CENTRE RÉGIONAL de la PROPRIÉTÉ FORESTIÈRE de BRETAGNE

QUELLES ESSENCES POUR QUELS USAGES ? Représentativité, qualités et enjeux économiques des principales essences de la forêt bretonne
Assises de la forêt bretonne
15 avril 2011 Saint Brieuc
Conception et animation : Gilles PICHARD

La forêt bretonne couvre 13% du territoire, est privée à plus de 90% de sa surface et marquée par un morcellement important : 7% des propriétaires seulement possèdent plus de 4ha mais représentent les 2/3 de la couverture boisée. Cette forêt est majoritairement feuillue (près de 70%) et comporte une soixantaine d’essences, dont une quinzaine à titre principal.

Les feuillus

Un gisement important mais une valorisation limitée
Les feuillus représentent 70% de la surface forestière bretonne et 62% du volume de bois sur pied, Malgré leur prépondérance, ils représentent seulement 1/4 du volume bois d’oeuvre récolté annuellement, Près de la moitié du gisement feuillu en chênes de pays, A peine 20% de la surface feuillue traitée en futaie « vraie », Près de 50% traités en mélange futaie-taillis, avec des bois souvent médiocres, Près de 35% de surface traitée en taillis, Forte capitalisation du volume sur pied, faute de débouchés pour les sciages de 2ème choix qui sont majoritaires, Disparition de nombreuses petites scieries locales de feuillus durant les quatre dernières décennies. Subsistance d’unités de transformation de taille souvent modeste

Les chênes de pays : une qualité améliorable
• 46% de la surface et 43 % du volume des feuillus • Une prépondérance de chêne pédonculé • Peu de futaies « vraies » en forêt privée, en dehors des plantations • Une majorité d’anciens TSF avec des réserves de qualité hétérogène • Un prix de bois d’œuvre en moyenne peu attractif, d’où un vieillissement des peuplements et une capitalisation du bois sur pied • Des débouchés insuffisants pour les sciages de qualité secondaire qui représentent l’essentiel du volume disponible • Une situation en partie liée à la gestion passée • Des améliorations en cours grâce à la sylviculture (coupes de conversion et éclaircies sélectives) • Une réelle possibilité de produire du chêne de qualité, notamment en Bretagne orientale avec le chêne rouvre

Le châtaignier : une valeur sûre
2ème feuillu après les chênes (12% de la surface forestière totale) • 19% du volume des feuillus • Une essence à croissance rapide et de forte productivité

• Beaucoup de taillis, dont une partie convertible en futaie • De nombreuses jeunes plantations d’après tempête appelées à produire du bois d’ œuvre • Du bois d’œuvre issu des futaies et des mélanges futaie-taillis • Un bois à multiples usages et fortement demandé • Un prix très attractif avec des cours soutenus pour le bois d’œuvre exempt de roulure • De réelles potentialités de valorisation du gisement existant (environ 1/3 du volume sur pied susceptible d’une bonne valorisation)

Le hêtre : une qualité hétérogène, un marché versatile

Des hêtraies pures peu étendues (5 à 6% de la surface des feuillus et 13% de leur volume sur pied) Une essence délicate, localement menacée par le réchauffement du climat Des futaies dont la qualité très variable est souvent liée à une sylviculture peu adaptée Des bois de meilleure qualité en Ille et Vilaine nord Une marge de progrès grâce à des itinéraires sylvicoles plus dynamiques Des cours bas après l’embellie 1994-1998

Une probable reprise de la demande sur les grumes de qualité, portée par le marché à l’export

Les autres feuillus : un partage entre accrus naturels et plantations artificielles

Les bois blancs (bouleaux et saules) mélangés de chênes ont colonisé les délaissés agricoles : ils constituent un gisement non négligeable (19% de la surface des feuillus et 12% de leur volume). Outre leur intérêt environnemental, ils sont susceptibles d’intéresser les filières de bois énergie ou la trituration • Soutenu par les aides publiques, l’engouement récent pour les boisements en feuillus a vu fleurir les plantations de châtaignier, chêne rouge, merisier, aulne, frêne, érable… Ces peuplements encore très jeunes sont de réussite diverse

Chênes rouges de 23 ans

Accru de bouleaux avec quelques chênes

Les peupliers : un contexte particulier

Une faible représentativité régionale (moins de 12 000 ha)

• Un groupe d’essences à croissance rapide et un matériel végétal performant en constante évolution • Des possibilités étroites d’extension (absence de grandes vallées alluviales, compétition agricole sur les sols adaptés) • Des problèmes phytosanitaires contraignants • Des variétés nouvelles autorisant l’usage hors vallée mais sur des terrains de bonne qualité peu fréquents et rarement disponibles • Des besoins régionaux loin d’être satisfaits pour l’emballage des primeurs et la conchyliculture • Des cours stables, peu sensibles aux à-coups du marché national

Evolution des cours sur pied des feuillus bretons
160 140 P r ix e n € 120 100 80 60 40 20 0 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009 2010

chêne 35 Chêne hors 35 Hêtre 35 Hêtre hors 35 Châtaignier Peuplier

Années

Les résineux

Un gisement montant en puissance avec une transformation industrielle
Les résineux représentent environ 30% de la surface forestière bretonne, avec un potentiel sur pied en pleine progression Pin sylvestre et pin maritime sont d’introduction ancienne alors que les autres conifères sont le fruit d’investissements récents soutenus par une politique de mise en valeur des mauvais terrains, notamment durant la période 1950-1980 Une récolte annuelle représentant les 3/4 du bois d’œuvre exploité en Bretagne Des pins majoritaires en surface, mais dont l’accroissement est plus faible que les conifères exotiques Un fort volume à récolter en Epicéa de Sitka Une nette valeur ajoutée pour le douglas Des sapins en régression D’autres conifères peu représentés mais potentiellement intéressants

Les pins : à l’origine de la modernisation des scieries
Pins maritime et sylvestre représentent 15% de la surface forestière bretonne et la moitié de celle en résineux • Ces deux pins totalisent la moitié du volume sur pied des résineux bretons

• Pin maritime et pin sylvestre valorisent des terrains pauvres à faible productivité • Des futaies à modeste volume sur pied • Beaucoup de peuplements adultes ayant poussé avec une sylviculture peu suivie ou extensive, offrant des lots de qualité hétérogène • Des nombreuses jeunes plantations de pin Laricio depuis les années 80 • Des prix essentiellement portés par le débouché en palette ou en charpente industrielle

L’épicéa de Sitka : un conifère hautement productif
Plus de 20 000ha, soit près du quart de la surface bretonne en résineux • Une répartition concentrée essentiellement en Centre Ouest Bretagne

• Une essence peu exigeante à croissance rapide et fort rendement • Des futaies à fort volume sur pied • Des problèmes phytosanitaires à surmonter • Un gisement composé de nombreux petits boisements • Des peuplements arrivant à maturité posant la question de leur reconstitution après coupe • Une filière de transformation dynamique autour de cette essence propice à la standardisation, aujourd’hui employée surtout en palette • Des espoirs d’utilisation plus valorisante en bois de construction, sous réserve d’une sylviculture appropriée

Le douglas : une essence à haute valeur ajoutée

Environ 12 000 ha (4% de la surface forestière) • Une essence de bonne valorisation pour les terrains fertiles • Des exigences limitant les possibilités d’expansion • Des besoins élevés de suivi sylvicole (élagage, éclaircie) • Un vieillissement nécessaire des futaies pour obtenir le bois de cœur recherché • Un marché en attente de gros bois élagués pour la construction, le bardage et la menuiserie • Des cours attractifs pour les usages nobles

Les sapins : un groupe supplanté par d’autres essences
Le sapin pectiné, introduit de longue date, s’efface progressivement suite aux épisodes de sécheresse (1976, 1989-1990, 2003, 2009-2010) qui le déciment • Apprécié en charpente, ce sapin est supplanté dans cet usage par les pins et le douglas

Le sapin de Vancouver est partout anéanti par les sécheresses : avec une très grande productivité mais un bois aux faibles propriétés mécaniques, il ne suscite plus d’enthousiasme

• Le sapin de Nordmann, aux côtés d’autres sapins « méditerranéens », offrira une alternative dans le cadre des changements climatiques, d’autant que son bois est d’excellente qualité et compense une productivité plutôt modeste (démarrage lent)

Autres conifères : des réponses pour l’avenir ?
Planches de séquoia

Ils occupent environ 4% de la surface forestière

On trouve ici de nombreuses essences : séquoia toujours vert, thuya géant, cyprès de Lawson, mélèzes, cèdre de l’Atlas…

• Ces essences ont souvent un bois de qualité recherchée et offrent une diversification possible dans les reboisements pour limiter la monoculture et le renouvellement à l’identique des futaies de résineux • Certaines s’accommodent de contraintes de climat ou de sol et présentent donc un réel intérêt pour l’avenir, notamment du fait des changements climatiques

Plantation de cèdre

Evolution des cours sur pied des résineux bretons
70 60 50 Prix en € 40 30 20 10 0
20 02 20 03 20 04 20 05 20 06 20 07 20 08 20 09 20 10

Pin maritime Pin sylvestre Epicéa de Sitka Douglas

Années

Gilles PICHARD CRPF de Bretagne avril 2011

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