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3II3tDI!B!

L

ORDRE DES ASSASSINS.

»

L'ORDRE DES ASSASSINS,

OUVRAGE TRADUIT DE L,' ALLEMAND ET AUGMENTE DE PIÈCES JUSTIFICATIVES
,

J. J.

HELLERT ET

P. A.

DE LA NOURA1S.

PARIS.
PAULIN, LIBRAIRE-ÉDITEUR, PLACE DE LA BOURSE.

MARS

1833.

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,'ORDRE DES ASSASSINS.
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LIVRE PKEMIEK.

1XTÎIODLCTÏON

Dans
ral

tous les pays et chez tous les peuples,
et se

les

événemens tournent
dans un cercle

reproduisent en géné-

infini et

perpétuel,

commeles

nuits et les jours suivent la loi éternelle de la rotation. Toutefois,

destinée

en parcourant l'histoire de là du genre humain nous rencontrons par
,

intervalle des faits qui

nous surprennent par leur
de leurs résultats,
et inter-

grandeur

et la richesse

rompent l'uniformité de L'histoire du monde, tantôt

en nous faisant éprouver de douces

et
i

fécon-

de9 émotions , tantôt en nous offrant le triste spectacle d'un

monde

bouleversé par le fanatisme.

Plus est agréable ou pénible l'impression que
laisse

dans notre esprit
ils

le récit
1

de ces événemens,

plus

méritent d'exciter

attentiou de l'obserhistorien.

va leur et de trouver
faits

un impartial

Des

inouïs et dont la vérité, bien que révoquée

en doute, n'en est pas moins incontestable, sont une mine bien précieuse pour l'écrivain à qui il est donné de l'exploiter. Des événemens dont la
connaissance
est

parvenue jusqu'à nous depuis
,

qu'on écrit l'histoire

un des plus

singuliers et

des plus surprenans est sans contredit l'existence
et la

puissance de l'Ordre des Assassins

,

de cet

ordre qui formait

mandait à

ses

un état au sein des états et demembres une soumission que n aet

vaientpas encore exigée de leurs sujets les despotes

de l'Orient; de cette association de fourbes
dupes, qui, sous
et d'épurer les
le

de

prétexte d'améliorer les
,

mœurs
les
;

croyances

ne

faisait

que saper

bases de toute morale et de toute religion

enfin
le

de cet ordre d'Assassins qui tenait toujours

poignard suspendu sur

la tête
,

des princes. Penfurent tout-puis-

dant deux siècles entiers

ils

sans, parce qu'ils étaient partout redoutés. Enfin
cette tourbe d'Assassins fut exterminée, et dispa-

rut sous les débris
ré la ruine
,

du

kliaiifat,

dont

elle avait

ju-

parce qu'il

était le centre

de toute

autorité spirituelle

et séculière. L'organisation


politique de cette
rer à celle
tes

s *-

société

ne peut

se

compade pi-

d'aucune autre des sociétés secrèet

ou des associations de brigands ou

rates qui ont précédé

suivi. L'histoire

de ces

dernières ne nous présente que de malheureux
essais

ou d'infructueuses imitations. Quelque rese soit acquise, des extrémités
le

nommée que
l'Orient
sin qui
,

de

aux confins de l'Occident,
dans toutes
les langues, a
il

nom

d'assasla si-

conservé

gnification de meurtrier,

n'en est pas moins

vrai qu'on n'a su jusqu'à ce jour

que bien peu de

choses sur l'histoire et les destinées de l'Ordre,
sur ses doctrines
,

sur les principes de son gouverces détails,
si

nement. Encore, eux-mêmes, nous

incomplets par
,

ont-ils é*é transmis sans suite

sans ordre, sans aucune vue claire et précise.

Long-temps on a regardé comme un conte oriental et

comme une tradition

populaire tout ce que

racontaient de cette colonie d'Assassins les historiens byzantins, les croisés et surtout

Marco Polo;
de ce

on n'ajoutait pas plus de

foi

aux

récits

dernier qu'à ceux qu'Hérodote nous avait donnés sur les pays et les peuples de l'antiquité la plus
reculée.

Cependant plus

les

voyages ou l'étude des

langues nous dévoilent l'Orient, plus nousajoutons

de confiance

à ces vénérables

matériaux d'histoi-

re et de géographie, plus

nous voyons dans tout

son jour le respect que professaient pour la vérité

lepère de l'histoire ancienne et celui des voyageurs

,

_A_
modernes. L'historien de l'Ordre des Assassins
s'estime heureux de trouver sur sa route les rceher-

ehes philosophiques, historiques, chronologiques
et

topographiques d'un Falconet, d'un Sylvestre
et

de Sacy, d'un Quatremère

d'un Rousseau: ces

ouvrages, qui ne laissent rien ignorer des rapports

de l'Europe avec l'Orient, ne
utiles

lui ont pas été

moins
par
les

que ceux des Deguigncs
,

et des

d'Her-

helot

et

que

l'histoire récente des croisades

Wilken, pour laquelle cet écrivain a exploré
plus anciens

documens que nous ont

laissés les

historiens des croisades et les Arabes
rains
;

contempo-

mais ni Withof, avec sa loquace prolixité

ni Mariti, dont l'esprit étroit se complaît dans l'obs-

curité, ne sauraient mériter la

même

reconnais-

sance de la part de l'historien. Outre l'ouvrage
arabe d'Aboulféda , celui de Mirkhond en langue

persane

et les

morceaux pleins

d'intérêt

que nous

a donnés Jourdain sur la dynastie des Ismaïlites,
îl

est

encore une foule de sources inconnues où
les

peut puiser l'historien. Tels sont, chez

Ara-

bes, la grande topographie d'Egypte par Macrisi
et les

prolégomènes politiques d'Ibn-Khaledoun;

chez les Turcs, la Géographie précieuse et les

Tables chronologiques d'îîadschi-Khalfa,

le Lit

de roses des khalifes par Nasmisade

,

les

deux

Collections des histoires et des contes de

Moham-

med le secrétaire et de Mohammed Klaufî, l'Explication et le choix de* histoires par Hessarfenn et

Mohammed-Effendi

;

et

chez ies Persans, l'Histoi-

re universelle de Lari, le

Musée de
décrire

Ghaffari, etc.,

ouvrages qui, tous, peuvent servir de modèles dans
l'art

de classer

les faits et

l'histoire.

Tels

sont encore l'Histoire de Y\ assaf, le Conquérant

du monde par Dschovaïni, la Biographie des poètes
par Devletschâh, l'Histoire du Thabéristân et du

Masendérân de Sahireddin,
aux
rois

et enfin, les Conseils

par Dschelali de Kaïn.

Tous ceux qui jouissent de l'inappréciable
avantage de pouvoir puiser à ces sources encore
inexplorées de l'histoire orientale
,

ne peuvent
ces trésors.

s'étonner assez de la richesse de

,

1

historien apprend
ces

quel fut

le
,

gouverne-

ment de
cette

grandes

monarchies

comment
voit

une multitude d'autres dynasties héritèrent de
puissance d'abord unique
;

il

les
il

se

produire sous mille et mille formes,

pénètre au

sein des chronologies les plus fabuleuses des peu-

ples anciens, en

même
qu

temps

qu'il trouve sous sa

main

les

annales les plus exactes des empires
il

moet

dernes. C'est alors

découvre quelles ténè-

bres régnaient avant l'apparition

du prophète
il

quelles lumières se répandirent après lui;

aime

à lire les miracles des Persans , les hauts faits des

Arabes

,

à

voir

comment
la

le

génie destructeur

des Mogols menaçait les empires
tion totale, et

dune

destruc-

admire

judicieuse politique des

Ottomans.

A

ia

vue de tant de richesses encore

—6—
ignorées
,

l'historien désespère de ses forces

,

la

plus longue vie lui semble trop courte pour épuiser cette

mine féconde,
le

et

1

abondance des maté-

riaux ne contribue qu'à augmenter son incerti-

tude sur
divers,
il

choix.

Malgré

cette foule d'écrits

ne trouve nulle part un ouvrage complet;
soit

peu importe que son choix
veauté ou

guidé par

le

ha-

sard ou par ses affections particulières, la nou1

intérêt des faits excitera toujours l'at-

éminemment historique il se présentera des hommes qui sauront mettre en œuvre ces documens inconnus. Un proverbe arabe dit « On ne laisse point sur
tention. Bailleurs, dans

un

siècle

:

la

route la pierre de construction

:

» celui

qui veut

étendre ses connaissances, qui

s'est

voué aux redans

cherches historiques et qui peut puiser aux sources^ s'inquiète

peu de savoir avec quoi
Il

et

quel but

il

commencera ses travaux.

n'en est pas

ainsi de l'écrivain consciencieux qui

ne travaille
les

avec amour qu'après s'être entouré de tous

do-

cumens connus, désireux de
puleuse exactitude
le

s'éviter

par une scru-

reproche de légèreté. Envisi

sagés sous ce rapport , les matériaux d'abord
l'histoire

nombreux pour dans une étonnante progression. Où est en Orient ou en Occident la riche bibliothèque qui possède
de l'Orient, se réduisent
les

ouvrages nécessaires pour traiter à fond
les plus
le

les

époques
tale et

mémorables de

l'histoire orien-

dont

nom môme nous

est à

peine connu

?

Qui, par exemple, se chargerait d'écrire

l'histoire

du
de

khalifat, celle

du gouvernement des
d'Abbas
,

familles

Ben-Ommia
,

et

sans connaître dans

tous ses détails l'histoire de
tib
et celle

Bagdad par Ibn-Khala

de Damas par Ibn-Iïassaker ,
la

pre-

mière en soixante,

seconde en quatre-vingts vo-

lumes
I

?

Qui

oserait faire

une histoire complète de
et les

Egypte sans avoir lu Macrisi

ouvrages où

cet auteur a puisé

lui-même?
difficultés, qu'il veuille

Celui qui veut écrire Ihistoire persane rencontre encore traiter soit

de plus grandes
1

époque

la plus

reculée où la vie des

héros est si entremêlée de fables, soit l'époque intermédiaire où la monarchie persane se subdivise

en un nombre

infini

de dynasties,

soit enfin l'épo-

que moderne où

cet

empire s'écroule en proie à

toutes les fureurs de l'anarchie. Plusieurs siècles

encore passeront avant que les trésors littéraires

de l'Orient soient complétés dans

les bibliothè-

ques de lOccident par des princes amis des lettres

ou des voyageurs avides d instruction

,

avant que

des traductions ou des études philologiques plus

étendues les rendent accessibles au grand nombre.
II

est

impossible d'écrire l'histoire de l'Orient

sans lire et sans consulter les auteurs originaux.

Explorer ces sources,
1

tel est le

premier devoir de
fait seule

écrivain. L'histoire des
:

Ottomans

ex-

ception

aujourd'hui encore on peut s'ouvrir les

sources relatives à l'histoire primitive de ce peu-

—8—
pic, sources (juin ont pas plus Je cinq cents ans

d'existence

;

elles peuvent en outre se

compléter et

se rectifierparles histoires contemporaines des By-

zantins et de quelques Européens modernes. Ce-

pendant un ouvrage historique exige tant d'années
de recherches
et

de

si

longs travaux préparatoires,

que

c'est

seulement lorsque nous nous sommes
les

vu en possession de toutes

sources originales

qui pouvaient éclairer l'histoire des Assassins,

que nous nous sommes déterminé
blic le résultat

à livrer

au pu-

de nos éludes.

On y
et

trouve en

abondance des matériaux que l'Europe savante
s'affligerait
avait,

de ne point connaître
fois arrêté

dont la rareté

plus

dune

au milieu de leur car1

rière ceux qui avaient tenté d'écrire

histoire des

empires d'Orient. Quand
criptions de batailles,

même de brillantes
récit

des-

un

d actions éblouisqui furent éle-

santes et

de magnifiques entreprises commercia-

les, la liste des

grands

monumens

vés durant cette période_, présenteraient, quelaue

sécheresse, elle sera plus que compensée par le

haut intérêt historique qu inspire cet ordre des
Assassins qui a
si

fortement, influé sur les gouver-

ncmens
point,

et les religions

de l'Orient. Les Assassins

ne sont qu'une branche des Ismaïiites, qui ne sont

comme

on a long-temps supposé,

les

ancê-

tres des
fils

Arabes, descendus eux-mêmes d'Ismaïl,

d une femme

nommée

lïagar, mais

une

secte

qui a pris naissance au sein

même

de l'Islamisme,

~9—
et

dont l'origine remonte

à

l'Imam Ismaïl,

fils

de

Dschafer. Afin de faire connaître à fond quelles
étaient leurs doctrines et sur quelles bases fut assise leur

puissance

,

nous croyons nécessaire de

remonter à l'Islamisme
vèrent de

même
et

et

de dire quel-

ques mots de son fondateur
la

des sectes qui s'éle-

nouvelle religion qu'il venait de pro-

clamer.

Au

septième siècle de

1

ère chrétienne, lorsque
le juste, faisait briller

Nou&dbirvf an ,

surnommé
le

sur le trône impérial de Perse l'éclat de ses hautes vertus, et

que

tyran Phocas déshonorait par
,

ses cruautés celui
les

de Byzance

la

même

année où
fois

armées persanes fuyaient pour la première où Abraha,
roi chrétien

devant les hordes arabes du vice-roi révolté d Tîira,
et

de Habesch,

le

Sei-

gneur des Eléphans ,
traint

accouru de l'Afrique pour
la

détruire la sainte maison de

Kaaba,

fut

conla

de renoncer à son entreprise, arrêté par

variole qui dévastait alors le vieux continent, ou,

comme

dit le'Koran, l'année

ou

les

oiseaux de la

vengeance
née

céleste jetèrent après ses troupes

de

petites pierres qui causèrent leur
,

mort, cette an-

si

mémorable pour
la
,

les

Arabes quelle fut

pour eux
éléphans
roès à

date d'une ère nouvelle, celle des
nuit

la

même

le palais

de Khos-

Médaïn
ses

fut prêt à s'écrouler, ébranlé jus-

que dans

fondemens par un tremblement de

terre qui tarit les

hcs

et éteignit

sous

les

ruines

— iodes temples les feux sacrés
,

cette nuit

,

Moham-

med

vint au

monde. Sa biographie
(2) et Sale (3) ont tiré

a été écrite

par tous les peuples qui suivent ses lois; Maracci (i),

Gagnier

de ces

nomun

breux volumes ce qu'on connaissait de

lui jusqu'à

ce jour en Europe; le premier, entraîné par
zèle fanatique,

ne présente pas toujours

les fait*

sous leur véritable jour; le second est le plus pro-

fond

et le plus
;

véridique

;

le

dernier est libre de

préjugés

mais en écrivant

la vie

de ce législateur
,

à la fois conquérant et prophète

il

est difficile

d'atteindre à la hauteur ou se sont élevés Voltaire, (4)

Gibbon
ici

(5) et

Muller

(6).

nerons donc

à ne dire de lui

Nous nous borque ce que ces trois
;

derniers historiens ont omis faute de sources

ce-

pendant

il

est nécessaire
et

de donner une idée juste
qui dans

de sa doctrine
la suite

de

celle des Ismaïlites
la

mine

et

remplace
fils

première.
petit-fils

Mohammed,

d'Abdallah et
le

d'Ab-

dolmotaleb, sorti du sang

plus noble parmi les

(i)Maracii
(2) (3)

Prodromus Alcorani

.

Patavii. 1698.

Gagnier, Vita

Mdhammedis ex Abulfeda, Oxonii 1733. Sale's Koran, London, 1754; Mohammed, par Claudius

et

Savary.
(4)
t.
1
1

Voltaire, Essai sur les
,

Mœurs

et l'Esprit

des Nations,

chap.

6.

(5) The History qf the by Gibbon chap. l.
,

décline

and Jail of the roman Empire
,

,

(6)

Les vingt-quatre livres de l'Histoire Universelle
liv.

par

J.

de

Muller,

xh,

chap.

2.


dienne des clés de
se sentit appelé à
1

11

^
maison de la«Kaaba,
perdue dans
et vrai

Arabes, c'est-à-dire de la famille desKoreiseh, garla sainte

ramener

sa nation

idolâtrie

a

la

connaissance d'im seul
il

Dieu.

En commençant ce grand œuvre,

se pro-

posait de purifier la religion naturelle des taches

de

la superstition, entreprise essayée avant lui

par
et

divers prophètes à des époques différentes,

d'accomplir cette sublime mission en devenant le
législateur de son peuple. Trois religions, le chris-

tianisme,le judaïsme et le sabéisme,se partageaient
l'Arabie.

Fondre ces

trois religions

en une seule,
afin

réunir ce qu'elles avaient de
religion nouvelle pût donner
et la

commun,

que

la

aux Arabes

la liberté
,

puissance dans
il

le

monde politique

tel était

son but;

l'atteignit

au déclin de sa

vie, après avoir

passé toute sa jeunesse en méditations. Sa mère,

Emina, née juive, mais convertie en bas âge, dans

un voyage en Syrie, par le moine chrétien Sergius, avait, dès son enfance, imbu son esprit des idées
religieuses

que Moïse

et J.-C. avaient jetées

dans le

monde. Aussi 1

idolâtrie de la

Kaaba, où trois cents

idoles réclamaient l'adoration des peuples, lui

ap-

paraissait-elle dans toute sa turpitude. Les juifs at-

tendaient le Messie

chrétiens le Paraclet

médiateur

:

comme le sauveur d'Israël, les comme un consolateur, un pénétré de ces croyances, Mohammed
4° ans
,

arrivé à l'âge de

âge qui de tout temps

fut considéré dans l'Orient

comme l'âge nécessaire


d'un prophète
,

12


comme nom du
le

sentit

au Tond de son âme

une

voi$ divine qui l'exhortait à lire au

seigneur les comuiandemens du ciel (i) et à se
faire reconnaître

par son peuple

comme

pro-

phète

et l'envoyé

de Dieu. Son éloquence entraîla

nante, ce génie de poésie enthousiaste dont

na-

ture l'avait doué, la vivacité de son imagination,
la

nohlcsse de ses manières commandaient
;

un
il

profond respect
était

ses

mœurs
;

étaient douces,

brave
le

,

généreux
la

et possédait

au plus haut

degré

don de
les

persuasion

ers qualités qu'adles fiis

mirent tous

peuples, mais plus encore
les

du Désert,
de tous
les

lui

gagnèrent tous

cœurs. L'Arabe

temps

a sympathisé avec les héros et

a chéri ia libéralité, mais rien n égale son

amour
en

pour les grands poètes, dont les œuvres,
lettres d'or, étaient

écrites

suspendues aux murs de la
,

Kaaba en honneur de Dieu
d'une inspiration divine.

comme témoignage
la poésie arabe;

Le Koran
la

est le

chef-d'œuvre de

ce qui distingue ee

poëme de tous
lois

les autres, c'est

sublimité des idées qui percent au milieu d'un

chaos de traditions et de
gie

confuses

,

et

1

éner-

du langage. Jamais, ni avant ni après lui, poète arabe n'eut une si haute gloire. Lebid, un

Y, Ihra biismi reblike,

lis

au

nom

de ton seigneur:
:

tel est le

commencement de

la

première soura qui fut publiée dans l'ordre
la

actuel, elle se trouve

quatre-vingt-seizième.


le

13


parce qu'ils
les

des sept grands poètes dont les ouvrages portaient

nom d'Al-Moallakat, les suspendus,
aux murs de
la

étaient suspendus

Kaaba,

en

arracha

comme

n'étant pas dignes d'un tel
le

hon-

neur après avoir lu
la

commencement sublime de
le satirique,

deuxième soura du Koiv.n; Hassan
le

qui poursuivait
et qui,

prophète de sa verve moqueuse

suivant la tradition, fut réfuté par des vers
ciel
,

envoyés du

se vit forcé

de reconnaître

la

puissance irrésistible de sa parole et de ses armes
après la conquête de la Mecque, et Kaab,
heir, lui rendit
fils
,

de Solui

un hommage spontané

en

adressant une
tenir

hymne de louanges qui lui fit obdu prophète comme récompense le don de
11

son manteau.

se trouve

encore aujourd'hui paret est

mi
et

les trésors

de l'empire Ottoman
les

vénéré

touché tous

ans au mois de ramasan, avec
le

de grandes cérémonies, par
fonctionnaires
cl la

sultan

,

les

grands
à la-

cour.

La haute destinée
changeant

quelle parvint

Mohammed en

îe titre

de poète contre celui de prophète, engagea depuis

quelques poètes arabes a suivre son exemple, mais
ce fut sans succès et souvent au péril de leur vie
:

Moseleima, contemporain de Mohammed et comme
lui poète

de

la

nature, fut cependant sur

le

point

d'être

pour

lui

un

rival très

dangereux. L'idée
la divinité

qu'on ne saurait jamais atteindre

du

Koran
siècles.

n'avait

pas encore reçu la sanction des

Ibn-Mokaffaa, l'agréable traducteur des

-* 14

m
enfermé des semaines

fable» de Bidpai, qui s'était

entières

pour

l'aire

un

seul vers et qui soutint la

comparaison avec ce passage sublime du Koran
sur
le

déluge

:

Terre, bois tes eaux, deux, retenez
,

vos cataractes

ne rapporta pour
la

fruit

de ses

longs travaux que
lenebbi
(

renommée d'un
prophétise
,

déiste;
a"

Mové-

homme qui

)

acquit

la

rité la gloire

d'un grand poète
le

mais non celle
exclusivement

d'un prophète. Ainsi

Koran

fut

regardé pendant douze siècles
incréé, céleste, inimitable,

comme un poëme comme la parole éter-

nelle de Dieu.

La parole du prophète c'est la sunna, c'est-a-dire
la collection

de ses harangues et de ses commandede vive voix. Dans ces
lois,

mens

qu'il donnait

de

même que dans le Koran écrit,

on trouve une vive

imagination, une grande force de volonté, une
connaissance profonde de l'homme ; on y reconnaît à

chaque pas le génie du grand poète

et

du lé-

gislateur. Jusqu'à ce jour le

Koran
parole

n'a été pré-

senté nulle part sous ce point de vue; dans ce qui
suit

nous allons analyser

la

du prophète.

L'acte de foi de l'islamisme, c'est à dire résignation à la volonté de

Dieu,

est

:

«

il

n'y a d'autre Dieu

que Dieu

et

Mohammed est son
pour
le

prophète
de

;

»

toute

sa doctrine se réduit à cinq articles

foi et à
:

au-

tant de devoirs

culte extérieur
les

les

pre:

miers consistent dans

dogmes suivans
,

la

croyance en Dieu , à ses ange»

à ses prophète* >

~
au jugement dernier

15

et à la prédestination; les

devoirs religieux sont l'ablution, la prière, le jeû-

ne^ l'aumône
forment à
de judaïsme

et le

pèlerinage à la Mecque.

Ils

eux tous un mélange de christianisme,
et

de sabéisme, seulement

il

n'y a

point d'autres miracles que celui de la création et

de

la

parole

,

c'est-à-dire les vers

du Koran l'As;

cension de

Mohammed qui s'y trouve n'est qu'une
d Ezéchiel
,

ligure dans le genre de celle

et l'al-

borak ou
visage

le

cheval céleste du prophète avec
,

d'homme
juif.

une imitation de

la vision

un du

prophète

Les dogmes des choses dernières,
,

du jugement des morts de la balance ou se pèsent les âmes, du pont de l'épreuve, des sept enfers et

des huit paradis

,

sont empruntés aux tra-

ditions persanes et égyptiennes. Les joies

que don-

nent

les plaisirs des sens et les
lits

raffinemens de la

volupté, des
desquels
les fleurs,
ses,

de gazon sous l'ombrage, près

murmurent des ruisseaux cachés sous
des kiosques dorés, des coupes précieu-

des buffets magnifiques, des sofas moelleux,

des sources aux ondes argentées et de jeunes gar-

çons d'une ravissante beauté, sont
des récompenses
et le

les

plus gran-

mousseux plus pur vin puisé aux sources de Kewszer
ciel
;

du
la

les sorbets

et

de Selsebil, sont

nourriture de l'homme pieux

qui se sera abstenu sur la terre de boissons enivrantes; de jeunes fdles aux

yeux noirs

et

d'une

éternelle jeunesse partageront la

couche du juste


et surlout

16


la

de celui qui aura remporté

palme du
les

martyre dans une sainte guerre contre

ennepara-

mis de
dis
est

la foi

;

à lui félicité éternelle, car le

sous l'ombre des épées, et l'épée des

croyans doit servir sans cesse contre les infidèles,
jusqu'à ce qu'ils se convertissent à L'islamisme

ou

se

soumettent en payant un

tribut

;

c'est
la foi

chose légale que de tuer celui qui menace

ou l'empire
donnable,

,

et si le

meurtre

est quelquefois par-

la

révolte ne l'est jamais.

LeKoran

rè,

gle encore les droits des
les droits et les devoirs

époux

et des héritages

des femmes, auxquelles

Mohammed
civile

a le

premier assuré une existence

dont

elles

semblent avoir à peine joui avant
il

lui

chez les Arabes; mais

est

muet

sur l'ordre

de successibilité au trône, sur les droits à exercer
sur les pays conquis et sur
la

manière de

irs

gouverner. La domination suprême est à Dieu,
il

la

donne

et

iule à qui lui plaît. Ces formules

générales par lescpielles on exprimait la volonté
céleste ouvraient

un

vaste

champ aux

despotes

et

aux usurpateurs, mais la pensée intime de Moham-

med

était

que

la

domination appartenait de droit
et
il

au plus vaillant,
extraordinaire

déclara
il

ment qu'Omar, dont
,

avait

un jour expresséremarqué l'énergie
les

possédait

toutes

qualités

d'un prophète

et

d'un khalife. La tradition ne
le

nous a rien conservé de semblable sur

compte

du débonnaire Ali, son gendre.

Il

n'était point


échappé à
les
la

17


du prophète que dans
,

perspicacité

déveîoppemcns successifs de l'histoire du mon-

de, rien n'était stable, qu'aucune institution

hu-

maine

n'était

d'une durée permanente et qu'il
siècle héritât

arrivait

rarement qu'un

de l'esprit

du
les

siècle qui l'avait

précédé; c'est dans cet esprit

qu'il faut
:

entendre une de ses prophétiques paro-

«

Le khalifatnc durera que trente ans après
»

ma

mort.
h

Il est

présumer que si

Mohammed avait voulu
,

donner

à ses plus

proches parens la succession, ou,
il

comme

disent les Arabes, le khalifat

aurait

revêtu de cette dignité son gendre, Ali; mais,

comme pendant
sa à Ali, et

sa vie,
,

il

n'avait fait à cet égard

aucune disposition

car les louanges qu'il adresles sectateurs

que rapportent

de ce der-

nier,

sont trop problématiques pour être
ses volontés ultérieures
,

une

preuve de

il

paraît qu'il

voulut abandonner aux croyans le choix du plus
digne. Après lui les Moslimins proclamèrent émir
et

imam

celui qui le

premier

s'était

converti à

l'islamisme, Eboubekr-Eszszidik,

le vrai, et

après

son règne, qui fut

de peu de durée, Omar-Aîia-

rouk,

le

tranchant, et lui jurèrent fidélité en lui
la

donnant
flexible

main. La sévérité d'Omar, aussi inles autres

pour

que pour lui-même,

et la
le

vive énergie de son caractère, donnèrent dès

principe à l'islamisme et au khalifat cette ten-

dance fanatique

et

despotique qui avait été jus-

, ,

18


il

que-là entièrement étrangère à ces naissantes
institulions.L'csprit de conquête s'était,
est vrai,

déjà révélé dans les

premières entreprises de
la

Mohammed
juifs

contre les chrétiens de
et les idolâtres

Syrie, les
les

du Khaihar

de

la

Mecque;

victoires

d'Eboubckr dans l'Yémen

et la Syrie,

apprirent aux fidèles qu'il suivait les traces

du

prophète; mais

c'était à

Omar

qu'il était réservé

de consommer le triomphe del'islamisinc et du khalifat.

Ce

vaillant général prit

Damas et Jérusalem
et

renversa l'ancien trône des Perses

ébranla celui

de By zance, auquel il enleva deux de ses plus puissans appuis
le
,

la Syrie et l'Egypte.

Ce

fut alors

que

zèle aveuale

du

khalife et de ses

généraux
pendant

détruisit les trésors littéraires amassés

des siècles par les philosophes grecs et persans

que

la

bibliothèque d'Alexandrie servit à chauffer
,

des bains publics

et

que

les livres

de Medaïn

fi-

rent déborder les eaux
crivit,
l'or et

du Tigre

(i).

Omar

pros-

sous les peines les plus sévères, l'usage de

de

la soie, et défendit

aux Moslimins de

se

livrer à la navigation, ce puissant

moyen de comles

munication

et

de commerce pour

peuples, et

d'échange pour les idées. C'est ainsi qu'il conserva ses conquêtes et affermit les doctrines de

(i)

Celait se trouve raconté non seulement par Aboulfaradscb,

niais

encore par Macrisi et Ibn-Khaledoun

;

il

est

en outre con-

tinué par Hadschi-Ivhalfa.


à ce

19


de

l'islamisme, veillant avec une sorte de jalousie

que leur pureté

fût à l'abri des atteintes

toute influence étrangère et h ce que les

mœurs

des vainqueurs ne fussent point corrompues par le

luxe des vaincus. Ce n'était pas sans fondement
qu'il redoutait
civilisation et

pour

les

Arabes

le contact

de

la

des institutions plus avancées des

Grecs
déjà

et des Persans.

Mohammed lui-même
si

avait

fait sentir

à son peuple,

avide

du merveil-

leux, la nécessité de se défier des contes et des récits

fabuleux des Persans.
laissa

du gouvernement, que son prédécesseur, Omar, avait tenues d'une main si ferme. Ce khalife fut le premier qui périt dans une conspiration sous les poignards des révoltés. Ali, gendre de Mohammed, ne monta sur
échapper
les

Osman

rênes

du sang de son prédécesseur, que pour le teindre bientôt du sien. Une grande partie des Musulmans refusa de reconnaître Ali, gendre de
le trône, souillé

MohammedjComme prince des vrais croyans,
lui

et

de

rendre hommage;

ils

furent appelés Motasali,

les apostats (i), et

formèrent une des plus grandes

et des
était

premières sectes de l'islamisme; à leur tête
le père,

Moawia, de la famille d'Ommia, dont
,

Ebousofian

avait été

un des

adversaires les plus

redoutables

du prophète.

Il fit

suspendre

les

vè-

i)

Aboulféda, Arrnaks Moskmici,

t.

i

,

p. nSu.


terriens

20


la chaire

ensanglantés d'Osman à
,

de

la

grande mosquée de Damas
riens à venger sa

afin d'exciter les

Sy-

mort sur

Ali;

mais

la

haine éter-

nelle qu' Aïsché avait jurée à Ali,

du vivant

même
Moapro-

de Mohammed son époux, etde son père Eboubekr,
hâta sa perte plus encore que l'ambition de

wia; cette haine datait de

la

sixième année de
lit

l'hégire, où, pendant l'expédition que

le

phète contre
te,
fils

la tribu

Moszthalak

,

Aïsché, la chas-

s'égara avec son

compagnon de voyage Sofwan,

de Moattal. Ce fut l'objet de beaucoup de con-

jectures calomnieuses;

nombre de sceptiques
à Aïsché le

et

d'incrédules contestèrent

nom
ciel

de

chaste, au point qu'il fallut

envoyer du

une

soura aiin d'apaiser ces bruits et sauver l'hon-

neur

cl'

Aïsché et du prophète. C'est depuis celte

sentence, prononcée par les saintes écritures de
l'islamisme, qu'elle n'a plus cessé d'être considé-

rée

comme le modèle de la chasteté.

Quatre-vingts
le

calomniateurs tombèrent aussitôt sous

glaive

vengeur, mais ce ne fut

que plus tard qu'Ali paya

de son trône

et

de sa vie ses cloutes inconsidérés.
,

Aïsché conduisit elle-même ses deux généraux

Talha

et

Sobeir et les encouragea par sa présence

dans la bataille où ils périrent tous deux. Une partie
des troupes d'Aïsché refusèrent de combattre et
se déclarèrent hautement en faveur de son ennemi;

depuis lors on les appela Khawaredschi, les trans-

fuges,

et

plus tard elles formèrent une secte puis-

,


famille de

21


la

santé, aussi hostile que celle des Motasali à

Mohammed

,

mais qui professa sur un
différente.

grand nombre de points une doctrine

A la seconde bataille
lances (i),
et,

près de Saffaïn ,

Moawia

lit

porter le Koran devant l'armée sur les pointes des

après celle de Neheran, Ali fut forcé
et

d'abdiquer l'empire à Daumetol-Dschendel,
bientôt après
il

fut assassiné. C'est ainsi que,
et d'assassinats
la
,

par

une

suite

de révoltes

le khalifat,

d'abord héréditaire dans
a celle
fatal

famille d'Ali , passa
,

d'Ommia, après un

laps de 5o ans

terme

que

Mohammed lui

avait fixé.

ou successeur du prophète était non-seulement émir-al-mominin prince des
khalife
,

Le

vrais croyatis, mais encore

imam-al-moslimin
et pontife
,

chef des soumis; prince suprême
portait de la
et se revêtait

il

même main l'étendard

et le glaive,

du manteau du prophète. Ce monde

nouveau, créé par l'islamisme, ne devait jamais
obéir qu'à chrétienté

un seul khalife légitime comme la à un seul pape. 'Mais aussi, de même
trois

que souvent

papes se disputaient

la triple

tiare ^ l'on vit trois khalifes se disputer la

domi-

nation suprême des trois parties

du monde. Après
de

que
que
(i)

la famille

d'Ommia

eut perdu son trône de
,

Damas,

elle

régna encore en Espagne

même
et

la famille

dWbbas sur
I
,

les

bords du Tigre,

Aboulféda,

t.

p. 5i4«

_
celle

22

~
du
Nil.

de Fatima sur

les rives

Les

Ommia-

des, les Abassides et les Fatémites, régnaient à la
fois,

en qualité de khalifes à Grenade, à Bagdad et
les princes des fale

au Caire; aujourd'hui encore,
milles de Katschar et

d'Osman occupent avec

même

titre les

trônes de Téhéran et de Stamboul;
titre sont lé-

les droits

de ces derniers à un pareil
car, après la

gitimes

,

conquête de l'Egypte par
le

Selim, les insignes du khalifat, l'étendart,
glaive et le

manteau du prophète, qui jusqu'alors
au Caire
,

se gardaient

furent confies à la garde
il

des saintes villes de la Mecque, où

naquit, et de

Médine, où était son tombeau. C'est pour cela qu'ils
s'appellent gardiens des
dischah.
et

deux

saintes villes.

Pa-

schah, empereur et roi, sultan-al-

berrein et khakan-albahrein , sont des mots qui
signifient dominateurs et seigneurs de

deux parties

du monde
villes,
et les
les

et

de deux mers;

ils

pourraient aussi

facilement se dire les protecteurs de trois saintes

maîtres de trois parties du
trois

monde

dominateurs de
la

mers, car Jérusa-

lem

Mecque et Médine sont en leur possession. Ils commandent en Europe , eh Asie et en Afrique enfin la mer Noire la mer Rouge
, ;
,

,

et la

mer Blanche, baignent

des contrées soumi-

ses à leur pouvoir.

Ces courts éclaircissemens justifieront cette digression sur la puissance actuelle des Moslimins.

Revenons maintenant

à leur histoire primitive.


Les premiers

23

et les plus

grands schismes qui écla-

tèrent au sein de l'islamisme durent leur origine
à l'interminable lutte qui s'engagea
la

pour acquérir
les

puissance séculière,

et la le

scission dans

croyances amena bientôt
l'empire.

démembrement de
fut

Nous avons déjà remarqué quelle

l'origine des grandes divisions politiques et re-

ligieuses des motasali et des khawaredschi, des

apostats et des transfuges; ces deux partis avaient

des opinions tout opposées sur les divers dogmes

de

la religion

dominante, mais surtout sur

les

droits qu'ils attachaient

aux dignités de khalife

et

d'imam. Ce sont ces prétentions diverses qui ont
fait

naître dans l'islamisme tant de sectes diffé:

rentes

on n'en compte pas moins de soixantefait

douze; une tradition

prédire à

Mohammed

que

la religion

de son peuple se divisera en soi-

xante-treize branches, mais qu'une seule sera la
vraie. Scheheristani et Macrisi

l'instructive énumération,

nous en donnent que nous omettons ici
détails circons-

à dessein

,

et

nous fournissent des

tanciés sur

chacune
ait

d'elles. Sylvestre

de Sacy est

le premier qui

appelé sur toutes ces diverses

sectes l'attention publique, dans

une

petite lec-

ture qu'il

fit

à

une séance de

l'Institut

de France.
cette

Examinons actuellement
religion nouvelle s'est

ces

deux branches
l'Asie.

principales de l'islamisme au

moment où

répandue dans

Au-

jourd'hui encore

,

après une existence de douze


siècles,
tité

24

-

on en

voit surgir

une innombrable quan-

de petites sectes. De ces deux branches ont

pris naissance les doctrines des sunnites et celles

des schiites, qui encore aujourd'hui offrent beau-

coup de points de dissemblance
c'est

;

le

plus grand
légale la

que

les sunnites

regardent

comme

succession des quatre premiers khalifes; lcsschiites

au contraire ne reconnaissent d'autres droits
d'Ali et de ses successeurs. Les Sunnites
la

que ceux

ont en horreur le meurtre qui fut commis sur

personne d'Osman,
times; ce qui

et les schiites

ne sauraient

pardonner celui dont Ali
fait

et ses fds furent les vic-

l'exécration des uns est justifié
les

par

les autres, ce

que

uns admettent

les autres

le repoussent. Cette opposition,

qui existait déjà

dans la plus grande partie de leurs dogmes, prend,
avec
le

cours des siècles,

un

caractère bien plus

marqué à mesure qu'il

se manifeste

une plus com-

plète dissidence entre les divers intérêts politiques

des différentes nations qui suivent cette religion.

De temps immémorial presque

toutes les guerres
les

entre les Turcs et les Persans, dont

premiers

sont sunnites et les autres schiites, sont aussi bien

des guerres de religion que des guerres de peuple à

peuple, et les essais

si

souvent répétés, et en der-

nier lieu encore par Schàh-Nadir, pour confondre
et réunir ces

deux

sectes,

furent toujours aussi

infructueux que ceux qui furent tentés pendant
plusieurs siècles pour réunir l'église chrétienne


rait se

25


l'histoire

d'Orient et celle d'Occident. Leur schisme ne sau-

mieux comparer dans

qu

à celui

des sunnites et des schiites.

Tous
rope

les traités publiés jusqu'à ce

jour en

Eu-

sur les divers systèmes religieux de l'islaont tous été puisés à des sources sunnites.
les sunnites,

misme
Ils

nous ont appris que

ceux que nous

considérons

comme

les vrais

croyans, se parta-

geaient en quatre classes qui, bien que d'accord entre elles sur les points essentiels des

dogmes,

se
;

divisaient sur quelques autres

moins importans
,

du

reste,

cette différence peut

selon nous, se
existe

comparer à celle qui dans l'église catholique
et le rite syrien, tous

entre le rite romain, celui des Grecs arméniens

d'une égale valeur canoni-

que. Les quatre sectes des Sunnites, entièrement

orthodoxes sont appelées du nom des quatre grands

imams Malek,
tout celle

Schafii, Hanbali, Abou-Hanife; ce

sont leurs pères de l'église; leur doctrine et sur-

du

dernier, qui est considérée

comme
a fait

dominante dans l'empire Ottoman,,

est suffisam-

ment connue par

l'exposé précieux

qu en

Mouradja-Ohsson. Les sectes des

schiites qui se

subdivisent encore en plusieurs autres ne le sont

pas autant.

De même que

les

non-catholiques se

subdivisent en protestans, réformés, anabaptistes,

quakers

etc., les Schiites

ont quatre sectes princi-

pales, qui sont les kaissaniyé,les seidiyé,les ghoultat et les

imamié. Nous mettrons h

profit les tra-


vaux d'Ibn-Khalcdoun

26
et

de Lari pour en donner
la

un aperçu

précis

,

aperçu reclamé tant par
les

nouveauté du sujet que par

rapports qu'elles

ont avec notre histoire. La principale cause de
leur dissidence est

leur manière d'interpréter

les prétentions d'Ali et l'ordre
,

de successibilité
pontife suhéréditaire

a la dignité d'imam c'est-à-dire de prême de l'islamisme qui devait être

dans
i.

la famille

de ce pendre de

Mohammed.
de

Les Kaissaniyé, ainsi appelés d'un affranchi
à ses fds

d'Ali, soutiennent qu'il avait transmis le droit

succéder non
le croient

Hassan

et

Hossein ,

comme
,

presque tous

les autres schiites
;

mais à

leur frère

Mohammed-Ben-Hanfie
;

cette secte se

divise en plusieurs branches

nous n'en mentionpremière
est celle

nerons seulement que deux

;

la

des Wakifiyé, ceux qui sont debout; suivant eux la
dignité

d'imam

est restée

dans

la

personne de Mo-

hammed,

et n'a

pas été transmise à
,

un

autre,

car telle est leur croyance

le

prophète n'est ja-

mais mort , il n'a fait que disparaître de la terre pour reparaître plus tard, opinion partagée par les deux poètes arabes Koszir et Seid-homaïri; la se-

conde

est celle des Haschemiyé , qui prétendent que la dignité d'imam a été transférée de Moham-

med-Ben-Hanfie
a
famille d'Abbas

à son fds

Abou-Haschem

,

qui

nommé pour son
, ,

successeur

Mohammed

,

de la
fils

qui l'aurait transmise à son

Ibrahim

et celui-ci à

son frère Abdallah-Seftah,


fondateur de

27


évident que
le

la dynastie. Il est

but

des Hascliemiyé était d'établir les prétentions de
la famille

d'Abbas au trône des kbalifes
eifet

,

c'est ce

que

fit

en

Abou-Moslem, un des principaux

docteurs et prédicateurs de cette secte.
ir.

Les Seidiyé qui forment la seconde secte prin,

cipale des Scbiites

soutiennent que la dignité

d

imam

a
et

été transférée

par Ali

(i),

d'abord à

Hassan

Hossein, puis à Ali-Seinolabidin, qui à

son tour

la

transmit h son

fils

Seid

;

presque tous
,

les autres Scbiites

regardent après Seinolabiclin
fils

comme l'imam
kir, frère de

légitime, son
Seid.

Mohammcd-Bad'après lequel

Les Seidiyé, outre qu'ils
le

différaient entre
la dignité

eux sur

mode

d imam

avait été transférée par succesles

sion

,

ne peuvent encore s'accorder avec
essentiels. i°Ils

ïma-

mié sur deux points
naissent

ne reconcelui qui
,

comme

véritable

imam que

à la piété

réunit encore la libéralité
et les autres

la

va-

leur, l'érudition
gloire
les

vertus qui font la
;

du prince
,

et le

bonheur des peuples
,

Imamié

l'observation

demandent que des devoirs religieux, tels que la
au contraire

ne

prière, le jeûne et l'aumône. 2°
Seid,
fats
ils

A

l'exemple de

regardent

comme

légitimes les klfaliet

d'Eboubekr, d'Osman
la

d'Omar, tandis

que

plus grande partie des autres scbiites les

i

.

Après J.-C. 75o

;

de l'hégire

.

02.

,


repoussent

2R


,

comme
fait

illégitimes

et qu'ils sont

en
les

horreur aux Imamié. C'est cette diversité clans
croyances qui a

donner aux scidiyé

,

par les

autres scliiitc?, le

surnom de RéwaGs,

dissidens.

Les seidiyé se divisent encore en d'autres branches
1
,

suivant qu'ils font remonter l'origine de
à Seid
,

imamat

à son

père Scinolahidin ou à

son frère Bakir. C'est d'eux que sortit cette multi-

tude de prétendons au trône

,

qui se sont élevés

dans

le

nord

et l'ouest

de l'Asie; Ici fut Edris,
(1); c'est à

fds d'Edris, frère de

Mohammed

ce

dernier

,

connu généralement sous

le

nom

de

Nefs-Sekiyé, l'âme pure , que le fds de Seid, Yaîiya,

pendu

à Khorassân, avait dit-on, cédé ses préten-

tions à l'imamat, et Edris, le

même que nous avons

nommé
der
la

plus haut, sut les faire valoir, pour fon-

dynastie desEdrissites, dans la ville de Fez,
d'autres Mohammed nommé aussi lame pure et Mehdi,
,

qu'il avait hàlie. Suivant
fils

d'Abdallah,

céda l'imamat à son frère Ibrahim,
Issa son plus

et celui-ci à

proche parent. Ces

trois

hommes

qui avaient élevé des prétentions au khalifat, sous
le

règne de Manszour
la perte

,

expièrent leurs tentatives
leur supplice affermit la
,

par

de

la vie

;

famille d'Abbas sur le trône

qui

,

plus tard

,

fut

encore une
dlssa avec

fois

ébranlé par

le secours des Africains

un des descendans du Zanguebar

(i)

Après J.-C. 787;

çle

l'hégire. 172.

,


(

29


le le

Sindschi

)

qui alors inondèrent l'Asie. Dans

Dilem, un certain Naszir-Atrousch invita

peu-

ple à reconnaître les prétentions qu'élevèrent au
khalifat Hassan-Ben-Ali,

un

fils

d'Omar,
;

le frère

de Seinolabidin

et l'oncle
la

de Seid

c'est

de cette

manière que
dans
le

s établit
,

domination d'Hassan

Taberistan

c'est ainsi

que

les

seidiyé

propagèrent aux dépens du

kîialifat

abasside leurs

opinions sur la succession de l'imamat en Afrique
et

en Asie

(i).
les

m. Ghoullat,

exagérés. Ce titre qui est
,

commun à
et le

plusieurs sectes

indique l'exagération
,

débordement de leurs doctrines

qui dépas,

sent de beaucoup les bornes de la raison
lesquelles

et

dans

on reconnaît facilement des
et

traces de

métaphysique gnostique,
Ils

de mysticisme indien.

parlent seulement d'un
,

imam, comme les juifs

d'un messie

et attribuent à Ali les

mômes pro;

priétés divines

que

les chrétiens à Jésus-Christ la

quelques-uns admettent en lui
et la
la

nature divine

nature humaine
;

,

d'autres n'admettent

que

première

il

en est qui croient qu'en
la

les seuls

imams, s'opère

transmigration des âmes, que la

nature parfaite d'Ali, se transmet de lui à ses
descendants, d'un

imam

à

un

autre et ainsi jus,

qu'à la

fin

du monde. Selon d'autres

cette série

i

Ibn kbaledouu,

1.

r
.

chap.

m

,

§25.

—'Lan,

an chapitre

dei douze iraams.


par

30


de Seinolabidin
et

de transmigrations successives a été interrompue

Mohammed-Bakir ,

fils

frère de Seid, quelques-uns croient qu'il erre en-

core sur la terre, qu'il est caché
le

comme

Khiscr,

gardien de la source de la vie; d'autres assurent
c'est Ali

que

lui-même

,

qui est assis tout vivant

sur un trône de nuages où le tonnerre est sa voix,
et la foudre rapide l'instrument

de ses colères.

Ces sectes de Ghoullat sont regardées comme hérétiques et athées,

non seulement par
;

les sunnites,

mais encore par

les schiites

c'est ainsi

que sont

considérés les ariens elles nestoriens, non seule-

ment par
la

les catholiques

romains, mais aussi par
ils

lesjacobitcs deByzance;

sont tous compris sous

dénomination générale de moulhad oumoulha:

hid, impies

la base

de leur doctrine est une vénéidolâtrie

ration insensée, et

une véritable

pour

les

premiers imams, qui loin de l'admettre,

la frap-

pèrent d'une réprobation publique. Déjà du temps
d'Ali,

on en

avait fait brûler quelques-uns:
rejeta avec

Moles

hammed - Ben- Hanfye,

horreur

doctrines de Moukhtar, qui lui attribuait une na-

ture divine, et l'imam Dschafer maudit tous ceux,

qui
tar.

h l'avenir imiteraient l'exemple de

Moukh-

Cet anathême n'empêcha pas que cette doc-

trine n'eût après
teurs.

eux des partisans

et

des propaga-

On

voit sans peine

elle

conduit , et quel

parti en tirèrent d'habiles fourbes et de politiques

prétendansau trône;

elle fut entre leurs

mains un

31


ils

instrument puissant dont

se servirent

pour

exciter à la révolte et usurper le pouvoir. C'était

chose facile que d'invoquer
invisible et parfait,

le

nom
les

d'un

imam

pour détourner ou d'attribuer

peuples de

l'obéissance qu'ils avaient jurée à des princes visibles et imparfaits
,

k

un usurpamigra-

teur qui

s'élevait

les perfections

d'un être qui

avait déjà passé par les divers degrés de la

tion des âmes, et par ce
le

moyen

,

lui faire obtenir

pouvoir snprême.
iv. Toutefois les Ghoulîat,

bien qu'ils prêchas-

sent les doctrines exagérées
et

du dieu

fait

homme
Imasuite

de

la

métempsycose, étaient en général, bien
les princes

moins dangereux pour
disparu

que

les

mié, qui leur avaient emprunté le dogme d'un imam
,

et avaient établi jusqu'à lui
et

,

une

non interrompue
naturelle,

perpétuée par une

filiation

d'imams révélés, mais après

lui cachés.

Tandis que quelques-uns terminent

la série

des

imams
taient

révélés au douzième, d'autres n'en admetces

que sept;

deux

sectes n'exigeaient pas

même comme
trône
rain
, ,

les Seidiyé, des princes appelés

au

les vertus les

plus nécessaires à
la piété et la

un souve;

mais seulement

bienfaisance

au moyen de ces doctrines, des intrigans aussi
adroits qu'effrontés
,

régnèrent sous

le

nom

de

princes ineptes

,

et

parvinrent à asseoir leur do-

mination sur

les

peuples, en se servant d'eux
-se

comme d'un jouet. Les Imamié

divisent en

deux

, ,


classes, les

32


les

Esnaaschrie ou

douze, ainsi appelés

de ce quils terminent

la série des

imams

révélés
était le

par Mohammed-Be'n-Hassan-Askeri , qui

douzième

;

ils

disent de ce dernier qu'il avait dislïella, qu'il

paru dans une grotte près de
meurait invisible
lin
,

y dela

jusqu'à ce qu'il reparût à
le

du monde, sous

nom

de Molidi, celui qui

conduit.
sept
,

La seconde

classe est celle des Sébiin, les

qui ne reconnaissent que sept
i° Ali, 2°

imams dans

l'ordre suivant:

Hassan,

Hossein

Ali— Seinoîabidin,

la gloire des

Mohammed-Bakir,
,

celui
,

hommes pieux, qui préside aux sesincère, j° son
fils

crets

6° Dschafer-Sadik
,

le

Ismaïl

qui mourut avant son père, est pour

eux

le

dernier

imam;

ils

en ont emprunté
les Esnaaschrie

le

nom

d

Ismaïiites, de

même que
uns

ont pris
se di-

celui d'Itnamites. Les

et les autres

ne

ssent donc qu'au septième imam. Les Imainites
transmettent de
la

manière suivante l'imamat
,

depuis Moussa-Kassim

fils

de Dscliafer et frère
8° Ali-Risa,
1 1

puîné d'Ismaïl,

7

Moussa-Kassim,
,

9

Mohammed - Taki
fils

1

Hadi

,

°

Hassan

,

12° Askeri et son

tentions de ces
et si bien

Mohammed-Mehdi. Les préimams étaient tellement appuyées
les

reconnues sous

premiers Abassides
le

que Maimoun appela publiquement

huitième

d'entre eux, Ali-Risa, pour lui succéder, au grand

mécontentement de toute

la

famille d'Abbas,

qui certainement aurait empêché un pareil ordre

,


de successibilité',
si

33


mort

Ali-Risa n'était pas

avant Maimoun. Les Sebïin, à qui l'on donna
encore
efforts
le

nom

d'Ismaïlites

,

furent

,

dans leurs
,

pour soutenir leurs prétentions au trône

bien plus heureux que les Imamiés. La dominanation des premiers s'étendit d'abord sous la dy,

nastie des Fatémites

,

sur

les
,

bords de

la

mer

et

dans l'intérieur de l'Afrique

jusqu'à Mahadia et
elle
,

au Caire, et cent cinquante ans plus tard,
s'établit

en Asie

,

avec

le

royaume des Assassins
et sur les confins

dans

les

montagnes de

l'Irak

de

l'Assyrie.

Les Ismaïlites de l'Afrique ont reçu des

historiens de l'Orient, le
celui d'Orientaux a été
l'Asie.

nom

d'Occidentaux;

donné aux Ismaïlites de Avant de commencer l'histoire de ces der-

que nous nous proposons d'écrire, nous ajouterons encore quelques mots, afin de pouvoir
niers

donner sur
origine.

les

premiers des détails plus circons-

tanciés, car c'est à

eux que

les autres

doivent leur

Le fondateur de la secte des Ismaïlites d'O-

rient était Obeidollah, qui s'annonçait

comme

fds

de Mohammed-Habib, fds de Dschafer-Moszadik,
fds de

Mohammed,

fils

d'Ismaïl, c'est-à-dire

com-

me

descendant au quatrième degré du septième
Celui-ci, d'après la doctrine des Ismaïlites,

imam.
était le

dernier des imams révélés, et
,

Mohammed
ses
fils
,

Dschafer-Moszadik
petit -fils
et

Mohammed-Habib,
petit-fils
,

arrière

furent regardés

comme

des

imams

secrets,

Mektoum, jusqu'à
5

ce

«- 34


des

qu'Obeidollah

,'

le

premier

imams
de

révé-

lés, parvint à faire valoir les droits

la famille

dismail au khalifat. Toutefois, ces droits furent disputés pendant Ion g-temps et avec acharnement
par
la

famille d'Abbas

,

qui avait le plus grand

intérêt à détruire a la fois la validité des préten-

tions de ses rivaux

au khalifat

et la

pureté de leur

généalogie. Sous le règne

tous les légistes tinrent
blée secrète
tre
,

du khalife Kadir-Billah, assemà Bagdad une
les

dans laquelle
3

plus célèbres d'enIsfraïni
,

eux

,

notamment
le

Abouhamid -

rimam Koudouri,

scheikh Samir, Abjonrdi

et

d'autres déclarèrent (i) que les prétentions des

Fàtemites au khalifat étaient nulles

et sans

fonde-

ment

et qu'il n'y avait rien de vrai dans ce qu'ils

alléguaient sur leur descendance.
,

La pusillanimité des Abassides plus encore que cette fin de non-recevoir, prouva combien cet arrêt était juste,
cinquante ans plus tard
Bessasiri
deAvlet
, ,

lorsque l'émir Asrlan-

lieutenant du prince dilémite Behaodmamelouk de naissance au service des Fatémites du Caire fit pendant un an frapper la monnaie à Bagdad et taire les prières publiques au nom du khalife égyptien Mostanszer, en omettant celui du khalife de Bagdad Kami Biemril,

làh (2). Ces prétentions au trône, la nécessité de se

détendre toujours, nous engagent à suspecter les
1 :

Après J.-C. 101

1

:

de l'hégire 402.

Non

s

J.-C. iq58 ;.<Je l'hégire 45o.

,

S5

doutes soulevés parlsmaïl, de la famille d'Abbas,
contre la pureté de la descendance d'Obeidollah

fondateur de la dynastie des Fatéinites.

De

célè-

bres bistori eus arabes, tels que Mascrisi et Ibn-

Kbaledoun

,

les

regardent

comme

les

suggestions

dune
lani

politique passionnée et leur refusent toute

confiance.

Le grand juriste Kadi-Eboubekr-Bakiprofesse une opinion toute contraire, en
,

faveur de laquelle militent
rons,

comme nous le
tirés

ver-

non -seulement l'autorité de ce scbeikh mais
de
la

encore d'autres puissans motifs
trine

doc-

secrète des Ismaïlitcs.
,

Cette doctrine se-

crète

sur laquelle est basée aussi celle des As,

sassins

ne sera parfaitement connue

,

que

lors-

que nous aurons encore ajouté quelques
les sectes efeles différens partis

détails sur

de l'islamisme.

Souvent
l'histoire

le

fanatisme religieux est accusé par
sanglantes

d

être l'auteur des guerres
et

qui dévastent les empires

déchirent les états;

cependant
fut

,

si la

religion fut rarement le but, elle
l 'instrument

presque toujours
et
,

d'une politi-

que avide
usurpateurs

d'une ambition sans bornes. Les
les

conquérans, se servaient de
,

1

in-

fluence qu'exerçaient les sectaires
le

pour jeter

trouble au sein des gouvernemens.

y aura de contact entre les intérêts politiques et religieux, plus il y aura de semences

Plus

il

de guerres civiles et de guerres religieuses,
toire
,

L

his-

des anciens Perses des Romains, des Egyp-

,

tiens et des Grées

36

offre

ne nous en
la

presque au-

cune, parce que
dérée

religion,

uniquement consipeuples
,

comme moyen de
Le christianisme
instrument entre
:

civiliser les

ne

pouvait ni affaiblir ni étendre les droits du souverain.
n'a fait couler le sang

que

lorsqu'infidèle à son

origine,

il

devint
et

un
de

servilc

les

mains de papes
tbiare

princes ambitieux

c'est ce

qui arriva sous Gréla

goire VII et ses successeurs, où
dait
;

commannous l'asgrands

au sceptre sous Luther, où,

comme

sure Gibbon

(i), la rébellion détruisait les

principes de la religion chrétienne qui avant tout

ordonnaient

le respect

de

la liberté naturelle.

Il

n'en étaitpasdemême dcl'islamisme, qui, propagé

comme le Koranpar le
personne qui

glaive, réunissait en

même
De
la

temps la dignité de pontife et de souverain dans une
était à la fois,

imam

et khalife.

tant de .guerres plus meurtrières dans cette histoire

que dans

celle des autres
les sectes
,

religions.

Chez pres-

que toutes

les

schismes sont sortis des

contestations élevées sur Tordre de successibilité

au trône il n y en a presque aucune de quelque importance qui ne soit en même temps deve;

nue dangereuse

a l'état et à la famille régnante

comme
ce

parti politique; en
soit

un mot,

il

n'en est

pas qui ne

portée dans le sens véritable de

mot

,

a devenir la secte

dominante

,

et

qui n'ait

tâché d'usurper le trône et d'entraîner lesprinecs de
i

Gibbon, tom.

I,

chap. XIII.


sionnaires

37

l'islamisme à embrasser leur doctrine. Leurs mis-

n'exigeaient pas seule 7 raent la foi, mais encore l'obéissance, et étaient
,

appelés Daï

envoyés en

même

temps pour propager

la reli-

gion et recruter des partisans pour les prétendans

au trône. Toutes

les hérésies

dont nous avons déjà

parlé jusqu'ici, étaient proprement, d'après leur
esprit, celles de sectes usurpatrices. Toutefois,

au sein
tres

même de

l'islamisme

,

il

s'en élevait d'au-

d'un caractère bien plus désastreux encore,
,

qui

en foulant aux pieds tous
de
la

les

principes de la

foi et

morale, préparaient au

nom

de l'éga-

lité et

de

la liberté

générale, la ruine des trônes
le

et des autels. C'est

deces dernières, dont

caracles dis-

tère est entièrement différent et

que , pour

tinguer des précédentes, nous appellerons révolutionnaires, dont
il

nous reste à parler maintenant.

royaume de Perse, la monarchie la plus ancienne et à la fois la mieux constituée de
le

Dans

l'Orient

,

la

tyrannie était déjà
ses

depuis

long;

temps poussée jusqu'à
les

dernières

limites

excès du despotisme qui contrariaient sans
efforts

cesse les

de

la

liberté

,

l'avaient

livré

à toutes les horreurs de l'anarchie. Aussi long-

temps que

la doctrine

de

Serdouscht se con-

serva dans sa pureté primitive,
cré dans les temples
,

comme
le

le

feu sa-

les

peuples ne purent

emla

prunter dans leurs soulèvemens
religion; mais lorsque
,

masque de

sous les Sassanides, des

,


idées nouvelles
et

38


de réforme eurent

l'esprit

ébranlé l'édifice de

la vieille doctrine, l'empire

marcha
des

vers sa ruine à

mesure que

le

feu sacré
et

s'éteignit dans les sanctuaires.
alliées surgirent

Des novateurs
et

de toutes parts,
autels
,

en ébran-

lant les

fondcmens des

devinrent plus

dangereux encore pour

les trônes.

Nous ne conmages,
c'est

naissons que très -imparfaitement les sectes qui
professaient l'ancienne doctrine des

pourquoi nous n'avons que des idées incomplètes
sur la relinion des Persans.
force réunir en

On

a voulu à toute

un

seul système les opinions des
et le

différentes époques de l'empire,
le

dualisme et

manichéisme ont souvent
et

été cités
;

comme

la

doctrine originaire de Serdouscht
flottantes

de

là ces idées

contradictoires que nous rencon,

trons

non seulement chez les Grecs mais encore
et

chez Anquetil
les livres

Kleuker, qui

les

ont puisées dans

du Send nouvellement découverts. Her,

der d'ailleurs

a déjà appelé sur ce sujet toute

notre attention; ce que nous dit de la secte des

mages Macrisi, qui suivant
pour guide Schehristâni
positions

,

toute probalité

,

a pris

confirme assez les supIl

du savant allemand.

en

cite plusieurs:

Les Keyoumerssié, c'est-à-dire

les partisans

de

la

doctrine la plus ancienne d'après Keyoumersz

le

premier des

hommes
,

qui fut appelé roi
,

;

2° les

Servaniyé, qui reconnaissent Servan
le

c'est-à-dire

temps

infini

comme

le

moteur

et l'auteur

de


toutes choses
;

39

5° les

Serdouschtiyé ou disciples de

Serdousclit
trine de
listes
;

,

le
;

réformateur de l'ancienne doc^ es

Hom

Sséneviyé, les véritables dua,

5° les
;

Maneviyé

c'est-à-dire les mani-

chéens

6° les Farkouniyé, espèce

de gnostiques,
fils:

qui admettaient deux principes, le père et le
la querelle

qui

s'était
,

élevée entre les deux prin-

cipes fut

,

d'après eux
;

appaisée par

un

troisième

pouvoir céleste

7

les

Màstékiyé, ou partisans de
la

Mastek , qui
la liberté et

,

les

premiers , déclarèrent

guerre

a toute religion et à toute
1

morale
,

et

prêchèrent

égalité universelles

ainsi
les

qu'une
actions

complète

et froide indifférence

pour

humaines

et

la

femmes. Mastek , en
les passions,
les

communauté des biens et des laissant un libre essor k toutes
les esclaves,

ne gagna pas seulement
et les

pauvres

hommes

de

la basse classe,

qui

partout sont les plus nombreux, et qui générale-

ment n'ont
gagner,
les

rien à perdre et tout k gagner, mais

encore ceux qui avaient tout k perdre et rien k

grands de l'empire

et

jusqu'au roi

Kobadmême,
pia
sa folie

père de Nouschirwan. Celui-ci exla perte

par
il

de son trône

et

par

la

prison dont
la

ne fut

retiré

que par

la sagesse et
lils
,

vertu de son visir Bisiirdschimihr. Son
le

Nouschirwan
pour purifier

juste

,

employa

le

fer et le feu

le
,

royaume

et la foi

de cette déplo-

rable engeance

sans pouvoir toutefois l'anéantir


entièrement
,

40

le

ainsi

que nous
(i).

montrent

les évé-

nemens postérieurs
Déjà dans
les

premiers siècles de l'islamisme
esprit se manifester dans

on

vit

un semblable

les doctrines dissolues

de plusieurs chefs de sectes,

jusqu'à ce que Babek et

Karmalh vinrent le propager encore sur des monceaux de cadavres et
des villes en cendres
,

et le

rendre aussi terrible

aux

rois

que désastreux
,

à l'humanité.

Les Per-

sans, dit Macrisi

se sont regardés de tout

temps
,

comme le

peuple

le

plus libre et le plus civilisé

et n'ont considéré les autres

que comme d'igno-

rans esclaves. Après que les Arabes eurent détruit

leur empire,

ils

n'eurent pour eux que des senti;

meiis de haine et de mépris

ils

cherchèrent à

amener la perte de l'islamisme, non-seulement en
suscitant ouvertémëntla guerre, mais
ils

voulurent
la

encore ébranler

l'édifice

de

la fo^et

de

monar-

chie, en répandant des doctrines occultes, et en

semant de pernicieuses divisions
devaient

,

qui

,

plus tard,

amener de sanglantes
et

insurrections.

Gomme en général ces doctrines portaient le cachet
de l'irréligion
reçurent
tiré
le

du

libertinage, leurs partisans
(2), esprits forts,
,

nom

de Sindik

mot

par corruption de celui de send
;

la parole

vivante de Serdousciit

leur apparition au sein de

1

]

Macrisi, Lari.

(1)

Yojez Itadschi-Khalfa
2 e part.
,

et les notes

de Rciskics sur Aboul-

féda

,

f.

86.

,,


l'islamisme date

41


khalifat

du commencement du
,

de

la famille

d'Abbas

car les premiers khalifes
,

de cette maison avaient tenté
l'extirper par le glaive.
les

mais en vain
les

,

de

Ce

fut

dans

provinces

plus orientales de l'ancien royaume persan
s

étaient conservés quelques débris de leur an,

tique puissance et de leur vieille civilisation

et

les doctrines

de l'islamisme n'avaient que
,

fai-

blement pénétré
force le

que

se

développa avec
si

le

plus de
la fois

germe de
et

ces idées

menaçantes à

pour l'imamat
rassàn le^

pour lekhalifat.

C'est ainsi

que

sous le khalife Manszour, parurent dans le

Kho-

Rawcndi

(i) qui enseignaient la trans-

migration des Ames, et cinquante ans plus tard,
rîansleDsçharschan, sous le règne d'Abdol-Kahir,
les
les

Mohamméens
Anes
y

(2)

,

c'est-à-dire les
,

Rouges ou

ainsi appelés
,
r

soit

parce qu'ils portaient

des habits rouges
le

soit

parce qu'on leur donnait
,

nom
}

à

A nés - l
est

rais- Croy ans

car la racine
,

arabe haine re , peut signifier également

//

âne

ou

,

il

rouge. La

même

année
le

la

un Tranest

soxane vit surgir les Sefiddschamegan, c'est-à-dire

ceux qui sont vêtus de blanc , dont
était
le

fondateur

Hakem-ben-ÏIaschcm, surnommé Mokanaa, masqué , parce qu'il portait un masque d'or et Sasendeimah celui qui disposait du clair de de lune parce qu e pendant la huit il produisait
, ,
1

Après J.-C. ;58; de l'hégire 141. Après J.-C. 778; de l'hégire 161.

42
à


Nakhschcb, une lueur
les lieux

au-dessus dune fontaine,

merveilleuse qui jetait sur

environnant
Il

une

clarté semblable à celle de la lune.

voulait

se servir de celte jonglerie

comme

d'un miracle
,

confirmatif de sa mission.

De même Mani
ses

chef

des

Manichéens

,

pour convaincre

disci-

ples de la divinité de son caractère, leur présentait

un

livre

rempli de portraits magnifiques exé-

cutés avec

un

art merveilleux

(

crtengi-mani).

Mokanaa enseignait que Dieu avait revêtu la forme humaine depuis qu'il avait ordonné à ses anges
d'adorer
le

premier homme, que depuis,

la

nature

divine s'était transmise de prophète en 'prophète,,

d'abord à

Abou - Moslem

,

qui avait mis sur
lui.
11

le

trône la famille d'Abbas, et enfin à
disciple d'Ahou - Moslem
,

était

que

les

Rawendi re,

connaissaient aussi pour leur maître
raît

et

qui pa-

également avoir enseigné
,

le

premier au sein

de l'islamisme
des âmes.

la

doctrine de la transmigration

A
la

cette doctrine de la

métempsycose,
la transfor-

(Tenasouch) Mokanaa ajouta celle de

mation de

nature humaine en

la

nature divine

(Houloul) doctrine que la Perse avait empruntée aux Indes depuis que comme nous l'avons vu
,

plus haut

,

elle était

devenue

le

dogme

principal

des Ghoullat(i).

Sous
(0

Mamoun, septième

khalife abasside, lors-

"Voy. Herbelot

aux mots Mani, Erteng, Mocanaa et Hakera

lien Hasehena.


que

43

les traductions et les

mes

instruits,

encouragemens d'homvenus de la Grèce et de la Perse à
les sciences

Bagdad, eurent porté
degré d'élévation
,

au plus haut
,

l'esprit

des Arabes

qui jusla

que
dans

là avait

profondément pénétré dans
,

philo-

sophie grecque
le

dans

la
,

théologie persane et
s'affranchit dès-lors
l'avait enlacé la

mysticisme indien

de plus en plus, des liens dont

doctrine de l'islamisme. Les personnages les plus

marquans de la cour des khalifes s'étaient tellement identifiés avec la doctrine de ceux qu'on appelait Moulhad, scélérats, et Sindik, esprits forts, qu'ils en avaient reçu le nom. C'est alors^ la pre,

mière année du troisième
surgit
qui,

siècle

de l'hégire, que

un sectaire terrible pour les gouvernemens,
prêchait l'indifférence des actions

comme Masdek en Perse, deux siècles et demi
,
,

auparavant

humaines
qui
faillit

la

communauté de

tous les biens

,

et

renverser le trône des khalifes,
celui
soit
, ,

comappelé

me Masdek
Khourremi,
de

de Khosroès. Babek

,

comme
lieu

le

veut Lari, du
,

boum
ou
sui-

Khourrem

de sa naissance

vant d'autres de l'extravagance de
(

sa doctrine

en persan extravagant) couvrit pendant, vingt
jusqu'à ce qu'enfin
,

ans de ruines et de cadavres le vaste empire des
khalifes
, ,

battu et pris par
,

Moteaszem
(i)

successeur de

Mamoun
1

il

fut

exé-

cuté en présence
Après
•ttitaetLari

même du khalife (
;

)

.

Babek avant

J.-C. 857;
,

de l'hégire 220, d'après Hadschi Khalfa; apvè6 J.-C. 841 de l'hégire 327.

-, 44


hache
ses prisonniers,
,

de

faire

tomber sous

la

faisait

déshonorer sous leurs yeux leurs femmes

et leurs filles.

On prétend

qu'il eut à souffrir les

mêmes
château

outrages de la part du
oii il fut fait

commandant du
mains
,

prisonnier. Lorsque le khaet les
il

life lui fit

couper les pieds

se prit

à rire et

témoigna

même

au milieu des supplices

de

la

criminelle insouciance de sa doctrine.

Le

nombre des
ans
,

victimes qui

,

dans l'espace de vingt
,

tombèrent sous

le glaive

est évalué
,

par les

historiens a

un

million.

Noud un
,

des dix aides

du bourreau, se vantait d'avoir au moins vinq;t mille hommes
et

à lui seul égorgé

tant fut terrible

sanglante
la

la lui Se que. livrèrent

aux partisans
khalifat et de

de

doctrine nouvelle de légalité et de la li-

berté les défenseurs
la

du trône du
orageuse et
,

chaire de l'islamisme (i).

A

cette
,

époque
vivait a

si

si

féconde en

cruautés

Ahwas dans
fils

les

provinces
fils

méle

ridionales de la Perse, Abdallah,

de Mai-

moun-Alkaddah
dualiste.
fait

,

lui-même de
son grand père
,

Daissan

Son père

et

qui avaient

passer le dualisme de la doctrine des
9

mages

dans l'islamisme

l'avaient élevé dans les anciens

principes monarchiques et religieux des Persans,
et

poussé à des actions qui devaient amener
,

,

si-

non leur rétablissement
Yov. Lavi, d'IIerbclot,

du moins
gabek.

la

destruc-

tion de l'empire et de la foi des Arabes.
(i)

V

e
.


Abdallah
,

45


,

Ois

de Maimoiin

profondément

versé dans toutes les sciences, instruit par l'étude

de l'histoire et les sanglantes expériences de son

époque avait eu beaucoup d'occasions d'observer
,

combien
ouverte à

il

est

dangereux de déclarer une guerre
dynastie dominantes,

la religion et à la

tant qu'elles ont

pour elles l'attachement des peurésolut

ples
C'est

et le

dévoûment d'une puissante armée.
il
,

pourquoi
calculé
,

d'après

un plan mûreenvelopper
subver-

ment
sait

de miner en secret ce qu'il n'oIl

attaquer ouvertement.

fallait

dans l'ombre du mystère
sives

les doctrines

du

khalifat

,

et

ne

les

produire au grand

jour que lorsque ses adroits partisans, par leurs
interminables intrigues
,

se seraient

emparés du

pouvoir

;

il

eût été trop téméraire de vouloir dé-

raciner d'un seul coup ce respect que les peuples portent toujours

au trône
les

et a

1

autel

;

car

il

n'ignorait pas

que

hommes
,

n'abjurent que

peu

à

peu leurs préjugés

que
,

la

plupart ne repetit

noncent qu'à quelques-uns

et

qu'un
,

nomson-

bre peut se défaire de tous. Enfin
geait à détruire
les

comme

il

non seulement ce qu'il appelait erreurs des dogmes et de la religion positive,
la

mais encore
morale,
il

base de toute religion et de toute

résolut de n'enseigner sa doctrine
la diviser

que
,

par gradation et de

en sept degrés

à

l'exemple de Pythagore etdes Indiens. Le septième

degré enseignait

la

vanité de toutes les religions

, ,

et l'indifférence


les actions

de toutes
,

humaines,
ne de-

parce que soit ici-bas

soit

là-haut

,

elles

vaient avoir ni châtiment ni récompense.

Là seu-

lement,

disait-il

,

était la vérité et L'unique loi à

observer, hors de

là, il

n'y avait qu'erreur et

mende les

songe.

Il

envoyait des émissaires, avec la mission
et

de gagner des partisans à sa doctrine ,
initier

à

quelques-uns des degrés

,

ou à tous
le

suivant la force de leurs penchans

pour

dés-

ordre et l'impiété. Pour mieux masquer ses vues
politiques
,

il

s'annonçait

comme

le

défenseur des

prétentions qu'élevaient au trône les descendans

de

Mohammed,

fds d'Ismaïl. Ses missionnaires,

bien qu'ils se déclarassent publiquement leurs
partisans,
n'étaient

au fond, que de criminels
adhérons

propagateurs d'athéisme. Sous ces deux rapports,

on

les

nomma

eux

et leurs

,

tantôt Is-

maïlites, tantôt Ibahie, c'est-à-dire indifférons.

Abdallah se rendit d'Ahwas à Baszra
Syrie, où
il

,

et

de

,

en

s'établit à

Salemiyé, d'où son
fds
,

fils

Ah-

med répandit ses doctrines par ses

Aboul-Ab-

bas et Mohammed-Skholalaa, #et par ses envoyés ( Daï) qui étaient à la fois des émissaires et des
missionnaires.

Le plus célèbre
,

d'entre eux

,

fut

Hossein-dWhwas
initia

qui

,

dans

le

pays de Koufa

entre autres à ces mystères de révolte et

d'incrédulité

Ahmed

,

fils

d'Eskhaas
et

,

surnommé

Karmath. Des torrens de sang

des villes en cen-

,


dres
,

47


son
existence

révélèrent
(i).

bientôt

au

monde
Il

s'appelait Karmath, par corruption

du signe
devint le

arabe qui forme ce

nom
,

;

plus tard ,

il

chef des Karmatbites

qui sortis de Labssa et de
,

Bakhrein
habites

comme neuf cents ans après des mêmes provinces, faillirent
,

les

Wa-

causer la

ruine de l'islamisme. Outre que sa doctrine enseignait

que rien

n'était
4

défendu,

et

que tout

était

permis

,

indifférent

et

ne méritait ni châtiment

ni récompense, elle minait surtout les bases fonda-

mentales de

la religion

du prophète, en ce
le voile

qu'elle
fai-

proclamait que tous ses
saient

commandemens ne
,

que présenter, sous
et

de l'allégorie
et n'é-

des maximes
taient
il

des préceptes politiques

que de simples formules. En conséquence,
au pur
à l'idéal

professait qu'il fallait tout rapporter

et

irréprochable
,

Imam Massoum, comme
lui et ses

du souverain

que

missionnaires pré-

tendaient chercher, vu qu'il n occupait aucun des
trônes existans, et déclarait, sans
la

distinction,

guerre aux bons et aux mauvais princes. Sous
il

prétexte de découvrir ce prince parfait,

voulait

rompre

les liens

qui attachaient les peuples à la

religion et aux gouvcrneinens.

Le commandela

(\)

Macrisi

,

au commencement du chapitre sur
et

généalogie

des khalifes Fatémites,
dawpt.

plus bas, à la partie qui traite de la doc:

trine de Dais sous le titre

Commencement

des missions d'Ibtidaï


ment de
sance à l'imam

4$


,

la prière signifiait

d'après lui

,

L'obéisla

Massoum
,

,

les

aumônes

,

dîme
la fa-

qu'on devait lui donner

les jeûnes, l'observation

du

seeret politique à garder sur

l'Imam de

mille d'Ismaïl; tout, disait-il, dépendait de l'interprétation
(

Terwil

)

sans laquelle la parole du

Koran (Tensil)
vides de sens.

n'était

qu'un assemblage de mots
sabir

La

religion ne consiste pas seule(

ment dans
est toute

les

pratiques extérieures
le culte intérieur
(

),

elle

dans

batbin
,

).

Aux

diverses variantes de cette doctrine
a

qui du reste
celles

beaucoup de points de similitude avec

que nous avons
pruntèrent un

citées plus haut, les sectaires

em,

nom
;

différent
,

dans ebaque prole

vince du kbalifat

ainsi

dans

Tabéristân

ils

s'appelaient les partisans des sept degrés de la

doctrine secrète d'Abdallah

,

fils

de

Maimoun,

Kadab; dans
donner
le

le

Kborassân

,

Mobammens
les

les
fait

Rouges-, en Syrie, leur vêtement leur avait

nom
,

de Mobeieysé,
se

blancs ; dans la

Transoxane

nommaient Rawendi et Borkaï, les masqués , parce que Mokanaa se couvrait le visage d'un masque d'or a Ispaban ( la ville
ils
;

des cbevaux), Batbéni,

les intimes,

ou Moutewilin,

les allégoristes interpj'étateurs;b.Kouîa,

Karmathi

ou Mobareki
et

;

à Labssa et Bakhrein

,

Dscbenabi;

dans l'Afrique occidentale, Saïdi, de Karmatb,
et Saïdi, les
ils

Mobarek, Dschenabi
leur religion.

quatre chefs de

Eux-mêmes

s'appelaient Ismaïli,


à lsmail,
fils

49


,

parce qu'ils faisaient remonter leurs prétentions

de Dscliafcr-Sacîik. Tous enfin

oé-

néralement, avaient reçu, de leurs adversaires,
les

noms bien mérités de moulhad
,

,

scélérats

,

ou de sindik

espritsforts (i).

Lés Krfrmathites suivirent une toute autre mar-

ché que les partisans d'Abdallah

,

tiïs

de Maimoun.
la révolte, et,

Les premiers levèrent l'étendard de

au lieu de suivre leurs plans occultes,
dre en secret le
être

et d'atten-

moment où
v.n

le
,

tronc viendrait à
ils

occupé par

des leurs

se

mirent en

lutte ouverte contre la puissance encore formi-

dable du khalifat. Cette lutte fut sanglante
celle
les

comme

que vingt ans auparavant avaient hasardée sectateurs de Babck; seulement elle fut plus
,

opiniâtre et plus
la religion.

menaçante pour

les

princes et

L'énergie

même du

khalife

Motadne put

hadbillah

(

celui qui s'appuie sur

Dieu

)

extirper cette désastreuse engeance des
thites
,

Karma-

bien que les astrologues

,

les

philosophes,

les faiseurs

de prédictions

et les

conteurs d'his-

toires
la

,

eussent entièrement perdu auprès de lui

considération qu'ils s'étaient acquise depuis le

rèrme des khalifes ïîaroune!

Maimoun d

).

Ceux-

[i

Goulscheni Khoulefa,
le

le

Parterre de roses des khalifes de
,

Nasmisade, d'après

dschamius-seir

c'est-à-dire le collecteur

des mémoires et des histoires, de ISiramolmoulk, feuille io.
i

Nasmisade
dique.

comme

plus haut. Y<>\

.

aussi le

Magazin ency-


ci n'étaient

50


ils

pas dangereux, car

n'avaient ni

armes ni chefs, tandis que
ihites,

les chefs des

Karma-

hommes de
,

tête et
et

de courage,
,

comme

Ahousaid

Dschenahi

Aboutahcr

voulaient la

ruine totale de l'islamisme. Le khalife Motadadhbillah, est
,

depuis son sixième prédécesseur qui
ait

Mo-

le wckoul, le seul

su, par des remèdes vio-

lons

,

rendre
c'est

au

khalifat -énervé sa

primitive

vigueur;
le

adonné surnom de second fondateur des Ahassides ou
pour cela que
l'histoire lui
,

Seffahssani

celui qui le second verse le sang,

car Abbas était le premier.
C'est sous le
les

commandement d'Aboulaher, que
la

Karmathites conquirent
(i)
,

ville sainte

de

la

Mecque
faits se

comme

de nos jours,

l'ont fait les
et

Wahabites. De semblables doctrines

de pareils

reproduisent souvent dans l'histoire de

l'islamisme; trente mille Moslimins, périrent en

défendant
brigands
,

le

sanctuaire de la Kaaba
le

contre les
portèrent

qui incendièrent

temple

et

àHadscharla pierre noire tombée du

ciel

au temps

d'Abraham. Cet aérolithe, qui
sieurs autres
,

était ainsi

que plu-

un

objet de vénération

pour

les

peuples, n'y fut rapporté que vingt- deux ans
plus tard, lorsque l'émir de l'Irak le
racheta

pour cinquante mille ducats

;

l'adoration dont la
,

pierre de la Kaaba était l'objet

ne devait jamais

(t)

Après J.-C. 920; de l'hégire 008.


un
siècle
,

51


Pendant
de
des Karmathites

être détruite par les efforts des impies.
l'affreuse
le

doctrine

porta le fer et

feu dans le sein

même

l'isla-

misme, jusqu'à ce qu'enfin on parvint
dans leur sang cet immense incendie.

à éteindre

Les malheurs de ces sectaires

comme
,

aupara-

vant ceux des partisans de Babek

furent une

sanglante leçon donnée à ceux qui étaient initiés
à la doctrine occulte d'Abdallad
,

fils

de Maimoun-

Kadah. Ces malheurs auraient dû leur apprendre à ne lenseigner toujours qu'en secret, jusqu'à ce qu'ils se fussent mis
session dii trône
;

enfin

,

eux-mêmes en posun de leurs pins zélés et
fils

plus actifs missionnaires, ou Dais, Abdallah, qui
se donnait

pour descendant de Mohammed,

d'Ismaïl

,

parvint à s'échapper de la prison
,

de

Sedschelmessa

l'avait

fait jeter

le

khalife

Motadhad,
que
lui
,

et
le

à s'asseoir sur le trône en Afri-

sous

nom

d'Obeidollah-Mehdi. C'est
la

qui fut

le

fondateur de

dynastie des khalifes

Egyptiens (i), qui font remonter leur origine à
ïsmaïl,
fils

de Dschafer-Sadik

,

et

de ce dernier à

Fatima,

fille

du prophète,

et sont

connus sous
de

le

nom
la

de Fatémites ou d'Ismaïlites délEsi. Ainsi
la secte devint celle
,

dénomination de

la

dynastie. Les Ismaïlites
cile

qui s'étaient
la

fait

un doqu
ils

instrument du fondateur de

dynastie

i

Aptes J.-C. 909; de l'hégire 297.

, ,

52

avaient mise sur le trône, rendirent^ à proprement
parler, leur doctrine dominante en Afrique, et le
khalifat

de Mahadia
,

,

première résidence de ces

princes

ne tarda pas à menacer celui de Bagdad.

C'est de ce siège

du

khalifat abasside

,

que vin-

rent les contestations qui furent élevées sur la
validité

de

la Filiation

d'Obeidollah

;

à les croire,

ce dernier n'était rien

moins qu'un descendant
;

de

Mohammed,
,

Fils

dîsmaïl

il

était

né d'une

juive
et

et avait

pour
,

frères consanguins Hossein

Aboschelalaa
,

tous

deux

fils

d'Ahmed,
,

{ils

d'Abdollah

Fils

de Maimoun-Kadah
le

il

devait
;

originairement avoir porté
après que
l'avait
le

nom
tiré

de Said

mais
,

Daï Abdollah l'eut

de prison

il

changé en celui d'Obeidollah. En

effet, si
,

l'on considère

que

la

doctrine d'Abdollad

(ils

de

Maimoun

,

doctrine entièrement destructive de
,

l'islamisme

fut celle qui
,

,

depuis la fondation de
la

l'empire des Fatémiles

que dans
dia, puis

le

domina à gouvernement, qu'elle
officiels,
la

cour ainsi

fut

propagée

par des prédicateurs

d'abord à

Maha-

au Caire après

conquête de l'Egypte,

sous ÎC quatrième khalife de cette dynastie, que

son chef était revêtu du
c'est-à-dire
rêt

titre

de Daial-Doat
l'intél'état

suprême missionnaire dans du trône et comme juge suprême de

une des premières dignités de l'empire, de celui de Kadhiol-Kodhat titres qui ont été souvent réunis
,

dans

la

même

personne

,

on sera facilement con-

,


duit à soupçonner

53


de cette secte,

que

les chefs

pour lesquels rien
sans

n'éîait sacré et tout

permis

,

placèrent sur le trône
;

un de

leurs propres parti-

c'est
les

ce qui semble très

vraisemblable

malgré
ces

assertions contraires de Macrisi et
le

d'Ibn-Khaledoun. Les détails que

premier de
de-

deux grands historiens nous
,

a transmis sur

l'origine de cette doctrine

et ses différens

grés d'initiation

,

qui furent étendus de sept a

neuf, sont

les

plus précieux et les plus anciens
histoire des sociétés secrètes
I

que nous ayons suri
de
1

Orient, sur les

races desquelles ont

marché

plus lard celles d'Occident. L'intime concordance

qui existait entre cette doctrine et celle des Ismaélites de l'Est

ou Assassins

,

nous ordonne de
trône des Fàté-

nous y arrêter quelques instans.
Aussitôt après l'élévation

du

mites

(i

,

l'histoire fait déjà

mention d assemle

blées tenues

deux
le

fois

par semaine,
,

lundi et

le

mercredi

,

par

Daial-Doat

ou suprême mis,

sionnaire dans l'intérêt

du trône

et

fréquentées

également par

les

hommes

et les

femmes qui y

avaient des loges séparées. Ces assemblées s'appelaient medschalisol-hikmet ou sociétés de la sagesse.

Ceux qui

désiraient l'initiation s'y ren;

daient vêtus de blanc

le

chef allait ces deux jours

chez

le khalife, lui faisait

quelque lecture, lorsque

V

Après J.-C. 977; de l'hégire 555.


c'était possible
,

54


la lecture

cl le prince apposait sa signature

sur* la couverture
faite
,

de son cahier. Après

les

disciples baisaient la

main du

khalife

et

touchaient respectueusement de leur front sa

signature. Sous le sixième des khalifes Fatémites,

Hakembienvillah

,

le

plus stupide des tyrans dont
,

parle l'histoire de l'islamisme, qui

sur la

fin

de
et,

sa vie, voulut se faire adorer comme

un dieu,

ce qui est encore plus absurde

,

est

aujourd'hui
dieu

même
fait

vénéré par
les

les

Druses

comme un

homme,

assemblées devinrent plus

nomfut

breuses, la maison qui leur était destinée

agrandie,
les
11

et les dotations

qui devaient salarier

maîtres et les disciples furent augmentées.
(i),

y avait

entre autres, une grande loge
,

nom-

mée Darol-Hikmet maisoji de la sagesse, abondamment pourvue de livres et d'instrumens de mathématiques aussi célèbre par le nombre des
,

professeurs que par celui des employés;

il

était

permis à qui que ce fut d'entrer
ces trésors littéraires
;

et

de jouir de

on donnait à tous de l'enet des

cre, des encriers,

du parchemin

plumes.

Souvent

les khalifes

y présidaient des thèses sa,

vantes dans lesquelles paraissaient

suivant l'or-

dre de leurs facultés
cette

,

les professeurs attachés à

académie, logiciens, mathématiciens, ju-

ristes et

médecins

,

tous revêtus de leurs habits de

(i)

Après J.-C. ioo4; de l'hégire 095.


cérémonie
(

55

khalaa

docteurs. Les

) ou de leurs manteaux de manteaux des universités anglaises

ont encore aujourd'hui la vieille forme du khaîaa

ou du kaftan , qui
Arabes.

étaient les habits

d'honneur des

Deux cent cinquante-sept mille ducats produit de la dîme et du huitième de la dîme étaient
,
,

les

revenus annuels de cette académie;
les professeurs et les
,

elle les

employait à solder

person-

nes attachées au service

à

subvenir aux besoins

de l'instruction et des sciences publiquement enseignées, ainsi qu'à ceux de la doctrine secrète.
Celle-ci

embrassait

toutes les branches de

la

science

humaine

,

et

pour

la posséder

il

fallait

né-

cessairement avoir passé par les neuf degrés qui
suivent (i).

Le premier était le plus long
fallait

et le plus

pénible de tous, parce qu'il
ciple

inspirer au disla science

une confiance sans bornes dans
,

de son Dai

l'amener à prêter un serment sola

lennel et à embrasser
foi

doctrine secrète avec une
illimitée.

aveugle

et

une obéissance

Dans ce

but, on avait recours à toutes sortes d'artifices pour
jeter la confusion dans son esprit, en lui mettant
à la fois sous les

yeux

les

nombreuses contradic,

tions de la religion positive avec la raison

et les

extravagances du Koran; on appelait à son aide
les questions les

plus subtiles, le scepticisme

le

(i) Macrisi

aux

titres

Mohawal

et

Darolhikmet.


j)Jus

56


donnera entendre
et

insidieux;
la

i>n

voulait lui

que

forme cachait un sens secret
d'abord
les

intérieur.
la

On lui révélait

données générales de

doctrine, ensuite on lui en faisait

comprendre

les

mystères. Plus

le désir d'être initié était violent

chez

les 'disciples,

plus le

maître refusait de

leur faire la moindre révélation, jusqu'à ce qu'ils

eussent prêté serment sans aucune restriction. Ce
n'était qu'après
,

qu'ils étaient

admis au deul'obliga-

xième degré
tion de
titution

:

ce degré leur imposait

reconnaître l'imamat
divine
S'ils

comme une

ins-

et

comme

la

source de toute

science.

avaient une foi fervente dans les

imams,

le

troisième degré leur
n'était

apprenait leur

nombre, qui
créé

jamais autre que le nombre
,

sacré de sept. Car
sept ciels
,

de

même
,

que Dieu avait
sept
et.

sept terres

mers

,

sept

planètes, sept couleurs, sept sons
il

sept métaux,

avait placé au rang d'imams révélés sept des
,

êtres les plus parfaits

savoir
,

:

Ali, îïasean

,

Hus-

sein,

Ali-Seinolabidin

Mohammed
son
fils,

- Albakir,

Dschafer-Aîszadik
le

et Ismaïl,

le

dernier et

septième.
C'était là la cause

de

la

grande scission, ou à
séparait

proprement parler,
les

du schisme qui

Ismaïlitcs des

Imamié, qui, comme nous
transition naturelle

l'avons

vu en admettaient douze. Cette connaisla

sance préliminaire était

pour arriver au quatrième degré. On y apprenait

que

depuis le

commencement
doués du don de

y

avait

eu sept législateurs divins
,

du monde il ou sept en,

voyés de Dieu

la parole,

dont

un

avait toujours modifié la doctrine de son pré-

décesseur d'après des

commandemens

célestes.

Chacun d'eux
role

avait

eu sept disciples, qui devenus

a leur tour législateurs doués
,

du don de

la

pa-

s'étaient à la
et

même

époque succédés

les

uns

aux autres,

qui avaient reçu le
ils

nom

de muets, Vase,

Samit, parce qu

ne parlaient point en public. Le
le

premier des muets se nommait
et était

Sous,

le

pour

ainsi dire le

ministre du prophète

parlant. Ces sept

prophètes parlant sont avec

leurs sept vases ou muets,

Adam, Noah, Abraham,

Moïse, Jésus,
fer, qui,

Mohammed et Ismaïl, lils de Dschacomme le dernier s'appelait Sahibeseman,
étaient

maître du temps. Leurs sept disciples

Scth, Sem, Ismaïl fils d'Abraham, A-aron, Siméon,
Ali et

Mohammed,

fils

d'ïsmaïl.

On

voit par cette

subdivision, qui a valu aux Ismaïlites le

surnom

de partisans des sept, qu'ils ne donnaient à cha-

que prophète qu'un seul de ces envoyés muets.

Mohammed,

fils

d'ïsmaïl, cent ans après la
fut le

mort

du dernier prophète,
à ses sectateurs

premier qui accorda
liberté d'agir, et leur

une entière

permit

,

toutes les fois qu'ils ne purent

monter

qu'au degré de missionnaire, de se faire passer

pour prophètes muets.

Le cinquième degré devait dès-lors rendre

probabilité de
la

58

la

plus clair aux esprits des nouveaux discipjes

doctrine efle-même. C'est dans

ce but qu'on s'efforçait de persuader aux croyans

que chacun des sept prophètes muets
lui

avait avec

douze apôtres, dont

la

mission était de répan-

dre la véritable foi. L'on présentait toujours le nombre sept
parfait.

comme
De

étant après celui de douze le plus

là les

douze signes du zodiaque,

les

douze mois, les douze tribus d'Israël, les douze phalanges des quatre doigts de chaque main, le pouce
excepté, et ainsi de suite. Après ces cinq degrés,

on commençait à leur expliquer

le

sens des priè-

res de l'islamisme; dans le sixième, on enseignait

que toute législation positivement religieuse devait
être

subordonnée à

la législation

générale philo-

sophique. Les doctrines de Platon, d Aristote et

de Pythagore étaient

citées

comme
Il

des preuves
très

logiques et fondamentales.

fallait

long-

temps pour monter

à ce degré, et ce n'était qu'a-

près que le disciple était entièrement à

même de

pénétrer au fond de la science du philosophe,

qu'on

lui permettait d'aspirer
le

au septième, Alors
la

seulement

mysticisme remplaçait

philoso-

phie. C'était là véritablement cette doctrine de
l'unité,

que

les sofis

ont
le

si

bien développée dans

leurs ouvrages.
tait

Dans

huitième degré, on trai-

de nouveau des doctrines positives en matière
,

de religion

doctrines qui

,

après tout ce qui les

précédait, furent bientôt réduites à rien, ce n'était

59


les disciples

que dès ce moment que
envoyés de Dieu

pouvaient

parfaitement concevoir ce que c était que les
et les

prophètes, ce que c'était
Ils

que

le

ciel

et l'enfer.

devaient

être

con-

vaincus que toutes les actions étaient indifférentes et qu'il n'y avait pour elles ni récompense
ni châtiment, soit sur cette terre soit dans l'autre
vie. C'était alors

seulement que

le disciple

pouétait
les

vait

monter au neuvième

et dernier

degré

;

il

mûr pour servir d'instrument
passions et surtout à
tion.

aveugle à toutes

Toute

cette

dominaphilosophie pouvait se résumer
désir illimité de
et tout oser.

un

en deux mots, ne rien croire
cipes détruisirent de fond en
et toute morale,
et

Ces prin-

comble toute religion

n'eurent d'autre but que de

réaliser de sinistres projets qu'exécutèrent d'habi-

ministres pour lesquels rien n'était sacré. Nous les verrons, eux, qui auraient dû être les protecteurs de l'humanité, s'abandonner à une insales

tiable

ambition et s'ensevelir sous
,

les

ruines des

trônes et des autels

au milieu des horreurs de
fait le

l'anarchie, après avoir
et

malheur des nations

mérité

les

malédictions du genre humain.

61

LIVRE

II.

Fondation de l'Ordre des Assassins et rîgne du premier Grandmaitre, Ilassan-Sabah.

L'Egypte
sente

,

ce pays extraordinaire
si

,

qui pré-

un caractère
du monde

original et qui n'offre aules autres

cun point de ressemblance avec
trées
,

condes

fut

de tout temps

le théâtre

événemens
ciel

les plus

remarquables; ce fut
le

là aussi

que de tout temps Ion a invoqué ou celui de
la terre

pouvoir du
les

pour gouverner

hom-

mes au nom de

la sagesse
,

ou de

la folie.

Déjà, h

des époques reculées
prêtres, entre les

y régnait une caste de mains desquels le roi n'était
il

qu'un instrument servile,

et

dont

le

Lituus,

la

crosse de nos jours, était le véritable sceptre: quel-

ques superstitions et une iconolàtrie extérieure

eomposaienttoutelarcligiondu peuple, tandis que
les véritables
les

dogmes des
et les

initiés se cachaient sous

symboles

hiéroglyphes; leurs secrets se
l'état

bornaient à connaître

de

lame

après

la

mort. Pans

les

croyances populaires, toulel'exis-

62

tcnce finissait avec la vie terrestre. C'était l'œuvre

d'une politique profonde niais imprévoyante, que
de laisser ignorer
à la foule la doctrine

de l'im-

mortalité de l'âme, de l'identifier, pour ainsi dire,

avec cette terre qui n'est qu'un lieu de passage
et

de restreindre ainsi à un petit nombre

les élus

auxquels on

accordait la faveur de voir au-delà
cela les devoirs

du tombeau, sans négliger pour
et le

but de

la vie sociale.

On

pensait que le peu-

ple ne pouvait atteindre ce but ni remplir ces

devoirs,

si

son activité était absorbée par l'espé-

rance d'une vie future.

On

lui

permit seulement

de connaître cet espace de temps qui s'écoule entre
le

berceau

et le cercueil;

pour

lui

il

n'y avait

rien au-delà. Ainsi, ni son existence ni ses forces

ne

se

consumaient dans d inutiles spéculations
était sacrifié à la
l'état

dans de vaincs espérances; tout
vie

du moment

;

et

ceux qui gouvernaient

avaient atteint leur but, celui de se réserver la
distribution des peines et des récompeses

non-

seulement dans ce monde, mais aussi dans celui
de l'avenir. Toutefois, pour ne point se montrer
totalement sourd au cri de
la

nature

et

de

la rai-

son qui nous révèle sans cesse une vie éternelle,

on eut soin d'ordonner au peuple de conserver
le

plus long-temps possible

le

corps de l'homme

et le

nom

de

la famille
là ces

:

de

là les

momies

et les

mausolées, de

grands

monumens
ou

et ces tri-

bunaux

secrets delà mort,

les prêtres distri-


huaient
,

63


dépositaires
et

à

la

fois

comme
Le
petit

comme
que
dans

juges, cette

immortalité périssable

de

pierre et de poussière.
cette
les

nombre de ceux
reçurent

doctrine ne put

satisfaire

mystères une explication symbolique du

jugement des morts; on leur enseigna ce qu'était réellement l'immortalité de lame, et ils apprirent parleur

commerce avec
la

les prêtres, ce

que ceux-ci mêmes ne savaient pas.
Moïse, initié à
politique des prêtres de l'E-

gypte

et a tous leurs secrets,

conserva quelques,

unes de leurs sages institutions

et

cacba à son

peuple la doctrine de l'immortalité del'àme; aussi
la

connaissance en fut-elle en Egypte, réservée

d'une manière presque exclusive à la caste des
prêtres,

du moins nous n'en trouvons aucune trace
des

dans

les livres

Hébreux

,

excepté dans
n'en
fait

le

poème arabe de Job, qui encore
partie.

pas

Outre

l'histoire

de l'Egypte

,

les

monumens

qui nous sont restés, bien qu'entièrement étrangers à l'art
,

nous prouvent combien l'absence de
des premiers prêtres, a tenu sous

toute doctrine de l'immortalité, jugée nécessaire

par
le

la politique

joug

l'esprit des

peuples

et a

comprimé
temples
activité

tout
et les

élan.

Les sphinx

et les colosses, les

pyramides, incroyables
m;iine,
irers

monumens d

huque

produit de forces immenses combinées
seul but, n'ont de vraiment étonnant

un

-, 04
la

exécution
,

grandeur de leurs masses. C'est en vain qu'on
a

y

cherché

la

beauté de

1

on ne pour-

rait la

trouver que dans ces hautes régions de lu1

mières où

idée de

1

immortalité élève seule

l'art

et la religion.

Mais quelque nuisible que

lût cette

politique mystérieuse au libre développement de
la civilisation, elle était

probablement le

fruit

dune
l'état,

volonté consciencieuse, qui croyait diriger l'activité entière

de l'homme vers la prospérité de

comme
les

vers

un

seul et

unique but,

et

amener

peuples au plus haut degré de bonheur qu'il

leur fût permis d'atteindre sur la terre. Les
tères, véritables bienfaits

mysn'a-

pour

les initiés,

vaient rien de nuisible pour les profanes.
trine

La docétait

occulte

du moyen âge de l'Egypte
la

d'une nature tout opposée;

première ne son,

geait qu'à affermir le trône et l'autel

la

seconde

qu'à les renverser.

La grande

différence qui existe

entre la construction de l'ancienne
celle

Memphis

et

de

la

nouvelle Kahira peut nous servir de
secrète

point de comparaison entre la doctrine

de l'ancienne Académie
nouvelle

d Héliopolis et celle de la
les plus

Maison des

sciences.

L'Egypte, dans

les
et

temps

anciens, le

berceau des scieàccs
avait

des institutions sociales,
l'alchila

enseigné au
la

monde du moyen âge
l'art

mie,

rhabdomancie,

de trouver
el

pierre

philosophaleet celui des talismans,

de nos jour»


tés secrètes.

65

encore, elle fut la patrie des sciences et des socié-

La loge du Caire

,

dont

la politique était,
,

comme nous

l'avons

vu plus haut

de renverser

la famille d' Abbas,

au profit de celle des Fatémites,

répandait ses doctrines par des Dais, c'cst-adire , des

hommes

chargés de propager

la foi et

de gagner des soutiens aux prétentions qu'élevait

au trône

la famille

des Fatémites.

Ils

avaient

sous leurs ordres des sectaires appelés Refik

ou

compagnons, qui bien

qu'initiés à

un

seul

ou plu-

sieurs degrés, ne pouvaient cependant enseigner

ces doctrines ni recueillir des voix

pour une dy-

nastie, car c'était la seule prérogative des Dais,

dont

le

supérieur, le Daïl-Doat ou Grand-maître,

résidait au

Caire dans la maison des sciences.

Cette institution ne subit aucun

changement demais sous
le

puis sa fondation par

Hakem

(i);

khalife Emr-Biahkamillah (^^l'Einir-Oldschou-

yousch, ou généralissime de l'armée, Efdhal,
fermer
propres
la

fit

Loge, à l'occasion d'un tumulte que ses
avaient excité, et, suivant toute

membres
la
fit

apparence,

raser (5). Après sa mort, lorsque

l'année suivante la société pressait le visir

Mamoun

de rouvrir

la

loae
fit

il

refusa de la rétablir dans le

même
i

lieu, et

construire ailleurs

un autre bâ-

Après J.-C.

,

ioo4; de l'hégire, 5cp.
i

-

Après J.-C,

ia-2;

de l'hégire, 5i6.

(5 /

Après J.-C, u2j; de L'hégire, 5ia

60

la nouvelle jnaison des

liment destiné au même objet. Ce bâtiment, appelé

Darolihn-Dschcdide, où

sciences , devait servir aux cours publics et

aux

réunions secrètes, qui continuèrent sans interruption jusqu'à
tcs.

la

ebute de l'empire des Falémices derle

La puissance toujours croissante de niers et la faiblesse ou tomba peu à peu
lifat

kha-

de

la famille

d'Ahbas (i), révélèrent bientôt

les effets

de cette doclrinc. L'Emir Bessassiri, un
et

de leurs protecteurs

de leurs plus zélés parti-

sans, exerça à Bagdad, pendant
les

une année

entière,

deux

droits souverains de l'islamisme, c'est-à-

dire s'empara du droit débattre monnaie et deprê-

cher dans la ebaire au nom du khalife égyptien Mostanzer, qui se serait

maintenu en possession de ces
tombé, un an

prérogatives,

si

Bessassiri n'était

après, sous le fer de Togrul, accouru à la défense

de

la famille

d'Abbas. Pendant ce temps, les comet les maîtres, Daïs, inondaient

pagnons, Réfik,

toute l'Asie, et l'un de ces derniers, Hassan-Ben-

Sabah-Homaïri
velle
l'est

,

devint le fondateur d'une noula secte, celle des îsmaïlites

branche de

de

ou Assassins.
,

llassan-Ben-Sabah

c'est-à-dire
fils

un des des-

cendais de Sabah,

était

d'Ali, Schiite ortho-

doxe de

R.eï

,

qui tirait son

nom

de Sabah-Ho-

maïri. Son père, à ce qu'il prétendait, était
(i)

venu
,

Apres J.-C,

ioj8;

de l'hégire,

45o. Y. Macrisi

aux

litres

Mohawa!, Darolilm

et Darolilm-Dschedidi.


de Koufa à

67


Roum à
Reï. Toutefois

Koum,

puis de

ees assertions trouvaient de l'opposition

parmi

les

habitans

du Khorassân

et

surtout parmi ceux de

Thous, qui soutenaient que ses aïeux avaient habité
de tout temps
les villages

de cette contrée. Les
générale-

opinions et les paroles d'Ali l'avaient

ment

fait

soupçonner

d'hérésie, aussi lui

donna-

t-on bientôt le surnom de Rafedhi ou Motasal
dissident et apostat.

Pour s'excuser auprès d'Acette province et sun-

boumoslem, gouverneur de
nite sévère, et lui

donner en même temps une haute
il

idée de son orthodoxie,
d'artifices et

employait toutes sortes
et se retirait

de mensonges,

dans
vie

un couvent pour
qu'il

se livrer tout entier à

une

contemplative. Mais cet expédient n'eut pas

l'effet

en attendait

,

et

il
,

continua à être regardé
tantôt

par ses contemporains
tantôt

comme

hérétique

comme incrédule
il

et athée. Afin
fils

de dissiper

ces soupçons,

envoya son
le

Hassan à Nischa-

bour, pour y entendre

célèbre

Mowafek Niset

chabouri , âgé alors de quatre-vingt
années.

quelques

La renommée dont
grande,
qu'on

il

jouissait ajuste ti-

tre était si

le

considérait non-

seulement comme un des hommes les plus instruits dans la loi du prophète, mais encore comme un homme capable d'assurer à jamais le bonheur
temporel à tous ceux qui étudiaient avec lui
le

Koran

et

la

Sunna. Une foule innombrable de

jeunes gens distingués se pressait à ses cours, et

— estons prouvaient, en mettant à profit leurs relations avec le sage

Imam, combien

l'opinion

pu-

blique avait été juste à son égard. Après sa mort,
trois

de ses disciples, doués des talens
,

les plus re-

marquables

Hassan

,

Omar Khiam
les

et

Nisamol-

moulk
parmi

,

parcoururent avec

plus grands suctrois brillent
,

cès des carrières différentes.
les

Tous

grands esprits de leur siècle
et poète,

Omar

Khiam comme astronome

JNisamolmoulk

comme grand
chef de secte

visir, et

Hassun-Bcn-Sabali

comme

et

fondateur de l'Ordre des Assassins.

Le premier
laquelle
il

fut

peu

utile à la société,

au milieu de

mena une

vie

complètement épicutrois sultans

rienne

;

le

second se distingua sous

de

la

famille des Seldjoukides,

comme homme d'é,

tat à la fois

profond

et bienfaisant fut

et la politique

infernale

du troisième

un

fléau

pour l'hu-

manité.
L'ambition de Hassan-Ben-Sabah se dévoila dès
sa jeunesse. C'est à cette

époque que, réuni à

ses

deux condisciples,
visir

il fil

un serment dont l'exécu-

tion devait être le gage de sa prospérité future.

Le
sa

Nisamolmoulk nous raconte lui-même, en

qualité d'historien, la nature et les conséquences

de leurs obligations. L'opinion généralement reçue, dit un jour Hassan aux deux autres, veut que
les disciples de

l'Imam parviennent à de hautes
,

di-

gnités,

si

un

seul de nous est élevé

jurons qu'il

partagera sa fortune avec les deux autres. Tous


était

69


Omar Khiam

acceptèrent la proposition d'Hassan.

trop sensuel pour se lancer dans la carrière,
;

politique

Nisamolmoulk
lui

avait le

cœur trop gé-

néreux pour ne pas partager avec l'ambitieux
Hassan le bonheur que
promettaient ses grands

talens et sa loyale activité.

Pendant plusieurs an-

nées Nisamolmoulk parcourut les pays de
rassân, de Mawarainer,

Kho-

deGhasnin
fut

et

de Kaboul,

et remplit plusieurs places inférieures

dans l'adde l'em-

ministration. Enfin

il

nommé

visir

pire sous le grand prince Seldjoukide Alparslan.

Nisamolmoulk reçut avec de grands honneurs son ancien condisciple Omar Khiam, qui le visita
le

premier

,

et,

comme
pour

il

le dit

lui-même,
,

lui of-

frit,

suivant son ancienne promesse

son crédit

et son influence

lui faire obtenir

une place que son

de ministre
ble,

;

narration d'autant plus vraisemblasavait d'avance

que Nisamolmoulk
Il

offre serait repoussée.

connaissait trop bien les

goûts de

Khiam
rival

et

son épicuréisme , pour croire
lui être

qu'un
lo.is

tel

pût jamais

dangereux

même

qu'il deviendrait ministre.
,

En

effet,

celui-ci le remercia
vivre tranquille
sciences.
et

uniquement désireux de
une pension viagère
vécut dans la retraite

exclusivement adonné aux
lui
fit

Le

visir

de douze mille ducats sur les revenus de Nischa-

bour; depuis ce temps

il

loin des affaires publiques, livré tout entier à l'é-

tude

;

il

acquit plus tard une grande

renommée


comme
poète et

70


la postérité

comme

astronome. Si ses goûts

paresseux l'ont empoché de rendre

juge de cette gloire, en
ouvrage,
il

lui

transmettant un grand
la
,

s'est

immortalisé dans l'histoire de

poésie persane par ses quatrains rimes. Ses vers
les seuls

qui se distinguent par de nomhreuscs
,

et

folâtres saillies

livraient
;

au ridicule
ils

les dévots et

surtout les mystiques

ne respectaient pas
celle

même
doxes.

la doctrine des Sofis et

du Koran

;

aussi fut-il accusé d'athéisme par tous les ortho-

Omar Khiam
,

etlhn Iemin, célèbres parmi
par ses strophes à quatre

les poètes persans, l'un

vers, roubayat

l'autre par ses

fragmens

,

moka-

taat, ont mérité ajuste titre le

nom

de poètes

philosophes. Le premier peut être comparé à

Young,

le

second à Voltaire. Hassan-Sabah vécut
les

retiré et

inconnu pendant

dix ans que dura

le

règne d'Alparslan; mais aussitôt après l'avéne-

ment au trône de Melekschâh sous lequel Nisamolmoulk conserva le pouvoir qu'il avait exercé
,

sous son prédécesseur, le

fils

de Sabah parut a

la

cour du sultan Seldjoukide. Empruntant au Koran les termes sévères dont
il
il flétrit

les parjures

,

rappela au nouveau visir le serment qu'ils
,

avaient prêté dans leur jeunesse
d'être fidèle a sa parole.

et le

somma
le

Nisamolmoulk
,

reçut

avec de grands honneurs
lui assigna

lui

donna des

titres

des revenus et l'introduisit auprès
,

du

sultan

;

mais Sabah

dont l'astuce commençait


parer de

71


.,

à se dévoiler, sut bientôt,

par son hypocrisie s'em-

son esprit

,

en affectant une loyauté sans

bornes

et la franchise

delà vertu. Le prince sui-

vait ses conseils, lui

en demandait
,

même dans tou-

tes les affaires

importantes

et

ne prenait de ré-

solution qu'après l'avoir consulté. Hassan travaillait

ardemment

à la

chute de son bienfaiteur ,

et

Nisamolmoulk

se voyait sur le point
11

de perdre son

influence et son autorité.
les

employait avec art tous

moyens qui pouvaient faire connaître au souverain les fautes commises dans le divan, même les
plus légères
,

1

irritant sans cesse contre son visir

par de perfides insinuations et d'astucieux raison-

nemens. Le coup

le

plus terrible que, de l'aveu
,

même de Nisamolmoulk
fut

Hassan porta a son ami,
de

de contracter envers

le sultan l'obligation le

lui présenter

en quarante-six jours
dépenses de
l'état

compte des
fois

revenus

et des

pour

la confection

duquel

le visir avait

demandé dix
chambre
et

plus de

temps. jMelekschah soumit aux ordres de Hassan
tous les écrivains de la
,

avec l'aide desle délai qu'il

quels

il

termina

le

compte ,
,

dans

avait fixé.

Nisamolmoulk

qui nous raconte lui-

même

avec quelle

facilité

Hassan accomplit sa
il

promesse, ajoute que cependant
avantage , car
il

ne put en tirer
la

fut

honteusement chassé de

cour, après avoir remis son

mémoire
le

,

et sans

pouvoir connaître la véritable cause de sa disgrâce.
11

est à

présumer,

comme

disent d'autres

— 72 historiens,

que Nisamolmoulk, pour conserver
il

le

pouvoir dont

jouissait, avait trouvé le

moven de

brouiller les comptes présentés par Hassan en en

dérobant quelques
vant expliquer
le

Ce dernier ne poudésordre imprévu de ses papiers,
feuilles.

Nisamolinoulk

saisit l'occasion

d'éloigner de la

cour un

rival

si

dangereux.

11

convient dans ses
très naïve,

Institutions politiques d'une

manière

que
bah

si
il

ce malheur n'était pas arrivé au fds de Saaurait été forcé

lui-même de quitter
(i).

la

cour

et ses

hautes fonctions

Hassan s'éloigna de
alla

la

cour de Melekschàh,
,

et

d'abord à
la

Picï

,

puis à Ispahan

il

se tint

caché dans

maison d'Aboulfasl,

afin

de
Il

se

déro-

ber aux recherches de Nisamolinoulk.
tit

conver-

bientôt

le Pvéï à ses lui.

opinions, et resta quelque

temps chez
lekschâh
et

Un

jour qu'il se plaignait de Me,

de Nisamolmoulk

il finit

en disant
dé-

que
ce

s'il
,

avait seulement
il

deux amis

fidèles et

voués

aurait bientôt renversé la puissance de

Turc et de
calculés

ce paysan. Cette parole

remarqua-

ble dévoilait les projets ambitieux et profondé-

ment
sins

du fondateur de l'Ordre des Assasla

qui, alors préludait déjà par

perte des
le

rois et des ministres.

Ce mot contient

germe
Les

de toute

la politique

de cet Ordre

terrible.

opinions sont impuissantes tant qu'elles boule-

Ci)

Mirkhond

et Devletsehâh. V°.

Schahfour de ?.ischabour.

versent les tètes sans armer les bras; le scepti-

cisme

et l'athéisme

qui n'occupent que des philo-

sophes ou des

oisifs

ne renversent point de trô-

nes; le fanatisme religieux ou politique des peuples fait seul des révolutions. Qu'importe à l'ambition telle

ou

telle

croyàhce, pourvu qu'elle trouve

des instrumens assez serviles pour exécuter ses
projets
adroits
?
,

Tout pour
de fidèles

elle est d'avoir

des esclaves

satellites et

d'aveugles séides.

Que ne peuvent deux

êtres dévoués,

animés par le

génie d'un tiers et obéissant à ses ordres avec une
entière abnégation ? Cette vérité dont était con-

vaincu l'audacieux Hassan
l'esprit

,

n'entrait point dans

de son hôte
les

le

Reï

d'Aboulfasl

,

un des
11

hommes

plus judicieux de son époque.
et

prit

ces paroles

pour un signe de démence

ne douta

point de la folie de Hassan: Car, disait-il,

com-

ment un homme sensé

peut-il croire qu'avec
il

laide de deux compagnons

luttera avec succès
,

contre

le

sultan Melekschâh

dont

la

puissance

s'étend depuis Antiochc, jusqu'à Kaschgar? Sans

révéler à Hassan toute sa pensée,
à

il

lui

fit

prendre
et des
le

chaque repas des boissons aromatiques

mets préparés avec du safran, dans l'espoir de
guérir et de lui fortifier l'esprit.

Le

fils

de Sabah
le

devina les projets de son hôte et se prépara à
quitter
:

en vain celui-ci employa toute son élo-


quencepour
Le retenir,

74


parfit.bientôt après

Hassan

pour l'Egypte

(i).

Lorsque vingt années plus tard, Hassan
mis en possession ducbàteauforl d Alamoul
le visir

se fut
,

(pic

INisamoinioulk eut péri sous les poignards
le sultan
,

de ses Assassins, et que

Melekscbàb

eut suivi de près son ministre

le

Réï Aboulfasl

devenu un des plus bab
» »
,

zélés partisans

de Ilassan-Sa,

se

trouvait h la forteresse. « Réï
,

lui dit

Hassan
à qui

qui de nous deux était en démence et
les

de nous

boissons aromatiques que tu
le
,

'

»
»
»

me

fis

prendre h Ispaban convenaient-elles

plus ?

Tu

vois

comme
pu

j'ai

tenu mes sermens

aussitôt

que

j'ai

trouver des amis
,

fidèles. »

Le règne du

sultan Melckscbàb

pendant le,

quel Îîassan-Sabali fonda sa puissance
des plus orageux de l'histoire

est

un

du moyen âge en
la

Orient

;

ebaque pas
dans

est
et

inarqué par

cbute

d anciennes dynasties
velles familles
le
;

par l'élévation de nou,

le

Tabéristân

le

Haleb
,

et

Diarbekr,
et

les dynasties

de Beni-Siad

de Be(2)
;

ni-Merdas

de Beni-Merwan disparurent

à leur place surgirent (5) les familles

de Dauis-

ebmend Bawend
(0 Après J.-C,
Mirkhond.
(2) (3) (4)

et

d'Ortok

et s'élevèrent (4) les

1078; de l'hégire 47

1

.

— IXokhbet-Tewarikh
1
-

et

Après J.-C, 1078; de Après J.-C, 107g; de Après J.-C, io85; de

l'hégire,

jJ

7

l'hégire, 472. l'hégire, 4?8.


trônes de

75


et

Roum, de Tabérisiân
régnait, à Iran,

de Maradin. La

race des Seldjoukides, qui depuis son fondateur

Togrul-beg

commençait
la

(i) à

étendre ses branches jusque dans

Syrie à Karrési-

man

(2) et

dans l'Asie-Mineure.

A Bagdad,
d'Abbas
,

dence des khalifes de
partis se firent

la famille

,

deux
les

au

nom de

la religion

une guerre
,

sanglante (5). Les Sunnites et
partisans de

les Schiites

l'Imam Eskhaari
quoique

et

ceux d'Hanbeli
au sein

se livrèrent d'affreux

combats
la

(4)

même
,

de cette
depuis
la

ville

;

monnaie

fût frappée

la

mort de l'Emir

Bessassiri (5)
les prières
,

au

nom

de

famille d'Abbas, et

que

publiques
saintes vil-

fussent faites en son honneur
les

les

deux

de

la

Mecque
le

temples pour

de Médinc priaient (6) dans les fanatique khalife Mostanszar, qui
et

occupait alors le trône d'Egypte. LesDaïs, ou missionnaires
les
,

c'est-à-dire les initiés des Ismaïlites et

apôtres de la loge

du Caire parcouraient
,

toute

l'Asie

pour

faire des

prosélytes et exciter des
s'ils

révoltes. Il

ne faut donc pas s'étonner

trou-

vaient

un protecteur dans Hassan-Sabah. Nous

raconterons le

commencement de
de l'hégire, 465.

ses

relations

(1)
(2) fj)

Après J.-C,

107-2;

(4) (5)
(6)

Après J.-C, 1077; ^ e l'hégire 470. Après J.-C, 1084 de l'hégire 477. Après J.-C, 1077 de l'hégire, 472.
:

;

Après J.-C, 107g; de l'hégire, \-;i.. Après J.-C, io84; de l'hégire, £77.


toire
v

76


tels

avec eux d'après ses propres récits,

que

l'his-

nous

les a

conservés (i).
,

Dans

ma

jeunesse

et dès l'âge

de sept ans,

le

but de tous mes
naissances.

efforts était d'acquérir des

conla

Elevé

comme mes

aïeux, dans

doctrine des douze
naissance
pelé

Imams ( Imamié) je fis la cond'un compagnon Ismaïlite (Iléfik ap•)

Emire-Dharab auquel je
,

fus bientôt uni par

une

étroite

amitié,

.le

pensais que le khalife de

l'Egypte était un

homme imbu

des doctrines des

Ismaïlites et de celles de ses philosophes.

Emire

prenait souvent avec chaleur la défense de leurs
idées
,

et

nous nous disputions fréquemment sur
foi.

des articles de
fut l'objet
,

Les critiques dont

ma

secte

laissèrent

cependant une profonde
départ d Emire,
le

impression dans
je
fis

mon âme. Au
,

une grave maladie

dans

cours

de

laquelle je
lité
,

me
la

reprochai souvent

mon

incrédu-

et regrettai

de n'avoir pas

saisi l'occasion

d'embrasser
guérison
,

doctrine des Ismaïlites. Après
rencontrai

ma
,

un autre Ismaïlite nommé Abou-Nedschm-Saradsch qui sur ma demande m'expliqua leur religion m'en donna
je
,

,

,

une entière connaissance ;
Daï
(

enfin

,

je trouvai

un
le

missionnaire)

nommé Moumin,

auquel

Scheikh Abdolmelek-Ben-Attasch, supérieur des
missions
à Irak
,

avait

permis d'exercer cette

(i) ?.lirkhc-nd et

Takwimet-Tevavikh

fonction. Je le priai d'accepter
fidélité

mon

serinent de
Il

au

nom du
lui
,

khalife fatémite.

refusa

d'abord, parce que j'étais revêtu de plus grandes
dignités
cesse,
il

que

mais

comme je

le pressais

sans

céda à

ma

volonté.

Le scheikh Abdol,

melek
de

,

qui à cette époque vint à Réï

eut tant

plaisir à converser avec

moi

,

qu'il

m'accorda

sur-le-champ l'emploi de missionnaire de l'au-

Dai ) et m'engagea à aller en Egypte, pour jouir du bonheur de servir l'Imam
tel

et

du trône

(

Mostanszar, Khalife fatémite alors régnant.
départ du scheikh de Reï pour Ispahan
,

je

Au me

mis en route pour l'Egypte

(i). »

Hassan avait donc été déjà

initié

en Perse
C'est

aux mystères immoraux pour cela
,

des Ismaïlites.

sans doute

,

qu'il avait

de suite été

jugé digne de répandre leurs doctrines. La re-

nommée
dont
il

de ses grands talens

et

de l'autorité
le

avait joui à la cour
,

de JMelekschah

de-

vancèrent

et le khalife

Mostanszar, content de
,

s'être attaché

un

pareil missionnaire

le reçut

avec honneur et distinction.

Le supérieur des

missions ou grand maître de la loge, Dail-Doat,
le

Schérif Tahre-Kaswimi et quelques autres per-

sonnes d'un haut rang furent envoyés à sa rencontre jusqu'à la frontière. Dans la ville,
tanszar lui assigna uue demeure,
le
fit

Mosconi-

i

Mhkhond.

plimenter par

les officiers

de sa cour et

le

combla

de faveurs. Suivant quelques historiens, Hassan

ne resta que dix-huit mois au Caire, pendant
les quels
il

ne

vit

même pas
les plus

le khalife
;

,

bien qu'il

s'occupât de tous ses intérêts
lait

ce prince ne par,

de lui qu'avec

grands éloges
,

et telle

était l'affection qu'il lui
reils et ses

témoignait

que

ses

pa-

premiers fonctionnaires disaient tout

haut que Hassan serait bientôt
ministre. Sur ces entrefaites
,

nommé
(

premier

Hassan eut plupleine lune
généralissi-

sieurs querelles avec Bedr-Dschemali

de beauté) Emir-Oldscliouyouscb ou

me, qui commandait l'armée des Ismaïlites avec un pouvoir absolu elles avaient eu pour cause la
;

révolution que

lit

naître

,

à cette

époque,

la

suc-

cession au trône de l'Egypte.

Le

khalife avait pro-

clamé son fils Nésar son successeur légitime, tandis
qu'imparti a la tête duquel se trouvait Bedr-Dscbemali, avait nommé

comme
,

seul digne du trône, son
effet
,

autre

fils

Mostéali

qui plus tard , en

suc-

céda à son père. Hassan soutint
sar
,

les droits

de Né,

et s'attira

par

là la

haine du généralissime

qui

,

non content de
,

le traiter

avec la plus grande

animosité

détermina enfin le khalife à faire
fils

emde

prisonner le

de Sabali dans

la forteresse

Damiette

(i).

A peu
(1)

près à cette époque

,

une des tours

les

Mirkhond.


en connût
rent
la

79

~

plus solides de cette ville s'écroula sans qu'on

cause, et les habitans effrayés vi-

dans cet accident

un miracle opéré par
et ses

Mostanszar et Hassan. Alors ses envieux

ennemis
seau qui
avait-il

le jetèrent les

mains

liées

dans un vais-

faisait

voile
le

pour l'Afrique.

A

peine

gagné

large, qu'un vent impétueux
saisit

souleva les vagues et

de terreur l'équipage.

Hassan seul
crainte.

était

tranquille et inaccessible à la

Un

de ses compagnons de voyage lui
la

demandant
«

cause de cette sécurité
(

,

il

lui dit

:

Notre seigneur

Sidna

)

m'a promis qu'aucun
»

malheur ne m'arriverait.
effet

Comme

la

mer en

s'apaisa, les

voyageurs reprirent confiance

et

devinrent dès ce

moment de

fidèles disciples

de Hassan. C'est ainsi qu'il sut profiter du hasard
et

des événemens naturels pour augmenter sa

puissance.

Le sang-froid avec lequel
les esprits

il

bravait les

dangers que présente une mer en courroux, l'aida
a

dominer

par

la

croyance supposée de
les

son pouvoir sur les élémcns. Dans

ténèbres

de son cachot

,

et

au milieu

même de l'orage il ne
dune
tour qui s'é-

cessa de nourrir les ambitieux projets de son insatiable vengeance.

Le

fracas

croule, les feux

de

l'éclair, les

roulemens du

tonnerre,
saient
était la
il

le bruit terrible

des vagues, le lais-

ealme

cl

impassible; son unique pensée
;

fondation de son ordre d'assassins
s'occupait de calculer les

sans

moyens de ren-

80


Un

verser les trônes et d'anéantir les dynasties.

vent défavorable, mais que Hassan appelait de ses
désirs
,

conduisit le vaisseau sur les côtes de la

Syrie, au lieu de le

mener en Afrique. Hassan
Haleb
,

débarqua,

et

se dirigea sur

il

oîi

il

resta

quelque temps; de
dad, Khousistàn
,

se

mit en route pour Bag,

Ispaban

Yesd

et

Kerman, proil

pageant partout sa doctrine; de Kerman
h Ispaban,

revint
il

il

séjourna quatre mois, puis
trois

re-

tourna à Kbousistàn. Après s'être arrêté

mois

dans cetteprovince,
d'années à
sines.

il

se fixa à peu près pour autant


à

il

Damagban et dans les fit un grand nombre de
et

contrées voiprosélytes, et

envoya
resses

Alamout

dans plusieurs autres forte-

dece pays, des Daisd une grande éloquence.

projets futurs,
partit pour

Après y avoir tout préparé pour la réussite de ses il se rendit à Dscbordscban d'oiiil

Dilem

(i).

Toutefois

il

ne voulut point

entrer sur le territoire de Reï, parce qu'Abou-

moslem-Rasi

,

gouverneur de ce
qu'il

district

,

fidèle

aux instructions

avait reçues de

Nisamol-

moulk
et

,

mettait tout en oeuvre pour s'emparer de

sa personne. Hassan se vit

donc
il

forcé d'aller à Sari
prit le

de

là à

Demawend,
à

d'où

chemin de
et

Kaswin, pour aller
d' Alamout, le

Dilem

et enfin à la forteresse

berceau de sa puissance

de

sa

grandeur. Avant ce voyage il y avait déjà envoyé
(i)Mirkhond.


un Je
le

81


les

ses plus zélés et plus habiles missionnaires,
,

Dai IIosscin-Kaïni

pour inviter

habitons à

prêter serment au khalife Mostanszar.

La plus

grande partie obéit, mais Ali-Mehdi, qui commandait la forteresse

au iiomdeMelekschàh,

homme

pieux

et

simple, resta fidèle à son devoir avec un

très-petit

nombre des

siens, et
spirituel

ne voulut recon-

naître

pour souverain
,

que
,

le khalife

de

Bagdad

issu de la famille

d'Abbas

et

pour sou-

verain temporel que le sultan Meleksehâh, delà
famille des Seldjoukides.

Ce gouverneur

était

un

descendant d'Ali, et comptait au nombre de ses
aïeux
le

Daï llalhakk, c'esl-à-dire celui'qui invite
la

à dire

vérité.

Hassan-Ben-Seid-Bakeri asait

bâti cette forteresse

55o ans avant Hassan
repaire

(i).
,

Alaainsi

mout

,

c'est-à-dire

de vautours

nommée
grande
resses

à cause de sa position inaccessible, située

au 84° 5o* de longitude et au 56° de latitude, lapins
et la

plus formidable des cinquante forte-

du

district

de Roudbâr

,

est à soixante

pa-

rasangues au nord de Kaswin. Lepavsest monta-

gneux et

sert

de frontière entre

le

Dilem et

1

Irak,

provinces qui n'ont toutes deux pour les arroser
d'autre fleuve

que

le

Schahroud ou fleuve
rivières portent ce
le

royal.

Cependant deux autres
1

nom
,

;

une prend naissance dans

deKaswin, l'autre qui a sa

mont Thalkan près source dans la montagne

'1

Après J.-C., 860

;

dç l'hégire

,

9.\6.

G


de Schir, parcourt
:

8-2

du iloudbàr d'Aia,

le district

mout comme Iloudbàr peut, en général
duire par paysriverain, ce

se tra-

nom

est

encore com-

mun a un
nord,
le

autre district; c'est celui-ci qui, plus au

est désigné

sous

le

nom d Alamout, pour
,

distinguer

du Roudbàr de Lor
,

situé plus

au

midi, près d Ispahan
fleuve de la vie
,

et arrosé

par le Sendroud
le

comme

Vautre par

Stsharoud

,

fleuve royal (i).

Hassan qui jusque-là avait cherché en vain un
centre où
il

pût établir

le

siège de cette puissance

qu'il rêvait, s'empara enfin

de

la forteresse
,

d Ala-

mout, dans
redseheh
,

la nuit,

un mercredi
la fuite

6 du mois de

483 ans après

de

Mohammed
avant

toqo ans après Jésus-Christ,
la

et sept siècles
les

révolution française

,

dont

premiers auteurs
secrètes
,

furent des

membres de
et

sociétés

qui

comme

les Ismaïlites,

ne voulaient que
des autels.

le

ren-

versement des trônes

Une longue
de

expérience, une connaissance étendue des hommes
jointes à
1

une étude profonde de
au
fils

la politique et
1

histoire, avaient appris

de Sabah que

im-

piété et l'immoralité pouvaient bien quelquefois

avancer

la

chute d'une dynastie

,

mais jamais en

fonder une nouvelle. L'anarchie peut souvent être
utile

aux gouvernés, mais ne doit jamais
;

être le

but des gouvernails

la

masse soumise

à

un ou plu-

.

(i)

Dschihannouma

,

p.

296

et 5o^.


sieurs

83

et

ne peut être maintenue dans l'ordre que morale

par

les lois, et la

une religion

éclairée

sont les seules garanties de l'obéissance des peuples et de la sécurité des princes. Hassan
,

initié à

tous les secrets de la loge

du Caire
la

,

ne tarda pas
;

à dévoiler les plans de son ambition sans bornes
il

ne voulait pas moins que
la

chute du khalifat

de

famille d'Abbas et l'élévation d'un trône
la

nouveau sur

ruine de l'autre. Cet

homme, jus-

que-là simple missionnaire du khalife fatémite

Mostanszar, conçut

le

projet de s'assurer à lui-

même
vre

la

domination au lieu de travailler pour
,

son maître

et

pensa tout autant à renverser l'œu-

d'une politique sage mais étrangère, qu'à

élever et affermir l'édifice de sa propre grandeur.

Comme dans l'opinion des Moslimins, l'Imam et le
Khalife seuls doivent être investis du pouvoir , et

que

les

peuples n'étaient divisés que sur le point
si

de savoir

c'était à la famille

d'Ommia
les

,

à celle

d'Abbas , ou à celle de Fatima que ce pouvoir devait

légitimement se transmettre,

ambitieux

qui voulaient s'emparer de l'autorité suprême
n'avaient d'autre
ercer à l'ombre

moyen d'y parvenir que de l'exkhalifat, qui

du

lui-même

n'était

plus alors qu'un simulacre de puissance , et sous
le

nom

des khalifes rétmans. Ainsi tout récenila famille

ment,
Ircs

des Seldjoukides,
lui avaient
la

qui suivait

en cela l'exemple que
familles, s'était

donné d'audomination

emparé de


de l'Asie sous
le

84

nom

des khalifes de Bagdad.

Hassan Sabali, après avoir inutilement cherché
fortune
à la

cour des Seldjoukides, poursuivi

par

le sultan el le visir,

ne put que

se servir

du

nom du
tection
et
fit
;

khalife
il

du Caire et se couvrir de sa prodevint un modèle d'austérité el de piété,
,

ainsi des prosélytes

à ce qu'il prétendait
,

pour
ne

le khalife et la religion

mais en

réalité

,

il

travaillait

que pour

lui et

dans

l'intérêt

de son

ambition.

11 s'était

mis en possession d'Alamout
et avait

en partie par ruse, en partie par force,
su avec l'aide de la caLalc
(

kabbala

)

légitimer

aux yeux de la multitude
il

les intrigues

auxquelles

devait ses succès;
les lettres

il

trouva fort heureusement
le chiffre

dans

du mot Alamout

480,

qui était celui de l'année courante. Hassan avait

employé contre Mehdi, commandant de
resse au

îa forte-

nom du

sultan

Melekschâh

,

le

même
Il

stratagème aue

l'histoire

nous raconte à l'occasion
et

delà fondation de Cartilage

d'autres villes.

demanda pour 5ooo ducats
cordée
il

la place

que pouvait

contenir une peau de bœuf; cette
,

demande acet

en coupa

la

peau en lanières

en

entoura

le

château. Mehdi, qui déjà auparavant
Ismaïlites de
la

avait exclu les

forteresse

,

et

ne

se croyait pas

obligé

d'exécuter le traité,
à

en fut expulsé
sa sortie
,

et se retira

Hassan lui avait

Damaghan. Avant donné pour le Réï
de Kird-

Mosaffer

,

gouverneur de

la forteresse

•- 85


ainsi

kouh, un mandat laconique
)>

conçu

:

Le

Réï Mosajfer paiera à MehdL descendant
la

d Ali
de la

»
»
»

somme de 5ooo ducats comme prix
!

Jorteresse d'Alamout. Salut au prophète et

à

safamille
tcurs
,

Que Dieu,
soit

le plus

»

nous

en aide.

»

grand des bienfaiMehdi ne pouvant
le

croire qu'un
sait

homme comme
,

Réï

,

qui jouis-

dune
au
lit

haute considération en sa qualité de
fît la

lieutenant des Seldjoukides
tion
billet

moindre attenHassan
la

d'un aventurier

comme

n en

d'abord aucun usage, mais enfin,
la nécessité

cu-

riosité et surtout

l'engagèrent à le

présenter.

A

son grand étonnement on lui remit
stipulée.

de suite
premiers

la

somme

Le Réï

était

un

des

et

des plus fidèles partisans de Hassan
était

comme
Tous

Hossein de Kaïn

un des plus
le

zélés.

les

deux professaient

ses doctrines et
,

parle

couraient, le premier le Dschebal
Kouliistàn
,

second

deux provinces montagneuses au
,

nord de
Hassan
,

la

Perse

afin d'y

faire
,

des prosélytes.

pendant ce temps

entourait sa rési-

dence de formidables remparts et y dirigeait quelques sources d'eau douce.
truire

En

outre

il

faisait

cons-

un canal qui devait amener
,

l'eau jusqu'au

pied de sa forteresse
fruitiers et

plantait partout des arbres

encourageait les habitans à se livrer à
Il

l'agriculture.
utile

prévoyait aussi ce qui lui serait
,

en cas de siège

et

ne négligeait rien de ce qui

pourrait fortifier ce château qui dominait toute


la

86
,


et

province de lloudbàr

rapprovisionner
;

amé-

liorer la culture des terres

mais sa sollicitude

s'occupait

encore bien davantage d'établir sur
solides son système politique et relile

des bases

gieux et de

coordonner avec
1

les idées

qui

avaient présidé k la création de
sassins.
Il s'agissait

ordre des As-

de fonder un empire
et

,

de

lui

don-

ner des institutions

de suppléer par des moyens

extraordinaires au défaut d'argent et de troupes,
ces

deux grands
,

auxiliaires de toute domination.

L

liistoire

en

lui rappelant le sanglant
,

exemple
fait

de Babek

et

de Karmatb , qui

après avoir

périr des myriades d'hommes, étaient

eux-mêmes
montrait

tombés victimes de leur ambition*
qui
se mettait

lui

a quels dangers s'exposait l'impie et le rebelle

on révolte ouverte

contre les

croyances d'un peuple entier. Ses propres expériences lui avaient appris
,

par

le

peu de succès
de répan-

qu'avaient eu jusque-là
lites

les
il

missions des Ismaï-

en Asie

,

combien

était inutile
la

dre la doctrine secrète de

loge

du Caire tant
siècles les
s'était

que

les chefs

ne commanderaient qu'à des intelbras.

ligences et

nonk des

Depuis deux
la

Fatémites régnaient en Afrique;
ouverte d'abord à Mahadia
,

loge

puis

au Caire ; un
organisé en
Ismailites

système de missions secrètes

s'était

faveur des khalifes égyptiens. Mais
avaient k la

si les

vérité réussi à ébranler

le khalifat de


la

87


pu étendre leur emparés à Bagdad des
,

famille d'Abbas
Ils

,

il

n'avaient

puissance.

s'étaient

deux

droits

souverains de l'islamisme
et

bat-

taient la

monnaie
à

commandaient
ils

les prières

publiques; mais

peine purent-ils les conserver
;

une année entière
sitôt

durent

les

abandonner
les

que Bessassiri eut succombé sous

armes

de Togrul. Sous prétexte de servir
des descendans d'Ismaïl
,

les intérêts

ils

avaient propagé a

leur aise leur doctrine impie et athée et
ainsi les liens religieux et

rompu
Ils

moraux de

la société,

sans

songer à

les

remplacer par d'autres.

avaient de
voir les

même

ébranlé les trônes, sans pou-

renverser et s'y asseoir

eux-mêmes.
un
rôle

Toutes ces considérations ne purent échapper à

Hassan

,

qui

,

n'ayant pu parvenir à jouer

dans l'empire des Seldjoukides, dans
part
la

s'était, dès-lors,

vue de son ambition

,

tracé

un chemin

à

comme

missionnaire des Isinaïlites et avait
lui

imaginé un système de gouvernement que

seul était capable de concevoir. Rien n'est vrai et
tout est

permis

,

tel fut
;

toujours le principe de la

doctrine secrète

mais

comme
de

elle

n'était

com-

muniquée qu'à un
té,

petit

nombre de personnes
la plus austère piéle

et se cachait sous le voile
il

retenait les

esprits

sous

joug d'une

obéissance aveugle aux préceptes de l'Islamisme

avec d'autant plus de

facilité

,

qu'il leur faisait

espérer qu'une prospérité éternelle serait larécom-

88
et


de leur abnégation sur

pense de leur soumission

cette terre. Jusqu'alors les Ismaïlites n'avaient

eu

que des Daïs, maîtres,
les

et des Iléfiks,

compagnons;
de

premiers,

initiés seuls

à tous les secrets

cette doctrine, étaient chargés de faire des prosélytes"; les

seconds, qui formaient
les

le

plus grand

nombre, ne

apprirent que peu à peu. L'esprit
s

politique et hardi de Hassan

aperçut bientôt que
el
1

pour exécuter avec
des entreprises
,

prompt.it nde

succès de gran-

il

fallait

créer une roisième classe

pour qui

les véritables secrets

de Tordre devaient
:

toujours être couverts d'un voile impénétrable
ils

devaient n'être que des instrumens aveugles,
,

fanatiques
rieurs.

toujours aux ordres de leurs supé-

Le

fils

de Sabali savait parfaitement que
d'un dévoûment

tout corps bien organisé a besoin non-seulement

d'hommes
Ces

intelligens

,

actifs

et

sans bornes, mais encore de forces -matérielles.

hommes

s'appelaient Fédavi,
,

c'est-à-dire

ceux qui

se sacrifient

les

sacrés

,

et ce

nom

indi-

que suffisamment
dans

à quoi ils étaient destinés.
ils

Nous

expliquerons plus bas par quels motifs
la suite le

reçurent

nom
les

de Haschischin ou Assassins,
habitans de la Syrie. Nous
se servait

que leur donnèrent
exposerons alors

les

moyens dont on

pour

les

accoutumer à

cette obéissance qui seule

pouvait les porter à faire volontairement le sacrifice
(

de leur
)

vie.

Ils

étaient vêtus de blanc
siècles auparavant

,

dealbati

comme

trois

les


sectateurs de
les

89


aujourd'hui encore les

Moeanaa en Transoxanc, avant eux
,

néophites chrétiens

et

pages du grand sultan.
de Mobeiyesé
les
,

Ils se
,

donnèrent

les

blancs

ou de

le nom Mohammere

rouges, parce qu'ils portaient avec leurs habits
,

blancs des bonnets

des bottes ou des ceintures

rouges.

De nos

jours encore ce costume est celui
,

du Liban des janissaires et des bostandschi les gardiens du sérail. Revêtus des couleurs de l'innocence et du sang,
des guerriers et des princes
,

leur vêtement présentait sous la forme

dune

vi-

vante allégorie l'alliance de
tre
;

la fidélité et

du meur-

cette garde

du Grand-maître ne
(

quittait pas

un

instant le poignard

cultelliferi

)

car elle de-

vait erre toujours prête

au premier signal h conétaient

sommer un crime.
vengeance
et

Ils
,

pour

le

chef de

l'Ordre des Assassins

de sanglansinstrumens de

de domination. Le Grand-maître
,

s'appelait Sidna

Sidney

,

c'est-à-dire notre sei,

gneur
dre

,

ou scheikh-al-dschebal
le

c'est-à-dire

le

Vieux ou
dans
l'Irak

Grand-maître de

la

montagne. L'Orsitués
,

s'était

emparé partout des châteaux
montagneuses du pays
et la Syrie, et le

les parties
,

dans

dans

le

Kouhistàn
résidait

\ieux

de

la

Montagne
,

toujours à la forteresse
,

d Alaniout

vêtu de blanc

comme

dans Daniel

le

vieux des jours (i)..llne fut ni roi ni prince dans

Daniel.

7-

g


la signification le titre

90


mot
;

ordinaire du

il

ne prit jamais

de Sultan, de Meleck ou d'Emir, mais seu-

lement celui de scheikh que portent aujourd hui
encore
les chefs

des tribus arabes et les supérieurs
sofis et

des ordres religieux des

des derwiches.

Son

gouvernement

n'était

ni

ne devait être
;

celui d'un

une confrérie

royaume ou d'une principauté c'était un ordre aussi est-ce commettre
,
:

une grande erreur que de
riens d'Europe
,

faire

,

comme
comme

les histo-

de

la suite

des princes des Ascelle des

sassins une dynastie héréditaire

autres princes

;

c était

simplement un

ordre
,

comme

celui

des chevaliers de Saint-Jean

des

chevaliers Tcutoniques ou des Templiers.

La na-

ture des fonctions que, dans ce dernier ordre,

remplissaient le
prieurs
,

Grand-maître

et
,

les
la

Grandstendance
,

ses institutions religieuses

politique de son esprit et de ses doctrines

tout

jusqu à ses véteniens

,

lui

donnait quelque ressemIls

blance avec celui des Assassins.

étaient vêtus

de blanc
sur leur

comme eux seulement une
,

croix rouge
et la

manteau remplaçait

le

bonnet

ceinture rouges. Si les Templiers, dans leurs doctrines secrètes
les Assassins
,

reniaient la sainteté de la croix

,

rejetaient les

préceptes de lisla-

misme. La
était

rè.^le

fondamentale des deux ordres

de s'emparer des forteresses et des châteaux
,

des pays voisins

afin

de maintenir ainsi plus
;

fa-

cilement

les

peuples dans l'obéissance

tous le?


deux
étaient de

91


les

dangereux rivaux pour

princes

et formaient, sans trésor ni
l'état. Les

armée

,

un

état

dans

plaines d'un pays sont toujours dominées

par les montagnes qui les entourent et les châteaux

qu on y
les
la

a construits

:

se

mettre en possession de

ces châteaux par la force

ou par

la ruse,

intimider

princes par toute espèce de moyens, telle était

politique des Assassins.

La tranquillité

se

main-

tenait k l'intérieur, par la stricte observation des

règles positives de leur religion
et leurs

;

leurs châteaux

poignards

les garantissaient k l'extérieur.

On ne demandait aux
ment
dits
,

sujets
,

de l'Ordre propre-

ou aux profanes
1

que
et la

la

rigoureuse

observation de

islamisme

,

privation

du
fi-

vin et de la musique; mais on exigeait des satellites sacrés

une obéissance aveugle

et

un bras

dèle toujours prêt au meurtre. Les recruteurs,
véritables initiés
,

m

travaillaient les esprits

,

indi-

quaient et dirigeaient les assassinats
par
le

commandés

scheikh
les

,

qui

,

du haut de son château

ébranlait

consciences et désignait les victi-

mes.

Après

lui les Daïlkebir

(Grands recruteurs) ou
le

Grands-prieurs, occupaient
étaient ses lieutenans dans
la

second rang;

ils

les trois

provinces où

puissance de l'Ordre s'était étendue, c'est-k-dire
le

dans

Dscliebal

,

le

Kouhistàn

et la Syrie.

Ils

avaient sous leurs ordres les Dais ou
tiés; les

maîtres inik toujours à

Réfiks ou

compagnons, voués

la

9-2

,

défense de la secte et de sa religion

n'arri-

vaient

que par degrés
les

à la dignité de dais. Les

gardes de l'Ordre,

Fedavis ou sacrifiés et les

Lassik^ aspirons, semblent avoir été ses novices

ou

ses laïcs.

Outre
;

les

sept degrés de scheikh,
,

Grand-maître
maître; *éiik
,

daïlkebir

Grand-prieur
fedavi
,

;

daï

,

compagnon;

manœuvre;
il

ctlassik, aspirant et laïc, jusqu'à celui des profanes
,

qui formaient le bas peuple

,

y avait en-

core une autre gradation dans la hiérarchie spirituelle. Elle s'appliquait bien plus à la doctrine

déjà exposée des ïsmaïlilcs

,

c'eet-a-dire des sept
,

imams

parlans et des sept autres muets

qu'à

la

différence des pouvoirs politiques. D'après cette
division
-,

il

y

a dans toute génération

sept per-

sonnes entièrement distinctes lune de l'autre par
le

°

rang quelles occupent; ces personnes sont:

limant

établi par Dieu, 2" la preuve, houdschet,

que les

Ismaïlites appelaient le vase (Esaï);5° le
,

soumassa

qui

tire

la science

du houdschet
qui sont

comme le houdschet
res
,

de l'imam

;

4° les missionnai-

daï

;

5° les

mesouni,

les affranchis

admis au serment (Adlù
nelle; 6° moukellebi,

et à

une promesse solenles chiens,

ceux qui imitent

qui sont à
chiens à

l'affût

des conversions

comme

les

l'affût

du

gibier; j°

moumini,

les croyons
,

ou

le

peuple. Si l'on compare ces deux divisions
suite

on voit de
1

que dans
au

la

première manque
le

imam

invisible

nom

duquel

ccheikh exige


garde dont
il

93


la

l'obéissance des peuples, et dans la seconde
se servait

pour se débarrasser des enreste, les diflerens grades
,

nemis de l'Ordre.

Du

s'accordent parfaitement, car la preuve

houds-

chet

,

répond au Grand-maître
les

,

le

soumassa au
les

Grand-prieur,

mesouni aux compagnons,
les

mou kellebi aux

laïcs;

missionnaires et les fiet les

dèles, c'est-à-dire les

trompeurs

trompés

,

se retrouvent dans l'une et l'autre institution (i).

Nous avons déjà vu que
Âbdollah Maimoun,

la

première société se-

crète qui fut fondée au sein de
lils

lïslamisme par
,

de Kadab

avait sept de,

grés dans sa doctrine.
l'existence
ses

Cette raison

ainsi

que

des sept

disciples le

Imams, avait fait donner à surnom de sectateurs des sept.
,

Cette dénomination
maïlites de l'Ouest
,

appliquée jusque-là aux

Is-

quoiqu'ils eussent porté les

degrés de leur doctrine de sept à neuf, s'appliqua

dans

la suite

aux ïsmaïlites de

l'Est

ou Assassins.
aux Dais
sept

Hassan ne réduisit pas seulement ces degrés au

nombre primitif de
ou missionnaires
points, qui avait

sept;
initiés

il

donna

même

un règlement en

moins pour objet
C'était,

l'instruction

généraledes profanes que les conseils de prudence
à prescrire
le

aux maîtres.

pour

ainsi dire,

catéchisme de l'Ordre.
Il

s'appelait Askhinaï-risk

,

connaissance de sa

i

Mwailiolmolouls.

vocatioji
,

94

hommes
.

et
la

renfermait des données indispensa-

bles

pour

connaissance des
les

;

chose né-

cessaire
initiés

pour choisir

sujels capables d'être

aux secrets de l'Ordre

Au nombre

de ces

maximes
les

étaient plusieurs sentences usitées parmi

Dais

,

qui avaient au fond un sens tout autre
:

que
«

celui qu'exprimait la lettre. Ainsi, celles-ci

Ne jetez
»

pas la semence dans un sol aride. »

Ne
al-

parlez point dans une maison où il y a

une lampe

lumée;

voulaient dire
;

:

Ne prodiguez
loi

point vos

paroles à des incapables

n'essayez pas de soutenir
;

une dispute avec des hommes de
aussi

car

il

était

dangereux de s'adresser à des incapables qu'à
d'un savoir
et

des

hommes
,

de principes à toute

épreuve
la

les

premiers pouvant mal comprendre
;

doctrine et les seconds la divulguer
,

inutiles

tous deux

soit

comme

maîtres soit

comme

ins-

trumens. Ces allégories, qui n'étaient qu'une mesure de prévoyance destinée h voiler les secrets de
l'Ordre
,

ont été aussi employées par deux socié-

tés secrètes les plus

fameuses

,

celle

de Pythagore,

dans l'ancienne Grèce, et celle des Jésuites, de

nos jours. Les paroles mystérieuses qui nous sont

parvenues du premier
est

,

et

dont

le véritable sens

pour nous presque toujours incompréhen,

sible

n'étaient

probablement
semblables

aussi
à

que

des

règles

de

politique

celles

que

l'on donnait

aux Dais. La société de Jésus surhaut point
cette

tout

avait porté à son plus


siste à

95


,

science toute de sagacité et d'adresse

qui con-

distinguer les sujets capables d'être pour

elle des

instrumens habiles. C'est ainsi que, pour

atteindre

un but presque semblable,
les Assassins.

les pythagori-

ciens et les

jésuites durent employer

les

mêmes

moyens que

La seconde règle fon-

damentale de l'Ordre s'appelait Teenis , science
de s'insinuer dans la confiance des personnes;
elle devait servir à

gagner de nouveaux prosélyet

tes

en flattant leurs penchans

leurs passions.


le

Du moment où un jeune homme
piège
,

donnait dans

il

fallait aussitôt faire

naître dans son

ame le

scepticisme le plus complet sur les précep,

tes positifs

en matière de religion

,

et se servir

des absurdités du Koran pour le jeter dans un labyrinte d'incertitudes et de scrupules. 4° Ce n'était

qu'après tous ces préliminaires que

le

candi-

dat était admis à prêter serment (ahd);
tait

il

prometne comdoctrine

une

inviolable discrétion

,

une obéissance
temps
à

aveugle , et s'obligeait en

même

muniquer

à

personne qu'à son supérieur les doutes
mystères et
la

qu'il pourrait avoir sur les

des ïsmaïlites.
nait

La cinquième règle, Teddlis, appreles différences et les

au néophite à distinguer

similitudes qui existaient entre la doctrine et les

opinions des Assassins

,

et celle

des plus grands

politiques et des plus célèbres théologiens. C'était

encore un moyen de le séduire
de
lui

et

de l'exalter, que
des personnages

mettre sous les yeux

la vie


les plus illustres.

96
la

sixième, Tessis, c'est,

Dans

à-dire règle

d 'affermissement

on ne

fesait

que

répéter aux disciples tout ce qu'on leur avait déjà
dit, afin de les affermir dans leur croyance.

La

septième règle, Tecvil, c'est-à-dire interprétation
allégorique, par opposition au Tcnsil, interprétation littérale

de la parole de Dieu

,

terminait

les

cours des Assassins. L'essence de
crète

la

doctrine se-

proprement

dite

était

tout entière

dans

cette dernière règle. Suivant le degré

d instruc-

tion

du candidat

,

il

était

ou Bateni, c'est-à-dire
et

initié

au culte intérieur

au sens des ternies

allégoriques, ou Dkhaheri, c'est-à-dire celui qui
se

renferme dans le cul te extérieur
et

(i).

Au moyen

de cette exégèse

de cette herméneutique astusi

cieuses, et qui de nos jours ont été

souvent ap-

pliquées à la Bible, les articles de foi et les devoirs

d'un Assassin n'avaient

d'autres bases

que de

simples allégories; elles lui apprenaient à ne considérer

comme
,

essentielles
et à

que

la

*

pratique

du

culte intérieur

regarder avec indifférence

l'observation ou
et

la violation des lois
il

de

la religion
,

de

la

morale

;

devait donc douter de tout
:

et

avoir pour principe que rien n'était défendu

Dans

ces hautes doctrines était la philosophie des Assassins;

mais

le

fondateur de l'Ordre ne

les

commu-

niquait qu'à quelques initiés, et à ceux des supé-

(i)

Naszaiholmolouk

,

d'après le

Mewakit du juge Asededdin.

rieurs qui tenaient la

masse sous le joug, en
de ne

lui

im-

posant

la

seule observation des préceptes de l'Isétait

lamisme. Sa politique

faire connaître

ces préceptes d'athéisme et d'immoralité qu'aux

gouvernails, et jamais aux gouvernés; de contraindre les peuples à obéir aveuglement aux or-

dres

de leurs chefs

,

et

de

les

faire

servir
les

a

l'exécution

de ses projets ambitieux,

pre-

miers en

les

accoutumant, à une complète abné-

gation d'eux-mêmes, les seconds en les laissant

librement satisfaire toutes leurs passions. Les études et les sciences devenaient ainsi le partage exclusif d'un petit

nombre. L'Ordre des Assassins
avait

,

pour atteindre son but,
cours

moins besoin du sede celui
des
poiquittait-il
s'était-il

de

la

science
le

que

gnards.

Aussi

Grand-maître ne

jamais le sien.

A

peine Ilassan-Sabah

emparé de
auquel

la forteresse

d'Alamout

,

qu'un Emir
le

le sultan

Melekschàh avait confié
district

comcoupa

mandement du

de Roudbàr

,

lui

les vivres avant, qu'il

eût eu le temps d'établir des

magasins. Déjà les habitans voulaient quitter la
forteresse, lorsqu'Hassan releva

leur courage,
,

en

les

assurant

que

s'ils

restaient avec lui

jamais la fortune ne pourrait les abandonner.

Dès ce moment

le

château reçut

le

nom

de de-

meure de

la fortune.

Le sultan qui d'abord ne

voyait qu'avec mépris les efforts des Assassins fut


tranquillité

98


Hassan qui menaçait
la

réveillé par la révolte de

de l'empire;

il

ordonna

(i) à

l'Emir

Arslanlasch (Pierre de Lion) de s'emparer de Hassan et d'exterminer tous ses partisans. Celui-ci

manquant de vivres, et entouré seulement de soixante-dix compagnons, se défendit avec courage jusqu'au moment où Abou-Ali., son missionnaire dans le Kaswin
dats,
lui
,

il

recrutait des

sol-

envoya

trois cents

hommes

qui, pen-

dant

la nuit, assaillirent les assiégeans et les

mi-

rent en fuite. Après cet échec, Melekschâh re-

connaissant le danger qui le menaçait, envoya
Kisil Sarik,
les

un de

ses plus intimes confidens, avec

troupes du Khorassân, contre Hossein Aïni,
la

missionnaire de Sabah_, qui devait insurger

province de Kouhistân. Hossein se retira dans un
château situé dans
il

le district

de Mouminabad, où

fut harcelé autant

que

l'avait été

Hassan dans
,

la forteresse

d'Alamout. Dans cette extrémité
le

ce

dernier jugea que

moment

était

venu d'exé-

cuter ses projets lcng-temps nourris de
tre et d'assassinat, et

meur-

de se débarrasser ainsi

de ses ennemis

les plus

dangereux. Le sage Nisultans

samolmoulk
Seldjoukides

,

visir

des trois premiers
et

,

Togrul, Alparslan

Melekschâh,

avait été condisciple de Hassan. Ses grands ta-

lens

;,

son intelligence et son activité

,

lavaient

(i)

Après

J.-C. 1092;

de l'hégire 485.

99


il

élevé à la haute fortune à laquelle

étaitparvenu.

Menacé de perdre à la fois la place de visir et les faveurs du sultan, que les intrigues de
Hassan voulaient
à entrer
lui enlever,
le
il

se décida enfin

en lutte ouverte avec
la

maître d'Alamout.

Aussi ce fut
sit

première grande victime que choiinitiés,

le

poignard des Fédavi ou

pour asle

souvir l'ambition

du

fils

de Sabah. Ainsi périt

plus illustre soutien de 1 empire des Seldjoukides.

La mort de Melekschàh
visir;

suivit bientôt celle

de son

on crut

qu'il fut

empoisonné.

A

cette
,

nouet ces

velle

,

toute l'Asie fut remplie de terreur

premiers attentats ouvrirent d'une manière terrible le règne de Hassan
,

dont la politique sangui-

naire chercha des victimes dans toutes les classes

de

la société.

Tel fut
plie de
tale

le

commencement d'une époque remet

meurtres

de vengeances
et

,

également fala

aux ennemis déclarés
;

aux amis de

nou-

velle doctrine (i)

ceux-ci tombèrent sous les
;

poignards des assassins
des princes
les
,

ceux-là sous le glaive

qui , éveillés par les dangers dont

partisans de
,

Hassan menaçaient

les
les

tro-

ncs

mirent tout en œuvre pour

exter-

miner. Les

Imams

et les juristes les plus cé-

lèbres publiaient

de leur

propre mouvement
avis qui

ou par ordre des princes des Fetwa ou

i]

Sfirkhoud.

100


comme
les

désignaient les Ismaïlites

ennemis

les

plus redoutables des trônes et des autels, et les

maudissaient
Ils

comme

des infâmes et des athées.

excitaient les nations à
secte

une guerre ouverte
proclamant que
la

contre la
loi

de Hassan

,

de risîamisme {commandait impérieusement de cette race d'infidèles,
.

la destruction
tats
,

d'apos,

de révolutionnaires

L'Imam Ghasali

un

des plus grands moralistes

de l'Islamisme en

Perse, publia un
la

écrit
,

contre les partisans de
:

doctrine secrète

intitulé

De

la Folie des

partisans de la doctrine de V indifférence en
tière

maDans
des

de religion, c est-à-dire des impies (Moula)
,

hid

que Dieu

veuille

condamner

(i).

la Collection

des décisions juridiques
,

connues

sous le titre de Perles desfetiva (2)

la secte la

Moulaliid de Kouhistân est comprise dans
proscription

même
les

que

celle

des Karmathites, pros-

cription anciennement lancée contre eux par

imams Ebi-Joussouf
étaient

et

Mohammed;
,

leurs biens

abandonnés aux croyans
les tuer
(5), dans le

et tout
,

Mosla

lim pouvait

légalement. Enfin

dans

Réunion

Trésor

(4)

desFetwa, on n'adles

met point

la possibilité

du repentir qui dans

(1)

Ber hamakati

ehli ilahat jeni

Moulahide khaselehum Al-

lah

!

(2) (5)
(4)

Dschevahirol-Fetavi.

Moultakath.
Khasanetol-Fetavi.

101


la

impies qui avaient exercé
supplice est ordonné lors

fonction deDaï, leur
qu'ils veulent se

même

convertir et abjurer publiquement leur erreur, et

regardé

comme légitime,

car le parjure étant un de

leurs préceptes, on ne peut attendre

deux

qu'ils
et

reviennent sincèrement de leur corruption

de

leur scélératesse. Les esprits s'aigrirent ainsi

mu-

tuellement, les gouvernemens se trouvèrent en
lutte

permanente avec l'Ordre
tombèrent

,

et les

sicaires

Ismaïlites

a leur tour sous le glaive

de

la justice (i).

La

vie des grands surtout était dans

un continuel péril. L'Emir Borsak, qui avait été nommé par Togrul-Beg principal gouverneur de la ville de Bagdad Araasch-Nisami auquel Ja;

kout, oncle de Barkjarok
qui régnait alors
(2),
_,

,

sultan Seldjoukide
sa
fille

avait

donné

en mariage

périrent les jiremiers. Les dissentions intes-

tines des frères Barkjarok et

Mohammed,
,

qui se

disputaient l'Irak et le Khorassàn

facilitèrent h

Sabah l'exécution de

ses projets.
,

Ce

sol

ensan-

glanté déjà par la guerre civile

fut

dès-lors le
à

théâtre de continuels assassinats.

Peu
et

peu

les

compagnons de
celles

Hassan s'emparèrent des plus
de l'Irak

redoutables forteresses

même

de
,

d Ispahan

,

de Schahdourr (perle royale)

1

\

.

le

IS'aszaiholmolouk et le Mewakit.
;

(2)

Après J.-C, 1096

de l'hégire 490.

— Aboulféda

,

ail

ann.

49*.

Dschihannouma

,

Mitkhond.

102


le

nouvellement construite par
schâh. Ce dernier chassant

sultan

Mclck-

un jour avec l'am-

bassadeur de l'empereur
tinople,

romain de Constan-

un chien

se

perdit sur

rocher, ou plus tard s'éleva le château.

un plateau de L'amde-

bassadeur observa que son maître aurait
puis

long -temps profité d'une position aussi
et

formidable,

qu'on aurait déjà construit un
la

château

dans un lieu que

nature avait ellesultan, suivit le

même

pris soin de fortifier.

Le

conseil de l'ambassadeur, et c'est ce fort

qui

tomba au pouvoir des
le

Ismaïlilcs.

C'est

pourquoi

peuple disait qu'une forteresse dont un chien

avait indiqué l'emplacement, et dont la construc-

tion était due aux conseils d'un infidèle, ne
vait à la fin
Ils

pou-

que porter malheur au pays.

s'emparèrent encore deDirkoul et de Kalend-

schan, située à cinq parasangues (milles), d'Ispa-

han; deWastamkouh, près d'Abhar, de Tambour,

de Khalaukhan

,

entre Fars et Kouhistân; de Da-

maghan, Firouskouh elKirdkouh, dans le pays de Komis (i); des châteaux de Tabs, Kaïn et Toun,
dans
le

Kouhistân

?

et

de plusieurs autres dans

le

district

de Mouminabad. Aboulfeltah, neveu de
le

Hassan, et Kia-Buzurfïomid avec

Réï Mosaffer et

le Daï îîossein Aini, prirent les forts d'Esdahan,
et

de Lemsir. Tous

les

quatre avaient été dès

le

(i)

Après

J. -G.

ino: de

l'hégire 494-


commencement
les

103


Il

intimes amis de Hassan et les
voulait

principaux propagateurs de sa doctrine.

en cela suivre l'exemple du prophète, dont les
quatre principaux
disciples avaient d'abord été
et Ali.

Eboubekr, Omar, Osman
où ces châteaux
,

L'année

même
tom-

excepté ceux d'Alamout et de

AA astamkouh, conquis dix ans auparavant,

bèrent au pouvoir des Ismaïlites,

les croisés entrè-

rent dans Jérusalem (i). Les chrétiens et les infidèles, les

Ordres chevaleresques et celui des As-

sassins se conjurèrent en

même temps

pour ren-

verser

1

islamisme

et les

princes de cette religion.

Pendant long-temps on n'avait connu en Europe ces sectaires que par les récits des croisés, et
tout

récemment encore les

historiens occidentaux
ils

se sont mépris sur l'époque où

ont fondé leur

puissance en Syrie.
terre Sainte
,

On

les voit paraître

dans la
;

en

même temps que
12
,

les croisés

et

déjà au

commencement du
,

e

siècle,
était

Dschena-

heddevlet

prince d Emessa
,

tombé sous

leurs coups

au moment où
,

il

voulait secourir le

château des Kurdes
le

Hossnal-Akard , assiégé par
(2); quatre ans

comte de Saint-Gilles
il

aupara-

vant,

avait déjà été attaquée dans sa résidence,
il

au

moment où

commençait
;

sa prière, par trois

Assassins persans

RisvYan

7

prince de Haleb

,

1

Aboulféda, ad ann. 494- Dschihannouma

,

Mirkhond.

(a)

De

l'hégire, 490-

Aboulféda, ad ann. 49^-


rival de

104


,

Dschenaheddevlet
<lr>

l'un

des amis

les

plus fidèles

Assassins
11

,

fut

soupçonné d'être

l'auteur de ce meurtre.

avait été

gagné par un

Daï

,

qui, à la fois astrologue et médecin, n'avait

pas besoin de la doctrine de son Ordre pour posséder l'art de tromper les autres et de se tromper

lui-même.

L'astrologue

mourut vingt- quatre
1

jours après cet infructueux essai. Mais avec

insti-

gateur de ce forfait ne s'éteignit pas

le

fanatisme

meurtrier de l'Ordre.

Un

orfèvre persan

nommé

Aboutaher-Essaigli vint remplacer l'astrologue,
et exciter

Riswan à de nouveaux crimes. Ce prince,
les croi-

qui

était

éternellement en querelle avec

sés (i), et son frère
risait

Dokak, prince de Damas, favoétats,

rétablissement des Assassins dans ses

et

comme

leur doctrine était en harmonie avec
,

son impiété et sa corruption

il

formait avec eux

des liaisons d'amitié, et sacrifait ainsi aux intérêts

de sa pusillanime politique ceux de son peu-

ple et le soin de sa
fort situé à

renommée. Sarmin, château
(2),

une journée au sud deHaleb
,

devint

la résidence d'Aboulfettali
bali et

neveu de Hassan-SaLes autres

son Grand-prieur en Syrie.
,

Grands-prieurs furent
sein Kaïni
,

dans

le
le

Kouhistàn HusReï Mossaffer et

dans

le

Komis

Buzurfïomid dans

l'Irak.

Les habitans d Anaméa

'1)

Ibn-Firat et Kamaleddin.

r?chihannouraa.

Y

.

Sarmin.

10ô


commandant de
Klialaf,
la ville

ayant demandé quelques années pins tard (i) les
secours dAboutalur-Essaigli,

Sarmin
il

,

contre
périr
,

le

gouverneur égyptien
possession de

le

lit

prit

au

nom dePùswan,
pendant
auquel
la
il

et joignit à son
la citadelle

commandement
(2).

de Sarmin celui de

d'Apamea

Ce,

ne put se maintenir contre Tancrède

la ville se rendit, et

Aboutaher

fut,
,

contre

parole donnée,

emmené

à Antiochie

ou

le

croisé

ne

lui rendit îa liberté

quau moyen dune
saisit

rançon.

Lbistorien arabe Kemaleddin

à

juste titre cette occasion

pour reprocber à Tanfoi jurée.

crède cette ignoble violation de la

Al-

bert d'Aix au contraire, lbistorien des croisades,
le

blâme d'avoir

laissé la vie à

un

si

grand scéléven-

rat.

Les compagnons d'Aboutaher, dont aucun

traité

n avait garanti
fils

la vie, furent livrés à la et le

geance des
Aboulfettaïi

de Rbalaf,

Grand-piieur
les tournions.
la for-

lui-même expira dans

Tancrède

prit bientôt après

aux Assassins

teresse de Kefrïana (5).

Aboutaber, à son retour cbez sen protecteur,

le

(1)

Après J.-C,

1

11.7.
t.

2

"Wilken, Histoire des Croisades,

11

,

p. 272, d'après

Ke;

niuleddin et Albert d'Aix.

Ce dernier mutile

lous les

noms

il

a

donné
.:

à

Biswan

le

nom
y
<

de Brodoan, à

Apamea

celui de Femia,

M

oataher celui de Botherus et Iravcsli celui d'Assassins en
nussiDei gesla per Francos, p. 55o
e!

celui d"Azopart.

5"]5.

Après J.-C. riioj de l'hégire 604.

106


Abou-ïlarb ïssa,

prince de ïïalcb, se servit de son influence pour
l'exciter à d'autres assassinats.

c'est-à-dire Jésus prie de la guerre, riche

négo-

ciant de
nis
,

Khodschend , ennemi déclare des Batéarrivait à Jïaleb avec

et

qui pour bâter leur chute avait dépensé
,

des

sommes immenses
un

une

caravane
chargés
;

de cinq cents chameaux
assassin natif de Rcï,

richement

nommé Ahmed,
du

fds de Nassr* l'avait suivi depuis les frontières

Khorassàn

,

afin

de trouver l'occasion de venger

sur lui le sang de son frère qui avait expiré sous
les

coups des gens

d' Abou-ïlarb.

Arrivé à Haleb,
et

Ahmed
jet,

se consulta avec

Aboutaher

Riswan

,

qu'il trouvait d'autant plus favorable à son

pro-

que

l'espoir d'un riche butin s'unissait

en lui

au désir de
la secte.

se

venger d'un inplacable ennemi de
les Assassins
,

Aboutaher fournit

et

Ris-

wan quelques-uns de ses gardes pour exécuter le crime. Un jour, au moment ou Abou-Harb entouré
de ses esclaves, comptait ses chameaux,
sassins l'assaillirent
;

les

As-

mais avant de pouvoir en-

foncer le poignard dans le sein de leur victime
ils

tombèrent tous eux-mêmes sous

les

coups de

ses serviteurs qui défendirent leur maître avec au-

tant

d'amour que de courage. Les princes de

la

Syrie, qu' Abou-ïlarb instruisit de cet événement,

accablèrent Riswan de reproches

,

pour avoir

traîtreusement violé

les

droits de l'hospitalité.

L'horreur qu'inspirait déjà un

pareil

attentat

107


mensonges
lui at-

s'augmenta encore lorsqu'on vit son auteur renier
toute espèce de complicité. Ces
tirèrent le

mépris général,

et

Âboutaher

afin

de se

dérober à l'indignation toujours croissante des
habitans de Haleb contre les Ismaïlites retourna

dans sa patrie au milieu de ses sanguinaires com-

pagnons

(i).

L'attaque des Assassins sur

Apamea ne
Mankad

réussit

pas mieux que celle qu'ils avaient tentée sur Schiser

pour l'enlever

à la famille

(2).

Le

jour de Pâques, les habitans de ce château étaient

descendus dans

la ville

pour participer aux ré-

jouissances des chrétiens; les Assassins vinrent

l'occuper en leur absence et en barrer les portes.

A la

nuit, les maris qui n'avaient

pu renen

trer chez

eux qu'avec laide de cordes que leurs
avaient tendues par les fenêtres
,

femmes leur

expulsèrent les Assassins. Peu de temps après

Mewdoud, prince de Moszoul,
leurs poignards

périt à

Damas sous

pendant

qu'il se
ville,

promenait avec
sous le parvis de
le

Tokteghin, prince de cette
la

grande mosquée. Le meurtrier fut tué sur

lieu

même (5). Dans le cours de
Riswan
s'était
,

cette

année mou-

rut

le

grand protecteur des Assassins

qui

tant de fois servi de leurs épées

pour

(1)
(2)

Ibn-Firat et Kemaleddin.

Après J.-C.

1

108
1 1
1

;

tic
;

l'hégire

,

5oï.
,

'.près J.-C.,

5

de l'hégire, J07. Aboulférîa
.

Takwi-

met-Tevarikh, Mirkhond

Aboulfaredsch.


le

10$


de leur mas-

maintien

et

l'agrandissement de sa puissance.
sa

Le moment de
sacre à Haleb.

mort

fut le signal

Le premier

acte

dn gouvernement
le

de l'eunuque Lulu, qui partageait

pouvoir avec
seize

Âkhras,

fils

deRiswan, âgé seulement de
les

ans, fut de mettre à mort tous
fut

Ismaïhtes; ce

moins une exécution légale qu'un grand caret

nage.

Plus de trois cents personnes de tout âge

de tout sexe furent taillées en pièces et deux
cents
à

peu près retenues dans des prisons.
,

Aboulfeltab
avaient
fait

non

celui

que

les

fils

de Khalaf

périr dans les tourmens, mais le fds
le

de l'orfèvre Aboutaber, qui après

retour de

son père en Perse, lui succéda dans le
,

comman-

dement des Assassins de Haleb eut une fin non moins terrible et non moins méritée que son bo-

monyme

;

il
;

fut ses

mis en pièces

à la porte qui

con-

duit à Irak

membres

furent brûlés et sa tête

promenée dans toute
frère de l'astrologue
,

la Syrie.

qui le
,

Le Daï Ismàïl premier avait gagné
paya de son sang
;

les faveurs de lliswan

les

plusieurs des Assassins furent précipités

du baut
,

des remparts dans les fossés. Hossameddin

fds de

Dimlatscb , Daï nouvellement arrivé de
s^ déroba à
à
la
il

la Perse,

vengeance populaire en

se retirant

Rakka où

mourut. Quelques-uns parvinrent

à s'enfuir en Syrie; d'autres,

pour

n'être point

soupçonnés de

faire partie

de

1

Ordre, ne se firent

100


même

point scrupule de dénoncer leurs frères et

de les poignarder. Ainsi les Assassins choisissaient
leurs victimes

au milieu

même

de leurs propres

rangs

;

les trésors
Ils

de l'Ordre furent découverts et
répondirent à ces persécutions
et

confisqués (i).

par de sanglantes

nombreuses
le

représailles.

Au

milieu

d'une audience que

khalife

de

Bagdad

avait accordée à

Tokteghin

,

atahège de

Damas, trois Assassins attaquèrent successivement l'émir Ahmed-Bal gouverneur du KhorasSan que suivant toute apparence ils prirent
,

,

,

,

pour l'atabège; tous

les trois

périrent avec l'é-

mir

,

sieurs fois

ennemi déclaré de l'Ordre, qui avait plumis le siège devant leurs châteaux. Les

gouverneurs des provinces,

comme

spécialement

chargés d'assurer le maintien de

la tranquillité

publique, étaient
maïlites, et

les adversaires naturels des Istels,

comme

désignés les premiers

aux coups de leurs poignards. Ainsi mourut Bedii,
gouverneur de
lialeb, et

un de

ses
;

fils

qui voulait

se rendre à la cour dllghasi (2)
fils

ses

deux autres
à l'ins-

massacrèrent
il

les

deux Assassins; mais

tant

en

sortit

un

troisième qui porta le dernier
le

coup au

fils

de Bedii déjà blessé ;

meurtrier aret II—

rêté et conduit devant les princes

Tokteghin

ghasi, qui le condamnèrent à une prison perpé-

1

Djn-Firat. Après J.-C, iiij;

cîe

l'hégire, Hoc.

(1)

Apres J.-C

11 19

;

de l'hégire, 5i3.


tuëlle,

110

mit

fin à

son existence en se précipitant

dans

les

eaux.
(i), Ilghasi, reçut

L'année suivante

liammed, chef des

ïsmaïlites à Halcb,

dAbou-Moun mes-

sage qui l'invitait à mettre l'Ordre en possession

du château de
?

Schcrif. Ilghasi, craignant la puis-

sance du Dai feignit de leur accorder leur demande, mais avant que les envoyés pussent être

de retour chez leur chef,
détruisirent les

les

habitans de llaleb
les fossés,

murs, comblèrent
château et la

et

ruinèrent

le

ville.

Ibn-Khasla puis-

chschab, qui avait donné ce conseil afin de ne pas

augmenter, par l'abandon du château,
sance déjà
si

formidable des Assassins, le paya de
ils

son sang. Qnelques années plus tard,
rent une

adressè-

demande

à

peu près semblable à Nou-

reddin, le célèbre prince de Damas, pour obtenir
le

château de Bcitlaha; Noureddin se servit du
expédient qu'Ilghasi; les habitans, excités
les for-

même

parleur souverain, démolirent eux-mêmes
tifications. Telle était la

peur des princes,

qu'ils

n'osaient point refuser à cet Ordre les forteresses
situées dans leurs propres

royaumes

et

qu'ils
les lui

aimaient mieux

les faire détruire

que de

abandonner

(2).

La vengeance des

Assassins

immola

aussi d'il—

(1) (2)

Après J.-C.
Ibn-Firat.

,

1120

;

de l'hégire, 5i4-


pire
,

iil


,

lustres victimes. Fakhrolinouîk

gloire de l'emvisir

Aboulmossafer-Ali

,

fils

du grand

Ni-

samolmoulk, qui
père
et

avait hérité de l'emploi de son

de sa haine contre les Assassins, ne cessè-

rent de les poursuivre sous les deux règnes de

Mohammed

et

de Sandschar, mais périrent sous

le glaive des

Ismadites, ainsi que Tschakarheg,
,

fds de Mikaïl

frère

de Togrul

et

grand oncle de
;

Sandschar, sultan régnant des Seldjoukides (i)
ces meurtres furent

pour

lui

de terribles avcrtis-

semcns,
l'effrayer

et

le

fds de

Sabah chercha encore à
crimes.

par d'autres

Quelquefois le

chef des Assassins aimait mieux arrêter ses puissans ennemis en leur faisant entrevoir les dangers qui les
la

menaçaient

,

et

les

désarmer par
inutilement le

terreur

,

que
ses

d'augmenter

nombre de

ennemis par des assassinats trop

souvent renouvelés.

Dans

cette

vue

il

gagna
la ter-

un

esclave

du

sultan, qui pendant le

sommeil

de son maître, planta un poignard dans
re tout près

de sa

tête.

Le

sultan bien qu'ef-

frayé de voir à son réveil cet

instrument de

mort,

ne

laissa

point

paraître ses craintes;
le

mais quelques jours
lui
écrivit
:

après

Grand - maître
sultan

dans

le

style

bref et tranchant de
le

l'Ordre

(c

Sans notre affection pour

Ci)

Aboulféda,

Takwimet- Tevarikh

,

Mhkhond,

Abeulfa-

redsch. Apres J.-C, in.j; de l'hégire, 5o8.

_
» »

110
le


poignard dans
dans
la

on

lui «aurait
,

enfoncé

poi»

trine

au lieu do

le planter

la terre.

Sandschar, qui avait déjà envoyé quelques troupes contre
les

châteaux des Ismaïlites dans

le

Kouhistân, craignit d'autant plus, après cet avertissement, de continuer le siège, que son frère, le
sultan

plus

Mohammed, dune année,

qui avait

fait

assiéger pendant

par l'atabège jNouschteghin-

Schirghir, îes deux plus formidables forteresses de
l'Ordre dans l'Irak, celles d'Alambiit et de Lemsir,

mourut dans

le

moment où

réduites à l'extrémité
(i).

,

elles allaient être forcées

de se rendre

Sa mort

était trop favorable

aux Assassins pour qu'on pût
l'effet

la

regarder

comme

du destin

et

non comme

l'œuvre de leur politique; car ces habiles bri-

gands savaient

se servir

également bien du poiil lit

son et du poignard. Dans sa frayeur

la

paix

avec les Ismaïlites,

sous les conditions

que,

leurs châteaux resteraient

comme

ils

étaient

sans qu'il leur fût permis d'y ajouter de nouvelles
fortifications; 2° qu'ils n'achèteraient ni nouvelles

armes ni nouveaux
5°,
qu'ils

instrumens

de guerre

et

ne feraient point à l'avenir de nou-

veaux prosélytes.

Comme

les légistes

qui avaient
et

unanimement condamné

les

Ismaïlites

leur

impiété, ne voulaient entendre parler ni de négociations ni de paix, le peuple

soupçonna

le sul-

(i)

Après J.-G.j

1 1

17

;

de l'hégire, 5ir.


pendant
la

113

tan d'être partisan de leur infâme doctrine. Ce-

paix fut conclue, et Sandschar exempta
les Ismaïlites

non-seulement
péages dans
il

de tous impôts

et

le distuict

de Kirdkouli , mais encore
pension annuelle une par-

leur assigna

comme

tie

des revenus du pays de Koumis. La puissance

de l'Ordre prenait ainsi chaque jour de nouveaux
accroissemens. Mais ce n'était pas seulement depuis son avènement au trône, que le sultan Sandschar, avait fait preuve de bienveillance

pour

les
il

Assassins; déjà depuis douze ou quatorze ans,
était à leur

égard dans

les

mêmes sentimens
l'Irak,
il

;

car

à son départ
visité à

du Khorassân pour
le

avait

Damaghan

vénérable Réï Mossafter,

qui,

comme nous
et lui avait

l'avons vu plus haut, s'était

déclaré

un des premiers

partisan de Hassan-Sales trésors

bah,

obtenu par ruse

de

l'émir David Habeschi. Quelques officiers voulaient qu'on
saffer;

redemandât ces trésors au Réï Mosle

mais Sandschar, auquel

Réï assura que

lui

ainsi

que

les

autres habitans

du château

avaient été de tout temps de fidèles serviteurs

du
Il

prince, le combla de bienfaits et d'honneurs.

mourut quelque temps après

,

honoré

comme

le

patriarche delà nouvelle doctrine, à l'âge de cent-

un ans

(t).

(i)

Mirkhond, Après J.-C,

i

io4

?

«le

l'hégire. 498,

S

114

à.

llassan-Sabïih survécut

ses disciples les plus

dévoués, et à ses plus proches parens auquels les
liens
la

de l'amitié

et

du sang

paraissaient assurer
*

succession dans le gouvernement de l'Ordre
,

des Assassins. Son neveu Aboulfettah

Grandle

prieur de Syrie, était tombé sous le fer de ses

ennemis

;

IIosscin-Kaïni,

Grand-prieur dans
le

Kouhistàn avait péri sous
sous celui d'Oslad
,

poignard, peut-être

un des

fils

de Hassan

;

Ostad

lui-même et son

frère étaient

morts frappés par

leur père dont la fureur cherchait à s'assouvir mê-

me

dans son propre sang sans s'inquiéter de

la

culpabilité

ou de l'innocence de

ses

fils,

sans gar-

der de proportions entre la faute et le châtiment
il

les sacrifiait,

non

à la justice, mais à sa terri-

ble politique. Car, dans l'Ordre, tous les liens de
la

parenté et ceux de l'amitié étaient rompus,
plus étroitement les

afin d'unir

membres par

la

fraternité

du crime
le

et

de

la scélératesse.

Ostad

c'est-à-dire

Maître ,

nom

qu'il avait pris proh son père

bablement dans l'espoir de succéder
dans
la dignité

de Grand-maître,

et

son frère, fu-

rent soupçonnés, l'un d'avoir participé au meurtre de lïossein-Kaïni
le
,

1

autre d'avoir

bu du

vin

;

premier d'avoir commis un meurtre sans en
reçu
l'ordre
loi
,

avoir

le

second

d'avoir

trans-

gressé

une

de

l'islamisme dont la

rigou-

reuse observation était
L'assassinat

un

des premiers devoirs.

judiciaire des

deux

fils

de

lias-

115

un sanglant exemple, aux profanes et aux initiés comment il punirait à l'avenir toute infraction aux lois du
san par leur père avait prouvé, par
culte extérieur et
térieure.

aux règles de
,

la discipline in-

Cependant

il

est à croire

que d'autres

motifs encore déterminèrent le Grand-maître à

tremper

ainsi ses

mains dans son propre sang.
fils,

Peut-être les deux

las

père, attendaient-ils sa
peut-être ce

du long règne de leur mort avec impatience
,

dernier les croyait le

il

incapables

de lui succéder dans

gouvernement, parce

qu'ils n'avaient point appris à obéir,
sait-il les qualités nécessaires pour

ou leur refune

exercer une pa-

reille

puissance
la

:

enfin l'on peut supposer qu'il

leur

donna

mort que pour ne pas faire de

sa fa-

mille une dynastie en laissant par droit de succession son pouvoir a ses
la dignité
fils. 11

voulait peut-être que

de Grand-maître de l'Ordre ne se trans-

mît pas par hérédité, mais qu'elle fût conférée au
plus digne, c'est-à-dire au plus habile et au plus
fourbe.
point,
si

D'ordinaire
je puis

,

la

nature humaine n'est
ainsi,

m'exprimer
;

une nature de

démon
tifs

(teuflisch)

lhistorien qui doute des

mo-

d'une action ne doit donc pas admettre les
le

plus criminels; mais chez

créateur

dune

société

de meurtriers

,

chez

le

fondateur de l'Ordre des

Assassins, ce qu'il y a de plus atroce est le plus

croyable.
11

ne

restait

plu s de tant de

fidèles mission-


«aires de
la

116


le

doctrine secrète que

Daï Kia-Buzurle

gomid, qui depuis vingt ans qu'il avait conquis

château de Lemsir, ne l'avait pas quitté, et AbouAli,

Daï dans le pays deKaswin. Lorsque Hassansentit

Sabah
Daïs à

approcher sa

fin

,

il fit

venir ces deux
la di-

Alamout

et les investit, le

premier de

gnité de Grand-maître, et le second du

comman(i)

dément des forces extérieures. Ainsi
le
lité

mourut

fondateur de l'Ordre au sein d'une tranquil-

que

ses

crimes ne lui méritaient pas

;

il

avait

alors près

de soixante-dix ans.
avait

A

peine âgé de

20 ans

,

il

commencé

ses études avec

Nisal'I,

molmoulk, pendant le règne de Togrul, sous

mam Mowafek
souillé

;

son règne avait été de 55 ans
et

de sang
il

de meurtres

:

pendant cet es-

pace de temps
le

n'avait pas quitté

une seule

fois

château

d' Alamout et

deux

fois

seulement sa
;

chambre pour
vieillesse
,

aller sur la terrasse

mourut de

mais jusqu'à ses derniers
encore ses projets
révoltes
le
et

nourrissait
ditait les

momens il ambitieux mé,

les

assassinats

qui

deet

vaient

amener

renversement des empires,
de l'Ordre
et le

dictait les règles

catéchisme de sa
sa

doctrine.

Immobile lui-même au centre de
,

puissance

il

en étendait

les limites

jusqu'aux
;

extrémités du Khorassân et de la Syrie

la

pluses

me

à la main,

il

dirigeait les poignards

de

(1)

Après J.-C. ii?4; de l'hégire, 5i8.


était,

117


il

Fédavi. Instrument terrible de la Providence,

comme

la peste et la

guerre un fléau pour

les

souverains faibles et les peuples corrompus.

119

LIVRE

III.

Rogne de Kia-Buzurgomid

et

de son fds

Mohammed.

Kia-Bczurgomid, d abord lieutenant
sionnaire

et

mis-

de

Hassan

,

fut

ensuite son

succesIl

seur et l'héritier de sa puissance spirituelle.
suivit fidèlement les traces sanglantes

du fondacelui
et

teur de l'Ordre. Son pouvoir,

comme

de
des

Hassan

,

avait
;

pour appui des poignards

châteaux

les

principaux chefs des ennemis de

l'Ordre périrent sous les coups des Dais ou tremblèrent devant le fer
leur poitrine.

constamment dirigé contre
furent
celle

De
(i),

nouvelles forteresses

conquises

ou construites.

Ainsi s'éleva

de Maimoundis
la

dont la chiite amena plus tard
-

mort du

Grand

maître et l'extinction

de

l'Ordre; Abdolmelek en fut

nommé

dehdar, ou

gouverneur.

Cette précaution de Kia-Buzurgo-

mid
(1)

était d'autant plus nécessaire,

que

le sultan

Après J.-C, 1126; de

l'hégire

,

5ao.

120


comme le
protec-

Sandschar, regardé long-temps

teur secret de l'Ordre, se déclara de nouveau. et

publiquement son ennemi.
de
la

Au mois

de schaaban

même

année
le

,

latabège Schirghir envahit
le

avec son armée

pays de Roudbâr;

corps que

Kia-Buzurgomid envoya
et

à sa rencontre le battit

rapporta un riche butin (i). La guerre prit un
,

caractère plus acharné

lorsque l'année suivante
fit

Sandschar envoya une nombreuse armée qui
fureur du sultan

éprouver aux Bathenis des pertes considérables
(2);

mais rien n'égala

la

Mah-

moud,

oncle de Sandschar et son successeur sur le
11

trône des Seidjoukides à Iran.

essaya de combat-

tre les Assassins avec leurs propres
fidie et le

armes ,

la

per-

meurtre. Après avoir
à

fait

pendant quel-

que temps une guerre ouverte

Kia-Buzurgomid,

demander par son grand fauconnier Berenkesch qu'on lui envoyât quelqu'un d Alamout pour traiter deîa paix. Kia-Buzurgomid lui
fit

Mahmoud

adressa le Khodscha Moîiammed-Xaszihi-Scheristàni
;

il

fut

admis
,

à

l'honneur de baiser
en
effet

la

main du
mots sur

sultan
la

qui lui dit

quelques
,

paix; mais "en sortant

du palais
que
(5).

il

fut assailli parle peuple et tué ainsi

le ïléfik

(compagnon) qui lavait accompagné

Le sultan
1
I

se

lit

excusera Alamout de cette action

M

rkhoml.
.

(3)
3;

Takv.ïmet-Tevuiikh. Ap.is J.-C.

1

127

;

de l'hégire, 021.

Mirkhond,


à laquelle
il

121


:

assura n'avoir point participé. Kia«

lïuzurgomid répondit à l'envoyé
»

Retourne chez
:

le

sultan

,

et dis-lui
foi

de

ma

part

Mohammed;

»
m

Naszihi a eu
il s'est

dans tes perfides protestations

rendu à
,

ta

cour dans cette confiance. Si
les assassins à la jus-

» tu dis vrai
» »

abandonne
la

tice

;

sinon attends

vengeance du Grand-maîpoint attention a ces pa-

tre. »

Mahmoud ne

fit

roles. Bientôt après,

jusqu'aux portes

un corps d'Assassins pénétra de Kaswin tua 400 hommes et
,
,

emmena trois
ou chameaux

mille brebis
et

deux cents chevaux
et

deux cents bœufs

ânes (1). Les
,

habitans de Kaswin les poursuivirent

mais

la

mort de leurs principaux concitoyens
dans leur poursuite
sultan
(2).

les arrêta (5)
,

L'année suivante

le

Mahmoud s'empara

cl'Alamout la plus for,

midable des forteresses de l'Ordre
perdit

mais

il

la

peu de temps après.

11

envoya en

même

temps mille

hommes

contre

le

château de Lemsir;

mais ces troupes, à
après la mort de

la

nouvelle de l'approche des

Réfiks, prirent la fuite sans coup férir. Aussitôt

Mahmoud

,

qui

était

probable-

ment l'œuvre des Ismaïlites, les Réiiks envahirent de nouveau le territoire de Kaswin enlevè,

rent deux-cent-einquanlc chevaux et massacrè-

rent cent

Turcomans et vingt des principaux de
,

la

1

vprè* J.-C.

1

128; de l'hégire

,

52Ô.

'

1
7

Mirkhcnd.

Takwimet-Tevarikh,


ville.

122


les

Après cette expédition,

troupes de l'Orcontre

dre quittèrent Alamout pour marcher

Abou-Iïasehcin
s'était

,

descendant d'Ali
dignité

,

qui à Ghilan

arrogé

la

d'Imam

et invitait les

hâbifan S à le reconnaître pour leur maître légitime.
seiller

Kia-Buzurgomid

lui écrivit

pour

lui

consa

d'abandonner ses projets. Mais
était pleine d'injures
,

comme
,

réponse

contre la doctrine
le

des Ismaïlites

ils

lui déclarèrent la guerre

battirent h Dilem, le firent prisonnier, et après en

avoir délibéré en conseil de guerre,
lèrent vif (i).

ils

le

brû-

Après

la

mort de Mahmoud ,

Itsis

,

prince réle

gnant de Khowaresm, pays situé entre
sân et l'embouchure de l'Oxus,
soud, successeur de
alla

Khoras-

trouver Mes-

Mahmoud
le

sur le trône des

Sedjoukides, afin de
jets

faire participer à ses

pro-

d'exterminatiou contre les Ismaïlites. Quoile

que

Khawaresin etleKouhistàn, où les Assassins

s'étaient fixés

comme

des oiseaux de proie sur les

pics des rochers, fussent séparés l'un

de l'autre

parle pays de Khorassân,
craignit,

le

schah de Khowaresm

non sans
,

raison, l'approche d'aussi
les

dan-

gereux voisins

dont

poignards atteignaient

même

les

ennemis

les plus éloignés.

Le sultan

Messoiid, d'accord avec le schâh de
l'investit

Khowaresm,

des biens que Berenkesch, son grand fau-

(»)

Mirkhond.

12S

connier, avait jusqu'alors possédés à titre de feu-

dataire.Berenkesch irrité de ce traitement, quittala

cour de son maître

et se réfugia

chez Kia-Buzurses

gomid, après avoir envoyé d'abord

femmes

et

sesenfans au château de Dherkos, qui appartenait

aux Ismaïlites. Quoique Berenkesch eût jusqu'alors été leur

ennemi mortel

,

quoiqu'il les eût
,

poursuivis non-seulement à force ouverte

mais

encore avec leurs propres armes
trahison
utile
et
,

,

la perfidie et la

la politique

de Kia-Buzurgomid, jugea
v

de

le

prendre sous
1

la

protcction de l'Ordre

de lui accorder

hospitalité.

Sa conduite

était

d'autant plus prudente que le schâh de

Khowa-

resm, qui jusqu'ici avait entretenu des relations
amicales avec les Ismaïlites
déclaré leur ennemi.
,

s'était

tout à coup

Le schâh envoya un ambassadeur au Grand-maître pour lui demander l'extradition de Berenkesch. L'ambassadeur s'exprima

en ces termes
» »

:

«

Berenkesch

et sa suite

étaient

autrefois vos

ennemis déclarés, tandis que moi,
;

au contraire, je vous fus constamment attaché
lorsque
sédait
si

»
»
»

le

sultan m'a investi des
,

fiefs

que pos;

Berenkesch

il

s'est

réfugié chez vous
,

vous voulez

me

le livrer

notre amitié n'en
»

»

sera a l'avenir
à

que plus intime.
l'ambassadeur
,
:

Kia-Buzur-

gomid répondit
»

«

Le Schâh de
li-

Khowaresm

dit vrai

mais jamais nous ne

» vrerons nos protégés a leurs ennemis. »

Ce re-


fus
fut

124

une des premières eauses des longues

querelles

du Scbàh de Khowaresmet de Kia-Bu(i).

surgomid
Il

était

naturel que les princes, aveuglés pendant
les fausses

quelque temps par

démonstrations des
la

missionnaires et par les attraits de
crète,
s

doctrine seils

commençassent par l'embrasser; ensuite
la

en détachaient dans

crainte de périr sous les
le sultan

coups de leurs nouveaux amis. Ainsi
Sandschar, et
Itsis,

schàh de Khowaresm, qui d'a-

bord figuraient au nombre des partisans de l'Ordre, devinrent plus tard ses
acharnés. Ainsi,

ennemis

les

plus
les

comme
ils

nous avons déjà vu,
fils

Assassins furent exterminés à Haleb par le

de

Riswan

,

sous lequel
;

avaient joui de la plus
le
,

haute influence

ils

eurent

même
il

sort à

Damas

où, sous

le

règne de Bousi

avaient

sant protecteur dans la personne de son visir
her,
fils

de Saad de Masdeghan. L'assasin

un puisTaBehram,
sa

natif d'Astrabad en Perse, qui avait

commencé
,

carrière par le meurtre de son oncle
les faveurs

sut
le

gagner
château

du

visir,

qui lui abandonna

de Banias, de
avait remis

môme
(2).

que précédemment Riswan
la forte-

au neveu de Hassan-Sabah

resse de
située

Sarmin

Banias, l'ancienne Balanea,
petit

aux bords d'un

golfe

,

donna son

>i)
(q,)

Mirkhond.
\bonlféda
.

adann.


nom
à

125

un château fort construit en 1062 après J.-C. et Tan 454 dé l'hégire. ïl est a une parasangue ou 4000 pas de la mer, dans une plaine fertile et entrecoupée d'un grand nombre de ruisseaux, oii
autrefois paissaient à Taise cent mille taureaux
(
1

)

La

vallée qui reçoit ces

pelle

nombreux ruisseaux s'apWadiol-Dschinn vallée des démons l'éta, ;

blissement des Assassins l'avait bien rendue dipne

d'un pareil nom.

De

ce repaire

ils

s'emparèrent
(2)

des forteresses et des châteaux
et

du voisinage

Banias fut pendant long-temps le centre de

leur puissance en Syrie; douze années plus tard
ils

en transférèrent

le siège à ?»Iasziat.

Behram, avec

le

secours des princes Ilghasi et
et

Tokteghin, fut long-temps à Haleb

Damas l'inset l'audace

trument des projets occultes de l'Ordre; mais après
la

conquête de Banias

,

la

puissance

des Assassins ne connurent plus de bornes.
les

De tous

côtés
il

ils

affluèrent

vers ce

nouveau cen-

tre, et

n'y eut pas de prince assez hardi pour

couvrir de sa protection quelques-uns de leurs

ennemis. Les légistes,
les

les théologiens

,

et surtout
,

sunnites

,

ces victimes vouées à la mort

n'o-

sèrent plus proférer

une parole, redoutant égaleet la

ment

le

poignard des Assassins

défaveur des
les

princes.

Behram tomba

enfin,

non sous

coups

1

Vprès J.-C,

1

128
,

;

de PÎiégire
>

5:>.3.

1

Dschihannouma

p. 55


«le la

126


,

vengeance des souverains

mais sous ceux
,

des habifans de la vallée de Tain

dans

le district

dcBaalbek, qui étaient presque tous des Noszaïris,
des Druses et des magiciens. Le vaillant Dohak,
leur chef, qui brûlait
frère Barak,
iîls

du

désir de venger son

de Pscliendel, assassiné par ordre

de Beliram, réunit dans cette vue les troupes de
la vallée à celles

de

Damas et des
il

autres villes voi-

sines. Beliram, à la tête des Ismaïlites, espérait les

surprendre sans armes, mais

tomba lui-même

entre leurs mains et fut coupé par morceaux. Sa
tête et sa

main furent envoyées en Egypte

oii le

khalife, après avoir revêtu le

messager d'un habit

magnifique, les

fit

porter en triomphe au Caire et

h Fostath. Les Ismaïlites qui s'étaient sauvés

du

massacre de Taïn se réfugièrent à Banias, dont

Behram
fil

avait avant cette expédition confié le gou-

vernement à Ismaïl le Persan. Le visir Masdeghani
alliance avec ce dernier,

comme

il

lavait déjà

fait

avec son prédécesseur. Pour la conclure Ismaïl

avait

envoyé à Damas un de

ses missionnaires,
,

nommé Aboulwefa,
mais qui de
lité
fait

c "est-à-dire père de lafidélité

pouvait servir de modèle d'infidé-

(i).Parses intrigues il obtint non-seulementla

place de Daïlkebirou de Grand-prieur, mais encore
celle

de Ilakem ou premier juge de

district.

(i)

Kemalecklin et Ibn-Firat. Celui-ci donne au
le

visir

Masde-

ghani

nom

de Mardekani

,

et à

Buse

,

prince d'Halel), celui

de Buri.


Les
Isinaïlites

127


la dignité

du Caire

réunissaient quelquefois

dans une

même

personne

de Grand-

prieur de la loge (Dail-doat.) et celle de Grand-

juge

(

Kadhiol-Kodhat
était le

).

Comme

l'exercice d'un

pouvoir absolu

but spécial de l'Ordre, et

comme
étaient

moyens qui pouvaient y conduire permis , Abouhvefa voulut augmenter ses
tous les
et s'agrandir

conquêtes par la trahison
fidie.

par

la per-

Les croisés, dont

la

puissance en Syrie pre-

nait tous les jours de
lui

nouveaux accroissemens

parurent les instrumens les plus capables

d'exécuter ses projets.

Ennemis

déclarés de

l'is-

lamisme,

ils

étaient les alliés naturels de ses plus

dangereux adversaires. La doctrine de

Moham-

med,

ébranlée à l'extérieur par les croisés et
la

minée intérieurement par
être

corruption, l'im-

piété et l'irYeligion de l'ordre des Assassins, allait

menacée d'une chute plus rapide
d'Europe
,

et plus cer-

taine, si les pèlerins

qui s'étaient

cou-

verts de fer

pour conquérir

la

Terre- Sainte, se

rencontraient avec les Assasins dans une

commul'is-

nauté d'efforts pour planter sur les débris de

lamisme

la

croix et les poignards. Dans ce but,
traité secret
il

Abouhvefa conclut un

avec le roi de
li-

Jérusalem, en vertu duquel

s'obligea à faire

vrer aux chrétiens la ville de

Damas un
la prière

vendredi.
la

Pendant que l'émir Bousi
et

et les

grands de

cour

de l'armée assisteraient à
la

publique

dans

mosquée

,

il

devait en occuper les accès


avec ses Assassins
et

128


lui

ouvrir aux chrétiens les portes

Le abandonner la
de
la ville.

roi

promit en récompense de

ville de Tyr (i). Le Grand-maître des templiers

,

Payons., paraît avoir, le premier, engagé

Hugues de Baucette

douin

II

,

roi de

Jérusalem

,

à conclure

étrange

alliance.

Cet ordre, fondé

en

1108,

existait déjà depuis dix ans

obscur

et

peu connu.
,

Outre

les

trois

vœux

ordinaires de l'Evangile
et

de pauvreté, de chasteté

d'obéissance
était

,

le

premier devoir du templier
les infidèles et

de combattre

de protéger les pèlerins. D'abord,
,

ce

ne

fut

qu'une société sans statuts
;

sans

uniforme de chevalerie

mais

,

après que saint

Bernard
qui
fut

lui eut

donné une règle fondamentale
le

pape Honorius I , cette société s'éleva à un haut degr * de splenconfirmée par
et

un puissant ordre de chevalerie institué pour la défense du saint sépulcre et la protection des pèlerins (2). Ses membres se
deur
devint

partageaient

,

d'après

leurs
,

statuts

,

publiés
frè-

par
res
,

Mirœus

,

en chevaliers

écuyers et

grades correspondant à ceux de compagnon
d'aide (fedavi)
,

(refit),

et

de

laïc

(lassik).

Les

Prieurs

les

Grands-prieurs

et le

Grand-maître

des templiers étaient les Dais, les Daïlkébirs, et

leScheikh delà montagne. Les Piéfiks portaient des
(1)
(a)

Aboulf.. ad. ann. 523. Guill. de Tyr,

t.

xm,

a5.

Antou

,

Histoire de l'ordre des Templiers, p. io-i5.


valiers,

1-29

habits blancs avec des ceintures rouges, les che-

des manteaux blancs sur lesquels était

une croix rouge. Les Assassins en Asie, les Templiers en Europe possédaient une multitude de
châteaux.

année

(i)

Le Grand - maître Hugues vint cette à Jérusalem, accompagné d'un grand
chevaliers et de pèlerins qui, sur ses

nombre de

exhortations, avaient pris la croix et s'étaient ar-

més pour conquérir
Après
la

le

tombeau du Christ

(2).

Dès

son arrivée on résolut de faire le siège de Damas.

mort récente de Toktéghin

,

homme

à

juste titre redouté des croisés, son

fils

TadscholsuccéIs-

molouk-Bousi (couronne des

,

rois) lui avait

mais son

visir

Taher-Ben-Saad, ami des

maïlites et par lui le

commandant Behram,
,

et

ensuite le juge Aboulwcfa
la trahison

qui avait concerté

de la ville de Damas, y gouvernaient nom. Tadscholmolouk-Bousi informé sous son
à

temps des projets des Ismaïliies
décapiter

,

fit

sur-le-

champ

Taher,

fils

de Saad,

et

donna

ensuite des ordres qui furent à

Damas

le signal

du massacre des Assassins. La mort de

six mille

d'entre eux vengea les victimes de leur fanatis-

me. Pendant ce carnage, une armée nombreuse
de chrétiens s'avançait dans l'espérance de voir
se

réaliser les

promesses d'Aboulwefa
t

cl

était

1

Après J.-C. 112g; de l'hégire 524.

2

Wilken, Histoire des Croisades,

i.

11,

p.

566

9


déjà arrivée à

130


le
,

Mardsch-Safar, près de Damas.

Outre un grand nombre de pèlerins d'Europe,
roi et les
le

barons de Jérusalem avec leurs
le

alliés

prince Bernard d Anlioche,
et Joscolin

comte Pontius
de pa-

de Tripoli,
>

(ou Josselin) d'Edesse suiet

aient avec

une multitude de chevaliers

ges .Le gros de l'armée sous les ordres
table

du conné-

Guillaume deBuris,

s'était

mis en route avec

mille cavaliers pour chercher des vivres et piller
les villages
;

mais comme, suivant l'habitude des
,

armées croisées
s'étaient

ils
,

marchaient sans ordre
ils

et

dispersés

lurent attaqués à l'imsoldats de

proviste par
et

une poignée de
tous
;

Damas
restaient

périrent presque
la défaite

ceux

qui

apprenant

honteuse de leurs frères,
,

coururent aux armes
de l'ennemi l'insulte

pour laver dans
faite

le

sang

à l'armée chrétien-

ne

:

mais un

ouragan

et

une complète obséclairs,
le
,

curité

que perçaient seulement quelques
dans leur ardeur
;

les arrêta

tonnerre gronda
des
torrens

avec

d'effroyables

roulemens

de

pluie inondèrent les chemins, et

comme si l'ordre

des saisons se fût tout à coup interverti, les eaux
se

changèrent en neige

et

en glace. Quoique ces

révolutions subites de l'atmosphère soient assez

fréquentes dans cette partie

considérèrent cet

du monde, les croisés événement comme un phéno-

mène

surnaturel. L'auteur de cette histoire en a

souvent vu de semblables dans ses voyages en


de JMarmaris.
flotte

131


lors

Orient, et surtout dans l'anse parsemée de rochers

En 1S01,

de l'arrivée de

la

anglaise qui amenait l'armée de terre des-

tinée à envahir l'Egypte, à la nuit tombante, les

nuages s'épaissirent
pitèrent
les

,

des torrens d'eau se préciet entraînèrent

du haut des montagnes
et les tentes; le bruit

armes

coups de tonnerre qui se

du vent et des succédaient avec une in-

croyable violence, couvrirent le porte-voix des
vaisseaux en danger qui s'abîmaient sur leurs ancres.

Le

matin

,

lorsque l'ouragan
,

qui avait

duré toute

la nuit se fut apaisé

l'œil

ne

vit

que

des mâts brisés par la foudre, et les traces de
l'éclair

sur les rochers presque entièrement cou-

verts de neige.

Une

pareille

tempête

assaillit,

dans

l'antiquité, l'armée des Gaulois sous les ordres

de

leur

Brenn
(i).

lorsqu'elle ravagea le temple de Delfut alors considéré

phes

Ce phénomène

com-

me une

punition que le ciel infligeait à l'audace

impie des Gaulois; de

même

les croisés

crurent

y reconnaître un signe de la colère divine excitée par leurs péchés et leur alliance avec les Assassins.

D'une amitié aussi odieuse

les croisés

ne re-

tirèrent

qu'un seul avantage. Ismaïl, commandant
la crainte

delà forteresse de Banias, dans
lagerle sort de ses frères de
chevalier Rainen de Brus, la

deparau

Damas,

la livra

même

année

oîi le

(i)

Justini EpitoniC)

1.

xxiv,

c. 8.


joukidc

132


les

château fort d'Àlamoui se rendit au sultan seld-

Mahmoud,

(i)

Presque tous

châteaux

des Assassins en Perse et en Syrie étaient alors au

pouvoir de leurs ennemis,

et l'ordre se voyait

me-

nacé d'une chute prochaine. Mais l'esprit entreprenant et persévérant de tous ses membres répara bientôt tous ces échecs

momentanés. Peu de

temps après, Alamout et Banias furent repris par
leurs anciens maîtres. Pendant le siège delà ville

de Jaffapar Rainen de Brus
la

et le roi
le

de Jérusalem,

valeur d Ismaïl reconquit
et

château de Banias
fit

(2)

parmi

les

prisonniers qu'il

se trouva

l'épouse

de Ptainen.

Au

bout de deux années,
lui rendit la

dans une suspension d'armes, Ismaïl
liberté

moyennant rançon
il la

;

Rainen

la reçut

avec
,

tendresse, mais

répudia peu de temps après

ayant été instruit qu'elle avait violé son serment

de

fidélité et

eu commerce avec
lui
fit

les
la

ennemis de

la

foi.

Son repentir

accorder
à

permission de
(1).

se retirer dans

un couvent

Jérusalem

A

cette

époque, plus

les entreprises guerrières
ils fai-

des Ismailites étaient malheureuses, plus

saient de victimes; l'Ordre n'était jamais plus

redoutable

même pour

ses plus puissans

ennemis,

que

lors qu'il était

menacé d'un

péril

imminent.

(1)

Après J.-C.

1

12g

;

de l'hégire 524l'hégire 027.
t.

(2) (5)

Après J.-C. 1102; de

Wilken, Histoire des Croisades,

Il, p.

612.


L'histoire

133

du règne sanglant du Grand-maître
illustres assassinés

Kia-Buzurgomid ne nous présente qu'une longue
liste

d'hommes

par ses ordres.

Les écrivains orientaux ont coutume d'ajouter
à la fin

du règne de chaque prince

la liste

des

grands
gués

hommes

d'état,

des militaires

distinles

et des

savans contemporains; de

même

Assassins inscrivaient dans leurs annales, et d'a-

près un ordre chronologique, les

hommes

célè-

bres de tous les pays qui tombaient victimes

du

fanatisme et de la politique de leur Grand-maître.

Kia-Buzumomid commença sa grande maîtrise par le meurtre du vaillant prince de MoszoulKassimddewlet-Aksonkor-Bourshi (distributeur
de
la

fortune), également redouté des croisés
,

et des Assassins

et leur

ennemi

le

plus dange-

reux, (i). Après avoir combattu pour la dernière
luis
il

contre les croisés près de Maara-Mesrin (2),

fut attaqué

dans sa mosquée

,

le

premier

vendredi qui suivit son retour,
sassins
il

par huit As-

déguisés en

denviehes
;

,

au moment

011

allait

monter sur son siège

la cuirasse qu'il

portait et encore plus son courage le défendirent

quelque temps contre
trois périrent

les efforts des Ismaïlites

;

sous ses

coups, mais avant que sa
,

suite eut pu venir à son secours

ils

lui portèrent

1

\boulféda, adann. 520.

a

Aprr s J.-C.

1

126; de l'hégire

.>20.

une blessure dont
tres Assassins
,

134

-

même. Les auexcepte un jeune homme du vilil

expira le jour

lage de Katarnasch

,

dans

les

monfagnes d Eras,
se farda le visage,
le

furent massacrés par le peuple. Sa mère, à la nouvelle

du meurtre d'Aksonkor,
pour laquelle son
elle le vit

se para,

heureuse d'apprendre
fils

succès d'une

tentative vie
:

avait sacrifié sa

mais quand

revenir sain et sauf,

elle se

coupa

les

cheveux

et se noircit la figure,

désolée de ce qu'il n'avait point partagé la mort
glorieuse des autres Assassins.
cet

On peut juger

par

exemple combien étaient

vifs

chez les Assas-

sins les sentimens qui les portaient au fanatisme
et quel était

pour ainsi dire leur spartiani&me
(2),

(i).

L'année suivante

Moineddin,

visir

du sul-

tan Sandschar, périt sous les coups d'un assassin
aposté par les soins de son
visir
tes.

ennemi Derkesina,
Ismaïli-

de

Mohammed

et protecteur des

Moineddin,
visiter ses

allant

un jour dans
,

ses écuries

pour

chevaux

y trouva un faux pale,

frenier, qui avait ôté ses habits

afin

de ne pas
et avait

être

soupçonné d'y cacher des armes,

eu

soin de glisser son poignard dans la crinière

du
le

cheval qu'il tenait par
cheval se cabrait,
il

la bride.

Au moment où

feignit de vouloir l'apaiser par

(1)

Wilken,

t.

11, p.
1

55i.
;

— V. aussi Remaleddin.

(2)

Après J.-C,

127

de l'hégire, 021


ses

135

caresses

,

saisit

son stylet et en poignarda

le visir (i).

Si
liste

Bourshi

,

prince de Moszonl

,

ligure dans la
,

des victimes des Assassins
s'être

uniquement

pour

opposé à l'accroissement de leur puis-

sance, on ne sera pas étonné d'y trouver Bousi, prince de
sir

Damas qui
,

avait fait massacrer son vi-

Masdegani

et six mille Ismaïlites.

Le prétexte

le

plus léger suffisait pour motiver la proscription
;

des princes

les actifs

poignards de l'Ordre n'étaient

jamais plus
faits

que lorsque leurs propres
Ils

for-

criaient

vengeance.
la

savaient tromper
ils

la

prévoyance

plus attentive; car
entières le

guet-

taient des années

temps,

le lieu et

l'occasion favorables à l'exécution de leurs projets.

Deux ans après

le

massacre de Damas

(2), ils

surprirent Bousi, fds de Toktéghin, et lui firent

deux blessures

,

dont l'une fut guérie, mais dont

l'autre causa sa

mort l'année suivante

(5)

;

la

ven-

geance de l'Ordre semble avoir voulu s'assouvir
sur tous
les

membres de
,

la

même
fils

famille;

Scliemsolmolouk
et petit-fils

le soleil

des rois,
la

de Bousi

de Toktéghin, devint
;

victime d'une
les

conjuration (4)

à cette

époque périrent aussi

(1)

Ibn-Forat.

(2)

Après J.-C, ii5o;de l'hégire, jjÎ.
Yboulféda, ad ann. 525.
\])oulféda, ad. ann. 529.

3
j


juges rawi;

136


Abousaïd-HeHassan-Ben-Abil-

de
le

l'Est

et

de

l'Ouest,

mufti de Kaswin,
le Pieï

kassem;

d'Ispahan, Seid-l^ewletschâh, et

celui de Tebris (i).

Nous ne parlons

ici

que des
et

pins illustres de ees hauts fonctionnaires
e<*s

de

savans jurisconsultes , qui furent en
la

si

grand
l'Or-

nombre victimes de
dre.

fureur meurtrière

cîe

un devoir l)ien pénible que de remuer un monceau de cadavres pour en exhumer les noms des morts les plus céCar
c'est

pour

l'historien

lèbres. Jusque-là leurs

coups ne

s

étaient dirigés

que contre
îucns de
était
la

les visirs et les

émirs, simples instrule

puissance des khalifes. Mais

temps

venu où l'Ordre pouvait essayer d'étendre
aux khalifes eux-mêmes
successeurs
,

sa désastreuse doctrine
c!

d'enlever avec la

mc aux

du pro-

phète leur puissance temporelle.

On

se rappelle

que îa doctrine secrète des ïsmaïîa

litès avait pris

naissance à

loge du Caire, long-

temps avant

la

fondation de l'Ordre des Assassins;

cet ordre devait sa prospérité à l'appui de la fa-

mille des Fatémites, qui disputait
celle d'Abbas.

Le

khalifat à

Par un juste retour,

les

Fatémites

furent cruellement punis de la protection
avaient accordée à cette doctrine impie et

qu

ils

immo-

rale, lorsqu'il virent s'élever l'Ordre sanguinaire

des Assassins. Le khalife éevptien Emr-Biahka-

;t,

Mirkhond.


millah,
le

137

commandement suivant les commande* mens de Dieu, dont le nom véritable était AbouAli-Manszour , périt après un règne de vingtneuf ans, sous
était le

les

coups des Ismaïlites. Ce prince
la dynastie des

dixième de

Fatémites,

dont
pris

le

fondateur, Obeidollah, avait constamment
(i).

pour règle les doctrines secrètes de la loge
sait si

On ne

Ion

doit attribuer sa
à la

mort à

la poii-

que de l'Ordre ou

vengeance particulière
Efdhal
(2).

du tout puissant

visir

Efdlial était

comme
par

visir

également dangereux aux chrétiens,
avec laquelle
il

l'activité

leur
,

faisait

la

guerre, et au khalife de l'Egypte
illimité qu'il exerçait

par

le

pouvoir

dans l'empire. Deux As:

sassins le poignardèrent

on ignore

si

ce fut par

ordre de leurs chefs, qui alors entretenaient des
relations amicales avec les croisés
life les avait pris
,

ou

si le

kha-

à sa solde; toutefois cette dersi

nière supposition est la plus probable,
sidère qu'Abou-Ali ,
fils

l'on con-

d Efdhal,
en prison
khalife,

fut
et

immédiaten'en sortit
il

ment après

sa

mort

jeté

irès l'assassinat

du

époque où

fut

élevé à la dignité dont son père avait été revêtu.

D'un autre côté
riva

l'assassinat
,

d'Abou-Aîi, qui ar-

peu de temps après

donnerait à penser que

ces

deux meurtres sont l'œuvre dune politique

r

'

bottlféda

.

ad. ann. 5-i\.
1. 11,

2

Wilken, Histoire des Croisades,

p. 5q5.

— Renaudot

-* 138
étràiigèréi.


fat le théâ-

Depuis ce femps^ l'Egypte

hc d'une lutte aussi violente qu'aeharnée entre
les partisans
life

du

khalife

du Caire

et

ceux du khala famille

de Bagdad. Mostarschcdbillah-Abou-Mans,

znar-Fasl

vingl-nenvièmc khalife de

d'Abbas, y régnait depuis dix-sept ans, bien que

son trône fat sans cesse ébranlé.
Jasqa'alors
les

sal tans seldjoakides,

qui sous
f

prétexte de protéger le khalifat de Bagdad
taient

s'é-

emparés de tout pouvoir

séculier, avaient

du moins laissé aux
les

khalifes de la famille d'Abbas

deux

droits souverains de l'islamisme , celui
et
il

de battre monnaie
prières publiques;

de faire

faire

pour eux des
que

était

d'usage que toutes les
à leur

monnaies fussent frappées

nom

,

et

le

vendredi on priât pour eux dans les mosquées. Le
sultan JMessoud fût le premier qai changea
cet

ordre de choses

;

il

ordonna au Khatib ou prieur
en son

du vendredi

,

de

les faire faire

nom

;

et

Mostarsched, impuissant pour venger cet affront
fut obligé de le subir.

Quelques années plus tard,

plusieurs chefs mécontens passèrent avec leurs

troupes du côté da khalife, et lui persuadèrent

que rien ne

lui serait plus facile

que de vaincre

le

sultan. •Mostarsched entra en

campagne;

à la pre-

mière bataille

,

la

plus grande partie de son arle
fit

mée de Bagdad l'abandonna; JMessoud
y
faire la

pri-

sonnier et le conduisit avec lui h Meragha , pour

guerre à son propre neveu David. Dans


le traité

139


et

conclu entre Mostarsched

Mcssoud
sortir

,

il

fut stipulé

que

le khalife

ne pourrait
il

de

l'enceinte de

Bagdad,

et

qu'eu outre

paierait
les es-

un

tribut annuel.

Ce
la

traité avait
,

trompé

pérances des Assassins

qui croyaient que cette
;

guerre amènerait

chute du khalifat

le

Grandglaive

maître résolut alors d'achever ce que
avait

le sultan le

commencé,
une
fois

et

le

khalife,

que

avait

épargné, périt dans son
,

camp

sous leurs poignards

à

deux parasangues de
rencontre des ambassa-

Meragha

,

et

pendant l'absence du sultan MesLes Assassins massacrè-

soud^ qui

était allé à la
(i).

deurs de Sandschar

rent le khalife et sa suite;
ble meurtre,
ils

non contens de ce doula

mutilèrent son cadavre de

ma-

nière la plus atroce , et lui coupèrent le nez et les
oreilles,

comme
(2).

s'ils

avaient voulu ajouter au
la

crime de lèse-majesté celui de
cadavre

profanation d'un

(1)
(2)

Après J.-C,

n54

;

de l'hégire, 52g.

Aboulféda, ad ami. 529.

140


de Kia-Buzurgomid.

Règne de Mohammed,

fils

Kia-Buzurgomid, après un règne sanglant de
quatorze ans et trois jours, avait avant sa mort,

dont

il

sentait l'approche,

cesseur dans la grande

nommé pour son sucmaîtrise son fils Moham-

med,
soit

soit

qu

il

n'en trouvât point de plus digne,

que

le désir
fait

de fixer cette dignité dans sa fala règle

mille l'eût

déroger à

fondamentale de

l'Ordre, et à l'exemple que lui avait laissé Has-

san-Sabah. Quoi qu'il en

soit, la

grande maîtrise,

qui originairement ne devait être le patrimoine

d'aucune famille , devint depuis ce
qu'à
la

moment

jus-

chute de l'Ordre

,

l'héritage de la famille

de Kia-Buzurgomid. Sa mort causa d'abord une

grande

ioie

aux ennemis des Ismaïlites: mais
fils

en voyant son de son père
,

suivre fidèlement les traces

toute l'Asie fut de

nouveau frap-

pée d'une morne stupeur. Son règne
ça

commenque

comme

avait fini celui de

Kia-Buzurgomid,
avant

par l'assassinat d'un khalife,
les

et

même

peuples eussent eu le temps de se remettre
la

de

terreur que la mort de Mostarsched avait
la

répandue,

nouvelle

du meurtre de Raschid, son
par
la

successeur, vint ajouter à leur épouvante. L'Or-

dre avait espéré qu'il réussirait

,

mort de


Mostarschsd , à hâter

141


klialifat; l'avè-

la

chute du

nement de Piaschid trompa
avant

cette espérance, et

même

que

le khalife se fût affermi sur le

trône et eût
l'assassinat

pu prendre des mesures pour venger
le

de son père,

nouveau Grand-maître
que
,

résolut d'exécuter les projets

la

mort de Kiade l'égaler en

Buzurgomid
forfaits.

avait interrompus

et

Le
il

khalife se rendit de Ilamadan à Ispahan, ou

attendit sa convalescence après
;

une longue ma-

ladie

quatre Assassins du Khorassan, qui s'é-

taient introduits

parmi

les

gens de sa suite, guet-

tèrent l'occasion de se glisser dans sa tente et l'y

poignardèrent.
il

11

fut enterré sur le lieu

même où

était

tombé,

et les

troupes qu'il avait rassemIsmaïlites se
rési-

blées pour faire

une guerre active aux
le

dispersèrent. Lorsqu'on apprit à

Alamout,

dence du Grand-maître,

succès des meurtriers,

on y célébra une fête publique en mémoire de cet assassinat qui avait détourné la guerre oui menaçait l'Ordre; pendant sept jours et sept nuits

on

n'entendit

du haut des

tours que le bruit des tim-

bales et des

chalumeaux, qui annonçaient aux
les joies

châteaux environnans
le

de l'impiété

et

triomphe du crime. Des preuves aussi tran-

cliantes

que

les

poignards, pour nous servir de
,

l'expression de

Mirkhond

ne permettaient plus

de douter des projets des Ismaïlites etréduisaient
leurs ennemis au silence.


La frayeur

142
,

et

saisit alors

non sans raison
,

,

les

khalifes de la famille d'Abbas

et

depuis

ils

n'o-

sèrent plus se montrer en public. Les

compala

gnons'

(

réfik

)

et

tout ce

que

le

Vieux de

montagne
aveugles
(

avait

de sectateurs et de ministres
)

fédavi
;

inondèrent dès ce

moment
fortifica-

toute l'Asie
à cette

aux châteaux que l'Ordre possédait

époque on ajouta de nouvelles

tions, d'autres furent construits

ou achetés.

C'est
les

ainsi
forts

qu'en Syrie Ibn-Amroun leur vendit

de

Kadmos
,

et

de Kahaf(i); quant à celui

de Masziat

ils

l'enlevèrent au

commandant des
peut

princes de Scheiser (2), en firent le centre de
leur puissance en Syrie (5)
,

et l'on

même
domicon-

aujourd'hui encore en reconnaître quelques traces (4). Tandis

que

1

Ordre augmentait

sa

nation par le meurtre de ses ennemis

et la

quête des châteaux forts, on n'en observait pas

moins rigoureusement
établissait

la règle

fondamentale qui
la

une

si

grande différence entre

doc-

trine secrète des initiés et celle

que

l'on ensei-

gnait publiquement au peuple. Mais plus l'on
veillait h ce qu'il

remplît tous les devoirs preschefs se

crits

par l'Islamisme^ plus aussi les

croyaient affranchis de toute obligation morale et
Après J.-C,
Après J.-C,

(1) (2)
(3)

11 54
11

;

de l'hégire, 5ig,

58; de l'hégire, 555.
l'hégire, 535.

Après J.-C, u4°; de

(4)

Mirkhond

et Aboulféda.


de toute
lité

143


politique. L'universa-

foi religieuse et

des sectateurs ne voyait que les effets de leur
,

terrible puissance
les

sans en connaître les motifs

,

moteurs

et les

instrumens. La niasse considé-

rait

uniquement

les

nombreuses victimes du poicoups de

gnard

comme
,

des ennemis de l'Ordre et de la
les
,

religion
céleste
,

tombés sous
qui

la

vengeance
,

s'était servi

pour

les

frapper

du
_,

glaive d'un tribunal secret.

Le Grand-maître
domination

ses Prieurs et ses missionnaires allaient partout

répétant

qu'ils

voulaient

la

non

pour eux ou pour l'avantage de l'Ordre, mais au

nom

de l'Imam invisible, dont

ils

se disaient les

envoyés, et qui paraîtrait à la

proclamer

ses droits à

lui-même pour l'empire du monde entier.
lin

La doctrine de

cette secte était cachée sous

un

voile impénétrable, et

publiquement

les sectaires

ne paraissaient être que de zélés observateurs delà
loi
la

de

Mohammed. On peut en
le

citer
fit

pour preuve

réponse que

Grand-maître

à l'ambassade

du sultan Sandschar envoyée
Ismailites
»
» »
))

a

Alamout pour
la doctrine

prendre des renseignemens sur
;

des

on lui
,

dit

:

«

Nous croyons

à l'unité

de Dieu

et

ne reconnaissons

comme véritable
les le

sagesse que ce qui est d'accord avec les paroles

de Dieu et

les lois

du prophète. Nous
sont écrites dans
le

observons

telles qu'elles

»

Koran

;

nous croyons tout ce que
la création et

prophète
la fin

»

nous a appris de

de

du

_. 144
»
»


du ju-

monde

,

des récompenses et des peines,

genient dernier et de la résurrection. Ce sont
des paroles de foi. personne n'a le droit dé

»

» »
j)

soumettre au contrôle de son jugement
de Dieu et d'y changer une seule

les lois

lettre. Telles

sont les règles fondamentales de notre secte,
et si le sultan n'est

»

pas d'accord avec nous

,

il

»
»
»

peut nous envoyer un de ses théologiens pour
entrer dans des explications polémiques et contradictoires (i). »

Pendant

le

règne de vingt-cinq ans de Kia-Mo,

hammed

,

sous celui de lîassan-Sahah

qui en

avait duré trente-cinq, et sous celui de

Kia-Bune dérode leur

zurgomid

,

de quatorze

,

les Ismaïlites

gèrent pas

un

instant a ces préceptes

culte extérieur. Mais Ki a-Mohammed n'avait ni
l'esprit ni les

connaissances de ses prédécesseurs,
la faute qu'avait

et

on s'aperçut bientôt de

comvoix

mise Kia-Buzurgomid en écoutant trop

la

du sang, qui
successeur
saires
,

l'avait

empoché de

choisir

pour son

l'homme doué des talens nécespour gouverner un Ordre en guerre avec

tout le reste de l'Asie.

Kia-Mohammed

était

peu

estimé du peuple

«à

cause de son incapacité et de
,

son apathie. Hassan, son fds
blique regardait

que l'opinion pu,

comme un

savant célèbre
il

sut
,

mettre

h profit la

faveur dont

était

l'objet

et

(i)

Miikhond.


concourir h ses
sans se soucier
dre.
Initie
,

145


la

vues l'ignorance de

masse,

beaucoup des
mystères de

intérêts de l'Orla

aux

doctrine

des

Ismaïlites
la

profondément versé dans
,

l'histoire et

philosophie

il

s'efforça

de répandre de plus
était

en plus l'opinion, déjà populaire, qu'il

l'Imam promis par Hassan-Ben-Sabah. Le respect que lui portait la secte s'augmentait de jour

en jour,

et tous les

membres

rivalisaient de zèle

dans l'exécution de ses ordres. Lorsque Kia-Mo-

hammed
positions
((

apprit la conduite de son fds et les dis-

du peuple
est

,

il
,

le

convoqua

et lui dit

:

Hassan

mon

fds

moi-même je ne
un

suis pas

))

l'Imam, mais un de
qui soutient

ses missionnaires. Celui
infidèle. »

))

le contraire est

Deux

cent cinquante des partisans de Hassan furent
décapités
crits.
,

et

deux cent cinquante autres prosla colère

Hassan redoutant
sa

de son père,

donna

malédiction

à

ses propres

amis

,

et

écrivit contre
il

eux plusieurs traités, dans lesquels
et défendait celles

condamnait leurs opinions

de son père. Cette infâme hypocrisie sauva ses
jours, et détruisit tout soupçon dans l'esprit

du

Grand-maître. Mais

comme

il

buvait,

en secret

du
ses

vin

,

et se permettait

une foule de choses que
'

la religion

de

la

secte prohibait expressément }

adhérons crurent reconnaître dans ses actes
et le

de nouvelles preuves de sa mission
dèrent plus encore

regar-

comme l'Imam

qui leur avait
10


été

Î46


devait

promis

,

et

dont l'arrivée
la

révoquer

tous les

connnandemens de

religion (i).
les

A

cette

époque, presque tous

empires asia-

tiques changèrent leur ordre de succcssibilité au trône, et sur les débris des anciennes dynasties
s

élevèrent des dynasties nouvelles

;

mais

comme
une

les Ismaïlitcs étaient les
les princes, qui,

ennemis éternels de tous
continuè-

k leur tour, leur faisaient
les assassinats

guerre d'extermination,

rent et la révolte se propagea dans tous les gou-

vernemens. La secte des Assassins
h jouer

était destinée

un grand

et effroyable rôle
11

dans l'histoire

des dynasties contemporaines.
saire de jeter un regard sur

est

donc nécesqui ré-

les familles
la

gnaient alors dans l'Asie Mineure,

Perse et les

principautés de ce pays. La puissance des Assassins
s

étendait des frontières
la

montagnes de
Liban
née,
les
,

Syrie,

du Khorassân aux du JMousdoramus au
k la Méditerraétait

et

de

la

Mer Caspienne
,

Le centre de leur puissance montagnes de l'Irak oii était
,

dans

la véritable

résidence du Grand-maître la forteresse d'Alamout. Nous jetterons un rapide coup-d œil sur

l'immense étendue que ces contrées occupaient en
Asie, et suivrons dans notre

marche

la division

respective des différens états. L'ordre géographi-

que que nous adoptons nous conduisant de lest

i

Yiirkhond.

147


abord du Khoras-

à l'ouest, nous forée à parler d

sàn et h Unir par la Syrie.

Le Khorassàn mérite

dans ce récit

la

première place, non-seulement

par sa position territoriale et son voisinage du Kouhistân, le Grand-priorat oriental de l'Ordre,
aussi parce

mais

qu

il

était le siège

de

la

puissance forle

midable du sultan Sandschar, dont

règne avait
celui

commencé

presqu en

même
,

temps que

de Hassan-Sabah. Sandschar survécut aux deux
premiers Grand-maîtres
avant
le
,

mourut quatre ans troisième Kia-Mohammed.
et

Moeseddin-Aboulharesz -Sandschar, un des
plus grands princes delà famille seldjoukideet des
dynasties de l'Orient
,

avait

,

comme on
,

l'a

dit

plus haut,

reçu

le

gouvernement du Khorasle

sân après la mort de son père

sultan Melek-

schàh

(i)

,

arrivée avant l'occupation

du château
Il

d'Alamout par Hassan-Ben-Sabah.
l'autorité

y exerça

pendant vingt ans au
et

Barkjarok
la- famille

Mohammed,

qui,

nom de ses frères comme chefs de
frère

des Seldjoukides, régnaient dans l'Irak.

Ce ne

fut qu'après la

mort de son

Mohamde

med,

la

première année du sixième

siècle

l'hégire [2),

que Sandschar s'empara de
guerre à son neveu

ses états.
,

Forcé de
qui se

faire la

Mahmoud
il

flattait

de succéder à son père,

le

vain-

i

Après J.-C, 109a; de l'hégire

,

(85

a

Après J.-C. 1107: de

l'hégire, 5oi.

quit; mais à la paix
Ali avait négociée,
il
,

148
le

sage visir Kcmaleddinvice-roi des états

que
le

nomma

soumis h son frère
suivantes
:

sous les quatre conditions

que son
dans

nom

serait cité avant celui

de

Mahmoud
;

les prières

publiques du ven,

dredi

que dans son

palais

la salle

il

don-

nait ses audiences n'aurait

que

trois rideaux.
,

Le

sultan Sandschar en avait quatre
sept, et le

et

le khalife

hadscheb ou premier chambellan avait

seul le droit de les ouvrir et de les fermer;

que

la

trompette n'annoncerait plus son entrée
C'était alors

ou

sa sortie.

une prérogative des
les

souverains de se faire précéder par des trompettes; aujourd'hui

même

encore, à Pera

,

am-

bassadeurs ont le droit exclusif de faire sonner

une cloche devant eux;
ciers

4° enfin

,

qu'il

maintienet les offi-

drait dans leurs dignités les

employés
pourrait
;

que

lui,

Sandschar,

nommer.

Mahmoud
ne

accepta ces conditions

et.

,

comme

il

lui restait plus alors

que

le

nom

de prince et

une ombre d'autorité,
de ne plus se mêler des
Il

il

prit la sage résolution

affaires

du gouvernement.
de
la chasse,

se livra tout entier
,

au

plaisir

qui,
les

dans l'Orient

fut considérée dès les

temps

plus anciens, moins

comme un

royal

amusement
la

que comme une école préparatoire pour

guerre.

Nemrod
gneur;
son

était

un

vaillant chasseur devant le Sei-

l'histoire

nous parle aussi de Cyrus
et les

et

de

amour pourla chasse,

monumensde

Per-


sépolis
,

149


,

ainsi

que

les

Amulettes trouvées récemde Babylone
la

ment dans
les rois

les fouilles
la Syrie et

où Ion

voit

de

de

Perse lutter avec des

animaux sauvages, sont pour nous une nouvelle
preuve de l'ancienneté de cette habitude orientale

roi

surnom à' Ane sauvage donné au Behramgour, un des plus intrépides chasseurs
;

de

là le

,

de
1

la

dernière dynastie persane;

de là, enfin

,

immense parc de Khosrou-Parwis. Fidèle

à ses

anciennes habitudes,

Mahmoud

dépensa

ses tré-

sors à parcourir ses provinces, à la tête

dune suite

dont rien n'égalait

la

magnificence

;

quatre cents

limiers avec des colliers d'or et des housses parse-

mées de
tre

perles, l'accompagnaient dans toutes ses
le traité

excursions (i). Trente ans après

conclu enl'avantsi

Mahmoud et Sandschar, Beramschàh,

dernier prince de la dynastie autrefois

puis-

sante des Gasnévides, essaya de secouer le joug

des Seldjoukides

;

mais

comme

il

sentait bien

qu'une pareille entreprise
forces,
il

était au-dessus

de ses
la

envoya d'abord un ambassadeur à

cour de Sandschar pour renouveler son serment de
fidélité.
il

Cette

démarche eut un plein succès
le

;

mais

fut

moins heureux, auprès de son voisin
,

Hosscin Dschihansus

fondateur de la dynastie

indienne des Gourides, qui s'éleva à cette époque
sur les débris de la puissance des Gasnévides (i).

(i)

D'Herbelot

,

— V. aussi Ghaffari.


Rchramsehàh
le

150


,

Gasnévide

recula devant les

forces de llossein le Gouride,

comme celui-ci
le

de-

vant celles du sultan Sandsehar qui

chassa d'a-

bord du Khorassàn

,

et L'investit ensuite

du gou-

vernement de

la

province indienne de Gour, d'où

sa famille a tiré son

nom. Apres

avoir soumis

Mahmoud, Behram et ïlossein, Sandsehar éprouva
l'inconstance de la fortune dans ta guerre qu'il
lit

aux peuples de K a rachat aï.
les
le

Il

ne fut pas plus
la
;

heureux contre

Turcomans de
Kkorassàn
,

race
la

des

Ogus, qui envahirent
taille qu'il livra à

dans

ba-

Gourdschasb

prince de Kara,

chataï

,

il

perdit trente mille

hommes
,

tout sou
ses

harem,

et
,

Tarkhan Khatoun
les

la

première de
11

femmes
lait

fut faite prisonnière.

fut plus

malvou;

heureux encore contre
forcer à payer

Turcomans

qu'il

un

tribut annuel de brebis

il

fut pris et

enfermé pendant quatre ans dans une
Les historiens turcs qui racontent
fit

cage de

fer.

le

traitement ignoble que Ton

subir au grand sul-

tan Sandsehar, sont dans l'erreur lorsqu'ils nous
disent

que Timour

,

vainqueur

,

fit

éprouver

le

même

supplice au sultan Bajazet. Les auteurs eules fois qu'il voulait

ropéens ajoutent que toutes

monter à cheval
sultan

,

Timour

se servait
,

du dos du
mille
,

comme

d'un marche-pied
fait le roi

comme

ans auparavant avait

persan Schabour

(i)

Après J.-C, n5o; de l'hégire, 545.

151


;

avec son prisonnier l'empereur romain Valérien
Valérien et Bajazet périrent dans la captivité

;

mais Sandschar parvint à s'échapper des mains de ses barbares vainqueurs, et revint dans
rassân,
3e

Kho-

où il mourut Tannée suivante, âgé de près
,

de cent ans

de tristesse

et

des chagrins cpie lui

avaient causés ses malheurs et la dévastation de
ses états.
11

avait régné avec justice

pendant un
vingt années

demi-siècle, en
qu'il avait
frères. Ses

y comprenant
le

les

gouverné

Khorassàn au

nom

de ses

exploits et les louanges des grands

poètes ont placé son

nom parmi

ceux des plus
de celui

célèbres princes de l'Orient

et à côté

d'Alexandre-le-Grand; ses grandes actions lui
ont mérité les éloges des poètes contemporains les

plus distingués de Selman, de Ferideddin-Katib, et surtout

d Enweri

,

le

Pindare de

la Perse.

Enwerij

si

fameux par

ses

poèmes panégyriques,
il

même

à côté de son prédécesseur Khakani, et de

son successeur Farjabi, avec lesquels
la pléiade

forme
de

des poètes persans

,

porta

le
,

nom

Sandschar au-delà des régions célestes

des lu-

mières de la voie lactée et des sphères harmonieuses du
ciel le

plus élevé. Tandis qu'Emveri

transmettait à la postérité la gloire de son héros,
le

poète Sabir lui sauvait

la vie

en

le

protégeant

contre les poignards des Assassins. Lorsqu'Itsis,

gouverneur

de Khowaresm,
,

se

fut

révolté

contre Sandschar

le sultan

envoya en secret à


Khorassân, ce poète
,

15*2


de sonder
les desseins

un des hommes distingués
découvrir qu'Itsis
le

de

sa cour, avec la mission

du

rebelle. Sabir parvînt à

avait

gagné un fedavi qui devait poignarder

sultan

un vendredi dans

la

mosquée.

11

envoya

à Sandsehar le signalement exaet

du meurtrier,
,

qui fut ainsi facilement découvert
après avoir tout avoué. Mais
llsis,

puis exécute

qui n'ignorait
fit

pas que Sabir avait dévoilé son projet, le

noyer

dans lOxus. (i) Sabir

s'était

immortalisé

non-

seulement par ses panégyriques, mais encore par
ses belles actions
,

et avait placé

son

nom

à côté

de ceux des grands poèteset des plus

fidèles visirs.
les

Ce

crime,

semble

avoir
le
,

ouvert

veux

à

Sandsehar, qui, dans
l'ennemi des Assassins
suivre avec vigueur,

principe, n'était point
excité à pour-

et l'avoir

eomme il

le fit plus tard, cet

ordre

sanguinaire.

L'invasion des

Turcomans

paraît avoir été l'œuvre de leur politique.
Si

Sandsehar

n'était point l'adversaire le plus

dangereux des

Ismaïlites, c'était

du moins

le

plus

puissant. Outre le prince assis sur le trône des
khalifes, et qui n'avait qu'une
spirituelle, les autres princes

ombre

d'autorité

de l'Asie étaient dans

leurs états les vassaux
ses

lieutenans;

du sultan Sandsehar ou de même que dans 1 ancien

(i)

Dewletschâb
J.

,

au; mots Eiweri
i5i
;

,

Feiededdin-Katib et 8»-

bir

.

Après

C.

,

i

de l'hégire, 5ig.


royaume de Perse
grandes
grand-roi provinces
,
,

153


gouverneurs des
le
,

les sept

entouraient

tronc

du

sous le titre de vice-rois

de

même
volonté
et

les princes

des sept grandes dynasties reconnais-

saient ne tenir leur puissance

que de

la

du

sultan.

Les

provinces

de Moultàn
,

de

Gour, situées au sud du Rhorassân
vernées
,

étaient

gou-

la

première par

le

sultan Behramschàh

le Gasnévide,* la

seconde par Hossein Dschihan-

sus

(

V incendie du

monde

)

le

Gouride
,

:

toutes

deux au
leiman

nom
et

de Sandschar.

Ahmed

fils

de Souses

gouverneur de Samarkand, que

tentatives de révolte avaient plus

dune
la

fois fait

punir

,

était

son lieutenant, dans
;

Transoxane

septentrionale et les provinces voisines de Khowaresm obéissaient d'abord à Koïbeddin, ensuite à

son

fils Itsis,

qui, l'un et l'autre avaient été les prele sultan

miers éebansons de Sandschar. Son neveu,

Mahmoud le
delà Perse,

seldjoukide, régnait dans
et les

l

'intérieur
,

deux dynasties des Atabèges

fondées par Amadcddin-Ben-Scngi et le Turco-

man
les

Ildigis, reconnaissaient sa
et.

suprématie dans

provinces d'Aserbeidschàn

d

Irak, situées à

l'extrémité des frontières occidentale et septentrionale de ce royaume. Comme les

deux puissantes
siècle,

familles des Gasnévides et des Seldjoukides s'é-

teignaient alors après

un règne d'un

tandis que la dynastie des Atabèges s'étendait

de tous

les

côtés

,

il

ne nous parait pas hors


de propos de dire
gine.
ici

154

quelques mots de son ori-

Alabeg, qui ne

signifie pas

père du prince
,

comme on la
père

traduit,

mais bien père prince

royal, était

un
Il

titre

honorifique que Nisa-

molmoulk, grand
reçu
le

visir des Scldjoukidcs, avait

premier.

ne conférait point à celui qui
autorité, et pouvait encore

le portait la

suprême

moins
de

se

transmettre par droit d'hérédité. Sous

les successeurs
la

de Melekschâh

,

ce titre était celui

plus haute dignité militaire de l'empire,

dont

était revêtu, à la

cour du khalife de Bagdad,
le

l'Emiroloumera , c'est-à-dire
ces
,

prince des prin,

et à celle

des khalifes

du Caire
le

l'Emirol-

dschouyousch, c'est-à-dire

prince des armées.
avait en Orient

Antérieurement
usurpé

la

famille

Buje

le khalifat

sous le titre d'Emiroloumera
les

comme

en Occident

Carlovingiens s'étaient,
palais
,

sous celui de maires

du

assis sur le

trône

des Mérovingiens; de

même

les

Atahèges se mi-

rent à la place des Scldjoukidcs, et fondèrent plusieurs dynasties particulières. Les plus

remar-

quables sont, outre celle des Atahèges de l'Irak,
celles d'Aserbeidschân,

de Fars, appelée aussi

la

famille de Salgar et deLoristàn, qui dans le court

espace de cinq ans élevèrent toutes leurs prétentions à la domination absolue (i).

A

cette

époque

(i)

Les atabèges d'Aserbeidschân; après J.-C,

n45;

del'hé-


à

155


Kakuje (i),

s'éteignirent à Fars, la famille des

Damas,

celle des

fils

de Toktéghin (2), dans
et

l'Yémen, celle de Nedschâh,
celle des

dans le Khorassàn,

Gourides

(5).

Mais en

même

temps,

la famille Seliki s'emparait et les Ejoubitcs

de

la

du trône d'Erzeroum, principauté d Emessa (4).
,

Enfin trois ans avant la mort de Sandschar (5)
naquit

Dschengiskhân
en déserts

,

surnommé
les

le fléau

du

monde, qui plus tard changea
fertiles

pays

les plus

et les couvrit

de monceaux de

cadavres.

Pendant

les dix dernières

années du

rèffiie

de

Salgar dans le Khorassàn, Noureddin-lMohammed-

Ben-Amadeddin-Sengi, Atabège d Irak, éleva son

royaume
le plus

naissant à

un haut degré de

gloire et de
il

prospérité.

Digne contemporain de Salgar,
;

fut

puissant adversaire des croisés

leurs his-

toriens ne peuvent

même

refuser à ses grandes et

bonnes qualités
malgré
cesse.
les

les

louanges qu'elles méritent,
qu'il leur
fit

malheurs

éprouver sans

Le savant évêque Guillaume de Tyr, prol'histoire

fondément versé dans
gire, 54o.
gire, 543.

d'Orient,

s'ex-

— Les atabèges de Fars après J.-C, 148 de l'hé— Les atabî'ges de Loristàn après J.-C, n5o; de l'hégire, 545. — Takwimet-Tewirikh.
:

1

;

:

(1)
(2) (3)

Après J.-C, Après J.-C,
1

1

1

42

;

de l'hégire, 53t.

154; de l'hégire 54g.
;

Après J.-C, Après J.-C,
\près J.-C,

n 58
1

de l'hégire 555.
de l'hégire, 555.
de l'hégire, 54g.

(4)

160 154
:

;

1


primo
»

156


un homme circonsil

ainsi

rwNoureddin

était

pect et modcslc qui craignait Dieu;

aug-

»

menta beaucoup son patrimoine

(i). »

Partout

les chrétiens le

rencontrèrent sur leur passade,

et ce

ne lut qu'avec beaucoup de peine qu'ils pu-

rent lancier dans ses conquêtes.

La

défaite de

Raimond, prince d'Anlioche, et celle de Gosselin, comte de Tripoli, vinrent augmenter le nombre de ses victoires
d'Anal) (2)
,
:

le

premier fut tué au siège
fait

le

second

prisonnier par une
il

horde de Turcomans, un jour qu
châteaux de Telbascher, d'Antab

quittait sa ré-

sidence deTelbaschcr (5) pourallerà la chasse. Les
,

d'Asas

,

de Ra-

vendan, dcTellkhaled, de Karsz, deKafrzoud, de

Meraasch et de Nehrelhus (4) , ainsi qu'un riche bulin

tombèrent alors entre

les mains

du vainqueur.
l'était

Noureddin, maître de Moszouletdcllaleb,
aussi

du nord de
de Damas.
(5), le

la

Syrie

;

mais

il

manquait en-

core d'un point d'appui dans la partie méridionale

Là régnait

Medschireddin,

Abak

dernier prince seldjoukide de
visir

ou plutôt son

Damas Moineddin-Ennar (6). Deux

(1

G esta
Nepa,

Dei pçr Francos,
p. gi5.

p. 8g3.

(1) (2) (1)

Nokhbetet-Tewarifch.
Turbessel, Kamtab, Hazart, Ravendel.
après J.-C., iloi; de l'hégire, 546.

— Gesta D«i

,

p.

920

:

(j)Mejereddin.
(\)

— Gesta Dei,

p. 890.
itid.

Melienneddin Aiaardus,


fois

157


le siège

Noureddin avait mis
et

devant cette
lors

ville,

deux

fois

il

avait été repoussé,

qu'enfin les habitans l'appelèrent
crainte

eux-mêmes de de tomber sous le joug des croisés. Medsil

cbireddin se retira tranquillement;

reçut d'aet ensuite

bord en échange Emessa, puis Balis,
alla

à

Bagdad. Noureddin, maître de Damas,
sa résidence et l'orna

en

fit

de mosquées

,

d aca-

démies, de bibliothèques, d'hôpitaux, de bains
et

de fontaines.

En peu

d'années,

il

répara les
terre.

maux

qu'avait causés le

tremblement de
,

A

limitation de Mclekschâh

qui

le

premier avait
,

créé à

Bagdad une haute école

(ine dresse)

Nou-

reddin fonda à

Damas

la

première école de théol'on enseignait la parole

logie, Darolhadisz,

du prophète. La libéralité

et la justice

,

les

deux plus gran-

des vertus d'un prince de l'Orient, se rencontrèrent chez lui sans qu'il négligeât pour cela l'ac-

complissement sévère des devoirs de l'islamisme,
juste et

modeste

comme Omar-Ben-Abdolasis,
la famille
,

le

septième khalife de

din était religieux et austère

ommiade Nouredcomme Omar-Benil

Khattab,

le

second successeur du prophète;
;

ne

portait sur lui ni de la soie ni de l'or
étaient de coton

ses babits
et sa

ou de
dans

toile, et ses

vètemens

nourriture ne lui coûtaient jamais plus du cin-

quième de

sa part

le

butin.

Il

était toujours
il

en guerre pour

la gloire

de

la foi; tantôt

coin-


battait
les.

158


les

armes

à la
il

main

ennemis de

l'is-

lamisme^),
jamais
lui
le

tantôt

s'adonnait tout entier à l'é-

tude et aux soins du gouvernement, sans oublier
jeûne et la prière (2). Les présens que

envoyaient les princes étrangers étaient venet le prix servait à élever des fon-

dus de suite,

dations pieuses, à construire des
blics
les

monumens puOutre

ou

à

faire

d'abondantes aumônes.

grandes sommes qu'il donnait annuellement
la

aux habitans de

Mecque
,

et

de Médine, ainsi
de laisser passer
,

qu'aux Arabes du Désert
tranquillement
tribuait par
il

afin

les

caravanes de pèlerins

il

dis;

mois cinq mille ducats aux pauvres

honorait et récompensait surtout le corps des
il

légistes dont

faisait

lui-même partie. Sous

le ti-

tre de Fakhrinourî, Gloire à la lumière ,
blia

il

pules

un ouvrage dans lequel traditions du prophète, il

s

appuyant sur

expliquait les
,

rè-

gles fondamentales de sa politique

de sa morale

et de la discipline qu'il avait introduite dans tou-

tes les

branches de l'administration.
,

Comme

il

avait conquis

pendant un règne de vingt-huit
,

ans, plus de cinquante châteaux

et avait

fondé

dans toutes les villes de son empire des mosquées
et

des collèges, les peuples lui donnèrent ainsi

qu'à son père Amadeddin-Sengi, non-seulement

fi)

Dschihadol-Aszghar.
Dscliihadol-Ekber.

(2}


le
titre

159


Comme
de
foi

honorifique de Gasi ou de victorieux,

mais encore celui de Schehid, martyr.
ils

avaient tous deux rempli leurs devoirs

princes et passé leur vie k combattre pour la

on voulut récompenser
couronne du martyre

ainsi leurs vertus en les
la

mettant au nombre de ceux qui avaient acquis
(i).

Des motifs religieux et politiques déterminèrent

Noureddin

a s'attacher plutôt au khalife de

Bagdad

qu à celui du Caire. Le premier devait être à ses yeux le véritable successeur du prophète car les
;

troubles qui agitaient alors l'Egypte paraissaient

annoncer l'époque où
la

les

Atabèges enlèveraient
la faiblesse des

puissance souveraine à

princes
vila

fatémites.
sirs

La guerre que
et

se firent les

deux

Dhargham

Schawer, qui se disputaient

royauté, vint confirmer encore la justesse de ses
prévisions (2).

La même année
plète,
la défaite

(5)

où Noureddin

avait réparé

au bout de quatre mois, par une victoire com-

que
(

les

croisés lui avaient fait
),

éprouver à Bakia
prise de son

Boquea

et

vengé

ainsi la

harem, Schawer arriva lui-même

(1)

Tiré du

Nokhbetet-Tewarikh de

Mohammed- Efîendi
de
,

d'après
le

Akdolschemen, c'est-à-dire
,

le chapelet

corail, d'Aïni; et
le

Kami)

c'est-à-dire le
le

complet d'Ibn-Eszir

Miretol-

Kdvar, c'est-à-dire
(2)
(5)

Miroir.

Après J.-C, 1162; de l'hégire, 558.

Après J.-C,

1

162

;

de l'hégire

,

5qS.


à

160


le tiers

Damas

et
1

promit à Nourcddin
s'il

des re-

venus de

Egypte,

lui prêtait secours contre

son rival Dhàrgham. Noureddin

y envoya avec
,

une armée

le

gouverneur d'Emessa
le lion

Esededdin-

Schirkouh, c'est-à-dire,
tagne des lions
,

de lafoi de la

mon;

issu de la famille des cjoubites
la

Dhàrgham tomba dans

première bataille, mais

Schawers'étant, après avoir recouvré son ancienne
puissance, refusé àremplirsa promesse, Esededdin

s'empara de la province (Scberkyé)
pitale Belbeis.

et

de sa ca-

Schawer
ses

aussi perfide envers ses

ennemis qu'envers

amis ,

et

qui trahissait
et

pour obéir à une fausse politique
tre et lui

son maîci-

même, appela à son
et
il

secours
alors

Amaury,

devant comte d'Ascalon
salem; mais
se

roi

de Jéru-

repentit peu de temps après

decette démarche, et paya au?; croisés une

som-

me de 60,000
leurs pas. (1
3
,

ducats pour les faire retourner sur

Cependant Esededdin avant reçu

des renforts

marcha sur

le

Caire, défit à Aschet

noumind

les

troupes du khalife

occupa

la

haute

Egypte, tandis que son neveu Joussouff prenait
d'assaut la ville

d Alexandrie. Mais

il

ne tarda pas

à y être assiégé par l'armée de SchaAver réunie k
celle des croisés.

Après que Jousouff eut

fait

penil

dant trois mois une vigoureuse résistance ,

fut

:2 /

Suivant

le

IVoklibetet-Tewarikh

;

suivant les Gesta Dei, on

paya de suite 200,000 ducats et on en promît autant.


la

161

convenu que Noureddin recevrait annuellement

somme de 5o,ooo
les

ducats pour les frais de la

guerre, et les croisés 100,000, qui devaient être

perçus sur
laissa

revenus de l'Egypte.

En

outre on

au Caire une garnison de quelques milliers hommes, pour protéger le pays contre les end
treprises de Noureddin. Les avantages accordés

au

roi

de Jérusalem dans
a

la capitale

de l'Egypte,
et lui

rengagèrent

rompre

le

traité

de paix,

suggérèrent l'idée de s'emparer du pays entier.

Cédant aux instigations

du Grand-maître

des

chevaliers Hospitaliers, qui espérait ainsi maintenir sous la dépendance de son ordre la ville de

Belbeis qu'il avait chargée d une dette déplus de

100,000 ducats, pour subvenir aux préparatifs de
guerre,

Amaury

entra en Egypte avec des forces

imposantes. Les Templiers refusèrent leur concours, soit qu'en effet ils fussent mécontens de cette

rupture,

soit,

ce qui paraît pins vraisemblable

,

qu
sie

ils

y fussent poussés par des sentimens de jalou-

contre les chevaliers de St- Jean, et par d'autres
(1).

motifs que leur suggérait leur politique secrète

Dans
une
sés,

cette circonstance, Schawer demanda encore

fois

des secours à Noureddin contre les croi-

qui avaient déjà conquis Belbeis et mis le

siège devant sa capitale (2):

Le Caire

(le

nou-

(1) (4)

Gesladei,

p. 978.
11G8;.

Après J.-C.

de l'hégire, 564I I


veau Caire)
fut

162

~
mur
auquel
les

entouré d'un

fem-

mes

et les

en fans travaillaient jour

et nuit.

La
li:

pailie ancienne de la ville de Miszr, appelée or-

dinairement, mais à

tort, l'ancien Caire, fut

vrée aux flammes par les ordres de Scliawer le
feu dura 5/ jours.
(

Le khalife Adhad emoya en
des lettres
l'extré-

Syrie courriers sur courriers avec
pressantes, et pour peindre à

Noureddin

mité
ses

oii il était

réduit,

il

y

joignit des cheveux de

femmes,

comme pour
les

direj

Au

secours! au
les

secours! V ennemi nous enlève nos femmes et
entraîne

par

cheveux

(i).

Noureddin

était

alors à Haleb, et

Esededdin Schirkouh à Emessa,

siège de son gouvernement. Aussitôt Noureddin
le

chargea de soumettre l'Egypte.
et

11

lui

donhuit
et six

na 200,000 ducats
mille

un corps

délite de

hommes

,

dont deux mille Syriens

mille Turcomans. Pendant ce temps, Schawer et

Amaury commençaient
le Caire.

à perdre tout espoir, le
le

premier d'être secouru,

second de conquérir

Schawer promit au

nom du

khalife la

somme énorme d'un million
se contenta

de ducats, et

Amaury

d'abord de 5o, 000(2). A l'approche des

Syriens,

les croisés s'éloignèrent

de

la ville as-

(1)
(a)

ftoklibetet-Tewarikh.

somme
rait

Le Nokhetet-Tewarikh ne donne ici que la moitié de la fixée par Guillaume de Tyr suivant ce dernier histo;

rien, le khalife aurait

promis deux millions de ducats et en au,

compté 100,000. Gesta Dei

p. 979.


siégée.

163


le

Le

khalife

Adhad, accompagné des princidans

paux de sa'cour
Schawer, qui,

se rendit

camp dEsdededla

din et se plaignit

amèrement de

puissance de

disait-il, n'avait

appelé les Francs
sa

que pour élever sur les débris de l'empire
pre dynastie.
Soixante-cinq jours plus tard, après
la

pro-

mort de
c'est-

Noureddin, son neveu Joussouf Salaheddin,
plus haute dignité de l'empire et

à-dire Joseph, la loyauté de lafoi, fut revêtu de la

du

titre cl Almeest le

lek-Ennaszir ou roi vainqueur. Salaheddin
fondateur de la dynastie des Ejoubites
est
;

son

nom

plus célèbre en Europe que celui d'aucun autre

prince ou conquérant de l'Orient. Les récits des
historiens des croisades ont acquis

une grande revaleur des

nommée aux

héros de

la Syrie, et la

croisés a toujours été en Asie le sujet d'une juste

admiration. Àmadeddin-Sengi, Noureddin et Sa-

laheddin paraissent dans les ouvrages des chroni-

queurs européens sous
guin , de Noradin
les
,

les

noms

déiigurés de Sanet

et

de Saladin,

dans

les

anna-

tre
le

musulmanes on essaie en vain de reconnaîsous les noms de Comis de Birins et de Reï,
,
,

comte de Tripoli

le

prince d'Anlioche et

le

roi

de Jérusalem. Les exploits de Salaheddin nous
le livre

donneront, dans
plus de détail

suivant, l'occasion de

revenir sur ce prince et de nous en occuper avec
:

ici

nous ne

le considérerons

que

comme

visir

du

khalife et général de INoureddin


au nom duquel
dans
il

164

même
faisait
,

gouvernait l'Egypte. Déjà
il

les prières

publiques du vendredi

citer le

nom de

son maître i'Atabège immédiate-

ment après

celui

du

khalife.

INoureddin pensa qu'il était temps enfin de renverser le klialifat des Fatéiniles et doter au dernier prince de cette famille jusqu'à l'ombre

du

pouvoir.

Il

ordonna
les

à son lieutenant Salaheddin
et
les

de remplacer
jusque

Imamié

Ismaïlites, qui

avaient occupé les places de juges, par

les légistes

de

la secte

orthodoxe des Schafiites, et
les

l'autorisa en

même

temps à substituer dans

prières publiques le

nom du

khalife abasside Al-

mostanszarbiemrillah à celui du khalife falémite
Adhad-îidinilîah.

Salaheddin

ne put exécuter
,

immédiatement
ce

les

ordres qu'il avait reçus

par-

que la majorité des habitans professait
encore
il

les

mêfalé-

mes croyances que
révérait
le

les Rafédhi et les Schiites, et

fantôme du

khalifut

mite

;

mais

saisit l'occasion

que

lui offrit la
les
(i),

mort d'Adhad-lidinillah pour faire réciter prièrespubliquesaunom du khalife de Bagdad
et après celui-ci

au

nom

de Noureddin. Bien que
les

Salaheddin agît toujours d'après
oncle
,

ordres de son

il

servit plutôt ses propres intérêts que
est-il

ceux de son parent; mais toujours
fut lui qui porta le

que ce

grand coup sous lequel suc-

(i)

Après J.-C, Ï171

;

de l'hégire, 067.


gloire
,

165


siècles avec

comba, après avoir gouverné deux
la

branche des Ismaïlites de l'Ouest qui

étendait sa dominaiion jusqu'au sein de F Asie. Le

trône que la docfrine secrète voulait élever sur les
ruines de tous les autres fut renversé et ensevelit

sous ses ruines la loge du Caire. Le khalifat de la
famille d'Ahbas avait

donc vaincu

celui de la fa-

mille d'Ali

,

malgré

les efforts

des missionnaires
le

ismaïlites qui avaient

mis tout en œuvre pour

soutenir et lui recruter des défenseurs. Avec lui

disparut le fantôme au

nom duquel gh
la

avait long

temps retenu

les

peuples dans une

fanatique

ignorance. Cet événement est de

plus haute im-

portance dans l'histoire de

1

Orient en général et
;

en particulier dans celle des Assassins

car Salales

heddin qui avait fondé

sa

puissance sur

dé-

bris du khalifat égyptien, devint plus tard l'en-

nemi

le

plus redoutable des sectaires dont le Dreété lïassan-Sabah.

mier chef avait

167

LIVRE

IV.

Rognes de Hassan II

,

fils

de

Mohammed
(i),

I er et pel it-fils

de Kiac'est-à-

Buzurgomid, connu sous le nom d'Ala-Sikrihi-es-Sélam,
dire bénédiction

à sa mémoire

et de son

fils

Mohammed II.

Nous avons exposé dans
les

les livres

précédens
;

mystères de la doctrine des Ismaïlites
fait

nous

avons

tomber

le

quel cette secte se dérobait aux yeux

masque d'hypocrisie sous ledu monde.
ait laissé

Bien que leur doctrine secrète
des traces sanglantes
teurs ont
,

partout

quelques-uns de nos lec-

pu

être portés à considérer ces horreurs

multipliées plutôt

comme

le fruit

du hasard
,

,

ou

comme comme

des actes de vengeance personnelle
l'effet

que

d'un système réfléchi de meurtres et

de débordemens.

De nos jours même,

plusieurs as-

sociations religieuses

ou politiques n'ont-elles pas

(i)

Dans un fragment publié postérieurement par M. de Hamres

mer,

mots

se

trouvent écrits de

la

manière suivante

:

Ala-

dsikrihi-al-Sélam. V.

Nouveau journal

asiatique, n° 54, P- 558.

168


les

trouvé de fervens apologistes qui

ont présenles

tées sous le jour le plus favorable ?

Bien que

Jésuites, les

Illuminés, les Templiers, aient été

accusés de professer et de mettre en pratique des
doctrines infâmes
,

on ne saurait

établir

aucune
ne

comparaison entre ces Ordres
sins; tout ce

et celui

des Assas-

que nous en avons

dit jusqu'ici

s'appuie ni sur de simples hypothèses, ni sur les

accusations des historiens, ni sur des aveux arra-

chés h
et

la

douleur des tournions;

les

aveux libres

spontanés des successeurs de Ilassan-Sabah ont

été

pour nous une source
ils

intarissable de révéla-

tions. Jusqu'alors

avaient soigneusement caché
;

aux yeux des profanes leur hideuse doctrine
était réservé à

il

Hassan

II

de mettre les principes de

l'Ordre au grand jour. Déjà du vivant de

Moham-

med

il

s'était yérjgé

en prophète, et n'avait sauvé

ses jours qu'en se

couvrant du voile d'une prola

fonde hypocrisie. Aussitôt que

mort de son
,

père lui eut donné

la

Grande-maîtrise

ii

jeta le

masque,

et

non content de s'abandonner
licence. Mais c'était

lui-

même
tres la

à toutes sortes d'excès,

accorda aux au-

même

peu encore

;

il

ne put

résister à l'attrait

de monter lui-même en
S'il avait

chaire pour prêcher le peuple.

eu

1

ex-

périence de ses aïeux,

si la

maturité de son juge,

ment eût

éffalé l'étendue

de ses connaissances

il

se serait bien gardé de répandre parmi les profa-

nes les principes fondamentaux de la doctrine


il

169


effet,

ismaïlite. Quelle utilité
retirer

en

l'Ordre pouvaitIcii

de ces eiiseignemens ou

profanes

apprenaient h ne voir dans
stupide,

Mohammed qu'un être et à considérer son fds comme un modèle
et

de mérite

de savoir?

Une ignorance qui donnait
,

encore aux sectaires quelque retenue
férable à ces pernicieuses révélations.

était
11

pré-

voulait

non-seulement favoriser à tout prix, par son exemple, l'impunité des crimes, mais établir en théorie
qu'ils

ne méritaient aucun châtiment. L'an 55q de

l'hégire (i), les habitans

du pays de Roudbàr
une chaire

fu-

rent invités à se rendre au château d'Alamout,

où Hassan
à-vis

avait fait construire
,

vis-

Kibla (2) coins quatre étendards
la

de

et

planter aux quatre

jaune

et

un

vert.

un blanc, un rouge, un Le peuple s assembla sur la
:

Moszella., place de prières, située

au pied du

château, et semblable à celle du faubourg de
Schiraz
,

célébrée dans les poésies d 'îîafizem (5).
le
1

Hassan monta en chaire

7

du mois de ra-

mazan
l'esprit
et

(4), et

commença
il

a jeter le trouble dans

de ses auditeurs par des paroles obscures
;

énigmatiques

leur persuada qu'un envoyé

(1)
(2,

Apres J.-C, n63.

On

appelle ains: le pays de la
se

Mecque

,

vers lequel tons

les

moilimins
,

tournent

(tans leurs prières.

(5) Halls
(4)

lettre Eiif.
le

Suivant Mirkïioud et Wassaf; d'après
<x fut le éeptiem'e.

N«khbetet-Tewa-

rikh

i


de l'Imam
égyptien
, ,

170


du
khalifat

ce mystique possesseur

lui avait

remis une lettre adressée à

tous les Ismaïlites, qui changeait les règles fon-

damentales de

la

secte
11

,

et

leur donnait

une

nouvelle sanction.

leur déclara

qu'en vertu

de cette
»
» »

lettre

« les

portes de la grâce et de

la

miséricorde étaient ouvertes à tous ceux qui
qui le suivraient, qu'eux seuls

lui obéiraient et

seraient les véritables élus, et qu'en cette

qua-

» lité ils seraient affranchis
»
»

de l'observation de

toutes les lois jusqu'au jour de la résurrection,
c'est-à-dire de la révélation de l'Imam. »
il

En,

suite

récita

en langue arabe
,

le

Khoutbé

ou

prière de la chaire

qu'il disait

également avoir

reçu de l'Imam.

Un
,

interprète placé au bas de la

chaire en donna la traduction suivante aux auditeurs
h »
»
fils
:

«

Hassan

fils

de

Mohammed

et petit-

de Buzurgomid,
,

est notre Khalife,

Daï et

Houdschet
tre

c'est-à-dire notre successeur,
,

no-

missionnaire

notre preuve.

Tous ceux qui

» »
»
»

suivent notre doctrine doivent lui obéir dans
les affaires

de

la foi et

du monde, considérer
,

ses ordres

rôles

comme venant d en haut comme inspirées, ne point faire
si

ses pa-

ce qu'il
,

»
» » » »

défendra et faire tout ce qu'il commandera

comme
même.

ses ordres étaient

donnés par nousles

Qu'ils sachent

que notre seigneur

a jugés dignes

de sa miséricorde,
le

et qu'il les a
II fit

conduits vers Dieu

tout-puissant. »

eu-


de

171


ordonna au peuple
les

suite dresser des tables et

rompre

le

jeune

et

de se livrer à tous de fête; car,
de
la

plaisirs
c'est

comme aux jours
le

disait-il,

aujourd'hui

jour

révélation

de

l'Imam.

Depuis ce moment où

le

crime se montra sans
le

déguisement

aux yeux de tout

monde

,

le

nom
été

de Moulahid , impies, qui jusqu'alors n'avait

donné par
et à

les légistes

qu'aux partisans de

Karmath
fut

ceux de quelques autres sectaires
les Ismaïlites

étendu a tous
le
e
1

de

l'Asie.

A

dater

de ce jour,

du mois de ramazan,

les Assassins

célébrèrent
véritable
trine
:

la fête

de la révélation

comme

la

époque de l'annoiiciation de leur doc-

de

même
les

que

le

nom

de

Mohammed
,

n'est

jamais prononcé par les moslimins sans que l'on

v ajoute
san
rien
la

mots

:

qu'il soit béni

de

même

les Ismaïlites ajoutèrent

depuis au

nom

de Has-

formule

:

salut

à sa mémoire. L'histo-

Mirkhond nous raconte que Joussoufschàh-

Kiatib,
la

homme digne de
:

foi, avait

lu au-dessus de

porte de la bibliothèque d'Alamouf l'inscription

suivante

AVEC L'AIDE DE DIEU,
LE

DOMINATEUR DU MONDE
LOI.
S A LUT

ROMPIT LES CHAINES DE LA
A SON

NOM

ï

Hassan

II,

après s'être

fait

reconnaître par le


peuple

172

comme

khalife et législateur envoya de

nouvelles règles à tous les Prieurs et missionnaires des provinces soumises;
il

écrivit

au Réï

Mosafier, Grand-p*ièurdansle Kouliistàn
lavait été dans! Irak son
rain
de:

comme

homonyme, contempoIl

lîassan-Dcn-Sabah, et lui donna des inslui

tructions conformes à son nouveau système.
disait
»
>>
:

«

Moi Hassan

,

je

vous déclare que

je suis

le

représentant de Dieu sur
la

la terre, et le

Réï

Mosafier est le mien dans

province de Kou-

» histân. »
»

Les

hommes
»

de ce pays doivent lui obéir

et

regarder ses ordres

comme émanés de ma profit

pre bouche.

Mosafier

construire dans le châ-

teau de

Mouminabad,
il

sa résidence,
lut

une chaire
la lettre
1

du haut de laquelle
îirent avec joie,

au peuple
les

du
la

Grand-maître. Presque tous
ils

hahitans

acceuii-

burent du vin au pied de

chaire en mêlant leurs voix au son des chalu-

meaux

et

au bruit des tambours,
la loi et
,

et affichèrent

un mépris scandaleux de

de

la religion.

Quelques - uns seulement
nes de l'islamisme
le
,

fidèles
:

aux doctrice
fut

émigrèrent

dans

Roudbàr

et le

Kouhistân un effroyable déet

bordement de libertinage
n'était
était

d immoralité. Ce
Hassan

plus le

khalife,

c'était

qui

proclamé de toutes

les chaires

comme
les

vérise

table successeur

du prophète. Afin de pouvoir d'Imam,
titre

passer

du

titre

que

peuples


n'avaient

173


klialîfe

donné jusqu'alors qu'au seul
il

de
à

l'Egypte,

jugea nécessaire de mêler son origine

celle des khalifes fatémites, bien

que dans l'assemfils

blée

du

i

7

deramazan
:

il

se fût

annoncé comme

de

Mohammed
(ils
,

il

donna plus tard

à entendre, par
,

des paroles obscures et des écrits à double sens
qu'il était

de Nésar

et petit-fils

du

khalife

Mostanszar

sous le règne duquel le fondateur
le

de l'Ordre avait été forcé par

généralissime

Bedr-Dschcmali de quitter l'Egypte, pour avoir
pris le parti

du
les

fils

aîné de

Mostanszar contre
cette

son

jeune
,

frère Nésar.

Pour accréditer
II

généalogie

amis de Hassan

racontèrent
,

qu'un

certain

Aboul-IIassan-Scide

le

confi-

*

dent du khalife Mostanszar, était arrivé à Aîamoût un an après la mort de son maître, et y avait amené un fils de Nésar qu il avait confié aux
seins delIassan-Btu-Sabah;
il

ajoutait

que ce der-

nier avait reçu l'envoyé avec de grands honneurs
et avait assigné

pour demeure au jeune

Imam un

village situé au pied

du château, où, après s être marié quelque temps après il avait donné a son On fils nouveau-né le nom de Salut à sa mémoire
,
.

disait

encore qu'à
était

la

même
,

époque où l'épouse de
la

l'imam
maître

accouchée,
fils

femme du Grand,

Mohammed
le

de Buzurgomid

avait

donné

jour à

un
le

enfant mâle.

Une
de

servante

gagnée, en portant

jeune Salut à sa mémoire
fils

château, l'avait changé contre le

Moham-

med.
la

174


et

Comme

ce conte était trop absurde pour

commander quelque croyance,

comme,

d'après

doctrine des Assassins, tout était indifférent et

rien n'était défendu, les partisans de cette généa-

Imam avait eu un commerce secret avec la femme de Mohammed et que le Grand-maître actuel 8 Imam et
logie admirent plus tard

que

le

jeune

e

,

khalife, en était le fruit.

Hnssan aima mieux être

considéré comme un bâtard issu du sang du khalife

que comme
neur de
sa

l'enfant légitime

de son père

:

l'hon;

mère

fut sacrifié a son

ambition

l'a-

dultère lui créa des droits,et dans son désir de ré-

gner il profana la sainteté du harem. Les Ismaïlites
qui faisaient ainsi descendre Hassan deNésar,fils du
khalife Mostanszar, portaient le

nom de

Nésari

:

ils
*

donnaient à Hassan le surnom de Kaïmolkiamet,
c'est-à-dire le Seigneur de la résurrection et appelaient leur secte la secte de la Révélation et de la ré-

surrection. Ils entendaient par l'époque de la ré-

surrection, celle oùl'Imam devait apparaître (kaïm)
et les
lois.

rapprocher de Dieu en abolissant toutes
D'après eux
,

les

l'avènement de Hassan à
cette

1

Ima;

mat
il

était le

commencement de

époque

car

détruisait à la fois et les lois de la religion et

celles

de
se

la

morale. Désormais
sans
II,

le

vice
et

et le

crime

montrèrent
(i).

crainte

mardevait

nèrent tête levée

Hassan

comme on

(i)

Mivkhond.


s'y attendre, devint

175

lui-même la victime de sa nouquatrième année de son règne
le

velle doctrine
il

:

la

tomba, au château de Lcmsir, sous

poignard
la fa-

de son beau-frère , un des descendans de

mille Bouyeli. L'historien voit dans ce meurtre

moins

la

vengeance du

ciel

qui châtiait tant de

crimes.,

qu'une punition toute naturelle. N'était1

ce point en effet le comble de
d'initier la

imprudence que

masse du peuple à tous les mystères de la

doctrine de l'Ordre? Aussi paya-t-il de sa vie cette
liberté indéfinie qu'il avait
sassiner.

donnée à tous d'as-

176


,

Règne de Mohammed

II

fi!»

de Ilasson

II.

L'incendie que Hassan avait allumé en révélant
à tous les principes secrets de l'Ordre, loin de

s'éteindre dans son sang, se propagea dans toute

lAsie sous
seur, qui

Mohammed
commença

II,

son

fils

et

son succes-

son règne par tirer ven-

geance du meurtre de Hassan. Ilassan-Namwer,
son assassin ainsi que tous ses parons de l'un et l'autre sexe périrent sous la

hache du bourreau. Loin

de profiter du

triste exemple
les

que l'imprudence de
yeux,
il

son père lui mettait sous

suivit fidèle-

ment

ses traces.

Il

prêchait plus hautement en-

core la nouvelle doctrine, et affichait les

mêmes

prétentions que son père à la dignité d'Imam.

Assez instruit dans
il

les

théories philosophiques

se croyait l'unique savant

de son temps, dans

cette

branche

de

connaissances

comme
lui

dans

toutes les autres.

Nous possédons de
de philosophie
le lieu

un grand
Ces

nombre de
dence
,

traités

et

de jurisprules citer.

mais ce n'est pas

de

études étaient un hommage rendu non-seulement

aux
ques

institutions

du fondateur de l'Ordre
les sciences

,

qui

profondément versé dans
et

mathémati-

métaphysiques, avait amassé au château
livres et

d'Alamout une précieuse collection de

177

d instrumens, mais encore à l'esprit de son siècle, pendant le cours duquel la civilisation de la nouvelle Perse atteignit son plus haut

degré

et la philo-

sophie et la poésie prirent le plus brillant essor. Son

règne de

/fi

ans vit naître et mourir une pléiade de

poètes persans plus illustre que celle des Alexandrins sous les Ptolémées et que celle des poètes
français sous François
1
er

(i).

Nous ne mentionnerons ici, dans la poésie lyrique, que Souseni etWatwat (2). Le premier fut le
créateur

du système métrique;
la

le

second peut être

appelé le législateur de

poésie persane. Les

deux grands poètes panégyriques Khakani (3) et Sohaïr-Faryabi (4), ainsi qu'Enweri, fameux tous
les trois

par

les

louanges qu'ils prodiguèrent aux

princes orientaux. Les mystiques Sénayi (5) et
Attar (6), illustrèrent aussi le règne de

Mohamtrès
(7).

med II .Senayi est l'auteur du ïladikat, ja/'din orné,
que Saadi paraît avoir imité dans son poème

connu

intitulé

:

Jardin de roses et de fruits

Attar s'est rendu célèbre par ses œuvres poéti-

ques, entre autres par son Mantikettaïr

,

Di'alo-

(1)

Devletschàh. Histoire de

la littérature claisique,

par Ilee-

rcn.
(2)

Bouterwek,

Hist. de la poésie française.

Après J.-C, 1170; de l'hégire, 56g.

(3)

Après J.-C, Après J.-C,

1

177

;

de l'hégire, 575.

(4)
(5) (6)

1

186; de l'hégire, 582. 201
;

Après J.-C

,

1

de l'hégire

,

5g8.

Après J.-C. 1180; de l'hégire, 576.

(7;

Après J.-C, 1190; de l'hégire 586.

12


gue des oiseaux;
Rounii
,

178


mys-

il

eut pour rival Dschelaleddin-

qui plus tard devint le plus grand
11

tique de lOrient.

faut

nommer
de Schirin
il

encore Nisami

célèbre poète romantique des Persans , le chantre

immortel de Khosru

et

(i).

A

cette pléiade de poètes
,

faut ajouter des

philosophes

des légistes et des moralistes
(2), tels

du

premier rang
dir-Gilani
,

que

les scheikhs,

Abdolka-

le

fondateur d'un des Ordres de der,

wiches

les

plus considérés

dont

le

tombeau

à

Bagdad
Hanife

est encore aujourd'hui

visité

avec autant

de vénération que celui du grand
,

Imam AbouAhmed-Ibnauteurs

et les

deux grands
(5)
et

légistes

Mahmoud-Gâsnéwi
l'un des

Imam Borhaneddin,

Ali - Ben - Ebibekr - Almaraghainani (4)

Mokademme Prolégomènes ,
, ,

l'autre

du

Hedayet

Conduite

;

deux ouvrages classiques

de jurisprudence pratique. Le secrétaire Amad,
n'est pas

moins

illustre

comme
,
;

calligraphe.

Dans
seri
,

l'histoire s'est distingué

lbn-Eszir-Dschela

auteur du Kamil (5)

dans
et

philosophie

,

Schehabneddin -Sehrwerdi
Rhasi
(6)

l'imam

Fakhr

ont acquis

à juste titre

une grande

(1) {1) (3) f4)
(5) (6)

Aprrs J.-C, 1180; de l'hégire, 5j6. Après J.-C, 1170; de l'hégire 566.
Après J.-C. 1196; de l'hégire 5gZ. Après J.-C.
,

1

196

;

de l'hégire, 5g3.

Après J.-C. 120g; de l'hégire 606. Après J.-C.
1

172

;

de l'hégire

,

568.


gloire.
Il

179


le

faut bien

se

garder de confondre ce
,

dernier avec le scheikh
cin

poète ou le médeillustration

du même nom (Rhasès). Leur
qu'ils ont

littéraire n'aurait point

mérité notre attention,

que l'importance

dans l'histoire des
devoir de les

Assassins nous aurait imposé le
citer.

Leur
il

vie et

leur mort nous montrent com-

bien

y

avait alors de péril

pour

les

savans à se

déclarer les ennemis de la doctrine secrète.;

Le philosophe Aboufeth-Jahya-Ben-IIanoschBen-Emirek, mieux connu sous le nom deSchehabneddin-Sehrwerdi
sieurs ouvrages
,

auteur célèbre de plu,

métaphysiques
fils

périt à Haleb

sous les coups

du

de Salaheddin.

Comme

sa

doctrine était considérée par le collège des légistes

comme

philosophique, c'est-à-dire
le

comme

athée,

chacun pouvait

tuer avec impunité.

L'imam
sort
,

Faklireddin Rhasi, menacé du
Il
,

même
ensei-

y échappa , mais non sans danger. gnait publiquement dans Rei , sa patrie
la

la juris-

prudence , sous

Grande-maîtrise de
II.

Mohamses

med

II,

fils

de Hassan

Calomnié par

en-

vieux, accusé d'être en secret partisan des Ismaélites et

même un
et

de leurs missionnaires
se justifier
,

,

il

monta en chaire,
le

pour

blasphéma

contre les Ismaïlites et les maudit. Aussitôt que

Grand-maître en eut été instruit par ses es,

pions

il

envoya à Reï un de

ses

fédavis
se
fit

,

avec

des instructions spéciales. Celui-ci

passer


pour un élève dans
la

180

science des lois et suivit

sous ce titre emprunté, les cours de l'imam. Sept

mois s'écoulèrent avant

qu'il

pût trouver une oc,

casion favorable d'exécuter sa mission. Enfin

il

guetta le
sorti
tre.

moment ou
aller

le serviteur

de l'imam

était

pour

chercher

le

repas de son maîle fé-

L'imam

éiait seul

dans son cabinet,
,

davi enti a, le jeta à terre

et lui

appuya son poi,

gnard sur

la poitrine. «

Quel

est ton dessein

lui

demanda l'imam?
entrailles.

— De cœur — Pourquoi — Parce que tu
l'arracher le
?

et les

as dit

du

mal des

Ismailites dans

une chaire publique.»

L'i-

mam

conjura l'assassin d'épargner sa vie, et lui

jura par tout ce qu'il y a déplus solennel, qu'il ne

blasphémerait plus jamais contre
« Si je te laisse la vie, dit

les Ismailites.
,

l'envoyé

retomberas-

» tu
»

dans tes anciennes erreurs ,

et te croiras-tu

dégagé de tes sermens au moyen dune interpré-

» talion fallacieuse? »
rait recours

L'imam

l'assura qu'il n'au7

à aucune interprétation, et qu'il se

soumettait d'avance à l'expiation de son parjure.

Alors l'assassin se releva de dessus sa poitrine
et lui dit
»
»
:

,

« Si j'avais

eu réellement l'ordre de

te

tuer, je n'aurais pas

manqué de l'exécuter. Mo,

hammed
site.

,

fds de Hassan

te salue

,

et te prie

»
» »

de venir à sa forteresse

l'honorer d'une viillimité et
fidélité la

Tu

auras

un pouvoir
avec

nous

t'otes

béirons à l'avenir

comme

« serviteurs.

Nous méprisons

voix du peuple


» » »

181
,


paroles ne
restent

dit le

Grand-maître

les

pas plus dans notre esprit que des noix sur

un globe ; mais vous ne devez point blasphé-

»
»
»

mer

contre rions

,

parce que vos paroles se

comme les traits du buL'imam répondit qu'il ne pouvait aller à Alamout mais que pour l'avenir il ne parlerait plus du Grand-maître qu'avec respect. Alors
gravent sur la pierre
rin. n
,
,

le fédavi tira

de sa ceinture trois cents pièces

d'or qu'il lui
» »
»

donna en
ans

lui disant

:

«

Ce que tu

vois là, c'est ta rente annuelle, et le divan a dé-

d'été

que tous

les

,

le
;

Réï Mosaft'er l'appor-

terait pareille

somme

voilà encore

deux

lia-

»

Lits

de l'Yéraen, que t'envoie
instant, le fédavi
,

même

Mohammed. » Au disparut. L imam prit
qui lui fut toujours
il

les habits et l'argent

et

pendant quatre ou cinq

ans reçut la

même somme

exactement comptée. Avant cet événement,
avait

coutume, toutes

les fois qu'il parlait
,

des Is-

maïlites dans
ces
» »

une discussion

de

la

résumer par

mots

:

«

Que peuvent
et
»
,

dire ces impics

que

Dieu veuille anéantir
lédietion
:

poursuivre de sa

maQue
re-

Mais après avoir reçu sa subvenil

tion annuelle
»

se contentait

de dire

:

«

peuvent dire

les Ismaïlites ? »
la

Un
«

de ses élèves
,

qui lui demanda

cause de ce changement
:

çut de lui pour toute réponse
>>

On ne peut

pas

maudire

les Ismaïlites
et

,

leurs preuves sont trop
»

>>

tranchantes,

leur raison c'est le poignard.


Celte aventure

182


même

singulière, <jue plusieurs histo-

riens (i) persans nous raeontent tous de la

manière, nous prouve que
jjotir

le

meurtre

n'était pas

la

politique

du Grand-maître

Tunique

moyen

d'assurer la réussite de ses projets, mais

qu'il préférait quelquefois

employer la corruption.

Nous y voyons encore que souvent les Ismaïlites aimaient mieux se faire des amis de ses
ennemis que de
s'en débarasser par l'assassi-

nat, surtout lorsqu'ils étaient d illustres savans

ou des hommes célèbres dont la vie était, dans ce cas, plus utile à l'Ordre que la mort. Excepté l'anecdote que nous venons de citer
,

les historiens
s'est

ne nous apprennent rien de ce qui
pendant
le les

passé

5o ans du règne de
et le

Mohammed dans
les

Dschebal

Kouhistân, qui étaient
;

pro-

vinces persanes de l'Ordre

mais aussi cette pé-

riode est plus fertile en événemens qui exercent

une influence immédiate sur 1
sins.

histoire des Assas-

La

Syrie, qui en fut le principal théâtre, vit

aussi à la
et

même

époque

Ses exploits des

croisés

de Salaheddin. Ce grand prince avait été destiné

par la Providence à être l'instrument qui devait
renverser le khalifat des Fatémites
sassins le désignèrent-ils aussitôt
;

aussi les

As-

aux poignards

de leurs fédavis. Afin de mieux connaître l'homme
qu'ils avaient choisi

pour victime

,

et qu'elle était

(l)

Mirkhond. Devletschâh. Ghaftsui.


mière
récit
fois

183


pour
la

sa puissance lorsqu'ils essayèrent

prele

de l'assassiner

,

nous continuerons

du règne de Noureddin que nous avons commencé dans le livre précédent et ajouterons
,

quelques mots
naissante.

sur Salaheddin et sa grandeur

Revêtu, après

la

mort de son oncle Esededdin

Schirkouh , de
sous le

la dignité

suprême de l'empire
il

nom

de Melek-Ennaszir,

fut confirmé
,

dans cette charge par l'atabège Noureddin
le titre d'Emiralisfahlar, qui
,

avec

chez les Persans
les

correspond à celui d Emirolschouyousch chez

Arabes

,

et signifie

Maître des armées. Peu de

temps après
diplôme,
le

le khalife

de Bagdad lui envoya
et

le

vêtement d'honneur

des présens

magnifiques, pour le récompenser d'avoir transféré les droits souverains de l'islamisme de la fa-

mille de Fatinia a celle d'Abbas. C'était au Caire

que
par

l'on gardait les trésors
les

immenses accumulés

Fatémites dans

le

cours de deux siècles

et qu'avaient fournis les

provinces de Moghres,

d'Egypte, de Syrie

et d'Arabie.

Bien que leur

richesse surpassât toute croyance, la libéralité de

Salaheddin les eut bientôt épuisés
vain

(i). Aïrii, écrifoi
,

recommandable

et

digne de

nous apsolitaires

prend que ce trésor contenait sept cents

(i)
r

Tiré de l'Okdetol-Dschenian dans

le

Nokhbetet-Tewa-

Au

-

184

était
,

de perles dont chacune

par sa grosseur,
la

d'un prix inestimable; une émeraude de

lon-

gueur de

six

pouces

et

de l'épaisseur d'un doigt;
;

une bibliothèque de 2,000,000 de volumes des lingots et des monnaies d'or, de l'ambre, de l'aloès
et

une incroyable quanlité d'armes. Salabcddin,

dès son avènement, distribua une grande partie de
ces trésors aux princes qui étaient dans son ar-

mée

,

1

administration des bibliothèques fut or-

ganisée, et le reste
chère", fournit,
les

du

trésor,

vendu

à

l'en-

pendant dix années consécutives,

sommes

nécessaires pour soutenir là guerre

contre les croisés et construire les
s'élevèrent dans la ville
bâtit

monumens

qui

du Caire. Sous son règne un château fort, avec un mur qui entourait la ville, un grand aqueduc qui conduisit les eaux du Nil à la hauteur de la montagne et
on y
,

les halles magnifiques sous la colonnade desquel-

les le

narrateur de cette histoire

s'est

souvent reil

tracé la grandeur de Salabcddin. Enfin ti
tir

lit

bâ-

une académie près du tombeau de
hôpital au nouveau Caire
,

Schafii

un
les

et

un magasin

à

blé à Miszr, l'ancienne capitale de l'Egypte sous

Arabes. Tous ces
;

monumens
lit

portent le sceau

de sa grandeur

on y

partout son nom, Jous-

souf , que l'ignorance seule des habitans actuels

du Caire
Si

et

de Miszr a pu prendre pour celui du

Joseph de l'Egypte.

Noureddin voyait d'un œil inquiet

la

puis-

185


il

sanee toujours croissante de Salaheddin,
aussi qu'il n'était plus

sentait

en son pouvoir de com-

mander au possesseur du trésor des Fatémites.
Néanmoins
il

fut assez politique

pour confirmer

dans ses fonctions un gouverneur qu'il ne pouvait
plus changer, et Salaheddin, de son côté, en eut
assez de gratitude

pour reconnaître, au moins no-

minalement,

la

souveraineté de son oncle. Aussi,

comme

il

ne voulait pas se révolter ouvertement

contre lui, mais seulement s'assurer

un refuge Tou-

au besoin,
et

il

résolut de marcher contre l'Yémen
frère aîné,

commença par y envoyer son
(i).
lils

ranschàh, a\ec une armée

Ce pays
qui

était alors

gouverné par Abdcnnehi,
de
la

de Mehdi, partisan
, ,

secte impie de Karmath

par] ses exac-

tions, avait attiré sur lui l'exécration de ses
ples.

peu-

Les trésors qu'il avait amassés par de pareilcachés dans le tombeau de son

les voies étaient

père Medhi, à Sobéid; les murs de ce tombeau
étaient couverts d'or ainsi
saient les
l'or,

que

le

dôme

et éblouis-

yeux dans un rayon de plusieurs milles;
,

l'argent

les perles et les pierres précieuses

s'y

trouvaient en

voulait faire
et le

immense quantité. Abdennebi de ce tombeau une nouvelle Kaaba
les pèlerins

rendez-vous de tous
ce but
,

de l'Orient.

Dans

il

pillait
,

les caravanes qui se ren-

daient à la

Mecque

et les richesses

que

lui

don-

5

Après J.-C,

1

173

;

de l'hégire, 56g.


liaient ses rapines

186


la

venaient augmenter encore

masse de son butin. Plus tard plusieursprinces,
surtout ceux de la Perse
,

ont essaye

comme Ab-

dennebi

,

mais par des motifs purement politi-

ques, d'empêcher les peuples d'aller en pèleri-

nage à

la

Mecque
celui de

et

d'appeler leur vénération sur
celui

d'autres

tombeaux que

du prophète, notam,

ment sur

Meschhed-Ali

près de l'Eu-

phrate, qui,

comme

celui de Sobéid, avait été

couvert de lames d'or parle schàh Abbas, et sur
le

tombeau de Mesched-Ben-Mousza
,

,

près de

Thous
dans

dans

le

Khorassân.

On

voulait ainsi attile

rer le numéraire
le pays,

ou tout au moins
la

concentrer

mais

Mecque

resta toujours le seul

et véritable lieu de pèlerinage de l'islamisme,

malgré
habites.

les

conquêtes des Karmathites
délit et

et des

Wa,

Touranschah

tua Abdennebi

fit

raser le dôme_, s'empara des trésors de Sobéid,
qu'il

envoya h son frère
,

,

et

,

sur les ordres de
le

celui-ci

fit

prier

du haut des chaires pour
et l'atabège

khalife de

Bagdad
mort

îSoureddin.
fit

Api es
faire

la

de ce sultan (i), Salaheddin
les prières

en Egypte

publiques au

nom du

jeune Saleh, fds de Noureddin, alors âgé de onze
ans.

Ce prince, trop
,

faible

pour régner par lui-

même
pire
,

fut confié

aux soins des grands de l'em-

surtout à ceux de l'eunuque

Gumuschté-

(i)

Après J.-C,

1

174

;

de l'hégire

,

570.


tre à

187

gin, qui transféra la résidence de son jeune maî-

Haleb , en laissant à Damas pour gouverneur
croisés, qui croyaient trou-

Ibnalmokaddem. Les
ver dans la minorité

du

fils

de Noureddin une

occasion favorable à l'agrandissement de leurs

conquêtes, marchèrent sur
le siège

Damas

,

et

ne levèrent

que pour de grandes sommes d'argent
se
A'it

qu'Ibalmokaddem

forcé de leur payer.

A
à

cette nouvelle, Salaheddin entra dans

une grande

colère, se dirigea à marches forcées vers
la tête

Damas
,

de sept cents cavaliers,

lit

au gouverneur de
et

vives remontrances sur son indigne conduite
écrivit

au jeune atabège une
il

lettre respectueuse

dans laquelle

lui prêtait

serment de

fidélité

comme
tait

à son seigneur, et lui déclarait qu'il n'éle

venu en Syrie que pour

défendre dans un

moment où

ses possessions étaient

vivement atta,

quées , d'un côté par les croisés

de l'autre par

son'neveu Seiffedin, seigneur de Moszoul. Dans sa

réponse qui fut rédigée par les ennemis de Sala-

heddin, au lieu de
lui avait

le

remercier des services qu'il
son ingratitude,
lui

rendus,

il
,

lui reprochait
et le

sa

désobéissance

menaçait de

enle-

ver très prochainement le
l'Egypte.

commandement de

Ce

fut alors
,

que Salaheddin, furieux
,

de cette insulte
Niai
,

déclara au porteur de la lettre

seigneur de Manbedsch, qu'il devait à

l'in-

violabilité

de son caractère

la

conservation de ses


jours;
il

188


le

fondit ensuite avec ses troupes sur Haleb

afin, disait-il,

de s'entretenir de vive-voix avec
la

jeune prince. Sur

route

il

s'empara de llama et

de Hcms,

et vint établir

son camp près de Haleb.

Les habitans

et le jeune prince,

guidé par son goud'aller

verneur l'eunuque Gumuscbtégin, au lieu

à la rencontre de Sahaleddin avec des intentions

pacifiques,

s

avancèrent contre lui les armes à

la
,

main.
»

«
je

Dieu m'est témoin,

s'écria Salahcddin
la

que

ne voulais point avoir recours à
mais, puisque vous
querelle. »
le

force

» »

des armes;

voulez,

qu'elle décide la

Les troupes de
et s'enfuirent

Haleb furent battues, dispersées,
vers la ville que Salabeddin

commença

à assiéger

dans les formes

(i).

Gumuscbtégin, qui

avait perdu tout espoir

d é-

ebapper au glaive des braves qui l'assiégeaient,
songea à se servir des poignards des Assassins.

Le cbàleau
la

fort

de Masziat

était alors le centre

de

puissance des Ismaïlites en Syrie. Là régnait

Rascbideddin-Sinan, (2) Grand-prieur de l'Ordre,

dont

le

nom

et les

ouvrages se sont conservés

jusqu'à ce jour parmi les Ismaïlites de Syrie (3).

Masziat est situé dans la montagne de
rallèle

Semak

pa-

aux côtes de

la

mer Méditérannée qu'elle

(1)

Tiré du Nokhbetet-Tcwarikh.

(2) (5)

Nokhbetet-Tewarikh. Dshihannouma.
Rousseau, Mémoire sur
les Ismaïlis,
v>.

i3.


suit jusqu'au

189


ainsi

Liban

(i).

Le château

que dixétait le

huit villages voisins, faisaient partie du district de

Hama
ment

(Epiphania)

,

et à cette

époque

il

plus considérable des dix autres châteaux égalebâtis sur la

chue des montagnes,

et le

cen-

tre des forces ismaïlites,

que

les

auteurs contem-

porains des croisades évaluaient à soixante mille

hommes
donne
Masziat ,

(2).

Les noms de ces châteaux que nous

la géographie
,

de Hadschi-Khalfa
,
_,

(3) sont

Kadmus Kahaf Akkaz
,

Hosznalekiad,
et

Safîta, Alika, Hosznalkarnin

Sihihoun

Sar-

min

:

c'est

par ce dernier qu'avaient
les

commencé
(4).

en Syrie,

conquêtes des Ismaïlites

Ces

châteaux, non moins que les poignards des Assassins, avaient
la partie

rendu Raschideddin maître de toute montagneuse de la Syrie septentrionnale.
foi

Salaheddin, le défenseur légitime de la

de

Mo-

hammed
et

,

qui avait renversé

le khalifat

égyptien

dont

la

puissance toujours croissante menaçait
atabèges de Syrie
,

même d'anéantir les
:

était l'ad-

versaire naturel et l'ennemi le plus dangereux de

TOrdre aussi était-il sans cesse exposé à ses coups.

La

prière que

Gumuschtégin

fit

au Grand-prieur
qu'un pa-

Sinan, de sacrifier Salaheddin à sa vengeance,
fut accueillie d'autant plus facilement,

(1) (2) (5)

Rousseau, Mémoire,

p.

1.

Guillaume de Tyr

,

p. 994.

Dschihannouma

,

p. 5gi et J92.

(4) Macrisi, Aboulféd».


reil service était

190


camp devant
(i).

généreusement payé. Trois asIlaleb;

sassins l'assaillirent dans son
niais
.,

heureusement

ils

ne purent le frapper d'un
mis en pièces
Tandis
ainsi contre la \ic

coup mortel

et furent

que Gumusclitégin conspirait
de Salaheddin
,

il

échappait a peine aux
,

embûSche-

ches que lui tendaient ses ennemis

le visir

habeddin-Abou-Ssalch

et les

émirs Dschemaled-

din-Schadbakhl

et

Modschahid, qui voulaient

lui enlever la faveur

du jeune prince Melikssaleh.

Gumusclitégin pour déjouer leurs projets eut recours
à
sa politique ordinaire.

Au moment où
afin d'expédier
,

Melikssaleh sortait pour aller a la chasse, l'eunu-

que

lui

demanda un blanc-seing
une
,

disait-il,

affaire pressante.
,

Le prince, sans
écrivit

méfiance

signa

et

Gumusclitégin

au

Grand-prieur des Assassins un ordre qui lui enjoignait de faire tuer le visir et les

deux émirs.
le

Sinan croyant qu'il s'agissait de débarassser

prince de quelque obstacle qui le gênait dans
l'exercice de son pouvoir absolu,
lit

partir sur-le-

champ plusieurs de ses
qui assaillirent
la
le visir
la

affidés.

D'eux d'entre eux,
il

au moment où
l'est,

sortait

de

mosquée par

porte de

placée près de sa

maison, périrent sur-le-champ. Peu de
après
l'un
,

temps
:

Modschahid fut attaqué par trois autres
saisit le

deux

haut de son manteau, afin de

(i)

Nokhbetet-Tewarikh.


lui porter

191


et s'enfuit

un coup plus assuré, mais Modschahid
en

donna des éperons à son cheval
laissant son

manteau entre
saisit les

les

mains de l'agresk lécuyer

seur.

Le peuple

meurtriers, dont deux

venaient faire de fréquentes visites

de Modchahid; l'un fut mis en croix ainsi que
l'écuyer, sur la poitrine duquel

on avait attaché

un

écriteau avec cette inscription: Telle est la ré-

compense de ceux qui recèlent des impies. L'autre assassin fut conduit k la forteresse là on lui coupa
;

les talons, et

on

le

frappa sur cette chaire san-

glante, afin de lui faire avouer qui l'avait poussé k

un

pareil crime.

au jeune

Au milieu des tourmens il dit prince Tu demandes k notre maître
,
:

Sinan qui a ordonné
et

le

meurtre de

tes esclaves

;

me punis pour

avoir exécuté tes ordres. Melik-

ssaleh écrivit au Grand-prieur

une

lettre pleine

des plus amers reproches, mais Sinan lui renvoya

pour toute réponse
Depuis,
le

la lettre

qu

il

avait signée.

prince de Haleb

et le

chef des Assas-

sins de Syrie furent toujours

en correspondance.

Plusieurs
écrit k

fois

déjà

Raschideddiu-Sinan avait
la restitution

Melikssaleh pour demander
,

du bourg d'Hadschira

enlevé aux Ismaïlites,
le

mais cette demande étant restée sans succès,

Grand-prieur eut enfin recours non k

la

plume

ni

au poignard, mais au

feu.

Les Assassins devin-

rent des incendiaires, portèrent le ravage dans
les différentes foires

de Haleb,

et jeter

eut surles


maisons de
la naplitc

19-2

*le

brûlante,

gouverneur
gré-

de

la ville
;

accourut avec ses gens pour éteindre
fut

le feu

mais ce
elle

en vain

:

comme

le feu

geois

,

résistait à

l'action

de l'eau. Plu-

sieurs habitations furent entièrement consumées,

une quantité immense de riches
marchandises précieuses

étoffes
les

et

de

périt dans

flamle
les

mes. Les Assassins lancèrent, pour alimenter
feu,

de

la

naphte du haut des terrasses dans
dérobèrent ensuite à
la

rues,

et se
,

vengeance

publique
rale (i).

au milieu de

la

consternation géné-

Melikssaleh-Ismaïl
favori
tat

,

prince de Halcb, dont
avait

le

Gumuschtégin

employé sans résul-

contre Salaheddin les poignards des Ismaï-

lites,

appela à son secours les croisés et son neveu

Seifeddin, seigneur de Moszoul. Les croisés as-

siégèrent

Emessa mais
,

se retirèrent à l'approche
et

de Salaheddin. Seifeddin au contraire,
frère

son

Aseddin

,

réunirent leurs troupes à celles

de Melikssaleh.
fois

Salaheddin essaya encore une

une

réconciliation.
il

Dans une
Balbek ,
et

lettre

très
lui

humble,
restituer
la ville

offrit
,

au prince de Haleb de
et

Hama

ïlems
,

de lui céder

de Damas

sous l'unique condition qu'il
le

serait

confirmé dans
:

gouvernement de l'Etraitée

gypte

sa

condescendance fut

de faiblesse.

(i)

Ibn-Forat.


Dans
rée de
la bataille
,

193

qui suivit immédiatement cette

négociation

il

remporta sur l'armée confédéet

Moszoul

de lïaleb, une victoire com-

plète dans la plaine de lïama.
prit d'une

Dès ce moment,

il

main ferme les rênes du gouvernement et ordonna que désormais en Syrie et en Egypte les prières publiques se feraient en son nom,
que
la

et

monnaie

serait frappée à son effigie (i).

Ssaleli n'obtint qu'à force

de supplications,

la

possession tranquille de îlaleb.

Le prince de Mosprès

zoul

,

qui

s'était
,

réuni à ceux de Iloszn-Kcif et
,

de jUarcdin de

perdit à la bataille de Tell
et

Hama, son camp

son armée. Saialieddin,

après avoir distribué le butin à ses troupes et relàcbé les prisonniers
,

s'empara des places fortes
et

d'Asas^ de
siège
,

Manbedsch

de Bosaa. Pendant

le

il

fut attaqué

de nouveau par un assas-

sin qui le blessa à la tétc;

mais

il

fut assez licu1

rcux pour

le saisir à

temps par

la

main
le

et le

per-

cer de son épéc;

un second

assassin se précipite

sur lui;

mais avant d'avoir porté
est taillé

premier
la

coup

,

il

en pièces par

les

damas de

garde. Deux autres viennent encore l'assaillir, mais

toujours sans plus de succès (i). L'exemple de

ceux qui avaient déjà péri rendit
circonspects;
ils

les autres plus

crurent qu'il leur serait plus fa-

(i )
'.

Après J.-C.

1
1

75

;

de l'hégire 071

Nokbbetet-Tewarikh.

i5


cile d'atteindre leur

194


le

but eu uc se montrant qu'un
sultan et ses garréussit. Salahed,

a

un

et

on fatiguant ainsi

des.

Ce dernier expédient leur
dans sa tente
et

din, effrayé de ces tentatives réitérées
tira
,

se

re-

passa ensuite eu revue son
les

armée,

en chassa tous
(2),
il

étrangers (i). L'antraité

née suivante
de paix avec

se hâta

de conclure un

les

princes de MoszquI et de Ha-

leb, et envahit aussitôt après le territoire des
Ismaïlites, le ravagea dans tous les sens et

bloqua
l'aurait

étroitement le château fort de Masziat.

11

conquis, et aurait détruit la puissance des Ismaïlites

en Syrie

,

si

Schchabeddin

,

prince de Hama,

sur les

prières de Sinan,
faire
la

n'eût déterminé son

neveu à

paix sous la

condition

qu'il

serait à l'avenir à l'abri
sins.

du poignard des AssasSalaheddin n'eut rien à

En

effet

,

depuis,,
,

craindre de leur part

dans un règne de quinze
ii
fit

ans^ pendant lequel

la

guerre tantôt en
il

Egypte, tantôt en Syrie, où
toutes les

avait
et

conquis

places

fortes

des croisés

même
l'exis-

Jérusalem. Soit que tant de malheurs eussent
effrayé les Assassins, scit

que l'Ordre jugeât

tence de Salaheddin nécessaire pour

contreba,

lancer la puissance formidable des croisés
enfin

soit le

que, par une remarquable exception,

(1)

Aboulféda

,

ad ann.

5rji.

(2)

Apres J.-C. 1176; de

l'hégire, 572.


Grand-prieur
ler la sainteté
ait

195

eu quelque scrupule de vio-

des traités, toujours est -il que

llascliideddin-Siiian parait avoir

abandonné

les

doctrines Ismaïîites

et les

voies politiques

que
pre-

lui avaient tracées ses prédécesseurs et

que suiles

vait encore le

Grand-maître régnant;

miers étaient, haut,
et

comme

nous l'avons vu plus

les
civ

amis secrets de l'Ordre des Templiers,

le

inier foulait aux pieds toute religion et

toute morale. Sinan donna
rection à sa politique
,

une toute autre dile

comme

prouvent

les

historiens contemporains des croisades (i). Ce

que nous racontent Guillaume, évêque de Tyr,
et

Jacques

,

évoque d'Akka
ri

,

de l'origine , du

système politique
sassins
,

de la discipline des As-

à l'occasion

\ ieux de la

d'une ambassade (2) que le montagne avait envoyée en l'an 1 102
s

au
les
))

roi

de Jérusalem,

accorde parfaitement avec
:

sources orientales qui disent

«

les

Assas-

siiiS

étaient d'abord les plus zélés observateurs

»

des lois de l'islamisme. Plus tard,

un Grand-maî-

»

tred'un esprit supérieur
tion
a
,

et

d'une haute érudi-

»
m

versé dans la loi chrétienne et connaissant

fond la doctrine de l'Evangile, abolit les priè-

» »

rcs de

Mohammed,

fit

cesser les jeunes et per-

mit
(1)

à tous sans distinction

de boire du vin
p.

et

de

Guillaume do Tyr,
Après J.-C,
11 -1

in

Gèstis Dèi per Francos,

wy.j.

Jacobi de Yitriaco Histmia lh crosolimœ y p. 1062.
a
.

de l'hégire, 568.


»

196


aveu-

manger du
glcmcnt

porc.

La

règle fondamentale de

» leur doctrine
» »
» »

consiste à se soumettre

à leur

chef, soumission considérée
seule
,

comme pouvant
nelle.

mériter la vie

éterle la

Ce Maître
,

appelé

généralement
,

Vieux

réside au-delà de Barrdad
le

dans

»

province persane qui porte

nom
u

de Dsclie-

» bal

ou Iraki-Adscliemi. Là,

Alamout, de

» jeunes garçons sont élevés dans tout ce que
» le a

luxe asiatique peut imaginer de plus riche

et

de plus séduisant.

On
le

leur apprend plu-

» sieurs langues, » puis

on

les

arme d'un poignard,

on

les

jette

dans

monde,

afin

d'as-

» sassiner

sans distinction les chrétiens et les

m Sarrazins. »
»
)>

Les meurtres avaient généralement
soit

pour but,

de se venger des ennemis de

l'Ordre, soit de complaire à ses amis, soit enfin

d'obtenir de riches récompenses.

Ceux

à qui

»
» »

l'accomplissement de ce
la

devoir avait

coûté

vie étaient considérés

comme

des martyrs,
féli-

jouissant dans le

paradis

d'une haute

« cité. » » »

Leurs parens recevaient de riches pré-

sens,

ou

s'ils

étaient esclaves,

ils
,

étaient af-

franchis.

Ainsi

ces jeunes gens

voués au

meurtre, sortaient avec enthousiasme de leur

» retraite
»

pour frapper

les

victimes désignées.

On

les voyait

parcourir le

monde

sous toutes

» les »

formes, tantôt sous

les habits

du moine,
et agir ton-

tantôt sous ceux

du commerçant,


»

197


,

jours avec tant de circonspection

qu'il était

»
»

presque impossible
poursuites. Les gens

de

se

dérober à leurs
rien

du peuple n'avaient

»

a redouter, car les Ismaïlites croyaient au-

»
»
»

dessous d'eux de prendre leur vie; mais les

grands

et les princes étaient réduits à
l'or, à

acheter

leur sécurité au poids de

s'entourer de
»

»

gardes et à ne jamais sortir sans armes.

En comparant attentivement les
l'histoire orientale,

récits des

deux

savans évêques, avec ceux que nous transmet

bien qu'on y trouve quel-

que

différence,

il

n'y a ni exagération ni

men-

La rigoureuse observation des devoirs de l'islamisme, surtout dans le commencement, l'asonge.

brogation de toutes
tres

les lois

sous les Grand-maîII
,

Hassan

II

et

Mohammed
mort ,

le

vœu

d'une

obéissance aveugle, l'existence de bandes d'assassins voués à la
les institutions

de l'Or-

dre et

f.a

politique meurtrière, tout s'y trouve
11 est difficile

renfermé en peu de mots.
cevoir

de con-

comment

des historiens européens, qui

avaient puisé dans les auteurs byzantins et les
historiens contemporains

des

croisades

,

com-

ment
lot et

même

des orientalistes

comme

d'Herbe-

Deguignes, ont pu regarder
dynastie.

les Assassins

comme une

Tout ne prouvc-t-il pas

au contraire l'existence d'un Ordre? Les Assassins n'ont-ils pas des Prieurs,

un Grand-maître,

108


comme
seul

des rèâléttienê , une religion spéciale (oui

l'Ordre des chevaliers Hospitaliers, celui des chevaliers
fait

Tcutoniques

et des

Templiers?

Un

serait

en desaccord avec nos assertions des li-

vres précëdens.

Nous venons de dire que le Grand-

prieur des Assassins, favorable à la doctrine de
l'Evangile,
celui

même
le

qui avait envoyé l'amfoi

bassade, avait voulu embrasser la
or,

catholique;

comment concilier

plan systématique d'impareille résolu-

piété
lion ?

du Grand-maître avec une

Ou

les croisés,

dans leur erreur, s'étaient
l'is;

persuadés que

le

Grand-maître ayant abjuré

lamisme , devait naturellement devenir chrétien
ou bien encore
çait

était-ce
le roi

par politique qu'il ber-

de cet espoir

de Jérusalem, afin de conpuissant. Cependant
il

server a l'Ordre

un ami

paraît plus probable

que l'ambassade ne venait
résidait h

point

du Grand-maître, qui

Âlamout

mais de son Grand-prieur en Syrie PiaschideddinSinan
,

qui occupait le château de Masziat.
et

Sinan seul,

non pas

le

Grand-maître, devait
,

payer un tribut annuel aux Templiers

et

l'amla

bassade n'avait d'autre but que d'en obtenir

remise. Ce qui donne encore à notre opinion plus

de force
écrits

et

de probabilité
,

,

c'est

l'existence des

de Raschideddin

qui, jusqu'à ce jour, ont

été

conservés en Syrie par un reste des Ismaïli-


tes (i).

199


que
1

On y

voit clairement

auteur avait

une connaissance étendue des
christianisme. (2)

livres sacrés

du
de

Raschideddin

-

Aboul-IIascher- Sinan
,

,

fds
,

Souîeiman de Baszra
nonoait lui-même

car tel est son

nom
fait

s'an-

comme un Dieu
;

hom-

me
a

(5);

il

ne se montrait jamais autrement que
personne ne Je

sous de grossiers habits de poil
oyait ni

manger, ni boire, ni dormir, ni cracher.
soleil,
,

Depuis l'aurore jusqu'au coucher du
prêchait au peuple

il

du haut d'un rocher
on

et ses

auditeurs le considérèrent pendant long-temps

comme un
çut

être supérieur. Toutefois,
qu'il boitait
;

s

aper-

un jour

car dans le dernier
avait été blessé

tremblement de terre,

il

par

une pierre
la fois

(4).

Peu

s'en fallut qu'il

ne perdit à

son caractère mystérieux et la vie. Le peuple

voulait le punir de sa fraude hypocrite en le faisant
périr;
prit
le
,

il

sut alors conserver toute sa présence d'es-

descendit du haut de son rocher, harangua
lit

peuple, l'apaisa,

dresser des tables, l'in-

vita h

manger,

et obtint

par celte éloquence d'un

(i;E\trails cVun livre des Ismaélis, par Bï. Rousseau, tiré

du

MI

cahier des Annales des voyages.
!

Témoire sur les Ismaélis

,

par le

même
la

,

tiré

du X LTI

cahier des Annales des voyages, p. i3.
tive
3
'

—Voir

pièce justifica-

\ à la fin

du volume.

Extraits d'un livre des Ismaélis, p. 10.

\

Après J.-C, 11Ô7

;

de l'hégire, 552.


nouveau genre un
tel

200


fidélité

succès que tous les assistans

lui jurèrent d'un accord unanime

comme

à leur supérieur (i).

11 saisit

avec adresse l'ins-

tant
avait


si

le

Grand-maître des Ismaïlites de 'Perse
tous les secrets

imnrudcmmcnt découvert i
pour prophète
,

de l'Ordre, pour entourer
se faire passer
torité

sa doctrine

d'un nuage,

et affermir

son au-

dans

la

Syrie; c'est pour cela que les histo-

riens orientaux le citent
la

comme 1 unique

chef de
;

doctrine ismaïlite dans cette province (2)

et

aujourd'hui encore, ses écrits jouissent d'une autorité

canonique chez

le reste

de ces sectaires. Ces

écrits sont

un chaos de dogmes contradictoires
probahlement allégorique;
ils

dont

le sens est

se

composent d'une foule de passages mutilés duKoran et de l'Évangile, d'hymnes, de sermons, de litanies
est
,

de prières

et

de réglemens liturgiques.

Il

douteux

qu'ils nous soient parvenus dans leur

pureté originaire; plusieurs siècles d ignorance et

de superstition paraissent y avoir ajouté bien des absurdités, ainsi qu'il est arrivé aux livres desDruses

qui se trouvent aujourd'hui avoir aussi peu

conservé l'esprit de leur fondateur que ceux de
l'ismaïlite Sinan.

On

n'y trouve plus qu'une con-

naissance très

imparfaite

de leurs principaux

(1) (1)

Ibn-Fovat.

Hadschi-Kbalfa in Dscliiliannoutna

et

Aîxmlfcda, ad.


de
la
Il

201

dogmes, surtout aucune trace, aucune tradition
doctrine allégorique.
doit

donc être maintenant bien avéré que ce
le

ne fut pas

Grand-maître d'Alamout
,

,

mais bien

Raschideddin-Sinan

qui

,

dans
,

les derniers

mo,

mens du règne d'Amaury
adroit, circonspect et
lui était

roi de

Jérusalem

y
Il

avait envoyé l'ambassadeur Behaeddewlet_,

homme
que

dune grande
faire

éloquence.
,

ordonné de se
si les

baptiser

ainsi

toute sa suite,

Templiers, leurs plus proches
les

voisins dans les

montagnes,

exemptaient du
et si

tribut

annuel de 2,000 ducats,

on leur
et

assurait,
ble.

pour

l'avenir,

une paix franche

durajoie_,

Le

roi

Amaury

reçut l'ambassade avec
sa

promit de payer de

propre bourse , aux

Tem-

pliers, les 2,000 ducats, retint chez lui quelque

temps l'ambassadeur

,

et le

renvoya ensuite avec
à la frontière ismaï-

un guide
lite.

et
il

un sauf conduit

Déjà

avait dépassé le territoire de Tripoli,

et

approchait des premiers châteaux de l'Ordre,

situés

dans

les

montagnes voisines de Tortossa

et

d Antoradus, lorsque les Templiers, qui

s'y étaient

mis en embuscade, se précipitèrent sur

lui et l'as-

sommèrent

(1).

Ainsi, ces chevaliers que l'on

avait jusqu'alors

soupçonnés d'être

les alliés des

Ismaïlites et les partisans de leurs

doctrines

,

(1)
ib.

Guillaume de Tyr,

in

Gcstis

Dci per Franeos

,

p.

994;

nf-).


s'annoncèrent
assassins.

202

eux-mêmes publiquement comme
religion des Templiers et celle de

La

l'Ordre était la

même

dès qu'il

fallait

assouvir

dans

le

sang des victimes une odieuse vengeance.
était

L'assassin

Gautier de Dumesnil,
il

homme
,

méchant

commis ce forfait non de son propre mouvement, ni pour satisfaire
et

borgne;

avait

une haine particulière, mais d'accord avec
frères, et

ses

a l'instigation de son Grand-maître Odo

de Saint-Amand.

L'intention que les Assassins

avaient témoignée de se débarrasser

du tribut an-

nuel avait

suffi

pour porter

les

Templiers à ce

crime
la

;

car cet argent s'employait, soit a acheter

paix aux peuplades voisines , soit à récompen-

ser les services rendus (i).

Amaury,
primait une

irrité
si

de l'horrible attentat qui im-

grande tache à l'honneur du
,

nom
les

chrétien et à sa propre réputation

convoqua

princes du royaume pour se consulter avec eux

sur les mesures que nécessitaient les circonstances.

Le

conseil jugea à l'unanimité,

que

la

punition de cet assassinat importait également
ii

la

cause de

la religion et et la

de l'autorité royale.

Seiher de

Mamedun
de

Gottschalk de Turholdt
part et

furent chargés

au

nom du

roi

de demander satisfaction d'un meurtre aussi abominable. Odo de Saint -Arnaud, orgueilleux et

(i)

Gesla Dci per Francos,

p. 978.


mes
gant
(i),
:

203


les

méchant, qui ne craignait ni Dieu ni
répondit d'un
ton

hom-

furieux et arro-

« J'ai déjà

imposé une pénitence au frère

Durnesnil; je l'enverrai au Saint-Père qui a dé-

fendu qu'on se permît envers
lence. »

lui la

moindre vioplus tard,
à

Le

roi ayant rencontré
ainsi
,

Sidon

,

le

Grand-maître,

qu'un nomhre
coupable de
fit

considérable de Templiers

convoqua de nouveau

son conseil,

fit

arracher l'assassin,

lèse-majesté, de la cour des Templiers, et le
ter

je-

dans

les cachots
roi,

de Tyr chargé de chaînes

(2).
affli-

La mort du

qui peu de temps après vint

ger toute la Palestine, sauva Gautier du châti-

ment

qu'il avait mérité,

ddo trouva

la sienne,
(5),

cinq ans plus tard, à la bataille de Sidon

per-

due par
laheddin
le

sa faute;

il

y

fut fait prisonnier

par Sa-

et expira la

même année

en prison, sous
il il
,

poids de ses fers. Le roi s'était,

est

vrai,

justifié

aux yeux des Assassins, mais

ne devait
les

plus songer à les convertir, et dès-lors
ces croisés étaient aussi exposés

prin-

que

l'étaient déjà

depuis long-temps

les princes

de l'islamisme.
(4)
ils

Quarante - deux ans auparavant
frappé

avaient
,

au pied de
-,

l'autel le

jeune

Raimond

comte de Tripoli
(1) (2)
(3)

après un* aussi long intervalle,
p. ioi5

Gcsta Dei per Francos

,

Après J.-C, Apres J.-C
,

1

173 de l'hégire, 569.
;

1178; de l'hégire, 574.
1

(4)

Après J.-C,

1

49

;

de l'hégire, 544-


les princes chrétiens,

204

qui se croyaient a l'abri de

leurs coups
curité par

,

furent tout-à-coup tirés de leur sé-

la

mort

terrible de

Konrad Seigneur
,

de Tyr

et

marquis de Montferrat. Les historiens
et

orientaux

ceux

d'Occident

accusent

tous

Richard,

roi d'Angleterre,
et d'avoir

d'être l'auteur de ce

meurtre,
ter

poussé les Assassins à jeles

de nouveau l'épouvante dans

rangs des

croisés.

Ce

n'est qu'avec

douleur que nous retraçons

ici

les circonstances et les motifs

d'un attentat qui

couvre

la gloire

d'un des premiers héros des croi-

sades d'une tache

que ni

les

hauts

faits

d'armes

ni la falsification de quelques docurnens ne peu-

vent excuser aux yeux d'un historien impartial.

La prétendue
composée par

lettre

du Vieux de

la

montagne
,

les partisans

de Richard

pour

éloigner de lui les soupçons, semble plutôt les

confirmer, depuis qu'on en a démontré la fausseté (i). Cette lettre

commence par un serment
loi
,

prononcé au
la fin

nom

de la

et
,

est datée

de

de

l'ère des Séleucides
,

l'un et

l'autre

également inconnus

également étrangers aux

Ismaïlites. C'était précisément a cette

même

épo-

que

qu'ils foulaient

aux pieds tous

les

usages et

(i)

V. Eclaircissemens sur quelques circonstances de
la

l'histoire

du Vieux de
xvi, i55, et

montagne. Mém. de l'Acad. des inscriptions

la

pièce justificative

B

,

à la fin

du volume.


autrefois dans les pays

205


la

toutes les lois, et l'ère de l'hégire, la seule usitée

soumis à

religion de

Mohammed,

avait alors fait place h celle de l'avèII,

nement de Hassan
maître
ni
et datée

où ils avaient

été délivrés

de

l'ohservation des lois. Qu'elle fut signée

du Grandmais

de Masziat

,

ce n'est une preuve
;

en

faveur de Richard ni contre lui

ces faits nous permettent

néanmoins de conclure

avec une espèce de certitude que les croisés ne
connaissaient point le véritable Grand-maître qui
régnait à

Alamout

et qu'ils avaient pris le

Grand-

prieur résident à Masziat pour le Vieux de la

mon-

tagne. Dans cette lettre apocryphe, qui ne prouve
rien autre chose qu'une grande partialité pour le

héros , on y met sur le compte de l'Ordre cet assassinat de

Konrad devenu

si

célèhre

:

il

aurait
,

voulu
fait

se

venger du marquis qui, disait-on

avait

tuer et piller
les côtes

un

des frères jeté par la tem-

pête sur

de Tyr, et, au lieu de don-

ner à l'envoyé des Assassins la satisfaction de-

mandée,
dans
la

l'avait

menacé de
,

le

faire précipiter

mer. Dès-lors

le

meurtre du marquis
mis

avait été résolu par
fin a ses

deux

frères, qui avaient

jours en présence
qu'il

du peuple

à Tyr.

Tout ce
tin,
fait

y a de vrai dans ce document lapar Nicolas de Trevcth et accrédité
de Richard, se réduit aux cirassailli

par

les partisans

constances de l'assassinat. Le marquis fut


poignardé sur
les historiens
la

20G

par deux ismaïlites çléguisés en moines (i) et
place

du marché de Tyr. Tous

accusent de ce crime Richard-Cœur-

de-Lion. Aibéric de Trois-Fonlaines l'afTirmc ex-

pressément (2), toutefois ce que

dit INicolas

de

Trcveth, pourrait faire contester la véracité du récit d'Albéric, si le

témoignage impartial des his-

toriens orientaux n'était

unanime dans

l'accusa-

tion portée contre Richard. L'auteur de l'histoire

de Jérusalem

et

de Hebron

,

ouvrage classique
s'exprime au cha-

pour

l'histoire des croisades,

pitre de l'assassinat

du marquis , avec autant de
:

simplicité que de clarté
»

«

Le marquis ,

dit-il

était allé faire

une

visite à

lévêque de Tyr,
;

le

» treize
» » »

fut

du mois de rebi-el-ewel en sortant il attaqué par deux Ismaïlites qui le poignar,

dèrent. Saisis et mis à la question
rent qu'ils n'étaient

ils

confessè-

que

les

instrumens du roi

» d'Angleterre. Ils furent
m

exécutés après avoir

subi toutes espèces de tortures (5). »
cite

Lé même

ouvrage
traits

encore de Richard plusieurs autres
et de

de perfidie

méchanceté qui déshonorent
Léopold d'Autriche,

son caractère et ne justifient que trop les préventions

dont

il

fut l'objet.

proche parent du marquis de Montferral, paraît en
Aboulféda, ad ami. 588. Nokhbetet-Tenarikh.

(1)
(2) (5)

Chron. Alberici Trium-font. ann. 1192.
Enisol-Dschelil
ji

Kuds

vel Chalil.

Y. Mines de l'Orient

vol. IV.


le

20*


fait

retenant en prison, n'avoir

qu'user de re-

présailles envers le meurtrier d'un

membre de

sa

famille.

Tandis que
roi le

les

Anglais, pour éloigner de leur
lui et

soupçon d assassinat qui planait sur
de sa captivité, fabriquaient
ia

le délivrer

préten(i)

due
ils

lettre

du Vieux de la montagne à Léopold

en inventaient en

même temps et

dans

les

mê-

mes vues une seconde dont nous parle laume de Neubourg, du Grand-maître
lement controuvées
sassins
(2).

Guilà Phi-

lippe-Auguste, roi de France; toutes deux sont éga-

Le Grand-maitre des Aslui, simplicilas nostra;

y

dit

en parlant de

mais notre simplicité

se refuse à croire

que jamais
Vieux

Grand-maître

se soit servi de
lettre

cette

expression.
le

Dans
de
11

cette

deuxième

apocryphe,
roi

ia

montagne déclare au

de France qu'il

a jamais

songé à envoyer dans son royaume, sur

demande de Richard, des assassins pour y commettre un régicide. Mais cet écrit, dont la fausseté
la

est

encore plus évidente que celle du premier,

loin

de

justifier

Richard d'un premier meurtre,
de plus

prouve

qu'il était

soupçonné d'avoir
de France.

voulu attenter à

la vie

du

roi

En

cf-

(1)
'j.

Voir cette

lettre à la lin

du volume, pièce

justificative

C.

Guillaume de ÎSeubour;;.
,

—Y. Dissertation sur

les Assassins,
,

par M. Falconet
p. 167.

dans

les

Mémoires de l'Académie

t.

xvn,


fct,

208

Rigord

(i),

biographe de Philippe-Auguste,
1

nous raconte qu'en
on
lui écrivit

192, le roi étant à Pontoise,

de

la Palestine

de se tenir en garde
et

contre les projets meurtriers de Richard;
dès-lors
il

que

inslituapour sa sûreté personnelle une
fer.

garde année de massues de

Guillaume Quiart,
d'avoir

qui écrivit un siècle après une histoire rimée, ne
craint pas d'accuser le roi

d'Angleterre

un système

d'assassinats entièrement semblable à

celui des Isinaïlitcs, et d'avoir fait élever des jeu-

nes gens dans les principes

dune

obéissance
fin

aveugle , afin
jours

de s'en servir pour mettre

aux

du

roi

de France, qui, instruit de ces trames,

créa le corps des se rgens à niasses. Quand bien même ces craintes auraient été sans fondement

ou exagérées

,

il

est certain qu'elles se légitiles

maient aisément par

précédons et

le caractère

connu de Richard.
tivité
la

D'ailleurs le

meurtre de Konet la création

rad de Montferrat eut pour conséquence la cap-

de Richard en Autriche,

de

première garde royale en France.
Mais, dira-t-on peut-être,
c'est se

donner une
l'Ordre des

peine inutile que de vouloir

ici justifier

Assassins, qui avait poignardé des milliers

d'hom-

mes de tontes les conditions et de tous les rangs du régicide projeté contre le roi de France. L'impartialité est pour l'historien un devoir sacré, il ne
Rigord, dans Duchesne, V.

(1)

p.

Ti".


doit redouter

209


pour chercher et trou-

aucun

travail

ver

la vérité. Que du reste, l'Ordre, par un sentiment de vengeance personnelle, ait voulu ajou-

ter à la liste déjà si

nombreuse de
,

ses victimes, le
le

nom

de Philippe-Auguste

ou que

Grand-maî,

tre n'ait agi

que sur

la

demande de Richard peu
est pas

importe,

le

crime n'en

moins

affreux.
si

Nous ne chercherons pas non plus a savoir

l'as-

sassin arabe, qui en ii58^ se trouvait dans le

camp de l'empereur Barberousse, au
lan (i), pour l'assassiner, était

siège de Mi-

venu de l'Espas'il

gne ou de

la Syrie
le

,

s'il

avait été soudoyé par le
,

Pape ou par

Grand-maître des Ismaïlites

était l'envoyé

du Vieux de
collines
;

la

montagne ou du
ses entreprises

Vieux des sept

les

expéditions de Barbe,

rousse en Palestine et en Italie

contre les infidèles et contre le chef de la chrétienté, l'avaient

rendu également redoutable au
et à celui

pontife de

Bagdad

de Rome. Celui qui

doit retirer les fruits

jours été l'auteur.
le

du crime n'en a pas touDans le synode de Lyon (2)
II
,

pape Innocent IV, accusa Frédéric
,

petit
le

fils

de Barberousse d'avoir

fait

poignarder

duc de

Bavière, par des assassins, mais ni l'accusation

dont

il

fut l'objet

,

ni

1

excommunication lancée

(1) (>)

Radevicus Frisingensis,

1.

H,

c.

j-j.

Sigonius Guntherus.

Franciscus Pagus, Breviariutn hist, çliron. cri/., ad ann.

1244.

14


preuves. Frédéric aussi

210


comme
des
lettre

contre lui, ne sauraient être citées
,

dans une

au roi de

Bohême

,

accuse le duc d'Autriche d'avoir soule faire périr (i).
fait

doyé des assassins pour

On

ne tire de ces conjectures qu'un
le

bien avéré,

penchant qui poussait au crime

les Ismadites.

Deux ans après la mort de Konrad, marquis de Tyr et de Montferrat, et après celle de îlaschidEddin-Sinan (2), Henri, comte de Champagne, passa, en allant en Arménie., près du territoire
des Assassins;
le

Grand-prieur, successeur de

Sinan, lui envoya une ambassade pour le compli-

menter
teau.

et l'invita h

venir

le

voir dans son châl'invitation
le

A
;

son retour,
le

le

comte accepta
alla à sa

et vint

Grand-prieur

rencontre et

reçut avec de grands honneurs. Après lui avoir
fait visiter

une multitude de châteaux
le

et

de for-

teresses

,

il

mena dans une

autre dont les tours

étaient

dune

prodigieuse hauteur; sur chaque

crénau de ces tours, étaient deux sentinelles vêtues de blancs
trine secrète.
»
,

par conséquent initiées à

la

doc:

Le Grand-prieur,

dit

au comte

vous n'avez point sans doute de serviteurs
aussi obéissansque les miens. »

»
il

in

un signe

,

deux de
la

ces
et

En même temps hommes se précipi-

tèrent

du haut de

tour

expirèrent à l'instant,

(1)
(2)

Episiolœ Pétri de Vineis,

1.

m,

cap. 5.

Apres J.-C.

,

1194.


en se tournant vers
«

211


saisi

horriblement mutilés. Le Grand-prieur ajouta,
le
,

comte

d'étonnement

:

Si

vous
,

le désirez

au moindre signal de
vêtus de blanc
,

ma
»

» part
»

tous ces

hommes
et

se pré-

cipiteront également
le

du haut des crénaux,

Henri

remercia ,

convint qu'aucun prince

chrétien ne pouvait compter sur

voûment de
le retint

la part

de ses sujets.

un pareille déLe Grand-prieur
combla de
ri-

quelque temps encore au château de Masavant son départ ,
:

ziat, puis

il

le

ches présens et lui dit
»
»

«

Si

vous avez quelque

ennemi qui
à

veuille vous nuire, adressez-vous

moi, je

le ferai

poignarder. C'est avec ces

fi-

»

dèles serviteurs

que je
(i).

me débarasse
trait

des enne-

» le

mis de l'Ordre

Ce

nous montre que
entièrement

Grand-prieur d'alors marchait

sur les traces du premier Grand-maître lïassan-

Ben-Sabah , qui
Melckschâh
la

avait

donné

à l'ambassadeur

de

preuve d'une semblable abnéga-

tion de la part de ses sectaires (2).

Dschelaleddin - Melekschâh
kide ,

,

sultan
,

seldjoului

alarmé des progrès de Hassan
officier

ayant

envoyé un
tre et
fit

pour

le

sommer de
,

se

soumet-

d'abandonner ses châteaux

le

fils

de Sabah,

venir à l'audience plusieurs de ses Fédawis, puis

il fit

signe à

un de

ces jeunes gens de se tuer et

il

(1) (i)

Marinus Sanutus,

1.

ni, part, x, ch.
I.

8.

Elmacini, Hist. Sâracenica,

m,

p. a8fi.


n'existait plus,
il

212

dit à

haut
sés
>J

dune

tour et à l'instant ses
le fossé. «

un autre de se jeter du membres fracasRapporte a ton maîce

tombaient dans

tre, dit-il alors à l'ambassadeur effrayé,

» » »

que tu
cutent

as

vu,

et dis lui

que

j'ai

sous

mes orexé-

drès soixante-dix mille

hommes qui tous mes commandemens avec la même
;

sou-

»

mission

voilà toute

ma

réponse.

»

Comme

ses faits se trouvent

unanimement

ra-

contés tant par les historiens orientaux que par

ceux des croisades, on ne saurait révoquer en
doute leur véracité; seulement
le chiffre
:

de soi-

xante-dix mille nous semble exagéré Guillaume,

évéque de Tyr,

le

porte à soixante mille, ct| Jac-

ques , évêque d'Akka , seulement a quarante ; ce

nombre comprenait non-seulement
mais encore
les profanes.

les

initiés

Ce que
(i)
,

jadis le voya-

geur vénitien Marco-Polo
encore des

et tout

récemment
,

hommes

d'une grande autorité

nous

ont transmis sur le noviciat et la discipline de ces

catéchumènes du meurtre ne peut nullement être
contesté. Depuis

que

ces récits se sont trouvés
,

d'accord avec les sources orientales (2)
tion

la

narra-

de Marco-Polo, jouit à juste
et sa sincérité qui,

titre

dune
celle

grande estime,

comme

(1)

Marco Polo, de Regionibus orienta Ubus

,

1.

i, c. 28.

(2) Siret

Hakem

biemrillah dans les Mines de l'Orient, part.
et

m,

p. aoi,

en arabe

en

français.


est tous les jours

213

d'Hérodote, avait été long-temps problématique

de plus en plus appréciée.

du tcrrritoire des Assassins, en Perse et en Syrie, a Alamout et h Masziat, étaient, dans des endroits environnés de murs véritable paradis , où l'on trouvait tout ce qui pouvait satisfaire
centre
,

Au

les besoins

du corps

et les caprices

de

la

plus exi-

geante sensualité, des parterres de fleurs et des
buissons d'arbres à fruits entrecoupés de canaux,
des gazons ombragés et des prairies verdoyantes

où des sources d'eau vive bruissaient sous les pas.
Des bosquets de
rosiers et des treilles de vigne,

ornaient de leur feuillage de riches salons ou des

kiosques de porcelaine garnis de tapis de perse et
d'étoffes grecques.

Des boissons délicieuses étaient
de jeunes

servies dans des vases d'or, d'argent et de cristal,

par de jeunes garçons
noirs, semblables
radis

et

filles

aux yeux

aux houris, divinités de ce pa-

que le prophète avait promis aux croyans. Le

son des harpes s'y mêlait au chant des oiseaux,
et

des voix mélodieuses unissaient leurs accords

au murmure des ruisseaux. Tout y était plaisir, volupté, enchantement. Quand il se rencontrait

un jeune

homme

doué d assez de force ou d'assez
faire partie

de résolution pour

de cette légion de

meurtriers, le Grand-maître ouïe Grand-prieur,
l'invitait a leur table
lier, l'enivraient

ou

à

une entretien particu-

avec de l'opium de jusquiame et

le faisaient transporter

dans ces jardins.

A son

ré-

vcil
il

214

-

se croyait

au milieu du paradis. Ces femgoûté jusqu'à sa-

mes,

ces houris , contribuaient encore à complé-

ter son illusion. Lorsqu'il avait
tiélé toutes les joies

que

le

prophète promet aux

élus après leur mort, lorsqu'cnivré par ces

dou-

ces voluptés et par les vapeurs d'un vin pétillant,
il

tombait de nouveau dans une sorte de léthar,

gie

on

le transportait

hors de ce jardin
il

,

et,

au
de

bout de quelques minutes,
son
faire

se trouvait auprès

supérieur. Celui-ci s'efforçait alors de lui

lui

comprendre que son imagination trompée avait fait voir un véritable paradis et donné
ces ineffables jouissances réser-

un avant goût de
propagation de
périeurs une
éeris se

vées aux fidèles , qui auront sacrifié leur vie à la
la foi, et

auront eu pour leurs su-

obéissance illimitée. Ces .jeunes

dévouaient alors avec ioie h devenir les

aveugles exécuteurs des arrêts du Grand-maître.

Toute leur éducation avait pour objet de

les

convaincre qu'en obéissant sans restriction aux
ordres de leur chef,
ils

s'assuraient après leur

mort

la

jouissance de tous les plaisirs qui peuvent
,

flatter les sens

et qu'ils devaient ainsi

chercher

l'occasion d'échanger cette vie terrestre contre
la vie éternelle.

Ce que
le

Mohammed

avait

promis

aux moslimins dans

Koran , ce qui

n'avait été

pour un grand nombre, qu'un beau rêve ou

une vaine promesse,

s'était réalisé

pour eux,


et l'espoir les excitait

215


la félicité

de goûter un jour

du

ciel,

aux plus hideux

forfaits.
;

Mais cette fraude dut bientôt être découverte
ce fut probablement le quatrième Grand-malt re

qui

,

après avoir dévoile au peuple tous les

tères

de l'impiété, lui
,

révéla aussi les joies

mysdu

paradis

qui sans cela

,

auraient eu peu d'appâts
était

pour des hommes auxquels tout

permis. Ce

qui jusqu'alors ne leur avait servi que

comme
le

moyen de jouissance,
unique de leur

fut dès ce

moment,

but

vie. L'ivresse

de l'opium, en fasci-

nant leur imagination,

les transportait

au milieu

des plaisirs célestes; mais leurs forces épuisées

ne leur permettaient jamais de

saisir

des réalités.

Constantinople et le Caire nous montrent encore
aujourd'hui quel incroyable attrait l'opium , préparé avec de la jusquiarne, a pour l'indolence lé-

thargique du Turc, et combien

il

agit

puissameffets

ment sur
quelle
les

l'organisation de l'Arabe.

Les

qu'il produit

nous expliquent
gens

la

fureur avec la-

jeunes

recherchent ces eniqui

vrantes pastilles d'herbages (Haschischc),
leur donnent dans leurs propres forces
fiance illimitée. L'usage
fait

une con-

de ces pastilles leur avait
(i) c'est-à-dire,

donner le nom d'Haschischin,
V. Mémoire sur
la

(i)

dynastie

t!es

Assassins et sur l'origine
à la séance

de leur nom, lu par M. Sylvestre de Sacy de
l'Institut

publique

du

7 juillet 1809.

V. encore

la lettre

de M. Sylvestre de Sacy au rédacteur du


mangeurs
Grecs
et
cl herbes.

216


la

Ce mot dans
(lïascîiiscliin

langue des
transformé

dans

celle des croisés s'est
,

en celui d'Assassins
qui,

Assassinen),

devenu dans tous
le

les

idiomes européens syn

nonynie de meurtrier
volontairement
Ordre.

et tic sicairc, rappelle in-

souvenir des forfaits de cet

Moniteur, n° 35q

,

sur l'étynaologie du

nom

des Assassins, elles

pièces juslificalives

D

et E, à la fin

du volume.

.«004s*—

217

LIVRE

V.

Rrgne de Dschelaleddin-Hassan III fils de Mohammed-Has^ san II, et de son fds Alaeddin-Mohammed III.
,

Les Orientaux n'ont rien de plus sacré que les
,

devoirs de la piété
1

filiale

.,

et

pour l'habitant de
soumise aux

Asie

,

la constitution

de

la famille

lois

de son chef,

et vivant

sous son autorité ab-

solue, est l'idéal et le modèle

du gouvernement

parfait. Si la violation de ces devoirs et les cri-

mes
vent

des fils dénaturés sont punis dans l'Occident

comme
,

dans l'Orient

,

si les

parricides ne peu,

dans aucun hémisphère
ciel
,

se

dérober à

la

vengeance du
sentent à tout

les historiens

orientaux prévérité,

moment cette grande
génération
,
,

que

,

dans
près

la
le

même
le

l'infanticide suit

de

parricide

et

que

le

poignard du
l'aïeul.

petit-fils

venge sur

père l'assassinat de

L'histoire des anciens rois persans et celle des
khalifes, offrent à l'humanité révoltée

une foule de


sanglans

218


alors

exemples.

Comment

n'abonde-

raient-ils pas

dans celle des Assassins? Khosru-

Parwis

et

le khalife

Moslanszer

,

qui s'étaient

souillés du sang de leur père, furent tués par

leurs

fils.

La haine que Hassan
fils

II

portait à son

père appela sur son
représailles
;

Mohammed
,

de terribles

son petit fds Dschelaleddin se réet finit

volta d'abord contre lui

par l'empoison-

ner.

Dsehelaleddin-IIassan
petit-fils

,

fils

de

Mohammed,

et

d'Hassan

II

,

la

cinq cent cinquanteavait vingt-

deuxième année de l'hégire (i),
ans
,

lorsqu'il prit les rênes
le

du gouvernement.
,

Pendant

règne de son père

qui n'avait été
,

qu'une anarchie de trente-cinq années

il

.avait

pu

réfléchir à son aise sur les

conséquences dé-

sastreuses de ses fautes et sur l'imprudence qu'il
avait

commise en relâchant tous
la société

les

liens qui

unissent

par la morale et

la religion.

Mécontent des innovations qui dévoilaient aux
profanes et au peuple les secrets
des initiés
,

il

se

du fondateur et déclara hautement, du vivant
,

même
fils

de son père, contre cet abus
tête.

sans penser

au danger qu'il appelait sur sa
se redoutaient

Le père elle

également

,

et cette crainte ré-

ciproque était suffisamment
ples terribles

justifiée par les

exem-

que leur avaient

laissés leurs aïeux.

(1)

Après J.-C.

,

n5;.


Hassan II
,

219


avait péri sous le
et

père de

Mohammed
ses plus

poignard d'un de
Hassan
I
,

proches parens,
fils.

avait fait

exécuter ses deux

Le
les

père et le

fils

s'observaient

donc mutuellement;
,

jours d'audience publique
recevoir les

et

ceux où

il

devait

hommages de Dschelaleddin, Mohamsous ses habits une cotte de mailles et

med portait
doublait le

nombre de

ses

gardes. Mais où le

poignard
en
est
effet,

est

impuissant, le poison peut agir, et

suivant plusieurs historiens;

Mohammed
le

mort empoisonné. Bschelaleddin-Hassan,

troisième de ce

nom parmi

les

Grands-maîtres de

l'Ordre, annonça, dès son avènement, l'intention

de rétablir

la

véritable religion et de la confor-

mer aux
permis
quées
et
,

lois rigides

de l'islamisme

;

il

défendit

tout ce que son père et son grand père avaient
,

ordonna
le

la

reconstruction des

mos-

rétablissement de la prière publique

prescrivit

de nouveau les réunions solenIl

nelles

du vendredi.
,

appela auprès de lui des
,

Imams
teurs
,

des lecteurs du Khoran

des prédica-

des scribes et des professeurs qu'il combla
,

de faveurs et de présens

et

fonda
,

,

dans

les

mos-

quées nouvellement construites
des écoles.

des couvens et

Dans

la

vue de ramener
il

la religion a sa

pureté

primitive,

adressa des manifestes et des instruc-

tions précises, hôh-sèuleméht aux Grand-prieurs de


la Syrie et

220


(i),

du Kouhistân

mais encore aux
il

princes des états voisins.

Aux
,

premiers.,
la

ordon-

na de rappcller aux Ismaïlitcs
servation des lois religieuses

rigoureuse obil

aux seconds

an-

nonça son retour à

la véritable foi.

Eu même
du
sultan
,

temps il envoya des ambassadeurs à la cour de Naszirledinillah kbalife de

Bagdad

,

à celle

de Transoxane,
ainsi
afin

Mohammed Khowaresmschâh

qu'aux chefs des autres dynasties persanes,
les

de

assurer de la pureté de ses croyances.
la véracité

Persuadés tous de
ils

de ses sentimens

,

reçurent ses ambassadeurs avec distinction, les

revêtirent de pelisses d'honneur, et donnèrent

pour

la

première

fois à

leur maître les titres ré-

servés aux souverains, titres

que jusque-là aucun
et

Grand-maître n'avait pu obtenir. Les Imams
les plus

grands scribes de l'époque rédigèrent

une déclaration formelle qui rendait témoignage de la sincérité de sa conversion et de son
orthodoxie, et lui donnèrent le titre honorifique

de New-Musulman, Nouveau musulman.

Comme

ieshabitans deKaswin, ennemis déclarés jusqu'alors des Ismailites, doutaient encore

de ses senti-

mens religieux, Dschelaleddin alla jusqu'à demander qu'on lui envoyât à Àlamout quelques

hommes

de distinction qui viendraient s'en con-

vaincre par leurs propres yeux.

A

leur arrivée,

(i)

Aboulfécla

,

ad ann. 607.

— Mh'kkond. — Was$af.


Hassan
III

221


I,

brûla en leur présence les livres qu'il

disait être

ceux du fondateur Hassan
il

et conte-

nir les règles secrètes de l'Ordre;
ses aïeux les

maudit tous
plus achar-

Grand-maîtres

,

et obtint ainsi des
les

droits

aux suffrages de ses ennemis
)

nés

(

i

La seconde année du règne de Dschclaleddin, son harem, c'est-à-dire sa mère et son épouse, entreprit avec une grande magnificence le pèlerinage de la Mecque; d'après l'usage suivi poulies princes orthodoxes, on porta devant elles un
étendard
et

on distribua de l'eau aux pèlerins.
indigens, prendre soin des malades

Nourrir

les

et instruire les ignorans, tels sont les

œuvres

les

plus méritoires de l'islamisme.

De
,

là cette

mul-

titude de karavansérails, de ponts

de bains, de

restaurans, de fontaines, d'hôpitaux et d'écoles;

nombreux et admirables monumens de la
de

religion

Mohammed,

qui ont groupé autour des villes

et des

mosquées tant de fondations pieuses. Tous

ces

monumens transmettent à la postérité, par des inscriptions les noms du fondateur quel qu'il
soit, sultan, visir

ou eunuque,

homme ou femme,
de faire construire

sans distinction d'âge

ou de condition. Mais bien
la liberté

que les femmes aient
écoles

des ponts et des restaurans aussi bien que des

ou des hôpitaux, leurs noms

se trouvent

(i)

Aboulféda

,

ad ann. 607.

— Mirkhoncl. —

Wassaf.


de préférence sur
fontaines,
les

222


les bains et les

mosquées,

probablement parce que prier

et faire

ses ablutions sont les

deux occupations

favorites

des

femmes de

l'Orient, et quelles

ne peuvent se

réunir et se voir qu'à la mosquée, aux bains ou

dans

les fontaines. Si d'après la religion

du prola

phète, l'ablution est inséparable de la prière qui,

elle-même,

est prescrite

cinq

fois

par jour;

propreté du corps est pour les femmes une nécessité

hygiénique

:

aussi ce sexe qui puise sa

force dans la prière, a-t-il

un plus impérieux be-

soin de mosquées, de bains et de fontaines. Les

fontaines auprès desquelles on distribue gratuite-

ment

l'eau

aux passans, ont encore un autre rapdes

port avec

la piété

femmes
Sebil.

ismaïlites,

comme

l'indique leur

nom,

Sebil (en arabe chemin), signifie généralement
la

roule

;

de

là le

voyageur s'appelle Ibn-es-Se:

bil, fils

de la route

dans un sens plus étendu, on
le

entend par ce mot

chemin de
ciel.

la piété et des

bonnes œuvres qui conduit au
Sebil-Allah

Tout ce qu'un
méritoire
il

musulman peut entreprendre de
fait
,

le

si
,

,

c'est-à-dire sur le
;

chemin de
plus
à
la

Dieu
la

ou par amour de Dieu
récompense sont
les

les actes les

dignes de

la

participation
livrés

guerre sainte ou

combats

pour

propagation delà
(i)

foi et la

défense de
de
la

la patrie (i).

Sacrruebute de
fils

la

guerre sainte

,

bouche de Moham-

med,

d'Abdallah

le

prophète. Tienne, i8i3.


Comme les femmes
La taille s
,

223

ne peuvent prendre part aux
la fatigue des guerriers
si elles

tout ce qu'elles font pour soigner les

blessés et

pour soulager
,

leur ouvre le paradis

tout aussi bien que

avaient combattu.
dats
,

Distribuer de l'eau aux sol,

surtout le jour d'une bataille
les et

est le plus

grand mérite des femmes dans
prises

guerres entre-

pour

la gloire

de Dieu

du prophète.
parmi
;

Une
les

pareille guerre est la pins puissante

bonnes œuvres commandées par Dieu

vient

ensuite le pèlerinage à la

Mecque

:

les fatigues

que

l'on

éprouve à travers

les déserts

brûians de

l'Arabie sont

limage des

fatigues d'une

campa-

gne,

et,

soulager

le pèlerin, est

pour les femmes

une œuvre tout

aussi précieuse

aux yeux de Dieu.

Aussi les princesses de l'Orient, depuis Sobeid

épouse de Haroun-Raschid jusqu'aux, femmes des
sultans ottomans, ont-elles fait consister leur
piété et

mis leur ambition a
,

faire des distributions

d'eau aux karavanes
struire des

à creuser des puits et conle

acqueducs sur

chemin de
que

la

Mec-

que. La distribution d'eau de l'épouse de Dschelaleddin surpassa

même

celle

lit

KhoAvaresm,

schâh,
khalife

le

puissant prince de Transoxane

et

le

Naszirledinillah ne

craignit point d'ac-

corder à l'étendard de Dschelaîeddin la préséance
sur celui de Khowaresmschûh. Cette faveur fut

parla suite
khalife et

la

source de graves démêlés entre le

le

schah deKhovaresm. Ce dernier


s'approcha de la
ville

224


à la tête
;

du salut,

d'une

armée de

Irois

cent mille

hommes
le
:

le khalife en-

voya alors dans son camp
savant ambassadeur récita
élégant, dans lequel
il

célèbre scheikh
le

Schehabeddin-Seherwerdi admis h l'audience,

un long sermon

très
et

faisait l'éloge

d'Abbas

du khalife régnant; après qu'on eut traduit à Khowaresmschàh le sens du discours il répondit « C'est bien l'homme qui revêtu du manteau de
,
:

;

»

prophète, règne
,

comme

son successeur sur les

» fidèles » »

devrait posséder toutes ses qualités ;
les

mais je n'en trouve aucune dans
dans de
la

descenre-

famille d'Abbas.
et

»

Le scheikh

vint à

Khowaresmschâh s'avança avec son armée jusqu'à Hamadan et Holwan où tout
Bagdad,
,

à

coup une neige
le força

fine et

abondante arrêta sa

marche et
défaites

de rétrogader. Dans une secon,

de expédition contre Bagdad
,

ses

armées furent
les

près de

Kaschgar, par
la

hordes de

Dsehengiskhàn. Après

mort de Khowaresmmais

schâh, son fils et son successeur Alaeddin-Tekesch

voulut reprendre les projets de son père

,

comme

lui

,

il

fut arrêté dans sa

marche par une
,

neige pénétrante, qui dura vingt jours
bligea de s'éloigner de
les

et l'o-

Hamadan

(i).

L

hiver et

Mongols

(2),

qui sortis des contrées septentrio-

(1)

Goulscheni-Ivhoulefa.

(1)

Comme

ce

mot

se

présentera fréquemment dans la suite


nales
,

225


,

se

répandaient

sur toute l'Asie

purent

du Le Grand-maitre des Assassins, ne voyant aucun moyen de résister à ce torrent impétueux
seuls sauver d'une ruine certaine, la ville
khalife.
,

envoya secrètement une ambassade à Bschengis-

khan, pour
mission.

lui

offrir ainsi

qu'au khalife sa sou-

La politique de Dschelalcddin avait été si aclroi te, que non seulement il avait acquis la renom-

-

mée d'une orthodoxie
avait pris

sans tache, mais encore
les

il
,

rang parmi
;

princes

régnants

chose inouïe jusqu'à lui
jamais voulu

car les khalifes n'avaient

tolérer de la part des précédons
,

Grand - maîtres
une usurpation.
Hassan
III

ce qu'ils regardaient

comme

pour soutenir son autorité

d'ailleurs

toujours croissante, entretenait des relations amicales et concluait des alliances avec
les

princes

qui l'entouraient

,

surtout avec son plus proPvlosafereddin
;

che

voisin
et

,

l'atabèpe

souverain

d'Aran

d'Aserbeidschan
,

ils

se réunirent

con,

tre TSaszireddin-îMangcîi

gouverneur de

l'Irak

de cette histoire
observation.

,

nous avons cru devoir placer
écrit

ici

une courte

M. de Hammer
;

Mogols-, nous l'avons écrit
suivi l'orthogra-

d'une manière différente

en ceia nous avons

phe adoptée par M. Schmidt, professeur de langue
ture mongoles à St-Pétershourg, qui
,

et de littéra-

daus l'excellente gram-

maire

qu'il vient

de publier, a contaminent écrit Mongols et

non Mogoh

i5


qui
s'était

22G


,

déclare l'ennemi de l'abalègc

et avait

envahi

le territoire

des Assassins. Dschelaleddin
,

se rendit

d Alamout à Aserbeidschân
fit

ou Mosa,

fereddin lui

une réception magnifique
ainsi

et le

combla de présens
la libéralité

que son armée. Telle

était

de l'atabège, que mille dinars portés
le

journellement chez

à peine aux besoins de sa cuisine. Les
alliés firent partir ensuite

Grand-maître y suffisaient deux princes

une (ambassade

à

Bag-

dad^ pour demander au khalife des secours contre
Mangeli.Naszirledinillah leur envoya plusieurs des

hommes les plus
pleins pouvoirs.
et

distingués de sa cour, chargés de

Avec l'appui de
Irak

cette

ambassade

renforcés par les troupes auxiliaires
ils

du kha-

life,

envahirent

1

,

défirent et tuèrent le
,

gouverneur Naszireddin-Mangeli

et

en mirent

un autre

à sa place (i).

Après une absence de dixpendant
,

huit mois, Dschelaleddin retourna à son château

d'Âlamout.
sa

Comme
,

dans son voyage

et

campagne

il

n'avait caché nulle part
le

1

hor-

reur que lui inspirait

système d impiété suivi

par ses aïeux, et que sa conduite pleine de pru-

dence

et

d'adresse

,

avait

constamment
,

été en

harmonie avec

ses paroles

les princes

musul-

mans dé

tous les pays qu'il traversa, vinrent à

sa rencontre et le reçurent avec bienveillance et

amitié (2).
(1)
{?.;

Après J.-C, 1214
Mirkhond.

;

de l'hégire, 61

r.

— 227 —
Il

manifesta le désir de conclure une étroite

alliance avec les princes et les gouverneurs de
Kliilau
;

mais cette famille

lui

ayant

répondu

quelle ne pouvait lui
sans le consentement

accorder sa

demande

du

khalife, Dsclielaleddin

envoya alors une seconde ambassade a Bagdad.
Naszirledinillah, ayant permis a ses

lieutenaus
obtint pour

de

s

unir avec le Grand-maître,
la fille
,

il

épouse

de Keikawus , qui lui donna pour

successeur

Alaeddin-Moliammed.

Kliilan

Pour ne point confondre le lieutenant de Keikawus avec son homonyme le prince de Rouyân de la famille Kawpare , ce qui se,

rait

d'autant plus facile
été

,

que ces deux

familles

n'ont jusqu'ici

connues d'aucun historien

européen

,

nous avons omis à dessein de parler
eu quelques relations politiques avec

de ce dernier, quoique déjà, dès l'an 56 1 de l'hégire
les
,

il ait

kmaïiites ses plus proches voisins (i). Mais

avant d'expliquer les rapports qui existaient depuis

un demi-siècle
il

entre le Grand-maître des

Assassins et les princes de la famille

Kawpare

ou Dabouyé,
quelques

nous semble nécessaire de dire
de
la

mots

position

géographique
des Imaïlites.
limite au nord

qu'occupaient au nord

les voisins

La chaîne de montagnes qui
l'Irak

persan

,

le

Dschebal

,

est

pour

ainsi

dire

(i)

Après J.-C.

,

u64-


le

228


mer Cas-

rempart de

la

Perse, du côté de la

pienne. Le pays tantôt plat, tantôt montagneux,
situé entre celte

mer,

et le versant septentrional
,

de cette chaîne est divisé en quatre provinces

dont deux se trouvent au pied de

la

montagne,

tandis que les deux autres sont resserées entre
elle et la
la

mer. Les provinces méridionales, sur
le

pente, sont le Dilem et
à l'Ouest, la

Tabéristân, la preles

mière

seconde à lest;

provinces

de Gilàn et de Masendérân sont situées au nord,

lune au-delà du Dilem,

l'autre au-delà

du Ta-

béristân. C'était sur la pente méridionale de cette

chaîne de montagnes que s'étendait le territoire
des Assassins
vers
,

au sud-est, depuis Àlamout jusque
Kouhistan, presqu'au centre de

Komis

et le

ces quatre provinces au-delà des Alpes Caspiennes_,

que

les cartes

indiquent avec précision
et

,

se trouve

le district

de Rouyân

celui de Rostemdar,
la famille sut ré-

gouvernés par des princes dont

gner pendant huit
Gilân, de Dilem
,

siècles

,

tandis que celles de
et

de Tabéristàn

de Masendérân,

virent s'élever et
nasties.

tomber une multitude de dyles territoires

Puisque
,

de Rouyàn

et

de

Rostemdar

se trouvent
et

immédiatement au-delà

du mont Demawend,

Alamout

ainsi

que
,

les

châteaux forts qui en dépendent en deçà

nos

regards doivent s'arrêter en premier lieu sur les
princes de Rostemdar, les plus proches voisins
des Ismaïlites; nous parlerons ensuite de ceux du


Masendéràn
chie.
,

229


deux
fa-

les

plus puissans de cette Pentar-

Outre

l'intérêt qu'inspirent ces

milles souveraines, intérêt bien légitime puisque
le

pays soumis à leur autorité tient une place dans
,

l'histoire des Assassins

il

existe encore d'autres

motifs restés jusqu'à ce jour inconnus aux historiens d'Europe
;

l'antiquité de leur origine et les

monumens

qui s'y sont conservés depuis la fon-

dation de l'empire persan.

Du

temps de

la vieille

monarchie persane,

la famille

Haneffchàh goule

verna sans interruption le Tabéristân et

Mafils

sendéràn, jusqu'à Kobrad, père de Nouschirwan,

qui laissa l'administration aux mains de son
aîné, Keyousz.

Ce dernier
,

s'étant révolté contre
,

son frère puîné

Nouschirwan

qui occupait

le

trône de Perse, fût défait et tué.
seurs,

Un

de ses succes-

nommé Bawend,
et,

reconquit, l'an quarante-

cinq de l'hégire, les droits souverains que ses aïeux
avaient possédés ,
issue

depuis, la famille
,

Bawend,

du sang de Nouschirwan
siècles, bien

régna pendant

un espace de sept
cession eût été

que l'ordre de sucles

deux

fois

interrompu par

princes Alides et par ceux de Dilem. Après sa

chute, la dynastie Dschelawi s'éleva sur ses rui-

Dabouyé ou Kawparc, ne mérite pas moins notre attention que celle des prinnes.

La

famille

,

ces de

Masendéràn

,

qui gouvernait en

même

temps
(i)

la

province deKouhistàn

(i). Cette famille

De

l'hégire, 760.


la

230

régna sans interruption pendant 888 ans depuis

quarantième-année de l'hégire, ou Baduspan
et

s'empara de Rouyân

de Rostemdar. Elle fut

remplacée par
descendait
l'histoire

la famille Keyoumersz. Baduspan du forgeron Kawe si célèbre dans de l'Orient pour avoir précipité du
,
:

trône le tyran Sohak

son tablier de cuir devint

l'étendard de la liberté et fut conservé

bannière de l'empire

,

jusqu'à la chiite

comme de la mo,

narchie, richement orné de perles et de pierres
précieuses. Feridoun, le souverain légitime, pro-

clamé

roi

par

le

magnanime forgeron
mais
il

,

était

non-

seulement né dans ce pays au village de Weregi,
le plus

ancien du Tabéristân

,

y avait
(
i

été

élevé en secret pendant le règne

du tyran

)

Sa mère qui s'y était réfugiée,
lait

l'y nourissait

du

d'une vache sauvage (Kaw, Cow) dont la tête

sculptée sur la massue de Feridoun est devenue
aussi célèbre dans les insignes de l'empire
le tablier

que

de cuir du

forgeron. C'est donc du haut
le

des montagnes

du Tabéristân, que

jeune héros
,

commença la lutte pour l'indépendance que Kawe soutenait dans la capitale. Sohak fut pris
près de Babylone
,

et

emprisonné dans

le village
,

de Weregi

,

situé

au pied du Bemawend

d'où,

sortit la liberté, et

la

tyrannie trouva son tom-

(1)

Y.
,

l'Histoire

du Tabéristân

et tla

Maseudérân, par Sahir
n. 117.

Eddin

à la Bibliothèque impériale

de Vienne,


fils

231


et se retira ensuite

beau. Feridoim partagea son empire entre ses trois
Iredscli,

Touràn

et

Salem,

à

Temissche-Kouti, qui, suivant toute probabilité,

était à l'un dos coins

du

triangle
,

que formaient
l'ancienne As-

les villes

de Sari

et

de Kourgan

trabad.

Lorsqu'Iredscîi eut
,

péri

dans

la lutte
,

contre ses frères

son

fils
,

Menoutscnehr
proposa de
le

excité

par son aïeul Feridoun

se

venger.

Les restes des

trois frères reposent près

de Sari

sous des rochers qui ont résisté à Faction destructive

de plusieurs

siècles et

aux

efforts

réunis

de plusieurs milliers d'hommes qui ont essayé de
les abattre.

Les champs

et les défilés

du Tabédes

ristân

devinrent ensuite le théâtre des combats

célèbres de

Menoutschehr
,

et d'Efrasiab, et

invasions de Touràn

qu'Iran sut repousser avec

un

plein

succès.

Comme

on

le voit
,

par ces
c'est
sili-

courtes

explications topographiques

ce sol classique

que

se passèrent les plus anciens

événeniens de l'histoire persane. Outre les des-

cendais du frère de Nouschirwan
teur Feridoun
,

et

du

libéraet

les

famille

de Bawend

de

Kawpare

n'étaient point les seules à reclamer
;

une
(i),

antique généalogie

la famille

Keyoumersz
des

qui régna après
jusqu'à
faisait

la chiite

de

celle

de Kawpare,
Sefi,

la

fondation de la dynastie
roi

remonter son origine au

Keyoumersz,

(i)

Dschihannouma

,

p. 44^.


dont l'existence
est

232

tellement obscure que plu-

sieurs historiens ont pris le premier roi persan

pour

le

premier homme.
soit, celle famille fut, à

Quoiqu'il en

notre con-

naissance, la dernière qui descendit des anciens
rois

de

la

Perse, et

la

conformité de son

nom
,

avec
n'est
offre

celui de

Keyoumersz , premier

roi persan

qu'un de ces hasards dont
tant d'exemples.

l'histoire

nous

Le premier

et le dernier prince,
et d'Occident,

de l'empire romain d'Orient
lui des seldjoukides, et

de ce-

du royaume de Tabcristan; Le premier prophète des musulmans et le dernier
de ses successeurs de
le
la famille

d'Abhas, portaient
,

de

même nom. Ceux d'Auguste de Constantin, Mohammed, deTogrul, et de Keyoumersz,
et

ouvrent
zantine
,

ferment
,

les dynasties

romaine, by,

arabe

seld joukide et persane

et

peut-

être l'empire turc d'Europe finira-t-il sous
,

un

Osman de même qu'il a commencé sous un prince
de ce nom.

Après avoir arrêté un instant nos regards sur
les

pays les plus voisins du territoire des Ismaï,

lites

nous
et

les

reporterons sur les princes de
,

Rouyàn

de Rostemdar

qui tous portent le

nom

d'Asîandar.
,

Astan

signifie clans la

langue

du Tabéristan
montagne,
la

encore entièrement inconnue en
,

Europe, une montagne

et

Astandar, prince de la

même chose
la

queScheikholdschebal,
,

ou Kieux de

montagne

titre

que prenait

le


perlaient

233


,

Grand-maître des Assassins. Tous deux donc
prunté à
et
il

un semblable nom qu'ils avaient emla nature du pays qu'ils gouvernaient,

leur était

commun, non-seulement avec la
la famille
,

famille
,

Kawpare, mais encore avec

Ba-

wend qui
les

régnait sur le Masendérân

et

,

avant

Ismaïlites, sur le Kouhistân, ainsi qu'aux

princes des pays montageux situés au-delà du

Demawend. Astan, Dschebal, Kuh
mots qui dans
de
les

,

sont trois

langues tabéristane, arabe et

persane, ont une signification identique, celle

montagne. o

Les

souverains
le titre

de

la

famille

Kawpare prenaient

d'Astandar eu de

prince de la montagne y de

même

que

le

Grand-

maître des Assassins, se donnait, en deçà du

Demawend,
de
la

celui de Sclieikholdscliebal,
(i).

ou Vieux

montagne

Astandar Keikawus-Ben-IIesarasz régnait vers
la

nremicre moitié du sixième

siècle
et,

de l'hégire
sur la pente

au-delà des montagnes deRouyân,

opposée,

Mohammed,

fils

de Buzurgomid, alors
,

Grand-maître des Assassins

dont

les possessions

s'étendaient jusqu'aux frontières duRouyân. La
jalousie naturelle entre voisins et l'alliance
fit

que

KeikaAvus avec Schâh Gasi

,

prince du Tabé-

ristân,

envenima

encore l'animosité avec laquelle

(i)

Histoire

du Masendérân

et

du Xabéristàn, par Sahhed-

din.

les ïsmaïlites

faisaient la

guerre aux gouverne-

nicns légitimes. Schah Gasi était

un des plus
des

puissans et des plus implacables ennemis
Assassins, et des motifs

de vengeance personnelle

ajoutaient encore à la haine qu'il leur portait. Les

Assassins lui avaient tué, à Sarkhos, au sortir

du

bain

,

son favori

,

jeune

homme
le

d'une extrême

beauté, qu'il avait envoyé avec mille chevaux à la

cour de Sandschâr. Schâh Gasi

fit

enterrer avec

pompe
et

y fit généreusement des terres des villages environ-*
,

du tombeau de l'Imam Ali Moussa, construire une chapelle voûtée qu'il dota
près
il

nans. Depuis,

poursuivit sans relâche les Assas-

sins qui avaient
ral,

même menacé
,

sa vie.

Son généle

Schlekouh,
de
et

fit

une invasion nocturne sur
tua

territoire

l'Ordre

quelques

milliers

d'hommes,
mides dans

avec leurs crânes éleva cinq pyra-

le district

de Roudbâr. Schâh Gasi,

qui ne cherchait qu'à susciter des ennemis aux
ïsmaïlites,

envoya d'abord contre eux son gendre

Kia-Buzurgomid, homonyme du Grand-maître
d'alors, prince de

Dilem,

et, après sa

mort,

le

prince de Rouyàn. Ce fut le

commencement de

la

guerre implacable que se firent Kia-Buzurgomid
de Dilem au-delà, et Kia Buzurgomid en-deçà
des montagnes (i).

(i)

Histoire

du Masendérân

et

du

Tabéristîîn

,

par Sahired-

din.

-

3S5


la
,

Lorsque Keikawus eut réuni après

mort de
le

son neveu, Kia-Buzurgomid de Dilcm

gou-

vernement de ce pays aux principautés de Rouyân
et

de Rostemdar

,

Schâh Gasi

de

Tabéristân

l'exempta du tribut de trente mille dinars à condition qu'il les emploierait
h faire

une guerre

sans relâche à l'Ordre des Assassins; aussi les

moslimins de ces contrées n'avaient-iis rien à
redouter du poignard des Ismaïlites
,

qui à cette
la

époque ne pouvaient
de Dilem. Keikavms

se

montrer ni dans

pro-

vince de Rouyân, ni dans celles de Masèndérânou
alla

même

jusqu'à attaquer

Alamout

,

à piller et à ravager tout le voisinage.
il

Plus tard

écrivit
lettre

au Grand-maître Kia-Mohamdans
laquelle
il

med, une
»
» m
»

lui disait:

Les médians,

les infidèles, les

maudits doivent
;

disparaître de la surface de la terre

Dieu

le

tout-puissant

détruit leur
l'enfer

maison

et

l'ange

vengeur prépare
pas

pour

les recevoir. Il

» n'a
»
»

commandé en

vain aux fidèles l'extirsi le

pation de la race des impies;

glaive des-

tracteur ravage votre pays et
c'est

menace

vos têtes,

»
»

que Dieu répand sur nous

sa grâce su-

prême et nous envoie sa bénédiction.
êtes assaillis de tous côtés
,

"Vous

»
)>

forcés de recourir

à des ruses stupides et de vous cacher dans les

» »
»

buissons,

comme

des

renards

traqués.

Qui

vous empêche donc de montrer votre valeur

dans

la

lutte

que vous soutenez contre moi,


» votre plus
»

236


d'ofïi-

grand ennemi dans ce monde, qui

ne fus jamais accompagné de gardes ou
»

» ciers?

Le Grand -maître
et

lui

répondit
l'Ordre:

laconiquement,
«
»

dans

le

style

de

Nous avons

lu votre lettre, elle ne contient que

des injures, et les injures retombent sur la léle

»

de leur auteur

» (i).

Keikawus eût pour successeur Astandar Hesarasf, fils

de Scliernousch, qui suivit une politique
il

opposée. Las de la guerre avec les Assassins,
fit

la

paix

,

conclut avec eux

un

traité d'alliance

céda ses plus forts châteaux et s'abandonna à
tous les excès delivrognerie.

Deux

des grands de sa cour, auxquels

il

avait

tué à l'un son favori, à l'autre

son frère, se
Ils

rendirent chez Erdescliir, roi de Masendérân.
se plaignirent à lui

de ce que leur souverain, deimiter,

venu l'allié des Assassins, commençai ta les
et le supplièrent

de mettre

fin

à de pareils dé-

sordres.

Erdescliir les retint auprès de lui, et

envoya à Hesarasf un
tinction
,

homme
mais

d'une haute dis-

afin

de lui

faire sentir la nécessité
;

de

charnier de conduite
tions

comme

ces exhorta-

restèrent

sans résultat, tous les

grands

allèrent, alors

trouver Erdescliir, ou bien prirent

les

armes

et se joignirent

aux troupes du

roi

de

(i) Histoire

du Masendérân

et

du

Tabéristïin, par Sahired-

din.


les Assassins; le scid

237


,

Masendérân. Hesarasf abandonné

s'enfuit chez

Eddaï Iloulhaki Abourisa
,

fut

nommé

gouverneur de Dilem

mais périt

bientôt après dans

une attaque nocturne qu'Hela tête

sarasf dirigea contre lui a
Ismaïlites.

des troupes

Erdeschir alors jura de ne point se

reposer avant d'avoir vengé la mort

du
,

seid.

Réfugié dans la forteresse de Welidsch
vit

Hesarasf

son ennemi conquérir celles de Nour et de
et

Nadschouh,
temps

mettre

même

pendant quelque

le siège

devant Welidsch. Toutefois Erdes-

chir voyant qu'il
forcé de le lever

y perdait beaucoup de monde, fut
;

il

se retira après avoir confié le et

gouvernement de Rouyân
états

de Rostemdar

,

à

HeszbereddinKhorschid. Hesarasf, chassé de ses
,

se rendit à Irak
les secours

,

puis h

Hamadan pour y
,

demander

de Togrul

,

dernier sultan

seldjoukide de la branche persane.

Togrul envoya un ambassadeur
deschir

a la

cour d'Er-

pour intervenir en faveur d'ïïesarasf;
schâh
lui

mais

le

ayant répondu que

si

son pro-

du Rouyàn, il devait faire pénitence pour son impiété et rompre toute liaison avec les Assassins, le sultan donna son approbation entière à la conduite du roi de
tégé désirait rentrer en possession

Masendérân. Hesarasf se rendit alors h Réï, où

il

demanda, mais en vain,
cours et la main de sa

à Seradscheddin, des se-

fille

Kamil.
il

Enfin, trompé dans toutes ses espérances,


alla

258

directement avec son frère chez Erdeschir,
le

qui fut sur
le château

point de le retenir prisonnier dans
,

deWelidsch. Le commandant
mit

ancien

serviteur dllesarasf , refusa d'enfermer celui qui
avait
été son maître, lleszbercddin
fin à la

vie errante

du prince proscrit en

le fesant assasfit

siner à l'insu d'Erdeschir.
lils

Le schàh

élever son

encore mineur; mais avant d avoir atteint sa
il

majorité,

expira sous les coups d'un certain Bis-

toun qui

s

empara du gouvernement de Rouyân.
Grand-maître
offrit

L'assassin se réfugia à Alamout, l'asile de tous les

criminels; le

aussitôt son

extradition sous la condition qu'Erdcschir aban-

donnerait à l'Ordre le village d'Herdschàn; mais
ce prince répondit à l'envoyé
» »
:

«

A quoi me

ser-

virait
tel

un misérable
,

tel

que Bistoun? pour un
Ces

homme

je

ne céderais jamais aux Assas»
faits

»

sins la

moindre de mes possessions

se passèrent la troisième

année du règne de Dsche-

laleddin (i), qui, sans abandonner son dessein de
rétablir la religion, subordonnait

même

en offrant

l'extradition
rêts

du meurtrier,

sa politique

aux intérègne

de l'Ordre.
n'ait souillé le

Bien qu'aucun assassinat
de Dschelaleddin,
et

que

sa conduite ait toujours

été d'accord avec son système de prosélytisme

l'historien doit

cependant douter de

la

pureté de

(i)

De

l'hégire

,

Gio.

239


sufïisafts

ses vues et de la sincérité

de sa conversion. Deux

de ses actes offrent des motifs

pour

la

suspecter, d'abord son refus de ne livrer le
trier

meur-

du jeune prince réfugié
d'un village de
faire des
;

à

Alamout que conensuite l'autodafé

tre l'abandon
qu'il feignit

ouvrages du premier
les

Grand-maître,

afin

de convaincre
la

ambassa-

deurs de Kaswin de
Il

moralité de ses croyances.
se con-

n'est plus

douteux aujourd'hui que l'on

tenta de brûleries livres dogmatiques et ceux des

pères de l'islamisme, car la bibliothèque entière

de l'Ordre
ques
et

et avec elle les

ouvrages métaphysi-

théologiques de Hassan-Sabah ne furent
la

livrés

aux flammes qu'après
et

conquête

d' AlaIl

mout

l'extermination

des Assassins.
la

est

donc plus que probable que
tait

conversion de

Dschelaleddin annoncée avec tant de bruit n'é-

que l'œuvre de
il

sa politique et

d'une profonde

hypocrisie, car

n'avait d'autre but
,

que de

réta-

blir l'autorité des Ismaïlites

tandis

que son pré-

décesseur, en propageant avec une ardeur inconsidérée leurs désastreuses doctrines, avait attiré

sur eux la malédiction des prêtres et la proscription des souverains
;

son adroite abjuration lui

permettait en outre d'échanger le titre de Grand-

maître, contre celui de prince.

Comme
,

alors les

Assassins, les Jésuites renièrent aussi leur doctrines sur la révolte et le régicide

lorsque les
et le

parlemens les menacèrent de l'expulsion,

Va-


lican d'une bulle

240


,

de dissolution

bien qu'elles

eussent été répandues par plusieurs de leurs écrivains, et condamnèrent en public les
qu'ils observaient

maximes

en secret

comme
fois

les véritables

règles de l'Ordre.

L'Ordre
cliassé

des

Jésuites

une

démasqué

et re-

de presque tous les

états,,

n'a jamais

pu

prendre son ancienne grandeur

et sa puissance
fait

passée, malgré tous les efforts qu'ont

certains

écrivains pour prouver la sainteté de leur morale
et la

pureté de leur christianisme:

tel fut le sort

de l'Ordre des Assassins. Dschelaleddin régna
trop peu de temps pour que le peuple eût déjà

perdu

le

souvenir d'une impiété systématique de
il

cinquante ans. Après un régne de douze ans,
laissa à

son

fils,

avec

le litre

de prince , celui de
lui,

Grand-maître des Ismadites, qui, sous

recomcri-

mencèrent immédiatement leur carrière de

mes

et

de

forfaits.

Le poison

avait

mis

fin

au rè-

gne sanglant de

Mohammed

II

père de Dschela-

leddin, le poison accéléra l'avènement de son
petit-fils et

successeur Alacddin-Mohamnied
(i),

III,

âgé de neuf ans

qui

commença

son règne par
ses

ordonner

la

mort d'un grand nombre de

pa-

rens qu'il accusait d'avoir participé à l'empoi-

sonnement de son père.
Leslsmaïlites considèrent l'imam qui

monte sur

(i)

Mirkhond.


le

241


même
dans sa
la vali-

trône

comme

toujours majeur,

puberté , et son enfance ne nuit en rien a
dité de ses

commandemens, que l'on
,

doit recevoir

avec une obéissance passive

parce qu'ils sont

regardés

comme émanés

de Dieu même.
la divinité
,

Le

Grand-maître étant limage de

les Is-

maïlites exécutaient aveuglément les ordres san-

guinaires du jeune prince, qui lança de nouveau
ses fidèles

dans

la

route que la politique de son

père avait abandonnée pendant douze ans.

x6

-

24-2

III
,

Règne d'Alaeddin-Mohammed
I

fus

de Djchelaleddin

lassan-W e w-M usulman

Quoique
Perse
et

le

climat aride de l'Arabie et de la
la virilité,

conduise plus rapidement à
le

que

développement de

l'intelligence et des

forces physiques

y

soit plus

précoce que dans

le

climat plus froid de l'Europe , on y verrait ce-

pendant, avec moins de surprise, une jeune
de neuf ans épouse
si

lille

et

mère, qu'un

roi

d'un âge de
voir

tendre.

On

s'étonnera donc moins
,

Aisché partager, à neuf ans
phète, que

la

couche du proâge les

Mohammed
du harem
,

III saisir à cet

rênes d'un pouvoir absolu et illimité. Alaeddin
à peine sorti

en fut naturellement
les caprices

le

jouet;

il

dut se conformer à tous

des

femmes qui régnèrent sous sou nom, s'occupait a élever des brebis. Tout ce que Dschetandis qu'il

laleddin avait

fait

pour

la

religion et la morale

fut aboli sous son successeur; la
pie! é dépassèrent toutes les

débauche

et

1

im-

bornes, et

les

poi-

gnards se rougirent de nouveau du sang des hom-

mes qui

se

recommandaient ou par leur piété ou
saigner sans consulter

par leurs vertus. La cinquième année de son règne, Alaeddin, s'étant
son médecin
,

fait

une perte de sang trop considéra-


bie lui

243


et lui

donna une profonde mélancolie
faiblesse cérébrale

causa une
sa mort.

qu

il

garda jusqu'à

Depuis ce temps, personne n'osa plus

lui présenter des

médicamens
la

,

ou

lui faire la

moindre observation sur
ment. Ceux qui

marche du gouverned administration

lui parlèrent

furent mis à la torture ou exécutés.
chait toutce qui pouvaitrintéresser, et

On
il

lui ca-

se consu-

mait ainsi dans une vie misérable, sans amis ni conseillers
;

car personne n'osait l'approcher.
et ce n'est

Le mal

augmentait de plus en plus,
géré que de dire qu'alors
il

pas être exa-

n'y avait plus chez les

Assassins ni finances, ni armée, ni administration.

Toutefois, malgré la férocité de son caractère,

Alaeddin

traita

avec beaucoup de respect
,

le

scheikh Dschemaleddin-Ghili

auquel

il

s'aban-

donna entièrement.

Il

lui

envoya annuellement

cinq cents dinars, quoique celui-ci reçût une égale

somme du
Kaswin
lui

prince de Farsistàn. Les habitans de

ayant reproché de se faire payer un
et

double subside
le

de vivre de l'argent des impies,
:

scheikh leur répondit

«

Les imams ordonnent

»

l'exécution des Ismaïlites et prononcent la con-

» fiscation
»

de leurs biens

:

on peut donc à plus
ils
,

forte raison

prendre leur argent lorsqu

vien-

»

nent

l'offrir

eux-mêmes.
les
si

»

Alaeddin

auquel

on rapporta

les paroles

des habitans de Kaswin

assura qu'il ne

ménageait qu'à cause du

scheikh, et que

Dschemaleddin-Ghili ne vivait


pas parmi eux,
des sacs,
il

244


les

mettrait la terre de Kaswin dans

et les sacs

au cou des habitons pour messager qui
lui remit

porter à Alamout.
lettre

Un
,

une

du

scheikli

dans un de ses inomens d'i-

vresse, reçut,

pour prix de sa mission, cent coups
il

de bâton. Pendant qu'on exécutait ses ordres,
lui dit
:

«

Imbécile qui

me

donnes une

lettre

du

» » »

sebeikb lorsque je suis ivre,

tu ne pouvais
?

donc pas attendre
alors repris

mon

retour du bain
»

j'aurais

mes

sens (i).

Le

scheikli

n

était

pas le seul

homme
le
,

qui possédât les bonnes grâ-

ces d'Alaeddin; ce prince avait encore

une grande

vénération pour

fameux mathématicien Naszicélèbre dans tout l'Orient, qui

reddin

,

de Thous

avait été

envoyé sous son règne en otage à Alaavait dédié son ouvrage, intitulé Akhlaki

mout, par Mohammed-Mohtaschem-Naszireddin,
auquel
il

Naszeri (Ethique de Naszir). Naszir,
le

comme nous

verrons bientôt

,

soutint

pendant quelque

temps,

comme premier
;

ministre du successeur

d'Alaeddin, lédifice chancelant de la domination
ismaïlite
et

mais ensuite ,

il

le

renversa lui-même

donna

ainsi l'exemple de ce

que peuvent

le ta-

lent et l'esprit de vengeance, lorsqu'ils s'associent

pour conserver ou pour renverser les trônes. Ce fut sous ce prince efféminé que fut conclue,
suivant le récit d'un témoin oculaire 7 une négo-

(i)

Mirkhond.


ciation

245


Khowaresm. Ce
donné à l'émir

remarquable avec Dschelaleddin-Mank-

bernij le dernier des sultans de

prince, à son retour de l'Inde, avait

Orkhan le gouvernement de Niscbabour, province qui touchait aux possessions ismaïlites (i). Pendant l'absence de l'émir Orkhan
fit
,

son lieutenant

plusieurs invasions sur le territoire des Assas-

sins et ravagea
villes

Tim et

Kaïn,

les

deux principales
fut alors
,

du Kouhistàn. Kemaleddin
le

en-

voyé par

Grand-maître en ambassade
cessation des hostilités
;

pour
de

demander la

mais le lieu,

tenant de l'émir, au lieu de lui répondre

tira

sa ceinture plusieurs poignards et les lui jeta

aux

pieds;

il

est

probable qu'il voulait par
faisait

là,

ou ex-

primer

le

mépris qu'il

des poignards des

Assassins, ou leur déclarer qu'il les combattrait

avec leurs propres armes. Ces ambassades hiéro-

glyphiques sont en quelque sorte
diplomatie de l'Orient. Si
les

le style

de

la

femmes

s'y servaient

du langage des
à

fleurs

,

les

princes cherchaient

rendre leur pensées par d'autres images égaleL'histoire

ment symboliques.

nous apprend qu'A-

lexandre et le roi indien Porus se sont envoyé

de semblables ambassades,

et qu'ils s'efforçaient
lit

d'y faire assaut de bravades. Alexandre

venir

un

coq, devant lequel on jeta

un sac de

blé, ce

qui

(i)

Mohamnied-JNissawi, Biographie du sultan Dîchelaleddin-

Mankberni.


voulait dire que
,

246


même
les

quand

guerriers inces grains de

diens seraient aussi

nombreux que

blé, les Grecs, qui étaient aussi valeureux

que

le

coq,

les

auraient bientôt dévorés.

Alexandre en demandant à

De même, Darius un tribut
fait re-

d'œufs d'or oubesans (beisa, œuf), lui avait

mettre avec son message une poule morte, ce qui
signifiait

que

la

poule qui avait pondu ces œufs de-

vait mourir. Cette diplomatie hiéroglyphique ne

put cependant terminer ni les querelles d Alexandre et de Darius, ni celles d Orkhan et des Ismaïlites, qui résolurent alors de se

donner euxKendscha,
trois

mêmes la satisfaction qu'on
dant que
le sultan

leur refusait (1). Penétait à

Mankberni

Orkhan
dans

fut attaqué hors des

murs par

As-

sassins et resta sur la place. Ils entrèrent ensuite
la ville,

tenant h la main leur poignard en-

sanglanté, et en parcoururent les rues en procla-

mant

le

nom,

la

puissance

et la
;

suprématie de
ils

leur Grand-maître Alaeddin

puis

cherchè-

rent le visir Scherfal-Moulk (noblesse de l'empire)

jusque dans

la salle
ils

de son divan, mais ce

fut en vain. Alors

blessèrent

un de

ses

domes,

tiques se promenèrent encore fdans la ville

en

sannoncant tout haut

comme

Assassins, et plan-

tèrent leur poignard dans la porte du visir.

Heu:

reusement leur témérité ne resta pas impunie

(0 Après J.-C, 1226

;

de l'hégire 624.


le

247


s'as-

peuple, revenu de sa première frayeur,
les

sembla,

poursuivit d'une grêle de pierres et

les lapida (i).

un envoyé des Ismaïlites nommé Bedreddin-Ahmed était arrivé à Barlekan pour se rendre de là à la cour du sultan.
Pendant ce temps
, ,

A

la

nouvelle des événemens dont nous venons
il

de parler,
s'il

devait continuer son

demanda au visir Scherfal-Moulk chemin ou retourner sur
1

ses pas.

Le visir, qui redoutait

audace des Assassou*

sins et craignait de tomber

comme Orkhan

leurs poignards

,

lui répondit qu'il pouvait venir

en toute sûreté.

A son arrivée, le visir mit

tout en

œuvre pour

satisfaire

aux demandes de l'am-

bassadeur, qui avaient pour but la cessation des
hostilités et l'abandon
fort

aux Assassins du château
quant
à la seconde, elle

de Damaghan. La première de ces demandes

fut accordée sur-le-champ;
le

fut

également,

mais moyennant un tribut

annuel de trente mille ducats. Le sultan partit

pour Aserbeidschân
le visir

,

et

l'amdassadeur resta chez

comme

son hôte.

Un jour,

dans un

festin,

lorsque le vin eut échauffé les convives, Bedred-

din dit au visir qu'il y avait au

nombre des gens
ses écuyers et ses

de sa suite

,

parmi

ses gardes

,

(i)

Mobammed-Nissawi

:

Biographie du sultan Mankberni et
Notices historiques sur les Is,

d'Hassan-Bcn-lbrahim.
maéliens
toI. IV.
,

— Yov.

par Quatremère de Quincy

et

Mines de l'Orient

248


visir,

pages, plusieurs Ismaïlites. Le

curieux de

connaître ces dangereux serviteurs, pria l'am-

bassadeur de les lui montrer, et lui donna son

mouchoir pour gage
attachés au service

qu'il

ne leur

ferait

aucun

mal. Aussitôt cinq des domestiques, spécialement

du visir, s'annoncèrent comme
y a quelque temps,
tel

des Assassins déguisés, et l'un deux, Indien d'origine, lui dit
»
:

« 11
,

jour

et à telle

heure j'aurais pu vous assassiner imet sans être
fait,

»

punément
ne
l'ai

aperçu de personne;

si

» je
)>

pas

c'est

que

je n'en avais pas
»

reçu l'ordre de mes supérieurs.
et

Le

visir,

na-

turellement peureux

plus peureux encore

dans l'ivresse, fut tellement effrayé qu'il ôta ses
habits et se prosterna, revêtu seulement d'une

chemise, devant les cinq Assassins,

les

conjurant

d'épargner sa vie, et protestant qu'il serait h l'avenir le fidèle esclave

du Grand-maître Alaeddin.
la lâcheté et l'infamie

Mankberni, en apprenant
de son
visir, lui
,

envoya une

lettre pleine

de re-

proches

et lui enjoignit de brûler vifs les cinq

Ismaïlites. Scherfal-Moulk

n'obéit

que sur des

ordres réitérés. Les Assassins, au milieu du supplice
,

s'estimaient heureux de subir le martyre

pour leur maître Alaeddin. Kemaleddin, chef des
pages, qui, plus que tout autre officier de la cour,
devait veiller a la sûreté de son maître
,

fut

con-

damné

a

mort. Le sultan se rendit ensuite a Irak,

et le visir resta

dans

la

province d'Aserbeidschân,


et

249


,

avec lui l'historien de ces événemens

Aboularrivé
et

fetah-lNissawi.

Pendant son séjour à Berdaa, Sa,

laheddin

,

ambassadeur du Grand-maître

d'Alamout, demanda une audience au
lui dit
:

visir,

«

Vous avez jeté cinq
;

Ismaïlites dans les

» flammes
m
))

si

vous voulez racheter votre tête

vous paierez pour chacun de ces malheureux
la

somme de dix mille ducats.

»

Scherfal-Moulk
,

reçut l'envoyé avec les plus grands honneurs

et

ordonna sur-le-champ à son secrétaire, Aboulfetah-Nissawi, de dresser un acte en vertu duquel
il

s'obligeait à

payer annuellement aux Ismaïlites

la

somme

exigée et , en outre, à verser dans la
les trente

caisse

du sultan

mille autres qui lui

étaient dus par les Assassins

pour l'abandon du

château de Damaghan.

Alaeddin aurait pu trouver auprès du scheikh

Dschemaleddin

et

de l'astronome Naszireddin
,

les plus sages conseils

mais ni

la religion

ni la

science ne purent le distraire de sa sombre
lancolie,

mé-

ou

le

guérir de sa maladie cérébrale.

Ce

fut

alors

qu'il

envoya une ambassade au

prince de Farsistàn, pour lui demander

un

habile

médecin. L'atabège Mosafereddin-Eboubekr, qui
craignait,

comme

tous les autres princes de son

temps

,

les

poignards des Assassins, n'eut rien de
11

plus pressé que de contenter ses désirs (i).

lui

(i;

Wassaf.


garsouni,

250


fils

adressa l'imam Behaeddin,

de Siaeddin-El-

homme

célèbre par ses connaissances
Il

médicales tant théoriques que pratiques.

em-

ploya sou art avec succès pour la guérison d'Alaeddiw
;

mais, lors morne qu'il se trouva mieux,
la per-

l'imam ne put jamais obtenir de son vivant
mission de retourner dans sa patrie
;

1

assassinat

du chef de l'Ordre put seul
L'ambition
,

lui

rendre sa liberté.

et la crainte

de ne pouvoir jouir
illimité
la

que dans un âge avancé du pouvoir
Grand-maître, causèrent une
fois

de

encore

mort

du chef des
il

Assassins. Père de plusieurs enfans,

avait

nommé
il

presqu'au

sortir

du berceau
fils

pour son successeur, Rokneddin, son

aîné.

Lorsqu
ne

fut entré

dans làge

viril, les Ismaïlites

lui rendirent les

honneurs dus aux princes,

et

firent

aucune distinction entre
irrité

ses ordres et

ceux de son père. Alaeddin,
sance prématurée
,

de cette obéis-

déclara qu'il voulait transmet-

tre la succession à
les Ismaïlites

un autre de

ses

fils

(i);

mais

n'eurent aucun égard pour l'expres-

sion de ses volontés, et suivirent les principes habituels de la secte, d'après lesquels le premier

choix était

le seul valable, le seul juste. Le. lec-

teur peut se rappeler

un

fait

semblable que nous

avons

cité

en racontant

l'histoire

du

khalife

égyptien Mostanszar, qui d'abord avait

nommé

(i)

Après J.-C, 1255; de

l'hégire, 655.


pour
lui

251

succéder son

fils

Nésar, et qui, plus tard,

cédant aux instigations de rEmirolscliouyousch
lui avait substitué Mosteali,

son frère puîné. C'est

ainsi qu'avait pris naissance le

grand schisme
dont une partie
et

qui partagea alors les Ismaïlites
défendait
avait
les

,

droits de Nésar,
la

dont l'autre

embrassé

cause de Mosteali. Hassan-Sa-

bah

,

qui se trouvait en Egypte à cette époque

fut forcé

de quitter
était

le

pays

comme

partisan de

Nésar

:

il

donc

très naturel que,

dans

la

nou-

velle querelle

que

faisait naître la

succession d'A-

laeddin

,

les Ismaïlites suivissent l'esprit
s'était

du fon-

dateur de l'Ordre, qui

prononcé alors en
,

en faveur du nls aîné.
ses jours,

Rokneddin craignant pour
,

que son père menaçait

résolut de s'é-

loigner de la cour et d'attendre, dans
fort
,

un château
les

le

moment où

il

serait appelé à prendre

rênes

du gouvernement.
lieu

La même année, Alaeddin ayant donné
a

plusieurs

des

grands qui l'entouraient de

concevoir de justes soupçons pour leur sûreté
personnelle,
sous le

ceux-ci cachèrent leurs
vile flatterie
,

craintes

masque d'une

et,

pour sau-

ver leur vie, conspirèrent avec Rokneddin contre
celle

de ce prince. Hassan de Masendéràn,
et

mu-

sulman

non

ismaïlite, qui avait souillé sa foi

en consentant a être pour Alaeddin l'objet de ses

abominables
gnité de

plaisirs, et qu'il avait élevé à la di-

chambellan, fut choisi pour exécuter

— 252 —
l'assassinat.

On

était

convenu de guetter

le

mo-

ment où Alaeddin,
dans
la

ivre selon son habitude, se

reposerait au milieu de ses troupeaux de brebis,

maison de bois

qu'il avait fait construire
,

près du parc; c'est Là que

dans

la

nuit

du mersi-

credi, dernier de dsou lkadah 65 1 (i), Hassan de

Masendéràn

lui traversa le
(ils

cou d une llèche au

gnal donne par son

dénaturé.
:

Le meurtrier

re-

çut sa juste récompense

Kharschàh

lui adressa

une

lettre et la

fit

porter par

un fédawi qui

tua

Hassan pendant
ensuite que les

qu'il lisait la lettre. 11

ordonna

fils

de Hassan brûlassent le corps
la

de leur père sur

place publique.

Ce qui
vie

eut lieu le dimanche 26 de dsou'lhidjah (2). Le
parricide

Rokneddin

se

consuma dans une
les

pleine de tourmens, toujours assailli encore moins

par

les

remords que par
,

reproches journaliers
la

de sa mère jusqu'à ce qu'enfin
leste le
le

vengeance cé-

punit h son tour. Ainsi Alaeddin, dont

père avait été empoisonné par ses plus pro-

ches parens 3 périt sous les coups d'un assassin

soudoyé par son

fils.

Dans

les annales

de quelques autres dynasties,

(1)

vier ia54, qui était effectivement
étant D), de sorte
juillet et
(2)

Le dernier de dsou'lkadali de l'an 65 1 répond au ai janun mercredi (la lettre solaire
que
le calcul

de l'hégire a commencé au 16
là vérifié. II.

non pas au

i5, et est

par

Le 26 de dsou'lhidjah répond au
et

16 février 1204, qui était

un lundi

non un dimanche. H.

253

-

nous ne trouvons jamais plus d'un double parricide; les criminels, effrayés, ont reculé devant un
pareequ'ils n'avaient pas encore en-

troisième

,

tièrement renoncé à l'estime des

hommes

et

aux

sentimens

les

plus sacrés de la nature. L'histoire

des Assassins seide semble combler la mesure de

on y voit quatre fois le meurtre des parens vengé par leurs descendans. Depuis
tous les forfaits
;

Hassan-Ben-Sabâh jusqu'à

la

chute de l'Ordre,

une mort violente
Grand-maîtres
leurs fds,
;

a toujours terminé la vie des

deux d'entre eux furent tués par
se ser-

deux autres par leurs parens, qui

virent également

du poison

et

du poignard. Hasempoipa-

san

II
fils

périt sous les coups de son gendre et de

son

Mohammed,
fils

qui, à son tour, fut

sonné par son
aussi

Dschelaleddin. Celui-ci reçut
la

son châtiment de

main de

ses
le

rens, et

mourut comme son père, par
fils

poison.

Alaeddin,

de Dschelaleddin

,

fit

tuer les
,

em-

poisonneurs , mais Rokneddin son
le

fils

augmenta

nombre des parricides. Le Grand-maîtres, qui

faisaient si facilement

assassiner leurs

ennemis , n'étaient pas toujours
:

eux-mêmes

à l'abri des poignards

leurs gardes,

jeunes gens voués à la mort, n'étaient que de»
assassins ordinaires
était réservé
;

le privilège

du parricide

aux chefs de l'Ordre.

255

LIVRE

VI.

Règne de Rokneddin-Karschâh

(i), dernier

Grand-maître des

Assassins.

Le temps

approchait où l'Ordre des Assassins
s'était attiré
,

qui depuis long-temps

par ses crimes
allait

l'exécration de l'humanité entière
le

recevoir

châtiment qu'il avait

si

justement mérité.
il

Après une existence de cent soixante-dix ans,

entendit gronder au centre de l'Asie l'orage qui
devait l'écraser.

(ou Tchinghiz-Khan)

La puissance de Dschengiskhan le conquérant du monde
,

qui répandait partout la terreur, les avait encore

épargnés

;

mais sous son troisième successeur,
le

Mangoukaan ou Mangou-Khan,
Mongols inonda tout l'Orient,

torrent des

se répandit sur la

(i) L'édition

sur laquelle nous «vous traduit porte Karschâh.
,

Le numéro 54 du Nouveau journal asiatique (Paris, juin i83a) contient un fragment de M. de Hammer, dans lequel ce nom se
trouve changé eu celui de Khour-Schàh.


Perse,
fit

256


du

disparaître le khalifat de Bagdad, ainsi
et anéantit

que d'autres dynasties,
l'hégire (i)
le sipne

même
e

coup
dans
réu-

l'Ordre des Assassins. Lorsque, la 582
,

année de

les sept planètes se réunirent

de

la

balance

,

comme

elles s'étaient

nies en

48g

(2)

dans celui des poissons (5), toute

l'Asie consternée crut voir arriver la fin

du monde.
fois

Les astrologues avaient annoncé

la

première
et des

un déluge,

et la

seconde des ouragans

trem-

blcmens de terre qui devaient bouleverser le
globe jusque dans ses fondemens. Mais, lors de la

première prédiction, quelques pèlerins seulement
furent ensevelis sous les eaux, et cette nuit, où
tous les élémens devaient se confondre, ne put

pas

même

éteindre les flambeaux sur les cimes

des minarets (1); cependant, quoiqu'il n'y eût au-

cune révolution terrestre à l'époque prédite par
les

astrologues, les révolutions politiques

qui

éclatèrent alors vinrent a propos

pour sauver leur
la fin

science et leur

renommée. Vers
fin

du cininondè-

quième siècle de l'hégire,
rent toute l'Asie, et, vers la

les Assassins

du sixième, Dschenla foudre, et la terre

giskban

s'y précipita

comme

trembla sous

les

pas des Mongols. Le déborde-

(1)
(2)

Après J.-C,

1186.

Après J.-C, 1090.

(5)
;4)

Takwimet-Tewarikh, ann. 489
Dewletschàh.

et 582.


ment de
et la

257


l'é-

ces barbares

sembla communiquer

branlement

à l'Europe,

du moment où
,

la

Perse

Chine furent conquises

sous le règne de

Mangou, par ses frères Koublaï et HoulakouRban (i); c'est ce dernier qui détruisit les châteaux des Assassins et renversa
lifes; à

le

trône des kha-

ce double titre, l'expédition d'Houlakou

en Perse mérite toute notre attention.

Tandschou-Nevvian

,

généralissime de
les

Mande

gou - Khan
l'Iran
,

,

qui
à

couvrait

frontières

envoya

son

maître l'ambassade du
se plaignait des
et priait
le

khalife de
réitérés

Bagdad, qui

crimes

des Assassins,
les

redoutable

khan de
à celles

exterminer. Ces plaintes, jointes
,

ment

à

du juge de Kaswin qui se rendit égalela cour du khan, et qui, dans la crainte
,

d'être assassiné par les Ismaïlites
aller à l'audience

avait mis
ses

pour

une cuirasse sous

vêtemens,

éveillèrent

toute la sollicitude de
le

donna sur
frère
«

Mangou. Il champ Tordre de rassembler une
confia le
il

armée, dont

il

commandement
dit lors

à son
:

Houlakou , auquel

de son départ

Je t'envoie avec une armée puissante et

»

corps

nombreux de
avait,

cavalerie d'élite

un de Touràn

(i)

M. de Hamraer
le

dans

sa

première édition, donné à ce

khan

nom

d'IIoulagou. Plus tard, dans
il

une

lettre adressée

aux

traducteurs,

l'a

changé en celui d'Houlakou. C'est cette

recti,

licatioa qu'ils

ont adoptée. Y. aussi Nouveau journal asiatique

numéro

54, pag. 527-509.

"7


»

258


C'est à toi
lois et

à Iran, le

pays de grands princes.

»

maintenant de veiller h l'observation des

» des institutions données par Dschengiskhan, et
)>

de prendre possession du pays situé entre

10et

»

xus

et le Nil. Je

veux que tu récompenses

» »

favorises les peuples qui t'obéiront et se sou-

mettront volontairement; mais ceux qui te ré-

» sisteront

ou

se révolteront contre toi

devront

» être anéantis aves leurs
» »

femmes

et leurs enfans;

après avoir détruit l'Ordre des Assassins, tu

entreprendras

la

conquête de

l'Irak. Si le

kharend

» life
))

de Bagdad
,

t'offre ses services

et te

hommage
mes,
il

tu le traiteras avec indulgence et
s'il s

» bonté;
»

mais

oppose aux progrès de

tes ar-

partagera le sort des autres (i).
se rendit
,

»

Houlakou

alors

à son

camp de Kachi-

rakouroum

divisa son armée, en plusieurs corps

et la renforça

de mille familles

d'artificiers

nois. Cette troupe devait diriger les

instrumens
la

de siège

et lancer

dans

la ville

de

naphte,
les croi-

composition connue en Europe depuis
sades sous le

nom de

feu grégeois

,

mais en usage

déjà depuis long-temps, ainsi que la poudre, chez
les

Arabes

et les

Chinois (2).

Il

partit dans le
et,

mois
après

de ramazan, l'an 65 1 de l'hégire (5),

(ij (1)
!

Mirkhond, cinquième

partie, Histoire des Mogols.
part. 1, pag. 9.48.

V. Mines de l'Orient,
Après J.-C, ia53.

5


se reposa

259


nombreux
renforts,
il

avoir reçu sur sa route de

d abord un mois à Samarkand, puis en-

suite à Kasch.

Là, Schemseddin-Kort

et l'émir

Arghoun de

Kliorassân vinrent, accompagnés des grands de
la

province, lui
il

offrir leur

soumission. Pendant

qu

recevait

leurs

hommages, Houlakou ens ils

voyait des ambassades aux princes des pays voisins,

pour leur demander
ïl

voulaient recon:

naître sa domination.
»
))

leur disait

«

Au nom du

khan

,

je viens détruire l'Ordre des Assassins et
si

leurs châteaux forts;

vous

me

soutenez dans

»

cette entreprise, vos efforts seront
et

récompensés
au contrai-

* » » »
»

vos provinces protégées

;

mais

si,

re, je vois

en vous des sentimens hostiles , après
ordre, je tournerai

l'extirpation de cet

mes
Aus-

armes contre vous. Souvenez-vous de mes parôles, car ce

que j'ai prédit arrivera.

»

sitôt

que

l'on sut

qu
,

il

approchait a

la tête

de ses

armées victorieuses
de toutes parts lui

des ambassadeurs vinrent

offrir les

hommages de
ici,

leurs

souverains; nous ne citerons

parmi eux, que
prince des seld-

Rokneddin, prince de Pioum,
joukides de Fars,
i

le

atabège Saad d'Irak et ceux
et

d'Aserbeidschàn

,

de Kourdschistàn

de Schir-

wân. Dans

les

premiers jours du mois de silhids-

ché, Pan G52 de l'hégire, Houlakou passa l'Oxus
sur un pont qu'il avait
fait

construire, afin de

prendre sur l'autre rive

le

divertissement de la


cîiasse

260


fait

aux

lions, car

un

froid glacial lavait forcé

de prendre ses quartiers d'hiver , et

mourir

dans son armée une grande quantité de chevaux.

Ce ne
l'émir

fut

qu'au commencement du printemps que
vint rejoindre

Arghoun-Khan

Iloulakou

dans son camp. Les soins de l'administration furent pendant son absence confiés à son
à Ahmcd-lUlegi et au visir
fils

Ghcraï,

Khodscha Alacddinle

Atamoulk, célèbre auteur de l'ouvrage historique de Dschilian-Kouscha
,

conquérant du

monde. Après
pour

cet hiver,

au commencement de
,

moharrem de la même année
se
,

il

quitta Schirghan
il

rendre à Khawaf, d'où

envoya son
faire la

général

Keïtbouka-Newian

,

pour

con-

quête du Kouhistàn, qu'une maladie imprévue
l'empêchait de diriger lui-même. Iloulakou alla
ensuite en personne à Thous,

où avaient reçu
de
la

le

jour

le

plus grand poète, l'astronome le plus reet le plus illustre visir

nommé
doussi
,

Perse, Fir,

Naszireddin

et

Nisamolmoulk

et

était

aussi le

tombeau de l'Imam Ali-Ben-Mousa-?visa

fameux dans tout
gol s'y établit
y dressa

Le conquérant monet dans le jardin d'Arghoun-Aka
l'Orient.
,

une tente

faite d'après le

modèle de

celle

du grand khan. De là, il Mansomïyé qu'Arghoun
,

se rendit

au jardin de

avait fait rétablir après

qu'il était

tombé en ruine. Les dames de l'émir
Iz-Eddin-Tahir
,

Arghoun

et

son lieutenant, re-

çurent des

titres et l'invitèrent à

un grand

festin.

-261

Le lendemain, on se rendit à la prairie Dadghan, oii Ion goûta quelques jours les délices de l'endroit;

on apporta de Merw, de Yazroud, duDa-

histàn, et d'autres lieux,

du vin et des provisions en
il

abondance. Après quelques jours de repos ,

en-

voya

le

prince Schemseddin-Kort, h Naszireddin,

Mohteschem
takht.
celui

lieutenant de Rokneddin a Servieillesse, Naszireddin,

Malgré sa grande

même

qui fut

le
,

premier protecteur de

l'astronome de ce

nom

se rendit,

accompagné de

de Schemseddin-Kort
il

,

au camp d'Houlakou, où

fut reçu avec

honneur.

Le conquérant, parvenu à Kodjàn, ordonna, aux
dépens du trésor public
lieujadis dévasté par les
,

la

reconstruction de ce

Mongols. Il y fit creuser des
et planter

canaux, élever une fabrique

un jardin
et les

auprès de la mosquée. Le visir Seif-Eddin-Aka
fut

chargé de surveiller ces constructions

,

émirs reçurent l'ordre d'y bâtir des maisons.
retour à Khirkàn
des (i)
à
,

De

il

envoya plusieurs ambassa,

Rokueddin-Kharschàh
lui

qui régnait à

Alamout, pour

ordonner de se soumettre.
s'asseoir

Rokneddin venait de
père, mais

sur

le siège

de

Grand-maître, encore dégoûtant du sang de son
le

gouvernement

se trouvait

de

fait

entre les mains de son perfide visir, le grand as-

(i)

Les ambassadeurs furent Biktiiuoui-KQmdji,Zehir-Edcliu,

Sipahsalar-Bitekdji et Chàh-Emir.

262


,

tronome Naszireddin, de Thons. Celui-ci avait dédié un de ses ouvrages au khalife Mostaszcm
qui, au lieu de lui accorder les

récompenses que

méritait son travail, n'avait eu

pour

lui

que des

mépris. Alkami

,

visir

du

khalife, jaloux de !\aszi-

reddin

,

s

étant aperçu qu'il

manquait

à la dédi-

cace répiîhète a
»

représentant de Dieu sur la
l'astro-

terre »

,

son maître trouva l'ouvrage de
écrit
,

nome mal
Tigre
(i).

et

le jeta

dans
le

les

eaux du

Dès ce moment,
Il

savant, offensé,

jura de se venger.

s'enfuit à

Alamout

,

il

vint implorer la protection

du Grand-maître des
perdu la
vie;

Assassins, sous le poignard desquels tant de vi-

même de comme celui-ci
sirs et

khalifes avaient

mais

n'embrassait pas avec assez d'ar-

deur

ses projets

de vengeance, dans un

moment
de

où l'approche d'Houlakou
pour ne songer qu'à
zireddin
plans.
,

attirait l'attention

l'Ordre, et lui faisait oublier le khalife de

Bagdad
Nas-

sa propre conservation,
la nécessité

se vit

dans

de changer ses
les

Comme
il

il

était

probable que

châteaux

des Ismaïlites ne résisteraient

pas aux armées

mongoles,

résolut de livrer au vainqueur, qui

s'approchait en toute hâte, non-seulement les

châteaux de l'Ordre, mais encore
tre

le

Grand-maî-

lui-même.

Il

espérait

que

celte trahison ser-

(i) Ecrits

historiques d'Ali-Effendi, à la bibliothèque

impé-

riale

de Tienne, n° \i5.


virait son ressentiment

263
,


que
la

et

chute de l'Or-

dre entraînerait celle du khalife. Ainsi, dans le
principe,,
il

n'avait voulu

que faire tomber le prin-

ce et son visir sous le fer des Assassins;mais les Mongols devaient renverser tout l'édifice

du

khslifat.

Rokneddin
ral

,

suivant aveuglément les conseils

de Naszireddin, envoya à Baïssour-Noubin, généd Houlakou
,

dont déjà l'armée menaçait Ha-

madan, une ambassade chargée de lui offrir sa soumission. Baïssour répondit que son maître devant arriver bientôt, Rokneddin ferait mieux
,

d'aller s'adresser à

lui-même. Après plusieurs

ambassades réciproques , on convint que Rokneddin enverrait à Houlakou son frère puîné, Cha-

hin-Châh,

le

Kokdja Asil-Eddin-Rouzeni

et

d'au-

tres notables du pays. Ce général devait les accompagner en personne mais il se fit remplacer par son fils, et lui-même, conformé,

ment aux ordres
son armée dans le

qu'il avait reçus
district.

,

entra avec
le

d'Alamout,
,

dixième

jour du mois de dschemasiollewel

de l'an 654
les

de

l'hégire

(i).

Les Assassins et
le

troupes

de l'Ordre occupèrent, dans
teau,

voisinage

du châétait es-

une hauteur

qu'ils défendirent avec opiniâ-

treté contre les

Mongols. La montagne

carpée, et la garnison nombreuse; les assaillans,
forcés

d'abandonner l'attaque, brûlèrent dans

(i)

Après J.-C, iî56-

264

leur retraite les maisons des Ismaïlites et dévastèrent tout le pays. Pendant ce temps, Chahin-

Châh
de

était

arrivé chez Houlakou; à la nouvelle

la résistance

des Assassins,, le
officier

à Rokncddin un
»
n

chargé de lui dire
c'est

Mongol envoya « Rok:

neddin nous a envoyé son frère,

pourquoi

nous

lui

pardonnons

les

crimes de son père et
à lui,

» ceux de ses partisans.
))

Quant

comme

il

ne
le

s'est

rendu coupable d'aucun
,

forfait

pendant

»

court espace de son règne

il

peut se retirer
ses

»
))

chez
ses. »

nous,

après

avoir

rasé

forteres-

En même temps,
le

Baïssour reçut l'ordre

de ne plus ravager

pays de Roudbâr. Sitôt que

Rokneddin eut connaissance de ce message, il lit démanteler quelques châteaux, tels que Maimoun,
Alamout
,

Lcmsir

;

et

Baïssour retira ses troupes

du Roudbâr. Sadreddin-Sungi, un des hommes les plus considérés parmi les Assassins se rendit
,

ensuite,

par ordre de Rokneddin,

et sous la

con-

duite d'un officier mongol, au

camp dlïoulakou,

pour
déjà

lui certifier

que

le

prince des Assassins avait

commencé

à raser ses châteaux et qu'il en
,

continuerait la démolition. Sadreddin

dont

le

maître redoutait

la

présence dlïoulakou , pria en
h

même

temps ce conquérant d'accorder

Rokil

neddin un délai d'un an, à l'expiration duquel
se présenterait à sa cour.

Le Mongol renvoya l'amofficier,

bassadeur avec un Basikaki ou
remit une lettre où
il

auquel

il
:

disait

au Grand-maître


« »

265


est sincère
,

Si la

soumission de Rokneddin

il

doit venir aussitôt dans notre

camp

impérial,
la

» après avoir confié
»

au Basikaki porteur de

présente la défense de son pays. » Rokneddin,

entraîné par les mauvais conseils de Naszireddin,

mit trop de lenteur à obéir à ces ordres
Schcmseddin-Keilaki ,

;

il

se

contenta de renvoyer en ambassade son visir,
et

son cousin Seifeddinfaire

Sultan-Melik-Ben-Kia-Manszour, pour

ex-

cuser le retard qu'il mettait h se présenter devant

Houlakou,
tàn et de

et en même temps il adressa aux grand-commandeurs (Moubtechim) du Kouhis-

Kirdkouh un ordre de cabinet

(

per-

waneh ) qui leur enjoignait daller au camp mongol offrir leur soumission. Lorsque le conquérant fut arrivé vis-à-vis de Lar et de Demawend,
il fit

partir Schemseddin-Keïlaki

pour Kirdkouh,

et le

chargea d'annoncer au commandant de ce
rendre dans son camp confor-

fort qu'il eût a se

mément aux
avertit

ordres

du prince

des Assassins.

On
le

alors le

Grand-maître que, quoique
la

château tînt bon et que

garnison fût composée
11

de braves, on serait bientôt forcé de se rendre.

envoya alors Mobariz-Eddin-Ali-Tourân

et

Choudix

djaa-Eddin-Hassan-d'Astrabad, avec cent

hommes d'élite, au
rent chacun deux

secours de Kirdkouh.

Ils

recu-

mûnns de henna

et trois

manns

de

sel,

dont

le

château manquait. Quoiqu'on ne


lienna est
alors
fille

266


la peste,

trouve nulle part dans les livres orientaux que le

un remède contre
fait

on

citait

un

remarquable
s'était

:

au mariage de
teint
les

la et

d'un émir, qui
pieds avec
la

mains

les

du
le

lienna, de tous ceux qui, à

cause de

grande sécheresse, avaient bu de l'eau

dans laquelle
n'était

henna

avait été délayé, pas
:

un

mort de

la peste

c'est

pourquoi on avait
guerriers arri,

demandé du henna. Les cent dix
vèrent
seul qui se blessa

heureusement au château

excepté un
et fut

dangereusement au pied

porté sur les épaules des autres. Ainsi Kirdkouh
fut sauvé

du
,

péril (i).
et

Houlakou marcha ensuite

vers

Kesràn

s'empara en deux jours d'un

château qui se trouva sur son passage.
officier,

Un

autre

qui avait accompagné le visir et le cousin
le

de Rokneddin, fut envoyé dans

Kouhistân,

et

Seiffeddin-Sultan-Melik se rendit lui-même , avec
plusieurs officiers mongols, au fort de
diz,
fier

Maimounlui signises


que

résidait alors
le

Rokneddin
qu'il

,

pour
ne

dominateur du monde avait poussé

armées jusqu'à

Demawend

,

lui accordait

plus aucun délai pour effectuer la remise de ses
forteresses,

mais que

cependant,

s'il

voulait
il

qu'elle fût retardée de quelques jours,

fallait

envoyer aussitôt son

fils

dans son camp. Cette

ambassade arriva à

JNIaimoundiz les

premiers

(i)

Extrait d'un fragment

communiqué par M. de Hammer.


jours de

267


les ordres

ramazan
et

,

annonçant partout

d'Houlakou
ses.

l'approche de ses armées victorieu-

A

celte nouvelle,

Rokneddin

et tout le

peu-

ple tombèrent dans une frayeur stupide.

Le Grand-maître répondit d'abord
prêt à envoyer son
ses
il

qu'il était

fils

;

mais ensuite, séduit par
ses amis,

femmes
était

et les

mauvais conseils de

remit aux ambassadeurs l'enfant d'une esclave

qui

presque du

môme

âge

,

et

les pria

de demander à Houlakou de lever l'ordre qui
retenait à la cour son frère Cbahin-Chali.

Le
dé-

prince mongol, qui, pendant ce temps,

s'était
,

avancé jusqu'à

la

frontière

du Roudbàr

couvrit facilement la ruse, mais feignit toutefois

de l'ignorer.
sa trop

Il

renvoya l'enfant
1

,

en disant
le gar-

que

grande jeunesse

empêchait de
avait

der, mais

que

si

Rokneddin

un

frère plus

âgé que Chahin-Chàh, il devait l'amener au camp en échange de ce dernier. Sur ces entrefaites , le

Grand-prieur du pays de Kirdkouh arriva chez
le

prince mongol, qui permit alors au frère de
les Assassins.

Rokneddin de retourner chez
congédiant,
m
il

En

le

lui dit

:

«

doubliez pas de rappeler
le

à

votre frère

qu'il doit raser
se
,

château de
:

»

Maimoundizet
s'il

rendre auprès de nous

car,

»

ne

le fait pas

Dieu seul peut savoir ce qui

» arrivera. »

Pendant que toutes ces négociations
c'est-à-dire,

se

continuaient, les Tawadschi,

les recruteurs

de l'armée mongole ,

avaient enrôlé

268


,

un si grand nombre de soldats, que, dans une immense étendue de terrain on ne voyait que des troupes s'exerçant au maniement des armes.
Iloulakou, fatigué de tous ces retards, se présenta

lui-même,

le

1

8
le

du mois de chawal, aux portes de
lendemain,
l'armée
le

Maimoundiz;
qu'il est

château fut cerné

de toutes parts

un air de grandeur impossible de décrire. On campa à la
et
offrit
s'il

distance de six parasangues, et l'on tint conseil

avec les généraux pour décider

fallait

com-

mencer les opérations du siège ou attendre l'année suivante on alléguait qu'on se trouvait au cœur
;

de l'hiver, qu'on manquait de fourrage,

et qu'il

faudrait transporter les provisions des provinces

de l'Arménie jusqu'à

celles

du Kirman. Bokatile siège.

mour et l'émir Keitbouka opinaient pour
de mauvaises résolutions
enfin à envoyer au
fils
,

Rokneddin , qui ne prenait en lui-même que
et à

qui Naszireddin
,

ne donnait que de perfides conseils

se décida

camp son

frère Iranschâh, son

Tourkia

et

son visir Naszireddin (dont Dieu
le

veuille
et les

parfumer

tombeau)

,

avec les notables
Ils

commandans

des cavaliers.

devaient of-

demander pour lui la faculté frir sa soumission de pouvoir se retirer librement où il voudrait.
et

Avec eux

étaient les principaux

membres de

l'Ordre, porteurs de riches présens. Naszireddin,

au lieu de soutenir

les intérêts les

de son maître et

de faire valoir dans

négociations la force de


ses châteaux
,

269


qu'il

dit

au contraire au Mongol

n'y avait rien dans ces nombreuses forteresses

qui dût arrêter sa marche

,

parce que

la

réunion

des étoiles avait clairement prédit la chiite pro-

chaine de cet Ordre
stipulé

,

autrefois

si

puissant. II fut
se retirer

que

le

Grand-maître pourrait
ci

librement,
châteaux.

sous la condition qu'il livrerait

ses

Le i du mois dsou'lkadah, Rokneddin sortit de Maimoundiz avec le kodja INaszireddin le kodja Asil-eddin-Rouzeni, le visir Mouyeddin
et ses ministres,

avec Reis-eddaulet et Mowafîk-

eddaulet, et se rendit dans le

camp du vainqueur,

ce que Naszireddin a consigné dans le chrono-

gramme
«

suivant

:

C'est l'an six cent cinquante et quatre
(i),

,

dimanche
,

le pre-

mier de dsou'lkadah
des Ismaïlites,
s'est

au matin, que Karschàh

le

padichàh

levé de son trône devant Iloulakou-khan. »

Rokneddin
vant
:

fit

à cette occasion le quatrain sui-

A

votre porte je
délits je

De mes

me rends me repens

;

;

A

cette

marche inopportune
(2).

Entraîné par votre fortune

L'or et les présens qu'il avait apportés furent

(1)

D'après le calcul des années de l'hégire, à commencer du

16 juillet, le !" de dsou'lkadah 655 répondait au uo

novembre

qui était
(•2)

un

lundi. H.
,

Y. Nouveau journal asialù/ue

n° 5\

>

P- 55ti.


jeunesse et de
1

270


,

distribués aux troupes. Iïoulakou eut pitié de la

inexpérience de Rokneddin

qui

avait à peine occupé
11

un an
,

le
fit

trône de ses pères.
des promesses
flat-

lui parla

avec bonté

lui

teuses, le retint auprès de lui
et prit

comme

son hôte,

Nas/ireddin pour

visir.

Rokneddin fût confié, dans le camp d'ïloulakou,
à la

garde des Tartarcs
les

,

et des officiers

du khan

accompagnèrent
dans
le

envoyés du Grand-maître
accélérer la dé-

pays de

RoudMr, pour y

molition des châteaux que les Assassins y tenaient
encore. D'autres officiers furent envoyés dans les

deux grands priorats de Kouhistân
et

et

de Syrie

dans

le

pays de Komis
,

,

afin d'y

demander, au

nom du

Grand-maître

la

soumission des com-

mandans de

toutes les places qu'y possédaient les

Ismaïlites, et dont le

nombre montait
la

à plus de

cent. Elles s'élevaient sur les

montagnes du Kou,

histân

,

de l'Irak

et

de

Syrie

depuis

la

mer
en-

Caspienne jusqu'à
touraient
,

la

mer Méditerranée,
,

et

comme

d'une ceinture

le territoire
le

soumis a
district

la

puissance de l'Ordre. Dans

seul

de Roudbâr on en rasa plus de qua-

rante, toutes bien fortifiées et remplies de trésors.

Trois d'entre elles
plus formidables
tions
,

,

que leur position rendait

les

refusèrent d'obéir aux
et

somma-

aux ordres de Rokneddin. Les commandans d'Alamout, véritable résidence
des Grand-maîtres, et ceux de Lemsir et

d Iïoulakou

de


rivée

271


se mit

Kirdkouli, répondirent qu'ils attendraient l'ar-

du khan. Le prince mongol
ses troupes, et arriva
,

donc en

marche avec
suite
il

quelques jours
son camp.

après devant Alamout

où il

assit

En-

envoya au pied de
,

la forteresse

son pri-

sonnier le Grand-maître

qui mit en usage les
les

promesses

et les

menaces pour engager

habi-

tans à se rendre.

Le commandant
,

refusa d'é-

couter Rokneddin. Houlakou
siège en règle lui
laissa

voyant alors qu'un

coûterait trop

de

monde
le

devant Alamout un corps
et

chargé de

bloquer étroitement
les

se rendit a

Lemsir, où
ceux
d' Ala-

habitans vinrent à sa

rencontre lui offrir
,

leur soumission.

A

cette nouvelle

mout perdirent courage et envoyèrent à Rokneddin un messager, pour le prier d intercéder en leur faveur auprès du conquérant.
Ce ne
fut pas

en vain, car celui-ci accorda au

commandant

ismaïlite

un sauf-conduit pour venir

dans son camp. Les habitans demandèrent trois
jours pour pouvoir s'en aller librement avec leurs
trésors et leurs meubles.
et, après leur départ, le

Ce

délai leur fut

donné,

château fut livré au pil-

lage.

Alamout,
de

situé sur

une hauteur inaccessiremarquable
le

ble

,

avait reçu de cette position

nom

Nid

d Aigle;

qu'il présentait la

genoux,

la tête

nous apprend forme d'un lion étendu sur ses appuyée sur la terre. Les murs
la tradition
;

étaient taillés dans le roc et à pic

ceux qui en-


lotiraient
les

272


,

remparts étaient voûtés
et,

afin

de
il

protéger la garnison,

dans

le

rocher

même,

y avait de grands bassins destinés à conserver le vin et le miel. Presque tous les magasins avaient
été remplis

du temps de Hassan-Sabah,
,

et ce lieu

avait été

si

bien choisi
le blé

tout y était l'objet de tant

de soins, que

n'y moisissait jamais , et que

le vin s'y conservait

également. Les Ismaïlites

attribuaient cette propriété à

un miracle opéré

par

le

fondateur de l'Ordre. Les Mongols, qui

sans connaître les lieux, cherchaient partout des
trésors dans les souterrains et les caves,

tom-

bèrent tantôt dans des bassins de vin
des bassins de miel.

,

tantôt dans

Après que
dispersées
,

les

armées des Assassins eurent été
châteaux démolis
,

et leurs

Houlakou
la

se rendit dans le

mois de selhidsché de
,

même

année a Hamadan
bienveillance

il

avait laissé ses enfans.
fut traité avec

Rokneddin, qui l'accompagnait,
,

soit

par pitié

,

soit

par mépris. Ce
ces vertus
si

prince dégénéré n'avait pas

même

communes chez
mépris de
la

les Assassins, le
,

courage

et le

mort

et

encore moins celles d'un

Grand-maître, l'ambition et la prudence politique.
Si le sort des

armes ne l'avait fait tomber entre
,

les

mains du Mongol
l'aurait

l'ignominie de son caractère
Il

rendu son esclave.
fille

vint à se passionner

pour une
tion, et

mongole de

la

plus basse extrac-

Houlakou, qui ne négligeait aucune occa-


sion

273


,

de l'exposer au mépris public

ordonna,
cette

lorsque le prince des Assassins lui
esclave
,

demanda

que

ces noces se feraient avec toutes les

solennités d'usage et
les fiançailles avaient

une pompe extraordinaire
eu lieu
,

;

le

6 moharrem 656.
le

Après leur célébration

llokneddin supplia

vainqueur de l'envoyer auprès du grand khan

Mangou; celui-ci, bien que surpris de cette demande insensée qui devait bâter sa perte, lui en
donna
la

permission,

et

Rokneddin

se

mit en

marche avec une troupe de Mongols. Dans son
désir devoir le puissant

Mangou,

le

prisonnier

avait promis qu'il obtiendrait la soumission de la

garnison de Kirdkouh , château situé sur sa route,
et le seul

qui se défendît encore contre
11

les forces

mongoles.

quitta

donc

le

camp d Houlakou,
I

dressé près de Ilamadan, le
l'an

er

rebi-el-ewcl de

655 de l'hégire
,

(i). Lorsqu'il fut

devant Kird-

kouh
avait

il

fit

en

effet

sommer

les

habitans de se

rendre; mais

l'officier

chargé de cette mission

en

même

temps reçu des instructions se-

crètes, qui lui enjoignaient d'exciter le

commanlivrer la

dant à prolonger sa résistance

,

et

à ne

forteresse à personne. Cette politique fourbe et

insensée

,

cause première de

la

chute de l'Ordre,

accéléra la perte de Kharchâh.

Dès

qu'il fut à

(i)

Après J.-C, 1257.
54, déjà cité.

— V.
«

Nouveau journal

asiatique

,

nu-

méro

18


renvoya sans
dire
» »
:

274


le

Karakouroum, résidence du Mangou,
lui

khan
lui

le
fit

accorder audience

et

r<

Puisque tu prétends avoir

fait ta

soumis-

sion

,

pourquoi n'as-lu point remis entre nos
la forteresse

mains

de Kirdkouh

?

Retourne

» m

sur tes pas, et lorsque tu auras livre tous tes

châteaux

,

tu pourras avoir l'honneur de voir
»

» notre

personne impériale.
l'Oxus
,

Rokneddin ar,

rivé

h

ses

compagnons

sous prétexte

de s'arrêter pour y prendre leur repas, le firent descendre de cheval et le percèrent de leurs
épées

Dès
de

le

sous le

commencement de l'invasion mongole, règne de Mangou Houlakou avait reçu
,

son frère l'ordre d'exterminer
et

les

Ismaïfût,

lites,

de

n'épargner

qui que ce

pas

même l'enfant
car

dans

le sein

de

sa

mère.

11

fut obéi,
;

mais seulement après

le

départ de Rokneddin

Houlakou n

avait jusqu'alors retardé l'exécu-

tion de ses ordres,

que pour attendre
,

la

nouvelle

de

la reddition

de Kirdkouh

et des autres places
les Assassins

fortes
le

que possédaient encore
et la

dans

Kouhistàn

Syrie.

Il

envoya un de ses

visirs à
les

Kaswin pour y

faire périr les

femmes,

enfans, les

frères, les

sœurs,

et

même

les

domestiques de Rokneddin. De tous

ses parens.,

deux

seuls
,

,

suivant toute apparence
,

du sexe

féà

minin
la

furent épargnés

mais pour être livrés

vengeance de

la princesse

Boulghan-Khatoun,


dont
le

275

père Dschagataï avait expiré sous les poi-

gnards des Assassins. Des instructions également
sanguinaires furent envoyées au gouverneur

du

Khorassân, qui, après avoir assemblé leslsmaïliles,

en

fit

massacrer douze mille sans distinction
provinces pour exécuter sans pitié

de sexe ni d âge. D'autres troupes mongoles par-

coururent
la

les

sentence de mort prononcée par Mangou. Par-

tout


,

ils

trouvaient

un

partisan de la doctrine

secrète
lui

ils le

forçaient de se mettre à

genoux

et

coupaient
,

la tête.

Tous

les

descendans deJKiaqui avait succédé

Buzurgomid
dans
la

celui-là

même

grande maîtrise à Hassan-Sabah, furent
longue série de crimes commis
par
les Ismaïlites fut châtiée

mis

à

mort. L'épée des Mongols moissonna tout
;

sans pitié

cette

pendant deux
par

siècles

un vainqueur

aussi cruel qu'ils l'avaient été

eux-mêmes.
Les châteaux
bàr et
le

forts des Assassins

dans

le

Roud,

Koubistân ,

même
et

ceux de Kaïn
,

de

Toun

,

de

Lemsir

d'Alamout

s'étaient

rendus.

La

seule forteresse de Kirdkouh, encou-

ragée dans sa résistance

par Rokncddin lors
,

de son voyage chez Mangou
trois ans toute l'énergie

opposait depuis

d'une vigoureuse défense

aux attaques
dans

réitérées des

Mongols. Elle
,

est située

le district
,

de

Damaghan

près de Manszou-

rabad

sur le pic d'une haute
le

montagne

;

c'est

probablement

château fort de Tigado dont


changé ce siège de
trente ans
(i).

276


en un de siège de
l'historien

nous parle l'historien arménien Ilaithon, qui a
trois ans

Sahireddin (2),

du

Mascndérân

et

du Rouyân, nous raconte

ce siège

avec beaucoup de détail. Les princes de ces deux

pays qui, effrayés de l'approche d'IIoulakou et de la
supériorité de ses forces, lui avaient fait leur sou-

mission, furent chargés par le conquérant de réduire Kirdkouh, tandis

que lui-même s'avancerait sur
à cette

Bagdad.
dans

A

Masendéràn régnait

époque

SchemsolmoloukErdcschir, delà famille Bawend,
et
le

royaume
de
la

de

Schchrakiin,

famille
fille

Rouyân l'astandar Kawpare; comme
en mariage au schah
avait tout lieu d'es-

ce dernier avait donné sa

du Masendéràn
pérer que

,

le

Mongol

les efforts
les

combinés des deux princes

amèneraient
mission.

Ismaïlites à

une prompte soule

Ce
des

fut

au commencement du printemps que
princes alliés

poète Koutbi-rouyani, qui se trouvait au

camp

du Tabérislàn, un poëme célèbre en l'honneur du
,

deux

fit,

dans

le dialecte

Printemps. Sahireddin, qui, dans son ouvrage, nous

(1)

Bengertus

,

Joachimus Camerarius

,

Arnoldus Lubecencis,
des Assas-

Haitlion Armenensis. Withof,
sins, pag, 168 et suiv.

Royaume meurtrier

Bengertns place par erreur Tigado en

Syrie.
(i) Tariklii

Masendéràn

,

à la bibliothèque impériale

de Vien-

ne, n° 117.


en a transmis
le

277


(i), a

premier distique

par cela

même

révélé à l'Europe l'existence d'une langue
,

particulière dans le Tabéristân

langue formée

d'un mélange de mots mongols, ighouriens et
persans
(2).

Les chants du poète firent un
,

tel effet

sur les deux princes

que

,

sans attendre la per-

mission du khan

,

ils

levèrent le siège pour aller
la

jouir a leur aise dans leur patrie de
sites

vue de

ses

y goûter toutes les douceurs du printemps, sans songer au châtiment que leur
,

majestueux

et

réservait Houlakou.

généraux, fut
obéissance.
avait

Gasan Behadir, un de ses envoyé pour Jes punir de leur dés,

Le prince de Rouyân
à son

qui le premier
la retraite,

donné

gendre l'exemple de

eut la générosité de se déclarer le seul auteur de
cette action inconsidérée, et, afin de préserver le

pays de son ami des dévastations des Mongols,
se rendit de

il

dir avait établi son
nier,
et
il

lui-même à Amoul, où Gasan Behacamp. Avec l'aide de ce derque son gendre
perdus.
les

parvint à apaiser le courroux du khan,
à recouvrer, ainsi
,

même
L'effet

titres et les possessions qu'ils avaient

merveilleux qu'avait produit , bien que
,

dans un sens opposé

le

poète national du Tabé-

ristân n'a rien qui doive

nous surprendre. L'his-

(1)

Lorsque

le soleil passe
le
,

du signe du Poisson dans
sa

celui

du

Capricorne, et que
souffle
(a)

printemps déploie
etc.
,

bannière de fleurs au

du vent

d'est

Mines de l'Orient

vol.

m.


un exemple
«à

278


nous
1

toire de la guerre et de la littérature

offre

peu près analogue dans

enthou,

siasme qu'excitaient les

hymnes de Tyrtée

lors-

qu'il conduisait les Spartiates

au combat. Cette
suf-

retraite inopinée des

deux princes explique
était

fisamment

la

prolongation du siège de Kirdkouh
ans:
il

pendant

trois

donc
si

inutile de le faire
l'on considère
le

durer trente années, surtout
le

que
plus

château d'Alamout, indubitablement

fort

de tous ceux que possédaient

les Assassins

s'était

rendu

trois
la

jours après la sommation d'Houreddition de celte
,

lakou. Après

forteresse,

Atamelik Dschowaïni

illustre visir et historien

non moins renommé, obtint du conquérant mongol la permission de faire des recherches dans la

fameuse bibliothèque des Ismaïliles
archives
si

et

dans leurs

célèbres dans tout l'Orient, et d'en

sauver les ouvrages dignes d'être conservés poulie

khan.

Il

mit à part

les

Korans

et d'autres livres
,

précieux ,

et livra

ensuite aux flammes

non-seuet

lement tous

les

ouvrages philosophiques
,

imtous

pies de l'Ordre des Assassins
les

mais

même
ainsi

instrumens qui servaient à l'étude des mathéet

mathiques

de l'astronomie.

Il tarit

d'un
s'ins-

seul coup toutes les sources où aurait
truire celui qui aurait voulu publier

pu

une

histoire

complète des dogmes

et des statuts de l'Ordre.
sa

Heureusement,

il

nous a transmis dans

propre

histoire les connaissances qu'il avait puisées dans


la

279

bibliothèque et dans les archives d'Alamout

ainsi

qu'une courte biographie du fondateur Has-

san-Sabah. Cette esquisse a servi à tous les auteurs persans, entre autres à
saf , qui ont l'un

Mirkhond

et à

Wasavec

et l'autre traité ce sujet

assez de talent, et l'ont souvent mis à profit.

Nous-mêmes nous avons
historiens (i).

suivi pas à pas ces

deux

L'existence de cette bibliothèque, au temps de
la

conquête, accuse hautement l'hypocrisie du

sixième Grand-maître, Dschelaleddin-New-Mu-

sulman,
car
il

le

prétendu réformateur de l'islamisme

;

est

maintenant bien avéré

qu'il n'avait nul-

lement

livré

aux flammes
,

,

en présence des

am:

bassadeurs de Kaswin
ainsi

les

archives de l'Ordre

que
au

les livres qui contenaient ses statuts

c était

zèle fanatique

d AtameliU Dschowaïiii
fana,

qu'il était réservé

de

les détruire. C'est ce

tisme inquisitorial qui dans tous les temps

et

principalement dans

le

moyen-àge

,

a enlevé a la
.

postérité des millions de livres. Si l'Occident a

accusé

,

non sans raison

(2),

comme la

cru Gib/

bon

,

le khalife

Omar de
,

l'incendie de la biblio-

thèque d'Alexandrie
cette accusation
,

l'Orient peut
1

répondre à
la bi-

en citant

incendie de

(1)

Mémoires historiques sur

la vie et les

ouvrages d'Alaed-

dm-Atamelik-Djouainy, par M. Quatremère.
rient, t£. p. 220.
(2)

Mines de l'O-

£_ Y

_— l/

V. Aperçu encyclopédique des sciences de l'Orient.


bliothèque
rent

230


les

de Tripoli par
des

croisés

,

oh fuara-

consumés

millions
le récit

de

livres

bes (i). Nul doute que
soit exagéré, lorsqu'ils les bains
les

des historiens ne

nous disent qu'on a chaude
Tri-

d'Alexandrie pendant six mois avec tous
,

travaux de l'érudition grecque

et qu'à

poli trois millions de manuscrits arabes ont été

réduis s en cendres; mais ce qu'on ne saurait nier,
c'est

que

le

fanatisme religieux a

commandé

la

destruction de ces deux bibliothèques; ces
sont attestés par le témoignage

faits

unanime des preLa bibliothèque
d'Omar,
le

miers historiens orientaux

(2).

d'Alexandrie fut incendiée par les musulmans,

parce que, d'après

les ordres

Koran
des
li-

r

seul devait être considéré

comme

le livre

vres , et tout ce qui n'y était point

contenu re-

gardé

comme

inutile.

La bibliothèque de Tripoli
,

fut détruite par les chrétiens

parce qu'elle ne se

composait que de Korans
terprétation religieuse.

et d'autres livres d'in-

A
,

Alamout,

le

Koran

fut

conservé par Bschowaïni

tous les autres ouvra-

ges philosophiques furent brûlés. Cet autodafé

eut lieu à l'imitation de celui

du
la

sultan Jakoub

de Fez qui, déjà cent ans avant
,

chute de l'Or-

dre

,

avait brûlé tous les livres théologiques (3).
sur l'Egypte, par
<§«
,

(1)

Mémoires géographiques
,

et historiques

Quatremère

t.

h,

p.

5ot>.

(2) Macrisi, (3)

Ihn-Khalecloun
,

Ihn-Forat, Aboulfaradsch.

Takwimet-Tewarikh

ad ann. 588.


Cependant
celle

281

cette perte n'est pas aussi déplorable

que que le fanatisme nous a fait éprouver par l'incendie des bibliothèques d'Alexandrie et
d'Alamout, où
les

flammes consumèrent

les tré-

sors de la philosophie grecque et égyptienne,

persane et indienne.

*"••

283

i

LIVRE

VII.

Conquête de Bagdad; chute

et fin de l'Ordre des Assassins.

La puissance
Alamout
était

des Assassins n'existait plus
;

;

tombé

les

châteaux forts du Roud-

bâr et du Kouhistàn

,

appuis formidables de l'Or-

dre, avaient été conquis.
rie avait seul refusé

Le Grand-prieur de Sy-

d'obtempérer aux ordres du

Grand-maître et de rendre ses forteresses. Les

Mongols ne
soumission
;

l'avaient pas encore forcé de faire sa

un

objet plus important

que

la

des-

truction de quelques châteaux forts de la Syrie
qui, après la chute

d Alamout

et l'extirpation des
la

Ismaïlites en Perse,
vie à l'Ordre
il
,

ne pouvaient plus rendre
alorr. l'esprit

occupait

d'Houlakou;
renverser le

songeait à conquérir

Bagdad

et a

trône du haut duquel les khalifes arabes régnaient

au

nom du

prophète depuis près de j5o ans.
se lie

Ce grand événement

intimement à

la


Deux ans

284


,

destruction complète de l'Ordre des Assassins.

après la chute d'Alamout
la

par consé-

quent avant

conquête du château de Kirdkouh,
la reine

dernier refuge des Ismaïlites, Bagdad,
des villes sur
le

Tigre

,

tomba

au

pouvoir

des Mongols. Le renversement du khalifat n'entrait point, à

proprement parler, dans

les projets

du khan. Les ordres
prescrit de ne

qu'il avait transmis à son
;

frère lloulakou en sont une preuve

il

lui avait

demander au

khalife

que

sa sou-

mission et des troupes auxiliaires; mais Naszireddin, ce yisir aussi célèbre par sa science que

par sa trahison

,

qui

,

après avoir livré au vainet le

queur

la

personne du Grand-maître
,

point

central de leur puissance

n'avait point encore

assouvi ce désir de vengeance qui le tourmentait,

fatigua sans relâche son

nouveau maître

,

et

ne cessa de l'exciter à consommer

la ruine

totale

du

khalifat.
lié à l'histoire

Cet événement, étroitement
Assassins, est d'une
si

des

haute importance dans les
,

annales de l'Orient et dans celles du moyen-âge
il

offre tant d'attraits
,

par

la

nouveauté

et

par

la

singularité

suivre le

du sujet que nous croyons devoir khan dans son expédition d'Alamout à

Bagdad.

Le
les

siège et la conquête de Constantinople par
est peut-être
,

Turcs

dans toute l'histoire

,

le

seul

événement

assez

mémorable pour

figurer à


côté
les

285


Bagdad par
déjà depuis
,

du

siège et de la conquête de

Mongols. La chute du khalifat
,

long-temps préparée
la

ne peut

se

comparer qu à

décadence progressive de l'empire byzantin.
avec étonnement et
et horreur,

L'historien s'arrête tantôt

admiration
devant un

,

tantôt avec

compassion
de
villes

nombre

infini

conquises

;

mais quelles émotions n'éprouve-t-il pas lorsqu'il voit,

comme

à Constantinople et à

Bagdad

s'ensevelir sous des ruines
s'étendait sur tout

une domination qui
î

un monde

Ce haut
lèbres,

intérêt

manque aux

sièges les plus céle

dopiniàlreté dans l'histoire ancienne et moderne. En général ce qui recommande à
aux conquêtes disputées avec
,

plus

,

notre
c'est

attention
le

la

plupart

de

ces

sièges,

ou
,

nom

des grands capitaines qui les ont

dirigés

ou

les talens militaires

qui y furent dé-

ployés

,

ou encore le courage inébranlable des

assiégés.

Tyr

et

Sagonte

se

sont illustrées par

leur résistance aux forces d'Alexandre et de
nibal, Syracuse par les

Hanavec

noms de Marccllus et d'Arfois

chimèdc. Rhodes, en repoussant deux
gloire les efforts de Dénié îrius
,

ce

fameux pre,

neur de

villes, et

plus tard ceux des Turcs

s'est

acquis une

renommée

impérissable dont \
la

illiers

de l'Isle-Adam réclame
et

première part. Candie
la

Saragosse se sont immortalisées par

bra-

combattu pour leur

286
;

mais
si

vourc de leurs babitans

ces villes ont

liberté, elles n'ont point

en-

traîné clans leur cbûte

une ancienne dynastie qui

régnait sur

la

moitié

du

continent. Plusieurs

milliers d'années ont passé sur l'histoire de la

conquête des

villes célèbres qui,
,

comme Baby-

lone et Persépolis
rois d'Assyrie et

servaient de résidence aux
et

de Perse,

ont couvert d'un voile

impénétrable cette partie des annales de l'antiquité.

Encore

la

destruction de toutes ces villes ne

saurait-elle figurer à côté de celle

de Jérusa-

lem

,

centre de la domination judaïque, attaqué
et anéanti

par Khosroès

par Titus , qui trouva

dans Tacite un historien digne de raconter ses
exploits, et de retracer cette terrible catastrophe.

Mais

si

Gibbon

avait
,

pu puiser comme nous aux
conquête de Bagdad vien,

sources orientales
drait se placer
,

la

dans son immortel ouvrage
il

à

côté de celle de Constantinople, et

ne se

serait

point contenté d'effleurer un pareil sujet. Si nous

ne pouvons atteindre l'énergie de ses expressions,

nous essaierons du moins de trouver une compensation dans la richesse des
faits.

Après

la

chute d'Alamout et des autres forts
,

des Assassins , excepté celui de Kirdkouh

Hou-

lakou leva son camp,

assis alors sous les

murs de

Kaswin ,

et se rendit à

Hamadan

,

où arriva en
il

toute hâte son général

Tandschou-Newian , qu

=- 287
avait


,

envoyé

à

Aserbeidschân

pour déposer au

pied du trône de Mangou les trophées de ses victoires.

Le Mongol lui
de

confia la conquête de

Roura

et

celle

la Syrie, et le

chargea en outre de sou-

mettre à ses armes toute l'Asie, et l'Afrique jus-

qu'aux régions

les plus occidentales.
le

Lui-même se
la

mit en marche pour Bagdad dans

mois de rebi-elroute

ewel de l'an 655 de l'hégire, en prenant
de Tebris; de
khalife
» tre »
»
h

il
,

envoya un de
et lui
le
fit

ses officiers
:

au

Mostaszem

dire

«
,

Lors de no-

expédition dans

Roudhàr
les

nous vous

avons envoyé une ambassade pour vous de-

mander

des secours

;

vous

avez promis

,

mais nous n'avons pas vu un seul homme. Aujourd hui nous voulons que vous changiez de
conduite et que vous ne songiez à aucune résistance
,

»
»

» »

car elle ne servirait qu'à vous faire
et vos trésors.
,

perdre votre empire
l'officier

»

Après

que
le

eut rempli sa mission
à son retour,
,

Mostaszem

lit

accompagner,

de

l'illustre sa-

vant Scherefeddin-Ibn-Dschousi
orateur de son siècle, et de

le plus

grand

Bereddin-Mohammed
irrita le

de Nadschnvan

.

Dschousi
et

khan par

la

hauteur de ses discours,
din, de concert avec

de son côté Naszired-

Ibn-Alkami visir de Mostazcette

zem

,

ne

cessa d'entretenir

colère,

et

d'exciter le

Mongol

à conquérir

Bagdad. Moyed-

eddin -

Mohammed - Ben-Mohammed- Ben - Ah-


clolmclek—Alkaini
,

288
,


gouvernait
et

qui

comme visir,

avec un pouvoir absolu l'empire des khalifes,

dont l'abominable perfidie accéléra

la

chute de

Mostaszem,
le

est

exécré dans tout l'Orient
traître.

comme
pas

type

d'un

Son
les

nom
Grecs.

n'est

moins en horreur chez
lui

Orientaux que ceOrateur
,

d Antalkidas

chez

les

poète et profondément versé dans

la littérature

arabe

,

il

trahit son maître avec autant de scéléle

ratesse

que

grand mathématicien JNaszired-

din(i).

Naszireddin avait à se plaindre personnelle-

ment dlbn-Alkami
le

;

c'était lui

qui avait engagé
le

khalife

a jeter
le

dans

les

eaux du Tigre
avait dédié.
était
Il

poème que
à
croire

premier

lui

est

que Naszireddin
encore

plutôt

grand
il

astronome que grand poète; cependant
plus

est

probable

que ce

fut

l'ambition

alarmée dlbn-Alkami qui fut
grâce.

la cause

de sa dis-

Le

visir

n'aurait
le

certainement pas

vu

d'un œil d'envie

poète Naszireddin en faveur

auprès du khalife, et n'aurait pas eru devoir prévenir contre l'auteur d'un mauvais ouvrage le gou-

verneur du Khorassân, Naszireddin-Mohteschem,
près duquel l'astronome se trouvait alors, et l'ac-

cuser de vouloir, par ses intrigues,
l'esprit

s

emparer de

du

khalife.

Mohteschem, docile aux aver-

(i)

Mirkhond.

— YVassaf. — Goulscheni-Khoulefa.


qui venait de lui dédier

289


intitulé
:

tissemens d'Alkami, jeta en prison son protégé,
le

grand ouvrage

Àkhleiki Nasziri. iSaszireddin parvint à s'échap-

per

et à se réfugier

dans Alamout

:

dès-lors

il

ne songea plus qu'à

se

venger du khalife etdlbnse plaindre à

Aikami. Ce dernier eut bientôt h

son tour de Mostaszem. Suivant quelques historiens
favoris
,

le

khalife avait
visir
;

mécontenté plusieurs
il

du

suivant d'autres,

avait pris

des 'mesures sévères contre la secte des Schiites,

dont

était

membre Alkami
des

,

mesures qui inspi-

rèrent a celui-ci

craintes
il

pour
eut,
;

sa

sûreté

personnelle. Pour se venger,

comme Nasobséda sans
à

zireddin

,

recours à la trahison
,

il

relâche

Houlakou

et

l'invita

chaque jour
visir

venir faire la

conquête de Bagdad. Le

du

prince mongol et celui du khalife avaient con-

fondu leur haine
le

et s'étaient
la

mutuellement unis,

premier, pour hâter

chute de l'Ordre des
le khalifat

Assassins

,(p second, pour renverser

abasside (i).

Avant de retracer ce grand événement , il nous paraît nécessaire de dire quelques mots de la
fondation 'de cette ville célèbre des khalifes et

de son ancienne splendeur.

Bagdad

,

la ville

,

la vallée

ou

la

maison du sa-

(i) Traités historiques d'Aali, à ta
Ii«

bibliothèque de Vienne

,

125.
l

9


lut, le

290
y


elle siège
la

séjour des saints

du

khaiifat,

appelée aussi à cause
ses portes
,

de

position oblique de

la ville oblique (1), fut

fondée sur les
,

Lords du Tigre, l'an 148 de l'hégire

par Aboud-

schafer-Almanszour, le second khalife de la famille d'Abbas. Aujourd'hui
rive
,

elle

couvre

,

sur la

gauche du fleuve

,

une longueur de deux

milles, et présente la forme d'un arc tendu, dont
la circonférence est

de douze mille quatre cents

aunes;

elle est

entourée d'un épais

mur

de briet

ques

avec

quatre portes

principales

cent

soixante-trois tours.
les pians

Lorsque Manszour eut adopté
,

de cette construction
la tête

il

demanda

à ses

astronomes a

desquels était son visir
,

NewIls

bakht (nouvelle fortune)

de choisir une heure

favorable pour en poser la première pierre.

prirent le

moment ou
;

le soleil entrait

dans

le

signe

du
la

Sagittaire

c'était

un pronostic qui

assurait à

nouvelle ville une industrie florissante, une riet

che population

une longue exigence. Newtemps au kbalife que
ni lui

bakht prédit en
ni

même

aucun de

ses successeurs

ne mourraient dans
l'astrolo-

l'intérieur de ses

murs. La confiance de

gue dans la

vérité de sa prédiction est

moins sur-

prenante encore que son accomplissement. Elle

(1)

Darres-selam
salut
;

,

la

maison du salut;
,

W adies-selam

,

la

val-

lée

du

Medinetes-selam
.•

la ville
,

du salut; Budschol-

cvlia, le boulevard des saints

Sevra

V oblique.


se réalisa à
1

291


le
,

égard de trente-sept khalifes dont

dernier

même, Mostaszem
,

qui vit la chute de
ses

Bagdad

mourut

,

non dans

murs 3 mais

à

Samara. Gette

ville avait été

construite sur les

hords du Tigre, par Mostaszem, huitième khalife

de

la famille
le

d'Abbas,

surnommé

le

huitième,

parce que

nomhre
;

huit se trouvait dans son

théine de nativité
sa garde

elle devait servir
(i). la suite le

de caserne

à

de mamcloucks

Bagdad, qui reçut dans
son, de vallée
,

nom de maiqu au-

ou de

ville
,

du

salut, parce

cun
tard

khalife n'y était
le

mort

fut aussi appelée plus
,

boulevard des saints
saints de
1

a

cause du grand

nomhre de
dont
les

islamisme qui étaient enhors de leur enceinte,
et

terrés dans ses

murs
les

et

tomheaux
pour

étaient autant de lieux de pè-

lerinage

moslimins. Là

,

étaient

les

mausolées d

illustres

imams
;

et

de scheikhs cé-

lèbres par leur piété

là aussi, reposait

l'imam

Moussa-Kassim
daient

,

le

septième des douze imams,

qui, descendus en ligne directe d'Ali, préten,

en vertu des liens de parenté qui
,

les

unissaient au prophète
le
li
,

avoir le droit d'occuper

trône

du

khalifat

; les

imams Hancfi

et

Iîanba-

fondateurs des deux grandes sectes orthodo;

xes de la Sunna
bli et

les

scheikhs Dschouueid

,

Schosecte

Àhdolkadir-Ghiîani (2), chefs de
,

la

(1)

Uscliihannouma

p. 4.5g. p.
/,

(a)

Dschilunnouma

,

79 , 480.

- 292

mystique des

Soîis.

An

milieu des tombeaux des

imams

et

des sclieiklis s'élèvent les mausolées

des khalifes et ceux de leurs épouses. Parmi eux,
celui de Sobéïde,

femme d'IIaroun-Raschid
aux conquêtes
et

se

distingue aujourd'hui encore par la solidité de sa

construction;
dévastations
si

il

a survécu

aux

souvent répétées des Mongols, des
Turcs. Les académies
,

Persans
et les

et des

les collèges

écoles

d'architecture des Sarrazins sonl

dignes de figurer à coté de ces
morts.

monuments
célèbres

des

Deux de
et celle

ces académies surtout, celle de

Nisamie

de Mostanszarie

,

,

dans
le

l'histoire

de

la littérature

arabe, ont éternisé
,

nom

de leurs fondateurs. Celle de Nisamie

fut

construite dans la première moitié

du cinquième siècle de I hégire par Nisamolmoulk ce fameux grand-visir du sultan scldjoukide Melckschâh';
,

la

seconde, deux siècles plus tard
,

,

par

le khalife

Almostanszar-Billah
différentes

qui y créa quatre chaires

pour

les

quatre sectes orthodoxes des

Sunnites.

Des nombreux dad
,

et

magnifiques palais de Bag-

nous mentionnerons seulement celui du
,

khalife Moktaderbillah

connu sous
maison de
l

le

nom
Il

de

Darcschschedschret

,

la

arbre, situé

au milieu d'une vaste enceinte de jardins.
avait dans le vestibule, à côté de

y deux grands

bassins,

deux arbres en or

et

en argent, auxquels

se rattachaient dix-huit

branches principales, de


chacune desquelles

293


une
infinité

sortait

de petits
fruits

rameaux. Sur l'un de ces arbres, étaient des
artificiels

et des

oiseaux dont on avait varié le
pierres précieu-

plumage par une combinaison de
ses

de toutes couleurs,
faisaient

et qui,

par un ingénieux

mécanisme,
arbre

entendre avec le

mouvement
et

des branches des chants mélodieux. Sur l'autre
,

on voyait quinze cavaliers revêtus d'or
le sabre à la

un signal donné, se mettaient tous en mouvement. Ce fut dans ce palais que le khalife Moktader donna
chargés de perles,

main qui,

à

audience à l'ambassade de l'empereur grec, Théophile, étonné

du nombre de
(i);

ses soldats et

de

la

splendeur de sa cour

cent soixante mille

homdu

mes
d'or;

étaient échelonnés devant la résidence

khalife.

Les pages du palais avaient des ceintures
mille eunuques, dont trois mille

et sept

blancs et quatre mille noirs, gardaient les en-

du palais. Sept cents chambellans étaient aux pieds du trône; ou voyait sur le Tigre une foule de
trées

barques

et

de gondoles dorées, surmontées de pa-

villons et de

flammes de

soie; les

murs du palais
douze

étaient ornés de trente-huit mille tapis, dont

mille cinq cents entièrement tissus d'or; vingt-

deux mille morceaux de riches
(i)

étoffes

couvraient

Après J.-C, 918; de

l'hégire, 3o6.
;

— Gibbon, vol.
,

v,

p.

420, ebap.

lu
,

,

est trop
,

incomplet
;

nous avons pris pour guide
p.

Aboulféda

v. 11

p.

332

Dschibannouma

4%

et

478 Goul;

scheni-Khoulefa et Lari.

les

î?4

-

planchers. Enfin cent lions attachés à des chaîet

nes d'or

conduits par leurs guides unissaient

leurs rugissemens

au bruit des
et

fifres et

des tam-

bours, aux sons aigus
( :

éelatans des trompettes
(i).

aux coups de tonnerre du tam-tam

L'entrée de la salle d audience était cachée par

un rideau de
entrer,

soie noire, et

personne ne pouvait
la

comme les pèlerins à

Mecque, sans avoir
noire qui formait
salle, derrière ce

préalablement baisé
le seuil (2).

la pierre

Dans une vaste
trône

rideau

,

était le

haut de sept aunes, sur

lequel le khalife donnait audience aux

ambasil

sadeurs étrangers. Dans ces jours solennels
revêtait

se

du manteau noir du prophète (Borda), ceignait son épée et tenait dans sa main son bâton
et

au lieu de sceptre. Les ambassadeurs,
princes qui recevaient
1

même les

investiture

,

baisaient la

terre devant le trône. Ils s'approchaient ensuite

accompagnés du

visir et

d'un interprète, puis

étaient congédiés après avoir reçu en présent

un

habit magnifique (khalaa). Lorsque Togrul-Beg,

fondateur de la dynastie des Seldjoukides, reçut
l'investiture

du

khalife Kaïmbiemrillah,
;

il

fut

ainsi revêtu de sent kaftans d'honneur

on lui don-

na aussi sept esclaves pris dans

les

sept royau-

(1)

Le Danidama persan

,

le

thantana arabe et le tinnitus la-

tin sont les
(a]

onomatopées de cette musique.

Mhkhond.

— Wassaf. — Goulscbeni-Khoulefa.


mes qui formaient
tre

295


;

le khalifat

on

lui

remit en ou-

deux turbans, deux sabres > deux étendards;
de l'ouest

ce qui signifiait qu'il était investi de la souveraineté dans les pays de
1

est et
les

(i).

La

cour de Byzance a copié
khalifes
,

usages de celle des

et l'on

en retrouve encore quelques-uns

dans
et

le

cérémonial des grands empires d'Orient

d'Occident. Théophile, qui rivalisait de
,

ma-

gnificence avec le khalife

fit

construire à Consla

tantinople

un
et

palais sur le

modèle de

maison

de l'arbre

,

imita jusqu'à l'arbre en or (2) sur

lequel chantaient des oiseaux. Les ambassadeurs

des puissances européennes ne furent pas moins

étonnés que

les

Grecs ne l'avaient été à Bagdad.
la

Le cérémonial de
duit à Bysance

cour du khalife qui fut introà la

existe aujourd'hui encore
tel

cour de Constantinople
l'a

que Luitprand nous
il

dépeint. Lorsque le khalife sortait à cheval,

était salué

sur son passage par les acclamations du

peuple

et

par de longues bénédictions

(5).

Les

empereurs grecs étaient de
les cris

même

accueillis par
vie
!

de

:

Bien des années de

aujourotto-

d'hui encore sur le passage des

sultans

mans, on entend ces paroles

:

Quils vivent long-

temps! (Tehok-Yascha). Les deux turbans por-

(1)

Deguignes,

v. 11

,

p. 197.

(2,
(5)

Continuator Theophanis.

— Aboalféda ad ann. 449— Gibbon chap. lui.
,
,

MirUhond.

— Wassaf. — Goulscheni-Kboulefa.

296


mosLe
les

rés devant lui lorsqu'il se rend à cheval à la

quée, sont des emblèmes qui signifient que sa do-

mination

s

étend

sur l'Europe

et

l'Asie.

manteau
dans

et le

sabre

du prophète sont conservés

le trésor

du

sérail.

De nos jours encore,

princes du Liban et les émirs du Désert portent
la borda, c'est-à-dire, le

manteau noir des prinles livrées des

ces

arabes, qui plus tard fut tissu d'or. Cette

couleur passa ensuite dans

empe-

reurs romains d'Allemagne.

A

l'époque qui nous occupe,' les forces mi-

litaires

de l'empire chancelant des khalifes n'é-

taient plus en rapport avec la splendeur et le luxe

des temps glorieux de Moktader. Quoique l'armée
fût eacore

composée de 60^000 cavaliers

,

com-

mandés par un général en chef, appelé Souleimânschah ce nombre était trop faible pour
,

neutraliser les trahisons

d Îbn-Alkami.

Celui-ci,

pour
tre,

affaiblir

encore
le

la

puissance de son maî-

proposa dans

divan de diminuer l'armée
la

et d'en congédier

une partie, malgré

vigou:

reuse opposition des quatre autres visirs

Le

commandant en chef de l'armée ,
neur de l encrier j
le

le

grand Te-

petit Teneur de l encrier,

noms
life, et

des deux secrétaires d'état, et le premier
le

échanson. Alkami sut tellement endormir
dissimuler le danger dont
,

kha-

le

menaçaient les
ses habi-

Mongols

qu'il

ne quitta pas un instant

tudes voluptueuses. Tandis qu'IIoulakou était oc-


cupé de
la

297

conquête du Kouhistân et de l'exteril

mination des Assassins,
lettre

reçut d'Ibn-Alkami une

dans laquelle ce

visir lui promettait

de lui

livrer les forteresses et les trésors de la ville des
khalifes.

Cette trahison rendait sans doute la
facile;

conquête plus

mais

le

khan n'ajouta auvisir.
Il

cune confiance aux paroles du

n'avait

pas encore oublié F infructueuse tentative qu'il
avait faite contre

Bagdad. Tschourmaghoun
,

,

gé-

ralissime de Dschcngiskhan

avait été déjà

en-

voyé deux

fois

contre Bagdad, sous le règne du
,

khalife Naszirledinillah

avec une

armée de

124*000 hommes, et, après deux attaques inutiles,

avait

perdu

la plus

grande partie de ses

troupes. Houlakou prit alors conseil de son visir

Naszireddin

,

auquel

il

ordonna de consulter
cet

les

astres. Il était naturel

que

astronome y

lût la

chiite

du

khalifat qu'il méditait déjà depuis long-

temps. L'animosité d'Ibn-Alkami ravivait inces-

samment

les

haines de Naszireddin

,

et la trahi-

son se combinait avec la vengeance pour amener
la perte

de Mostaszem.

Houlakou, aussitôt après son arrivée à Rama-

dan,

avait adressé

au khalife l'ambassade dont
lui

nous avons parlé plus haut, pour

demander

d'envoyer à sa rencontre un des deux secrétaires
d'état
y

le

premier échanson ouïe généralissime


Mostaszem
le Jeu
fit

298


célèbre

de l'armée, qu'il savait être hostiles h ses projets.
partir
le

orateur

Ibn

Aldscliousi, qui versa l'huile de son éloquence sur

de sa colère

,

et revint sans avoir

pu ac-

complir

sa mission.

Houlakou, furieux, ordonna
,

au général de ses armées

l'émir Sograndschàn,

de marcher avec quelques troupes contre Erdebil,

de leur

faire passer le

Tigre

et

de les réunir

,

à

l'ouest de

Bagdad,

à celles

de l'émir Boyandschi,
partirait de

pendant que lui-même
vant-garde mongole,

Ramadan.
l'a-

Lorsqu'on annonça au khalife l'approche de
il

envoya à sa rencontre,

avec mille cavaliers armés de lances, un de ses
plus anciens et de ses plus expérimentés généraux, Fetheddin
d'état
,

auquel
,

il

adjoignit le secrétaire

Moudscheheddin
la

un de
ils

ses

jeunes

fa-

voris.

Dans

première rencontre,
;

eurent l'avan-

tage sur les Mongols

toutefois la vieille expé-

rience militaire de Fetheddin voulait temporiser;

mais

comme Moudscheheddin
lâche et de traître,
il

,

dans sa présomp-

tueuse ardeur, ne cessait de lui prodiguer les

noms de

donna
le

enfin l'ordre

de poursuivre l'ennemi sur

bras occidental
le petit

du Tigre
il fit

,

nommé

Dodschaïl ou

Tigre.

Fetheddin monta un cheval de peu de prix auquel
lier,

par des chaînes de
il

fer, les

pieds de de-

vant et de derrière, puis
donnerait point le

déclara qu'il n'abanbataille; qu'il

champ de

vou-


lait
,

299

y vaincre ou y mourir. La nuit et la fatigue mirent fin au combat et bientôt elles succomsement ne leur rendait que trop nécessaire. Mais
pendant que
velies
les

bèrent toutes deux a un sommeil que leur épui-

troupes du khalife étaient ense-

dans

le

repos, les Mongols percèrent quelet les

ques digues,

eaux du Tigre, en
>

se

dé-

bordant avec impétuosité

inondèrent

le

camp

ennemi. Les soldats du khalife étaient tellement
las et affaiblis,

que

les

ténèbres qui couvrirent

alors les

eaux leur paraissaient plus épaisses en-

core quelles n'étaient en réalité. Ces paroles

du

Koran

:

ténèbres sur ténèbres et partout ténèbres,
s

ne purent jamais mieux

appliquer qu'à cette

nuit malheureuse, où les troupes de Mostaszem

périrent sous les ondes
raon.

comme

celles

de Pha-

Fetheddin

,

ce valeureux

vieillard

dont

l'expérience
fut

avait
,

voulu détourner le danger,

submergé

tandis que le jeune et téméraire
,

Moudscheheddin
ou
trois

dont
,

la

présomption

avait

causé ce désastre

s'échappa et vint avec deux
la nouvelle.
si

compagnons en apporter
si

L'amour du khalife pour son
gle,
il

favori était
la

aveu-

avait

peu de souci de

perte de son

armée, qu'en apprenant que, de
raux
fois
,

ses
,

deux génés'écria trois
,

Fetheddin seul avait péri
le ciel
. :

il

en remerciant

Dieu

soit loué les

il

a
se

sauvé Moudscheheddin Lorsque

ennemis
,

furent avancés jusqu'à Dschebel-hamr

la

mon-


iagne rouge }
à trois

300

journées de marche de Bag-

dad,

il

se contenta

de répondre h ceux qui l'ins:

truisirent de leur
sible qu'ils

comment est-il posaient franchi cette montagne ? Toutes
approche
qu'on lui
,

les représentations
effet
;

fit

restèrent

sans

car,

pendant ce temps

le

corps d'armée
route de Jaorientale

principal des Mongols couvrait la

kouba
fermer

et

était

campé sur

la rive

du

Tigre. Alors seulement, le khalife ordonna de
les portes

de Bagdad , de garnir

les

rem-

parts de troupes et de se préparer à la résistance;
les

deux Teneurs de
fois l'élite

l'encrier conduisirent encore
la

une

de l'armée contre l'ennemi;

bataille
le

dura deux jours avec des succès inégaux;

sang coula par torrens. Le troisième jour, Houl'at-

lagou défendit aux Mongols de renouveler

taque, parce qu'il voulait désormais se contenter

de bloquer étroitement

la

ville.

Sur toutes

les

éminences extérieures

,

sur les tours et les palais
,

qui dominaient Bagdad
fer et des

on plaça des tuyaux de

machines de guerre. Les unes lancèrent
naphte qui consuma tous

des rochers qui brisèrent les murailles, les autres
ces.
,

de

la

les

édifi-

A
les

cette

époque

,

les trois chefs

des schérifs ou
,

descendans d'Ali, qui demeuraient à Hellé

sur

bords de l'Euphrate, non loin des ruines de
,

Babylone envoyèrent

offrir à

Houlakou leur sou-

mission, et lui firent remettre

un

écrit qui

con-


tenait des plaintes
les

301


les injustices

amères sur

dont

khalifes les avaient rendus
ils

victimes.

Dans

cette lettre,

lui

annonçaient que, selon une préavaiî;

diction

que leur

conserve leur glorieux
le

aïeul, le lion de

Dieu,

sage de

la foi, le

gen-

dre du prophète et

le fils

cCEhithaleb , Ali, le
la

temps de

la

conquête

et

de

chute de Bagdad
satisfait

était arrivé.

Houlakou, également

de
et

la

soumission de ces descendans du prophète
leur prédiction
,

de
or-

leur répondit avec bonté et
,

donna

à son .général

lémir Alaeddin, de prendre

possession

du pays

delîellé, et d'en protéger les

habitans contre toute violence.

Le

siège de

Bagdad durait

déjà depuis quarante
les

jours, lorsque

Mostaszem convoqua tous

grands de l'empire, en assemblée générale. Ibn-

Alkami y parla beaucoup des armées innombrables des Mongols et de l'impossibilité de prolonger
encore long-temps
la résistance. Il conseilla

au

khalife de traiter avec Houlakou, qui, disait-il, en

voulait bien plus à ses trésors qu'à sa puissance;

de donner sa

fille

en mariage au

fllsdu

Mongol,

et

de demander
fils,

la fille

du Mongol pour son propre

afin

que

cette

union réciproque lut un gage

d'amitié et de paix entre les deux souverains.il fut

même
union
,

d'avis que,

pour arrêter

les bases

de cette

le khalife se

rendît en personne au

camp

d'IIoulakou; une pareille démarche aurait, disait-il,

pour résultat, d'épargner

le

sang de plu-

30-2


dominatrouvesi

sieurs milliers de ses sujets, de sauver la ville

d'une destruction tolale
tion
rait

et d'affermir la

du

khalife qui, à n'en pas douter,
1

un puissant appui dans

alliance d'un

re-

doutable conquérant.

La frayeur et la pusillanimité de Mostaszero donnèrent un bien grand poids aux conseils perfides de son visir. il lenvoya d'abord dans le camp ennemi, pour y traiter de la paix aux mêmes conditions que le vainqueur avait déjà offertes à llamadan; mais Ibn-Alkami rapporta une réponse que,
suivant toute apparence,
«
il

avait dictée

lui-même

:

Ce qui

était

admissible à ïïamadan ne
»

l'était

» plus

aux portes de Bagdad.

Le prince monlui

gol s'était alors contenté de

mander près de
il

un

seul des grands dignitaires de l'empire; mais

lorsqu'il fut devant

Bagdad,

exigea qu'ils vins-

sent lui offrir leur soumission tous les quatre, le

général en chef de l'armée, Souleïman

,

les

deux

Teneurs de l'encrier et le premier échanson.

Le
avec

siège

continua encore pendant six jours

un grand acharnement. Le septième, Houfit

lakou

écrire plusieurs lettres, qui furent attaville à six

chées a des flèches et jetées dans la
droits différons.
Il

en-

permettait aux kadis et aux
et

séides

,

aux scheikhs

aux imams qui ne porse

taient pas les

armes de

retirer

en empor-

tant leurs biens.
tat,

Un

des deux secrétaires d'é,

qui désespérait du salut de Bagdad

et plus


encore du sien propre

303
,


le

s'embarqua sur

Tigre

pour

se

dérober par la fuite aux malheurs qu'il
;

redoutait

mais

,

en voulant passer près de Ka-

rietol-Akab,ii fut arrêté par

une division de trou-

pes mongoles qui interceptait toute communication entre Mcda'ïn etBaszra. Trois de ses vaisseaux

furent incendiés avec de la naphte, et

lui-même
Lorsque

fut contraint de rentrer dans la ville.
le khalife

apprit qu'elle était aussi étroitement

cernée

,

il

perdit tout espoir

,

et

envoya dans

le

camp
et

d'IIoulakou le fakhreddin
,

Damaghani
la

et

Ibn-Der\visch

chargés de lui offrir des présens
paix
;

de traiter avec lui des conditions de

mais ceux-ci n'ayant pu rien obtenir,
le

il

envoya

deuxième jour son
première,

fds

Aboulfasl-Abdorrah-

man. Cette seconde
utile que la

tentative ayant été aussi inil fit,

le

jour suivant, partir

son frère Aboulfasl-Aboubekr avec les grands dignitaires et les plus nobles personnages

du royau-

me. Toutes ces ambassades furent également infructueuses, et le visir, qui se rendit ensuite au

camp du Mongol avec Ibn-Aldschousi,
annoncer que
la libre sortie la

revint

première condition exigée pour
livrât Soulei-

manschâh

et

du khalife était qu'il les deux Teneurs de 1
et

encrier.

Souleimanschâh
lèrent trouver

Houlakou

un des secrétaires d'état almunis d'un sauf-con,

duit qu'on leur avait préalablement délivré; mais
le

conquérant

les

renvoya avec l'ordre de rame-


alors

304


et toute leur suite
il
:

ner avec eux leurs familles

seulement, disait-il,

pourrait les faire

partir, soit

pour

la

Syrie, soit pour l'Egypte.
le

Ceux-ci arrivèrent clone bientôt dans
avec un nombreux cortège de troupes
sirent cette
,

camp

qui sai-

occasion pour quitter la

ville.

On

leur assignait déjà les différentes places qu'ils

devaient occuper, lorsqu'un des premiers émirs

d ïloulakou reçut dans l'œil une flèche qui lui

un Indien. Cet accident servit de prétexte aux sanguinaires fureurs du Monfut

lancée par

gol;

il

ordonna que
,

l'on

fît

périr surle-cliamp le

secrétaire d'état

et

ceux qui raccompagnaient.
et a ses officiers,
il

Quant
lit

a

Souleimanschah
et
:

les

charger de chaînes
il

amener en

sa présence.
se fait-il

Alors
»
loi,

dit

au général
si

«

Comment
ta

que

qui es

savant dans la science de l'astrolo-

»
»

gie, tu n'aies pas

prévu que

dernière heure

était arrivée ?» Comment se fait-il

que tu
,

n'aies

» »

pas conseillé à ton maître d'épargner

par sa
? »

soumission, ton sang et celui de tant d'autres
la

Souleimanschâh répondit que

mauvaise

étoile

du
Ils

khalife l'avait

rendu sourd à

ses

bons conseils.
,

échangèrent ainsi quelques paroles

puis le

général fut mis à mort avec ses aides-de-camp.

Quelques milliers d'hommes, qui
sauf-conduit
,

,

sur

la foi

d'un

s'étaient livrés

aux mains du con-

quérant, furent désarmés et traîtreusement assassinés.

Ou

les avait

préalablement séparés les uns


des autres
,

305

sous

le.

prétexte de les envoyer dans

différentes contrées.

Lorsqu'après un siège de cinquante jours

,

Mostaszem

vit qu'il

ne

lui restait plus

d'autre

moyen de

salut

que de
,

se remettre entre les

mains

de son vainqueur il se rendit au camp mongol avec son frère ses deux fds et une suite d'environ trois mille personnes, composée de kadis, de ce fut un dimanséides, de scheikhs et d'imams
,
:

che, le 4
gire.

du mois de

dschafer, l'an 65(3 de l'hé-

Le

khalife seulement et les trois princes,
fils
,

son frère et ses deux

avec trois personnages
,

de

la suite

,

un sur mille

furent admis a l'au-

dience, ïïoulakou, pour cacher la perfidie de ses

desseins, lui adressa les paroles les plus affec-

tueuses et lui
le khalife

fit

l'accueil le plus amical.

Il

pria
les

de

faire

annoncer dans

la ville

que

habitans armés eussent a déposer leurs armes et
à se rendre devant les portes, afin qu'on pût en
faire

un recensement
la ville

général.

Sur l'ordre de
les portes ses

Mostaszem,
on avait
suivant
,

envoya devant
,

défenseurs désarmés
fait

dont on s'assura

comme

de

la

personne du khalife. Le jour
soleil
,

au lever du

ïïoulakou donna
piller la ville et

l'ordre d'abattre les

murs, de

d'en massacrer les habitans. Alors, suivant l'expression des historiens persans
vit
»
,

en une heure on
,

un

sol nivelé à la place
les

de ces fossés

x<

pro-

fonds comme

méditations philosophiques les


»
))

300


mars
élevés

plus profondes,
le

et

ces

courage dune grande aine;

comme V armée mon-

»

gole, aussi nombreuse que les fourmis et les saute relies,

» » »
»

aplanit les fortifications aussi facile-

ment quelle aurait rasé une fourmillière , et se jeta sur la ville comme une nuée de sauterelies.
»

Les eaux du Tigre se teignirent de
,

sang. Tel fui le Nil
ilols

lorsque Moïse changea ses
il

en sang, ou du moins,
l'est

fut alors aussi
le fleuve

rouge

que

encore aujourd'hui

de l'Egyp-

te, lorsqu'un
et les

phénomène annuel

gonfle ses eaux

rougit par le contact d'une glaise et d un

sable entraîné par les pluies qui
taines époques sur les

tombent à cerl'Abyssinie.

montagnes de

Nous trouvons ainsi une explication relle du miracle de Moïse.
La
et

toute natu-

ville fut

mise à feu

et à

sang

;

les

minarets

les

dômes des mosquées

livrés

au flammes

ressemblaient de loin à des colonnes de feu, entourées de nuages de fumée; des coupoles des

mosquées
die

et des bains, l'or et le

coulaient par torrens et

plomb fondus communiquaient l'incenet

aux bosquels de cyprès
édifices.

de palmiers par-

semés autour de ces

Les créneaux dorés
,

des palais précipités sur cette terre de feu
blaient des astres tombés

sem-

du

ciel.

Dans

les

mau-

solées, les restes mortels des saints scheikhs et

des pieux imams, dans les académies, les ouvrages
les plus célèbres

de grands et

illusrtes écrivains,


disparurent sous de

30?


,

monceaux de cendres
le pillage

et les

eaux du Tigre engloutirent ceux qui avaient

échappé aux flammes. Après
grande quantité
de
vaisselle

,

une

si

d'or et d'argent

tomba entre

les

mains des ignorans soldats d'Houvendirent au poids
;

lakou, qu'ils

la

comme du
le

cuivre ou de létain
l'art

les richesses

que

luxe et

des Asiatiques avaient accumulées pendant

des siècles dans la ville des khalifes devinrent la
proie de ces barbares. Les étoffes d'or de Perse et

de Chine
tiens
,

,

les

chevaux arabes ,

les

mulets égypet

les

esclaves des deux sexes grecs

abys-

siniens, les

monnaies,

les lingots d'or et d'arp;ent,
,

les perles et les pierres précieuses

s'y trouvèrent

en

telle

profusion

,

que

le

simple soldat devint

plus riche que n'étaient les généraux de l'armée
et le

khan lui-même

;

et

cependant on n'avait

point encore touché aux trésors que renfermaient
les palais

de Mostaszem , car

le

khan

se les était

réservé. Après quatre jours de pillage, le

neuf du
IIou-

mois de safar

,

il

se rendit au palais de Mostaslà

zem, accompagné de son prisonnier;
lakou invoquant devant son hôte
,

car c'était le
les droits

nom
1

qu'il se plaisait a lui
,

donner

,

de

hospitalité

le pria

de lui livrer tout ce qui

était

en sa possession. Cette hypocrite déférence du

Mongol causa au

khalife

une

telle

épouvante qu'il
sa

se mit à trembler de tous ses

membres. Dans

frayeur, soit qu'il n'eût pas sur lui la clé de son

308


il

trésor, soit qu'il ne la trouvât pas,

donna orvaleur

dre de forcer les serrures et de briser les verroux.

On en

rapporta deux mille habits

dune

inestimable, dix mille ducats et un grand

nombre
l'ac-

de pierres précieuses, que
daigner

le

khan distribua, sans
,

même
:

y
11

jeter les

yeux

h

ceux qui

compagnaieni.
et lui dit
ce

se tourna ensuite vers le khalife

«

Ces trésors appartiennent désormais à

mes

serviteurs, fais-moi livrer maintenant ceux

«

qui ont été cachés par ton ordre. Mostaszem
;

désigna un endroit sous le plancher
fouilles et

on y
si

fit

des

on y trouva

les

deux bassins
:

célèbres

dans l'histoire du khalifat

ils

étaient tous

deux

remplis de lingots d'or, dont chacun pesait cent
miskals.
avait

La sage économie de
à les remplir
,

Naszirledinillah
la prodigalité

commencé

;

de

Mostanzar

les avait épuisés

et l'avarice

de Mos-

taszem les avait remplis de nouveau. Nous citerons
ici

une anecdote qui
pour
:

se trouve

dans l'histoire des

derniers règnes des khalifes. Lorsque Mostanzar
visita
la
»

première

fois ses trésors, il

s

écria

en priant

Dieu,

mon

Seigneur! accorde-moi
le

» la faveur
»

de vider ces deux bassins dans
» le trésorier

cours de

mon règne;

de Mostaszem
:

se rappela ces paroles, et dit un jour à son maître
«

Lorsque ton aïeul mandait au
ciel la

visitait

ses trésors

,

il

de-

»
»
>*

grâce de vivre assez long-

temps pour pouvoir remplir ces deux bassins,
toi, tu

formes des

vœux

contraires. »

309


sa

Mostanzar employa cet or à d'utiles établisse-

mens qui immortalisèrent
appelée de son

mémoire,

et surtout

à la construction de la célèbre

académie qui fut

nom

Mostanzarie, ou encore

Om;

molmedaris
l'avare
à

,

c'est-à-dire mère des académies

Mostaszem, au contraire, mit toute

sa gloire

amasser dès monceaux d'or. De pareilles riches,

ses

utilement employées à solder des troupes
à payer des tributs, lui auraient

ou

même

donné

assez de force
les

pour sauver son trône
d lïoulakou
la

et éloigner

Mongols.

La

cruauté

réalisa

à

l'égard

de Mostaszem
et

fable
11 lit

grecque du roi Midas
mettre devant lui sur sa

de ses souhaits.

table des assiettes remplies d'or, et, sur l'ob-

servation que lui

fit

le khalife qu'il n'avait

encore
lui
fit

vu personne manger de

l'or

,

le

Mongol

dire par son interprète. » C'est précisément parce
»
»
))

qu'on ne saurait en manger que je t'en
servir
;

ai fait

tu aurais

mieux

fait

de

le distribuer le

à tes soldats

pour

te défendre,

ou de

donner

»

aux miens pour

satisfaire à

mes

désirs. »
:

Mosaprès

taszem se repentit trop tard de son avarice

une nuit passée sans sommeil, en proie
et

à la faim

aux remords

,

il

prononça pour prière ces paSeigneur,

roles
» es
»

du Koran
le
et la

:

»

mon Dieu

,

toi
,

qui

dépositaire

de toute puissance

tu la

donnes

reprends à qui tu veux, tu élèves
qui
il

» et tu abaisses

te plait

,

dans

ta nfain est


»

310


par dessus toutes

le

bonheur,

et tu es puissant

»

choses. »

Le khan

tint conseil le sort

avec ses mi-

nistres

pour délibérer sur
y

du

khalife:

il

fut résolu à l'unanimité

que
,

lui laisser

une

vie

désormais de peu de durée
l

serait

répandre pour
et

'avenir des

semences de guerre

de révolte
fin]

,

et

que

sa

mort pouvait seule mettre

à la

puissance

du

khalifat

;

son

arrêt

fut

donc

prononcé; mais
coupable en

le faisant
,

comme Houlakou crut se rendre mourir comme un malfaien versant par
,

teur vulgaire

et

le glaive le

sang

d'un successeur du prophète

on l'enveloppa
fit

dans un sac de
le

toile

,

puis on le

mourir sous
formes

bâton. Tel est le respect, religieux des Orienles

taux pour

personnes sacrées

,

que

les

consacrées par les usages de l'Orient s'observent

jusque dans l'exécution d'un souverain.
vénération a été de tout temps poussée à
gré,

Cette

un tel deon
les

que

les princes
,

ettomans, lorsqu'ils périssent
:

dans une révolte
fait

ne sont point étranglés

mourir ne leur écrasant

les parties sexuelles.

Le

sac et le pillage de Bagdad,

commencé quale feu

tre jours avant la

mort du

khalife, se prolongea

encore

quarante jours; alors
fit

ne trouva
les

plus d'aliment et la fatigue
des mains des vainqueurs.
rait la part

tomber

armes
fe-

Quand même on

des horreurs qui se commettent habi-

tuellement dans toutesies villes prises d'assaut,

quand mên>c on pardonnerait

l'oubli de toutes les


lois

311


pour
l'his-

de l'humanité

,

il

resterait encore

torien le devoir impérieux de stigmatiser par

une

réprobative

commémoration
Mongols
;

la

conquête de Bag-

dad par

les

il

n'élèvera pas la voix pour
la vio-

se plaindre

de l'incendie des mosquées, de

lation sacrilège des mausolées et

du

pillage de tant
la

de trésors;

il

pourra voir avec indifférence
et

perte

de tant de monceaux d'or
naicnt

d'argent qui sillola

Bagdad en laves brûlantes,
,

ruine du remla

part des remparts du salut
trône des khalifes
;

et

même

chute du

mais

il

regrettera à jamais la

destruction des bibliothèques et de tant de
riades de volumes

my,

consumés dans

les

flammes.
ac-

,

étaient les trésors de la littérature arabe
six cents ans
,

cumulés depuis près de
tre

et les

au-

teurs persans qui avaient

pu échapper au

désas-

de Medaïn. Le deuxième khalife avait,

comme
de

nous l'avons vu, ordonné à
brûler en
drie
,

ses lieutenans

Egypte

la

bibliothèque d'Alexanle

et

de jeter dans

Tigre celle de MeKhosroès. C'est

daïn,

résidence

du

roi persan

en vain que quelques historiens d'Europe ont

voulu laver
rature,

Omar
accusé

de ce crime

de
il

lèse-litté-

(beleidigter littérature)

n'en

reste

pas moins

d'avoir privé le

monde

sa-

vant des trésors accumulés

dans ces deux biPersans. Cinq
avaient

bliothèques par les Grecs et les
siècles

auparavant,

ces

bibliothèques

été

détruites

par les Arabes, dans l'espace de


deux
ans;

312


à
la

deux

ans suffirent

barbarie

des Mongols pour faire disparaître celles d'A-

lamout
il

et

de Bagdad.

A

ce double incendie,

faut encore ajouter dans le

même

siècle,

ceux

des immenses bibliothèques de Tripoli, de INis-

ebabour
tes

et

du

Caire.

La réunion des

sept planè-

dans un seul signe du zodiaque, phénomène
fait

qui a

prophétiser à quelques astronomes

un

déluge ou un incendie général, peut, ce semble,
s'appliquer avec raison a l'invasion des Mongols
et à

l'anéantissement des bibliothèques.

Ici

nous croyons devoir ajouter encore quella

ques mots sur
furent aussi

destinée

des deux

visirs

qui

célèbres

par leurs grands

talens

que par leur abominable trahison. Naszireddin,
qui avait préparé la chiite du khalifat et amené
celle
la

de

1

Ordre des Assassins, construisit
,

,

après

conquête de Bagdad
et

le

fameux observatoire

de Meragha,

publia ses Tables astronomiques.

Ces deux monumens, qui suffisent pour éterniser
la

mémoire d'IIoulakou, rendirent
le poète, n'eut,

le

nom

de

Naszireddin immortel dans l'histoire de l'astro-

nomie. Ibn-Alkami,

au lieu de

la

récompense
traîtres.

qu'il attendait,

que

le

châtiment des

Devenu l'objet du mépris des Mongols eux-mêmes, il mourut peu de temps après l'horrible
tir

massacre des habitans de Bagdad, de repende désespoir. Ceux qui avaient survécu
lettres

et

écrivirent en

majuscules au dessus

de


«

313


:

toutes les portes des karavansërails et des écoles

Que

la

malédiction de Dieu tombe sur celui qui
»

«

ne maudit point Ibn-Alkamil
traître,

Un de partisans
néga,

du

un

schiite, qui avait effacé la

tion sur

une de

ces inscriptions

fut

puni de

soixante-dix coups de bâton. Le

nom

d'Ibn-Al-

kami
lifat

est aussi

intimement

lié

à l'histoire de la

chiite de l'Ordre des Assassins et à celle

du kha-

que celui de Naszireddin.
a presque fait
l'histoire des Assassins;
et sa

La conquête de Bagdad nous
perdre de vue
portance du sujet

mais l'im-

coïncidence avec la fin de la
la chiite a

domination ismaïlite^, dont

préparé celle

du

khalifat

,

nous prescrivaient impérieusement

cette digression

Après
dans
le

la

démolition des forts de l'Ordre, tant
le

Boudbàr qua dans
Ismaïlites se

Kouhisiàn

,

ce qui

restait des

maintint encore penla

dant quatorze
rie, contre les
et

ans dans les montagnes de

Sy-

armées des Mongols, des Francs
,

du sultan égyptien Bibars

princes des

un des plus grands Mamelouks égyptiens venus de la
à le partager,

Tschercassie (i). Ce prince aimait trop le pouvoir

pour consentir
avec
le

du moins dans

son pays,

reste des Assassins chassés

des montagnes de la Perse. Sous son règne, des
navires francs et arabes
,

ayant à leur bord des

(i)

Après J.-C, n65

;

de l'hégire,

6t>4-


ambassadeurs
,

314


et
,

entrèrent dans les ports de l'E-

gypte. Des princes chrétiens

moslimins,

tels

que l'empereur d'Allemagne
pon
,

Alphonse d'Araet d'autres

le

pouverneur

de l'Yémen

ne cessèrent d envoyer de riches présens aux Ismaïlites de la Syrie. Bibars,

pour montrer com-

bien l'Ordre

lui inspirait

peu de crainte, leva sur

Ions ces présens l'impôt ordinaire, et adressa

aux prieurs de

cette province

une proclamation

pleine de reproches et de menaces.
effrayés et encore sous
qu'ils venaient d'essuyer
le

Ceux-ci,

poids des malheurs

en Perse, protestèrent
prièrent le sultan
la
,

de leur soumission
<(

,

et

même
dans

de ne point
lait

les oublier

paix qu'il

al-

» » » »

conclure avec les Francs
le

cl

de

les

comla

prendre dans

traité

,

pour marque de
Bibars

haute protection qu'il leur accordait, à eux,
ses esclaves. »

En

effet,
,

,

qui

,

dans

le

cours de cette année

signait la paix avec les
,

chevaliers Hospitaliers

stipula

comme une

des

premières conditions l'abolition du tribut payé
jusqu'alors par les Ismaïlites.

Ceux-ci, recon-

naissans, lui envoyèrent l'année suivante des

amils

bassadeurs chargés de lui

offrir

une somme d'ar:

gent considérable
»

,

et

de

lui dire

«

Que l'or qu

avaient payé jusqu'à ce jour aux Francs coule-

» rait

désormais dans son trésor, et servirait à

» solder les défenseurs
(i) Macrisi
,

de

la véritable foi (i). »

dans

le liv

edes

Sectes,

— Ibn-Forat.


Lorsque
trois

315


(i),

années plus tard

Bibars pé-

nétra en Syrie pour marcher contre les Francs,
les

commandai! s des

villes

vinrent à sa rencon-

tre lui prêter

serment de

fidélité.

Nedschmeddin

seul, alors Grand-maître des Assassins, au lieu

de suivre leur exemple, demanda impérieuse-

ment
de

la

diminution du tribut

:

il

fut dépouillé
,

ses fonctions.

Saremeddin-Mobarek
,

gouveravait ja-

neur de

la forteresse ismaïlile d'Alika

dis attiré sur lui la colère

de Bibars. Après avoir
médiation du comman,

obtenu son pardon par
dant de Sihioun
,

la

on

,

suivant d'autres

de celui

de îlama
faire sa

,

il

vint avec

une

suite
,

nombreuse pour
Il

soumission au sultan
et le

qui le reçut avec
lui
lit

honneur

combla de

bienfaits.

déli-

vrer aussitôt le diplôme de la nouvelle charge
qu'il venait

de lui conférer
les

,

celle de
forts

commanque poset

dant-général de tous

châteaux

sédaient les Ismaïîites en Syrie.
"Masziat devait

La

forteresse de

également appartenir au sultan

avoir pour gouverneur l'émir Aseddin. Confor-

mément aux
remeddin
s'en

ordres qu'il venait de recevoir, Sa-

se rendit sous les
et
lit

murs de

cette place,

empara par ruse

un

effroyable carnage

des habitans. Nedschmeddin, alors Grand-maître,

âgé de quatre-vingt-dix ans, et son
rèrent la clémence

fils,

implo-

du

sultan, qui, dans sa pitié,

voulut bien restituer à ce vieillard son gouver(i)

Apre*

J.

G.j 1269; de l'hégire, 668.


nemont, mais sous
la

316


il

condition que désormais
et

partagerait l'autorité avec Saremeddin,
-ait

paie-

un
,

tribut annuel de 120,000 drachmes. Bi-

bars

après avoir

demandé
iils

à

Saremeddin deux
lui

mille pièces d'or, se retira,
à sa cour

emmenant avec
et

Schemscddin

,

de Ncdschmeddin

comme gage
son père (1).

de l'obéissance

de

la fidélité

de

Sur ces entrefaites, Saremeddin
qui y commandait au

s était

mis en

possession de Masziat et en avait chassé Aseddin,

nom du maître

de l'Egypte;

mais, trop faible pour opposer une longue résistance aux troupes de Bibars qui s'avançaient en
toute hâte
fut alors
,

il

s'était jeté

dans

le fort d'Alika.
,

Ce

qu'Aseddin quitta Damas


fut

il

s était

réfugié, et revint à Masziat, dont

il

remis en

possession par l'armée

du

sultan

,

qui y mit gar-

nison

,

et

donna

même
-

à cet

émir une garde pour
,

sa sûreté.

Malik

Manszour

prince de

Hama

,

chargé d'investir Aseddin du

commandement
la
,

et

de déposer Saremeddin de ce dernier
jeter
et le

,

s'empara de

personne
qui
le
fit

mena devant
d'Alika

Bibars

en prison. Le neuvième jour du mois de
la forteresse

sehawal,

tomba au pouvoir

de l'armée égyptienne.

Le sultan

,

qui avait rendu à Ncdschmeddin
(2)
,

,

Grand-prieur d'alors
(1)

le

commandement

des

Macrisi

,

Ibn- Forât.
à la foi» à >'ecîschmeddiu le
titre

(2)

M. de Kammer donne


forts ismaïlites

317


(i),
lui

en Syrie

retenait

toutefois
la

Schemseddin auprès de
fidélité

comme

gage de

de son père. Nedschmeddin, ayant appris
ses intentions, vint lui-

que Bibars soupçonnait

même
teaux
agréée

à la cour, et offrit
et
,

de livrer tous ses châ-

de vivre à l'avenir en Egypte. L'offre fut
et

Schemseddin
les

partit

pour Kehef,

afin

d'engager
lai

habitons à se soumettre dans le dé-

de vingt jours. Le terme étant expiré sans
le vit reparaître
,

qu'on

le sultan le

somma
le

par

une

lettre d'exécuter sa

promesse. Schemseddin

demanda qu'on

lui laissât

seulement
,

château

de Kolaia. Bibars y consentit
eddin-Sandscliar, juge de
les clés

et

chargea Aalemd'aller recevoir
fidélité

Homs,

de Kehef

et le

serment de

de

Schemseddin; mais
cités

les habitans,

secrètement ex-

par ce dernier, fermèrent leurs portes au

délégué du sultan.

Après une seconde tentative également infructueuse
teau.
,

Bibars

fit

mettre

le siège

devant

le

châalla

Alors Schemseddin quitta Kehef et
,

trouver le prince égyptien

qui avait assis son
Il n'a

de Grand-maître et celui de Grand-prieur.

plus mainte-

nant aucune importance, car l'Ordre, à proprement parler,
n'existe plus depuis la
et dernier

Grand-maître.

mort de Rokneddiu-Karschâh septième Comme jNedschmeddin commandait
,

seul à cette

époque

les

débris des Ismaïlites,

il

devient dès-lors

indifférent de le désigner sous l'une

ou l'autre de ces dénomi-

nations,
(i)

Après J.-C. 1270; de

l'hégire, 669.


camp devant Iïama.
lief

318


les

Celui-ci le reçut avec bonté,

mais lorsqu'il eut appris que
avaient envoyé dans son
les

haLitans de Redes assassins
,

camp

pour tuer

premiers de ses émirs

il

donna
et

aussitôt Tordre de s

emparer de Schcmseddin
les

de toute sa suite, et de

conduire en Egypte.
qui avaient invité

Deux membres de
a se soumettre

l'Ordre

leurs païens renfermés dans le fort de

KhaM abi
à Sarla

au sultan furent massacrés

min.

D

heureuses intrigues amenèrent

reddi-

tion de

Kehef en

même

temps que

la

force des
la forte-

armes
Menifa

lit

tomber au pouvoir de Bibars
;

resse de Kolaia
et

et l'année suivante

,

les forts

de

de Kadmus. Les habitans de Kehef
;

voulaient opposer une plus longue résistance

mais lorsqu

ils

se virent serrés
,

de près

et privés
les clés

de tout secours de
lit

ils

remirent au sultan

la ville

,

et l'émir
le
,

Dschemaleddin-Akonsza y
les forts et

son entrée

22 du mois de silvidé. Dès ce
maître de tous

moment

Bibars

châ-

teaux que leslsmaïlites avaient possédés jusqu'alors, démolit leurs forteresses et détruisit leur

domination en Syrie,
l'avait fait

comme

avant lui Houlakou

en Perse. Après Masziat, résidence du
,

Grand-maître
les derniers

la place la
,

plus forte était

,

dans
situé
(1),

temps

le

château de Schoiun

,

sur

un rocher, abondamment pourvu d'eau
Dschibanuouma.

(1)


à

319


,

peu près à un jour de marche de Latakia illustré d'ailleurs par les exploits de son gouverneur

Hamsa, un des héros des
ne faut pas confondre ce

Ismaïlites de Syrie.

11

Hamsa avec son homoet
,

nyme

le

compagnon du prophète
la religion

vaillans héros de l'islamisme

ni

un des plus avec un autre
1

Hamsa, fondateur de

des Druses. Les

nombreux combats
sins
,

et les entreprises des

Assas-

leur courageuse résistance aux armées des
,

croisés et à celles de Bibars
et les

enfin les aventures

incidens presque fabuleux dont est remplie
,

toute leur histoire

ont été pour

la foule des

ro-

manciers

et
ils

des conteurs syriens un© source fé-

conde où

ont

abondamment

puisé.

que parurent les Hamsaname ou Hamsiades (î), espèces de romans chevaleresques
C'est alors

auxquels les ouvrages d'Antar, de Doulhimmet, de Benihilal et d'autres auteurs égyptiens, avaient
servi de modèle.

Après

la

conquête de

la

Syrie

parlesOttomans,
de
la

le récitdes

aventures de Hamsa,
et des orateurs

bouche des conteurs arabes
(

de café
et servit

kanehausrcdner)

,

passa chez les Turcs

de texte aux romans. de Sid-Battal (Cid

Comme
et
,

autrefois
,

les exploits

campador)

le

Cid proprement dit des Orientaux

héros arabe

qui succomba dans une bataille contre les Grecs,
lors

du

siège de Constantinople par Haroun-al-

(i)

Dschihannouma ,

p. 5go.


Raschid
(i).

.320


le

Le tombeau du Sid, dans

Sands-

chak-Sullanoeghi d'Anatolie, est encore aujourd'hui

un

lieu

de pèlerinage très fréquenté. Le

Le

sullan Soulcïman le législateur, ajouta encore

à sa célébrité par la pieuse fondation

dune mos(2).

quée

,

d'un couvent

et

dune académie
Kadmos

Masziat fut pris, Alika ensuite, et, deux ans
après, Kabaf, Mainoka,
teresses de
l'

et les autres for-

Anti-Liban.
_,

châteaux

La puissance des Ismadites était détruite les forts du Grand-maître du Roudbâr,
et

ceux des Grand-prieurs du Kouhistân
Syrie avaient été conquis
,

de

la

leurs troupes massa-

crées et dispersées, et leur doctrine publiquement

condamnée. Toutefois,
en secret;
1

elle fut

encore enseignée

Ordre des Assassins,

comme

celui des

Jésuites, subsista long-temps encore après avoir
été

supprimé, surtout dans

le

Kouhistân, pro-

vince hérissée de montagnes et peu favorable aux

recherches des persécuteurs.
sades
fait

L

histoire des croi-

mention d'une dernière tentative d'asmais
les écri-

sassinat dirigée contre saint Louis;

vains français ont déjà montré que cette hypothèse n'avait aueun fondement (3).
(1) (2)

Après J.-C. Q22; de l'hégire, 079. Dschihannouma p. 6^1.
,

(3) Eclaircis

emens sur quelcjues circonstances de

l'histoire

du

"Vieux de la montagne, prince des Assassins.

Mém. de

l'Acad.

des inscript., XVI, p. i65. Y. la pièce justificative G. à la fia

da

volume.

321


du Kouhis-

Enfin, la secte disparut totalement

tàn, soixante-dix ans après la conquête d'Alamout
et celle

de Bagdad

,

sous le règne

du huitième
,

successeur d'Iloulakou, Abou-Saïd-Behadirkhan
protecteur éclairé
des.

sciences

,

auquel Wassaf

a

dédié sa magnifique histoire. Abou-Saïd, de concert avec Schàh-Ali-Sedschistîin ,

gouverneur du

Kouhistân
à laquelle
les traces
tait

,

envoya dans ce pays une ambassade
il
1

confia la mission d'effacer toutes

de

hérésie

,

et

de convertir ce qui resles

encore d'impies

et

de mécréans. Parmi

théologiens zélés qui devaient servir de missionnaires, se trouvait le

scheikh-Amadeddin, surnomles

aussi

Bokhara l'un des jurisconsultes
,

plus

distingués de son époque. Son petit-fils, Dschelali -

Nassaihoîmolouk

,

dans l'ouvrage intitulé

Conseils

aux
,

rois

,

composé

pour

le

sultan

Scharakh

fils
;

de Timour , raconte l'histoire de
il

cette mission

l'avait apprise

de son père
le

,

qui

lui-même

avait suivi
,

Bokhara dans
,

Kouhistân.

Amadeddin ses deux fils Hossameddin et Ncdschmeddin père de Dschelali, ainsi que qua,

tre

ulémas

,

en tout sept personnes
,

,

se rendi-

rent à Kaïn

principale résidence des Ismaïlites

,

depuis

Hassan
,

II

,

les les

mosquées étaient
fondations
pieuses

tombées en ruines

et

(i)

Nassaiholmolouk-Dscbelali

,

dans

la

bibliothèque impé-

riale

deVienne,

n. iG3.

21


ran n'y
était

322


La parole du Koles chaires, et

confisquées au profit de

l'état.

plus

enseignée dans

on n'entendait plus

les crieurs appeler

du haut

des minarets les fidèles à la prière.

Le premier devoir de l'islamisme
la

consiste à ré-

citer cinq fois les prières, et c'est faire

preuve de

ferveur de sa croyance que d'exhorter les au-

tres à

remplir ce devoir. Amadeddin résolut donc
;

de commencer ainsi sa mission
se rendit en

c'est

pourquoi

il

armes

et

avec les six compagnons de

son apostolat sur la terrasse du château de Kaïn

du haut de
il

laquelle

ils

se

mirent à crier en
:

même

temps de quatre points opposés
n V a pas
est

Dieu
,

est

grand;

d autre Dieu que Dieu

et

Mahomet
le

son prophète! Récitez vos prières , faites
étranges

bien! Leshahitans du fort, entendant ces paroles
,

coururent h

la

Mosquée pour chasque ceuxils

ser les missionnaires d'Abou-Saïd. Bien
ci eussent

eu

la

prévoyance de s'armer,

ne ju-

gèrent pas à propos de combattre et d'échanger
leur vie contre la couronne
fuirent vers

du martyre;

ils

s'en-

un égoût

et s'y cachèrent. Aussitôt
,

que

la

multitude se fut dispersée

ils

montèrent
ex-

de nouveau sur
hortations, et

la terrasse, répétèrent leurs
fois se

une seconde
forces

réfugièrent dans

l'égoût. C'est ainsi

que leur

zèle opiniâtre, ap-

puyé ensuite des
invocation

du gouverneur, parvint

à

habituer ces oreilles rebelles aux formules de
1
,

puis à la prière

même,

et la vraie


tîe

323 mr
refleurit clans le

semence de l'islamisme
l'impiété (i).

eliamp

Pendant que

la sagesse politique

d'Abou-Saïd

s'efforçait d'anéantir
liles, elles se

en Perse

les doctrines ismaï-

propageaient toujours en Syrie. Dans
servi d'instrument

l'origine,

elles avaient

aux

vues ambitieuses des Fatémites; ce furent les
sultans tschercassiens d'Egypte qui recueillirent
les denaiers fruits

de cette politique meurtrière.
,

Si des

ennemis résistaient à leurs armes

ils

s'en

débarrassaient par le poignard.

Nous trouvons
d'assassi-

un exemple mémorable de ce système
avait quitté la cour
pris

nats dans l'histoire de l'émir Kara-Sonkor 7 qui

du

sultan d'Egypte et avait

du khan des Mongols. Deux ans après qu'Abou-Saïd eût envoyé dans le Koudu
service à celle

histân le savant Dschelali

,

dont nous avons déjà

parlé (2), le sultan d Egypte,

Mohammed,
pour
la

(ils

de

Bibars,

fit

partir de Masziat

Perse trente

meurtriers qui devaient immoler à sa vengeance
l'émir Kara-Sonkor.
le
Ils

vinrent tous à Tebris

,

premier

fut

mis en pièces, avant d'avoir pu

exécuter son criminel dessein. Alors le bruit se répandit qu'il était venu des assassins pour tuer
le

khan Abou-Saïd

,

l'émir

Dsehoubàn

,

le visir

Alischàh

tous les Mongols de distinction.

Une

,'j)

IS'assaiholmolouk.

{1)

Après J.-C

,

1026; de l'hégire, 720.

324

seconde tentative contre Kara-Sonkor n'eut pas
plus de succès que la première. Elle fut renouvelée à Bagdad, contre lui et contre Abou-Saïd
,

qui eut

la

prudence de

se tenir

pendant onze

jours enfermé dans sa lente.

Le

sultan égyptien

Mohammed

,

opiniâtre dans ses projets de ven-

geance, donna une

somme

considérable a

un

marchand nommé Jounis, pour soudoyer, à Tebris., de nouveaux assassins. Celui-ci en !ii venir
de Masziat
les
,

les

cacha dans sa propre maison
munificence.

,

et

y

traita avec

Un

jour que l'émir

Dschoiibàn sortait, accompagné des émirs Kara-

Sonkor

et

Afrem,, deux meurtriers guettèrent

le

moment

favorable de les égorger.

Le premier qui
que déchirer
la place.

se jeta avec trop

de précipitation sur Ternir Afrem,
le

au lieu de

lui
,

percer
et fut

cœur, ne

fit

son manteau

mis en pièces sur

L'autre alors ne jugea pas prudent de s'appro-

cher de Kara-Sonkor.

On

fit

des recherches dans lesFoundouks (Fon,

daelii)

de Tebris
;

pour découvrir
fut

la retraite

des

Assassins
et

le

marchand Jounis

même

arrêté,

ne dut

la vie

qu'à la protection du

visir.

Les

deux émirs prirent dès-lors toutes les mesures
nécessaires à leur salut.

Un

valet de
,

chambre de

Kara-Sonkor

,

natif de Masziat

parcourut tout

Tebris pour rencontrer celui qui avait dû poi-

gnarder son maître,
propre frère. Cet

et le

trouva enfin dans son

homme

se laissa

gagner parles


présens de L'émir
;

335


une

il

reçut cent pièces d'or et

pension mensuelle de 5oo dirhems, et trahit ses

compagnons. L'un deux
se

prit la fuite,

un second

tua

,

un troisième

périt

au milieu des tor-

tures sans faire aucune révélation. Cependant les

meurtriers que l'on avait envoyé à Bagdad réussissaient

mieux que ceux de

Tebris. L'un

deux
des-

se jeta sur le

gouverneur au moment
C'est

oii il

cendait de cheval, lui enfonça son poignard dans
le

cœur en

disant

:

au

nom

de Melik

jNaszir;

et s'enfuit à Masziat avec tant de rapidité qu'on

ne put l'atteindre. De cette forteresse,

il

annonça

au sultan

Mohammed
,

la

mort du gouverneur (i).
Kara-Sonkor redoublèen découvrirent

Les émirs Dschoubàn
rent de vigilance
et,

et

au moyen de lismaïlite
ils

qu

ils

avaient à leur solde,

quatre autres qui furent exécutés sur-le-champ.

Nedschmeddin-Selami, que le sultan
avait

envoyé
,

Mohammed comme ambassadeur auprès du khan
s'insinua dans les
et

Abou-Saïd
1

bonnes grâces de
il

émir Dschoubàn

du

visir

;

annonça

la

mort

des quatre assassins a son maître, qui aussitôt en

envoya quatre autres. Trois d'entre eux, découverts et saisis,

périrent au milieu des tortures;
le

heureusement pour Selami,
portait la lettre
s'enfuit à Masziat

quatrième, qui

du
,

sultan à son ambassadeur
il

d ou

écrivit à

Mohammed.

i

Macrisi

,

dans

le livre des sectes.

— Aboulfeda.


Selanii continua tions avec l'émir
si

326


et le visir

habilement ses négociaAlisehàh

Dschoubàn

qu'ils firent la paix avec le sultan, sous la

condans

dilion

qu'il

n'enverrait

plus
l'ut

cTassassins

leur pays. Kara-Sonkor n'en

pas moins atta-

qué de nouveau
massacré

a la chasse

,

par un meurtrier qui
,

frappa a la cuisse seulement son chaval
à l'instant

et fut

par

les

gardes de l'émir.

Au

nombre de ceux qui formaient le cortège de l'émir Ilmasch second envoyé de Mohammed, à la cour d'Abou-Saïd, se trouvaient deux Assassins; 1 un se perça de son poignard, l'autre chargé de
,

ebaînes

,

fut exécuté après qu'on eut tenté vainelui arracher

ment de
ment de

quelques aveux. Dscbouindigne-

bàn, voyant que
la foi

le sultan se jouait aussi
lit

des traités, en
;

de

vifs

reproches
s'il

à l'émir Itmasch

celni-ci répondit,

que
les

y avait

eu réellement des Assassins parmi
signature du

gens de sa

suite, c'est qu'ils se trouvaient à Tébris avant la
traité.

Lorsqu'Itmascli et Selami fu-

rent de retour au Caire vers le sultan leur maître, celui-ci écrivit

aux Ismaïlites de Masziat,
la

pour
dont

se plaindre
ils

du mauvais succès de

mission

étaient chargés. Ils envoyèrent alors
,

un
et

de leurs meilleurs compagnons , (réwafis)

grand

mangeur, qui tous

les

jours dévorait

un veau

buvait quarante mesures de vin. Après être resté

quelque temps au Caire, dans

la

maison de Keri,

meddin

,

il

entra dans la suite de Selami

qui se


rendait

327


avec des présens au-

comme ambassadeur,

près d'Abou-Saïd, à la cour du grand

Khan

des

Mongols.

A

taient leurs

du Baîram, les émirs présenhommages au Khan on donnait un
la fête
;

grand

festin

dans

le palais

;

Kara-Sonkor devait
émirs; et l'asle

sortir le

premier, avant

les autres

sassin

devait à ce

moment

lui

donner
le visir

coup

mortel. Par un hasard singulier,

rappela

Kara-Sonkor, ou

moment où

il

dépassait la porte

du

palais

,

et

ce fut le gouverneur de

Rouni

vêtu de rouge

comme Kara-Sonkor,
On
l'arrêta
;

qui reçut les
il

coups de lismaïlite.

mais

garda un

silence obstiné au milieu des plus cruels supplices.

Les assassins
,

se succédèrent les

uns aux au-

tres

dociles instrument de la vengeance

du

sul-

tan

;

mais Kara-sonkor eut

le

bonheur d'échap-

per toujours à leurs tentatives multipliées. Si l'on
doit ajouter foi au

témoignage de Macrisi, cent
la vie

vingt-quatre assassins perdirent
d'attenter à celle de l'émir.

en essayant

Trois générations après
le

la
,

mission d'Abou-Saïd,

Kouhistân

était

revenu

extérieurement du
;

moins ,

à la pratique de la vraie foi
fils

le sultan

Schahrakh,
petit
fils

de Timour, y envoya Dschelali, d'Amadeddin. Celui-ci, était de Kaïn ,
il

mais comme
il

se tenait habituellement à Herat,

avait pris les

surnoms d'Alkaini

et d'Alhcrati.

Ses instructions lui ordonnaient de reconnaître
l'état

religieux de cette province. Dschelali se sen-


lait

328

d'autant plus porf é à remplir cotte mission in-

quisitorialo,

que son grand prie lavait remplie
prophète
lui était

autrefois

;

le

même

apparu en
balai,

songe,

et lui avait
il

mis dans

la

main un

avec lequel

devait retourner dans le pavs.

Dschelali vit dans ce lève

un
Il

avis

du

ciel, et se

regarda dès-lors,

comme

destiné a balayer les

souillures de l'incrédulité.

remplit toute l'étenzèle consciencieux

due de son mandat avec un
et

une tolérance ordinairement peu habituelle Dans son ou-

aux sectateurs de l'islamisme.

vrage intitulé Conseils aux rois , que nous avons
cité plus

haut

,

il

rend compte au sultan Schah,

rakh de sa mission
tirés

et

donne des éclaircissemens
politique

de l'histoire de Dschowaïni, du Dschihankou/e

scha, ou

conquérant de inonde, sur

la

secrète des Ismaïlites qui n'étaient pas encore
convertis.

En

onze mois,
;

Dschelali parcourut

tout le Kouhistàn
la loi

y trouva que les docteurs de (ulémas) étaient orthodoxes et véritables
il
;

sunnites
vriers,

que

les

paysans, les marchands, les ou-

étaient

d'excellens moslimins;
et

que

les

émirs de Tabs
la

de Schirkouh^ étaient aussi dans
qu'il fallait observer avec

bonne doctrine; mais

défiance^ les
les

commandans

des autres forteresses,
;

employés, (Bedschian)
soii

les

derviches préten-

dus

(mystiques),
)

et les séides

(descendans

du prophète
Quoique

le

peuple

fût assez

scrupuleux obser-


l'ordre des Ismailites
,

329


la

servateur des véritables doctrines de l'islamisme,

long-temps après
,

perte

de son existence politique
secret dans l'espoir

s'agitait

encore en
fa-

que des circonstances plus
est vrai

vorables

,

lui

permettraient un jour de la recouil
,

vrer. Ils n'osaient plus,

se défaire de

leurs ennemis à coups de poignards, mais, fidèles

aux anciennes habitudes de leur politique
cherchaient toujours à
s

,

ils

immiscer dans

les affaires

des gouvernemens, tachaient surtout de se faire des prosélytes parmi les

membres du divan

,

ainsi

que d'étouffer dans leur naissance
les

les plaintes

ou

rapports auxquels aurait donné lieu la pro-

pagation de leur doctrine secrète. C'est pourquoi Fauteur du Dschihankouscha, aussi bien

que

celui

du Siassetolmolouk

(l'art

de

gou-

verner,

ou politique des

rois),

donnent aux

princes le conseil [de n'accorder aucune charge
à

ceux des habitans du
dans

Kouhistân qui leur

inspireraient les plus faibles soupçons. Les Ismaïlites placés
cières
les

administrations finan-

ne restaient jamais en arrière de leurs
,

paiemens

de

telle sorte

que

le trésor n'avait jails

mais à diriger contre eux aucune poursuite;
rançonnaient
les

villages

qu'ils

avaient pris à

ferme,

et l'excédant des
,

contributions était en-

voyé aux chefs secrets
à

qui résidaient toujours

Alamout

,

point central de l'ancienne domi-

nation de l'Ordre. C'était là que se portait

une


partie
;i

330


pieuses,, destiné

du revenu des fondations l'entretien des mosquées et des

écoles, et à celui

des serviteurs de la religion.

Les débris de l'Ordre des Ismaïlites

se sont
(
i

maintenus jusqu'à ce jour en Perse et en Syrie

)

V
t

,\\s

uniquement comme une des nombreuses
,

sectes d'hérétiques

qui se sont élevées du sein

de l'islamisme, sans prétention au pouvoir, sans

moyen de recouvrer
du
reste
il

leur influence passée, dont

paraissent avoir perdu le souvenir.
,

La

politique révolutionnaire

et la doctrine

mysté,

rieuse de la première loge des Ismaïlites

ainsi

que

la

meurtrière tactique des Assassins leur sont
écrits sont

également étrangères; leurs

un mél'isla-

lange informe de traditions empruntées a

misme
de
ia

et

au christianisme

,

et
Il

de toutes

les folies

théologie mystique (2).

habitent ainsi que

leurs ancêtres en Perse et en Syrie, les

montagnes

de l'Irak

et le

pied de l'Anti-Liban;

les Ismaïlites

de l'Irak reconnaissent pour leur chef suprême

un Imam, qui
Dschafer Sadik

tire
,

son origine d'Ismaïl,

fils

de

et

qui réside sous la protection
village sur le territoire de

du

s chah

à

Khekh

(1) Mémoire sur les Ismaélis et Nosaïïîs de Syrie, adressé à Annales des Voyages M. Sylvestre de Sacy, par M. Rousseau.

cahier xlii.
(2)

Extrait d'un livre

des Ismaélis, pour faire suite au

Mé,

moire sur
lu.

les Nosaïris et Ismaélis.
la pièce iustificative

Annales des Yoyages

— V.

F

à la fin

du volume.

331

Roum. Comme d'après la doctrine des Ismaïlites 1 imam est un rayon incarné de la divinité, i'imam de Khekh a encore aujourd'hui la renommée
de faire des miracles, et
les Ismaïlites,

dont quel-

ques uns sont dispersés jusque danslïnde, vont

en pèlerinage, des bords du Gange

et

de l'Indus,

pour recevoir à Khekh

la

bénédiction de leur

Imam. Les forteresses du district de Roudbâr, dans la montagne de Kouhkassàn, principalement dans les environs d'Alamouîr, sont encore
occupées par des Ismaïlites, qui,
croire les voyageurs les plus
s il

en faut
,

modernes

y sont
d'Iïos-

connus sous
seinis (i).

la

dénomination générale

Les Ismaïlites de Syrie, habitent dix-huit villages dispersés autour de Masziat
,

autrefois le

siège de leur domination, et obéissentà

unscheikh

ou émir

nommé par le gouverneur de ïiamah. L'édune
pelisse d'honneur,
à

mir, revêtu

prend l'enles ans, la
;

gagement d'envoyer

Hamah, tous
les

somme de
et les

seize mille cinq cents

piastres

ses

sujets se divisent

en deux classes,
Ils

Souweidani

Khisréwi.

sont ainsi appelés, ceux-là
,

du nom d'un de

leurs anciens scheikhs

ceux-ci

h cause de leur vénération particulière pour le

prophète Khiser (Elias,)

le

gardien de la source

de

vie.

Les premiers, qui sont en bien plus petit

(i)

A

Topographical Mémoir on Persia.


,

332


à

nombre habitent spécialement
dépendance de
dont
la juridiction

Feudara un des
:

dix-huit villages dont nous avons parlé

c'est

une

de Masziat. Trois

milles à Test de cette forteresse, estun château fort,
le

nom-

se

prononce Kalamous, mais qui,

suivant toute apparence n'est pas autre que le

Kadmos

des historiens et des géographes arabes.
la

Delà descend jusqu'à

mer

vers Tripoli

une

chaîne de montagnes. Ce n'est qu'en 1809 que
les Nosaïris, voisins et

ennemis des Ismaïlites

s'emparèrent par trahison de Masziat leur principale forteresse. Elle fut livrée au pillage et les

habitans massacrés

;

le

produit du butin fut éva-

lué à plus d'un million de piastres.

Le gouverneur de Ilamah ne laissa pas sans vengeance cette coupable entreprise des Nosaïris
:

la

forteresse fut assiégée, prise et rendue à ses anciens

maîtres. Les ïsmailites n'en ont pas moins perdu
toute existence politique; au-dehors,
ils

observent

avec une rigoureuse

fidélité tous les devoirs
ils

de 1

is-

lamisme, bien que dans leur intérieur
sent

ne

se fas-

aucun scrupule de

les violer. Ils croient à la di-

vinité d'Ali, à la lumière incréée,

comme principe

de toutes choses créées,

et

au scheikh-Raschided-

din, Grand-prieur de l'Ordre en Syrie, contem-

porain de Hassan
tant de

II

,

comme au dernier représenOutre
les Nosaïris^,
,

Dieu sur
Druses

la terre.

nous

mentionnerons encore, en passant
lis et les
;

les

Motewel-

voisins des Ismaïlites de la Sy-


rie.

333


et leur

Ces

trois sectes,

par leur incrédulité

mépris de toutes

les lois, étaient

également abo-

minables aux yeux des moslimins. Leur doctrine
s'accorde sur beaucoup de points avec celle des
Ismaïlites
esprit de
,

et leurs chefs étaient

animés du

même

fanatisme et d'impiété. L'origine des

Nosaïris et des Druses, est plus ancienne que
celle des Ismaïlites

de

l'est; car les

premiers qui

sont une branche des Karmathites, avaient déjà

paru sous ce
cle

nom

en Syrie, dès

le

cinquième

siè-

de T hégire , tandis que les seconds reçurent

Hamsa, nommé Hakembiemrillah, qui venait de la loge du Caire.
leurs lois d'un missionnaire de

Tous croient
Ali
;

à l'incorporation de la divinité dans

les Ismaïlites
,

de
le

l'est

reconnaissent enoutre

Hakembiemrillah

plus insensé des tyrans
enfin, s'affran-

comme un

dieu

fait

homme. Tous

chissent également des devoirs de l'islamisme,

ou les observent seulement en apparence ,
nertt la nuit des

et tiens'il

assemblées secrètes qui ,

faut

en croire

les

moslimins, sont de véritables orgies,
la

l'on

s'abannonne à

débauche

et à tous les
est,

plaisirs des sens. L'origine des

Motewellis

ainsi

que leur doctrine

,

moins connue que
Ils
,

celle

des Nosaïris et des Druses.

tirent leur

nom du
:

mot corrompu de Motew ilin
on peut
ainsi

les

commentateurs

soupçonner que

c'est

une

secte des

Ismaïlites, qui enseignait le Tevil,

ou l'interpréta9

tion allégorique des devoirs de l'islamisme

par


tive des paroles

534


la le! tre

opposition au Tensil, qui n'est que

posiles

envoyées par Dieu, et où tous
la

Mais croyans doivent puiser
conduite
(i).

règle de leur

Le reproche d'immoralité qui

a été fait à ces

sectes en général, peut s'appliquer avec

beaucoup
ha-

plus de raison aux MotcAvellis, qu'à leurs voisins,

dont nous avons déjà parlé plus haut. Car
hitans

les

du

village de

Marlaban

,

sur la roule de

Ladakia à Ilaleb, qui se disputaient l'honneur d'offrir

aux voyageurs leurs femmes

et leurs filles, et

considèrent

un
(2).

refus

comme une

injure, sont des

Motewellis

Quelques tribus de Kurdes sy-

riens et assyriens ont encore

une plus mauvaise
Motewellis, les
Jezidi, par-

renommée que

les Ismaili tes, les

Nosairis et les Druses.

On

les

nomme

ce qu'ils partagent leur vénération entre le
et Jezid, khalife
les

démon

ommiade, un des persécuteurs plus acharnés de la famille du prophète, loin
maudire l'un
et l'autre,

de

les

comme

le font le

reste des moslimins.

Leur scheikh
tête

s'appelle

Ka-

rabasch, c'est-à-dire,

noire,

parce qu'il

roule autour de sa tête une écharpe noire. Leur

fondateur est

le

scheikh ïïadi, qui, d'après leur

croyance, avait prié, jeune et répandu des

aumô-

nes pour tous les disciples à venir; aussi pensaient(1)

de Tevil et Tensil

,

autore Sylvestre de Sacy, in novis

Com-

mentariis societatis Gœttingensis.
(2)

Yolney, Voyages.


ils

335


1

obtenir la grâce d'aller directement au ciel

sans observer

aucun des devoirs de

islamisme

et

sans paraître au tribunal de Dieu (i). Toutes les
sectes qui existent encore aujourd'hui, ont reçu

des moslimins les dénominations de Sindikfc, espritsforts,

MoulhadouMoulahid, impies, Batheni,
les

intimes ou intérieurs. Leurs assemblées nocturnes

ont
tôt

fait

donner, par
,

Turcs, tantôt aux uns, tan-

aux autres

le

nom

de Moumsoindiren ou
les obstacles

éteignoirs, parce que, bravant religion,
ils

de leur

se plongent, après avoir éteint les lu-

mières, dans toutes sortes de voluptés sans égard
ni

pour

la

parenté ni pour

le sexe.

De pareilles imputations se sont toujours élevées
contre les sociétés qui enveloppent leurs mystères

du

voile de la nuit; tantôt ce fut sans raison, voit par les assemblées des premiers

comme on le

chrétiens, que la voix de Pline a défendues, tantôt ce fut avec justice,
et

témoin

les

mystères

d'Isis,

postérieurement

les

Bacchanales de Rome. Ce

fut la

première

fois,

disent les historiens romains,
la religion

qu'une société occulte, faisant servir
a cacher ses turpitudes, conspira
le

pour renverser
sujet avec no-

gouvernement; l'analogie de ce
Six siècles après la fuite

tre histoire

nous engage à en dire quelques mots.

du prophète

et la fon-

dation de l'islamisme, les Ismaïlites, se couvrant

(i)Dscliihannouma,

p. 449'


du masque de
par
la piété
; ,

336


la

ébranlèrent ledifice élevé

Mohammed tion de Rome et

le

sixième siècle après

fonda-

rétablissement de la république,
le voile

les

Bacchanales empruntèrent

de

la reli-

gion pour détruire
récit

la cité et l'état (i).

Selon le
et

de Tite-Live, un grec sans naissance

sans

nom,
;

vint d'abord s'établir (2) chez les Etrus-

ques

il

n'était

pas initie à tous ces arts qui forcorps
,

ment
tion

l'esprit et le

et

que nous devons à

ce peuple parvenu dès-lors à une haute civilisa;

ce n'était qu'un prêtre sans aveu,

un devin
au

fanatique; ce n'était pas
tans publics qui

même un

de ces charla-

font profession de vendre

peuple des superstitions

et des erreurs. Ministre
il

d'une religion mystérieuse,
sa doctrine

ne communiquait

que dans l'ombre. Les adeptes furent
indis-

peu nombreux d'abord, bientôt on admit
tinctement les

hommes

et les

femmes

;

ensuite

pour attirer un plus grand nombre de sectateurs, on joignit aux pratiques reliigeuses
les

amorces
l'i-

du vin

et

de

la

bonne chère. Les vapeurs de

vresse, l'obscurité de la nuit, le

mélange des
excès

âges et des sexes éteignant tout sentiment de pu-

deur, on se
de
la

livrait sans réserve à tous les
,

débauche; dans ces orgies infâmes

où chaflat-

cun trouvait sous

sa main les voluptés qui

(1) (2)

Tite-Live,

1.

xxxiv, cap.
,

8.

An

de

Rome

566

;

avant J.-C, 186.


des

337


Le commerce impur
n'était pas le seul
la

taient le plus son penchant.

hommes

et des

femmes

mal

de ces réunions nocturnes; de
sortaient de faux

même

source

témoignages

,

des actes suppo-

sés, des délations calomnieuses, des

empoisonne re-

nemens

et des

meurtres
le

si

secrets qu'on

trouvait pas

même

corps des victimes pour

leur donner la sépulture.

Le crime audacieux emet le

ployait la fraude et plus souvent encore la violence;

mais les hurleniens concertés
et

son

bruyant des tambours
les cris

des cymbales étouffaient

des infortunés auxquels on ravissait l'hon-

neur

et la vie (i).

Aussitôt que le consul
le
il

Posthumus eut découvert
prit les

but

et l'existence

de ces assemblées secrètes,
,

en informa

le sénat

mesures

les plus

énergiques pour

la sûreté

de

la ville, et sévit

avec

rigueur contre les
Bacchanales,

membres de

cette société des
la

comme

ayant tenté de corrompre

religion et la morale.

Le consul parla au peuple

et

l'engagea à veiller sur les dangers dont menaçait

Rome
la
'(

cette conjuration coupable cachée derrière
:

religion

Je suis persuadé
la

,

dit-il

,

qu'il

y en a parmi

»

vous que
(i)

séduction a précipités dans l'abîme.
xxxix
do Dureau Delamallo, tome

Tite-Live,

1.

,

trad.

xm,
que

p. 225. Paris,

Michaud

frères, 1811.

— Crevier

remarque

c'est sous

de pareilles couleurs que Salluste et Cicéron re-

présentent les complices de Catilina.

22


»
» » » »
»

338


Maintenant

il

me

reste à dissiper l'erreur

pourraient vous jeter de trompeuses apparences
;

car lorsque le crime se couvre

du manhu-

tcau de la religion , on craint de porter atteinte

aux

droits

du

ciel

en punissant

les forfaits

mains

(i). »

La

sévérité avec laquelle

on pour-

suivit
tiés

par

le glaive et l'exil

ceux qui étaient ini-

aux Bacchanales, non-seulement à
l'Italie
,

Rome,

mais encore dans toute
venant plus nombreuse
la

étouffa à sa nais-

sance cette monstrueuse association qui, en de,

aurait peut-être

amené

ruine de

l'état. Si les

princes de l'Orient avaient

agi

comme

les consuls à l'égard des

premières so-

ciétés occultes fondées

par

les sectaires

de

la loge

du Caire,
tions

les Ismailites n'auraient

jamais

pu ac-

quérir d'influence politique, et de ces associa-

impures ne

serait jamais sorti l'Ordre san-

guinaire des Assassins.

Par malheur,
dans
le

il

y

avait,

comme nous l'avons
,

vu

cours de cette histoire

un

assez

grand

nombre de princes qui
assez forts

professaient secrètement

des doctrines d'athéisme. D'autres n'étaient pas

pour s'opposer à

ses progrès.

L'aveu-

glement des souverains,

la faiblesse

des gouver-

nemens

,

la

crédulité des peuples , la hardiesse
tel

d'un ambitieux aventurier,

que Hassan-Sabah,

donnèrent à ces sociétés mystérieuses un pouvoir

(0 Id.,p.

245.


et

339

une extension de plus en plus redoutables. Ceux qui avaient fait de l'assassinat un système,
et, maîtres

prirent enfin rang au milieu des princes de l'Asie,

de cette puissance illimitée du poi-

gnard

qu'ils avaient créée, puissance

unique dans

l'histoire, et qui fut entre leurs
si

mains un arme
les

terrible, ils

épouvantèrent long-temps
peuples par
le spectacle

sou-

verains et les
forfaits.

de tous les

Nous avons plusieurs
tres

fois

indiqué

les analogies

qui existent entre l'Ordre des Assassins et d'au-

Ordres contemporains ou postérieurs;

c'est

vraisemblablement par l'influence des croisades

que

l'esprit

de l'Orient

s'est réfléchi

dans celui

de l'Occident. L'Ordre où ces analogies sont plus
frappantes est incontestablement celui des
pliers
;

Tem-

leurs statuts occultes

,

spécialement ceux

qui concernent le mépris de la religion positive
et l'accroissement

de leur domination par
,

la

con-

quête des citadelles et des châteaux forts
sent avoir été les

parais-

mêmes que ceux

des Ismadites.

Les Assassins portaient des habits blancs et des
bandelettes rouges, les Templiers

blanc et une croix rouge

;

c'est

un manteau encore un point

de ressemblance très-remarquable.
Si les

Templiers

,

sous beaucoup de rapports,
, ils

marchèrent sur les traces des Assassins

trou-

vèrent des imitateurs dans les Jésuite». Ceux-ci,
après la suppression de leur Ordre, firent

comme

340


d'Alamoul;
ils

les Assassins après la chiite

lâ-

chèrent de conserver, sinon une puissance poli-

du moins une influence cachée. La constila série graduée tution de la loge du Caire
tique,
,

des initiations,

les
,

dénominations de maîtres,
,

de compagnons

d'apprentis

la

doctrine publi-

que

et la doctrine secrète, le
,

serment d'obéissance

passive

nous retrouvons tout cela dans ce que
qui ont été
,

nous avons vu, lu ou entendu de nos jours, sur
les sociétés secrètes
les

instrumens

de tant de révolutions

et si

nous cherchons des

comparaisons dans

l'histoire

moderne, nous ver-

rons que la procédure des tribunaux secrets de
plusieurs ordres d'Allemagne offrait aussi quel-

que ressemblance avec
sassins (i).

celle

de l'Ordre des As-

Toutefois, on ne peut nier que quelques-unes

de leurs institutions fussent réellement dignes

déloges

,

elles n'avaient d'autre
la

but que

la

pro-

pagation des connaissances et

protection réci-

proque des
Caire,

initiés.

ou

l'école

La Maison des sciences du publique de la loge, était le tem-

ple des sciences et le modèle de toutes les acadé-

mies. C'était en proclamant partout leur
des lumières,

amour

leur bienfaisance et leur philan-

thropie, qu'ils séduisaient la multitude et parvenaient à leurs
(1)

fins.

De Kopp,

Constitution des

tribunaux secrets en West-

phalie.

double but
,

341


s'est

L'auteur de cette histoire

proposé un

de montrer

la désastreuse influence

des sociétés secrètes sous des gouvernemens faibles, et ensuite
si

d'exhumer

les trésors historiques

importans

,

si

rares et souvent trop dédaignés

de

la littérature orientale.
,

Ce double but,

il

sou-

haite l'avoir atteint

mais ne l'espère pas. Millier,
,

dans

les

vingt-quatre livres de son histoire

n'a

pas dit

un mot des

Assassins, et

Gibbon qui,

d'après son aveu, ne laissait jamais échapper

une
n'a

occasion de peindre des scènes sanglantes

,

parlé d'eux que d'une manière très-superficielle.

Et cependant , ces deux grands historiens , lorsqu'ils ont

pu puiser

à des sources fécondes

,

ont

retracé avec cette vivacité de coloris qui les dis-

tingue, et arraché à l'oubli des événemens

dune

bien moindre importance

!

Par cette esquisse ra,

pide de tant de

faits

curieux
,

par cette fusion de
les écrits orien-

nombreux documens épais dans
taux
_,

sur l'Ordre des Assassins, on peut juger
le

combien recèle de trésors cachés
core inexploré de
1

champ enHeureux

histoire orientale.

l'écrivain qui saura les découvrir!

FIN.

343

PIECES JUSTIFICATIVES.

(A)

Rousseau (i), après avoir donné un apperçu des dogmes
des Ismaïlites, ajoute
«
:

Tels étaient en substance
sont

les

dogmes des premiers Ismaélis
Je dis à peu près, car

;

tels

encore à peu près ceux que professent aujourd'hui
il

leurs descendans établis en Syrie.

n'est

pas douteux que ces derniers

,

prodigieusement déchus de leur
le

ancienne organisation sociale, ne

soient aussi de leur crovance

primitive. Cette croyance, défigurée maintenant plus
est

que jamais,

devenue extravagante

à.

l'excès

,

par une foule d'abus et de

superstitions insensées qui s'y sont introduites avec le temps.

In
y a

certain schéikh Jiaschid-eddin
je crois trois

,

qui parut au milieu d'eux,

il

cents ans, acheva de les égarer

en leur

faisant ac-

croire qu'il était le dernier des prophètes en qui la puissance di-

vine dût se manifester. Cet imposteur, versé dans les écritures
sacrées, paraît être l'auteur

du

livre

dont

j'ai

traduit quelques
,

fragmens, et dans lequel
était

il

expose ses principes
.

comme

s'il

lui-même

le

tout-puissant

»

(»)

Le souverain des

Assassins est appelé Schéikh par les auteurs

orientaux. Yincent-le-Blanc le

nomme Séguémir

,

mot composé
;

de Schéikh et d'Emir, et

le fait résider

en Arabie

mais rien ne

(1)

Annales des Voyages, cahier XLII, p. 13 de

l'article et 28-3

de

la collection.


Soit étonner

344


mot arabe ScheHkh,
en a
les
la basse latinité

de la part d'un

tel

auteur. Le

qui répond au latin Senior, et qui, dans

deux
lus,
11111.

significations, a été ridiculement

rendu par Votas, Veluchronique de Nicolas de

Scnex, au

lieu

de Senior,

si

l'on

ne voulait pas dire Domi-

On

lit

Vetulus de monte, dans
i'i36);

la

Treveth (année

Vetulus de montants", dans celle de
la

Guillaume de Nangis à
dans Sanuto plusieurs

même
et

année; Vetulus de mnntibus,
la tra-

fois,

Scnex de montants, dans

duction latine de Marco Polo. Dans Haïton, Scxmonlius n'est

que
le

la

contraction de

Senex mentis, ce que
,

Dalilli, qui traduit
:

Prince des six montagnes

n'a pas entendu
,

nous l'avons vu
,

nommé Summus Abbas,
Jacques de Vitri
P. Marttne),
;

Prolatus
le

Magister cultellorum
(3°
1.

par

dans

même

auteur
était

de

l'édition

du

on

lit

que ce souverain
le titre

communément

appelé

Simplcx. Lui-même se donne
sa lettre à

de Simplicitas nostra dans

Philippe-Auguste, rapportée par Guillaume de Neu-

bridge; c'est une des deux qu'on lui a supposées. Cette simplicité'

consistait à faire tuer
sa secte,

inhumainement ceux

qu'il croyait

en,

nemis de
ainsi

ou

qu'il regardait

comme

des prévaricateurs

que s'exprime Guillaume de Tyr. Les Assassins ont exercé

leurs fureurs également sur les

mahométans

et sur les chrétiens;

on

voit,

dans

l'histoire,
(i).

des khalifes, des princes, des visirs tués

par leurs émissaires

Je
,

suis

persuadé aussi que

le schéikh,

tout simple qu'il se disait

faisait

exécuter des assassinats à la

sollicitation d'autres princes, par des motifs d'intérêt

où la

reli-

gion n'avait aucune part.
le

On

est

en droit de

le croire
,

sur ce que

commandant de
,

Syrie, qui invita

Henri

II

comte de Cham-

pagne

à passer sur ses terres, lui

dit:» inimicum aut insidiato-

procurarct.

rem regni haberet, ab hujus modi servis suis continua interfici Ce sont les termes rapportés par Sanuto ainsi
;

quand on

fait

parler autrement le chef des Assassins dans sa let-

d'Herbelot à (1) Deux khalifes, l'un de Bagdad, l'autre d'Egypte Bathania. Taparès, sultan du Khorass.ln, Ami. Conmen. Alcxiad. 1. VI. Un roi de Mossul et des princes selgiucides ; Extraits de l'histoire d'Aboulfe'da, par M. Degufgnes. Le fameux visir Nesam-.
;

cl-Mulk

,

d'Herbelot à Malckschàh.

— — Sans compter plusieurs autres
sa

assassinats rapportes par Abulfarage en diffe'rcns endroits de

IX e

dynastie.


tre datée
,

345

du Messiat que Nicolas de Treveth a insérée dans sa sciatis quod nullum hominem mercede aïiquâ, vel pccuniâ occidimus c'est une des raisons qui doit la
chronique, (année 1192)
:

,

faire

soupçonner de fausseté. En
les

effet,

il

est très-vraisemblable
,

que

Anglais fabriquèrent cette lettre adressée à Léopold
la liberté

duc d'Autriche, pour procurer

au

roi

Richard, qu'il

retenait dans ses priions, et qu'en
ser
le

même temps ils en firent adreseffacer ses

une autre à Philippe-Auguste, pour
,

soupçons sur

meurtre du marquis de Montferrat
,

et

l'empêcher d'agir hosroi.

tilement contre eux
tification

en l'absence de leur

La meilleure
roi, blessé à

jus-

de Richard doit se tirer de

la générosité

de son carac-

tère, quelque férocité qu'eut sa valeur.

Ce

mort

au siège de Chaluz
lement
lui

,

en Limousin

,

par un arbalétrier, non-seude
la ville,

pardonna après

la prise

mais encore or-

donna avant de mourir qu'on

lui

donnât cent schellings.
,

Pour ce qui regarde
marquis de Montferrat,
seigneur du Thoron
et héritière
,

la vraie
il

cause de l'assassinat de Conrad

y a grande apparence que Humfroi, premier mari d'isabcau, fille d'Amaury
,

du royaume de Jérusalem
les
(1).

voyant passer
,

sa

femme
se

avec

la

couronne entre
le

mains de Conrad

employa pour

venger

ministère des Assassins

(C)

M. de Ravalière traduit ainsi cette lettre d'après le texte que Nicolas de Treveth nous a conservé , et que Rymer
publié dans son recueil.

latin
(2) a

Le Vieux de

la

montagne a Leopold duc d'Autriche.

Comme
jure par
le

plusieurs rois et plusieurs princes au-delà de la
,

mer
je

accusent Richard

roi d'Angleterre, de la

mort du marquis,

Dieu qui règne dans

l'éternité et par la loi

que nous

(1)

T. xvii,

Mémoires de l'Académie des inscriptions et belles-lettres. M. Falconet dissertation sur les [Assassins p. 1C8.

,

,

peuple d'Asie. 2 e partie.
(2)

Rymcr,

e'dit.

de La Haye. 1745,

t.

I,

p. 23, col. 1.


tenons
,

;mg


sa

qu'il

n*a

aucune part à

mort;

je vais

en exposer

la

véritable cause.

In de
proche

DOS frères venant de Satalic, fut poussé par

la

tempête

la ville île

Tyr;
lui

le

marquis

le

fit

tuer et prit son argent.
et lui

Nous avons envoyé
nous
faire raison
,

redemander l'argent
11 l'a

proposer de

de cette mort.

rejetée

sur

Renaud de
par son

Chàtillon

seigneur de Sidon. Mais nos amis, par les informa-

lions exactes qu'ils ont prises,

ont reconnu que

c'était

ordre que l'homme avait été tué et l'argent enlevé.

Nous y avons renvoyé Eudrise, notre député le marquis l'a le faire jeter dans la mer. Nos amis l'ont sauvé en le faisant sortir promptement de la ville. Il nous a certifié à son retour la vérité de ces faits. Dès ce moment, nous avons pris la
:

menacé de

résolution de faire tuerie marquis.

En conséquence, nous avons
en présence de tout

envoyé à Tyr deux frères qui
le

l'ont assassiné

peuple de
,

la ville.

Telle a été la cause de sa mort. Nous vous
,

répétons

dans

la vérité
fait

que

le

seigneur Richard n'y a point
le lui fera infai-

trempé. Si on lui

quelque tort à ce sujet, on

justement et sans raison. Sachez certainement que nous ne
sons mourir aucun

homme pour

de l'argent

,

ni

pour aucune
fait

autre récompense, mais seulement lorsqu'il nous a

quelque

mal.

Sachez aussi que

les

présentes ont été faites par nous à
,

la nii-

septembre

,

dans notre château de Messiat (Masziat)
(i).

la

quinze

cent-quinzième année depuis Alexandre

(»)

Mémoire sur la dynastie des Assassins et sur Vorigine de leur nom; par M. Svlyestre de Sacy, lu à la séance publique de
l'Institut

du 7

juillet 1809.

Parmi

les

écrivains qui

nous ont transmis

l'histoire

de ces

guerres mémorables, qui, pendant près de deux siècles, ne cessèrent de dépeupler l'Europe pour porter le ravage et la désola-

(1)

Mémoires de
;

1"

Académie des inscriptions

et belles-lettres,

xvi,

pag. 157-158.

-

347


il

tion clans les plus belles contrées de l'Asie et de l'Afrique,

n'en est presque aucun qui n'ait

fait

mention de
la

cette

peuplade

barbare, qui, établie dans un coin de

Syrie et connue sous le

nom

d'Assassins, s'était rendue redoutable
,

aux Orientaux comme
Si les histo-

aux Occidentaux
les sultans

et exerçait indifféremment ses atrocités sur et sur les princes chrétiens.

musulmans

riens des croisades ont mêlé quelques fables aux renseignemens
qu'ils

nous ont transmis sur
il

les

croyances et

les

mœurs de

ces

sectaires,

n'y a pas lieu de s'en étonner.

La terreur

qu'ils in-

spiraient ne
l'histoire

permettait guère à nos guerriers d'approfondir

de leur origine et de se procurer des lumières exactes

sur leur constitution religieuse et politique. Leur
été défiguré et présenté sous

nom même

a

uno multitude de formes différenet son étymologie.

tes, et c'est à cette cau°e qu'il faut attribuer l'incertitude des

critiques

modernes sur son origine
les Assassins

Entre

les

écrivains qui se sont occupés de recherches historiques et criti-

ques sur

,

aucun
,

n'a

répandu plus de jour sur cette
des

matière que M. Falconet
belles-lettres.

membre distingué de l'Académie Cependant, comme ce savant ne s'était point
,

ap-

pliqué à l'étude des langues de l'Orient

et

ne pouvait par conet peril

séquent s'aider pour ces recherches des écrivains arabes

sans dont les ouvrages n'avaient été ni publiés ni traduits,

n'a
,

pu remonter

à la

véritable origine de la secte des Assassins

ni découvrir l'étymologie de leur

nom. C'est pour suppléer
j'ai

à

l'imperfection de son travail que

cru devoir traiter de nou-

veau ce

sujet.
la

Dans une
,

dissertation
je

que

j'ai

soumise au juge-

ment de
je

cbsse

et

dont

veux présenter une courte analyse,
la

me

suis

proposé de faire connaître en quoi consistait

doc-

trine de cette secte, par quels rapports elle se liait avec l'une

des principales divisions du mahométisme, et enfin pourquoi
elle avait

reçu

un nom qui
,

,

en passant dans l'Occident avec une

légère altération

a fourni à plusieurs de nos langues

modernes

un terme
libère'.

destiné à exprimer

un meurtre commis de propos désingulières dont on ne peut

Une

des circonstances les plus

manquer

d'être frappé, lorsque l'on étudie l'histoire de la relila

gion et de

puissance des Musulmans, c'est que leur empire,

qui sounit dans

un

petit

nombre d'années,

toute l'Arabie, la


Syrie, l'Egypte,
la

348

Perso et plusieurs autres vastes contrées de

l'Asie et de l'Afrique, fut déchiré dès les premiers instans par

des divisions intestines qui semblaient devoir arrêter ses progrès,
et rassurer les puissances
elles étaient

voisines contre l'envahissement dont

menacées.
,

Il est assez difficile

d'expliquer

comment

l'esprit des factions

en aimant les musulmans les uns contre les

autres, n'empêcha point la rapidité et l'étendue de leurs con-

quêtes

;

mais sans nous arrêter à cette considération qui n'est

point de notre sujet, nous nous contenterons de rappeler que la

mort de Mahomet

fut le

premier signal de

la division

parmi ceux

qui avaient embrassé sa doctrine et combattu jusque là sous ses

étendards victorieux. Ali, cousin de Mahomet, époux de sa

fille

Fatimé, et qui,

à

un

zèle ardent

pour

la

nouvelle religion

,

joi-

gnait plus d'instruction que le reste des musulmans, semblait

appelé à remplacer

le législateur et le pontife

de l'islamisme, et

à achever l'ouvrage qu'il laissait encore imparfait. Mais
n'avait point
l'avait fait
,

Mahomet
,

eu

la

prudence de désigner son successeur, ou
le

s'il

comme

soutiennent généralement les partisans

d'Ali,
cité

il

n'avait point

donné

à cette désignation assez de publi,

pour

qu'elle ne

pût être contestée
ne

et
si

il

avait négligé de la

revêtir de cette sanction divine qu'il savait
ses volontés, lors

bien donner à toutes

même

qu'il

s'agissait

que des

intérêts de

son ménage, et des tracasseries cpie lui suscitait
ses

la jalousie

de

femmes. Aussi Ali

se vit-il
le

successivement préférer le sage
le faible

Aboubecr (Ebou-bekr),
des
il

farouche Omar,

ce ne fut qu'après la mort violente de ce dernier que les

Othman, et vœux

musulmans semblèrent se réunir en sa faveur. A peine étaitmonté sur le trône, qu' un ambitieux, soutenu d'une famille
les fautes d'Ali, à lui ravir

puissante, se déclara son rival, et parvint, par la perfidie et en

mettant à profit

une autorité dont

la

légitimité ne pouvait être contestée. Bientôt Ali
fer des meurtriers. Ses

tomba sous

le

deux

fils

ne tardèrent pas à éprouver un

sort pareil

,

et dès-lors fut irrévocablement jeté le

fondement de
de

la division qui sépare

encore aujourd'hui
factions

les disciples

Ma,

homet en deux grandes

ennemies l'une de l'autre
les

et

qui ne cessa pendant plusieurs siècles d'ensanglanter
ces orientales de l'empire, et se
tés les plus méridionales
fit

provin-

ressentir jusqu'aux extrémi-

de l'Arabie et jusqu'au bord de l'Océan


mêmes en
d'Ali
,

349


les veines

atlantique. Les partisans d'Ali ne tardèrent pas à se diviser eux-

plusieurs partis

;

réunis par leur vénération pour le

sang du prophète qui coulait dans
ils

du descendant

n'étaient d'accord ni sur les prérogatives qu'ils atta-

chaient à cette noble origine, ni sur la branche à laquelle devaient s'être transmis les droits à la dignité d'imam.

Ce nom qui

renfermait l'idée de toute
et qui, aux

la

puissance temporelle et spirituelle,
allait

yeux de quelques fanatiques,
la divinité
,

presque de pair
tous les

avec celui de

était le

mot de ralliement de

ennemis des
d'Abljas
;

califes

issus

de

la

maison de Moavia et de celle

mais tous ne reconnaissaient pas pour

imam

le

même
,

personnage. Entre les factions qui se formèrent parmi les sectateurs d'Ali
,

une des plus puissantes
,

était celle

des Ismaéliens

ainsi appelés

parce qu'ils assuraient que

la dignité

d'Imam

avait

été

transmise par unfe suite non interrompue de descendans
,

d'Ali

jusqu'à

un prince nommé Ismaël
le

;

et qu'après lui

,

cette

même

diguité avait reposé sur des personnages inconnus aux

hommes, en
ticuliers

attendant que

moment

fût

venu où

la postérité

d'Ali devait triompher de ses ennemis.

Un

des caractères par-

de cette secte

,

c'est

qu'elle expliquait

d'une manière
,

allégorique tous les préceptes de la loi
légorie était poussée
si

musulmane

et cette al-

loin par quelques-uns des docteurs is-

maëliens

,

qu'elle ne tendait à rien
,

moins qu'à détruire tout

culte public
et

et à élever

une doctrine purement philosophique

une morale

très-licencieuse §ur les ruines de toute révéla-

tion et de toute autorité divine.

A

cette secte appartenaient les
ici

Carmates (kharmathites)
brigandages
,

,

dont nous ne rappellerons pas
les

les
,

et auxquels

semblent avoir succédé

Wahabis

qui remplissent aujourd'hui de la terreur de leur

nom

plusieurs

provinces de l'empire ottoman, et qui, sous l'apparence de ré-

formateurs

,

paraissaient destinés à renverser la religion de

Mane

homet. De cette
Ceux-ci
,

même

secte étaient sortis les califes Fatimites.
,

après s'être établis dans les provinces d'Afrique

tardèrent pas à enlever aux califes de Bagdad l'Egypte et la Syrie, et

formèrent un empire puissant qui dura deux
et fut renversé parSaladin.

siècles et

demie

Ces

califes
,

Fatimites se recon-

naissaient

eux-mêmes pour Ismaéliens

mais l'intérêt de leur

politique les obligeait à déguiser la doctrine secrète de leur secte


jets

3.>0


nombre d'adeptes,
et les plus

qui n'était connue que d'un petit

intolérans parmi eux n'imposaient d'autre obligation à leurs su-

que

celle
la

de reconnaître

les

droits d'Ali et de ses descen-

dans à
califes

souveraineté, et de vouer

une haine mortelle aux
la secte des Is-

de Bagdad.

En

la

personne des Fatimites,

maéliens était montée sur le trône et avait enlevée aux. abbassides

une grande
satisfaite.

partie de leur empire; mais son ambition n'était pas
la

La race du prophète ne devait point partager
la

sou-

veraineté avec les descendans

des usurpateurs, et l'honneur
doctrine enseignée et propagée

même
par

de l'islamisme et de

imams exigeait que tous les musulmans fussent réunis dans une même croyance et dans l'obéissance au seul pontife
les

légitime.

Pour parvenir
les

à ce

but

,

des missionnaires
,

,

répandus

dans toutes

provinces orientales
,

enseignaient en secret les

dogmes des Ismaéliens
le

et travaillaient sans cesse à

augmenter

nombre de

leurs prosélytes et à leur inspirer l'esprit de ré-

volte contre les califes de
saient leur autorité.

Bagdad

et les princes

qui reconnais-

Du nombre
quième
la suite
siècle

de ces missionnaires,

était, vers le

milieu
,

du

cin-

de l'hégire

,

un

homme nommé Hassan
,

fds d'Ali

qui avait été gagné à la secte des Ismaéliens

et se signala

dans
secte.
calife

par son zèle pour
d'ailleurs
,

la

propagation de cette

même
le

Cet

homme,

bon musulman, persuadé que
,

fatimite Mostanzer

qui régnait alors en Egypte

était

imam lé-

gitime, résolut de se rendre atiprès de lui, s'estimant heureux

de pouvoir

lui

rendre

ses

et le vicaire de la divinité.

hommages et A cet effet
, ,

révérer en lui l'image
il

quitta les provinces

septentrionales de la Perse

il

exerçait les fonctions secrètes

et dangereuses de missionnaire, et vint en Egypte. Sa réputation
l'y avait

précédé. L'accueil qu'il reçut
il

du

calife

ne permettait

pas de douter que bientôt
tés

ne fût appelé aux premières digni,

de

l'état.

La faveur

excita

comme

il

est d'ordinaire

,

la

ja-

lousie, et bientôt les

ennemis de Hassan trouvèrent une occa-

sion de le rendre suspect au calife. Ils voulaient arrêter; mais

même

le faire

Mostanzer ne
,

se prêtant qu'avec peine à

servir

leur vengeance seau franc qui
frique.

ils

se contentèrent

de l'embarquer sur un vaisla côte

faisait voile

pour

septentrionale d'A-

Après quelques aventures qui semblaient tenir du pro-


dige
,

351
;



,

Hassan revint en Syrie
il
,

et

de

passant par Alep

,

Bag-

dad, Ispahan,

parcourut

les différentes

provinces soumises

aux seldjoukides exerçant partout
et n'oubliant rien

ses fonctions

de missionnaire,

pour

faire

reconnaître le pontificat de
,

Mosdis-

tanzer.
resse

Après bien des courses

il

s'établit enfin
,

dans la forteà

d'Alamout située dans l'ancienne Partbie

peu de

tance de Kazvin. Les prédictions de Hassan et de quelques autres missionnaires avaient tellement multiplié
les partisans des Ismaéliens, qu'il
le

dans

ses contrées

ne

lui fut pas difficile

de forcer

gouverneur de cette forteresse, qui y commandait pour le sultan Melekschàh à la lui vendre pour une modique somme d'ar
,

-

gent.

toutes

Devenu maître de la place les forces du sultan, et par
propos,
il

,

il

sut s'y maintenir contre
insinuations des mission-

les

naires qu'il entretenait dans les lieux voisins et des excursions
faites à

soumit plusieurs places dans

les

environs d'A,

lamout, et se forma une souveraineté indépendante
quelle cependant
il

dans la,

n'exerçait l'autorité qu'au

nom

de l'imam

dont

il

se reconnaissait le ministre.

La

position d'Alamout, si-

tuée au milieu d'un pays de montagnes , fit appeler le prince qui y régnait, Schc'ikh-al-djébal , c'est-à-dire le Schéikh ou Prince des montagnes, et l'équivoque du mot Schéikh qui signifie égament vieillard et prince a donné lieu aux historiens des Croisades et au célèbre voyageur Marc-Pol de le nommer le Vieux
,

de la montagne.

Hassan et

les
,

princes qui lui succédèrent pendant près de

deux
dans

siècles
la

ne se contentèrent pas d'avoir établi leur puissance Perse. Bientôt ils trouvèrent moyen de s'emparer de
,

quelques places fortes en Syrie. Masyat

place située dans les
cette

montagnes de V Anti-Liban
province, et
c'est là

,

devint leur chef-lieu dans

que

résidait le lieutenant

du prince d'Alaet c'est à

mout. C'est cette branche d'Ismaéliens établie en Syrie qui a
été

connue des historiens occidentaux des Croisades
ont donné
le

,

elle qu'ils

nom

d''Assassins.

Avant de passer à l'étymologie de
ver que Hassan et les

ce

nom
lui

,

nous devons obserla

deux princes qui

succédèrent dans
,

souveraineté sur les Ismaéliens de Perse et de Syrie
attachés aux

quoique

dogmes

particuliers de cette secte, ne laissaient pas
les lois

cependant de pratiquer toutes

de l'islamisme

;

mais, sous


le

352


il

quatrième prince de cette dynastie,
la

survint

un grand chan,

gement dans
san,
fils

religion des Ismaéliens. Celui-ci

nommé Has-

de

Mohammed,

prétendit avoir reçu de l'imam des
il

ordres secrets, en vertu desquels
rieures

abolit les pratiques exté-

du

culte

musulman permit
,

à ses sujets

de boire du vin de Mahomet

et les dispensa

de toutes

les ohligations

que
la

la loi

impose à

ses sectateurs. Il

publia que

connaissance

du

sens

allégorique des préceptes dispense de l'ohservation
ral, et

mérita ainsi aux Ismaéliens
,

le

du sens litténom de Molahîd c'est-à,

dire impies

nom

sous lequel

ils

sont le plus souvent désignés

parles écrivains orientaux. L'exemple de ce prince fut suivi par son
fils, et,

pendant cinquante ans environ,
se conserva

les

Ismaéliens de

Perse et de Syrie persistèrent dans cette doctrine. Après cette

époque,

le culte fut rétabli

,

et

il

parmi ces Ismaéhistoriens des

liens, jusqu'à l'entière destruction de leur puissance.

L'ami: assade que le

Vieux de

la

montagne des

Croisades, c'est-à-dire le souverain des Ismaéliens envoya au roi

de Jérusalem,

Amaury I er tomhe
,

sous le règne de l'un des deux
,

princes apostats dont nous venons de parler. Il est donc vrai

comme le

dit

Guillaume, archevêque de Tyr que
,

le prince

par

lequel cette ambassade fut envoyée avait supprimé toutes les pratiques de la religion
les

musulmane

,

détruit les

mosquées autorisé
la chair

unions incestueuses, permis l'usage du vin et de

de porc.

Quant on

a lu les livres sacrés des Druses, et les fragmens

que

nous possédons de ceux des Ismaéliens, on n'a pas de peine à croire

que ce prince

,

comme
la

le

dit

encore le
,

même
,

historien.,

con,

naissait les livres des chrétiens

et qu'il avait

conçu

le désir

non pas d'embrasser
11 est

religion chrétienne

mais d'en étudier

plus à fond la doctrine et les pratiques.

temps de passer au

nom

des Assassins. Ce nom,
;

je l'ai dit, a été écrit

de bien des manières
le

mais, pour

comme me bor-

ner à celles qui ont

plus d'autorité, je dirai qu'il a été proet Heississsini : Joinvillea écrit Haussuis prescrites

noncé Assassini, Assissini
saci.

Les bornes que je
ici

me

ne

me

permettent

peint d'entrer
ce
,

dans

la discussion des diverses

étymologies de
Il

nom qu'un grand nombre de
de dire

savans ont proposées.

me
ils

suffit

qu'ils se sont tous égarés,

parce que sans doute

n'avaient jamais rencontré ce

nom

dans aucun écrivain arabe.

~
niens, ce qui signifie parli.\an<;

353


lès historiens

Les Assassins s.mt presque toujours appelés, daus

orientaux, Ismaéliens, Motahid^ c'est-à-dire impics, ou Batc-

du sens alk'goriquc.

Un

seul

lit-

térateur, dans

une

lettre qui
<

nous a été conservée par Ménage.
il

avait entrevu la véritaBle
l'avait établie

fvmolcgie du mot Assassin; mais
,

sur de mauvaises taisons
le

parce qu'il n'avait

pas

même soupçonné
Parmi

motif pour lequel

les

Ismaéliens avaient été

désignés sous cette dénomination.
les victimes

de

la

fureur des Ismaéliens, une des plus

illustres, est sans
il

contredit Saladin.

Ce grand prince échappa,
fois
il

est vrai, à leurs attaques;

mais deux

fut près de perdre
il

la vie

par

le

poignard de ces scélérats dont
lisant

tira

ensuite une

vengeance éclatante. C'est en

dans quelques écrivains ara-

bes, contemporains de Saladin, et témoins oculaires de ce qu'ils

racontent

,

le récit

de ces entreprises réitérées

,

que

je

me

suis

assuré que les Ismaéliens, ou

du moins
pluriel, et

les

hommes

qu'ils

emnom-

ployaient pour exercer leurs horribles vengeances, étaient

més en arabe Ifaschischin au et ce nom, un peu altéré par
aussi
et

au singulier Haschichï;
exprimé

les écrivains latins, a été

exactement

qu'il est possible

par divers historiens grecs

par le juif Benjamin, de Tudèle.

Quant

à l'origine

du nom dont

il

s'agit,

quoique
j'ai

je ne Taie
je

apprise d'aucun des histo'iens orientaux que

consultés,

ne doute point que cette dénomination
maéliens
,

n'ait été

donnée aux

Is-

à cause de l'usage qu'ils
,

faisaient

d'une liqueur ou

d'une préparation enivrante
sous le
fois

connue encore dans tout l'Orient

nom

de haschisch. Les feuilles de chanvre, et quelque-

d'autres parties de ce végétal, forment la base de cette pré-

paration,

que

l'on

emploie de différentes manières,
pastilles,

soit

en

li-

queur,

soit sous

forme de

édulcorées avec des substanle

ces sucrées, soit

même

en fumigation. L'ivresse produite par

haschisch jette dans une sorte d'extase pareille à celle que les

Orientaux

se

procurent par l'usage de l'opium

,

et,

d'après les

témoignages d'un-grand nombre de voyageurs, on peut assurer

que

les

hommes tombés dans cet

état

de délire s'imaginent jouir
félicité

des objets ordinaires de leurs vœux, et goûtent une
l'acquisition leur

dont

coûte peu, mais dont

la

jouissance trop sou-

vent répétée altère l'organisation anirawleet conduit au

marasme

20


et à la mort.

354


,

Quelques-uns même, dans cet état de démence pasla

sagère

,

perdant

connaissance de leur faiblesse

se livrent à

des actions brutales capables de troubler l'ordre public.
point oublié que, lors
le général
la

On

n'a

du séjourde l'armée

française

en Egypte,

en cbef, Napoléon, fut obligé de défendre sévèrement

vente et l'usage de ces substances pernicieuses, dont l'habifait

tude a

un besoin impérieux pour
pour
les classes

les

babitans de l'Egypte
se

et surtout

inférieures

du peuple. Ceux qui
pourquoi
les

livrent à cet usage sont encore appelés aujourd'hui Haschischin,

et ces

deux expressions

différentes font voir
les historiens

Ismaé-

liens ont été

nommés

par

des croisades, tantôt As-

sissini et tantôt Assassini.

Ilàtons-nous de prévenir une objection que l'on ne
rait pas

manque-

de faire contre

le

motif sur lequel nous fondons l'ori-

gine de la dénomination à' Assassins, appliquée aux Ismaéliens.
Si l'usage des substances enivrantes feuilles

que

l'on prépare avec
s'il

les

de chanvre est propre à

troubler la raison,
l'ait

jette

l'homme dans une
pour des
réalités,

sorte de délire et lui

prendre des songes

comment

pouvait-il convenir à des gens qui

avaient besoin de tout leur sang-froid et

dw calme de

l'esprit

pour exécuter
résidence,

les

meurtres dont
dans
les

ils

étaient chargés, et

que

l'on

voit se transporter

contrées les plus éloignées de leur

épier pendant plusieurs jours l'occasion favorable à
se

l'exécution de leurs desseins,
qu'ils devaient bientôt

mêler aux soldats du prince

battre sous ses

immoler à la volonté de leur chef, comdrapeaux et saisir habilement l'instant où la for-

tune

l'offrait

à leurs coups.

Ce

n'est pas là

assurément

la

conduite

d'hommes en
fureur dont

délire, ni celle de frénétiques, emportés par
ils

une
les

ne sont plus

les

maîtres, tels que nous sont
,

peints par les voyageurs les

Amoques

si

redoutés parmi

Malais et les Indiens.

Un seul mot

suffira

pour répondre à cette

objection, el c'est le récit de Marc-Paul qui

me

le fournira.

Ce

voyageur dont

la

véracité est aujourd'hui généralement reconle

nue, nous apprend que

Vieux de
en

la

montagne

faisait

élever

des jeunes gens choisis parmi les babitans les plus robustes des
lieux de sa domination pour
faire les

exécuteurs de ses bar-

bares arrêts. Toute leur éducation avait pour objet de les convaincre qu'eu obéissant aveuglément aux ordres de leur chef,
ils


s'assuraient
,

355
la


jouissance de tons les plaisirs
,

après leur mort,

qui peuvent Hat ter les sens. Pour parvenir à ce but, ce prince
avait
fait faire

auprès de son palais des jardins délicieux. Là
le

dans des pavillons décorés de tout ce que

luxe asiatique peut

imaginer de plus riche et de plus brillant, habitaient de jeunes
beautés
,

iiniquement consacrées aux

plaisirs

de ceux auxquels

étaient destinés ces lieux enchanteurs. C'était là

que

les princes
les

des Ismaéliens faisaient transporter de temps à autre

jeunes

gens dont
lontés.

ils

voulaient faire les ministres aveugles de leurs vofait

Après leur avoir

avaler

un breuvage qui
les privait
ils

les

plon-

geait dans

un profond sommeil,

et

pour quelque
à leur ré,

temps de l'usage de toutes leurs
veil,

facultés,

les faisaient intro;

duire dans ces pavillons dignes des jardins d'Armide
tout ce qui frappait leurs oreilles et leurs yeux
laissait à la raison

les jetait

dans un ravissement qui ne
leurs âmes. Incertains
étaient déjà entrés
s'ils

aucun empire sur

étaient encore sur la terre,
la félicité
ils

ou

s'ils
si

en jouissance de

dont on avait

souvent offert

le

tableau à leur imagination,

se livraient avec
ils

transport à tous les genres de séduction dont

étaient envile

ronnés. Avaient-ils passé quelques jours dans ces jardins,

même moyen
qu'ils s'en

dont on

s'était servi

pour

les

y introduire sans
le«

aperçussent était de nouveau mis en usage pour

en

retirer.

On

profitait avec soin des

premiers instaus d'un

ré-

veil

qui avait

fait cesser

pour eux

le

charme de tant de
ils

jouis-

sances,
les

pour leur

faire raconter
ils

devant leurs jeunes compagnons
restaient eux-

merveilles dont

avaient été témoins* et
le

mêmes convaincus que
et

bonheur dont

ils

avaient joui pendant,

quelques jours, trop rapidement écoulés,

n'était

que

le

prélude
la

comme

l'avant-goùt de celui dont

ils

pouvaient s'assurer

possession éternelle par
prince.

leur soumission aux ordres do leur

Quand on

supposerait quelque exagération dans

le

récit

du

v«yageur vénitien, quand même, au lieu de croire

à l'existence

de ces jardins enchantés,
écrivains
,

attestés

cependant par plusieurs autres

on réduirait toutes
,

les mq^veilles

de ce séjour magi-

que

à

un fantôme produit de

l'imagination exaltée de ces jeu,

nes gens enivrés par le hascliich
avait bercés

et

que depuis l'enfance on
il

de l'image de ce bonheur,

n'en serait pas moins


vrai

356


est

que

l'on retrouve
les

ici

l'usage d'une liqueur destinée à en-

gourdir
celle

sens, et dans laquelle on ne saurait méconnaître

dont l'emploi ou plutôt l'abus
et

répandu aujourd'hui

dans une grande partie de l'Asie
la

de l'Afrique.

A

l'époque de

puissance des Ismaéliens

,

ces préparations enivrantes n'éles

taient point encore

connues dans

pays soumis aux musulla

mans. Ce n'est qu'à une époque postérieure que
en fut apportée des régions
les

connaissance

plus orientales, et vraisemblales

blement
elle se

même
,

de l'Inde, dans

provinces de la Perse.
la

De
,

communiqua aux musulmans de
de
la

Mésopotamie
,

de

l'Asie-Mineure
maéliens
,

Syrie et de l'Egypte. Sans doute

les Is-

dont

la doctrine avait plusieurs points

de ressemblance

avec les dogmes indiens, avaient reçu plutôt cette connaissance,
et la conservaient

comme un
c'est

secret précieux et

un des

princi-

paux

ressorts de leur puissance.
,

Un

fait

qui vient à l'appui de

cette conjecture

que l'un des plus célèbres écrivains araparmi
les habitans

bes attribue à

un

ismaëlien de Perse l'introduction d'un élec,

tuaire préparé avec le chanvre

de l'Egypte.

Je terminerai ce mémoire en observant qu'il ne serait pas impossible
gétal
,

que

le

chanvre ou quelques unes des parties de ce vé-

par leur mélange avec d'autres substances qui nous sont

inconnues, eussent été employées quelquefois à produire un
état de frénésie et de fureur violente.
les effets

On
,

sait

que l'opium

,

dont

sont en général

analogues à ceux des préparations
le

enivrantes

formées avec

chanvre

est

cependant

le

moyen
mas-

dont
reur
,

se

servent les
,

A moques

pour

se jeter

dans cet état de fu-

dans lequel

n'étant plus maîtres d'eux

mêmes
,

,

ils

sacrent tous ceux qui se trouvent à leur rencontre
pitent

et se préci-

aveuglement eux-mêmes au milieu des lances et des

épées.
,

Le moyen employé pour changer
,

ainsi les effets

de

l'o-

pium est si l'on doit en croire les voyageurs, de le mêler avec du jus de citron et de laisser ces deux substances s'amalgamer ensemble pendant un intervalle de quelques jours.

357

(E)

Lettre au rédacteur du Moniteur
Paris, le 23

(i).

décembre

1809.

Monsieur,

\ ous avez bien voulu insérer dans votre n°
let

2

1

,

du 29

juil-

de cette année

,

le 3Iéraoire

sur la dynastie des Assassins et

sur l'origine de leur

de l'Institut

le 7

nom, que j'avais lu à la séance publique du même mois. Ce Mémoire a été l'occasion
au Levant, insérée pareillement dans vosais si
je

d'une lettre datée de 3Iarseille, le 16 septembre 1809, et signée

M.

E., anciens re'sidens
le

tre n° 269,

26 septembre. Je ne
la

soupçonnant que

signature de cette lettre déguise

me trompe en un nom
celui qui l'a
soit,
,

justement célèbre, dont l'autorité aurait pu ajouter beaucoup

de poids aux objections que
écrite eût

la lettre

contient,

si

voulu
les

se faire connaître.

Quoiqu'il en
,

comme

l'auteur

ou

auteurs de cette lettre

en attaquant

d'ailleurs

avec le ton le plus bonnète et des expressions extrêmement obligeantes, l'étymologie que
j'ai

proposée du

nom

des Assassins

,

annoncent des connaissances peu communes dans la langue arabe,
je crois

devoir justifier

mon

opinion et répondre à leurs objec-

tions;

il

me

paraît d'autant plus concevable de le faire,
j'ai

que

le

du premier juillet n'est qu'un extrait très court d'un Mémoire beaucoup plus étendu, et que ce Mémoire, ainsi que tous ceux que j'ai soumis
morceau que
lu dans la séance publique

au jugement de
l'Institut

la classe d'bistoire et

de littérature ancienne de

ne

sera peut-être point publié de

mon vivant,
pouvoir
ni

par des

circontances bizarres qu'il n'est ni en

mon

au

pou-

voir de cette classe de l'Institut de faire cesser.

L'origine que

j'ai

attribuée au
il

mot Assassins
et veulent

,

parait
Ils

aux auen prodes

teurs de la lettre dont

s'agit,

amenée trop de
,

loin.

posent en conséquence une autre Assassins ne
»
soit

que

le

nom
«

autre ebose que le pluriel
,

de hassas ,

mol

qui

,

ajoutent-ils

est

employé par

le

peuple de Syrie et

même

(1) T.

XLI, n° 369, lundi 26 décembre 1800.

» u
«le la

358


homme

Basse-Egypte pour désigner un voleur de nuit, un
»

de guet-ar-pens.

Ces messieurs auraient pu étayer leur opinion d'autorités inlinimcns respectables
et je n'avais pas
,

car cette élymologie n'est pas nouvelle

manqué
lu

d'en faire mention ainsi que d'une mul-

titude d'autres, qui, peut-être, ne leur sont pas connues, dans le

Mémoire que

j'ai

dans nos séances particulières. Cette discus-

sion ne pouvait trouver place dans une lecture destinée à

une

séance publique

,

je

l'ai

donc supprimée en

entier. Permettez-

moi d'en transcrire
«
»

ici
,

quelques lignes.
qui sans doute
n'avait

Thomas Ilyde

disais-je,

jamais

rencontré dans aucun écrivain arabe
tion des Assassins, a cru

la véritable

dénomina-

»

que ce devait

être le mot. arabe lias-

» sas, »
» »

dérivé de

la

racine hassa, qui signifie, entre autres choses,

iitcr,

exterminer. Cette opinion a été adoptée par Ménage et
savant Falconet.

par

le

M. Yolney

l'a

aussi

admise

,

mais

sans citer

cun garant.

»

Je discutais ensuite

les diverses
S.

élymologies proposées par
le

M. de Caseneuve
célèbre Reiske
,

,

le prélat J.

Assemaui, M. Falconet,
,

M. Couit de Gebelin M. l'abbé S. Assemani dePadoue, enfin le ministre le Moyne, et je faisais voir qu'aucun de ces écrivains n'avait donné la véritable étvmologie de ce

nom
la

,

à l'exception
cl

du ministre

le

Moyne, qui

avait bien

vu que

dénomination
,

Assassins ou Assissins devait dériver du mot

arabe haschisch
sessa
» »
:

qu'il écrivait

peu correctement Assissa ou Asle

«

Mais, ajoutais-je, M.

Moyne
fait

a ignoré
,

pourquoi
il

les

Ismaéliens portaient le

nom

de Ifaschischin

et

a

donné

une

très

mauvaise raison, ce qui a

proscrire son

étymo-

» logie. »

MM. M.
que
j'ai

R. s'imaginent assurément que

c'est

par conjecture
les

avancé que les Ismaéliens étaient désignés chez

Ara«

bes sous le
»
» »

nom

de Ilaschischin

;

car

ils

s'expriment ainsi:

Les

plus anciens auteurs italiens et français ont écrit ordinaire-

ment Assassini, quelquefois
a écrit Haussaci.

Ileisessini et Assissini ;
,

Jo nville
;

Sur cette base

M. de Sacv ne

cloute
,

pas que

» le
»
»

mot arabe qui
les

a servi de type ne soit haschisch

signifiant

/ierZ>eengénéral,et, dans une acception particulière,

le

chanvre.

Or, parce que

Arabes ont su depuis long-temps retirer du


» »
»

359


comme
la

chanvre un breuvage qui enivre et rend furieux

l'o-

pium,
sacré y

et

que ce breuvage
les

a quelquefois

servi à préparer des

fanatiques à l'acte que
c'est-à-dire
,

musulmans nomment

combat

»
>>

le

meurtre de dessin prémédité, M. de
appelé hachichi ou haschischi , c'est,

de Sacy veut qu'on
à-dire les

ait

»

gens à l'herbe

toute la secte des Ismaéliens qui a
;

»
»

fourni beaucoup de fanatiques de ce genre
cette assertion,
il

mais pour établir

faillirait

prouver d'abord que l'emploi de ce
chez cette secte, au point

»
»

breuvage
de
la

a été habituel et général

distinguer de tous les autres Arabes qui s'en servaient

« »

sans tuer également. L'histoire ne nous apprend rien de
blable. Il paraît

même que
le zèle

»
» » »

employé que lorsque
mais ensuite
le

semmoyen artificiel n'aurait été primitif commença à se refroidir
ce
;

mot haschisch
»

diffère trop

réellement des mots

Assassin, Heissessin et Haussaci , pour avoir dû leur servir

de type original.

Ces Messieurs

me

permettront de leur observer que,

s'ils

eus-

sent lu avec attention

mon Mémoire imprimé

et le rapport fait

par

mon

estimable confrère M. Ginguené, des travaux de la classe
I

d'histoire et de la littérature ancienne, depuis le
ils

er

juillet

1808

auraient reconnu qu'il n'y avait là de

ma

part aucune conjec-

ture.

En
fois

effet

,

c'est
,

en

citant textuellement divers passages

d'auteurs arabes
rentes

relatifs

aux entreprises formées à deux

difféj'ai

par les Ismaéliens de Syrie contre Saladin, que
les écrivains

prouvé jusqu'à l'évidence que

employaient indiffé,

remment dans
cette
.l'ai

le

même

écrit les

noms d'Ismaéliens
,

de Balele

niens et de Haschischin

comme synonymes
était

et

que

chef de

horde de brigands
fait

appelé

le

possesseur du haschischa.

même

remarquer

à cette occasion

que

les écrivains

de

Bvsance nommaient
jamin de Tudèle
établis d'une
c'était

les Assassins Chasisioi, et

que

le juif

Benfaits

les appelait

en hébreu Haschischin.
j'ai

Ces
ce

manière incontestable,

dû rechercher
le

que

que ce haschisch ou haschischa
ne m'a pas fallu
le

,

possédé par

chef des

Ismaéliens, et dont ceux-ci empruntaient le
et certes
il

nom de Haschischin;
effort d'ima;;ination

faire

un grand

pour retrouver

haschischa des Ismaéliens dans celui des Sy-

riens et des Égyptiens d'aujourd'hui. J'ai fait voir ensuite, par

des témoignages historiques très-positifs

,

qu'à l'époque où les

360


faites

Assassins se rendaient laineux par leurs brigandages et leurs

meurtres , l'usage des préparations enivrantes
vre n'était point encore introduit parmi
le

avec le chan-

commerce des mufaits et

sulmans; enfin,

j'ai

établi par

une multitude de

par

le é

témoignage de Marc-Paul que
chez
les

le liaschiseh n'était pas

emplov

Ismaéliens pour jeter ceux auxquels on l'administrait
ils

dans un état de fureur et de frénésie où
tions barbares
c'était
il

exécutaient des ac-

presque sans en avoir

la

conscience; mais que
la secte et

un

secret

connu seulement du chef de

dont aux

se servait

pour oter momentanément l'usage de
il

la raison

jeunes gens auxquels

voulait inspirer, par tous les genres de

séduction propres à enflammer l'imagination ou à exaller les
sens, une obéissance aveugle à ses volontés.

La principale raison pour laquelle
je

les

auteurs de

la lettre

que

réfute ont peine à admettre
,

que

le

mot Assassins ou Assis-

sins

dérive effectivement de Haschischin , c'est qu'ils ne croient

pas que les Occidentaux eussent substitué l'articulation

du

sin

arabe, c'est-à-dire de notre s
notre ch
la
;

,

à celle

du schin

,

qui répond à

mais

ils

oublient peut-être qu'à l'époque des croisades

langue latine

était

pour

ainsi dire l'idiome

commun

des écri-

vains de toute l'Europe, et que, dans cette langue,

on ne pourrait

pas exprimer l'articulation
ter

du schin
Arabes

arabe. Il faut encore ajou-

que

le

schin arabe n'est pas en général prononcé aussi forteles

ment que notre ch, que
rendre
le

l'ont souvent
lalins
,

employé pour
dans Ponius,

sigma grec ou Vs des noms
;

comme
les

Orosius, Philippus , Busiris, etc.

enfin

que

Maures d'Es,

pagne, en écrivant

le castillan

en caractères arabes
,

se servaient los cielos

du schin pour rendre Ys; par exemple

dans

les

mots

y

las lierras. ("Voyez Notices et Extraits des manuscrits, tom. 4»

pag. 6~n et 64i). Peut-être avons-nous
stitution

de notre

s

au schin arabe dans
ici

un exemple de celte suble mot Sarrasins'.
les

Je

me

trouve encore

en contradiction avec

auteurs de

la lettre

qui rejettent les étymologies qu'on a proposées jusqu'à

présent du

nom

des Sarrasins, peur le dériver de sarrag ou

Sarradj

,

mot

qui, suivant

eux

,

veut

«lire
,

homme de

se/le, et

par conséquent hofnme de cheval
ultérieure
,

,

et enfin

par une conséquence

cavalier. Ces Messieurs

ne trouveront pas mauvais
observe que sarradj,

que

je nie la

conséquence et que

je leur


ou comme
ne peut
l'on

361


,

prononce ailleurs sarrag

n'a jamais signifié et

qu'un

même signifier, en suivant l'analogie de la langue arabe, homme qui fait ou qui vend des selles pour les chevaux
ne veux pas en être cru sur
point omis
le

ou un valet d'écurie qui A soin des équipages de ces animaux.

Comme je

lius qui n'a

mot sarrag

,

ma parole comme on
,

je citerai
le dit
:

Gole

dans

post-scriptum de

la lettre, et

qui le traduit ainsi

qui confiât

ephippia et ea

quœ ad

cqui et currûs

apparatum

spectant.

nins qui le rend en latin par Ephippiarius , qui ephippia et

Mequœ

ad ea spectant conficit
ephipii,

qui curam equorum et apparatus eorum,

phalerarum

et
,

habet; en italien par scllaro, palfrcniere;
palefrenier,
;

en français par
fait

sellier

Germanus de

silcsiâ qui le

répondre à

l'italien scllaro

enfin le P. F.
s'en sert

Cannes qui, dans
le

son dictionnaire espagnol arabe

,

pour rendre
11.

mot

es-

pagnol

sillero.

Les objections que

MM. M.
,

font contre

une

des élvmologies du

mot Sarrasins, que
,

plusieurs savans ont
Il

voulu dériver du mot sarikin
n'est pas vrai

voleurs

n'ont aucune force.

qu'on ne

puisse admettre cette étymologie sans
les

supposer en
lés

même
les

temps que
,

Arabes
,

se seraient
le fait
,

appe-

eux-mêmes

voleurs

parce que
,

dans

les

Arabes
Tout

connus des Grecs et des Latins
rasins
,

sous la dénomination des Sarils

ne se sont point donné eux-mêmes ce nom,

reçu des peuples voisins qui peuvent fort bien les avoir désignés
sous la qualification
de.

brigands. Cette objection n'a pas plus de

force contre ceux qui dérivent le

nom
,

de Sarrasins
oriental.

,

Saraccni
Si
c'est

de

scharki ou scharaki,
origine de
à

c'est-à-dire,

la véritable

ce

nom

il

est

bors de doute qu'il a

été

donné d'abord
plus

quelques Arabes

par des peuples qui

habitaient une contrée plus occidentale et qu'il a
s'étendre à la

pu ensuite

grande

partie de
,

cette

nation.

Comme

dans l'une ou l'autre hypothèse
ori

le

mot Sarrasins aura une

ne arabe

,

on pourra supposer avec vraisemblance, que cette
à celle

dénomination, qui a succédé
d'abord aux

des Sce'nites, aura été donnée
les tribus civilisées établies

Arabes nomades par

au nord-est de

l'Arabie et qui reconnaissaient l'autorité des
,

Romains. En tous cas
forcées, j'aimer.iis

si

ces

deux étvmologics paraissaient trop
l'origiue

mieux avouer que nous ignorons

du


mot Sarrasins
Je
finirai
,

362


d'une expression qui n'est
nation arabe.
fait

que de

le dériver la

nullement propre à caractériser
en observant
le
,

que peut-être
l'un et l'autre

comme je L'ai nom de Jlaschischin ou
,

dans

mon Mémoire
dit
les Ismaéliens,

Haschaschin, car on

ne désignait pas proprement tous

mais était particulier à ceux que l'on destinait au ministère
d'assassin
,

et qui étaient
«

connus aussi sous

le

nom

de fédaouis

ou devoucs.
»

Je n'ai pas rencontré jusqu'à ce jour, disais-je,

en terminant

mon Mémoire,
à cet

assez de passages

ou ce mot

soit

»
» »
»

employé, pour avoir
Haschischin que

égard une opinion assurée; mais je

suis porté à croire que, chez les Ismaéliens,
les

on ne nommait

gens qu'on élevait spécialement pour

»

commettre des meurtres, et que l'on disposait, par l'usage dn haschisch , à une résignation absolue aux volontés de leur
n'aura point empêché que, chez les autres peuples,
et surtout chez les

» chef; cela
»

Occidentaux

,

cette dénomination n'ait été

»

étendue à tous
»

les Ismaéliens.

Agréez

etc. etc.

Sylvestre de Sacy.

»

(F)

Les Ismaélis de Syrie sont divisés en deux classes
danis et
les

,

les

Souéï-

Khedhréwis, qui ne diffèrent entre
et admettent la lumière

elles

que par

certaines cérémouies extérieures.
la divinité

L'une et l'autre reconnaissent

d'Ali

comme

le

principe

universel des choses créées. C'est ce

que

ces sectaires appellent

nour-eldin,

h
la

lumière de l'œil, source de beaucoup d'équivoplupart de leurs scheikhs enseignent être une
les différen-

ques et que

vertu ou force surnaturelle qui produit et conserve
tes parties
fait

de l'univers
,

Par suite de leur dissimulation en
,

de religion

ils

n'ont aucun temple public
la

ils

vont cepen-

dant en pèlerinage à ISedjef, lieu de

sépulture d'Ali, à quatre

ou cinq journées de Bagdad, dans
tre endroit de dévotion près la
ils

le désert. Ils

ont aussi

un aupu

Mecque,
ils le

nommé Redhwoué, où
je n'ai

se

rendent furtivement quand

peuvent, mais
qu'ils

savoir quel est le saint

ou

le

prophète

y honorent.

Les Khedhréwis qui forment

la classe la

plus nombreuse ont

aujourd'hui pour chef l'émir Ali Zoghbi, successeur de l'émir

mah. Sur un rocher
est
isolé

363


MéHal'orient

Muslafa Edris, son parent. Leur principale habitation est à
siade(i), ancienne forteresse située à douze lieue ouest de

au pied de cette place et de

un gros bourg de même nom entouré de murailles

et

formé

de plus de deux cents maisons.
,

y trouve des bains, des khans des boutiques et une ou deux mosquées,
Les lsmaélis possèdent encore une autre forteresse
Kalaraous
,

On

nommée
dont
elle

non moins grande que
que de
classe

celle

de Mésiade

,

n'est éloignée

trois lieues ouest.

La seconde

ou tribu des lsmaélis, composée des Souéïla

danis, est bien
.

moins nombreuse que
le

précédente. Elle est

concentrée dans

village

de Feudara, l'un des dix-huit comest

pris dans la juridiction

de Mésiade. Elle

pauvre et exposée
le

au mépris des Khedhréwis. Son chef actuel s'appelle
Suléïman.

scheikh

Les Nosaïris, que

les

musulmans appellent Ghelât,
orthodoxes
tt
se

c'est-à-dire

outres, extravagans , différent entièrement par leurs opinions
religieuses

des mahométans

,

rapprochent

Le lieu nomme' Mésiade par M. Rousseau est certainement le qui servait du temps des croisades de chef-lieu aux Assassins ou lsmaélis de Syrie, dont ils s'étaient empares en 535 et dont la prise par le sultan Bibars, en l'année 6G8, porta un coup funeste à
(1)

même

leur puissance.
Il est remarquable que les e'erivains varient beaucoup sur l'orthographe et la prononciation de ce nom. A. Scbultens dans l'Index geogr. qu'il a joint à la vie de Saladin par Boha-eddin, écrit Masiat. Koehler, dans son édition de la description de la Syrie d'Aboulféda (pag. 20, note 82), soutient qu'il faut écrire et prononcer Masiaf. Le célèbre Reiske, dans ses notes sur les annales d'Aboulféda (t. 3. p. reste incertain entre ces deux leçons et penche pour la 484 ) seconde. Je ne trouve ce lieu ni dans le dictionnaire nommé Kamous ni dans le dictionnaire des homonymes géographiques de Yakout. Dans le Marasid alatla du même Yakout, ce nom est écrit Masiath. Renaudot, dans l'hittoire des patriarches d'Alexandrie (p. 54), écrit ilosiab. Pour moi je crois que la véritable prononciation est Mésiat, et, ce qui me confirme surtout dans cette opinion, c'est la lettre apocryphe rapportée par Nicolas de Trevetn et qui est datée ainsi in domo nostrâ ad castellutn nostrum ilessiat in dimidio septembris.
,
, , :

(Voy.vet. aliq. Script. spicil.Op. D. L. Acheril. T VIII. P. 524.) cela n'empêche pas qu'il y ait Si M. Piousseau a écrit Mésiade un t dans l'arabe, le t, surtout i la lin des mots, »e confondant
,

souvent avec

le d. (S.

de S.)

364
beaucoup des Ismaélis.
et la
Ils


comme eux
la divinité d'Ali

admettent

métempsycose
,

Les Nosaïris ont aussi des
la

sacrifices

de

propitiation

mais

prière n'est presque point en usage parmi

eux.
Ils sont

infiniment supérieurs en

nombre

,

en force et on

ri-

cbesses aux

Ismaélis leurs voisins, qu'ils ne cessent d'inquiéter font souvent
:

par les incursions qu'ils

sur leurs terres.
les

Cette

nation se compose de plusieurs tribus
sont celle de Reslan
,

plus remarquables
;

de Melih

,

et

de Schemsîn

toutes étroite-

ment nnies par

les liens

du sang

et de la religion. Ces différen-

tes tribus réunies sous l'autorité

d'un seul scbeikb ou chef,

habitent la partie des montagnes de
Safita,

Semmak

qui est appelée
à huit

du nom de leur bourg
de Tripoli.

principal situé

ou neuf

lieues

(G)

Le Vieux de
1236)
roi
,

la

montagne

,

dit

Guillaume de Nangis (année
le

envoya des Arsacides en France pour assassiner
,

saint

Louis

mais pendant

qu'ils étaient

en marche

,

Dieu changea

ses dispositions

meurtrières en sentimens de paix, Ce prince déle roi

pêcha d'autres envoyés pour avertir
Ceux-ci
roi les
,

du

péril qu'il courait.

arrivés à

temps

,

aidèrent à découvrir les premiers.
,

Le

combla de présens

et leur

en donna de magnifiques pour

leur souverain en témoignage de la paix et de l'amitié qu'il voulait entretenir, (i).

(1)

Mémoires de l'Académie des inscriptions
p.

et belles-lettres,

tom.

XVI,
toire

163. Eclaircissemens
la

sur

quelques

circonstances de l'his-

du Vieux de

montagne, prince des Assassins.

365

ERRATUM.

Page 40, noie

2* ligne,

au lieu

île (i), lisez (2).

e 4g, ligne 24 , au lieu de (1), lisez (2).

Id., note, 2 e ligne,

au lieu de

(1), lisez (2).

104, note, au lieu tYIbn-Firat, lisez Ibn-Foral.
Id., id.,

au lieu de Kamaleddin
,

,

lisez

Kemaleddln.

107, note, au lieu d'Ibn-Firat

lisez

Ibn-Forat

109, note, au lieu de

(1), lisez (2).

iic, note, au lieu d'Ibn-Firat, lisez Ibn-Forat.

122, note, ligne

i

re
,

au lieu d'Ibn-Firat,
(2).

lisez

Ibn-Forat.

132, ligne 20 e , au lieu de (1), lisez
161, note 2 e , au lieu de (4), lisez

(2).

e 172, ligne 27 , au lieu de prophète, lisez prophète.

i85, note, au lieu de (3), lisez (1).

ig5, ligne 26 e , au lieu de (1), lisez (2).

210,

lig.

8 c ,aulieude/façf^V/-jEY,W/tt,lisez Raschideddin.
,

224, note, ligne 2 e

au lieu de
i

(1), lisez (2).
lisez

23o

,

note, ligne

re
,

au lieu de Sahir-Fddin,

Sa/iireddin.

— 367 —

TABLE DES MATIÈRES.

LIVRE L^ RE

I"\
II.

— Introduction — Fondation de

Pages.
i

l'ordre des Assassins et règne

LIVRE

du premier Grand-maître, Hassan-Sabah III. Règne de Kia-Buzurgomid

Ci
et

de son fds
1

Mohammed. Règne de Mohammed,
IV.

19

fds

de Kia-Buzurgomid
fds

.

.

.

140

LIVRE
med

— Règne de Hassan II,
,

de

et petit-fds de Kia-Buzurgonikl
II

et

de son

Mohammed I*1 fils Moham
167

Règne de Mohammed II, fds de Hassan II LIVRE V. Règne de Dschelaleddin-Hassan

176
111
,

fds

de

^Mohammed-Hassan med III

II, et de son

fils

Alaeddin-Moham-j
1

— Règne d'Alaeddin-Mohammed III,
LIVRE
Hassan-New-Musulman VI. Règne de Rokneddin

fils

deDschelaleddin242

-

Karschâh

,

dernier
2i>5

Grand-maître des Assassins

LIVRE VIL

— Conquête de

Bagdad

;

chute et

fin

de l'Or-

dre des Assassins
Pièces justificatives

q83 343

Auffraï, Imprimeur,

passage

du

Caire.

DS 236
H24.

Hammer-Purgstall, José Freiherr von Histoire de l'Ordre des assassins

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