Conférence de presse «Des règles mondiales pour des entreprises mondiales», 28 avril 2003

Pacte mondial de l’ONU (Global Compact) : l’illusion de l’autorégulation
Le Pacte mondial (Global Compact) de l’ONU a pignon sur rue. Près de 700 firmes y participent déjà, dont 11 en Suisse parmi lesquelles ABB, Nestlé, le Crédit Suisse, Novartis et Serono. Annoncée en grande pompe par le secrétaire général de l’ONU Kofi Annan à Davos en 1999, lancée en juillet 2000 avec le soutien de la Chambre internationale de commerce (CIC), cette initiative veut encourager une forme globale de citoyenneté d’entreprise. Les sociétés qui y adhèrent s’engagent à respecter neuf principes universels en matière de droits de l’homme, de normes sociales et de protection de l’environnement. Pour Kofi Annan, l’objectif est double. D’une part, contribuer au développement durable à travers la création d’un réseau global de partenariats ainsi que par la promotion de « best pratices ». D’autre part, offrir une réponse aux critiques des mouvements anti-mondialisation qui s’opposent au modèle néolibéral de croissance économique et d’ouverture des marchés. La Suisse appuie fortement ce projet. La Direction pour le développement et la coopération (DDC) finance une partie de son secrétariat, le Secrétariat à l’économie (seco) a soutenu fin octobre une grande journée de promotion pour l’industrie suisse et la fondation Novartis y a consacré, le 6 décembre, une partie de son séminaire annuel. On sait le rôle crucial des multinationales dans les processus en cours de globalisation économique. On connaît leur pouvoir croissant, l’impact social et environnemental de leurs activités, la manière dont elles peuvent jouer des différences de standards entre pays riches et pays pauvres, voire s’accommoder des pires régimes politiques, pour accroître leurs profits. On devrait donc, à priori, se féliciter d’une initiative visant à étendre leur responsabilité au-delà des intérêts de leurs actionnaires et à changer certaines de leurs pratiques. Un instrument inadéquat et ineffectif, car trop lacunaire La question cependant est de savoir si le Pacte mondial est le bon instrument pour cela, un moyen vraiment crédible, effectif sinon efficace, et conforme aux buts de l’ONU. Pour la Communauté de travail des organisations d’entraide, la réponse est claire : non. Il souffre en effet de graves défauts structurels : ses critères d’admission sont laxistes, au point qu’en font partie des entreprises comme Nike – symbole de l’exploitation internationale des ouvrières et de la répression anti-syndicale – connues pour leurs violations de l’un ou l’autre de ses principes ; ses normes sont vagues, peu concrètes, et sujettes aux interprétations les plus arbitraires ; il ne comprend aucun système de mise en œuvre et de contrôle « indépendant » permettant de mesurer l’engagement réel des entreprises, de garantir la conformité de leurs pratiques aux normes sociales et environnementales ; il n’offre ni règles ni mécanisme de diffusion de l’information assurant une réelle transparence sur la politique et le comportement des entreprises ; il ne prévoit aucun moyen de sanction – comme la dénonciation publique ou l’expulsion – en cas de non-respect répété ou systématique de ses principes. Le Pacte global est en cela clairement en retrait par rapport à d’autres initiatives de codes de conduite volontaires, comme celui de la Campagne Clean Clothes par exemple. Etant donné cette sous-enchère et l’importance de ses manques, le risque est grand qu’il ne soit et ne reste qu’une vaste opération de

C’est précisément le rôle de l’ONU de travailler à l’élaboration d’une telle convention. en soi potentiellement positive. font pression sur les Etats.relations publiques pour les entreprises. mais des choix imposés par l’industrie et son puissant lobby. doit en être conscient. on ne pourra pas relever sérieusement le défi du développement durable. sont celles-là mêmes qui. mais aussi pour couler à l’ONU toute tentative de réguler leurs activités. Au-delà du discours rhétorique sur la nécessaire complémentarité entre responsabilité éthique et régulation juridique. mobile: 079 407 18 01. megger@swisscoalition. c’est aussi l’intégrité de l’ONU comme garante des droits humains. Non seulement pour affaiblir les réglementations socio-environnementales internationales. Un moyen d’éviter une régulation contraignante De fait – et c’est l’un des problèmes de fond – ces défauts structurels du Pacte mondial sont très difficiles à corriger. dont la Suisse. vu la concentration sans précédent du pouvoir et de la richesse dans les mains des multinationales – organisations non démocratiques –. en tant que nouvel État membre des Nations unies. Les Etats. l’ont d’ailleurs reconnu en intégrant l’idée d’une convention sur la responsabilité sociale et écologique des entreprises dans la Déclaration du Sommet de Johannesbourg (2002). un cadre juridique s’impose à l’échelle internationale. Aujourd’hui plus que jamais. Car les associations patronales – CIC en tête – et les entreprises qui s’opposent à toute contrainte au sein du Pacte en renvoyant le politique à ses responsabilités. Il montre comment la « responsabilité sociale » des entreprises (social responsability). son indépendance critique comme instance normative au service du bien commun. Michel Egger. Le gouvernement suisse. loin d’une réelle démarche de respect des droits des travailleurs et d’amélioration des conditions sociales et environnementales. Le Pacte mondial apparaît à cet égard comme un moyen détourné d’éviter tout contrôle extérieur sur les multinationales. mais – disent ses promoteurs – sans être « un substitut à des structures de régulation ». Sans cela. lutter contre toute forme de privatisation du droit et d’instrumentalisation de l’ONU au profit d’intérêts privés.ch . avant même d’offrir aux entreprises une occasion bon marché de redorer leur image en se drapant de bleu et de blanc. Le Pacte se veut résolument « volontaire ». car ils ne sont pas des péchés de jeunesse. Coordinateur de politique de développement auprès de la Communauté de travail Swissaid / Action de Carême / Pain pour le prochain / Helvetas / Caritas/ Eper tél. depuis la préparation de la Conférence de Rio en 1992. il devrait se mobiliser prioritairement pour une réglementation internationale contraignante des activités et des devoirs des multinationales. Plutôt que d’investir dans le Pacte mondial ou militer pour un Accord sur les investissements à l’Organisation mondiale du commerce. l’autorégulation ne suffit pas. peut devenir un obstacle quand elle est utilisée comme stratégie de diversion pour éviter de rendre celles-ci juridiquement responsables (legal accountability). c’est justement là que le bât blesse et que la mauvaise foi pointe son nez. et la réalité le prouve chaque jour. 012 612 00 95. Ce qui est en jeu avec le Pacte mondial. de définir juridiquement non seulement leurs droits mais aussi leurs devoirs. Or. au risque d’ailleurs de ternir la sienne.