Les puissances émergentes en Afrique Centre d'études stratégiques de l'Afrique Séminaire pour hauts responsables National Defense University

Fort McNair Washington, D.C. Le 15 juin 2011 Remarques de David H. Shinn Professeur vacataire, Elliott School of International Affairs George Washington University Introduction La fin de la Guerre froide a débouché sur le désengagement stratégique des pays occidentaux, parmi lesquels les États-Unis, du continent africain. Ces pays ont continué à entretenir des relations commerciales avec l’Afrique et à déployer des activités d'aide et d'assistance, mais une fois disparue la menace d'expansion communiste, le monde occidental a vu ce continent sous un autre angle, offrant ainsi des opportunités à tout un ensemble de pays émergents de développer leurs liens avec l'Afrique. Avec l’accroissement de leur puissance économique, ces derniers ont de plus en plus remplacé l'influence et l'engagement des pays occidentaux, notamment dans certains pays. Cette nouvelle évolution a fondamentalement changé les relations qui existent entre les 53 pays de l'Afrique et le reste du monde. La Chine est actuellement l'acteur émergent le plus important en Afrique. D'ailleurs, ce pays est maintenant la principale présence non africaine, occidentale ou non, dans plusieurs pays africains. D'autres pays émergents sont en train d'étendre rapidement leurs activités sur le continent. On remarque en premier lieu l'Inde, qui possède des liens de longue date avec l'Afrique australe et du Sud. Puissance économique croissante en Amérique latine, le Brésil renforce sa présence en Afrique. La Russie revient en Afrique après avoir joué un rôle amoindri suite à l'effondrement de l'Union soviétique et à la fin de la Guerre froide. L'Iran a accru son engagement sur une grande partie du continent. La Turquie et plusieurs États du Golfe manifestent un intérêt significatif pour l'Afrique, plus particulièrement dans la partie nord-est de l'Afrique du Nord. Suite à son implication militaire majeure en Angola et en Éthiopie durant la Guerre froide, Cuba avait pratiquement disparu du continent mais y revient peu à peu. Même des pays tels que le Viêt Nam, qui ne s'est jamais beaucoup impliqué en Afrique, commencent à asseoir leur présence. Dans mes remarques, je me limiterai à la Chine, à l'Inde, au Brésil, à la Russie, à l’Iran, à la Turquie et au Viêt Nam. La Chine Les antécédents de la Chine en Afrique remontent à loin ; la Chine moderne a réorienté ses activités : de l'appui à des mouvements de libération africains et à des

2 gouvernements ayant les mêmes dispositions idéologiques qu’elle dans les années 1950 et 1960, elle a mis l'accent dès le milieu des années 1990 sur les relations commerciales et une collaboration politique concrète. La Chine possède quatre grandes catégories d'intérêts en Afrique : • Une augmentation de son accès à l'énergie, aux minéraux, au bois et aux produits agricoles. • Le développement de bonnes relations avec tous les pays africains de façon à pouvoir compter sur leur soutien dans les forums régionaux et internationaux. • Mettre un terme à la présence diplomatique officielle de Taiwan pour la remplacer par la reconnaissance de Beijing. • L'accroissement significatif des exportations de la Chine à mesure que les économies africaines sont plus solides et que les Africains s'enrichissent. En examinant ces quatre axes les uns après les autres, on constate que la Chine importe environ un tiers de son pétrole d'Afrique. Il convient toutefois, de remettre ce chiffre en perspective. Les importations de la Chine ne représentent que quelque 13 % des exportations totales de pétrole de l'Afrique, tandis que les États-Unis et l'Europe importent respectivement environ un tiers de l'ensemble des exportations de l'Afrique en raison de leur demande globale supérieure. Toutefois, la Chine ne s'intéresse pas seulement au pétrole de l'Afrique. Elle importe environ 90 % de son cobalt, 35 % de son manganèse, 30 % de son tantale et 5 % de son bois de feuillus d'Afrique. Ces importations de matières premières d'Afrique et d'autres régions du monde soutiennent une économie chinoise en plein essor. Sans une forte croissance économique, les dirigeants actuels du Parti communiste chinois auraient bien des difficultés à se maintenir au pouvoir. La Chine possède un intérêt stratégique à long terme dans les ressources naturelles de l'Afrique. Les 53 pays qui composent ce continent représentent beaucoup plus que le quart des 192 membres des Nations Unies. Si la Chine détient un pouvoir de veto au Conseil de sécurité, l'Afrique y compte trois sièges non-permanents. L'Afrique est également bien représentée dans des organisations qui intéressent la Chine telles que le Conseil des droits de l'homme de l'ONU et l'Organisation mondiale du commerce. Bien évidemment, les Africains ne votent pas en un bloc monolithique mais la Chine déploie tous ses efforts pour cultiver de bonnes relations avec le plus de pays africains possible sur toutes les questions intéressant Beijing qui sont soulevées dans les forums internationaux. Dans certains cas, des gouvernements africains ayant les mêmes dispositions utilisent les Chinois comme les Chinois le font aussi, par exemple lorsque des questions controversées affectant la Chine ou un pays africain particulier sont soulevées par devant le Conseil des droits de l'homme. Lorsque le Tibet a suscité le débat en 2008, la Chine a reposé sur les Africains pour garder le silence, voire même pour faire des déclarations de soutien. Ils ont répondu à l'appel. Les pays africains peuvent compter sur la Chine pour éviter de soulever des questions controversées sur les droits de l'homme en Afrique au Conseil des droits de l'homme, voire même les soutenir lorsqu'ils font l'objet de critiques de la part des pays occidentaux.

3 La position de Taiwan en Afrique est plus importante pour la Chine que ne l'évaluent la plupart des observateurs. Beijing ne s'est jamais rétracté sur son insistance eu égard au principe « d'une Chine unique ». Tout aussi important, ce pays n'a jamais oublié que les États africains avaient joué un rôle crucial en 1971 pour que Taiwan soit remplacé par la République populaire de Chine au Conseil de sécurité des Nations Unies. Seuls quatre pays africains, le Swaziland, le Burkina Faso, la Gambie et Sao Tomé-et-Principe, entretiennent toujours des relations diplomatiques avec Taiwan. Vers la fin de 2008, suivant l'élection d'un nouveau président à Taiwan, Taipei et Beijing sont parvenus à une trêve officieuse, selon laquelle ils s’engageaient à ne pas solliciter activement les pays qui reconnaissent un pays à reconnaître l'autre. En 2009, la Chine a dépassé les États-Unis pour devenir le plus important partenaire commercial de l'Afrique. Elle a conservé son titre en 2010, ses échanges commerciaux s'étant élevés à 127 milliards de dollars É.-U. Toutefois, les échanges de la Chine avec l'Afrique à l'échelle mondiale s'élèvent seulement à 4 %, tandis qu'ils représentent plus de 10 % dans le sens inverse. Jusqu'à 2009, l'Afrique maintenait habituellement un petit excédent commercial avec la Chine ; en 2009, elle a connu un gigantesque déficit commercial. De façon plus importante, il existe de grandes disparités d'un pays à l'autre. Une quinzaine d’exportateurs africains de pétrole et de minéraux enregistre de gros excédents avec la Chine, tandis que 32 pays africains constatent des déficits significatifs. Ce sont les pays africains les plus pauvres qui tendent à avoir les déficits commerciaux les plus élevés. Cinq nations exportatrices de pétrole et de minéraux en Afrique représentent environ 85 % des exportations de l'Afrique vers la Chine. S'il s'agit là des principaux intérêts de la Chine en Afrique, ce ne sont pas les seuls. Les investissements étrangers sont en augmentation. Les pays occidentaux assurent toujours environ 90 % de tous les investissements directs étrangers en Afrique, mais la Chine a eu une politique plus agressive que les pays occidentaux ces dernières années. Elle compte aujourd'hui au moins 20 milliards de dollars É.-U. d'investissements sur le continent, surtout dans les secteurs du pétrole, de la banque et des industries extractives. Ce chiffre ne constitue toutefois qu'environ 4 % de l'IDE global de la Chine. Les principaux destinataires des investissements chinois sont : l'Afrique du Sud, le Nigéria, la Zambie, l'Algérie et le Soudan. Les entreprises chinoises sont désormais plus disposées que les occidentales à prendre des risques en Afrique. Ceci peut s'expliquer par le fait que la plupart des grandes entreprises chinoises sont contrôlées par l'État. Un programme d'assistance croissant constitue l'une de ses tactiques permettant de renforcer l’influence chinoise en Afrique. La Chine ne fait pas preuve de transparence quant à ses chiffres concernant l'aide et il est difficile d'identifier l'assistance de la Chine par rapport à la définition de l'OCDE. Ces dernières années, l'aide de la Chine, par rapport aux critères de l'OCDE, s'élève à environ 1,5 milliards de dollars É.-U. par an. Remontant à 1963, l'envoi d'équipes médicales dans des pays africains est un programme particulièrement couronné de succès. Jusqu'à 2009, la Chine avait envoyé 18.000 personnels médicaux dans 46 pays différents et soigné, selon elle, 200 millions de patients. La Chine a également entamé un programme qui s'apparente aux Corps de la

4 paix américains. En effet, elle envoie quelques 300 volontaires vers une demi-douzaine de pays africains. Si l'aide sous forme de dons de la Chine en Afrique connaît une croissance modeste, les accords qui ont fait la une concernent pour la plupart des prêts à faible taux d’intérêt liés à des projets d'infrastructure exécutés par de grandes entreprises chinoises. Les bénéficiaires doivent accepter le principe d'une Chine unique et ce sont des entreprises chinoises qui exécutent les projets. Sauf pour ce qui est des conditions de faveur assorties aux prêts, il s'agit de transactions commerciales et non de projets d'aide. Ces dernières années, la Chine a fourni des prêts à faible taux d’intérêt à hauteur de 13 milliards de dollars É.-U. à l'Angola, de 9 milliards de dollars É.-U. à la République démocratique du Congo (RDC), de 5 milliards de dollars É.-U. au Niger et de 2,5 milliards de dollars É.-U. à l'Éthiopie. Le gouvernement angolais rembourse les prêts avec du pétrole qu'il expédie en Chine. Le prêt accordé à la RDC fonctionnera de la même façon avec les minéraux. Comme l'Éthiopie n'exporte vers la Chine que des graines de sésame, des peaux et du cuir ainsi qu'un peu de café, les modalités selon lesquelles elle pourra rembourser le prêt ne sont pas claires. En effet, il faudra beaucoup de graines de sésame et de peaux de chèvres pour rembourser 2,5 milliards de dollars É.U. Bien sûr, il est toujours possible que la Chine finisse par passer une partie de la dette en pertes et profits. Elle a dans le passé annulé d'importantes dettes contractées par les pays africains les plus pauvres. La Chine entretient également des relations étroites d'assistance avec des pays tels que le Soudan et le Zimbabwe qui sont considérés comme des parias par de nombreuses nations occidentales. Ce qui caractérise les relations de la Chine avec les pays africains sont les excellents liens entre États. La Chine a une ambassade dans 48 des 49 pays reconnaissant Beijing. La seule exception est la Somalie, pays dans lequel les conditions de sécurité ne permettent pas de maintenir une ambassade. Parmi les 49 pays, seules les Comores n'ont pas d'ambassade à Beijing. La Chine s'appuie considérablement sur les contacts personnels de haut niveau pour consolider ses relations avec les dirigeants africains. Le président Hu Jintao a effectué six visites, deux en qualité de vice-président et quatre comme président, dans plusieurs pays d'Afrique. Le premier ministre Wen Jiabao a maintenu une visibilité similaire en Afrique. Dès 1991, le ministre des Affaires étrangères chinois entreprenait son premier voyage annuel en Afrique, une pratique remarquée et appréciée des gouvernements africains. Tous les éléments du leadership chinois se rendent fréquemment en Afrique. À son tour, Beijing invite souvent des dirigeants africains en Chine. Entre 2002 et 2005, des responsables du Parti communiste chinois ont effectué 64 visites en Afrique, tandis que des officiels politiques africains se rendaient 69 fois en Chine. La Chine et l'Afrique ont officialisé leurs relations au sein du Forum de Coopération Chine-Afrique (FOCAC), qui se réunit à l'occasion d'un sommet organisé tous les trois ans, alternant entre Beijing et une capitale africaine, et au niveau ministériel les autres années. La dernière rencontre a eu lieu en Égypte en 2009. Ce forum est devenu un dispositif important de coordination des relations entre la Chine et l'Afrique. Seul dilemme, la Chine parle d'une seule voix tandis que les pays africains ont toujours tendance à faire entendre leurs cinquante-trois sons de cloche.

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La Chine a également recours à toute une gamme de techniques de puissance douce pour développer ses liens avec l'Afrique. L'agence officielle de nouvelles, Xinhua, compte plus de vingt bureaux en Afrique. Il existe au moins vingt-deux Instituts Confucius. La Chine est en train d'accroître ses émissions radio en Afrique dans plusieurs langues ; elle compte une installation d'émission au Kenya et divers accords pour la retransmission d'émissions. Elle fournit une formation, notamment à des diplomates et journalistes africains, et a porté en 2009 à 4.000 le nombre de bourses d'études proposées aux étudiants africains. Comparé à des pays situés sur sa périphérie, l'Europe et l'Amérique du Nord, l'Afrique représente une faible priorité pour la Chine en matière de sécurité. Toutefois, l'importance de l'Afrique est en train d'augmenter en raison de la dépendance croissante de la Chine vis-à-vis des importations de matières premières du continent. La Chine a pour politique de ne pas installer de bases militaires en Afrique, mais elle a mis en place quelques dispositifs d'interaction en matière de sécurité, si modestes soient-ils, avec chacun des 49 pays africains qui reconnaissent Beijing. Il existe une vague corrélation entre la coopération militaire de la Chine et les pays africains riches en ressources. La part de la Chine sur le marché des armes conventionnelles en Afrique subsaharienne s'élève à environ 15 %. Ce pourcentage est plus élevé pour les armes de petit calibre et les armes légères. Les visites d'échanges militaires de haut niveau constituent une part importante des relations en matière de sécurité. Vingt-huit pays africains comptent des attachés de Défense à Beijing alors que seize bureaux d'attachés de Défense chinois en Afrique sont agréés auprès de quelques trente pays africains. La Chine joue un rôle croissant et constructif dans le cadre des opérations de maintien de la paix des Nations Unies en Afrique. Elle compte actuellement davantage de soldats de la paix de l'ONU en Afrique que tout autre membre permanent du Conseil de sécurité de l'ONU, environ 1.600 comparés à la trentaine fournie par les États-Unis. La Chine continue à envoyer deux frégates et un navire de ravitaillement aux forces navales internationales qui luttent contre la piraterie somalienne dans le golfe d'Aden. À mesure que la Chine amplifie sa présence dans les zones de conflit de l'Afrique telles que le delta du Niger, le Soudan occidental et la région de l'Ogaden en Éthiopie, elle commence à subir le même type d'attaques contre ses ressortissants que les pays occidentaux. Par exemple, au début de 2011, l'armée chinoise a contribué à la supervision de l'évacuation de quelques 36.000 travailleurs de Libye. La Chine est également confrontée à plusieurs défis en Afrique. Si elle a instauré d'excellentes relations avec les gouvernements et remporté de bons résultats auprès de la communauté des affaires, elle n'a pas aussi bien réussi avec la société civile, les partis politiques d'opposition et les syndicats. L'engagement de la Chine en Afrique est notamment critiqué dans les domaines suivants : • La démocratie et la bonne gouvernance. • Les pratiques en matière de droits de l'homme. • La transparence et la corruption. • Des pratiques discutables en matière d'environnement.

6 • • • • • L'achat de bois, d'ivoire et d'espèces menacées illégalement récoltés. Des mesures de sécurité au travail insuffisantes et des pratiques de travail peu équitables. L'exportation vers l'Afrique de produits nocifs et de contrefaçon. Une réticence à procurer une formation et un appui au secteur manufacturier africain de façon qu'il puisse renforcer sa compétitivité sur les marchés mondiaux. Un contrôle inadéquat des ventes d'armes aux pays africains. L'Inde Démocratie la plus grande au monde, l'Inde présente davantage un défi direct à la Chine en Afrique que les États-Unis. Les antécédents de la présence de communautés indiennes dans diverses régions d'Afrique remontent à longtemps. La partie orientale du continent borde l'océan Indien, que l'Inde perçoit comme faisant partie de sa zone d'influence. L'Inde possède une expérience coloniale commune avec de nombreux pays africains et elle a des relations de longue date avec ceux qui font partie du Commonwealth britannique. Comme la Chine, l'Inde a défendu vivement la cause de la lutte contre le colonialisme et c'est un chef de file du mouvement des pays non alignés. Aujourd'hui, l'intérêt premier de l'Inde en Afrique, comme pour la Chine, consiste à pouvoir accéder à l'énergie et aux minéraux. Le Nigéria est son partenaire commercial le plus important. Si l'Inde importe environ 20 % de son pétrole de l'Afrique, ses échanges commerciaux avec l'Afrique ne représentent que quelque 7 % des échanges commerciaux de l'Inde dans leur ensemble. Elle exporte des produits industriels bon marché en Afrique, ce qui provoque le même type de critiques qu'à l'égard de la Chine. Les échanges commerciaux annuels de l'Inde avec l'Afrique s'élèvent à quelque 48 milliards de dollars É.-U., ce qui demeure très inférieur au niveau des échanges de la Chine avec l'Afrique. L'économie de l'Inde est beaucoup moins importante que celle de la Chine et la première n'a pas les ressources financières pour concurrencer efficacement la seconde. L'Inde possède toutefois quelques avantages sur la Chine. Elle se trouve géographiquement plus près de l'Afrique. Son type de gouvernement est plus attrayant aux yeux des pays du continent qui aspirent à devenir des démocraties. Les Indiens ont une langue en commun avec les pays africains anglophones. La culture indienne, notamment le cinéma, est bien perçue et appréciée dans une grande partie de l'Afrique. L'important secteur privé de l'Inde, qui représente environ 70 % de son PIB, est une caractéristique attrayante pour certains pays africains. L'Inde connaît une progression impressionnante du taux de croissance de son PIB, de 8 % environ, qui fait l'envie de bien des pays africains. Si les communautés indiennes sont bien établies en Afrique, elles n'y ont pas toujours été bien accueillies et sont souvent accusées par les Africains de chercher à s'isoler. De longue date, l'Inde a une politique de dialogue avec les personnes d'origine indienne en Afrique, alors que la politique de la Chine vis-à-vis des personnes d'origine chinoise est plus ambivalente.

7 Si l'Inde a commencé à formaliser sa collaboration avec l'Afrique, elle l'a fait dans une moindre mesure que la Chine. Le premier sommet Inde-Afrique a eu lieu à New Delhi en 2008, le premier ministre indien ayant dirigé le second en 2011 à AddisAbeba. Quinze dirigeants africains y ont participé, ce qui est très inférieur au nombre de ceux qui assistent habituellement aux réunions du sommet africain organisé par la Chine. L'Inde compte 26 ambassades en Afrique, la Chine 48. L'Inde cherche également à obtenir un soutien de l'Afrique au sein des forums internationaux et elle maintient des relations cordiales avec des pays honnis tels que le Soudan et le Zimbabwe. L'Inde n'assortit pas son aide de conditions mais elle ne met pas non plus sa politique en avant comme le fait la Chine. Les deux pays ont institué un régime de préférence tarifaire en franchise pour les exportations issues des pays africains plus pauvres. En 2011, l'Inde a annoncé une nouvelle ligne de crédit de 5 milliards de dollars É.-U. envers des pays africains pour les trois années à venir. L'Export-Import Bank of India compte des bureaux à Dakar, Durban et Addis-Abeba pour surveiller ses projets sur tout le continent africain. Les investissements de l'Inde en Afrique visent les hommes d'affaires et les co-entreprises d'origine indienne, plutôt que de concéder des prêts à de grandes entreprises étatiques comme le fait la Chine. Les entreprises indiennes s'intègrent aux marchés africains locaux et tendent à faire appel aux ressources locales, tandis que les sociétés chinoises tendent à s'approvisionner avec des importations de Chine. Les Africains ont manifesté quelque inquiétude quant aux projets de l'Inde d'obtenir des baux fonciers à long terme pour produire des denrées alimentaires pour approvisionner le pays. L'aide de l'Inde met l'accent sur la formation de 1.000 Africains par an par l'intermédiaire de son Programme indien de coopération technique et économique (PICTE). En 2011, il a accepté de financer 10.000 nouvelles bourses d'études. Quelque 15.000 étudiants africains suivent des cours dans des collèges et établissements d'enseignement techniques chaque année. L'Inde envoie en Afrique un nombre impressionnant d'enseignants et prévoit d'ouvrir des établissements d'enseignement sur tout le continent africain, les premiers étant prévus au Burundi et au Ghana. L'Inde est également devenue un lieu de prédilection où les élites africaines vont se faire soigner. Pour les cinq années à venir, elle prévoit d'attribuer une assistance s'élevant à 500 millions de dollars É.-U. à l'Afrique. Les banques indiennes commencent à étendre leur présence en Afrique. La protection de l'océan Indien représente un intérêt essentiel pour l'Inde. Ce pays a développé des relations étroites en matière de sécurité avec des îles de l'océan Indien au large de l'Afrique ainsi qu'avec plusieurs pays situés le long de l'océan Indien. L'Inde est sensible à l'expansion navale de la Chine dans cette région. C'est pourquoi elle a signé des accords de défense avec le Kenya, Madagascar et le Mozambique et elle a amorcé des programmes de formation conjointe avec le Kenya, le Mozambique, la Tanzanie et l'Afrique du Sud. Madagascar, Maurice et les Seychelles coopèrent dans les domaines de la surveillance maritime et de la collecte de renseignement. L'Inde propose des formations aux personnels militaires africains au sein des académies militaires indiennes et elle cherche à accroître ses ventes d'armes en Afrique. Elle a élaboré une

8 alliance particulièrement étroite avec l'Afrique du Sud, à laquelle le Brésil est également partie. Des navires militaires issus des trois pays participent à des exercices conjoints, la dernière fois au large de l'Afrique du Sud en 2010. Des bâtiments indiens contribuent également aux initiatives de lutte contre la piraterie dans le golfe d'Aden. L'Inde a affecté quelque 7.000 militaires et personnels de police à quatre des six missions de maintien de la paix de l'ONU en Afrique. Le Brésil Le Brésil compte au moins soixante-dix millions de personnes d'origine africaine. Bon nombre de Brésiliens ont des ancêtres issus du Nigéria et du Bénin ; la culture africaine, toujours bien implantée au Brésil, contribue à renforcer les liens avec l'Afrique. Le Nigéria abrite des communautés brésiliennes qui se trouvent surtout à Lagos, composées des anciens esclaves revenus en Afrique au cours du XIXe siècle. Si le Brésil possède des affinités naturelles avec les pays lusophones d'Afrique, l'Angola, le Mozambique, Sao Tomé-et-Principe, la Guinée-Bissau et le Cap Vert, il a au cours des dernières années renforcé son implication en Afrique de façon significative. Le Brésil maintient des ambassades dans 34 pays du continent africain. C'est l'un des 24 États-membres de la Zone de Paix et de Coopération de l'Atlantique Sud établie en 1986 pour encourager la coopération régionale dans les domaines du développement, de la paix et de la sécurité. Vingt-et-un pays d'Afrique de l'Ouest et australe appartiennent à cette organisation. De son entrée en fonction en 2003 à son départ de la présidence en 2010, le président brésilien Da Silva a effectué dix voyages en Afrique, dont il a visité 25 des 53 pays. Sa dernière visite remonte à juillet 2010, durant laquelle il avait assisté au sommet Brésil-Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) au Cap Vert. La CEDEAO est en train de devenir un partenaire important du Brésil en Afrique. L'Inde, le Brésil et l'Afrique du Sud ont créé en 2004 une alliance stratégique, le forum de dialogue IBAS (Inde, Brésil et Afrique du Sud) qui pourrait avoir des incidences importantes pour l'Afrique. Cette association de trois puissances moyennes vise à tirer parti de la règlementation internationale existante pour promouvoir une répartition des pouvoirs plus juste, représentative et équitable au sein du système international. Les chefs d'États de l'IBAS ont tenu leur quatrième sommet en 2010 au Brésil. Ils se rencontrent chaque année au niveau ministériel. Les échanges commerciaux du Brésil avec l'Afrique se sont élevés à 20 milliards de dollars É.-U. en 2010, principalement avec le Nigéria, l'Angola, l'Algérie et l'Afrique du Sud. Le Brésil recherche des marchés en Afrique pour ses exportations et des opportunités d'investissement pour ses entreprises. C'est un pays fortement dépendant de l'Afrique pour obtenir les minéraux et l'énergie nécessaires à son économie en plein essor. Le Brésil a tissé des relations économiques et politiques étroites avec le Nigéria. La Marine nigériane a même envoyé deux bâtiments à Rio de Janeiro en 2007. Le Brésil a investi quelque 10 milliards de dollars É.-U. en Afrique, essentiellement dans le

9 secteur énergétique, des mines et du bâtiment. L'Afrique reçoit environ la moitié de l'aide étrangère fournie par le Brésil. En retour, il compte sur l'aide de l'Afrique pour obtenir un siège permanent au Conseil de sécurité de l'ONU. Il sollicite l'appui des pays africains qui, par exemple, l'ont vivement soutenu à l'Organisation mondiale du commerce lors d'un litige portant sur les médicaments génériques. La Corporation de recherche agricole brésilienne (EMBRAPA), première institution de recherche en agriculture et biotechnologies du Brésil, a ouvert quatre bureaux en Afrique. Des pays africains se tournent de plus en plus vers le Brésil pour obtenir une assistance technique et scientifique. Ainsi, il est en train de se positionner comme un partenaire majeur de l'Afrique pour contribuer à assurer sa sécurité alimentaire et ses besoins en énergie. La Russie La Guerre froide a suscité une concurrence intense entre l'Union soviétique et tant les États-Unis que la Chine en Afrique. L'effondrement de l'Union soviétique et l'affaiblissement de l'économie de la Russie a induit un brusque déclin des relations entre la Russie et l'Afrique à partir de la fin des années 1980. À la fin de la Guerre froide, la Russie a tout de même maintenu sa présence diplomatique dans la plupart des pays d'Afrique et elle compte encore aujourd'hui des ambassades dans 43 d'entre eux. Toutefois, ce n'est que depuis ces dernières années, avec le renouveau de l'économie russe, que Moscou a fait un retour en Afrique comme acteur majeur. La visite en 2006 de l'ancien président Poutine en Afrique du Sud, la première jamais effectuée par un leader russe, a marqué le renouveau de l'attention portée au continent. En mars 2007, le Premier ministre russe a emboîté le pas à Poutine, avec une série de visites en Angola, en Namibie et en Afrique du Sud. En 2009, le président Medvedev s'est rendu en Égypte, au Nigéria, en Namibie et en Angola, accompagné d'une délégation commerciale de 100 personnes, afin de concrétiser des marchés dans les domaines de l'énergie, des mines, du bâtiment et des télécommunications. Pour ce qui est de son engagement en Afrique, la Russie se trouve loin derrière les États-Unis et la Chine. Depuis 2000, ses échanges commerciaux avec le continent, partant d'un niveau assez faible, ont enregistré une croissance rapide pour atteindre un pic en 2008 à 7 millions de dollars É.-U., puis retomber à 6 milliards de dollars É.-U. en 2009. La Russie prévoit un régime tarifaire préférentiel pour les pays en développement, qui permet d'accorder un accès en franchise de droits aux produits africains. Elle a investi plus de 20 milliards de dollars É.-U. dans les secteurs africains de l'énergie et des minéraux. L'intérêt des Russes en Afrique est désormais axé sur le développement de relations commerciales. En 2009, l'Égypte a signé un accord de coopération stratégique de 10 ans, qui comprend une proposition de construction de la première centrale nucléaire du pays. La Russie tend à mettre l'accent sur les minéraux tels que le nickel et l'or en Afrique du Sud, l'aluminium en Guinée, au Nigéria et en RDC, et les diamants en Guinée, en Sierra Leone, en Afrique du Sud et en RDC. En 2010, la Russie a accepté d'investir un milliard de dollars É.-U. pour l'exploration d'uranium en Namibie et elle a

10 pris des mesures pour s'assurer des réserves d'uranium en Tanzanie, un projet rapidement mis en suspens après l'accident de la centrale nucléaire au Japon. Le président Jacob Zuma d'Afrique du Sud s'est rendu à Moscou en 2010 pour signer un accord d'approvisionnement en uranium faiblement enrichi par la Russie. La Russie cherche à instaurer des systèmes bancaires coopératifs en Angola, en Namibie et en Afrique du Sud. Elle a signé un accord avec l'Afrique du Sud pour établir un centre de commandement et contrôle pour l'Agence spatiale russe, former des personnels spatiaux sud-africains et construire des satellites de communication. Elle va lancer un satellite dans l'espace pour le compte de l'Angola. L'aide de la Russie à l'Afrique demeure extrêmement modeste, même si elle a enregistré une hausse, passant de 50 millions de dollars É.-U. en 2003 à 210 millions de dollars É.-U. en 2007. Moscou a annulé plus de 20 milliards de dollars É.-U. de dette des pays africains. La Russie a annoncé qu'elle avait engagé plus d'un milliard de dollars É.-U. pour venir en aide aux pays africains les plus pauvres au cours de la période 2010-2011 afin de lutter contre les maladies infectieuses et la pauvreté, ainsi que pour améliorer la situation énergétique et l'éducation. La Russie affirme qu'elle tentera de fournir à l'Afrique une aide annuelle de 400 à 500 millions de dollars É.-U. dans un avenir proche. Elle a repris la vente d'armes à grande échelle aux pays africains, dont une grande partie s'effectue hors des circuits officiels, et elle serait accusée de fournir des armes à des protagonistes dans la région des Grands lacs. Entre 2000 et 2007, la Russie a vendu pour plus d'un milliard de dollars É.-U. d'armes à des pays d'Afrique. Les accords énergétiques récemment conclus avec l'Algérie comprennent la vente d'armes russes pour un montant de 7,5 milliards de dollars É.-U. La Russie est le plus grand fournisseur d'armes du Soudan, avec entre autres la vente de douze MiG-29. Il n'est donc pas étonnant que le Soudan ait publiquement soutenu le droit « légitime » de la Russie à défendre ses citoyens en Géorgie. L'Éthiopie a signé plusieurs accords de coopération militaire avec la Russie en 2002 et elle continue à reposer fortement sur la Russie pour s'approvisionner en armes. Suite à l'embargo récent sur les armes en Libye, la Russie pourrait perdre jusqu'à 4 milliards de dollars É.-U. en contrats d'exportation d'armes. La Russie ne contribue pas de façon significative de personnels de maintien de la paix aux missions de l'ONU en Afrique, mais le nombre de soldats qu'elle a envoyés, 350, est dix fois supérieur à celui des États-Unis. La Russie a concentré son engagement de maintien de la paix dans le Sud-Soudan, où elle dispose d'une équipe avec quatre hélicoptères MI-8. Des hélicoptères russes ont appuyé une mission de maintien de la paix au Tchad pour maintenir une force militaire le long de la frontière entre le Tchad et le Darfour. La Russie est en train de former des centaines d'agents de police civils africains et personnels chargés de veiller à l'application de la loi pour les opérations de maintien de la paix. Des navires militaires russes participent à la campagne de lutte contre la piraterie dans le golfe d'Aden. La Russie a également manifesté son intérêt à renouveler ses relations politiques, militaires et culturelles avec les Seychelles.

11 Le directeur russe du Centre des relations russo-africaines à l'Institut de l'Afrique de l'Académie russe des sciences a fait remarquer en 2008 que la Russie devait développer ses relations avec l'Afrique. Il a expliqué que son pays manquait de manganèse, de chrome, de silicium et d'autres minerais qu'il est trop coûteux d'exploiter en Russie. Puis, au milieu de l'année 2007, le président Poutine à conclu : « La coopération de la Russie avec l'Afrique connaît depuis peu un nouvel élan. Le niveau et l'intensité des contacts sont en augmentation. Nous sommes en train d'œuvrer pour amplifier et approfondir notre coopération mutuellement bénéfique dans les domaines des échanges commerciaux, de l'économie, des sciences et technologies, de l'action humanitaire et d'autres. » La Russie semble déterminée à retrouver son influence en Afrique. L'Iran L'Iran possède des intérêts en Afrique depuis de nombreuses années mais il y redouble d'activité depuis environ sept ans. Son isolement vis-à-vis des pays occidentaux et le souhait de contrer Israël expliquent sans doute une bonne partie de ces activités récentes. Sur le milliard d'habitants que compte l'Afrique, presque la moitié sont musulmans mais presque tous Sunnites. Les chiites iraniens n'ont pas d'avantage inhérent à courtiser les Sunnites d'Afrique. Du reste, l'Iran n'a pas limité ses initiatives aux pays africains majoritairement musulmans. Il maintient des ambassades dans vingt pays d'Afrique. L'Iran a établi le Siège de la coopération Iran-Afrique en 2004, qui a convenu de créer quatre zones de libre échange en Afrique, de développer des relations bancaires avec des pays africains, de constituer un conseil d'entreprises Iran-Afrique et un Centre de recherches de l'Afrique affilié à l'Université de formation des enseignants en Iran. Le président Khatami s'est rendu au Nigéria, au Sénégal, au Mali, en Sierra Leone, au Bénin, au Zimbabwe et en Ouganda en 2005. De nombreuses visites d'échange ont eu lieu entre des dirigeants iraniens et africains depuis lors. L'Iran a porté son attention sur le Soudan par le biais d'une coopération à tous les niveaux, y compris la possibilité de mettre en commun la technologie nucléaire et de fournir une assistance au secteur militaire. Le président Wade du Sénégal s'est rendu en Iran en 2006 et en 2008. Il a annoncé que l'Iran construirait une raffinerie de pétrole, une usine chimique ainsi qu'une usine de montage de taxis de 80 millions de dollars É.-U. au Sénégal. L'Iran a été en pourparlers avec le Nigéria, l'Afrique du Sud, Djibouti, et la Tanzanie au sujet de la coopération en matière de défense et il continue à envoyer des navires de guerre dans le golfe d'Aden dans le cadre de sa participation à la coalition de lutte contre la piraterie. Il a déployé des efforts particuliers pour tisser des liens avec des pays du nord-est de l'Afrique en plus du Soudan. L'Éthiopie, l'Érythrée, Djibouti, le Kenya, l'Ouganda, la Tanzanie et les Comores ont suscité une vive attention de la part de l'Iran. Le président Isaias Afewerki de l'Érythrée s'est rendu à Téhéran en 2008, visite à l'occasion de laquelle les deux pays ont conclu quatre accords. Selon un rapport non confirmé, l'Iran doit rénover la raffinerie de pétrole de l'Érythrée au port d'Assab près de la mer Rouge en échange du déploiement de forces iraniennes dans cette région. L'Iran est également

12 actif au Zimbabwe, en Libye, en Algérie, en Côte d'Ivoire, au Cameroun, en Mauritanie, en Guinée, au Gabon et au Malawi. L'Iran a le statut d'observateur auprès de l'Union africaine. À la fin de 2010, les autorités nigérianes ont intercepté un chargement d'armes de l'Iran destiné à des forces rebelles en Gambie et au Sénégal. La Gambie a réagi en rompant les relations diplomatiques et le Sénégal a rappelé son ambassadeur. La majeure partie de l'interaction de l'Iran avec des pays africains concerne les échanges commerciaux et les investissements. En 2009, l'Iran a exporté des biens pour une valeur de 3,5 milliards de dollars É.-U., principalement du pétrole, vers l'Afrique, mais ses importations de l'Afrique se sont seulement élevées à 352 millions de dollars É.-U. L'Afrique du Sud est le partenaire commercial le plus important de l'Iran. Le président Mahmoud Ahmedinejad s'est rendu au Kenya, à Djibouti et aux Comores en 2009, visites à l'occasion desquelles il a signé cinq accords à Djibouti, deux à Nairobi et quatre à Moroni. En 2010, il s'est rendu au Mali, au Nigéria, au Zimbabwe, au Kenya, aux Comores et en Ouganda. Il a également accueilli le sommet Iran-Afrique à Téhéran, auquel ont participé des représentants de quarante pays africains, notamment les présidents du Malawi et du Sénégal. L'Iran demande régulièrement à ses interlocuteurs africains des déclarations officielles de soutien à son programme nucléaire, qu'il obtient souvent. La Turquie La Turquie suit discrètement l'évolution de la situation en Afrique depuis de nombreuses années, mais elle a intensifié son engagement en 2005, lorsque le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan a proclamé une année de l'Afrique puis est devenu le premier chef de gouvernement turc à se rendre en Afrique au sud de l'équateur. Par la suite, la Turquie a accrédité son ambassadeur auprès de l'Union africaine à AddisAbeba. Le président Erdogan s'est rendu au Soudan l'année suivante et pris la parole au sommet de l'Union africaine en 2007. Le président Abdullah Gül s'est déplacé en Égypte, au Kenya et en Tanzanie en 2009, ainsi qu'au Cameroun et en République démocratique du Congo en 2010. La Turquie a organisé son premier sommet sur la coopération Turquie-Afrique en 2008 et elle compte désormais vingt ambassades dans des pays d'Afrique. En 2010, la Turquie et les Nations Unies ont organisé conjointement une conférence de trois jours sur la Somalie à Istanbul. S'appuyant en premier lieu sur les organisations de la société civile, la Turquie compte un nombre significatif de centres pédagogiques et culturels en Afrique. Les échanges commerciaux de la Turquie avec l'Afrique se sont élevés à 16 milliards de dollars É.-U., soit 10 % du total des exportations de la Turquie et 4 % de ses importations. La Turquie appuie des projets de développement dans 37 pays africains, à partir de bureaux régionaux se trouvant à Addis-Abeba, Khartoum et Dakar. Quelque 400 entreprises turques ont investi plus de 500 millions de dollars É.-U. dans différents pays africains. La Turquie est en train de déployer presque 100 agents de police au sein de cinq des six missions de maintien de la paix en Afrique. Depuis 2009, la Turquie a déployé une demi-douzaine de frégates dans le cadre de la force opérationnelle multinationale 151 dirigée par les États-Unis qui mène des opérations de

13 lutte contre la piraterie au large de la Somalie. La marine turque, qui possède la cinquième flotte du monde, se rend régulièrement dans des ports d'Afrique du Nord. Suite au conflit en Libye, elle a contribué à l'évacuation de 25.000 travailleurs turcs du pays. Le Viêt Nam Le gouvernement du Viêt Nam a présenté son programme national de promotion de meilleures relations avec l'Afrique lors du premier Forum international Viêt NamAfrique qui s'est tenu à Hanoï en 2003. Il existe désormais un Forum de partenariat Afrique du Sud-Viêt Nam. Le président sud-africain Thabo Mbeki s'est rendu en 2007 au Viêt Nam et il a fait l'éloge de ce pays et de ses dirigeants passés et présents. Le Viêt Nam entretient des relations diplomatiques avec tous les pays d'Afrique sauf le Libéria, le Malawi et les Comores et il prévoit d'établir des liens avec ces derniers. Il a ouvert des ambassades dans neuf pays africains. Les présidents du Nigéria et de la République centrafricaine et les Premiers ministres de la Tanzanie et du Maroc se sont récemment rendus en visite au Viêt Nam. En 2010, le président du Viêt Nam s'est rendu en Algérie et en Tunisie. Le Viêt Nam a accueilli le second Forum international Viêt Nam-Afrique en 2010. Si les échanges commerciaux du pays avec l'Afrique demeurent modestes, ils ont augmenté pour passer de 360 millions de dollars É.-U. en 2003 à 2 milliards de dollars É.-U. en 2009, consistant principalement en exportations du Viêt Nam vers l'Afrique. Les investissements sont en augmentation, particulièrement dans des pays antérieurement d'obédience socialiste tels que l'Angola, le Congo-Brazzaville, le Mozambique et la Namibie. Petro Vietnam possède 40 % des parts d'un consortium avec la Sonatrach d'Algérie constitué pour l'exploration de pétrole et de gaz, et l'entreprise a signé un accord avec la compagnie pétrolière publique du Soudan pour investir conjointement dans le pétrole et le gaz. Le Viêt Nam a envoyé des spécialistes agricoles au Bénin et au Congo-Brazzaville ainsi que 340 médecins et enseignants en Angola. Conclusion Le terrain diplomatique de l'Afrique est beaucoup plus bondé à mesure qu'un nombre croissant de nations émergentes intensifient leurs contacts avec les pays africains. Cette conjoncture présente des opportunités pour l'Afrique. L'augmentation des investissements, de l'aide et des échanges commerciaux offre une concurrence accrue et un choix plus large aux pays africains. Les Africains doivent donc relever le défi d'élaborer des règles de base et une stratégie permettant à 53 pays de tirer le meilleur parti de ces avantages dans le cadre de leur collaboration avec un unique interlocuteur tel que la Chine. L'Union africaine est l'organisation la mieux placée pour concevoir une telle stratégie, mais elle représente les opinions de tous ses membres qui ne se sont pas mis d'accord sur une stratégie. La plupart des nations émergentes qui ont une activité en Afrique ont conçu leurs propres mécanismes de coordination. Le Forum de Coopération Chine-Afrique (FOCAC) mis en place par la Chine est le dispositif le

14 plus avancé. Ces organisations ont tendance à être contrôlées par le pays partenaire non africain et ne garantissent en rien que les Africains pourront tirer le meilleur parti des avantages de la coopération. De façon croissante, cette coopération est susceptible de nécessiter que les organisations africaines sous-régionales telles, que la Communauté Économique des États de l'Afrique de l'Ouest et la Communauté de développement de l'Afrique australe, dont les membres ont davantage en commun, élaborent des lignes directrices et des stratégies régionales. S'il n'est pas réaliste de s'attendre à ce que l'Afrique parle d'une seule voix sur une vaste gamme de questions controversées, les Africains doivent améliorer leurs tactiques.