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lEIItgT©!^!
CRITIQUE

4

GNOSTICiSME.

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^^^^^^^^x^^-^g^g»-^^^»--^--^-- -^ -

'

i

HISTOIRE
CRITIQUE

DU GNOSTICISME.

STRASBOURG,
De
l'imprimerie de F. G. Levra.ult, imprimeur du Roi.

,

HISTOIRE CRITIQUE

DU GNOSTICISME,
ET DE SON INFLUENCE

Sur

les Sectes religieuses et

philosophiques des

six premiers siècles

de Fère chrétienne.

Ouvrage couronné par l'Académie royale des inscriptions
belles- lettres.
'

et

PAR M. JACQUES MATTER,
PROFESSEUR A l'ACADÉMIE ROYALE DE STRASBOURG.

^y&vec

ÂCa^^c/leJ.

TOME SECOND.

PARIS,
Chez F. G. LevrAult, rue de
et
la

Harpe,

n.*"

81

rue des Juifs,

n.*"

33,

à

Strasbourg.

1828.

HISTOIRE
CRITIQUE

DU GNOSTICISME,
ET

De son
cles

influence sur les Sectes religieuses

et philosophiques des six premiers siè-

de

l'ère

chrétienne.
«w^-w^-v-vw-wv-w^

Suite de la seconde Section.

CHAPITRE
d'Égjrpte,

IV.

Ecoles et Sectes des Gnostiques

IMous abordons
richesses.

gnosticisme avec toutes ses

Dans

la

première partie de ces recherles

ches nous avons vu

anciennes doctrines de

l'Orient faire naître celles des gnostiques sur le
sol de la Palestine, de la Syrie, de T Asie
et

mineure
idées

de

l'Italie;

nou»

allons voir les

mêmes

orientales

provoquer des théories analogues, mais

bien plus curieuses encore , sur le sol de l'Egypte
^
1

'.l

SECTION

II.

et

dans l'enceinte de l'érudite Alexandrie. Sans
le

doute

zoroastrisme

,

en passant en Palestine
l'exil
,

avec les Juifs revenant de
la Syrie
et

et

envahissant
,

une

partie de l'Asie

mineure

par

suite des guerres et des relations

commerciales
les

qui ont confondu ensemble tous
l'Asie, depuis les

peuples de

bords de l'Indus jusqu'à ceux
là aussi,

de

la

Méditerranée, rencontra,
et,

des sys-

tèmes remarquables;

avant de s'y combiner
,

avec les croyances des chrétiens
fier

il

put
,

se

modi-

par celles des Juifs

,

des Phéniciens

des Sy-

riens et de quelques autres peuples.

Néanmoins

aucun de

ces systèmes n'était de nature à balancer

la hardiesse

de ses spéculations,

et

il

conserva,

dans

les

nouveaux enseignemens
sorte de

qu'il venait d'enles

richir,

une

domination qui caractérise

écoles gnos tiques de la Syrie et de l'Asie mineure.

En

Egypte, au contraire,

il

trouva des doctrines

rivales, qui, toutes, étaient là plus fortes qu'ail-

leurs.

La philosophie des Grecs y

florissait,

plus

riche, plus croyante, plus vigoureuse que dans

tout autre pays

se parlait leur langue; le ju-

daïsme
natales

,

après s'être ret;",empé dans les régions
s'était

de son célèbre patriarche,

embelli

en Egypte, par

les soins d'Aristobule et

de Phi-

Ion, de tout ce que pouvait lui prêter

le plato-

,

CHAPITRE
nisme pytliagorisé;
et

IV.

"

5

l'Egypte elle-même, malgré
trois siècles, était

une domination étrangère de
encore

avec ses mystérieuses doctrines, ses tra'

ditions populaires

et ses

magnifiques monumens.
il

Dans un
le

tel état

de choses

était

impossible que

zoroastrisme prédominât dans ses partisans
,

d'Egypte

comme

il

prédominait ailleurs
la société

;

et si

quelques membres de

chrétienne essayè-

rent, là aussi, d'enrichir leurs croyances par des

emprunts, de

les corriger

par des modifications,

ou de
veaux
,

les

réformer par des enseignemens nouréformes
,

ces

ces

modifications et ces

emprunts durent avoir nécessairement un caractère tout particulier.

Tel

est,

en

effet, le

gnosticisme de l'Egypte.

Il

ressemble, en quelques points, à celui de la Syrie
;

il

en

diffère

dans beaucoup d'autres
et
il

:

il

est

en général, infiniment plus riche,

va infini-

ment plus
pas, et

loin.

Les opinions de

la

Mésopotamie

s'y reconnaissent encore; mais elles n'y dominent
si

elles s'y

montrent, ce

n'est qu'autant

1

Les xôyoi

tepo)

ne sont pas

les

doclrines elles-mcnies;

ce sont Jes traditions emblématiques

que

les prêtres débi-

taient sur les rois et les dieux, sans en

donner

la solution

que recevaient

les inities.

6QT
4g

M

4

SECTION

II.

qu'elles se rattachent plus
et

au platonisme judaisé

aux antiques croyances de l'Egypte.

Le

cliristianisme

lui-même qui
,

fut le point

de

départ du gnosticisme,

était

autre sur les bords

du

Nil que sur ceux

du Jourdain ou sur ceux du
partout; mais en Egypte ces

Pont-Euxin. Ses principes ^fondamentaux sont
sans doute les

mêmes

principes étaient exposés avec plus de science,

plus d'adresse et plus de goût, et à ces principes
«e joignaient une foule de développemens et
d'i-

dées secondaires dont la religion chrétienne

était

encore dépouillée
nagore,
les

ailleurs.

Les Pantène,

les

Athé-

Clément,

les

Origène, entourés, d'un

côté, de l'antique sagesse des sanctuaires de

Thè-

bes, de

Memphis

et

de Sais^

et,

d'un autre côté,

1

Les ouvrages de Jamblique et d'Horapollon prouvent que

cette antique sagesse se conservait encore à travers la

domi-

nation grecque

et

romaine,

et S.

Clément d'Alexandrie nous
peu étrangers aux
Il est

montre que

les chrétiens restaient aussi

crojances égyptiennes qu'aux théories des Grecs.

celui
les

des auteurs anciens qui nous
trois espèces d'écriture des

fait

le
:

mieux connaître

Egyptiens

V hiéroglyphique [^sli-

tagée en kjriologique et symbolique), la hiératique ei Vépisiolographique

ou démotique.

C'est le passage classique de
v. l\, p.

S.

Clément d'Alexandrie [Sirom.,
là pierre

555, Sjlb.)

,

combine avec

de Rosette, qui a guidé toutes

les

investigations des savans

modernes qui ont essayé de len-

i

CHAPITRE
des trésors
si

tY.

5

du Musée d'Alexandrie, qui conserva
et

long -temps ses belles études
,

sa haute in-

fluence

ne pouvaient ni ne devaient enseigner
manière que
les

de
les

la

même

docteurs jetés dans
chrétienne

pays barbares. Ainsi la société

d'Egypte renfermait elle-même dans son sein plus
d'élémens de gnosticisme que toute autre.

Cependant
rise

le

gnosticisme égyptien se caractéaffinités et

non-seulement par ces

par

la riil

chesse des idées qui en est la conséquence,
offre aussi, sur cette terre

de symboles
et

et

de

mola

numens, plus de monumens
leurs.

de symboles qu'ail-

Opprimé par

la

mère

qu'il

abandonne,

religion chrétienne j

combattu parles

rivales qu'il
et la tra-

dépouille

,

la

philosophie des Grecs

dre la parole aux muets

monumens de

l'Egypte, et qui a

amené
S.

les

importantes découvertes de M. Champollion.
six
siècles

Clément d'Alexandrie, en venant plus de

après Hérodote (II, 36), en interrogeant

beaucoup moins

que que

lui les prêtres des sanctuaires, a
lui
les

donc mieux connu
tradi-

véhicules sacrés

ou

vulgaires de leurs

tions. C'est

un

fait

à signaler parmi ceux que produisent
et

MM.
que

Champollion, Letrone
les diverses écritures les

Quatremère, pour

attester

égyptiennes étaient encore con-

nues, dans

premiers

siècles

de notre ère, non-seulement
qui avait désire s'en ins-

aux prêtres, mais à
truire.

toirt

homme

6

SECTION
il

II.

diiion des Égyptiens,

ne saurait élever des mo-

numens qui

égalassent les bibliothèques
,

du Musée

ou du Sérapéum
Grecs ou

les

temples des Égyptiens à

Mempliis ou à Thèbes, ni

même

les

temples des

les basiliques des chrétiens
il

dans Alexanet des

drie; mais

se crée des

monumens
Ils

sym-

boles d'un autre genre.
regards, mais
et ils
ils

frapperont moins les

ne seront pas moins éloquens,
gnostique partout
effet
,

suivront

le véritable
il

sur

toute la terre;

y a plus, leur
les

l'accompa-

gnera dans toutes

régions sidérales que son
à son retour dans la

ame

doit parcourir

un jour

grande ame de
si

l'univers. Telles sont les pierres
si

chargées de symboles, et de symboles

variés

des gnostiques.

Ce genre de monumens
antérieurs; mais cet

est

emprunté aux temps
est fait

emprunt

dans

l'esprit

qui préside à tous ceux que font les gnostiques ;
ils

créent en adoptant.

En
que

effet, l'exécution les

de

leurs

monumens,

ainsi

croyances
et offrent

qu'ils

peignent, appartiennent à eux,

tout le
origi-

mérite
nales.
Des
d""rines
de l'Egypte,

,

tout le piquant de conceptions

_
1
.

^

-

§.

Un coup

d'oeil

sur la doctrine et les sym-

^^^^^ ^^ l'^gyP^^ ^^ noVi% faire juger
d'imitation

du degré

que nous devrons admettre dans ceux

,,

CHAPITRE

IV.

«7

des gnostiques de ce pays. C'est ainsi que nous

avons cru devoir
de Syrie,

offrir,

avant l'analyse des écoles
des anciennes

les traits caractéristiques
,

croyances de ces régions
placé ceux

et

que nous avons

du

zoroastrisme, de la Kabbale et
la

du

philonisme à

tête

de toutes nos recherches

pour leur

servir d'introduction

commune.
ses
,

La doctrine de l'Egypte forme, avec
boles
,

symqu'on

une science

si

riche
flatter

,

si

immense

ne saurait encore se
entière, et qu'on
essai

de l'embrasser toute

ne doit pas

même

tenter cet

au

moment où

l'une des plus belles décou-

vertes de

nos jours paraît devoir nous révéler
j

encore de nouveaux mystères

mais

ici

nous

nous bornons aux

traits

que

les

gnostiques eux-

mêmes

paraissent en avoir saisis, et qui se réflé-

chissent dans leurs systèmes

comme

dans des

miroirs plus ou moins
Il est inutile

fidèles.

de dire, à la tête de toute espèce

d'observations sur les idées religieuses des
tiens,

que l'on

s'est

Égyptrompé étrangement en n'y
astronomiques

voyant que des combinaisons

des habitudes agraires et des superstitions d'astrologie.

Cette étroite manière de voir, qui a conduit

Jablonski

lui-même

à ne reconnaître dans les

,

8

SECTION IL
les

mythes de l'Egypte que

emblèmes d'une

astro-

nomie presque
ce terrain

locale, et qui a égaré

Dupuis sur

comme

ailleurs, est réfutée aujourd'hui

par tout ce que nous possédons de
et

monumens
rattacher

par tout ce que nous y savons

lire.

Le système égyptien
de l'Afrique

,

loin

de

se

au fétichisme de quelques populations barbares
,

est

,

au contraire

,

l'une des plus

belles branches de l'antique théosophie de l'Asie

dont nous voyons deux autres rameaux dans

les

spéculations des Indous et des Perses. C'est par
ce caractère essentiel qu'il se recommandait à
l'attention
se sont

des théosophes
la

du gnosticisme

,

qui

imposé

tâche de joindre aux croyances
ce que la sagesse ancienne avait

chrétiennes

tr^ut

produit de plus profond.
Ainsi que dans les systèmes de Zoroastre, de
la

Kabbale

et

des gnostiques de la Syrie, l'Etre

suprême des Égyptiens,

Amon ou Amon-Ré,
c'est le tto?^^

est

un dieu occulte
inconnue,

et

caché;

ccyvœ^oç

des autres doctrines.

En

effet, il est l'obscurité

(tko]oç ocyvûû^ov, l'obscurité

au-dessus

de toute intelligence,

(tko]oç vtps^ ttôcctc^v voyjaiv»'^

1
£,
1
j

Damascius apnd Jablonski, 'Panthéon œgypt.,
p,
ic) et

lih.

I,

20.

Champollion ; Panthéon égyptien^

texte

CHAPITRE
La preuve qu'Anion
est

IV.

9
intelligences

réellemeni l'Etre su-

prême

et

que toutes

les autres

ne

sont que ses manifestations, ses développemens,

ou, selon l'antique langage,
seulement dans
le

ses fils, se voit

nondans

nombre

des

monumens

et

l'importance des villes qui lui sont consacrées,

mais encore dans
des dieux
^

ses titres

de premier

^

de chef
^

de seigneur des trois régions

de

sei-

gneur

céleste^

mettant en lumière

les

choses ca-

chées^ litres que lui attribuent les légendes hié-

roglyphiques

i.

Amon,
est la

ainsi

que

le

pcrc inconnu
divine,

du gnosticisme,
dont
il

source de

la vie

ses

monumens

reproduisent

le

symbole 2de
la

est la

source de toute force 3
la terre
^.

il

est celle

puissance royale sur

Il

réunit, en gé-

de

la

planche

i

et

de

la
et

planche 17. Les écrivains grecs,

Plutarque, Jamblique

Damascius, sont d'accord, à ce

sujet, avec les inscriptions des

monumens
planche 1,
les

égyptiens in-

terprétées par
1

M. Champollion.
ég.
,

Champollion, Panth.

texte.

2 La croix ansée y adoplée par

gnosliques sur quel1.

ques-uns de leurs

monumens. Voj. notre planche

3 Le symbole de cette force divine est le bélier, adopté

également sur quelques

monumens

gnosliques. Yoy. notre

planche

1.

4 Le symbole de

celte puissance est le serpent

nommé

lO
lierai
,

SECTIOIN

II.

tous les attributs que l'ancienne théoso-

pliie
il

orientale découvrait dans l'Etre

suprême

:

est le

pJérôme^ car
.,

il

comprend

toutes choses
il

en lui-même^
soleil;
est
il

il

est la

lumière^ car

est le dieu-

est invariable

au milieu de tout ce qui

phénoménal dans

ses

mondes 2;
5.

il

ne crée rien,
doit être

mais tout émane de lui
nécessairement
attributs
la

Son image

représentation des principaux

de

la divinité,

que

les autres

dieux ne

possèdent qu'en partie,

comme

autant de mani-

festations de l'Etre suprême. 4

apctioç^

adopté de
i.

même
est

par

les gnostiques.

Voj. notre

planche

Le Jtéau

un autre symbole de puissance,

reproduit dans le fouet de l'Abraxas.
1

JambliclîuS;,

De

mysteriis , sect.

•],

c

2.

2 Le sjmbole appelé nilometre est le signe de cette sta*
hilité

que

la

théosophie des Indous attribue également au

seul Etre suprême.

3 Le Phallus générateur est le symbole de cette puissance.

On

le

retrouve dans les

monumens

de quelques

gnostiques. L'idée de la génération s'applique à l'Être su-

prême même dans

les

codes sacrés.

On nomme
4
le voit

le

représente par

une de

ces figures
,

que
5.

l'on

Panthées. Champollion, P. É.

planche

On
et

avec

les

quatre ailes, dont

deux au vol
^

deux au repos, que, suivant Sanchoniathon

l'Égyptien

CHAPITRE
Lorsque
le

IV.

1 1

moment

de créer fut venu, l'Etre

suprême

,

qui ne pouvait opérer la créaiion di,

rectement

fît

sortir de lui

,

par sa voix

(

ce qui

rappelle le Logos),
et

un

être femelle quil féconda,
^

qui devint
fut Néilh.

la

mère divine de toutes choses.
fut

Ce

Ce ne

pourtant pas un être

dif-

férent de l'Etre suprême; ce ne fut que le prin-

cipe générateur femelle

^
;

ce ne fut qu'un déploie-

ment de Dieu, comme

disent d'autres théosophes.

En

effet,

Amon

et Néitli

ne formaient qu'un seul

être,

qu'un seul tout, qu'une syzygie gnoslique.^
la

On

peut comparer Néitli avec

priinilwe pen,

sée^ Hvvcix, avec la
est la force

femme -esprit

vrvsvfJtcc.

Elle

qui met tout en

mouvement,

l'esprit

étendu en tous lieux, idée exprimée dans ses images
par des
ailes

de

la

plus grande dimension. Elle

Taaut aAait données à Saturne. Voj.
ouvrage.

t.

I, p.

274 de

cet

Les Abraxas sont une sorte de figures panthées ,
l'imitation de celles

faites à

d'Amon, avec

les

modifications qu'exi-

geait la différence des systèmes.
1

Elle est la

Moût, mère de

la créaiion. Cf.

t.

i

,

p. 260.

Athenagoras, Légat, pro christ., 2^.
2

Son sjmbole de génération

est le

vautour.
^

3 Néith

cUe-mcmc

était olpûivôSti^vç

mâle

et femelle.

, ,

13

SECTION

TT.

présidait à la région supérieure; elle est l'Athéné

des Grecs et la
Elle est,

ccvcc (joJ)tcc

du

gnosticisme.

comme

son syzygos, une divinité de
fils
,

lumière; car le soleil est son

et la fête
^

des

lampes de
Après
anciens

Sais se célébrait en
le

son honneur.

Amon,
n'être

dieu Mendès est l'un des plus
l'Egypte;
il

du système de

nous

paraît

néanmoins

qu'une forme spéciale d'Amon
il

une sorte de fraction de ce dieu, dont
souvent
le

prend

nom,

caractérisant plus particulière-

ment

le

principe générateur.

Plusieurs partis gnostiques, et surtout les carpocratiens, paraissent avoir transporté dans leurs

doctrines et leurs pratiques quelques habitudes

qui se rattachaient au culte de ce dieu. Son em-

blème,

le

bouc, animal tenu sacré dans

la ville
le

appelée Panopolis par les Grecs, dont

dieu

Pan répond

si

mal à Mendès
^

,

se retrouve sur les

pierres gnostiques.

La compagne de ce dieu pourrait
Sovan
une

être la déesse

(Ilithyia), qui est la déesse protectrice

de

la maternité, et la

sorte de déploiement de Néith,

mère

universelle,

dont

elle

partage l'emblème

1

Plutarchus,

De

Iside et Osiri,
2.

2 Voyez notre planche

,

CHAPITRE
le vautour.

IV.

1^
seraient alors

Sovan

et

Mendès ne
et

que des parties d'Amon
les cas,

de Néith. Dans tous
anciennes divi-

Sovan

est l'une des plus

nités de l'Egypte, quoiqu'elle réunisse quelques-

uns des

attributs d'Artémis.

^

Les syzygies divines qui
qu'autant de manifestations

se

succèdent ne sont
les

ou d'émanations
est

unes des autres; de doute.
Il

c'est

un principe qui

hors

en

est

de

même

dans

les

systèmes

des gnostiques. Les syzygies des Égyptiens présentent, au reste, quelques obscurités que

nous

ferons remarquer, mais qui sont loin d'infirmer
ce principe.
'

Un
comme

autre déploiement de l'Être suprême est
le titre

Chnoubisy qui porte souvent
les

^Atnon^
des kab-

sephiroth

et les intelligences

balisles portent

celui ÔlEI^^ et qui est inconle

testablement le Cnouphis de Strabon et

Cneph
de

d'Eusèbe^.
trice;
il

Il est le

démiurge ou

la

puissance créala vie et la

est aussi la

puissance de

1

Diodor. Sicul.,
2
,

lib.

I,

$.

12.
i.

Orphica
c. ,

,

éd.

Herman

hymn.
2

v.

12.

Ghampollion,

planche 28, A.

Tom.

1, p.

ii4 de cet ouvrage.
ttvsÎv, signifie

3 Le mot de Cneph, formé de celui de nef,

,

l4

SECTION
;

IJ.

mort

il

esl

,

par conséquent

,

comme Amon

source de toute puissance sur la terre. Le serpent

Uréus, symbole de

la

puissance royale; le fléau,

emblème de
ses images.

la

puissance divine; le phallus, ca-

ractère de la puissance génératrice,

accompagnent

Mais

sa

symbolique a quelque chose

de plus particulier encore et de plus remarquable

pour nos recherches.
l'esprit

Il

est,

comme
^
;

démiurge,

qui pénètre tout l'univers
,

l'univers est
le ser-

peint par une sphère

par un globe ; or ,

pent

est

l'image
:

la

plus naturelle d'une ligne
et le

circulaire

le

globe

serpent sont

donc
^
;

les

symboles

les

plus ordinaires de Cnouphis
est l'esprit

et

puisque Cnouphis
le

bon,

ocyocôoç SccifXûou,

serpent lui-même, qui

le
la

représente, prend

cette

dénomination dans

mythologie ou

la

théosophie égyptienne. Cnouphis étant,

comme
l'ori-

son père, un dieu de lumière, on conçoit
gine de Tallégorie

que rapporte Sanchoniathon
fait briller le

sur le serpent-soleil, qui

jour en

1

Cnouphis étant

l'esprit
1.

qui pénètre tout, ce globe est

aiié.

Ghampollion,
fils, le

c.

,

7.^ livraison,

planche iS
lui ce

,

B.

Son

premier Hermès, partage avec
4-*"

sjmbole.

2 Ibidem,

10;

m

livraison. Cf. Euseb.,
l,
n."*

Prœpar. eçang., I,
64-

y

12.

HorapoUon,

1,

S-

,

CHAPITRE
ouvrant ses yeux,
fermant.
^

IV.
les ténèbres

l5
en
les

et

répand

Le symbole de Cnouphis
^

est l'un

de ceux que

l'on rencontre le plus souvent sur les

monumens
que
le

des gnostiques.
Il

n'y a point de doute, à nos yeux,
n'ait

dieu Cnouphis
père; mais
il

une av^vyoç ,
de
la

comme

son

est assez difficile

déterminer.

Quelques analogies pourraient
la déesse

lui faire associer
et

Sate\ qui est

la

Junon égyptienne,

qui, à titre de rectrice de l'hémisphère inférieur

du

ciel

,

pourrait être considérée
,

comme
porte le

fille

comme
àe
fil/c

déploiement de Néith présidente de
elle

l'hétitre

misphère supérieur- cependant

du

soleil^

et doit être,

par conséquent,
soleil,

plus jeune que Bouio^ mère

du

épouse

de Phtha-Thoré^ qui

est

une forme subséquente

de Cnouphis. Le gnosticisme, ayant fortement
modifié ces syzygies, ne peut pas
fournir de données sur la

non plus nous

compagne de Cnouphis.
qu une

Le déploiement

le

plus remarquable est celui
n'est
la

de Phiha. Le démiurge Cnouphis, qui
^vvocfMÇ

d'Amon

,

voulant réaliser

création

1

Voy. Tom.

I^ p. 272.
2.

2 Voy, notre plauche

,

l6

SECTION IL
fit

conçue dans Néith, intelligence suprême,
tir

sorla

de sa bouche, c est-à-dire, produisit par

parole,
la

un œuf,

c'est-à-dire l'univers,
,

ou du moins

matière de l'univers

renfermant en elle-même

l'ouvrier, l'ageni divin, l'intelligence qui devait

tout disposera Cet agent

du démiurge

est Plitha,

qui
telle

est à la fois l'image

de l'intelligence suprême
le

quelle se réalise, qu'elle se produit dans
et le

monde,
dans
les

type de celle qui se manifeste jusque
c'est-à-dire, l'inventeur

hommes,

de

la

philosophie 2. Non-seulement l'un de ses symboles, la

croix ansée, se retrouve chez les gnosti-

ques, on voit sur l'un des

monumens

les

plus

récemment découverts de
la

ces théosophes toute
^

représentation de la naissance de Phtha.

La syzygos de ce dieu pourrait
Anouké,
plus
le
la

être la déesse

Héré ou

l'Istia

des Grecs, l'une des
ailes
,

grandes divinités. Ses
,

enveloppant

corps

paraissent exprimer ce
stabilité

même

repos

cette

même

que
4

caractérise le soi-disant

nilomètre de son époux.

1

Jamblicbus, l)e mjst. ,

sect.

VIII,

c.

8.

2 Diogenes Laertius, In proœmio. 3 Vojez ci-dessous Carpocratiens , et notre planche
2.

4 ChampoUion^ planche 19.

,

CHAPITRE

IV.

17
sa modification

Cependant Plitha paraît dans
la

plus importante sous le

nom

de Socari

II

est

alors cette puissance

cosmogonique qui

se

re-

trouve non-seulement dans les idées des Grecs,

sous

le

nom

ôHHéphaislos (c'est-à-dire l'agent

principal de la nature, le feu créateur

ou pro-

ducteur), mais qui a des analogies dans plusieurs
autres doctrines,

le

génie Our, l'esprit

du

feu,

joue un très-grand
était

rôle. L'idée

que Dieu lui-même
le feu est l'agent

l'ame

du monde,
est

et

que

de cette ame,

en général l'une des plus ré^

pandues dans

l'antiquité.
,

Comme
Vulcain de

Sokari
la

le

dieu Plitha ressemble au
,

mythologie gréco -latine
est

même

par sa figure, qui

celle

d'un nain à jambes

torses, figure reproduite en quelque sorte dans
le gnosticisme^. Il

remplit pourtant à ce
:

titre les

plus augustes fonctions

il

règle les destinées des

âmes qui abandonnent
d'être réparties

les

corps terrestres, afin

dans

les

trente-deux régions su-

1

Démocrile appelait Dieu

vovc,

iv
était

ttv^)

(T(pctipGêiS'è7.

Xhalcs disait que l'ame du monde
Eclog. phjs.,
•2

Dieu. Stobxus

lih.

l, p. 57, éd. Heeicu.
et

Dans

les

jambes de serpeiis des Abraxas
ophites.

dans l'ophio-

moiphos des
2

2

,

j8
périeures, et

SECTIOJX

II.

on conçoit par là que

les

Abraxas des

gnostiques se rapportent souvent à cette divinité.

Sa syzygos pourrait être phrodite de
la

la déesse

Athor, l'A-

Grèce, qui

est

bien le principe

de

la

nuit primordiale, puisque c'est dans ce

principe conceptif qu'a

commencé

l'action

du

démiurge, mais
le principe

qu'il

ne faut pas confondre avec
le véritable

caché ou occulte,
est

Etre

suprême. Elle
elle est

beaucoup plus jeune qu'Amon;
de Phré ou du
soleil, fils
la

mêm.e

fille

de

Phtha, ce qui permet à peine de

considérer

comme
rectrice

l'épouse de Sokari

:

on ne peut cepenelle est la
^

dant guère lui assigner d'autre rang;

de la région supérieure du monde.

Une

autre modification de Phtha est celle de
Il est

Phtha-Thoré.

encore principe créateur, ou

plutôt principe générateur, sous cette forme, et
le

scarabée ^ que reproduit aussi

le

gnosticisme,
le titre

est

son emblème particulier -.

Il

porte

de

père des dieux; ce qui se répète au sujet de son
fils le

dieu Phré.

1

Champollion^ planche
est aussi est le

17^ J5.

2 Le scarabée

l'emblème de l'univers

,

dont

Phtha ou Thoré
îib.

démiurge. Horapollo, Hierogfyph.
2.

I,

%,

10.

Vojez notre planche

CHAPITRE
Sa syzygos pourrait être
porte
soleil
les
titres

IV.
la

IQ

déesse Bouto, qui

de grand'mere génératrice du
^

ou àt fille du soleil c'est-à-dire du soleil ou du principe de la lumière terrestre, essentielsoleil

lement distinct du
qui est
le

ou de

la

lumière céleste,

véritable élément

de l'Etre suprême,

Amon. Dans
dans
les

tous les cas, Bouto est l'une des
elle
^

plus anciennes divinités de l'Egypte;

compte

rangs de l'ogdoade supérieure.
soleil

Comme la mère du
chose que
la nuit
,

ne pouvait être autre
titre.

elle

porte quelquefois ce
soleil

Elle a celui de

mère du
le

de

commun
,

avec

Latone, qui a donné
tient

jour à Apollon^. Elle
croix ansée
et

dans une main

la

dans

l'autre le

bâton à

tête

de koukoupha, que répè^

tent les pierres gnostiques.

Le dernier membre de l'ogdoade supérieure
de Bouto

et

\% premier de la dodécade qui s'y rattache est
le

dieu Pliré, le
,

soleil.

Il est fils

et

de
fait
il

Phtlia

ce qui veut dire que le démiurge a

sortir le soleil terrestre
était

de

la

matière dont

chargé d'arranger l'univers. L'épervier, que

1

Hérodote,

lih.

II,

$.

i46.

2 Champollioii, planche 25, j4.

3 Voj. notre planche 2.

*

:ZO

SECTION

II»

sa longévité et sa fécondité firent choisir par les

Égyptiens

comme symbole

de

l'idée générale

de

Dieu^
nités
,

et

qui est celui de plusieurs autres divispécialement l'emblème du soleil
litre,
,

est

et

porte, à ce
sa tête.
^

un disque de couleur rouge sur
dont l'image

Sa compagne
peinte en bleu

est T^yoAe (Urànie),

ou en jaune,

et

représentant la

voûte du

ciel, se

trouve sur une foule des plus
d'étoiles, tan-

beaux monumens, tantôt parsemée
tôt

accompagnée de

la

lune,

du

soleil, et

de cinq
et

planètes dessinées sur son torse, sur sa

bouche

sur ses parties antérieures 2. D'autres fois

elle tient

dans une de

ses

mains
,

la

croix ansée, et dans

l'autre la feuille

de lotus

que l'on remarque aussi

sur les pierres gnostiques, et qui paraît indiquer
la supériorité

de l'intelligence divine sur

la

ma-

tière qu'elle

gouverne^. Cette idée de gouvern#-

1

Champollion^ planche 24^ D. Le sphinx
,

est aussi
Il est le

Tun

des emblèmes de Phié. Ibid.

planche 24 , E.
et

signe

de la force unie à la sagesse^

appartient, à ce titre, à

plusieurs dieux et à plusieurs rois. Clem. Alex., Strom.y
lîh.
.2

V,

p.

671

,

éd.

Oxf.

Champollion, planche 20 ^
Ibidem , planche
1

A et

B.

5
sut.

3.

Jamblichus ,

D€ mysU

cegypt.

,

VII,

c. 2.

CHAPITRE
ment
est

IV.
le

31
gnosti-

fidèlement reproduite dans

cisme. Tiphé, avec les sept corps célestes, tous

animés, tous spirilualisés
croyances, est
le

,

suivant les anciennes
et

type d'Ano-Sophia

des sept

esprits planétaires qui président avec elle

au gou-

vernement du monde sublunaire.
les
le

C'est là,
celle

de toutes
qui
laisse

concordances des deux systèmes,

moins de doute.
Celles qui se

remarquent dans

la classification

des intelligences célestes sont
pantes.
trois

non moins

frap-

On

sait

que

les

Égyptiens admettaient

émanations successives ou trois ordres de

#

divinités,

composés,
et le

le

premier de huit,

le se-

cond de douze,

troisième de dix

ou de

trois
les

cent soixante-cinq dieux.

On

sait aussi

que

anciens historiens et les modernes mythosophes
varient

beaucoup sur

les détails

de ces

classifi-

cations, et principalement sur la grande question

de savoir quels sont

les

dieux

et les génies

qui

appartiennent à chacun des trois ordres.

Nous

ne nous sommes pas proposé de concilier ces
divergences
,

ni de résoudre la

grande énigme

dont
les

la clef se

trouvera peut-être

un

joui- entre

mains de celui qui
qu'il

tient le secret des hiérogly-

phes; ce

nous importe de
,

signaler dans

la,

diéogonie égyptienne

ce sont les opinions in^

11

SECTION

II.

contestables qui se répètent dans la théosophie

gnostiquej ce sont celles d'une ogdoade émanée

par syzygies du père inconnu

;

d'une dodécade

émanée de l'ogdoade
la

et

d'une décade émanée d^
le

dodécade,

et se

combinant avec

nombre de
fait

trois cent soixante intelligences.

Après avoir

connaître les diverses manifestations de l'ogdoade,

nous passons

à celles

que

les

gnostiques parais^

sent avoir remarquées dans la dodécade.

La dodécade

n'était, selon

quelques mytholo-

gues, que l'ogdoade, augmentée d'une tétrade,

qui se composait du soleil

et

de

la

lune

,

et

d'une autre syzygie allégorique. Selon d'autres,
le soleil et les

quatre phases sous lesquelles

il

se

présente dans les diverses saisons de l'année, for-

1

L'ogdoade nous paraît
et

s'être

composée d'Amon
et

et

de

Néith, de Mendès

de Sovan, de Phtha

de Bouto, de

Phré
\<.ts

et

de Tiphé.
\ç,?,

autres manifestations divines, désignées par

noms
et

de Cnouphis^ de Sokari, de Thoré, de Saté, d'Anouké

d'Athor, ne sont que des formes différentes, exprimant

quelques actes particuliers de la

même

divinité.

Voj. des ogdoades différentes, dans Diodore de Sicile,
et les

nouveaux platoniciens. Jablonski, Panthéon œgypt.
t.

Proleg,, p. 63, et
p, 369.

I,

p. i8. Goerres,

Mjthen-Gesch. , II,

*®'

CHAPITRE
maient, avec l'ogdoade,
Il

IV.

25
série des dieux.

la

seconde

nous

paraît impossible, dans l'état aciuel des

études égyptiennes, de déterminer rigoureusement
les

membres de
difficile

cette

seconde émanation;

il

est

surtout
il

d'en indiquer les syzygies; mais

paraît certain
j

que
et

les

dieux

Djom

et

Plioh^

Hermès Sérapis
et JSephléj

Souk,

et les déesses
classe.

Bubastis

ont appartenu à cette
celles

Ce sont

au moins

des divinités
le

du second ordre

qui nous offrent

plus d'intérêt

Djom ou Djem, qui se nommait, suivant d'autres Chon ou Sem était fils de Pliré et répondait au dieu Héraclès des Grecs comme divinité
, , ,

solaire.

Ses symboles n'ont rien de spécial

;

il

est

souvent accompagné d'une femme, qui

est fille

du

soleil.^

Le dieu -lune, qui

présidait à cet astre, offre

des symboles d'autant plus remarquables.

Ce sont
de cou-

non-seulement

le

disque et

le croissant

leur jaune, mais encore la barque et l'œil, signe

abrégé ou figuratif du taureau , que ce dieu a de

commun

avec Pliré^, ce qui rattache leurs

my-

1

Son nom,

;^&jv,

paraît se rencontrer sur quelques

pierres gnostiqucs. Vo^. notre planche 2.
2

Le dieu -lune a aussi

l'épervier, les

quatre ailes et

M:

^4

SECTION

II.

thes à ceux de la Perse. Les

mythes de Piioh, en

particulier, le mettent en rapport avec

Amon-

et le

second Hermès;

et ses

images sont, en
^

général, au

nombre des plus
nous

curieuses.

La déesse Bubastis pourrait avoir

été la

syzygos

du
il

dieu-lune. Elle
est

offre

peu

d'intérêt;

mais

en

tout autrement de la double manifesta-

tion d'Hermès. Les gnostiques ont transporté sur
le

Sauveur du christianisme une grande partie des
de cette
divinité.

attributs

Hermès connu sous deux formes différentes, Hermès céleste et Hermès terrestre. Le premier, distingué
est

Ainsi que le Christos des gnostiques,

par l'épithète de troisfois grand et un symbole particuHer^, est une intelhgence supérieure émanée

de

l'intelligence
et le
il

suprême

:

il

est le fils

d'Amon^

Cnouphis
ov^d'jtor,

premier des dieux

nommés {jt^s^,

partage les sypboles de son père,
5

dont

il

n est qu'une manifestation

et il est

Tob-

le

cynocéphale pour symboles. Le cynocéphale (Champol-

lion, planche 3o,
tiques.
1

G)

se retrouve sur les
2.

monumens

gnos-.

Yoy. notre planche

ChampolJion, planche i4 (F/^r).
II

2

est

hiéraco-céphale.
et le

1 /^^
aile.

5 -

Uv*rvi>tx,'\

3 L'épervier

globe

Voy. ci^dessus.

ChampoL

lion, planche iS, Bt

,

CHAPITRE
jet

lY.

25

d'une

telle
,

vénération
qu'il

,

que son

nom

ne

se

prononce pas

se révère

en silence ^ Ce
peut-

nom

était

Thotli ou Thatli,

et se rapportait

être à sa charge de

former

les

corps dans lesquels

devaient être renfermées les âmes coupables*^. Ses

emblèmes, presque toujours peints avec une
gante richesse
temples.
,

élé-

se présentent sur

une foule de

Il était

juste qu'à l'entrée dans les sanc-

tuaires des dieux
avait révélés

on

se

rappelât celui

qui

les

aux hommes.
fois

Hermès second ou deux
dans cette
Il

grand appartenant
il

M

au troisième ordre des dieux,
class^.

en sera question

en sera de

même

de Sérapis, qui paraît avoir

été

une

divinité ancienne,
et qui,

mais dont
dans
la

le culte fut

long-temps négligé,

période alexan-

drine, semble avoir succédé à Osiris dans la vé-

nération des Égyptiens.

Le dernier des douze dieux
nos y dont
caractère
:

fut

Souk ou Kro-

le

crocodile peint allégoriquement \ej0'

c'est le

dieu

du temps 5.

C'était aussi

1

Jamblich.,
S.

De

mysi., P^III, 5. Clccro, DeiS. deor.
t. i ,

III ,

22. Idée que nous avons déjà signalée ailleurs,
le judiiïsnie.

pag. 78, et qui se relrouve dans
2 Slobaeus, Eclog., 3
lib.
,

I,

c.

2.

Clemens Alexandr.

Sironi.y lib,

V,

p. 566.

26
une

SECTION
divinité solaire, ainsi

II.

que

l'on voit par les

allégories

que
^

les

mythosophes

rattachaient à son

emblème.

La déesse Netphé

est la

mère des dieux du
est celle

troi-

sième ordre, ainsi que Tiphé
ligences de la seconde série.

des intel-

Cette troisième et dernière émanation se

com-

pose, selon

les

uns, de dix dieux,

et

selon les

autres, de trois cent soixante, plu§ la pentade,

née pendant

les

épagomènes. Les gnostiques se

sont attachés,

les

uns au nombre de dix
^.

2,

les

autres à celui de trois cent soixante

Mais cette

différence dans les termes n'en constitue pas

une

dans

les idées, et ces diverses

manières de voir
faciles'esti-

me

semblent pouvoir se concilier assez
les

ment. Dans

anciens temps, où l'année
le

mait à trois cent soixante jours,
tien n'admettait qu'un

système égypgénies

nombre analogue de
du temps,
suprême
l'Être

protecteurs de ces divisions

suivant la

croyance générale, que

avait confié

à autant d'êtres particuliers non-seulement le gou-

vernement du monde

inférieur, la présidence des

1

Horapollo, Hierogljph.,

lib.

I, 68^ 69, yo.

2 Val en tin. 3 Basilide,

,

CHAPITRE
sept planètes

IV.
,

27
des douze

ou des semaines

et celle

lunes

ou des mois de

l'année , mais encore celle
ainsi

de chaque jour, qui est, pour

dire,

un
cent

temps clos, une époque indépendante. Lorsque
l'astronomie

perfectionnée
la

demanda

trois

soixante-cinq jours pour
l'année, la science

révolution totale de

du

sanctuaire subvint par
la

un

mythe aux besoins de

croyance populaire. Ce
de
la

mythe

fut celui de l'origine
le jour, et

pentade, à qui

Netphé donna

qui se composait à'Osiris

et d'/5/5, ô^Arouéris^

de

Typhon

et

de Nephthys.

Ce
s'il

seraient

donc

là les

plus jeunes des dieux,

était possible à l'esprit
;

de l'homme d'arrêter
il

jamais ses créations

mais

marche

et

crée

sans cesse, à la lisière de la mythologie,

comme
dieux

à la lisière de la philosophie. La pentade n'étant

qu'une nouvelle manifestation

des

supérieurs,
tres

on y ajouta d'autres dieux génies pour les assister dans leurs
et
^

et d'au-

travaux.

La naissance d'Horiis
de Phiha-Harpocrate

d'Anubis,

la répétition

ô^

Hermès

et

de Sérapisy
^

portèrent bientôt la pentade à une décade

j

et

dans

les

temps postérieurs de l'Egypte

,

ce fut

1

Cette répétition est la conséquence inévitable de l'idée
,

mère de Témanation

la divinité;

toujours elle-nicinc;

28
cette décade, plus

SECTION

II.

rapprochée de l'homme, plus

fraîche dans ses croyances, qui
nières.
1

domina

ces der-

Osiris, divinité solaire, image, représentant

du

Dieu suprême bienfaiteur
,

et législateur des

homTy-

mes source de tout
,

ce qui est bien dans Tordre
adversaire constant de

moral

et

physique

,

phon, génie du mal,

devait nécessairement jouir
;

d'une vénération générale

et les

opinions qui se
se graver assez

rattachaient à cette divinité ont

profondément dans

les

esprits

pour que nous

puissions nous en expliquer le reflet dans l'idée

que

les

gnostiques se font de leur sauveur.
répètent

En

effet,

ces opinions se
le
2

non -seulement

dans leurs dogmes,
sur leurs

nom

d'Osiris figure

même

monumens.

se manifeste toujours sous de nouvelles formes. Plusieurs

membres de

la

dodécade ajant

été

de l'ogdoade,
la

il

n'est

pas étonnant que des
sent dans la décade.
1

membres de

dodécade reparais-

Les dix puissances du troisième ordre étaient les chefs

{(^sitAvo]) des trois cent soixante génies tutélaires;

chacun

en présidait trente-six, en sorte qu'Osiris
taient

et Isis

en comp-

ensemble soixante-dix; Typhon

et sa

compagne

avaient le

même

nombre.

2 Voj. notre planche 2. Les gnostiques, qui ont spiri-

CHAPITRE
Il

IV.

29

paraît aussi que, dans leurs allégories sur

les souffrances
ils

de

la

Sophia, sœur du Christos,
d'Isis,

ont eu en vue celles

sœur

et

syzygos

d'Osiris sauveur.

Horus,

le fils d'Osiris et d'Isis, se
le gnoslicisme.

retrouve éga-

lement dans
Il n'en est

pas de

même

d'Arouéris, autre éma-

nation d'Osiris et

d'Isis, ni
le

de Nephthys, com-

pagne de Typhon; mais

compagnon

d'Osiris,

Hermès deuxième,

et le

grand adversaire du bien,

Typhon,

se reconnaissent d'autant plus distincle

tement, l'un dans

personnage du Christos in-

férieur, l'autre dans celui

du chef

des mauvais

anges.

tualisé tous les
jeter tous

sjmboles
ils

qu'ils

empruntaient, ont du

re-

ceux dont

ne pouvaient

tirer ce parti. C'est

ce qui explique l'absence, sur leurs

monumens, du bœuC
atteste

Apis, symbole
son tour,
la Perse.
les

d'Osiris.

Ce sjmboie

d'ailleurs, À

rapports du système égyptien avec celui de

L'influence d'Osiris, sa divine et puissante action, sont^

en général,

très-détaillées

par
,

les

Égyptiens,

et

appliquées

à une foule de pbénoniènes

astronomiques

et agraires,

particuliers à l'Egjpte, et ces applications ont enfanté beau-

coup de mythes

;

mais
est

il

serait

absurde de dire que
qu'il n'est

le

per-

sonnage d'Osiris

né de ces mythes,

qu'une

abstraction de ces phénomènes.

-

^2

SECTION

II.

dans des corps matériels pour l'expiation de
fautes.

1

rs

Une

foule des plus belles scènes que

>n
e,

remarque sur les monumens de l'ancienne Égy

•e rapportent à ces fonctions d'Hermès psy( i-

pompe.

On

n'en trouve pourtant point

d'iij

ast

tions sur les
vrai

monumens

des gnostiques.

Il

^e

certains

emblèmes de

ces scènes p

i3s

vaient se concilier avec les allégories des ce

sacrés^; mais ces théosophes n'adoptaient pi,

au

sujet

du jugement
les

dernier, toutes les imaîs
et les

que présentent
des chrétiens.

codes

premiers éc

is

Anubis,

fils

d'Osiris, génie de l'étoile Syri
et

,

l'un des bienfaiteurs
e^t

protecteurs de rÉgyi

,

une espèce d'agent d'Hermès deux,
lui. ^

et se cci-

fond quelquefois a>ec

Dans

la

période alexandrine, Osiris

s'efface,

i

quelque sorte, devant Sérapis, ancienne divine

dont

le culte reprit

au point que

les

nations

étr; -

"ères, les

Romains surtout, ne

s'attachant
,

qu
se

i

cuhe, qu'à l'enseignement exotérique

ont

I

Nous

citerons

pour exemple TiJée de peser

les ai

î

dans une balance. Voj. Daniel, cb. 5, v. 27. rappeler Auu (,>uclques pierre» guosliques semblent
Vo>. notre planche 2.

,

\PITRE
vent pris
Égyptiens.
et Séia])i
Il

IV.

60

our

la divinité

suprême des

pr. Mait
ris

aux phénomènes du Nil
les

aux destinées

âmes dans

enfers.

On
le

voit, par ses n

,

qu'il se confondait avec

dieu Canobus;

oi

!

trouve aussi en rapport avec
les sept divinités plales

Hermès, avec Armis, avec
nétaires et le zodjaae.

Ayant dominé

croyanl'ori-

ces vulgaires dan^

is

temps qui touchent à
il

gine

du gnosticism,
de ces
i-

doit se retrouver sur les
^

monumens Typhon et
les divinités

stèmes.

sa s\ /gos
,

Nepthys, qui sont, après
,

leurs adversaires
les

(>iris et Isis

Horus
de

et
la

Hermès
dernière

pis puissantes
les

série,

ne figurent ps sur

monumens
elle

des gnos-

tiques; mais
leurs idées.

Typha

se retrouve

au moins dans
en a été rejetée, de celles des

Quaui ;Wepthys,
li-même

comme Typhon
Grecs.

l'a

été

Typhon
et

est

,

cmme Ahriman
le

,

principe et

source de tout ce ai est mal dans l'ordre moral

physique;

comm
la

Satan

du gnosticisme,

il

se
il

confond avec

natière, et, sous ce rapport,

nous

paraît av<>i,eu sur les spéculations des

1

V. noire

pi. 2

.

Cf. Veuzer,
'•>

Dionysus
p.

s.

Comment, acad.

de rerum bacchic.
2

ci "

ori^.

;

i83

sq.

Tah. I, II, IV.

5

,

02

^

SECTION IL

dans des corps matériels pour rexpiation de leurs
fautes.

Une

foule des plus belles scènes

que l'on

remarque sur les monumens de l'ancienne Egypte,
se rapportent à ces fonctions

d'Hermès psycho-

pompe.

On

n'en trouve pourtant point d'imita-

tions sur les
vrai

monumens

des gnostiques.

Il

est

que certains emblèmes de ces scènes pou-

vaient se concilier avec les allégories des codes
sacrés
^
j

mais ces théosophes n'adoptaient pas
les

au sujet du jugement dernier, toutes

images

que présentent
des chrétiens.

les

codes

et

les

premiers écrits

Anubis,

fils

d'Osiris, génie de l'étoile Syrius,

l'un des bienfaiteurs et protecteurs de l'Egypte
est

une espèce d'agent d'Hermès deux,
lui.
^

et se

con-

fond quelquefois avec

Dans la période alexandrine, Osiris
quelque sorte
,

s'efface,

en

devant Sérapis

,

ancienne divinité
les

dont

le culte reprit

au point que

nations étran-

gères, les Ptomains surtout,

ne

s'attacliant

qu'au

culte, qu'à l'enseignement exotérique, ont sou-

1

Nous

citerons

pour exemple

l'idée

de peser
v. 2'j.

les

âmes

dans une balance. Voj. Daniel,
2

cli.

5,

Quelques pierres gnostiques semblent rappeler Anubis
2.

Voj. notre planche

CHAPITRE
vent pris Sérapis pour
Égyptiens.
et
Il

IV.

DD

la

divinilé

suprême des
]\il

présidait

aux phénomènes du
les

aux destinées des âmes dans

enfers.

On

voit, par ses images, qu'il se confondait avec le

dieu Canobus

;

on

le

trouve aussi en rapport avec
les sept divinités plales

Hermès, avec Anubis, avec
nétaires et le zodiaque.

Ayant dominé

croyanl'ori-

ces vulgaires dans les

temps qui touchent à
il

gine

du gnosticisme,

doit se retrouver sur les
^

monumens de ces systèmes. Typhon et sa syzygos Nepthys,
leurs adversaires, Osiris et Isis,
les divinités
les

qui sont, après
et
la

Horus

Hermès,
dernière

plus puissantes de
les

série,

ne figurent pas sur

monumens

des gnos-

tiques; mais
leurs idées.

Typhon

se retrouve

au moins dans

Quant

à Nepthys, elle en a été rejetée,
l'a

comme Typhon lui-même
Grecs.

été

de celles des

Typhon
et

est

,

comme Ahriman
le

,

principe et

source de tout ce qui est mal dans l'ordre moral

physique; conmie

Satan

du gnoslicisme,

il

se
il

confond avec

la

matière, et, sous ce rapport,

nous

paraît avoir eu sur les spéculations des

1

y. noire

pi. 2. Cf. Ciciizer,

Dlonjsus
i85
sq.

s.

Comment, acnd.

de rerum, bacchîc.

et orpli. ori^-^ p.

Tah. I, II , IV.

,

54

SECTION

II.

gnostiques d'Egypte autant d'influence qu'en eut

Aliriman sur celles des écoles de Syrie.

C'était

principalement contre sa funeste puissance que
l'on

invoquait les génies tutélaires de chaque
la troisième

jour de l'année, dont se composait
série des dieux.

Ces dieux sont aussi peu connus nominative-

ment que

les trois cent soixante intelligences

qui
les

composaient l'Abraxas de

Basilide.

Les anciens

comprennent sous

le

nom

générique de démons.

Ces démons se groupaient, par classes, autour
des dieux appelés ly^oŒ/^/o/, c'est-à-dire, les dieux

gouverneurs du
agens,
appelés

monde

visible

;

ils

en étaient

les

comme

leurs chefs étaient ceux des dieux

vTts^ov^ocvioi,

Chargés d'entretenir
ils

les

rap-

ports entre les deux mondes,
la descente des
la

présidaient à

âmes de

la

région supérieure dans

zone inférieure,

et leur

communiquaient, penet

dant cette existence d'épreuve
les

d'expiation

dons de

la vie divine. Ils se partageaient,

par

classes

de trente -six,

les

trente -six parties

du

corps humain,

et, après

l'achèvement de

la car-

rière terrestre, ils guidaient les

âmes dans leur

retour vers l'Être suprême. C'est pour recom-

mander les âmes aux

divers génies dont

ils

avaient

à traverser les régions, qu'on chargeait d'amu-

,

CHAPITRE
lelles les

IV.

35

corps des défunts. La voie que suivaient
était celle
*

les

âmes dans leur ascension

du

zodia-

que, distinguée en douze stades.

Outre

les classifications

numériques par déca-

nies, les Égyptiens paraissent avoir distingué les

démons selon

leurs rangs, et en avoir

formé

six

ordres particuliers. Le gnosticisme offre peu

ou

point de traces de ces distinctions;
avoir adopté une autre
des de la vie
platoniciens
, , ,

il

paraît en
sta-

relative

aux sept
les

qui se trouve chez
et

nouveaux
,

que ces théosophes ont

sans

doute, reçue des Égyptiens. Suivant cette croyance,

l'homme, dans
de Vénus, du

sa carrière terrestre, est placé sucla

cessivement sous i'influence de
soleil,

lune, d'Hermès,

de Mars

et

de Jupiter, jusÉlysées.
^

qu'à ce qu'il entre enfin dans les
Cette théorie entrait
si

champs
la

bien dans
étai^

grande ten-

dance du gnosticisme, qui
les

d'unir étroitement
la rejele

deux mondes,

qu'il

ne pouvait guère

ter;

d'un autre côté,

elle contrastait

trop avec

1

Voy., sur

les

Doyens,
et

les

plus influens des

démons,

le

Dialogue d'Esculapc
lih.

d'Hermès, dans Stobxiis, Eclog.
Heeren.
,

phjsic.y

Iy

p'

469,

éd.

2 Proclus, Comment, in Platonis Ahibiad.

I.

Ilerni.

Trismeg. clans y p. ii, a^ b^ éd. Franc. Patrie.

,

36
clii

SECTION
islianisme , dont
fdt pas obligé

II.

il faisait

sa base,
Il

pour

qu'il

ne

de

la

modifier.

aima mieux

la transporter

sur la carrière de l'ame après la
celle
le

mort, que sur

de cette

vie.

En
pour
ne
le

général,
il

gnosticisme n'a rien adopté

aveuglément;

a

examiné l'ancien monde, non

reproduire, mais pour régénérer complèle

tement

monde nouveau, que
que
les écoles

le

christianisme
seul.

lui semblait pas

pouvoir régénérer tout

C'est ainsi

gnostiques d'Egypte ont

trouvé, dans les anciennes doctrines de ce pays,

non -seulement

leurs

idées fondamentales

d'un

Etre suprême inconnu, originairement caché, se
révélant successivement par

une

suite d'êtres qui
les

émanent,
tres,
le

soit

de son sein, soit

uns des au-

par syzygies; qui gouvernent en son
visible
j

nom
son
les

monde

dont l'un

,

son agent

et

organe particulier,
autres se partagent

est le créateur, et

dont

avec lui le gouvernement

tandis que d'autres encore conduisent, dans leur

double carrière

,

les

mortels auxquels
,

ils

ont

communiqué
rayons de

,

en créant leurs âmes
divine
,

quelques
l'Être

la vie

émanée de

su-

prême;

c'est ainsi,

disons-nous, que

les gnosti-

ques ont trouvé en Egypte non -seulement

les

idées fondamentales de l'émanation des dieux et

,

CHAPITRE
des âmes humaines

IV.

37
^,

du

sein de

Dieu

mais encore
les

une foule de
symboles

iliéories accessoires,

avec tous

et les

emblèmes qu'y
;

rattachait l'antique
le

mystériosophie

et

cependant

gnosticisme a

élevé, avec ces idées fondamentales, ces croyances

accessoires, ces

emblèmes

et ces

symboles, des

systèmes tout nouveaux, dont
les

le caractère,

dont

tendances, dont l'action sur l'homme, sont

tout autres.
C'est ce

que vont nous

faire voir successive-

ment

les

systèmes de Basilide et de Valentin
et des^ carpocratiens^.

comme

ceux des ophites

.o-^ ^r
Bâsilidr.

§. 2. Basilide

appartient, par son origine et la

première direction que reçurent ses études, à
cette école primitive

de gnosticisme dont

le berla
-

ceau fut

la

Syrie judaïco-grecque,
Il

y compris

Palestine et la Samarie.

reçut le j our en Syrie.

Son nom grec

n'est

probablement qu'une traduc-

1

Cliampollion, Pantli. cgypt.,

Amony Cnouphis
la Perse. Il
est

et

Pooh,

2

D'après les Actes de la dispute de

Mancs avec

Arclié-

laiis, Basilide était originaire

de

probable

que

cette

opinion

est

née du désir de rendre compte de son
l'Acad. des inscript.,

dualisme.
p.

Foucher(Mém. de
que Basilide
c'est

XXXI,
cl

448)

dit

était

d'Alexandrie y mais qu'il avait

voyagé en Perse;

ensemble une donnée fausse

une

donnée hasardée.

58
tion

SECTION
du syriaque, comme
Il

11.

le fut

plus tard celui

de Porphyre.
le

doit avoir entendu
il

Ménandre,
con-

continuateur de Simon ;
,

fut peut-être le

disciple de Saturnin

qui a suivi également les
le

leçons de Ménandre, et dont
tre

nom

se

renconil

fréquemment avec

le sien.

Cependant
S' étant

prit

bientôt une direction différente.

rendu en

Egypte,

comme

Cérinthe, dont les dernières an-

nées touchaient à celles de son enfance ^,ilj subit des influences qui
le

conduisirent à une nouvelle
l'enseigna dans Alexandrie^,

doctrine gnostique.
et
il

Il

est

probable

qu'il

ne quitta plus

cette ville, ^

Les doctrines

qu'il
:

y trouva expliquent

parfaite-

ment la sienne

c'.étaient les

anciens enseignemens
la

de l'Egypte, modifiés par des relations avec
Judée la Perse
,

et la

Grèce ,

c'étaient les théories

1

L'intervalle qui sépare le séjour de ces

deux gnosti-

ques en Égjple ne peut guère être considérable, Basilide

y

étant déjà

fort

connu

la

i2 5.^ année de l'ère

chré-

tienne.

2 S.

Clément d'Alexandrie
intime de
ses écrits,

fait

preuve d'une connaisqu'ils fule

sance

si

qu'on doit supposer

rent publiés en Egypte. Le
fils

nom

d'Isidore,

que portait

de Basilide, semble indiquer également une sorte de

prédilection

pour

l'Egypte.

3

II

mourut

l'an i3i

ou j33. Chrome. Euseb.

CHAPITRE
du plaionisme
par Aristobule
et et

IV.
,

Ô9
modifiées

du pythagoréisnie
Philon; c'étaient

les

croyances

chrétiennes, altérées par leur alliance avec Térudition alexandrine.

Dans ce confluent où

se réu-

nissaient tous les systèmes,
sa

aucun n'avait conservé

première pureté

:

Basilide, en les consultant

tous, donna au sien non-seulement des théories

qui manquaient à tous les autres, mais encore

un

caractère

moral tout

particulier.

A

la tête

de tout son système, Basilide plaça
formelle qu'il n'innovait en rien;
était la véritable et

la déclaration

que son enseignement

primi-

tive doctrine des chrétiens; qu'il l'avait

reçue par

Glaucias, interprète de
elle

S.

Pierre

i;

qu'à la vérité

ne s'accordait pas avec

celle des écrits dits
les

apostoliques ;

mais que ces écrits étaient,

uns
et la

supposés, les autres altérés par l'ignorance

mauvaise

foi. Il

joignait à la tradition de Glaucias

1

Basilide,
,

comme

Cérintlie, paraît s'être rattache, par
C'est

son origine

aux opinions judaïques.

pour cela

qu'il

préféra S. Pierre aux autres apôtres, S. Pierre aj'ant

penche
Basi-

d'abord pour la conservation des
lide, ainsi
ils le

rites

du judaïsme.

que son

fils

Isidore, citaient aussi S. Paul; mais

mettaient au-dessous de S. Pierre, et rejetaient, suises épîtres à Tite, à

vant S. Jérôme,
breux.

Timolhée

et

aux Hé-

4o
les

SECT10i\

II.

opinions renfermées dans
et
,

les

propliéùes de
d'autant plus

Cliam

de Barchor,

phénomène

curieux

que

les

autres gn os tiques attribuaient

généralement
secondaires.
^

les livres

prophétiques à des esprits

Pour exposer
dans quel sens
chrétiens,
il

à la fois sa doctrine et

montrer

il fallait

expliquer les évangiles des
livres d'inter-

composa vingt-quatre
il

prétations, dont

ne nous
la perte

reste

que quelques

fragmens,
regrettée. ^

et

dont

ne

saurait être assez

Sa doctrine

était,

en

effet,

dans quelques prinl'était

cipes, aussi ancienne qu'il prétendait; elle

même
1

davantage, puisqu'elle n'était qu'une éma-

Clemens Alex., Stroni.,p. SjB
c.

— 79^, passim.

Theo-

doretus, Hœret. fahuL^ I ,

2.

Euseb., Hist. ecçL,

IV

,

7.

2 Les fragmens des Exégétiques sauvés par S.
recueillis

Clément,

par Grabe [Spicilegium)

et

par Massuet (édition
les

de S. Irénée), forment pour nous, avec
de S. Clément d'Alexandrie
plus pures
et

renseignemens
les sources les

de S. Irénée,

du sjstème de
sujet

ce docteur.
et

On

a établi récem-

ment, au

de S. Clément

de S. Irénée, un principe
:

de critique qui nous parait peu soutenable
les

on a

dit

que

opinions attribuées à Basilide par S. Irénée sont posté-

rieures à ce chef, et appartiennent plutôt à ses disciples

qu'à lui-même, toutes les fois que S. Clément d'Alexandrie
,

qui a

pu mieux connaître

sa doctrine,

ne

les lui

CHAPITRE
nation
rie
y

IV.

4*
l'entendait la Syles

du zoroaslrisme

tel

que

car ce serait

une erreur de croire que
le

gnostiques eussent puisé dans

Zend-Avesta

même

celles

de leurs opinions qui rappellent

la Perse.

Basilide,

pour résoudre

le

grand pro-

blème de

l'existence

du mal dans un monde qui

porte, dans ses plus belles parties, l'empreinte

d'une puissance dirigée par la bonté, problème

dont
le

la

solution est l'un de ceux qui occuperont

plus long-temps notre espèce, adopta les deux

Principes de la théosophie persane, l'un, auteur

de tout ce qui

est

bonté, pureté et lumière j l'autre,

source de tout ce qui est mal, vice et ténèbres.^

Quant

à l'origine et, par

conséquent, à

la

coor-

préte pas cgralement.
S.

Ce raisonnement

n'est
le

que spécieux.

Clément d'Alexandrie n'expose point
il

système de Ba-

silide,

combat quelques-unes de
,

ses

opinions; S. Iié;

née

,

au contraire

traite

de son

système ex professa

et l'on

conçoit, dès-lors, que l'un doit faire connaître
l'autre doit se taire né-

beaucoup de choses sur lesquelles
cessairement.
1

yicia disputationis Archelai
,

cum Manete

,

in Ilippoljti

opp.
se

éd. Fabricio , vol.

II,

p.

kjS. Ces Actes sont loin de

recommander par une
;

authenlicilé et une inléf^rilé in-

contestables

mais

la

conséquence que nous lirons de leurs

données

est

d'autant moins sujette à doute, qu'elle est con-

firmée par l'ensemble du système de Basilide.

,

42

SECTION
,

II.

dination de ces Principes

Basilide

,

malgré

la

répugnance qu'a
indépendans
,

la raison à

reconnaître deux êtres
et l'autre

également éternels l'un
tiré

enseigna qu'ils avaient

leur existence d'eux-

mêmes.

C'était dire qu'ils existaient
;

de tout temps

l'un et l'autre

car on ne conçoit pas qu'ils aient
à tirer leur existence d'euxété.

jamais

pu commencer
s'ils

mêmes,

n'eussent pas toujours

Ces deux

Principes sont, d'ailleurs, les seuls êtres réels;
toutes les autres existences ne sont que par eux,
€t

ne jouissent que d'une apparence de
leur empire,
il

réalité.

Quant au partage de

est

indiqué

par leur nature respective.
Ces deux Principes sont évidemment
et

Ormuzd

Ahriman, Amon-Osiris

et

Typhon, Jéhovah
figure point
la

et Bélial. L'idée que, seuls, ils existent réellement,
est indienne.

Le zéruané akéréné ne
Il

dans ce système.

ne se conciliait guère avec
il

théologie chrétienne, et
dire
,

s'effaçait,
,

pour

ainsi
,

dans

Ormuzd

,

son image

comme

en

Egypte,

Amon

s'effaçait

dans Osiris, qui

n'était

que

l'une de ses manifestations. Basilide n'a pour-

tant pas reçu les anciennes doctrines sans les

modifier.

Ahriman, par exemple,

était

né génie de

lumière, suivant Zoroastre; dans

le

nouveau syséternité.

tème,

le

principe

du mal

est tel

de toute

CHAPITRE
Le principe du bien
et

IV.

4^
lumière n'est pas
:

de

la

non plus Orniuzd dans
semble, par ses
des chrétiens,
gnostiques.
Il

sa

pureté persane

il

res-

noms
est
le

et ses caractères, au
la

Dieu

tel

que l'entendent
dieu sans

plupart des
le

nom,

dieu dieu

qu'aucun

nom

ne saurait

faire connaître; le
Il

non-ne, c'est-à-dire éternel. fermée
et

tenait d'abord renla

cachée en lui-même

plénitude de ses
et

perfections;
tées
,

quand
est

il

les a

déployées

manifes-

il

en

résulté autant d'existences parti-

culières, toutes analogues
lui.

à

lui,

toutes encore
altéré

Cependant ces déploiemens n'ont pas
manière
tête.

sa

d'être

;

il

est

demeuré invariable à

leur

Ce dernier point
systèmes
gnostiques.

est le

même

dans tous

les

Basilide

pouvait

l'établir

avec d'autant plus de raison, que, dans sa théorie
,

les

diverses émanations de l'Être

suprême

ne sont que des êtres allégoriques,
hypostasiés de la divinité.

les attributs

Le premier de
vovç
;

ces êtres

,

le

Tt^ofloyovoç ,
;

est

c'est

de yoZç qu'émane hfoyoç
de
(p^ovyjatç, GQ(ploc\

de Koyoç
(jc(pioc

yitn\(p^ovy](Tiç\
Svvccfj^iç]

de

naît

de

Svvccfjiiç,

âiKUioavvrj

^
.

Les cinq pre-

1

Les Juifs

liellâii.sU.s

donnaient à

la S^tKotio<Tvvn le

nom

44

SECT10^^

II.

mières de ces émanations constituent autant de
qualités intellectuelles

les

deux dernières sont

des qualités morales- elles ne formaient toutes

évidemment qu'une seule
sephiroth de
testable
la

allégorie, ainsi

que

les

Kabbale. C'est une vérité incon-

que

les

premiers kabbalistes

et les

pre-

miers gnostiques n'ont point enseigné de pluralité

de dieux. D'un autre côté, on

se tromperait étran-

gement en réduisant

cette série d'êtres à

une sim-

ple allégorie dans notre sens. Suivant l'opinion

des gnostiques, opinion que leur léguaient à

la fois
la

rOrient

et

Platon, les idées,

la

conception,

manifestation de la divinité, étaient autant de créations, autant d'êtres qui étaient tous dieu^ qui
n'étaient rien sans lui,

mais qui étaient bien plus
:

que ce que nous appelons des idées
de Dieuils

ils

émanaient
>^

rentraient dans son

sein. S

*"?'-"

'

Les sept premières émanations de ce système
formaient, avec Dieu, une ogdoade que l'on peut

comparer à zéruané akéréné

et

aux sept amslias-

de

i/piivn, la

paix, le calme. La paix est non-seulement la
,

compagne

nécessaire de la justice

elle

est

le

caractère toutes ses

essentiel de la divinité, l'effet

harmonique de

perfections. Irenjeus, I, c. 24.
p, 559.

Clem. Alex., Sirom. , IV,

,

CHAPITRE
pands, ou bien au

IV.

45
première

monde
de

Azilulli, la

série des intelligences

la

Kabbale % mais qui
à la première
Basilide, chré-

nous semble encore plus analogue
ogdoade des Égyptiens
tien, rejeta
2.

Cependant
les

non-seulement

mythes cosmogoni-

ques que

les

Égyptiens rattachaient à leur ogdoade,
l'idée des syzygies,

mais encore

qui

était si

proles

fondément enracinée dans leurs opinions que
Grecs
et

que d'autres gnostiques

,

en adoptant

leur système, l'ont conservée avec soin et déve-

loppée avec une sorte de complaisance.
Basilide s'attache encore davanuige

aux idées

égyptiennes
séquentes.

,

dans sa théorie des émanations sub-

Ainsi que les sept premières sont les déploie-

mens
d'elles

et les

images d'un être supérieur,

il

émane
de

une seconde

série d'êtres qui leur
Il

ressemest

blent, qui réfléchissent leurs images.

en

même

de cette seconde série

:

il

en sort d'autres
la série

qui réfléchissent constamment l'image de

immédiatement

supérieure;

qui

sont toujoursr

1

Le personnage de

la Soplila (Ncllli,

Binah ou Chochsystèmes.
le

mail, Sapondaniad) se retrouve dans
2

les trois

La

S^uvctfUitç se retrouve particulièrement
,

dans

J)/em

de rKg;\pte. Cliarapollion, Panthéon égypt.

planche 25.

,

46
composées de sept
total

SJKCTlOrs

II.

intelligences; qui s'élèvent
et

au

de trois cent soixante- cinq,

forment au-

tant de

mondes

intellectuels , ou^ocvot.

Ici Basilide préfère

encore

la

théogonie égypde
la

.2

tienne à celle

du Zend-Avesta

et

Kabbale,

qui n'admettaient que trois ordres différens de

bons

génies. Il n'est pas certain

néanmoins que
cette
ri-

Basilide
chesse.

lui-même

ait

présenté toute

En

effet,

il

n'est

nullement impossible

que

S.

Irénée, qui nous rapporte cette théorie,

attribue

au maître l'enseignement de quelques-uns

de

ses disciples.

Le nombre de
de en
le

trois cent

soixante- cinq

em-

brasse toute la série des émanations successives
l'Être
lettres

suprême. Pour
grecques,
les

exprimer ce nombre
gnostiques formèrent
ils

mot ^Abraxas S
les trois

auquel
et

attachaient

un

sens d'autant plus

sublime

plus mystérieux

que

cent soixante-cinq intelligences qui

composent
l'Etre
rentes.

le

plérôme ne sont autre chose que
diffé-

suprême en autant de manifestations

On

conçoit dès-lors que ce mot, qui,
,

dans l'origine

pouvait se

lire

de différentes ma-

1

lien., I, 23.

Pour avoir

le

nombre de 365, on

écri-

vait

ABPASAS

ou

ABPASAS.

, j

CHAPITRE
nières, se lise

lY.

4?
basilidiens;
le

fréquemment,

et soit écrit diver-

sement sur
c'est

les

nionumens des

mais

par abus que l'on a donné

nom

d'Abraxas

non-seulement à toutes

les pierres basilidiennes

mais à toutes sortes de pierres gnostiques, sans
parler de

beaucoup

d'autres

monumens
les

qui se

rapportent à des doctrines différentes, et que,

par erreur, on a compris parmi

Ahraxas.
l'objet

Le mot d'Abraxas

a été

lui-même

de

beaucoup de discussions.

Au

lieu de le
lettres

prendre

pour une simple agrégation de

exprimant

un nombre, on
dans
ses syllabes,

a cherché dans son

ensemble
lettres, je
est

dans chacune de ses

ne

sais
,

quels mystères de doctrine.

On

tombé

ainsi

sans pouvoir parvenir à aucune explica-

tion satisfaisante, dans tous les erremens de la

capricieuse
listes.

mystériosophie des anciens kabba-

On

a cru

même

pouvoir

justifier ces stéla

riles

syllabolomies par l'exemple de

Kabbale,

et l'on a

cru pouvoir affirmer que

les

gnosliques

ont dû cacher des mystères dans ce terme, par
la raison qu'ils
,

ont emprunté beaucoup d'idées
et

aux kabbalistes
tendu
faire

que

les kabbalistes

ont pré-

trouver toutes sortes de vérités en décertains

composant

mots

usités dans leurs singules kabbalistes

lières spéculations.

Mais de ce que

43

»

SECTION

II.

ont prétendu que quelques termes scientifiques

de leurs secrètes traditions renfermaient des mystères,
il

ne

s'ensuit

nullement que

les basilidiens

aient caché les leurs dans

un terme qui

s'expli-

que de

la

manière

la

plus simple. Dès qu'un
et qu'il n'y

mot

souffre

une explication naturelle
il

a dans le système auquel

appartient aucune rai,

son de

lui attribuer

un

sens mystérieux

il

n'y

a plus de motif
nature.

pour en poursuivre un de

cette

J'admets aussi que l'exemple des kabbalistes a

souvent été suivi par

les

gnostiques

;

je

pense
la to-

même
talité

que

le

mot d'Abraxas, exprimant
qui exprimait

des intelligences qui composent le plérôme,
,

répond au mot à'Abram
lité

la tota-

des

membres du corps de
effet,

Seir Anpin^.

Nous

voyons, en

par d'autres exemples encore,

que

les

désignations

numériques de ce genre
les

n'étaient pas rares

dans

premiers

siècles

de

notre ère

2,

et l'on

conçoit que ces sortes de mots,

une

fois adoptés, soient

devenus souvent

l'objet

de

1

Voj.

t.

I, p. io4-

2 Ibidem, p.

lyS. Les mots de NsiXoç et de MêlSpatç
le

donnent également

à ces jeux de calcul. Voj. aussi

nombre de 365, et ont souvent le mot haarez, ibid., p.

servi
1

14.

CHAPITRE
toutes sortes de spéculations

IV.
,

49
que l'on
a cher-

et

ché des mystères jusque dans
les

les syllabes et
;

dans

lettres

qui les composaient

il

est

possible
se

aussi

que ces doctes interprétations
les

soient
5

accordées souvent avec

principes

du système

mais ces tardives

et oiseuses

lucubrations ne doi-

vent guère avoir plus de prix, à nos yeux, que
celles des kabbalistes, qu'elles rappellent.

En
mes
cité

établissant ainsi le point
le

de vue sous lequel

nous envisageons
loin

mot ôiAbraxas^ nous somde contester le plus ou moins de sagaété

ou d'érudition qui ont

prodiguées à ce
s'il

sujet par quelques archéologues; et

était vrai

que ce mot eût

été

composé pour peindre, par
à

chacun de

ses

élémens, quelque idée mystérieuse,

nous n'hésiterions pas

donner notre assentiment
,

à l'interprétation de M. Bellermann

qui coïncide

en grande partie avec celle de M. Mûnter, dont
elle est

pourtant indépendante dans son origine.
ces écrivains explique le

^

Le premier de
diAbraxas par
le

mot

koptc, qui

est incontestable-

ment

à l'ancienne langue de l'Egypte ce que le

1

Bellermann
,

,

Uehej- die
[\^

Gemmen

der Alten mit

dem

Ahraxnshilde

p.

et

suivantes.

Miintcr,

Kirchliche

Alterthilmer der Gnostiker , p. 2i5.

!D0

SECTIOJN

II.

grec

moderne

est

au langage de l'ancienne Grèce.

La

syllabe sadsch,

que

les

Grecs ont du conn'ayant

vertir

en acc^) ou

accç,

ou

(jcc^,

pu

expri-

mer

la dernière lettre

de cette syllabe que par
signifierait
*

les lettres

X, S, ou Z,

parole,

et le

abrak

,

béni, saint , adorable

;

en sorte que

mot ôiAbraxas
interprétation

tout entier offrirait le sens de

parole sacrée. M. Mûnter ne s'éloigne de cette

que pour

les syllabes

abrak,

qu'il

prend pour

le

mot

kopte, berre,
le

nouveau, ce

qui donne à l'ensemble
velle.

sens de parole nou-

Telle est incontestablement l'explication à la
fois la plus ingénieuse et la plus

probable qu'on

eût établi jusqu'alors sur Abraxas. Cependant,
quelle que soit la déférence que

commandent
,

les

noms de MM. Mùnter
que
je

et

Bellermann
le

j'avoue

ne puis comprendre

motif qu'ont dû

avoir les basilidiens de choisir pour la désignation de leur plérôme, qui n'est autre chose que
l'Etre

suprême, un mot kopte qui
car,

signifie aussi
le

peu de chose;

que l'on prenne

sens de

parole sacrée ou celui de parole nouvelle, ni l'un
ni l'autre n'offrent rien d'assez

nouveau

,

d'assez

i

Cf,

Genèse,

c.

4i^

v. 43.

I

CHAPITRE
mystérieux, pour nioiiver
pression.
le

IV.

5l

choix de celte ex-

Le

véritable mérite des recherches archéologiet

ques de l'un
sujet, est
et

de

l'autre
fait

de ces savans sur ce
oublier les anciennes
^ ,

donc

d'avoir

bizarres étymologies

du mot Abraxas

et

1

L'une des plus curieuses
lettre

est celle

de Wendelin, ren-

fermée dans une
fleiiana,
cette
vol.

de l'année i655. (Misceilanea chi^
p.

VI. Antw., i653,
les

Sg

et

112.) D'après

hypothèse,

quatre premières

lettres

du mot Ahra]3,

sax sont

les initiales des
le

mots hébreux 2N,
,

mi,

'^y'^'^Ti,

qui signifient

père, le jils

V esprit ,

le saint.

Les trois
IrJJtiùict,

dernières lettres seraient les initiales des mots grecs
Kttc
)

"EvXov

salut,
-i

par

le, bois

(croix).

Un mot composé

de deux sjllabes hébraïques

et

d'une syllabe grecque offre,

à la yérité, une dénomination fort étrange; cependant, la
secte des basilidiens,

adoptant à

la fois des doctrines judaï-

ques

et des doctrines

grecques, aurait pu, dans son langage

se permettre

également un singulier syncrétisme. Les Juifs

ont eu d'ailleurs,
tiches, et c'est là

comme
un
fait

les

Grecs, l'habitude des acros-

tellement connu, qu'il est à peine
ici
;

nécessaire de le rappeler

mais ce qui renverse tout cet
c'est

ingénieux échafaudage dérobé à deux langues diverses,

que

les

deux mystères fondamentaux du christianisme renle

fermés dans

logogryphe d'Abraxas, c'est-à-dire
de
la

les

dogmes

de

la trinité et

mort d'expiation , n'entrent guère dans

les idées des basilidiens.

Us niaient

la

mort de Jésus-Christ

sur la croix, et confondaient la trinité dans leur plérôme.

Beausobre (Hist. du manich.,

II, p.

55), dont

la

loqua-

!do

sf:ctiojn

il

grec

moderne
en

est

au langage de l'ancienne Grèce.

La

syllabe sadsch,
(Tcc^y

que

les

Grecs ont dû conexpri-

vertir

ou

accç^

ou aa^, n'ayant pu

mer

la dernière lettre

de cette syllabe que par
signifierait
^ ;

les lettres

X, S, ou Z,

parole, et
le

ahrak

,

héni, saint , adorable

en sorte que

mot ôiAbraxas

tout entier offrirait le sens de

parole sacrée. M. Mûnter ne s'éloigne de cette
interprétation que

pour

les syllabes

ahrak,

qu'il

prend pour

le

mot

kopte, terre,
le

nouveau, ce

qui donne à l'ensemble
velle.

sens de parole nou-

Telle est incontestablement l'explication à la
fois la plus ingénieuse et la plus

probable qu'on

eût établi jusqu'alors sur Abraxas. Cependant,
quelle que soit la déférence que

commandent
,

les

noms de MM. Mûnter
que
je

et

Bellermann
le

j'avoue

ne puis comprendre

motif qu'ont dû

avoir les basilidiens de choisir pour la désignation de leur plérôme, qui n'est autre chose que
l'Etre

suprême, un mot kopte qui
car,

signifie aussi
le sens

peu de chose;

que l'on prenne

de

parole sacrée ou celui de parole nouvelle, ni l'un
ni l'autre n'offrent rien d'assez

nouveau

,

d'assez

i

Cf.

Genèse,

c.

4i^

v. 4^.

I

CHAPITRE
mystérieux, pour ni Oliver
pression.
le

IV.

5l

choix de celte ex-

Le

véritable mérite des recherches archéologi1

ques de
sujet, est

un

et

de l'autre de ces savans sur ce
d'avoir
fait

donc

oublier les anciennes

et bizarres

élymologies du

mot Abraxas

^

,

et

1

L'une des plus curieuses
lettre

est celle

de Wendelin, ren-

fermée dans une
fletiana,
vol.

de l'année i655. [Miscellanea chip.

VI. Antw., i653^

69

et

112.) D'après

cette lijpothèse, les quatre premières lettres

du mot Abra-

sax sont

les initiales des
le père,

mots hébreux
^

n^<,

p, nn, Onprr,
Les trois

qui signifient

le fils

V esprit ,

le saint.

dernières lettres seraient les initiales des mots grecs Icolyiûtu,
Ktto
)

AvAûU', salut, par

le, bois

(croix).

Un mot composé
cependant, la

de deux syllabes hébraïques
à la vérité,

et

d'une syllabe grecque offre,
fort étrange;

une dénomination

secte des basilidiens, adoptant à la fois des doctrines judaï-

ques

et

des doctrines grecques, aurait

pu, dans son langage

se permettre

également un singulier syncrétisme. Les Juifs

ont eu d'ailleurs,
tiches, et c'est là

comme
un
fait

les

Grecs, l'habitude des acros-

tellement connu, qu'il est à peine
ici
;

nécessaire de le rappeler

mais ce qui renverse tout cet
c'est

ingénieux échafaudage dérobé à deux langues diverses,

que

les

deux mystères fondamentaux du christianisme renle

fermés dans

logogryphe
de
la

d' Abraxas, c'est-à-dire les

dogmes

de

la irinité et

mort

d' expiation , n'entrent la

guère dans

les idées des basilidiens.

Us niaient

mort de Jésus-Christ

sur la croix, et confondaient la trinité dans leur plérôme.

Beausobre(Hist. du manich..

Il, p.

55), dont

la

loqua-

^2
d'avoir jeté,

SECTION

II.

non -seulement

sur les

monumens

des basilidiens, mais sur le gnosticisme en général, des

lumières dont on profitera toujours avec

reconnaissance.

Leurs prédécesseurs, Saumaise
carius
5,

^,

Kircher
5,

2,

Ma-

Chiflet, Pignorius^,

Augustinus
8,

Gor-

lœus^, Maffei?, Montfaucon

Stocli9, Passe-

cité surpasse

encore l'érudition

,

propose une étymologie

purement grecque, qui
ffûiù),

se réduit

aux mots d'Aépoç

et

de

ce qui signifierait le beau Sauçeur; mais le Sauveur

n'est

qu'une des 565 intelligences qu'exprimait
et S.

le

mot

Abraxas;
le sens

Irénée dit trop formellement que

tel était

mystique de cette désignation barbare, pour que
la

l'idée
1

de Beausobre puisse recevoir
annis climactericis
et

moindre approbation.

De

antiqua astrologia. Lugd. Ba-

iaç.,

i64o.

2

Œdipus œgyptlacus
s eu

,

t.

II ,

part. 2, p,

46 1

^t

462.

3 Abraxas ,
iius.

de

gemmis

basilidlanis , edid. Jo. Chifie'

yiniw.y 1657.
Isiaca. Amsterd.
et
,

4 Mensa
5

1669.

Gemmœ

sculpturœ aniiquœ depiciœ a Leonardo

Au-

gustino, éd. Jac. Gronov. Franeq., 1694.

6 Gorîœi dactjliotheca. ,
7

éd.

Gronov. Lugd. Bataç., 1695.
Rossî, colle spovol.
t.

Gemme antiche figurât e da Domenico de
P. A. Maffei. Rom., 1707

sizloni di

— 1709, 4

8 Palœographia grœca ,
part. 2.

et l'Antiquité expliquée,

II,

9

Gemmœ antîquœ cœlatœ, perB. Picart. Amsterd. ,

1724.

1

CHAPITRE

IV.

.53

rius^, Bartolus^, Lippert^, Ficornius^ et plusieurs autres écrivains ^, ont également acquis des

droits à la reconnaissance des savans par les soins
qu'ils

ont donnés à

la

publication ainsi qu'à l'exil

plication des Abraxas. Cependant
assez souvent de prendre

leur est arrivé

pour des monumens

basilidiens des pierres qui appartiennent à d'autres

doctrines, soit asiatiques, soit grecques et
il

égyptiennes-

leur est arrivé plus souvent en-

core de

donner des explications

entièrement

1

Thésaurus

gemmarum

astriferarum antiquarum. Cura

et

studio Ant. F. Gori. Florent., ijoo, 3 vol.
2

Muséum

odescalchum ,

s.

Thésaurus antiq. gemmar. a
et

P.

S. Bartolo.

Romœ,

lySi

1752,

2 vol.

3 Dactyliotheca uniçersalîs. Lips., 17 55

— 1762,

3 vol.

4

Gemmœ
Galeotti.

antiquœ litteratœ aliœque rariores y ab A. P.

N.
5

Romœ,
:

lySy.

On

trouve également quelques Aliraxas clans les ou-

vrages suivans

Le Pois, Discours sur
t.

les

médailles; Baro-

nius, Annales ecclesiastici ,

Il, p. 72, éd. Colon.; Sponii

Miscellanea eruditœ antlquiiails ;

De
la

la

Chausse,

Romanum
Fabretti,

Muséum; Molinet, Cabinet de
Geneviève
;

bibliothèque de Saiate;

Beger

,

Thésaurus Brandeborgicus

Inscriptiones antiquœ;

Prodromus

iconicus sculptarum
e

gem-

marum ex Museo
ton,

Ant. Capelli; Signa antiqua

Museo Ja^

cobi de IVilde; Ebernia^er, Thésaurus

gemmarum; Middleetc.

Germana

antiquitatis

monumenia ,

54

SECTION

II.

fausses des véritables Abraxas. D'ailleurs,

un grand

nombre de
soit

ces pierres sont encore disséminées,

dans des cabinets particuliers peu connus
soit

du public,

dans
s'il

les

magasins des marchands

d'antiquités; et

est

douteux que nous puis-

sions jamais expliquer entièrement les inscriptions vraiment barbares

qu elles présentent

si

sou-

vent,

il

est

du moins

certain

que plus on pourra
ils

réunir de ces

monumens,

plus

répandront de

jour

les

uns sur

les autres.

C'est ce qui

nous a

engagés à en signaler quelques-uns que nous

croyons inédits
sent,

et

que nous publions dès à pré-

quoique nous ne soyions pas encore en

état d'en fasse

donner une explication qui nous

satis-

nous-mêmes i. Nous devons avouer, au

reste,
,

sans l'intention de déprécier ces
la

monumens que

plupart d'entre eux nous paraissent avoir ocle vulgaire

cupé plutôt
ques.

que

les chefs des gnosti-

Ce sont

les pratiques et les

superstitions

populaires que nous font connaître ces pierres;
ce ne sont pas les grandes théories

du

gnosti-

cisme

:

aussi les auteurs anciens qui combattent

ces théories se sont-ils peu occupés des Abraxas.

1

\oy. l'explication de nos planches.

CHAPITRE

I\.

55

On
avaient
les

a pensé qu'une partie de ces

monumens
basllidiens

pu

servir

pour rappeler aux

principaux de leurs dogmes; qu'on a pu donles autres

ner

aux

initiés

des divers grades

comme

symboles des mystères qu'on leur avait révélés;

que

d'autres encore ont

pu

leur tenir lieu de siet

gnes de reconnaissance dans leurs voyages,

que

la
,

majeure partie, enfin,

se

composait d'amu-

lettes

auxquelles la superstition attachait le pougénies cé-

voir de procurer la protection des
lestes.

Si l'on

prend

le

mystère des trois cent soixante-

cinq intelligences du plérôme pour l'un des dog-

mes fondamentaux du système de

Basilide,

il

n'y

a pas de doute qu'une simple pierre avec le

mot

^Ahraxas
tiés
,

aurait

et

d'autres
;

dogme aux inisymboles auraient pu rappeler
pu
rappeler ce

d'autres idées

mais on conçoit à peine qu'un

symbole

fut nécessaire

pour rappeler des dogmes

à des sectes philosophiques, et je ne pense pas
qu'il existe

une seule pierre basilidienne qui ji'ait
la

eu d'autre but que celui de soulager
par rintuition. Le
fait,

mémoire
ont

que

les seuls initiés

connu
mais

la

valeur de tous les symboles marqués sur
,

ces pierres
il

peut être admis sans contestation de

;

n'a rien

commun

avec

la

question de

,

58
et ce

SECTION
syncrétisme a

If.

pu

s'opérer surtout dans les

derniers temps,
se réunissaient

les débris

des diverses sectes

pour

se renforcer

mutuellement.

Les trois cent soixante-cinq intelligences, toutes

émanées de

l'Etre

suprême, étaient toutes d'une
elles se

pureté divine; toutes

ressemblaient, ré:

fléchissant les images les unes des autres

cepen-

dant

elles se distinguaient entre elles;

plus elles

s'éloignaient de l'intelligence parfaite, plus elles

devenaient imparfaites
sans toutefois

,

plus elles dégénéraient
à leur destination , et sans

manquer

troubler elles-mêmes l'harmonie qui régnait né-

cessairement entre les diverses

émanations du

plérôme.) Sans doute elles se partageaient les divers

mondes

et leurs divisions,

et présidaient,

selon leurs rangs, aux destinées des astres et de
leurs habitans, surtout à celles de la terre et des

hommes,
la

suivant l'exemple de la théologie et de
les

démonologie égyptienne, dont

doctrines

furent également adoptées par les Grecs, surtout

par

les

philosophes appelés nouveaux platoni-

ciens.

La pure

et

harmonieuse

activité

de toutes

les

puissances émanées de l'Etre suprême se maintint
tant que les

deux empires demeuraient dans leurs

limites respectives; mais bientôt elle fut troublée

,

CHAPITRE

IV.

Sg

par l'empire du mal, qui vint envahir celui du
bien.
C'était,

dans tous

les

systèmes de philosophie,

l'une des questions les plus difficiles à résoudre,

que

celle

de

la

présence du mal

et

de son ori-

gine dans la création des dieux. Cette question
était

même

plus embarrassante dans

la

théorie de

Basilide

que dans

celle des autres gnostiques.

La

plupart de ces derniers admettaient, avec quel-

ques anciens cosmologues

,

une matière

éternelle

comme
prits

l'Etre supr'ême,
,

mère du mal

et

des es-

malfaisans

trop puissante pour que les
qui entreprirent de l'arranger
la

dieux inférieurs
,

,

en mondes pussent

façonner à leur

gré.

Dans

ces hypothèses, la confusion
était

du bien
la

et

du mal

expliquée par l'entreprise de

création

exécutée par les génies

du bien

sur le domaine

du

mal. Mais, suivant le système de Basilide, la
s'était

création ne
la

point opérée de cette manière;
s'était faite spiri-

confusion des deux empires

tuellement.
listes

Quelques opinions que

les

kabba-

s'étaient

formées sur l'invasion de Satan
le récit

dans
de
la

les

œuvres de Dieu, invasion dont

chute ne leur semblait être qu'un
et

faible

monument
sent avoir

un m^the du Zend-Avesta,
la

parais-

amené

théorie de Basilide.

,

^^

SECTION

II.

D'après cette théorie, les puissances des ténèbres
,

qui touchaient aux derniers
i,

mondes des

intelhgences pures
furent saisis

ayant aperçu leur lumière,

du

désir d'y participer, de s'unir et

de se confondre avec ce
Tenvahirent avec tous
violente, et les
et

monde

de lumière.

Ils

les efforts

d'une passion
ainsi

deux empires furent

mêlés

confondus.
C'est ce

2

que Basilide appelait

le

trouble et la
,

confusion priniitiçe ^. D'autres gnostiques au lieu

1

Si Basilide a été conséquent dans ses calculs, les trois

cent soixante- cinq intelligences^

émanées

les

unes des autres

par

séries

de sept

,

formaient cinquante - deux mondes, ou

ovpctvo/, plus l'Etre

suprême, qui

se trouvait,

comme
mot de

hui-

tième

membre,
,

à la tête de la première heptade.
ciel,

Nous
il

ferons remarquer à ce sujet que le

ovpavûç, pour intelligence céleste, n'offre rien d'extraordinaire dans le langage de l'antiquité.

Dans
dans

les
le

œuvres de

Confucius, on trouve
ligence suprême.

le

mot de

ciet

sens d'intel-

Voj. PTerke des tschinesischen Weisen
s.

J^ung-fu-DsU und

Schiller.

Uebers. u. mit
1 ,

Anmerk. von

W,
2

Schott. Halle,

1826, vol.

p.

36

et

ii4, note 56.

ArcLelaus, Jeta disput.

cum Manete. HippoL 0pp.,

II, 194.

3

Tctpct^i^cç

HOU (Tuy^va-iç Àù^ik^, Clemens Alexandr.

II, p.

4o8,

éd. Sjlb.
l'état

A

la vérité,

il

n'est question
il

dans ce

passage que de

de l'ame,

et

parait se rapporter

CHAPITRE

IV.

61

d'une invasion de l'empire des ténèbres dans celui des

lumières, admettaient, au contraire,
le

un

débordement du plérôme dans
riel, et

monde

maté-

expliquaient, de cette manière, le
le

même
et leur

problème,

mélange du bien

et

du mal,
la

hypothèse semble plus digne de
vine.

majesté di-

En

effet

,

c est

une sorte de

faiblesse »de la

part des intelligences émanées de Dieu, que de
laisser
c'est

envahir leur domaine par
sorte d'inconséquence
,

les

démons,
la

et

une

de

part de

l'Etre

suprême

que de ne pas admettre volon-

tairement dans son empire des génies qui brûlent

du

désir de s'allier avec sa lumière; tandis

que

l'idée

d'une plénitude de vie et de puissance qui
les élé-

déborde, du sein du plérôme, jusque sur

mens ténébreux
chose de grand

et matériels
et

du monde,
faire

a

quelque

de propre à

concevoir

l'immensité de l'Etre suprême. Mais Basilide, en

empruntant son mythe principalement au Bun-*
dehesch, n'a pas voulu en altérer
«

le sens. «

Les

deux (Ormuzd

et

Ahriman),

dit

cet abrégé

moins
logie
;

à Ja

cosmologie en général qu'à
est lié

la seule

anthropo-

mais tout
si

dans ce syslcnic, rien n'j serait

expliqué

Ton

restreignait le rdpsi^oç et la (rvy^v^rtç à

l'homme

seul. D'ailleurs les autres

clocumens, surtout
ce sujet.

les

u4cies d'Archélaûs,

ne

laissent

aucun doute à

02
((

SECTION

11.

du système de Zoroaslre, cachés dans
(l'immensité)

l'excès

te

du bien

et

du mal,

et sans

bornes

postérieures, parurent en se mêlant ensemble...

M Ensuite ce méchant (Ahriman) se lève et s'ap((

proche de

la
il

lumière; lorsqu'il

vit la

lumière
^
^*

((

d'Ormuzd,
la

courut dedans pour

la gâter.

Dans

Genèse, que Basilide paraît aussi avoir

consultée, c'est également Satan, suivant les interprétations judaïques, qui vint, par son organe,
le serpent,

gâter

la

création de Dieu; et Basilide

paraît avoir suivi cette double autorité. Cette solu-

tion de l'origine

du mal, adoptée
pas

aussi par
;

Manès,
la

n'est guère satisfaisante

pour nous

mais

phi-

losophie ne
la

sait

non

plus en fournir une qui
est
,

satisfasse

elle-même. Telle qu'elle

cette

solution pouvait expliquer à Basilide

l'état

actuel

des choses,

des âmes d'une origine céleste

sont renfermées dans des enveloppes qui ne sont

pour

elles

que des chaînes

;

où l'homme

doit

chercher, pour ainsi dire, à se débarrasser de la
moitié sensible de lui-même ; où ses propres instincts résistent
état

au bien que veut

sa raison. Cet

de choses paraissait assez extraordinaire pour

1

Zend-Avesta 5 Bundehesch^ p. 545

et

346, trad.

d'Aii-

quetil.

,

CHAPITRE

IV.

65

avoir besoin de s'expliquer par

un dérangement

primordial.

L'harmonie des mondes étant troublée,
confusion s'étant introduite dans
pires,
il

et la

les

deux emde pren-

s'agissait,

pour

la sagesse divine,

dre des mesures qui pussent rétablir
et faire servir la

la

première

seconde à un but digne de l'Etre
est divin

suprême. Rien de ce qui
le

ne peut périr:

divin peut s'altérer et se confondre avec la
;

matière

mais

il

doit revenir tôt

ou

tard à sa cé-

leste pureté. Telle était l'une

des grandes

maximes
le

de

la

gnose,

et ce fut sur cette

maxime que
visible.

dualisme suivi par Basilide établit son opinion
sur la

marche

et le
la

but du

monde

Afin de séparer

lumière des ténèbres, ce qui
,

a vie divine de ce qui est mort ou matière
fît

Dieu

créer ce

monde pour
le

servir de théâtre

au grand

acte de la crise d'épuration, ^locK^KTiÇytl fournir
à

chaque chose

moyen de

sortir
sa

du mélange,

de retourner à ce qui est de
OC7tOKOc]oC^OC(HÇ,

nature primitive

C'est

encore

une des idées fondamentales du

système de Zoroastre. Elle se reconnaît à cha-

que pas dans

le

Zend-Avesta
la

,

et elle se

retrouve

particulièrement dans

doctrine des Jezdians

ou Hoaschians

^

secte qui s'est conservée, à tra-

. ,

64

SECTION U,

vers toutes les persécutions, jusqu'au dix-septième
siècle

de notre

ère.

D'après celte doctrine , le plus

haut degré de perfection auquel peut arriver l'ame
est

son union avec

l'esprit

simple

et

un (d'où

elle

est

émanée en dernière
une

analyse). Celui qui n'at-

teint pas

parfaite pureté,

ne parvient qu'à une
Ainsi l'ame passe

sphère qui répond

à

son

état.

de sphère en sphère, d'existence en existence, de
corps en corps, jusqu'à ce qu'elle
délivrance de l'enveloppe matérielle
ait
,

mérité sa

et

obtenu

dans

le

monde

intellectuel, un rang analogue à

sa primitive nature ^ Modifiée de plusieurs

ma-

nières, cette idée sert de base

aux doctrines phiet

losophiques

et religieuses

de l'Egypte

de l'Inde,

comme
une
se

à celles de la Perse

ou de
oii

la Bactriane.

La création d'un monde
telle lutte;

devait s'opérer

l'empire de la lumière devait

glorifier

par d'éclatantes victoires sur celui
était

des ténèbres,

une chose d'autant plus im-

portante, que, dans le gnosticisme, le
rieur est toujours l'image
,

le

monde inféreflet du monde
fit

supérieur. Il est vrai que cette création ne se
et

ne pouvait

se faire, d'après les principes
le

de

la

gnose, que par

che^

(ci ^%oûi/)

du monde im-

1

Dalberg ,

ti

ad du Dabis tan , publié par Gladwin , p 2
.
.

1

CHAPITRE

IV.

6^

médiatement supérieur au nôtre; mais, en exécutant son œuvre, ce chef ne fut proprement que
l'organe de l'Etre suprême, de qui tout est émané.

Le créateur

fut si bien

son instrument dans

l'exé-

cution de cette grande tâche, qu'il y réalisa des
idées

que lui-même ne comprenait pas,

et

il

est

encore instrument de sa providence,
la

jt^ovoicc^

dans

direction de ce

monde.

Il

en résulte que ce de l'Etre suprême,

monde, tout éloigné

qu'il est

en réfléchit encore l'image,

et l'offre

aux yeux de

celui qui a la clef de la science.

-^

Un

fait

de l'ancien Testament
,

,

allégorisé à la

manière de Philon
Si

venait à l'appui de cette idée.

Moïse

n'a fait construire

qu'une seule tente

pour

le culte

de Dieu,

c'est

que

le

monde

tout
!

entier n'est

qu'un seul temple de l'Être suprême

Basilide, tout en admettant

une invasion du
loin de s'exa-

mal dans l'empire du bien,

était

gérer Tes imperfections de l'œuvre

du

créateur.

Sous ce rapport, son système

diffère essentielle-

ment de ceux de beaucoup
et

d'autres théosophes,

particulièrement de celui de INIarcion, qui pro-

fessait

pour

le

créateur des sentimens approchant

de

la

haine et
le

du

mépris. Basilide, au contraire,
révélation de
;

regardait

monde comme une
la

Dieu

;

il

y voyait

manilëstation de ses idées

66
il

SECTIOIS
les soins

II.

y reconnaissait
il

d'une Providence pour

laquelle
((

professait l'adoration la plus dévouée.

J'aimerais
il,

mieux

faire toute autre
la

chose
^

,

disait-

«

que d'accuser

Providence

^^;

et il

don-

nait de cette Providence

une des
,

définitions les

plus ingénieuses. Elle est
sance qui conduit
des forces qu'elles
les

à ses

yeux

,

la puis-

choses au développement
naturellement.
il ^

renferment

Dans

ses idées sur la
:

mission du Sauveur,
est
,

va

plus loin

la

rédemption

pour

lui ,

une me-

sure de la Providence, qui amène le genre hu-

main vers un

état

supérieur à celui qu'il pouvait

atteindre naturellement.
Basilide

ne prétendait point

qu'il n'y eût

pas

dans

le

monde
;

des apparences d'injustice et de
il

désordre

mais

y répondait

,

d'abord

,

que ce

monde
tions,
les

est

une

carrière d'épreuves, de purificatS>v Kocdoc^(7Sûov] cusuite
,

oiKOvofj,lo6

que tous
la

doutes élevés, par notre ignorance, sur

parfaite justice
si

de Dieu, tomberaient d'eux-mêmes,
et

nous pouvions voir l'ensemble des causes
effets.

des

Les opinions de Basilide sur l'origine

et la

1

Clemens Alexandr., Strom.y

lih.

IV,

p. 5o6.

2 Ibidem, 5 09.

CHAPITRE
carrière toute entière de

IV.

67
à l'ap-

l'homme venaient
ses

pui de cette théorie.
n'est autre
leste
,

A
,

yeux l'ame humaine

chose qu'un rayon de lumière cédepuis
le

qui se trouve

commencement
universelle

du monde, dans une migration
le

perpétuelle, dont

but

,

conformémenflrréconomie

des choses divines répandues dans la matière, est

de

la

séparer de tout mélange hylique, afin qu'elle

puisse retourner

un jour à son

origine. S. Paul
,

semblait confirmer cette
lant d'une

métempsy chose en parvwait sans loi Quelle
,

époque où

il

pouvait être cette époque
séjour de son

si

ce n'est celle

du

ame dans

des corps d'animaux 1?

Cependant, Basilide ne se borna point à admettre l'idée fondamentale de la métempsychose
telle

que l'enseignaient
et

les

théosophes de l'Egypte
la théorie

et

de l'Inde,

en

la

combinant avec

d'épuration universelle des systèmes de la Perse.
Ainsi que les gnostiques ont
fait

en général,

il

modifia

,

agrandit et perfectionna ce qu'il emil

pruntait à ses prédécesseurs, et

enseigna que

l'ame parcourt non-seulement les divers degrés

de l'existence animale, mais encore

les différentes

1

Voy. Epist. ad Rom.

,

cap.

7,

v.

9.

Cf.

Origenes in

Epistol.

ad Rom. 0pp.

,

vol.

IV,

p, 649.

I

,

68

SECTIOIN

II.

échelles de la civilisation des peuples. Suivant sa

théorie

,

des anges

spéciaux

,

préposés aux na^

lions et aux individus, dirigent ces périodes de

perfectionnement sous
des choses visibles.
C'était là
,

la

surveillance

du chef

par une simple modification
la

,

arra-

cher l'hypothèse de

métempsychose

à tout ce

qu'elle avait de petit, de désolant et d'avilissant

pour

l'espèce

humaine.

C'était,

en

même

temps,
face

donner

à

une autre doctrine ancienne une

qui, de superstitieuse, de bornée, de nationale
qu'elle était, semblait la rendre à la fois univer-

verselle
effet
,

et

digne d'une haute philosophie.

En

plusieurs peuples anciens , les Juifs surtout

conduits par leurs préventions populaires, avaient

admis des génies nationaux, dont
quaient spécialement la protection
lisant toutes ces spécialités,

ils se
^.

revendigénéra-

En

en coordonnant toutes

1

Cette idée de génies protecteurs des divers peuples ne
les Juifs
;,

se rencontre, chez

que dans leurs
v. i3

écrits
et

de
et

l'exil

(Yoj. Prophéties de Daniel, ch. lo,

21)

dans

les spéculations de la Kabbale, qui furent le produit de

rémigration. Les Juifs la modifièrent en l'accueillant,
la changèrent plusieurs fois.

et

Daniel ne

nomme

que peu

d'anges veillant au sort des peuples j le
soixante-dix. (Voj. le
1.

Talmud en connaît

1^ p. ii5

de cet ouvrage.) Philon

CHAPITRE
ces protections sous

IV.

69

un grand but commun; en
prédilections

soumettant toutes
protecteurs à

les

des

génies

la sagesse

d'une seule intelligence,
toutes les frac-

veillant sur les intérêts

moraux de

tions

du genre humain,

Basilide opéra

une amé-

lioration aussi sensible dans les

croyances des
Il

masses que dans celles des individus.

présentait

un principe des plus
n'avaient

salutaires

aux nations qui
l'idée est

pas

encore adopté

chrétienne

d'après laquelle le genre
'famille, et
il

humain

une seule

persuadait à l'individu, d'abord, que

toutes ses souffrances sont méritées, soit par des

actions qui appartiennent au
existence, soit par des fautes

mode

actuel de son

commises dans une

existence antérieure; ensuite, qu'elles sont toutes

des

moyens de

purification

,

et
^

par conséquent

des voies de perfectionnement.

Les Juifs

et

les

chrétiens pouvaient s'élever

est

plus sobre

^

et

Origène semble suivre cet écrivain

plii-

losophe, lorsqu'il dit que cbacun des anges prolecteurs
avait sa

sun eillance

particulière

;

que

les

uns étaient pré^

posés aux jours,

les autres

aux nuits. (Orig.

cont. Celsuni^

Vj

c.

29.) C'est presque professer les anges de la troisième

lliéogonie
l'année.
1

égyptienne

,

qui veillaient aux 56k5 jours de

Clemens Alexandr. ^ Slrom.^ V,

p. 79-4? ed.^y\h^

, ,

7^

SECTION IL
elles

contre ces théories; cependant

renfermaient
c'est là

encore de quoi
fait

les flatter.

En

effet,

un

digne d'être remarqué, que
et

la

puissance du
été telle

judaïsme

du christianisme
,

ait

que,

d'une manière quelconque

elle se fasse

sentir

comme

élément essentiel, dans toutes
si

les

spécu-

lations, d'ailleurs

libres, des gnostiques. L'Ar-

chon ou
silide
était le

le

chef des intelligences, auxquelles Bala

attribuait

création
;

du monde

visible

dieu des Juifs

c'était lui

qui dirigeait les

esprits chargés
c'était lui

de l'éducation du genre humain^-

qui avait protégé Moïse, les patriarches

et

tout le peuple d'Israël, en révélant à ces orle

ganes de sa prédilection l'ordre moral
des temps anciens.

plus pur

^

W^«*fft6*^ Ke^^ft**'M -^

Cependant Fange créateur

et

protecteur des

hommes ne

connaissait pas l'économie morale
et

toute entière de l'existence terrestre,

l'Être

suprême résolut enfin de
de

se manifester

lui-même,
et

de tracer leur véritable destinée aux hommes,
les élever

au-dessus des

lois imparfaites

que

leur avait données le chef

du dernier monde des

mtelligences \ Cette mesure semblait d'autant plus

i

Cette idée, qui reyient

si

fréquemment dans

les sys-

CHAPITRE
nécessaire
,

IV.

71

que

les

hommes

étaient alors telle-

ment enchaînés

à la matière et aveuglés par les

ténèbres , qu'ils avaient peine à s'élever dans l'empire

du

créateur, et qu'il leur eût été impossible
si le

de revenir à Dieu ,

Rédempteur ne
le

fût

venu
la

ranimer dans leur nature

rayon mourant de

Quant
la

à la

personne

et à

l'œuvre du Sauveur,
:

doctrine de Basilide n'offre rien de particulier

c'est le

dokétisme de Cérinthe

et

des sectes ju-

daïsantes.

La résolution de
la

l'Être

suprême étant
il

prise

pour
sa

rédemption du genre humain,
le vouç, se

envoya

première intelligence,

réu-

nir, par le

baptême du Jourdain, à l'homme Jésus,

qui se distinguait de tous ses contemporains par

ternes gnostiques, n'est

qu'une idée chrétienne, modifiée

par ces systèmes

:

c'est celle

que

le

christianisme affranchit

l'homnie du sacerdoce

et

du

culte de la législation mosaï-

que, .affranchissement qui
spirituelle et directe

est suivi

de

la

communication
l'Être

de l'ame religieuse avec

suprême.

Les gnostiques convertissaient celte idée en mjthes.

On

dit
ils

quelquefois qu'ils ont tout spiriiualisé et tout idéalisé;

ont, au contraire, souvent mis des mythes
ries

et

des allégo^
la religion

en place du spiritualisme

et

de Vidéalisme de

chrétienne.

72
ses belles qualités

SECTION

II.

morales ^ La figure sous

la-

quelle rintelligence de Dieu se réunit avec

l'homme
du

Jésus, les paroles qui furent prononcées à cette

réunion
teur

,

l'enseignement

et les

miracles

servi-

du genre humain

(SiccKovoç), qui

commença

dès cette époque l'œuvre de la rédemption, surprirent le dernier prophète de \ Archon ~el ce

chef lui-même
et l'autre

;

cependant

ils

se

soumirent l'un

à la nouvelle puissance qui se

mani-

festait ainsi, et

YArchon reconnut avec
il

joie l'Etre

suprême, dont
naître.

avait été l'organe sans le

con-

Ce qui

le surprit le

plus, ce fut d'appren-

dre qu'il y avait dans son empire des êtres d'une
nature supérieure à la sienne j
il

consentit pour-

1

Léguée à Basilide par son précurseur en Egypte, Cé-

rinthe, cette idée est l'une des innovations les plus curieuses

du Ce

gnosticisme. Elle n'a aucun précédent chez les anciens.
n'est pas celle des incarnations indiennes
j

les

gnostiques

niaient l'incarnation.

Ce n'est pas
n'est pas

celle

d'Ormuzd, qui parle
le corps

par Zoroastre;

Ormuzd

n'était pas

venu habiter

de son prophète. Ce

non plus

l'apparition des

anges du judaïsme; ces anges prenaient des apparences de
corps à volonté, mais n'habitaient pas
les

corps des autres.

La possession démoniaque

offre seule

quelque chose d'ana-

logue à l'incorporation du Not/ç^ mais cette sorte d'analogie
est

précisément ce qui

fait le

mieux

voir la nouveauté et

la hardiesse

de l'opinion gnostique.

CHAPITRE
tant à leur afTranchissement

lY.

73
',

de

ses lois

les

sépara

même
ainsi

de ceux qui lui appartenaient, de
la

et

continua
C'est

d'être l'instrument

Providence divine.
le

que

la

crainte de Dieu fut pour lui
la sagesse 2, et c'est ainsi

com-

mencement de

que, dans

ce système, le nouvel ordre de choses se rattachait à l'ancien. Sous

ce

rapport

,

le

système
celui de

de Basilide valait beaucoup mieux que

Marcion, où tout
lement.
Si Basilide
ralité

était antithèse,

hostilité, iso-

choqua

les

orthodoxes par

la

plu-

de ses mondes intellectuels, Tinlériorité de
le

rang de son créateur, de
la

dokétisme de
5,
il

la vie et

mort de son sauveur

se

rapprocha

1

Ici ce n'esl

plus Tune des plus belles idées
fait

du

cliristia-

riisme; c'est le
les

historique de son influence morale sur

peuples^ qui est converti en mythe.
2

Clem. Alexandr., Slrom. , II,
II

p.

07 5.
fut pas

3

est inutile

de

faire

remarquer que ce ne

V intelligence
soulïiit la

diçine

unie à Jésus, mais Vhomme Jésus qui
:

mort de la croix

cette

opinion
qu'il y a
le

est

une consé-

quence inévitable du dokétisme. Ce

de caractérisle

tique dans la doctrine de Basilide, c'est

principe que

Sauveur ne pouvait pas souffrir pour

les

autres; qu'une

telle substitution serait contraire à la justice

de Dieu; que
n'a

chacun doit

souffrir

pour lui-même. L'homme Jésus
qu'il

donc

soviffrrt

que cr

mérilait de souffrir,

non pas

,

74
sur
foi.

SECTION

II.

d'autant plus de leur langage dans ses opinions
l'effet

de

la

rédemption
de
la

et la nécessité

de

la

Le but

et l'effet

rédemption,

disait-il,

a été de faire connaître à

l'homme
et

le

haut rang

auquel l'appelle son origine,
les

de lui indiquer

moyens

d'y parvenir par la foi.

La

foi était

à ses yeux,

non pas une
moral

suite

de convictions,

mais un

état

et intellectuel,
,

ou plutôt une

sorte de vie divine de l'ame

qui se met en raple

port

,

en communication réelle avec

monde

supérieur; c'est donc l'existence de l'esprit dans
les

choses divines

,

en dépit de l'existence du

corps dans
les

les entraves matérielles.

Dans

le fait,

trois définitions

que Basilide donne de

la

foi

ne sont qu'autant de variations d'une belle

définition de S. Paul.
le et

La

foi, dit cet apôtre, est

fondement des choses que

l'on doit espérer,

une pleine conviction de

celles

qu'on ne voit
trouve
la

point*.

La

foi des élus, dit Basilide,

précisément qu'il eût péché dans son existence d'alors,

mais

bien
les

dans des existences antérieures.

C'est

ainsi

que

enfans encore innocens dans l'existence actuelle,

souffrent pour des existences précédentes.

Clemens Alex.,

Strom.
1

,

V, p. 5o6.
1 1 ,

Épître aux Hébreux,

v.

i, trad. de Lemaître de

Sacy.

CHAPITRE
vérité (ixccêrifJLccIcc) sans

lY.

7^

démonstrations, par une

sorte d'appréhension, d'intuition intellectuelle^;
elle est

un assentiment de

l'ame, dit-il ailleurs

2,

à ce qu'on

ne voit pas (des yeux), parce que

cela est absent; elle est, dit-il encore, ainsi
l'élection
(

que

le

rang d'élu
(

)

,

particulière
,

,

suivant
j

cPiaque degré
et la foi
fJiiKy}

de perfection morale
les êtres

Sii^rfiAoc )

de tous

du monde

actuel

(jco^-

uTTccŒSûoç (pvasûoç irbtç) est
,

une conséquence
dans

de l'élection du rang auquel
le

s'élève le fidèle

monde

supérieur; chacun reçoit des dons consa foi.
2

formes à

C'était peut-être,

en dernier lieu, aller au-delà
,

du

christianisme apostolique
S.
,

ou du moins de
à tous ; mais
s'attachait
,

l'opinion de

Paul puisque l'apotre n'avait parlé
foi

que d'une seule
avons déjà
S.

commune

nous

dit

que Basilide ne

guère à

Paul

,

et qu'il

lui préférait S. Pierre

dont

il

prétendait tenir la doctrine primitive par Glaucias.

D'ailleurs, par cette théorie sur les degrés
il

de

la foi,

rentrait

dans

la

gnose, qu'il parais-

Clem. Alex., Stromata, II, 5G5.
Ibid.
y

371.
oÇ^Tk

Ihld.,

,

•^6
sait

SECTION

II.

avoir abandonnée, dans sa doctrine générale
foi.

sur la
j

Basilide

quittait entièrement

les

idées chré-

tiennes dans la morale qu'il joignait à sa
tique.
Il

dogma-

y

suivait

encore une sorte de mytho-

logie allégorique qui altérait singulièrement sa

psychologie, mais qui se combinait
sa
le

si

bien avec

métempsy chose qu'on
,

doit la regarder
Il

comme
reste

produit de cette dernière.

est

,

au

difficile

de déterminer ce que Basilide entendait
cette

mythologiquement ou allégoriquement dans
singulière théorie.
TÇ'A^v'

Jlmr? «».Q J^*v

Les coupables instincts qui entravent
trarient

et

con-

l'ame

dans

son

affranchissement

du

monde
étaient

matériel et son exaltation vers le

monde
mais

supérieur, sont autant de

mauvais esprits qui
,

originairement étrangers à l'ame
et

qui

,

par suite du trouble

de

la

confusion pri-

mitive des choses divines et chaotiques, se sont
associés à elle, au point d'y former

une seconde
uAoyog,

ame" une ame animale,

-^vx?}
,

TT^ocrCpvriç

opposée à l'ame rationnelle
n'est pas tout.
les

-^uxri

KoyiKTi.

Ce

A

cette

mauvaise ame s'attachent

images (èi^ooKcc) des objets matériels, nous
désirs, analogues à

communiquent de mauvais

leur nature, et forment dans notre

ame

des ap-

CHAPITRE
pendices
(Tr^oaccfJTjfJiccloc)

IV.
la

yy
plus fâcheuse esle

de

pèce

y

car c'est ainsi

que nous vient tant(k
singe, tantôt celui
leurs qualités

caractère

du loup ou du

du

lion et de l'ours.

La vue de

com-

munique

à l'ame des désirs, des j^assions analoet

gues aux leurs,

nous imitons

les

œuvres des'
les

animaux dont nous avons ainsi hume
lités

qua-

par

les

yeux. Notre sympathie avec

le

monde

matériel ne s'arrête pas
elle est la

même

au règne animal j
pierres
:

même
est
,

avec

les plantes et les et

l'homme

depuis cette funeste
,

primitive

confusion des choses

un

véritable

abrégé du

monde, un

vrai

fJLiy.^ov.oçfJLoç.

On
de
la

ne manqua pas d'objecter à Basilide,

soit

part des philosophes chrétiens, soit au
la

nom

des nombreuses écoles payennes de

capitale

des lettres grecques, que cette psychologie faisait

de l'homme un esclave d'un autre lui-même,
par
là excusait

et

tout le mal qu'il pouvait

com-

mettre.

Le

fils

de Basilide

,

Isidore

,

essaya de
:

réfuter cette objection dans

un

traité qu'il intitula

De Famé
faible
:

advenue y

tts^I

tt^og^vovç ^vxriç] mais
était assez

le plus fort
il

argument quil y avança
que,
si

disait

l'ame subit l'influence étran-

gère, c'est qu'elle va elle-même à sa rencontre,

au

lieu

de

la

conibattre.

Ce

n'était là

quéluder

'j8
la

SECTION
question, et
S.

IT.

Clément d'Alexandrie

dit assez

plaisamment que l'homme renfermant

ainsi toute

une armée

d'esprits

^ ,

ressemblait au cheval de

bois des poètes, cachant dans ses flancs toute

une légion d'ennemis.

Le principe fondamental de
silide valait

la

morale de Baferait croire

beaucoup mieux que ne
anthropologie
:

cette capricieuse

c'était le

dogme

de

la diffusion générale

des rayons de

la vie di-

vine sur toute la création.

L'homme, ramené ou

élevé à la coimaissance de cette vie divine par le

Christos, devait l'embrasser avec ardeur, et tout

aimer
tient

comme Dieu aime
la

tout, puisque tout se

par une étroite

affinité.

L'amour pur develes

nait ainsi

source de tous

sentimens, de

toute l'activité de
ainsi

l'homme,

et Basilide revenait
la

au véritable caractère de

morale chré-

tienne. Le vrai sage ne doit rien haïr ni rien désirer
:

c'est là sa

perfection

2.

D'autres trouvaient

cette perfection

dans un rigorisme excessif ou
toute
loi.

dans une indépendance absolue de

Les uns recommandaient
la

le

célibat
les

,

les autres

continence

d'autres

encore

macérations

1

Toa-ùureov TrviVjuctJcàV hcL(^o^OùV ç-pot]cv, II; p. 4o9'

2 Ibid., p. 5o8, 748.

CHAPITRE
et le

IV.

^79

martyre

:

Basilide considéra le martyre, la

continence

et le célibat

comme

des

moyens de
sortes de

perfectionnement pour ceux qui en usent bien;

mais

il

n'attribua

aucun mérite à ces

sacrifices

arbitraires.
,

Son

fils

Isidore disait, au
les

contraire

que

le

mariage pouvait éteindre
et

mauvais désirs ^ Le père

le

fils

paraissent

avoir suivi, en cela, les anciennes opinions de
l'Asie, telles

qu'elles se manifestent

non-seule-

ment dans
le

les

codes des Juifs, mais encore dans
et

Zend-Avesta

dans

les

systèmes qui
la

s'y rat-

tachent, par exemple, dans
biens,

doctrine des sa2

le

mariage
et

est

également recommandé.

L'Egypte ancienne
offrait,

l'Egypte des derniers temps
et

dans l'ascétisme de ses prêtres
,

de ses

thérapeutes
,lide

des exemples contraires

,

que Basi-

ne voulut ni suivre ni combattre.
général,
il

En
son

professa des opinions modérées

au milieu des exagérations contraires qui agitaient
siècle.

Les chrétiens judaïsans divinisaient,

pour

ainsi dire, le

contenu

et la lettre

des saints
la sagesse

codes, et dérivaient de ces livres toute
des anciens peuples; des

hommes

d'une direction

1

Clem. Alex.,

Il,

427.
t.

Norberg, Codex Nazaraor.,

I, p. 43.

8o

SECTION

II.

contraire dépréciaient, avec
les

un

égal aveuglement,

institutions judaïques et leur auteur, l'ange
le

ou

démiurge,

qu'ils prenaient

pour

le

Jéhovah

des Juifs; d'autres encore étendaient cette haine

des révélations anciennes jusque sur les codes

du

christianisme et sur la doctrine qu'ils renfer,

ment

taxant celle-ci de superstition
falsifiés.

et

ceux-

de livres

Basilide
Il

ne partagea aucune
admettait les codes
;

de ces opinions extrêmes.

de

la

première

et

de

la

seconde révélation
protecteur

il

ne

combattait ni

le créateur et

du monde,

ni ses agens, les anges et les prophètes; cepen-

dant

il

ne voulait pas que l'on confondit ^es
et
il

organes subalternes avec l'Etre suprême ,
pensait pas que les codes
,

ne

accessibles à tout le

monde, renfermassent
tière.

la vérité toute

pure

et

en-

Selon son opinion,
les

les

prophètes n'avaient
la

pas vu tous

mystères, c'est-à-dire

gnose,

et les écrits attribués

aux apôtres ne

les

expo-

saient pas

non plus

;

la tradition secrète

de Glau-

cias et les prophéties

de

Cham

et

de Parchor
pures de
la

étaient

pour

lui les sources les plus

véritable théosophie.

On

a dit que son

fils

Isidore partageait l'or-

gueilleuse théorie des Juifs d'Egypte, qui pre-

naient Moise et les prophètes pour les instituteurs

CHAPITRE
de tous
les

IV.

81
philosophes, et

peuples

et

de tous

les

l'on a cité à l'appui de cette opinion
S.

un passage de

Clément d'Alexandrie où
,

le fils

de Basilide sem-

ble dire que Phérécyde, Socrate, Platon et Aristote

ont emprunté aux livres des prophètes quelques-

unes de leurs idées

les

plus caractéristiques; mais,

dans ce passage,

il

n'est

nullement question des

prophètes hagiographes, qui n'ont jamais enseigné

de pareilles opinions ^ Basilide,

comme nous

ve-

nons de

dire, plaçait leurs écrits au-dessous des

prophéties de

Cham

et

de Parchor^ compositions
la

apocryphes qui renfermaient sans doute
tériosophie de son siècle
^
;

mysla foi

qu'il reçut
et

avec

d'un véritable ihéosophe

,

qui nous montre-

raient peut-être le berceau de la

gnose

,

si

le

temps, joint au zèle des orthodoxes, ne
pas anéanties.
§. 5.
était

les avait

.^2/*v^
les cas, le
faire

M^'^y*^^
Les
Basihdiens.
^

Dans tous

système de Basilide
,

'

de nature à se
et

de nombreux partisans

à

une époque

dans un pays où

les esprits les
les

plus religieux

s'efforçaient

de réunir

plus

1

Clemens Alexandr., Strom., VI , 64 1eccles.
,

2 Euscbe (Hist.

IV,

c.

7) parait se tromper, en

attribuant a Basilide la rédaction de ces écrits et de plusieurs autres.

,

82

SECTION

II.

belles doctrines de la Perse, de l'Egypte et de
la

Grèce, soit au judaïsme, soit au christianisme.

Aussi les basilidiens paraissent-ils avoir été beau-

coup plus nombreux que

les

simoniens,

les cé-

rinthiens et les ménandriens^ Leur doctrine était

d'autant plus accessible à la multitude, qu'ils la

communiquaient par grades
les

,

qu'ils

en réservaient

mystères aux seuls

initiés. Il est vrai

que des

distinctions semblables se remarquent également

dans d'autres sectes
les élus

,

et

que

,

là aussi

,

on

séparait

ou

les

pneumatiques du vulgaire ou des
les basilidiens paraissent avoir

psychiques; mais
tracé

des lignes de séparation plus précises et

plus multipliées que d'autres gnostiques. C'est ce

que semblent

attester à la fois leurs

et leurs adversaires.

Quant à

leurs

monumens monumens
les

nous avons déjà
seuls initiés

dit

que, très-probablement,
les

en connaissaient tous
fût le vulgaire qui

symboles,
le

quoique ce
de prix;
et

y attachât

plus

quant aux témoignages de leurs ad-

versaires, celui de S. Irénée est

formels Ce père

assure que les basilidiens ne connaissaient pas,

tous, les mystères de la secte; qu'à peine sur mille
il

y en

avait

un

d'initié

,

et

tout au plus deux sur

i

Irenaeus, Adç» hœres.,

lib.

I,

c.

23.

CHAPITRE
pour

IV.

85

dix mille, ce qui est une donnée très-posilive
le fait,

malgré l'exagération

qu'il

peut y

avoir dans les nombres. Dans tous les cas, Basilide éprouvait ses disciples par

cinq années de

silence

,

qu'il leur

imposait à l'exemple de Pytha-

gore

^

j

institution qui doit
le

peu surprendre
se

à

une

époque où
les

pythagoréisme

renouvelait par
et cet
l'anti-

philosophes d'Alexandrie. Ces épreuves

ésotérisme existaient d'ailleurs dans toute

quité, depuis la Chine jusqu'à la Gaule. Confucius, sur trois mille disciples,

ne comptait que
Basilide,
,

soixante-douze

initiés^.

La théorie de

sur les divers degrés de la foi et de \ élection

conduisait plus particulièrement à la distinction

des grades

:

ces grades répondaient
( Sic^^TjfJiccIcc )

probablement
la

aux divers degrés
gieuse.

de

vie

reli-

La

seule classe

que nous connaissions nomi-

nativement, est celle des élus^anKsifloi), qui étaient
considérés
èv
zo(jfj.cio,

comme

étrangers dans ce monde,
Il

Ps'jot

vTTs^KoafAtoi.

est

hors de doute que
classe

Basilide admettait

une nombreuse

d'homla

mes qui

restent

volontairement étrangers à

1

Euselil Hist. eccles., IV,

c.

7.
i

>

Schotl

.

U^erke des IVcisen Kung-Fu-JUsU , p.

S4
rédemption,

SECTION
la classe
s'il

II.

des psychiques; mais rien

ne nous

dit
,

a fait

une

classe d'êtres tellement

matériels

tellement exclus des dons de la vie
,

divine par leur nature
d'y prendre part.

qu'ils aient été incapables

Quelle qu'ait été d'ailleurs

la participation

des

premiers disciples de Basilide aux leçons
mystères du maître,
il

et

aux

arriva, dans ce système,
:

ce qui arrive dans tous les autres

il

fut modifié

par tous les esprits supérieurs qui l'embrassèrent.
Il

est

donc

à
S.

croire

qu'une grande partie des
^ ,

données de

Irénée

d'Eusèbe
le

^

,

de

S.

Épi-

phane^

et

de Théodoret^, sur

système de Ba-

silide, se

rapportent plutôt aux opinions des dis-

ciples qu'à celles

du maître

3

cependant

c'est là

une hypothèse qu'on ne
cipe de critique.

saurait convertir en prin-

Le

seul principe

que

la critique

puisse réellement adopter, est celui que les opi-

nions

les

plus simples, qui renferment les élé-

mens

des autres, doivent être celles

du maître,

et

c'est d'après cette

base que nous procédons, en

1

Lih.

I,

c.

23.
y

2 Hist.

eccles*

lïb.

IV,

c. 7.

3 Hœres.y 24.

4 Hœreiic fçlul. , I,

c

4-

CHAPITRE
distinguant l'enseignement
ses partisans.
/

IV.

85
celui

du chef de

de

C'est

un

fait

généralement connu que

le

plus

illustre des basilidiens, et le seul

que

les

anciens

distinguent, Isidore,
tôt

fils

du

maître, préféra bien-

au système de son père quelques-unes des

opinions de celui de Valentin, qui vint éblouir
les

Égyptiens peu de temps après

la

mort de
que
de

Basilide^ Cependant Isidore ne paraît pas avoir

adopté tout ce luxe de mythes
chérissait Valentin
;

et

d'éons
résultat

et le

principal

l'influence qu'il en subit paraît s'être réduit à

un

éloignement plus prononcé pour

les institutions
effet, la direc-

de

la

nation judaïque. C'est là, en

tion que cette école paraît avoir prise immédia-

tement après

la

mort de

Basilide.

Son opposition

contre l'Église orthodoxe fut plus franche, plus
décidée que celle

du

chef, et se

fait sentir telle

dans tous

les

dogmes fondamentaux.

Basilide avait rattaché le

monde

visible

au plé-

rome d'un
sensible

lien assez étroit
et

j

ses disciples

marquè-

rent entre l'un
:

l'autre

une séparation plus
liaison intime entre

il

avait

reconnu ime

I

Clemens Alex.^ Strom.,

p.

427. Epipb., Hœres.,

32r.

, ,

86
le

SECTTOPs IL
et l'ancien

nouveau

Testament;

ses successeurs

la rompirent, isolèrent le christianisme et le dé-

tachèrent de toutes les institutions
voulait être que le complément.
le

,

dont

il

ne

A

les

en croire
gouverle

dieu des Juifs, ou Fange qui
,

les avait

nés

n'était

que

le

plus orgueilleux et

plus

despotique des esprits chargés du gouvernement
des peuples; les miracles
et

même

qu'il avait opérés,
,

que ne contestaient pas
,

les basilidiens

étaient

pour eux
de

la

preuve d'une audace extraordinaire

sa part. Aussi disaient-ils

que

les autres esprits

avaient fini par s'en indigner, au point de se conc on jurer entre eux

pour

se soustraire à sa tyranfait éclater
si

nie; et ce complot avait
si

des guerres

funestes, produit des désordres
la

déplorables

dans

marche du monde, que

l'Etre

suprême

fut obligé de

prendre en personne

les rênes

du

gouvernement des choses
envoya son

inférieures.

En

effet, il

intelligence, le vovs, dans ce

monde
et fut
^

sublunaire. Elle s'y revêtit de formes humaines,
prit toutes les apparences d'un

homme

,

appelée Jésus sous cette apparence. Cependant

lorsque

les

aveugles partisans

du dieu

des Juifs

voulurent

la crucifier, elle se substitua

Simon de

Cyrène

et s'éleva

dans

le

royaume des cieux, non

sans se rire de la coupable erreur des Juifs.

CHAPITRE

IV.

87

On

pourrait supposer aux basilidiens le désir
les

de gagner, par ces opinions,

nombreux payens
le

qui paraissaient disposés à suivre

christianisme,

mais que leur haine pour
suivre ce penchant
:

les Juifs

empêchait de
n'é-

cependant ces opinions

taient pas nouvelles^ Cérinthe les avait profes-

sées^, et elles n'étaient pas précisément anti-ju-

daïques, puisque c'étaient celles de plusieurs sectes
judaïsantes.

Leur sentiment sur

le

Sauveur

était ancien.

Il

y

avait

néanmoins du nouveau. Ainsi que
ses

l'Etre

suprême, avec toutes

émanations, se désignait
,

par un terme mystérieux

celui ôH Abraxas
le

,

le

Sauveur

qu'il

envoya au monde portait

nom
ter-

symbolique de Kaulakau. Le sens des deux

mes ne pouvait pourtant pas
il

être analogue. Ici,
le

ne

s'agissait

pas d'exprimer

nombre
se

sacré

du plérôme,

et l'on

ne pouvait plus

borner

1

II

j

a pourtaul

une

différence

essentielle entre

le

tlokétisme de Cérinthe et celui des basilidiens. Selon le

premier, l'intelligence divine avait habité V homme Jésus y

homme

réel; d'après les autres,

elle

n'avait pris

que des

apparences de formes humaines, apparences que l'on nom-

mait l'homme Jésus. Nous l'avons déjà
le

fait

remarquer,

gnosticismc ne compile pas;

il

modifie tout ce qu'il

emprunte.

88
à

,

SECTIOIS IL
c'est

une dénomination purement numérique;
fit

ce qui

choisir

un mot

offrant réellement

un

sens, et rappelant l'idée fondamentale de la ré-

demption. Cest à quoi

le

mot de Kaulakau
le sens qu'il offre

répondait fort bien, soit dans

en hébreu

,

soit

dans celui que

la

version des

Septante offrait aux gnostiques d'Egypte. Cette
idée fondamentale est la réunion des
des.

deux monâmes hule

En

effet,

par

la

rédemption,

les

maines, malgré leur enchaînement dans
matériel, sont élevées

monde
le
si-

ou transportées dans
le

monde
gnifie

intellectuel.

Or,

mot de Kaulakau
les

norme à

la

norme; selon

Septante,

espérance à

F espérance;

qualifications qui s'apla

pliquaient parfaitement à

rédemption

,

qui

donnait au

monde
et

inférieur le

monde

supérieur

pour norme,
dant de

qui présentait, suivant Basilide,
7tl<^iç

à chaque degré de la
bKtpIç.
^

un degré correspon-

1

S. Irénée, I?

23; Théodoret, \, 4?

^t S.

Épiphane,

XXV, donnent

tous les trois le

mot de Kaulakau, de
répété, d'après eux,
et plusieurs
et se rit,

Kavlakav ou de Kavla Kauch.
par S. Philastré de Bresse
autres. S.
,

Il est

S.

Jean de Damas

Epiphane

l'attribue

aux nicolaïtes,

à

cette occasion, d'une secte qui,

dans son ignorance, prend

pour un mystère un terme

si

connu aux personnes qui

CHAPITRE
Il

IV.

89
ne
la

parait cependant

que

les basilidiens

res-

treignaient pas le

mot de Kaulakau
s'il

à

per-

sonne du Sauveur,

est
la

permis d'employer ce
désignation

terme de personne pour
S.

du

Nous".

Irénée, quoique son texte

soit altéré

en cet

endroit, insinue en effet

une donnée

fort

remar-

quable^

:

il

dit

que

les basilidiens inventent des

savent l'hébreu. S. Clément d'Alexandrie ne le donnant

pas, on peut conjeclurer qu'il

est

moins de

Basilide
le

que de

ses disciples. Les anciens le reconnaissent

pour

mot hédlsaïe,

breu de 1p^ ^p

,

tel

qu'il se trouve

dans

le livre

ch. 28, V. 10 et i3. Quoiqu'il signifie proprement régula

super regulam, les basilidiens paraissent l'avoir pris plutôt,

avec
rait

les

Septante, dans

le

sens de spes supra spem.
la

Il

offri-

également un sens dans

langue égyptienne. KctCXanctC
Ijchnucho. La Croze, Lexic.
le

pourrait signifier lucerna

cum

œgypt.y p, 5o. Les personnes qui cherchent dans
la clef

kopte

du mot Ahraxas préfèrent
,

aussi cette langue

pour

l'explication de Kaulakau. Il est pourtant à

remarquer qu'en

général les gnostiques ont emprunté à l'héhreu la terminologie de leurs

mondes intellectuels,

et

que

le

mot d'Abrnxas,
à

qui ne peut pas offrir de sens, est
citer.

un mauvais exemple

Le mot de Kaulakau a

d'ailleurs été l'objet de

beau-

coup de

discussions. Clodius, ï)iss. de Caulacau; IVittenh.^
dicto.

1706. Nicolaûs, Diss. de sahatore Basilidis Caulacau

Brucker

,

Diss.

de

Caulacau Basilidianorwn

(

in

Museo

helçet., part.
1

23, p. 2 29).
dit Irénée, I,

Quemadmodum ,

25,

et

mun<\\xf>

nomen

go

SECTION

II.

noms pour
noms,

les anges; qu'ils leur assignent les di-

vers cieux; qu'ils expliquent non-seulement les
.mais encore les origines (princip/'a), la
les

nature et

attributs {angelos et virtutes) des

trois cent soixante-cinq puissances,

en

les

grou-

pant par cieux,

où^ocvoi, et qu'enfin ils
le

donnent

au monde du Sauveur

nom

de Kaulakau.
l'avons déjà
les

Le terme de monde^ comme nous
vu
,

se

prend dans un sens particulier chez
il

gnostiques;

désigne une série, une classe d'in-

telligences, et la région qu'elle

occupe, qu'elle
ont de coml'anti-

gouverne

:

c'est
la

un langage

qu'ils

mun

avec

plupart des théosophes de

quité, et surtout avec les Égyptiens et les

nou-

veaux platoniciens. Le

prend donc à
a révélé, et le

la fois le

monde de Kaulakau commonde intellectuel qu'il
,

monde

inférieur, qu'il gouverne.

Cette manière de voir lève
jeure,

une

difficulté

ma-

que présentait

la

comparaison des textes

anciens. S.

Épiphane

et

Théodoret disent que
Sauveur ^
S.

le

mot de Kaulakau
au contraire,
dit

désignait le

Irénée,

que

le

monde dans

lequel est

esse

,

in quo dicunt descendisse et ascendisse
Il

sahatorem ,
et

esse

Caulacau.
l'un des

faut
esse^

évidemment

lire

mundo,

retrancher
seu.

deux

ou remplacer

le dernier

par

CHAPITRE
descendu
et

IV.
le

91

dans lequel

est

remonté

Sauveur, se

nomme Kcudakau S
bonne que nous
que

et cette définition est la seule

ait laissée l'antiquité.

Elle n'est

point complète; mais
celles

elle est
et

moins incomplète
S.

de Théodoret

de

Épiphane, qui
et

ne s'attachent qu'au Rédempteur,
ridée fondamentale

non pas
,

à

de

la

rédemption

Qt

qui

nous disent simplement que
naient au Sauveur le
lakau.

les basilidiens

don-

nom

mystérieux de Kau-

Le Sauveur joue un grand
systèmes des gnostiques,
et

rôle dans tous les

en cela ces tliéoso-

1

II se

pourrait bien que, dans leur théorie sur ce vojage
est

du Sauveur, qui

venu communiquer
aient eu en vue

le ttvivjxa

aux

hommes
dit

,

les basilidiens

un passage de
Il est

l'ancien Testament suivant la version des Septante.

dans
-,

l'Ecclésiaste,
acLi tTTi

1,6:
du

Y^vyiXoï kvkXcov Tropê'vèjctt ro
èvriç-pètpêi

TTVsîi fJLoL

avuXovç dujov

to

Trvîu/Jict,

Ce

n'est là

guère

le

sens

texte original, qui dit r/ue le vent
qu'il revient

passe
il

an sud

et repasse

au nord;
les

à

l'endroit oit

avait cojrtmencé ;

mais

gnostiques d'Alexandrie lisaient
et la version des

plfttôt le grec

que l'hébreu,
i\

Septante se
oupoLvoi-, se
) ;

prêtait à merveille

leurs idées. Les

mondes,

représentaient par des cercles
dès-lors

(voj. notre planche 5
l'esprit
.

et

on conçoit que
par ceux

ces

mots,
a

va de cercle eu

cercle et repasse

qu'il

traversés

aient

pu motiver

leur sjstèmc et s'cntciKlre

du Sauveur.

9^

SECTION

II.

plies étaient d'accord avec les orthodoxes. Ils leur

ressemblaient encore, en présentant
Ghristos

la

vie

du

comme un

type moral à suivre par tous
lui

ceux qui voulaient rentrer par
rôme. Cependant

dans

le plé-

les basilidiens paraissent

avoir

exagéré ce principe d'imitation.

Ils disaient

que

ceux qui possèdent

les

mystères deKaulakau, de

tous les anges et de leur filiation \ devenaient ini^isibles et

incompréhensibles avec les anges

et les

puissances supérieures,
lakau.
Ils

comme

l'avait été

Kautelle

entendaient, sans doute, sous cette incette incompréhensibilité ^

visibilité et

une

perfection,

une
,

telle exaltation

de leurs facultés

intellectuelles

que

les

esprits vulgaires

ne

se

trouvaient plus en état de les suivre, leur
étant,

ame

pour

ainsi dire, transportée
et

dans

les ré-

gions de l'invisible
été

de l'incompréhensible. C'eut
cette théorie
Ils

mal les combattre que d'opposer à

leur propre visibilité et leur compréhensibilité.

pouvaient ou envelopper leurs doctrines de mystères inaccessibles

aux profanes, ou avouer que

leur théorie était supérieure à la pratique. L'or-

thodoxie recommande aussi l'imitation de JésusChrist à

un point qu'aucun de

ses

membres

n'a

I

Causas. Iren.,

/. c.

CHAPITRE
jamais

IV.

g5
purement philo-

pu

atteindre, et la morale

sophique ou naturelle trace elle-même à

Thomme
vraies ni

un

idéal auquel jamais

il

ne saurait parvenir. Ces

théories n'en sont pourtant pas

moins

moins nécessaires
pas

;

et

les

basilidiens

n'auraient

manqué de rétorquer
est

ces

argumens contre

leurs antagonistes , philosophes
effet,
il

ou

chrétiens.
n'alla

En
pas

probable que leur vanité

jusqu'à leur en fournir d'autres, jusqu'à leur per-

suader qu'ils étaient réellement aussi invisibles ou
aussi incompréhensibles

que

l'était le

divin Nous.

^

1

On

a quelquefois mal interprété Vimisibllité que

s'at-

tribuaient les basilidiens, en l'entendant au physique.
corrélatif à^incompréhensibilité aurait

Le

dû prévenir

celte er-

reur, qui gratifiait ces théosoplies d'une sorte de folie dont
l'histoire

de

l'esprit

humain nous
à peine

offre

rarement

le

specta-

cle, et

que pourraient

nous expliquer

ces philoso-

phes qui, de nos jours, ont douté non-seulement de leur
visibilité et

de leur compréhensibilité, mais encore de

leur existence.
S'il

fallait

prendre

le

mot

àHnvisihillté

an physique,

il

n'j aurait qu'un seul sens raisonnable à lui donner.
serait celui-ci
:

Ce

l'intelligence divine (le vovç), revêtue d'une

apparence de corps humain, a été invisible aux
(koÙ
xoV/xoç dv]ov ovK iyvùù» S.

hommes
lo)
;

Jean, ch.

i ,

v.

c'est

de

la

même
le

manière que l'homme pneumatique, ramené
intellectuel par le

dans

monde

Nous,

est invisible

aux

hommes

psychiques et aux

hommes

matériels.

94
Cependant,
s'ils

SECTION

11.

n'ont point prétendu partager
ils

toute sa grandeur,

paraissent avoir imité
le

du

i

moins toute son humilité. Ainsi que
s'était

Nous

égalé aux

hommes

,

ils

voulaient bien aussi

s'abaisser jusqu'à eux, les étudier, les connaître,
les

pénétrer , mais sans se laisser pénétrer

ou con-

naître par eux. C'était là,

une théorie-

c'était

non pas une opinion, une maxime de conduite so-

lennellement adoptée, empruntée non-seulement
à l'association secrète des pythagoriciens, mais

encore au mystérieux sacerdoce de l'Egypte, dont
ils

se flattaient peut-être d'égaler le

pouvoir sur

le vulgaire

de leur

secte.

Une

sentence solennelle
:

leur rappelait cette tendance 3 c'était celle-ci

Tu

connaîtras tous
te

les autres
^

y

et

personne ne doit

connaître toi-même.

Leur penchant pour

le

mystère leur

fît

bientôt

donner à

cette

maxime un

sens qu'elle n'avait
ils

certainement pas dans l'origine j
rent

s'en autorisè-

pour cacher

et

pour renier

leurs croyan-

ces, non-seulement

comme

chrétiens, mais en-

core

comme

basilidiens. Ils se dérobaient

au mar-

1

T'/xg/ç TToifldL (

d'après le texte latin d'h énée ,

il

faut

Vive, TTcivlct^)

ytvcùtTKîji^ v/AoLç
S* 5.

JV

/ULtiSètç yiV6û<rKi^ùd*

Epiph.,

Hœres., 24?

CHAPITRE

IV.

95
Kaulakau,
^;

tyre, en s'appuyant sur l'exemple de

qui

s'était

dérobé à

la

mort

sur la croix

ils

considéraient ceux qui aspiraient aux palmes des
confesseurs,

comme
se

des

hommes

remplis de pré-

jugés

,

et

ils

plaçaient à égale distance

du

christianisme et

du judaïsme 2.

C'est,

en

effet, le

rang

qu'ils

occupent dans

l'histoire des

opinions

religieuses. Ils tre

ne pouvaient guère en prendre d'aule

eux-mêmes, considérant

judaïsme

comme
du

une révélation
christianisme
la véritable

très- secondaire, et les textes

comme une

source très-allérée de

révélation faite par fintelligence de

l'Etre

suprême.
les

Les sectes

plus fanatiques se calment dans

1

En

cela

ils

différaient essentiellement de leur maître,
les

qui avait considéré
purification.

souffrances

comme

des

moyens de

2 Ils disaient, à ce

que rapporte

S. Irénée, qu'ils n'é-

taient plus Juifs, et qu'ils n'étaient pas encore chrétiens;

que, d'ailleurs,

ils

ne pouvaient pas révéler tous leurs mvs-

tères, et qu'il fallait les couvrir de silence. Les
S. Irénée (I,
(

mots de

25), per silentium
,

,

ont fourni à Pearson
p.

Vindic. epîst. S. Ignat., pari. 2

G4

)

l'occasion d'une

lij'pothèsc gratuitement ingénieuse. Il

pense qu'il y avait

en grec

S^ioltmv ^lyriv-, à

cause de Sigê, éon gnostique. Cette

conjecture

tombe par

le seul fait

que

les basilidiens

ne con-

naissent pas l'éou Sigê.

9^
le

SECTION

II.

cours des siècles;
,

les partis les

plus religieux,
les tliéosoplies

les plus ascétiques
les

dégénèrent

;

plus sublimes ont des disciples qui se livrent
les

aux pratiques

plus vulgaires

:

telle

est,
;

en

peu de mots

,

l'histoire

de toutes

les écoles

c'est

aussi celle de l'école de Basilide. Les opinions

des basilidiens sur le martyre et sur le reniement

de leurs croyances renfermaient des germes de
dégénération
;

ces germes paraissent s'être déveS.

loppés promptement.

Clément d'Alexandrie

les

accuse déjà d'une grande licence de principes,
et,

au temps de Porphyre
étaient fort

et

de

S.

Épiphane, leurs
Ils se livraient

mœurs
alors à
fois

corrompues K

une opinion qui
l'histoire

se reproduit plusieurs
ils

dans

du mysticisme;

pensaient

que

les parfaits n'étaient

tenus à aucune loi; que

leur corps pouvait, sans danger, suivre tous les

penchans qui

l'agitent;

que leur ame
matériel

était

trop

élevée au-dessus

du monde

pour en pou-

voir être affectée, et que la volupté elle-même
n'en saurait altérer la pureté. Les basilidiens différaient,

en cela, complètement des sectes ascé^

tiques de la Syrie, qui, toutes

exigeaient

une

1

Epiph., Hœres., 2 5. Porphjr.,
S'

De

abstinentia car-

nium, Ip

4o-

-

CHAPITRE
pureté plus sévère de
élus
,

IV.

(j^i

la part des parfaits et des

que de

celle des

psychiques ou d?s

fiy-

liques.

Théodoret ajoute que
ples
la

à ces rapports défavorables

les basilidiens se livraient,

comme

les disci-

de Ménandre
et à

et

de Simon, aux pratiques de

magie
art

tous les genres d'imposture ^

C était

un

qu ils prétendaient exercer sous

l'influence

des esprits avec lesquels leurs mystères les mettaient

en rapport. Théodoret leur attribue encore

d'autres choses, qu'il s'interdit d'énoncer,

pour
pas

ne pas blesser

ses lecteurs
:

;

mais ce

n'est

d'immoralité qu'il parle
sont des théories, ou,

ce qu'il veut taire, ce
il

comme

dit, àes fables.-

Telle fut la fin d une secte de théosophes dont
S.

Clément d'Alexandrie
:

avait dit en

propres ter-

mes
((

((

Le

culte de ces gnostiques consiste dans
à leur aine;

une attention continuelle
ditalions sur la divinité,

en mé-

K
((

comme
a

étant l'amour
parties.

inépuisable.

Leur science

deux

La

« «

première s'occupe des choses dUines; considère
la

cause première, par laquelle tout a été

1

\L7r(jùS^tuc,

yj>cùv\cLi y.xt yoifléicttç

KAt rrai^cS'aLTcuç

/u.a^

2

MvBovç, TlicoJoicl.,

llœri't,

fahul., I,

c.

4-

7

98

4r

SECTION
laquelle

II.

fait, sans

rien n'est de

tout ce qui

existe ;

examine

l'essence des choses qui se pénè-

« a
tt

trent et se lient les unes
les forces
elles

aux autres

;

interroge

de

la

nature, et

demande

à quel but
traite

conduisent? La seconde partie

des

«
(j

choses humaines, de la condition de l'homme,

de ce qui

est

de sa nature, de ce qui ne

l'est
ils

«
((

pas, de ce qu'il doit faire et souffrir. Ici,

examinent

les vices
,

et les vertus, le

bien, le
"

((

mal
S.

et l'indifférent

ou

les

choses moyennes.
:

Clément

avait ajouté à ces traits

„ Basilide

((

dit qu'il faut

honorer

l'Etre

suprême non pas
la vie,

((

certains jours, mais

pendant toute

de

«

toutes les manières.
qu'il sait

Le gnostique

prie, parce

«

que

la prière

peut avoir lieu partout,
*
^^

«

et qu'elle est

toujours entendue.

Certes, rien n'était plus propre à fonder

une

association morale et à lui conserver des ten-

dances religieuses, que de pareilles idées. Quel-

ques esprits, à

la

hauteur de celui de Basilide,

eussent renforcé et perpétué ces tendances; mais
tout ce qui pouvait

recommander son système

dégénéra entre

les

mains d'inhabiles successeurs,

1

Tous

ces traits sont tirés

du septième

Jivre des Stro-

mates.

CHAPITRE
dont aucun ne sut
Aussi

IV.

99
lui-même.

illustrer ni l'école ni

les basilidiens

ne

se soutenaient-ils qu'obs--

curément jusqu'au cinquième
considère
le zèle

siècle K
ils

Quand on

avec lequel

furent combat-

tus, non-seulement par leurs historiens, S. Iré-

née,

S.

Épiphane

et
S.

Tliéodoret, mais encore par

Agrippas Castor,

Clément d'Alexandrie, Origène
,

et plusieurs autres ^

on

est tenté

de croire
;

qu'ils

ont formé une secte très-nombreuse
serait

mais ce
les histo-

en vain qu'on chercherait

,

dans

riens des premiers siècles, quelque
tive à cet égard.

donnée posi-

La

statistique est l'une des scien-

ces les plus modernes. Les anciens ne

donnent
-,

pas de "nombres sur
plus forte

les

églises

orthodoxes

à

raison s'en dispensent- ils

pour

les

sectes. Il paraît

qu'en général

ils

exagéraient sur
S.

les

unes

comme
les

sur les autres 5. D'après
s'étaient
et les

Épi-

phane,

basilidiens

répandus nonenvirons, mais
,

seulement dans Alexandrie

dans plusieurs préfectures d'Egypte

ils

avaient

1

Hieronj^mus, Corilra

V Igilajiiiuni
5.

,

c\

2^ p. i2j.

2 Theodorel., Jfœret. fab., I, 3

On

connaît
Sui'

les

exagérations des auteurs de nos predes progrès du clnistianisnic.

miers siècles

la rapiditr

,

ÏOO
établi

SECTIOP^
des écoles
^

II.

et

,

d'après
2.

S.

JércWe

,

on

en trouva jusqu'en Espagne

Des pierres basi-

lidiennes, trouvées dans le dernier de ces pays,

semblent confirmer

le

rapport de

S.

Jérôme.

5

Nous verrons

ailleurs

que d'autres

partis

gn os-

tiques se sont répandus également en Espagne,
et

même

en Gaule.

Ainsi que la plupart des autres gnostiques
les basilidiens

ont trop peu écrit pour propager

leur secte. Outre les exégétiqaes de Basilide; les

hymnes
ainsi
reste

qu'il
fil

composa, sans doute pour
,

le culte,

Bardesanes mais dont il ne nous que des fragmens insignifians^^ les traités

que

d'Isidore sur la psychologie, et ses

Commentaires

sur

les

prophéties de Barchor, les basilidiens ne

paraissent avoir rien publié. Affectant le mystère

sur leur doctrine

comme
,

sur eux-mêmes, livrés

à des pratiques vulgaires, et se décréditant par

une morale licencieuse
d'épargner
les

ils

s'anéantirent au point

persécutions aux défenseurs

de

l'orthodoxie de Byzance.

1

Epiph., Hœres., 24.

2

A

Fend roi t

cité.

3 Bellermanii, Ueber die Ahraxas-Gemmen , /, p, 9.

4 Grabe,

Spicileg. pair,,

t.

I» p. 5q.

I

CHAPITRE
Cependant
les

IV.

lOT
l'école

enseignemens de

de Va-

lentin, qui s'érigea à côté de celle de Basilide, et

qui sut gagner, dès l'origine, des partisans

nom-

breux, contribua, peut-être autant que

la négli-

gence des basilidiens
^Jcolç^»
§. 4.

,

à la décadence de leurs
:

_>

^^

:.

^,- SI

^^'

','
les

f'^

16%"
École

Rien

n'atteste

mieux combien
répandus
et

élémens

du gnosticisme
Egypte que
la

étaient

cunmlés en

^^

naissance dans ce pays de plusieurs

sectes gnostiques contemporaines. Les basilidiens,

après la
tard, l'an

mort de leur maître,
i55 de notre

arrivée, au plus

ère, offraient

aux croyan-

ces et

aux enseignejnens une

latitude qui pouvait
les

engager à s'associer avec eux tous ceux dont
opinions avaient quelque analogie avec
et

la leur;

cependant nous voyons un giand nombre de

chrétiens, élevés en Egypte, se grouper autour

d'un nouveau chef de secte, qui ne leur offre guère sur Basilide d'auti^ avantage que de faire
à l'antiquité une plus large part dans soji sys-

tème.

A

la vérité ce

système

est très -riche,

et

donne des
que

explications sur quelques problèmes

les basilidiens

ne croyaient pas devoir abor-

der; mais ces explications ne sont pas toujours des solutions, et ces richesses ne sont pas toujours des trésors. Valeniin présente sur les rap-

,

102

SECTION

II.

ports des deux mondes, ainsi que sur l'origine
et les destinées

de

l'esprit
le

humain

,

qui j^ par ^a

nature et son organe,
et à l'autre,

corps, appartient à l'un

des vues sublimes,
;
,

comme
,

tous les
ses bril-

théosoplies téméraires
lantes théories

mais en résultat
si

donnent

peu de

foi à la raison,

qu'on s'en sépare,

comme

de celles de Platon,
qu'inspire
le

avec cette sorte de regret

réveil

d'un beau rêve.
Valentin, que
les
S.

Irénée place à

la tête

de tous

gnostiques

,

sans doute à cause de l'impor,

tance de ses théories

paraît avoir été d'origine
le

/(judaïque, mais élevé dans

christianisme, au

milieu de toutes les opinions que les sages et les
doctes agitaient alors dans la capitale de l'Egypte
sa patrie
1.

Il est

même

probable

qu'il
,

connut,
et

jeune encore,

la

doctrine de Basilide

que,

jointe à d'autres élémens de spéculations théoso-

phiques,

elle

détermina
en soit
,

la direction
il

des siennes. 2
à se
l'an

Quoi

qu'il

commença

faire

remarquer par son enseignement vers

i56,

1

S. Épiphaiie le dit phréboiiite.

Hœres,, 3i,

S-

2.

2 Tertullien, qui le dit p]ntonicïen

[De prœscr.) ,

attribue

sa défection à l'ambition trompée. Speraverat episcopatum

Valenlînus j quia

et

ingénia et eloquio poterat. C. Valent. ,c.

l^.

CHAPITRE
et bientôt
il

IV.

106

joignit à ses

leçons quelques ou-

vrages, qui augmentèrent sa gloire autant que le

nombre de
nous

ses disciples.

Ses ouvrages sont perdus pour
il

nous

mais

reste
,

quelques fragmens de ses
de ses homélies
et
^

lettres^
,

de

ses traités

;

et S.

Irénée

S.

Clément d'Alexandrie

Origène ^, ainsi que Fau^

teur de la Didascalia orientalis^
ses écrits,

qui avaient lu

nous donnent sur son système, sinon

des rapports suffisans,

du moins

assez abondans.
S.

D'autres écrivains, tels que Théodoret 4 et

Epi-

phane

5,

ajoutent des renseignemens à ceux de
,

leurs prédécesseurs. TertuUien

dans son

traité

contre les valentiniens , ne nous offre qu'une source
secondaire de leurs opinions.
écrivain avait sous les
Il est

vrai

que
traité

cet

yeux l'important

de

Valentin, intitulé Sophia^ et qu'il y

fait

de

fré-

quentes allusions^; mais

il

a trop

peu de génie

1

Clemens Alexandrin.
;

;,

Strom., p. BjS

(
;

passage de deux
p.

lettres)

p.

609 (fragmens d'une homélie)
Celsum,

635 (passage

du

Traité des amis).
2

De

principiis et contra

p. 7 p.
I.

— 98;

;;.

iG5;

p.

41I7 624? 658,
3

éd. de la

Rue,
S.
"J.

t.

A

la suite des
,

œuvres de
lih.

Clément d'Alexandrie.

4 Fabul. hœret.

I,

c.

5 Hœresis , 5i.
.

6 Ce

traité s'est

malheureusement perdu

comme

tant

, ^

104

SECTION

II,

oriental et trop de haine

pour

les

gnosliques

pour

être

un

iidèle

interprète de leurs hardies

d'autres; cependant

si

nous en ciojons Woide, philologue
il

anglais du dernier siècle,

existerait encore.

En

effet,

Woide trouva, parmi les manuscrits du docteur Askew, un code eu parchemin, format d'in-4-% écrit en lettres
grecques uncialcs, d'une haute antiquité, suivant tous
caractères qu'il en
fit

les

connaître.

Ce

Aî^olume était sans titre

en tête; mais, à

la fin

de la seconde partie,

Woide
les

lisait

en langue kopte, qui de Tome second de

est celle

de tout l'ouvrage,
Il

mots

la croyante Sophia.

en

tira la

conclusion

que

c'était là le traité

de Valentin,
c.

cité

par TertuUien. [Cf.
,

Tert., Àdç. Valeniin.,
t.

2.

Grabe,

Spicileg. patr.

sœc. II,

I, p. 44-) Le contenu
11

du

livre le

confirma dans son

hypothèse.

j trouva
le

treize

psaumes pénifentiaux de Soet

phia, tombée dans
gage
Il

chaos,

imitant, dans son lan-

et ses

pensées, les psaumes de David et de Salomon.
aussi treize odes, tirées
le

j distingua
et

également de
était

celles

de David,
sa sœur.

célébrant

Sauveur, qui

venu

délivrer

Deux

autres parties

du volume renfermaient des
disciples et les saintes

entretiens entre Jésus-Christ, ses

femmes. Les psaumes de Salomon
sitions

différaient des
le

compodans
le

apocryphes oubliées, sous
Ites

même nom,
Woide put

code de Fabricius.

passages que

déchiffrer

çà et là paraissai'jnt se rapporter au système de Valentin.
Il

y lut

les

mots de

7rXrpû)(,ict,

/uivs'i-piûv

,

yvZ^iç-) àicov

QdpCriXœ-, lûtXS'ciCxii)d- ) et plusieurs autres

non moins

chers

aux gnostiques;

et la

découverte d'un second code égale-

ment

relatif

au gnosticisme, code dont nous parlerons plus

CHAPITRE
conceptions.
détails
Il

IV.

10^
foule de

donne cependant une

que

la critique

ne doit pas dédaigner.

tard, semblait avoir transporte

Woldc au
(

milieu des plus

précieuses

reliques du

valentinianisme.

Voy. Cramer,
t.

Bejtrage zur Befordening theolo^ischer Kmninisse ,
p. 82 et suivantes.)

HI,

Cependant

les

observations de

Woidc lui-même
et

renfer-

ment

les

élément de quelques doutes,
d'autres.

en provoqu(;nf

un grand nombic

D'aboid

,

il

n'est

pas probable

que l'ouvrage de Valentin
langue égyptienne.

ait été rédigé

originairement en
celle

Valentin possédait sans doute

langue; mais ce

n'est
;

pas au peuple d'Kgyple qu'il a pu
c'est

adresser ses tbéories
les cbrétiens,
les

parmi

les

savans d'Alexandrie,
qu'il

Grecs

et les Juifs,
s'il

a

ciicrcber

ses partisans.

Ensuite,

n'est pas
le

improbable que son

ouvrage

ait été

traduit, pour

peuple d'Egjpte, en lanle

gue du pays, ce que Woide rapporte sur
.son

contenu de

volume

n'est

guère propre à

l'aire

croire

que ce volume

soit la traduction

en question.
n'a

Woide en

a déchiffré très:

peu de chose
plus,
il

;

il

donc pu parler de l'ensemble

bien

n'y a

pas rencontré la plus légère mention ni de
le

Valentin ni de sa secte, pas
sa

moindre

fait

qui appu\àl
dii

conjecture; et la terminologie qu'il y signale, aurait

lui faire >oir qu'il était

dans

l'erreur.

Les mots de Bnrhelo et

iVIaldahnolh n'appartiennent aucunement aux valenliniens.
L'idée dus

douze sauçeurs
,

,

qu'il y

trouva,

est

également

anli-valentinienne
qu'il

ainsi

que plusieurs autres opinions

y

lut sur la haute dignité des apôtres et Vorigine des
Irès-vrai

âmes.

Il est

que Valentin

a

composé des hymnes*

106

SECTION
la

n.

Valentin itnita d'abord

prudence de quelet

ques autres docteurs gnostiques de l'Egypte

de

la Syrie;

il

se

garda de choquer

les églises

orthodoxes.

D'ailleurs

Alexandrie
et

,

centre

des
les

travaux du genre

humain

asile

de tous

ou

des psaumes
il

,

comme
ait

Basilide en avait fait

pour

ses

disciples, et

est

très-probable que, dans ces

hymnes,

la

Sopbia-Achamoth
était,

joue

le

rôle d'une pénitente. Elle

comme

telle,
et

l'emblème de l'ame humaine dans son
ses efforts

état

de chute

dans

pour

s'en retirer, et ce

sujet convenait parfaitement

au culte de ce

parti. Il est
tra-

donc

à croire

que

ces

psaumes sont réellement une

duction de ceux de Valentin. Mais cette circonstance
était

même

de nature à conduire

Woide

à

un

tout autre résultat
il

ou

à des conjectures toutes différentes; car

en établit

plusieurs, et qui semblent se contredire les unes les autres.
Il

déclara

d'aboid que
,

le

volume d'Askew

était la

Sophia de Valentin

et

confondit ensuite ce traité avec

VÉmngile
à

selon les Egyptiens, par la raison qu'il

y

avait,

la suite, des entretiens entre Jésus-Christ, les apôtres

et les saintes

femmes,

et

quelques renseignemens sur

le

retour du Sauveur auprès de ses disciples, qu'il dirigea
encore pendant onze ans après son ascension. Les psaumes de

Valentin ne devaient, en aucun cas, se confondre avec son
traité intitulé

Sophia; encore moins pouvait-on considérer

des légendes évangéliques

comme

en faisant partie inté-

grante; et quoique AVoide ne réussît pas à traduire tout son

code,

le

peu

qu'il

en avait lu devait

lui

prouver que

c'était

un

recueil de diverses pièces religieuses à l'usage de

quelque

CHAPITRE

IV.

107
lati-

peuples, donnait à l'enseignement une grande
tude. Valentin n'y fut l'objet d'aucun

soupron. Ce

qui, dans sa doctrine, a

pu

séduire les chrétiens,
c'était le res-

encore peu nombreux en Egypte,
pect qu'il témoignait pour
le

canon entier de

gnostique, plutôt que

la

Sophia de Valentin. Le

titre

de So-

phia croyante, qui a principalement motivé son lijpothcsCj
s'appliquait également à tout autre recueil gnostiquc.
effet, la publication des prétendues odes
fait

En

de Salomon a

voir qu'elles ne se rapportent pas au valentinianisme;

elles paraissent avoir été

plutôt en usage chez les ophites.

Vojez Miinter,

Odœ

gnosticœ

Salomoni irihulœ. Progr.
Ophites.

llafniœ , 1812. Voy.
Vyi autre

ci- dessous,

volume que

signala

Woide semblait,

ainsi

que nous l'avons déjà
licisme. Il'*est écrit,

dit, se rapporter également au gnos-

comme

le

premier, dans

le dialecte

sahidique , qui appartient à la haute Egypte, et a été ap-

porté de Thèbes en Angleterre par Bruce, le célèbre voyageur.
Il

se

compose de

soixante-seize feuilles in-4.", et se
livre
kciJol

distingue en deux parties, dont l'une porte le titre de
de la
yvôùG'iç-) l'autre celui

de

livre

du grand Logos,

fjivç-ytptov. Il

et

y est souvent question des éons du plérôme, Woide y remarqua notamment les noms de /Saôoç pour
fffyii-,

^vQoçj ceux de
le texte
fois
il

svvctu,^

X^p*Ç->

vovçj dXyiôiict,

que

égyptien conserve tantôt en grec, et que d'autres
traduit.

C'est encore
la

un de
,

ces

monumens dont
la

nous devons espérer

publication

dès que

philologie
la

profane aura rendu quelques écrivains de plus à
logie ecclésiastique.

philo-

108

SECTION

II.

rÉglise. D'autres gnostiques

mutilaient le code

des chrétiens

;

Valentin n'avait pas

même

l'air

d'admettre quelque opposition entre les

livres

de lancienne

et

de
le

la

nouvelle alliance.
,

Ce qui pouvait

rendre suspect à une époque
c'était

qui touchait aux derniers jours de S.Jean,
sa prétention

de posséder seul

la véritable

doc-

trine chrétienne, c'est-à-dire les secrets

conunula

niqués par

le

Sauveur aux apôtres ou
S.

tradi-

tion de Théodas, disciple de
pareille prétention,
il

Paul.

Avec une
à

ne pouvait guère tarder

se trahir. Il précipita
ses erreurs,
celle

lui-même
la ville

la

découverte de

en quittant
,

d'Alexandrie pour
était

de

Rome où
et

l'enseignement

beaucoup
,

moins riche

beaucoup plus

surveillé

la

plupart des chefs du gnosticisme ne paraissent
s'être

rendus que pour

se faire

condamner ^
ère,

Hy

arriva vers l'an

140 de notre
trois fois
se
,

y

fut

excom-

munié jusqu'à
Chypre
,

et finit

par se rendre en

il

forma également un nombreux

I

Voyez ci-dessus

les

exemples de Simon

et

de Maicion^

t.

I, p. 336.
II

m'est probable que Valentin, demeurant en Egypte^

n'eût pas été
Basilide

excommunié.

Il

n'existe pas d'indication

que

l'ait été.

CHAPITRE
parti K L'ile

IV.

109

de Chypre renferniail beaucoup de

Juifs; et cette circonstairce, jointe à

son voisi-

nage de

l'Asie

,

la disposait

plus que d'autres à

recevoir des doctrines théosopJiiques.
S'il

est,

en général, assez

difficile

de se

faire

une idée complète du système de Valentin
près les
et les
ficile

d'a-

fragmens que nous avons de
il

ses

écrits

rapports de ses adversaires,

est

plus dif-

encore d'y distinguer ce qui appartient au
;

maître de ce qui vient des disciples

nous ne

pouvons hasarder d'en
énoncé cet aveu.

faire l'essai

qu'après avoir

Ainsi que le système de Basilide, celui de Valentin offre

une double

série

de manifestations

et

d'êtres qui, tous, se rattachent à

une seule cause

première,
pas; dont
diats

et
les

qui néanmoins ne se ressemblent

uns sont des déploiemens inimé-^
la

de

la

plénitude de

vie divine, et

dont

les autres

ne sont que des émanations d'un génie

1

Tertull., yldçers. Valentin.

,

c.

4- T^a triple

excommudemeu-

nication de Valentin atteste ù la fois son désir de
rer dans la

communauté

des orlbodoxes, et Tindulgeuce
aussi distingué. L'histoire

de ces derniers pour un

homme

toute entière devrait apprendre aux
s'abstenir d'écarts, et aux
la persécution.

hommes

supérieurs à

hommes

médiocres à s'interdire

,

1

lO
Celte

SECTION M.

t
secondaire.

.

.

.

double

série

indique

même

entre les deux classes,
faut conserver en

une sorte de

scission qu'il

vue

comme les deux séries ellesles

mêmes, en parcourant

immenses développe-

mens de

cette doctrine.

Le chef de

l'une et de l'autre série , qui n'est
la

pourtant chef immédiat que de

première

,

est
,

un

être

tellement parfait qu'il est

un ahîme

[ivôoç,

qu'aucune intelligence ne saurait sgnder;
saurait atteindre les invisibles, les
qu'il
la

aucun œil ne

ineffables hauteurs

habite.

On

ne saurait

comprendre non plus
existence
:

durée infinie de son
il

il

a toujours été;
il

est le Tt^oTtofiœ^')
il

le T^poocpxyjj

sera toujours;

ne

vieillit pas.

^

Le déploiement de
donné
l'existence

ses perfections {SiocÔeais) a
intellectuels.

aux mondes

Le

mot de
pas ;

création ne pourrait pas s'appliquer à
il

cet acte , car
il

n'a point produit ce qui n'existait
,

a mis en dehors ce qui était caché

ce

qui

était

concentré dans

le

plérôme. Les

intelli-

1

Ireriîeus,
c.

Adç. Hœres.

,

lib.

I,

c. i.

Theodoret., Hœr.,

fab. I,
celle

7.

Ce sont partout les mêmes
et celle

idées fondamentales^

de l'éternité
:

de l'incompréhensibilité de l'Etre
le TraClnp

suprême

c'est le

Zéruané-Akéréné^ l'Ensoph;

ciyv6ùS'o<;--y

le Trctlug avayofJ'OiS'ûç,

,

CHAPITRE

IV.

111

gences auxquelles cet acte donna l'exlsience portent elles-mêmes le
(jBiç); elles

nom

de déploieniens

(Siccêè:

ont aussi celui de puissances {êwcci^siç)
en ont un autre encore qui
plus distinctement

mais

elles

les carac-

térise bien

comme

des subs-

tances
et

,

comme

des parties de l'Être suprême

qui rappelle les épitliètes que les kabbalistes
et

accordaient aux anges
c'est le

aux sephiroth d'Ensoph
^

:

nom
a

d'éons,

a;&;v£s-.

^v

-^r.» ^

\1^h°^J

1

On

beaucoup

écrit

pour expliquer ce mot de

ctteov

et

son application aux intelligences émanées de Dieu.

On
le

a fort bien dit

que

le sens

de ce

mot répond

à celui de

D^y, qui signifie non-seulement

le siècle,

mais encore

monde,

et

même ce que
que
le

renfenne

le

monde. Cependant, quand

on

a prétendu

mot de
et

dtSviç n'était qu'une traducdii

tion

du mot bébreu,

que ce terme avait

dériver

nécessairement des langues orientales, puisque

les

opinions

des gnostiques sont tirées des systèmes de l'Orient,
allé à côté

on

est

de

la vérité.

D'abord

il

faut rectifier, d'après tout

ce

que nous avons vu dans

ces rccbercbes, l'opinion qui

fait

du gnosticisme un simple emprunt; ensuite,
ie siècle,

ce n'est

ni

ni le monde, ni ce que renfenne ce monde, ni

la durée de ce
les

monde, ni un espace de temps (jnelcunque ^ que
le

gnostiques expriment par

terme

à!'éons

:

ce sont des

intelligences, des
siés,

émanations
la

<le

Dieu, des

êtres b^posta-

qui sont de

même

nature que Dieu.
à

Les kabbalistes donnaient
périeures
,

toutes les intelligences su.

et

surtout aux sepbirolb

l'attribut d'El

,

de

1 1

2
Si Valenlin

SECTION
ne fut pas
le

If.

premier de tous
,

les

giiosdques à employer ce terme

il

fut

du moins

Jéhovali, d'Élohim ou d'Adonai. Ainsi que nous l'avons
déjà fait remarquer plusieurs fois
l'idée que tout ce qui est
,

c'était
est

pour exprimer
encore Dieu. Les

émané de Dieu
idée, et

gnostiques avaient la

même

ils

attribuèrent à ces

intelligences le terme de dtoûViç* Ils considéraient Véternité

comme

l'attribut le plus caractéristique

de l'Être suprême,
cette célèbre
si

et ce fut là la véritable raison

du choix de

expression. Elle est indiquée d'une manière

simple, et

par une autorité
i/*^

si

respectable, dans Irénée, au chapitre
qu'il est

de son premier livre,

impossible de

s'j

trom-

per. KÎyùVdi y^^-)
dKCtjoVOfJLoiç-OtÇ

y

est-il dit,

rtvct ilvcti iv dopairoiç Kst)

V-^cÔjUicKTt

TèXêtOV ÂtZvGL Trpoovlct,,, TOV-

Tov

«Tê

zoLi

(èvbcv actXovcrtv, «
les

Us disent

(les valentiniens)

« qu'il

y a dans

hauteurs invisibles et ineffables

un

« éon de toute perfection, qui a été avant tout...
^^

Ils le

nomment

aussi Bjthos. » Ils donnaient

donc

le

nom
ils

àiéon, à^ éternel, à l'Être

suprême;

et voilà

pourquoi

appliquèrent ce terme à ce qui était encore

lui. C'est
D'^dV^)

dans

ce sens que nous trouvons le correspondant de

em-

ployé dans
p. i3i)
:

le

code des nazaréens publié par Norberg
classe d'êtres

(t. I,

il

j désigne une

absolument ana-

logues aux éons.

Le mot de

diiàv est

employé souvent dans
il

les livres

du

Nouveau-Testament; mais
des valentiniens.
Il est

ne

s'y

trouve pas dans le sens

possible que les valentiniens, qui

ne rejetaient pas

les épitres

de S. Paul, aient pris dans
:

leur sens ce passage aux

Hébreux

«T/

« {')^pi<^ov)

y.ctt

tovç

,

CHAPITRE
celui de tous qui présenla le premier toutes les

richesses d'une

tliéorie

complète sur

les éons.

^

ùtZvùiç èTTOitKre {c\u i, \. 2), passage qui s'accordait avec

leur sjstème sur le vovç-,

comme image
il

de Dieu

et

organe

de toutes

ses créations;

mais
le

est

hors de doute que l'auctiZvuç dans le sens de
la

teur de cet écrit a pris

mot de

mondes. Dans la doctrine orthodoxe

création des anges

n'est attribuée nulle part à Jésus-Christ;

mais S. Jean

lui

attribue formellement celle de ce
1

monde.
ainsi

Cérinthe (voj.

t.

I, p.
le

227),

que Basilide, dont

nous venons d'analjser

système, avaient eu quelques idées
;

analogues à celles de Valenlin
aient appliqué le

mais

il

est

douteux

qu'ils

terme diéons aux intelligences divines.
les

Saturnin appelait

anges éîohim {^ibidem, p. 283). Bar-

desanes, qui employa, en syrien, un

mot analogue

( /^/é/.

p. 507, note 1), est postérieur ^ Valentin.

On

a cherché

des analogies au terme à^éons
paraît répondre au

^ms un

terme indien qui
les

mot de

dVjJ

(Mignot, sur

anciens

philosophes de l'Inde, Mémoires de l'Académie àcs inscriptions,
t.

XXXI,

p. 277.

Malheureusement Mignot, dont
les

nous sommes loin de dédaigner

recherches,

inspire

peu de confiance dans cet endroit. Sa manière d'écrire le

mot

D^iJ

(dVin) semble attester qu'il ne savait pas l'héa songé aussi
p.

breu).

On
^

aux higes des Chaldécns (Brucker,
idées

De
y
il

ideis

5)

et

aux

de PI a Ion

{^'ibid.,

p.

36):

il

a, sans doute, de Tanaiogie (juant aux opinions, mais
n'y en

a guère dans

le

langage.

C'est

une analogie

bien Irompcuso qu'on rcncoulre dans Alcinoiis,
if ina

De

doc-

Platonis ,

c.

«j,

où ce platonicien

dit

:

Ç)pt^ovJa.t Si

*

ê

ll/j-

SECTION
effet
,

II.

En

son génie

les

crée

,

les

nomme

,

les

classe, les associe les

uns aux autres, détermine
connaître leurs œuvres
flexibilité

leurs destinées

,

et fait et

avec une fécondité
derrière
elles

une

qui laissent

non -seulement

les auteurs

de

la

plupart des systèmes philosophiques, mais en-

core ceux des doctrines gnosdques elles-mêmes.
Voici les
traits essentiels
,

de sa théologie.
siècles infinis

Le Bythos après avoir passé des
dans
le

repos
il

et le silence

',

résolut de se mani-

fester, et

se servit

pour

cela de sa Pensée^ qui,

seule, était à lui; qui n'est^pas

une manifestation
source de toute

de son être

,

mais qui

est la

T«V

IS^idLV

TrotpdS'iiyu'Z

t^v

zctlct (péaiv

diCùVMV, Il en est

de
(

même

de

la

pluparPde

celles

que produit Mosheini
,

Comment, de

rébus, christ, ante Constantin.

p.

29

et

3o)^

dont on ne saurait
sur le gnosticisme.

d'ailleurs trop estimer les recherches
Il

j

avait, en effet, d'autant plus de

mérite dans ses travaux sur ce sujet, qu'il ne vojait dans
les doctrines

gnostiques que
il

les

rêves d'une imagination

déréglée,
1

comme

le dit

souvent.

C'est S. Irénée

que nous suivons principalement pour

le système

de Valentin. S. Clément d'Alexandrie (Stro-

mates)

et

Origène (contre Celse) n'en parlent que par

occasion; Tliéodoret n'en donne qu'un abrégé, et craint

néanmoins d'en trop dire;

S.

Epiphane

est

également trop

animé contre Valentin.

CHAPITRE
irianifestatiort
,

IV.

1

l5
ses

la

mère qui rerul

le

germe de

créations. Élani de son être, sa Pensée, svvoicc^

porte aussi

le titre

de xdptç,

félicité, et

de

criyri

ou de

cc^^fflovj

son essence étant ineffable
bonheur.
^

et sa

nature étant

le parfait

La prenrière manifestation que produisit

Ja

pensée de TEtre suprême, fut Yinté'Ui^cnce. Dans
leur langage allégorique, les valentiniens expri-

maient cette idée de
fécondée par
le
fils

la

manière suivante

:

Ennoia,

.^

le

Bylhos, donna l'existence à Nqus^

unique,

fAovoysvfjç.

Dans ce langage, Bjtlios
dans
est
la

est

mâle,

comme Amon
il
'y

théogonie égyp-

tienne; d'autres fois
d^psycôrjXvç
il

appelé màle-1'emelle,

est alors

considéré dans son état
est

d'unité avec

Ennoia,

comme Amon

homme-

femme dans son union avec Néith.
Le Nous
est la

première manifestation des puis-

sances de Dieu, le premier des éons, le

commen-

1

D'après Théodoret,

lu

pensée se

nommait

aussi

Ss—7m5

-venerandum , à moins que cette leçon ne doive être remplacée par celle de ^tyvi. L'idée de S/^i) se trou>ail déjà

dans

le

système indien.
(

Il est dit

dans Oupnek'hat, p. jaj
)

:

Prias a creaiione

ante creaiionem

crealor, qui

productum

faciens est, sïlens fuit.

La

même

idée se retrouve chez les

Perses, les Juifs et plusieurs autres partis L;n<>sticjues, ainsi

que nous ayons

vu.

,

I

l6

SECTION H.

cernent de toutes choses ; c'est par lui que se révèle
la divinité
:

car sans l'acte qui lui

donne rexistence,

tout serait enseveli dans les profondeurs de Bythos;
c'est

même un

crime que de vouloir connaître ce

que "le monogenes ne révèle point.
Les éons suivans ne sont que
la révélation

de

Dieu en
les

détail- ce sont les

formes du grand

être,

noms de
rov

celui

dont aucun

nom

ne peut renrcv (dsov,

dre l'ensemble des perfections,
ovcfAccloc

fj^o^'pcd

(xvûovcfAoc^ov*
,

Ils

sont les uns du

genre masculin

les

autres

du genre féminin
du système d'émanaDans
il

suivant l'idée fondamentale

tion, combinée avec celle de la génération.
le Bytlîos, tout est

un; dès

qu'il se déploie,

en résulte des antithèses qui
tous
les

se constituent
:

par

degrés de l'existence

cependant ce sont
des
syzygies
,

des antithèses

homogènes

des
n'est

unions, ainsi que Byihos

et

Ennoia. L'un

que

la révélation, le
,

complément de
mâle
le
,

l'autre; le

premier des deux
le principe

le

est le principe actif,
le

formant;
le

second,

féminin, est

le principe passif,

principe propageant.

De

leur union conjugale naissent d'autres éons, qui

sont leur image, leur révélation

'.

Leur ensemble

1

L'antiquité offiail partout aux gnostiques l'idée de la

CHAPITRE
forme
le

IV.
,

1 l'J

plérônie de Byilios

la

pléniiude des

attributs et des perfections

de celui que personne
si

ne peut connaître dans son ensemble,

ce nest

Avec

le

monogénès naquit

sa

compagne Ale-Aovty ^•oh
et Ennoia,^'^^""'^"'
'*'*''*

theia^., et ils
la

forment, avec Bytlios
la racine, la

première tétrade,

source de toutes

choses. Leurs manifestations sont

Logos

et

Zoé^^

dont

les révélations

sont Anlhropos et EkklesiaA

génération

et celle

des sjzygies.

Nous

les

avons signalées

dans

le

judaïsme

et

dans

la

théogonie égyptienne. Elles se
mjfliologiques des
[cf.

trouvent également dans

les traditions

Grecs, où Vénus elle-même

est

mâle

Mignot, Mép.

moires de l'Acad. rojale des inscript.,
elles servent

XXXI,

25G

) ;

de base à

la

théogonie d'Hésiode, et l'idée des

sjzygies se retrouve particulièrement

dans plusieurs de ces
admirable.

mj'lhes dont Platon tire
1

un

parti

si

Allusion des valenliniens à quelques expressions de

Jésus-Christ.
2
(<

Je suis

la vérité.

^^

Paroles de Jésus-Christ.

3 « Je suis la vérité et la vie. »

4 Jésus-Christ se
de
les
il

nomme
son chef,
sont

le fils
il

de Vhomme;

il

est

chef
:

l'Eglise;

comme
l'Eglise.

la représente toute entière

membres de
est

l'Eglise

les

membres de son corps

:

doue

Les valentiniens décomposent ainsi le
les

Monogénès, en employant
Ils

expressions des orlhiodôxes.
la

étaient pourtaait loin de se borner à
ils

doctrine de ces

derniers;

possédaient des m^slèics bien supérieurs. Leur

,

1

l8

SECTION

11.

Cette seconde tétrade forme, avec la première,

l'ogdoade valentinienne

,

qui répond à la prela

mière

série des

dieux ou à l'ogdoade de

théo-

gonie d'Egypte.

H

y

a cependant entre l'une et

l'autre toute la différence qu'y

mettait nécessai-

rement
le

le spiritualisme

de

la gnose.

Tout ce que

personnage de Cnouphis, qui
à

d'ailleurs res-

semble beaucoup

Nous

,

comme Ennoia
,

à

Néifhj avait de mythologique; tout ce que

celui

de Mendès

offrait

de physique

est

entièrement

écarté dans l'école de Valentin.

D'après les règles ordinaires de l'émanation

Anthropos a plus d'analogie avec

Adam Kadmon
et le Bytlios

de

la

Kabbale qu'avec Jésus-Gbrist
laient quelquefois le

fils

de l'homme. Us appe-

Monogénès
,

même du
,

nom

d'Anthropos

;

et

dans

la théorie

de l'émanation

Anthropos

était la révélation

de Logos, de Monogénès

et

de Bjthos. [Cf. Iren.,I,ch. 12. Tertull.^ adv. Valentin.,
c.

36

Epiph., Hœres., 5i.)

Il

est possible

aussi qu'ils

aient eu en vue le premier-né

du système de Zoroastre.
principe et le

Ormuzd y

dit

:

Mon nom

est Vassemhlée (le

centre de tout ce qui existe), l'inlelligence souveraine, la
science. Zend-Avesta d'Anquetil

du Perron,

t.

II, p. i45.
le
est

Comme Ormuzd
JSous
,

est l'assemblée

de tout ce qui existe,
,

qui est le Ghristos supérieur

est l'Eglise.

Il

possible aussi que, dans sa tétrade, Valentin ait imité le

quaterne sacré de Pjthagore,

comme

l'affume S. Irénée.

CHAPITRE
les

IV.

1

19

éons suivans auraient dû sortir successiveles

ment

uns des autres par syzygies. Valentin
,

dérogea à ce principe
et

en dérivant une décade
le

une dodécade qui complètent
et

plérome,
la

la

première de Logos

de sa compagne, de sa compagne.
le

se-

conde d'Anthropos

et

Après avoir donné
Ekklésia,

jour à Antliropos et à
et

Logos

et

Zoé produisirent Bythios
et

Mixis

,

Ageralos
,

Henosis

,

Auiophyes
,

et

Hedone
et

Akinetos

et

Synkrasis

Monogencs
produi-

Makaria.

A

leur tour,

Antbropos
et

et Ekklésia

sirent Paraklelos

Pistis, Patrikos et Elpis ^
et

Metrikos

et

Agape^ Aeinous
Makarioles
^

Synesis , Eccle-

siasiicos et

Thelelos et Sophia.

Quels sont ces lendn où en
L'ogdoade

êtres

ou

ces allégories? Vaet les

a-t-il pris les

noms

modèles?

n'est

incontestablement que l'Etre

suprêinje en manifestations.

La décade

et la

do-

décade, qui font partie du plérome en seconde
et

en troisième ligne, sont-elles encore des made
l'Etre,

nifestations

suprême? Ce ne peut pas
Il est vrai qu'Elpis
la

même
Pistis

être

une question.

et

semblent appartenir plutôt à
la

nature
n'est

bumaine qu'à

nature divine
la

;

mais ce

certainement pas

nature bumaine que veut

,

120
analyser
c'est la

SECTION
ou

II.

allégoriser l'auteur de ce système
c'est le

•:

nature divine,

plérôme. Ce n'est

pas

non plus

léchelle des divers stades
{Sicc^TifAccloc)

ou

état^
offre

de l'ame religieuse
Valentin dans
le

que nous
éons
:

tableau

de

ses

ce sont

des eons, et ce sont des éons de Dieu; c'est-àdire, des manifestations hypostasiées de la vie
et des perfections divines;

des intelligences

ou

des génies qui répandent cette vie divine dans
tout ce qui participe aux

mondes

intellectuels;

des types divins qui s'offrent à l'ame religieuse,

qui

la

protègent

,

qui lui communiquent
le

les

dons

célestes, qui la

conduisent vers

plérôme.

En appliquant ces idées à la décade, nous y rencontrerons peut-être un peu moins d'obscurité qu'il

ne semblait au premier abord. Bythios
la

qui

est

de

nature de Bythos; Agératos, qui ne

vieillit

point; Autopliyès, qui est (toujours) de
nature; Akinétos, qui ne subit pas de
;

la

même

changemens

et

Monogénès

i

,

le

lils
,

unique

,

se

caractérisent , par leurs

noms mêmes comme

des

manifestations de l'Etre suprême, produites par

1

Monogénès
c'est

figure à la fois

dans

la

décade
la

et

dans

rogdoade;

une analogie de plus avec
les

théogonie
classes.

égjptienne^ où

mêmes

dieux figurent dans deux

CHAPITRE
le

IV.

121

Logos. Leurs compagnes, Mixis, alliance, con;

jonction

Hénosis
,

,

union

;

Hédone
de

,

volupté
la

;

Synkrasis

modération

résultant

force

j

Makaria,

félicité,

sont autant de révélations de

leur nature, de leur condition, de leur influence.
Il

ne

serait

pas

difficile

d'Indiquer des

trésors

de science

et

de vertu, que chacun deux, con-

formément

à ses attributs, pouvait
il

communiquer
la

à l'ame religieuse, mais

parait

que

décade,
la

plus élevée au-dessus de l'homme que

dodé-

cade

,

a été

moins que
les mortels.
fille

cette
^

dernière mise en

rapport avec

La dodécade,

d'Anthropos

et d'Ekklésia,

semblait protéger le chrétien, c'est-à-dire le valentinien
,

plus directement. Elle lui offrait Para-

klëtos, le Saint-Esprit- Elpis, l'espérance; Pistis,

1

On
la

pourrait

demander
et l'on

si

la

décade de\ail se placer

avant

dodécade,

pourrait produire pour la nésuit

gative l'exemple de la

dodécade égyptienne, qui
;

im-

médiatement i'ogdoade

cependant, dans
le

le

système de

Valentin, la dodécade occupe

troisième rang. Elle est

émanée d'Anthropos,
tage de
pose.
S.

tandis que la décade est sortie de
elle se

Logos, son supérieur. D'ailleurs

rapproche davanelle se

l'homme par

la

nature des éons dont

com-

Epiphane a bouleversé

l'ordie naturel,

donné

exactement par S. Irénée.

132
la foi-

SECTION
Agapé,
,

II,

la charité;

Synésis, l'inlelligence;
la

Makariotès

le

bonheur; Sophia,
dont
la

sagesse, et

quelques autres éons
paraître douteuse, tels

nature pourrait

que Patricos, Métrikos,
et

Aeinous, Ekklésiastikos
leurs

Thélétos, mais dont

compagnes,

la foi, l'espérance, la charité, et la sagesse,

l'intelligence, le

bonheur
,

nous

ré-

vèlent les attributs

suivant le principe fonda--

mental de
Valentin

la syzygie.

a-t-il pris les

noms

et les

modèles

de ce piérôme?
L'Egypte
la

lui fournissait l'ogdoade, la
la

décade S

dodécade;

mythologie grecque

et la

théogola

nie d Hésiode en présentaient

une copie;

Perse

enseignait trois ordres d'intelligence; la

cosmo-

gonie de Sanchoniathon connaissait l'émanation
et les syzygies
;

dans Platon

et

Philon

se trou-

vaient le Logos, le

monde

intellectuel, les idées-

types, les génies protecteurs; Basilide, Cérinthe,

Ménandre
et

et

Simon donnaient

le tpccIy]^ ccyvûù^oç

quelques autres personnages. Cependant

la clas-

sification et la terminologie

de Valentin diffèrent

1

Les pythagoriciens parlaient aussi d'une décade qu'ils

considéraient
taphjs., I ,
c.

comme
5.

principe des choses. Aristoteles^

Me-

CHAPITRE

IV.

12 J

de tout ce qui avait précédé son syslèine, parce que
l'ancien el le
paraît, la

nouveau Testament,

et, à ce qu'il

Kabbale elle-même, entrent pour beauses riches théories.

coup dans

Les

noms de Nous,
Pistis, d'Elpis,

de Logos, d'Aléthéia, de Zoé, de Monogénès, de Makaria, de Paraklétos, de
d'Agapé, d'Ekklésia
et

de Sophia, sont évidem-

ment

tirés

du

texte grec des Septante et
et, d'après ces

du Nou-

veau-Testament;
ples
,

nombreux exemle

on

serait tenté

de prendre

plérome de

Valentin pour une

simple allégorie chrétienne,
la

reposant essentiellement sur

langue grecque.

Ce

serait

cependant une étrange erreur. Nous
qu'il

avons déjà vu
allégorie
,

ne

s'agit

pas d'une simple

encore moins d'une allégorie chréil

tienne

;

et

faut ajouter qu'il est fort

douteux

que

la

terminologie grecque que nous venons

de donner soit le langage originaire du système de Valentin. Sans doute Valeirtin, Égyptien, élevé

dans Alexandrie

,

parlait

le

grec et enseignait
le

dans cette langue^; mais, né dans
bonite,
il

nome

phré-

connaissait sans doute aussi l'ancienne

1

S.

Épiphane

(//flpréfj.,

3i,

c.

2) rapporte

qu'il a

fait

des vojages en Grèce, et ses doctrines paraissent confirmer
cette

donnée.

1^4
langue de
qu'il

SECTION
sa patrie
les
»

IT.

^
à elle
il

3

el

si

ce n'est pas

emprunta

noms de son plérôme,

faut

<îroire qu'il possédait

également quelque idiome

de

la

famille des langues sémitiques.
S.

En

effet,

suivant

Épipliane, qui a souvent eu sous les

yeux des matériaux historiques plus complets
que
ses

prédécesseurs

,

Valentin donnait à

ses

éons des

noms
^

qui paraissent s'expliquer, à peu

d'exceptions près, par la langue araméenne
l'hébreu.

ou

1

AVoide croit nicme que son

traité intitulé

Sophia fut

originairement écrit en kopte.
2 S.
res.,

Epiphane donne
c.

trois fois les

noms du plérôme {Hœ-

ùi,

2

— 7),

et

il

les avait tirés des écrits
il s'est

mêmes de
négligence

Valentin. Malheureusement

glissé,

par

la

des copistes, des altérations et des contradictions singulières

dans ces tableaux.

suivant l'hjpotlièse que

les

En corrigeant l'un par l'autre, noms sont tirés de l'hébreu,
Tliar-

on trouve

le tableau suivant.

Ogdoade: Ampsiu, Auranaj Boutoua, Oboukoua;

goum, Thardadaie; Merexa,
en hébreu
31^i12n
,
:

Atarbaba. Ce pourrait être

1i<''2t)2ri,
1.iyi\-^

suhslantia, ce qui convient à Bjtlios;
y7\T[\\T\^
,

soda,

vacuum

et

inane , ce qui
le

convenait à Nous ,

les kabbalistes

croyant que

créateur
;

commença
niD-nm,

ses

œuvres par s'entourer d'un espace vide

est

in ea vis, ce

qui s'applique à la vérité, par

allusion au troisième livre d'Esdras, ch. 3 el 4; m^"ir(>

CHAPITRE
Tous

IV.

125

ces déploiemens de Dieu éiaieni purs,

et réfléchissaient

quelques rayons de ses divins
les

attributs.

Cependant tous

éons n'étaient pas
les éloignait
ils

égaux en perfection ; plus leur rang
de
lui
,

moins

ils

le

connaissaient et plus

touchaient

à l'imperfection.

La décadence

alla

même
et
il

jusqu'à la dégénéra tion, jusqu'à la chute,
fallut

une rédemption

dans

le

plérôme.

C'était
s'était fait

une ancienne croyance

orientale, qu'il

une chute, une

scission, jusque dans

interpretatioj c'est le caractère

du Logos; nTI-mi::,
,

occu-

patio vitœ, ce serait bien Zoé; "^IN^

pris de la terre,

An-

thropos; nnairiNj

le

lieu de la prunelle

(de Dieu; son

Eglise. Cf. Zacliar., ch. 2, v.

6

— 8;

Ps. 17, 7).
la
;

Dodécade, placée par

S.

Épiphane avant
;

décade

:

Oudoud , Koua Esslen Aniphe Essoiimed, Ouananim Lamer ou Allora, Thardes; Athames, Oubina. En bébreu mi î<iri, hic est spirilus paraOurouah
,

Keslen

;

;

;

:

,

cletus;

'\T\

T\ti'^

)

arcus graiiœ , la loi;
,

"l"'"

NIH

,

hic est di-

hctus

,

Patrikos

mp

,

exspectare

,

s'applique
,

à
;

Kouab
"S-DIS

,

iXTTKi,

DnVc
,

,

pertinet

ad inairem
ab œier{w
;

Métrikos

,

mater

oris

la

mère ou
,

ce qui inspire la parole, la cliaritc,
^

Agapé;

nj)72-ï<in-©''
|

hic est
,

Aeinous;
,

p:pm,

ce

qui occupe l'intelligence] Sjnésis
d'èXy^tç
-.it)

miN^X
;

Jhus

luminis,
,

(Pmç,

suivant S. Epipbane

"»l-ixn
;

ce qui

ofAe ue quoi
viff

se sullire, fjLXKy.cicTuç-^
;

2J''N-Dnn
y

perftctus

Ekklésiaslikos

n2''31

,

sapicntia

Sophia

y

mot qui

126
les

SECTION

H.

rangs des êtres célestes. Dans plusieurs syss'était

tèmes, cette scission

opérée aussi brus-

quement que radicalement.
lumière,
loir
s'était altéré

Ahriman

,

génie de

au point de ne plus voului ressemblait, ainsi
le

que
le
,

le mal.

Typhon
Juifs,

que

Satan des
le

Dans

système de Va-

lentin

pervertissement dans le plérôme n'est
;

ni aussi brusque ni aussi complet
autre
;

il

est

tout

le

motif en

est

pur
la

;

c'est le désir

de con:

naître,

comme

dans

chute des protoplastes

ne

laisse

aucun doute sur

l'origine

d'une partie de ces

termes.

Décade

:

Boukiatlia, Saddaria
,

;

phechoudaplech

Emphibokeboua

Damadan, Oren LanaAmouacbe, Belimah;
;
;
:

Laxariche, Masemon.
riens te, Bjtliios
,

En hébreu
le

nn^-5?pU
,

?

tu es ape-

qui révèle

Bjlbos

et

qui est de sa

nature;

H'' -110,
j

ordo dû, Mixis(c/. Sapient., ii, v. 21);

pIN-nTîT

similis

Deo, Agératos; point de mot

satisfaisant

pour Oren, Hénosis; psivns:-!^, qui
impellente,

sihi ipsi prodiit ipso

Autopbyèsj dans

le sens

d'Hermès, qui appelle
c.

dieu, ciTTOLTu^ et d/jJrco^ (Lactant. , Insiit. d.f. /i., /.,

7)

;

point de

mot satisfaisant pour Emphibokebouah;
monade;
,

inN-''12/i??

factus unicus, JVIonogénès; "lû"'^!, chez les Rabbins, cause
première^ ivoraç,
Laxariclie
;

"{"'"ID-I^,

non eversus,
,

clmvtfjoç')

nnTQîZ^D

voluptaie

afficiens
et

Ilédone. Cf. J.
,

Croius

,

Spécimen conjecturarum

observât.

à la fin de

l'édition d'Irénée par Grabe, p. i3.

CHAPITRE

IV.

\2'J

aussi ^ dans ce système, le principe

ou

le

génie

du mal du bien

n'a-t-il
;

rien de

commun
, ,

avec

la

source

et l'éon

Sophia

en qui se concentre

toute la cliuie

du plérôme

ne ressemble en

aucune manière ni à Aliriman ni à Satan. Voici
quelle est cette chute.
/^

L'Être suprême

,

le

Bythos
le

,

ne pouvait être
fils

connu que par son
désirait

fils,

Monogénès^. Le
aux éons
;

communiquer

sa science

mais

Sigè l'en empêcha, chacun devant parvenir par

lui-même au désir de sonder
connaître
le

et

au bonheur de
les

dieu caché

2.

Cependant, plus

éons, par leur rang d'émanation, s'éloignaient

de l'Etre suprême

,

plus

ils

étaient

animés

et

même consumés du
templer;
et cette
,

désir de le voir, de le con-

passion, née dans les éons les
,

plus élevés

s'était

pour

ainsi dire

,

concentrée
,

toute entière dans le dernier d'entre eux

la

So-

1

Allusion aux paroles de Jésus-Christ. « Personne ne
le

« «

connaît

père,

si

ce n'est le

fils

5

personne ne peut
fils.

parvenir au père,
2 ïrcn.,
lih.

si

ce n'est par le
Ici l'on

»

I,

c.

1.

serait tenté

de croire que

liyri n'est (jue la personnification

de ce mystérieux ordre

des choses qui veut que les cires célestes

eux-mêmes ne

parviennent

à la

connaissance parOule de Dieu que peu à

peU;, suivant leur propie pcrrcctiouncment.

128
pliia.

SECTION-

n.

Elle éprouvait l'ardeur la plus véliéiiiente ;
,

et

,

dédaignant son union avec Tliélétos
elle voulait, ainsi

son

compagnon,

que

le

Monogé-

nés, s'unir avec Byllios. Sa nature ne lui per-

mettant pas ce degré de perfection,

elle soutint,

en s'obstinant à vouloir l'impossible, une
si

lutte

violente

et si

dangereuse pour
si

elle, qu'elle se

serait anéantie,

Dieu n'eût envoyé à son
,

se-

cours l'éon Horus
le

qui n'existait pas tant que

plérôme

se trouvait

dans une heureuse har-

monie, et qui ne reçut l'existence que pour la
rétablir.
-

Horus,

le

génie de la délimitation, la
l'y

fit
^ ;

rentrer dans les limites de son être et

aifermit

1

Comme

mjtbe ou comme
et

allégorie, ce récit est d'une

grande beauté

d'une grande vérité. L'intelligence qui

veut connaître plus que ne lui permet sa condition actuelle,
se

consume,

s'égare, se détruit, surtout

quand

la raison

prétend

s'isoler

de la volonté

,

-d'iktfjoç,:^

La Sophia valen-

tinienne est

un beau tjpe de l'ame
et

religieuse, qui aspire

aux connaissances
ji

aux

félicités

de Dieu;
et le

il

lui faut,
:

outre les spéculations,
elle

le 3'èKyiiuLci

Opoç

sans ces

v^deux compagnons,

ne

fait

que

se perdre.

Le mjtbe de
gies

la Sopliia valentinienne offre des analo-

avec celui de la Sopbia-Hélène de Simon. L'une et

l'autre

tombent, ont besoin

d'être relevées, et sont rele-

vées, l'une par la puissance suprême, l'autre par. un en-

YOjé de Dieu.

*

chapitIie

IV.

129

il

agit principalement sur elle par le

nom mysplupart des

térieux de Jao

%

et

le

rétablissement de cette
la

primitive harmonie, qu'admettent

systèmes anciens, fut bientôt achevé quant à sa
personne. Mais l'empire des éons avait ressenti
plus ou moins
tout entier,
il

la

même

passion que Sophia, et,

avait participé à ses soufTrances.

L'harmonie

était

donc troublée dans
;

le sein

du
res-

plérôme

;

il

fallut l'y rétablir
^.

il

y

fallut

une

tauration , une rédemption

Elle était
le

par Horusj pour l'achever,
Chrlslos et sa compagne,

commencée Nous engendra le

le

Pneuma^. Christos
ne

expliqua aux éons

le

mystère des déploiemens
fit

de l'Etre suprême; leur
pourraient

comprendre

qu'ils

le connaître que par ces manifesta-

tions successives et, en dernier lieu, par le

Mo-

nogénès, qui en

est la

première. Ces
et

communidès-lors,

cations satisfirent leur ambition;
pleins

de reconnaissance pour l'auteur de leur

1

Ce nom

se

rencontre fréquemment sur

les

pierres

gnostiques. Vojez nos planches.
2

Didascal. oriental,

in

opp.

Cltm. ylîex.,

éd. Sjlù.,

P- 794.

3 Le pneuma

est

encore considéré

comme femme

clans

ce système. Voj^. notre tome ï.", p. 2o5, joq.

9

ÎÙO
être
,

SECTIOIN
Us revinrent
,

II.

sous

la

direction

du

Saint-

Esprit, au calme et au bonheur. Ils s'aimèrent
les

uns

les autres

;

ils

se ressemblèrent
^

;

en sorte

qu'ils furent, les
et

Christos; les
:

Nous Logos Anthropos autres, Aletheia, Zoé^ Pneumay
uns,
^

Ekkïesia

c'est-à-dire

que l'harmonie

fut entière-

ment

réiablie

au plérôme.

Dans

leurs

mouvemens de

reconnaissance,

ils

résolurent de glorifier Bythos par une créature

qui réunît tout ce qu'il y avait de plus beau dans
leur nature. Cette nouvelle Pandore fut

un éon
qu'il de-

masculin

,

l'éon Jésus
les

,

qui renfermait dans sa

personne
vait

germes d'une vie divine

répandre dans toutes

les existences placées

en dehors du plérôme.
Jésus fut le premier-né de la création
le
il
,

comme
;

Monogénès
fut

fut le premier-né de l'émanation

et

pour
été

le

monde
le

inférieur ce
:

que

le

Christos
fit

avait

pour

plérôme

c'est

ce qui le

nommer

Christos

comme

lui.

Cependant, avant de parler de
rédemption
rieure
,

lui et

de

la

qu'il

opéra dans

la

création

infé-

il

faut faire connaître cette dernière.

Le monde que nous avons vu jusqu'à présent
est

purement

intellectuel et
n'est

céleste

;

celui

que

nous allons voir

pas encore terrestre, mais

«

,

CHAPITRE
il

IV.

l5l

en approche

:

c'est

une région intermédiaire
sublunaire, qu'elle gou-

qui touche au
verne,
le

monde
elle est

comme
les
,

gouvernée elle-même par

monde

supérieur.

Pendant
souffrances

ardeurs de sa passion et de ses
avait

Sophia

produit

,

sans union

avec

le

Thélétos, une fille,#un éon-femme, née

du

désir de sa

mère de

s'unir avec

Bythos

^

:

c'est

Sophia inférieure,
Kabbale, qui
Elle est

Koc]œ-(jo^locy

rAchamoth de

la

est la

seconde des dix sephiroth.
,

une créature imparfaite

sKl^ûofJtoc

,

en ce

sens quelle renferme en elle

si

peu de germes

de vie divine, que ce sont

les

passions qui la dole

minent. C'est ce qu'indique parfaitement

nom
mère

de Prounikos, que
et qu'ils paraissent

lui

donnaient

les valentiniens

avoir

donné même

à

sa.

suivant le principe que les éons inférieurs ne font

1

Celte naissance n'est pas plus singulière que celle de
la

Venus, sortant de l'écume de

mer, ou

celle

de Minerve,

s'échappant du cerveau de Jupiter. Le ceneau est, chez les

Grecs,

le siège

de l'intelligence; la
:

-^v^j^ri

est,

dans

le

gnos-

ticisme, le siège des passions
fille

la

seconde Sophia
fille

est

donc

de 4^;^"'

comme

Minerve

est

de

voijç.

Peut-être

sera-t-il

possihie

un jour de remonter
t\

assez

haut dans

les

études mythologiques

religieuses,

pour assigner aux

deux mvlhes une origine commune.

,

1^2 que déployer
les

SECTION
attributs

II.

et

réfléchir

l'image
^

des éons supérieurs desquels

ils

sont émanés.
sa

Sophia seconde, ne pouvant s'élever avec
dans
le

mère
les

plérôme où

celle-ci fut

ramenée par

soins réunis d'Horos, de Christos et de
se précipita
lui
^.

Pneuma,

dans
,

le

chaos

et se
,

confondit avec

Sa chute

ses

é^aremens

son rétablissedesti-

ment, furent une répétition renforcée des

1

Le

fait

que nous énonçons peut paraître douteux.
le

S. Irénée

ne donne pas

nom

de Prounikos à
,

la

seconde
éd.

Sophia; Origène [cont. Celsum

lib.

VI,

%.

35,

la

Rue

)

dit que Prounikos

est cet

éon que
s'il

les

valentiniens

nomment
mère ou
serait tenté

Sophia, sans déterminer
la fille; et, d'après S.

faut entendre la
S-

Épipliane (3i,

5),
le

on

de croire que

les valentiniens

donnaient

nom

de Prounikos à tons
la

les éons.
,

Je crois qu'il faut restreindre

donnée de
et

S.

Épipbane

ne l'appliquer qu'aux deux
le

Sophia,
Suivant

prendre celle d'Origène dans
de Gelse, laquelle
est

même

sens.

l'idée

combattue par Orile

gène,
nikos
,

c'est

Sophia première qui portait
Sophia seconde
,

nom

de Prou-

et

est

appelée virtus ex

quadam
,

Vrunlco virgine manans
S.

viçens

anima, Origen.

1.

c.

34.
2 Yojez, sur le

mot de Prounikos,

t.

I, p.

2o5.

Nous

allons voir qu'elle est la

mère de l'ame du monde, une
j^asse

portion ou parcelle de la divinité, qui
tière

dans

la

ma-

pour l'animer.

W

,

CHAPITRE

IV.

l55
la

nées de sa mère. Dans son état d'abaissement,
tristesse et les angoisses alternaient
le

en

elle

avec

rire et les joies ^

Tantôt

elle pressentait
la

son
lu-

anéantissement; d'autres fois, l'image de

mière qu'elle avait quittée
cultés
j

ravissait toutes ses fases violens

d'autres

fois

encore

désirs

donnèrent l'existfnce à plusieurs
rattachent aussi au plérôme rattachent que par elle
:

êtres

qui se
s'y

,

mais qui ne

par exemple, l'ame du
et d'autres
2.

monde
elle

,

celle

du créateur

Enfin

supplia le Christos

du plérôme

qu'il (

ne

faut pas

confondre avec l'éon Jésus) de venir à
Il la fit assister

son secours.

d'abord par Horus,

qui, à chaque degré des existences, ramène les

1

On

voit
et

ici

qu'elle est aussi la
ses

mère

et le l^'pe

de l'ame

humaine,

que

sentimens peignent l'alternative des

joies terrestres et des consolations religieuses, des craintes
et des

espérances, qui forment toute notre carrière dans
aussi des Prounikos. sa puissance tira

ce

monde. Nous sommes
2

Elle produisit,

ou plutôt

du chaos,
les

des ohjcts plus matériels. Ses larmes en

firent sortir
,

eaux

;

son sourire

,

la

lumière

;

sa tristesse

la

matière

opaque.
Il

est

difTicile

de ne pas se

laisser

aller
lib.

ici

,

avec le

pieux Iréiiée, ù un léger sourire. \oy.
éd.

/, p. 17

— 24»

Grabe,

,

354
êtres

SECTION
dans
les limites

II.

de leur nature
,

* ,

et

il

lui

envoya ensuite Téon Jésus dont

elle était

prédes-

tinée à devenir la sjzygos. Jésus l'instruisit, la

délivra de ses

maux^
auquel
la

l'unit
elle

avec Dieu et l'éleva

au plérôme
dernier

,

tenait
^

par sa mère

membre de
plérôme

dodécade.

Cependant Sophia-Acliam(^tli, ne réside pas
dans
le
j

elle

plane entre ce

monde

par-

fait et

le

crée et

premier des mondes inférieurs. Elle y gouverne d'après les idées qui lui sont

1

II

purifie aussi
,

chaque
5.

être
Il

de ce qui lui

est étranger.

Iren., I, 2, 3

4; HI^
;

est

appelé ç-otupoç, opéùèlnç,
Cf.
t.

XvjpMJnç, fAilaiycôyoç

KctpTrts-ttç»

I, p. 174^ de cet

ouvrage.

On

lui appliquait plusieurs passages

de l'évangile

(de

S.

Matthieu, 10, 34; S. Luc, 3, 17), où Jésus-Christ

dit qu'il n'est pas

venu pour

établir la paix,

mais plutôt

pour
pour

la guerre. Cette guerre était la lutte entre l'esprit et

la matière.
le

Quelquefois on distingua deux Horus
l'autre

,

l'un

monde inférieur,
on
le

pour

le

monde

supérieur;

d'autres fois

confondit avec Christos.
et

Horus, émané de Rylhos,
tres

succédant à tous

les

aufils

éons du plérôme, rappelle nécessairement Horus,

d'Osiris et dernière divinité -roi d'Egjpte.

Ce personnage
:

joue d'ailleurs

le

même

rôle dans les

deux systèmes

il

soutient la lumière dans sa lutte contre les ténèbres

ou

Typhon.
2 Excerpia ex Theodoii script.,
c.

25, 3i

— 33,

Sq.

CHAPITRE
suggérées par
le

IV.

l!^5
elle

Sauveur, et, à son tour,

emploie un agent plus imparfait qu'elle, plus

rapproché de
ainsi dire
,

la

matière, se confondant, poui
le

avec

monde
^

qu'elle crée par lui.

^

Tel

est le

démiurge.

Valentin cherchait, dans ces spéculations, à

résoudre deux grands "problèmes
lange

:

celui

du mé-

du bien

et

du mal qu'on remarque parmatière par

tout dans l'ordre actuel des choses, et celui de
la

formation de

la

un

être intellec-

tuel.

La

différence entre la matière et l'esprit, et

leur incompatibilité, lui semblaient telles, qu'il

ne s'expliquait leur rencontre
qu'au

et leurs

rapports

moyen

d'une longue série d'êtres qu'il pla-

1

Dans

le

sjstème de PJalon,
lin

le

monde

et

Famé qui
et

le pénètre

forment aussi

seul

ensemble,

iv tfiov^
et le

Philon considère
qui l'anime.
2

comme un

seul tout le

monde

Logos

Dans

le

monde

intellectuel

,

le

Sauveur reçoit
le tient

ie

germe de

la

vie divine

du Christos, qui
le

de Bj-

thos par le Nous.

Dans

monde

inférieur, le démiurge
est
le

reçoit ses idées de la

Sophia-Achamoth, qui
le

guidée
produit

par son compagnon, Téon Jésus ou
des sjzjgies

Sauveur,

du plérôme. Le monde

inférieur réflécliit ainsi

l'image du

monde

supérieur;

c'est le

sjslème de IMalon

cl

de plusieurs autres théosophes.

,

136

SECTION

IT,

çait entre l'un çt l'autre, et dotit le dernier fut

enfin

un mélange de principe pneumatique
la

et

de principe hylique. Ce fut

seconde Sophia
le

qui donna l'existence à cet être, et

mythe qui

en rapporte l'origine
les

est l'une

des conceptions

plus bizarres de Valentin. Après sa délivrance
,

par le Sauveur

Sop'liia p^ oduisit trois
,

principes
,

ou élémens

divers

l'un

pneumatique

l'autre

psychique ^^e troisième hylique. Avec
cipe psychique et une
avaient
fit

le

prin-

ame

à laquelle ses désirs
sa passion, elle
n'était

donné

l'existence

pendant

le

démiurge. La nature de ce personnage

proprement ni pneumatique ni hylique,
nait cependant de l'un et de l'autre
:

elle te-

il

'y avait

en

lui

quelque rayon de vie divine,

et il

ren-

fermait les élémens des choses physiques.
C'est

par

là qu'il était

propre à

la

création

du

monde

inférieur , à laquelle l'employa Sophia

aidée de son.

compagnon

,

Jésus, qui eut une
i.

grande part à cetïe oeuvre
l'autre,
il

Guidé par

l'un et

sépara le principe hylique et le prin-

cipe psychique, confondus en chaos, et en forma
six

mondes ou
les

régions, et autant d'intelligences

pour

gouverner.

1

Theodoret.^ Hœret. fahul.

,

I,

c.

j, p. 200.

,

CHAPITRE

IV.

i57

Ces six réglons étaient l'image du
périeur
,

monde

su-

et les

intelligences

qui

les

dirigeaient

étaient, avec le
la

démiurge

et sa

mère, l'image de
l'i-

sublime ogdoade du plérôme. Cependant
n'est

mage
elle

jamais

qu'une copie de l'original
imparfaite.

;

est

donc toujours
mais

L'image que
était

le

Sauveur avait tracée du
;

monde
s'altéra

supérieur

belle et pure

elle

par l'imitation

du démiurge;
silide,
tait
il

car, semblable à

Tarchon de Baqu'il

ne comprenait pas
,

les idées

met,

en œuvre. Révélant

par ses oeuvres
saisissait

un

ordre de choses qu'il ne
lation

pas, sa révéet
il

ne pouvait être qu'incomplète;

faut

la révélation intérieure

des pneumatiques pour y

retrouver le type ^ Loin de montrer l'image de By-

thos dans sa pureté,

la

création, telle que l'agent

de Sophia
ces

l'a

faite

,

atteste

souvent

la

nature de

deux

êtres.

En

effet, le

démiurge

n'avait

voulu

1

Iren., /,

c.

5.

Clem. Alexand., VI,
le

p.

Sog. Le déet

miurge porte néanmoins
celui

nom
sg.)

de ttaJmo,

Soj>liia

de

juriTiiû

tùùV

^éovjcov.

Sophia offre des analogies
,

avec Ilélène-Sopliia

(t. I, p.

20S

et avec la

fjnWnç

r'tiç

^mç

des manichéens. Voj. SimpUc.

ad Epic/eL
les

Enchirid.

éd. Salmes., p. 187.

A

litre

de

TrvèVfjici-,

^alenliniens la

prenaient pour Vesprit de Dieu jlamwl sur la surface des

eaux j selon

la

Genèse.

,

l38

SECTION

11.

former l'homme que d'après
dès-lors

sa

propre image
le

;

l'homme
et

n'aurait

eu que
les

principe

hylique;

cependant toutes

existences de-

vaient réfléchir les rayons de la vie divine.
atteindre ce but, Sophia, à l'insçu
lui

Pour

du démiurge, communiqua un germe de lumière divine, et,
démiurge en
la
fit

à son insçu, le
Il

part à l'homme.

en résulta que
lui révélant

créature surprit le créateur,

en

une existence plus élevée que
\ La jalousie qu'en

celle

de

la création inférieure
le

conçut

démiurge

fit

le

malheur de l'homme.

De concert
ses

avec les six esprits qui partageaient
il

sentimens,

lui défendit

de toucher dans de
la

le

paradis,


et

il

se trouvait, à l'arbre
et

science

du bien
il

du mal;
de
la

quand

cet ordre fut violé,

le précipita

région aérienne du paradis

dans ce

monde

matériel et grossier ,

où son ame

semblable à celle du créateur, fut revêtue d'un
principe hylique qui
esprits matériels.
^

le

soumet

à l'influence des

1

Le mouvement de surprise qui

,

au rapport des évangél'aspect des

listes, saisit les

contemporains de Jésus-Christ à
la vie fut

œuvres de V homme-dieu , dont

une

sorte d'entrée

d'une nature pléromatique dans un ordre de choses inférieur,
se retrouve

dans

le

gnosticisme sous diverses formes.

2 Clemeiis Alexandr., Strom. II ^ p. ^jS^ 5yo.

CHAPITRE
Dans

JV.

l59
de son
ei

cet étal de captivité, la nature
les

corps paralyse
esprits

mouvemens de lame,
;

les

y excilent de mauvais désirs
Sophia ne
invisible
;

en sorte

qu'il courrait le

danger de dégénérer de plus en
le fortifiait sans cesse

plus,

si la

par

une vertu

car elle est la lumière

du

monde;

elle est le sel

de la terre;

et

ceux qui

suivent sa lumière fortifient les

germes de vie
;

divine qu'elle leur a
battent le

fait

communiquer
la
ils

ils

com;\

mal

et la

puissance de

matière

ils

se spirlluallsent

de plus en plus;
ils

deviennent

de véritables pneumatiques;

révèlent Dieu jusils

que dans ce monde inférieur où
el le

sont plongés ^

Sau\eur v viendra un jour délivrer tout ce
à

qui est pneumatique, tout ce qui est analogue
sa nature.^

Valentin distinguait, en général, tous les liom-

1

C'est

une idée foiidamcntale du

g-iiosticismc
;

,

que

J'homnni£ doit manifester l'Etre

suprême

voilà

pourquoi

Aiilliropos est l'un des premiers cons

du pivoine, connue
Ja

Adam Kadmou
Kabbale.

est l'un des

principaux peisonnages de

2 Les idées de la lutte de l'iiomnie pour l'enipire du

bien^ de l'inlluence des mauvais esprits sur

les orj^anes

de

son corps

et

de

la délivrance des

âmes qui s'épurent,
cet

ont

empruntées an système de Zoroastre. Mais

empiunl ne

,

l4o

SECTION
trois classes
:

II.

mes en

les

pneumatiques qui ont
^

des germes de vie divine,
Yie dans le

et

qui manifestent cette

monde;

les hyliqiies^

qui suivent aveula

glément

les désirs

que leur inspirent
et les esprits

matière
la

dont

ils

sont composés
et les

qui

do-

mment;

psychiques^ qui flottent incertains

entre les deux autres classes. Les liyliques périssent tout entiers, et ne peuvent jamais parvenir
à

quelque degré de pureté ou de

félicité

;

les

psychiques eux-mêmes ne sont immortels qu'en
revêtant le itvsvpLcc
ruptibilité
:

,

qui est

un manteau

d'incor-

privés

du sens supérieur des pneules

matiques,
lestes
;

ils

ne comprennent pas
s'élèvent

choses cé-

ils
:

ne

même

à la foi

que par
sont

les

miracles
et

aussi est-ce
ils

pour eux

qu'ils

faits-

néanmoins

ne peuvent s'élancer, avec ce

secours, que jusqu'à l'empire
gré fort inférieur de félicité
^
.

du démiurge, deLes pneumatiques

au contraire, parviendront un jour à un degré

fut pas direc*»5 les idées religieuses de la Perse s'étaient

communiquées depuis long-temps aux
Yalentin
traita

Juifs et

aux Grecs.
et

de l'excellence de la nature humaine^

du triomphe
homélie dont

qu'elle doit
S.

remporter sur

la

mort, dans une
a conservé

Clément d'Alexandrie nous
,

un

passage d'une grande beauté. Strom.
1

ÎV,

p. Sog.
,

Origenes,

cont.

Celsum

,

version de

Mosheim

p. 58o.

CHAPITRE
de perfection où
le
ils

IV.

l4l
rejeter loin d'eux
ici

pourront

principe psychique qui servait
^

de véhicule

à leur intelligence.

Les peuples sont classés, par Valentin, dune

manière analogue aux individus. Suivant une idée
d'Héracléon, que nous a conservée Origène^,
paraît
il

que Valentin

attribuait les Juifs à l'empire
la

du démiurge, avec

plupart des gnostiques, qui
le

prenaient Jéhpvah pour

chef des sept esprits

sidéraux. Les payens appartenaient à l'empire de
la

matière ou de Satan, qui n'est autre chose que

le

produit de

la

matière résistant à l'action créa^.

trice

de

la

divinité

Les chrétiens étaient

les

pneumatiques. Cependant Valentin

n'assujettissait

pas tous les individus d'un peuple à ses classifications générales.

La hardiesse des spéculations

gnostiques bannissait nécessairement toute espèce

de vues étroites; Valentin reconnut

qu'il

y

avait

eu des pneumatiques dans toutes

les

nations, et,

1

Ancienne opinion, qui ne

fait

de

4^^" qu'une
XIII.)

sorte

d'élément ou de vétennent dans lequel existe le
2

TrviZfxct,

In Johann.,

c.

i6.

{0pp. Orig.

,

t.

3 Valentin n'admet g|s de principe éternel

du mal.

Il

diffère, en cela, entièrement de Basilide, qui suivait les

idées persanes

,

et

il

s'attachait davantage
II

aux doctrines

grecques sur la Ja>n

admettait une matière morte çt

«42
à ses yeux, ces

SECTION

II.

pneumatiques composent

la véri-

table Eglise. Il paraît
les

même

qu'il trouvait

chez

pavens un assez grand nombre de personnages

appartenant à un ordre supérieur- leurs idées,

dont

il

ne dédaignait pas de

faire les

élémens des

siennes, les signalaient

comme

tels, et cette

maque

nière de voir, aussi

profondement

religieuse

philosophique, cette large association du genre

humain aux dons de

l'Être

suprême,

est

un im-

informe, entièrement privée de tout élément de vie divine,
et

qui, par conséquent, n'est rien de réel
KèVi'jjuiaf^

5

qui est vide,
réala

zevov-}

qui n'est

du moins qu'une ombre de
(tkctoç*

lité, (TitiÀ

Tov

ovjoç:,

que ténèbres,

Cependant

vie divine devant, dans le principe, pénétrer tout ce qui
existe, et la matière résistant à toute action de la divinité,
il

manière
produit
C'est

j a dans son élément un d'être mécbanle
le

vice réel

,

une opposition

,

une

:

et celte miinière d'être est

ou

génie

du mal, Satan.
se conçoit

une chose qui
temps

pour

le

moins

aussi faci;

lement que
en

les créations
c'est

opérées par

les désirs

de Sophia

même

une crojance qui

établit entre

Va-

lentin et les gnosliques qui l'avaient précédé, la différence
la

plus fondamentale. Chez ceux-ci, ainsi que dans les
et

opinions du zoroaslrisme, du ju(\|jsme

de

la

Kabbale,
éternel

Satan

est
le

ou un ange tombé ou un génie de mal
principe

comme
il

du bien; dans

la théorie

de Valentin,

est le

produit de la matière. Cette opinion ne fut pour-

,

CHAPITRE
mense avantage que
le

IV.

145

gnoslicisnie sut prendre

sur d'autres docteurs. Si les Juifs Turent rangés

généralement dans

la

catégorie des psychiques

Val en tin avoua néanmoins qu'il se trouvait dans
leur
le

nombre quelques pneumatiques pour lesquels démiurge avait ressenti un attrait inconnu
il

;

dont
et

fit

des prophètes, des prêtres et des rois,
le sens

qui rendirent souvent des oracles dont

lui était

caché

comme

à eux. Telles sont les pro*

tant pas enlicrement nouvelle

;

elle

naquit de l'ancienne

croj.ince sur la nature vicieuse de la malicre. Etant
vaise par sa nature, elle
«lu

mau-

a pu donner

l'existence
les

au génie
principes

mal.
la

Il

est vrai

qu'en raisonnant suivant

de

philosophie moderne, nous n'arriverions guèie à des

conclusions du

même

genre.

En

effet, ce

qui est vide,

privé de Dieu, est contraire à la nature de Dieu, et doit,

par suite de sa condition, résister à l'action de Dieu, sans
qu'il

y

ait

dans cette résistance ni vice ni méchanceté. Enla

suite

nous aurions de

peine à comprendre que
a

la résis-

tance de la matière, quelque
produisît jamais

Icieuse

qu'elle pût
si
,

cire,

un principe
,

intellectuel; et

nous com-

prenions ce résultat

nous* l'attribuerions

en dernière

analyse, au provocateifr de celte résistance, et nous arriverions à d'cirrajantes conséquences. JMais
il

faut croire

que

S. Irénée a laissé ici

une

lorte lacune
le

dans l'exposé du
tableau iiguratif,

sj^slème de Yalentin.

Nous donnons
.

pour

le

système do Yalentin

dans nos j)lanches.

l44
phédes dont
lution aux
le

SECTION

II.

Sauveur seul a pu jdonner
le cliristianisme

la

so-

hommes,

seul

pou-

vant leur révéler

la parfaite vérité.

Une
été

sorte de révélation et de rédemption ayant

nécessaire dans le

monde

des intelligences

supérieures,
r
I

s'était faite

une espèce de chute,
véritable et

on conçoit qu'une
^

révélation

une

rédemption fondamentale furent également nécesI

saires

dans

les

régions inférieures, oii

s'était
Il

opé-

rée la dégénération la plus déplorable.

fallut,

en général, une rédemption spéciale dans chacun
des

mondes

habités par des intelligences quels'y fit

conques;
effet

elle ne pouvait s y faire et ne que par un agent particulier qui

en

fut tou-

jours le premier des esprits de chaque classe, et

qui
faite

offrit

toujours l'imitation plus ou moins parentière de la

du Sauveur suprême. L'œuvre
se rattache ainsi

rédemption

à l'intejligence de
le

Bythos, à Nous, de qui émana
plérôme.
^

Christos

du

1

Didascalia orient.

,

p.

7^

Cette idée

n'est

qu'une
le

modification du sjstème de Simori*, d'après lequel

Dieu

suprême ou

sa puissance parcourt
les divers

lui-même, sous autant

de formes diverses,

degrés de l'existence. Le gnosle

ticisme revient ainsi au

monothéisme

plus pur;

il

fait

Dieu lui-même sauveur de tous

les êtres qu'il

expose aux

CHAPITRE
Quant au monde
humain,
siens
le
le
le

IV.

145

inférieur, habité par le genre
n'avait fait

démiurge

promettre aux
pouvait
IMais

qu'un sauveur psychique
tel qu'il

tel qu'il

concevoir,

pouvait

le

donnera
j

démiurge, qui

n'était

que psychique

qui ne

connaissait ni sa mère, ni son origine, ni le plé-

rôme, ni

ses

œuvres^; qui

était

plus ignorant que

Satan, sa créature, le
rait aussi la véritable
la

TTvsvfJLoc rriç Ttovvj^iocç'^^

igno-

manière dont devait

se faire

rédemption,
il

et la véritable

nature du Sauveur.
offrait

Ce Sauveur,

faut en

convenir,

en

effet

un personnage
l'image

assez mystérieux. C'est l'éon Jésus,
et
il

du Sauveur, du Christos supérieur;
que
celui qui avait fait faire le
fit

était juste

monde

d'après ses idées, se

aussi le

rédempteur de

ceux des liabitans de
tibles

la terre

qui étaient suscep-

d'élévation
le
il

au plérôme; mais, en
est l'image

même
supé-

temps,
rieure;

Sauveur
est

de

la tétrade

lui-même une

sorte de tétrade,
qu'il reçut

composé d'un principe pneumatique
chances d'une lutte péniLJgrfontre
|)u

le

mal,

qu'il n'a pas

ou

qu'il n'a

pas y.oum

laiie dispaiaitrc cnticitMncnt

du

monde.
1
9.

lien., //,

c.
,

5;

eil.

Grahe.

Ibidem, 1

c.
c.

1, S* lo1, Si>>-

T)

Ibidem, /,
2

10

1^6

sECTIo^
,

11.

de Sophia-Achamoili
qu'il prit

d'un principe psychique

du démiurge, d'une forme corporelle
avec

qui

était faite

un

art

inexprimable ^

et

enfin

du Sauveur
sous
la

supérieur, qui se réunit avec lui,

figure d'une

colombe, au baptême du

Jourdain.

Le Sauveur supérieur
par
la vierge
il

était

entré dans le
traverse

monde
un ca-

Marie

comme Veau

nal^ et

n'y avait rien de matériel dans sa per-

sonne. C'est le principe psychique et la forme de

corps mystérieusement préparée pour représenter
l'image

du
le

Christ supérieur qui ont souffert sur la

croix;

principe pneumatique qu'il avait reçu
était invisible

de sa mère Sophia, qui

même

au

démiurge, ne pouvait pas souffrir; ce fut encore

moins
o^l
^
l,^^

le
;

Christ supérieur qui subit la

mort sur
le

la

croix

son

TPvsvfAoc

,

qui

s'était
,

uni avec

Sauveur terrestre au Jourdain
le

le

quitta avant

jugement de

Pilate. ^

Ce

fut

pendant l'union du Christos supérieur

1

Iren., I,

c.

i, S* i^-

^.
sur
les

2 C'est

un raffinement
1.

opinions antérieures.

Voj. Iiénée,

c.

Cf.
t.

un passage d'Héracléon ^ conservé

par Origène {0pp.,
{Spicileg.f
t.

VI

,

$.

23)

et

reproduit par Grabe

11, p, 89).

CHAPITRE
avec
Ja

IV.

147

le

Sauveur Jésus, que ce dernier accomplit

plus sublime partie de sa mission. Avant cette
il

union

ne

s'était

guère distingué que par sa vie

morale,

ses rigueurs ascétiques. Il n'y avait

pas
:

même
la

de mérite particulier dans ces rigueurs

nature de son corps les lui rendait faciles;
permettait d'exercer une grande puissance
matériel , de prendre part aux actes sans participer
à leurs affections

elle lui

sur le des

monde hommes

terrestres. Il buvait et
il

mangeait

comme

eux
;

-,

mais

le faisait

d'une manière toute divine

et l'art

merveilleux qui avait présidé à son organisation,
cachait à tous les regards ce qu'il y avait de particulier

dans

sa

personne.
les

^

Les révélations
aussi

plus précieuses se firent

pendant l'union. La plupart des prophètes

n'avaient parlé

que suivant

les

inspirations

du

démiurge; quelques-uns, à
nant à
la

la vérité,

apparte2,

race de lumière favorisée par Sophia

avaient été les organes de mystères plus élevés;

mais

ils

n'avaient pas

compris eux-mêmes leurs
éclairé

oracles.

Le Sauveur, au contraire,

par

1

Clemens Alex., Strom.,

lib.

III, p. 45 1.

/,

c.

i. S.

i5.

,

l48

SECTION

II.

le christ supérieur,

manifesta les vérités les plus

pures ;

et

l'amour

qu'il inspira

aux pneumatiques
les
:

pour

celte

lumière du plérôme,

ramena,

les

éleva dans ce

monde de

lumière

ce fut là leur

rédemption.

Quant aux psychiques,
autre,

il

leur en fallut

une

moins

intellectuelle, et ce fut le

Sauveur
sa

psychique seul qui l'opéra pour eux, après
séparation de Christos.

Son

élévation sur la croix

fut la répétition et l'image de l'acte de

rédempj

tion qui
elle

s'était

opéré dans

le

monde
la
les

supérieur
les

eut

un

effet
,

analogue

:

elle

ramena

homde

mes psychiques
leur

confondus avec
,

matière par
limites

enveloppe terrestre
1; elle

dans

leur nature

délivra le principe psychique
,

du

principe hylique

et

offrit

au premier

le

moyen
tière

de combattre
:

le

second jusqu'à son en-

destruction
est

car la destruction de tout ce
est

qui

vice

,

de tout ce qui

matière

,

est

l'unique fin possible de l'ordre actuel des choses. ^
t

II

n'était

point question

,

dans ce système

1

Jeu de mol sur ç-nvpcç, croix

et palissade,

rempart,

limite.

2 Origen., 0pp. ,

t.

VI,

$.

23. C'est l'idée persane dans

toute sa pureté.

,

CHAPITRE
de rédemplion pour
Gain;

IV.

l49 ou
la

les liyliques

race de
*

elle devait périr la

par suite de sa nature.

Mais
si

rédemption des psychiques

se distinguait
le

bien de celle des pneumatiques, que
,

Sau-

veur

avant de souffrir

la

mort
le

,

recommanda
dans l'empire

encore à Dieu son esprit,
tique
-,

principe pneuma-

afin qu'il

ne

fût pas retenu

du démiurge,
matiques
,

et qu'il
il

pût

s'élever avec les

pneurégion

dont

était le

type

,

dans

la

du Sotêr
ration

supérieur.

Ce qui

restait
le

après la sépa-

du principe pneumatique,
l'éleva

Sauveur psy-

chique ne

que dans l'empire du démiurge,
reconnut avec
plaisir la révé-

cet ange, qui

lation supérieure faite par le Sauveur, lui remit
le

pouvoir suprême.

C'est là

que

le

suivront les

psychiques.

Quant aux pneumatiques
demption
est leur

,

leur véritable ré-

union avec

le

Christ supérieur

dont l'union avec Jésus, au baptême du Jourdain,
fut le type. C'est cette

union avec

lui qui
les

épure

l'homme, qui
esprits

lui

apprend à vaincre
est assiégée.

mauvais
est,

dont son ame

Notre ame

1

To

fxèv

^oÏKov

îiç

(pùcopÀv

^(ù^iTv.

Ircii.

,

lib.

/,

c.

1, S"i

i4.
avait reçu

UsvfjLotrtKov (TTrèpjux-, qu'il

de sa

nicrc-

l5o
en
effet,

SECTION

II.

comme
«

saturée d'esprits qui se sont joints
il

à elle^
«
K «
«
(c

Mais, disait Valentin à ses amis,

est

im
par

être bon"^ qui s'est manifesté
le
,

spontanément
le

fils.

C'est

par lui seul que

cœur
Il

s'é-

pure

qu'il

bannit tout esprit malin.

ne peut

se sanctifier tant

que ces

esprits l'occupent; car

chacun

s'y

livre à ses

œuvres,

et ils le

cor-

(c

rompent par d'indignes
est

passions.

Un

tel

cœur
souil-

«
c(

une

hôtellerie

que bouleversent, que

lent et

que profanent des hommes qui n'ont
pas,

« «
((

aucun soin de ce qui ne leur appartient
C'est ainsi

que

le

cœur

reste

impur
tant

et sert

de

demeure aux mauvais
est seul ion,

esprits,

que per-

«
„ «
((

sonne n'en prend soin ; mais dès que celui qui
l'a

visité et sanctifié,

il

brille

d'une

pure lumière;

et c'est à juste titre qu'est

loué
^ "

celui qui possède

un

tel

cœur

,

il

verra Dieu.

Un

disciple de Valentin, Héracléon,

dont nous
belles

ne tarderons pas à parler, ajoute à ces

1

Les

7rpo(roLp]yifjLoCJsL,

Voj. ci-dessus , p. 77.
suprême.

2 Kyctùoç,

liom de

l'Etre

3 Clemens Alex., Strom.,

H,

409. Cet admirable pas-

sage nous fait voir que le système de Valentin se 'présenterait tout autre si

nous possédions encore

les écrits

de ce

docteur.

CHAPITRE
lignes

IV.

l5l
explicite sur

une définition encore plus

l'union des pneumatiques avec le Sauveur.
te

De

même que
supérieures
s'unir

l'amè pneumatique, dit- il, a son

« «

autre moitié dans la région des intelligences
^ ,

m.oitié

avec laquelle
elle reçoit
,.

elle

doit
Sslu-

un jour, de même

du

n

veur

la

force d'entrer dès à présent

par une
^
'*

«

vie spirituelle, dans cette heureuse syzygie.

La

différence entre

les

pneumatiques
les

et

les

psychiques se présente jusque dans
chrétiens.
Il
il

rangs des
les

y a

un christianisme pour
les

pneuil

matiques,

y en a un pour

psychiques;
,

y

a

non-seulement une autre rédemption
autre baptême, une autre foi,
les

il

y

a

un

un

autre culte

pour

uns
;

et
ils

les autres.

Les uns ont besoin

de miracles
l'autorité
:

ne soumettent leur ame qu'à
ont
la vraie foi
,

les autres
ils

la

convic-

tion intérieure;
et
ils

ont l'intuition de
vrai culte.
;

la vérité,

pratiquent

le

Ils

sont

le sel,
,

Tame de

l'Église extérieure
,

ils

répandent
la

avec

leurs doctrines

les

élémens de

conversion du

genre humain

,

de

la

transformation de l'univers ;

1

C'est l'ange qui est le type

de notre ame

et

qui veille

sur elle.
2 Origenes, 0pp.,
i.

À III,

$•

ii«

102
ils

SECTION
ils
,

II.

préparent,

amènent
en
la

la

destruction

du

vice

et

de

la

matière
avait

privant peu à peu de tout
vie.

ce

qu elle

usurpé de

Valentin s'exagérait le pouvoir des pneumati-

ques; mais son enthousiasme
d'une

est

du moins

celui

ame

élevée

,

et

d'une

ame qui

se trans-

porte dans infmi avec
tt

un
la

passé

comme
la

dans un
«

avenir

facilité

plus étonnante.

Vous
dit-il

êtes

immortels dès
;

le

commencement,
de

« «
«

aux siens
nelle
;

vous

êtes les enfans

la vie éter-

vous vous

êtes partagé la

mort pour
l'éteindre
le

la vaincre,

pour
et
la

la

consumer, pour
et si

«
((

dans vous

par vous ;^

vous dissolvez

monde de

matière sans vous laisser dissoula créa-

te

dre par elle, vous êtes les maîtres de
tion, et vous
fait

((

dominez sur tout ce qui
^^

n'est

((

que pour périra

L'idée fondamentale

du

valentinianisme est l'idée fondamentale de la plus

pure orthodoxie;
tion

c'est celle

que, par

la

rédemp-

du Sauveur, par

le

christianisme, tous les

êtres spirituels doivent être

ramenés à leur primi-

tive condition; et le dernier

répond

assez

au dernier

dogme de Valentin dogme des orthodoxes;

c'est celui

que l'ordre actuel des choses cessera

i

Cleweiis Alex.^ Sirom.,

lih.

IV,

p. ôog.

,

CHAPITRE
d'exister dès
(jue
le

IV. la

l55
rédenipiion sera

but de

pleinernenl acconipli sur la terre. Dès-lors le feu

qui est répandu, qui est caché dans

le

monde,

en

jaillira

de tous côtés,

et

consumera jusqu'aux

scories de la matière, dernier siège
esprits
,

du mal ^ Les

alors arrivés
le

à

leur

parfaite maturité

passeront dans
les délices

plérome pour y jouir de tous d'une intime union avec leurs com,

pagnes
ciera

2,

à l'exemple de l'éon Jésus
,

(^ui s'y

asso-

avec sa syzygos

Sophia-Achamotli. Les

1

Ici Valentiri se

rapproche de Zoroastie. C'est par des

torrens de métal que se purifient le

mal,

les

démons

et

Ahriman. Bundeliesch,

XXXI;

4i6, éd. d'Anquetil.

2 C'est une dvdiTr^tv^iç célébrée par beaucoup de gnostiques. Iren., /,
c.

7.

Clem. Alex., 0pp.,
_,

t.

II,

p.

984?

985,
éd.

éd. Potier.

Orig.

In

eç,

Joann.

,

0pp., 10, p. 167,
G5. Voj.

Iluet.

Excerpia ex Theodoii

scriptis, S-

une

ode

relative à ces noces célestes,

dans
p.

les

Acles de l'apolrc
cf.

Thomas,
ci-dessus,

publiés par
t.

M. Thilo,
32c).

i5,
déjà

p.

122. Cf.

I, p.

317,

Nous avons

vu jusqu'à quel

point cette idée pouvait se rattacher à quelques expressions de l'Apocaljpse. Elle ne se trouve point dans le sys-

tème de Zoroastre

;

mais

elle est rcnrcrnw'e

dans
la
Il

celle des

sjzjgics, et elle s'offrait

auv gnosliqucs dans

théogonie
n'est

égyptienne

comme

dans l'olvmpe des Grecs.

pas

impossible qu'ils l'aient eni])runlée à celui des Indous, qui
est

également une sorte de harem

céleste.

l54
psychiques étant
partagent avec
leste

SECTION
satisfaits

II.

dans

la

région qu'ils

le démiurge S la primitive et céharmonie régnera de nouveau dans l'univers

-,

la félicité

de

la vie

divine,
,

émanée de

la

source

de tout
les

,

de Bythos

se

communiquera par tous
^

degrés de l'existence.

C'est là cette parfaite palingénésie

que l'ortho-

doxie admet en quelque sorte,

et

qui pouvait se

rattacher à plusieurs passages des codes sacrés.

Les valentiniens

,

tout en se disant en posses-

sion d'une science supérieure à celle que ces co-

des offrent à tout le
rejeter
les

monde,
Ils
S.

étaient loin
les

d'en

enseignemens.
;

citaient
^
,

avec
n'est

complaisance

et

,

suivant

Irénée

il

guère d'opinions dans leurs riches théories qu'ils
n'aient tâché d'appuyer de quelques passages des
écritures. Ils s'attachèrent surtout
S.

aux

écrits

de

Jean pour y chercher
,

la

confirmation de leurs

idées

,

et

Héracléon y trouva réellement toute
S.

l'ogdoade de cette école; mais
fort hien

Irénée montre

que

les

mots de Logos, de Zoé, d'Andisséminés dans une série

thropos

et d'Ekklésia,

1

Le

TOTToç

fJLstroTtfJoç,

en dehors du plérôme.

2

Valentini fnigm. in calce 0pp. Irenœi , éd. Massuet.
j

3 Lib. I , p. 34

éd.

Grahe.

.

CHAPITRE
de chapitres
et pris

IV.

130
dif-

dans une acception fort
,

férente de celle des valentiniens

ne sauraient

rien

prouver en faveur

de. leur éonologie. Il est

vrai qu'on est surpris de voir celte secte
vrir dans les écrits

décou-

du nouveau code des docqu'une sage interprétation
;

trines et des mystères

n'y découvre nullement

mais

,

pour

êlre juste

envers les gnostiques,

il

faut considérer

que

la

même
tres

chose se remarque fréquemment chez d'au-

docteurs de leur temps.
sectateurs

Le nombre des

d'un système ne
sa faveur;
fait

prouve rien, ou peu de chose, en
mais
le

nombre
ses

des partisans que se

un phi-

lophe parmi

contemporains,

atteste le juge-

ment

qu'ils portaient

de sa capacité. D'après ce

principe, Valentin aurait occupé une place distinguée parmi les penseurs

du second

siècle

de

notre
tout

ère.
il

En

Egypte,

à

Rome,

en Chypre, paril

vint enseigner ses doctrines,

s^

fit

des disciples enthousiastes. Le montaniste Terlullien,

dont nous avons déjà signalé
,

les

dispo-

sitions anti-gnostiques

ei

qui ne manquait pas
parti
,

lui-même d'ardeur poui- son
secte

appelle

la
la
^

des valentiniens

la

plus nombreuse et

plus fanatûjue de toutes celles du gnosticisme.

1

Âdçersus Vaknlhiinn.

.

r.

i

,

l56

SECTION IL

Cependant les disciples de Valentin ne furent pas
plus fidèles à sa doctrine que ne
les partisans
le

furent jamais

d un autre système.

Il est

au-dessus

de

la

volonté d'une intelligence

humaine de
;

s'arrêter

aux opinions d'un lionnne

l'auteur de
qu'elle

cetle intelligence l'a

formée de manière

ne doit fléchir que devant
qu'elle se

sa seule autorité.

Dès

soumet

à

une autre,

elle se trahit ellele

même;
de

elle n'abjure
,

pas seulement

plus beau

ses droits

elle viole le

plus imprescriptible

de ses devoirs;

elle

renonce aux destinées que
suprême.

lui a tracées la sagesse
Successeurs

§.

5.

Ceux des

élèves et des successeurs de

de
Valentin.

Valentin qui acquirent le plus de célébrité par
les

modifications qu'ils firent dans

le

système

de leur

maître, furein Secundus

,

Epiphane

Isidore, Plolémée,

Marais

,

Colarbasus, Héra-

cléon, Théodole et Alexandre. Axionicus seul
resta fidèle

aux dogmes de Valentin.
fut considéré
^.

^

Secimdus
de Valentin

comme

le
,

successeur
il

Suivant
le

S.

Épiphane

changea
il

peu de chose dans

système de l'école; mais

1

Teitull., Adç. Valentin.

y

c.

2.

2

lien.,

lih.

i,

c.

5,

S-

2.

Theodoret.

,

lih,

l,

c.

8.

Epiphanius, Hères, j 02.

,

CHAPITRE
fît

IV.

lHj
riionneur

beaucoup de bruit, ce qui

lui valut

de donner son de valentiniens.

nom
Il

à

une division nombreuse
changement

paraît, en effet, qu'il modifia

peu de dogmes
dans
Il

mais

le

qu'il

fit

la

théologie de cette école est fondamental.

distingua, dans la première
,

ogdoade du plcdroite
les ténè-

r()me

deux

tétrades

,

l'une appelée la
la

l'autre la

gauche, ou bien

lumière et

bres ;

il

plaça ainsi l'origine
la divinité, et se

du mal jusque dans
également

le sein

de

rapprocha du système
est

de Zoroastre, dans lequel Ahriman

Tune des premières émanations de zérnané-akéréné.

Dans

ces doctrines,

Dieu lui-même
j

est élevé

au-dessus de tout ce qui est mal

mais dès

qu'il

commence

ses

déploiemens,

le

germe de

la

di-

vision, de la différence entre le bien et le mal,
se manifeste. Cette antique
,

opinion sur l'origine
sectes religieuses

du mal conservée par plusieurs
de rOi'ient
^

,

se

rapprochait plus que celle de

Valentin des doctrines gnostiques de la Syrie,
et
il

paraît

que

c'est elle

qui a

lait faire d'illus-

tres

conquêtes aux secundiens.

En

effet,

ils

eu-

rent la gloire d'enlever à Basilide et à Carpocrate
les

propres

fils

de ces chefs de secie, Isidore

ei

I

Ifyde. Il lit. leli^. velcr. Pers.,p.

H).").

,

l58

,

SECTION

II.

Épipliane. Ces conquêtes furent pourtant
utiles

moins

que

brillantes; elles

donnèrent une autre

direction au valentinianisme.

Epiphane que
,

S.

Irénée appelle

un chef
^

plus

illustre
la

que Secundus,

s'élança plus avant dans

gnose qu'aucun de
Il

ses prédécesseurs.

appliqua aux tétrades du plérôme,
la

et surIl la

tout à

première,

le

langage des nombres.
et

composa de Monotes, Henoies, Monas
rendent
l'idée

HeUy
et

dénominations qui expriment toutes Yun^
fondamentale
,

qui

de
celle

la

théosophie
les

kabbalistique et gnostique
êtres
festés

que tous

émanés de Dieu
5

,

tous ses attributs maniIl

sont encore Dieu.

est

vrai
et

que ces malheuà* s'en

dénominations sont un peu bizarres,
reusement
S.

Irénée a pris plus de plaisir
à

moquer
les

et

en

produire d'autres

,

qui sont

plus bizarres encore, qu'à nous faire connaître

opinions d'Épiphane^. C'est, en général, une
d'hilarité

chose remarquable que ce ton

qu'on

rencontre dans quelques écrivains des premiers
siècles,

qui exposent ces doctrines symboliques.
,

Ce qui peut l'expliquer

c'est

que leur génie

1

TvMS-tKOTèpoi;* Iren.? lih. 1,

c

S,

%. 2.

2 Ibidem.

,

CHAPITRE

IV.

iSi)
faits

plus positif, convertissait en autant de

et

en

faits

ridicules les

symboles

et les

allégories

dont
voir

les chefs

de

la

gnose ne croyaient pas de-

communiquer
S.

la clef

aux profanes ^ Cepenla diction,

dant

Clément d'Alexandrie, dont

aussi grave

que soignée, atteste sinon sa naisses
,

sance

du moins
les

études en Attique

,

parle

dans
trine

Stromates
,

de

la

vie et
faire
les

de

la

doc-

d'Epiphane

de manière à
étaient
faite

mieux voir
contempo-

l'opinion que
rains.
Il

s'en

était

Alexandrin, dit-il,

fils

de Caret était

pocrate; sa mère se
originaire de

nommait Alexandrie,
Il

Géphalénie.

n'a

vécu que dix-

sept ans. Cependant

on

lui a

rendu des honneurs

divins à

Samé

,

ville

de Céphalénie.

On
lui

lui érigea

dans cette

cité

un

vaste temple j

on

consacra
'

des autels, des chapelles,

un musée. Aux nou-

1

C'est ainsi

que Tertullien

se laisse
la

emporter à un lan-

gage fort extraordinaire, par
sur la Sophia
,

doxologie des yalentiniens
irviZixcL

qu'ils

nommaient

et

Kvpicç

,

ce

qui n'avait rien d'extraordinaire pour des théosophes de
l'Orient.
le pluriel

[Les Hébreux aussi forment,
de

le

plus souvent,
le

mi

en féminin
:

:

mnn.] Cependant
lia
,

docteur

d'Afrique s'écrie à ce sujet

omnem

illi

hortorem conlu-

Urunt fœmînœ
Valent in. y
c.

,

pulo

et

bnrham

ne dixerim caetera! AiU.

2\.

l6o

SECTION

II.

velles lunes, les Céphalléniens se réunissaient près

de ces lieux

et célébraient,

par des sacrifices, des

libations, des banquets et des
sa naissance et de

hymnes,

les

temps de
*

son élévation parmi

les dieux.

Ce
fort

culte et ces banquets sont des

phénomènes
secte
,

extraordinaiies dans l'histoire d'une

chrétienne.
faut croire

Pour pouvoir
qu'Épiphane

se

les

expliquer

il

s'est

éloigné

du

christia-

nisme beaucoup plus que tous
tiniens.

les autres valen-

Et en
il

effet

,

la

secte

de son père
,

,

à

laquelle

appartenait
la
,

également
et

s'écarta

au
la

même

degré de

morale

du dogme de
la
^

religion chrétienne

en étendant

communauté
entre les

des biens jusque sur celle des femmes.
Isidore paraît avoir flotté de

même
fît

basilidiens, parti de son père, et les secundiens.

Nous avons
seconde.

déjà

fait
^.

voir ce qu'il
Il se

pour

la

pre-

mière de ces écoles
la

distingua encore dans

Son

livre des

Exhortations
mais
S.

fit

des

partisans aux secundiens

Epiphane ne

connaissait déjà plus cet ouvrage.

^

1

Siromata ,

lib.

III ,

p.

^28.

2

Voj. ci-dessous, Carpocratiens.

3 Voj. ci-dessus, Basilidiens.

4 Ilœres.
destinatus ,

,

7>2

,

%. 4. Cf.

Augustinus, Hœres.

,

12. Prce-

c.

12.

,

CHAPITRE
La seconde tranche de

IV.

l6l

l'école valenilnienne fut
Il

fondée par Ploléniée ^ Elle fut importante.

paraît
^.

que
chef

c'est elle

que

S.

Irénée a
1

le

plus en vue
ère.

Son

florissait vers l'an

66 de notre

Sa doc-

trine est exposée dans

une

lettre écrite

par Pto-

lémée à une femme
gère à ce système.

nommée

Flore, alors étran-

Cette lettre, qui est l'un des

monumens
et

les

plus
été

curieux

du gnosticisme
S.

,

qui nous

a

conservée par

Épiphane^, renferme des
de
celles

idées
elle

peu
les

différentes

de Valentin; mais

expose avec plus d'adresse. Ptolémée
,

avant de s'attacher aux. valentiniens

avait appar-

tenu à celle des blanches du carpocratianisme

qui s'attribuait exclusivement le beau
gnostiques.
Il

nom
sorte

de
de

se

ressent en quelque

leur société^ cependant le désir de gagner

un

personnage

distingué

de
il

fÉglise

,

perce

dans

toute la manière dont

présente son système.

L'opinion valentinienne
loin de l'Etre

,

qui plaçait

si

bas

,

si

suprême

la

création visible toute

1

Nous adoptons

la succession
s'est

des branches telle que
la

les

indique S. Ej)ipljane, qui

donne

peine de suivre

la chronologie.

2 Voj. la Prcfiice de son onyrage contre les hérésies.

3 Hœres,, 55,
2

S. 8.

H

,

\62

SECTION

II.

entière et la révélation
était

de l'ancienne alliance
les oreilles

trop choquante pour
:

d'une pieuse

orthodoxe

Ptolémée a soin d'adoucir ces dogï.

mes

,

afin

de lever ses scrupules

Il

proteste

d'abord de sa propre orthodoxie; ses croyances

ne sont que
lui

la

pure tradition apostolique;

elles

ont été transmises par une série d'organes
il

respectables;
roles
foi.

les

juge d'ailleurs d'après les pa-

mêmes

de Jésus-Christ, règle unique de sa
ces

On

doit croire qu'il savait interpréter

paroles suivant sa doctrine. Quant à la création
et à la révélation

de l'ancien Testament,

il

com-

bat également l'opinion de ceux qui les attribuent
à l'Etre
qi:^i

suprême ou à quelque

être

méchant. Ce

est

aussi plein d'imperfections de tous les

genres, que la loi mosaïque, ne saurait provenir

du Dieu

des perfections

;

on ne peut pourtant
méchant, puisqu'il y a
il

pas l'attribuer à

un

esprit
;

des principes excellens
la

et

en

est

de

même

de

création inférieure. L'erreur de ceux qui font
et

Dieu lui-même auteur de l'une
peut résulter que de ce
le
,

de

l'autre,

ne

qu'ils
ki

ne connaissent ni
nature mitoyenne

démiurge

,

cet être

dont

1

On

voit par son langage
[jlou

combien

il

désire la gagner

;

il

rappelle dhX(py\

KaXti (pXcépot,

CHAPITRE
répond à
celle

IV.

l63
création; ni le

de

la loi et

de

la

Père inconnu, l'Être
seul a

suprême, que Jésus-Christ
S'ils les

pu

révéler

aux hommes.
ils

connais-

saient l'un et l'autre,

sauraient auquel des deux
la
il

appartiennent ces œuvres. Quant à

supposition
faudrait être

que

le

démiurge

soit

méchant,

aveugle de corps

comme

d'ame pour ne pas voir
de ce créateur,
loi
et
le

dans

le

monde
la

la sagesse

pour
mal,

ne pas reconnaître qu'une

qui défend

comme

sienne

,

ne peut pas provenir d'un

mauvais génie.
Les lois du Pentateuque ne sont point parfaites; niais il faut savoir qu'elles

n'émanent pas
faut

d'un seul

et

unique législateur,
est

guer ce qui

y distinréellement du démiurge de ce
il

qui est de Moise et de ce que les anciens y ont
ajouté. C'est ainsi

que

le

Sauveur distingua soila

gneusement
elle

la loi

^ Quant à

part de Moise,

ne contredit nullement

celle
;

du démiurge;
arrachée

elle est le fruit

des circonstances

elle fut

au génie du législateur par
ple.

la grossièreté
,

du peudu
dé-

Quant

à celle des anciens
-.

Jésus- Clirist la
à celle

censure plusieurs fois

Quant

1

Mallh., 19, 6.

2 Matth., i5;

Marc,

7.

l64
miurge,
première
il

SECTION

II.

faul encore en faire trois parts

:

la

est la législation

pure

et

sans mélange
est
,

de mal, cest

celle

que Jésus -Christ
est

venu
c'est

accomplir

;

la

seconde

mêlée de mal
^

celle qu'il est

venu remplacer
,

;

la troisième est

typique
vertie
j

et

symbolique

c'est celle qu'il a

con-

de sensible

et d'extérieure

qu'elle était,

en choses

spirituelles et invisibles. Tels étaient

les sacrifices, les

jeûnes, la pâque, la circonci,

sion

,

et autres

cérémonies

que Jésus-Christ
ie culte

et

ses apôtres

ont remplacées par
de
la vérité.

du cœur,
notre
:

qui

est celui

Dieu veut encore des
offrir

sacrifices ,

mais ce sont ceux que peut
lui et

amour pour
il

notre charité pour nos frères
c'est

veut encore la circoncision, mais

celle

de nos vices
c'est celle

il

veut encore l'abstinence , mais
le

du mal. Ainsi
;

type et le symbole
qui règne.

ont disparu
Si

c'est l'idée

,

c'est l'esprit

nous pratiquons encore

l'abstinence sensible,

ce n'est que pour rappeler l'abstinence spirituelle
à ceux qui n'en sont pas encore capables.

Ptolémée, par ces observations sur
de l'ancienne législation, plaçait

la

nature
chré-

la critique

1

Par exemple, la

loi oculus

pro oculo , à peine cligne
et parfait.

du démiurge p encore moins du père bon

,

CHAPITRE

IV.

l65

tienne sur la voie des plus pures iliéories, ei
s'élevait

infiniment au-dessus

du grand nombre
Il

des théologiens de son temps.

s'en applaudit,

en quelque sorte, en terminant
à Flore
((
:

sa lettre;

il

dit

«

Je vous ai
;

expliqué ces choses som-

mairement mais
qui portera bon

j'espère
fruit.
^^

que

c'est

une semence

((

Tandis que Ptolémée cherchait ainsi à

faire
,

agréer le système de Valentin aux orthodoxes

et

qu'Épiphane, familiarisé avec

le

platonisme pyle

thagoricien de cette époque, tachait de

recom-

mander aux Grecs, Marciis^
lestine, essaya

originaire de la Pa-

de lui procurer quelques avantages

des spéculations kabbalistiques de sa patrie. Les
idées de génération et de syzygie
,

un peu trop
les oreilles

voisines

du sensualisme de
commençaient
à

la

mythologie occi-

dentale ,

choquer

que

les

doctrines chrétiennes avaient rendues

plus délicates.
pules ,
le

Pour

satisfaire ces
la Palestine

nou\eaux scruproposa de nou-

docteur de

veaux rafïinemens,

qu'il croyait

pouvoir recomanalogue
à

mander par une
celle des

fiction très-hardie,
et

Simon

des Apelles. La tétrade su-

prême

,

disait-il,

était

descendue elle-même de

ses hauteurs inaccessibles,

pour

se révéler à

son

intelligence, sous la ligure d'une

femme,

et lui

iOG

SECTION

II.

avait appris ainsi la véritable origine des choses.

Quand
le père,

celui

que

l'intelligence

elle-même ne peut

pas concevoir, qui n'est pas

même une substance S
il

voulut se manifester,
sa

produisit, par

une parole de
à lui-même
2.

bouche,
était

le

Logos, semblable

Ce Logos

tout le plérôme des

éons,

et

renfermait tous les attributs de Dieu. Ces

attributs

ou

ces éons se distinguèrent et se déla

ployèrent de

manière suivante. Lorsque
la

l'Etre

suprême prononça

première parole

,

ce fut

une

syllabe de quatre lettres

dont chacune devint
la

un

être, et qui

composèrent
fut

première tétrade.
lettres
;

La seconde parole

encore de quatre
,

ce fut la seconde tétrade

répondant

,

avec

la

première

,

à l'ogdoade de Valentin.

La troisième
let-

parole fut de dix et la quatrième de douze
tres

ce

furent
elles

la

décade

et

la

dodécade du

système;

complétaient

la totalité

du plérôme,

1

Le mot de substance

est pris

par Marcus dans

le sens

d'être

ou de corps ayant des
:

limites. C'est

dans ce sens que
lib.

S. Augustin dit

Beum abusive
et S.

substantiam vocari,

VI,

De
2

Trinit.,

c.

^

Marcus

faisait allusion

au mjthe d'Amon-Cnouphis^
le

qui produisit de sa bouche

un œuf renfermant
le

démiurge
et l'idée

Phtha.

Il

retrancha cependant

sjmhole de l'œuf

d'un créateur renfermé dans un œuf.

CHAPITRE

IV.
,

167

Dans son langage kabbalistique
mait les éons des lo^os
ces y des
,

Marcus nom,

des racines

des semen-

plérôwes

et

des fruils»

Son monde
les trente

intellectuel n'était pas épuisé par
lettres

éons du plérôme. Chacune des
produits,
disait-il,

qui

les a

renf rme une série

d'autres lettres.

La

lettre delta ^

par exemple, en

contient cinq, dont chacune se
sieurs autres,
les

compose de pluvoir en écrivant

noms de
le

comme on peut ces signes. On y
taii,

trouve, en

effet,

d'abord
le

delta lui-même; ensuite le e psilon,
le

lambda^
une

et V alpha.
'
.

Le

seul delta est
se fasse
,

ainsi
cela,

lettre

immense

Qu'on

d'après

une idée des profondeurs

révélées à

Marcus

sur le
les

nom

entier
,

du père, qui
les

fut avant tous

autres êtres

qui

renferme tous en lui-

même.
Cependant
l'Être

suprême, ayant su que renon-

ciation de tous ses attributs était impossible

aux

éons, n'avait donné à chacun d'eux que renonciation de ses attributs spéciaux
;

mais

la
:

vérité
la

toute entière fut découverte à Marcus
trade lui
fit

té-

voir l'Etre

suprême

comme on

voit

1

ÂTTètpov

ypctfjLfjLct,

lien.,

lib,

/,

t.

10,

S- 2.

l68

SECTION

II.

l'homme dépouillé de vêtemens dans
parties.
^

toutes ses

La plus
gos
:

illustre des paroles

de Dieu

est le

Lo;

c'est Jésus-Christ.

Ce

n'est là

qu'un

mais ce

nom

a

une vertu

distinguée.

nom nom de Le
mystère

Jésus seul,

Irj

a

V s, a six lettres, et le

qu'elles représentent est

connu

à ceux de l'élecest

tion

,

aux gnostiques
de Christos
;

2.

H

en

de
la

même du
et

nom
de
la

des

noms de

première

seconde tétrade, qui présentent deux
de l'alphabet
5,

fois

les vingt-quatre lettres

et

de beau-

coup

d'autres mystères qui sont plus

ou moins

clairement indiqués par les nombres cités dans
les saints codes. 4

Marcus
la

fit

aussi

quelques modifications dans
le

christogonie et dans

dogme de

la

rédempsuprême

1

Suivant S. Irénée
les kabbalistes

,

Marcus décrivait

l'Etre

comme
t.

peignaient Ensopb. (Vojez notre
répétition de leur

I, p. 97.) C'était

une

homme

primitif,

A dam -Ka dm on.
2 Cf. Grabe, Spicileg. Pair.,
t.

I,

p. 91.

3 Âpptfjoç et
et ctXiiSétoL

«r/^w

présentent sept et cinq lettres; Tretjhp
et sept lettres,

renferment cinq

ensemble vingt-

quatre.

Il

en

est

de

même

de Logos, Zoé, Anthropos et

Ekklésia. Les calculs mystérieux sur les

noms de
c.

Jésus

et'

de Christos sont un peu prolixes. Iren., I ,

12.

4 Par exemple, dans

les

six

jours

de

la création; le

CIIAPITKF,
lion
5

IV.

169

il

en

fit

également dans
la

les théories sur la

sophia, le démiurge et
matériel
;

création

du monde
la célébra-

il

en

fit

d'autres enfin dans

tion de la cène et

du baptême, dont nous pardu gnosticlsme; cepenles

lerons dans l'archéologie

dant

il

conserva généralement
,

principes des

valentiniens
les

aussi bien
et

que leur respect pour

codes sacrés
,

leur habitude d'en citer les
,

faits

les

allégories

les

symboles

et

le

texte

même

à l'appui de leurs hasardeuses théories.'

septième, celui du repos

5

la

mort du Sauveur à

la sixième

heure,

etc.

A

la suite et sur

de ces mystérieuses discussions sur quelque*
les

noms

vingt-quatre lettres, Marcus

fait

aussi
;

connaître la lettre symbolique de chacun des sept cieux
ce sont les lettres

A,E,H,I,0,T,n,

qui paraissent

pouvoir expliquer quelques inscriptions qu'on trouve sur
les pierres dites gnostiques.
1

Voj. nos planches.

11

ne dédaigna pourtant pas de recourir aux preuves
lui

que pouvait

fournir la

nature; mais

il

s'attachait,
et

en cela, fidèlement aux idées de l'ancienne physique

de l'ancienne astronomie. Les quatre élémens sont pour
lui l'image

de

la tétrade; les sept régions circulaires, les

sept cieux planétaires, avec

un huitième qui

les

enferme,

y

joint le soleil et la lune, sont les

images des dix cons;
celles des

les

douze signes du zodiaque sont
n'est pas sans

rons de

la

dodécade; ce qui
cation des

importance dans

l'expli-

monumens du

^noslicismo.

.

170

SECTION

II.

Ses partisans formaient une suite nombreuse.
Ils se

recrutaient par

un grand nombre

d'écrits,

peut-être' aussi par quelques-unes de ces prati-

ques qui étaient fort en vogue dans leur

siècle,

mais qu'on devait trouver un peu superstitieuses

pour des hommes de leur
aux
écrits

instruction.
,

Quant
des

dont

ils

tiraient parti

c'étaient

apocryphes^

qu'ils
et

composaient eux-mêmes en

grand nombre

sous des

noms

estimés

i;

quant
parta-

à la pratique des arts de la magie,

ils les

geaient avec la plupart des écoles philosophiques

de

cette époque. Ces pratiques n'étaient pas,

au

reste, celui

de leurs moyens qui manquait

le

plus

de succès. Les vers qu'un docteur anonyme com-

posa contre Marcus,
Irénée, sont

et

que nous

a conservés S.
attester

un monument de plus pour
^

l'influence de ce théosophe.

ColarbasuSj qui
et

était d'aJ)ord

uni avec Marcus,
S.

qui s'en détacha, en sorte, dit
secte

Épiphane^,

que leur

commune

fut bientôt

un

serpent

1

Iren.

,

lib.

I,

c.

16.

Ainsi que Basilide, Valentin

et

BardesaneSj Marcus avait exposé envers une partie de

ses doctrines.

2 Irenœus, 1, 3 Hœres.p 35.

c

i5. Routli, Reliquiœ sacrœ, I, p.

67

CHAPITRE
à

IV.
et

171

deux

tel es,

eut

moins de succès
Il

moins

d'ori-

ginalité

que son émule.

s'occupa principaleet

ment

à présenter

une nouvelle éonogonie
Il

une

nouvelle christogonie.

paraît

que

la

théorie

du plérôme
moins
encore

était,
,

pour

les diverses

branches du
satisfaisait le

valentinianisme
;

la

partie

qui

les

les

disciples de Colarbasus modifièrent

les

changemens qu'y

avait apportés leur

maître, sans pourtant réussir à se faire

un

nom
*
;

par des spéculations qui conunençaient à

lasser.

Héracléon^ qui vécut sous Marc-Aurèle
avait reçu

qui

une éducation soignée,

et
,

que

distin-

guaient des talens de divers genres

fut l'un des
Il

valentiniens qui acquirent le plus de célébrité.
se trouvait sur
ville

un

théâtre important

,

dans

la

d'Alexandrie, précisément à l'époque à la-

quelle les chrétiens, appréciant la difficulté de

leur position vis-à-vis des érudits de la capitale

des lettres

,

venaient

de fonder leur première
calculer les

école de théologie. Héracléon sut

avantages qui devaient résulter de cet établisse-

ment;

il

sut rendre justice

au système orthodoxe

que

ses prédécesseurs avaient quitté, et qui fai-

1

Iren.xus,

lih.

I,

c.

G
c.

et 7.

Epipli., Ifœres.

,

ÔG. Tlieo-

doiel., Hœret. ffih., 1,

12.

172
sait

SECTION

II,

chaque jour des progrès plus

signalés.

Ces

considérations le portèrent à donner aux théories valentiniennes

un élément qu'on

avait trop

négligé
dire
aussi

pour

les

spéculations de l'école, c'est-àet

l'élément moral

religieux.

Il

s'aperçut

du

tort

que

s'étaient fait les

divers partis
s'at-

en composant des

livres

apocryphes ou en

tachant à ceux qui existaient déjà,

et il sentit

plus profondément encore les inconvéniens de
ces prétendues
traditions

exclusives,

qui per-

daient chaque jour

de leur valeur

comme

de

leur pureté. Les écrits authentiques des apôtres

commençaient

alors à se répandre généralement;

on

écartait les travaux parasites qui leur avaient

disputé, pendant quelque temps, les honneurs

du nouveau canon

:

s'attacher à ces

compositions

proscrites par la majorité des chrétiens, c'était
s'isoler

d'une manière dangereuse,

c'était s'obs-

tiner dans
se

une

lutte funeste. Dès-lors
le

Héracléon
et spécia-

prononça pour

nouveau code
S.

,

lement pour l'évangile de
avait
,

Jean.

Son école

lui
Ils

en quelque sorte

,

légué cet exemple.

avaient considéré cet évangile, sinon

comme
voir
,

la

source

,

du moins comme
,

l'un

des documens
fait

de leur système
sans
adresse
,

et ils

avaient

non

que tous leurs principaux éons

r

CHAPITRE

[V.

inS

étaient désignés par S. Jean. C'était là

une direc-

tion dont Héracléon sut tirer

un

excellent parli.

Sans s'attacher particulièrement aux spéculations

de l'éonogonie, qui embarrassèrent souvent
valentiniens

les

eux-mêmes,
qu'il

il

fit

sortir

du

texte

de l'évangéliste

vénérait le plus, les

plus
ses

belles vérités pratiques

de

la
il

gnose.

Dans

Commentaires sur

S.

Jean

donna cependant
que

quelques-unes de ces interprétations allégoriques

que son école

chérissait , ainsi
;

les
il

plus doctes
était réelle-

de ses contemporains

et

comme
,

ment un homme

instruit

le

plus illustre des

écrivains de l'école chrétienne d'Alexandrie, Ori-

gène n'hésita pas à profiter de ses lumières. Les

commentaires d'Origène sur

le

même

évangéliste

nous ont conservé
ceux d'Héracléon ^

ainsi
S.

quelques fragmens de

Clément d'Alexandrie a

sauvé, de son côté, des réflexions de ce gnosti-

que, qui pourraient avoir
mentaire sur
fait

fait

partie d'un

comnous
foi
à.

S.

Luc 2,

et

ce double suffrage
joignait la

voir

qu Héracléon
S'il

bonne
,

l'érudition.

dévia des interprétations
,

d'ailc'était

leurs

si

imparfaites

de l'Église dominante ,

1
•A

Origeues, Commenta

il

in tiu/if;.

Jo/i.

,

/ibri 7)9,

StromnL, Uh. JV,

fjoS.

174
par suite de
prit
être.
la

SECTION H.
puissance qu'exerçait sur son ess'était

un système qui
C'est ainsi
qu'il

emparé de tout son
dans
la

vit

Samaritaine,
sens droit et

non pas une simple femme d'un
pieux, mais un

membre de

la

race de lumière^
sa

une pneumatique^ qui devient sous
type et
le

plume

le

représentant des rapports, de la sym-

pathie et

de l'intime
le

intelligence

de tous les

pneumatiques avec

Sauveur. Lorsqu'elle de-

mande

à Jésus-Christ de cette eau qui désaltère
la dispense de venir en puiser
^

h jamais^ qui

d'autre à la fontaine de Jacob
le désir d'être délivrée des

elle lui

exprime

embarras du judaïsme.
à avertir

Lorsque Jésus-Christ l'engage
il

son époux,

entend, par cet époux, son ange, son syzygos
le

dans

monde

des intelligences; c'est avec cette

céleste moitié qu'elle doit venir

au Sauveur,
la

afin

de

lui

demander pour

la

communication de

force

nécessaire

s'unir avec

une moitié plus par-

faite qu'elle. Il

y

a plus

:

de

même que

Veau

est

le

symbole de

la vie divine, la

cruche^ qui sert

à la recevoir, est le
la

symbole des dispositions de
vie.

Samaritaine pour participer à cette

Quelque

singulières

que puissent nous paraître

des interprétations de ce genre, elles étaient aussi chères aux contemporains d'Héracléon que celles

CHAPITRE

IV.

175

des théologiens scolasliques ou celles des théologiens wolliens ei kantiens l'ont été aux

hommes
n'avait

d'un autre âge. Peut-être les partisans d'Héracléon
eussent-ils été plus

nombreux encore,

s'il

choqué une opinion dominante de son
combattant
le

siècle

en

martyre,
Il

comme

firent la plupart

des gnostiques.

donnait pourtant des motifs

très-plausibles de

son sentiment à cet égard. La

profession extérieure de la cause de Jésus-Christ,
disait-il, n'est

pas

la seule

bonne,
le

elle n'est

pas

même

la véritable;

ceux-là

professent bien

qui vivent en lui, qu'il a reçus en lui, qu'il ne

peut plus renier lui-même.

^

Après Héracléon

,

les

diverses

branches de

l'école valentinienne n'eurent plus que des chefs

obscurs

,

et

dès- lors leur enseignement devait

tomber.

Il fallait

une succession non interrompue

d'hommes éminens pour soutenir une doctrine
qui ne vivait que des plus hautes spéculations;

qui n'avait point pris racine dans

le

cœur d'une
élever

population quelconque

;

qui

prétendait

l'homme ordinaire dans une région oùje théosophe sent lui-même quil
cette
est
;

audacieux. Ce fut
et le parti

chaîne d'or qui manqua

de Va-

i

ClcBieiis Alex.,

/.

t.

17^
lenlin,

SECTION

II.

ne comptant plus que des docteurs vul-

gaires, se livra bientôt,

comme

tant d'autres, à de

vulgaires pratiques et à de coupables déréglemens. Cette dégénération s'accomplit avec d'autant plus

de

facilité, qu'elle se rattachait à

des germes dél'école.

posés dans

les

premières habitudes de
le

Le
la

commerce avec
ligences

monde

intellectuel

menait à

prétention de disposer

du pouvoir de

ses intel-

pour

les affaires

du monde

matériel; et

l'affranchissement des lois

du démiurge, accor-

dées aux pneumatiques par le Sauveur, conduisait les

âmes impures au dédain de toute

légis-

lation positive.
suffit

Or,

la

législation
est

morale, qui
partout insuf-

au philosophe religieux,

fisante

pour

les

masses; dans sa condition ac-

tuelle, la société

humaine

a l'impérieux besoin

de lois positives,

et c'est passer à

un degré
que

su-

périeur d'existence intellectuelle, c'est entrer dans

une sorte de monde
au point où
la

d'initiation,

d'arriver

loi

morale

est

la

seule loi de

l'homme.

C'est ce

que

l'Eglise

orthodoxe a par-

faitement aperçu, et de là son respect pour l'autorité;

mais

c'est

ce que les gnostiques, imbus

des maximes philosophiques de la Grèce et des

habitudes de la théosophie orientale, ont abso-

lument dédaigné;

et le christianisme

lui-même

CHAPITRE

IV.

177

devint entre leurs mains rinsirument qui brisa
les liens
faiblesse.

dont

la législation civile
était

entoure notre
d'af-

Le christianisme
;

une doctrine

franchissement

c'est
;

ce
,

que son auteur

avait

souvent déclaré
s'affranchir,

mais
il

au lieu de chercher à
voulut, de
la

comme
,

le

domina-

tion

du mal

les

gnostiques crurent pouvoir
lois
qu'il fallait

délivrer

l'homme des
et,

opposer
ils

au mal;

une

fois entrés
lois

dans cette voie,

ne s'arrêtèrent pas aux
de tous
celles

de leur temps, celles
les

les législateurs,

de tous

prophètes,
furent

de Moise

et
la

celles

du Créateur,

comprises dans
C'est là ce qui

proscription générale.
les

amena

derniers partisans des

écoles gnostiques à

un

état

de démoralisation plus

déplorable que cette grossièreté disciplinaire d'où
leurs premiers chefs, pleins
la religion la

du

spiritualisme de

chrétienne, avaient voulu faire sortir

nouvelle société religieuse.

Un
de
S.

valentinien généralement fidèle aux idées
,

l'école

et

dont

les

ouvrages

,

analysés par

Clément d'Alexandrie, sont l'une des sources
^ ,

du valentinianisme

Théodote

,

qui vécut dans

1

Theodoti Excerf>t. in opp. Chmenl. Alex.

,

éd. Sylb-

,

P'

793

79"^-

,

l'jS

SECTION
ei qu'il

II.

Alexandrie,

ne faut pas confondre avec
,

son
des

homonyme

qui fonda
,

dans

Rome

,

la secte

melcliisédéciens

mais qui paraît

être
'

le
;

même que Théotime dont
,

parle Tertullien

et

Alexandre, qui défendit
avec toutes
les

la

doctrine de l'école

ressources et toute l'habileté d'un
^
,

ingénieux dialecticien

paraissent avoir arrêté
;

encore

la
,

dégénération des valentiniens
les

mais
leur

après eux

théories et les

mœurs de

école deviennent également méconnaissables.
Ils se

nommaient

les spirituels; ils

donnaient

à tous les autres chrétiens le
C'est

nom

de psychiques.

pour

cela, dit S. Irénée^, qu'ils croient

une
cela
le

bonne conduite

nécessaire

pour nous; sans
%

nous ne saurions

être sauvés.

Pour eux

,

ils

sont déjà par leur nature spirituelle. Ainsi qu'il
est

impossible à l'homme uniquement composé
il

de matière de parvenir au salut,

est

impossible

aux

spirituels

de se corrompre, quelles que soient

leurs actions. L'or déposé dans la

boue ne perd

1

Adversus Valent in.

,

c.

^.
c.

2 Tertull.,
in

De

carne Christi ,
epist.

16.
,

Hieionymus, Prœf,
Mari.
,

comment, in

ad

Gaîat.

edit.

t.

IV

^

coL 222.

3 Lib* I,

p.

29,

éd.

Grabe,

,

CHAPITRE
ni son lustre ni sa nature;
cet or

IV.
ils

l'jg

sont semblables à
:

que rien ne

saurait altérer

rien

ne peut

leur enlever le caractère distiiictif de leur être!

Aussi se permettent-ils tout ce qui est défendu;
il

n'est

du moins

rien dont
à la

ils

s'abstiennent.

Sous

prétexte de

donner
l'esprit

chair ce qui est à la
,

chair

,

et à

ce qui est à l'esprit

ils

se
les

livrent à toutes les voluptés. Ils

corrompent

femmes qui sont curieuses d'apprendre
trines;
il

leurs doc-

en

est

de ces victimes qui sont venues
*

nous en

faire l'aveu

;

d'autres ont été enlevées

par eux aux maris qu'elles avaient choisis.

Ce ne sont pas
ches que leur

même

encore
il

tous les repro-

fait S.

Irénée;

leur en adresse qui
les

ressemblent trop à ceux que
sans cesse aux chrétiens,

payens
l'on

faisaient

pour que

ne dût

pas leur assigner
partis.

la

même

origine, la haine des

Ce qui

afflige S.

Irénée, c'est, dit-il, qu'ils
la crainte

nous prennent, nous autres, qui, dans
de Dieu
,

nous faisons conscience de pécher
,

même
et

en paroles ou en pensées
2,

pour des

idiots

des ignorans

tandis qu'ils se

nomment
,

eux-

1

Les valenliniens, et surtout
S.

les

marcosicns
les

s'étaient

répandus, suivant

Iiénéc, jusque sur

bords du

Rhône.

l8o

SECTION

II.

mêmes les parfaits^ la semence d'élection. Nous sommes réduits à recevoir la grâce; ils la possèdent en propre par leur mystérieuse syzygie

avec le

monde

supérieur.

De

pareilles prétentions , qui plaçaient les gnos-

tiques au-dessus des chrétiens autant
se trouvaient

que ceux-ci

eux-mêmes au-dessus des payens, ne
S.

pouvaient que déplaire.
c'est ce

Irénée ne cache pas que

qui

le révolte le
,

plus dans le système des

valentiniens

et l'on

ne saurait disconvenir que
soit juste
et naturelle.
les

cette indignation

ne

Un
rap-

évêque qui prêchait d'exemple sous tous
ports, qui dévouait

même
,

sa

personne

et sa vie

à la fureur des payens
plaisir des

ne pouvait voir avec
dans son propre diodédain son dévouela fois

hommes

qui,

cèse, traitaient avec le

même

ment

et sa science,

qui lui enlevaient à
qu'il

ses ouailles et la
sait

palme de martyre
S.

subis-

pour

elles.

Aussi

Irénée
les

est-il

plus sévère
,

dans ses jugemens sur
taient glissés
qu'il

marcosiens

qui

s'é-

jusque sur
à l'égard
,

les

bords du Rhône,

ne

l'est

des autres branches
il

du
les

valentinianisme
écrits.

dont

ne connaissait que
,

Marcus
il

est

un imposteur

dit-il

;

il

exerce
il

la

magie;

séduit
,

hommes

et

femmes;
,

s'at-

tribue

une science

une perfection

une vertu

CHAPITRE
descendues du
ciel
:

IV.

l8l
précurseur
familier qui

c'est le vériiable

de l'antechrist ^

Il se

donne un génie

l'inspire, et l'on se laisse
Il

gagner par cette voie!
2, c'est-à-dire

s'occupe surtout des femmes

de

celles

d'entre elles qui brillent par leur rang,
il

leur luxe, leur richesse;

leur adresse les disil

cours

les

plus insidieux
fait

^

;

flatte

leur vanité

;

ce poison

son

effet

;

il

les
;

pousse au délire
elles

;

«lies se croient

propliétesses

se

confon;

dent en actions de grâces pour de
il

telles faveurs

n'est pas

de communauté,

il

n'est pas
lui
!

d'union
est

qu'elles^

ne désirent avoir avec

Il

vrai

que

d'autres,

moins

ficiles à l'entraînement, lui
;

résistent et l'anatliématisent

il

en
et

est

quelques-

unes qui rejettent ses philtres

ses

agogimes;

1

Lib. 1,

<:.

8.
c.

2 Mci.Xtç'ct TTîûi yuvauKctç d^oXilTctt, Ibid.,

9.

3 « Participare
«

te

volo ex

mea graiia , quoniam pater
Locus

omnium angelum

tuum. stmper videl anie faciem.
:

« autem. tuœ magnitiidlnis in nobîs est « conçenire.
({

Sume primum ad me

et

per

unum me gratiam; adapta
oportet nos in
,

te

ut sponsa sustinens

sponsum suum

ut sis

quod ego

et

« ego quod tu. Constitue in thalamo tua « descendit in
Il te
,

Kcce gratia

aperi os

tuum
jeux

et

propheta. ^
S. Irénêe avait les

faut conclure

de ce passage que
les
;

écrits

de Marcus sous
tel

un cvéque ne

rédigerait

pas

un

discours sur les rapports des autres.

l82

SECTION IL
l'Église, elles confes-

mais toutes, en revenant à
sent qu'elles ont éprouvé

pour

lui la plus vive

passion. C'est ce qui est arrivé entre autres à la

femme dun

diacre

;

elle

n'a cessé de

gémir sur

ses égaremens.

Les disciples de Marcus marchent

sur ses traces, et,

comme
S.

lui, se mettent harS.

diment au-dessus de
par suite de
la

Pierre et de

Paul. C'est

rédemption
elle les
'.

qu'ils s'affranchissent
et insai,

de toute règle;

rend invisibles

sissables au juge

Si

même
,

il les saisissait

ils

imploreraient
trice,

le

secours d'une puissance protec-

de Sophia-Achamoth

qui les couvrirait
^

de \ armure homérique de VOrcus
berait au démiurge. ^

et les déro-

Théodoret parle moins des mœurs que de

la

doctrine des diverses branches de l'école valentinienne; mais, en revanche,
les
S.

Épiphane semble

peindre avec trop de passion.

A

l'époque de

1

ÂKpaJ^rovç

aoLi

dopetTOVç

rw
5.''

n^ifn, idée kabbalistique.
livre

2 Allusion au vers

844 du
des

de

l'Iliade.

3 Cette ciojance

marcosiens est empruntée

du

judaïsme. Les Juifs adressaient à Dieu, libérateur ou ré-

dempteur, une prière à laquelle
les plus merveilleux, et

ils

attribuaient les effets
justifier la

que semblait

Providence

spéciale, qui avait veillé sur leurs ancêtres. Rhenferdii Dis-

putât, de redemptione marcosiorum et heracleonitarum ,

S-

21.

CHAPITRE

IV.
la

l83
peine d'être
quoicjue

\

cet écrivain
juste avec

on ne prenait plus
secte expirante.

une

En

effet,

les valentiniens se fussent multipliés

d'abord avec

une

effrayante rapidité

;

qu'ils se fussent

répandus

jusqu'en Gaule et en Espagne

S

ils

ne se sou-

tenaient plus que très-obscurément vers le milieu

du cinquième
mort
déjà

siècle.

S.

Grégoire de Nasiècle, les
s'étei-

ziance,
plaçait
gnaient.

à la fin

du quatrième

au nombre des sectes qui
S.

Cependant

Épiphane, qui

lui

survécut

de plusieurs années, en parle dans d'autres termes ;
et

Tliéodoret, qui est postérieur à fun et à l'autre
,

d'environ cinquante ans

rapporte qu'il restait
Il est

encore des valentiniens de son temps.

vrai

que

c'étaient des individus

qui n'avaient plus ni

culte ni école. Les édits de Constantinople ne

leur accordaient plus ces établissemens.

^

1

Irciiî€us, lib.

I,

c.

9. Ifieronym., Epist.

29 ad Theo^

doram.
2

Mosheim

,

en affirmant qu'il se trouve encore des
l'Asie (eine

restes

de valentiniens dans quelques coins de
,

Kirche

die

noch in einigen

IVinheln der Morgenlander
livre

lebi, dit-il

de cette secte, version du
les

d'Origène contre

Celse, p. 191), semble
taires.

confondre avec d'autres sec-

On

doit regretter qu'il

ne

cite

rien à l'appui

de

son assertion.

l84
Rien ne
influence

SECTION
saurait

II.

mieux

attester la
la

puissante

du valentinianisme que
néanmoins

doctrine des

ophites. Cette secte eut sans doute

une origine
la

indépendante,

et

elle

adopta

plu-

part des théories de Valentin, au point que l'on
serait

souvent tenté de

la

prendre

pour une

_ f^
Cf

'''''

,J!?rcinche

de l'école de ce chef!

-^lli'.ù'^

École
et Sectes

§. 6.

Les Ophites, qui tiraient leur
Je

nom du

^^\^

^^

serpent

(©(?/$•) jouait dans leur sys-

Ophites.

*^"^^' ^t

dont toutes

les

branches ne méritaient
,

pas ce

nom
et

à titre égal

nous

offrent encore

une école
les

des sectes qui connaissent fort bien

doctrines de l'antique Egypte et celles de l'an-

tique Orient, ainsi que le judaïsme et le chris-

tianisme; une école et des sectes qui prétendent

rendre justice à tout ce qui est vérité dans ces
systèmes; qui profitent des mythes, des symboles
et des

enseignemens qu'on y expose; qui, ce-

pendant, subordonnent toutes ces doctrines, insuffisantes

pour eux,

à l'autorité d'une science

supérieure que leur révèle une communication

plus pure

et

plus directe avec le

monde

des

intelligences.

Le syncrétisme
le

est

ici

tellement

impartial,

ou plutôt
ne

jugement sur

l'infériorité

de tous

les

autres systèmes est tellement unisait

versel, qu'on

trop où chercher

le

berceau

CHAPITRE
des
ophites.
et

IV.

l85
tju'à

Si
à

l'on

n'avait

égard
les

leurs

symboles

leur

langage, on

prendrait
l'influence

pour une
de
la

secte

née en Egypte sous
si

Kabbale;

l'on

ne considérait que leur
les sabiens et

panthéisme ou leurs rapports avec
les

manichéens, on leur assignerait
si

l'Asie

pour

origine^

l'on n'examinait

que

la

conformiié
,

de leurs principes avec ceux de Valentin
les

on

condamnerait au rôle de déserteurs de ce

maître.

Cependant aucune de ces

classifications
serait

ne

serait satisfaisante,

aucune ne

juste

:

ce n'est pas en les prenant

pour des imitateurs

qu'on

les apprécie; ils

sont créateurs d'un sys-

tème qui admet une révélation de second ordre
dans toute
et
la classe

pensante du genre humain,
le christianisme

une révélation supérieure dans
,

véritable

qu'ils

distinguent

soigneusement
point
ici

de

celui des apôtres. Il

ne

s'agit

d'examiner

ce que peut dire la philosophie
ces
articles
la

du premier de
ne

fondamentaux

,

ni de ce que doit
;

prononcer
git

théologie sur le second

il

s'a-

pas

même
justifie

d'examiner

si

l'histoire
;

du genre
il

humain

leur manière de voir

s'agit

de montrer
être.

les

ophites

tels

quils prétendirent

En

les

considérant sous ce point de vue, qui

l86
nous
offre

SECTIOIS
leur

II.

système

comme une

doctrine

également supérieure à toute doctrine précédente,
la

question de savoir
:

placer leur berceau, perd
tels

de son importance

de

hommes

n'apparte-

naient à aucun pays, et

ils

appartenaient à l'ordre

universel des intelligences supérieures autant qu'au

genre humain Nous croyons néanmoins pouvoir
!

établir

que leur système naquit en Egypte,

et qu'il

se modifia,

par d'autres

comme tous hommes et

les autres,

en passant
diffé-

dans des régions

rentes. L'afEnité des ophites avec les valentiniens
est

trop intime pour qu'on ne doive pas assigner
à leurs théories les plus

une source commune
essentielles, et

l'Egypte seule paraît offrir cette

source. Les symboles des ophites appartiennent
d'ailleurs

à l'Egypte à

un point qui ne permet
opinions des

pas de placer ailleurs leur origine. Sans doute
les affinités

de l'ophitisme avec

les

sabiens et des manichéens sont également incontestables
;

mais

elles

s'expliquent par la propa-

gation postérieure des ophites et par les modifications de leur doctrine en Asie.

Quant
pothèse

à l'existence d'une secte
fait

d' ophites

ju-

daïques, nous avons déjà
est aussi

voir que cette hy-

insoutenable que celle de leur

antériorité à l'établissement de la religion chré-

CHAPITRE

IV.

187

tienne K L'opposition des opliites contre le ju-

daïsme

est assez

forte

pour ne pas

militer en

faveur d'une secte de ce genre. D'un autre côté,
leur opposition contre le christianisme ne
l'est

pas assez pour

qu'on doive leur assigner une

origine payenne. Ce qui explique l'une et l'autre

de ces oppositions,
se

c'est qu'elles se

formèrent

et

renforcèrent insensiblement.

La

distinction

qu'établissaient les opliites entre le Créateur et
l'Etre

suprême

les

conduisait nécessairement à

une

sorte de déconsidération

du premier,

et ce
le

sentiment entraînait avec lui non-seulement
pris de ses anciennes institutions

mé-

ou du judaïsme,
qu'il
les

mais encore
avait fait

celle

du sauveur psychique,
siens. C'est ainsi
,

annoncer aux

que

disciples

du

véritable Messie

du Sauveur pneu-

matique, furent amenés jusqu'à renier, jusqu'à

maudire

le

sauveur psychique. Les sabiens, qui

vénéraient,

comme

eux, un génie céleste à

titre

de messager de
dissaient
,

la vie,

de véritable Christ, mau,

comme
,

eux

la

personne de Jésus à
les esprits

titre d'antechrist

envoyé par

sidéraux

pour

la

séduction des
l'incertitude

hommes.
laisscni

Dans

où nous

tous

les

1

Tom.

I, p. 180.

l88

SECTION

II.

anciens sur l'origine des ophites

,

on a

établi

une hypothèse

fort différente

de celle qui plaçait
christianisme
;

leur berceau avant celui
les a pris

du

on

pour

l'une des dernières sectes gnosti-

ques
la
fin

,

et l'on

a cité à l'appui de cette opinion

circonstance

que
siècle,

S.

Irénée

,

qui vécut à

la

du second

ne parle pas
est

d'eux. Cette

hypothèse toute entière
fondement.
Il est

encore dénuée de
S.

évident que

Irénée parle des
,

ophites dans les chapitres trente-trois

trente-

quatre et trente-cinq de son premier livre, quoiqu'il

règne dans ces morceaux,

tels qu'ils

nous

restent ,

une certaine confusion

,

et

que

le

com-

mencement en semble manquera
L'opinion
la

plus probable sur l'origine de

l'école des ophites, est

donc

celle qu'elle est

née

en
de

même
la

temps que
et

la

plupart des grandes écoles
fut

gnose,

qu'elle
,

contemporaine de

celles des basilidiens

des marcionites et des va-

1

Le sommaire du chapitre trente-cinq énonce
des ophites
;

même

le

nom

mais ce sommaire

n'est

pas de l'au-

teur.

Ce qui ne
s'il

laisse
les
5

pas de doute sur la question de
ophites^
c'est
c'est

savoir

a

connu

d'abord la circons-

tance qu'il les

peint

ensuite celle qu'il expose les

doctrines des caïnites et des séthiens, qui ne furent que

des branches de l'ophitisme.

CHAPITRE
lenliniens.

IV.

189
être

On

pourrait

même

tenté de la

croire antérieure à la dernière, dont elle semble

quelquefois renfermer les élémens
d'autres fois elle

,

tandis

que

paraît développer ceux du va-

lentinianisme.

Avant d'aborder

sa doctrine,

nous avons un

mot
les

à dire sur les

écrivains

qui l'exposent et

sources auxquelles les ophites font puisée.

Ce sont

S.

Irénée^,

S.
S.

Clément d'Alexandrie
«^,

2,

Origène ^, Tertullien ^,
S.

Épiphane
S.

S. Pliilastre ^,

Augustin

7,

Théodoret^,

Jean de

Damas

9,

et

quelques autres écrivains moins célèbres

^o»

1

Lib. I,

c.
,

54, 55.
lib.

2 Stromat.

VII,
,

p.

-G5

,

éd. Sylb.

3 Contra Celsum

lib.

VI,

%. 2

5 et sq.
,

4

De
De De

prœscriptionibus adçersus hœretic.
7)

in fine.

5 Hœres.,

y

et
/?.

09.

6
7

hœres.,

6,

ed, Fabric.
,

Gènes i contra Manie h.
liber

II,
c.

c.

Sg.

8 Hœretic. fabular. 9 Oper.
,

I,

i4-

t.

I f p. 85 sq., ed. Lequien.

10 Vojrez Cotelerii Not. nd lom.

I Monument,

eccles.

grœcœ,

col.

7G9

sq. S.

Cjprien parle des opliites dans son
les

épître 73.*^; S.

Éphiem
,

maudit dans son ouvrage de
libr. sjr.
,

la foi; Ilebed Jesu
Biblioth. orient.
;

Catal.

c.

52, in Assemani
la

S.

Jérôme

les cite

dans

préface de ses

commentaires sur

l'épître

au\ Galatcs.

,

190

SECTION

11.

qui nous ont transmis des renseignemens sur
les ophites.

Les sources où
pirations et leurs

les

ophites puisaient leurs insétaient celles

dogmes
Ils

de

la

plupart des gnostiques.
des sacrés
gaire.

considéraient les co-

comme

des dépôts d'une doctrine vul-

L'ancien Testament, inspiré en général par
inférieur,

un dieu
ne leur
térées

ne contenait, à leurs yeux,
le

que peu de révélations de Sopliia;
offrait

nouveau
al-

que

les

opinions du Sauveur

par des disciples qui n'avaient pas atteint

à la hauteur de son génie. Quelques volumes,

proscrits par les orthodoxes

comme

apocryphes

contenaient les élémens des vérités
seuls
tères

faites

pour

les

pneumatiques ou
1.

les initiés

de leurs mys-

Au

surplus, les gnostiques n'ont jamais

considéré

des livres

quelconques

comme
la
,

des
;

sources premières ou uniques de
tradition
secrète

gnose

la

des

pneumatiques

tradition
et

qu'ils faisaient

remonter plus ou moins haut,

1

On

ne

nomme

point ceux de ces livres qu'ils
le fait

esti-

maient particulièrement; mais

général, qu'ils con-

sultaient quelques-unes des compositions
alors
est

que

l'on attribuait

gravement aux patriarches

et

même aux

protoplastes,

hors de doute.

CHAPITRE
que, dans tous

IV.

191

les cas, ils rattachaient

au Sau-

veur, cette tradition, jointe aux révélations que
leur

communique
ce

le

monde

supérieur, avec leles

quel leur nature pneumatique

met en rap-

port

,

sont

là les

sources véritables de leur

science

mystérieuse.

Nous ne saurions trop

le

répéter, les gnostiques ne sont ni des théolo-

giens

,

ni des moralistes

,

ni des philosophes
:

;

leur ambition est plus élevée

ils

sont tliéoso-

phes dans

le sens le

plus exclusif que l'on puisse

donner à

cette

expression.

Ainsi que tous les autres gnostiques, les ophites

admettent

le

principe, que tout est

émané d'un

Être suprême qui fut long-temps inconnu au genre humain
bre. Ils
,

et

qui

l'est

encore au grand

nom-

donnaient à cet Être immense, infini,
,

incompréhensible
ihoSj abîme;

le

nom

symbolique de Byégalement symdH

ou bien

les titres,

boliques, de source de lumière et

homme

pri-

mitifs. Ils se rencontraient ainsi, dans ces

deux

dernières dénominations, avec les partisans de la

doctrine de Zoroastre et avec les adeptes de celle

des kabbalistes, où l'Être suprême est également

1

Ireii., lih.

I,

c.

54- « Et inçocari primum hominem,.. *

(;<

Primum lumen

in viriuie

Bjthi heatum.

*^

ig2
désigné sous

SECTION
le titre

U.

de premier

homme Adam^

Kadmon.

Cette terminologie

répond

à l'une des

idées les plus fondamentales des ihéosoplies de

ces temps , à celle que , dans le

monde de

la créa-

tion, la première et la plus véritable révélation

de l'Être des êtres
l'est

est

l'homme lui-même
le

,

et qu'il
le le

malgré son créateur,

démiurge, dont

père des intelligences célestes a perfectionné
défectueux ouvrage en communiquant
à sa créature.
le

pneuma

Dans

la

région des intelligences,
le

le

commenfut la
l'uni-

cement d'une création ou, suivant
gnostiques,
le

langage des

premier être d'émanation
,

pensée de Bythos
vers. Celte
le silence^

hvoioc

,

la

conception de

mystérieuse pensée est aussi appelée
(nyri'-,

et puisqu'elle est le

premier acte

de création du premier

donnent

le titre

de second
la

homme, les ophites lui homme La pensée,
^.

considérée
l'existence

comme

syzygos de Dieu, donne
est la

au pnemna. Ce pneuma

source
;

de laquelle érnane toute
c'est la

existence

ultérieure

mère des vivans,
yj

fxifjyj^

rœv

^ûovIûùv; c'est

la

sagesse de Dieu,

civûo

(joOioc-

Mère de tous

les

vivans et génératrice primi-

i

Theodoret.,

iib.

I,

c.

i4? p- 204.

CHAPITRE

IV.

ig5
en rapport

live, la Sopliia céleste est à la fols

avec

les chefs

du monde des
de
^

intelligences et les
,

élémens du

monde

la matière.

D'un coté,

le

Bythos

et sa

pensée

ravis

de

sa beauté, s'unis-

sent avec elle, la fécondent de lumière divine,
et

produisent, par cette union

i,

un

être parfait

et

un
;

être imparfait, Christos

et

Sôphia-Acliafut ravi,
,

motli
s'il

c'est-à-dire

que

l'Etre

suprême
la

est

permis de s'exprimer de

sorte
sa

des

beautés qu'offrirait le
sée,
s'il

monde conçu dans
et

pen-

était réalisé

par sa sagesse,
fins,
les
et
,

que, pour

arriver à toutes ses
célestes
,

soit

dans

les

mondes
,

soit
sa
,

dans

mondes
parfait

terrestres
,

il

ré-

solut

,

dans
êtres

pensée

avec sa sagesse

de créer
lui
,

deux

dont

l'un

comme
imparfait

le

Christos , serait le guide et le sauveur de tout ce

qui est de Dieu

;

dont

l'autre
,

,

,

la

So-

phia

,

serait la

directrice

l'ordonnatrice et la

protectrice de tout ce qui lient à la matière j en
sorte
,

néanmoins

,

que
,

le

parfliit

viendrait au

secours de l'imparfait

et conduirait

au

monde

supérieur tout ce qui a quelque rayon de lu-

1

Uidée que
est

le

mj^stique Orient allachait au
spirituelle.

mot de

génération

toute

Mignot
p.

,

Mémoires de
et suivautes.

l'Acad. des inscriptions, vol.
a

XXXI,

276

i5

,

ig4
mièie
,

SECTION
tout ce
^

II.

qui

veut en suivre

la

céleste

pureté.

D'un autre coté,

le

pneuma, mère de
le

toutes

choses, est en rapport avec
sur les élémens de
la

chaos j

elle

repose

création , l'eau et la matière

l'abîme et les ténèbres j elle
ainsi dire
,

communique, pour
du monde
effet, le
,

à ce chaos l'ame
2.

qui

le

met en

vie et en action
,

En

chaos

est

privé de vie
l'Etre

la vie

n'ayant qu'une seule source

suprême,

et cet
la

Être ne pouvant entrer

en rapport avec

matière.

Cependant de cet

Etre seul pouvait lui arriver l'animation, et le

pneuma -mère
œuvre. Elle ne

fut

l'organe

,

le

canal

de cette

le fut

pourtant pas directement,

car ce n'est pas la sagesse pure que respire le

monde

visible

j

ce ne fut donc pas la sagesse
la création-

pure qui en inspira

mais ce fut une Sophia-

image de

cette sagesse, ce fut sa fille,

Achamoth.

1

Dans

le

langage ésotérique
et

le

Christos portait aussi

les
^diX

noms de mâle
cç,\)iiL ai

de droit; sa compagne se désignait
,

homme-femme, àe gauche de Sophia-Achamoth,
de TTùovvéïzoç,

m^Dnn
la

et

2 C'est l'esprit qui plane sur la surface des eaux^ dans

cosmogonie de Moïse.

,

CHAPITRE
Tandis que
le Clirislos,

IV.

1q5

formant avec Hytlios,

Ennoia

et

Pneujna

la y)reniière tétrade, la sainte

Église (le type de l'Église des pneumatiques),
jouit

du bonheur des

intelligences pures, auprès

desquelles l'élevait sa perfection, sa sœur, So-

phia-Acliamoth

,

dont

la

nature n'était pas une
le

lumière pure, s'égara, se précipita dans
et résolut,

chaos,

dans sa témérité, de l'ormer un

monde
la joie

qui fut à
la

elle seule. Elle

éprouva d'abord

plus vive en imprimant aux élémens l'action, le
qu'elle voulait; et elle planait alors

mouvement
en
tique

liberté au-dessus
;

de leur masse inerte
elle se

et

chaola

mais bientôt

confondit avec

maobs-

tière et

en fut enlacée au point qu'elle

s'y

curcit elle-même.

Ce mythe
de
vie

disait
,

évidemment que

le

principe

divine

qui se

communiqua au chaos
faire jaillir le
s'altéra

pour l'animer, pour en
ses

monde,
dans

trésors

et

ses beautés,
la

lui-même,
s'altère

ainsi

que

le

rayon de

lumière

tout ce qui n'est pas lumière

comme

lui

;

que

par conséquent, lame du

monde elle-même,

quelle que fût d'ailleurs sa nature , ne put vaincre

entièrement
ces élémens

la

nature des élémens, ni produire,

étant donnés, autre chose

que ce

qui fut réellement produit par son

actioi;i.

^g6

SECTION
fut pas
la

II.

Cependant ce ne

même
le

ce rayon de
,

Dieu

,

cette

fille

de

sagesse divine

ce prin-

cipe animant
était

du monde, qui
;

créa; ce rayon

encore trop pur

son

éclat

dut se ternir
plus

davantage en se mêlant avec

un élément
créer le
,

analogue au chaos dont
C'est là le sens

il fallait

monde.

du mythe ophitique

qui veut
,

que

,

dans son éloignement de Dieu
l'existence
^

Sophia-

Achamoth donna
Suivant

au créateur, au dé-

miurge laldabaoth.

un dogme

invariable de la théosophie
est vie
,

gnostique , tout ce qui

tout ce qui est
qu'il

divin et pur, quelle que
subisse

soit l'altération

ou

l'alliance qu'il contracte, doit retourle

ner, après sa lutte contre
tive et

mal, à

sa primi-

heureuse condition. La Sophia-Achamoth,
l'alliance

premier type de
les

du pneumatique avec
premier type

élémens matériels,
la

est aussi le

de

rédemption du pneumatique. Le sentiment
l'accablait
elle

du fardeau dont
son égarement;
la

son corps

lui

fit

voir

eut le désir de s'en relever;

matière l'abaissa davantage; mais des efforts

1

L'ophitisme est beaucoup plus simple
le

et

plus beau

que

valentinianisme dans ses mythes sur

la création et

le créateur.

^Ht.

CHAPITRE

IV.

ig'J

plus concentrés la ramenèrent à son rang originaire.

Elle n'avait
elle

jamais appartenu au

plé-

rôme

n'y entra pas

mais

elle

parvint à

une région moyenne, au
elle

tottoç fxgaolyfloÇy
,


se

reçut une lumière plus pure

elle elle

dégagea entièrement de son corps, où
solut d'élever

réla

une barrière entre
des intelligences.
ici

le

monde de

matière

et celui

Nous pouvons renforcer
énoncée

par un nouvel

exemple une observation que nous avons déjà
:

c'est

qu'on peut être tenté de prendre
et

pour autant de mythes poétiques
allégories les spéculations

de mystiques
et éola

cosmogoniques

nologiques de

la

gnose.

Le personnage de
en

Sopliia peut paraître plus spécialement

un per-

sonnage typique,

et

il

l'est

effet

jusqu'à
il

un

certain point- mais, d'un autre côté,

est

plus

que

cela
;

:

il

donne Texistence au créateur de
pas

l'univers

et laldabaotli n'est
,

un personnage
;

allégorique
le

il

est

une puissance^ réelle
il

il

crée
il

monde

inférieur;

le

gouverne en despote;
,

sait

même

se faire redouter

dans

la

région qu'il

habite, des pneumatiques qui la traversent après

leur

mort pour
félicité.

se rendre

dans

les lieux

de

la

suprême

Le dénilurge laldabaoth

,

dont

les

ophites

igS
empruntèrent
le

SECTION

II.

nom

à la Palestine

^ ,

avait reçu

de
sa

sa

mère Timpulsion de
et suivant sa
il

créer. Il répéta,

dans

sphère

nature, l'œuvre créatrice

de Bythos;
fut
le

donna

l'existence à

un ange qui

son image; celui-ci en produisit un second,

second un troisième
,

,

le

troisième
,

un quacin-

trième

le

quatrième un cinquième
les

et le

quième un sixième. Tous

sept

ils

se réflé-

chissent l'un l'autre; mais encore diffèrent -ils,

tous, les uns des autres, et habitent sept régions
différentes
,

sept

maisons

,

dont

celle
,

de leur

mère commune, Sophia-Achamoth
huitième
2.

forme

la

Leurs

noms

,•

également empruntés

|;^1

J"| ^J

1

mni-NlV"»,//^ des ténèhres;

mna,

pluriel de ima.

Le
il

fils

de Sophia avait, en effet, un élément de chaos;
à la

devait être analogue

matière qu'il était appelé à

former.
2

C'est encore le
le

nombre

sacré de sept avec son
l'offrent les

com-

plément

huit,

tel

que nous

dieux de

la pre-

mière théogonie a'Égjpte,
Avesta,
les sept

les sept

amshaspands du Zendles

archanges de

la

Kabbale,

sept anges

de l'Apocaljpse. Ce nombre
infinité

se retrouve ailleurs
et

dans une

de mjthes , de sj^mboles

de cérémonies de tous
civils
JLa

les cultes, et

dans un grand nombre de calculs
législation de
le

ou

moraux de
la copie

la

tous les peuples.

terre

ajant toujours eu

sentiment de ce qu'elle devait être,

du

ciel

,

il

faut chercher l'explication de ce chiffre

,

CHAPITRE
aux idiomes de
Sabaoth
phaios
,

IV.

199

la

Syrie, étaient ceux d'Iao, de
,

,

d'Adonai

d'Éloî

,

d'Oraïos

,

d'Asta-

dont

les

quatre premiers sont évidemreligieux des

ment
tandis

tirés

du langage
les
,

Hébreux

»,

que

deux derniers semblent, par leur
appartenir

terminaison
grec
2.

en

quelque

sorte

au

La langue hébraïque en fournit néanmoins

des explications très-plausibles, et qui montrent

universel dans la croj^ance générale de l'ancien

monde en
et
le

sept génies planétaires, dont le
était le

complément
la divinité

chef

Dieu suprême, ou du moins

du

soleil,

sa plus belle image.
1

Les mots d'Iao, de Sabaoth, d'Adonai et d'Eloï sont

évidemment ceux de mn*», de mjK33?, de "«aii^, de r\'>)>i<' 2 Le mot d'Oraïos se dériverait du grec upotioç^ le serpent Urœus , d'autant plus naturellement que
joue un grand rôle dans ce sjstème,
est
fils

le

serpent

et

qu'Opbiomorphos

d'Ialdabaolb
est

;

cependant

il

paraît plus probable
'nî<,

que ce terme

emprunté à l'hébreu,

lumière , la

lumière matérielle étant également l'un des élémens du

chaos,

et le génie

Our

,

jouant dans d'autres doctrines
celui

orientales

un

rôle

au moins égal à

que

serpent
celui

Uraeus remplit dans les mj^thes

égyptiens,

ou à

que
Le

tient le

serpent Ophis dans les mjlhes ophitiques.
,

nom

d'Astapbaïos

malgré sa terminaison grecque

pourrait également appartenir à l'iiébreu.
inondation, et Astaphaïos était
^.TriTHOvroc,

nsUOn
Trponnt;

signifie
l/ShCfoç

200
que
les ophites,

SECTION

II.

tout en désignant par les sept

noms que nous venons
sept

de voir

les génies
,

des

mondes ou

cercles

planétaires
les créateurs

les

consi-

déraient encore
les

comme

ou comme
d'As-

ordonnateurs des élémens du chaos. C'est ce

qu'indiquent clairement les
taphaïos, génies

noms d'Oraios et

du

feu et de l'eau.

On

peut aussi

conjecturer, par analogie, qu'Éloï et Adonai furent
les génies

de

la terre et

de

l'air

;

que Sabaoth

et

lao présidaient à des élémens, et par conséquent
à des régions d'autant plus supérieures
étaient
,

qu'ils

eux-mêmes plus rapprochés du

créateur.
le

Les ophites, tout en abaissant ainsi

dieu

du judaïsme, en donnant
ternes

ses

noms

les

plus mys-

térieux et les plus magnifiques aux aides subal-

du

créateur, l'élevaient

du moins au-dessus

des génies qui présidaient aux élémens les plus
vulgaires.

Ces génies étaient encore des puissances d'un
ordre
élevé.

laldabaoth en forma d'autres d'un
les

rang inférieur, qui se désignent par

termes
et

génériques d'anges , d'archanges , de vertus

de

puissances. Ils présidaient au détail de la créa-

tion

;

et les

ophites proportionnaient ainsi toutes

les intelligences

aux fonctions

qu'elles devaient

remplir.

CHAPITRE
laldabaoïh,

IV.

201
dil, était

comme nous
sa

avons déjà

loin d'être un génie pur; l'orgueil

et la

malice

dominaient dans

nature

,

malgré

l'élément
Il

pneumatique

qu'il tenait

de sa mère.

acheva

même

le

schisme qui existe naturellement entre
pures
et celles
la le

les intelligences

qui sont dans
,

un

rapport quelconque avec
pant, par aniour- propre,
chait au

matière

en rom°

lien qui le rattase

monde
sa

supérieur.

Pour

rendre indé-

pendant de
l'Etre

mère
il

et passer

lui-même pour

suprême,

résolut de se créer tout
qu'il
fit

un

monde. La première création
le seul

ainsi, avec

secours de ses aides, fut llionmie. Cette
devait et réfléchir son
elle n'attesta

œuvre

image

et attester sa
et

puissance;
elle fît

que son impuissance,

mieux que

réfléchir ses traits.

L'homme
ne préet

sorti d'abord des

mains de

ses six esprits

sentait

qu'une masse immense, privée d'ame
la terre.

rampant sur

Ces créateurs furent obligés
qu'il
,

de l'amener à leur chef, pour
l'animer
;

voulût bien
le

laldabaoth
,

s'y

prêta

et

principe

pneumatique
sa

le

rayon de lumière
lui

qu'il tenait
C'était

de
la

mère, passa de

dans Thonmie.

vengeance qu'avait résolue Sophia, pour punir

son

lils

,

qui

était

son œuvre de douleur

,

de

l'avoir

méconnue.

202

Section
ainsi favorisé

ii,

L'homme,
pour

par mi génie supé,

rieur à l'auteur de son être
la

suivit
celle

son amour
de toute
la

lumière

,

recueillit

création, et

offrit

bientôt,

non plus

l'image

d'ialdabaotli, mais celle de

l'homme

primitif, de
si

Dieu.

Le démiurge,

à l'aspect d'un être
,

supéet

rieur à son empire
colère. Ses regards,

fut

saisi

de frayeur
et

de

envieux

courroucés, se
j

portèrent jusque dans le fond de la matière

ils

y

réfléchirent son image,
les traits

comme

se réfléchissent
s'y

dans un miroir

de celui qui

exa-

mine
être

;

et cette
,

image,

s'étant

animée, devint un

de haine

de malice

et d'envie.

Ce

fut Satan

de forme tortueuse

(o(p/o//o^{po^); ce fut l'esprit

serpent, l'intelligence

Satan n'est pas

du mal, le non plus un
sens.

rusé vouç.
esprit

éternel

dans ce système. Les ophites ne connaissent pas de dualisme dans ce

Le dualisme
:

est
il

chez
dis-

eux une scission temporaire
paraît. Il

il

se fait,

en

est

de

même, en
la

dernière analyse,

de l'ancien dualisme de

Perse. Mais
;

Ophioil

morphos

est autre

chose qu'Aliriman
la

est

le

produit de ce que

matière offre de plus bas,
offre

uni avec ce qu'une intelligence méchante
de plus envieux, de plus haineux
lâche. Il faut convenir
et

de plus

qu'aucun système n'a de

CHAPITRE
Satan plus parfait
;

IV.

20^>

aussi remarque-i-on
:

un

riche

cumul dans
la

cette théorie

TÉgypte

et la

Grèce,

Perse

et la

Judée y ont fourni leurs contincelui de la Perse.
les

gens.

Nous venons d'indiquer

L'Egypte y figure surtout pour ne laissent pas de cacher

formes, qui

des idées.

Ophiomor-

phos a
tueuses.
il

les

formes de Phtha aux jambes torvrai que, sous les autres rapports,

Il est

n'y a plus guère d'analogie entre l'un et l'autre
ils

de ces dieux; cependant
et l'autre. Ils

sont créateurs l'un
et l'autre le caractère

ont aussi l'un

de

vovç'y et ce

qui met hors de doute une analogie

véritable, c'est que,

dans

les théories

des sabiens,
est
*

l'origine de Féta-Hil,

El-Phtha(le dieu Phtha),

tout-à-fait semblable à celle

du

fils

d'Ialdabaoth.

Si les ophites ont altéré la nature morale

du

démiurge de l'Egypte,

ils

ont dénaturé plus en-

core celle d'un ange du judaïsme, qu'ils ont mis

en parallèle avec
à leur Satan le

l'esprit

Ophis.

Ils

ont donné
est celui
,

nom

de Michael, qui

d'un ange que les Juifs considéraient
leur^ exil en

depuis

Mésopotamie, comme
2.

le

protecteur

spécial de leur nation

Ils lui

appliquaient en

1

Noiberg, Codex nazar., vol.
Daniel,
cl).

I, p. .loQ et suivantes.
s

:>

10,

v.

21.

Il

ne laul pas

étonner que

204

SECTION

II.

même
pas
la

temps celui de Samael, que
i.

les Juifs

don-

naiem au prince des démons
Grèce dans

Ils

n'oublièrent
qu'ils

cette sorte

de revue

opéraient, à la manière de Procuste, sur les opi-

nions des autres tliéosophes. Non-seulement

ils

paraissent avoir adopté les idées des philosophes

platoniciens sur la matière, mais encore retrouve- 1-

on dans
la

leurs allégories celles des
le

mythologues de
le

Grèce sur

personnage d'Héphestos,

Phtha

de l'Egypte, que son père, dans un mouvement
de haine
tériel
2,

et

de colère, lance dans

le

monde ma-

à
et

peu près comme laldabaoth lance son
son
fils

image
le

au fond de

la

matière. Aussi
fils
:

résultat sur la

personne de ce

est- il le

même

sous

le

rapport des formes

l'un est boî-

les

ophites

génie

en haine du judaïsme , aient appliqué au , du mal un nom qui se composait avec la sjllabe
le

Elf caractère d'une divinité,
des Juifs n'étant,

Élohim ou

le

Jéhovah

à leurs jeux, qu'un esprit inférieur

d'une puissance aussi jalouse que bornée.
1

Eisenmenger, EntdecktesJudenthum,
vers.

1.

1,

c.

20, yo. 820.
c.

Maimonides More Nevoehim,
p. 280. Vojez nos planches.

BuxtorJ.

,

part. 2,

3o,

2 Voj. le
intitulé

Timée de Platon
,

et le chapitre 19

du

trait^

Philosophoumena

qu'on attribue vulgairement à

Origène.

CHAPITRE
teux, l'autre a
les

IV.

205

jambes tortueuses. Peut-être

les opltites ont-*ls

u en vue,

clans cette

ophio-

logie aUégorique,

une idée cosmogonique encore

plus myst<' rieuse de l'antique tradition des Grecs,
D'après Orphée, dont les écrits et les mystères,

plus ou moins altérés, ont occupé spécialement
les

théosophes des premiers

siècles

de notre ère,

Veau

et la 7Jase qu'elle produisit furent les prinils

cipes primitifs des choses, et, ensemble,

ont

donné

l'existence à

un

être

animé

(goîov) qui fut

un

serpent avec une tête de lion et une tête de
^,

taureau

au milieu desquelles
le

se voyait la figure

d'un dieu dont

nom

était

Hercule ou Glironos,

D'Hercule
produit

était sorti l'oeuf

du monde, qui

avait

le ciel et ]a

terre, en se partageant

en

deux hémisphères. Le dieu Phanès, sorti de cet
œuf,
était

encore Ophiomorphos

,

de

la

forme

d'un serpent ^. Le mythe cosmogonique est donc

1

Nous trouvons
,

ici

un symbole,

le

serpent à téta de

lion

qui se répète sur beaucoup de
;

monumens
taureau

giiosti-

ques

et

une

idée

également symbolique, qui
,

se lie inti,

mement au

système de Zoroastre

le

source de

vie. L'antiquité

vraiment dévoilée nous
et

offrirait peut-être
les

une unité de vues

une

Jiaison

de croyances que

temps modernes auraient peine à comprendre.
2 Athenagoras, Légat io pro Christ.,
cd.

Colon., p. 18.

206
le et

SECTION
en Egypte
:

11.

même
chez

et

en Gièce, chez

les opiiitei»

les sabiens

c'est le
la

démiurge ou
matière

le fils

du démiurge
imparfaite
,

sortant de
la
tel

en

forme
;

puisque

matière est imparfaite

cependant ce génie,
à l'élément

qu'il est, est supérieur
;

dont
le

il

est sorti

il

le maîtrise
,

,

il

le

dispose,

il

gouverne. Plitha

Féta-Hil, Hé-

pliestos, Héraclès, Phanès,

Ophiomorphos, sont
,

des personnages d'une intime affinité
leur
rôle et leurs
attributs
se

quoique

soient modifiés

suivant le génie des divers peuples et les spéculations des divers

temps ^

Il est

pourtant à rele

marquer qu'aucun autre système ne met

génie
le

du mal dans

des rapports aussi intimes avec
le
fait

démiurge que

la

doctrine des
est

ophites.

En

effet
il

,

Ophiomorphos

l'image

du

créa-

teur;

est le créateur

lui-même copié dans un

1

Le personnage de

la Sopliia pourrait se reconnaître
était

dans celui d'Ananké, de Phjsis ou d'Adrastéa, qui

intimement

lié

avec ceux d'Héraclès et de Ghronos.
ces idées étaient

La preuve que
dans
les

également répandues,
,

premiers siècles de notre ère
trouve dans
,

chez

les

docteurs

de tous
le

les partis, se

les écrits

de Damascius,
et les

nouveau platonicien

et

dans

les

Récognitions
elles

homélies du prétendu Clément de

Rome, où

sont

entremêlées de beaucoup d'opinions gnostiques.

,

CHAPITRE

IV. le

207

de ses mauvais moniens, dans
agit sur la matière.

moment où
la

il

Tellement

elles étaient

pro-

fondes

,

les

idées de l'état

corrompu de
créateur

mane

tière et

de tout ce que nous appelons Tordre
des

actuel

choses

,

que

le

même

pouvait y toucher sans produire du mal! Aussi
est-ce à la suite de la colère qu'il ressentit de
la

création de
,

Fliomme
trois

qu'il

fit

les autres
la

choses
,

terrestres

les

règnes de

nature

avec

tout ce qu'ils offrent de défectueux et de
vais.

mau-

C'est

au moyen de ces créations

qu'il avait

résolu de ressaisir la plus belle des créatures;
il

voulait y parquer
d'exclusion.

l'homme comme dans son
Pour
le

domaine

détacher de

sa

protectrice Sophla et

du monde supérieur, aul'avait allié, il lui

quel

la

prudence de ce génie

défendit de

manger de farbre de

la science,

qui

pouvait lui révéler les mystères
les

et lui

conférer

grâces d'en haut.

INIais

son ordre ne fut pas
ses projets,

respecté.

La Sophia, pour déjouer
le

envoya son génie Ophis ou
génie,
le

symbole de ce
la

serpent^

pour engager fliomme à
dont
les

transgression de la loi de jalousie et d'orgueil.
Eclairé par Ophis
et le

fruit
enliii

il

goûta

fliomme

sut

comprendre

choses ce-

,

;2o8
lestes.

SECTION

n.
fut

Cependant laldabaoïh
se venger;
la
il

assez

puissant

pour
dans

précipita le premier couple
si

matière, dans ce corps
est

indigne dont
i.

l'homme

encore

le

prisonnier

Heureuse-

ment

Sopliia, toujours attentive aux destinées
,

de l'homme

avait

retiré

de lui

et

absorbé en
la

elle-même

le

principe de vie divine,

lumière

d'en haut. Elle ne cessa d'en faire part à

l'homme,

de

le

protéger avec tendresse contre tous les
l'assaillir.

coups qui vinrent
le génie

Il

en avait besoin;
la partie.

Ophis venait de

se

mettre de

Il avait été

précipité dans l'abîme

avait été jeté dans la matière;
il s'était

comme l'homme comme l'homme,
:

matérialisé dans sa chute
lui.

mais

il

était

devenu plus méchant que
Satan,

C'était

un

autre

un Satan en petit, l'image du grand diable Ophiomorphos on l'appelait Samaël et Michael
:

comme son type. même ces deux

Quelques ophites confondaient
personnages
,

comme

d'autres
les

gnostiques ont quelquefois confondu

deux

i

L'homme
le

était
et

une masse
avait déjà

inerte avant l'animation

par

démiurge,

une espèce de corps, ou

plutôt n'était que corps, avant celte animation. Depuis

son entrée dans
corporisé»

les

régions inférieures;

il

est

doublement

CHAPJTRE
Sophia
,

IV.

209
Cliristos
et le
le
,

les

deux Horus
le

,

les

deux

les

deux hommes,

premier

homme

second

homme
la

^ Celait pourlam prendre
la

lype

pour

copie, ou

copie pour l'original.
les

Souvent on confondit aussi

six

esprits
les six

auxquels Opliis donna l'existence, avec

génies d'Iaklahaolli. Ophis ne créa les siens que

par orgueil, par jalousie, par vengeance,
avait créé

comme

son parent laldabaoth.

Ce

fut des
Il

hommes

qu'il tacha

de se venger
;

d'abord.

leur avait voulu

du bien
il

mais

ils

avaient été la cause de sa chute, et

résolut de
se

leur rendre le

mal pour

le

mal.

La Sophia, sans

lasser, vint alors à leur secours contre

une puisIls

sance qui d'abord les protégeait en son nom.
étaient dans

un

élat d'abaissement
;

qui paralysait
elle

tous les essors de leur
eut

ame mais quand
cette

leur

communiqué un rayon de
en
réserve
fait

lumière qu'elle
,

tenait

pour leur

salut

quand

elle
ils

leur eut

entrevoir leur sublime destinée,

1

C'est

im

pliciioinèiic tiès-cuiicux

que

cette duplicité

d'élres semblables. Les guosliques paraissent avoir suivi,

dans cette conception,
bien
ils

celle des idtes-iypes
la

de Platon, ou
c'est-

font puisée à

même

source que Platon,

à-dire dans la

lliéorie des févoucrs.

,4

,

2 10

SECTION

II.

furent affligés profondément de leur nudité ^ de
leur

misère

et

du germe de mort
ne

qu'ils

por-

taient dans leur sein. Ils

se consolèrent

que

par l'espérance de parvenir un jour à une condition plus heureuse.

Cependant laldabaoth
rent tout leur génie
ils

et ses

anges employè;.

pour

neutraliser cet élan

leur suggérèrent les mauvais désirs, les pas-

sions violentes, l'amour terrestre avec tous ses

égaremens

et toutes ses

amertumes mais
;

le

génie

de l'amour céleste,
destinées.

la Sopliia, veillait sur leurs
,

Si le

grand nombre fut séduit
la

elle

préserva

du moins de

contagion une petite

race d'élus. L'aîné

du premier

homme
et
elle
;

se laissa
les gé-

guider par les esprits planétaires
nies matériels
;

par

mais Seth fut à

et Setli

véritable type des

pneumatiques de

la

première

économie, eut toujours des successeurs qui gardèrent la semence de lumière
i,

et la

Sophia ou

1

Les ophites étaient

les adversaires

du judaïsme, dans

ce sens qu'ils ne lui donnaient pour auteur qu'un dieu

de second ordre. Le judaïsme, avec ses mjthes, son histoire, ses

dogmes

et ses

tendances, fut cependant la base
c'était

de la plupart des spéculations de cette école. Mais

moins
fres

le

judaïsme primitif que

ses dernières traditions et

dernières allégories qu'avaient en vue les ophites, ainsi

CHAPITRE
la

IV.

21

l

sagesse de Dieu, en lant qu'elle agit dans ce
les

inonde,

conduisit à Iraveis tous les péiils et

toutes les catastrophes. Ce fut elle qui les sauva

du déluge,

et

ce fut elle qui fortifia, qui soutint

leur chef Noé

quand

il

fut obligé

de

faire alliance

avec laldabaoth. Si les descendans de

Noé

reçu-

rent, au désert, les lois et les institutions de cet
esprits'ils

eurent, plus tard, des prophètes au
et

service

du démiurge

de

ses fils, elle sut

pour-

tant faire remplir à ces prophètes

une mission

(jue les gnosliques

en général. Suivant ces spéouralions

lilslorico-allégoriques des derniers temps, les anges s'étaient
épris

d'amour non-seulement pour
la

les filles

des

hommes,

mais pour

première des femmes:

les

cnfans qu'ils en

avaient eus étaient tous des démons. Cette idée a été la

mère de

celle

qui ne donne à Sopliia pour

fils

que de
les

mauvais génies. D'après une autre opinion talmudique,

deux premiers lionnnes

s'éprirent de passion

pour Eve,
le

la

première femme. Cette idée ne fut-elle pas
l'opinion gnostique,
ctrcs, épris
d'elle

germe de

d'après laquelle

les

deux premiers

de

la

beauté de Pneuma-Prouneikos, eurent
fille? Cf.
I-es
ils

un

fds et
t.

une

Eisenmenger, Enldecktes Jugnosliqucs ont transporté ces

denihum,

II, p. 4i4'

rcvcs de la terre

au

ciel

;

leur ont

cnUvé
ils

tout cv (|u'clles
lait

avaient de plijslquc, de vulgaire;
trine toute malérielle
le

ont

d'une doc;

une doctrine

tout<! spiriluelN'

mais

premier nous paraît au moins avoir donne

l'origine

le^

élémcns du second.

, ,

212

SECTIOJN

I/.

plus sublime qu'ils ne croyaient avoir eux-mê-

mes,

et faire

sortir de ces lois et

de ces

insti-

tutions

un ordre de choses que
suite

n'avait jamais

voulu leur auteur ^ Par
ils

de

ses insj)irations
,

révélèrent
,

non -seulement

laldabaotli

leur

maître
le

mais

V homme

primitifs Véon
les

éternel j

Christ

céleste.

Aussi

génies

planétaires

furent-ils consternés par des prédictions qui dé-

1

L'idée que les génies planétaires n'ont inspiré

que des

doctrines élémentaires

ou entièrement
l'esprit

fausses, paraît s'être

profondément enracinée dans

des théosophes

du

christianisme. Elle répondait à l'opinion des orthodoxes

qui considéraient

les

dieux du paganisme
les

comme

autant

de démons qui trompaient
planétaires jouent le

hommes. Les

sept esprits

même

rôle dans les systèmes des sa-

biens;

ils

inspirent toutes les fausses religions, surtout le
est

judaïsme. L'esprit solaire de ce sjslème
des Juifs.

Adonaï, dieu

Les Juifs se firent, à leur tour, de cette

même

croyance

un

bouclier contre leurs ennemis. Leurs docteurs prétenils

daient, encore au quinzième siècle, et

prétendent sans

doute encore

,

que

les

esprits

stellaires
et

ont inspiré

les

fausses religions.

Quant

à

Abraham

aux prophètes hé-

breux,
les

les

mystiques du judaïsme pensaient qu'ils ont été
et

organes de Saturne, esprit bon
il

pur; rnais quant ù
de Mercure,
et la

Jésus-Christ,

était

animé de

l'esprit

religion chrétienne toute entière est l'œuvre de Jupiter,

de Mercure et du

soleil réunis.

L'hostie chrétienne, par

,

CHAPITRE
celaient

IV.

21 J

une supériorité

qu'ils

ne s'expliquaient,

pas, mais qu'ils soupçonnaient avec raison. Les

hommes

n'en étaient pas

moins malheureux dans
entre la prédiction
était

l'intervalle

qui s'écoula
;

et

l'événement

le

monde

livré à l'influence

du mal

,

et la

Sophia en

était si

profondément

affligée, qu'elle

ne goûtait plus de repos ni jour

exemple,

est

ronde, puisqu'elle

est,

sans que les chrésoleil, et qu'elle est

tiens le sachent hien, le
offerte

symbole du

au génie de

cet astre à tire de victime!
;

Alphonsus
i'b.

de Spina,
consid.
'2

ForUilitium Fidei
p.

Norimb.

,

i494j

II,

,

55.
les

En

général,

mjstériosoplies de tous les partis parais-

sent s'clre pénétrés d'une opinion de ce genre. Les cathari

du mo^en âge,

qu'il

ne faut pas confondre avec ceux des
concilii nicœni ,

premiers siècles (voj. Acta
V.

apud Ilarduinum
diverses

I, p.

326), attribuaient

aussi à des sources
Ils

les inspirations

des prophètes.

j

distinguaient ce qui

provenait de Tesprit propre de ces grands

hommes

de ce

que leur
l'esprit

dictait l'esprit

malin

et

de ce que leur suggérait
l'esprit

de Dieu. Ce fut, suivant eux,
les
ils

malin qui
le
le

envoya
Esprit
,

prophètes

j

cependant

,

guidés par

Saintsavoir.

prédirent souvent le Christ sans
éd.

Moneta, Adç. Cat haros ,
voit par cette opinion

Riccini,

c.

1, p. 218.

On

que

les cathari,

dont naguère on ne

voulaitplus rattacher l'origine aux manichéens, remontent,

en dernière analjse, jusqu'aux gnosliqucs
vont-ils plus haut.

,

et

peut-être

3*4
111

SECTION
Enfin
elle

IJ.

nuit.
le

invoqua
,

la

compassion de

sa

mère,
de

pneuma - femme
dernière
,

ei, sur les instances

cette

l'Être

suprême

envoya

le

Cliristos à la race

pure des pneumatiques.
,

lal-

dabaoth

lui -môme
,

par l'influence de
,

l'infati,

gable Sopliia

avait préparé
j

malgré

lui

l'avéles

nement du Sauveur

il

avait

même
du

ranimé
la

espérances messianiques de

la

manière

plus
Il

vive à l'époque de la venue

Messie.

est

vrai que, dans ses vues, le Sauveur, être pure-

ment psychique
temporel,

,

n'aurait fondé

qu'un empire

et qu'il fut
il

encore trompé dans cette
dans d'autres par
fait

œuvre comme
mère
Sopliia.

l'avait été

sa

Dès

qu'il eut

paraître le pré-

curseur du Messie!
la

et naître

l'homme Jésus de
de toute l'Église

Vierge, le Sauveur céleste, s'unissant avec
est le représentant

Sophia, qui

des pneumatiques, descendit par les régions des
sept anges, apparaissant dans chacune d'elles sous

des formes analogues à
leur

leur nature

,

tout en

cachant

la

sienne, tout en assumant leur

lumière, et entra enfin dans l'homme Jésus au

1

Epjph., Hœres., 26,

c.

6. S.

Jean-Baptiste fut égaleles cathari

ment considéré comme agent du démiurge par du mo^en âge. Moneta, 1. c. , p. 228.

CHAPITRE
baptême du Jourdain ^ Ce

IV.

2l5
union

fut depuis celle

que Jésus
put
faire

jouit d'une puissance divine, ei qu'il

des niiiacles.
il

Il

n'en avait point

lait

auj)aravant;

n'en
;

fit
il

plus depuis sa séparation

d'avec le Sauveur

ignora
,

même
ce
qu'il

,

avant
serait

et

après

son union avec lui
été.

un

jour ou ce qu'il avait
vant qu'il

laldabaoïli, s'apercequ'il abolissait
et le fit

détruisait son empire,
le livra à la

son culte,

haine des Juifs,

crucifier par eux.

Cependant, durant

les

souf-

frances, le Christos et sa
les

sœur

s'élevèrent dans

régions célestes.

Ils

ranimèrent ensuite Jésus,

laissant à la terre sa dépouille matérielle, lui

don-

nant un corps aérien. Dès-lors
sait

il

ne se compoet

plus que

du principe psychique

du prinses

cipe pneumatique; ce fut là ce qui

empêcha

disciples de le reconnaître. Il resta pourtant sur

1

Nous avons

fait
;

remarquer des idées analogues dans
celui des ophites présente cependant
est particulière.

les autres

sjstcmes

une opinion qui
les

lui
,

Le Sauveur

traverse

diverses

régions

non pas pour en sauver
pour
ainsi

les

habi-

tans, mais pour leur enlever les rajons de lumière qui
les

éclairent;

il

est,

dire,

rcnnemi de tout
et

ce qui est cuire le pléiomc et les

pneumatiques,

sa

rédemption

est

une sorte de concentration des principes

de vie divine, ce qui mène au panthéisme.

«*

3l6
la terre

SECTION
pendant
dix-liuit

II.

mois encore,

et

reçut

dans cet intervalle, par

les soins

de Sophia, cette

science parfaite, cette véritable gnosis qu'il ne

communiqua qu'au
région
siège

petit

nombre

des apôtres qui
la
il

en étaient susceptibles K Élevé ensuite dans
intermédiaire
à la droite

qu'occupe laldabaoïli

,

du créateur

à l'insçu de ce

dernier, et pour recevoir en lui toutes les âmes

de lumière qui
qu'il

se

purifient par le Christ.

Dès

ne restera plus rien de pneumatique à l'em,

pire dlaldabaoth
et la fia

la
,

rédemption

est

accomplie,

du monde

qui n'est que la fin

du

re-

cueillement de la lumière dans le plérôme, est
arrivée. C'est le

panthéisme de

la

Kabbale

et

du

Zend-Avesta.

Les ophites ne furent pourtant pas tous d'ac-

cord sur l'ensemble de ces théories. Ainsi que
les autres écoles

gnostiques,
Ils

la

leur se partagea

en plusieurs branches.

se séparèrent surtout

1

Cette opinion, qui se reproduit chez tous les gnostisoit

ques, quelque fausse qu'elle
sur

en orthodoxie, repose
qu'il

un

fait

généralement convenu, celui

y

eut diffé-

rence de degré dans les dons spirituels des apôtres; que
tous ne furent pas des S. Jean^ des S. Pierre, des S. Paul.
Jésus-Christ lui-même distinguait quelques-uns de ses disciples.

CHAPITRE

IV.

217

sur la grande question de la cJiute de
et

riiomme

sur l'influence
s'y

bonne ou

funeste

du génie
les

Ophis, qui

trouve intéressé. D'après

opi-

nions que nous venons d'exposer, Opliis, après
la

punition (juil subit pour avoir conseillé
s'est fait

les

hommes,
contraire,
le
le

leur

ennemi

et leur séducteur.

D'après une autre théorie, on le considérait, au

comme le fidèle génie de confondit même tantôt avec elle,

Sophia; on
tantôt avec

Sauveur des pneumatiques ^ Cette opinion,
et

absolument contraire aux idées que l'Orient,
le

Zend-Avesta en particulier, rattachaient au
il

serpent et à l'esprit dont
procliait
et

était

l'emblème, se raple

du mythe égyptien
,

sur

dieu Cnepli

l'Agathodémon

le

serpent bon génie. Je ne

crois pas, néanmoins,

que

cette théorie soit

un
que

pur emprunt
les ophites,

fait

à l'Egypte; je crois plutôt
les

qui prenaient volontiers

symboles

du judaïsme pour élémens de

leurs spéculations,
fit

ont songé au serpent que Moïse

élever au

1

Us

citaient le 4-" livre (cli. 3i

,

v.

8)

du Pcnlalruque,
l'F'vann^iJe

et les vciscls i4 et

i5 du

3.''

chapitre de

de

S.

Jean, pour prouver

l'idenlitc

du Sauveur
,

et

du génie

Oplïis. Voy. Tertull.,
gnificant in

De

prœscr.

p. 25o. Serpentein

ma-

ianium

,

ut illum etiam Christo prœferanl.

*

^i8
désert

Section

ii.

comme symbole

de bienfaisance. Je ne
.

prétends pourtant pas exclure

les

idées et les

symboles de l'Egypte ou de

la

Grèce des spé-

culations de l'opliitisme sur le génie de la Sopliia; je crois

au contraire que

les opliites,

en

partant des élémens qu'on vient d'indiquer, ont

pu

facilement, dans la hardiesse de leurs tran-

suions, dans l'universalité de leurs vues, s'imaginer que le serpent d airain ne fut que le sym-

bole du génie Ophis,

et

que Moise

n'avait fait

quadopter l'Agathodémon de l'Egypte. La vénération dont le serpent était l'objet dans les temples de l'Egypte et de la Grèce,
le

rôle qu'il

jouait dans les mystères de l'un et l'autre de ces

pays, n'étaient, à leurs yeux, qu'autant de

faits

qui attestaient la puissance salutaire du génie

Ophis, dont

le

serpent était l'emblème; et, d'acla

cord avec l'auteur de
qui considère
le

cosmogonie phénicienne,

serpent
les

comme

le

plus pneuprenaient

matique de tous

animaux

i, ils

le

pour l'animal

sacré

du protecteur
qu'ils

universel des
le

pneumatiques. C'est ainsi
culte,

en motivaient

ou plutôt

les

honneurs

qu'ils lui accor-

daient dans la plus sainte des cérémonies de leur

1

Voj. ci-dessus,

t.

I, p. 270.

CHAPITRE
secte.
Ils

IV.

o.Kj

faisaient,

pour

ainsi

dire, <onsacrei'

leur cène par des serpens

qu ils

tenaient dressés à

cet effet dans les lieux de leur assemblée \ et convsidérant le serpent
ils

comme

l'emblème du Christ,
cette

étaient loin de penser

que

cérémonie put

être taxée

de profanation par leurs adversaires.
;

C'étaient là les véritables ophites
raît qu'ils étaient

mais

il

pa-

en petit nombre

:

l'antique idée
le

qui mettait
cipe

le

serpent en rapport avec

prin-

du mal,

paraît avoir

prédominé dans

l'esprit

de

la

majorité, malgré les efforts de ceux qui

montraient partout l'image du serpent dans un
sens contraire.
'^

La majorité, tout en considérant

le

serpent

comme

l'emblème du
et

démon

,

à

l'insiar

des

Perses et des Juifs,

tout en

i

s'abstenant de

i

Epiplian., lîœres., 57. An-gustini Hœres. , 10.

2

Ceux des ophites qui considéraient Ophis coninie bon
,

génie
tjuc

prouvaient leur opinion en partanl du princl])C
était

Sophia

un

gt'nie
Ils

de celle nature

,

ce qui

était
est
le

reçu généralement.

montraient que
et

le serpent

sjmbolc naturel de ces ruses
la Sopliia Alt obligée

de cette prudence dont
;

de se servir contre ialdabaoth

ils

disaient
la

que ce

même

sjml)ole se reproduit jusque dans

lornu^ des entrailles de l'iiounne. Iren., i, 5o, H» i5.
,

riicodorel.

ilinet. Jhlml.

,

l,

c.

i4«

220
le

SECTION IL
effets

vénérer, attribua néanmoins des
cette

salu-

taires à
il

séduction des protoplastes, dont

avait été l'organe. C'est

en désobéissant à

lal-

dabaoïli, que les premiers

hommes

se sont

mis

dans

le cas d'être
ils

secourus par Sopliia ; sans cette

défection,

eussent suivi aveuglément les pas-

sions, les volontés et toutes les dispositions
faible

du

démiurge.
se

Les diverses branches des ophites

retrou-

vaient ainsi dans des croyances très -analogues,

malgré

la ligne

de démarcation qu'élevaient entre

elles les

cérémonies de leur culte, suivant qu'elles

se rapportaient à

Ophis bon ou mauvais

génie.

Ce que

l'école entière des ophites
c'est

nous présente
figuratif

de plus curieux,

une sorte de tableau
ses

ou d'abrégé symbolique de

croyances, avec

quelques-unes de ses formules de prières.
Ils

donnaient à ce tableau, auquel
Perse
et les

les

croyances

de

la

scènes religieuses que présen-

tent quelques

monumens
i,

de l'Egypte semblent

avoir servi de types

le

nom

de diagramme ;

et

1

L'Egjpte paraît ayoir fourni

les

sjmboles qui caracté-

risent queJques-uns des génies de ce tableau et l'idée des

supplications que doivent leur adresser les

âmes

poirr passer

par

les régions qu'ils

gouvernent.

CHAPITRE
c^est

IV.

3 ru

encore à l'un de leurs adversaires, à Oiila

gène, que nous devons

descripiion d'un

mos'est

nument

aussi

unique dans l'histoire du gnostiil

cisme ^ Si nous en croyons cet écrivain,

donné beaucoup de peine pour rechercher ce
diagramme,
tesse

afin

de pouvoir s'assurer de
tirait

la

jus-

des argumens qu'en

son adversaire

Celse contre les opinions chrétiennes. C'est Celse

qui en avait parlé

le

premier, confondant ensem-

ble les ophites et les chrétiens orthodoxes; c'est

après Celse, qui avait été peu scrupuleux dans
ses

remarques, qu'Origène décrit
a-t-il

le

diagramme.

Aussi

la

prétention de compléter les ren-

seignemens du philosophe sous plusieurs rapports.
il

Il est

pourtant assez peu exact lui-même;
les diverses parties

confond singulièrement

de

1

Origen., conir. Cels.

,

lih.

VI,

c.

2S

sq.

La

descrip-

tion

que nous en donne

cet écrivain est, dans
(

le Hiit, si
)

défectueuse,
s'écrie,

que Spencer
sujet

dans son édition d'Origènc
:

au

du diagramme

iJlinmn extarel

;

mnU
libris

ium enhn

lucis procul diibio

anliquissimonim palrmn
et

priscœ Kcchsiœ iempuriims
locis

quihusdain sacrœ scrlpturœ

accèdent.

On

conçoit qu'après l'extinction de la secte

des ophites, leurs persécuteurs se soient liâtes de détruire des

monumens

auxquels semblait

s'atlaclicr

une sorte do

magie astrologique.

, ^

i22

SECTION
il

II,

cette curieuse peinture;
il

en détache

les scènes;

les quitte

pour

se livrer à des récriminations
;

contre Celse et contre les opliites
enfin
,

il

y revient
^

sans trop en respecter la liaison.
était

Le tableau

partagé en deux régions, que
l'autre

nous appellerons l'une supérieure^
rieure;

infé-

une

forte ligne noire, appelée la

géhenne

les séparait l'une

de

l'autre.

La scène supérieure

étant consacrée à la région

des intelligences suprêmes, au plérôme, devait se
présenter la première sous la

plume

descriptive

de Celse
et l'autre

et
,

d'Origène;

ils

parlent cependant
,

Tun

en premier lieu

de

la

scène inférieure.

SCÈNE INFÉRIEURE.
Cette scène représentait d'abord
l'un

deux groupes
les

de dix^

l'autre

de sept sphères séparées

I

Nous avons tâché de reproduire

le

diagramme^ au

moyen

des indications d'Origcne, sur notre planche 3.

II n'est

pas douteux qu'Origène n'ait connu de vue ce
il

monument;

le

dit

d'une manière formelle
îî/z&îj',

:

tovtco

S^^fjLUç, zotjâ Tû (ptXoacL^iç contr. Cels. Çed. lluetio)
,

7rê^i]s]sv^of.fjiBV.
il

Orig.,

p.
les

648. Cependant

est

imposles

sible qu'il l'ait

eu sous

jeux quand

il

en retraça
sa

principaux objets. Cela résulte des erreurs de
cription.

des-

CHAPITRE
unes des autres,
les

IV.

223
entourées

unes
^

ei les autres

d'une sphère générale.

La
tait

splière qui en embrassait sept autres, por-

sur sa périphérie et dans son centre le
fois.

mot

de Léviatliaii inscrit deux

Ce mot de Lévialhan
en premier lieu
:

appelle notre attention

il

s'explique fiicilement.

La grande

sphère, qui embrasse toutes les autres, représente
l'ame

du monde
le

,

Sophia ;
.,

le

génie de Sopliia est
la

Ophis,

serpent

le

dragon. Or,

Septante

1

Origène

cite

deux

fois ces sphères.
il

La première
la

["ois

(éd. d'Huet, p.
(p.
seul

649)

en indique dix;
sept.
,

seconde

fois
le

658)

il

en

nomme

Le nombre de sept étant

connu dans
le

l'opliitismc
S'ÎKcr.
,

on pounait
le

être

tenté de

remplacer

mot de

dans

premier de ces pas-

sages, par celjii de
dire expressément

iT/la..,

du second, où Origène semble
les

que ce sont

mêmes

sphères, et dont la

grande porte
rait avoir

le

mot de

Léviathan. Mais Origène nous pa-

commis une

ereur involontaire dans cette répé-

tition.

Les deux groupes de cercles étaient consacrés à des
:

objets fort différens
sidérales avec la
tre, le

celui des sept peignait les régions
le

Sophia; celui des dix,

monde

terres-

monde

matériel, où figuraient également sept es-

prits. C'est à celle

circonstance qu'on doit l'erreur d'Orile
,

gène, qui coimaissail
Je

diagrannne d'intuition,
ainsi
faire

niais qui
et

décrit de

mémoire

que nous avons

dit

que

nous aurons occasion de

remarquer encore.

224
avait

SECTION
mis
,

II.

le

mot de dragon pour
le texte

celui de hévia-

than

que porte

hébreu. Le

mot mysla

térieux de Liéçialhan
Sopliia
^

est

donc l'emblème de

;

c'est elle

que représente la grande sphère
sphères de son
lîls

qui embrasse
et

les

laldabaodi
,

des six esprits émanés
fait

du démiurge que nous
^

avons déjà

connaître.

Origène rapporte que
encore
le

le

même

groupe portait

de

la

mot de Behemoth inscrit au-dessous dernière sphère. Le mot de Behemoth offre
facile; c'est le pluriel

également un sens

de Beani-

hemah;
mal, au

il

signifie les

animaux ouïe grand

pluriel de majesté.

Cependant, placé

dans cette partie du diagramme à côté des sept
esprits

de

la

Sophia, où Origène

le

met dans

la

confusion de sa
sens
,

mémoire

,

il

n'offrirait

aucun
Il

ou qu'un
que
les

eens péniblement recherché.

est vrai

anciens considéraient les corps
des êtres vivans, ^œcCy et
le

célestes

comme

mot

1

II

est dit

dans

le

Psaume io3,

v. 2l\
;

2(ù,

que

le

Créateur se plaît à jouer avec Léviathan

cette idée est

reproduite dans les Clémerdines , ouvrage d'un gnostique
iudaïsant, qui peint le Créateur jouant avec la sagesse,
Sopliia
j

ses délices. L'idée est
:

mal rendue, mais

elle est

admirable

la sagesse fait les délices de l'Etre suprême.

2 Vojez ci-dessus, p. 198.

CHAPITRE

IV.

225

de Behemoth répond à ce terme.

On

pourrait

donc croire que
la sorte

les

ophiles eussent désigné de
planétaires. Mais
il

les sept
Ici

mondes

se

présente

une interprétation bien plus recomse

mandable, qui

conforme particulièrement à leur

système. C'est le groupe des dix qui a
le

dû porter
de

mot de Behemoth. Dans

ce groupe, qui re,

présentait la région terrestre

les sept esprits

Micliaël-Ophiomorplios étaient figurés avec des

symboles du règne animal,

et dès -lors le

mot

mystérieux de Behemoth se trouvait parfaitement
bien placé au-dessous

du dernier de

ces cercles.

Les trois sphères supérieures des dix paraissent avoir été consacrées à laldabaotli, qui gouvernait les choses terrestres, au Sauveur«^u

au
So-

bon

génie Ophis , qu'employait Sophia
,

,

et à

phia elle-même

qui s'efforçait d'arracher à lalles

dabaoth

et à

Michaël
la

pneumatiques encore

emprisonnés dans

matière, encore exposés aux
ils

séductions des mauvais génies, aux passions qu
excitent dans leur corps.

Après ces observations
distinction des

essentielles

pour

la

deux groupes confondus par Ori-

gène, nous devons, avant d'entrer dans les détails

de l'un

et

de

l'autre, fane connaître la limite
la

qui les séparait de
^

région des inlelligences:

i5

'-^'26

6'ECTJON

II.

ce n'est qu'alors que nous aurons le

fil

conduc-

teur de ce mystérieux labyrinthe.

La

li^ne noire qui séparait les

deux groupes

du
le

tableau supérieur, était appelée la

Géhenne ou

Tartare. Ni Celse ni Ori^ène ne nous explic'était

quent ce que

que

cette

géhenne dans

les

idées des ophites. Origène,

au

lieu de rechercher

ce qu'ils en pensaient, discute, au contraire, sur

ce que les Juifs avaient dit de leur géhenne

,

sans

considérer que les

ophites modifiaient totale-

ment
rien

leurs emprunts. Cet écrivain

ne pouvant

nous apprendre par

ses discussions, l'en-

semble du système peut seul nous servir de
guide. Il

montre dans
d'Ialdabaoth.

la

géhenne
n'est

le

séjour des

partisans
roTTos

Ce

pas

même

le

fAS(7c]yfloç

des autres gnostiques; car
est

l'es-

chatologie
celles

ophitique
autres

toute

différente

de
est

des

systèmes.
le

Tout

ce

qui

pneumatique rentre avec
dans
est
le sein

Sauveur

et la

Sophia
pas
qui

de Dieu^ tout ce qui ne
îa

l'est
,

destiné à

géhenne ou au Tartare
,

n'offre

qu'une ombre dew vie
Il

qu'une vie psy-

chique.

n'est pas

même

certain

que tous

les

ophites aient adopté une géhenne de psychiques.
Ils

ne connaissaient pas de Sauveur psychique

:

laldabaoth en avait voulu

un de

cette nature

;

,

CHAPITRE
mais quand
fit
il

IV.

227
pas à lui,
Jésus est
le
le
il

vit qu'il n'était

le

mettre à mort.

A

la vérité,

élevé
;

à côté de lui
laldabaotli
,

mais

c'est

pour

combattre

et

loin de se
,

ménager

bonheur des
Sauveur
Il

psychiques

en reconnaissant

le

infé-

rieur, persévère dans sa méclianceté.

n'y a

donc pour

lui et tout ce qui

demeure sous son

influence, d'autre asile que la noire géhenne
le

ou
^

sombre Tartare

;

et c'est ce

qu'indique

la ligne

qui sépare son domaine de celui de Bythos.

Après avoir nettement étabh

le sens

des deux

1

D'après la vciltablc eschatologie des opliites, tous les.
le

pneumatiques paraissent devoir rentrer dans
Dieu
se
;

sein

de

tous les

mcchans, à commencer par laldabaoth
la

confondre avec
le

matière d'où

ils

étaient pris

:

voilà

pourquoi

principe pneumatique est enlevé à laldabaoth

lui-même
il

lors

de

la création

de l'homme. D'un autre coté,
la palinocnésie toute

serait possible

que,

si

nous avions

entière de l'ophitisme,

nous y trouvassions une analogie
rentre dans
félicité.

de plus avec celle des Perses, suivant laquelle Ahriman,
purifié par le lac de métal
,

le

plérôme des
la

divines perfections et de la

suprême
et

Mais

preuve

que

le

démiurge laldabaoth
,

Satan Ophis, pour paiTenir

à d'aussi hautes destinées

auraient eu besoin d'une pu-

rification radicale, se voit et
et

dans
les

les

œu>res du premier

dans
le

la circonstance
flieii

que
,

o]>hites appelaient le sec.
,

cond,

maudit. Orig.

/.

p.

65 1,

éd.

Huit.

,

•22S

'SECTUm

II.

groupes de sphères qui figuraient sur
inférieure, et celui de la zone

la la
,

scène
ligne

ou de

noire qui

la séparait

de

la

scène supérieure

nous

passons aux peintures symboliques et aux for-

mules de prières qui accompagnaient ces deux
groupes.

Les opliites pensaient que l'ame du mourant
est entourée,

d'un côté, de sept anges de lumière,

et, d'un autre, de sept esprits qu'ils appelaient

archontiques

,

dont

le

chef se nommait
sept anges

le

dieu

maudit. Les

noms

des

de lumière
fort bien

nous sont inconnus 3 mais nous savons

quels étaient les esprits archontiques. Ce n'étaient

pas,

comme on
Ophis

pourrait croire, laldabaoth et
régions planétaires;
,

ses fils, qui dirigeaient les
c'étaient
et ses

anges

qui avaient

le

gou-

vernement de

la terre et

des régions de la

ma-

tière ^ Il s'agissait

donc

,

pour l'ame du défunt

d'échapper entièrement aux esprits archontiques,
et

de passer ensuite, intacte, avec

les

anges de

1

Orig.

,

1.

c,

pag. 65 1. Le terme de dieu maudit s'apIl

plique mieux à ce dernier qu'au démiurge laldabaoth.
n'était d'ailleurs pas croyable

que

les esprits

du démiurge
mort

quittassent les régions planétaires pour assister à la

des âmes, et retournassent ensuite aux planètes pour les
recevoir aux portes de leur domaine.

CHAPITRE
lumière, par
le

lY.

22g
esprits d'Ial-

domaine des sept

dabaoïh;

il fallait

dès-lors fléchir ces puissances,

afin d'obtenir ce passage, et
fallait

pour

les fléchir, il

et

les

moyens

ordinaires

de

la

flatterie

humaine

et l'assistance

extraordinaire des génies

supérieurs.
C'est

dans ce sens qu'étaient écrites

les prières

placées à côté

du groupe des
le

sept sphères.
la

Après avoir franchi
ceté
^ ,

rempart de

méchanter-

c'est-à-dire la ligne

de l'atmosphère
,

restre

ou l'empire d'Ophiomorphos

les

âmes

ar-

rivent aux portes des sept puissances planétaires.
Elles

y adresseront à Adonai l'allocution sui.

^J^^^^«-

.,

.

vante
((

:

«

Je salue le

roi

uniforme,

VU
'

te?

le

lien

de

l'aveuglement; la première puissance qui est

«
« «

conservée par

l'esprit

de

la

Providence. Je sors

pure

d'ici
"

bas, partie de la lumière

du

fils

et

du
K

père.

Que

la Cliaris

soit avec
^ »

moi; oui, ô père!

«

qu'elle soit avec moi.

2 Origène ne dit pas à quel génie s^adressait celte prière;

mais en

nommant

plus tard tous

les autres esprits, à

Tcx-

ception d'Adonaï, on doit supposer que

c'est

ce dernier

que l'ame harangue
est assez obscure.

d'abor,d.

La fonnulc

qu'elle lui adresse

Ce que l'ame

dit d'elle-même est parfaU

,

2jQ

section h.
la

De

région d'Adonai
,

le

défunt passe aux

portes d'Ialdabaoth

suivant Origène, qui classe
S.

ces esprits autrement que
l'air
^0-'/'

Irénée; qui a

même
dit

d'exclure

Adonaï de l'ogdoade.
:

On

à

laldabaotli (Saturne)
« « «
((

«

O

premier

et

septième!

né pour commander avec force; esprit (Xoyoç)
principal de l'intelligence pure,

œuvre

parfaite

aux yeux du père

et

du
,

fils,

en

te présentant,

dans cette empreinte
j'ouvre la porte

le ta

signe

de

la

vie

^

f(

que

puissance a fermée

((

au monde,
maine.
«
^^

et

je

traverse librement ton do-

K

Que

la

Charis soit avec moi, ô
^^

mon

père!

a

qu'elle soit avec moi.

tement

clair

:

elle est

un lajon de

la divinité, et

demande

l'assistance

de Charis ou Ennoia, de

la

pensée de Dieu;

mais

elle salue

Adonaï avec de mauvais complimens, en
dCxs-^iotç, A«'6« eiTrèpitTKOTrJoç
-,

l'appelant

S^ia-fxot;

la

cause

de cet oubli des choses célestes où tombe Tame en des-

cendant des régions supérieures. Elle
en
le

le flatte

pourtant,

nommant

la

première puissance conservée par So-

phia.

La dernière partie de

la

formule, où l'ame demande

l'assistance (VEnnoia, s'adresse à Bjthos.
1

C'est l'empreinte,

o-^pci}//?

?

le signe

de vie conféré

aux pneumatiques par

le

baptême. Vojez nos planches.

,

CHAPITRE
Adressée à
la

ly.

2^1

principale des sept puissances

celle prière est touie adulaloire. Il

en

est à
le

peu

près de

même

de

la suivante,

dont lao,

génie

de
((

la

lune,

était l'objet. «

Toi qui présides aux
fils,

mystères du père

et

du

lao, qui brilles

((

dans
es le

la nuit,

qui occupes
la

le

second rang, qui
',

((

premier maître de
est

mort

qui

fais

partie

a a
((

de ce qui
je

pur 2, en

te

présentant ce signe 5,

traverse

promptement ton domaine, après
'*

avoir vaincu par la parole de la vie ce qui
était

cr

né de

toi. ^

1

La lune
la

présidait à la naissance,

au (lé\cloppcmenl
quelques an-

et à

mort des choses

terrestres, suivant

ciennes crojances.
2 Mepoç ÀSmqu,

3

II

est

impossible de dire quel était ce signe. Ce pas-

sage est
îS'iov

fort altéré

dans

les

manuscrits;

ils

portent toV

VTTC

vovv cvfxÇoXov, Spencer a proposé et Huct a
rien et qui est ridi-

suivi

une conjecture qui n'explique
:

cule. Ils lisent

tmV

tS'ictv vtt/ivuv ,

je l'apporte ina propre
joli

barbe, ce qui serait sans doute
cipation
;

un

sjmbole d'éman-

mais malheureusement
avisés.

les

gnosliques ne s'en
,

étaient pas

A
:

défaut d'une autre correchon
]S^icv

je

propose

la suivante
est le

tc

rov vov (TujulCoXow Le signe
,

du chrisma

symbole de Christos

qui est
les

le

vouç*

4 Supériorité du principe
psychique
et hylique.

pneumatique sur

principes

, ,

^32
t

SECTION

IL

En
«

arrivant aux portes de Sabaoth, le céleste
:

pèlerin lui disait

«

Prince de

la

cinquième ré-

gion, seigneur Sabaoth, premier organe des
lois

« «

de

la

création , dont la Charis nous afFran-

chit par

une pentade plus puissante

^ ,

reçois-

«
ce

moi en voyant
ne
d'après Timage

ce pur symbole, contre lequel

saurait prévaloir ton

génie
c'est le

^

:

il

est fait

(c

du type;
^
'>

corps délivré

«

par

la

pentade.

[d^^Vrm^
lui
« «
ce

Parvenu devant Astaphaios
adresse ces paroles
,
:

,

le

pneumatique
la

^,

Chef de

troisième
l'eau

porte

génie

du premier principe de
qui
s'est purifié

admets un

initié

par le pneuc'est

ma

de Sophia.
'^

Tu

sais

ce que

que

le

((

monde.

^^

V

''' ^'

/"

''

Il disait

ensuite à Éloï

:

«

Chef de

la

seconde

1

II

j

a là

une

sorte de jeu de
est la

mot ou de

parallélisme
:

à remarquer. Sabaoth

cinquième puissance sidérale

une puissance quinquennaire, supérieure à la sienne, affranchit les âmes c'est sans doute Bjthos , Ennoia Charis (
;

)

Pneuma,

Christos et Sophia.
le (^(p^oLytç t«ç (mt;»
est délivré
,

2 C'est toujours

3 Le principe pneumatique
tion, de toutes
térielles.

par

la

rédemp-

les

lois

et

de toutes

les

puissances

ma-

4

Tu

connais la faiblesse du

monde

inférieur.

CHAPITRE
((

IV.

200
symbole de
la

porte,

rerois-moi; voici
celle
^
''

le

((

mère

,

Charis qui

est

cachée aux puis7,

ât

San ces.

Enfin
«

,

on doit

dire à
la

Oréus

:

a

Toi qui

tiei^s

en ton pouvoir

première porte, parce que

K
(c

tu as surmonté les remparts de feu, laisse-moi
passer, puisque tu vois le

symbole de

la puis2,

«

sance anéanti par

le

signe

du

bois de la vie

« par l'image faite à la ressemblance de l'inno«

cent.

''

Telles étaient les formules placées à côté

du

groupe des sept sphères
mélange
d'idées

,

offrant
^

un
de

singulier

orthodoxes

et

croyances

gnostiques.

On

y remarque

aussi

une gradation
sup-

fort curieuse dans les senlimens de l'ame
pliante. Elle

tremble au

commencement de son

1

Charis
II

est

2/^w,

le silence,

le

m^tère.

2

me

semble

qu'il

j a dans

cette prière

une allusion

secrète

au baptême de feu , au baptême pneumatique du Sau-

veur, qui a prévalu contre toute autre puissance, particulièrement contre celle du génie

Or ou Our

^

la

grande

puissance ignée, espèce de mauvais génie de la nature.
3 Les idées de la purification par
le
,

baplcmc

,

de la

rédemption par

la

mort de
,

la

croix

de refllcacilé du

signe de cette rédemption

de raflTranchissement de l'emprince de ce

pire

du démon ^

qui était

le

monde, dominent

254
voyage,

SECTION
et elle flatle les

IT.

puissances qu'elle aborde

les premières. Bientôt le

succès l'encourage,
la

l'élé-

vation lui inspire

de

confiance

,

elle

flatte

encore, mais

elle sait

qu'elle

peut menacer,

et

chacune de

ses prières se

termine par un appel
qu'elle

a la Cliaris, puissance aussi supérieure
est

peu connue aux

intelligences des planètes.

évidemment dans
que
,

ces prières.

Le sjmbole qui

est cité le

plus souveni, et presque dans chacune de ces formules,
n'est

autre

le

ff(ppoty}ç

rov -^sov que recommande

l'Apocaljpse

et

qui se trouve cité sur des

monumens

dont quelques-uns nous paraissent appartenir encore plus

aux orthodoxes qu'aux gnostiques. Vojez nos planches.
L'Apocaljpse offre aussi l'idée du cavalier qui se voit or-

dinairement sur ces sortes de monumens. Voj.

cli.

9,

v. 4-

Cependant

la Perse

parait avoir

fourni

l'idée
,

fonda-

mentale de toute
pèlerinage céleste.

celte ascension

planétaire

de tout ce

On

montrait

,

dans

les

mystères

de

Mithras
fixes.

,

le

voyage de l'ame par
s'offrait

les

planètes et les étoiles
échelle distinguée
,

Ce tableau
,

comme une

en sept portes

terminée par une huitième
la

que nous

devons comparer à

dernière des maisons
les

ou des de-

meures à laquelle aspiraient

gnostiques, celle de Sod't-tain,

phia. Les sept portes étaient de

plomb,

de cuivre,

de fer, de bronze, d'argent, d'or;

elles étaient

dominées

par Saturne, Vénus, Jupiter, Mercure, Mars, la Lune,
le Soleil.

Origen., cont. Cels.

,

p. 646.

Ce sont absolu-

ment

les sept

portes des ophites.

CHAPITRE
Cependani
les

IV.

2?)*)

sept

puissances sidérales n'é-

taient pas les seules qui exerçassent le

gouvernen'étaient

ment de ce monde,

et

tous les
,

hommes

pas des pneunjatiques

c'est-à-dire

que tous
voyage au
,

n'étaient pas dans le cas

de

faire le

plérôme. Grand nombre d'entre eux

entraînés

par une nature vicieuse, par l'infiaence corruptrice des

démons, persévèrent dans

le

mal, ne

se

Quant aux formules de
que
les

prière,

il

n'est

point douteux

hiérophantes des mithriaques n'en aient enseigné
disciples.

également à leurs

La

prière

était

l'ame des

doctrines persanes. Mais aucune de ces formules ne nous
étant

connue,
les

il

est

impossible d'indiquer jusqu'à quel

point
Il

ophites ont imité leurs prédécesseurs.

en

est

de

même

d'une autre question, qui se présente

au

sujet de la goétic judaïque.

Origène prétend que

les

noms

des sept puissances sidérales étaient empruntés aux
est

formules de la magie. Si cette donnée à croire que
les Juifs

exacte,

il

est

ont enseigné également des prières
5

pour

fléchir ces génies

mais ces prières nous sont tout
mithriaques,
et

aussi inconnues

que
si

celles des
elles

nous igno-

rons également

ont pu servir de modèles aux

supplications des

ophites.

Au

surplus

c'est

l'idée
les

cliré-

tienne de la

rédemption qui domine dans
il

formules
l'éclat

des ophites, et

paraît qu'ici encore

ils

ont prêté
(ju'lls

du christianisme aux antiques opinions
devoir
vérité.

croyaient

consener

,

comme

des

Ijypes

précurseurs

de

la

,

256

SECTION

TT.

purifient point par les épreuves
vie terrestre, et se

que leur

offre la

condamnent, par

leurs pas-

sions

,

à répéter

ces épreuves

sous plus d'une

forme.

Le groupe des dix sphères
dont
il

et

les

symboles

était

accompagné

offraient

Timage de

cet autre ordre de choses, de ces

méchans dé-

mons

,

de ces
,

hommes

pervers

;

du

caractère

des uns

de

la destinée

des autres.

Nous avons

déjà dit que les trois sphères su-

périeures des dix étaient probablement consacrées à laldabaoth, au génie

Ophis ou à Jésus

et à

Sophia, qui, tous trois, s'occupaient des intérêts
de l'homme
terrestre.

O ri gène

,

qui oublie qu'il

a d'abord parlé

du groupe de dix sphères, ne
il

parle plus dans la suite que de celui de sept;
tait,

par conséquent,
et

les
il

personnages des trois

premières sphères,

dit

que

le

premier des
C'est
Il

sept esprits inférieurs

s'appelait

Michaël.

Ophiomorphos
était

,

comme nous

avons déjà vu.
^
;

peint avec une tête de lion

le

second

1

'EXiysv ilvdLt Mt-^^ctriX XêovlostéSi, Orig. ,1.
si

c,

p. 654.

L'épithète XèovloetS)iç laisse en doute

Michaël

était repré-

senté par

un

lion

ou par une

figure

humaine à

tête

de

lion. L'analogie des

monumens de

l'Egypte et de ceux

du

,

CHAPITRE
Suriel, avait

IV.
le

2^7
troisième,
le

une

tête

de taureau;

Raphaël,

était

symbolisé par un serpent;

qua-

trième, Gabriel, par

un

ai^le

;

le

cinquième,
,

Thauthabaoth
taoth, par

^

,

par un ours ;
le

le

sixième

Éra-

un chien;
,

septième, Thartharaoth
^

ou Onoël

par un dne.

Ces svmboles ne nous laissent aucun doute ni
sur
la

nature des êtres quils caractérisent, ni

sui;*

l'origine de toute cette
esprits

démonologie. Les sept
les

du premier groupe sont
;

génies des
les

planètes

les

esprits

du second groupe sont
;

génies d'étoiles plus secondaires

mais

ils

sont

également empruntés
seul

à l'ancienne

astronomie. Le

hémisphère boréal nous
le lion, le

otFre \ aigle, le seret le

pent, M ours,
est

chien

taureau^.

Il

donc évident que Michaël,

Suriel,

Raphaël,

Gabriel, Tauthabaoth et Érataoth sont les génies

des étoiles appelées taureau, chien, lion, ours y
serpent et aigle ,

comme

laldabaoth

,

lao , Adonaï

gnosticlsme

me

fait

pencher pour

la

seconde de ces opi-

nions, laldabaoth était également repicsenlé avec

une
fils.

tête

de lion
1

;

Michaël-Ophiomorphos

n'est
,

que son

C'est le

mot hébreu

1D

,

signum

et 311, ursus.

2 Yoy. Croii Obser^^ationes

ad

h.

/. ,

édition d'Origène

par Huet, p. gl.
3 Voj^. Creuzer, S^mbolik und Mjtholog., table
.\xxiii,*

,

558

SECTION

II.

Éloi, Oral et Asiapliai sont les génies de Saturne,

de

la

lune,
Il

du

soleil,

de Jupiter, de Vénus

et

de

Mercure.

n'y a que l'étoile de l'âne qui

man-

que dans

cette curieuse

nomenclature; mais l'âne
les

n'a pas laissé

que de jouer son rôle dans

mystères de
et

l'antiquité.
,

Sans parler de Bacchus

de Silène

il

était la
Il

monture de Typhon
y a plus,
;

du

Satan de l'Egypte.

l'âne aussi a

figuré jadis

parmi

les astres

il

était

placé dans
le

la constellation

du cancer ^

Au

surplus,

nom
ne
et
,

d'Onoël,
se
il

qu'il vaudrait

mieux

lire Atlioniel,

lit

pas toujours avec les

sept

démons

partage cette destinée avec la plupart des au-

tres.

Les

monumens
l'infini.

qui reproduisent leurs

noms

varient à

Ces symboles convenaient aux ophites (Jautant plus qu'ils les trouvaient

dans toute

l'anti-

quité

,

et

surtout
ils

dans

les

systèmes
égard.

religieux

auxquels

avaient le plus

La Perse,

et le culte

de Mitliras en particulier, rattachait

ses

mystères aux symboles du taureau, du lion,
l'aigle et

du chien, de
sur
la

du serpent, qu'on trouve
mithriaques,
et

plupart des

monumens

1

Dupais, Orig^ine de tous

les cultes,

t.

I, p.

4^1, éd.

in-8.*^

Hfgini Poeticon astronomicon, Ub. II'

CHAPITRE
les

IV.

25g
les

codes du judaïsme offraieni, à leur tour,
taureau,
^

symboles du lion, du
l'aigle
,

du
les

seipeiil,

de

de l'ours

et

de Tane.

Cependant, tout en adoptant
la

symboles de

Perse

et

de

la

Judée, les opliiles, fidèles à leur
les

manière de juger tous
fërens

systèmes religieux

dif-

du

leur, en appliquèrent les théories au

inonde

inférieur.

Le dieu des

Juifs n'étant

qu'un
furent

agent subalterne, les anges

du judaïsme ne
;

pour eux que des démons
iîls

laldabaoth et ses

étant les puissances sidérales, Opliiomorplios

et ses fils

ne pouvaient être que des génies sublu-

naires, matériels, terrestres.
briel et

De

là vient

que Ga-

Raphaël

,

les

anges

les

plus élevés

du

judaïsme, sont, ainsi que Michaël, leur chef,
des esprits

du rang
les

le

plus iniime

,

des suppôts
2

de Satan dans

doctrines des ophites.

1

Ézéchiel,

c\\.

10. L'une de
les

Biléam passait facilement

pour un mauvais génie;
cire considères

ours d'Elie ne pouvaient guère

autrement par un gnostique. INoas voyons
la

d'ailleurs
les

dans

\ie de S. Antoine, par Atlianasc, que
la

démons prenaient quelquefois
doctrine qui subordonne
et à ses anges.

iigure de Tours.

2 Les codes sacres venaient encore au secours des ophites

pour

la

le

monde
l4«

terrestre

à.

Ophiomorphos
TOV TOV

Jésus-Christ appeHe Satan
Jok.
y

KOtTfJLO'J

TOUTOV

Ct.^^Ov\ct,

V.

JO,

(Jf.

,

2^0

SECTION

11.

Les sept esprits jouaient ce rôle en

effet.

Ils

communiquaient aux hommes toutes
dont
ils

les
,

passions

étaient dévorés

eux-mêmes

et

chacun

d'eux inspirait en particulier celles qu'indique le

symbole qui

le

caractérise. Il paraît

même que

des idées de métempsychose se
cette

rattachaient à

démonologie zoologique j mais malheureuétait

sement Celse

trop bref sur cette partie du
se

diagramme,
bles

et

Origène

borne à taxer de

fail

ce que

rapportait

ce philosophe.

Or,

rapportait que, selon la croyance des auteurs

du diagramme, quelques hommes
sent en

se convertis-

démons de
,

ce genre

,

les

uns en lions y
,

en taureaux

les

autres

en aigles

en ours

et

en chiens. Etait-ce une simple allégorie, ou bien
était-ce l'opinion

que

les

hyliques,

les
,

choïkoi^
passent
soit

qui ne peuvent pas s'élever au plérôme
après leur mort
,

soit

par punition

,

par

analogie de goût, dans les corps de ces

mêmes

animaux auxquels , déjà auparavant
blaient bien

,

ik ressem-

plus

qu'aux intelligences célestes

Ephes., 2,

V. 2

;

Ephes.

,

6,

v.

ii, i2.

En

général, les

Pères les plus orthodoxes se sont trouvés d'accord avec
les

gnostiques, en attribuant le gouvernement du

monde

à Satan et à ses aides.

CHAPITRE
dont

IV.

241

se rappioclienl les véritables

pneumatiques?
les

Enfin, au-dessus des sphères, on voyait
portes
l'épée

du paradis

et

un demi-cercle
,

figurant

de l'ange gardien

qui en défend l'accès

contre ceux qui ne sont pas dignes d'y aller

manger de

l'arbre
la

de

la

science

du bien

et

du mal.

En somme,

scène inférieure

du diagramme

représentait, d'abord, les sept puissances sidérales

avec leur mère Sophia, l'ame du
prières

monde,

et les

que leur devait adresser

le

pneumatique

afin d'en obtenir le passage

par leur domaine;

ensuite, elle caractérisait les sept puissances

pu-

rement

terrestres avec les trois génies qui diri-

geaient, à côté d'eux, les affaires
férieur.
^

du monde

in-

1

Notre hypothèse sur

le

groupe des dix sphères a peutet le

élre l'inconvénient

de présenter Sophia, laldabaoth

&>/dr dans une alliance trop étroite avec les esprits archon-

tiques, et cette considération

recommande beaucoup une
les
les S'iKuvo)^

opinion antérieure que nous nous étions formée sur
dix sphères. Ces dix sphères pourraient être
les

chefs des dix classes

de génies qui présidaient aux
jours de l'annce
,

destinées des trois cent soixante

sui-

vant la théogonie égyptienne. Voyez ci-dessus,
C'étaient
11 là

p.
la

28.

les véritahlc.s

génies arcliontiques de
,

terre.

est

à regretter qu'Origène

onMiaut
spiicres
,

qu'il

avait

parlé

d'ahord d'un groupe de dix
2

n'ait

plus

parlé

16

,

J/^2

SECTION

II.

SCÈNE SUPÉRIEURE.

On y

voyait d'abord deux sphères, la première
la

entourant une autre plus petite ,

seconde coupartie.

pée par une sphère .qui s'en éloignait en

Ces deux groupes étaient joints par une figure semblable à une hache.
C'était
SidcÔsŒis)

indiquer à

la

fois

la

séparation

(

la

des quatre intelligences que représen-

taient ces

sphères

,

et

leur intime union

^

que

suppose nécessairement la séparation.

Le premier groupe portait
Kocï

l'inscription

:

ttoc]}]^

vioç]

c'est-à-dire, l'Etre suprême, le père
le

inconnu ou
second

premier
le fils

homme

,

et le
la

fils

,

le

homme,

de l'homme ou

pensée.

Le second groupe ne

portait point de légende
la faire

ou, pour mieux dire, Origène oublie de
connaître
:

il

dit

seulement que l'une des sphères

ensuite que d'un groupe de sept.

S'il

nous rapportait

les

noms

des dix, tout serait éclairci. Autrefois
les

on

expliquait

tout le diagramme par

spéculations de la Kabbale.

Yoy. Schum'acher, Erlàuîerung der Lehrtafel der Ophiien;
VKolfenbûttel ,

1756. L'étude plus approfondie des anti-

quités égyptiennes a

donné nécessairement une autre

di-

rection aux investigations sur les théories et les

monumens

des gnostiques.

CHAPITRE
jointes

IV.
la

245
hache
éiait

au premier groupe par
^

peinte

en jaune
d'autant

et l'autre

en bleu. Cette indication est
,

plus

précieuse

qu'elle

concourt

,

au

défaut d'une légende, à faire connaître les per-

sonnages ainsi symbolisés. La couleur jaune

est,

dans

la

symbolique de l'Egypte, qui a servi de

type au gnosticisme, celle d'Athor, mère de plusieurs dieux ^ L'une de ces sphères est

donc

très-

probablement
et l'autre

celle

de

Pneuma

fx^v]^ roûv ^mv]ûûv',

qui y tenait est, sans doute, son preChristos, le quatrième
Il est

mier

fils,

première tétrade 2.
thos que Pneuma.

plus

membre de la en dehors du By-

Un peu
sacrés
parait

plus loin que ces deux groupes conla

à

tétrade,
servi

se

trouvait

un carré qui

avoir

de symbole pour exprimer

l'union intime et primitive de Bythos, Ennoia,

Pneuma

et Christos.

Un

autre groupe de trois sphères, qui tou-

chait à celui des

deux sphères,

caractérisait

By-

1

Champollion, Panthéon égyptien,
3, Athor.

liv.

1, planche 7,

liv.

2

Le bleu

est

la

couleur d'Amon
est
i

,

qui

est
la

Bythos.

Christos, étant

fils

de Bythos,
,

indiqué par
et
:>..

même

couleur. Champollion

itid.

,

liv.

:î44

section il
union avec Ennoîa-Charis
et

thos dans son

Pneuma-Zoê.

C'était

une grande sphère sans

lé-

gende, entourée, dans ses parties supérieure
inférieure, de

et

deux

petites

sphères, dont l'une
l'autre celui

portait le

mot de

xoc^iç
la

,

de

^ûûyi*

Ce groupe surmontait

hache.
la tétrade

Après tous ces symboles consacrés à

supérieure, à la sainte Eglise^ venaient encore

ceux d'une tétrade
n'est

secondaire.

Cette

dernière

point exprimée dans
et b'est

les autres

du système,

là,

dans ces
sensible
,

monumens monumens,
que
est
,

une lacune d'autant plus

dans

toutes les doctrines gnostiques

il

question

d'une première tétrade,

il

y en

a

une seconde
la

qui y correspond. Mais quelle est
tétrade des ophites?

seconde

La première

se

composait

des puissances, des
les

^ioc6i(jsiç

de Bythos; suivant

obscurs

et

confus détails que nous donne
la

Origène sur un groupe du diagramme,
se

seconde

composait des attributs de

la

Sophia. Dans le
le tren-

système de Valentin, Sophia n'est que
tième des éons. Elle
est autre

chose dans celui

des ophites- elle est la sœur
est le

du Christos;
elle fait partie

elle

cinquième personnage;
pentade

de

cette

que

les

ophites

invoquent dans
planétaires
j

leurs adresses aux puissances

elle

,

CHAPITRE
est la
et elle

IV.

r)/,':>

vériiable Providence
est la

des

pneumatiques

seule pendant toute leur carrière

terrestre; elle est la sagesse

de Dieu

telle qu'elle

peut

se manifester
Il

dans

le

monde;

elle est

Famé

du monde.
Dès -lors

n'est rien au-dessus d'elle entre la
et les sept esprits d'Ialdabaolh.

première tétrade
les

ophites ont

pu considérer

Sopliia

comme une
paux

puissance adorable dans ses princi-

attributs.

Telles sont les idées qui paraissent avoir été

exprimées par l'autre groupe de sphères

,

celui

de
sait

la

seconde tétrade.

Ce groupe
la
^

se

compo-

d'une grande

sphère^ dont

périphérie,
^

formée de lignes qui se croisaient

ejnbrassait

deux sphères plus
boïde.

petites et
la

une figure rhomles

On
,

lisait

dans
,

grande sphère

mots

de

Go(plocç

TT^ovotcc

et

sur la section des deux
C^vaig,

petites

ceux de ao^locç

Au-dessus
petite

du

point d'intersection
avec
la

s'élevait

une

sphère

légende de yvûoŒiç ,

et l'on

en voyait une

au-dessous avec l'inscription de avvsaiç.

La grande sphère
monde. Les

était

donc Sophia, lame du
in-

lignes croisées de la périphérie

diquaient les voies de la Providence, avec quel-

1

Kv'dXcf) TTéptTreTrXeyfjiiVM.

Orig.

,

1.

c.

,

p. 660.

^46
que allusion à
la

SECTION

II.

forme du génie Opliis ou du

génie serpent, que Sophia emplo^^a dans sa lutte

contre

les

puissances d'Ialdabaoth. La nature de

Sophia

était
:

indiquée par deux sphères qui se
elle tenait à la terre et

touchaient

au plérôme.

La

figure
la

rhomboïde

est

l'œuf du
^

monde, emou
à d'autres
siècles.

prunté à

symbolique de l'Égjpte

doctrines cosmogoniques des premiers
trésor de science,

Le

que

la

Sophia communique
lumières qu'en reçoit

aux pneumatiques,

et les

leur intelligence, sont indiqués par les mots de

yvœdiç

et

de

(rvvgtjiç.

Tels étaient les symboles de

la
le

scène supérieure

du diagramme;

ils

peignaient
la

monde du

pléils

rôme. Ainsi que ceux de

scène inférieure,

s'accordent parfaitement avec les théories de l'ophitisme;
ils les

complètent sous plusieurs rapports.
dire autant d'un

Nous voudrions pouvoir en
autre

monument que
est

l'on a revendiqué à l'ophi-

tisme, mais dont la concordance avec ses doctrines

au moins problématique

:

j'entends
le

parler des
saAJant

odes gnostiques découvertes par
les

Woide parmi
à Londres.

manuscrits du docteur
déjà

Askew,

Nous avons

vu que ces

\

Voyez ci-dessus,

t.

I, p.

2'^'S.

CHAPITRE
poésies
,

IV.
* ,

247
ei

publiées par

Woide

en partie par

l'illustre

évêque de Séelande, M. Mûnter-, ne doi-

vent point être regardées
lenlin, intitulé Sop/iia'^.

comme
Il

l'ouvrage de Va-

nous paraît également

hasardeux de
ophites. J'ose

les

prendre pour un ouvrage des
aflTirmer,
,

du moins
à

pour

les

cinq

odes attribuées

Salomon
,

publiées

spéciale-

ment par M. Mûnter

qu'elles

ne contiennent

pas une seule idée qui soit exclusive à l'ophitisme.

Les deux premières ne renferment abqi^i

solument rien

ne

soit parfaitement

ortho-

doxe, sauf quelques imprécations peu charitables
contre les ennemis du poète. La troisième parle

d'une émanation^ d'un grand fleuve de salut,
qui a recueilli les petits fleuves
;

qui ne

s'est

point

laissé

prendre par ceux qui enchaînent

les

eaux; qui a désaltéré ceux qui demeurent dans
les

sables arides;
et

qui a rendu

la

lumière aux

yeux,
visible

qui est retourné au-dessus

du temple

(dans l'Église céleste). Ce fleuve du salut
Testament, grœc.
,

1

Woide, Appendix ad

edit.

Nov.

e

codice yîlexandrino. Oxonii , 1799? in-fol.
2

p. i48.
et

Odœ
,

gnosticœ Salomonl tributœ

,

thebaice

latine^

Hafnlœ
.3

1812, Progr. in^^

Voj. ci-dessus,
y

p. io5. 6/1 Keil, in Fabric. Bihlioth^

grœca

éd. Jlar/ess. vnl.

VU,

p-

178, 179.

^4^
est

SECTION

II.

indubitablement
qu'il

le Christ, et

ceux
élus.

qu'il dés-»

altère,

recueille, sont les

Ce pour-

raient être les

pneumatiques

;

mais toute cette

allégorie se rapporte aussi bien

aux idées ortho-

doxes

qu'à celles
;

d'une

secte

quelconque de

gnostiques
tes.

rien n'y désigne au

moins

les
,

ophi-

Il

en

est

de

même

de

la

quatrième

dans

laquelle le poète célèbre la bonté

du Seigneur,

pour
et

l'avoir
la

délivré des liens de ses adversaires

de

maladie qui l'accablaient. La cinquième
la

strophe de
rait

cinquième ode, au contraire, pa-

renfermer

un

passage

décisif. Il

y
le

est dit

:

Le Seigneur a frappé de mes mains
sept têtes ;
il m'' a

serpent à

placé sur sa racine (source de
le

son existence, suivant

langage judaïque), pour

que je pusse détruire sa semence. Ce serpent à
sept têtes paraît, au premier aspect, être l'image

d'Ialdabaoth
fils.

ou d'Ophiomorphos
ne

et

de leurs six

Cependant ce caractère d'ophitisme, qui doit
décisif,
l'est

être

nullement; tout chrétien
cette locution
,

orthodoxe pouvait employer
Jtrouvait dans

et

un

livre dto saint

code, dans l'Apo-

calypse, le dragon rouge à sept têtes et à dix

cornes, avec sept couronnes sur ses

têtes.

^

1

Apocalypse, ch. 12,

v. 3.

CHAPITRE

IV.

249

Ces odes sont, en général, un tissu d'idées el
d'images de
la Bible.

On

y trouve une allusion

à la résurrection des corps,

dogme

si

contraire

au gnosticisme. La seule trace de gnosticisme
qui s'aperçoive dans leur ensemble,
est le

mot

&eon
de
la

,

qui

se

lit
;

dans

la

douzième strophe

même ode
Il

mais ce terme appartient à

toute autre secte gnosiique autant qu'à celle des
ophites.
est vrai

que dans

les diverses parties
le

du code d'Askew on trouve
baoth
,

nom

d'Ialda-

qui semble appartenir

particulièiement

aux ophites; mais en

même

temps on v remar-

que
pas
;

celui de

Barbelo, qui ne leur appartient
voit

on y

l'opinion

que

les

âmes des

apôtres étaient prises de douze Sauveurs, tandis

que

celles des autres

hommes

tirent leur origine

des archontes, ce qui n'est conforme à aucune
autre théorie gnostique; l'on y rencontre enfin
les

mots de plérome, de gnose

et

de mystère

^

qui appartiennent au gnosticisme de toutes
écoles. Il
est

les

donc

à croire

que ce code tout
déjà indiqué, est

entier,

comme nous
recueil
,

l'avons
fait

une sorte de

par un gnostique des
01 1

derniers temps

de cette époque
persécutées

les débris

des diverses

sectes

mêlaient

leurs

intérêts et leurs doctrines, dans fespoir de pro-

^So

SECTION

II.

longer leur existence de
effet,

quelques
n'a

lusires.

En

aucune école gnostique

réuni toutes
,

les

théories

que l'on y remarque
la la

et

l'on

y

trouve les opinions et

terminologie de presgnose.

que toutes

les sectes

de

Le

texte kopte

de ce volume aujourd'hui mieux connu, n'est
d'ailleurs

que
et

la

traduction d'un original écrit

en grec
siècle

,

n'est

guère antérieur au quatrième
^

de notre

ère.

Cette

donnée

atteste

,

entre autres

,

que

les

ophites se maintenaient encore à cette époque;
qu'il

en

restait

au moins quelques
les autres

débris.

Ils

s'affaiblirent,

comme

gnostiques, dès

1

Miinter,

1.

c.

,

p.

12.

Ce savant

croit l'original

du

second siècle,
ration
fort

et

il

appuie ce jugement sur une considé-

ingénieuse. L'ouvrage tout entier décèle une
si

connaissance
qu'il

intime des pures doctrines de la Bible,

ne peut
,

être

que d'un

homme

élevé dans l'ortho-

doxie
fort
si

et converti ensuite

au gnosticisme. M. Miinter a

bien senti qu'il restait la grande question, de savoir odes de Salomon ne sont pas trop orthodoxes^ pour
il

les

être l'ouvrage d'un gnostique, et

j

a

répondu d'avance

par un passage qui
écrits

atteste sa parfaite familiarité avec les
,

des premiers siècles

c'est

ceiui

S. Irénée rap-

porte que les valentiniens ont eu

un

soin extrême à se

conformer au langage des saintes
hœres.^

écritures. Iren., j^dç.

I,

c.

1, 2; III ,

c.^

i5, 2.

CHAPITRE
l'origine

IV.

2

M

de leur école, en se pariageani. en plu-

sieurs

sectes.

Nous en avons
;

déjà indiqué les

deux divisions principales

deux branches en-

core plus distinctes de l'école fondamentale se
désignaient
Caïnites.
§. 7.

sous

les

noms de

Seihiens et

de

Les
,

sétliiens,

comme l'école
,

principale des
le

Les
S^^"'^"^

opliites

attribuaient à Sophia
la

sinon

gouver-

nement, du moins

protection de tout ce quil
les

Caïniies.

y

a

de bon

et

de pur dans

créations

du

monde
et

inférieur; mais ils établissaient

une théo-

rie particulière
,

sur l'origine

du genre humain,
la

tout en
ils

la la

puisant dans
rattachaient
,

doctrine de Zo-

roastre ,

d'une manière très-

hardie et très-ingénieuse, aux premières feuilles

du code

judaïque. Ces pages renferment, à leurs
série

yeux, une
gaires ont

de mythes que

les esprits vul-

eu

le tort

de convertir en récits his-

toriques

'

;

une

suite

de vues sublimes que l'on a
anecdotes

transformées en simples

de familJe.

Cependant une anthropologie profonde, mystérieuse,

y

est

encore indiquée par quelques lamvérité est que, dès

beaux d'un grand système. La

1

Les opliltcs ont encore etc.

m

ceci, les ]»iécursenrs

des inlerprctes modernes.

^53
l'origme,
différens.
il

SECTION

II.

y eut deux couples d'hommes
les

fort

Les uns,

hyliques, étaient

la

création

des génies du mal; les autres, les psychiques,
étaient l'œuvre

du démiurge. Le représentant des
dont
la

psychiques,

Abd^

nature

était faible et

molle, ayant succombé dans sa lutte contre
puissante nature

la

du représentant des hyliques,
fut vaincu
la

de Caïn
par
le

(comme Ormuzd
fils

un

instant

méchant Ahriman),

Sophia remplaça
fortifia

Abel par son
époque

Seth^ qu'elle
,

avec le

principe pneumatique
cette
les

la

lumière divine. Depuis

descendans de Seth formaient,
,

tton

plus une race de psychiques

mais une

famille de pneumatiques destinés à combattre,
à vaincre les descendans de la création des anges

de ténèbres. Cependant
la

les

médians propageaient
et

mauvaise semence avec un nouveau zèle,
les détruire

Sophia résolut de

par

le déluge.

Les
cette

pneumatiques seuls devaient échapper à
catastrophe
;

mais

les

mauvais anges surent in-

troduire dans l'arche de
leur instrument
,

Noé

le

méchant Cham,

qui propagea leurs esclaves.
plus de

Sophia n'en

veilla sur les siens qu'avec

sollicitude, et,
rils
,

au

moment
le

des plus grands pé,

elle fit

reparaître

parmi eux
5

dans

la

per-

sonne de Jésus- Christ

type des pneumati-

,

CHAPITRE
ques
main.
,

IV.
le

255
genre

son
1

fils

Setli

,

qui sauva

hu-

Les sélhiens, loin de combattre

le

judaïsme,

reconnaissaient la race sainte dans les patriarches
et les

prophètes qui avaient exercé

le

plus d'in-

fluence sur ce système. Ils sortaient incontesta-

blement du judaïsme;
la

et

nous voyons

ainsi

dans

même

famille, dans la grande école des ophi,

tes,

une tendance irès-judiiique (^séihiens)

une

tendance anti-judaique, par zèle de christianisme,
par ultra-christianéité (ophiles purs),
et

une ten-

dance ennemie du judaïsme, par abus de quelques principes du christianisme
(^ai'«//^5).
^

Les Caïnites, que l'on nommait aussi

les

Ju-

daïies^ furent à la fois les plus hardis de tous les

gnostiques, les adversaires les plus conséquens

de toutes

les

institutions

du mosaïsme
du

,

et

les

défenseurs les plus intrépides de l'indépendance

de

l'esprit
Il se

de tous

les actes

corps.

trouve de loin en loin des

hommes

qui

osent entreprendre de relever de leur condanmation des personnages chargés de la malédiction

1

Epiphanius
11

,

Jlœres.
les

,

'5g

,

«." 9.

2

n'y a

que

ophiles juifs, créés par Moslieim
i'iiistoire.

qui manquent tout-à-fait dans

:^3/f

s

ECU OIS

IL

de tous

les siècles

:

les caïnites

ont surpassé, sous

ce rapport, tous les autres genres de courage. Si
les

séthiens ont eu

pour fondateur un ophite

sorti

du judaïsme,

les caïnites paraissent être les

disciples d'un

ophite élevé dans les

sentimens

des peuples payens. Dans leur haine contre les
Juifs
et

les

doctrines mosaïques,

ils

regardent

comme
divinité

autant

d'hommes supérieurs ou de pneula

matiques tous ceux qui furent persécutés par

du judaïsme. Ces nobles victimes
à leurs
et

for-

maient

,

yeux

,

la

véritable

famille

de

Sophia,

furent,
et

comme

tels, les adversaires

de l'orgueil

des

mauvaises

institutions

du

démiurge Jéhovah. Esaù,
les les

C'est ainsi

que Caïn, Cham,
et

habitans de
,

Sodome
et

Gomorrhe,
,

enfans de Coré

Dathan

Abiram

et

en

général tous ceux que les écrivains

du démiurge
succombèrent

présentent

comme

ses

ennemis

,

dans leurs généreux

efforts

pour un meilleur
de Sophia
ils

ordre de choses, qu'au

nom

dési-

raient opposer à celui de

Jéhovah!

Ce point de vue,

les caïnites l'appliquèrent,

avec une hardiesse toute nouvelle et avec une

conséquence imperturbable, à

l'histoire entière

du mosaïsme.

Ils le

portèrent plus loin

ils

con-

sidérèrent les évangiles et les épîtres des çhré-

,

CHAPITRE
liens

IV.

25 D

orthodoxes

chés de

comme autant d'ouvrages entajudaïsme, comme expliquant aussi mal
que
la

la véritable liistoire

la véritable

doctrine

du

Sauveur. Suivant eux,

majorité des premiers
le

apôtres était elle-même aveuglée par

judaïsme.

Judas,

le

seul apôtre
l'état

pneumatique, connaissait

parfaitement

des choses, les rapports

du
les

monde

inférieur avec le

monde

supérieur

,

vues d'Ialdabaoth (Jéhovah) et de Sophia

,

en
elle

un mot,
qu'il

toute la céleste gnosis.

C'est

par

savait

que

l'empire

d'Ialdabaoth
et c'est

serait

anéanti par la

mort du Sauveur,

pour

amener ce

résultat qu'il le trahit. Ces faits et ce
le seul

point de vue étaient établis dans
véritable, dans celui de Judas,
les caïnites
^
!

évangile

que possédaient

On
d'être

voit par là que les

caïnites étaient loin
;

ennemis du christianisme
,

qu'ils préten-

daient

au contraire
,

,

être

les

seuls

véritables

chrétiens

et

meilleurs en tout point que tous

les autres. Ils rejetaient,

comme
et la

erronné,
vraie

le

code
,

entier des

orthodoxes

;

science

la

gnosis de leur évangile, était complétée, pour

1
c.

Epiph.

,

Hœres.

,

38.

Hieroiijni., in Indic hœres.

8.

,

256

SECTION IL
S.

eux, dans un ouvrage composé par
ce ravissement au troisième ciel

Paul après
il

avait

vu

des choses qu'il n'était point permis à
d'articuler ^ Ils s'appropriaient ainsi

Thomme
ils

une vision

rapportée, en

effet,

par

S.

Paul, ou plutôt

abusaient de cette vision pour assigner l'origine
la

plus sublime à la prétendue révélation qui
base de toutes leurs théories.
,

faisait la

^

Ils

abusèrent
et

d'une manière bien plus cou,

pable

plus extravagante

de leurs propres

théories sur l'empire d'Ialdabaoth et des principes que proclame le christianisme sur l'affran-

chissement de l'homme par

la

rédemption, sur

l'adoration de Dieu en esprit et en vérité.

Le premier devoir de

la

morale supérieure

et celui de toute la vie d'un

pneumatique,
ses

est

d'anéantir l'empire
ses institutions,

du mauvais ange,
Ce

œuvres,
mépri-

ses lois.

n'est qu'en

sant toutes ces lois que

l'homme

s'affranchit
et

se sauve, se place au-dessus d'elles
les

entre dans

ra^ngs

des pneumatiques.

Ils

appelaient cet

1

Un

autre de leurs écrits apocryphes était
Ils

un

traité

contre Jç-gpa.

désignaient par ce terme, qui est le
le créateur

yoni du système indien,

Jéhovah-Ialdabaoth.
y. 4*

2 11.^ Epître de S. Paul

aux Goriuth., ch. 12,

,

CHAPITRE
acte
d'afTi

IV.

257
les

ancliissement

,

passer par toutes
le

choses \ c'est-à-dire, prouver
les lois judaïques et le

mépris de toutes
la

mépiis de

matière sur

laquelle règne Jéliovali, en se livrant à tout ce

que proscrit ce dieu
les voluptés.

,

à tous les plaisirs , à toutes

Ils s'y livrèrent,
,

en
la

effet,

au rap-

port de leurs adversaires

avec

plus effroyable

licence, et en dérision des mauvais anges, dont
ils

pratiquaient

aîn^

les

œuvres

,

tout

en

les

insultant par de bizarres invocations.^

La morale des

diverses branches de l'ophi-

lisme nous montre donc,
tions
,

comme

leurs spécula-

les

tendances
se

les plus

opposées. Tandis

que

les

unes

prescrivent la morale la plus

sévère et

une continence absolue, pour ne pas
la

disséminer
la

semence de lumière par

l'acte

de

génération 5; les autres, pour affranchir le

1

A/ct ttcIuImv

;^&jps/J'.

Epi^ih.

y-

Hœres.

,

38,

S- 2-

bcn.

iib.

1

,

p.

iio,

éd.

Grahe.
//.

2 Ircn.TUs et Epiphaiiius,

ce
ophitiques

3 Suivant un évangile attribue ù S. Philippe, mais qui
paraît

appartenir

à

des

sjncrclistcs

,

l'anie

d'au défunt adresse au clief des sept régions une prière

analogue, sous quelques points, à
déjà données, mais
assez,

celles

que nous avons
d'autres,

différente, en
est

pour

mériter encore d'clre reproduite. Elle
^

un témoignage de

17

23S

SECTION IL

principe de lumière, tiennent une conduite dia-

métralement opposée

;

et c'est

en nous présentant

ainsi, à côté de la vérité, la fidèle peinture de

mille aberrations diverses, que l'histoire de
prit

l'es-

humain

est réellement instructive

pour

celui

qui y cherche un peu plus que des
opinions.

faits et

des

On

conçoit

,

d'un autre côté

,

que

les

ophi-

les furent

particulièrement^'^persécutés par ceux
,

qui ne voyaient en eux que des ennemis
qu'ils aient

-et

pu donner

lieu à de graves accusa-

tions de la part des docteurs. Les tableaux

que

nous en tracent ces derniers sont peut-être
chargés
l'être,
;

et ils

ressemblent trop
les

,

pour ne pas

à ceux

que
;

payens tracent à leur tour

des orthodoxes

mais quand
et

on considère

la

puissance des argumens

des ressources que le

paganisme ébranlé opposait encore au triomphe

plus de la grande yariété de ce gnosticisme dont les

momoi-

numens ont
^^

été

si

cruellement nnutilés. « Je

me

suis
j

même

reconnue dans

mon

être,
j

disait
je n'ai

l'âme

je

me

(^

suis recueillie de tous les

côtés

point donné
j'ai

d'enfans au dominateur des

mondes 5 mais

extrait

« sa racine et j'en ai recueilli les
(<

membres

épars. Je sais

qui tu es, car

je liens
c.

mon
i3.

origine d'en haut.» Epi-

phanius, Hœres., 26 ^

CHAPITRE
de^ la
les

I\.

259

doclrine cîirélieune

,

on ccjinprend que
au
ré-

chefs de reniplre aieiiL joint leur épée
l'Eglise
,

bâton pastoral des chefs de
duire au
les

pour

même

silence les Celse et les
et

Marcion,

gnostiques

les
les

nouveaux
efforts

platoniciens.

Cependant, malgré

réunis

de leurs

adversaires, malgré leurs propres divisions, les

ophites

,

qu'Origène

affect^iit

déjà de

rayer

du

nombre des
tantes
,

sectes chrétieimes et des sectes exis-

se

conservèrent
siècle.

jusque vers

le

milieu
Valenti-

du

sixième
,

Après Théodose
encore des

et

nien

Justinien

rendit

lois

contre

eux ^
les

Au

quatrième siècle, le pieux
réfutés

Éphrem
,

avait

avec

tant
,

de

chaleur

et

il

avait

prononcé contre eux

jusque dans

son

testament, des malédictions

si

sévères, qu'on ne
ils

peut s'empêcher de croire qu'alors

étaient

encore nombreux en Syri£

2.

Ils

étaient répan-

dus beaucoup plus

loin.

En
et

Bithynie l'évêque
l'évêque Evandre

Théocrite de Chalcédoine

de jNicomédie eurent d'abord avec eux une con-

1

Aniice 55o. Codex Jaslin.

^

L.

r>

,

18,

i<j,

21, de

hœreticis.

2 lîebedJesu, Catalog. llbr.
Bihlioth. orient.
,

.v|7-.,

c. Ji'.

Dans Asscmaiii.

/.

Ilf

.

p.

(î.^.

, ,

^^O
férence publique,

SECTION
qui
eut

II.

le

résultat

qu'ont

toujours eu

les

colloques de ce genre, une plus
côtés.

grande exaspération des deux
les
les

Dès - lors

deux chefs d'Église résolurent de surprendre
opliites

dans leurs assemblées;

ils

y

firent

tuer les serpens destinés aux cérémonies de la

cène
et

y

ils

expulsèrent les docteurs de
les
*

la

secte

en ramenèrent

membres dans
du gnosticisme

le

sein de

leur

communauté.

De

tous les partis

,

celui des

ophites avait été le plus important après celui des
Valentiniens
,

dont

il

s'était

détaché, ou plutôt

avec lequel

il

partageait quelques-uns des prinIl

cipes les plus essentiels.

faut bien se convaincre

que

les

ophites furent aussi célèbres que
tel

nomles

breux, puisqu'un philosophe

que Gelse

confondit avec l'Église orthodoxe elle-même
ainsi

que prouve l'ouvrage que

lui

oppose

le

savant Origène.

La dernière grande
nous ayons encore à
son côté
,

école de la

gnose que

faire

connaître, atteste, de
des
ophites.

la

puissante

influence

L'école de Carpocrate partage ses principes les

plus caractéristiques avec les caïniles,

la

branche

1

Prœdestinatus f

c.

17, 23.

CHAPITRE
la plus

ly.

261

hardie et la plus conséquente de tout

l'ophitisme.
§. 8.

L'école de Carpocrate, la quatrième dont

École
^

l'Egypte fut le berceau, quoique ses doctrines
fussent cosmopolites
,

n'acquit point l'importance
;

de

ses puissantes rivales

mais

elle intéresse

peut-

être plus qu'elles notre

curiosité toute entière.

Elle établit des doctrines plus tranchantes
toute autre; elle
est

que

non-seulement anti-judailes lois

que, dans ce sens qu'elle combat
faites

impar-

du mosaïsme;

elle

proscrit toutes les lois;

elle
l'a

n'en connaît qu'une, la loi de la nature.

On
elle

désignée quelquefois par l'épithète d'éclec/ielle la

que ;

mérite sous quelques rapports

;

combine

certaines idées

du platonisme avec queU
le

ques opinions du christianisme; mais, dans
fait,

son éclecticisme

est très-négatif, et se réduit
la

à

peu près à condamner ce qu'enseignent

plu-

part des autres écoles. Cette direction la rend
d'autant plus remarquable
,

qu'elle

n'est

point
la

poussée jusqu'au

pyrrhonisme. Ce qui

re-

commande
c'est

particulièrement à notre

attention,

que

ses doctrines se rattachent à

quelques

monumens que l'ardeur investigatrice
vient d'arracher à
la

de nos jours
ils

j)oussière

dont

élaient

couverts depuis des siècles,

et qui,

par consé-

,

262

SECTION

II.

quent, peuvent être encore
discussions nouvelles.

l'objet

de quelques

Carpociate
élevé

,

dans

Alexandrie
,

l'érudite

dans

le

christianisme

contemporain de

Basilide , de Valenlin et de tous les chefs les plus

célèbres des diverses écoles gnostiques, n'a

pu
au

manquer

d'être

un peu
il

éclectique. Il joignit

christianisme, auquel

voulait donner la plus
telles

grande simplicité ^

les

opinions de l'Orient
2,

que l'Occident

les avait faites

et

celles de l'Oc-

1

On

a élevé plusieurs
,

fois

la question

si

Garpocrate

fut chrétien

si

Ton doit

classer son école clans celles des
s'il

hérésies

du christianisme? Mais
il l'est

est évident qu'il

ne fut
;

pas orthodoxe,
qu'il sortit

aussi qu'il

ne fut ni Juif ni pajen

du christianisme,
c'est là

et qu'il

en conserva quelques
fait

élémens. Or,
plus ou moins

précisément ce qu'ont

un peu
fa-

les

gnostiques de toutes

les écoles. L'anti-

quité chrétieime traite les carpocratiens

comme une

mille infidèle à l'Eglise; or, quels motifs les Pères des

premiers siècles, d'ailleurs
tous ceux dont les
jeter

si

jaloux de se distinguer de

mœurs

et les

enseignemens pouvaient
seraient-ils allés
,

quelque défaveur sur leur cause,
,

déclarer hérétiques

c'est-à-dire chrétiens séparés

des

hom-

mes qui ne
2

l'eussent point été réellement?
les

Ce ne sont jamais

opinions orientales pures que
;

l'on rencontre

dans ces systèmes
par
le

c'est

toujours l'Orient

conçu

et reproduit

génie de l'Occident.

,

CHAPITRE
cident lui-même.
sulta plus de

IV.

265
ne con;

Aucune

secte gnosiique

sources que celle de Carpocrate

aucune n'indiqua mieux

qu'elle les sources qu'elle

consulta. Les carpocraiiens, en vénérant les ima-

ges

de Zoroastre

,

de Pythagore
^

,

de

Platon
celle

d'Aristote et de Jésus-Christ

comme

de

leur propre chef; déclaraient, par là

même,

leur

large manière de considérer la grande cause d«
la vérité. Ils

regardaient les anciens instituteurs

de tous les peuples
rieurs,

comme

des

hommes

supé-

comme

des maîtres

communs.
celle

Une branche de
des Prodiciens
le
^

l'école carpocratienne,

qui s'attribuaient exclusivement

nom
et

àe gnosliques ^ possédait des Apocalypses
2.

de Zoroastre
ques

C'étaient de ces écrits astrologila

théurgiques que

commune

tradition

rattachait

au représentant des anciennes doctrines

persanes et chaldéennes, et que les philosophes

1

Ils

altacbaient

un

prix particulier à
("ait

un

portrait de

Jésus-Christ, qu'ils prétendaient
ce qui indique, d'un côté,

par ordre do Pilate,

qu'ils

étaient plus chrétiens

qu'on ne pense, et, d'un autre,
tiers le

qu'ils associaient

volon-

paganisme, dans

la

personne de Pilale, aux hom-

mages rendus

à l'auteur des doctrines chréliennes.
,

2 Clemens Alex., Slrom., I
Plotini,
c.

p.

7)^)'j.

Porphyrius, Vita

16.

264

SECTION

II.

de diverses écoles grecques , que surtout veaux platoniciens honoraient à
tiques
1.

les

nou-

l'égal

des gnos-

On
la

ne considérait point, dans ces senla

timens d'enthousiasme pour Zoroastre, que

réforme

plus radicale que ce théosophe eût
les

opérée dans
était

croyances de ses contemporains,
la

précisément celle de

magie théurgique,
,

qu'il reprochait

venait

au méchant Ahriman recommander en son nom. 2

et

qu'on

Les carpocratiens attachaient beaucoup plus

de prix à ces ouvrages qu'aux

écrits les

plus

authentiques du judaïsme et du christianisme.
Ils

ne voyaient dans

les

codes des Juifs que
ils

l'œuvre d'esprits inférieurs;
la partie

n'admettaient de

historique de ceux des chrétiens que

1

On

fabriquait ces sortes d'ouvrages, sans le

moin-

dre scrupule,

dans tous

les

partis.

Voj.

Germon ^ De
Cf.
,

veteribus hœreticis ecdesiastic.

codicum corruptoribus.

notre Essai historique sur l'école d'Alexçindrie
p. 004.

vol. II,

2

Le représentant occidental

le

plus célèbre de ces

tendances magico-théurgiques est Apollonius de Tjane,

dont Epipbane,

fils

de Carpocrate, fut

le

plus heureux

des imitateurs. Voj. ci-dessus, p. i58. Cf. Lambecius, in

Prodr.
p.

hisi. litt., p.

79

sq.

Fabric, Biblioth. grœca ,

t,

I,

3o4;

éd. Harless,

y

CHAPITRE
le seul évangile

IV.
ei ils

3^)5

de

S.

Matthieu,
^

iuierpré-

taient le reste à leur gré.

Ce jugement sur

les

codes sacrés simplifia
:

nécessairement leur dogmatique
aimaient peu les dogmes.

en général

^

ils

Ils rejetèrent,

sans re-

gret, l'éonogonie toute entière des autres sectes,
et leur
rie

christogonie est aussi simple que

la

théo-

d'une naissance quelconque. Le seul élément

spéculatif qui
tiré

domine un peu chez eux,
leur temps
et
^.

était

du platonisme de

Ils

se

rap-

prochaient des simoniens

des

ménandriens
ils se

par ces tendances grecques,
prochaient des nicolaites
et

comme

rap-

des caïnites par leur

morale anti-judaique

et anti-chrétienne.
les êtres et

A
fxiûc

la tête

de tous

de toutes leurs

œuvres,

les carpocratiens plaçaient la
,

monade,

la

d^xri

le

Trcflyj^

o?Kœv, le

7îix]rj^

ocyvœ^oç

ocKcc]ovof.tcc^oç,

que nous rencontrons dans tous

les

systèmes gnostiques, et en général dans toutes

1

Ëpiphanius^ llœres.f 5o.
fils

2 Carpocralc et sou

Epiphane
à
travers

lisaient Pialon luile

même
siècle.

;

mais

ils

le

lisaient

prisme de leur
c'est
,

Ce

n'est pas le
,

platonisme pur,

le

nouveau
chéris-

platonisme
saient.

le

platonisme pytbagoricicn
i58.

qu'ils

Vov.

ci-(les;>ns, p.

#

^66
les

SECTION
de l'ancien

II.

doctrines

monde, dans
est

l'Inde

comme
Soit

en Perses Tout

émané de

cet être,

tout doit rentrer

mi jour dans son

sein.

que

les

carpocratiens se bornassent à
général, soit que

renonciation de ce principe

leurs adversaires, guidés par les sentimens d'une

pieuse horreur
trines-,
il

,

aient

trop abrégé leurs

doc-

n'y a presque plus de trace de cette
le reste

émanation dans
les

du

système. Quels sont

membres

placés dans la

grande chaîne des

êtres entre V inconnu et le créateur?
cette

D'où

vient

matière que

le

démiurge a mise en orest -elle

dre? Dans quels rapports

avec l'Être

suprême? Dans quels rapports
elle

se sont

mis avec

ceux qui ont

fait

le

monde ?
les

Telles sont

les

grandes questions que

carpocratiens déleurs

daignaient

de poser

,

ou dont

ennemis

1

Voj. Brahm,

l'Être inévélé.

Mûller, Glauben, JVissen,

u.

Kunst der

ait en

Hindus ,

vol.

I,

iab.

I,

72."

1.

Uidée d'un Dieu ctyraç-oç paraît avoir

été très-répandue

en Occident aux premiers temps du christianisme.

S. Paul
•3'g&î.

remarqua dans Athènes un autel
Jcior. 17, r. 23.
2 II est

érigé

cty/MS-M

digne de remarque que ces sentimens percent
écrits publiés

encore dans des
cratiens.

de nos jours sur

les

carpo-

CHAPITRE

IV.

267
solutions sui-

dédaignent de nous donner
vant cette école.

les

On
tiens
,

nous
ainsi

dit

cependant que
les

les

carpocra,

que
sans

tliéosoplies de l'Orient
,

les

gnostiques

exception

Platon

et

Pliilon
l'Etre

même

,

admettaient entre la matière

et

suprême un

intervalle tel qu'il n'eut jamais

pu
par
et

ni voulu s'en occuper.

Le monde

visible

,

avec

tout ce qu'il renferme, a été

fait, disent-ils,

des esprits différant en tout de

la

monade;

cette création fut l'effet d'une révolte contre elle,
le

fruit

de l'orgueil

et

de l'ambition des anges.
,

On

s'aperçoit bien

de leur nature

quand on
la

considère les lois qu'ils y établirent et

manière
qu'ils

dont

ils

gouvernent

les

diverses

parties
si

s'en sont attribuées.

Ces lois sont
si

injustes et

ce gouvernement est

mauvais,

qu'il faut s

y

soustraire, qu'il faut s'élever au-dessus de ces

violences et de ces caprices. Mais,

pour

s'élever

au-dessus de cet ordre inférieur,
l'ordre supérieur
c'est la
,

il

faut connaître
la

la

monade.

C'est

gnosis

,

science des carpocratiens qui

donne

cette

connaissance. Ce n'est pourtant ni une science

nouvelle

ni

une science exclusive

;

elle a

été

donnée

à tous les peu[)les,

ou plutôt

les

grands

liommes de ions

les peu])les

ont pu s'élever jus-

,

^^S
qu'à elle
^
:

SECTION
payejis
et

II.

ou

Juifs

,

Pythagore

,

Platon

Aristoie, Moïse
cette gnosis,
la

Jésus -Christ,
2.

ont possédé

vérité

Cette gnosis affranchit

des lois du

monde ^j
le

elle fait plus, elle affranchit

de tout ce que
tout ce qui
est

vulgaire appelle religion, de
elle

lien;

élève au-dessus de

toutes les formes, de toutes les lois extérieures. Elle est d'autant plus précieuse, qu'elle ne peut

plus se perdre; qu'elle rend l'homme semblable
à Dieu, inaltérable, d'un calme parfait^.

Le gnos-

tique qui possède ce trésor, est bien supérieur

aux anges, bien plus puissant que ces
Suivant
les autres écoles, il faut

génies.

toute la sol-

licitude de Sophia, toute la lumière
céleste
et la

du Sauveur

parfaite

communication de son

pneuma pour

arracher l'homme à cet état d'emle

prisonnement où

tiennent

les

anges

,

après

1

Voilà une école méprisable qui proclame,
,

il

J a

seize

siècles

l'universalisme le plus philosophique et le plus

religieux

que connaisse notre temps. que prendre
:

2 Les caipocratiens ne faisaient en cela

dans un sens trop étendu
auTTo ivQC,

le

principe de S. Paul
,

«

juloluùolv
^co/Ji'iV*

iitcts~ov
2'j
,

y\fj.OdV

VTroip^H

sv

cIu]cù.

yoip

Actor. 17, V.

28.

4

Ce sont autant

d'idées dénaturées

du

christianisme.

CHAPITRE
l'avoir dégradé, après l'avoir
tière.

IV.

2G(J
la

plongé dans

ma-

Les carpocratiens, au contraire, infidèles à

l'anthropologie et à la cliristologie des autres écoles,

comme
et

à leur éonologie, n'admettent point
qu'ils

de rédemption,, parce de chute;
il

n'admettent point
les

paraît

que ce sont
ainsi

doctrines

grecques qui les enlèvent

aux doctrines

chrétiennes les plus fondamentales ^
Jésus -Christ fut
lils

A leurs yeux
de Marie;

de Joseph

et

mais

il

fut pourtant plus

que tout autre morteL

U

s'en distingua

par son genre de vie, sa temjustice. Il avait
les autres

pérance, sa vertu, sa

une ame
et

plus énergique que tous
elle se

hommes,
rH

souvenait mieux des choses qu'elle avait
su

vues auprès du père inconnu,
Tov dyvûo^cv
Ttofl^oç.

Tts^i^po^x

Les carpocratiens étaient encore disciples de
Platon dans leur anthropologie
la
;

ils

croyaient à
les

préexistence

des âmes

,

et considéraient

idées

comme

des réminiscences d'une primitive

et céleste condition.

1

Pialon admet une Jescenlc de l'ame sur terre, une

incarcération

dans
et

la

matière
la

;

mais

il

écarte le
,

m^'tlic
ttl

de la séduction

de

chute des protoplastes

que

l'enseignait l'Orieiil.

,

270
Ils

SECTION

11.

s'accordaient par conséquent, en tliéoriô

générale, avec les tliéosoplies de l'Orient et ceux

de l'Occident, sur

le

principe que l'iiomme n'est
ils

plus ce qu'il fut dans l'origine; mais

rejetaient

en détail toute
et

la série

des spéculations antiques

contemporaines que d'autres sectes établissaient

sur cette question.

Pour
ils lui

s'expliquer la supériorité de Jésus-Christ

attribuaient

un haut degré de

force d'ame

et

de clarté de réminiscence. Présentes à son

intelligence, ces idées, ces types des choses le

conduisaient^ aux contemplations les plus subli-

mes,

et

ces contemplations l'unissaient avec la
elle,

monade. Or, ceux qui sont unis avec
lui ressemblent
,

qui

peuvent disposer de son pou-

voir et opérer les choses les plus extraordinaires.

Ce

fut par le secours des puissances divines

com-

muniquées

à

son ame, que Jésus-Christ révéla
qu'il
fit

un
ci
;

autre

monde;

des miracles dans celui;

qu'il s'y affranchit des lois élémentaires
la religion

qu'il

y renversa
Juifs.

de l'imparfaite divinité des

Un
plus

pas de plus, et les carpociatiens étaient
il

orthodoxes. Le rationalisme, plus
il

est

pur,

est

ramené jusque dans
,

le

centre

du

christianisme

qui est une émanation de Dieu

CHAPITRE

IV.

271

manifestée à une époque donnée,

comme

la rai-

son humaine en

est

une primitive, permanente.

Conservez un vestige de cet ordre de choses supérieur, et tôt

ou

tard, malgré vous,
C'est qu'il

il

\ous

courbe sous son joug.

y

a dans le

christianisme une double série de

faits

contre

lesquels viendra toujours se briser la raison qui
fait

scission avec sa syzygos, qui n'est

armée que

des seuls
.de

moyens

qu'elle
:

emprunte

à

un ordre
faits

choses inférieur
et

ce sont d'abord des

d'histoire,
faits

ensuite des faits de doctrine. Ces
si

ont leur source
;

haut, qu'on ne peut
portent de leur céineffaçable,
se

jamais les atteindre
leste origine

et ils

une empreinte tellement
au moment

qu'elle
flattait

reparaît

même où Ton

de l'avoir détruite.
le sein

Dans

du carpocratianisme même, nous
cette

découvrons une circonstance qui appuie
vérité. Il s'y était

formé une opinion moins^ fa-

vorable à la supériorité de Jésus-Christ, mais

non
cette

moins foncièrement chrétienne.
opinion
,

D'après

toutes les aines

humaines sont orga;

nisées de la
les

même

manière
qu'a

toutes peuvent faire
Jésus-Christ. Quel-

mêmes choses

faites'

ques-uns des carpocratiens attachés à celte idée,
tout en s'égalani à fauteur

du cluislianisme,

se

^7^

SECTION

II.

plaçaient hardiment au-dessus de ses

apôtres.

Tout ce que
mort

les

orthodoxes

et

tout ce que les

autres gnostiques enseignaient sur la rédemption
et la

expiatoire d'un Sauveur, était à leurs
superstitions.

yeux de pures
de
la

Toutes
celle

les

âmes

étant

même

yrs^tCpo^ôc

que

de Jésus-Christ,

toutes peuvent aller aussi loin que la sienne;
celle qui pousserait plus loin

que

lui le

mépris

des choses inférieures, le dépasserait lui-même.
C'était placer Jésus-Christ très-bas,

mais

c'était

s'élever très -haut

sur les traces
vie -type

,

avec les doc-

trines

et

avec

la

du fondateur des
morale

croyances chrétiennes.

Le mépris de toute

législation
ils

était la

morale des carpocratiens ;
telle

la

pratiquaient en

perfection, qu'ils atteignirent, qu'ils déborils

dèrent les nicolaïtes et les caïnites, dont
rent les frères, sinon les descendans.

fu-

Tout ce que
laient les

les

docteurs orthodoxes appeils le

bonnes œuvres,
,

traitaient

de choses

extérieures
était

indifférentes.
les

La

prière

elle-même

comprise dans

choses extérieures, dans

les pratiques indifférentes K

Ceux qui attachent

1

Oiigène composa son

traité

de

la prière

pour

réfuter

cette opinion.

CHAPITRE
du prix

IV,

275
esclaves

à ces choses sont encore les
infiérieurs,

des dieux

qui ont fondé

les institu-

tions religieuses et morales de tous

.les

peuples.
ils

Esclaves de ces dieux pendant leur vie,

le

seront encore après leur mort.

Ils

ne pourront

jamais s'élever au-dessus de ces maîtres imparfaits.

C'est

par
les

la foi

et

la

charité,

et sans les

œuvres que
d'elles;

orthodoxes recommandent

à côté

c'est

surtout par la contemplation de la
l'on parvient, dans ce
et
,

monade, que

monde, au
à la félicité

calme nécessaire
suprême.

dans

l'autre

,

Ce système doit avoir reçu
développemens par Épiphane,
et attaché,
fils

ses

principaux

de Carpocrate,

dans quelques-uns de ses principes,

à l'école de Valentin.

Epiphane a eu, sans doute,
honorer par son

des talens distingués et une puissante influence,
puisqu'il est

parvenu à

se faire

siècle à l'instar des

dieux, et qu'une carrière de

dix-sept ans lui a suffi

pour mériter

ces

hon-

neurs

^

;

il

nous

parait

néanmoins que des prin-

cipes analogues aux siens ont

du

être

répandus

d'avance et assez généralement dans certains esprits
,

pour

qu'il

lui

fût

possible de parvenir

1

Yoy. ci-dessus,
'

]).

iHy.
^

18

^74
aussi

SECTION
promptement
à

If.

un

résultat

de ce genre.

En
les

effet,

ses principes

de dissolution de tous

liens

moraux
la

paraissent n'être autre chose

que l'expression

plus franche de l'immoralité

vulgaire et sophistique

du paganisme
le

expirant,

comme,

d'un autre côté,

platonisme ascético-

théurgique de quelques théosophes ne fut autre

chose qu'un dernier
les esprits

et inutile essai

de retremper

dans

les primitives et puissantes

doc-

trines

du mystique

Orient.

Épiphane

s'adressa
:

évidemment à un élément de paganisme
ce qu'atteste le culte
après sa

c'est

même
Il
,

dont

il

devint l'objet
aussi

mort précoce.
de
la

emprunta

aux

systèmes

Grèce

et

particulièrement au
les

platonisme, qu'il affectionnait de préférence,
principes dont
tantes. C'est
tice^ et
il tira

des conséquences
intitulé

si

révol-

dans un ouvrage
il

De

la jusléger

dont

nous a

été

conservé

un

fragment par

S.

Clément d'Alexandrie,

qu'il es-

saya d'établir systématiquement sa doctrine,

ou

plutôt le renversement de toute doctrine positive ^

Son grand principe
la

était celui

que

la

nature

elle-même révèle

communauté

et l'unité (ko/-

1

Glemens Alexandrinus , Siromai., III ,

p.

4^8,

edit.

Sylb,

,

CHAPITRE
'jMvloc y.oà

IV.
il

27J
en
tirait

îao']y]ç^)

de toutes choses;
les

la

conséquence

que toutes
loi

lois

humaines

contraires à cette
d'infractions

de nature étaient autant
à l'ordre

coupables

légitime

des
le

choses, et que ces lois seules avaient produit
péché. Fidèle à ce principe et à
cette

consé-

quence

,

Epiphane

rejetait

tout

le

Décalogue

toutes les institutions de morale. Les lois, disaitil
,

apprirent aux
la

hommes
qu'elles
est

à agir contre elles
,

et

propriété
^

établirent

rompit

la

communauté qui
Avant
les lois
la

de loi divine.
,

des

hommes

tout était en

com-

mun pour
eu
la

jouissance de tous; et ces lois ont

prétention de vouloir effectuer par violence
fut plus

que rien ne

en

commun,

ni le sol,

ni les biens de la vie^ ni les

femmes! Cepenassez clair; elle
si

dant

la

nature parle

un langage

donne au sexe masculin des tendances
noncées pour
maine, que ni
la

pro-

continuation de l'espèce hu-

les lois, ni les

mœurs,

ni

aucune

autre cliose, ne peuvent anéantir ce qui est de

décret divin.

On

conçoit que de

tels

principes

,

pressés

1

Le mot que toiU

iVc7«Ç
le

exprime

celte qualité d'une cljose qui

foit

monde eu peut

disposer égalemeat.

:i'j(j

SECTION

II.

jusque dans leurs dernières conséquences, aient

pu donner aux
de conduite
,

carpocratiens une grande latitude

et leur attirer

de graves accusations

de

la

part de leurs ennemis. Si l'on écoute ces
,

derniers

ils

auraient

établi
,

effectivement

la

communauté
ses théories

des
,

femmes

non pas

d'après des

réglée invariables
,

comme

le^ rêve Platon
les

dans
les
les

mais en suivant
et

penchans
mystères

plus libidineux
plus sacrés.

en profanant

les

On

a cité les folies les plus déréglées

que Ion puisse reprocher au moyen âge
les

%

et
ait

ëgaremens

les

plus coupables que l'on
les
,

pu découvrir dans
initiations

annales

des

nocturnes
avec
aurait

d'Eleusis

pour

faire parallèle

les détestables excès des carpocratiens.

On

pu

citer

encore

les

tableaux
la

que

les

payens

nous ont

laissés sur

célébration clandestine

des mystères de la nouvelle société chrétienne j

mais en appelant à ces exemples
la fausseté et l'odieux
Il

,

on

aurait senti

de ces banales accusations.
doute, que beaucoup de

est possible,

sans

carpocratiens se soient égarés d'une manière dé-

1

Les vaudoisies d'Airas.
siir les

2 Voj. Sainte-Croix, Recherches

nijstères, édit.

de M. de Sacy, p. 348.

,

CHAPITRE

IV.

277

plorable, et que d'autres aient essayé de rendre

commune
cieux de

la
la

jouissance des biens les plus prévie;
est

mais de ces

essais à l'établisseil

ment

le

pas

immense,

et

y aurait presque

autant de folie à croire que cette absurde

comla

munauté

se

soit

maintenue pendant toute
,

durée des carpocra tiens

qu il y en eut

à

la

vouloir. Les générations les plus sages succèdent

d'ordinaire aux générations les plus coupables;
c'est qu'elles

sont, les premières, les spectatrices

des désordres qu'entraîne l'égarement. Les

moelle

numens qui
de
la

attestent le

mieux

l'insensé projet

confusion des biens portent avec

ainsi

que nous verrons,
l'inutilité

la

preuve

la

ptus con-

vaincante de

de ces

tentatives.

Les car-

pôcratiens paraissent s'être répandus principale-

ment en Egypte, en Cyrénaïque
ni la Syrie, ni l'Egypte, ni

et

en Syrie; or,

même

la

Cyrénaïque,

qui avait été jadis

le

théâtre d'une philosophie
,

purement eudémoniste
secte

n'auraient voulu d'une
liens

qui brisât

tous les

du marLige

et

enfreignît tous les droits de la propriété.

En

gé-

néral, le jugement le plus équitable et le plus

conforme
les

à la vérité

que

l'on puisse émettre sur

mœurs

des carpocratiens, nous semble être
<,

celui de S. Irénée.

Je ne puis

me

convaincre..

^7^
«
« Il

6ECT10N
,

II.

dit cet écrivain

qu il

se fasse chez

eux des
^
'*

choses irréh^euses , immorales , défendues.
s'est

commis, peut-être, des choses défenmais

dues, immorales, irréligieuses, dans une génération malade de carpocratiens
est loin d'attribuer à toute
;

S.

Irénée

une école
ses

les
;

déporet c'est

temens de quelques-uns de
ici qu'il

membres

montre toute
,

la
,

sagesse d'un véritable

historien
le

car c'est ainsi

en

effet

,

que marche

genre humain. Dans

les

temps modernes on a

vu

aussi des sectes religieuses partir d'abord de

principes bons

ou mauvais,

se livrer bientôt à

une licence

effrénée, et se distinguer, quelque

temps après, par une pureté de moeurs irréprochable
:

rien ne

nous

paraît plus propre à faire

juger les carpocratiens dç la Cyrénaique, que les
anabaptistes de Munster.

Les diverses branches de

l'école

carpocra-

tienne nous sont peintes d'ailleurs sous des couleurs diverses
justice
;

et

en réclamant pour eux cette
doit toujours se faire
aussi loin de voulpir
le

dont

la postérité

un devoir, nous sommes
tenter leur apologie
,

que nous

sommes de

répéter l'anathème de leurs adversaires.

î

Irenseqs, e4' Grabe, p. loi.

, ,

jet-

I

CHAPITRE
§.
q.

IV.

279
Branches
'^","'^^"^'
tianisme.

Les principales de ces branches furent

des Prodiclens ou des Gnostiques ^ celle j rti •/ n 1 r> z i des Pnihionites ^ celle des Borboniens ^ celle des
celle
• •

1

Aniilacies.

On

a confondu quelquefois les nicolaïles, les

caïnites

ou

les

judaites avec les diverses branil

ches de celte école;

est possible aussi,

il

est

même
et
les

probable, qu'il y a eu quelques rapports

quelques conversions entre des sectes dont
principes
fait

offraient

tant

d'analogie

;

rnais

ayant déjà
laites,

connaître les cainiles et les nicovéritables

nous ne parlerons plus que des

carpocra tiens.

Les Aniilactes
établi

y

ou

les

opposans de l'ordre

Antitactes,

par des lois humaines contraires à celles

de Dieu, ne figurent plus guère que pour mé^
moire. Ils n'enseignaient rien qui leur fût propre
si

ce n'est que Dieu lui-même,
le créateur

le

père bon

et

inconnu^ est

du monde

matériel, mais

que ce

n'est pas lui

qui a produit une œuvre

imparfaite; que c'est
zizanie, qui a
la

un

autre qui
le

répandu
dont
il

y a jeté la mal dominant dans
,

création

,

et

faut

par conséquent

combattre

les lois.

Us

les

combattirent connue
;

beaucoup

d'autres

gnostiques
la

mais jamais au-

cuns autres docteurs de

gnose navaient dli

2S0

SECTION
:

II.

aussi naïvement qu'eux

Qiioniam

ipse dicii

non

mœchaberisj nos mœchewur.^
Borboniens.

Les Borhoniens ou

les

Borborlens ^ auxquels de Barbelonites
^

on donnait

aussi le

nom

ont

eu avec beaucoup d'autres sectes un double malheur, d'abord celui de tomber dans d'étranges
erreurs, et ensuite celui d'être accusés d'égare-

mens encore plus
qu'un

graves que ceux qu'ils pro-

fessaient réellement.

Théodoret ne suppose pas

homme

puisse être assez misérable pour

vouloir articuler ce qu'ils faisaient dans leurs
secrètes cérémonies
:

ils

s'égaraient à
la

un point

qui surpasse

la

conception

plus dépravée.
l'injustice

A

cette exagération

on reconnaît

et la

haine qui n'ont pas

même
n'est

permis que

le véritable le

nom nom
tirée

de cette secte parvînt jusqu'à nous; car
de borboriens

qu'une injure dégoûtante

du

l^opte^-, et le

nom

de barbelonites est

formé de

celui d'un

éon fçmelle, Barbelo, que

cette petite association vénérait particulièrement. 3

Ce qui

caractérisait réellement cette secte, c'était

une. éonologie

qui

rappelle

en quelque sorte

1

Theodorettis, Hœretic. fabul.

,

ïih.

/,

c.

16.

5 Lacroze, Lexic. œgjpt., p. ^i.

o iVs^a-m^^

fitle

du Seigneur, de Dieu.

CHAPITRE
celle des valent inlens,

IV.

281

mais qui ne manque pas
les

d'originalité

*

,

et

une anti/iomomanie qui

rapproche des nicolaïtes.^

Comme
les

les

barbelonites

,

les

Phiblonilcs ou

Phibioniict.

Phemiortiles

paraissent avoir appartenu au
:

vulgaire de l'Egypte

c'est

encore

le

kopte qui
des
les

explique leur

nom
,

^.

Ce

n'étaient plus là

Grecs d'Alexandrie
mystères

également versés dans
,

du platonisme
et

de

la

Kabbale

,

du

Zend-Avesta
nant plus au

du Nouveau-Testament, appartedes idées qu'à celui des sen-

monde

sations, qui avaient fondé cette société; c'étaient

quelques Égyptiens obscurs ou quelques voluptueux Cyrénaïciens, réduits à se recruter un parti

dans

les

rangs les moins élevés de
ici

la société.

Ce
^

n'est plus

l'âme

humaine dans

ses sublimes

extases qui se manifeste; c'est la seconde nature

de l'homme

,

c'est

l'homme dans

ses

plus

tri-

viales inclinations, qui ose se

découvrir un ins-

tant

:

aussi est-ce la

gnosis travestie, la théoso-

1

Tlieodoret.

,

Hœretic. fahul., I,

c.

i5.

2 S. Epipliane [llœr., 26)

confond

ces

deux sectes,

et

ose

entreprendre ce que Théodoret crojait impossible.
illos

Quœ
"^

fucere non jmdet
ibid.
,

^

dit-il.

me non

jmdebil eloqui.

Lacrozc,

p. 4i.

^82

SECTION
que

II.

pliie de§ carrefours,

débitait cette secte; et,

loin de vouloir lui arracher le voile qu'elle tient

de

la

pudique charité des
^

siècles,

nous

la féli-

citons de l'avoir obtenu.
Gnosiiques.

Les crayons de Glio peuvent conserver encore
quelques nuances terreuses en passant de ces
sectes à celle des ProdicienSj qui paraissent s'être

confondus avec

les

adamiies

et

ceux des car-

pocratiens qui s'attribuaient plus spécialement le

beau

titre

de gnostiques'^. C'est encore l'homme

terrestre qui, dans toutes ces sectes, se

montre

1

II est

impossible que S. Épiphane n'ait pas été vic-

time de

la crédulité
,

de son siècle dans

les

détails qu'il

en donne. Ibid.
2

$. 4.
,

Clemens Alex., Sirom.
c.

I, 3o4

;

///, 438;

VII,
cette

y22. S. Irénée(J,
Lranclie

24)

paraît n'avoir pas
;

connu

de carpocratiens
se

il

dit

que

les

carpocratiens

eux-mêmes

nommaient

les

gnostîques par excellence.

Aux

chapitres 35 et 34,


,

cet écrivain parcourt les diil

verses classes de gnostîgues

fait

connaître principaleles

ment, mais avec beaucoup de confusion,
et les ophites.

harbeloniies

Les barbelonites pouvaient revendiquer ou

recevoir le titre de gnostiques, d'autant plus
était l'un

que Gnosis
à'

de leurs éons;

elle était

épouse (sjzjgos)
,

Adam,

fils à^ Autogènes et

à^Aléthéia. Iren.
les gfiosHques

éd.

Grabe

^

p. 107.

S,

Épiphane dérive

de Simon

et

de Nico-

laiis, les distingue

entièrement des carpocratiens, et con-

,

CHAPITRE
au détriment de

IV.
il

285
s

sa céleste moitié;
si

y montre

même
serait

sous des couleurs

peu

flatteuses, qu'il

impossible à un écrivain quelconque de
le

nos jours de

peindre

tel

que

le

put

S.

Épi-

phane au cinquième

siècle

de notre

ère.

Nous

croyons néanmoins, quoique cet écrivain assure
qu'il a consulté
les

monumens

les

plus dignes

de

foi, et

que lui-même, dans

sa jeunesse, a
^

eu

des rapports avec les gnostiqiies

,

que

ses ta-

bleaux de

mœurs

sont fort exagérés, et s'appli-

quent tout au plus à quelques individus désavoués de leur propre
secte.

sidère les phibloniles et les barbelonites

non pas comme
frac-

des branches

du carpocratianisme, mais conmne des
Il

^ons détachées des gnostiques. Hœres., 26.
les

sépare aussi

adamites des prodiciens

et

en
[p.

traite à part, lîœrcsis

52. S.

Clément d'Alexandrie

722

et

723,

éd.

Sjïb.)

croit devoir attribuer le
disciples
les

nom

spécial
,

de gnostiques aux
,

de Prodicus. Théodoret

au contraire

réunit

gnostiques, les prodiciens et les adamites

comme une
il

seule secte. Lib.

I,

c.

6. L'identité des

prodiciens et des

adamites ne se prouve que par leurs principes. Mais
résulte

évidemment de

la

circonstance, que

les

anciens

confondent toutes ces sectes, qu'elles-mêmes

s'étaient déjà
et

confondues

lorsqu'ils

en examinèrent

les

enseigncmens

en recherchèrent
j

l'origine.
SS-

Hœres., 2G,

y^ et 17.

^84

SECTION IL
les gnnstiqiies

Quant aux dogmes,
fort ])eu,

en avaient

quoi' |u

ils

tussent

un grand nombre

d'ouvrages ciu'ils considéraient qu 'b^

comme
ils

sources

de doctrine.
le

Ils

conservaient tout l'ancien et tout
;

nouveau Testament

mais

interprétaient

fort librement ce

qui ne saccordait pas avec

leurs principes;

ils

sonnement que

le

y procédaient d'après le raimoindre des véritables discidans
le

ples de Jésus- Christ serait^

royaume

des deux, au-dessus du plus
seurs de Jésus-Christ
ils
»,

grand des précurplus forte raison
et

et qu'à

étaient supérieurs à
les

Moïse
ils

aux prophètes.

Outre

codes sacrés,

possédaient plusieurs

volumes apocryphes,
perfection
,

tels

que Y Evangile de la

poème

;

les

grandes Interrogations
;

de Marie
les

-

;

les petites

Interrogations de Marie
,

Révélations d

Adam

d'Eve

,

de Seth

;

Y Évan-

gile ophiiique de S. Philippe, et quelques autres.

L'évangile de

S.

Philippe fut peut-être

le

docu-

ment
une
et la

le

plus curieux de leurs théories.

Il atteste

sollicitude singulière

pour

le

recueillement

concentration de toutes les semences de
le

lumière répandues, éparpillées dans

monde,

1

Paroles de Jésus-Christ.

2 B'ùmIwSIÇ*

CHAPITRE
et

IV.

a5'>

celle

opinion louche
la

si

près au panthéisme,

qu'on peut

considérer
les

comme
les

l'une de

ses

conséquences
le

plus directes.

C'est, en effet,

panthéisme que professaient

gnosliques.

L'évangile d'Eve, qui n'était autre chose que Li

primitive révélation contre le Créateur
la

,

laite

à

première femme par
formellement.
:

le

génie Opliis, Tarticuces paroles remar-

lait

On y

lisait

quables
((

((

J'étais élevé

sur une haute

montagne

(élancé dans les plus hautes con'emplations);
j'ai

«
((

vu un

homme

très-grand et

un

autre qui

n'en était qu'une image mutilée; j'entendis une

((

((

«

«
((

comme celle du tonnerre; j'en approchai; elle me dit Je suis le même que toi, tu es le même que moi; où tu puisses être, je suis; je suis répandu partout; tu peux me recueillir de partout; tu te recueilles toi-même en me
voix
:

((

recueillant.

^

"

Le panthéisme des gnosliques
nécessairement à
à la
la

les

conduisait
et

communauté" des hiens
car
si

communauté des femmes;
est à

tout est

Dieu, tout

tous; Dieu seul est dans tout

1

C'est

absolument de

la

nirme manière que s'exprime
,

le

panthéisme des

sujfites.
:

Tholuck, SuJ/ismus
ille suin.

p. 64*

La

mystique Rabin

disait

Tota

lùûL,

p. 55.

,

2^6
ce qui
fallait
est.

SECTION

II.

D'un autre côté,

la

croyance
la

qu'il

recueillir

de toutes parts
la

semence

di-

vine répandue dans

matière

,

astreignait ces

théosophes à une sorte d'abstinence qui contraste si singulièrement avec leur
loi

mépris de toute
de
l'indiquer.

humaine
,

,

qu'il

est

difficile
.

L'homme
scission

rayon détaché de sa source divine

n'existant dans la matière
,

que par

suite d'une
,

d'un dérangement quelconque

c'est

une

aberration de la théosophie de multiplier

l'existence
c'est
,

de ces

êtres arrachés
,

au sein de Dieu
les

;

au contraire un devoir de
diffusion

y

faire ren-

trer intégralement sans

ultérieure, et

chacun aussi promptement que possible.
Cependant ce
sait

même
que

panthéisme qui dispenloi exté-

les

heureux gnostiques de toute

rieure, par la raison
est bien,
il

où tout

est

Dieu, tout

n'y a ni bien ni mal, les engageait

à suivre avec

complaisance tous

les

penchans

de

la nature.
((

Leur

vie était

un

sybaritisme rai-

sonné.
« «
(f

Ces femmelettes
,

et ces

hommelets,
et le

dit

S.

Épiphane

passent la

nuit

jour à

soigner leur corps

ils

se

couvrent de parfums

et s'enivrent dans des banquets; et des ban-

«
fc

quets
les

ils

passent à d'autres plaisirs. Us détestent
^^

gens qui jeûnent.

CHAPITRE
Malgré leur panthéisme,

IV.
ils

287
admeltaient les

diverses intelligences et les diverses régions intellectuelles des ophites;

mais avec des modifiIls

cations toutes nouvelles.

cliangeaient jusques
esprits, en

aux noms de quelques-uns de ces
mettant Saclan, Selh
et

Dadé

à la place d^Oiaï\

(^L^stapfiaiei ôHOnoel. Barbelo remplaçait Sopliia.

y joignaient une opinion sur Christos en disant qu il
Ils
,

assez
s'est
,

ortlir^doxe

révélé

lui-

même
la

;

que

cette

manifestation

telle

qu'elle a
est

paru sur

la terre

dans

la

personne de Jésus,

gnosis, la vérité,

ou

la science religieuse.
ils

Se rapprochant des ophites,
qu'après la

enseignaient

mort l'ame

traverse les régions

de

ces intelligences, et que celles qui ne parvien-

nent pas à

la

science parfaite, à la gnosis, à

Jésus-Christ, tombent en partage au prince de

ce

monde, au démon, qui
les

a la forme

du

dra-

gon, qui

dévore,
fait

les rejette

dans

le

monde
forme

matériel, et leur

recommencer, sous

la

de toutes sortes d'animaux,
tion

la carrière d'épura-

qu'ont

fournie

les

autres.

Ces

dernières

dépassent sans obstacle la région de Sabaoth,

prince du

monde ^
la

elles

écrasent la tjte de ce
et

serpent, suivant

promesse biblique,

entrent

dans

la

demeure de Barbelo.

^SS
Adamites.

SECTION

II.

Les Adamiles ne tenaient ce
abus. Ils le donnaient

nom que

par

eux-mêmes à ceux
commises,

qu'ils

étaient dans le cas de rejeter de leur société
les fautes qu'ils avaient

pour
par

et ce fut

une rétorsion pleine de malice qu'on l'appliqua
à eux-mêmes. Ils ne paraissent, au reste, s'être

1

distingués que par

l'habitude de célébrer leur

culte dans letat de nudité oii s'étaient trouvés

Adam

et

Eve au

paradis.

Ils

prétendaient s'y
et repré-

trouver dans la primitive innocence,
senter la véritable

Église;

ils

déposaient cette

prétention en rentrant dans la vie ordinaire et

en reprenant leurs vétemens. C'étaient, au reste,
des protoplastes
fort

dégénérés de

la
ils

robuste
faisaient

condition

des premiers

hommes

;

chauffer les lieux de leurs coupables réunions;

ce que

S.

Épiphane ne manque pas de leur

re-

procher avec une érudition toute paradisiaque.
Prodiciens.

On

ne

nomme

aucun docteur un peu éminent
des adamites ni de celle des

ni de la branche

gnostiques. Les Prodiciens^ au contraire, eurent

dans Prodicus un
autres systèmes
,

homme

versé dans plusieurs
celui de Va-

notamment dans

lentin et dans les

théories goétiques des thauIl

maturges de ces
à

siècles.

attachait grand prix

quelques

écrits

apocryphes qui circulaient

, ,

CHAPITRE
alors sous le
roastre.
Il

IV.

28g

nom

révéré

du grand - mage Zole

n'en

lira

pourtant pas
d'autres

sublime
,

parti

qu'en
ils

tirèrent

tliéosoplies

aux-

quels
et des

servirent à s'élever au-dessus des liens

puissances du

monde,
le

à se mettre dans

rintime union avec
paraît

Dieu suprême. Prodicus

ne

s'en être servi

que pour
les lois

s'a (franchi r

par leur autorité, de toutes

morales du
des

monde,

et

pour

établir cette

communauté

biens et des femmes que toutes les branches

du

carpocratianisme dérivaient
panthéistes.

de leurs doctrines

Le principe de

cette

communauté

fantastique
la

que Ton croyait voir, quant aux biens, dans
primitive société des chrétiens, et que
portait, quant

Ton

trans-

aux femmes, dans un
^,

récit cés'était

lèbre des premiers temps chrétiens

en-

raciné

si

profondement dans
,

les

doctrines de

l'école carpocratienne

qu'on
la

le

retrouve jusque

dans

les

monumens

de

dernière époque de

son existence.
expirant,

On dirait même que cette secte, comme toutes les autres branches du
,

gnosticisme

dans

le

cours du sixième siècle

n'eût déposé dans le sein de la terre les

monu-

1

Yoj'. ci-dessus^

t.

1^

p. 201.

2

19

ago

SECTION

ii.

mens dont nous
de cause,
et

allons parler, qu'en désespoir

comme pour
la folie

en appeler, pour son
siècle.

triomphe, à

d'un autre

Nous

ver-

rons, au surplus, que ce n'est pas aux carpocratiens

proprement

dits

,

ni

même

à l'une de
attri-

ses branches encore pures,

que l'on doit

buer

ces

documens

;

ils

appartiennent
plusieurs

plutôt
à

aux débris confondus de

sectes,
,

quelque singulier mélange de carp ocra tiens
prodiciens et d'ophites.

de

Le premier de

ces

monumens, découverts

ré-

cemment dans

la Cyrénaïque , est

une inscription

bilingue en phénicien et en grec. Les lignes phé-

niciennes, qui ne sont qu'au

nombre de cinq,

contiennent, d'après l'interprétation de M. Ha-

macker, ce qui

suit

:

lAO.

Salut communauté , source de justice. Salut
justice
y

bienfait de
^

la

loi.

Salut loi, lien de

bonheur.

M. Gesenius

,

qui avait publié

,

une année

1

Hamacker,

lettre à

M. Raoul-Rochette ,

sur une ins-

cription en caractères phéniciens et grecs. Lejde^ 1825^

CHAPITRE

IV.

291

auparavant, celte inscription d'après une copie
qu'il tenait

d'un savant de Berlin , à qui M. Raoulfait

Rochette en avait
termes
:

part , l'avait traduite en ces

JUDAS.

Paix aux amis de
est la

la justice,

La
s''

justice
acquiert
loi

source de la paix.
loi.

La paix

parfaitement dans la
paix.
^

Remplis la

en

La

différence de ces versions, quoiqu'elle ne
la

provienne que de
lettres
,

manière de
;

lire

quelques
,

est

assez
,

considérable
le sens est

cependant
à la

en

dernière analyse
doctrine'^.

conforme

même

Le

nom

de Judas peut se trouver,

1

De
M.

Inscriptione

phœmcio-grœca

in Cjrendica, nuper r^-

perta;
2

Halœ, 1824.
Gesciiius
,

en rendant compte

,

clans le

Journal

littcraiie

de Halle, du travail de M. Hamacker, semble
Il

adhérer à l'interprétation de ce savant.

croit

cependant

que
se

le

langage est plutôt araméen que phénicien, et qu'il

rapproche de celui des sabiens, dont Norberg a publié

le code.

En

effet, l'idiome
la

araméen doit nou> surprendre
le dialecte

aussi

peu dans

Cjrénaïque, que

phénicien;

cette province faisait

un commerce
et l'autre

assez étendu

pour se

familiariser avec l'une

de ces langues.

^g2
aussi bien

SECTION IL
que
celui

dlao, à

la lêle

de ce

moj

nument. Le

nom

d'Iao appartient

aux ophites

or, les judaïtes et les caïnites, qui enseignaient la

communauté
de
la

des biens

et l'observation

de

la loi

nature, en opposition avec celle des
étaient

hom-

mes,

une des branches de l'ophitisme,
le

et celle

de toutes qui se rapprochait

plus des

carpocratiens.
ries
,

On

pourrait donc, quant aux théo-

défendre également l'une ou l'autre de ces

leçons; mais celle d'Iahou

ou lao nous

paraît

plus exacte.

Dans
dont
il

l'une et l'autre de ces versions, la loi
est question, est la loi divine, la loi

con-

traire à celle des

hommes,

la loi

de

la

commu-

nauté de toute chose.
humaines,
heureux,
et

C'est elle seule qui est la
;

vraie source de la justice
lois
n'est

la justice

,

suivant les

qu'injustice. Il faut,

pour
lois

être

s'affranchir

complètement des

humaines,
le

suivre celle de la nature. Tel est
si

sens de la leçon

solennellement rendue

dans ce moment!
L'inscription grecque, publiée également par

MM.

Gesenius

et

Hamacker

^,

s'accorde parfaite-

ment avec

ces principes, et offre, sous ce rap-

1

Loc. cù.

CHAPITRE

IV.

29.^

port, très-peu de difficultés ^
ainsi dire
,

Elle est,
,

pour

en forme de décret

revêtu de la

sanction des deux sages les plus vénérés de tous
les
«
ce

peuples,

et elle

porte ce qui suit

:

La communauté
femmes

de tous

les biens

et

celle
-,

des
et

est la source

de la justice dwlne

fc

un bonheur parfait
,

{èi^rjvyj)

pour
^
,

les

hom,

c(

mes honnêtes

élus

du vulgaire
,

lesquels

c(

selon Zarades^ et 'Pythagore

chefs des hiéro^*

«

phanteSy doivent vivre en

commune

Le monument tout
sième année
piade.
Si

entier est daté de la troi-

de

la

quatre-vingt-sixième olym-

rien

n'en

indique

les

véritables

au-

teurs

,

tout
:

postérieurs
qr,vyj
,

y décèle un les mots de

ouvrage des temps
oiKonoa-vvyj

et

de
,

èi-

employés dans un sens particulier
,

per-

mettent

à ce

sujet

,

aussi

peu de doute que

1

Ce monument nous présente tout
du gnosticisme.
justice, S^izctioffûvn
,

ce mélange de docles diverses

trines et de langues qui caractérise

en général

écoles

2

Ce mot de

est pris

ici

dans

le

sens de conformité à la loi diçine , de verlu supérieure.

3 To7ç roZ rv(pXou c^Xov tKXîK]o7ç» Ces i^XniJoi sont
les reXeiot-,
les parfaits, classe

supérieure qu'on distinguo

éjjalement dans les autres sectes. o 4 Voj'cz celle inscription dans nos planches.

294
celui
d'Iao

SECTION IL
ou de Judas
,

et

que

les principes

énoncés
nions

dans

l'ensemble.
n'offre

L'histoire

des

opi-

religieuses

ni

époque ni

école

auxquelles

on puisse appliquer plus convenala secte

blement ces inscriptions qu'à
cratiens dans les derniers

des carpoexistence.

temps de son
celle

A

aucune autre époque qu'à
,


on

l'on

se

distribuait

avec une

si

rare confiance , des écrits
,

entièrement supposés de Zoroastre
lui attribuer

n'eût osé
à

un dogme

aussi

peu conforme

son

système que celui de

la

communauté

des biens.

A

aucune autre époque on ne vénérait autant

Zoroastre et Pythagore

comme

chefs des hiéro-

phantes,

comme
i.

auteurs de révélations sacrées,

comme
égarer

fondateurs d'institutions philosophiques
Si la date

et religieuses

du monument pouvait

un
les

instant les investigations de la criti-

que

,

lieux

il

fut découvert viendraient
et

au secours du langage
trer,

des idées pour

mon-

dans cette date, une erreur soigneusement

calculée, et

pour proclamer

la

Cyrénaique du

cinquième ou du sixième

siècle

comme

la véri-

1

Ce mot ^hiérophante
et

est

appliqué, par Philon
sacrés.

,

à

Moïse
p.

à plusieurs auteurs
éd.

Jlhgor.

j

lib.

111,

121,

Mangej,

J,

CHAPITRE

IV.

29

table pairie Ae cet enfant des ténèbres.

Une

simple

imposture de chronologie, lorsque tant de
tifs

mo-

la conseillent

^

,

ne peut surprendre à coté

de toutes ces autres impostures qui ont produit
tant de

volumes sous

les

noms

les

plus respectés

des âges les plus antiques.

Les chrétiens euxleurs oracles si-

mêmes
byllins

n'ont- ils pas

composé

pour assurer

à la vérité, indignée de ces

moyens, une
complète
?

victoire et plus

prompte
,

et

plus

Une

autre

inscription

dont nous

allons parler après avoir fait connaître quelques

symboles qui accompagnent

celle-ci

,

ne

laisse

au surplus, aucun doute sur
de l'un
et l'autre

l'âge et les auteurs

de ces monumens.
ces

Le plus remarquable de
la

symboles
:

est

à

tête

de l'inscription phénicienne

c'est

un

char à deux roues, garnies de deux

ailes, sur-

monté de deux torches
pens
^.

et traîné le

par deux ser-

C'est

évidemment

cjiar

de Cérès^

1

La troisième année de

la 86.*^ olj^mpiade répondrait
;

à l'année 4^4 avant Tère cbrélienne

c'est

l'époque de

quelques-uns des plus beaux génies de l'antiquité.

On
dans

peut
celte

cire

surpris

que

Platon ne soit pour
la

rien

ordonnance pliilosopliiquc sur

conjmunauté des

femmes.
2 Voj^ez nos planches.

2g6
c'est

SECTIOIS

II.

donc un emblème emprunté aux tliesmode
la

phories

Grèce

,

et

qui ne paraît avoir
la

d'autre but

que de présenter
la

grande idée de
la

l'union

,

de

syzygie et
révérée.

de

communauté
les

sous

une forme

En même temps

auteurs

du monument

paraissent avoir voulu

insinuer que le principe, la loi divine de la

communauté contenue dans
l'un des mystères
ries,

l'inscription

,

était

révélés dans

ces thesmoplio-

qui étaient essentiellement une fête comet

mémorative des antiques
tions
1.

primitives

législa-

Il

s'y

rattachait

d'ailleurs
la

une foule

d'usages dont la liberté
dait

ou

licence s'accor-

parfaitement

avec les

doctrines

des

car-

pocratiens, et aucun autre symbole ne pouvait

mieux convenir au goat ni au but d'une
qui se
faisait

secte,

un devoir de

citer
les

constamment
autorités
,

pour

ses

téméraires
,

opinions

les
le

plus graves

les

plus imposantes. Épipliane

plus illustre des

membres de

cette

école

,

ne

parvint, sans doute, à se faire élever au rang des

dieux

et

honorer par un culte où

se

confon-

daient la magnificence et la volupté, qu'en ins-

1

(SticrfJioï,

siatuta^ saintes traditions.

CHAPITRE
liluant. à

IV.

297

Samé
ou

^

des mystères qui renouvelaient

ces antiques et primitives institutions

que

rêvait

son parti

,

qu'il

fît

rêver à ses partisans.

Les autres symboles que porte ce
paraissent

monument
qu il

moins remarquables

,

parce que Ton
les idées

entrevoit

moins leur rapport avec

proclame.

Entre l'inscription phénicienne

et

la

grec-

que

,

on trouve
,

trois

groupes

,

chacun de huit

points

avec

un neuvième plus gros qui en oc-

cupe

le centre.

A

la

fm de

linscription grecque
la

on

voit

un

serpent en périphérie se mordant

queue, ayant une figure ovale dans son centre.
Trois triangles, d'une variété étudiée
d'un fort point dans leur centre
tout.
,

et

marqués
le

terminent

Nous parlerons d'abord de

ces
se

triades.

Le
fré-

nombre
signe

trois

paraît

d'ailleurs

montrer

quemment, dans un
trop peu

sens quelconque, et

comme

de ponctuation
la

mais nous

connaissons

véritable

branche de gnosliques à

laquelle appartient ce

monument, pour pouvoir
si

indiquer le sens de cette mystique triade

pro-

1

Voyez

ci-tlcssus, p.

159.

,

298
diguée.

SECTION

II.

Le système de Pjthagore, qui

est

men-

tionné dans ces lignes

comme

l'un des auteurs
et

de

la loi

que
de

l'on
ses

y proclame,

qui a caché

une

partie

opinions dans
paraît seul

un langage
nous
le
les
offrir

emprunté aux nombres,
ici

quelque rayon de lumière. Suivant
tel

pythaécrits

goricisme,

qu'il

se trouvait
,

dans

d'Hermès Trismégiste

et tel qu'il fut
,

connu aux
unissant à
,

théosophes de ces temps
la
la

la

monade engendre
s'

dyade, qui donne

la

triade en

monade

'

ce
,

qui veut dire peut-être
qu'il

en

d'autres termes
et

n'existe
,

que
,

l'un

,

Dieu

ce qui n'est pas lui

le

monde

et ce qu'il

place,

pour un
,

certain temps,

entre lui et le

monde
treront

les

intelligences

qui émanent de lui

qui ne sont que ses idées réalisées, et qui ren-

un jour dans son
,

sein, le plérôme.
effet
,

Ces idées paraissent

en

se

rattacher

parfaitement au système de la
la
t(jo"lr}ç ,

communauté, de

et

convenir d'autant mieux à ce

mo-

nument

,

qu'elles
le

sont rendues plus ou moins
dernier des symboles que nous

clairement par

y remarquons,,
ayant

le serpent,

qui forme une sphère
centre.

un globe dans son

Ce serpent

est

1

Kiicher; Œdipus,

t.

III, p. SyS,

CHAPITRE
évidemment
le

IV.

299
l'emblème de
la

génie

0])his

,

sagesse divine,

Tame du monde,
seul

représenté par
seule

ce globe.

Un

monde, une

ame du

monde,
celle

la

sagesse de Dieu, une seule existence,

de Dieu- par conséquent communauté de
existe
,

tout ce qui

pour un

instant

,

hors du

sein de Dieu, telles sont les idées rendues par

ce symbole , qui est emprunté aux ophites

,

et

qui atteste

,

plus que toute autre chose

,

que

les

auteurs de ces

monumens ne

furent plus qu'un

informe débris de diverses

sectes.
,

Une seconde
dans
paraît
le

inscription grecque

découverte

même
la

pays

et

à la

même
le

époque, ne
le

avoir d'autre

but que
et

de confirmer

contenu de

première

de

recommander

par un plus grand nombre d'autorités.
a point encore
sens

On
:

n'en
le

donné de fac

sirnlle.

Voici

du

texte publié par
le

M. Gesenius
^

Simon
Christos

Cyrénaïcien

Thot, Saturne, Zo-

roastre^ Pythagorey Kpicure,
et

Masdaccs^ Jean y
,

nos chefs

les

Cyrénaïciens

nous

ont enseigné unanimement de maintenir
(antiques et primitives)
gression de ces
lois.
^

les lois

et

de combattre la trans-

1

L.1

TTctpciyo/uLict

qu'il

s'agit

de comballic

u'ci-l

aulrc

^OO
Ici le

SECTION

II.

nombre des auiorkés

est

incontestaest

blement plus grand; mais leur réunion
le syncrétisme le plus

bien

bizarre qu'ait jamais

pu
et

professer une école de théosophie. Épicure

Jésus-Christ, Pythagore et Masdacès

,

placés au

même
c'est là

rang

et

enseignant les

mêmes

doctrines;

une conception qui ne

se présente

qu'une

seule fois dans l'histoire.

Une

autorité

dont l'absence

se ferait

remar-

quer dans cette réunion, ce

serait celle

du

lé-

gislateur de l'Egypte, celle d'Osiris. C'est, sinon
la

plus

imposante

,

du moins

l'une des

plus

anciennes; aussi figure-t-elle sur ce

monument
le

d'une manière toute particuhère. Entre

nom

de Simon

et

les lettres kov^ccu {ocioç) se

trouve

une croix
se
lit

inscrite

dans une sphère

,

dans laquelle
d'Osiris,

très -distinctement le

nom

que
^

produisent aussi

d'autres

pierres
est

gnostiques.

La

lecture

de ce
,

nom

d'ailleurs
,

d'autant

moins douteuse
après, le

qu'on trouve

immédiatement
et

nom

de son conseiller
la

de son aide,
pierre
est

Thot
chose,

,

dont

mention

sur

cette

que

la législation

humaine sur

la distinction
^

des

propriétés, législation contraire à la loi de nature
est la loi
1

qui

de Dieu

!

Vojez nos planches.

CHAPITRE
l'une des

IV.

Soi
effet,

mieux

calculées.

En

non-seufe-

ment Hermès Trismégiste
possédait sous son
rôle

et les

volumes que l'on

nom

jouaient le plus grand

dans

les

doctrines

dominantes

de cette

époque; non -seulement Hermès devait figurer
dans
les listes

d'une secte qui s'appropriait les

sages de tous les siècles; mais

Hermès, premier

organe

et

révélateur

des mystères

du monde

intellectuel^, paraissait plus
tre sage à

propre qu'aucun auprétendue législation

recommander

la

primitive que proclame ce
ici
,

monument. Le

citer

c'était

persuader aux

générations à venir
toutes choses était
le

que

la sainte

communauté de
citer

la loi des

dieux mêmes, dont Tliot avait été
avec Saturne
,

premier messager. Le
le

dont Grec^

règne

,

l'âge

d'or

,

formait pour les

un peu
rait

crédules

un

objet de regrets éternels,

c'était faire

croire que sa belle législation pourâge.

ramener un jour cet heureux
,

En

effet,

Thot
tlion

suivant
étiiit
,

la

cosmogonie de
,

Sanchonia-

,

dans ses institutions

forgane de
^

Chronos, qui

est le Ttcclr}^ ocyvoù^oç
-

TEire su-

prême des
1

gnostiques.

Voyez ci-dessus,

p.

3o.
,

2 Eiisebu Prœparat. eçang.
loliky
t.

J,

(j,

lo. Creuzci\,

Sym»

Il, p. i4.

502

SECTION

II.

Ce qui peut surprendre,
Cjrénaïcien
,

c'est

que Simon

le

qui ne fut ni philosophe, ni théo-

sophe
la tête

,

ni chrétien, ni gnoslique, figure ici à

de tout ce quil y a de vénérable. L'igno-

rante audace des auteurs de ce

monument

peut

seule expliquer une circonstance aussi extraor-

dinaire

;

mais

elle l'explique

complètement

,

ainsi

que

la

croix chrétienne autour de laquelle se
le

trouve

nom

d'Osiris.
ici

Il

est
le

hors de doute
précurseur du

que l'on confond
gnosticisme avec
a porté la croix

Simon
la

Simon de

Cyrénaique, qui
cette confu-

du Sauveur. Que

sion soit

l'effet

de l'ignorance ou celui du cal,

cul

,

elle

est

hors de doute

puisque sans
figurer

elle

Simon
tête

n'aurait

aucun

titre

pour
les

à la

des

théosophes de tous

peuples.
,

On

serait

encore surpris de ce haut rang

malgré

cette confusion de
le

Simon porte-croix avec Simon
ne considérait que Simon,
avait

magicien,

si

l'on

aux yeux des gnostiques,

des titres bien

plus respectables que celui de passer pour

Tun

des premiers chefs

du gnosticisme
^ ,

:

il

était la

puissance suprême de Dieu

// était

Dieu

luile

même !
1

Il

était

apparu parmi

les Juifs

sous

Voirez ci-dessus^

t.

I; p. i94«

, , ,

CHAPITRE

IV.

5o5
la

nom

de Jésus - Christ

;

et
était

pour renverser
venu

puissance de Jéliovah,

il
il

auprès des Samaritains;

comme Père s'était -manifesté comme
Il avait
,

Pneuma

auprès des payens.

sans doute

dans l'hypothèse des auteurs de cette inscription
révélé partout la loi qu'ils professaient
;

sa pri-

mitive pensée, Hélène-Ennoia, l'avait

du moins ou
de

pratiquée autant qu'il le
C'est

fallait.
,

donc comme puissance suprême
l'un des plus grands
se

du moins comme
cette

envoyés
tète

de Dieu, que Simon
liste
,

trouve
,

à la

et

avant Osiris

l'un

des

derniers
le

dieux de

l'Ég^^pte.

La croix qui accompagne
concerne Simon

nom

d'Osirîs est, sans doute,

une allusion au
;

récit évangélique qui

peut-être

aussi la bizarre imagination des panthéistes car-

pocratiens a-t-elle conçu des rapports quelcon-

ques entre Simon

,

puissance suprême

,

et Osiris
la

divinité égyptienne, et par

conséquent entre

croix simple,

qui est

le

symbole du
était

christial'an-

nisme,

et celte

croix ansée, qui

pour

tique Egypte le

symbole de

la

vie divine.
,

Ce

qui peut choquer dans cette hypothèse

c'est

de ne pas trouver
crit

le

nom

de Jésus-Christ inset

immédiatement après celui de Simon
qui choque bien plus,

d'Osiris^ mais ce

c'est

,

^o/|.

SECTION
trouver dans

TI.

de

le

un rang quelconque.
,

Certes,

l'auteur de ces belles paroles

quiconque désire
adultère ,

la

femme du prochain
une autorité
la

,

commet un
pour
Il

n'est pas

à citer

le

principe

de
la
la

communauté

des femmes.

est vrai

que

première société chrétienne professa celui de

communauté

des biens

;

mais

elle

ne s'orga-

nisa sur ce pied qu'après la
et ce

mort du Sauveur;

premier exemple, donné dans Jérusalem,

ne

fut pas imité ailleurs.

Le théosophe Jean, qui
Jésus-Christ et au

se

trouve cité avant
sans doute,

même
,

titre, est,

à la fois
liste.

S.

Jean-Baptiste et S. Jean Tévangéle

Le premier

précurseur

du

Messie

était

vénéré par une secte qui paraît avoir été

assez considérable, et s'être confondue, en quel-

que sorte, avec

les sabiens, les

hémérobaplistes
l'affinité

ou
les

les

disciples de S. Jean,

dont

avec

gnostiques a été mise hors de doute par la

publication de leur code.
S. Jean-Baptiste

On

attribuait aussi à

quelques-uns de ces nombreux
la

écrits

dans lesquels

théosophie des premiers
ses

siècles

de notre ère déposait
,

mystiques spé-

culations

et
la

qu'elle citait

ensuite

comme
S.

des

sources de

plus pure

vérité.

Cependant

Jean

l'apôtre jouissait d'un crédit

non moins éminent

,,

CHAPITRE

TV.

5o5

auprès de plusieurs écoles gnostlques, qui découvraient dans son évangile
calypse tous les élémens,
la

et

dans son Apoet la

terminologie

symbolique de leurs croyances.
S.

Au

reste,

ni

Jean Tapôtre ni
cités sur

S.

Jean-Baptiste ne devaient
S.

être

ce

monument.
,

Jean - Baptiste
,

vivant en anachorète

S.

Jean Tapotre

parta-

geant sa fortune avec la mère du Sauveur, et
le

Sauveur

,

vivant

en

communauté de biens
disciples
,.

ou de
nauté

charités

avec

ses

pouvaient

être considérés
;

comme

amis de celte

commuétait

mais leur existence toute entière

comme

par anticipation, une protestation forla

melle contre
pocratienne.

seconde partie de

la

loi

car*

même, sans doute, de la vie de Pythagore, quon pouvait également appeler
Il

en

était

de

en témoignage pour
et

la

communauté

des biens,

de celle de Zoroastre, qui ne recommandait

aucune espèce de communauté. L'ombre d'Épicure elle-même
était

dans

le

cas de

réclamer

contre cette posthume proflination de ses sentimens.
et

Ce

sophisti([ue
,

syncréliste

en volupté

en vertu

tout en enseignant que les plai-

sirs

forment

le

bonheur, distinguait cerlaiuement
les autres

son amie Léonlium de toutes
-

femmes,

no

,

5o6

SECTIOIN
il

It.

comme
de tous

distinguait son jardin philosophique

les autres biens.

Le

seul Masdacès était

une

autorité pleine et

entière

pour ce débris de

secte, qui a légué

aux

siècles futurs ce

monument,

débris de son exis-

tence. Aussi n'est-ce

que pour entourer son

nom

du

respect des âges, qu'on
les

l'accompagne des
,

noms

plus vénérables. Mazdak
,

au rapport
i,

d'Abulféda

de Sharistani

et

d'Agathias
(

ensei-

gnait en Perse et sous les Sassanides

au temps

de Justinien

et

de Justin I)

la

communauté de
dogmes

toutes choses, à côté d'un mélange de

persans et

chrétiens

,

analogue au système de

son prédécesseur Manès. Si nous en croyons
Sharistani
il
,

le

but de ce nouveau prophète

,

car

s'arrogeait ce titre, était tout spirituel et tout
Il avait

mystique.

remarqué, ce qui certes

n'était

pas une nouveauté extraordinaire, que les fem-

mes
che

et les biens étaient
le

précisément ce qui

atta-

plus les âmes aux choses terrestres; ce

qui leur inspire le plus de passions d'un ordre
inférieur; ce qui les détourne le plus de la con-

templation des choses divines

et

de l'union in-

K
;?.

Yojcz Vococke

'

y
,

Spécimen
lih,

hisi.

Arab.

,

ed,

White

71, Agath.j

UisU

IF,

p, 58.

, ,

CHAPITRE
time avec
arracher à
le

IV.

507

principe des lumières.
objets
si

Pour

les

des

peu dignes de leur

amour,

il

proposa de mettre en
,

biens et les femmes
l'eau et le feu.

commun et les comme Iherbe comme
,
,

Si

,

d'un côté

cette disposition
le

se

recommandait
de
détruire

J3ar

son

efTet

plus direct
exclusifs

celui

des

attachemens

Mazdak

l'appuyait, d'un autre côté, sur

une con-

sidération puisée dans la

commune

origine des

hommes,

sur les sentimens de fraternité que se

devaient tous les

membres d'une même
ces

famille.

La réunion de tous
les

raisonnemens
d.e

,

puisés
,

uns jusque dans l'origine

l'Jiomme

les

autres dans ses intérêts temporels, d'autres en-

core dans ses intérêts spirituels

,

a

pu

séduire
à

un

assez

grand nombre de personnes,
les

une

époque où
d'autant

doctrines nouvelles se succédaient

plus

rapidement qu'elles étaient

plus

extravagantes, et dans

un pays où

il

n'y a qu'un

pas à faire de la pluralité à la généralité

des

femmes. Le roi de Perse, Cobadès, résolut de
le
faire faire

dans

son

royaume.

Il

ne pré-

voyait pas, sans doute, jusqu'où les principes

d'une

telle
,

fraternité
et
il

pouvaient
sa
Il

conduire

un

souverain

mit

puiifflUnce

au service

d'une théorie jaystiqu^

y

joignit le sacriiice

,

008

SECTION

II,

de son trône. Les grands de

sa

cour, plus clairla

voyans que

lui

,

et

plus honteux de
les autres

confusion

des rangs que de tous
résultaient

désordres qui
bases
,

de

la

subversion des

fondarévoltèfils

mentales de toute société humaine

se

rent contre leur maître et élevèrent son
sa place.

à

Masdacès fut tué avant que

les

âmes

qu'il prétendait

guérir se fussent détachées des
,

intérêts

de

la

terre

et

les

enfans nés dans la
attrila

perturbation des liaisons conjugales furent

bués

,

à

titre

d'esclaves

,

aux

époux dont
^

maison leur

avait servi de berceau.

Les derniers débris des carpocratiens ne virent

dans cette catastrophe que
corruption humaine.
Ils

le

triomphe de

la

gémirent sur cette non-

telle défaite de la loi de la nature, et

honorè-

rent Masdacès

comme

l'un des martyrs de leur

cause. C'est dans cette intention qu'ils

compo-

sèrent

ce

monument
vu
le

,

qui

est

une œuvre de

ténèbres sous tant de rapports, qu'il n'a peutêtre jamais

jour,

et

qui parait avoir été

i

D'Herbelot^ Bibliotb. orientale, au
t.

mot

MazdacJt.
Ilistor.

Kleuker, Zend-Açesia ,

II

,

p. 22. Agathias,
,

m. IV,

p. 58.

Tïîia»]^.

Z<?£/.

II, p. 567. Hjde,

De

Relig. veier. Pers., 5;

21,^.^89.

,

CHAPITRE

IV.

509

confié au sein de Ja terre dès son origine.
effet
,

En

on ne conçoit pas en quel

lieu

on
le

aurait

jamais

pu

le
,

produire? Puisqu'il porte
il

nom

de Masdacès

ne

saurait
ère.

être

antérieur au
cette

sixième siècle de notre
les

Or, à

époque,

gnostiques de toutes les écoles, et surtout

ceux

qui

prêchaient
à
se

de

pareilles

doctrines
tel

,

étaient réduits
qu'ils

cacher avec un

soin
leurs

n'auraient

pas même pu exposer
les

monumens dans
assemblées,
s'ils

lieux

consacrés

à

leurs
Ils

en avaient possédé encore.
circuler
leurs
écrits;
ils

pouvaient

faire

pou-

vaient, avec de continuels efforts de prudence,
se réunir secrètement
les pierres
et
il

dans leurs maisons; maiç

ne circulent pas

comme

des livres,

est

même

douteux que des familles entières

aient

pu

professer ces doctrines après le règne

persécuteur de Juslinicn.
Si le

monument mentionne
c'est

des chefs cyré-

naïciens, ce n'est

donc pas de docteurs encore
de
la
,

vivans

,

des fondateurs
;

secte qu'il
et

entend parler

c'est

de Carpocrate
élevé

surtout

de son

fils

Lpiphane,

au rang des dieux
et

par ses miracles théurgiques
tions qu'il y rallacliail.
S'il est

par

les institu-

_^
lliistoire

un phniomc^Siffiigeant dans

%.-•

^i

5lO

SECTION

II.

des hautes spéculalions de l'esprit humain, cest

de

les voir

descendre quelquefois tout à coup

aux

intérêts les plus vulgaires, après avoir longles

temps plané dans

régions les plus sublimes.

Telle a été la destinée de la gnose. Céleste dans

son origine de

,

elle

est toute terrestre vers la fin

sa carrière. Elle est

elle-même l'image
;

la

plus
finit

fidèle

de son mythe sur notre ame

elle

par se matérialiser dans sa chute, par s'attacher
à
la

terre

,

par

se

confondre avec
s'apercevoir

elle.

Elle

semble néanmoins
cette

elle-même de

décadence,

et elle

cherche alors à ennoles atta.

blir ses

attachemens par tout ce que
terrestres

chemens

ont de plus tendre, par un
religieux.

amour moitié profane, moitié
Les
gapeies.

§.

]

o. C'est

sous ce point de vue qu'elle se

monse re-

^^e

dans une association qui semble se rattacher

à quelque secte carpocratienne, quoiqu'elle

marque

sur

un

tout autre théâtre
,

:

j'entends la

société des

Agapkes formée en Espagne

vers

l'année 58o. Cette association (qu'il ne faut pas

confondre, malgré la ressemblance des noms, avec
les

Aoapetes orthodoxes,

c'est-à-dire les vierges

qui s'attachaient par piété aux ecclésiastiques les
plus célèbres

jmj^^'

dévotion

,

usage que défut

fendirent bientôt

les^in^les)

fondée par

•V

CHAPITRE

IV.

3ll

une Espagnole de distincllon, nommée Agapé,
sous l'influence

de

l'Égyptien

Marcus.

l\

Mempliis

,

et sans

doute élevé dans Alexandrie
,

ou dans

la

Cyrénaique

Marcus

,

qu'il

convient

de distinguer de plusieurs autres gnostiques du

même nom
années avant

^ ,

se

rendit

en

Espagne

quelques

les

rigueurs exercées dans sa patrie

par ordre de l'empereur Théodose. Si nous en

croyons Sulpice Sévère
les arts

,

il

était très-versé

dans

de

la

magie ou de

la

tliéurgie

de ces
prin-

temps,

et discij3le
il

de Manès^. D'après

les

cipes dont
celle-ci

fit

part à Agapé, et

pour
,

lesquels
et
,

gagna
.

le

rhéteur
,

Helpidius

plus

tard

,

le

célèbre Priscillien

sa doctrine était
et

un

singulier
ticisme.

mélange de manichéisme

de gnos-

Cependant

la

société fondée par Agapé

doit être distinguée de la secte qui tira son

nom
ail-

de

Priscillien

,

et

dont nous devons parler

leurs.

Agapé

paraît être restée en-deçà de beaupriscillianistes
,

coup d'opinions des

et

avoir

rendu en Espagne à son ami

INlarcus les

mê-

mes
à

services

que Marcelline

avait jadis
l'école

rendus

Rome

aux fondateurs de

carpocra-

1

Vojcz ci-dessus,
,

p.

iGSj
c.

t.

I, p. 4<^8.

2 Uislflr. sacr,

lib.

If,

4G.

,

5l3
tienne ^
C'est,

SECTION

II.

en général, une cluose
,

remar-

quable à

signaler
,

au
le

sujet

de
des

la

fondation

de

cette secte

que

rôle

femmes dans

l'histoire

du

gnosticisme. Hélène fut toute-puis;

sante

auprès de Simon Magus
,

la

femme de
,

Nicolaus
la cause

d'après

une

tradition

constante
;

fut

du schisme des

nicolaïtes

une

liaison

très-mystique dans son origine,
naire dans la suite,
lit

et le

plus ordi-

célèbre

école

;

dune Philoumène communiqua des
de Marcion

chef

révélations à Apelles

les

marcosiens

flattaient

avant

tout
;

,

les

femmes distinguées par leur

rang

c'est à

Flore que Ptolémée expose parti-

culièrement son système. Ce phénomène ne semble-t-il

pas réfuter une opinion assez généralel'incompatibilité des sentimens les

ment reçue sur
plus arides de

plus tendres du
1

cœur avec

les spéculations
il

les

intelligence? Sans doute

serait

facile d'attribuer le

phénomène que nous
;

signaet les

lons à une sensibilité tout-à-fait vulgaire
anciens auteurs ne se sont pas
et
fait

faute de termes
les

de jugemens peu honorables pour
les

femmes

célèbres dans

fastes

des

gnostiques; mais,

1

Iien?eus, éd. Grabe , p. loi. Cf.

Hieronjmus,

cité

en

cet endroit par Feuardent.

CHAPITRE
d'un côté, ces jugemens

IV.

5l5
termes rentrent

et ces

dans

la
et

classe générale
,

des inculpations de la
,

haine ,

d'un autre côté

le

même phénomène
les

se reproduit plus
la

ou moins dans
toute

annales de
C'est

société

chrétienne

entière.

par

l'influence des femmes que
établi et s'est

le cliristianisme s'est

propagé
,

le

plus rapidement dans
les

tous les pays
vrai
,

dans tous

temps

;

et

s'il

est

ce

qui semble résulter de cette observa-

tion, que plus les doctrines sont élevées, plus
le

sentiment qui

s'y

anime gagne en pureté

et

en

intensité, les faits

que nous venons de signaler
la gnosis.

tournent entièrement en faveur de
C'est

une remarque que

l'on

éprouve

le

be-

soin de constater à l'occasion des agapètes. Ce
fut le principe que tout est
et

pur pour

les

purs^

que l'ame humaine

,

parvenue à un certain

degré de dégagement du monde, ne peut plus
s'y

attacher

,

ne peut plus tomber
les

,

ce fut ce

sublime principe qui
ce

égara

^

j

ce fut

donc

même

principe

qui, depuis, a égaré tant

1

Hieronjni.j in Ejlstola GG ad Clesiphont. Cf. Sigo,

nlus

ad

Sul/ncii

Sderi

llisl.

sacr.
,

,

Ub.

Il, pag.

Gizî.

Isidorus Ilisp., J)e script, ecdts.
hœres.,
c.

c.

2. Augusliiuis,
c.

D(

70. Pliilastiius^

De

hœres.,

Gi, 84-

5l4

SECTION
,
.

II.

d'autres mystiques

tant d'autres enthousiastes

-,

ce ne fut nullement

un

vulgaire

sensualisme.

Sans doute ce sensualisme, ce déplorable oubli

de notre

céleste

nature, se

rencontre dans

le

gnosticisme,

comme
,

l'ombre se rencontre à côté

de

la

lumière

et

nous n'avons pas manqué de
partout

le livrer à la flétrissure

il

s'est

pré-

senté

1

;

mais
ce
fut

le

principe des agapètes fut tout
spiritualisme extatique
effets;

autre
sa

,

un

dans

source et funeste dans ses

mais ce

fut réellement le contraire
rialisme. Il est vrai

d'un grossier matési

que bientôt,
la secte

nous écou-

tons les accusateurs de

des agapètes,

on

y rompit

les liens

du mariage avec une

licence

sans bornes; mais la fondatrice de cette association n'est l'objet que de ces vagues accusations

que

l'histoire

doit rejeter,

si

elle

veut que ses

annales offrent quelque chose de pur et de sacré

aux

siècles futurs. 2

1

Voj. ci-dessus^ Carpocratiens , Cainites, Marcosîens,

etc.

2

On

reproche aux agapètes un culte d'amour

et des

unions nocturnes dont leur fondatrice doit avoir donné

Texemple; mais ce sont

là les reproches des Geise et des

Hiéroclès contre la société la plus pure qui ait jamais
existé,
celle

des chrétiens dans les siècles primitifs de

leur réunion.

CHAPITRE
Sans doute
ainsi des écoles
bli
les
il

IV.

3l5

est

irisie

de voir dégénérer
éta-

dont quelques chefs avaient

principes les plus purs el montré les
les

mœurs
près
,

plus sévères
les

;

mais
,

telle

est

à

peu
la

dans tous

siècles

la

marche de

nature humaine.

Du

sein

d'un

système rigou:

reux s'échappe une doctrine de mollesse
cure
et

Épi-

Aristippe furent les disciples de Socrate.

Si l'on voulait reprocher

aux écoles de Marles

cion, de

Basilide
,

et

de Valentin

doctrines

des carpocratiens
il

des judaïtes et des agapèles,
titre
,

faudrait

,

au

même

accuser Socrate des

principes professés par les cyniques, les épicuriens et les cyrénaïciens.
partie

Et

s'il

faut écarter la

pratique des systèmes et ne parler que

de leurs théories, n'avons-nous pas vu, de nos
jours, le panthéisme, «d'un coté, et Tidéalisme,

de

l'autre

,

placer

leurs

fantastiques

berceaux

jusques aux pieds de la chaire de Kant?

Au

reste,

le

gnosticisme peut avoir besoin

de ces considérations apologétiques dans quel-

ques-uns de

ses

débris
j

j

il

n'en a pas besoin
l'expression la plus

dans son ensemble

il

est

perfectionnée qui nous soit parvenue des opi-

nions

et

des tendances llicosophiques des six
titre
il

premiers siècles de notre ère; à ce

est

,

5l6 un
fait

SECTION
qui
,

II.

CHAPITRE

IV.
,

par sa seule existence

commande
dans
par-

nos respects
il

comme

notre examen. Si jamais
il

lui fallait

une apologie,

la présenterait

l'influence qu'il a exercée sur ses
tisans
,

nombreux

et

sur tout ce qui

,

en dehors de son

sein,

s'est

occupé, pendant sa durée, des inté-

rêts religieux et

moraux de
la

l'iiomme.

En

passant à l'examen de cette

influence,

nous n'avons
montrer

nullement
;

prétention

de

la

salutaire

nous ne

voulons que

la

constater. Les spéculations de la raison

humaine

forment
et la

la

base des destinées

du genre humain
mal
la

main d'un

homme

tiendrait

balance

de juge suprême pour apprécier ces destinées.

En

signalant des analogies entre la gnose et les

autres théories contemporaines, nous ne décide-

rons pas de quel côté fut«la puissance influente

;

nous ne voulons que
étendue
la
,

faire voir,

dans toute son

l'empire de certaines idées constituant

philosophie religieuse des siècles qui tou-

chent au berceau du christianisme.

Pûen
ce

n'est d'ailleurs plus
le

propre h

faire voir

qu'était

gnosticisme lui-même,

que de
les

montrer ce

qu'il fut

dans ses rapports avec

autres écoles de son temps.

TROISIÈME SECTION.
DE L'INFLUENCE QU'ONT EXERCÉE LES GNOSTIQUES
SUR LES AUTRES SECTES RELIGIEUSES ET PHILOSOPHIQUES DE LEURS TEMPS.

JLes gnostiques, dans leurs diverses écoles
leurs
diverses

et

tendances

,

se

sont

trouvés

en
les

rapport plus ou moins direct avec toutes
sectes célèbres de leurs

temps

:

sectes chrétiennes

judaïsantes ; sectes judaïques ; sectes orientales

amies du judaïsme ;

sectes orientales

ennemies

du judaïsme;
chées

sectes chrétiennes ascétiques^ atta-

aux

doctrines orientales ; sectes chrétiennes
cet ascétisme et sectes chrétiennes
,

ennemies de
rationalistes

adversaires de la
ils

théosophie de

r Orient. Enfin,

ont été en contact avec
les écoles

V Eglise orthodoxe comme avec
losophiques de la Grèce.
C'est sur ces rapports

phi-

que nous avons à
,

jeter

encore

notre

coup

d'œil

afin

d'apprécier le
;

gnosticisme

dans

toute

sa

puissance

mais la

simple
ler

liste

des partis dont nous aurons à par-

dans cette section de nos recherches, nous

fera voir

combien ce coup

d'œil devra être ra-

, y

5l8

SECTION HT.
les

pide; car ce sont les Ebloniles^
les

Nazaréens^
,

Elxaïtes

,

les
les

Dokèles

,

les
,

Encrai lies

les

Montanistes^
les

3Ianichéens
les

les PriscilUanisies

Samaritains^

Hypsilarii^ les
les

Mandait es

y

les Nicolaïtes^ les

Praxéates^

Alogi^

les ^S'a-

helliens

y

les

Ariens; ce sont

môme

quelques
ce sont

auteurs attachés à

P Eglise orthodoxe;

enfin les diverses 5^^to philosophiques des derniers

temps de la Grèce y qui forment

cette liste.

CHAPITRE PREMIER.
Rapports des Gnostiques
a^^ec des Sectes

chrétiennes judaïsantes.
Nazaréens
^^
,

§.

1.

Les premiers gnostiques étant sortis deS
.
-

ELionites.

i

kabbalistique de Palestme,

rangs de l'école judaïque d'Egypte et de l'école ^ ^ ^ t vi on conçoit quus aient
,
,
• •

entretenu des relations assez suivies avec leurs

anciens frères

,

qui avaient adopté ,
j

comme eux
par
le jula

le christianisme

mais qui

l'altéraient

daïsme,

comme
et le

ils l'alliaient

eux-mêmes avec
l'origine,

Kabbale

pliilonisme.

Dans

ces

sectes chrétiennes judaïsantes n'étaient guère des
sectes
j

c'étaient

des familles qui ne

saisissai^^nt

pas encore

le christianisme

dans toute sa pureté,

CHAPITRE
dans
toute
,

I.

Sig
de
la

son

indépendance

religion
;

mosaïque

dans tout
,

son
,

universalisme

qui

conservaient

par habitude

par défaut de lu-

mières, quelques opinions, quelques pratiques

de Tancienne alliance

;

mais qui ne rejetaient
la

d'abord ni n'altéraient aucune partie de
velle.

nou-

Ce ne
les

fut

qu'avec le temps

,

à

mesure

qu'on

combattit, que leur opposition devint
,

plus franche

qu'elles

se rendirent

plus indé-

pendantes, qu'elles se fortifièrent contre l'Église,
qui commençait à devenir dominante, par une
sorte d'alliance avec les autres sociétés dissidentes
et

par quelques doctrines spéciales, surtout par
opinions

des

empruntées aux brillantes écoles

des gnostiques. Telle fut la marche des ébionites et des nazaréens.

Les Nazaréens étaient
Ils

les

premiers chrétiens.
à leurs yeux et

tenaient ce

nom, honorable
bouche de
de leur
ils

injurieux dans la

leurs adversaires,

du

lieu

de

naissance

fondateur.

Ils

étaient Juifs

d'origine, et
ainsi

restèrent attachés
,

à leur

nom

qu'au judaïsme

lorsque les
les

payens d'Antioche, convertis par
adoptèrent
avec
S.

apôtres,

le
,

nom
les

de chrétiens^ en rejetant,

Paul

tout ce qui avait été typique et
institutions

transitoire

dans

de l'ancienne

Ù20

SECTION

III.

alliance. Ils conservaient

d'abord, avec
et les

les dog-*

mes des
frères

chrétiens, le
la

nom

sentimens de

de

même
,

foi.

Cependant, à partir du
considère

second
fraction

siècle

on
le

les

comme une
et
ils

dans

sein

du christianisme,

se distinguent déjà

par un évangile particulier.

Bientôt , à mesure que le gnosticisme se renforce

au milieu de
écoles,
ils

la société

chrétienne

et dresse ses

s'éloignent avec lui

du dogme de

la

majorité, et subissent toujours davantage une
influence étrangère.
Il

en fut de

tenaient
fut pas

même des Ebiomles, qui apparà la même famille chrétienne, si ce ne absolument la même secte. Ce qui est
,

au moins hors de doute
jamais de chef d'école
les

c'est

qu'ils

n'eurent

du nom àEbion; qu'on
et

nommait
les
Il

les

pauvres^ par injure,
épidiète

qu'ils

se firent de

cette

un terme de

gloire,

comme
injure.

nazaréens s'en faisaient
n'est

un d'une

autre
telle

pas impossible que dans

région de

la Palestine ce fut l'un, et

que dans
qui donazaréens

telle autre ce

fût l'autre de ces

noms

minât.
se

Au moins

les ébionites et les

confondaient souvent.

Ce qui prouve que bientôt
direction des

ils

suivirent la
le
fait

gnostiques

,

c'est

d'abord

,

CHAPITRE
déjà indiqué
,

I.

521

qu'ils

se firent

,

comme
,

eux

,

un

évangile particulier, et qu'ils rejetèrent tous les
autres.
gile

Les gnostiques préféraient
S.

les
S.
:

uns

l'évan,

de

Jean

,

les autres celui
S.

de

Luc

d'au-

tres

encore celui de

Matthieu

ils

suivirent

ce dernier exemple. Leur évangile ne fut pourtant pas celui de
S.

Matthieu

tel

que nous
les
la

l'a-

vons; ce fut une compilation dont
taires

commen-

de ce biographe formaient
les détails
les

base, mais

dont
dans

en différaient,

et

qu'on désignait,
le

premiers siècles, sous

nom
des

à' évan-

gile des

Hébreux
Il était

y

c'est-à-dire,
fait

chrétiens

judaïsans ^
tres, et

au

nom

des douze apô-

renfermait quelques traditions et quel-

ques discours

qui s'étaient conservés dans

la

Palestine plus directement qu'ailleurs.

Les citations de quelques anciens, qui ne
cordent guère
giles
,

s'ac-

pour

la

phrase

,

avec nos évan-

canoniques, paraissent

tirées

de celui des
la Pales^

Hébreux. Justin martyr, originaire de
tine
,

semble n'en

avoir pas connu

d'autre.

1

Euseb.

,

llist. sq.
y

ecchs,

,

lib.

III y

c.

27.

Epiphanius,
ylilçers.

p, 123,

126
,

lôj sq., 4o.
y

lïici 011^

nuis,

Pe-

lagianos

lih.

III

c.

1.

2 Strolh, daiisEicliliorn, Keperlorium fur hihlische Litt.

I,

V.

10. il cil est

tic

lucnie de Papias et de S. Ignace.

2

21

522

i>ECTION

IIJ.

Les ébionites ont, sans doute, arrangé cet
évangile à leur usage à mesure qu'ils s'éloignaient

des nazaréens.

S.

Épiphane nous a conservé un
nouvelle

fragment de

cette

compilation ^
il

Ce

document

est

pour nous
les

fort curieux;

conla vie
le

cerne précisément

deux événemens de
les

de Jésus- Christ que

gnostiques citaient

plus en faveur de leurs hypothèses, l'arrivée à

Caphernaûm,

qu'ils

considéraient

comme une
monde,
et

entrée subite et inattendue dans le
le
le

baptême au Jourdain, qui

était, à leurs

yeux,

moment
Cérinthe

de l'union du Christos céleste avec

l'homme

Jésus.
et

Carpocrate, qui se servaient aussi
la

de l'évangile des Hébreux, dérivaient de

généa-

logie qui s'y trouvait, la preuve que Jésus était
d'origine

purement humaine. Les ébionites
,

,

au

contraire

plus fidèles à l'exemple d'autres gnos-

1

Epiphan., Hœres.

^

5o,

n.

i5. Stroth

en a réuni un
il

assez

grand nombre,

tirés

de Justin martjr; mais

concelui

sidère l'évangile des

Hébreux comme identique avec

des ébionites. Grotius et Grabe ont déjà établi cette identité,

que depuis on a tour à tour attaquée
, t.

et

défendue.

Voj. Fabricius, Codex pseud-epigr.
Entstehung
,

II, p. 552. GieseJer,

etc*

,

der schrifllichen

Eçangelien

;

Leipz.

,

i8i8,

;;.

8.

CHAPJTRE

I.

525

liques, retranchaient toute cette généalogie, quoiqu'ils professassent
ils

le

même dogme. En
le

effet,
fils

prenaient le Sauveur pour
et

simple
les

de

Joseph

de Marie

,

tandis

que
les

nazaréens

demeurèrent d'accord avec
la

orthodoxes sur

céleste origine

de Jésus-Christ.
confondaient encore
le

Les uns
dans leurs

et les autres se

jugemens sur
S.

chef du christia-

nisme pur, sur

Paul. Ils le récusaient
,

comme
payens
chris^

un

apostat de la loi mosaïque
,

l'unique porte
,

par laquelle

suivant les ébionites
le

les

pouvaient pénétrer dans
tianisme,
et

sanctuaire
les

du

qui, d'après
suivre

nazaréens, devait
les

au moins
d'Israël. Ils

se

par tous

descendans
les

rejetaient

par conséquent toutes

épîtres
écrites

de

S.

Paul

elles n'étaient pas, disaient-ils,

pour eux

;

elles étaient publiées

dans une

langue qui leur
Ici
ils
,

était étrangère.

différaient
le

essentiellement des gnosti-

ques
à
S.

dont

plus grand
à

nombre

s'attachaient

Paul

comme

un docteur

anti-judaïsant,

quoiqu'ils estimassent infiniment plus leurs traditions secrètes

que tous
Paul

ses ouvrages.

Tout en
,

combattant

S.

comme
les

anti-judaisant

les

nazaréens rejetèrent

traditions

postérieures
,

du judaïsme

,

et

les

ébionites

préférèrent

de

,

S^/j-

SECTION

III.

même,
niens.

à ces arides spéculations

sur

la

loi, les

mystérieuses

observances des
et

ascétiques
s'attachaient

essé,

Les uns

les

autres

de

toute la puissance de leurs préjugés héréditaires,

aux antiques espérances de l'empire millénaire

du Messie
les Juifs,

,

au chiliasme

,

que combattaient

la

plupart des gnostiques, et qu'espéraient^ avec

quelques-uns des principaux docteurs

de

la primitive Église.

Avec

le

commencement

de ce règne, une nouvelle Jérusalem, bâtie en
or et en pierres fines, devait, selon ce beau
rêve , descendre des cieux sur la terre. La nation
d'Israël,

abandonnée, dégradée à cause de son
le Christ
,

mépris pour
lui,
il

étant relevée enfin par

viendrait régner sur elle dans Jérusalem,

en

rétablir le

temple dans toute

sa

magnificence,

y

célébrer le culte mosaïque dans toute sa splenet la

deur,

rappeler elle-même de tous les pays

de

la

dispersion.

Les

peuples

,

condamnés

à

n'être plus

que

les

esclaves des vrais Israélites,

viendraient en toute humilité à la rencontre de
leurs dominateurs
,

ramenés sur des chevaux
'

des chars

,

des litières et des dromadaires

;

ils

leur offriraient des

chameaux chargés

d'or de

1

hàicp

cil.

66,

V.

20.

,

CHAPITRE
Midian
victimes
et
,

I.

325
,

d'encens

de Saba

de dons
,

et

de
les

rassemblés de toutes parts

pour

offrandes et les sacrifices

du

temple. Les portes

de Jérusalem ne

se fermeraient plus ni

jour ni

nuit, afin de laisser entrer tous ces trésors; et
bientôt
il

y régnerait une
remplaceraient
,

telle richesse

,

que

l'or

et l'argent

le fer et le

cuivre; au

lieu de travail

des plaisirs continuels , des fêtes
Il

des

banquets.

n'est

pas

jusqu'aux animaux

féroces qui ne déposeront leurs sanguinaires ha-

bitudes

:

le

loup

et l'agneau paîtront côte à côte.

Telles étaient les espérances,

giques, mais réelles, de tous
foi et

non pas typololes Juifs de bonne

de tous
siècles.

les

chrétiens

judaïsans des pre-

miers
nites

C'étaient surtout celles des ébio-

et

des

nazaréens

;

et

ici

ils

s'éloignaient

bien, et se plaçaient bien au-dessous des gnostiques
,

qui combattaient le
qu'ils

chiliasme par

un

spiritualisme

auraient

pu recommander
eux-mêmes
nazaréens

avec orgueil à leurs adversaires de toutes les
classes,
s'il

ne

les

avait

conduits

dans

les rets

du panthéisme.
,

En
tenait

général

les

ébionites

et

les

s'éloignaient

des

gnostiques dans tout ce qui
Ils

au judaïsme.

admettaient connue
recueil

un

code de révélation

le

entier de l'ancien

,

'20

SECTION
;

II

Testament

ils

en
ils

adoptaient

l'angélologie

et

l'anthropogonie ;
l'éonogonie
et

rejetaient, par

conséquent,
gnostiques.
à l'époque

l'anthropologie des

Cependant dans leurs derniers temps,
de
la

fusion des sectes, les ébionites se rapprola

chèrent de

gnose en
judaïsante
,

se liant avec

une

troi,

sième

secte

celle

des

elxaites

la

plus gnostique de toutes.
ElxaYtes.

§. 2.

Elxai, chrétien judaisant, se forma
1,

un

parti sous le règne de Trajan
S.

si

nous en croyons
tard
5
,

Épiphane

;

ou un peu plus
2

si

nous
les

préférons l'opinion d'Origène

dans tous

cas, à l'ëpoque de ces grandes agitations spéculatives qui produisirent tant d'autres écoles. ^

1

Epiphan., Hœres., 2^,
yipud Euseh. Hist.
II

c.

1.

2

eccles,,

VI,

c.

38.

3

est

probable qu'Elxaï n'a

fait

que

recueillir les

débris de l'école de Thébuthis, cbrétien judaisant,
avait

qui

fondé une petite secte
t.

judaïco- gnostique. Vojez

Routb, Reliquîœ sacrœ,
quelquefois sur la

I, p. 199. Thébuthis est placé

même
et

ligne

que Siméon
,

,

Cléobius

Dosithéus, Gorthéus

Masbothéus

qui avaient été les

cbefs de quelques sectes dont les débris se sont confondus

avec celles des gnostiques. Vojez ci-dessus,

t.

I, p. 218.

Thébuthis, qui avait aspiré à Tépiscopat, parait avoir conservé plus d'attachement
S'ans

pour

le

christianisme, et EIxaï n'a
parti expirant.

doute

fait

que ranimer son

,

CHAPITRE

I.

527
il

Comme
jeta

la

plupart des chefs gnosiiques,

re-

une
,

partie

du nouveau Testament
eux
,

;

il

dis-

tingua

comme

deux Christos
le
,

,

et professa

avec quelques-uns d'entre eux,

principe
,

si

choquant pour
persécution
le
,

les

orthodoxes
renier

que

dans

la

on pouvait

extérieurement
C'était sans

Christ, sans le
le

renier de

cœur.

doute
les

Christ inférieur,

l'homme Jésus, que

elxaites
si

croyaient
arbitraire
;

pouvoir professer d'une
tandis qu'ils
s'attachaient
le

manière
et

qu'ils

vénéraient

tout

autrement

Christ

céleste, le

Pneuma, qui

s'était

communiqué au
avaient des livres
était

Sauveur lors du baptême au Jourdain.
Ainsi que les gnostiques
,

ils

apocryphes.

Un

volume, qui leur
le

tombé
à

du

ciel,

procurait

pardon des péchés

ceux

qui y ajoutaient

foi.

Ce pardon
:

était
le

supérieur

à celui de la religion de Jésus

volume ren-

fermait sans doute la foi
la

du Christ supérieur,

gnosis, la science des initiés, qui déliait ces

pneumatiques
gémit
la

des

peccadilles

sous
^

lesquelles

conscience du vulgaire.

Les elxaites adoptèrent aussi

les

sept esprits

que

le

gnosticisme avait empruntés aux dogmes

1

Eusebii Historia écries., VI, 58,

528
de
la

.

SECTIOJV
et

III.

Perse

de l'Égjpte, à

la
ils

théogonie sidérale
modifièrent cette

de toute l'antiquité
théorie
:

mais

elle est

chez eux toute mystique. Leurs
le ciel ^

génies se

nommaient

Veau, V esprit,

les

sainls anges de la prière^ Xhuile^ le sel et la terre.
L'esprit, les anges de la prière, lliuile et le sel,

appartiennent à un ordre de choses spirituel

:

\ esprit ou
les

le

pneuma

est

un don du plérôme;
en rapport avec
le

anges mettent

Thomme

plérome, en y portant ses prières; l'huile et le sel sont les emblèmes de la communication du

pneuma. Quant aux génies du
de
la

ciel,

de \eau

et

terre,

ils

appartiennent à
:

un

tout autre

ordre de choses

ce sont des puissances cosd'ailleurs, faute

mogoniques. Nous ignorons

de

monumens,
ces

quels partis les elxaites tiraient de
;

théories

nous savons seulement

qu'elles

eurent une grande influence sur celles des ébio^
nites.

Quelques-uns de ces derniers en adoptèrent

l'idée

que Jésus-Christ

n'était
l'esprit

autre

qu'Adam,

émanation primitive de
de
la

de Dieu, type
reet

race pneumatique

du genre humain,

paraissant de temps à autre dans le

monde
la le

,

y

venant, pour

la dernière fois,

dans

personne
Christos

du

Messie.
le

D'autres

considéraient

comme

pneuma que l'homme

Jésus avait reçu

CHAPITRE
au

I.

329
gnos-

baptême

,

ce

qui

était

absolument

tique.

Comme

toutes

les

sectes

,

les

sectes

judaï-

santes modifièrent sans cesse leurs doctrines et
se distinguèrent en

diverses branches. Par con,

séquent
S.

,

S.

Irénée
et
S.

Justin

martyr

,

Origène

,

Épiphane

Jérôme ne peuvent que

dif-

férer les

uns des autres dans

les tableaux qu'ils

en tracèrent à diverses époques. Cependant nous

avons mieux que des tableaux de

cette

école

5

nous en avons un monument des plus curieux
les

:

Clémentines

^

ou

les
S.

œuvres apocryphes

attri-

buées vulgairement à
celles d'un ébionite

Clément de Rome, sont
^

de ce genre.

1

Vojez particulièrement
il

les

homélies

III et VIII.

IVa-

près cet écrivain,

n'existe

qu'une seule religion, qui fut

primitive
blit

;

qu'altéra le principe

du mal
s'allia

-,

que Moïse

réta-

dans sa première pureté; qui

de nouveau avec

des erreurs dont Jésus-Christ vint la dégager. Le
et
le

mosaïsme
dirait
le

christianisme purs sont identiques.

On
,

les

Druses, un reste de ces ébionites précipités dans

ma,

hométisme.
Moïse
,

Ils

reconnaissent
,

Adam
et
ils

,

Noé

Abraham
les

Jésus-Christ
la

Mahomet

Saïd

comme
\v

or-

ganes de

même

théosophie;

pensent que

même

pneuma
p.

les habitait

tour à tour. Adicr,

Muséum

cuficum,

i4i. Ainsi que
ils

les

théosophcs des premiers siècles de
leur croyance

notre ère,

regardent

comme une

doc-

, , ,

350

SECTION

III,

Les doctrines judaïques

s'étaient
,

gravées

si

profondément dans
dans l'Egypte
et

les esprits
la

et s'étaient alliées
,

dans

Palestine

si

étroite-

ment avec

les

premiers élémens du gnosticisme,
être surpris

que nous ne saurions

de

les

voir

surgir sous plusieurs formes

du

sein de l'Église

chrétienne, et se mélanger plus ou moins avec
les

mystères de

la

gnose.

Outre

les sectes des
,

elxaïtes , des ébionites et des nazaréens

les

pre-

miers siècles nous offrent encore une association
,

ou du moins une
une gnosis;
ils

hérésie

,

qui paraît

trine de mjslère,

se distinguent

en divers
la

grades, et possèdent des évangiles particuliers,

comme

plupart des gnostiques;
foi
;

ils

renient extérieurement leur
,

tout ce qui est caché est innocent

et leur

licence

dépasse celle des caïnites et des carpocratiens. Leur pneu-

matologie rappelle aussi très-souvent celle des gnostiques.
Les cinq
grandes
puissances d'Hackeni
,

leur divinité

sont Gabriel, Michaïl, Israphil, Israïel et Matterum.

Dans

le

catéchisme des Druses, publié par M. Eichhorn
bihl.

[Repertorium fur
réens sont cités

Liiter.

,

XII,

p.

159),
de

les

naza-

comme une

secte détachée

celle des

Druses par Nazari. Sans doute ce n'est pas des anciens
nazaréens, pères des ébionites, que cela s'entend; mais

d'une secte

musulmane plus moderne,

des riousaïri. Cf.

Burckardt, Reisen in Syrien y p. 327
Kirchenh. Archiç, II y 307.

sy., 523.

Stœudlin

Rœhr,

Kritische Bibliotheky

Th, Vlly

St. 2.

,

'1^

CHAPITRE

I.

35l

avoir subi également l'influence
celle

du judaïsme
des dokètes.

et

du gnosticisme

:

c'est celle

§. 5.

Les Dokètes, ainsi que nous l'avons vu en
les

Dokètes.

recherchant
sont
aussi

premières traces du gnosticisme,

anciens
la

que

les

gnostiques.

Leur

opinion sur

nature humaine de Jésus-Christ
,

forme , d'un côté
constans de
la

l'un des caractères
,

les

plus

gnose

et

,

d'un autre côté , se

rattache étroitement à la pneumatologie adoptée

par

les

Juifs

depuis

l'exil.

Suivant cette

doc-

trine, les intelligences

du monde supérieur sont

trop pures

et

trop ennemies de la matière pour

jamais s'y unir en paraissant parmi les
ils

hommesapparence

ne prennent donc qu'une
coi'ps

illusoire

de

humain. Jésus-Christ, intelligence du
,

premier ordre n'avait pas pu déroger à ce principe
,

et

,

aux yeux des dokètes
confondre
,

,

c'était l'avilir

que de
loppe
,

le

même pour
C'était

son envepiété

avec

la matière.

donc par

par vénération pour l'auteur des doctrines nouvelles,

que raisonnaient
,

les

dokètes; mais,
,

du
le

côté opposé

c'était
,

pour un dogme
Vincarnation
Dès-lors
,

pour

dogme fondamental
abjuration

que comfallut

battaient les orthodoxes.

il

une

ou une

scission.

Les dokètes étaient

loin de vouloir l'une

ou

l'aulre.

Cependant, de-

,

552
puis

SECTION
que
S.

III.

Paul

et

S.

Jean
ils

les

signalaient

comme
de
se

de faux docteurs,

se

virent obligés
se

renier

eux-mêmes

,

ou de

former un
,

parti indépendant.

Pendant quelque temps
et
,

les

écoles

de Simon branches

de Ménandre
paraissent

,

avec leurs
offert

diverses

avoir

un

refuge à quelques-uns d'entre eux; d'autres en-

core s'attachaient
nautés
enfin
,

aux chrétiens

des

commu^ ;

d'Antioche
vers
à
le

ou

de

Jérusalem

mais
,

milieu

du deuxième

siècle

à

l'époque

laquelle

surgirent
,

tout à coup les

grandes écoles
rent aussi une

gnostiques

les

dokètes formè-

secte particulière.

A

cette

épochefs.

que

,

Cassien et Marcien se

firent leurs

Plus tard on considéra ces deux docteurs
leurs fondateurs
2.

comme

Le dokétisme
;

était

incontes-

tablement plus ancien
avec
S.

mais on peut croire
,

Clément d'Alexandrie

que

les

dokètes

ne formaient pas de secte particulière auparavant.

Théodoret indique
,

fort

bien

leur

âge

véritable

en

les

plaçant à la tête de tous les

1

Types des chrétiens judàîsans

et des chrétiens unis^er"

solistes.

2

Clemens Alexandr., Strom., III,

p. i3.

CHAPITRE

I.

555

hérétiques, et en réfutant leur doctrine

comme

une hérésie mère.
Les dokètes ne jouèrent cependant qu'un rôle
secondaire, imperceptible
raissent s'être

comme

secte.

Ils

pa-

perdus bientôt dans

les

rangs des

orthodoxes ou dans ceux des gnostiques.

Quant aux premiers
les

,

ils

en différaient sur
,

dogmes

les

plus fondamentaux

l'incarna-

tion, la

mort
la

réelle, l'expiation

de

la

chute

et

du péché,
corps.

rédemption

et la

résurrection des

Ces différences étaient trop fortes pour
fusion.
Il

faciliter la

en

était

de

même

de quel-

ques sectes gnostiques. Quoiqu'ils adoptassent,

comme eux une
,

simple apparition phénoménale
qu'ils

de Christos

,

et

se

fussent
^ ,

fait

,

comme
parta-

eux

,

un

évangile apocryphe

ils

n'en

geaient pas les doctrines les
les spéculations

plus essentielles,

sur le plérôme et ses éons. Ils
se

ne purent donc

réunir avec la plupart des

gnosliques qu'en devenant infidèles à leur école.

De
qu'ils

toutes les branches de la gnose, celle des
offrait
,

marcionites leur

seule

,

cette simplicité
c'est

aimaient dans leurs dogmes, et

avec

i

Celui de S. Pierre. Euseb.

,

VI,

c

i^,

/

,

534

SECTIOJN

111.

les marcionites qu'ils paraissent s'être

confondus
^

avant de devenir l'objet des persécutions.

Les tendances judaïques ont
dans
le

ainsi

produit

sein

du

christianisme
la

deux théories

entièrement opposées sur
Christ; l'une, sur

nature de Jésus-

son origine purement hul'autre, sur

maine, V ébionitisme ;

son apparition

purement divine ou pneumatique, le dokétisme : Tune et l'autre se retrouvent dans les diverses
sectes

des

gnostiques.

Plus

on examine
la

les

opinions des premiers siècles, plus

gnosis

y

apparaît

comme

philosophie dominante. Sem-

blable à ces téméraires spéculateurs qui, dénués

de fortune par eux-mêmes, savent s'approprier,
par d'adroits emprunts
,

celle

qui dort entre
;

les

mains de mortels plus heureux
enrichis

et
,

bientôt

par

d'habiles

combinaisons
les

versent

des flots
leurs

de trésors sur toutes
,

classes

de

concitoyens

les

gnostiques dépouillent

d'abord l'antiquité toute entière, et ensuite ré-

pandent d'immenses richesses sur leurs timides
contemporains.
,

1

J. E.

Ch. Schmidt, Kirchengeschichte ,

t.

I, p. i58.
p.

Cf. Cf.

Beausobre, Histoire du manichéisme, I,
Agath. Niemejer,

Syy.

De

Docetis, comment., p. 44-

CHAPITRE
Pour
la

II.

555

les sectes
la

que nous venons de parcourir,
gnose ne s'aperçoit guère que
de leurs doctrines
;

puissance de
la

dans

partie

spéculative
la

d'autres

nous montrent
Là,
la

même
;

influence dans

la partie pratique.

c'est

plutôt la gnose
ici
,

du

Zend-Avesta

et

de

Kabbale

c'est la

gnose

des esséniens et des thérapeutes.

CHAPITRE

II.

Influence des Gnostiques sur les sectes
ascétiques y particulièrement sur les

Encratites et
La gnosis
élément,
est

les

Montanistes.

en elle-même peu pratique. Son
spéculation, la science mystéc'est

c'est la

rieuse; son
ligences, le
qu'elle

domaine,

le

monde

des intellà

monde du

plérôme. Ce n'est que

aime à

se trouver, et qu'elle
il

peut se
faut

moubriser
;

voir sans contrainte. Cependant
nir;
les
il

y parve-

faut

donc

s'y élever;

il

faut

donc

chaînes qui nous attachent à la matière

il

faut combattre les sens,
tière,

organes de cette mail

comme

des imposteurs et des traîtres;

faut enfin se

dégager, autant que possible, de
C'est

leur

grossière domination.

dans ce sens

, ,

556
que
la

SECTION

III.

gnosis devient pratique, et qu'elle devient
ascétique.
C'est

même
Platon
la

aussi dans ce

sens

que

l'avaient été la doctrine
et celle

de Zoroastre, celle de

de Philon, qui avaient préparé

gnose.

L'ascétisme

se

montre donc dans
dans
les
Il

l'origine

historique
diates

comme

conséquences immévrai

du

gnosticisme.

est

que plusieurs

sectes gnostiques

ont secoué ce joug avec licence.
la

Les premiers chefs du gnosticisme de
les

Judée,
les

Simon
;

et

les

Ménandre

,

ont méprisé
,

pratiques

quelques docteurs de l'Egypte
les

Car-

pocrate

et
,

fondateurs des divers partis de

son école

ont su ériger l'immoralité en sys-

tème

;

et

,

en général
l'élément

,

la

gnose égyptienne
lerudite

dominée par
Alexandrie
rigueurs
,

spéculatif de

s'est

peu engagée dans
5

les pieuses

des

ascètes

la

Syrie

,

au contraire

plus ennemie de la spéculation, plus amie

du

mysticisme

de

la
Il

Perse

,

fut

ascétique jusque
la

dans sa gnose. Les encratites
et les
,

en fut autant de

Phrygie.
Syrie
,

qui appartiennent
j

à la

montanistes
jouent
,

qui appartiennent à la Phryla

gie

,

de

sorte

,

dans

le

christia-

nisme des premiers
les

siècles, le

même

rôle

que

thérapeutes de l'Egypte et les esséniens de

,

CHAPITRE
la Palestine avaient

II.

557
le

joué dans

judaïsme expiPJiilon

rant

j

et

c'est

ainsi

que de

l'ascétique

d'Alexandrie, admirateur passionné
s'étend imperceptiblement

du judaïsme,
interet

une chaîne non

rompue de
versaire
daisé.
§.
1.

rigides

contempteurs des sens

de

leurs voluptés jusqu'à l'ascétique Marcion, l'adle

plus

constant

du christianisme

ju-

Les principes des encratites (coniinens)
,

Encratites.

sont antérieurs au second siècle de notre ère
et leur école s'est partagée et

disséminée en di-

verses branches.

Cependant on voit dans l'un
la

des plus célèbres docteurs de

Syrie

,

dans

Tatien, non-seulement leur chef le plus vénéré,

mais encore leur

plus

fidèle

représentant.
la

Il

nous

offre

encore à nous-mêmes

véritable

image de

son

temps.

Toutes

les

tendances

toutes les fluctuations, tout le syncrétisme des

premiers siècles, apparaissent dans ce théosophe,
Tatien, né en Mésopotamie, vers
le

milieu

du second
pour

siècle

,

brûlait

du plus pur amour
religion

la science

que

l'on plaçait alors au-dessus

de toute autre,

celle

de
Il

la

ou de

la

philosophie religieuse.

étudia celle des Grecs;
il

mais, à côté des théoiies,
et

observa

les cultes
il

surtout
^

les

mystères

des

régions qu

par-

22

558

SECTION

III.

courait dans le seul but de s'instruire. Sa curiosité
n'était

point
il

satisfaite

,

mais
,

elle

était

lassée

,

quand

arriva

à

Rome

où venaient
,

affluer alors les

théosophes de l'Egypte
,

de

la

Syrie et de l'Asie mineure

comme

les sophistes

de

la

Grèce.

Il

y connut
les

les

ouvrages des chréfut

tiens, et

en adopta
il

idées. S. Justin

son

maître, et

seconda pieusement cet ancien ami
sa

du platonisme dans
le

fameuse discussion avec
C'était faire
,

philosophe Crescens.

preuve de

pureté de doctrine.
ce martyr
,

Cependant
ville

à la

mort de
,

il

quitta la

de

Rome

une

vingtaine d'années après l'expulsion de Valentin
et

de Marcion du sein de l'Église orthodoxe.

L'exemple de ces

hommes
,

,

dont quelques anplus encore

ciens le disent partisan
sa conscience
,

et peut-être

lui conseillaient ce parti. Il était
foi
,

chrétien de

bonne

;

mais

la

puissance qui

dominait son temps

cette

théosophie gréco-

orientale, qui n'est autre chose

que

le gnosti-

cisme des chrétiens, le dominait
lui
,

comme

malgré

et

il

éprouvait le besoin de se trouver dans
et

ce pays

où Saturnin

Bardesanes l'enseignaient
leur eût ôtée.

avec une liberté que
Arrivé en Syrie,
il

l'Italie

professa aussitôt ses doctri-

nes avec une distinction à la laquelle ses enne-

,

CHAPITRE

IT.

359

mis eux-mêmes voulurent bien accorder une
éclatante justice. critiques
,

Selon l'opinion unanime des

il

a

composé encore en
n'y a

Italie

son

célèbre discours aux Grecs, le seul de ses écrits

qui nous

soit resté.
avis.

Il

aucun motif de

combattre cet
déjà des

Cependant cet ouvrage porte
ses

traces

remarquables de
réfutant
les

opinions

gnostiques.

Tout en
il

philosophes

de

la

Grèce,

se

montre leur

élève. Ses idées
fils

sur l'union entre Dieu le père et Dieu le

sont moitié platoniciennes, moitié orientales, et
la théorie

de l'émanation

est la base
*

de tous ses

raisonnemens sur ce grand dogme.

Son gnosticisme perça bien plus encore dans
son évangile. Ainsi que
gnose,
il

les

autres chefs

de

la

s'arrangea

un

évangile spécial. La plu-

part des gnostiques avaient

donné

la

préférence

à

l'un

des

quatre évangiles

canoniques ou à

quelque relation apocryphe; Tatien se composa

un code
le
titre

avec les quatre grandes relations, sous

^Harmonie

des évangiles. Cet écrit

est

perdu pour nous; mais nous savons, par Tiiéo-

1

Tatiani
c.

ratio
et

ad Grœcos.
V,
c.

Cf.

Eusehii Hist.

eccles.

IV,

iG
c.

29

;

i3.

Hitfronjmi CataJ.
,

script.

illust» ,

29. Epiphanii Hœres.

46.

,

54o

SECTION

III.

doret, que Tatien y procédait à peu près
avait

comme

procédé Marcion.

Il

retrancha les tables

généalogiques du Sauveur et tous les passages


vid

Jésus-Christ portait le titre de
1.

fils

de Da-

La Syrie
de
fit

accueillit cette

composition avec
Tatien traita les
liberté.
est

de grands applaudissemens,
écrits
Il

et

S.

Paul avec

la

même
il

ensuite

un
,

traité des

animaux, qui
est

également perdu

mais dont

hors de doute
zoologie.
Il

que ce ne

fut pas

un ouvrage de
ou même
naturelle
à
5.

a

du

se rattacher bien plus à la
^
,

métempsy chose
la

à l'anthropologie
logie, qu'à
aussi

pneumato-

l'histoire

Tatien publia

un ouvrage
,

particulier sur la

pneumato,

logie

et

un

traité

de la perfection

dont

la

perte doit être regrettée d'autant plus, que nous

trouverions indubitablement

,

dans l'un

et l'autre

de ces

écrits

,

de véritables questions gnostiques. 4
sans doute aussi Tatien se ren-

Nous verrions

1

Vojez

ci-dessus Févangile de

Marcion,

t.

1, p. 36 1.

2 Vojez

ci-dessus les Basilidiens , p. &'],
les Ophites , p.
c.

3 Vojez ci-dessus

24o.

4 Tatiani Orat. ad Grœcos ,
Alex.,
c,

2^, 26, 62. Clemens
V,

Sirom.,

III, p, 547.

Eusebii Hist. eccîes.,

i3.

,

CHAPITRE

II.

341'

contrer plus d'une fois avec Marcion dans ges
questions bibliques^
s'il

s'en était

conservé quel-

que fragment.
Si les écrits les plus curieux de

Ta tien manS.

quent à notre âge de
S.
S.

,

les

rapports de

Irénée

Clément d'Alexandrie, de Théodoret, de
et

Épiphane

de

S.

Philastre

y suppléent en
docteurs
et

quelque

sorte.

Suivant ces célèbres

Ta tien
Il

était partisan

de Valentin

de Marcion.

adoptait la théorie de l'émanation, la chaîne

des

éons

,

l'existence

d'un Dieu trop sublime

pour

se laisser connaître. se

Ce Dieu, cependant, voulut bien
dans ses plus pures émanations.

montrer

La
Pneunia

première
,

de
,

ses

émanations
ainsi

est

son
luiles

qui est

pour
,

dire

,

Dieu

même

,

Dieu

pensant

Dieu

concevant
le

mondes ^ La seconde
ce n'est plus
déjà
nité
;

est le
,

Verbe,

Logos;
:

la

pensée
créatrice

la
,

conception
la

c'est

la

parole

manifestant
la

divi,

c'est

une émanation de

Pensée

du
une

Pneuma.
Cette

théorie

était

habile

j

elle

offrait

Trinité, le Père, le Pneunia et le Verbe j mais

I

C'est le

Pneuma-femme (Ennoia) du

gnoslicisme.

542
les

SECTION

III.

noms

seuls étaient

orthodoxes

:

le

système

était

fourni par les gnostiques.
étant encore

Le Pneuma
fut le

Dieu lui-même, ce
le

Logos que Tatien considéra comme

véritable

commencement
,

des
la

créations

,

l'ange
Il

premier-né
était là
sis.

l'auteur

de
la

création visible.

d'accord avec
est

révélation et la gno-

Il

vrai
le

qu'il

se

garda bien
,

de donner
cher
il

au Logos
théosophes

nom
de

de démiurge

si

aux

son

temps

;

mais

professa

franchement avec eux, sur l'apparition de Jésus-Christ,
le

dotétisme

le

plus explicite.

Son anthropologie
gnosticisme.

est

également celle
,

du

L'ame a

,

selon lui

deux princi-

pes

,

l'un

psychique,

l'autre

pneumatique. Elle
elle n'ar(

n'est

pas immortelle en elle-même. Si
à
la

rive pas

connaissance de
périt avec
,

la

vérité

à la

gnosis

)

,

elle
,

le elle

corps qu'elle ani
parvient à s'unir

mait

;

si

au contraire
elle

avec le Pneuma,
et
et

obtient des dons célestes,

retourne dans
la

les lieux

suprêmes. Le

Pneuma
j

Psyché

étaient

unis dans l'origine

mais

bientôt le premier fut obligé de délaisser une

compagne qui ne

voulait pas lui obéir. Séparée

du Pneuma

,

quoique possédant encore quella

ques restes de sa puissance,

Psyché tomba

CHAPITRE
aussitôt

II.

34^
n'en
revient

d'erreur
la

en

erreur.

Elle

que par

justice,

en

s'

unissant de nouveau

avec le Pneunia- Cette union est son bonheur
le

plus désirable; elle
elle

la

comble de
et

félicité

et

de lumières;

lui révèle

la

met en
^

état

de révéler
Ici le

les

mystères les plus profonds.
n'est

chef des encratites

plus seulement

un docteur

subissant linfluence
;

du gnosticisme

qui domine son siècle

c'est

un gnostique en
l'être et

personne , autant que peut se permettre de

im

homme

qui

,

à linsiar de Bardesanes
la

de

Saturnin, veut se conserver
chrétiens dans
l'espoir

communauté des
amener
tôt
et

de

les

ou
la

tard à la hauteur de

ses spéculations

à

pureté de ses pratiques.

La
tière

Syrie, tolérante

comme
les

l'Ég^^te en

ma-

de spéculations,
elle

lui

pardonna

ses théories;

mais

en condamna
elle

conséquences prati-

ques, et

censura Ta tien, avec ses nombreux

partisans, des qu'il osa proscrire, sous prétexte

dime
de
la

perfection supérieure

,

le

mariage

,

l'usage
les

viande

et

du

^in,

et

en général tous
encratites
se

plaisirs

des sens. Plus les

décla-

i

Taiioni
cd. Col.

ratio

ad GrŒcoSf

p.

1

S 3 sq.

j

poii Justim J/«

0pp.,

,

544
raient, avec

SECTION

III,

orgueil, les ennemis de ces jouissi

sances , que s'accordaient

facilement leurs con-

temporains, plus ces derniers se vengeaient de
leur sainteté par des discours insidieux sur les

mœurs
qu'ils

secrètes de cette

école.

^

Les encratites furent bientôt

si

nombreux

pouvaient dédaigner des accusations qu'on
contre les orthodoxes eux-mêmes ; cepen-

élevait

dant

ils

commirent

la
;

grande faute de toutes
ils

les

sectes
infinité

de ces temps
de partis
, ,

se
les

divisèrent en

une
^,

dont

Hydroparasiates
^

les Sévériens ^

les

Apotactites

et

les

Sacco-

1

Epiphanius, Hœrés.
,

,

46.

Cf.

Buddeus,

De Hœresi

Valentin. 2 Les

p.

695.

hjdroparastates se
;

nommaient aquariens dans
que d'eau pour
l'eu-

rÉglise latine
charistie.

ils

ne

se

servaient

3 Sévérus

,

partisan

de

Tatien

,

est

regardé

tantôt

comme
d'Huet

fondateur d'une secte distincte (Origenes, Çom"

ment, in Epist. ad
) ,

Roman. 0pp.,
le

t.

II, p.

618,

édit.

tantôt
Ilist.

comme

second chef des encratites
Il se

(Euseb.,

eccles.y

IV, 29).

rapprocha de Mar-

cion dans sa manière de juger les saintes écritures.

4 Les apotactites sont de tous

les encratites

ceux qui

subirent le plus complètement l'influence

du

gnosticisme.

Avec

les caïnites

et les carpocratiens

,

ils

rejetaient toute

espèce de lois, tout ordre [rd'^tç), établi par elles, toute

CHAPITRE
phores^ ne furent que
les

II.

34^
Ils étaient

principaux.

pourtant assez redoutables encore au quatrième
siècle

pour que Théodose crût devoir rendre

institution extérieure de morale, particulièrement la dis-

tinction des biens.

Ils

différaient cependant
l'article

fondamenta-

lement des carpocratiens dans
d'enseigner la
autres biens,
tion

du mariage. Loin
celle des

communauté
ils

des

femmes comme
une

proscrivaient par ascétisme la continuaIls affectaient

du genre bumain.

telle

pureté de

théorie et de pratique, qu'ils expulsaient de leur société

tout

bomme
ou

qui avait

commis une
se

faute. C'est
les

pour cela
purs ,
;t5C-

qu'ils se croyaient
Qctpot,
les

en droit de

nommer

apostoliques.

Ainsi que les gnostiques,
,

ils

possédaient quelques volumes apocryphes
raient
les

qu'ils

préféétaient

aux

livres

canoniques.

Leurs apociypbes

Actes

de

S.

André

et

de S. Thomas.

Ces derniers

s'accordent

parfaitement avec leurs principes de contidirait ces

nence

:

on

Actes

uniquement composés pour
la

recommander
continence
la

la cessation

du mariage, ou du moins
La
véritable
est

plus
la

absolue.

péripétie

du

drame ou de

légende de S.

Thomas

l'apparition

de Jésus-Chrisl, qui vient engager deux jeunes époux à
se

consacrer à
d'idées
,

la chasteté.

Ces Actes sont d'ailleurs rem-

]>Iis

de chants et de prières gnostiques. Voyez
i53.
Cf.

ci-dessus, p.
iinatus,
c.

Epiphanius, Hœres.y 61. Prœdes^
par
les

4o.

On

voit

écrits

de S. Basile que

ce parti subsistait encore de son temps.
I

Les saccophores tiraient leur

nom du

sac dont

ils

«ouvraient par pénitence. S. Risile en parle également.

,

^4^

SECTIOPs^ III.
ï.

contre eux trois décrets consécutifs

Ils s'étaient

répandus non-seulement en Syrie, en Mésopotamie
et

en

Asie

mineure

,

mais jusques en

Gaule
Montanistes.

et
2.

en Espagne.

§.

L'influence

du gnosticisme

est

moins
les

sensible chez les montanistes
cratites;

que chez

en-

cependant Montanus rappelle

les

idées

de Marcion,
Saturnin
et

comme

Tatien rappelle celles de

de Bardesanes.
,

Montanus
mystique
la

Phrygien
,

,

doué d'un

esprit

peu

philosophique
,

mais d'une imagination riche
,

ardente

s'occupa de préférence de

partie pratique
la constitution
,

de

la

religion
,

,

c'est-à-dire

de de

du

culte

de

la

discipline

la

morale
,

et

de

l'ascétique.
qu'il

Sous tous ces
fonda devait
étaient
2,

rapports
présenter

la la

communauté
perfection.

Les

jeûnes y

rigoureux,
pénitences

les

secondes noces interdites
,

les

sévères

les

exclusions

fréquentes.

1

Codex Theod. de hœret.

,

lib.

7^9^ w.

Cf. les p,

Com-

mentaires de Gothofredus,
ces

/.

VI, pars I,
leurs

i35. Dans

décrets,

les
les
fit

encratites

et

branches sont con-

damnés avec

manichéens.
ses traités
les

2 Tertullien

De

Pudicitia et

De Monoga"

mia pour combattre

secondes noces.

,

CHAPITRE
Le but
était
:

II,

347
de
tous les

noble

;

c'était

celui

théosophes
des
sens
;

dégager l'ame

de

la

domination
se

mais des
la

petitesses

d'exécution
^

mêlaient à

grandeur

des vues.
ainsi

Sous tous ces rapports,
croyances millénaires
^
,

que par leurs
s'éloi-

les

montanistes

gnaient des gnostiques, et cela au point qu'un

ingénieux historien de nos jours a cru pouvoir
attribuer leur origine au désir de combattre les

directions

purement spéculatives des gnostiques.5

Un

autre écrivain
,

moderne

,

non moins

ingé-

nieux

a présenté l'auteur le plus distingué des

montanistes
lence. 4
Il

comme
que

l'an ti-gnosti que

par excel-

est très-vrai

les

tendances des gnosti-

1

Les veuves et

les
;

femmes mariées
montanistes
,

étalent voilées en
assez

assistant

au culte

les
,

ennemis du

mariage en général
également.
et
Ils

voulaient que les vierges le fussent
le voile
,

prétendaient que

couvrît tout le cou
velandis virginibus.

une
2

partie
ville

du

corps. Tertullicn
si

De

La

de Pépuze,
la
secte.

chère à Montanus, était la
,

Jérusalem de

Euseb.

llist.

eccles.

,

V,

c.

16.

Epiph., Hœres., 46, 47.
3 Gieseler
p.
,

Lehrbuch

der

Kirchengeschîchte

,

i.

1

i3o.

4 Néander, Aniignostihus oder Geist TeriuUians.

543

SECTION

m.
il

ques furent plus spéculatives que pratiques;
est

également vrai que
il

celles

des montanistes

furent le contraire, et
les

ne

l'est

pas moins que

ouvrages

les

plus remarquables de TerluUien

sont dirigés contre les gnostiques. Je n'oserais

pourtant pas afïirme;r que

le

gnosticisme

ait

pro-

voqué

le

montanisme comme une
si

sorte d'anti-

thèse complète; car
s'éloigne
latif

le

dernier de ces systèmes

du gnosticisme essentiellement spécuil

de l'Egypte,

se

rapproche du gnosticisme
la

fondamentalement pratique de
l'Asie

Syrie

et

de

mineure (Marcion). Le montanisme

n'est

même

qu'une gnosis plus chrétienne. Ailleurs,
,

cette gnosis a la tradition

le

mystère

,

la

spécu-

lation, l'extase et des

volumes apocryphes pour
ici, c'est le

source de ses trésors;

Pneuma,
du

ce

Pneuma qui
l'ancienne

avait déjà été accordé
;

aux sages de
christia-

alliance

que

l'auteur
et

nisme

avait

promis plus pur
la

plus abondant
l'Église chré-

aux membres de

société

;

que

tienne a l'espoir de conserver toujours, et que

Montanus,

Priscille et Maximille, ses

deux amies,

ont possédé au plus haut degré, afin de pouvoir compléter les doctrines chrétiennes
1.

En

.1

TlviVfj.ci, ^<x.pt(r/xot

7rpo(pYniKov,

#

CHAPITRE
effet
,

II.

349
,

suivant

les

montanistes

les

révélations

de l'Etre suprême

et l'éducation
:

du genre hude
l'an-

main marchent par degré

les

hommes

cien Testament étaient dans l'enfance; ceux

du
du

nouveau dans l'adolescence^ ceux de Montanus
arrivent à la perfection par les révélations

Pneuma.
Cependant
les

montanistes

eurent

soin

de

mettre leurs révélations en harmonie avec celles

qui les avaient précédées.

Ils

n'innovèrent pas

dans
tière

le

dogme
la

;

leur supériorité fut toute en;

dans

pratique

et

ici

ils
,

se

rappro-

chèrent
guant,

encore des

gnostiques

en se distin-

comme

eux, en plusieurs grades, surtout
et

en pneumatiques

en psychiques. Leurs chefs
les

marchèrent aussi sur
gnose
,

traces des chefs de la

en s'associant quelques femmes distin,

guées par leur esprit
influence.
Priscille
,

leurs révélations et leur

,

Maximille
les

,

Perpétue

et

Quintille peuvent

sous tous
à

rapports , être
et

comparées

,

sinon

Hélène - Prounikos

à
^

Agapé, du moins à Philoumène

et à Marcelline.

1
y.cLi

S. Épipliane

nomme

Maximille

yi

r7iç TrctùOLKoXovbiûLç

Mct(r)ictXÎuç yvùùG-K» Quintille avait appartenu à la secte

des càinites

ou des

caiani. (Tertull.,

De

baptismo.) Elle

35o
Mais
si

.

SECTION

III.

l'on a élevé contre les montanistes des

accusations

qui

confondraient ces pieux percarpocratiens
s'être
j

sonnages avec
si

les atactites et les

l'on a reproché à leur

chef de

appelé
,

le

dieu suprême

,

comme Simon

le
il

goète

ce

sont là des éclats de haine dont
se laisser éblouir.

ne faut pas

En
l'excès,

général,

on

n'a
et

eu que trop de respect

pour leur ascétisme;
il

pour

être

dangereux à

ne leur fallait qu'un certain

nombre
que

d'écrivains
la

comme

TertuUien

^

:

mais
ils

,

ainsi

plupart des sectes gnostiques,
illustres.

ont possédé

peu d'hommes

combattait le baptême avec quelques gnostiques. Théodoreti Fabul.

hœret.

,

lib.

I,

c.

lo.

Cf.

Néander, Anli-

gnostikus , p. 192.
I

Non-seulement ce parti

se fût renforcé

par des

écri-

vains de ce genre, mais encore les tendances pratiques
et positives

les efforts des gnostiques.

du montanisme eussent combattu avec succès Cependant , à côté de ces tense

dances positives

plaçaient

l'enthousiasme

des
;

proet,

phéties, les inspirations,

les rêveries

du chiliasme

sous ce rapport

,

les

montanistes étaient peu propres à
a tué celle-ci, ce sont la gnosis

éteindre la gnosis.

Ce qui

orthodoxe des écrivains d'Alexandrie, Vécole de l'idéalisme

modéré j selon l'expression de M. Néander
dances très-positives des édits de Bj^zance.

,

et

les

ten-

On

ne saurait

CHAPITRE
Quand on
on
n'a

III.

35l

veut une

preuve du danger de

lascétisme joint aux spéculations de la gnose,
qu'à
la

jeter

les

yeux sur

les

immenses

progrès de

secte de Manès.

CHAPITRE
De

III.

Vinfluence des Gnostiques sur les

Sectes ascético-spéculatwes des

Ma-

nichéens et des Priscillianistes,
§.
I
.

Les Manichéens
fait

,

comme

les

montanis-

Manichéens,

les

,

ont

de

la

morale ou de l'ascétisme

l'objet le plus

fondamental de leur sollicitude.

d'ailleurs contester riiifluence qu'ont
tels

dû avoir des
les

traités

que

le

Scorpiaque , où TertuUien combat
;

doctrines

des gnostiques sur le martjre

celui de la
la

Prescription y

il

oppose à leurs nouveautés
;

prescription acquise

aux dogmes orthodoxes

celui

des

Marcionites

,


;

il

réfute ces théosophes d'une manière très -détaillée

celui

De Anima
ques
;

,

il

examine l'anthropologie des gnostiil

celui

De
le

Carne Christi , où

poursuit le doké-

tisme.

Cependant

ces traités , qui n'étaient lisibles qu'en

Occident, où

gnosticisme, à peu près inséparable de
était

la langue grecque,

peu répandu, n'ont pu guère
en Egypte, ni en

exercer d'influence ni en Grèce, ni

Asie mineure,

florissait la gnose.

35^
Cependant

^

SECTioiN
ils

m.
les

y joignirent
C'est

spéculations les

plus hardies, les plus in lovatrices en matière

de dogme chrétien.

,

par conséquent

,

sur
,

un

tout autre terrain qu'avec les montanistes
j

que nous nous trouvons avec eux
sur celui

c'est

moins

du gnosticisme

syrien que sur celui

de

la

gnosis euphratienne ; c'est-à-dire, de la

gnosis prise à sa source primitive.

Manès,
brasser

le

fondateur de la secte, avant d'em-

le christianisme, avait vécu au milieu
s'était

des mages de la Perse, et
leurs

distingué dans

rangs

par des

connaissances
il
,

de divers

genres ^ D'un autre côté,

paraît avoir profité

des écrits de
tique

Scythianus
,

kabbaliste

ou gnosde son
de Bardefaits

judaisant
et avoir

qui

doit avoir vécu
les doctrines
Il

temps,

connu
2.

sanes et d'iiarmonius

est vrai

que ces

sont loin d'être établis en histoire, mais ce qui

1

Les écrivains orientaux lui attribuent des connais-

sances remarquables

en astronomie, en médecine, en

musique

et

en peinture.

2 Selon d'autres, Scjthianus aurait vécu au temps des

apôtres

5

Tliérébinthe ou Buddas aurait porté ses écrits
les

en Assjrie, où Manès
Histoire

aurait rencontrés. Beausobre,
t.

du manichéisme,
t.

I, p. 26.
p.

Foucher, Mém.

de FAcad. des inscript.,

XXXI,

449-

C^IAPITRE HT.

555

du moins
babiliié
,

leur
c'est

assure
qu'ils

un haut degré de prosystème de

expliquent le

Manès.

^

Cependant ce système, tout en

s'

expliquant

par ceux qu'avait étudiés son auteur, ne leur
ressemble pas,
et

Manès,

n'eut-il

été ni
la

rejeté

de l'Église chrétienne ni persécuté à

cour

de Schapour, eût professé une autre doctrine

que

les

Perses et les chrétiens. Mais quelle est

la cause

qui produisit sa doctrine
l'imposture
et

?

Que

l'am-

bition

,

l'enthousiasme aient
,

eu

part à son enseignement

c'est

une chose pro-

bable; mais

ce

qu'il

serait

hasardeux d'entre-

prendre

,

ce serait de déterminer le degré d'in-

fluence qu'y exerça chacun de ces élémens.

Le

simple projet de réunir
puissantes de son temps

les
,

croyances

les

plus

projet que nous prê-

tons aussi à

Mahomet,

et

qui serait plus digne

1

Maucs a pu rencontrer partout
,

les

élémens du gnos-

ticisnie

auprès des chrétiens de
la Sjrie
;

la

Perse

connue auprès
ait

de ceux de
les

et

de quelque part qu'il
,

reçu

germes de

sa doctrine

cette

doctrine fut tout autre

que ce qui

l'avait
il

précédée

:

dès-lors la (jnestion de savoir,
le

comment
tliianus,

a

pu rencontrer

gnostl(|ue

égyptien Scy-J
,

ou quelque

élève de

Bardcsancs

devient Irès-

seeondaire.
'2

23

,

354

sectiojn

III.

d'un érudit de nos jours

que d'un Persan

et

d'un Arabe du troisième ou du septième siècle

de notre ère, ne de
ses

fut certainement pas le
*

mobile

profondes spéculations.

1

Vojez récrit de Manès,
,

intitulé Epîstoîa
i'cpître
)
;

fundamenti

(apud Augustin.

c.

Ep.fund.);
(

de Manès, conser-

Tee par S. Épiphane

Hœresis, 66

des fragmens d'autres

écrits, recueillis par Fabricius [Bibliih.
p.

grœC'

y

voL V,

284

sg.)'f

un

écrit

de Faustus, conservé par S. Auréfutation de
anti'q.
,

gustin {conUa

Fausium); une
(

Manès, par
Basnage

Titus de Bostra
i.

Canisius

,

Lect.

edit.

I, p.

5o);

les

Actes (sans doute fort altérés, mais

non
et

pas entièrement supposés) de la dispute d'Archélaiis

de Manès [Hippolyii 0pp.,

éd. Fabricio les écrivains
;

,

t.

11).

On
farage
p.

peut comparer, pour
,

orientaux, Abul,

Hist.

djnast. , p. 82

d'Herbelot

Bill, orient.

,

548; Pococke, Spécimen
Persar.
p.
,

hist.

arab., p. i49?

Hjde, De

relig. veter.

p.

2805 Renaudot, Hist. pairiarch.
Tibet, passim.

Alexandr.

y

4o; Georgi, Alphabet.

Les principaux auteurs grecs sur le manicbéisme sont

Eusèbe, Socrate
etc.

,

S. Cyrille

de Jérusalem, S. Epipbane,
(

Parmi

les

modernes, ce sont Bajle, Tillem on t
l'bistoire ecclésiastique),
,

Mé-

moires pour servira

Wolf

(Mrt-

nichœismus ante Manichœum)

Beausobre

(

Histoire critique

du manicbéisme), Mosbeim ( Comment, de rébus Christian, anie Constantinum) , Walch {Historié der Ketzereien , t. 1)
et

Foucber (Mémoires de l'Académie des inscriptions,

vol.

XXXI),

qui ont voué

le

plus de recherches à cette

secte.

,

CHAPITRE
Les sources auxquelles
contestablement
le
il

lîl.

355
sont in-

les puisa,

zoroastrisme , tel que de son
le

temps
tel

il

dominait en Perse;
3

christianisme,
tel

qu'il lui fut enseigné

et le

gnosticisme,

qu'il

se montrait partout dans la société chré-

tienne.

Cependant Manès lui-même croyait pui-

ser à des sources toutes différentes et plus ana-

logues à celles qui avaient éclairé Montanus. Ce
dernier était inspiré par le
Trcc^cc'KXrfloç

annoncé
lui-

aux apôtres

;

Manès

se

dit
il

ce

Paraclet
,

même
la

1 ,

et

par conséquent

s'attribua

comme

plupart des gnostiques, une haute supériorité
,

sur les apôtres

à qui Jésus-Christ avait d'abord

résolu d'envoyer le Paraclet, et que, plus tard,
il

avait

reconnus peu propres à

la
î

dernière ré-

vélation destinée au genre

humain

Comme
rer
les

les

gnostiques, Manès prétendit épu,

doctrines chrétiennes

les

dégager des

1

11

prenait ce

mot de

Paraclet dans le sens de doc

teur,

homme-organe de Dieu, non dans celui de Pneuma ou de Saint-Esprit. L'épîlre si célèbre où Manès exposait les principes de son sjstème [Epistola fundamentl) commençait
ainsi
:

Manès, apôtre de
les

Jésus-Clirist

,

élu par
la

Dieu

le père. Voici

paroles

de salut émanées de

source \ive, éternelle. Augustinus, Contra Epist. fundam.
c.

5.

,

556

SECTION

III,

altérations qu'elles avaient subies, et
les

y joindre développemens qui leur manquaient- comme
il

les gnostiques,

porta sur les codes sacrés des

Juifs et des

chrétiens
et se

un jugement de théosofit

phie supérieure,
doctrine.
tier,
Il

des codes suivant sa

rejeta

l'ancien

Testament tout en-

sans doute

comme

ouvrage d'une divinité
,

secondaire

il

ne conserva du nouveau

altéré

suivant lui, par le judaïsme, que ce' qui pouvait être
il

conforme à son

but.

Durant son

exil,

composa un
cieux ^

évangile qu'il enrichit de pein,

tures allégoriques

et

qu'ensuite

il

dit

tombé
ne
s'y

des

Il

est

très -probable

qu'il

borna pas plus aux doctrines vraiment
géliques
qu'il
Il

évanenseile

ne

se

gênait
la
il

dans

son

gnement.

entendait
,

révélation
attribuait

dans

sens le plus large
et
si

et

aux sages

aux prophètes du paganisme des révélations
sublimes
,

qu'il

les

préférait

à

celles

des

Juifs.

1

Ces dessins allégoriques rappellent ceux des kabbaet

listes

des ophites

,

dont

ils

étaient

sans doute une

I

imitation.

On

prétend que

c'est

par ce travail,

nommé
le roi

Ertenki-Mani par
Horinisdas.

les Perses,

que Manès a séduit

,

CHAPITRE

II

F.

357

L'ame ou ridée mère qui anime tout son
système
est
le

panthéisme

,

qui perce plus ou
la

Tnoins dans toutes les écoles de
qu'il puisa plus haut que dans

gnose
,

,

mais
qu'il

elle

et

avait

rapporté
,

,

sans

doute

,

de

son

antique

berceau

des régions de Tlnde et des confins
qu'il avait

de

la

Chine,
toute

parcourues pour

satis-

faire

son

ardeur

pour

les
la

spéculations

théosophiques.

Non -seulement

cause

et

la

source de tout ce qui existe

est

,

suivant lui
,

en Dieu
en
est

,

mais

,

en dernière analyse
les

Dieu
;

est

tout.

Toutes
;

âmes

sont

égales

Dieu

dans toutes

et cette et

aninuttion ne se borne
,

pas aux

hommes
les

aux animaux
^

elle

est

la

même
tique

dans

plantes.
est

Ce panthéisme

pourtant modifié par

l'an-

dualisme de

l'Asie.
,

On

voit dans

toutes

les existences terrestres le

ici le

mal

,

le

bien
;

;

dieu

du bien

n'est pas

l'auteur

du mal
:

le
est

dieu

du mal

n'est

pas l'auteur du bien

il

deux dieux indépendans,

éternels, chefs de

deux

1

Theodoreii
t.

FabuL
8
et

hœret.,

lib.

I,

c.

?.(]

;

Kpiphanii
,

llœres.y 4G;
éd. Benedici.;

33; Chrysostovii 0pp.,
,

t.

Il

p. 3()3,

Uieronjmi Opp.

i-

II, p. 3 70, éd. ^enet.;
/|i.

Augustinus^

De

naiura boni)

c.

,

558
empires

SKCTION
difFérens. Ils sont

III.

nécessairement enne-

mis l'un de

l'autre

par leur nature même.
trace
diffère

Ce dualisme, que ne précède aucune
de monothéisme
,

est

remarquable.

Il

essentiellement de la doctrine de Zoroastre,
se


le

trouve

le

père
,

inconnu

,

l'être

infini
,

,

temps sans bornes

Zéruané-Akéréné

que Mâopposés,
factions,
se

nes rejette entièrement. Deux partis

animés,

en

comme le sont toujours les théologie comme en politique,
alors,

dispu-

taient
sait le

à labri

du vague que
les

leur laisr

Zend-Avesta, sur
et

questions

du dua-

lisme
celui

du

trithéisme.
,

L'un

de

ces partis

des

magusiens

soutenait le

dogme du
s'atta-

dualisme pur; ce fut à cette secte que

cha Manès.

Il

se

rapprocha en
et

même

temps

du dualisme de Bardesanes, Marcion sur le dieu bon et
C'était
,

du système de
dieu méchant.

le

à 3es yeux , une concordance d'autant
,

plus désirable

qu'il

paraît

avoir

affectionné

particulièrement la Syrie, dont le rapprochait
sans doute le lieu de sa naissance.

En

déterminant

les

deux
,

empires

,

et

en

caractérisant les

deux dieux
,

Manès
et

se

montre

à la fois

mage

zoroastrien
la

gnostique.

Le

dieu bon a pour symbole

lumière, et pour

,

CHAPITRE

HT.
est

359
pur
;

domaine remplre de lout ce qui

le

dieu méchant gouverne l'empire du mal et des
ténèbres.

Cependant

,

suivant
,

Zoroastre

et

les

mages

,

le

principe du mal

Ahriman
avec
le la

,

est

une
;

intelligence

dégradée
suivant

,

alliée
,

matière

tandis que

,

Manès

dieu

méchant
^

Satan
Ici

,

n'est

que
se

le génie

de

la matière.

Manès

rapprocha beaucoup de Valentiii
gnostiques
2.

et de quelques autres

En même
la

temps
cipe
lui
les

le

vague

qu'il laissait le

planer sur le prinmatière,

du mal, en
fournissait

confondant avec
de

un moyen
dieux
,

défense

contre
le

orthodoxes, qui pouvaient lui reprocher
si

dogme de deux
D'ailleurs

différens. ^

Manès
une

tout
,

en séparant entièreattribuait

ment
la

les

deux empires

au dieu de
celui

lumière

grande supériorité sur

des ténèbres. L'un est pour lui le vrai Dieu;
l'autre

n'est

que

le

chef de

tout ce

qui

est

1

Satan
l.

est
c.

Identique avec la matière. Tlieod.
,

,

Fahul.
vXti,

hœret.,

Epiph., Hœres.

4^

>

i4« ©£oç

y-oit

2 Vojez ci-dessus, p. i4ï-

5 Manès a
qu'il était

dii se

garder de ce reproche, d'autant plus
la

peu orthodoxe dans
le

théologie proprement

dite

,

dans

dogme de Dieu révélé

comme

Père

,

Fils

et Saint-Esprit.

,

56o
ennemi de Dieu
il

SECTION IIL
;

et

,

malgré tous
la

les

efforts

finit

par succomber à

puissance du bien.
c'est

Sous ce point de vue fondamental,
core
le

en-

zoroastrisme qui se reconnaît dans la
la

doctrine de Manès. L'empire de

lumière est,
le

dans
Avesta
seul

le
,

manichéisme
le

comme
,

dans
seul

Zend,

seul

véritable

le

éternel

le

dont Manès

soit le prophète.

Cet empire n'est qu'une grande chaîne d'énianations
,

qui

,

toutes

,

se rattachent à l'Être su^
;

prême
tes
,

j

qui , toutes , le manifestent
sous

qui , tou-

ne sont que lui
,

des formes difféet

rentes

mais choisies pour un seul

grand
ses

but,

le

triomphe du

bien.

Dans chacun de
milliers

membres sont cachés
trésors. Excellent
sible

des

d'ineffables

dans sa gloire, incompréhen,

dans sa grandeur
et

le

Père

s'est

adjoint de

bienheureux
rait

de glorieux éons, dont on ne saula les

déterminer ni

puissance ni le nombre.

^

Il est vrai

que

manichéens parlaient quel5

quefois de douze éons
sorte de tête de corps

mais ce

n'était là

qu'une

^

une sorte de dodécade

1

C'est le

pléiôme
la gnosis.

et les

pneumatiques, Dieu

et la race

Dieu de
.1

Augustinus, Contra Epistolam fundamenti ,

c.

i3.

,

CHAPITRE
valentinienne
,

IIÏ.

3Gl

placée en avant de l'innombrable

armée des
lumières.
^

célestes

combattans

du dieu

des

L'idée de la luile était conservée par

Manès
dieu

dans toute
des

sa

pureté zoroastrienne.
Satan -matière
et

Le

lumières et

sont ennemis,

comme Ormuzd
avait,

Aliriman.

Satan-matière, le chef de l'empire ténébreux,

comme

le

dieu des lumières, une armée

d'éons

ou de démons, émanés de son essence
sous ses ordres. Ces dénions se res,

et placés

semblaient
l'image
quelle

et

réfléchissaient

plus
;

ou moins
cependant,
n'est

de

leur
fut

chef
leur

commun

que

analogie^
;

il

point

d'harmonie dans l'empire du mal
intérieure qui éclata dans

et

une guerre

son sein amena son
la

mélange avec l'empire de

lumière.

Cette guerre avait conduit les combattans sur
les limites

du règne des
,

lumières.
,

A

l'aspect

de

cette région

les

démons

saisis

de ravissement

1

Les douze cons se rapportent d'ailleurs iiicontcsUiles

blcmcnt aux douze signes du zodiaque; ce sont
des douze constellations qui le composent.

génies
leur

Manès
j).

donnait
Cf.

Je

nom
c.

d'Olaniin. (dV^. Voj^. ci-dessus,
Epist.

ii5.)

Auguslinl
5.

fundam.

c.

-,

Contra Fausium,

i5,

, ,

o62

SECTION

III»

formel! L aussitôt le projet de la conquérir. Mais
Je

chef du céleste empire, voyant

le péril
,

qui

s'élève dès ténèbres et

contre ses éons

donne
,

Fexistence

à

une puissance particulière

qu'il

place sur la frontière de ses cieux, qui doit les

protéger

et détruire la
vie.

région

du

mal. C'est la

mère de la
Cette

mère de

la vie,

que nous rencontrons

dans

la

plupart des systèmes gnostiques, tantôt
la

comme comme

primitive
céleste
le

Pensée

de

Dieu

,

tantôt

Sophia

S

ïi'est

autre chose que

lame du monde,
pour en corriger

principe divin, qui entre
le

indirectement en rapport avec
la

monde

matériel

mauvaise nature. Cependant
l'Être

émanation directe de

suprême,

elle

est

trop pure pour se mettre elle-même en contact avec
la
la

matière

j

elle
;

demeure sur
mais un
le
fils

la limite

de

région suprême
est

qui naît

d'elle
j

qui
le

son image
la

,

premier
la

homme
gnose

que

Zend-Avesta,

Kabbale,

et le sa-

béisme nous offrent également
lation de la divinité
^
,

comme une

révé-

est

de nature à s'opposer

1

Vojez ci-dessus, p. 192.

2 C'est le Kaiomorts,
Hivil-Zivah.

Adam-Kadmon,

TrpéûTOç ctvôpeàTroç

,

CHAPITRE
aux puissances des
les

III.

5G5

ténèbres. Destiné à combattre

démons
les

et à les

amener

à

une autre condition
le

par

cinq élémens purs ,

feu

,

la

lumière

l'air, l'eau et la terre, il

commence
il

cette
le

grande
point

luue. Mais, loin d'y réussir,

est sur

de tomber lui-même dans l'empire des ténèbres,
et
il

n'est

arraché à ce péril que par Vespril
le

vii^ant^j

que

dieu

bon accorde

à sa

demande,

lorsque déjà une partie de son armure, de sa

lumière, ou, pour parler un langage plus oriental,

son

fils

^esi dévoré par

les

princes des ténè-

bres, avec

un grand nombre

d'autres

âmes nées

de

la

lumière. ^

1

II

faut faire ici

une obsenation importante sur
et

la

diflTérence

entre l'anthropologie asiatique
est

celle

de la

Grèce, qui

devenue

la nôtre.
s'y

La première

est infini-

ment plus profonde. L'homme
ciel, et sa destinée est

rattache réellement au

grande, puisqu'il doit combattre
fins divins.

pour une cause sublime, pour des
ne
fait

La seconde

de l'homme qu'un être que Dieu crée sans utilité,
et

par plaisir,

pour pouvoir un jour

lui

accorder

le

bon-

heur, par grâce.
2 ZùùV
TTVîVfJioL.

Cf. yîcta s.

Thomas
êtres

apostoîi , p.

12.

3 La succession des premiers
mière
le
est

de l'empire de lu-

donc

celle-ci

:

le

dieu bon, la mère de la vie,

premier

homme,

le fils

du premier homme

(J/oç àv~

,

564
La mère de
divine
,

SECTION a IL
la vie
,

principe général de \ïe

et le

premier
,

homme

,

être primitif

qui

révèle la vie divine
s'allier

sont trop sublimes pour
;

avec Fempire des ténèbres
,

mais

le

fils

de riiomme
captif,

l'ame
il

du monde
est
le

,

est

déjà

son

ou plutôt
le

germe de
la

vie divine

qui, suivant

langage de
et fmit

gnose, déborde

dans cet empire,

par en tempérer, par
i.

en épurer

la

sauvage nature

Voici de quelle

manière s'opère

cette sainte et

imposante méta-

morphose.

U esprit

vivant

,

après avoir ramené

i'homme

primitif dans l'empire

des lumières

élève au-dessus

du monde

la

partie

de l'ame

céleste qui n'avait pas été atteinte

par

le

mélange
région
fils

avec l'empire des ténèbres. Placée dans

la

du

soleil et

de

la

lune , cette

ame pure

,

ce

de

l'homme, ce rédempteur, ce Christos, en un mot,
travaille à délivrer et à attirer

de nouveau à

elle

6p«Vof ) ou Jésus-Christ

et Vesprit viçant.

Manès

est

bien
zo-

loin de la trinité orthodoxe, et plus loin encore

du

roastrisme
1
II

-,

il

est ici

élève de la gnose.

faut toujours distinguer dans ces sjrstèmes la

ma-

tière

ou l'empire des ténèbres avec son chef, du monde
:

matériel

l'empire des ténèbres est primitif, éternel

5

le

monde

visible est

une

création.

CHAPITRE
la

III.

365

partie de lumière

ou de

l'anie

du premier
la

homme

qui

s'est

répandue dans
céleste,

matière.

^

La délivrance du rayon
Tempire de
sein de
la
la

épanché dans
le

matière
,

,

et

son retour dans

perfection

constituent le hut et la
existences
;

destinée

de toutes

les

visibles

,

de
,

toute la

marche du monde

ce but atteint

le

monde

cessera d'être. Mais la lutte est difficile.

Si elle est puissante, la lumière divine qui, des

hauteurs du soleil

,

rayonne sur

le

monde

,

les

génies des ténèbres ne sont pas
tables.

moins redou-

Pour s'opposer avec succès au
fâcheux pour eux
côté, le génie
,

résultat
,

si

que devaient amener

d'un

du

soleil attirant à lui
et,

tous les
les efforts

rayons de lumière,

d'un autre côté,

d'affranchissement que ne cessent

de

faire

les

âmes de lumière enchaînées par

la

matière, le

chef des ténèbres avait résolu de créer un être

dans lequel

il

put enchaîner

les

rayons de lu,

mière qu'avaient absorbés ses éons
daient sans cesse à s'échapper.
Ils

et

qui ten-

avaient déseset

péré

eux-mêmes de

les

conserver,

frappés

1

On

voit

que

le

Chiislos se coutoml dans ce syslcine

avec

le Mithn».

,

566
de
la

SECTION
beauté
,

III.

de

l'éclat

de l'homme primitif,

qu'ils avaient

vu

briller

du haut de
ténèbres
,

la
ils

région
avaient

solaire

sur l'empire

des

consenti avec plaisir à transmettre leurs rayons

au chef, pour

qu'il

en

fit

un homme

à l'image
véritable

du premier
/jiiK^oKOŒfAoÇy

hommes

Tel fut
est

Adam,

dont l'ame
et

de lumière divine,
la

le

corps de matière,

qui tient à

fois

à

l'un et à l'autre des

deux empires

adversaires. ^
,

Contre

l'attente

du chef

des ténèbres

l'ame

d'une origine trop sublime, exerça d'abord

un

pouvoir prépondérant sur

le

corps

,

et

,

trop

promptement,
lorsque
les

elle allait s'affranchir

de

la

matière,

démons

lui défendirent

de manger

du

fruit

de

la science

du bien

et

du mal, qui
de
la

pouvait lui

faire

connaître l'empire
Il

lu-

mière

et

celui

des ténèbres.
3

obéissait

à

ce

commandement
lui
fit

mais un ange de lumière le
et

transgresser,
victoire
^.

lui

assura

les

moyens
démons

de

la

Malheureusement

les

1

Cette anthropogonie

n'est

qu'une

modification de
p.

celle des gnostiques.

Vojez ci-dessus,
natura boni,
c.

201.

2 Augustinus,
polit.
,

De

46. Alexander Ljco$.

C'

4. Cf.

Disputât. Archelai,

7.

3 Cet ange de lumière est le
ci-dessus, p. 207.

bon génie Ophis. Voyez

CHAPITRE
produisirent Eve
,

m.

367

dont

les

charmes entraînèrent
affaiblit

Adam

dans un acte de sensualisme qui
la

son ame en

partageant, et

qui l'attacha de
elle était

nouveau à l'enveloppe matérielle dont
sur
le

point de se dégager.
s'est
fait

Ce qui

par

la

première création de

l'homme

se répète toujours

pour

la

génération

de tout autre mortel. Les aveugles forces de la
matière et des ténèbres
s'y

confondent,

et
;

enchaî-

nent l'ame qui aspire à sa délivrance

encore

l'homme
lui

,

enchaîné de
l'existence
^ ,

la
,

sorte par l'acte qui

a

donné

répète
la

cet
,

acte

qui

partage

son ame

et

qui

livre

toujours

plus faible, au pouvoir des sens et au charme

du monde
un tout
par
trouvât
les

terrestre.

Le monde

terrestre devait pourtant servir à

autre but.

Le dieu bon
vie
,

l'avait

formé

l'esprit

de

la

pour que l'homme y
pût exercer
ses facultés

un

théâtre

il

plus pures, et concourir, par des combats

livrés

au mal, par des victoires remportées sur
,

les ténèbres

au grand triomphe du céleste emsi

pire.

Ce qui prolongea

indéliniment une lutte

1

Opinion gnostique

et

spécialement opbitique. Voje?

ci-dessus, p. 258.

,

^68
si

SECTION
que

III,

universelle, cest

les

démons, quoique

encliaînés aux astres par l'esprit de la vie , avaient

conservé assez de pouvoir dans

le

monde pour
ces

y envoyer beaucoup de maux. Ceux de
esprits qui étaient restés libres, avaient
les

détourné
,

hommes du

culte de
,

Dieu

,

et institué

par

de faux prophètes
reurs

des

religions pleines d'er-

Si les

comme le judaïsme. hommes savaient

qui
et

ils

sont

;

s'ils

connaissaient l'origine
raient indignés

d'Adam

d'Eve,

ils se-

du mélange de

la

matière avec
;

l'ame

;

ils

combattraient les œuvres des sens

ils

éviteraient ainsi la corruption et la
la loi

mort ^ Mais
soit

elle-même

,

quelque pure qu'elle
et

pour
ils

les

purs, est impure

impuissante en eux;
le

font,

comme
,

dit S.

Paul,

mal

qu'ils
le

ne veu-

lent pas

et ils

ne font pas tout

bien qu'ils

veulent.

Pour
le

délivrer l'ame captive dans les ténèbres,

principe
la
,

de lumière

,

le

génie

du

soleil

chargé de
intellectuel

rédemption {KvI^mœiç) du monde
il

dont

est le

type

,

vint

lui-même

1

Epistola fundamenti ,
5

apud Augustlnum,
Zend-Avesta,
le

1 II est

comme l'Ormazd du
le vovç

tikkun

de

la

Kabbale,

de Platon^ tout en tout. Cf, Thilo,

Acia S.

Thomœ

apostoU^ p. lo.

CHAPITRE
se

III.

569

manifester

parmi

les

hommes. La lumière
;

vint apparaître dans les ténèbres

mais

les ténè-

bres ne purent la comprendre, suivant les paroles de S. Jean.
vait

En
de

efTet,

la

lumière ne pou;

s'unir

avec les

ténèbres

elle

ne
^,

revêfit
et

qu'une apparence
prit le

corps
,

humain
,

ne

nom

de Cliristos

de Messie
Juifs.

que pour

s'accommoder au langage des
les Juifs
les

Elle détourna
et

de l'adoration du mauvais principe,

payens du culte des autres démons. Le chef
des
ténèbres
,

de l'empire
cause,

craignant

pour

sa

le fit crucifier

par

les Juifs;

mais Jésus-

Clinst ne souffrit qu'en apparence.

Son but
à

fut

pourtant atteint

,

sa

mort

offrant

toutes les
2.

âmes

le

symbole de leur affranchissement
vit à

Sa

personne ayant disparu, on
croix

sa

place

une

de

lumière

sur

laquelle

une voix cé-

1

Manés prouvait son dokétlsme, à peu près comme
faits

Marcion, en citant quelques

des évangiles; par exem-

ple, Jésus passant au milieu des Juifs ^ armés de pierres

pour

le lapider.

2 L'ouvrage apocrjplie intitule
frait,

TrepicS'ot

a,7ro<^ôX(av

ofla

dans plusieurs passages,
la

l'idée

maniclicenne que

mort sur

croix est le symbole

de l'affranchissement
,

de l'amc. Vojcz tlarduinl Acla
et

concil.

t.

IV

,

pa^. (jùÙ

GG;.

H

570
leste

SECTIOIV

III.

proclama ces mots

:

La croix de
la

la

lumière

est appelée

Logos, Christos,
soleil
,

porte, la joie,
,

le pain

,

le

,

la
,

résurrection
,

Jésus
^

,

le

Père

,

l'Esprit

la vie

la vérité

la grâce.
la

Mais tout cela
les parfaits, les

n'était

que pour

foule;

élus (les gnostiques)

du maniet

chéisme

s'élevaient

au-dessus de ces idées

de

ces dénominations auxquelles s'attachait le seul
vulgaire.

^

Ainsi que la dogmatique, la morale des

ma-

nichéens diffère essentiellement pour

la

classe

du

vulgaire et celle des élus. Cette morale n'est

guère autre chose que celle du gnosticisme syrien
:

abnégation de tout ce qui peut
est
la

flatter

ce

corps, qui

prison de l'ame; abstinence
des sens qui aveuglent la

de tous ces

plaisirs

lumière céleste en nous ; mépris profond pour ce

mariage qui en

affaiblit et

partage les rayons.
la

Cependant ce combat absolu contre
n'était

matière
plus^

imposé qu'aux parfaits ; on donnait

de latitude aux catéch^imènes ou aux auditeurs,
auxquels on permettait
les

plaisirs

,

mais aux-

1

Episiola fundamenti. Evodiiis,
Ljcopol.;,
c.

De fide,

c.

28. Alexan-

(1er

4-

In Comhefisii Auct,
lib.

bibi. pair*

Augns-

tinus^ Contr. Faustum,

XXXII,

CHAPITRE

III.

571

quels aussi on se bornait à donner renseigne-

ment de
et

l'école sous l'enveloppe des
Il

symboles
écrits

des allégories.

paraît

que plusieurs

de Manès étaient

arrangés

pour

ce

vulgaire

dont on a besoin partout pour

faire masse.

Au
tères

surplus

,

le

vulgaire de la

gnose mani-

chéenne pouvait aspirer à son tour aux mysde
l'initiation
et

aux destinées des
l'a'me

élus.

Une
les

vie sainte et

pure délivrant
terrestres
,

de tous

attachemens

la

rend digne de

parvenir, après la
la

mort de

sa prison terrestre, à
est purifiée,

région de

la

lune,

elle

dans

un grand

lac,
la

pendant quinze jours K De
région
2.

là elle

arrive dans
sanctifiée

du

soleil

,

elle

est

par
le

le feu

Admise au commerce

in-

time avec
et

rédempteur, qui réside dans
,

le soleil,

avec les saints esprits des cieux
s'élever avec

elle n'a

plus
la

de peine à

eux dans l'empire de

lumière. L'ame pure ne regrette ni ne reprend

plus

un corps dont
j

elle

est

heureuse d'être
des

délivrée

l'ame

encore

souillée

voluptés

terrestres,

rentre dans d'autres corps
sa carrière d'épuration.

pour

reles

commencer

Toutes

1

Baptcme

cl'caii

ccleslc.

a

Baptême de

feu célcsle.

, ,

S^2

SECTION

III.
,

ames peuvent fournir

celle carrière

et tout

ce

qui est originaire de l'empire du bien doit y rentrer par la lutte de sanctification. Cependant lorsque
des
le

temps

en

sera

venu,

les

princes

ténèbres seront
;

renfermés

dans leurs de-

meures

la

matière

,

privée de toute lumière et
le feu

de toute vie étrangère, sera réduite par en une masse morte
laissé séduire
,

et les
,

ames qui

se

sont
faites

par

les ténèbres

qui se sont

les amies

de V esprit igné (du génie Our), sefaire la

ront réduites à en
C'est

garde!
le

encore
faite

une innovation contre

par-

sisme

,

sur les traces de la gnose. Dans le
il

système de Zoroastre
tive et

y a harmonie primi,

harmonie

finale.

Ahriman originairement
reprend son rang

intelligence pure, est purifié encore finalement

dans

le torrent

de métal

,

et

au milieu des anges de lumière. Cette palingénésie se retrouve aussi dans quelques doctrines

gnostiques

;

dans d'autres
psychiques
,

,

au contraire

,

le

dé-

miurge

et les

Satan et les hyliques
,

sont à jamais exclus du plérôme

et relégués

dans des demeures dignes de leur condition.
C'est cette doctrine modifiée par la

gnose que

préféra Manès.

Elle le maintint plus près

du

christianisme

,

peut-être aussi de l'ancie» ma-

CHAPITRE
glsmc
,

III.

375
la

qu'il

paraît avoir
^

souvent préféré à

réforme de Zoroastre.

Manès ne dédaignait pas de

se

conformer quelcroyait devoir
il

quefois aux chrétiens. Autant

il

perfectionner leurs doctrines

,

autant
,

rendait

hommage

à leurs institutions

avec cette seule

modification, qu'il les voulait dans leur pureté
primitive. Ses partisans
tres
et

nommèrent douze apô;

soixante -douze évêques

ils

donnaient
les
titres

aux fonctionnaires du second rang
d'anciens
et

de

diacres

j

ils

se

considéraient

comme
lité.

frères, et se

soutenaient en cette qua-

Ces sentimens

et ces institutions

chrétiennes

contribuèrent sans doute, autant que leur doctrine
,

à leur rapide propagation.
le

Cependant
En

manichéisme

,

ainsi

que tous

1

effet,

Manès enseigna, contre Zoroastre, un duamatière
non-résurrecparaît

lisme pur, sans monothéisme; l'éternité de la matière;
la

méchanceté absohie de

la

;

la

tion

du corps

et la perpétuité

du dualisme. Manès
les

avoir préféré, sur tous ces points,

anciennes crojances

des mages, qui s'étaient conservées dans plusieurs régions

de l'ancien empire de Perse, malgré

la

réforme de Zo-

roastre, adoptée et favorisée par la cour. Cf.
rellg. veter.
ios.
,

Hjde,

Hisi,
phi-

Persarum
p.

,

p. i65.

Bruckcr

,

ïlist. crilic.

/.

/,

174- Reichlin-Melldegg, Die Théologie des
et 53.

Magiers Mânes, p. 52

574

.

SECTION
,

III.

//les systèmes

varia entre les

mains de

ses plus
le

fidèles dépositaires.

Manès

s'était

donné pour

Paraclet

,

et

ses

premiers

disciples
;

paraissent

avoir

respecté

cette

origine

ceux des temps

postérieurs le confondirent, au contraire, avec
Christos, le Soleil-Mitlira , Zoroastre, le réformateur de la Perse, et Budda, celui de l'ancienne doctrine des Indes. Ils arrivèrent ainsi à la croyance,

que

les auteurs

des religions

les

plus célèbres
différentes

n'étaient qu'autant d'incarnations

du

même
de

génie solaire, et toutes les religions autant

variétés de

forme des mêmes doctrines.
les

^

Malgré ces variations,

manichéens

se répan-

dirent en Orient et en Occident avec une rapidité
effrayante

pour

les

orthodoxes. C'était une époque

favorable à leurs succès , que celle

les

généra-

tions les plus instruites professaient le penchant
le plus

prononcé pour
,

les

antiques théories de

l'Orient

converties

en nouvelles

théosophies

par

les sages
si

de nos premiers
et
,

siècles.
,

La persi

sécution
verselle

longue
les

pour

ainsi dire

uni-

dont

manichéens ont

été l'objet

de

1

HeiLelotj Biblioth. orientale, Manichéisme. Sjhestre

de Sacj, Mémoires sur diverses antiquités de la Perse.
Creuzer, Sjmholiky
2.* édit.
,

vol. II, p.

53, 207.

CHAPITRE
la

III.
^ ,

375

part des rois de Perse

des empereurs de
la

Rome Rome

payeniie

2

et

des empereurs de

nouvelle

ont pu disperser cette secte, en para-

lyser les progrès, en diminuer les élèves; mais,

pendant des

siècles,

rien

ne

fut assez puissant

pour Fextirper elle-même. Unie dans l'Orient
avec
la

gnose syrienne

,

en Occident avec

la

gnose de l'Egypte,
et

elle se

maintint, et en Orient
,

en Occident
,

,

tantôt en secret

tantôt publi-

quement

et

reparut souvent au

moyen

âge

^

tantôt en Italie,
d'autres

tantôt en France, tantôt dans

pays.

On

a

cru

quelquefois
lorsqu'il

que

le le

moyen

âge

s'est

trompé
aux
,

a

donné
et
,

nom

de

manichéens

tliéosoplies

aux
de

sectaires qui

ont essayé

de temps à autre

substituer leurs incohérentes spéculations et leur
singulière morale au
si

dogme
fait

et

aux

institutions

solidement établies par l'Église;

un examen

plus approfondi a déjà

voir que ce furent

réellement des élémens de manichéisme qui pro-

1

Supplice de Manès par ordre de Behram I, vers

l'an

274? après une espèce de concile de mages, qui condamné.

l'avait

2 Kdit de DiocU'lien, de l'année 295. Cf. llilarius, in

secundam Episi. P. ad Timoth.

,

^^^t

7*

,

076
duisirent ces

SECTION

III.

mouvemens au

milieu de la tor-

peur des

siècles barbares.

La plus

célèbre de toutes les sectes émanées
,

des manichéens
le

celle qui

nous

offre

l'intérêt

plus direct, est celle des priscillianistes d'Es-

pagne.

Nous y voyons
modifiée

l'ancienne
la

théosophie
égyptienne

orientale

par

gnose
la

comme
difiée
Priscillia-

le

manichéisme nous
la

présente

mo-

par

gnose de

la

Syrie.

§. 2.

Lcs PrisciUianistes ont eu, dès leur oriplus intimes avec les gnos2.

"^^ ^^"

gine

,

les liaisons les

tiques % et surtout avec les agapètes

Leur chef,

Priscillienj fut l'élève d'Helpidius et celui d'Agapé,

que l'Egyptien Marcus
tères

avait initiée

dans
,

les
tel

mysqu'il
,

d'un

gnosticisme antinomique
,

régnait en Cyrénaïque et

à ce qu'il paraît

à
5

Memphis

,

depuis

les

temps de Carpocrate.

1

Sulpice Sévère [Ilist. sacra, II,

$.

61) appelle

la

doctrine des priscillianistes gnosiicorum hœresis.
2

Vojez ci-dessus, p. 3ii.

3

On

a souvent confondu Marcus de Mempliis avec
Palestine.
Il

Marcus de

paraît que S.

Jérôme a déjà donné femmes

l'exemple de cette confusion. Cet auteur rapporte que les

gnostiques ont séduit, par Marcus, d'abord

les

riches de la Gaule, ensuite celles de l'Espagne (Hieron.,
in Isa'iam,
c.

44)- Or,

c'est la secte

de Marcus

le valen-

,

CHAPITRE

III.

377

Homme

érudit

,

ami de discussions philoso-

phiques ^ un peu vain, nourri dès son adolescence dans
les doctrines orientales 2, Priscillien

n'adopta pas aveuglément la gnose de
il

Memphis
Priscillien

;

fonda

,

au contraire
Il

,

une

secte différente de

celle

des agapètes.

est

vrai

que

instruit par

une femme,

s'adressa d'abord
il

aux
pa-

femmes de
raît

distinction de son pays; mais
fut là

que ce ne

qu'un

moyen de

se

former

tinien,
s'est

et

non pas
les

celle

de Marcus de Memphis, qui
S. Irénée.

propagée sur

bords du Rhône, suivant

Vojez ci-dessus,

p.

180. Cependant nous n'oserions pas

affirmer que Marcus de
les

Memphis

n'a pas visité la

Gaule;

communications d'Alexandrie avec Marseille n'offraient
celles avec

du moins pas plus de difficultés que

Barcelonne,
,

l

et

les

disciples de

Marcus

,

les

priscillianisles

ont eu

incontestablement des succès auprès des femmes de la

Gaule méridionale, témoin
Sulpice Sévère,
1
1.

la fille

du poète Delphidius.

c.

Disserendl ac dispuiandl promptissimus. Sulp. Sév.

2
est.

Magicas

artes

ab adolescentla eum exercuisse credllum

On

voit par S.

Jérôme
les

ce qu'il faut entendre par artùs
:

magicns. Ce sont

doctrines mystérieuses de l'Orient

Priscillianus Zoroastris
ytdv. Pelag.
S.

magi

siudiosissiinus.

Hieronjm.,
,

ad
la

Ctesiphoniem. L'épithèlc de jnagus
à Priscillien, désignait

que
verse

Jérôme donne

un

homme

non pas dans

magie

,

mais dans

la

philosophie dc«

mages, dans l'ancienne philosophie de

la Perse.

^7^

SECTION

III.
i.

un paru

plus prompiement

Dès que ce but
des eccléliai-

fut atteint, ce fut avec des

hommes,
une

siastiques, des

évéques, qu'il chercha des

sons

,

et dès-lors ce

ne

fut plus

petite asso-

ciation d'amour qu'il voulut établir; ce fut

une

réforme des doctrines dominantes de son temps
qu'il

demanda. Ainsi que

les Basilide
il

,

les

Valen-

tin, les

Montanus,
le
,

les

Manès,

conçut

le projet

de compléter

christianisme par des spéculations
et
il

théosophiques

publia une suite d'écrits
2.

pour amener ce

résultat

Malheureusement ces
plus aujour-

ouvrages ont tous péri;

et ce n'est

d'hui que par des inductions plus

ou moins

heureuses,
fidèles,

et suivant des

guides plus

ou moins

que l'on peut

se

former une idée de sa

doctrine. ^

Cette doctrine avait

pour base

la religion

chré-

tienne; mais cette base fut fortement modifiée par

1

Muîieres noçarum rerum cupidœ. Sulp. Sév.
écrits

2 Tous ses

sont perdus, jusques aux titres, à

Texception d'un fragment, conservé par Orose. Commoni-

iorium

ad Augusiinum

,

de error, Priscill,

3 Hieronjmus, Contra Pelagianos. Augustinus, Contra
Priscilllanistas.
c.

Idem, ad Quodvuit Deum. De Hœres.,

70. Philastrius,

De

Hœres.,

c

84- Cf.

c.

6i.

CHAPITRE HT.
le

SyQ

manichéisme

et le

gnoslicisme ^ Si Ton ajoute

quelques autres hérésies à ces deux grandes doctrines, c'est par suite de ce luxe que les anciens écri-

vains de l'Église mettent trop fréquemment dans
leurs accusations.

A

Texceplion du

dogme de

la

Trinité, sur lequel les priscillianistes s'accordaient

en quelque sorte avec

les sabelliens, ils s'attachent

exclusivement au manichéisme

et à la gnose.

En
chefs

efïet,

ils

reconnaissaient,
,

avec

quelques

du gnosticisme

le

code

entier des chrévéritables sources

tiens et celui des Juifs

pour de
ils

de théosophie. Seulement
ils

altéraient

ou bien

expliquaient allégoriquement ceux des pas-

sages de ces livres qui ne leur offraient pas de

sens convenable dans leur interprétation

littérale.

Us joignaient
aux volumes
attribuaient

aussi

quelques écrits apocryphes

saints, surtout des
^

Mémoires

qu'ils

aux apôtres.

A

la

tête

de leur système

ils

plaçaient les
:

deux principes, éternels l'un

et l'autre

l'un, la

1

Telle est l'opinioiï dominante; d'autres font Priscil-

lien partisan de Basilidc et

de
,

Ma roi on
les

;

erreur évidente.

2

Dans

cette compilation

apôtres adressaient des
les l^cS]n<TiK des

questions à leur maître. Vojcz ci-dessus
phibionilcs.

,

58o

SECTION IIL

divinité; l'autre, la matière primitive, les ténèbres. C'est la théorie de la Perse; c'est

encore
Ahri-

plus celle des gnostiques. Chez

les Perses,

man-Satan

est

,

dans l'origine
;

,

une créature de
les priscillia-

Dieu

,

un ange de lumière
chez
et
les
la

chez

nistes, Satan est fils, est produit de la matière,

comme
daires

les

valentiniens. Les anges secon-

démons ne sont pas non plus
divinité
est
l'a
;

l'œuvre de
matière.
c'est
Il

ils

sont les enfans de la
visible
:

en

de

même du monde
;

Satan qui

créé; c'est lui qui le gouc'est

verne avec ses anges
attribuer la

à lui qu'il faut en
les

marche,

le

mouvement,

phéno-

mènes.

L'homme
supérieure.

,

au contraire
est

,

est

d'une origine
est

Son ame

émanée de Dieu,
,

de

la

même

substance que Dieu
le

et se

trouve

avant de

descendre vers

monde
,

corporel

dans une sorte de magasin d'esprits
région céleste
et
et particulière. C'est la quitte.

dans une

par séduction
es-

par degrés qu'elle

Les mauvais

prits s'en

emparent
les

,

l'entraînent , de

sphère en

en sphère, dans de matière
sous
le
,

zones terrestres, la revêtent
,

et

conservent
leurs

tant

qu'elle
,

reste

charme de
elle

perfidies

assez

de

pouvoir sur

pour

la faire passer

par toutes

, ,

CHAPITRE
sortes de corps

III.

38l
elle s'tpure,

^ jusqu'à ce qu'enfin

s'amende, s'élève à Dieu
mière.

et se fortifie

par sa lu-

Cet ascendant des puissances sidérales sur les

corps,

et

par conséquent sur

les individus, est

d'autant plus fort, qu'elles les

marquent d'une

sorte d'engagement cliirograpliaire qui les rend

pour

ainsi dire, leur

propriété. C'est

pour

ac-

quitter cette obligation qu'est
le

venu
Il

le

Sauveur,

Rédempteur, Jésus -Clirisl.
,

a, en quelque
la

sorte

attaché

l'écrit

d'engagement à

croix

d'expiation. Priscillien
,

recommandait

l'étude de

l'astronomie
,

^

conune un moyen de

salut. Il dit
:

dans
«
«

le

fragment conservé par Orose

« C'est

là le

commencement de
la

la sagesse,

de reconla puis-

naître, à la

forme des âmes divines,
nature
et l'organisation

«

sance de

du

corps. 5

1

L'amour du mal s'inculqua
les

à l'ame par l'acte de gé-

nération, auquel président
2
MoiBtKTtç'^ c'est

mauvais anges.
l'as-

encore Taslrologie, inséparable de

tronomie des anciens.
3 Cette organisation répond en quelque sorte aux douze
signes

du zodiaque.

11

(allait

donc étudier raslronomie,
rnpporis avec
le

la puissance des astres,

leurs

corj)S, le

vojage de Tainc par
ft salut.

l<'<;

splières

pour

arri\er

à sjgesse

582
«
a
te

SECTION
et la

ÏII.

Les deux

terre semblent ici s'unir, et

tous les princes

du monde

^

s'efforcer à
;

com-

battre les dispositions des saints
triarclies

car les pâ-

te

occupent
le

la

première sphère, celle
^

«

qui porte

sceau cliirographaire divin

im-

« « «
((

primé aux âmes qui descendent dans
tel

la chair,

qu'il
,

a été

fait

d'un

commun
;

accord de

Dieu

des anges et des âmes
à
^*

sceau qui les
à

dispose
tenir. ^

la

lutte

qu'elles

auront

sou-

c<

Quelque obscur que

soit

ce passage

,

voit percer clairement la croyance à ces
térieuses

on y mysà ce

influences des

génies sidéraux

,

puissant gouvernement uranique que nous avons

1

Satan Kvptoç

r'ov

noc/mov,

comme

dans j'ëvangile.
je

2' C'est le

sceau opposé à celui du démon;, et

pré-

sume que

c'est le (rippctyjç

de l'Apocaljpse et de la gnose

qui a donné lieu à toute cette allégorie cliirographaire.
5 La Kabbale
et la

gnose paraissent

s'être prêté la

main
voit

pour former l'homme du système

priscillien.

On j
ci

du moins un
raient sur le
t.

reflet des

symboles que

les kabbalistes figu-

corps d'Adam

-Kadmon. Vojez

-dessus,

I, p. io4; note. Priscillien, par suite de son système
,

allégorique

semble avoir soutenu que
autant de génies
et et

les divers patriar-

ches,
et

comme

de types de la race sainte

pure, présidaient à l'ame

aux diverses

parties

du

corps auxquelles on rattachait ses principales facultés. C'est

CHAPITRE

III,

58^
,

signalée dans tous les systèmes de la gnose

et

que

les prisclllianistes
Il

paraissent avoir poussée

jusqu'au fatalisme.

résulte

néanmoins de leurs

doctrines morales qu'ils n'entendaient pas contester à l'ame la spontanéité ni le mérite

de ses

tendances.

^

La christologie des

priscillianistes répondait à

leur psychologie et à leur cosmologie. Considérant la matière

comme

essentiellement mauvaise

et corruptrice, ils professèrent le

dokétisme,

et

enseignèrent que Jésus-Christ
les

était,

comme toutes

âmes, de

la

même

substance que Dieu; qu'il
la divinité; qu'il
;

n'était

qu'une manifestation de

n'en formait pas

une seconde personne

qu'il

ainsi

que Ruben protégeait
le

la

tète;

Juda
etc.

,

la

poitrine;

Lé\i,

cœur; Benjamin,
mettait le

les reins,

En mcnie temps
les

Priscillien

corps en

correspondance avec

génies

des

douze constellations zodiacales.
la

La

tète

et

le bélier,

nuque

et

le

taureau

,

les

jumeaux

et les

bras, récreiisse et la poitrine, se répondaient dans cette
doctrine.

On

voit

que

les

noms

vulgaires de ces constel:

lations ont motivé la correspondance

les

bras sont ju-

meaux;

la poitrine

est

une

sorte de cuirasse
;

du cœur,
fait

comme
cou,
I

l'écrevisse
la tète;

en porte une
le

le

bélier se

remar-

quer par
etc.

taureau se distingue par

la force

du

Cf. Vries, Dissert, de priscillianistls

,

p.

78.

,

584
était

SECTION
in-né {àyÉvvTfloç)

lïl.

comme

elle, n'étant autre

chose qu^elle, sous une autre forme.

La morale des
lement
,

priscillianistes se dérivait éga,

toute entière
la

de leur opinion sur
,

la

corruption de

matière

et

spécialement celle

du corps
elle

,

qui sert de prison à

lame

,

et

dont
,

doit tâcher de se débarrasser à jamais

le

plus promptement possible. Cette morale était tout
ascétique.

Elle

condamnait

le

mariage

non pas
liens
tes,

à cause des liens

moraux

qu'il établit,

que respectait une

secte

émanée des agapè-

mais à cause des actes soumis à l'influence
il

du démon, auxquels
crète licence

entraîne. Si, d'un autre

côté, l'on reproche aux priscillianistes une se-

de mœurs qui

les
,

aurait
c'est

dédom-

magés de leur rigueur publique

une de ces

accusations que la haine a toujours proférées

contre les partis qui se targuaient d'un purisme
spécial.

Le

fait est

que

les priscillianistes, ainsi
,

que

les

manichéens

et quelques gnostiques
les

s'in-

terdisaient

monacalement

plaisirs

habituels
et qu'ils

des sens; qu'ils jeûnaient fréquemment,

s'abstenaient toujours de la chair des animaux.

Leur discipline

et leurs

usages

sociaux

les

distinguaient encore des autres chrétiens.

On

les

accuse de quelques

rites dissidens

dans l'admi-

CHAPITRE m.
nistralion
fiaient la

585
cène
;

du baptême

et

de
j

la

ils

modide

pénitence prescrite
et

ils

se servaient
,

quelques mots étrangers
les

mystérieux

ainsi

que
et
^

gnostiques

;

ils

accordaient aux femmes

aux laïques l'honneur d'enseigner publiquement.

A

une époque où
,

la

théologie

se

pétrifiait

en Espagne

les

théologiens tombaient de
,

plus en plus dans une déplorable ignorance

à

une époque où

ils

excluaient à la fois les fem-

mes
rable

et les laïques
;

de tout enseignement hono-

l'ascétisme des associations religieuses

prenait chaque jour plus d'empire, rien ne pouvait être plus
la

propre à captiver
l'association
,

les esprits

que

doctrine
et

et

de

Priscillien.
et les

En
femles

Gaule

en Espagne
plus

les
,

évêques
les

mes

les
,

distinguées

rhéteurs et

poètes

qu'un temps meilleur avait légués aux

dernières années

du quatrième
le

siècle

,

se

pro-

noncèrent pour

noble, l'éloquent Priscillien.
sa

Mais bientôt deux conciles proscrivirent

doc-

1

Cet usage, suivi par
les écoles
les

les sectes

théosophiques, ainsi

que par

de philosophie des premiers siècles^ a

du choquer où

orthodoxes, parliculicrenicnt à une époque
proscrivaient sévèrement, et défendaient
la consécration

les conciles le

même

de donner désormais

aux femmes

diaconesses.

,

S86
trine
sa
^

SECTION
;

m.
,

et l'emperjeur

Maxime auquel on soumit
les les

condamnation, ordonna, sans égard pour
,

prières de S. Martin

apprêts de son supplice.

Un

supplice et des conciles furent des noul'affaire

veautés dans

du gnosticisme

2.

Ces nou-

veautés semblaient dire aux priscillianistes , qu'on
voulait leur destruction à tout prix. Ils se lièrent plus étroitement, se réunirent avec plus de

mystère
lait

,

et établirent

pour maxime

,

qu'il

fal-

plutôt jurer et se parjurer que
secrets

de livrer
conservè-

les

aux persécuteurs. Us

se

rent ainsi en assez grand

nombre

et assez

long-

temps, en Espagne

et

en Aquitaine.
le

On
de

les voit

encore

condamnés par

concile

Braga
,

dans

la

seconde moitié du sixième

siècle

et

leur association ne paraît s'être dissoute entiè-

rement que dans l'invasion des Sarrasins.

Dans

l'histoire

des priscillianistes et des
la

ma-

nichéens, nous voyons
avec le christianisme
trémités
,

gnose orientale mêlée

se
;

propager jusqu'aux ex-

de l'Occident

nous allons

la

suivre

1

A

Saiagosse, 38o

;

à Bordeaux, 585.

2

On

parle de quelques conciles qui doivent s'être réu;

nis en Sicile contre les valentiniens et les héracléonites

mais

ces conciles sont plus qu'incertains,

il

n'en existe ni

actes ni relation.

CHAPITRE

IV.

387
élé-

maintenant dans son union avec d'autres

mens,

des élémens anti- chrétiens, qu'elle ren-

contre en Orient

même,

qu'elle

y modifie d'une
,

manière non moins remarquable
quels
elle

ou avec

les-

y forme des doctrines entièrement
Les spéculations
^

nouvelles.

théosophiques des

Samarilains
des

des Hypsistarii ^ des Cœlicoli et
^

Mandaïies ou des Hérnérobaplisles

sont

de cette nature.

CHAPITRE

IV.

Rapports des Gnostiques a^ec des Sectes
anti-chrétiennes de V Orient,
§.
•la

1.

La

petite secte des

Samaritains

,

dont

Les
Samaritains.

longue protestation contre toute autre auto-

rite

que

celle

du code

sacré de

Moïse
et

est si re-

marquable au milieu des traditions

de

la cré-

dulité des anciens âges, s'est trouvée en intime

contact avec les premiers chefs des gnostiques,
et a

produit quelques-uns des docteurs
,

les
,

plus

extraordinaires
disciple

tels

que Simon

le

mage

son

Ménandre

et

leur émule Dosilhée.

La

circonstance que ces théosophes furent obligés

de

sortir des rangs

de leurs frères

,

atteste l'in-

dépendance où se maintenaient encore ces der-

,

3Ô8

iîECTlON

III.

niers de toute doctrine traditionnelle
rieuse.
telle

ou mystégnose fut

Cependant

la

puissance de

la

que

les samaritains aussi,

tout en expulsant

de leur sein

les syncrétistes, partisans
,

du magisme

ou de

la

Kabbale subirent eux-mêmes l'influence
et

de l'une
C'est

de l'autre de ces doctrines.
l'exemple des gnostiques et de leur
c'est

à

dokétisme,

par antithèse contre

les Juifs et
l'ère

les chrétiens judaïsans, qu'à partir

de

chré-

tienne

ils

combattent avec tant de feu
la

les

nom-

breux anthropomorphismes de
gaire
;

théologie vul-

c'est à l'instar

des gnostiques qu'ils adop-

tent le système des interprétations allégoriques de

Philon
,

;

qu'ils

établissent la

théorie d'un Dieu

caché dont
liers

les manifestations

produisent des milqui forment

de puissances ou

à' intelligences

le y^oGixoç voyfloç, le

monde

qui a servi de type aux

créations visibles et terrestres. Tandis que leurs

anciens frères

,

les

Juifs fidèles à
ils

Moïse

,

ensei-

gnent des anges créés,

n'admettent, avec les

gnostiques, que des esprits émanés

du plérôme
ne

des perfections. C'est aussi avec les gnostiques
qu'ils hypostasient la

Sophia

céleste

j

et rien

saurait plus ressembler à la

gnosis elle-même

à cette sainte et divine tradition

dune

race élue,

que

la loi telle

que

la

préconisent les samari-

,

CHAPITRE
tains

IV.

389
eux, un rayon

du bas

âge. Elle est, suivant

aussi brillant que pur de cet être impénétrable

qui (suivant

la

belle

image de

S.

Paul) habite
Il n'est

une lumière inaccessible

à notre œil.

pas

jusques aux délices qui, d'après les gnostiques,

accompagneront leur

sainte

et

dernière union

avec Sophia céleste, que les samaritains n'aient

adoptées

et

transportées sur
est leur rêve
^

une

sorte de sabbath

mystique, qui

de mille ans ou leur

séjour au plérôme.
§.
1.

On

a

mis quelquefois

la

petite

secte

,

Hypsisiarii.

assez obscure, mais très-remarquable, des
sistarii

Hvp-

en rapport direct avec
sa doctrine;
,

les

samaritains

dont on dérivait
thèse
est

mais cette hypol'influence

peu fondée

et

si

de
,

la

gnose sur
est

les samaritains est inconteslable

elle

moins certaine quant aux

hypsistarii.

Cette

secte offre cependant, dans les diverses

branches

qui s'en

sont manifestées au quatrième et au
siècle
,

cinquième

une preuve
cette

si

frappante
,

du

mouvement gnostique de
La
secte des hypsistarii

époque que nous
la signaler.

ne pouvons nous empêcher de

ne paraît avoir

été au-

1

Gcsenius,

De Samaritanorum
in-/^."

iheologia ex fontihus ine;

dilis.Prag., 1822,

Cnniiina samarilnna

Lips., \^?f\.

, ,

5go
tre

SECTION m.
reste
la

1
s'est

chose qu'un

de l'ancien sabéisme, qui,

de son berceau,

région de l'Euplirate,
,

propagé

,

suivant diverses directions
,

en Egypte
surtout en
l'es-

en Palestine

en Asie mineure

,

et

Cappadoce,
sénisme
,

et

qui, dans son mélange avec

peut-être
s'est

même
et

antérieurement à ce

mélange,

épuré

élevé jusqu'au

monose

théisme. C'est probablement cette épuration, cet

élément monothéiste, qui l'empêcha de
fondre avec
le

con-

christianisme; mais les enseignespiritualisme

mens de

ce

dernier et le

de

la

gnose, en éclairant plus généralement

les esprits,

en montrant dans
nies des

les

traditions et les

cérémovraiment
à

diverses
,

religions
,

l'élément

théosophique
ranimer ou à

ont

sans

doute

,

contribué

faire naître la secte
si

des hypsistarii
curieuse de sa-

qui nous montre une fusion

béisme

et

de monothéisme.
S.

Tels qu'on les trouve peints par

Grégoire
ils

de Nazianze
raient
et
ils

1

et S.

Grégoire de Nysse^,

ado-

un Dieu suprême, comme
de payens
,

les chrétiens
et

comme beaucoup

cependant
tri-

formaient opposition contre

le

système

1

Oratio,

XVIII.

2 Adçers.

Eunomium ,

lib.

II, 0pp.,

t.

II, p. 4o.

CHAPITRE
nitaire des
se

IV.

591

uns

et le

polythéisme des autres. Us
des anciens sabiens
le
titre
,

distinguaient

aussi

en

attribuant à
K^ofloo^ et la
ils

lÊtre suprême

de 7rav?o;

domination universelle des mondes

conservaient néanmoins quelques vestiges de

sabéisnie

dans
les

les

symboles du
qu'ils

feu

et

de

la

lumière
culte.

,

seuls

admirent
,

pour leur
donnaient i
sa-

Le

nom
si
,

de v-^i^og

qu'ils

Dieu, porte lui-même une sorte d'indice de

béisme

;

car

d'un côté

,

il

écarte toute idée

de trithéisme, de trimurti ou de syzygie divine,
il

décèle, d'un autre côté, la
,

marche successive
supérieurs
et

de l'intelligence
arrivant enfin
à

partant

d'êtres

un Etre suprême. Les Phéniun dieu Élioun,

ciens, dans la doctrine desquels le sabéisme est

patent, avaient aussi

u\|>/^oâ-, et,

à

côté de lui, une infinité de génies sidéraux d'un

ordre secondaire. Les Grecs donnaient également
à Jupiter l'attribut

de v-^i^og

,

et lui associaient

néanmoins une foule de
cisément en rejetant
les

divinités.

Mais

c'est

pré-

anciens dieux
le

du

ciel et

de

la terre et

en professant

monothéisme pur,

que

les

nouveaux hypsistarii
ils

se distinguèrent des

anciens sabiens, conmie

prétendirent se dis-

linguer des chrétiens en niant que l'Etre suprême
se hit révélé

en qualité de père.

,

592

.

SECTION

III.

Cette polémique anti-chrétienne et anti-polythéiste pouvait

rapprocher

les

hypsistarii

nonâ

seulement des samaritains, mais encore des esséniens, des thérapeutes et des Juifs, dont on les
fait

I
"

souvent descendre par
;

les prosélytes
ils

de la

porle

mais en

même

temps

s'en éloignaient

par un
phique.
sion
,

purisme de culte entièrement tliéosoIls

rejetaient les

victimes, la circonci-

et

toute pratique extérieure.

Leur culte

devait être intérieur.

La

seule abstinence s'y rap-

portait au corps, et la seule célébration

du

sep-

tième jour leur

était

commune
et

avec

le

judaïsme.

D'un autre côté, ce raffinement de purisme,
cette absence

de culte

de pratiques extérieures

ce véritable gnosticisme théosophique , les

empê-

chèrent de

faire

des conquêtes.

Ils

furent très-peu

nombreux en Cappadoce,
auraient

quoiqu'il paraisse qu'ils

pu

s'y

renforcer par une immigration de

maguséens, mages ou pyrathes, que mentionne
Strabon ^ La circonstance que
zianze les
et
S.

Grégoire de Na-

nomme
,

plusieurs fois dans ses discours
est

dans ses vers

due uniquement à

celle

que

son père

était sorti

de leurs rangs.

On
1

les

trouve cependant en diverses contrées

Geogr.,

îih.

XV,

p.

5o4,

éd.

Casauh.

,

CHAPITRE
ei

IV.

595
si les

sous des dénominations différentes; car

ôsocreCeiç,

dont parle

S.

Cj'rille'; les cœlicolae,

que proscrit
les

la législation religieuse

de Byzance^3,
,

euchyles, les euphémites et les messaliens
S.

que

Épiphane nous

fait

trop peu connaître
la

ne furent pas simplement
sistaire

même
ils

secte liyp-

sous des

noms

differens,

nous

offrent

du moins, dans
logies,

leurs principes, de
les

telles

ana-

que nous pouvons

prendre pour des

branches du

même

tronc. ^

Parmi

les sectes orientales des

premiers siècles

qui ont subi l'influence de la gnose en dehors

du

christianisme

,

il

en

est

une bien plus remar-

quable que celle des hypsistarii, et sur laquelle

nous possédons bien plus de renseignemens
celle des mandaites,

:

c'est

dans laquelle semblent se con-

fondre à

la

fois

tous les élémens du sabéisme

1

Cjrille

Alex.,
t.

De

adoratione in spiritu

et veriloie

Ub. III, 0pp.,
2
/.

I, p. 92.

Codex Theodos., Ub.

XVI,
()8.

lit.

8;

l.

19,

///.

5,

45- Augustin us, Epist. 44-

5 Epipliaiiius, Hœres.,

4

Cf.

Ullmann

,

De

hjpsistariis
;

;

Ileidelberg

,

i825.

Bœhmer, De
Jnhrbikher
,

hypsisiariis

Berlin,

1824.

Ileidelherger

année 1824, n." 47- Uaîllsche allgemeine 1827,
n."
1.

Litif/atur-Zeifung, année

,

^94
et
IVIandaVtes.

SECTION

III.

tous ceux
§.
5.

du zoroastrisme

et

de

la

gnose.

Les mandaïtes, auxquels on donne aussi
sabiens et d'hémérobap-

les

noms de nazaréens, de
la secte

tistes,

mais que l'on doit distinguer absolument
chrétienne des nazaréens
des nousairiens
-,
^

de

et

de

la secte

musulmane

sont peut-être ceux

des théosophes de l'Orient qui méritent le plus

des recherches très-spéciales

,

et

qui tarderont

le

moins à occuper plus particulièrement les

esprits.^

Quant

à nous,

nous ne pouvons

ici les

envisager

que dans leurs rapports avec

les gnostiques.

Le berceau de

cette secte,
4,

dont on vient de
est

publier quelques livres sacrés
elle subsiste

inconnu mais
;

encore aujourd'hui aux environs de

1

On

ne conçoit pas comment
le

il

a été possible à Norles

berg, qui a publié

code des mandaïtes, de

confondre

avec les nazaréens-ébionites. Voj. Prœf. in codicem nazar.y
p. 5.

2 Voj. Liber de

initiis et

originibus religionum in Oriente
/).

dispersarum [éd. Bernstein, Berlin, iSiy),

Sy.

3

On

s'en

occupe

,

il

est vrai

,

depuis cent cinquante

ans, mais ce n'est que de nos jours qu'a paru une partie

de leur code.
4 Codex nazarœus liber jidami appellatus , syriace trans^
criptus

latineque reddi.tus
le
et

à Mattb. Norberg, Hafniœ
de

4

vol. in-4.**, avec

Lexidion. Cf. Journal des savans,

année 1819, Juin

Novembre; 1820, Mars

(articles

CHAPITRE

IV.
le

595
Tigre réuni à

Schal-al-Arab , fleuve que forme

l'Euphrale, et dans les villes de Bassora, Howeïsa,

Korna Schouster
,

et

quelques autres endroits.

^

Les diverses conjectures que l'on a émises sur son origine sont toutes
établies

sur les divers
l'a

noms qu'on
les

lui a

donnés; aucune ne

été sur

dénominations qu'elle prend elle-même; aussi
la

aucune ne donne- t-elle
tion. Si

solution de la ques-

donc

l'on peut espérer de tirer
il

quelque

lumière de ces noms,
ter,

faut commencer par écarla secte

comme

trompeurs, tous ceux que

ne

se

donne pas elle-même, sauf à examiner
les lui attache.

ensuite

de quel droit on
Ces sectaires se

nomment

d'abord eux-mêmes

nazoréens^^ et cette désignation paraît nous ou-

M.
n.°'

Sjlvcstrc

(le

Sacv); Cœttinger Anzeigen, année 1816,

79, 80, 18G, 187; année 1817, n.**' 78, 79. Outre le U\re à' Adam, celle secte possède encore un

hxre de S. Jean et

un

rituel,

dont on doit désirer
hibl.

la

pu-

blication. Cf. Lorsbach,
1

Muséum/,

Llli.,

1807.

Germano Conti
à

parle d'une secte de galiléens et de

jinzarêcns , qui doit se trouAcr sur le territoire de l'ancienne

Laodicée

,

quelque distance du mont Liban. Paulus,
t.

Memorabilien ,
^.

III

^

p. 91.
(.V^ius

N'^NlISNi. Le

nom

ou

à'appelés

cîc

la

limiière

n'est

qu'une

épitlièle qu'ils s'atfrihuent.

^g6
vrir

~

SECTION

m.

une première voie à suivre pour retrouver

son berceau.

En

effet, S.

Épiphane, dans son

article sur les

nazaréens

du

christianisme, c'est-à-dire sur les

véritables chrétiens primitifs,

donne des

explica-

tions et des renseignemens qui renferment quel-

ques erreurs

et attestent

un peu de confusion dans
pour

les idées, «lais

qui paraissent se rapporter à no-

tre secte, alors

encore obscure,

et

cela

même
non

confondue avec des nazaréens plus
« «
t(

célèbres. « Il
et

faut, dit-il

1,

les
5,

appeler nazaréens^,

pas naziréens
ce
titre

ce qui signifie consacré. C'est

sacré

que l'on a donné autrefois aux

K
« «
«
(c

premiers-nés,

du nombre desquels

fut

Samson

et d'autres avant et après lui. S.

Jean lui-même

fut

un de

ces

très
sie et
S.

encore

hommes consacrés à Dieu... D'ause nomment nasaréens^, car l'héréà Jésus-Christ j
trois sectes
le

des nasaréens fut antérieure

«

ne connut pas

Sauveur.

'*

Épiphane distingue donc

de
al-

noms

analogues, des nasiréens de l'ancienne

1

Hœres., 29, 5,
'Not^fi) petiot»

6.

2
3'

Nd^t petto t,
'NcKTctpctiot,

4

CHAPITRE

-IV.

597

liance, des nasaréens anlérieurs à Jésus-Christ',
et

des nazaréens partisans

du Sauveur.
,

Quoiqu'elle soit un peu erronnée
est

sa

donnée

digne de remarque.

En
S.

effet,

si

l'autorité,
suffit

quelquefois suspecte, de

Épiphane ne

pas

pour prouver

l'existence d'une secte nasaréenne
,

antérieure à notre ère

et différente

des nasiréens

(qui ne formaient pas de secte), elle doit au

moins

nous

faire

croire que cette secte différente des
a existé

nazaréens

du christianisme
S.

dans

les pre-

miers
les

siècles.

Epiphane

a

pu
,

se

tromper sur
cela
lui

époques

et les

personnes

comme

arrive quelquefois; mais

une grande

partie de ses

rapports nous paraît aussi exacte que curieuse,
c'est celle,

qu'outre les nasiréens

du mosaïsme
il

et les

nazaréens

du

christianisme,

y a eu une

troisième secte de nazoréens.

Quant

à l'origine précise de cette secte,

une
ce

hypothèse plus ou moins probable

est tout
;

que nous pouvons donner à ce

sujet

mais du

1

On

pourrait croire que les
la

voL^tpciiot et les

vAffoLpotioi

d'Epiphane fussent
eJV voLo-ctûciiooç

même

secte, et qu'en disant ctXXot
•)

îcLv]ovç i KoiXi(rctv
il

il

revient aux anciens na-

siréens; mais, dans ce cas,

faudrait ot <t}^Xoh et

nou

pas ctXXoh

,

ZgS
moins nous ne
tlièse.

SECTION
l;i

iir.

donnerons qu'à
assez

lliie d'iiypo-

La

voici.

Un

grand nombre de

Juifs

regardèrent
trine,

S. Jean-Baj:>tisle,

par rapport à sa doc^

comme un zélateur de l'ancien mosaïsme comme un prophète, et, par rapport à son genre de vie, comme

comme un hownie

de Dieu
,

un modèle de
trine et à

Nasiréat. Ils s'attachèrent à sa

doc-

son genre de vie avec une

telle fidé-

lité, qu'ils rejetèrent les

réformes ultérieures auxles Juifs,
el

quelles

S.

Jean avait dû préparer

qu'ils se

constituèrent les adversaires de Jésus-

Christ et

du

christianisme. Ils considérèrent, par
le

conséquent,

réformateur

du judaïsme comme

un faux Messie, comme un imposteur, comme un envoyé des ténèbres ^ Cependant ils s'éloignèrent eux-mêmes du judaïsme. Dans ce grand

mouvement
en Syrie
et

religieux

qui

opéra
,

,

en Egypte

en Asie mineure

le

mélange des

idées religieuses les plus fondamentales de l'Orient et de l'Occident, les disciples de S. Jean
le

nasiréen prirent leur part de théosophie et

d'ascétisme, et bientôt furent emportés par ces

élémens aussi loin des
Ils

Juifs

que des chrétiens.
et

furent, sans doute,

peu nombreux,

ne

se

1

C'est

absolument ce que font

Jes

mandaites.

,

CHAPITRE
firent

IV.

39g
coinmencemens;

guère remarquer dans
ils

les

sans doute aussi

varièrent dans leurs doctri-

nes,

comme toutes les autres sectes de cette époque et le nom même de nasiréens qu'ils s'étaient
, ,

donné dans
de leur

l'origine, se

changea peu à peu en

celui de nasoréens ; mais cette légère altération

nom

et l'obscurité

qui pesa long-temps

sur eux sont loin de détruire notre hypothèse,

qui a d'ailleurs pour

elle

les

plus puissantes

considérations. Les nasoréens sont incontestable-

ment des premiers

siècles

de notre ère

;

c'est

ce

qu'attestent les affinités de leur

morale
le

et

de leur
et le

dogme

avec le christianisme,
c'est

judaïsme
fait

gnosticisme;

aussi ce

que

croire

l'état

politique et religieux de l'Orient dans les temps
postérieurs.

En

effet,

comment une

secte, aussi
et

ennemie des mahométans que des chrétiens

des Juifs, se serait- elle formée plus lard, soit

sous les persécutions orthodoxes de la cour de

Byzance, soit sous
tisans

les fanatiques

rigueurs des parla

de Mahomet? D'ailleurs,
les

seconde déno-

mination que prennent

nasoréens vient parIls
'

faitement à l'appui de notre manière de voir.
se disent

Mandai

Jjahi^ disciples de

S.

Jean

i

Le

nom

de Mandai offre une coiUine analogie avec

^

400

SECTION

III.

et ce litre s'accorde

singulièrement avec les ren-

seignemens de
croyances
usages

S.

Épipliane. Sans

doute leurs

et leurs

usages actuels, et
tels

même

leurs

et leurs

croyances

que

les font

con-

naître leurs livres originaires
diffèrent

du huitième

siècle,
et

beaucoup de ce que devaient croire
S.

pratiquer les disciples primitifs de
baptistes

Jean
c'est

,

les

ou
les

les liémérobaptistes

;

mais

que
al-

nous ne

connaissons plus qu'après leur
,

liance avec les gnostiques

et les

modifications

que tant de

siècles

ont apportées dans leurs pre;

miers enseignemens
livre

et les

mandaïtes

,

d'après le

d'Adam S sont au moins

disciples de S. Jean

autant que les manichéens étaient disciples de
Jésus-Christ, d'après le Ertenki-Mani.

celui de gnostiques.
science, yvuxric,'-, le

un des génies
Yavar.
1

Manda, yni'O, en chaldéen, signifie Manda dihai, la science de la vie, est célestes, comme la yvciù(Tiç des baibelonites.
p. 62.

Codex nazar., 1,

Lexique de Norberg, au mol

Ce

livre tient
le

son

nom du

premier

homme,

auquel
est

en fut révélé

nommé comme
daïtes ont

contenu; ou d'Adam -Suhrun, qui j auteur ou compilateur.

2 Les autres dénominations que l'on a données aux

manen

peu de valeur historique. Celle dé

galiléens,

outre qu'elle ne leur conyient pas, ne

dit rien, et n'indi-

CHAPITRE
C'est

IV.

4^1

dans l'influence du gnoslicisme, qui do-

mina

toutes les doctrines des premiers siècles,

qu'il faut
listes

chercher
les

la

cause qui changea les bap-

ou

nasoréens en mandaïtes. Nous allons
cette influence

faire

remarquer
la

en exposant

les

principes de

doctrine

du

livre

d'Adam.

Les sources

mêmes de
il

ces théories sont anaJNIais

logues à celles du gnosticisme.

quand nous
:

parlons de sources,

faut bien s'entendre

ce ne

sont pas les livres dans lesquels les nasoréens de

nos jours puisent leurs enseignemens, que nous
désignons ainsi; ce sont
les écrits

ou

les révéla-

lations qui ont servi de base à leurs doctrines.

Or,

il

résulte

évidemment des divers ouvrages
le

qui composent

Iwre

d'Adam^ que

les

naso-

que pas de

secte. Celle
les

de sabiens ne paraît leur avoir été
,

donnée que par
christianis anie

musulmans. Voj. Mosheim

De

rébus
l'a

Constaniinum ,

p. 44- C'est à tort

qu'on

adoptée en Occident. Elle peut exprimer l'usage de s'im-

merger dans
tistes

l'eau (j<a3r), et
;

répondre ainsi à

celle

de bapelle

et d'iiémérobaplistes

mais, d'un autre côté,
les

pourrait induire en erreur, en faisant croire que
daïtes se soient rattachés à l'ancien sabéisme.
qu'il se trouve

manvrai

S'il est

dans leurs croyances,

comme

dans

celle des
il

hypsistarii , quelques débris de l'ancien culte

du

ciel,

est

vrai aussi qu'ils se prononcent
trolâlrie.

lormcUcment contre

l'as-

403
réens

SECTION
ont considéré
les

IIÏ.

codes des Juifs
les

et

des

chrétiens

comme

les

considéraient

gnosti-

ques, c'est-à-dire
pouvait
lire et

comme

des ouvrages que l'on
il fallait

consulter, mais dont

sou-

mettre les enseignemens à une doctrine supérieure, et qu'il convenait d'interpréter allégorique-

ment. C'est ainsi
tiques, et à

qu'ils citent,

comme

les

gnos-

chaque instant,

les

personnages de

l'Histoire sainte des Juifs et des chrétiens, et les

paroles de la sagesse morale et religieuse des uns
et des autres;

mais tout

est

changé dans ces
le rôle

ci-

tations,

le sens

des phrases et

des per-

sonnes. Par exemple, Abraham,* Moïse et JésusChrist
,

loin d'être de iidèles interprètes de
,

la
^

céleste vérité

sont des envoyés des ténèbres
et

Adam, Abel, Seth
le seul

Énos, sont à
mis à

la fois

des

êtres terrestres et des génies célestes, et S. Jean,

prophète,

est

la

place

du Sauveur!

C'est

que tout

est révélé

autrement aux mandaites

par une science supérieure, originaire du

monde

de lumière

et

semblable à

la

gnosis; et cepen-

dant leur système religieux, soit dans ses parties
spéculatives, soit dans ses directions pratiques,
dilïere

essentiellement de tous ceux

du

gnosti-

cisme.
L'idée fondamentale de
cette

singulière doc-

CHAPITRE
trine est celle d'un
ses

IV.

4<^5

monde de

lumière infini clans
et

émanations ou dans ses sphères,

d'un

monde

de ténèbres^ séparé du premier par un monde

moyen ^ L'élément
lumière
être
est appelé

primitif de toute vie et de toute
et Yavar"^. C'est

Fira

moins un

qu'une source d'êtres, ou qu'un ensemble
;

d'êtres

c'est le Ttoiv
,

des existences pures ;

le Ttoclr,?

Imv

ovaiûov

embrassant dans son immensité tout
lui et ce

ce qui

émane de

qui est de sa nature.
est

^

Sa première émanation

Maiia ou

Mano

,

le

1

Le ToVoç

iuLs<TCTtf]oç

des gnostiques.
^vBoç-, et

2 Fira
TrXyf^fjùfj.ct.

ou Ferlio répond à

Yavar, à Àmù ou

Fira et Yavar sont définis, dans le livre

d'Adam

;,

comme
est

i^1D-]''N

dans

la

Kabbale
,

:

Fira est dans Fira, Yavar
Ferlio
,

dans Yavar. Fira ou J^HT'O

rappelle aussi Fé-

roucr, esprit pur suivant la doctrine de Zoroastre.
3 Le neuvième discours du second tome du livre d'Adam
(édition de Norberg) dit de cet élément de vie, que
c'est

une ouverture, un œil d*où
de
splendeur du

sort

une lumière éternelle^
et

qui se répand en sphères infinies,
la

se trouve le siège

Mano

primitif. Cette

lumière, j

est-il

dit, s'allume d'elle-même; cette vie est d'elle-même, et se
iTianifeste

en feu

et
,

en eau. Page
les

1

14,

Les eaux pures

Jourdains

jouent

un grand

rôle

dans ce système; en général,

l'eau et le feu sont les
les

deux

élémens auxquels s'attachent principalement
nies anciennes.

cosmogo-

,

4o4
seigneur de
la

SECTION m.
gloire, le
i

roi de la lumière, le

premier être, Dieu,

A
les

la suite

de Mano,

il

forme une

infinité d'in-

telligences qui portent

son

nom

de Fira^

comme
àiEl"^^

sephiroth de

la

Kabbale conservent celui

et des

myriades innombrables de Schekinta, qui
la

sont encore empruntées à

Kabbale

^

,

et

qui

constituent, avec les Fira, une immensité d'êtres qui aurait

étonné

les

gnostiques eux-mêmes.

Le chef de toutes

ces intelligences est

Mano

qu'elles révèrent, qu'elles louent, qu'elles célè-

brent.

Cependant, ainsi que Fira a pour av^vyoç Yavar
,

et

que Bythos a pour compagne Ennoia
uni avec Demutho, qui
est sa

Mano

est

manipre-

festation,

son image

^, sa

av^vyoç ,

la ^ûorj, la

mière Vie ou

la \ji.^v\^ tûùv

^œv]œv des gnostiques.^

Créant à son tour,

Mano

produit une infinité
et

de Mani ou d'intelligences

de mondes de lu-

1

Firah

est

Zeruané-Akérénéj

Mano

est

Ormuzd, Xoyoç ,

fjLOVoyiViiç.

2 Vojez ci-dessus, p. 191.

3 Knorr a Rosenroth^ Kabbala denudata,
p.

t.

Impars 1,

711

sq.
vr^oliç'Yi,

4 Émcov
^

Im

est la

compagne de Xoyoç,

CHAPITRE

IV.
il

4^^
émane de son
d'eau pure

mière^j et, d'un autre coté,

trône un Jourdain prirnilij'^e lumière,
et

de vie, duquel se dérivent trois cent soixante

mille Jourdains

pour l'immensité des mondes de

lumière.

^

Toutes ces émanations toutes ces intelligences
,

sont pures, appartiennent au plérôme céleste, à
l'empire de la lumière, à la première Vie. Rien

n'y est imparfait, méchant; tout y est harmonie.

Vient enfin
le

la

scission

,

le

mélange

,

et bientôt

mal.

En

voici l'origine.
la

Demutho,

compagne de Mano, qui

est à la

1

Le

nom

de Manès, Mani ou Manicho, reçoit peutexplication.
Il

être ici son

s'appelait
le

Mano,

intelligence
S^vvdfxiç
si

de lumière,

comme Simon

magicien se disait

V'\is'ov. Peut-être

un jour nous parviendrons

à savoir
si

Mancs

a fait des

emprunts aux mandaïtes, ou

ces der-

niers furent en
les

quelque chose
les

ses disciples? Il est vrai

que
ils

mandaïtes sont

ennemis des manichéens; mais
ils

sont également ceux des chrétiens et des Juifs, et
fitent

pro-

néanmoins des doctrines des uns
n'est

et des autres.
le

2

Le mot de Jourdain
et
le

que symbolique;
s'j^

Jour-

dain terrestre
faibles

baptême qui

fait

n'offient

que de
et

images, que des emblèmes du Jourdain céleste
la

du baptême supérieur. La lumière indique
l'eau

science, et
l'es-

pure

est le

sj^mbole de la force, qui caraclérisent

sence de

la divinité.

,

4o6
fois la

sECTlo^^

III.

mère de

la

Vie et
le

la Sopliia

céleste des

gnostiques , forme

premier

désir. Elle adresse

une prière
le

à

Mano;

et cette prière,
,

qui indique

manque de quelque chose
du bonheur absolu
^
,
,

par conséquent

l'absence

produit un être
le

nommé
de
la

Outra
,

qui est bien appelé
n'est plus la
et l'image

soutien

Vie
la

mais qui

première Vie
de
la

qui est

seconde Vie

seconde
se ratta-

Sophia des gnostiques.

C'est à elle

que

che un monde nouveau.
Elle s'établit sur la terre de la lumière

le

premier Jourdain

s'était
^

répandu

^

,

et
et

y produit

une

infinité
,

^ Outra

de Schékinta,

un second

Jourdain

un

autre plérôme ,

les

Outra fixent

leur demeure.

Les Outra,

comme

les

compagnons
la

d'Ialda-

baoth

,

jaloux des créations de

première Vie

1

Dans réoriogonie des gnostiques,
,

les

larmes,

les re-

gards
êtres.

les soupirs, les désirs, les

passions, produisent des

2 C'est le débordement de la vie et de la lumière divine

qui se trouve dans

le

gnosticisme, et qui
la matière.

j explique
celle des

le

mélange du principe divin avec

3 C'est ia seconde Sophia, qui a,

comme

gnos-

tiques, la patision de créer, et qui transmet cette passior

à ses

fils.

y

CHAPITRE
et

IV.

4<^7

entraînés par l'orgueil
la

comme

eux
sa

,

demanlumière,

dent à

seconde Vie une parcelle de

afin qu'ils puissent créer, à leur tour, des

Sché-

kinla, et

un monde où
et

ils

résideraient avec la
la

seconde Vie,

qui ferait oublier

première.^

D'émanation en émanation,

c'est-à-dire

de dé-

génération en dégénération, les dernières classes
des intelligences, les Outra, étaient déjà arrivés
à l'ambition, à l'orgueil, qui est, dans Ja plupart

des systèmes de l'Orient, la source de tout mal.

Aussi

les

Outra sont -ils considérés

comme

des

anges de ténèbres. Leur projet d'affranchissement
est le

premier signal de

la

grande lutte qui
^t celui

s'établit

partout entre l'empire

du bien
de
faire

du mal.
l'exé-

La première Vie

se liate

empêcher

cution de ce projet, et

Mano

envoie contre les
2,
,

Outra son
de
la

fils,

l'éclatant Hivil-Zivah

qu'il revêt

plus pure lumière. Cependant

arrivé

au

1

Ce sont

les

anges de

Simon qui

se

rendent indcpen»

dans, ou
à eux.

les fils

de Sophia-Achamoth qui créent un

monde
il

2 C'est Abel céleste, Ijpe, férouer d'Abel céleste; aussi
c'est

est
:

nonmié Manda

dl hai , science de la vie
11

,

gnosis

une sorte de Christos.

a

un

frère,

Hkil-Y^açar
,

qui est à llivil-Zivah ce que Ya>ar est à Fira

cl

qui

le
f»'-

seconde dans

la

grande

lullc contre les j)uissan(!es des

4o8

.

SECTION

III.

séjour des ténèbres, la vue des
Hivil

démons
pour

inspire à
ef-

une

telle

horreur

^,

qu'il

retourne tout

frayé auprès de la première Vie,

l'interroger

sur l'origine
tient

du

mal. Les réponses qu'il en obElle l'adresse
les

ne

le

satisfont qu'en partie.
2,

elle-même aux éons
élevées
plète
,

aux substances

plus

pour recevoir une solution plus comqu'il

du mystère

veut sonder. Leurs ins-

tructions sont encore assez obscures, et se bor-

nent à ces deux points essentiels, que
sont bons ou mauvais par leur nature

les êtres et

même,
qu'ils

que

les

ténèbres et la lumière sont des princi-

pes tellement distincts l'un de l'autre,
sauraient se confondre. Cependant
il

ne

se contente

de cette leçon,
ténèbres
,

et

va se rendre au séjour des
,

011

résident les corrupteurs

les dra-

gons, vers

le brasier

dont

les

flammes

s'élèvent

jusqu'au firmament. Les habitans de ces lieux,

nèbres. Yavar, à son tour, a

un compagnon, Raso-Rebo,

qui

est

une

sorte d'Heimès-ïrismégiste, possesseur et révé-

lateur de mystères.
1

Ormuzd

aussi a faibli,

pendant quelque temps, dans

sa lutte contre

Ahriman.

2 Les "'D^P, cliooviç, sont à la fois les

mondes,

les pé->

riodes de temps et les intelligences qui vivent dans ces périodes et dans ces

mondes.

CHAPITRE
les

IV.

4^9
les dis-

Boura^

et leur

chef Our^, excité par

cours de sa uière^, veulent d'abord lui résister;

mais son seul aspect

les

met en

fuite. la

Our

lui-

même,
voré.

qui

s'était

hâté d'engloutir

terre, est
qu'il a dé-

vaincu par Hivil

et forcé

de rendre ce
il

Enfermé
se sauver

et

gardé avec soin,
le repentir.'^

ne

lui reste

pour
Il

que

ne peut

s'y

résoudre. Gabraïl ayant créé,, à

la

demande

d'Hivil,

un monde nouveau

à la place

de celui que voulaient fonder

les rebelles

pour

y résider; ce nouveau monde ayant

été meilleur

que celui

qu'ils avaient projeté, et des espérances

d'une autre création, des révélations consolantes

1

MM.

Tjchsen

et

Norberg

lisent Buri.

2 T!î<, le feu matciiel et le génie de la force ignée ré-

pandue dans

la

nature. Aor^

Our, Oiaï,

se

renconlient
25i^.

dans plusieurs systèmes. Vojez ci-dessus, p. 199,
^

3 C'est
F.sprit

le

génie de

la

planète Vénus, qu'on

nomme Saint-

en haine du clirislianisme. Conformément au prin-

ripe de l'énjanalion, la
<j(ic le fils;

mère

est

d'une substance plus pure

cependant

le feu

de Vénus, quoique plus subtil

que

celui d'Our, est déjà d'une nature assez njauvaise.

I.e

Puerima

est

souvent

femme chez

les gnostiqiies.

î

Dans

le

manichéisme, ce

n'est pas la terre

que dévoc'est le fils

K'nl

les esprits

rebelles; c'est l'ame

du monde,

de riiomme. Voyez ci-dessus, p. 565.

,

4*0

SECTION

III.

sur les périodes de temps successives, des pro-

messes de salut ayant été données à Hivil S Our en est irrité au dernier point. Tandis que son
vainqueur, comblé de gloire, retourne au séjour

de

la

première Vie, au plérôme pur, son couril

roux l'emporte aux plus violens projets j mais
est

enchaîné
le

et

gardé plus sévèrement.

^

^Après
le

monde moyen

créé par Gabrail , vient

monde

terrestre, qui n'est

qu'une création pas-

sagère,

un

théâtre d'épuration; mais qui est enle

core plus imparfait que

second monde; qui
et

succomberait à l'influence des génies du mal,
qui se confondrait avec
s'il

le

monde

des ténèbres

n'était

soutenu par celui de

la lumière.

Il

est

l'œuvre de Feta-Hil, démiurge, dont

l'origine explique la nature de ses créations. Voici
cette origine.

La seconde Vie

avait

donné

l'exis-

tence à trois êtres, dont le dernier, Abatour^ est
le

principe de vie

et

l'ensemble des intelligences

1

Ces révélations, ainsi que

les instructions

données à

Hivil, font partie de la gnose des mandaïtes, auxquels les

a communiquées Hivil

,

le

messager de

la Vie. Elles

com-

plètent la révélation faite à
2 L'idée
les

Adam

par l'ange Rasael.
se retrouve partout

du dragon enchaîné

dans

théosophies de cet âge,

même

dans l'Apocaljpse,

CHAPITRE
(lu
la

IV.

/\l

1

troisième ordre K Cet Abalour, a\anl ouvert
et

porte par laquelle Hivil-Zivah

Yavar avaient

fermé l'empire des ténèbres avec ses eaux noires
et amères,

y

avait jeté

un regard,

et

y

avait pro-

duit son image,

un
la

fils,

Feta-Hil^. C'est cet être

qui est chargé de

création
était

du troisième monde.
mais cette image

Dans

l'origine

il

l'image de son père,
;

génie d'un
s'était

ordre supérieur

alliée

à l'eau noire de l'empire

du mal

:

de

là vient

que

la

nature de Feta-Hil fut mixte,
et

composée de bien
création
s'est

de mal

5.

Cependant
la

sa

exécutée

par l'ordre de

pre-

mière Vie
lumière.

et

par l'intervention du messager de la
avait prescrit à Hivil^,

La première Vie

Zivah de prendre trois des Outra

qui veil-

1

Abatour,

mnN3N^

paier iaurus , répond au Kaiomorts
ci-dessus,
t.

du Zend-Avesta. Vojez
2

I, p.

82, note

3.

r/inquième discours du Codex nasarœus. C'est Tori-

^ine d'Ophiomorphos, qui ressemble à Pbtba
Hil. Yoye?. ci-dessus,
le soleil est p.
t.

comme
du

Fela5

1, p. 17.
le

Pblba

est fils

soleil

or
1,

appelé VjS dans

Codex nasarœus,
.

dise.

58

s/f.

Pbtha-Eil
le

est Feta-Hil. Vo;)ez ci-dessus
Frt.i-llil,
il

p. ?.oô.

3 Dans
<\c
l'eu

monde
etc.

n'y a

j)()inl

de Fira, point
l'air,

Yavar, point de fen ])ur, d'eau pure: mais de

du

consumant,
Jj'nn

/i

de ces Outra

rsl

Abaloiu

.

père

<\r

Fefn-llil.

4*2

SECTION

III,

lent sur le trésor de la vie, et de faire conduire

dans

le

troisième

monde un écoulement, une
elle avait

goutte de ce Jourdain, de ce principe de vie
divine.

Malheureusement

ajouté qu'on

devait l'unir aux défauts,

aux imperfections, en

un mot, aux

qualités ordinaires de la matière,
*

qui est essentiellement mauvaise.
Feta-Hil , leur
les
fils et

leur agent

,

descend dans
et

abîmes, dans

les

eaux profondes,

n'y pro-

duit d abord que des essais infructueux; mais,

revêtu de feu par la Vie,
l'abîme,

il

revient dessécher

en former

]a

terre, et la joindre par
s'était

un mur au firmament, qui
mes. Mais
ici le

élevé des abî-

surprend une terrible catastro,

phe. Les

démons

leur chef

Our

et sa
et

mère

,

l'es-

prit-femme^, voyant ses premiers
essais, avaient

malheureux

conçu

l'espoir de reconquérir, par

une génération

d'êtres

de leur nature,
Hivil-Zivah
3.

le

domaine
et

que leur

avait

enlevé

Our

sa

mère avaient produit, en
Union de Tame avec

s'unissant, les sept pla-

1

le corps.

2 Spiritus bestia femma ; c'est le
tiques.

Pneuma-femme
les êtres créés

des gnos-

3 Idée orientale, qui veut que

par une

puissance supérieure combattent pour sa cause et lui pro-

curent la victoire.

CHAPITRE
nèles, les

IV.

4^^
et les

douze constellations du zodiaque

cinq hyades^ Ces êtres n'avaient pas, à

la vérité,

répondu
Feta-Hil
le

à

leur attente

;

mais

,

au

moment où
la terre

allait

opérer

la

jonction de

avec

firmament,

les esprits rebelles se
l'assister, et

présentèrent,

sous prétexte de

minèrent son oule

vrage; en sorte que le mur s'écroula, et que monde du démiurge tomba en leur pouvoir. ^

Feta-Hil n'essaya pas de
alla

le

leur enlever.

Il

raconter à son père les malheurs qu'il avait
et lui

éprouvés,

proposer de
de

laisser

aux

esprits
l'a-

stellaires l'empire

la terre et

de

la

mer (de

bîme), tandis que
raient la
naaine.

les

génies de la vie conserveet leur céleste

domination suprême
il

do-

Cependant

redescendit ensuite

sur la

terre

5,

pour y créer un
la

être qui célébrât les puis-

1

Suivant

traduction douteuse de

M. Norberg.

2 Suivant le Zend-Avesta, Alninian se précipite aussi

dans

les créations

d'Ormuzd, pour gâter
vol.

la lumière.

3 hib.

Adam.,

l, p.
ici

187. La pneuniatologie des

anciens se montre encore

Irès-supéiieure à celle des
la

modernes. En

effet,

chez

les

modernes,

ligne de

démarsi

cation entre les deux
précise, qu'à peine

mondes
a-t-il

est tracée
la

d'une manière

y

entre eux

possibilité d'une

communication

;

cliez

les

anciens

,

la

puissance céleste
,

vient sans cesse s'abaisser
et la terre se

aux

êtres terrestres

et

le ciel

confondent

comme

dans la nature.

4^4
sances célestes

SECTïo^i
et

m.
méchante
il

combattît la

bêle.

Pour accomplir
composer avec
dit
«
:

cette
les

œuvre,

fut obligé
i,

de
leur
la

génies planétaires
qu'il

Il

((

Faisons
2.
^^

Adam, pour
les génies
,

règne sur

terre
:

A

quoi

répondirent entre
car
il

eux

(c

Faisons

Adam avec Eve
mais
ils

sera à nous. "

En

réunissant leurs efforts,

ils

créèrent le prelui

mier

homme;

ne purent ni
5.

donner

Une ame

ni le dresser sur ses pieds

Encore une
et à

fois Feta-Hil eut recours à
il

son père
et

Mano;

en reçut

les

âmes d'Adam

d'Eve ,

et trois gé-

nies

pour

veiller sur elles. Il

ne put cependant
il

pas unir ces âmes aux corps;

fallut qu'Hivilet défendît

Zivah remplît cette tâche lui-même,

1

Le

livre

d'Adam contient un dialogue

fort curieux
,

entre lui et Ica clcmona.

On y
264-

tâche

,

dc3 deux côtcs

de

s*attrapper par des flatteries et des promesses trompeuses.

Codex nas.,
2 L*idée

dise.

6,

/?.

sfj.

du règne

est

biblique; l'allocution de Feta-Hil

Fest également. Feta-Hil crée

Adam

et

Gharab en
dise,

se repré-

sentant sa propre image. Codex nas.,
Aillexirs

19, p.
se

68,

12.

on considère

cet

amour-propre qui

contemple

lui-même,
est

comme la source du mal
le

moral. L'origine du mal
3.^

mieux expliquée dans
livre

premier discours du

volume
Voyez

du

d'Adam.
et

3 C'est la créature d'Ialdabaoth
ci-dessus, p. 201
;

de

ses anges.

eonip.

t.

I^ p.

286.

CHAPITRE
hommes, auxquels
mondes
de
et
la

IT.
les

4^^
premiers

aux démons de rien attenter contre
il

révéla leur afTinité avec les

supérieurs, en les invitant à célébrer le roi

lumière, à se garder des génies planétaires
,

de ceux du zodiaque
*

et à

combattre Satan

avec ses anges.

Adam

et

Eve, qui

lui fut

donnée pour com-

pagne dans l'intenlion connue, furent placés dans

une sorte d'Éden, en attendant
rentrer dans
auteur.
le

qu'ils

pussent

brillant séjour

de leur céleste

Le

fils

d'Adam
et

,

appelé

comme
=^.

lui

,

fut déjà

moins pur

moins heureux

Ne

se livrant

quà

ses plaisirs,

il

fut sur le point

de commettre la

plus grande des fautes, lorsqu'Hivil-Zivah, sous

une forme corporelle, vint
les génies

le

fortifier

contre

des planètes, qu'il frappa et qu'il en-

1

Hivil leur défend aussi de consulter les chaldéens, et

leur propose de prendre ;sans cesse pour modèles les grcnies

de

la

lumière. Quelques-uns de ses préceptes sont

tirés

du

mosaïsme, quoiqu'on
sanglans
;

rejette la circoncision et les sacrifices

la

plupart sont enïprunlés au Nouveau -Testale

ment. Avant toutes choses, on doit recevoir
2
l'un

baptême.

Ce système
céleste
,

offre

deux personnages du
terrestre
etc.
;

nom d'Adam ^
deux

l'autre

comme

ailleurs les

Chrislos, les deux Horus,

,

4l6
chaîna
leur
,

SECTION
tandis qu'il initia

III.

celui qui allait être
les

victime

aux mystères

plus profonds.

En

effet, il lui

apprit que les âmes des fidèles*

quoique

les

sept planètes,
la

en se partageant

le

zodiaque, aient introduit
s'élèveront
dis

mort dans
la

le

monde,

un jour au séjour de

lumière, tan-

que

celles des génies planétaires périront avec
Il

leurs adorateurs.

y ajouta sur

la

durée du temps,

partagé entre les douze signes, c'est-à-dire les

douze

génies

qui président aux constellations
instructions très- verbeuses
les divers
^

du zodiaque, des
et

qui nous rappellent

âges pendant

lesquels, suivant le Zend-Avesta, régnent tour

à tour,

ou bien ensemble,
ténèbres
^.

le

génie de la lumière

et celui des

Les diverses pièces du
la

livre

d'Adam reviennent fréquemment sur

du-

rée et les époques

du monde

planétaire j elles en

prédisent

les

destinées jusqu'à son entière des-

truction. Ces sortes de prophéties, qui sont

une

1

Le

livre

d'Adam

est

encore plus verbeux que ne

le

sont ordinairement

les autres écrits religieux

de l'Orient;
font les

on V répète souvent

les

mêmes

phrases

,

comme
les

orateurs sur le point de demeurer court.

2

Ce sont

les

kaliouga des Indous , dont

quatre âges

des Grecs et les supputations des chiliastes
reflets.

ne sont que des

, ,

CHAPITRE

IV.

4^7

preuve de plus de rintimité de leurs auteurs
avec
le livre

de Daniel

et

l'Apocalypse de
la

S.

Jean

font tellement partie intégrante de

gnosis na^ ,

soréenne

,

qu'il

y

a

,

dans

le livre
^.

d'Adam

tout

un

interrogatoire à ce sujet
le

Lorsque

l'espace

de temps que doit durer

monde
les

sera écoulé,
;

y

est-il

dit
la

,

la terre s'afl'aissera.

dans l'abîme

le

soleil et

lune se terniront,

étoiles et les

planètes tomberont sans force; les vents seront
privés de leurs ailes; le génie de ce
(flii^) Messie et les sept (planètes),
les

monde,
ifinsi

le

que

âmes de leurs adorateurs

,

seront précipités

vers Our, le seigneur des ténèbres.^
Il

faut, d'ailleurs, se garder de

confondre

la
le

conflagration

ou

la

dévastation

du monde par
p.

1

Second volume, troisième pièce,
part de son père

5o

— 44*

2 C'est le

gouverneur du monde planétaire^ Schelmai
de
la là
,

qui
3

le subit

Yatroim.

Ce ne sont

que

les

prophéties altérées du Nouveau-

Testament, sauf

les chiffres.

Le monrle, depuis

Adam

jus-

qu'à sa destruction, subsistera pendant 48o,ooo ans, dont

chacune des sept planètes a 68,571

J/^.

Le règne des génies
est distribué
le

du zodiaque, qui a connncncé plus tard,
manière ù ce que
12,000 ans,
et le

de

premier des douze,

bélier, ait

que cliacun de

ses successeurs ait

un

milliei

de moins que son prédécesseur immédiat; ce
les

(jui fait

que

poissons n'ont que 1,000 ans.

27

4l8
feu avec la fin

SECTION

III.

du monde. La conflagration qu'ad-

mettent
la

les

mandaïtes, n'est qu'une imitation de

destruction de la coupable Penlapole par le

feu; et, ainsi que dans le Pentateuque, elle pré-

cède

la

punition par
la

l'eau

,

ou

le déluge.

^

A

l'époque de
se

destruction

du monde,

les

âmes qui

sont épurées

et élevées

moralement

à la lumière passent dans les régions de cette
lumière. C'est
le
les

pour
la

messager de

y conduire qu'Hivel-Zivah, Vie est venu si souvent révéler
les
,

mondes

supérieurs; c'est dans le

mêmç; but
attri-

que Jean
buent

le baptiste,

auquel

l^s

nasoréens

le rôle et la

plupart des paroles de Jésus-

Clirist, est

venu

instruire et baptiser les
ses préceptes
;

hom;

mes

^.

Ceux qui suivent
rites ^

moraux ^

qui observent ses

qui

le

prennent pour

1

II

j eut même 100,000 ans
Codex nasàr. y I,

d'intervalle.

Le mjthe de

Noé

est assez

servilement reproduit dans le livre d'Adam.
p. 122

2 Voj.

— 128.
dans ces mots
:

3 Cette morale
et agir

est toute entière

Penser

comme membre

de l'empire des lumières, et avoir
les

toujours devant les jeux
tail des préceptes est

princes de cet empire. Le déet

conforme à ceux du Pentateuque,

s'étend jusque sur la nourriture et le vêlement.

4 Le principal de ces
reste, ce

rites est le

baptême au Jourdain. Au
allégori-

baptême

se

prend souvent dans un sens

CHAPITRE

IV.

419

type dans leur vie terrestre, partageront un jour
sa céleste destinée.

Le

vrai disciple de S. Jean est

à l'abri des tentatives

du

génie

du monde, de

ses

premiers-nés
perdre
les

et

du Messie

qu'il

envoie pour

âmes, .pour établir un autre baptême
S.

que celui de

Jean \

et

allumer un Jeu qui con
2.

sume tous

les

nasoréens

Un

génie protecteur

conduit ce fidèle au terme de son pèlerinage,
et
,

au moyen de sept paroles mystérieuses
fuite tous ses

,

il

met en

ennemis.
livre

Cependant, d'après quelques parties du

d'Adam ceux qui ont eu
,

le tort

de ne pas suivre

le

type de

la vie

pure
la

et

qui tombent au pouvoir

des ennemis de

lumière, ne sont pas encore

proscrits définitivement 5. Les réprouvés sont da-

que,
de
ia

et sionifie alors

riminersiou de l'ame clans

les flots

lumière céleste. Votre caraotère, est-il dit dans la
,

première partie du premier volume du Gode d'Adam
celui de Veau de la vie,
d[^jns les
1

est

par laquelle vous vous élèverez

lieux de la lumière.

11 est très-vrai

que

le

baptême de Jésus-Christ
baptême Ac feu
que
le

est posil

térieur à celui de S. Jean; mais, loin de le combattre,

en

est le

complément;
:

il

est le

y

le

baptême

pneumatitpie
2

le

premier

n'est

baptême symbolique.

Vojez

la
1

note précédente.
."^

5 Vol.

Il,

discours. Cette opinion est contraire à celle
\cs

qui

est

exposée ailleurs, sur

adorateurs des

pi. mêles.

.

4^0
bord

SECTION

III.

répartis dans sept prisons
Il

,

qui se rappor-

tent aux sept planètes.

leur arrive alors

un
il
^

messager de

la

Vie pour leur prêcher pénitence;
il

parcourt leurs rangs, mais

n'en est pas écouté.

Les démons ont fermé leurs
leurs

oceilles à la vérité,

yeux

à la lumière.
les

^

En somme,

principes

du mandaïsrne sont
et leur

ceux du gnosticisme. Les deux empires

culte, la théorie de l'émanation, de l'altération
et la

de

la repristination et

des êtres, le triomphe de
tels

lumière

quelques dogmes secondaires,

que celui de
et celui

la syzygie des intelligences célestes
les

de l'anthropogonie, sont absolument

mêmes dans
trines.

l'une et l'autre de ces curieuses docdétail,

Cependant tout y change en
système des mandaïtes

my-

thes, usages, terminologie; et, sous tous ces rap-

ports

,

le

est

encore plus

riche que celui des gnostiques.

Il est

donc,

sui-

vant toute espèce de probabilité,

le

moins ancien

1

C'est clans la sixième

demeure

qu'il

lenconlre

les

âmes

qui ont professé le Messie.
2 Parmi ces
tes,

démons on
vol. II, p.
le

retrouve

le

LéK>iathan des opliivol. I, p.

God. Nas. ,

258. — Suivant
terrestre
,

92,

Léviathan doit dévorer
et les
<3t

monde

les sept planètes
les

douze signes du zodiaque, avec tous

enchanteurs

les

démons.

,

CHAPITRE

IV,
la

421
vérité,

des deux systèmes. Le nmndaisme, à
n'est pas
il

une branche émanée de

la

gnose; mais

a subi l'hifluence la plus directe de la gnose
et des doctrines orientales

elle-même

qui l'ont

produite. Tel qu'il est encore aujourdhui, sui-

vant ses codes, rien ne l'explique mieux que

le

nom
C'est
,

de nasoréisme ou de doctrine de
en
effet
,

S.

Jean.

le

judaïsme qui lui a servi de
le

point de départ; mais, de démontrer
qu'il a suivi

chemin
pour

pour
si

arriver à son état actuel et à
qu'il professe
le
le

cette

haine

profonde
il

judaïsme, dont

est

émané; pour

christia-

nisme,

qu'il

copie tout en injuriant son fonda-

teur, ce sera

long-temps encore un insoluble
le

problème. Sa haine pour
l'écrase, se

mahométisme
1

,

qui

conçoit parfiitement.
à résoudre

Pour parvenir

une

partie

du grand
il

problème que nous venons d'énoncer,

faudrait

commencer par une révision
textes sacrés

scrupuleuse
faudrait en

des

du mandaïsme;

il

pu-

1

Cf.

Norberg, Stellœ vasarœorum JEones , idem
lucis cullo nasarœis.

De

di-

vinitate

nasarœorum; De rege

Tyclisen,

Ueber die Religionschriflen der Sabier oder JoTiannischrislen

dans St.Tudlln, Bei/rœge
lehre,

ziir P/iiios.

u.

Gesch, der Siltenvol.

B. Il

u. III. Pauliis,

Memorahilia ,

III.

4^2
blier

SECTION

III.

un plus grand nombre,
le livre

et traiter

surtout

avec plus de soin

d'Adam, que M. Noret

berg a imprimé d'après un seul manuscrit,
qu'il a

traduit d'une manière

si

défectueuse. Il

faudrait, en allant plus loin, distinguer entre elles
les diverses

parties,

si

souvent contradictoires,
,

de cette verbeuse compilation

et les classer d'a-

près les diverses époques auxquelles elles semblent appartenir.
la littérature

Que, pendant un demi -siècle,
celle

de l'ancienne Grèce cède à

de

l'Orient quelques-uns des

hommes
fille

qu'elle a forillustrer
,

més

,

et qu'elle

ne peut plus assez

et

l'ancienne

Grèce elle-même,

de l'antique

Orient, sera mieux entendue.

V

Un monument d'histoire
coup plus générale
ordinairement,
et

religieuse, qui

prouve

également que linfluence du gnosticisme fut beauplus durable qu'on ne pense

c'est le
il

Desalir^^ ouvrage qui a

paru dans l'Inde,
n'est

y a plusieurs années, et qui pas encore examiné autant qu'il riiériterait

de

l'être.

La doctrine en

est d'aut&nt

plus curieuse

1

The Desatir, or sacred

ivritings

ofihe ^ncient Persian

Prophets.
version

An

engUsh translation from the ancient Persian
the fifth Sasan. Published by
très-rare.

and Commentary of

Mulla Firuz Binkaus. Bombay, 1818. Ouvrage

CHAPITRE
qu'elle est plus pure.

IV.

4^5
ce n'est pas une
la

En

effet,

copie altérée du zoroastrisme ou de
n'est pas

gnose, ce
offre

une dégénération de plus que nous

le Desatir; c'est

une réforme de l'ancien système

de l'Orient,

et

une réforme d'une nature extrê,

mement remarquable. Planant siècle de noue ère, au-dessus de
ries

vers le dixième

toutes les théo-

qui ont agité l'Orient, ce système, établi par
le

des théosophes que persécutait
rejette

mahométisme,
,

à égale
le
il

dislance le zoroastrisme

le

ju-

daïsme,

christianisme et le nasoréisme, et ces'accorde avec la partie la plus essen-

pendant
tielle

de

la

théologie et de la pneumatologie de

ces systèmes.

Dieu y

est aussi

un

être

dont

l'ori-

gine n'est
se

connue
j

à personne, et qui peut seul

comprendre

la

théorie de l'émanation y est
et

aussi enseignée;
et
la

Behnam
et
le

Amsham,
,

la

première

seconde intelligence
le

qui rappellent Or-

muzd,
aussi

Logos

n^œToyovoç, y produisent

une

série d'autres intelligences se

compo-

sant à la fois d'un corps et d'une ame, à la fois

génie et corps céleste, et qui gouvernent les astres depuis le soleil jusqu'à la dernière des étoiles
;

mais, d'un autre côté,

la

théologie, l'angé-

lologie, l'anthropogonie

et la nu^rale

du

Desalir

sont

si

pures,

si

supérieures aux doctrines pré-

4^4

SECTION

III.

cédentes, qu'on se laisse entraîner encore avec

ravissement à travers ce nouvel ensemble de spéculations théosopliiques
,

après avoir déjà par-

couru

celles

de

la

gnose.
les
si

On
toire

ne saurait pourtant

revendiquer à
la

l'his-

du gnosticisme;

car

gnose

s'y

recon-

naît, ce n'est plus la gnose chrétienne; ce n'est

ni celle de la Syrie ni celle de l'Egypte
celle

:

c'est

de

la Perse,
la

imprégnée de zoroastrisme.
ait

Que
fait

gnose

exercé sa puissance sur des

doctrines orientales
,

comme

elle,

c'est,

dans

le

ce qui doit

peu nous étonner ; mais que son

influence se retrouve jusque dans les doctrines
occidentales les plus rationalistes, et jusque dans
les théories

qui semblent inventées pour renver,

ser tous ses principes

voilà ce qui peut sur-

prendre,

et voilà ce

qui s'aperçoit dans

un champ

opposé à celui que nous venons de parcourir,
dans
aïogi
l'histoire des nicolaites, des praxéates, des
,

des sabelliens

,

des ariens et de quelques

autres sectaires,

CHAPITRE

V.

4^^

CHAPITRE

V.

Rapports des Gnostiques cwec des Sectes
chrétiennes anti-trinitaires,
§.
1
.

Nous avons nommé

les nicolaïtes

comme

Nicolaïtes.

l'une des sectes qui, dans leur origine, ont con-

couru à l'établissement de
dit

la

gnose,

et

nous avons
considérer

que, plus tard, nous aurions à

les

comme une

des sociétés qui ont subi l'influence
établi
'

du gnosticisme
Dans

;

c'est

ce qui nous reste à

faire à leur égard.

l'origine, les nicolaïtes n'avaient

de com-

mun

avec la gnose qu'un principe quelconque
la

d'opposition contre

loi

du mariage, qu'une
professent for-

sorte de licence qui se rattachait à quelque obs-

cure théosopliie. Plus tard,

ils

mellement

la

maxime,

qu'il faut livrer le

corps à

toutes sortes de voluptés,
lois et des entraves

pour

délivrer l'ame des

du monde

corporel. C'est une
théories des sinio-

opinion
niens
,

uop conforme aux
,

des carpocraliens

des prodiciens et des
soit pas forcé

atactites,

pour que

l'on

ne

de croire

1

Tome

I, p. 202.

4^6
que
les nicolaites

SECT€ON

III.

ont bientôt contracté avec eux

les rapports les plus intimes. S. Irénée leur attri-

bue toute une

série d'opinions gnostiques sur le

Créateur et le Christos^ et suivant TertuUien, les
débris des nicolaites se sont confondus avec les
sectes libertines

de

la

gnose au point de ne for^

mer qu'un
la

seul parti avec les caïnites.

C'est ce qui explique l'opinion

d'Eusèbe sur
S. ^

courte durée de leur école
les

^.

Cependant

Clé,

ment d'Alexandrie
S.

connaissait encore

et

Épiphane en parle

comme
,

d'une secte gnos-

tique,

mère de plusieurs

autres, par exemple des

phibionites , des lévitiques

des militaires et des

gnostiques proprement

dits. ^

1

Iren.j Adv. hœres.,

lib.

III,

p. 9

18, éd. Crabe.

Il est

vrai

que

S. Irénée parle ici à la fois des nicolaites et des

cérinthiens; mais c'est là une preuve de plus de leur inti-

mité avec
sible

les gnostiques.

Dans tous

les cas,

il

est

imposle

de rapporter ce passage aux valentiniens,

comme

voudrait
hibl.

un auteur moderne. Eichliorn, Repertorium fur
morgenlànd. Lût.
St.

u.

XIV.

Sans doute S. Irénée

a souvent en vue la secte de Valentinj mais le seul

mot

de

////

ne saurait

ici les

désigner.
c.

2 Tertull.,

De

prœscript.,
eccles.
,

33.

3 Eusebius, Hist.

III, 29.
5

4 Stromata,
5 Epiph.,

lib.

II, 4ii

JH
2.

?

4^6.

Hœres,

XXV,

. ,

CHAPITRE
Peut-éue l'Apocalypse, où
nicolaïtes
^ ,

V.
il

4^7
esi

question des

a

donné

lieu

,

chez plusieurs Pères

à charger la

mémoire de

celle secte, et à la faire

considérer

comme

la fondatrice

commune
si

de plu-

sieurs écoles de licence; mais

nous avons au-

jourd'hui des raisons pour mettre celte accusation

en doute, nous n'en avons aucune pour donner

un démenti

à cette unanimité des anciens, qui

placent les nicolaites au
traînés par le torrent
§. 2. C'est à

nombre

des partis en-

du

gnosticisme.
Throdoiiens,

une distance beaucoup plus grande
se sont tenues
.

du gnosticisme que
très sectes des
1

quelques au-

^^^S'»
Praxéatcs,
j^^j^fiç^s

.

,
,

premiers siècles

et ce

n

,

,

est gi^ere
Sabelliens.
^'*'-

que dans leurs prétentions à
tive

la

doctrine primi-

du

christianisme

el

dans leur opposition

contre la nature divine du Sauveur, qu'elles se

rencontrent avec les gnosliques.

En
dote
à

effet, le

fondateur des théodotiens, Théo-

le

tanneur, qui se rendit de Constantinople
vers l'an 192, avec des projets analo,

Rome,

gues à ceux qui y avaient conduit Cerdon
cion, Valentin
prétendit,
et secrète
et d'autres chefs

Mar-

du gnosticisme,
la vérilable

comme
doctrine

eux, posséder seul

du christianisme
<

primitif, et,

_^

1

Apocalypse,

cli. II,

v. G.

4^S

SECTION HT.
eux,
il

comme

altéra

ou

rejeta les

codes sacrés,

particulièrement le Pentateuque et les livres des

prophètes.

Son

parti, qui

ne

fut jamais

nombreux, con-

testait la divinité à

l'homme

Jésus, et méprisait

le

martyre

comme une
de
la

chose qui ne pouvait
^

avoir de mérite qu'aux yeux de la superstition.
C'était l'opinion

plupart des gnostiques.

Les théodotiens s'accordaient encore particuliè-

rement avec

les

marcosiens

,

dans leur amour

pour

les calculs allégoriques et

pour

les

anciens

mathématiciens.
Jj'on a aussi confondu quelquefois l'un des
disciples de

Théodote, qui

se

nommait comme
s'il

lui^j avec

Théodote

le valentinien- et

faut,

en

effet, les

distinguer l'un de l'autre,
et l'autre

ils

profes-

sèrent
tiques.

du moins Tun
.

des opinions gnos-

Théodote jeune

rattachait toute sa gnose
,

au

prêtre Melchisédech
les livres

dont
Il

il

est

question dans

de Moïse

5.

le considérait

non-seu-

lement

comme un

esprit supérieur,

mais

comme

1

Euseb.j Hist.

eccles.,

V, 26.
le banquier,

2 C'est Théodote

surnommé
y. 18.

3 Genèse, ch. XIV,

CHAPITRE

V.

429
{Svvocfxiç). Il
le

une sorte de puissance divine
plaçait au-dessus

du Sauveur

terrestre,

en pré-

tendant qu'il

assistait les

anges dans l'œuvre de

leur perfectionnement moral,
tait les

comme
était

Jésus assis-

hommes. Melchisédech
le

donc,

à ses

yeux

,

sauveur céleste

,

et ses partisans
^

pre-

naient le

nom

de melchisédéciens.

La

petite secte des

Artémonites ne partageait
la divinité

avec eux que l'opposition contre
Jésus-Christ. Elle s'appuyait
,

de

comme

les

gnos-

tiques

,

sur la véritable doctrine primitive des

chrétiens, soutenant que le

dogme de

la divinité

du Sauveur ne

s'était

point trouvé dans
,

les ensei-

gnemens apostoliques

et

que ces enseignement

avaient été altérés sous le pape Zéphyrin. 2^*^-^| 7>^, ^^

Les Alogi, dont

la

dénomination renferme une

épigramme que
daigné de
contre
le
saisir,

l'Église

orthodoxe
la

n'a pas

dé-

formaient

même
Ils
,

opposition
niaient

la divinité

de Jésus-Christ.
fut le

que

Sauveur terrestre

Logos
,

d'accord en

cela avec quelques gnostiques
le

qui regardaient

Logos comme

le

Sauveur

céleste.

1

Epipli., Hœres.
c.

,

54, 55, Theocloret, Hœret. fabul.
y

II f

5, G. yiddit. ad Tertull. de prœscript.

c.

53.

2 Euseb., Ilist. eccks.,

V,

:i8.

4^0

SECTION

III.

Quand on dogme que
tête

voit ainsi des écoles de diverses ré-

gions tomber d'accord pour protester contre
l'Église

un
de

dominante

plaçait déjà à la
être tenté
h.

de tous

les autres,

on pourrait
crédit

donner à ces autorités un

conforme

leurs

vœux. Cependant, en voyant
avec les gnostiques
plet,
,

les alogi recourir,

à l'arbitraire le plus

com-

on apprécie bientôt

leurs témoignages ce

qu'ils valent.

Or

les alogi,

pour

paraître conséet

quens, furent obligés de rejeter l'évangile
calypse de
leur.
S.

l'Apola

Jean, dont la doctrine démentait
ils

En même temps

commirent

l'inconsé-

quence d'attribuer à Cérintlie ces volumes, qui
combattaient son enseignement.

Un

autre chef de parti, Praxéas, qui, de l'Asie

mineure, vint dogmatiser à Rome,
d'autres, se

comme

tant
se

montra encore plus gnostique, en
qu'un

prononçant un peu moins contre le
Il

disait

que Jésus

n'était

même dogme. homme comme
précisément
eux,
il

un

autre, mais qu'au baptême Dieu le père était
lui. C'était

descendu pour s'unir avec

ce qu'enseignaient les gnostiques.
distinguait
qu'il

Comme

Dieu

visible

de Dieu invisible j

non

en

fit

deux

êtres distincts, à l'instar
la

de quel-

ques partisans de

gnose;

il

enseignait plutôt,
n'était

avec Simon, que Jésus-Christ

que

le

père

CHAPITRE
manifesté aux

V.

4^1
,

hommes ^

Tei lullien

qui

,

dans

son

traité

contre Praxéas, a combattu cette théocombattit ailleurs celle des prinfait

rie, ainsi qu'il

cipaux gnostiques, a déjà

remarquer

sa coïn-

cidence avec quelques-unes de leurs opinions.

Cependant

les disciples

de Praxéas, qui paraissent
,

avoir été assez

nombreux

sinon à

Rome
,

,

du

moins en Afrique,
chef se rendit de

et surtout à
,

Carthage, où ce
avec
les

Rome

n'admirent pas

valenliniens et d'autres théosophes, que le Dieu

uni à l'homme Jésus au baptême
de subir
le

l'eût quitté

avant
le

supplice

j

on
le

leur

fit,

au contraire,

reproche d'enseigner

patropassianisme.

On

peut aussi découvrir quelques traces de
la

gnosticisme dans

doctrine

du

peintre

Hermo-

gènes, autre chef de parti, qui osa soulever, avec
les
la

gnostiques

et les

platoniciens de son temps,
Il

grande question de l'origine du mal.
il

est

vrai que, dans cette discussion,
les

montra, contre

premiers, que

le

système de l'émanation, en

dernière analyse, fût ])ieu auteur
vrai
qu'il s'éloigne
la

du mal;

il

est

encore des seconds dans

sa

théorie sur

matière, théorie quil rattachait à

1

Filiiis

Dei Deus

est

,

et
itO.

virtus altissimi altissimus

est.

Tcil., yldç,

Praxeam,

c.

^

4^2
la

SECTION
la

III.
il

cosmogonie de
la

Genèse ; cependant

se rens'il

contre avec

gnose, en enseignant que,
le

y a
^

du mal dans pu changer
la

monde,

c'est

que Dieu n'a pas

nature vicieuse de la matière.

Hermogènes ne

fut plus ni platonicien ni gnos-

tique dans sa théorie sur les âmes des
et celles des

médians

démons, dont
que

il

dérivait l'origine de

la matière, tandis

les autres

théosophes

ratta-

chaient toujours l'origine des premières, et son-

vent celle des secondes, à la divinité elle-même.
L'influence

du gnosticisme perce davantage dans
de Noétus
,

la théorie christologique
lait

qui ne vou-

ni enseigner l'identité

du Père

et

du

Fils, ni

faire
effet,

du

Fils la créature
le

du

Père. Il disait, à cet
été

que

Verbe,

le

Logos, n'a pas

par lui-

même, comme
nogénès
parfait.

intelligence et sans la chair,

un

véritable Fils, quoiqu'il fût

un Verbe

et

un Mo-

Quelques images,

qu'il joignait

k cette théorie, ne servaient guère à la rendre

plus claire

j

elles

attestent

seulement

qu'il était

1

Son chaos

est

peint par Tertullien sous une image
:

très -vulgaire,

mais très-pittoresque

Inconditus et confusus
ebullientis.

et turhulentus fuit

motus, sicut ollœ undique

2 Valentin et quelques autres regardent cependant la

matière

comme

la

mère de Satan.

CHAPITRE

V.

455

très-familier avec le langage de plusieurs sectes

gnostiques.

Il

nommait

le Fils la

première voix

du
de

Père^, lumière émanée de lumière 2, eau sortie
sa source
5,

rayon émané du

soleil.^

Sabellius paraît avoir

connu également quelet

ques théories de
celles

la

gnose,

particulièrement
,

de l'école simonienne. Le Père

le Fils et

le Saint-Esprit n'étaient,

suivant lui, que des
être; et
,

ma-

nifestations diverses

du même

il

employait,

dans ses hypothèses théologiques
vocfxiç,

le

mot de

(jy-

que

les

simoniens affectionnaient plus parIl

ticulièrement.

imitait encore les gnostiques

,

en

prétendant que Jésus-Christ lui-même avait révélé
celte

manière de voir à

ses disciples
^

comme

le
.

plus profond des mystères.

La

secte qui prit son

nom

d'un indigne évêque

d'Antioche, de Paul de Samosate, adopta égale-

ment quelques opinions gnostiques sur

le

dogme

1

Langage sjiiabique des marcosiens. Yoyez ci-dessus,

p. 167.
2

Image persane, gnosliqiie

et

alhanasienne.

3 Jourdains des mandaïtes. 4 Image qui rappelle
le

Millira-Cluislos

du manichéisme.

5 Eiiseb., Uisf. eccles.,

VU
,

y

c.

(i.

Kpipli., lltties., 6i.
Ilist.

ïheodoret.

,

Ilœretic fabul.
I, p. 533.

II, 9. Bcausobre,

du

manichéisme,

28

454
si

SECTION
de rincarnation

lîl.

difficile

;

elle

regarda aussi
et

Jésus-Christ

comme

fils

de Joseph
le

de Marie,
la

en ajoutant néanmoins que

Verbe,
,

Sophia
des
;

ou

l'intelligence de
,

Dieu en un mot
,

le vcvç

gnostiques

s'était

uni avec l'homme Jésus

en
et

sorte qu'il a
^.

pu

se dire à la fois Fils de

Dieu

Dieu lui-même.
Cependant, de toutes
la raison
les sectes

qui consultaient

plutôt que l'imagination, celle qu'on

est le

plus surpris de trouver en rapport avec

les gnostiques, c'est celle d'Arius.

En

effet,

ce sa-

vant théologien de la docte Alexandrie, qui prétendit porter, plus

que tout autre, dans
le

la

dog-

matique de
de
ses

ses

contemporains

pur flambeau
dans

la critique,

ne devait guère

se rencontrer

opinions avec

le gnosticisme. Il lui

emprunta

cependant quelques-unes de
tales
,

ses idées

fondamenques-

dans l'espoir de terminer par

elles les

tions, depuis long-temps agitées, sur

les

rapports

du Père

et

du

Fils.

Déjà Ton croyait avoir dit

tout ce qui pouvait expliquer ces rapports et
faire

comprendre
entre

fidentité

ou
,

la différence

qui

existe

l'Etre

suprême

dont

la

demeure
et

est, suivant S.

Paul, une lumière inaccessible,

le Fils

de Dieu, qui apparut

comme un

simple
la

mortel, lorsqu'Arius vint de nouveau essayer

, ,

CHAPITRE
solution

V.

45^
ses prédécesseurs
les

du problème. Parmi
,

dans l'arène
de Zoroastre

les

uns
la

,

marchant sur

traces

et

de

Kabbale, avaient supposé

toute une série d'émanations, les unes toujours

mférieures aux autres, quoique désignées toujours par le terme d'éternels
avaient pensé que l'un des
ces
lors

ou d'éons

;

et ils

moins imparfaits de

éons de

était

descendu dans l'homme Jésus
D'autres

son

baptême au Jourdain.
,

en suivant Platon ou Philon

avaient supposé
s'était

que

le

Logos ou

la

Sophia de Dieu

uni

avec riiomme Jésus dès sa naissance. Arius ne

voulut d aucune de ces théories. Rejetant à
ibis

la

ce qu'avaient enseigné les ébionites et les

nazaréens, les noétiens et les sabelliens, les mani-

chéens
les

et les

gnostiques; évitant en

même

temps

expressions d'éon, de Christos supérieur et

de Christos inférieur,
fils

comme
il

celles
le

de Dieu

le

et

d'homme

Jésus,
,

appela

Sauveur la

première des créatures

non

pas émanée de Dieu
la seule
^

mais réellement créée, par

volonté de

Dieu

,

avant

le

temps

et les âges.

1

Socratis Hist. ecchs.

,

lih.

I

,

c.

5.

Sozoïnejiis llisi.

eccles., Ub. I, c.
€.

i5. Tlicodorel., Fabid. hœret., lib.
6().

IV,

1.

Epiph., Hœres.,

456

SECTION

III.

Arius croyait avoir trouvé
faire
et

le

moyen de

satis*

de concilier tous

les

combattans. Rien

n'était

plus clair que sa théorie, rien ne semblait
à toutes les exigences; et le Sau,

mieux répondre
veur
,

suivant sa doctrine

était à

la fois assez

élevé au-dessus des

hommes,

et assez

rapproché

d'eux pour servir d'organe médiateur entre eux
et

leur Créateur.

Cependant

la

question n'était
,

pas résolue. Telle qu'on
dait

l'avait faite la

elle

deman-

une explication précise sur

nature ou di-

vine ou humaine de Jésus-Christ; et Arius, qui
avait évité à la fois le gnosticisme et l'orthodoxie

dans sa théorie générale, ne trouva de ressources

que dans

le

premier pour répondre catégorique-

ment

à la seconde. Suivant celle-ci, Jésus -Christ

devait être

de

la

même
il

substance que Dieu

^

;

suivant l'hérésie,

était

de

la

même
la

nature que

l'homme. Arius
rapprocher de
adopta
l'idée

,

craignant

encore plus de se
première,

la

seconde que de

d'une nature analogue'^.
le

C'était,

dans
se

le fait, la

gnose, d'après laquelle

Sauveur

rattache toujours à lEtre
assez

suprême à

la suite

d'un

grand nombre d'émanations.

1

(j/jioovcrioç,
(J/J,0tOV(TI0Ç»

a

CHAPITRE
Arius se
d(''fendit

V.

4^7

d'abord de celte analosie.
S.

Dans une

lettre

conservée par

Épiphane

,

il

distingua soigneusement ses opinions de celles

de Valenlin, de Manès, d'Hiérax
ce qui prouve au
d'ailleurs
il

et

de Sabellius,
;

moins

qu'il Içsi avait étudiées

copia

mot

son antliropogonie.
créer le genre

mot les gnostiques dans Quand Dieu eut résolu de
à
dit-il

humain,
il fit

dans un fragment
Verbe,
l'exis-

de

la Tlialie^,

un
^

être qu'il appela le

le Fils, la Sopliia, afin

que

cet être

donnât

tence aux

hommes.

Arius distinguait aussi Sophia
férieure) de la Sophia
n'est
et

fils

(Sophia in-

supérieure.

La première

qu'en Dieu;

elle est

inhérente à sa nature,

ne peut se communiquer à personne. La secelle

conde,

par qui a été

fait le

Fils, s'est

com-

muniquée- à ce dernier;
mérité lui-même le

et c'est

pour
et

cela qu'il a

nom

de Verbe

de

Fils. 3

1

Athanasius, Orai. i, contra Arianos , pag. 107

et

passim.
2 C'est
le vovç

rOrmuzd de

Zoroaslic, l'Ensopli de
et

la

Kabbale,
le

du platonisme

du

philoiiisnic, la

Sophia ou

démiurge des gnostiques.
3 C'est
la

Sophia

céleste et la

Sophia

terrestre

de quel-

ques gnostiques.

458

SECTION

III.

CHAPITRE

VI.

Influence des Gnostiques sur quelques
écrwainsi de l Eglise orthodoxe.
Il serait facile

de pousser plus loin ce paralet plusieurs autres sectes

lèle entre les

gnostiques
;

chrétiennes

^

mais

la

plupart de ces sectes ont
qu'il

eu trop peu d'importance pour

pût résulter
le fait ir-

de cette comparaison autre chose que

révocable de la domination générale des principes de la gnose
;

et

s'il

s'agissait

encore de consserait
;

tater ce fait, l'Église

la
.

orthodoxe elle-même

pour nous l'apprendre comme malgré
des deux natures

elle

car

longue querelle qui déchira son sein, au sujet
et

de l'incarnation

du Sauveur,
Jean

ne
les

fut

que

la

continuation de celle qu'élevèrent
S.
:

gnostiques sur ces paroles de
(Toc^^

o

Ss

Koyoç

sysvèto ^

Il

y

a plus, le langage de

1

Par exemple, celle des arcliontiques, qui reproduisirent

toute la théorie des sept

mondes avec

sept chefs
la />t«T«p

,

ajant un
<pôo]ètVï)
-,

huitième

monde

et

un huitième chef,
/^o.

à

leur tète. Epiph., Hœres.,
1

6y. StsEudlin, etc., Kirchenhistorisches Archiv.
et suivantes.

,

182 5,

p.

216

CHAPITRE

VI.

4^9

quelques-uns des écrivains les plus orthodoxes
porte des traces évidentes de g^nosiicisme.
S. Clé-

ment d'Alexandrie

définit les véritables chrétiens
Il

comme
yrhiç
,

de véritables gnostiques ^

oppose

la

comme
,

les

gnostiques
S.

eux-mêmes,

à la

yvMdiç

ainsi
la

que

Jean avait appliqué

le lan-

gage de

théosophie platonicienne
;

et orientale

à l'orthodoxie apostolique

il

prête au

dogme du
mot

troisième siècle une partie des raisonnemens et des

images de

la

gnose. Eusèbe aussi prend le
le sens le

de yvûûciç dans
celui de science

plus honorable, dans

pure

et céleste

ou de

révélation

chrétienne. Suivant lui, Jésus- Christ a

commuortho-

niqué

la yvûûdiÇ à ses apôtres,
,

^

Cependant

celui de tous les auteurs
siècles qui se sert

doxes des premiers
et

du langage
la

des idées de la gnose de la manière

plus

patente, c'est l'évêque Synésius. C'est d'abord

un

principe tout gnostique que celui qu'il nous a

fourni, dans son premier

hymne

5,

pour Tépi-

1

Dans

les

Stromalcs,

il

appelle souvent
il

les

chrétiens

d'une instruction supérieure des gnostiques;

leur recom-

mande

\e (iioc, yvcùç-tKoÇ'

Lib.

IV,

p.

488,

éd. Sy^lb.

Jésus-

Christ et

les

apôtres lurent les Ijpes de la vie gnoslique!
,

2 Euseh. llisl. ecchs.

Ub. Il

,

c.

\

,

cf.

VaJesit

mwol.

3 Vers 75.

44<^

SECTION

III.

graphe de cet ouvrage; ensuite ce
en contient plusieurs autres
^

même hymne
la

;

et l'on serait tenté

de prendre ce chant tout entier pour
sition d'un valentinien

compo-

ou d'un marcosien^. La
reiti-

plupart de ses autres odes sont également
plis

de théories

et

d'expressions
,

enlevées

aux

gnostiques.
la

On
les

rencontre

dans

les

strophes de

seconde,

démons qui

habitent le noir

emet

pire des ténèbres 3, Dieu père et nùre^

mâle

femelle^ unité des nombres divins

^-^

on trouve
,

dans

la

troisième le Tr^oTTcclœ^

,

àvloTtoflœ^

ocTtot-

1

Les marcosiens disaient qu'il
et

fallait

pénétrer tout le

monde,
dit
cTg
:

ne

se laisser pénétrer

par personne. Sjnésius

fèioJYiv ct^nfjLov

Ixnztv

-,

rai /miv iç cû^ov(; ct(nffJiOV, roi
i, v.

TTpoç d'îov iiS'cTci,

Hjmn.

3o. Les

mêmes
les

sectaires

donnaient aux premiers principes des choses
ivorytç et

noms de

de

/ulqvclç.

Sjnésius dit

:

ivolyfloùV svctç ctyvyi, /mo-

vÀS'mv

fJLOvoiç

rê Trpuru»
dit sur l'origine

2

Tout ce que Sjnésius
la matière,

de l'ame desles

cendue dans

de son emprisonnement dans

ténèbres, de son attachement à la terre, des diverses classes

d'ames ou d'anges
origine, est

,

de leur retour vers

les lieux

de leur

du gnosticisme tout pur. V. 8o

— i35.
Sjnésius.

3 Vers 5o et suiv. Cf. od. III, 90,

v. 87,

4 Les aiks de l'ame sont empruntées à Platon. Cette
image revient fréquemment sous
la

plume de

Hjmn.

3

,

V. 4o.

CHAPfTRE
Tûù^
\

VJ.
^

44'
;

luniU

antérieure à runité

le (ivOoç oc^-

^rfloç] la

Sopliia et le démiurge; les gouverneurs
l'étincelle divine; l'ame,
les arts
;

du monde;

rayon de

la

lumière divine;

magiques, qui enchaînent
l'ame qui aspire aux ré-

l'homme

à la matière

gions célestes, et qui
soient

demande que

ses chaînes

rompues, pour
le fleuve

qu'elle puisse aller s'imla

merger dans
céleste

de lumière, dwis
détachée.

source

d'où

elle

a

été

La quatrième

ode

est

encore plus riche en expressions gnos-

tiques, telles

que ^i^œv

^i^oc

,

lisûov

iSscc,

fiCôtov

voè^oov

Koç^œv
,

,

TT^ûfloycvcç

,

lAovcc'S oc^sjfloç,
il

ncclf]^

ccyvûû^cç

etc.

En

général

,

n'est

aucun des dix
être l'ouvrage

hymnes de Synésius qui ne pût
d'un gnostique, abstraction
faite

de quelques ex-

pressions qui rappellent la mère

du Sauveur.
cé-

Cependant Synésius
lèbre

est

beaucoup moins

comme écrivain orthodoxe qu'il ne l'est comme partisan des doctrines platoniques de son
temps;
et,

dans

le fait,

il

paraît avoir profité plus

encore des leçons de
celles des plus

la

docte Hypatie que de

fameux gnostiques.

On

ne saurait

donc guère en appeler

à ses ouvrages

pour prou-

1

Vers

ii\i\.

44^
ver l'influence de

SECTION
la

m.
les

gnose sur

compositions

des docteurs de TÉglise, question qui, d'ailleurs,

nous

est

étrangère

ici

;

ses

écrits

attesteraient

plutôt une grande intimité entre la gnose et le

platonisme.
le

Ils

offrent, en effet, le syncrétisme

plus frappant de ces systèmes.

Les rapports qui ont

existé entre les doctrines
,

des écoles gi^cques et celles des gnostiques
les derniers

sont

qui nous restent à examiner ,

et

nous

allons passer à cet

examen après

cette seule ob-

servation, que nous ne rappelons point ici les

nombreux

écrivains
les

de l'Église orthodoxe qui

ont eu avec

gnostiques des rapports de pofait

lémique, écrivains dont nous avons déjà
naître ailleurs

con-

ceux qui méritent notre attention.*

CHAPITRE VIL
Rapports des Gnostiques avec
les

Sectes

philosophiques des Grecs.
Si les

distinctions
les

que nous établissons ordivers travaux de l'esprit
à la nature des

dinairement entre

humain répondaient exactement

1

Vojez ci-dessus^ Tome

I, p. 28.

, ,

CHAPITRE
clioses
,

VIT,

44^

ei
le

que ces dernières fussent séparées,
sont nos
classifications

comme
guère de
les

théoriques

les philosophes de la (irèce n'auraient rien

ou

commun

avec

les

gnostiques.

En

effet,

gnostiques furent des théosophes qui procé-

daient, dans leurs systèmes, par intuition, par
inspiration
la

ou par

tradition; les philosophes de

Grèce, au contraire, procédaient ou préten-

daient procéder par voie d'observation et de rai-

sonnement. La théosophie des uns

et la

philoso-

phie des autres devaient être , par conséquent
les

deux choses du monde

les

plus opposées.

Elles pouvaient, à la vérité, se rencontrer dans

leurs résultats, c'est-à-dire dans leurs doctrines;

mais l'une ou

l'autre aurait

eu à rougir

d'elle-

même,
la

si elles

y fussent
la

arrivées toutes

deux de

même

manière; car

philosophie devait dé-

daigner les voies de
l'inspiration

la tradition

comme
degré

celles
,

de
la

ou de

l'intuition

extatique

et

théosophie mépriser au

même

le raison-

nement

et l'observation.
la réalité, l'esprit
;

Cependant, dans
se soucie

humain ne
ses facultés

guère de ces distinctions
et
est
il

théosophiques
sans cesse
;

philosophiques se confondent

il

théosophe
se

et
la

philosophe au
tolérance,

même

instant, et

donne

même

444
il

SECTION HT.

s'accorde la

lité.

Les

même foi en l'une et l'autre quaécoles, comme les individus, confondent
;

sans cesse la tliéosopliie avec la pliilosopliie

au-

cune école
,

n'a jamais été
été

purement philosophi;^lles

que aucune n a

purement théosophique.
les

peuvent, toutes, varier sans cesse

doctrines,
;

aucune ne peut changer
dirait

l'esprit

humain
,

et l'on

presque

,

en

les

écoulant toutes

qu'aucune

ne saurait le sonder.
Les écoles théosophiques qui
se rattachaient

au christianisme,

et les écoles

philosophiques qui

tenaient encore au paganisme, ressemblent, sous

ce rapport, à toutes les autres écoles. Elles se

rencontrent par suite de leur infidélité à leurs

propres principes.

En

effet,

souvent leurs doc-

trines offrent de telles analogies,
sorties

qu'on

les dirait

de

la

même

bouche.
sectes philosophiques

Ce que toutes

les

des

premiers siècles qui ont suivi notre ère
des derniers qui l'ont précédée ont de

et celles

commun

avec

les

gnosliques,

c'est la

tendance au syncré-

tisme, c'est le syncrétisme

même.
moins

En

effet,

toutes ces écoles étaient encore

des académies de philosophie que des écoles d'érudition.

Ce

n'était

plus la spéculation qui y for,

mait

les

doctrines

c'était

la

tradition

qui

les

CIIAPTTRE VIL
transmellait
;

40

et

ce

fait fui

bientÔL tellement re-

connu, qu'on donna
maîtres chargés
successives.
Il

le
la

nom

de chaîne (Vor aux

de

fournir aux générations

y

a plus, la tradition ainsi trans-

mise

,

non plus

d'école à école
fit

,

mais de sanc-

tuaire à sanctuaire, se
et

tellement théosophique
la fin la seule

théologique, qu'elle fut à

doc-

trine religieuse qui subsistât

encore au milieu des
la seule

débris de la Grèce payenne

;

qui pût quel-

ques

instaiis arrêter les rapides
et véritable

conquêtes d'une

nouvelle

théosophie.

C'est là

encore un point de vue spécial sous

lequel

il

faut considérer les dernières écoles
,

de

l'ancienne Grèce

le

point de vue religieux et

polémique. Dans ses beaux jours, persécutée par
les sanctuaires;

dans

sa
:

décadence, défendant ces
telle est la

sanctuaires elle seule

célèbre philo-

sophie des Grecs aux principales périodes de son
existence.

Dans son origine
elle-même, contre
les

elle a\ait

lutté,

pour

être

croyances

et les traditions

que

les

théosophes

et les

mythologues des

di-

verses régions de l'ancien

monde
ses
,

avaient

com-

nmniquées
ples
;

à la

Grèce élevant

premiers tem-

dans ses derniers temps

réduite à lutter

encore pour son existence,

elle

ne

petit plus la

,

44^
ratlaclier à autre

SECTlOiX

m.
et

chose qu'aux sanctuaires,
elle est obligée

pour

se sauver avec

eux,

de revenir

elle-même aux antiques doctrines religieuses dont
elle s'était

dégagée avec tant

,

d'eiïbrts. la

Or

c'est

en recourant à tout ce que

mystérieuse antiquité offre

de plus imposant, de

(

plus sacré en symboles, en mythes, en doctrines
et

en traditions, qu'elle
les

se

rencontre avec la gnose,
qui ne

qui recherche
les

mêmes conquêtes, mais

apportera pas au

même

camp; qui les conduira,
des chrétiens , mais

non pas précisément au camp
des leurs

dans des retranchemens qu'elle a élevés tout auprès
,

quoiqu'elle soit proscrite par eux avec

plus de haine et poursuivie avec plus de violence

encore que

la

philosophie elle-même.

Tout en
les

se rencontrant se

en plus d'un endroit
et leur

deux proscrites

poursuivent encore,

proscription mutuelle est peut-être l'un des phé-

nomènes

les

plus curieux qu'offre l'histoire du

genre humain. Elles ont des doctrines analogues ^
elles

ont à lutter contre une ennemie
,

commune,
en

plus puissante qu'elles
se

et elles s'affaiblissent

combattant

entre elles!
si

Cette attitude

hostile et

si

singulière

doit

mettre leur historien en garde contre toutes sortes d'inductions qu'il pourrait être tenté d'établii-

I

CHA PITRE

Vir.

44?

Sur les analogies de leuis enseignemens. Si elles
se ressemblent quelquefois
,

ce n'est pas

qu elles
,

aient fait
qu'elles

des

emprunts l'une à
et l'autre

l'autre

c'est

ont puisé l'une

aux mêmes

sources.
Celle de toutes les écoles grecques qui, par
sa tendance, se rapprochait le
Sceptiques,

moins des gnosa

tiques

,

l'école des

sceptiques

,

se trouver

néanmoins en rapport
effet,

assez direct avec eux.

En

son fondateur, Sexte l'empirique, enseigna,,

dans Alexandrie, précisément à l'époque à laquelle
la

gnose y

florissait le plus, et, sans

doute,

il

y
;

connut

les Basilide, les

Vcdentin, les Héracléon

sans doute aussi ses leçons de pyrrhonisme

y

retentirent à côté de celles de ces docteurs inspirés.

Du moins quand on
où tour
les

parcourt ce code de
il

scepticisme,

à tour

combat

le

dogme
l'avait

dans toutes

sciences

auxquelles

on

appliqué, dans toutes les formes qu'il avait prises,
fois,

on ne peut s'empêcher de
que
c'est

croire, plus d'une
la

aux dogmatiques partisans de
le

gnose

qu'il

en veut

plus directement.

Cependant Sexte prêchait dans un désert au
milieu de
n'était
la

populeuse Alexandrie
fallait

;

le

scepticisme

plus ce qu'il
,

aux philosophes. Le
,

dogmatisme

tout

au contraire

était

à

cette

44^
époque
le

SECTION
premier,
;

in.

le

plus vif de tous les besoins

de rintelligence
de croyances
gagner.
,

et

plus

un docteur
il

réunissait

plus de disciples

était

sûr de
se
^

De

là arriva
,

que toutes

les

sectes

firent syncrétistes

même

celles des épicuriens
;

des stoïciens et des cyniques

et

que

celles

qui

cumulèrent

le

plus de richesses, c'est-à-dire celles
'

des nouveaux pythagoriciens

et

des nouveaux

platoniciens, furent aussi celles qui comptèrent
le

plus d'amis.

En

effet,

quoique

les stoïciens et

les épicuriens eussent à leur tête des chefs aussi

distingués que les pythagoriciens et les platoniciens, leur doctrine n'eut ni le

même
,

crédit au-

près des écrivains et des rhéteurs

ni la

même
gnos-

puissance sur
,

les peuples. Ils furent,

par conséles

quent des rivaux peu redoutables pour
tiques.
Épicuriens.

Les épicuriens paraissent pourtant avoir eu des
rapports assez remarquables avec eux, soit d'amitié, soit d'hostilité.

A

en juger par

les

principes qu'établissaient

les sectes

carpocra tiennes, on dirait ces dernières

une émanation des écoles d'Épicure ou d'Aristippe. Cyrène la patrie d'une secte payenne ido,

,

lâtre

de

la

volupté, est encore celle d'une secte

chrétienne qui érige la volupté la plus déréglée

CHAPITRE
en

VII.

449

loi naturelle et primitive, et des

monumens
Ne de-

élevés par cette secte proclament Épicure l'un

de

ses

hiérophantes

les

plus vénérables!

vrait-on pas conclure de toutes ces circonstances,

que l'épicurisme
tracté

et le

gnosticisme avaient con-

ensemble
n'atteste

la

plus étroite des alliances?
telle

Rien

une

intimité; et Cyrène, à

des époques diverses, a

pu fournir deux

écoles

de volupté, sans qu'elles fussent émanées Tune

de

l'autre.

Si le

nom

d'Épicure figure sur une
il

inscription carpocratienne,

n'y prouve pas plus
,

que ceux de Platon ou
pagnent sur
corder avec
le

d'Osiris

qui l'accom-

même monument;
gnostiques,

et loin

de

s'ac-

les
la

ou de

leur prêter des

secours dans
l'Eglise

lutte qu'ils

soutenaient contre

orthodoxe,

les épicuriens,

au contraire,
hostiles

ne paraissent avoir eu que des rapports
avec eux.

En

effet,

Lucien de Samosate, qui fut
égypiien, paraît lancer
traits qu'il

gouverneur d'un
contre
les

nome

gnostiques une partie des

dirige contre

les chrétiens. Alexandre et Pere,

grinus Proteus

qu'il

nous peint

à la fois

comme

des types de fanatisme et de crédulité, sont des

thaumaturges
sieurs, tandis

tels

que
les

le

gnosticisme en offre plu-

que

annales de l'Église orthoaussi les

doxe n'en présentent aucun. Ce sont

29

,

/|.5o

SECTIOJN

III.

gnostiques que poursuit particulièrement Celse
le

philosophe, dans son ouvrage contre
C'est ce

les

chré-

tiens.

qu'Origène déclare formellement
j

dans sa réfutation de cet écrit

et les

raisonne-

mens de

Celse, conservés par son adversaire, le
laisser

prouvent de manière à ne pas
Celse, avec plus de

de doutes.
fait

^

bonne

foi,

en aurait

l'aveu

lui-même. L'écrivain qui connaissait
sectes et les écoles des payens, devait
les

si

bien les

comprendre

différences qui existaient entre les diverses

sectes et écoles des chrétiens. Il avait d'ailleurs

sous

les

yeux

les écrits des

ophites, des carpo-

cratiens, des valentiniens et des marcignites, ainsi

que

les

codes sacrés de l'Église orthodoxe. Si
il

nous en croyons Origène,
une

avait

même

été ad^
,

mis aux mystères ou au culte des ophites
certes,
telle faveur, si elle

et

eut lieu, était acles explications

compagnée de leur part de toutes
qui pouvaient
la

relever.

Celse en est d'autant

plus coupable de confondre les partis,
les

comme

confondait

la

populace.

^

1

Vojez ci-dessus, p. 221.
,

2 Contra Cels,

lib.

VI,

p.

669, version de Mosheim.
{Paganus

3

On

voit dans les faits recueillis par Kortholt

CHAPITRE VU.
Les cyniques ne paraissent avoir
amis ni
d'ailleurs
les

01
été ni
ils

les Cyniques,

ennemis des gnosliques;
et ils

furent

peu nombreux,
,

ne

se soutenaient,

même
faits

en petit nombre

qu'à force d'emprunts

au platonisme \

C'est

par quelques-uns de

ces

emprunts

qu'ils se
ils

rapprochèrent des gnostise rencontrèrent

ques,(avec lesquels
fois

quelque-

dans leur genre de

\ie. Il est vrai

que

les

cyniques suivaient ce genre de vie uniquemeiv^

pour

arriver

au bonheur par

la

voie la plus sim-

ple, tandis

que

les

gnostiques s'imposaient des
la

privations

pour combattre pour
les

matière et montrer

leur mépris

œuvres du démiurge; mais,
opinion sur
la

au fond,
des biens

c'était la

même

la

nature

du monde qui formait
et des autres.

base de la

conduite des uns

On
que

dirait

aussi

que

le

chef

le

plus célèbre
les

les

cyniques aient possédé dans
,

preles

miers siècles

Salluste

,

se soit

entendu avec

ohtrectaior,

J, 6. 5), que

l'on adressa souvent à l'Eglise

cbrclienne toute entière des reproches qui ne pouvaient

tomber que sur
1

les

gnostiques.
l'ère

On

a déjà

fait

remarquer que, depuis

chrétienne,

les écoles

de philosophie furcul toutes plus ou moins atta-

chées au platonisme.

4^2

SECTION

III.

gnostiques de l'Egypte et de la Syrie, régions
qu'il paraît avoir

habitées

i.

Ses dieux célestes

rappellent le plérôme; ses dieux inférieurs^ le

démiurge

Gl les anges.

Comme

les

gnostiques,

il

attribue aux seconds la création

du monde. Quant
,

aux premiers
principes

,

les

uns ont formé suivant

lui

,

les

ou

la

substance des dieux, les autres
le vovç
Il
,

l'intelligence

ou

d'autres encore le prin-

cipe psychique.

distingue aussi les âmes, à

peu
les

près

comme

Platon,

comme

Philon,

comme

gnostiques, en logiques et rationnelles. Les pre-

mières sont seules immortelles

elles

viennent des

dieux supérieurs
autres,

,

et

retournent auprès d'eux ; les

émanées de divinités secondaires, péris^

sent après le cours de leur existence terrestre.
Stoïciens.

Les stoïciens, qui s'occupaient très-peu de spéculations métaphysiques et très-particulièrement

de morale, s'éloignaient de
tendance même. Aussi

la

gnosis par cette

le stoïcisme et le gnosti-

cisme se montrent-ils dans des régions entière-

ment

différentes. C'est à
le

Rome

que

s'établit,

que

domine

premier 5

c'est là

que succombe

le se-

cond sous quelque forme qu'il se présente. Ce-

i

Suidas, au

mot

Salluste.

a Sallustius,

De

dits, p.

17, 53, 62, éd. Naudœo.

CHAPITRE VU.
pendant
les stoïciens et les

4^5

gnostiques ont

du

se

rencontrer dans

les diverses parties

de l'empire

romain,
losophes.
stoïciens

comme se En effet,
et

rencontraient les autres phi-

Saturnin s'entretint avec des
ainsi

%

Marcion profita des principes
des stoïciens
et
2.

que de

la dialectique

Le rappro-

chement pouvait s'opérer;

réunissant à la har-

diesse des spéculations gnostiques la vigueur et
la

pureté des principes de Zenon, une secte pou-

vait se flatter d'obtenir des succès assez brillans.

Cependant ce rapprochement ne
tenté
y

fut pas

même

et

si

l'on croyait trouver des indices de

gnosticisme, soit dans les fragmens de
le stoïcien sur les prêtres

Chérémon
soit

de l'Egypte

^,

dans
^,

le traité
il

De

la

nature des dieux, par Cornutus

faudrait se souvenir

que ces philosophes ont

puisé aux

mêmes

sources que leurs rivaux. L'idée

de

la

conflagration

ou de

l'épuration fmale

du

monde

matériel par le feu, était aussi trop géné,

ralement répandue dans l'antiquité

pour qu'on

1

Voyez ci-dessus,

t.

I, p. 297.
ses livres coiifrc

2 Reproche de TerliiUieu dans 5 Porplijr.,

Marcion,

De

abstinentia , I K, p.

ôGo
,

et suivantes.

4 Gale, Opusc. mylh. physic.
yanles.

et ethlca

p.

157

et

sui-

454
pût affirmer que
gnosticisme.
Nouveaux
P>tiag;oriciens.

SECTION
le

III.

portique

l'eut prise

dans Je

Les mpports paraissent devenir plus intimes et
|gg

communications plus certaines, quand nous

passons aux nouveaux pythagoriciens.
Basilide,

que

S.

Epipliane a déjà

En effet, considéré comme

un

élève de ces philosophes, adopta les grades
et le silence

du pythagorisme
trine des
les

de cinq ans ; Marla

cus le valenlinien s'empara de

mystérieuse doc-

nombres,

et

quelques-unes des écoles
la

plus respectables de

gnose pratiquèrent

les

principes d'abstinence et de continence

du grand
d'ail-

maître de Tarente. Toutes se distinguaient

leurs en initiés et en aspirans, en parfaits et en
imparfaits, à l'instar des disciples de Pythagore.

Mais ce

qtii les

rapproche

le

plus, ce qui les
c'est
si

confond dans notre jugement,
théurgie et cette thaumaturgie

surtout cette

chères aux pre-

miers siècles de

la

nouvelle

ère.

En

effet, ils culsi

tivèrent à l'envi ces arts à

nos yeux

vains,

si

ridicules
les plus

;

ils

s'attribuèrent à Tenvi les pouvoirs
et

imposans,

méprisèrent, les uns

comme

les autres, tous

ceux qui ne savaient ni disposer
la

des forces secrètes de la nature ni de
des démons, en

puissance
sa-

un mot, tous ceux qui ne

vaient ni faire des miracles ni contempler face à

CHAPITRE

VII.

4^5

face, soit les iiuelligences les plus sublimes, soil
la divinité
,

elle-même.

C'est sur cet auguste

domaine qu'Epiphane

fut

le rival
c'est

ou

le copiste

d'Apollonius de Tyane, et

sur ce domaine quil sut opérer les
,

prodiges
effet, ils

conquérir

les

mêmes mêmes honneurs ^ En
Quand
Perse
il

eurent fun et l'aulre des temples et des
ils

statues

;

furent dieux l'un et l'autre.

Apollonius parcourut
et l'Inde,

la Syrie, l'Égvpte, la

où, suivant son prolixe biographe,

fut partout accueilli

comme un

être d'une nature

supérieure, les gnostiques ne formaient pas en-

core secte j
leur

et c'est ce

qui explique l'absence de
ils

nom

dans un ouvrage où
ils

seraient

si

di-

gnes de figurer; mais, tous,

professèrent
le

pour

les théories et les arts secrets

de l'Orient

même
;

respect et le
et c'est ce

même
fait

enthousiasme qu'Apollonius

qui

comprendre l'étonnante ana-

logie de quelques-unes de leurs doctrines. Cette

analogie est souvent telle

,

qu'on n'aurait qu'à
les

changer quelques expressions pour mettre

deux écoles parfaitement d'accord.

^

1

La Vie d'Apollonius, par
,

Pliiloslrale; coinp. ci-dessus

Epiphane

p.

i

5c) el

suiv.
,

2 ylpollonli Kpistol.

8.

Apollonius admet

^

clans celte

456
Platoniciens.

SECTION

111.

§. 1.

Les analogies qu'offre

le

gnosiicisme avec
ordinai-

diverses doctrines

que

l'on

comprend

rement sous
tonisme
attestent
,

la

dénomination de nouveau pla;

sont également frappantes

mais

elles

moins des échanges ou des rapports

intimes, que des rencontres aux

mêmes

sources.

Les platoniciens de cette période ont joué

un

rôle

si

important, ou plutôt tant de rôles
présentent
il

^

leurs

doctrines

tant

de variétés

et

tant de richesses, et

s'y rattache tant

de phé-

nomènes
ont été

religieux et philosophiques; leurs rapla religion

ports avec les docteurs de
si

chrétienne

intimes, et l'influence des uns sur les
si

autres a été

profonde

,

que Thistoire morale

des premiers siècles de notre ère est toute entière

dans

l'histoire

du platonisme.
puisque

C'est l'un des

moinnou-

dres chapitres de cette histoire que nous avons
a fournir
ici,

les

gnostiques

et les

veaux platoniciens ne se sont guère trouvés que

épître, rexistence d'un

seul être, d'une seule substance
les autres êtres

primordiale, dont tous

ne sont que des

manifestations transitoires, phénoménales, n'ajant aucune
réalité

en eux-mêmes.

Cette doctrine est

une combinaison de

l'idéalisme et

du

système des émanations de l'ancienne Inde.

CHAPITRE
dans une attitude hostile
autres.

VIT.
les

4^7

uns vis-à-vis des

La plupart des écoles auxquelles
encore
le

l'on

donne
l'on

nom

de platoniciennes

^

et

que

ne

connaîtra mieux qu'en les classant avec plus de
soin^, paraissent, toutes, avoir été d'accord sur

ce point, que la tliéosopliie de l'Orient devait
s'unir
sait

au platonisme

comme le
la

platonisme s'unisGrèce. C'est cette

aux anciens mystères de
qu'avait préparée
les

union

Alexandre, en mêlant
la

ensemble
c'est

peuples de

Grèce

et

de l'Asie j

cette

union qu'avaient encore mieux pré-

parée les savans d'Alexandrie, en combinant tout
le savoir

de l'Afrique
et

et

de l'Asie avec celui de

la

Grèce,

même

celui de

Rome

2.

Cette

union

1

M. de Gcrando donne de profondes
dans
,

indications sur ces

classifications j

la

seconde édition de son Histoire comet suivantes.

parée, vol. ni

p.

352

M. Boulenveck

a discuté

le nicnie sujet,

avec sa sagacité ordinaire, dans son traité
Cf.

De

ductrina philosophica Alexandrlnorum.
i8:>i.

Gœitinger

Anzeigen, année

Nous avions

agité la

mcine ques-

tion dans l'Essai historique sur l'Ecole d'Alexandrie (1820),
vol. II, p.

262

et suiv.

2 Loin de s'étonner de ce que

l'on ait essajé enfin d'u-

nir les doctrines de l'Asie avec celles de la Grèce,
être surpris

on peut

que

cette tentative n'ait pas clé faite long-tenips

, ,

458
n'était d'ailleurs

SECTION
que
la fin

III.

d'une ancienne scis-

sion.

En

effet

,

des traditions

qui

semblaient

d'autant plus respectables qu'elles étaient vieilles

voulaient que Platon et Pytliagore eussent visité
l'Egypte,
la

Perse et l'Inde, et en eussent rapn'était

porté leurs théories. Ce

pas

même

assez

de

cette tradition, et les admirateurs

de Platon

voulaient qu'il eût consulté aussi le code des
législateurs de la Palestine.

Le platonicien

ISuet
il

ménius appelait Platon Moïse parlant grec y
quelque mal fondé que fût ce jeu de mot,

exprime une croyance.
fut

Au

surplus, Philon, qui

un

autre Platon, qui le fut au point qu'un

autre jeu de

mot

veut que Philon platonise

ou

que Platon philonise^ Philon
force de combiner le

fut réellement, k
et le

mosaïsme

platonisme

un Moïse parlant
le

grec^ et se faisant écouter avec

même

respect par les sages de tous les peu-

ples, par les adeptes de la Kabbale

comme

par

ceux de

la

Gnose, par

les

docteurs du christia-

nisme

comme

par ceux du paganisme.

auparavant.

En

effet,

les

anciens écrivains de la Grèce,

Hérodote, Xénophon, Théopompe, Hermippe, Eudème,
Hécatée d'Abdère, Clitarque
connaître
les

et

Strabon, avaient déjà

fait

principaux

traits

de

la doctrine orientale.

CHAPITRE
Ce

VII.

459
de Pythagore,

fut sur ces traces, sur celles
et

de Platon

de Pliilon

,

que

les

nouveaux pla-

toniciens marchèrent de conquêv^e en conquête;
qu'ils enrichirent leur

enseignement de ceux de
l'Asie. Ils
ils

tous les sanctuaires de l'Egypte et de
firent

en

cependant un tout autre usage;
la

offrirent

lout ce buiin aux sanctuaires de

Grèce, pour

mieux

les

défendre contre l'Eglise chrétienne et
^

contre les gnosiiques.

En
cisme,

effet,
ils le

dans

les

premiers temps du gnosti-

combattent avec une extrême viva-

cité; et c'est

un phénomène

très-curieux que de

voir deux corps de syncrétistes tels que les gnosiiques et les

nouveaux platoniciens,

se

poursui-

vre avec le
^

même

feu qu'ils mettent les uns et

les

autres à attaquer les orthodoxes.

Dans

cette

première période, ce sont

Ammo-

nius, Plotin et Porphy»c qui se constituent les
adversaires les plus énergiques

du gnosticisme,

1

Les Pères reprochent

mcme

aux nouveaux platoni-

ciens, lout en les imitant quelquefois, d'avoir piclc

aux

mystères de la Grèce des idées philosophiques et lliéoso-

phiques que
effet,

les sanctuaires étaient loin

de connaître.

En

on

n*y aurait pas trouvé lout ce qu'en rapportent
et

Porphyre
-p.

Jamblique. Voy. Eusehii Prœp. Emng.

,

III j

118;

éd. Colon,

4^0

SECTION

III.

et la ville d'Alexandrie est

le principal théâtre

du combat.

Ammonius,

qui a partagé en quelque sorte la

singulière destinée de Constantin le grand, d'être

vénéré de deux partis contraires

^

,

paraît avoir

imprimé
que
sur

à ses disciples d'Alexandrie

une
Il

anti-

pathie profonde pour les gnostiques.
l'histoire,

est vrai
faits

qui a conservé
,

si

peu de

Ammonius
cette

n'en rapporte aucun qui pût

attester

direction; mais la direction elle,

même

existe

elle

se manifeste

dans

le

plus

il-

lustre des élèves d' Ammonius, dans Plotin, dont

l'ame tendre et mystique n'eût guère conçu cette

passion d'elle-même, et qui eut d'ailleurs moins
d'occasions que son maître de se rencontrer avec
les gnostiques; tandis

qu'Ammonius, chef d'école
terrain

et

de parti, sur
,

le

même

que

les gnosti-

ques

dut éprouver pour eux d'autant plus d'an-

tipathie

qu ils

étaient

pour

lui plus redoutables.

2

1

On

sait

que Constantin reçut à

la fois la canonisatioi^

des chrétiens et l'apothéose des pajens.
2

Souvent

les

haines des partis philosophiques sont

d'autant plus vives que les doctrines se rapprochent plus.

Or, Ammonius paraît avoir enseigné lui-même une science
aussi mystérieuse

que

le fut celle des gnostiques.

On

rap-

, ,

CHAPITRE
Nous pouvons donc avec
lève

VII.

4^1

raison considérer Té-

comme

le fidèle interprète

de

la

pensée du

maître.

Tout en

s'éloignant

du système d'Ammonius
le

en beaucoup de points, surtout dans

jugement

porté sur le christianisme, Plotin fut fidèle aux
haines
héréditaires
traité

de son parti

j

il

composa

même un

spécial contre les

gnostiques

dont Porphyre nous raconte
nière fort intéressante.

l'origine d'une

maavait

Ce philosophe rapporte,
i,

dans

la

biographie de son maître

qu'il

y

de son temps beaucoup de chrétiens hérétiques,
sortis la plupart

de \ ancienne philosophie

^,

qui

porte du moins qu'il avait défendu à ses disciples de la divulguer, et que Plotin ne viola cette défense qu'après les
indiscrétions de son condisciple Origène le pajen. Le fait

de cette révélation nous paraît au surplus assez suspect. La
doctrine

d'Ammonius
de Plotin
,

se

composait,

si

nous en jugeons

par

celle

d'une partie spéculative et d'une partie

pratique, c'est-à-dire théurgique.

Or

la

première devait,

dans

l'intérêt

même

de l'école,

se révéler à tout le

monde.

La seconde ne

fut révélée

par personne , ni par Origène

ni par Hérennius, ni par Plotin.
1

Porph^rius, Vita Plotini,

c.

16.

2

Ce

sont les doctrines de l'Orient qu'entend Porphjrci

et cela caractérise

parfaitement

les

gnostiques.

462

SECTION

IIî.

possédaient toutes sortes de livres apocryphes,

"dont

ils

attribuaient quelques-uns à des

hommes
n'avait

assez obscurs, mais

dont

ils

rapportaient d'autres

à Zoroastre; qui prétendaient

que Platon
les

pas

approfondi suffisamment
supérieur
1
;

mystères

du

monde

qui trompaient de
et

la sorte

un grand nombre de personnes 2,

qui se trom-

paient eux-mêmes. Plotin, offensé sans doute de
l'audace qu'ils mettaient dans leurs jugemens sur
le

maître^

et

touché de compassion pour ceux
de
les réfuter

qu'ils égaraient, prit à tâche

dans

ses discussions, et

fit

contre eux

un ouvrage
écrit

plein de

raisonnemens.

Cest

cet

que

trouva Porphyre parmi
Plotin, qu'il arrangea

les autres
et

manuscrits de

corrigea, sans doute,

comme
soit

les
^.

autres, et qu'il intitula

Contre

les

gnostîques

Comme
la

le

seul

monument

qui se

conservé de

polémique des platoniciens
doute très-curieux;

et des gnostiques, il est sans

mais

il

est loin

de valoir

les traités des Irénée,

2

Dans
la
le

la

croyance d'un nouveau platonicien, repré-

senter

doctrine de Platon

comme

imparfaite,

c'était

tromper
3

monde.

Kcijai

TMV

TvCùÇ'tKéoV*

CHAPITRE

VII.

4^5

des clément d'Alexandrie ou des Tertulllen contre le gnoslicisme. Il n'expose
tju'il

guère

la

doctrine

réfute;

il

la
,

suppose

si

présente aux esprits,
,

qu'il

l'attaque

pour
il

ainsi dire

sans la reconle

naitre.

D'abord

établit,

contre

dualisme or-

dinaire de la gnose, la théorie des trois principes, qu'il

nomme

ocyoc^\v

^

vov^ et -^uxt}.

Il

dis-

tingue ensuite l'ame

du monde de Tame d'un

homme;

proscrit l'idée que le
la
,

monde

ait été fait

par suite de

chute de lame ou qu'il soit l'ou-

vrage d'un mauvais principe; affirme, au contraire,
qu'il
est

aussi

bon que beau,
qu'il est

et

ajoute

qu'il est l'image

de Dieu;

gouverné par

l'ame
le

du monde, émanée de

l'Etre

suprême, qui
;

régit

comme

l'ame conduit le corps
fait

qu'en

général tout s'y
et

suivant les lois de la justice,
soin.
^

que Dieu lui-même en prend

De

là Plotin passe à la réfutation

de

la

psychosérie

logie des gnostiques, qu'il

combat par une

de raisonnemens très-subtils
se livre,

et très-abondans. Il

en cet endroit, à Tune de ces digressions
si

qui l'entraînent

souvent hors de son sujet;
très- directes
et

mais

il

dit

des

choses

très-

i

Toutes ces opinions sont diamétralement opposées k

celles des diverses sectes gnostiques

de

l'école d'Iîj,7pte.

4^4
belles

SECTION

III.

sur leur prétention de chasser, par des

paroles et des formules mystiques, les mauvais
génies
,

qui souvent ne sont que de m.auvaises

maladies.

La chair,
l'examen de
tière, et
il

siège de cette maladie, le
la

ramène à
la

nature

du monde

et

de

ma-

reproche à Ihypothèse de

ses

enne-

mis, sur
le tort

la

nature vicieuse des choses visibles,
les

de dégrader

chefs-d'œuvre des dieux.

En méprisant tout ce
dit-il

qu'ils

trouvent autour d'eux,

tout ce qu'ils connaissent
,

du monde,

ils

s'ôtent,

tous les

moyens de

se perfectionner
soit le
le

et

que personne ne s'imagine que ce
de devenir bon, que de mépriser
dieux qui y régnent,
beau.
et

moyen
les

monde,

tout ce qu'il y a de

Malheureusement Plotin ne nous apprend rien
sur la gnose:
il

ne s'attache qu'aux principes que
reste , et

nous connaissons de
les détails

dédaigne de suivre

qui pourraient répandre

un peu de

lu-

mière sur quelques ombres du grand tableau que

nous nous efforçons de

restaurer. Sans

doute

la

raison est du côté de Plotin, lorsqu'il réfute; mais,

qu'on nous permette de
la raison n'est

le dire

tout naïvement,
,

pas

,

on

le sait

bien

ce que l'on

cherche

ici

,

et Plotin

lui-même

n'a plus ces avan-

%

CHAPITRE

VII.
Il

^6S
brille

tages lorsqu'il établit autel contre autel.

par son beau dogme, que notre

monde

est l'image

de celui des plus pures intelligences,

et qu'il faut

sans cesse contempler les beautés de ce

monde;
et Plotin

mais, après tout,
n'est parfaitement
traité

c'est

rêve

pour rêve,

sage que dans la
Ils

fm de son
peuvent
et

contre les gnostiques.

répondront peut-

être

,

y

dit -

il

,

que

leurs
le

principes

engager l'ame à éviter

commerce du corps
Mais que

à

le détester, tandis

que

les nôtres tendraient à

retenir l'esprit dans la matière.

serait-

ce,

si

deux personnes habitaient l'une
et belle

et l'autre

une

même

maison; que l'une en blâmât

l'arrangement et l'architecte, tout en y restant;
tandis que l'autre, loin d'y rien
rait,

blâmer,

loue-

au contraire,

l'art et le

goût de l'architecte,
pourrait
la quitter,

en attendant l'époque où

elle

n'ayant plus besoin d'une habitation de ce genre?

Quel

sérail le parti le plus raisonnable [^ Il faut

rester, aussi

long-temps que nous avons un corps,

dans cette demeure, qui nous a été préparée par
notre bonne sœur, l'ame (du monde), qui a tant

de puissance qu'elle

fait

ces corps sans peine.
si-

Le mot sœur emporte de nouveau Plotin,

non hors de son
2

sujet,

du moins hors de
Il lui

la suite

naturelle de ses raisonnemens.

rappelle ce-

5o

466
lui

SECTION
les

III.

de frère, que

gnosdques ne veulent pas
et
il

donner aux génies planétaires,
arrive tous les jours
frère à des

leur dit
le

:

Il

qu'on donne

nom
au

de

hommes

fort mcnuyais ((pocvAol ce] ovg)-,

et l'on dédaignerait
et

de donner ce
ciel!

nom

soleil

frères du du monde elle-même,

aux autres

Nous renions l'ame
enlevons
le
titre

et lui

de sœur d'une bouche blasphématoire. Et, sans
doute, tant que nous

sommes

aussi imparfaits,
êtres cé-

nous ne devons pas nous assimiler aux
lestes^

mais,

si

nous sommes bons nous-mêmes,

nous ne sommes plus des corps, nous sommes
des âmes dans des corps, et nous ne les habi-

tons plus

que de

la

manière dont l'ame du

monde
relles,
ï

habite la totalité des existences corpo-

Plotin s'élève

encore

,

dans ce passage

,

au-

dessus des gnosliques, et en général son
ticisme,

mys-

nous

le

disons sans aucune réserve, est
la

souvent supérieur à celui de
dit,

gnose.

Ce

qu'il

par exemple, de
qu'il
les

la TTccfovŒioc (intuition

de

Dieu),

considère

comme
,

la

plus puissante
;

de toutes
la

preuves de l'existence de Dieu

de

àyrX^Œiç ( simplification

épuration de notre

,

CHÀ1>1TRE
être), qu'il

Vil.
la

467
voie la plus

recommande comme
j

sûre à

la

7rocçov<7tcc

et

de

la svcooiç le

(union avec-

Dieu),

qu'il

regarde

comme

plus haut degré

de

la félicité

humaine ^ vaut tout ce qu'on nous
les

rapporte de plus beau sur

doctrines gnosti-

ques. Mais encore faut-il se rappeler

que nous

ne connaissons plus

la

gnose par elle-même;
telle

nous ne l'avons plus que
polémique,

que

l'a

faite

la

c'est-à-dire la haine.
le disciple le

Porphyre,

plus enthousiaste de
l'éditeur assez infi-

Plotin, quoiqu'il se soit

fait

dèle de ses écrits, conserva cette attitude d'hostilité

contre

la

gnose.

Il

combattit surtout

la

morale relâchée ou licencieuse de quelques sectes
indignes

du nom de

gnostiques.

^

Un
lisa

condisciple de Porphyre, Amélius, riva-

avec lui de haine et d'efforts contre ces re-

doutables rivaux. Tandis que Porphyre s'appliquait à détromper le
avaient

monde
le

sur les écrits qu'ils

composés sous

nom

de

Zoroastre
^

Amélius publiait quarante

livres contre eux.

1

4,9.6/: l, 2,4,8:ir, 1,8, 9^ K,
•2

PlotimKnnead.,II, 9; ///, 7, 8; /K, 1, 2; V, 1 5; K/, 4,7. ^^
Poiphjr.,


9-

De

A h si in.
v'ila

5 Poiplijiius, In
Alexantl., Strom.
,

Plolini

,

cap.
,

i6.

Cf.

ClemenJ
,

l, p. 5o4. Fabric.

Bibl,

gnvca

Ih

,

pars 2

,

p. 118.

,

468
Le
fut à

SECTION
disciple de

111.

Porphyre, Jamblique, qui

lui

peu près
à Plotin
;

aussi fidèle qu'il l'avait été lui5

même

ne fut pas plus que
mais
il

lui l'ami

des gnostiques

fut au moins celui du

gnosticismej

et à partir

de

cette

époque où

les

philosophes
avec
la

et

les

théosophes sont persécutés

même

rigueur par les évêques couronnés

de Byzance,

ils

semblent

se

ménager

et

même

se

rapprocher beaucoup plus. Avec Jamblique com-

mence une nouvelle période dans
des deux sectes; et, dans
le fait,

les

rapports

leur rapproet

chement

était

préparé par Porphyre
effet, leurs
,

Plotin

eux-mêmes.

En

théories sur l'intuition

du monde
avec les

intellectuel

sur l'émanation des es-

prits , sur la nature des

démons

et leurs

rapports

hommes, ressemblent

tellement à celles
difficile

des gnostiques, qu'il est plus

d'en faire
Il

voir les différences que les analogies.

est vrai

que que

les platoniciens tirent les

un

parti plus brillant

gnostiques de leur théorie sur l'intuition
^

des intelligences supérieures

;

il

est vrai

que

dans celle sur l'émanation,

les

élémens empruntés

à l'Orient sont modifiés suivant les idées plato-

niques, et que

la

démonologie de Plotin

rejette

1

Yojez

les derniers chapitres des

Ennéades.

,,

CHAPITRE
les

VII.
le

/j^Q

mauvais anges, qui jouent
les

plus grand role

dans

systèmes des gnostiques ; cependant tout
la

ce que les platoniciens établissent sur

nature

de l'intuition, ses résultats

et les

moyens

d'y par-

venir, s'accorde avec les enseignemens de la gnose;
leurs idées et leur langage sur le premier principe, le

un ï absolu, \ immuable, \ infini,
y ,

le

bon

suprême sur

le

second principe
la

,

le

v^ç

,

le

Aoyoç,

sur l'aine et sur

nature

du monde

visible

comme

manifestation de Dieu; sur le

monde

des

intelligences

comme plérome

des idées, ressem-

blent aux théories et au langage de nos théosoplies ^ C'est aussi par la

même

voie, c'est-à-dire
les

en hyposlasiant leurs idées ou en prenant

idées de l'Orient hypostasiées en autant d'êtres,

que

les
,

uns
à

et les autres sont arrivés à cette ri,

chesse

ce luxe d'intelligences qui
le

suivant

eux, peuplent

monde supérie*

et la

région
ter-

moyenne,
restre.

et surveillent les aines

du monde

Déjà, avant Plotin
toniciens

et

Porphyre, quelques pladii se

du second ordre ont
gnostiques dans les

rencontrer

avec

les

comme
1

ils

se rencontraient

dans

mêmes opinions les mêmes pays.

Ennead.

,

I,

lib.

5,

c.

r>

:

///,

lib. G.

4?^

SECTION
effet,

TTÏ.
,

En

Théon de Smyrne

Favorin d'Arles,

Calvisius

Taurus de Bérytus, Apulée de Madaure,

qui est Tun des plus fidèles organes du mysti-

cisme de son temps ; Numénius d'Apamée
parfait sj^ncréuste de

,

le

plus

son époque

^

;

Maxime de

Tyr, qui nous
sur
le

a laissé de précieuses dissertations
le

syncrétisme qui

dominait, ont enseigné
les

tous aux

mêmes

lieux

que

gnostiques
la

,

et

ont

procédé sans doute, quant à
émules
,

doctrine de ces
celles des

comme
et

ils

en ont agi avec

chrétiens. Ils en adoptaient ce qu'elles offraient

de plus beau

de plus imposant, afin de com-

battre le reste avec plus de succès.
C'est là

précisément ce que Jamblique
la

et les

docteurs de
les

chaîne d'or^ qui

le suivirent

dans

mystérieux sanctuaires du platonisme, firent

d'une manière encore plus complète.

Le Traité

d^

mystères des Égyptiens , que l'on

attribue à Jamblique, offre les analogies les plus

frappantes avec le gnosticisme.

Il est

vrai

que

l'on

ne saurait guère déduire de
preuve d'un emprunt
temporains;
il

cette circonstance la

fait

par l'auteur à ses con-

déclare, au contraire, qu'il a cher«

ché dans

les

mystères de l'Egypte

et

dans

les

\

Il

réunissait Pythagore, PJaton, Moïse et tout l'Orient,

CHAPITRE VU.
saintes tracliiions

4?'
solution

de l'Assyrie
Il est

la

du prosa yvôj-

bJènie (juil expose ^
(jiç,

vrai aussi

que

car

il

adopte ce

mot 2,

est plutôt la

connais-

sance innée de Dieu, cette science qui n'a besoin

que
que

d'être réveilJée
la

pour devenir une intuition,
et tradition-

connaissance mystérieusement
les

nellement enseignée par
gnostiques ;
si
il

kabbalistes

et

les

est vrai

,

enfin ,

que dans
,

la

théorie

importante des divinités ou des génies secon-

daires, Jamblique diffère essentiellement des sectes

gnostiques de toutes les écoles, en ce qu'il rejette
l'élément sataniquc qui
vais anges

domine dans

les

maule

de

la

gnose

,

qui y est entré par

judaïsme modifié dans
anciennes

l'exil,

et qu'ignoraient les

et saintes traditions

des Grecs. Cepenla

dant Jamblique s'accorde avec
gnant au mal
siège,
la

gnose

,

en

assi-

matière pour origine et pour
les

en peignant
5,

mauvais esprits sous Finiage
les

du
1

feu

et

en donnant aux bons

noms

d'ar-

Seciio

\ ,

C'

2

,

p. o.

2

Ihid.

j

c.

3.

3 Suivant Jamblique et les nouveaux plaloniciciis des
derniers temps
prits;
,

le

mal

s« rattache aussi

aux mauvais

es-

mais rliomme
:

est libre

de

le clioisir. Ils disaient,

avec

Platon

Ce

n'est pas le
le

démon

qui nous choisit,

c'est

nous

qui choisissons

démon.

47^
changes
la

SECTION
et d'anges

III.

\ choses qui

le

distinguent de

plupart de ses prédécesseurs.

Il est

encore par-

faitement d'accord avec elle dans les préceptes
qu'il

donne pour perfectionner lame
il

et l'élever

jusqu'à Dieu;
qu'il

dévie

même, dans

les

moyens
les

indique pour ce but, des enseignemens

plus fondamentaux de ses maîtres, Platon, Plotin
et

Porphyre;

il

attribue cette exaltation

si

dési-

rable

moins aux contemplations philosophiques
2

qu'aux pratiques religieuses.
Il serait facile

de montrer

les

mêmes
y

affinités,

entre Jamblique et la gnose, dans les théories sur
l'inspiration et la divination; et
il

a cependant,

sur cette matière, des différences essentielles dans
les

deux systèmes

:

la

gnose

rejette

presque entandis

tièrement les oracles et les prophéties,

que

les

théosophes du platonisme leur assignent
^

l'origine la plus respectable.

Ce qui montre
se
fit

le

mieux

le

rapprochement qui

entre les gnostiques et les platoniciens, dans

l'intervalle
la

qui sépare Plotin de Jamblique,

c'est

théurgie de ce dernier. Cet art, dont Porphyre

1

Sectio

i ,

c.
,

1

5

;

sect.

2

,

c.

^,

2 Sectio 2

C'

11.
c.

3 Ibid.,

sect.

3,

21.

CHAPITRE

VII.

4?^

doutait encore qu'il fui autre chose qu'un tissu

d'imaginations; cet art, que méprisaient aussi les

gnostiques d'un esprit supérieur

,

mais que

les

autres pratiquaient avec autant d'ambition
d'avarice; cet art,

que

que

d'ailleurs ils n'avaient pas

inventé, dont

ils

avaient hérité des kabbalistes et

des Chaldéens, se rattachait trop bien aux théories

platoniques de l'intuition

du monde
qui
le

intellec-

tuel ,
et

du commerce avec
platoniciens

les êtres

composent

du retour de l'ame dans
les

le sein

de Dieu, pour

que

ne dussent pas l'accepter

avec empressement de quelque part qu'il leur
arrivât.

Jamblique

fait

entendre qu'il

le tient

de

l'Egypte et de l'Assyrie, et son témoignage peut
être véridique
;

mais l'influence du gnosticisme

sur son école n'en est pas moins constatée.
Il

en arriva que

les

nouveaux platoniciens eurent

bientôt leur théurgie et leurs pratiques mystérieuses à eux. Proclus, par

exemple, y fut

initié
^

par Asclépigénie,

lille

de Plutarque d'Athènes.
la

D'accord avec

les

gnostiques sur
ils

nature et le

prix de ces arts secrets,
la

leur assignèrent aussi

même

origine, et eurent recours aux
les

mêmes

moyens pour

recommander.

Ils

composèrent

1

Ma ri u ILS j

Vita Proc/i.

474
rt

"

SECTION
nue

lïJ.

cet

eflfet

loutc

série d'ouvrages, qu'ils re-

vêtaient des

noms
li

les

plus vénérés. Les livres
^

attribués par eux

Hermès

et à

Orphée

^

ré-

pondent parfaitement aux

écrits

que

les gnosti-

ques prétendaient tenir de quelques patriarches

ou de quelques
la

apôtres.

H

y a plus,
si

la

Perse et

Clialdée

étaient

considérées

généralement

comme
les

la patrie

des sciences secrètes, que dans
les

deux camps, chez

gnostiques

comme
En

chez

les platoniciens,

on s'appuyait sur des ouvrages

composés sous
platoniciens
,

le

nom

de Zoroastre.

effet, les

tout en adressant avec
le

amertume

aux gnostiques
cles sous le

reproche de fabriquer des oravénéré d'un sage qu'ils

nom

comp-

1

Les Hermétiques (le

Pœmander

et l'Ascl épias, attribués
,

à Hej'mès-Trismégiste. Cf. Stobœi Eclog.

éd.

Heeren, vol»

l, p. 585
Alexandrie.

j

5g9, 468) paraissent avoir

été

composés à

2 II parait

que

les

Orphiques sont émanés de Fécole plales

tonicienne d'Athènes. Ces compositions ont sur
tiques
restes

Hermé"

au moins

cet avantage, qu'elles renferment quelques

de ces antiques doctrines que l'Orient avait
la

commules

niquées à

Grèce primitive. C'est ce qui

fait

que

doc-

trines des derniers temps de la Grèce, qui se rattachaient

également à l'Orient,

se

combinent

si

bien avec

\ç,s

élé-

mens

anciens.

CHAPITRE
talent

VII.
*,

4?^

au nombre de leurs hiérophantes

com-.

posèrent eux-mêmes des oracles sous ce
cette bizarre rencontre n'eut pas lieu

nom

Si

également

pour
moins

le

Sage divinisé de l'antique Egypte, du

les

deux

partis

rivalisaient

dans

la

pré-

tendon
lations

d'ctre les dépositaires
3.

de

ses saintes révé-

Les uns

et les

autres s'emparèrent aussi

des symboles et des hiéroglyphes

comme

de

la

doctrine de l'Egypte; et

si

les

gnostiques ne rédi-

gèrent rien de semblable au livre dllorapollon,

nous en avons d'autant plus de

regrets,

que leurs

emprunts aux symboles de l'Egypte sont plus
iréquens. 4

Les écoles des gnostiques

et celles

des plato-

1

Porplijiius, in Vita Plot'mi ,

c.

iG. Cf.

L'inscription

carpocratieiiiie^

dccouveiie
et

dans

la

Cyréoaïque.

Vojez

ci-dessns^ p.

293

299.
recueillis le
litre

2 Les oracles,

que Plethon a

premier, étaient

désignes par les anciens sous le
qucs.

de Sentences chaldaï-

On y

trouve plusieurs opinions gnostiques.
les

5 Tandis que
le

platoniciens composaient des livres sous
les

nom

d'Hermès,,

gnostiques élevaient des

monumens

en i'honneur d'Hermès. Voyez ci-dessus,

p. 299.

4 Voyez l'explication de nos planches. Les deux premiers

Kjmbpics, expliques dans
Ion, ont été adoptés par

les
les

Hiéroglyphiques d'Horus-Apol^
gnostiques.

^7^

SECTION

1

M.

niciens oflfrent, en général,

un phénomène cuou

rieux sous le rapport de leurs publications

de leurs ouvrages

secrets.

Les premières, ne poupopulations

vant s'appuyer nulle part sur des

nombreuses
dans

,

ne trouvent bientôt de salut que
et, vers
,

le silence,

l'époque de leurs der;

nières

destinées
,

elles

cessent d'écrire

les se-

condes

au contraire , ayant à ranimer des peu-

ples entiers, qui, tout oppressés qu'ils sont, se

considèrent encore
toire qu'ils

comme
,

les

maîtres

du

terri-

occupent

leur fournissent

chaque

jour de nouvelles armes pour se défendre.

Proclus

,

qui se rattachait à Jamblique par son

maître, Syrianus d'Alexandrie, livra,
dire, les

pour

ainsi

combats de toute une armée. Voyant

tout l'ancien

monde

religieux, poétique et phi-

losophique des Grecs plus compromis que ne
l'avaient

vu tous

ses prédécesseurs, et

ne pou-

vant se résoudre à voir périr tout cet ensemble
d'institutions et
lien
il

de doctrines que
il fit

le

savant Juce prince,

nommait ï hellénisme,

comme
ses

admit quelques opinions de

ennemis, dans

l'espoir qu'elles pourraient les entraîner sous ses

drapeaux. Les gnostiques lui offraient une sorte
d'intermédiaire
qu'il défendait

entre

la

philosophie religieuse*
cause désespérée, et

comme une

,

CHAPITRE
]a

VI

r.

477
était

religion

lliéosophique

,

qui

l'objet

de

toutes ses haines, mais qui régnait à Constanti-

nople, qui avait déjà formé
drie
,

les écoles

d'AlexanIl

et

qui

allait

former

celles
,

d'Athènes.
joignit

ménagea donc

les

gn os tiques

et

aux

doctrines de Platon et de Pythagore, aux mystères de l'Egypte ei de la

Grèce, aux traditions

de

la

Thrace

et

de l'Orient, des

emprunts

faits

aux chrétiens eux-mêmes. La
le

foi avait fait,

dans

sein

du christianisme
;

,

ces merveilles qui le

désolaient

elle

y

avait produit ces

innombrables

conversions qui faisaient

un
;

seul peuple des quacet enthousiasme qui
les

rante nations de l'empire

gagnait les esprits

,

depuis

geôliers jusques

aux
le

rois

;

cette pureté

de

mœurs
,

qui désarmait
cette

courroux des philosophes
faisait

et

passion

du martyre qui du bourreau
Il
:

tomber

le glaive

des mains

Proclus recommanda

la foi.

l'appelle
le

un présent immédiat de Dieu,
;

le

moyen
n'eût

plus sûr de connaître la vérité
lui,
il

et s'il la

dépendu que de
,

se fût

nommé

source de cette foi

à l'instar de Jésus-Christ

dont

il

combattit

la

doctrine avec de nouveaux
suivant son système sur le

argumens ^ En

effet,

1

Procli duodeçi^inû argumenta adstrsus christianos in

,,

478

'

SECTION

III.

monde

supérieur, tout
les

y

est

émané d'une moy fordernier

nade primitive, tous

êtres intelligens
et
il

ment une chaîne unique,

est

le

membre
moins

de cette série d'émanations ^ C'était

au

se placer aussi

haut que possible;

c'était

aussi rivaliser non-seulement avec le Christ, mais

avec plusieurs gnostiques des premiers temps.

^

Proclus s'accordait, en général, avec certains

Comme eux, il prétendait commander à la nature; comme eux, fuyant même il évitait de se confondre avec elle
gnostiques sur plusieurs points.
,

le

mariage
,

^.

Son ame

se

recueillait
,

de toutes
retirait
4.

parts

s'amassait en
ainsi

elle-même

et se

pour
ainsi

dire

,

peu à peu du corps

C'est

que

les

gnostiques se gardaient de dissiper,

Philoponi

îibris

18 de œternitale mundl contra Pjoclum.
in-folio.

Venet., i535,

Comparez

la

Vie de Proclus^ par

Burignj,
1

Mém.

de l'Acad. des inscriptions, XXXI.

Sê/ûCt

èpfJLCtïlitl,

2 Par exemple,

Simon

le

magicien.

3 Proclus, de l'aveu de son biographe, n'avait pas toujours vécu dans la continence.

4 Suidas, Proclus; Marinus, Viia Procli,

éd. Fahricio
cic

Hambourg
sin

j

1700, in-4." Cf. Creuzer, Initia philosophiœ
platonicis foniibus deducta;
;

iheologiœ ex
f

4

yol. in -8.'^

Cou-

Procli philosophi platonici opp.

5 vol. în-S.^

CHAPITRE vn.

479

par l'acte de iriultiplication, les rayons ('émanés

de

la divinité.

Après Proclus, qui mourut vers

la fin

du cin-

quième

siècle, les écoles

du platonisme tombè-

rent aussi rapidement que celles des gnostiques.

Les persécuteurs des unes
craindre
nissent

et

des autres pouvaient
se réu-

un

instant

que leurs débris ne
le

pour reculer encore
il

terme de leur

chute
le

commune;
la

ne paraît cependant pas que
ait

rapprochement commencé par Proclus

amené

paix entre les deux partis; car, malgré

les fréquentes rencontres qui durent avoir lieu,

surtout dans Alexandrie, entre les gnostiques et
les derniers

platoniciens

^ ,

on ne trouve qu'un
:

seul
la

exemple de rapports d'amitié entre eux
célèbre Hypatie
le
,

c'est

liaison de la

fille

du géo-

mètre Théon, avec
la

poète Synésius, évêque de

Cyrénaïque

;

encore Hypatie demeura-t-elle

fidèle

au platonisme, tandis que Synésius seul
cette doctrine avec la
^.

mêla

gnose

et les

croyances

orthodoxes

Les rangs des deux partis ne se

1

Ammonius

,

Maxime d'Ephcse, Eunape de Sardes^
de Cilicie
et plusieurs

lliéroclès d'Alexandrie, Simplicius

aulres,

enseignaient dans Alexandrie ou
les

y

étudiaient en

même

temps que

gnostiques.

2 Voj'ez ci-dessus, p. 4 î»-

48o

SECTION

III,

confondirent point. Les platoniciens ne pardonnèrent jamais aux gnostiques l'élément chrétien
qu'ils conservaient

dans leurs systèmes;

les

gnos-

tiques ne voulurent jamais embrasser les

mythes

auxquels
les

les

philosophes rattachaient

les idées

plus fondamentales de leurs doctrines. Les
et

uns

les autres

avaient

été

infidèles

à leurs

maîtres pour s'attacher

aux croyances de l'Orient,
cepenassez

qu'ils préféraient à toutes les autres, et

dant

ils

ne purent jamais

être

infidèles

complètement pour
tenir plus

s'unir ^ Incapables

de souinsti-

long-temps leurs écoles, leurs

tutions

,

les

uns aimèrent mieux rentrer dans

le

sein de la

communauté chrétienne

,

les autres

s'expatrier de l'empire,

que de chercher leur

sa-

lut en associant leurs doctrines et leurs malheurs.

Peut-être ces sentimens font-ils

un

égal

honneur

aux uns

et

aux

autres. Ils

en font beaucoup aux

1

II

en fut de

même

des rapports entre les gnostiques

et

les chefs des

sanctuaires.

Nous yojons
adoptèrent

les

gnostiques
(y. ci-

adopter quelques sj^mboles des mjstères de la Grèce
dessus, p. 296),

comme
de

ils

les

emblèmes de

ceux de l'Egypte

et

la Phénicie; ils paraissent aussi avoir

accueilli quelques idées des Mithriaques (vojez l'explication

de nos planches); mais

les prêtres

du paganisme

furent

inaccessibles à l'influence de

la gnose.

,

CHAPITRE VIL

4^1

giiostiques, qui n'avaient jamais eu le projet de

combattre

la

religion

de Jésus -Christ, qui ne

demandaient, au contraire, autre chose qu'elle,
dans sa pureté primitive.
Il est

vrai

que plusieurs

de leurs écoles cherchaient encore à l'enrichir,
à la parer, à l'orner des dépouilles de l'antiquité

payenne; de tout ce que

la tradition

mystérieuse
les

de leur sainte race avait reçu de lumière, dès

temps

les

plus reculés; de tout ce que leur
la

comfait

munication immédiate avec

suprême

intelli*
le

gence leur révélait encore; mais, dans
ce fut aux pieds de la croix

du Sauveur
quand
ils

qu'ils

déposaient tous ces trésors;
si

et
si

virent

obstinément,

et

quelquefois
ils

cruellement, tous

leurs

dons méprisés,

descendirent eux-mêmes

des célestes régions de
avec
les

la

gnose, pour s'humilier,
,

plus simples fidèles
la foi.

sous

les vulgaires

enseignemens de

Conclusions générales de cet ouvrage.
Les trois puissances qui dominèrent
miers siècles de
christianisme
,

les pre:

la

nouvelle ère
éUiit

du monde
,

le

qui

venu sanctionner

au

nom

de Dieu, quelques-unes des plus belles vé5i

,,

^Si
rites

SECTION ni*
découverles par
la

raison

humaine, en
y

re-

jetant
le

une foule d'erreurs

qu'elle

avait jointes;

gnosticisme, qui prétendait conserver et allier

avec le christianisme
trines qu'il venait

un grand nombre de docet la

de condamner;
,

philoso-

phie de
et se

la

Grèce

qui voulait les sauver toutes
elles
,

défendre , par
s'était

contre la nouvelle ennela Syrie sur le

mie qui

répandue de

monde

civilisé; ces

trois

puissances, disons -nous, se

maintinrent indépendantes l'une de l'autre jusqu'au

moment où une
nement,

autre force que celle

du

raison-

celle des

armes, vint

établir entre elles

une

sorte de paix par

une sorte de guerre à mort.
époques de son

Dans

l'origine et à plusieurs

existence, le gnosticisme affectait la mission de

rapprocher

les

partis

,

d'opérer

la

fusion

des

doctrines, et d'ennoblir ce syncrétisme par des
révélations

supérieures

non interrompues.
regarda jamais

Il

n'accomplit pourtant jamais cette belle œuvre
et,

dans

le fait, il

ne

la

comme

son devoir. Sa mission
ser, sans égard

était

plus haute. Profesla vérité,
la

pour aucun adversaire,

que, de tous
sainte; que le

les

temps, avait possédée

race

monde

des intelligences avait luiet

même
vait

révélée

aux hommes,

qui, seule, poula

élever

les

pneumatiques au-dessus de

CHAPITRE VU.
maiière qui relient
leui;

4^5

ame

,

rayon émané de

Dieu
telle

même
était

et destiné

à

rentrer dans son sein,

l'unique affaire

des véritables gn os-

tiques. C'est à ce but

que tendaient leur dogme,

leur morale, leur culte, toutes leurs institutions,

tout ce qui s'y rattachait. Et, sans doute,

c'était

une noble vocation que
le ciel
ils

celle

de
les

faire

triompher

dans

le

monde mais
;

gnostiques ont-

atteint ce résultat?

Cette

question renferme une injustice
l'histoire.
Ils

,

aux
fait

yeux du tribunal de
ce que le genre

n'ont pas
faire
j

humain ne peut pas
ce que peut faire

ce

que

n'a fait

aucune autre secte ni religieuse ni
; ,

philosophique
qui a
fait le

seul

,

celui

genre humain.
questions que l'histoire doive
:

Aussi
élever à
les
la

les seules

cet

égard, sont celles-ci

qu'ont

fait

gnostiques pour résoudre les problèmes que
raison

humaine doit chercher sans
et

cesse

à

résoudre?

qu'ont- ils

fait,

pour

arriver euxl'idéal est

mêmes

à ce degré de perfection

dont

prescrit à

l'homme partout,

et

dont lui-même

n'offre l'image nulle part?

Le gnosticisme, dans
l'homme, que son ame
de lumière qui constitue

sa

psychologie^ a dit à

était
la

un rayon de

l'essence

divinité; qu'elle était

484
de
les

SECTION
nature que le

III.

même
plus

monde
l'Être
ses

des intelligences

sublimes

;

que
;

suprême

l'avait
4

confiée à la matière

que

malheurs mêmes
la

dans cette existence transitoire, étaient

preuve
de
lui

de son
sa

état d'exil;

que

si

elle

se souvenait

céleste origin