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TRAITÉ
^yiy>
DE LA

CONSTANCE

BIBL.

COLL. TORN.
Lut.

S. J,

N"

//,

JUSTE LIPSE

TRAITÉ
DE LA

CONSTANCE
TRADUCTION NOUVELLE
PRÉCÉDÉE D'UNE NOTICE SUR JUSTE LIPSE

LUCIEN DU BOIS

"Coïversitas

BIBUOTHECA
Pttaviens^

BRUXELLES & LEIPZIG
C.

C^CUOUJRDT

Henry MERZBACH^ éditeur
libraire de la cour & de
s.

a. r. le

comte de flandre

1873

MARC MICHEL

jj- IMPRIMERIE PE

RtY *<|XBOUILLO^

->,

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.V£ISS£NBK7CH

(/
'J

IV.PR.MFIjR DJROI

BRUXELLES

BJ /533

M.

LE

Baron

dANETHAN

MINISTRE D'ÉTAT

ANCIEN MINISTRE DE LA JUSTICE

ANCIEN MINISTRE DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES
iMEMBRE

DU SÉNAT ^^-^^

M'omTnaçô dô
eu

Icv

respectueuse

a^ffeoùmv

de

Ventier

dévouement

QJe son très olèissant serviteur

LUCIEN DU Bois.

Juste Lipse est une des gloires de la Belgique.
Il

n'est

pas de nation qui ne fût

fière d'avoir

pro-

duit

un tel homme. Non seulement, par
la sagacité
il

la

patience
et la

de ses recherches,

de sa critique

sûreté de son érudition,

a contribué

pour une

large part à nous restituer le texte des grands

écrivains de l'antiquité,

corrompu dans

la nuit

des

âges, et à nous rouvrir le trésor des connaissances
intellectuelles
tels

accumulées par

les

travaux immorla

des plus puissants génies de

Grèce

et

de

Rome; mais
son temps,

encore, par l'empire qu'il sut prendre

sur les savants, les littérateurs et les publicistes de
il

fut

un de ceux qui influèrent avec
le

le

plus d'efficacité sur les esprits, et sur

mouve-

ment des idées au développement desquelles nous


ralement reconnu
demi-siècle,
et

8

"

assistons encore de nos jours. Juste Lipse fut géné-

accepté, pendant plus d'un

par tous
cette

les

comme un chef et comme un maître, hommes qui pensaient; il partageait
les intelligences
:

domination glorieuse sur
le

avec Joseph Scaliger et

grand Casaubon

c'est

ce qu'on a appelé le second triumvirat littéraire

du

XVI''

siècle

(^).

Des souverains, des princes, des

nobles, des militaires, des magistrats, des prêtres,

des gens de tout ordre

et

de tout

état, et

jusqu'aux

femmes du meilleur monde
rendre

et les

plus élégantes,
le

excités par la célébrité de son
visiter et lui

nom, venaient
sa retraite
:

hommage dans

les

hommes

les plus

éminents par leurs dignités, par

leurs emplois ou par leurs talents tenaient à hon-

neur d'entretenir avec

lui

correspondance

:

on

le

prenait pour juge dans toutes les controverses
historiques et littéraires et dans toutes les questions à
l'ordre

du jour
ne
fût

:

aucune réputation ne
:

s'établissait qui

consacrée par ses suffrages

ses disciples et ses partisans,

répandus par toute

l'Europe, formaient

une école considérable que l'on
si l'on

appelait la secte des Lipsiens. Et, cependant,

excepte quelques rares érudits restés fidèles aux

anciennes disciplines, qui donc aujourd'hui se pré-

Ci NiSARD,

le

tnumvirat

littéraire

au

\xi^

siècli',

Paris, 1852, iû-8».

—9—
occupe de Juste Lipse
et

connaît de

lui

autre chose

que son

nom ? Le latin

a cessé d'être la langue uni-

verselle. Or, toutes les

œuvres de Juste Lipse sont
échappent ainsi à
et
l'intelli-

écrites en latin; elles

gence d'un très grand nombre
lies

gisent enseve-

sous

la

poussière des bibliothèques.
se ternir ainsi l'éclat de l'auréole

Ne laissons pas
de nos Belges
:

le capital intellectuel

d'une nation

mérite d'être préservé au

même

titre, et

avec plus

de soin encore, que son capital industriel ou commercial.

On

le

comprend généralement pour
les

la

peinture et l'architecture. Pourquoi n'en serait-il

pas de

même

pour toutes

œuvres de

l'intelli-

gence? Pourquoi ne pas restaurer les bons livres
avec
le

même amour que
et les

l'on

met

à conserver les

bons tableaux
Les uns

monuments des
Animé de

âges anciens?

comme

les autres font

également partie de
cette pensée,
les

la richesse nationale.

nous

avons résolu de

faire

un choix parmi
et

ouvrages

principaux de Juste Lipse
les traduisant

de

les vulgariser

en

du

latin. le traité

Nous commençons par
et cela

de

la

Constance,

pour deux motifs.
lieu, le traité

En premier
la

de

la

Constance, écrit

au milieu des calamités publiques qui affligeaient
patrie en proie, à cette
et

époque
la

néfaste,

aux malet

heurs

aux ravages de

guerre civile

de

la


dont
l'utilité

10


qui nous

guerre étrangère, est une de ces œuvres morales
est toujours actuelle, et

apprennent
la

à

conserver l'égalité et conséquemment

vigueur de l'àme, quelles que soient les vicissila

tudes de

fortune favorable ou contraire. Pour
le

notre compte, nous avons été incité à

traduire

précisément par
1870, de la guerre,

le

spectacle des catastrophes de
et

du siège de Paris

de

la

hideuse

insurrection de la

Commune. Les
la

réflexions

que

nous avons puisées dans

méditation de cet

excellent opuscule n'ont pas été d'un faible secours

pour maintenir notre âme dans
de
la

les régions sereines

philosophie, et pour raffermir notre confiance
la

dans
nité,

Providence divine qui

veille sur

l'huma-

préside à son avenir, et sait ménager ses pro-

grès suivant des desseins impénétrables tant qu'ils

ne sont pas accomplis.

En second Heu,

le traité

de

la

Constance inté-

resse d'une façon spéciale l'histoire de notre pays:
il

a été dédié par son auteur aux
et

Bourgmestre
la ville

et

Échevins

au Conseil communal de

d'An-

vers; cette dédicace a été agréée avec reconnais-

sance; la ville d'Anvers en a noblement récompensé
Juste Lipse par l'octroi
traitant l'ouvrage

du droit de bourgeoisie, et,
enchâsser les deux

lui-même comme un joyau d'un
fait

prix inestimable, elle a
livres

de

la

Constance dans un reliquaire d'or


fermé à clef
de-ville.
et

Il

précieusement conservé à l'Hôtel-

Qu'on ne s'étonne donc pas

si,

en nous efforçant
et

de renouveler

le

souvenir de Juste Lipse

en

donnant au public cette traduction delà Constance,
nous sommes soutenu par
faisons
la la

conviction que nous
acte utile

un acte de patriotisme, un
et

pour

Belgique tout entière

particulièrement pour

celte

noble

cité d'Anvers,

qui est à la fois la grande
le

métropole de notre commerce maritime,
ceau de nos libertés modernes
et

ber-

l'inexpugnable

boulevard de notre indépendance nationale.

Nous sommes dans la seconde moitié du seizième
siècle
:

les hautes études, à cette

époque, étaient

très fortes
sent.

en Belgique, beaucoup plus qu'à préles esprits for-

En même temps nous voyons
les

tement agités par

questions religieuses et par

les questions politiques.

L'amour de

la

nouveauté

se montrait partout

:

la foi

discutée avait perdu
:

de son empire sur
allait

les

âmes

le

Concile de Trente

se réunir

:

saint Ignace venait de fonder la

Compagnie de
an
:

Jésus: Luther était

mort depuis un
de Henri
VIII,

l'Angleterre, sous l'impulsion


s'était

12


:

séparée de l'Eglise
la

l'Allemagne,

le

Dane-

mark,

Suède se déclaraient pour

les nouvelles

doctrines et le libre

examen

:

toutes les anciennes

institutionschancelaientébranlées:unétatnouveau
semblait se préparer pour le monde. Ces époques de troubles paraissent, au premier abord, contraires

aux loisirs que réclame la culture des lettres. Cependant, il n'en est rien les esprits, tenus en
:

éveil parTébuIlition

des passions contemporaines,

puisent, dirait-on, des forces plus grandes dans
les

événements calamiteux qui se déroulent devant
alors

eux, et c'est presque toujours

qu'on voit

apparaître les plus brillantes pléiades de maîtres

dans toutes

les

branches des beaux-arts

et

des

belles-lettres.

Juste Lipse est né à Isque, à égale distance de

Louvain

et

de Bruxelles,

le

18 octobre, ou 15 des

calendes de novembre 1547, l'année

même où
baptême

Charles-Quint remportait sa victoire définitive sur
les princes luthériens
le
(^j.

Il

avait reçu au

nom

de Josse

qu'il

changea plus tard en celui

(')

caire de la ville d'Auvers, puis

AubertMirœus, ou Le Mire, da Bruxelles, chanoine et bibliothéaumônier et historiographe de l'infante
ou plutôt l'éloge de Juste Lipse, dont

Isabelle, a écrit, en latin, la vie
il

avait été l'ami, eu tête de l'édition de ses

œuvres publiées àLyon,

1613,

2 vol. in-folio.

U

raconte que, dans la nuit qui précéda la naissance de
d'une blancheur

notre auteur, sa mère vit en .songe deux enfants

admirable qui se promenaient dans sa chambre en se tenant étroite-


de
Juste.

13

Sans être considérable, sa famille tenait
sa fortune et par sa position.

un rang distingué par
Son

père, Egide, était lieutenant-amman
la

ou comIl

mandant de

garde civique de Bruxelles.

tenait

à la noblesse par les femmes, son bisaïeul ayant

épousé une demoiselle Linkebeke
apporté en dot
le
fief

(^)

qui lui avait
et la
la

de Rode, des terres

maison

d'Isque,

la famille

demeurait pendant

première enfance de Juste

Lipse(-).

Dès l'âge de
de
la

six ans,

on

le

mit à Bruxelles à l'école
et,

paroisse de la Chapelle f );
:

à dix ans,

il

fut

ment embrassés

présage, dit

le

modestie qui devaient caractéiiser un jour,
fant prés de venir

bon chanoine, de la science et de la et à un si haut degré, l'enlatin sur la vie

au monde.

M.
et les

le

baron de Reiflfenberg, dans son commentaire

ouvrages de Juste Lipse, mémoire plein d'érudition, publié en

1823 et couronné par l'Académie royale de Belgique, a donné une vue

de

la

maison natale du savant. Cette maison,

située à trois lieues de

Bruxelles, sur une pente qui

mène

à la route de Louvain, existe encore

aujourd'hui et appartient à la famille Poot.
(')

Anne Linkebeke
les

était d'une famille très noble,

mais déjà éteinte

dans
était

mâles. Juste Lipse son mari, bisaïeul de notre professeur,

un savant distingué. Martin Lipse, grand oncle de Juste, chail

noine augustin à Louvain, a donné de bonnes éditions d'anciens
auteurs, avec des remarques
:

était

intimement

lié

avec Erasme.

L'aïeule maternelle de Juste Lipse était une noble dame, Marguerite

Eichantia, dont les ancêtres, le père et les frères ont

fait figure à la

Cour des princes belges.
(2)

La

famille de Juste Lipse n'habitait Isque qu'accidentellement.

Elle appartenait à la bourgeoisie de Bruxelles où elle avait pignon sur
rue.

La maison

de Bruxelles ayant été détruite par un incendie, la

famille s'était retirée dans sa villa d'Isque, pendant la reconstruction

de l'habitation incendiée.
(3)

A

l'école

de la Chapelle, Lipse eut pour condisciple Denis Villers,
le

depuis chanoine à Tournai,

premier belge qui se

soit fait

remarquer


anciens de
la

14


l'un

envoyé au collège d'Ath en Hainaut,

des plus

Belgique, et célèbre par la quantité
été élevés (').

d'hommes distingués qui y ont
pai* le

nombre

et l'excellent

choix des livres de sa bibliothèque et par

la

possession d'un musée de numismatique et de curiosités recueillies
lui

par

dans ses voyages en

Italie et

en Allemagne. (Mirœus.)

Lipse donna, pendant
si vif et si

qu'il était

à cette école, des preuves d'un esprit

le proposaient pour modèle aux Mais il ne put jamais y apprendre à former ses lettres, et il conserva pendant toute sa vie une écriture tellement indéchiffrable qu'elle faisait le désespoir de ceux qui étaient

précoce que ses maîtres
lui.

autres enfants élevés avec

obligés de lire ses lettres et ses manuscrits. {Vie de Juste Lipse.

Bibliothèque populaire, Bruxelles, 1838,
Bayle, n'était qu'un griffonnage
(')

in- 32.)

Son

écriture, dit

illisible.

Nous avons trouvé à

la

Bibliothèque royale de Bruxelles un petit

volume très rare et très curieux, intitulé « Regiilœ collegii Athensis Ath, 1648 ". Entête de ce règlement figure un discours du régent

du

collège, Michel

Couteau, lequel rappelle que l'un de ses prédéJardin, avait été le professeur de Juste Lipse

cesseurs, Pierre

Du

et en avait reçu, sous la date

du 3 des ides de

juillet

1601, la

lettre

suivante
•«

:

J'ai été affligé

avec raison, car c'est sans intention que je

n'ai

pas

••

été vous voir à

mon

retour de voyage. Pourquoi as-tu agi ainsi?

me

"
.'

demanderez-vous. Je

me

hâtais,

poussaient malgré moi vers
tude, mais ce n'eu est pas

mes intérêts me rappelaient et me mes pénates. Vous savez, qu'exerçant
à.

"
••

une fonction publique, je suis assujéti

certaine honorable servi-

••

"

moins une servitude. Je souhaite donc qu'elle m'excuse auprès de vous et que vous approuviez sinon le fait, du moins l'intention. Sachez que mon esprit est votre ouvrage et
appartient à cet endroit où
j'ai

"
••

commencé agréablement, je
douce pensée qui remplit
!

dirai

même
et à

utilement,

comme dans un camp ou dans une arène,
esprit naissant.

à exei'cer

«

former

mon
et

mon

âme d'amour
"

de reconnaissance

Quœ

mihi flcxanimo mentem perfundet amorel
que je suis redevable

"
••

Kt, en effet, j'en fais ici l'aveu, c'est à vous

de cette étincelle de fou nouveau qui est en moi, à vous quej'ai toujours (rouvé si bienveillant envers moi. Que puis-je vous donner

~
Juste Lipse
s'est

15


sa vie

plaint toute

du temps

énorme qu'on
très vicieuse
différente,

lui

fit

alors consacrer aux rudiments

delalanguelatine.Laméthoded'enseignementétait
:

chaque école
fatiguait

avait

une grammaire
de règles, de

on

les élèves

vaines formules et de questions sans importance,
les

retenant pendant la meilleure partie de leur

âge à l'entrée des connaissances humaines, sans les

y laisser pénétrer, rebutant ainsi beaucoup de
jeunes esprits
et

leur faisant prendre en haine,

non sans

motif, l'étude des lettres. Ces défauts n'ont
l'on tient

pas entièrement disparu;
les élèves

mal

à

propos

pendant plusieurs années sur

les prin-

cipes que l'usage, la lecture et l'intelligence des

auteurs leur enseigneraient naturellement et beau-

coup mieux;
jours,
il

et si Juste

Lipse avait vécu de nos

aurait encore le droit de se plaindre,
fait,

comme
"
"

il l'a

d'avoir consacré trop de
i

temps

pour vous payer de retour
tout entière?
<•

Ma personne?ne

vous la dois-je pas déjà

«

Quod monstror digito prcetereuntiura, Quod spiro et placeo, siplaceo, tuum est.

M «

O

Ath, ô mes délices! ô école de
la diriger le faites,
l'"

ma

première jeunesse! Puissiez-

VOUS vous

encore longtemps et avec bonheur, cette école,

comme
{Lettre

pour votre gloire

et

pour

le

bien de la patrie
les Belges.)

!

»

n° xc de la

centurie de la correspondance avec

Un

des successeurs de Pierre

Du

Jardin et de Michel Couteau,

M. T. Ouverleaux, préfet des études au collège d'Ath, a renouvelé le même souvenir dans un discours éloquent qu'il prononça, à l'occasion de la distribution des prix, au mois d'août 1855.

16


de n'avoir pu mieux

à ces bagatelles stériles et

l'employer à l'étude du style, de la littérature,

de

l'histoire et

de

la
Il

philosophie

f).

Son génie

s'an-

nonçait dès lors.
çaise,

apprenait seul la langue fran-

langue

qu'il

ne parvint jamais à parler cor-

rectement, mais
bien;
il

qu'il

comprenait

et écrivait assez

faisait aussi
il
il

des vers

latins.

A

seize ans,

fut placé

au collège des Jésuites

à Cologne
classes.

eut beaucoup de succès dans ses

Sa vocation paraissait l'entraîner alors à de ses cama-

faire des discours et à étudier les philosophes.

Parvenait-il à rassembler cinq

ou

six

rades, il les haranguait; et son biographe

Mirœus
eussent

conclut de là qu'il fût devenu sans doute
orateur,
si les

un grand

habitudes de son siècle

lui

ouvert

la carrière

de l'éloquence.

(1)

Dans une

lettre adressée à

philologue, qui fut

nommé, par
:

le

Adolphe de Metkercke, antiquaire et duc d'Alençon, président du Conseil
le

de Flandre, en 1580, Juste Lipse déplore
études préparatoh-es et ajoute
-

temps

qu'il a

perdu à ses
si

«

Quel

fruit aurais-je

obtenu
si

j'avais

passé ces cinq années à m'exercer à
dié des choses plus sérieuses?

la

composition, et

j'avais étu-

••

Et

cette faute de tous les jours est

causée non pas tant par l'incapacité des maîtres que par leur vanité et leur routine. " Dans cette même lettre, du 3 des ides de

novembre 1582, Juste Lipse rapporte que Christophe Plantin lui avait demandé de faire une grammaire qui fut commune à toute la Belgique rien n'étant plus préjudiciable aux bonnes études que cette variété de
:

grammaires.
la
••

— Michel Montaigne
et le latin,

faisait

des plaintes analogues sur
xvi*"

mauvaise méthode de l'enseignement au
dans ses immortels Essais, un grand

siècle

:

"

C'est,

dit-il

et bel

agencement sans doute
••

••

que

le

grec

mais on lachepte trop cher.

17


En même temps,

il

apprenait le grec. C'est

une

circonstance caractéristique qu'il faut noter.

Depuis
la

la

renaissance des lettres, depuis

même

translation

du

siège de l'Empire à Constantinoavait été

ple, l'étude

du grec

peu en honneur dans
la rivalité in-

l'Occident catholique.

En dehors de

troduite par Constantin entre l'ancienne et la nouvelle

capitale, et des hérésies
fait

dont

la politique

impériale avait
les chefs

de Byzance un foyer perpétuel,

de l'Eglise, dans leur haute sagesse, se dédemi-savants
:

fiaient des

ils

connaissaient l'im-

perturbable assurance avec laquelle les gens infatués de ce qu'ils croient savoir convertissent leurs
visions en réalités, et
ils

ne voulaient pas que queltort et à travers la ver-

que pédant pût critiquer à

sion des Septante, de peur que, sous le vain et faux prétexte d'erreurs grammaticales,
il

ne

fût

porté

atteinte à l'autorité nécessaire de la Vulgate(^). Cette

crainte ne paraîtra pas étrange à ceux qui se souSignalons ce passage d'un sermonnaire du xvi« siècle
il

(')

:

«

On

a

" "
•'

trouvé une nouvelle langue qu'on appelle grecque;
tir

faut s'en garan-

soigneusement:
livre
-•

langue un
et

elle est la mère des hérésies. \\ y a en cett<> appelé iVourca?', Testament, qui est plein de ronces

"

de vipères.


viendront
(les

18


longues,
si

querellas

si

importantes

au fond, quoique
listes et

si futiles

en apparence, des Réa-

des Nominaux. Mais les temps étaient chan-

gés L'esprit d'innovation et d'examen avait éclaté

avec violence dans divers pays de l'Europe

:

la

fermentation et l'inquiétude agitaient toutes les
classes
:

on contestait

l'autorité d'Aristote

avec aula

tant d'acharnement et d'impatience

que

supré-

matie du Pontife romain
sortir

:

on voulait

à tout prix

de ce qu'on appelait

la léthargie

ancienne,

remonter aux sources, renouveler
la

la littérature et

philosophie, discuter les croyances religieuses.

Bien loin de s'opposer à ce réveil des
gences,
jetèrent
les

intelli-

membres du
le

clergé

catholique se

eux-mêmes dans
moins

mouvement avec une
la

ardeur généreuse: cédant à
d'égaler au
les

noble émulation

réformateurs dans les talents

qui leur avaient servi à séduire les

hommes,

et

d'acquérir les connaissances nécessaires pour dé-

fendre victorieusement

la vérité

contre les attaques

des sectaires,

ils

s'appliquèrent à l'étude de toutes

les sciences utiles, et les cultivèrent

avec tant de

zèle et de succès qu'ils parvinrent bientôt à se

rendre, dans toutes les branches des connaissances

humaines, des maîtres autant
les plus illustres

et

plus habiles que

docteurs du protestantisme. Les

Pères delà Compagnie de Jésus, institués, en 1540,


pour
se

19


et

dévouer sans trêve

sans repos au ser-

vice de Dieu et de son Vicaire, et dont l'objet principal était d'instruire la jeunesse et de réfuter les

erreurs répandues par les ennemis du Saint-Siège,
les Jésuites,

ne furent pas

les

moins

zélés

promoamé-

teurs de cette révolution salutaire.
liorer les vieilles

On

les vit

méthodes de

la scolastique, cor-

riger ses formes barbares, se livrer à

une étude

approfondie des langues anciennes

et

des langues

modernes, enseigner

le

grec et l'hébreu, cultiver
les arts

à l'envi les sciences, la poésie et tous

aimables, et faire faire à leurs élèves des progrès
rapides. Les études n'étaient nulle part aussi bonnes

que chez eux
(')

(').

La création des

collèges de la

Compagnie de Jésus
le

a été le point

de départ d'une révolution radicale dans pouvoir

système des études. Jus-

dans la main du ou complètement indépendants. Chaque professeur enseignait une partie des sciences et des belles-lettres, sans mêler rien de
qu'alors, les universités et les collèges avaient été
civil

religieux à ses leçons
elle n'exerçait

:

la théologie avait ses classes particulières;

dans

les autres classes

sentiments, les habitudes de la

mais aucune influence sur les idées, les vie. Sous la direction des Révérends

Pères, l'étude de la théologie continua d'être l'objet d'un cours spécial,

mais

les

opinions et les pratiques religieuses s'étendirent sur tout

le

système de l'éducation. Cet Ordre dévoué s'étudiait à rattacher au pouvoir pontifical les jeunes esprits que la fermentation générale tendait à

y soustraire, et

il

combattait ainsi les attaques des sectaires avec des

arniQS beaucoup plus efficaces que l'argumentation et la prédication.

Les collèges des Jésuites formaient dans toute l'Europe
de lazarets contre
défense de la
foi.

comme

autant
la

la

contagion de l'hérésie, d'ardents foyers pour
la

En même temps,

méthode d'enseignement
livi*es

était

identique dans toutes ces écoles, les
appris, les

mêmes

élémentaires étaient

mêmes

auteurs expliqués et de la

même

manière,

et

il

se


Il

20


que Juste Lipse ne
fit

faut convenir toutefois

point dans la langue grecque les progrès que ces
habiles professeurs auraient été en droit d'attendre. Livré tout entier à l'étude

du

latin,

il

accorda
le

moins de temps
que dire

à celle

du grec;

et, si

on

com-

pare aux érudits, ses contemporains, on peut presqu'il n'eut

jamais de cette belle langue

qu'une médiocre teinture. Casaubon, son émule
et

son ami, disait que, sous ce rapport, Lipse
qu'un enfant. Les Hollandais allaient plus
l'accusaient de ne pas

n'était

loin;

ils

même

savoir lire
la

le grec.

Ces reproches peu justes troublaient
il

quiétude de notre savant;

avouait qu'il n'était
la littérature,

pas

fort exercé

dans cette partie de

mais non
de

qu'il l'ignorât, et,
il

pour

aller

au devant
le travers

la critique à cet égard,

tomba dans

de vouloir

faire

parade de

la science qu'il avait le

moins

et

de larder de citations grecques toutes ses

répandit bientôt parmi les classes cultivées une instruction générale à

peu prés la même pour tous, qui est demeurée l'un des cachets de notre Ce sont époque. Cette uniformité n'existait point chez les anciens.

aussi les Pères Jésuites qui ont séparé de la littérature l'étude des

sciences physiques, mathématiques, politiques et morales. Peut-être
ont-ils

mérité par là

le

reproche d'avoir

affaibli

dans renseignement

le

principe fécond de l'universalité, qui était l'un des caractères des uni-

beaux travaux aux Indes, qu'ils ne redoutaient la concurrence de personne dans aucune des directions que peut prendre l'intelligence humaine. Avant tout, ils suivaient un plan profond de conversités anciennes. Ils ont prouvé cependant, par leurs

mathématiques à

la

Chine

et

servation sociale.


productions,
et

-21


lettres

surtout ses

familières.

Disons immédiatement que, sans être très fort

comme
pour

helléniste,

Lipse

l'était

cependant assez
tra-

avoir,

de l'aveu de Casaubon lui-même,

duit Polybe avec beaucoup d'exactitude, et infini-

ment mieux qu'aucun de
Ce qui
morale
le

ses devanciers.

passionnait, c'était l'étude de la philo-

sophie, principalement dans ses rapports avec la
et la politique. Il lisait

avec avidité tous les

livres relatifs à cette haute science, les

comparait

ensemble, prenait des notes,

faisait

des extraits.

Ses maîtres s'alarmèrentde cette ardeur périlleuse,

en
tés

effet,
:

dans ce

siècle

de discussion et de nouveau-

ils lui

arrachaient les livres des mains, déchi-

raient ses cahiers, et les traités
çait

que déjà

il

s'effor-

de composer d'après
ils

les

commentateurs

les

plus autorisés; mais

apportaient à cette répres-

sion une bienveillance toute paternelle qui toucha

profondément

cet élève si bien doué, et
le

dont

il

conserva toute sa vie

souvenir

le

plus reconnais-

sant et le plus affectueux. Son goût pour la philo-

sophie ne

s'affaiblit

pourtant jamais, et

c'est à ce

goût que nous devons les études approfondies à
l'aide desquelles
il

sut, le

premier, coordonner

et

mettre en lumière non seulement les maximes de
la le

philosophie stoïcienne, mais encore l'ensemble et

corps entier des doctrines de cette grande école.

00

_
la portée

Les Jésuites avaient bien jugé de
cet esprit patient et infatigable

de

dans tous

les

genres
ils

d'investigations scientifiques et littéraires;

ten-

tèrent de se l'attacher. Lipse n'y répugnait pas ;
ses parents ne voulurent pas voir leur
le seul
fils

mais

unique,

espoir de leur race, entrer dans la carrière
Ils

ecclésiastique.

se

hâtèrent de le retirer de

Cologne pour

le

mettre à l'Université de Louvain,

dont l'un de ses ancêtres avait été l'un des premiers
recteurs.

Pendant
et

qu'il était à

Louvain,

il

perdit son père

sa

mère. Lui-même nous dépeint son père
rude,

comme un homme
ami des
moine.
festins et

prompt

à la

main, fort
et

des réunions joyeuses,

ayant

consumé

ainsi la

majeure partie de son patri-

La Belgique

était alors fort travaillée

:

les idées

nouvelles, les prétentions des Espagnols, les décrets sévères de Philippe
II,

l'administration rigide

des gouverneurs, les cruautés du duc d'Albe avaient
tout

bouleversé.

Depuis

l'emprisonnement
le

du

comte d'Egmont, Guillaume

Taciturne était

demeuré

seul à la tête

du

parti national. Perrenot,


la

23


il

cardinal de Granvelle, avait dq)uis longtemps jugé

place intenable pour lui, et
il

s'était retiré

à

Besançon, d'où

venait d'être appelé à Rome.

Juste Lipse écrivit à ce

moment

ses livres des

Variarum lectionum, en
se créer

style cicéronien, et,
il

pour

un protecteur puissant,

les

dédia au

cardinal de Granvelle.
Juste Lipse débutait en maître. Dans toute sa
carrière,
et
il

n'a plus rien écrit avec autant d'élégance

de pureté que ce premier ouvrage. Le style en
excellent,
clair,

est

abondant

et

harmonieux,

nourri de l'étude de Gicéron et des maîtres de la

bonne

latinité.

L'auteur éclaircit plusieurs pas-

sages difficiles de Gicéron, de Properce, de Varron
et

de beaucoup d'autres. Le ton

est toujours

moles

deste

comme
il

il

convient à un jeune

homme;

critiques qu'il adresse à quelques gens de lettres,

dont

combat

les interprétations, n'ont rien

de

ce caractère acerbe et insultant qui était de
alors,

mode

mais sont au contraire empreintes de poli-

tesse et de condescendance. Le cardinal de Granvelle,

qui n'était pas seulement un politique conet

sommé
aussi un

un de ces ministres
si

d'État de premier

ordre devenus

rares aujourd'hui, mais qui était

hommedu meilleur monde et un esprit très
enchanté de cet ouvrage,
lui, à
fit

cultivé, fut

venir l'au-

teur auprès de

Rome,

et l'attacha à sa

maison


comme
latine.

24


correspondance

secrétaire préposé à sa

Juste Lipse resta

deux ans dans
mais aidé par

la

maison du
science de

cardinal, traité avec

une extrême bienveillance,
la

non seulement

excité,

son patron à continuer ses études. Ses fonctions
lui

laissaient de

longs

loisirs

qu'il

consacrait

a la recherche des inscriptions lapidaires, à la
visite

des ruines et de tout ce
et

qu'il

y avait à étudier

à

Rome
(^)

dans

les environs.

Le savant cardinal
et

Sirlet

lui ouvrit la

bibliothèque vaticane
les difiërents

ce

fut là qu'il

put comparer

manuscrits

de Sénéque, de Tacite, de Plante, de Cicéron, de
Properce,
etc.,

et

prendre

les notes qui lui per-

mirent plus tard de donner de ces écrivains des
éditions correctes, et des commentaires pleins de

remarques savantes
(')

et

de rapprochements judiune science pro-

Le

cai'dinal Sirlet, né en 1514, en Calabre, avait
:

digieuse

il

parlait l'hébreu, le grec et le latin avec autant de facilité
Il

que sa langue maternelle.
Pie IV, ea 1565
:

fut sur le point d'être
lui avait

Charles Borromée

pape à la mort de gagné beaucoup de voix
si

dans

le

conclave; mais on craignit qu'un pape

savant ne fut pas

assez appliqué aux affaires, et on n'alla pas plus loin.
fut

Le cardinal

Sirl*»t

chargé de

la

garde de

la

bibliothèque vaticane qui suffisait à peine à
11

l'ardeur de ses recherches.

n'en sortit presque plus, ne cessa de tra-

vailler qu'en cessant de vivre, et pourtant,
rjues variantes sur les

il n'a rien laissé que quelpsaumes, dânsVapparatus de laBibled'Alcala, et

quelques traductions de vies de saints
di^

et d'oraisons

de Saint-Grégoire cherchent que

Naziance. Le conclave avait jugé sainement. Sirlet était un de ces
le travail

savants qui aiment

pour lui-même

et n'y

la

satisfaction de leur gonf

pour

l'étude.

cieiix. Il

fréquenta aussi les bibliothèques publiques

et privées les plus

fameuses de
Farnèse
et

la ville éternelle,

notamment
Des
rissaient à

celles des

des Sforce.
flo-

hommes

très érudits

de différents pays
:

Rome, dans

ce

même temps

Antoine

Muret, Paul

Manuce

et ce Benci, qui,

pour entrer

dans

la Société

de Jésus, quitta son prénom païen

de Plante, pour celui plus orthodoxe de François.
Lipse suivit les cours de Muret, et se
lia

avec Jéré-

mie Mercuriali, le prince des médecins de ce temps,
avec Charles Sigonius et Pierre Victorius, connus

comme
lui

historiens et

comme philologues,

lesquels

témoignèrent beaucoup d'affection, et contri-

buèrent à donner à son esprit plus d'étendue,
à sa

renommée un
sait

plus grand et plus prompt

essor.

On ne

pas bien pourquoi Juste Lipse se sé-

para du cardinal de Granvelle; mais, au lieu de
suivre ce prince de l'Église

quand un

il

alla

prendre
il

possession de

la

vice-royauté de Naples,

revint

à Louvain et y vécut, pendant
vie qui,

an, d'un genre
fort

de

de son aveu, ressemblait
:

peu

à celui
il

de Caton
laissa

libre,

sans parents, sans tuteur,

se

facilement séduire par l'exemple de ses
et entraîner et

camarades

aux plaisirs de son âge
lui firent

Son bon naturel
abandonner

de salutaires conseils
:

enfin cette vie dissipée

pour mieux


rompre
ses

26


il

mauvaises habiluiles

voulut visiter
il

l'Allemagne. Là, se place son voyage à Liège, où
fut reçu

chez Charles Lange, ou Langius, chanoine
vieil et très

de Saint-Lambert, son

savant ami. Lan-

gius était passionné à la fois pour les fleurs et pour
la

philosophie

:

c'est

durant cette

visite

que Lipse

prit le goût de l'horticulture, et qu'il jeta les bases

de ce

livre d'or

de

la

Constance, où

il

n'y a d'autres

interlocuteurs que Lipse et Langius, et où les jar-

dins sont décrits avec tant de charmes et de complaisance.

Durant son voyage vers l'Allemagne
passé par
la

il

avait

Franche-comté

et

par Dole, siège de

l'université
et

quePhilippe-le-Bon,duc de Bourgogne
il

de Brabant, avait fondée en 1422;

y séjourna

quelques jours. Là, dans un dîner donné en son

honneur, Lipse prononça

le

panégyrique de Victor

Gisélin nouvellement inauguré docteur en
cine. L'excitation

méde-

causée par cette harangue et peuttable,

être aussi par

quelque excès de

donna

à Lipse

une

fièvre violente; sa vie fut
il

en

péril. Aussitôt

guéri,

partit

pour Vienne

et se

présenta à Maxiréunissait alors

milien IL La cour de cet

Empereur

autant de savants et de gens de lettres que toutes
les autres cours

de l'Europe prises ensemble. C'est

a

Vienne que Lipse connut Auger-Ghislain Bus-

bec(]ue, illustre

comme ambassadeur,

Jean Craton


et Nicolas Biesus,

-27


ainsi

médecins fameux,

que Jean

Sambuc

et l'historien

Etienne Pigh, qui cherchèrent

à le retenir et à le fixer

parmi eux. Mais
il

il

avait

Tamour de son
la

pays. Pour y revenir,

passa par
et
:

Bohême,

visita Prague, la Misnie, la
lui

Thuringe

la Saxe.

Alors

arrivèrent de tristes nouvelles
la

la

guerre désolait de nouveau
était

Belgique, son

patrimoine

ravagé par
il

la soldatesque. Retar-

dant son retour,

sollicita et obtint

une chaire de
:

professeur d'éloquence et d'histoire à léna

ce fut

son début dans

la

carrière qu'il ne quitta plus

jusqu'à son dernier soupir.

C'était

assurément un succès bien séduisant pour

un jeune

homme

de vingt-quatre ans que de deve-

nir titulaire d'une chaire importante dans
versité

une uni-

renommée. Les professeurs des diverses
une idée

Facultés jouissaient d'une considération dont nous

ne pouvons guère aujourd'hui nous
juste.
Ils
:

faire

disputaient pour la préséance avec les avaient même été régulièrement investis

nobles

ils

du

titre et

de toutes

les prérogatives

de

la

Che-

valerie;
les

on

les appelait Chevaliers-clercs,

comme

docteurs en droit du Parlement de Paris. L'étude


(k's

28

sciences et des lettres était déjà regardée par

les

peuples

comme une

profession au moins aussi
celle des

utile et aussi

honorable que

armes;

et les

chefs de la monarchie française avaient, depuis

plusieurs siècles,
les

donné l'exemple de s'appuyer sur
à la fois

Chevaliers-clercs,

pour restreindre

l'autorité

des grands vassaux et pour résister aux
la

exigences de

curie romaine. Rappelons qu'en

1340, c'est à dire plus de

deux

siècles avant Juste

Lipse, l'Université d'Oxford comptait, à elle seule,
l)lus

de trente mille étudiants. Au xvi*' siècle, le noms'était

bre des universités

considérablement accru

en Europe

:

la clientèle

de chacune avait diminué,

sans doute, mais l'importance personnelle des professeurs et des docteurs était restée la

même, et l'on

recherchait partout, sans distinction de nationalité, les

savants les plus notables et les

hommes
de

les plus éminents,

pour leur confier

les chaires

l'enseignement public.
Juste Lipse faisait

donc un grand \ms, malgré

son illustration précoce, en obtenant à son âge une
position
si

enviée. Mais cette belle médaille avait

un

triste revers.
la

Les princes de Saxe, de

branche Ernestine,

avaient été des premiers à se passionner pour les

doctrines de Lutlier.

Ils

étaient

devenus

les

pro-

moteurs

les plus ardents

de

la

Réforme. Charles-


Ûiiint,

^20


la ligue

pour désunir îe faisceau de

de Smal-

kalde, avait réussi à gagner à son parti Maurice,

chef de

la

branche cadette,

dite Albertine, et lui

avait conféré l'Électorat de Saxe, au mépris des

droits de l'Électeur fait prisonnier à la bataille de

Mûhlberg
vaincre
la

et

iniquement condamné à mort pour

résistance de sa femme, l'héroïque Sibille.
le

léna était
le

centre de l'opposition contre l'Empire,

refuge et la forteresse des champions les plus

déterminés du protestantisme. L'Université d'Iéna
avait été créée parle

duc de Saxe-Weimar, en lo5o,
et

précisément dans ce but,
les catholiques

son

nom

seul était

pour
celui

un objet d'horreur, comme
et d'hérésie.
11

d'un repaire de rébellion

fallait

donc

que Lipse

eût, d'un

côté,

bien peu de fermeté
l'autre,
il

dans ses doctrines religieuses, et que, de
fût

bien impatient de se produire sur

le théâtre

de l'enseignement,

pour consentir à

occuper

une chaire

à cette université. C'était de sa part

presque une apostasie. Quels qu'aient pu être ses
sentiments dans le for intérieur,
il

ne pouvait

exercer le professorat dans ce foyer du luthéra-

nisme, sans se montrer lui-même luthérien
ses collègues.

comme

Sur ce point,

il

ne

laissa rien à

désirer aux protestants les plus rigides. Cela est
certain
:

en

effet, il

avait

pour ennemis tous ceux
intrus dans l'uni-

qui

le

considéraient

comme un


étaient très
cérité

30


remplacer
:

versité et qui aspiraient à le

ceux-là

nombreux;

s'ils

avaient douté de la sin-

de sa conversion au protestantisme, ces

rivaux auraient assurément tiré parti de cette
irrésistible
:

arme

or,
la

pas un n'en parla. Lipse ayant été
Faculté des arts, tous ses collègues
sa nomination;
il

élu

doyen de

en masse s'opposèrent à
fut
fait

ne

à cette occasion
:

aucune allusion à ses
rabattit à dire, ce qui

croyances religieuses
était vrai et ce

on se

qui est assez piquant, que Lipse
titre était indis-

n'était pas

maître ès-arts, et que ce

pensable pour occuper le Décanat. Lipse
bachelier; mais
illustre
:

n'était

que

il

était déjà

un

homme

de

lettres

le

duc de Saxe-Weimar jugea avec bon
la

sens que c'est

science et non pas le diplôme qui
et,

constitue le savant,
blique,
il

par une

lettre

rendue pu-

ordonna que Lipse

fût

reconnu
la

comme

maître ès-arts et confirmé dans

dignité de

doyen

(^).

Néanmoins, Lipse, malgré

la

douceur de ses

mœurs

et l'aménité

de ses manières, ne put par-

(i)

M*'''"

De

Ram

,

alors

recteur

magnifique de l'Université
'

de

Louvain, dans son discours pour l'inauguration du
Lipse, en 1853, a
•'

monument de Juste
:

fait ressortir cette

circonstance intéressante
qu'il

Ainsi,

un savant belge, pendant
et l'histoire à l'Université

les

deux années

enseigna l'éloquence
il

"

diéna, trouva, au début de sa carrière,

y a trois siècles déjà, un protecteur et un admirateur dans la maison

"

de Saxe-Cobourtr.


calmer l'opposition

31


de malveil-

venir à se concilier la faveur de ses collègues, ni à
et les sentiments
lui.

lance qui fermentaient autour de

Le

1''

mars

1574, après avoir fait a gréer sa démission au prince,
il

quitta les

bords de

la Saale.

Lipse songeait à rentrer dans sa patrie. S'étant
arrêté à Cologne,
Calstria,
il

y

fit

la

connaissance d'Anne

ou Yanden Calsterre, veuve originaire
il

d'une famille patricienne de Louvain, et

l'épousa

malgré

le conseil

de ses amis.

Comme il
:

le dit lui-

même
fatal

en citant un vers d'Euripide
et le lit

«

Les destins

en avaient décidé ainsi,

nuptial est aussi
»

pour

Je

mari que pour
le

la

femme.

Lipse ne

trouva pas dans

mariage ce

qu'il avait désiré

par

dessus tout, une postérité pour perpétuer sa race
et

son nom. Sa

femme
elle

plus âgée que

lui,

n'eut

point d'enfants;

tenait à

dominer dans

sa

maison; mais notre auteur se réfugia dans ses
études, et la concorde ne fut jamais
sérieuse-

ment troublée entre eux
(•)

(^).

Il

n'est

pas sans in-

L'anecdote suivante, puisée dans la tradition, peint la compagne
:

de Juste Lipse
••

••

visite au village natal de J. Lipse, le sacristain de l'endroit, qui nous accompagnait, nous raconta une anecdote qui,
...

Lors de notre


lérét (le

3^2


la

remarquer

ici

que
la

femme de

Lipse était

fermement attachée à

religion

catholique et

même

dévote.

On

doit en conclure

que Lipse, à

l'occasion de son mariage, rentra dans le giron de
l'Église.
Il

est constant

que

sa

femme
dans

avait pris

un

grand empire sur
ne
fut

lui et que,

la suite, elle

pas étrangère à sa réconciliation avec les

Pères de la Compagnie de Jésus.

Lipse demeura à Cologne pendant près de neuf

mois;

il

y

écrivit les ctntiquœ Lectiones,
et

contenant

des commentaires
dies de Plante,
lière estime.
Il

des corrections sur les coméil

pour lequel

professait

une singu-

ne manquait aucune occasion de
«

louer cet auteur et d'en conseiller la lecture.
Plante,
disait-il

Lisez

à ses

élèves d'Iéna,

il

contient
l'écri-

plus de doctrine véritable que Térence; c'est

••

jusqu'à ce jour, a échappé aux biographes du savant professeur.

La


••

Providence, nous

dit-il,

avait doté J. Lipse d'une épouse dont le

peu d'aménité

lui

causa plus d'un ennui.

Un

jour que l'archiduc
la

••

Albert était venu, à Isque, faire visite à son conseiller d'État,

••

femme de
le

ce dernier, qui, accidentellement, avait ouvert au prince,

••

reçut sans lui donner la moindre

marque de
"

respect. L'archiduc,


"

formalisé de cet accueil, eut la franchise d'en parler à Lipse qui se

borna, en haussant les épaules, à lui répondre

:

Mon Prince, c'est une
il

"

femme

",

voulant ainsi donnera entendre que, plus d'une fois déjà,

" "
"

avait fait à la sienne des observations sur sou

manque de

politesse,

mais que, avec l'obstination commune à son sexe,
persisté

elle avait

toujours

dans sa manière
le

d'agir. " {Juste

Lipse patriote, par Eo.

Vax

KvEN, archiviste de

la ville

de Louvain, 1S53, broch. in-lG). M. Van

Kven confirme

récit de son sacristain par

un renvoi au Diction-

iiairc histoi'iqiii; de Baijle,

RoKcrdam,

1097,

3;j

vain le plus utile à lire après Cicéroii; vous

y trouverez réunis la propriété des termes, la pureté,
l'urbanité, la plaisanterie légère, le sel attique et
les grâces

que vous chercheriez vainement
» Il

ailleurs

dans

le

Latium.

aurait

pu ajouter que

Plante,

meilleur imitateur des Grecs, avait observé les

mœurs
que son
Ce
Lipse

avec plus de pénétration, qu'il avait plus
et était plus

de force comique
rival.

véritablement poète

fut aussi

pendant son séjour à Cologne que
à éclaircir, par des notes philole

commença

logiques et historiques. Tacite,
historiens, qu'il contribua à

plus profond des
faire

nous mieux

con-

naître. Déjà Ferret, Alciat et Bertran avaient essayé

de

le faire,

mais essayé seulement. Noire savant
fois entré
il

compatriote une

dans

cette carrière, la

suivit jusqu'au bout, et

publia, sur Tacite, un
excellent,

commentaire complet

et

qui

mérita
(').

d'avoir dix-sept éditions en

moins d'un

siècle

(')

Nous avons
il

dit

que lorsque Lipse

était à

Rome

chez

le

cardinal de

Granvelie,

se lia avec Muret, l'un des savants les plus célèbres de

l'Europe. Celui-ci travaillait depuis assez longtemps à des
taires sur Tacite, et, habitué à aider

commen-

de ses conseils
fit

les

jeunes gens qui

venaient s'éclairer prés de

lui,

il

ne

aucune

ditîiculté

de communi-

quer ses notes à Lipse. Lorsque l'ouvrage de ce dernier parut, Muret
jirétendit y reconnaître plusieurs
drl'endit

de ses idées

et s'en plaignit.
:

Lipse se

de ce plagiat, dont

il

serait inju.ste de l'accuser

il

est naturel

que deux
(le

hommes

se rencontrent

quand

ils

suivent la

même

route, (fie

Juste Lipse. Bibliothèque populaire, Bruxelles, 1838, in-32.;

3i

Cependant,

l'inflexible

duc d'Alhe, qui

n'avait

reculé ni devant les mesures les plus cruelles, ni

devant les supplices les plus atroces pour asseoir en
Belgique la domination du
avait été rappelé et
fils

de Charles-Quint,

remplacé par un successeur

animé d'intentions conciliantes. Requesens, quoiquesansnégliger un seul instantl'emploides moyens
militaires, avait

proclamé à Bruxelles une amnistie
et

générale, aboli quelques impôts odieux
le

supprimé

Conseil des troubles, ce terrible instrument de
fait

tyrannie qui avait
et

tomber

tant de nobles têtes,
flétri

que

le

peuple avait justement

du nom de

tribunal de sang. L'état de siège n'existait plus. Les
États de Brabant croyaient pouvoir
le

compter sur

rétablissement des anciens privilèges
et

commula reli-

naux

provinciaux

:

ils

protestaient d'ailleurs de

leur fidélité au roi et de leur

amour pour

gion catholique Juste Lipse revint à Isque dans
la

maison paternelle, désireux
de studieux de
la

d'y consacrer sa vie
et

à

loisirs, loin

de l'ambition

des sou-

cis
la

politique, et de partager son

temps entre

culture de ses

champs

et

le

commerce des
une
letti'e

doctes sœurs. Nous avons de

lui

écrite

vers ce temps au conseiller royal Guillaume Breu-

ghel, son parent,

35


il

dans laquelle

vante avec éloet

quence

les

charmes de

la vie rurale

déclare

qu'il préfère la

campagne
le

à la ville

pour
et

la sagesse,
le profit

pour

les

nuœurs, pour

bonheur

pour

qu'on y trouve.

Mais

la pacification

du pays

n'était qu'apparente.
la
la

Les soldats des partis contraires désolaient

campagne (^); une bande de partisans envahit
tranquille

maison de notre savant,

et Juste

Lipse

fut contraint d'aller

chercher un refuge à Louvain.
la

fut

donné à

jeunesse un noble et beau
professeur d'éloquence à

spectacle.

On

vit l'ancien

l'Université d'Iéna, l'ancien

doyen de

la

Faculté des

arts, le savant déjà illustre, le

commentateur érudit

de Tacite
les
les

et l'auteur

d'ouvrages célèbres que tous

gens de lettres avaient continuellement dans
mains, se remettre

comme un
les

jeune

homme

sur les bancs de

l'école, suivre les

cours de juris-

prudence, affronter avec éclat

académiques

épreuves des examens
(')

et

des thèses publiques et
le

De

tout temps les armées d'invasion ont vécu sur

pays ennemi,

et la dernière

guerre nous a montré avec quelle rigueur ce formidable

droit de réquisition est encore exercé par les
plinées.

armées

les

mieux

disci-

Que de maux

n'en devait-il pas résulter pour les populations

rurales, à l'époque de Juste Lipse,
solde, ni rations régulières et
la discrétion

quand
le

les

troupes ne recevaient ni
livré à

que

pays était nécessairement
villes souffraient les

absolue du soldat! Les

moins, parce

que

les citoyens trouvaient,

dans une entente commune,

moyens
la

de régulariser au moins ce désordre et de se faire protéger par
discipline militaire.


conquérir
aurait
le

3G

(').

diplôme de docteur en droit

On

pu croire qu'en

se livrant à ces études, Lipse

avait en vue de se frayer

une carrière nouvelle

dans

le

barreau ou dans

la magistrature. Il n'en
et

était rien.

Son caractère prudent

réservé

l'a

touora-

jours

empêché de vouloir
confusion

se lancer sur la

mer

geuse des fonctions publiques, surtout au milieu

de

la

si

grande de toutes choses qui ré-

gnait alors en Belgique, où les plus sages conseils
étaient

un objet de mépris quand
11

ils

n'étaient pas

un motif de persécution.
de goût pour
le

n'avait pas

non plus

barreau,

et faisait

peu de cas d'une
soutenir indif-

profession consistant, selon

lui, à

féremment
tion

le

pour

et le contre,
i)ublic,

non par convicmais au gré du

ou par

zèle

du bien
et

client qui

commande
qufi

qui paye.

(')

Peudanf

Juste Lip»e étudiait à Louvain pour conquérir
il

le

diplôme de docteur en droit,

y rencontra

le

célèbre Bellarrain, neveu

du pape Marcel
lit

II.

Bellarmin, entré jeune dans l'ordre des Jésuites,

tant de progrés dans les sciences et
qu'il fut

son zèle et de ses talents,

donna de si foi-tes preuves de envoyé à vingt-sept ans à Louvain
professeur de prédication et

pour combattre

l'hérésie, à la fois

comme

comme

professeur de théologie à l'Université. Les premiers emplois
la

de son ordre,

faveur do cinq papes consécutifs et

le

chapeau de

cardinal furent la récompense de cette expédition qui dura sept ans.

Tout
livre

le

monde connaît

la

longue

liste

des ouvrages de cet illustre et
ici

.savant professeur de l'Université de Louvain. Citons seulement

son

de ScripUn-ibus eccleaiasiiiis,

qu'il

comjiosa chez nous au milieu

des occupations que
rale de ses

lui donnaient ses deux chaires. L'édition généœuvres remplit sept gros volumes in-folio, Cologne, IW."),

u;r,

.

t

](iu».

37


pour acquérir une

Juste Lipse étudiait les lois

instruction plus solide(^), pour pénétrer plus avant

dans
saisir

la

science des choses de l'antiquité, pour
la

dans

jurisprudence

le

cachet qu'y ont
l'his-

successivement imprimé les révolutions de

toire et les doctrines des différentes écoles philo-

sophiques.
C'est
et

pendant ces fécondes études, que, résumant
les

complétant

travaux de Pomponius Lœtus, de

Paul Manuce, de François Hotoman et d'autres
savants,
il

a colligé et

donné au public

le recueil

des lois édictées par les anciens rois de Rome,
et l'importante loi

des XII Tables;

— sérieux serfit

vice

rendu
le

à l'érudition.

Vers

même
dans

temps,
la

le

hasard

lui

découvrir

à Louvain

boutique d'un épicier, parmi
en cornets, un
et

les papiers destinés à être convertis

manuscrit de Tite-Live, très vieux
état, qu'il

en mauvais

put acheter à bon compte. Cette découlieu
,

verte

donna

aux

livres

des Epistolicarum

qiiœstiomim

spécialement consacrés à éclaircir

(') La connaissance du droit romain est indispensable pour obtenir une pleine intelligence des anciens. Depuis que les études littéraires

ont été séparées des études juridiques, les littérateurs ont perdu
clef de

la

beaucoup de passages importants des grands écrivains de Romo, et, de leur côté, les juristes n'ont-ils pas perdu quelque peu de cette élégance, de cette urbanité et de cette pureté de langage qui, autrefois,
caractérisaient, à
L'ujas et tous les

un degré

si

éminent, les Ulpien,

les

Tribonien, les
.'3

grands jurisconsultes?


et à restituer divers

38

passages du grand historien

de Rome.

L'œuvre de Tite-Live était déjà retrouvée en partie
depuis longtemps,
péri.
et sa

réputation n'avait point

Alphonse d'Aragon avait reçu des habitants de

Padoue,

comme une très
était

précieuse relique, un frag-

ment du bras de

leur illustre compatriote; le prince,
faisait lire

quand

il

malade, se
et
il

des pages de

l'histoire

y prenait, assurait-il, plus de plaisir qu'aux concerts des maîtres de sa Cha-

de Tite-Live,

pelle.

X avait fondé une chaire pour expliquer Tite-Live dans le même Capitole d'où cet historien avait été autrefois banni comme trop favorable au
Léon
parti de

Pompée. L'imprimerie

avait reproduit ce

qui restait de ses œuvres, d'abord à Rome, en 1469;

puis à Venise, en 1470; à Mayence, en 1519,

etc.

Des
fruit.

hommes

érudits s'en étaient occupés

avec

Les travaux de Juste Lipse n'en furent pas
très dignes d'intérêt
et la
:

moins
gance

il

a fait ressortir

l'élé-

pureté de ce

style,

dont tous nos

efforts

ne parviennent pas à reconnaître

la légère patavi-

nité reprochée par les contemporains, et
la noblesse, la clarté et le parfait

montré

enchaînement

des

récits.

Dans

le

même

ouvrage, notre auteur,

a rétabli, d'après les inscriptions

marmoréennes,

d'ai)rès les tables d'airain et les fastes consulaires,

plusieurs passages importants des Pandectes, et

donné

39


de Martial,
et d'Apulée.

d'utiles corrections d'Ausone,

de Pline l'ancien, de Juvénal

*

Pendant que

le

laborieux savant se livrait à ces
la

paisibles études,

question religieuse complila

quée du désir de chasser l'étranger du sol de
patrie, faisait naître
les

de graves dissidences entre
et les

provinces catholiques du sud

provinces

calvinistes

du nord des Pays-Bas, préparant, d'une
République Batave,
et,

part, la fondation de la
l'autre,
la

de

restauration

de l'autorité espagnole

dans

la

Belgique future. Le Congrès, réuni à Gand,
et

des députés des États de Hollande
et

de Zélande

du

parti national belge, avait inutilement tenté
les dix-

de cimenter une alliance durable entre

sept provinces, par la fameuse charte de 1576,

connue dans

l'histoire

sous

le

nom

de Pacification
la

de Gand. Les classes supérieures de
étaient effrayées de l'ambition et
citurne,
et,

Belgique

du génie du Ta-

tandis que le peuple maintenait encore

dressé l'ancien étendard des Gueux, la Noblesse
se ralliait à la

cause royale, en vue d'assurer

le

triomphe de

la religion catholique sur l'hérésie.

De

cette

nouvelle

charte,

dite

l'Union

de


Bruxelles,

40


la

germe

fatal

de

division prochaine et

d'une nouvelle et longue série d'infortunes. Le dé-

nouement de

la crise fut

hâté par

la précipitation

des Gantois, ces irréconciliables ennemis de

la

do-

mination étrangère. Vainement

le

prince d'Orange

cherche à ralentir ce mouvement intempestif, à

désarmer les haines religieuses, et à réunir sur le terrain de la tolérance les patriotes de toutes les confessions.

Gand

s'insurge

:

une armée de vingt mille
pour ressusciter

ouvriers sans travail, prêts à tout, et déterminés

aux plus grands

sacrifices

les

jours éclatants bien qu'orageux de la liberté com-

munale, s'avance dans

le

pays sous

la

conduite de

deux gentilshommes plus braves soldats que bons
politiques.

Don Juan
de
à

d'Autriche, le chevaleresque

vainqueur
vier

Lépante,

rencontre
l'armée

le

31

janet

lo78,

Gembloux,
fait.

nationale

l'anéantit.

C'en est

Le désastre

est irrépa-

rable.

Les principales

villes

du Brabant tombent
et le soldat

au pouvoir des vainqueurs,

espagnol

entre en maître à Louvain. Juste Lipse est frappé

de terreur

:

il

songe à

la

procédure sommaire de
lui

l'Inquisition et

au compte qui

peut être de-

mandé de son compromettant
tout,
et,

séjour à léna, de
:

son professorat à l'Université luthérienne
sans

il

quitte

même

prendre

le

temps de mettre

en sûreté ses meubles, ses livres, ses papiers, son


argent,
il

41

se sauve à Anvers. Martin Del Rio, son

ami, se trouva fort à propos à Louvain pour mettre
sa

demeure

à l'abri

du

pillage et de la confisca-

tion.

Del Rio, qui avait été l'un de ses condisciples

à l'Université de Louvain, était alors

conseil de

don Juan

et

juge dans

le

membre du camp royal,
le servir.

conséquemment bien en position de
Lipse
s'était réfugié à

Anvers chez un autre de

ses amis, Christophe Plantin, l'habile
français, si

imprimeur

connu par sa
de

belle édition, en huit vo-

lumes

in-folio,

la bible polyglotte d'Alcala, et

qui, ayant fait
travail, vivait

une fortune considérable par son

avec tout le confort possible à cette

époque (^). Mais Lipse n'osa point rester en Relgique;
il

ne se crut hors de danger que lorsqu'il fut parvenu
il

en Hollande où
certain, à la

vécut près d'un an, sans domicile

manière d'un numide,
fixer.

comme il dit,

et

ne sachant où se

La protection du prince d'Orange

lui

fit

obtenir

en 1579, une chaire à l'Université de Leyde, qui
(')

du Vendredi, à Anvers,
imprimeur, dans

La maison de Christophe Plantin existe encore de nos jours, place et la chambre qu'y a occupée Juste Lipse a été
l'état oii elle se

religieusement conservée, par les héritiers et les successeurs du célèbre
trouvait alors.


comme une
(•)

42


pour Juste Lipse
:

avait été fondée en 1575 (^). C'était

seconde apostasie

s'il

avait

se

n

et le savant

compta parmi ses élèves, à Leyde, le prince Maurice de Nassau Jean Gruter qui fut son auditeur pendant sept années

consécutives.

se

pendant quil professait à Leyde, que forma dans les lettres l'italien Scipion Gentili, jui-isconsulte éminent, dont on estime avec raison les ouvrages sur les lois et le traité sur les droits de la nature et des gens, et qui fut successivement professeur à Bàle, à Heidelberg, à Altorf. Scipion Gentili avait pour Lipse une
C'est aussi sous Juste Lipse,

admiration passionnée

et

il

était

digne d'un

tel

maître,

comme

il

l'a

prouvé par des poésies élégantes, par des paraphrases de psaumes et par des notes sur la Jérusale^n délivrée, dont il traduisit en vers latins les
premiers chants.
l'Italie

U était luthérien,

et,

pour cette cause,

il

avait quitté

avec son père et son frère Albéric, lequel obtint et occupa avec

distinction, jusqu'à sa mort,
ford.

—Nous ferons observer, à cette occasion, que Voltaire
les

une chaire de droit à l'Université d'Oxs'est exprimé
cxxviii

d'une manière trop absolue et peu conforme à la vérité, lorsqu'il a dit

dans son Essai sur
«
-

mœurs, chap.

:

>•

Peu de personnes
«

pri-

rent le parti de Luther en Italie.
d'intrigues et de plaisirs, n'eut
la

Ce peuple ingénieux, occupé
Si les
Italie, ce fut

aucune part à ces troubles.

novateurs ne troublèrent pas

paix publique en

unique-

ment par
une idée

le soin

que prit

l'autorité de veiller sur toutes les entreprises

particulières et de les arrêter
très fausse

aux premiers pas. Mais ce serait se faire du caractère italien que de le supposer trop léger pour attacher du prix aux grandes questions de la métaphysique, de la philosophie et de la religion. C'est tout le contraire. Pendant que tant
personnages italiens se faisaient remarquer par leurs talents

d'illustres

et par leur ardeur dans ladéfense des droits

du Saint-Siége, d'autres deve-

naient les sectateurs fervents et les apôtres des idées nouvelles. Calvin
avait séjourné à Ferrare sous le
fait

nom de Charles d'Heppeville,et ily avait
du clergé séculier
et régulier

de nombreux prosélytes

;

des villes entières avaient paru infectées

du poison de
Vermigli,
fois élu
le

l'hérésie; toutes les classes

avaient fourni leur contingent d'apostats, tels que le chanoine régulier

théologien Girolamo Zanchi de Bergame, Ochino, deux

général des Capucins, Vergerio, évéque de Capo d'Istria et
III
:

Nonce apostolique sous Paul
seulement
les idées

la liste serait

longue à épuiser.

Non

de Luther et de Calvin avaient pénétré en

Italie,

mais

il

avait surgi dans son sein

même un

grand nombre d'autres


calviniste.
Il

43


il

montrer luthérien à léna,

lui fallait à

Leyde

être

parut se soumettre à cette nécessité

sans répugnance, en se disant sans doute que ce

ne serait gue provisoire, mais ce provisoire dura

douze ans
les

:

pendant douze ans,

il

eut à supporter
lui avoir

reproches de sa femme, désolée de
foi,

vu

déserter sa

ceux de ses amis catholiques,

surtout de Del Rio, devenu jésuite, et ceux de sa

propre conscience
épreuve
!

:

bien longue

et

bien triste

Lipse n'avait pas de vocation pour
sur les questions religieuses
tait,

le

martyre
il

:

et politiques,

affec-

pour son repos, l'opinion dominante des pays
vivait.

il

Outre

le

goût de

la tranquillité,

il

avait encore l'amour-propre qui lui faisait désirer

d'occuper une chaire de professeur
évidence. Enfin,
il

et d'être
:

en

n'était

pas riche

les

émolu-

ments de sa place
d'aisance,
et,

l'aidaient

à vivre

avec plus

quoiqu'il n'en convienne jamais, cette
était

considération ne lui

pas à beaucoup près

redoutables ennemis de la Cour de Rome. Sans remonter jusqu'aux

Arnauld de Brescia
ici

et

aux Jérôme Savonarole,

il

nous

suffira de citer

toute la famille des Socini, fondateurs de la secte des Sociniens,
les

dont

opinions anti-triuitaires et sur les

effets

de la mort du Christ

tenaient de l'ancien Ariauisme, et ne répugnaient pas moins au Protes-

tantisme qu'au Catholicisme.
retiré à Zurich,

Il

s'en fallut de

peu que Lelio Socini,

ne fournit à Calvin une nouvelle occasion de prouver au monde, en relevant le bûcher de Michel Servet, comment il entendait la tolérance religieuse.

indifférente. Plus d'une fois,

dans sa corresponle

dance avec ses amis,

il

déplore avec amertume
et la

peu d'économie de son père,
celui-ci avait faite à sa fortune

brèche que
vif

par un trop

penil

chant aux plaisirs
l'assure, et
le

(^).

Si véritablement,

comme
lui

comme
le

sa conduite ultérieure

semble
qu'un

prouver,

calvinisme n'était pour

masque
et ses

extérieur, cette contradiction continuelle,

entre ses actes et ses pensées, entre sa conduite

croyances, a dû semer bien des chagrins
vie.
il

dans sa

Quoiqu'il en soit,
sincérité

laissa si

peu soupçonner

la
la

de son

adhésion aux doctrines de

Réforme, que des querelles religieuses s'étant

éle-

vées en Hollande, entre les ministres des diverses
sectes protestantes, ce fut lui

que

les magistrats

de

Leyde

et les
,

Etats-Généraux chargèrent à plusieurs
avec succès
,

reprises

et

du

rôle d'arbitre et de

conciliateur.

Pendant son séjour à Leyde, Lipse
fleur

était

dans

la

de

l'âge et

du

talent. C'est là qu'il a écrit et
Il

publié ses livres les meilleurs.
à ses
(')

recommandait

amis

et suivait

lui-même l'exemple de Pline

à
le

le

Les prodigalités du père de Juste Lipse obligèrent sa famille faire interdire pendant les dei'nières années de sa vie et à
sous tutelle. (Alph. Wauters, archiviste de la
t.

placer

ville

de

Bruxelles, Histoire des environs de Bruxelh's, 1855,
p. 477).

IIL V. Yssche,

lancien qui ne

lisait

jamais rien que

la

plume

à la

main, en prenant des notes ou faisant des

extraits.

Les deux livres des Electa, qui parurent en 1580,
sont proprement un de ces recueils de notes, sur

une multitude de

sujets divers,

mais rangées dans

un ordre
livre
I

clair et

méthodique. Le chapitre V du

donne une correction du PervigiUum Veneris, d'après une copie que Sannazar avait rapportée
d'Italie

en 1504,

et

que Pierre Pithou
(^).

avait retrouvée

et

envoyée à Lipse

On

trouve dans les Electa

l'explication ingénieuse de
l'antiquité.

beaucoup d'usages de

L'ouvrage devait être grossi de remar-

ques sur

les

fragments des anciens auteurs; mais

cette partie

de son manuscrit
qu'il

lui fut volée

par un

de ses amis,

voue, en raison de ce larcin, aux

dieux infernaux.

Peu de temps après,
pée
(1)

il

publia sa Satyre Ménipet poli

(-),

badinage aimable, élégant

sur les

C'est dans cet ouvrage, L. 2, C. 7, que Lipse

commentaires de César ont
n'est

été altérés en plus d'un endroit.

émet l'opinion que les Mais il
qu'il ait attribué

pas vrai,

comme on
il

l'en a fort

injustement accusé,
:

ces commentaires à Julius Celsius. Loin de là
tolaires, L. 2, C. 2,

dans ses questions

épisavis.
les

reprend Louis Carrion d'avoir été de cet

Ménage

dit

que cette opinion, qui attribuait à un autre écrivain
s'était

commentaires de César,
avaient été révisés par

répandue parce que

les

meilleurs
qu'ils

manuscrits de ces commentaires portaient en tête l'indication

un grammairien nommé Julius Celsius Con-

stantinus. Les copies faites d'après ces manuscrits étaient jugées les

plus correctes.
(2)

Scaliger lui écrivit, à l'occasion de cette satire, les choses les plus

flatteuses, en l'assurant qu'il le regardait

moins comme son ami que

susciter de très graves

40


faillit lui

poètes de cour et les lauréats officiels,qui

embarras avec l'Empire,

parce qu'on Faccusa d'avoir manqué de respect
envers la personne sacrée de l'Empereur, quand
avait dit
fait les
il

que

c'est
(^).

Apollon

et

non l'Empereur qui

poètes

comme

son maître, et que ses écrits

lui

semblaient encore plus précieux

que son amitié. Scaliger et Juste Lipse s'accablaient réciproquement de
louanges
;

et,

tandis que celui-ci comparait le premier à un aigle plales airs,

nant fièrement dans
le

Scaliger appelait Juste Lipse la gloire et

soutien des lettres en Europe. Mais chacun d'eux démentait ces
:

éloges en particulier, et Scaliger écrivait
plaît

«

Ce que

fait

Juste Lipse

pas seulement des écoliers
je

non Sijeme voulais prendre contre quelqu'un, ne me prendrais pas à Lipsius, mais à un autre grand personnage
au vulgaire,
:

comme Ramus

il

faut être estimé des doctes et

qu"il n'est

confraternité des
celle

me soucie guère qu'il m'aime. " On voit que la hommes de lettres de ce siècle ressemblait assez à de^ hommes de lettres nos contemporains. {Yie de Juste Lipse.
Je ne
pas prudent en ces temps

Bibliothèque populaire, Bruxelles, 1838, in-32.)
(1)

Il n'était

de prendre les princes à par-

Nous trouvons à ce propos dans les opuscules de M. Gachard, archi-\iste général du royaume de Belgique, une note qui nous a paru d'autie.

tant plus intéressante à reproduire

ici qu'elle
l'

concerne précisément

le

successeur de Juste Lipse dans sa chaire à

université de Louvain.
écrit,

Ce professeur, Erycius Puteanus,
bruit et qui était intitulée

était

soupçonné d'avoir
fit

contre

Jacqixes !<" d'Angleterre, une satire très violente qui
:

beaucoup de

Isaaci Casauboni Corona regia, etc. Bayle

rapporte que

le roi d'Angleterre,

furieux d'être dépeint sous des cou-

leurs si noires, obtint de ses alliés que l'auteur de ce libelle fût recher-

ché pour être puni. Mais ce que Bayle n'a pas su,

c'est que Jacques P"" envoya à l'archiduc Albert un ambassadeur extraordinaii'e, exprés pour
lui

dénoncer Puteanus
est

et lui

demander

sa punition.

La

lettre originale

au dépôt des affaires étrangères, à Paris, dans un volume de correspondances diplomatiques intitulé Pays-Bas, 1601 à 1615 elle
:

du Roi

;

est ainsi

conçue

:

•'

« A Monsieur mon frère et cousin l'archiduc Albert d'Autriche. Monsieur mon frère et cousin, nous envoyons vers vous le cheva-

47

Puis vinrent, à de courts intervalles, ses Notes

sur Yalère Maxime, ses Remarques sur Sénèque
le tragique, la véritable
il

sur Velleius Paterculus; son Traité sur

prononciation de

la

langue
les

latine,

fait

observer avec justesse que
et

langues

mo-

dernes dérivent du latin parlé
et plusieurs

non du

latin écrit;

centuries de lettres familières, aug-

"
•'

lier

Benêt, docteiu" en droit et juge de

la

cour de nostre prérogative,

et chancelier

de

la

royne nostre très chère compagne, en qualité de

'•

nostre ambassadeur pour vous
d'Iriceus

demander justice contre

la

personne

'.

Puteanus, professeur en vostre Université de Louvain,
diffamatoire qu'il a osé escrire et publier contre nous,
il

"
"
••

pour

le libelle
:

intitulé

Isaaci Casauboni Coro-na regia, par lequel
et

s'est efforcé

malicieusement

calomnieusement de

flestrir

l'honneur de nostre

"
••

réputation. Qui estant une licence indigne et intolérable à l'endroit

d'un prince, nous nous promettons qu'en cela, vous nous ferez avoir

» telle »
••

raison qu'il appartient, non seulement pour le respect de nostre

qualité et de la

vinces,

« ' «

tous

:

bonne amitié qui est entre noz couronnes et vos promais aussy mesmes pour Tamour de la justice qui est due à en quoy, comme vous nous donnerez tesmoignage particulier
bienveillance, aussy vous

de

vosti^e

obligerez réciproquement la

nostre envers vous, et nous serons prêts à vous en faire paroistre les

« effets,
"

quand l'occasion

se présentera, ainsy

que nous avons chargé

nostre ambassadeur de vous fayre plus particulièrement entendre

«

de bouche, auquel nous vous prions de donner audience gracieuse
toute créance en ce qu'il vous dira et proposera de nostre part.

« et
•'

Ainsy nous prions Dieu, Monsieur
tenir en sa saincte et digne garde.
le

mon

frère et cousin, de vous

" «

De

nostre palais de Westminster,

20e de mars. Tan 1616.
«

Vostre très affectionné cousin
•^

et frère,

Jacques, R.

••

Heureusement pour Puteanus, son innocence
Jacques
P""

fut reconnue,

car

était assez

vindicatif

:

les

États-généraux de Hollande
le

furent obligés de destituer de sa chaire à l'Université de Leyde

professeur Voi'stius, uniquement parce que celui-ci était Arminien et

que

le roi

d'Angleterre avait ces sectaires en horreur.

de
la jeunesse.
il

48


l'art

mentées d'une dissertation sur
l'usage

épistolaire, à

En

1582,

mit au jour ses Saturnalmm

libri,

qui

traitent des gladiateurs et des divers jeux
et qu'il
fit

du cirque,

suivre d'un livre sur la forme, les dis-

positions et les
C'est

aménagements des amphithéâtres.
au travail de Panvinius De

une

suite savante
(M.

ludis circensihus

(1)

Vers ce temps, une grande nouvelle se répandit dans
;

la

république

des lettres

on venait de retrouver et d'imprimer le traité perdu de Consolatio7ie, œuvre philosophique de Cicéron composée par le grand
fille

orateur à l'occasion de la mort de sa

Tullia.

Joachim Camérarius

en envoya un exemplaire à Juste Lipse, Celui-ci reconnut aussitôt que cette prétendue trouvaille n'était qu'une supercherie littéraire, une
mystification organisée avec beaucoup d'esprit et de talent, mais

non

avec

le style

même
il

de Cicéi'on.

La

sagacité de Lipse alla jusqu'à déce-

joignit à Lipse, et

du mystificateur, Charles Sigonius. Riccoboni se en résulta de toutes parts des clameurs et des discussions de la plus grande vivacité, mais qui prouvèrent la fraude avec évidence. Charles Sigonius. ou plutôt Sigonio, né à Modéne en 1519, était un des professeurs les plus distingués de l'Université de Bologne.
ler la personnalité

La tranquillité de

sa vieillesse fut singulièrement troublée par cette idée

malencontreusequ'il eut d'attribuer àCicéron le livre (?econsofe<w«e com-

posé par lui-même. Cette

folle querelle le brouilla

avec Juste Lipse

et

un

grand nombre de
dans

ses amis.

Mais

il

ne faudrait pas croire que Sigonio fut
Ses Fastes consulaires et
le

unhommesansvaleur.il est un de ceuxqui ont porté le plus de lumières
les ténèbres des antiquités romaines.

l'ample commentaire qu'il y joignit, en les publiant, furent

premier

ouvrage où l'histoire de
et

Rome ait été exposée dans l'ordre chronologique
et corrections

avec une critique saine. Ses Schoîies

sur

les

décades de

Tite-Live, ses ouvrages sur Yancien droit civil des citoyens romains,

sur Vancien droit de Vltalie et sur Yancien

droit

des

provinces
sur leurs
dirile

romaines, son traité des noms des Romains

et ses trois livres

jugements sont encore
fondateur de
la

les meilleurs

guides que nous ayons pour
difficiles.
si

ger nos recherches dans ces matières

Sigonio fut en outre
utile à la

diplomatique, cette science

conservation


originale, celle

49


la

L'année d'après, Lipse donna son œuvre

plus

dont il

fit

toujours le plus de cas, sur

laquelle

il

fondait son plus grand espoir d'arriver
Il le

à la postérité, le traité de la Constance.

com-

posa,

dit-il,

pour se détourner de
le

la

contemplation

des calamités sous
patrie et

poids desquelles gémissait sa

pour

se consoler

de ses propres chagrins.
d'une part, de prouver

Mais son but véritable

était,

que
de

l'étude des belles-lettres
la

ne

le

détournait pas

philosophie,

et,

d'autre part, d'adapter les
à
la

maximes des

stoïciens

vérité

chrétienne.

Grande assurément

ces

était sa

hardiesse de relever

l'étendard de la philosophie païenne dans un siècle
la théologie
!

dominait

si

fort sur toutes les scien-

Il

s'encourageait

du précepte de

saint Augustin
qu'ils

qu'il faut

prendre aux anciens tout ce

ont dit

de bon

et

appliquer sans scrupules à notre usage
enlevés à ces injustes possesseurs. Ce

les biens

petit livre est écrit avec infiniment d'élégance et

de

clarté.

Les contemporains

lui

ont

tait

bon

et à l'interpi'étation

des documents authentiques enfouis dans les

archives publiques et privées de toute l'Europe.

A

l'aide

de ces
il

monudu

ments
XII*'

écrits

généralement avec indépendance
lui doit

et sincérité,

put retrala fin

cer V Histoire de V Italie depuis l'arrivée des
siècle.

Lombards jusqu'à

On

encore une Histoire de VEnipire d'Occident, en

vingt livres, quatre livres sur la République d'Athènes, huit sur la
Ré'publique des Héhro^ix et une multitude d'opuscules sur des sujets
divers.

Combien nous sommes

loin aujourd'hui de ces

temps de

fortes

études et de labeur infatigable!

50

faire ici

accueil et

il

fut

presque aussitôt traduit en diverses

langues
l'éloge

(^i.

Nous nous abstiendrons d'en
la critique,

ou

puisque nous en donnons

Le traité de la Constance est un prompt et immense succès. Naudé, comparant à la cassette dans laquelle Darius serrait ses pierres précieuses, disait que Lipse avait eu l'art d'y répandre et d'y faire entrer tous les trésors de son esprit, et tout ce que son style avait à la fois de plus brillant et de plus élégant. Raphelengius, petit-fils du célèbre
(1)

le

imprimeur Plantin, prétendait que

lors

même

que tous

les

ouvrages de

Lipse viendraient à être perdus, celui-ci pourrait consoler de la perte de tous les autres. ( Vie de Juste Lipse. Bibliothèque populaire, Bruxelles,
1838, in-32.)
la

— « Nous connaissons un

exemplaire

fort

curieux du traité de
avec des feuilles de

Constance. Guillaume Barclay l'avait

fait relier

fait un album amicorum. Un grand nombre d'hommes distingués de ce temps, Isaac Casaubon, Martin Del Rio, François Dousa, Juste Lipse lui-même, Aubert Mirœus, Erycius Puteanus, Philippe Rubens, Balthazar Moret et beaucoup d'autres

papier blanc intercalées et en avait

avaient mis leur signature sur cet album.

»

(Bxyle, Dictionnaire histo,

rique et critique. V. Juste Lipse).

— Les Allemands

qui voyageaient
lettres,

beaucoup, avaient coutume, lorsqu'ils étaient gens de

de se

nmuir au départ d'un livre blanc, bien relié, qu on nommait album amicorum, et ils ne manquaient pas d'aller visiter les savants de tous les lieux où ils passaient et de leur présenter cet album atin qu'ils y
missent leur nom,
"

ce

que ceux-ci faisaient ordinairement en y

joignant quelque propos sentencieux et quelque témoignage de
bienveillance en toutes sortes de langues.

«
<•

U

n'y a rien

que nous ne

fassions pour nous procurer- cet honneur, estimant que c'est une

«
•'

chose autant curieuse qu'instructive d'avoir connu de ces gens
doctes qui font tant de bruit dans le monde, et d'avoir

un

spéci-

" «
••

men

de leur écriture

Dans

les festins,

quand toutes

les santés

ordinaires ont été bues, on prend l'album

amicorum

et l'on

passe

en revue, en buvant à leur santé, tous ces grands eu
II,

la

bonté d'y mettre leur

nom

".

hommes qui ont (S*-Evremond, Œuvres mêlées,
fi-ançais
fois

t.

p. 81.)

Le

traité

de

la

Constance a été traduit en
;

une pi'emière

fois

par Xuysement, Leyde, 1584, in-4"
aujourd'hui au pul)lic est

une seconde

par de Lagrange,

avocat au Parlement, Paris, 1741, in-12. La traduction que nous offrons
la troi.fiéme.

n\

ci-après la traduction littérale. Le lecteur jugera

par lui-même.

Après TœuYre
celle qui lui

la

plus chère à Juste Lipse vint
le

causa

plus d'ennuis, d'embarras et

de

difficultés,

par

les

orages qu'elle amassa sur sa

tête et les disputes qu'elle lui suscita.

Nous voulons

parler de ses Politiques. Ce n'est pas là une étude
sérieuse sur
la
l'art

de gouverner les hommes,
le

comme

République de Bodin, ou

Prince de Machia-

vel. C'est

un simple

travail

de mosaïque. Aubert

Mirœus

dit

que Lipse

a fait

comme

les

brodeurs

qui composent un tissu avec des fds de difl'érentes
natures, et cette comparaison est juste en ce que
le livre entier n'est

qu'un assemblage de sentences

détachées, prises à droite et à gauche dans Tacite,

Cicéron, Aristote, Xénophon, la Bible,
tout enfin.
d'esprit,

etc.,

par-

En

la

forme,

c'est

une œuvre agréable
citations faciles à
n'est

un recueil commode de
:

trouver au besoin
pilation
à

au fond, ce

qu'une comsans
idée

peu près sans valeur

et

qui soit propre à l'auteur.
Or, dans ce centon, Lipse

émet l'opinion que

le

chef d'un État ne doit, pour

le

bon ordre, y

souffrir

52

qu'une seule religion. Quelle légèreté singulière
d'énoncer une proposition pareille au milieu d'une
nation, qui était précisément en guerre avec son

souverain pour échapper à la religion que celui-ci
prétendait lui imposer! Mais Lipse ne s'en tient

pas

là.

Il

avait à placer

une belle phrase

qu'il

avait trouvée

dans
et
le
il

les

discours de Cicéron contre
effet.

Marc Antoine,
Ce
n'est

ne veut pas perdre son

pas

cas de la clémence,
il

ajoute-t-il,

Ure et

SECA, brûle et coupe,
le

vaut mieux perdre

un membre que

corps entier.
fût
les
si

On ne peut disconvenir qu'une telle phrase ne
odieuse après
la

Saint- Barthélémy,

après

effroyables persécutions religieuses qui avaient

longtemps désolé

la Belgique, et surtout sous la

plume d'un homme qui
confession à une autre,
viait.

passait

si

lestement d'une
intérêt l'y con*
s'était

quand son

La

vérité

est
la

que Lipse ne

pas bien

rendu compte de
faisait dire,

portée de ce que Cicéron lui

et qu'il fut

bien déconcerté quand

il

entendit la tempête qu'il avait soulevée en indi-

quant cet abominable remède du
contre les dissidents.
Il

fer et

du feu
les

fut attaqué

de tous

côtés avec une extrême violence,

notamment par
de
et

un

certain

Théodore Coornhert,

homme de peu

lettres et

d'une latinité médiocre, auteur

apôtre

d'une nouvelle secte religieuse, en Hollande, qui


lui

33

son

avait eu des relations familières et amicales avec
et qui

avait

même

traduit

traité

de

la

Constance en hollandais. Cela ne l'empêcha pas

de dénoncer Lipse à l'indignation de tous
en jeu,

les

réformés. Lipse aurait pu répondre que, lorsque
la politique est
la

tolérance n'est pas de
le

mise; que Calvin avait à son compte
Servet,

bûcher de
les auto-

comme

l'Inquisition avait

au sien

da-fé, et

que Bèze, ce Père de

l'Église protestante,
les dissidents

avait

ouvertement prêché que

en

reli-

gion sont lespires des scélérats et doivent être punis

comme
sente.
Il

des parricides. Mais
et

il

était

sérieusement

gêné par ses antécédents
se borna

par sa situation préles

donc à prétendre que

mots ure
mais

et seca

ne doivent pas être pris

à la lettre,
et

comme une
tous les cas,
supplice,

pure figure de rhétorique;
il

que, dans

n'avait pas voulu parler
local,

du dernier

mais d'un remède

à la façon des
la cautérisa-

médecins qui, au besoin, appliquent
tion
à

une plaie ou l'amputation

à

un membre

malade. La réponse à Coornhert est intitulée De

una

religione adversiis dialogistam.

Nous

n'insis-

terons pas sur cette querelle aujourd'hui
intérêt
;

sans

toutefois,

nous ne croyons pas
était

inutile

de

rappeler à ce propos que Lipse

un

homme
la

d'une douceur extrême, péchant plutôt par
timidité

que par l'audace, fuyant

les

disputes

et

ayant toute

espèce

de bruit en horreur

(').

Dans

cette controverse sur le livre des Poli-

tiques, les États

de Hollande

et les

magistrats de

Leyde prirent
à

le parti

de Lipse, imposèrent silence

son adversaire,

et

ne parurent avoir rien perdu de leur amitié pour notre

de leur confiance

et

auteur. Mais lui se fatiguait de la contrainte perpétuelle

le

maintenait sa position fausse en
le

matière de religion;

mécontentement de sa
le

femme

et

de ses amis catholiques
:

troublait

profondément

il

était

bourrelé de remords.
il

Sous prétexte de santé,

demanda

et

obtint

un congé de
de Spa,
et
il

six

mois pour

aller

prendre

les

eaux

promit de revenir à Leyde quand ce

congé

serait expiré.

Lipse

ne revint pas

(^).

Aussitôt

sorti

de

la

(1) Étrange fatalité! ce livre des Politiques, source de tant d'ennuis pour Lipse, du côté des protestants, ne lui causa pas moins de déboires du côté des catholiques. II fut mis à l'index de l'Église romaine, quelques années après, et Lipse dut se soumettre à corriger ou à faire dis-

paraître plusieurs opinions jugées malsonnantes.
[-} Les derniers écrits de Lipse lui avaient fait à Leyde des ennemis nombreux. De plus, il avait des liaisons avec le parti du duc de Leicester que la reine Elisabeth d'Angleterre venait d'envoyer en Hollande

avec six mille hommes. Lipse avait donc beaucoup de graves raisons

pour quitter ce foyer d'intrigues. {Vie de Juste Lipse. Bibliothèque
populaire, Bruxelles, 1838, in-32.)

Hollande,

il

se rendit en

Allemagne

et,

après un

court séjour à Hambourg, alla s'enfermer chez les
Jésuites de

Mayence pour
l'Église

se réconcilier définitive-

ment avec

catholique.

Écoutons-le
il

lui-

même.

Voici la lettre que, de Mayence,
le P.

écrivit à

son ami,
«
'<

Del Rio, le 14 avril 1591

:

Mon révérend

Père, le vieil et sincère attacheet votre

ment que vous
que

Compagnie m'avez
le

tou-

«

jours montré m'interdit de vous cacher
acte
je viens d'accomplir.

grand

«
ce

La bonté de Dieu
filets

m'a permis de m'arracher aux

qui m'enve-

«
« M

loppaient, et je suis arrivé sain et sauf chez vos

Pères en Allemagne.
je

Quand

je dis sain et sauf,

mens, car
le

j'y

suis arrivé

malade

et

accablé
la

«
«

sous

poids de mes péchés. Mais, par
le

misé-

ricorde de Dieu et
voici délivré
:

secours de vos Pères,

me

« «
«
«

il

ne

me

reste plus qu'à persévérer
la

avec constance dans

bonne

voie.
si

Aidez-moi

de vos prières, vous qui avez

efficacement

contribué à m'y ramener. Que Dieu

me

châtie
lettres,

«
<c

de nouveau dans sa colère
j'ai

si,

depuis vos

eu un seul instant de repos. Nuit

et jour, je
était à

«

ressentais cet aiguillon;

mon sommeil

«

tout

moment interrompu par
et

l'insomnie. Grâces

«
«
ce

soient donc rendues à Dieu qui m'a tiré de là

malgré moi
puis

m'a ramené dans des lieux où je
utile à l'Église et

me

rendre

à la chose


<'

56

publique

comme je

m'efforcerai de le faire avec

« « « « « « « « « «
(c

son secours. Je suis présentement chez vos
Pères de Mayence et

mon

premier soin

est

de

vous

écrire. Réjouissez-vous,

mon

frère, d'avoir

retrouvé un frère et un ami, et pardonnez-moi

mes

fautes passées,

données lui-même.

comme Dieu me les a parJe me recommande sérieufaites-lui
:

sèment, très sérieusement, à vos prières et à
celles

du

P.

Oranus;

part de cette

nouvelle, mais à lui seul
la

il

ne convient pas de
famille

divulguer encore, car

ma femme, ma

et

mon modeste
ferai

avoir sont toujours en Hollande.

« « «

Je ne tarderai pas à les faire venir, et alors je

me

connaître publiquement aux gens de
!

bien. Priez, ah

priez

pour moi.

»

Cette lettre

nous dispense de tout commentaire.

Elle explique avec clarté les causes de la nouvelle

évolution

religieuse de

Juste Lipse, à laquelle,

constatons-le, toute considération d'intérêt matériel paraît

entièrement étrangère cette
la clef

fois, et elle

nous donne

du

reste de sa vie.

Les Hollandais regrettèrent d'abord vivement

que Juste Lipse eût déserté son poste de professeur à l'Université de Leyde,
sur
laquelle

son

enseignement avait jeté un grand

lustre. Ils firent

tous leurs efforts pour l'engager k revenir, refusèrent longtemps d'agréer sa démission et don-


lièrent
le

5/

de l'argent à sa femme, avec mission
le fléchir et

d'aller

rejoindre et tâcher de
ils

de

le

ramener.

Mais quand
retraite,

connurent

le véritable

motif de sa
ils

leurs sentiments changèrent, et
lui

ne

songèrent plus qu'à

donner pour successeur
la

un

homme

d'une autorité au moins égale à
le

sienne dans

monde

des lettres;

ils

jetèrent les

yeux sur Joseph Scaliger,
gant mais aussi érudit

littérateur

moins

élé-

comme philologue,
et

créateur

de

la

science chronologique, protestant décidé,

illustre

par son
par ses

père,

qui,

par son carac-

tère et

talents, s'était

imposé à l'Europe
littéraires.

savante

comme l'un
pas
le

des triumvirs

Sca-

liger n'avait

don de parler en

public. Les

États de Hollande ne lui en donnèrent pas
le titre et les

moins
le

appointements de professeur, en
et
il

dispensant de faire son cours,
lesse

acheva sa

vieil-

dans

cette

honorable sinécure.

Mais revenons à Juste Lipse.

Le bruit de sa rupture avec

la

Hollande

s'étant
les

répandu

et

confirmé,

il

lui vint

de tous côtés

offres les plusbrillantes deprinces, de villes et d'uni-

versités qui désiraient s'attacher

un personnage

si

distingué dans les lettres,

si

profond dans

la

con-

naissance des langues savantes. Nous ne pourrions,
sans d'inutiles longueurs, citer
les
ici les

noms de

tous

princes qui firent auprès de lui des démar-

ches dans ce sens. Qu'il suffise de

nommer le duc
l'évêque

Guillaume de Bohême, son
Cologne,
le

frère

de

cardinal Frédéric Borromée, les caret

dinaux Colonna, Palœotti

Sforza, le
et le roi

pape

Clé-

ment

VIII, le

duc de Ferrare

de France,

Henri IV, qui n'aimait pas Scaliger

et qui eût été

charmé de

lui faire pièce

en

le

remplaçant en

France par notre Juste Lipse. Le sénat de Venise,
les universités

de Padoue, de Bologne,
d'Urbin
le laissaient libre

les

ducs
fixer
le

de Toscane
à

et

de

son gré l'indemnité pour

frais

de voyage,
qu'il

traitement annuel et les honneurs

voulait

avoir pour venir s'établir chez eux. L'offre la plus

touchante

fut

celle

du vieux savant Espagnol
II

Arias Montanus, que Philippe
l'édition

avait préposé à

de
:

la

Bible polyglotte

imprimée chez
de venir

Plantin

ce brave
la

homme
plus

demandait à Lipse,

avec l'effusion
s'installer

bienveillante,

en Espagne, dans sa maison, prometfils

tant de le traiter en

plutôt qu'en ami, de par-

tager avec
et

lui,

tant qu'il vivrait, tout ce qu'il avait

de

lui laisser ses
11

biens par testament après sa

mort.

faut noter aussi l'offre des Pisans qui lui


pour
lui

59


la faculté

proposaient une chaire d'histoire, avec

de croire ce
(^).

qu'il

voudrait en matière de

religion

En

d'autres temps, Lipse eût

probablement

ac-

cepté l'une ou l'autre de ces propositions honorables et avantageuses; mais, santé chancelante,
il
il

n'avait

qu'une

désirait se fixer

dans son
la

pays

et

y

finir ses jours.

Ses amis de

Compalui

gnie de Jésus, qui l'avaient retiré de Leyde et ra-

mené au
avec la

bercail

comme une

brebis égarée,

avaient promis de veiller à ses intérêts temporels

même

sollicitude qu'ils voulaient pourvoir
ils lui

à ses besoins spirituels, et

avaient fait entrel'Univeril

voir la possibilité d'obtenir
sité

une chaire à

catholique de Louvain. Seulement

fallait

attendre que fussent pleinement

dissipées
lui

les

préventions légitimes accumulées contre
ses

par
fiait

tergiversations
la

religieuses.

On ne
,

se
et

guère à

solidité

de ses croyances

beau-

coup

allaient disant

que

cette nouvelle volte-face

(')

Les

univex'sités italiennes étaient alors
et la position

tombées dans une profonde
«

décadence
« "
"

des professeurs était loin d'y être enviable.
:

Voici ce qu'en disait le cardinal Duperron

J'aimerais mieux être

professeur du roi de France avec 300 écus, qu'en Italie avec 800.
Italie, les pi'ofesseurs

En

sont esclaves des écoliers. Lorsque les docteurs
ils lui

sont en chaire,

s'il

prend un avertin aux écoliers,

feront raille

"
••

indignités, lui jetteront leurs pantoufles à la tête et des pointes dans
les
f....
,

quil est contraint d'endurer,

comme M. Guillaume

des

'•

laquais.

••

(Perroxiana, V". Professeurs.)


n'était

60


doutes
lettre

I

encore qu'un changement de masque. Lipse
faire disparaître ces

ne négligea rien pour
fâcheux.
11

écrivait

aux Jésuites dans une
:

qui fut rendue publique
«

«

Mes Pères,

je

vous

institue

désormais

les arbitres et les directeurs

«
« «

de

ma

vie.

Ne m'épargnez
soumettre

ni les conseils ni les
écrits,
à
:

ordres.

Mes paroles, mes

mes

actions, je
»

prétends tout
il

votre
«

conduite.

Plus tard,
ce

écrivait encore

Candidat du
et

ciel,

c'est

au

ciel

que

j'aspire et

non aux biens

aux

«
«

honneurs de

la terre, vanités fantastiques

pour

lesquelles je n'ai

que du mépris.

»

En

outre,

il

donnait des gages non équivoques
la foi véritable.

de son retour sincère à
la Nativité

Le jour de

de

la Vierge,
il

dans une conférence pule

blique, à Liège,

prononça
et
il

panégyrique de

la

Bienheureuse Marie,
était tiré à

écrivit à ses

amis

qu'il s'en

son honneur et

qu'il avait saisi volontiers

cette occasion

de montrer au
religieux.
11

monde

l'orthodoxie

de ses sentiments

n'en était pas

moins
relaps,
II

aux yeux de
c'est à dire

la

Cour d'Espagne un hérétique

un de ces hommes que Philippe
il

avait

le

plus en horreur, et pour lesquels

fut toujours

impitoyable. Les Jésuites intervinrent heureuse-

ment en
raison,
les

sa faveur. Ils représentèrent, et
s'était

non sans

que Lipse ne

jamais immiscé dans

controverses religieuses, qu'il n'avait en réalité


jamais attaqué
la

(51

vraie religion, qu'il avait toujours

été, soit à léna, soit à

Leyde, exclusivement applil'enseignement des belles-

qué à
lettres;

l'étude
ils,

et

à

obtinrent sa grâce, d'abord du prince

de Parme, gouverneur des provinces Belgiques,
puis enfin du Roi lui-même.

Toutes ces négociations avaient demandé du
temps. Lipse
s'était

rendu de Mayence à Spa,

dont

les

eaux semblaient favorables à sa maladie
Ensuite
il

du

foie.

se

fixa

provisoirement à

Liège, désireux,

non

d'y fonder

une école qui eût

pu

faire

concurrence au Collège des Révérends

Pères, mais de rassembler autour de lui

un

petit

nombre
aisance.

d'élèves

pour
et

s'entretenir

dans

la

pratique

de l'enseignement,

pour se procurer quelque

Deux ans environ après son départ de Leyde,
il

fut

nommé
(M.

professeur d'histoire

et

de

littérature

à Louvain

L'Université de Louvain, fondée en 1426 sous
le

nom

de Studium générale, par Jean IV, duc de

Brabant, avait été l'une des plus florissantes et des
(')

La date de

l'entrée de Juste Lipse
et doit être

comme

professeur à l'Université

de Louvain est certaine

reportée à l'année 1592, ainsi que

-

62

plus illustres de l'Europe. Tout docteur devait
avoir passé par cette école pour mettre le sceau
à

sa

réputation.
la

Mais les choses avaient bien
guerre
:

changé pendant

les lettres

étaient à

peu près abandonnées

et les étudiants,

au nom-

bre encore de plus de six mille, se livraient à tous
les

désordres qui sont

le fruit

ordinaire de l'igno-

rance, de l'indiscipline et de l'oisiveté.

rétablissent les pièces suivantes, trouvées dans les archives de la ville

de Louvain
"

:

La première pièce

est une requête sans date adressée

aux magistrats
1\

de Louvain par un certain Nicolas Foxius qui demandait que Juste

Lipse fût attaché
cette requête

comme

professeur à l'Université.
était depuis plusieurs

est dit

dans

que Juste Lipse

années réconcilié
emploi à

avec

le

Roi

et avec TÉglise et qu'il était actuellement sans

Liège, où beaucoup de princes lui faisaient de belles propositions

pour
"

l'attirer

chez eux.

La deuxième pièce est une lettre de l'Université de Louvain, également sans date, ayant pour objet de recommander Juste Lipse aux
États de Brabant
:

et l'Université fait observer

que ce savant a

été

réconcilié avec l'Église et avec le Roi par l'intervention des Pères de
la Société
«

de Jésus.
est

La troisième pièce

une

letti'e

bourgmestre, échevins
leur ville;

et conseillers

du 17 juillet 1592, par laquelle les municipaux de Louvain écrivent

à Juste Lipse qu'ils ont appris avec plaisir son désir de venir uabiter
ils l'invitent

à mettre ce dessein à exécution, lui promettent

de lui accorder toutes les immunités possibles, et l'assurent qu'ils feront
tout ce qui dépendi'a d'eux pour lui être agréable. Ce sera, ajoutentils,

avec grand plaisir qu'ils
meilleur résultat pour

le

verront dans leur

ville, et ils

en espèrent

le

le

rétablissement de leur université. Cette

lettre est
«

en flamand.
était sa

JusteLipse répond le21 juillet, aussi en flamand, qui
fait

langue

maternelle, qu'on lui

partout des offres bien avantageuses dans

différents pays catholiques,

dant qu'on

lui

accorde l'exemption de garde

mais qu'il préfère Louvain, pourvu cepenet celle des logements

03

Lipse se voua tout entier à la tâche de rendre
à l'Université de Louvain sa splendeur première
et
il

y réussit.

Il

fut le véritable restaurateur

de

cet établissement célèbre; l'impulsion qu'il a su
lui

donner

s'est

maintenue jusqu'à

la

suppression

de l'Université en 1797.
Cette institution a été rétablie de nos jours et
l'on

peut dire, à

la gloire

des Belges modernes,

militaires. II ne se porte pas assez bien

pour monter

la

garde,

et la

présence de gens de guerre dans sa maison troublerait ses études.
«

La cinquième

pièce est un acte des 17 juin et 12 septembre 1592, par

lequel les trois États de Brabant prient Juste Lipse dans des termes
très flatteurs de se rendre à Louvain,

pour l'amour de sa patrie,

et d'y

enseigner à l'Université les lettres humaines, moyennant une pension
de 600 florins.
«

La sixième et

dernière pièceest une lettre adressée par Juste Lipse,
lui dire qu'il

en décembre 1594, au greffier des États de Brabant, pour
ne peut pas vivre avec ces 600 florins
porté à 1,000 florins.)
»

et qu'il

demande une augmenta-

tion de traitement. (Par suite de cette réclamation, son traitement fut

Les documents que nous venons de citer ont été reti'ouvés de nos jours par notre éminent archiviste général, M. Gachard, dont la sagacité a su,

par de nombreuses

et utiles découvertes, éclaircir tant

de

points obscurs de l'histoire de notre pays.
cette occasion, de rendre

Nous sommes heureux, à

un hommage public à cet érudit, français mais belge par l'adoption. " M. Gachard, disait avec raison M. Léopold Delisle à l'Académie des inscriptions et belles-lettres, le 27 décembre 1872, en le proposant en première ligne pour la place de correspondant particulier de l'Ind'origine,
stitut,

vacante par la mort de notre compatriote M. Polain, de Liège,
est le véritable organisateur des archives de
et classé les richesses
;

M. Gachard
il

Belgique

:

en a inventorié

il

en a assuré

la

conservation

;

à la place de dépôts en quelque sorte embryonnaires qu'il a reçus,
laissera à son pays d'adoption, et

il

aux historiens futurs, des collections

précieuses, faciles à consulter et qui peuvent être mises au rang des

meilleures de l'Europe.

»

-

64

que, par l'habileté de son administration et par la
force de ses études, l'Université catholique nouvelle n'a point

dégénéré de l'ancienne

Aima

Mater.

Plusieurs de ses professeurs figurent avec éclat

comme

députés dans

la

Chambre de nos Repré-

sentants et

même dans les Conseils delà Couronne.
avait été ouverte par Juste Lipse, leur
il

La voie leur

digne prédécesseur, bui aussi,

a joint successive-

ment au
du
de
roi

titre

de professeur celui d'historiographe
et

d'Espagne

des États du Brabant, et celui
:

membre du

Conseil d'Etat

mais

il

n'a

jamais

voulu en remplir les fonctions.

Lipse avait conçu
qui, sous le titre

le

plan d'un grand ouvrage,
l'histoire,

de Flambeau de

Fax

hislorica, devait expliquer et mettre en lumière
les

usages
la vie
il

et

les

habitudes des Romains, tant

dans
1595,

privée que dans la vie publique.
et

En

détacha de ce travail

publia séparément

tout ce qui se rapporte à l'art militaire. Le traité

de Militia romana,

le

premier de

cette série, a la
et

forme d'un commentaire sur Polybe,

do

'la

aux

ennemis de Lipse

le

prétexte de l'accuser ce plagiat

envers François Patrizzi, savant commentateur de


Fhistorien grec
:

6o


accusation a été dé-

mais

cette

montrée

injuste.

Les remarques de Juste Lipse
et le
et

sont indépendantes de celles de Patrizzi,
chevalier Follard a tiré
autres,

bon

parti des

unes

des
fait

comme l'évêque

d'Avranches, Huet, en

l'observation dans son dialogue de Claris Interpretihus.

Cependant notre auteur
la cavalerie

s'est

trompé en
disposée

soutenant que

romaine

était

en masses profondes sur

les ailes
:

de l'armée. Nous

ne

lui

en ferons pas un crime

un

homme

de

let-

tres n'est

pas un général d'armée, un stratégiste

ou un

tacticien.

Le

livre

de Militia fut

suivi, l'année

d'après, des PoUorcétiques , traité fort curieux et

intéressant de la balistique militaire des anciens,

de leurs différentes machines de guerre, de leurs
engins pour l'attaque ou
la

défense des places, et

de leurs armes de

jet

(/).

La mauvaise santé de notre professeur ne
permit pas de compléter ce travail par

lui

l'histoire

du Triomphe

qu'il avait projetée

:

il

a

donné en
un

1598, et ce fut le dernier de cette série de traités

qui devaient former
traité

le

Flambeau de

lliistoire,

en quatre livres sur la grandeur des Romains,
livres de Juste

(')

Les

Lipse sur

la Milice

romaine,

les

Poliorcé-

tiques, les Saturnales, les

traités de l'Amphithéâtre et de la Croix

sont illustrés de gravures sur bois d'après les dessins d'Otto Vœnius,

on Van Veen, peintre, savant
f nt la gloire d'avoir été le

et littérateur,

ami de Juste Lipse,

et qui

maître de Rubens.


par
et

66

de
la critique,

ouvrage remanjuable par
l'esprit

la sagacité et

philosophique
il

par la pureté du

style,

dans lequel

passe en revue toute l'administrades provinces,
le

tion de

Rome
(^),

et

régime éconoles règles

mique

le

système des impôts,

de

(') Les économistes modernes aiment à se persuader, et ils ne craignent pas de proclamer à haute voix qu'ils sont les inventeurs, les créateurs et les apôtres d'une science entièrement nouvelle, laquelle

ils

élaborent chaque jour, et dont le monde n'avait jamais eu l'idée avant temps de Colbert. Comment donc ces savants comprennent-ils l'histoire? A quel ordre d'idées peuvent- ils bien rattacher les voyages d'exle

ploration scientifique

ordonnés par
et

les

Phai'aons autour des côtes

de l'Afrique, par les Ptolémées dans la Méditerranée orientale, par les Carthaginois au Nord
le centre

au Sud des colonnes d'Hercule, par Néron dans

encore aujourd'hui si peu connu du continent africain, ou lafruc-

tueuse expédition dans laquelle Pytheas, ce grand navigateur, parti de
Marseille, reconnaissait les îles Britanniques jusqu'au cap Orcas, se
dirigeait vers le pôle et arrivait à
l'Elbe, et revenait

Thulé d'où
la

il

passait

aux bouches de

dans sa patrie avec que

plus riche moisson de documents
et

astronomiques, géographiques, commei'ciaux

ethnographiques?

Comment

s'expliquent-ils

les Tyriens,

sans territoire, aient pu par-

venir à ce prodigieux degré de puissance qui leur permit de repousser
les forces incalculables

des monarques Assyriens, et d'arrêter long-

temps dans sa marche

le

conquérant Macédonien, de couvrir de leurs

colonies florissantes tous les points les plus avantageux de la Méditer-

ranée, de fonder Carthage et Cadix, d'étendre leur navigation et leur

commerce jusque dans l'Océan Atlantique,
Cassérides
le

et d'aller

chercher aux

îles

précieux étain que la Malésie ne pouvait encore fournir
l'industrie?

aux besoins de

Les sources qui produisent

la richesse, et

les dérivations qui la distribuent étaient-elles

donc inconnues de ces

rois qui fertilisaient l'Egypte à l'aide de si magnifiques canaux, creu-

saient le lac

Mœris pour régulariser

les

débordements du fleuve fécon

dateur, et mettaient en communication les deux mers à travers l'isthme

de Suez? Que dirons-nous des Grecs élevant jusqu'au ciel les Argonautes pour avoir ouvert à leur commerce les ports du Pont Euxin,
colonisant l'embouchure de tous les fleuves qui se jettent dans cette

mer, fondant Syracuse et Marseille, et luttant avec tant d'énergie, pour les intérêts commerciaux, contre la rivalité de toutes les colonies


l'édilité et

07


mœurs
fut

de

la police, le caractère et les

des Romains.

Le

livre

de

la

grandeur des

Romains

traduit en italien par Pliilippe Pigaletta,

Rome,
tlatté.

1600,

in-8*'.

Lipse en fut particulièrement

de Cartilage

et

de Tyr? N'était-ce pas pour obéira de profonds desseins

économiques qu'Alexandre faisait explorer avec tant de soin les rivages du golfe Persique entre les bouches de l'Indus et celles de l'Euphrate, et qu'il fondait, comme entrepôt du commerce entre l'Inde et l'Europe,
cette

grande

cité

d'Alexandrie

si

judicieusement située qu'elle est
et

demeurée, malgré tant de révolutions, populeuse
siècles suivants;

riche dans tous les

— qu'Athènes assurait la subsistance de sa population
lois

en promulguant ces sages

frumentaires dont les maximes ont régné
les

dans toute l'Europe jusqu'au moment où nous

avons vu renverser
;

tout à coup sous les attaques intéressées de l'école de Manchester

que

les

ligues Achéenne

et

Etolienne cherchaient à introduire partout
et l'unité des poids et

l'uniformité des monnaies,

mesures;

que

LucuUus recherchait eu Asie
qu'il

les meilleurs

traités d'agriculture et

en rapportait, pour

les

acclimater en Italie, les végétaux les plus

utiles;

— que les

légions romaines creusaient des canaux de naviga;

que le Sénat entretenait sur Germanie septentrionale du Phase cent trente interprètes destinés à faciliter les relaqu'Ancus Martions commei'ciales avec tous les peuples de l'Orient; tius, Claude et Trajan luttaient, avec une si infatigable persévérance,
tion dans la
les rives

et

navigation du Tibre inférieur;
rable

au prix de tant de travaux, contre les atterrissements qui gênaient la que Claude, cet empereur si admi-

dans ses œuvres quoique
le

taxé

d'imbécillité
fériés
,

par Sénèque
creusait
l'émis-

abolissait

nombre

excessif
et

des

jours

saire

du

lac de Ficino,

amenait à Rome, par de magnifiques
les plus pures,

aqueducs, les eaux les plus abondantes et
sources très éloignées
;

puisées à des

que Néron créait à grands frais le port d'Antium et entreprenait de réaliser le projet si complaisamment caressé par Jules César de percer l'isthme de Corinthe ? Le moyen-âge lui-même ignorait il les vrais principes de l'économie politique quand
il

créait la lettre de

change et

le billet

à ordre, quand
et

il

donnait à

l'hyil

pothèque son véritable caractère de publicité
de l'ancienne

de spécialité, quand

organisait tant de corporations et de maîtrises imitées des soclalitia

Rome,

et

que

les

hommes

de 89 ont eu

la folie

de suppri-


L'Italie avait été la

08


initiatrice

grande

de

la

Re-

naissance; tous les savants de l'Europe la considéraient avec une secrète jalousie, et leur grande

ambition
elle.

était

d'être

estimés et acceptés
fut alors tenté

par

Par ce motif, Lipse

de chan-

ger encore une fois de théâtre, et de se transporter sur cette

grande scène de

l'Italie. Il

demanda

l'agrément du Roi, mais Philippe

II

refusa d'une

façon péremptoire.

Ce

monarque commençait
fallait

à

se

lasser

des

mer, lorsqu'il

au contraire

les

conserver et les élargir comme un

précieux élément organique et social, en leur enlevant seulement leurs
dispositions trop restrictives? Avant les premiers âges de la Républi-

que Romaine, ces Gaulois, qu'on nous dépeint comme des peuplades sauvages, entreprenaient, pour contenir les lleuves de l'Italie supérieure, les digues colossales que les Lombards, les ducs de Mantoue et de
Ferrare
et les
le

Vénitiens se sont

fait gloire

de consolider et de redoubler.

Osons
empires
eu

dire,

par

le

seul fait qu'il a existé autrefois de puissants
il

et des civilisations avancées,

est manifeste

que

les

fonda-

teurs, les chefs de ces
le

empires

et les

hommes

de ces civilisations ont

juste sentiment des besoins économiques et politiques, car la viole

lence et

n'en a-t-il pas coûté d'efforts

hasard ne suffisent à fonder rien qui soit durable. Combien aux Assyriens pour féconder par des irri-

gations les campagnes infertiles de la Mésopotamie, ou aux Péruviens

pour construire des routes
Depuis
les

si

temps

les plus anciens, les

magnifiques au travers des Cordillères ? générations qui nous ont précé-

dés ont su en quoi consiste la valeur,

comment

le travail la crée,

com-

ment l'industrie et le commerce la multiplient, la distribuent et l'accumulent en Wc7iess^. Un volume ne suffirait pas à la complète énumération
des faits constatés par l'histoire et qui prouvent, avec évidence, que nos pères en savaient pour le moins autant que nous sur les plus importantes questions de l'économie politique.
d'être disposé à reconnaître
la science

Bien loin volumes où

un progrés dans
s'étale

les

nombreux

prétendue nouvelle
à

avec tant de présomp-

tion et do fracas,

nous sommes porté

y voir un funeste recul de l'esprit

09


Il

longues luttes qui avaient marqué son règne.
sentait la vie lui échapper,
il

et,

comme

son père,
cette

éprouvait ce profond dégoût des

hommes,

satiété

du pouvoir qui avaient conduit Charlesau' monastère

Quint

de

Saint-Just.

Il

voulait

réparer les

maux

qu'il

avait faits à la Belgique,
si

panser
lui

les

plaies de ce pays

malheureux,

et

ouvrir une ère nouvelle de paix et de prospéIl

rité.

entrait

donc dans

ses vues d'encourager

les lettres et tous les arts

de

la paix, et cette cir-

humain, comme nous y voyons certainement
nomistes modernes ont eu
et
le tort

l'un des plus redoutables

des dangers auxquels l'ordre social paraît exposé de nos jours. Les éco-

grave de matérialiser leurs conceptions

de ne tenir, dans

la

considération des phénomènes industriels et com-

merciaux, aucun compte des principes de justice et du besoin de sociabilité que l'éternelle Raison a si profondément imprimés dans l'âme

humaine. De là, ces théories monstrueuses, cette doctrine désolante que
l'antagonisme des efforts et des intérêts individuels librement exercés
est l'état

normal de l'homme,

et sutïit à

produire un ordre harmonieux,
;

sans aucune intervention des principes supérieurs

et

conséquemment
le

de là aussi, l'organisation de
les classes, entre les

la

guerre incessante
et les

et inconciliable entre

producteurs

consommateurs, entre
!

capi-

tal et les travailleurs, entre les salariants et les salariés. les idées

Ah combien

de Platon, d'Aristote et de Xénophon nous paraissent plus
!

justes et plus consolantes

Nous ne

laisserons passer aucune occasion

de protester contre les théories insensées de nos novateurs. C'est dans

l'homme,

c'est

dans

la

volonté humaine qu'est
;

le principal

élément
des

générateur de

la richesse

et les forces individuelles n'arrivent à

résultats importants qu'autant qu'elles se sont plus intimement associées à des efforts

intelligente

manière du concours des forces naturelles. Donc c'est la paix, la concorde et l'association, et non pas la concurrence illimitée et la guerre à outrance qu'il faut prêcher aux
et qu'elles ont été dirigées d'une

homogènes,

pour

tirer le meilleur parti

hommes dans

l'économie politique,

comme dans

toutes les ramifica-

tions de l'intelligence

humaine appliquée à

la vie sociale.


à Juste
la

70


celui-ci sollicitait.

constance explique son refus persistant d'accorder
Lipse
le

congé que

Dans

même

pensée, érigeant les Provinces Belgiques
le

en État indépendant de l'Espagne, sous
administratif, le roi en confia le

rapport

gouvernement à
renoncer aux

son neveu
triche,

le

cardinal-infant Albert, archiduc d'Auqu'il
fit

archevêque de Tolède,

dignités ecclésiastiques, en lui destinant la
sa
fille

main de

Isabelle.
la

Ce mariage se conclut quelque
II
:

temps après
que

mort de Philippe
léguée

l'archiduc se

consacra dès lors entièrement à l'œuvre réparatrice
lui avait
le

monarque
le

expirant, et

son administration a laissé dans
la

cœur des Belges

reconnaissance

la

plus persistante.

Le 26 novembre 1599, l'archiduc
firent leur entrée solennelle à

et

Finfante

Louvain. Le prince
lui

manda immédiatement
cueillit

près de

Juste Lipso, l'acla

avec toutes les marques de

plus grande

distinction, le présenta à l'infante, s'entretint lon-

guement avec

lui

en latin, lui parla de sa santé,
et le
il

de ses études, de ses ouvrages,

prévint que

dans deux heures,
fante à l'Université

le

même

jour,
à.

irait

avec

l'in-

pour assister

son cours. Lipse


fut ébloui

71


il

par une réception aussi flatteuse;

fut

ému de
fois,
il

tant de grâces déployées par les princes à
et,

l'égard d'un simple professeur;

bien gagné celte
Belgique.

ne pensa plus à quitter

la

A
de
la

l'heuî^e dite,

l'archiduc, l'infante et toute la

cour arrivent à l'Université dans tout l'appareil
royauté, se rangent dans l'hémicycle autour

de

la

chaire de l'éminent professeur d'histoire

:

Lipse, ouvrant Sénèque, explique à ce brillant auditoire le traité

de

la

Clémence, et paraphrase cette
latin
:

pensée du philosophe
«
«

«

la

grandeur d'un

prince n'est stable
les

et

bien assurée que lorsque
est

sujets sentent

qu'elle

pour eux, plus
grand

«

qu'elle n'est au dessus d'eux. » C'était d'un
(1).

à-propos

Tant que Lipse parla,

l'arcliiduc, l'in-

(1)

"

Entraîné par l'ardeur de son génie
la

,

Juste Lipse

commenta
la cir-

" "

admirablement son texte de
constance.
Il fit

manière

la plus

convenable à

voie que la clémence est la seule vertu spéciale qui

"
"
••

puisse distinguer les grands des autres
qui

hommes.

Il

peignit l'autorité

comprime

qui glace les

cœurs et la bonté qui les gagne, la justice sévère peuples, le pardon et les bienfaits qui les réjouissent et
les

"
••

les l'animent. Il

termina

la

plus magnifique des improvisations en

formant des vœux pour

la prospérité

du régne de ses augustes

<•

auditeurs, et en priant le ciel de leur accorder des rejetons pour

»
••

perpétuer cette nouvelle dynastie, espoir et salut de la Belgique
après tant d'années
d'oppression,

de

guerres, d'anarchie et de

désordres

Qu'on

me permette d'ajouter qu'une
rejaillit

••

part de la gloire acquise par Juste Lipse

sur cette ancienne

"

école qui, pendant plusieurs siècles, nourrit dans son sein presque

«
" "

tous ceux que la Belgique de 1830 compte parmi les illustrations de

son passé. Plus qu'on ne

le

pense peut-être aujourd'hui, l'ancienne

Aima Mater

savait inspirera ses enfants, avec l'amour de la science

_
savait le

75


mais qui

faute elle-même qui ne savait pas le latin,

monde

et connaissait le

cœur humain,

toute la noblesse qui les accompagnait et l'ambas-

sadeur d'Espagne ne détournèrent pas un seul

moment

le

regard de dessus l'orateur,
plus attentive.

et

parurent

lui prêter l'oreille la

De tout temps,

les

plus illustres personnages se

sont complu à rendre ainsi publiquement

hom-

mage aux

savants, aux gens de lettres et aux artistes.

Pompée, après
entendre, à

avoir vaincu Mithridate, voulut

Rhodes, Posidonius discutant avec
il

Hermagon
eux avec

;

visita l'une après l'autre toutes les
ville,

écoles célèbres de cette

alla conférer

chez
:

les professeurs les plus

en renom

et

ceux-ci s'exaltaient à voir le vainqueur de tant de
batailles laisser stationnera leur porte ses lauriers,

ses faisceaux et tous les insignes de sa dignité.

Tibère aimait à suivre les cours des écoles publiques de

Rome,

et

Claude à survenir inopinéleçons. Charles-Quint, dans

ment au milieu des
l'atelier

du

Titien,

ne dédaigna pas de se baisser
le

pour ramasser lui-même
artiste avait laissé
«
..

pinceau que

le

grand

tomber. Ces traditions géné-

et de la foi, et et

avec

le

respect dû à l'autorité, les sentiments généreux
"

énergiques du patriotisme.

(Extrait du

discours prononcé

le

28 juin 1853, par Me""

Louvain, à

De Ram, recteur magnitique de l'Université de l'inauguration du monument élevé, à Isque, à la mémoire

de Juste Lipse.)

reuses ne se sont pas perdues: naguère encore,

la

Belgique constitutionnelle a tressailli d'allégresse
et

de

fierté,

quand

elle a

appris avec quelle bien-

veillante
S.

condescendance son auguste souverain,
II,

M. Léopold

avait daigné se prêter, dans la
et

métropole d'un pays voisin

ami, à présider la

société des gens de lettres, et avec quel tact con-

sommé,
et

quelle profonde connaissance des

hommes
le

des choses, ce noble roi avait montré, dans

discours le plus éloquent, combien son front est

digne de ceindre tous les genres de couronnes. Que
ces beaux exemples traversent les âges, et qu'ils

enseignent aux princes à venir

qu'il existe

pour

eux une autre grandeur que

celle qui consiste à

verser à flots le sang des peuples pour accroître les
limites de leur domination
!

Juste Lipse a publié, sans y rien changer, la

courte dissertation qu'il avait improvisée devant
les

archiducs

et

il

y a

joint, sans

doute pour grosle Panégj'il

sir le

volume, des commentaires sur
le
il

rique de Trajan, œuvre de Pline
faisait le

jeune, dont

plus grand cas, et dont

conseillait la

lecture à tous les

princes. Mais tout son désir


gré
le
le

74


traité

de plaire aux puissants de ce monde ne put, mal-

mauvais succès de son

des Politiques,

guérir de la manie de vouloir leur donner des

leçons.

En

1605,

il

publia et dédia à l'archiduc
:

Albert deux livres intitulés
politica.

Monita

et

exempla
il

Dans

cet

ouvrage, toutefois,
le

ne se

hasarde plus,

comme dans

premier, à donner
des règles;
et se
il

directement des avis

et à tracer

pro-

cède d'une façon plus détournée,
recueillir

borne à

dans

l'histoire

de

l'antiquité,
les

du moyen-

âge

et

de son

siècle, les

exemples

plus propres

à mettre en relief les vertus et les vices de ceux

qui ont eu part au gouvernement des
C'est

hommes.
Valère

un
:

recueil dans le genre de celui de

Maxime

même, on
s'est

peut affirmer sans témérité
à

que Lipse

montré bien supérieur
et

son

modèle par

la

méthode

par

le

jugement, mais

non par

le

style qui
et

est

au contraire beaucoup

plus élégant

plus poli chez l'auteur ancien que

chez l'écrivain

moderne (').
ici

Nous ne donnerons
(')

aucune appréciation sur
exempla
politica

Les deux

livres des

Monita

et

forment à peine

le tiers

de l'ouvrage que Juste Lipse avait conçu

et voulait

donner au

public.

Les deux
le

livres qui devaient en faire la suite étaient consacrés
civile, l'autre

l'un à la

prudence

à la prudence militaire. L'auteur n'a

pas eu

temps de
l'état

les revoir, et

ne les a pas publiés. Le reste est
ce devait être

demeuré à

de projet. Lipse avait aussi entrepris un livre des céré:

monies, destiné à faciliter l'étude de l'histoire

tionnaire historique formant, par ordre alphabétique,

un dicun commentaire


les trois livres
relatifs

75


la

au supplice de

Croix

(I895) ni sur les traités de la Vierge de Hal (1604),

de

la

Vierge de Sichem (1605),
la Belgique.

et

des autres Vierges

miraculeuses de

Ces ouvrages n'aplitté-

partiennent pas au catalogue des œuvres
raires

de Juste Lipse, mais à celui des gages

qu'il

entendait ainsi donner de la sincérité et de la

persévérance de sa

foi.

Quel concert de

railleries,

quelle tempête d'outrages dans le

camp des pro!

testants contre l'auteur de ces livres de piété

Tout

cela est étranger à notre sujet

:

nous ne croyons

pas devoir nous y arrêter.

Parmi

les écrivains

de

l'antiquité,

deux surtout,

Tacite et Sénèque, ont fait sur Juste Lipse une

impression profonde
sion véritable
(^)
:

et lui

ont inspiré une pas-

l'historien,

parce

qu'il a peint

général des poètes, orateurs, historiens, philosophes et autres écrivains
grecs et latins
l'achever.
(*)
:

il

y travailla trente ans, mais

il

n'eut pas le

temps de

Lipse avait tellement étudié Tacite

qu'il le savait

par cœur tout

entier.

On

raconte qu'étant un jour dans une cour d'Allemagne, on

vint à parler de l'auteur des Annales, et
les écrits d'un

que Lipse se vanta d'en réciter
qu'il viendrait

bout à l'autre, consentant à recevoir un coup de poià commettre.
Lipse.

gnard à
1845.)

la

moindre erreur de mémoire
J.

(Baron de Reiffenberg, Notice sur

Panthéon national,


blables
à

76


Belgique
souffrait
lui

avec une effrayante énergie des malheurs sem-

ceux dont
le

la

au
a

xvr

siècle, et

philosophe, parce qu'il

fourni dans les

maximes des

stoïciens les plus

puissants arguments de consolation contre les cala-

mités de sa patrie. Dès sa jeunesse, nous l'avons
dit,
il

avait publié

un excellent commentaire sur
il

Tacite.

Dans un âge plus avancé,
favori,

voulut

comIl s'y

menter aussi son philosophe
prit tard
il
;

Sénèque.

déjà la maladie lui laissait peu de trêve ;

craignait

même
il

de ne pouvoir achever

son

œuvre. Pourtant

y parvint et put donner ce remarquable travail au public, en 1605, un an
avant sa mort. Ce commentaire est précédé d'une
introduction à la philosophie stoïcienne, véritable
chef-d'œuvre, qui est encore de nos jours ce qui a
été écrit

de mieux sur ces questions

si

épineuses.

Lipse, l'un des premiers, a

montré l'incontestable

influence que les doctrines chrétiennes ont exer-

cée sur

la

philosophie des stoïciens,
si

et

réciproque-

ment, influence
par
le

bien mise en lumière, depuis,

jurisconsulte

Troplong dans son beau

mémoire De

Vinfliienee

du Christianisme sur

le

droit civil des

Romains. La correspondance entre

Sénèque et sai nt Paul est apocryphe san s doute; mais
l'action

de l'apôtre sur le philosophe grand seigneur

n'en est pas

moins évidente pour qui

sait regarder.

Dans
prunté

le traité

de

la

Constance, Lipse avait em-

à

Sénèque

beaucoup
la

d'enseignements

salutaires

pour conserver

paix de l'àme
ici,

au

milieu des malheurs publics. Mais

dans ses

admirables livres sur

le stoïcisme, et

surtout dans

celui qui est intitulé Manndiictio

ad philosophiam

stoïcam,

il

ne se borne plus à quelques emprunts
pénètre au cœur même du sujet
le et

de détail,

il

nous
plus

donne, rangés dans l'ordre

plus clair

et le

facile à saisir, tous les principes

de

la

philosophie

stoïcienne. Pas

un dogme, pas une maxime, pas
cette secte rigide qu'il
Il

même un

paradoxe de

ne

rappelle et qu'il n'explique.

emprunte tout ce qui
et à ses interprètes,

concerne l'Ethique à Epictète

à Plutarque contre Colotès et

aux paradoxes de
la

Cicéron; tout ce qui concerne

physique à

la

météorologie de Cléomède et aux églogues de Stobée; et la partie morale à Zenon, à Diogène l'historien, et à

Sénèque. Ce n'est qu'après nous avoir
des idées et des principes, sur
les
il

initiés à la fdiation

ces

trois

points primordiaux, qu'il aborde
et que,

œuvres de Sénèque,
épure
ques,
le texte
il

par ses scholies,

en

en

même temps
et

que, par ses remarles doctrines. Cette

en expose

en élucide

œuvre magistrale

fut dédiée

au pape Paul V. Le
:

Pontife romain eut cette dédicace pour agréable

par un bref spécial,

il

en remercia l'auteur

et


l'exhorta
glorification

78


la

fortement à consacrer désormais à

de

l'Église tous les trésors

de son

érudition, de son esprit et de son style.

Lipse touchait au terme de sa carrière. Le com-

mentaire de Sénèque fut

le

dernier ouvrage qu'il
il

put achever. Atteint d'une fluxion de poitrine,
fut pris, vers le

milieu du mois de mars 1606, d'une
lui
fit

toux opiniâtre qui

présager sa
Il fit

fin

prochaine.
le

Ad

lectîim, dit-il,

ad lethum.

appeler

savant
et

jésuite

Léonard Lessius, son confesseur

son

ami, et n'eut plus d'autre souci que de regretter
ses fautes, de faire ses dévotions, de se préparer à la mort.

Son détachement des choses de ce monde
exemplaire
ni
:

fut

il

ne

fit

plus la moindre mention

de ses

livres, ni

de ses manuscrits, ni de ses
11

études. Dieu seul l'occupait.

reçut le viatique le

jour des Rameaux,

et

l'extréme-onction le lendeil

main; jusqu'à son dernier soupir,
de force d'àme que
ses
les pleurs

conserva tant
et

de sa femme

de

amis ne purent l'émouvoir un seul
plainte,

instant.

Pas

une

pas un regret; sa

fin fut

de tout point

celle d'un

philosophe chrétien.

79


lit,

Pendant que ses amis environnaient son

l'un

d'eux dit tout haut que Lipse manifestait une rési-

gnation vraiment stoïque. Le mourant l'interrompit
aussitôt

pour dire

:

ce sont des choses vaines,

et,

montrant du doigt
son
lit, il

le crucifix,
«

appendu au pied de
»

ajouta

:

voilà la vraie patience!
:

Un

autre lui ayant dit

«

la Vierge,

votre patronne,

viendra au devant de son client et lui tendra les

bras

»,

Lipse, levant au ciel ses yeux à
froides,

demi

éteints

et ses

mains déjà
:

invoqua

la

Vierge en ces

termes
«
«

«

ô Mère de Dieu, assistez votre serviteur
lutte avec toute l'éternité
:

dans sa

ne m'abanle salut

donnez pas
de

à cette
».

heure d'où dépend

«

mon âme

On
de
le

l'entendit ensuite se féliciter
la vie à

de ce

qu'il sortait

l'époque de l'année

pendant laquelle
avec
le

Sang du Rédempteur fermente

plus de fruit dans l'Église.
lui

Un

Père de

la

Compagnie de Jésus
chambre,
Lipse
«
«

disant la messe dans sa
la Passion,

le

jour de sa mort, et lisant
:

s'écria

«

fasse Dieu

que

soit

abondamment
a été
Enfin,

dérivé sur

moi ce précieux Sang qui
cette

répandu dans

Passion!

»

durant
lui

son agonie, quand

le râle

commençait déjà à
à l'image

couper

la parole,

il

reprit des forces

pour recomde
la

mander

à sa

femme de donner

Vierge sa plus belle robe de professeur,

hom-

mage

certes bien touchant de la part de ce vieux


avait de plus

80


(^).

maître qui entendait donner ainsi tout ce qu'il

beau

et

de plus précieux
le

Juste Lipse

mourut

24 mars 1606, à cinquanteles détails
:

neuf ans. Nous avons reproduit tous
sa

de

mort d'après son contemporain Mirœus nous nous serions fait scrupule d'y rien ajouter ou d'en
rien retrancher, parce
fiants

que ces

détails sont

édi-

en eux-mêmes,

et qu'ils sont

un témoignage

éclatant

des véritables sentiments religieux du

fugitif d'Iéna et

de Leyde.

Juste Lipse avait

demandé que
fit

ses funérailles

fussent très simples. Sa veuve
(")

ce qu'elle put
fait à

Antérieurement, dans un voyage que Lipse avait
et

Hal,

il

avait

suspendu

consacré à la chapelle de Notre-Dame une plume d'argent
:

avec des vers qui commençaient ainsi

Hanc, diva, pennam interpretem mentis, etc
Scaliger répondit à ces vers par cette
"
•'

épigramme

:

Post opus explicitum quod tôt miracula narrât,

Pennam
Ni

Lipsiades hanc

tibi,

Virgo, dicat.

"
"

Nil potuit levius pennâ
forti est levius
fini cet

tibi,

Virgo, dicare,

quod

tibi scripsit opus. "

•'

Après avoir

ouvrage qui raconte tant de miracles, Lipse
il

"
•'

te dédie, ô

Vierge, la plume dont

s'est servi.

Il si

ne pouvait, ô
ce n'est peut-

Vierge, te dédier rien de plus léger que cette plume,
être l'ouvrage

"

même

qu'il

a écrit pour

toi.

><

{Vie de Juste Lipse.

Bibliothèque populaire, Bruxelles, 1838, in-32.)
avait

— Cette épigramme

malveillante est une preuve nouvelle du peu de sympathie que Scaliger

pour Juste Lipse.


pour
se

81


De
toutes

conformer

à celte volonté dernière. Mais la

douleur publique
les parties
les

les rendit splendides.
la

du pays,

Noblesse, le Clergé et tous

hommes

instruits

voulurent

en augmenter
l'Uni-

l'éclat

par leur présence. Les étudiants de

versité se disputèrent l'honneur

de porter jusqu'au

tombeau

le cercueil

qui contenait les restes du

professeur qu'ils aimaient autant qu'ils l'honoraient.
Il

fut

inhumé

le

samedi, veille de Pâques,
l'autel

dans

l'église
(').

des Récollets, devant
lui
fit

de

la

Vierge

Sa veuve

élever de ses deniers

un

(')

Il

avait fait lui-même,

deux ans auparavant, Tépitaphe suivante
:

qui fut gravée sur sa
"

tombe

Quis hic sepultus, quœris? ipse edisseram.

«
" "
'.

Nuper locutus

et stylo et

lingua

fui,

Nunc
Oui

altero licabit.

litterse

Ego sum Lipsius dant nomen et tuus favor
abivit, abibit

:

Sed nomen, ipse
Et
nil hic orbis,

hoc quoque,

" "
» "

quod perennet, possidet.

Vis altiore voce

me tecum
et,

loqui

?

Humana
«

cuncta fumus, umbra, vanitas,
verbo ut absolvam,
:

Et scense imago,

nihil.

"

Extremum hoc te alloquor Œternum ut gaudeam, tu approcare.
le

-

< " " " " " "
" "
•'

demandez? je vous le dirai Qui est enseveli en cet endroit, vous moi-même naguère je me suis fait comprendre la plume à la main
:

et

de vive voix

:

maintenant, j'emploierai un autre moyen. Je suis
la célé-

Lipse à qui les lettres et votre bienveillance ont donné de
brité
:

mais Lipse

n'est plus et

son nom cessera d'être aussi, car rien
Voulez-vous que je vous parle

de ce qui est au

monde

n'est éternel.

d'un ton sérieux? Toutes les choses humaines ne sont que fumée,

ombre, vanité, illusion théâtrale,
vous adresse
:

rien. Voici les derniers

mots que

je

priez pour moi, afin que je jouisse du

bonheur éternel.

(Vie de Juste Lipse. Bibliothèque populaire, Bruxelles, 1S38, in-32.)


qui
il

8-2


et la ville
la

mausolée orné de son buste,
avait dédié le traité

d'Anvers, à
lui

de

Constance,

con-

sacra
tion

un sarcophage de marbre avec
:

cette inscrip-

que nous ne pouvons omettre
JUSTI LlPSII

QUOD CLAUDl POTUIT
HIC JACliT.

S

p.

Q. Antwerp.

INCLYTI VIRI.

FAM.E ORBI

NOTE

ViRTUTI COELO RECEPT.E.
n.

M.

P.

Le tombeau de Juste Lipse est demeuré intact
jusqu'à la Révolution française.

En

juillet 1794, le

buste de marbre qui en faisait partie fut enlevé et

envoyé à Paris par ordre du colonel Brunot. Le

bourgmestre de Louvain avait inutilement essayé

de
nel

le faire respecter,

en faisant observer à ce coloété ni prêtre, ni prince,
et

que Juste Lipse n'avait

ni fonctionnaire public,

mais purement

simple-

ment un homme de
de

lettres et

un savant, ancien
les républicains

])rofesseur de l'Université. Mais
la

grande époque

étaient à

peu près aussi
les

instruits et aussi intelligents

que

radicaux de

nos jours, (pioique

le

pétrole ne fût pas encore
civilisation. «

un
fit

de leurs instruments de

De quoi?


le

83


'\)

colonel; un savant? les savants sont des tyrans
les autres
:

comme

à Paris!

»

Notre philosophe n'avait point d'enfants. Sa
bibliothèque, plus

recommandable par

le

choix

que par

te

nombre des volumes,

passa, avec ses

manuscrits, à son neveu, Guillaume Grevius ou

De Grève, de

Bruxelles, alors âgé de treize ans.

Lipse laissait beaucoup d'ouvrages commencés,
plusieurs presque terminés
et d'autres

complète-

ment achevés, quoique non encore imprimés.
Aucun d'eux
n'a

vu

le

jour. L'auteur, à l'exemple
et

de Virgile, de saint Jérôme

de l'archevêque Hinc-

mar, avait expressément interdit dans son testa-

ment

la publication,

après sa mort, d'aucun des

ouvrages
dant sa

qu'il n'avait

pas lui-même publiés pen-

vie.
:

Cette défense a été scrupuleusement

respectée

il

ne s'est pas alors rencontré un Auguste
la postérité les
:

qui voulût transmettre à

œuvres

posthumes de notre auteur

il

est vrai qu'il n'y avait à

peut être pas non plus une Enéide

conserver

(^).

(')

L'église des Récollets,

si

remarquable â tant de

titres,

tomba

à son tour, en 1801, sous le marteau des démolisseurs: le tombeau de

Lipse

fut

profané et détruit

:

ses cendres furent jetées

au vent.

(Juste Lipse patriote, par Ed.

Louvain, Lonvain,

185-3,

broch.

Vax Even, archiviste de la ville de in 12.) — Le buste de Juste Lifjse, rapla

porté en Belgique, est aujourd'hui, avec la pierre tumulaire qu'il surmontait, au Musée d'antiquités de Bruxelles, à
(*)

porte de Hal.

Les œuvres de Juste Lipse ont été réunies plusieurs fois. Nous citerons entre autres l'édition de Lyon, 1613, 2 vol. in-folio; celle dite
:


En
est

84 --

1853, la

commune

d'Overyssclie, dont Isque

une annexe, fit élever un monument à la mémoire de l'homme illustre qu'elle se glorifie d'avoir vu naître. Ce monument consiste en un
buste beaucoup plus grand que nature, reposant
sur
et

un piédestal orné de deux

bas-reliefs sculptés,

entouré d'une grille d'un travail artistique. L'un

des bas-reliefs représente Juste Lipse, dans sa
chaire,

donnant son cours à l'Université de Louoccupé à écrire dans
son
cabinet

vain en présence de l'archiduc Albert; l'autre le

représente
d'étude
(/).

de Plantin, imprimée par son successeur Balthazar Moretus avec les caractères de Plantin, Anvers, 1637, 6 vol. in-folio, et celle de Wesel,
1675, 4 vol. in-8<>.
(1)

Sur

les

deux autres côtés du piédestal sont gravées eu lettres
:

d'or

les inscriptions suivantes

JrsTo Lipsio
Isca.no

e

principibis soecili

xvi

Philologis

LiTTERMtUM DOCTOR LoVAMI.

Natus D. XVIIII M. ocTOBR. A.
Obiit

MDXLVll

LovAMi D. XXIIII M. mart. A. MDCVI
on
lit
:

Sur

l'autre face,

ArspicE

Leopold

1,

Belgarim rege,

mommentum
Ex
.ERE PIRE.

ET PRIV.

IsCAM
CiVI SLO.

Rappelons

les

nobles paroles prononcées à cette occasion

par

85


côté, vou-

La municipalité de Bruxelles, de son
lant perpétuer le souvenir
la

du

littérateur érudit

que

Belgique compte avec

fierté

au nombre de ses
le

plus glorieux enfants, a donné

nom

de Juste

Lipse à lune des rues nouvelles de

la capitale.

Si

nous essayons de jeter un coup-d'œil d'en-

semble sur l'œuvre de Juste Lipse, nous sommes
forcé de reconnaître que sa qualité maîtresse a été

moins l'ampleur

et la

hardiesse du génie que

la

patience et la perspicacité dans l'application à
l'étude des lettres.
affaires

En

politique, la pratique des

publiques ne

l'avait

pas préparé à consi-

dérer de haut l'ordre social, les intérêts des peuples, les règles
les

de

l'équité naturelle, les

mœurs

et

besoins des nations ou les différentes formes
il

de gouvernement. En philosophie,

n'a

cherché

que des leçons de morale pratique, sans scruter
jamais
les

grandes

lois

de l'entendement humain,

M. Piercot, alors ministre de l'Intérieur, aujourd'hui bourgmestre " Les honneurs décernés aux hommes illustres ne sont de Liège
" "
•'

pas seulement

le

produit d'une généi"euse pensée.
Ils

Ils se lient inti-

mement

à l'existence politique d'un peuple.

ont pour conséquence

de l'attacher à son histoire et de l'enflammer d'un juste sentiment
d'orgueil pour tout ce qui peut contribuer à relever la patrie dans

••

••

l'opinion

du monde.

-


progrès de
gion,
l'esprit
lui

86


et

sans se préoccuper non plus de l'extension

des

philosophique. Enfin, en reli-

nous ne

voyons prendre aucune part

directe et effective à la grande lutte entre l'Église

romaine

et les sectes

novatrices qui affichaient la

prétention de revendiquer, contre l'autorité hiérarchique, les droits de la raison et du libre examen.

Dans aucune occasion,

il

ne s'élève à cette hauteur
et

de vues, à cette généralisation des idées
principes, qui caractérisaient à

des
le

un

si

haut degré
il

mouvement des
soumet
à se frayer

esprits au

xvr

siècle. Docile,
il

se

à toutes les puissances établies,

cherche
;

une voie entre

les

opinions contraires

mais

il

ne veut pas se mêler aux discussions acharle

nées dont

bruit l'importune et trouble la paix

et la sérénité

de ses travaux

littéraires.

A la
Hal
et

suite

de ses publications sur

les Vierges

de

de Sichem, de tous côtés

les attaques, les

imprécations, les railleries et les quolibets tombent
sur lui

comme une

avalanche

:

ses

amis

l'excitent

vainement à répondre
« «

et à se défendre. « Qu'ai-je à

démêler, leur

dit-il,

avec ces gens inquiets

et
il

turbulents qui ne cherchent que la dispute?

u
«
« «

ne

me

convient pas de
et

me conformer

à la

mode

du jour

de

me

tenir sans cesse

au ton d'un

ïhyesle avide de vengeance et de fureur. Vous
voulez

me

faire

répondre, vous m'excitez à réfu-


«
« «

87


Quel en
terme,
la disle fruit? le

ter,

à renverser toutes ces attaques.

serait le

terme

?

quel en serait

ah ce
!

serait plutôt le

coaimencement de

«
«

pute
il

:

pour un

livre,

on m'en répondrait

trois, et

en résulterait d'interminables querelles de

« «

crocheteur. Ce n'est pas là
quilles
ainsi

mon

fait.

Soyez tran-

pour mes Notre-Dame.

Elles subsistent
et elles

«
«

que ma dévotion pour la Vierge,

sub-

sisteront malgré les frémissements et les colères

«

de l'impiété.

»

Puis,

comme
il

ses amis insistent
:

et reviennent à la charge,
«

leur dit

«

Vous

me

harcelez inutilement. Je touche aux extrémités

«
«

de

la vie; je

m'en vais;

j'ai

à m'occuper de choses
»

plus sérieuses et plus importantes.
Voilà l'homme.

Comment
place
si

donc, avec une

telle placidité
a-t-il

d'àme,

notre illustre compatriote
si

pu

se faire
si

une
et

large, conquérir

une autorité
si

grande

incontestée dans une époque
si

profondément

troublée,

passionnée pour

la

controverse?

Ce phénomène s'explique aisément pour qui
considère la grandeur et la réalité de l'action
qu'il

a exercée dans la sphère de l'enseignement, sphère
la

plus modeste en apparence, mais cependant la

plus féconde de toutes. Nul mieux que lui n'a compris l'extrême importance de l'éducation de la jeunesse.
Il

compare, en plusieurs endroits,

les effets


à la

88


cœur,

(l'une culture active sur l'intelligence et sur le

moisson abondante
le

qui, à l'automne,

récom-

pense

laboureur diligent de ses fatigues pendant

le reste

de l'année.

Comme

l'agriculteur force le

champ
de
la

stérile à lui

prodiguer ses richesses cachées;

même

manière, celui qui a reçu les dons proet

pres

à l'éducation des peuples,
vivifie les

qui sait les

employer utilement,
de génie
et

germes engourdis

de vertus,

et

arrache aux champs négli-

gés de l'intelligence des moissons nouvelles et inattendues, destinées à grossir l'héritage

commun

de

Ihumanité.
Aujourd'hui, que des éditions nombreuses et des
traductions en toutes les langues ont multiplié,

dans nos mains, toutes celles des œuvres des grands
écrivains de l'antiquité que l'on a

pu sauver du nau-

frage de la civilisation romaine, après les effroya-

bles invasions des

barbares, nous avons peine

à nous représenter toute l'immensité

du

service

que nous a rendu
philologues qui,

la

patiente érudition des habiles

comme

Juste Lipse, ont consacré

leurs veilles et leurs méditations à

nous en

resti-

tuer le texte. L'ignorance la plus absolue avait

recouvert

le

monde. On ne
:

savait plus lire ni écrire
les

que dans

les cloîtres

quand

moines avaient

besoin de papier pour transcrire à leur usage les
livres

de

1;l

lituririe

ou ceux de l'Écriture

sainte.


ils

89


manus-

n'hésitaient pas à gratter et à eUtacer les

crits

des parchemins anciens.

En

agissant ainsi,
sacri-

ces
fier

bons religieux ne croyaient assurément

aucune richesse; ils voulaient seulement utiliser
servait plus à perils

une matière première qui ne
sonne,
et,
s'ils

en avaient su davantage,

aupic

raient peut-être considéré

comme une œuvre

l'anéantissement des livres et de la science des

païens

(^).

Après

le

premier débordement des

barbares, les Ordres monastiques avaient d'abord
été le refuge des études
et

des lettres
s'était

:

l'activité

intellectuelle

des

monastères

manifestée
et
le

par

la

composition de nombreuses chroniques
:

d'ouvrages de théologie
culte des auteurs anciens

les
:

moines avaient

ils

changeaient contre

des

noms

latins leurs
:

noms

franks,

lombards ou

germaniques

ils

faisaient faire à la calligraphie
;

et surtout à la et

miniature de merveilleux progrès
c'est

nous ne pouvons oublier que
la

un couvent
la destruc-

de

Saxe qui est parvenu à sauver de

{')

Peu de temps avant Juste Lipse, un professeur de
le

l'Université de

Louvain, ancien précepteur de Charles-Quint, Adrien Florent, devenu

Pape sous
les

nom

d'Adrien VI, se signalait à
Il

Rome

par sa répulsion
ce

contre les restes de la magnificence antique.

fermait les yeux devant
:

chefs-d'œuvre de

l'art et s'en

détournait scandalisé, en disant
!

sont des idoles et des faux dieux
vice-roi

Inutile de l'appeler

que

cet ancien

d'Espagne avait reçu le jour, non en Italie, mais A Utrecht. Les Romains polis le redoutaient et le considéraient comme un
barbare.


Mais lorsqu'au
ix*^

90


Annales de Tacite.
le

tion les cinq premiers livres des
et

au x^ siècle se déchaîna
les

second courant de l'invasion,

hordes sauvages

des Normands, des Hongrois et des Sarrasins ne
se laissèrent plus
fois tulélaire

désarmer
ni

ni

par 4^pect autrele zèle

de

la Croix,

par

des

reli-

gieux, et elles vinrent jusque

dans

les

monastères

chanter ce qu'elles appelaient «la messe des lances».

Comment de pauvres moines

exposés à toutes

les

violences, jamais assurés de vivre jusqu'au lende-

main, auraient-ils pu conserver, au milieu des

tri-

bulations de chaque jour, la discipline de leur

Règle

et les traditions

studieuses de leur institut?

Le désordre
cloîtres,

et

l'oisiveté

pénétrèrent

dans

les

et à

leur suite l'ignorance et tout son
C'était le

triste cortège.

-temps où, dans les actes

publics et privés, le seigneur féodal déclarait fière-

ment ne savoir
tilhomme.

signer, attendu sa qualité

de gen-

Lorsque, plus tard, les décrets de la divine

Providence
nople

amenèrent

la

chute de

Constanti-

et forcèrent les

savants de la Grèce à cherla

cher un

asile

dans l'Occident, précipitant ainsi

renaissance des sciences, des lettres et des beauxarts; lorsque l'invention

du papier

et

de l'impri-

merie, et la découverte de l'Amérique vinrent, coup
sur coup, réveiller de leur torpeur les esprits
si

91


le

longtemps engourdis dans

sommeil de

l'intelli-

gence, on se prit à rechercher et à rassembler ce

qui restait des livres d'autrefois. Mais on n'était plus
à la hauteur de ces

œuvres savantes

:

on ne savait

plus

rieri

de
:

l'histoire, ni

des mœurs, ni des études

anciennes

les

manuscrits étaient rares, d'un prix

inaccessible aux particuliers, souvent défectueux

par

la

négligence des copistes, ou rendus obscurs

par

les abréviations,

ou

altérés

par

le

temps, ou

incomplets. Ces
rieures

monuments des
inutiles

civilisations antéet

demeuraient

inintelligibles

comme
fallait

les hiéroglyphes gravés sur les obélisques
les

ou tracés sur

papyrus de

la vieille

Egypte.

11

un prodigieux

travail préliminaire

pour

retrouver la clef qui était perdue et ouvrir aux

études l'accès de ces grands dépôts des connais-

sances humaines. C'est à cette tâche immense,

quoique sans

gloire,

que se sont dévoués

les

com-

mentateurs. Pareils aux mineurs qui retirent des
entrailles

de

la terre les

métaux précieux, non pour
profit

leur usage,

mais pour le

de

la famille sociale,

ces bienfaiteurs
fouiller
et,

de l'humanité ont entrepris de
des vieux âges,

dans

le trésor intellectuel

à force de

comparer

les

manuscrits des

mêmes
ils

auteurs et les différents écrivains entre eux,
réussi à rétablir les textes, à

ont

nous communiquer

ces richesses inappréciables et à nous les rendre

9-2

propres. Nous, qui profitons de leurs travaux, ne

soyons pas ingrats envers ces laborieux pionniers. Sachons leur rendre la gloire et les honneurs dont
ils

sont dignes, et méritons par là de jouir
et utiles investigations.

du

fruit

de leurs patientes

Juste Lipse avait été
Roi, et
il

nommé

historiographe du
titre.

en recevait une pension à ce

Les

États de Brabant le sollicitaient d'écrire l'histoire

de

la

Belgique

:

ils

s'efforçaient

même

de

l'y

déter-

miner par l'appât d'une large récompense. Beaucoup ont regretté que notre professeur
n'ait

pas

donné une
que
s'il

telle direction à ses études.

On

a dit

se fut appliqué à ce travail,

nous n'aurions
Machiavel
et

à envier ni à l'Italie ses Paul Jove, ses

ses Guichardin, ni à l'Espagne ses Mariana, ni à la

France ses de Thou. Nous l'avouons franchement,

nous nous associons peu
son genre de
fit

à ces regrets.

Chacun
il

a

talent.

Pour

écrire l'histoire

ne

suf-

pas d'avoir du

style. Juste

Lipse n'avait pas les
:

(pialités

qui constituent un grand historien
!

il l'a

trop bien prouvé, hélas par les

mémoires
qu'il a

histori-

ques sur Louvain
l'occasion

et ses

comtes,

publiés à
et

du mariage du duc de Crov

d'Aer-


schot.
côté.

93


ne
le portait

Son goût

d'ailleurs

pas de ce
et

Admirateur passionné des Grecs
lui plaisait

des Roel,

mains, rien ne

que

l'antique,

dans

tout ce qui appartenait à son époque, ou aux

temps
barbad'avis,

intermédiaires,
rie
(^).

il

ne voyait que rudesse
il

et

On

assure que, plus âgé,
l'intérêt

changea

qu'il

parut comprendre

que peuvent pré-

senter les choses contemporaines, le plaisir que

cause

la

connaissance des

affaires,

des idées et des
et les salu-

mœurs

des ancêtres, les bons exemples

taires conseils

que nous en devons

retirer.

On
il

dit

même

que, surmontant ses répugnances,

avait

commencé

à lire nos historiens et nos chroni-

queurs du moyen-âge, avec l'intention de résumer
leurs travaux. Mais
le
si

cette circonstance est vraie,

projet n'eut pas de suite, et nous n'avons point

de raisons d'en être inconsolables.

*

Juste Lipse était avant tout

un bel

esprit,

il

était

essentiellement un
eiit

homme
il

de

lettres exquis. S'il

vécu de nos jours,

eût été
:

un

'

publiciste,
n'était
la

(•)

Sa devise consistait en ces deux mots
;

Moribus antiquis. Ce
en avait
fait

pas seulement un dicton d'antiquaire

il

réellement

régie de sa vie privée. (Baron de Reiffenrerg, Notice sur J. Lipse.

Panthéon national,

1845.)

-

94


qu'il faut le

disons le mot, un journaliste de premier ordre.
C'est

dans sa correspondance familière

juger.

Que de verve

!

que

d'esprit

!

que de

finesse

!

Trouverait-on facilement dans aucune langue un

morceau qui pût
laquelle
il

rivaliser

avec

la

lettre

dans
et

peint son
(^),

amour pour
celle
les

les

fleurs

pour
il

les jardins

ou avec

dans laquelle
chiens,
ces

s'excuse

de son goût pour

modestes amis de l'homme,
valent

dit-il,

qui souvent

mieux que

leurs maîtres? Ses descriptions

sont des tableaux et peignent à l'imagination toutes
les

choses dont

il

parle.

Nous l'osons

dire,

rien

dans

toutes les œuvres de Juste Lipse ne nous

parait préférable à ses lettres écrites au courant de
la

plume

:

c'est là

seulement que nous

le retrou-

vons tout entier,
admiré,
et

tel

que ses contemporains

l'ont

digne de l'espèce de dictature
les

qu'il a si

longtemps exercée sur
son époque.
(')

hommes

de

lettres

de

Lipse avait pour les fleurs
jusqu'à la passion.

et surtout

pour

les tulipes

un goût qui

allait

Un

peu plus tard, cette passion devint géné-

rale en

Hollande

;

plusieurs familles se ruinèrent pour la satisfaire et

enfin les États-généraux furent obligés d'intervenir

pour mettre des
pour

bornes à un délire aussi étrange. Dans
Pfiilosophes de Rubens,
le

le

célèbre tableau des Quatre

on

voit derrière le portrait de Lipse, et

caractériser, des tulipes et sou chien Saphir.
fois,

Ce tableau a

été gravé

plusieurs
Pitti,

entre autres par Morel et par Gregori.

H

est

au palais
et

à Florence, salle de Mars, n» 85.

Le peintre

s'y est

représenté

lui-même en compagnie de son frère Philippe, de Juste Lipse
Grotius.

de


qu'ils le considéraient

9o


transfuge, se sont

Les protestants, qui ne l'aimaient point parce

comme un

évertués à blâmer son style. Henri Estienne a publié

un gros

livre

pour essayer lourdement de nous
écrivait

démontrer que Juste Lipse
Scioppius s'appliqua à
et
le

mal en

latin.

convaincre de solécismes

de barbarismes. Bayle, dans son fameux diction-

naire critique, dit qu'il est étrange qu'un style aussi

mauvais
des
«
«

ait

pu créer une

secte dans la république

lettres. « Il faut

bien aimer les mauvais
est

mole

dèles, dit-il,
style

quand on

capable de préférer
et

de Lipse à celui de Paul Manuce
:

de

«
"
c<

Muret

un

style qui va

par sauts

et

par bonds,

hérissé de pointes et d'ellipses. Lipse est d'autant

moins excusable
au mauvais goût.

qu'il avait
Il

passé du bon goût

« « «

écrivait bien

dans sa jeu-

nesse; cela paraît dans son livre dédié au cardinal de Granvelle.
Il

se gâta en vieillissant.
et dictés

»

Ces reproches sont injustes
sion.

par

la

pas-

Dans

sa jeunesse,

Lipse,

comme

l'exigeait

l'empire de la

mode parmi
et

les savants,

depuis la

Renaissance, avait cherché à s'approprier la phrase

harmonieuse, cadencée

abondante de Cicéron.

Quand son jugement

fut plus

mûr, quand
latins,
et

il

fut

mieux nourri des autres écrivains

de Plante,
de
Tacite,il

de Térence, de Salluste, de Sénèque
il

ne se préoccupa plus d'imiter personne,

se

fit


un
style à lui,

96

dépendant moins d'aucun dessein préla

conçu que de
son

tournure naturelle de son esprit

:

style, c'est

lui-même, prompt,

facile, élégant,

plein de grâces, d'une précision qui ne nuit en rien
à la clarté, et qui sait dire en

peu de mots beau-

coup de choses

et

plus encore qu'il ne semble.
vérité.

Lipse écrivait en maître, voilà la
style excellent n'est

Mais son
:

pas toujours

le

même

il

varie

avec les sujets qu'il traite et les personnes auxquelles
il

s'adresse. Gicéron

non plus
à son

n'écrivait pas

du

même

ton à

Pompée ou

ami

Atticus; et
lui a

quand

Juste Lipse raconte à

un ami qu'on

volé sa chienne Métissa, ou qu'il a enterré au milieu

des fleurs son chien Saphir, noyé dans l'eau bouillante,
il

mérite
le

1

eloiie et

non

le

blâme de n'avoir

pas employé
la

même

langage que pour vanter

grandeur

et la

magnificence des Romains. Quel-

quefois, dans les leçons
et

il

expliquait l'antiquité

dans certaines

lettres
il

adressées à des person-

nages très érudits,

a

employé des expressions
:

archaïques et passées d'usage
défaut bien grave.
Il

ce n'est pas

un

est vrai

que ce qui nous
la

charme dans Juste Lipse, nous choque sous

plume de
la

ses imitateurs maladroits.
est

En

ce point,

remarque de Bayle
le

fondée
lui

:

précisément

parce que
propre,
il

style

de Lipse

appartenait en
à suivre
:

était

un modèle dangereux


la sûreté

97

de son goût le maintenait dans des limites

que
et

la

tourbe des Lipsiens n'a pas su respecter,
il

nous devons convenir que, sous ce rapport,
fait

a

de méchants disciples. Mais dit-on que
écrivait

Sénèque

mal parce que

ses sectateurs ont

manqué dégoût"?

Lipse eut toujours l'amour de

la

modération
il

et

du bien public. Dans tout ce
cherché
l'utile

qu'il a produit,
il

a

plus que

le brillant, et

a

manqué

rarement
sagesse
été, et

les

occasions de donner des préceptes de
Il

de prudence.
le

a mérité cet éloge d'avoir
et peut-être le seul à

de son temps,

premier

savoir allier le culte des

Muses à
et

l'austérité

de Mi-

nerve.
il

Il

en avait conscience,

pour

cette raison

exprime, dans une de ses

lettres, l'espérance

de

voir ses deux livres de la Constance vivre aussi

longtemps

que

la

langue
l'étude,

latine.

Il

avait

une
faci-

grande ardeur pour
lité

une prodigieuse

à écrire,

un amour extrême de

la gloire et

une

incurable démangeaison de se faire imprimer. Ses
écrits sur toutes

sortes de sujets se succédaient
Il

rapidement

les

uns aux autres.

faisait

des vers,

des satires, des libelles, des commentaires, des

98


il

éditions d'anciens auteurs, des livres de piété;

écrivait sur la politique, sur l'histoire, sur la phi-

losophie, sur la religion, sur la grammaire, sur la
tactique militaire, sur les spectacles, sur tout ce

qui lui venait à la pensée et
Toutefois,
il

il

voulait être universel.

n'aimait pas la

musique (^): à ce point
nous devons

de vue, il n'aurait point été tenu pour un humaniste complet par
prendre
les

anciens Grecs,

si

à la lettre l'affirmation

de Cicéron dans
était

ses Tusculanes,

que

la

musique
essentiel

considérée

comme
mal

le

complément
peu

de toute bonne

éducation, et que Thémistocle parut un
élevé et
instruit, faute

homme

de savoir, dans un

festin,

chanter une chanson à boire en s'accomla lyre.

pagnant sur
(')

Impérialis assure que Lipse avait pour la musique uae telle aver-

sion,

que

le

son des instruments

le

plongeait dans une noire mélancolie.
la

- En cela Juste Lipse n'était pas de son pays. Depuis le xiv siècle,
Flandre avait, en musiqiie, une supériorité incontestée sur tous
l'Italie,

les

peuples de l'Europe. Louis Guichardin, neveu du célèbre historien de

dit
-

en parlant des Flamands

dans une description des Pays-Bas, imprimée à Anvers, en 1567, « Ce sont les véritables maîtres de la mu: :

sique, ceux qui l'ont restaurée et perfectionnée
propi'e et naturelle,

elle leur est

tellement

'•

femmes chantent naturellement en mesure, avec beaucoup de grâce et de douceur. Ayant ensuite
qu'hommes
ils

et

joint l'art à la nature,
fait

sont parvenus à cette habileté et à ce par-

••

accord des voix et de tous les instruments, qui les font appeler

-

aujourd'hui dans toutes les cours des princes chrétiens, etc. » Arteaga, tout en réclamant pour les Espagnols, reconnaît aussi tout
ce qui appartient

aux Belges dans les premiers progrés de l'art de la musique. (Ritoluzioni del teatro musicale italiano dalla sua origine

sino al présente, di Stkfano Akte.a.ga, Venezia, 17S5, 3 vol. in-8°.)


Au moral, Lipse
tempérament
gal;

99


et

était

changeant

mobile par

et avait le caractère inquiet et iné-

mais

il

était

généralement bienveillant et doux,

facile

pour

ses amis, incapable

de garder longles plus déclarés.

temps rancune

à ses

ennemis
il

Comme

les stoïciens,
il

dont

aimait et affectait les
est
il

doctrines,

tenait

pour bien seulement ce qui
et

honnête, pour mal ce qui est malhonnête,
aurait voulu

du fond du cœur

n'attacher, à leur

exemple, aucun prix

ni à la noblesse, ni à la for-

tune, ni à tous les biens extérieurs.

Nous avons
l'écart

déjà vu qu'il s'est
affaires publiques,

constamment tenu à
de
la

des

magistrature et du bar-

reau. L'archiduc Albert l'avait

nommé membre du
que de son
loisir et

Conseil d'État

:

Lipse ne voulut jamais y siéger

une seule

fois. Il

ne

faisait cas

de tout ce qui touchait aux
ment.

lettres et à l'enseigne-

Au physique,
trait

si

nous nous en rapportons au porle

que conserve
la

Musée de Bruxelles, son

teint
la

bilieux,

maigreur extrême de son visage,
et ses traits

sévérité

de son regard
le

fortement
:

accentués
paraît

rendaient plutôt laid que beau
laid, et,

il

même très

rapprochement étrange,
le

sa figure rappelle à s'y

méprendre

visage ascéil

tique et tourmenté de ce
était si

même

Sénèque, dont

chaudement

épris.

Mais on prétend qu'au-


cun peintre
n"a

100


le

jamais pu rendre
(M-

jeu spirituel

de sa physionomie
portrait qu'il a
u

Tenons-nous en donc au
:

lui-même tracé de sa personne

iMon corps,
beauté.

dit-il, et

mon

visage ne sont pas sans

«
<(

J'ai l'air

honnête, l'esprit modeste, Finapte à tout, excepté à
et allant
la

telligence docile et

«
«

musique. Avec un jugement droit
but,
j'ai

au

une mémoire

qui,

dans
et,

mon
(il

enfance,

«
•'

étonnait
elle

mes

professeurs

bien qu'affaiblie,
avait alors

ne m'a point encore manqué

u
'

cinquante-six ans).
lité et

En
:

public, je parle avec faci-

non sans grâce

dans

le particulier, je suis

«

plus réservé et je plais moins. Je trouve sans

0)

Le

portrait

médiocre.

du Musée de Bruxelles n'est qu'une copie assez Nous avons mentionné déjà le tableau des quatre Philo-

sophes, de Rubens, qui se trouve au palais Pitti, à Florence.
portrait,

Un

autre

mains de M. Poot, vicaire à Vieux-Genappe, l'un des propriétaires actuels de la maison natale de Juste Lipse il représente celui-ci en costume de conseiller » Clariss, D. Justius Lipsius a d'État et porte Vinscription suivante
également attribué à Rubens, est entre
les
;
:

cons. archiducufn.

"

Sur

la partie inférieure
", et,

du cadre

se trouve la

devise

«

Moribus antiqids

par derrière, ce curieux chronogramme

qui

fait
:

allusion à la fête de Saint-Luc, jour de la naissance le Juste

Lipse

[y

LUCoE

LUX LUCe

puIor MIhI

LUXIt

In IssCha.

M. Poot possède aussi un second
Ant.

portrait

qui

est

attribué

à

Van Dyck.
«

Dans son intéressante brochure
Kven, archiviste de
la ville de

Juste Lipse patriote
fait,

",

]\L

Van

Louvain,
Halle.

en outre, mention d'un bon

portrait qui était autrefois à l'hôtel de ville de Louvain, et qui, actuel-

lement, se trouve au

Musée de


«

101


mais
je suis incapa-

efforts le style et les idées,

«
«
«

ble d'une très longue assiduité au travail.

Ma

mise

est simple

de

même

que mes gestes

et

ma

conversation, et bien des fois des étrangers en

«
«

me

voyant n'ont pu se figurer que je fusse Juste

Lipse.

Du

reste, j'ai

aimé

le

bon,

j'ai

aimé

les

« «

bons, et les bons m'ont aimé.
sciences, la sagesse encore plus
:

J'ai

cultivé les

j'ai fui les

pro-

« ces, j'ai fui les «
«

honneurs. Bon

et affable, je suis

de ceux que
pas. »

l'on respecte et

qu'on ne craint

Ajoutons quelques
avait sa part

traits à ce tableau.

L'égoïsme

dans

la

bonté dont se targue Juste
était
vie,

Lipse.

Son grand objectif
et la

de conserver

le

calme

quiétude de sa

de ne porter om-

brage à personne, de ne point heurter l'opinion
publique et de ménager tous ceux qui l'approchaient.
tion.
Il

Son langage
affectait la

était

mielleux et plein d'onc-

plus respectueuse déférence

envers les personnes puissantes, surtout envers les

gens d'Église.
je

«

Je suis de vos sujets, ou plutôt
»,

suis

votre

esclave

écrivait-il

au cardinal

Aldobrandini. Sa modestie ressemblait assez à
sa bonté. C'était plutôt

du

savoir-vivre et le désir

de ne pas offusquer
l'envie.
«

les autres,
le fait

de ne pas exciter
penser ainsi
:

Lui-même nous

«

je

crains que le titre de conseiller d'État n'excite


«

102


être le conseiller privé
titres. Ici,

l'envie; j'aimerais

mieux

« «
«

de Son Altesse. Je n'aspire pas aux

dans nos séances publiques,
le

je

marche toujours
précisément de
Quoi-

dernier des professeurs, au grand étonnement
«

«

des étrangers.

Ce

n'est

pas

la

modestie, c'est peut-être tout

le contraire.

qu'il

en

soit,

il

est certain

que Lipse a eu des amis
qu'il

nombreux

et

dévoués,

et

ne

s'est

jamais

brouillé volontairement avec personne.

Juste Lipse était

homme. Ne nous étonnons donc
dans une certaine mesure
la

pas

qu'il ait participé

aux faiblesses inséparables de
Mais, dans

nature humaine.

un temps où

les agitations politiques

avaient
si vif,

communiqué aux
le

esprits

un ébranlement

retrempé

les caractères et
si

agrandi démesuétroit des idées

rément

cercle auparavant

courantes; dans un temps où notre pays se glorifie
d'avoir

compté un
dans
et a

très

grand nombre d hommes
les affaires,
s'est élevé

éminents par leur habileté dans
les arts et
les lettres,

dans

Lipse

au prela

mier rang

mérité d'être appelé par

voix

générale, qui ne se

trompe jamais dans ces sortes

d'appréciations, le flambeau des lettres, le soleil

des docteurs,
Belgique.

le

prince des savants,

la

perle de la

103

La jeunesse de notre époque
fâcheuse à négliger les études

a

une tendance
pour
et

littéraires

s'adonner exclusivement aux sciences abstraites

applicables à l'industrialisme. C'est un grand mal.

Sans l'étude des
esprit réellement

lettres,

on ne sera jamais un

distingué, à plus forte raison

un

esprit supérieur. Les lettres et les beaux-arts

adoucissent les âmes, les rendent souples, polies,
bienveillantes, éclairent les intelligences et les initient

aux plus hautes conceptions de

la Divinité et

des fins véritables de l'homme et des agglomérations sociales; tandis

que

les sciences, cultivées

uniquement au point de vue de

l'acquisition des

richesses, ravalent les esprits à la recherche des
intérêts matériels,
les

rattachent à la

glèbe et

seraient impuissantes à prévenir le retour des

temps d'ignorance, de grossièreté
(1)

et

de barbarie(i).

Les masses populaires, elles-mêmcs,vivent, sansle savoir, de la vie car autrement elles ne consentiraient pas à soumettre leurs actes à ces règles fixes et harmoniques sans lesquelles aucune
spirituelle,

société ne serait possible.

Mais cela ne
et

suffit pas.

Quiconque a des
le

lumières a pour devoir primordial

sacré de ne pas souffrir que

flambeau de

la

Raison

s'affaiblisse,

de ne pas laisser s'oblitérer cette
la rat-

source vive de toute vérité et de toute consolation, de laquelle s'épan-

chent incessamment dans l'huniaiiité les salutaires notions qui


Virgile

104


se

recommandait aux Romains de

donner
aux

à la science

du commandement

et

de

laisser

nations assujéties les beaux-arts et les autres soins,

comme servîtes et populaires. Le vers insolent, dans
lequel le poëte, pour flatter le peuple de Romulus,

lance cette insulte au
et

monde
:

entier,est grandiose
la

magnifique, sans doute

mais au fond

pensée

est

absolument fausse. Les Romains ne se sont

élevés au faite de la puissance qu'à l'époque

même

les lettres étaient arrivées

chez eux au comble

delà perfection. Les deux premiers Césars, ces

hommes
lettrés

si

supérieurs dans Fart de gouverner et

si

eux-mêmes, avaient pour contemporains
Horace, Ovide,
les

Virgile,

premiers des poètes;
commerce intime

tachent à l'ensemble des choses créées, la mettent en

avec les forces universelles et lui assignent sa mission en ce monde.

Pourquoi, de nos jours, la société peut-elle être mise dans un sérieux
péril par des doctrines désespérantes et

de fallacieux sophismes dont
France, par exemple, pour-

l'absurdité éclate

au premier examen?

En

incombe le gouvernement des hommes, ne voyons-nous plus rien de décidé, rien de
quoi, chez ceux à qui, parleur position et leur intelligence,
fixe,

aucun dévouement aux intérêts

collectifs,

aucune entente, aucune

discipline,

— tandis que l'ardeur,

l'audace, la volonté, la fixité

du but

à atteindre, toutes les qualités qui assurent le succès sont dans le

camp
sui'-

des révolutionnaires? Pourquoivoyons-nousréellementmonter à la
face,
le

comme une écume,
et

tous les bas-fonds de la société et s'approcher
le

régne de ces nouvelles couches sociales annoncées par

dictateur

de Tours
classes.
tes,

de Bordeaux? C'est que. depuis un siècle, l'appétit des intérêts matériels a dominé presque exclusivement dans les hautes

Ah! combien

il

est

de relever les yeux vers

temps de réagir contre ces tendances funesle Ciel, ad sidéra toUere vidtus, et de reveVerbe sacré qui éclaire
ici-bas

nir au côté spirituel de notre nature, à ce
tout

homme

de bonne volonté

!


Tite-Live, le

105


le

premier des historiens; Cicéron,
le

premier des orateurs; Varron,
dits; c'est à dire les

premier des éru-

hommes
les

qui furent, de l'aveu
les

de tous

les siècles,

premiers dans tous

genres dés belles-lettres.

La culture

littéraire

prépare à toutes

les autres.

Non seulement elle est pleine d'attraits par ellemême, mais elle aiguise l'esprit et développe en
nous
cette soif de savoir, cette

ardeur de chercher,

sans lesquelles la science positive ne saurait être

poussée bien loin

et n'existerait

même

pas. Les

hommes

qui abandonnent,

comme
du

Juste Lipse,

l'àpre et incessante

pensée du gain pour consacrer
culte des lettres

leur vie entière à la propagation
et à l'éducation

des jeunes intelligences, ces hommes

sont les véritables initiateurs, les véritables agents

de

la civilisation et
la

du progrès

:

ce sont eux qui

contribuent de

manière

la plus efficace

au bon

ordre, à la prospérité et au bien-être de toute la
famille humaine. Profondément convaincu de cette
vérité,

nous ne cesserons de rappeler aux jeunes
haute importance de l'étude des langues
litté-

gens

la

savantes, des belles-lettres, et des grandes

ratures indispensables au développement complet

des facultés de notre entendement.

Dans

le

champ de
aucun

l'intelligence,

aucun

travail

n'est inutile,

effort n'est

perdu. Cette pensée


nous soutient
et

106


cette tra-

nous encourage. Puisse
la

duction du traité de
présenter

Constance, que nous osons
public, éveiller dans

humblement au
le désir

un

grand nombre

de mieux connaître

les tra-

vaux du célèbre professeur de l'Université de Louvain et de feuilleter les œuvres de ce grand esprit!

Nous

l'avons dit,

en commençant cette

courte
:

notice,

nous

le

disons encore en la finissant

Juste

Lipse est une des gloires les plus pures de
gique
:

la Bel-

ne laissons pas cette gloire se perdre dans

un

injuste oubli.

OMne

CaDat!... gLorIa LIpsI FLoREsCAT!...(n.

(') Ce chronogramme, composé eu 1853 à l'occasioa de l'inauguration du monument de Juste Lipse, à Isque, fait allusion au cri attribué à • Omnia Cadant. l'illustre professeur mourant
:

•>

TRAITÉ
DE LA

CONSTANCE

NOBILIBUS & MAGNIFICIS

CONSULIBUS & SEMTUI POPULOQUE

ANTVERPIENSIS
JUSTUS LIPSIUS

DEDICO CONSECROQUE
Libros
j'stos

quos de Constantia in mecliis yatricc
:

meœ

turbis constanter scn'psi et perscripsi

eos vobis

dare dedicare mihi visum, urbis
tores.

magnœ magni

Sena-.

Splendor vester 7ne impulit, prudentia, virtus
illa,

humanitas etiam

quam coram sum
eruditos.

expertus, pro-

pn'a vobis in bonos

et

Nec, arbitrer, pro ingrato erit munus, qiiod p)er se

haut 7nagnum, pondus ab animo meo accipiet

:

quia dedi

AUX NOBLES & MAGNIFIQUES

CONSULS, AU SENAT k AU PEUPLE

D'ANVERS
MOI,

JUSTE

LIPSE

JE DÉDIE & JE

CONSACRE
et

Ces livres sur la Constance que f ai écrits

continués

avec constance au milieu des troubles de
ti^ouvé

ma patrie
,

:fai

bon de vous
.

les dédier, illustres
le

Sénateurs d'une
faire
c'est

ville illustre

Ce qui m'a poussé à

votre

splendeur, votre prudence, votre vertu, et au^si cette

munificence

bienveillante

que

j'ai

personnellement
les

éprouvée, et qui vous est propre envers
et les

gens de bien

érudits
le

Je petise que
Il n'est

présent ne vous sera pas désagréable.
lui

pas grand par lui-même, mais mon intention


quod, hoc quidem

HO ,

tenipore

optimum maximumque

habul in omni meo litterario censu.

Denique novitas
daverit
;

etiarn forsan aliqiia illud

commen-

quoniam

nisi falloi\ interclusam diu et spinis
,

ohsitam hanc Sapientiœ viam

sternej^e
est,

et

munire
divï-

aggredimur primi, quœ

illa

profecto

quœ cum

nis litteris co7ijuncta, jjossit ducere
et

ad Tranquillitatem

Quietem.

Mihi

certe

animus gratificandi vohis
si vires
;

juvandi

alios,

non de fuit,

tam œquum

est

œquos vos adversum me

esse,
;

quam
scio

ego adversus ma-

gnum

illum

Deum sum

quem

non uni omnia

dédisse. Valet e.


donnera de
la

m—
lui ce

valeur

;

car je vous don7ie en
et

que

fai de plus considérable
bagage
littéraire.

de meilleur dans tout

mon

Enfin sa nouveauté peut-être le recommandera auprès
de vous
:

car, si je ne

me
et

trompe, je suis de déblayer

le

premier^ à

entreprendre de rouvrir

cette route long-

temps fermée

et obstruée, la

route de la Sagesse, la seule

qui, avec les lettres divines, puisse

nous conduire à

la

Tranquillité et

au Repos. Les

forcées ont

pu me manquer,

mais non

certes la volonté de vous être agréable à vous,

et d'être utile

aux

autres. Il est juste que vous soyez
le

aussi justes envers moi, que je

suis

moi-même envers
donné à un
seul.

Dieu, qui, je

le

sais, n'a

pas

tout

Adieu.

PRIMA

PR^FATIO

AD LECTOREM
DE CONSILIO MEO SCRIPTIONIS
c^

FINE

NiLil

me

fug'it, Lector, in

novo hoc

scribeiidi

génère,
,

nova

milii judicia parata et censuras; sive illorum

quos

percutiet inopinata

hœc

Sapientise professio ab eo,

quem
:

amœnioribus tantum

litteris

censebant operatum

sive

aliorum, quibus vilescet et pro levi erit, quidquid in boc
studio aut stadio sudabitur post antiques. Quibus ulrisque
ut breviter respondeam,

mea

interest,

imo etiam tua.

Ac primi quidem

illi

duabus diversissimis rébus pec-

care mihi videntur. Incuria et cura. Hac, quod in aliéna
studia actionesque ultro inquirendum sibi censeant
:

illa

quod inquirant tamen parum intente aut

dilig-enter

Ut

PRÉFACE DE LA PREMIÈRE EDITION

AU LECTEUR
SUR MON PROJET & MON BUT DANS CET ÉCRIT

Il

ne m'a point échappé, Lecteur, que, par ce nouveau
d'écrits, je

genre

me

préparais de nouveaux jugements et

des censures;

soit,

de la part de ceux que frappera cette

profession inopinée de Sagesse

par un

homme
;

qu'ils

croyaient adonné seulement aux belles-lettres

soit,

de la

part d'autres qui tiendront pour de peu de poids et

même
est de

pour méprisable tout ce que, dans
carrière,

cette étude et
les

dans cette
Il

on s'efforcera d'établir après

anciens.

mon

intérêt et
et

même du
autres.

tien

que je réponde brièvement

aux uns

aux

Les premiers

me

semblent pécher de deux façons
:

très

diverses, par défaut et par excès de soin
qu'ils se croient autorisés

par excès, en ce

à soumettre à une inquisition
;

indiscrète les études et les actions des autres

par défaut.


enim ipse
tesqiie
iis

114


ita colles
illi

me

indicem,

numquam

fon-

Mu5:arum totum

me

cœperimt, nt non oculos idem-

tidem mentemque reflexerim ad severiorem istam Divam.

Philosophiam dico, cujus studia jam tum à puero

ita

mihi

placuere, ut peccare juvenili qiiodam ardore riderer, et
frseno atque inhibitione fuerim coërcendus.

Sciunt pre-

ceptores mei, qui in Ubiis
libros eos

:

excussos mihi velut per vim
et scripta

omnes

è

manibus,

etiam Commenta-

riosque ereptos, quos laboriose confeceram ex omni inter-

pretum

classe.

Nec mutavi sane
si

postea. Et in
et linea,

omni hoc
flexu

studionim cursu,
tetendisse

non recto rigore

tamen

me

scio

ad illam Sapientias metam.

Nec
spinis

id ea via,

qua hic philosophantium vulgus, qui

in

argutiarum aut laqueis qusestionum maie
subtili

dediti,

non aliud quam

quodam disceptationum

filo

tèxunt
:

eas et retexunt. Haerent in verbis, aut captiunculis

et

îptatem totam in aditu Philosophife versautur, adyta ejns

numqnam
ut

vident.
:

Habent eam ut oblectamentum, non
instrumentum
vitfe

remedium

et

maxime

seriiim,

vertunt in

ludum quemdam nugarum. Quis eorum mihi

de moribus quscrit? quis adfectus tempérât? quis timori
quis spei

metam

ponit aut

modum? Quin
:

adeo ad Sapien-

tiam spectare hœc non arbitrantur

ut aliud aut nihil

agere eos censeant, qui id agunt. Itaque vitam eorum, sive


en ce que
cette inquisition

115


ils la

même

font avec trop peu

d'attention et d'exactitude.

Pour me

faire

moi-même con-

naître à eux, je leur dirai que les collines et les fontaines

des Muses ne m'ont jamais absorbé tout entier jusqu'au

point de m'empêcber de tourner de temps en temps mes

yeux

et

ma pensée

vers cette Déesse plus sévère, la Philo-

sophie, dont l'étude a eu tant d'attraits pour

moi

,

depuis

mou

enfance, que je semblais y être entraîné par une
,

ardeur trop juvénile
frein et

et

me

l'interdire.

y mettre un Mes maîtres de Cologne le savent,
que
l'on crut devoir
les

eux qui m'arrachaient des mains comme par force tous
livres de ce g-enre,
et
les

commentaires que j'en avais
extraits de toute la

laborieusement écrits

et

classe

des

interprètes. Je n"ai point

changé depuis, bien certaine-

ment. Dans tout

le

cours de

mes

études, je sais que, sinon

en

lig-ne droite et
j'ai

avec une rig'ueur absolue, du moins

obliquement,
vers

toujours tendu vers la Sagesse

comme

mon

but.

Mais, en
n'ai

me

livrant à cette étude de la philosophie, je

pas suivi la

même

voie que le vulgaire des philosophes
les épines des arg'uties

qui,

malheureusement perdus dans

et les lacets

des questions captieuses, n'arrivent qu'à faire

et à défaire

sans cesse

un même

tissu avec le
et

fil

subtil des

disputes. Ils s'arrêtent

aux mots

aux

subtilités et con-

sument toute leur
jamais parvenir

vie dans l'avenue de la Philosophie sans

même
lieu

à en voir le sanctuaire. Ils s'en font

une récréation au

d'un remède
ils le

:

et cet

instrument

le

plus sérieux de la vie,

convertissent

comme en

jeu

de bagatelles. Lequel

me

citerez-vous parmi eux qui s'ocles pa.ssions?

cupe des mœurs? qui tempère
terme ou une mesure à
plus,
ils

qui mette un

la crainte,

à l'espérance? Bien

ne jugent pas

même

que ces sujets appartiennent

116
judicia,


vulgo reperias, quod

si

vides

:

nihil vel in ipso
;

ad illam attinet, spurciu?

stultias,

quod ad

ista. Scilicet

ut vinum, quo nil salubrius, quibusdam in
sic istis

venenum

est

:

Philosophia, qua abutuntur.

At mibi

alia

mens, qui navim semper avertens ab

illis

argutiarum

salebris, velificationem

omnem direxi

ad

unum

tranquillae mentis
fallax

portum. Cujus studii mei primum nec
lios libros.

spécimen esse volui

Sedenim, inqiiiunt

alteri,
:

melius

et

uberius ista veteres.

Qusedam ex

istis,

fateor

abnego, quod universa. Si de
et

moribus aliquid adfectibusque carptim post Senecam,

divinum illum Epictetum, scribam

:

me quoque
si

judice,
attigeadfir-

parum

cordis

habeam aut
illi,

frontis.

At

ea

quœ ne
enim ea

runt quidem

aut quisquam (fidenter
:

mem)

ex antiquis

quid fastidiunt aut carpunt? Solatia

malis publiais queesivi, quis ante

me? Rem

sive

ordinem
ipsis

videant

:

mihi ea debere fatebuntur,

et de verbis

(fas dicere)

non ea nobis inopia, ut cuiquam suppli-

cemus.

Denique hoc sciant
li>)riim pi'fpcipae

:

alia pluria aliis
:

mihi scripta

;

hune

mihi

illa

famfp; at h?ec saluti.

Quod


à la Sagesse,
et

117


du
tout. C'est pourquoi,

ceux qui

s'en

occupent leur paraissent ou

faire autre chose
si

ou ne rien

faire

tu considères leur vie ou leurs jugements, tu ne trouve-

ras,

même

pour

le

vulgaire, rien de plus méprisable que
les autres.

Tune, rien de plus insensé que

Comme

le vin,

bien qu'il n'y ait rien de plus salubre, est
quelques-uns, de
phie dont
ils

un poison pour
la Philoso-

même

est malsaine

pour eux

abusent.
ai
,

Mais

j'ai

eu une autre pensée, moi qui

toujours
et qui ai

détourné

mon

navire de ces récifs des arguties

dirigé tous les efforts de

ma

navigation vers l'unique port
les

de la paix de l'âme.
fussent

J'ai

voulu que

présents livres
zèle

un premier

et sincère

spécimen de ce

qui

m'anime.

Mais cependant, dira-t-on,
toutes ces choses

les

anciens ont traité de

mieux

et

avec plus d'abondance. De quel-

ques-unes de ces choses, je l'avoue; de toutes, non. Si par
endroits j'écris, après Sénèque et ce divin Epitecte, quel-

que chose sur

les

mœurs

et les passions, je déclare
et

moi-

même
si

que j'en

tire

peu de vanité

peu d'assurance. Mais
grands
haute-

je parle de choses auxquelles n'ont touché ni ces ni

hommes,
J'ai

aucun des anciens,

et cela je l'aiBrme

ment, que peut-on avoir à

me

reprocher et à
les

cherché des consolations contre
l'a fait

me maux
il

harceler?
publics
:

qui

avant moi? Que l'on considère

la chose

en

elle-

même ou

la disposition

que je
et

lui ai

donnée,

faudra con-

fesser qu'on

me

les doit;

quant aux mots eux-mêmes,
égard rien à

on nous permettra de dire que nous n'en éprouvons pas

une

telle

disette

que nous ayons à

cet

demander à personne.
"Enfin que l'on sache une chose
:

j'ai

composé beaucoup
l'ai écrit

d'autres ouvrages pour les autres; ce livre, je


olim alte
et

118


liic

acute quispiam, id

vera voce proclamo

:

SatismiJn panci

hctores, satis est nnus, sntis est millus.

Idtantum

peto, ut

quicumque

hfec tangent, cognoscendi

auimum

adferant, et simul ig-noscendi.

Ut sicubi

forte

lapsus sim, prœsertim

cum

locos illos altiores conatus
:

scandere de Providentia, lustitia, Fato

condonent, quia
est,
iis

nusquam

certe malitia aut pertinacia
calig-o.

sed

humana
:

saltem imbecillitas et

Denique ab

docear

faxo,

ut nemo tam promptus ad monendum

sit,

quam ego ad
aut

mutandum.
miuuo
:

Caetera

vicia;

naturse

mea non démo

pertinaciani et

contentionum studium serio depre-

cor ab ea et detestor.

Salve mi Lector, quod utinam per hune librum in parte
tibi sit
!


principalement pour moi;
celui-ci

1

19


ma renommée,
me siiffi^i cVavoir qu\m, il me

ceux-là pour

pour

mon
il

salut. Je puis m'approprier avec vérité

ce

mot profond
de

et incisif

d'un ancien

:

il

peu de
suffit

lectenrs,

me

suffit de n'en avoir

nen point

avoir.

Je demande seulement à tous ceux qui toucheront à ce
livre d'y apporter le désir de savoir et

un

esprit d'indul,

gence. Peut-être ai-je fait quelque faax pas

ici

ou

là,

notamment quand
que
l'on

je

me

suis efforcé de gravir les cimes

escarpées de la Providence,

de la Justice, du Destin

;

me

pardonne, car ou ne trouvera nulle part ni
la fail'on

mauvaise volonté, ni obstination, mais seulement
blesse

humaine

et

l'obscurité.

Je

demande que

m'instruise.

Nul ne

sera

si

prompt à m'avertir que moi à
les

me

corriger. Je ne

veux pas dissimuler ou atténuer

autres vices de

ma

nature. Mais je renie sérieusement et

je déteste l'opiniâtreté et l'amour de la dispute.

Salut,
utilité
!

mon

Lecteur. Puisse ce livre t'étre de quelque

SECUNDA PR^FATIO

AD LECTOREM
PRO CONSTANTIA MEA PR^SCRIPTIO

Quod

in iterata

hac editione, iterum
accidit, etsi

te alloquor, Lector,

prœter votum
ludicia

meum
ista

non

prseter

opinionem.

enim

prœvidi ante, imo prsedixi,

Negant
negant

satis pie

hoc argumentum à

me

tractatum

:

locis aliquot satis vere.

Parum
videor,

pie

ideo

:

quia Philosoplium

egisse

tantum

inquiunt, nec inspersisse qu?e potui et debui è

libris sacris.
illis

Quae admouitio valde mihi grata

:

velim

et

simplex

meum

et sine

fuco responsum.

Nam
:

quod

apertam pietatem ante omnia requirunt, amo

hoc tan-

tum moneo,

ut oculos prius serio intendant in finem

meum

PRÉFACE DE LA SECONDE ÉDITION

AU LECTEUR
AVANT-PROPOS POUR MA CONSTANCE

Lecteur,

si,

dans

cette

seconde édition, je t'adresse une

seconde fois la parole, cela arrive contre

non contre mon

attente. J'avais

mon désir, mais prévu et même prédit

d'avance tous ces jugements.

On m'impute
piété, et

d'avoir traité ce sujet avec trop peu de

dans certains endroits avec trop peu de vérité.
piété,

Trop peu de

en ce que je parais, dit-on, avoir
,

fait

seulement œuvre de Philosophe

et n'avoir pas tiré parti

de tout ce que j'aurais pu et dû emprunter aux lettres
sacrées.

Ce reproche m'est
et

très agréable. Je

veux y

faire

une réponse simple

sans ambages. J'aime que

l'on

me

demande avant
attention

tout
les

une profession ouverte de

piété. J'en-

gage seulement

critiques à considérer d'abord avec

mon

projet et

mon

but. Ai-je voulu traiter

une


et
si

122


:

scopum. Si inihi Theologum agere propositum, aberravi
Philosophum,
ciir

culpant?

Haurimus enim

è lacunis, inquiunt,

quœ

liceat è puris-

simo divinarum litterarum fonte. Hucne
ego ex animo testor
salutis nosse,
et

me vocant? At
illum et direc-

respondeo,
qufe per

non aliam me viam

quam hanc
:

unum

tum

limitera ducat

ad quem tamen percurrendiim, huma-

nas etiam litteras laxamenti aliquid afferre censeam, imo
adjumenti. Augustini consilium esse scio,
phis scripta sunt collig'ere,

quœ à

Philoso-

et in iisiim nostrum vindicare,

jiossessoHbns illis injustis erejjta.

Hoc

sequi volui
et

:

et

peccavi? Peccassem, fateor,
religionis nostrœ liquorem
olenti
ftece.

si

purum hune

mysticum
et
se,

corrupissem veteri aliqua
:

At contra

institi

et

sordentem per

parumque mundam doctrinam, depurgare atque
aggressus

illustrare

sum novo

isto

Sole.

Cui bono autem id non

bonum?
operam
In

In pugna, equitum aut statarii militis prsecipuara
:

esse scimus

spernisideo sagittarios et funditores?

domo extruenda

arcbitecti

maximam laudem

et

usum

:

tollesne

opéras igitur et administres? Idem hic censé,
illse

divinae

litterœ veri roboris, verse virtutis et constantise
:

solidae effectrices

nec tamen
dico

humanam

prorsus Sapien-

tiam sperne

:

eam

quœ non

se effert, sed servit pla-

cide et ancillatur. Lapides, cœmenta, calcem, ex veteri et


.

123


me
suis trompé;

thèse théologique?
c'est

En

ce cas, je

mais

si

une thèse philosophique
dit

qu'ont-ils à

me

reprocher?

On

que nous puisons dans des marais ce que nous

aurions pu puiser à la source très pure de l'Écriture sainte.

Est-ce là qu'on m'appelle?
et je

Eh

bien je proteste hautement
effet d'autre

réponds que je ne connais pas en

voie de
:

salut

que

celle

qui va par ce sentier unique et droit
le

mais

que, cependant, pour
lettres

parcourir, je trouve aussi dans les
et

humaines un soulagement
le conseil

même un

secours. Je

connais

de saint Augustin, de faire un choix

dans

les

écrits des Philosophes et de

revendiquer pour

notre usag-e les bonnes choses que nous arrachons à ces
injustes possesseurs. C'est ce conseil que j'ai voulu suivre.

Ai-je eu tort? J'aurais eu tort, je l'avoue,

si

j'avais cor-

rompu

cette liqueur

pure

et

mystique de notre religion en
de mauvaise odeur. Mais

y mêlant quelque
j'ai fait

lie vieille et

tout le contraire. J'ai abordé
et

une doctrine vicieuse

par elle-même

peu limpide,

et j'ai entrepris de l'expursoleil.

ger

et

de la clarifier aux rayons de ce nouveau

A

quel propos cela ne serait-il pas bon? Nous savons que

dans une bataille

l'effort effectif et
:

principal est celui de
les

la cavalerie et de l'infanterie

méprise-t-on pour cela

archers et les frondeurs? Dans la construction d'une maison, la plus grande gloire et le plus utile travail sont pour
l'architecte
:

est-ce

une raison de

rejeter les ouvriers et
ici.

leurs servants? C'est la

même

chose

Les

lettres divines

sont

le

foyer efficace de la vraie force, de la vertu véri-

table et de la constance solide.

Cependant
celle

il

ne faut pas
et

mépriser la Sagesse humaine, non

qui s'emporte
et

veut dominer, mais celle qui obéit paisiblement

qui est

comme
les

la

servante de l'autre. Nous ramassons les pierres,
la

ciments, la chaux de ce vieil édifice de

Philosophie


diu lapso
fiedifîcio

124


comportamus
:

illo

Philosopliiœ

ne

invide lucellum hoc arcliitecto, et patiare materiam hanc
substerni saltem in fandamentis.

At enim sacra
fuit.

illa
:

meliora, nec verbis

iis

abstinendum

Meliora fateor

sed adde etiam graviora. Lacertos

ineos

expendo,

et artus

artesque libro

:

cur onus mihi
est,

imponi patiar, cui non sim ferendo? Tlieologis, id

magnis

altisque viris (et eximios multos
ista et alta
«

hœc œtas

tulit)

magna

relinquo
:

:

mea cymba

leget litus. Phi-

sophum ego agam

sed Christianum.

Nam
Si

de verbis, quid turbant?

Non quo

stilo

ea scripta

sint, sed

quo sensu videant
recti sensus,

:

nec an usitate, sed an vere.

enim

quid refert in re tam ardua, quo vélo
:

ant veste (modo non indecora") eos texerim? Si vani
vincant.

con-

Nempe hoc ipsum volumus,
scripta
prisais

ajunt

:

et

quœdam

à te

non ex
illis

fide.

De

recta Ratione erras,
et attollis.

quam cum
verbis for-

exaggeras nimis
:

Egone?

tasse illorum

sensu
tester
:

uno verbo hoc

numquam meo. Nam ne ipse erres, nullam me rectam puramque RatioDeo directam,
nisi

nem

intelligere,

nisi à

h fide illus-

tratam.

Sed

qua',

malum,

illegitima ista captio est,

cum

génère


depuis longtemps écroulé
:

125

n'enviez pas ce petit profit à

l'architecte et permettez- lui

d'employer ces matériaux au
les substructions. les termes,

moins en sous-œuvre
matériaux

et

dans

Mais vous ne deviez pas négliger, môme dans
les

meilleurs que

fournit l'Écriture

sainte.

Meilleurs, j'en conviens, mais aussi plus lourds. J'étends

mes

bras, je consulte la force de
:

mes membres, le jeu de mes
imposer un
far-

articulations

pourquoi

me

laisserais-je

deau que je ne saurais soutenir? Je
grandes
et élevées

laisse ces choses

aux Théologiens,

c'est

à dire à des
siècle

hommes grands
le

et élevés

eux-mêmes, comme ce

en

a compté beaucoup d'érainents.

Ma

barque à moi côtoie

rivage. J'agis en Philosophe, mais en Philosophe chré-

tien.

Quant aux mots, pourquoi
rechercher
c'est le

s'en offusquer?
le style

Ce

qu'il faut

sens et

non

de mes
utiles,

écrits.

Exa-

minez
Si

si

mes

écrits sont

non seulement
ou

mais vrais.

mes sentiments
pu
les

sont justes, qu'importent, dans une
voiles
les

matière
j'ai

si difficile, les

vêtements sous lesquels

exposer, pourvu que j'aie observé les consont
faux,

venances? Si ces sentiments
prouve.
C'est précisément ce que

qu'on

me

le

nous voulons,

m'est-il

répondu

:

certaines choses que tu as écrites ne sont pas conformes

à la

foi

;

tu te trompes sur la droite "Raison, tu l'exagères

et tu l'exaltes trop

avec ces anciens. L'ai-je fait? Peut-être
j'ai reproduites,

dans leurs expressions que
dans
ici

mais jamais

ma pensée. Pour qu'on ne puisse
celle

s'y

tromper, j'atteste

en un mot que je ne reconnais pour Eaison droite

et

pure que

que Dieu dirige

et

que

la foi éclaire.

Mais, en vérité, n'est-ce pas une subtilité illégitime,

quand une pensée

est

bonne dans tout son ensemble, que


de toto senteiitia bona
sit,

126

-

quserere in verbi uiiius aut alte-

rius latebra calumnise aiisam ?

Ratio ipsa, et suis viribus, non diicit nos ad

Deum, non
defectum

ad verum

:

sed taraen ut in aqua aut pelvi

Solis intuemur, idque per S'olis ipsius radios oblique et

quodam
aliter,

flexu; sic in ista, res divinas

:

sed cave censeas

quam

per

Deum

ipsum. lam de fato aut fatalibus,
si

de impiis ob
aliis

bonum

puuitis,
:

quid nimis exacui, aut ab
affectu's si

acutum

arripui
:

itemque dolorem aut

arcte nimis coërcui
et intellegi;

velim ab ïequo lectore œquiter legi
aliquot ad

quam ad rem prseivimus nunc
quidem mens ubique bona
:

oram

Notis. Mibi

et si alibi

liumana

hœc lingua aut calamus
luam.

titubavit, ne aspere

quœso nimis

Sum enim
in ore
verbis.
;

ex

iis,

quibus Pietas in corde magis,

quàm quam

quique

factis exerceri
satis

eam

acriter

malim,

Nec sœculum hoc

mihi placet, (audebo
fuit

dicere)

quo nullum unquam feracius religionuni

sterilius pietatis.

Quœ

contentiones ubique?

quœ

rixse?

Et cum omnia fecerint,

cum cœlum

et

terram subtilis
Aristo-

ingenii ala pervolarint; quid aliud,

quam, cum

phanpeo Socrate, âecoêaToOvT'/?

Habes, mi Lector, brevem pr?pscriptionem nostrara
qufç

:

tamen pequo

tibi

nimia, satis vel iniquo. Te
et

cum

cura

nifiueo hortorque,

ne avocent

avertant

animum

à ger-

tel

127

de clierclier un prétexte à la calomnie dans l'équivoque de

ou

tel

mot?
suffit

lia

Raison, par ses forces seules, ne
et

pas à nous con-

duire à Dieu

au

vrai. Or,

comme nous regardons une
ou dans un bassin, mais à
s'}^

éclipse de soleil dans de l'eau
l'aide

des rayons du soleil lui-même qui viennent

réfléchir

obliquement

;

ainsi,

dans la Raison, nous étudions

les choses divines,

mais, prends-y bien garde, non autre-

ment qu'à
tin

l'aide de

Dieu lui-même.
fatales,

Si,

en parlant du Desle

ou des choses

ou des impies punis pour

bien, j'ai, en quelque point, trop subtilisé

ma

pensée ou
si j'ai

emprunté aux anciens des pointes trop aiguës; ou
contenu la douleur ou
étroites, je désire
les affections

dans des limites trop

que

le lecteur juste

me

lise et
j'ai

me commis quel-

prenne justement,

et c'est

dans ce but que

ques notes à la marg*e. Assurément partout
a été bonne. Si, quelque part,

mon intention ma langue et ma plume,

qui sont d'un

homme

après tout, ont pu hésiter ou faiblir,

je supplie qu'on ne

m'en punisse pas trop sévèrement. Je

suis de ceux qui ont la piété dans le

cœur plus que sur

les

lèvres
faire
cle

;

j'aime mieux la pratiquer dans mes actes, que d'en
les paroles.

montre dans

Même, j'oserai

le dire, ce siè-

ne

me satisfait point,

parce qu'il n'y en eut jamais aucun

plus fertile en sectes religieuses, plus stérile en piété véritable.

Que de controverses de tous
le

côtés?

Que de

querelles?
ainsi

Et, au bout

du compte, quand tous ces disputeurs ont
ciel et la terre

parcouru

sur

l'aile

d'un génie subtil,
les

qu'ont-ils fait de plus
le

que de marcher dans
?

nuées avec

Socrate d'Aristophane

ïu

as

là,

Lecteur,

mon

bref avant-propos.

Il

sera de

trop, si tu es juste, suffisant si tu es injuste. Je t'avertis-

avec soin

et je te conseille

de ne pas laisser ces nouveaux


mano Philosophie
eam solum
pellant
(facultas

128


Domitiani
isti
:

studio novi

qui non

modo
artes.

et vires sint)

sed in exsilium
Patres

omnes bonas

Priscos illos potius

vide, GraBCos Latinosque,
stant, et

denso agmine à nobis omnes

modestum

Philosophiae studiuni non ferunt in

Christiano solum, sed inculcant et suadent;
toritatis scuto, satis

quorum auc-

me putem

sine alia ulla ratione con-

tra gigantes istos tectum.

Nam

Philosophiam cur uberius verbis laudem? Frustra,

quia ut montium altitudo procul non apparet, sed
accesseris
:

cum
non

non item hujus splendor,
sine

nisi

cum

pernoris.

Pernosci
potest
:

autem

Christiana veraque religione
si tollis,

quamx prselucentem
illa,

fateor ecce et clamo,

ludibrium

vanitas, delirium est.

Bene Tertullianus

:

Cui xeritas cognita, sine deo? cui

deiis,

sine Christo? In

qua sententia

finio, et serio

conquiesco. Velim tu

mecum.


Domitiens dégoûter
la Philosophie. S'ils
ils

129


la

et

détourner ton esprit de l'étude de puissance et la force,

en avaient

banniraient non seulement la Philosophie, mais avec
tous les beaux-arts. Vois plutôt ces anciens Pères Grecs

elle

et Latins qui se présentent à
et qui,

nous en bataillons pressés

non seulement, permettent mais qui commandent
aux Chrétiens
l'étude

et conseillent

modeste de

la Philoso;

phie.

Leur autorité m'est une égide qui me

suffit

je ne

crois pas avoir à chercher dans aucune autre raison

un

abri contre ces géants.

Pourquoi louerais-je
abondants? Ce serait

la

Philosophie avec des mots plus

inutile.

De
;

loin
il

on n'apprécie pas

bien la hauteur des montagnes
Il

faut s'en approcher.

en est ainsi de

la Philosophie

;

il

faut la connaître pour

juger de sa splendeur. Mais on ne peut la connaître sans
la religion chrétienne, la vraie religion. Si tu enlèves cette

lumière, je suis le premier à

le

confesser, à le proclamer
folie.

à haute voix, tout n'est plus qu'illusion, vanité,

TertuUien a bien
et

dit

:

q%ii

connaît la vérité sans Dieu?

Dieu sans

le

Christ? Sur cette pensée je finis et je

me
!

repose en pleine paix. Puisses-tu en faire autant avec moi

—3-»-^>(:#^i«^-»

LIBER PRIMUS

CAPUT
Prœfatio
,

I.

et

mtroductio. Querela
turlis.

item aliqua de Belgarum

Ante

annos aliquot

cum Viennam
;

Austrise iter

haberem, fugiens patrise mese turbas
deo duce, ad
et in

deflexi,

non

sine
via;

Eburonum

iirbem,

quœ nec longe à
et

qua amici, quos salutare more suadebar

amore.

Inter eos Carolus Langius, vir (sine fraude aut ambitione dicam) optimus doctissimusque

Belgarum. Qui

cum me

hospitio excepisset

;

non omni solum comitate

et benivolentia id

temperavit, sed eo génère
in

sermonum
essent.

qui utiles
Ille

imo salutares mihi
fuit ille vir, qui

omne œvum

enim

oculos mihi aperiret, detersa
:

vulgarium aliquot opinionum nube
ostenderet, qua sine
cretio loquar,

ille,

qui

viam

ambage pervenirem,

ut

cum Lu-

ad

illa

Edita doctnna sapienium tempîa serena.

Nam cum

post meridiem fervido sole (prseceps enim

LIVRE PREMIER

CHAPITRE PREMIER.
Préface
et

introduction. Quelques plaintes sur

les troubles

de la Belgiqiie.
Il

y a quelques années, je
et ce

m'étais mis en route pour
les troubles

Vienne, en Autriche, fuyant

de

ma

patrie.

Je

me détournai,
mon

ne fut pas sans quelque impulsion
(Liège), qui n'était pas

divine, vers la ville
loin de
la

desEburons
et

chemin,

dans laquelle j'avais des amis que
m'engageaient à saluer.

coutume

et l'affection

De

ce
le

nombre

était

Charles Langius, personnage, je puis
flatterie, le

dire sans
et le plus

mensonge comme sans
savant des Belges.
11

meilleur

me

reçut dans sa mai-

son, et, dans l'honorable hospitalité qu'il m'accorda,
il

sut mêler les procédés les plus bienveillants et des

conversations substantielles qui devaient m'être utiles
et salutaires

pendant toute

ma

vie. Il fut

l'homme qui

m'ouvrit les yeux, en dissipant les nuages dont m'of-

fusquaient encore quelques opinions vulgaires
qui

;

l'homme

me montra

la voie

pour arriver directement, je

vais employer les expressions de Lucrèce, à ces temples

sereins élevés par la doctrine des sages.
L^ne après-midi, par un soleil ardent, car nous étions


jam mensis luuius
erat)
fit,

13-2


ejiis

domi

in atrio iiiambulare-

mus

:

quaesivit, ut

blandiiis de itinere

meo

et ejus

caussis. Cui

cum ego de

turbis

Belgarum, de insolentia
:

Praefectorum et militum, libère et vere multa dixissem
addidi postremo, prsetexi à

me

aliam, sed hanc intimam

esse discessus mei caussam. Quis enim Langi, inquam,

tam firmo
iis

et

tam

ferreo pectore, qui diutius ferendis

malis sit? lactamur
civilium œstu
:

jam

tôt annos, ut vides, bello-

rum

et,

ut in

undoso mari, non uno

vento agitamur turbarum seditionumque. Otium mihi
cordi et quies? tubae interpellant,
et strepitus

armo-

rum Horti
.

et

rura

^

miles et sicarius compellit in urrelicta

bem. Itaque certum mihi, Langi,

hac infesta

et

infausta Belgica (ignoscat mihi genius patriae)
yf.ç,

yriv irpô

ut

ille

ait; et quovis

terrarum fugere

— ubi nec

Pelopidarwn facta neque nomen audiam.

Langius admirans
inquit,
vita.

et velut excitatus
?

:

Itane tu Lipsi,

abeas à nobis

A vobis,

inquam, aut certe ab hac
efFugium, nisi in

Quod enim malorum istorum

fuga?
sura.

Nam
Langi

ut
:

videam

ista cottidie et

feram, non pos-

nec chalybs aliquis mihi circa pectus.


à la
fin

133

de juin, nous nous promenions ensemble dans le

vestibule de sa

demeure

:

il

s'informa tout naturellement,
et

et avec bienveillance,

du but de mon vo3^age
et

de ses

motifs.

Après lui avoir parlé librement
par

avec vérité des

troubles de la Belgique, de l'insolence des officiers et

des soldats, je

finis

lui confesser

que

c'était là,

bien

que

j'en eusse prétexté

une autre,
:

la cause véritable

qui m'avait déterminé à m'éloiguer
gius,
lui dis-je,
fer,

Qui donc, ô Lan-

aurait un

cœur assez ferme, assez
si

bardé de

pour supporter plus longtemps de

grands maux? Depuis tant d'années nous sommes, vous
le

voyez, en proie au bouillonnement des guerres civiles
,

;

nous sommes ballotés à tous les vents comine sur une mer
orageuse, par les troubles et par les séditions. Si je

cherche
le

le

repos et le calme du cœur, je suis assourdi par
le fracas

son des trompettes et

des armes. Si je

me

ré-

fugie aux

champs ou dans
dans la

les jardins, soldats et sicaires

me

rejettent

ville.

C'est
(le

pour

cela,

mon

cher

Langius,que je tnesuis décidé

génie de la patrie

me

pardonne

!)

à quitter cette Belgique tourmentée et mal-

heureuse, à changer de pays, et à fuir dans quelque
coin de terre où ne viennent plus fatiguer
les forfaits et le

mes

oreilles

nom des Pélopides. Langius étonné et comme excité par l'émotion s'écria
de nous?

Ainsi donc, ô Lipse, tu t'en vas loin

:

Loin de vous, répondis-je, ou certainement loin de
cette vie.

trouver, ailleurs que dans la fuite, un

refuge contre ces

maux ?

car pour voir ces choses, et les
le puis,

supporter chaque jour, je ne

Langius. Je

n'ai

pas une cuirasse d'airain autour du cœur,


Suspiravit ad luinc

134


:

sermonem Langius
liaec mollities

et,

Infirme

adolescens, inquit, quae

est? aut
et

quœ

tua

mens salutem

quterentis in
:

fuga? Turbat

aestuat

patriatua. fateor

sed qnce non liodie parsEuropae?
:

Ut vere

illud

Aristophanceum possis augurari
-ri o"

j-És-Epa vÉp-îpa Ûf,7p

îur •ji'.ooîULîTT,^.

Itaque non patria fiigienda, Lipsi
et

:

sed Adfectus simt

:

firmanJus

ita

formandusque hic animus, ut quies
et

nobis in turbis

sit,

pax inter média arma.

Ego
inquam
dent,

satis juveniliter,
:

Imo deserenda

illa,

Langi,
acci-

certè

euim audita mala levius ad animum
:

quàm

visa

et

simul pouemur ipsi extra tela, quod

dicitur, et

pulverem hujus agonis.

Homerum non

audis

callide

monentem,

Ex

^3?À£

lov

ar,

-00

Tt;

È'^'

é'axîÎ £'(/.os

ipr-ai

?

CAP.

II.

Peregriiiationem non facere ad intenhos morbos

;

indicinam
et primo

eam

esse,

non medicinam,
motif.

nisi si forte in leti

quodam

adfectuum

Langius moto
tu Sapientiae
te

leviter capite,

Audio, inquit

:

mallem

vocem

et Rationis.

Nam

ha?, Lipsi, quae

involvunt, nebulae et nubeculas sunt k

fumo Opinio-


Mais
lui
,

l3o

langage
:

soupirant à ce

Faible jeune

homme,
l'état

dit-il,

quelle est cette mollesse? Quel est donc
tu cherches ainsi ton salut dans

de ton

âme que

la fuite?

La

patrie est en ébullition et en proie
:

aux trouest

bles; j'en conviens

mais quelle partie de l'Europe

tranquille aujourd'hui?

On

pourrait presque supposer,

avec Aristophane, que Jupiter Altitomiant se plaît à
bouleverser tout
et

à raeltre en haut ce qui

est

en bas.

Ce

qu'il faut fuir,

ô Lipse, ce n'est pas la patrie, ce
le

sont les affections de l'âme. Affermir son esprit et
fortifier, voilà le vrai

moyen de trouver en soi

le

calme

au sein des troubles, la paix au milieu des armes.

Non, répondis- je avec un emportement de jeune

homme, non, Langius. Il faut fuir ce désolant spectacle. Les maux que l'on voit de ses yeux frappent plus fortement
l'esprit

que ceux qu'on entend raconter. Plaçonstraits, loin

nous hors de portée des

de la poussière du
le conseil

champ

de bataille. N'entendez-vous pas
?

pru-

dent d'Homère

Loin des

traits,

de peur qu'une blessure

nouvelle ne s'ajoute à une autre blessure.

CHAPITRE
Le voyage ne peut rien contre
palliatif,
les

IL

maladies inte'neures. C'est un
peut-être dans
les affec-

?wn un remède,

si ce n'est

tions légères et superficielles de l'âme.

Langius alors remuant légèrement
tends, dit-il; j'aimerais

la ièie

:

J'entoi-

mieux que tu entendisses
.

même la voix de la Sagesse et de la Raison Car ces choses
qui t'offusquent, ô Lipse, sont des nuages et des brouil-


num. Itaque,
non
Ppô'/w
:

136


tibi hic

ut

cum Diogene dicam, Xôvw
inquam
illo,

opus

radio

qui caliginem tui cais
:

pitis illustret.

Patriam ecce desertum

sed die serio.

illam
sit, et

cum

fugies, te

quoque eiFugies? Vide ne contra
isto

tecum atque in pectore
tui mali.

circumferas fontem

fomitemque

Ut

ii

qui febriunt, jactant se in-

quiète et versant, et lectum subinde

mutant vana spe
qui terram terra

levamenti

:

in

eadem caussa nos

,

frustra mutamus, segri scilicet mentis.
est

Aperireenimhoc

morbum, non
et

tollere

:

fateri

internum hune calo:

rem,

non mederi. Eleganter Romanus sapiens
est

Proprium
remediis
et littora

œgri

nihil diu'pati, et mutationibus ut

uti.

Inde peregrinationes susciphmtur vagœ,
;

"pererrantur

et

modo mari

se

,

modo

terra

experitur prœsentibus seniper infesta
fugitis

levitasi^).

Itaque

magis turbas quam

vitatis.

Ut cerva

iUa,

apud

Virgilium,

Quam

procul incautam nemora inter Cressia
telis
:

fixit

Pastor agens

illafuga silvas saltusque peragrat
Dictœos...

frustra

:

quia, ut

idem poëta addit,
lateri letalis

hœret
ita vos, qui telo

arundo

:

hoc adfectuum penitus pereussi, non

id excutitis, sed migratione transfertis.
Sénéque.

Qui crus

sibi

(')

137


C'est pourici

lards produits par la fumée des opinions.

quoi je te dirai avec Diogène
et

:

tu as besoin

de raison

non de

subtilités

;

tu as besoin d'un rayon qui éclaire
tête.

les ténèbres

accumulées autour de ta

Voilà que tu

vas déserter ta patrie; mais, dis-le moi sérieusement,

en la fuyant,
le contraire

te fuiras-tu

toi-même ? Prends garde que
que tu n'emportes avec
et le foyer
toi,

ne t'arrive

et

et

dans ton propre cœur, la source

de ton

mal.

Comme ceux
lit

que la fièvre tourmente s'agitent sans
le repos, se

cesse,

ne pouvant supporter
dans
le

retournent et

changent de
de

vain espoir d'un soulagement,

même

nous, quand nous

sommes malades
lieu
:

d'esprit,

nous avons beau changer de
cette inflammation intérieure.

c'est

découvrir

notre mal, non l'enlever; c'est confesser, non éteindre

Un

sage Romain a
r)ialade de
le

dit

avec élégance

:

Cest

le

propre d'un

ne rien

supporter longtemps

et

de chercher

changement

comme un remède.
7iations
et tantôt

Alors on entreprend des pérégrile

sans hut, on erre au hasard

long des rivages;

sur mer, tantôt sur terre, se manifeste claila légèreté

rement aux yeux de tous ceux qui nous voient
qui toujours nous tourmente
(').

Vous fuyez
la biche,

les troubles,

vous ne

les évitez pas.

Comme

dont parle

Virgile, que le pasteur a fraippée de loin avec son javelot

pendant

qvdelle errait

sans défiance dans

les forêts

de

la Crète, s'élance et fuit

à travers

les bois et les
elle

bocages

de Dicté, mais en vain, car, ajoute le poëte,
le

emporte
le

roseau moy^tel attaché à son flanc

:

ainsi

vous que

trait des affections

a profondément blessé, vous ne

le

faites

pas tomber en émigrant, vous l'emportez avec


chirurgum
:

138

aut brachium fregit, non currum poscit, ut opinor, sed
tua quse vauitas, qui internam hanc plagam
te postulas et discursu?
:

motu sanare

Animus enim

certè

est, qui segrotat

et

omnis hsec exterior imbecillitas,

desperatio, lauguor, orta ab

uno

fonte, quodjacetille et
:

languet. Sceptrum abjecit priuceps divinaque pars

et

vilitatis

lapsa

est,

utsponte serviat suis servis. Die,
?

locus hic quid faciet aut motus
est, quae

Nisi forte regio aliqua
refrsenet, quae

metus temperet, quae spes

ma-

lam hanc saniem educat, quam
rum. Atqui nulla
aut
si

alte

imbibimus,

vitio-

est, nec

in insulis ipsis
illuc

beatorum;

est, ostende, et

omnes

agmine

facto imus.

Sed motio ipsa
recréât

et mutatio, inquis,

habet

eam vim

:

et

attollitque

jacentem animum cottidiana

illa

conspecta novitas
erras.

morum, hominum, locorum.

Lipsi,

Nam,

ut

quod res

est

serio

dicam, peregrinaei

tionem non usque eo deprimo, ut nihil
et in adfectus

in

hominem
ut

dem

juris.

Imo habeat. sed hactenus,
et velut

levia tœdia quaedam.

animorum

nauseas

tollat:

non

tollat

morbos, qui altius penetrarunt, quàm ut ex-

terna ulla medicina hue pertingat. Cantus, vinum, somnus, commotiunculas
illas

primas non raro sanarunt


mande
pas,
il

139


lui
:

vous. Qui s'est cassé un bras ou une jambe, ne de-

me

semble, qu'on

amène un char ou
par
le

un cheval, mais un chirurgien mouvement,
c'est

quelle est donc ta va-

nité à toi de prétendre guérir ta plaie intérieure
et

en courant çà

et là?

Car certainement

ton

âme

qui est malade. Cette faiblesse extérieure,

cette langueur, ce désespoir, tout cela naît d'une

même
La

cause, la prostration et l'énervement de l'esprit.
partie dirigeante et divine a rejeté le sceptre
;

elle est

tombée à ce degré d'avilissement
peut faire à cela ou
qu'il n'y
ait

qu'elle

se

rend

esclave volontaire de ses propres esclaves. Dis, que
le lieu

ou

le

mouvement? à moins

quelque région inconnue qui tempère les

craintes, qui refrène les folles espérances, qui extirpe ce

mauvais virus des vices dont nous sommes profondément
imbus. Or une
îles

telle
:

région n'existe pas,

même

dans

les

fortunées

s'il

en est une, montre-la moi; à
toi

l'instant

nous partons tous avec
dis-tu, le
;

pour y
et le

aller.

Mais,

mouvement même
et

changement
'

ont cette vertu

le spectacle

chaque jour nouveau des

mœurs, des hommes
et la relève. C'est

des lieux récrée l'âme abattue

une erreur, Lipse.

Certes, pour dire sérieusement la chose
est, je

comme

elle

ne vais pas jusqu'à refuser aux voyages toute

influence sur

l'homme

et sur les affections

de son âme.

Je reconnais qu'ils en ont une, mais capable seulement
de dissiper les faibles ennuis, qui sont
sées de l'âme, et

comme

les

nau-

non

les

maladies qui ont pénétré trop

profondément pour qu'aucune médication extérieure
puisse les atteindre.

On

a vu plus d'une fois le chant.


Ane, doloris, amoris
:

140


quae

at

nuDquam œgritudinem,

radiées egit et fixitpedem(^).
fortasse levés

Idem hic est: etperegrinatio
sanabit,

quosdam languores
illi

non sanabit
a corpore,

veros.

Hœrent enim primi
in

motus,

orti

quodammodo adhuc
ut sic dicam,
si

corpore, aut certe in
cute
:

summa,

animorum

ideoque non mirum,

quamvis
illi

levi

spongia abstergeantur, non ita invetesedes,

rati

affectus, quibus

imo regnum,
erraveris,
:

in ipsa ter-

animi mente.

Cum

diu

multumque

cum

ram omnem

et

mare

circulatus fueris

nullo eos mari
;

élues, obrues nulla terra.

Sequentur

te

etpostpedi-

tem equitemque

sedehit, utcuni poëta loquar, atra cura.

Socrates interroganti cuidam, quid ita peregrinatio
sihi

non profuisset?

scite respondit,
:

Non enim

te dese-

ruisti.

Simile hic dixerim

et

quocunque

fugies, cor-

ruptum corruptoremque animum tecum habehis, comi-

tem non bonum. Atque utinam comitem

!

sed vereor ut
tui,

ducem
iient.

:

quia non sequentur te adfectus

sed tra-

(•)

Cc-ci fait allusion à la distinction

que faisaient

les Stoïciens entre
la

les différents

mouvements de lame qui sont contraires à
divisaient en

Raison, ou

en dehors

d'elle. Ils les

deux classes

:

ils

appelaient affec-


le vin

141


les

ou

le

sommeil apaiser

premières émotions

(')

de la colère, de la douleur et de l'amour; mais jamais

une maladie de l'âme, qui a poussé des racines
consolidée. C'est la
riront peut-être

et s'est

même

chose

ici

:

les

voyages guéils

quelques langueurs légères;

ne

guériront pas les peines véritables.

En

eiFet,

les pre-

miers mouvements nés du corps, en quelque sorte encore dans le
corps,
effleurent tout

au plus,

si

j'ose

parler ainsi, la partie superficielle de l'âme; c'est pour-

quoi

il

n'est

pas étonnant

qu'il suffise

d'un simple coup
Il

d'épongé pour les faire disparaître.

en est autre-

ment des

affections invétérées qui ont fixé leur siège
les

ou plutôt leur empire dans

profondeurs de l'âme.
et

Vainement tu erreras longtemps

de tous côtés
et

;

vai-

nement tu parcourras
mers
:

la

terre entière

toutes les
t'en
:

tu ne les laveras dans

aucune mer, tu ne

débarrasseras sur aucune terre. Elles te suivront
noir souci s'attachera à tes pas,
le poëte,
il

le

et,

pour parler avec

montera en croupe avec

toi.

Quelqu'un demandait à Socrate pourquoi un voyage
qu'il

venait de faire avait été inefficace à
:

le coiisoler;

le philosophe répondit très bien

imrce que tu ne fes
dire autant
:

pas quitté toi-même. Je puis
que tu
fuies, tu

ici t'en

auras avec

toi

ton esprit corrompu et
;

corrupteur, mauvais

ne
le

fût

compagnon que ton compagnon Mais
!

et plût

à Dieu

qu'il

il

sera ton guide, je

crains

;

car les affections ne suivent

pas

,

elles

entraînent.
lions les premiers

mouvements rares

e^ superliciels, et

maladies ceux

qui étaient fréquents et invétérés.

142

CAP.
At

III.

veros animi morhos non tolli eu, non

minui

:

imo
:

2)ër

eam

recrudescere.

Animum

esse

qui in noMs œgrotet

eique reme-

diîim à Sapieniia et Constantia petendum.

Non
tes,

avocat igitur, inquis, etiam à veris malis pereilli

grinatio? non campi

conspecti, et flumina, et

monfor-

ponunt

te extra doloris tui

sensum? Avocant

tasse interdum et ponunt, sed nec in longum, nec in

bonum. Ut pictura, quamvis egregia
delectantur
:

,

oculi

non diu

sic

omnis

ista

hominum locorumque variead brève tempus. Aberratio
:

tas novitate nos capit, sed
lieec

aliqua à malis est, non fiiga

nec solvit peregri-

natio doloris liane cathenam, sed laxat. Qnid
istud

autem

me juvat,

si

lucem paulisper video,

in arctiorem

mox carceremcompingendus?
tur

Ita profecto est.Insidianet

animo externae

lias

omnes voluptates,

specie

juvandi magis laedunt. Ut medicamenta minus valida

non extrahunt humoremnoxium, sed movent

:

sicvana

haec delectatio irritât in nobis liuctum illum cupidinum
et

adauget.

Non

diu enim

se aberrat

animus

:

sed vel

invitus

domum mox

compellitur, et in vêtus contuberet

nium malorum. lUa ipsa oppida conspecta
roducent te cogitatione in tuam patriam
:

montes,

et inter

média
relVi-

gaudia vidcbis aliquid sive audies, quod sensum

143


III.

CHAPITRE
Que
les

véritables maladies de

l'âme

ne

trouvent dans

les

Toyages ni guérison, ni diminution, mais plutôt une recrudescence; que
le

remède d'un esp'it malade doit être demandé

à la Sagesse

et

à la Constance.

Eh
la

quoi!

distraction

me dis-tu, les voyages ne sont pas même pour les maux véritables ? Est-ce
fleurs,
?

une
que

vue de ces champs, de ces

de ces montagnes

ne t'arrache pas au sentiment de ta douleur
fois, peut-être,

Quelque-

mais la distraction ne s'implante jamais

solidement dans l'âme, ni pour longtemps.

Comme

la

peinture, quelque bonne qu'elle soit, ne plaît pas long-

temps aux yeux, de
et

même

toute cette variété

d'hommes
non

de lieux nous saisit par sa nouveauté, mais cela ne

dure pas. C'est

comme une
ils

diversion à nos maux,

un moyen

d'y échapper.

Les voyages ne brisent pas
la relâchent.

cette chaîne de douleurs,

Et que m'imje dois être
Il

porte d'entrevoir un instant la lumière,
aussitôt replongé dans

si

un cachot plus

étroit?

en est

certainement ainsi. Tous ces divertissements extérieurs
sont un piège pour l'âme
la blessent davantage.
;

en paraissant la secourir,
les

ils

Comme

médicaments trop

faibles mettent en

mouvement l'humeur mauvaise, mais
le
flot

ne l'expulsent pas, ainsi cette vaine distraction aigrit
et

accroît

en nous

des passions. L'esprit ne

s'éloigne jamais
lui,
il

longtemps de lui-même; mais, malgré

rentre bientôt dans son logis et dans l'ancienne

cohabitation de ses maux.

La vue même de

ces villes

144
cet lui doloris.

Aut
:

si

paulisper quiesces

:

brevis

ille

velut

somnus
febris.

erit

et

mox

experrecto

tibi

eadem aut
quaedam

major

Crescunt

enim

interpellatse

cupidines, et vires capiunt ex intervallo.

Mitte igitur, Lipsi, vana haec, imo noxia
dia, sed

:

nec remé-

venena

:

vera

illa

potius admitte et severa.

Solem solumque mutas? imo animum, quem maie Adfeclibus mancipasti
tioni.
,

subtractum légitimée dominée Raest,

Ab

illo

corrupto hsec desperatio

ab

illo
:

vitiato hic languor. lllum
et efficere

mutes oportet, non locum
sed ut alius.

non ut

alibi

sis,

Tu

fertilem

illam

Pannoniam videre nunc
et

ardes, et fidam fortemet tôt
:

que Viennam,

regem fluviorum Danubium,

mira

et

nova, quae suspensa aure bibant audientes
si

sed

quanto melius,
et

idem hic

tibi

ad Sapientiam impetus
illius

cupido

? si

pénètres in feraces

campos ?
si

si

fon-

tes

humanarum perturbationum
Haec enim vera morbi
et

inquiras?

valla et

arces extruas, quibus arceas et defendas cupidinum
insultus
?

tui

remédia

:

caetera
:

omnia, panni
nihil

fomenta. Nihil te abitio ista juvabit

....

evasisse tôt urhes

Argolicas, mediosque

fugam

tenuisse

per hostes

:

hostom reperies apud

te, et in isto

(pectus mihi conçu-


et
et,

14d


ou tu entendras

de ces montagnes ramènera ta pensée sur ta patrie,

au milieu de

tes joies, tu verras
le

quelque chose qui ra vivra

sentiment de ta douleur.

Ou,

si

tu as

un moment de repos, ce sera comme un

court sommeil; bientôt réveillé, tu sentiras la

même

fièvre et plus violente encore. Certaines passions gran-

dissent

quand on

les

arrête,

elles

couvent sous la

cendre et reparaissent ensuite avec des forces nouvelles.
Rejette donc, ô Lipse, ces impuissants, ces nuisibles

remèdes, poisons plutôt. Cherche des préservatifs plus
sérieux et plus efficaces.
sol
?

Tu changes
et

de

soleil et

de

Change

plutôt ton esprit que tu as malheureusesoustrait à la

ment asservi aux passions

domina-

tion légitime de la Raison. C'est parce qu'il est cor-

rompu que
languis.
tu sois
cieux.
Il

tu désespères, parce qu'il est vicié que tu
faut le changer, lui, et
et

non

le lieu

:

fais

que

un autre homme,

non

le

même

sous d'autres

Tu

brûles maintenant de visiter cette fertile Pan-

nonie, etla forte et fidèle ville de Vienne, et le Danube, le
roi des fleuves, et tant d'autres choses merveilleuses et

nouvelles, dont le récit charmera plus tard les auditeurs suspendus à tes lèvres.
te voir porter la

Ah! que

j'aimerais

mieux
ardeur

même

impétuosité et la
;

même

à la recherche de la Sagesse

pénétrer dans ses cam-

pagnes

fertiles
;

;

explorer les sources des perturbations
et des forte-

humaines construire des retranchements
sions! Voilà qui vaudrait
vrais

resses pour prévenir et repousser les assauts des pas-

mieux pour

toi,

car voilà les

remèdes à ton mal. Tous

les autres

ne sont que

des drogues suspectes, des médicaments

nuisibles.

Ce


tiebat)

146


ad

penetrali.

Quid

refert,

quam pacata

loca

veneris? belliim trahis tecum, ad

quam

quieta? turbse

circum

te,

imo

in te sunt.

Pugnat enim pugnabitque

secum semper discors

hic animus, appetendo, fugiendo,
ii

sperando, desperando. Atque ut

qui per timorem

terga vertunt, magis exponunt se periculo intectos et
aversos
tibus
:

sic

erronés et tirones
fuit,

isti,

quibus

cum

afifec-

nunquam pugna

sed tantùm fuga.

At

tu, adolescens, si

me

audies, stabis

:

et

gradum

firmabis contra hune doloris hostem. Constantia enim
tibi
sit,

ante omnia opus

:

et victor aliquis

pugnando eva-

nemo

fugiendo.

CAP.

IV.

Bejinitiones Constantiœ^ Patienti^, recta Rationis, Opinionis.

Item Pervicacia quid à Constantia différât
Patientia, Ahjectio.

et

abeat

:

el

à

Sermônibus

iis

Langii erectior aliqua parte ego,

Aîta et prœclara

hœc

tua monita,

inquam

:

et

jam


départ ne
te

147


A
rien ne te servira

sera d'aucun secours.

ctavoir échappé à tant de villes grecques et d'avoir

réussi à fuir à travers les ennemis.

l'ennemi chez toi et là (en parlant,
trine).

il

Tu retrouveras me frappait la poipacifiés, si

A -quoi

bon

aller

dans des endroits

tu portes la guerre avec toi?
le

Dans des

lieux où règne

calme,

si les

troubles sont autour de toi et en toiqui n'est pas d'accord avec lui-

même? Or
même,
se

Tesprit

combat

et se

combattra toujours, tantôt dési-

rant une chose avec passion, tantôt ne la voulant plus,

espérant et désespérant tour à tour. Ceux que la peur
fait fuir

sont plus exposés au danger, n'étant plus cou-

verts par leur
il

armure

et

présentant

le

dos à l'ennemi

:

en est de

même

de ces vagabonds et de ces conscrits

qui n'ont jamais lutté contre leurs passions, mais se

sont dérobés par la fuite.

Quant à
douleur,

toi,

jeune homme,

si

tu m'écoutes, tu t'ar,

rêteras et tu attendras de pied ferme ton ennemi

la

La Constance,
n'est

voilà ton

premier besoin.

Songe que ce

pas en fuyant, mais en combattant
victoire.

que tu peux remporter la

CHAPITRE
En

IV.

Définition de la Constance, de la Patience; de la droite Raison
et

de rOpinioii.

quoi

l

Opiniâtreté dijërc de la Constance,

et rAbattemetii de la Patience.

Plus relevé jusqu'à un certain point par ces discours
de Langius, je lui dis
et excellents
;
:

Vos enseignements sont

élevés

déjà je tâche de m'afFermir et de

me


laborant, vano nisu.
meutiar, idemtidem ad

148


ii

stare conor et adsurgere, sed, ut

fere qui in

somnis

Revolvor enim Langi, nequid

meam

terrain

:

et hserent fîxre
si

animo publicae privataeque curœ. Tu,
malas aves quae deme, quibus
in

potes, pelle

me

lancinant

:

et vincla solicitudinum

hoc Caucaso lente ligor.
alacri.

Langius vultu

Ego vero demam,

inquit

:

et

novus Hercules solvamhunc Prometheum. Attende tantum,
et intende.

Ad Constantiam

te vocavi, Lipsi, et in

ea spem et praesidium posui tune salutis.
orania nobis cognoscenda est.

Ea

igitur ante

Constantiam hic appello, rectum et immotum axlmi

ROBUR

,

NON

ELATI

EXTERNIS

AUT

FORTUITIS

,

NON

DEPRESSi. Roburdixi; et intellego firmitudinem insi-

tam animo, non ab Opinione, sed à

judicio et recta

Ratione. Exclusam enim ante omnia volo Pervicaciam
(sive ea melius Pertinacia dicitur
:)

quae et ipsa obsti:

nati animi robur est, sed à superbiae aut glorise vento
et

robur etiam duntaxat in una parte. Deprimi enim
facile
:

haud

tumidi
aliter

isti et

pervicaces possunt, facillime

attoUi

non

quam

culleus, qui vento inflatus segre
et
exsilit

mergitur,

supereminet autem

sua sponte.
:

Talis enim istorum ventosa hsec durities est

cui origo

à Superbia, ut
nione.

dixi, et

nimio pretio

sui, igitur

ab Opi-


redresser, mais,

149
clans


un rêve, mes
efforts sont

comme

vains. Car, pour ne pas mentir,

mon

esprit se reporte

de temps en temps vers
et privés

mon
le

pays, et les soucis publics

sont incessamment attachés à
si

ma

pensée.

Vous, Langius,
oiseaux qui

vous

pouvez, chassez ces méchants

me me

déchirent; brisez ces liens d'inquiétudes

qui m'enchaînent impuissant à ce Caucase.

Langius

répondit avec un visage riant

:

Eh

bien

!

je les briserai.

Nouvel Hercule,
et

je délivrerai ce

Pro-

méthée Écoute seulement
Je
t'ai

donne-moi ton attention.

appelé à la Constance,
j'ai

mon

cher Lipse

;

c'est

en

elle

que

placé l'espoir et
elle

la

ressource de ton

salut. C'est

donc

que nous devons connaître avant

tout.

J'appelle Constance

la force inébranlable d'un

ESPRIT DROIT QUI NE SE LAISSE EXALTER NI ABATTRE PAU
LES CHOSES EXTÉRIEURES OU FORTUITES.
et j'entends
J'ai dit la force
:

par là une fermeté établie dans
le

l'esprit,

non par l'Opinion, mais par

jugement

et la droite

Raison. Car je veux exclure surtout l'Opiniâtreté que
l'on appellerait

mieux l'entêtement. L'Opiniâtreté
une

est la

force d'un esprit obstiné, mais produite au souffle de
l'orgueil et de l'ambition. C'est
force, seulement à

un point de vue. En
s'exaltent

effet,

ces esprits superbes et opiils

niâtres ne se laissent pas facilement abattre, mais

avec la plus grande

facilité

:

absolument

comme

ces outres gonflées de vent qu'on ne peut immereffort,

ger* qu'avec

et

qui

ressortent et

reviennent

d'elles-mêmes flotter à la surface. Telle est la fermeté
vaine de ces esprits obstinés; elle
a,

comme je

l'ai

déjà

10

450

Al Constantin vera mater, Patientia
animi
est,

et

demissio

quam

definio

Rerum qu.^cunque

homini

ALIUNDE ACCIDUNT AUT INCIDUNT YOLONTARIAM ET SINE

QUERELA PERPESsiONEM. Qu8e recta ratione suspecta,
una
illa

radix est, qua altitude pulcherrimi hujus robo-

ris nixa.

Cave enim

et hic

Opinio

tibi

imponat

:

quse

Patientise loco Abjectionem saepe et torporem

quemdam

animi marcentis suggerit
Vilitate sui, Virtus

:

vere vitium, et oui origo à
et

autem média via ingreditur;

caute cavet, nequid in actionibus suis defiat, aut excédât.

Dirigit

enim

se

ad unius Rationis trutinam

:

et

illam liabet examinis sui velut

normam

et

obrussam.

Est autem recta Ratio non aliud,

quam De rebus
eae

HUMANis DiviNiSQUE (quatonus tamen
ctant)
ria.

ad nos specontra-

YERUM JUDiciuM AC SENSUS. Opiuio huic
iisdem futile judicium ac fallax.

De

CAP. V.
Ratio et Opinio undeoriginem habeant. îttriusgue vires
et effectus.

Alteram ad Constantiam ducere, altérant ad Zevitatem.
*.

Sed quoniam

è duplici

hoc velut capite (Opinionis
infirmitas

sentio et Rationis)

non robur solum aut


dit,

151

son origine clans l'orgueil et l'estime exagérée de

soi,

par conséquent dans l'Opinion.
la véritable

Mais

mère de

la Constance est la Patience

d'un esprit qui se plie aux événements. Je la définis la

RÉSIGNATION VOLONTAIRE ET SANS PLAINTE A TOUS LES
ACCIDENTS ET A TOUS LES INCIDENTS QUI SURVIENNENT A

l'homme par l'effet DES CHOSES EXTÉRIEURES. Cclleci,

étayée sur la droite Raison, est la puissante racine

sur laquelle pousse à une grande hauteur ce chêne

magnifique. Mais prends garde que

même

ici

l'Opinion

ne

t'en

impose. Souvent elle suggère, au lieu de la

Patience, l'abattement et la torpeur d'une
véritable vice qui naît
tient
ait

âme

énervée,

du mépris de soi-même. La Vertu
elle veille

un juste milieu

:

avec soin à ce

qu'il n'y

dans

les actions ni excès, ni défaillance. Elle

pèse

tout dans la balance de la seule Raison, qu'elle tient pour
la seule règle de

son examen, sa seule coupelle d'épreuve.

Or
ET

la droite

Raison

n'est autre

que le jugement

LE

sentiment EXACT

DES

CHOSES

HUMAINES ET

DIVINES, autant

du moins que ces dernières nous con-

cernent, L'Opinion au contraire est le

jugement fri-

vole ET trompeur sur LES MÊMES CHOSES.

CHAPITRE
De
V origine de la Raison
et

V.
et

de l'Opinion; de la force
l-a

des effets
et l'autre

de chacune d'elles; que l'une conduit à à la légèreté.

Constance

Comme

de cette double source, la Raison

et l'Opi-

nion, découlent

non seulement

la force

ou la faiblesse


animi
oritiir,

152
in


:

sed

omnes

bac vita laudes aut culpœ
si

pro bono utilique facturas mibi videor,

de utriusque

origine et natura uberius paullo dicam.

Ut enim lana

priusquam ultimum illum
bat, succis
est
:

et

optimum colorem combipraeparanda
et

quibusdam

aliis

imbuenda

sic prsedictionibus istis

tuus Lipsi animus, prius-

quam eum hac

Constantise purpura serio tingam.

Quod

igitur te

non
:

fugit,

anse in

homine partes

;

Anima

et

Corpus
:

illa nobilior,

quœ

spiritum ignem-

que refert
se,

haec vilior, qu?e terram. luncta ista inter

sed concordia

quadam

discordi

:

nec facile inter eas

convenit, utique

cum de imperio
vult, et

agitur aut servitute.
illa

Regere enim utraque

magis

quae non débet.
et

Terra attoUere se supra ignem suum conatur,

cœ-

num hoc
et veluti

supra cœlum. Hinc in homine dissidia, turbae,
adsidua quaedam velitantium inter se partium
et

pugna. Cui duces
Opinio.

tanquam imperatores, Ratio

et

Illa

pro anima, et in anima

:

hœc pro corpore
Partem

et in
:

eo pugnat. Rationi origo à cœlo, imo à deo est

et

magnifiée

eam Seneca

celebravit^

in

homine

divini spiritus 77iersam. Est
ligendi judicandique vis
:

enim haec eximia
quse
,

illa intel-

ut

anima

perfectio


de
l'esprit,

153


qu'il

mais aussi tout ce

y a

clans cette vie

de louable ou de répréheilsible dans nos actes, je crois
faire chose

bonne

et utile

de te parler plus longuement

sur l'origine et la nature de l'une et de l'autre.

De

même

que la laine

,

avant de recevoir sa dernière et

plus belle couleur, doit d'abord être apprêtée et trem-

pée dans de certains sucs; ainsi, par ces avant-propos,
je disposerai et je préparerai ton esprit, ô

mon

cher

Lipse, avant de le teindre sérieusement de la pourpre

de la Constance.

Et d'abord, tu
ties,

sais qu'il
:

y a dans l'homme deux parplus vile et représentant la

l'âme et le corps
;

l'une plus noble, représentant

l'esprit et le feu

l'autre

terre.

Ces deux parties sont jointes, mais leur harmo:

nie est souvent troublée
,

et

il

ne leur est pas facile de se

mettre d'accord car elles luttent entre elles pour l'empire

ou pour la servitude. L'une

et l'autre veulent

der, et principalement celle qui ne le doit pas.
s'efforce à s'élever

commanLa terre

au dessus de son
ciel.

feu,

de placer cette

boue au dessus du

cordes, des troubles,

et,

De là, dans l'homme, des discomme entre deux partis qui
il

tiraillent l'un contre l'autre,
les

y a

bataille incessante
ici

:

chefs,

les

commandants sont

la

Raison

et

l'Opinion.

La première combat pour
seconde pour
le

l'âme et dans l'âme; la

corps et dans le corps.

La Raison

vient

du

ciel et

même
.

de Dieu

:

et

Sénèque

la caractérise

magnifiquement une part de t esprit divin immergée

dansVhomme

Elle est, en effet, cette faculté supérieure

de comprendre et de juger, qui est la perfection de


hominis,
Latini
sic

lo4


Grseci

ipsa

anima

est.

eam

No-jv clixere,

Mentem, aut etiam junctim Animi mentem. Non
ratio est
:

enim tota anima, ne aberres, recta
in ea uniforme, simplex,
fcsce et lentore
:

sed quod

immixtum, secretum ab omni

quodque, ut verbo dicam, sidereum in
ipsa anima,

ea et cœleste.

Nam

quamquam

labe coret infecta

poris et contage
sit
:

sensuum graviter corrupta

tamen vestigia qusedam ortus

sui alte retinet, et

clare in ea scintillantes reliquise primi illius purique
ignis.

Hinc

isti

etiam in malis projectisque hominibus
:

conscientise stimuli

hinc flagella interna et morsus

:

hinc approbatio melioris vitse extorta invitis.
scilicet

Premi

sanior

illa

sanctiorque pars potest, non potest
illa

opprimi, et tegi urens

flamma, non extingui. Emiilli

cant enim semper subsiliuntque

igniculi, qui in his

tenebris illustrant, in his sordibus depurgant, in his

ambagibus dirigunt,

et

ad Constantiam ducunt

et Vir-

tutem. Atque ut heliotropium, et flores quidam, ingenio

suo semper ad solem

:

sic

Ratio ad deum obversaest,
et

et

originem

sui.

Firma
:

in

bono

immota

:

iinum idem:

que sentiens

unum idemque

appetens aut fngiens

recti consilii, recti judicii fons et scaturigo.

Cui parère,

imperare est
nis.

:

et subjici, praeesse

rébus omnibus huma-

Domuit enim cupidines
:

et

exubérantes animi motus,

quisquis hanc audiit

et in

omnibus

vitae labyriuthis

tutus ab errore, qui hanc sequitur ut

Theseium

filum.

Deus ipse per hanc

sui

imaginera ad nos venit, imo


l'âme,

155


les

comme

l'âme elle-même est la perfection de

l'homme. Les Grecs l'appellent nous,
intelligence, et

Latins mens,

même, en réunissant

les

deux mots,
Rai-

mens animi,
son, ne t'y

intelligence de l'âme.

Car

la droite

trompe pas,
elle est

n'est pas l'âme tout entière,

mais ce qui en

uniforme, simple, sans mélange,

dépouillé de toute
dire d'un
céleste.

lie et

de tout sédiment,

et,

pour tout

mot

,

ce qu'il

y a en elle de sidéré et de
et

Quoique gravement altérée

corrompue par

la souillure

du corps

et

par la contagion des sens,

l'âme retient profondément quelques vestiges de son
origine, et l'on voit clairement scintiller en elle les
restes

du pur feu dont

elle est

formée.

De

là,

même
mor-

dans

les

hommes

les plus

méchants

et les plus

débordés,

cet aiguillon de la conscience, ces tourments, ces

sures intérieures, et cette approbation d'une vie meilleure, qui leur échappe

malgé eux. Cette partie plus

saine et plus sainte peut être comprimée, mais non

opprimée
l'éteindre.

:

on peut en couvrir la flamme, mais non
Toujours jaillissent de son sein
et brillent

des étincelles qui éclairent dans les ténèbres, qui purifient

dans ces souillures, qui dirigent dans ces détours
indiquent
le

et qui

chemin vers

la

Constance

et la

Vertu.

De même que

l'héliotrope et certaines fleurs se
le soleil, ainsi la
:

tournent toujours naturellement vers

Raison se tourne vers Dieu qui
et

est son origine

ferme

inébranlable dans le bien, ayant toujours un seul et
sentiment, désirant ou fuyant une seule et

même

même

chose, source intarissable de toute détermination saine,

de tout jugement droit. Lui obéir,

c'est

commander;

quod propius
est, in

136


quicumque
dixit,

nos

:

et recte ille

Bona mens

sine deo nulla est.

At sequens

illa et

non sana pars (Opinionem
:

dico)
nil

originem suam Corpori, id est terrœ débet
nisi

eoque

eam

sapit.

Corpus enim

etsi

per se immobile et
:

exsensum, tamen vitam motumque ab anima sumit
vicissim

et

animœ imagines rerum

subjicit,

per sensuum

fenestras. Ita velut
inter

communio qufedam
:

et societas coïta
si

animam

et

corpus

sed communio,

exitum

attendis,

animœ non bona. Abducitur enim pauUatim
suo fastigio
:

per
et

eam

è

addiciturmisceturque sensibus

:

ex impuro hoc cœtu Opinio in nobis nascitur, qu89
et

non aliud quam Rationis vana imago
vera sedes Sensus
vilis,
:

umbra. Cujus

origo. Terra, id eoque abjecta et

non

erigitur,

non attoUitur, nec altum aliquid

aut

œthereum

spectat.

Vana eadem,

incerta,

fallax,

maie consulens, maie judicans, Constant ia imprimis

animum
nit
:

spoliât et Veritate.

Hoc
:

cupit hodie, cras spernihil judicio, sed coret

hoc probat, hoc damnât

pori sensibusque gratifîcans
ut

omnia

indulgens. Atque
inspicit,

oculus,

qui per

nebulam aut aquam

res


lui

lo-


les

être

soumis

,

c'est

présider à toutes
l'a

choses

humaines. Car quiconque

entendue, a dompté les
;

passions et les mouvements exubérants de l'âme

qui-

conque
ment,
vie.

la suit,
et

comme

le

fil

d'Ariane, se dirige sûre-

sans s'égarer, à travers les labyrinthes de la

Dieului-même, par cette image de lui, vient ànous,
;

bien plus, vient en nous
soit, qui

et

il

a bien

dit celui, quel qu'il satis

a dit

:

Il tiest

aucune intelligence bonne

Dieu.

Mais

la contre-partie de la

Raison,

celle qui n'est

pas saine, je veux dire l'Opinion, doit son origine au
corps, c'est à dire à la terre,
et,

par cela même,

elle n'a

de goût que pour la terre.

Le

corps, par lui-même
le

immobile
vement;

et insensible, reçoit
et,

de l'âme la vie et
les

mou-

à son tour,

il

transmet à l'âme
sens.
Il

images

des choses, par le

moyen des

y a donc une comet le

munion, une association intime entre l'âme
mais une communion qui
si

corps

;

n'est

pas salutaire pour l'âme,

tu en considères le résultat.

En effet,

cette

communion

la fait
et la

descendre insensiblement de son
;

faîte, l'attache

mêle aux sens

et

de cette alliance impure naît en
n'est rien qu'une

nous l'Opinion, laquelle
une ombre de
la

image vaine,

Raison. L'Opinion a dans les sens son

siège véritable, dans la terre son origine.

Conséquem-

ment

elle est

basse et

vile,

ne se redresse pas, ne s'élève

pas, ne se porte sur rien de haut ni d'éthéré. Elle est

vaine, incertaine, trompeuse, conseillant mal, jugeant

faux

;

et

son premier
et

effet est

de dépouiller l'âme de la

Constance
d'hui
,

de la Vérité. Ce qu'elle désire aujourelle le

demain

méprise

;

elle

approuve

et

con-


metitur falso

158

-

modo
si

:

si

aiiimus, qui peropinionisnubem.

Haechomini,

considéras,

malorum mater

:

hsec auccurae

tor in nobis confusae et perturbatae vitae.

Quod

nos exerceant, ab bac est

:

quod adfectus distrahant,
ab
ista.

ab bac
qui

:

quod

vitia nobis imperent,

Itaque ut

ii

Tyrannidem sublatam

è eivitate volunt, tollunt ante
:

omnia evertuntque arcem

sic nobis, si serio

ad Bo-

nam mentem

pergimus, dejiciendum castellum hoc opiiis

nionum. Fluctuabimur enim cum
queruli, turbidi,

semper suspensi,
satis

non Deo, non hominibus

œqui. Ut
:

navis vacua et inanis circumagitur in mari omni vento
sic in

nobis vaga

illa

mens, quam pondus
stabilivit.

et

tamquam

saburra Rationis non

CAP. VI.
Constantim laus,
et séria

ad cam exhortatio.

Opinionis igitur cornes, Lipsi levitas

est, ut vides

:

propriumque
tionis,

ejus,
:

mutare semper

et pœnitere. at

Rale

Constantia

ad quam induendam animo, serio


et

loO


les servir.

damne, mais sans jugement, rapportant tout au corps
aux sens, en faisant tout pour

Comme

l'œil

qui considère les objets à travers l'eau ou à travers

un

nuage, l'âme offusquée par

le

brouillard de l'Opinion,

ne voit plus la juste mesure des choses. L'Opinion est

pour l'homme,

si

tu

y

fais attention, la

mère de tous
par
;

les

maux
si

;

c'est elle qui

porte la confusion et le trouble

dans notre

vie. Si les soucis

nous rongent,
c'est

c'est

elle

;

les passions

nous emportent,
c'est

par

elle

si

les

vices nous

commandent,

encore par

elle.

Donc,

comme ceux
cité,

qui veulent détruire la tyrannie dans une
et renverser la forte-

commencent par supprimer

resse; de

même

nous,

si

nous tendons sérieusement à

diriger notre

âme

vers le bien, nous devons d'abord

détruire ce château-fort des opinions. Tant que nous le

conserverons, nous serons toujours en suspens, plaintifs,

troublés et jamais assez justes, ni envers Dieu, ni

envers les hommes.

Comme un navire vide et désemparé
âme
est

est le jouet des vents sur les mers, ainsi notre

vacillante en nous, tant que nous ne l'avons pas rendue stable par le poids et le lest de la Raison.

CHAPITRE
Éloge de
la

VI.

Constance; sérieuse exhortation à l'acquérir.

Ainsi donc,

comme

tu le vois, Lipse, la

compagne

naturelle de l'Opinion est la légèreté. Elle a pour caractère distinctif de changer toujours et de se repentir.

Mais

la

compagne de

la

Raison

est la Constance, dont


hortor. Quid abis ad
illa

160


est sola

vana aut externa? hsec

Helena, quse verum istud legitimumque Nepenthes

propinet, in quo oblivio

curarum
;

et

dolorum. Quod

si

semel demisisti
et erectus,

et imbibisti

altus contra

omnem casum
in lance pro-

uno tenore œquabilis, nec ut

pendens aut dependens,

mum

tibi

vindicabis.

magnum Non moveri.

illud

Deoque proxi-

Vidistin in scitis et sentis

quorumdam

hodie regum
in te

sublime

et
:

invidendum

illud,

Nec spe nec tnetu?

conveniet

qui vere rex, vere liber, soli
et

Deo
Ut

subjiciere,
fluvii qui-

immunis à jugo Adfectuum

Fortunae.

dam

per média maria transire dicuntur, et servare
:

suam

undam

sic tu

per tumultus circumfusos, ut salsedinem

nuUam

trahas ex hoc pelago

mœrorum.

lacebis? Con-

stantia te attoUet. Vacillabis? sustinebit.

Ac lacum proad

perabis vel ad laqueum ? solabitur et reducet à limine
mortis.

Tu

eripe tantum et érige

te, et

navim

fiecte
:

hune portum, ubi securitas, ubi pax habitat
perfugium asylumque è turbis
fide
et

in
si

quo

à curis.

Quem
te

bona

semel tenueris; non turbet solum patria tua sed

ruât, stabis ipse inconcussus.
et

Nimbi circum

cadant,

fulmina

et

tempestas

:

clamabis vera magnaque

'
voce,
...
.

mecUi^ Incnquillui^ in undis.

161


âme. Que vas-tu
?

je t'invite sérieusement à revêtir ton

cherclier au loin des choses vaines et extérieures
la seule

Voici

Hélène qui

te

présentera

le véritable et légi-

time Nepenther, où tu trouveras l'oubli des soucis et
des chagrins. Aussitôt que tu l'auras bu et que tu en
seras pénétré, ton âme, haute et ferme en face de tout

événement, établie dans un juste équilibre, au lieu de

monter

et

de descendre sans cesse

comme
:

le

plateau

d'une balance, entrera en possession de cette grande
qualité qui
rien

nous rapproche de Dieu

n'être

ému de

As-tu vu, dans les blasons

et sur l'écu

de certains
:

Rois de nos jours, cette devise sublime

et enviable

ni

par

Vespoir,

ni

par

la crainte?

Elle te

conviendra.

Vraiment Roi, vraiment
seul, est affranchi

libre celui qui,

soumis à Dieu
de la fortune!

du joug des passions

et

Semblable à ces fleuves qui conservent, dit-on, leur

onde pure de tout mélange avec
ils

les

eaux de

la

mer où

se jettent,

toi,

au milieu des tumultes répandus
toi
,

partout autour de

tu ne retireras aucune

amertume

de cet océan de douleurs. Viendras-tu à tomber, la

Constance

te relèvera;

à chanceler,

elle te soutiendra.

Seras-tu pris de l'envie de te jeter à l'eau ou de te pendre? la Constance te consolera et te ramènera du seuil

de la mort. Dégage-toi seulement, redresse-toi, conduis ta barque vers ce port où la sécurité, où la paix
habitent, où sont le refuge et l'asile contre les troubles
et contre les soucis.

Que

si

tu parviens de

bonne

foi

à

te maintenir dans ce port, ta patrie pourra être trou-

blée,

elle

pourra

môme tomber

en ruines, mais

toi tu

165

CAP.
Quid
sit et

VII.
/

quotuplex qiiod Constanliam turbet.

Bona

et

Mala
Us

externa

esse.

Mala autem

dupîicia, Pullica et Pi-ivata.Ex

gravia

et

periculosa

maxime

videri Pullica.

Hsec eu m dixisset Langius voce
solebat,

et vultu acrior

quàm
:

me quoque

scintilla corripuit

boni ignis
sic te

et,

Mi
duc

pater, inquam, (vere

non blande

appellem)

me quo

voles et doce,

corrige et xlirige.
sive tu

habes
ferrum

aegrum paratum ad
cogitas sive ignem.

omnem medicinam,

Imo utrumque
pula3 exurendse

pariter, ait Langius, quia et alibi stiet, alibi stir-

inanium opinionum sunt,

pes adfectuum excidendae ab radice. Sed

ambulamusne

etiam? an potior commodiorque nunc sessio.

Sessio,

inquam ego, sestuare enim jam

incipfo

non ab

una caussa.

Cumque
jussisset, et

sellas

Langius

ferri et

poni in eodem atrio
:

juxtim

eum assedissem

ille

paullum ad me


toi les orages, la

1G3

demeureras inébranlable. Quand éclateront autour de
foudre et les tempêtes, tu pourras en
:

toute vérité t'écrier, et d'une voix ferme
quille

Je suis tran-

au milieu des

flots.

CHAPITRE VIL
Quelles choses et combien de choses tronble7it la Constance.
les

Que

maux sont extérieurs. Quil y a deux espèces de maux, les maux Publics et les maux Prives, et que les premiers
Mens
et les

sont de beaucoup

les

plus graves

et les

plus dangereux.

Lorsque Langius eut

ainsi parlé, d'un air et d'un ton

plus animés que d'habitude, saisi
celle
ciel

moi-même d'une
:

étin-

de ce beau feu, je m'écriai

que je pusse vous donner ce
caresse), conduisez-moi

Mon père (et plût au nom en toute vérité et
où vous voudrez, ins-

non par
truisez,

corrigez, dirigez à votre gré.

Vous avez un

malade prêt à accepter toute médication, que vous
jugiez à propos d'emploj^er le fer ou le feu.

J'emploierai l'un et l'autre, dit Langius
côté,
il

;

car, d'un
et,

fautbrûler le cbarme des fausses opinions,
il

de

l'autre,

faut arracher jusqu'à la racine les souches des

passions.
serait-il

Mais continuons-nous à nous promener? Ne

pas mieux et plus

commode de nous
car je

asseoir

maintenant?
Asseyons-nous,
dis-je,

commence à

avoir

chaud, et pour plus d'une raison.

Langius

fit

alors apporter des chaises dans le vesti-

bule; je m'assis près de lui; et lui, se tournant légère-

16i


et tute iuaedificaretur

obversus, iterum sic cœpit. leci hactenus velut fiiuda-

meuta, Lipsi, quibus commode
fiiturus

sermo

:

nunc,

si

placet,
et

accedam propius,

et

caussas

doloris tui
iilcus.

inquiram,

manu, quod

njunt,

tangam tuum

Duo

sunt,
,

quae

arcem hanc
,

in nobis
,

Constantise

oppugnant Falsa bona Falsa mala Utraque sic appello

Qu^

XOX

IX NOBIS SED CIRCA NOS, QU.-EQUE
ID EST,

INTERIOREM

HUNC HOMINEM,

ANIMUM, PROPRIE NON lUVANT
ea, re et ratione

AUX L^DUNT. Itaque Bona aut Mala

non dicam

:

fatebor opinione esse, et

communi quoOpes,
in

dam

vulgi sensi.

In priori classe numerant,

Honores, Potentiam,

Sanitatem,

Longaevitatem.

posteriore, Inopiam, Infamiam, Impotentiam,

Morbos,
forilli

Mortes

:

et ut

verbo uno complectar, quidquid aliud

tuitum aut externum.

Ab

duplici isto stirpe quattuor

capitales in nobis Adfectus orti, qui continent et conte-

runt

vitam-omnem humanam, Cupiditas,
et

et

Gaudium

;

Metus,

Dolor.

E

quibus, priores duo
:

bonum

aliquod

opinabile respiciunt, exque eo nati

posteriores,

malum.

Lsedunt omnes turbantque animum,
dejiciunt de suo statu
:

et nisi provides,

sed non uno tamen modo.

Nam
illi

cum

quies ejus et Constantia
trutina
sit
:

tanquam

in œquabili qua-

dam

depellunt

eum ab hoc

libramento,

attolendo; hi deprimendo.


ment de mon
Lipse,
côté,
j'ai établi

1(35


ces termes
:

reprit en

Jusqu'ici,

pourrai plus
les discours

comme les fondations sur lesquelles je commodément et plus sûrement construire
si

que je veux t'adresser. Maintenant,

tu

le permets,-je m'approclierai

davantage, je rechercherai

les causes
le doigt
Il

de ta douleur, et je mettrai,

comme on

dit,

sur la plaie.

y a deux sortes d'ennemis qui assiègent en nous
Constance
:

cette citadelle de la
et les

ce sont les faux biens,

faux maux. J'appelle ainsi les biens et les

maux

QUI, n'étant

PAS PLACÉS EN NOUS, MAIS AUTOUR DE NOUS,
NI

NE SONT PROPREMENT
que, par le
fait, et

FAVORABLES

NI

NUISIBLES A
dis doilC

l'homme INTÉRIEUR, c'eST A DIRE A l'aME. Jc
ni des biens, ni des

selon la droite Raison, ce ne sont là

maux. Mais
la

je confesse qu'ils sont

tenus pour tels par l'opinion et le sentiment

commun
les

du vulgaire. Dans
dans

première classe, on compte

richesses, les honneurs, la puissance, la santé, la longévité;
la seconde, la pauvreté, l'infamie, l'impuiset,

sance, les maladies, la mort;

pour tout comprendre

en un mot,
rieures.

les

choses quelconques fortuites ou exté-

De

ce double tronc, naissent en nous quatre

affections capitales qui remplissent et brisent toute la

vie

humaine, la Cupidité

et la Joie, la

Crainte et la
r^ip-

Douleur.

De

ces affections, les

deux premières se

portent à quelque bien présumé qui les produit, et les

deux autres au mal. Toutes blessent
et, si

et troublent l'âme,

tu n'y pourvois, la renversent de sa base, mais
la

non de

même

manière. Car, lorsque

le

repos et la

Constance de l'âme sont

comme

en suspens dans une
II

166

wSed falsa Boiia et
is

elationem niinc omitto (non enim

tuus morbus) ad falsa

mala venio, quorum agmen

iterum duplex. Suntenim Publica, suntPrivata.

Publica designo

et

deônio,

quorUxM

sensus uno

EODEMQUE TEMPORE AD PLURES PERTINET, PHvata, QUO-

RUM AD

siNGULOS. luter

illa

censeo
:

Bellum, Pestem,
alla foras et in

Famem,Tjrannidem, Csedem

et

quœ

commune

spectant. Inter ista, Dolorem, Inopiam, Infa:

miam, Mortem

et si quid, velut

domo clausum,

in

uno

singuloque homine consideramus.

Gaussa mihi

ita distinguendi

non vana, quia rêvera

aliter isluget, et alio

quodam

sensu, qui cladem patriae,

qui exsilium exitiumque

multorum, quam qui unius
alii
:

suum. Adde quod ex utrisque
nisi fallor,

atque

alii

morbi, sed

graviores ex primis

certe pertinaciores.
:

Publias enim malis obnoxii plerique nostrum

sive

quia impetu et turba ingruunt, ac conferta velut acie

obruunt resistentem

:

sive magis,

quod ambitione quaiis

dam

blandiuntur, et aegritudinem ex

innasci animis

non agnoscimus ssepe, non sentimus. Ecce privato
dolori quisquis succubuit, fateatur vitium et imbecilli-

tatem necessum

est,

etiam

si

non emendet, (qure enim

167


le plateau. qu'ils

balance, ces affections dérangent l'équilibre, les unes

en relevant, les autres en abaissant

Mais

je passe

ici les

faux biens et l'exaltation

engendrent, puisque là n'est pas ta maladie, et j'arrive
tout de suite aux faux
-sortes
:

maux, lesquels sont de deux

maux particuliers. J'appelle et je définis les maux publics ceux dont le SENTIMENT s'iMPOSE AU MÊME MOMENT A UN GRAND NOMBRE DE PERSONNES, et maux particuliers ou privés ceux
publics,

maux

QUI

FRAPPENT LES INDIVIDUS. Parmi
la

les premiers, je

range la guerre,
carnage

peste, la famine,

la tyrannie,

le

et tous les autres fléaux qui

frappent les bomles seconds, la

mes en dehors

et

en commun;

et

parmi

douleur, la pauvreté, l'infamie, la mort, considérées en

quelque sorte à maison close, dans un seul
particulier.

homme
il

en

Je ne

fais

pas là une distinction

inutile, car

est

très vrai que

nous pleurons

la ruine de la patrie, l'exil

ou la mort d'un grand nombre de citoyens, autrement
et, si j'ose le dire,

avec un autre sentiment que

le

mal-

heur qui nous frappe personnellement. Ajoute que de
ces deux sortes de
diverses. Mais,
ties
si

maux naissent des maladies je ne me trompe, les maladies
;

très

sorelles

de la première source sont les plus graves

sont bien certainement les plus opiniâtres.

mes, pour
soit

la plupart, sous le
qu'ils

Nous somcoup des maux publics,

parce

fondent sur nous avec impétuosité et
qu'ils

en tumulte,

et

écrasent

comme
soit,

en bataillons
encore,
et

pressés ceux qui leur résistent;

et plus

parce

qu'ils

nous

flattent

par une espèce d'ambition,


fateatur.ut
tas
sit

1G8


non
Pie:

defensio?) at qui huic, adeo de labe aut lapsu ssepe

qui jactet etiamet censeat pro laude
:

enim

et

Miseratio dicitur

et

quantulum abest, ut

inter virtutes

imo numina consecretur publica, hsec

Febris? Poëtse et Oratores passim dilaudant et inculcant fervidum
ego, sed

amorem

patrise

:

nec prorsus exculco

temperandum eum moderandumque esse censeo
Rêvera enim vitium
est,

et scisco.

intempéries est, et

animi à gradu dejectio ac lapsus. Sed et gravis morbus
parte alia, quia non unus in ea dolor, sed confuse Tuus
et

Alienus. Atque Alienus item duplex, caussa
Patriae.

Homi-

num, caussa

Ut

id

quod

subtilius dici et dividi
:

à

me

videtur,

capias sub exemplo

ecce Belgica tua nunc premitur

non una
hujus

clade,

et

circumplexa

eam undique

civilis

belli

flamma. vides passim agros vastari,
;

diripi

:

oppidaincendi, everti; homines capi, csedi
pollui, virgines

matronas

imminui;

et

quœ

alia comitari

amant


pas la maladie
plutôt
privée,
:

109

que nous ne reconnaissons pas, que nous ne sentons
qu'ils

font naître dans nos âmes. Vois

lorsqu'un
il

homme succombe
comment

à une

douleur

est forcé, car

pourrait-il s'en défen-

dre, de confesser son infirmité et sa faiblesse,
s'il

même
maux
de

ne s'amende pas.

Au

contraire,

dans

les

publics,

on

est si

peu disposé à reconnaître

la chute

l'âme, que souvent

même on

s'en vante et qu'on la croit
et

digne d'éloges
sion
;

:

on la qualifie de piété
n'aille

de compas-

et

peu s'en faut qu'on

jusqu'à consacrer cette

fièvre

parmi

les vertus et jusqu'à la déifier!

Les poëtes

et les orateurs célèbrent et
:

prêchent à l'envi ce fervent
le

amour de la patrie et moi-même, assurément, je ne condamne pas d'une manière absolue mais je pense
;

et

je maintiens qu'il faut le

modérer

et le contenir

dans

de justes bornes. Car
état

c'est

véritablement un vice, un
et préil

désordonné qui ébranle l'âme, la trouble

pare sa chute. Mais, à un autre point de vue,

est

encore une grave maladie, en ce que la douleur

qu'il

provoque en nous

n'est

pas simple

et

une, mais com-

plexe et confondant notre propre mal et celui d'autrui.

Le mal

d'autrui

lui-même

est double, suivant
la patrie.
et

que

l'on

considère les

hommes ou

Toutes mes observations

mes

divisions te parais-

sent sans doute bien subtiles; mais tu

me comprendras

par un exemple. Voici ta Belgique opprimée par de

nombreuses calamités, enveloppée de toutes parts de la

flamme de

cette guerre civile

;

tu vois à chaque pas les

campagnes

pillées et ravagées, les villes incendiées et

détruites, les

hommes

pris

ou massacrés,

les

matrones


bello.

170


?

Nonne

hic tibi dolor
:

dolor. sed varius et divi-

sas,

si

inspicis

quia simul et te luges, et cives, et
In te,
;

patriam ipsam.

damna;

in

civibus,

varium

casum

et

occasum

in patria

conversionem eversionem-

que status. Alibi habes quod clames,
alibi,
tôt cives

Me miserum!

met
istis

Mandatam
alibi

hostili

pestem oppeti

manu.

denique, Opater,

ôpatHa! Ut

qui his

non movea-

tur, et in

quem cuneus ac cumulus
:

nihil possit ingruen-

tium

tôt

malorum

aut valde siccum et sapientem

eum

esse oporteat, aut valde durum.

CAP.
MaJa

VIII.

puilica oppugnata. sed ante ornnia très adfectiis coërciti
lioc

exque Us

Ccqnte ambitiosa qucedam Simulatio
lit

:

qua

homines Mala propria

PuMica

Ingetit.

Quid

est

Lipsi? satin' ut praevaricari Constantiee
et

meae videor,
feci

caussam adhuc agere
et fidentes

tui doloris?
:

Sed

quod animosi
et in

Imperatores

elicui in

campum

aciem omnes tuas copias, cum quibus

strenue nunc confligam. sed velitatione

quadam

prius,

deinde aperto Marte et velut collatis signis. Inter veli-

tandum autem,

très mihi Adfectus

primo pedato

(ut


et les vierges violées,

171


malheurs qui

et tous les autres

sont l'ordinaire cortège de la guerre. N'est-ce pas pour
toi

une douleur? C'en est une assurément, mais multisi

ple et divisée,

tu

y prends garde
toi,

:

car tu pleures en

même temps
patrie.

sur

sur tes concitoyens et sur ta

Sur

toi,

tu déplores tes propres

dommages; sur
;

tes concitoyens, leurs désastres et leur ruine

sur ta

patrie, la révolution et la subversion de l'État. Ici tu as

à t'écrier

:

que je suis malheureux!

:

tant de

mes

concitoyens courant à la mort sous la
et ailleurs enfin
:

main de V ennemi!

ô

Père! ô Patrie! Pour qu'un
qu'il

homme

ne

soit

pas troublé par ces choses, pour

demeure

inébranlable devant cet
cipitent en avalanches,

amas de calamités,
il

qui se pré-

faut qu'il soit bien ferme et

sage, ou qu'il soit bien dur.

CHAPITRE
trois affections qui produisent chez

VIII.
,

Qu il faut combattre les maux pulUcs mais
lation ambitieuse dans la

avant tout réprimer

VJiomme une certaine simules

manière de pleurer

malheurs

publics

021

prives.

Eh
fait
fait

bien

!

Lipse, ai-je assez trahi les intérêts de

ma
j'ai j'ai

Constance

et plaidé la cause de ta douleur ? Mais

comme
avancer

les

généraux valeureux

et confiants

;

et j'ai disposé

en ligne toutes

les troupes,

contre lesquelles maintenant je vais combattre avec
intrépidité,

d'abord dans
bataille

de simples escarmouches,
et

ensuite

en

rangée

enseignes
le

déployées.

Dans

les

escarmouches, je dois, dès

premier choc,


cum
trse
ille

rr2

antiqiiis loquar) proterendi sunt, Constantise nos-

valde adversi

:

Simulatio, Pietas, Miseratio. Atque
te ferre

quidem

prius.

Negas

mala publica, ea dolori
adfirmas
?

tibi esse,

imo morti.
?

Satin' serio

an fraus

hic aliqua et fucus

Ego commotior, imo
rides et irritas?

serio tu

hoc rogas? inquam

;

an

Ego

serio, inquit.

non enim pauci ex hoc valetudi-

nario vestro imponunt medicis, et dolorem publicum
simulant, qui rêvera est privatus.

Quœro

igitur, satisne

acceptum habeas, curam istam

Quœ

te

nunc coquit

et versât

suh pectore fixa,

patriœ ipsius caussa susceptam esse, an tua?

Etiamne ambigis? inquam ego. patriœ unius caussa
mihi hic luctus, Langi, patrise.

Ille

abnuens, Adolescens vide etiam atque etiam,

inquit.

Nam
:

in te si eximia hsec et sincera pietas, mi:

rabor

certe in paucis
:

Querimur homines saspe de

malis publias, fateor
et ut sic dixerim,

nec alius tam communis dolor,
in

magis

frontem incurrens, sed

si

propius examinas, reperies plerumque discidium

ali-

quod linguae

et cordis esse.
,

Ambitiosa
:

illa

verba sunt,

Movet me clades patriœ non vera

in labris nata,

non


de notre Constance
:

173


Com-

culbuter trois affections qui sont fortement ennemies
la Simulation, la Piété et la

passion. Attaquons d'abord la première.

Tu

m'assures

que tu ne peux supporter
publics
et
;

le spectacle

des malheurs

qu'ils sont

pour

toi

une cause de vive douleur
sérieusement?

même

de mort. M'affirmes-tu cela

N'y

a-t-il là

aucune

feinte,

aucune fausse apparence?

Emu
tuosité
:

d'une telle question, je répondis avec impé-

Est-ce sérieusement que vous
et

me le demandez
dans votre

?

ou voulez-vous rire

me provoquer?
dit-il,

Rien de plus sérieux, me

car,

infir-

merie, beaucoup de malades en imposent à leur médecin, et

feignent de souffrir d'une douleur publique,
le fait, ils

quand, par

ne souffrent que d'un mal privé.
si

Je te demande donc de nouveau

tu as suffisamment

examiné ce souci qui 77îamtenant
fixé

te

ronge
la

et

bouillonne

dans

ta poitrine

?

A-t-il

pour objet

cause de la

patrie ou la tienne propre?

Est-ce que vous pouvez en douter

?

repris-je.

Ma

dou-

leur n'a aucun autre objet, Langius, que la cause de
patrie, le deuil de

ma

ma

patrie.

Mais
qua
:

lui,

faisant de la tête

un signe

négatif, répli-

En

es-tu

bien sûr, jeune

homme? Regardes-y
sincère en toi, j'en

encore, et encore.

Si- cette piété est

serai surpris. Certainement, elle n'existe que dans
très petit

un

nombre. Que nous autres hommes nous nous

plaignions souvent des malheurs publics, j'en conviens.
Il

n'y a pas de plainte plus
le front.

commune
si

,

ni qui s'affiche

davantage sur

Mais

tu

examines de plus

près, tu trouveras le plus souvent qu'il

y a désaccord


in fibris.

174


qua dolor repraesen-

Quod de Polo

histrione nobili traditum est,

cura Athenis fabulam actitaret in

taadus, eu m
lisse,

filii

sui defuncti ossa et

urnam clam

intu-

et
:

theatrum totum vero gemitu luctuque com-

plesse

idem hic dixerim de plerisque vestrum. Comœluditis, et velati

diam,ô boni,
vestra

persona patrise, privata
lugetis.
:

damna

veris

et

spirantibus lacrjmis

Mundus universus
certe hic,

exercet histrioniam, ait Arbiter
civile

Bellum hoc

nos cruciat, inquiunt, et

fusus innocentum cruor, et interitio libertatis etlegum.

Itane? dolorem sane vestrum video

:

quaero et cuuctor

de caussa. Quian', publica maie habent? histrio, pone

personam; imo quia

tua.

Vidimus agrestes ssepe

trepi-

dare et concurrere, et vota facere, cumcalamitas subita
ingruit aut tempestas
:

sed tu, cura desaeviit, eosdem

sevoca et examina, reperies

unumquemque

timuisse

duntaxat segeti et agellulo suo.
urbe clametur
:

Ad

incendium in hac
cœci concurrent
?

claudi

pœne dicam
:

et

ad restinguendum. quid censés

utrum amore patriœ
illud

imo pete ab
tinet,

ipsis

:

quia

damnum

ad singulos per:

aut certe ejus metus. Simile hic est

et

movent

vulgo turbantque homines mala publica, non quia plu-

rium

id

damnum,

sed quia inter plures eos ipsi.

malheurs de
tieuses,
lèvres,

175


par
les

entre la langue et le cœur. Je suis tourrnenlé

ma

patrie

:

ce sont là des paroles ambielles partent des

mais non des paroles vraies;

non du

coeur. Rappelle-toi ce qu'on

nous raconte
repréil

du célèbre comédien Polus.

Comme

il

devait

senter en scène le rôle d'une personne désolée,

fit

secrètement apporter et prit dans ses bras l'urne

même

contenant les restes d'un

fils qu'il

venait de perdre, et

remplit le théâtre de pleurs et de gémissements véritables. Je dis que,

pour

la plupart,

vous en
et,

faites autant.

bons acteurs, vous jouez la comédie

sous le pré-

texte de la patrie, vous pleurez avec des larmes véri-

tables sur vos infortunes particulières.

Le inonde entier
c'est ici le

joue
cas.

la

comédie,

s écrie

F éirone. Assurément
,

Nous sommes

déchirés, disent-ils, par le spec-

tacle de cette guerre civile

de tant de sang innocent
et

répandu, de la ruine de la liberté

des

lois.

Est-ce

bien vrai? Certes je vois votre douleur; j'en cherche la
cause, mais là j'hésite. Pourquoi souffrez-vous? parce

que les affaires de l'État vont mal? Comédien, laisse
là ton

masque ce sont
;

les tiennes qui t'occupent.

Nous

voyons souvent
et faire des
s'est
fini,

les

paysans trembler, accourir enfouie
qu'une calamité, une tempête
toi,

vœux parce

subitement déchaînée. Mais

quand l'orage

est

appelle-les, interroge-les, et tu trouveras que cha-

cun d'eux a craint pour sa moisson ou pour son champ.

On
et

crie

au feu dans

cette ville

:

tous, jusqu'aux boiteux

aux aveugles

se précipitent

pour

l'éteindre.

Qu'en

penses-tu? Est-ce par amour de la patrie? Demandeleur à

eux-mêmes

:

c'est

parce que

le fléau les

menace

176

CAP. IX.
Simulaiio ea clarius retecla,
et

ah exempUs. oliter de vera

Patria dictum. item malitia liomhium gaudentinm malîs
alienîs,

cum

ipsi extra ea.

Itaque coram te
tribunal!
:

jiiclice

hsec causa agatur, et in tuo
vélo.

sed,

quod olim, levato

Nempe

bellum

hoc times. times cur? quia pestis et pernicies conjuncta
belle. Pestis illa

ad quos? nunc ad

alios

quidem, sed

pertingere etiam ad te potest.

En

cap ut

tui doloris (si
!

verum

fateri sine eculeo ullo vis)

en fontem

Ut enim
ii

cum fulmen

in

unum aliquem
:

cecidit,
sic in

etiam

qui in

proximo stabant, tremuerunt

magnis

istis

com-

munibusque cladibus, damnum ad paucos pervenit, metus
ad omnes.
bellum
si

Quem

si tollis, tollis

una hune dolorem. Ecce
nihil

apud ^Ethiopas aut Indos geratur,
sis
:

mo:

veare (extra discrimen enim tu

)

si

apud Belgas

plores, clames, frontem percutias et fémur. Atqui

mala

publica propter ipsa

si

luges, quid interest?


tous, ou que du

177


môme
et trou-

moins

ils

le craignent. C'est la

chose

ici.

Les calamités publiques émeuvent
mais parce

blent les

hommes, non pas parce
plusieurs,

qu'elles occasionnent

des

dommages à

qu'elles leur

nuisent à chacun en particulier tout en nuisant aux
autres.

CHAPITRE
Un
mot en passant sur

IX.
par des exemples.
et S2ir la
les

Cette simnialion plus clairement démontrée
la

Patrie réritalle,

méchandes

ceté des

autres,

hommes qui trouvent un plaisir dans quand eux-mêmes ils sont à Tahri.

maux

Sois toi-même juge

:

que cette cause

soit

plaidée

devant ton tribunal, mais
levé.

comme
:

autrefois avec le voile

Tu

crains cette guerre

bien.

Mais pourquoi

la

crains-tu? parce que la ruine et la destruction l'accom-

pagnent. Cette ruine, qui frappe-t-elle
ce

?

les

autres en

moment,
toi.

il

est vrai

;

mais plus tard

elle

peut arriver
si

jusqu'à

Là, est la cause de ta douleur,

tu

veux

confesser la vérité, sans te faire mettre sur le chevalet; là,

en est la source.

Quand

la foudre est

tombée sur

quelqu'un, tous ceux qui étaient dans le voisinage ont

tremblé

:

de

catastrophes, le
bre, la crainte

même dans ces grandes dommage n'atteint que
atteint tout le

et

le petit

communes nomcette
la

monde. Supprime

crainte, tu supprimes

du

même
de

coup la douleur. Que

guerre éclate aux Indes ou en Ethiopie, cela ne t'émeut

en rien,
la voit

le

danger

est loin

toi

;

mais aussitôt qu'on
te

en Belgique, tu pleures, tu cries, tu

frappes

178

Xon enim
illi

illa

patria mihi, inquies. Stulte,an non et
stirpe tecura et satu?
terrae pila?
fluvii

homines eadem

sub eodem

cœli fornice? in
hi

eadem
lii

Exigaum hoc quod

montes coërcent,

cingunt, patriara esse cen-

sés? Erras,

uiiiversus orbis est,
illo

quacumque homines
olira

sunt cœlesti

semine

oriiindi.

Egregie

Socrates

interroganti, cujatem se ferret?

Mundanwn,

respondit.
istis

Magniis enim erectusque animas non includit se
opinione terminis
:

ab

sed cogitatione et sensu totum hoc
stultos et

Universum complectitur, ut suum. Vidimus

risimus, quos custos aut magister alligabat straminis
vel exigui
fili

nodo

:

atque

illi

stabant quasi ferro aut

vera compede devincti. similis nostra hase amentia, qui
futili

opinionis

vinclo

astringimur ad certam terrae

partem.

Sed

ut firmiora haec
:)

omittam (vereor enim ut possis
si

concoquere

addo amplius.
sit,

quis deus sponsor tibi

per hoc ipsum bellum

agellos tuos intactes fore,

domum pecuniamque
constituât velatum

sàlvam, teipsum in monte aliquo
:

Homerica nube

etiamne dolebis?

de

te

quidem hoc non ausim

dicere, sed erit

non nemo,

qui gaudebit etiam, et oculos suos avide pascet in con-


le

179


si c'est

front et la cuisse. Pourquoi,

véritablement

pour eux-mêmes que tu déplores
Mais,

les

malheurs publics?

me dis-tu, l'Inde n'est pas ma patrie. Insensé! Les hommes ne sont-ils pas tous de la même espèce et de la même souche que toi? sous la voûte du même ciel? sur le globe de la même terre? Bornes-tu l'idée de patrie à
ce petit coin

du monde qu'enferment ces montagnes

et

que ces fleuves arrosent?

Tu te trompes. La vraie

patrie

est cet univers entier, partout

où se trouvent des homdivine.

mes nés ou à

naître de la

même semence
il

On

demandait à Socrate de quel pays
répondit-il avec
et élevé

était?

— du monde,
vaste

une admirablejustesse.

Un esprit

ne se laisse pas enfermer par l'opinion dans ces
:

limites étroites
il

dans sa pensée, dans son intelligence,
sien.

embrasse tout cet univers comme
gardien ou
maître avait

Nous avons

vu, et nous n'avons pu nous empêcher de rire, des fous

que

le

le

liés

avec un brin de

paille

ou un
s'ils

fil

léger, et qui demeuraient là immobiles,

comme

étaient retenus par des chaînes de fer ou
:

par des entraves aux pieds

semblable est notre déraile lien futile

son quand nous nous laissons attacher par

de l'opinion à une certaine partie de la terre.

Je neveux pas insister par des arguments plus

soli-

des, car je crains que cette nourriture ne soit encore

trop forte pour

toi.

Je n'ajouterai qu'un mot. Si quel-

que Dieu

te garantissait que,

pendant cette guerre,

tes

champs demeureraient
argent en sûreté, et
péril, sur

intacts, ta
te portait

s'il

maison sauve, ton toi-même, loin du
encore?

quelque montagne, entouré de cette nuée pro-

tectrice dont parle

Homère,

te plaindrais tu


fusa
illa

180


humani
malo
ingenii fert,
alieno.
:

morientium strage. Quid abnuis, aut miraris?

Ita insita nescio quae malilia

Lœ-

tans, ut poëta vêtus loquitur,

Atque ut
sic aliense

poma quœdam gustu
curse, securis nobis.
littore,

suaviter acerba sunt

Pone mihi aliquem

in

Oceani

illo

qui naufragium spectet,

adficietur
:

sane, sed

non injucundo quodam animi morsu
cula videt, sine suo. at repone

quia aliéna periin jactata illa

eumdem

navi

:

dolebit scilicet alium dolorem.
:

idem cum omnia

fecimus, diximus, hic est

et

nostra mala vere atque

ex animo lugemus, publica dicis morisque caussa. Egregie Pindarus
à.-r'j.h)y xaoo-'a
:

Tô yàp
i'-xo

d'-xs^ov

-'.tCv.

IlâvO'

ôuw;.

éjOj;

xàoo;

oî/lô-p'.ov.

Quamobrem aulseum
et

hoc scagnicum tandem remove, Lipsi,
plica
:

siparium comte

et

missa omni simulatione, ostende

nobis vero

doloris tui vultu.


Je n'oserais
le dire

181


il

de

toi

;

mais certes

y en a plus

d'un, en j^areil cas, qui se réjouirait et qui, avide d'un
tel spectacle,

ne pourrait détacher ses regards de cet
a-t-il là

amas confus de mourants. Qu'y
ou qui t'étônne? N'est-ce pas
qui, suivant le

qui te répugne

l'effet

naturel de cette je

ne sais quelle malice propre au caractère de l'homme

mot du vieux

poëte, se réjouit du

mal

d'autrui? Les peines des autres,

quand nous sommes

nous-mêmes en sûreté, sont pour nous comme ces fruits dont la douceur est acerbe et qui néanmoins plaisent au
goût. Place sur le rivage de l'Océan un

homme

en pré-

sence d'un naufrage

:

il

sera sans doute affecté, mais
il

la peine qu'il éprouve n'est pas sans charme, car
le

sait

danger d'autrui sans rien craindre pour lui-même.

Place-le au contraire sur le
flots,

même

navire balloté par les
Il

sa douleur sera d'une tout autre nature.

en est
et

exactement de

même

dans tout ce que nous faisons

disons sur les calamités publiques.

Nous pleurons

véri-

tablement
liers, et,

et

du fond du coeur sur nos maux particuet

par habitude
les

pour la forme, nous disons que
de tous. Pindare dit à merla

nous pleurons sur
veille
:

maux

nous ressentons tous de
7iotre

même
est

tna7iière notre

propre infortune; mais de
leur

âme

absente la dou-

pour

le

deuil d'autrui. C'est pourquoi, Lipse, je

t'engage à plier la toile du théâtre, et à tirer le rideau.

Mets de côté toute simulation
avec
le

et

montre-toi

à

nous

masque

véritable de ta douleur.

12

182

CAP. X.
Qîierela

mea

de increpatione Langii tara Hier a. sed additum,

Phiîosophi id
et obligatio

munus

esse.

Conatus item refutandi superiora

:

amorque, qui inpatriam.

Acris mihi visa prima
lans, Quae ista

hœc

velitatio,

quam

interpel-

sermonum

libertas,

imo acerbitas est?

inquam.

sic vellicas, sic

pungis? lure

cum Euripide

te

compellem,
;j.f,

vo70\5v:t aoi voîtov
"/àp GUjJL'çopa ^apûvou.a'..

Tipo^TJ;.

a/.'.;

LaDgius arridens, Ergone tu crustulum,
aut

inquit, à

me

mulsum expectas

?

atqui ferrum

pauUo ante posce-

bas et ignem. Et recte. Philosophum enim audis, Lipsi,

non tibicinem,
desse,

cui docere propositum,
et ut

non ducere

:

pro-

non placere. Ut pudeas
:

rubeas malo,

quam
w
:

ut rideas
àvopeç,

ut pœniteas,
ç',).o7Ô'j>o'j

quam

ut exsuites. l'aTpswv,

To Tou

yoAswv, clamabat olim Rufus

quo sanitatis caussa concurritur, non voluptatis. Nihil
palpât
ille

medicus, nihil blanditur

:

sed pénétrât, punsale sordes abster-

git, radit, et acri

quodam sermonum

get animorum. Itaque ne in posterum quideai, Lipsi,

rosas cogita, sesamum, autpapaver; sed spinas, sicas,

absynthium

et acetura.

183


X.

CHAPITRE
Ma plainte sur
il

la

grande liberté des reproches de Langius. Mais
devoir d'un PMlosophe. Essai de réfuta-

ajoute que

c'est le

tion de ce 'qui précède.

De

nos oiiigations et de notre

amour

envers la patrie.

Cette première escarmouche

me

parut vive,

et je l'in-

terrompis par ces paroles
quelle

:

quelle liberté ou plutôt
C'est
!

amertume de langage!

ainsi

que vous

piquez dans vos escarmouches
dire avec Euripide
:
:

J'aurais le droit de

najoutez pas à mes tnaiix une
et

maladie nouvelle jai déjà bien assez

même

trop de

mes chagrins.
Alors Langius

me répondit
et

en riant

:

attends-tu donc

de moi des bonbons

du vin sucré? Tout à l'heure tu

me demandais d'employer le fer et le feu, et tu avais raison. Tu écoutes un Philosophe, Lipse, et non un joueur: ma mission est de t'instruire, et non de te conduire en mesure de te servir, non de te plaire. Au
;

reste j'aime

mieux

te voir

honteux

et

rougissant que de

te voir rire. Il vaut

mieux

te repentir

que de

te gonfler
;

d'orgueil.

citoyens, s'écriait autrefois
le

Musonius Rufus
:

V école d'un Philosophe est

cabinet d'un médecin

on

y

vient chercher la guérison,

non l'agrément. Ce médemais
il

cin ne caresse pas, ne flatte pas;

pénètre,

il
il

pique,

il

déchire, et, par l'acre sel de ses discours,

nettoie les souillures de l'âme.

Ainsi donc à l'avenir,

ô Lipse, ne compte pas sur des roses, du sésame ou de
l'opium
;

mais sur des épines, des bistouris, de

l'ab-

sinthe et du vinaigre.


Ego cum maie
nexu
ais,

184


si

iterum, Sed enim Langi,
et

fas dicere, agis

me-

maligne

:

nec, ut

bonus pugil, legitimo

dejicis me*,

sed per argutias supplantas. Simulate.
fal-

lugemus patriam, nec propter ipsam. Egone?

sum.

Nam ut

hoc

tibi

dem (agam enim

ingénue) respec-

tiim in eo aliquem

mei esse; at non

solius.

Lugeo enim,
si

Langi, patriam imprimis, lugeo, lugeboque, etiam

nullum mihi in ejus discrimine discrimen. lure bono.
illa

siquidem est,qu8eme excepit,

fovit, aluit

:

communi
At
?

gentium sensu, sanctissima

et antiquissima parens.

enim orbem universum patriam mihi das. Quis renuit
sed tu quoqiie fatere, prœter hanc

grandem
et

et

commu-

nem, aliam mihi esse magis definitam
patriam
:

peculiarem

cui

arcano quodam naturfe vinclo propius

obstringor.

Nisi censés

vim nullam esse laciendi
quod primum corpore
:

et

attrahendi in natali

illo solo,

isto
:

pressimus, pedibus institimus
in

cujusaërem hausimus

quo infantia nostra

vagiit, pueritia lusit, juventus

exercita et educata est.

Ubi familiare

oculis

cœlum,

flu:

mina, agri
et tôt

:

ubi longa série cognati, amici, sodales

gaudii illecebrœ, quas frustra

terrarum

alibi

quaeram. Nec Opinionis hic, ut videri
sed firmi compedes Xaturas.
cubilia sua
ipsi in

vis,

filum tenue,

Ad

animalia abi. ferae ecce

amant

et

agnoscunt; aves, nidos. Pisces

magno

illo et

interminato Ôceano, frui gaudent

i^rta ejus parte.

Nam homines quid

dicam ? qui

culli sive

Barbarj,

jta adfixi genitali

huic glebse; ut quisquis vir


Je repris encore
permettez de vous
:

185

Langius,
si

mais
dire,

enfin,

vous

me

le

vous en agissez mal avec

moi; vous y mettez de la malice. Vous ne faites pas comme un bon lutteur qui terrasse son adversaire dans

une étreinte légitime, mais vous me
pleurons sur la patrie,
à cause
d'elle.

faites
,

perdre pied

par des crocs-en-jambe. Suivant vous
c'est

quand nous
et

par simulation,

non
c'est

Dites-vous cela pour moi?

Eh bien?

faux. Je vous accorde, car je veux être d'une entière

franchise, que dans

ma

douleur je
;

fais
il

quelque retour

sur ce qui m'est personnel

oui,

mais

y a autre chose

encore. Avant tout, Langius, je pleure

ma

patrie

;

je la

pleure et je la pleurerai,

même

s'il

n'existe

pour moi
à bon

aucun danger dans son danger à
droit, car c'est elle qui
.

elle.

Et

c'est

m'a

recueilli, qui
,

m'a bercé, qui

m'a nourri D'un assentiment commun tous les peuples la
tiennent pour la

mère

la plus sainte et la plus ancienne.

Vous me donnez
tend
cette
le

la terre entière

pour patrie

:

qui pré-

contraire? Mais, à votre tour, convenez qu'outre
j'en ai

grande commune patrie du genre humain,
et particulière,

une autre plus circonscrite

à laquelle

je suis plus étroitement uni par

un

lien secret de la
qu'il n'y
le

nature

:

à moins que vous ne pensiez
attrait

a aucun

charmeni aucun

dans ce

sol,

que

premier nous

avons pressé de notre corps, que nous avons foulé de
nos pieds, dont nous avons respiré
l'air;

qui a entendu

nos vagissements au berceau; dans ce
les fleurs et les

sol,

dont

le ciel,

campagnes sont

familiers à nos

yeux

;

qui renferme toute une longue série de nos parents,

de nos amis, de nos camarades, et qui nous réjouit par


est, nihil

186


et in ea. Itaque,

ambigat mori pro ea,
et

Langi,

novam hanc

rigidam tuam sapientiam nec sequor
:

adhuc, nec adsequor

Euripidem magis, vere adfirman-

tem

:

...

àvay/ata); l'/p

IlaTpIoa) £p5v aTîavTx;.

CAP. XI.
Refiitatus secundus adfectus nimii amoris in patriam.

quem
illi

Pietatem falso vocant, idgue ostensum. Item unde origo
Adfectui. etquid Patria proprie ac
vere.

Ad hune sermonem
inquit,

renidens Langi us, Adolescens,
:

mira tua pietas

et

jam

periclitatur, opiner,

de

cognomine suo M. Antonini
mode, quod
signa
:

frater.

Sed tamen hoc com-

ultro offert se hic Adfectus et procurrit ante
et sternere

quem jam aggredi mihi decretum,

levi hasta.

187


la terre.

tant d'ëmotions délicieuses que je chercherais vaine-

ment dans toute autre partie de

Ce

n'est pas,

comme vous

le

prétendez, le

fil

léger de l'opinion qui
les solides liens de la
:

nous attache à la patrie, ce sont
nature. Regardez les

animaux eux-mêmes
et

les botes les

sauvages reconnaissent

aiment leurs tanières,

oiseaux leurs nids. Les poissons

mêmes

qui peuplent

ce vaste et interminable océan se plaisent à se canton-

ner dans certaines plages. Enfin les
dirai-je? qu'ils soient civilisés

hommes
ils

,

qu'en
tel-

ou barbares,

sont

lement attachés à la glèbe de la terre natale, qu'arrivés
à la virilité
elle. C'est
ils

nhésitent pas à mourir pour

elle et

dans

pourquoi, Langius, cette sagesse nouvelle

et rigide

que vous

me

présentez, je ne puis la suivre

encore et l'accepter. J'aime mieux croire

Euripide,
tous

quand

il

afiîrme que la nécessité nous

commande à

d*aimer notre patrie

CHAPITRE XL
Réfutation de
cette seconde affection

de Tamour exagéré de la
Piété, à tort, comme
il est

Patrie, que Ton décore

du nom de

démontré. D'oie
est

cette affection tire son origine.

Ce que la Patrie

proprement

et véritablement.

Langius, souriant à ce discours,
ta piété est merveilleuse, et déjà

me dit Jeune homme me paraît en péril le
:

surnom du prédécesseur de Marc Aurèle. Cependant

il

ya

cela de

bon que

cette affection vient s'offrir d'elle-

•même,

et qu'elle sort des

rangs et marche en avant au

moment où

j'avais résolu de l'attaquer et de la renver-

ser d'un léger coup de lance.


Detraho autem
illi

188


Amor enim
liic

ante omnia velut spolîum pulcherse exornat.
:

rimœ

vestis,

qua maie

in

patriam, Pietas vulgo dicitur
iiec ferente.

nec capiente me, fateor,
virtii-

Unde enim
:

Pietas? qiiara eximiam

tem esse

scio

nec proprie aliud,

quam legitimum

DEBITUMQUE HONOREM ET AMOREM IN DEUM AC PARENTES.

Qua

fronte

autem Patria mediam
illa

his se inscrit? Quia,

inquiunt, etiam
inepti
:

sanctissima et antiquissima parens.

necjam

in

Rationem

injurii,

sed in

Naturam

ipsam! Illane parens? cur, aut quomodo? Nihil enim
hic video
:

et tu si acutior, Lipsi,

tenebras meas illustra.
dicere. atqui etiam

Quiane excepit?

id

enim visus ante

hospes aliquis ssepe aut caupo.

Fovit? liaud pauUo

mollius olim gerula aut nutrix. Aluit? hoc pecudes, hoc
arbores, hoc segetes cottidie
:

et inter

magna

corpora,

quibusque nihil imputet. Terra, Cœlum, Aër, Aqua.

Denique transfer
lus.

te, et

hoc idem

faciet

quœvis alia
:

tel-

Madida hœc

et

natantia verba sunt

quibus nihil
Opi-

expresseris, praeter plebeium et inutilem nionis succum. Parentes

quemdam

quidem

ii

soli,

qui genuerunt,

formarunt, gestarunt

:

quorum nos semen de semine,

sanguis de sanguine, caro de carne.

Quorum
nil

siquid in

patriam vel comparatione conveniet;

recuso, quin
viri docti,

Pietatem hanc oppugnem irritotelo. At enim
viri niagni, sic etfati

passim. Fateor. sed ad famam non

ad vcrum. quod

si

sequeris,

sacrum

illud et

angustura

18U


pare mal à propos.
la patrie

Je commence premièrement par la dépouiller d'un

vêtement magnifique dont

elle se

Le

vulgaire décore cet

amour de

du nom de
et

Piété. J'avoue que je ne

comprends pas pourquoi,
lui vient ce

que je ne

le

supporte pas. D'où

nom

de

Piété? Je sais que la Piété est une vertu supérieure.
Elle consiste proprement dans l'honneur et l'amour

QUE NOUS devons LÉGITIMEMENT A
PARENTS.

DIEU

ET A

NOS

De

quel front la Patrie vient-elle se placer là?

Parce

qu'elle est,

me
la

dit-on, la plus sainte et la plus
!

ancienne des Mères. Quelle ineptie

C'est faire injure
ellele

non seulement à

Raison

,

mais à la Nature
et
si

même.
mes

Elle,

une mère? En quoi
Lipse, qui es

comment? Je ne

vois en rien. Toi,

pénétrant, éclaire

ténèbres. Parce qu'elle nous a recueillis, car tu
le dire tout

semblais

à l'heure

!

Mais tu peux en
la nourrice

dire

autant d'un hôte et souvent d'un aubergiste. Elle nous

a bercés? pas aussi doucement que

ou

la

femme

qui nous a portés enfants. Elle nous a nourris?
les bestiaux, les arbres, les

Mais ce sont

moissons qui
avec

nous nourrissent chaque jour,

et à cela contribuent

la terre, et autant qu'elle, le ciel, l'air et l'eau.

Change

de

lieu,

et tu

trouveras que partout,

et sur tous les

points du globe, la terre fait de

même. Ce

sont paroles

creuses et vides; tu n'en exprimeras rien que le suc

populaire et inutile d'une opinion sans valeur. Ceux-là
seuls sont nos parents, qui nous ont engendrés, formés,

portés; dont la semence est notre semence,

le

sang

notre sang, la chair notre chair. Si quelqu'une de ces
circonstances convient à la patrie,

même

par compa-


nomen deo
remittes, et,

190
si


:

placet, parentibus
est,

hune

quidem adfeetum, etiam eum emendatus
esse jubebis honesto titulo Caritatis.

contentum

Sed de nomine tantum

est

:

rem

potius videamus,

quam equidem non totam

loUo, sed tempero, et velut

scalpello circumcido rectœ Rationis.

Ut enim

vitis, nisi

amputes, latissime se spargit
fectus, quibus

:

sic isti praesertim

Ad-

aura aliqua veliâcatur popularitatis.

Ac

fateor libens,

Lipsi, (non

enim

ita

hominem

exui aut

civem)

inclinationem aliquam

et

amorem
:

cuique nostrum in minorem liane patriam esse
cujuscaussse, ut video
origo.

sed

parum
vis
:

liquide tibi cognitae, aut

Anatura enim esse
et instituto.

rêvera autem est amore

quodam
illa et

Postquam enim homines, ex rudi

solivaga vitaab agrisin oppida compulsi sunt, et
struere cœperunt, et cœtus facere, et

domos ac raœnia

populariter vim inferre vel arcere: ecce

communio

quae-

dam

necessario inter eos exorta, et societas variarum
:

rerum. Terram et fines quosdam conjunctim habuerunt

templa

in

promiscuo, fora, aeraria, tribunalia

:

et

quod

â


raison, je

191

me

rétracte aussitôt et j'avoue que je porte

contre cette prétendue Piété des coups impuissants.

Mais des hommes doctes, de grands hommes ont parlé
ainsi

dans plusieurs circonstances? J'en conviens, mais
flatter-l'opinion et
si

pour
car,

non pour

satisfaire à la vérité

:

tu suis la vérité, tu réserveras ce

nom

sacré et
tu le

auguste de Piété à tes sentiments pour Dieu,

et, si

veux, pour tes parents. Quant à ton affection pour la
patrie,

même

si

elle

est épurée, tu te contenteras

de

l'appeler charité, titre déjà suffisamment honorable.

Mais

c'est assez

nous occuper du mot. Passons main-

tenant à la chose

même

que je combats

ici,

que je cher-

che non à détruire, mais à régler, et que je circonscris

comme avec tion, comme
est favorisée

le scalpel

de la droite Raison. Cette
taillée,

affec-

la

vigne qui n'est pas

envahit tout

de ses rameaux, et plus que toute autre parce qu'elle

par une certaine brise de popularité.

Toutefois, ô Lipse, je t'avoue volontiers, car je n'ai

entièrement dépouillé ni l'homme, ni

le citoyen,

que

chacun de nous porte en soi une certaine inclination et

même
parles.

de l'amour pour cette patrie restreinte dont tu

Mais quelles en sont

les causes et

l'origine?

Voilà ce que tu ne
tement.

me

semblés pas discerner bien net-

Tu

les

cherches dans une impulsion

de la

nature; mais, en réalité, elles sont dans les moeurs et
les institutions. la vie

Après que

les

hommes, abandonnant
qu'ils

rude

et isolée

des sauvages, eurent quitté les
,

champs pour

se renfermer dans la ville
et

com-

mencèrent à construire des maisons
tenir des assemblées, à se réunir en

des remparts, à

armes pour repous-


tameii ipsas res ita

HH


Quas
curare avaritia iiostra

prsecipuum vinclum, cœrimoiiias, jura, leges.

amare

et

occœpit

(iiec

erravit prorsus) ut suas.

Vere enim

sin-

gulis civibus in

eajus

:

nec differunt àprivatis possesista valut

sionibus, nisi

quod non unius. At consortio

forraam, et faciem quamdam expressitnovi status,

quam

Rempublicam et eamdem proprie Patriam appellamus.
In qua

cum

intellegerent homines
:

quantum momenti
etiam leges de ea

esset ad salutem singulorum

latte

juvaudaetpropugnanda

:

aut carte traditus à majoribus

mos, qui instar legum. Hincfactum, ut commodis ejus

gaudeamus, doleamus incommodis quia reipsa privatâe
:

nostrse opes salvse, illa salva;

et

mortuœ, moriente.

Hinc caritas

in

eam

sive

amor. quem boni publiai

caussa (illuc autem occulta qusedam dei Providentia

nos trahit) auxêre majores, factis dictisque omnibus

majestatem patriœ adstruentes.


naître parmi eux
ciation

193


fit

ser la violence ou la porter au dehors, la nécessité

une certaine communauté, une assoIls

de diverses choses.

possédèrent conjointe-

ment un
en

territoire et des limites déterminées; ils eurent

commun

des temples, des places publiques, des tré-

sors, des tribunaux, et, ce qui est le lien principal, des

cérémonies religieuses, des droits

et des

lois.

C'est

alors que l'avarice qui nous est naturelle les porta, et

ce fut un bien, à aimer et à soigner tout cet ensemble

comme
sortes

leur appartenant.
la

Il

est certain

que chacun des

membres de

communauté a un
lesquelles

droit véritable sur ces

de choses,

ne dilïérent des posses-

sions privées qu'en ce qu'elles ne sont pas la propriété

d'un seul. Cette
la

communauté

prit la

forme

et

comme

figure

d'un

Etat nouveau que nous appelons la

République, la chose publique, et qui est proprement la
Patrie.

Les citoyens comprirent combien

la conserva-

tion de cette patrie importait

au salut de chacun d'eux;

des lois furent édictées pour ordonner de la défendre
et

de combattre pour

elle, et cette

obligation fut imloi.

posée par la coutume qui a force de

De là

vient que

nous nous réjouissons des avantages de

la patrie et

que nous déplorons ses maux, parce qu'en résultat,

quand
ruine.

elle est

sauve, nos richesses privées sont contandis qu'elles sont anéanties par sa
elle, cette

servées avec

elle,

De
le

là,

pour

charité ou cet

amour

que,

pour

bien public, et conduits par une Providence

occulte de Dieu, nos ancêtres ont surexcité, autant qu'ils

ont pu, en consacrant la majesté de la patrie par tous
leurs actes et toutes leurs paroles.


Ab
quod
in
si

194


me quidem
;

instituto hic adfectus igitur,

judice,

à natura, ut tupertendebas quiditanon pariter
et

omnes,

eadem mensura,

diiïusus? cur nobiles

divitesque patriam magis amant, curant? minus plebeii

aut inopes, quos plerumque curarum suarum videas,
publica omissa.
in

Quod tamen

aliter evenire

certum

est,

omni

adfectu,

qui à violento jussu

naturse pro-

manat.

Denique quid caussse adferes, quod tam
ssepe eura minuit aut tollit? Ecce

le vis

caussa

alium ira, alium
:

amer, quosdam ambitio patria
multos Lucrius
ille

elicuit

et hodie

quam

deus? Quot

Itali,

relicta regina

regionum

Italia, in

Galliam, Germaniam, imo Sarma-

tiam sedes transtulerunt et fixerunt, quffistus tantum
caussa
et
?

Hispanorum quot
alio

millia quotannis in sepositas,

sub

sole terras, avaritia aut ambitio trahit?

Magno
ditas

hercules et valido argumento, externum et opi-

nabile totum hoc vinclum esse, quod

una aliqua

cupi-

tam temere

solvit aut rumpit.

At erras etiam

largiter, Lipsi, in

circumscribenda
illud

patria ipsa. Adstringes

enim eam ad natale

solum.

195


affec-

Je crois pouvoir conclure de tout cela que cette

tion ressort des institutions. Si elle venait de la nature,

comme tu

le voulais,

pourquoi
et

n'est-elle

pas répandue en
?

nous tous pareillement
d'amour

dans

la

même mesure Pour-

quoi les N'obleset les Riches ont-ils pour la patrie plus
et

de sollicitude que les plébéiens et les pau-

vres, lesquels tu vois, pour la plupart, absorbés dans le

soin de leurs intérêts privés, sans souci de

ceux du

public? Et cependant,

il

est bien certain qu'il en est

autrement dans toute affection qui découle d'une injonction impérieuse de la nature.

Enfin,

comment pourrais-tu expliquer
détruire cet

qu'il suffise

quelquefois du motif le plus léger pour diminuer et

même pour
attiré

amour de
et,

la patrie? L'un a été

hors de sa patrie par la colère, l'autre par l'amour,
:

quelques-uns par l'ambition

de nos jours, combien

n'en voyons-nous pas qui la fuient conduits seulement

par

le

dieu du Lucre

?

Combien

d'Italiens

abandonnent

l'Italie, cette

Reine des contrées, pour transporter leur

établissement et leur demeure en France, en Allemagne,

même

jusque dans la Russie, et cela uniquement

pour faire fortune? Combien de milliers d'Espagnols
sont chaque année entraînés par l'avarice ou par l'ambition

dans des terres lointaines

et

situées sous

un

autre soleil? Par Hercule! c'est là un grand et irréfutable

argument que ce prétendu
pour
rompre.

lien est tout extérieur

et d'opinion, puisqu'il sufBt
le

de la moindre passion pour

dénouer

et

le

Tu

te

trompes encore beaucoup, Lipse, dans

la

mala

nière dont tu circonscris la patrie elle-même.

Tu


quod
tiiinis

lUG


:

institiraiis,

quod pressimus

et

quœ

alia

mihi

inanisonitu verborum. Petere enim

illinc frustra

vis insitas
soli id
tibi

amorishujus caussas.
:

Nam

si

genitalis solius
erit,

nomen

patria mihi
alteri

quidem Bruxellatantum

Isscanum,

cuipiam tugurium aut magar. imo

multis nec tugurium quidem, sed silva et nudus ager.

Amor

ergo meus et cura intra istos angustos limites
?

conclusa

villam illam tantum aut
et

domum,

ut patriam,

amplectar

defeiidam

?

Vides

iiieptias, et

quam

beati,

te definiente, silvani

illi

aut agrestes,

quorum

natalis

terra tlorens sernper, et
interitus discrimen.

pœne

extra

omne

cladis

aut

Sed non

illud profecto

Patria est,

non

:

sed unus aliquis status, ut dixi, et communis

VELUT NAVIS, SUB UNO ReGE AUT SUB UNA LeGE.
si

Quam

jure amari à civibus vis, fatebor; defendi, agnoscam;

morbem

pro ea suscipi, permittam. non
:

illud, ut etiani

doleat quis, jaceat, lamentetur
Didce

et

décorum

est

pro patria mori,

magno adsensu
dixit,

caveee dixit poëta Venusinus

:

sed mori

non

flere. Ita

enim esse boni

cives

debemus, ut
in luctiim et

etiam boni

viri

simus. quos exuiraus,

cum

lamenta transimus puerorum aut mulierum.


restreins

197


:

à ce sol natal sur lequel nous nous tenons,
futiles

que nous pressons de nos pieds

arguments,

comme
oreilles

bien d'autres

encore que tu

fais tinter à

mes
c'est

dans un vain cliquetis de paroles, car

bien inutilement que tu y cherches les causes de cet

amour. Si

le lieu

de la naissance constitue à

lui seul

la patrie, alors je n'ai
toi Isque, tel

moi pour patrie que Bruxelles,
:

autre une cabane ou une hutte

bien plus,

beaucoup n'auront
ou
les

champs.

même pas cette hutte, mais la forêt Mon amour et ma sollicitude se renfercomme
patrie que cette ville ou
et

meront-ils dans ces étroites limites? N'aurai-je à em-

brasser et à défendre
cette

maison?

Tu

vois l'ineptie,

combien seraient

heureux, suivant ta définition, ces enfants de la forêt
et

des champs dont la terre natale toujours florissante

ne court presque aucun risque de catastrophe ou de
ruine.

Mais ce

n'est

pas là bien certainement la patrie;

Non

comme un navire isolé sur les mers sous LA direction DU PILOTE, EST UN CERTAIN ÉTAT COMMUN SOUS UN ROI OU SOUS UNE LOI. Si tU VCUX quO IcS
:

La

patrie,

citoyens aient le droit de l'aimer, j'en conviendrai
la défendre, je le reconnaîtrai; de

;

de
je

mourir pour

elle,

l'accorderai

:

mais je n'accorderai jamais que personne

puisse pour elle se désoler, se laisser abattre, ni se

lamenter.

// est

doux

et

honorable de ynomHr pour la
galerie,

patrie, 2Là\i,
le

aux grands applaudiss&ments delà
il

poète de Venusium; mais

a dit mourir et non pleu-

rer.

Car nous devons nous montrer bons citoyens, tout

en demeurant en

même temps

bons

comme hommes,
13

ce

que nous cessons d'être quand nous nous laissons aller

198

Postremo, Lipsi, altum
si

illud et

arcaiium

tibi instillo

:

hominem

totiim

aspicis,

vanas falsasque esse has

omnes

patrias, et corpori

quidem fortasse aliquam hic
illo

posse tribui, nullam animo, qui e siipero

domicilio

delapsus, velut carcerem et custodiam habet

omnem
est.

hanc terram. At cœlum vera

illi

germanaque patria

ad quam adspiremiis, ut cum Anaxagora ex animo possimus dicere fatuo huic vulgo quserenti, nihil
patria est? Mihi vero
in aethera
illa

tibi

curœ

patria, etdigitum

mentemque

intendamus.

CAP. XII.
Ter tins Adfectus temperatus, qui Miser atio. eam in
vitio esse,

discriminata, lucis canssa, à Misericordia. quomodo, et quatenus eu utendum.

Nubem
mone

aliquam mihi ab animo dispulisse hoc seret

visus Langius,

ad illum, luvas

largiter,

mi

senex, qua monendo, qua docendo. et
illum, qui erga

jam adfectum

solum aut statum
illum, qui in
et

est,

videor temperare
ipsos.

posse

:

nondum

homines

Quomodo

enim non tangant

angant me damna

patrise, propter


aux pleurs
femmes.
Enfin, Lipse,
il

190

et

aux lamentations des enfants ou des

me

reste à t'initier à

un arcane d'un
et

ordre plus élevé. Si tu considères l'homme de haut

sous ses divers aspects, tu reconnaîtras que toutes ces
patries correspondent à des idées vaines et fausses. Si
l'on peut à la

rigueur attribuer une certaine patrie au

corps, on ne peut en attribuer absolument aucune à
l'âme, qui,

tombée de son domicile d'en haut, a

la terre

entière pour prison et pour cachot.

Le

ciel,

voilà sa

pure, sa véritable patrie. C'est vers elle que nous de-

vons tendre sans cesse, afin de pouvoir, avec iinaxagore,

répondre du fond du cœur au vulgaire insensé qui

demande
ciel la

:

tu n'as donc
;

aucun souci de

la

patrie?

— Ma
le

patrie à moi est là

et,

en disant cela, diriger vers

main

et la

pensée.

CHAPITRE
£a
Elle
est

XII.

troisième affection quil faut tempérer est la Compassio7i.

tenue jiour

un

vice.

La Compassion
Comment

distinguée de la
et

Miséricorde, four i)lus de clarté.
point ilfaîit en user.

jusqu'à quel

Il

me sembla que

ce discours de Langius avait disesprit, et jelui dis
:

sipé quelque

nuage dans mon

Mon

respectable ami, vos exhortations et vos enseignements

me

sont d'un grand secours. Je crois que déjà je puis
le sol

tempérer cette affection, en ce qui concerne
et l'Etat;

natal

mais non en ce qui concerne
les

les

hommes.

Comment

malheurs de

la

patrie pourraienl-ils ne

200

cives et populares meos, qui jactantur in hoc calami-

tatiim pelago, aiit pereunt, varia et misera sorte?

Langius excipiens, At

istic,
:

Lipsi, inquit,

non dolor

proprie, sed Miseratio est

quse ipsa

tamen spernenda

à sapiente et constante. Nihil enim illimagis convenit,

quam

firmitas animi et robiir

:

quae esse non possuiit,

si dejicit

contrahitque

eum non

suus solum luctus

,

sed

alienus.
Iiiterrupi hic

ego,

et,

Quse istœ Stoïcorum spinse

sunt? inquam. Miserari

me

vetas? at virtus ea apud
et

bonos

est, certe

apud nos qui vera religione imbuti

pietate.

Langius adfirmate. Ego veroveto, inquit
tudinem hanc
si

:

et segv'i-

ab animis

tollo, segrè

non
:

feret quis-

quam

serio bonus.

Vere enim eegritudo

nec longe à

miseria est, quisquis miseratur.
oculi nota est, lippire

Ut

imbecilli malique
:

ad conspectum lippientis

sic

animi, dolere viso dolente. Defiuitur ea recte, Vitium
PUSILLI

MINUTIQUE AnIMI
?

,

AD SPECIEM ALIENI MALI

coLLABENTis. Quid ergo
flecti in

tam duri

et ferrei nos, qui

aliène dolore

quemquam nolimus
:

aut inclinari?

Imo

flecti

non

displicet

sed ad juvandum, non ad

dolendum.


pas

201

me

toucher

et

me
et

déchirer l'âme à cause des

citoyens,

mes amis

mes compatriotes, tristement
,

ballottes sur cet

Océan de calamités

ou qui périssent
misérable?

de différentes manières dans

le sort le plus

Halte là!
plus là

mon

cher Lipse, s'écria Langius. Ce n'est
la douleur,

proprement de

mais de la Compasconstant doit la déeffet

sion; et, elle aussi,

l'homme sage

et

daigner. Rien ne lui convient mieux en

que la
s'il

fermeté et la force de l'âme,
se laisse

qu'il

ne peut conserver

entraîner et abattre, non seulement par sa

propre

affliction,

mais aussi par

celle des autres.
:

Je l'interrompis à

mon

tour par ces mots
!

Voilà
la

bien les subtilités des Stoïciens

Vous me défendez

Compassion! Mais
pour

elle est
;

regardée

comme une

vertu

par les honnêtes gens
la tenir
telle,

à plus forte raison devons-nous
la

nous qui avons été nourris dans

piété de la vraie religion.

Langius

me

répondit du ton le plus ferme

:

Moi, je

te la défends; et si je puis

arracher des âmes cette ma-

ladie,

aucun
:

homme

de bien ne s'en plaindra. C'est une

maladie

qui compatit n'est pas loin depâtir lui-même.

On

assure que la marque d'un œil faible et infirme est

de loucher à la vue d'un œil qui louche. C'est encore
plus le propre d'une

âme

faible de souffrir à l'aspect

d'une souffrance étrangère.
la

On

peut très bien définir

Compassion le vice d'un esprit faible et pusilladurs
et si insensibles

nime QUI SE laisse abattre A LA VUE DU MAL d'auTRUI.

Quoi donc? Sommes-nous
nous refusions de

si

que

fléchir et de

nous incliner devant la
ne nous déplaît pas de

douleur des autres?

Non

:

il

20fî

Misericordiam

tibi

permitto, non miserationem. Disér

tiuguere enim ea nunc placet, et recedere paulisper

nostra porticu, docendi caussa. Misericordiam appello,

Inclinationem anlmi, ad alienam ixopiam aut luctum
suBLEVANDU-M. Haec
virtiis illa, Lipsi,

quam
tibi

velut per

nebulam

vides, et pro

qua Miseratio

subrepit et

imponit. At enim

Esto. sed

humanum est, adfîci, et miserari. non rectum. An tu virtutem uUam in mollitie
animi esse censés
?

et abjectione

ut ne ingemiscas

?

ut

suspires

?

ut verba fracta et tertiata

cum

lugente mis-

ceas? Erras, alioqui dare tibi avaras aliquot anus et

deparcos Eucliones possum

;

è

quorum
è

oculis

mille

lacrjmas

citius expresseris,

quam unum

bulga num-

mum

At noster verus

ille

misericors, non miserabitur quifaciet mise-

dem, sed tamen eadem omnia aut majora
ranti. Adspiciet aliéna
rectis
:

mala humanis
vultu

oculis, sed

tameu
non

adducto

quodam

adfabitur,

sed

lugubri aut dejeeto. solabitur forliter, juvabit liberaliter
:

et

faciet

benignius,

quam

dicet

:

et

manum

potius egeno aut lapso porriget,
hciec

quam

verba. Atque

omnia caute

et

circumspecte praestabit. ne, ut in


fléchir,

203


soit

mais à

la condition
affliger.

que ce

pour secourir,

et

non pour nous
Je
te

permets la Miséricorde, non

la

Compassion.

Il

convient de les distinguer l'une de l'autre, et pour cela

revenons

-un

peu sur nos pas, afin de bien

t'instruire.

J'appelle Miséricorde l'inclination de l'ame

a soula-

ger LA DÉTRESSE OU LE CHAGRIN d'aUTRUI.
vertu, Lipse, que tu vois

C'cst Cette

comme

à travers un brouillard,
et,

que tu confonds avec la Compassion,
telle

à l'aide d'une

confusion, celle-ci s'est glissée subrepticement dans

ton esprit et s'y est implantée.

Tu me

diras

qu'il est

humain de

s'affliger et

de compatir. Soit. Mais ce n'est
qu'il

pas un bien. Penses-tu

puisse y avoir aucune vertu

dans la mollesse

et l'abattement

de l'âme? Seras-tu ver-

tueux parce que tu gémiras, parce que tu soupireras
et

que tu échangeras avec une personne

affligée des

sanglots et des paroles entrecoupées ? Si tu le crois, tu
te

trompes beaucoup. Je pourrais

faire passer

devant

toi

une foule de

vieilles

avares et d'Euclions parcimo-

nieux à qui tu tirerais mille larmes des yeux plutôt
qu'un écu de la bourse.

L'homme vraiment miséricordieux n'éprouvera pas
de compassion,
il

est vrai;

mais
Il

il

fera ce que fait le

compatissant, et plus encore.

considérera les

maux
;

des autres avec humanité, mais aussi avec rectitude
il

parlera affectueusement
il

,

et

non d'un

air

lugubre

et

abattu;
libérale

consolera efficacement, secourera d'une façon
il

;

fera

mieux

qu'il

ne dira

;

et

à l'homme indi-

gent ou tombé
les.

il

donnera
il

la

main plutôt que des paroavec réserve et
cir-

Et toutes ces choses

les fera

204


in illum transeat
:

mala contagione, alienus morbus

neve, quod de gladiatoribus dicitur, per alterius latus
ipse feriatur. Quid hic rigidum, sodés, aut
talis et
:

durum?

et

omnis Sapientia est quse procul intuentibus severa

tetricaapparet;
reperitur,

cum

propius successeris, lenis, dé-

mens

et

qua non mitior aut amicior ipsa

Amorum
Sed

dea.

salis

de tribus his Adfectibus. quos

si

in parte

tibi detersi,

magnum

mihi ad reliquam

pugnam mo-

mentum.

CAP. XIII.
Remotis olstacnïis, ventum serio ad elevanda aut tollenda ipsa

PuUica mala. quattuor ea prœcipuis argumentis appugnanda
à

me

et

expugnanda.

Âc primo

hic de Providentia dictuni

:

eague proiata inesse et prœesse relus liurnanis.

Venio enim tandem à velitatione ad veram seriamque pugnam
;

et omissis levibus istis telis et lusoriis,

ad

decretoria arma. Milites copiasque
et

meas omnes ordine

sub signis inducam
.

:

quarum quadruplex mihi agimmitti et circummitti haec
:

men Primo pugnabo, A deo
publica mala
tertio,
:

secundo, Necessaria ea esse et à Fato
:

Utilia nobis

postremo, Nec gravia nimis, nec
locis suis apte

nova. Quae copiae

si

pugnant

et repu-


par
l'effet

205


et,

conspection, pour ne pas gagner lui-même la maladie

d'une contagion maligne,

comme on

le

disait des gladiateurs,

pour ne pas être blessé par

le
?

flanc d'un autre.
Il

Que trouves-tu

là de dur et de rigide

en est ainsi de toute Sagesse.

A
:

qui la considère de

loin, elle paraît sévère et

farouche

quand on s'appro-

che de plus près, on la trouve douce et clémente,
plus tendre et plus amicale que la Déesse

même

des

Amours.
Mais
Si
j'ai

c'est assez

nous occuper de ces
en partie, ce

trois affections.

pute

les ôter
le

me

sera d'un grand

secours pour
te livrer.

combat en règle que je vais maintenant

CHAPITRE
Les obstacles étant
et

XIII.

écartés, on en vient
les

aux moyens de soulager

d'amoindrir
s'en

maux

imUics. Quatre principaux arguen triompher.
et

ments pour
humaines.

défendre

et

Et

d'alord, de la

Providence. Preuve quelle assiste

préside à toutes les choses

Après ces escarmouches préliminaires,
bataille véritable et sérieuse.

j'en viens

à la

Je laisse de côté la lance

légère et de parade, et je prends les armes décisives.

Je ferai avancer en ordre

et

sous leur drapeau toutes

mes troupes
que
les

et

mes
le

soldats. J'en

forme quatre corps

d'armée. Avec

premier, je combattrai pour établir

maux

publics sont envoyés et partout distribués
le
;

par Dieu; avec

second, qu'ils sont nécessaires et

viennent du Destin

avec

le troisième, qu'ils

nous sont


ffiiaiit
:

206


?

etiamne resistere mihi ultra aut os obvertere

audebit exercitus tui doloris

non audebit.

Vici.

Et

cumhoc omine,

signa canaut.

Cam omnes
nam

igitur adfectus, Lipsi, qui

vitam huma:

varie iucurrunt et turbant, à démenti mente sint

tum, meo animo, dolor praesertim, qui de republica
sumptus.

Nam cum

ceteri tînem
potiri
;

aliquem habeant
iratus, ulcisci
soli
;

et

tanquam scopum (utamator,
rus, acquirere;

ava-

itemque in ceteris
prœter ipsum.
sit,

:)

huicnihil proet libéra

positum reperies,
nimis oratio

Xe vaga

mea

sed adductis habenis

maneam

in

hoc gjro

:

nempe

tu patriam
fini,

nunc luges, ut

ais, cor-

ruentem. sed qua
spectas
?

cedo

?

aut quid speras in eo aut

Utrumne

ut

rem lapsam corrigas? labentem
imminentem
patrise

firmes? an ut dolendo

pestem per-

niciemque depellas? Nihil borum, tantum ut tritum
illud possis dicere,

Doleo;

et cetera

vanus irritusque
:

hic omnis luctus.

Rei enim

praeteritse is est
diis

quam

reprendere et infectam reddere, ne

quidem volue-

runt esse in manu. Et vanus tantum? imo fortasse impiuo,
si

rem pendes ajqua judicii lance.

-r 207
utiles; enfin,

avec

le

quatrième, qu'ils ne sont ni trop

graves, ni nouveaux. Si ces troupes donnent et combattent convenablement chacune en leur poste, l'armée

que tu mets en avant, pour soutenir la cause de ta douleur,

osera-t-elle tenir devant

moi

et

me

résister

en

face? Elle ne l'osera pas. J'ai vaincu. Sous ces auspices,

que

l'on

sonne la charge!

Comme
âme dont
ment

toutes les affections, qui assaillent et trou-

blent de diverses manières la vie humaine, partentd'une
la raison est obscurcie,
il

en est principale-

ainsi, à

mon

avis,

de la douleur causée par les

accidents relatifs à la République. Les autres passions

ont une certaine

fin

et

comme un
ici

but déterminé

:

l'amant veut jouir,

le colère se

venger, l'avare acquérir

et ainsi des autres.
fixe,

Mais

tu ne

trouveras rien de

sinon la passion elle-même. Pour que

mon

dis-

cours ne s'égare pas dans des digressions trop longues,
et

pour demeurer dans

mon

cercle en
:

tenant bien la

bride en main, je te
la ruine de ta patrie,

demande

tu pleures maintenant
fin?

mais à quelle

Voyons
quand

:

qu'es-

pères-tu ou qu'attends-tu de là? Veux-tu soutenir la

République qui chancelle? ou

la relever

elle est

tombée? ou détourner par ta douleur

la calamité et la

ruine qui menacent ta patrie? Rien de tout cela. C'est

seulement pour pouvoir dire ce mot tant rebattu, je
pleure.

Tout ce deuil
ici

est

donc vain

et inutile
:

;

d'autant

plus qu'il s'agit

d'une chose passée

revenir, ni faire qu'elle

peux y ne soit pas accomplie. Les Dieux
tu ne

eux-mêmes

n'y pourraient rien.
Il

Ce deuil
il

est-il

seule-

ment superflu?

est

bien plus encore,

est impie, et

2(>8

Quod enim

te

non

fugit, seterna
:

quaedam mens

est,

quam Deum appellamus

qiiae

cœlorum perennes orbes,

quse siderum inœquales cursus, quae elementorum alter-

nas vices, quae denique omnes res superas, inferas,
tempérât,

moderatur,

gubernat.
in

Casum

tu aliquem

Fortunamve dominari

hoc pucherrirao mundi corferri misce-

pore censés? temerario aut cœco impetu
rique res

humanas?

scio,

non censés

:

nec quisquam à

te alius, qui aliquid

non dicam

sapientise habeat, sed
:

sanitatis.

Naturse enim, naturse ista vox est
;

et

quo-

cunque oculos animumque convertas
talia; sublimia etterrena;

mortalia, immor-

animata

et

inanima, clamant
esse,

clare et loquuntur,

quiddam super nos

quod hsec
:

tam mira; tam magna, tam multa

crearit, fecerit

et

creata, facta, etiamnunc dirigat et conservet. Id
est Deus. cujus

autem

summse

et perfectissimae naturse nihil

magis convenit, quam ut curam tutelamque operis
gerere et
est.

sui

velit, et possit.

Quidni autem velit? optimus
est.

quidni possit?

maximus
nisi

adeoque vires nnllœ

supra ipsum, aut nullag

ab ipso. Nec distringit

eum
uno
et

aut distinet magnitudo hsecrerum, autvarietas. Spargit

enim œterna

illalux

quoquo versum suos radios

:

et

eodemque,

ut ita dicam, ictu sive nictu sinus
coeli
,

omnes

abyssos pénétrât
divinitas

terrœ, maris, nec prœest sokim

hœc rébus omnibus,

sed interest, imo inest.


tu le reconnaîtras pour
la juste balance

â09


le

peu que tu veuilles

peser dans

du jugement.

Tu
nelle

n'ignores pas qu'il existe une intelligence éter-

que nous appelons Dieu, qui règle, tempère

et

gouverne'ces globes roulant perpétuellement dans

l'es-

pace, et la course inégale des astres, et les vicissitudes
alternatives des éléments, et toutes les choses supérieu-

res et inférieures. Penses-tu que la fortune ou le hasard

puisse

dominer dans
les

cet

ensemble

magnifique

du

monde? que
que tu ne
le

choses humaines soient emportées et
et

confondues par une impulsion fortuite
penses pas
:

aveugle? Je sais

et

quiconque

est, je

ne dis pas

sage, mais dans son bon sens ne le pensera pas davantage.

Car

c'est la

voix de la Nature,

De quelque

côté

que tu portes tes yeux ou ta pensée, toutes

les choses

mortelles et immortelles, sublimes et terrestres, animées
et

inanimées, te crient, te proclament à haute voix

qu'il

y a au dessus de nous un Être
ses
si

qui a créé, fait ces chosi

admirables,

si

grandes,

nombreuses

;

et qui,

après les avoir créées et faites, les dirige encore maintenant et les conserve. Cet Être, c'est Dieu. Rien ne
convient mieux à sa nature suprême et très parfaite que

de vouloir

et

de pouvoir exercer la surveillance et la
le

conservation de son œuvre. Et pourquoi ne
il

voudrait-

pas?

il
il

est infiniment bon. est infiniment

Pourquoi ne

le pourrait-il

pas?

grand,

et tellement,

qu'aucune

force n'est au dessus de lui, et qu'il n'est point de force qui ne vienne de
lui.

Et

la

grandeur
ni le

et la variété

de ces
car sa
;

choses ne peuvent l'arrêter,

distraire,

lumière éternelle répand de tous les côtés ses rayons

210

-

Quid miramur

?

Sol

ille

quantam mundi partem

simul lustrât et illustrât! iiostra mens quantam conge-

rem rerum una cogitatione complectitur
fatui,

et

sensu?

et,

ô

non censemusplura

inspici et concipi

ab eo posse,
creavit et

qui hune ipsum Solem, hanc ipsam
fecit?

Mentem
qui

Egregie vel divine potius,
;

is

non multa de

rébus divinis, Aristoteles
in

Quod

in navi gubeniator,

curru auriga, in choro prœce7îtor, in urbe lex, in
:

exercitu imper ator

ici

in orbe est Deus.

Hoc tanium

discrimine, quod ilUs quidern laboriosum situm regimen,

anxium,
labore,

et

exercilum

est

:

deo autem sine dolore aut

sejunctumque ab omni corporis nisu.

Est igitur in deo, Lipsi,

fuit,

erit,

pervigil illa

ET PERPES CURA (sed cura tamen secura) qua res omnes
INSPICIT, ADIT, COGNOSCIT
:

ET COGNITAS BIMOTA QUADIRIGIT AC GUBERNAT. Id

DAM ET IGNOTA NOBIS SERIE
autem
est,

quod providentiam hic voco. de qua queri

non nemo per imbecillitatem possit, nemo quserere,
nisi qui

obsurduit et obbrutuit contra Naturfe vocem
et

oninem

sensum.


et d'un seul et
si

211

même

coup, d'un seul clignement d'yeux,
il

j'ose ainsi parler,
ciel,

pénètre tous les replis, tous les

abîmes du
ce

de la terre et des mers.

Non

seulement

grand Dieu préside à toutes
d'elles,
il

les choses,

mais

il

est

au milieu

est en elles.
?
,

Pourquoi s'étonner

immense

partie

Le soleil lui-même quelle du monde ne voit-il pas, n'éclaire-t-il
intel-

pas à la fois? Quelle longue série de choses notre

ligence ne peut-elle pas embrasser dans une seule pensée,

dans un seul sentiment?

et,

insensés que nous

sommes, nous refusons de croire que plusieurs choses
peuvent être vues
et

conçues en

qui a créé et fait et le soleil et

même temps par Celui cette même intelligence
!

Aristote, qui n'a pas beaucoup parlé sur les choses
divines, a pourtant dit excellemment, ou plutôt divine-

ment
char,
le
le

:

Ce
le

qu'est le pilote

sur un navire,

le

cocher sur un
ville,

coryphée clans un chœur,
:

la loi

dans une

général dans une armée

voilà ce que

Dieu

est

dans
le

Monde

:

avec cette différence toutefois que, dans
il

gouvernement,
peiîie
;

y a pour

les

ho7nmes labeur, anœiété,

tandis que Dieu accomplit fout sans doideur, sans

travail et sans effort.

Ainsi donc, ô Lipse,

il

est,

il

fut,

il

sera toujours en

Dieu CE SOIN VIGILANT ET PERPÉTUEL, SOIN TRANQUILLE,

AVEC LEQUEL

IL

PÉNÈTRE,

IL

CONNAÎT TOUTES CHOSES,

TOUCHE A TOUTES ET LES DIRIGE ET LES GOUVERNE
ENCHAÎNÉES DANS UN ORDRE BIMUABLE QUE NOUS NE
CONNAISSONS PAS. C'cst cc soiu quc j'appelle
vidence.
ici

la
;

Pro-

On

peut s'en plaindre par faiblesse d'âme

mais

nul ne peut en douter, à moins d'être sourd et abruti

devant la voix

et le

sentiment de la Nature entière.

212

CAP. XIV.
KihU
oui
hic geri
,

nisi

Providentia ejus nntn. ai eu clades in

j)o;pulos

aut urhes immitti. ideo

parum

fie snper lis queri nos

flerc.
et

Deniqv.e adhortatio ad

farendum Deo. cum qno

temere

frustra pugnatur.

Quod

si

bene imbibisti,

si

gubernatorem illam vim
ut

inserere se atque iusinuare,
ire

et,

cum

poëta loquar,

per omnes

Terrasque tractusque maris,

serio et ex aiiimo credis

:

non video, quis locus ultra

esse possit dolori tuo aut querelse, 111a enim ipsa provida mens,

quœ cœlum hoc cottidie volvit
:

revolvit,

solem

ducit reducit, fruges promit recondit
vicissitudines

casus istos et

omnes rerum

peperit, quas miraris aut

indignaris. Grata tu tantum, et nobis
mitti cœlitus putas?

commoda, sub-

imo

tristia etiam, et

incommoda

:

nec quicquam omnino in hac grandi machina geritur,
turbatur, miscetur (peccatum excipio) cujus non caussa
et origo

à prima
ait

illa

caussa. HâvTwv enim
:

Tau^a-, è'pywv

h où pavw,
velat)

Recte Pindaras

et

aurea qusedam veluti
per fabulam

cathena demissa superne est

(ut

Homerus
ibi
:

ad quam omnia haec inferna alligata. Quod

labes terrae oppida aliquod absorpsit, à Providentia est

quod

alibi pestis

multa millia hominum demessuit, ab

213

CHAPITRE XIV.
Que
rien ne se fait ici-las que i)ar la xolonté de la Providence
c est-far elle
:

que

que

les
;

plaies publiques sont euvoye'cs sur les
qtce c'est

petiples et sur les tilles

donc manquer de piété de

s'en

plaindre
lequel

et

de

les

fleurer. Exhortation à obéir à Dieu, contre
et inutile

il est

téméraire

de lutter.

Si tu m'as bien compris,

si

tu crois fermement et du

fond du cœur que cette force qui nous gouverne intervient et pénètre dans tout, et, pour emprunter la parole

du poëte, quelle emplit
pour ta douleur

toutes les terres et toute Vétenil

due des mers, je ne vois pas quelle place
et

peut rester
intelli-

pour ta plainte. Car cette

gence prévoyante, qui, chaque jour, roule
les cieux,

et déroule

amène

et

ramène
fruits

le soleil, fait sortir et

met

en réserve tous les

de la terre,

c'est elle aussi

qui produit tous ces événements et toutes ces vicissi-

tudes qui te surprennent et qui t'indignent. Penses-tu

donc que

les

choses qui nous sont agréables et comseules du ciel
?

modes viennent
excepte
le

Les choses

tristes

et

incommodes en viennent
péché seul, ne

aussi.

Rien absolument,

j'en

s'agite,

ne se trouble, ne se
n'ait

mêle dans cette machine immense, qui
et sa

son origine
les choses,

cause dans cette cause première. Toutes
dit

a fort bien

Pindare, ont leurs dispensateurs
le

et leurs

administrateurs dans
le fait

comme Homère nous comprendre par un apologue, il y a comme une
Ciel; et,

chaîne d'or suspendue en haut, à laquelle sont atta-

chées toutes les choses d'en bas. Qu'un éboulement de
14


ista
:

214


ista.
:

quod ctedes

et

bellum apud Belgas ab eadem

Divinitus, Lipsi, divinitus immissse

omnes

istas

clades

ideoque bene et sapienter Euripidi
tiœ. Fluxus,

q'ju'^opal hvr}.y.-o'. dic-

inquam, omnis

et refluxus hic

rerum humaet occa-

narum, ab

illa

Lima dependet,

ortus

regnorum

sus, ab illo Sole.

Itaque tu imnc

cum

freina dolori tuo laxas, et iudi:

gnaris patriam tuam converti aut everti

ne illud qui-

dem

cogitas; quis, et in quem, indignere? Quis?
pulvis,
in

home,
deum.

umbra,

quem? formido

dicere,
est
,

in

Vetustas gigantes

quosdam fabulata

qui divos
:

deturbare agressi de sua arce. mittamus fabulas
queruli,
ii

vos

estis. Si

enimheec omnia non permissasolum

à deo, sed immissa; vos qui fremitis, qui repugnatis, quid aliud
pitis,

quam sceptrum

illi

(quod in vobis

est) eri!

et

arbitrium reguandi?
et

Cœca

mortalitas

Sol,

Luna, sidéra, elementa,

omnia hœc secla animanilli

tum, parent non invita et obaudiunt supremœ

legi

:

nobilissimum rerum homo, solus in conditorem suum
calces jacit et resistit.

Atqui

si

vêla ventis dédisses,

sequerere

non quo


terre engloutisse
le
ici

^21o


c'est la

des

villes,

Providence qui

veut; que, dans un autre lieu, la Peste moissonne des

milliers

d'hommes,

c'est elle;

que la guerre

et le carelle. C'est

nage s'abattent sur la Belgique, c'est encore

Dieu, ô Lipse, Dieu lui-même qui nous envoie toutes
ces catastrophes; et Euripide a montré autant de recti-

tude que de sagesse quand

il

a

dit

:

de Dieu viennent
de ce Soleil que

toutes les plaies. C'est de cette

Lune

et

dépendent

le flux et le reflux

des choses humaines, la

naissance ou la chute des Empires.
Ainsi donc maintenant lorsque tu es tenté de lâcher
la bride à ta douleur, et

que tu es indigné à la vue de ta
:

patrie révolutionnée ou ruinée, demande-toi
je,

qui suis-

et contre qui vais-je
c'est

m'indigner? Qui tu es? un

homme,

à dire une ombre, un grain de poussière.
le dire,

Contre qui? je tremble de

contre Dieu! L'anti-

quité a dit dans ses fables qu'il a existé des géants assez

audacieux pour attaquer

les

Dieux

et s'efforcer

de

les

précipiter de leur forteresse. Laissons les fables.

Vous

qui vous plaignez, vous êtes ces rebelles.

En

effet, si

tous ces événements sont non seulement permis, mais
suscités par Dieu, vous qui frémissez, vous qui résistez,

que faites-vous autre chose que d'arracher à Dieu, autant qu'il est en vous, son sceptre et la faculté de régner

à son gré? Aveugles mortels!

Le

soleil,

la lune, les

éléments et toutes ces générations d'êtres animés obéissent avec docilité et se soumettent à cette
et

loi

suprême

:

l'homme, la plus noble des créatures, jette la pierre
son Créateur
Si. tu

et lui résiste.

mettais à la voile, tu arriverais où te pousse-

216


:

voluntas impelleret, sed quo

illi

et in

hoc

Yit£e

Oceano
:

spiritum illum sequi récusas, temperatorem Universi

Et récusas tamen
here
:

frustra,
illa

quia aut sequere, aut tra-

et

cœlestia

décréta vim

suam ordinemque

servabunt, sivein volentem sive inrebellem. Rideamus,
si is

qui

cymbam ad rupem
rupem ad
et

alligavit et

funem identidem

trahat,

se accedere censeat,

cum

ipse

ad

illam

:

non major nostra

stultitia est, qui

ad rupem

illam 8etern99 Providentiae nexi, trahendo et reluctando

volumus eam nobis obsequi, non nos
aliquando haec vana
:

ipsi

?

Mittamus

et, si

sapimus, sequamur ab alto

attrahentem illam vim,

et

aequum censeamus ut bomini

placeat, quidquid placuit Deo. Miles in Castris, audito

viœ siguo

,

vasa

colligit

;

audito

pugnse

,

deponit

;

animo, oculis, auribus, paratus ad omne imperium et
intentus,

idem nobis

sit, et

in

hac militia sequamur ala-

cres et pleno

gradu quocumquevocautem Imperatorem.

Ad hoc
mortalia
tatis
•*

sacramentiira adacti sumus, ait Seneca, ferre

nec "pey^turhari
est.

lus,

quœ

vita^n
:

nostrœ potes-

non

In regno nati sumus

Deo parère,

LIBERTAS EST.


rait

217
le


:

non

ta volonté,

mais

vent

et sur cet

Océan de

la vie, tu refuses

de suivre ce souffle modérateur de
il

l'Univers! et tu le refuses vainement, car

faut suivre

ou être traîné. Les décrets célestes conserveront sur
toi leur force, et

à leur moment, que tu sois soumis ou
si

révolté.

Nous

ririons

nous voyions un

homme
quand

qui,

après avoir attaché son esquif à un rocher, tirerait sur
la corde, espérant

amener

la roche vers lui,
:

c'est

lui-même qui
n'est-elle

serait attiré vers elle

mais notre

sottise

pas plus grande encore, à nous qui,

liés

à ce

rocher de

l'éternelle Providence, voulons, à force de la
elle, qu'elle

tirera nous et de lutter contre
et

nous obéisse,
enfin de côté

non pas

lui obéir

nous-mêmes? Mettons

tous ces vains efforts. Si nous
cette force qui

sommes

sages, suivons
et

nous entraîne d'en haut,

trouvons

juste que plaise

aux hommes tout ce qui

plaît à Dieu.

Le
de

soldat dans les camps, au signal
;

du

départ, ramasse
il

tous ses ustensiles
l'esprit,

au signal du combat,
de
l'oreille,
il

les

dépose

;

de

l'œil,

se tient attentif à

tout
et,

commandement et

prêt à obéir. Faisons de
vie,

dans cette milice de la

même, suivons notre commanbon pas partout où
il

dant avec empressement

et d'un

nous appelle. Noits sommes obligés par notre engagement, dit Sénèque, à supporter les choses
?nortelles,

à ne

pas nous troubler de

ce

que

7ioi(S

ne pouvons ejnpêcher.

Nous som7nes nés en puissance de maître. Obéir a
Dieu, c'est LA LIBERTÉ.

218

CAP. XV.

Ad

secundtan pro Constantia

argumentum tramitiim, quod à

Necesailate. Visejus et impetus. Dupliciter ea Nécessitas co/i-

siderata

:

et

jprlmo in rehis ipsis.

Hocfirmum,
omnia externa

Lipsi, et
:

Vulcanium plane scutum contra
illa

lisec

aurea

arma, quibus

tectos,
:

Plato pugnare nos jussit in casiim et Fortunam
subjici,

Deo

Deum

cogitare

:

et in

omni eventu, mentem
Provi-

hanc

flectere

ad

magnam illam mundi Mentem.
et felices copias
et

dentiam dico. Cujus pias
explicui
:

quoniamsatis

producam

indacam agmen alterum, quod

sub Necessitatis vexillo.

Agmen

forte,

duram,

fer-

reum

:

et

quam non vane legionem dixerim Fulminaenim
:

tricem. Rigida

et infracta ista

vis, qu89
si

omnia

domat, superat

et cui

mirabor, Lipsi,
-:'<.

résistes.

Thaïes interrogatus olim,
A'vâ-'XY,.

î'/yzâ-a-zov,

recte respondit,
etsi

-âv7wv ràp
cautus,
-rV^v

xpaTS'!. et

sermo de eadem vêtus
Toj; 8cOj;
'^'A'Cz^y.L.

parum

âvàvx-r.v

o'jos

Hanc
ut

providentiae nunc adtexo;

quia cognata

illi,

vel,

verius dicam, ex ea nata.

A

deo enim ejusque decretis

Nécessitas, nec aliud hsec A'vâvxT,, ut Graecus Philoso-

phus
7-?,;

definivit,
:

quam

Kpis-t,;

[îe^aîa xal

ài^e-ïâ.-rpeTz-ztù oûva|a!.;

-povo'la;

FiRMA

sanctio, et immutahilis

Providentiœ

potestas.

Eam

Malis publicis intervenire, dupliciter

219

CHAPITRE XV.
l^ransilion

au second argument pour

la Constance

:

lu

Nécessite;

sa violence et son impétuosité. Qu'il faut considérer la Nécessité sous

un double point

de vue,

et

d'abord dans

les choses

elles-mêmes.

Voici, Lipse, le bouclier solide, aussi sûr que celui

forgé par Vulcain, que nous pouvons opposer à toutes
les

choses extérieures

;

voici les

armes
les

cVor dont Platon

nous invite à nous munir contre ou de
et,

coups du hasard

la fortune

:

être soumis à Dieu, penser à Dieu,

dans tout événement, tourner notre intelligence vers

cette

grande âme du monde, appelée
j'ai

la

Providence.

Maintenant que

suffisamment déployé ses troupes

pieuses, je produirai et ferai avancer

un autre

batail-

lon sous l'étendard de la Nécessité

;

bataillon terrible,

dur
la

comme

le fer, et

que je pourrais appeler justement
rigide,
:

Légion Fulminante. C'est une force

que rien

ne brise, qui dompte et renverse tout
étonné, Lipse,
si

je serai bien

tu lui résistes.

On demandait un
Il

jour

à Thaïes

:

qiiy
:

a-t-il

déplus fort au monde?
car
elle

répondit

avec raison

la Nécessité,

domine

tout, ajoutant,
:

avec peu de prudence toutefois, ce vieux proverbe

les

Dieux mêmes ne peuvent forcer
nis à la Providence, parce

la Nécessité.

Je la réu-

qu'elle lui

touche de près,
:

ou, pour dire plus vrai, parce qu'elle est née d'elle

car

la Nécessité vient des décrets de la Providence, et elle
n'est autre chose, suivant la définition

du philosophe

grec, que

la sanction inébranlable et l'lm.muable


evincam,

220


A
rébus ipsis
:

A

rébus, et à Fato.

quoniam
vi

ingenium hoc omnibus

creatis, ut insita
et

quadam

ad

mutationem ferantur

casum. Ut ferro consumens
est
:

quaedam rubigo per naturam agnata
dens caries aut teredo
:

ligno, exe-

sicaiiimalibus, oppidis, regnis,

internée et suse caussae pereundi. Supera, infera res-

pice; grandia, parva 09VO corruunt,
et

;

manufacta, aut mente

:

ab omni
ut
sic

corruent in

omne œvum. Atque
:

flumina ad mare feruntur, perpeti et prono cursu
res

omnes liumanse, per hune

(ut sic

dicam) cladium
ea,

canalem labuntur ad suam metam. Meta
interitus, quibus Pestis,

mors

et

Bella,
iis

Ceedes, administri et
:

instrumenta. Ita

si

mors

necessaria

necessariae hoc

respectu et clades.

Quod ut clarius
et

videas sub exemplis,

non difFugiam mente
nari per

animo pauh'sper tecum peregri-

magnum

hoc Universum.


les

221


doublement
Destin
:

POUVOIR DE LA PROVIDENCE. Qu'elle intervienne dans

maux

publics, je l'établis
le

et

par les

choses elles-mêmes et par
elles-mêmes, parce
est créé -d'être
qu'il est

par les choses

de la nature de tout ce qui
inté-

emporté par une certaine force
et la ruine.

rieure vers le

changement
ver qui

De même que
animaux,

la

Nature attache au ferla
la carie

rouille qui le

consume, au bois
les

ou

le

le

ronge

:

ainsi les

cités et les

empires portent en eux-mêmes les causes de

leur destruction.

Regarde en haut
œuvres de

et

en bas, les choses

grandes
ligence

et petites, les
:

la

main ou de

l'intel-

toujours elles se sont écroulées et toujours

elles s'écrouleront.

Comme

les fleuves sont portés à la
;

mer par

la pente continue de leur cours
si j'ose

de

même

les

choses humaines sont,

ainsi parler, entraînées

jusqu'à leur terme dans ce torrent de calamités.

Leur

terme, c'est la mort et la destruction, dont la Peste, la

Guerre

et le

Carnage sont

les ministres et les instru-

ments. Si donc la mort est nécessaire, nécessaires aussi
sont les

maux

qui la produisent.

Pour que
toi ce

tu le puisses

voir plus clairement par des exemples, je ne
serai pas à parcourir

me

refu-

un peu avec

vaste univers,

en esprit et par la pensée.

±2i

CAP. XVI.
Fxempla
et

necessaria mutationis aut niortis in toto Orbe.

Cœlum

elementa converti, aliquando interitura, idem in oppidis

spectari, in promnciis, et regnis.

Denique gyrare

hic

omnia,

nec

quidquam

stalile

autjirmuni.

^^TERNA
iiasci,

lex à principio dicta omiii
:

liuic

Mundo,

denasci, oriri, aboriri
ille

nec quidquam stabile aut
voluit, preeter

firmiim arbiter

rerum esse

Y'Y'-'^'^^'
(xttjv

ipsum.

;j.ovo'.;,

0£O";7'.

YTJpar, ojoè

ÔavîTv -otï,

Ti

ô'

à'ÀÀa Tj-'/îT -âvO' 6 -aYxpa-rf,; ypdvco

exclamât Tragicus vates. Omnia ista quas suspicis,

quœ

niiraris,

vicibus suis aut pereunt, aut certe

mu-

tantur.

Solem illum vides?
cit.

déficit.

Lunam?

laborat ettabes-

Sidéra? labuutur et cadunt. Et ut velet aut excuset
:

hœc ingenium humauum
illo

eveaere tamen in cœlesti

corpore

et

evenient,

quœ Mathematicis legem
varia
et in

omnem
illo esse,

frangant et mentem. Cometas omitto,
situ,

forma, vario

et

motu

:

quos omnes ab aëre
:

haud

facile

imponat mihi Lycceum

sed ecce

nuper negotium Astrologis fecere novi quidam motus
deprehensi, et

novœ

stellœ. Sidus

exortum hoc ipso

anno

;

cujus incrementa et décrémenta clare observata.

2-23

CHAPITRE XVI.
Exem2)les de mutation
ciel et les éle'ments se
et

de mort dans
et

le

monde

entier.

Que

le

transforment

doivent périr

un jour ;
:

qu'il en est de

même

des villes, des provinces et des royaumes

enfin que tout est en

mouvement,

et qu'il

n'y a rien de stalle

ni de fixe.

Une
finisse.

éternelle loi, édictée à l'origine des choses, veut
et

que tout dans ce monde naisse

meure, commence

et

Le souverain

arbitre de toutes choses a voulu

qu'il n'y

eût ici-bas rien de fixe et de stable que lui-

même. Dieu seul, s'écrie le poëte tragique, n'est menacé ni par la vieillesse, ni j^ar la mort mais les autres
:

choses, Vâge vai^iqueur les

dompte

et les

confond toutes.
et

Toutes ces choses que tu regardes d'en bas

que tu

admires

,

à leur tour elles périssent ou certainement

se transforment.

Ce

Soleil

que tu vois,

il

s'use; la

Lune,

elle s'épuise

et vieillit; les Astres, ils glissent et

tombent. Quoique
et

fasse l'esprit
défaillances,

humain pour dissimuler
il

excuser ces

arrive et

il

arrivera dans le corps céleste

des événements faits pour déconcerter toutes les lois et
toutes les idées des mathématiciens. Je ne veux rien
dire des

Comètes variables dans leur forme, variables
et

dans leur orbite ne
et

dans leur mouvement, car

le

Lycée

me

fera pas croire aisément qu'elles sont dans l'air
l'air.

formées de

Mais

voici

que naguères

les astroqu'ils

logues ont été troublés dans leurs calculs, et
constaté dans les cieux de nouveaux

ont
et

mouvements

vidimusque
(difficulter

2-24


ali-

creditum) in cœlo ipso nasci

quid posse, et mori. Qaiii Varro ecce apud Augustinum

clamât

et adserit

,

stellam Yeneris quatn Plautus Veseu-epov ajypellat, coloretn mutasse,

peruginem, Homerus,

magnitudinem
aërem
nubes
inspice.

,

fîguram,

cursum.
:

Proximum cœlo
et in

mutatur

cottidie

ventos abit,

et imbres.

Transi ad aquas, flumina

illa,
;

quse perenniadicimus,
alias

et fontes, alias periisse videbis et

alveum mutasse
arcana Naturse
:

cursum. Ipse

ille

Oceanus, magna

et

pars,
ese

modo tempestatibus
sint,

attollitur aut dejicitur

et ut

non

suos habet aquarum accessus et recessus.

atque ut interire

eum totum

posse ceuseas, crescit mi-

nuiturque cottidie per partes.

lam

si

Terram

intueris,
:

quam unam immobilem
ecce
illic

voluerunt, et vi sua stare('j

labat, et tremore

atque occulto spiritu concutitur
pitur, aut igné.

:

alibi

aqua corrum:

Pugnant enim

et htec inter se

neu

bella inter

homines tantum esse indignere, sunt inter

elementa ipsa. Diluvies maris subita inundatioque,
qiiot

terras imminuit,

aut absorpsit

!

olim

magnam

(')

Vi sua stare, d'où

le

nom

de Vesta.

225


même
;

des étoiles nouvelles. Cette année

(1572),

il

a

surgi un astre dont on a pu clairement observer les

accroissements et les décroissances
cile
le

et,

ce qui est

diffi-

à croire, nous avons pu voir de nos jeux que dans

Ciel

même
cité

quelque chose peut naître

et

mourir.

Varron, que

par saint Augustin, affirme et proclame

Vétoile

de Vénus appelée
soir,

par Plante Vespurgo,

et

par Komère Etoile du
grandeur, de figure
près de nous
:

a changé de couleur, de

et

de cours. Regarde l'atmosphère
l'action

elle

change chaque jour sous

des vents, des nuages et de la pluie.

Passe aux eaux
permanent,
et ces

:

vois ces fleuves dont le cours est

sources appelées intarissables;
lit

ici

tout a disparu, ailleurs le

ou

la direction a changé.
et

L'Océan lui-même,
tempêtes

cette

grande

mystérieuse partie
les
il

de la Nature, est tantôt soulevé, tantôt abaissé par
;

et alors

même
il

qu'elles n'existeraient pas,
et,

a le flux et

le reflux

de ses ondes,

pour que tu comil

prennes que lui-même
croît
vSi

peut périr tout entier,

s'ac-

ou

il

diminue par endroits.
la Terre,

maintenant tu diriges tes regards vers

qu'on avait voulu nous donner pour immobile et se sou-

tenant par sa force intrinsèque

(^),

tu

la verras

ici

ébranlée et secouée par un tremblement ou un souffie

inconnu; ailleurs bouleversée par l'eau ou parle feu.


la

aussi éclatent des combats.

Ne

t'irrites

pas de voir

guerre entre les hommes, car tu la retrouves aussi

entre les éléments.

Combien de
île

terres diminuées ou

englouties par le débordement
la

et l'inondation subite de

mer

!

Autrefois, cette grande

de l'Atlantide que je


est)

2-26


enim meo animo fabula

illam Atlantidem insulam (nec
:

posteaHelicen, Buren(') et ne ad vetera aut remota
(-)

eamus, apud nos Belgas, patrum se\o, duas

insulas
ca?-

cum

oppidis virisque. Quin
ille

jam nunc cum maxime
lambens

rulus

Divus novos

sibi sinus aperit,

cot-

tidie et

abrodens infidum marginem, Frisiorum, Cani-

nefatum, Cauchorum. Nec terra ipsa muliebri ignavia
cessât
:

sed interdum se vindicat, et in medio mari
:

insulas sibi facit

mirante

et

indignante cano

illo

pâtre.

Quod

si

ad interitum mutationemque magna

illa
:

cor-

pora, et nostro sensu teterna, destinata sunt

quid

censés oppida, respublicas, régna? quae
esse necessum est,

tam mortalia

quam

eos qui fecerunt. Ut homi:

nibus singulis adolescentia sua, robur, senecta, mors
sic istis. Incipiunt, crescunt, stant,

iiorent

:

et

omnia
duo-

ideo,

ut cadant.

Unus

fub Tiberio terrœmotus,
evertit.
et

decim célèbres Asise urbes
oppida
alius,

totidem Campanise
aliquod Attilse

sub Constantino.

unum

bellum, plus centenas.

Veteres yEgj^pti Thebas vix
fides. et nt

fama

retinet

:

centum Cretse urbes vix

ad

certiora

veniam,
prisci

cadavera Carthaginis, Numantia?,
viderunt et mirati sunt
et tôt illustrium
:

Corinthi,

nos Atherui3'i3

narum, Spartee,
(')

urbium ignobiles
par
la

Villes de l'Achaïe septentrionale détruites

mer, Tau

av. J. C.
(^)

Du

côté de la Zélande, lors de la terril)le inondation de 1282 qui

forma

le golfe

du Zuvderzée.


suis loin de tenir
et

2-27


si

pour une

fable, puis Hélice et Bura(');

pour ne pas recourir à des temps
si

anciens, ni à des

lieux

éloignés, chez

nous-mêmes Belges, nos pères
îles

u'ont-ils

pas vu s'engloutir deux
(-) ?

avec leurs villes et

leurs habitants

De nos jours
et

encore, la

mer

s'ouvre

de nouveaux golfes, battant
le

corrodant incessamment

rivage peu sûr des Frisons, des Caninéfates, des

Cauchois.

De son

côté, la
:

Terre ne se

tient

pas dans
et

une
des

inertie passive
îles

elle se

venge parfois,

pousse

au milieu de l'Océan, malgré

la surprise et

l'indignation de ce \'ieillard couvert d'écume.
Si tous ces

grands corps qui nous paraissent éternels

sont ainsi voués au changement et à la destruction, que
sera-ce, à ton avis, des Cités, des Républiques et des

Royaumes nécessairement
les ont

périssables

comme ceux

qui
leur

fondés? Les Etats,

comme

les

hommes, ont

adolescence, leur âge

viril, et

leur vieillesse. Ils nais-

sent, ils croissent, ils durent et liorissent, et tout cela

pour tomber

enfin.

Un

tremblement de

terre,

sous
;

Tibère, renversa douze célèbres villes de l'Asie

un

autre en détruisit autant dans la Campanie, sous Constantin,
et

une seule guerre
.

d'Attila en ruina

pour

jamais plus de cent
la

A peine la Renommée garde encore
Thèbes Egj'ptiemie
de la Crète
;
;

mémoire de

l'antique

à peine

tu peux croire

aux cent

villes

et

pour venir

à des choses plus certaines, les anciens ont visité les

cadavres de Carthage, de
la

Xumance
saisit,

et

de Corintheavec
les

même

stupeur qui nous

nous aussi, devant

ruines d'Athènes, de Sparte et de tant de villes illustres.

Elle-même, cette

fière

dominatrice du

Monde

et


lias,

2-28


domina
et

nia ipsa rerum

gentiumque

falso

.Eterna urbs, ubi-est? obruta,
data
;

diriita,

incensa, inun-

periit

non une

leto, et

ambitiose hodie quaeritur

uec inveuitur in suo solo. Bjzantium illad vides, quod
sibi placet duplicis imperii

sede? Venetias istas, quse
illis

superbiunt mille annorum firmitate? veniet
dies
:

sua

et tu

uostra Antuerpia, ocelle urbium, aliquando

non

eris. Diruit videlicet construitque, et (si fas dicere)

ludit in rébus

humanis magnus
formas
et

ille

architectus

:

et velut

plastes, varias sibi

imagines

fingit ac defingit

ex hac argilla.

Oppida adliuc loquor

et

urbes

:

sed régna etiam et

provinciaî traliuntur in hanc labem.
ruit; et Assjria,

Olim Oriens

flo-

.Egyptus, ludœa valuêre armis inge-

niisque

:

sors ea in

Europam

transiit, quae

tamen

ipsa,

ut corpora instante
et prfesentiscere
et

morbo, vibrari mihi nunc videtur,
casum. Quod amplius

magnum suum

numquam

satis

miremur, hic à quinque annorum
:

millibus et quingentis habitatus orbis senescit

et ut

Anaxarchi explosae olim fabulae iterum applaudamus,
surgunt
Orbis.
alibi

succrescuntque novi homines

et

novus

mira

et

numquam comprehensa
in

Necessitatis lex!

abeunt omnia

hune nascendi pereundique fatalem


qu'est-elle

229


ville

des Nations, la Ville par excellence, la

Éternelle

devenue

?

Bouleversée, détruite, incendiée,

inondée, elle est morte de mille morts, et aujourd'hui,
sur son propre sol, on la cherche et on ne la trouve plus.
Vois-tu cette superbe Byzance, glorieuse d'avoir été la
capitale de

deux Empires? Et Venise qui
?

s'enorgueillit

de mille années de stabilité prospère

Leur jour vienil

dra. Et toi aussi, ô notre Anvers, joyau des villes,

sera un temps où tu n'existeras plus

!

Le grand
:

et

suprême Architecte construit
qu'il se

et renverse

on dirait
:

joue au travers des choses humaines
il

comme
et lui

un modeleur,

pétrit cette argile et lui

donne

retire à son gré toutes les

formes
villes

et toutes les figures. et

Jusqu'ici

j'ai

parlé

des

des cités

:

les

Royaumes

et les

provinces

sont sujets aux

mêmes
et

écroulements. Autrefois l'Orient a été florissant; l'Assyrie, l'Egypte et la

Judée ont

brillé

par

les

armes

par

le

génie

;

la

prédominance a passé ensuite à l'Euaujourd'hui,

rope qui,

cependant,

comme

les

corps

menacés de maladie, me semble frémir
trophe. Bien plus,

et frissonner

convulsivement et pressentir quelque terrible cataset ce

que nous ne saurions assez

admirer, ce

monde

habité depuis cinq mille cinq cents

ans
dir

vieillit

à son tour.
fois

Comme
la

pour nous
si

faire applau-

une

seconde

fable

applaudie jadis

d'Anaxarque, voici qu'ailleurs surgissent de nouveaux

hommes
loi

et

un monde nouveau.

merveilleuse et jamais assez comprise de la

Nécessité! Tout est entraîné dans ce fatal tourbillon de

naissances et de morts

:

dans cette grande machine de
15


gyrum
:

^230


in

et

longsevum aliqaiJ
et

hac machina

est, nihil

œternum. Attolle

circumfer

mecum

oculos (nonenim

me

piget premere

hune locum)
et,

et vide

rerum huma-

narum

alternas vices,

ut in

Oceano, aestus.

Tu

surge, tu cade. tu impera, tu servi, tu occultare, tu

émerge,

et

eat hic

rerum

in

se

remeantium
feri

orbis,
fuistis
?

quamdiu

erit

ipse Orbis.

Germani

olim

nunc mitescite ante plerosque populos Europre. Britanni inculti et inopes? deliciis ac divitiis ^Egyptios

provocate et Sjbaritas. Graecia olim floruit! nunc jaceat. Italia

sceptrum tenuit? nunc serviat. Vos Gothi,

vos Vandali, vos fex Barbarorum prodite è latebris, et
gentibus imperate per vices. Adeste etiam
Scythse et potenti
pelliti

vos

manu
Sed

paulisper habenas temperate
istiipsi

Asise atque Europse.

mox

discedite, et scep-

trum relinquite

illi

ad Oceanum

genti. Fallor

enim

?

an

Solem uescio quem novi imperii surgentem video ab
Occidente?


l'Univers,
il

231

qui soit

y a des rouages qui durent longtemps, rien éternel. Lève avec moi les yeux, car je ne suis
ici,

pas fâché d'insister
et considère le

porte tes regards autour de

toi,

bouillonnement des choses humaines
les flots
;

agitées

'comme

de l'Océan, Que l'un surgisse,
celui-ci

que

l'autre

tombe

que

commande, que

celui-là

obéisse; qu'ici l'on disparaisse, que là on émerge; et

que

cette

trombe des choses de l'Univers, revenant sans
Germains, vous

cesse sur elles-mêmes, roule aussi longtemps que durera
l'Univers.
étiez

barbares autrefois?

Aujourd'hui, soyez civilisés avant la plupart des peuples

de l'Europe. Anglais, vous

étiez incultes et

pauvres?

Que
été

votre luxe et vos richesses vous placent au dessus

des Egyptiens et des Sybarites.
florissante?

La Grèce
elle

autrefois a

Que maintenant
?

gise

abattue.
la servi-

L'Italie a tenu le sceptre

Qu'elle

tombe dans

tude. Vous, Goths, vous, Vandales, vous le rebut des

Barbares, sortez de vos retraites

:

à votre tour com-

mandez aux Nations. Jusqu'à vous, Scythes, couverts
de fourrures, paraissez,
et,

d'une puissante main, guidez
et

pour un peu de temps dans la carrière
l'Asie.

l'Europe et

Mais vous-mêmes,

bientôt, disparaissez, laissez
:

le sceptre

à cette race de l'Océan
le Soleil

car je

me

trompe,

ou je vois

de je ne sais quel nouvel Empire se

lever à l'Occident.

232

CAP. XVII.
Ventum ad Necessitatem qua à Fato Fatum ipsum
adserlum. Vnlgi in eo et
'primo

sapientum 'universum quemdam conprisc/'s

sensum fuisse, sed in partilus dissensum. Quotuplex

Fatum.

DixERAT Langius

:

et

lacrymas mihi psene expres-

serat hic sermo. ita visus mihi in clara luce cernere

ludibria

rerum humanarum Et exclamans, Heu, quid
.

aut ipsi sumus, inquam, aut omnia hsec in queis suda-

mus?

-i

7'.;

;

o'o'JT!.;

;

<7y.iy.ç,

ôvap àvBpw-w;. ut vere

nimis olim Lvricus vates.

Langius ad me, At tu

adolescens,
:

inquit,

non

adspice solum ista, sed despice

et
et

Constantiam animo
desultoria' levitate

imprime,

ex hac

inconstanti

omnium rerum. Inconstantem
nostro. quia

dico, à

mente
si

et

sensu
rato

Deum

providentiamque

adspicis,

omnia

et

immobili ordine decurrunt. lam enim omissis
:

gladiis,

ad machinas venio

nec

telis

dolorem tuum

oppugnabo, sed tormentis. Fati arietem intorquebo,
firmum, validum
elidet, aut
:

et

quem nuUa unquam humana
Qui loçus
etsi

vis

acumen

eludet.

lubricus ad

lapsum

:

tamen ingrediar. sed caute,
-oo-!.

lente, et

quod

Grieci dicunt, fjT-Jyw

Ac

principio

Fatum

aliquod

-

233


XVII.
le

CHAPITRE
On
et

vient à la Nécessité à laquelle

Destin

est

attaché par

le

Destvn lui-même. Sorte d'assentiment îcniverse! du Vulgaire
des-Sages sur
le

Destin; dissentiment sur différents imints.

Langius avait

fini

de parler, et son discours faisait

presque tomber les larmes de mes yeux, tant je croyais
voir en pleine lumière la vanité des choses humaines.

Je m'écriai

:

hélas! qui

sommes-nous? que sont toutes
?

ces choses pour lesquelles nous prenons tant de peines
Il

avait trop raison le vieux poëte lyrique
:

quand

il

disait

Qui

est

quelqu'un? Qui n'est personne?

Vhoimne
suffit

est l'ombre

cVun songe!
:

Langius alors

Jeune homme,
;

dit-il, il

ne

pas

de voir ces choses

il

faut les considérer de haut.

Que

cette mobilité inconstante et volage de tout ce qui existe

imprime
parle
ici

la

Constance dans ton âme. Mais quand je

d'inconstance, prends bien garde que j'entends
et

à notre jugement

à notre sens

:

car

si

tu regardes

vers Dieu et la Providence, tu reconnaîtras que tout est
réglé dans un ordre calculé et immuable. Maintenant,
quittant le glaive, j'en viens aux machines de guerre;

car ce n'est plus seulement à coups de javelot, mais

avec

l'artillerie

que je vais livrer bataille à ta douleur.
elle le bélier solide et irrésistible

Je lancerai contre

du

Destin qu'aucune force ne brise, qu'aucun angle n'élude.

Quoique ce terrain
rai,

soit glissant et périlleux, j'y entreet,

mais avec précaution, lentement,
Grecs,

comme
qu'il
}'

disent
ait

les

d\m

pied modeste. Et d'abord,

un


in

234

rébus esse, non tu Lipsi, ut opinor, non gens aut

setas ulla dubitavit.

Ego

interpellans, Ignosce, inquam.

si

rem

eligo tibi

objicior in hoc cursu.
aries,

Fata mihi opponis?

Futilis hîc

Langi, et qui Stoïcorum nervis dirigitur parum

firmis. Libère dico, et illaego sperno, et

Parcas

:

et cudq

Plautino milite, totum hoc anile
flaverim
,

agmen uno

spiritu dif-

ut folia ventus.

Langius severo atque adeo minace oculo, Temerarie
et

inconspecte, inquit, fata tu eludis aut tollis? non
:

potes
Si
et

nisi

unà vim omnem
est,
:

tollis

numenque divinum.
:

enim deus

Providentia est

si

h^ec,

Decretum

ordo rerum

si

istud, firma et rata Nécessitas even-

torum.
scindis

Quomodo

exis
?

hune ictum? aut quâ securi

hanc cathenam

Deum enim

et

œternam

illam

mentem. non
et praevisio

aliter cogitare

nobis fas,

quam

ut scientia

in

eo

sint aeterna?.

Eumdemque
et

fixum,

firmum, immutabilem, semper
sentimus
:

unum

sui

similem

in iis quae

semel voluit aut

vidit, nihil fiec-

tentem, nihil fluctuantem.

Qufp

si

vcra fateris
exuis

(et

fatearis

necessum
:)

est,

nisi

rationem

omnem

et

sensum

illud

quoque adla-

-

235

Destin dans les choses, je présume, Lipse, que tu n'en

doutes pas plus que n'en ont douté toutes les nations et
tous les âges.

Je l'interrompis à ces mots
arrêter par une objection.

:

Excusez-moi de vous
le

Vous m'opposez

Destin?
la lais-

Si c'est là votre artillerie, Langius,

vous pouvez

ser à l'arsenal. C'est un bélier impuissant mis en

mouJe
le

vement par
dis

les efforts

peu

efficaces des Stoïciens.

avec franchise, je fais peu de cas du Destin et des
le

Parques. Avec

soldat de Plante, je

n'aurai
le

qu'à

souffler sur ce bataillon

de

vieilles

femmes pour

ba-

layer,

comme

le

vent balaie les feuilles sèches.
et

Mais Langius, me regardant d'un œil sévère
presque menaçant,

me

répondit

:

Téméraire

et incon-

sidéré? tu veux échapper au Destin et le supprimer?

Tu ne
temps
Dieu,
il

le

peux, à moins que tu ne supprimes en
S'il

même

la puissance et la volonté divines.
il
:

y a un

y a une Providence s'il y a une Providence, y a une loi et un ordre de choses et si cet ordre
;

existe,
les

il

y a une nécessité absolue et calculée de tous

événements.

Comment

pareras-tu ce coup-là? Avec

quelle hache briseras-tu cette chaîne?

En

effet,

nous

ne pouvons concevoir Dieu
nelle qu'en lui supposant
éternelles.

et cette intelligence éteret

une science

une précision immuable,

Nous sentons qu'il

est fixe, ferme,

toujours un, toujours semblable à lui-même, ne faiblissant en rien, n'hésitant en rien dans ce qu'une fois
il

a

voulu ou vu.

Car

la 'pensée des Dieux

étemels ne change

pas. Si tu avoues que cela est vrai, et tu ne peux te
refuser à cet aveu,
si

tu n'as perdu tout sens et toute

'


tere,

^23(1

-

décréta omnia divina firma et immota esse, ab

îçterno in seternum.

At ex eo nécessitas emergit,

et

hoc quod

illudis

fatum. Cujus rei tara liquida et tam

obvia Veritas, ut non alia veterior aut receptior sententia inter gentes.

omnibusque

fere,

quibus dei aut

providentiae lux aliqua adfulsit, his et Fati.
illi

Ut iidem
:

primi purique igniculi, qui homini illum aperuere

prseluxisse pariter videantur ad istud.
adi et audi,
tior, si

Homerum
Musa

ecce

primum

et

sapientissimum poëtarum. menilla

aliam magis orbitam divina

calcavit

et

inculcavit,

quam hanc Fatalem Nec

abiit reliqua

poëtarum
Pindarura

stirps à suc pâtre.
:

Euripidem, Sophoclem,

et è uostris,

Virgilium vide.

Ad

historicos

me
et,

vocas?

omnium

illœ voces,

Fato hoc

taie accidisse,

Régna eversa

aut stabilita Fatis.

Ad

philosophos?

quibus cura major eruendae et tuendce contra vulgum
veritatis.

At

illi

cum

in plerisque aliis diversi ierint,
;

studio et

malo ambitu certandi

mirum quam omnes

convenerint in unius hujus viae capite, quae ducit ad

Fatum.

Capite via? dixi, quia non eo negatum. quin ea in
plures

mox

semitas secta. quas tamen omnes ad hoc

raison,
il

237


que tous
les

te

faut avouer aussi

décrets

divins sont fermes et

immuables de toute

éternité et

pour

l'éternité.

De

là ressort la
ris.

Nécessité, et de la

Nécessité ce Destin dont tu

La

vérité de

cette

déduction est tellement claire et évidente

qu'il n'en est

pas d'autre plus ancienne

et plus

générale parmi les

peuples. Presque tous ceux chez qui a brillé quelque

lumière de Dieu et de la Providence ont aussi reconnu
le

Destin.

Pour

te

prouver que ces premières

et

pures

étincelles qui ont révélé

Dieu à l'homme,
le

lui

ont en

même temps
premier

fait

connaître

Destin, je te renvoie au

et plus

sage des poètes, Homère. Dis que je

mens,

si

cette

muse

divine a battu et signalé aucune

autre route avec autant de persistance que celle de la
Fatalité;

en cela,

toute la

race des

poètes a

suivi
;

l'exemple du père, et Euripide, et Sophocle, et Pindare

parmi

les nôtres, vois Virgile.

toriens? Tous, d'une
tel

En appelleras-tu aux hiscommune voix, nous racontent que
le

accident est arrivé par le Destin, que les Empires
Destin. Veux-tu

ont été renversés ou établis par

consulter les Philosophes dont le soin principal est de

rechercher la vérité et de la défendre contre

le

vulgaire?

Entraînés par
disputer,
ils
:

le désir

fâcheux ou plutôt par la rage de

sont en désaccord sur presque toutes les

questions

mais admire

comme

ils

s'entendent tous sur
la voie qui conduit

un seul

point, le

commencement de
ils

au Destin,
Je dis
le

commencement, car

se séparent bientôt

pour suivre des sentiers différents. Ces sentiers peuvent
être réduits à quatre, et
ils

mènent au Destin mathé-

-

^238

Quadrifinium videor posse reducere.Fati Mathematici,
Naturalis, Violenti, Veri. Quse explicabo breviter, et

tamquam pedem

in

singulis ponens

:

quia vulgo con-

fusio hic et error.

CAP. XVIII.
2'ria 2V'ima gênera

Fati explicata hreviter, omnium dcfimlio

site descriptio. Stoïci hviter et hretiler cxcusati.

Ac Fatum Mathematicum quidem

apello,

Quod ligat

ET NECTIT FIRMITER ACTIONES OMNES EVENTUSQVE AD VIM

siDERUM ET posiTURAM
Astrologi, primi auctores
et subscriptor,

STELLARUM.
:

Cui Chaklsei et

iiiterque philosophes fundus

sublimis
,

ille

Mercurius
,

('),

qui Provi-

dentiam

,

Necessitatem

Fatum
:

subtiliter

nec vane
et

prorsus distinguens,

ait

Providentia

est perfecta

ahsoluta ratio cœlestis dei, cui

duœ cognatœ

facilitâtes.

Nécessitas

et

Fatum. Et Fatum quidem

siibservit
:

miFato

nistratque Providentiœ, simul et Necessitati
ipsi,

ai

suhserviunt stellœ.
x^otest,

Nam
et

nec Fati vim effugere
et

quisquam
larum.

nec cavere sibi à vi

potentia stel-

Hœc

enim, tela
et

arma

Fati,

cujus arbitrio,

cuncta efficiunt

perficiunt

Naturœ atque Hominibus.
nomi-

Et
nis

in
!)

eadem

stulta navi hodie (pudor Christiani

Astrologorum
Iui-m*Mno

fere vulgus.

(')

Platon

,

dans

le

Thnée

,

paraît

incliner vers

cette

opinion.


tin

230

-

matique, au Destin naturel, au Destin violent, au Desvéritable. Je

t'expliquerai brièvement ces divers

systèmes, mais

comme en posant

à peine le pied sur

chacun d'eux, car
et l'erreur.

régnent généralement la confusion

CHAPITRE

XVIII.
le

Courte explication des trois premiers systèmes sur

Destin.

Lenr
et

définition

et

leur description. Les Stoïciens légèrement

brièvement excusés.

J'appelle Destin

mathématique celui qui lie et rat-

tache FORTEMENT TOUTES LES ACTIONS ET TOUS LES

ÉVÉNEMENTS A l'iNFLUENCE DES ASTRES ET A LA POSITION
DES ÉTOILES.
Il

a été imaginé d'abord par les Chaldéens

et les Astrologues; et,

parmi

les

Philosophes, son prin-

cipal adhérent et soutien fut ce sublime
qui,

Mercurius

(^)

distinguant

avec

subtilité,

mais non sans

rai:

son, la Providence, la Nécessité et le Destin, a dit

La Providence
Céleste; elle a
Desti)i.

est la

7mison jjarfaite et absolue du Dieu
facultés sœurs, la Nécessité et le

deux

Le Destin

sert et aide en

même

te^nps la Provi-

dence

et la

Nécessité; et

au Destin lui-même
et la puissance

obéissent

les Étoiles.

Personne ne peid échapper au Destin, ni se
des Étoiles

mettre à Vabri contre la force
Celles-ci sont les traits et les

armes du Destin, au gré

duquel
et

elles font et
les

parfont toutes choses dans la Nature

dans

hommes. Et dans ce même navire désemparé,
la

nous voyons encore aujourd'hui s'embarquer, à

honte

du

nom

Chrétien, le vulgaire des Astrologues.

At Naturale
NATURALiuM, QU.«

^240


,

Fatum voco
(nisi

Ordinem caussarum
natura sua

impediaiitur) vi et

CERTUM EUMDEMQUE PRODUCUNT EFFECTUM.
liac parte, si

AristoteleS in
fîdes, inter-

Alexandre Aphrodisiensi
insido.

(i)

pretiejus
scribit
:

haud

itemque Theophrastus, qui clare
zv/y.'.

ttjV d^j.'xo'^i vr,v

ty.v éy.i^o-j <î>j7'.v.

Fatum

esse

uniiiscujusque naturam.

Ex horum
:

mente, quod

homo
et

hominem

gignit,

Fato

sit

quod moritur ab internis

sine aliéna vi caussis, Fato. et rétro f),

Quod homo
:

ser-

pentem gignit aut monstrum, praster Fatum

itemque,

quod gladio occiditur, aut igné. Sententia non valde
peccans, quia ad vim Fati ne adsurgit quidem. quis

autem casum non

vitet, qui

non ascendat? Etjalis
:

in

divinis ubique fere Aristoteles estf)

libellum illum de

Mundo
et

excipio, qui totus aureus, ab alla mihi videtur

magis cœlesti aura. Quin hoc amplius in Grseco
->iv

scriptore lego, Aristotelem censuisse,
o'jx
à'.T'iav
ij.£v,

d]xxz\xi vr,v

'zi^i-fj-/

oi Tiva àî,TÎa;

T'jfjLiSeêrixdTa

—w;

toÎç

r?.;

àvâyxr.ç TîTayuLÉvo!.;

:

Fatlini'

non

esse caiissam, sed
iis

modum quemdam
tate
.

caiissœ accidentem

quœ à

Necessi-

ordinata Cor philosophi! qui Fortunam Casumque

serio

numerare

inter caussas audet,
:

non audet Fatum,

Sed hune mitto

ad Stoïcos meos venio (nom enim

Car Aristote se tait sur ce chapitre, sauf dans expose un autre sentiment. (2) C'est ainsi que nous trouvons dans Cicéron expressions fato perire, et pra'ter fatum.
(')
il

le

Traité du

Monde

et

dans Virgile ces


relles
QUI, si elles

241

J'appelle Destin naturel l'ordre des causes natu-

ne sont empêchées, produisent par

LEUR force et LEUR NATURE PROPRE UN EFFET DÉTERMINÉ, TOUJOURS LE MÊME. Aristoto était de ce parti, du

moins,
disien

si
(^),

nous nous en rapportons à Alexandre Aphroson interprète ordinairement fidèle
écrit
;

de

même

Théophraste qui a

nettement que
l'avis

la

nature de

chacun dépend du Destin. De
lorsqu'un

de ces Philosophes,
lorsqu'il

homme engendre un homme, ou
et
l'effet

meurt par des causes internes
étrangère, c'est par
traire
('),

non par une violence

du Destin. Mais, au con-

c'est

en dehors du Destin qu'un

homme

engenpar
le

drerait

un serpent ou un monstre, ou

qu'il périt

glaive et par le feu. Cette opinion ne pèche pas beau-

coup, parce qu'elle ne s'élève pas jusqu'à la véritable
doctrine du Destin
:

il

est facile d'éviter de
fait

tomber quand

on ne monte pas. C'est ce que

assez généralement
f).

Aristote en ce qui concerne les choses divines

J'en

excepte toutefois son livre du
qui

Monde

qui est tout or et
Il

me

paraît inspiré par un souffle plus céleste.
:

y a

plus encore

je lis

dans un auteur grec qu'Aristote a

pensé que

le

Destin nest j^as une cause, mais un acci-

dent survenu à l'une de ces causes qui ont été réglées

par

la

Nécessité.

Quel cœur de Philosophe qui ose
la

compter sérieusement
causes, et qui n'ose

Fortune
le

et le

Hasard parmi les

y mettre

Destin!

Mais

je laisse Aristote et je viens à

mes

Stoïciens,

car je ne cache pas

mon

estime et

ma

prédilection pour
la

(^) 11 ne s'explique nulle part ni suffisamment, ni avec clarté sur Providence quelques mots seulement dans son Etiuqne.
:


dissimulo, in pretio et

242


ea secta) qui auctores

amore

raihi

Fati Violenti.

Quod

definio,

cum

Seneca, Necessitatem
VIS

RERUM OMNIUM ACTIONUMQUE, QUAM NULLA
aut

RUMPAT.

cum

(^)

Chrysippo,

BLivajj.5,v 7iv(i)|j.aTi,xV> 'àçs-,

toù TravTo;

&io'.xr,-:w/,v,

vim

s'piritalem, ordine

Universum hoc guherillae

jiantem.

Nec abeunt

definitiones

nimis a recto aut

vero, sisaneet modeste iiiterpretere.uti nec totafortasse

eorum

sententia, nisi jugulasset
iis

eam pridem conversas
duo impia.
:

pollex omnis vulgi. Tribuunt

et,

Quod

deum subjicem

faciunt trigis fati

et,

Quod

actiones

item internas, et nostrse voluntatis.
eos

Nec

fidenter nimis

purgem utriusque

culpse.

E

scriptis
;

enim eorum,
est etiam, ubi

quae pauca restant, est ubi haec elicias

magis saniora. Seneca sane, porticus
infirmus,
in prius illud

illius tibicen

haud

impingere videtur, libro quo
:

minime debuit. De Providentia

inquit, et deos atligat. irrevocabilis

Eadem humana

nécessitas,

ac divina

pariter ciwsus vehit.
scripsit
jussit.

Ille ipse

omnium

conditor ac rector

quidem Fata, sedsequitur. Semper paret,semel
illa

Et indissolubilis
quo omnia
et

cathena nexusque caussaligant,

rum

,

omnes

vim facere non

obscure videtur Arbitrio humano.

(') On trouve encore une autre délinition du Destin par Chrysipiio dans Auhi Gcife, liv. VI.


cette école.

243


le

Ce sont eux qui ont imaginé

Destin vio-

lent

que je définis avec Sénèque la nécessité de toutes

LES choses et de TOUTES LES ACTIONS, QUAUCUNE FORCE

NE PEUT ROMPRE, OU avCC Chrjsippe
définitions ne s'éloignent pas trop

('),

la force SPIRI-

TUELLE QUI GOUVERNE CET UnIVERS AVEC ORDRE. CeS du juste
et
et

du

vrai,

pourvu qu'on
tion
;

les interprète

sainement

sans exagéra-

il

en serait peut-être de

même
le

de toute leur doc-

trine, si elle n'était depuis
le

longtemps discréditée par
vulgaire.

mauvais sens que

lui

a donné

On

leur

attribue deux propositions impies, la première que Dieu

même

est attaché

au char du Destin,

la

seconde que

le

Destin dirige nos actes intérieurs, les mouvements de
notre volonté;
et,

à la vérité, je n'entreprendrais pas
justifier

avec beaucoup de confiance de les de cette double faute. Dans
écrits qui
le

absolument
leurs

petit

nombre de

nous restent,

il

en est quelques uns d'où tu

pourrais tirer ces conclusions, et d'autres qui présentent

une doctrine plus saine. Sénèque, un des plus fermes
piliers

de ce portique, semble incliner vers la première
il

proposition, précisément dans le livre où

aurait dû le
Il dit
:

plus l'éviter, dans son traité de la Providence.

La même
et les

nécessité enchcûne les

Dieux mêmes,

et

son

cours irrévocable emporte également les choses humaines
choses divines. C'est
le

Créateur
le

et le

modérateur
:

de tout ce qui existe qui a écrit

livre des Desti?is

mais
fois

il

SI/

conforme. Toujours

il

obéit à ce quil a
et-

une

ordonné. Cette chaîne indissoluble

cet enlace-

ment des causes qui enchaîne tout
rement
faire violence

et tous, paraît clai-

au

libre arbitre de

l'homme.


fessi

244

Stoïci, aperta fronte pro-

At germani tamen verique

numquam
illo,

ista.
fit,

aut

si

quid taie

iis

elapsum

in

calore

ut

scribendi sive disserendi, verbis id

magis

taie comperies,

quam

re et seusu.

Chrjsippus

ipse (qui primus corrupit et enervavit virilem sectam

spinoso acumine quaestioiium) de libertate imminuta,

apud Agellium

diluit

et purgat.
illi

Nec Seueca noster

deum Fato

subjicit (sanior

mens) sed génère quoqui inter eos proxi-

dam

sermonis,

deum

deo.

Nam
alias

me verum

accessere,

Fatum

Providentiam ipsam
definisset

appellabant, alias

Deum. Itaque Zeno cum
t?,; uÀr,;

£ly.aGu.c'vr,v. ojva'Ji'.v x',vr,T'.x.Y,v

xaTa TajTa, xj wTaj-

Tw;

:

Vim seciindmn eadem
:

eoclem

modo materiœ
xj

motricem
'^•jcnv

addidit
:

,

'fy

rv/a

a->,

oiâciocov xù Trpôvo'.av

xaleCv

quam

nihil intersit,

Providentiam etiam

aut

Naturam

diœisse.

Et Chrvsippus ab eadem mente
:

Fatum

alibi dixit )>ôyov àiotov tt,; Trpovoîa;
.

Proridentiœ
Oeôv
i-vzyJ.-

œternam ralionem
v£To r>.v sluapaivv.v.

lam Panaetius Stoïeus

Deum ipsum

dijcit esse

Fatum.

Quod idem

sentiens clare Seneca

:

Quoties voles,
et

inquit, tibi licet aliter

hune auctorem rerum

natu-

rai^ian eompellare.

Et lovem illum optimum ac maxiTonantem
et

mum
acies

rite dices, et

Statorem

:

qui non, ut

historici tradiderunt,

ex eo quod post votum susceptum
stitit,

Rornanorum fv.gientîum

sed quod stant


Mais cependant
les

245


et

vrais

purs Stoïciens n'ont
:

jamais ouvertement professé de

telles doctrines

ou,

si

quelque chose de semblable a pu leur échapper dans
la chaleur de la composition,

comme
dans

il

peut arriver

quand on
les

écrit

ou quand on

disserte, c'est plutôt
le sens.

dans

mots que dans
le

la réalité et

Ce même

Chrysippe qui,

premier, par la subtilité pointilleuse
virile,

de ses questions, a corrompu et énervé cette école
la justifie et la défend,

comme on

le voit

dans Aulu

Gelle, d'avoir porté aucune

atteinte

à la liberté de

l'homme; et notre Sénèque lui-même n'a soumis Dieu

au Destin que par manière de parler, car sa pensée
soumettait à Dieu. Ceux d'entre eux qui ont
le

était

plus saine que son expression, et c'est Dieu lui-même
qu'il
le

plus

approché du vrai donnent

nom
met

de Destin, tantôt à la

Providence, tantôt à Dieu. C'est pourquoi lorsque
définit le Destin la force qui
la

Zenon

matière en 7nouve-

ment suivant une
ajoute aussitôt
:

même
il

loi et

de la

même

manière,

il

et

n'importe en rien qu'on lui doîine
le

aussi

le

nom de

Nature, ou de Providence. Déjà,
le

Stoïcien

Panaetius avait dit que

Destin

c'est

Dieu

lui-même.
Il

est

manifeste

que

Sénèque

était
:

animé d'un
permis,

sentiment semblable dans ce passage
tant que tu
le

Il t'est

voudras, d'invoquer sous un autre
et

nom

le

Créateur des choses
et très

de la nature,
l'aptpeler

le

Jupiter très bon

grand

;

tu

peux

Tonnant ou Stator. Ce
les

de?mier

nom

tie

vient pas,

comme

historiens

l'07it

prétendu, de ce qu'à la suite d'un vœu, Jupiter a arrêté

dans sa fuite l'armée des Rotnains en déroute, mais de
10


beneficio ejus

*24C


Stahilitorque est.

orania, Stator

Hune

eumdem
Fatum
ille est

et

Fatum

sidixeris, non mentieris.
sit,

Nam cum

nihil aliud

quàm

séries

implexa caussarum,
pendentif).

prima ornniwn caussa, ex qua cœterœ

Quse postrema tam pie dicta, ut calumniari ea nec

Calumnia ipsa
scriptor
ille

possit.

Neque

abiit

hac parte a Stoïcis
:

magnus ad regem magnum

Existiino

autem
:

et

Necessitatera 7ion aliud dici debere,

quàm

Deum tanquam
suniy

stabilem naturarn.
et

et

Fatum

item ip-

quod connectât ornnia,

progrediatur libère ac

sine impedimento.

Qui sermoiies
impii
:

si

quid improvidi habeut, uihil tamen

et

apud aequos interprètes haud longe absuut à

vero nostroque Fato. Illud quidem elogium serio Stoïco-

rum
et

genti do.

non aliam sectam majestatem suam
:

providentiam deo magis adseruisse
illa et

non aliam

homines ad setherea

eeterna traxisse magis. Et
si

in fatalis hujus stadii

decursu
fuit,

quid lapsi

:

credo, à

laudabili

bonoque studio

cœcos mortales à cœca
cujus
et

Dea revocandi. Fortunam

inquio,

non solùm

numen ab

iis

fortiter

explosum, sed

nomen.

(1;

De

bùuétic.

lib.

IV, C. 7


fait,

247


par son
bienet

ce que toutes choses sont rendues stables

parce que cest

lui

qui établit

qui consolide. Tu

ne mentiras pas non plus situ dis
le

qu'il est le Destin.
et

Car

Destin n'est rien autre que la série
et

V enchaînement

des causes,

Dieu

est la

cause première à laquelle se
(^).

rattachent toutes les autres
sont
si

Ces dernières paroles

pieuses, que la calomnie elle-même ne parvien-

drait pas à les calomnier.

En

cela Aristote ne s'est pas

éloigné des Stoïciens, quand ce grand écrivain, s'adres-

sant au grand Roi dans son traité du Monde, disait

:

J'estime que la Nécessité ne doit pas être dite autt^e chose

que Dieu,

comme

la
et

Nature

stable et le Destin
et

lui-même
sans em-

qui enchaîne tout

qui marche librement

pêchement.

Tous

ces discours,

s'ils

peuvent laisser quelque chose

à désirer, n'ont pourtant rien d'impie, et quand on les interprète avec équité,
ils

ne s'éloignent pas trop de nos

idées sur le véritable Destin, Je donne sérieusement cet

éloge à la secte des Stoïciens, qu'aucune autre n'a affirmé

avec tant de précision
vidence de Dieu
;

et

de force la Majesté et la Profait

qu'aucune autre n'a

des eiforts

plus efficaces pour entraîner les

hommes
ont
fait

vers la consi-

dération des choses célestes et éternelles. Si dans cette

arène glissante de la fatalité

ils

quelques faux

pas, je crois que ce fut par un zèle

bon

et louable,

pour

arracher les aveugles mortels au joug
aveugle, la Fortune, dont
ils

de la

Déesse

ont vigoureusement com-

battu et la Divinité et

même le nom.

248

CAP. XIX.
Quarlum
sive

verum Fatum explicahim. De nomine
filo
:

ipso

dictum

breviter.

Jd definitum tenuiore

et

ostensum à Provi-

dentia diffem.

Sed de sensu veterum aut dissensu,
curiose nimis aut subtiliter scruter xà;

dixi satis.
i^^jO'j

cur

h
:

xpiaxioa;?

Cura vero Fato adfatim mihi negotii

quod nunc pro-

pono

et illustro. Id

autem
quod
ipsa.

hic appelle, seternum Provi-

dentiae

decretum

:

tolli

non magis è rébus

potest,

quàm Providentia
letur. quia,

Nec nomen mihi

aliquis cavilrei

fidenter hoc adsevero,

non aliud huic
eo veteres
?

proprium

in

Romana lingua. Abusi
è

nos ute-

mur

:

et

eductam

Stoïcorum carcere vocem, trahemus
:

ad lucem meliorem. Fatum enim certe à fando
aliud proprie,

nec

quàm dictum
est,

et

jussum divinuml^). At

hoc ipsum illud

quod hic quserimus.

Fatum enim.Verum

definio, sive

cum

illustri

Pîco

:

Pendentem a divino consilio seriem ordinemque causSARUM. sive nostris verbis, obscurius sed subtilius
:

In-

H^RENS REBUS MOBILIBUS IMMOBILE PrOVIDENTLE

DE-

CRETUM, QUOD SINGULA SUO OrDIiNE, LoCO, TemPORE,
(')

Ce sont

les paroles

de Pi'iscien

et

de VaiTon.

249

CHAPITRE XIX.
Le quatrième et xéritable Destin expUq'ué. Un mot sur Sa déJi7iitîon. Qu'il diffère de la Providence.
son 7iom.

Mais

c'est assez

du sentiment

et

du dissentiment des
tom-

anciens sur cette matière. Pourquoi scruter avec trop

de curiosité ou de
bées dans l'oubli
?

subtilité des choses aujourd'hui

Ma

grande

affaire c'est le véritable

Destin que maintenant j'aborde et vais expliquer. J'appelle ainsi le décret éternel de la Providence, qui ne peut

pas davantage être enfreint par les créatures que révo-

qué par la Providence elle-même. Et qu'on ne me chicane
pas sur
le

nom

de Destin [fatum) que je

lui

donne, car

j'afRrme avec confiance que la langue
fournit

Romaine ne m'en
la chose.

aucun autre plus approprié à
:

Les an-

ciens en ont abusé? soit
tirant ce
serré,

nous, nous en userons; et

mot de
le

la prison où les Stoïciens l'avaient res-

nous

mettrons dans une meilleure lumière. Le

mot

latin

que nous traduisons par Destin est fatum qui

vient incontestablement
signifie
c'est

du verbe

farn,

parler,

et
(^).

il

proprement

la parole et l'ordre

de Dieu
ici.

Or

précisément ce que nous cherchons

Je définis donc

le Destin, soit, avec l'illustre Pic de

laMirandole, l'enchaînemeist, l'ordre des causes qui

DÉPEND de la détermination DE DIEU,
subtile,

soit,

en d'autres

termes, d'une façon un peu plus obscure mais aussi plus

LE DÉCRET IMMUABLE DE LA PROVIDENCE INHÉ-

RENT AUX CHOSES MOBILES, ET QUI FIXE IRRÉVOCABLEMENT
l'ordre, le lieu, le temps DE CHACUNE d'elles.
J'ai


Theologis qui liodie

«250


,

FiRMiTER REDDiT. Dixi, Provideutiae decretum
(veiiia

quia
sit)

mihi in libero veri studio
id

non prorsus adsentior, qui
et

cum Providentia

ipsa, re

nomine miscent. Scio arduum imo temerarium,
<ï>ja-!,v

'j-spojs-wv illam et y-epo'jpâv-ov

(Deum

dico) verbis

certis concipere velle aut adstringere, et quidquid

ad

illum

:

tamen

ut

humanse mentis captus

est,

persevero

aliud Providentiam esse proprie, aliud

nostrum Fatum.

Nam Providentiam non aliter capio aiit considero, quam
ut IN

DEC VIS

SIT

ET PCTESTAS OlINIA VIDEXDI, SCIENDI,

GUBERXANDi,

et vis dico universa, indivisa, stipata, et,

cum

Lucretio loqnar, uniter juncta. At

Fatum ad

res

ipsas magis descendere videtur, in iisque singulis spectari
;

ut inquamsit digestio et explicatio

communis
Itaque

illius

Providentise distincte et per partes

(^).

illa in

deo

est, etei soli tribuitur

:

hoc in rébus,

et iis adscri-

bitur.

Tricari

tibi

videor, et quod

ille

ait,

xsyyGov Toj-âv?
vulgi;

Imo sumo

haec, Lipsi,

èmedio sermone
ut dicamus,

quo

nihil

raagis increbuit,
f'wri,

quam
Hoc

Meo bono

fato id

aut malo

:

et,

esseregniilliiis aut oppidi fatum

(')

C'est

pour expliquer ce point que

les Platoniciens

ont

fait la

Pro-

vidence triple. Plutarque en a

fait autant.

Cette divi.sion est inutile.


dit le décret

251


réclame quelque

de

la Pî-ovidejice, et ici je

indulgence dans cette libre étude de la vérité, parce

que je ne suis pas d'accord avec les théologiens d'aujourd'hui qui confondent sous le

même nom comme étant
,

une

même
il

chose, le Destin avec la Providence. Je sais
est difficile et

combien
nir et

même

téméraire de vouloir

défi-

comme limiter par

de certains mots cet être super-

substantiel et supercéleste. Dieu, et tout ce qui est de
lui.

Cependant, autant que

le

puisse comprendre

l'in-

telligence

humaine, je persiste à soutenir que

la Pro-

vidence est proprement une chose et notre Destin une
autre. Je ne conçois pas et je ne considère pas la Pro-

vidence autrement que

comme

étant la force et le

POUVOIR EN DIEU DE VOIR, DE CONNAÎTRE ET DE GOUVER-

NER TOUT
,

:

et cette force, je dis qu'elle est universelle, et j'ajoute
,

unique condensée

avec Lucrèce homogène et
,

ne faisant qu'une. Or

le

Destin paraît s'appliquer davan-

tage au détail des choses et se manifester dans chacune
d'elles
:

en sorte que je puis

le

considérer

comme

étant

la distribution et le

développement de cette Providence
en Dieu et ne peut être

générale agissant d'une manière distincte et partielle-

ment

(^).

La Providence
:

est

attribuée qu'à lui seul
il

le

Destin est dans les choses et

y

est limité.

Tu
bien
!

trouves que je fais bien des subtilités,

et,

comme

l'on dit,

que je

711

étudie à percer

un grain de mil? Eh

Lipse, je prends tout cela dans le langage vul-

gaire. Quoi de plus fréquent que d'entendre dire cela

m'est arrivé

par mon bon ou par mon mauvais Destin,

ou bien

tel

fut le Destin de ce

Royaume onde

cette ville?


At de Providentia nemo
rebis ipsis

25^2


:

sic

loquetur

nemo, inquam,

eam

tribuet

,

citra impietatem aut irrisum,
:

Bene ergo

dixi, in

deo illam esse

hoc à deo quidem,

sed intellegi in rébus.

Addo ampli us, Providentiam
indivulsara,
videri
:

et si

reapse a Fato
et prius

tamen prœstantius quiddam
Solem

Fato
tem-

uti

prsecellere lumini, œternitatem

pori, intellectum rationi, vulgo
scholis.

adserimus in Sapientum

Sed ne dilatem hœc
ex
istis

tristia, etsi

nondum

trita

:

vides

caussam mihi justam discriminis, itemque noG£o).oyo'jj/.évwv

minis retenti contra novitium twv

Sena-

tum.

Nam

prisci

illi

et

olim conscripti Patres, nihil

mihi invident aut inhibent quin verbo Fati in sana et vera notione fidenter utar(^).

Sed ut ad clarandam definitionem
dixi Inhserens
;

meam

redeam,

decretum ut ostenderem spectari Fatum

debere in

iis

ad quae pervenit, non à quo venit.

Addidi, Rébus mobilibus, illud adsignificans.

Fatum

ipsum

etsi

immobile,

motum tamen
:

insitum et natu-

ram non

tollere à rébus

sed leniter et sine vi agere,
liv.

Cj Minutius, Isidore: Origéne,

VIII, chapitre dernier.
il

Même

Saint
ato.

Thomas dAquin

a fait

un

livre sur le Destin, et

l'a

intitulé de

^253


:

Mais personne ne dira cela delà Providence
dence aux choses elles-mêmes.
dire que la
J'ai

personne,

à moins d'impiété ou de dérision, n'attribuera la Provi-

donc eu raison de
et

Providence est en Dieu,

que

le

Destin

vient de -Dieu mais doit être conçu dans les choses.
J'ajoute encore que la Providence, bien qu'inséparable

du Destin, paraît cependant avoir quelque chose de
:

supérieur et d'antérieur

de

même

que

le soleil le

pré-

cède la lumière, que l'Éternité précède
l'intelligence précède la raison,

temps, que
le

comme nous

disons

dans

les écoles

de philosophie.

Je ne veux pas prolonger outre mesure cette discussion austère, bien qu'elle ne soit pas encore suflSsam-

ment approfondie
causes de
le

:

il

me

suffit
,

de

t'

avoir montré les

mon

dissentiment
le

et

pourquoi je maintiens

nom

de Destin, malgré

Sénat novice de nos Théo-

logiens.

Quant aux anciens Sénateurs,
l'Eglise, ils

aux saints
ils

Pères de

ne

me

contredisent en rien,

ne

me

défendent en rien d'employer avec confiance
et vrai
fl.

le

nom

de Destin dans un sens sain

Revenons
le
il

et

continuons à expliquer
inhérent

ma

définition.

J'ai àitle décret

aux

choses,

pour indiquer que

Destin doit être considéré dans les choses auxquelles
parvient et non dans la source d'où
J'ai ajouté
il

vient.

aux

choses mobiles, pour signifier que le

Destin, quoique immobile lui-même, n'enlève aux choses ni leur
qu'il agit

mouvement
et

ni leur

nature propres

,

mais

doucement

sans violence, suivant les carac-

tères et les propriétés

imprimés par Dieu sur chaque

chose

:

nécessairement dans les causes secondes, bien

~
ut ciiique rei

'?5i


et notae.

impressa à deo signa postulant

In caussis cessario
:

quidem (secundas
in uaturalibus,
:

intellego) necessariis, ne-

naturaliter

:

voluntariis,

voluntarie

contingentibus, contingenter. Itaque rerum
:

quidem respectu, vim nullam adfert aut coactionem
sed ut

quidque natum est facere aut
flectit.

pati,

ita dirigit

singula et

At

si id

ad originem suam tamen retrahis,
et

id est,

Providentiam

Deum

.-

constanter nec timide adfirfieri

raandum, necessario omnia

quae Fato fiunt.
fir-

Postremo adjunxi, de Ordine, Loco, Tempore.

mans quod ante
junctim esse
;

posui, Providentiam

rerum omnium

Fatum per

distributionem singularum.

Et in Ordine, seriem nexumque caussarum intellego, quas
et

Fatum

définit, in

Loco

et

Tempore, miram

illani

numquam explicandam
locorum sedibus,
et

vim, qua omnia éventa et

certis

temporum momentis, sunt
ejici? fiât
:

adstricta.

Fatum est Tarquinium regno

sed

adulterium praecedat. ordinem vides.
fici^ ita
:

Cœsarem

inter-

sed in Curia etiam, et ad statuam Pompeji.
suis Ccçdi? caedetur
,
:

locum vides. Domitianum à
ipsa hora
vides.
,

et illa

quam

frustra vitabat

quincta.

tempus

255

entendu, qui sont nécessaires; naturellement dans les
naturelles; volontairement dans les volontaires; acciden-

tellement dans les contingentes. Ainsi donc,
point de vue des choses,
violence-,
le

même au
chaque

Destin n'apporte aucune
il

aucune coaction; mais

dirige et plie

chose de manière à ce qu'elle fasse ou
quoi elle a été créée.

souifre ce pour

Néanmoins,
c'est

si

tu le considères dans son

origine,
affir-

à dire dans la Providence et
et

Dieu, tu peux

mer hardiment
fait

en toute confiance que tout ce qui se
fait

par

le

Destin se

nécessairement.
lieu, le

Enfin j'ai terminé en rappelant Vordre, le

temps

de chaque chose, pour confirmer, ce que j'ai

dit

aupara-

vant, que la Providence exerce son action sur l'ensemble des choses et que le Destin n'est que sa distribu-

tion sur

chacune

d'elles

en particulier. Par l'ordre,

j'entends la série et l'enchaînement des causes que le

Destin détermine

;

par

le lieu et le

temps

,

cette force

merveilleuse et jamais expliquée qui assigne à chaque

événement un
temps. Est-ce
trône
?

lieu
le

dans l'espace, un moment dans

le

Destin qui a renversé Tarquin de son
:

soit,

mais l'adultère a précédé
Est-ce le Destin qui

tu vois l'en-

chaînement.

a

fait

assassiner

César? oui, mais dans la Curie, aux pieds de la statue
de Pompée
lien soit
:

tu vois le lieu.

Le Destin veut que Domiégorgé, mais
il

massacré par

les siens? qu'il soit

à cette

même

heure contre laquelle
:

cherchait toujours

à se prémunir, à la cinquième

tu vois le temps.

25r.

CAP. XX.
Distinctum
et

divulsum id à Stoïco fato quatuor terminis.

Ostensum accuratius, quomodo vim non inférât toluntati,
itemque

Deum nec

G-xnpyow

mali nec auclo7'em

esse (^).

Satin' hsec capis, adolescens?
tibi

an clarior etiam fax

accendenda?
concutiens,

Ego caput
inquam
:

Clarior

Langi,
in

clarior,

aut

aeternum relinquis

me

hac nocte.

Quod enim

istud discriminum subtile

stamen? qui

qusestionum captiosi laquei sunt? insidias, mihi crede,

metuebam

:

et

tam expensa

et

suspensa tua verba sus-

piciebam, ut singulos hostes.

Langius subridens? At tu contide,
Annibal est
:

inquit.

nuUus hic

et in prcesidium, illud

non

insidias devenisti,

Dabo lucem
cutis?

:

modo

effare, ubi et in

qua parte cœ-

In ea, Langi, inquam, quas de vi est et necessitate.

Non enim
illo

capio prorsus,

quomodo Fatum hoc tuum ab
et janua,

Stoïcorum disjungis. quodcumverbis
bene exclusisti
;

quod

dicitur,

re et postico videris admittere.

(')

Je soumets tout

le

contenu de ce chapitre aux

hommes
foi

prudents.

Si l'on
ter.

me montre que je me suis trompé, je On pourra me convaincre d'erreur, non

suis tout prêt à

me rétracni

de mauvaise

dobs-

tination.

-257 -

CHAPITRE XX.
Que
ce

Destin dij'ère de cehii des

/Stoïciens, sons

quatre rapil

foi'ts.

L'on démontre avec plus de soin coinmeut

ne violente

pas

la volonté, et

que Dieu n'est ni l'inspirateur ni l'auteur

du mal

(M.

As-tu suffisamment compris toutes ces choses, jeune

homme?

faut-il t'allumer
?

encore un flambeau qui fasse

plus clair

— Oui, plus
dans cette

clair,

Langius, répondis-je en secouant

la tête, plus clair,

ou vous

me

laisserez éternellement

nuit. Qu'est-ce

que ce subtil tissu de distincquestions? Croyez-moi,
et

tions? ces lacets captieux de
j

étais en

garde contre des pièges que je redoutais,

j'ai accueilli

comme

autant d'ennemis vos paroles

si

bien

ordonnées

et sans décision.
:

Langius me répondit en souriant
a point
ici

Rassure-toi;

il

n'y

d'Annibal

:

tu es

tombé non dans une emoù dans quelle
?

buscade, mais dans une place de refuge. Je te donnerai

de la lumière. Mais, d'abord, dis-moi
partie de

:

et

mes

explications ta vue se trouble-t-elle

— Dans

celle,

Langius, qui traite de la force

et

delà

nécessité. Je ne

comprends pas du tout en quoi votre

Destin diffère de celui des Stoïciens dont vous prétendez le distinguer.
fait ce
Il

me

semble que vous acceptez en
et

dont vous vous défendez dans les termes,

que

ce que vous chassez parla porte, vous le faites rentrer

par la fenêtre.


enitïi

^2o8


inqiiit, absit.

Laiigius prompte, Absit, Lipsi,

Non

ego vel per somiiium Fatum ullum Stoïcorum
:

induco

nec anus

illas

recoquo diu extinctas
profero,
Illi

:

modes-

tum piumque Fatum

quod ab

illo

Violento

quatuor his finibus abjungo.
nec lupiter ipse apud

deum Fato

subjiciunt,
vellet,

Homerum, cum maxime
:

Sarpedonem suum
deo.

eripuit ejus vinclis

at nos

Fatum
acto-

quem liberrimum omnium rerum auctoremet
et

rem esse volumus,
pere implexa
illa

transcendere
et

cum

libuit ac

rumilli

agmina

volumina Fati. Item

ab

aeterno fluentem seriem

caussarum naturaliiim consti-

tuunt. nos nec naturalium

caussarum semper, (deus
citra,

enim prodigii aut miraculi caussa, saepe
contra naturam egit
caussse
Tertio,
:)

imo

nec ab œterno
iis

:

quia secundas

non seternœ. Origo enim
illi

certe

cum mundo.
:

tô £voeyô;j.£vov sustulisse

videntur è rébus

nos id reddimus, et quoties secundse caussae taies sunt,

Contingens fortuitumque admittimus in eventis. Pos-

tremo voluntati vim
hoc à nobis, qui
et

illi

intulisse visi violentam. abest
et

Fatum ponimus,

in

gratiam

tnmen reducimus cum

arbitrii libertate. Ita

enim For-

tuna? et Casus fallacem

ventum fugimus,

ut

navimhanc

ad Necessitatis scopulum non allidamus.

2r;u


même en
rêve, le Destin


il

Il

n'eu est rien, Lipse, répondit vivement Langius,

n'en est rien. Je n'admets pas,

des Stoïciens, et je ne songe nullement à ressusciter ces
vieilles

Parques mortes depuis longtemps. Je mets en
et pieux,

avant un Destin modeste
tin violent

que je sépare du Des-

par quatre délimitations bien tranchées. Les

Stoïciens soumettent Dieu au Destin, et, dans

Homère,
c'est le

Jupiter lui-même ne peut, malgré son vif désir, arracher

au Destin son

fils

Sarpedon. Nous, au contraire,

Destin que nous soumettons à Dieu, Dieu, que nous

voulons être l'auteur

et le

modérateur infiniment

libre

de toutes choses, Dieu, à qui nous reconnaissons tout pouvoir de transgresser et de rompre à son gré toutes
les mailles et tous les

nœuds de

la chaîne

du Destin.
nous

En

outre, les Stoïciens supposent

un enchaînement con:

tinu des causes naturelles, établi de toute éternité

n'admettons pas, nous, que cet enchaînement
tinu,

soit con-

car Dieu, dans les prodiges et dans les miracles,

peut agir en dehors et

même

à l'opposé des lois de la

nature

:

ni qu'il soit établi de toute éternité,

puisque

les causes

secondes ne sont pas éternelles et qu'elles

ont certainement

commencé à

la création

du Monde.

Troisièmement,

les Stoïciens paraissent enlever le con:

tingent à l'ordre des choses

nous, nous

le restituons et
le

nous admettons, parmi

les

causes secondes,

contin-

gent etle fortuit dans les événements. Enfin, ces

mêmes

philosophes semblent avoir opposé à la volonté une
force qui la contraint et qui la violente
loin de nous.
Si
:

cette idée est
le

nous établissons
le libre

le

Destin, nous
et

concilions

avec

arbitre

de chacun,

nous

2G0

Fatum

est? sed

prima uempe
tollit,

caiissa.

quai

adeo

secundas mediasque. non

ut non nisi (ordinatim

quidem

et

w;

è-l

7t).£r;ov)

per eas agat. At inter
:

secundas etiam Voluntas tua est
ut deus
re, hpec
ille

quam

fuge credere,
in ista

cogat aut tollat

(^).

Hic error omnis

nubes,
:

nemo

scit

aut cogitât se velle quod vult

Fatum
ereavit,

et dico,

libère velle.

Deus enim

ille

qui res

rébus utitur, sine corruptione rerum. Sicut
illud

supremum

cœlum

inferiores

omues orbes

ita

secura ducit, ut proprium

eorum motum non abrumpat

aut sistat

:

sic

Deus

fati

impetu humana omnia trahit,
tollit.

sed peculiarem cujusque vim aut motionem non

Arbores

et fruges voluit crescere? crescunt sine ulla vi,
?

per naturam. Homines deliberare, eligere
sine ullavi et eligunt, per voluntatem.

délibérant

Et tamen hoc
ab seterno
:

ipsum quod
vidit,

electuri fuerunt, vidit ipse
scivit,

sed

non coëgit;

non sanxit

;

praedixit,

non

praescripsit f).
selli
!

Quid titubant hic nostri Curiones? Mi-

non

alius mihi locus videtur in clariori luce, nisi
ista

quod petulca
pérât,

mens idemtidem

se scalpit et exaslitigandi et diffe-

mala quadam scabie infecta

rendi.
Saint Augustin a dit finement à ce sujet:

La volonté ne peut pas amenée à vouloii- ce qu'elle ne veut pas; car nous ne voulons pus quand nous ne voulons pas.
(')

^tre contrainte ni


Hasard qui
ferait

201


et

échappons ainsi au vent trompeur de la Fortune

du

échouer notre esquif sur cet écueil de

la Nécessité.

Qu'est donc le Destin

?

Une cause première

qui

ne

supprimeras
n'agit

les

causes secondes et intermédiaires, qui
suivant l'ordre établi et le plus
fait partie

que par

elles,

souvent. Mais ta volonté

des causes seconla violente

des

:

donc tu ne dois pas croire que Dieu

ou

la

supprime
:

(^).

est la source de l'erreur; là, le
sait et

brouillard
qu'il

personne ne

ne pense

qu'il

veut,

veut librement, précisément ce que veut le Destin,

Dieu, qui a créé tout, use des choses sans les altérer.

De même que le firmament
ment tous
ter leur

entraîne dans son mouve-

les globes inférieurs sans contrarier ni arrê:

mouvement

ainsi

Dieu entraîne, par l'impul-

sion du Destin, la totalité des choses humaines, sans
ôter à aucune sa force particulière ni son

mouvement

propre.
Ils

11

a ordonné aux arbres et aux fruits décroître?

croissent sans aucune violence, parleur nature; aux

hommes
ment

de délibérer et de choisir?

ils

délibèrent libre-

et choisissent à leur gré.

Et cependant. Dieu a vu

de toute éternité précisément ce que chacun d'eux choisirait;

mais
il

il

a vu et

il

n'a pas forcé;
il

il

a su et
{^].

il

n'a

pas réglé;

a prédit

et

n'a pas prescrit

Qu'est-ce
chétifs
!

donc qui peut offusquer

ici

nos docteurs

?

Les

Pour moi,

je ne vois rien de plus clair.

Il

faut pour

y

contredire un de ces esprits qui,
furieux, s'excitent et s'exaspèrent

comme un

taureau

eux-mêmes, emportés

par la
(')

triste

rage de disputer ou de disserter.

Saint Jean Damascéne.
17


Quomodo enim,
turum me,

26-2


si

inquiunt,

Deus

praevidit pecca-

necfalli prœvisio illa potest,
:

non necessario
:

peccem? Fateor, necessario

sed non pro tua mente

libéra voluntate hic interveniente.
ut

Nempe hoc
:

providit,
ut

eo

modo
:

pe'cces

quo providit

providit

autem

libère

igitur

necessario libère peccas. Satin' hoc

clarum

?

Sed urgent iterum, At enim deus

in nobis auctor
:

omnis motus. Communiter auctor, fateor
boni fautpr.

sed non nisi
sciente
et

Ad

virtutem accingeris?

illo

juvante

sit.

ad vitium? sciente

et sinente,

Nec

ejus hic

aliqua culpa.

Equum

insideo et impello debilem et clauest;

dum

:

quod impello, à me

quod debilem, ab
:

ipso.

Citharam pulso dissonamet nervis maie vinctam

quod

tamen discordât, instrumenti vitium esse fatebere, non

meum. Terra
commun! succo
alise

haec ipsa arbores et fruges
:

omnes

alit

sed illœ salutarem fructumproferunt,
esse,

venenum. quid dices? à terra hoc
vi,

an potius
deco-

ab iusita arborum

quae alimentum

bonum

quunt

in

suum

virus? Simile hic est. et a deo quidem
te et in te,

quod movere; à

quod ad malum.

Denique

ut

concludam de hac Libertate

:

Fatum

veluti praesultorest.etfunem

ducitinmundi istachorea:


Comment,
disent-ils,
rais, et si cette prévision

^2G3

si

Dieu a prévu que je pèchene peut être trompée, est-ce

que je ne pèche pas nécessairement? Je l'avoue, nécessairement, mais non
volonté intervient
rais,
ici

comme
;

tu le

comprends
prévu

:

ta libre

car Dieu a prévu que tu pècheil

mais de la manière dont
:

l'a

:

or

il

a prévu

que tu pécherais librement
et

donc tu pèches librement

nécessairement. Est-ce assez clair?

Mais

ils

insistent encore et

ils

disent

:

Cependant,
?

puisque Dieu est en nous l'auteur de tout mouvement

En

général, oui, je l'avoue

:

mais

il

n'est le fauteur
le sait et
il

que

du bien. Vas-tu vers
Vas-tu vers
le

la vertu?
Il le

Dieu
il

t'aide.
Il

vice?

sait et

te laisse faire.

n'j a là pour lui aucune faute. Je monte et je pousse

en avant un cheval faible en avant,
c'est

et boiteux.
:

Que

je le pousse
soit in-

mon

fait

mais que ce cheval

firme, c'est le sien. Je joue d'une guitare qui n'est pas

d'accord, et dont les cordes sont

mal tendues
c'est le

:

tu con-

viendras que,

s'il

n'est

pas d'accord,

défaut de

l'instrument et non le mien.

La

terre nourrit d'un
:

même
du
?

suc tous les arbres et toutes les plantes
celles-ci les

mais parmi

unes produisent de bons
?

fruits, d'autres

poison

:

qu'en diras-tu

Est-ce la faute de la terre

n'est-ce pas plutôt celle de la nature spéciale de la

plante, qui transforme en son virus

un aliment bon en
Dieu
te

lui-même? C'est

la

même

chose

ici.

donne

le

mouvement
de toi et en

:

si

tu en profites pour faire mal, cela est

toi.

Enfin, pour conclure sur ce chapitre de la liberté,
je dis
:

Le Destin

est

comme

le

Coryphée

tle

la

danse;


sed
ita, ut

^264


siiit

partes aliquae nostrae

voleudi semperaut
:

iiolendi.

uec ultra, non enim efficiendi

quia arbi-

trium saltem relictum homini, quo reluctari et obniti

deo libeat

:

non visetiam, qua

possit.

Ut

in navi

am-

bulare milii fas, et per foros discurrere aut transtra,
sed nihil minutus hic motus valet ut impediat ejus cur-

sum

:

sic in fatali liac navi,

qua omnes vehimur, cur-

rant licet voluntates nostrse et transcurrant, non via

eam

ejicient aut sistent.

Temperabit
illa

et

habenas mode:

rabitur semper
erit

suprema

voluntas
leni

et

quo visum
fraeno.

cumque, currum hune diriget

quodam

CAP.

XXL

Conclusio tractationis de Fato. Monitum, pericuU plenam et

ancipitem eam

esse,

non curiose indagandam. denique adhor-

tatio séria ut vires

animo imprima^itur à Necessitate.

Sed quid ego

ista

?

verto proram, et removeo

me ab

hacCharybdi, quae multorum ingénia absorpsit. Ciceronis hic naufragium video
tollere,
,

qui Providentiam maluit

quam

delibare aliquid de

humana

libertate.

Ita

dwn homines

libéras fecit, (ait eleganter antistes


il

265

monde
,

mène

le

branle

clans

ce

mais de

telle

manière que nous soyons toujours

libres,

non pas
:

de faire, mais de vouloir ou de ne pas vouloir
plus.

rien de

Car à l'homme

est

au moins laissé son libre arbifaire
le

tre qui lui

permet de vouloir lutter contre Dieu, de
;

des efforts contre Dieu
pouvoir.

mais

il

n'a pas la force

pour

De même que dans un
le pont,

navire je puis

me

pro-

mener, marcher sur

monter sur

les

bastin-

gages, sans que ce mouvement diminue en rien la mar-

che du navire

:

ainsi,

dans ce vaisseau

fatal qui

nous

emporte tous, nos volontés peuvent librement se manifester en tous sens
;

mais nous ne pouvons
le jeter

ni arrêter la

course du vaisseau, ni

hors de sa route.

La
char

volonté suprême tient toujours les rênes; elle les mo-

dérera toujours à son gré, de manière à diriger

le

constamment
d'avance.

et

sans efforts vers

le

but qu'elle a fixé

CHAPITRE XXI.
Conclusion de la discussion sur
le

Destin: que

c est

une matière

scabreuse et pleine de périls^ et qu'il ne faut pas la scruter avec
troi)

de curiosité. Exhortation sérieuse à ^puiser dans la Néces-

sité des forces nouzellcs

pour l'âme.

Mais pourquoi
la

vais-je traiter de ces choses

?

Je tourne

proue

et je

m'éloigne au plus vite de ce Charybde
je

funeste à

un grand nombre de puissants génies. Là,

vois le naufrage de Cicéron qui a

mieux aimé suppri-

mer la Providence que d'ôter quelque chose à la liberté humaine Ainsi, comme le remarque élégamment l'évô:


Hipponensis)

21)6


Quam
moniti,

fecit sacrilegos.

multi etiam hodie

nataut in hoc freto, et disputationum hic fiuctibus abripiuntur?

Quorum

periculis

terram malimus
in

légère, Lipsi, nec alte

penetremus nos
diis,

hoc mare.

Euclides olim interroganti multa de
respondit
curiosos.
inspici
:

percommode
quod odere

:

Cœtera quidem nescio,
:

illud scio,

Idem de Fato censé
credi,

quod

aspici vult,

non

non cognosci. Biantis opinor
raelius

illud est,
:

-sol Ocwv )iys

(b; zi-ji.

ad Fatum transferam

de

quo hoc
peccas,

satis esse

moneo, ut esse

scias, caetera, nihil

si

ignoras.

Illud proprie
plicito

ad nostram Spartam (jam enim ab imin

hoc llexu redeo

veterem

et

apertam viam) ut
et in illa

Necessitatem agnatam malis Publiciscredas,
solatium aliqiiod quaeras
tiii

luctus.

Quid ad
?

te curiose

de libertate arbitrii quserere, aut servitute

de coacta

voluntate, aut ducta? Miser! Sjracusae tua3 capiuntur,
et in pulvere pingis.

Bellum

tibi

supra caput, tyrannis,

caedes,

mors

:

quae superne certe immissa, nec quid-

quamadtuum arbitratum. Timere capotes, non
fugere, et non vitare.
ripe hoc Fatale telum
git,
.

cavere

:

Arraaadversum haec indue,

et ar-

quod dolores istos oranes non puntollit.

sed jugulât

:

non minuit, sed
;

Ut urticam
:

si

contanter attingas adurit

si

fortiter, hebescit

sicluctus


les fait sacjHléges.

267


les

que d'Hippone, à force de faire

hommes

libt-es,

il

Combien,

même

de nos jours, n'en

voit-on pas nager éperdus sur cette mer, en butte aux
flots

orageux de

la controverse?

Que

leurs

dangers
le

nous servent de leçon,

mon

cher Lipse;

gagnons

rivage, et ne nous hasardons pas plus avant en pleine

mer. Euclide, à quelqu'un qui

le pressait

de questions
:

multipliées sur les Dieux, répondit à propos
lotit le reste;

f ignore

mais

ce que je sais bien, c'est qu'ils détes:

tent

les

indiscrets

Applique cette

même
:

pensée au

Destin.

On

peut

le

regarder, non le sonder;

y

croire,

non

le connaître. Bias, je crois,
les

a

dit

en ce qui con-

cerne

Dieux, borne-toi à assurer

qu'ils existent.

Ce

serait encore avec plus de raison

que je dirais cela du

Destin.
tu

Il te suffit

de savoir

qu'il existe.

Pour

le reste,

peux l'ignorer sans reproche.

Revenant au grand chemin que nous avons
pour cette diversion embrouillée, crois que
est attachée

quitté

la Nécessité

aux maux publics,

et

cherche dans cette

pensée quelque consolation à ta douleur.
rechercher "curieusement
si
si

A

quoi bon

tu as la liberté morale, ou

tu en es privé

? si

ta volonté est contrainte,
!

ou

si elle

est dirigée? Infortuné

ta Syracuse est prise et tu des-

sines sur la poussière. Voilà que

tombent sur ta
:

tête la

Guerre, la Tyrannie, la Ruine, la Mort
te viennent d'en

doncces maux
est

haut

et ta volonté n'y

pour

rien.

Tu peux
les

les craindre,

non

t'en garantir; les fuir,

non

éviter.

Revêts une armure pour

t'en défendre, et

prends ce

trait fatal qui n'enlève

pas ces douleurs, mais

qui les calme; qui ne les diminue pas,

mais qui

les


si

nos


;

ista asperitas increscit, silenioribusremediis attractes

duris et fortibus, cedit. Necessitate

autem

nihil foret

tius-est, quae solo

impetu mollia haec agmina obruit
vis dolor?

avertit.

Quid enimtibi
fieri

non inventis lociim

in 80,

quod

non solum potest, sed débet. Quid tu

querela? quatere hoc cœleste
excutere.
Desine fata deura
flecti

jagum

potes,

non potes

sperare quœrendo.

Necessitatis non aliud etFugium est, ipsa cogat. Eximie eximius
c^va', o'jvaTa'..

quam

velle
:

quod

ille

Sapientum
.

A'vîxriTw

sàv

jJiT,oiva

âvwva

xaTaêa'lvr,

ov O'jx

£;'.v £-'- to'.

vu-7.7a'..

Invictus esse jioteris, si innullum certamen te
'

dimittes,
iste

quod in

te

non
:

est

vincere

(').

At

talis

agon

cum
:

Necessitate est
et

quem

quisquis suscipit, suc-

cumbit

quod magis mirere, succubuit, priusquam

suscepit.

CAP. XXII.
Ignaviœ latilulum aliquodquœri
solereiii

Fato. sed id deleclum.

Fatum agereper
primo

caussas médias, eoque illas adhibendas. Qua-

tenus auxiliari patria. quatenus non oporteat. Finis impositus
lihro et

sermoni.

Et sermouis pausam hic aliquam faciente Langio,
alacrius erupi et interrupi ego
(')
:

Si ventus hic diutius

Epictéte dans l'Euchiridion.


dissipe entièrement.

^209


l'ortie

Comme

pique quand on la

touche légèrement, mais émousse ses pointes quand on
la

comprime avec
si l'on

force, de

même

l'âpreté

delà douleur

s'augmente

y apporte des remèdes trop doux,

mais
Or,
il

elle .cède

à une médication sérieuse et énergique.

n'est rien
elle

de plus fort que laNécessité.
faibles

Du premier
bataillons.

choc

enfonce et disperse ces

Pourquoi donc éprouverais-tu de

la douleur?

Tu

n'en

trouveras aucun motif dans des choses qui non seule-

ment peuvent, mais qui doivent forcément
quoi te sert la plainte?

arriver.

A

Tu peux

te

débattre contre ce

joug

céleste, tu

ne peux

t'en débarrasser. N'espère

pas

fléchir

par

tes plaintes les arrêts

du Destin.

Il

n'est

contre la Nécessité d'autre refuge que de consentir à ce
qu'elle

impose. Le plus excellent des Sages a dit excel:

lemment

tu ne
il

peux

éviter la défaite qiien évitant le
toi
:

combat, car

nest pas en

de vaincre'i^). Tel est

le

combat contre la Nécessité
contre
elle,

qui entreprend de lutter

succombe

:

bien plus, c'est déjà avoir succette lutte.

combé que d'entreprendre

CHAPITRE
On
se

XXII.
certaitb pré-

plaint d'ordinaire que
:

le

Destin fournit un

texte à la caresse
les

ce prétexte dévoilé.

Que

le

Destin agit par

causes intermédiaires, et qtie celles-là on peut s'en servir.
il faut

Jusqu à quel point
il

porter secours à la patrie,
ce

et

quand

faut

s'e?i

alstenir.

Fin de
ici

premier

livre.

Langius ayant
coup

fait

une pause,
:

j'éclatai tout

à

et je l'interrompis

avec vivacité

Si ce

bon vent

souffle

encore quelque temps en poupe, je ne

me

vois


spirat à puppi,

270

Audeo
:

non

pi'ocul mihi videar à portu.

enim jam deum sequi, audeo nécessitât! obsequi
videor

et

cum Euripide posse
0ûo'.
[jl"

dicere.
t,6'j[j.oÛ|j.îvoj

av auTO) [JiaÀÀov,

Ilpoç xi vTpa

XaxTÎwO'.jjLt, Ovri-rô;

wv

Ostjj.

^Estus tamen unus est turbidae cogitationis
jactat
:

,

qui

me
:

quem, Langi,

siste. Si
:

enimMalapublicaà Fato

nec vinci id potest aut vitari
pro eo laboramus
?

quid ultra de patria aut
illi

cur non omnia rectori
et

magno

et

indomito permittimus,

cedemus

ipsi,

quod

dicitur,

manibus compressis? nam tuo quoque concessu, vanum
auxilium

omne

et consilium,

adversantibus Fatis.

Langius renidens, Per contumaciam aut proterviam
adolescens, inquit, à recto abis et à vero. Fatis hoc est
obsequi, an oppedere et illudere? Sedebo, inquis,

ma-

nibus compressis.

Bene habet. vellem nunclabiis. Quis

enim unquam
sine

tibi dixit,

Fatum merumsolumque
caussa? Libères
tibi

agere,

média
est
:

et auxiliante

toUere

fatum

sed ita ut in uxoris tune horto prius feras.
:

A

morbo sanescere

sed hactenus, ut
hic. et

medicum adhifluc-

beas et fomenta.

Simile

servari hanc
si

tuantem

et

mergentem

patrise

tuaenavem

Fatum

est;

hoc quoque Fatum, propugnari eam

et defendi. Si

ad
et

portum pervehi
vêla expandas
vontiiDi.
:

vis,

manum
si

remis admoveas oportet,
et expectes

non otiosus captes

ab alto

Al contra,

Fatum

illam ipsam patriam

tuam

271


me
sou-

pas loin du port. Déjà j'ose suivre Dieu. J'ose

mettre à la Nécessité, et je crois pouvoir dire avec Euripide
:

Taime mieux
et

lui offrir des sacrifices

que de

me

mettre en colère

de regimber vainemeyit contre ses

aiguillons, faible inortel combattant contre Dieu. Cepen-

dant,

il

y a encore dans ma pensée un bouillonnement
:

confus qui m'agite. Insistez sur ce point, Langius
les

si

maux

publics sont l'œuvre du Destin, et
évité, à quoi

si celui-ci

ne peut être ni vaincu, ni
lui et travailler

bon
?

lutter contre

davantage pour la patrie

Pourquoi ne

pas tout abandonner à la gouverne de ce maître absolu
et

indomptable, et ne pas nous soumettre à mainsjointes

devant lui? Vous convenez vous-même que tout secours
et toute

prudence sont inutiles contre

le

Destin.
:

Langius

me

répondit avec un sourire aimable

Jeune

homme,

l'esprit d'opposition et
et

de controverse t'entraîne

au delà du droit

du

vrai. Est-ce là se

conformer au que tu demeu-

Destin, ou l'attaquer et en rire?

Tu

dis

reras les mains jointes. C'est bien. Je voudrais que

maintenant tu joignisses
que
le

les lèvres.

Qui jamais

t'a dit

Destin agissait purement et simplement par
le

lui-

même, sans

secours d'une cause intermédiaire? Le
:

Destin veut que tu élèves des enfants

oui,
Il

mais

il

faut

d'abord que tu te sois uni à une épouse.
sois guéri d'une maladie;

veut que tu

mais à la condition que tu

verras un médecin et que tu suivras ses ordonnances.

De même

ici.

En même temps que
le

le

Destin veut que

le

vaisseau de ta patrie, battu par la tempête, échappe au

naufrage qui
elle et

menace,

il

veut que tu combattes pour

que tu

la défendes. Si tu

veux arriver au por(,


perire
:

Î>'r2


ista

fiisnt

Fato videlicet

quoque,

quœ ad

exi-

tiiimliumana via ducant. Plebs
se, erit discors,

cum

proceribus, et inter

nemo parère gnarus, nemo imperare.
omnes opéra, denique
iu

streuui lingua multi, ignavi

ducibus ipsis non consilium, non tides.

Vere Velleius

:

Ineluctahilis

falorwn

vis,

cujus for:

tunam mutare
Quippe
ita

constituit, consilia
iit

corrumpié, Itemque

reshabet,

plerumque qui fortimam mucorrumpat
accidit,
illuc
:

taturiis est deiis, consilia
est

efficiatque

,

quod

miserrimum,

ut

quod

etiam merito accistatim delabere, ut

disse videatur.

Xec tamen

extrema fata urgere patriam tuain censeas. Qui enim
nosti? et qui scis an concussio et commotiuncula hsec

tantum
et

sit,

an ad interitum morbus^ Fer opem
liuic

igitur,
est,

quamdiu, juxta vêtus verbum, anima

œgro

spera.

Quod

si

jam
:

certis clarisque indiciis fatalis

mu-

tatio apparebit

me quidem judice

valebit

[x>i

Gso .m-aysiv.
:

Et Solonis exemplum tuto bic ingeram
Athenas Pisistratus occupasset,

qui

cum

videretque conatum
;

omnem

frustra esse pro libertate

arma

et

scutum ante

fores Curiaî

ponens, o patria, m(imi,
.-

tibi et dictis et

factis opitidatus siun

atque

ita

domum

abiit

,

in pos-

Q-TO

il

faut que tu mettes la

main à

la

rame, que tu orientes

tes voiles, et

non pas que tu

restes dans l'oisiveté à
le

attendre qu'il te vienne un bon vent du large. Si

Destin veut que ta patrie soit perdue, tu verras le Destin prodivire les circonstances qui

conduisent à la ruine

par des moyens humains

:

le

Peuple en guerre avec la
;

Noblesse

et divisé

lui-même en factions

personne no
;

voulant obéir, personne ne sachant

commander beaudans
les

coup de gens courageux en parole, mais lâches en
action
;

la fidélité et le conseil faisant défaut

chefs eux-mêmes.
C'est avec vérité que, dans le livre II de la vie de

César, Velleius Paterculus a dit

:

la

force méluctable
elle

du Destin aveugle

les Conseils

de celui dont
:

veut

t^enverser la fortune; et aussi

le

plus souvent Dieu

frappe d'aveuglement celui dont
il

la

fortune doit tomber;
c^ue ce

fait,

et c'est là le

dernier degré du malheur,
.

qui at-^ive paraît arriver justement

Tu ne

dois pas du

premier coup

te laisser aller à la pensée

que ta patrie
?

touche à ses destins extrêmes. Qu'en sais-tu
distingueras-tu
s'il

Comment
?

s'agit

d'un simple ébranlement,

d'une commotion passagère ou d'une maladie mortelle

Porte d'abord secours,

si

tu le
le

peux

:

comme

dit le

proverbe, espère tant que
si le fatal

malade a

le souffle.

Mais

renversement t'apparaît à des signes certains
:

et manifestes, alors je te dirai

ne combats pioint contre

Dieu. Je te propose
était

ici

l'exemple de Solon.
:

Athènes

dominée par Pisistrate
déposer ses armes

Solon, jugeant que tous

ses efforts pour rétablir la liberté seraient impuissants,
alla
et

son bouclier devant

la porte


terum quieturus. Hoc
et, si

"lli


tempori
:

facias. cède deo, cède

bonus

civis es, te

ipsum mollioribus

et

melioribus
reviviscere

fatis

réserva, Quc'b
:

iiunc periit

libertas,

potest

et patria.quse corruit,

resurgere labenti aevo.
illo

Cur temere

abjicis

animum, aut despoudes? Ex
fortiorem civem
qui occubuit. judicavit
:

pari

Coiisulum apud Cannas,
liabeo qui fugit,

Varronem Nec
aliter

quam Paullum

Senatus populusque

Romanus

qui publiée

gratias ei egerunt, quod de republica

non desperasset.
:

Caeterum sive titubât
sive prorsus interit
:

illa

tantum, sive cadit

sive périt,

ne nimis adtiigere, sed Cratetis

excelsum illum animum indue, qui quaerenti Alexandro,

An patriam suam
alius

vellet restitui?

Quidopus? respondit.

Alexander iiiterum eam fartasse diruet. Haîc

sapientium,

hœc virorum.
à/.vîx o'£jjL~T,r

E'v
O'J

OuijLÔ) /.aTax£"î6at sâaotJLEv, àyvûjjievot Trjp

^(içi T'.î —pT)?'.;

TTsÀîTai xp'jEpoto '^ÔO'.O.

ut recte

monitum

iVchilli

apud Homerum.

Xam

alias, ut

Creon

ille in

fabulis

ardentem

iiliam amplexus, nihil
:

eam

juvit, sed ipse

una

periit

sic te

citius, Lipsi,

exstinxeris,
gica? igné m.

quam

lacryniis tuis

hune publicum Bel-


de la Curie, en disant
:

iîii)


Vai secourue

ô

ma 'patrie,je

par

mes paroles
il

et

par mes

actions autant que je Vai p)u; et

rentra chez lai décidé à se tenir désormais dans une

tranquille retraite.

Fais cela. Cède à Dieu, cède au

temps, et^

si

tu es

un bon citoyen, réserve-toi pour des
et meilleurs. Cette

destins plus

doux

liberté qui périt

aujourd'hui peut revivre.

Ta

patrie qui

tombe peut

se

relever dans le cours du temps. Pourquoi désespérer et
te laisser abattre?

Des deux Consuls
je tiens

qui

commandaient
prit la fuite,

à la journée de Cannes,

Varron, qui

pour un citoyen meilleur que Paul Emile qui y périt. Le Sénat et le Peuple Romain n'en ont pas jugé autrement, puisque
l'on rendit à

Varron de publiques actions

de grâces pour n'avoir pas désespéré du salut de la
République.

Du

reste,

que la patrie chancelle ou

qu'elle
elle

tombe

;

qu'elle périsse tout à fait

ou que seulement

dépérisse, ne t'afflige pas sans mesure.

Emprunte à
le

Cratès un peu de cette largeur d'esprit qui, lorsque

Alexandre

lui

offrait
:

de rétablir Thèbes sa patrie,

porta à répondre

A quoi bon ? Peut-être

quelque tiouvel

Alexandrela détruirait de nouveau. Y oi\h. comme pensent
les

Sages, les

hommes
les

dignes de cq nom. Laissons

les

douleurs

même

plus tristes se calmer dans
utilité

notre
:

âme,

le

frisson

du désespoir nest d'aucune

c'est

l'avertissement donné dans

Homère

au bouillant Achille.
fille

Rappelle-toi ce Créon de la fable, qui, voyant sa

enveloppée de flammes, la saisit dans ses bras, ne put
lui
toi,

donner aucun secours

et périt

avec

elle.

De même

Lipse, tu t'épuiseras plus vite que tu ne parvien-

dras à éteindre par tes larmes ce feu public qui dévore
ta Belgique.


Dum
dicit

276


iutroiit, qui à

etiam Laiigius, validiore sonitu strepuere
Laevino

fores, et

puer ecce recta ad nos

Torrentiomissus, utadmoneretde hora cœnse. Langius
velut experrectus fabulatio
?
,

Hem

!

inquit, ita imposuit milii hase
?

et

dies

jam elapsus

Simulque surgens

et

manum

mihi iujiciens, Eamus, Lipsi, inquit, ad optatam
renitens.

mihicœnam. Imosedeamus, inquam ego
omnes cœnas
haec mihi est
:

Ante

quam

vere

cum

Grsecis

dixerim Oswv too-^v. In bis epulis esurio semper ego,

numquam
et,

saturio.
inquit,

At Langius niliilominus me

traxit,

Fidem,

nunc servemus

:

cras

si

voles, Con-

stantin perlitabimus.


reusement à la porte

9T7

_
ainsi,

Pendant que Langius parlait

on sonna vigouprès de nous un

et l'on introduisit

jeune domestique envoyé par Lœvinus Torrentius pour

nous avertir que

c'était l'heure
:

du souper. Langius

comme

réveillé en sursaut s'écria

Eh

quoi

!

cette conle

versation nous a

mené

si

tard

!

Voilà déjà
et

jour qui

tombe! Se levant en

même temps

me

tendant la

main

:

allons, Lipse, dit-il,

souper.

— Pour moi, m'y

rendons-nous à cet agréable
refusant, je lui dis
:

restons
cet ali-

plutôt. Je préfère à tous les soupers

du monde
ici, et

ment de l'âme que vous me donnez
Dieux.

que je puis

véritablement appeler, avec les Grecs, la nourriture des

A de tels festins, je
:

rassasié.

— Mais Langius, m'entraînant

suis toujours affamé,

jamais

malgré moi,

me
si

dit

tenons aujourd'hui la parole donnée; demain,

tu le veux, nous sacrifierons à la Constance.

18

LIBER SECUNDUS
CAPUT
Occasio repetiti sermonis. itio

I.

ad Langii

amœnum

horlum,

ejusque Jaiidatio.

Seqiienti die,

visam Langio abducere

me ad

suos

hortos,

Quos impenso sane studio duplices
:

colebat.

alteros in colle, è regione aedium

alteros paullo lon-

gius sitos, in depressiore loco, ad ipsiim

Mosam
flumen

Qnod per arnœnam urhem
itaque

leni finit a.rjmine

cum occupasse! me

satis

mane

in cubiculo,

Ambuet

lamusne, Lipsi? inquit. an quies
sessio?

tibi

magis cordi

Imo ambulatio, Langi, inquam.
Si placet,

si

tecum.sed quo imus?

ad hortos meos, inquit Langius, qui ad
longa ea via
:

flumen.

Non

est,

corpus obiter exercueris
ibi in

:

urbem

videris

denique grata

hoc aestu

et frige-

rans aura.
Placet,
lesta,

inquam ego, nec

te

duce via mihi ulla mopallia

non ad extremos Indos. Et cura dicte
;

poposcimus, sumpsimus

ivimus, inivimus.

LIVRE SECOND
CHAPITRE PREMIER.
Occasion de la reprise

du

discours. Visite à l'agréahle jardin
et

de Langius,

son éloge.

Le jour
jardins.
Il

suivant, Langius voulut

me

conduire à ses

en avait deux

qu'il cultivait

avec un grand

soin, l'un sur la

montagne du

côté des maisons, l'autre
le

un peu plus
Meuse,

loin,

dans la vallée, sur

bord de la

ce fleuve

qui serpente doucement à travo^s

V agréable cité.

Etant donc venu

me
:

prendre dès

le

matin dans

ma

chambre,

il

me

dit

allons-nous nous
ici

promener, Lipse? ou bien préfères-tu rester
quillement assis dans
le

tran-

repos?
si c'est

— Je préfère — —
j'irais

la

promenade, Langius,

avec

vous. Mais où irons-nous?
Si tu le veux, à

a pas loin.

mes jardins près du fleuve. Il n'y Cette promenade te donnera de l'exercice,

tu verras la ville, et enfin tu trouveras une brise rafraî-

chissante qui te sera agréable par ces chaleurs.

La

chose

me

plaît,

répondis-je,

et

avec vous

partout volontiers,

même au

bout des Indes.

Alors nous demandons et nous mettons nos manteaux, nous partons, nous arrivons.


Cumqiie
in ipso aditu
,

280


miratus ex animo eleganquae h^ec

oculos circumtulissem vago
:

quodam
tiam
et

et curioso

adspectu

cultum

loci,

Mi

siiiex,

amœnitas est? non

inquam, quissplendor ?
hortum. nec astrorum
in serena nocte
,

Cœlum

hic habes Langi,

illi

ignés profecto magis nitent

quam

hi tui scintillantes micantesque

varie flores, Adonidis aut Alcinoï hortos loquuntur?

nugae, ad istos comparati, et imagines

muscarum. Et

simul propius accedens, et flores quosdam naribus oculisque

admovens, Quid primum voveam? inquam

,

oculus

cum Argo

fleri,

an nasus cum Catullo?

Ita

utrumque sensum pariter permulcet mihi
voluptas.
Ite, ite

et titillât hsec

omnes Arabam odores, qui nausea

mihi pr?e halitu hoc ingenuo et vere cœlesti.

Langius

manum

mihi blande premens, nec sine risu,

Praefiscine, Lipsi, inquit.

non ego, nonhœc rustica mea

Flora agnoscimus tam scitam, tam urbanam laudem.

Ego

interum,

Tamen, Langi, veram. Blandiri me
et

putas'? serio

hoc dico

ex intimo meo sensu, Campi

Elysii Elysii

non sunt, prœ hoc tuo rure. Ecce enim,
?

quae hic ubique nitela est

quis ordo

?

quam

apte omnia

in areolas suas pulvillosque disposita? ut
tius tesselae aliquse in

non elegan-

pavimento. lam quae florumher-


En

281


positi-

entrant, et dès le premier coup-d'œil d'ensemble

que je jetai avec curiosité autour de moi, je fus

vement ébloui de l'élégance
ce jardin.

et

du parfait entretien de
!

mon
!

Père, dis-je, que de charmes

que

de splendeurs

Vous avez

un vrai paradis, Langius,
étoiles

plutôt qu'un jardin.

Les feux des

ne brillent pas
ici

avec autant d'éclat dans une nuit sereine que ne font
toutes ces fleurs
santes.
si

riches en couleurs variées et éblouiset

On

vante les jardins d'Adonis
et

d'Alcinoûs?

pures bagatelles

jeux d'enfants

si

on

les

compare aux
pour voir de

vôtres. Et, m'approchant en

même temps
le

plus près quelques fleurs et pour respirer leur parfum,
je m'écriai
:

que souhaiterai-je

plus? Est-ce de deve-

yeux avec Argus, ou tout odorat avec Catulle ? Je ne sais en vérité, car ces deux sens sont également
nir tout
flattés et caressés

en moi par cette douce volupté. Qu'on
ils

ne

me

parle plus des parfums de l'Arabie!

me

dé-

goûtent auprès de ces émanations suaves et vraiment
célestes.

Langius

alors,

me

pressant aflectueusement la main,
:

me

dit,

non sans

rire

Soit dit sans te choquer, Lipse,

ni moi, ni

ma

flore rustique,
si

nous ne sommes habitués
si

à une louange

savante et
:

pleine d'urbanité.
elle

Mais moi reprenant
est sincère.

Et cependant, Langius,

Pensez-vous que je veuille vous

flatter?

Je

parle très sérieusement, et c'est

mon

sentiment bien
n'étaient

intime que les Champs-Elysées eux-mêmes

pas aussi Élyséens que votre campagne.
éclat de tous côtés
!

quel ordre

!

En effet, quel comme toutes ces

plantes sont artistement disposées en parterres et en


barumque copia? quœ

^28^2

exi-

raritas et novitas? ut videatur in

exiguum hune locum Natura conclusisse, quidquid

mium

habet noster aut

al ter orbis.

CAP.
Horiorum
in génère Laudatio.

II.

Cultum eum anliq^uum

esse, et

à

natura. Reges et ziros magnos usurpasse. Denique delectatio

eorum

oh oculos posita, et

non improbum

meum

votum.

Et profecto egregium

et laudabile

hoc tuum studium,
fallor,

Langi, in re hortorum. studium ad quod, nisi

optimus et modestissimus quisque trahitur à natura
ipsa.

Cui argumentum, quod non facile voluptatem

aliam dixeris, in

quam ab omni

sevo

tam cupide con-

senserint selecti inter gentes. Sacras litteras lustras?
videbis
ipse

una eum orbe nato natos hortos

:

quos Deus

primo homini domicilium

attribuit, et velut

sedem

beatse vitse. Profanas? ecce Adonidis, et Alcinoï, et

Tantali, et

Hesperidum hortos proverbia

et fabulae

loquuntur
régis

:

et in veris certisque historiis, reperies

Cjri

manu

plantaria instituta, et Semiramidis aërios

pensilesque flores, et

Masanissœ novum

et

celebrem

cultum, Africa mirante. lam inter priscos Gr?ecos Ro-

manosque, quot

illustria

capita

tibi

proferam,

qui


lantes d'une mosaïque
!

283


plus, quelle

corbeilles avec autant d'élëgance que les pièces bril-

Et de

abondance de

fleurs et de plantes! quelle

nouveauté! quelle rareté!
cet

On

dirait

que

la

Nature a voulu rassembler dans

enclos tout ce qu'elle produit de plus excellent dans l'un
et l'autre

hémisphère.

CHAPITRE
par

II.

Éloge des jardins en général. Que leur culture
et

est très ancieîine

inspirée

la

Nature. Que des Rois

et

des grands personle

nages s'en sont occupés. Enfin que leur vue charme
et

regard

que

mon

souhait n'est pas réprékensible.
et loua-

Certainement, Langius, je trouve excellent
ble votre goût pour les jardins, goût qui,
si

je

ne

me

trompe, est inspiré par la Nature elle-même aux hommes
les meilleurs et les plus modestes.
c'est

Ce qui
gens

le

prouve,

que vous ne trouverez pas facilement un autre
plaisir,

genre de

à l'égard duquel

les

d'élite se

soient de tout temps accordés avec plus d'empresse-

ment. Parcourez-vous les saintes Ecritures

?

vous voyez
fait

que
le

les jardins sont

nés avec

le

monde. Dieu en a

domicile du premier

homme,

et

comme

le siège

de la

vie heureuse.

Lisez-vous les écrits profanes? Vous y

trouverez les jardins d'Adonis, d'Alcinoùs, de Tantale
et des Hespérides, jardins passés

en proverbe

et célé-

brés par la fable.
taines,

Dans

les histoires véritables et cerle roi

vous rencontrez

Cyrus traçant de sa main
suspende Alassi-

les règles des plantations; les jardins aériens et

dus de Sémiramis,

et les cultures nouvelles

284


cura? In
illis

positis aliis curis, soli iiihac

quidem uno
;

verbo, plerosqiie philosophes et sapientes. qui remoti

ab iusaiio foro
clauserunt.

et urbe,

hortorum
;

se spatiis sepibusque

At
illa

in istis

Tarquinium regem video jam
moUiter ambulantem,
:

tum
et

prisca

Roma,

in hortis

papaverum capita resecantem

Catonem Censoet

rium agnosco in re hortensi deditum,
scribentem
:

de ea serio
in

LucuUum,
:

post Asiaticas victorias,

iisdem otiantem
hic senescentem
et lactucas

Sullam, abjecta Dictatura, suaviter
et

:

Diocletianum Principem, olera sua
et

ad Salonam, purpurœ

omnibus

sceptris

prseferentem.

Nec

abivit

ab hoc meliorum judicio vul-

gus. in quo ipso, simplices

omnes

et sine

mala ambienim provis,

tione animas, scio fuisse in hoc cultu. Est
fecto^

arcana qusedam

et

congenita nobis

cujus

intimas caussas non facile reddo, quas ad hanc innoxiam
et

ingenuam delectationem
;

trahit

non nos tantum, qui
severos, qui reniet seternos illos

propendemus sed

illos ipsos serios et

tuntur et irrident.

Atque

ut

cœlum

ignés nemini adspicere fas, sine occulto horrore quo-

dam

et religione

:

non item Terrae sacras opes,
sine tacita

et

hune

inferioris

Mundi mundum,

quadam

gaudii

titillatione et sensu.

Animum tuum mentemque perconimo
pasci,

tare

:

capi se hoc adspectu dicet,
:

Oculos

sensumque
cere,

fatebuntur non alibi libentius se acquies-

quam

in his

hortorum areis

et pulvillis.

Cirrum-


et

285


Chez
les anciens

nissa, merveilles de l'Afrique.

Grecs

Romains, combien ne vous

citerais-je

pas de person-

nages

illustres qui ont quitté tout autre soin

pour se

consacrer entièrement à celui-là seul? Parmi les premiers,
il

faudrait ranger ensemble presque tous les phile

losophes et les sages qui fuyaient

tumulte insensé
l'en-

de l'Agora et de la

ville, et se

renfermaient dans

ceinte close de leurs vastes jardins.
je vois, dès les

Quant aux autres,
le roi

temps de l'ancienne Rome,

Tar-

quin se promenant nonchalamment dans son jardin et
abattant les têtes des pavots
;

je reconnais

Caton

l'an-

cien livré tout entier à la culture des jardins, et écrivant

avec

le plus

grand soin un savant

traité sur la matière

;

Lucullus qui se repose, après ses victoires d'Asie, dans
les

bosquets de ses jardins

;

Sylla qui

3'

vieillit

douce-

ment après avoir abdiqué
au sceptre
et

la dictature, et l'empereur

Dioclétien qui préféra ses choux et ses laitues de Salone

à toute la pompe de l'Empire. Le vulgaire

même
l'élite

n'a pas été à cet
:

égard d'un autre sentiment que
pertinemment, les âmes
le

là encore, je le sais

simples et sans ambition mauvaise ont toujours eu
culte des fleurs.
Il

n'est

pas douteux que nous ayons en

nous une force cachée, née avec nous, dont je n'expliquerais pas facilement les causes intimes, et qui entraîne

vers cette jouissance innocente et honorable, non seu-

lement nous, qui y sommes enclins, mais aussi

les

hommes
moquent.

sérieux et sévères qui s'en défendent et s'en
Il

n'est

donné à personne de regarder sans une
en est

secrète horreur et je ne sais quelle crainte religieuse
le ciel et les astres éternels qui

y

scintillent

:

il


siste
,

286


et

quseso te

,

paululum haic agmina florum

augmenta, vide mibi illum è calyce, hune è vagina,
alium è
subito,

gemma

protuberantem
;

;

vide hune morientem
in

alium subnascentem

denique inspice

uno

aliquo génère cultum, formam,

faciem, mille modis
inter

paria et diversa. Qiice
liaec

illa

tam rigida mens, quse

nonflectat se molli aliqua cogitatione, et liquescat?

Jam

ades curiose tu ocule

:

defigere paullum in nitores

istos et

pigmenta, inspice banc nativam purpuram,

hune sanguinem, hoc ebur, banc nivem, banc llammam,
hoc aurum
cillo
:

et tôt colores,

quos

artifici

cuique peni-

semulari fas. œmulari, sed non imitari. Denique

quis exhalansille odor? quis penetrans spiritus? et nescio quae pars aetberese aurge infusa

ab alto ? Ut non vane

poëtarum nostra gens
è succo aut sanguine
et liquidas voluptatis

flores plerosque natos finxerit,

immortalium deorum.
vere fons
?

gaudii
et Gratia-

ô

Venerum

rum

sedes

!

mibi in vestris umbraculis quies

et vita sit

:

mibi fas remoto; extra civicos tumultus, inter bas herbas,
inter bos noti ignotique orbis flores, bilari
:

et

biante oculo oberrare

et

modo ad hune occidentem,

modo ad
ferre
:

illum exorientem,

manum vultumque
allucinatione,

circumhic

et

cum vaga quadam
failli

curarum

omnium

et

laborum.


du Monde inférieur
;

287


monde

ainsi de ces saintes richesses de la terre et de ce

nul ne peut les considérer sans

éprouver dans son âme

comme une

sensation de joie et
et votre intelli-

une caresse. Interrogez votre esprit
gence,
ils

vous diront
;

qu'ils

sont saisis à ce spectacle et
:

qu'ils s'en repaissent

vos yeux et vos sens

ils

avoue-

ront qu'ils ne se reposent nulle part plus volontiers que
sur ces parterres et ces corbeilles des jardins. Arrêtez-

vous un peu, je vous prie, auprès de ce parterre de
fleurs
;

voyez sortir

celle-ci d'un calice, celle-là d'une
;

gaîne, cette autre d'un bourgeon

voyez l'une subiteen train de naître;

ment mourir, tandis que
fleurs et

l'autre est

enfin, fixez votre attention sur

un genre quelconque de
forme, la figure en mille

remarquez

le port, la

façons semblables et divers. Quelle

âme

serait assez

rigide pour ne pas s'attendrir et se fondre dans quelque

pensée douce à la vue d'un pareil spectacle ? Approchez
ici

un œil curieux

:

examinez cet

éclat, ces

nuances,

considérez cette pourpre native, ce sang, cet ivoire,
cette neige, cette

flamme, cet or

et tant

de couleurs

brillantes que le pinceau de l'artiste pourra bien imiter,

mais jamais égaler. Enfin, quel parfum
quel
l'air

s'en

échappe

!

arôme pénétrant! Je ne

sais quelle parcelle de

éthéré est descendue là d'en haut. Ce n'est pas vaifaire naître la

nement que nos poètes ont imaginé de
tels.

plupart des fleurs du suc et du sang des Dieux immor-

source abondante de joie et de volupté pure! ô

séjour de

Vénus

et

des Grâces

!

Puisse
!

ma

vie entière

s'écouler en paix sous vos

ombrages

Qu'il

me

soit

donné de rester à

l'écart, loin

du tumulte des

villes,

288

CAP.

III.

Contra curiosos quosdam dissertum, qui hortis ad vanilatem

et
et

ignaviam alutuntur. Qnis verus eonim usus
Doctis idoneos esse
:

:

Safientilus
iis et

et

Sapientiam ipsain altam in

edu-

catam.

Cum

dixissem haec acrius, et voce vultuque accenso

:

remisse ore ad

me

Laiigius,

Amas

certe, Lipsi, inquit,
:

amas floridam hanc purpureamque Nympham
vereor, ut
ita,

sed

âmes immodeste. Hortos enim laudas. sed
in iis mirere, aut externa
:

ut

vana pleraque

vera

et légitima

eorum gaudia omittas. Colores enim dum-

taxat avide inspicis, et in pulvillis quiescis, et flores
petis
te

ab noto ignotoque orbe. Obsecro ut quid
in

l

ut

ne

quoque esse sciam

hac secta, qu8e exorta hodie,

maie curiosorum hominum, maie feriatorum? qui rem

optimam simplicissimamque

,

instrumentum duorum

vitiorum fecerunt, Vanitatis et Torporis.

Hac enim fini
amet

habent hortos. Ilerbulas aliquot
bitiose conquirunt
:

et flores exoticos
ita

et

quœsitos

anxie

fovent

289


et

au milieu de ces fleurs des pays connus

inconnus,

promenant de tous côtés mes yeux
tournant

satisfaits et avides,

ma main

et

mon

visage, là, vers cette fleur qui
:

tombe,
ainsi,

ici,

vers cette autre qui s'ouvre

échappant

dans une sorte de rêveuse hallucination, à tous
à toutes les fatigues.

les soucis et

CHAPITRE
par
paresse.

III.

Contre certains curititx qui abusent des jardins par ranilé ou

Bu

véritable usage des jardins
et

:

qu'ils conviens'y

nent aux Sages

aux Doctes

:

que la Sagesse elle-même

forme

et s'y élève.

Comme j'avais
et la voix

dit ces

choses avec vivacité,

le

visage

également animés, Langius

me

dit d'un

ton

doux
cette

:

Assurément, Lipse, tu aimes
diaprée et purpurine

les fleurs, tu
;

aimes

Nymphe

mais, je

le crains,
:

tu l'aimes d'une

manière déréglée. Tu loues

les jardins

oui; mais ce que tu admires en eux, ce sont surtout des

choses vaines et extérieures, et tu ne parais pas tenir

compte des
curent.

plaisirs véritables et légitimes qu'ils pro-

Tu

regardes avidement

les

couleurs,

tu

te

reposes devant les plates-bandes, tu cherches les fleurs

de tout l'univers connu et inconnu. Je te

le

demande,

pourquoi? Voudrais-tu

me donner

à comprendre que tu

appartiens toi aussi à cette secte née de nos jours, com-

posée d'hommes mal à propos curieux et désœuvrés,
qui, de cette chose excellente et très simple, font l'in-

strument de deux vices,
cet

la

Vanité

et la
ils

Paresse

?

Dans

unique but

ils

ont des jardins,

recherchent ambi-


tuentur, ut nulla mater

290


sunt,

suum gnatum. Hi

quo:

rum litter?e

in

Thraciam, Graeciam, Indiam discurrunt

idque seminis exigui aut bulbuli causa. Hi,
£iegrius sit florerri

quibus

aliquem novum mori,
illum riserit
isti

quam veterem
,

amicum.

Romanum

aliquis

qui
si

pis-

cem suum

atratas luxit?

plantam.

Jam

qais ex

his Florag candidatis novius aliquid aut rarius nactus
est,

ut
!

ostentat
è

!

ut

alii

competitores œmulantur,
tristior

invident
cedit,

quibus non

nemo

domum

dis-

quam olim

in Prseturse petitione victus
?

SuUa aut

Marcellus. Quid dicam

nisi

hilarem liane
illi

quamdam

insaniam esse
tium
et

:

nec absimilem

puerorum, pallen-

rixantium circa pupas suas et sigilla? At eorumin hortis etiam cognosce. Sedent, ciraliud. prorsus

dem industriam
ut non

cumambulant, oscitant, dormiunt. nec
otii

sui

secessum hune habeant, sed desidia?

sepulchrum.

Profanum genus!
arcanique
liorti.

et

quos jure arceam ab orgiis veri
voluptati

quem modestae
non

natum

scio,
levis,

non

vanitati

:

quieti,

torpori.

An

ego tam

quem

efferat aut

déprimât herbula aliqua rarior, sive
:

adepta sive amissa? Imo aestimores suis pretiis

et se-


ques, et quand
les choient
fils.

291


ils les

tieusement quelques plantes ou quelques fleurs exotiils les

ont obtenues,

soignent et

avec plus d'anxiété qu'aucune mère pour son
les

Ce sont ceux-là dont
et l'Inde

lettres

parcourent la
petit

Thrace, la Grèce

pour en faire venir un
;

peu de graines ou quelque bulbe

ceux-là qui éprouvent

plus de chagrin à la perte d'une plante nouvelle qu'à la

mort d'un
prenant

vieil

ami.

On

rit

de ce Romain, Hortensius,
qu'il

le deuil

à la mort d'une murène

aimait
l'un

:

eux en font autant pour une plante. Aussi, que
ces

de

amants de Flore vienne à trouver quelque plante,
il

ou plus nouvelle, ou plus rare, comme
faire

se hâte d'en

parade

!

combien d'émulation

et

de jalousie dans

ses rivaux, dont plusieurs rentrent chez eux plus tristes
et plus

désappointés qu'autrefois un Sjlla ou un Mar-

cellus vaincu
dirai-je
?

dans la compétition de la Préture
que
c'est là

!

qu'en gaie

rien, sinon

une sorte de

folie

assez semblable à celle des enfants qui pâlissent et qui
se querellent

au

sujet de leurs
ils

poupées

et

de leurs pan?

tins. Sais-tu à
Ils

quoi

s'occupent dans leurs jardins

s'assoient, ils se

promènent de long en large,
ils

ils

baillent en regardant voler les mouches,

dorment,

rien de plus

;

en sorte

qu'ils n'ont

pas là une retraite
d'oisiveté.

pour

le loisir,

mais un vrai sépulcre
l'éloigné

Race profane! Je

à bon droit des fêtes

mystérieuses d'un jardin véritable et réservé, créé pour

une volupté modeste, non pour la vanité

;

pour

le repos,

non pour la paresse. Serais-je donc assez léger pour que
quelque petite plante rare, ou acquise ou perdue,
transporte ou m'abatte? J'estime les

me
leur

choses

à


posito lenocinio
flores
:

29-2


scio

illo

novitatis,

herbas esse, scio
de quibus

id est, brevia

quœdam
:

et fugacia,

aptissime poeta princeps

Itaque nou sperno eas sive delicias sive elegantias

(et

exemplum vides

:)

sed hoc à mollibus Hortensiis
talia

istis

muto, quod sine cura hsec
habeara
:

conquiram

:

sine cura

sine cura amittam.

Nec idem

ille

ego tam

marcidus, imo tam mortuus ut recondam etvelut sepeliam

me

in bis

hortorum umbris. Negotium etiam

in

illootio reperio; et invenit ibianimus,

quod sine actione

alla agat. sine labore ullo elaboret.

Numquam minus soliis sum, aiebat ille, quain cum solus numquam minus otiosus, quam cum otiosus. Vox
:

egregia, et
tis.

quam ausim
menti parati

dicere
illi,

natam

in his ipsis hor:

Scilicet

non corpori
:

ad eam

re-

creandam,

non ad hoc laxandum

et

ad salubrem
tibi

quemdam secessum

à curis atque turbis. Homines

molesti? hic apud te eris.
replebere; ubi

Occupatio exhausit? hic

animo

quietis illud

pabulum,

et

ab aura

puriore velut inspiratio nov£e vitse.

Itaque vides veteres
tarunt
:

illos

Sapientes? in hortis habi-

Eruditas hodie doctasque animas? hortis de:

lectanlur

et in iisdivina illa

pleraque scripta procusa.

valeur, et laissant tout ce

293


la rareté

maquignonnage de

ou de
sais

la

nouveauté, je sais que ce sont des herbes, je
fleurs,
c'est
le

que ce sont des
et fugitives
le

à dire des choses
si

éphémères
bien dit
. :

dont

prince des poètes a
;

Zépliir, cVun souffle, les fait naître

d\in

souffle, les fait

mourir. Je ne méprise pas assurément ces
:

délices et ces élégances
diffère de ces

tu en vois la preuve

;

mais je

Hortensius eiféminés en ce que ces sortes
les

de choses, sans souci je les acquiers, sans souci je

possède, sans souci je les perds. Je ne suis pas assez
ramolli, assez mort pour

me renfermer
Ici

et

comme

m'en-

sevelir sous l'ombrage de ces bosquets.
loisir je

Jusque dans ce

trouve à m'occuper.

mon

esprit agit dans

l'inaction, travaille

dans
:

le repos.

Quelqu'un a

dit

je ne suis jamais moins seul que

lorsque je suis seul, moins oisif que lorsque je n'ai rien
Cl

faire ; parole admirable de vérité et qui, j'oserais l'affir:

mer, a été inspirée par les jardins

car

ils

sont préparés

pour l'âme aussi bien que pour
celle-là autant

le corps,

pour récréer
pour nous

que pour reposer

celui-ci, et

fournir une retraite salutaire contre les soucis et les
agitations.

Les hommes

te sont-ils

fâcheux?

ici

tu seras

chez

toi.

Le

travail t'a-t-il épuisé? tu retrouveras des
le

forces

ici,

repos de l'âme te sera
l'air

comme une

nourriture, et où
nouvelle.

plus pur te soufflera une vie

Vois-tu les anciens Sages?
jardins.

Ils

ont habité dans les

Et aujourd'hui que font

les

âmes

instruites et

savantes? Elles se délectent dans les jardins. C'est au
milieu des jardins qu'ont été médités la plupart de ces
19

qu8e lïiiramur, et quse
tus abolebit Viridi
.

294


séries autsenec-

nuUa temporum

illi

Ljcœo tôt dissertationes de natura
Academise
,

debemus

,

iimbriferse

de moribus

:

et

ex

liortorum spatiis difFusi uberes

illi

Sapieiitiae rivi qiios

bibimus, et qui fœcunda diluvie orbem terrae inundarunt. Scilicet attollit
se

magis erigitque ad

alta iste
:

animiis, cuin liber et solutus videt

suum cœlum

quam

cum sedium
HiCïriibi vos

aut urbium carceribus tenetur inclusus.

poëtœ duraturum aliquod carmen
liic

paiigite.

hic vos litterati meditamini et scribite.

vos Pbilo-

sophi de tranquillitate, de constantia, de vita et morte
disputa te.

En

Lipsi, quse vera

bortorum usio

et finis,
:

otium inquam, secessio, meditatio,

lectio, scriptio

et

ea tamen omnia velut per remissionem et perlusum. Ut
pictores, louga intentione hebetatos oculos.

ad spécula
de-

quaedam

et virores

coUigunt

:

sic

nos bic

animum

fessum, aut aberrantem.

Et cur celem

te

meum

institutum

?

Pergulam illam
mihi domus
est,

topiario opère vides? Hsec

Musarum

liœc Sapientiae mese

gymnasium

et palsestra. Illic aut
:

séria arcanaque lectione pectus impleo

aut semente
ut tela qu£e-

quadam obsero bonarum cogitationum. Et
dara in armamentarium, sic ex
iis

praecepta in

animum


écrits

295

divins

que nous admirons, qu'aucun laps de

temps,

qu'aucune vieillesse ne feront pâlir. C'est au

verdoj^ant Lycée que nous devons tant de dissertations

sur la Nature, et aux ombrages de l'Académie tant
d'autres -sur les

mœurs

:

c'est

du sein des jardins que
la

se sont écoulés tous ces fertilisants ruisseaux de

Sagesse, auxquels nous nous
ont répandu sur le
tion.

sommes abreuvés

et qui

Monde

entier

une féconde inondaet se dresse plus
elle voit

Notre âme

s'exalte

davantage

ferme vers

les choses élevées,

quand
elle est

librement
lors-

et sans contrainte le ciel

dont

émanée, que

qu'on la tient séquestrée dans cette prison des édifices
et des villes.

Là, vous poëtes, composez-moi quelque
lettrés,

chant immortel; vous

méditez et écrivez; et

vous philosophes, discutez sur la tranquillité, sur la
constance, sur la vie et sur la mort. Voilà, Lipse, le
véritable but, le véritable usage des jardins
:

le repos,
:

la retraite, la méditation, la lecture, l'écriture

et tout

cela cependant
peintres,
tion trop

comme une
ils

récréation et un

jeu.

Les

quand

ont les yeux fatigués par une attenles reposent sur
:

longtemps soutenue,

de cer-

tains reflets et des surfaces vertes

de

même

nous

reposons

ici

notre esprit fatigué ou agité.
te cacherais-je

Et pourquoi

mes habitudes? Vois-tu
le séjour

ce berceau formé par l'art du jardinier ? C'est

de

mes Muses,
Là, tantôt je

le

Gymnase et la Palestre de ma Sagesse. remplis mon cœur par une lecture sérieuse
germes des bonnes penon renferme
les

et solitaire, tantôt je plante les

sées qu'elle m'a suggérées.

Comme

armes dans un arsenal,

ainsi je

dépose dans mon âme


recondo
:

290


mox
contra vim varietaquoties

quse prompta milii

temqiie Fortuuœ. Iiitra

eam

pedem penetravi
:

emanere

viles

omnes servilesque curas jubeo

et erecto

quantum

licet capite,

studia profanae plebis despicio, et

magnum

hoc in rébus hominum inane.
et

Homiuem imo
rapi igneis

ipsum exuere mihi videor,
Sapientise

in

altuni

quadrigis.

An

illic

angi

me

censés,

quid

Celtse, quid Celtiberi

moliantur? quis sceptrum Bel?

gicag teueat, aut amittat

Asiœ tyrannus

classe nobis

aut terra minetur^ aut denique
fpdd suh arcto

Rex gelldœ

meditetur orce

'?

Nihil horum. munitus et clausus contra externa, intra

me maneo
Deo

:

à curis omnibus securus prâeter unam, ut

fractum subactumque hune
subjiciam,
et

animum
meus

rectse Rationi ac

animo cœteras res humanas. Ut
dies venerit, fronte
:

quandocumque

fatalis ille et

composita nec mœstus
vita

eum excipiam abeamque ex hac
ut emissus. fructus.

non ut

ejectus, sed
hi

Hsec muginatio

mea

in hortis. Lipsi,

quos non permutem

(quamdiusanamihi mens) cum omni gaza Persarum aut
Indorum.

les préceptes

297


dans

que

j'ai

recueillis

ma

lecture, puis-

sant secours contre la violence et la variabilité de la

Fortune. Chaque

fois

que je pénètre sous ce berceau, je

commande
vilés

à toutes les préoccupations basses et serà en sortir,
les
et, la tête

d'a-voir

haute, je jette un

regard de mépris sur
et sur tout ce

passions de la plèbe profane
Il

grand vide des choses humaines.

me

semble que moi-même je dépouille l'homme, que je suis
ravi au Ciel sur le quadrige de feu de la Sagesse. Croistu que je m'inquiète alors de ce qu'entreprennent les

Celtes ou les Celtibères

?

que

je

me demande
que
le

qui laisse

tomber ou qui ramasse
je

le

sceptre de la Belgique? que

me

tourmente dans

la crainte

tyran de l'Asie

ne nous menace par mer ou par terre? ou que je
soucie des projets que
le

me
bien

Roi du Nord médite sur ses
clos,

rivages glacés? Rien de tout cela. Bien

abrité contre les choses du dehors, je demeure en moi-

même, préoccupé du

soin unique de

soumettre à

la

droite Raison et à Dieu
esprit toutes les choses

mon

esprit dompté, et à
:

mon

humaines
fatal, je

afin que, lorsque

pour moi viendra

le

jour

ne l'accueille pas avec

un visage
vie

triste et

composé,

et

que je sorte de cette
Voilà,
;

comme un
que j'y

envoyé, non
je

Lipse,

comment

comme un banni. me délasse dans mon jardin
que j'aurai

voilà

les fruits

cueille, et, tant

l'intelligence

saine, je ne les échangerai pas contre tous les trésors

de la Perse ou de l'Inde.

298

CAP. IV.

Ad

sapientiam igitur abhortalio.
.

fer eam ad

Constantiam

teniri

et serio

monitajuventus, ut sérias Philosophm Utteras
illis et

cura amœ/iioribus

liheralihus conjungat.

Dixerat Langius.
stanti

et

postremo

illo

tam

alto et cojiin

sermone, vere fateor, dederat

me

stuporem.

qiiem tamen abrupi,
et

te felicem, inquiens, otii pari ter

curarum

!

et ô vix

hiimaiiam in homine vitam
fas
:

!

quam

utinam parte aliqua imitari mihi
ista serpere, etsi

et

per vestigia

longo intervalle.

Langiiis velut castigans, Imitari? inquit, imo superare. nec sequi tibi

solum hic
in
:

jus,

sed praeire.

Parum

enim, Lipsi

,

parum

hac Constantiae

et Virtutis via

ipsinospromovimus

nec fortibusbonisque pares adhuc

sumus, sed projecte mollibus aut malis paullo fortasse
firmiores.

At tu cujus végéta

et alta indoles,

accin-

gere. et

me

duce, viam hanc ini quae recta ad firmitu:

dinem

et

Constantiam ducit

Via quam

dico, Sapientia

est; cujus sequabilem et tranquillam orbitam, quaeso

moneoque, ne ultra fugias calcare. Litterae
tenus cordi et

tibi

hac-

novem

istae dese ? placet. scio

enim amoe-

niore hac et oxterna doctrina excoli et praeparari prius

animum

debere, non ante idoneum cui divina semina
.

committantiir

sed illud non placet,

si

in his adha?-

299


IV.
on arrive à la Constance.

CHAPITRE
Exhortation à
la Sagesse:

que par

elle

Avertissetnent à la jeunesse qiùlle doit unir V étude sérieuse

de la PhilosopMe à
libéraux.

celle

plus agréable des lettres

et des arts

Langius avait
ferme
et si élevé,

fini
il

de parler,

et,

par ce discours

si

m'avait, je le confesse, plongé dans
la secouai

une véritable stupeur. Je
dis
:

cependant

et je lui

mille fois heureux et par vos loisirs et par vos
vie à peine

travaux!

humaine dans un homme! Comde loin!

bien je voudrais vous imiter en quelque point, et m'avancer sur vos traces,

— M'imiter,
ser
!

môme

reprit

Langius? Bien plus,
ici

II

ne

s'agit

pas seulement

mais de

me

précéder.

Pour moi,

me surpaspour toi de me suivre, Lipse, je me suis peu,
et les sages,

trop peu avancé sur la route de la Constance et de la

Vertu. Je suis bien loin d'égaler les forts

mais

je suis peut-être

un peu plus ferme que ceux qui
toi,

sont lâchement faibles ou méchants. Mais

dont
et,

le

caractère est énergique et élevé, ceins tes reins

sous

ma

conduite,

marche tout

droit dans cette voie qui con-

duit à la fermeté et à la Constance. Cette voie dont je
te parle est la

Sagesse. N'hésite pas plus longtemps à

t'engager franchement dans cette route unie et tranquille, je te le conseille et je t'en prie.

Que

tu continues

de cultiver les lettres et les neuf sœurs, je

le

veux bien.

Je sais en

effet

que

l'esprit doit être

d'abord cultivé et
et plus

préparé par cette science extérieure

aimable,

rescis,

300


,

eaque una

libi

studiorum

quod

dicitur

,

prora

et puppis.

Rudimeiita enim hsec nostra esse debent,
:

non opéra
disses,

via,

non meta. In convivio

aliqiio si asse-

non bellaria solum

et placentas gustares,

credo

:

sed stomacho'fulcimentum aliquod dares cibi firmioris
in

:

hoc publico doctrinarum epulo, cur non idem
illa

fît?

cur inquam ad

oratorum

et

poëtarum mella, non

adjungis liane firmiorem Philosophiae

dapem?

Non enim deseri
sed hanc adseri
:

illas

volo (ne tacitus

me

calumniere)

et

solutas per se fluentesque
ita

Nymqui

phas temperari hoc severiore, ut
Proci
relicta
tibi sit,
illi

loquar, Baccho.
ridentur,
:

apud Homeram non

injuria

Pénélope convertere se ad ancillas
ne spreta
illa

cave idem
in

rerum domina, ardeas tantum

ejus administris.

Pulchra hsec laudatio,

virum doc!

tum

!

sed

illa

melior,

virum sapientem

et ista op-

tima,

virum bonum!
non
scire

Has sectemur
velimus
,

:

et per tôt

labores

tantuni

sed

Sapere

et

Facere.

ail

vêtus et verus versus.


car miparavant, selon
le

301


saint Augustin,

mot de

Un est

pas apte à recevoir
ne puis

la

souiFrir, c'est

semence divine. Mais ce que je que tu t'y attaches de manière à
et ta

en faire ton unique étude, ta proue
l'on dit.

poupe,

comme

Ces études doivent être notre apprentissage,
le

non notre œuvre;

chemin, non

le

but. Si tu étais

assis à quelque festin, tu ne te contenterais pas, j'ima-

gine, de goûter

aux sucreries

et

aux gâteaux, mais tu
de quelque aliment

donnerais à ton estomac
plus solide
:

le soutien

pourquoi n'en fais-tu pas autant à ce ban-

quet public delà science? Pourquoi, au miel des orateurs
et

des poètes, ne joins-tu pas la nourriture plus
?

forti-

fiante de la Philosophie

Cependant, ne

me

calomnie pas dans ta pensée. Je

ne veux pas que tu désertes tes études ordinaires. Je

veux seulement que tu y ajoutes
que ces Nymphes un peu libres

celle

de la Sagesse, et

et relâchées

par

elles-

mêmes,

tu les tempères en leur associant ce

Bacchus

plus sévère.

On

rit

avec raison en voyant dans
les servantes

Homère
:

les chefs délaisser

Pénélope pour

prends

garde d'agir

comme

eux, de mépriser cette maîtresse

des choses et de t'enflammer d'amour pour celles seule-

ment qui sont destinées à
quel savant
cette autre
celle-ci
: !

la servir. Dire d'un
;

homme,
est

c'est
:

une belle louange
!

mais plus belle

quel sage

et la meilleure
!

de toutes est

quel

homme

de bien
:

Efforçons-nous de les

mériter toutes les trois

que notre but dans tant de
le savoir,

travaux ne

soit

pas uniquement

mais la Sagesse
la

et l'Action.
dit

Savoir

n'est rien, si

Von n'y joint

Sagesse,

avec vérité un vieux poète grec.


Qaam
se

302


litterariim? quidam,
:

mulli hodie in hoc nostro Musicocœtu, qui et
et

dedecorant,
flagitiis

omne nomen

quia

et sceleribus

cooperti

plerique, quia

vani, levés discunt
?

<j.z-iwzo:,

et nullius

seriœ curse. Linguas

sedlinguas tantum. Grsecos Latinosquescrip?

tores intellegunt

sed intellegunt tantum.

et

quod Anaeos

charsis scite olim de Atheniensibus dixit,

Nwmnis

utiduntaxat ad niunerandum:

sic isti scientia,

adscien:

dum. Vita3 factorumque adeo nulla cura
quoque judice, non frustra
audiant,
litterœ
in

est

ut,

me

vulgus

maie

tanquam ad nequitiam magistrae.

Atqui

ad virtutem

ea?
,

sunt
cui

,

si

légitime utare,

Sapientiam

modo adjunge

prœparare ingénia
,

nostra litterae debent, non detinere ea
dicare.
nisi

aut sibi vinferunt,
istae

Ut enim arbores quœdam fructum non
velut maribus adsitse
:

aliis

non item

tuse

virgines, nisi

cum

virili

Sapientiœ robore conjunctae.
:

Quid Tacitum mihi corrigis
data est
?

si

vita tua inemen:

Quid Tranquillum

illustras

cum

tu

in

errorum tenebris. Plauto notas aut maculas studiose
eluis
:

cum animum sordescere

pateris et squalere?
:

Transi aliquando ad meliores curas
para,
qu;,T3

et

doctrinam
sit,

non

in

pompam

tibi

speciemque

sed in


Combien

303


dans notre

n'y en a-t-il pas aujourd'hui,

orchestre des Muses, qui se déshonorent et qui désho-

norent avec eux

le

nom même
plus grand

des lettres? Quelques-uns

parce

qu'ils sont
;

plongés dans la débauche et couverts

de souillures
vains, légers

le

nombre parce

qu'ils sont

comme

des météores, incapables de tout

soin sérieux. Apprennent-ils les langues? Ils n'appren-

nent que les langues.
grecs et latins?
Ils

Comprennent-ils les écrivains
et,

ne font que les comprendre;
Athéniens
la

comme Anacharsis
ne se servaient de

disait autrefois des

qiCils

la

monnaie que pour
en prennent

compter, eux

ne se servent de la science que pour savoir. Quant à leur
vie et à leurs actions,
ils
si

peu de souci,

qu'à

mon jugement le

vulgaire paraît autorisé à voir les

lettres

de mauvais œil,

comme

si

elles étaient des

maî-

tresses de perversité.

Et cependant, au contraire,
la Sagesse. C'est

elles

mènent à

la vertu

lorsqu'on en fait un légitime emploi. Joins-y seulement

pour

elle

que

les lettres doivent préet se les attacher

parer nos esprits, mais non les retenir

d'une manière absolue. Certains arbres ne portent de
fruits

que

lorsqu'ils

sont plantés

dans

le
:

voisinage

d'autres arbres mâles qui les fécondent

ces vierges

que tu chéris sont de

même,

tant qu'elles ne sont pas

unies à la force virile de la Sagesse. Pourquoi corriger
Tacite,

quand tu ne peux corriger
tu

tes propres défauts?

Quelle idée d'éclaircir Suétone par tes commentaires,

quand

ne sais dissiper

les ténèbres

de tes erreurs?

Que vas-tu purger minutieusement Plante de ses tc\ches, quand tu laisses ton âme toute rugueuse de souillures


rigat, quee

304


tibi cor-

nsum. Ad Sapieiitiam convertere; quse mores

aiiimum turbidam sordidumque tranquillet

et illustret. Illaest,

quœ

virtiitemimprimere,
:

qiiae

Contibi

stantiam suggerere potest
aperire Bonse Mentis,

illa sola,

quae templuni

CAP. V.
fS'apîentiatn

non rorenclo, sed conando acquiri. Redilum in

ser-

moncm

de Constantin. Cwpidineni discendi,

honum

esse in

adolescentia signum.

Ardorem
et,

milii injecit
te,

ea admonitio
sejiex,

:

quem non celavi.
:

Animo sequor

mi

inqiiam

quando

factis?

qiiis erit ille dies,

qui

me solutum
?

his curis in sapien-

tiœ verse orbita sistat

qui per

eam ad Constantiam

dacat?

Langius velut increpans, Itane voves potius
facis
?

,

quam

inquit,

vane prorsus
ille in

et

ex more vulgi.

Non

enim, ut Caeneus
siit,

fabulis è fsemina in

virum tran-

optando

:

sic tu votis, è fatuo in

sapientem, é levi

in

conslantem. Addas istuc operam oportet, et

Manum

moveas, quod aiunt, una cum Minerva. Qusere, lege,
disce.


et

305

de malpropreté
:

!

Passe quelquefois à des soins meil-

leurs

prépare-toi une doctrine, non d'apparence et

d'ostentation, mais qui serve à ton usage. Tourne-toi

vers la Sagesse. Qu'elle corrige tes

mœurs;

qu'elle

apaise le, trouble,

qu'elle

éclaire les

obscurités

de

ton esprit. Elle seule est capable d'imprimer en

toi la

Vertu, de te suggérer la Constance;
t'ouvrir le temple de la droite Raison.

elle

seule peut

CHAPITRE
Qu'on acquiert
la Sagesse

V.
non par des xœux.
le de'sir

par des

efforts,

Retour au discours sur
est

la Constance. Que un Ion signe dans un jeune homme.

d-apprendre

Cette admonestation m'inspira une ardeur que je ne

songeai pas à dissimuler, et je dis

:

mon

vénérable ami,

me

voici.

Je suis prêt à vous suivre avec courage.

A

quand

les faits?

Quand viendra

le

jour où, dégagé de
le terrain

tous ces soins, je serai solidement établi sur

de la vraie Sagesse

?

Quand

arriverai je ainsi

à la

Constance

?

Langius reprit comme en

me gourmandant
!

:

Com-

ment Des souhaits
!

et

non des actions

c'est la

manière

du vulgaire

et elle

ne mène à rien. Penses-tu donc que,
la fable qui n'eut qu'à le souhaifille

comme
ter

cette

Cœnis de

pour être métamorphosée de

en garçon,

tu

n'auras aussi qu'à le désirer pour devenir sage au lieu
d'insensé, constant

au

lieu

de léger?
l'on dit,
lis,

Il

faut que tu

y

ajoutes l'œuvre,

et,

comme

que tu v mettes la

main avec Minerve. Cherche,

apprends.


Ego

306


inquam
:

excipieus, Scio, Langi,

sed tu quoque,

sodés, adde operam, et filum illud liesterni sermoiiis

pertexe, quod invitatio maie abrupit.

Ad

Constantiam,

inquam, redi

:

cujus intermissum sacrum sine piaculo

non

diiFers.

Langius capite

leviter

ahnuens

,

Ut ne includar
:

ite-

rum
certe

in

hune ludiim?

inquit.

non faciam Lipsi

non

in

hoc loco, quem

otio

meo

scire

debes, non

negotio consecratum. Denique alias decurremus illum

cursum.

Imo nunc, inquam ego,
sermoni aptior, quam
illa

et quis locus sapienti

huic

Sapientiae tuae

domus? Perest
;

gulam hanc
et

dico. quae mihi

quidem velut templum
:

mensula

in ea,

tanquam ara

ad quam sedentes,

rite

faciamus huic Divae. Deuique capto etiam ex ea omen.

Quodnam
Istud,

illud? ait

Langius.
ii

inquam. Ut

qui in taberna

aromatum

aut

unguentorumsederunt, in vestibus

ipsis referunt

secum

odorem
tiae

loci

:

sic

mihi spes

,

ut halitus aliquis Sapienejus officina.

animo adhaerescat, ab infessa hac

Langius ridens; Vereor
sit,

ut in

tam

levi

omine pondus
dissimulo.
hic

inquit

:

tamen, Lipsi, eamus.
excitât et cale

Non enim

me quoque

jam

facit

tam ingenuus

ardor, Atque ut aquileges,

cum mane halitum quemdara


J'insistai
:

307


le
fil

Je

le

sais,

Langius; mais vous aussi,
de

de grâce, mettez- j la main avec moi et renouez

votre discours d'hier, brisé par cette malencontreuse invitation.

Revenez à

la

Constance. Vous ne pourriez, sans

sacrile'ge^ différer d'accomplir le sacrifice

interrompu.

Langius
répondit
:

fit

de la tête un signe léger de négation, et
j'aille

Que

m'emprisonner encore dans cet

exercice? Je n'en ferai rien, Lipse, à tout le moins dans
le lieu

consacré, tu dois le savoir, à

mon

loisir et

non

au

travail.

Plus tard

et ailleurs

nous reprendrons cette

causerie.

— Non,
semble

dis-je,

non, point de retard. Et quel lieu fut
le

jamais plus propice pour ce sage entretien que

séjour

de ta Sagesse? j'entends par là ce berceau qui

me

comme un
autel.

temple, et la petite table du milieu
et faisons, suielle

comme un
vant

Assejons-nous auprès,

le rite,

nos dévotions à la Déesse. Et déjà

m'envoie un heureux augure.

— Et lequel? Langius. — Le de même que ceux qui
dit

voici

:

se sont assis

un

peu de temps au milieu des aromates, dans la boutique
d'un parfumeur, emportent l'odeur dans leurs vête-

ments, ainsi

j'ai l'espoir qu'il

restera sur moi quelque

chose de ta Sagesse pour m'être assis dans cette officine

de la Sagesse.

Langius
soit d'un

dit

en riant

:

je doute fort

que cet augure
allons. Je ne

grand poids. Cependant, Lipse,

dissimule pas que l'ardeur de ton naturel m'excite et

me

réchauffe

moi-même. Comme les

sourciers,

quand

ils

voient le matin un léger brouillard sortir de la terre, y


tium aquarum
:

308


liabeiit laten-

erunpeiitem è terra vident, iiidiciiim id
sic

mihi de fœcunda scaturigine vir-

tutum spes,

iibi

in adolescente praeit et elucet cupiditas

hsec discendi. Et
et induxit. Ille

cum

iis

verbis duxit-ad pergiilam me,

ad mensulam adsedit.

Ego

prius ad pueros conversus,
:

Heus

vos, inquam,

state, observate

ostium illud imprimis obserate. Atque
si

auditis

?

Vita à vobis exit,

viviis

quisquam hue

init!
:

Non
non,

virum, non canem, non
si

fœminam

admitti volo

venerit,

Bonam Fortunam

ipsam. Et

cum

dicto

adsedi

Sed Langius largiore
gessisti? inquit.
ita

risu,

Sceptrumne
prorsus
et

tu

usquam

basilics?

severae tuae

edictiones.

Nimirum, inquam ego, ab
mihicavi.

liesterno infortunio jure

Tu

perge,

cum

deo.

CAP. VI.
Pro Constantia tertium argumentum ah
esse,

Utlli.

Clades honas

Originem intuearc sive F'uiem.
et

Originem enim à deo

sumere, qui œtermim
nullius mali.

immutabilitcr Jjonws; ideoque caussa

Langius non diu meditatus,

sic insit.

In

sermone

quem de Constantia

lieri

cœpi, Lipsi, à constantia non

309


même
je
,

reconnaissent un indice d'eaux latentes, de
conçois l'espoir d'une abondante source

de vertus

quand, dans un jeune homme, éclate
passion d'apprendre.
duisit

et

domine une
il

telle

En
fit

disant ces mots,

me

con-

au berceau, m'y

entrer, et s'assit

lui-même

près de la table.

Mais moi, me tournant d'abord vers
je m'écriai
:

les domestiques,

holà! vous autres; restez-là, veillez, tenez
Il

surtout la porte fermée. M'entendez-vous?
votre vie,
s'il

y va de
femme,

pénètre

ici

un seul

être vivant. Je vous
ni chien, ni

défends de laisser entrer ni
fût-ce la

homme,

bonne Fortune en personne.

Et, après avoir

donné

cet ordre, je m'assis à

Langius
le sceptre
si

riant

aux

éclats

mon tour. me dit As-tu donc
:

porté

quelque part, que tes commandements sont
si

absolus et

sévères
;

?

Non, répondis-je mais
Langius, poursuivez,
et

j'ai

bien

le

droit de prendre
d'hier.

mes précautions contre mon infortune
Dieu vous
soit

V^ous,

en aide!

CHAPITRE

VI.

Troisième argument pour la Constance: V Utilité. Que

les fléaux

sont hons, à les considérer dans leur origine ou dans leur but.
Qu'ils ont leur origine en Dieu, éternellement et immuable-

ment
mal.

bon, et qui ne

peut conséquemment

être la cause d'aucun

Langius, après
ainsi
:

s'être
le

un moment
faillirai

recueilli,
j'ai

débuta

En

continuant

discours qu'hier

commencé
20

sur la Constance, je ne

pas à la Constance. Je


abibo
:

310


et limites

ordinem eumdem exsequar,
finivi.

tenebo

quos semel
facta, quse

Quatuor, ut

scis, velut

agmina mihi

pro ea in Dolorem Abjectionemque pugna-

rent

:

è quibus priera duo,

quœ de Providentia
satis,

et

Neet

cessitate,

jam produxi

:

docuique
:

superne

a

deo mala Publica immitti nec vitari ulla fuga.

itemque necessaria ea esse,

Instruam nunc igitur agmen tertium, quod Utilitas
ducit
:

et in
si

quo

legio,

quam

recte dixerim Adjutricem.
et

Agmen,

inspicis,

validum

callidum

:

quod nescio
et

quo modo

illabitur et insinuât se in

animos,

blanda

quadam
irrumpit

vi vincit
:

non

invitos. Irrepit
:

enim potius, quam
facile duci

suadet, non cogit

et

tam

nos ab

Utilitate patimur,

quam à

Necessitate trahi

Hanc,tibi, Lipsi, etmollibustuis copiis nuncoppono.
Utilia

enim sunt, hsec quse patimur Publica mala
fructu

:

et

cum

interne nostro

commodisque conjuncta.
si

Mala autem? imo Bona
nionum
vélo,

verius,

remoto hoc Opiréfères
et

ocuîos ad
ille,

Ortum eorum
:

ad

Finem. Quorum

à bono

hic,

in

bonum. Origo
mihi dictum et
solum,

enim certe harum cladium (herè
doctum) à deo
:

satis

id est,

non ab ipso

SummoBono


suivrai le

311


me
renfermerai dans les
établies.
,

même

ordre, je

mêmes
je t'ai

limites

que j'avais d'abord

annoncé quatre arguments qui

Tu le sais, comme quatre
elle

corps d'armée, devaient combattre pour

contre la

douleur et l'abattement. Les deux premiers, ceux de la

Providence
Je
t'ai

et

de la Nécessité, je les

ai déjà produits.

suffisamment appris que les

maux

publics nous

sont envoyés d'en haut par Dieu
qu'ils

même, conséquemnient

sont nécessaires et ne peuvent être évités par
fuite.

aucune

Je disposerai maintenant

mon
et

troisième corps d'ar-

mée, que

l'Utilité

commande,

dans lequel

est

une

légion que je puis appeler Supplémentaire. Si tu passes

en revue
vigueur

le front

de bataille, tu
à la
fois,

le
il

trouveras plein de
se glisse je ne sais

et d'habileté
il

car

comment,

pénètre dans les âmes avec une sorte de vaincus dociles à leur
il

force caressante qui rend les
défaite
;

il

s'insinue plutôt qu'il n'entre de force;
:

per-

suade et ne contraint pas
facilement conduire par
Nécessité.
C'est elle, Lipse,

car nous nous laissons aussi
l'Utilité

que traîner par la

que maintenant j'oppose à tes troupublics que nous subissons,
ils

pes amollies. Ces

maux

tournent à notre profit intérieur et à notre avantage.

Pourquoi

les

appeler des

maux?

Il

serait plus exact de

les appeler des biens, et tu le reconnaîtras si, écartant
le voile

des opinions, tu examines leur origine et leur
ils

but. Ils viennent du bien,
certain, je te
l'ai

tendent au bien.

Il

est

assez dit et démontré hier, que
c'est à dire

l'ori-

gine de tous ces fléaux est dans Dieu,

dans


sed

31-2


A quo
non
sit

bonorum omnium
est ut

auctore, capite, fonte.

magis

malum

aliquod emanet,

quam
:

ut

malus

ipse. Beuefica

tantum

et salutaris illa vis
:

quce leedere

a^que speniit, ac kedi
est,

et cui

una sumraaque potentia
illi

prodesse. Itaque etiam prisci
illud

tenebriones, cuin
,

superum

numen mente

conciperent

recte

à

juvando dixere Jovem.
irasci,
et
lisec

An

tu exasperari

eum

censés et

velut noxia

qua3dam

tela spargere in
ultio

humanum
adfectus

genus? Erras.
:

Ira, vindicta,

humani

nomina sunt
in imbecillos.
illa

et

nata ex imbecillitate, cadunt

tantum

Persévérât autem aeternum in
:

beniguitate sua
gerit

mens
velut

et ista ipsa

aspera quae sug:

aut
re

ingerit,

medicamenta sunt

sensu

tristia,

salubria et eventu.
:

Homerus

ille

Philosoe'/ri

phorum
xaxo'j

recte
:

b oï heb^ ixtj^sv

xaxôv -oier, ojo àv -'.vw
facit, acleo

a'.T'-ov

Deus
.

nihil

rnalum

non ipse mali
:

alicujus causa

Et meliusimpressiusquenoster Sapiens
henefaciendi ? natura
:

Quœ causa
putat
illos

est dits

Errât,

si

quis

nocere

velle,

velposse, nec accipere injuriam
est

queunt, nec facere.

Primus
illis

deorum

cidtus,

deos

credere

:

deinde, reddere

majestateni suam, redest.

dere bonitatem, sine qua nulla majestas
esse qui prœsident

Scire

illos

mundo, qui universa

ut

sua tempéetiam

rant, qui

hwnani generis

iutelarn gerunt, curiosi

singidorum. Hi nec dant malum, nec hahent.


Celui qui, non

313

le

seulement est lui-même
le

souverain

Bien, mais qui est aussi l'auteur,

chef et la source

de tous les biens.

Il

n'est pas plus possible
lui, qu'il n'est

que quelque

chose de mal émane de

possible qu'il soit
et

mauvais lui-même. Cette force
salutaire
:

n'est

que bienfaisante
ni être blessée
;

elle

ne veut ni blesser

sa

puissance suprême et unique,

c'est d'être utile.

C'est

pourquoi ces anciens eux-mêmes, malgré

les ténèbres

épaisses qui les enveloppaient encore, dès qu'ils ont

conçu dans leur esprit

l'idée

de cet Etre suprême, de Jupiter, Jovis
,

lui

ont donné à bon droit le
vient

nom

qui

de juvare,

aider.

Penses-tu que

Dieu

puisse

s'exaspérer, se mettre en colère, et, par colère, lancer

sur le genre humain tous ces maux, uniquement pour
faire

du mal? Tu

te

trompes

alors.

La

colère, l'envie

de châtier, la vengeance, tous ces termes désignent des
passions humaines, qui, nées de la faiblesse, n'appartiennent qu'aux faibles.

Mais

la

divine

Intelligence

persévère éternellement dans sa bonté. Tous ces fléaux

auxquels

elle

nous expose, ou

qu'elle

nous impose,

sorit

comme
et

des remèdes, amers au goût, salutaires en

fait

par l'événement. Platon, l'Homère des Philosophes,
dit justement
:

a

Dieu ne

fait rien

de mal; donc

il

ne

peut être la cause d'aucun mal. Et notre sage Sénèque a
dit

mieux encore
les

et

avec plus d'énergie
bien?

:

Par

quelle
C'est

cause

Dieux font

ils le

par leur natw^e.

une erreur de supposer
7iuire,

qu'ils veulent

ou quils peuvent

recevoir des injures ou en faire.
c'est

hommage à rendre aux Dieux,
Dieux;
le

Le premier de croire aux

second

c'est

de ^reconnaître leur Majesté, de

314

CAP. VIL
Finem
item cladium semper dirigi in lonum,
etsi

sape ea per
et tern-

noxios homines, et noxœcausa administra tœ. Sedfrangi

perari eormn vim à deo.
tergue dictum cur

flecii

omnia in nosinim usum.
iis

ohi-

Malorum

opéra in

Deus utatur.

Origine igitur Clades bonse

:

aio etiam Fine, quia

ad bonum

directse
:

semper

et

Salutem. Occurris mihi

tacitus, scio
et caedes,

et

quomodo?

inquies.

nonne bella heec

clare

scopum nocendi habent Isedendique?
si

Habent, fateor,

homines spectas

:

non habent,

si

deum.

Quod

ut plane et plene capias, opus mihi illato quo-

dam lumine
aliae

distinctionum. Duplices divinae Clades
aliae

:

Merœ,

Mixtae.

Meras

appello, qlve

pure a

DEO SUNT, SINE INTERVENTU ULLO HUMAN.E MENTIS AUT
MANUS. MixtaS,

QU^

A DEO QUIDEM SED PER HOMINES
,

ADMiNiSTROS. ilHus gcnens sunt

Famés,

Sterilitas

Terrae motus, Terrse labes, Inundatio, Morbi, Mortes.


Majesté;
c'est

313


il

reco7inaUve leur Bonté sans laquelle

n'est iioint

de

de savoir qiC eux seuls président au monde,

gouvernent l'universalité des choses comme leur domaine,
gèrent la
tutelle

du genre humain
le

et

prennent soin de

chacun des hommes en
peut venir des Dieux,

particulier. Rien de

mal ne

mal

n'est

pas en eux.

CHAPITRE
Que
le

VII.
le

lut des calamités publiques tend toujours vers
elles soient

Mm,

quoique souvent

l'œuvre d'hommes malfaisants et
et

animés du désir de mal faire. Que Dieu irise
violence.

tempère leur

Que

tous

les fléaux tourtient

à fiotre utilité.

En pas-

sant, j^our quoi

Dieu

se sert des onéchants

dans

les

calamités.

Donc
leur
fin,

les calamités publiques sont

bonnes dans leur

origine. Je dis

qu'elles sont

également bonnes dans

toujours dirigée vers le bien et vers le salut.

Tu
ils

te

révoltes intérieurement, je le sais.

Eh

quoi

!

diras-tu, toutes ces guerres, tous ces massacres n'ont-

pas évidemment pour but de nuire
oui, j'en conviens, cela est vrai
est

et

de faire du

mal?

quant aux hom-

mes; mais cela

faux quant à Dieu.

Pour que
ment,
j'ai

me comprennes nettement et complètebesoin d'éclairer ma pensée par quelques distu

tinctions. Il

y a deux ordres de fléaux

divins, les

uns

simples, les autres mixtes. J'appelle simples ceux qui

VIENNENT PUREMENT DE DIEU, SANS AUCUNE INTERVENTION DE l'intelligence OU DE LA MAIN DE l'hOMME, et

mixtes ceux qui a la a^érité viennent de dieu, mais

PAR le ministère DES HOMMES. Au premier Ordre appar-


Istius,
illis

316


Cœdes. In
quia haustse è purissimo

Tyrannides,

Bella, Oppressiones,

pura omnia

et liquida,

fonte, in istis,

sordium admixtum aliquid non negave-

rim, quia lapsse et derivatae per

impurum hune Adfec:

tuum canalem. Homo
noxa
et

iis

intervenit

quid miraris,

si

peccatum? Illud mirare potius, quod tam proest, ut illam

vida dei benignitas

ipsam noxam
in

in salu-

tem nostram

vertat, et

peccatum

bonum.

Vides tyrannum illum, qui minas spirat etcaedem? cui
voluptas nocere est? qui perire ipse optet,
Sine, aberrabit à sua mente
:

dum

perdat?

et

deus occultp quodam

fune inscium

invitumque trahet ad suum finem. Ut

sagitta ad emittentis

scopum pervenit,

sine ullo suo

sensu

:

sic

impii

isti.

Fraenat videlicet
illa vis:

coërcetque

humanam omnem vim suprema
eorum gressus
dirigit

et

exerrantes

ad salutarem banc metam. Ut in

exercitu varii adfectus militum sunt, et hune praeda
incitât,

hune

gloria,

illum odium

;

omnes tamen pro

Victoria et Principe

pugnant

:

sic

omnes

istae

volun-

tates bona3 malseque deo militant, et inter varios fines

venient tamen ad hune, ut sic dicam finium iinem.


éboulements de terre,

317

tiennent la famine, la stérilité, les tremblements et les
les inondations, les maladies, la

mort
pur

:

et

au second
les

les tyrannies, les guerres, les op-

pressions,

massacres. Dans les premiers, tout est
parce
qu'ils

et limpide,
;

découlent de la source la

plus pure

pour

les autres, je
lie,

ne refuse pas de reconparce
qu'ils coulent

naître qu'ils sont mêlés de

et

nous arrivent parle canal impur des passions. L'homme

y

intervient

:

dès lors pourquoi serais-tu surpris d'y
?

voir la malfaisance et le péché

Étonne-toi plutôt de la

Bonté de Dieu,
malfaisance

si

prévoyante qu'elle fait contribuer cette
à notre salut, ce péché à notre bien.

même

Vois-tu ce tyr-ân qui ne respire que la menace et
le

carnage? dont la seule volupté est de nuire? qui con-

sent à se perdre lui-même pourvu qu'il perde aussi les

autres? Attends

:

il

s'égarera de sa propre intelligence
le

:

Dieu par des liens cachés

traînera inconscient, et

malgré
flèche

lui,

jusqu'à ses tins. Ces impies sont
et qui

comme
et

la

que l'archer a lancée,
le

frappe

le

but sans
con-

en avoir

sentiment.

La

force
:

suprême bride

tient toute force

humaine

elle dirige

tous les pas de

ces dévoyés vers

un résultat
est

salutaire.

Comme

dans
diffé-

une armée, chaque soldat

animé de passions

rentes, que l'un cède au désir

du butin,

l'autre à l'amour

de la gloire, un troisième à la haine, et ainsi des autres,
et

que cependant tous
:

ils

combattent pour

la victoire et

pour leur Prince

de

même

aussi toutes les volontés
et,

bonnes ou mauvaises militent pour Dieu;

à travers

tous les buts divers qu'elles se proposent, elles arrivent

cependant à la

fin

que Dieu a

fixée,

à celle que j'appel-

lerai la fin des fins.


ipse clades

318


immittit,

Sed cur, inquies, malorum opéra deus utitur? cur
eas bonas non

aut saltem per
,

bonos administros? Curiose nimis, mi liomo
nec scio an arcana
illa

queeris

:

expediam, hoc

scio,

constare

illi

rationem sui
'

facti,

etiam

cum de

ea nihil nobis con-

stat.

Et taraen

qiiid hic

miri,

aut novi? Ecce praeses
agit
:

provincial in

noxium aliquem cum lege

agijubet
familia

per Brutianum, aut lictorem. Pater in

magna
servo id

interdum filium ipse castigat,

est

cum

munus
cur

mandat aut paedagogo. cur deo non idem jus
non
ipse,

sit?

cum visum, sua manu nos
animum

verberet;

cum

aliter

visum, aliéna? Nihil enim hic injuriœ, autnoxse.
ille

Servus

iratus tibi est?
illo

adfert nocendi?

Nihil refert. tu

omisso ad animum respice jubentis.
:

Pater enim certe exactor adstat
tibi

nec plagulam

unam

superaddi sinet, ultra prsescriptum.

Sed cur tamen peccatum hic admixtum,
divinis his sagittis

et

adfixum
et

Adfectuum venenum? Ad asperum
:

arduum me collem vocas
sapientiam potentiamque

in

quem tamen

enitar.

Ut

suam Deus

ostenderet, meliiis

jndicavit (Augustin! verba suntl de malis bona facere.


Mais,

319

demanderas-tu, pourquoi Dieu emploie-t-il

l'œuvre des méchants ? Pourquoi toutes ces calamités que
tu dis bonnes en elles-mêmes, ne nous les intlige-t-il

pas au moins par l'intermédiaire des bons? Ah!
ami, tu en demandes trop
:

mon
la

je ne sais pas

si

je pourrai

démêler ces mystères; mais ce que je
raison de ce que Dieu
fait existe

sais, c'est

que

réellement, alors

même

que nous ne la voj'ons pas. Et cependant, au fond, qu'y
a^t-il

de

si

étonnant

et

de

si

nouveau

?

Le gouverloi

neur d'une province veut
coupable
licteur.
:

faire appliquer la

à un

il

confie cette mission à

un garde ou à un
charge de

Dans une grande
fils,

famille, quelquefois le père
fois
il

châtie lui-même son
cet office

mais d'autres
le

un serviteur ou
pas
le

pédagogue. Pourquoi Dieu

n'aurait-il
rait-il

même
quand

droit? pourquoi ne nous frappeil

pas de sa main quand
d'autrui,
il

le

trouve bon, et par la
Il

main

en juge autrement?

n'y

a là rien d'injuste ou de méchant. Mais ce serviteur est
irrité

contre toi

!

il

apporte dans son

office le désir

de

nuire? Tout cela n'importe en rien. Laisse cet

homme
le

de côté; ne considère que la volonté de celui qui

com-

mande. Le père sera certainement présent à l'exécution
;

il

ne laissera pas ajouter une chiquenaude au châqu'il

timent

a prescrit.
ici

Mais pourquoi

l'intervention

du péché? pourquoi

ce venin des passions attaché à ces flèches divines?

Tu

m'appelles par cette question aux cimes d'une monta-

gne raide
vir.

et escarpée. J'essaierai

cependant de la gra-

Pour montrer sa sagesse

et sa puissance,

Dieu a

jugé préférable, ce sont les termes de saint Augustin,


quam mala
aut melius, qui è malo

320

~
Qiiid

nulla permittere

.

enim eo sapientius

bonum

potest elicere, et reperta
?

ad perniciem vertere ad salutem

Medicum quoque

lau-

das, qui Theriacse suse viperam admiscet, saluberrimo
effectu
:

in

deo cur improbes,

si

pharmaco huic cladium
sine tua

humanas quasdam noxas intemperat,
Decoquit enim certe
virus,
et

noxa?

consumit adjunctum illud omne

arcano quodam Providentiae suae igné. Denique
facit et

ad potentiam ejus hoc

gloriam, quo necessario
ejus exprimat,

omnia

ipse refert.

Quid enim magis vim

quam quod non

vincat solum obluctantes sibi bostes,

sed ita vincat ut ad se traducat, et sua castra? ut pro
ipso militent? ut

arma pro
in

Victoria ejus ferant?
fit,

Quod
non

evenit cottidie,

cum

malis dei voluntas

etsi

à malis
faciunt,

:

cum ea quœ contra voluntatem
ita flectit
,

ejus improbi

ut

non

fiant

tamen

praeter ejus

voluntatem.

Et quod potest insignius miraculum

quam

ut 7,ialos

mali bonos facianti^)? Ecce, ades paullum tu C. Caesar
abi,
et

duo sancta nomina simul conculca, Patriam
tua, te ignare, deo serviet
:

Generumque. Ambitio hœc
imo patriae
f) Boëce.

serviet, contra

quam sumpta. Reparatio enim

3-21

de faire sortir. le bien du mal, plutôt que de ne permettre aucun mal. Qui est en effet plus sage ou meilleur

que celui qui du mal peut faire sortir le bien, et qui tourne au salut ce qui a été combiné pour la ruine? Tu
loues et
-tu

approuves

le

médecin qui mêle la vipère aux

ingrédients delà thériaque et qui obtient ainsi des effets
très salutaires
:

pourquoi blâmerais-tu Dieu de ce

qu'il

mélange de
mal?

même

à cette panacée des calamités publi-

ques quelques méfaits humains qui ne te font aucun
11

est certain

que tout ce virus additionnel est

dis-

sous et neutralisé par quelque feu secret de la Providence. Enfin, Dieu agit ainsi pour sa puissance et pour sa
gloire, auxquelles nécessairement
il

rapporte lui-même

toutes choses.

Comment

sa force pourrait-elle s'affirmer

avec plus d'éclat qu'en remportant la victoire sur ses

ennemis,

et

en la remportant

si
;

bien qu'il les attire euxqu'il les

mêmes
les

à lui et dans son
lui,

camp

amène à porter

armes pour

à combattre pour son triomphe? Et

c'est ce qui arrive

tous les jours, lorsque la volonté de
les les

Dieu s'accomplit dans
les

méchants, quoique non par
choses que les impies font

méchants; lorsque
il

contre sa volonté,

les plie

de

telle sorte

que, cepen-

dant, elles ne transgressent pas sa volonté.

Et quel miracle plus insigne que de faire servir
méchants à rendre ions
ici

les

les

méclumts
:

(^)?

Allons, parais

un

instant, toi,
les

Caïus César

va, et foule à la fois
et
le

aux pieds

deux noms sacrés de patrie
sans que tu
bien plus, elle servira
l'as

de gendre.
saches, elle
ta patrie

Cette ambition criminelle,
servira Dieu
:

même

contre laquelle tu

conçue. Toi, Attila, vole des

_
erit

32-2


Tu
Attila

salusque

Romani

status.

ab extremo

orbe advola, sitiens sanguinis

et pryedaî. râpe, caede,
:

ure, vasta. Ssevitia haec deo militabit

nec aliud

quam
im-

excitatio Christianorum erit, qui vitiis et delitiis

mersi

nimis aut sepulti. Quid vos duo Vespasiani?
:

Judseam Judaeosque perdite
sacram. qua
perii
:

capite et excidite

urbem

fini

^

vos quidem gloriae et propagandi im-

sed erratis. rêvera lictores et satellites ultionis

divinasestis

inimpiam gentem.

Ite
,

:

et qui

Rorase Chris-

tianos morte fortasse

adficitis

Christi

mortem

in

judsea vindicate

(').

Et exempla hœc ab omni yevo obvia, ubi deus per improbas aliorum cupidines, bonam suam voluntatem
exercuit; per aliorum injustitiam, exseruit judicia sua
justa. (^uare
tia3

miremur, Lipsi, re<"onditam hanc Sapien;

vim, non rimemur
si

et

sciamus clades omnes exitu

bonas esse, etiam

coeca hciec

mens non

videat, aut

tarda eo non pertingat. Latent enim nos ssepe veri

earum
non

fines

:

ad quos tamen ignaris nobis pervenient.
fluvii
,

aliter

quam

quidam

,

qui erepti oculis et sub

terram reconditi

feruntur nihilominus ad

suum mare.

suivant, sup(1; Ici venait, dans les premières éditions, le passage primé par Juste Lipse après sa réconciliation avec l'Espagne que prétendez-vous avec votre politique " Vous enfin, duc d'Albe cruelle? Atîermir l'autorité du Roi et celle de votre nation sur la Belgique? Vous aussi, vous êtes dans l'erreur vous n'êtes que le fléau nous n'avons apprécié le et le correctif de la dissolution des Belges
: ,

..

..

:

..

:

3-23


Ta cruauté

extrémités du monde; accours altéré de sang et de rapines; pille, massacre, incendie, ravage tout.

militera pour Dieu. Elle rappellera au devoir les Chrétiens trop plongés et

comme

ensevelis dans les vices et

dans

les voluptés.
?

Que

dirai-jede vous deux, Vespasien

et Titus

Détruisez la Judée et les Juifs; prenez et ren-

versez la ville sainte.

A

quelle fin? pour vous couvrir

de gloire et pour étendre les limites de l'Empire? mais

vous vous trompez en réalité, vous n'êtes que les licteurs
;

et les satellites

de la vengeance divine contre une na-

tion impie. Allez, et vous qui, dans

Rome,

peut-être

avez frappé de mort des Chrétiens, vengez en Judée la

mort du Christ
Et
c'est

f).

dans tous

les

temps que

l'on

rencontre de

ces exemples, où Dieu s'est servi des passions mauvaises

de quelques-uns pour accomplir sa volonté bienfaisante,
et

de l'injustice de quelques autres pour faire éclater

la justice de ses

jugements.

C'est

pourquoi, Lipse,

admirons

cette force cachée de la
:

Sagesse

et

ne la

fouillons pas

sachons que toutes
fin dernière,

les calamités sont

bonnes par leur
aveugle ne

quoique notre intelligence
soit trop
le

le voie

pas ou qu'elle
là.

appesantie

pour s'élever jusque

Car souvent
sachions,

véritable but

des catastrophes nous est caché. Elles l'atteignent ce-

pendant, sans que nous
fleuves, qui se dérobent
les entrailles

le

comme

certains

aux yeux, s'engloutissent dans

de la terre, mais n'en arriv>MU pas moins
ils

à l'Océan où
•'

versent leurs eaux.
qu'apiv.s avoir senti les rium'Ui-s de

bonheur dont non? jouissions,
votre tvrannie.
••

"

324

CAP.
Magis

VIII,

distincte definibus ipsis, eos triplices esse: et qui, quihis

convenianl.

Mox

paullo fusius de Exercitio quod Bonis non

une modo prodest, firmando, prohando, prœeundo.

Quod
altius in
ipsis

si

fas milii vêla pandere, et iiavim
:

immittere

hoc rerum divinarum fretum
fortassis aliquid

possim definibus
et exserte.

promere

magis diserte

Homericum
El

tarnen illud jure prfefatus,
l-ji7.<i.i: zi/.i
7a'. -'î,
"''^--'

"ïTE/

î7;j.£vo'/ z-:i:.

Sunt enim ex

iis,

quos
:

satis

certo

comprehendere
et

et

signare posse videor
confuso.

sunt, quos

ambiguë

adspectu

E

certis hi très

:

Exercendi, castigandi
si

,

puniendi.

Pleraque enim ista immissio cladium,

attendis,

aut

Bonosexercet, aut Lapsos castigat, autimprobos punit,

eaque omnia uostro bono.

Non

ut illustrem, et
:

pedem

paullisper in primo fine defigam

videmus

cottidie op-

timos quosque, aut seorsim premi cladibus, authisdem
invoivi pariter
iiec

cum

malis. Videmus, et miramur, quia

caussam

satis

capimus, uec attendimus ad fiuem.
in nos dei,

Caussa autem amor
l?esio nostra,

non odium

:

finis,

non

sed fructus. Juvat enim exercitium illud
:

non uno modo
quia hoc velut

sed Firmal, Probat, Prieit. Firmat,

gymnasium

est,

in

quo deus suos ad

325


VIII.

CHAPITRE
Plus distinclement des fins
de
en
les fortifiant,

elles

mêmes. Qu'il y en a

trois. L'I

ces trois, à qui elles s'adressent.
lieji

Que

l

exercice sert

aux gens
eu

en

les

éprouvant, en

les jtortant

axant.

Que
lancer

s'il

m'est permis de déployer les voiles et de

mon
tirer

navire plus au large sur cet Océan des
elles-

choses divines, je pourrai peut-être, de ces fins

mêmes,
précis.

quelque chose de plus complet

et

de plus

Cependant
:

je citerai d'abord, et avec raison, ce

vers d'Homère

si je

puis

le

faire ou si la chose elle-même

est susceptible cVêtre faite; car,

parmi ces

fins, il

en est

quelques-unes que je puis saisir et signaler avec assez

de certitude

;

mais

il

en est d'autres qui ne m'apparais-

sent que d'une manière vague et confuse.

Parmi

celles qui sont certaines, j'en

note trois

:

l'exercice, la correction, la punition. Si tu

y

fais atten-

tion, tu trouveras

que la plupart de ces calamités, qui
les bons, les

nous sont envoyées, exercent
ceux qui tombent, ou punissent

ou corrigent
:

méchants
Il

toutes

choses qui sont pour notre bien.

faut porter quel-

que lumière
fin.

et

insister un

peu

sur cette première

Ne voyons-nous

pas tous les jours les plus gens de

bien être particulièrement frappés par des catastrophes

ou enveloppés par

elles

avec les méchants

?

Nous

le

voyons, et nous nous en étonnons parce que nous n'en

comprenons pas suffisamment
faisons pas assez

la cause, et
.fin.

que nous ne
cause, c'est
21

attention à la

La


robur

326

instituit et virtutem.

Athletas per multa aspera

exercer! videmus, ut vincant. idem de nobis censé in

bac cladium palsestra. Acer enim
et exercitor est
:

ille

noster gj'^mnastes

laboris patientiseque exactor,

non ad

sudorem tantum, sed ad cruorem. Molliter eum habere
suos censés? deliciis fovere autluxu? non
sunt, quse
facit.

Matres
et

pleramque specie dulcium corrumpunt
:

énervant liberos

patres, qui tristium specie servant.
:

Pater autem
severe. Si
ceare.
si

ille

nobis est
te esse

ideoque vere nos

diligit et

nautam

velis; per
si

tempestates do;

militem; per pericula.
?

vere virum

cur ré-

cusas adflictiones

non enim

alia

ad robur via. Videsne
vidit,

languida

illa et

umbratica corpora, quse rarus sol
tristior

ventus non strinxit, aura

non

libavit?

taies

mollium istorum
dejiciet
et

et

perpetim felicium animi sunt, quos

resolvet

minima

adversantis

Fortunœ

aura.

Firmant clades
altius radices

igitur, et ut
:

arbores ventis agitatee,

agunt

sic

boni in virtute magis compre-

hendunt, impulsi aliquotius adversitatum flabris.

327


fin, c'est

l'amour de Dieu pour nous, non sa haine. La

notre profit, non notre préjudice. Cet exercice aide en
plus d'une manière
:

il

fortifie,

il

éprouve,

il

porte en

avant.

Il

fortifie,

car c'est coQime un

gymnase dans

lequel I)ieu forme et dresse les siens à la force d'âme et

à la vertu. Nous voyons

les Athlètes

s'exercer par des
se

pratiques multipliées et laborieuses pour

rendre

capables de vaincre

:

pense

qu'il

en est ainsi de nous
.

dans cette palestre des malheurs publics
naste et maître d'exercices est sévère;
et patience jusqu'à la sueur,
il

Notre gymexige travail

jusqu'au sang. Supposes?

tu qu'il traite les siens avec mollesse

qu'il les
le fait

berce

dans

les délices et

dans

le

luxe?

Il

ne

pas.

Ce

sont les mères qui, pour la plupart, gâtent et énervent
leurs enfants en leur présentant des douceurs
,

tandis

que

les pères les préservent

par la sévérité. Dieu est
il

un père .pour nous; par conséquent,
blement
et

nous aime véritate

sévèrement.
les

Si tu

veux être marin, tu
les

formeras dans
Si tu

tempêtes; soldat, dans

dangers.

veux devenir véritablement un homme, pourquoi
afflictions?
c'est

refuserais-tu les

la seule voie

pour

arriver à la force d'âme. Vois-tu ces corps languissants

venus à l'ombre, que

le soleil

a rarement, vus, que

le

vent n'a pas secoués, que l'orage n'a jamais effleurés?
Telles sont les
été

âmes de
moindre

ces efféminés qui ont toujours
souffle

heureux

:

le

de la fortune contraire

suffît

à les abattre et à les briser.
les calamités fortifient
:

Donc
le

Comme

les arbres

que

vent agite poussent plus profondément leurs racines,

ainsi les

gens de bien avancent davantage dans

la vertu,

328

Sed probant etiam. quia

aliter,

quomodo constare

cuiquam potest de firmitudine sua, aut progressa? Vêla
gubernatori ventus semper à puppi impleat
:

artem nus:

quam

explicabit. felicia

omnia homini

et

obsequentia
et

nusquam virtutem. Obrussa enim
fallax, adflictio
est.

ejus unica
:

non

Magnifiée Demetrius

Nihil mihi

videtiir infelicius eo, eut nihil evenit adversi. et vere.

Non enim

parcit Imperator noster talibus, sed diflSdit;
et

nec indulget, sedabjicit
eos è legionum
et imbelles.

contemnit. expungit inquara
ut ignavos

suarum numeris,

quosdam

Postremo prœeunt. quia bonoram
et patientia, velut

in cladibus

robur

lumen quoddam

est tenebrosa huic
alios,
et

mundo. Vocant exemplo suo ad eadem
limitem signât per
amisit
:

et velut

quem

eant. Bias

bona

patriam

sed inclamat etiam hodiemortalibus, ut omnia
.

sua secum portent Regulus inter tormenta fœde
sed vivit prœclarum illud
fidei

periit,

exemplum. Papinianus
illa

à Tyranno cœditur

:

sed securis

securitatem nobis
viri
illis

imprimit pro Justitia moriendi. Denique tôt selecti
per vim et injuriam pulsi aut interfecti
:

sed è rivis

sanguinis Constantiam cottidie bibiraus et virtutem.


quand
ils

359

reçoivent quelquefois l'impulsion du vent des

adversités.

De
elles,

plus, ces

mêmes
Que
le

adversités éprouvent

:

car, sans

comment chacun

pourrait-il constater sa fermeté

ou

ses pxogrès?

vent souffle toujours
,

en poupe

dans

les voiles d'un navire

le

capitaine n'aura pas

occasion de montrer son habileté.

Que

tout réussisse à
il

un homme,

qu'il soit

heureux en

tout,

jamais

ne fera de
dit

preuve de vertu.

L'affliction est la pierre de touche

l'homme, la seule qui ne trompe jamais. Démétrius a
avec autant de grandeur que de vérité
nest rien de plus malheureux pour un
:

je trouve qiiil

homme
il

que de

n'éprouver rien de c07îlraire. Notre maître ne ménage

pas les gens de cette sorte,

il

s'en défie;

n'a pas

pour
il

eux de l'indulgence,

il

les rejette et les

méprise;

les

chasse des rangs de ses légions,
pables de combattre.

comme

lâches et inca-

Je dis enfin que les malheurs publics poussent en
avant, parce que dans ces calamités, la force et la patience des gens de bien sont

comme une
la route

lumière pour
appellent les

ce

monde ténébreux. Par
ils

leur exemple

ils

autres à les imiter,
il

marquent

dans laquelle

faut les suivre. Bias a perdu ses biens et sa patrie:
il

mais encore aujourd'hui
tout avec eux. Régulus,
les

crie

aux mortels de porter
est

pour garder sa foi,

mort dans
fidélité

tourments

:

mais cet éclatant exemple de

à

sa parole vit toujours. Papinien est massacré par le

tyran
et

:

mais

la

hache qui

le

frappe nous apprend à tous
la justice

nous encourage à mourir pour

avec tranont été

quillité

d'âme. Enfin, tant de personnages

d'élite


quse tamen
face.

330

omuia

laterent in tenebris, sine cladium ista

Ut enim aromata longe lateque odorem emitsi

tunt,

tera

:

sic virtutis

fama

diffanditur,

si

premas.

CAP. IX.
Decastigatione,
(p.il

secundus Ji7iis , eam quoque osiensum exusu
nostro esse, dupUciter.

Jam

Castigandi aller

finis est.

quo nego aliud mitius

aut melius repertum ad salutem.

Juvat enim servatque dupliciter

:

sive Flagelli loco,

cum peccavimus

;

sive Fraeni, ne peccemus.
est,

Flagelli

quidem, quia paterna mauus
verberat
:

qu£e lapsos crebro

carniôcis

,

quae

tarde

sed

semel punit.
sor-

Ut

ignis aut aquae lustratio

quaedam adhibetur ad

des, sic ista cladium

ad peccata. Et flagellum, Lipsi,
et

meritonunc uobis. Lapsi enim pridemBelgse sumus,
deliciis

divitiisque

corrupti, prœcipitem
ille

viam

institi-

mus

vitiorum. Sed admonet

deus,
iis

et

revocat cle-

menter; plagas aliquot infligens, ut

admoniti ad nos
eripit
:

redeamus, imo ad ipsum. Bona nobis

quia ad

luxum
et

iis usi.

Libertatera

:

quia ad licentiam ea abusi.

miti hac calaraitatum ferula

crimina nostra velut

331


:

injustement et avec violence opprimés ou mis à mort

mais aux ruisseaux de ce sang nous puisons chaque
jour la Constance et la Vertu. Les aromates, lorsqu'on
les broie,

exhalent de tous côtés leurs parfums

:

de

même, quand la vertu est sous la presse des tions, sa renommée se répand partout.

tribula-

CHAPITRE
De
la correction,

IX.

qui

est la

seconde fin. Il est montré qu'elle

nous

est utile

en deux manières.

La seconde
et

fin

des calamités publiques est de corri-

ger, et je nie que l'on puisse imaginer rien de meilleur

de plus efficace pour le salut.

La correction aide et préserve de deux manières, soit comme fouet quand nous avons péché, soit comme frein
pour nous retenir de pécher. Je
dis fouet,
et

ou dans

la

main du père qui frappe souvent
ou dans
fois.

à chaque faux pas,

celle

de l'exécuteur qui punit tard et en une
certaines souillures,
dis-

Comme le feu et l'eau purifient

ainsi les
le

malheurs publics purifient nos péchés. Et,

moi, Lipse, n'est-ce pas justement que nous

sommes

aujourd'hui frappés? Depuis longtemps déjà, nous, Belges, nous

sommes tombés, nous sommes corrompus par
par les richesses, nous glissons sur

les jouissances et

la

pente des vices. Mais ce Dieu nous prévient et nous
;

rappelle avec clémence
afin qu'avertis

il

nous

inflige

quelques plaies,

par là nous revenions à nous, bien plus,

à lui-même.

Il

nous arrache nos biens, parce que nous


tisfactio
?

332


illustri viro

expiât et depurgat. Vere miti. quantula enim ista sa-

Persas aiunt cum supplicium de
et

sumpturi sunt, vestem

tiaram

ei

detrahere,
:

eaque

suspensa verberare ut hominem ipsiim
ille

facithoc noster
tangit, sed

pater, qui in ornni castigatione

non nos

corpus, agros, opes et omnia externa.

At Frsenum etiam
jicit,

castigatio est.

quod opportune

in-

cum

videtpeccaturos. Utmedici sanguinem intersis,

dum

provide demittunt, non quia seger
:

sed

ne

aegrescas
mit,
ille

sic

deus per bas clades quïedam nobis adialias et

materiam

fomitem vitiorum. Novit enim
:

naturas omnium, qui condidit

nec ex venis aut

colore de aegritudine judicat, sed è pectore et è fibris.

Videt Etrusca ingénia végéta nimis et excitata? Principe coercet. Helvetiorum sedata et mitia? libertatem

indulget.

Venetorum média? médium dat regimen,
est,

eaque ipsa in tempore fortasse mutaturus
se mutabunt.

cum

ipsi


en avons abusé pour

333


notre liberté, parce que
;

le luxe;

nous l'avons

fait

dégénérer en licence
il

et,

par cette

verge indulgente des calamités,
et efface

expie en quelque sorte

nos fautes. Je dis indulgente; car, au fond,
n'est-elle

combien cette correction

pas légère

?

On

ra-

conte que les Perses, lorsqu'ils

voulaient punir de

quelque supplice un personnage de sa robe et de sa
quelles
ils

illustre, le dépouillaient

tiare, qu'ils

suspendaient et sur lessur le personnage
fait ici
lui:

frappaient

comme
il

même.

C'est précisément ce

que

notre père

dans aucune correction,

ne nous touche réellement

;

ce qu'il frappe en nous, c'est le corps, ce sont les champs,
les richesses et les autres

choses extérieures.

De
nous

plus
jette

,

la correction est aussi

un

frein

que Dieu

au moment opportun,

lorsqu'il

nous voit près

de pécher.

Comme

le

médecin

fait

de temps à autre des

saignées de précaution, non parce qu'on est malade,

mais pour empêcher de

le

devenir, ainsi Dieu, par les

calamités, nous retire certaines choses qui sont

comme
Il

la matière et le foyer de nos vices. Il connaît notre na-

ture particulière à tous, lui qui nous a créés tous.

ne

diagnostique pas sur notre maladie d'après l'aspect de
notre sang ou la couleur de notre teint, mais
il

en juge

par la vue de notre cœur et de nos
Etrurie les esprits trop vifs et
il

fibres. Voit-il

en

emportés outre mesure?

les contient

par un Prince.
et paisibles?
il

En

Helvétie, les esprits

sont-ils

calmes

leur accorde la liberté.
il

A

Venise, les esprits sont-ils dans un juste milieu?
:

leur donne un régime intermédiaire

et tous ces états
le

de choses,

il

les

changera sans doute dans

cours du

334

Tamen

querimur. et cur, inquiunt, nos diutius bello
,

adfligimur
Stulte, et

quam

alii

?

aiit

cur in acriori servitute

?

verejam

£eger, tu prudentia ante
liuic

deum

es?

Die mihi, cur medicus aliquis
ellebori miscet
,

plus absynthii aut
ejus id

quam

illi

?

nempe quia morbus
in te censé. Videt

postulat, aut natura.

Idem

hune po-

pulum

fortasse ferociorem esse, ideoque flagris coer:

cendum

illum alterum mitiorem, et in

gyrum

reduci

posse sola virgae umbra.

At

tibi ita

non videtur. Valde

scilicet id refert

!

Ne

parentes quidem puero cultrum aut ferrum in
relinquunt, etsi valde se adflictanti. prse vident

manu
enim

Isesionem. cur deus nobis perniciem indulgeat, qui vere
pueri, nec salutaria gnari

sumus

petere, nec abjicere
voles, plora.

nocitura?

Tamen,

si

voles, et

quantum

bibes nihilominus illud poculum

mœrorum, quod non
ille

temere tam plénum

tibi

cœlestis

medicus propinat.


temps, lorsque
changer.
les

335


viendront

esprits

eux-mêmes à
dit-on, la

Cependant nous nous plaignons. Pourquoi,
guerre nous
afflige-t-elle plus

longtemps que

les autres?

ou pourquoi sommes -nous plongés dans une servitude
plus dure
?

Homme

insensé et vraiment malade

!

Es-tu
le

donc plus prudent que Dieu? Et dis-moi, pourquoi

médecin donne-t-il à

celui-ci plus d'absinthe

ou

d'ellé-

bore qu'à celui-là? N'est-ce pas assurément

qu'il se

con-

forme aux exigences de la maladie ou du tempérament?
Sois certain qu'il en est de

môme

ici

pour

toi.

Dieu voit

que ce peuple est peut-être trop turbulent,
le

et qu'il faut

réprimer par des coups; que cet autre est d'un natu-

rel plus

doux

et qu'il

suffit

de

lui

montrer la verge

pour

le

ramener au
toi,

bien.

Mais

tu n'en juges pas ainsi? Cela importe beau!

coup en vérité

Les parents ne laissent pas un couteau
la

ou une arme dans
qu'il

main d'un enfant, quelque chagrin
prévoient qu'ilpeutse blesser.

en

soit,

parce

qu'ils

Pourquoi Dieu nous
dice,

serait-il

indulgent à notre préju-

à nous qui sommes de vrais enfants ne sachant ni
ce qui nous serait salutaire, ni rejeter ce qui
si

demander
doit

nous nuire? Et cependant pleure,
:

tu le veux;

pleure autant que tu le voudras

tu n'en boiras pas

moins,

et jusqu'au fond, ce calice

d'amertume que, dans

sa prudence, le médecin céleste te présente rempli jus-

qu'aux bords.

336

CAP. X.
Denique Punitionem ipsam bonam
et

saluhrem

esse dei respectu,

hominum,

et ejus

qui imnitur.

Ai punitio ad malos
mala.

spectat, fateor

:

non tamen

Bona enim primo,
seterna et

si

deum

respicis

:

cujus justitise

immota

lex postulat peccata

hominum

aut

emendari, aut toUi. Castigatio autem, quse ablui possunt,

emendat

:

qiiae

nequeunt, Punitio

tollit.

Bona

iterum,
lisec

si

homines spectes. quorum stare aut

perennare

societas

non

potest,

si

violentis sceles-

tisque ingeniis

omnia sintimpune. Ut ad privatam cufiiris

jusque securitatem, privati

aut sicarii supplicio
aliquo et communi.
et

opus est

:

sic

ad publicam,

illustri

Animadversiones istœ in tyrannos,
latrones,

orbis terrée
est,

aliquando
sint quse
ETvai

interveniant

necessum

ut

exempla

admoneant,
o'i6a).aàv,
à:,

0!/.r,ç

ix — âv6' ôpa.

qu8G aliis regibus populisque inclament.
Discite justitiâ moniti, et

non temnere

divos.

Bona
ipsis
est,

tertio, si eos ipsos spectes qui

puniuntur. Pro

enim. quia non tam ultio hsec aut vindicta proprie
nec unquara benignum illud
ex ira

numen

pœnas

pctevc imhihit acres,

337


X.
est lofine et salutaire,

CHAPITRE
Enfin que
la

Punition elle-même

à C07isidérer Dieu^ et l'homme, et celui qiii est puni.

Mais
viens
:

la Punition s'adresse

aux méchants,

j'en con-

cependant

elle n'est

pas mauvaise en elle-même.

Au

contraire elle est bonne, d'abord en ce qui conloi éternelle et

cerne Dieu, dont la

immuable de justice
soient corrigés

commande que

les

péchés des

hommes

ou supprimés. La correction amende ceux qui sont susceptibles de réforme
:

ceux qui n'en sont pas suscepti-

bles, la Punition les supprime.

Elle est bonne, à un autre point de vue,

si

tu consi-

dères les

hommes, dont

la société

ne pourrait se main-

tenir ni se perpétuer,

si les

violents et les scélérats pou-

vaient tout se permettre impunément.

De même que

le

supplice du voleur et de l'assassin est nécessaire à la
sécurité privée, de

même
est

la sécurité publique

a besoin

quelquefois de supplices éclatants et portant sur un

grand nombre.

Il

nécessaire que ces châtiments
les

tombent en de certains cas sur
gands qui ravagent l'univers
avertissent qu'il est
ti
,

tjTans

et les bri-

afin

que ces exemples
à qui rien

un œil de

la Justice

échappe, et afin qu'ils crient aux autres Rois et aux
:

Peuples

apprenez à respecter

la Justice et

à ne pas

tnépriser les Dieux.

La

Punition est bonne encore,

même

à l'égard de

ceux qu'elle frappe, parce que cette punition n'est pas

proprement une vengeance ou un châtiment. Jamais ce


ut pie poëta impius ait
;

338

cum
Grsecis signanclenien-

sed non aliud quain cohibitio
:

qusedam à scelere et repressio
ter dica,

et ut

xÔAac-!.;, àAA' oj T',;jLwp{a.

Ut mors bonis
sic

ter ssepe immissa, ante scelus

:

desperate malis, in

scelere.

quod

ita

amant, ut

nisi sectione

ab eo non avel-

lantur. Sistit igitur deus efFraenem illum cursum, et

peccantes paratosque peccare bénigne

tollit.

Denique pœna omnis bona,
impunitas mala;

Justitiff"

adspectu

:

sicut

quœ

efficit

ut diutius scelesti, id est,
:

miseri vivant. Acute Boëtius

Feliciores esse improbos

supplicia luentes, quani si nulla eos justitiœ
ceat. et

pœna
iis

coër-

caussam

dat, quia

bonum

aliquod

accessit

(pœna

videlicet)

quod

in reliquo

cumulo criminum non

habebant.

CAP.
Bi' fine qnarto, cpii

XL
est.

homini amhignus

enm

2)6rtinere tel

ad

Conservationem tulelamque Universi, tel ad Cultum.SinguJa
ïthei'ius

explicata.

Hi

très

illi

fines, Lipsi, certi, clari

:

et

quos pede
vacil-

peragravi satis firmo. ijuartus superest,
lante. Ignotior enini ille et remotior,

quem

quam

ut liuraanîe


Dieu bon
n'est

339

conduit 'par la colère à infliger des châ-

timents cruels,
il

comme

l'a dit

pieusement un poëte impie;
et

n'a

jamais en vue que d'empêclier
et,

de réprimer

le

crime,

suivant le

mot remarquable des Grecs,
la

l'emla

pêchement du crime, non

vengeance De
.

même

que

mort

est souvent

envoyée aux gens de bien par

clé-

mence, avant
est

qu'ils se laissent aller
il

au mal,

ainsi elle

envoyée à ces méchants, dont

n'y a plus rien à
si fort

espérer, endurcis dans le crime, et qui l'aiment

qu'on ne peut les en arracher que par l'amputation. Dieu
arrête donc leur course effrénée, et
il

enlève avec une

égale bénignité ceux qui pèchent et ceux qui vontpécher.
Enfin, toute punition est bonne au regard de la Justice,

comme l'impunité est mauvaise en ce qu'elle permet aux hommes de prolonger trop longtemps une vie
conséquemment malheureuse. Boëce a dit avec sagacité Il est plus heureux pour les méchants
scélérate et
:

d'expier

leut^s forfaits

dans

les supplices,
il

que de netre

contenus par aucun juste châtiment; et
raison que
le

en donne cette

châtiment leur imprime quelque chose de

bon, qu'ils n'avaient pas dans le comble de leurs crimes.

CHAPITRE
D'une quatrième Jîn qui
est

XI.
l'

douteuse pour

homme,
ou à

et
l'

qui apjjar-

tient à la conservation et à la protection

ornement de

l'Univers. Ces divers points expliqués en détail.

Ces trois
les ai

fins,

Lipse, sont certaines, évidentes et je
Il

développées avec assez de fermeté.

en reste
elle

une quatrième que je n'aborde qu'en hésitant, car


duiitaxat video
:

3i0


mihi de eojus, non scire;

mentis vestigium tirmiter

eum premat. Per nubem
quem
communis

et suspicari

ambire, sed non adiré. Finis
est, et tangit

intelligo

Conservationem sive Cultum Universi.

Ac de Conservatione quidem
ille

eo suspicor, quod deus
et disposait
;

qui sapienter heec

omnia condidit

ita

condidit, ut singula certo
definiret.

numéro, augmento, pondère
generi cuique excedere fas,
illis

nec

modum eum
omnium

sine inclinatione

aut ruina. Ita magnis
:

cor-

poribus sui termini. cœlo, mari, terrte
cuique sœclo descriptus numerus
:

ita

animantium

itemque bominibus,

oppidis, regnis. Excedere ea volunt? turbo igitur cladium
aliquis atterat

necessum

est et tempestas.

Xam

aliter,

noceant, laedantque pulcherrimum hoc opus Universi.

Atqui excedere volunt ssepe, prsesertim ea quibus data
lex gignendi crescendique.

Homines ecce

vide,

quis

neget densius per naturam nos nasci,

quam

per eam-

dem mori? adeo
ex

ut

duo aliqui homines ex suo cœtu

centena capita paucis annis producant, non occidant
iis

dena aut vicena. Gregem pecudum. crescat imnisi pecuarii

mensum,

quotannis secernant aliquas et

eligant ad macellum.

Aves

et pisces

aëra sive aquas

brevi impleant, nisi dissidia

quaedam

et velut bella inter

ipsa sint, itemque insidia? ab huraana geute. Oppida aut


est trop

341


pour que
l'intelli-

inconnue

et trop éloignée

gence humaine puisse y marcher d'un pas ferme et sûr. Je la vois seulement à travers un nuage je la soup;

çonne, mais je ne la connais pas; je tourne alentour, je
n'y entre pas. Cette fin que je veux dire est générale
elle
;

tend à la conservation ou à l'ornement de l'Univers.
ce qui touche la conservation, je

En

présume que

ce

Dieu qui a créé

et disposé toutes choses avec

une sou-

veraine sagesse, lésa créées de telle sorte qu'elles soient

déterminées en nombre, en proportion, en poids; et
qu'il n'est

pas possible qu'une espèce quelconque excède
le

sa mesure, sans

déplacement ou la ruine de toutes

les autres. Ainsi tous ces

grands corps,

le Ciel, la

Mer

et la Terre, ont leurs limites; ainsi à fixé

chaque

siècle est
il

son nombre de créatures animées; ainsi
villes,

en est

encore des hommes, des

des royaumes. Veut-on
Il est

dépasser

les

proportions établies?

nécessaire que

s'abattent le tourbillon et la tempête des calamités, car

y aurait lésion et désordre dans cette œuvre magnifique de l'Univers. Or ceux, principalement, qui
autrement
il

ont reçu la

loi

de croître et de multiplier, tendent sou-

vent à excéder la mesure. Vois les
rait nier

hommes
?

:

qui pour-

que le nombre des naissances ne dépasse natusi

rellement de beaucoup celui des décès

bien que les

descendants naissent par centaines

,

en peu d'années,

d'un seul couple et qu'ils ne. périssent que par dizaines
et

par vingtaines.

Un

troupeau de moutons s'accroîsi,

trait

dans une proportion prodigieuse

chaque année,

les pasteurs

n'en choisissaient et n'en séparaient un
têtes

certain

nombre de

pour

les livrer

au boucher. Les
•22


urbes struit
et œdificat

342

:

sua quseque aetas

et nisi inet

cendia interveniant aut ruinas, vix ceperit ea noster
alter Orbis.

Et

licet, in

cogitatione simili, perambules
si

naturam
ille

hanc rerum. Quid ergo mirum,

Saturnius

pater
et

falcem interdum immittit in luxuriantem hune agrum,

superflua aliquot millia peste demetit, aut bello? Nisi
faceret
:

qnee

jam

regio capiendis nobis sit? quse tellus

alendis? Pereat ergo jure in partibus aliquid, ut
ista

summa
deo

summarum œterna
sahis populi

sit.

Ut enim moderatoribus
est
:

reipublicae

siiprema lex

sic

mundi.

At de Cultu conjicio

dupliciter.

Primum, quia ornatum nullum

in

bac vasta machina

concipio, sine varietate et distincta vicissitudine rerum.

Solem illum pulcherrimum

fateor. sed gratiorem

tamen

eum

roriflua

nox

facit

,

et

pallium obductum nigrae

matris.

^statem amœnissimam. Sed quam Hiems
et glacialia illa

commendat,
Quse
si

marmora,

et canae nives.

tollis,

rêvera sensum gaudiumque intimum

toUis, sive lucis sive aestus. In

hac ipsa nostra terra.


airs et les eaux,
et
s'il

343

oiseaux et les poissons rempliraient eu peu de temps les
n'y avait entre eux des discordes
s'ils

comme

des guerres, et

ne tombaient dans les

pièges que leur tend la race humaine. Chaque âge fonde
et construi-t des villes et

des cités; et

s'il

ne survenait

pas des incendies
phère, bientôt
tenir.
,

et des ruines,

l'un et l'autre hémis-

seraient à peine capables de les con-

Dans une semblable pensée,
nature entière des choses.

tu

peux parcourir

la

Faut-il donc s'étonner

si le

vieux Saturne promène de temps à autre sa faux sur ce

champ

luxuriant, et

s'il

moissonne par

la peste

ou par

la guerre les quelques milliers qui sont de trop? S'il ne
le faisait pas, quelle

contrée serait capable de nous con?

tenir? quelle terre suffirait à nous nourrir

Périsse donc

justement quelque chose dans

les parties

pour que

la

somme de
il

cet

ensemble
le

soit éternelle.

Pour

les chefs

d'une République,

salut

du peuple
le

est la loi

suprême

:

en est ainsi de Dieu envers

Monde.

En

ce qui touche l'Ornement de l'Univers, je fais une

double conjecture.

D'abord je ne conçois aucun ornement dans cette im-

mense machine, sans
tinctes des choses.

la variété et les vicissitudes dis-

J'avoue que ce soleil est magnifi-

que
nuit

:

mais

il

m'est rendu plus agréable encore par la
et

humide de rosée

par

le

sombre manteau de
:

la

noire Déesse.

L'Été sans doute est charmant
s'accroît-il

mais

combien ce charme ne

pas au contraste de
ses neiges

l'hiver avec ses blocs de glace et

éblouis-

santes de blancheur? Si tu les supprimes, tu m'enlèves


non una
faciès

344


prata et silvas
:

me

delectat. sed plana videre capior et

colles, valles et rupes, culta et arenas,

seraperque fastidium et satias, comités paritatis. Et in

hac

vitae, ut sic

dicam, scena, cur idem habitus mihi
et

semper placeat

vultus? Imo non placeat. sed,
et malaciêe

meo
sint,

animo, Alcedonia interdum

qusedam

quas

mox bellorum
sicut

aliqui turbines
:

abrumpant,

et sse-

vientium tjrannidum procellse

Quis voveat hoc Uni,

versum
raotu
?

mare mortuura esse

sine

vento

,

sine

Sed

et

Cultum etiam alium udoror, raagis serium,

et

cum

interiore fructu. Historiée mihi prseeunt, meliora
et

omnia

molliora fere subsequi

post cladium istos

nimbos. Bella populum aliquem exagitant. sed eadem
exacuunt, et ingenii variam culturam plerumque inférant et artes.

Romani olim
:

orbi terrœ

acerbum jugum

imposuerunt

sed jugum salubre exitu, quod, ut sol

caliginem ab oculis, sic barbariem ab animis fugabit.

Quid Galli nos aut Germani nunc essemus,
imperii
illa

nisi

magni

lux nobis adfulsisset? Feri, horridi, caediet nostris

bus alienis

gaudentes, dei hominumque con-

temptores. Idemque, ut auguror, novo huic Orbi eve-


et

345


même
que nous habi-

toute la joie et jusqu'au sentiment intime de la lumière

de la chaleur. Sur cette terre

tons, la variété des aspects contribue à

mes jouissances.

J'aime à considérer tour à tour les plaines et les montagnes, les vallons et les rochers, les terres cultivées
et les sables, les prés et les forêts. et l'ennui

Toujours la satiété

accompagnent

l'uniformité.

Sur

cette scène

de la

vie, si je puis ainsi parler,

je à voir toujours le

Aussi cela ne plaît

me plairaismême spectacle et le même visage? pas. Il faut, à mon gré, qu'il y ait
pourquoi

de temps à antre des calmes et des bonaces, que vien-

nent tout à coup interrompre les tempêtes de la guerre

ou l'ouragan des tyrannies en fureur. Qui voudrait que
cet Univers fût

comme une mer morte

,

sans orage et

sans mouvement?

Je soupçonne en second lieu un autre genre d'orne-

ment, plus sérieux celui-là
à notre

et

exerçant plus d'influence

profit. Ici l'histoire m'éclaire et

me montre que

ces époques de calamités sont presque toujours suivies

de temps meilleurs et plus doux.
ce peuple
:

La guerre tourmente
elle le

mais en

même temps

stimule

et,

le

plus souvent, elle réveille en lui la culture de l'esprit
et le

génie des arts. Autrefois les
:

Romains ont imposé
il

à l'Univers un joug pesant
été salutaire

mais ce joug lui-même a
a chassé la bar-

dans ses résultats;

barie loin des âmes,

comme

le soleil dissipe les brouil-

lards devant nos veux. Et nous. Gaulois ou Germains,
si

cette lumière

du grand Empire

n'avait brillé

pour

nous, que serions-nous aujourd'hui? des sauvages, des
brutes, heureux des calamités des autres et des nôtres


niet
et
:

346


saevitia

quem

Iberi salutari

quadam
coleiit.

exhauserimt,

iidem

mox

replebimt et

Atque ut

ii

qui

magna

plantaria habent, arbores alias

transferunt,

alias

inserunt, alias

excidunt

:

eaque
:

omnia
sic in
ille

péri te administrant, et in

bonum

ac fructum

vasto hoc mundi agro deus. Scientissimus enim
:

cultor est

et alibi
;

onerosos aliquot familiarum

ramulos defringit
pit

alibi

hominum

aliquot folia decer:

ac destringit. Juvat hoc stirpem

at

illi

cadunt, et

hsec volant ludibrium ventis. Videt idem

gentem illam
ejicit.

retorridam, et virtutem

jam
:

etïcetam

:

Aliam
inter

asperam

et infrugiferam

transfert, et

quasdam

se etiam confundit, et velut insitione

quadam

miscet.

Vos, labente imperio, énerves

et fracti Itali,

quid optirobusti-

mam

terrarum occupatis? cedite.
felicius

et duri

illi

que Longobardi

exerceant liane glebam. Vos
:

mali et molles Grseci perite

et crudi

illi

Sc}i,h9e pan-

gantur

et

mollescant in hoc solo, itemque confusione
Bri-

quadam gentium, vos Franci Galliam, Saxones
tanniam, Normanni Belgicam
et finitima occupate.

Quae omnia

et

pliira,

Lipsi,

prompta non ignavo

lectori ex historia, et eventis

rerum. Attollamur igitur,


vois qu'il en arrivera de

347


et des

mêmes, contempteurs de Dieu
Les Espagnols
sorte salutaire
l'ont épuisé
:

hommes. Je

pré-

même pour le nouveau Monde.
par une rigueur en quelque
ils

mais eux-mêmes, bientôt,

vont

le

repeupler et le cultiver.

De même que
tres cet

les possesseurs

de grandes plantations

transplantent certains arbres, en greffent certains au-

ou

les abattent, et administrent

avec habileté tout

ensemble pour en augmenter
:

la valeur et les pro-

duits
Il

ainsi

Dieu agit dans ce vaste champ du Monde.
dans
la

est le plus savant des cultivateurs. Il sait,
ici,

famille humaine,
là,

émonder

les

rameaux

superflus,
s'en

détacher et enlever quelques

feuilles.

La souche

porte mieux; les rameaux coupés tombent, et les feuilles détachées sont le jouet des vents.

Dieu

voit cette
:

nation dégénérée et dont la vertu est épuisée
rejette. Cette autre est

il
il

la la

sauvage

et

improductive
et les

:

transplante

;

il

rapproche certaines autres

mé-

lange
pire

comme
est

par une sorte de greffe, ^^ous, dont l'Emet brisés,

tombé, Italiens énervés

pourquoi

occupez-vous encore la meilleure des terres? Cédez la
place à ces rudes et robustes

Lombards

qui sauront

cultiver ce sol avec plus de succès.

Vous, Grecs per-

vers et ramollis, périssez! et que les Scythes barbares
s'implantent sur votre territoire et s'y amollissent à leur
tour. Etvous, en vous confondant avec d'autres nations,

Francs, occupez les

Gaules;

Saxons, la Bretagne;

Normands,

la

Belgique

et les paj's limitrophes. et

Toutes ces choses, Lipse,

beaucoup d'autres enau lecteur studieux,

core, apparaissent d'elles-mêmes,


et

348


prodesse
Hujiis gentis aut
illius opidi

qiiidquid

noxas privatim nobis infertur,

sciamus in parte aliqua Uiiiversi.
regni interitus, alterius ortus erit
exstructio novi
: :

occasio.

nec quidquam proprie hic

interit,

sed
?

mutât.

An

soli

Belgae nos eximii apud

deum simus

soli felices

perpetuo, et Fortunée tantum albœ pulli?

Inepti! plures

imo

liberi

magno

illi

patri sunt

:

quos

permitte,

quoniam simul omnes non

vult aut potest,

foveat et in sinum recipiat per intervalla. Fulsere nobis
nostri soles
illud
:

nox paulisper hic nunc
et
:

sit,

et

radiatum

lumen abeat ad Hesperios
ad hanc rem apte

occasum. Seneca,
Vir sapiens nihil
ipsa quibus lœdi
et

ut solet,

et alte

indignetur sibi accidere, sciatque
videtiir,

illa

ad conservationem Universi pertinere,

ex

his esse

quœ

cursilm

mundi

offichimque consummant.

CAP.
Contra jus titiam ditinam relus

XII.
cur impares

et

vulgata objectio

:

pana?

ea inquisitio ab honiine remota, et ostensa impia-

Cum
Quod

interjungeret

hic

paullum Langius, excepi.
eestu.
:

fons aquae

viatoribus in

id

mihi tuus


dans
l'histoire et

349


événements. Rele-

dans
et
si

la suite des

vons-nous donc,

nous éprouvons quelque dom-

mage

particulier, sachons que ce

dommage

est utile en

quelque chose à l'ordre général de l'Univers.

La mort

de cette nation ou de ce royaume sera la naissance
d'un autre.

La

chute de cette

ville

entraînera la con-

struction d'une autre ville.

A

proprement parler, rien

ne meurt ici-bas, tout change. Nous, Belges, serons-

nous seuls privilégiés devant Dieu? seuls heureux à
perpétuité
,

et

comme
!

les

poussins de la Fortune

blanche? Insensés

ce
:

père d'une grandeur infinie

a beaucoup d'enfants

puisqu'il ne veut

ou ne peut

les

réchauffer tous à la fois dans son sein, laissez-le donc
les

prendre à tour de rôle

et

par intervalles. Le
:

soleil
ici,

a longtemps brillé pour nous

que maintenant,

se

fasse la nuit et que cette lumière radieuse aille éclairer
l'Occident. Sénèque, suivant son habitude, a traité cette

matière avec élévation et profondeur. Que thomrne sage,
dit-il,

ne s'indigne pas du 7nal qui
les

lui ar^Hve;
le blesse^^

quil
con-

sache que

choses

mêmes
le

qui semblent

courent à la conservation de V Univers,
celles

et qu'elles

sont de

qui accomplissent

cours

et Voffîce

du Monde.

CHAPITRE
les

XII.
:

Vieille et vulgaire objection contre la justice divine

jiourquoi

peines sont-elles inégales? on montre que cette recherche
et qu'elle est impie.

n appartient pas à l'homme
Ici

Langius

s'étant

un moment interrompu,
pour moi comme

je re-

pris

:

Votre discours

est

la fontaine


sermo. Fovet,
febrim
recréât,
et

3o0
et


frigerante

quodam succo

meam tempérât
Spina mihi

calorem. Sed tempérât etiam,

non

tollit.

illa in

animo, quae priscos quoita,

que pupugit, de imparitate puniendi. Quid enim
Langi,
si

sequabilis Justitiae illa lanx, teliim hoc cla-

dium,
plerumque nocentes
Prœterit, excmimatque indignos inqxie merentes [^)?

Ciir

inquam immeriti

aliquot populi evertuntur

:

et

culpse

majorum
iste

in posteros

sœpe expetunt
:

et

nepotes ?

Fumus

acer mihi in oculis

quem,

si

potes, ratio

nis radio toile.

Langius contracta fronte, Itane, adolesceus,

inquit,

iterum mihi exorbitas? nolim. Ut enim periti venatores

canem non sinunt aberrare, sed
ego te vestigia
Fines cladium
sentias
;

insistere uniferse

:

sic

illa
tibi

tantum velim premere, quae signavi.
ingero. ut
;

si
si

bonus

es, exerceri te
:

si

lapsus, allevari

improbus, puniri

tu

me

rapis ad caussas.
tibi

Vaga mens,

quid per hanc curioillos

sam curam
liquesces.

vis?

Tangere cœlestes

ignés?

Scandere
et

in providentise

arcem? cades. Ut

papiliones,

minuta quaedam animalcula, vespere

lucernee

lumen idemtidem circumvolitant, donec am:

burantur
(')

sic

humana mens

lascivit circa

arcanam

Lucrèce.


d'eau pour les

351


le

hommes échauffés par

voyage.

Il

m'en-

courage,
passion
s'il

il me ranime; il est pour ma fièvre et pour ma comme une potion rafraîchissante. Cependant,

calme

ma

fièvre,

il

ne la guérit pas.

J'ai

encore dans

l'esprit cette

épine qui a tourmenté aussi les anciens,

l'inégalité des peines.

En

effet,

Langius,

si

cette balance
fait-il

de la Justice n'est pas faussée, comment se
cette flèche des calamités
bles,
le

que

épargne la plu'part des coupane
,

et

frappe ceux
(^) ?

cj_ui

le

méritent pas

et

ceux qui

méritent

pourquoi

voit-on quelquefois plongés
?

dans

la ruine des peuples innocents

pourquoi

les châ-

timents mérités par les pères retombent-ils souvent sur
les enfants

ou

les petits-enfants? C'est là

une fumée

acre pour

mes jeux.

Si vous le pouvez, dissipez-la par

la lumière de la raison.

Langius

me

répondit en fronçant le sourcil

:

Ainsi,

jeune homme, tu
voie
!

me

fais

encore une

fois

sortir de

ma
les

Je ne

l'aurais

pas voulu.

De même que

habiles chasseurs ne permettent pas au chien de chan-

ger de piste,

et l'obligent

à s'attacher à un seul gibier,

j'aurais désiré te voir poursuivre

uniquement

le sentier

que je t'indiquais. Je t'énumère

les différents buts des
si

calamités pour t'apprendre que tu seras exercé,

tues

bon; relevé,

si

tu

tombes; puni,

si

tu pèches

:

et voilà

que tu m'entraînes vers

les causes! Esprit

vagabond,

que prétends-tu par cette inquiète curiosité? Veux-tu
toucher à ce feu céleste? tu te brûleras. Escalader la
citadelle

de la Providence? tu tomberas.

Comme

ces

papillons et ces

menus animalcules,

qu'attire le soir

la lumière d'une lanterne, voltigent quelque

temps au-

352
illam

flammam. Cedo caussas,
illos

inquis, cur divina ultio

hos prœtereat,

tangat.

Caussas? tutissime dicam,
caepit

me

nescire.

Non enim

me unquam
Hoc tantum

cœlestis
scio,

illa

curia, nec ego ejus dé-

créta.
esse,

caussam ante omnes caussas
qua qui quœrit aliam, vim
et

voluntatem

dei.

A

potentiam ignorât natur^e divinae.

Nam

caussam omet

nem necessum
rem

est,

génère quodam, priorem
:

majo-

esse suo eifectu

at deo et ejus voluntate nihil

prius aut majus. non ergo ulla ejus caussa.
teriit,

Deus

prae-

Deus

tetigit.

quid ultra hic vis?

Summa justitia

est, ut recte et

pie Salvianus ait, voluntas Dei.

Tamen rationem aliquam
mus, inquiunt.
libet
:

hujus imparitatis exigi?

A

quo? à Deone

cui uni licet

quod

et nihil libet, nisi

quod

licet.

Si servus à patre-

familias, subditus à Principe rationes exigat; ille con-

tumeliam putet,
adversus
aliter

hic

rebellionem
te

:

tibi

plus

animi

deum

est?

Apage

perversa curiositas. non

hœc

ratio constat, quant si 7iulli reddat\ir.
feceris
;

Et

tamen cum omnia
nec ad consilia

non evolves

te tuis tenebris,

illa et
:

consulta vere Tacita pertinges.

Egregie" Sophocles

A'XÀ' où yàp av xà Osla. /.oj— -ovtiov ôîôiv,
MâOo'.î ïv.
o'jO
{'.

rA'n

ÈttîzeÀOo'.; a/,07:(J5v.


il

353


même
elle s'égare

tour de la flamme jusqu'à ce qu'ils s'y brûlent, de
arrive à l'intelligence

humaine, quand

autour de cette flamme mystérieuse. Voyons,

me dis-tu.
les

par quelles causes la vengeance divine épargne
et frappe, les autres.

uns

Les causes? Je

dirai

franchement que je

les ignore.

La

céleste curie ne

m'a jamais appelé dans son

sein, et

je n'ai point assisté à ses délibérations. Je ne sais qu'une

chose, c'est que la volonté de Dieu est la cause de laquelle

dépendent toutes

les causes.
et la

Qui en cherche une autre,

méconnaît la force

puissance de la nature divine.

Car

il

est nécessaire

que toute cause, en son genre,
effet, et

soit antérieure à

son

plus forte

:

or rien n'est

antérieur à Dieu, rien n'est plus fort que sa volonté;

donc

il

ne dépend lui-môme d'aucune cause.
:

Dieu a

épargné. Dieu a frappé
l'a dit

que

te faut-il

de plus? Salvien
:

avec autant de rectitude que de piété
c'est la l'olonté

la

souve-

raine justice,

de Dieu.

Cependant, disent quelques-uns, nous exigeons quel-

que raison de cette inégalité des châtiments. Vous
l'exigez? et de qui? de
licite

Dieu? de

celui-là seul à qui est

tout ce qu'il veut, et qui ne veut rien que ce qui

est licite. Si

un esclave exigeait des comptes de son
l'un

maître, un sujet de son prince, le maître et le prince

ne considéreraient-ils pas cette exigence
affront, l'autre

comme un
mal-

comme une
le dit

révolte? Auras-tu plus de
toi cette curiosité

courage contre Dieu? Eloigne de
saine.

Comme

Tacite

:

ce

compte

71

existe qu'à la

condition de

7ie

se

rendre à personne. Et, sur ce point,

tu auras beau faire, tu ne le dégageras pas de tes ténè-

3o4

CAP.
Tamen

XIII.

ut curiosis satisfiat, separatîm ad très releres ohjectiones

responsitm, et

primo ad eam de Malis

no7i

jmnitis

:

quos dif-

ferri docemiis, non dimitti, idgite vel
cnussa
:

hominum ipsorum
lenta.

vel

natura quadam

dei,

quœ ad supplicium

Rudis haec

et

simplex via, sola hic tuta, Lipsi

:

reli-

qu8e fallaces et lubricge ad lapsum. In divinis superis-

que iiiium acumeii
nihil
scire.

est,

nihil

ceniere

;

una
nunc
te

scieutia,

Tamen quoniam
:

olim

et

involvit
si

ingénia

hœc nubecula
et

evolvam eâ

bre\àter,

possum,
inen.

hferentem transferam quoque per hoc

flu-

Tu

cœlestis et seterna
da,

Meus
si

(in

altum suspiciebat),

pacem veniamque mihi

quid in his arcanis minus
pio.

pium purumve dicam, adfectu tamen

Ac primum,

Lipsi,

communiter Justitiam suam ad-

serere deo posse videor, uno isto ictu. Si adspicit res

humanas

deus, etiam curât,
si

si

curât, régit,
injuste?

si

régit,

judicio régit, at

judicio,

quomodo

Non enim

regimen uUum sine eo

sit,

sed congeries, confusio,


et ces desseins

355


:

bres, tu ne parviendras pas à surprendre ces conseils

véritablement secrets. Écoute Sophocle
les

Les choses divines que
ne
les

Dieux eux-mêmes cachent

,

tu

sauras jamais, quoi que tu parviennes à savoir.

CHAPITRE
Cependant, pour satisfaire
les

XIII.

curieux, on répond séparément

à trois vieilles oljections, et d^abord à celle des méchants im-

punis

:

nous enseignons que
et cela, soit

la

punition est différée, non

abandonnée,

à cause des
est lente

hommes eux-mêmes,
au
supplice.

soit

par

la

nature de Dieu, qui

Cette voie simple et élémentaire est la seule qui soit
sûre, Lipse. Toutes les autres sont trompeuses et glis-

santes.

Dans

les choses divines et supérieures, la vraie

pénétration consiste à ne rien scruter, la vraie science

à ne rien savoir. Cependant parce qu'autrefois,

comme

aujourd'hui, ce nuage a enveloppé les esprits, je le dissiperai

un peu,

si

je le puis, et je te ferai passer au delà

de ce fleuve qui t'arrête. Pour vous, Intelligence céleste
et éternelle (et

en parlant

il

regardait

le ciel),

accordez-

moi

la paix et le

pardon

s'il

m'échappe sur ces mystères

quelque chose de pas assez pieux, de pas assez pur,

quoique

mon

intention soit pieuse.
il

Et d'abord, Lipse,

me semble que je

puis, par

un

seul raisonnement, prouver la justice de Dieu en général. Si
s'il

Dieu regarde les choses humaines,
il

il

s'en occupe;
c'est

s'en occupe,

les régit;

s'il

les régit,

avec

jugement;

et si c'est

avec jugement, comment serait-ce
il n'3'

injustement? Car, sans jugement,

a point gouver-


tum aut
humanse.
quse

356


fateri
vis,

turba. Quid habes quod opponas huic telo? quod scu-

arma?

si

verum

imperitise

Non

capio, ais, cur hi puniantiir,

binon puniantur.

Bene habet. ergone ad imprudentiam impudentiam
adjiniges? et vim divini illius purique juris quia non
capis,

carpes? Quse potest contra justitiam injustior

esse ratio? Si hospes aliquis arbitrari leges aut instituta
patriae iuse velit, silere

eum jubeas

et facessere, quia

non

capit

:

tu terras hujus incola, temere

damnabis

ignotas cœli leges? tu opus conditorem? Et tamen âge,
liceat.

premam

te

enim jam propius,

et

calumnife tuse

nebnlas distincte examinabo ad rationis, ut postulas,
solem.

Tria
puniat
;

objicis.

quod malos non puniat
et

:

quod immeritos

quod substituât

commufet.

De primo,
terit.

priùs. Malos, ais, divina ultio

maie prae-

Itane praeterit? imo, ut ego sentio, differt. Si
ses

ma-

gnum

alienum babeam,
in

et

ab
:

illo

debitore statim

exigam, huic

diem reponam
et spontis.

quid culpes? arbitrii
facit

enim hoc certe mei
ille

Atqui idem

magnus

deus, cui

cum pnenam improbi omnes debeant, ab


qu'as-tii à

357


chaos.

nement, mais anarchie, confusion,
opposer à ce
tu
trait
?

Eh

bien!

quel bouclier ou quelles
la vérité, tu

armes? Si

veux confesser

n'en a pas

d'autre que l'ignorance humaine.

Je ne comprends pas,

dis-tu,

pourquoi ceux-ci sont
sont pas. C'est bien.

punis, tandis que ceux-là

ne

le

Donc à l'imprudence
en
fais litière

tu joins l'impudence. Parce que tu
et pur,

ne comprends pas la force de ce droit divin
!

tu

Quelle raison plus injuste peut-elle être

opposée à la justice? Si quelque étranger reçu
hôte dans ta patrie prétendait
lui

comme
lois et
le

donner des

des institutions, tu lui imposerais silence et tu
serais,

chas-

comme

voulant se mêler de choses qui dépas:

sent son savoir et sa compétence
terre, tu

et toi, citoyen

de la
Ciel

condamneras témérairement

les lois

du

que tu ne connais pas? créature, tu condamneras ton
créateur?

Eh
;

bien! soit, j'y consens. Je vais te presser
et,

de plus près

puisque tu

le

demandes, ce brouillard
je l'examinerai

de ta recherche inquiète des

difficultés

distinctement au soleil de la raison.

Tu

objectes trois choses
qu'il

:

que Dieu ne punit pas des

méchants;

punit des innocents; qu'il substitue et

punit les uns au lieu des autres.

La première
à ce que tu
les oublie:

objection d'abord.

La vengeance

divine,

dis, oublie

mal à propos des méchants. Elle
beaucoup d'argent placé,
le

en es-tu bien sûr? Pour moi je pense qu'elle
et

diffère seulement. Si j'avais
si

j'exigeais de l'un de

mes débiteurs

paiement imméferais-

diat, tout

en accordant un délai à un autre, m'en
?

tu

un crime

Certes, en cela, je ferais acte de

mon
23

libre


istis

358

~
clifFert,

eam

statim exigit. in aliis

sed

cum fœnore

solvendam. Quae hic iniquitas? Nisi tu Dei vicem fortasse solicitas es, et metuis ne quid ei pereat per hanc

benignam moram. Atqui securus

es,

mi homo

:

nemo

unquam decoquet supero

huic creditori. In oculis ejus
in

omnes sunuis quocumque fugimus, imo
vin dis.

nervo

et

in

Sedvellem, inquies, tyrannum illum nunc puniri,
praesenti caede ejus satisfieri tôt oppressis. clarior
ita

et

enim

nobis dei Justitia. Clarior justitia

?

imo tuus mihi

stupor. Quis

enim tu

ille

es qui

Deo non ad pœnam

solum praeeas, sed

ejus

etiam tempora praescribas?
esse censés, an lictorem tan-

Utrum judieem eum tuum
tùm
bito,

et

administrum? Abi, duc, verbera, caput obnu-

arbori infelici suspendito. ita enim mihi visum.
!

Heu impudentiam
Te

sed Deo aliter visum
alio

:

quem

scire
fine

debes paullo clarius hic cernere, et
punire.

quodam

calor exagitat, et aufert vindictee quaedam
ille

cupido. à quibus
et

cemotissimus, exemplum spectat,

correctionem aliorum. Scit auteni optime, quibus ea
esse possit, et quando.

utilis


arbitre et de

359


grand Dieu
fait

ma
;

volonté. Or, ce

de

même
tant
;

:

tous les méchants sont à son égard débiteurs

de leur châtiment
il

des uns

il

exige

le

paiement comptard

diffère

pour

les autres qui paieront plus

les intérêts

avec

le principal.

Quelle injustice y vois-

A moins que peut-être tu ne t'inquiètes pour Dieu, que tu ne craignes que ce retard bienveillant ne lui fasse perdre une part de sa créance. Si c'est là ton
tu?
et

souci, tu

peux être tranquille, mon brave
fuir,

homme

:

nul

jamais ne fera banqueroute à ce créancier suprême.

que nous puissions

nous sommes toujours sous ses yeux, sous sa verge, dans ses liens.

Mais

je voudrais, dis-tu,

que ce tyran

fût

puni dès

maintenant, et que son sang versé donnât satisfaction
à tant de victimes opprimées.

La

justice de

Dieu nous

apparaîtrait alors plus évidente. Est-ce bien la justice

de Dieu qui serait plus évidente? Pour moi,
ta stupidité qui

c'est plutôt

me

paraît évidente. Qui es-tu donc pour
le

prétendre non seulement à précéder Dieu dans
timent, mais à lui fixer le temps auquel
il

châ-

doit

l'infli-

ger? Penses-tu

qu'il soit

ton juge, ou simplement ton

licteur et ton ministre?

Va

donc,

commande,
et

frappe,

couvre d'un voile la tête du tyran

pends-le à l'arbre

du supplice, car
mais
qu'il
le

tel est

mon bon
Dieu

plaisir.
:

imprudence!
tu dois savoir

bon

plaisir de

est autre

y voit plus clair que toi, et qu'il a un autre but quand il punit. Toi, l'emportement te surexcite, la soif de la vengeance te transporte. Mais Dieu est bien éloigné de ces passions
rection
:

il

considère l'exemple et la corsait

des autres.

Il

pertinemment à qui

et

en

quel temps la punition sera utile.


sœpe medicina
Caligulam
in
abiit in

300

sunt,
et

Magna momenta temporum

saluberrima

perniciem data non opportune.
:

primo tyrannidis suse cursu sustulit
:

Neronem

grassari paullo diutius sivit

diutissime Ti-

berium. nec ambige, quin eorum ipsorum, qui tum

quoque querebantur, bono. Egent diuturno saepe
gello

fla-

mali nostri et inemendati mores

:

at nos tolli

illud statim

volumus,

et conjici in
:

ignem.

Hœc

una
:

tarditatis ratio, quas nos tangit

alia

quœ ipsumDeum

cui videtur insitum, ut lento

gradu ad vindictam

sui

procédât, tarditatemque supplicii gravitate compenset.

Bene Synesius
prisci, qui

:

h^lrr/ yo)~r,

xal

-^ràie-,

'^^xoitv..

nec maie

ab hac mente Deos fîngebant laneos habere

pedes.

Ut quantumvis fervidus

et vindictse

properus
:

sis,

non

videaris segre ferre debere hanc
na3 intervallum est, ut sit et

moram

quse ita

pœ-

augmentum. Die mihi,
si

tragœdiam

si

spectes,

an indignere

Atreus

ille

aut

Thyestes, in primo alteroque actu, sublimes per scae-

nam

et elati paulisper

incedant? régnent, minentur,

imperent? non opinor. brevem enim felicitatem eam
esse scias, et exspectes ut fœde
actu. In

mox

ruant in extremo

mundi hac autem

fabula, cur iniquior in
Ille

Deum,
ille

quam

in

poëtam aliquem es?
vivit.

impius

floret.

tyrannus

Ita.

sed cogita

primum hune actum


Le choix des temps
remède
le

361


haute importance
s'il
:

est d'une

le

plus salutaire peut devenir funeste

est

donné en un moment inopportun. Dieu a enlevé Caliguladès le premier essor de sa tyrannie; il a permis à

Néron
pour
le

cle

se déchaîner plus longtemps;
:

il

a laissé de
n'ait été

longues années à Tibère
bien de ceux-Là
toi.

ne doute pas que ce

mêmes

qui, alors, se plaignaient

comme

Nos

fautes et notre mauvaise conduite ont
:

souvent besoin d'un fouet quotidien qui les corrige

nous voudrions que ce fouet
jeté

fût tout de suite enlevé et la raison qui

au

feu. Voilà

dans ce retard
:

nous tousoit

che. Dieu en a une autre

il

semble que ce

son

caractère propre de procède)" avec lenteur dans sa ven-

geance, de compenser
plice
:

le

retard par la gravité du sup:

Sjnésius a bien
et

dit

la volonté

de Dieu marche

lentement

avec ordre; et les anciens n'ont pas trop
la

mal rencontré quand, dans
feint

même

pensée,
laine.

ils

ont

que

les

Dieux avaient des pieds de

Pour que

tu ne te laisses pas aller, quelles que soient

ton impétuosité et ta hâte à la vengeance, à supporter

impatiemment ce retard, songe que
châtiment contribue à
le

le délai

apporté au

rendre plus sévère. Dis-moi,

lorsque tu assistes à une tragédie, te sens-tu indigné

de voir, dans

le

premier

et

dans

le

second acte, Atrée
la scène

ou Thjeste marcher un peu de temps sur
menacent,

dans

l'élévation et dans l'éclat de leur splendeur? de voir
qu'ils

régnent,

qu'ils
?

qu'ils

commandent?

Non,

n'est-ce pas

car tu sais bien que leur félicité sera

courte, et tu attends que bientôt, au dernier acte, elle
s'écroule d'une manière affreuse.

En

quoi ce drame est-


esse
:

36^2


pryecipe, gauclium istud

et

jam

aiitè

animo tecum
et

manere lacrymas
diffluet, et

angores.

Scœna

hcec

mox

sanguine

volventur in eo purpurete istœ auratœque
ille

vestes.

Bonus enim

noster poëta est, nec temere

migrabit tragœdiae suse leges.

Nonne etiam

in

Musica

dissonas aliquamdiu voces fers, quia extrema desitura
scis in

concentum? idem hic

fac.

At enim Punitionem eam non vident semper
Quid mirum? longiuscula enim ssepe fabula
persedere tamdiu potuerent
in
est,

laesi.
illi

nec

hoc theatro. Vident

tamen
pliari

alii

:

et concipiunt jure
in rigido

metum, quoniam am-

quosdam

hoc judicio vident, nonabsolvi;
tolli.

dissindi

pœn£e diem, non
:

Quamobrem

,

Lipsi,
:

hoc tene

diiFerri

aliquando impios, non dimitti

nec

crimen quemquam in pectore gestare, qui non idem

Nemesim

in tergo. Sequitur

enim

illa

Dea.

et ut

cum

Euripide dicam,
d'.-fôi

xal

Pç/OLOtl

-ooi


il,

363


la scène

pour Dieu, plus injuste sur
l'est

du monde,

qu'il

ne

pour quelque poëte? Cet impie est

florissant, ce
;

tyran

vit.

Oui

:

mais

c'est le

premier acte

déjà, sache

prévoir en toi-même que cette prospérité se changera en

larmes et.en angoisses. Bientôt la scène sera inondée
de sang, et dans ce sang on traînera tous ces habits de

pourpre

et d'or.

Notre poëte

est maître de son art;
lois

il

ne transgressera pas témérairement les
gédie.

de sa tra-

Et même, dans

la

musique

,

n'introduis-tu pas
tu
sais

quelquefois des voix dissonantes parce que
qu'elles se fondront

harmonieusement dans l'ensemble?
lésés ne voient pas

Juge de

même

ici.

Mais ceux qui ont
cette punition? qu'y

été

toujours

a-t-il

d'étonnant? Quelquefois le
et certains spectateurs

drame

est

un peu plus long,

n'ont pu rester au théâtre jusqu'à la fin. D'autres voient,
et ils conçoivent

une juste crainte, parce

qu'ils

recon-

naissent que

si,

pour quelques-uns, ce jugement rigide
ne sont pas absous pour cela
qu'il
;

est prorogé, ils

que

le

jour du châtiment est différé, mais
conséquent, Lipse
,

viendra. Par
:

tiens ceci pour certain
ils

les impies

quelquefois sont remis à plus tard,
tés.

ne sont pas acquit-

Quiconque porte
lui.

le

crime dans son cœur a Némésis
le suit, et,

derrière

Cette Déesse

pour emprunter

le

vers d'Euripide, en silence et avec le7iteur,elle ravira les

méchants en leur temps.

304

CAP. XIV.
Deinde ostensum plures
nasque,qv(B
sceJv.s

esse

Pœnas

:

et
,

quasdam Occultas

inter-

ipsmn comitenitir etguasimproM effugiunt

nunquam. quœ graviores quam îiUœ externœ.

Qnae tamen ut clarius capias,

et

semel

te

ducam

in

arcem

ipsara hujus caussse, hoc sciendum, triplices di-

vines esse
appelo,
uti sunt

pœnas

:

Internas, Postumas, Externas. lUas

Qu^ animum

tangunt, sed adhuc in corpore.

angores, pœnitentia, metus, et conscientiarum

mille morsus. Altéras,

Qu^ eumdem

animum, sed

li-

BERUM JAM et A CORPORE ABJUNCTUM. uti pœnse

ese sunt
illis

quas, morte obita, scelestos manere etiam è priscis
plerique non vane sunt suspicati At tertias,

Qu^ cor-

pus TANGUNT, AUX

Qu^

ciRCA ILLUD. ut paupertas, exsi-

lium, dolor, morbi, mortes. Et est quidem plerumque,
ut eae

omnes
:

justo

quodam Dei judicio

in impios conve-

uiant

certe

quidem priores duae semper.

Ut de
tus ad

Internis dicam
nefas, qui

:

quis

ille

unquam tam

projec-

omne

non acria quaedam

flagella in

animo

et velut ictus senserit, sive in faciendo scelere.

3Go

CHAPITRE. XIV
On montre enfin qu'il y a
que
les

plusieurs sortes de peines, dont queîques-

U7ies occultes et internes

qui accompagnent
et

le

crime lui-même,
sont plus graves

mécJianls ne peurent fuir,

qiii

qu'aucune peine externe.

Pour que

tu

comprennes ces choses avec plus de
dans la citadelle

clarté, je te conduirai

même
les

de cette

cause, à savoir que l'on distingue trois sortes de peines
divines, les

Internes,

les

Posthumes,

Externes.

J'appelle internes les peines qui

frappent sur l'ame,

MAIS QUI RÉAGISSENT AUSSI SUR LE CORPS,
les soucis cuisants, le repentir,

COmme

SOUt

la crainte et les mille

morsures de la conscience. Les peines posthumes frappent l'ame aussi, mais quand elle est libre et DÉGACiÉE

DU CORPS, comme sont

ces peines qui attendent les scé-

lérats après la mort, ainsi que l'ont soupçonné,

non

sans raison, la plupart des anciens eux-mêmes. Enflii,
les troisièmes sont

celles qui portent sur le corps

ou QUI LE touchent,

comme

la pauvreté, l'exil, la dou-

leur, les maladies, les divers genres de mort. Il arrive
le

plus souvent que toutes ces peines, par un juste jugeles impies
:

ment de Dieu, s'accumulent sur
du moins absolument
premières sortes.

cela est
les

et toujours certain

pour

deux

Parlons des peines internes

:

qui jamais fut assez

endurci dans l'impiété pour ne pas ressentir d'âpres
flagellations

dans l'âme,

et

comme

des coups doulou-

reux, soit en commettant le crime, soit, et plus encore,


sive

366

~
à-oXojOd)
tyj; âo'.xia;

magis post factum

?

Vere enim
:

r, Tî,{j.wp'!a,

ut Plato olim dicebat

vel, ut verius et fortius

Hesiodus,->iX!.x',wT!.;.Cognatura,

imo innatum.omni sceleri

sceleris supplicium

:

et nihil in vita

securum solutumcruciarii,

que, prseter Innocentiam est.
ritu,

Ut

Romano
ferendi
:

crucem suam ferebant,

ipsi

ab ea

mox

sic impiis

omnibus conscientise

liane

crucem Deus im-

posait, in

qua pœnas luant priusquamluant.

An

tu

solam eam punitionem censés, quae incurrit
subit?

in

oculos?

quam corpusculum hoc
est.

Non

externa ista omnia leviter nec in longum
:

nos tangunt

interna sunt, quse angunt.

Ut magis

in

morbo judicantur qui tabe aut marcore laborant, quam
qui inflammatione aliqua aut febri
;

et

tamen

hae magis
illo

apparent

:

sic in

graviore

pœna

improbi, qui lento

passu ducuntur ad seternam suam mortem. Caligula
olim per ssevitiam imperare solitus léa feri, ut sentiat
:

se

mori

:

id istis evenit,

quod carnifex

ille

animus

cot-

tidie

minutis ictibus csedit et pungit.

Nec splendor

ille tibi

imponat,

et circumfiisa poten-


ment
fois
est

3(37


le cliâti-

après l'avoir commis? Car, bien véritablement,
subséquent à Vinjustice,

comme
l'a dit

le disait autre-

Platon, ou comme Hésiode
il

avec encore plus
et propo?^-

de vérité et de force,
tionné. Le. supplice
il

lui est

concomitant

du crime

est attaché

au crime,

et

naît avec

lui. Il n'est

rien ici-bas de

sûr ni de libre

que l'innocence. De

même

que

,

d'après la coutume

Romaine, ceux qui devaient

être crucifiés portaient la

croix qui bientôt allait les porter eux-mêmes, ainsiDieu

a imposé à tous les impies cette croix de la conscience
qui leur
fait

subir un premier châtiment avant le châ-

timent

définitif. qu'il

Penserais-tu donc
celle qui éclate

n'y a d'autre punition que
celle

aux yeux ? que

que subit ce misé-

rable Corps
Il

?

n'en est pas ainsi. Toutes ces peines extérieures
:

sont légères et ne durent pas longtemps

ce sont les
les

peines internes qui sont poignantes.

Comme
le

malasont
l'in-

des minés par la consomption et par

marasme

jugés plus gravement atteints que ceux qu'agitent

flammation

et la fièvre, bien
:

que

celles-ci éclatent da-

vantage au dehors

de

même

sont frappés d'un châti-

ment plus grave

les scélérats qui sont ainsi conduits

à

pas lents jusqu'à leur mort éternelle. Caligula, jadis,
poussait la cruauté jusqu'à

commander au bourreau
mourir
:

:

frappe de manière
fait,

civlïI

se sente

c'est ce que

pour ces méchants, lame, ce bourreau impitoyable

qui,

chaque jour

et

à petits coups,

les

frappe et les

tourmente.

Ne

t'en laisse

pas imposer par la splendeur, par


lia,

368


illi

aut opes, quia non magis
sani,

ideo felices aut beati,
in pur-

quam

quorum

febris aut

podagra recumbit

pureo strato. Mendicum aliquem in fabula vides, qui
régis

personam
:

sustinet,

auratum

et

pulchrum. vides,
illo scis

sed non invides

quia latere sub auro

scabiem,

paedorem, sordes. idem existima in magnis omnibus
istis et

superbis tvrannis

:

Quorum mentes si i-'ecludanet ictus
:

tur,

aitTacitus,^os5m^ adspici laniatus

quando

ut

corpora verherihus^

ita sœvitia, lihidine,

malis con:

sultis aniinus dilaceretur .

Rident
:

illi

saepe, fateor

sed

non verum risum. Gaudent

sed non

germanum gau-

dium. non hercle magis, quam iiqui capitis damnati in
carcere attinentur, et talis interdum aut tesseris
lere se conantur, nec fallunt.
ille

fal-

Manet enim impressus
tollit

imminentis supplicii terror, nec

se
,

umquam
sodés,

ab oculis imago luridas mortis. Vide mibi
dimoto externorum
isto

vélo,

Siculum illum tyran-

num

:

DistHctus ensis
Cervice pendet.

cm

super impia

Audi

Romanum illum
quam

lamentantem

:

DU me Deœque
nec

pejus perdant,

perire cottidie sentio. Audi alte:

rum ingemiscentem
habeo, nec inimicum?

Ergo ego

solus

mnicum

Hœc

vera

illa

animorum tormenta,

Lipsi, hi crucia-


retendue de la
richesses
:

369


ou par l'abondance des

puissance,

ils

n'en sont pas plus satisfaits ni plus heu-

reux que ne sont bien portants ceux que la fièvre ou la
goutte cloue sur un
lit

de pourpre.

Tu

vois dans une

mascarade-quelque mendiant déguisé en Roi, tout doré,
magnifique
sais
:

tu le vois, mais tu ne l'envies pas, car tu
la

que cette pourpre d'emprunt recouvre la lèpre,

crasse, l'ordure.

Pense

la

même
les

chose de tous

ces

grands
on

et

superbes tyrans dont

âmes,

dit Tacite, si

aux yeux les plaies et les cicatîHces, tant elles sont déchirées par la cruauté, les passions et les mauvaises pensées, comme le corps peut
les ouvrait, étaleraient

rêtre

par

les

coups de fouet. Souvent

ils

rient, je l'avoue,

mais leur

rire n'est pas franc; ils se réjouissent,
:

mais

leur joie n'est pas véritable

pas plus, par Hercule,
qui,

que

celle des

condamnés à mort,

dans leur prison,

essaient de se distraire en jouant aux dés ou aux tessères,
et qui n'y

parviennent pas, car la terreur

du

supplice imminent reste profondément gravée en eux,
et rien

ne peut arracher de leurs yeux la livide image

de la mort. Écarte,

mon

ami,

le voile

des objets exté-

rieurs et vois ce tyran de la Sicile qui sent sur sa tète

impie Vépée suspendue de Damoclès. Ecoute
tations de Tibère au Sénat
ses
:

les

lamenDéesaitisi

que

les

Dieux

et les

me

maudissent plidôt que de yne sentir périr

chaque jour. Recueille les paroles de
et près

de mourir

:

me

voilà

Néron gémissant donc seid, sans ami et sans

ennemi!
Voilà, Lipse, les véritables flagellations des âmes,
le

supplice de toujours être rongé par le souci, de tou-


tus,

370

metuere
:

angi semper,

pœnitere.

quibus cave

compares eculeos

ullos, fidiculas, uncos.

CAP. XV.
Pœiias etiam Postiimas manere improhos.
ipsas Exte7'nas
:

et

pîertimque imo

qum exemplis

aliquot illustrihus adjirmatœ.

Adde

jara hue

Postumas

illas

et

feternas pœnas,
sit, si

quas è média Theologia posuisse mihi satis
evolvisse.

non

Adde etiam Externas.
illa^

quse tamen

desint,

cum

priores

irrogenter,

quis cœlestem Justitiam
(certe

juste culpet?

At non desunt. nec factum uuquam

raro) quin aperte scelesti et aliorum oppressores,

pœnas
alii

item luerint spectabiles et
serius
:

apertas.

alii

citius,

alii in se, alii in suis.

Vides
rapinas,

et queereris

Dionysium illum

in Sicilia,stupra,

cœdes, multos annos

impune exercentem?

paullum sustine, videbis eumdem

mox infamem,

extor-

rem, inopem, à sceptro (quis credat?) ad ferulam devolutum.
ipse
Ille

magnse

insula9 rex,

ludum Corinthi

aperiet,

Fortunœ verus ludus.
aliâ,

Parte
et

Pompeium

in Pliarsalia vinci indignaris,
ali-

exercitum psenè è Senatu? ludere et lascivire

371

-

jours se repentir, de toujours craindre. Garde-toi de

comparer ces tortures avec
les crocs

les chevalets, les cordes,

d'aucun tourmenteur.

CHAPITRE XV.
Que
les

peines posthumes attendent
les

les

méchants
le

:

lien plus, que
;

les

peines externes

atteignent aussi

plus souvent

ce

qui

est

confirmé far quelques exemples

illustres.

Ajoute encore à ces peines posthumes et éternelles
qu'il

me

suffira d'établir d'après toute la Théologie, sans
ici,

avoir à les développer
nes. Celles-ci, lors

ajoute enfin les peines exterqu'elles feraient défaut,

même

qui

donc serait en droit d'en

iuculjDer
?

la justice divine,

puisque les autres sont indubitables

Mais

elles

ne font
il

pas défaut.

Il

n'est

jamais arrivé

,

ou, du moins,

est

bien rare que ces francs scélérats et ces oppresseurs
d'autrui n'aient souffert des châtiments visibles et
nifestes, les

ma-

uns plus

tôt, les

autres plus tard
les siens.

;

celui-ci

dans lui-même,

celui-là

dans

Te plaindras-tu de voir ce Denys, en impunément pendant de longues années
pine et
le

Sicile,

exercer

le viol, la rale

carnage? Attends un peu; bientôt tu vas
?

voir humilié, chassé, pauvre, et qui le croirait

échan-

ger

le

sceptre contre la férule. Ce Roi d'une grande

île, il

ouvrira à Corinthe une école, lui-même véritable

école de la Fortune.

D'autre part, te courrouceras-tu de ce que
soit

Pompée
s'en

vaincu à Pharsale, sans que

le

Sénat à peine


quaracliii in civili

37-2


:

sanguine tyrannum

ignosco. video
recti judicii

enim Catoni

ipsi

clavum hîc tantum non

extortum, et elicitam ab alto pectore

ambiguam vocem,

Res divinas multmn hàbeve caliginh.

Sed tamen
oculos
:

ta Lipsi,

tu Cato, flectite paullum hue

unus adspectus in gratiam reducet vos cum

Deo. Csesarem illum videte, superbum, victorem, opinione sua et aliorum jam deum, in Senatu, et à Senatu
interfectum. nec simplici morte, sed viginti tribus plagis confectum, instar ferse in
et (quid

sanguine suo volutantera.

amplius vultis?) in Pompeii curia, superstante

Pompeii statua,
parentantem.

magnam victimam Magni manibus

Ita

Brutus in campis

Pliilippicis,

pro patria et

cum

patria moriens, mihi quoque miserationi est. sed consolor idem,
tus, velut

cum haud longe

video victores

illos exerci-

ad ejus tumulum, gladiatorio more inter se
:

commisses

et è

ducibus alterum,

M. Antonium,

terra
illa

manque

victum, inter très mulierculas, mulierosa

manu, segro mortem invenientem. Ubi
ille

tu es Orientis

paullo antè dominus

?

lanista

Romanorum
En,

exerci-

tuura? Pompeii et reipublicse sector?
cruentis manibus pendes?
en, vivus in

in

fune

monumentum

tuum repis?

en. ne

moriens quidem avelleris ab ea quag


que temps
et se

373


le

occupe? t'indigneras-tu de voir

tyran se jouer quelle

vautrer à plaisir dans

sang des

citoyens? Je te le pardonne, car je vois Caton lui-même
arrêté par cette considération d'une raison faussée, et
laissant échapper,

du fond de son cœur troublé,

cette

parole équivoque

:

les

choses divines sont bien obscures.
et toi aussi

Mais cependant, Lipse,
un peu
les

Caton, tournez

yeux de ce

côté;

un

seul coup-d'œil vous

réconciliera avec la Providence,

Ce César,

ce superbe,

ce vainqueur, déjà dieu dans sa propre opinion et dans
l'opinion des autres
,

vous

le

voyez assassiné dans

le

Sénat et par

le

Sénat, et non seulement assassiné, mais
et,

percé de vingt-trois coups de poignard,

comme une
que

bête féroce, noyé dans son sang; et tout cela,

voulez-vous de plus? dans la curie de Pompée, aux pieds

de la statue de Pompée,
expiatoire offerte aux

comme une grande

victime

Moi
et

aussi je

mânes du grand Pompée. plains Brutus mourant pour sa

patrie

avec sa patrie, dans les plaines de Philippes. Mais

je

me

console lorsque, tout près, je considère les armées

victorieuses combattant entre elles

comme

des gladia-

teurs sur son tombeau, et l'un de leurs chefs,

Marc
cher-

Antoine, vaincu sur terre

*et

sur mer, trouvant avec
qu'il

peine, en présence de trois femmes, la mort

che, de la

main d'une femme. Où

es-tu, toi qui

naguère

étais le maître de

l'Orient? Laniste des
et

armées Ro-

maines? Assassin de Pompée

de la République?

Voilà que de tes mains sanglantes tu te suspends à une corde voilà que, vivant, tuteglisses dans ton sépulcre
! !

Voilà que,

même

en mourant, tu ne peux t'arracher à
24

tibi

374

et

morti

!

\'ide

an vane vocem supremam
:

votum

illud efflaverit

Brutus jam moriens
ixT,Àâ6o'.

Zej,

as tôiv

o'

o;

a'i'tto)

xa/.ûiv.

Non enim
aller dux, qui

latuit profecto,

non

effugit.

non item

ille

pœnam juvenilium
et

scelerum non obscure
stirpe. Sit felix et
:

in se luit, et clarius in

omni sua

magnus Cœsar,

vere Augustus

sed filiam tamen

Juliam habeat, sedneptem. nepotes alios per fraude m
per vim amittat, alios abdicet. et horum tsedio, quatri-

duana inedia mori

velit,

nec possit. denique
:

cum

Livia
turpi

sua vivat, fœde ducta, fœde retenta

et

quam

amore

ipse

periit,

turpi
,

morte per eam pereat. In
deus
,

summa,

inquit

Plinius

ille,

cœlmnque nescio
siii

adeptus magis
excédât.

an onerilus

herede hostis

fîlio

Hsec taliaque cogitanda, Lipsi, cùm querela
quitatis erumpit
:

illa ini:

et

ad duo semper vertenda mens
et

Tarditatem supplicii
ille?

Varietatem.

Non

punitur nunc

mane. punietur. Non

in corpore? sed fortasse in

animo.

Non

vivus? sed certe mortuus.

Nimquam

antecedentem scelestum

Deseruit pede

pœna claudo.
ille

Vigilat enim semper diviuus
rnire

oculus

:

et

cum

dor-

eum

censés, connivel.

Tu tantum

reqiuis in

eum


celle qui

375


s'il

cause ta mort! Vois

a été inutile et vain

ce mot, ce

vœu suprême, que Brutus
:

a exhalé avec son

dernier soupir

ô Jupiter! que Vauteur de ces

maux

ne

f échappe pas !
Il

n'a pas échappé
l'a

certes,

il

n'a

pu

se soustraire

au

châtiment. Et ne
s'il

pas

fait

non plus

l'autre chef qui.

n'a pas porté

obscurément sur lui-même la peine des

forfaits

de sa jeunesse, a été puni avec plus d'évidence
soit

dans toute sa race. Qu'il
et

César, heureux, et grand,

vraiment auguste

:

mais

qu'il ait les

deux Julie pour

fille et

pour

petite-fille; qu'il

perde, par la fraude ou par
petits-fils
;

la violence,

une partie de ses
il

qu'il renie les

autres, et que, de chagrin,
se laisser

veuille

pendant quatre jours
le puisse; qu'il vive

mourir de faim

et qu'il

ne

avec sa Livie honteusement épousée,
conservée, et qu'enfin, éperdu de cet
périsse

honteusement

amour infâme, il par elle-même d'une mort infâme. En somme,
de qui je ne puis dire
pta^^
s'il

dit Pline, ce dieu,

est ])arvenu

au

ciel par la
le

conquête ou

ses 7nérifes, laisse

pour

héritier

fus de son ennemi.
cela qu'il faut penser, Lipse,
te plaindre

C'est à

quand

tu

es

emporté à

de l'iniquité

:

tourne ton esprit

vers ces deux choses la Lenteur et la Variété du supplice. Celui-ci n'est
le sera. Il n'est

pas puni maintenant? attends,
?

il

pas puni dans son corps
Il

il

l'est

peut-

être dans son

âme.

ne

l'est

pas vivant?
la

il le

sera cer-

tainement après sa mort. Jamais

peine au pied boila

teux ne quitte la trace du scélérat qui

précède. Cet
qu'il

œil divin veille toujours; quand tu crois

dort,

il

regarde avec attention. Toi, sois seulement équitable


sis
:

376


ipse ab

nec judicem tuum inaiiiter accusa,

eo

judicandus.

CAP. XVI.
Responsio ad alteram ohjectioïiem
,

de

Immeritis
et

,

ostensum
qui magis

omnes meruîsse pœnani, quia omnes in culpa.

aut minus, œgre imo tmllo modo ah Jiomine fosse discerni.

Deum

solum

esse,

qui noxas clare ùdeat, ideoque justissime

puniat.

Sed enim immeriti
tur, iiiquis.

et innoxii aliquot populi

puuiun-

Nam

hsec secunda tua querela, sive calum-

niam potius dicam
Incaute adolescens, sic loqueris? Puniunturne immeriti? Ubi

ergo gentium, gentes
sit,

tibi

repertœ sine
aliquo

noxa? Fiducia, imo temeritas

in singulo

homine

id

ponere

:

tu nihil ambigis populos et gentes

statuere impeccantes? Vanissime.

Peccamus enim

et
:

peccavimus omnes, scio
et cœli

:

nati in labe, vivimus in labe

jam armamentaria,
si

ut

cum

Satjrico

illo

jocer,

sine telo sint,

fulmina semper missa in merentes.
alti,

Non enim

ut pisces in salo nati et
:

salem tamen

non referunt

sic

censendum homines
si

in

hac mundi
in noxa,

faece, esse ipsos

sine fsece? Atqui

omnes

ubi populi

isti

immeriti? Culpae enim comes justissime
est.

pœna semper


envers
lui, et

377

n'accuse pas follement le juge qui doit te

juger toi-même.

CHAPITRE XVI.
Réponse à l'autre oljection,
celle tirée des innocents.

Il

est

mon-

tré que tous ont mérité leur châtiment, parce que tous sont en

faute, qui plus, qui moins,

et

que l'homme

na aucun moyen
qui voie net-

de

le

discerner clairement
les failles et,

:

que Dieu

est le seul

tement

par

suite, qui

punisse très justement.

Mais,

me

dis-tu, quelques peuples sont punis qui
:

ne

sont pas coupables et ne l'ont pas mérité

n'est-ce pas là

ta seconde plainte que j'appellerai plutôt

une calomnie?
donc, parmi

Imprudent jeune homme, comment oses-tu parler
ainsi?

Des innocents

sont-ils

punis?

toutes les nations, as-tu découvert une nation qui fût

sans torts

?

C'est de la témérité et presque de l'outre-

cuidance de penser ainsi d'un
et tu n'hésites

homme

en particulier
et

:

pas à décider que des peuples
sont sans péché!

des na-

tions entières

Vanité!

Tous, nous

péchons, tous, nous avons péché, je le sais; nés dans la
souillure,

nous vivons dans

la souillure
il

:

et,

pour em-

ployer la plaisanterie du Satirique,

j a longtemps
foudre

que les arsenaux du

ciel seraient épuisés, si la

avait toujours été lancée sur tous ceux qui l'ont mérité.

Crois-tu qu'il en soit de nous

comme
sel,

des poissons qui,
et

bien que nés et vivant dans le
qu'il

ne sont pas salés, dans cette
si,

y monde, soient cependant sans tache? Or,
ait

des

hommes

qui, plongés

lie

du

tous, nous

sommes en
le

faute,

où sont ces peuples innocents? Car
le

châtiment est toujours très justement
faute.

compagnon

delà


Sed inœqualitas,

378


mihi displicet
:

inqiiies, illa

quod

quidam premuntur qui minora
régnant qui magna.

peccaruiit, liorent et

Nempe hoc
eam

erat

!

eripies tu, credo,
et

trutinam cœlestis Justitise manibus,
sensu ponderibusque
spectat
librabis.

tuo

quodam
aliter

Quo enim

hœc delictorum parium impariumve
deum
tibi

sestimatio,

quam

ante

sumis?

Sed duo

hic, Lipsi, cogita.

Primum,

aestimari

ab homine noxas aliénas non
peccata

posse, non debere.

Quomodo enim? Tu homulle
quidem
?

aequiter appendas, qui nec attendis

tu ea légifacile

time discernas, qui nec cernis
das,

?

Quod enim

mihi

animas

est qui peccat

:

per corpus quidem et sen-

suum hœc instrumenta,
dus omne criminis
ut
si

sed ita ut

momentum

et

ponest,

sit

ab ipso. Quod adeo verum

invitum.aliquem statuis peccasse, non peccarit. Id
si

autem

est

:

quomodo, obsecro, peccatum ipsum persedem?

videbis, qui nec cubile ejus aut

Nam mentem

certe

adeo alienam videre non potes, ut nec tuam.
igitur hcec vel vanitas vel temeritas tua est,
in re

Magna

censuram a3stimationemque vindicantis

nec visa

pleue nec videnda, nec nota nec noscenda.

Secundo

illud cogita, ut

maxime

ita sit,

nec

malum


Mais, dis-tu,
je vois
il

370


:

y a

une inégalité qui me choque
les délits

opprimés ceux qui ont commis

les

moins graves, tandis que ceux qui ont commis
graves régnent
et florissent.

les plus
!

Comment!

cela est arrivé

Tu

vas, je pense, arracher la balance des mains de la

Justice céleste, et tu la tiendras toi-même avec ton sen-

timent et avec tes poids

:

car quelle autre tendance

peut avoir cette estimation des crimes proportionnés

ou disproportionnés au châtiment
avant Dieu?
Ici,

,

que tu assumes

Lipse, tu dois songer à deux choses.

la

En premier lieu, l'homme ne peut, criminalité des autres. Comment
,

ne doit pas juger
le ferait-il?

Toi,

mortel chétif
les

comment

apprécierais-tu équitablement
ta connaissance?

manquements qui échappent à

comment

discernerais-tu légitimement ce que tu ne vois
c'est

pas? tu m'accorderas facilement sans doute que
l'âme qui pèche
:

le

corps et les sens ne sont que ses

instruments; en elle est toute l'importance ou la gravité

du crime. Cela

est si vrai

que tu décides que celui
S'il

qui pèche malgré lui ne pèche pas.

en est ainsi,

dis-moi, je te prie,

comment

tu verras le péché,
Il

quand

tu n'en peux voir ni le berceau, ni le siège.
clair

est bien

que tu ne peux voir l'âme des autres, puisque tu

ne peux voir
vanité,

même

la tienne. C'est

donc une grande
toi

une impardonnable témérité à

de revendi-

quer la censure et l'appréciation de choses que tu ne
vois, ni

ne peux voir, que tu ne connais ni ne peux
chose est absolument combinée

connaître.

En

second

lieu, la


tamen
aliqiiid hic esse,

380


Non malum
et jure
:

nec iniquum.

quia

illorum ipsorum bono

sit,

qui castigantur statim vel in

minimis noxis. Dilectio

illa

divina est

:

semper

suspecta tarditas, cui gravier Punitio adhœret.

Non
:

item iniquum

:

quia

pœnam,

ut dixi,

omnes meruimus

nec

umquam

vel in optimis illa puritas, ut

non maculge

aliquse supersint salsa liac

aqua cladium velut eluendae.

Quamobrem,

adolescens, mitte hanc de sestimatione
litem, tu terrestris pedaneus-

noxarum intricatissimam
que judex
:

deo permitte, qui haut paullo aequius de ea
coguoscet.
:

certiusque è superiore tribunal!
solus, qui mérita potest

Ille

est

expendere
,

ille,

qui sine ullo

simulatiouum fuco aut cerussa

virtutem vitiumque

videt in vero suo vultu, Quis ei imponat, qui externa
et interna pariter

rimatur ? qui corpus videt

et

mentem ?

qui

linguas et fibras? aperta denique et operta? Quiet

que non facta solum ipsa, sed caussas eorum

pro-

gressus videt in clara luce. Thaïes olim interrogatus,

yjfio: 9so'j; à'vOpw-o)

âoixûv

;

aAA' oùùï û'.avooiiuevw,

vere

respondit.

At nos contra
scelera

hic in

nube qui non solum occulta
aiunt) et sinu

non videmus, sub tunica (quod
;

adraissa

sed vix aperta et protracta jam in lucem.

Non


en sorte
juste.
Il

381


d'in-

qu'il

ne

s'y

trouve ni rien de mal, ni rien

n'y a rien de mal, car c'est pour leur bien que

quelques-uns sont châtiés tout de suite et dès leurs premières fautes. C'est un
retard
est
ici

elfet

de

l'amour de Dieu

:

le

est toujours et justement suspect, parce qu'il
Il

compensé par une aggravation de peine.

n'y a

rien d'injuste, parce que tous,

comme
jamais

je
il

l'ai

dit,

nous

avons mérité
personne,

le

châtiment

;

et

ne

s'est

trouvé

même parmi

les meilleurs, qui fût assez

pur

pour n'avoir pas quelque tache à purger dans cette eau
forte des calamités. C'est pourquoi, jeune

homme,

je

t'engage à abandonner ce procès de l'estimation des
fautes,

procès inextricable pour
:

toi,
:

juge terrestre

et

subalterne

laisse faire à
il

Dieu

du haut de son

tri-

bunal suprême,
compétence.
et les
Il

en connaîtra avec plus d'équité

et

de

est le seul qui puisse peser les mérites
;

démérites

le seul qui,

malgré

le

fard ou la cé-

ruse qui les déguise, voie
traits véritables.

le vice et la

vertu sous leurs
lui qui scrute

Qui

lui

en imposera, à
?

aussi bien le dedans que le dehors
le

qui voit l'âme

comme
Il

corps? qui connaît les langues et les cœurs? pour

qui,

en un mot, tout est ouvert et manifeste?

voit,

dans une pleine lumière,

et les faits, et leurs causes, et

leurs progrès. Thaïes, à qui l'on demandait autrefois,
si l'on

pourrait tromper

les

Dieux en agissant
pas

injuste-

inent, répondit avec vérité,

même par

la p}ensée.

Nous, au contraire, nous
lard,

sommes

dans un brouilles

nous

qui,

non seulement, ne distinguons pas
le

crimes cachés sous l'habit ou dans
les

cœur, mais qui

connaissons à peine quand

ils

sont découverts et


ciiim

382


jam
fugientis.

culpam ipsam

et

vim

ejus cernimus, sed externa
et
:

quaedam vestigia admissae
saepenobis, qui
electi.

Optimi
illi

Deo pessimi

et rejecti contra, qui

Claude
et oculos
:

igitur, si sapis,

de meritis aut immeritis os

caussag

tam obscurae non bene cognoscuntur

de piano.

CAP. XVII.
Re^ponsio ad oljectionem tertlam, de posais b'anslaiis. exemplis

moiistratum id etiam apud homines
lationis

fieri.

Quœ

deo traits-

hujus caussa

sit.

et

pluscuïa alla satis curiosa

snltilitatis.

At

tertia etiam offusa à te Justitiae
est,

nebula abster-

genda

de Substitutis.

Pœnas
:

enim, inquiunt,

parum

juste

Deus

transfert

et

majorum culpas maie
aut

luunt nepotes.

Hem!

itane hoc

novum

mirum?

Imo miror ego mirari
ipsi id faciant in

istos miriones

:

cum

cottidie

sua terra. Die, sodés, bénéficia qua?

ob virtutem à Principe majoribus data, nonne transeunt ad nepotes? sane transeunt. nec
aliter in mulctis aut

pœnis, opinor, quse iisdem impositse ob scelus. Ecce
in perduellionisaut majestatiscrimine,manifestô alii in


mis au jour
:

383

-

car nous ne voyons pas la faute elle-

même,

et sa violence,

mais seulement quelques vestiges

extérieurs de la faute

commise

et

accomplie. Souvent,

ceux qui nous paraissent les meilleurs sont les pires pour Dieu,
et

ceux que nous réprouvons sont ses élus.

Donc,

si

tu es sage, tu fermeras la

bouche
:

et les

yeux

sur la question du mérite et du démérite
si

des causes

obscures ne se jugent pas bien en dehors de l'au-

dience.

CHAPITRE

XVII.
est
les et

Troisième oijection, des peines reportées sur d'autres. Il

montré yar des exemples que
hommes. Quelle
est

cela se fait

même parmi

pour Dieu

la cause de ce transfert,

plusieurs petites choses d'une subtilité assez curieuse.

Maintenant, passons à ce troisième brouillard qui
cache encore la Justice, la question des substitués.
dit
:

te

On

il

est

peu juste que Dieu reporte
et c'est

le

châtiment des
les des-

uns sur les autres,

mal à propos que

cendants sont punis pour les fautes de leurs ancêtres.

Voyons donc. Cela
prenant?

est-il

en

effet

ou nouveau ou sur-

Moi, ce qui m'étonne

c'est

l'étonnement de ces ba-

dauds

qui, tous les jours,

font précisément la

même

chose sur cette terre. Dis-moi,

mon

ami, les bénéfices

que

le

Prince a accordés aux ancêtres, en récompense

de leur valeur, ne se transmettent-ils pas à leur postérité?

Sans doute,

ils

se transmettent; et

il

en est de

même

des confiscations et des peines pécuniaires qui


culpa sunt,
alii in

384


innoxios liberos aiterna
solatium,
et vita

pœna. idque adeo intendit humana

saevitia, ut latse leges sint, quae

egestatepuniant, ut mors

sit eis
!

suppli-

cium. Maligni vestri animi
licere id viiltis,

régi alicui aut djnastae

non

vultis deo.

Cui tamen,

si

exami-

nas,

haud paullo

justior severitatis hiijus caussa.

Peccavimus enim,

et rebelles et

magno

huic régi fui-

mus

in

uno omnes
illa

:

per tôt stirpium traduces, priinfelices natos. Ita
:

mogenia
nexus
et

macula propagata ad

catena quaedam haec criminum coram deo est

nec peccare, exempli caussa, pater meus aut tuus jam
cœpit, sed patrum punit in posteris

omnes

patres.

Quid ergo mirum,
delicta,

si

non proprie diversa

sed

communione quadam seminis juncta, nec umquam
intermissa
?

Sed ut omittam hœc sublimia,
populari

et

agam tecum magis
scito.

quadam rationum

via

:

hoc

deum

con-

jungere, quse nos per imbecillitatem aut imperitiam dis-

paramus
quiddam

:

et familias,

oppida, régna, non ut variura

intueri aut confusum, sed ut corpus
illa

naturam-

que unam. Scipionum
illi

aut Caesarum familia,

unum

est

:

Romana

aut Attica urbs, ab omni suo aevo,


Taccusatioii de

385

leur ont été imposées pour crime, ^^oilà, par exemple,

haute trahison ou de lèse-Majesté où,

manifestement, sont punis d'autres que ceux qui ont
péché; et la cruauté humaine a été
édicté des lois
si

loin que l'on a

condamnant

les enfants innocents à
la

une

pauvreté éternelle, afin que
bienfait et la vie

mort leur paraisse un

un supplice! Quelle malignité ont donc
roi

vos esprits, que vous voulez bien permettre à un

ou à un souverain ce que vous ne voulez pas permettre
à Dieu, lequel cependant,
si

vous y

faites attention, a

une cause un peu plus juste pour cette sévérité?

Car

tous, en

un

seul,

nous avons péché, tous, nous
;

avons été rebelles à ce grand Roi

et,

par

les

drageons

des générations successives, la tache originelle s'étend

aux infortunés qui naissent. Ainsi, en face de Dieu,

il

y a une certaine

solidarité,

une chaîne de crimes
le

;

par

exemple, ce n'est ni ton père, ni

mien qui ont comQu'y
a-t-il

mencé à pécher, ce sont
donc d'étonnant
s'il

les pères des pères.

punit, dans la postérité,

non propre-

ment
dont

les fautes
elle est

diverses qu'elle commet, mais celles

solidaire par

une sorte de communion
?

d'origine, jamais interrompue

Mais, pour omettre ces choses sublimes
avec
toi

et

passer

à un ordre plus vulgaire de raisons, sache que
et notre

Dieu réunit ce que notre faiblesse

ignorance

séparent; que les familles, les villes et les ro^^aumes sont pour
lui,

non quelque chose de varié

et

de confus,

mais un seul corps, une seule nature. Cette famille des
Scipions ou celle des Césars, pour
ville
lui ce n'est qu'un; la

de

Rome

ou

celle

d'Athènes dans toute leur exis-

unum
:

38G


imperium. Jure, vinclum
societas,
ut

unum

item

Romanum
et

enim quocldain

est

legum jurisque
:

quae
in ter

magna corpora hœc
levo dissitos,

ligat

efficitqiie,
sit

etiam

communie qusedam

praemiorum

et

pœnarum. Itaque Scipiones olim boni? apud cœlestem
illumjudicem posteris
id

quoque

prosit.

Mali? noceat.

Belgae ante annos aliquot lascivi, avari, impii? nos

luamus. quia in externa omni punitione Deus non praesentia solum adspicit, sed prœterita etiam respicit
:

et

duûm horum temporum momentis tempérât
justitiae

^equabiliter

suœ lancem.

Dixi, externa punitione. et velim notes.

Non enim

culpœ
fusio

ipsae transferuntur, aut
fit
:

criminum quaedam condumtaxat
sive castigain nobis
:

abest

:

sed

pœnœ

(^j

tiones

qufedam

circa nos istse sunt,

non

et

ad cor pora aut opes spectant proprie, non ad

animum

hune internum. Quid autem hic
injuriai?
si

Heredes enim certe com-

modorum prsemiorumque,
esse volumus
:

qua majoribus débita sunt,

cur onera recusemus et pœnas?

Dellcta majorurn irnuierihis lues

Romane,

canit
ritus.
(')

romanus

ille

Vates. vere, nisi quod addit

hnme-

Meritissimo enim, quia meruere majores. Sed
et

Ces corrections sont des actes

comme

des remèdes de pré-

voyance. Mais

pour

les

peines

spirituelles,

comme nous

disons


tence, ce n'est qu'un
;

387


un
lien,

un aussi, tout l'Empire Romain.
effet

Et avec raison.
lois et

Il

y a en

une société de

de droit qui relie tous ces grands corps, et qui

constitue,

môme

entre ceux qui sont séparés par les

âges, une. certaine

communauté de récompenses

et

de

punitions. Ainsi les Scipions ont-ils été bons autrefois?

auprès du juge céleste que cela profite aussi à leurs
descendants. Ont-ils été méchants? que cela nuise. Les
Belges,
il

y a des années,

ont-ils été dissolus,

avares

impies? nous serons punis, nous, parce que, dans toute
punition externe. Dieu ne considère pas seulement
présent,
il

le

tient

compte du passé,

et

il

pèse équitable-

ment dans
temps.
J'ai dit

la balance de sa justice le poids de ces

deux

dans toute punition externe,
:

et je

voudrais

que tu en prisses note

car ce ne sont pas les fautes
et
il

elles-mêmes qui sont transmises,
confusion dans la culpabilité
:

ne se
:

fait
il

pas de
s'agit

loin de là

ne

que des peines

(^)

qui,

comme

des corrections, sont au-

tour de nous, non en nous; qui concernent proprement
le

corps et les richesses, non l'âme intérieure.

Or

qu'y

a-t-il là d'injuste?

Nous voulons

hériter des

avantages et des récompenses que nos anciens ont pu
mériter
:

à quel titre refuserions-nous les charges

et les

peines? Romain, tu paies, sans ravoir mérité, les crimes

de
s'il

tes aieux, dit le

Poète romain

,

et cela serait vrai
ils

n'ajoutait sans rafOi'rmeVzYe, car

l'avaient mérité

dans la personne de leurs ancêtres. Le poète a pu voir
vulgairement,
pables.
il

n'en est pas de

même.

Elles ne frappent (|ue les cou-


Ut autem
in

388


in senecta
in juventa
:

effectum videre poëta potuit, non adsurrexit ad causam.

uno eodemque liomine, jure

setate delictum aliquod
sic

punimus admissum

deus in imperiis aut regnis peccata vetera. quia

externse communionis ratione
et

unum quiddam Deo sunt,
aeternitatem

conjunctum. Intervalla haec temporum apud illum

nos non dividunt, qui

omnem

clausam

habet in capaci sua mente.

An
tôt

vero Martiales

illi

lupi olira tôt urbes everterint,

sceptrafregerintimpune? tantum csedium sanguinisipsi

que hauserint,
fatear vindicem

semper incruenti?
esse, qui
est

Tum

denique
geri-

nuUum deum
Sed non

quœ nos

mus

audit

et videti^).

ita.pœnas vel inposest,

teris suis

pendant aliquando necessum

tardas

etsi

non seras.

Nec Temporum

solura hase

conjunctio apud

deum

est; sed et Partium.

Hoc

volo dicere. sicut in homine

cum manus,
luit
:

pénis, venter peccavit,

totum corpus

id

sic in

communi

aliquo cœtu,

paucorum delictum
si' ii

expetere saepe in omnes. pr^esertim
velut dignoria

qui peccant,

qu^edam membra

sint, ut reges, princi-

pes, magistratus.

Vere Hesiodus

et

ex ipso Sapientiae

penetrali

:

l'j

IMaute, diius

le

Captif.


TcfFet;
il

389

même
nous trouvons

ne

s'est

pas élevé jusqu'à la cause. De

qu'à l'égard d'un seul et

même homme,
les

juste de punir dans sa vieillesse le crime qu'il a

commis

dans sa jeunesse, ainsi Dieu punit
les

vieux péchés dans

royaumes et les empires, parce qu'en raison de la communauté externe, ceux-ci ne font pour Dieu qu'un
seul et

même

ensemble. Tous ces intervalles de temps

ne nous séparent pas devant Celui dont l'intelligence
infinie

embrasse

l'éternité tout entière.

Ces loups de Mars auront-ils impunément détruit autrefois tant de villes, brisé tant de sceptres?
ils

Aurontde

commis tant de carnages, versé

tant de flots

sang, sans perdre une goutte du leur? C'est alors que
j'avouerais enfin qu'il n'existe pas de Dieu vengeur qui

entend

et

qui voit tout ce que nous faisons
Il

(').

Mais

il

n'en est pas ainsi.

est nécessaire que, quelquefois,

des peines retardées, quoique non tardives, tombent
sur la postérité.
Et,
les

non seulement, aux yeux de Dieu,
l'homme, dans

les temps,

mais

parties mêmes sont réunies. Voici ce que je veux
:

dire

le

vol, la lubricité

ou la gouret

mandise, pèche par de certaines parties de son corps,
c'est le

corps entier qui est puni

:

de même, dans cette

association d'une

communauté

particulière, le crime de

quelques-uns retombe souvent sur tous, principalement
si

ceux qui pèchent sont considérés

comme

des

mem-

bres plus importants, tels que les Rois, les Princes,
les Magistrats. C'est

avec beaucoup de vérité

et la plus
:

grande profondeur de sagesse qu'Hésiode a
le

dit

Pour

crime d'un

seul, la ville entière iiaie

un poids égal de


Qfùiijàaa.

390

zxî I'mzlzsjl s:^.'^ jocxs,^ zv&pc»^ hzx-jptî.

UniuS ob erimen pœnas urbs
Si

iot'm

rependit.

qms sacrUege sese gerat aut
sbce

injuste.

Jupiter hinc cedo dades ianmisit ab alto

Pesiem
ItSL

Famem.
periit,

dassis

ArgiTomm tota

Utiius ob noxaam, et furias Ajacis

OHei :

ita in

Jadasa septaaginta millîa hominum pestîs una

jostissime abstulit. ob injastam libidinem

n^is (>).

Et interdum contra; ubi omnes peccarunt. Deiis

annm pancosre
In qno
dit. si

seligit-Telnt pîaculares publicde noxae.

à

rigido illo paritatis jure f) paullisper disceiniqaitate ipsa asqnitâs

tamen ex

noTa oritur

:

et

clemens qnaedam jostitîa in multos
Tidetor in pancos.

est,

qnod

saeTitia

Konne etiam paedagogi femla. è nu-

méro lasdTientîs gr^is. nnum aliqnem casdit î imperator é fdso exerdta. paaa>s decimatione castigat l salabri

tamen nterqne consîlio, qmapancorom ea pimitio terret
uiMlominus et ^nendat omnes. Yidi medicos saepe

Tenam
doleret

in pede aat brachio incidere,
:

com totum corpus
sapimos, pro-

qoid scio

an idem

hic sit?
:

Areana enim hase arcana, Upsi

et. si

pios non tangemns sacrum illum ignem. cujos scintillas
et strictnras

quasdam Tidere homines

fortasse possu-


'peines; si
tice,

391


ciel les

quelqu'un commet un sacrilège ou une injus-

Jupiter à cause de cela envoie du haut du

calamités, la Peste ou la Fajnine. Toute la flotte des

Grecs périt pour

le

crime d'un

seul, poitr les

fureurs

d'Ajaœ Ollée; ainsi, dans la Judée, soixante-dix mille

hommes

sont enlevés par la peste, pour punir la fan-

taisie illégitime

du Roi
,

(').

De temps

à autre

c'est le contraire qui arrive

:

tous ont péché, Dieu en choisit un ou quelques-uns

comme
cela
il

victimes expiatoires pour tout le peuple. Si dans

proportionnalité

semble s'éloigner un peu du droit rigide de la de cette apparente iniquité elle(-),

même

naît

une équité nouvelle. La justice

est d'autant

plus clémente pour le grand

nombre

qu'elle est plus séle

vère pour quelques-uns.

Ne vois-tu

pas souvent

maî-

tre d'école frapper de sa férule

un seul membre de son

troupeau turbulent

?

le

général ne punit-il pas son
et

armée débandée en décimant quelques soldats? L'un
l'autre agissent

en

cela par une prudence salutaire,
effraie et corrige

pour que la punition de quelques-uns

tous les autres. J'ai vu souvent des médecins ouvrir la

veine du pied ou du bras quand le corps entier était
souffrant
:

que

sais-je,

s'il

n'en est pas de
:

même

ici?

Ces mystères sont des mystères, Lipse

si

nous som-

mes

sages, nous ne toucherons pas de plus près à ce feu

sacré dont, nous autres

hommes, nous pouvons bien

apercevoir quelques étincelles et quelques éclats, mais
(')

David, quand, par ostentation,

il

recensa

le

peuple.
l'utilité

(2)

Tout grand exemple

fait contre

des particuliers, pour

publique, a quelque chose d'inique (Tacite).


mus
:

39^2


Ut
ii

non possumus ipsum.

qui
sic

in

Solem

acrius defigunt oculos, eos amittunt

:

mentis

omne

lumen, qui eam intendunt in hoc lumen. Abstiueamus
igitur censeo curiosœ et

cum

periculo qusestionis

:

et

hoc saltem nobis

stet,

œstimari noxas humanitus non

posse, non debere. aliara apud
aliud
tribunal, et

Deum
se

trutinam esse,
recondita
illa

quomodocumque

judicia habeant; non culpanda ea nobis, sed ferenda et

verenda.

Unam
rei et

hanc

tibi

seutentiam ingero, qua

manum

huic

simul Curionura
siint
:

omnium

ori

imnonam, Judicia

Dei milita occulta

nulln injusta.

CAP. XVIII.
Transilus ad Zocum ultimum factus, qui ah ExemfUs.
ostensum, utile inlei'dum
esse,

et

seriœ

medicinœ admisceri

quœdam

jiicimda.

Haec sunt Lipsi, quœ pro divina Justitia dicenda
censui contra hos injustos.
esse fateor, nec
bie

quœ non
:

plane ex re

mea

tamen praeter illam
lias

quoniara non du-

œquius libentiusque Clades

feremus, persuasi

eas non iniquas.

Et intervallo hîc aliquo sermonis, subito iforum cru-

393


Comme
ceux
4111

que nous ne pouvons voir lui-même.
les perdent, ainsi finissent

fixent'avec trop de persistance les yeux sur le soleil,

par perdre toute lumière de

l'intelligence

ceux qui arrêtent trop longtemps leur
lumière. Crois-moi donc; absteet pleine

intelligejice sur cette

nons-nous de cette recherche indiscrète
péi^ils.

de

Tenons seulement pour constant que

les fautes

ne peuvent pas, ne doivent pas être pesées humaine-

ment; que Dieu a une autre balance, un autre tribunal,
et que, quels

que soient ses jugements, nous devons non

les incriminer,

mais

les subir et les redouter.

Je termine en t'opposant une

sentence de
et

saint
la-

Augustin qui résume toute cette matière,
quelle je ferme la bouche

avec
:

à tous les opposants

beau-

coup de jugements de Dieu sont cachés, aucun nest
injuste.

CHAPITRE XVni.
On
passe à la dernière partie du snjet,
qu'il estittile de
celle

des exemples

;

Ion

montre
'd'

mêler de ternes à autre quelque chose

agréable à une médecine sérieuse.

Telles sont, Lipse, les choses que j'avais à te dire

pour la Justice divine contre

les injustes qui l'attaquent.

Je confesse qu'elles n'appartenaient pas intimement à

mon

sujet. Toutefois elles

ne sont pas en dehors, car

il

n'est pas

douteux que nous ne supportions ces calamités
si

de meilleur gré et avec plus d'égalité d'âme,

nous

sommes persuadés

qu'elles

ne sont pas injustes.
puis',

A

ce moment, Langius s'arrêta un peu,

tout à


pit

391


jam
velis

Langius, Beiie habet, inquieiis. respiravi. Superavi
illos

omiies quaestionum

scopulos, et plenis

invehi mihi posse videorin portum.

Quartum ultimumsaiie

que

meum agmen
Et
ut nautse,
et

conspicio

:

quod producam

libens.

cum

in tempestate

Geminos
:

vident,

spem magnam

alacritatem concipiunt

sic ego, cui

post Los fluctus apparuit Legio haec Gemella. Fas mihi

enim prisco
per

ritu

eam

ita dicere
:

:

quia biceps, et duo
haec

eam mihi vincenda

Nec gravia

mala esse quae
pauca haec

nunc patimur, Nec nova. Id dum

facio, in

quse superant, Lipsi, volentem attentumque te mihi da.

Nunquam

magis, Langi, inquam ego.
illa

Xam me

quoilla

que juvat evasisse

aspera

:

et

à séria et severa
et

medicina avide aspiro ad hanc lenem

popularem. Ita

enim futuram eam

tituhis

mihi indicat.

Xec

erras, inquit Langius.

Xam ut

medici postquam

usserunt et secuerunt satis, non omittunt statim asgrum
aut deponunt, sed benigna fomenta qusedam et acopa
adhibent, doloribus mitigandis
:

sic in te ego.

quem

quoniam

ferro et igné Sapientiae purgasse satis videor,

lenibus nunc quibusdam alloquiis fovebo, et tractabo

manu, quod

dicitur, molliore.

Descendam

exillo Philo-


coup,
il

395


respire. J'ai

reprit

:

c'est bien; je

surmonté

tous ces écueils de controverses, et je crois pouvoir

désormais
vois

me

diriger à pleines voiles vers le port. Je
et dernier bataillon, et je le pro-

mon quatrième
bon cœur.

duirai de

Comme
il

le

nautonier qui, dans la

tempête, conçoit un grand espoir et reprend un nou-

veau courage quand

voit les
la

Gémeaux

,

ainsi je

me

suis trouvé

moi-même à

vue de cette Légion
flots agités.

Jumelle quand je suis sorti de ces
permettras de donner ce

Tu me
Légion,

nom

de Jumelle à

ma

suivant la vieille mode, car elle est divisée en deux
parties, et elle doit

me

servir à combattre deux enne-

mis. Je dis donc que ces

maux que nous

souffrons ne

sont ni trop graves, ni nouveaux. Pendant ces dernières considérations qu'il

me

reste à t'exposer, prête-

moi

ta

bonne volonté

— Jamais plus
Moi
rités

et ton attention.

volontiers, Langius, lui répondis-je.

aussi je suis
,

charmé

d'avoir franchi toutes ces aspé-

et j'aspire

avidement à passer de cette médedouce et

cine

sérieuse et austère à une autre plus

mieux appropriée à
allez faire si j'en

ma

faiblesse.

C'est ce

que vous

juge par

l'étiquette.
dit
ils

— Tu ne
comme
lui

te

trompes pas,
:

Langius. Je vais faire
ont bien brûlé et bien

les

médecins

quand

taillé, ils

ont soin de coucher aussitôt le malade et de

appliquer des émoUients et des lémtifs pour dimi-

nuer ses douleurs. Moi aussi, après t'avoir suffisam-

ment

traité

par

le fer et

par

le feu

de la Sagesse, je

t'encouragerai par quelques causeries moins sérieuses.
je te conduirai d'une

main plus légère. Je descendrai

sophiîe arduo colle, et

39G

te

deducam
campos.

pauUisper in amce-

nos

Philûlogiœ

tuie
tibi,

Idipsum

tamen non

recreando magis

quam sanando. Ut Demochareiii

medicum

aiunt Considiae cuidam mulieri nobili, quaj

omuem
rum

asperiorem medicinara abhorrebat, lac capraquas lentisco pascebat
:

callide propinasse, sed

sic

ego historica qiiœdam
occulto

et oblectantia tibi

infundam, sed

qiiodam Sapientiœ succo tincta. Quid refert

qua via sanemus aegrum, dum persanemus?

CAP. XIX.
Non tam
gravia
esse

Mala pulUca.quàm

videntur. idqne primo,

sed breviter, Ratlone ostensum. Circumjecta enim rehus pie-

rumquetane

timeri, non ipsas.

Sed ades jam mea Legio.
prima, qua pugnamus.

et tu ante

omnes cohors

Non

esse gravia haec mala. Id

duplici telo effectum volumus, Rationis et
tionis.

Compara-

Rationis
aut

:

quia illam

si

respicis, rêvera nec gravia

magna hœc omnia

quse adsunt quseque imminent,
attollit

sed videntur tantum. Opinio est quse
gerat, et velut cothurnis
si

ea et exag-

quibusdam auget. Sed deme,
et vide res in clara

sapis,

circumfusam eam nubem,

luce.

397


et je te

des sommets ardus de la Philosophie,

promèque

nerai un peu dans les champs gracieux de ta Philologie,

Cependant, ce ne sera pas tant pour
te guérir.

te récréer

pour

Comme

ce médecin Democharès,. voyant

une certaine Considie, femme noble, repousser opiniâtrement
s'avisa
et

avec horreur toute médecine amère,
lui conseiller le lait

tînement de

de chèvres,

mais de chèvres
lentisques
,

qu'il

nourrissait lui-même avec des

ainsi je te proposerai quelques

exemples

historiques et intéressants,

mais imprégnés du suc

caché de la Sagesse. Qu'importe comment on guérit

un malade, pourvu qu'on

le

guérisse

?

CHAPITRE XIX.
Que
les

maux publics ne
ce

sont pas aussi graves quils

le

paraissent.
la

Cela montré (l'alord brièvement par la Raison.

Que

phcpart
la chose

du temps

qui cause

ces taines craintes, cest

moins

même

(pie

son entourage.

Viens maintenant
mière cohorte dont
sont point graves.
le

ma

Légion,

et toi

d'abord pre-

combat établira que ces maux ne
ici

Nous emploierons
si

deux sortes

d'armes, celles de la Raison et celles de la Comparaison.

De

la

Raison, car

tu la consultes, ta trouveras que

tous ces événements qui surviennent, ou qui menacent,

ne sont en réalité ni graves, ni grands.

Ils le

paraissent

seulement. C'est l'Opinion qui les élève, les exagère et
les

exhausse
souffle

comme

sur des cothurnes. Mais,
et

si

tu es

sage,

sur toute cette brume,

regarde les

choses dans leur véritable lumière.


times, Exsilium,

398


in lus Cladibus publiais

Paupertatem exempli caussa

Mortem. Ea
?

igitur si rectis firmisque
si

oculis inspicis, quautula sunt

suis ponderibus exa-

minas,

quam

levia? Ecce bellum hoc aut tyrannis per

tributa multa te exhauriet.
per.

Quid tum?

eris igitur

pau-

Xatura nonne talem
infâme nomen

te dédit,

talem rapiet? Quod

si triste et

tibi displicet,

commuta,
si

eris
et

expeditus. Sublevavit enim te Fortuna,
tutiore

nescis,

jam

loco reposuit. nerno ultra exhauriet. quod

damnum
Imo,
si

tu putabas,

remedium

est.

At exsul etiam
si

ero.

voles, peregrinus.

Adfectum tuum
est,

mutas,
:

mutas patriam. Sapiens ubicumque
fatuus semper exsulat. Sed
net.

peregrinatur

mors mihi à tjranno immiilla,

Quasi non cottidie à natura. Sed infamis
stulte,
sit.

quae

per gladium aut laqueum.

non

illa

aut uUa

mors infamis,
optimos
rapuit.
et

nisi vita

tua

Cita ab orbe condito

illustrissimos

quosque, violenta

eos vis

Hoc, examen, Lipsi, rébus omnibus (gustum enim

lantum

tibi do)

adhibendum, quae

terribiles videntur

:

et inspiciendse eae nudse, sine

Opinionum

ulla veste aut
:

persona. At nos miseri ad vana et externa convertimur

nec res ipsas timemus, sed circumposita rébus. Ecce
si

mare naviges,

et

magnum
aliter

illud fiât
si

:

mens

tibi abit,

et contremiscis.

non

quam,

naufragium

fece-

~
Par exemple,
dans
redoutes la pauvreté,

31)9


calamités
publiques,
lu la mort. Si tu les consi-

ces

l'exil,

dères d'un œil ferme et calme, combien tout cela est
petit!

combien

c'est léger, si tu le

pèses-au juste poids!

Cette guer^-e ou cette tyrannie t'épuisera par la multiplicité

des impôts.

Eh

bien! après? tu seras pauvre.
tel qu'elle t'a

En

ce

cas,

la nature te
triste et

reprendra

donné. Si ce
:

nom

infâme te déplaît, change-le
,

tu seras
t'a

dégagé. Apprends
soulagé, et qu'elle

si

tu l'ignores

,

que la Fortune

t'a

mis à

l'abri le plus sûr.
:

Personne
un

à l'avenir ne

te

ruinera plus

ce que tu croyais
exilé.

dommage
si

est

un remède. Mais je serai

Bien plus,
affec-

tu le veux, tu seras

un étranger. Change ton
l'insensé

tion, tu

changes de patrie. Le sage, où

qu'il soit, est

un voyageur en pays étranger;
est un banni. Mais ce tyran

toujours
:

me menace

de mort

comme
Mais

si

la nature

ne

t'en

menaçait pas chaque jour!

cette

mort

est infâme, qui se

donne par

le glaive

ou par la corde. Insensé! ni
autre ne sont infâmes,
si

cette
l'a

mort, ni aucune

ta vie ne

pas

été.

Compte,

depuis l'origine du monde, combien d'hommes excellents
et

des plus illustres sont morts de mort violente.

Cet examen, Lipse, dont je te donne seulement
la saveur et

ici

comme

l'échantillon, tu dois l'appliquer à
;

toutes les choses qui te paraissent terribles
les

considèreet

en elles-mêmes, nues, dépouillées des oripeaux

des déguisements que leur donne l'Opinion.
tifs,

Nous

ché-

nous sommes toujours tournés vers
;

les

apparences

vaines et extérieures

ce ne sont pas les choses elles-

mêmes, mais

les

accessoires qui nous effraient.

Te

ris,

400

sextarius unus
aiit

totiim illud

ebibendum
Si

tibi sit. at

alter siiffecerint.

terra3motas subito exortiis,
si

qui

clamor

et

metus? censés totum oppidum,
et

ruât, in te

casurum, aut certe domum.

nescis

quam ad
lapis.

cere-

brum tuum elidendum

satis sit

unus aliquis

Non

aliter in

Cladibus

istis fit

:

in

quibus strepitus

praecipue nos terret, et vanissima imago reriira.
satellitium illud! en giadios!
g'iadii?

Eu
quid

Quid

isti satellites,

quid facient? occident. Quid occisio? simplex
et

mors,

ne nomen ipsum te terreat, animse à corpore

abscessus.

Omnia

illa

agmina militum, omnes

illi

mi-

naces gladii, facient idem quod una febris, quod unus
acinus, quod unus vermis. Sed enim durius.

Imo non
toto

paullo lenius

:

siquidem febris

illa

quam prœoptas,
et

anno hominem saepe torqueat,
transi gitur.

ictu hic

momento

Bene

igitur Socrates, qui

hœc omnia non

aliter ap-

pellare solitus

quam

ixoo'j.olùy.z'.y.

sive larvas.

Quas

si

sumis, videsne

quomodo

pueri te fugiant?

sed pone

easdem,

et

vera facie te ostende, accèdent iterum et
istis
:

amplectentur. Idem in
et sine

quœ

si

detractis personis

pompa

vidcas, timuisse te fatearis

timorem pue-


voilà en

401

:

mer

et tu

navigues

que

la

mer devienne

grosse, ta présence d'esprit t'abandonne et tu trembles

comme

si,

dans

le

cas do naufrage, tu devais avoir
:

toute cette

mer à boire

une pinte ou deux

te suffiraient!

Qu'il se déclare subitement

un tremblement de terre,
!

quelle clameur
ville

,

quel effroi

Tu
si

crois

que toute

la

ou ta maison du moins,
toi, et

elle s'écroule,

va tom-

ber sur

tu ne penses pas qu'une seule pierre est

assez pour te fracasser la tête.
Il

en est de

même

de toutes ces calamités. Ce qui
c'est
le

nous épouvante surtout,

bruit,

c'est la

très

fausse image que nous nous faisons des choses. VoiLà
la

garde

!

Yoïlà les glaives
glaives,

!

Eh

bien

!

cette garde,

eh

bien!

ces

que
?

te feront-ils? ils te

tueront?
et,
si

qu'est-ce que d'être tué

une mort prompte,

le

nom

t'effraie,

une prompte séparation de l'âme

et

du

corps.

Tous

ces régiments de soldats, tous ces glaives
toi

menaçants ne peuvent rien de plus contre
que peuvent une
tîèvre,

que ce

un pépin de

raisin,

un ver.
elle

Mais
rer,

la

mort sera plus dure. Au contraire,
fièvre

sera

beaucoup plus douce. Cette
souvent
:

que tu semblés préfé-

elle

tourmente son homnie une année

entière

ici

on est achevé d'un coup, en un moment.
il

Socrate avait donc raison quand

comparait toutes

ces choses à ces ma?;ques qui servent d'épouvantail.

Prends un masque

:

vois-tu fuir les enfants? Dépose-le
:

maintenant, montre-toi avec ta figure véritable
tu

vois-

comme
;

ils

reviennent en courant et

comme

ils

t'em-

brassent

c'est la

môme

chose

ici

:

dès que tu auras

dépouillé ces calamités de leur apparence et de leurs

rilem.

40^2


strepitu
illisa,
si

Ut grando
dissilit
:

tectis
iii

magno

ipsa

iamen

sic ista

fîrmum animiim

accidant,

franguntur non frangunt.

CAP. XX.

Ad
-

Comjjarationem ventum. sed prins exaggerata Belgarum
:

et

hujus œvi mata, eaque opinio commv.niter o-efutata

et osteu-

sum, ingenium

humanum

jJ^'onum ad angendos suos luctus.

Non

ex spe aut opinione

mea tam

serius Langii

sermo. Itaque abrumpens, Quo abis? inquam. hocne
poJlicitiis
?

Mella

et miilsa

bistoriarum expectabam

:

tu

acre mihi promis, et quo nihil meracius in Sapientiœ

penu. Quid censés?

cum Thalete
homo

aliquo

rem

tibi

esse?

cum

Lipsio est

:

qui

et iuter

medios homines,

remédia etiam desiderat paullo magis humana.

Langius démenti voce
pas, inquit.

et vultu,

Agnosco, jure

cul-

Nam dum purum

illum Rationis radium

sequor, excessisse Publicâ via

me

video,

et

furtini
:

relapsum

in

Sapientiae callem. Sed

jam emendo

et


rile.

403


tombant avec grand
ils

accessoires, tu reconnaîtras que ta crainte était pué-

Comme

la grêle s'émiette en

fracas sur les toits, ainsi ces événements, quand

frappent une
la brisent pas.

âme

ferme, se brisent eux-mêmes et ne

CHAPITRE XX.
On
vient à la Coïnj)araisoii.
et

Et

d'abord, qu'on a fort exagéré

les

maîix des Belges

de ce

siècle.

L'opimon à
fesjrrit

cet

égard réfutée
est enclin

d\me manière

générale.

Que

Jmmain

à

exagérer son deuil.

Ce discours

si

sérieux de Langius ne répondait ni à

mon

attente, ni à

mon

opinion. Je l'interrompis donc

:

allez-vous,
l

lui

dis-je?

Est-ce

ce

que

vous

m'aviez promis
l'histoire
:

J'espérais le miel et les douceurs de

et voilà

que vous continuez à
plus de

tirer incessi

samment sur moi, sans

ménagement que

nous étions encore en plein sanctuaire de

la Sagesse.

A
vit

quoi songez-vous
?

?

Pensez -vous avoir

affaire à quel-

que Thaïes

Vous

êtes avec Lipse, qui est
et qui

homme,

qui

au milieu des hommes,

voudrait avoir des

remèdes un peu plus humains.
Langius

me

répondit avec une voix et un visage
:

pleins d'indulgence

je le reconnais,

tu as le droit de

m'accuser. Je vois qu'en suivant ce pur rayon de la

Raison, je

me

suis écarté

du grand chemin

et

que je

suis retombé, sans v prendre garde, dans le sentier étroit

de la Sagesse. Mais je

me

corrige et je remets

le

pied


illius

404


iioto.

grad'im figo in limite magis

Displicet Falerni

austeritas? melle tibi tempero exemploruni.

Ad Comparationem
nihil

ecce venio esse in

:

et

ostendam
qiiae

clare,
cir-

grave aut

magnum
si

liis,

undique

ciimfasa, malis,

ea confers
et

cum

antiquis.

Majora

enim multis partibus,

magis dolendaolim.

Ego

iterum, et quidem impatienti gestu.

Hoc

ais

?

inquam.
\\.'x\

'zvjzo roo70o/.5; -st-s'.v ^J-^

(^^^

",

Numquam
luit,

Langi,

quamdiu caput hoc
si

sentit.

Qiiod

enim retra pevum,

recte examinas,

tam calamitosum
erit
?

quam hoc nostrum
regio tulit

est? aut

quod

Quae gens,

quœ

Tcon multa dictu gravia, perpessu campera,

(|uam hûdie nos Belgœ? Bello ecce jactamur, nec externo solum, sed
civili
;

nec

lioc,
:

sed intestino.

Non
pa-

enim partes soUuii
tria quce

inter nos sunt

sed partium

Salus te servet?) novas partes.

Adde pestem,
:

addeFamen, addeTributa,
È'yaTov

rapinas, c^edes

et i/y-wv

tyrannidem, oppressionesque non corporum so-

lum, sed animorum.
lum, aut
{'j

Jam

in

Europa aliaquid? aut
;

bel-

belli

metus. vel

si

pax

cum lœda

servitute sub

Aristophaiio.


déplaît donc?

405

-

sur une route plus battue. L'âpreté de ce Falerne te

Nous

allons la tempérer avec le miel des

exemples.
J'arrive à la Comparaison. Je te démontrerai claire-

ment

que,- si tu

compares

les

maux

actuellement répan-

dus autour de nous avec

les calamités anciennes, tu n'y
Il

trouveras rien de bien grand, ni de bien grave.

y en a eu autrefois de beaucoup plus grands, de beaucoup
plus douloureux sous beaucoup de rapports.

Je l'interrompis
impatient
:

encore

et

même

avec

un geste

comment

dites-vous cela?
(^)?

Et vous pensez

que je

le

jirendrai pour moi
le

Jamais, Langius, tant

que cette tête aura

sentiment. Aussi loin que vous

regardiez en arrière dans les âges, où en trouverez-

vous un seul qui
l'est et le

ait été aussi

calamiteux que

celui-ci

sera? Quelle nation, quel pays ont jamais sup-

porté des
aussi

maux aussi nombreux, aussi graves à racotiter,
souffrir, qu'aujourd'hui

amers à

nos Belges
la

?

Nous

sommes

ballottés

non seulement par

guerre étran-

gère, mais par la guerre civile, et
intestine.
tis,

même

par la guerre

Car

il

n'y a pas seulement chez nous des par-

mais

ma

patrie! d'où te viendra le salut?) de

nouvelles fractions des anciens partis. Ajoutez la peste,
ajoutez la famine, ajoutez les impôts, les rapines, les

meurtres,

et

la

dernière des

dernières

tyrannies,

l'oppression non seulement des corps mais des âmes.

Et dans toute l'Europe que verrez-vous
la crainte de la
elle est jointe

?

la

guerre ou

guerre

;

ou

si

la paix est

quelque part,

une honteuse servitude sous des princes
pas plus heureuse que n'importe
26

dégénérés, et

elle n'est

40G

minutis dominis conjuncta, et non lœtior quovis belle.
Qiiociimque oculos mentemque convertas, suspensa oninia et suspecta, et ut in
ruinai.

domo maie

fulta, signa pluria

Ad summam
Oceanum
:

Langi, ut
sic

amnium omnium

con-

fluxus in

cladium videtur in hoc fevum.
et adsunt,

Et recenseo tantum qu?e in manibus jam,
quid ea quce imminent
l

de quibus vere illud Euripidgeum

canam,

Langius ad me severe

et in

modum

coërcentis, itefir:

rumne

te

per querelas istas dejicis? inquit. Stare
:

mum

te

jam putabam

et cadis.

vulnera tua coiisse
tibi

retractas.

Atque animi quadam quiète

opus

est, si

sanesces. lufelicissimum, ais, hoc a^vum. Vêtus mihi
istacantio. scio

avum tuum idem

dixisse, scio

patrem,

scio posteros dicturos et nepotes. Insitum

hoc à natura

humano

ingenio, ad tristia acriter flectere oculos, pra3-

terire qute l^eta.

Ut muscse

et

ejusmodi insecta laevibus
:

politisque locis
sic

non diu

insident, scabris adhaerescunt

querula ista mens meliorem sorteni leviter traiis-

volat,

asperam non

dimittit. Tractât, inspicit, et inge-

niose plerumque auget. Atque ut amantes in domina

sua
nes

numquam non
:

inveniunt, cur eximia ea ante

om-

sic dolentes, in

suo luctu. Fingimus imo vana,

HCC praîsentia solum dolemus, sed futura.

Quo lam


quelle guerre.

407


que vous portiez vos

De quelque

côté

regards ou

-votre

pensée, vous trouverez tout suspendu,

tout suspect, et,

partout

des
tous

comme dans une maison mal étayée, signes de ruine. En somme, Langius.
les

comme

fleuves se jettent dans l'Océan
les calamités fondent
ici

,

il

semble que toutes

ensemble sur
que nous

notre époque. Et je ne parle

que de

celles

touchons de nos mains, qui sont présentes. Si je parlais
de celles qui nous menacent, je pourrais vous chanter
ces vers d'Euripide
:

ô

malheureux l je ne
si vaste

vois partout

qiiun Océan de calamités,
côté nager.

que je ne sais de quel

— Langius me
reproche
:

dit alors

avec sévérité

et d'un air

de

voilà donc que tu te rejettes encore dans tes
;

plaintes! Déjà je te croyais raffermi, et tu retombes

je

croyais avoir fermé tes blessures, et tu les rouvres.

Cependant ton âme a besoin d'une certaine quiétude,
si

tu veux guérir.

Tu

dis

que cet âge est
vieille

le

plus mal-

heureux des âges. Je connais cette
sais

chanson. Je
l'a

que ton grand-père
;

l'a

dite

;

je sais que ton père

répétée

je sais

que

tes enfants et tes petits-enfants la

diront à leur tour.

C'est

le

caractère propre de la
les 3'eux vers

nature humaine de tourner avec avidité
les

choses tristes, et de passer légèrement sur celles

qui sont avantageuses.

Comme

les

mouches

et

les

autres insectes de ce genre ne s'arrêtent pas longtemps

sur les surfaces lisses et propres, mais se fixent sur
celles

qui

sont raboteuses,

ainsi

cette

intelligence

encline à se plaindre passe aisément par dessus les

circonstances favorables, pour s'attacher à ce

qu'il

ya

408 sagacis ingenii pretio
?

alio,

Non

qaam

ut

quosdam
;

exercitus motus procul pulvis castris interdum exuit
sic

nos dejiciat futuri discriminis falsa ssepe umbra.

CAP. XXI.
A/agis deinde
cur/i

p'/'oprie et

presse id refutalum, ex

Comparât iotie

veterihus mails.

Primo

de leUis,

et

de clade mirahili

Judœorum.

At

tu, Lipsi, plebeia lisec mitte

:

et

ad Comparatiotibi

nem me

sequere, quara déposais. Per
in

eam

clarum.

non paria solum
sed majora
:

omni génère cladium olim evenisse.

et

gratandi materiam huic

œvo

esse,

quam
bella
:

quaerendi. Bello, inquis, jactamur. Quid? ergo

nulla apud priscos

?

Imo nata
illo.

ea, Lipsi,

cum orbe nato

nec desitura,
aut
haec

nisi

cum

At non tam graudia fortasse

tam gravia, quam
omnia
priscis.

ista.

Adeo contra

est, ut

ludus

sint et jocus (serio loquor) si conferantur

cum

Non

aditum, non exitum facile reperio,
in

si

semel

me

penetro

prufunduni hoc exemplorum

:

sed


de fâcheux dans
le sort.

409


à l'exagérer.

Elle le manie, elle le regarde

sous toutes ses faces,
les

elle s'ingénie

Comme

amants ne voient que leur maîtresse, parce qu'à leurs yeux elle excelle sur toutes les autres femmes,
ainsi se complaisent, dans leur deuil, ceux qui se désolent.

Nous nous
Et quel

faisons à

nous-mêmes des fantômes,
fois

nous nous lamentons à la
futur.

sur le présent et sur

le

est le prix de tant de

prévoyance? Ainsi
le lointain

qu'un

mouvement de poussière dans

a quel-

quefois fait sortir des armées hors de leur camp, de

même

nous abat l'ombre souvent menteuse d'un

péril futur.

CHAPITRE XXI.
La même
et

réfutation continne de piv.s près et avec plus de force
les

parla cor/iparaison avec

anciens maux. D'abord, des guerres

de la prodigieiise catastrophe des Juifs.

Mais

toi,

Lipse, quitte ces façons populaires

:

suis-

moi dans
elle

la

comparaison que tu
qu'il

me demandes. Par
dans tous
les

tu verras

y a eu

autrefois,

genres de calamités, des
et qu'à cet

maux

pareils et plus graves,

égard

il

y a lieu de
quoi!

féliciter et

non de plaindonc
née

dre

le siècle présent.

Nous sommes,

dis-tu, ballottés

par la guerre.

Eh

les anciens n'ont-ils

jamais eu de guerres? Mais, Lipse, la guerre
avec
le

est

monde,

et elle

ne

finira qu'avec lui.

Peut-être

penses-tu que ces guerres n'ont pas été aussi grandes,
aussi graves que les nôtres.
Celles d'aujourd'hui sont
nois, je parle très

C'est tout le contraire.

comme

des jeux et des tourles

sérieusement, quand on

compare


eamus.

410


et geiite

(amen visne paullum peregriuemur per orbis partes?

A

Judcea ordiamur, id est à regione

sacra. Omitto quse in .Egvpto passi, qua3 post excès siim

ab .Egj'pto
:

:

tradita eiiim
veiiio,

haec

et

prompta

in

divinis libris

ad extrema

et quse

cum
ut

funere

eorum

conjuncta.

Qase opéras

mihi

est,

expo-

nam

velut per indicem, singillatim. Passi igitur civili
totis

externoque bello, non

septem annis,

ista

:

Hierolymis
Csesareœ

primum

interfecti, jussu Flori, sexcenii triginta.

ab

incolis, odio

gentis et

religionis,

uno tempore,

viginti rnillia.

Scythopoli (Cœlse Syrise urbs

est),

tredecim

inillia.

Ascalone in Palaestina^ item ab

incolis,

duo

niillia quingenti.

Ptolemaïde pariter, duo millia.
Alexandriae in .'Egypto, sub Tiberio Alexandre Praeside, quin-

quaginta

niillia.

Damasci, decem millia.

Atque
gesta.

haec

velut

per

seditionem

aut

tumultum

Légitime deinde

et aperto à
csesi, octo

Romanis
millia et

bello

:

Joppe capta à Cesio Floro
In

CCCC.

monte quodam Cabulone, duo
decem

millia.

In [)\igna ad Ascalonom.

niillia.


entrer, ni par où sortir,

411


me
lance dans cette pro-

avec celles des anciens. Je ne vois pas trop par où
si

je

fondeur des exemples. Cependant, veux-tu que nous

voyagions un peu dans

les diverses parties

du monde?

Eh bien,

allons

!

Nous commencerons par

la Judée, c'est

à dire par la terre et par la nation saintes. Je passe sur ce que les Juifs ont souffert, soit en Egypte, soit

après en être sortis, parce que tout cela se trouve
détaillé

dans

les livres divins, et j'arrive tout de suite

à leurs derniers

moments, ceux de leurs

funérailles. Je

me

bornerai à les indiquer l'un après l'autre,

comme

dans un index. Voici donc, d'après Josèphe,
qu'ils

les pertes

ont souffertes dans moins de

six

années de guerre

civile et

de guerre étrangère

:

A A
A

Jérusalem, mis à mort par ordre de Florus,s«x cent trente.
Césarée, massacrés par les habitants, en haine de la race et

de la religion, en un seul temps, vingt mille.
Scythopolis^ ville de la Célésyrie, treize mille.

A
A A
A

Ascalon, en Palestine, encore massacrés par les habitants.

deux mille cinq

cents.

Ptolémaïs, pareillement, deux mille.

Alexandrie d'Egypte

,

sous

le

gouvernement de Tibérius

Alexandre, cinquante mille.

Damas, dix

mille.

Tous

ces meurtres

commis par

sédition ou dans des

tumultes populaires.
Enfin, en guerre ouverte et régulière avec lesRomains
:

A

Joppé, pris et massacrés par

Césius

Florus

.

huit mille

quatre cents.

Sur

le le

mont Cabulon, deux

mille. mille.

Dans

combat d'Ascalon, dix


Per
iiisiJias

41-2

iterum, octo uiillia.

Aphacîe,
In

cum
qua

capta esset, quindecim miUia.
csesi,

monte Garizim

undecim

raillia et

DC.

Jotapse, in

ipse Josephus, circiter, trigmta millia.

Joppe iterum capta submersi, quattiior millia CC.
In Tarichseis
csesi,

sex millia

et T).

Gamalse, tam interfecti, nec quisquam

quam

sponte praecipitati,

novem

millia

:

homo

natus ex ea urbe salvus, praeter duas

mulieres, sorores.

Giscala déserta, in fuga trucidati his mille et fseminarum ac

puerorum
Gadarensium

capti tria millia.

csesa tredecim millia: capti

duo milia

et ducenti.

Praeter eos qui in flumen desiliere infiniti.

In Idumœa} vicis cœsi. decem milUu.
Gerasii, mille.

Machaerunte, mille DCC.
In siha Tardes, tria millia.
In

Massada

Castello, sua

manu

perempti noningenti
millia.

et

LX.

In Cyrene à Catulo praeside

caesi, tria

At

in ipsa

Hierosolyniorum urbe, per omne tempus obsidionis
caesi,

mortui aut

decies cenlena millia.

capti,

nonaginta

scptem millia.

Summa
(lejicis

lisec

colligit (pra?ter
et

iimumeros qui omissi)
ais Lipsi
l

duodecies cenlena

quadraginta millia. Quid
:

ad htec ocidos? attolle potius

et

aude mihi
in

comparare cum unius gentis clade, aliquot annorum
orbe Christiano bella. At quantula tamen
illa

hominurn

lerraiumquG pars,

si

coiifcratur

cum Europa?


Dans des embuscades, huit

413
mille.

A Aphaca, quand

elle fut prise,

quinze mille.
cents.

Au mont Garizim, massacrés, onze mille six A Jotapa, ou Josèphe lui-même était présent,

trente mille.

A A A
A

Joppé, pris et noyés, quatorze mille deux cents.

Tarichée, massacrés, six mille cinq cents.

Gamaia, tant tués que

suicidés,

neuf mille. Personne, dans

cette ville, ne fut sauvé

que deux femmes qui étaient sœurs.

Giscala, dans le désert, massacrés au milieu de leur fuite,

deux

mille, et trois mille
treize mille tués,

femmes

et enfants.

A

Gadara,

deux mille deux

cents captifs, sans

compter une quantité innombrable de malheureux, qui se
jetèrent et se noyèrent dans le Jourdain.

Dans

les

bourgs d'Idumée, massacrés, dix mille.
__

A A

Gerasa, mille.

Machéronte, mille sept cents.
la forêt

Dans

de Jardes, trois mille.

Au

château de Massada, morts de leur propre main, neuf cent
soixante.

A

Cyrène, massacrés par

le

gouverneur Catulus,

trois mille.

Enfin, dans la ville
la

même

de Jérusalem, morts ou tués pendant

durée du siège, nn million deux cent mille, et quatre-

vingt dix-sept mille captifs.

Tout
infini

ceci fait

en somme, sans parler

ici

d'un

nombre
de

de Juifs qui sont morts de faim,

d'exil et

misère, un million cinq cent quarante neuf mille six
cent quatre-vingt-dix
.

Qu'en

dis-tu,

Lipse? Pourquoi

baisses-tu les j'eux? Relève-les plutôt; et ose m'opposer,

en présence de cette catastrophe d'un seul peuple,
guerres qui ont agité
le

les

monde Chrétien pendant
petit

quelques années. Et cependant qu'est-ce que ce

coin déterre, cet infime groupe d'habitants de la Judée,
si

tu les

compares à l'Europe?

414

CAP. XXII.
De Grœcoriim
item

Romanorumque Cïadibus ex

bello.

Magnus

interfectorum numeriis ab aliquot ducibus. Item tastatio novi
orbis. et miserice captuitatis.

Nec

liîc

insisto

:

ad Grceciam

me

confero.

In qua

digerere ordiue omnia bella, sive inter ipsos sive
externis gesta, longum, nec

cum

cum

fructu. lioc dico. ita

exhaustam

et

attonsam eam continue

cladium

isto

ferro, ut Plutarchus tradat

(numquam mihi

sine ira et
fuisse,

admiratione lectum)

eam universam non
miliium
:

suo

cevo, conficiendis tribus millibus

quot tamen,

inquit.olim bello Persico,

unum Megarensium
cecidisti llos ille

oppidu-

lum

confecerat.

Heu, quo
!

terrarum, sol

et sal

gentium

\^ix

oppidum

liodie alicujus
est,

quidem

nominis in hac ipsa attrita Belgica

quod numerum

eum non

adaequet idonei ad bellum sexus.

Jam Romanos
eos vide, et in

et Italiam

perlustramus ? levarunt
et

me

pridem hoc fasce recensionum Augnstinus
iis

Orosius.

maria maloriim.
Itali;i,

Ûnum

bellum Puni-

«•um secundum, in solis

Ilispania, Sicilia, supra

415


XXII.
-par la

CHAPITRE
Des calamités
qîie les

Grecs

et

les

Romains ont éprouvées
et

guerre. Çfrand nombre d'hommes tués par certains généraux.

Détastation du nouveau

Monde

misères de la captivité.

Je n'insiste pas davantage. Passons à la Grèce. Quant
à t'exposer avec méthode toutes les guerres qu'elle a
successivement soutenues,
soit entre ses citoyens, soit

contre les étrangers, ce serait un travail long et peu
fructueux. Je ne te dis qu'une chose
tel
:

elle

a été à un

point épuisée, rasée de près par ce fer continu des
(et je n'ai

calamités, qu'au rapport de Plutarque

jamais
il

pu

lire ce détail

sans colère et sans stupéfaction),

fut

de son temps impossible de lever dans toute son éten-

due un corps de

trois mille soldats, ce qui était cepen-

dant, à l'époque de la guerre des Perses,
l'assure, le contingent de la seule petite

comme il ville de MéDans
cette

gare. Hélas

!

combien tu

es déchue, toi qui étais la fleur

delà

terre, le soleil et le sel des Nations!

Belgique même, actuellement ruinée, tu rencontrerais
à peine aujourd'hui une seule
qui ne pût fournir
ville

de quelque renom

un

pareil

nombre d'hommes propres
les

à porter les armes.

Passerons-nous en revue
saint Augustin et

Romains

et l'Italie? Ici et la

Orose m'épargnent l'embarras
:

fatigue de ces recensements

prends leurs

livres, et tu

verras quelles mers de malheurs? La seule seconde

guerre Punique, seulement en

Italie,

en Espagne

et

en


quindecies cenlena
riose)
niilliu

410


(quaisivi eiiim cii-

hominum

non

totis

annis septemdecim consumpsit. Bellum

civile Caesaris et

Pompeii, ad millia trecenta

:

et lar-

gius, Bruti, Cassii, Sex.

Pompeii arma. Et quid bella

recensée plurium auspicio gesta aut ductu?
J.

Unus

ecce

Csesar (ô pestem perniciemque generis humani!)

fatetur et

quidem glorians, undecies centena

et

nona-

ginta duo millia
ut

hominum prœliis à

se occisa. atque ita,
bello-

non veniat

in

hanc rationem strages civilium
ille

rum. Pauculis annis quibus

Hispaniae aut Galliœ

prœfuit, in externos editae istae csedes.

Quo tamen ma-

jor etiam hac parte

ille

Magnus,

qui in delubro Miner-

vae inscripsit fusa à se, fugata, occisa, in dedilionem

accepta,

hominum
in

vicies

semel centeno
si vis,

LXXXIII
Marium,

millia.

Quibus velut

numerum,

adde, Q. Fabium, qui
:

centum decem Gallorwn millia
centa
rabili

C.

qui dv-

Cimbrorum

:

posteriori ?evo Aëtium, qui

mémo-

Catalaunico prœlio centum sexaginta duo millia
occidit.

Hunnorum

Et ne
censeas
:

bellis illis

hominum cadavera tantum
ille

fuisse

fuere etiam oppidorum. Cato

Censorius

gloriatur plura oppida se in Hispania cepisse,
(lies

quam

in

ea egerit. Sempronius Gracchus,

si

Poljbio

fides, trecentn in

eadem

delevit.


Sicile,

417

dans une période de moins de dix-sept ans. a causé la mort de plus de quinze cent mille hoymnes .-j'en
ai
fait

soigneusement
de

le

compte.

La guerre

civile

de
^

César

et

Pompée a

coûté trois cent mille

hommes

plus encore, celle de Brutus, CassiusetSextus-Pompée.

Mais pourquoi rechercher
Jules César

les

guerres faites sous la

conduite et la responsabilité de plusieurs?

En
a

voici un,

peste et fléau du genre humain!) qui
lui

avoue, et qui s'en glorifie, qu'à

seul

il

fait

périr

dans

les

combats onze cent quatre-vingt-douze mille
faire entrer
civiles,
lui

hommes, sans

dans ce compte

les
les

massacres
étrangers
qu'il
il

de ses guerres

mais seulement
le

exterminés par

dans

petit

nombre d'années

a gouverné l'Espagne

et la

Gaule. Et, cependant,

a

encore été surpassé en ce point par cet Alexandre le

Grand qui a inscrit dans le temple de Minerve que les hommes, jusqu'alors par lui défaits, mis en déroide, tués ou réduits en esclavage, 77iontent au total de deux millio7is

cent quatre-vingt mille
et

.

Ajoute à tout cela Quintus
;

Fabius
rius et

cent dix mille Gaulois tués par lui
7nille

C.

Ma-

deux cent

Cimbres

;

et,

dans l'âge suivant,

Aëtius qui, dans la mémorable bataille des champs

Catalauniques
mille

,

a

couché à terre cent soixante-deux

Huns.
t'imagines pas que les désastres de ces guerres se

Ne

soient bornés à cet

énorme amas de cadavres humains.
le

Les villes elles-mêmes ont eu leur part. Caton
se vante d'avoir pris en

Censeur

Espagne plus de
dans ce

villes qu'il n'y a
si

passé de jours. Sempronius Gracchus,

tu en crois

Polvbe,

en a détruit trois cents

même

pays.


exemplis, prœter nostrum

418

Xec habet omne œvum,
;

opinor, quod adstruat lus

sed in orbe alio.

Pauculi Iberi ante annos octoginta

in

vastas illas et

novas terras

delati, quse funera, deiis

bone, ediderunt!

quas strages! Nec de causis aut jure

belli dissero, tan-

tum de

eventis.

Cerno ingens
sit,

illiid

terrarum spatium,
vicisse
;

quod vidisse

magnum

non dicam
:

à vicenis
illos

tricenisque militibus pervadi

et

passim inermes

grèges sterni, ut segetem à

falce,

Ubi tu es insularum
quae olim quin-

maximaCuba?

tu Haïti? vos

Lucayœ?

gentis aut sexcentis
vix

hominum
iis

millibus succinctse, alibi
in

quindecim ex
te

retinuistis

semen. Ostende

etiam

paullum tu Peruana, tu Mexicana ora. Heu
ille

mirarn miseramque iaciem! immensus

tractus et

vere alter Orbis, vastus attritusque apparet, non aliter

quam

si

cœlesti

quodam igné

deflagrasset.

Mens
et

et lin-

gua mihi
tra

cadit, Lipsi,
pr;r?

dumhciec

memoro

:

video nos-

omnia

istis

non aliud quam palearum cassa

esse, ut Coraicus ait, aut gurguliuriculos minutos.

Nec
qua

taraen legem illam mancipiorum adhuc refero

:

nihil acerbius in

veterum

bellis.

Homines inge-

nuos, nobiles, pueros, f;eminas, onines victor abripie-


A mon
avis

419


fut plus désastreuse

aucune époque ne
si

en calamités de ce genre,

ce n'est peut-être la nôtre,

mais dans un autre hémisphère.

Regarde

ces quelques Espagnols qui sont passés,

il

y a un peu plus de quatre-vingts ans, dans
contrées du nouveau monde.

les vastes

Que de

funérailles,
ici

mon

Dieu que de carnage
!

!

Je ne disserte pas

des cau-

ses, ni

du droit de

la guerre.

Je ne m'occupe que de
terre qu'il est

ses résultats. Cette

immense étendue de
deux mille

grand

d'avoir, je ne dis pas conquise,

mais découverte,

je la vois battue par

trois cents soldats, et,
les

à chaque pas que

fait cette

poignée d'hommes,

pola

pulations inoffensives tombent

comme

le

blé sous

faux du moissonneur.
des îles? et
toi,

es-tu,

Cuba, la plus grande

Haïti? et vous, archipel des Lucaj^es?
autrefois cinq ou six cent mille habi-

Vous conteniez
tants
la
:

à peine en avez-vous conservé quinze mille pour
toi,

semence. Montre-nous à ton tour tes rivages,
et toi aussi,

Pérou,

Mexique. Hélas! quel aspect désoCes vastes régions, qui méritent

lant et lamentable!

véritablement d'être appelées un
désertes et ruinées

monde nouveau,
esprit et

sont

comme

si

elles avaient

été consu-

mées par quelque feu
succombent, Lipse, à

céleste.

Mon

ma
:

voix

te rappeler ces

horreurs

et

nos

calamités, auprès de celles-là, ne

me

semblent être,

comme

dit le

Comique, que des

pailles creuses et d'im-

perceptibles animalcules.

Cependant, je ne
de l'esclavage de plus cruel.
:

t'ai

rien dit de cette abominable loi

les guerres des anciens n'avaient rien

Hommes

libres, nobles, enfants, femmes.-


tutem.
ciijus vestigiura

4:Î0

bal, quis scit an in seternam servitutem? Certe servi-

jure gratiilor non fuisse, non

esse adhuc, in Christiano orbe. TurcaD sane usurpant,

nec aliud est quod magis invisum et terribilem nobis
redflat

Scvthicum illum dominatiim.

CAP. XXIII.
Pest'is

Famlsquc jpriscœ innguia maxime
torum magnitudo quœ olim
et

exemjjla. item Trilu-

rapinarum.

At

tu pergis in querela.
:

et

Pestem

etiarn

adtexis

Famemque

Tributa

et

Rapinas. Vis igitur singula

comparemus? sed

breviter.

Die mihi quot millia Pestis in tota Belgica abstulit,
liis

quinque aut sex annis? Opinor quinquaginta, aut ut
millia centum.

largiter,

At una

in

Judaia pestis sub

Davide rege, septuaginta millia absorpsit, die non
toto.

Sub Gallo

et

Volusiano Imperatoribus, pestis ab

^^thiopia exoriens, onines
sit,

Romanas

provincias perva-

et

per quindecim continuos annos incredibiliter

exhausit.
tio

Nec

alia

umquam major

lues mihi lecta, spa-

temporum,
illa

sive terrarum. Sasvitia

tamen

et

impetu

insignior

quœ

Bvzantii tînitimisque locis grassata,

Justiniano Principe, cujus vis tanta. ut in singulos dies


servitude qui pouvait

-^21


dans une
éternelle.

le vainqueiir»'arracliait tout, entraînait tout

être

l'esclavage!
il

Combien

je

me

félicite

que depuis longtemps

n'en

reste plus trace dans le

monde Chrétien

!

Les Turcs

seuls s'arrogent encore ce droit exécrable, et c'est par
là principalement

que leur domination est à nos yeux

si

odieuse et

si

barbare.

CHAPITRE
Fxemiûes insignes de Peste
et de
et

XXÏII.
chez les anciens. Item

Famine

des impôts

des rapines.

Tu persistes dans ta plainte,
la

et tu m'allègues la Peste,

Famine,

les Tributs, les

Rapines. Veux-tu que, brièqu'ils

vement, nous comparions chacun de ces maux à ce
ont été autrefois?

Dis-moi, combien la peste a-t-elle enlevé de personnes en Belgique dans les cinq ou six dernières années
?

Cinquante mille à peu près, je pense
larges,

;

mais pour être
la seule
elle

mettons cent
,

raille.

Or dans

Judée,

sous le Roi David

en moins d'un jour,

en a em-

porté soixante-dix mille. Sous les empereurs Gallus et

Volusien, une peste venue d'Ethiopie a envahi toutes
les provinces

Romaines

et,

pendant quinze années con-

tinues, les a épuisées d'une
n'ai lu nulle part qu'il

manière incroyable,
ait

et je

y en

jamais eu de

pareille,

soit

pour la durée,

soit

pour l'étendue de ses ravages.
remarquable encore
27

Cependant

celle qui,

sous Justinien, se déchaîna sur

Byzance

et ses environs, fut plus


quinque
raillia

4-2^2


fidei
:

funerum daret, interdum atiam clecem.
et

Timide hoc dicerem
huic rei ab
illo

ambiguus

nisi fidissimi

ipso £evo testes.

Nec minus miranda
iii

Africana pestis, quse eversa Carthagine orta,

sola

Numidia Octingenta hominiun

millia delevit

:

in mari-

tima Africa, ducenta, et apud Uticam, triginta millia
militum, qui ad orse ejus praesidium
in
relicti.

Iterumque
sseva wçe
Tzapaot-GÔva!.

Grsecia. Michaëlis Ducae imperio,

tam
Tacp-r,

a'ô'jva-reîv

(Zonarae verba SUnt) toÙ;

t^wv-ra;

Toù; 9v/.7xovTa;. ut vivi prorsiis

pares non essent mortuis
sevo,

sepeliendis.

Denique Petrarchse

ut ipse refert,

tam valida

in Italiam incubuit, ut ex millenis

quibusque

hominibus vix decem superessent.

Jam
Romse

de Famé, nihil profecto nos aut œtas nostra
si

vidimus.

videmus antiqua. Sub Honorio Imperatore

tanta caritas et raritas omnis annonse, ut homi-

nes hominibus
audita
sit illa

jam imminerent,

et

in Circo

palam

vox,

Pone pretium humant garni. In

tota Italia, vastantibus

eam

Gothis, sub Justiniano,

iterum tanta
millia

,

ut in solo Piceno quinquaginta
:

hominum

famé

interierint

et

passim in usum ciborum-

vers£e sint

non carnes solum humanae, sed humana

excrementa. J)nve mulieres(narrare exhorresco) septem-


par son impétiiositë
coups
si

423

et

précipités que,

par sa violence. Elle frappait à chaque jour, elle causait cinq

mille et quelquefois jusqu'à dix mille funérailles. Je ne
si nous n'en avions pour témoins des historiens très dignes de foi et con-

dirais cela qu'avec timidité et doute,

temporains.

Non moins
fit

surprenante fut la peste d'Afri-

que, qui, après la ruine de Carthage où elle avait pris

mourir en Numidie quatre-vingt mille hommes, dans l'Afrique maritime deux cent mille, et k
naissance,

Utique la garnison de trentemille soldats. Une seconde
fois

en Grèce, sous l'empire de Michel Duca, la peste

sévit avec tant

de rigueur

qy:il

ne restait plus assez de

vivants pour enterrer les morts, suivant le motdeZonare.
Enfin, du temps de Pétrarque, et selon ce que lui-même

en rapporte,

il

se

déchaîna sur

l'Italie

une peste

si

cruelle que, sur mille

hommes,
la

il

n'en survivait pas plus

de dix.

Maintenant parlons de

Famine.

A

cet

égard

ni

nous, ni notre temps nous n'avons rien vu de comparable à ce qui a eu lieu autrefois.

Sous l'empereur
cherté
,

Honorius,

il

y

eut à

Rome

une

telle

une

telle

disette de denrées alimentaires, que les

hommes

déjà

menaçaient les autres hommes,
entendit une voix

et qu'en plein cirque

on

demander que l'on mît en vente de
y eut dans toute l'Italie une si grande Picenum, cinquante mille peret

LA CHAIR humaine. Pendant les dévastations des Goths,
sous Justinien,
disette que,
il

dans

le seul

sonnes moururent de faim,

que

l'on

en vint à manger

non seulement de

la

chair humaine mais jusqu'à des
j'ai

excréments humains. Deux femmes,

horreur do

le


deraiit
csesae.
:

424


et corne-

decim viros per insidias noctu interfecerant,
ipsse à

decimo octavo, quid

id agi senserat,
et

Nec

refero in Sacra urbe

famem,

exempla jam

protrita.

Qaod

si

de Tributis etiam aliquid dicendum est

:

non
per

nego gravia esse quibus premimur, sed
se ea videas,

ita si sola et

non

si

componas cum

priscis.

Plerœque

omnes

provincite sub

Romano

imperio, fructuum ex

agro pascuo Quintam quotannis persolvere, Decimcnn
ex agro arvo, Nec defuere Antonius
et

Caesar

novem

decemque annorum tributa exigere
Julio Caesare interfecto,
tate, singuli cives

in

unum annum.
liber-

cum arma sumpta pro

vigesimamqumtam omnium bono:

rum dependere jussi
omnes
,

et

hoc amplius, Senatorii ordinis
.

in singulas

aedium suarum tegulas ,5e^ asses Quse

immensa

contributio, nostrisque sensibus nec credenda

nec reddenda. At Octavianus Caesar, (credo ratione nominis sui habita)
tis

octavam omnium bonorum partem àliberEt omittoquœ Triumviri, quse
:

exegit, et accepit.

alii

tjranni patraverunt

ne nostros doceam, recitando.

Unum
sit,

tibi

instar

omnium exactionum rapinarumque
invento ut nihil ad vim imperii

de Coloniis.

Quo

firmius, ita nihil in subditos cogitari potuit tristius.

Deducebantur passim legiones cohortesque veteranae
in

agros et oppida;

miserique provinciales

momento

425


hommes
:

dire, avaient de nuit tué dix-sept

attirés

dans

des embûches, et les avaient mangés

elles furent elles-

mêmes
et

tuées par le dix-huitième qui se méfiait. Je ne te parle pas de la famine qui sévit dans la ville sainte,

dont les détails sont partout rebattus.
Si nous en

venons aux Impôts, j'avouerai que ceux
,

qui nous oppriment sont énormes

mais seulement
si

si

on

les considère seuls et

en eux-mêmes, non

on

les

compare avec ceux

d'autrefois.

Sous l'empire Romain,

presque toutes les provinces étaient obligées de payer chaque année le cinquième du revenu des terres destinées au pâturage, et
le

dixième pour les terres cultivées.

Et

ni

Antoine, ni César n'ont hésité à exiger en une

seule année les impôts de neuf ans. Après le meurtre

de César, quand on prit

les

armes pour

la liberté, cha-

que citoyen reçut l'ordre de verser au trésor public la
vingt-cinquième partie de tous ses biens; de plus, tous
les

membres de

l'Ordre des Sénateurs durent payer six

as pour chacune des tuiles qui couvraient leurs maisons.
Cette contribution est prodigieuse et l'on dut avoir autant de peine à la payer que j'en ai à

y
a

croire.
tiré

César

Octave, et je pense que

c'est

de là

qu'il

son nom,

exigea et reçut
chis.

le

huitième de tous

les biens

des aifranles

Je ne veux rien dire des impôts imaginés par

Triumvirs

et les autres tyrans, car je craindrais en les
Il

racontant de les apprendre aux nôtres.

me
et

suffira,

pour

te

donner une idée de ces extorsions

de ces ra-

pines, de te dire

un mot des Colonies.

Si rien n'a été

plus efficace pour maintenir la puissance de l'Empire,
rien

non plus ne peut être imaginé de plus funeste pour


temporis bonis
et

426


omnibus provolvebantur.
:

fortunis

idque nihil ausi, nihil meriti

sed pro crimine omni,

opes aut opimi agri. In quo profecto gurges quidam

calamitatum omnium apparet. Miserum est nummis
spoliari
:

quid etiam agris tectisque? Grave

istis pelli

:

quid tota patria? quid templis, arisque? Distrahebantur
ecce aliquot millia

hominum,
;

liberi
;

à parentibus
et in
:

;

do-

mini à familiaribus

uxores à viris

varias terras,

ut cuique fors sua fuit, spargebantur

alii in sitientes

Afros, ut poëta in hac ipsa re
totos divisos orhe

ait,

^«rs Scythiam, aut

Britannos. Solus Octavianus Csesar
;

in sola Italia duo-de-triginta colonias collocavit

in proscio,

vinciis quot libuit.

Nec

alia res magis, ut

ego

exitio fuit Gallis nobis

Hispanisque.


les sujets.

4^27


on
;

On

conduisait de distance en distance les
les établissait
et,

légions et les cohortes de vétérans,

dans

les

campagnes
les

et

dans

les

villes

au

môme
:

moment,

malheureux provinciaux étaient dépouillés
ils

de tous leurs biens, de toutes leurs possessions
n'avaient pourtant rien fait pour cela, rien mérité
leur crime était de posséder des biens ou des
fertiles.
:

tout

champs
le

Eu

cela se

montre assurément l'abîme

plus

profond de toutes

les calamités. Il est triste sans doute
:

d'être dépouillé de son argent

mais de ses champs? une chose très grave

mais de sa maison

?

et si c'est

d'être chassé de ses biens et

de sa maison, qu'est-ce
de ses temples, de ses

donc de
autels?

l'être

de sa patrie,
ainsi

On

enlevait

quelques milliers

d'hom;

mes

;

les

enfants

étaient séparés

de leurs parents

les maîtres

de leurs domestiques, les

femmes de

leurs

maris, et tous ces malheureux étaient dispersés dans
diverses régions,

comme

le

sort en décidait
le

:

les

uns
à ce

dans la bridante Afrique,

comme

Poëte

l'a dit

même

propos,

cV autres

en Scythie ou chez

les

Bretons
a

séparés du

7^este

du tnonde. César Octave, à
qu'il

lui seul,

établi dans la seule

Italie vingt-huit colonies, et

dans

les

provinces autant

en a voulu. Je ne sache pas que

rien ait plus contribué à la ruine des Gaulois et des

k

Espagnols.

I

428

CAP. XXIV.
Crudelitatis
et

Cœdinm
onmia

narrationes aliquot. mira,
scelera hvjîis œvi.

et

supra

Sed

saevitia

tamen hodie,

inquis, et ctedes inauditae.
(^).

Scio quid innuas, et

quodnuperum factum

Sed tuam
imperitum

fidem, Lipsi, taie nihil apud antiquos?
te,
si

nescis

:

malum,

si

dissimulas!

Exempla enim

adeo prompta

et

multa, ut laboremus in eligendo.

Sjllse

nomen

nosti, illius Felicis? ergo et proscripet

tionem ejus infamem
et

immanem,

({xxa.

milita quattuor

septingentos cives abstulit uni Urbi. Et ne vilia qusecapita aut è plèbe censeas, centum quadraginta in

dam
iis

Senatores.

Nec tango

caedes innumeras, quae vulgo

factae
illa

permissu ejus sivejussu. ut non immerito vox
sit,

Q. Catulo expressa

Cum

quibn.s

tandem

victuri
?

sumiiSySi in bello arinatos, in pace inermes occidimus

At Syllam eumdem haut multo post
cipuli

imitati très distre-

(Triumviros intellego) pariter proscripsere
-.

centos Senatores

Equités

Romanos supra
ille

bis mille.
vidit visu-

Heu
(')

scelera, quibus nihil acerbius Sol

Allusion aux cruautés du duc d'Albe en Belgique.

429

CHAPITRE XXIV.
Quelques
récits d'actes de

cruauté
les

et

de carnage étranges,
ce temps.

et

qui

smyassetit tous

crimes de

Mais cependant,

dis-tu,

il

j a aujourd'hui une
fais

cruauté et des meurtres inouïs. Je sais à quoi tu
allusion et ce qui a été

commis dernièrement
a-t-il

(^).

Mais

sur ta

foi,

Lipse,

n'y
si

rien eu de tel chez les
!

anciens? ô ignorant,
tu le dissimules
si
!

tu ne le sais pas
si

ô méchant,

si

Les exemples sont

catégoriques et

nombreux qu'on a de

la peine à les choisir.

Tu
qui
fit

connais le

nom

de Sylla, de cet heureux? Donc

aussi tu connais sa proscription infâme, abominable,
périr quatre mille sept cents citoyens dans la

seule ville de

Rome. Et ne pense pas
et

qu'il
:

s'agissait
le

seulement de têtes viles

de la plèbe

dans

nom-

bre on comptait cent quarante Sénateurs. Je ne touche

pas à ces assassinats sans nombre qui furent commis
de tous les côtés, soit avec sa permission, soit par son
ordre, en sorte que Q. Catulus put dire avec raison
:

Avec qui donc vivrons-nous désormais,
dant

si

nous

fuo7is

pendant la guerre tous ceux qui sont en armes,
la

et pe?i-

paix tous ceux qui sont désa7vnés?

Ce même Sylla fut bientôt imité par trois disciples .j'entends les Triumvirs, qui pareillement proscrivirent trois
cents Sénateurs et plus de deux mille Chevaliers romains

crimes plus remplis de scélératesse qu'aucun de ceux

que jamais

le soleil ait

vus ou verra entre son lever et son


rusque
est,

430


si

ab ortu omni ad occasum! Appianum,

voles, lege, et in eo

variam fœdamque imaginem
;

lati-

tantium, fugientium; sistentium, extrahentium

libro-

rum

circa ejalantium, et

conjugum

:

perearn ego, nisi

humanitatem ipsam
sevo.
est,

periisse dices fero et ferino illo
:

Atque hsec in Senatoribus equitibusque gesta

id

totidem paene regibus aut djnastis.

Sed
mihi

in

multitudinem fortasse non saevitum. Imo vide
Syllam, qui quatuor legiones contrariée

eumdem

partis, fîdem ejus secutas, in publica Villa, nequicquani
fallacis
jussit.

dextrœ misericordiam implorantes, ohtruncari

Quorum cum morientium gemitusCuriam quoque
converso Senatu
:

attigisset, attonito et

Hoc agamus,

inquit,

Patres conscripti, pauculi seditiosi jussu meo
:

puniuntur. Nec scio quid magis hic mirer
id facere potuisse,

hominem

an dicere.
exempla? cape. Servius

Et plurane poscis
Galba
in

saevitise

Hispania trium civitatum convocato populo,

de commodis earum acturus, septem millia, in quibus
flos

juventutis consistebat, repente trucidavit. In

eadem
viginti

regione L. Licinius LucuUus consul,
«î t7^m

Caucœorum

contra deditionis stipulatas fidemimmissisinorbem

militibus occidit. Octavianus

Augustus Perusia capta.

trecentos è dediticiis, electos utriiisque ordinis

ad aram

D. Jidio e.rstructarn hostia)-urn more mactavil. Antoni-

coucher! Lis Appien,
le spectacle varié et
si

431


que tu verras
et

tu veux. C'est là

honteux de ces latitants

de ces

fugitifs

;

de ceux qu'on arrêtait ou qu'on arrachait de
;

leur retraite

de ces enfants et de ces épouses égorgés
si

:

que je meure,

tu ne dis pas que toute humanité avait
fer.

disparu dans ce sauvage siècle de
été

Voilà ce qui a
et

accompli

contre

des

Sénateurs

des

Cheva-

liers, c'est

à dire contre tout autant de rois et de sou-

verains.

Peut-être n'a-t-on pas sévi contre la multitude? Vois
ce

même

Sjlla ordonnant de massacrer, dans une villa

publique, quatre légions
7'endues
droite
ci

du parti opposé qui
les

s'étaient

sa foi

et

qui imploraient la miséricorde de sa

trompeuse.

Pendant qu'on

égorgeait,

les

gémissements des mourants parvinrent jusqu'à
et le
dit
:

la Curie,

Sénat étonné suspendait la séance, quand Sjlla
Continuons, Pères conscrits, ce sont quelques sédiVoyi

tieux que

pimit par
:

mon

ordre.

Je ne sais

ici

ce

qui m'étonne le plus
celle

de l'audace de l'action ou de

de la parole.
?

Veux-tu encore d'autres exemples de cruauté
voici
:

En

Servius Galba, en Espagne, ayant convoqué les

habitants de trois cités,

comme pour

conférer avec eux

de leurs affaires, les
bre àe
fleur
septt inille

fit

subitement massacrer au nomlesquels était toute la

hommes, parmi
le

de la jeunesse. Dans

même

pays, le consul

L. Licinius Lucullus, ayant

fait,

contrairement aux

clauses de la capitulation, entrer des soldats dans
la ville des

Caucéens,

fit

égorger par eux vingt mille

habitants. Auguste, après la prise de Pérouse, choisit


drinis, pacis specie in

432

nus Caracalla, nescio ob quos jocos iiifensus Alexan-

urbem eam veniens, universam
milite circumdedit,

juventutem
et signo

in

campum convocatam,
unum omnes

dato ad

occidit.

parique ssevitia

in reliquam miiltitudinem iisus, frequentissimam

urbem

prorsus exhausit. Mitradates rex una epistola octoginta
millia civium

Romanorum

negotiandi caussa per

Asiam

dispersa interemit. Volesius Messalla proconsul Asiae,
trecentos
rejectis

una

die securi percussit, et

inter cadavera

manibus superbe inambulans, quasi rem mariaT-.X'.xôv.

gnificam fecisset, proclamavit, w -pâvu^a

Et profanos adhuc loquor impiosque, sed ecce

tibi

etiam inter deo vero devota nomina Theodosium principem, qui Thessalonicse, per

summum

scelus et frauin

dem, septem millia innoxiorum Capitum
quasi

theatrura

ad ludos convocatos, immisso milite necavit.
facto
nihil

Quo

magis impium vêtus omnis impietas

habet.
Ite post hsec

mei Belgae,

et syQvitiam sive

perfidiam

Principum accusate in hoc

sevo.

433

parmi ceux qui s étaient rendus à discrétion trois cents citoyens des deux ordres et les immola comme des victimes ordinaires sur l'autel de Jules César. Antonin
Caracalla,
irrité

contre

les habitants

d'Alexandrie,
qu'ils

pour je ne

sais quelle

mauvaise plaisanterie
rend dans la
ville

avaient faite contre

lui, se

avec une

apparence pacifique, convoque toute la jeunesse au

champ de Mars,
à un signal
Il

la fait environner

par ses soldats

et,

qu'il

donne, tous sont tués jusqu'au dernier.

traita ensuite de la

même

manière

le

reste de la

multitude, et cette ville très peuplée resta déserte. Le

roiMithridate, par une seule lettre,
vingt
7nille

fit

assassiner gwcr^re-

citoyens

Romains

dispersés dans l'Asie pour

leurs affaires de

commerce. Volésius Messala, proconhache en un seul jour
trois

sul en Asie, frappa de la

cents

personnes,

puis,
il

se

promenant fièrement au
en étendant les mains,
:

milieu de ces cadavres,

s'écria

comme
chose!

s'il

avait fait un exploit magnifique

ô la royale

Jusqu'ici je ne

t'ai

parlé que de païens profanes et

impies. Mais voici, parmi ceux qui adoraient le vrai

Dieu, l'empereur Tliéodose qui, à Thessalonique, par

un
tre

forfait et
,

une fraude exécrables, convoque au théâassister

comme pour

à des jeux
fait

,

sept

mille
sol-

citoyens innocents et qui les

égorger par ses

dats. Toute l'impiété antique n'a jamais rien fait de plus

impie.
Allez, après cela, Belges, accuser la cruauté

ou

les

perfidies de vos Princes pendant ce

siècle

!

134

CAP. XXV.
Tyrannis etiam nosfra
tia

elevata. ostensa ea à

natura

sive mali-

humana

esse, et

externas, vilei-nasgue oppj'essiones fuisse

olim.

Denique Tyrannidem etiam hodie culpas,
siones corporum atque animorum.
iiunc
cLii

et oppres-

Xec ambitiose mihi

decretum attoUere asvum nostrum, vel adiïigere.

enim bono ? Hoc quod ad Comparationem nostram
dicam.
et ubi

facit,

Quando mala islanon?

non? Cedo mihi saeclum
:

aliquod sine insigni tyrannide, cedo gentem. Si potes
(subibo enim discrimen hujus aleae
:)

ego quoque confi-

tebor miserrimos nos miserorum. Quid taces?
est,

Verum

ut

video, illud diasyrticum vêtus, Ornnes bonos

Principes in iino annulo 2J0sse perscribi. Insitum nimi-

rum humanis

ingeniis, imperio insolenter uti

:

nec

facile

modum

servare in ea re

quœ sapra modum.

Nosilli ipsi qui de tyrannide querimur, semina tyraniiidis

inclusa in pectore gestamus

:

nec voluntas pie-

risque ea efferendi deest, sed facultas. Serpens ciim
frigore torpet,
exerit
:

venenum nihilominus habet, sed non

simile in nobis, quos sola imbecillitas arcet à

nocendo et Fortune quoddamfrigus.Da vires, da instru-

43S

CHAPITRE XXV.
Notre tyrannie elle-même considérée
:

Il est montré qu'elle lient
et qu'il

à la nature ou à la malice des hommes,
fois,

y a eu autreet

comme aujourd'hui,

des oppressions externes

internes.

Enfin, tu inculpes la TjTannie de nos jours et l'op-

pression des corps et des âmes. Je n'ai pas conçu
projet ambitieux de relever ou d'abaisser outre

le

mesure

l'époque où nous vivons

:

car à quoi bon

?

J'en dirai

seulement ce qui vient à notre comparaison.

Quand
un

et

où ces maux

n'ont-ils

pas existé? Cite-moi
il

siècle, cite-moi

une nation où

n'y ait eu aucune

tyrannie insigne. Si tu peux

le faire, je

paie l'enjeu de
les plus miséIl

ce débat, et je confesse que nous

sommes

rables des misérables. Pourquoi ce silence?
je le vois, ce vieux

est vrai,

proverbe que tous

les

bons princes

peuvent
C'est, en

être

inscrits

sur un seul
l'esprit

et

même

anneau.

effet, le

propre de

humain

d'user du

pouvoir avec insolence, et de ne pas facilement garder

de mesure dans les choses qui n'ont pas de mesure.

Nous-mêmes
tyrannie,
et,

qui nous plaignons de la tyrannie, nous

portons enfermés dans notre cœur les germes de la

pour

la plupart, ce n'est

pas la volonté de

l'exercer qui

nous manque,

c'est le pouvoir.
le froid,
il

Lorsque

le

serpent est engourdi par
tout son venin, mais
il

n'en a pas moins
:

ne

le

manifeste pas

il

en est ainsi

de nous autres que notre faiblesse ou un certain froid

de la Fortune empêche de nuire. Donne des forces.


menta
:

436

-

vereor ut vel irapotentissimi plerique istorum

sint, qui

nunc

tain iniqui in

potentes.Exemplum

in cot-

tidiana ista vita. Vide mihi patrem illum saevientem in
filios,

dominum

in servos, praeceptorem in discipulos.
isti

Phalarides in suo génère omnes

sunt

:

et fluctus

eosdem

in flumine excitant,
aliis

quos reges in magno mari.

Xec animantibus

non haec natura,

è

quibus

pleraque saeviunt in congeneras sibi species, in aëre,
terra, aqua.
pisces sic

sœpe minutos

Magnus
ait recte

comest, sic aves enecat accipiter,

Varro.
istse

Sed corporum
die hoc

oppressiones sunt, inquies

:

ho-

eximium, quod etiam animorum. Itane, animo-

rum

?

vide ne invidiose hoc potias,
et

quam

vere. Ignorare

mihi sese

naturam illam cœlestem videtur, quisquis

premi eam putat posse aut cogi. Xulla enim externa
vis

unquam

faciet, ut

velisquod nolis, senlias quod non

sentis.

Jus aliquis in vinclum hoc animi habet sive
:

nexum

nemo

in ipsum. Sol vere

eum

à corpore tjran:

nus potest, non naturam ejus dissolvere

quœ

pura,

œterna, ignea, spernit externum et violentum
tactum. At sensum tamen animi non
Esto.
aiiimo
licet

omnem
non

expromere.

sed linguse tuée igitur frsena ponuntur,
:

necjudiciis, sed factis. Sed

novum hoc ipsum
Quot
tibi

inauditum.

bone,

quam

erras!

possim


donne des instruments
:

437


fort

je crains

de voir très

impuissants à mieux faire la plupart de ceux qui sont
aujourd'hui
si

injustes contre les puissants.

Nous en

avons tous

les

jours des exemples dans la vie. Vois ce
fils,

père qui sévit contre ses
teurs
,

ce maître contre ses servi-

ce précepteur contre ses disciples.
:

Dans

leur

genre, ce sont tous des Phalaris

ils

soulèvent les
la

mêmes
Et

flots

sur leur petite rivière que les rois sur

grande mer.
les autres êtres

animés

n'ont-ils

pas aussi une

semblable tendance?

La

plupart sévissent contrôles
l'air,

espèces congénères, dans

sur la terre, dans l'eau.

Amsi

le

grand x^oisson mange

les petits, ainsi V éperviev

tue les oiseaux, dit fort bien Varron.

Mais, dis-tu, ces oppressions ne portent que sur

les

corps; mais ce qui surpasse tout, les âmes aujourd'hui
sont

également opprimées.
soient opprimées
?

Est-il

bien vrai que les

âmes
se

Prends garde de ne pas dire

cela par haine plus que par vérité.

A mon

avis, c'est

méconnaître

soi-même

,

méconnaître sa nature

céleste,

que de penser que l'âme puisse être opprimée

ou contrainte. Aucune violence extérieure ne parviendra
jamais à
te faire vouloir ce

que tu ne veux pas, sentir

ce que tu ne sens pas. Quelqu'un peut avoir

un droit
tyran

sur ce corps qui est
l'âme
:

comme

le

lien et la prison de
le

nul sur l'âme elle-même. Sans doute
il

peut la séparer du corps, mais

ne peut dissoudre sa

nature qui est pure, éternelle, ignée, et qui défie tout
contact extérieur ou violent.
m'est pas permis d'exprimer
le

Mais cependant
sentiment de

il

ne
l

mon âme
28


dicere qui sub tyrannis

438


ex iisdem vim

sensuum suorum pœnas luerunt,

propter incautam linguam?

Quam muld

adferre judiciis conati? et judiciis dico in re pietatis.

Persarum

et Orientis

reges adorari, tralaticium
divinitatis

fuit, et

Alexandrum,

eumdem

cultum

sibi

adse-

ruisse scimus, rustica
Inter

Macedonia sua non probante.
ille et

Romanos bonus

moderatus Princeps Au-

gustus, flamines et sacerdotes in provinciis, imo iu

domibus singulis.habuit. ut deus. Caligula deorum
tuis

sta-

amputato capite,

suum imponi

jussit,

ridicula
et

impietate. idem
quaesitissimas
voluit
tione,
:

templum suo numini, sacerdotes,
instituit.

hostias

Nero Apollo haberi

et illustrissimi

civium interfecti hac praescrip.

quod nunquami pro cœlesti voce iymnolassent Jam

Domitianus, Deus dominusque noster, palam audiebat.

Quae vanitas vel impietas
quid diceres?

si

hodie in uUo regum, Lipsi,
in

Nec adnavigo propius hanc Scyllam,

quam non
A'x'ivo'jvov

trahent autpellent

me

ulli

ambitionum

venti.

yâp

^^r rr,; o-iyT,; véia;.

Unum

tantum

in totani

hanc rem priscB servitutis


Soit. C'est

439


l'on

donc à ta langue que
tes actes,

met un

frein, et

non à ton âme; à
bien
!

non à

tes jugements.

Eh

cela

même
te

est

nouveau
!

et inouï.

mon bon

ami,

combien tu

trompes

Que d'exemples ne

te pourrais-

je pas citer de victimes châtiées de leurs sentiments

parles tyrans, à cause de l'intempérance de leur langue

?

Que de tyrans
jugements par
religion?

n'ont-ils

pas essayé de contraindre

les

la violence? et cela

même
les

en matière de
et

Ce

fut

une tradition chez

Perses

dans

l'Orient d'adorer les rois.

Nous savons qu'Alexandre
que
l'on

revendiqua pour
qu'il

lui le culte

rend àla Divinité,

et

brava sur ce point

la désapprobation de ses rudes

Macédoniens. Parmi
si

les

Romains, Auguste, ce prince
dieu, des flamines et

bon,

si

modéré,

eut,

comme un

des prêtres dans les provinces, et

même

dans

les

mai-

sons particulières. Caligula, par une impiété ridicule,
fit

couper la tête des statues des dieux pour
;

la

remplail

cer par l'image de la sienne

et

à sa divinité

consa-

cra des temples, des prêtres

et

des victimes précieuses.
,

Néron voulut
exprimé dans
victimes

être adoré

pour Apollon

et plusieurs
le

des

plus illustres citoyens furent mis à mort par
l'arrêt quils navaierit
cette

motif

jamais immolé de
laissait

pour

voix

céleste.

Domitien se
et

appeler publiquement notre Dieu
dirais-tu,

Seigneur.
et

Que
cette

Lipse,

si

tu

voyais cette vanité

impiété dans quelque roi de nos jours? Je ne navigue

pas plus près de cette Scylla, de peur d'y être entraîné

ou poussé par quelque vent d'ambition, car
silence est de ne

le

prix du

pas courir de danger. un seul témoignage sur cette
allaire

Je

te produirai


festimonium adferam,
tore
:

440


è familiari tuo scrip:

et

quiJem

quod velim attendas. Tacitus de Domitiaui sevo

Legimus cum Arideno Rustico Pœtus Trasea, Heren7110

Senecioni Prisais Helvidius laudati essent, capitale

fuisse, nec in i^^sos

modo

auctores, sed in lihros quoque

eoruni sœvitum

,

delegato

Triumviris ministetno, ni
in comitio ac

monumenta clarissimorum ingenioruni
foro urereniur
et
.

Scilicet illo igné

vocem ]wpuli Romani,

lihertatem Senatus, et conscientiam generis
:

humant

aboleri ay^hitrahantur
fessorihus, et

expulsis insuper Sapientiœ proin exsilium acta, nequid

omni bona arte
occurreret.

usquam honestum

Dedimus profecto grande
vêtus œtas vidit quid
:

patientiœ documentum,

et sicut

ultimwn

in libertate esset, ita nos quid in servitute

adempto per inquisitiones etiam loquendi audiendique
commercio. Memoriam quoque ipsani cum voce
dissemus,si tam
tacere.
i7i

pet^di-

p)Otestate nostra esset ohlivisci,

quam

CAP. XXVI.
Postremo doctuni non
(jentïbusqiie
niii'a

aiU nova

esse liœc
et

Mala

:

hominlhus

omnibus sempev communia,

solatium in ea re

quœsitum.

Nec adtexo plura de Comparatione. ad alterum
Legionis mefe

agmen

venio, quod oppugnat Novitatem

:


vain qui
tion.
t'est familier.

441


le

de la servitude antique, et je

prendrai dans un écri-

Tacite dit

Je désire que tu y fasses attendu règne de Domitien Nous lisons
:

que ce fut un criine capital j)our Aridemis Rusticus pour Her^nnius Senecion d'avoir loué Petits Traséa
Priscus Helvidius
les auteurs,
;

et

et

et

ron ne sévit pas seulement contre
contt^e leurs livrées
le
:

mais aussi

les

Triumet

virs ayant reçu tordre de brider dans

coynitium

dans

le

forum

les

monuments de
étouffer
et

ces illustres génies.
la

Sans doide on croyait
voix du peuple Romain,

dans ces flammes

la volonté

du Sénat,
de

et la

conscience du genre Inwiain. Note
la tyrannie véritable
:

ici les

procédés de
la

Déplus
p)art

les tnattres

Sagesse

avaient été chassés,

et toiU ce

qid tendait au bien envoyé
il

en

exil,

pour que nidle

ne se rencontrât rien

d'honnête.

Nous avons dorme
;

certes

un grand exemple
les

de patience

et

comme

le siècle

passé a vu
les

excès de la

liberté, ainsi nous,

nous avons vu

excès de la serviinquisitions

tude.

Or on nous avait enlevé par d'odieuses
?nême de parler
et

la faculté

dente^idre.

Nous aurions
s'il

perdu, avec la voix, la mémoire elle-même,

avait été

aidant en notre pouvoir d'oublier que de nous taire.

CHAPITRE XXVI.
Fnjln, Von enseigne que
ces

Maux

ne sont ni noureaux, ni étonles

nants; qîiils ont toujours été

communs imrmi

hommes

et

dans tontes

les

nations. Consolation tirée de là.

Je n'ajoute plus rien sur

la

Comparaison. J'arrive à

une autre division de

ma

Légion, celle qui combat la


ex devicto jam hoste,
ciim eo pugiiet.

44^2


ut conserta

sed breviter et contemptim. Spolia enim potias leget

quam

manu

acriter

Rêvera autem quid hic homini novum
humanis

esse potest, nisi qui ipse iiovus novitius in

rébus? Crantor egregie et prudenter, qui versum hune
seraper habebat in ore
0"jJi.o'.,
-zl
:

o'îVjxo'.,

OvT,-:i -ro: -£7:£vOa|j.ôv.

Circulantur enim cottidie hse clades, et orbe

quodam
tristia

eunt per hune

Orbem. Quid admirare? Quid
?

hœc

evenire ingemiscis
O'jx
£7:1

-57'!

ci'

È'^ûtsuj' ày^fJo";;

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Twv Oewv
lllud potius

outco liJo'j/oaî'vwv

mirum,

si

exlex quisquam ab hac com-

muni

lege, nec on us ferat

quod ferunt omnes.
graviter lugentem
in

Solon amicum
in

quemdam Athenis
et subjectas

arcem deduxit,
:

omnes

magna urbe

œdes ostendit
his
sint
tectis
:

Cogita, inquiens,

quam

multi luctus sub

olim fuerint, nune versentur, postea futuri

ac mitte mortalium

incommoda tamquam propria

deflere.

Velim idem

tibi fieri possit,

Lipsi, in

magno

isto

mundo. Sed quoniam

re

non potest; âge,
illo, si vis,

fiât

paulisper

cogitatione. Sisto te in alto
pice

Olympo. deset

mihi omnes urbes, provincias, régna;

censé


ramasse
qu'elle
lui.

443


et

nouveauté, mais brièvement
les dépouilles

avec dédain

;

car elle

de Tennemi déjà vaincu, plutôt
et

ne lutte vigoureusement
le fait,

corps à corps avec

que peut-il y avoir de nouveau pour un homme, à moins qu'il ne soit lui-même un novice dans
les choses

Par

humaines? Crantor, philosophe distingué
:

et

prudent, avait toujours ce versa la bouche

hélas, moi!

pourquoi hélas tnoi? nous siqiportons
maines.
et elles

les

choses hu-

En
vont

effet,

ces calamités circulent chaque jour,
cercle sur ce

comme en
ii'

monde. Pourquoi
?

gémir de ce que ces
s'étonner? Ce
est

tristes choses arrivent

pourquoi

pas pour que
t'a

tout te réussisse,

Aga-

7nemnon, qu'Atrée
et

engendré.

H

faut que tu jouisses
:

que tu souffres, car tu es né nioyHel
le

en vain tu Vy

refuserais, les Dieux

veulent.

Il

faudrait plutôt s'étonloi

ner

si

quelqu'un était exempt de cette

générale,

s'il

n'avait à porter ce fardeau que tous portent.

Solon, rencontrant un ami qui se désolait très
le

fort,

conduisit dans la citadelle
les

et, lui

montrant de grande

cette
lui

hauteur toutes
dit
:

maisons de

la

ville,

Pense combien de deuils ont

été autrefois sous ces

toits, s'y

versent maintenant, ou y entreront plus tard,

et cesse
s'ils

de pleurer les malheurs des mortels

comme

t'étaient propres.
qu'il

Je voudrais, Lipse,
ainsi porter les

me

fût possible

de te faire

yeux sur tout

ce

vaste monde. Mais
fais-le

puisque cela ne se peut en réalité, allons,

un peu

par la pensée. Je te place,
le plus

si

tu le veux, sur le

sommet

haut de l'Olympe

:

regarde toutes les

villes, les

provinces, les royaumes;

et pense que tu vois autant

totklem consepta
phitheatra
cruenti
illi

te

videre cladium liumaiiarum.

Am-

hœc qusedam
Fortunae

sunt et velut Areiice, in quibus

liidi.

Xec longe oculos
giuta anni sunt,

mitte. Italiam vides?
sasvis asperisque

nondnm

tri-

cum à

ab utroque
?

latere bellis conquievit.
lidae in

Latam

illam

Germaniam
:

Va-

ea

scintilise
et,

nuper

discidii civilis

quae iterum

exardescunt,

nisi fallor, in exitialem

magis flam-

mam. Britanniam? perpétua
quod nunc paullisper
in

in ea bella csedesque et
est,

pace

imperio débet pacati

sexus. Galliam? vide et miserere, etiam uunc per

om-

nes ejus articules gangraena serpit sanguinolent!

belli.

Nec

aliter in toto orbe.

Quee cogita, Lipsi

;

et

communione hac miseriarum,

tuas leva. Atque ut triumphantibus à tergo destitui

servus solet, qui in medio triumphi gaudio idemtidem
interclamaret,
adsistat,

Homo
lieec

es

:

sic tibi

monitor

iste

semper
pluri-

Esse

bumana. Ut enim labor cum
si-t
:

bus communicatus levior

sic

item dolor.


les

445


comme
la

de réceptacles de calamités humaines. Ce sont

Amphithéâtres,

les

Arènes des jeux sanglants de
Vois

Fortune.

Et tu

n'as pas à regarder bien loin.

l'Italie

:

il

n'y a pas encore trente ans qu'elle se repose de guerres
cruelles et acharnées qui la pressaient de

deux

côtés.

Vois-tu cette vaste Germanie

!

On y

apercevait naguère
;

de fortes étincelles de discordes civiles

elles

se rani-

ment aujourd'hui,

et, si je

ne

me

trompe,

elles éclate-

ront bientôt en une flamme plus dangereuse. Vois-tu la

Grande-Bretagne? Les guerres
perpétuelles, et
si

et les

calamités y sont

maintenant

elle est

en paix pour un

peu de temps,
par
en
le

elle le doit

à ce que l'empire y est exercé
et

sexe pacifique. Et la France? Vois
:

prends-la

pitié

dans toutes ses articulations rampe la ganIl

grène de la guerre sanglante.

n'en est pas autrement

dans

le reste

de l'Univers.

Pense à ces choses, Lipse, et que cette
de misères soulage les tiennes.

communauté
le

Comme

triompha-

teur était habituellement suivi d'un esclave chargé de
crier de

temps en temps au milieu de

la joie

du triom-

phe

:

tu es
:

homme;
il

ainsi, toi, aie toujours présent ce

moniteur

Ce sont des choses humaines. Le
est

travail est
:

plus facile, quand
est de

partagé entre plusieurs

il

en

même

de la douleur.

44(1

CAP. XXVII.
Sermonis
totius

Conclusio

et

ad repetendum eum ruminan-

dumque
Explicui copias

hrevis admonitio.

meas omnes

et

sermonem, Lipsi

:

et

liabes quse pro Constantia dicenda mihi censui in Dolo-

rem. Quae utinam non grata

tibi solum,'

sed salubria

:

nec délectent, sed magis juvent! Juvabunt autem,

si

non

in aures solum, sed in

animum demittes nec
:

aiidita

jacere et inarescere ea patiere, ut semina sparsa
solo.

summo

Denique

si

répètes serio et ruminabere, quia ut
elicitur
,

ignis è silice
isto pectore,

non uno concussu

sic

in frigido

non primo admonitionum
illa

ictu accenditur

latens et languens in nobis vis

honesti. Quse ut vere

aliquando in te ardeat, nec verbis aut specie, sed re et
factis,

supplex quaeso venerorque aeternum et divinum

illum ignem.

Cum

dixisset, surrexitpropere, et,

Eo, Lipsi, inquit:

Sol hic meridies prandii mihi index, tu sequere.

Ego alaceraclibens, inquam
solet
;

:

quodque

in mysteriis

jure lumc acclamem,
s'iovov y.ay.ôv,

cupov àaô'.vov.

s--»

S^^jS*-*-*

447

CHAPITRE XXVII.
Conclusion de tout
le

discours.
et

Bref atertissemenl
le

d'avoir à

y

retenir

à

méditer.

Je

t'ai

maintenant, Lipse, déployé toutes mes trou-

pes, et j'ai fini

mon

discours

:

tu as tout ce que

j'ai

cru

devoir te dire pour la Constance contre la Douleur.

Puisse tout cela être pour
:

toi

non seulement agréable,
te plaire,

mais salutaire non seulement
te venir

mais surtout
assurément
si

en aide Ces choses
!

te serviront

tu les a reçues dans ton
si

âme comme dans
et

tes oreilles;

tu ne souffres
la

pas qu'elles gisent

se

dessèchent

comme
choc ne

semence répandue à
;

la surface

du

sol; si tu

y reviens sérieusement
suffit

si

tu les médites.
le

Comme un seul

pas à faire sortir
,

feu d'un caillou, ainsi,

dans ce cœur refroidi

le

premier choc des avertisse-

ments ne
en

suffit

pas pour allumer cette force de l'hon-

nête qui est latente et engourdie en nous. Qu'elle brûle
toi

véritablement un jour, non en paroles
le fait, c'est

et

en ap-

parence, mais en réalité et dans

ce que je

demande en
et divin.

suppliant, et avec respect, à ce feu éternel

A ces
vais,

mots, Langius se leva vivement et

dit et

:

je

m'en

Lipse.

Ce

soleil

m'annonce midi

le

dîner.

Suis-moi.

A

l'instant et volontiers, répondis-je.

Comme

il

est

d'usage dans les Mystères, je m'écrie maintenant avec
raison
:

J'ai fui le mal,

fai trouvé

le

bien

ERRATA,

Page 50

1" ligne

(note),

au lieu de : le traité de la Constance est un prompt succès, lisez : le traité de la Constance eut un prompt succès.
lieu de
:

133

15«

ail

nous sommes

ballotés

,

lisez

:

nous

sommes
155
21«

ballottés.

au

lieu de: qui éclairent

dans

les

ténèbres, lisez

:

qui éclairent dans ces ténèbres.
161
4e
10-^

au au

lieu de lieu

:

Nepenther,
:

lisez

:

Népenthés.
:

163

de

il

faut brûler le charme, lisez

il

faut brûler le chaume.
181
15e

au

lieu de

:

le

même

navire balloté, lisez

:

le

même

navire ballotté.

203 252 277
371

27e
3« 6«
4e

au

lieu de: secourera, lisez: secourra.

(note),

au

lieu de
:

:

de ato, lisez

:

de Fato.

au au

lieu de

ilous a

mené,

lisez

:

nous a menés.
posthumes,

lieu de: Ajoute encore à ces peines
lisez
:

ajoute encore ces peines posthumes.
:

395

au

lieu de

tous ces écueilsde controverses, lisez

:

tous ces écueils des controverses.

LISTE

SOUSCRIPTEURS AUX EXEMPLAIRES NUMÉROTÉS

TRADUCTION DU TRAITÉ DE LA CONSTANCE

1

Sa Majesté LE ROI.
Sa Majesté LA REINE.
S.

2

3

A. R. Monseigneur LE COMTE DE FLANDRE.
le

4

M.

baron

O'ANETHAN. ministre

dÉtat, ancien ministre de

la

justice, ancien ministre des affaires étrangères,

membre

du Sénat,
5
S.

etc.
D ÉPINOY,

A. le prince OE LIGNE, DAMBLISE ET

ministre d'État,
etc.

ancien ambassadeur, président du Sénat,
6

M.

A.

LE

HARDY DE BEAULIEU,

membre de

la

Chambre des

repré-

sentants.
7

M. LAURENT

VEYDT, ancien ministre des finances, directeur de

la Société

générale, etc.


8

4o0


membre
de
etc.

M.

J.-S.

STAS,

ancien commissaire des monnaies,

l'Académie royale de Belgique,
9

M.

A.-L.-P. DE

ROBAULX DE

SOUIflOY,

auditeur général,

membre du

Conseil héraldique, etc.
10

M.

CH. ROGIER,

ministre d'État, ancien
et

ment provisoire

membre du Gouvernedu Congrès national, ancien ministre
membre de
la

des travaux publics, ancien ministre de l'intérieur,

ancien ministre des affaires étrangères,

Chambre des représentants,
11

etc.

M.

le

chevalier DE SCHOUTHEETE DE TERWARENT, conseiller provincial,

a Saint-Xicolas.
la

12

M. FORTAMPS, gouverneur de du Sénat, etc. M.
AD.

Banque de Belgique, membre

13

DECHAMPS, ministre d'État, ancien ministre des travaux
publics, ancien ministre des affaires étrangères, etc.

14

M.

A.-B.

la Chambre des représenCompagnie des chemins de fer de Tournai à Jurbise et de Landen à Hasselt, etc.

BRUNEAU, ancien

membre de

tants, président de la

15

M.

le

baron AMÉDÉE PYCKE, envoj-é extraordinaire
plénipotentiaire de S.

et ministre
le Saint-

M.

le

Roi des Belges prés

Siège.
16
17

M.

E'GIDE

DANSAERT, industriel â Bruxelles.
CH.-R. POOT,

M. labbé
M.
J.

vicaire à Vieux-Genappe.

18

DE LAET,
UfiBAN,

membre

de la

Chambre des

représentants.

19

M.

J.

directeur général du Grand-Central belge, admi-

nistrateur de la

Banque de Bruxelles,

etc.

20
21

La
M. M.

VILLE d'ATH.

DANSAERT-TESTELIN, négociant à Bruxelles.

22 23

ADELSON DUJARDIN, négociant à Bruxelles.
le

M.

baron

GOFFINET, général-major, aide

Roi, secrétaire des

de camp de commandements du Roi

S.
et

M.
de

le

la

Reine, etc.
24

M.

PIERCOT,

bourgmestre de Liège, ancien ministre de

l'inté-

rieur.


25

451


,

M.

le

barou GUILLAUME, lieutenant- général aide de camp de S. M. le Roi, ancien ministre de la guerre, membre de
l'Académie royale de Belgique,
etc.

26
27

La
M.

CHAMBRE DES REPRÉSENTANTS.
le

baron
de
la

CH. LIEDTS,

ministre d'État, ancien ministre de

l'Iu-

térieur, ancien ministre des finances, ancien président

Chambre des

représentants, gouverneur do

la

Société générale, etc.

28

M.

J.

LIAGRE, colonel

du génie, commandant de

l'École militaire,

membre
29

de l'Académie royale de Belgique.

M.

T.

DE

LANTSHEERE, ministre de la justice,

membre

de

]:i

Chambre des
30

représentants.

M.

J.-G. DE

NAEYER, membre de la Chambre des représentants, ancien vice-président de la Chambre, etc.

31

M.

VICTOR JACOBS, ancien ministre des finances,

membre

de

la

Chambre
32

des représentants, etc.

M.

ALF. BOUYET,

major d'état-major.
ancien
la Chambre des représenBanque de Belgique, présiChambre de commerce de Charleroi, etc.

33

M.

G.

SABATIER,

membre de

tants, administrateur de la

dent de la
34

M.

le

baron

J.-B.

NOTHOMB, ministre d'État, ancien ministre

des travaux publics, ancien ministre de l'intérieur,

envoyé extraordinaire
S.

et ministre plénipotentiaire de
la

M,

le

Roi des Belges prés

cour de Berlin,
etc.

membre

de l'Académie royale de Belgique,
35

M.

J.

CLOSON, avocat à Liège, administrateur-directeur de la

Compagnie du chemin de
3G

fer des

Plateaux de Hervé.

M.

FRÈRE-ORBAN, ministre d'État, ancien ministre des travaux

publics, ancien ministre des finances,

membre

de

hi

Chambre des représentants,
37

etc.

M.

A.

MARCO, ingénieur de V" classe des ponts et chaussées,

directeur des travaux du Palais de Justice.
38

M.

J.

THIRIAR,

docteur en médecine, chirurgie

et

accouche-

ments, à Ixelles.


39 40
41

452

M. M.

ED. DE LINGE,

avocat prés la Cour d"appel de Bruxelles.

EO.

MARTHA, notaire à Bruxelles.

S. A. le prince

EMMANUEL

DE CROY.

42

M.
M.

J.

DE BLOCHOUSE, propriétaire et

bourgmestre à Otrauge.

43
44

F.

SACOUELEU,

membre du

Sénat.

M.

CH.

MOELLER, professeur d'histoire à l'Université catholique

de Louvain. 45

M.

DINCO-JORDAN, ingénieur des

ponts

et

chaussées, directeur

des ateliers de construction de Jemniapes.
46
47

M.

le

chevalier

E.

DE COCQUIEL DE TERHERIEIR, à

Bruxelles.

Mgr
M.

NAMÉCHE, recteur maguilique de rL'niversité catholique

de Louvain.
48
GAREZ,

ingénieur en chef de

la

province du Brabant, direc-

teur des ponts et chaussées.

49

Mgr
M.

le

chanoine

DE HAERNE,

membre

de

la

Chambre

des repré-

sentants, etc.
50
A.

DE JAER,

ingénieur en chef, directeur des ponts et chaus-

sées.

51

M.

le

comte
ancien

DE

KERCHOVE DE DENTERGHEM, bourgmestre de

Gand,

membre

de

la

Chambre des

représentants, etc.

5'2

M.

D.

THIRIAR,

ingénieur en chef, directeur des voies et travaux
fer de l'État.

aux chemins de
53

M.

OSCAR STEVENS, propriétaire à Bruxelles.
I.

54

M.

STERN

,

administrateur

-

directeur

de.

la

Banque de

Bruxelles. 55

M.
M.

PAPIN-DUPONT, propriétaire à Bruxelles.
J.

56

VAN DER STIGHELEN

,

ancien ministre des travaux pul)lics,

ancien ministre des affaires étrangères, ancien meml)re

de la Chambre des représentants,
57

etc.

M.
M.

J.

DELLOYE-TIBERGHIEN,
BALISAUX,

banquier à Bruxelles.
la

58
59

E.

membre de

Chambre des représentants.

La

VILLE de LOUVAIN.


GU
01

453

M.
.M.

E.

VALENTIN, propriétaire à Bruxelles.

LEFEBVRE,
A.

membre de

la

Chambre des représentants.
Cour d'appel de Bruxelles.

62 03

M. M.

CONVERT, avocat prés la

le
,

comte GOBLET OALVIELLA, lieutenant-général, ministre
d'État, ancien ministre des affaires étrangères, ancien

membre
04

de

la

Chambre des

représentants, etc.

M.

LÉON OE BRUYN,

bourgmestre de Termonde.

05
00

AI. 0. SCAILOUIN,

avocat près la Cour d'appel de Bruxelles.
CHINIAY,

M.

le

prince OE

ancien ambassadeur, ancien
etc.

membre

de
07

la

Chambre des représentants,

M. M.

E.

SAOOINE, directeur-général des établissements

de Seraing.

68

BEERNAERT, avocat prés la

Cour de cassation, commissaire
etc.

de la 69

Banque de Belgique,
OE TERSCHUEREN,

M.

A. IflOLLE

membre

de la Chambre des repré-

sentants.

70
71

M.

A.

GRATRY,

major du génie.
COGHEN, propriétaire à Bruxelles.
LIIWNANOER OE NIEUWENHOVE, secrétaire

M.
M.

le

comte

72

le

baron V. du Roi.
HIALOU,

du cabinet

73

M.

J.

ministre d'État, ministre des finances,
etc.

membre

du Sénat,
74

M.
M.

J.

MATTHIEU, banquier et consul du Portugal a Bruxelles.

75

H.

MAUS, inspecteur-général des ponts et chaussées, membi'e

de l'Académie royale de Belgique,
76 77 78

etc.

M.
M.

E.

BOUCOUÉAU,
LAVALLE'E,

membre

de

la

Chambre des

représentants.
et

A.

inspecteur-général des ponts

chaussées.

La
M.
M.

VILLE d'ANVERS.
le

79
80

vicomte

ALB. OU BUS OE GISIGNIES,

membre du

Sénat.

F.

SPLINGARO,

ingénieur des ponts et chaussées, ancien

conseiller

communal de

la ville

de Bruxelles, etc.
•29


81

454


de Na-

M.

le

baron

D"HUART,

ministre d'État, ancien ministre des

finances, ancien gouverneur de la province

mur,
82
83
84

etc.

M.

HECTOR RICHE, administrateur de
le

chemins de

fer.

M.

chanoine DE

BISEAU DE BOUGNIES, à

Mons.

La COMMUNE
M. M.
le

d'OVERYSSCHE.

85

prince de CARAMÂN-CHIMAY, gouverneur du Hainaut.
DE BORCHGRAVE,

86

E.

chef du cabinet du ministre des affaires

étrangères, membre correspondant de l'Académie royale

de Belgique,
87

etc.

M.

DELCOUR, ministre

de

l'intérieur,

membre

de la Chambre des

représentants, etc.
88

M. MONCHEUR, ministre des travaux publics, membre de

la

Chambre des
89 90
91

i-eprésentants, etc.

M.

L.

0EL8RUYÈRE, notaire à Charleroi.
STEYENS, secrétaire-général
CROOY, banquier à Bruxelles.

M.
M. M.

ED.

au Ministère de

l'intérieur.

A.

92

EUD. PIRMEZ,

ancien ministre de l'intérieur,
etc.

membre de

la

Chambre des représentants,
9.S

M.

L.

ORBAN, ancien

membre de

la

Chambre des
la

représentants.

94

M.

le

chevalier
sentants.

E.

WOUTERS,

membre de

Chambre des repré-

95

M.

FASSIAUX, directeur-général

de l'administration des chemins

de
9(5

fer,

postes et télégraphes.
G.

M.

le

comte

DE

MUELENAERE,

membre

de la

Chambre des

représentants, bourgmestre de Pitthem.
97

M.

VAN DER SWEEP, inspecteur-général de l'administration des

chemins de
98

fer

de

l'État.

La
M.
M.

DE'PUTATION PERMANENTE
V.

du BRABANT.
Sénat.
à

99
100

TERCELIN,

membre du

LEGRAND-TERCELIN,

banquier

Mons.

101

M.
M. M.

J.

TERCELIN-GOFFINT,
ORION,

banquier h Mons.
la

102
'103

A.

membre de
C.

Chambre des
ancien

représentants.
natio-

le

vicomte
nal,

VILAIN

Xllll,

membre du Congrès

ancien ministre des affaires étrangères, ancien président de la Chambre, membre de la Chambre des
représentants, etc.
104 105

M.

H.

VAN MONS, notaire à Ixelles.

*

M.

A.

GOBERT, directeur de la 3« division des
l'État.

chemins de

fer

de

106

M.

VAN CROIWPHAUT,

membre de

la

Chambre des

représentants,

directeur de la poudrière royale de Wetteren, etc.

107

M.

le

baron GOETHAELS, lieutenant-général, aide de camp de
S.

M.

le

Roi, ancien ministre de
Sénat.
la

la guerre, etc.

108 109

M.

BONNET,
ANSIAU,

membre du membre de

M.

Chambre

des représentants, bourg

mestre de Casteau.
110

M.

S.

PHILIPPART, président de la

Compagnie des bassins

houil-

1ers

du Hainaut.

111

M.

C.-L.

LEBEAU,

membre du

Sénat, ancien bourgmestre de

Charleroi, etc.
112
113

M. COMBAZ,
M.
le

caissier en chef de la
DE LETTENHOVE,

Banque de

Bruxelles.

baron KERVYN

ancien ministre de l'intérieur,

membre de

la

Chambre

des représentants,

membre de

l'Académie royale de Belgique, membre correspondant
de l'Institut de France,
114
etc.

M.

J.

COGNIOUL, ingénieur en chef, directeur des ponts et chaussées.

115

M.

P.

TACK, ancien ministre des finances,

premier vice-président

de la
116

Chambre des

représentants, etc.
la

M.

H.

DOLEZ, membre

du Sénat, ancienprésident de

Chambre

des représentants, etc.
117

M.

F.

DE LA HAULT,

administrateur de chemins de

fer,

ancien

attaché de légation, etc.


118

4oG


membre de
la

M.

le

baron KERVYN

DE VOLKAERSBEKE,

Chambre des

représentants.
119

M.

A.

WAROCQUÉ,

membre de

la

Chambre des

représentants.

120
121

La
M.

VILLE

de BRUXELLES.
administrateur-directeur de la Caisse générale

F.

DELNIER,

des cautionnements.
122

M.

J.

VAN SCHOOR,

membre du

Sénat, administrateur inspecteur
etc.
etc.

de l'Université de Bruxelles,
123

M.
M. M.

F.

DOLEZ,

bourgmestre de Mous, membre du Sénat,

124
125

le

comte ERNEST
baron

D'HANE-STEENHUYSE, propriétaire à Bruxelles.

le

NIOLROGUIER DE BRUSLE, propriétaire à Brusle.

A'ola. Chaque souscripteur a reçu rexeniplaire portant au rang de son inscription sur la liste ci-dessus.

le

numéro qui correspond

TABLE ANALYTIQUE
DES MATIÈRES

Abattement

(!'),

diffère de la patience, 151.

Annales

Adrien VI, pape, ancien professeur de
Louvain, 89. Aêtius, a détruit cent soixante-deux mille

(les) de Tacite, sauvées par un couvent de la Saxe, 89. Antiqiae lectlones, 32.

Antiquité

Huns, 417. Agréable (!'), doit être mêlé à Albe (le duc d'), 3i, 32*.
visite l'Université de

l'utile,

3^.
;

(1'), a plus souffert des maux publics que les temps modernes, 403. Antoine (Marc), 373, 425.

Anvers
Lipse, 32
laisse

Albert (l'archiduc), visite Juste

Louvain, 70; un bon souvenir aux Belges, 70.
50.
(le

agrée la dédicace du traité de dans un reliquaire d'or, 10; est le refuge de Juste làpse, 41 consacre à Juste Lipse
:

la Constance, 10; le fait enchâsser

;

Album araicorum,
Aldobr.\n-dini

une inscription tumulaire,

82.

cardinali, 101.

i.e GR.\Nn, a causé la perte de plus de deux millions d'hommes, 417; se fait adorer comme Dieu, 439. Alexandrie d'Egypte, 67, 433. Aima Mater, 64. Alphonse d'Aragon, 38.

Alex.^ndre

Apostasie de Juste Lipse à léna, 29; à Leyde, 42.

Apparences
Appien,
431.
39.

(

les

),

effraient plus

que

la

réalité, 401.

Apulée,

Ame

{!'),

doit

commander aux

appétits du

corps, 153.

Amour de la patrie, 169, 187 n'est pas le même chez les riches et chez \e^ pau(1')
;

vres, 193.

An.\ch.\rsis,

aux Athéniens,
229.

303.

Anaxarque,

Anciens (les), ont traité de la sagesse, mais non des consolations contre les maux
publics, 117.

Archives du royaume de Belgique, 63. Argonautes (les) ont ouvert à la Grèce le commerce du Pont-Euxin, 66. Arguments contre la douleur causée par les maux publics, 205. Sont au nombre de quatre, ihld. Premier argument elle ne sert à rien, 207; second argument les maux publics sont produits par la Nécessité, 219; troisième argument les maux publics sont utiles, 309 quatrième argument les maux publics ne sont ni
: :

:

:

;

:

.V>Tis Maktius,

67.
d')
:

aussi graves, ni aussi ce livre
lui

nouveaux qu'on

Anethan
dédié,
3.

(le

baron

est

ledit, 403,441.

.\R1AS

MoNTANfS,

58.

— 458 —
AKisvoraixE.
405.

AKiSPOiTBtoeqa'ildîiideDiea, 211. S11.9I7-

cents citoyens, -131: adoré Dieu, de son vivant, -139.

comme nn
2S,
â&>.

Akie&ga
tin. S37.

.fStetàmil}, citô

:

9S.

ArersiTN saint
365, 357,
3t>l,

.

cité

:

49, 123,

AssentûBeat général à resisùgKie dn Des-

319, 3S8, 415

AcsoxE,
et

39.

Assacîatkw iatïiBe de Tâioe ses «ANts sur rame, 15T

da oori»

:

Aa^^èrîté de la sagesse. 1S3. Avertiiisêment donné 4 Achille, dans Ha-

ArecsiE, empereor, 35 : ooionies fondéi^ par loi «n Italie, SS, Sli immole trois

Avocats

mère, ?I5. : opinioa de Joste
prafession, 36.

Upse sur leor

B:&K<T.^T GoiUaame;. 50.

Bataille de Oitâlons, Bataille de

a ooAtè

la vie

k cent

soixanfee-deiix mille

Hons, 417. G«mbloax, 10.

il»,} Eme^ïne de Saxe. H. Bbitnot. ooloiiel français A Lonvain. em 1-394,^ Bbcits à. Philippes, 373; son T«ea an

Brandie

Bu&TUE, son dïctioniiaire critâqne. 30t, SBl Bd^jtiae la;) opprimée par les ralamitfts

moment d*espîi«r, S&.
BcsBEOQirE (At^er-Glûslain] , ambassadeor, 36.

pnbtIqiHS, lG9t 400.

Bbujuoox
BBESCl
'le

(le

carâînai, ancâen profes-

seur de I>io vain. %.

Bus,

cité

Pèl« L S: aSî, S9.
137-.

BIcbe la", l>less>êie âe Virgile, Keats ùuix. It^BotËCE,

Boste fie] de Jaete Ui»e placé sor son tom bean à Loavain. S; tiansportë à Paris. pois reakda à. la Be^iqae, i3- antre tmsLe de Jostie Upse à. Isqpie, S4. Bat des ralamit^-;,, %5; elles tendent à eseroer. 337; à ooniger. ^3t-, A ponir.
337.

âsé

:

£L 33S.

eues Oêsas. voir CaE^ala. Calamiate :.(lés^^ pnbUqpes sont eBXOjées par Dien ponr le plos gnmd bien, Slâ, £5; tendemt àlacxmserraiion. 4 la piK>tecsiim on *.Tamemeat de iXJnivers.3S ;
sioiniiHn stïainlant an p«i$3t)i!B,3C;90ut «xa^Hèes par ropimon, 387. -tH.

Cësir

i^idesj, S5: immolé an pied de la statue de Pompée, 373; combien dlM»»mes taés par lui, 417 : a esigë d'éwHWK»

imp>Ms,4SL

OëSAK OcTïVB. voir AngusieL Ch liBt icMKtyr, j^vtecteor des

arts. 72

Calamités des JniCs. -flL
Calamiliès des Crées. 415.

Calami)^ des Romains. 417. Ciuenjk, £1, 361. 367; Cûtamper la té(e d» stanes des Menx poor j mettre
rUmajfdelaaJenmc-aft.
Call^mplliiecnltiv«edansle£oaav(eails.S9.

Oiâtiment (lei^enit to^yaors leooupable,375 Cbnmogrammee sur Juste Lipse, lOQ, HKi. CasTStFFG. âlê : 243. Oiiiite de OMtEtamânople. amène la R«
nacssanoe, SOl CicëBiox : son style imUé par ks latinistes

du mos«n-^e, 23 et passim; empnmt
ISfdtens. qfae lui <ait.

Juste Lipse, 33;

a

Oulvid:

* Fertare, &.

CdkJiEBAKics ^oacMmk\,

&

ptéBsÉ
CSel
Otel

le libre arbitre

Kumiîw à

U

ProvîdeBoe divine, 3G5l

ç.tgtfjm.t fait massacrer tems les habt-

M. est. la véritable pntiîe de rbouuiK.

1991

CuacaÈTC de jBStffi Lifse. 411, 33. ^. CjiKtcw» flsaac]. Il, 39. CjkiKW, 33. C&-iiio>?c L'jtjKiEïK. a écrit snr ks jardliais, 2S; «e vante da çiaad BomlMW de vîUes prâKS par kn <a Btp^gMK. 417
Ct'rêmamet
'te

.[k^] et les êlénMsatss, se trai^Carmesiil et dotveat pérv un jour. 223.

Glaïdb

ir'fODperenr'J,

iqa£,67; visite les «ooles

Clémum-or

île

naité de

rakanmâê par Sëoé de Borne, 72. là) de S('i>i)i|ue. 71.

C<1!Aus.3Q5l

livre de», 74.

OaOoaûes romaines, oombi pour les pofwlatDOBs, 4ES, 427.


Combattre contre Dieu, 273. Comédie (la) souvent Jouée dans
réelle, 175.

450

la vir

Commentaires

(les)

de César, attribué.s à

une œuvre morale utile, 10. Just<,' Lipse espérait que ce traité vivrait aussi longtemps que la langue latine, 97. CooRNHERT (Tliéodore), sa querelle avec
Juste Lipse,-52. Corporations (les), mal à propos détruites par la Révolution française, 67. Correction (la), fouet quand nous avons
failli

Julius Celsius, 45.

Commune

de Paris en 1871, 10. Comparaison des temps anciens et des temps modernes, sous le rapport des
(la)

maux

publicg, 403.
(la),

et frein

pour nous

retenir, 331

;

sa définition ; est un vice, 201 n'est pas la miséricorde, 203. Concorde (la) doit être préchèe par les véritables économistes, et non la con199
; ;

Compassion

toujours indulgente, 333. Coup-d'œil d'ensemble sur l'œuvre
elle est

de

Juste Lipse, 85. CouTE.\u (Michel),
d'Ath, 14.

régent

du

collège.

currence illimitée, 69. Congrès (le) des États de Hollande et de Zélande ;\ Gand, 39. CoNSiDiE, femme noble, 397. Consolât ione (le traité de) faussement
attribué à Cicéron, 48.

Crainte

(la), 165.

CR.kXTOR (le mot de), philo.sophe, 443. Cr.\tès, sa réponse à Alexandre le (jrand
275.

Constance (la) est le premier besoin de l'homme, 147; sa dètlnition, 149; son éloge, 161; par quoi elle est troublée,
:

Crimes (les) de lèse-majesté, 3j5. Croy et Akrschot (le du"c de), 9i.

Cuba

(l'ile

de), 419.

Culture

(la) littéraire,

prépare

toutes les

163.

autres, 1(6.
(le

Constance

traité

de

la) écrit

au milieu
9,

Cupidité

(la), 165.

des calamités de la Belgi(iue,

49

;

est

Cyrus, a écrit sur

les Jardins, 2S3.

Danube

(le),

145.

David (le roi), 391, 421. Dédicace à M. le baron d'Anethan,

5.

est une cause première qui ne supprim<( pas les causes secondes, 261 se concilie avec le libre arbitre humain, 263 est un
; ;

Dédicace à la ville d'Anvers, 109. Délai du châtiment, contribue à le rendre
plus sévère, 3ol. Delisi.e (M. Lèopold), 60.

sujet sur lequel la discussion est périlleuse, 265.

Destin violent, 243.
DeunareliijioneadvernusDittlO'jlstam.SS.

Del Rio (le Père), jésuite sauve à Louvain
:

Dieu gouverne tout, 209; ne change pas,
223, 235; construit et renverse, 229
fait ni n'inspire
;

lettre mobilier de Juste Lipse, 41 que Juste Lipse lui écrit sur sa converle
;

m-

sion, 55.

DÉMÉTRIUS,

329.

Démocharès, médecin, 397. Denys de Syracuse, maître
Corinthe, 371.

d'école

A

Dépopulation de la Grèce, 415. Desseins (les) de la Providence, nous sont
cachés, 323.

jamais le mal, 257, 313; est le modérateur de toutes choses, 259 fait tourner tout au bien, 317; pourquoi il se sert des méchants, 3i9; n'a pas de complaisances malsaines, 335 n'est pas siijet aux passions, 339, 359; comparé à un cultivateur qui plante, transplante,
;

;

sarcle et éinonde, 345; seul peut

lire

Destin

(le), 235 naît de la Providence, 237 quatre systèmes sur le Destin, 239; est la série des causes, 247; n'exclut pas le libre arbitre de l'homme, 2», 261 n'est pas un prétexte légitime à la paresse,
;
;

dans les consciences, 379. Dieu vengeur, voit et entend tout, 389. Dieux (les), détestent les indi.screls, 207; ne peuvent être trompés, même jiar la
pensée, 381.
Différence entre le Destin et
la

;

Provila

269.

dence, 251.

Destin mathématique, 239.

DiocLÉTiEN préfère ses laitues
ronne, 2fô.

;'i

cou

Destin naturel, 241. Destin véritable; sa définition, 249; en quoi il diffère de celui des stoïciens, 257
;

DlOGKNE, 137. Disette en Italie,

423.

iOO
Disputes [les] de mots, méprisables, 127. Dole (ftiiiversitè dej, 2G. DoMiTiEN, 253; appelé en face Dieu et Seigneur, 439
;

publics a surtout pour cause les
particuliers, 173, 177.

maux
l'intel-

Droit

sa tyrannie,
165;

-141.

lie) romain, son utilité pour ligence des auteurs latins, 37.

Douleur

(la),

attribuée

aux maux

DuPERRoN"

(le

cardinal), 59.

École de la paroisse de la Chapelle, à
Bruxelles,
13.

Errata, 448.

Esclavage
:

(1'},

combien

il

rendait

les

Économie

une science ancienne, 66; erreur et danger des doctrines des économistes modernes
(T) politique est

guerres plus cruelles autrefois, 419. Esprit on n'en change pas en voyageant, 145.

67 et 68. Écriture illisible de Juste Lipse, 14. Ecriture l' sainte, est le foyer efficace de la
i

EsTiENNE
Étain
(r)

(Henri), critique le style de Juste

Lipse, 95.
:

les

anciens le tiraient des

iles

force, de la vertu et de la constance, 123.

Cassérides, 66.

Electa

(le

livre des), 45.

TÉloge de la constance, 161.

EucLiDE, cité, 267. Euripide, cité 1S3,
:

187, 215, 223, 271. 363.

Éloge du jardin de Langius, 281. Éloge des jardins en général, 2S3, 285, 2S1. Émigrations causées par toutes sortes de
motifs légers, 195.

407.

Excès de

la servitude après l'excès

de la
affec-

liberté, 441.

Exemples de simulation dans
(1'),

les

Empire des États-Unis d'Amérique
prédit par Juste Lipse, 231.

tions de l'àme, 177.

Exemples de mutation

et

de mort dans

le

Émulation

(1",

des catholiques et des pro-

monde

entier, 223.

testants, tourne

au

profit des lettres, 18.

de Damoclès, 369. Epictète, cité 269. Épigramme de Scaliger
(1')
:

Épée

contre

Juste

Lipse, SO.

EpistoHae questiones,

37. SI, 82, 84.

Exhortation à obéir à Dieu, 215. Exhortation à la sagesse, 299. Exhortation à relire et à méditer le traité de la Constance, 447. Exilé, le sage ne peut l'être, 399. Expéditions scientifiques de l'antiquité,
66 et 67.

Épitaphes de Juste Lipse,

Fabil's (Qiiintus) a tué cent dix mille Gaulois, 417.

Flamand

Famines en

Italie,

423

Flamands
165.

le), était la langue maternelle de Juste Lipse, 62. (les), ont excellé dans la mu-

Fatura vient de

fari, 249

sique, 98.

Faux

biens et faux

maux,

Fax historicci, 64. Femme (la) de Juste
Fermeté
Fille
(la)
(la)

Lipse, 31, 32.

de

l'esprit,

donne

le

calme au

milieu des troubles, 135.

Flagellations

de Créon, 275 (les) de l'aïup,

3(i9.

Flamines (les) d'Auguste, 4,33 Fléaux mixtes, 315, 317. Fléaux simples, 315, 317. Fleurs (les), sont éphémères, 293. Folies de la manie des fleurs, 94. 291 FoLT.ARD (le chevalier), 65. Foxius (Nicolas), 62.

Gach-^rd

(M.),

archiviste

général

du

Gali.cs (l'empereur), 421.

royaume de Belgique, 46. 63 Gai.ba (Servius) massacre sept mille Esl'agnols en trahison, 431.

Gentili

(Scipion), disciple de J. Lipse, 42.
la

Germe de

doctrine

économique

de

Malthus, 341


GiSELiN
t^'ictoi).

461

ne pas
la savoir, était

reçu médecin

;\

Dolo, 26.

cependant

asse?:

Gouvernements des', sont appropriés au tempérament de chaciue peiiple, 333.
Gr.\cchus (Sempronius) a détruit trois cents villes en Espagne, 417. abus qu'on en faisait au Grammaires
:

fort helléniste, 20, 21.

Gruter,

disciple de Juste Lipse, 42.

XVI' siècle, 15.

Grandeur

des

Romains

(livre

sur

la), 65.

Guerre (la), on n'en souffi-e pas quand elle est dans des pays lointains, 177; sévit dans toute l'Europe, 4(B, 445; est née avec le monde, 409; n'est plus rien en comparaison de ce qu'elle était autrefois, 411.

Grands (les), mjngent les petits, 437. Gr.\nvelle (le cardinal de\ accepte
;

la

Guerres

(les)

dédicace des Variarum lectionuni de Juste Lipse, 23 prend Lipse pour secrétaire, 24; devient vice-roi de Naples, 25.

mes

la

puniques à combien d'homseconde guerre punique a coûté
:

la vie, 415.

Guerres civiles de Rome,

417.

Grecque

(la

langue), suspecte
;

au clergé du

Gueux

(les), 39.

moyen

âge, 17

Juste Lipse, accusé de

GuicH.^RDiN ;Louis),

9S.

Haïti

J'ile d'I, 419.

Henri IV,
58.

de France, offre à Juste Lipse une chaire au Collège de France,
roi

Herennius Senecion, 441. Héritage, comprend les mau.\ comme
biens, 387.

les

ne pleure pas sur les maus même favon que sur ses propres maux, 164; trouve un secret plaisir dans le malheur des autres, 177. 179, 181 est porté à considérer les maux plutôt que les biens, 407. Homme iV) de lettres, n'est pas forcé d'être
est roi, 161
;

publics de la

;

Hésiode,

cité

:

367, 389.

Hixtoire du Triomphe, 65.

homme de guerre, fô. Hommes (les), les plus méchants
vent
le

approu-

Homère,

cité

:

213, 259, 275, 325.

bien qu'ils ne font pas, 155
Sj.

Homme

(T), est composé d'un corps et d'une âme, 153; vraiment soumis à Dieu

HoRTENSirs, 291. HuET, évêque d'Avranches,

léna (l'université d';, fondée par les princes de Saxe pour soutenir le protestantisme, 29; Juste Lipse y est professeur, 27; la
quitte, 31.

Infortunes

(les)

privées, ressenties de la

même manière
Innocents
377.
(les),

partons

les

hommes,

181.

sont-ils quelquefois punis;

Ignorance qui a suivi
barbares,
88.

les

invasions des

Institutions

(les)

publiques, constituent

la

patrie, 193.

Impéri.\lis, 98.

Insurrection de Gand, 40.
ils

Impots, combien
l'antiquité, 425.

étaient lourds dans

Intention

(1'),

fait seule la culpabilité, 379.
si

Inconstance de l'opinion, 159. Inconstance (1') des choses n'est qu'apparente, car tout est soumis à un ordre immuable, 233. Indécision et faiblesse des conservateurs,
104.

Invasions armées; pouniuoi aux paysans, 35.
Isaaci Casauboni

onéreuses

Corona
70.

Reijia, 46.

I.s.\BEiXE (l'infante),

au cours de Juste
12, 13.

Lipse à Louvain,
Italie
(l'I,

Isque, patrie de Juste Lipse,

mal jugée par

Voltaire, 42;

Inégalité

(!')

des peines, justifiée, 349.

Influence de Juste Lipse sur son temps,
8,87,

du mouvement artistique et de la Renaissance, 68; a été cinellement éi>rouvéc, 445.
initiatrice
littéraire


Jacqcks I", roi d'Angleterre. 46. Jardin Pierre du régent du collège
(

4G-2

-

Jeux funèbres sur
Philippes, 373.

la

tombe de Erutus
413.

:\

,

]

d'Ath,

14.

Jardins (les), ont été cultivés de tout temps, 283 ; ceux de Massinissa étaient la merveille de l'Afrique, 285 de quelle
;

JosÈPHE l'historien), 411, Juan don) d'Autriche, 40.
Juifs
:

pertes qu'ils ont subies dans moins
411.

de sis ans de guerre,
JuLiiî (les deux), 375.

manière
295,297.

il

faut en Jouir, 289, 291, 293,

Jean- Dam.\scène (saint), cité

:

261.

Jésuites

'les),

ont opéré une révolution
19;

dans l'enseignement,

modèrent l'enla Philo-

trainement de Juste Lipse, vers

JuprrER altitonnant, 135. Jupiter ne peut arracher son fils Sarpédon au Destin, 259,313. Juste liiPSE, voir Lipse. Justice la) suprême, c'est la volonté de
Dieu, 353.
(la) de Dieu est clémente, 391. JusTiNiEN, disette sous son règne, 423. JUVÉNAI,, 39.

sophie, 21, 115; veulent l'attacher à leur ordre, 22; le convertissent 55; le protègent, 59.

Justice

Joie

(la), Ifô.

Langius, chano'.ne de Liège,
Juste Lipse, 131
;

iiG;
;

reç'oit

ses jardins, 279

aimait

à méditer dans ses jardins, 2t6. Langues modernes, dérivent du latin parlé et non du latin écrit, 47. Leicester le duc de,, 54 LÉON X, pape, 38.

marie à Cologne, 31 ouvrages pendant so;i séjour à Cologne, 32; se remet sur les bancs de l'école à Louvain pour faire son droit, 35 trouve un manuscrit de Tite-Live, 37 se réfugie à Anvers, et de là en "Hollande, 41 professeur à Leyde.
quitte léna et se
;

fait

plusieurs

;

;

;

Léopold

II, roi

des Belges,
le

73.
14.

ibkl. et suiv.; quitte

Leyde

et se réfugie

Lettre de Lipse sur

collège d'.Vth,

Lettre de Lipse au P. Del Rio, 54.

Lettre de change et billet à ordre, 67.
Lettres
'les)

chez les Jésuites de Mayence, 54; ses sentiments catholiques, 60; est nommé professeur à Louvain, 61 demande a
;

civilisent, 103.
:

Leyde

(l'université de)
;

professeur, 41

la quitte

Juste Lipse y est y est remplacé
;

par Joseph Scaliger,

57.

Liberté la) véritable, 161. Liège, séjours qu'y fait Juste Lipse, 61,

exempté de la garde civique, 62; ses derniers moments, 78; sa mort, 80; ses obsèques, 81 son tombeau, 82 avait ordonné de n'imprimer aucun de ses manuscrits inédits, 83; n'avait pas les
être
; ;

131.

qualités d'un historien, 92; méprisait le
nioyen-â-'e et n'admirait que l'antique,

Linkebeke (Anne),
Lipse,
13.

bisaïeule

de Juste

Lipse (Egide), père de Juste Lipse, 13;
était fort dépensier, 22, 44
;

est interdit

comme
Lipse

(Juste)

prodigue, 44, note. est une des gloires de la
: ;

triumvir des lettres au xvi' né à Isque, 12; mis au collège d'Ath, 14; au collège des Jésuites de Cologne, 16 apprend le grec, 17 préférait les lettres latines et les études philosophiques, 20 et 21 se rend à Louvain, 22; s'attache au cardinal de Granvelle,
Belgique, 7
siècle, 8;
; ;
;

24

;

le quitte,

visit<!

25 ; est malade à Dole, 26 A Vienne la cour de Maximilien,

;

homme de lettres exquis, son goiit pour les fleurs, 94; préférait l'utile au brillant, 97 n'aimait pas la musique, 98 nommé conseiller vÉtaf n'en remplit pas les fonctions, 99, 101 peint par lui-même, 100; ses ménagements envers les grands, 101 a voulu dans la Constance concilier les maximes stoïciennes avec le christianisme, 115 a écrit la Constance surtout pour son profit particulier, 119; rétracte <i'avance tout ce qu'il a pu écrire d'offensant pour la foi, 119, 127; n'a point
93; était un
ibid.
; ; ; ; ; ;
,

attaqué la religion, 123;
profession de piété, 124
;

fait volontiers

26; est

nommé
;

profes.seur à l'univerest

a écrit en philo,

silè d'Iéna, 27

doyen de

la faculté

sophe

,

non en théologien

125

;

veut

des arts sans être maître es arts, 30;

quitter sa patrie à "cause des troubles

463
Loups
(le

qui la désolent, 133; est irrité dos rejn-o elles de I>angius, 183; recommande aux

Mars,

389.

liOuvain, occupé par les Espagnols, 40

valets de Langius de ne jias iiermeltre que leur dialogue soit troublé, 309. LiPSE (Martin), ami d'Erasme, 13.

son univei-sité l'ondée par Jean IV, restaurée par Juste Lipse, 63.

61

;

Lipsiens (secte des),

8, 96.

LvcAYES irarcliipeldes), 419. LvcRÈCK, cité 131, 251, 351.
:

Liste des souscripteurs aux exemplaires

Lucui.Lus se repose de ses victoires dans
ses Jardins, 285.

numérotés de
LiviE,

la Const.\nce, 449.

femme cKAuguste, 375. Lois royales et des xii Tables, Lois sur les céréales, 67.

LucuLLUs
37.

(L. Llcinius) fait

égorger vingt

mille prisonniers de guerre, 431.

M
Malades
(les),

cherchent

le

changement

comme un remède, 137. Maladies (les) de l'ànie, doivent être guéries par la constance, 143.
Manuce
(Paul), 25.

Messe (la) des lances, 90. Méthode vicieuse d'enseignement au xvi'
siècle, 15, 16.

Metkercke
16.

(de),

antiquaire et philologue,

Manu(XitctioadPhUosophiamStoïcam,TlMarc-Antoine, le triumvir, voir Antoine. Marivs (Caîus) a tué deux cent mille;
Cimbres, 417.

Mexique
Militia

(le),

ruiné par les Espagnols, 410.
(livre de), 64.

Romana
(les),

Miracles

ne sont pas une objection
biographi;

au
font peur

destin, 259.

Martial,

39.
(les),

MiKŒus, chanoine d'Anvers,
de Juste Lipse,
12.
;

Masques

aux enfants, 401. Massacres exercés sur les Juifs, 411 commis par les Espagnols dans le nouveau monde, 419. Masses (les) populaiies, vivent de la vie
spirituelle, 103.

Miséricorde

ila),

sa définition, 203.

MiTHRiDATE,

fait

égorger en une nuit

quatre-vingt mille Romains, 433. Moines (les), grattent les anciens manuscrits pour se faire du papier à écrire, t'9.

Maurice de Saxe usurpe

les droits
29.

de

la

Monarques

(les)

persans, adorés par leurs

branche aiuée do sa famille,

sujets, 439.

Maux

publics, 167; doivent être combat;

Monde

(le)

entier joue la comédie, 175.
74.

tus, 171

on peut

les craindre,

mais non

s'en garantir, 267; sont utiles, 311, ten-

Monita et exempta politica, Montaigne (Michel), 16.

dent toujours au bien général, 315.

Monument

élevé à Isque à la
84.

mémoire de

^laux publics et privés, 167. Méchants (les), sont contenus par Dieu, 317; ne restent jamais impunis, 355, 371. Médicaments (les), trop faibles, troublent, mais ne purgent pas les humeurs, 143.

Juste Lipse,

Mort de Juste Lipse, 78. Mort (la) est une transformation, n'est pas un mal, 399. Mourir pour la patrie, 199.

3j9;

Mégare (la ville de), 415 Mémoires historiques sur Louvain
comtes,
92.

et ses

Municipalité (la) de Louvain, invite Juste Lipse à, venir habiter cette ville, 62. Muret, 25; sa querelle avec J. Lipse, 33

Mercuriali Mercurius,

(Jérémie), médecin, 25.
le

philosophe, 239.

Messala

(Volesius) se

promène au milieu

MusoNius RuKUS, cité, 1S3. Mystères (les), ne doivent pas être tcrutés avec indiscrétion, 391.

des cadavres, 433.

Nassau (Maurice
Lipse, 42.

de),

disciple de Juste

Nature

(la) tout enliore

proclame

l'exis

tence de Dieu, 209

sa définition, 219, on n<> (la) peut lutter contre elle, 269; considéice dans les choses, 225. Ne combats point contre Dieu, 273. Nécessité
:

4G^
NÉMÉsiR, suit les méchants en silence et avec lenteur, 363. Xépenthés. véritable de l'àme, 161. Nérox il'enipereur) envoie une expédition au centre de l'Afrique, 66; veut percer
l'isthme de Corinthe, 67; ses remords,

369; veut être Apollon, 439.

Ni espoir, ni crainte, 161. Noblesse (lai belge se rallie à
:

la

cause

royale contre

le

protestantisme,

39.

Obéir à Dieu, c'est être libre, 217. Océan de calamités, 407. Œ^il l'j de la Providence, veille toujours,
375.

Oppression des consciences, 437. Ordre [r naît de l'opposition des con,

traires, 317.

Orose,
iT),

415.
(

pas la constance, 149. Opinion (l'I, diffère de la droite raison, 151 vient de la matière, 157; est la mère de
Opiniâtreté
n'est
;

Olverlaux

M.),

préfet

des

études

à

Ath, 15. Overyssche, élève un
Lipse, 84.

monument à

Juste

tous les

maux,

159.

Pacification la' de Oand, 39. Panégyrique de la sainte Vierge par Juste Lipse, 60; panégyrique de Trajan, 73.

421, 423; peete

de Byzance, 421

;

d'Afri-

que, 423; de Florence, 423.

Pétr.vrque,

423.

P.\NŒTius, stoïcien, 245.
P.\PINIEN, 329.

PÉTRONE,
Peuples
;

cité, 175.

les)

naissent, grandissent et meules individus, 231.

Passions (les), entraînent l'homme, 141 doivent être arrachées de l'âme, 163; ont un but dont la possession les satisfait, 207.

rent

comme

Philippe

II refuse

de laisser partir Juste

Lipse, 68; veut pacifier la Belgique, 69. Philologues, utilité de leurs travaux,
S8, 91.

Patavinité du style de Tite-Live, Patience fia) sa définition, 151.
;

3S.

Patrie
197
;

(la)

:

ce que c'est, 179, 185, 189, 191,
elle, 271.

on doit combattre pour

P.\UL

V (le papei, 77.
'la),

Philosophe (le^ donne des leçons austères et ne flatte point, 183. Pic de l.v Mir.\xdole, cité, 249. PiERCOT (M.), bourgmestre de Liège, 85.
Piété véritable, 189.

Paui. Émii.e, 275.

Pauvreté

n'est

pas à craindre,

399.
les

PiG.M.ETT\ (Philippe), traducteur de Juste
Lipse, 67.

Pays

:

il

n'en est

aucun qui détruise

passions, 139.

Pixn.\RE, cité, 181, 213.
Plaintes sur les troubles de la Belgique;

Péché

originel, 377, 3fô.
:

Peines il en est de diverses sortes, 365 peines internes, 367 peines posthumes
;

131.

Pl.vntin, imprimeur à Anvers,

16, 41.

et éternelles, 371.

Pl.vton, 219, 313, 367. Pl.vute, admiration qu'il inspire ajuste

Pensée 'une) bonne par elle-même, ne doit pas être condamnée pour un mot mal
employé,
127.

Lipse, 32

;

cité, 2X5, 389.
.39,

Pline

l'ancien,

375.

Pensée lai des Dieux ne change pas, 235. Percement de l'isthme de Corinthe, entrepris par Néron, 67. Percer un grain de millet, 251. Pérou (le), ruiné par les Espagnols, 419. Perrenot, cardinal de Granvelle, 23. Perroniana, 59.
Perses
(lesl,

PLUT.\RQrE, 415. Poissons (les) eux-mêmes ont une patrie
187.

PoL.MN

(M.),

de Liège,

62.

PoTiorcfliqves
l'index, 54.

(lesl, 65.
;

Politiques les livres des), 51

sont mis à

leurs supplices, 333; adorent

PoLus,

le

comédien,

175.

leurs rois, 439.

Pervi^ilium Veneris
I.ipse, 45.

(le)

corrigé par Juste

Poi.YBE, 21, B4; cité, 417. Pompée (Cneus) visite les écoles de Rhodes, 72, 371.

Peste de Judée, sous

le roi

David, 421

;

pestes dont l'empire romain

a souffert.

Pompée vengé par la mort de PooT(M. l'abbé), 100.

César, 373.

465
Portrait des quatre Philosophes, de Rubens, 94.

Portraits de Juste Lipse, &4, 99, 100.

Préface de la première édition, 113; de la seconde édition, 121.
Priscien,
cité, 24S.
:

Professeurs des universités leur importance du X' au XVI' siècle, 27. Professeurs do l'université de Louvain, députés et ministres, 64. Propositions brillantes faites ii Juste Lipse

(la) des méchants, n'est que le premier acte d'un drame dont il faut attendre le dénouement, 3C3, 309. Protestantisme le) en Italie, -12. Providence de Dieu, 205, 211, 251; c'est elle qui envoie les maux publics, 213; il est donc impie de s'en plaindre, 215.

Prospérité

Punition (la), est bonne et nécessaire, même pour le coupable, 334, 339. Punition des méchants, pourquoi retardée
queliiuefois, 357.

après sa fuite de Leyde, 5S. Proscriptions à Rome, -129.
Prospérité
329.
(la)

trop grande est un malheur,

Punitions infligées pour l'exemple, 391. PuTE.\xus (Erycius), professeur à l'uni versité de Louvain, 46. Pythk.\s, navigateur célèbre, 66.

Railleries des protestants contre Lipse, 86.

Juste

Religion

;la),

n'est

pas offensée par
123. 129.

les

études philosophiques,

Raison(lai, ne suffit pas, sans la révélation,

à conduire
151

les

hommes

doit toujours dominer, 139
;

à la vérité, 127; sa délinition,
;

Remords des coupa>)les, 369. Requesens, gouverneur des Pays-Ras
espagnols,
34.

vient de Dieu, 153; se tourne vers

Dieu,
155.

comme

l'héliotrope vers le soleil,

Résignation (la) à la volonté de Dieu, est la première règle de la sagesse, 151, 217.
Restitution du texte des écrivains antiques, 88, 91.

Ram (Mgr

de), recteur

magnifique

de

l'université de Louvain, 30, 72. R.vPHELENGirs, pctit-fils de l'imprimeur

Réveil des intelligences, après
àge, favorisé par
le

le

moyen-

clergé, 18.

Plantin, 50.

Romain,
435. 385.

tu paies les crimes de tes ateuar,

Rareté extrême des bons princes, Règle du collège d'Ath, 14.

Romains

RÉGULUS,

329.
(le

(les), en même temps qu'ils propageaient leur puissance par les armes,

Reifkiînberg

baron

de), 13, 75. 93.

se civilisaient par les belles-lettres, 104.

Rvbens.

94. 100.

humains offerts aux Dieux par Octave Auguste, 432. Sages (les), ont aimé les jardins, 293. Sagesse (la), est le vrai remède aux mala
Sacrifices
145; est aimable, Wô; conduit à la constance, 299 doit s'allier à la culture des belles-lettres, 301, 303; s'acquiert par des efforts, non par des dies de l'âme,
;

S.vxe-Cobourg (la maison de) a protégé il y a trois siècles un jeune savant belge. 30.
SCAl.iGER (Joseph:,
45, 57, 58.

Scipioxs

(les), 387.

SÉNÉQUE,
153,

le

philosophe. 71, 75;

cité, 137.

217,243,245,313.349. Serment militaire des Romains, 217.

Servitude
SiBiLLE,

(la),

vœux, 305. Saint-Evremoxd. 50. Salut (le! du peuple, est
Salvien,
cité, 353.

femme de

chez les Anciens, 445. l'Électeur de Saxe.

29.

la loi

suprême, 343

Saturnalium libri, 48. Satyre Ménippée (la), 45; danger fait courir à Juste Lipse. 40.
Savoir, n'est
sagesse, 301
rien,
si

qu'elle

SiGONirs (Charles), savant italien, 25, 4S Simulation (la), vice fréquent, 173, 177. SiRLET (le cardinal,, bibliothécaire du Vatican, 24. Situation de l'Europe au temps de Juste
Lipse,
11.

l'on

n'y jnini

la

SociNi, 42.

SofRATE,

cité, 141. 179. 401.


SodalUia de l'aneieune Rome,
Solitude
(la;,

460


117,241;

67.

comment

ils

distinguaient les

est favorable à l'étude, 203.

SoLoN, cité, 273, 443. Songe de la mère de Juste Lipse, 12. Sophocle, cité, 355. Souper (l'heure du) interrompt le dialogue de Laugius et de Juste Lipse, 277. Sourciers cherchant les eaux cachées, 307. Spa les eaux de), fréquentées par Juste
Lipse, 51, 61.
Stoïciens
les) Juste Lipse, dans le traité de la Constance, cherche à concilier leurs maximes avec le christianisme, 49,
:

maladies de l'âme, 140; les véritables stoïciens n'ont pas enseigné que Dieu fut soumis au Destin, 245 ont mieux que tous autres affirmé la providence de Dieu, 247; comment ils ont envisagé le Destin, ^9.
;

Studium

(jfnerale, 61.

Style de Juste Lipse, 95; variait avec les
sujets, 96.

SvLL-\, vieillit

dans ses jardins, 285; ses

cruautés, 429, 431. Synésil's, cité, 361.

Tacite, commenté par Juste Lipse,33, 75;
cité, 353, 369, 391.441.

manuscrit à Louvain, 37

;

l'édite et le

commente,

38.

T.\RQUix le superbe, 255; abattant les pavots dans son jardin, 285. Témérité de qui blâme la Justice divine,
357.

TiTl-s, détruit la Judée, 323.

Tolérance religieuse,

53.

Tous ont péché, 3^. Tous quelquefois sont punis pour
d'un seul, 389.

le

crime

Temples (les) sereins de la Sagesse, 131. Tendance mauvaise à sacrifier l'éducation littéraire à l'éducation scientifique, 103. Terre (la) est un cachot, 199. Tertullien, cité, 129.
Th.\lès, cité, 219, 381.

Tout meurt ici-bas, 221 et suiv. Tout n'e.st qu'un pour Dieu, 3^. Traductions françaises du traité de

la

Constance, 50. T>-aité de la prononciation de la langue
latine, 47.

Tiiéodose (l'empereur), fait massacrer au Cirque sept mille habitants de Thessalonique, 433.

Tr.\j.\n (l'empereur), 67.

TiiÉopHR.vsTE, son opinion sur
241.

le

Destin,

Triumvirat (le) Triumvirs (les),

littéraire
425, 429.

au xvr

siècle, S.

Tulipes (passion pour
(saint), 252.

les), 94.

Thom.vs d'Aquin

Turcs
421.
;

(les),

seuls ont conservé l'esclavage,

TiBERE (l'empereur) visite les écoles de Rome, 72 sa vieillesse, 361 ses lamen;

Tyr, 66.

tations, 309.

Tyrannie
trouve un

(la),

beaucoup moins cruelle de

TiTE LiVE

:

Juste Lipse en

nos jours qu'autrefois, 4S.

Union

(l'j de Hruxelles, 40. Unité il') des poids, mesures et monnaies cherchée par les ligues des Achéens et

Université

des Étoliens, 67. Universités (les) italiennes, déchues au
XVI* siècle, 50.

(1'; de Louvain, 61 sa déca dence vers la fin du xvi* siècle, 62; supprimée à la Révolution, mais rétablie de nos j'ours, 63.
;

Vre

et seca, 52.

Utilité des

maux,

311, 313.

\'.\,LfeRE

M.VXIME,

47.

\arron,

25, cité, 240. 437.
(le

Vas Even

(M. Ed.), archiviste de
32, 83. 100.

Varron
275.

consul), préféré h

Paul Emile,

de Louvain,

Van

Vee.n, peintre, 65.

A ESl'ASIEN, 323.
23.

Variarum

lectionion

fiftrj,

Vksta, étymologie de ce mol,

224.

i()7

ViLi.Eirs Païercvlus,

-il,

Ti3.

Vicissitudes des choses liuniaiiies, 223. \'ictinies expiatoires pour les pècliés du peuple, 391.

aux Jardins de Laufrius, 879. Volonté (la) de Dieu, marche lentement avec ordre, 361. \oLT.viRE a mal jugé les Italiens, 42.
Visite

et

Vierges
75,86.

(les)

miraculeuses de

la Belgiiiue,

\()RSTius, professeur à Leyde,

47.

Vérité (la), ne se connaît pas sans Dieu, 129. A'iLLERS (Denis), bibliophile, 13.
\'ille8 (les),

\oLUSiEN (l'empereur), 421. Voyage de Juste Lipse à Liège, 131. N'oyages (les), no sont pas un remède
contre les violents chagrins, 135. 143; sont une distraction contre les ennuis
légers, 141.

provinces et royaumes péri-

ront un jour, 227, 229, 231.

Virgile,

cité, 137, 293.

w
Wauters
(M. Alph.), archiviste de la ville
44.
Zi'iNON-,

comment
cité,

il

définit le Destin, 245

de Bruxelles,

ZoNARE,

423

^^(^

6oo^

La Bibliothèque
Université d'Ottawa
»

The

Library

University of

Ottawa

Echéance

Dote due

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