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Aziz Krichen, Le syndrome Bourguiba, Ceres, Tunis, 1993, 198 pages.

« Les fils ont à reprendre la tâche commencée par les pères ; ils ont à porter l’entreprise plus
loin et plus haut dans le dépassement, c’est à dire, dans la rupture et la fidélité »

1. Présentation de l’auteur
Sociologue et économiste, auteur d’essais sur les problèmes de la culture et de l’intelligentsia en Tunisie :
Tunisie au présent, CNRS, Paris, 1987 ; Stratégie et tactique, Dar Bayram, Tunis, 1989. Il s’occupe
actuellement d’un bimensuel économique à vocation maghrébine.

2. Résumé du livre
Cet ouvrage regroupe trois essais différents ayant comme objet d’étude la société Tunisienne et la culture
durant le long « règne » de Bourguiba. Le premier est une tentative d’analyse du système Bourguiba à travers
deux films de Nouri Bouzid (l’homme de cendres, les sabots en or) en appliquant la méthodologie de la
psychanalyse ; le second traite de la question du travail et de ses conséquences sur les comportements sociaux
avec pour toile de fond le conflit entre culture traditionnelle et modernisme au sens large du terme. Enfin, le
troisième propose des solutions économiques et culturelles afin de remédier aux tares néfastes engendrées par
ce système.

3. Analyse
Les deux films de Nouri Bouzid intègrent deux réalités qui ont bouleversé le monde arabe après
l’indépendance. Celles-ci se sont développées puis ont disparu, en Tunisie, au sein du système Bourguiba :
c’est d’une part, l’émergence de l’arabisme, inspiré par le communisme, donc séculier et l’autre, est une
tendance qui explose après la révolution Iranienne, en 1979, n’est qu’une version sunnite du fondamentalisme
musulman incarné par le Mouvement de la Tendance Islamique. Ainsi, ce choc culturel entre modernisme et
traditionalisme, sécularisme et Islamisme, va être arbitré puis éradiqué par la volonté d’un homme croyant
détenir à la fois les clés nécessaires pour intégrer l’espace économique et culturel des pays capitalistes
modernes et un discours fortement inspiré par la tradition arabo-musulmane, le seul capable de rallier le plus
grand nombre. Aziz Krichen considère les deux réactions au système comme des volontés de ne pas
reconnaître la paternité. Aussi, axe-t-il sa démonstration là-dessus en nous invitant à confondre Bourguiba
comme le père possessif et jaloux de ses enfants et ces derniers n’aspirant qu’à prendre sa place car il ne
mérite nullement leur compassion. En outre , une quête de l’identité perdue ou travestie entraîne tous ces
acteurs dans une fuite en avant , une fuite sans retour...
Cette analyse révèle le comportement des musulmans face à leur destin et leur rôle culturel dans la société
post moderne : conflit entre l’ordre ancien et l’ordre nouveau. L’auteur déclare, non sans risque, que l’esprit de
ses concitoyens est finalement aliéné car il a intégré dans son inconscient la dépendance et son infériorité face

Fiche de lecture 1
à l’occident développé. Son remède : délivrer la mémoire colonisée de la honte qui s’acharne à être tenue
enfermée et qui se reflète quotidiennement dans la recherche identitaire et culturelle.
La question du travail et de la culture traditionnelle n’est, somme toute, qu’un prétexte pour critiquer le
discours démagogique et paternaliste que les représentants de ce système ont diffusé allègrement créant ainsi
une dynamique du non-effort à tous les niveaux. Le cultuel et le culturel allaient subir des mutations très
graves dans l’équilibre entre l’élite, le système et le reste de la société. Aziz Krichen s’efforce dans sa
démonstration de découvrir le dysfonctionnement actuel en l’opposant à la société traditionnelle, duale et
antagoniste, niée par le colonialisme Français. Bref, en moins d’un siècle la Tunisie a connu trois types
d’organisation sociétale différents et non conformes aux désirs profonds et inavoués des masses populaires.
Par conséquent, une réforme intellectuelle, économique et culturelle s’impose à l’aune du XXIe siècle si
l’on veut éviter une fracture irréparable. Primo, l’élite doit se démarquer du pouvoir et proposer un message
susceptible de convaincre tout le monde. Secundo, il faut en finir avec le clientélisme à tous les niveaux et
donner les moyens matériels et intellectuels pour que la société intègre une fois pour toute la culture
modernisante inhérente à l’économie de marché mentor d’une partie de notre planète. Et tertio, renouer avec la
tradition et le passé sans honte, sans complexe et surtout sans la nostalgie de ce retour en arrière dans une
société vertueuse (cf. al-Farabi ).
En somme, la Tunisie a besoin de réformer l’Etat et ses valeurs en y incluant la liberté de pensée et de
création, seules capables d’introduire une culture cohérente dans le monde postindustriel.

Fiche de lecture 2