ÉCOLE DU LOUVRE

Noémie COUILLARD


Présence muséale dans le « Web social » :
enjeux, pratiques et effets.


Mémoire de recherche (2
ère
année de 2
ème
cycle)
Présenté sous la direction de M
ME
Jacqueline EIDELMAN.

Septembre 2010.
2

PRÉSENCE MUSÉALE DANS LE « WEB SOCIAL » : ENJEUX, PRATIQUES ET EFFETS.
3

ÉCOLE DU LOUVRE
Mémoire de recherche
Septembre 2010.

PRÉSENCE MUSÉALE DANS LE « WEB SOCIAL » : ENJEUX, PRATIQUES
ET EFFETS.
par Noémie Couillard.








MOTS-CLÉS : MUSÉES NATIONAUX, FACEBOOK, TWITTER, DAILYMOTION, NETVIBES, FLICKR,
RÉSEAUX SOCIAUX, USAGES, MÉDIATION, COMMUNICATION, ARTS DÉCORATIFS, MUSÉE DE LA
POSTE, SOCIOLOGIE, IDENTITÉ NUMÉRIQUE, AUCTORIALITÉ.
4



Je souhaite dédier ce travail à la mémoire de Mme Monique Couillard, ma grand-mère chérie et,
à la mémoire de Thibaut Trémoulet.

Je tiens à remercier ma directrice de recherche, M
me
Jacqueline Eidelman, pour ses précieux
conseils, sa générosité, son enthousiasme et son soutien. Mes remerciements vont également à M
me

Florence Vielfaure, directrice du stage à l’origine de ce travail, pour son dynamisme, son soutien, son
accueil et les longues discussions qui ont poussé ma réflexion. Je remercie le Département des
Publics de la Direction Générale des Patrimoines pour son accueil généreux et notamment celui de
M
elle
Anne Jonchery.
Je souhaite remercier également les personnes qui ont répondu à mes nombreuses
questions : M. Fabien Escalona, M. Yannick Vernet, Niko Mellisano, M
elle
Stéphanie Deprouw et M.
Mickaël Caucat. De même, mes remerciements vont à M. Jean-Pierre Dalbéra, Mme Muriel Mussard,
M. Laurent Albaret et Mme Ingrid Baron-Cadoret. Merci pour leur temps et pour leurs réponses
sincères.
À M. Nicolas Navarro, je souhaite lui dire tout simplement merci pour les longues discussions
sur le sujet, les conseils avisés, les relectures, le soutien dans les moments de doute et pour son
amitié.
Pour leur grand soutien et leurs aides patientes, je tiens à adresser mes remerciements très
reconnaissants à M
elles
Delphine Pailloux, Anne-Sophie Gavaud et Julie Casteloot.
Enfin, je souhaite dire ma gratitude à mes proches, parce qu’ils sont là dans les moments
heureux comme dans les moments douloureux, mon père, M. Christophe Couillard, ma mère, Mme
Dominique Vogel, Paul-Louis, « Super Manu », Valentine, Gwen, Francine, Clémentine, Floriane et
Robert.
5

AVANT-PROPOS

Depuis deux ans, mon intérêt s’est porté sur le Web sous toutes ses formes. Ma recherche de
master I porte sur les blogs de mode. Mes deux recherches de Master m’ont permises de découvrir
un monde que je ne soupçonnais pas, un monde riche, complexe, futile parfois mais terriblement
attrayant. Son exploration me fait sentir proche des gens qui le composent et le bâtissent, j’admire le
temps donné sans retenue, l’accomplissement de projets personnels, la créativité humaine, sans
retenue et sans limite. Ce monde n’est pas parfait, je le sais bien.

Cet univers est risqué aussi. On s’y perd facilement. On y perd la notion du temps aussi. Ce
qui est fascinant, c’est de trouver des choses sans les chercher et de ne pas forcément trouver ce que
l’on était venu chercher. Cette idée, elle se nomme « sérendipité », un terme introduit en 1754 par
Horace Walpole pour désigner des « découvertes inattendues ». Elle traduit dans notre cas une
certaine navigation du Web, qui serait comme feuilleter les livres des étagères de l’INHA allant d’un
livre à l’autre, d’une époque à un peintre, d’un artiste à un pays, d’un tableau à une rêverie.
Attention chers lecteurs, si vous partez dans ce voyage, il vous emmènera certainement au bout du
monde… En y réfléchissant, visiter les musées me procure le même effet. C’est peut-être la raison qui
m’a poussé à inscrire mes recherches dans les nouvelles technologies.

Cet avant-propos a vocation de montrer que le Web est un terrain qui ne se limite pas et qui
ne se contraint pas. Il évolue à une vitesse étourdissante et est pris d’une créativité dévorante. Car si
le Web est numérique, il est pour moi avant tout humain. Et travailler sur ces sujets m’a permis de
rencontrer des personnes, intéressantes et inspirantes, à qui j’avais envie de rendre hommage.

Trouver un lien entre cet univers et la muséologie n’est vraiment possible que depuis
l’apparition de certains musées sur les réseaux sociaux numériques, c’est-à-dire depuis deux ou trois
ans. Travailler sur ces réseaux m’a semblé un pari osé dans le contexte des musées mais le refus de
certaines personnes à voir qu’il s’agit là d’un phénomène de société et non plus un phénomène de
mode m’a convaincu de l’intérêt de cette recherche. Il est temps de comprendre ce qu’il se passe
sous nos yeux et d’en prendre la mesure. Il s’agit donc de présenter l’analyse de la présence de
musées français sur ces réseaux et les changements qu’ils induisent sur l’image du musée, sur son
6

rapport avec ses visiteurs et même dans son fonctionnement interne. Mon travail ne s’attache qu’à
une toute petite parcelle de ce que peut-être le Web actuel mais j’espère qu’elle permettra de
l’éclairer un peu.
Certains ont annoncé cet été la mort du Web avec fracas et retentissements
1
. Alors si le Web
est mort, je réponds : « Vive le Web ! ».


1
« Mort du Web » : Mais que raconte vraiment Chris Anderson ?, [en ligne], In : RSLN.com, 20 aout 2010.
URL : http://www.regardssurlenumerique.fr/blog/2010/8/20/_mort-du-web_mais-que-raconte-vraiment-chris-
anderson_/
7


INTRODUCTION

Depuis 2005, les technologies de l’information et de la communication ont passé un cap. Les
applications crées proposent de produire du contenu mais également de se positionner au cœur d’un
réseau social. Ce nouvel environnement est celui du « Web 2.0 » ou « Web social » partagé entre les
blogs, Wikipedia, Facebook ou encore Ebay. Celui-ci est devenu indispensable à intégrer selon des
préconisations commerciales pour être visible sur Internet et affirmer un positionnement. Certains
musées ont alors décidé d’intégrer ces nouvelles plates-formes centrées sur le réseautage social, à
des fins de communication pour la majorité, non sans soulever plusieurs problèmes notamment sur
le positionnement adopté par ces derniers. Notre problématique est la suivante : l’introduction d’un
dispositif censé être catalyseur de lien social dans le musée l’affecte-t-il dans son rapport avec le
public et dans sa structure interne ? Et si oui, dans quelle(s) mesure(s) ?
Nous avons choisi de partir du Web social pour analyser la présence des musées et non
l’inverse car ce milieu s’est construit en parallèle du musée et c’est ce dernier qui souhaite pénétrer
ce nouveau domaine. Notre démarche se situe à la croisée de deux domaines d’étude : la muséologie
et la sociologie. Dans le champ sociologique, nous examinerons les techniques sociales mises en jeu
dans ce nouveau contexte de mise en réseau et nous en verrons les enjeux en termes d’identité
notamment. Ces éléments seront fondamentaux pour poser le cadre de notre recherche et délimiter
le champ extensif du « Web social ». Dans le champ de la muséologie, nous nous interrogerons sur
les impacts possibles de pratiques encourageant la discussion avec les publics, et si celles-ci
modifient la position d’auctorialité du musée en tant que producteur de savoir. Pour ce faire, nous
analyserons le discours et les tons mis en jeu par le musée sur les sites de réseaux sociaux que l’on
comparera avec celui des campagnes de communication traditionnelle. À ces champs principaux
s’ajoutent également d’autres domaines d’analyse qui nous ont éclairés : l’informatique pour
comprendre les enjeux des nouvelles applications créées, le droit pour saisir les implications des
problèmes posés par ces sites dans la gestion des données personnelles ou encore l’analyse
syntaxique qui nous donnent des critères pour interpréter la formation de groupements sociaux.
La recherche se base sur l’analyse de pages des musées nationaux sur le site Facebook. Nous
avons cherché à interpréter les traces laissées par le musée et les utilisateurs pour décoder les
relations nouvelles ainsi établies. Des discussions avec les professionnels qui gèrent ces pages ont
permis de saisir en quoi la structure interne des musées influencent la relation du musée avec ses
8

interlocuteurs, en terme de liberté éditoriale, de tons utilisés et d’inventions de nouveaux usages en
lien avec les missions classiques du musée (médiation, découverte des collections). Des jalons dans
l’appellation et la nature des nouveaux publics présents ont été posés grâce à l’analyse des discours
émis et des quelques données statistiques intégrées au site. Nous verrons ensuite en quoi la
discussion en ligne avec le musée favoriserait la visite réelle du musée et dans quelles conditions.
Partant également du point de vue des usagers, nous avons cherché à savoir si ces derniers
se regroupaient et selon quelles modalités. Le concept de communauté sera discuté pour lui préférer
la métaphore de l’écume proposé par Bernhard Rieder
2
.
Nous présenterons dans un premier temps le contexte d’étude qui souffre de problèmes de
définition dont celles de « réseau social» ou de « Web 2.0 ». Les différents sites gravitant autour du
site Facebook seront étudiés techniquement et nous verrons quels usages en sont faits par les
internautes. Ensuite nous détaillerons la méthodologie mise en place et les échantillons choisis. Enfin
nous exposerons les résultats obtenus selon quatre axes : le public en jeu, la gestion de ces nouveaux
usages par le musée, la rencontre du public et du musée sur le Web et leur rencontre au musée.

2
RIEDER Bernhard, « De la communauté à l’écume : quels concepts de sociabilité pour le « Web
social » ? », tic&société [En ligne], Vol. 4, n° 1 | 2010, mis en ligne le 17 mai 2010, consulté le 08 juillet 2010.
URL : http://ticetsociete.revues.org/822
9


CHAPITRE 1 : CADRE ET POSITIONNEMENT DE LA
RECHERCHE.
I. « Web 2.0 » et « réseaux sociaux » : essai de définition.

Avant d’étudier le cœur de notre recherche, à savoir la présence des musées sur Facebook,
le contexte dans lequel s’inscrit notre recherche doit être décrit et analysé. Le terme de « contexte »
doit être compris dans son acception première tirée du latin contexere qui signifie « tisser
ensemble »
3
en plus du sens de « *…+ situation globale où se situe un évènement »
4
. En effet, les
phénomènes décrits tirent leur raison d’être du Web, système d’exploitation d’Internet construit
notamment grâce à l’entremêlement des liens hypertextes qui indiquent la localisation de données.
Ce champ connaît aujourd’hui des difficultés de définition et de classification des objets qu’il contient
causés entre autres par l’extraordinaire développement dont il a fait preuve ces dix dernières années
et les profonds changements d’usage qu’il a induit. Nos difficultés de définition s’ajoutent à celles de
terminologie du champ d’étude. Il est connu sous le terme de « Web 2.0 » dit aussi « Web social »
dans lequel s’insèrent les « réseaux sociaux ». Ces trois termes, entres autres, posent déjà des
problèmes de définition. Une définition fixée ne sera pas proposée car nous pensons qu’elle n’existe
pas encore mais les jalons et les éléments problématiques seront analysés. Notons pour ce faire que
la littérature anglo-saxonne s'est beaucoup attachée ces dernières années aux questions relatives
aux définitions mais aussi à la thématique en général quelque soit la discipline (psychologie,
sociologie, éducation, mathématiques, informatique...). Toutefois l'accès à ces sources est très
difficile et ces travaux restent assez méconnus en France, comme le souligne Dominique Cardon dans
son introduction à la revue Réseaux
5
. Seules certaines références ont pu être examinées. Nous
utiliserons dans le cas contraire des citations proposées par les auteurs français.


3
DUBOIS Jean, MITTERAND Henri, DAUZAT Albert, Dictionnaire étymologique, Paris, Larousse, édition de 2001.
4
Le petit Larousse grand format, Paris, Larousse, 2005.
5
CARDON Dominique, « Présentation », In: Réseaux, 2008, volume 26, n° 152, p. 8.
10

A. Le Web 2.0 ou le Web social.

Ce terme a été évoqué pour la première fois lors d’une conférence de recherche entre la
société O’Reilly et Media Live International. Ce terme a été inventé par Dale Dougherty, membre de
la société O’Reilly, mais c’est Tim O’Reilly, le président de la société du même nom, qui a rendu cette
expression populaire
6
. Celui-ci et son équivalent « Web social » ont été employés de façon répétée et
abusive par les médias et les entreprises commerciales pour désigner beaucoup d’éléments
différents (Facebook, Dailymotion, les blogs, les wikis, Ebay...). David Beer, professeur de sociologie à
l’Université York Saint John, le qualifie pour cette raison de terme-parapluie (« a broader umbrella
term
7
»). Dominique Cardon, dans son introduction de la revue Réseaux dédiée aux réseaux sociaux,
refuse de la même manière de le définir
8
. Rieder, spécialiste des sciences de l’Information et de la
Communication, se pose la question : « pourquoi ce Web là serait plus social que les autres et en
quoi consisterait précisément sa "socialité" ?
9
». Il tente pourtant une définition en s’appuyant sur la
technique :
« Les applications que l’on regroupe habituellement derrière le terme « Web social » se
distinguent de leurs prédécesseurs parce qu’elles vont plus loin dans l’organisation et
la structuration des interactions entre usagers que les outils « historiques » ; elles se spécialisent
dans des activités particulières et proposent des interfaces et fonctionnalités optimisées pour les
tâches en question. »
10

Les outils historiques dont il est question, maintenant qualifiés de « Web 1.0 » par
opposition, ne permettaient qu’une dynamique d’auteur à lecteurs, où les auteurs étaient ceux qui
maîtrisaient suffisamment l’informatique pour pouvoir publier sur le Web. Aujourd’hui, la publication
de contenu est ouverte à qui sait utiliser une souris et un clavier grâce aux « applications » dont parle
Rieder. On passe ainsi du Web des contenus au Web structuré sur les utilisateurs (c’est pour cette

6
O'REILLY, Tim, « What Is Web 2.0: Design Patterns and Business Models for the Next Generation of Software
», [en ligne], 2005, consulté le 08 juillet 2010. URL : http://oreilly.com/web2/archive/what-is-web-20.html,
traduit en français : http://www.eutech-ssii.com/ressources/1
7
BEER David, « Social network(ing) sites.revisiting the story so far: A response to danah boyd & Nicole Ellison »,
In: Journal of Computer-Mediated Communication, n°13, 2008, p 516-529.
8
CARDON Dominique, « Présentation », In : Réseaux, 2008, volume 26, n° 152, p. 7-17.
9
RIEDER Bernhard, « De la communauté à l’écume : quels concepts de sociabilité pour le « Web
social » ? », tic&société [En ligne], Vol. 4, n° 1 | 2010, p 36, mis en ligne le 17 mai 2010, consulté le 08 juillet
2010. URL : http://ticetsociete.revues.org/822
10
Ibid., p 38.
11

raison que l’on nomme aussi « Web sémantique » ou « Web participatif »). Les blogs, ces sites
personnels qui étaient au départ des journaux intimes en ligne et qui sont devenus le support de
diverses formes de publication tenus par des particuliers en font partie. Le développement massif
des blogs, légèrement antérieur à celui des autres « applications », a été possible uniquement grâce
à plusieurs plates-formes qui ont facilité les outils de publication en ligne. Les anciens lecteurs ont
maintenant la possibilité d’être auteur et de diffuser leur contenu. Cette dimension technique est
fondatrice de ces changements et ne doit aucunement être sous-estimée. Les autres « applications »
ont des terminologies différentes selon les auteurs selon les fonctionnalités offertes ou selon leur
structuration.
B. Les réseaux sociaux : de la définition originelle à l'acception
actuelle.

Cette expression est trompeuse car sa définition originelle a été dégradée en étant employée
trop souvent pour qualifier des choses très diverses (souvent en complément ou à la place de « Web
social »). Elle est également trompeuse car il en a été déduit des effets automatiques qui n’ont
pourtant pas eu lieu. En effet, aujourd’hui à l’écoute du terme « réseau social », certains pensent
« nouvelles rencontres », « débat », « diffusion », « communication à l’échelle mondiale », « lien
social » ou encore « nouveaux publics » quand d’autres critiquent en pensant « futilité »,
« voyeurisme » ou « vie en dehors de la réalité ». Dans cette étude, il ne sera pas question de
départager ces opinions mais plutôt de démontrer comment, dans certains contextes et dans
certaines conditions, des usages et des effets intéressant les musées émergent dans la recherche de
nouveaux publics, de modernisation de leur image et dans les évolutions de mode de diffusion du
savoir à travers la présence des musées sur certains sites Internet.
1. Le réseau.

Rappelons-en la définition première pour comprendre son évolution vers ce que nous
appelons les réseaux sociaux numériques. Le « réseau », avant d’être accolé à « social », est un terme
né au XVII
ème
siècle et qui faisait d’abord référence au domaine du tissage, aux « entrelacs de
lignes »
11
qui formaient les filets des pêcheurs. Ce « réseul » devient à la fin de ce même siècle le

11
MERCKLÉ Pierre, Les réseaux sociaux, les origines de l’analyse des réseaux sociaux, cours préparatoires à
l’agrégation en sociologie, CNED/ ens-Ish 2003-2004, [en ligne], p 1, consulté le 8 juillet 2010,
URL : http://cours.univ-tlse1.fr/file.php/91/reseaux_merckle_03_origines.pdf
12

« rézeau » puis le « réseau » et signifie plus généralement « un entrecroisements des fibres ».
12
Ces
différentes dénominations étant utilisées également pour des vêtements (tissés) comme la coiffe des
femmes (résille) ou leur soutien-gorge, Pierre Musso remarque que « le réseau est donc sur ou
autour du corps. Il l’entoure et le capture tel un filet posé sur lui. *…+ Le filet enserre les solides et
laisse passer les fluides, il couvre le corps et le laisse respirer, il le cache et le révèle à la fois. »
13
La
symbolique du réseau associée à cette idée du filet va modeler l’évolution du terme.
Pierre Mercklé nous apprend que le terme passe ensuite dans le langage médical (réseau sanguin,
réseau nerveux) qui ajoute l’idée de circulation à l’idée de contrôle. Au XIX
ème
siècle, on y ajoute
l’idée du rayonnement des routes et des chemins sur le territoire jusqu’aux chemins de fer. Pierre
Musso l’explique en disant que le réseau-organisme n’est plus le seul possible mais qu’un réseau
peut être construit : « Le médecin qui considérait le corps comme un réseau, passe le relais à
l’ingénieur qui fabrique des réseaux et les pense comme des organismes »
14
. D’objets créés ou
observés, le terme est devenu métaphore d’ « un certain nombre de propriétés générales
intimement entremêlées (c’est le cas de le dire…) : l’entrelacement, mais aussi le contrôle et la
cohésion, la circulation, la connaissance et la représentation topologiques»
15
. Et de métaphore, il va
devenir concept.
Pierre Mercklé explique ensuite comment ce terme a été utilisé en parallèle ou en opposition
à « structure » (plébiscitée par Claude Lévi-Strauss) pour qualifier et chercher des « formes
invariantes de l’action humaine et des structures sociales »
16
. Il note, avant tout, que l’utilisation du
terme de « réseau » n’est pas la propriété exclusive des sociologues mais s’étend à d’autres
disciplines des sciences humaines qui ont développé des théories parallèles puis convergentes avec
celles de la sociologie, notamment la psychologie, l’anthropologie, la géographie, l’histoire,
l’économie auxquelles se sont ajoutées les sciences de l’ingénieur et la gestion urbaine (urbanisme,
transports, télécommunications…) et enfin les mathématiques (théorie des graphes notamment).

12
Ibid.
13
MUSSO Pierre, « La symbolique du réseau », In : Quaderni, n° 38, Printemps 1999, Politique symbolique et
communication, p 69-98.
14
Ibid., p 77.
15
MERCKLÉ Pierre, Les réseaux sociaux, les origines de l’analyse des réseaux sociaux, Op. Cit., p 2.
16
Ibid., p 3.
13

La première tentative de passer d’une utilisation métaphorique du terme « réseau » à une
utilisation analytique est faite par Moreno en 1934 dans son livre Fondements de la sociométrie
17
. Il
est le premier à proposer une exploration empirique de la notion métaphorique : ses
« sociogrammes », représentation graphique de recueil de données relationnelles et outil de leur
analyse, « ont clairement contribué à la facilitation d’un usage analytique de cette notion de
réseau »
18
. C’est ainsi notamment dans ses propositions méthodologiques que Moreno fait le
premier pas dans l’analyse des réseaux qui ne sont pas encore dits « sociaux ». Cette juxtaposition
des deux termes est le fait de John Arundel Barnes, anthropologue rattaché à l’Université de
Manchester, dans son célèbre article publié en 1954 dans la revue Human Relations où il tente
d’expliquer l’organisation sociale d’une petite ville de Norvège à travers l’analyse des relations des
habitants entre eux. Barnes fait la distinction entre trois champs sociaux :
les unités administratives et les associations volontaires,
le système industriel (la pêche notamment),
« l’ensemble des relations informelles entre individus formellement égaux,
connaissances, amis, voisins, parents »
19
.
Barnes traduit avec le terme de « social network » les propriétés structurelles propres aux réseaux de
son étude. Le terme n’est plus seulement métaphorique. Il calcule que les habitants de l’île sont tous
reliés entre eux indirectement par une chaîne qui ne dépasse pas plus de quatre relations
d’interconnaissance. C’est en 1969 que les expériences de Milgram sur le « petit monde » se
proposent de vérifier cette hypothèse
20
. Celles-ci montreraient que deux personnes choisies au
hasard sur le continent américain sont reliées par une chaîne de six relations en moyenne. Beaucoup
de limites seraient à prendre en compte dans l’analyse de ces résultats.

2. Les réseaux informatiques.

Axons notre analyse sur l’histoire de l’informatique pour comprendre comment ce terme a
été utilisé pour qualifier certains sites Internet de « réseaux sociaux ». Nous nous appuierons sur

17
MORENO Jacob Lévy, Who shall survive?, 1934, trad.fr., Fondements de la sociométrie, Paris, PUF, 1954.
18
Ibid., p 7.
19
Ibid., p 11.
20
TRAVERS Jeffrey, MILGRAM Stanley, « An Experimental Study of the Small-World Problem », In : Sociometry,
32, 1969, p 425- 443.
14

l'étude de Mériam Ben Sassi intitulée Musée 2.0. De l’entrée du musée dans les réseaux à la remise
en cause du public. Elle retrace l’histoire d’Internet, premier pas avant l’émergence des réseaux
sociaux numériques. En 1958, le Département de la Défense américaine crée l’Arpa (Advanced
Research Project Agency) chargé de développer des réseaux d’ordinateurs dans un but de
domination militaire. Par la suite se département s’unit avec les industries et les chercheurs
universitaires. Le projet Arpanet, ancêtre de l’Internet, est lancé dans six universités américaines en
1969. Le scientifique Douglas Engelbart construit un système qui offre la possibilité à toute une
équipe de travailler ensemble grâce à un traitement de texte qui permet la visualisation par écrans
interposés en direct et en temps réel de tous les textes des personnes travaillant ensemble. La
communication se fait par micro-ondes. L’exportation de ce système est devenue possible à plus
grande échelle grâce à « [l]a technique dite des réseaux à paquets [qui] permet de relier entre eux
des ordinateurs de tailles et de marques différentes »
21
. Le deuxième palier important est la création
des systèmes permettant de relier les réseaux par l’intermédiaire de portes
22
. L’Internet Protocol (IP)
est l’un de ces systèmes et il donne son nom au réseau Internet. Mériam Ben Sassi nous explique le
dernier des paliers : « l’invention du World Wide Web en 1992 par Tim Berners-Lee qui applique le
système d’Hypertexte à l’Internet et crée le langage HTML (HyperText Markup Language). Les pages
Internet sont alors reliées entre elles par des hyperliens »
23
. S’en suit le développement d’Internet tel
qu’on le connait aujourd’hui avec l’ouverture des premiers sites en 1995.
3. Les réseaux sociaux numériques.

À partir de quand certains sites ont-ils reçu l’appellation de « réseaux sociaux » ? Nous
n’avons pas réussi à en retrouver la première occurrence au regard du nombre d'occurrences du
terme sur les moteurs de recherches. Toutefois pour différencier le réseau social tel qu'il est défini
en sociologie des sites Internet qui vantent la capacité à en créer un (autre?) en ligne, nous
nommerons ces derniers, les (sites de) réseaux sociaux numériques.
Il n’est pas difficile de comprendre l’emprunt de ce terme quand est considéré le fait que ces
sites médiatisent (notamment) la communication ou tout du moins des interactions et font écho à

21
Ibid., p 16.
22
VALLÉE Jacques, Au cœur d’Internet, une pionnier français du réseau examine son histoire et s’interroge sur
l’avenir, Paris, Balland, 2004, p 106.
23
BEN SASSI Mériam, Musée 2.0. De l’entrée du musée dans les réseaux à la remise en cause du public,
mémoire de M2 de Paris I La Sorbonne, 2008, p 16.
15

l’Internet, déjà qualifié de « société en réseau ». Musso explique (et critique) cette surenchère des
utilisations du terme « réseau » par « la puissance originelle du concept »
24
et sa rapide
« dégradation commerciale » contemporaine selon l’expression de Deleuze et Guattari
25
. Il rappelle
également que la « technique (du réseau) [est+ un miroir de l’imaginaire » et ne s’étonne donc pas
que le lien social caché derrière soit sans cesse en tête.
Ceci explique les nombreuses attentes qu’ont développées ces réseaux sociaux numériques
quant à la création de communautés évoluant autour de valeurs telles que la diffusion du savoir, le
débat démocratique par la participation de chacun ou encore le dépassement des structures
étatiques grâce à une certaine « sagesse des foules »
26
. Cet effet qui n’a pas (encore) eu lieu tel qu’on
l’attendait est ce que nous avions qualifié de trompeur au début de notre démonstration car il ne se
produit pas de lui-même mais nécessite au moins d’être construit.
Nicole Ellison et Danah Boyd, spécialistes des thématiques développées dans le domaine du
« Web social », ont défini « ces sites de réseaux sociaux » (« social network sites ») dans un célèbre
article de 2007
27
: « les services de réseaux sociaux se définissent comme étant des services Web qui
permettent aux individus :
de construire un profil public ou semi-public dans le cadre d’un système délimité,
d’organiser une liste d’autres utilisateurs avec lesquels ils partagent des relations,
de voir et de croiser leurs listes de relations et celles créées par d’autres à travers le
système. »
28


24
Ibid., p 1
25
DELEUZE Gilles et GUATTARI Félix, Qu’est-ce que la philosophie ?, Paris, Éditions de Minuit, 1991, p 17, [cité
par MUSSO Pierre, « La symbolique du réseau », In : Quaderni, n° 38, Printemps 1999, Politique symbolique et
communication, p 69-98.]
26
Traduction du titre du livre The wisdom of crowds de James Surowiecki où il développe l’idée que les
décisions prises par un groupe nombreux et varié seront meilleures que celles prises par des particuliers même
si ceux-ci sont des experts dans leur domaine.
27
BOYD Danah, ELLISON Nicole, « Social network sites: Definition, history, and scholarship», In Journal of
Computer-Mediated Communication, 13(1), 2007, consulté le 8 juillet 2010.
URL: http://jcmc.indiana.edu/vol13/issue1/boyd.ellison.html

28
Traduction française donnée par Alain LEFEBVRE, Les réseaux sociaux. De Facebook aux nouveaux Intranets,
la généralisation des réseaux sociaux, Paris, M21 Éditions, 2008, p 29.
16

Il est intéressant de constater qu’elles ne recherchent pas l’origine de l'expression "réseaux sociaux",
n’en font même pas allusion (tout comme l’ensemble des manuels techniques d’informatique) mais
donnent directement leur propre définition de ce qu’elles considèrent être des sites de réseaux
sociaux. Elles rejoignent Rieder et sa définition technique du Web social en en proposant une de
même nature et ne portant pas sur le contenu développé. Cette définition est très critiquée par
David Beer qui constate que celle-ci ne décrit que les sites dédiés à l’activité même de réseautage
c'est-à-dire le fait de chercher à élargir son réseau et exclut les activités proposées autour de ces
réseaux
29
. Il inclurait donc les sites de réseautage social (« social networking sites ») dans la catégorie
plus large de sites de réseaux sociaux. On remarque que les différences de terminologie employées
chez les auteurs entrainent des différences de définition qui brouillent une vision d’ensemble du
champ d’étude.
Ainsi, si nous classons les applications du « Web social » selon leurs fonctionnalités et non
selon leur structuration, il est plus aisé de classer toutes les « applications ». Toutefois, il existe
plusieurs classements qui se chevauchent plus ou moins. Rieder classe les offres Internet rentrant
dans l’univers du Web social en quatre groupes selon les activités proposées
30
:
Publier : les blogs
Organiser : les plates-formes de gestion et de partage d’informations telles que Flickr
(photographie), YouTube et Dailymotion (vidéographie) ou encore Delicious (catalogue de
liens hypertextes).
Socialiser : les « sites de réseautage social »
31
tels que MySpace, Facebook, Friendster,
hi5, Bebo, LinkedIn…
Rencontrer : les sites de rencontre de partenaire amoureux ou sexuel tels que Meetic ou
adopteunmec.com…
Thelwall propose une classification en trois catégories
32
des « sites de réseaux sociaux » :

29
BEER David, « Social network(ing) sites.revisiting the story so far: A response to danah boyd & Nicole Ellison
», In: Journal of Computer-Mediated Communication, n°13, 2008, p 516-529.
30
RIEDER Bernhard, « De la communauté à l’écume : quels concepts de sociabilité pour le « Web social » ? »,
Op. Cit., p 39.
31
Ibid.
32
Thelwall, Michael, « Social Network Sites: Users and Uses ». In: ZELKOWITZ, Advances In Computers,
Amsterdam, Elsevier, 2009, (à paraître) [cité par GIRARD Aurélie, FALLERY Bernard, « Réseaux Sociaux
Numériques : revue de littérature et perspectives », [en ligne], Colloque de l’Association Information et
17

« Les réseaux sociaux de socialisation, conçus pour les loisirs de la communication sociale
entre les membres (aspect récréatif). Les connexions sont souvent utilisées pour trouver et
afficher des listes d’amis existants d’ores et déjà « hors ligne ». MySpace, Facebook, et
Cyworld en font partie.
Les réseaux sociaux de réseautage sont davantage utilisés pour trouver de nouveaux
contacts. Les connexions comportent une proportion importante de connaissances et de
personnes auparavant inconnues. LinkedIn, site de réseautage professionnel, est un exemple
représentatif.
Les réseaux sociaux de navigation sont un moyen d'aider les utilisateurs à trouver un type
particulier d'information ou de ressources. Les connexions sont utilisées pour déployer des
listes de contacts, listes permettant l’accès à l’information et aux ressources associées à
ceux-ci. Par exemple les membres de Digg ou Del.icio.us, sites de partage de liens internet
(social bookmarking), peuvent soit lire les propositions mises en avant en page d’accueil, soit
utiliser la navigation sociale en lisant les informations postées ou recommandées. »
33

On observe des similitudes et des différences entre ces deux classements. Ils distinguent tous les
deux les réseaux constitués d’amis rencontrés antérieurement dans la vie réelle et les réseaux
constitués grâce aux sites même si les catégories qui en découlent ne sont pas exactement les
mêmes. Thelwall n’intègre pas les sites de rencontres amoureuses comme le fait Rieder. Ce dernier
crée quant à lui une catégorie distincte fondée sur la publication. Notre étude suivra la classification
de Thelwall car nous pensons que l’activité de publication, qu’elle soit le but principal du site ou
seulement une conséquence des outils proposés, est fondamentale dans le développement futur du
Web. A ce propos, Emmanuel Viennet remarquait qu’il existait une tendance actuelle qui consiste à
ouvrir une page sur Facebook plutôt que de créer un site ou un blog
34
. Les statistiques actuellement
disponibles sur Facebook propose d’analyser l’évolution des nombres de contacts et de

Management, 2009, p 3, consulté le 8 juillet 2010, URL : http://www.reims-
ms.fr/events/aim2009/pdf/Papier%2066.pdf]
33
GIRARD Aurélie, FALLERY Bernard, « Réseaux Sociaux Numériques : revue de littérature et perspectives », [en
ligne+ Colloque de l’Association Information et Management, 2009, p 3, consulté le 8 juillet 2010,
URL : http://www.reims-ns.fr/events/aim2009/pdf/Papier%2066.pdf
34
VIENNET Emmanuel, « Introduction aux réseaux sociaux : problématiques pour la fouille de données », [en
ligne], In : Réseaux sociaux et data mining, cycle de conférences proposé par l’ENS, consulté le 8juillet 2010.
URL : http://www.diffusion.ens.fr/index.php?res=conf&idconf=2776
18

commentaires mais le mouvement actuel du Web semble être en direction d'un développement des
outils permettant de suivre la diffusion des contenus sur le Web, de la même manière que les outils
proposés par les plates-formes hébergeant des blogs qui permettent de suivre les liens.
Aurélie Girard propose une figure qui tendrait à synthétiser les différentes définitions proposées :


Elle propose un tableau récapitulant les différentes définitions avec des exemples que nous avons
reproduit en annexes
35
.

Nous avons donné quelques jalons permettant de classer les «réseaux sociaux numériques ».
Ils sont centrés pour la plupart sur l’objet lui-même, en termes de structuration interne ou de
fonctionnalités. Nous pensons que s’il est très difficile de les catégoriser (et de les définir) c’est parce
que la multiplicité des usages qui en sont faits brouillent la définition donnée par les concepteurs.
Ces derniers ont fourni des outils dont se sont emparés les utilisateurs pour accomplir d’autres
tâches que celles initialement proposées. Nous verrons d’autres exemples de points d’achoppements
dans le reste de l’étude.
II. Principaux sites utilisés par les musées : historique,
caractéristiques techniques et premières analyses.

Dans cette partie, nous analyserons le panel des sites de partage les plus utilisés par les
musées français. Nous rappellerons rapidement leur évolution puis nous décrirons leurs
caractéristiques techniques. Lorsque celle-ci sera disponible, nous donnerons l’analyse des pratiques

35
Annexes, « Classification des réseaux sociaux », tableau 1, p 6.
19

et des usages sur ces sites grâce à la littérature sociologique car ces usages éclairent les motivations
des utilisateurs. Seront ajoutées des études en muséologie qui éclairent cette fois-ci les usages des
musées. Nous donnerons des exemples d’utilisation par les institutions culturelles pour chacun
d’entre eux. Pour chaque cas, une capture d’écran explicative a été ajoutée en annexe.

A. Les réseaux sociaux de navigation :

1. Dailymotion et YouTube.

Dailymotion, fondé par Benjamin Bejbaum et Olivier Poitrey en février 2005 « afin d’offrir aux
internautes la possibilité de déplacer leurs vidéos en ligne, s’est rapidement imposé comme le
leader dans sa catégorie en France »
36
. Au même moment était créé YouTube aux États-Unis par
Chad Hurley, Steve Chen et Tawed Karim. Les deux plates-formes ont le même principe de partage de
vidéographies. Le succès de ces deux sites (et de ceux présentés dans cette recherche) tient à la
grande facilité d’utilisation mise à disposition permettant aux internautes de mettre en ligne et de
regarder des vidéographies faites par des amateurs. Des fonctionnalités de notation et de
commentaires mettent en avant les vidéographies les plus populaires.
Cette facilité d’utilisation a entrainé un nombre croissant d’utilisateurs et de vidéographies
postées, ce qui a attiré l’œil des marques puis des institutions. Bernhard Rieder explique la différence
qu’apporte ce genre de site par rapport à un forum dédié à la critique vidéographique ou un club
vidéo : toutes les fonctionnalités sont tournées autour de la vidéographie facilitant tous les aspects
de cette pratique (téléchargement, archives…)
37
. Il ajoute :
« Pour une communauté qui serait prête à négocier, appliquer, et (faire) respecter les
normes et conventions (techniques aussi bien que sociales) nécessaires à la transformation d’un
newsgroup en club vidéo, une très grande discipline s’imposerait. Sur YouTube, une partie de ce
travail de standardisation et d’organisation sociale est assurée par la plate-forme technique ; elle
est déléguée sur un ensemble d’interfaces et d’algorithmes (Rieder 2006) »
Un autre fait explique le succès de la plate-forme : le piratage de vidéographies protégées a
poussé les grands groupes ayant-droits à signer des contrats de diffusion proposant parfois une

36
ICHBIAH Daniel, Les mots de l’informatique : Dictionnaire illustré pour bien comprendre l’informatique, Paris,
CampusPress, 2007 (3e éd.), p 82.
37
Op. Cit.
20

qualité supérieure à celle proposée avant
38
. Pour comprendre l’ampleur de ces sites, on peut citer
deux chiffres : en mai 2010, deux milliards de vidéographies étaient vues par jour sur YouTube (et
seulement cent millions en mai 2006) et Dailymotion comptait en septembre 2009 onze millions de
vidéographies en ligne
39
. La qualité grandissante de ces sites a joué dans l’intérêt que les musées ont
pu porter à ces plates-formes de partage, en plus du fait qu’ils sont devenus des sites
incontournables du « Web 2.0 ». Les musées ont voulu renouveler leur image et leurs canaux de
diffusion, ils ont créé des chaînes spéciales c’est-à-dire des listes de diffusion des vidéographies
postées par eux.
L'utilisateur crée un profil réduit (O)
40
car le contenu est mis en avant, non les utilisateurs. Il
télécharge sur le site des vidéographies depuis son ordinateur (O). Il ajoute à son profil d'autres
utilisateurs (O) ou des groupes auxquels il adhère (O). Les utilisateurs peuvent commenter les
contenus (O). Des systèmes de notations valorisent les vidéographies : les plus vues, les plus
commentées et les mieux notées (O).
Dominique Cardon propose une typologie des réseaux sociaux selon ce qui est montré de
l’identité des visiteurs. Il a créé cinq types selon les « formats de visibilité »
41
. Il classe les sites
comme Dailymotion et YouTube dans le type du « phare » :
« Les participants rendent visibles de nombreux traits de leur identité, leurs goûts et leurs
productions et sont facilement accessibles à tous. En partageant des contenus, les personnes créent
de grands réseaux relationnels qui favorisent des contacts beaucoup plus nombreux, la rencontre
avec des inconnus et la recherche d’une audience. […+La visibilité des personnes s’étend du seul fait
que les amis sont aussi considérés comme des bookmarks, puisqu’ils servent parfois de
concentrateurs de contenus d’un type particulier. Dans l’univers du phare, la visibilité fait souvent
l’objet d’une quête délibérée et s’objective à travers des indicateurs de réputation, des compteurs
d’audience et la recherche d’une connectivité maximale. »
42


38
Les ayant-droits, après avoir essayé pendant un temps de faire supprimer ces vidéographies, se sont aperçus
qu’il y avait parfois plus d’intérêt à opérer une collaboration.
39
Agence ComScore, 2009.
40
Une capture d’écran complémentaire au développement qui suit est disponible en annexes (« Principaux
sites utilisés par les musées », p 7- 10). Les symbolesO,O O(etc.) renvoient à des indications sur ces dernières.
Nous avons procéder de la même façon pour les autres descriptions.
41
Annexes, « Classification des réseaux sociaux », carte 1, p 7.
42
CARDON Dominique, « Le design de la visibilité : un essai de cartographie du Web 2.0 », In : Réseaux 2008,
volume 6, n°152, La Découverte, p 93- 137.
21

Bernhard Rieder suit cette analyse puisqu’il classe ces sites dans la catégorie « organiser » et non
dans celle de « socialiser ». L’accent est mis sur le contenu, peu sur les personnes et c’est à travers lui
que l’audience se fait. D’ailleurs une simple observation empirique suffit à montrer que les
commentaires des vidéographies s’empilent les uns sur les autres sans former de dialogue entre les
internautes. Les musées ne répondent jamais à ces commentaires.
Ainsi en décembre 2007, le Château de Versailles rejoint le Quai Branly sur YouTube inscrit
depuis octobre 2007. Le Château de Versailles créé sa chaîne sur YouTube et sur Dailymotion dans le
cadre de son projet baptisé « Le Grand Versailles numérique ». Aujourd’hui, le musée a posté 83
vidéographies qui ont été vues au total 632131 fois, ce qui représente une moyenne de 7600 vues
par vidéographie
43
. Ces chiffres montrent l’intérêt de ce site en tant que diffuseur du contenu
produit par le musée. Depuis, d’autres musées ont créé leur chaîne sur l’un et/ou l’autre. En mars
2010, on comptait quatre musées nationaux sur YouTube (Versailles, la CNHI, la Cité de l’Architecture
et le Château de Fontainebleau) et neufs sur Dailymotion (Le Louvre, le musée Henner, le musée
Delacroix, le MUCEM, le musée du Quai Branly, la CNHI, le Château de Fontainebleau, le Centre
Pompidou, le musée des Arts Décoratifs). En dehors du rôle de diffuseur de contenu, ces sites sont
utilisés pour leur intérêt technique. Il est très difficile d’intégrer de nouveaux contenus aux sites
Internet souvent rigides des musées, surtout des vidéographies. Ces sites sont donc employés aussi
comme soutien et facilitateur technique.
Le CLIC (Club Innovation & Culture) est à l’initiative du regroupement des chaines
Dailymotion des principaux musées et lieux culturels français en mars 2009 au sein d’une chaîne
générale intitulée « Culture TV » qui compte aujourd’hui quarante-deux membres
44
(O). Cette
initiative montre la volonté pour les institutions de se démarquer du contenu amateur (au sens
premier) diffusé sur ces sites et de montrer leur expertise dans leurs domaines respectifs. Elles
refusent d’être noyées et confondues avec d’autres types de production. Ceci explique en partie la
forte personnalisation de ces chaînes où figurent les logos et quelques fois des fonds d’écran
spécifiques à chaque institution (O).
Il est par contre étonnant de noter que peu de musées mettent en avant leur présence sur ces
plates-formes d’échange. Sur les sites Internet institutionnels, seuls le Château de Versailles et le
Centre Pompidou manifestaient leur présence par une petite icône qui fait le lien directement sur
YouTube ou Dailymotion. On peut émettre deux hypothèses pour expliquer ce propos :

43
http://www.YouTube.com/user/chateauversailles, consulté au 1er juillet 2010.
44
http://www.dailymotion.com/group/culturesTV Consulté au mois de juillet 2010.
22

certains musées, par prudence, préfèrent ne pas trop annoncer leur présence en ligne et
attendent de voir ce que peuvent lui apporter cette présence à plus petite échelle.
les musées ne souhaitent pas faire de la publicité aux dits-sites et préfèrent que les
utilisateurs fassent la démarche de chercher le contenu.
Ces sites ont inspiré l’Indianapolis Museum of Art (IMA) en 2009 pour créer un site de
partage de vidéographies dédiées spécialement à l’art et intitulé Artbabble
45
. Seules les institutions
partenaires peuvent ajouter des vidéographies, institutions au nombre de vingt-trois en juin 2010
dont le SFMOMA, La Frick Collection, le Guggenheim ou encore le Van Gogh Museum. Les utilisateurs
sont invités à consulter les vidéographies classées en différentes catégories : artistes, séries
(techniques de création, restauration…) ou chaînes et à les commenter et discuter (to babble signifie
bavarder en anglais). Aucun musée français ne participe à cette initiative. Cette création montre
l'appropriation de nouvelles pratiques de consultation de contenu par certains musées tout en se
démarquant des autres contenus concurrentiels. L'expertise du musée est à nouveau montrée.

2. Les sites de marque-pages (« bookmark »)

Les sites dont nous allons parler à présent résultent de l’utilisation du Web et ne découlent
pas d’une pratique préexistante comme la photographie ou la musique qui aurait été réinventée sur
le Web. Il s’agit de sites de bookmarking dit aussi de marquage. Le plus connu de ces sites est
Delicious
46
. À la manière d’un marque-page, ces sites référencent les liens (ou adresses URL)
47

signalés par les internautes, ils sont nommés des agrégateurs de liens. Un système de notation
permet de mettre en avant certains articles. On peut catégoriser les artistes avec des mots-clés (tags)
(O)
48
.
Deux usages se distinguent :
un rôle de « pense-bête » permettant de retrouver facilement des articles ou des
adresses perdues dans l’immensité des documents présents en ligne (O)

45
http://www.artbabble.org/
46
http://delicious.com/
47
Chaîne de caractères normalisés servant à identifier et à localiser des ressources consultables sur Internet et
à y accéder à l'aide d'un navigateur.
48
Une capture d’écran complémentaire au développement qui suit est disponible en annexes (« Principaux
sites utilisés par les musées », p 13).
23

un rôle de valorisation d’articles, une mise en lumière permettant de faire part de
ses intérêts et de ses découvertes aux autres (O).
Un phénomène de construction d’identité à travers les différents liens choisis s'observe
comme sur les autres sites du « Web social ». Les personnes ajoutées à notre profil peuvent être
elles-mêmes des marqueurs c'est-à-dire que l'utilisateur est en contact avec un autre seulement pour
les contenus que celui-ci propose et non pour la personne en elle-même.
Le site Netvibes se distingue légèrement
49
, il permet de gérer ses propres liens sur une même
page proposant le catalogage de ceux-ci, leur structuration grâce aux onglets (O) et leur actualisation
grâce à l’intégration des flux RSS
50
. La page d'accueil de ce site se décompose en modules,
représentés graphiquement par des blocs rectangulaires (O). Il n’est pas nécessaire de retourner
quotidiennement sur les blogs ou les sites que l’on suit pour savoir si de nouveaux articles ont été
ajoutés, Netvibes nous prévient dès que ceci est fait. Ce service a été crée en 2005 par Tariq Krim en
France et en Angleterre
51
. Une page Netvibes peut être publique ou privée. Dans le premier cas, elle
joue le rôle de prescripteur de la même façon que le vote de popularité sur les autres sites de
bookmarking. Dans le cas où elle est privée, elle rejoint le rôle de pense-bête avec l'intérêt
supplémentaire de l'actualisation des liens hypertextes.
Cette pratique de cataloguer les liens n’a rien de nouveau et est même la base du Web. Une
des premières définitions des blogs est celle de site indiquant les nouveaux sites créés. Cette
définition en ferait tout simplement les premiers sites Internet
52
. Les blogs ne sont devenus des
supports de publication personnelle qu'après avoir été simplement des catalogues de liens. Le
référencement est une des préoccupations majeures des utilisateurs de Web.
Quelles sont les utilisations possibles pour un musée et qu’implique cette pratique ?
53
Deux
pratiques différentes ont été observées (bien que l’utilisation de ce genre de site soit très minoritaire

49
Une capture d’écran complémentaire au développement qui suit est disponible en annexes (« Principaux
sites utilisés par les musées », p 11- 12).
50
Le flux RSS ou fil de syndication: "fil d'information consistant en un fichier XML, généré automatiquement,
dont le contenu formaté, exploitable dynamiquement par d'autres sites Web, est récupérable par l'entremise
d'un agrégateur qui permet de lire le nouveau contenu de ce fil répertorié, dès qu'il est disponible." (source:
Office québécois de la langue française.)
51
http://about.netvibes.com/ consulté le 20 juillet 2010.
52
FIEVET Cyril, TURRETTINI Emily, Blog story. Onde de choc, Eyrolles, Paris, 2004, p. 8-9.
53
Nous ne reviendrons pas sur cette thématique de l'agrégateur de liens donc nous annonçons dès maintenant
certains résultats obtenus par l'observation des deux pages dont il est question.
24

au sein des musées français) : il s’agit de se substituer au site Internet et/ou de proposer du contenu
externe au musée mais que celui-ci « valide ».
Si nous prenons par exemple le cas du musée de la Poste, son site institutionnel bien que toujours
existant a été fortement concurrencé par sa page Netvibes intitulée « L’Adresse I.P »
54
. Celle-ci crée
un carrefour entre les différentes présences du musée sur les autres sites et s’insère dans un
ensemble plus général, celui des musées en général et celui des musées postaux en particulier. En
effet, la page regroupe entre autres des liens vers :
la page Facebook (O),
la page Flickr (O),
le compte Twitter (O),
le blog du musée (O),
son catalogue de collection (G),
des liens vers des associations philatéliques, des liens vers divers blogs de passionnés,
d’autres vers des sites d’innovations muséales,
vers un ensemble de musées postaux étrangers (OO),
ou encore vers des sites de documentation sur les thèmes liés au musée (l’aéropostale,
l’histoire de l’écriture, l’histoire des sceaux, des routes postales…)…
Deux avantages par rapport au site Internet sont à noter :
La souplesse d’utilisation de cette structure permet de créer l’équivalent d’un site en très
peu de temps et gratuitement. Cette caractéristique montre encore une fois la grande
recherche de simplification des outils informatiques qui a amorcé la deuxième génération du
Web. La page créée ainsi reste très facile à gérer, il est possible d’ajouter des liens ou widgets
tout comme il est possible de les supprimer. Une grande facilité à personnaliser la page grâce
aux arrière-plans et fonctionnalités liées au design permet à une institution de donner
l’apparence voulue et recherchée pour marquer sa position.
L’actualisation régulière des liens présentés et leur visualisation permet de donner une image
dynamique et vivante à l’institution au contraire des sites Internet institutionnels qui restent
très statiques pour la plupart. Il permet d'avoir également en un coup d’œil toutes les
facettes du musée et sa diversité d’actions.

54
http://www.netvibes.com/ladressemuseedelaposte/#Accueil
25

Lors d’un entretien avec Laurent Albaret, chef de projet et gestionnaire de la présence du musée en
ligne, celui-ci signalait ces deux avantages mais notait toutefois quelques désagréments. Les pare-
feux internes au musée de la Poste bloquaient par moments certaines actualisations et le lien
apparaît vide sur la page Netvibes dans ce cas-là. Il constate aussi que la fonction de la page n’est pas
d’être un concentré d’informations relatives au musée comme un site traditionnel (dit aussi « site
brochure »
55
ou « site-vitrine ») mais vraiment un carrefour où chacun est envoyé vers un autre site.
Une autre utilisation de ce type de structure est celui de prescripteur. La page est publique et
le musée sanctionne de son autorité des contenus non muséaux. Le Museum d’Histoire de Toulouse
a ainsi ouvert une page sur le site Delicious
56
indiquant les articles qu’il conseille. En se mettant au
centre de ce processus, le musée contribue à la diffusion des connaissances possédées par d’autres
contributeurs que lui et réalise ainsi une des grandes promesses du Web de démocratisation des
connaissances. Ce changement décale le rôle du musée de créateur et diffuseur de contenu à celui
d’expert conseillant d’autres types de contenu. C’est aussi une manière de gérer la concurrence des
contenus présents sur le Web. Cette attitude est profondément nouvelle puisqu’elle remet en cause
le monopôle de création du savoir du musée mais ouvre vers d’autres champs l’expertise de celui-ci.
La verticalité entre l'institution et les publics est par contre toujours affirmée.

3. Flickr.

Flickr, comme la plupart des sites évoqués ici, a été détourné de son but premier par l’usage
qu’en on fait les utilisateurs. L’idée de départ développée par Ludicorp (société canadienne née en
2002) était de créer un jeu vidéographique multi-joueurs où une chatroom
57
« [permettrait]
d’échanger des objets numériques de toutes sortes, en favorisant les interactions ludiques entre les
participants »
58
, où les photographies, prises à partir des banques de données disponibles sur
Internet ou avec des téléphones portables et ayant valeurs d’icône ou d’avatar, auraient été ces

55
STRETEN Katie, « Honoured guest –toward a visitor centred Web experience », Conférence Internationale
Museums and the Web, 16 au 19 avril 2000, Minnéapolis, Jennifer Trant, David Bearman, Archives and
Museum Informatics, 2000. http://www.archimuse.com/mw2000/papers/streten/streten.html
56
http://delicious.com/museumtoulouse
57
Activité permettant à un internaute d'avoir une conversation écrite, interactive et en temps réel avec d'autres
internautes, par clavier interposé. (source: Office québécois de la langue française).
58
BEUSCART J.-S., CARDON D., PISSARD N., PRIEUR C., « Pourquoi partager mes photos de vacances avec des
inconnus ? Les usages de Flickr. », In : Réseaux, 2009, volume n°2, p 91- 129.
26

objets numériques. A partir du lancement en 2004, les usages en ont fait quelque chose de
complètement différent où le téléchargement de photographies privées a pris une telle ampleur que
les fonctionnalités de messagerie instantanée ont disparu. Le succès de Flickr vient également du fait
qu’il a pris le contre-pied du type de site de stockage de données qui était habituellement couplé
avec la création de profils privés, permettant ainsi de sécuriser ses photographies personnelles. Ici le
site rend les photographiques publiques par défaut
59
. Ainsi le dépôt de photographies n’était pas
proposé qu’aux cercles intimes mais permettait la discussion grâce aux fonctionnalités de
commentaire et d’ajout de contacts à son profil auxquelles se sont ajoutées rapidement le tagging et
les fonctionnalités de mise en contact. Le succès est tel qu’en 2006 la société est rachetée par
Yahoo!.
Du côté des utilisateurs, plusieurs types d’usages sont à noter. Dominique Cardon place ce
site de partage dans la catégorie du « Phare »
60
c’est-à-dire un accent placé sur le contenu mais avec
une recherche d’audience forte. Les trois types principaux d’usage montrent la forte disparité de ces
derniers ainsi que celle des formes conversationnelles
61
:
le stockage de photographies : dans ce cas, les internautes n’utilisent aucune des
fonctionnalités coopératives.
la conversation est de deux types : avec les photographies et à propos d’elles, en utilisant
massivement les fonctions de coopération comme le commentaire (O)
62
ou le favori.
le « réseau social » selon l'expression employé par l'auteur ou comme nous l’appelons ici, le
réseautage social. Cette pratique signifie un faible nombre de téléchargements de
photographie et une mise en avant personnelle par des portraits variés. Cette pratique
semble particulièrement répandue aux Émirats Arabes Unis
63
. Le but est de rencontrer
d’autres personnes. Ce dernier point fait de Flickr un site hybride, entre la plate-forme de

59
Ibid.
60
Annexes, « Classification des réseaux sociaux », carte 1, p 7.
61
Ibid.
62
Une capture d’écran complémentaire au développement qui suit est disponible en annexes (« Principaux
sites utilisés par les musées », p 14- 15).
63
BEUSCART J.-S., CARDON D., PISSARD N., PRIEUR C., « Pourquoi partager mes photos de vacances avec des
inconnus ? Les usages de Flickr. », In : Réseaux, 2009, volume n°2, p 96.
27

partage et le site de réseautage social. Il est « un site de partage construit sous formes de
réseau social »
64
.
Des groupes peuvent se créer autour de thématiques (O). Des discussions peuvent être amorcées à
l'intérieur de ces derniers (O).
Plusieurs éléments sont attrayants pour les musées. Le plus novateur est de proposer une
immense base de données de quatre milliards de clichés
65
(téléchargés depuis l’ouverture du site).
Pour faciliter la recherche de clichés, il est proposé aux utilisateurs d’indexer leurs propres
photographies. Cette pratique nommée folksonomie (traduit de l’anglais folksonomy formé de folks
(les gens) et taxonomy (classification hiérarchisée))
66
ou tagging consiste à inscrire avec la
photographie un certain nombre de mots-clés qui servent de base au moteur de recherche intégré
(O etO). Pour les institutions, l’intérêt réside dans le fait que les non-spécialistes classent leurs
photographies dans de nouvelles catégories auxquelles n’auraient pas forcément pensé les
spécialistes. Cette « indexation participative » renouvelle complètement celle pratiquée jusque là par
les documentalistes et les bibliothécaires. Ces pratiques sont nommées « top down » par Bernard
Stiegler et Vincent Puig (de l’Institut de recherche et d'innovation, IRI) car elles dérivent de
technologies ascendantes dont le sens est donné par la foule. Cette pratique n’est pas sans poser de
problème. La multiplication des mots-clés et l’absence de concertation des utilisateurs rendent cette
indexation hétérogène. À ceci s’ajoute les problèmes de manque ou d’absence de mot-clé ainsi que
les problèmes syntaxiques habituels en indexation : les fautes d’orthographe, l’absence d’accent, la
prise en compte ou non des majuscules, la pluralité des noms… Pour y remédier l’IRI propose de
canaliser ces pratiques par une logique « bottom up ». L’idée est de prédéfinir des mots-clés dans le
cas de l’indexation participative. Cette logique « bottom up » est visible quand les prédéfinitions
sont visibles à l’avance et cachée lorsque l’interface du site même bride la liberté des utilisateurs.
Pour garder l’esprit rafraichissant de la pratique des amateurs, l’IRI propose de demander à des
« amateurs-experts » d’utiliser ces outils pour créer des « regards signés »
67
qui tranchent avec la
vision de l’institution. On comprend alors quel peut être l’intérêt du musée à réunir autour de lui une

64
Ibid., p 94.
65
http://blog.Flickr.net/
66
Voir la définition proposée par l’Office Québécois de la langue française :
http://www.oqlf.gouv.qc.ca/ressources/bibliotheque/dictionnaires/Internet/fiches/8351986.html
67
Voir l’interview de Vincent Puig sur ce sujet dans les annexes du mémoire de Claire Drain cité en
bibliographie.
28

communauté constituée d’amateurs-experts. L’articulation de ces deux aspects top down et bottom
up formera selon eux la prochaine évolution du Web (nommée dans les médias « Web 3.0 »).
Un des autres avantages de Flickr est son soutien technique par rapport aux sites Internet
institutionnels, tout comme les sites de partage de vidéographies. Nous ne développerons pas plus
cet aspect déjà étudié.
Comme outil d’interactivité, Le Museum d’Histoire Naturelle de Toulouse propose une
utilisation originale de ce site de partage par rapport aux autres musées français. Claire Drain a écrit
un mémoire très complet à ce sujet. Nous n'en retiendrons que les éléments essentiels
68
. Le musée
dirige plusieurs groupes sur le site de partage et propose aux internautes d’y remplir les albums.
Deux de ces groupes ont attiré l’attention de Claire Drain : « Collectionner le vivant autrement » (par
la photographie) et « Souvenirs du Museum de Toulouse » (avant sa rénovation). L’interactivité est la
plus forte sur le premier qui est actualisé très régulièrement. Elle constate en premier lieu une vraie
tentative de changement dans l’échange musée-publics. Les apports des internautes sont valorisés :
la production photographique est encouragée, les commentaires sur les photographies sont pris en
compte et obtiennent toujours une réponse de la part du musée et enfin celui-ci incite les
internautes a donné leurs avis sur la scénographie. Toutefois la position dominante du musée reste
d’actualité. On la perçoit grâce :
la forte présence du musée dans les aspects graphiques,
le renvoi systématique aux institutions,
les classifications des photographies selon les cadres imposés par le musée,
la difficulté pour le musée à apprendre de nouvelles choses grâce aux internautes,
et enfin, la volonté marquée de certains usagers de venir approfondir leurs
connaissances.
On voit à travers cet exemple que le musée ne peut pas de par sa nature devenir l’égal du public. Sa
position d’expert est maintenue. Toutefois on voit que ces nouvelles pratiques peuvent amener à la
création d'un regroupement d’amateurs prêts à s’impliquer dans une relation avec le musée. Claire
Drain relève à titre de nuance qu’un des usagers venu chercher un approfondissement de ses
connaissances avait apprécié que le Webmestre se présente et signe les billets de son prénom. La
question de la décontraction comme élément de rapprochement entre l’institution et son public

68
DRAIN Claire, Le site de partage de photographies Flickr : un nouveau mode d’échanges avec les publics au
Museum d Histoire Naturelle de Toulouse ?, mémoire de master 1 de l’École du Louvre, 2008.
29

reste donc valable. Ce type de création est peut-être une autre manière de retenir le public car
l’étude explique que l’attente au niveau des connaissances et de l’animation de ces pratiques est très
forte et pousse certains utilisateurs à chercher ailleurs ce qu’ils souhaitent quand le musée ne
répond pas à leurs attentes. Geneviève Vidal remarque ce phénomène de critique de la part des
visiteurs/usagers pour tous les types de multimédias proposés par le musée (en ligne et/ou dans le
musée) et mettait en avant la déception des usagers lorsque le musée n’est pas au niveau attendu
par ces derniers
69
.

B. Les réseaux sociaux de socialisation et de réseautage :

Les sites MySpace, Facebook et Twitter sont utilisés à la fois pour créer un réseau de
personnes connues préalablement dans la vie réelle et aussi pour se créer de nouvelles relations.
Pour ces raisons, ils correspondent aux catégories des « sites de réseaux sociaux de socialisation » et
des « sites de réseaux sociaux de réseautage » selon la classification de Thelwall
70
. La multiplicité des
usages brouillent les classifications que l’on peut opérer.
Le premier site recensé par Danah Boyd et Nicole Ellison est le site SixDegrees ouvert en 1997
et fermé en 2000. Ce site fait référence à la célèbre expérience de Milgram qui avait « compté » le
nombre de contact entre deux personnes prises au hasard, celui-ci était de 5,2. Celui-ci n’aura pas
vraiment d’audience et sera remplacé par Friendster qui lui comportera les caractéristiques ayant fait
le succès des différents réseaux sociaux connus jusqu’à aujourd’hui. Celles-ci tiennent en deux points
majeurs : la facilité d’utilisation et la création d'un lieu entre le site de rencontre et le site de
discussion en ligne. L’idée était de mettre en avant les amis de ses amis et de développer ainsi un

69
VIDAL Geneviève, « Interactivité et médiation dans l'usage des multimédias de musées », In: Communication
et langages, n°137, 3ème trimestre 2003, p. 69.

URL: http://www.persee.fr/Web/revues/home/prescript/article/colan_0336-1500_2003_num_137_1_3221
Consulté le 19 juillet 2010.
70
Thelwall, Michael, « Social Network Sites: Users and Uses ». In: ZELKOWITZ, Advances In Computers,
Amsterdam, Elsevier, 2009, (à paraître) [cité par GIRARD Aurélie, FALLERY Bernard, « Réseaux Sociaux
Numériques : revue de littérature et perspectives », [en ligne], Colloque de l’Association Information et
Management, 2009, p 3, consulté le 8 juillet 2010, URL : http://www.reims-
ms.fr/events/aim2009/pdf/Papier%2066.pdf].
30

réseau de connaissances. Suite à une incapacité à réformer sa structure technique alors que le
nombre d’abonnés ne faisait qu’augmenter, le site ferme en 2004.
71

1. MySpace.

MySpace
72
était au départ un site de stockage de fichiers sur Internet ouvert en 2001. Cette
première version fut un échec et une nouvelle version créée par Tom Anderson supplante celle-ci en
2003
73
. Au départ formé sur la même structure que Friendster (création d’un profil, liste d’amis,
création de groupes…), MySpace est devenu le site des musiciens connus et moins connus. C’est
l’utilisation du réseau social par des musiciens de Los Angeles pour donner les dates de leurs
concerts qui donna cette teinte musicale au site. Les groupements internes se sont créés entre les
musiciens et leurs fans et entre les groupes de musique eux-mêmes. Même si la forme ressemble à
celle des autres réseaux sociaux de socialisation, l’accent est mis ici avant tout sur la promotion
personnelle et non sur les relations entre les membres
74
.
Nous remarquons tout de suite que c’est l’aspect du profil qui est mis en avant
contrairement aux sites de partage décrits précédemment où le contenu était mis au centre. On
observe le nom, différentes informations descriptives (âge, sexe, lieu d’habitation), la photographie
et la possibilité d’écrire un message destiné aux visiteurs de la page (O)
75
. Ces caractéristiques sont
décrites par Danah Boyd comme faisant partie des caractéristiques des réseaux sociaux
76
:

71
LEFEBVRE Alain, Les réseaux sociaux. De Facebook aux nouveaux Intranets, la généralisation des réseaux
sociaux, Op. cit, p 31- 33.
72
http://www.myspace.com/
73
Ibid., p 33-38.
74
BEN SASSI Mériam, « Le musée sur Facebook - Vers la redéfinition de la notion de public », 12 juillet 2008 [en
ligne] L’utilisation du numérique dans l’institution artistique, scientifique et patrimoniale, journée d’étude du 20
Juin 2008, deuxième édition, disponible sur :
http://www.observatoire-critique.org/article.php3?id_article=207

75
Une capture d’écran complémentaire au développement qui suit est disponible en annexes (« Principaux
sites utilisés par les musées », p 18-19).
76
«After joining an SNS, an individual is asked to fill out forms containing a series of questions. The
profile is generated using the answers to these questions, which typically include descriptors such as
age, location, interests, and an "about me" section. Most sites also encourage users to upload a profile
photo. Some sites allow users to enhance their profiles by adding multimedia content or modifying their
profile's look and feel. » Traduit par mes soins.
31

« Après s’être inscrit sur le réseau social, chacun est amené à répondre à des séries de
questions. Le profil est généré grâce aux réponses données incluant généralement l’âge, le lieu
d’habitation, la description des intérêts et une section « à propos ». Beaucoup de sites encouragent
les utilisateurs à télécharger une photographie de profil. Certains sites autorisent leurs utilisateurs à
améliorer leurs profils en ajoutant des contenus multimédias ou en modifiant l’apparence du profil ».
Sur MySpace les profils sont publics ou privés. On note enfin la partie « amis » qui permet d’afficher
le logo ou la photographie de chacun de ceux-ci (O etO). On ne les voit pas tous ici mais en cliquant
sur le titre, toute la liste peut s’afficher (ce qui est une des autres données caractérisant un réseau
social d’après Danah Boyd). Une des fonctionnalités les plus utilisées est d’afficher les dates de
concerts pour les musiciens en plus de la possibilité de mettre quelques morceaux de musique en
écoute.
Actuellement il n’y a que le musée du Quai Branly qui est présent sur le site. Sa page n’est
plus actualisée et est à l’abandon. L’autre musée anciennement référencé était le Centre Pompidou.
Magdalena Lataillade, dans son mémoire intitulé Les musées et les réseaux sociaux : l’exemple du
Centre Pompidou
77
, analyse les points communs, les différences et les effets entre la page Facebook
et la page MySpace du Centre Pompidou. Elle remarque que le défaut de MySpace est de ne pas
pouvoir créer des pages institutionnelles mais plutôt un profil de personne avec le nom d’un musée.
Ainsi celle du centre était nommé, « Centre Pompidou, fille, 31 ans » (O). Mériam Ben Sassi émettait
l’idée que ce site permettait de renforcer la part artistique d’une institution car il est possible de
personnaliser le fond (O), de mettre de la musique facilement et il a cette « aura » artistique par
rapport à n’importe quel autre réseau
78
. Toutefois Magdalena Lataillade remarque l’absence de
dialogue dans les commentaires, de médiation de la part du Centre Pompidou et note surtout que la
plupart des commentateurs font de l’autopromotion.
Jean-Samuel Beuscart, sociologue spécialiste de la production musicale en ligne, souligne le
malaise qui règne sur ce site à cause de l’autopromotion à outrance (le fait de laisser
systématiquement l’adresse de son site sur les autres profils et/ou d’accepter toutes les demandes

BOYD Danah, ELLISON Nicole, « Social network sites: Definition, history, and scholarship», In Journal of
Computer-Mediated Communication, 13(1), 2007, consulté le 8 juillet 2010.
URL: http://jcmc.indiana.edu/vol13/issue1/boyd.ellison.html

77
LATAILLADE Magdalena, Les musées et les réseaux sociaux : l’exemple du Centre Pompidou, mémoire de M1
de l’École du Louvre, 2009.
78
BEN SASSI Mériam, « Le musée sur Facebook - Vers la redéfinition de la notion de public », op.cit., p 83.
32

d’ « amis »). Certains artistes manifestent leur dégoût à « se vendre » de cette manière et
rééquilibrent ces pratiques en acceptant des demandes d’ « amis » que par les fans (pour privilégier
la discussion avec leur public) ou en sélectionnant les autres groupes de musique sur des critères
bien définis (choisir la qualité plutôt que la notoriété)
79
. Il note également les inconvénients soulevés
par les musiciens liés à la recherche constante d’audience. Comme les mêmes sont à noter pour
qu’une page soit vivante, nous les indiquons pour la comparaison :
« De l’avis unanime, la condition nécessaire du succès est la régularité et l’intensité
d’utilisation : pour obtenir des signes extérieurs de notoriétés (visites, amis, écoutes), " il faut y être
tout le temps ", " dès que t’arrêtes ça diminue ", " si tu fais rien personne t’écoutes, dès que t’arrêtes
MySpace c’est fini ", " un MySpace si tu t’en occupes pas, il meurt ". La plupart des membres
estiment qu’il faut y passer environ une heure par jour. Ce constat rejoint ceux fait par plusieurs
études sur d’autres types de médias sociaux (blogs, partages de photos) : l’activité sociale intensive
est une condition nécessaire à la notoriété, même locale.»
80

D’ailleurs comme déjà mentionné à propos des sites de partage de vidéographies et de
photographies, Dominique Cardon analyse ce site en tant que « phare » et va donc dans le même
sens que l’analyse de J-S. Beuscart.
Au final, Magdalena Lataillade juge la page Facebook plus adaptée aux besoins du musée car
l’information est mieux mise en avant, ce qui est le cœur de la mission du musée. De plus,
l’identification en tant qu’institution est plus aisée que sur MySpace où les profils sont ceux de
personnes.
2. Facebook.

Facebook naît en 2004 alors que les réseaux sociaux numériques se multiplient. Mark
Zuckerberg le crée uniquement pour les étudiants d’Harvard dont il fait partie puis le site s’ouvre à
six grandes universités américaines pour finalement passer du statut privé au statut public en
septembre 2005. Pour autant, les profils des utilisateurs n’ont jamais été publics, il est nécessaire
d’avoir l’accord de la personne pour accéder à son profil. Un des attraits est la possibilité pour toute
personne ayant quelque compétence de créer des « applications » c’est-à-dire des modules de

79
BEUSCART Jean Samuel, « Sociabilité en ligne, notoriété virtuelle et carrière artistique. Les usages de
MySpace par les musiciens autoproduits », Réseaux n°152/2008, volume 26, p 154.
80
Ibid., p 151.
33

personnalisation de son profil (très générique à la base)
81
. Ces applications sont de toutes sortes
allant de la possibilité de référencer des articles disponibles sur Internet jusqu’à celle de comparer sa
compatibilité avec une autre personne en fonction des renseignements inscrits (musique, cinéma,
art…). Depuis son lancement, l’accroissement du nombre d’utilisateurs ne s’est pas arrêté : la France
compte aujourd’hui plus de dix-huit millions d’adhérents
82
(neuf millions en avril 2009) et Facebook
se situe entre la quatrième et la cinquième place des sites les plus visités au monde (selon les études
réalisées).
Le site est donc un ensemble de pages (pages « profil », « groupe » ou « fan »). Une page
profil recense certaines informations remplies par l’utilisateur : nom, âge, lieu d’habitation,
établissements scolaires, affiliation politique, religion... On y constitue son « réseau » en ajoutant des
« amis » à sa page. L’intérêt majeur par rapport à un forum ou un blog est la fonction de
« notifications » devenue aujourd’hui « le fil d’actualité » (O)
83
: il s’agit de la page d’accueil du site
qui permet de visualiser tous les changements et activités opérés par un membre de notre réseau.
Ces actualités ne sont pas visibles à la façon d’une messagerie électronique mais véritablement
comme le « fil AFP ». L’actualisation la plus répandue est celle du « statut » c’est-à-dire l’entête qui
s’affiche à côté du nom de la personne sur son profil (O). Il s’agit souvent de ce qu’à fait la personne
ou de traits d’humour.
Différents moyens pour interagir avec un de ses amis sont disponibles :
Publier un article sur son « mur » (O). Le « mur » est l’espace de publication de
chacun, il se situe sur le profil. On attire directement l’attention de la personne de cette manière. Le
mur est un espace qui ressemble à un tableau en liège où seraient punaisées toutes sortes de choses
différentes. L’ensemble des publications d’une personne, visibles sur son « mur », est également
répertorié dans différents onglets présents sur le profil de celle-ci selon leur nature (O).
commenter toutes les publications : le commentaire est alors visible à tous ses amis
et à ceux de la personne en question (O). Cette pratique amène souvent plusieurs personnes à
interagir ensemble. (O)
cliquer sur « j’aime » (O). De la même manière, cette action s’affiche sur la page.

81
BOYD Danah, ELLISON Nicole, « Social network sites: Definition, history, and scholarship », Op. Cit.
82
http://www.checkFacebook.com/ (site indépendant qui recense chaque jour le nombre d’utilisateurs de
Facebook par pays).
83
Une capture d'écran complémentaire aux explications est disponible en annexes (« Principaux sites utilisés
par les musées », p 16- 17).
34

discuter avec ses amis présents en ligne grâce au chat. (O)
envoyer un « poke » (O). « Sur Facebook, la fonctionnalité « poke » qui permet de «
pousser » quelqu’un représente en quelque sort le degré zéro de l’interaction. L’utilisateur poussé
(A) reçoit un message qu’une personne (B) l’a poussé, et c’est tout. Cette fonctionnalité était, au
début, l’une des plus utilisées du système. »
84
.
envoyer un message privé. Ce système fonctionne comme une boite mail.
Les publications (ou « posts ») sont de différentes natures : du texte (O), du lien hypertexte,
une photographie (O) ou une vidéographie (O). On aborde ici l’aspect d’entonnoir de Facebook
c’est-à-dire le fait d’agréger toutes sortes de fonctionnalités. Cette aptitude technique est la même
que celle des blogs, Facebook est d’ailleurs souvent décrit comme un site de microblogging. Deux
possibilités sont offertes pour publier :
Si les fonctionnalités sont intégrées à Facebook, il suffit de cliquer sur l’endroit
correspondant. Par exemple, télécharger une photographie depuis son ordinateur.
Si ce n'est pas le cas, il est nécessaire d’insérer le lien hypertexte d’un autre site (sites
Web, blogs, sites de réseautage social ou encore plates-formes d’échanges). Il est alors visualisé de
manière ergonomique sur Facebook : il ne reste pas sous la forme de lien mais plutôt sous la forme
de notes avec une vidéographie ou une photographie (O,O). Ainsi tous les avantages techniques
mentionnés pour les sites de partage sont ici condensés sur une même page.
Les possibilités techniques vont au-delà de la simple rencontre de personnes. D’ailleurs, le
site n’est pas vraiment construit pour faciliter les rencontres d’inconnus mais plutôt pour structurer
et appuyer des relations préexistantes
85
.
Des pages « groupes » ont été créées selon les thématiques les plus variées et en y adhérant
(on devient alors « ami »), une personne peut suivre l’évolution du groupe. Ces pages ont la même
présentation que les pages « profil ». L’usage fait de ses adhésions est de se construire une identité

84
RIEDER Bernhard, « De la communauté à l’écume : quels concepts de sociabilité pour le « Web
social » ? », tic&société [En ligne], Vol. 4, n° 1 | 2010, p 43. Mis en ligne le 17 mai 2010, consulté le 08 juillet
2010. URL : http://ticetsociete.revues.org/822
85
HAYTHORNTHWAITE Caroline, « Social networks and Internet connectivity effects », In : Information,
Communication, & Society, 8 (2), 2005, p 125-147, [cité par GIRARD Aurélie, FALLERY Bernard, « Réseaux
Sociaux Numériques : revue de littérature et perspectives », *en ligne+ Colloque de l’Association Information et
Management, 2009, consulté le 8 juillet 2010,
URL : http://www.reims-ms.fr/events/aim2009/pdf/Papier%2066.pdf ]
35

(puisque les adhésions sont inscrites sur le profil de la personne). Quand les marques ont commencé
à investir ce site vers 2007 pour des raisons de visibilité et de communication, les groupes n’étaient
plus vraiment adaptés car les fonctionnalités de gestion ne permettaient pas d’avoir un contrôle sur
la page et les actualisations n’étaient pas notifiées aux membres du groupe. Des « pages fan » sont
donc apparues avec des fonctionnalités améliorées telles que la possibilité de modération, la
notification des actualisations, l’ouverture ou non du mur aux commentaires, ou encore la possibilité
d’envoyer un même message à tous ses membres (jusqu’à plusieurs milliers) etc.…
Les marques et les institutions ayant envahi Facebook à la fois dans la structure des groupes
et celles des pages fan, la frontière entre les deux s’est atténuée et a donné lieu à une sorte de
synthèse condensée dans une page intitulée « j’aime ». Cette page se présente comme un profil avec
en titre une marque, une institution, une idée, ou un quelconque motif de rassemblement et on
clique sur « j’aime » pour y adhérer. Il n’y a donc plus vraiment de fan ou d’ami pour des institutions.
On le voit, Facebook sait se restructurer quand il est nécessaire et a évité jusqu’à maintenant
l’effondrement de ces abonnés à l’instar de Friendster. Ces ajustements de la structure ont été de
paire avec des ouvertures de plus en plus grandes concernant la privatisation des profils. Autant l’un
favorise l’accroissement d’utilisateurs, autant l’autre instaure une méfiance à l’encontre du site
86
.
En sociologie, les études se sont axées notamment sur la construction d’une identité
numérique à travers les publications de chacun sur son profil. Dominique Cardon place Facebook au
croisement de la catégorie « Phare » déjà mentionnée et de la catégorie « Clair-obscur ». Cette
dernière se caractérise par le dévoilement de son intimité mais à un cercle limité de personnes. S’y
ajoutent les aspects de recherche d’audience et de construction d’identité par du contenu auxquels
se rattachent la catégorie du Phare
87
. Ce qu’il faut bien comprendre, c’est que la forme et la
dynamique du réseau dépend de la visibilité donnée à chaque utilisateur.
Dans le cas d’un musée, le profil est complètement public et donc visible par tous. De
nombreux musées se sont inscrits sur Facebook au cours de ces dernières années poussés par le
phénomène de mode de cette nouvelle communication et par l’idée véhiculée avec qu’il faut
dialoguer avec les publics. Une rapide observation des pages de musées permet d’étendre l’analyse
de la page du Centre Pompidou faite par Magdalena Lataillade aux autres :

86
CNIL, «Facebook et vie privée, face à face», [en ligne], 16 janvier 2008, consulté le 8 juillet 2010.
URL: http://www.cnil.fr/la-cnil/actu-cnil/article/article//facebook-et-vie-privee-face-a-face/
87
CARDON Dominique, « Le design de la visibilité : un essai de cartographie du Web 2.0 », In : Réseaux 2008,
volume 26, n°152, La Découverte, p 93- 137.
36

La première motivation des musées est celle d’une communication à moindre
coût. La visibilité et l’aspect viral de ce genre de communication peut servir des intérêts
commerciaux. Cet aspect financier n’est pas à cacher dans la motivation des musées vu qu’ils sont
entrés sur le site après que les agences de marketing en aient montré l’intérêt pour certaines
marques. Ce premier atout supposé est une croyance forte qu’il faut nuancer par le fait que l’impact
sur la billetterie n’est pas vérifié (car difficile à vérifier) et qu’il nécessite une présence forte du
musée. La modestie du coût pour les musées est donc à relativiser.
La deuxième motivation est l’évolution de l’image de l’institution. Celle-ci est
tournée vers la proximité et l’humanisation du musée. La diffusion de certaines vidéographies et
photographies permet notamment de rendre le musée plus vivant. La modernité vient de la présence
elle-même des musées sur Facebook.
Le renouvellement des canaux de diffusion est le troisième but recherché. Il
permet notamment d’étendre sa réputation au-delà des sphères habituelles (les professionnels, les
critiques, les publics habitués…) en s’insérant dans l’espace quotidien des particuliers (37% des
Français ont un compte
88
). De plus la fonction de commentaire pouvant conduire à un dialogue
permet la discussion entre le musée et ses publics. Toutefois ce dernier argument est à relativiser
grandement. S’il est souvent annoncé par les services des publics ou de communication, une
observation rapide permet de voir que la pratique n’est pas vraie. Il est en effet très rare que le
musée prenne la peine de répondre.
Enfin le dernier but annoncé est celui du ciblage des publics. En effet, les
utilisateurs étant « visibles », ils seraient plus facilement identifiables. Encore une fois cette annonce
est à nuancer quelque peu. En premier lieu, le nombre d'utilisateurs peut être vraiment important (le
Louvre a dépassé les 100 000 utilisateurs en avril 2010) et la lecture de tous les profils paraît illusoire.
De plus, nous renvoyons la question de l’identification de ces publics à celle de la construction de
l’identité sur les sites de réseautage social, c’est-à-dire à la manipulation qu’elle peut entrainer. De
fait les informations recueillies pourraient ne pas être exactes. Enfin cet argument pouvait être
valable jusqu’en 2008 où la constitution majoritaire de « groupes » permettait de voir le profil entier
de ses « amis ». Aujourd’hui le renouvellement des pages ne permet aux institutions que la lecture
de certains renseignements (ville, sexe, âge entres autres). Ce dernier point règle au moins les

88
Étude IFOP, janvier 2001, [en ligne], consulté le 1
er
aout 2010.
URL : www.ifop.com/?option=com_publication&type=poll&id=1032
37

questions d’ordre déontologique que se posaient les musées quant à l’utilisation de ces données et à
l’intrusion dans l’intimité de ses utilisateurs.

3. Twitter.

Le dernier site étudié ici est Twitter (anciennement nommé Stat.us puis Twittr). Il a été
ouvert en juillet 2006 par Odeo.Inc. Les développeurs en sont Jack Dorsey et Evan William, deux
spécialistes de l’univers des blogs. Le but premier était de dire à son réseau ce que l’on est en train
de faire. Il est maintenant orienté vers une activité de diffuseur d'informations. Pour ce faire, un
message de cent-quarante caractères (un « tweet », gazouillis en anglais) est à la disposition de
l’utilisateur (O)
89
. Ce principe général fait entrer Twitter dans la catégorie des sites de micro-
blogging. L’abonné ne possède pas vraiment de profil au sens de fiche d’identité développée comme
sur Facebook mais juste une interface qui permet de gérer ses contacts (O). La particularité de
Twitter est d’être par principe public (comme Flickr). Les utilisateurs peuvent s’envoyer des messages
privés mais cette pratique va à l’encontre-même du principe du site (O). La gestion des contacts est
très différente de celle de Facebook car aucune acceptation n’est nécessaire. Quand on décide d’être
connecté avec quelqu’un, il suffit de cliquer sur son profil et il s’inscrit comme un de nos
abonnements (cette personne est un de nos following). À l’inverse, les personnes qui nous suivent
font partie de nos abonnés (ils sont nos followers). On ne reçoit les messages que de nos
abonnements.
Ainsi le nombre d’abonnés et d’abonnements n’est pas forcément égal. Le ratio entre les
deux indique à quel type d’utilisateur on appartient. Lorsque l’on a beaucoup plus d’abonnés que
d’abonnements, on est au cœur du petit cercle qui produit le contenu de Twitter. Lorsque l’inverse se
produit, on est consommateur de contenu voire passeur si l’on fait suivre ces messages. La
popularité se mesure à la différence entre les deux. Toutefois, une certaine notoriété peut naître sur
ce site si l’on y injecte du contenu. Il s’y joue alors un habile jeu de maîtrise des codes de la
popularité. Ce phénomène de "starisation" n’est pas nouveau et se produit également sur les plates-
formes de partage et les sites de réseautage social
90
.

89
Une capture d’écran complémentaire au développement qui suit est disponible en annexes (« Principaux
sites utilisés par les musées », p 20-21).
90
BEUSCART Jean-Samuel, « Sociabilité en ligne, notoriété virtuelle et carrière artistique. Les usages de
MySpace par les musiciens autoproduits », In : Réseaux, volume 26, n°152, 2008, p 138-168.
38

Sur notre profil, on voit se succéder ces messages à la manière du fil d’actualités de
Facebook, les plus récents s’empilant sur les plus anciens. Quelques règles syntaxiques doivent être
connues pour comprendre une discussion sur ce site :
Quand on s’adresse à quelqu’un, on place le signe « @ » devant son nom. Un
message adressé à Paul sera tapé « @Paul …. » dans l’espace prévu à cet effet.
Toutefois le signe « @ » n’apparaît pas dans le message transmis. (O)
Pour aider à suivre une discussion avec plus de deux personnes, une fonctionnalité
d’indexion a été inventée pour suivre celle-ci : à l’intérieur du message, il faut placer
le signe # (appelé hashtag) devant le sujet du message (souvent abrégé) (O). Ainsi un
message adressé à Paul à propos de Pierre sera formulé « @Paul……..#Pierre ».
Quand on fait suivre le message de quelqu’un à ses contacts, on place « RT » devant
le message, ce qui signifie « retweet ». Si on fait suivre le message de Jacques, le
message sera formulé « RT Jacques …. ».
Ces règles assez obscures pour un néophyte ont été inventées par les utilisateurs mais
maintenant elles sont directement intégrées dans l’architecture et les fonctionnalités du site. Celles-
ci et l’incompréhension relativement générale quant à l’intérêt du site font de Twitter un site ne
bénéficiant pas d’autant d’audience que les autres. Le principe du site s’est pourtant transformé de
« qu’est-ce que je suis en train de faire ? » en « qu’est-ce qu’il est en train de se passer ? » ce qui
déplace l’objet des conversations vers de l’information plutôt que vers l’intimité de la personne
(même si les deux pratiques coexistent). Ainsi le site est plébiscité par de nombreux professionnels se
connectant pour faire de la veille dans leur domaine.
L’une des forces de Twitter est d’avoir créé une interface de programmation d'applications
(API en anglais)
91
ouverte et documentée, comme Facebook, ce qui a permis la multiplication
d’applications et d’outils pour lire les messages : par exemple, des outils statistiques pour
comptabiliser les occurrences d’un même message ; la création d’un logiciel qui réduit les liens
(puisque seulement cent-quatre caractères sont disponibles) ou encore celle d’un autre logiciel
permettant de lier des photographies aux messages…

91
Ensemble de bibliothèques permettant une programmation plus aisée car les fonctions deviennent
indépendantes du matériel. On peut citer par exemple les API de DirectX ou de Java.
39

Tous ces aspects font de Twitter un outil du « Flux »
92
plus qu’un outil de réseautage social,
phénomène qui serait le prochain tournant du Web. L’idée du filet est toujours là (laisser passer et
retenir certaines choses) mais légèrement déplacer du côté du courant.
Aucune étude en muséologie ne s’est centrée sur ce site car la présence des musées y est
récente (moins d’un an). Toutefois on note la multiplication du nombre d’institutions culturelles
présentes depuis. Une observation empirique permet déjà de cibler deux types d’usages
93
:
Un relais communicationnel. De la même manière que Facebook était le site à
investir il y a deux ans, Twitter est devenu la prochaine génération communicationnelle. Dans ce cas,
le musée ne change pas sa façon de s’adresser aux publics par rapport à Facebook : si elle était
décontractée, elle le reste, si elle n’avait pas changé en passant par le Web, elle reste
institutionnelle. D’ailleurs une fonctionnalité permet d’envoyer un message directement sur Twitter
dès que le statut sur Facebook change. Dans ce cas, le musée ne s’insère pas vraiment dans une
conversation mais donne juste de l’information à ses suiveurs.
Une veille informatique. Dans de très rares cas, le webmestre du musée, avec un
compte au nom du musée, entre dans la conversation. Les échanges ont plutôt lieu entre
professionnels ce qui nous incite à nommer cette activité « veille informatique » mais il est vrai que
les usagers eux-mêmes n’ont pas l’habitude de converser avec un musée et avec si peu de caractères
(la question du ton est et reste problématique). Le compte du musée rassemble plutôt l’univers du
Webmestre dans ce cas-là et se concrétise par l’échange de liens sur la muséologie et les nouvelles
technologies. Les Webmestres dans ce cas-là sont ceux qui sont habitués à ces technologies et qui en
connaissent la culture.


Le fonctionnement technique des sites de réseaux sociaux ont été décrits et leurs usages
également quand il a été possible. Du point de vue de l’internaute, nous avons vu que les usages qui
en sont faits sont constamment réinventés et adaptés aux souhaits de l’internaute, souvent dans une

92
SPIVACK Nova, « Bienvenue dans le flux : un nouvel âge pour le Web », [En ligne], In : DACOS Marin (ss
dir.), Read/Write Book, Marseille, Cléo (« Coll. Edition électronique »), 2010, mis en ligne le 25 mars 2010,
consulté le 19 juillet 2010.
URL : http://cleo.revues.org/150
93
Dans notre étude, nous n’étudions pas le discours produit sur Twitter en particulier car les messages postés
sont souvent les mêmes que sur Facebook. C’est pour cette raison que nous annonçons des résultats dans cette
partie.
40

quête identitaire. L’enjeu pour un site est de suivre cette évolution et de pouvoir s’y adapter. Les
fonctionnalités des sites ne sont donc pas un carcan mais plutôt des outils que les internautes
s’approprient. La compréhension de ces utilisations est un enjeu important du musée s’il ne veut pas
rater sa rencontre avec les internautes. Du point de vue muséal, nous avons décrit les usages déjà
existants au départ de notre étude et les problèmes soulevés par ces usages : montrer une présence
institutionnelle (se démarquer d’un « profil » de particulier et pouvoir y inclure le logo par exemple),
l’exigence des internautes quant à l’animation d’une page, choisir le site qui correspondra le mieux à
l’image du musée et rester au cœur de la chaîne de diffusion du savoir en valorisant une expertise.
Passons à l’historique de la présence muséale sur les sites de réseaux sociaux qui mettra en exergue
la réticence des musées français et ses raisons.

41


III. Bref historique de la présence des musées sur les réseaux
sociaux.

Dans l’histoire récente de l’utilisation des sites de réseaux sociaux par les institutions
muséales, on note déjà deux vagues d’inscriptions selon le domaine du musée et/ou selon son
implantation géographique.

A. Les musées d’art contemporain, de sciences et les musées
anglophones : la première génération.

Lorsque nous analysons l’histoire de la présence des musées sur les sites de réseautage social
et les sites de partage, il est frappant de constater des vagues d’arrivées selon la nature du musée. En
2008, Mériam Ben Sassi constate que si plus de 500 musées sont inscrits sur Facebook ils sont pour la
grande majorité nord-américains (États-Unis et Canada)
94
. Deux raisons peuvent expliquer cette
réticence des musées français.
La première est une réticence traditionnelle aux nouvelles technologies. En effet, lorsque se
déroulait la première rencontre francophone sur les nouvelles technologies et les institutions
muséales à Dijon en 1998, où il était question des risques encourus par ces dernières. À contrario, la
première conférence internationale Museums and the Web avait eu lieu la même année et les
discussions y étaient centrées sur l’intégration des nouvelles technologies au sein des musées
95
. La
différence dans les préoccupations à la même date montre que les musées français ont pris
beaucoup plus de temps pour intégrer ces nouvelles technologies. Ce retard serait expliqué par le
développement du Minitel en France qui aurait empêché le développement d’Internet dans un
premier temps et par la peur face à la dématérialisation de l’objet. Cette peur de supprimer le désir
de venir au musée voir les objets en vrai était déjà présente lors de l’édition des premiers CD-ROM
dans les années 1993-1995.

94
BEN SASSI Mériam, Musée 2.0. De l’entrée du musée dans les réseaux à la remise en cause du public,
mémoire de M2 de Paris I La Sorbonne, 2008, p 105.
95
BEN SASSI Mériam, Le musée à l’ère de l’Internet, Mémoire de M1 de Paris I La Sorbonne, 2007, p 64.
42

Mériam Ben Sassi propose une hypothèse originale comme deuxième explication, liée à la
notion de « communauté ». En effet, elle démontre l’impact de ce concept dans la décision d’avoir
une présence sur Facebook pour le Brooklyn Museum qui est pionnier en ce domaine : « le musée
voit, dans la réalisation d’une communauté virtuelle, une nouvelle manière d’appréhender son
public »
96
, car il est vu comme un lieu où l’on apprend par l’intermédiaire des œuvres présentées. Les
publics sont au centre du processus et donc la notion de « communauté virtuelle » est fondamentale.
En France le terme est connoté négativement et vécu plus ou moins comme synonyme de repli sur
soi, ce qui aurait freiné l’intérêt des musées français d’après Mériam Ben Sassi.
Toutefois, il est nécessaire de nuancer ce derniers propos, car si les musées français sont
réticents, il existe quelques initiatives en 2008. Ils étaient plus difficiles à identifier car ils
n’employaient pas le terme « musée » sur les intitulés de leur page. On note alors la présence des
musées de science et les musées d’art contemporain. Ben Sassi rapporte ainsi la place de pionniers
en France du musée d’art contemporain de la ville de Toulouse, les Abattoirs, et de la Cité des
Sciences de la Villette
97
. Elle l’explique par le fait que ces deux types d’institutions, du fait de leur
domaine d’intervention, ont été confrontés très tôt aux nouvelles technologies et donc seraient plus
enclins à les utiliser
98
.
Nous pensons aussi que cet attrait pour les nouvelles technologies, s’il est lié au type de
musée, viendrait aussi de l’intérêt personnel marqué de certains membres du personnel. En effet, la
personnalité de son webmestre Alain Romang est pour beaucoup dans la présence des Abattoirs en
ligne, comme il a été également le cas pour le Museum d’Histoire de Toulouse et Samuel Bausson.

B. Les musées de beaux-arts, d’histoire, de civilisations,
d’anthropologie : la deuxième génération.

On déduit de ce bref historique que les musées des beaux-arts n’étaient pas présents
officiellement sur les sites de réseautage et les plates-formes de partage. Il est à noter toutefois que

96
BEN SASSI Mériam, Musée 2.0. De l’entrée du musée dans les réseaux à la remise en cause du public,
mémoire de M2 de Paris I La Sorbonne, 2008, p 99.
97
Ibid., p 105-106.
98
Ibid., p 108.
43

de nombreux groupes avaient été créés par des particuliers
99
, ce qui témoignait d’un intérêt fort
pour ces thématiques de la part des internautes.
Cette réticence, voire cette peur, des musées plus traditionnels est toujours visible dans les
conférences professionnelles sur le sujet. Il y est très souvent abordé les mêmes thématiques : la
peur des avis négatifs, le problème de l’arrivée potentielle de questions en très grand nombre et de
leur modération, la question des droits juridiques, celui des ressources techniques et humaines ou
encore le souci majeur de la validation hiérarchique des contenus mis en ligne. Alors que se posent
encore toutes ces questions, il est à noter que le Brooklyn Museum est en contradiction totale avec
cette réticence et s’est lancé sur les sites de réseautage et de partage de manière totalement
enthousiaste. Lors de son intervention à la conférence Museum and The Web en 2008, Shelley
Bernstein (manager des systèmes d’informations au Brooklyn Museum) mentionne les actions
entreprises : création d’un blog institutionnel, présence sur Facebook et création d’applications,
présence sur Twitter, sur FlickR, sur Youtube, avec sur chaque support un type d’action spécifique
100
.
Malgré ce retard, les années 2009-2010 marquent un tournant dans la présence des musées
des beaux-arts sur les sites de réseautage et de partage, beaucoup étant des musées nationaux et
quelques musées des beaux-arts non parisiens. Le site Facebook ayant reçu le plus d’adhésions (15
des 40 musées nationaux gérés par le Ministère de la Culture et de la Communication). C’est un
tournant mais pas encore une adhésion complète puisque notre étude montre qu’en mars 2010, 22
des 40 musées nationaux n’étaient inscrits à aucun des sites mentionnés dans notre première partie,
n’utilisaient pas la technologie RSS et n’avaient aucun service interactif sur leur site Internet mettant
en relation les visiteurs et le personnel du musée
101
. Même si nous y reviendrons plus précisément,
on peut émettre l’idée que la présence massive des autres musées (ceux de la première génération)
ainsi que les recommandations commerciales de plus en plus nombreuses liées à cette présence ont
fait pression sur les musées des beaux-arts, d’histoire, de civilisations et d’anthropologie présents
actuellement (auxquels s’ajoute également un effet de mode indéniable). L’objet de notre étude est
de se demander si cette généralisation de la présence des musées sur les sites de réseautage et de

99
Ibid., p106.
100
BERNSTEIN Shelley, «Where Do We Go From Here? Continuing with Web 2.0 at the Brooklyn Museum»,[en
ligne], In: TRANT J. and BEARMAN D. (ss. Dir.). Museums and the Web 2008: Proceedings, Toronto: Archives &
Museum Informatics. Publié le 31 mars 2008, Consulté le 4 août 2010.
URL : http://www.archimuse.com/mw2008/papers/bernstein/bernsteinhtml

101
Annexes, « Présence des musées nationaux sur les sites de réseaux sociaux », tableau 2, p 22- 23.
44

partage a développé de nouveaux rapports au sein des institutions elles-mêmes et avec les
visiteurs et si oui, de quels types.

IV. Le parti pris et la définition des buts de la recherche.

Le site Facebook et la présence des musées en son sein a particulièrement retenu notre
attention
102
. Quelles sont les problématiques soulevées par une telle présence au vu de notre
horizon de définitions ? Déjà se pose la question du lien qui peut se former entre un utilisateur et le
musée puisque ces sites sont censés jouer le rôle de catalyseur de lien social. Dans la majorité des
cas, les sites de réseautage social permettent de maintenir le lien avec ses amis et de confirmer des
liens récemment créés avec des connaissances nouvelles (rencontrées dans la vie réelle)
103
, il n’y est
pas vraiment possible de faire des rencontres en ligne puisque la majorité des sites proposent des
profils privés aux utilisateurs. Dans ce contexte, quels sont les effets de la présence des musées ? Au
départ, les marques industrielles se sont inscrites sur Facebook avec des visées commerciales et de
communication. Mais leur simple présence a changé la donne du site puisqu’y étaient présentes des
entités autres qu’humaines. Ce changement n’est pas une fatalité car, comme Bernhard Rieder le
rappelle, Internet « repose sur une base technique malléable »
104
qui permet aux utilisateurs de créer
des changements et de nouvelles fonctionnalités puisqu’il est fondé non sur une « architecture du
réseau mais par les parties communicantes »
105
. Ainsi, l’utilisation de ces sites aujourd’hui forme les
nouveaux usages de demain. Nous examinerons par la suite quelques exemples de changement
d’orientation ou de fonctionnalités de certains sites en fonction des usages des utilisateurs.
Pour essayer de comprendre quels effets entrainent cette présence, appuyons-nous sur un
article original de Yann Leroux, psychothérapeute dont l’intérêt se porte notamment sur les
changements d’identité et la création de communautés sur Internet entre autres sujets. Dans cet

102
Nous reviendrons sur les raisons de ce choix plus loin dans notre démonstration.
103
LAMPE Cliff, ELLISON Nicole, STEINFIELD Charles, « a Familiar Face (book) : profile elements as signals in an
online social network », CHI, septembre 2007.
104
RIEDER Bernhard, « De la communauté à l’écume : quels concepts de sociabilité pour le « Web
social » ? », Op. Cit., p 37.
105
Ibid.
45

article
106
, il compare les comportements de groupe sur Internet et en particulier sur les réseaux
sociaux numériques aux comportements dans la vie réelle et y trouve de grandes similitudes. Son
étude commence en montrant que le cyberespace, et les rêves, lieux où peuvent s’exprimer
l’inconscient, présentent des analogies. Il explique ensuite que l’Internet, tout comme les groupes
sociaux, a un imaginaire et y sont développés des contes et des mythes. Il prend l’exemple de la
photographie de l’avion qui a atterri dans l’Hudson River en février 2009 et montre que sa diffusion à
l’échelle mondiale sur les réseaux sociaux numériques est le fait d’une résonance de certains
éléments de l’histoire en chacun de nous. Cette résonance n’est pas la même pour tous et il
l’exprime de cette manière : « le buzz est le signe de la mise en place d’une résonance fantasmatique
à partir du fantasme initial »
107
. Avec sa démonstration (qui n’est pas encore aboutie pour des
questions méthodologiques), il souligne l’importance de l’émotion dans les dynamiques qui sous-
tendent les actions sur ces sites.
Quelle (s) réaction (s) et quelle (s) émotion (s) pouvons-nous attendre de la part des
utilisateurs vis-à-vis d’une institution culturelle ? Les premières observations empiriques montrent
que beaucoup de personnes laissent des commentaires où sont relatées leurs visites (qui peuvent
remonter à plusieurs années), leurs bons souvenirs, leurs passages. On a ici des messages-souvenirs
qui sont l’expression de l’émotion forte qu’ils ont ressentie lors de leurs venues et qui se poursuit
dans l’écriture de ces messages. On remarquera par la suite que ces messages n’ont que très
rarement de réponses (d’ailleurs leur formulation n’en appelle souvent aucune) et se juxtaposent les
uns à la suite des autres. Les observations confirment de plus que ces personnes ne reviennent plus
commenter ensuite. De ces premières remarques nous pouvons tirer une première série de
questions :
Peut-on observer d’autres types de messages ?
Les utilisateurs parlent-ils au musée ? Si oui, que disent-ils ? Le musée répond-il ?
Est-ce que les musées s’inscrivent sur ces sites de réseautage social pour recueillir les
impressions et souvenirs, un peu dans l’esprit d’un livre d’or ?

106
LEROUX Yann, « La psychanalyse est-elle soluble dans l’Internet ? Éléments de réflexion sur la dynamique
des groupes en ligne », [en ligne] intervention du 16 juin 2010, Séminaires W2S (Web 2 Social Sciences)
organisés par Silicon Sentier, La Cantine et Orange Labs. Mis en ligne le 16 juin 2010, consulté le 20 juillet 2010,
URL : http://www.scribd.com/doc/33122867/Dynamique-Des-Groupes-en-Ligne-Yann-Leroux-La-Cantine-16-
Juin-2010
107
Ibid., p 4.
46

Si oui, sont-ils en train de changer l’esprit du site qui n’est pas destiné à ce genre
d’activité à la base ? Que signifie ce changement ?
Les musées cherchent-ils autre chose par leur présence ?
Comment passer d’un site institutionnel à un site où la décontraction est le maître-
mot ? Comment le musée peut-il tenir sa position de diffuseur de savoir ?

Ces questions ont été la base de notre recherche. Nous savons très bien que la première
raison de cette présence, la première motivation a été la promotion des musées sur des sites
populaires pour un investissement peu important. Mais nous savons aussi que les utilisateurs sont
imprévisibles et amorcent des changements d’utilisation ; nous nous sommes demandé en fin de
compte s’il se passait autre chose compte tenu de la structuration du site qui permet techniquement
le dialogue. Nous avons donc décidé d’observer certaines pages Facebook de musées nationaux en
cherchant des traces de liens entre les utilisateurs et le musée que nous avons décelées dans la prise
de parole répétée de la part des utilisateurs, répétée sur une même unité de temps (sur un jour ou
deux) mais surtout répétée dans le temps. Nous avons trouvé ces traces sur la page du musée des
Arts Décoratifs et nous expliquerons comment ce lien entre les visiteurs et le musée peut être tissé
grâce à de la médiation à travers des objets (présents dans la base de données du musée puis dans
les recoins du musée) et une adaptation du musée à ce qu’est la culture numérique.
On peut même aller plus loin en revenant à la symbolique du réseau développée par Pierre
Musso. Celui-ci nous indiquait à quel point l’imaginaire était fort derrière le terme « réseau », ceci
expliquant en partie l’utilisation fréquente de ce terme. Que ce soit vrai ou non, qu’il existe ou non,
le Web social transporte avec lui l’imaginaire du réseau, du filet, de nœuds et de lignes. L’impression
ou la possibilité que toute opinion puisse se faire entendre, que chacun est égal à l’autre (puisque
tout le monde est un passeur, un nœud) se fait sentir en filigrane. Mais cette idée fait concurrence à
la position dominante du musée dans la chaîne culturelle. Le musée n’est-il pas au-dessus des
visiteurs ? Doit-on laisser ces derniers exposer leurs idées et leurs connaissances ?! Mais comment
leur refuser cette possibilité quand on se présente dans un espace où la règle du jeu est l’égalité ?
Les utilisateurs eux-mêmes sont-ils d’accord avec cette idée ? L’étude réalisée par Claire Drain sur la
présence du Museum d’Histoire Naturelle de Toulouse sur Flickr
108
montrait que les utilisateurs
attendaient du musée une présence forte sur ce site, une marque de son autorité. Au lieu de se

108
DRAIN Claire, Le site de partage de photographies Flickr : un nouveau mode d’échanges avec les publics au
Museum d Histoire Naturelle de Toulouse ?, mémoire de M1 de l’École du Louvre, Paris, 2009.
47

mettre à égalité avec le musée, les utilisateurs, même très érudits, se mettaient toujours dans la
position traditionnelle de verticalité par rapport à celui-ci et si le musée ne répondait pas à cette
attente, certains, peut-être gênés par tant de liberté, partaient.
La question de la place du musée perçue par les utilisateurs renvoie en fait à celle de
l’identité de ces mêmes utilisateurs. En d’autres termes : qui suis-je et que me dit cette identité dans
mon rapport avec les autres ? À plus grande échelle, que formons-nous, nous la masse des
utilisateurs ? Sommes-nous une communauté ? La complexité des rapports instaurés par les réseaux
sociaux numériques chamboule la notion d’identité. Pour répondre à ces questions, nous nous
appuierons sur le concept d’ « écume » développé par Bernhard Rieder dans son article déjà
mentionné.
Donnons-en un rapide aperçu avant d’y revenir plus longuement. Après avoir rejeté les
concepts de « foule », de « communauté » et de « réseau » pour cerner les dynamiques d’ « être
ensemble » du Web social, il propose celui d’ « écume » en tant que rassemblement de bulles :
« Elles composent un ensemble dense dans lequel elles sont toujours confrontées aux
autres bulles et donc forcées, à cause des infiltrations provenant des autres, d’œuvrer en
permanence pour la maintenance de leur cohérence interne. *…+La bulle doit s’isoler des autres mais
son extension intérieure (son identité ou « foyer de sens ») dépend de la production par ces autres
d’un espace qui leur est « propre ». »
109

Cette notion a été un appui pour définir les phénomènes observés sur certaines pages.
Ces nouvelles pratiques nécessitent des ajustements, des rééquilibrages entre les rôles de
chacun. Le manque de maturité de ces pratiques explique en partie les confusions dans les esprits.
Nous avons évoqué celles des visiteurs mais qu’en est-il du côté des institutions ? Nous nous sommes
particulièrement intéressés à ce point en essayant de comprendre la structure qui amenait à ce
genre de pratiques et les schémas de pensée qui les sous-tendent. Les questions posées sont les
suivantes :
Que recherche le musée ? Quel message envoie-t-il par cette présence ?
Quelles sont les difficultés d’ordre théorique et politique rencontrées au sein de
l’institution ?
Est-ce que ces pratiques ont une influence sur la structure de l’institution elle-
même ?

109
RIEDER Bernhard, Op. Cit., p 44- 45.
48

Quelles sont les modalités de mise en place de telles pratiques ? Qui décide ? Existe-
t-il un comité éditorial ? Qui gère ces pages au jour le jour ?
Existe-t-il des difficultés techniques à cette mise en place ?
Comment le musée s’adresse-t-il aux utilisateurs ? Sur quel ton ?
Faut-il revoir cette position dominante du musée ? Que faire de la parole du public ?
Nous donnerons quelques pistes à une question qui obsède tous les départements des
publics des musées : mais qui est ce public ? Ces publics ? Sont-ils des visiteurs ? Des futurs visiteurs ?
Des personnes qui ne viendront jamais ? Comment les nommer ? Des internautes ? Des fans
puisqu’ils ont adhéré à des pages fan ? Des amis ? On peut utiliser le terme neutre d’« utilisateur »
mais il manque un peu de précision. Pour essayer de faire avancer la question, nous proposons un
terme de notre invention : le visinaute.
Une fois ce public nommé, il reste toutefois la question de son rapport avec le musée. Ces
utilisateurs sont-ils effectivement amenés à devenir des visiteurs réels ? Est-ce là le but recherché par
les musées ? Ou en d’autres termes, le musée en ligne doit-il entretenir un rapport avec le musée
réel ? Est-il l’élément qui enclenche la visite ou alors est-il le prolongement du musée réel ? Peut-il
être les deux ? Une présence du musée dans la vie quotidienne ? Un appui dans la vie ? Finalement la
question posée est surtout celle du rôle du musée et de son évolution.
Pour répondre à ces questions, nous nous appuierons sur les écrits de muséologues
spécialistes de ces questions :
D’un côté, les personnes incitant à la liaison entre le musée en ligne et le musée réel
telles Élisabeth Caillet qui met en avant la priorité du musée réel, de ses objets et de
son expertise plus poussée « sur place ».
De l’autre, Geneviève Vidal et Vincent Puig qui comprennent l’intérêt du musée à
souhaiter cette articulation (fréquentation, utilité des fonds dépensés) mais pensent
que celle-ci n’est pas nécessaire et le musée virtuel peut se présenter comme un
autre diffuseur de savoir. On peut comprendre ce qui est présent en ligne sans avoir
besoin d’aller dans le musée réel.
Notre dernière série de questions n’est pas un pur jeu théorique puisque la liaison entre le
musée réel et le musée en ligne a eu lieu cette année lors de deux « soirées Facebook » tenues au
musée des Arts Décoratifs et au musée de la Poste (Paris). La nouveauté est ici la considération d’un
groupe en tant que tel et non plus la simple participation ponctuelle de chaque internaute. On peut
49

ajouter également que le sens a changé : ce ne sont plus des usagers qui participent à des activités
en ligne qui peuvent avoir des liens avec la visite réelle (concours photographique par exemple) mais
ce sont les utilisateurs qui viennent au musée. Ce renversement sera notre point de départ sur la
réflexion quant au possible rôle du musée comme moteur social qui conclura notre étude.
50

CHAPITRE2 : LA METHODOLOGIE DE LA RECHERCHE.

I. Choix et conception de l’outil d’analyse.

Des impératifs pratiques et méthodologiques m’ont poussée à restreindre l’analyse de la
présence numérique des musées hors de leur site institutionnel aux seules pages Facebook des
musées nationaux dépendants du Ministère de la Culture et de la Communication. Nous allons
détailler ces impératifs ci-dessous.
A. La constitution de l’échantillon.

Dans le cadre de ce mémoire, il n’a pas été possible d’étudier la totalité des pages
numériques de musées présentes hors de leur site institutionnel. Ainsi qu’il a été explicité
précédemment, la présence des musées, à l’instar des institutions culturelles s’est multipliée depuis
deux ans de façon exponentielle sur les sites de réseautage et les plates-formes communautaires. Se
pose ainsi la question de la taille de l’échantillon choisi pour cette recherche et les critères de
sélection.
Plusieurs choix se présentaient associés à des études spécifiques, parmi lesquelles :
les musées d’une même région ou d’une même entité géographique en vue
d’explorer le dynamisme de celle-ci, la programmation d’activités locales ou la cohérence de la
politique culturelle mise en place ;
les musées relevant d’une même thématique afin d’examiner si ceux-ci mettent en
place la même communication et la même médiation à travers les médias sociaux ou s’il existe des
différences ;
les musées de petite taille ou de fréquentation peu élevée pour analyser la mise en
place d’une politique de conquête de nouveaux publics.
Le choix opéré ici a été fait selon deux critères : le temps imparti pour ce mémoire et les
travaux déjà réalisés. Sur ce deuxième point, on peut rappeler que les musées de la « première
génération » ont souvent fait l’objet d’analyses antérieures et sont souvent cités à titre d’exemple
comme le Brooklyn Museum (Ben Sassi, 2008), Le Museum d’Histoire naturelle de Toulouse (Drain,
51

2008) ou encore le Centre Pompidou (Lataillade, 2008). Souhaitant renouveler l’approche et explorer
de nouvelles pistes de recherches, je me suis intéressée à la « deuxième génération » de musées. Un
second critère est lié à l’opportunité d’un stage réalisé au Département de la politique des publics de
la Direction des Patrimoines
110
. De ce fait, j’ai décidé de limiter l’échantillon aux musées nationaux du
Ministère de la Culture et de la Communication (MCC) puisqu’il était nécessaire que les musées
choisis soient dans le champ d’intervention de la Direction des Patrimoines. De plus, la plupart de ces
musées fait partie de la deuxième génération de musées présents sur les sites de réseautage et de
partage.
Il a semblé intéressant, aussi bien à titre de veille que dans une perspective comparative, de
suivre l’évolution des pages d’autres musées français et étrangers. Le choix s’est porté, par exemple,
sur la page du musée de la Poste car les administrateurs ont fait preuve dès sa création de
dynamisme et d’innovations. De plus, ce musée a annoncé très tôt la tenue d’une « Soirée
Facebook » au mois de juin 2010. Cette concrétisation dans le réel d’une démarche virtuelle étant
assez rare au sein des institutions, il nous a semblé que la recherche serait enrichie par l’évocation de
cette soirée et des actions autour de la page. J’ai observé l’activité de la page du musée de la Marine
de Paris pour ces mêmes raisons et le fait que l’administrateur soit Mériam Ben Sassi, son expertise
dans le domaine promettant une activité dynamique et innovante. Le choix s’est également porté sur
le Museum d’Histoire naturelle de Toulouse notamment à cause de sa position de pionnier en
France.
B. Le choix de Facebook.

Une fois décidé que l’étude porterait sur les musées nationaux gérés par le MCC, il a été
nécessaire de faire un état des lieux de la présence de ceux-ci sur les plates-formes communautaires.
Nous avons récapitulé ces données dans un tableau
111
. Un inventaire des musées présents sur les
sites de socialisation et de navigation (c’est-à-dire Facebook, Twitter, YouTube, Dailymotion,
MySpace, Flickr) a été réalisé et les recherches ont été élargies à la présence :

110
Ce département est issu du département des publics, de l’action éducative et de la diffusion culturelle de
l’exemple-Direction des Musées de France, qui, à la faveur de la RGPP, a vu son périmètre élargi aux publics de
l’ensemble des lieux patrimoniaux, et est devenu un département transversal à la Direction générale des
patrimoines. La chef du département de la politique des publics est Françoise Wasserman.
(http://www.dmf.culture.gouv.fr/organisation.html, consultée le 30 juin 2010)
111
Annexes, « Présence des 40 musées nationaux sur les sites de réseaux sociaux en mars 2010 », tableau 2, p
21- 22.
52

d’un blog institutionnel,
d’un lien figurant sur le site Internet vers les réseaux sociaux,
d’un flux RSS,
de dispositifs de mise en contact des visiteurs avec le musée.
Ces quatre derniers points sont destinés à mesurer l’implication du musée dans le développement
d’une stratégie numérique engageant le musée dans un rapport différent avec son audience (« plus
décontracté », « plus proche », « moins institutionnel »…).
Nous avons pris en compte les 40 musées nationaux du Ministère de la Culture et de la
Communication. Des résultats spécifiques à la présence sur les sites de réseautage et de partage en
ont été extraits, ils sont présentés sous la forme du graphique ci-dessous :

Nous pouvons constater que Facebook a capté l’intérêt du plus grand nombre de musées. Ce résultat
est sans surprise puisque Facebook est le site qui réunit les fonctionnalités des autres sites de
partage et les associe dans une structure réunissant aujourd’hui plus de dix-huit millions
d’utilisateurs en France
112
. De plus, la propagation virale
113
des informations via Facebook est

112
En juin 2010, source : http://www.checkFacebook.com/
53

beaucoup plus puissante que sur les autres sites puisque l’information vient de « vos amis »
114
. Les
fonctionnalités de Facebook permettent en plus une communication simplifiée grâce aux
notifications qui informent l’utilisateur qu’une personne lui a répondu ou a commenté un de ses
articles, rendant le dialogue plus facile.
L’analyse a donc été centrée sur ce site pour avoir un échantillon la plus vaste possible et
pouvoir généraliser le plus possible les résultats de l’étude.
Ainsi les quinze musées figurant dans notre échantillon sont :
1. Le musée du Quai Branly
2. Le musée du Louvre
3. Le musée Jean-Jacques Henner
4. Le musée Eugène Delacroix
5. Le musée et Domaine du château de Versailles
6. Le musée de la Renaissance (Ecouen)
7. Le MUCEM
8. Le musée national d’art moderne du centre Georges Pompidou (MNAM)
115

9. Le musée des Arts Décoratifs
10. L’aquarium de la Porte Dorée
11. La Cité de l’Architecture
12. La Cité Nationale de l’Histoire de l’Immigration (CNHI)
13. Le musée du Château de Fontainebleau
14. Le musée d’Orsay
15. Le musée de l’Orangerie

113
Ce terme d’origine médicale est utilisé depuis quelques années pour qualifier l’effet de « bouche-à-oreille »
massivement amplifié et permis grâce aux outils de la deuxième génération du Web. C’est cet effet si puissant
que les entreprises essayent de canaliser à leur profit en ayant une présence numérique.
114
VIENNET Emmanuel, « Introduction aux réseaux sociaux : problématiques pour la fouille de données », [en
ligne], In : Réseaux sociaux et data mining, cycle de conférences proposé par l’ENS, consulté le 8 juillet 2010.
URL : http://www.diffusion.ens.fr/index.php?res=conf&idconf=2776
115
On remarque qu’il n’y a que seul le Centre Pompidou fait partie de la première génération des musées sur
les sites de réseautage et de partage.
54

Il faut toutefois annoncer que les musées d’Orsay, de l’Orangerie et du Château de
Fontainebleau ont des pages qui existent mais qui ne sont pas actualisées. Celles-ci seront utilisées
pour mettre en exergue les effets d’une page à l’abandon.
Je me suis également intéressée au musée Guimet qui a utilisé Twitter avant d’ouvrir sa page
Facebook alors que les autres musées présents sur Twitter se servent de cette plate-forme
uniquement comme d’un relais de la page Facebook. En effet, une fonctionnalité permet de lier les
actualisations de statut sur Facebook pour qu’ils apparaissent directement sur Twitter. Cette position
originale a poussé à analyser la mise en place de cette pratique au sein même de l’institution mais
non les interactions car la politique du musée Guimet est de ne pas répondre aux lecteurs
116
. La page
Facebook du musée ayant été mise en place après les échantillonnages opérés sur les autres pages
de musées, elle n’a pas été prise en compte dans l’analyse de ces dernières.

C. La nécessité d’un outil composite.

La mise en place d’une page Facebook provoque des effets en ligne (« online »), ce qui est
s’inscrit sur le « mur » de celle-ci aussi bien que des effets extérieurs (« offline) que ce soit au sein de
l’institution ou du public qui lit et participe à son élaboration. Nous ne pouvons pas nous limiter à
l’un ou à l’autre de ces aspects au risque de laisser échapper une vue complète du processus. En
outre, chacun des acteurs (les concepteurs, les lecteurs) et l’objet de leur interaction, la page,
possède ses caractéristiques propres et ne peut être étudié de la même manière.
Toutefois nous avons axé notre recherche sur l’analyse des pages et les entretiens avec les
administrateurs des pages, laissant de côté une enquête destinée à connaitre le public des
utilisateurs et ses motivations pour deux raisons :
Lorsque notre enquête a débuté, l’activité des musées sélectionnés sur le réseau
social était encore très jeune et ces pages n’avaient pas encore connu l’essor qui leur ont permis
aujourd’hui, à certaines d’entre-elles, de trouver « leur(s) public(s) ». Il nous semblait difficile de
mener une étude de public sur une action insuffisamment mature.
A la lecture de travaux déjà réalisés, notamment les mémoires de Claire Drain et
Magdalena Lataillade
117
, on comprend les difficultés à cerner ce public. D’une part, les restrictions

116
Cf., Infra, chap. 3, II, B, 3, p 86- 89.
117
DRAIN Claire, Le site de partage de photographies Flickr : un nouveau mode d’échanges avec les publics au
Museum d Histoire Naturelle de Toulouse ?, mémoire de master 1 de l’École du Louvre, 2008.
55

techniques du site Facebook empêche l’accès aux profils entiers de personnes qui n’ont pas accepté
d’être visibles à tous (il faut d’abord devenir « leur ami »). Il en découle un accès difficile et laborieux
à quelques données qui ne permettent qu’une analyse partielle de ce public
118
. On aurait pu imaginer
néanmoins « toucher » ce public lors des soirées Facebook. Cette solution a été abandonnée pour
des raisons de temps.
À ces raisons s’ajoute celle du temps imparti, nous avons donc préféré interroger les professionnels
pour connaitre «l’envers du décor » et analyser les traces laissées sur la page et suivre leur évolution
sur les quelques mois qu’ont duré notre étude. Une étude de public significative n’a donc pas pu être
entreprise, toutefois quelques hypothèses sur la nature du public seront envisagées.

1. Les analyses de pages.

Comme évoqué précédemment, il a été nécessaire d’étudier l’activité proposée par ces
pages. Il n’existe pas de méthodologie codifiée d’analyse des pratiques relationnelles sur le Web
comme l’explique Jean-Claude Kaufmann : «tout reste à inventer en ce qui concerne les techniques
d'enquête sur la Toile»
119
. Nous nous sommes inspirés notamment des articles de Michel Marcoccia
sur les communautés virtuelles pour créer notre propre méthodologie. On peut analyser l’évolution
des relations entre le musée et ces utilisateurs puisque le site Facebook garde en mémoire
l’intégralité des actions de la page, ce qui est une grande nouveauté pour l’étude de nouvelles
pratiques relationnelles
120
. Étudier ces pages est un peu comme faire l’archéologie des interactions.
Par opposition, il ne faut jamais oublier que ne sont justement enregistrées et visibles que les
interactions médiatisées par ordinateur et qu’il existe tout un public silencieux, qui ne s’exprime pas,
mais qui est bien présent et suit les actualisations de la page. Ces utilisateurs sont appelés
« lurkers »
121
ce qui peut se traduire par « ceux qui se cachent », « ceux qui restent tapis ». Il faut en
déduire que l’analyse de ces pages donne une vision partielle des effets produits par Facebook.

LATAILLADE Magdalena, Les musées et les réseaux sociaux : l’exemple du Centre Pompidou, mémoire de
master 1 de l’École du Louvre, 2008.
118
LATAILLADE, Ibid., p 35-38.
119
KAUFMANN Jean-Claude, Sex@amour, Paris, Armand Colin, 2010, p 199.
120
CRISTOFOLI Pascal, « Aux sources des grands réseaux d’interactions », In : Réseaux, n°152, 2008, p 30.
121
MARCOCCIA Michel, « L’analyse conversationnelle des forums de discussion : questionnements
méthodologiques », In : MOURLHON-DALLIES Florence, RAKOTONOELINA Florimond, REBOUL TOURÉ Sandrine,
56

Pour commencer l’analyse, nous avons décidé d’observer ces pages sur une petite période.
Mais comment déterminer cette durée ? Quels sont les critères qui permettent une comparaison
entre les différents musées en jeu ? Ces musées appartiennent tous à la catégorie des musées
nationaux mais ils ne se ressemblent pas tous pour autant. Leurs statuts (établissement public,
service public à compétence nationale, statut particulier), leurs domaines (arts décoratifs, Beaux-
arts, histoire, sciences naturelles), leurs fréquentations, leurs localisations en font des entités très
différentes les unes des autres, ne suscitant pas le même type d'intérêt, de curiosité, de
fréquentation voire d'adhésion, c'est à dire de public. Il en découle des profils Facebook tout aussi
différents et n’ayant pas la même activité. Ainsi par exemple, quand le Château de Versailles draine
5.846 utilisateurs, le musée de la Renaissance n'en possède que 268
122
. Le nombre de messages
déposés sur le « mur » varie en fonction de ces données : pour la même période, alors que s’inscrit
une quinzaine de messages sur le «mur» du musée Delacroix, sur celui du musée des Arts Décoratifs
on décompte environ une centaine
123
.
Nous nous en sommes tenus à une période d’étude de deux semaines : une semaine avant et
une semaine après le début d’une nouvelle exposition en espérant trouver suffisamment d’activité
sur les pages. Dans ces conditions, le MUCEM qui ne présente actuellement aucune exposition
temporaire ainsi que le château de Fontainebleau n’ont pas été pris en compte. L’analyse de ces
pages n’a pas été réalisée pour des raisons de validité de la comparaison, même si les conséquences
de leur « non-animation » ont bien sûr été intégrées à l’analyse générale. Pour autant, la venue
d’une exposition temporaire ne modifie pas nécessairement le niveau d’activité de la page, voire
peut la ralentir. Par ailleurs, on notera que certaines pages, bien que créées par le musée, ne
présentent que peu voire pas d’animation. De fait, ainsi que le nous verrons ultérieurement
124
, la
création et la gestion d’une page est plus souvent le fait d’une personne fortement motivée que le
choix assumé d’un musée.

Les discours de l’Internet : nouveaux corpus, nouveaux modèles ?, Les carnets du CEDISCOR, 8, 2004, Presses
Sorbonne nouvelles, p 23-38.
122
Observation faite le 19 mars 2010.
123
Nombre moyen pour deux semaines observé pendant le mois de décembre 2009. Cette remarque n’a pas
vocation à être utilisée comme une donnée scientifique mais juste pour rendre compte des différences
d’échelle d’un musée à l’autre.
124
Cf., Infra, Chap. 3, II, A, 1, 75- 77.
57

Treize musées font donc l’objet d’une analyse complète. Les périodes d’échantillonnage
125
sont
présentées dans le tableau suivant :
Nom du musée Période choisie : Autour de l’exposition…
Nombres
de
messages
étudiés
1
Le musée du Quai
Branly

Du 9 au 23 février 2010
« La fabrique des Images »
du 16 février 2010 au 17
juillet 2011
51
2
Le musée du
Louvre
Du 26 février au 12 mars
2010
« Sainte Russie » du 5 mars
au 24 mai 2010
264
3
Le musée Jean-
Jacques Henner
Du 30 octobre au 14
novembre 2009
« La Tauromachie » de
Goya, du 7 novembre 2009
au 29 mars 2010
0
4
Le musée Eugène
Delacroix
Du 9 au 23 décembre 2009
« Une passion pour
Delacroix. La collection
Karen B. Cohen » du 16
décembre 2009 au 4 mai
2010
14
5
Le musée et
Domaine du
château de
Versailles
Du 18 février au 2 février
2010
« Versailles
photographiés » du 26
janvier au 25 avril 2010
52
6
Le musée de la
Renaissance
(Ecouen)
Du 10 au 24 mars 2010
« De l’écrit à l’émail » du
17 mars au 5 juillet 2010
53
7 Centre Pompidou Du 3 au 17 février 2010
« Sarkis » du 10 février au
21 juin 2010
63
8
Le musée des Arts
Décoratifs
Du 3 au 17 décembre 2009
« Il était une fois
Playmobil » du 10
décembre 2009 au 16 mai
2010
101
9
L’aquarium de la Du 26 janvier au 9 février « Dans le sillage des
3

125
Annexes, « Echantillons », (document sur CD ROM).
58

Porte Dorée 2010 requins » du 2 février au 6
mars 2010
10
Cité de
l’Architecture
Du 3 au 17 février 2010
« Androuet du Cerceau »
du 10 février au 9 mai 2010
5
11
CNHI

Du 10 au 24 novembre
2009
« Générations » du 17
novembre 2009 au 18 avril
2010
12
12 Le musée d’Orsay Du 9 au 23 mars 2010
« Crimes et châtiments »
du 16 mars au 27 juin 2010
12
13
Le musée de
l’Orangerie
Du 18 novembre au 3
décembre 2009
« Les Enfants modèles, de
Claude Renoir à Pierre
Arditi » du 25 novembre
2009 au 8 mars 2010
0

Les messages laissés n’ont pas d’adresse URL propre, nous donnerons donc la date de ces
derniers pour les identifier. À partir de celle-ci, il est possible de les localiser sur la page de chaque
musée puisque toutes les activités sont archivées sur cette dernière.
Ces échantillons nous ont servis de point de départ dans notre analyse mais ils ne sont pas
suffisants pour embrasser tout le phénomène. En effet, l’observation sur quinze jours est trop courte
pour saisir une évolution et tout le panel des interactions proposées par les musées. Un problème de
clôture du corpus nous est donc apparu. Il est le même que celui observé par Claire Barbillon avec les
bases de données. Elle souligne que les facilités d’accès à un grand nombre de données regroupées
ensemble encouragent à avoir un corpus très large qu’il est difficile de clore
126
. Nous avons donc
emprunté certains messages des musées en dehors de notre corpus quand ceux-ci se sont avérés
représentatifs.
2. Les entretiens.

a) Les personnes interrogées


126
BARBILLON Claire, « Table ronde : De l’inventaire à la base de données - nouvelles problématiques », [en
ligne], In : L’art et la mesure : Histoire de l’art et approches quantitatives, sources, outils, méthode, cycle de
conférences de l’ENS, 4 décembre 2008, consulté le 30 juin 2010.
URL : http://www.diffusion.ens.fr/index.php?res=conf&idconf=2301
59

Au début de notre recherche, nous avons eu l’occasion de faire deux entretiens
« exploratoires » (ou de pré-étude). Le premier a eu lieu avec Jean-Pierre Dalbéra, Responsable du
département informatique et multimédia du MUCEM de 2004 à 2008 et Chargé d'une mission
d'étude sur le pôle scientifique et technique du futur centre national de conservation du patrimoine
(CNCP) par le Cabinet du Ministre de la Culture et de la Communication depuis fin 2008.
Le second entretien a traité de la page Facebook du MUCEM avec Yannick Vernet, actuel chef
de projet multimédia du MUCEM, en plus de la thématique plus générale dédiée à la culture
numérique et aux problématiques spécifiques aux musées.
Par la suite, une campagne d’entretiens a été réalisée auprès des personnes qui gèrent
directement les pages, qu’elles en aient été les initiateurs ou non. Toutes n’ont pas pu être
rencontrées. Nous avons opéré un choix en fonction de la typologie des pages observées :
celles des grands musées parisiens (Le Louvre, MNAM, Quai Branly…) ;
celles des musées entreprenant des démarches originales (musée de la Renaissance,
musée des Arts Décoratifs)
celles des établissements moins connus du grand public (MUCEM, CNHI, Aquarium
de la Porte Dorée…)
Ainsi des entretiens ont pu être réalisés avec :
Niko Mellisano, Responsable « développement et promotion » du musée du Louvre.
Il s’occupe également de la page du musée Delacroix.
Fabien Escalona, Webmestre du musée des Arts Décoratifs.
Stéphanie Deprouw, Conservatrice du Patrimoine et Mickaël Caucat, Responsable
des publics et de la communication pour le musée de la Renaissance (Ecouen)
Yannick Vernet, actuel Chef multimédia du MUCEM.

S’ajoutent à ces entrevues, une rencontre avec Muriel Mussard du service « Site
Internet/Multimédia » au musée Guimet pour explorer la position particulière de celui-ci qui a
préféré Twitter à Facebook et Laurent Albaret, Chef de projet « Veille et Stratégie Patrimoniales »
dans le pôle Histoire et Prospective et Responsable de la communication numérique de l'Adresse
musée de La Poste
127
. Ce dernier entretien, réalisé de la même manière que les autres, a été très
riche et montrait les mêmes problématiques que pour les musées nationaux. Nous l’avons donc
pleinement intégré dans nos résultats. Enfin, nous avons rencontré Ingrid Baron-Cadoret

127
Ces entretiens ont été possibles notamment grâce à l’appui Mme Florence Vielfaure (chargée de mission
« Multimédia» au département de la politique des publics et directrice de stage.
60

(Département de la Communication, Direction générale des patrimoines) au sujet de la 5
e
Nuit des
Musées placée sous le signe de Twitter.
Nous souhaitions rencontrer une personne d’un musée qui n’animait pas ou plus sa page
(musée de Fontainebleau, musée d’Orsay …) mais la rencontre n’a pas pu être réalisable dans le
temps imparti à l'étude.
b) Conception et contenu des entretiens.

Le guide d’entretien a été préparé en tenant compte d’études et de recherches menées sur
ce sujet ou des sujets connexes, qu’il s’agisse de professionnels des médias numériques ou des
chercheurs
128
. Ces analyses préliminaires ont été complétées par l’étude des pages et leur évolution.
Nous avons essayé de couvrir tout le processus autour des pages de la genèse à leurs futures
évolutions. Quatre thèmes ont été développés
129
:
L’avant-projet et sa préparation
La gestion des pages et de la stratégie numérique au quotidien
Les données statistiques (nombres de visites sur le site, sur la page…)
Le rapport présence numérique-musée réel
Nous avons particulièrement insisté sur les données structurelles et le fonctionnement en interne qui
n’étaient pas réellement abordés de manière générale dans les études dont nous avons
connaissance.
Pour le musée des Arts Décoratifs et le musée de la Poste, des questions sur leur « Soirée Facebook »
respective puisque ont été ajoutées :
Qu’est-ce qui a motivé l’organisation de cette soirée ?

128
BEN SASSI Mériam, Le musée à l’ère de l’Internet, Mémoire de M1 de Paris I La Sorbonne, 2007.
BEN SASSI Mériam, Musée 2.0. De l’entrée du musée dans les réseaux à la remise en cause du public, mémoire
de M2 de Paris I La Sorbonne, 2008.
DRAIN Claire, Le site de partage de photographies Flickr : un nouveau mode d’échanges avec les publics au
Museum d Histoire Naturelle de Toulouse ?, mémoire de master 1 de l’École du Louvre, 2008.
LATAILLADE Magdalena, Les musées et les réseaux sociaux : l’exemple du Centre Pompidou, mémoire de M1 de
l’École du Louvre, 2009.
129
Annexes, « Guide d’entretien destinés aux professionnels », p 24- 25.
61

Qui a participé à son élaboration ?
Combien de visiteurs sont venus ?
Disposez-vous de statistiques sur le public dans la mesure où l’entrée était
subordonnée à la remise d’un petit questionnaire portant sur le visiteur.
Quel est votre ressenti sur l’atmosphère de la soirée ? Était-elle différente des
habituels vernissages ? Si oui, d'après vous, quelles en sont les causes ?
Avez-vous eu des retours de la part des visiteurs ? Quels sont-ils ?
Pensez-vous renouveler l’initiative ?
La page du musée des Arts Décoratifs a été étudiée plus spécifiquement (cf. plus loin) et nous avons
donc souhaité compléter le premier entretien par quelques questions très spécifiques posées par
mail à son Webmestre :
Avez-vous bénéficié au cours de votre cursus ou de votre carrière d’une formation
artistique (en dehors des connaissances acquises sur la collection du musée) ?
Deux des personnes jouant régulièrement (E.M. et R.M.) ne participent plus aussi
activement qu’au début. En connaissez-vous la raison ?
Avez-vous observé un nombre plus important de visites du site Internet depuis la
création de la page Facebook ? Et plus particulièrement de la base de données ? Si
oui, pourriez-vous m’en donner la proportion ?
Que ce soit en suivant le déroulé type du guide d’entretien ou selon un autre ordre de
questions s’adaptant à la logique des interactions enquêteur-enquêté, notre démarche intègre que
«l’enquête par entretien est *…+ une démarche qui soumet le questionnement à la rencontre, au lieu
de la fixer d’avance ». Alain Blanchet et Anne Gotman expliquent en effet la particularité de
l’entretien en sciences sociales : un « parcours » où il est nécessaire d’ « intégrer la situation
d’interaction»
130
.
Ainsi, la grille d’entretien en mains, nous avions prévu de présenter la recherche aux
questionnés en début de rencontre (« instaurer le cadre contractuel initial »
131
) puis d’expliquer la
nature des questions posées c’est-à-dire un tour d’horizon des différentes étapes ayant menées à la
création d’une page jusqu’à son évolution future. La pratique s’est révélée beaucoup plus
imprévue comme souligné dans les différents manuels de méthodologie de l’entretien. Il est en effet

130
Ibid.
131
Ibid., p 75
62

arrivé que certains interviewés prennent la parole dès le début sans attendre la présentation du
projet et nous exposent l’histoire du musée, son statut, ses particularités. Dans ce cas, nous
profitions d’une remarque sur le public du musée pour faire la comparaison avec le public en ligne et
ainsi reprendre la main sur la conduite de l’entretien.
3. Les études de cas.

a) Étude de cas : la page du musée des Arts Décoratifs.

Sur les pages du musée des Arts Décoratifs et le musée de la Renaissance, il a été montré que
certains « fans » revenaient régulièrement commenter les articles et souvent plusieurs fois sur le
même sujet, manifestant le début d’un dialogue et étant peut-être les prémices d’une communauté
virtuelle. Cette implication des fans est toutefois plus forte sur la page des Arts Décoratifs (plus de
messages par plus de fans) et la raison en est simple : un jeu créé par le musée autour d’un objet de
ses collections, point de départ d’une série de questionnements sur son propriétaire, son utilité, son
auteur… Une première observation de l’évolution de ces jeux a montré un nombre croissant de
participants et un nombre croissant de messages postés. Il a donc été décidé d’étudier beaucoup
plus précisément cette évolution car elle laissait supposer l’utilisation de Facebook comme support
de médiation. Ce dernier point en fait vraiment une utilisation originale par rapport à son utilisation
plus répandue d’agent de communication « autre » et « plus décontracté » ou comme relais du site
Internet.
63


Deux types d’analyse ont été mis en place :
une approche quantitative c’est-à-dire recenser chaque intervention de chaque
utilisateur afin d’observer la régularité de la fréquentation de chaque participant. Cette technique est
inspirée de celle mise en place dans l’analyse du forum de l’émission « On ne peut pas plaire à tout le
monde » par Maud Vincent
132
. Pour ce faire, nous avons utilisé un tableau Excel croisant
horizontalement le nom des participants et verticalement les dates des jeux en ordre
chronologique
133
. Nous avions comme hypothèse que la multiplication des participations favorisait la
multiplication des interventions, créant ainsi le début d’un dialogue. Nous avons donc construit deux
tableaux sur le principe énoncé, un notifiant la participation au jeu et un autre notant le nombre
d’interventions. Nous avons pu croiser ces résultats par la suite. Il s’est avéré que cette hypothèse
n’était pas vérifiée car une multitude de pratiques ressortait de cette analyse
134
.
une approche qualitative c'est-à-dire une analyse des échanges produits et
l’évolution de ceux-ci. Nous avons particulièrement cherché des traces de création d’un lien entre les
joueurs et l’échange de connaissances entre eux. Nous avons utilisé comme critères la longueur des
échanges, le nombre de participations, la manière de s’adresser aux autres et au musée, la poursuite
de la conversation après la bonne réponse.

b) Étude de cas d’un type d’action en faveur du lien page
virtuelle/musée réel.

Un des axes de recherche étant la possible constitution d’une communauté virtuelle ou celle
de liens entre utilisateurs, tout du moins l’instauration d’un rapport moins institutionnel entre le
musée et ces visiteurs, nous avons recherché les opérations de contact entre le musée et ses
utilisateurs. Celles-ci n’étant pas très courantes encore, il n’y a eu, par exemple, que deux soirées

132
VINCENT Maud, « La dégradation du débat public : Le forum de l'émission " On ne peut pas plaire à tout le
monde " ». In : Hermès, n°47, 2007, p 99-106.
133
Ce travail a permis de créer deux documents complémentaire : l’un relevant seulement la présence des
visinautes et l’autre notant le nombre de participation à chaque présence. Annexes, « Présence des visinautes
lors des jeux du musée des AD » et Comptabilisation des messages postés lors des jeux », (documents sur CD-
ROM).
134
Annexes, « Le jeu du musée des Arts Décoratifs », (document sur CD-ROM).
64

proposées par le musée de la Poste et le musée des Arts Décoratifs. Nous avons donc participé aux
deux. Nous avons pris en compte le programme de ces soirées, les interventions du musée,
l’organisation de la soirée (nombre de personnes mobilisées, panneaux, encadrement du public…),
l’ambiance, l’attitude des participants (timides et réservés ou au contraire entreprenants et joyeux)
et finalement nous avons noté les points communs et les différences avec une visite autonome.

II. Les limites de l’outil d’analyse.

Nous avons déjà exprimé quelques limites propres à chaque outil mis en place. Il existe
cependant des limites propres à l’étude en général.
L’approche proposée est majoritairement qualitative avec toutefois quelques données
quantitatives quand celles-ci ont pu être trouvées et ont été jugées pertinentes. Il est cependant
nécessaire d’expliquer pourquoi l’approche quantitative n’a pas été davantage privilégiée. Il manque
en effet une étude d’impact au niveau de la fréquentation des institutions et de la fréquentation des
sites Internet. Elle est le fruit de plusieurs faits : d’une part, l’activité est encore trop récente pour
avoir un impact mesurable sur les visites réelles et de l’autre la batterie d'instruments est loin d'être
opérationnelle. Nous pensons qu’une étude peut-être envisageable si est mise en place une véritable
stratégie avec des visées précises sur une période assez longue (de l’ordre de plusieurs années) pour
mesurer véritablement un impact de ce genre.
L’augmentation des visites du site Internet a souvent été citée parmi les buts visés par les
musées. Or lorsque nous y avons fait allusion, il a été surprenant de constater que de telles analyses
n’étaient pas entreprises par les musées. Ensuite, il serait nécessaire de construire des outils de
comptage donnant une idée juste des pratiques numériques. En effet, est souvent comptabilisé le
nombre de « clics », qui pour certains musées, produit un résultat en millions de « clics », peu
signifiant en tant que tel. Il est nécessaire de construire des outils faisant la différence entre les
primo-visiteurs et les multi-visiteurs, le nombre de pages lues, les circuits d’utilisation et les éléments
vus (les informations pratiques, les bases de données, l’actualité des expositions ...) pour ainsi
évaluer les types d’utilisation et le nombre d’utilisateurs d’un site. Signaler également que tous les
musées n’utilisent pas les mêmes logiciels de construction de site, lesquels, ayant des outils
statistiques intégrés spécifiques, tiennent une comptabilité différente de leur fréquentation.
65

Il existe un biais déjà souligné quant à l'analyse des pages : seules les interventions visibles
sont marquées, mais existe sans doute un « effet silencieux » beaucoup plus diffus. Un impact au
niveau de l’image de musée, un dynamisme observé mais qui n’agit pas forcément sur le moment.
On le perçoit dans ce type de message
135
:
« Très beau katagami. ;)
Et bravo à Esther pour ses connaissances. :)
Je ne participe pas à ce groupe mais je vous lis souvent. »
Il n’a pas été possible non plus de rendre compte de l'évolution des liens entre les utilisateurs
(notamment à partir des pages dont l’activité est la plus forte). Il est possible que certains d’entre
eux entretiennent des relations en dehors de ce qui est inscrit sur les pages des musées. Ce type
d’échanges échappe totalement à notre étude alors que paradoxalement ils font partie de ceux que
nous souhaitons étudier. Jean-Claude Kaufmann souligne également les faiblesses d'analyse
découlant de terrains d'études comme les blogs et les forums (comparables à Facebook) car il n'y a
pas de mesure des phénomènes observés.
136
Les fonctionnalités de filtrage mises en place par
Facebook expliquent en partie ce manque de visibilité.
Nous avons expliqué que les personnes rencontrées ont été choisies de telle sorte qu'un
établissement interrogé par type de page soit représenté (grands établissements, établissements
moins connus du grand public, institutions ayant une démarche originale). L’idée sous-tendue était
que les musées ayant les mêmes caractéristiques avaient le même type de réflexion quant à la
présence sur les réseaux sociaux. Les différents entretiens nous ont convaincu que chaque
établissement avait une réflexion propre, surtout liée aux individus qui le composent et que les
caractéristiques structurelles de chaque institution n’influençaient la réflexion qu’en deuxième lieu.
Ainsi on peut penser que si certaines comparaisons sont envisageables entre des établissements
similaires, elles ne se valent pas à chaque fois. Nous regrettons de ne pas avoir pu consulter
davantage de musées.

135
Annexes, « le jeu du musée des Arts Décoratifs», (document sur CD-ROM), p 89.
Les messages provenant de Facebook ont été adaptés au niveau de leur mise en page. Les photographies ou
avatars sont enlevées lorsqu’ils ne sont pas nécessaires à la compréhension du propos. Le contenu n’est jamais
modifié. Seuls les noms sont changés et remplacés par leurs initiales par souci d’anonymat.
136
KAUFMANN Jean-Claude, Sex@amour, Paris, Armand Colin, 2010, p 201.
66



CHAPITRE 3 : PRESENTATION ET ANALYSE DES
RESULTATS DE LA RECHERCHE.

Nous avons souhaité disséquer la présence des musées sur Facebook avec le plus
d’approches possibles. Nous avons donc choisi quatre axes d’étude : comprendre le positionnement
de chacun des acteurs (le public et le musée) et décomposer leurs rencontres (ou non) qui sont de
deux types : en ligne et dans le musée réel. Le positionnement du public en ligne a été regardé à
travers la composition de celui-ci (public de visiteurs ? De non-visiteurs ? Les deux ?) pour en
comprendre les enjeux. Notre deuxième approche a été d’étudier la gestion du point de vue du
musée, l’impact du fonctionnement interne sur la production en ligne (les moyens humains et
techniques mis en place, la liberté éditoriale) et l’analyse de cette production (les difficultés
rencontrées, l’apport de la présence sur Facebook, les thématiques développées). La rencontre ou
non entre les deux protagonistes a été examinée sous l’angle de l’interaction ce qui nous a permis de
créer une typologie des pages en ligne (la page abandonnée, la page remédiable, la page
inauguratrice et la page animée) et de nous centrer sur celle présentant le plus haut degré
d’interaction la page animée. Enfin nous avons décrit et observé les effets de la rencontre hors ligne
des internautes et du musée lors de deux « soirées Facebook ».

I. Le public : des fans ?

Comme annoncé dans notre partie méthodologique, une étude de public en tant que telle
n’a pas été possible à réaliser. Toutefois l’observation des pages et la lecture des entretiens ont mis
au jour les nombreuses questions relatives à ce public. Peut-on d’ailleurs transposer la réalité de la
pluralité des publics en visite réelle
137
au public présent sur Facebook ? Sans forcément que cette
pluralité soit de même nature, les observations empiriques montrent déjà deux publics différents :

137
DE SINGLY François (sous.dir.), FLEURY Laurent, Sociologie de la culture et des pratiques culturelles, Paris,
Armand Colin, édition de 2008, p 31-39.
67

celui qui est venu et celui qui ne l’est pas (qu’il ne soit jamais venu ou qu’il ne vienne pas dans la
période où le message a été émis).
Quelques exemples de visiteurs déjà venus :
M.R., musée de la Renaissance, 1
er
mars 2010
138
:
Je l'ai visitée lors de l'expo et la reverrai avec plaisir. J'ai regretté, lors de
ma dernière visite, qu'elle ne soit pas ouverte en permanence.

A.M.L, musée du Louvre, 5 mars 2010
139
:
Hier toute la matinée au LOUVRE avec mon fils et ses amis

G.F., Château de Versailles, 9 février 2010
140
:
I spent time there when a director friend was filming with Gerard
Depardieu who played the King's cook. Almost two months.
Des visiteurs exprimant l’envie de venir :
G.L.D, musée des Arts Décoratifs, 10 décembre 2009 (à propos de l’exposition
« Playmobil »)
141
:
Youpiiiiiiiiiii ! J'y cours dès que possible :)
S.S., musée du Louvre, 8 mars 2010
142
:
Wishing I was there!
L.B., musée du Quai Branly, 11 février 2010
143
:

138
Annexes, « Echantillons », (document sur CD-ROM), p 79.
139
Annexes, « Echantillons », (document sur CD-ROM), p 27.
140
Page du château de Versailles, http://www.facebook.com/pages/Versailles-France/Chateau-de-Versailles-
Officiel/43375083673?ref=ts
141
Annexes, « Echantillons », (document sur CD-ROM), p 101.
142
Annexes, « Echantillons », (document sur CD-ROM), p 33.
143
Annexes, « Echantillons », (document sur CD-ROM), p 6.
68

Snif... snif... Si seulement j'étais à Paris...

Nous avons comparé ces observations aux entretiens qui confirment ces différences face aux
publics habituels de ces musées ce qui entrainent des problèmes pour nommer les publics en ligne.
Une confusion d’un autre ordre sur la nature de ce public a été repérée, à savoir si ce public est fan
ou non.
A. La difficulté de nommer ce public.

Une fois inscrit sur Facebook, beaucoup de professionnels se sont posé la question de
l’identité des personnes en ligne. Comme les premières inscriptions des musées se sont faites dans le
cadre des pages « groupes » où l’on devient « ami », ils se sont demandé si on pouvait être « ami »
avec un musée et les conséquences de ce nouveau rapport
144
. Cette question est toujours
présente dans les entretiens : «(…) C’est beaucoup trop facile de cliquer sur la page fan d’un musée !
Quand on est ami, c’est une démarche qui engage»
145
.
Vite les pages « fan » ont remplacé les pages « groupe » et la question du rapport entre les
protagonistes n’était plus vraiment posée puisque ce statut est unilatéral. Le fan est défini comme
« jeune admirateur (trice) enthousiaste d’une vedette » et est un terme réintroduit en français dans
le contexte des années 1950-1960 à propos des chanteurs de variété qui déchaînaient les jeunes et
notamment les jeunes filles
146
.Il est vrai que les premières pages avant celles créées par des
institutions avaient été fondées par des amateurs pour montrer leur passion envers un musée
147
. Il
en découle un imaginaire signifiant une adhésion totale, des connaissances pointues sur le sujet et
une grande admiration. À ce moment là, on pouvait penser que les adhérents étaient donc des
visiteurs (primo-visiteur ou visiteur régulier). Cet imaginaire est encore présent comme le montre cet
extrait d’entretien :

144
Par exemple, DRUBAY Diane, « Les musées sur Facebook…Pour ou contre ? », [en ligne], consulté le 1
er
aout
2010.
URL : http://www.buzzeum.com/2008/02/quel-est-linteret-de-facebook-pour-les-musees/
145
Annexes, « Entretiens », p 31.
146
REY-DEBOVE Josette, GAGNON Gilberte, Dictionnaire des anglicismes, Paris, Les usuels du Robert, 1980.
147
BEN SASSI Mériam, Musée 2.0. De l’entrée du musée dans les réseaux à la remise en cause du public,
mémoire de M2 de Paris I La Sorbonne, 2008, p 109.
69

« Et j’ai demandé à ce qu’on fasse pareil au musée sachant que c’est une communication qui
est « tout bénéfice » puisqu’on a que des fans et pas des gens qui viennent nous injurier,
contrairement aux livres d’or où il y a plus de critiques que d’éloges. »
148

Dans le mémoire de Magdalena Lataillade
149
, est posée la question de savoir si un public
chasse l’autre c'est-à-dire si la présence des musées en ligne empêche la venue des musées. Cette
inquiétude est présente depuis que les technologies de l’ordinateur se sont développées dans les
musées comme le rappelle Yves Bergeron
150
. Cette peur sous-entend l’idée que les mêmes publics se
superposeraient mais seraient attirés par l’une ou l’autre des pratiques.
Nous émettons l’hypothèse que ces publics ne sont pas tout à fait identiques et qu’ils n’ont
pas les mêmes pratiques. D’ailleurs, à la question élargie de la nature des publics sur les différents
réseaux mais pour une même institution, Samuel Bausson remarque que « les populations sont
différentes selon les plates-formes sociales»
151
. On peut peut-être se demander si les utilisateurs
prêtent attention à ces termes. En effet, s’ils sont différents d’un site à l’autre, peut-être ne sont-ils
pas attirés par la même chose et peut-être ont-ils des relations différentes vis-à-vis des musées. En
effet, il est très facile d’adhérer à des pages sur Facebook. Les notifications des activités de nos
contacts sont référencées et très visibles pour les autres, il est très aisé donc de s’inscrire à une page
parce que l’image de l’institution représentée est évocatrice ou prestigieuse. C’est d’ailleurs cette
pratique que recherchent les marques sur ces réseaux. Les nouvelles techniques de marketing et de
communication développées sont dites « virales » car l’information se propage tel un virus. La
recommandation par nos amis (qu’elle soit explicite ou implicite par une notification de ce qu’ils
font) sur les réseaux évoque le bouche-à-oreille mais avec une ampleur démultipliée. Cette pratique
favoriserait les ventes
152
. Notre hypothèse est que tous les adhérents d’une page de musée n’ont pas

148
Annexes, « Entretiens », p 33.
149
LATAILLADE Magdalena, Les musées et les réseaux sociaux : l’exemple du Centre Pompidou, mémoire de M1
de l’École du Louvre, 2009, 30-32.
150
BERGERON Yves, « Le RCIP discute avec Yves Bergeron et Éric Langlois de la muséologie et de la
cybermuséologie », [en ligne], consulté le 1
er
aout 2010.
URL : http://www.pro.rcip-chin.gc.ca/carrefour-du-savoir-knowledge-exchange/entrevues-yves-bergeron-
eric_langlois-interviews-yves-bergeron-eric_langlois-fra.jsp
151
« Il est absurde d’avoir un site Web 2.0 et un musée 1.0 », Archimag, n° 234, mai 2010.
152
« La fièvre du marketing viral », [en ligne], In : Journal du Net, mis à jour en mai 2010, consulté le 1
er
aout
2010.
URL : http://www.journaldunet.com/dossiers/mkgviral/index.shtml
70

tous visité le lieu en question. Il est difficile de connaitre l’ampleur de ce phénomène. Il est
intéressant pour les musées dont la stratégie est la conquête de nouveaux publics. Nous pensons
qu’il est à différencier légèrement de l’intérêt manifesté par de nouveaux publics, motivé par l’image
moderne renvoyée par les musées du fait de leur présence sur les sites de socialisation et de
réseautage. L'adhésion à des pages grâce à la communication virale, maximisée par des outils créés
dans ce but, nous interroge sur la valeur du nombre d'adhérents. Le nombre de visinautes est-il
significatif ? Représente-t-il une valorisation de l'action du musée ? Ou est-il le reflet de l'image du
musée ?
153
Las administrateurs des pages se posent également la question :
« Ah non ! C’est beaucoup trop facile de cliquer sur la page fan d’un musée ! Quand on est
ami, c’est une démarche qui engage. C’est comptabilisé dans le nombre d’amis au niveau de son
profil, ça se voit. Quand on est fan, ce n’est pas comptabilisé, c’est noyé dans la fiche liée au profil.
Généralement, les gens sur Facebook aiment que cela se voit, ce qui n’est pas le cas lorsque l’on est
fan.»
154

« Ce qui est sûr, c’est qu’ils ne sont pas tous venus, ce ne sont pas tous des visiteurs »
155

Cette problématique n’est pas spécifique aux musées puisque la question de la « collection »
d’amis sur Facebook interpelle également les chercheurs. Fanny Georges la nomme « l’identité
calculée » et l’inclut dans la construction de l’identité numérique sur Facebook. Dans cet article, elle
montre comment cette dernière, ajouté à « l’identité agissante » (c’est-à-dire la modification de
statut, les demandes d’amis, les mises en ligne de vidéographies…) déterminent « l’adéquation
générale du sujet dans une société donnée »
156
.
Nommer ces publics n’est donc pas facile. On remarquera dans les articles à ce sujet, l’emploi
répandu des guillemets
157
.Dans notre entretien avec Yannick Vernet, celui-ci évoquait ce problème

153
DRUBAY Diane, "Les musées sur Facebook...pour ou contre?", [en ligne], 14 février 2008, consulté le 1er
aout 2010.
URL: http://www.buzzeum.com/2008/02/quel-est-linteret-de-facebook-pour-les-musees/
154
Annexes, « Entretiens », p 31.
155
Annexes, « Entretiens », p 42.
156
GEORGES Fanny, SEILLES Antoine, ARTIGAN Guillaume et ARNAUD Bérenger, « Sémiotique et visualisation
de l’identité numérique : une étude comparée de Facebook et MySpace », [en ligne], 2009, consulté le 1
er
aout
2010.
URL : http://hal.archives-ouvertes.fr/docs/00/41/09/52/PDF/semiotique_finale.pdf
157
« Le musée des Arts décoratifs invite ses « amis » Facebook pour une nocturne », In : artclair.com, 16
février 2010, consulté le 1
er
aout 2010.
71

et hésitait à utiliser d’autres termes que « internaute » ou « usager ». Nous proposons le terme de
visinaute. Il rime avec « internaute » parce qu’il est question, de toute façon, de personnes navigant
sur Internet et nous lui ajoutons le préfixe « visi » qui fait référence aussi bien à un ancien visiteur du
musée réel qu’à un futur visiteur et également au visiteur de site Internet (le terme de « visite »
étant employé). Cette expression enlève ainsi la difficulté de nommer ce public et permet de qualifier
chaque situation possible. Nous précisions qu’il n’est valable que pour les publics des pages de
musées et non pour qualifier de manière générale les utilisateurs de sites de réseautage et de
socialisation.

B. Quelques indicateurs sur la nature des publics en ligne.

Il est possible de connaître quelques indications sur les visinautes grâce à l'outil statistique
mis à disposition par Facebook. Nous en étudierons les faiblesses pour montrer la difficulté de son
utilisation. Toutefois il nous servira d'indicateur en comparaison du public habituel des musées qui
tendrait à montrer la conquête de nouveaux publics. Les statistiques sur l'utilisation des réseaux
sociaux numériques nous serviront également d'indicateurs.
1. Les usagers des réseaux sociaux numériques.

Les études en ce domaine sont très nombreuses et il est difficile de connaître la
méthodologie utilisée pour les réaliser. De plus leurs champs d'étude sont rarement superposables
dans le but d'avoir une vision générale car elles s'attachent à des territoires différents (France,
Europe, monde) ou des classes d'âges différentes notamment. Enfin, les pratiques étant rapidement
changeantes, ces études ont des durées de validité limitées et montrent que ces pratiques ne sont
pas stabilisées et surtout que les adhésions à Facebook continuent d’augmenter. L'étude IFOP
intitulée « Observatoire des réseaux sociaux » pour l'année 2010 notait : « L'année 2009 a été
marquée en France par une amplification de l’essor des réseaux sociaux en ligne. Cet enseignement

URL : http://www.artclair.com/site/archives/docs_article/72673/le-musee-des-arts-decoratifs-invite-ses--
etnbspamisetnbsp--facebook-pour-une-nocturne.php
MAUMONT Anne, BAUSSON Samuel et DALHEM Maud, « Pourquoi et comment construire et entretenir de
bonnes relations avec ses « amis » en ligne? Des objectifs et des usages à tester pour les musées. », Conférence
lors du colloque Musées en mutation, un espace public à revisiter, Université Toulouse I, 4 et 5 juin 2009.
72

se vérifie pleinement pour les sites dont nous avons déjà mesuré le score de notoriété à l’automne
2008. »
158

L’étude d’Olivier Donnat sur les pratiques culturelles des français nous donnent quelques
indices sur les utilisations des ordinateurs et du Web
159
. Il relève que les disparités en termes d’âge
sont toujours importantes (par rapport à la même étude réalisée en 1997). Les jeunes (de moins de
35 ans) ont « intégré beaucoup plus massivement que leurs aînés l’ordinateur dans leur temps libre
et sont des utilisateurs privilégiés de nombreuses fonctionnalités de l’internet » dont « fréquenter les
réseaux sociaux »
160
. Le facteur de la jeunesse n’est pas le seul favorisant l’accès à Internet et au-delà
de 35 ans, les facteurs les plus déterminants pour l’accès et l’utilisation diversifié d’Internet sont « le
fait d’être un homme, de disposer d’un revenu et plus encore d’un niveau de diplôme élevé élevés,
d’avoir acquis dans le cadre de son activité professionnelle la maîtrise des outils informatique ou de
vivre sous le même toit que des enfants ou des adolescents »
161
. Dans le même sens, l’étude nous
apprends que les conditions d’accès à un ordinateur sont extrêmement variées mais que « les foyers
monoparentaux et les ménages aux revenus modestes » restent difficiles même en considérant la
baisse des prix dans le domaine de l’équipement informatique. Dans les usages décrits du Web,
Olivier Donnat remarque qu’une disposition à la visite d’un site internet de musée ou d’une
exposition virtuelle augmente avec la fréquentation réelle des musées, « ce qui tend à confirmer que
les usages culturels de l’Internet viennent plutôt compléter les pratiques culturelles traditionnelles
».
162
Pouvons-nous transposer ces résultats aux visinautes ? Il paraît périlleux de le faire pour trois
raisons :
D’une part, cette étude connaît de nombreuses limites : l’échantillon ne comprend
pas les 2 à 3 % de la population enquêtée pour rendre une visibilité suffisante à
l’enquête, aucune information sur l’offre culturelle n’a pu être prise en compte et les
résultats sont obtenus à partir de déclarations de pratiques.

158
Étude IFOP, janvier 2001, [en ligne], consulté le 1
er
aout 2010.
URL : www.ifop.com/?option=com_publication&type=poll&id=1032
159
DONNAT Olivier, Les pratiques culturelles des Français à l’ère numérique, Paris, La Découverte / Ministère
de la Culture et de la Communication, 2008, p 45- 69.
160
Ibid., p 46.
161
Ibid., p 47.
162
Ibid., p 65.
73

D’autre part, cette étude ne prend en compte que la population française alors que la
population présente sur les pages des musées est internationale.
Enfin, l’utilisation des réseaux sociaux numériques n’est qu’une pratique parmi celles
du Web et on ne peut pas affirmer que les deux populations pratiquant se
superposent. En effet, l’enquête IFOP montre que 23% des internautes interrogés
n’avaient pas de compte sur un site de réseau social numérique (parmi les quinze
proposés qui sont les plus populaires)
163
.
Ces données doivent être utilisées comme des éléments témoignant d’une tendance.
Si les jeunes sont souvent cités comme les utilisateurs massifs des réseaux sociaux
numériques, une étude tendrait à montrer que ce n’est pas la classe d’âge des 18-25 ans qui serait la
plus touchée. L’âge moyen d’un utilisateur serait de 35,5 ans et particulièrement pour Facebook de
33,3 ans
164
. De plus, il semblerait que la part des plus de 60 ans soit en progression depuis deux
ans
165
à tel point que deux sites ont été créés spécialement pour eux, l’un français (Beboomer) et
l’autre australien (The Grandparents network). Ces quelques chiffres tendraient à montrer l’intérêt
des réseaux sociaux numériques en dehors des adolescents et des 18-25 ans. Une étude spécifique
au public des pages de musées serait nécessaire.

2. L'outil statistique intégré à Facebook :

Pour connaitre les publics en ligne, Facebook propose des statistiques qui indiquent pour
chaque page
166
:
Le pourcentage d’hommes et de femmes,

163
Étude IFOP, janvier 200, Op. Cit.
164
« Etude : Les usagers français des réseaux sociaux sont des bons trentenaires », [en ligne], In : 2803.fr, 17
février 2010, consulté le 1
er
aout 2010.
URL : http://www.2803.fr/marketing/etude-les-usagers-francais-des-reseaux-sociaux-sont-des-bons-
trentenaires-7725/
165
« Les séniors, adeptes d’Internet », [en ligne], In : L’express.com, 21 avril 2009, consulté le 1
er
aout 2010.
URL : http://www.lexpress.fr/actualite/high-tech/les-seniors-adeptes-d-internet_755393.html
166
Annexes, « L’outil statistique intégré à Facebook », p 55- 56.
74

Les tranches d’âges (13-17ans, 18-24ans, 23634ans, 35-44ans, 45-54ans et plus de
55ans). Pour chaque tranche d’âges proposée, il est possible d’avoir la proportion
d’hommes et de femmes en pourcentage.
Les principaux pays dont sont originaires les visinautes,
Les principales villes,
Les principales langues utilisées.
Signalons qu'il existe d’autres statistiques portant sur l’augmentation du nombre de visinautes sur
plusieurs mois et d’autres mesurant l’interaction à travers des indicateurs comme le nombre de
commentaires, de messages postés sur le mur et le nombre de fois où les visinautes ont cliqués sur
« j’aime » ou « je n’aime plus »
167
. Ces données sont calculées sur une base de sept jours.
Ces données sont demandées par le site dans la visée commerciale de les vendre aux agences
publicitaires. Ces dernières s'en servent dans le but d'orienter au plus près les publicités en
adéquation avec chaque internaute. Cette pratique, décrite par Emmanuel Viennet, est nommée
« marketing en temps réel » et permet d'adapter l'offre publicitaire (ou les méthodes publicitaires)
en fonction de l'action que va avoir un utilisateur en temps réel, en suivant ses « clics » par
exemple
168
. L'analyse des données générées par ces techniques n'est pas d'ailleurs sans poser de
problèmes en termes de gestion logicielle et technique et en termes de ressources financières
169
.
Le principal inconvénient de ces données est qu'elles sont basées sur les informations
données par les internautes. Or dans un contexte où Facebook est largement critiqué sur l'utilisation
des données personnelles des utilisateurs
170
, on peut s'interroger sur la valeur de ces dernières. On

167
Cette dernière fonctionnalité ne fonctionne que pour quitter une page et ne peut pas être utilisée pour les
publications sur le mur.
168
VIENNET Emmanuel, « Introduction aux réseaux sociaux : problématiques pour la fouille de données », [en
ligne], In : Réseaux sociaux et data mining, cycle de conférences proposé par l’ENS, consulté le 8 juillet 2010.
URL : http://www.diffusion.ens.fr/index.php?res=conf&idconf=2776
169
KIRCHE Rémi, "Problèmes d’analyse dans les sites sociaux", [en ligne], In : Réseaux sociaux et data mining,
cycle de conférences proposé par l’ENS, consulté le 8 juillet 2010.
URL: http://www.diffusion.ens.fr/index.php?res=conf&idconf=2779
170
COLOMBAIN Jérôme, « Facebook : nouvelles accusations concernant la vie privée », [en ligne], In:
Franceinfo.com, 7 mai 2010, consulté le 1er aout 2010.
URL:http://www.france-info.com/chroniques-nouveau-monde-2010-05-07-facebook-nouvelles-accusations-
concernant-la-vie-privee-438632-81-109.html
75

peut imaginer qu'une trop forte pression des industries publicitaires pousse (ra) les utilisateurs à se
créer de fausses identités. Dans ce contexte, nous utiliserons les données obtenues avec une grande
prudence et dans une optique d'indicateur de tendances.

3. Comparaisons avec le public réel.

À la lecture des entretiens, on peut sentir qu’il existe une différence entre les publics réels
des musées et celui des visinautes
171
(même si les données ne forment pas un panorama complet des
visinautes car elles ne sont qu’empiriques).
Au musée de la Renaissance, les visinautes seraient composés en moyenne de 60% de
femmes et 40 % d’hommes. Au mois d’avril 2010, Les personnes âgées de plus de 55 ans
représentaient 18 %. La présence de ces derniers n’est pas étonnante puisqu’ils correspondent à un
des publics du Château d’Ecouen
172
. Toutefois, la tranche des 25-44 ans qui représente environ 60 %
des visinautes est tout à fait nouvelle, ce que confirme les administrateurs : « Par rapport à notre
public habituel qui se situe entre une société des amis vieillissante mais très active et un public
scolaire, on n’a pas vraiment entre les deux. Sur Facebook, on retrouve des gens du milieu. On
touche un créneau qu’on n’a pas d’habitude, qu’on n’a pas dans nos fichiers. » Cette remarque avait
été aussi faite lors de la rencontre avec le webmestre des Arts Décoratifs qui notait un public plus
jeune que les visiteurs habituels du musée, avec une moyenne d’âge d’environ trente ans.
Une part non négligeable de personnes étrangères est à noter également chez les visinautes
du musée de la Renaissance, entre 20 et 25 %. Cette proportion a étonnée l’administratrice :
« Après je pense qu’on a été surpris par le résultat aussi, notamment le fait qu’on arrive à
avoir des fans du monde entier même si la France est loin devant. C’est signe d’intérêt. Après je me
pause la question de savoir si c’est le nom « Renaissance » qui plaît ou si ces gens ont vraiment
entendu parler du musée, s’ils sont déjà venus. »
Cette importance des publics étrangers est à signaler également sur la page du Louvre. À
l’inverse, ce dernier fait n’a rien d’étonnant pour le Louvre qui comptabilise environ 60 % d’étrangers
chez les visiteurs réels
173
. Ce dernier élément pose la question des langues à employer sur la page :

171
Pour le musée de la Poste, cette question sera traitée à propos de leur « soirée Facebook », infra, Chap. 3,
IV, B, 2, p 155.
172
Statistiques obtenues grâce à Facebook, document donné lors de l’entretien.
173
fréquentation pour 2009, [en ligne], louvre.fr, consulté le 1
er
aout 2010.
76

« En regardant les statistiques présents sur la page, je me suis rendu compte que les fans
étaient très hétérogènes, je me suis donc dit qu’il fallait communiquer en plusieurs langues. Le
français n’étant pas suffisant, il fallait ajouter l’anglais au moins, peut-être l’espagnol voir d’autres
langues (…).»
174

Au musée des Arts Décoratifs, l’entretien nous a appris que 70 % des visinautes étaient des
femmes et que celles-ci fournissaient 80 % des interventions (en mars 2010).
Que nous apprennent ces différents éclairages ? On remarque déjà que les publics en ligne
sont différents des visiteurs réels. Il semble qu’ils soient plus jeunes, toutefois le public adolescent
n’apparaît pas du tout. Une étude interne au musée Guimet sur le public visitant le site Internet tend
à montrer cette même tendance : « le public en ligne était plus jeune que celui du musée, c’est un
public qualifié et cultivé, de niveau bac +3 généralement »
175
(en 2007-2008). Pour certains musées,
une large proportion de femmes compose les visinautes. La part du public étranger ne serait pas à
négliger et la question de la pluralité des langues doit être envisagée à partir du moment où celle-ci
est très importante.

II. Pratiques et gestion des musées sur les réseaux sociaux
numériques.

Il s’agit d’examiner ici les motivations et les buts recherchés par les musées en amont du
projet et d’expliquer comment la présence numérique générale est gérée structurellement. Nous
verrons ainsi la grande diversité des solutions mises en place ainsi que les raisonnements qui les
sous-tendent. Dans cette section, nous nous appuyons en grande partie sur les entretiens réalisés.
Ainsi tous les musées ne seront pas traités dans les exemples même si les raisonnements restent
valides.

URL :
http://www.louvre.fr/llv/musee/etude_publique.jsp?CONTENT%3C%3Ecnt_id=10134198674180757&CURREN
T_LLV_FICHE%3C%3Ecnt_id=10134198674180757&FOLDER%3C%3Efolder_id=9852723696500892
174
Annexes, « Entretiens », p 44.
175
Annexes, « Entretiens », p 53.
77


A. La décision d’avoir une présence sur les réseaux sociaux.

1. Un intérêt personnel.

Il a été très frappant de constater lors des entretiens que majoritairement, l’initiative à
l’origine de la prise de décision provient de la personne qui a en charge actuellement la page. Yannick
Vernet nous a fait part de ce phénomène lors de l’entretien exploratoire. Il l’expliquait en partie par
le fait que, certains abonnements (comme Flickr) étant payants, ça n’aurait pas incité les institutions
à se lancer et les initiatives auraient alors été personnelles. On retrouve cet aspect initiateur dans les
autres entretiens comme en témoignent les extraits ci-dessous :
« - ah si, si, si si ! Dès que tu es arrivée ici, tu as parlé de Facebook !
- oui, j’avais vu ça à Chambord, c’était hyper interactif, ça marchait super bien ! Il y avait
beaucoup de monde qui publiait des photos, qui réagissent à tous les évènements culturels que ce
soient les spectacles, la fête de la musique, les expositions… »
176

« J’avais présenté les réseaux sociaux au Comité Web, ce qui n’était pas forcément évident
ici en interne, les gens ne connaissaient pas obligatoirement, ce n’est pas leur génération… C’était
une vraie nouveauté ! »
177

« J’y étais à titre personnel et que je me suis dit que ça pouvait être intéressant pour le
musée. On n’avait pas de stratégie par rapport à ça. »
178

Le Louvre est le seul établissement où la décision d’étudier la question est venue de la
hiérarchie et s’inscrit dans une recherche de « nouvelles stratégies de communication et de
promotion dues à une réorganisation des services »
179
et à la création du pôle Markéting et
Développement du public.
Dans les autres cas, un intérêt personnel pour les nouvelles technologies pousse à essayer
de l’appliquer au musée. On peut noter également que ces personnes ne sont pas toutes des
webmestres accomplis dont c’est la passion mais on retrouve également des personnes travaillant à

176
Annexes, « Entretiens », p 34.
177
Annexes, « Entretiens », p 50- 51.
178
Annexes, « Entretiens », p 29.
179
Annexes, « Entretiens », p 43.
78

la communication ou à la conservation (musée de la Renaissance). La volonté première ne
descendant pas de la hiérarchie ou d’une vision à plus grande échelle, aucun budget n’a été ouvert
pour cette activité et donc aucun frais n’a été engagé en terme de matériel ou ne terme humain.
Ensuite la mise en place du projet nécessite bien sûr l’appui de la direction, celle-ci étant investie à
différents degrés selon les établissements
180
.

2. L’influence des pionniers.

Nous pouvons nous interroger sur les raisons d’émergence de ces thématiques au sein des
musées en dehors d’une prise de décision générale au sein des directions. Nous en voyons deux : la
multiplication des conférences et formations internationales et nationales ayant pour thème les
réseaux sociaux dans les musées et la naissance d’une veille informatique importante sur les
nouvelles technologies appliquées aux institutions culturelles. Ces deux ensembles sont perméables
puisque certains blogueurs-professionnels sont ceux-là même qui animent les conférences.
Néanmoins les publics touchés par chacune de ces voies ne sont pas parfaitement superposables.
a) Les conférences.

La liste suivante n’a pas vocation à être exhaustive mais permet de montrer à travers des exemples
choisis les débuts timides de ces thématiques vers 2007 et leur extraordinaire ascension jusqu’à ce
jour, en 2010.
Museums and the Web. Cette conférence internationale et annuelle a été créée par
David Bearman et Jennifer Trant en 1997. Sa création résulte de l’évolution thématique de l’ICHIM
(International Conference on Hypermedia and Interactivity in Museums), conférence née en 1991
sous l’impulsion du même David Bearman, qui deviendra en 1999 la Rencontre Internationale sur le
patrimoine culturel informatique (International Cultural Heritage Informatics Meeting, gardant le
même acronyme d’ICHIM). Il a en effet été nécessaire de créer une rencontre spécifique dédiée au
Web vu l’inflation des sujets en rapport avec l’informatique et la culture. Cette conférence réunit
souvent le même noyau d’experts intéressés par ces questions (le personnel des musées les plus
innovants comme le Brooklyn Museum, le Smithsonian Institut de New York ou encore le SFMoMA)

180
Cf., infra, chap. 3, II, B, p 83- 89.
79

mais dont l’hétérogénéité des fonctions a permis d’avoir un regard assez diversifié
181
. En 2006, le
terme « Web 2.0 » apparaît pour la première fois (faisant référence aux concepts d’interactivité et de
personnalisation ainsi qu’aux outils mobiles) tandis qu’en 2007 une session entière lui est dédié
182
.
Les journées d’étude « Communicating the Museum ». Cette conférence
internationale a lieu chaque année depuis 2000. Comme son titre l’indique, elle est plutôt centrée
sur la communication et moins sur la muséologie. Toutefois l’émergence des médias sociaux s’est fait
principalement sous cet angle. En 2007, on peut citer deux réunions autour des médias en ligne :
« A break with the past - media on-line » (Mario Tascòn),
« New media as part of overall strategy » (Cristina Alovisetti) et
Une journée entière intitulée « New media, fresh perspectives ».
En 2008, on note:
« YouTube and you » (Patrick Walker),
« Into the wild: engaging new audiences» (George Oates) décrivant les
possibilités offertes par Flickr

Les conférences de l’IRI (Institut de recherche et d’innovation). L’IRI, né en 2006 sous
l’impulsion du philosophe Bernard Stiegler et sous la direction du Centre Pompidou, est depuis 2008
un groupe de recherche autonome traitant « des mutations de l’offre et de la consommation
culturelle permises par les nouvelles technologies numériques »
183
. Il existe en particulier un
séminaire intitulé « Muséologie, muséographie et nouvelles formes d’adresses au public ». Il y est
développé des thématiques autour de la présence du numérique dans les musées sous toutes ces
formes : le site internet, les dispositifs interactifs présent dans les salles, les dispositifs embarqués,

181
BEN SASSI Mériam, Musée 2.0. De l’entrée du musée dans les réseaux à la remise en cause du public,
mémoire de M2 de Paris I La Sorbonne, 2008, p 23.
182
Ibid., p 29-30. Pour une analyse complète de l’évolution des thématiques de l’ICHIM et de la conférence
Museums and the Web, lire les pages 19 à 38.
183
http://www.iri.centrepompidou.fr/. On peut signaler que toutes les conférences de l’IRI sont écoutables en
ligne avec le dispositif collaboratif développé par l’IRI « les lignes du temps ».
80

les réseaux sociaux, les bases de données, la folksonomie
184
… En rapport directement avec les
réseaux sociaux, on peut signaler les interventions suivantes :
« Le musée en ligne » (13 juin 2007)
« Les espaces critiques collaboratifs » (14 octobre 2008)
« Articuler le musée et les réseaux sociaux » (17 décembre 2008)
« Réseaux sociaux, haut débit, nouveaux médias, nouvelles pratiques sociales et
pédagogiques » (23 mars 2010)
La journée d’étude « Le numérique au musée » présentée le 13 octobre 2009 au
musée des Augustins dans le cadre de La Novela 2009, le festival des savoirs de la ville de Toulouse.
La « Rencontre Web<>Musées » au musée du Louvre le 16 octobre 2009 réservée
aux professionnels des musées
185
. Les questions posées étaient les suivantes :
En quoi consiste le Web 2.0 et en quoi les musées sont-ils concernés ?
Quelles sont les actions menées déjà par certains musées ? (utilisation de Flickr
par le MUCEM, le Museum de Toulouse et son déploiement sur les réseaux
sociaux, le blog « Henner intime », la page Facebook du MAC Lyon…)
Comment certains musées se sont-ils approprié le Web 2.0 ?
Les rencontres MuseumNext, rencontres organisées par Nina Simon et Jim
Richardson, deux consultants et blogueurs dans le domaine des nouvelles pratiques muséales
186
. Les
participants viennent d’Europe et des États-Unis et partagent leurs expériences. Une première
édition a eu lieu les 22 et 23 octobre 2009. On peut noter à propos des réseaux sociaux les exposées
suivants :
La deuxième édition a eu lieu le 30 avril 2010 et présentait également les mêmes thèmes :

184
« Système de classification collaborative et spontanée de contenus Internet, basé sur l'attribution de mots-
clés librement choisis par des utilisateurs non spécialistes, qui favorise le partage de ressources et permet
d'améliorer la recherche d'information. », définition donnée par l’Office Québécois de la langue française, [en
ligne].
URL : http://www.oqlf.gouv.qc.ca/ressources/bibliotheque/dictionnaires/Internet/fiches/8351986.html
185
http://www.slideshare.net/group/rencontre-Web20ltmuses-du-16-octobre (diapositives des intervenants)
186
http://www.museumnext.org/
81

«We are what we share» à propos du déploiement sur les réseaux sociaux du
MoMA. (Victor Samra)
« It's Time We Met! Building a Marketing Strategy around New Media » (Elyse
Topolian et Arthur Cohen)
Le CLIC (Club Innovation & Culture) et ses « Rencontres Nationales Culture &
Innovation(s)» le 29 janvier 2010. Le CLIC est un regroupement de musées et d’institutions culturelles
créé en avril 2009 et dont le but est l’échange et la réflexion à propos des nouvelles technologies
numériques. Cette journée a été notamment consacrée aux thèmes tels que la réalité augmentée, la
3D, la modélisation et les audioguides mais plusieurs présentations ont abordé la thématique des
réseaux sociaux et de la participation collaborative du public :
« Smithsonian Institution 2.0 : vers un musée sans musée ? » (Aurélie Henry)
« Quelques bons exemples d’utilisation des réseaux sociaux par les musées et
lieux culturels » (Diane Drubay)
b) Les formations.

S’appuyant sur les exemples des musées précurseurs (Museum de Toulouse, les Abattoirs, le
MUCEM…), ces formations ont pour but d’initier les non-connaisseurs des grandes idées aux aspects
les plus concrets :
Les « 5
e
rencontres du eTourisme institutionnel » à Toulouse les 29 et 30 novembres
2009 avec notamment
187
:
une présentation ayant pour thème : « Dans les pas de Garbarek : L’histoire
d’un voyage 2.0 ou comment le Web 2.0 pourrait tout changer dans les usages
de nombreux touristes … »,
L’atelier «Expériences du 2.0 : pourquoi, pour qui, comment, combien ? »,
L‘atelier «Internet et Web 2.0 : quelles ressources, quelle organisation ? »,
L’atelier « Les outils 2.0 pour débutants motivés et curieux »,
L’atelier « Les communautés de voyageurs en ligne »,
L’atelier « Les outils 2.0 pour les geeks »

187
http://www.etourisme-ardesi.fr/Lundi-16-novembre
82

La formation DRAC/CNFPT du 1
er
décembre 2009 à Grasse avec notamment une
intervention de Yannick Vernet intitulée « Les questions du numérique dans les
musées » où a été développé de très nombreux exemples à travers le monde.
188

La formation de l’OCIM « Produire les interactions entre espace réel et espace virtuel
d’une exposition » à Poitiers les 12 et 13 janvier 2010 avec notamment les exposés
de :
« Le Design de la visibilité » (D. Cardon)
« Les nouveaux outils d’enrichissement de la visite : entre expérience et
échange » (D.Drubay)
« Le Museum de Toulouse part à la rencontre des visiteurs-internautes : retour
d’expérience de deux ans sur les réseaux » (S. Bausson)
c) La veille sur Internet.

Une veille très importante sur ces sujets s’est également développée sur Internet ces
dernières années sous deux formes majoritairement : d’une part des blogs tenus par des
professionnels de musée (également des documentalistes, des bibliothécaires et des archivistes) qui
écrivent sur ce support à titre personnel et expliquent leurs motivations et intérêts propres et
d’autre part des sites, créés entre autres par des agences d’ingénierie et communication culturelle (le
plus souvent étrangères). Il existe également une profusion de sites ou blogs traitant des nouvelles
technologies et des sciences de l’information et de la communication. Dans ces domaines, la
diffusion des données étant le sujet même de leurs études, le fond suit le flux ! On peut signaler que
ce réseau de professionnels discutant de ces problématiques se retrouve en grande majorité sur
Twitter où l’échange d’informations se déroule quotidiennement
189
. Ce phénomène n’est pas à
minorer et est à l’image du « Web 2.0 » défendu par ceux-ci c’est-à-dire le partage et la participation.

188
http://www.slideshare.net/yannickvernet/les-questions-du-numrique-dans-les-muses-2707754
(diapositives présentées lors de l’intervention).
189
Voir notamment https://twitter.com/fluxeum, https://twitter.com/museolab,
https://twitter.com/docmusee.
83

Nous proposons une liste des sites repérés
190
:
MuseOnet 2.0
191
de Mériam Ben Sassi (de la Cellule Multimédia au musée de la
Marine)
Mixeum.net
192
et Minixeum
193
, les blogs et micro-blogs de Samuel Bausson
(Webmestre du Museum d’Histoire Naturelle de Toulouse)
Fresh+New
194
(blog de Seb Chan, directeur des technologies innovantes au
Powerhouse Museum à Sydney)
Museum Media
195
(site communautaire regroupant des professionnels)
Museum 2.0
196
par Nina Simon (auteur de The participatory Museum paru en
mars 2010 et consultante pour les musées australiens notamment)
MuseumNext blog
197
(par Jim Richardson, déjà cité)
Blog.museomobile
198
(blog de veille de la société Audiovist qui crée des
audioguides)
Museum Strategy
199
(blog de la société de communication muséale Agenda)
Buzzeum
200
de Diane Drubay (consultante et prestataire pour le MCC).

190
Comme pour tout sujet de la blogosphère, il en existe beaucoup, certains n’étant plus animé et certains
naissant actuellement, il n’est pas possible dans ce cas d’en faire une liste exhaustive. Les blogs mentionnés
sont les plus connus.
191
http://www.museonet2.com/
192
http://www.mixeum.net/
193
http://minixeum.tumblr.com/
194
http://www.powerhousemuseum.com/dmsblog/index.php/about/
195
http://museummedia.nl/
196
http://museumtwo.blogspot.com/
197
http://www.museummarketing.co.uk/
198
http://www.museomobile.blogspot.com/
199
http://www.museumstrategyblog.com/
200
http://www.buzzeum.com/
84

Toute cette communauté de professionnels échange leurs expériences en mettant en avant
aussi bien les réussites que les échecs
201
, favorisant un réel échange des pratiques. Celui-ci permet à
terme l’émergence d’idées plus générales et de conceptualisations sur ce domaine. Les
professionnels s’influencent donc mutuellement et forment les pratiques de demain.
On peut également légèrement désaxer ce point de vue en formant l’hypothèse que les
musées non pionniers se sentent poussés par toutes ces expériences dont ils voient les bénéfices lors
de ces réunions de professionnels et décident à leur tour d’intégrer les nouveaux médias.

B. Gestion des pages Facebook au sein des institutions.

Les données structurelles et les prises de décisions concernant la politique numérique d’un
établissement influencent grandement celle-ci dans sa forme et son contenu. Nous allons les étudier
selon trois axes : les moyens matériels mis à disposition, les services concernés et la constitution ou
non d’un comité éditorial.

1. Les moyens informatiques mis en place.

Dans aucun cas, il n’a été question d’ouvrir des budgets pour appuyer la volonté d’être
présent numériquement. Cette activité, considérée à tort ou à raison comme gratuite, est pensée la
plupart du temps comme un gain pour le musée sans investissement particulier du musée. Il est
question ici d’étudier la facilité ou non avec laquelle est intégrée cette nouvelle pratique dans
l’aménagement du musée.
Par là, la question de la flexibilité ou non du proxy se pose. Celui-ci, nommé en français le
serveur mandataire, est « un serveur informatique ayant pour fonction de relayer des requêtes entre
un poste client et un serveur »
202
. Le proxy est utilisé dans une entreprise pour assurer quatre
fonctions : la journalisation des requêtes, le filtrage et l’anonymat, la sécurité du réseau local et la

201
Par exemple, « Retour sur un « ratage » : le vidéo-kiosque » par Samuel Bausson, avril 2010,
http://www.mixeum.net/post/440739477.
202
http://fr.wikipedia.org/wiki/Proxy
85

mémoire cache
203
. Les « postes clients » sont les postes informatiques utilisés par les travailleurs, en
l’espèce par le personnel des musées. Il est comme un rempart entre le réseau local et le réseau
extérieur. Ainsi il n’existera jamais de connexion à l’Internet directement. Les postes clients envoient
une requête au proxy qui lui-même se connecte à Internet. Il examine si la page demandée figure
dans son cache et dans ce cas, envoie la page au poste client. Un des intérêts majeurs est l’économie
de bande passante. En effet, si la même page est plusieurs fois demandée, elle est stockée la
première fois et renvoyée aux autres postes ensuite. La bande passante venant de l’extérieur coûte
beaucoup plus cher que celle utilisée localement. Un autre avantage est d’être un obstacle aux
attaques directes (virus). Comme l’accès à Internet se fait par l’intermédiaire du serveur mandataire,
il est facile d’y intégrer un système de filtrage. Ainsi pour des raisons morales ou de respect de la loi,
on peut interdire l’accès à des sites de piratages, des sites de jeux en lignes, des sites
pornographiques ou encore à des sites faisant l’apologie des crimes contre l’humanité par exemple.
La Charte d’utilisation des moyens informatiques du MCC précise dans ce sens : « Les prescriptions
de la charte ne doivent pas être comprises comme répondant à une volonté répressive de
l’administration mais à un souci de protection du système informatique, du bon fonctionnement du
service et de l’utilisateur lui-même. »
204
La plupart du temps, les accès à des sites de partage de
musique (Deezer) ou de vidéos (Dailymotion, YouTube…) sont interdits car ils nécessitent beaucoup
de bande passante.
Enfin se pose la question du blocage des accès à certains sites pour des raisons de
performance et d’attention sur le lieu de travail. Les musées nationaux sont soumis aux mêmes
questionnements. Le Ministère de la Culture et de la Communication gère la question de la sécurité
informatique des musées dont il a la tutelle. Il est possible de demander l’ouverture du proxy à
certains sites mais cette autorisation semble soumise à divers aléas que nous n’avons pas réussi à
expliquer. La plupart des musées ont réussi à ouvrir l’accès à ces réseaux au personnel gérant la page
mais il est à noter quelques exceptions. Ainsi le personnel du musée de la Renaissance et le MUCEM
n’y ont pas accès mais pour des raisons différentes.
Pour le musée de la Renaissance, il semblerait que la présence numérique ne soit pas un enjeu
majeur du musée et la question de l’ouverture des accès n’ait pas été posée puisque l’animation de

203
Ces informations et celles du reste du paragraphe sont extraites et résumées de l’article « Comment
contourner le proxy du boulot ? » du blog Genma.free.fr du 19 mars 2009.
(http://genma.free.fr/spip.php?article724, consultée le 29 juin 2010)
204
Charte d’utilisation des moyens informatiques du MCC du 27 janvier 2006, document interne, p 2.
86

la page est sensée être faite en-dehors des heures de travail
205
. Cet état de fait pose des questions
notamment quant à l’image donnée par le musée lorsque les messages sont postés tard dans la
soirée. La présence en dehors des heures de travail peut interpeller les utilisateurs dans le sens où
elle peut brouiller l’idée qu’ils se font de l’identité de la personne derrière l’écran. On peut même se
demander s’il s’agit bien de quelqu’un travaillant pour le compte du musée. En second lieu, elle
marque la volonté pour le musée de ne pas rechercher en premier lieu l’interaction avec le public. Un
message posté, du fait de la fonctionnalité « fil d’actualité », aura plus de chance d’être vu et
commenté s’il apparaît dans les heures où sont présents les utilisateurs des pages de musée (dans la
journée). Dans le cas contraire, le message est « recouvert » par les actualités des autres pages
auxquelles a adhéré l’internaute. Enfin, cette pratique pose la question du travail hors des bureaux
manifestant l’ajout de missions pour l’administrateur de la page mais non l’intégration de celles-ci
dans une politique plus vaste.
Le cas du MUCEM est double. Il connait la même restriction quant au proxy. Un autre
obstacle a été soulevé à propos des sites de réseautage et de partage autre que Facebook, celui du
paiement de l’abonnement de ceux-ci. En effet, pour les entreprises et les institutions, la création
d’un compte est payante (à hauteur d’une trentaine d’euros en moyenne). Or le MUCEM est un
service à compétence nationale (SCN) et ne disposent de moyens de paiement. Il ne peut donc pas
payer les abonnements nécessaires. Il en découle que la présence sur les autres réseaux se fait à la
charge du personnel s’il le souhaite. Le compte Flickr du MUCEM pour l’exposition « Trésors du
quotidien » avait été ouvert par Jean-Pierre Dalbéra alors responsable du département informatique
et multimédia. En aval se pose la question de la pérennité des données mises en ligne car celles-ci
disparaissent lorsque le compte est supprimé, comme il a été le cas lorsque M. Dalbéra a quitté ses
fonctions
206
.

2. Le service concerné.

Comme il a déjà été expliqué, aucun frais supplémentaire n’a été engagé pour s’engager sur
Facebook (et Twitter pour le musée Guimet) et plus généralement dans une politique numérique.
Ainsi aucun poste n’a été créé et cette mission s’ajoute à celles énoncées dans la description de
poste de la personne en charge. Nous l’avons également énoncé, il existe une forte personnalisation

205
Annexes, « Entretiens », p 37.
206
Source : entretien avec M. Dalbéra (non enregistré).
87

de cette tâche dans le sens où elle n’est pas une volonté de la direction (sauf dans le cas du Louvre et
du musée Delacroix). Ainsi son service de rattachement peut varier d’un établissement à l’autre :
× Le Service du développement promotionnel de l’offre permanente pour le musée du
Louvre et le musée Delacroix (même personne) lié au service du Markéting
207

Le Département Multimédia pour le MUCEM.
Le Service de la Communication :
× pour le musée de la Renaissance, s’ajoute également une personne
du Service de la Conservation. Ces deux services sont concernés car la gestion de la page
Facebook est le fruit de deux personnes intéressées par cette question. C’est le seul
exemple de gestion commune.
× Le musée des Arts Décoratifs où la gestion du site Internet fait partie
de la Direction de la Communication
208
.
× Pour le musée Guimet, c’est le Service Site Internet/Multimédia qui
gère la page, lié au Service de la Communication lui-même sous la direction du Pôle
Marketing-Edition-Communication.
On observe que les services de communication et de markéting sont largement représentés et que
de fait, les services d’action culturelle ou de médiation sont absents. Il est clairement montré qu’une
approche dominée par les exemples de pratiques publicitaires et commerciales s’est mise en place
dans les premiers temps. Facebook n’a pas été perçu comme un outil mais plutôt comme un média,
certes un peu différent des autres, mais un média sur lequel il fallait intervenir.

3. Le comité éditorial : du contrôle à la liberté.

La question du contrôle éditorial de ce qui est publié est une question majeure au sein des
institutions. Elle revient de manière récurrente dans les conférences et les formations citées
précédemment. Le degré de liberté laissé au gestionnaire de la page est lié principalement à la
structure hiérarchique du musée et à l’image que l’institution a d’elle-même. Le ton est quant à lui

207
Annexes, « Organigramme du musée du Louvre reconstitué », p 49.
208
http://www.lesartsdecoratifs.fr/francais/l-institution/presentation/organigramme
88

extrêmement lié à la personne gestionnaire. Nous allons étudier différents cas de gestion éditorial en
partant du contrôle le plus serré à la liberté totale.
La question d’une présence numérique en dehors du site Internet est posée depuis 2007-
2008 au musée Guimet mais a mis du temps à s’inscrire en temps que pratique : 2009 pour une
présence sur Twitter, 2010 pour une présence sur Facebook
209
. A partir du moment où la décision a
été prise, une procédure de validation éditoriale a été mise en place en parallèle. Un tableau
mensuel est créé avec pour chaque jour une à deux publications centrées sur les activités culturelles,
les activités de l’auditorium et également les nouvelles expositions. Les thématiques se divisent entre
la programmation culturelle et les actions culturelles autour. Ce tableau est envoyé dans les services
concernés pour vérification avec possibilité d’ajouter de nouveaux éléments. Une fois renvoyé
corrigé, il est validé une seconde fois par l’Administratrice du musée, le Chef de la Communication, le
Directeur du Pôle Marketing-Edition-Communication et enfin par le service juridique. Ces derniers
sont très pointilleux sur les termes utilisés et les informations diffusées. Par exemple, le terme
« association » ayant une définition juridique stricte, il ne peut pas être utilisé pour parler d’un
partenariat entre deux institutions. L’activité de la page est donc gérée avec la plus grande sécurité
et n’échappe pas à la très grande hiérarchisation caractéristique de cette institution. Cette procédure
a toutefois un inconvénient majeur, elle entre en contradiction totale avec le temps du Web et la
nature de ce qu’il s’y développe : du flux. Les deux dernières décennies ont été centrées sur le
développement du Web lui-même alors que nous entrons maintenant dans celle centrée sur ce qui
est produit par le Web
210
:
« La meilleure illustration actuelle du Flux est l’avènement de Twitter, Facebook et d’autres
outils de microblogging. Ces services sont visiblement des flux, leurs interfaces montrent
littéralement des flux, flux d’idées, flux de réflexions, de conversations »
211
.
Ainsi l’aspect communicationnel de ces services est utilisé mais le côté interactionnel est
complètement mis de côté puisqu’aucun dialogue n’est amorcé. Il est question ici de profiter de la
visibilité offerte, visibilité gratuite et diversifiée par rapport au public habituel du musée Guimet
(puisque Twitter est un service assez pointu et encore relativement peu utilisé en France même si

209
Annexes, « Entretiens », p 50- 52.
210
SPIVACK Nova, « Bienvenue dans le flux : un nouvel âge pour le Web », [En ligne], In : DACOS Marin
(dir.), Read/Write Book, Marseille, Cléo (« Coll. Edition électronique »), 2010, mis en ligne le 25 mars 2010,
consulté le 19 juillet 2010.
URL : http://cleo.revues.org/150

211
Ibid.
89

l’année 2009 marque son essor
212
). On peut se demander finalement si le message envoyé par le
musée n’est pas brouillé par une utilisation de ces services qui ne correspond pas à l’esprit
d’interaction et de rapidité sous-tendus derrière.
Pour le musée du Louvre et du musée Eugène Delacroix, la même personne s’occupe des
deux pages Facebook puisque le musée Eugène Delacroix a été rattaché à l’établissement public du
musée du Louvre en 2004. La programmation des articles est similaire à celle du musée Guimet, un
planning est créé plusieurs mois à l’avance et est complété au fur et à mesure. La liberté éditoriale
est de mise ainsi que le ton utilisé. Le choix des sujets des articles est du seul fait de l’administrateur.
Cette liberté vient du fait que l’activité autour de Facebook a été confiée à la personne
anciennement chargée de la page « actualités » sur le site officiel du musée et qui bénéficiait déjà
d’une liberté éditoriale. Toutefois la hiérarchie du musée du Louvre souhaiterait un ton plus décalé
par rapport à celui utilisé. On peut noter ici l’autocensure du gestionnaire qui ne souhaite pas
contredire l’image que les visiteurs ont du Louvre – à savoir une image « classique »- par peur de les
perdre ou de les choquer.
Le musée des Arts Décoratifs offre une pratique très différente. Une première page avait été
créée lors du premier trimestre 2009 puis supprimée en juillet de la même année pour ouvrir celle
actuellement en place. Le projet est suivi de près par une hiérarchie impliquée et intéressée. Il est
décidé rapidement après les débuts de prendre le contre-pied de pages de musée au ton très
institutionnel et d’opter pour un ton légèrement décalé. Il est également approuvé le fait que le
webmestre aura une liberté totale au niveau du contenu aussi bien qu’au niveau du temps
nécessaire pour répondre aux utilisateurs. L’implication de la hiérarchie a permis une réflexion
profonde sur l’action mise en place et la confiance de celle-ci a permis un développement original de
la page.
Le cas du musée de la Renaissance montre une autre optique
213
. La page a été ouverte suite à
la volonté de deux personnes de deux services différents intéressées par la question. Une des
conservatrices était très attirée par une présence sur Facebook après avoir observé la pratique faite
par le Château de Chambord jugée très interactive. Elle utilisait Facebook à titre personnel. L’autre
personne, responsable de la communication, a été convaincue par cet exemple après avoir été
réfractaire au début. L’adhésion ne signifiant pas forcément le même regard, il en résulte deux

212
Étude IFOP, janvier 2010, [en ligne], consulté le 1
er
aout 2010.
URL : www.ifop.com/?option=com_publication&type=poll&id=1032
213
Annexes, « Entretiens », p 33- 42.
90

visions différentes de l’utilisation de Facebook et deux tons différents. Cette gestion commune est en
pratique peu coordonnée et chacun intervient au gré de ses besoins et de ses envies :
« Mais c’est vrai qu’il n’en ressort pas une stratégie globale sur Facebook, qu’on se concerte
assez peu, qu’on n’est pas sur de la prévision d’action. Pour l’instant on laisse vivre, on le fait de
manière intuitive. On va rentrer sans doute bientôt dans une logique plus construite.»
214

La hiérarchie étant peu préoccupée par ses questions, la pratique reste expérimentale dans
le sens où rien n’a été fixé à l’avance. Ce mélange a pour résultat une page assez originale et ayant
un panel très large de sujets.
Ces différents cas nous montrent un large panel de gestions : une gestion stricte et contrôlée
au musée Guimet, une liberté éditoriale teintée d’autocensure pour le musée du Louvre et le musée
Delacroix, une confiance absolue au musée des Arts Décoratifs et enfin, un désintéressement de la
part de la hiérarchie du musée de la Renaissance. On peut imaginer que d’autres entretiens auraient
montrés encore différentes modalités de gestion. On peut conclure de ces exemples que la gestion
de la page est influencée par l’implication et la confiance de la hiérarchie et par la personnalité du
gestionnaire.

4. Nouvelles pratiques, nouvelles problématiques.

Nous l’avons vu, la personnalité des administrateurs doublés de la structuration du musée en
interne ont une influence pour la décision d’avoir une page Facebook, pour les moyens humains et
techniques mis en place, ou pour le contrôle du contenu diffusé. Les nouvelles problématiques de
gestion liées directement aux caractéristiques techniques et environnementales de Facebook sont
réglées de la même manière.

a) Création d’une page ou récupération d’une page ?

Une page sur Facebook n’appartient pas à son créateur. Il est donc possible de récupérer les
droits d’administration d’une page existante ou d’en créer une nouvelle. Le choix entre ces deux
options est avant tout une question d’opportunité. En effet, pour pouvoir récupérer une page, il faut
qu’elle ait été créée par un membre de Facebook avant. Déjà évoqué à propos de notre réflexion sur
le statut de fan, les premières pages dédiées à des musées ont été le fait de passionnés.

214
Ibid., p 38.
91


(1) La récupération d’une page existante.

L’administrateur de la page du musée du Louvre et du musée Delacroix a opté pour la
récupération de pages. Il explique comment s’est opéré ce choix :
« Mon premier travail a consisté à faire un audit de toutes les pages qui existaient, créées par
des fans ou des amis. Je cherchais en tapant des mots-clés comme « Louvre » ou « musée ». Et en
fait il existait des milliers de pages. Donc le Louvre existait déjà sur Facebook mais sans page
officielle. Il y en avait dans toutes les langues, en anglais, en italien, en espagnol… Des pages d’amis
et des pages fan. »
215

Mais comme le musée est souvent identifié à ses collections, il précise : « Les pages sont soit
centrées sur le Louvre lui-même, soit sur des œuvres phares comme La Joconde, La Victoire de
Samothrace, La Vénus de Milo ou d’autres tableaux très connus. »
216
. Il opère un choix entre les
« pages fan » proposées car leur gestion est techniquement plus aisée qu’une « page groupe » avec
comme critères « (…) la communauté la plus importante, la plus hétérogène, celle où il y avait
plusieurs nationalités. »
217
Une page composée de 40 000 adhérents est récupérée après demande
auprès de l’administration de Facebook. Pour pouvoir gérer une page, il est nécessaire de posséder
une « page profil » puisque l’identification de tous les membres inscrits est une des sources de
revenus du site. L’administrateur crée alors un profil au nom de Dominique Vivant-Denon, du nom du
premier directeur du musée du Louvre
218
. Cette étape doit également être réalisée avec soin dans les
choix du pseudonyme et de la photographie car ce profil apparaît lors d’une pratique appelée
« recrutement ». Celui-ci est le fait de se servir des fonctionnalités de recherche (moteur de
recherche par noms, mots-clés ou adresses mail, outils conseillant des « amis » par croisements de
profils…) pour amplifier les adhésions.
Il en a été de même pour la page du musée Delacroix. Cette dernière avait été créée à
l’origine par un particulier qui ne s’en occupait plus durant l’année 2009. Une fois les droits obtenus,
la page a été renommée car elle « parlait du peintre et de son œuvre »
219
en « musée Delacroix ».

215
Annexes, « Entretiens », p 44.
216
Ibid.
217
Ibid.
218
Annexes, « Entretiens », p 44.
219
Ibid., p 45.
92

Ceci explique le nombre relativement élevé d’adhérents (plus de 5000) pour un musée peu connu du
grand public, notamment du public étranger qui constitue une part importante de ces adhérents.
Pour ne pas dénaturer le but premier de la page, l’actuel gestionnaire continue de valoriser l’artiste
et son œuvre en minimisant les informations relatives à l’institution elle-même.
Le choix entre la récupération d’une page et la création d’une nouvelle n’est donc pas sans
conséquence en termes de continuité thématique et en termes d’adéquation avec les adhérents déjà
présents, où se pose par exemple la question des langues utilisées lorsque l’on s’adresse à un public
majoritairement étranger comme c’est le cas pour les deux pages citées
220
.

(2) La création d’une nouvelle page.

Pour les autres musées avec lesquels un entretien a été possible, le choix ne s’est pas posé
en ces termes. Aucun audit des pages existantes n’a été réalisé. Les raisons n’en sont pas expliquées.
Plusieurs paramètres sont alors à définir pour les administrateurs :
Le choix entre une « page groupe » ou une « page fan ». On l’a vu, les « pages fan »
ont été créées pour donner aux marques et aux institutions un espace plus adapté à leurs besoins.
Toutefois ces dernières ne permettent pas d’opérer des recrutements car il n’est pas possible
d’envoyer des messages privés ni d’avoir accès aux profils des adhérents (et donc aux profils de
leurs contacts). Ainsi la plupart des musées font le choix de construire une « page fan » et une
« page profil » qui permettent toutes les fonctionnalités possibles une fois combinées. Les musées
qui possèdent une « page groupe » et une « page fan » sont les musées présents depuis plus
longtemps qui ont suivi les changements structurels opérés par le site. Il est en ainsi par exemple
du MUCEM ou du musée de la Poste.
Le titre de la page doit être choisi avec soin car il n’est pas possible de la changer une
fois inscrit
221
. Ainsi le musée de la Renaissance déplorait d’avoir choisi comme titre « musée de la
Renaissance –site officiel » et non « page officielle »
222
.

220
Cette question est traitée de manière générale dans le paragraphe intitulé « Le problème des langues
utilisées », p 97-98.
221
Il semble à ce propos que l’administrateur de la page du musée du Louvre ait réussi mais nous n’avons pas
réussi à savoir comment. Nous supposons que les différentes démarches pour récupérer les droits
d’administration des pages ont permis également d’opérer ces changements.
93

Les paramètres d’accès des visinautes au « mur » sont à choisir également. En effet,
les publications sur le « mur » peuvent être contrôlées selon qu’on est administrateur ou adhérent
ou selon le type de contenu. Il est possible de laisser les adhérents poster des commentaires mais
aucun lien hypertexte par exemple. Le musée de la Renaissance avait pris comme parti de bloquer
toute publication la première semaine
223
. L’esprit du site étant le dialogue, aucun « mur » n’est
actuellement bloqué.
Cette question pose celle plus générale de la modération des publications des visinautes. Cet aspect
est souvent mentionné dans les conférences professionnelles et est une des raisons de la réticence
de certains musées à avoir une présence numérique ouverte à la discussion. Sur Facebook, les
publications sont bloquées ou modérées a posteriori. Il est également possible d’interdire l’accès
d’une personne à une page sur simple demande à l’administration du site. Les entretiens montrent
une modération minimale de la part des administrateurs, entre un et trois messages depuis la
création des pages. Deux critères pour sont mis en œuvre effectuer cette modération :
× Les messages postés n’ont pas de rapport direct avec le musée : par exemple, un
artiste faisant la promotion de ses tableaux
224
, une restauratrice ventant ses qualités
professionnelles
225
ou encore une personne ayant un différend avec le groupe La
Poste
226
.
× Les messages postés s’adressent personnellement aux administrateurs
227
.
b) Ton institutionnel ou ton décalé ?

Le ton désigne la façon dont le musée va s’adresser aux visinautes. La réponse à la question
posée montre la posture prise par le musée quant aux buts visés par sa présence sur Facebook. Le
choix du ton est déterminé en partie par l’implication de la hiérarchie dans le processus d’élaboration
du contenu. Dans le cas du musée Guimet par exemple, où l’élaboration du contenu est très
contrôlée, le ton est neutre et officiel. La personnalité de l‘administrateur de la page influence aussi

222
Annexes, « Entretiens », p 36.
223
Ibid., p 35.
224
Annexes, « Entretiens », p 32.
225
Annexes, « Entretiens », p 36.
226
Annexes, « Entretiens », p 32.
227
Annexes, « Entretiens », p 35.
94

sur le ton employé quand la liberté d’écriture est soutenue par la hiérarchie. Plusieurs options sont à
choisir dans la façon dont le contact est établi entre le musée et les visinautes dans le cadre
particulier d’une communication médiatisée par ordinateur (CMO) : la question du tutoiement et
celle de l’appropriation des règles d’échanges notamment l’utilisation du smiley.

(1) Le vouvoiement ou le tutoiement des visinautes.

Dans la communication habituelle du musée avec ses visiteurs, le ton est neutre et l’adresse
directe aux visiteurs est plutôt rare. Toutefois les réseaux sociaux numériques véhiculent un esprit
décontracté où le tutoiement a une grande place. Le musée, peut-il se le permettre sans briser une
relation longuement établie avec ses visiteurs ? Samuel Bausson, webmestre au Museum d’Histoire
Naturelle de Toulouse, explique :
« Un “temple” du savoir qui vouvoie son public dans une culture de “vitrine”, ne devient pas
facilement une plateforme d’échanges, humble et facilement accessible, interlocutrice avec la
diversité de ses visiteurs qui peuvent l’interpeller et la tutoyer et entamer une “conversation” entre
eux. Etre simplement à l’écoute, de propos dont elle n’est pas à l’origine, dans une démarche
“relationnelle” qui tâtonne et se cherche n’est tout simplement pas “pensé” : ce n’est pas la peur de
“donner la parole” en soit (même si c’est déjà beaucoup), mais surtout de perdre son autorité (et sa
réputation) qui chez nous vient surtout du discours que l’on maitrise autours des objets et des
expos…c’est une évolution en profondeur de la “raison d’être” des musées que l’esprit du web
interroge. »
228

La question de l’adresse au public se pose donc sur ce nouveau support. Lors de l’entretien
avec Yannick Vernet, celui-ci nous expliquait que le vouvoiement allait à l’encontre de l’esprit du
« Web social » mais qu’il lui arrivait de l’utiliser selon les situations.
De manière générale, les musées proposent une approche neutre, le plus souvent s’adresser
aux visinautes de manière précise
229
. Citons un message du Centre Pompidou comme exemple
(message du 9 février 2010)
230
:

228
« La communication muséale à l'heure du 2.0 : renouveler les canaux, multiplier les supports de diffusion »,
[en ligne], palpitt.fr, 1 février 2009, consulté le 5 aout 2010.
URL : http://www.palpitt.fr/blog/index.php?post/2009/02/01/La-communication-mus%C3%A9ale-%C3%A0-l-
heure-du-2.0-%3A-renouveler-les-canaux%2C-multiplier-les-supports
229
Annexes, « Comment le musée s’adresse-t-il aux visinautes », p 57- 58.
230
Annexes, « Echantillons », (document sur CD-ROM), p 88.
95

Film de danse, Pina Bausch, ce soir à 20h
Le musée du Quai Branly, le musée de la Renaissance et le musée des Arts Décoratifs
mentionnent à certaines occasions les visinautes en utilisant le pronom personnel « vous » et ses
dérivés comme « votre » ou « vos ». Le Centre Pompidou, le château de Versailles, le musée de la
Renaissance et le musée du Louvre emploient également l’impératif à la deuxième personne du
pluriel pour mettre en avant leurs actualités. Ces premiers résultats ne montrent pas d’adaptation au
site Facebook et à son environnement, le « Web social ». Les entretiens montrent que la question ne
s’est d’ailleurs pas posée.
Toutefois le musée du Louvre et le centre Pompidou tentent de créer une proximité ou tout
du moins de susciter un intérêt en employant à de nombreuses reprises le point d’exclamation. Ce
type d’interjection ne doit pas être comprise comme un ordre dans ce cas mais plutôt comme
l’annonce d’un fait remarquable qui nécessite l’attention des destinataires. Allant plus loin, le musée
de la Renaissance et le musée des Arts Décoratifs engagent véritablement la conversation en gardant
toutefois le vouvoiement. Le musée des Arts Décoratifs appellent régulièrement ses visinautes par
leur prénom, ce que ne fait pas le musée de la Renaissance. On peut relever par exemple :
Sur la page du musée de la Renaissance (messages des 27 et 28 février, et du 9 mars 2010,
dans l’ordre)
231
:

L'appartement était visible lors de l'exposition "Le Bain et le miroir",
l'an passé. L'aviez vous visité ?

il semblerait que vous ayez besoin de réviser votre topographie du
château... à bientôt, donc !

Quelle est, parmi les oeuvres du musée, votre préférée ?
Sur la page du musée des Arts Décoratifs (messages des 7, 11 et 16 décembre 2009, dans
l’ordre)
232
:

231
Annexes, « échantillons », (document sur CD-ROM), p 78 et 70.
232
Annexes, « échantillons », (document sur CD-ROM), p 105, 96 et 90.
96

Oups... Je me rends compte Jean que j'ai oublié de vous répondre.

Bravo Agnès. Je vous avais dit que c'était facile... Savez-vous de quelle
époque il date ?

Non restez Willem... mais continuez de chercher !
L’observation montre donc une utilisation généralisée du vouvoiement mais qui ne signifie pas
forcément une mise à distance dans les cas du musée des Arts Décoratifs et du musée de la
Renaissance.

(2) L’usage du smiley.

Le terme smiley trouve son origine dans le verbe to smile (« sourire ») en anglais. La
définition du smiley est donnée par Michel Marcoccia, maître de conférence et linguiste à
l’Université de Technologie de Troyes : « Ces pictogrammes, qui combinent des signes de
ponctuation et des caractères d’imprimerie, représentent de manière schématique (si on les incline à
90°) des mimiques faciales comme des sourires, des clins d’œil, des moues de colère ou de
tristesse. »
233
Ces pictogrammes sont nés du paradoxe des utilisateurs d’Internet de vouloir faire « du
face à face avec de l’écrit »
234
et sont donc une substitution du corps dans l’expression des
sentiments et des émotions. Ils sont devenus au fil des années stéréotypés et conventionnels et
« servent à rendre la « parole » plus expressive et vivante, à la manière des points d’exclamation ou
de suspension »
235
voire servent de « didascalies électroniques »
236
lorsque le locuteur propose une
mise en scène de son propos, un contexte dans lequel il doit être compris. Les plus connus sont
237
:

233
MARCOCCIA Michel, « Les smileys : une représentation iconique des émotions dans la communication
médiatisée par ordinateur », In : PLANTIN Christian, DOURY Marianne, TRAVERSO Véronique, Les émotions
dans les interactions communicatives, PUL, Lyon, 2000, p 249.
234
Ibid., p 250.
235
FRIAS Anibal, « Esthétique ordinaire et chats : ordinateur, corporéité et expression codifiée des affects », [en
ligne], In : Techniques & Culture, 42, 2003, mis en ligne le 06 novembre 2007, Consulté le 5 août 2010.
URL : http://tc.revues.org/95
97

× Sourire, joie :-)
× Grand sourire :-D
× Colère, tristesse :-(
× Clin d’œil complice ou ironie ;-)
× Admiratif : o
× Perplexe ou renfrogné :-/
× Choqué :-O
Au-delà des deux fonctions décrites des smileys, une troisième est la mise en évidence de
l’appartenance à un groupe
238
, un groupe d’initiés connaissant les codes propres aux nouvelles
technologies. Aujourd’hui ces codes sont plus démocratisés et couramment utilisés.
Seuls le musée de la Renaissance et le musée des Arts Décoratifs utilisent ce type de codes
239

pour « mettre de la sociabilité au premier plan »
240
. On peut citer à titre d’exemples :
Sur la page du musée de la Renaissance (messages des 27 février et 1
er
mars 2010, dans
l’ordre)
241
:
:-)
il semblerait que vous ayez besoin de réviser votre topographie du château

Un quizz sympathique, pour vous mesdames les fans... faites nous part
de vos résultats ;)
Sur le page du musée des Arts Décoratifs (messages des 10, 11 et 16 décembre 2009, dans
l’ordre)
242
:

236
MOURLHON-DALLIES Florence, COLIN Jean-Yves, « Des didascalies sur l'Internet? », In : ANIS Jacques (ss.
dir.), Internet, communication et langue française, Paris, Hermès Science, 1999, p 13-29.
237
MARCOCCIA Michel, « Les smileys : une représentation iconique des émotions dans la communication
médiatisée par ordinateur », Ibid., p 254.
238
Ibid., p 260.
239
Annexes, « Comment le musée s’adresse-t-il a musée ? », p 57- 58. La page du MUCEM n’a pas pu être
analysée dans la période choisie, toutefois une observation empirique permet de constater ces mêmes
pratiques.
240
MARCOCCIA Michel, « Les smileys : une représentation iconique des émotions dans la communication
médiatisée par ordinateur », Ibid., p 261.
241
Annexes, « échantillons », (document sur CD-ROM), p 78 et 74.
98

Bah non Esther : même Gloria Jill se retient ! Proposez plutôt à vos amis
de devenir fans des Arts Décoratifs, ça vous occupera ;)))))))

Nous sommes ravis de voir que cette exposition vous intéresse...
Avertissez vos amis en leur recommandant notre page ! :o)

Voici un nouvel objet dont il vous faut trouver l'utilité (c'est assez facile,
surtout pour Esther, qui ne va pas donner la réponse tout de suite, n'est
ce pas ?) ;)
On note que cette pratique est doublée de l’utilisation d’un langage décontracté, proche du
langage de l’oralité
243
. Nous remarquerons toutefois dans l’analyse des thématiques développées sur
les pages que ce ton n’est pas généralisable à toute la page mais est spécifique à certaines
thématiques comme montrer ses collections ou apercevoir les coulisses du musée
244
. Certaines
thématiques seraient donc plus propices à former une sociabilité entre le musée et les visinautes.
Nous proposons l’hypothèse suivante : l’utilisation d’un lien hypertexte renvoyant au site
institutionnel du musée ne permettrait pas de mettre en avant une recherche de sociabilité puisque
le texte est pré-écrit ou influence le contenu publié.

c) Le problème des langues utilisées.

Nous avons vu dans le paragraphe dédié à la caractérisation des visinautes qu’une part de
ceux-ci était d’origines étrangères. Le musée du Louvre, le musée Delacroix et le château de
Versailles publient régulièrement en deux langues minimum (français et anglais). À partir du moment
où les administrateurs en prennent conscience, la question des langues utilisées se pose sinon ils font
face au mécontentement des visinautes, comme l’exprime l’administrateur de la page du Louvre :
« J’essaye au maximum de communiquer en deux langues mais des fois ce n’est pas possible.
Dès que j’écrivais en français, les anglophones n’étaient pas contents et le signalaient dans les
commentaires, et si je ne parle qu’en anglais, les francophones ne sont pas contents à leur tour, donc

242
Annexes, « échantillons », (document sur CD-ROM), p 100, 97 et 92.
243
Annexes, « Comment le musée s’adresse-t-il a musée ? », p 57- 58.
244
Annexes, tableau « Les tons utilisés par les musées sur Facebook», p 59.
99

maintenant j’essaye vraiment de rédiger dans les deux langues mais il faut que ce soit court aussi
sinon tout le texte ne s’affiche pas ! »
245

Toutefois ce mécontentement peut parfois être transformé en entraide entre les visinautes.
Ainsi ce message du musée du Louvre (message du 5 mars 2010)
246

Le numéro 11 de Grande Galerie
Le Journal du Louvre, est en kiosque depuis quelques jours.
Magnifique ! Sainte Russie, Méroé, les copistes du musée, le Louvre
d'Henri IV, Turner, Dany Laferrière, les monstres dans les écoles du
Nord... Foisonnant et passionnant. Tous vos commentaires de lecteurs
sont les bienvenus ! SORRY, it is available only in French :(
a été traduit en plusieurs langues sur l’initiative de certains visinautes : en espagnol et en anglais
247
.
Des demandes relatives aux modalités d’inscription au journal ont afflué ensuite
248
.
Cet exemple est significatif du bénéfice tiré de la multiplication des langues employées en
termes de sensibilisation du public le plus large. Toutefois l’inflation des billets publiés en même
temps, que ce soit pour des raisons de traduction ou de multiplication des informations peut à la
longue limiter l’intérêt des visinautes, comme il avait été souligné en entretien :
« Oui mais là, c’est quand tu publies plusieurs billets d’un coup, d’ailleurs, je trouve que ça n’est pas
une bonne chose… Plusieurs personnes m’ont dit qu’il y avait des fois trop d’informations, qu’on
pouvait peut-être laisser mûrir un peu les billets, les laisser un peu… »
249


d) Les questions juridiques.

Les problèmes d’ordre juridique sont ceux les plus cités pendant les conférences et les
réunions professionnelles, entre autres la question des droits de propriété intellectuelle.
L’un des deux droits patrimoniaux rattachés à l’exploitation du droit d’auteur est le droit de
représentation. Il est décrit à l’article L122-2 du Code de la Propriété Intellectuelle :

245
Annexes, « Entretiens », p 44- 45.
246
Annexes, « échantillons », (document sur CD-ROM), p 38.
247
Annexes, « échantillons », (document sur CD-ROM), p 39 pour les deux.
248
Annexes, « échantillons », (document sur CD-ROM), p 42.
249
Annexes, « Entretiens », p 38.
100

« La représentation consiste dans la communication de l'œuvre au public par un procédé
quelconque, et notamment :
1° Par récitation publique, exécution lyrique, représentation dramatique, présentation publique,
projection publique et transmission dans un lieu public de l'œuvre télédiffusée ;
2° Par télédiffusion.
La télédiffusion s'entend de la diffusion par tout procédé de télécommunication de sons, d'images,
de documents, de données et de messages de toute nature (…) »
L’article L 122-7 du Code de la Propriété Intellectuelle énonce quant à lui que « [l]e droit de
représentation et le droit de reproduction sont cessibles à titre gratuit ou à titre onéreux.
Les contrats de cession du droit de représentation des œuvres sont passés entre le
propriétaire du droit d’auteur et les musées pour la diffusion des photographies des œuvres par
exemple. Les clauses en fixe les supports de diffusion. La diffusion des œuvres sur Facebook pose
deux problèmes par rapport à cette question :
La diffusion sur les réseaux sociaux numériques est rarement incluse dans les contrats.
Le site Facebook déclare en outre dans ses conditions d’utilisation : » Pour le contenu
protégé par les droits de propriété intellectuelle, (…) vous nous accordez une licence non-exclusive,
transférable, sous-licenciable, sans redevance et mondiale pour l’utilisation des contenus de
propriété intellectuelle que vous publiez sur Facebook ou en relation à Facebook (« licence de
propriété intellectuelle »). Cette licence de propriété intellectuelle se termine lorsque vous
supprimez vos contenus de propriété intellectuelle ou votre compte, sauf si votre compte est partagé
avec d’autres personnes qui ne l’ont pas supprimé. »
Le premier point a été évoqué par le musée Guimet comme raison d’avoir privilégié Twitter
à Facebook dans les premiers temps
250
. Il a maintenant introduit l’édition électronique dans ses
contrats
251
. En ce qui concerne le deuxième point, cette disposition est illégale en France où la
déclaration de cession ne peut pas être unilatérale, même de façon temporaire. Toutefois, elle reste
applicable tant qu’un juge n’a pas statué sur un préjudice subi. Pour un musée, les photographies
qu’il publie ainsi que son logo sont donc potentiellement utilisable par Facebook. Ce cas
hypothétique n’a pas encore été constaté mais le risque existe.

250
Annexes, « Entretiens », p 51- 52.
251
Annexes, « Entretiens », p 53
101

Cette question s’introduit dans les problématiques plus générales liées à la diffusion du
contenu sur le Web et à l’inadaptation des normes actuelles.

D. Facebook comme complément du musée.

La présence des musées sur le site Facebook a entrainé de nouvelles pratiques qui ont
renouvelé les problématiques liées à la représentation du musée. Toutefois nous avons constaté
deux effets de la présence sur le site qui ne font que prolonger des problématiques actuelles à savoir
l’attractivité du site Web institutionnel et la recherche de nouveaux publics dans une optique de
démocratisation culturelle.

1. Facebook comme complément et promoteur du site institutionnel.

Il a été récurrent de constater dans les entretiens que les sites institutionnels étaient décrits
comme trop statiques et pas assez interactifs, comme par exemple au musée du Louvre : « Le site
internet du Louvre était conçu plutôt comme un outil de diffusion d’informations sur son offre
culturelle. On n’était pas du tout dans une dynamique de partage avec les internautes, très loin des
stratégies marketing »
252
ou encore au musée de la Renaissance : « Les sites des musées nationaux
ont été conçus comme des sites-vitrines et pas des sites de données ou des sites de recherche. On
met des informations sur lesquelles on clique mais c’est tout. »
253

La plupart des sites ont été amélioré aussi bien au niveau du contenu mis à disposition que
dans la recherche d’interactivité. Cette optimisation va de paire avec la présence sur Facebook mais
marque une volonté de concurrencer celle-ci car la présence numérique hors site Internet est vécue
comme un relais mais jamais comme un substitut. Cette optimisation des sites n’est d’ailleurs pas
suffisante puisque la plupart des musées travaillent sur une refonte complète de leur site Internet
pour suivre les évolutions induites par le Web social.


252
Annexes, « Entretiens », p 43.
253
Annexes, « Entretiens », p 33.
102

a) Le renforcement du site Internet.

Le site du musée des Arts Décoratifs a poussé au maximum les possibilités interactives en
intégrant des outils montrant l’institution vivante :
× Un calendrier montrant chaque jour les expositions et les activités culturelles en
rapport
254
.
× Une très grande liste de contacts permet d’envoyer un message au service concerné
dans chaque entité composant les Arts Décoratifs (le musée des Arts Décoratifs, le musée de la
Publicité, Le musée de la Mode et du Textile et le musée Nissim de Camondo) ; en tout 69 adresses
mail disponibles
255
.
× Le blog Lez’art destiné au 18-25 ans a été relancé en novembre 2009 après une
période d’abandon de deux ans
256
.
Le site du musée de la Renaissance a été massivement complété au niveau du contenu
disponible. Le site a été réalisé dans le cadre d'un programme de création de sites Internet pour les
33 musées nationaux, mis en œuvre par l’ancienne Direction des musées de France (aujourd’hui
réintégrée dans le Direction Générale des Patrimoines) et la Réunion des musées nationaux (RMN)
qui proposait des sites vitrines mettant en avant les informations pratiques beaucoup plus que du
contenu relatif aux collections ou aux objets. A été ajouté à la présentation d’une sélection
d’œuvres :
× le dépliant du musée ainsi que les plans de chaque étage
257
.
× Une rubrique « dossiers pédagogiques » mettant à disposition des fiches ayant pour
thèmes : l’architecture de la Renaissance ; La mesure du temps et de l’espace ; le livre et la diffusion
du savoir ; la vie de cour à la Renaissance ; Marie Stuart –le destin français d’une reine d’Écosse- ; Art
et mythologie : les métamorphoses d’Ovide ; Orient et Occident et La Musique de la Renaissance
(prochainement)
258
.

254
http://www.lesartsdecoratifs.fr/phpmyagenda1/agenda.php3
255
http://www.lesartsdecoratifs.fr/francais/l-institution/contacts-1620
256
http://www.lesartsdecoratifs.fr/blog-lezard/
257
http://www.musee-renaissance.fr/pages/page_id18602_u1l2.htm
258
http://www.musee-renaissance.fr/homes/home_id20806_u1l2.htm
103

× Une bibliographie thématique sur la Renaissance
259
,
× Une sitographie regroupant des liens vers des sites officiels
260
,
× Une page regroupant les publications du musée (catalogues d’exposition, ouvrages
thématiques)
261
et les Cahiers du musée national de la Renaissance
262
.
Ces ajouts sont destinés à montrer l’expertise du musée concernant une thématique unique,
celle de la Renaissance.
Le musée Guimet a fait de même, renforçant au maximum les contenus disponibles sur son
site Internet. En effet, une enquête interne en 2007-2008 avait permis de constater que le public en
ligne était plus jeune que celui du musée et généralement cultivé (d’un niveau licence
généralement), et souhaitant des contenus plus pointus, plus scientifiques. Pour satisfaire
notamment ce public de chercheurs et d’étudiants, ont été ajoutés au site :
Une sélection d’œuvres commentées classées par pays (Afghanistan-Pakistan ; arts
de l’Himalaya, Asie du Sud-est ; Asie centrale ; Chine ; Corée ; Inde ; Japon) ou par thèmes (textiles ;
trésors de la bibliothèque ; archives sonores ; archives photographiques ; gestes et symboles du
bouddhisme ; parcours pour les enfants)
263
.
La rubrique « Expositions » propose des textes et des bibliographies sur les
expositions passées, en cours, à venir et hors les murs
264
.
L’onglet « Découvertes » permet d’entrevoir les nouvelles acquisitions
265

La page « Ressources numériques » présente à la fois des visites virtuelles, les liens
vers les Facebook et Twitter, des parcours sonores, des interviews, des liens vers des bases de
données, vers le site du Ministère de la Culture et de la Communication et vers le catalogue raisonné.
Cette rubrique propose un ensemble de données assez hétérogènes qu’il est difficile à ordonner.

259
http://www.musee-renaissance.fr/pages/page_id18418_u1l2.htm
260
http://www.musee-renaissance.fr/pages/page_id18402_u1l2.htm
261
http://www.musee-renaissance.fr/homes/home_id20796_u1l2.htm
262
http://www.musee-renaissance.fr/homes/home_id20796_u1l2.htm
263
http://www.guimet.fr/-Collections-
264
http://www.guimet.fr/-Expositions-
265
http://www.guimet.fr/-Nouvelles-acquisitions-
104

Remarquons qu’il ne s’agit pas seulement de liens extérieurs au site mais également du contenu
« multimédia » proposant de l’image et du son ou de la vidéographie. Lors de l’entretien avec
l’administratrice, elle nous avait expliqué que ces ajouts avaient été demandés lors de l’enquête en
ligne. Elle constatait cependant que cette rubrique était peu consultée et se demandait s’il ne fallait
pas intégrer ces contenus ailleurs
266
. Les « contenus numériques » ne sont pas une ressource à part
mais font partie du contenu tout court. Par ailleurs, la mention d’une sitographie, que ce soit pour le
musée de la Renaissance ou pour le musée Guimet, permet d’insérer le musée dans plusieurs
réseaux :
dans un réseau muséal national, lorsque sont donnés les liens vers des bases de
données nationales par exemple.
dans un réseau muséal spécialisé, lorsque sont donnés des liens vers des musées
étrangers ayant la même thématique. Le musée Guimet a indiqué par exemple le lien de
l’International Dunhuang Project qui cherche à donner du contenu sur le patrimoine de la Route de la
soie.
Cette démarche préfigure celle de se « faire des amis » sur Facebook : de nombreux musées se
connectent entre eux et suivent l’actualité des uns et des autres.
Des ajouts pour montrer l’institution plus vivante et sous un nouveau jour ont également fait leur
apparition :
× Une rubrique « Dans les coulisses » où sont archivées des photographies ou des
vidéographies sur les manifestations passées, les visites officielles, les préparations
d’expositions ou les déplacements d’œuvres
267
.
× Des jeux offerts pour les plus jeunes (puzzle, jeux de mémoire…)
268
.
L’envie de toucher de nouveaux publics et de leur proposer du contenu spécifique
transparait dans cette optimisation du site. Elle était clairement exprimée lors de l’entretien avec
l’administratrice du site qui souhaite segmenter au maximum les contenus afin que chacun puisse y
trouver son compte. On ne peut ignorer la pression concurrentielle de la diffusion des contenus non

266
Annexes, « Entretiens », p 53.
267
http://www.guimet.fr/-Dans-les-coulisses-
268
http://www.guimet.fr/-Jeux-et-jeunesse-
105

muséaux sur le Web dans cette démarche
269
. La gratuité de ceux-ci pose également problème car le
musée ne peut pas rivaliser en proposant du contenu payant. On entrevoit ici une des
problématiques majeures à venir : comment le musée peut-il garder son monopôle de construction
et de diffusion du savoir quand d’autres modalités sont possibles et accessibles gratuitement ?

b) La liaison site Internet-Facebook.

Sur les sites étudiés, il est rare que du contenu soit créé spécifiquement pour Facebook. La
plupart du temps ce contenu existe déjà sur le site Internet, il est juste mis en avant sur la page
Facebook. En effet, les ajouts de contenu sur les sites institutionnels déjà complexes n’ont pas
éclaircis la navigation sur ces derniers. Même aidé du plan du site, le visiteur ne trouve pas
forcément l’information qu’il cherche dans les architectures. À l’occasion du Simesitem 2010 (Salon
réunissant des professionnels de la culture et du tourisme), le Laboratoire Multicom (Laboratoire
d’Informatique de Grenoble) a testé l’ergonomie des sites de douze musées volontaires grâce à la
technique de l’oculométrie (ou eye tracking) c’est-à-dire à travers l’analyse des mouvements des
yeux devant l’écran. Les conclusions sont les suivantes :
« Parmi les problèmes identifiés les plus fréquemment on trouve :
× l’organisation des informations et l’architecture fonctionnelle du site est souvent
trop complexe pour permettre aux utilisateurs de bien se repérer dans le site
× une densité informationnelle trop importante qui ne permet pas aux utilisateurs de
trouver l’information qu’ils cherchent
× un manque de guidage et d’homogénéité des informations»
270
.

269
BOUQUILLON Philippe, « Les stratégies industrielles dans le domaine des plateformes de produits et de
services culturels et informationnels. Des perspectives programmatiques. », Intervention, In : Streaming vs
téléchargement. THD et dématérialisation des produits culturels : nouvelle donne ?, Les ateliers THD, journée du
16 février 2010, [en ligne], mis en ligne le 19 février 2010, consulté le 8 août 2010.
URL : http://www.portailthd.fr/blogs/post/annelucie/2010/02/atelier-streaming-vs-telechargement/
270
MEILLON Brigitte, PELLEGRIN Anne, ROUX Camille, L’Oculométrie, un outil pour une médiation efficace,
[conclusions en ligne], présentation au Simesitem, 28 janvier 2010.
URL : http://multicom.imag.fr/recherche/spip.php?article158&var_recherche=simesitem
106

Ainsi Facebook sert dans ce cas à extraire une information et à la mettre en avant. On peut citer à
titre d’exemple (message du 11 février 2010)
271
:
Le musée du quai Branly vous propose vendredi, samedi et dimanche, un master
class de Tango en 3 séances avec Isabel et Alfredo Palacios. Forfait de 70 € pour les
3 séances, réservations au 01 56 61 71 72...
musée du quai Branly : master class 2009-2010
www.quaibranly.fr
Les masters class sont des ateliers d'initiation à une pratique instrumentale, vocale
ou chorégraphique, qui se déroulent sur un weekend.

Cette information est disponible sur le site Internet en suivant ce chemin : accueil > programmation >
théâtre, danse, musique 2009-2010> master class 2009-2010
272
. On note donc que ces messages sont
souvent en rapport avec les actions culturelles, notamment celles qui sont en gratuites. Citons par
exemple l’augmentation des ventes de place de l’auditorium du Louvre lorsqu’un article est publié
dans la journée
273
ou alors la participation de 70 personnes à la conférence autour du film Océans au
musée de la Marine après que celui-ci l’ait annoncé un jour avant
274
. L’information en générale et
celle concernant la gratuité ne sont pas à minorer dans la motivation à la visite
275
. Ces dernières ne
sont pas forcément connues et Facebook permet de les mettre en avant peu de temps avant leurs
tenues. La liaison avec le site Internet est toujours présente grâce au lien hypertexte. Car le but n’est
pas de se substituer à celui-ci mais de le valoriser. Il a été intéressant de constater que
l’augmentation des visites du site Internet n’a été abordée que dans un deuxième temps lors des
entretiens mais cette demande est pourtant fondamentale : le site dépasse son statut de site-vitrine
(ou site-brochure) pour devenir un site-ressource qui s’inscrit dans une logique de service public.
Encore une fois, il ne s’agit pas d’une influence directe des sites de réseautage et de partage mais

271
Annexes, « échantillons », p 2- 11.
272
http://www.quaibranly.fr/fr/programmation/theatre-danse-musique/master-class-2010-2011.html
273
Annexes, « Entretiens », p 47- 48.
274
Cf. messages des 10 et 12 février 2010 sur la page Facebook du musée de la Marine,
URL : http://www.Facebook.com/profile.php?id=100000224313518&ref=ts
275
EIDELMAN Jacqueline, CÉROUX Benoît, La gratuité dans les musées et monuments en France : quelques
indicateurs de mobilisation des visiteurs, [en ligne], Collection Culture études, Programme Pratiques et publics,
mars 2009, consulté le 8 août 2010.
URL : http://www2.culture.gouv.fr/culture/deps/2008/pdf/Cetudes-09_2.pdf
107

plutôt celle des productions de contenu hors des institutions ayant le monopôle de celui-ci (musées
mais aussi majors de l’industrie culturelle : films, disques, livres…).
Cependant, nous pouvons noter qu’une présence établie sur Facebook peut servir de relais
lorsque le site est en refonte. Ainsi la page Facebook du musée de la Renaissance fera office de site
lors de la refonte programmée pour 2011. Dans ces cas-là, la page doit être connue et doit être
reconnue par les utilisateurs comme étant un lien avec le musée. Pour cela, il faut encore que le
musée ait mis en avant sa présence sur les sites de réseautage. En mars 2010, alors que 15 musées
ont une page Facebook, seulement 5 ont un lien du site institutionnelle vers celle-ci
276
. Nous avons
obtenu une des raisons possibles lors d’un entretien avec Ingrid Baron-Cadoret (Département de la
Communication, Direction générale des patrimoines) à propos de la 5
e
Nuit des Musées. Cet
évènement était placé sous le thème de « La nuit du Twitt » c’est-à-dire l’occasion pour les musées et
leurs visiteurs d’expérimenter Twitter. La thématique est claire et pourtant on peut s’étonner de ne
pas voir apparaître ni cette mention, ni le logo de Twitter sur l’affiche de l’évènement
277
. À cette
question, Ingrid Baron-Cadoret oppose le fait que les sites de réseautage sont suffisamment mis en
avant et bénéficient d’assez de publicité par les médias. Le chemin de navigation souhaité est celle
du blog consacré à la soirée jusqu’au compte Twitter, du lieu le plus riche au lieu le plus pauvre.
Encore une fois, la primauté est accordée aux musées et au contenu. On peut supposer aussi que les
musées, expérimentant une activité inhabituelle, n’ont pas souhaité être mis en lumière dès le
début.
2. Facebook pour chercher de « nouveaux publics ».

La démocratisation culturelle, un des buts visés par le Ministère de la Culture et de la
Communication, passe par l’élargissement des publics c’est-à-dire non pas forcément l’augmentation
des visites mais l’élargissement à de nouvelles catégories sociales. La recherche de nouveaux publics
est donc apparue dans les entretiens, sous plusieurs formes :
« (…) pour toucher un nouveau public puisqu’on nous demande aussi au ministère
d’élargir le public, d’attirer plus de public jeune »
278


276
Annexes, « La présence des 40 musées nationaux sur les sites de réseaux sociaux en mars 2010 », 22- 23.
277
http://blog.nuitdesmusees.culture.fr/?p=110
278
Annexes, « Entretiens », p 51.
108

« - Après avoir fait la page, j’ai joint la presse locale puisqu’on est aussi dans une
politique de reconquête du public local…
- Une conquête du public local !
(…)
- Vous essayez une conquête du local…
- Pas seulement ! C’est une des optiques, du moins communiquer avec la presse
locale. »
279

« eh bien, oui. Une des missions du Louvre est de développer des nouveaux publics
et le local aussi. »
280

Le musée des Arts Décoratifs manifeste aussi son envie d’aller « vers un nouveau
public ».
Dans ces extraits, on note trois éléments caractérisant le ou les publics visés : « nouveau », « plus
jeune », et « local ». Toutefois cette recherche n’est pas appuyée par une stratégie précise dans ce
but. Aucune action véritablement spécifique n’est mise en œuvre, il s’agit plutôt du souhait de
toucher un public différent des publics habituels. Cette absence est sans doute due à l’adaptation des
pratiques de la communication sur Facebook. En effet, Daniel Jacobi soulignait déjà en 1997 qu’
« [u]ne conséquence quasi immédiate de l’orientation communicationnelle est l’inquiétude que l’on
ressent, partout, dans les échanges professionnels quant à la fréquentation. »
281
Chacun cherche une
manière propre comme l’indique cet extrait : « Mais c’est vrai qu’il n’en ressort pas une stratégie
globale sur Facebook, qu’on se concerte assez peu, qu’on n’est pas sur de la prévision d’action. Pour
l’instant on laisse vivre, on le fait de manière intuitive. On va rentrer sans doute bientôt dans une
logique plus construite. On peut sans doute être plus stratégique dans le sens de montrer tel univers
ou tel autre. »
282

Comme montré dans le paragraphe précédent, la communication mise en place avait comme
but de donner une vision plus riche du musée mais sans qu’un public ne soit privilégié en particulier.
Au musée du Louvre par exemple, la gestion des langues parlées montrent une volonté de faire des
compromis, de satisfaire le plus large nombre de visinautes. En aucun cas un choix est opéré entre

279
Annexes, « Entretiens », p 39.
280
Annexes, « Entretiens », p 48.
281
JACOBI Daniel, « Les musées sont-ils condamnés à séduire toujours plus de visiteurs ? », In : Quels
changements dans les musées depuis dix ans ?, La Lettre de l’OCIM, n° 49, 1997, p 10.
282
Annexes, « Entretiens », p 38.
109

parler en français (conquête du public local) ou parler en anglais (conquête du public international).
La même pratique s’observe pour le musée Guimet et au château de Versailles. Une majorité des
billets sont traduits en français et an anglais.
Le musée de la Poste quant à lui sollicite un nouveau public depuis quelques années en
présentant des expositions portant sur des thématiques artistiques (André Masson, Lepicque,
Aragon). Il espère capter un public amateur de ce genre d’exposition qui revient depuis quelques
années. Le but de la page est avant tout de fidéliser les publics en général. L’administrateur souligne :
« j’y étais à titre personnel et que je me suis dit que ça pouvait être intéressant pour le musée. On
n’avait pas de stratégie par rapport à ça »
283
.

E. Les thématiques des billets.

Nous avions évoqué, lors de notre première partie de définitions, certaines des motivations
explicites des musées quant à leur présence sur les différents sites de réseautage et de socialisation,
à savoir une communication à moindre coût et à grande échelle ainsi qu’une modernisation de leur
image. Les utilisations sont en réalité plus nombreuses et plus subtiles, notamment sur la question de
l’image. Nous confronterons les usages observés aux entretiens des gestionnaires. En effet, certaines
activités comme la recherche de nouveaux publics, montrent des attitudes ambigües de la part des
musées. Enfin nous évoquerons rapidement les tons utilisés pour chaque thématique mettant en
évidence une pratique propre à chaque usage et à chaque musée. Pour chaque thématique
développée, nous présentons des exemples ou des extraits tirés de nos échantillons. Il a été parfois
nécessaire de choisir des exemples en dehors de la période d’échantillonnage dans un souci
d’exhaustivité de l’analyse.

1. Facebook pour montrer une institution vivante :

Le principal usage d’une page est de fournir un autre moyen de communication au musée.
Les actualités de ce dernier sont donc largement mises en avant, que ce soit par le biais des nouvelles
expositions temporaires ou par celui des actions culturelles mises en place.

283
Annexes, « Entretiens », p 29.
110

a) Les nouvelles expositions

Le cœur des informations diffusées sur les pages des musées est constitué d’actualités
annonçant les nouvelles expositions ou pressant les visinautes d’aller voir une exposition avant
qu’elle ne se termine. Nous avons relevés :
Au château de Versailles (messages des 25 janvier et 2 février 2010, dans l’ordre)
284
:
Découvrez l'exposition "Versailles photographié, 1850-2010 " en
compagnie de M. Jean-Jacques Aillagon, Président du château de Versailles,
et de Karine Mc Grath, commissaire de l'exposition.
Versailles photographié, 1850-2010
Du 26 janvier au 25 avril 2010.
Plus d'informations sur www.chateauversailles.fr

Derniers jours pour l'exposition Louis XIV l'homme et le roi qui se termine
le 7 février.
L'exposition et l'ensemble du domaine sont ouverts gratuitement pour tous
les visiteurs le dimanche 7 février. (…)

À la Cité Nationale de l’Histoire de l’Immigration (message du 13 novembre 2009)
285
:
Générations, un siècle d’histoire culturelle des Maghrébins en France
La Cité présente du 17 novembre 2009 au 18 avril 2010 une exposition
proposée par l’association Génériques. Sportifs, chanteurs, peintres,
romanciers, hommes politiques, syndicalistes, acteurs ou poètes… Célèbres
pour quelques-uns, méconnus pour la plupart : ils ont fait notre histoire. (…)

À ce message s’ajoute quatre messages montrant le montage de l’exposition grâce à des
photographies
286
.
Au Centre Pompidou, (messages du 3 et 8 février 2010, dans l’ordre)
287
:

284
Annexes, « échantillons », (document sur CD-ROM), p 59 et 62.
285
Annexes, « échantillons », (document sur CD-ROM), p 113.
286
Cf. Infra, Chap. 3, II, E, 4, b, p 124- 125.
111



Sarkis, Jour J !
Centre Pompidou - Sarkis - Art culture musée expositions cinémas
conférences débats spectacles conce
www.centrepompidou.fr
Des salles du musée au Forum, de la Bibliothèque publique d'information à
l'Atelier des enfants, de la Bibliothèque Kandinsky à l'Atelier Brancusi, le
Centre Pompidou donne carte blanche à Sarkis (…)

Au musée du Quai Branly (message du 16 février 2010)
288
:
musée du quai Branly ouvre aujourd'hui sa "Fabrique des images", nouvelle
exposition d'anthropologie, conçue par Philippe Descola, sur la mezzanine
Ouest du Plateau des collections. 160 oeuvres et objets pour décrypter les
différentes visions du monde (...)

Au musée Delacroix (message du 16 décembre 2009)
289
:
Come and visit at the musée Delacroix in Paris the new temporay exhibition

" A passion for Delacroix: the Karen B. Cohen Collection " : from 12-16-2009
to 04-05-2010.
An American collector's perceptive enthusiasm for the genius of Eugène
Delacroix. A wide-ranging preview in the painter's home. The Karen B.
Cohen collection of drawings and painted sketches compels our admiration:
not only for its quality and variety, but also for the enduringly passionate
commitment required to track down so many works from New York.
www.musee-delacroix.fr

À l’Aquarium de la Porte Dorée), une série de photographies est publiée sur
l’exposition « Dans le sillage des requins » (message du 13 février 2010).

287
Annexes, « échantillons », (document sur CD-ROM), p 90 et p 83- 84.
288
Annexes, « échantillons », (document sur CD-ROM), p 4.
289
Annexes, « échantillons », (document sur CD-ROM), p 55.
Bientôt... Sarkis, Parick Jouin, Erró, Lucian Freud, Promesses du passé, Hors
Pistes...
112

Cette pratique consiste en une adaptation de la communication sur les autres médias et
n’apporte pas de nouveauté par rapport à la communication habituelle. Le ton reste neutre et
officiel.
b) Les actions culturelles :

L’information relative aux actions culturelles engagées par le musée est plus riche que celle
relative aux expositions temporaires car elle prend divers formes (concerts, conférences,
performances, spectacles de danse, festival, projections…) et permet justement de valoriser les
expositions temporaires. On note toutefois des programmations qui n’entrent pas dans le cadre de
l’exposition mais sont autonomes. Nous avons relevé dans les échantillons :
Pour le château de Versailles (message du 2 février 2010)
290
:
Rendez-vous le mercredi 3 et le jeudi 4 février 2010, à 21h, à la Chapelle
royale où Camille interpréta les chants sacrés de sa dernière création "God
is Sound".

On Wednesday 3 and Thursday 4 february 2010, at 9 p.m, Camille will sing
the sacred songs of her last creation : "God is Sound".

Pour la Cité Nationale de l’Histoire de l’Immigration (message du 20 novembre
2009)
291
:
Le festival, rend hommage à de grands cinéastes maghrébins ou d’origine
maghrébine, avec au total une quinzaine de projections organisées autour
des thématiques développées dans l’exposition temporaire "Générations,
un siècle d’histoire culturelle des Maghrébins en France".
En savoir plus ? Voir : http://www.histoire-
im...migration.fr/index.php?lg=fr&nav=720&flash=0

Pour le musée du Louvre, (message du 8 mars 2009)
292
:

Trio Florestan en concert au Louvre le 10 mars à 20h

Pour le centre Pompidou (message du 4 février 2010) :

290
Annexes, « échantillons », (document sur CD-ROM), p 62.
291
Annexes, « échantillons », (document sur CD-ROM), p 111.
292
Annexes, « échantillons », (document sur CD-ROM), p 31.
113

Film de danse, Pina Bausch, ce soir à 20h
Centre Pompidou - Pina Bausch - Art culture musée expositions cinémas
conférences débats spectacles.
www.centrepompidou.fr
Barbe-Bleue1984 - 109'Chorégraphie et réalisation : Pina
BauschInterprétation : Beatrice Libonati, Jan Minarik, Jacob Andersen,
Anne-Marie Benati, Bénédicte Billiet, Marion Cito, Dominique Duszynski,
(…)

Pour le musée du Quai Branly, (message des 9, 11 et 23 février 2010, dans
l’ordre)
293
:
musée du quai Branly vous invite à une séance de rencontre-dédicace avec
Lilian Thuram à l'occasion
de la sortie de son livre "Mes étoiles noires", dimanche prochain 14 février
à partir de 15h. En présence également d'Yves Coppens, paléontologiste
qui fut à l'origine de la découverte du fossile Lucy, auquel Lilian Thuram
consacre un chapitre de son livre.


musée du quai Branly vous propose vendredi, samedi et dimanche, un
master class de Tango en 3 séances avec Isabel et Alfredo Palacios. Forfait
de 70 € pour les 3 séances, réservations au 01 56 61 71 72...

musée du quai Branly présente, dans le cadre de son cycle "Le grand mix du
Brésil", Incorporation(s), une pièce chorégraphique pour 5 capoeristes, par
la compagnie D'1 Autre Monde. Du 24 au 28 février, à 17h au théâtre
Claude Lévi
Strauss. La compagnie proposera également un atelier d'initiation à la
capoeira le samedi 27 février à 12h. Toutes les infos sur www.quaibranly.fr

Pour la Cité de l’Architecture (message du 15 février 2010)
294
:

L'architecte Claude Parent entretient, tout au long de sa carrière, une
relation étroite avec le monde du cinéma et des médias audiovisuels. La
présente programmation présente un panorama des films sur, avec, autour
de Claude Parent. Avec, en outre, une rencontre entre l’architecte et

293
Annexes, « échantillons », (document sur CD-ROM), p 7, 5 et 3.
294
Annexes, « échantillons », (document sur CD-ROM), p 110.
114

le cinéaste Marc’O, en présence de la comédienne Bulle Ogier. En parallèle
à l'exposition "Androuet Du Cerceau", cette programmation
est aussi l'occasion d’une redécouverte de quelques films rares, en
présence d’autres personnalités du cinéma. Enfin, l’Institut Culturel
Roumain de Paris propose, sur deux jours,
une lecture commentée de la ville roumaine dans le prisme du cinéma.

Pour le musée de la Renaissance (message du 10 mars 2010)
295
:
Le musée national de la Renaissance participe pour la première fois au WE
Télérama.
L'entrée est gratuite aux porteurs des pass Télerama à découper dans les
éditions des mercredis 10 et 17 mars 2010.
Programmation spéciale du WE Télérama :
Visite Orient / Occident samedi à 15h
Visite Les Métamorphoses d'Ovide à 15h
dans la limite des places disponibles (30 personnes maximum)
Ouverture exceptionnelle de la Bibliothèque du Connétable samedi et
dimanche de 14h à 17h
et comme tous les samedis - intermèdes d'Orgues - dans la chapelle à 15h
et 16h - dans la limite des places disponibles
Une occasion de découvrir l'exposition "De la lettre à l'émail. Léonard
Limosin interprète Ovide" en visite libre (…)

La mise en avant des actions culturelles donne l’image d’un musée vivant, ayant une
programmation variée et dynamique. Comme explicitée dans la précédente partie, l’information
relative à la programmation est déjà présente sur les sites des musées mais elle est extraite pour être
annoncée peu de temps avant la tenue des différentes activités, permettant ainsi de capter
l’attention des visinautes. Le ton reste neutre et officiel sur toutes les pages étudiées.

2. Facebook comme image plus riche du musée.

Être sur Facebook donne aux musées une image plus moderne mais il existe aussi un
processus où le musée se montre différemment, avec de nombreuses facettes, qui bien qu’elles
s’affichent sur le site Internet, ne sont pas suffisamment mises en valeur.

295
Annexes, « échantillons », (document sur CD-ROM), p 69.
115

Que les musées l’admettent clairement ou à demi-mots, être sur Facebook est motivé en
partie par un phénomène de mode. Le phénomène de mode n’est pas difficile à montrer vu le
nombre de références à ces termes quel que soit le média
296
. Celui-ci donne au musée une image de
modernité. Ce processus d’imitation dans l’absence de stratégie prévue à l’avance et
l’expérimentation au jour le jour (même si la réflexion n’empêche pas l’expérimentation bien sûr).
Comme les phénomènes de mode ne sont pas sensés touchés le monde élitiste de la culture, il est
surprenant de constater dans certains cas des jugements très contradictoires sur les sites de
réseautage. Ainsi, une administratrice de page avoue avoir de l’amusement dans son utilisation
personnelle de Facebook mais ajoute qu’elle trouve le service « extrêmement voyeur et
exhibitionniste »
297
tandis qu’un autre « totalement réfractaire au début »
298
s’est laissé séduire et y
a adhéré personnellement
299
. À travers ces exemples, on perçoit un double discours qui s’instaure
entre ce qui est admissible intellectuellement et ce qui ne l’est pas, sans doute teinté de méfiance
vis-à-vis d’une pratique en plein développement.
En plus de cette image moderne, certains musées essayent de modeler une autre image du
musée, plus riche que celle diffusée habituellement. On la retrouve généralement sur les pages
étudiées mais deux musées le font de manière plus marquée : le musée des Arts Décoratifs et le
musée du Louvre, deux entités qui se sont élargies depuis cinq ans. Pour être exact, nous devrions
dire « Établissement Public du Grand Louvre » qui regroupe Le musée du Louvre et le musée
Delacroix
300
depuis 2004 ainsi que le Domaine des jardins des Tuileries depuis 2005. Et nous devrions
également dire « les Arts Décoratifs » (et non plus l’Union centrale des arts décoratifs, « UCAD ») qui
regroupe aujourd’hui quatre musées différents (le musée des arts décoratifs, le musée Nissim de
Camondo, le musée des arts de la mode et du textile et le musée de la publicité), la bibliothèque des
arts décoratifs, et les Ateliers du Carrousel depuis 2004 également
301
. Montrer cette multiplicité de

296
Sur Google, la recherche portant sur le terme « Facebook » obtient 2 650 000 000 réponses et celle sur
« Twitter » obtient 2 310 000 000 réponses (à titre d’exemple, au mois d’août 2010).
297
Annexes, « Entretiens », p 33.
298
Ibid., p 34.
299
Ibid., p 38.
300
Article 1 du décret du 22 décembre 1992 modifié par le décret du 26 décembre 2003 portant création de
l'Établissement public du musée du Louvre, [en ligne], consulté le 8 août 2010.
URL : http://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=LEGITEXT000006080556&dateTexte=20100810
301
Plaquette de présentation des Arts Décoratifs, [en ligne], consultée le 8 août 2010.
116

facettes identitaires s’est accompagnée également de la volonté de mettre en avant la richesse des
actions entreprises par les institutions.
Ainsi le musée du Louvre souhaite mettre en avant :
Le rattachement du musée Delacroix (message du 26 février 2010 promouvant son
exposition temporaire)
302
:
Exposition : "Une passion pour Delacroix" au musée Eugène Delacroix
Avant d’être données par la collectionneuse américaine, Mrs Cohen, au
Metropolitan Museum of Art de New York, ces témoignages du travail du
peintre romantique font une halte exceptionnelle dans son ancien atelier et
son dernier appartement.

Le rattachement du Jardin des Tuileries (message du 9 juillet 2010)
303
:
Rendez-vous en famille au jardin des Tuileries ce week-end
10 et 11 juillet, de 11 h à 17 h.
Entrée libre aux ateliers, sans réservation.
Le musée du Louvre invite les familles à découvrir autrement les sculptures
du jardin des Tuileries.
Ateliers, parcours libres, promenades insolites… partez avec vos enfants à
la découverte des petits et grands secrets de ce jardin aux mille visages.
Rendez-vous sous le préau de l’aire de jeux du jardin des Tuileries où vous
pourrez choisir de dessiner, d’imaginer, de danser, et même de « croquer »
les sculptures !

Sa production dans le domaine dans les nouvelles technologies, par exemple
l’application Iphone du Louvre (message du 21 mars 2010) :
Téléchargez gratuitement la nouvelle version de l'application " musée du
Louvre " pour Iphone et Ipod touch ! Superbe !
Événement Le Louvre sur iPhone et iPod touch | musée du Louvre
www.louvre.fr
Le Louvre s’offre désormais à votre regard en tout lieu et à toute heure ! »

URL : http://www.lesartsdecoratifs.fr/IMG/pdf/40-pages.pdf
302
Annexes, « échantillons », (document sur CD-ROM), p 54.
303
Ce message et les suivants ont été choisis en dehors de la période d’analyse dans un souci d’exhaustivité du
propos.
117


Son activité d’édition de mangas (message du 7 mai 2010) :
" Rohan au Louvre " : premier manga de la collection de bande dessinée du
Louvre
“Rohan at the Louvre” is the first manga in the comic-art collection
published by musée du Louvre Editions.
Un des plus grands dessinateurs japonais contemporains, HIROHIKO ARAKI,
a été choisi par le Louvre pour la création d'un manga très original, en
coédition avec Futuropolis.

Ses expositions hors les murs à l’étranger valorisées à l’attention des visinautes
étrangers, par l’exemple l’annonce des derniers jours de l’exposition « Tanagras »
organisée à Valence en Espagne (message du 25 juin 2010) :
« Últimos días de la exposición "Tanagras. Figuras para la vida y la
eternidad" en Valencia »

Ses expositions hors les murs en France (message du 21 avril 2010) :
Le Louvre hors les murs : Exposition UNE AUTRE EGYPTE
COLLECTIONS COPTES DU LOUVRE au musée de Millau, jusqu'au 20 juin
2010.

Sa tradition souvent méconnue du grand public de promoteur de l’art contemporain :
× le nouveau plafond de la salle des antiques grecs peint par Cy Twonbly
(message du 26 mars 2010)
304
:



304
Certains messages ne supportaient pas d’être remis en page au risque de perdre leur substance, nous avons
donc opérés des captures d’écrans
118

× l’exposition de William Kentridge présentée au Louvre (message du 30 juin
2010) :
.
Les films où le palais du Louvre est visible :
× Le film « Adèle Blanc Sec » (message du 14 avril 2010) :


Ou le film « Visage » (message du 16 juin 2010) :


Quant aux Arts Décoratifs, l’accent est davantage porté sur les différentes entités
constituant l’institution :
Les Ateliers du Carrousel (ateliers d’arts plastiques pour les enfants, les adolescents
et les adultes), par exemple (message du 24 mars 2010) :
Comme chaque année, les Ateliers du Carrousel vous invitent à leurs portes
ouvertes. Elles se déroulent simultanément sur les sites Monceau et Rivoli :
- le samedi 10 avril de 12h à 19h
- le dimanche 11 avril de 12h à 18h
119


La bibliothèque des Arts Décoratifs et ses expositions, par exemple (message du 20
mai 2010) :
Exposition Photographies de Constantinople et ses environs du 18 mai au
24 juillet 2010 à la bibliothèque des Arts Décoratifs. A l’occasion de
l’accrochage au musée Nissim de Camondo, la bibliothèque présente une
quarantaine de photographies de Constantinople conservées en réserve. Il
s’agit d’œuvres produites par les studios établis à Péra durant la deuxième
moitié du XIXe siècle. Péra (aujourd’hui Beyoğlu) était le quartier
cosmopolite de la ville et le premier centre photographique du Levant. Les
photographes représentés comptent parmi les plus talentueux et les plus
célèbres de l’époque.

Le musée et l’école Nissim de Camondo, par exemple (message du 3 juin 2010) :
A l'occasion de cette rencontre, organisée dans le cadre de l’accrochage au
musée Nissim de Camondo des vues de Constantinople et des portraits en
studio réalisés entre 1858 et 1899 par le studio des trois frères Abdullah,
Catherine Pinguet, chercheur au CNRS, commente l’œuvre des
photographes officiels du sultan. Leurs travaux constituent un témoignage
irremplaçable sur la société ottomane de la deuxième moitié du XIXe siècle.
Tarifs
Plein tarif : 5 €
Amis des musées : 4 €
Étudiants : 2 €
Réservation jusqu'à la veille de la séance par téléphone au 01 44 55 59 75
ou par mél : conference@lesartsdecoratifs.fr. Accueil le jour même en
fonction des places disponibles.

Le musée de la Publicité, par exemple, avec une nouvelle exposition (message du 24
juin 2010) :
Exposition La Belle Époque de Jules Chéret. De l'affiche au décor du 24 juin
au 7 novembre 2010 à la Publicité
Les Arts Décoratifs organisent la première exposition à Paris sur Jules
Chéret depuis la rétrospective que lui avait déjà consacrée l’institution en
1912. L’exposition retrace la carrière de cette figure pionnière et
incontournable de l’histoire de l’affiche à travers un ensemble exceptionnel
de son œuvre.
Le musée de la mode et du textile, par exemple en rappelant les actions culturelles
autour de ses expositions (message du 28 mai 2010) :
120

Rappel : Concours d'écriture autour de l'exposition Histoire idéale de la
mode contemporaine
A l’occasion de l’exposition « Histoire idéale de la mode contemporaine -
vol. 1 : 70/80 », véritable invitation à l’univers des défilés de mode, Les Arts
Décoratifs ont souhaité proposer aux visiteurs de prendre la plume. Tel un
journaliste qui assiste aux présentations des collections de mode, le public
est invité à écrire son propre article sur le défilé ou le créateur de son choix
mais aussi sur tout autre sujet ayant retenu son attention dans le cadre de
l’exposition.

Ces quelques exemples montrent donc cette recherche de complexification et
d’enrichissement de l’image des musées. Cette volonté s’est manifestée dans les entretiens :
« J’essaie aussi de combler ce que le site ne peut pas offrir, j’essaye de varier les sujets. Il y a de
l’actualité pérenne, des grandes expositions temporaires, les expositions que le Louvre organise à
l’étranger pour dire aux fans « si vous ne pouvez pas venir à Paris peut-être qu’il y a une exposition
dans votre ville », ça c’est la partie internationale. On a parlé de l’application Iphone du Louvre, c’est
la partie virtuelle par exemple. On a essayé de trouver un équilibre et de parler des sujets les plus
variés et de présenter toute l’offre du Louvre.»
305


3. Facebook pour mettre en valeur sa collection.

Une des pratiques mises en place sur Facebook est la mise en valeur des collections en
postant des photographies des objets. Quatre musées ont tenté cette approche : le musée Delacroix,
le musée de la Renaissance, le musée des Arts Décoratifs et le MUCEM.
Le musée des Arts Décoratifs montre des objets de ses collections en faisant un jeu dont le
but est de découvrir majoritairement l’utilité de l’objet ou plus rarement son auteur ou son
propriétaire
306
. Le musée de la Renaissance présente parfois ces œuvres de cette manière.
L’histoire de la page du musée Delacroix explique le choix original de privilégier la
présentation d’œuvres aux actualités relatives au musée. Cette page a été récupérée par le
gestionnaire grâce à une cession des droits d’administration par l’administration de Facebook. Celle-

305
Annexes, « entretiens », p 45.
306
Cf., Infra, Chap. 3, III, B, p 135- 150.
121

ci était consacrée au peintre Delacroix et non au musée Delacroix. Pour ne pas heurter les adhérents,
il a été décidé que serait mis en avant le peintre beaucoup plus que l’institution. La présentation
d’œuvres et d’éléments en rapport avec le peintre (son atelier, des photographies de lui…) est donc
le type d’article privilégié. Lors de notre période d’observation, un seul message de présentation
d’œuvre a été posté, le Cheval sauvage terrassé par un tigre (détail) de 1828. Pour ce faire une idée
de l’importance de ce type de message, remarquons que de décembre 2009 à juin 2010, huit
messages de présentation d’œuvres ont été postés sur les seize publiés.
Pour les autres musées, la présentation est la même : une photographie d’un objet et son
cartel, plus ou moins développé. Pour le MUCEM, le musée des Arts Décoratifs et le musée de la
Renaissance, cet usage de Facebook permet de mettre en valeur la variété de leurs collections. Ainsi
les époques, les types d’objets ou les techniques présentées sont différents à chaque fois.
Ainsi, sur notre période d’observation, le musée de la Renaissance a présenté
307
:
Léonard Limosin, Déjanire, vers 1540, n° d’inventaire : ECL21967 (message du 1
er

mars 2010)
Goltzius Hendrick (d’après), Marcus Curtius, tenture de cuir peint, 1
er
quart du
XVIIème siècle, n° d’inventaire : ECL1533e (message du 1
er
mars 2010)
Cheminée peinte de la Salle des armes, Salomon rencontrant la reine de Saba,
XVIème siècle, fonds muséologie (message du 6 mars 2010)
Bernard Palissy, brique à alvéoles multiples : putto assis, XVIème siècle, n°
d’inventaire : EP524 (message du 7 mars 2010)
Bernard Palissy, brique à alvéoles multiples, XVIème siècle, n° d’inventaire : EP414
(message du 7 mars 2010)
Léonard Limosin, Jason, vers 1540, n° d’inventaire : Inv 46-1-97 (message du 7 mars
2010)
Léonard Limosin, Oreste, vers 1540, n° d’inventaire : Inv46-1-96 (message du 9 mars
2010)

307
Annexes, « échantillons », (document sur CD-ROM), p 68- 79.
122

Le MUCEM n’a posté aucun message sur notre période d’analyse. Toutefois, à titre
d’exemple de la diversité des objets présentés, nous avons choisi la période du 1
er
au 15 janvier
2010 :
Guitare de Rory Gallagher, 1997, Irlande (message du 1
er
janvier 2010)
Main Panj Tan, cuivre, Iran, fin du 20e siècle, n° d’inventaire : 2004.4.16, Don Ziva
Vesel (message du 3 janvier 2010)
Maquette du Golf Drouot, 1962, Ile de France. - (message du 5 janvier 2010)
Cadenas, XIXème siècle, Russie- région de Nijni-Novgorod (message du 8 janvier
2010)
Polichinelle, 1984, Ile-de-France (message du 8 janvier 2010)
Moulage de la main d’Edith Piaf réalisé en 1963 (message du 10 janvier 2010)
Coiffure de femme réalisée avant 1830, Algérie. (message du 14 janvier 2010)

La multiplication de ce type de message sur la page du musée de la Renaissance est du fait
d’un des deux administrateurs qui est en réalité une des conservatrices du musée. Elle déclare à ce
sujet : « Oui pour donner envie et pour illustrer la variété des collections… Illustrer ce qu’on ne peut
pas montrer dans la visite parce que ce n’est pas tout le temps ouvert, il y a des pièces qui sont
fermées au public… »
308
. La variété des collections est une donnée importante pour attirer l’attention
des visinautes ce qu’elle souligne également : « (…) je pense que c’est bien qu’on continue de donner
des coups de projecteurs tous azimuts. Chaque fois qu’on repart sur un autre type de collection, on a
beaucoup de réactions. »
309
Toutefois le but n’est pas forcément d’attirer à tout prix cet intérêt mais
de constituer « un répertoire d’image »
310
.
Le musée de la Renaissance a passé un accord avec la RMN pour diffuser des photographies
de sa base de données. Toutefois le problème se pose pour les autres musées de posséder des
photographies publiables de leurs œuvres. Dans ce dessein, le musée Guimet réfléchirait à adapter
sa base de donnée documentaire réservée aux professionnels (base Micromusée) ou à lancer une

308
Annexes, « entretiens », p 38.
309
Ibid.
310
Ibid.
123

nouvelle campagne photographique
311
. Le MUCEM quant à lui se sert de photographies et de notices
réalisées dans le cadre de l’exposition « Trésors du quotidien » qui a eu lieu en 2007
312
.
La qualité des photographies publiées est un enjeu important dans la diffusion du contenu
sur Internet. Jean-Pierre Dalbéra, lors d’un entretien, nous exposait son point de vue : les chercheurs
n’auraient pas de formations techniques suffisantes pour réaliser du matériel publiable en ligne. Les
photographes rattachés aux musées devraient pouvoir gérer la diffusion des photographies de
manière générale. Il serait favorable à la constitution d’une base de données dans laquelle les
rédacteurs des pages pourraient aller puiser. La concurrence des photographies faites par les
particuliers est de plus en plus forte grâce à la démocratisation des appareils photographiques très
performants. Le succès du site Flickr en est une des manifestations.
Ce type de message se prête souvent à un ton humoristique ou légèrement décalé.
Citons deux exemples extraits de la page du musée de la Renaissance (messages des 7 et 9 mars
2010)
313
:

« J'y suis : j'Oreste !
Les portraits de Jason et Oreste par Léonard Limosin, conservés au musée-
château de Blois, resteront en dépôt au musée à l'issue de l'exposition "De la
lettre à l'émail". »

Venez découvrir les curiosités de maître Bernard P. !
Leçon n° 1 : pour un grand plat rustique>
Prenez quelques mesures d’argile, des animaux fraîchement étourdis
(grenouilles, lézards etc.),
deux ou trois onces de divers oxydes métalliques, assaisonnez-les à la façon
de Palissy…
moulez,
réservez,
mettez au four en surveillant étroitement la cuisson…
La suite est à découvrir au 2e étage du musée pendant toute l’année 2010.

Sur la même page, les collections peuvent être présentées grâce à de petites énigmes
(messages du 7 mars 2010)
314
:

311
Annexes, « entretiens », p 53.
312
http://www.tresorsduquotidien.culture.fr/fr/
313
Annexes, « échantillons », (document sur CD-ROM), p 71 et 72.
124

Mais où se trouve ce décor de cheminée ? Je l'ai sur le bout de la langue...

Entre Hypsipyle et Médée, mon cœur balance... qui suis-je ?

Ce ton permet de créer une certaine complicité avec les visinautes qui ont réagi à chacune des
œuvres présentées. Il donne plus de légèreté au contenu délivré. Cet intérêt pour les collections est
dû à la conservatrice qui gère conjointement la page.

4. Facebook pour apercevoir l’envers du décor.

Un des aspects les plus inédits des pratiques observées est la présentation d’un autre musée,
différent et secret. Il s’agit de montrer le musée lorsque celui-ci est inaccessible au public en temps
normal : les endroits fermés au public et les activités du musée en dehors des heures d’ouverture
(montage d’exposition, tournage de film, coulisses des évènements culturels).

a) Le musée insolite.

Il se montre au travers d’images inhabituelles du musée, des lieux légèrement incongrus ou des
évènements étonnants. Dans les échantillons, nous avons relevés comme exemples :
L’escalier menant aux appartements des bains au musée de la Renaissance (message du 27
février 2010)
315

Les appartements des bains au musée de la Renaissance (message du 28 février 2010)
316

Pour éclairer notre propos et montrer différents aspects de cette thématique du musée insolite,
nous avons relevé sur d’autres périodes :

314
Ibid., p 74.
315
Ibid., p 78-79
316
Ibid., p 77.
125

Les photographies de la vue depuis les toits du château de Versailles (message du 22 février
2010) ou celles prises de nuit, pendant la ronde des gardiens (9 mars 2010).
Les photographies de la soirée « Vivez Lézard » du 18 mars 2010 proposée au musée des Arts
Décoratifs (message du 23 mars 2010). On y voit une visite où les visiteurs sont déguisés. Il
est à souligner à ce propos que le musée des Arts Décoratifs a relancé ce blog dédié aux
jeunes au même moment que la création de la page sur Facebook. Ils montrent tous les deux
une volonté du musée à se montrer sous un jour nouveau et à présenter des activités
innovantes.
Ce type de message permet au musée de proposer une image intrigante de lui-même, parfois
drôle, parfois décalée. Il permet aux visinautes d’entrer eux aussi dans le secret, pour un moment et
sous le contrôle du musée. L’image du musée vieillissant est remplacée par une image plus
mystérieuse, le rendant beaucoup plus attractif.

b) Les coulisses du musée.

Le musée propose de montrer une autre part de son mystère lorsque s’expose la vie
quotidienne des professionnels travaillant dans le musée :
Le déplacement d’une tête Moai au musée du Quai Branly (message du 8 février 2010)
317

Le montage de l’exposition "Générations, un siècle d’histoire culturelle des Maghrébins en
France" à la Cité Nationale de l’Histoire de l’Immigration (2 messages du 13 novembre 2009
et 2 messages du 16 novembre 2009)
318
.
Ont également été publiés à d’autres moments (en dehors des échantillons) :
Les œuvres exposées à l’exposition « Versailles photographié, 1850 - 2010 » présentés en
avance (message du 16 février 2010)
La restauration du Rhinocéros II de François-Xavier Lalanne (1966) au musée des Arts
Décoratifs (30 mars 2010)

317
Annexes, « échantillons », (document sur CD-ROM), p 10-11.
318
Annexes, « échantillons », (document sur CD-ROM), p 112.
126

Le déplacement du banc d'orfèvre de l'électeur Auguste du musée de la Renaissance à
Dresde en vue d’une exposition (message du 12 avril 2010)
Les albums photographiques des montages d’exposition ont l’intérêt d’un point de vue de la
communication d’annoncer une nouvelle exposition sans être redondant dans le propos. Pour les
autres thèmes, ils permettent de mettre un visage sur une profession et d’humaniser le musée. Ces
moments, où le musée se montre sous un jour non policé, dans l’action ou faisant face à des
difficultés, le rendent paradoxalement plus humain. Il échappe ainsi à cette vision austère et lisse qui
peut lui être attribué. Si l’on en croit les résultats d’un sondage réalisé lors de la soirée Facebook du
musée des Arts Décoratifs (du 18 février 2010) où il était demandé ce que les visinautes souhaitaient
voir publier, cette facette du musée plaît beaucoup : « Une chose semble particulièrement vous
intéresser : ce qu’il se passe dans les coulisses des Arts Décoratifs (réserves, restaurations, photos et
interviews des gens qui y travaillent…)»
319
. Cette approche est dans la ligne des conseils aux
entreprises qui souhaitent avoir une présence sur Facebook : offrir du contenu spécial pour ses
adhérents
320
. La présence sur Facebook est perçue alors comme une entité différente par rapport au
site Internet, un complément du site Internet plus qu’un relais.

5. Facebook pour valoriser une expertise.

La dernière facette mise en avant est celle de la spécialisation du musée en son domaine. Ce
type de billet est plus rare et n’a été que peu rencontré. Deux aspects de cette expertise sont à
distinguer : les anciennes expositions et les publications.
Il n’est pas facile de mettre en avant les anciennes expositions pour des questions
techniques. En effet, peu de photographies existent des anciennes expositions pour des raisons
juridiques de droits d’auteur. Les anciens articles de presse sont peu utilisés, sans doute parce qu’ils
perdent de leur intérêt une fois passé l’évènement. Une solution existe même si elle est peu reprise

319
« Votre avis sur notre page Facebook », [en ligne], 15 mars 2010, consulté le 10 août 2010.
URL : http://www.facebook.com/note.php?note_id=364849707699
320
ANNOVAZZI Fabio, « 40 ideas & tips for Facebook product pages », [en ligne], 2008, consulté le 10 août
2010.
URL : http://www.slideshare.net/fabio_annovazzi/40-ideas-tips-for-facebook-product-pages
127

sur les pages : le site Culturebox
321
. Ce site a été créé par France 3 et regroupe tous les reportages
culturels réalisés par les différentes rédactions régionales de la chaîne télévisée. Le but est de
pouvoir accéder aux contenus après leur diffusion dans un esprit de service public. Les vidéographies
sont utilisables sur les sites de réseautage et de socialisation et le transfert direct sur Facebook est
possible. Cette base de contenus a été utilisée par le musée de la Renaissance pour diffuser un
reportage sur « Le bain et le miroir : l'art de la mise en beauté du Moyen-âge à la Renaissance », une
exposition de 2009 (message du 8 mars 2010).
L’activité d’édition du Louvre est quant à elle largement mise en avant par le musée à travers
de son journal « La Grande Galerie ». Sur notre période d’observation, nous avons relevé (message
du 9 mars 2010)
322
:
Le numéro 11 de Grande Galerie
Le Journal du Louvre, est en kiosque depuis quelques jours. Magnifique !
Sainte Russie, Méroé, les copistes du musée, le Louvre d'Henri IV, Turner,
Dany Laferrière, les monstres dans les écoles du Nord... Foisonnant et
passionnant. Tous vos commentaires de lecteurs sont les bienvenus !
SORRY, it is available only in French :(

Ce magazine se situe entre de la vulgarisation et de la littérature scientifique. Cette thématique met
en avant l’autorité du musée plus que les autres. Toutefois, il a été surprenant de constater un grand
nombre de commentaires, notamment étrangers, posant des questions sur les possibilités
d’abonnement. À contrario, au musée de la Renaissance, il a été remarqué que les articles
n’attiraient que peu de commentaires
323
.
On remarque de l’intérêt pour ce qui est présenté dans le musée (les œuvres, les expositions,
le bâtiment lui-même), les évènements autour du musée (la programmation culturelle, l’édition), et
les personnes qui y travaillent (le montage des expositions, les restaurateurs). Nous avons synthétisé
l’emploi des différentes thématiques pour chaque musée pour avoir également une lecture en creux
de cette dernière analyse
324
. On note que chaque musée a sa propre ligne éditoriale sur Facebook. La
page met donc en exergue le travail accompli au musée, sous toutes ses formes. Il en ressort une

321
http://culturebox.france3.fr/#/all
322
Annexes, « échantillons », (document sur CD-ROM), p 38.
323
Annexes, « entretiens », p 40.
324
Annexes, tableau « Pratiques et gestion des réseaux sociaux numériques », tableau 6, p 60.
128

image du musée comme entité vivante et humanisée et même dans certains cas comme une
institution avec de l’humour. La communication et la diffusion de contenus sur la page Facebook se
démarque donc en partie de la communication traditionnelle du musée, où une information ou une
identité sont ciblées par campagne publicitaire. Dans notre cas, les billets changent de thématiques à
chaque fois, renouvelant ainsi l’intérêt des visinautes. Toutefois nous n’oublions pas que ce type de
communication s’effectue également dans un contexte où « les musées subissent aux niveaux
financiers et politiques des pressions qui les poussent à devenir de plus en plus communicants. »
129


III. À la recherche d’interactions.

L’interaction est une notion dont la définition est discutée depuis plusieurs décennies
325
,
notamment confrontée ou associée à la notion d’interactivité. L’interactivité renverrait plutôt à un
rapport homme-machine que la technique informatique rendrait plus facile alors que l’interaction
serait un rapport homme-homme, un dialogue (qui peut être facilité par des appareils interactifs).
Nous prendrons cette dernière définition comme cadre d’analyse des traces laissées sur les pages
Facebook. La question posée ici est celle de l’implication du musée dans la création d’un dialogue,
qui est une des modalités de relation permise par les fonctionnalités offertes par le site Facebook.

A. Le rôle du musée dans la création d’interactions

La notion d’interactivité est très souvent mise en avant lorsque les nouvelles technologies de
l’information et de la communication (NTIC) sont abordées. Serge Proulx et Michel Sénécal nous
incitent à nous en méfier car « *c+ombinée à l’idée de réseaux et à celle de réalité virtuelle, la
problématique de l’interactivité participe, au premier chef, à la construction de la norme idéale à
atteindre en matière de communication. »
326
. En effet, il faut différencier les modalités techniques
offertes par Facebook et facilitant le dialogue et « les modalités sociales de l’interaction entre les
individus. »
327
Les premières observations montrent le faible nombre de réponses d’un message
posté par un visinaute alors qu’un message posté par le musée provoque beaucoup de réactions.
Chaque message du musée n’obtient pas le même nombre de réactions mais il est rare qu’il n’y ait
aucune réaction.

325
PAPILLOUD Christian, « L’interactivité », In : Tic & Société, Volume 4, n°1, « Interactivité et lien social »,
2010.
JULIA Jean-Thierry, « Interactivité, modes d’emploi. Réflexions préliminaires à la notion de document
interactif », In : Documentaliste-Sciences de l’information 2003/3, Volume 40, p 204- 212.
326
PROULX Serge et SÉNÉCAL Michel, « L’interactivité technique, simulacre d’interaction sociale et de
démocratie ? », In Technologies de l’Information et Société, volume 7, n°2, 1995, p 240.
327
Ibid.
130

Nous avons donc souhaité analyser les différents messages produits sur le « mur » des pages,
lieu virtuel de rencontres, au sens de « médiatisé par ordinateur » mais également peut-être dans le
sens premier de « qui n’a pas d’existence réelle ». Notre parti pris est de considérer « la prise de
parole » d’un visinaute comme un préalable à la construction d’interactions. Notre question est la
suivante : Qu’est-ce qui motive la prise de parole des visinautes ? Pour y répondre, les messages
postés ont été classés selon 3 niveaux :
- Niveau 1 : nous avons séparé et compté les « posts » des musées de ceux des
visinautes. Ces « posts » sont considérés comme des amorces de conversation.
- Niveau 2 : pour chaque « post » du niveau 1, nous avons comptabilisé les
commentaires issus des visinautes. Le commentaire est considéré comme une réponse à cette
amorce.
- Niveau 3 : pour chaque « post » de niveau 1, nous avons comptabilisé le nombre de
commentaires du musée. Nous cherchons par ce biais à visualiser la volonté conversationnelle du
musée
328
.
En analysant les messages classés dans la catégorie « conversation amorcée par les visinautes », on
observe que les échanges sont rarement présents. Le nombre d’interventions est largement
supérieure au nombre de réponses obtenues. On en déduit que la rencontre avec le musée est un
des buts visés par les visinautes. Quatre cas de figure liés à l’implication du musée sur la page se
dégagent alors selon une progression linéaire : la page abandonnée, la page remédiable, la page
inauguratrice et la page animée.

1. La page abandonnée.

La seule page entrant dans cette catégorie est celle du musée d’Orsay. Il n’actualise pas sa
page depuis sa création. Elle est donc un terrain idéal d’observation puisque seule la variable de la
présence du musée est absente par rapport aux autres pages. Quelques messages sont laissés mais la
quantité est bien moins inférieure à celle des musées ayant une présence active. Ainsi le musée
d’Orsay comptabilise 11 messages sur la période d’échantillonnage alors que le musée du Louvre
compte 255 messages, le château de Versailles 47 messages, le Centre Pompidou 53 et enfin le

328
Annexes, tableau « Analyse des interactions sur les pages Facebook des musées», tableau 7, p 61- 62.
131

musée du Quai Branly en compte 46
329
. Il semblerait donc que la présence du musée influencerait la
participation des visinautes. Pourtant nous avons eu parfois la sensation pendant les entretiens que
le musée n’y jouerait aucun rôle ou serait placé de manière distante face à une interaction observée
de loin :
« Par contre, des interactions entre deux fans, c’est intéressant. Il y avait un peu de
moquerie, c’était amusant. Pour l’instant, il y en a pas énormément non plus, c’est plutôt un
dialogue, on pose une question et eux répondent. Quelques fois il y a des questions de leur part mais
très peu d’échanges entre eux. »
330

« - Mais je me demandais…on parlait d’interaction tout à l’heure, qu’est-ce qui vous intéresse
en fait ? Que recherchez-vous ?
- On a quelques fans qui publient, une vingtaine. Mais j’aimerais que plus de fans
interagissent. C’est toujours agréable de voir la curiosité de leur part, quand ça va au-delà du
« j’aime », si il ya des questions, des réactions. On avait eu une question sur l’orgue par exemple. »
331

Si les messages laissés par les visiteurs sont moins nombreux, ils sont également
indépendants les uns des autres
332
et ne se répondent pas. L’espace n’est ni communicationnel, ni
conversationnel et montre une succession d’expressions de point de vue (souvenirs de visite) et de
publicités relevant de thématiques proches de celles du musée (artistes, site de communication
muséale, site dédié aux impressionnistes)
333
. Ces pages sont abandonnées et le public présent est
délaissé. Le débat ou la conversation entre les adhérents n’est pas le but privilégié des visinautes. Un
rapport direct et favorisé avec le musée serait donc une motivation forte de la part des visinautes.

2. La page remédiable.

Le deuxième cas de figure observé est celui d’une page relativement animée qui n’obtient
que peu de réponses ou celui de pages peu animées. Entrent dans cette catégorie, les pages du

329
Nous comparons avec des établissements de même envergure en termes de fréquentation. Ces chiffres
s’entendent sans les interventions des musées dont le nombre se situe entre 5 (le château de Versailles et 10
(le centre Pompidou).
330
Annexes, « entretiens », p 36.
331
Annexes, « entretiens », p 40.
332
Annexes, « Analyse des interactions : le musée d’Orsay », tableau 8, p 63.
333
Annexes, « échantillons », (document sur CD-ROM), p 109 -110.
132

musée Delacroix, de la CNHI de la Cité de l’Architecture et du Patrimoine et l’Aquarium de la Porte
Dorée
334
. On y constate de très faibles interactions malgré l’animation de la page. Ces pages sont
remédiables et le public est absent.
Plusieurs explications cumulatives ou non sont envisageables :
Les publications sont trop irrégulières pour permettent des interactions entre le
musée et les visinautes. La question des moyens mis en œuvre par le musée se pose. Geneviève Vidal
y faisait allusion dès 2003 :
« En émettant sur Internet, les musées sont amenés à comprendre que hors les murs –mais
aussi en relation avec des technologies appelant une posture interactive en ligne- l’accès aux
contenus ne s’effectuent pas obligatoirement dans une symbolique propre au musée. Sont-ils prêts à
s’investir et à investir financièrement dans des dialogues personnalisés par exemple ? À l’heure
actuelle malgré de réels efforts, il semble plus probable que les musées optent pour une édition qui
leur permettent de conserver une émission irradiante et non pas une communication de point à
point, qui impliquerait d’instaurer des relations médiatisées par ordinateur»
335

La période d’échantillonnage correspond au moment de l’ouverture d’une nouvelle
exposition. On peut supposer que l’activité du musée en ligne n’est pas privilégiée par rapport aux
préparatifs en cours au musée.
Le ton neutre et impersonnel employé sur la page n’encouragerait pas les
interactions musée-visinautes
336
. L’exemple de la page de la CNHI est parfaitement représentatif.
Quatre billets sont publiés sur le montage de la nouvelle exposition avec des photographies
337
. Le
texte est quatre fois le même :
L’exposition "Générations, un siècle d’histoire culturelle des Maghrébins en
France", proposée par l'association Génériques, est présentée à la Cité du
17 novembre 2009 au 18 avril 2010
Ce type de billet montrant les coulisses du musée permet de créer une complicité avec le musée. Ce
n’est pas le cas ici sans doute due à la répétition du même contenu et à un ton classique qui ne
permet pas nécessairement de réveiller l’intérêt des visinautes. Le nombre d’adhérents n’est pas en

334
Annexes, « Analyse des interactions sur les pages Facebook des musées » tableau 7, p 61- 62.
335
VIDAL, Geneviève, « Interactivité et médiation dans l’usage des multimédias de musées », In:
Communication et langages, n°137, 3ème trimestre 2003, p 72.
336
Annexes, « Comment le musée s’adresse-t-il a musée ? », tableau 4, p 57.
337
Annexes, « échantillons », (document sur CD-ROM), p 106- 107.
133

cause ici car d’autres musées ayant la même ampleur d’audience (entre 300 et 600 visinautes) ont
une présence plus dynamique de la part de leurs visinautes.

3. La page inauguratrice

Certains musées publient régulièrement et reçoivent des commentaires en relation. Sont
concernées les pages du musée du Louvre, du musée du Quai Branly, du Centre Pompidou et du
château de Versailles. On note que le musée du Louvre reçoit beaucoup plus de commentaires à
chaque « post » que les autres musées, sans doute due à sa notoriété internationale. Ces musées ne
s’impliquent pas dans les conversations qu’ils amorcent puisqu’ils ne répondent pas aux
commentaires inscrits. Quant aux conversations initiées par un visinaute, elles semblent légèrement
plus nombreuses que pour un musée qui n’anime pas sa page et reçoivent quelques réponses. Les
musées ne s’impliquent pas non plus dans ces conversations. La page est utilisée dans une optique
de communication irradiante traditionnelle. Ces pages sont inauguratrices et le public est intéressé.
Les commentaires qui suivent un billet de ces musées sont rarement de type conversationnel. La
plupart du temps, il s’agit pour le visinaute de donner son avis (favorable le plus souvent).
Se pose la question de savoir si en fait, le lieu est propice aux échanges comme sur un forum
peut l’être
338
. Le site Facebook dispose d’un outil de communication synchrone

4. La page animée

a) Par le musée.

Le dernier type de page est donc la page animée c’est-à-dire une page où le musée
s’implique dans les dialogues amorcés par la publication de ses messages. Le public est donc stimulé.
Deux musées sont dans ce cas : le musée des Arts Décoratifs et le musée de la Renaissance. On
observe peu de publications autonomes des visinautes sans doute car le dialogue entretenu par le
musée permet de répondre au musée et d’être entendu en retour. Ce dialogue qui se forme entre
l’émetteur d’informations et son public lorsque celui-ci répond avait déjà été remarqué par

338
BEAUDOIN Valérie, VELKOVSKA Julia, « Constitution d’un espace de communication sur Internet », In :
Réseaux, n°97, Paris, CNET/ Hermès Science Publications, 1999, p 123-177.
134

Magdalena Lataillade. Elle compare le « mur » de la page du Centre Pompidou à un blog nommé «
Lunettes rouges » lorsque celui-ci avait publié un article sur l’exposition « Vides. Une rétrospective »
présentée au Centre Pompidou (février à mars 2009)
339
. Elle notait que se formait sur le blog un
véritable dialogue dans lequel l’auteur était intervenu sept fois alors que les messages laissés sur le
« mur » de la page étaient isolés les uns des autres.
On remarquera que ces deux institutions sont celles qui développent également le plus de
thématiques possibles dans les billets (quatre sur les cinq thématiques analysées)
340
et qui utilisent
un ton décalé par moments. On en déduit une implication plus forte dans l’utilisation de Facebook et
une volonté de dépasser une utilisation au seul titre de relais du site institutionnel. Une nouvelle
pratique du musée se met en place : dialoguer avec les internautes. Internet est un générateur de
pratiques inédites grâce à l’ « apparition d’outils web spécifiques ou encore d’innovations techniques
concernant [son] fonctionnement»
341
.Cette utilisation est sans doute à mettre en lien avec la liberté
au niveau hiérarchique dont disposent les administrateurs de ces pages.

b) Par un visinaute ?

Dans le contexte de la page animée du musée des Arts Décoratifs, nous avons observé
l’intervention d’un visinaute en temps qu’animateur
342
. Ce phénomène n’est arrivé qu’une seule fois
dans le cadre des jeux animés par le musée
343
. Le musée propose une image d’un objet de leurs
collections et pose des questions aux visinautes sur celui-ci dans le but de créer un dialogue collectif.
Dès le début du jeu en novembre 2009, une internaute (E.M.) se passionne pour le jeu et intervient
beaucoup
344
. Elle montre une forte volonté de participation et est quelques fois « rappelée à
l’ordre » par le webmestre pour avoir donné la bonne réponse trop tôt. À la suite d’une des

339
LATAILLADE Magdalena, Les musées et les réseaux sociaux : l’exemple du Centre Pompidou, mémoire de M1
de l’École du Louvre, 2009, p 42 -44.
340
Annexes, « Pratiques et thématiques des billets postés », tableau 6, p 60.
341
CRISTOFOLI Pascal, « Aux sources des grands réseaux d’interactions », In : Réseaux, n°152, 2008, p 31.
342
Annexes, « échantillons», Jeu du 9 décembre 2009, p 102- 104.
343
Ces jeux sont analysés dans la partie suivante.
344
Sur la période de 4 mois d’analyse de ces jeux (cf. partie suivante), elle poste 66 messages, ce qui fait d’elle
la participante la plus active sur la période d’analyse. Cf. Annexes, « Tableau d’analyse des jeux du musée des
Arts Décoratifs », (document sur CD-ROM).
135

réprimandes, le musée lui propose de réguler le jeu lorsque le webmestre n’est pas présent (message
du 3 décembre 2009)
345
:
Mais non Esther : comme vous avez l'air de vous y connaître, vous pourriez
par exemple donner des orientations quand je ne suis pas en ligne !

Cette recommandation est prise en compte par cette joueuse puisque le jeu suivant est l’occasion
pour elle de remplacer le webmestre en donnant des indices et en répondant aux questions des
autres visinautes. Elle poste 7 messages sur les 14 comptés pour cette partie. Son statut de
spécialiste acquis en répondant correctement et en montrant ses connaissances lors des jeux
antérieurs lui permet de ne pas être rejetée par les autres joueurs et de se positionner en tant
qu’animateur. Cette catégorie est l’un des trois « rôles participatifs »
346
à un forum défini par Michel
Marcoccia avec le simple lecteur et l’auteur occasionnel. Il donne les critères de ce type de
participation : « la quantité des messages envoyés, et plus précisément de réponses à d’autres
messages, le type de rôle qu’ils assument – jouer le rôle d’expert, relancer et modérer la discussion,
rappeler les règles du collectif, par exemple la nétiquette »
347
. Il est intéressant de noter que si le rôle
d’expert peut être donné à cette joueuse, le rappel de la netiquette
348
n’est pas dans ses habitudes
et ses infractions aux règles du jeu la positionnent dans un rôle ambigu.
Toutefois elle ne se place pas au même niveau que le musée mais demande la ratification de
ce dernier
349
:
Oui voilà Marguerite, la fille de Jeanne Lanvin... enfin, c'est pas à moi de
valider la réponse...


345
Annexes, « échantillons», (document sur CD ROM), p 106.
346
MARCOCCIA Michel, « L’analyse conversationnelle des forums de discussion : questionnements
méthodologiques », In : Les Carnets du Cediscor, 8, 2004, PSN, p 36.
347
Ibid., p 32.
348
« La nétiquette (mot-valise formé de net et d’étiquette) est l’ensemble des conventions de bienséance
régissant le comportement des internautes dans le réseau, notamment lors des échanges dans les forums ou
par courrier électronique. », Office québécois de la langue française, [en ligne], consulté le 5 septembre 2010.
URL : http://66.46.185.79/bdl/gabarit_bdl.asp?T1=netiquette&T3.x=0&T3.y=0
349
Annexes, « échantillons», (document sur CD ROM), p 103.
136

On en déduit qu’elle ne se sent pas complètement légitime dans ce rôle. Le positionnement du
musée à ce propos est ambigu car il ne se prononce pas sur l’animation de la page par un visinaute.
Geneviève Vidal explique à ce propos : « Ainsi les usages de l’interactivité dans les multimédias de
musée en ligne et hors ligne permet de saisir les enjeux d’une diffusion vers des publics doués d’une
compétence technique multimédia, à distance, aiguisant une volonté d’intervenir dans le processus
de médiation. »
350

Ce type de personnalité, très exigeante, peut prendre le relais de manière à détourner les
visinautes du musée. Le « pot-ager », observé par Claire Drain au titre de participant au groupe Flickr
du Museum d’Histoire Naturelle de Toulouse « Collectionner le vivant autrement »
351
, correspond à
cette qualification. Étant déçu de l’action proposée par le musée, il propose des types d’activités liées
au groupe : publications de fiches sur certaines espèces remarquables, bibliographies, demande aux
internautes de participer à des recherches photographique, aide à la réalisation des inventaires au
musée... Ce dernier ne donnant pas suite à ses demandes, il crée ses propres groupes pour satisfaire
ses envies avec d’autres participants au groupe originel.
L’analyse permet donc d’identifier un faisceau d’éléments qui facilitent l’interaction musée-
visinaute : avoir une présence régulière, répondre régulièrement aux visinautes, multiplier les
thématiques et favoriser un ton décalé. Ces éléments montrent en transparence la nécessité pour le
musée de planifier son action sur Facebook et sans doute d’entreprendre une action spécifique et
différente de celles entreprises sur le site Internet institutionnel.

B. Un exemple d’animation sur une page : le jeu du musée des Arts
Décoratifs.

Lorsque nous avons cherché les traces d’interactions entre visinautes ou entre le musée et
ses visinautes, nous avons constaté sur la page du musée des Arts Décoratifs que la « prise de
parole » des visinautes étaient répétées à la fois pour un même message posté par le musée et à la
fois dans le temps. La proposition d’un jeu sur les collections motive cette répétition. Nous avons
alors décidé de suivre l’évolution dans le temps des rapports entre les visinautes et le musée à

350
VIDAL Geneviève, « Interactivité et médiation dans l’usage des multimédias de musées », In: Communication
et langages, n°137, 3ème trimestre 2003, p 72.
351
DRAIN Claire, Le site de partage de photographies Flickr : un nouveau mode d’échanges avec les publics au
Museum d Histoire Naturelle de Toulouse ?, mémoire de master 1 de l’École du Louvre, 2008, p 28.
137

travers le jeu. L’analyse devant porter sur une période suffisamment longue, une période de quatre
mois a été choisie à partir du premier jeu (du 6 novembre 2009 au 6 mars 2010), ce qui correspond à
l’analyse de 33 « parties » du jeu. Nous en verrons les effets après avoir décrit l’évolution du jeu au
cours du temps.
1. Le jeu et son évolution.

Au début de sa présence sur Facebook, le musée avait publié quinze photographies d’objets
de sa collection du 10 septembre au 6 novembre 2009, objets emblématiques de ses collections et
présentés dans le musée. Chaque fois, un lien vers la base de données du musée accompagnait la
photographie. Les réactions n’étaient pas très fortes : quelques commentaires et quelques
manifestations positives grâce à l’activation du bouton « j’aime ».
À partir du 6 novembre 2009, une ou plusieurs questions accompagnent la photographie. Du
6 au 17 novembre 2009, les objets présentés font partie de la base de données du musée présentée
sur le site institutionnel, le musée invite donc les visinautes à trouver la réponse en cherchant l’objet
dans la base de données et d’indiquer le lien hypertexte correspondant dans les commentaires du
jeu pour les autres joueurs. La question posée est de trouver l’utilité de l’objet ou de trouver l’objet
auquel appartient un détail photographié. La question sur l’utilité renvoie à la devise fondatrice du
musée : « Le beau dans l’utile ». Le jeu se déroule selon un principe de questions-réponses qui
permet aux visinautes de trouver la réponse. Les six parties proposées selon ces modalités ont
montré une participation accrue des visinautes par rapport à la publication de photographies seules
(de l’ordre de 4 à 11 commentaires par partie)
352
, due à l’attrait du jeu et au dynamisme injecté grâce
au court délai d’attente entre les questions posées par les joueurs et la réponse du webmestre. À ce
propos, ce dernier nous avait indiqué lors de l’entretien qu’il était libre dans le temps passé à gérer la
page et donc les jeux.
Toutefois, on observe que les réponses sont données très rapidement, sans jamais que le lien
hypertexte demandé ne soit indiqué sans l’insistance du webmestre. Ce fait et l’analyse des
messages indiquent que les joueurs sont déjà venus au musée ou ont des connaissances en histoire
de l’art (datations précises, utilisation de termes adéquats), par exemple (deux messages du 6
novembre et un message du 16 novembre 2009 dans l’ordre)
353
:

352
Annexes, « Le jeu du musée des Arts Décoratifs », (document sur CD-ROM), p 2- 13.
353
Ibid., p 3 et p 10.
138

c'est de l'art nouveau, peut être à tendance belge ou autrichienne...? Je
dirais entre 1900 et 1910

broc à vin, non ? le bec semble trop fin pour que ce soit un broc a eau

console Régence... france debut XVIIIe...?

Pour permettre au jeu d’être un peu plus attractif, le musée annonce la présentation d’objets
plus insolites
354
. À partir de cette date, les parties vont généralement durer plus longtemps ou
mobiliser plus de questionnements (pouvant aller jusqu’à 115 commentaires)
355
. La recherche de
questionnements est le but visé par le musée et se fait sentir dans la négociation du webmestre avec
les joueurs assidus du premier mois pour qu’ils ne dévoilent pas tout de suite la réponse (messages
des 23, 24, et 25 novembre 2009 dans l’ordre)
356
.
M.E. : déjà la reponse !!! je suis triste
Les Arts Décoratifs : Bah oui, suis désolé Majdi... Mais faut s'en prendre à
Vincent ;-)

Oh ben non, faut pas aller aussi vite Raphaëlle... quand on a la solution,
faut laisser un peu chercher les autres !!!!

E.M : Je sais..... : P
Les Arts Décoratifs : Chuuuuuuuuuuuuut ! ;)

Par la suite, il sera indiqué au début du jeu de ne pas donner la réponse tout de suite
(message du 27 novembre 2009)
357
:

354
Ibid., p 13.
355
Ibid., p 107-115.
356
Ibid., p 19, 23 et 24.
357
Ibid., p 27.
139

Bonjour tout le monde ! Pour finir la semaine en beauté, voici un nouvel
objet faisant partie de nos collections... A vous de découvrir à quoi il
pouvait bien servir ! (Merci à celles et ceux qui détiennent la réponse
d'attendre mon signal avant de la donner aux autres ;))

2. Les effets du jeu au niveau de la découverte des collections.

a) Le lien vers la base de données :

Comme expliqué, le webmestre demande le lien hypertexte de l’objet présenté. En analysant
le contenu des messages, deux éléments ressortent : cette recherche n’intéresse pas les joueurs et
on note dans les réponses des difficultés rencontrées dans l’utilisation de la base des données et du
site en général.
En effet, il est nécessaire que le webmestre rappelle, une fois que la réponse est donnée, de
rechercher le lien dans la base de données pendant le mois de novembre. Par exemple, dans les
messages du 17, 20 et 23 novembre 2009
358
:
oooooooooh... bingo ! Mais il faut maintenant la trouver dans nos
collections !!!

Eh bé, plus rapide que l'éclair !!! Nous qui pensions vous poser une colle... Il
ne vous reste plus qu'à retrouver dans les collections l'oeuvre à laquelle ce
détail appartient et à coller l'adresse ici.

Très bien Chantal... mais il va falloir la retrouver dans nos collections !

De décembre à mi-janvier, le lien est donnée automatiquement par le webmestre ou par une
des habitués du jeu (E.M.).Ensuite, le lien n’est plus ni demandé, ni donné sans doute car les objets,
de plus en plus insolites ne sont pas répertoriés dans la base. Pour expliquer le manque d’intérêt
manifeste des joueurs, notre hypothèse est que le dynamisme créé par les questions et les réponses
de tous les joueurs est plus attrayant que le fait de chercher seul dans la base de données.

358
Ibid., p 12, 14 et 20.
140

On remarque également des difficultés liées à la pratique informatique voire à l’utilisation du
site Facebook lui-même qu’il est nécessaire de pallier grâce aux explications données par le
webmestre (messages du 23 novembre 2009)
359
:
C.L. : comment trouve t'on le lien, je suis nouvelle et je découvre le site.
Merci
Les Arts Décoratifs : On va sur le site, on copie l'adresse... et on la colle ici
pour partager avec ses camarades internautes !

Bravo et merci à vous ! Et n'hésitez pas à recommander cette page à vos
amis (il vous suffit de cliquer dans la colonne de gauche sur le boutons
"Recommandez à des amis") :o)

Connaitre la pratique informatique ainsi que les logiques dans lesquelles elle s’insère est nécessaire
pour pouvoir utiliser tout le potentiel des outils proposés par le « Web social ». Ce fait était déjà
remarqué en 1997, c’est-à-dire dès les débuts de la démocratisation de l’utilisation d’Internet et était
nommé « culture numérique »:
« Pour ceux qui ne disposent pas de cette formation, la curiosité et la bonne volonté
culturelle ne semblent pas suffisante pour acquérir la maîtrise suffisante. Le niveau moyen
d’instruction de type bac, l’absence d’obligation professionnelle de se mettre à jour pour maitriser
l’informatique (autrement que comme utilisateur éventuel d’un terminal standard) rendent difficile
cette appropriation. »
360

Francis Pisani, auteur sur les nouvelles technologies et blogueur, évoque aujourd’hui la « littératie » :
« Enfin, le web nous ouvrant de nouveaux univers, il est important d’en comprendre la
logique. L’effort doit donc porter aussi bien sur la pratique que sur la culture. Ignorant le fait que la
référence exclusive aux lettres de l’alphabet est insuffisante dans un monde qui privilégie le
multimédia, le terme « littératie » semble aujourd’hui le plus usité pour traduire le concept anglo-
saxon de « literacy »
1
. Il implique la capacité d’utiliser, la compréhension des logiques en cause,
l’approche critique. Car les lacunes sont sérieuses. Beaucoup de gens n’ont pas encore accès au
média numérique ou se refusent, souvent par peur, à s’en servir alors même qu’ils auraient
beaucoup à y gagner. Un grand nombre de ceux qui y ont accès croient s’en servir convenablement ;
ils n’utilisent en réalité qu’une fraction de ce qui pourrait leur être utile. »
361


359
Ibid., p 21.
360
BOULLIER Dominique, CHARLIER Catherine, « A chacun son Internet. Enquête sur des usages ordinaires. »,
In : Réseaux, volume 15 n°86, 1997, p 166.
361
PISANI Francis, « Pour une « littératie » numérique », [en ligne], RSLN.com, 4 mars 2008, consulté le 10 aout
2010.
141


b) La médiation des œuvres.

Cette interaction produite par le questionnement autour des œuvres crée naturellement un
processus de médiation. La médiation est « le catalyseur nécessaire à l’appropriation de l’œuvre, cet
aller-retour entre les oeuvres et le public.»
362
Celui-ci n’est rendu possible que grâce à la
participation du musée, qui poste un message sur trois
363
. Ce processus diffère de celui opéré lors
d’une visite réelle du musée grâce aux fonctionnalités mêmes de la communication médiatisée par
ordinateur qui influent sur les modalités d’apprentissage et de médiation en faisant du visinaute un
acteur à part entière du raisonnement :
× Un contournement des difficultés de l’oral est opéré grâce à la présence de l’écran,
entrainant moins de timidité et permettant à chacun de tenter sa chance pour répondre. La
difficulté d’éteindre l’ordinateur pour franchir le cap d’une conversation réelle est souvent décrit
364
.
À contrario, l’avantage tiré de la libération de la parole est ici utilisé pour faciliter une construction
intellectuelle collective. Comme exemple, on note ce message du 27 novembre 2009
365
:
Comment on peut répondre si on ne sait pas mais qu'on veut proposer ?
Comme vu précédemment, le ton utilisé est très décontracté, ce qui permet sans doute aux
joueurs de se sentir plus libre de répondre également (messages du 29 novembre 2009 et du 26
février 2010)
366
:
- Les Arts Décoratifs : A titre indicatif (si ça peut vous aider) : cet objet
mesure 67 cm avec son socle...
- C.L : un vase de dinette

URL : http://www.regardssurlenumerique.fr/blog/2008/3/4/pour-une_litteratie_numerique_par-francis-pisani/

362
CAILLET Elisabeth, Les contradictions des nouvelles technologies dans le champ de la médiation, IRI :
séminaire muséologie, muséographie et nouvelles formes d'adresse au public, 14 octobre 2008.
363
Annexes, « Comptabilisation des messages postés lors des jeux », (documents sur CD-ROM) : 331 messages
postés par le musée pour 1106 au total, sur les quatre mois d’analyse.
364
WOLTON Dominique, Internet, et après ? Une théorie critique des nouveaux médias, Flammarion, 2000
(notamment le chapitre 3 : « Les nouvelles technologies, l’individu et la société »).
365
Annexes, « Le jeu du musée des Arts Décoratifs », (document sur CD-ROM), p 27.
366
Ibid., p 135
142

- Les Arts Décoratifs Un vase de dinette pour géants alors ;-)

Les Arts Décoratifs @ Arnaud : ouaaaaaaah Arnaud... c'est très bon... mais
c'est faux !
Les Arts Décoratifs @ Emilie : oui, il y a trois positions pour les yeux...et la
langue qui sort. Charmant n'est-ce pas ?
× Un apprentissage du regard est opéré par le questionnement, souvent relatif à l’utilité de
l’objet. L’observation minutieuse de l’image est obligatoire pour proposer des solutions (messages du
27 novembre 2009 et message du 11 janvier 2010, dans l’ordre)
367
:

La présence d'un lion indique t elle l'époque des combats de gladiateurs ?

est ce que l'usage est en rapport avec l'ichonographie qui décore le vase ?

Pffff... Alors aucune idée mais je livre qqs réflexions... Ergonomie très
particulière, très penché en arrière... pas d'accoudoirs et les deux pieds qui
continuent au
dessus de l'assise... pour permettre de se relever? Mais pas d'idée du tout...
× De même, les traces laissées grâce aux fonctionnalités même du site peuvent être relues et le
parcours menant à la bonne réponse peut être compris bien que le jeu soit fini et les participants
partis.
Ces ajustements avec les fonctionnalités proposées permettent de créer des pratiques inédites ou de
renouveler d’anciennes, comme ici la médiation d’œuvre. Geneviève Vidal note à ce propos :
« Du point de vue des usagers, il faut rappeler qu’ils ne veulent pas changer leur relations
avec le musée réel. C’est dans le cadre de ces relations médiatisées par ordinateur que les
participants développent des usages modifiant subtilement leur relation avec les contenus muséaux
(multimédiatisés). »
368


367
Annexes, « Le jeu du musée des Arts Décoratifs », (document sur CD-ROM), p 28 et 65.
368
VIDAL, Geneviève, « Interactivité et médiation dans l’usage des multimédias de musées », In:
Communication et langages, n°137, 3ème trimestre 2003, p 73.
143

Le jeu est rarement utilisé comme technique de médiation chez les adultes
369
, il l’est plutôt pour
les enfants. On constate toutefois l’engouement provoqué par ce dernier grâce au nombre croissant
de nouveaux joueurs à chaque jeu
370
. Le dernier jeu observé comptabilise 23 nouveaux joueurs (6
mars 2010). C’est d’autant plus étonnant que les objets proposés sont de plus en plus insolites et
donc leur utilité de plus en plus difficile à trouver. La difficulté ne serait donc pas ici un obstacle mais
plutôt une motivation.
Le webmestre insiste pour que l’on ne donne pas la bonne réponse tout de suite afin que la
recherche de cette dernière permette la construction collective du savoir. On a pu remarquer alors
que les « amateurs » s’engageaient à retrouver d’autres éléments concernant l’objet présenté créant
des discussions parallèles mais visibles de tous (message du 6 janvier 2010)
371
:
Bon j'ai une idée de l'utilité... je dois pas être le seul je pense, la forme à
l'air d'avoir assez peu changé... Je demande, comme c'est pas la question,
c'est du Strasbourg? La finesse du décor fait Hannong. Je dirais deuxième
moitié XVIIIe.

Dans la partie du 11 janvier 2010
372
, la question porte sur l’utilité d’un objet. Un des habitués (J-L D.)
cherche le nom du propriétaire pendant qu’un autre cherche le style du meuble en question :
-WVH ...à la grecque ... période Directoire...
-WVH en fait peut être un peu plus tardif, Empire?
-Les Arts Décoratifs Pourquoi à la grecque ?
-J-L D de mémoire c'est empire, mais bon....
-Les Arts Décoratifs Période Consulat (1799-1804)
- WVH bah... le décor de palmettes, le dossier incurvé, tout ça s'inspire des
formes de meubles de l'antiquité grecque et romaine tels qu'on les
imaginait fin XVIIIe à partir des vases peints, cf. les meubles dans les
tableaux de David.
http://www.educnet.education.fr/louvre/mort/images/brut.jpg

369
Comme exemple d’utilisation du jeu dans le musée : JUTANT Camille, GUYOT Aude et GENTES Annie,
« Visiteur ou joueur ? Les multiples facettes de la technologie RFID », In : La Lettre de l’OCIM, n°125,
septembre-octobre 2009, p 12- 20.
370
Annexes, « Présence des visinautes lors des jeux du musée des AD », (document sur CD-ROM).
371
Annexes, « Le jeu du musée des Arts Décoratifs », (document sur CD-ROM), p 62
372
Ibid., p 66.
144

Plusieurs niveaux d’interprétation d’un même objet sont donc proposés. On note une
appropriation du jeu par les visinautes qui va au-delà de ce qu’avait prévu le musée notamment en
termes de difficulté du jeu. Ce phénomène est régulièrement constaté dans le domaine des jeux
vidéographiques
373
. On observe derrière ces intérêts personnels des dynamiques collectives dans les
rebondissements nécessaires pour trouver la réponse mais également dans le partage d’informations
autour de l’œuvre en question, grâce aux liens hypertextes dans de nombreux cas (messages des 20
et 22 janvier2010 et 3 mars 2010)
374
:
les fourchettes ont longtemps eu 2 piques, puis 3 puis finalement 4. Pour
plus d'info sur l'évolution du couvert (le trio cuiller, fourchette,couteau) il y
a le très complet musée de la coutellerie à Thiers, capitale française de la
coutellerie. Ils ont dans leur collection de nombreuses pièces identiques à
celle ci. ; ) merci Fabien

Bonjour, j'ai encore raté votre rdv. Il y avait eu une superbe exposition en
2007 à la Maison de la cuture du Japon à Paris sur les katagami et le
japonisme. visuel de l'expo + catalogue d'expo :
http://www.mettreenculture.com/img/visuels/katagami.jpg

Pour les curieux: http://www.design4now.com/news/35-early-works-marc-
newson

L’apprentissage informel proposé ici à la fois pour l’utilisation de la base de données et pour
l’éducation du regard tend vers ce que l’IRI expose comme les enjeux sociologiques des nouvelles
adresses au public :
« Le but du musée n'est alors peut-être pas de délivrer des savoirs, mais bien plutôt des
compétences (au triple sens de connaissance, capacité et attitude), compétence dans la perception
en fournissant au visiteur des outils pour construire une connaissance et une compétence dans la
production. »
375


373
NATKIN Stéphane, Le joueur, IRI : séminaire muséologie, muséographie et nouvelles formes d'adresse au
public, 16 février 2010.
Exemple d’appropriation du jeu Les Sims par la création d’univers personnels : AURAY Nicolas, LEGOUT Marie-
Christine, Le « Star Sims theme », In : Médiamorphoses, revue de l’INA, n°21, p 63- 68,2007.
374
Annexes, « Le jeu du musée des Arts Décoratifs », (document sur CD-ROM), p 84, 87 et 144.
375
MAESTRACCI Vincent, les instruments de perception, IRI : séminaire muséologie, muséographie et nouvelles
formes d'adresse au public, 11 janvier 2009.
145


3. Les effets par rapport au musée.

a) La relation musée- visinautes.

Le musée conserve sa position d’auctorialité en tant que diffuseur de compétences puisqu’il
reste maître du jeu et propose la découverte de ses collections. Les autres références sont toutefois
acceptées et validées par le biais du remerciement du webmestre.
La position qu’adopte ce dernier dans la relation qu’entretiennent les visinautes avec le
musée est celle d’une passerelle. En effet, celui-ci est placé du côté de l’autorité et de l’expertise du
musée puisqu’il parle en son nom mais le ton décalé et l’humour employés provoquent une
personnalisation du musée et peut-être une familiarisation. Nous émettons l’hypothèse qu’il peut
adopter une position proche de celle de l’initiateur développée par Hana Gottesdiener
376
. Elle
explique qu’une relation affective durable (par le biais d’un ami, d’une personne de sa famille ou
d’un professeur) est souvent à l’origine du déclenchement et de la pratique de la visite muséale dans
les musées d’art
377
. On peut imaginer que la participation régulière à ces jeux provoque un
attachement à la personne du webmestre qui peut être réemployée pour déclencher des visites
réelles, comme le musée des Arts Décoratifs a pu le proposer lors de la « soirée Facebook ».

b) La relation entre les professionnels du musée.

L’entretien avec le webmestre et l’observation des jeux montrent que différentes
compétences étant cumulées dans un même objectif, de nouveaux rapports s’établissent au sein du
musée entre des services qui n’en ont pas vraiment habituellement.
On note régulièrement des références à la parole des conservateurs et des documentalistes,
questionnés par le webmestre (messages du 17 novembre 2009, des 15 et 22 janvier 2010)
378
:

376
GOTTESDIENER Hana, Freins et motivations à la visite des musées d'art, Ministère de la Culture,
Département des études et de la prospective, 1992.
377
Ibid., p 39- 46.
378
Annexes, « Le jeu du musée des Arts Décoratifs », (document sur CD-ROM), p 13, 71, 86 et 88.
146

Bravo, c'était pas facile !!! bon, on va se creuser la tête pour trouver autre
chose d'encore plus insolite...

@ Vincent : d'après nos conservateurs, ce n'est pas ça...(…)

Bon, le conservateur qui m'a proposé cet objet trouve que vous êtes
décidément trop doués. Il s'agit en effet d'un pochoir...(…)

Pour ajouter une petite précision, d'après un autre conservateur, il s'agirait
d'un katagami utilisé pour la réalisation de motifs sur des kimonos...

Ce phénomène était déjà observé par Geneviève Vidal à l’occasion de la création des sites
Internet institutionnels :
« Souvent coordonnée par un service précis (…), la réalisation de tels sites est la somme des
contributions de différents services du musée ou un croisement de compétences produisant une
forme de consensus autour de technologie multimédia. Le projet crée ainsi de nouvelles dynamiques
au sein du musée, devenu centre de ressources multimédias sur Internet, relevant de pratiques et de
compétences à la fois culturelles et informatiques »
379

L’adoption de nouvelles pratiques grâce aux NTIC provoquerait également un enrichissement
des rapports professionnels au sein même de l’institution. De plus ces derniers ne sont pas perçus
comme une charge de travail puisque l’adoption des NTIC au sein du musée n’est possible que par un
cercle restreint de professionnels motivés
380
.

379
VIDAL, Geneviève, « Interactivité et médiation dans l’usage des multimédias de musées », In:
Communication et langages, n°137, 3ème trimestre 2003, p 65.
380
Cf., Annexes, « entretiens », p 29-30 (à propos de l’organisation de la soirée Facebook au musée de la Poste)
et p 37 (musée de la Renaissance).
147


4. Un objectif de création de « communauté » ?

La constitution d’une « communauté d’amateurs » est souvent envisagée comme une
modalité de la présence du musée sur les sites de réseaux sociaux
381
car elle permettrait d’arriver au
plus haut degré dans l’interaction sociale et collective avec les contenus proposés (« nous dans le
musée »)
382
. L’observation des jeux pendant quatre mois a été l’occasion de poser la question de la
création concrète d’une « communauté ». Avant de vérifier son existence potentielle, il a fallu poser
des critères précis.
a) Quelques jalons autour de la notion de communauté virtuelle.

En sociologie, la communauté s’oppose à la société. Tönnies (1887) a opposé la communauté
- où les individus partagent des liens qui les unissent malgré leurs différences, liens de proximité
territoriale notamment - à la société, où les individus interdépendants vivent pour eux-mêmes, en
tension avec les autres. Weber (1922) prolongera la distinction en distinguant le sentiment subjectif
d’une appartenance commune à l’existence de coordination d’intérêts motivés rationnellement.
Cette notion a été réemployée ces dernières années avec le développement d’Internet
383
avec une
acception élargie, « relevant d’une simple coopération collective à base de TIC »
384
. Les critères
d’appartenance était les suivants : temps important passé dans le système ; connaissances
réciproques des membres s’inscrivant dans la durée ; conversation réciproque et circulaire ; rapports
importants hors ligne pour certains membres; recherche du consensus par la discussion ; partage de
certaines valeurs (démocratie directe, libéralisme ou libertarisme, optimisme technologique, etc.),

381
DRAIN Claire, Le site de partage de photographies Flickr : un nouveau mode d’échanges avec les publics au
Museum d Histoire Naturelle de Toulouse ?, Op. Cit., (notamment la partie III : « Une horizontalité de l’échange
entre les internautes ? »)
382
SIMON Nina, « Hierarchy of Social participation », [en ligne], In : Museum 2.0, 20 mars 2007.
URL : http://museumtwo.blogspot.com/2007/03/hierarchy-of-social-participation.html
383
Notamment RHEINGOLD , The Virtual Community: Homesteading on the Electronic Frontier, New York,
Harper Perennial, 1993.
384
BENGHOZI Pierre-Jean, « Les communautés virtuelles : structuration sociale ou outil de gestion ? », In :
Entreprises et histoire, n° 43, 2006/2, p 69.
148

constitution d’une netiquette…
385
Bernhard Rieder rejette ce terme car il est difficile de trouver ces
conditions réunies en pratique
386
. François De Singly réfute également cette utilisation du terme
qualifiée de « halo sémantique » en expliquant que puisque dans la communauté, les individus sont
désignés par la place occupée dans cette dernière, « les liens sociétaires avec une composante
affective ne peuvent pas être qualifiés de "communauté"»
387
.
La proximité géographique n’étant pas nécessaire lors de l’utilisation de communication
médiatisée par ordinateur, il faut trouver de nouvelles qualifications pour les groupements
virtuels
388
. Serge Proulx remarque d’ailleurs à propos de ce terme : « la notion de « virtuel » a acquis
ces dernières années un nouveau sens. Alors que les philosophes opposaient le terme de virtuel à
celui d’actuel (en d’autres mots : ce qui est virtuel est l’état de ce qui est non encore actualisé),
l’expression « virtuel » a tendance à désigner aujourd’hui de plus en plus le simple recours à des
dispositifs informatiques et électroniques dans le procès d’échange. »
389
On note un certain
désenchantement dans les recherches récentes sur les sociabilités en ligne, jugées faibles, par
rapport à l’imaginaire laissé par le terme « communauté virtuelle »
390
.
b) Nouveaux paradigmes, nouvelles qualifications.

Le terme « réseau (social) », discuté au début de cette recherche, est à son tour rejeté par
certains chercheurs dont Bernhard Rieder, qui note à nouveau que les observations révèlent des

385
RIEDER Bernhard, « De la communauté à l’écume : quels concepts de sociabilité pour le « Web
social » ? », tic&société [En ligne], Vol. 4, n° 1 | 2010, mis en ligne le 17 mai 2010, consulté le (septembre 2010,
p 41.
URL : http://ticetsociete.revues.org/822
386
Ibid., p 42.
387
DE SINGLY François, Les uns avec les autres, Paris, éditions Armand Colin, collection Individu et société, 2003
et Poche, 2005, p 197- 201.
388
PROULX Serge, « Les communautés virtuelles construisent-elles du lien social ? », [en ligne], Colloque
international « L’organisation média. Dispositifs médiatiques, sémiotiques et de médiations de l’organisation »,
Université Jean-Moulin, Lyon, 19-20 novembre 2004, p 3- 4.
URL : www.lcp.cnrs.fr/pdf/pro-04a.pdf
389
Ibid., p 3.
390
Par exemple, AURAY Nicolas, « L'engagement des joueurs en ligne : ethnographie d'une sociabilité
distanciée et restreinte », In : Les Cahiers du Numérique, volume 4, n°3, Hermès, Paris, 2003, p 110- 137.
149

comportements moins forts que ce que la notion exprime
391
. Il examine ensuite la notion de
« foule »: celle-ci, bien que gardant certains aspects négatifs (culture de masse, fascisme), exprime le
fait que « l’agrégation de l’information qui circule dans un ensemble d’individus de faible cohésion
peut donner lieu à des « caractères nouveaux », c.-à-d. à des résultats (sur les plans de la cognition,
coordination et coopération) largement supérieurs aux performances d’un membre quelconque à lui
seul »
392
.Les résultats obtenus n’étant pas dirigés vers des buts communs, il rejette également cette
notion.
Le passage au « Web social » a permis de changer d’optique et de requalifier les sociabilités
en ligne. Nicolas Auray décompte et critique trois raisons à l’émergence du « web participatif »
393
:
× « La communauté de production comme alternative au tournant néolibéral » (p 2)
× « La communauté de recommandation comme réaction critique au contrôle de l’attention
par des oligopoles » (p 5)
× « Le repli compensateur pour soulager les souffrances liées à la défaillance des lieux sociaux
d’intégration » (p 6)

Il met en avant la complémentarité de ces explications mais également leurs contradictions quand on
les assemble ensemble. Il propose de résoudre ce problème en tentant « un couplage entre la
théorisation des transformations sociales contemporaines et une théorie de l’identité feuilletée,
susceptible d’appréhender la possibilité pour l’individu de mener parallèlement des engagements
multiples »
394
. Cette idée serait le pendant de l’affirmation de François de Singly que des « liens
multiples remplacent un lien fort »
395
car « le fait que les individus contemporains soient

391
RIEDER Bernhard, « De la communauté à l’écume : quels concepts de sociabilité pour le « Web
social » ? », Op. Cit., p 42- 43.
392
Ibid., p 43.
393
AURAY Nicolas, « Le Web participatif et le tournant néo-libéral : des communautés aux solidarités », In :
Proulx, S., Millerand, F., Rueff, J., Web participatif : mutation de la communication?, Presses Universitaires de
Québec.
394
Ibid., p 8.
395
DE SINGLY François, Les uns avec les autres, Op. Cit., p 21.
150

"individualisés" ne signifient pas qu’ils aiment être seuls »
396
. Il ajoute : « Le lien social serait composé
de fils moins solides que les fils antérieurs, mais ils en comprendraient nettement plus. »
397

La métaphore proposée par Bernhard Rieder pour comprendre ces nouvelles productions de
contenu est celui d’ « écume » comme espace de coexistence, qu’il emprunte au philosophe Peter
Sloterdijk
398
et adapte aux nouvelles technologies. La production de contenu, sous-tendue par des
volontés identitaires, serait également dirigée vers les autres, dans une proportion qui varierait d’un
individu à un autre. Chaque bulle serait centrée sur un individu particulier. Il ajoute que les bulles
étant « co-isolées »
399
, leur membrane sont à la fois des éléments de connexion et de séparation. Ces
membranes sont constituées par les fonctionnalités techniques proposées par chaque application
(interface et filtres), elles-mêmes dérivées des « logiques sociales »
400
. Nous pouvons faire le lien
avec la notion de réseau-filet qui retient des éléments et en laisse passer d’autres. L’ « individu
empilé » qu’il dessine ainsi rejoint l’idée d’ « identité feuilleté »
401
de Nicolas Auray.
c) Cas pratique.

Dans notre étude, il n’a pas été possible de générer des graphes permettant d’analyser
l’intensité des liens en jeu. S’ajoute à cela le problème des liens non visibles en dehors du terrain
« pages de musée ». Pour observer les structures sociales produites par la proposition du musée des
Arts Décoratifs de se retrouver régulièrement autour d’un jeu, nous avons construit deux tableaux
sur le même principe (tableau Excel croisant horizontalement le nom des participants et
verticalement les dates des jeux en ordre chronologique) :

396
Ibid.
397
Ibid.
398
SLOTERDIJK Peter, Sphären I-III, Frankfurt/M., Suhrkamp, 1998-2004.
399
RIEDER Bernhard, « De la communauté à l’écume : quels concepts de sociabilité pour le « Web
social » ? », Op. Cit., p 47.
400
Ibid., p 48.
401
Ibid., p 51.
151

× Le premier est nommé « Présence des visinautes lors des jeux du musée des Arts
Décoratifs »
402
et note la présence dans le temps de chaque visinaute.
× Le deuxième est intitulé « Comptabilisation des messages postés lors des jeux » et dénombre
le nombre d’intervention pour chaque jeu.
On constate que chaque jeu attire de nouvelles personnes. Une présence très volatile est
observable pour chaque visinaute. Le dessin généré par le tableau reproduit assez bien l’idée
d’écume où chaque participant flotte et revient jouer par moment au rythme irrégulier de « vagues
temporelles ». Aucun schéma répétitif régulier n’est observable. De même, on ne retrouve pas
d’entités regroupant quelques visinautes jouant exclusivement en présence des autres.
Le deuxième tableau nous apprend que le nombre d’interventions maximum pour un jeu a
été de 12 (3 décembre 2009). Si on croise le premier tableau avec le degré de participation (le
deuxième tableau), aucune généralisation ne se dégage non plus
403
. La pratique la plus répandue est
de ne participer qu’une fois et de ne poster qu’un message (101 visinautes). La pratique recensée en
second est de ne participer qu’une fois en postant deux messages (32 visinautes). On n’observe pas
de corrélation nette entre le degré de participation et le nombre de présences. On identifie ces deux
cas de figure comme faisant partie des visinautes de passage.
Toutefois les visinautes participant plusieurs fois par partie ont tendance à revenir jouer plus
que les autres. On identifie ces derniers comme les habitués et l’observation des pages indiquent
qu’ils sont également ceux qui se positionnent comme connaisseurs. On note la présence de 7
visinautes ayant participé au moins six fois (sur 33 parties). Cette pratique n’est pas généralisable
puisque le visinaute ayant participé 12 fois à la partie du 3 décembre 2009 n’est revenu que deux fois
à la suite où qu’une seule intervention n’a été comptabilisée pour chaque
404
. Entre des deux cas de
figure, on note une diversité de combinaisons possibles qui décrivent l’activité de visinautes
épisodiques dont la fréquence de participation ne peut pas être déterminée.
Les différentes analyses montrent des pratiques de sociabilité très disparates allant de
l’habitué participant de nombreuses fois à chaque partie aux visinautes qui ne participent qu’une

402
Ces deux tableaux sont consultables sur le CD-ROM rattaché aux annexes. Une visualisation du tableau de
présences est disponible en annexes (papier), p 64.
403
Annexes, « Analyse des interactions lors des jeu », tableau 10, p 65.
404
Annexes, « Comptabilisation des messages postés lors des jeux », (document sur CD-ROM).
152

seule fois. Si un intérêt commun a motivé ces participations (si fugace soit-il), on ne peut pas parler ni
de communauté, ni de réseau, ni de foule. La métaphore se rapprochant le plus des observations est
bien celle de l’écume.

Ce jeu apporte une fidélisation chez certains visiteurs qui n’a été observable sur aucune autre
page et met en exergue la présence active du musée. Il est à rapprocher des jeux proposés par le
musée de la Poste (concours photographique avec les affiches d’une des expositions, concours des
plus belles boîtes aux lettres photographiées, questions/réponses sur un objet…) où rien n’est à
gagner. La question de la motivation des joueurs peut avoir plusieurs réponses :
Une recherche identitaire, surtout dans la catégorie des habitués. L’analyse du contenu des
messages postés par une visinaute de cette catégorie (E.M.) montre une volonté de
reconnaissance de la part du musée et des autres joueurs de son statut de spécialiste.
Le plaisir d’apprendre dans le cadre d’un loisir, à rapprocher de la production assez contestée
des « serious game » (terme qui s’applique plutôt aux jeux vidéo éducatifs) ou de l’éducation
informelle (terme qui traduit plutôt l’apprentissage par le jeu chez les enfants)
405
.
Le plaisir d’être ensemble. On note cependant que les échanges entre les visinautes
n’interviennent que dans un second temps, après avoir trouvé la réponse. La première phase
du jeu se concentre sur des rapports entre le musée/webmestre et chaque visinaute.

405
BROUGERE Gilles, « Jeu, loisirs et éducation informelle », In : Education et Sociétés, n°10, 2002, p 5- 20.
153


IV. Le lien page virtuelle- musée réel : la concrétisation par la soirée
Facebook.

Nous avons pu assister à deux soirées spécifiquement dédiées aux visinautes du musée de la
Poste et du musée des Arts décoratifs. Nous les décrirons pour pouvoir en déduire les effets par
rapport au musée.

A. Le déroulement des « soirées Facebook ».
Ce type de soirée n’est pas une pratique muséologique inédite. Le Brooklyn Museum a initié
un programme depuis fin 2008 nommé « 1st fans » qui combine avantages spécifiques dans les
animations proposées par le musée et exclusivités proposées en ligne à travers les sites de réseaux
sociaux numériques
406
. Ces débuts français ne s’intègrent pas dans une démarche à long terme et
relèvent plutôt de l’expérimentation.

1. Au musée des Arts Décoratifs.

Les visinautes munis d’un laissez-passer spécifique étaient accueillis aux comptoirs de
l’accueil du musée le jeudi 18 février 2010
407
. L’entrée était gratuite pour la soirée. Les visinautes
étaient alors guidés jusqu’à la salle de l’exposition « Animal » où le webmestre les accueillait. Un
petit questionnaire permettant de cerner les visinautes et de connaître ce qu’ils souhaitent voir
apparaître sur la page. Ce dernier était la personne réfèrente pour les visinautes, le lien entre la
pratique numérique et le musée réel. Un autocollant « Soirée Facebook » était donné pour chaque
participant.
L’ambiance proposée était festive : bonne humeur de l’équipe d’accueil, guidage
personnalisé et bonbons offerts. Le programme de la soirée est une visite de l’exposition avec la

406
http://www.brooklynmuseum.org/community/blogosphere/bloggers/2008/12/05/introducing-1stfans-a-
socially-networked-museum-membership/
407
Annexes, « La soirée Facebook au musée des Arts Décoratifs », p 66- 67.
154

possibilité d’avoir des informations supplémentaires grâce aux conférenciers présents le long du
parcours. La pratique photographique était exceptionnellement autorisée dans l’exposition pour
l’occasion. Cet élément multiplie les occasions d’échanges, surtout dans les groupes déjà constitués
comme l’a montré Mélanie Roustan à propos de l’exposition « Star Wars » à la Cité des Sciences de la
Villette
408
. La production de clichés fait partie de la sociabilité quotidienne pour les « digital natives »
et permet la confrontation des points de vue sur les éléments photographiés.
409
Faut-il comprendre
que le musée se place dans une optique de sociabilité avec cette manifestation ?
A contrario, les observations ont montré que cette soirée était axée sur la visite du musée
mais l’aspect numérique qui était le point commun des personnes réunies, n’était pas mis en avant.

2. Au musée de la Poste.

La soirée a eu lieu le 3 juin 2010 à l’occasion de l’anniversaire du musée. Elle était soumise à
la condition d’avoir 1946 adhérents à la date de la soirée (le musée a été créé en 1946). En réalité le
chiffre n’a pas été atteint mais la soirée a tout de même eu lieu. De la même manière qu’au musée
des Arts décoratifs, la remise d’un petit questionnaire permettait d’entrer gratuitement dans le
musée. Le programme de la soirée était composé de
410
:
La visite de l’exposition temporaire intitulée « Aragon et l’art moderne »
La visite en costume de l’exposition permanente, normalement réservée aux
journées du patrimoine ou à la Nuit des Musées
Un graveur de timbre faisait une démonstration dans une des salles de l’exposition
permanente, activité normalement réservée aux journées du patrimoine ou à la Nuit
des Musées
Un magicien faisait des tours le long du parcours

408
ROUSTAN Mélanie, « Prendre des photographies au musée : une forme de médiation de l’expérience de
visite ? », colloque Mutations contemporaines des musées : un espace public à revisiter ?, colloque
international organisé par l’IDETCOM, université de Toulouse 1 Sciences Sociales, 4 et 5 juin 2009. Actes en
cours de publication à L’Harmattan.
409
Ibid.
410
Annexes, « La soirée Facebook au musée de la Poste », p 68- 70.
155

La soirée était clôturée par le partage d’un gâteau d’anniversaire.
Ce programme est plus étoffé que pour la soirée au musée des Arts Décoratifs et donne une totalité
d’exception à la soirée plus prononcée. L’entrée du musée était jonchée de ballons ainsi que la salle
réservée à la fête d’anniversaire. L’ambiance était manifestement festive et joyeuse. L’administrateur
de la page était également présent à l’entrée pour accueillir les visinautes.
Non prévu par l’équipe organisatrice, les invités ont chanté pour l’anniversaire du musée
avant que les bougies ne soient soufflées. Le discours du gestionnaire de la page a remercié les
personnes venues.

B. Les effets des « soirées Facebook ».

1. Les effets au sein de l’institution

De la même manière que pour les jeux du musées des Arts Décoratifs, l’organisation des
soirées a permis de provoquer des discussions au sein du musée, notamment sur les interrogations
vis-à-vis des sites de réseaux sociaux. Au musée de la Poste, chacun était libre de choisir le degré de
son implication dans la soirée : « Tout le monde a donné…ou presque ! Il y a des gens qui ont trouvé
ça très bien, il y a des gens qui n’étaient pas sur Facebook et qui m’ont demandé des explications et
puis il y a des gens qui n’ont pas voulu participer »
411
. La nouveauté étant attractive, le réseau propre
au musée lui-même et au Groupe La Poste a été sollicité pour participer. Le personnel ayant travaillé
le jour de la soirée l’a fait sur le volontariat, dans un esprit assez proche du « Web participatif ».
Vis-à-vis de la soirée elle-même, on note une observation assez lointaine de la part de la
hiérarchie et une volonté marquée de ne pas proposer une soirée sur le modèle des vernissages :
« Comme ce n’est pas courant pour un musée, c’est le côté décalé qui a plu ! Pour moi, c’était
l’objectif, je ne voulais pas que ça ressemble à un vernissage c’était quelque chose de plus
détendu »
412
. Le gestionnaire de la page a autorisé des personnes qui voulaient participer à entrer
sans invitation et précise : « Le soir d’un vernissage, vous n’avez pas votre carton, vous ne rentrez pas

411
Annexes, « entretiens », p 30.
412
Ibid.
156

! »
413
. La soirée avait un statut ambigu entre une soirée officielle (soirée au musée, invitation,
animations spéciales, buffet) et un évènement plus particulier, plus confidentiel. La directrice du
musée a d’ailleurs laissé l’organisateur faire un discours au moment du buffet alors que pour
inauguration par exemple, cette tâche lui revient.
Le même ressenti s’est produit pour la soirée au musée des Arts Décoratifs où une partie de
l’équipe de direction est descendue de ses bureaux pour observer la soirée, alertée par le nombre de
personnes présentes. L’observation s’est faite en retrait de la soirée, la présence d’une partie de la
hiérarchie n’étant pas annoncée. Un intérêt teinté de prudence semble être le positionnement de la
hiérarchie.

2. Les effets par rapport aux visinautes.

a) Le public présent.

Grâce aux questionnaires remis pour entrer, il est possible de voir les tendances générales quant
à la composition de ces visiteurs. À la soirée du musée de la Poste, 160 personnes étaient présentes.
Les résultats du questionnaire sont
414
:
× La tranche des 25‐35 représente 39% des gens qui étaient présents à la soirée.
× Les moins de 25 ans représente 17%.
× Sur la totalité, 33% venaient pour la première fois.
× Les moyens par lesquels, ils ont connu le musée : 40% par des amis, 38% par Internet, 17 % «
autre » et 5% par la presse.
La moitié des personnes venues est âgée de moins de 35 ans. Sur la totalité des personnes
présentes, une trentaine s’est déplacée de province (Lille, Reims, Morbihan, Nice)
415
ce qui
indiquerait une forte attraction provoquée par ce type d’évènement. La soirée au musée des Arts
Décoratifs a compté 390 invités, ce qui dépasse largement les estimations de 80 personnes au départ
(quota de 10% des 800 visinautes parisiens à ce moment là)
416
. On note donc que l’évènement est un
fort déclencheur de la visite, même s’il est nécessaire de prendre en compte l’aspect nouveau de ces

413
Ibid., p 29.
414
Ibid., p 28.
415
Ibid., p 31.
416
Source : entretien avec Fabien Escalona (non diffusé).
157

soirées comme ayant attirer l’attention et une campagne d’annonce dans les médias traditionnels
assez forte.
Des primo-visiteurs étaient présents également à la soirée du musée des Arts Décoratifs
comme l’indique ce message du 24 février 2010 :
J'ai adoré, je ne connaissais pas les lieux malgré mon parisianisme de
naissance. J'en parle tout autour de moi..
Félicitation

b) Le ressenti quant à la soirée.

Les deux soirées ont été accueillies avec beaucoup d’enthousiasme. Les commentaires laissés
la semaine qui a suivi la soirée au musée des Arts Décoratifs attirent l’attention sur le fait que la
soirée était sympathique et décontractée avec une mention répétée à l’accueil personnalisé
417
. La
même impression est valable pour la soirée du musée de la Poste : 160 personnes satisfaites en plus !
Les gens étaient contents ! Les gens l’ont écrit, ils l’ont dit en partant, ils sont restés… et ils
reviendront ! »
418
. On observe donc un transfert du ton décalé sur la page à l’atmosphère de la
soirée. On peut se demander si la gratuité de la soirée a joué un rôle de levier dans la décision de
venir. Cette raison n’est pas invoquée dans les commentaires relatifs aux deux soirées. On peut
toutefois penser qu’elle est intégrée dans l’aspect festif de la soirée. Cet aspect est vraiment
nouveau dans le jugement qu’on peut avoir d’une visite au musée. Les commentaires font aussi une
place importante à la beauté et la richesse des collections présentées donc l’essence même du
musée n’est pas effacée par l’aspect décontracté et décalé de la soirée.
De plus, la recherche de sociabilité n’a pas été mentionnée dans les commentaires. Les
observations sur place n’ont pas constaté de personnes faisant connaissance (à part avec les
administrateurs réciproques), les groupes semblaient constitués avant la soirée. La sociabilité en
ligne transparaît derrière la décontraction sur place mais n’a pas une place privilégiée. Le lien avec le
musée reste celui recherché.


417
Annexes, « Les commentaires laissés sur Facebook après la soirée », p 68.
418
Annexes, « entretiens », p 30
158


Conclusion :
Nous avons choisi de traiter le sujet de la présence des musées français sur les sites de
réseaux sociaux et notamment sur Facebook en essayant de prendre en compte le maximum de
facettes possibles pour avoir une vision la plus globale des enjeux de cette pratique. Il est
indispensable d’envisager cette présence comme une implantation dans un milieu préexistant, celui
des applications permettant à chacun de devenir contributeur dans le « Web social » et non pas du
simple point de vue du musée. Les institutions françaises, ayant adoptées ces nouvelles technologies,
doivent en comprendre les caractéristiques et comprendre ce qu’est la « culture numérique »,
mélange de compétences techniques et de comportements à avoir. Cette compréhension est
indispensable puisque le cheminement du musée est d’aller à la rencontre de (nouveaux et
potentiels) visiteurs qui pratiquent ces technologies depuis plus longtemps et surtout qui en
changent les usages constamment.
Le contexte institutionnel dans lequel s’insère cette présence en ligne a une grande influence
sur le résultat produit. Aux niveaux hiérarchique et structurel, cette présence doit signifier une
liberté éditoriale qui permet au musée de s’intégrer dans le temps de l’Internet. Si des protocoles de
validation sont imposés de manière trop forte, le musée risque de perdre l’interaction et la rencontre
avec les visinautes. A l’inverse, un projet qui sous-tend la présence sur les sites de réseaux sociaux
doit être envisagé même si des expérimentations et un droit à l’erreur sont envisageables, surtout
dans un milieu où les innovations sont le moteur des pratiques et des usages. La perception qu’ont
les musées des sites de réseaux sociaux influence l’utilisation qui est en fait : s’ils sont perçus
uniquement comme des médias, l’utilisation correspondra à une légère adaptation des modes de
communication du musée. A l’inverse, s’ils sont perçus aussi comme des outils, ayant chacun des
fonctionnalités propres, les sites réseaux sociaux sont investis de manière adaptée à chacun et de
nouveaux usages pour le musée peuvent être mise en place. Quand c’est le cas, il a été intéressant
de constaté que cette présence en ligne et l’organisation d’évènements en lien dans le musée a
permis de créer de nouvelles synergies de travail au sein des institutions, les compétences de chacun
étant mises en jeu dans un projet commun.
Toutefois la nécessité d’un encadrement législatif global des pratiques numériques est une
des préoccupations majeures des administrateurs des pages et des musées en général. Ces
problèmes se cristallisent notamment en matière de droits d’auteur et de gestion des données
159

publiées sur Facebook. Cet encadrement faciliterait l’adoption de ces nouvelles applications dans les
musées encore réticents ou agrandirait leur potentiel d’utilisation.
Nous avons également constaté que ces nouvelles pratiques évoquées sont en fait des
réactualisations de questions « classiques » en muséologie : la médiation des œuvres, le musée
comme moteur social, les amateurs érudits, ou encore la nature des publics. La nouveauté vient plus
du fait que le musée choisit de se déplacer dans un environnement qui n’est pas le sien pour
chercher d’autres publics, notamment plus jeune et plus international. S’insérer dans un milieu, cela
signifie comprendre les usages faits par des particuliers des applications du « Web social », usages
dirigés notamment dans une démarche de recherche identitaire.
Les observations empiriques montrent la présence de visinautes n’ayant jamais visités le
musée en question mais participant d’une certaine manière à une des vies du musée (vie en ligne).
Ces visinautes peuvent être amenés à déclencher une visite réelle lord d’actions décidées pour lier le
réel et la présence en ligne. On aperçoit ici une piste pour attirer un public plus jeune et surtout une
piste pour fidéliser les visiteurs en les intégrant dans une vision plus large du musée : ses coulisses,
son personnel, ses activités rarement exposées ou en montrant une vision plus humanisée à travers
la figure du webmestre-initiateur.
Le dernier point sur lequel il est nécessaire d’insister, c’est l’illusion qu’une présence en ligne
est gratuite. En effet, elle demande beaucoup de temps et de travail, notamment lorsque la page est
animée ou lorsqu’un retravail des contenus est opéré pour s’adapter à chaque application. La charge
supplémentaire de travail et la connaissance approfondie de la culture numérique sont deux
éléments qui poussent à la mise en place d’une véritable équipe de travail qualifiée et spécialisée
dans la diffusion de contenu sur les sites de réseaux sociaux. Ainsi Yannick Vernet imaginait une
équipe de quatre personnes
419
: Un chef de projet, une personne travaillant à la captation d’images,
au montage de vidéographies, une personne chargée du positionnement éditorial et une dernière
chargée de la programmation. Une telle équipe serait à même de proposer une véritable présence du
musée sur les différents sites de réseaux sociaux. Le musée resterait au centre des réseaux de
création et de diffusion du contenu et conserverait son auctorialité face à la concurrence dans
l’économie du savoir. La question du but recherché derrière la volonté d’interactions avec les
visinautes pourrait être posée plus concrètement.

419
Source : entretien (non enregistré)
160

BIBLIOGRAPHIE
OUVRAGES & ARTICLES :

AURAY Nicolas, « Le Web participatif et le tournant néo-libéral : des communautés aux solidarités »,
In : Proulx, S., Millerand, F., Rueff, J., Web participatif : mutation de la communication?, Presses
Universitaires de Québec.
BEER David, « Social network(ing) sites. Revisiting the story so far: A response to danah boyd & Nicole
Ellison », In: Journal of Computer-Mediated Communication, n°13, 2008, p 516- 529.
BEN SASSI Mériam, Le musée à l’ère de l’Internet, Mémoire de M1 de Paris I La Sorbonne, 2007.
BEN SASSI Mériam, Musée 2.0. De l’entrée du musée dans les réseaux à la remise en cause du public,
mémoire de M2 de Paris I La Sorbonne, 2008.
BEUSCART J.-S., CARDON D., PISSARD N., PRIEUR C., « Pourquoi partager mes photos de vacances
avec des inconnus ? Les usages de Flickr. », In : Réseaux, 2009, volume n°2, p 91- 129.

BOULLIER Dominique, CHARLIER Catherine, « A chacun son Internet. Enquête sur des usages
ordinaires. », In : Réseaux, volume 15, n°86, 1997.
BOYD Danah, ELLISON Nicole, « Social network sites: Definition, history, and scholarship», In Journal
of Computer-Mediated Communication, 13(1), 2007, consulté le 8 juillet 2010.
URL : http://jcmc.indiana.edu/vol13/issue1/boyd.ellison.html
CARDON Dominique, « Présentation », In: Réseaux, 2008, volume 26, n° 152, p. 5- 14.
CARDON Dominique, « Le design de la visibilité : un essai de cartographie du Web 2.0 », In : Réseaux
2008, volume 26, n°152, La Découverte, p 93-137.
CARUTH N., BERNSTEIN S., « Building an On-line Community at the Brooklyn Museum: A Timeline »,
In : TRANT, BEARMAN (eds.). Museums and the Web 2007: Proceedings, Toronto: Archives &
Museum Informatics, publié le 1
er
mars 2007, consulté en septembre 2010.
http://www.archimuse.com/mw2007/papers/caruth/caruth.html
CRISTOFOLI Pascal, « Aux sources des grands réseaux d’interactions », In : Réseaux, n°152, 2008, p
21- 58.
161

DONNAT Olivier, Les pratiques culturelles des Français à l’ère numérique, Paris, La Découverte /
Ministère de la Culture et de la Communication, 2008, p 45- 69.
DELOCHE Bernard, Le musée virtuel : vers une éthique des nouvelles images, Paris, Presses
Universitaires de France, 2001.
DE SINGLY François, Les uns avec les autres, Paris, éditions Armand Colin, collection Individu et
société, 2003 et Poche, 2005.
DRAIN Claire, Le site de partage de photographies Flickr : un nouveau mode d’échanges avec les
publics au Museum d Histoire Naturelle de Toulouse ?, mémoire de master 1 de l’École du Louvre,
2008.
GEORGES Fanny, SEILLES Antoine, ARTIGAN Guillaume et ARNAUD Bérenger, « Sémiotique et
visualisation de l’identité numérique : une étude comparée de Facebook et MySpace », [en ligne],
2009, consulté en septembre 2010.
URL: http://hal.archives-ouvertes.fr/docs/00/41/09/52/PDF/semiotique_finale.pdf
GIRARD Aurélie, FALLERY Bernard, « Réseaux Sociaux Numériques : revue de littérature et
perspectives », *en ligne+ Colloque de l’Association Information et Management, 2009, p 3, consulté
en septembre 2010,
URL: http://www.reims-ms.fr/events/aim2009/pdf/Papier%2066.pdf.
GOTTESDIENER Hana, Freins et motivations à la visite des musées d'art, Ministère de la Culture,
Département des études et de la prospective, 1992.
JACOBI Daniel, « Les musées sont-ils condamnés à séduire toujours plus de visiteurs ? », In : Quels
changements dans les musées depuis dix ans ?, La Lettre de l’OCIM, n° 49, 1997.
JUTANT Camille, GUYOT Aude et GENTES Annie, « Visiteur ou joueur ? Les multiples facettes de la
technologie RFID », In : La Lettre de l’OCIM, n°125, septembre-octobre 2009.
LATAILLADE Magdalena, Les musées et les réseaux sociaux : l’exemple du Centre Pompidou, mémoire
de M1 de l’École du Louvre, 2009.
LE MAREC Joëlle, Publics et musées, la confiance éprouvée, Paris, L’Harmattan, 2007.
162

MARCOCCIA Michel, « Les smileys : une représentation iconique des émotions dans la
communication médiatisée par ordinateur », In : PLANTIN Christian, DOURY Marianne, TRAVERSO
Véronique, Les émotions dans les interactions communicatives, PUL, Lyon, 2000.
MARCOCCIA Michel, « L’analyse conversationnelle des forums de discussion : questionnements
méthodologiques », In : MOURLHON-DALLIES Florence, RAKOTONOELINA Florimond, REBOUL TOURÉ
Sandrine, Les discours de l’Internet : nouveaux corpus, nouveaux modèles ?, Les carnets du CEDISCOR,
8, 2004, Presses Sorbonne nouvelles, p 23-38.
MUSSO Pierre, « La symbolique du réseau », In : Quaderni, n° 38, Printemps 1999, Politique
symbolique et communication, p 69- 98.
PAUGAM Serge, Le lien social, Paris, PUF, Que sais-je ?, 2009.
RIEDER Bernhard, « De la communauté à l’écume : quels concepts de sociabilité pour le « Web
social » ? », tic&société [En ligne], Vol. 4, n° 1 | 2010, mis en ligne le 17 mai 2010, consulté le 08
juillet 2010. URL : http://ticetsociete.revues.org/822
ROUSTAN Mélanie, « Prendre des photographies au musée : une forme de médiation de l’expérience
de visite ? », colloque Mutations contemporaines des musées : un espace public à revisiter ?, colloque
international organisé par l’IDETCOM, université de Toulouse 1 Sciences Sociales, 4 et 5 juin 2009.
Actes en cours de publication à L’Harmattan.
SPIVACK Nova, « Bienvenue dans le flux : un nouvel âge pour le Web », [En ligne], In : DACOS Marin
(ss dir.), Read/Write Book, Marseille, Cléo (« Coll. Edition électronique »), 2010, mis en ligne le 25
mars 2010, consulté le 19 juillet 2010.
URL: http://cleo.revues.org/150
VIDAL Geneviève, Contribution à l’étude de l’interactivité, les usages du multimédia de musée,
Presses Universitaires de Bordeaux, collection Labyrinthes, 2006.
WOLTON Dominique, Internet, et après ? Une théorie critique des nouveaux médias, Flammarion,
2000.
« Il est absurde d’avoir un site Web 2.0 et un musée 1.0 », Archimag, n° 234, mai 2010.


163

CONFÉRENCES :

BOUQUILLON Philippe, « Les stratégies industrielles dans le domaine des plateformes de produits et
de services culturels et informationnels. Des perspectives programmatiques. », In : Streaming vs
téléchargement. THD et dématérialisation des produits culturels : nouvelle donne ?, Les ateliers THD,
journée du 16 février 2010, [en ligne], mis en ligne le 19 février 2010, consulté en septembre 2010.
URL: http://www.portailthd.fr/blogs/post/annelucie/2010/02/atelier-streaming-vs-telechargement/
KIRCHE Rémi, "Problèmes d’analyse dans les sites sociaux", *en ligne+, In : Réseaux sociaux et data
mining, cycle de conférences proposé par l’ENS, consulté le 8 juillet 2010.
URL: http://www.diffusion.ens.fr/index.php?res=conf&idconf=2779
VIENNET Emmanuel, « Introduction aux réseaux sociaux : problématiques pour la fouille de
données », [en ligne], In : Réseaux sociaux et data mining, cycle de conférences proposé par l’ENS,
consulté le 8juillet 2010.
URL: http://www.diffusion.ens.fr/index.php?res=conf&idconf=2776
Les conférences de l’IRI (l’Institut de Recherche et de l’innovation) :
« Le musée en ligne », 13 juin 2007,
http://web.iri.centrepompidou.fr/fonds/seminaires/seminaire/detail/6#content
"Annotation, enrichissement des contenus par le visiteur, parcours pédagogiques : vers des
communautés d’amateurs", 27 juin 2007,
http://web.iri.centrepompidou.fr/fonds/seminaires/seminaire/detail/6#content
"Les espaces critiques collaboratifs", 14 octobre 2008,
http://web.iri.centrepompidou.fr/fonds/seminaires/seminaire/detail/8
"Articuler le musée et les réseaux sociaux", 17 décembre 2008,
http://web.iri.centrepompidou.fr/fonds/seminaires/seminaire/detail/8
"Formes d’attention et de cognition, la question du « care »", 8 décembre 2009,
http://web.iri.centrepompidou.fr/fonds/seminaires/seminaire/detail/13
"La question du jeu", 16 février 2010,
http://web.iri.centrepompidou.fr/fonds/seminaires/seminaire/detail/13
"Réseaux sociaux, hauts débits, nouveaux médias, nouvelles pratiques sociales et
pédagogiques", 23 mars 2010,
http://web.iri.centrepompidou.fr/fonds/seminaires/seminaire/detail/13
164

PRÉSENTATIONS

BAUSSON Samuel, Adéquation Web 2.0 et musées,
http://www.slideshare.net/samuelbausson/adquation-web-20-et-muses-2204932

DALBÉRA Jean-Pierre, «Le patrimoine culturel numérique, de la production à la valorisation»,
http://www.slideshare.net/Dalbera/le-patrimoine-culturel-numrique-de-la-production-la-
valorisation

MARCOCCIA Michel, Les communautés en paroles : l’apport de la sociolinguistique interactionnelle à
l’étude des « communautés virtuelles »,
www.irit.fr/ACOSTIC/docs.../diapos%20Marcoccia.ppt

VERNET Yannick, «Les questions du numérique dans les musées»,
http://www.slideshare.net/yannickvernet/les-questions-du-numrique-dans-les-muses-2707754

SITOGRAPHIE

http://www.facebook.com
http://www.YouTube.com
http://www.dailymotion.com
http://www.flickr.com
http://www.netvibes.com
http://www.netvibes.com/ladressemuseedelaposte/#Accueil
http://www.netvibes.com/museumdetoulouse#Le_MUSEUM
http://www.delicious.com
http://delicious.com/museumtoulouse
http://www.artbabble.org/
165

http://www.brooklynmuseum.org
http://www.myspace.com/
http://www.twitter.com
http://www.club-innovation-culture.fr/
http://www.museonet2.com/
http://www.mixeum.net/
http://www.minixeum.tumblr.com/
http://www.powerhousemuseum.com/dmsblog/index.php/about/
http://www.museummedia.nl/
http://www.museumtwo.blogspot.com/
http://www.museummarketing.co.uk/
http://www.museomobile.blogspot.com/
http://www.museumstrategyblog.com/
http://www.buzzeum.com/
http://www.psyetgeek.com/
166


Table des matières
AVANT-PROPOS ............................................................................................................................................... 5
INTRODUCTION ................................................................................................................................................ 7
CHAPITRE 1 : CADRE ET POSITIONNEMENT DE LA RECHERCHE. ........................................................................ 9
I. « WEB 2.0 » ET « RÉSEAUX SOCIAUX » : ESSAI DE DÉFINITION. ................................................................ 9
A. LE WEB 2.0 OU LE WEB SOCIAL. ...................................................................................................................... 10
B. LES RÉSEAUX SOCIAUX : DE LA DÉFINITION ORIGINELLE À L'ACCEPTION ACTUELLE. ....................................................... 11
1. Le réseau. ............................................................................................................................................. 11
2. Les réseaux informatiques. .................................................................................................................. 13
3. Les réseaux sociaux numériques. ......................................................................................................... 14
II. PRINCIPAUX SITES UTILISÉS PAR LES MUSÉES : HISTORIQUE, CARACTÉRISTIQUES TECHNIQUES ET
PREMIÈRES ANALYSES. ................................................................................................................................... 18
A. LES RÉSEAUX SOCIAUX DE NAVIGATION : ............................................................................................................ 19
1. Dailymotion et YouTube. ..................................................................................................................... 19
2. Les sites de marque-pages (« bookmark ») ......................................................................................... 22
3. Flickr. ................................................................................................................................................... 25
B. LES RÉSEAUX SOCIAUX DE SOCIALISATION ET DE RÉSEAUTAGE : ............................................................................... 29
1. MySpace. ............................................................................................................................................. 30
2. Facebook. ............................................................................................................................................. 32
3. Twitter. ................................................................................................................................................ 37
III. BREF HISTORIQUE DE LA PRÉSENCE DES MUSÉES SUR LES RÉSEAUX SOCIAUX. ...................................... 41
A. LES MUSÉES D’ART CONTEMPORAIN, DE SCIENCES ET LES MUSÉES ANGLOPHONES : LA PREMIÈRE GÉNÉRATION. ................ 41
B. LES MUSÉES DE BEAUX-ARTS, D’HISTOIRE, DE CIVILISATIONS, D’ANTHROPOLOGIE : LA DEUXIÈME GÉNÉRATION. ................ 42
IV. LE PARTI PRIS ET LA DÉFINITION DES BUTS DE LA RECHERCHE. .......................................................... 44
CHAPITRE2 : LA METHODOLOGIE DE LA RECHERCHE. ..................................................................................... 50
I. CHOIX ET CONCEPTION DE L’OUTIL D’ANALYSE. .................................................................................... 50
A. LA CONSTITUTION DE L’ÉCHANTILLON. ............................................................................................................... 50
B. LE CHOIX DE FACEBOOK. ................................................................................................................................. 51
C. LA NÉCESSITÉ D’UN OUTIL COMPOSITE. .............................................................................................................. 54
1. Les analyses de pages. ......................................................................................................................... 55
2. Les entretiens. ...................................................................................................................................... 58
3. Les études de cas. ................................................................................................................................ 62
II. LES LIMITES DE L’OUTIL D’ANALYSE. ...................................................................................................... 64
CHAPITRE 3 : PRESENTATION ET ANALYSE DES RESULTATS DE LA RECHERCHE. .............................................. 66
I. LE PUBLIC : DES FANS ? .......................................................................................................................... 66
A. LA DIFFICULTÉ DE NOMMER CE PUBLIC. .............................................................................................................. 68
B. QUELQUES INDICATEURS SUR LA NATURE DES PUBLICS EN LIGNE. ............................................................................ 71
1. Les usagers des réseaux sociaux numériques. ..................................................................................... 71
167

2. L'outil statistique intégré à Facebook : ................................................................................................ 73
3. Comparaisons avec le public réel. ........................................................................................................ 75
II. PRATIQUES ET GESTION DES MUSÉES SUR LES RÉSEAUX SOCIAUX NUMÉRIQUES. ................................ 76
A. LA DÉCISION D’AVOIR UNE PRÉSENCE SUR LES RÉSEAUX SOCIAUX. ............................................................................ 77
1. Un intérêt personnel. ........................................................................................................................... 77
2. L’influence des pionniers. ..................................................................................................................... 78
B. GESTION DES PAGES FACEBOOK AU SEIN DES INSTITUTIONS. .................................................................................. 84
1. Les moyens informatiques mis en place. ............................................................................................. 84
2. Le service concerné. ............................................................................................................................. 86
3. Le comité éditorial : du contrôle à la liberté. ....................................................................................... 87
4. Nouvelles pratiques, nouvelles problématiques. ................................................................................. 90
D. FACEBOOK COMME COMPLÉMENT DU MUSÉE. .................................................................................................. 101
1. Facebook comme complément et promoteur du site institutionnel. ................................................. 101
2. Facebook pour chercher de « nouveaux publics ». ............................................................................ 107
E. LES THÉMATIQUES DES BILLETS. ...................................................................................................................... 109
1. Facebook pour montrer une institution vivante : .............................................................................. 109
2. Facebook comme image plus riche du musée. .................................................................................. 114
3. Facebook pour mettre en valeur sa collection. .................................................................................. 120
4. Facebook pour apercevoir l’envers du décor. .................................................................................... 124
5. Facebook pour valoriser une expertise. ............................................................................................. 126
III. À LA RECHERCHE D’INTERACTIONS. ..................................................................................................... 129
A. LE RÔLE DU MUSÉE DANS LA CRÉATION D’INTERACTIONS ..................................................................................... 129
1. La page abandonnée. ........................................................................................................................ 130
2. La page remédiable. .......................................................................................................................... 131
3. La page inauguratrice ........................................................................................................................ 133
4. La page animée ................................................................................................................................. 133
B. UN EXEMPLE D’ANIMATION SUR UNE PAGE : LE JEU DU MUSÉE DES ARTS DÉCORATIFS. ............................................. 136
1. Le jeu et son évolution. ...................................................................................................................... 137
2. Les effets du jeu au niveau de la découverte des collections. ............................................................ 139
3. Les effets par rapport au musée. ....................................................................................................... 145
4. Un objectif de création de « communauté » ? ................................................................................... 147
IV. LE LIEN PAGE VIRTUELLE- MUSÉE RÉEL : LA CONCRÉTISATION PAR LA SOIRÉE FACEBOOK. .............. 153
A. LE DÉROULEMENT DES « SOIRÉES FACEBOOK ». ................................................................................................ 153
1. Au musée des Arts Décoratifs. ........................................................................................................... 153
2. Au musée de la Poste. ........................................................................................................................ 154
B. LES EFFETS DES « SOIRÉES FACEBOOK ». .......................................................................................................... 155
1. Les effets au sein de l’institution ....................................................................................................... 155
2. Les effets par rapport aux visinautes. ................................................................................................ 156
CONCLUSION : .............................................................................................................................................. 158
BIBLIOGRAPHIE ............................................................................................................................................ 160
OUVRAGES & ARTICLES : ................................................................................................................................. 160
CONFÉRENCES : .............................................................................................................................................. 163
PRÉSENTATIONS ............................................................................................................................................. 164
SITOGRAPHIE ............................................................................................................................................... 164
168

TABLE DES MATIÈRES ................................................................................................................................... 166

Sign up to vote on this title
UsefulNot useful