Au moment où paraît Dom Juan, Louis XIV a l’envie de s’amuser en société, de danser et de séduire.

C’est un homme à femme qui scandalise les dévots, mais cela réjouit les jeunes aristocrates qui vivent à la cour et sont portés sur les plaisirs. Il lui arrive d’apparaître dans certaines pièces de théâtre, il aime se mettre en scène. Il avait un goût baroque pour la fête. La reine mère, sous l’influence des dévots fait pression sur Louis XIV pour faire censurer la pièce. 2) L’idéal de l’honnête homme C’est l’homme du juste milieu, de l’équilibre, qui est à l’aide en société, cultivé sans en faire étalage. Il a le goût du classicisme, c’est à dire de l’ordre, de la mesure, de l’équilibre et du bon goût. La vie mondaine fait passer le paraître avant l’être : les jeunes aristocrates n’ont généralement que l’apparence de l’honnête homme, ils sont donc hypocrites, ce que dénonce Molière dans ses pièces. 3) Le courant libertin Il commence au début du XVIIème avec le libertinage de pensée ou d’érudition par une irréligion qui défend des théories matérialistes sur le plan philosophique : refus de croire en Dieu, en l’immortalité de l’âme, au Diable et en toutes superstitions. Ils sont influencés par le philosophe grec Epicure et le philosophe latin Lucrèce qui défendent une théorie physique atomiste. Ces philosophes défendent l’idée d’un bonheur terrestre délivré de tout espoir dans l’au-delà. Carpe Diem = Cueille le jour (poète latin Horace) Le libertinage de mœurs se développe au XVIIème siècle par des aristocrates et intellectuels qui font fi de la morale et font scandale, surtout à Paris. Dom Juan est le produit de ces deux libertinages, mais c’est sans doute le premier qui choque le plus l’Eglise.

Acte I – Scène 1 : Eloge du tabac L’Eglise condamne le tabac comme source de plaisir. Sganarelle évoque Aristote, théoricien de la tragédie. Catarsis = purgation des passions (souffrances) « Il instruit les âmes à la vertu » : Cette phrase renvoie à une expression latine traitant de la comédie : « Castigat ridendo mores », qui signifie « il corrige les mœurs en faisant rire » Sganarelle fait en réalité l’éloge du théâtre.

Son impiété . Pour SG. ce qui signifie athée au XVIIème. Bourgeoise. il se sert du mariage comme piège ». ce qui signifie qu’il n’est ni croyant ni superstitieux. il nomme DJ par une accumulation de termes désignant les ennemis du Christianisme : « Un enragé.Acte I – Scène 1 : Le portrait du maître par le valet « Je n’ai pas grande peine à le comprendre […] tu aurais menti » I . une personne qui refuse les pouvoirs de l’Etat. Sganarelle se fait donc le porte parole de la pensée dominante contre le libertinage. les méprise SG et Gusman. . DJ profite de sa supériorité par son éducation et son rang social sur les autres . Paysanne. il ne trouve rien de trop chaud ni de trop froid pour lui ». Demoiselle. Il se moque des règles sociales et « ferme l’oreille à toutes les remontrances qu’on lui peut faire ». ses esclaves et ses animaux. 3) « Un seigneur méchant homme est une terrible chose » Par cette affirmation qui sonne comme une maxime. un chien.Sa cruauté aristocratique 1) L’impie Sganarelle est choqué que Dom Juan « ne croit ni Ciel. ni Loup-garou ». le catholicisme connaît une ferveur nouvelle. Contrairement aux roturiers. avant de se suicider. il voit dans le mariage un moyen rapide et efficace de parvenir à ses fins et ne respecte donc pas l’institution sacrée par l’Eglise : « Un mariage ne lui coûte rien à contracter ». qui se soumettent aux ordres et aux superstitions : « il traite de billevesées tout ce que nous croyons ». 2) Le débauché Il multiplie les conquêtes féminines. de l’Eglise et même des idées traditionnelles. SG est crédule. Pour satisfaire ses désirs. il ne travaille pas et consomme du plaisir gratuitement et sans compter. 1) Le crédule En reprochant à DJ don impiété. Alors qu’en France. il séduit sans scrupules les femmes de toutes conditions sociales : « Dame. a fait détruire tous ses biens. C’est donc un libertin de pensée. SG montre son attachement à la religion catholique : il condamne les faux mariages de son maître qui déshonore l’institution sacrée. Ce contraste met bien en valeur la différence des caractères et créé un effet comique. un tel personnage fait scandale.Sa débauche .Un blâme Blâme mettant en avant les trois formes de vices chez Dom Juan : . hardi et insoumis. Mais la foi religieuse est placée sur le même plan que la superstition populaire et grossière du Loup-garou. Il le compare à « Sardanapale ». un diable. roi assyrien débauché qui. tuer ses femmes. Dans son emportement. « tant d’horreurs » sont les cruautés dont il a été témoin et dont le lâche abandon d’Elvire est la dernière preuve. DJ méprise aussi les femmes qu’il collectionne sans se soucier du mal et du déshonneur qu’il leur cause : « pour attraper les belles. poltron et servile. ni Enfer. Sa crainte que « Le courroux du Ciel l’accable quelque jour » est prémonitoire. un hérétique ». SG présente DJ comme un héros aristocratique de la dépense et de la démesure. SG fait en creux son propre portrait : si DJ est incrédule. II – Le portrait du valet par lui-même En faisant le portrait de son maître. Sganarelle dénonce l’abus de pouvoir d’un aristocrate. ne recherche que le plaisir et transgresse les interdits de la morale religieuse.

Il se sert des hyperboles pour dramatiser sa situation et se valoriser : « Il me vaudrait bien mieux être au diable que d’être à lui ». 2) La familiarité populaire SG reste un valet dont le langage demeure cru. Même chose pour « Sardanapale ». SG utilise aussi la gradation et les hyperboles burlesques : « Il aurait épousé même toi. DJ est ironiquement qualifié de « pèlerin ». Son maître est donc ainsi comparé à un monteur de chevaux. Ailleurs. Il prend plaisir à voir l’effet de son discours sur son interlocuteur « Tu demeures surpris […] d’autres coups de pinceaux ». son chien. mais ne fait que le singer : c’est une parodie qui le ridiculise. tu trouverais la chose assez facile pour lui ».2) Le poltron Profitant de l’absence de son maître. il le traite « d’épouseur de toute main ». il introduit la citation latine « inter nos » pour impressionner Gusman sans établir la complicité que cela implique. Il apprécie tout particulièrement les énumérations ampoulées et hétéroclites. Il va jusqu’à se prendre pour un artiste-peintre et développe une métaphore filée usée : « C’est n’est qu’un ébauche du personnage et pour en achever le portrait. III – Le discours comique du bouffon SG fait rire car ses paroles sont en contradiction avec ses actes. 3) La fascination pour son maître SG est fasciné par ce personnage hors du commun. et son chat ». 1) Le pédantisme SG essaie d’imiter le langage de son maître. il regrette aussitôt ses propos et menace Gusman : « Si il fallait […] que tu aurais menti ». C’est à son maître qu’il doit le peu de culture avec lequel il épate Gusman. Dès qu’il aperçoit son maître. il se sert aussi d’antithèses : « rien de trop chaud ni de trop froid pour lui ». 3) La verve (langage brillant et enthousiaste) bouffonne SG se laisse emporter par son discours qui impressionne Gusman. Parler de son maître le passionne et il n’existe que par lui : c’est pas opposition à DJ qu’il exprime sa propre vision du monde. mais aussi son langage haut en couleurs. et est même traité de « bête brute ». expression doublement familière : « épouseur » appartient au registre burlesque et « toute main » veut dire pour un cheval qu’il est bon pour la monte et l’attelage. Sa culture n’est faite que de clichés : l’expression « pourceau d’Epicure » vient du poète latin Horace qui dénonce tous ceux qui ont trahis l’enseignement rigoureux du philosophe Epicure et se livrent sans retenue aux plaisirs des sens. Ce savoir le ridiculise d’autant plus qu’il ne correspond pas à son statut social. Son seul but est d’impressionner l’inculte Gusman. Le comique naît du mélange du langage soutenu aux dérapages du langage populaire. Il se sert du rythme ternaire grandiloquent de l’art oratoire. il faudrait bien d’autres coups de pinceaux ». il s’adresse à Gusman avec hauteur en se vantant d’être l’intime du libertin : « Je n’ai pas grand peine à le comprendre moi. . mais son assurance finit par l’aveu de la crainte que lui inspire son maître : « Il faut que je lui sois fidèle […] ce que mon âme déteste. et si tu connaissais le pèlerin. les gradations croissantes ou alors décroissantes (de « Dame » à « Paysanne »). Ainsi. mais aussi plaisant et imagé. Il fait un étalage prétentieux d’une érudition mal maîtrisée. ce qui en langage populaire signifie homme peu recommandable.

« cœur » . voir même précieux (langage qui n’est pas commun). « rendre les armes » .DJ évoque les plaisirs de la conquête ( « conquêtes à faire ») 4. « vaincre » . ce qui n’échappe pas à SG. « transports ». DJ est un être de désir : « Enfin […] amoureuses ». « Je me sens un cœur à aimer toute la terre ». « combattre » .Une apothéose lyrique (« enfin » « amoureuses ») Cette tirade constitue donc une gradation dans l’exaltation. Elle est doublée d’une construction argumentative par des connecteurs logiques (« pour moi. 3) La virtuosité verbale Elle se ressent par la maîtrise des champs lexicaux : .DJ se pose en victime de la beauté ( « nos cœurs » 3. « tributs » . DJ alterne les énoncés généraux avec des touches plus personnelles. en opposition avec la violence de la conquête (oxymore « douce violence ») . La faconde est une tradition baroque. . qui déclare « Il me semble que vous avez appris cela par cœur. Structure de la tirade : 1. Tous ces mots montrent un vocabulaire galant. la beauté … » constitue une sorte de profession de foi de l’athée). DJ emploie les verbes avoir et être conjugués au présent de vérité générale (« ont » et « est ») La phrase « Tout le plaisir de l’amour est dans le changement » sonne comme un vers blanc (vers dans une écriture en prose). Ces termes montrent une envolée lyrique et hyperbolique : « qui volent perpétuellement de victoires en victoires » . associé à celui de l’amour : « réduire » . « forcer pied à pied » . Le mot « douceur » est employé quatre fois. et avec « on » et « nous ».Le champ lexical de l’amour : « On se lie » . DJ a en effet la volonté de produire un discours général qui se couple cependant avec le plaisir de l’orateur de se mettre à distance : Il ne parle pas de lui (il n’emploie pas le « je »). un beau parleur. Par exemple. Ce terme désigne un matamore dans la comédie espagnole. le rythme est ensuite relancé par « et » (« et j’ai à ce sujet » . Il utilise aussi la métaphore filée de l’enterrement. pour y étendre ses conquêtes amoureuses. « objet » . « passion » . Il considère la constance comme une faiblesse. « yeux » . A cette liste on pourrait rajouter la comparaison avec Alexandre : DJ aimerait qu’il y ait d’autre planètes. se lier conduit à la mort.Le champ lexical militaire. « une conquête à faire » . Les pronoms « on » et « nous » évoquent de manière implicite tous les conquérants. Cette tirade est très étudiée. dans la phrase sur les inclinations naissantes (« les inclinations naissantes […] ont des charmes […] est dans le changement »). différente de celle du discours classique plus équilibrée et plus modérée. il se met à distance et s’écoute parler. « on en est maître » . qui montre que pour lui. et vous parlez tout comme un livre ».La tirade commence par un éloge paradoxal (du début jusqu’à « nos cœurs » ) « changement » ) 2. « et comme Alexandre ») 2) Aptitude à élargir (généraliser) son propos Cet généralisation se fait par l’emploi des pronoms personnels « on » et « nous » ainsi que du présent de vérité générale. « triompher de la résistance ». 4) La faconde espagnole excessive Dom Juan est un « hâbleur ».Acte I – Scène 2 : La tirade de l’inconstance « Quoi ? Tu veux que l’on se lie […] mes conquêtes amoureuses » 1) Structure maîtrisée de la tirade DJ commence par une question rhétorique sur un rythme ternaire.

II – Morale du libertin : le devoir de l’inconstance DJ soutient le paradoxe suivant : l’inconstance est inévitable. il affirme donc sa liberté.Cette construction organisée suivant les principes de la rhétorique visé à épater l’auditoire ne doit pas cacher les arguments moraux et philosophiques qui légitiment l’inconstance. Le pronom personnel « nous » suggère que c’est la vocation de l’homme en général. 3) Un besoin de liberté DJ refuse tout investissement (relation) durable. l’inconstance est un acte de justice : « toutes les belles ont droit de nous charmer […] les justes prétentions qu’elles ont sur nos cœurs. » 2) L’inconstance. » . son indépendance à l’égard du code moral de la société de son temps en additionnant les mariages. pour accomplir tous ses désirs. mais en plus. c’est une vertu. L’homme doit séduire. la fidélité est une aberration. Selon ce raisonnement. DJ renverse les valeurs traditionnelles : la fidélité est immorale tandis que l’infidélité est une vertu. la brièveté de la vie limite le nombre de conquêtes possibles. 1) Une loi de la nature DJ rend à chacun « les hommages et les tributs où la nature nous obligé ». » Son raisonnement est habile : ne pas séduire les femmes. elle est contraire à la vie car elle est la mort avant l ‘heure : « La belle chose […] de s’ensevelir […] et d’être mort […] frapper les yeux. pour lui. Il essaie de repousser les limites de la condition humaine. puisque c’est la nature humaine. leur dénier le droit de plaire. Il substitue une morale de la quantité à la morale de la qualité. Il voudrait être Dieu. C’est plus un être de désir qu’un être de plaisir : « Lorsqu’on est maître une fois. alors que son désir est insatiable : « Je me sens un cœur à aimer toute la Terre […] conquêtes amoureuses ». il n’y a plus rien à dire ni à souhaiter . c’est leur causer du tort. un devoir de justice DJ pousse encore plus loin le paradoxe : pour lui. l’amour que j’ai pour une belle n’engage point mon âme à faire injustice aux autres ». La conclusion qu’il en tire est logique : « j’ai beau être engagé. tout le beau de la passion est fini.

SG. Il fait semblant d’ignorer complètement la dimension spirituelle d’un tel choix. qui évoque un grand saint : Saint François d’Assise. mais le pauvre n’a pas gagné totalement. c’est à dire commette le péché le plus grave. Pour lui. Son nom est Francisque. Son registre est ironique. va. serviteur de Dieu 1) Contextualisation historique Au XVIIème. Son intervention rappelle le jésuitisme et en particulier la casuistique. Dom Juan n’est pas séducteur. Il semble obsédé : son acharnement à humilier un représentant de Dieu prouve qu’il n’arrive pas à se débarrasser de cette idée. il se met du côté de DJ (« Va. mais fort mal et avec grande conviction. en agitant sous le nez du pauvre un Louis d’or (une somme considérable). c’est pour uniquement se nourrir et vivre mieux. et dénigrer le choix désintéressé de l’ermite.DJ. .Le Pauvre. la pauvreté est un choix de vie. DJ fait preuve d’une grande cruauté car il cherche à vaincre la force morale de la foi par la puissance des besoins du corps. une figuré démoniaque Pour démontrer l’inefficacité de la prière. II – Un enjeu idéologique Trois positions différentes sont mises en évidence dans cette scène : . il cherche à suivre la vie du Christ dans le dénuement le plus total. Mais ici. C’est DJ qui prononce le blasphème (« pour l’amour de l’humanité »). SG vient de défendre dans les lignes précédentes la religion. C’est justement cet aspect que DJ attaque et nie en ramenant la raison de l’aumône à de purs besoin matériels : si le pauvre mendie. En utilisant l’adverbe de quantité « un peu ». ce qui réduirait à néant le choix de toute une vie. le jésuite . Il ne vit que des aumônes qu’on lui fait. on péchait moins. qui a fondé l’ordre des Franciscains et qui a fait vœu de pauvreté et de solitude. qui était une expression consacrée et usuelle à l’époque. la pauvreté. représentant de la foi pure Il n’est pas désigné par un nom. De plus. Molière l’a délibérément montré de manière hideuse. Pour la première fois de la pièce. ce caractère démoniaque est renforcé par le rire. DJ le ramène à l’intérêt : « Ton avis est intéressé à ce que je vois » et à des préoccupations matérielles « prie pour qu’il te donne un habit ». DJ se contredit car il veut le faire blasphémer. soit il défie Dieu. pour certains ordres et de nombreux croyants. reste toujours courtois. DJ a perdu. cela renforce son caractère sacré et donc le sacrilège que va commettre DJ en l’humiliant. SG tente de minimiser la gravité du blasphème. le libertin . étrangement. En renonçant aux biens terrestres. il n’y a pas de mal ») : sa conviction religieuse ainsi que sa morale ont perdu de leur rigueur. DJ se transforme ensuite en tentateur. à condition qu’il blasphème. jure un peu. comme si en jurant vite. est un chois délibéré qui prend une signification spirituelle dont le modèle est Saint Vincent de Paul. et non une nécessité. mais par sa condition sociale. DJ utilise également une injonction croissante. Il est donc plus impie qu’athée. 2) Dom Juan. il fait preuve de cynisme quand il met de la logique là où il n’y en a pas : « Tu te moques : un homme qui prie le Ciel […] dans ses affaires ». Soit DJ fait ça par cruauté. en remplacement de « Pour l’amour de Dieu ».Acte III – scène 2 : La scène du pauvre (en entier) I – Un affrontement manichéen 1) L’ermite. 3) La résistance du pauvre La résistance du pauvre à la tentation est faite avec une grande dignité car il ne s’emporte pas. car il n’a pas réussi à l’empêcher de le tenter.

d’autant plus que ce dernier reste poli. Pourtant. quant à DJ. comme Molière. Par cette expression. il lui offre finalement un Louis d’or « pour l’amour de l’humanité » dans un geste ostentatoire et condescendant. ne peuvent être que du côté du pauvre. . Cela signifie que puisque Dieu ne se manifeste pas. Jeu de scène possible : . DJ triomphe à sa façon : il a prouvé l’impuissance de Dieu a secourir le pauvre. Le mot « jurer » est repris quatre fois par DJ. le voilà » (susucre ? Fais le beau !) 2) Les sentiments mis en jeu Le jeu est humiliant pour le pauvre. ne s’emporte pas. et une fois par SG qui fait pression. Il a paris plaisir à faire souffrir un homme déchiré entre sa foi et l’espoir d’une aumône. cela met en valeur son impiété. il triomphe du tentateur dont le chantage a échoué. Sans doute s’agit-il aussi d’une satyre de la fausse charité des riches pratiquant l’aumône pour se donner bonne conscience et se faire bien voir des autres alors qu’ils n’éprouvent aucune compassion. pour sa survie. doit blasphémer. qui sonde les âmes. L’inégalité est trop grande : il y a abus de pouvoir de la part d’un aristocrate à l’égard de celui qui est au plus bac de l’échelle sociale. III – Une scène dramatique et pathétique 1) Structure de la scène La scène est construite sur la montée du blasphème et de la provocation selon une gradation croissante : a) Par la remise en cause du caractère sacré de l’aumône b) Par de virulentes moqueries contre l’inutilité de la prière c) Par la tentation du Louis d’or Les répliques se font de plus en plus brèves au fur et à mesure que la tension dramatique s’aggrave. mais aussi sa cruauté. Dieu. Le mécréant n’a pas réussi à pervertir l’âme pure de ce croyant zélé. j’aime mieux mourir de faim »). DJ parodie l’expression consacrée « pour l’amour de Dieu ». mieux vaut la solidarité humaine. mais il met d’autant plus en valeur sa dignité quand il refuse de s’abaisser au blasphème. Bien que placé dans une situation de faiblesse. ne se rebelle pas. lui pardonnera car il sait qu’il ne le pense pas au fond de lui. 3) Une victoire partagée Le pauvre résiste courageusement et reste digne : il ne renie pas sa foi (« Non monsieur.Si un homme. Pour manifester sa victoire.Représenter DJ tendant la pièce et la retirant dans un véritable jeu où le pauvre est réduit à un état quasi animal : « prends. Les spectateurs. l’homme révolté qu’est DJ élimine Dieu pour affirmer que la vie terrestre se suffit à elle-même pour assurer le bonheur.

prononcée par la statue. le libertin s’exclame par une reprise anaphorique qui souligne son entêtement : « Non. L’invitation de la statue sonne comme un défi. Sa peur ridicule sert de contre poids comique au tragique de la scène. Il dénie une nouvelle fois le divin et cherche une justification rationnelle à ce qu’il voit (« Je crois connaître cette voix »). rien n’est capable de m’imprimer de la terreur ». C’est un symbole de remords et de culpabilité. par opposition à l’inconstance et à la dimension éphémère de DJ. vous m’avez hier donné parole de venir manger avec moi ». Il refuse à nouveau la miséricorde du Ciel (= pitié par laquelle Dieu pardonne). Cependant. une caractéristique Baroque.Acte V – Scènes 5 et 6 : Le dénouement de Dom Juan I – L’apparition du spectre Par définition. . le repentir est proposé à DJ (« DJ n’a plus qu’un moment à pouvoir […] si il ne se repent ici »). cette lutte entre DJ et la statue représente le combat entre la permanence. et l’inconstance. La métamorphose est une autre caractéristique baroque. Ce combat n’a rien d’humain. c’est un spectre : je le reconnais au marché »). Serrer la main est un symbole d’une parole tenue et d’une promesse respectée. il cherche encore une explication rationnelle à la scène : « Spectre. Dom Juan. je veux voir ce que c’est ». (Le classicisme ne mêle pas les genres) DJ ne partage pas sa crédulité. L’orgueil de DJ se manifeste une nouvelle fois lorsqu’il tend la main à la statue. le jugement est rendu. SG tente d’infléchir son maître : « Ah ! Monsieur. avec sa faux à la main (cf : didascalies). Pour lui. Ce repas est un symbole de l’épicurisme de DJ. De nouveau. non. DJ se damne en refusant le secours des « grâces du Ciel ». Le méchant est puni et le gentil est récompensé. ce qui ne correspond pas à DJ. c’est à dire les aides divines pour obtenir le salut. SG panique (« Ah ! Monsieur. que DJ accepte sans hésiter : « Oui. qui représente la permanence et l’éternité. En réponse. montre une transgression d’un interdit fondamental (qui équivaut à un blasphème) : les relations entre le monde des vivants et le monde des morts sont interdites. il n’a pas non plus de future : c’est un homme de l’instant présent qui improvise à la hâte une stratégie de séduction et saisit les occasions qui se présentent. A la mort d’un homme. les bon et les mauvais actes des hommes sont jugés et comptabilisés par Dieu. Il manifeste ainsi sa détermination et son entêtement. En effet. non. qui voit disparaître sa cible. qui aime manger. où faut-il aller ? ». et défie l’au-delà : « Non. et faisant preuve de matérialiste (ne se fie qu’à ses sens). ce châtiment est lui-même justifié par les paroles de la statue : « un endurcissement au péché entraîne une mort funeste […] à sa foudre ». ce qui est un outrage à un mort qui ne peut partager ces plaisirs. symbolisée par la pierre. c’est donc cette main qui va le châtier . fantôme ou diable. Ce refus de la durée est donc puni par la figure allégorique du temps. il ne sera pas dit quoi qu’il arrive que je sois capable de me repentir ». L’épée qu’il brandit face au spectre est symbole de son absence de crainte et de son orgueil. Dans la pièce. II – L’affrontement final 1) L’arrivée de la statue Ce coup de théâtre montre un spectre immatériel remplacé par un représentant en pierre de la puissance divine. et se solde par un échec de DJ. La phrase : « Arrêtez. Le spectre est représenté comme la figure allégorique du temps. un spectre est le fantôme d’un mort venu terroriser les vivants. il n’éprouve aucun regret à l’égard de ses anciennes conquêtes qu’il a oubliées. rendez-vous à tant de preuves et jetez-vous vite dans le repentir » (= regret d’avoir commis une faute et désir de l’expier). Le libertin poursuit sa révolte en héros de la liberté. le spectre est un mauvais plaisant (« Qui ose tenir ces paroles ? »). Cette figure allégorique rappelle que DJ ne tient pas compte du passé. le spectre est représenté par une femme voilée qui rappelle toutes les femmes que DJ a déshonorées. DJ trouve en face de lui un véritable obstacle.

La répétition de « Mes gages ! » trois fois. La censure de ces propos n’est donc pas très étonnante. ce qui est typiquement baroque.DJ brûle (champ lexical du feu) du feu de la vengeance divine. et elle est due à la morale du parti dévot. Cette mise en scène fait de DJ une pièce à machinerie. Ensuite SG tire la morale de cette pièce par une accumulation des victimes de DJ. III – Les lamentations du valet comme oraison funèbre (= prière élogieuse au mort) Une fois de plus. par l’intermédiaire de la Statue. ne voit de la mort de DJ qu’un mauvais coup du sort. après avoir assisté à un combat entre DJ et Dieu. Cette manœuvre a pour objectif de terroriser les spectateurs par la mise en scène ostentatoire de la mort et du châtiment. mes gages ! Mes gages ! ». achève la pièce comme elle l’avait commencée : sur le registre comique. il se consume de désir au sens propre. qui lui fait perdre de l’argent : « Ah. . qui implique un supplice éternel. afin de produire le bruit et les flammes. c’est un contraste entre la mort de DJ et l’épilogue comique qui apparaît : SG. reprenant le début de la réplique. La terre s’ouvre dans un fracas de tonnerre et laisse entrevoir où surgissent les flammes du supplice : DJ est précipité en enfer. ce qui le valorise comme victime nombriliste (cf : le portrait du maître par le valet) : « Il n’y a que moi seul de malheureux ».