sont encore

montrées. C'est un puer

infans. Et

comment
?

cet enfant est-il
a-t-il

devenu

le

maître

de ses biens
est-il

Quel travail

fait ?

Par quel acte
Il

devenu propriétaire ? Ecoutez la réponse.
la peine de naître, et cet acte,
l'a

a seuil

lement pris

dont

n'est

pas responsable,
richesse
:

rendu propriétaire d'une immense

quamvis natus ditissimus. Je cherche en vain
sous l'une des formes, pourtant
si

le travail

subtiles,

que ses partisans ont mis en honneur. Et ne croyez pas que ce
fait

de naître

l'ait

constitué injustement maître
tout lui appartient
ejus. Saint

d'une grande fortune.

justement de droit,
tin insiste

Non pas, car omnia jure sunt

Augus-

comme

à plaisir, cet enfant ne peut disposer

de rien,

il

n'use de rien, son

sert encore à rien. Nihil
Il

immense fortune ne possidet, mente sopita.
si

lui

faut bien avouer que

cet enfant est indiscuta-

1.

Migne

t.

vin. p. 1051.


travail,
il

108


comme fondement
de la

blement propriétaire, nous ne voyons pas, par quel
est

devenu

si

riche.

Les partisans du travail

propriété sentent vaguement l'inanité de leur raison-

nement
faisant

et

quelques-uns surtout parmi

les catholiques,

une confusion inconsciente, oublient ce

qu'ils

ont dit d'abord et en arrivent non plus à revendiquer
le

travail

comme fondement
condition

de

la propriété,

mais

comme une
phisme

de juste

propriété.
dit M. l'abbé

Le soNaudet,

est évident. «

La propriété,

se présentant avec des devoirs positifs

dont l'accom-

plissement ou
elle

la

violation la rend juste

ou

injuste,

ne saurait être son propre buta elle-même et dans
cas, ne peut

aucun

légitimement dispenser du

travail.

De

plus, elle ne saurait se concevoir sans de graves

obligations, hypothèques prises sur elle, au bénéfice

du corps

social, droits restrictifs,

conservés par

la

collectivité sur les biens appropriés

par chaque indià
la

vidu, servitudes
l'institution

non rachetables, qui conservent
relatif et

son caractère
le

maintiennent

propriété dans

simple

droit

d'administration
1
.

et

d'usufruit selon l'ordre établi par Dieu

»

On pourrait à la comme une diatribe
mauvais
riches,

rigueur regarder
contre
le

ces

paroles

riche avare. Tant de
les

Pères de l'Eglise ont, davantage encore, malmené

mais

ici il

y a malheureusement autre

chose. D'abord ce ne sont pas des discours que l'on

1.

Propriété, capital et travail, p. 34.



être

109


mains de beaucoup.
fautes.

pourrait désavouer ou expliquer. C'est un livre qui a

pensé

et qui est entre les

Une propriété peut
pas précisé
lira ces
ici, et

être injuste,

en ce sens qu'elle est Ce n'est

pour son propriétaire une occasion de
tout naturellement
le

le

prolétaire, qui

passages, regardera

riche paresseux

comme

détenant injustement
bien auquel,

— de justice commutative — un
a droit, et que par voie
si

lui, travailleur
il

de conséquence,

pourra prendre

on ne

le

lui

donne pas. M. Naudet ne pense certainement pas cela, mais il ne pourra pas accuser de mauvaise foi
ceux qui
le

trouveront dans son livre.
lieu,
il

En second
la

M. Naudet s'écarte grandement de

question, car

réclame un travail à celui qui est
il

déjà propriétaire, et alors dans son raisonnement,
y a une pétition de principe.

Puisque saint Augustin admet
propriétaire

qu'on

peut

être
je

par d'autres moyens que

le travail,

puis donc dire que, dans sa pensée, le travail n'est

pas

le

fondement rationnel

et radical

du droit de

propriété.

Il

me faut maintenant répondre à une
du fameux texte de saint Paul
:

objection qui se
lui aussi, s'est

présente d'elle-même. Saint Augustin,
servi
vaille

Celui qui ne tralui qu'il

pas ne doit pas manger. C'est par

a obligé

lesmoinesdeson temps àrentrer dans leursmonastères,
à cesser toute mendicité, et à

demander au

travail


travail,

110


droit

des mains leur pain quotidien. Aussi, tous les amis du

comme fondement du
manqué de
le

de propriété,

n'ont-ils pas

citer ce

passage en faveur de

leur thèse. Ont-ils eu bien raison, et ne se seraient-ils

pas trompés sur
lui

sens que saint Augustin lui-même
il

a

donné?

Car, en vérité,
le travail

dit le contraire,

puis-

que, opposant
qu'il
le

économique à
travail,

la prédication,
il

ne regarde pas

comme un

admet que

prédicateur est légitimement propriétaire.
Je vais résumer l'opuscule de saint Augustin, avant

d'en tirer aucun argument. de opère monachorum (Résumé de l'opuscule)
((

Il

y a des moines qui refusent d'obéir à saint
:

))

Paul, lorsqu'il dit

Celui qui ne veut pas travailler

» » »

ne doit pas manger. Ces moines disent que saint

Paul ne peut pas contredire J.-C. lorsqu'il

dit

:

Ne

vous occupez pas de ce que vous mangerez,
vêtement. Cherchez d'abord
et
le le

ni quel

» sera votre
»

royaume
vous

de

Dieu,

vêtement

et

la

nourriture

» arriveront.
»

Puisque

J.-C.

ne veut pas que nous nous tourserait pas

» »
»

mentions du lendemain, l'apôtre ne

du

même
travail

avis,

s'il

nous ordonnait d'être assez inquiets
travailler.

pour nous mettre à
spirituel et

Donc, disent-ils,

le

»

que nous réclame l'apôtre est un

travail

»
»

non

corporel. Or, disaient ces moines,
travail spirituel en recevant

nous faisons ce
en

nos

» frères,

les consolant.


»

111


Il

Saint

Paul n'a pas parlé d'un travail spirituel,
travail
lire le

» »

mais bien d'un
convaincre, de
»

manuel.

suffit,

pour s'en
J.-C,

contexte.
S.

Nous vous enjoignons, au nom de N.
ceux de vos frères à
la

» d'éviter

conduite inquiète,
ont reçues de

» qui
»

ne suivent pas

les traditions qu'ils

nous. Vous savez

comment

il

faut nous imiter, et

»
»
»

que nous n'avons pas eu une vie tourmentée. Nous

mangé gratuitement nous nous sommes fatigués à
n'avons

le

pain de personne,

travailler jour et nuit

» »
»

pour n'être à charge à aucun de vous. Ce n'est pas que nous n'en eussions pas
le

droit,

mais nous

voulions vous donner un exemple à imiter. Ne vous

» »
»

disions-nous pas, quand nous étions parmi vous,

que

celui qui
il

ne veut pas travailler ne doit pas
y en a parmi vous qui ne se donnent
travaillent pas,

manger. Et

» » »

aucun repos, mais cependant ne

n'employant leur temps qu'à rassasier leur curiosité.

A

ceux-là,

nous enjoignons de
de gagner
le

travailler

dans

le

» silence, afin

pain qu'ils mangent.

» Saint
»

Paul se donne

comme

exemple.

Il

pouvait
le

vivre de l'Evangile, J.-C. lui

en avait accordé

» droit,

mais

il

n'en use pas, pour ne donner aucune
ils

» autorité
»

à ceux qui réclameraient ce à quoi

n'ont

pas droit.
»

Dans sa

I

rc

aux Corinthiens,
les autres,
Il

il

dit

:

Je suis apôtre,

»
»

j'ai le

droit de boire et de

manger,

et d'avoir

avec

moi,

comme

»

soin de moi. —

une femme pour prendre a donc le droit de ne pas tra-


» » »
»

112


Lui-môme
il

vailler

de ses mains, mais de vivre de l'Evangile,
l'a

ainsi

que
lui

décrété

le

Seigneur.

avait

avec

de saintes

femmes

qui, de leur patrimoine,

pourvoyaient à tous ses besoins. Et pourtant
pas besoin puisqu'il avait
dit

n'en

» avait
» »
»

les

Anges.

Mais

l'Apôtre
n'est

:

Dignus

est

enim operarius

mercede sua,
mission.
»

pas un ordre, mais une per-

Par

ailleurs, J.-C. a délivré les apôtres

de l'obli:

»

gation de travailler, puisque saint Paul dit
et

An ego

» solus

Barnabas non habemus potestatem non
?

»
y>

operandi
le

Le

travail,

dont

ils

sont libérés, est donc
la prédi-

travail

manuel, puisqu'ils sont tenus à

»

cation, qui est
»

une œuvre
dit
:

spirituelle.

Car saint Paul

Je
l'ai

pouvais vivre de
pas
fait.
Il

mon
donc

»

travail spirituel et je ne

reste

» qu'il a
» »
»

vécu de son travail manuel

et

que

c'est

du

travail
vailler

manuel

qu'il dit

:

celui qui ne veut pas traIl

ne doit pas manger.
il

pouvait vivre de
travailler de ses

l'Evangile, mais

a

mieux aimer
les faibles.

»

mains par
»

charité

pour

Donc

saint Paul a travaillé de ses

mains
Saint

et

les

»

moines eux ne veulent pas
prêchait
le

travailler.

Paul

» »
»

jour

et

travaillait la nuit.
ils

Les moines
ne veulent

n'ont aucune mission à remplir et

pas travailler.
<(

Il

est certain

que quelques-uns,
le

même
Il

en travailest juste

»

lant,

demeurent encore dans
les fidèles leur

besoin.

»

que

viennent en aide. Aussi saint


» » »
» »

113


fidèles,

Paul ordonne aux fidèles de pourvoir aux besoins
de ceux qui ne peuvent pas travailler. Et non seule-

ment

il

réclame les secours des

pour

les

prédicateurs de l'Évangile, mais encore pour les
saints, qui après avoir

vendu leurs biens

et les

avoir

»
»

distribués aux pauvres, vivent à Jérusalem,

dans

une communauté de
»

vie.

Mais que font donc ceux qui ne veulent pas

trails

»
» »
»

vailler ? Ils chantent des
lisent.
!

psaumes,

disent-ils et

ne

les

Eh bien qu'ils chantent en travaillant. Rien empêche de méditer et de chanter en travailoccupante qu'elle ne permette
lire,

lant corporellement.
»

Si la lecture est si

» »

pas de travailler, un seul peut bien

pendant

que
»

les autres travailleront.

Si tous ces

moines qui ne veulent pas

travailler,

»
»

étaient au

moins riches dans
ils

le siècle, et si

au mo-

ment de

leur conversion,
il

avaient distribué leurs

»
» »
»

biens aux pauvres,

faudrait croire à leur faiIl

blesse et la supporter.

est indubitable

que ces

personnes, élevées plus délicatement, ne peuvent
se livrer à

un

travail

manuel.
lit

Il

y en avait ainsi

» » * »
»

beaucoup, à Jérusalem. On

qu'ils avaient

vendu

leurs propriétés et qu'ils en avaient apporté l'argent

aux apôtres. Aussi
auxquels
ils

était-il

naturel que les gentils,

étaient utiles, les assistassent de leurs

aumônes.
»

Et ceux qui se livrent, dans les couvents, au ser-

»

vice de Dieu,

d'où viennent-ils? N'étaient-ils pas,
8

» la
»

114


le

plupart du temps, de simples esclaves dans

»

monde, ou au plus des affranchis ? » Auparavant, ils menaient une vie rude, se livraient à des métiers pénibles et à un travail fatigant.

»
»

A

ne considérer que

leur vie

passée,

on

pourrait se

demander

si

c"estpour servir Dieu qu'ils
si,

»

se sont faits moines,

ou bien
ils

fuyant une vie

»

pénible et laborieuse,
facile

n'ont pas cherché une vie

»
»

et oisive?

De

tels

gens ne peuvent arguer

d'une complexion délicate.

On

leur rappellerait les
»

»

rudes travaux auxquels

ils

se livraient jadis.


en
se

Saint Augustin termine en se
les

moquant d'eux
oiseaux
,

et
ils

engageant à
,

faire

comme

les

dont

réclament

à ne faire aucune provision pour l'avenir,
suffît

sous prétexte qu'à chaque jour

sa peine.

Nous remarquerons, dans
texte de saint Paul.

ce qui suit, le sens

du
pas

Le but que poursuit l'apôtre.

Il

ne

fait

une théorie économique.
D'après saint Augustin, l'apôtre n'a pas voulu faire

d'économie politique,
excursion sur
le

il

n'a pas

du tout
Il

fait la

moindre
acte de

domaine théorique.
de juridiction.

a

fait

gouvernement
il

et

Dtéjà,

de son temps,

y avait des mendiants qui exploitaient la charité

publique, sous des dehors de piété, passaient leur vie

dans
et

l'oisiveté,

aux

frais

des chrétiens moins avisés,

même

par leurs bavardages et leur nature inquiète
le

mettaient

trouble dans la société des fidèles. Saint


Paul intervient,

115
il


fait

comme

l'a

maintes

fois, soit

pour punir,

soit

pour encourager. Ces mendiants sont
ne faut rien leur donner,
et s'ils

des fainéants,

il

ne

veulent pas travailler, qu'ils ne mangent pas. Saint
Paul a
el
il

si

peu l'intention de tracer une
que lui-même

loi

économique

s'en écarte tant,

sollicite la charité

des chrétiens pour des pauvres, qui pourraient travailler et qui pourtant

ne font rien. Ce sont

les fidèles

qui se sont volontairement dépouillés de leurs biens

en faveur des pauvres et qui sont eux-mêmes devenus
pauvres, non par paresse, mais par
Christ.

amour de Jésus-

Le sens du mot travail dans saint Paul.
le travail

Le travail dont parle saint Paul est
nuel, par où

ma-

Ton

voit

combien

se

trompent ceux qui
pour légitimer
littéle

regardent,

comme un

travail suffisant

la propriété, les

productions intellectuelles ou
travail, effort,

raires,

en un mot tout

mais non pas

travail

économique ayant un rapport

direct de pro-

duction avec la propriété qu'il est censé engendrer.

Pour un peu,

ils

en arriveraient à se contenter du

seul travail que nécessite la gestion d'une fortune ou

même
et les

sa dissipation.

Saint Augustin s'approprie les paroles de saint Paul

emploie dans

le

même

sens que

lui.

Il

y a

aussi,

comme

de son temps, une foule de moines

paresseux, qui veulent bien manger, mais non travailler.

Nous l'avons vu spécialement dans
écrit à Ecdicie. Cette

la lettre

que saint Augustin

femme

avait


reçu chez
elle

116


moines voyageurs.
elle leur

plusieurs de ces

Dans un accès de

piété et de détachement,

avait fait la part large et avait

compromis son

patri-

moine, l'avenir de son
Augustin
Elle a
l'avait

fils et

l'union conjugale. Saint

sévèrement reprise de son imprudence.
à je ne sais quels
«

donné presque tout son bien

moines, qui se faisaient passer pour pauvres.
»
»

Nescio

quibus duobus transeuntibus monachis,

tanquam
pense

pauperibus

donaveris
le

».

Saint

Augustin

presque
ce

comme

mari, ce ne sont pas des moines, Dieu,

ne sont pas des serviteurs de
le

mais des
captivent

gens qui violent
les faibles
»
Il

domicile des

autres,

femmes

et les dépouillent. «

Detestans eos,
»

non Dei servos, sed domus
se méfie de pareils moines.
servi Dei,
si

aliénée depredatores.
«

Nec blasphemarentur
ab aliéna uxore
le

» » »

tamen hoc fuerunt, qui marito absenle
ab iguola muliere
»
illis

et nesciente,

et

tanta sumpserunt.
«

Aussi

ne peut-il blâmer

mari.
» »
»

Ut enim de

monachis, a quibus

te ipse

non œdificatam, sed spoliatam esse conqueritur,ego
bene sentiam, nec homini
tiam.
•Les
pra; ira

turbatum oculum

habenti, contra Dei fortasse famulos facile consen»

»

deux moines qui avaient dépouillé Ecdicie

et si

fort irrité

son mari, n'étaient certainement pas

les

deux seuls de leur espèce. Saint Augustin

s'élève

contre cet abus. Les gens de cette sorte n'ont rien qui les empêche de travailler pour gagner leur vie.

On ne

doit

donc pas leur

faire

l'aumône.


Donc, dans
celui de
l'esprit

417


comme dans
:

de saint Augustin

saint Paul, cette parole

celui qui ne veut

pas travailler ne doit pas manger, n'a aucun rapport

avec

le

droit de propriété,
je
ferai

et,

pour saint Augustin
ne conteste pas
la

même,

remarquer
est

qu'il

propriété légitime des biens acquis par la mendicité.
Celui qui

donne
il

un

sot, celui qui reçoit,

un pareslui a

seux, mais

possède légitimement ce qu'on

donné.
Rien n'autorise donc à affirmer que saint Augustin a

pu voir entre
plus loin.

le droit

de propriété et

le travail soit
*

antéIl

cédent, soit concomitant, la moindre relation.
Il

va

estime surtout
et

la richesse,

parce qu'elle
tout à fait

dispense du travail,

c'est

un

fait

remarquable. Nous avons vu dans ses soliloques que
la

richesse lui semble désirable, parce qu'elle lui perd'être sans inquiétude sur les besoins de la vie, et

met

de se livrer à ses études favorites.
C'est la

même

idée qui

le

guide quand

il

écrit à

Proba.
Il

n'oblige pas

le

riche à travailler,
la

il

ne croit pas

que ses biens aient contracté

moindre hypothèque,
inclivi-

même

sociale.

Pour

lui, la fin

de l'homme est

*

Le travail représente une production économique
:

;

de là

toute la confusion

L'occupation n'est pas un travail, au sens économique du mot, un travail productif. — P. Antoine. Cours d'Économie sociale, l ,e édition, 1896, p. 456.


curer. Et

118


nous
la

duelle, et tous nos efforts doivent tendre à

pro-

comme

le

principal

moyen

est la prière, elle

doit être notre plus constante occupation. Si la fortune

vient nous aider, soyons-en heureux, nous serons délivré

de tout souci et nous pourrons nous donner unil'oraison.
écrit-il

quement à
«
Ȕ

Quam me autem,

à Proba, lœtificaverit
rei tantse

ipsa petitio tua, in

qua cognovi quantam

»

» »

curam geris, verbis explicare non possum. Quod enim majus oportuit esse negotium viduitatis tua3, quam persistere in oratione nocte ac die, secundum
Apostoli admonitionem.
»

»

Et toute la lettre de saint

Augustin aura pour but d'indiquer à Proba comment
elle doit prier
il

pour employer sa vie de veuve. Nulle part
au
travail.

ne

fait

allusion
:

Ce que

tait

Proba
in

est
»
»

prudent

«

Quia
in

prudenter

intelligis,

quod

hoc

mundo
»

et

hac vita nulla anima possit esse

secura.

Aussi cette pensée qu'a Proba de ne plus

rien faire que prier, est-elle une pensée qui vient de

Dieu lui-même
»

:

«

Cui ergo facile

est, ut
tibi

etiam dives

intret in

regno cœlorum, inspiravit

piam

solli-

»
»

citudinem de qua

me consulendum
»

putasti,

quonam

modo

essct

tibi

orandum.
la

Enfin, nous avons

un passage bien

explicite et bien

remarquable dans
<(

Cité de Dieu, livre xix, ch. xix.

Assurément, pourvu qu'elle n'y trouve rien

de

»

contraire aux divins préceptes, cette Cité est abso-

»

lument indifférente aux habitudes

et

aux manières

»

de vivre d'après lesquelles chacun s'attache à cette


»

119


manière
la

foi

qui conduit à Dieu. Aussi, elle ne force en rien

»
» » »

les

philosophes eux-mêmes qui se font chrétiens à
vie,

changer leurs habitudes de
d'être,

ni leur

quand

elles
elle

ne portent aucun obstacle à
les oblige

religion,

mais

seulement à changer

» »
» » »

leur faux enseignement.... Mais de ces trois genres

de

vie,

ex tribus vero

illis

vitœ

generibus, otioso,

actuoso, et ex utroque composite), quamvis salva

» » » » »
»

eorum vitam ducere, et ad sempiterna praemia pervenire, interest tamen quid amore teneat veritatis, quid offîcio caritatis
Ode quisque possit
in quolibet

impendat. Nec

sic

quisque débet esse otiosus, ut

in

eodem
otio

otio utilitatem

non

cogitet proximi, nec sic

actuosus ut contemplationem non requirat Dei. In

non iners vacatio delectare débet, sed aut

in-

quisitio aut inventio veritatis, ut in ea quisque proficiat, et

» »
» » » »

deat
n'est
loisir

quod invenerit teneat et alteri non inviLa recherche studieuse de la vérité
;

donc interdite à personne

c'est la dignité

du

Ainsi l'amour de la vérité sanctifie le
le

repos qu'il cherche. Si

fardeau ne nous est pas

imposé, donnons notre
la vérité.
»

loisir à la

contemplation de

»

Vous le voyez, d'après saint Augustin, il n'y a aucune obligation de travailler. On va au ciel, on reçoit la récompense éternelle, même en menant une vie oisive, otioso, pourvu que cette oisiveté ne fasse rien qui soit contraire aux commandements. Cependant,
il

est

mieux d'occuper son

loisir à

rechercher


la vérité,

120

mais

si

cette recherche finalement profite à

à tous, pourtant ce n'est pas le bénéfice général qui
incite le riche à s'y livrer. Car dit saint Augustin,
la

recherche de
loisirs
:

la vérité, profite surtout à celui qui

a des

«

Inquisitio veritatis delectare

débet, ut in

ea quisque proficiat, et ce loisir est justifié par cette

recherche de
sanctifie
le

la

vérité.

Ainsi l'amour de
»

la

vérité

repos qu'il cherche

et

cela dans des

conditions telles que la nécessité seule doit nous faire
sortir

de notre

loisir,

«

Si le
le

fardeau ne nous est pas
public)

imposé (de
loisir à la

travailler

pour

donnons notre
»

contemplation de

la vérité.

Combien
forment
le

cette doctrine est loin de celles

des

mo-

dernes, qui entraînés par les erreurs socialistes, trans-

moyen en
vrai.

fin, et

voyant dans

la

société

une

fin,

font de l'individu

un moyen.

C'est le con-

traire qui est

La

fin, c'est

l'individu, c'est son

perfectionnement moral,
et l'individu fin, se sert

c'est

son bonheur céleste,
la

de la société moyen, dans

mesure où
Autrement
est assez

il

en a besoin, pour se perfectionner.

les

modernes auraient raison d'accuser

les

contemplatifs de paresse et d'égoïsme.
favorisé,

L'homme

qui

pour ne pas être obligé de de-

mander au

travail le pain qu'il doit

manger,

est libre

alors d'employer son intelligence et sa volonté à la

recherche de Dieu, sa seule raison d'être.

Donc, pour saint Augustin,
pas
la propriété, et
il

le

travail ne légitime

ne

lui sert ni

de fondement ni


d'excuse.

121


contraire
le

Le loisir est au
la

bénéfice
la

et

l'apanage de

propriété

,

et c'est

même

grande

raison pour laquelle
Si,

l'homme

doit

aimer

la propriété.
:

en poussant les choses à l'extrême, on disait

saint Augustin veut que

l'homme riche
la

travaille in-

tellectuellement pour

communiquer

vérité à

ses

semblables, ou

même
je

pour favoriser leurs meilleures
le

conditions de vie,

répondrais que c'est mal

com-

prendre. Le soin du prochain, son éducation, son
amélioration par
le

riche

,

serait plutôt

une conséla

quence de

la sociabilité

de l'homme, mais non pas

base, la raison, le
priété.

fondement radical du droit de proses facultés de sociabilité.

La propriété permettrait seulement au riche
lui

de perfectionner en

Sans
elle

la

propriété, cette sociabilité demeurerait, mais

ne pourrait pas atteindre son plein développela

ment. Saint Augustin n'a jamais grevé
et c'est faire

propriété
faire

une confusion malheureuse que de
la

retomber sur

propriété les fautes dont

il

aurait

pu

accuser les propriétaires.

CHAPITRE VU
La
loi

humaine

n'est

pas

le

fondement

radical

du droit de propriété

On

a souvent objecté certains passages
le droit

où saint
et la loi

Augustin semble regarder

humain

comme la base, la source unique de la propriété. Il même intéressant de constater comment tous
adversaires de
la

est
les

propriété se sont copiés sans recourir
Ils

au texte

même

de saint Augustin.
et,

en ont reproduit
difficiles à

quelques lignes,

souvent, pas les plus

interpréter. Le passage pourtant est remarquable.

On

me

permettra de

le

citer tout entier,

pour en

faire

comprendre

l'esprit et

ne rien diminuer de sa portée.

Saint Augustin a des difficultés avec les hérétiques,

qui réclament pour eux la propriété de biens qu'il

revendique pour l'Église mère, l'Église catholique,
il

et

parle ainsi dans l'Évangile selon saint Jean, traité VI,

S

zo
((

Modo

déficientes ubique, quid nobis proponunt,

» » »

non invenientes quiddicant? Villas noslras tulerunt,
fundos nostros tulerunt. Proferunt testamenta homi-

num. Ecce ubi Gaïuseïus donavit fundum

ecclesise,

» cui
»

prœerat Faustinus. Cujus episcopus erat Faustidixit,

nus ecclesiœ? Quid est Ecclesia? ecclesiœ,


» cui praèerat »
» »
» »

123


Columba
sit

Faustinus, sed parti prœerat.
est.

autem Ecclesia villas, columba
lumba,
et

Quid clamas? Non devoravimus
habeat
:

illas

quaoratur quid
nostis,
:

co-

ipsa habeat.
istae

Nam

Fratres mei,

quia vilhe
tis,

non sunt Augustini

et si

non nossentiam,

et putatis

me

gaudere

in possessione villarum,
illis villis

»
»

Deus
vel

novit, ipse scit quid ego de
ibi

quid

sufferam

:

novit gemitus meos. Si mihi
est.

»
» »

aliquid de

columba impertire dignatus
quo jure défendis
villas ?

Ecce

sunt

villrc,

divino an huin

mano

?

Respondeant.

Divinum jus
jus in legibus

scripturis

» » »
»

habemus,

humanum

regum. Unde

quisque possidet quod possidet? Nonne jure hu-

mano

?

Nam

jure divino

:

Domini
una

est terra et plcni-

tudo ejus. Pauperes et divites Deus de uno limo
fecit, et

» »
»
»

pauperes

et divites dicit
:

terra

supportât.
est, ha?c

Jure tamen

humano

haec villa
est.

mea

domus mea,

hic servus

meus
?

Jure ergo humano,

jure imperatorum. Quare

Quia ipsa jura humana

»
»

per imperatores

et

reges sœculi Deus distribuit

generi humano. Vultis legamus leges imperatorum,
et

» »
»

secundum illas agamus de villis ? Si me jure humano vultis possidere, recitemus leges imperatorum
:

videamus

si

voluerunt aliquid ab hœreticis
?

» possideri.
»
))

Sed quid mihi est imperator

Secundum

jus ipsius possides terram. Aut toile jura imperato-

»

rum et quid audet dicerc mea est illa villa, aut meus est ille servus, aut domus mea ha>c est ? Si
:

»

autem

ut teneantur ista ab hominibus, jura accepe-


» »

124


non imputetis
ibi

runt regum, vultis recitemus leges, ut gaudealis

quia vel
nisi

unum hortum
permanere
catholica?
?

habetis, et

»
»
»

mansuetudini columbae qua» vel

vobis per-

mitlitur
festse,

Leguntur enim leges mani-

ubi prœceperunt imperatores, eos qui pra?ter

»

Ecelesia?

communionem usurpant
volunt
in

sibi

»
>)

nomen christianum, nec
Auctorem pacis
»
,

pace colère

nibil

nomine
?

Ecelesia?

audeant

» possidere.

Sed quid vobis

et

imperatori

Sed jam dixi de
voluit ser:

»
»

jure
viri

humano

agitur. Et

tamen Apostolus
quid mihi
et

regibus, voluit bonorari reges, et dixit
:

Regem

»

reveremini. Noli dicere
tibi

régi? Quid

»
»

ergo et possessioni

?

Per jura regum possiden:

tur possessiones. Dixisti

quid mihi et régi? Noli

»
» »

dicere possessiones tuas, quia ad ipsa jura
renuntiasti
,

humana
recite-

quibus possidentur possessiones. Sed
ait.

de jure divino ago,

Ergo Evangelium

»
»
»

mus, videamus quo usque Ecelesia catholica
est,
si

Christi

super

quem

venit columba

Ergo fratresmei,

ubique non liabent quod dicant, ego dico quid ad catlioiicam
et

»
»

faciant, veniant

nobiscum babefecit

bunt non solum terram sed etiam illum qui

»

cœlum

et

terram.
la

»

Ce texte a été

grande source, l'unique source, où
la

adversaires et amis de

propriété ont puisé leurs

arguments contre
verra tout
le parti

les P.

P.

Ecoutez Paul Janet, on
cru pouvoir en tirer
:

qu'ils ont

voici ce qu'il dit:


«

125


même
:

Ainsi, les Pères de l'Eglise ont considéré de la

façon l'esclavage et la propriété

c'étaient

deux choses

qui ne devaient pas être dans l'état d'innocence ou

dans

l'état parfait,
l'état

mais qui peuvent
se trouve

être et sont per-

mises dans

l'homme aujourd'hui.
richesses,, et

On

conseillait au riche

d'abandonner ses

au maître d'affranchir ses esclaves. On recommandait

aux pauvres

la

patience, et aux esclaves la docilité.

Ainsi, la distinction de maîtres et d'esclaves n'est pas

considérée dans saint Paul et dans les apôtres
plus injuste que
la distinction

comme

de riches et de pauvres,

et l'égalité sociale

ne doit pas être entendue dans un

autre sens que la doctrine de la
vrai qu'en Jésus-Christ, tous les
et qu'il n'y a point d'esclaves,

communauté.

Il

est

hommes
Dans
le le

sont frères,

mais, en Jésus Christ,
l'es-

personne ne possède rien à
clavage et
la

monde, propriété sont admis comme deux
soi.

faits

également légitimes. Sans doute,
affranchi

christianisme a
il

beaucoup d'esclaves, mais, comme

fondait

des hôpitaux, au

nom

de

la charité,

mais non au

nom

du

droit. Distinction essentielle

sans laquelle on ne

peut comprendre comment
ont admis
«

les plus

grands docteurs
et Bossuet,

chrétiens, saint Augustin, saint
la justice

Thomas
»

de l'esclavage.

C'est

encore saint Augustin qui nous donne sur ta

question de l'esclavage l'opinion la plus précice et la
plus importante.
Il

a tranché la difficulté, soulevée
Il

par

les doctrines

des Apôtres.

a démêlé l'équivoque

qui était au fond du principe de l'égalité, invoqué par


tous les Pères, enfin
sisté
il

1-26


théorie qui a subtout
le

a fondé la

dans

les écoles
e

à
»

travers

moyen-âge,

jusqu'au XVII siècle.
«

Dans

la

vraie idée chrétienne
l'intérêt de

le

commandement
quelque sorte

n'a lieu

que dans

ceux auxquels on comen

mande.

Le gouvernement n'est

qu'un service rendu à ceux qui sont gouvernés. Tel
est l'ordre naturel.

Dieu a voulu que l'homme com-

mandât aux
ner sur
l'ordre
c'est

bètes,

mais

il

ne

l'a

point

fait

pour domipéché
a

les autres

hommes. Mais selon
le

saint Augustin,
le

de

la

nature a été renversé par

et

avec justice que

joug de

la servitude

été

imposé au pécheur
et

Le péché a seul mérité ce

nom

non pas

la

nature.

Dans

l'ordre naturel

où Dieu

a créé l'homme, nul n'est esclave de l'homme, ni du

péché, l'esclavage est donc une peine... C'est pourquoi
l'apôtre
avertit
et

les

esclaves

d'être

soumis à leurs
et

maîtres

de

les servir de
s'ils

bon cœur

de bonne

volonté, afin que,
leur servitude,
ils

ne peuvent être affranchis de
la liberté

sachent y trouver

en ne

servant point par crainte, mais par amour, jusqu'à ce

que

l'iniquité passe et

que toute domination humaine
où Dieu sera pour tous
*.

soit anéantie, au jour
«

»

Dans

cette

théorie, on doit remarquer les points

suivants: 1° l'esclavage est injuste

en droit naturel, ce

qui est contraire à la doctrine d'Aristote, conforme à
celle

des stoïciens: 2° l'esclavage est juste,

comme

1.

Cité

de Dieu,

t.

XïX,

14, 15.

127


là le
IL

conséquence du péché. C'est
particulier à saint Augustin.

principe nouveau

a trouvé un principe
ni
la

de l'esclavage qui n'est ni l'égalité naturelle,
guerre, ni la convention, mais
n'est plus
le

péché.

L'esclavage

un

fait transitoire

que

l'on accepte provisoi-

rement, pour ne pas soulever une révolution sociale,
c'est

une institution devenue naturelle par suite de
»
i

la

corruption de notre nature.

«

Que conclure de
et

cette discussion? C'est

que

l'égalité

du maître du
« le

de l'esclave n'était proclamée qu'au

nom

droit religieux,

du droit divin, qu'en Jésus-Christ
égaux.
»

seul, le maître et l'esclave sont

Sans doute une
droit
divin, le

telle égalité suffirait et

au-delà,

si

vrai

droit céleste pouvait s'applila terre, et

quer rigoureusement sur
si la

à n'en pas douter,

société chrétienne fut restée ce qu'elle était
elle

dans

les

premiers temps,

eût établi une égalité parfaite

comme
une

elle avait réussi

à établir la communauté. Mais

la société

chrétienne devenant la société tout entière,
était impossible.

telle égalité

La

cité

céleste 'se
les lois.

confondant avec

la cité terrestre

dut en subir

De là une distinction entre Tordre divin et l'ordre humain, l'un où il n'y a plus ni maîtres ni esclaves, l'autre où les conséquences du péché maintiennent
l'inégalité.

C'est

pourquoi nous voyons l'esclavage
la pratique, accepté

quoique adouci dans
par
les scolastiques,

en
e

théorie

défendu jusqu'au XVIII

siècle

par

Bossuet et maintenu encore à l'heure

qu'il est

dans


les

1-28


des docteurs
le
si

nations chrétiennes, avec l'autorité
j'ose

chrétiens. L'erreur des Pères,

dire, est de

n'avoir pas aperçu entre

le

droit divin, droit
et
le

mystique

qui

n'est

pas de ce monde,

droit

humain ou
et

positif,

un

droit naturel qui déclare

simplement
que

expressément qu'un
d'un autre
rité

homme

ne peut pas être l'esclave
;

homme, que
la

cela est injuste

la

cha-

de l'un,

patience de l'autre, peuvent rendre cet

état tolérable,

ou

même

noble et excellent, mais non
-

juste

;

que

le

péché ne peut pas avoir eu pour con><

quence de rendre un

homme
et

l'instrument d'un autre.

Or

ce n'est qu'aux

XVI

XVIII e siècles que ces prinet

cipes

ont été exprimés

défendus,

et ce n'est

qu'à

partir de cette

époque qu'on a pu espérer de voir

l'esclavage disparaître définitivement
c

du monde.
les

»

Le

môme

oubli

du droit naturel a égaré
la

Pères
celle

dans leur théorie de

propriété

comme dans

de l'esclavage. Que disent-ils? C'est qu'en Jésus-Christ
il

n'y a pas de

mien

et

de

tien.

Rien de plus vrai sans

doute. Dans l'ordre divin, l'ordre de charité absolue,

les

hommes

seraient tout en Dieu, la différence

et l'inégalité

des biens seraient impossibles. Mais les
tel état

Pères ont bien su qu'un
réalisable
ici-bas.
le

de choses n'est pas
Ils

Qu'ont-ils fait?

ont établi

la

propriété sur

droit

humain, sur

le

droit positif, le
ils

droit impérial.

De

là ce

dilemme auquel

s'expo-

sent

:

ou l'esclavage est légitime puisqu'il est fondé
la propriété

comme

elle-même sur

la loi civile,

ou
il

la

propriété est illégitime, puisqu'en Jésus-Christ

n'y


d'esclaves.

1*29


mêmes

a pas plus de pauvres et de riches que de maîtres et

Au

contraire, en droit naturel, les

principes qui font que la propriété est une chose juste
font que l'esclavage est une chose injuste. Tandis que
les

Pères de l'Église absolvent ou condamnent ces
faits

deux

en

même
est
est
la

temps

et

par

les

mêmes

prin-

cipes, le droit naturel

admet

l'un et

repousse l'autre.

La propriété

une chose

juste, voilà

pourquoi
:

la

communauté
utopie
si

une utopie ou une barbarie
suppose fondée sur
si

une
1.

on

le

dévouement
»

universel, une barbarie

on

l'exige par la force

M. Janet n'est pas

le

seul à interpréter ainsi saint
le

Augustin. De? auteurs catholiques s'appuient sur

même

Père pour établir que la

loi

seule est le fonde-

ment de
que dans
néfice et

la propriété. C'est la société qui

permet à
lui

l'individu d'être propriétaire.
la

Elle ne

le

permet

mesure où

la collectivité

en retire un bé-

si la

société n'a plus intérêt à tolérer la proest

priété individuelle privée, parce qu'elle

devenue

infructueuse, elle peut, elle doit la retirer à celui qui

en jouit pour

la

donner à un autre.

Et bien, non, la tradition n'est pas celle que l'on
fait

par une étude incomplète des Pères. Saint Aun'a pas les idées
le

gustin, entre autres,
P. Janet.
Il

que
il

lui
le

prête

n'ignore pas

droit naturel,

connaît
il

très bien et saura le mettre en

bonne

place. Mais

1.

Paul Janet, Histoire de
et

la Science politique,
p. 298.

t. i.

Christia-

nisme

Moyen-Age. La Morale des Pères,

9


est

130


le

voit aussi Tordre, l'harmonie, la paix sociale, ce qui

une tout autre raison que
le

péché, et qui entre en

composition avec

péché. Paul Janet aurait dû conil

tinuer à lire le chapitre xtx de la Cité de Dieu,

y

aurait vu la belle théorie de saint Augustin sur la
paix. Saint Augustin applique partout l'observation et

conclut que tout ce qui est en paix obéit à sa

loi

fon-

damentale. Aussi

voit-il la

paix

même
le

où, sous
il

quelque côté, nous pouvons voir
se

désordre, alors

met à un autre point de vue. Ainsi, quand un homme est pendu 4 il y a tout de même un ordre, une paix, les lois mêmes qui font que l'homme est
,

pendu et que, comme tel, il doit s'en suivre une série de phénomènes qui rentrent dans la paix générale de l'univers, tout en étant certainement un mal pour le
pendu. Le bon fonctionnement d'une société, d'un
état, nécessite tel

rapport des
il

hommes,
il

ce rapport vise

à la paix,
il

il

la procure,

est bon, bien

que peut

être

cause

le

mal de plusieurs. Et

ne faut pas dire
regarde

comme Paul Janet, que saint Augustin comme l'idéal de la justice, une situation que
alors,

par

ail-

leurs

il

approuve
Il

et croit

non seulement

utile

mais
Il

nécessaire.

veut que l'Etat tolère les courtisanes.
l'esprit
telle

ne viendra à

de personne de prêter à saint

Augustin une
sition
état

mentalité, qu'il regarde sa propoce métier infâme. Mais

comme

l'éloge de

un
est

sans courtisanes est un état dont la paix

1.

Voir plus haut, page 8.


moins grande que
mises.
Il

131

celle
la

d'un état où elles sont adtolérance des courtisanes.

louera donc

Revenons au
J'ai été

texte de saint Augustin.

surpris

à la première lecture
Il

du passage
semblait que

qui
In

fait l'objet

de cette discussion.

me

pensée de saint Augustin

était nette, précise, indis-

cutable. Je ne voyais

même

pas qu'on pût soupçonner
est le seul

autre chose: la
la propriété.

loi

humaine

fondement de
?

Unde quisque possidet quod possidet
humano...? Jure tamen humano
est.

Nonne

jure

dicit:

Haec villa

mea

Jure ergo humano, jure imperato-

rum

Per jura regum possidentur possessiones.
était-elle possible

Que répondre ? Une réponse même
en face de pareilles affirmations
faite, saint
?

Ma

conviction était

Augustin

affirmait

le

droit

humain.

Il

n'acceptait pas le droit naturel.

Mais en continuant à l'étudier attentivement,
trouvé cent autres passages en contradiction
celui-ci.

j'ai

avec
pro-

Manifestement ailleurs,

il

regarde
de
la

la

priété

comme un
Elle est

perfectionnement
la loi, elle

nature
la loi.

humaine.

avant

ne sort pas de
J'ai

Saint Augustin ne peut se contredire.

donc plus

étudié, plus creusé ce texte quim'étonnait et

me

tour-

mentait. Voici

comment,

je

crois,

on peut

l'inter-

préter et répondre à

ses difficultés.
la

Pour comprendre adéquatement
qu'un,
cées.
il

pensée de quel-

ne

suffit

pas d'avoir les paroles qu'il aprononseront

Seules,

elles

capables de

nombreuses


entendra ou
les lira.
Il

132


circonstances

interprétations, selon les dispositions de celui qui les
faut

pour bien comprendre un

auteur, se mettre

dans

les

il

se

trouve lui-même, et ces circonstances donneront à sa
parole une précision qu'elle ne peut avoir sans cela.

Étant donné que saint Augustin ne
théorie,

fait

pas une

nous sommes autorisés à croire que sa phrase

n'a pas

un sens universel
il

;

il

veut prouver simplement

la thèse qu'il soutient,

ne prétend pas dominer une
est-il

controverse philosophique. De quoi

question?

D'un testament de Gaïuseïus qui a donné des fermes
à l'Eglise. Or,
il

se trouve

que Faustinus est alors
a
fait

évoque de
largesses.

l'église
Il

à laquelle Gaïuseïus

ses

veut s'emparer des fermes et en jouir.
dit-il,

Saint Augustin s'y oppose. Non,

Faustinus ne

peut jouir des fermes léguées par Gaïuseïus. Faustinus
est hérétique, et Gaïuseïus n'a pas légué ses

fermes à
j'ai

un

hérétique.
la loi

Au

surplus,

dit-il,

que m'importe,

pour moi

qui défend atout hérétique de posséder.
il

Or, Faustinus est hérétique, donc,
priétaire. Car, c'est en vertu

ne peut être pro-

du

droit des

empereurs

que chacun est propriétaire,

et le droit des

empereurs

ne permet pas aux hérétiques de posséder.

Ne vous semble-t-il pas que, mise dans son cadre,
la

pensée de saint Augustin

s'éclaircit ?

Qui osera

affirmer que les empereurs, quels qu'ils soient, ont

jamais pensé condamner un
qu'il est hérétique.

homme

à la misère parce
«

Même aux temps

douloureux

»

de l'Inquisition,

il

était notoire

que beaucoup d'héré-


core bien moins possible.

133


et

tiques étaient propriétaires

nul ne songeait à les

inquiéter. Et au temps de saint Augustin, c'était en-

Sa phrase
possidet

n'est

donc pas absolue. Unde quisque
? Elle

quod possidet? Nonne jure humano

ne
:

veut donc pas dire ce que nos légistes

lui font dire

Tout citoyen ne possède qu'en vertu du droit humain.
Quisque, ce n'est certainement pas tout
évêques. Saint Augustin

mais

les

dit:

monde comment donc
le

chacun de nous possède-t-il? Le procès
et

est entre lui

Faustinus, et

il

n'étend pas sa pensée. Donc, que

reconnaît-il ? Ce que

nous reconnaissons tous

?

Le

droit qu'a la loi de régler la transmission des biens

de communauté.

Un

particulier peut faire de son bien

ce qu'il veut, et lui
plaît.

donner

telle

destination qu'il lui

La

loi

n'a pas à intervenir et ne lui confère

aucun
a déjà.

droit, tout
Il

au plus peut-elle protéger ceux

qu'il

communauté. Les membres qui la composent se succèdent constamment et si la personne morale, qu'estcette communauté, den'en va pas ainsi d'une

meure,

il

n'en est pas moins vrai que son esprit peut

changer

comme

sa fin, et que les richesses que les

testateurs lui ont léguées peuvent
tination.

manquer

leur des-

Or, l'Etat en s'immisçant dans la propriété de ces

communautés ne
pouiller,

se substitue pas à elles
les droits

pour

les

dé-

mais pour protéger
en second

des testateurs

qui ont eu la volonté, en premier lieu de favoriser

une œuvre,

et

lieu,

d'avantager ceux qui


commande
à

134


que
dit saint

s'en occupent. Et c'est bien ce

Augustin.

Gaïuseïus a laissé ses fermes

à l'Église, et

Faustinus

un

parti,

non à

l'Église.

Ces discussions

ne restaient pas courtoises. Outre qu'elles dépouillaient
les vrais testataires, elles troublaient la paix de l'État.

Déjà

les

empereurs païens avaient déclaré que seuls

les « adorateurs

du Verbe

»

auraient la propriété des

biens de l'Église. Les empereurs chrétiens déclaraient à
leur tour que les hérétiques ne pourraient s'arroger les

biens ecclésiastiques.

Il

n'y a rien là qui étonne et qui
cela, l'État

choque, mais en faisant
être le

n'a pas prétendu

fondement de toutes

les fortunes et régler les

richesses des particuliers. Et la pensée de saint Augustin est si

bien limitée au débat,

il

a

si

peu

l'idée

de

défendre une thèse générale qu'il restreint lui-même
ce

que ses paroles pourraient paraître avoir d'absolu
le

par cette phrase qui termine
prie de

paragraphe

et

que je

remarquer

:

Leguntur enim leges manifesta?,

ubi prœceperunt imperatores, eos qui praeter Ecclesiœ
catholicse

communionem usurpant

sibi

nomen

chrispacis,

tianum, nec volunt in pace colère Auctorem
nihil

nomine

Ecclesiee audeant possidere.

Cette explication qui

me
?

semble

claire,

ne vous

semble pas satisfaisante

Vous croyez toujours que
et

quisque a un sens universel

vous dites
de

:

tous les

hommes

tiennent leur droit de propriété des empela propriété.

reurs, donc le droit civil est la base
C'est encore, à

mon

avis, faire
les

un raisonnement préapparences que
peul

maturé, malgré pourtant

avoir le discours de saint Augustin.


Augustin.
défendis villas
servus.
?

135


defendere

Avez-vous pris garde aux termes dont se sert saint
C'est possidere,

Quo

jure


il

Haec

villa

haec

domus, hic
Toutes
les

Quia ipsa jura bumana per imperatores.

Deus

distribuit generi

humano,

etc., etc.

expressions dont

se sert, indiquent

non pas

qu'il

parle du droit de propriété, mais

du

titre

juridique de

propriété, de la manière d'exercer et de défendre son
droit de propriété, or le droit existe avant le titre. Le
titre est la

reconnaissance du droit. Tout

homme, par
qu'il

le fait qu'il est

homme,

a des droits qu'il tient de sa
il

nature.

S'il

demeure

seul,

est

incontestable

peut satisfaire ses penchants, ses inclinations.
seul, ses inclinations

S'il est

que rien ne peut limiter

ne.

sont

une gène pour personne. Mais que l'homme fasse
partie

d'une société, ses droits entreront en conflit
si

avec les droits des autres. La paix sera menacée

chacun veut l'exercice de tous ses droits au mépris
des droits égaux du prochain.
Il

faut

donc une autorité
leur importance

qui tienne la balance entre tous ces droits, qui protège
les

uns

et

réprime

les autres, selon

et leur utilité. Cette autorité
titres

pourra alors créer des

qui limiteront pour chacun l'exercice de son

droit dans la

mesure où ces

titres le régleront.

Ainsi l'Etat ne crée pas
les

le droit

à hériter.
le

Il

règle

modes
,

d'héritage.

Il

ne crée pas

droit de pro-

priété

il

détermine

les

méthodes par lesquelles on
une propriété. Ce
une maison,
que
droit à

acquiert, on transmet, on réclame
n'est pas l'État qui fait
j'ai


mais
c'est lui qui

136


moyens pour que
cette

me donne

les

maison
titre

soit la

mienne. Le droit de propriété n'est pas
l'Etat,

du ressort de

sinon pour être protégé, mais
appartient et tout
,

le le

de propriété

lui

le

monde

comprend. Saint Augustin

qui regarde

comme

loi

tout ce qui procure la paix, se serait menti à lui-

même
titre

en niant à l'Etat une autorité absolue sur
;

le

de propriété

possidere, en

ctlet,

pour saint Audroit de pro-

gustin c'est l'usufruit, ce n'est pas
priété. Si

le

enim puer infans quainvis ditissimus natus, cum sit dominus omnium quae jure sunt ejus nihil possidet mente sopita 1 En un mot, saint Augustin
,
.

dit ceci:

vous voulez jouir de votre droit de propriété,
l'Etat,

adressez-vous à

car ce sont les empereurs seuls

qui peuvent vous assurer la jouissance de votre droit

de propriété
C'est

et

reconnaître votre
qu'il ajoute
:

titre.

pour cela

Quo

jure défendis.

Vous
le

contestez avec moi, vous réclamez ce bien, mais de

quel droit, et

il

insiste

:

Dieu a
il

fait

le

riche et
la

pauvre de

la

même

terre, et

les a jetés

sur

même

planète. La terre était donc à eux, en dehors du droit

des empereurs, mais que

ce

morceau de

terre soit à

moi ou à vous, cela n'a pas été fait par Dieu, mais par la loi humaine. 11 continue, car les droits humains, remarquez,
priété,
il

ne

dit

pas tout droit de pro-

mais seulement
le

les droits

humains,

les droits

qui sont

bien de la société, ces biens, ces droits

1.

Livres sur la Trinité,

liv.

XIV, chap. xiv.


le

137


hommes
et ce

humains, Dieu veut qu'ils viennent aux
ministère des empereurs.
ceci
:

par

Il

ne dit pas autre chose

que

la société doit vivre

en paix,

sont les
la paix.

empereurs que Dieu a chargés de maintenir
Je possède

un morceau de
tel

terre,
les

mais

je le

possède
les lois,

selon
les

tel

ou

mode, comme

coutumes,
le

empereurs

me

permettent de

posséder. Secundroit de pro-

dum
et

jus ipsius possides terrain.

Mon

priété n'est pas en cause,

mais

mon

titre est
loi,

réglé par les lois.

En

effet,

enlevez la

humain et comet quis

ment pourrez-vous
audet dicere

dire que cette

maison vous appar-

tient plutôt qu'à moi. Toile jura

imperatorum

mea

est illa villa ?

Saint Augustin parle donc du droit civil qui protège
le droit

naturel en lui créant un
et

titre,

grâce auquel

il

peut défendre

revendiquer sa liberté d'action.

J'apporterai un dernier

manière de

voir. J'ai dit

argument qui précisera sa que si nous lisions avec
trouverions foul'explicail

attention toutes ses œuvres, nous

jours quelque part ou
tion

complément ou de sa pensée. Or, dans maint endroit,
le

s'étend

sur

la

manière dont

il

conçoit

le

rôle de la loi

dans
fixer

l'exercice

du droit de propriété. Cela va nous
le

mieux que tout sur
occupe.

sens

du passage qui nous

CHAPITRE V1U
Rôle de
la loi

humaine par rapport au droit
de propriété

Qu'est-ce que l'État, quelles sont ses attributions,
quelle est sa mission, jusqu'où peut-il s'ingérer dans
les affaires

de

la nation et
loi ?

même
ou

des particuliers

?

Qu'est-ce que la

D'où tient- elle son autorité
n'est-elle

?

Est-elle au-dessus de la nation,

qu'une
la

ordonnance consentie en vue du bien général par

masse vertueuse de
au gré du peuple
L'État, en

la nation, et

par suite, changeante
besoins eux-mêmes
?

comme
est-il

ses

un mot,

simplement protecteur,
la limite

doit-il

se faire éducateur,

ou encore

de sa mission

s'arrête-t-elle à la seule

promotion du bien général?

L'État n'est-il qu'un jardinier qui,

non seulement pro-

tège ses semis contre les déprédations des insectes

destructeurs, et

même

ductive, de manière à

met dans une terre proleur faire rendre une récolte
les

fructueuse, ou l'État est-il

un éducateur

qui,

non con-

tent de laisser les êtres se développer librement, peut

leur impo&er

une direction morale, de manière à
le

les

contraindre vers

plus grand développement et la

plus grande perfection que leurs talents natifs per-

mettent d'espérer

?


Questions
difficiles,

139


préoccupent
fait.

qui

les

esprits

comme

jamais

elles

ne l'ont

Oui, jusqu'où peut
?

s'étendre l'intervention

de l'État

Les

catholiques

eux-mêmes, sont
ils

loin de s'entendre. Ils s'essaient à

étayer leurs conceptions sur les paroles des papes, et
interprètent de leur
Ils

mieux l'encyclique Rerum
le

novarum.
de

interrogent aussi, et avec fruit,

prince

la théologie.

Mais

il

faut croire

que

la

question est
et

encore trop neuve, car les efforts des uns
autres,
efforts

des

que

je

veux penser loyaux, n'ont pas
la

encore

fait l'accord

sur cette matière

Avant de savoir jusqu'où va
ne faudrait-il pas se
l'autorité,

puissance de

l'Etat,

demander d'où vient dans

l'Etat,

car étant donnée sa genèse,

on pourrait

peut-être en déduire sa nature et ses justes pouvoirs.

Ce ne serait pas
si

un

travail inutile, car si l'État,
si

l'autorité est

immédiatement de Dieu,
elle
lui est

elle

est

donnée en dehors du peuple,
et

tellement

supérieure, qu'elle ne relève de personne que de Dieu

ne doit à nul autre, raison de sa gestion.

Mais

si

l'autorité est
lui, si

dépendante du peuple,
elle est

si

elle

vient de

même

en

lui,

l'autorité

ne sera juste
lui

qu'autant qu'elle

gouvernera

avec

et

d'après
la

son consentement. Elle sera en quelque sorte
plus grand et qui apportera plus de bien.
Je ne m'écarte pas de

con-

centration des forces individuelles, en vue d'un effort

mon
En
et lui

sujet en essayant de
si

résoudre ces

difficultés.

eflet,

l'autorité

vient

immédiatement du peuple

doit toute sa force,


elle

140


lui

n'aura de

droits
et la

que ceux que

donnera
lui

la

communauté,
qu'elle peut
est

communauté ne pourra
l'état

donner
,

que ceux qu'elle a elle-même en

puissance

mais
elle

mal exercer dans
Si

incohérent où

sans elle.

donc

l'autorité

ne peut donner

que

les droits qu'elle a, et si elle n'a

que

les droits qui

sont naturels aux

communauté, il est de toute évidence qu'elle ne peut en rien augmenter ou constituer les droits des particuliers, mais seulement les reconnaître, les protéger, leur permettre de
la

membres de

produire tout ce dont

ils

sont capables.
serait

Dans

ce cas, le

droit de propriété

comme

tous les droits, indépendant, au moins dans son existence, sinon dans son exercice, de l'autorité sociale et

par suite de

la loi.

Je n'ai pas à faire l'histoire de ces théories sociales. Je sortirais

du cadre de mon
la

travail qui est simple-

ment de dégager
point. J'avoue
facile si je

pensée de saint Augustin sur ce

que

ma

tâche serait particulièrement

trouvais chez lui quelque affirmation pré-

cise à ce sujet. Loin de là. Si les esprits sont et

demeuque
la

reront encore

si

divisés,

il

est évident

que

la raison,

ou du moins une des bonnes raisons,
tradition

est

chrétienne n'a pas pris une position bien

nette. J'ai lu

quelques économistes

et

des commen-

tateurs

de saint Thomas. Les conclusions opposées
ils

auxquelles

arrivent ne

me

laissent
:

pas penser

autrement que M. Edouard Crahay

«

La confrontation

des textes ne permet pas sans doute de dégager d'une


façon positive
le

1

41


la

sens précis et net de

pensée Thoqui

miste

Pour tout
est

dire, l'impression finale

se dégage de la lecture attentive de son
plète,

œuvre comtraité ex*.

que l'éminent docteur n'a point

professo cette question de l'origine du pouvoir

»

La pensée de
claire
elle

saint Augustin n'est peut-être pas plus

que

celle

de saint Thomas, mais

telle

quelle est,
et

me

paraît fournir

une induction suffisante

qui

jointe à d'autres preuves plus indiscutables,

résout

suffisamment

la question.
fait-il

Quelle idée saint Augustin se

de la société?

Comment
l'origine
11

définit-il le

peuple? Et par

suite, quelle est

du pouvoir?
la définition qu'il

propose d'abord
:

trouve dans

Scipion

le

peuple est une nombreuse association qui

repose sur la sanction d'un droit consenti et sur la

communauté d'intérêts. « Populum enim esse
Si cette définition

definivit csetum multitudinis,

juris consensu, et utilitatis

communione sociatum
la constitution

2.

»

réclame pour

du

peuple

et

par suite pour

la constitution

de l'autorité,

qui sanctionne l'ordre,

le

consentement des membres
aussi, qu'il

de

la

multitude,

elle

demande

y

ait

un

droit que la multitude reconnaisse, et par lequel, elle

veut bien que l'autorité la gouverne, quelle que soit

1.

La politique de saint Thomas d'Aquin par Edouard Cra-

hay, Louvain. Institut supérieur de philosophie, 1896, p. 53.
2.

Cité

de Dieu. Moreau, XIX, 243.


dont
elle

142


quelque chose
d'elle,

d'ailleurs cette autorité. Or, ce droit est

d'extérieur à la société, qui ne

dépend pas

et

consent à dépendre. Ce droit, dit saint Au-

gustin, c'est la justice, cette vertu qui rend à

chacun

ce qui lui appartient. Or,

si

la justice n'est

pas dans

l'homme

individuel, quelle justice peut être dans une

association

d'hommes
Il

qui

se

compose d'individus
et

semblables?
fait

n'y a donc pas là ce droit reconnu, qui

d'une multitude un peuple,

de leur chose une

république. Et
tice,
il

faut

une nation.

comme à Rome n'a pas régné la jusdire que Rome n'était pas un peuple et Et pourtant Rome était un peuple et une

nation, donc la définition de Scipion est fausse.

Aussi saint Augustin propose-t-il une autre définition
:

Le peuple,

dit-il,

est l'association d'une multila paisible

tude raisonnable unie dans

et

commune
«

possession de ce qu'elle aime. Et pour connaître cha-

que peuple
est

il

faut considérer ce qu'il aime.

Populus
diligit

cœtus multitudinis rationalis, rerum quas

concordi

communione

sociatus

*.

»

Cette définition est toute autre que la précédente et

nous permet d'autres conclusions. Oui le peuple sera d'autant meilleur, que ce qu'il aime sera plus élevé.
mais

même

dans l'hypothèse où ce
il

qu'il

aime

serait

dégradé

et infime,

n'en resterait pas moins, que

cette association serait

un

vrai peuple et

une vraie

société. Quelle sera alors l'autorité

dans une pareille

1.

Moreau in

,

256.


société,
et

143


aura-t-elle ?

quelle

puissance

Nous ne

pouvons admettre que la puissance de L'autorité soit supérieure à celle que lui confère la multitude. Ce qui fait cette multitude, société, c'est le même amour,
unifié par l'autorité, quelle qu'elle soit.

Cette

autorité

aura donc

la

même

étendue
le

que

l'amour qu'elle personnifie,
Elle

et

qui est dans

peuple.

ne pourra, sans détruire cette société,
contraindre vers un autre amour,

la diriger

ou

la

même

meil-

leur. Et,

aime

le

comme saint Augustin admet que la société bien comme le mal, il s'ensuit que l'autorité,
le

qui personnifie la société, doit la suivre dans

bien

comme dans le
aime,
torité

mal. Dans une pareille société,

le

pou-

voir n'a d'autorité que dans les choses que la multitude

même
que

infimes ou dégradées. Donc,

il

n'a d'au-

celle

que

lui

donne

la multitude, et seulelui

ment sur
donner.

les objets,

sur lesquels elle a consenti à la

Dans une
loi,

pareille société, l'autorité, le pouvoir, la

ne peut conférer à personne aucun droit. C'est en
effet,

elle,

qui reçoit des droits de la multitude et
,

devient gérante de ses intérêts

mais

elle est

dans

l'incapacité radicale d'en conférer à qui

que ce

soit.

Cette définition est celle

que saint Augustin admet
société, l'autoet

pour toute société. Donc, dans aucune
rité, la loi

ne peut conférer de droits, pas même,

surtout pas celui de propriété.

Nous pouvons maintenant apporter des preuves plus
tangibles et examiner directement quelle est la mis-


Là, nous aurons
le

144


textes bien

sion de l'État et jusqu'où va sou droit d'intervention.

bonheur de trouver des

plus clairs et que
tables.

même,

je

regarde

comme

indiscu-

Je

l'ai dit

précédemment,
la loi. Si
la
loi

la

tendance des catholiques
les attributions

modernes
l'État et

est d'étendre

beaucoup

de

de

quelques-uns se contentent de
le

demander à
d'autres

de promouvoir

bien

commun,
des

plus audacieux,
utiles,

parce qu'ils désirent

réformes

vont jusqu'à réclamer pour l'État un
Alors, la loi devrait,
la vie

rôle éducateur. instituer et

non seulement
la

promouvoir

heureuse de

nation,

mais

elle

devrait conduire la société dans la voie la

plus parfaite. Elle serait obligée de contraindre chacun

à travailler, dans
tion

la

mesure de ses
loi serait

forces, à la réalisa-

du bien commun. La

comme

l'extension

de la paternité familiale. Dans ce cas, je ne dis pas
qu'elle pourrait conférer des droits,

mais on comprenséduits

drait

que quelques-uns
et

fussent

par

cette

conception

accordassent à l'État une autorité très
a-t-il

grande. Saint Augustin

admis

cette théorie
:

du

pouvoir? Je ne puis affirmer qu'une chose
puisse faire soupçonner que

je n'ai

rien trouvé dans ses œuvres qui, de près ou de loin,
saint

Augustin se fût
de promoteur

même
Il

posé

la question.
le rôle
?

A-t-il

au moins accordé à l'État

est vrai qu'il faudrait s'entendre

sur ce que veut
Je
le

dire
ici

promouvoir

l'ordre, lebien
le

commun.

prends
le

dans son sens

plus étendu,

au sens où


prennent
les

14o


l'État

catholiques

que Ton appelle interven-

tionnistes et qui

donnent à

un

rôle

beaucoup

plus étendu que celui de protection. Je crois pouvoir

répondre sans crainte
Je veux d'abord

:

non, pas

même
le

cela.

citer

un texte que Ton pourrait

m'opposer, afin de l'écarter dès
C'est le seul

commencement.
saint Augustin

que

j'aie

remarqué où
plus haute

pourrait sembler accorder à la
la société vers
« » »

loi le droit
:

de porter

une

fin

In hoc

enim

reges, sicut eis divinitus prsecipitur,

Deo serviuntin quantum reges sunt, si in suo regno bona jubeant, mala prohibeant, non solum quae
ad humanamsocietatem, verum etiam quœ
4
.

» pertinent
»

ad divinam religionem

»

J'admets qu'à première lecture on peut donner à

bona jubeant quœ pertinent ad humanam societatem, un sens fort large et s'en servir pour
ces mots,

prouver toute thèse que Ton voudra. Pourtant,
juste de dire, que ces mots ne

je crois

peuvent se prendre
le

dans un sens large et que saint Augustin
lui-même. Quelques lignes plus haut,
conversion de Nabuchodonosor
tes qu'il a portées
et
il

restreint

parle
si

de

la

des lois

différenvie.

dans

les

deux

états

de sa

Rex

Nabuchodonosor perversus legem sœvam dédit ut
simulacrum adoraretur, idem correctus, severam, ne

Deus verus blasphemaretur. Dans l'hypothèse de saint

Contra Cresconium Donatistam.
Migne,
t.

Libr.

m,

cap. Ll, 56.

ix, p. 527.

10


Augustin,
le roi n'est

146


il

pas

libre,

est

dominé lui-même
hoc

par une

loi

qui lui est supérieure et ce n'est pas lui
le

qui ordonne

bien, car

il

dit

:

in

enim

reges,
loi

sicut eis divinitus praecipitur.

Il

y a en effet une

divine et
crivant
le

le

roi

ne peut s'en désintéresser. En presil

bien dans son royaume,
il

ne prescrit pas

positivement un bien,
en tant que roi, doit

empêche un mal, car le roi servir Dieu. Deo serviunt in quann'ordonnait pas d'adorer Dieu,

tum reges
ce serait

sunt. Et

s'il

un mal.

La

loi

humaine

règle les conflits des droits d'après

saint Augustin et pour lui c'est

un

rôle de protection.

Je raisonne de

même

pour

les

biens quse pertinent

ad

bumanam

societatem. Ces biens là ne sont pas du

tout des biens de surcroit, un

mieux pour

la

société,

un développement que

l'état doit

promouvoir, non, ce
la vie

sont des biens essentiels, qui sont nécessaires à
sociale et dont la perte est

un mal.
le

Je ne crois pas que l'on puisse trouver

moindre

rapport entre ce texte

et l'idée

que se font ceux qui

revendiquent pour
le

l'Etat la

puissance de promouvoir

bien.

Du

reste, ce texte est unique, et la

pensée de saint

Augustin, que nous allons voir se développer, nous
indiquera, très évidemment, dans quel sens restreint

nous devons

l'interpréter.

En
de
rôle

effet,

saint Augustin a
il

beaucoup parlé de

la loi,

l'Etat,

du pouvoir, mais

ne leur reconnaît qu'un
la

absolument protecteur. Pour saint Augustin,


loi

147


elle

humaine, conséquence du péché, a pour but d'emle

pêcher

désordre.

Non seulement
elle

ne confère

pas de droits, mais

ne peut que protéger ceux qui

existent. C'est qu'il ne perd pas de vue, qu'il y a sur
la terre

deux

cités

:

la

cité

de Dieu

et la cité

du dé-

mon.

Or, ces deux cités doivent vivre

Tune à coté de
Il

l'autre,

même

fusionnées ensemble.
le

est

donc néde

cessaire pour

bien de la cité de Dieu, que la paix

règne sur
veiller

la terre.

Le rôle de
la

la loi

humaine

est

au maintien de

paix terrestre, ce qui permet
fin

à la cité de Dieu de tendre à sa
le Ciel.

dernière, qui est

Cette cité de Dieu a, dans la pensée de saint

Au-

gustin, une destinée à part, mais elle a aussi des
droits à part,

ou plutôt,

elle

seule a des droits.
si

Un
spé-

instant, j'ai cru

que ces

droits, si absolus et

ciaux, étaientdes droits en

un sens

large. Je concevais

que

si

saint Augustin accordait tous les droits

aux

justes, c'étaient en quelque sorte des droits

moraux,
avaient

comme

des droits religieux, par lesquels
la nature,

ils

pouvoir sur toute

de manière que toute
elle

créature leur appartînt, en ce sens, que toujours,
leur fût un

moyen pour

atteindre leur

fin.

Evidemment
l'homme
rie
et le

cette relation de

moyen

à

fin

qui est la

relation réelle et fondamentale, voulue par Dieu, entre

monde

créé, est bien la base de la théoloi et la

de saint Augustin sur la
telle

propriété, mais

de

manière pourtant

qu'elle constitue
et réels

pour

le

juste des droits

humains

à l'exclusion des


impies. Et
les
s'il

148


humaine peut regarder

admet que

la loi

méchants,

comme

jouissant des
il

mêmes

droits

sociaux que les justes,

n'y arrive qu'en vertu de la

conception de la paix dont nous parlions plus haut.
Et d'abord, les

méchants peuvent se convertir et transréels, les droits fictifs

former en droits

que

l'État leur

reconnaît, mais surtout les bons ont besoin de vivre

en paix, pour atteindre sûrement
leur
fin.

et

tranquillement

La

loi

humaine

n'a pas d'autre but que de

maintenir cette paix, en faisant aux méchants des
concessions nécessaires, qui ne leur donnent aucun
droit,

mais permettent seulement aux bons de n'être
le

pas molestés. Tel

voyageur qui consent à donner au
voleur puisse, d'aucune manière,

voleur, la moitié de sa fortune pour conserver l'autre.

Nul n'admettra que
être regardé

le

comme

ayant

le

moindre

droit de pro-

priété sur la part qu'on lui

abandonne.

Cette situation privilégiée des justes par rapport à
la loi, est

formellement indiquée dans saint Augustin..
dit-il,

La
«
>

loi

humaine,

n'est pas faite
les

pour

les justes,

elle n'est faite

que pour

méchants.

A.

— Cumigitur manifestum sitaliosesse homines
eeternarum, alios temporalium,
leges esse convenerit
si

amatores rerum

>

cumque duas
aliam

unam œternam,

temporalem:

quid œquitatis sapis. quos
legi,

istorum judicas a'ie-rnœ

quos temporali esse

subdendos
« »

?

E.

— Puto in promptu essequod quaeris, nain beaob amorem ipsorum œternorum sub alterna

tos illos


» »

149


impoillud

lege agere, existimo, miseris vero temporalis
nitur.
«

A.

— Rocte judicas,
temporal!
:

dummodo

inconcussum

» »

teneas,

quod apertissime jam

ratio

demonstravit,

eos qui

legi serviunt,

non esse posse ab
eos vero qui legi

»
»

seterna liberos

unde omnia quœ jusla sunt, juste;

que variantur, exprimi diximus
aeternae

»
»

per

bonam

volunlatem hœrent, temporalis
apparet intelligis
i
.

légis

non indigere,
deux

satis, ut

»

Et cette manière de voir de saint Augustin l'amène
à opposer les
ciel
» »
»
:

lois, celle

de la terre et celle

du

«

Nati sunt

illi iilii,

et rcddidit

episcopus nec

opinanti, quae

ille

donaverat, In potestate habebat
:

episcopus non reddere
poli
« 2. »

sed jure

fori,

non jure
aut

Fornicari vobis

non

licet.

Sufficiant vobis

»
»

uxores aut non uxores, concubinas vero habere non
licet.

Et

si

non habetis uxores,

non

licet

vobis

» »

habere concubinas quas postea dimittatisut ducatis
uxores
:

quanto magis damnatio vobis

erit, si

habere
3
.

» »

volueritis el concubinas et uxores

Adulterina
sed jure cœli
»

sunt ha?c conjugia, non jure

fori,

Et dans quel sens saint Augustin oppose-t-il ces

deux

lois ?

Serait-ce
et

qu'il

regarde

la

loi

humaine
la

comme
De

injuste

que nous ne devons obéir qu'à

1

libero arbitrio lib.

i.

Cap. XV, 32
;

;

Migne

t.

i.

p. 1238.

2.

Sermo CCCLYI. Cap.

IV, 5
II,

Migne,

t.

v, p. 1572.

3.

Sermo CCCXCII, Cap.

2

;

Migne

t.

v, p. 1710 et 828.


loi

150


comme nous
la
loi

divine? Non, assurément,

allons le

voir,

mais parce que, pour

lui,

humaine ne
loi

confère aucun droit, que tous ceux que nous avons

viennent de
n'a

la

nature ou de Dieu et que la

humaine

pas d'autre raison d'être que de protéger ces

droits naturels.

La conséquence

est rigoureuse.

Quand
la

nous n'avons pas de droits venant de Dieu ou de
nature, la
constituer.
loi

humaine

est
les

impuissante à nous en
institutions
lois

Appuyés sur

humaines,
agir, sans

nous pouvons bien profiter des
cela ne

pour

avoir rien à craindre de l'autorité qui gouverne, mais

nous donne pas

le droit

moral

d'agir,

et

en

agissant,

nous commettons un crime, bien que
et

la loi

ne se soit pas cru mission,

même
la

qu'elle n'ait pas
l'acte

mission de nous défendre ou de punir
faisons.

que nous
elle

Notre liberté importe à

paix de l'État,

n'est pas la

reconnaissance d'un droit. Notre action

relève toute entière de Dieu et de notre conscience.

Saint Augustin l'affirme hautement en maint endroit.

Nous venons de voir deux textes explicites. Dans le premier, un homme riche donne sa fortune à un
évêque. Le contrat est
si

gin'

1

,

et

l'évèque devient pro-

priétaire légitime. Mais voilà que, plus tard, le dona-

teur devient père.

Il

ne pense
lui

même

pas que l'évèque
loi

puisse lui rendre ce qu'il

a donné. La

est en
la loi

faveur de l'évèque. Mais, selon saint Augustin,

ne donne pas de droits à l'évèque,

elle lui

permet

seulement de jouir de ses

droits. Or, la loi divine veut

que Févêque rende ce

qu'il a

reçu

:

il

n'a

donc pas

le


droit de
elle
s'il
le

151


le;

garder. La

loi

humaine

laisse bien libre,
elle le

ne

le

forcera pas à rendre,
Il

même

protégera
ait

veut garder ce don.
il

ne s'ensuit pas qu'il

un

droit dont

puisse user, et il doit rendre ce qu'on lui a

donné. Autrement,

même

en se prévalant de

la loi

humaine,

il

serait injuste détenteur

du bien d'autrui.

Dans le second cas, il s'agit de l'adultère. Nulle loi humaine ne le punit, nulle loi humaine ne déconsidère l'homme qui méprise la sainteté du mariage. Cela ne légitime pas l'adultère, qui demeure quand même un
crime.

Aussi saint Augustin se montre-t-il très sévère pour

ceux qui se croiraient autorisés par
faire
«
»

la loi

humaine

à

un
Sed

acte que, par ailleurs, leur conscience défend.
illi

homines, quomodo inculpati queant esse
lex eos cogit sed relinquit in

non video, non enim
potestate.

»

Liberum
inviti

eis est

neminem necare pro
et

iis

» »
» » »

rébus quas

possunt amittere,

ob hoc amare

non debent
verit

quin

ea

sit

De pudicitia vero quis dubitain ipso animo constituta, quando
?

quidem

virtus est

Unde

a violento stupratore eripi

nec ipsa potest

Quapropter legem quidem
taies permittit interfîci, sed

»
»
»

non reprehendo quse
quo pacto
venio
Et en
l
.

istos

defendam qui
ne peut créer
loi

interllciunt

non

in-

»

effet la loi

le droit,

autrement

toutes les applications de la

seraient objectivement

1.

De

libero arbitrio. lib.

I,

Cap V

;

Migne,

t. i,

p. 1227.


bonnes, bonnes en
soi,

152
et


perce qui lui

ne pourraient léser

sonne, puisqu'elles donneraient à chacun
revient, son droit. Mais au

contraire la loi dans ses
blesse
les

applications,

même

les

plus prudentes,

intérêts justes de celui qu'elle atteint.
«

Ces

maux

sans nombre, ces

maux
le

inouis (torture
les

»
»

et

condamnation de l'innocent)

juge qui

cause

ne se croit pas coupable,, car on ne saurait les imputer à
la

»

malice de sa volonté, mais à
et

la

fatalité
la

»
»
»

de son ignorance,

puis nu besoin impérieux de
lie

société civile qui le
ici la

à son tribunal. C'est
et

donc

misère de l'homme

non

la

malignité du
à ignorer

»
» »

juge.
et

Que

si

la

nécessité, qui le

condamne

à juger, l'absout du crime de torturer et de punir
lui

des innocents, ne

suffît-il

pas de n'être point
'!

»

coupable

?

Faut-il qu'il soit
si les

heureux

i

»

Et cependant,

hommes
la
loi

qui profitent de
l'être,

la

loi

peuvent être injustes,

ne saurait

parce

qu'elle remplit sa mission.
i

A.

— Non ergo lex justa

esl

.

quaedat potestatemvel
:

»
»

viatori ut latronem, ne ab eo ipse occidatur, occidat

vel

cuipiam viro aut feminaî ut violenter

sibi
si

stu-

»

pratorem irruentem ante illatum stuprum,
in te ri mat?

pôssil

»
»
»

Nam

militi
si

etiam jubeturlege, ut hostem
temperaverit, ab imperatore
leges
?

necet

;

a

qua

eaede,

psenas

luit.

Num

istas

injustas

vel

potius

«
»

nullas dicere

audebimus
non

Nam

mihi lex esse non

videtur, quae justa

fuerit.

1.

Cité de Dieu, livre

XIX.

XI.


« »
»

153


in

E.

— Legem quidem satis video esse munitamconeo populo
régit,

tra

hujuscemodi accusationem, quœ

quem

minoribus malefactis ne majora com-

»
»
»

mitterentur, dédit licentiam. Multo est enim mitius

eum

qui aliénas vitœ insidiatur

quam eum

qui

suam

»
»

immanius invitum hominem stuprum perpeti quam eum a quo vis illa
tuetur, occidi. Et

multo

est

infertur ab eo cui inferre conatur, interimi
C'est bien là, en effet, la

*.

»

première raison de

la loi

:

maintenir
livre xix

la

paix dans
la Cité

la cité.

Une grande

partie

du

de

de Dieu, n'a pas d'autre raison

que de

le

prouver, et saint Augustin se résume en

quelque sorte
» » clés

dans cette phrase

:

«

Tout l'usage

choses temporelles se rapporte donc à l'intérêt
paix terrestre dans
il

de

la

la cité

de

la terre 2

.

»

Du
«

reste,

s'en explique très nettement
:

au

livre

i

de Libero Arbitrio
A.

— Multo minus ego invenire possum curhomi—
Nulla
fortasse,

»

nibus defensionem quœras quosreos nullalex tenet.
»

E.

sed

earum legum quœ
:

»

apparent, et ab hominibus leguntur

nam

nescio

» » »
» »

utrum non aliqua vehementiore ac secretissima lege teneantur si nihil rerum est quod non administrât
divina providentia.
isti

Quomodo enim apud eam
iis

sunt

peccato

liberi,

qui pro

rébus quas contemni

oportet

humana

csede polluti sunt ? Videtur ergo

1. 2.

De

libero arbitrio, lib.

I,

cap.

v

;

Migne,

t. I,

p. 1227.

Cité

de Dieu,

M or eau,

ni, 230.


» » »

154


sibi

mihi

et

legem istam, quae populo regendo scribitur
divinam providentiam vinhaec

recle ista permittere, et

dicare.

Ea enim vindicanda

lex

populi

» »
»

assumit quae

satis sint conciliandae paci

hominibus
régi. Illae

imperitis, et quanto possunt per

hominem

vero culpœ alias pœnas aptas habent, a quibus sola

»

mihi videtur posse liberare sapientia.
»

A.

Laudo

et

probo istam quamvis inchoatam

»
»

»
»

minusque perfectam, tamen fidentem et sublimia quaedam petentem distinctionem tuam. Videtur enim tibi lex ista quae regendis civitatibus fertur,
multa concedere atque impunita relinquere, quae
per divinam tamen providentiam vindicantur,
recte. ?seque
facit
et

»
»

enim quia non omnia
1
.

facit,

ideo quae

»

improbanda sunt
la loi est juste

»

Donc

non pas parce que ce
ou
injuste,

qu'elle

permet ou défend,
qui est

est de soi juste

mais

parce que en défendant ou permettant,
fin

elle obtient sa

la

paix de la

cité.

C'est

pour cela que nous
nations
«

voyons des
si

lois si différentes selon les

et

même

variables dans la

même

nation.

Différences de

» »

mœurs, de lois, d'institutions, toutes choses qui serventa obtenir ou à maintenir la paix terrestre.
.

.

» »
»

Toutes nonobtant leurs diversités, selon
des peuples, tendent à une seule et
paix d'ici-bas
2
.

la diversité
lin,

même

la

»

1.
2.

De LiberoArbitrio,

i,

13; Migne,

t.

i,

p. 1228.

Cité de Dieu, xix, 17.


gustin veut que la
loi

155


*.

Nous comprenons maintenant pourquoi saint Autolère les courtisanes
C'est

que leur existence

est utile

au bien général de
la
loi

la société.

Nous allons voir comment
la théorie

humaine, d'après
la

de saint Augustin, procure

paix? Cela

nous montrera mieux encore que ce qui précède,

comment dans
le

sa pensée, la loi est impuissante à créer

moindre

droit.

Nous avons déjà vu que les justes n'ont pas besoin de loi humaine et que celle-ci a pour but de protéger les bons contre les mauvais. La cité de Dieu est régie
par
la

bonne volonté,

elle obéit

à

la loi

de Dieu. Elle

a donc la paix. Cette cité vit sur la terre et elle a

besoin des créatures pour parvenir à sa Un. Tandis

que

les

bons usent seulement des créatures inférieures
servent pour leur
fin

et s'en

dernière, les

mauvais
leur

veulent en jouir et y fixer leur cœur, aussi font-ils tous
leurs efforts pour ravir aux bons les biens qui

sont utiles.
« »
»

Cupere namque sine metu vivere, non
est,

tantum

bonorum sed etiam malorum omnium
hoc interest, quod
id

verum

boni

apppetunt avertendo

»

amorem ab

iis

rébus, quae
:

sine ainittendi periculo
iis

»

nequeunt haberi

mali autem ut

fruendis

cum

»
»
»

securitate incubent,

removere impedimenta conan2
.

tur et propterea facinorosam sceleratamque vitam,

quae

mors melius vocatur gerunt

»

1.
2.

Migne,

1. 1,

p. 1000.
lib.
I,

De LiberoArbitrio

Gap. IV, 10; Migne,

t.

i

p. 1226.


et veulent jouir

156


Ils

Les méchants intervertissent donc Tordre de choses
des créatures.
les arrête,
la

font tout pour les

posséder et rien ne
le

pas
terre

même
la

l'injustice et

crime.

Que deviendrait
Dieu, la
les
loi

avec ces

hommes

sans conscience. Ce serait alors que
rait le droit.

force prime-

humaine dressent des bar-

rières

que

méchants ne franchissent pas. Les
méchants.
la

princes sont armés du glaive pour protéger les bons

en punissant
»

les

«

Ce n'est pas en vain
le

qu'ont été institués

puissance des princes,

»
» » »
»

droit de glaive qui punit, les ongles de fer

du bourleurs
qu'elles

reau.

Toutes ces choses ont leur
utilité.

mesure,
L'effroi

causes, leur raison, leur
inspirent, réprime le

mal

et

permet aux bons de
Il

vivre tranquillement au milieu des méchants...
est utile

» »
»

que

la crainte

des

lois

mette un frein à
soit

l'audace

humaine, pour que l'innocence
*.

en

sûreté au milieu des pervers
((

»

A.

— — —

Jubet igitur œterna lex avertere
et

amorem

a

»

temporalibus

eum mundatum

converlere ad œ-

» terna.
»

E.

Jubet vero.

»
))

A.

Quid

deinde censés temporalem jubere,
noslra dici possunt,

nisi

ut hsec
eis

quœ ad tempus
quo
in

»
»
))

quando
velur,

homines cupiditale inh aèrent, eo jure
pax
bis
et

possideant,

societas
servari

humana
potest
?

s<t-

quanta

rébus

Ea

1.

Lettre 153, à Macedonius, ch. VI,

6.


»

157
lioc


corpus,
el

sunt

autem, primo

ejus

quœ
cetera

» » »
» » »

vocantur bona, uL intégra valetudo, acumen sen-

suum,

vires, pulchritudo

,

et

si

quœ sunt

partim necessaria bonis artibus,

et

ideo [>luris pen-

sanda, partim viliora. Deinde Libertas, quae quidem
nulIa vera est nisi beatorum, et legi aeternae adha}-

rentium, sed aune libertatem

commemoro, qua

se

» liberos

putant qui dominos homines non babent, et
ii

»

quam

desiderant

qui a dominis hominibus

manu-

» mitti volunt. » »
»

Deinde parentes,

fratres, conjux, liberi,
et

propinqui, affines, familiares,
aliqua necessitudine
civitas,

quicumque nobis
Ipsa denique
solet,

adjuncti sunt.
loco

qua) parentis

haberi

honores

» »
» »

etiam

et laudes, et

ea qua3 dicitur gloria popularis.

»
»

Ad extremum pecunia quo uno nomine continentur omnia quorum jure domini sumus, et quorum vendendorum aut donandorum habere potestatem videmur. Horum omnium quemadmodum lex illa sua cuique distribuât difficile et longum est explicare,
et

»

plane ad id quocl proposuimus non necessarium.

» Satis est

enim videre non
in

ultra porrigi bujus legis

»
»

potestatem

vindicando

quam

ut

hœc

vel aliquid

horum adimat atque

auferat ei

quem

punit.

Metu

» coercet ergo, et
»

ad id quod vult, torquet ac retor-

quet miserorum animos, quibus regendis accommodata
est.

» » »
))

Dum

enim hœc amittere timent, tenent

in

his u tendis
tatis,

quemdam modum aptum
ulciscitur

vinculo civi-

qualis ex hujuscemodi

hominibus constitui

potest.

Non autem

peccatum cum amantur


»

158


*.

ista,

sed
le

cum
Il

aliis
le

per improbitatem auferuntur

»

Vous

voyez,

rôle de la loi est

un

rôle superficiel.,

extérieur.

n'atteint

pas

les

consciences \

Non

ulciscitur peccatum,

au plus

le

cum amantur ista. Il punit tout crime social, sed cum aliis per improbitatem
et

auferuntur,
est

encore ce rôle est bien restreint, satis
ultra porrigi liujus legis potes-

enim videre non

tatem

quam
les

ut haec auferat ei

quem

punit. Enfin elle
la

ne peut l'enlever aux coupables que dans

mesure
et
cité,

où cela
les

maintiendra dans une crainte salutaire
les liens qui unissent la

empêchera de briser

tenent
Il

modum quemdam aptum
semble donc prouvé
loi,

vinculo civitatis.

me

que

saint

Augustin
et

n'accorde à la

qu'un pouvoir de protection

encore veut-il q«£ ce pouvoir soit aussi limité que
possible.
Il

protège les droits sociaux, non pas
injustice,

même
cette
les

de manière a empêcher toute
injustice

mais

seule, qui pourrait relâcher

ou briser
dire

liens de la société.

On ne peut donc pas
la loi

que saint
de con-

Augustin accorde à
céder aucun droit.

humaine

la faculté

Chose curieuse.
de propriété
et

Il

a fait un

examen

spécial du droit

Ton constatera que

ce droit
la loi

pour saint

Augustin ne relève aucunement de
1.

humaine.
t.
i,

De Libero En

Arbitrio, lib.

i,

cap. xv, 22

;

Migne,

p.

1238

*

tant qu'humaine, je ne

veux pas dire que

la loi

humaine

n'oblige pas en conscience, mais dans ce cas, elle dérive de la
loi

naturelle ou la détermine.


On
dant

159


où l'évèque,
était
la
loi,

se rappelle l'explication d'un texte

quoique

propriétaire

de

par
ce

cepenEvi-

tenu

à

restituer

qu'il

avait
loi

reçu.
lui

demment, pour
féré

saint Augustin, la

ne

avait conil

aucun droit de propriété, autrement
qu'il possédait.

eût pu

garder légitimement ce

Saint Augustin revient souvent sur l'usage et la

possession des biens de
facile
ait

la terre.
Il

Aussi nous sera-t-il

de voir ce

qu'il

pense.

ne nie pas que la

loi

quelque autorité sur ces biens. Pourtant son idée

n'est pas bien
» »

dégagée

:

«

Iïorum omnium quemaddistribuât difficile et

modum
longum
la

lex illa sua cuique
est explicare
il

».

Ce pouvoir ne s'arrête pas
à
loi

à

propriété,

s'étend
la

tous
doit

les

biens

dont

nous jouissons, puisque

nous en assuméchants.

rer le libre usage et peut en priver les

Mais ce que saint Augustin sait bien,

c'est

que

le

droit

de propriété au moins ne dérive pas de la
11

loi

humaine.
des héré-

viens

de

le

dire,

et

nous
11

allons

encore l'en-

tendre expliquer sa pensée.
tiques, la loi

est question

humaine de son temps
loi

leur défend de
la propriété

posséder aucun bien et en attribue
orthodoxes. Cependant cette
droit

aux

ne constitue pas un

pour les

fidèles

:

«

Audi sane per
in area

me vocem domiad

nicorum frumentorum
»

dominica usque

ultimam ventilationem inter paleam laborantium,
per totum scilicet

»
»

mundum,
:

quia Deus vocavit ter-

ram

a solis ortu usque ad occasum, ubi etiam pueri

» lauclant

Dominum

quicumque vos ex occasione


»

160


recte a quo-

legis hujus

imperialis,

non dilectione corrigendi,

»
» »

sed inimicandi odio persequitur, displicet nobis.
Et

quamvis res quoque terrena non
nisi

quain possideri possit

vel jure

divino,

quo

» » » »

cuncta juslorum sunt, vel jure humano, quod in
potestate

regum

est

terrse

:

ideoque

res
et

vestras

falso appellatis,

quas nccjusti possidetis,
nos

secun-

dum

leges

regum terrenorum
:

amittere jussi estis,

»
» »

frustraque dicatis

eis

congregandis laboravi-

mus, cum scriptum
edent. Sed

legatis: labores

impiorum

justi

tamen quisquis ex occasione hujus

legis,

» »
»

quam reges terrœ Christo servientes, ad emendandam vestram impie tatem promulgaverunt, res proprias vestras cupide appétit, displicet nobis
*.

»

Ce displicet nobis marque bien que la
si

loi

humaine

juste soit-elle, n'arrive pas jusqu'à pouvoir créer le

droit de propriété.

Ecoutez maintenant avec quelle véhémence

il

atta-

que ceux qui ne possèdent qu'en vertu de
«

la loi.
le

Mais

il

n'est

pas plus permis de désirer

bien

»

d'autrui,

désir

que Dieu voit au fond du cœur,

»
»
»

quand même ce serait à titre de juste succession. Denique qui voluntres aliénas tanquam juste possidere, hœredes se quaerunt
fieri

a morientibus. Quid

»

enim tam justum

videtur,

» »

possidere, habere jure

quam rem sibi derelictam communi ? Que nous dit cet

homme
1
.

?

Dimissum

est mihi, ha^reditate consecutus

Epist.

Classis

II, litt.

XCIII, 50; Migne,

t. II,

p. 545.


»

161


Nihil videtur justius ista

sum, leslamentum

lego.

»
»

voce avaritiae. Tu laudas quasi jure possidentem.

Deus damnât
es, qui

injuste concupiscentem.

Vide qualis

»
» »

optas te ab aliquo lueredem

fieri.

Non

vis ut

habeat hrcredes

Or qui que vous soyez, qui
si

désirez secrètement le bien d'autrui,
la foi,

vous perdez

»
»
»

vous serez nécessairement, tout d'abord, un

hypocrite, obséquieux non par affection,
artifice.

mais par
dont vous

Vous paraissez

même

aimer

celui

»
»

désirez devenir

l'héritier,

mais en Faimant vous

désirez sa mort, et
qu'il

pour vous voir maître de ce

» »

possède, vous ne voulez pas qu'il ait d'autre
1
.

successeur

»

sont-ils

donc ceux qui veulent que saint Augusle

tin fasse

reposer

droit de propriété

sur la

loi

hu-

Que demandent-ils de plus clair et de plus probant ? Eh quoi voilà un homme qui hérite en vertu d'un testament bien en règle. La loi humaine
?
!

maine

lui délivre la

possession de biens qui lui sont légiti-

mement
puisque
fait

transmis.

On

sait

qu'il

ne

les

a pas volés,
il

le testateur les lui offre

de plein gré,
et

n'a

pour

les avoir

aucun acte malhonnête,
et

nul ne

peut en justice attaquer ce testament
l'héritier. Aussi, fort
le

déposséder

de son droit, celui-ci porte-t-il
est mihi, hsereditate conse-

front haut.

Dimissum

cutus sum, testamentum lego. Et saint Augustin concé-

dant l'argumentation

ajoute

:

nihil

videtur justius.

1.

I

série,

sermon

VIII,

chap. X, 11.

11


Eh bien non,
il

162


car cette voix qui
N'allez

cet

homme

ne possède pas justement,

n'est

pas

juste

propriétaire,
l'avarice.

parle est la voix de

Deus damnât.

pas dire que cet

homme, au

sens de saint Augustin, a

entaché sa propriété, par un péché mortel, mais qu'il
est

quand

même

vrai et juste propriétaire. Ce serait
les paroles

étrangement dénaturer
portent sur
le droit

du
il

saint. Toutes

de propriété, et

est évident

que

c'est contre ce droit

lui-même

qu'il s'élève.

Que

dit-il

en substance? La
sion

loi

donne à

cet

homme
lui

la

permis-

de posséder, mais moi, je ne
il

reconnais

pas ce droit et en possédant
Si la loi

encourt la colère divine.
il

pouvait

lui

donner un droit de propriété,
et

serait légitime propriétaire,
qu'il eut fait

en supposant

même
lui.
:

une faute en captant

cet héritage, les biens

qu'il aurait ainsi

acquis n'en seraient pas moins à
paraît très
nette,

Cette

pensée

me

car

il

ajoute

proinde in primogenitis tuis punieris, qui concupis-

cendo res aliénas,
quasi juris

id

quod

tibi
Il

jure non debebatur,

umbra

perquiris.

n'y a pas de doute pos-

sible, c'est le droit

lui-même de propriété que saint
le légataire

Augustin conteste. Evidemment
quille et nul ne l'inquiétera
;

sera tran-

mais

il

ne pourra se
loi

regarder

comme

légitime propriétaire. La

ne

lui a

donné aucun

droit,

umbra

juris,

mais une ombre de
la loi

droit seulement, et

comme

avant que

ne l'envoie

en possession,
debebatur,
il

il

n'avait pas de droit, id

quod jure non
personne
le

s'en suit qu'il n'a reçu de

droit de posséder cet héritage.


J'ai

163


la

pris
;

ici

et là,

pour avoir
à Macedonius

pensée de saint

Augustin

je la

trouve résumée toute entière dans
:

une
«

lettre qu'il écrit

Jam
:

si

vero prudenter intueamur, quod scriptum

est

Fidelis hominis totus

mu n dus

divitiarum

est,

intidelis

autem nec obolus,
gaudere
licite

— nonne omnes qui
eisque

sibi

videntur

conquisitis,

uli

nesciunt, aliéna possidere convincimus?
certe

Hoc enim

alienum non
jure,

est,

quod jure possidetur, hoc
et

autem

quod

juste,

hoc juste quod bene.
est;

Omne
quam

igitur

quod maie possidetur alienum
utitur. Cernis
si

maie autem possidet qui maie

ergo

multi debeant reddere aliéna,

vel pauci,

quibus reddantur reperiantur. Qui tamen ubi ubi
sunt, tantomagis istacontemnunt quanto ea justius

possidere potuerunt. Justitiam quippe et

nemo maie

habet et qui non dilexerit non habet. Pecunia vero
et

a malis maie habetur, et a bonis tanto melius
tole-

habetur quanto minus amatur, sed inter hœc

ratur iniquitas maie habentium, et quaedam inter

eos jura constituuntur, quse appellantur civilia

:

non quod hinc
pii

fîat

ut bene utentes
sint.

sint,

sed ut

maie utentes minus molesti

Donec

fidèles et
illis fîunt,

quorum

juste sunt omnia, qui vel ex

vel inter illos tantisper viventes malis

eorum non
est,

obstringuntur
civitatem,

,

sed exercentur, perveniant ad illam
ubi non

ubi hœreditas œternitatis

habet

nisi justus

locum, non

nisi sapiens principaibi

tum

,

ubi possidebunt quicumque

erunt vere


»
»

164

sua.

Sed tamen etiam hic nos intercedimus, ut

»
»

secundum mores legesque terrenas non restituantur aliéna. Quamvis placabiles vos velimus malis, non
ut placeant, vel
fiunt

permaneant mali, sed quia ex
et

illis

» » »

quicumque fmnt boni,

sacrificio

miseri-

cordiœ placatur Deus

quem
1
.

nisi

propitium haberenl

mali, nulli essent boni

»

Pour

saint

Augustin

en

effet,

on

n'a

droit

à

posséder une chose qu'autant qu'on s'en sert pour

son bien, en

un

mot,

qu'autant
la

qu'on

en

use.
est

La raison, qui a soumis
le
fait

terre
et
lui,

à l'homme,

besoin qu'il a des créatures,

l'usage qu'il en

pour son
il

utilité.

Le méchant,
Il

n'use pas

des

créatures,
utilité,

en abuse.
les

ne s'en sert pas pour son
Il

mais
il

regarde

sède pas,

en est

comme sa fin. possédé. Et comme
pour
le

ne les poscréature au
le

la

lieu d'être propria,

méchant, est justement
elle

contraire, aliéna, et que

non seulement

lui

est

étrangère, mais qu'elle lui est
qu'elle le conduit à la

môme
il

ennemie, puis-

damnation,

s'en suit qu'il n'a

aucun pouvoir sur

elle.

Alors se pose pour saint
:

Augustin un problème
à qui rendre

difficile

cernis ergo

quam

multi debeant reddere aliéna. Et
:

comment

faire cela,

si

vel

pauci, quibus reddantur, repece.s

riantur. Assurément,

gens,

si

peu nombreux, ont
ces
:

de grandes raisons de posséder, mais

mêmes
tanto

hommes
1.

n'ont aucun

souci

de

la

propriété

Lettre 153 à Macedonius, 26.


inagis ista
les
si

165


biens qui leur sont
dit

contemnunt quanto ea justius possidere potuerunt ? On pourrait peut-être au moins déposséder
méchants
et leur enlever des

étrangers. Gardez-vous
il

en bien

Augustin. Ce

sont des méchants,
vertiront et ex
illis

est vrai,

mais plusieurs se confiunt boni, et les
si

fiunt

quicumque
ils

bons ont un juste droit de posséder. Et puis,
dépossédez ces hommes,
facilement,
ils

vous

ne se soumettront pas
la

emploieront

force,

la

ruse, pour

ravir aux bons ce qu'ils possèdent, et en jouir. Laissez
les

donc tranquilles, ut maie utentes, minus molesti
Et

sint.

ment,

même allez plus loin, regardez-les socialecomme de vrais propriétaires, et mettez-les en
pacifiquement de
leur
la

état de jouir

part qu'ils se sont

attribuée. Supportez

iniquité,

mais limitez-la,

en

lui

donnant

comme une
hœc

sanction et des barrières

sociales, sed inter

toleratur iniquitasmale haben-

tium

et

quœdam
un

inter eos jura constituuntur quse

appellantur
féreront pas
nuire.

civilia.

Ces

«

droits civils

»

ne leur con-

droit vrai,

mais

les

empêcheront de

Que sont pour

saint

Augustin ces droits

civils ?
le

Comment

les

comprend-il? C'est
et. je

certainement

point obscur,

ne suis pas sûr que lui-même

ait

eu à ce sujet une idée bien précise. Je crois démontré,
qu'il

n'accorde pas à
le droit

la loi

humaine

la possibilité d'enil

gendrer
la loi a,

de propriété. Par ailleurs,

admet que
Il

sur la propriété, une autorité incontestable.

166


mausociété à un
cette

affirme que les bons ont droit à posséder et les
vais à être dépossédés. Cela mènerait la

désordre sans remède. Or, Tordre
sont tout
le rôle

et la

paix sociale

de

la loi. Il faut,

à tout prix,

paix

si

nécessaire à la vie des bons, et saint Augustin

arrive à parler des droits civils dont la loi est la source:
Il

s'est

bien rendu compte lui-même de la
disait

difficulté,

puisqu'il
» »

précédemment
est explicare.

:

«

Horum omnium
tient

quemadmodum
cile et

lex illa sua cuique distribuât, diffi»
Il

longuum
Il

fermement
inter-

les

deux bouts de

la chaîne. A-t-il les
dit.

anneaux

médiaires?

ne Ta pas

Mais ce lien que saint Augustin avait peut-être vu
et qu'il n'a

pourtant pas montré, nous pouvons facileet

ment
que
J'ai

le

mettre en évidence,

combler ainsi

les vides

Ton

pourrait reprocher à sa théorie.

déjà parlé

du

titre

de propriété. C'est dans son
diffi-

explication que nous trouverons la solution de la
culté.

Je vais chercher la définition dans Meyer.
«

Juris titulus, sensu philosophico et stricte accepest id, in

tus,

quo

juris potestas

simul

cum

juris

officio

proxime

moraliter

pendatur,
in

seu objectiva
determi-

ratio,

ex qua alicujus juris

individuo

nati efficacia

moralis

in

rationales intelligentias et

voluntates proxime oritur.
»

Itaque philosophice loquendo, omnis juris titulus

est

quœdam

exhibitio practicse veritatis,

quam mens

sincère rationalis, ubi

primum eam

sibi clare prae-

positam habet, non possit non agnoscere.


»

107


veritate, volun-

in

enim modus exercendi effîcaciam moralem intelligentias el voluntates rationales non datur.
Ali us

Intellectus
tas

namque nonnisi cognita
nonnisi
praclica
veritate,

vero

seu dictamine

rationis per intellectum sibi proposito directe ligari
polest.

Ut autem exhibita veritas practica determi-

nati juris titulus censeri possit, talis esse débet, in

qua tanquam in suo rationali fundamento per ineluctabilem consequenliam nitatur assertio juris, de
quo
agitur.

Quare

oportet

,

ut quasi
veritatis

per

modum

altbreviati

syllogismi

duplex

elementum
principium

implicitum habeat, alterum générale, alterum particulare,

imo individuale

:

illud générale

rationis,

hoc ejus applicationem ad casum particuest. Sic.

larem exhibeat necesse
proprietatis
in

v.

g.

titulus juris

rem
:

determinatam

his

prsemissis
légi-

ratiocinii constat

omnis res a suo possessore
et

time acquisita secundum rectam rationem tanquam
ejus

propria

agnoscenda
isto

reverenda est

;

atqui

haec res

ab

homine
hujus

légitime, ex. g. emptione,

acquisita est.
est


juris

Sequens inde conclusio ipsissima
particularis
vi

assertio

rationalis

ordinis necessaria et praicepta.
»

Est igitur juris titulus quasi instrumentum spiri-

tuale,

quo

jus

aliquod particulare

cum

universali

ordine

rationali, divinitus

sancito et cunctis reve-

connexum esse ostenditur, et quo solo suum moralem influx uni in juris terminum exercere eumque ad juris objectum adstringere
rendo, individue


valet.

1G8

Unde

apparet,
juris

caciam

tituli

demum omnem hanc efïireduci, quod per modum dictaeo
ferai.

minis rationis vim legis naturalis prae se
rêvera,

Et

quicumque

fidenter suo jure utitur aut illud

invocat vel
et

réclamât, eo ipso

communem

rationis

legis divinse

ordinem, omni humanae rationi per

se

notum
«

et

irrefragabilem implicite appellat.
et

Yulgo tamen
solet,

secundum usum juridicum
ipso
rationis
fit

ti-

tulus juris latiore sensu pro
accipi

particulari facto

quo

illud

dictamen pro casu
jus
in

particulari applicabile

et
e.

sic

individuo,
rite

qua

taie

determinatur.

Ita.

gr.

emptio

facta

vel donatio

tanquam

juris titulus allegatur ad pro-

bandam legitimam
quod
rari,

rei

possessionem. Nec immerito

hoc compendio utimur,

quum

principium générale,
rationali igno-

implicite supponitur, a

nemine

aut in

dubium revocari
*.
>;

possit,

neque aliud

requiratur, nisi
catio probe tur
Il

ut ejus prsesens particularis appli-

y a donc deux
et

titres

du

droit,
*.

un

titre

philoso-

phique

un

titre

juridique

Car, dit Cepeda, s'ap-

puyant sur Meyer, l'existence concrète d'un droit
1.

Meyer. Institutiones juris naturalis, Friburgi Brisgovioc,
i.

1885. T,

Sect. n. Lib. n. Cap.

i.

Art. 3.

468.

p. 371.

On pourrait mieux dire, pour éviter toute confusion; un fondement rationnel et un fait juridique. Les autres expres*

sions quoique moins claires

peut-être sont les expressions

reçues

et je

ne

me

crois pas autorisé à les répudier.


suppose un
titre

169


fait

fait

antérieur auquel soit applicable ce

philosophique dont nous avons parlé, un
le

qui

vient engendrer

droit,

dans son application à ce
le titre

cas particulier. Ce fait uni avec

pris

dans
titre

le

sens que nous venons de dire, s'appelle aussi
droit dans le langage juridique.
*

du

Le
le

titre

philosophique est donc une vérité morale
il

;

père doit nourrir son enfant. Mais
je doive

ne s'en suit pas
le

que
père

nourrir un enfant. Cette proposition,
est

doit
:

nourrir son enfant
c'est

une proposition
loi
il

abstraite

une

loi

morale, mais pour que cette

m'atteigne, pour qu'un devoir ou

un

droit existent,
il

faut encore autre chose que l'existence de cette loi,

faut
loi,

un
qui

fait

volontaire ou non, selon l'essence de cette
fasse

me

tomber sous sa puissance.
fait

Il

faut que je
je

sois père.

Tant que ce
par
la loi.

ne

s'est

pas réalisé,

ne

suis pas

lié

L'enfant, de son côté, ne peut
titre

réclamer

la

nourriture à son père qu'en vertu du
titre

de son droit, qu'en vertu du
si le fait

philosophique, car
le titre

de la paternité existait, sans

philoso-

phique, sans la vérité morale, sans
le

la loi universelle,
il

droit de l'enfant n'existerait pas. Et

en est ainsi

de tous les droits.

Un

droit

plein
fait

n'existe

que

s'il

y a

titre

philoso-

phique uni au
applique ce

humain, qui,

comme

dit

Meyer,

titre

à un

homme

en particulier.

1.

Cepeda. Droit

naturel. Leç.

19,

page

152. Trad.

Onclair

Paris. Retaux.


Mais

170


quum
prinei-

comme

]e

titre

philosophique,
rationali
s'en suit
fait

pium générale a nemine dubium revocari potest, il
sociale
crétise le
droit. Ainsi

ignora ri a ut in

que dans
facta

la vie

on ne s'occupe que du
,

juridique qui con-

emptio

rite

tanquam
rei

juris

titulus

allegatur ad

probandam legitimam
fait

possessionem.
Et
c'est

justement dans ce

juridique qu'inter-

vient l'Etat.
«

Le

droit,
et

dit

Cepeda,

envisagé au point de vue
fin idéale, a

objectif

par rapport à sa
le

pour but de

fonder objectivement
le

véritable ordre social, et de

conserver au milieu des vicissitudes de la liberté
est

humaine. Cette assertion

vraie,

non seulement

quand

il

s'agit

du droit envisagé objectivement, mais
il

même quand

est

question

de chacun de ses éléC'est

ments particuliers ou des rapports juridiques.
en vertu de sa nature même, une
d'une
telle

pourquoi, à tout droit subjectif, doit correspondre,
efficacité

morale

force à priori, qu'elle rende ce droit profin.

pre à atteindre sa

Mais en quoi cette force conà offrir au droit un appui
telle

siste-t-elle ? Elle consiste

moral
base à

et

d'une efficacité

qu'il

puisse servir de

la stabilité

de l'organisme social que

Dieu a

voulu établir en ce monde.
»

Mais

si l'on

tient

compte de

la liberté

humaine
et

soumise à l'influence multiple de
devoir, l'inviolabilité morale

la

concupiscence

des passions qui l'écartent de l'accomplissement du

du

droit, si

elle

n'était


pas coactive, serait
d'ordinaire
et inefficace

171


accidentellement, mais

non pas

insuffisante,

illusoire,

disproportionnée
fin.

en

elle

môme, pour

atteindre cette

Tous ces motifs ne permettent pas de contester que
le

but essentiel lui-même du droit exige cette
*.

coac-

tion

»

Cette sanction
est

du

droit, cette coaction qui le protège
l'Etat,

une fonction de

qui seul en est chargé.
la force publi-

On comprend donc qu'avant de mettre
que au service du
existe. Or, le titre

droit, l'État s'assure

que

le

droit

philosophique

comme
les

universel et

connu au moins implicitement de tous
peut faire l'objet d'une enquête. Tout

hommes ne
du pou-

le travail

voir se borne à établir que le fait juridique, qui rend
le

droit concret, s'est bien produit. Mais, si déjà la coac-

tion a

s'ajouter à la force morale

du droit pour en

assurer l'exécution, parce que la méchanceté humaine
s'y

opposait injustement,

il

faut bien admettre qu'une

même

opposition pourra se produire dans la produc-

tion des faits juridiques. Aussi l'État a-t-il le droit d'en-

tourer ces faits de conditions qu'il détermine, et qu'il

détermine
réalité

telles qu'il les croit

plus aptes à prouver la
qu'il

du

droit. C'est

pour cela

impose à ces actes

des formes juridiques. C'est à ces conditions seules
qu'il les reconnaîtra
les protégera.

comme déterminant le droit et qu'il
cela,

Malgré

l'injustice

encore

falsifier ces actes, et leur

humaine saura donner mensongère-

1.

Cepeda Droit

naturel, 21 leç., p. 160.


ment l'apparence d'un
légales.

172


défendra à l'égal d'un

acte revêtu de toutes les formes
le

L'État,

cependant,

acte vraiment juridique, et l'ordre social est à ce prix.

Autrement,

il

faudrait toujours faire la preuve des
Il

actes et des faits les plus indiscutables.

est

donc

nécessaire que l'État reconnaisse,

comme

producteur

du

droit,

tout

fait,

tout acte qui se présente, revêtu
le

des formes légales. Dans ce cas,

demandeur

n'a pas

un
au
ne

droit vrai, puisque le fait juridique qui doit se lier
titre

philosophique du droit, pour l'individualiser,

s'est

pas produit,
fait soit

réclame que ce

comme admis comme
mais

l'ordre

social

vrai, la loi lui
fictive, et
le

accorde une existence légale, une existence
lui

constitue

un

droit social. C'est
le

pour moi
fictif,

jus

civile de saint

Augustin. C'est

droit

mais qui

se reliant fatalement

au droit

vrai, doit être regardé

comme

vrai, sous peine de voir tout l'ordre
le fait d'être
le fils le

social

renversé. J'ai dit que

père doit être vrai,

pour engendrer dans

droit de réclamer l'édu-

cation et la nourriture. Or, que veut l'État, pour que
le fait

de la paternité se produise

?

Que

l'enfant naisse

d'une personne mariée .Est-ce à dire que cette condition

ne pourra pas être frauduleuse
pas suffisante, mais

?

Les enfants adultérins

sont bien une preuve, que la condition imposée par la
loi, n'est

elle est sociale, et socias'il fallait

lement

elle suffit.

Autrement

d'autres preu?

ves, d'autres conditions,

que deviendrait l'ordre

Et

pourtant

si

un enfant adultérin exige de son père
il

putatif l'éducation et la nourriture,

sera dans son


réel,

173
Il


n'a pourtant pas

droit: la loi le soutiendra.

un

droit

mais

il

a un droit social; un droit

civil,

le

jus

civile

de saint Augustin.
titre,

Transportez cette conception du

du

fait juri-

dique dans

le

domaine de
le

la propriété, et

nous aurons

expliqué saint Augustin.

En

général,

droit concret de propriété est réalisé

par certains

faits

humains, dont

l'Etat
et

peut régler

les

conditions, en vue

du bon ordre

du bien

social.

Quand
existe,
effet,

le fait s'est

produit dans les conditions déter-

minées par

la loi, l'autorité sociale
elle

admet que
fait
il

le

droit

mais

ne peut

le
il

savoir absolument.
faut

En

pour saint Augustin,
le

un autre

humain

pour créer
juger de ce

droit concret de
il

propriété,

faut que

l'homme en use comme
fait, et

faut.
s'il

L'Etat ne peut pas
s'est
Il

pourtant

ne

pas produit,
fera ce

le droit n'existe

pas.

Que

fera l'Etat?
il

que

nous avons expliqué plus haut,
le

supposera pour tout
il

monde
il

l'existence de ce fait, et
le

reconnaîtra

le

droit.

Tandis que

droit existera réellement

pour

les

uns,

n'existera pas réellement pour les autres.
l'ordre public veut

Néan-

moins
l'égal

que

la loi crée

une existence
le

fictive à ce droit

apparent, et qu'elle

protège à

de tous les autres. Et

même

sans recourir à la

théorie de saint Augustin, est-ce que cette manière

de procéder n'est pas habituelle à la
civil,

loi.

Tout acte

qui est revêtu des formes légales, est regardé
juridique. Je
n'ai
fais

comme

une vente, en

réalité c'est
elle

une donation. Je

pas droit de la faire, mais


est entourée de toutes les

174


tous les devoirs

formes légales. Cette vente

créera,

pour moi, tous
en user

les droits et

d'une vraie vente. Ces droits seront-ils de vrais droits
et pourai-je
?

Non, ce
civils,

ne seront que des

droits

fictifs,

des droits
lui

que
1

l'Etat

s'engage à

protéger,

si je le

demande, mais qui ne peuvent
effet,

mettre

ma

conscience en repos. L Etat, en
titre

m'a
pro-

donné un
et le

qui

me permet me
le

d'obliger

mon

chain. Socialement je puis réclamer de lui

un devoir

contraindre à
titre civil
le

rendre, mais ce titre n'est

qu'un

que

l'Etat crée et protège,
l'y

uniquement

parce que

bien

commun

engage.

Et c'est bien ce que saint Augustin mettait en évi-

dence dans l'exemple
injuste.
sibi

qu'il

donnait

du testament

Quod enim tam justum
il

videtur,

derelictam possidere, habere jure

quam rem communi ? Oui
fait. Elle lui

cela est juste socialement,

y a justice, nécessité à

ce que la loi protège tout testament bien

donne force de

droit et ce jus

commune, montre bien
c'est le droit

par ce mot commune, que

de tous,

le

droit légal, le droit civil. L'Etat qui ne peut juger de
la condition qui lui

échappe
droit,

et qui est nécessaire

à la

constitution

du vrai
l'Etat,

ne peut donner qu'une

valeur sociale à ce droit apparent. Aussi saint Augustin

qui veut que

pour assurer

le

bon ordre sanc-

tionne ce testament injuste, parce qu'il a les formes
légales, ajoute plus loin
:

Tu laudas quasi jure possi-

dentem, Deus damnât injuste concupiscentem.

En résumé,

saint Augustin

demande pour que

quel-


qu'un
ait

175


faits
:

un droit de propriété, deux

un

fait

particulier et de conscience, qui échappe au contrôle

de la

loi, et

un

fait

juridique, que la

loi

juge et qu'elle

astreint à certaines formalités.

Pour l'homme qui a

posé ces deux

faits le droit est indiscutable.
le

Pour
le

celui

qui ne peut invoquer que
n'existe pas,

fait

juridique,

droit

mais

comme

la société

ne peut con-

naître le fait de conscience, elle doit
tion au fait juridique. Aussi
fie

donner sa sancjuste qui véri;

pour

le

toutes les conditions, le droit est plein
le fait

pour

le
le

méchant, qui ne peut réaliser que
droit est nul,

juridique,

mais

la société lui

accorde cependant un

droit civil, qui lui

permet d'agir

comme

s'il

avait

un

droit plein, laissant à sa conscience l'usage, ou le

non

usage de ce droit

civil.

CHAPITRE
Le

IX

droit de propriété est un droit naturel

Puisqu'il

n'apparaît pas

que saint Augustin

ait

regardé

le travail

ou

la loi

humaine comme fondement
lui, le

de
et

la propriété, je

pourrais conclure, immédiatement

logiquement pourtant, que, pour
droit naturel. Mais cette preuve
Il

fondement
est

du

droit de propriété est la nature et

que ce droit

un

sommaire ne me
s'il s'est

satisferait pas.

sera préférable de savoir
sujet.

exprimé clairement à ce
Il

est des questions qui, parce qu'elles sont
le

admises

de tout

monde

et n'ont

donné occasion à aucune
et

polémique,

ne sont jamais formulées expressément.

On

les

suppose hors de conteste
il

on n'en parle pas.
le

C'est,

me

semble, ce qu'on pourrait dire pour

droit de propriété au

temps de saint Augustin. On

s'occupait peu de ces questions économiques qui sont

à notre époque

si

passionnantes. Aussi ne pourrai-je

apporter autant de textes que j'aurais aimé. Cepen-

dant
saint

le

droit naturel n'est pas tout à fait oublié par
textes

Augustin. Les

sont moins
il

nombreux,
que

peut-être plus vagues. Malgré cela,

est certain

tout lecteur attentif admettra le fond de la question,


Augustin donne
droit naturel.

177
et


reconnaîtra que
saint
le

sinon toutes ses formes,

comme fondement
feuilleter

à la propriété

Mais avant de
nécessaire

ses

œuvres,

il

est

fort

de s'arrêter un

peu pour bien s'enten».

dre sur

le

sens

du

«

droit naturel
les

Le contact

que

j'ai

pris avec

maint auteur,
plusieurs

conversations

que

j'ai

eues

avec
est
et

économistes,

m'ont
les

prouvé que Ton

en

désaccord, parce
:

que

mots restent vagues
cun
Les

imprécis

par suite ne repré-

sentent pas pour tout
se fait

le

monde

les

mêmes

idées. Cha-

une conception différente du droit naturel.
la

auteurs socialistes, pour

plupart,

ne savent

pas exactement ce qu'il faut entendre par droit naturel.
Les auteurs catholiques eux-mêmes, à part les théologiens et quelques rares laïques, ont sur
les
le

droit naturel

notions les plus fantaisistes.
l'on puisse

Il

est

donc nécessaire

pour que

comprendre saint Augustin, de
le

bien savoir ce que c'est que

droit naturel.

Tout ce qui

est

naturel vient d'une impulsion mise
être,
fin.

par Dieu dans chaque
tinuellement vers sa

et qui

le

fait

tendre con-

Cette

tendance qui, dans

tous les autres êtres, est fatale et inconsciente, chez

l'homme, à cause
Chez l'homme,

même
les

de sa nature, qui

est raison-

nable, doit être intelligente et volontaire.

tendances sont complexes.

Il

y a
et

une tendance individuelle, une tendance spécifique
une

une tendance raisonnable, ce qui amène saint Thomas
à reconnaître trois lois naturelles
:

loi

individuelle
12


de conservation, une
loi

178

spécifique de propagation, et

une

loi

humaine de

société.

Les

lois

naturelles sont connues par les tendances

générales et permanentes des êtres. C'est donc l'observation bien
faite

qui permet de les
n'a pas,

découvrir.
les êtres irrai-

Pour l'homme qui

comme

sonnables, une impulsion fatale, et qui doit tendre à
sa lin avec son intelligence et sa volonté, la
relle se
loi

natu-

présente à son esprit, sous la forme d'une
:

proposition générale qui est celle-ci
Tordre.
C'est

il

faut observer

maintenant à son intelligence à découvrir

cet ordre, et à sa raison à le

comparer avec

les actes

qu'il doit faire et les tendances, les

impulsions

qu'il

découvre en
D'où,
si

lui.

la loi

naturelle de
si

l'homme
loi,

est

:

il

faut

observer Tordre,

cette loi est

immuable

et

connue

de tous, les conséquences de cette

ses applications

sont
fait

éminemment

variables et changeantes. Chaque
rela-

nouveau introduit dans Tordre général une
la raison

tion nouvelle, qui modifie les conclusions pratiques,

précédemment regardées par
toires.

comme

obliga-

J'insiste

beaucoup sur

ce point très important,
la loi naturelle.

de

la variabilité
Il

des conclurions de

faut enfin sans cesse se rappeler
la

que

si,

logique-

ment,

nature humaine est universelle et la

même
il

partout, physiquement elle difïère dans chaque indi-

vidu. Les faits au milieu desquels nécessairement


vit,

17!)


que
si

créent pour lui des relations différentes et par

suite
loi

une différenciation

telle,

L'égalité
loi

est la

logique naturelle, l'inégalité est la

physique

naturelle.
C'est poiu-

avoir ignoré ces
évidentes, que des

notions, pourtant

si

simples

et

si

hommes

de

la

valeur

de Janet n'ont pas craint d'avancer celte proposition
étrange, que saint Augustin n'avait pas la notion du
droit naturel.

Or, cette loi naturelle se retrouve dans tous
écrits

les

de saint Augustin

et

même

parfois
il

il

s'attarde

longuement à
ce

l'expliquer,
il

mais

comme
le

n'a pas écrit

mot quand
et

a taché d'analyser

fait

de l'escla-

vage

de la propriété, Janet n'a pas vu que sa théorie

de l'un

comme
«

de l'autre, quoique à des
»

titres divers,

découlait

naturellement
la

de ce qu'il avait dit en
la loi naturelle.

maint endroit de

nature et de

Quelquefois, rarement cependant, et surtout pas

d'une façon suffisamment indiscutable, saint Augustin
parlera de la nature, à propos de la propriété. Mais

comme

toute sa théorie du droit naturel semble utile

à exposer pour

donner toute leur force aux textes qui

s'occupent de la propriété, je crois bon de dire quel-

ques mots rapides qui montreront comment saint Augustin concevait
la nature.

Nous pourrons ensuite et logiquement savoir quel sens exact il faut donner aux textes où il parle de la
propriété.


turelle, c'est-à-dire

180


loi

Saint Augustin reconnaît dans l'homme une

na-

une tendance, une inclination veaccomplir sans
créant
:

nant de sa nature
les desseins
«

et qui lui fait
le

effort

que Dieu a eu en

»

Legem fîeri naturaliter idem quod secundum naturam gratia reparatam. ?sec moveat quod « naturaliter
»

»
» » »
»

eos dixit,

«

qua3 legis sunt facere

»

non
agit

spiritu Dei,

non

fide,

non

gratia.

Hoc enim

spiritus gratiœ, ut
facti

imaginem

Dei, in

qua naturaliter
gratia; propter

sumus, instaure!
est,

in nobis.

Vitium quippe con-

tra

naturam

quod utique sanat
:

» »

»
»

quam Deo dicitur Miserere mei, sana animam meam, quoniam peccavi tibi. Proinde naturaliter homines quœ legis sunt faciunt, qui enim hoc non
faciunt, vitio suo

non

faciunt.

Quo

vilio lex Dei est

»
»

deleta de cordibus, ac per hoc vitio sanato,
illic

cum
non

scribitur, fiunt quse legis sunt naturaliter,
sit
»

»
»

quod per naturam negata
gratiam reparata natura
[
.

gratia, sed potius per

Et pourquoi donc la nature tend-elle d'elle-même

à accomplir la loi? C'est que la nature, ouvrage de
Dieu, garde son empreinte, et que

demeure toujours gravé, de
«

telle

concept divin y sorte qu'aucun vice
le

ne pourra jamais l'effacer complètement.

» »

Imago Dei non omnino deleta in infidelibus. Yerumtamen quia non usque adeo in anima humana imago Dei terrenorum affectuum labe detrita est, ut
De

1.

Spiritu et Littera, cap.

xxvn Migne,
;

t.

x, p. 229.


»

181


remanserint,
impietate
vitae

nulla in ea velut linéaments extrema

»
)>

unde merito

dici

possitetiam

in ipsa
:

su;r facere aliqua logis, ve] sapere

si

hoc est quod
»,

»
»

dictum
faciunt

est,

quia

<

gentes quse legem non habent
«

hoc osl legem Dei,
«

naturaliter quae legis
»

sunt
sihi

»
» »

et
et

quia hujusmodi homines

ipsi

sunt lex
suis
»

scriptum opus legis habent in cordibus

id est

non omnimodo deletum

est

quod

ibi
l
.

»

per imaginem Dei
Il

cum

crearentur impressum est

»

y a plus, cette image de Dieu se confond avec la
elle est la force

nature elle-même,

même
il

de

la

nature,

qui indique à l'homme la volonté divine.
« »

Nam
facit

ipsi

homines erant,

et vis

la

naturœ inerat
et sentit

eis,

qua legitimum aliquid anima rationalis
2. »

»

et

Cette volonté divine, cette loi naturelle, cette force

de la nature n'a pas toujours
se

la

même

puissance. Elle

manifeste, en

effet,

plus ou moins évidemment.
elle fait

Tantôt la nature est impérieuse, et
les choses,

elle-même

de

telle

manière, que nul ne peut se trom-

per sur ses intentions.
»

improbis

:

Relicto

Quod autem ait apostolus de naturali usu femime exarserunt
«

»

in desideria

sua

in

invicem, masculi
:

in

masculos
qui

» » »

turpitudinem opérantes, non dixit
lem,

usum conjugafit

sed naturalem,

eum

volens

intelligi,

membris ad hoc

creatis, ut per ea

possit ad gene-

1.

Loco

citato,

xxvill

;

Migne,

t.

x, p. 230.

2.

Loco

citato.


»
» »
»

182


laudabilis, sed culpa-

randum sexus uterque misceri. Ac per hoc, cum eisdem membris etiam meretrici quisque miscetur,
naturalis est usus, nec
bilis.

tamen

»
»

Ab ea vero parte corporis quœ non ad generandum est instituta, si et conjuge quisque utatur, contra naturam est et flagitiosum *. »
La voix de
la

nature n'est pas toujours aussi claire,
il

et

surtout quand

s'agit

d'un acte moral, l'homme

doit découvrir l'ordre

pour y conformer sa conduite. Je ne puis développer la théorie de l'ordre dans
Augustin.

saint
le

On pourra

lire
Il

avec
suffît

fruit,

tout

chapitre xix do la cité de Dieu.
la moralité,

de savoir
la

que toute
loi
»

pour saint Augustin, toute
«

consiste à observer Tordre et l'ordre est

parium,
»,

dispariumque sua cuique loca tribuens dispositio
cela est vrai des rapports matériels

et

comme

des

rapports

moraux des

êtres.
il

Pour observer
la
»

l'ordre

faut le connaître, et c'est

raison qui, d'après

lui,

aura ce pouvoir

:

«

Sicut
ratio-

bona sunt omnia, quae
nali creatura

creavit

Deus ab ipsa
:

» »
»
»

usque ad infimum corpus
rationalis
si

ita

bene
et

agit in his

anima

ordinem servet,

distinguendo, eligendo, pendendo, subdat minora

majoribus, corporalia spiritualibus, inferiora superioribus, temporalia sempiternis, etc
2
.

»

»

1.

DeNuptiis

et

Concupiscentia,

lib.

Il,

cap.

xx

;

Migne, t.x,

p. 456.

2.

Epist, 140, cap.

il,

n. 1;

Migne,

t.

n, p. 539.


Ce qui
»

183


la
loi

lui
*.

fait

dire;

que

naturelle est

«

lex

rationis

»
»

lex quae est in ralione 2

.

lex naturalis in corde consripta lex n a tu rai 1er in si ta
i

3.

»

*.

»

Si

donc

la

loi

naturelle est invariable, puisqu'elle

consiste à observer Tordre, les lois naturelles sont
variables, puisque Tordre

lui-même

est variable.
et
il

Saint Augustin

l'a

fort bien
:

compris

Texprime

d'une manière originale
«

En

effet, si l'intention

» » » » »

est aussi le nôtre,

du Dieu de nos pères, qui avait été de donner aux hommes,
facilité

par

la pluralité

des femmes, plus de

pour

satisfaire leurs désirs charnels, les saintes

femmes
quel

des anciens temps auraient pu de leur coté s'unir à
plusieurs maris.
Si

quelqu'une

l'avait

fait,

»
»
»

motif aurait pu

l'y

pousser, sinon une passion hon-

teuse et déréglée, puisque bien
été

même
il

qu'il lui eût

permis d'avoir plusieurs maris,

ne

lui aurait
Il

» »

pas été possible pour cela d'avoir plus d'enfants.
est toutefois

beaucoup plus dans
n'ait point

le

bien du mariage

»
»

qu'un
qu'il

homme
n'en
ait

plusieurs femmes, mais

qu'une seule. Cela nous est assez

»
»

prouvé par
avec
1

l'alliance

que Dieu

fit

du premier

homme

la

première femme. En agissant

ainsi, le Sei-

Epist. 157, n. 18.
Ibid., 15.

2.

3. 4.

Epist. 157,15.

Enars

in Ps. CXVIII,

Serm. XXVI,

5.


»
»

184
les
le


mariages fussent réglés
meilleur exemple à imi-

gneur voulait que tous
sur celui qui présentait
ter.

»
» »

— Progrediente autem génère humano, juncta>
j
.

sunt quibusdam bonis viris bonae femina
plures.
tisse

singulis

Unde apparet
,

et illud dignitalis

magis appe-

»
»

modestiam

et

hoc fecunditatis permisisse na-

turam.
in

Nam
,

et

principatus magis naturaliter unius
in

» » »
»

multos

quam
viris

unum

potest esse multorum.
fe-

Nec dubitari potest naturali ordine viros potius
minis

quam

feminas principari

Quoiqu'il en soit, ut natura principiorum amet sin-

» » »

gularitatem, facilius autem pluralitatem videamus
in subditis.
à

Cependant,

il

n'aurait jamais été permis
si

un

homme

de s'unir à plusieurs femmes,
le

ce

»
»

n'est en

vue de donner

jour à un plus grand
si

nombre

d'enfants, tandis que

une femme voulait
elle

»

s'unir à plusieurs maris,

comme
et

n'en aurait pas
serait

»
»
»

pour cela plus d'enfants,
passion charnelle,
tituée et

que ce ne

en

elle

qu'un prétexte pour mieux satisfaire
elle

les désirs

d'une

ne serait plus qu'une pros1
.

»

non une épouse
les

»

Cela permet à sain! Augustin d'expliquer très ration-

nellement
toires,
«

divergences, en

apparence contradicl'histoire.

que

l'on

rencontre dans

Les femmes allaient

même

jusqu'à faire un devoir

»

à leurs maris, de cette union,

comme

Sara,

comme
x.

1.

De Nuptiis

et

Concupiscentia

,

lib. i,

cap. ix

;

Migne,

t.

p. 119.


»

185


cela Leurs maris ne

Rachel,

comme

Lia.

En

comle

»
»

mettaient point d'adultère, parce qu'ils obéissaient à
leurs

épouses dans

une matière qui concerne

» »
»

droit conjugal, selon la doctrine de l'apôtre: le corps

de la

femme
le
i
.

n'est point à elle,

mais à son mari, de
lui,

même
femme

corps du mari n'est point à
»

mais

à sa

»

Et saint Augustin revient toujours à sa
à savoir
festait

même règles
le

que

la

raison découvrait Tordre et
le

mani-

à la volonté, mais
«

manifestait contingent et
ipsae

variable
»

Non erant quidem

juris

formula?

quae sunt modo, sed arbitrium voluntatis pro
legis habebatur,

norma
:

»
»

sicut et alio loco dicit apostolus

quia gentes non habentes legem naturaliter quae
legis sunt faciunt
2
.

»

»

Saint Augustin continuera ce
il

même

procédé, quand

raisonnera sur la propriété. Tout instinct vient de

Dieu, auteur de la nature. Or, nous avons l'instinct

de

la propriété, et

nous sommes poussés à posséder,
la terre

chacun pour nous, une partie de
habitons, donc
cette

que nous
Saint

propriété

est

naturelle.

Augustin ne formule pas expressément cette proposition,

du moins toujours, mais

elle

découle logique-

ment des raisonnements
semble, quoiqu'il n'y

qu'il tient.

Je veux citer une page de M. Ch. Letourneau qui
ait

me

nullement songé, résumer

1.

Serin,

i

série u. 28. Migne.
série li. 28.

t.

v.

p 349

2.

Serm.

I


dans saint Augustin
«
Il
*.

186


j'ai

assez bien les différentes idées que

rencontrées

ne sera pas inutile de remonter à -l'origine
de l'instinct de
la

même
lui se

propriété.
et

C'est

bien un

instinct,

un penchant inné

dominateur. Autour de
lui

sont organisées les sociétés. C'est

qui a dicté

la

plupart des codes, par lui les empires ont été édifiés
détruits. Enfin les

et
les

animaux eux-mêmes, du moins
que
soit leur type zooles
tel

animaux
Or,

intelligents, quel

logique, lui obéissent tout
«

comme

hommes.
caractère d'uni-

quand un penchant revêt un
on peut bien être sur

versalité,

qu'il a sa racine

dans

les nécessités biologiques

elles-mêmes, au plus pro-

fond de

l'être.

En

effet, l'instinct

de

la propriété n'est

qu'une des manifestations du plus primordial des
besoins, du besoin de se conserver, de vivre, de faire
vivre sa descendance. Or,
fort
les
le

banquet de

la nature est

irrégulièrement,

parfois fort chichement servi,

convives y sont nombreux, affamés, souvent bruil

taux. Pourtant, sous peine de mort,

faut s'y frayer
la

une place,
der, car
il

la

défendre et autant que possible

gar-

s'agit d'assouvir

sans cesse des besoins

toujours renaissants. Avec plus ou moins d'âpreté, la
lutte

pour

la vie est

sans trêve. Aussi plus

l'être

orga-

Non pas que j'approuve
du

toutes les formes de la pensée de
qu'il
il

M. Ch. Letourneau, mais je crois
droit de propriété, et en cela

a bien montré la genèse
se rencontre avec saint

Augustin

comme

avec toute

la tradition catholique.

nisé,

187


intelligent, plus
il

animal ou homme, est
il

a souci

de l'avenir, plus

tâche en s'assurant une propriété
la

quelconque, de réduire dans son existence
Laissée à l'imprévu.

part

Dans des centres nerveux déve-

loppés, que ce soient ceux d'un

homme

ou ceux d'une
empreintes

abeille, les accidents de la vie laissent des

durables.

Un combat

livré,

un danger couru, un
le

pénible effort accompli pour se procurer

vivre et le

couvert, s'inscrivent et survivent dans la mémoire.

A

grand'peine a-t-on réussi un jour à sauvegarder son

droit à l'existence en s'altribuant des aliments ou
abri,

un

on désire naturellement une appropriation plus

vaste,

une alimentation soustraite au hasard, un

gîle

sûr et permanent. Sans cesse on y songe et dans la

mesure de ses
propriétaire,

facullés,

on se procure ces biens pré-

cieux, cette assurance contre le malheur.

On

devient

mais on peut

l'être

de diverses manières,
si

tantôt isolément, avec égoïsme,

l'on est assez bien
et

doué ou assez bien armé de force
suffire à

de ruse pour se
si

soi-même, tantôt collectivement,

l'on

est

assez intelligent,

assez sociable pour suppléer à sa

faiblesse native en s'aggrégeant, en créant

un faisceau
indivi-

puissant,
duelles
i.

par
»

l'union

de

petites

énergies

D'après ce que nous venons de voir,

même

dans

1.

Ch. Letourneau. L'évolution de la propriété. Instinct de

la propriété,

page

2.


pour
priété

188
le


droit naturel,
le
il

saint Augustin, concernant

suffira,

bien

établir

qu'il

regarde

droit

de

pro-

comme un
inscrit

droit naturel,

de montrer que ce
l'a

droit vient directement de Dieu, qui

fondamentale-

ment

dans

les

tendances naturelles de l'homme,

que. sans ce droit de propriété, les facultés humaines
se développent imparfaitement,

que

le

soin de notre
si

avenir, de nos familles le réclament, et que,

nous

possédons en propre quelque chose,
gré

c'est

comme malla

nous, poussés par un besoin

impérieux de

nature, besoin qui n'est
libre arbitre.

même

pas dépendant de notre

Auparavant,
fait

je

veux répondre à une objection que
Elle

Janet et que d'autres pourraient faire.

con-

siste

à mettre saint Augustin en opposition avec luià dire

même, ou
«

comme

Janet. qu'il
le

admet un

droit

humain, mais
l'avons
le

qu'il

n'admet pas
Pères, dit

droit naturel.

L'erreur des

P. Janet,

comme nous
aperçu entre

vu plus haut,
divin, droit
et le droit

est de n'avoir pas

droit

mystique qui
positif,

n'est pas de ce

monde,

humain ou

un

droit naturel

qui déclare simplement et expressément qu'un

homme

ne peut pas être l'esclave d'un autre
cela est injuste

homme, que

que

le

péché ne peut pas avoir

pour conséquence de rendre un
d'un
autre

homme
dans
celle
il

Le

homme l'instrument même oubli du droit

naturel a égaré les P. P. dans leur théorie de la propriété
ils ?

comme

de l'esclavage. Que disentet

C'est qu'en J.-C.

n'y a pas de tien

de mien.


Mais
n'est
les
I*.

189


tel

P.

ont bien vu qu'un

état

de choses
Ils

pas réalisable ici-bas. Qu'ont-ils
droit

fait ?

ont
droit

établi la propriété sur le
positif,
ils

humain, sur

le

sur

le

droit impérial.

De

ce dilemne auquel

s'exposent, où

l'esclavage
la

est

légitime puisqu'il
loi

est

fondé

comme

propriété elle-même, sur la
est

civile,
il

ou
a

la propriété

illégitime, puisqu'en J.-C.
et

n'y

pas plus de pauvres

de riches que de

maîtres et d'esclaves. Au contraire, en droit naturel,
les

mêmes

principes qui font que

la

propriété est une

chose juste, font que l'esclavage est une chose injuste.

Tandis que

les'

P.P. absolvent ou condamnent ces
temps
et

deux

faits

en

même

par les

mêmes

prin-

cipes, le droit naturel

admet

l'un et repousse l'autre. »

Je n'ai pas à m'occuper de l'esclavage, sans quoi je
dirais

à

P.

Janet qu'il a fort

incomplètement

lu

saint Augustin, ce qui lui a
la

donné une
lui

idée fausse de

pensée du Père.

Quant à
paroles
:

la propriété, je

retourne ses propres
le

son erreur est de n'avoir pas aperçu entre

droit naturel qu'il conçoit, droit logique et abstrait,
et le droit

humain, un droit naturel concret
les

et qui est

justement celui que
Il

Pères eux-mêmes ont admis.

y a en

effet

des droits qui conviennent à chaque

nature, mais la nature
nition

humaine qui

est égale

par
le

défi-

dans chaque homme,

n'est,

comme
esprit.

dit

Taparelli,

qu'une conception de notre

Cette

nature là n'existe pas en

fait, et l'égalité qu'il

rêve est

une

égalité logique.

Elle

est irréalisable.

C'est bien


ce

190


ont
qui

que
cela

les

PP.

et

saint

Augustin,
objection

compris.

Et

m'amène à
le

l'autre

oppose
terre

saint Augustin

avec lui-même. Dieu a
et cette

fait la

pour tout
tin

monde,
la

proposition saint Auguscela
il
il

ne cesse de

répéter.

En

fait

la joie

des

communistes, mais par
gibilité

ailleurs

proclame Fintan-

de

la propriété.
si

De

une contradiction. Non
la

pourtant,

l'on veut bien

remarquer, que
et

nature,

en tant que concrète, réelle

non logique,

est essen-

tiellement variable et avec elle les droits qu'elle confère. Saint
«

Bonaventure l'explique

très bien.
et

Ad

id

quod

objicitur,

quod dominium

servi tus

facit

ad conservationem ordinis naturalis, dicendum
est

quod
suae

ordo qui respicit naturam secundum statum
et

conditionis,

est

ordo qui respicit naturam

secundum statum suae corruptionis. Et secundum hoc quœdamsunt de dictamine naturœ simpliciter,quœdam naturœ secundum statum naturœ de dictamine institut», quœdam de dictamine naturœ secundum statum naturœ laps». Deum esse honorandum dictât natura secundum omnem statum. Omnia esse communia dictât natura secundum statum naturœ institut». Aliquid proprium esse dictât natura secundum statum
naturœ lapsœ ad removendas conditiones
et lites.

Sic

omnes homines

esse servos Dei dictât natura

secundum

hominem vero adœquari homini dictât secundum statum suœ prima? conditionis, hominem autem homini subjici, et hominem homini famulari
statum,
dictât

omnem

secundum statum

corruptionis,

ut

mali com-


pescantur
et

191


N
i

boni defendantur.

si

cssent

enim

hujuscemodi do mi nia coerccnlia malos, propter cor-

ruptionem
et

<[ua» est in

natnra, nnus alteruni opprimeret
possent...
*. »

communiter homines vivere non
Saint Augustin,
lui

aussi, distingue

deux temps
suppose
la

dans

id

nature,

même

concrète.

Un premier temps,
Il

c'est la

nature dans toute son intégrité.

que tout aurait été commun. Un second temps, où
Cet ordre nouveau est intimement
la nature, et
il

nature est corrompue, et où un ordre nouveau apparaît.
lié

au changeCe nouvel

ment de
cet ordre

dépend de
le

lui.

ordre est donc naturel,

comme

premier. C'est dans
la

que saint Augustin regarde

propriété

comme

nécessaire à la nature humaine. Et c'est ce que

P. Janet n'a pas su voir.

Et d'abord,

le droit

de propriété est un droit naturel,

parce qu'il vient immédiatement de Dieu, qui a fondé
la

nature humaine.
la terre

J'ai

déjà cité plusieurs textes où
et
il

Dieu donne

aux hommes,

la leur

donne
pour

pour

qu'ils la possèdent.

Tout ce qui

est, est fait

l'usage de l'homme.
«

Dieu a

fait les

choses inférieures,
être

l'or,

l'argent,
et

»
»

les

animaux,

pour

régis
2.

par l'homme,
»

l'homme pour

être régi par Dieu
or, argent,

Rappelons-nous que

pour saint Augustin,

1.
2.

S.

Bonaventura, Sentent,

lib. II, Dist.

XLIV,

art. II, q.

I.

Ps.

CXLV,

5.


en propre.
Mais comment Dieu

19-2


possède

signifie toute propriété privée, tout ce qui se

a-t-il a ainsi

donné à l'homme,
l"or,

la terre, les plantes, les

animaux,

l'argent? Car
il

après tout,

si

vraiment Dieu a parlé à Adam,
il

y a là

une

loi positive,

n'est plus possible d'invoquer
si

une

loi naturelle.

Ce serait vrai
la

saint Augustin ne
:

nous

avertissait
parlé, est

que

proposition

Dieu a

dit.

Dieu a

une manière humaine, sensible, d'exprimer

des choses plus mystérieuses.
t-il

Comment donc Dieu

a-

En donnant une impulsion à la nature humaine, en douant l'homme d'une intelligence qui
parlé
?

le

conduise à travers

les

contingences de

la

vie

et

lui

montre
bien
se
là,

le vrai, afin qu'il
il

y conforme ses actions. C'est

me

semble, une force naturelle, puisqu'elle
la

confond avec
«

nature elle-même.
:

Yerba ergo Dei sexto die dicentis
cœtera.

Ecce dedi vobis
est

»
»

omne pabulum séminale seminans semen, quod
super oiunem terram,
et

non

sonabili vel

» »
»
» »

temporali voce prolata verba sunt. sed sicut in ejus

Yerbo

est creandi potentia. Dici

autem hominibus

quid sine temporalibus sonis Deus dixerit, nonnisi
per temporales sonos potuit. Futurum enim erat ut

homo jam
et

de limo format us.
illo

et flatu

ejus animatus,

»
» » »

quidquid ex

huinani generis exstitisset. ute-

retur eis adescam. quae super terram exortura erant

ex

illa

virtute generandi.

quam

terra
in

jam acceperat.

Cujus futuri causales rationes

creatura condens.

»

tanquam jam

exstitisset,

loquebatur interna atque


»
»

193


vidit,

intima ver i ta te,
divit,

quam

nec oculus

nec auris au1
.

sed spiritus ejus scribenti u tique revelavit

»

Ce texte de saint Augustin est extrêmement remarquable.
Il

faudrait lire tout ce livre huitième pour

avoir une idée plus complète encore de sa pensée, sur
la

manière dont Dieu parle aux créatures. Ces quelle

ques lignes suffiront cependant pour
poursuis. Dieu veut donc que
fruits
»

but que je
se serve des

l'homme
«

de

la terre

pour sa nourriture.

Futurum enim
eis

erat ut
»

escam.

homo jam de limo formatus, uteretur Mais comment l'homme saura-t-il que
de Dieu et qu'il
lui est

ad

tel est

la volonté

permis de prendre
la parole

ainsi les fruits de la terre?

Pour saint Augustin l'homme entend
intellectum
2
,

de

Dieu de plusieurs manières, intus,in mente secundum

ou bien Dieu parle, per substantiam
creaturas, ou ad spirituales

suam ad creandas omnes
turam sive spiritualem,
Ici

atque intellectuales illuminandas, ou encore per creasive corporalem
3.

saint Augustin est très explicite. Dieu parle par

sa substance en

créant les êtres. Et
«

il

le

fait

d'une

manière divine.
»

Condens
jette

in creatura causales ratioles créatures,
il

nés futuri.

»

Il

dans

y enfouit

les raisons

causales de ce qui doit arriver plus tard.

Donc,
1.

il

fondait dans ces plantes et dans toutes ces
lib.

De Genesi ad Jitteram,
Loco
citato. cap.

VIII,

Cap. m, 7; Mrgne,

t.

in,

375.

2
3.

xvm.
13

Ibid. cap.

xxvn.


elles

194


de

créatures inférieures une relation
et

moyen
les

entre

l'homme. Leur nature

même

mettait en
n'exis-

rapport avec la nature de l'homme.
tait

L'homme
et

pas encore, mais cette relation existait
la

l'homme

la verrait,

découvrirait. Dieu

donnait ainsi aux

êtres

une

vérité interne et intime, loquebatur interna
la vérité est l'objet
il

atque intima veritate. Or
l'intelligence de

formel de
paraîtra,

l'homme. L'homme quand

n'aura qu'à se trouver en face de ces créatures pour
percevoir cette intime et interne vérité qu'elles ren-

ferment

et

qui est la parole de Dieu. Et cette vérité, ce

sont justement ces relations, qui font que l'homme a

besoin de ces créatures, qu'elles sont faites pour
(m'en
relle
les

lui, et

créant Dieu les a unies d'une union natu-

avec sa destinée.
loi,

La
une

qui donne ainsi la terre à l'homme, est donc

loi

intime

et interne,
dit, la loi

la loi de

la création elle-

même, autrement
parce que,
» »

delà nature.

Cette loi, cette parole divine,

l'homme
:

la connaît,

quae

comme dit saint Thomas « Omnia illa, ad homo habet naturalem inclinationem, ratio
et

apprehendit naturaliter ut bona,
opère prosequenda.

proinde ut
incli-

» »
» » » »
»

Secundum
est

igitur

ordinem

nationum naturalium

ordo pra^ceptorum legis

naturœ. Inest enim primo inclinatio homini ad

bonum secundum naturam
omnibus
substantiis
;

in

qua communicat cum
quselibet

prout

silicet

subs-

tantia appétit conservationem sui esse

secundum

naturam suam

;

et

secundum hanc inclinationem


» »

195


ea,

pertinent ad legein

naturalem
et

per quae vita

hominis conservatur
»

contrarium impeditur.

Secundo, inest homini inclinatio ad aliqua magis

»
»

»
»

secundum naturam, in qna commun icat cuin caeteris animalibus et secundum hoc, dicuntur ea esse de lege nalurali quae natnra omnia animalia
specialia
;

docuit

;

ut est

commixtio maris
homini

et

feminae et edu-

»

catio liberorum, et similia.
»

Tertio

modo,

inest

inclinatio.

Ad bonum
:

»

secundum naturam
sicut

rationis quae est sibi propria

»
»

homo

habet naturalem inclinationem ad hoc

» »
» »

quod veritatem cognoscat de Deo, et ad hoc quod in societate vivat, et secundum hoc ad legem naturalem pertinent
ea, quae

ad hujusmodi inclinatiovitet,

nem
quod

spectant, utpote
alios

quod homo ignorantiam

non

offendat,

cum quibus

débet conver1 .»

»

sari, et caetera

hujusmodi, quae ad hoc spectant

Ce sont ces
lesquelles

trois

mêmes

inclinations naturelles sur

saint

Augustin s'appuie pour asseoir sa

théorie de la propriété stable et privée.

L'homme

a une inclination naturelle à la conseret

vation de l'individu,

pour

cela,

il

a besoin de la

propriété stable et privée,
«
»

Vous

bâtissez

une maison, parce que

si

vous n'en

vouliez pas bâtir, vous resteriez sans habitation.

La

» »

nécessité vous force de construire une maison. Ce
n'est pas votre libre volonté qui agit.

Vous vous

1.

S.

I,

2;

XCIV,

2.


»

196


si

faites

un vêtement, parce que
libre volonté qui

vous n'en
la

faisiez

»

pas vous marcheriez nu. C'est donc

nécessité et
faire ce

» » »
»

non votre

vous porte à

vêtement. Vous plantez de vignes une montagne

vous ensemencez une terre, parce que
le faisiez rir.

si

vous ne

pas vous n'auriez pas de quoi vous nour-

»

Toutes ces choses vous les faites sous l'empire
la nécessité.

»

de
»

Pensez-vous

qu'il

y

ait

quelque chose que nous
de notre libre volonté
?

»

fassions par

un plein

effet

» » »
»

Car les choses que nous venons d'énumérer, par nécessité que nous les faisons, puisque
si

c'est

nous
la

ne les faisions pas, nous resterions exposés à

misère

et

à l'indigence.

Trouvons-nous quelque
?

»
»
»

chose que nous fassions de notre volonté libre

Oui certainement

,

et

c'est

lorsque
4
.

nous louons

Dieu, parce que nous l'aimons
«

»

Labourer, semer, planter, et toutes choses de ce

»

genre, quelle cause les fait faire, sinon la nécessité
et le

»
»

besoin

?

Otez la laim, la
2
.

soif,

la nudité,

qui

aura besoin de tout cela?

»

Labourer,

semer,

planter,

bâtir

une

maison,

qu'est-ce autre chose, sinon avoir une propriété privée
et

stable

?

Donc,

d'après

saint Augustin,

c'est

la
fait

nécessité, la conservation de notre être qui

nous

un devoir de

faire toutes

ces choses, et par consé-

quent de posséder.

1.
2.

Ps.

CXXXIV,

10, Il
8.

;

Migne,
t.

t.

iv, p. 1745.

Ps. LXXXtlI,

— Migne,

iv, p. 1062.


la

197



nous

La stabilité nécessaire à la propriété, saint Augustin
voit

aussi

clans

la

nécessité
et

sommes

d'amasser pour l'avenir
futurs.
« »

de prévoir les besoins

Nous devons

aussi prendre

un soin extrême,

lors-

que nous voyons un serviteur de Dieu qui cherche
à se procurer
le

» » »

nécessaire, soit pour lui, soit pour

ceux dont

le

soin lui est confié, de ne pas l'accuser
le

d'enfreindre
d'être

commandement du Seigneur
le

et
le

»
» »

inquiet

pour

lendemain.
était servi

Est-ce

que

Seigneur lui-même, qui
n'a pas daigné, et

par

les

Anges,

pour notre exemple,
verrait

et

pour pré-

»

venir tout scandale, lorsqu'on

un de ses

»
»
>

serviteurs se procurer les choses nécessaires à la
vie, est-ce qu'il n'a

pas daigné,

dis-je,

pour subvenir
et

à tous ses besoins, avoir

une bourse

de l'argent

»

dont

le

dépositaire et

le

voleur était

le traître

Judas?

» »
»
»

Est-ce que l'apôtre saint Paul, aussi, ne s'est pas

inquiété (cogitasse) du lendemain
cette

?

Lorsqu'il fait

recommandation
pour
les églises

:

quant aux aumônes qu'on

recueille

les saints, faites

comme

je l'ai réglé

» » »
»

pour
la

de Galatie. Qu'au premier jour de

semaine, chacun de vous mette quelque chose à

part chez soi, réunissant ce qu'il veut donner, afin

qu'on n'attende pas

mon

arrivée pour recueillir les
les

» » »
»

aumônes

Ne lisons-nous pas encore dans
fit

actes des apôtres que, pour

échapper au danger
les

d'une famine imminente, on
cessaires pour l'avenir

provisions né-


»

198


le

Ne voyons-nous pas dans
apôtre
Paul, étant sur

même

livre

que

le

»
» »
»

même

le

point de s'embar-

quer, on lui donna tout ce qui était nécessaire et

des provisions pour bien plus d'un jour.
n'est-il

— Enfin
Que
celui

pas écrit dans une de ses épîtres

:

»

qui dérobait ne dérobe.plus, mais plutôt qu'il fasse

»
»

un bon ouvrage de ses mains,

afin qu'il ait
*

même
»

de quoi donner à ceux qui ont besoin

Le seconde inclination naturelle de l'homme est de
se

marier

et d'élever

des enfants. Cette seconde

incli-

nation, pour être satisfaite, a besoin de la propriété,
elle aussi, et c 'est l'avis

de saint Augustin.
riche,
fille

Ecdicie est une

femme

spirituelle de saint
et

Augustin. Elle a de grands biens
partie à

en donne une
ont

quelques

moines

qui

lui

demandé
et
lui

l'aumône. Elle écrit cela à saint Augustin

dit

que son action a fâché son mari.

Il

la

blâme

forteet

ment
la

d'avoir ainsi

donné une

partie de ses biens,

raison en est la nécessité de pourvoir plus tard à
fils.

rétablissement de son
«
»
»

Quid autem mirum
vitae

si

pater

communem
cuin
in

filium

nolebat hujus

sustentaculis
esset

a matre nudari.
se ta te

ignorans

quid

sectaturus

»
» »

grandiuscula esse cœpisset. Ulrum mooachi prôfes-

sionem, an ecclesiasticum ministerrum,
galis necessitudinis

an conju-

vinculum

?

Quamvis enim ad

1.
t.

Sermon sur
p. 1294.

la

montagne,

livre U, chap.

xvn, 57

;

Migne,

m,


» »
» »

199


(ilii

meliora excitandi

et

erudiendi sint

sanctorum.
a Deo
:

unusquisque lamen proprium donum
alius sic, alins

liabet

» » »

autem sic (1, Cor., vu, 7). Nisi forte talia prospiciens et prœcavens reprehendendus est pater, cum beatus Apostolus dicat Quisquis autem
:

suis

et

maxime domesticis non
infideli

providet,

fidem

denegat, et est

deterior (Tim., v, 8).

Cum

»

vero de faciendis ipsis eleemosynis loqueretur, ait:

»
»

» »

autem angustia (ii, Cor., vin, 13). Pariter ergo consilium de omnibus haberetis, pariter moderaremini quid thesauri-

Non

ut

aliis

refectio

sit,

vobis

zandum
ne
Il

esset in cœlo, quid ad vita? hujus sufïïcienet veslris

»
»

tiam vobis

vestroque

fîlio

relinquendum,
*.

aliis esset refectio,

vobis autem angustia.

»

tient le

même

langage à Proba, après

lui

avoir
et les

dit

<]ue la richesse est nécessaire
Il

pour

la

santé

divers besoins de la vie.

admet

qu'elle

garde ces

mêmes
avenir.
»

richesses, en vue
«

de ses enfants et de leur
pietatis
officio

Quod

si

tu devincta aliquo

non

facis, tu
.

scis

quam

de

iis

rationem reddas

Deo 2 » Nous pourrions encore parcourir ce qu'il dit de la manière dont les biens des parents passent aux enfants. Tout cela démontre facilement que sans la pro»

priété privée, sans la propriété stable,

le

lien de

la

famille se relâche et

l'homme

souffre dans

une de ses

1.

Epist. CCLXI1, 8 Epist.

;

Migne,
Migne,

t.

n, p. 1080. u, p. 497.

2.

CXXX,

8

;

t.


inclinations
les

200

plus

fondamentales, l'amour de sa
de l'homme

femme
Enfin
tient à

et
la

de ses enfants.
troisième
inclination
et

qui
est

ce qu'il est intelligent et
et la

doué de raison,

l'amour
et

recherche de
la

la vérité,

comme
ne sais

l'amour
si

la

recherche de
la

société.

Je

saint

Augustin a conçu

propriété

comme un

bien néces-

saire à la vie sociale. Je le croirais presque, en
la

voyant
les

raison

qu'il

donne pour expliquer comment
droits civils,
clair

méchants sont pourvus de
m'a pas paru assez
indiscutable.

mais cela ne

pour que

j'en tire
la

une preuve
et

Au

contraire,

pour

recherche

l'amour de

la vérité, saint

Augustin

est très net.
elle

L'homme

est fait

pour

la vérité, et si

ne

lui est
il

pas nécessaire dans tout son développement,

ne

peut cependant vivre sans en posséder une certaine
quantité, et
vérité, plus

plus
il

il

se

livrera
la

à la recherche de

la
et

aura besoin de

propriété privée

stable.

Je rappelle simplement les textes que

j'ai

apportés

quand

il

s'est agi

de réfuter l'hypothèse du travail

comme
«

base de

la propriété.
te, si tibi

Qiuero abs

persuadeatur

aliter

cum mul-

»
»

tis

charissimis tuis

te in

studio sapientise non posse

vivere, nisi

ampla

res aliqua familiaris nécessitâtes

»
»

vestras sustinere possit,
et

nonne desiderabis
»

divitias

optabis? Assenlior

1
.

1.

Lib.

I,

soliloquiorum, cap.

x, 18.


Pourquoi de
quoi

c

201


pour-

même

reçoit-il tant d'héritages,

défend-il les biens de l'Eglise contre Faustinus.

Parce que l'homme qui s'adonne à l'étude, parce que
le

prêtre qui répand la vérité ne peuvent travailler
et

manuellement
ner à bien de
Cette

que

la richesse,

ou du moins une

certaine richesse stable, leur est nécessaire pour
si

me-

grandes entreprises.
raison

dernière
la

pourrait

nous

amener à

déduire

preuve que

la société a

besoin de la pro-

priété stable.

En

effet, cette vie oisive

dont parle saint

Augustin au chapitre xix de
consacrée à
t-elle ?

la cité

de Dieu, cette vie

la

recherche de la vérité, à qui profiteà celui qui la mène, mais
profite à l'ensemble
il

Évidemment
aussi

est

certain

qu'elle

du corps
est sa

social. L'Eglise, qui possède,

développe

la

moralité de

toute la société et la conduit au
fin

bonheur qui

ultime.

On

pourrait encore conclure de ce que la famille a
la société et la

besoin de la propriété que
troublées,
si

paix seraient

cette
si

propriété n'existait pas.

J'avoue

pourtant que

ces conclusions

me

semblent découler
ne

des prémisses posées par saint Augustin, rien

prouve qu'elles aient été nettement formulées dans
son
esprit.

Saint Augustin ne s'est pas contenté de nous laisser tirer les conséquences des principes qu'il

avait
le
il

posés.

11

a tenu à ce que

nous ne puissions avoir
et

moindre doute sur toute l'étendue de sa pensée,


relle était la

202


loi

a voulu, en maints passages, déclarer que la

natu-

raison fondamentale de la propriété.
fait

Tout raisonnement ou moins sujet à

en vue de découvrir une

conclusion plus ou moins éloignée est toujours plus
l'erreur.
Il

est

dans

l'intellect

humain

des affirmations qui ne sont nullement une conclusion

de prémisses, mais l'expression de vérités clairement
perçues. Elles sont la lumière qui conduit les
à travers la vie. Elles jaillissent du fond

hommes
de leur

même

être et tiennent à leur nature. Ce sont là les premiers
et

indéracinables principes de la
et

loi

naturelle que nul

ne peut ignorer

auxquels saint Augustin fera appel
besoin de
la propriété est
il

pour prouver que
inné à l'homme.

le

comme
le

A
il

certaines heures
a

a

menacé
de

voleur de l'enfer,

montré Dieu posant

la loi

la

propriété. Cela ne prouvait pas que cette loi ne fut pas

une

loi

positive dépendant
la

du bon

plaisir de

Dieu

et

non une conséquence de
tres,

nature humaine.

A

d'au-

au contraire,

il

précise.
loi

Ce n'est pas Dieu qui

seulement par une

positive a

donné

à

l'homme
née avec
n'a qu'à

l'obligation de respecter le bien d' autrui. Cette obligation est inscrite au fond de son
lui.

cœur,

elle est
il

Pour respecter

la propriété étrangère,

suivre les impulsions de sa conscience.
est

La propriété
conset
si

un droit qui s'impose à

lui et le violente, la

cience a

une voix impérieuse, retentissante,
il

quelqu'un ne l'écoute pas,

aura à subir

les

douleurs
nature.
:

du remords qui sont
«

la

vengeance

même

de

la

Furtum bonum

est?....

Xon....

Omnes clamant


» »
»

203


bonum
non
est ?

Non. Concupiscere rem proximi

Non.

Vox omnium
responde quod

est.

Aul

si

adhuc

confiions,

accedit qui concupiscat
vis,

»
»

rem tuam, placeat tibi, et omnes ergo de his rébus inlerbona non esse
le sait,

rogati clamant haec

» » »

Il

y a un dépôt confié, personne ne

il

faut

le

rendre

Allons, rentrez, prévaricateurs, renest gravée cette loi.

trez

dans votre cœur, où

Ne

»
»

faites

pas à autrui ce que vous ne voulez pas que

Ton vous fasse
Sedet

Répondez, jugez vous-mêmes

»
» »

cette cause, le tribunal
ibi

du juge

est in

mente

tua.

Deus, adest accusatrix conscientia, tortor

timor... Novi quid tibi respondeat cogitatio tua. Sic

» »
»

judica, sicut audio. Judica, vox erit,

vox

veritatis

non

tacet,

non

labiis
*.

clamât, sed vociferatur
»
il

ex

corde, adhibe

aurem

Cette voix de la conscience,

la connaissait.

A

ce

tribunal
il

il

avait comparu,
l'oreille

le

remords

l'avait torturé,
loi

n'avait

pu fermé

à la voix de la

naturelle
droit

qui lui montrait la propriété d'autrui
imprescriptible.
«
»

comme un
Domine,
et

Furtum

certe

punit

lex

tua,

lex

»
»

hominum, quam ne ipsaquidem delet iniquitas. Quis enim fur a>quo animo furem patitur ? Nec copiosus, adactum inopia. Et ego
scripta in cordibus

»

furtum facere volui

,

et

feci,

nulla

compulsus

1.

Ps LVII,

1-2.

— Migne,

t.

iv, p. 673.


»

204

egestate nec penuria, sed fastidia justitiae et sagina
iniquatis
4
.

»

»

Assurément,

comme

toujours, cette théorie

du

droit

naturel n'est pas aussi complète dans saint Augustin

que nos esprits modernes
telle qu'elle est

le

voudraient. Cependant,

formulée,

elle est
le

suffisamment claire
la

pour que nul ne puisse avoir
manière dont
le
il

moindre doute sur

concevait

le

droit de propriété, et sur

fondement

qu'il lui donnait.
:

Vous me

dir z peut-être
le droit
il

Puisque saint Augustin
la

reconnaît que

de propriété est fondé sur
s'en suit

nature de l'homme,
les

que d'après

lui

tous

hommes doivent sonner comme P.
Augustin.
Il

être propriétaires. Ce serait rai-

Janet,

mais

non pas
délicat.

comme
La pro-

y a là, en effet,

un point
si

priété est dans

un rapport

intime avec la nature

de l'homme, que tous les hommes, je l'avoue avec
saint Augustin, à cause de l'égalité abstraite de leur

nature, ont un
priété.

même

et égal droit asblrait à la les

pro-

J'admets encore que tous

hommes
les

doivent
le

vivre des produits de la terre

et

saint Augustin

reconnaît aussi. Cependant,
crètes

comme
il

natures con-

ne sont point égales,
d'elles,
le

s'en

faut,,

pour cha-

cune
le

droit,

non pas à
et

la

propriété, mais
il

droit de propriété est fort inégal. Si, en effet,

y a

un rapport entre toute créature
cap

l'homme,

il

n'y a

1.

Conf.

lib. II,

IV.

Migre,

t.

I,

p. G78.


homme.
telle

205


telle

pas de rapport concret entre
Et alors intervient
le

créature

et
le

tel

fait

humain,

titre

dérivé, qui crée

un rapport de propriété concret entre créature et tel homme. C'est ce que saint Aule

gustin exprime énergiquement dans

passage sui-

vant
« »

:

Nous

lisons

dans

les

Proverbes de Salomon

:

Le

riche et le pauvre se sont rencontrés, le Seigneur
est le créateur de l'un et de l'autre.

»
»

Comment donc

peut-on dire qu'il n'y a point en Dieu d'acception
de personne
»

»

?

Loin de

l'esprit

des fidèles une assertion aussi

»
» » »

impie. L'Écriture, pour ne point paraître enseigner à

mépriser

le

pauvre

et

à honorer

le

riche (scriptura ne

pauperem contemnendum doceretet divitemhonorificandum), rappelle que Dieu est
le

créateur de l'un et

» »
»

de l'autre, non en tant qu'ils sont riches ou pauvres,

mais en tant qu'ils sont hommes. Car,
est différente, leur nature est la

si

leur fortune
si les

même.

Et

occa-

»

sions qui se produisent dans la vie ont pour résultat

» »
»
»

de donner aux uns

la

prospérité qui suit les richesses,

aux autres

les privations

qui accompagnent la pau-

vreté, ce n'est point

une raison pour mépriser ceux

que Dieu n'a pas humiliés ou pour honorer ceux à qui
la vérité n'a

» »
»

pas rendu témoignage. Ceux qui sont
les cor-

incontestablement dignes de mépris, ce sont
rupteurs publics des

mœurs
De

et les violateurs sacri-

»
»

lèges de la loi de Dieu.

même

nous devons honoloi.

rer ceux qui aiment Dieu et gardent fidèlement sa


»

-206


ils

Les

hommes vraiment
la vie est
le

riches aux yeux de Dieu, sont

»
»
»
»

ceux dont

pure, et plus

paraissent

méprisables dans

monde, plus

ils

sont dignes

d'honneur dans

les cieux.

Nam

qui beneficium temsi

poris habent in ampliandis facultatibus,

se cognos-

»
»

cant, et Dei intelligant voluntatem, qui terram

omni-

bus

dédit, et

solem suum cunctis

oriri jubet, et plu-

» » »
»

aulem tempori>. aut fortuit» occasionis, aut indigentia quibusdam abnegat quœ Deus omnibus dédit ipsi ministrant
vias indiscretas effundit, iniquitas
;

eis.

ut perficientes Dei voluntatem,

non solum

in

» »

mundo

sed

et in coelo divites sint
*. »

ne pauci temporis

divitiœ excludant alternas

.Malheureusement ce texte n'est pas regardé par
tous
crois

comme

authentique. Je dois
la

le

reconnaître. Je

pourtant qu'il rend bien
et je le

pensée de saint

Augustin

prouve en apportant cette fois un

texte indiscuté.

Tout

le

monde

accorde, et Janetlui en

fait

un reproet

che, que saint Augustin unissait souvent,

même
la

quelquefois confondait les deux questions de
priété et de l'esclavage.

pro-

Or

il

dit

de l'esclavage
le

la

même

chose que nous trouvons dans
C'est la

texte

précédent.

môme

théorie fondamentale.

La nature abs-

traite de

l'homme

se refuse à l'esclavage,
fait

comme
monde

la

nature abstraite de l'homme

que tout

le

a

un

droit égal à la propriété,

mais

cette nature abstraite

1.

Question sur

l'A. T.

Q. XXXII.


n'existe pas et

207


découlent de
la

les lois qui

nature

concrète,

telle qu'elle

existe maintenant, avec l'ordre
le

nouveau, qu'a introduit

péché, font que les condi-

tions de liberté sont inégales,
les

comme

sont inégales

conditions de

la

propriété privée. Et la méchanceté

humaine créera
la vie
« » » » »

l'esclavage,

comme

les vicissitudes

de

créeront la propriété avec ses inégalités.
in Patriarchis,

Gommendatur

quod pecorum nuparentibus suis. Et

tritores erant a pueritia

sua

et a

merito
vitus

nam
et

hsec est sine ulla dubitàtione justa ser-

justa

dominatio

,

cum

pecora

homini

serviunt et

»

dictum est
imaginera

homo pecoribus dominatur. Sic enim cum crearetur Faciamus hominem ad
:

»
» » »

et

similitudinera

nostram

et

habeat
cœli
,

potestatem piscium maris

et volatilium

et

omnium pecorum

quae sunt super terram. Ubi insivitae.

nuatur rationem debere dominari irrationabili

»
»

Servum autem hominem homini,
adversitas fecit
:

vel iniquitas, vel
:

iniquitas quidem, sicut dictum est
erit

»

Maledictus

Chanaan

servus

fratribus

suis.

»
»
» » » »
»

Adversitas vero sicut accidit ipsi Joseph, utvenditus

a fratribus servus alienigenœ

lieret.

Itaque primos

servos quibus hoc nomen, in latina lingua, inditum
est, bella fecerunt.

Qui enim

homo ab

liomine supeest,

ratus jure belli

potest occidi,

quia servatus

servus est appellatus. Inde et mancipia, quia

manu

capta sunt. Est etiam ordo naturalis in hominibus
ut serviant feminse viris, et
illic
lîlii

»
»

parentibus, quia et
fortiori.

est justitia ut infirmior

ratio serviat


»

:>0S


et servilutibus

Hœc

igitur in

dominationibus

elara

» justitia est,
»

ut qui excellunt ratio ne, excellant domiin

natione

:

quod cum

hoc sa?culo per iniquitatem

» »

hominum
in
fine

perturbatur vel per naturarum carnalium

diversitatem ferunt justi temporalem perversitatem,
habit uri
l.

ordinatissimam

et

sempiternam
Chaque

»

felicitatem

»

La pensée de

saint Augustin est donc celle-ci.

homme

en naissant a de par sa nature humaine un
le titre

égal droit à posséder. C'est là

philosophique.

Ce droit est raison suffisante pour
choses nécessaires à son existence
propriétaire légitime. Mais

qu'il

s'empare des
en devienne

et qu'il

comment

s'emparera-t-il?

Comment
vient

arrivera-t-il à posséder ? C'est là qu'inter-

le fait

humain,

le titre

juridique,

le

titre
fait

dérivé
droit

qui d'un droit abstrait, égal pour tous,

un

concret forcément inégal.
Si

donc saint Augustin reconnaît que

la

méchanl'adver-

ceté de quelques

uns nécessite une répression sévère
s'il

capable de leur ôter la liberté,
sité

admet que

peut frapper un
d'un
autre

homme
mêmes

juste et le soumettre à
croire

l'autorité

homme, nous pouvons
donné
la

qu'il explique

par les
a
il

raisons la diversité des
terre

richesses.

Dieu

bien

à

tous les

hommes, comme
liberté.

a créé tous les

hommes égaux en
mais
«

Deus terrain omnibus

dédit,

les

occa-

1.

Qucestionum

in

Heptateuchum,

lib.

i,

cliii

;

Migne,

t.

ni,

p. 590.


aux autres
vreté
je
».

209


la vie,

sions qui se produisent dans

ont pour résultat

de donner aux uns la prospérité qui suit les richesses,
les privations qui

accompagnent

la

pau-

Et ces occasions sont iniquilas temporis ; que

ne traduis pas par iniquité, ou injustice, mais inéLes

galité.

hommes

réels, les

hommes

concrets, sont

forcément inégaux, en puissance, intelligence, aptitudes.
Ils

vivent aussi

dans des temps différents de
y a aussi fortuita occasio,
qui tient aux
Il

civilisation

ou de

fertilité. Il

qui met

tel

homme

en face de richesses naturelles
tel

que ne rencontrera pas
différences

autre, et

de lieu, ou

môme

de personnes.

y a

l'indigentia qui sera aussi bien le
intellectuels

manque de moyens
la richesse.

que matériels pour conquérir
les

Ce sont

occasions fortuites qui se produisent

dans

la vie et

qui gouvernent toutes les richesses des
ces conditions

hommes. Nous ne pouvons supprimer
et tant qu'elles

demeureront, aucun

effort
Il

ne pourra

niveler les différence

des fortunes.

y aura donc

toujours des
d'autres

hommes dans
le

l'abondance, tandis que

n'auront pas

nécessaire.

Tout cela est

dans

l'ordre, tout cela ressort des conditions de la vie

telle qu'elle est faite

réellement à l'homme, tout cela

dépend de

la nature, tout cela est

une

loi

naturelle.

Telle est bien, je crois, la pensée de saint Augustin.

ii

CONCLUSION

Saint Augustin a donc bien une théorie de la propriété. Je ne

me

suis pas trop avancé en disant
et

que

son idée
tient
les

était

complète
la

bien ordonnée. Tout se
saint.
qu'il
Il

en

effet

dans

pensée du

ne craint pas
et
il

conséquences des principes

pose

en

tire

des conclusions rigoureuses.

Assurément sa théorie peut bien paraître surprenante. Elle lui est, en
effet, très

personnelle, et c'est

même

ce qui en fait tout l'attrait.

On

a plaisir à voir
si

comment, avec des principes qui d'abord semblent
absolus,
il

a pu expliquer tous les faits les plus variés.
et

On

peut bien ne pas admettre son raisonnement
n'a-t-il

peut-être

pas une doctrine de tous

points

inattaquable. J'avoue pourtant qu'on suit facilement

son idée

et

qu'on a parfois du mal à ne pas se laisser
le

entraîner par

charme de sa parole

et la subtilité

de

sa dialectique. Cette étude était trop courte pour

me

permettre de montrer dans tout son développement
le

fond de sa pensée. Elle

suffit

cependant à bien

211


et à
la

mettre en place toutes les parties de sa doctrine

montrer comment sa théorie de
s'édifie et se perfectionne.

propriété se fonde,

D'abord,

il

conçoit Dieu

comme
Il

créateur et maîlre
le vrai et

souverain de toutes choses.

a

donc
crée

haut
et

domaine sur
laquelle

tout l'univers.

Il

l'homme

lui

donne une destinée surnaturelle pour l'obtention de
il

se servira des créatures inférieures.

Ces créatures n'ont pas d'autre raison d'exister que
le

service qu'elles peuvent rendre à

l'homme dans

l'acquisition

de

sa

fin.

Tout naturellement, saint

Augustin conclut que l'homme n'a de droit que sur les
créatures qui
lui

sont utiles.
lui

Il

n'a

donc aucun pouvoir
au contraire,

sur celles qui ne

servent pas, selon l'ordre établi
fin. Il est,

par Dieu, pour arriver à sa
maître de celles

le

dont

il

a besoin, dans la

mesure

même où
utiles

elles lui

sont utiles. Puisqu'elles lui sont

en tant que moyens, et qu'il a un droit et un

devoir de prendre les

moyens pour

atteindre sa

fin,

par

le

fait

aussi qu'elles ne peuvent servir en
la

même

temps

et

de

même

manière à plusieurs,

le

pouvoir

qu'il acquiert sur elles

devient un pouvoir stable et

exclusif.

Un homme

peut donc, doit donc devenir leur
le

maître à l'exclusion de tous autres, qui ont

devoir

de respecter sa domination et c'est ainsi qu'il devient
propriétaire, au sens le plus étendu.

Toutefois les passions humaines poussent
à troubler l'ordre de la société.
qu'il est

l'homme
fonda-

Le méchant, parce
la loi

méchant ne veut plus respecter

212

mentale de sa création,

il

oublie et méprise sa
la

fin. Il

ne se dirige plus vers Dieu, mais convoite

posses-

sion des créatures qui nourrissent sa passion et ses
appétits terrestres.
Il

ne se laisse plus guider dans leur
a,

recherche, par

le

besoin qu'il en

mais par

le plaisir

qu'elles lui causent.

Loin de
Elles

lui être utiles, les créa-

tures lui sont nuisibles.

lui

deviennent étran-

gères, et

il

perd tout droit à
et

les posséder,

mais par
il

cela

même

parce qu'il renverse l'ordre,

n'en est

que plus acharné à se
loi

les procurer. Alors intervient la

humaine. La société protège
par la paix et pour
la

les vrais droits, elle

vit
le

paix. Elle fait

pour employer

langage vulgaire,
la

la

part du feu. Elle assure aux

bons

paisible possession d'une juste propriété, en

concédant

aux mauvais
il

la

tranquille jouissance de

biens auxquels
tion

n'ont pas droit, mais pour l'acquisitroubleraient

desquels,

ils

gravement
répondent

la

paix

sociale.
Si

donc

les

biens terrestres

dans

les

desseins de Dieu, aux besoins de l'homme et ont été
créés pour les satisfaire,
il

s'en

suit

que sans eux

l'homme ne pourrait
Ils

se développer et atteindre sa fin.
le

complément de sa nature, ce qui lui donne sur eux un droit naturel, droit qui ne relève d'aucune puissance humaine et qui est inaliésont donc
nable

comme

comme
si

sa nature

elle-même.

Saint Augustin ne s'est pas borné à construire une
théorie
belle, si

une,
l'a

si

solide soit-elle, son genre
il

éminemment

pratique

voulue aussi féconde. Et


en a
fait

213


la

une
Il

loi

morale pour

conduite des
le

hommes

entre eux.

n'entrait pas

dans

cadre de ce travail

d'examiner

les

conclusions morales qui découlent de

ses principes. Elles créent en effet des devoirs à la
richesse. Saint Augustin les a

magnifiquement déveIl

loppés à travers toutes ses œuvres.

a montré com-

ment

s'acquérait la richesse

,

et

par quels moyens
Il

justes ou injustes, nous en devenions possesseurs.

a donné des louanges au travail et à

la

richesse qui
la

en vient, mais

il

a

blâmé

le

commerce déshonnète,
quand
que
il

paresse mendiante et surtout l'usure en termes d'une

grande énergie. Mais
que son éloquence ne
craint pas de
nels.
Si je n'avais je devrais

c'est surtout

exhorte

le

riche à la miséricorde, et à la charité envers le pauvre,
tarit plus, et

même

il

ne

menacer

l'avare des châtiments éter-

pas à voir ce côté de

la

pensée du saint,

au moins l'indiquer, pour montrer l'ampropriété toute la gran-

pleur de ce génie que les siècles passés ont tant admiré,
et

donner à sa théorie sur

la

deur qu'elle a eue dans son

esprit.

Je ferai remarquer en terminant

comment,
fait

à part

quelques vues qui
saint

lui

sont tout à

personnellesi
la

Augustin ne s'écarte en rien de
Et c'est l'avoir

tradition

catholique.
pris saint

mal

lu

ou avoir mal comles

Thomas d'Aquin que de

opposer l'un à
l'on

l'autre sur cette question.

La seule différence que

pourrait admettre est que saint Augustin a parlé pour

enseigner une doctrine vivante, tandis que saint Tho-


mas
la

214


et

a exposé

un système philosophique

par suite

plus spéculatif.

Au

fond,

il

n"a fait

que systématiser
il

doctrine de saint Augustin, à la science duquel
faire appel

ne craint pas de

pour appuyer

et justitier

ses raisonnements.

#&

TABLE
Pages

Introduction
Ciiapitre
I.

1

Le concept de Justice dans saint

Augustin

5
le


— —

II.

Dieu seul a

domaine absolu

et

indépendant.

L'homme
et
le

n'a qu'un
.

domaine dérivé
III.

dépendant.

21

Saint Augustin et

Communisme.
est

46

IV.

La Propriété privée
foncière et stable

légitime

56

V. La Propriété est légitime, foncière
et stable (Suite)

81
le


VI.

Le Travail n'est pas
radical

fondement
.
.

du

droit de propriété.

100

VII.

La

loi

humaine
radical
loi

n'est pas le fonde-

ment

du droit de propriété.

122

— VIII. —

Rôle de la

humaine par rapport
138

au droit de propriété
IX. Le droit de propriété est

un

droit

naturel

176

Conclusion

210

Caen

Imprimerie

DOMIN, Rue

et

Cour de

la

Monnaie.

en
CQ
ccl

m CO

t3

ELMSLEY Plaw* TORONTO *. «ANAOA.
10

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