KUGLER - LASSERONT SCP d’Avocats

1 5 R u e Th ie r s 88 0 0 0 É PI N A L Té l. 0 3 2 9 2 9 5 0 0 0 Fa x . 03 2 9 2 9 5 0 0 1

COUR EUROPEENNE DES DROITS DE L’HOMME
CONSEIL DE L’EUROPE STRASBOURG, France

REQUETE

présentée en application de l’article 34 de la Convention européenne des Droits de l’Homme, ainsi que des articles 45 et 47 du règlement de la Cour

C’est en l’état que ce dossier est présenté devant la Cour Européenne des Droits de l’Homme.

III.

LA VIOLATION DE LA CONVENTION :

La requérante fait grief à l’ordonnance du 9 janvier 2007 rendu par le président de la Chambre de l’instruction sans débat contradictoire d’avoir : déclaré son appel non admis et par une décision insusceptible de recours

ainsi d’avoir violé les dispositions de l’article 6.1 de la Convention européenne des droits de l’homme prescrivant le droit d’accès à un tribunal et le droit à un procès équitable. En effet, 1. Aux termes des dispositions de l’article 186-3 du code de procédure pénale français « la personne mise en examen et la partie civile peuvent interjeter appel des ordonnances prévues par le premier alinéa de l’article 179 dans le seul cas où elles estiment que les faits renvoyés devant le tribunal correctionnel constituent un crime qui aurait dû faire l’objet d’une ordonnance de mise en accusation devant la cour d’assises.» Madame POIROT a interjeté appel de l’ordonnance de requalification des faits de viol sur personne particulièrement vulnérable reprochés au mise en examen en agression sexuelle sur personne particulièrement vulnérable, estimant que les faits renvoyés devant le tribunal correctionnel constituaient un crime et auraient dû faire l’objet d’une ordonnance de mise en accusation devant la cour d’assises. L’article 186-3 du code de procédure pénale français, s’il restreint le droit d’appel de la partie civile à cette seule hypothèse ne prescrit en revanche, pour la déclaration d’appel, aucune forme spéciale. Aussi, et en l’absence de dispositions spécifiques, les textes généraux régissant l’exercice du droit d’appel, à savoir les articles 496 à 509 du code de procédure pénale français, sont applicables. Et l’article 502 du code de procédure pénale français prescrit que : « la déclaration d’appel doit être faite au greffier de la juridiction qui a rendu la décision attaquée. Elle doit être signée par le greffier et par l’appelant luimême ou par un avoué près la juridiction qui a statué ou par un avocat ou

par un fondé de pouvoir spécial ; (…) Elle est inscrite sur un registre public à ce destiné et toute personne a le droit de s’en faire délivrer copie. » Il s’évince de ce texte, qui est nécessairement d’interprétation stricte, que la déclaration d’appel n’a pas à être motivée, pas même par simple référence au texte fondant le droit de recours. C’est si vrai que l’article 504 du même code dispose qu’une requête contenant les moyens d’appel peut être remise dans les délais prévus pour la déclaration d’appel au greffe du tribunal. La motivation de la déclaration d’appel est en conséquence facultative.
Aussi, en déclarant l’appel non admis, au visa du seul article 186-3 du code de procédure pénale français, en énonçant qu’il se déduit de ce texte que « ce motif doit ressortit de manière non équivoque de l’acte d’appel signé par l’appelant » et qu’en l’espèce la déclaration d’appel « ne comporte aucune indication à cet égard », le Président de la Chambre de l’instruction a violé les dispositions de cet article et porté atteinte au droit d’accès à un tribunal que la requérante tire de l’article 6.1 de la Convention Européenne des droits de l’homme.

2. De surcroît, cet appel a été déclaré non admis, sans débat contradictoire et par une décision insusceptible de recours. Il n’appartenait pourtant pas au Président de la Chambre de l’instruction, seul, de déclarer le pourvoi non admis à raison d’une motivation insuffisante de la déclaration d’appel. En effet, aux termes des dispositions de l’article 186 du code de procédure pénale français, « si le président de la chambre de l’instruction constate qu’il a été fait appel d’une ordonnance non visée aux alinéas 1 et 3 du présent article, il rend d’office une ordonnance de non admission de l’appel qui n’est pas susceptible de voie de recours. » Tout d’abord, ce pouvoir de contrôle a priori n’est pas prévu pour le contrôle des appels exercés en vertu de l’article 186-3 du code de procédure pénale français. Le mécanisme de la non admission de l’appel n’a pas été envisagé par le législateur, s’agissant de la faculté, dérogatoire, accordée en cas d’appel d’une ordonnance de renvoi devant le tribunal correctionnel en raison d’une requalification. En second lieu, le pouvoir que tire le Président de la Chambre de l’instruction de cet article est strictement limité à la vérification de ce que l’auteur de l’appel est bien habilité à faire appel de l’ordonnance querellée.

Il ne lui appartient pas en vertu de ce texte de vérifier si le contenu même de la déclaration d’appel. Dès lors que l’appel entre dans le champ d’application de l’article 186-3 du code de procédure pénale français, s’agissant d’une requalification, le président de la chambre de l’instruction ne peut exercer un quelconque pouvoir d’admission : c’est à la chambre de l’instruction qu’il appartient de se prononcer, directement, sur l’appel, sans que celui-ci ait d’ailleurs à être motivé, comme rappelé supra. Aussi, l’ordonnance rendue par le Président de la Chambre de l’instruction le 9 janvier 2007 porte atteinte, dans sa substance même, au droit de la partie civile d’interjeter appel d’une ordonnance de requalification et ainsi au droit à un procès équitable prescrit par l’article 6.1 de la Convention européenne des droits de l’homme. En conclusion, Cette décision a privé la requérante du droit d’exercer un recours contre une décision, en l’espèce l’ordonnance du juge d’instruction du 14 décembre 2006, portant atteinte à ses intérêts civils. Le viol sur personne particulièrement vulnérable est en droit français puni d’une peine de 20 ans de réclusion criminelle (article 222-24 du code pénal français) Ce crime est jugé par la Cour d’Assises. Les agressions sexuelles autres que le viol sont punies de 7 ans d’emprisonnement et de 100000 € d’amende lorsqu’elles sont commises sur une personne particulièrement vulnérable. (article 222-29 du code pénal français) Ce délit est jugé par le tribunal correctionnel. Mademoiselle Séréna POIROT a été privée de la possibilité, dans le cadre d’un procès équitable et contradictoire, de contester la qualification des faits commis sur sa personne retenue par le juge d’instruction. Elle n’a pu du fait de la non admission de son appel au terme d’une procédure non contradictoire et insusceptible de recours contester l’interprétation et l’application du droit interne, en l’espèce des dispositions des articles 186 et 186-3 du code de procédure pénale français.

IV.

PRESCRIPTIONS DE L’ARTICLE 35 § 1 DE LA CONVENTION

Les décisions suivantes ont été rendues dans ce dossier : Ordonnance du juge d’instruction près le tribunal de grande instance

d’EPINAL (Vosges, France) en date du 14 décembre 2006 à l’encontre de laquelle appel a été interjeté par déclaration au greffe en date du 22 décembre 2006 Ordonnance du Président de la Chambre de l’instruction près la Cour d’appel de NANCY (Meurthe et Moselle, France) en date du 9 janvier 2007 ayant déclaré l’appel du 22 décembre 2006 non admis et à l’encontre duquel un pourvoi a été inscrit le 15 janvier 2007 Il s’agit de la décision critiquée supra (§ III) Ordonnance du Président de la chambre criminelle de la Cour de cassation en date du 14 février 2007 ayant déclaré le pourvoi non admis Cette dernière décision n’est plus susceptible de recours, la Cour de Cassation étant la plus haute juridiction dans l’ordre judiciaire. Toutes les voies de recours interne ont donc été épuisées.

V.

OBJET DE LA REQUETE

La requérante demande à la Cour de : Dire que sa requête est recevable Dire qu’il y a eu violation de l’article 6.1 de la Convention européenne des droits de l’homme et des libertés fondamentales Dire que l’Etat français devra lui verser 10000 € à titre symbolique au titre du préjudice moral et 3000 € au titre des frais et dépens exposés pour la défense de ses intérêts

La requérante ne peut former devant la Cour qu’une demande de dommages et intérêts au titre de la « satisfaction équitable » puisque les dispositions des articles 626-1 et suivants du code de procédure pénale français n’ouvre la voie du réexamen de la décision pénale qu’au seul condamné et non à la partie civile. Dans la mesure où l’affaire dont question a été audiencée et sera jugée le 3 juillet 2007, la requérante doit être considérée comme ayant définitivement perdu une chance de voir les faits dont elle a été victime évoqués sous la qualification de viol. En ce qui concerne les frais et dépens, la requérante rappelle que lorsque la Cour constate une violation de la Convention, elle lui peut accorder le paiement des frais et dépens exposés devant les juridictions internes lorsqu'ils ont été engagés « pour

prévenir ou faire corriger par celles-ci ladite violation » (voir, notamment, Zimmermann et Steiner c. Suisse, arrêt du 13 juillet 1983, série A no 66, § 36). La requérante a exposé des frais limités à ce jour au coût du pourvoi régularisé par la SCP MERLINGE BACH WASSERMANN, avoués à la Cour d’appel de NANCY (128,28 € TTC). Dans la mesure où le bénéfice de l’aide juridictionnelle lui a été refusé devant la Cour de Cassation, Me PIWNICA, avocat à la Cour de Cassation a accepté d’intervenir sans percevoir dans l’immédiat d’honoraires. Il est de même du conseil de la requérante devant la Cour. Les auxiliaires de justice ne sauraient toutefois supporter définitivement la charge du coût de procédures rendues nécessaires par la violation des dispositions de la convention européenne des droits de l’homme. La requérante réclame en conséquence de ce chef une somme de 3000 €, TVA comprise pour les frais et dépens. Cette somme n’apparaît pas déraisonnable au regard des diligences accomplies à ce jour.

VI.

AUTRES INSTANCES INTERNATIONALES TRAITANT OU AYANT TRAITE L’AFFAIRE

Aucune autre instance internationale ne traite ou n’a traité la présente affaire.

VII.

PIECES JUSTIFICATIVES PRODUITES

PIECE N° : plainte avec constitution de partie civ ile en date du 22 octobre 2001 1 PIECE N° : Ordonnance du juge d’instruction en dat e du 14 décembre 2006 2 PIECE N° : déclaration d’appel en date du 22 décem bre 2006 3 PIECE N° : ordonnance du président de la Chambre d e l’instruction du 9 janvier 2007 4 PIECE N° : pourvoi en cassation en date du 15 janv ier 2007 5 PIECE N° : Mémoire en vue de faire déclarer un pou rvoi immédiatement recevable 6 PIECE N° : ordonnance du président de la chambre c riminelle de la Cour de Cassation 7 en date du 14 février 2007 PIECE N° : article 186-3 du code de procédure péna le français 8 PIECE N° : article 186 du code de procédure pénale français 9 PIECES N° : article 496 à 509 du code de procédur e pénale français 10 PIECE N° : pouvoir 11 PIECE N° : note d’honoraires de la SCP MERLINGE B ACH WASSERMANN 12 PIECE N° : décision de rejet du bureau d’aide jur idictionnelle en date du 19 février 13 2007

VIII. DECLARATION ET SIGNATURE

Je déclare en toute conscience et loyauté que les renseignements qui figurent à la présente requête sont exacts.

Fait à EPINAL (Vosges, France) le 27 juin 2007 Elisabeth LASSERONT Avocat

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